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Full text of "Nouvelles annales du Muséum d'histoire naturelle"

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HARVARD UNIVERSITY. 




LIBRARY 



MUSEUM OF COMPARATIVE ZOOLOGY 



^TùÂATVuud- OrujLQjL ÂJn. cxmj 







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NOUVELLES . 

ANNALES DU MUSÉUM 

D'HISTOIRE NATURELLE. 



TOME PREMIER. 



NOMS 

DE MM. LES PROFESSEURS-ADMINISTRATEURS DU MUSÉUM 
D'HISTOIRE NATURELLE, 

PAR ORDRE d'aSCIENNETÉ. 



Messieurs, 

DESFONTAINES, Professeur de botanique. 

PORTAL, Professeur d'anatomie humaine. 

GEOFFROY SAINT- HILAIRE, Professeur de zoologie. Mammifères et 

Oiseaux. 
CUVIER (le baron). Professeur d'anatomie comparée. 
LAUGIER, Professeur de chimie générale. 
CORDIER, Professeur de géologie. 
RRONGNIART, Professeur de minéralogie. 
DUMÉRIL, Professeur de zoologie. Reptiles et Poissons. 
DE JUSSIEU (Adrien), Professeur de botanique rurale. 
MIRBEL, Professeur de culture. 
GHEVREUL, Professeur de chimie appliquée. 
LATREILLE, Professeur de zoologie. Animaux articulés. 
DE BLAINVILLE, Professeur de zoologie. Animaux inarticulés. 



PROFESSEUR HONORAIRE. 
M. DE JUSSIEU, père. 



Nota. M. L.iTREiLLE est secrétaire de la Société des Nouvelles Annales du 
Muséum. 



PARIS. —IMPRIMERIE DE JULES DIDOT L'AINE, RUE DU PONÏ-DE-I.ODI , N" 6. 



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NOUVELLES ^ 

AMALES DU MUSEUM 

mHSTOIiyîMATU RELIE, 

or 

RECUEIL DE MÉMOIRES 

PUBLIÉS 

PAR LES PROFESSEURS DE CET ÉTABLISSEMENT 

ET PAR D'AUTRES NATURALISTES 
SUR L'HISTOIRE NATURELLE, L'ANATOMIE, ET LA CHIMIE. 

OUVRiGE ORNE DE GRAVURES. 



TOME PREMIER. 



""paris 

A LA LIBRAIRIE ENCYCLOPÉDIQUE DE RORET, 

RUE HAUTEFEUILLE, AU COIN DE CELLE DU BATTOIR. 



1832. 



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TRAMSFFRSED TO 
MUSEUM Of C'J(.iHfiilATlVii ZÛCLOGIT 



MUS ^i^lOh 



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AVERTISSEMENT. 



(0 



Les Professeurs, chargés de ladministration du Muséum d'His- 
toire naturelle de Paris, ne croiroient pas avoir satisfait entiè- 
rement aux devoirs qui leur sont imposés, s'ils se bornoient à la 
conservation et à l'arrangement de ce magnifique dépôt, et même 
s'ils se contentoient d'en faire connoître les richesses dans leurs 
leçons publiques 

Ils sentent qu'ils peuvent et doivent étendre l'instruction dont 
ils sont chargés, au-delà des limites étroites de leur auditoire, et 
du terme prescrit à leurs cours, et qu'ils sont jusqu'à un certain 
point comptables envers tous les naturalistes des trésors que la 
munificence du Gouvernement français fait journellement re- 
cueillir, et accumule dans leur établissement. 

Aussi ont-ils, dès le commencement de ce siècle, publié pério- 
diquement des recueils où ils ont inséré leurs observations, et 
répandu, autant qu'il leur a été possible, par des figures exactes 



(i) Cet avertissement , rédigé par M. le baron Cuvier, a servi de prospectus. 



II AVERTISSEMENT. 

et des devScriptions détaillées, les objets les plus intéressants des 
collections du Muséum. Les vingt volumes in-4° des Annales, et 
les vingt volumes des Mémoires (i), forment deux grandes séries 
qui, autant que l'on peut en juger par les éloges que leur ont 
accordés les amis les plus distingués des sciences naturelles, peu- 
vent être mises à côté des collections académiques les plus recom- 
mandables, et sont devenues une partie nécessaire delà biblio- 
thèque des naturalistes. 

Au moment de commencer une troisième série , les auteurs 
croient devoir au public quelques explications sur le plan qu'ils 
se proposent de suivre, et sur la nature des matériaux dont ils 
désirent sur-tout enrichir leur ouvrage. L'expérience leur a 
appris que ce qui dans des recueils de ce genre conserve. un in- 
térêt durable , ce que les savants consultent long-temps encore 
après la publication, ce sont les descriptions exactes et les bonnes 
figures d'espèces nouvelles, les caractères nouveaux découverts 
dans les espèces anciennes , et propres à en rendre la distri- 
bution plus naturelle , ou la détermination plus précise , les 
faits nouveaux bien constatés dans leur histoire , les détails 
positifs et bien décrits de leur anatomie , les gisements relatifs 
des minéraux, leur analyse exacte, le calcul de leur structure 
mécanique; enfin tout ce qui, une fois consigné par écrit, 
demeure comme une partie intégrante de la science. Chacun 
peut s'apercevoir au contraire que les pures conceptions de l'es- 
prit, les dissertations théoriqjies , les hypothèses , variables au 

(i) Ceux qui doivent terminer le dix-neuvième volume et former le 
vingtième sont les uns composés, et les autres livrés à l'impression. Les em- 
barras qu'a éprouvés le commerce de la librairie en ont seuls retardé la 
publication. 



AVERTISSEMENT. m 

gré de l'imagination qui les crée, et se renversant l'une l'autre 
d'année en année, quelque éclat qu'elles puissent jeter, quelqvie 
bruit qu'elles puissent faire au moment où elles paroissent, tom- 
bent bientôt dans le même oubli où sont tombées les hypothèses 
ou les théories qui les avoient précédées, et qu'après quelque 
temps les écrits où on les a exposées ne sont plus recherchés que 
par les curieux qui ne veulent ignorer aucun des traits de l'his- 
toire des sciences, laquelle n'est que trop souvent l'histoire des 
aberrations de l'esprit humain. 

En conséquence, sans s'interdire absolument la faculté d'in- 
diquer les conséquences immédiates qui leur paroîtront dériver 
des faits qu'ils auront observés, c'est principalement de l'exposé 
de ces faits, et du détail de leurs circonstances, qu'ils ont résolu 
de composer leur collection. 

Us veulent que le botaniste, le zoologiste puissent y trouver 
des renseignements certains svir les espèces rares d'animaux ou 
de végétaux qu'ils voudront placer dans leurs méthodes; que le 
physiologiste puisse compter sur les détails anatomiques qui lui 
seront offerts, et les employer avec sûreté comme fondement 
de ses spéculations; que le minéralogiste puisse se former des 
idées précises des substances dont on lui donnera les analyses 
ou des descriptions géométriques ; que le géologue ne conserve 
point de doute sur la nature des fossiles dont on lui présentera 
des figures. En un mot, ce sont des bases solides qu'ils se pro- 
posent de fournir aux méditations et aux théories, laissant à 
ceux d'entre eux qui désirent donner cours à leurs théories 
ou à leurs méditations à les publier dans des ouvrages séparés, 
mais non dans ce recueil qui ne sera composé que de faits 
positifs. 



IV AVERTISSEMENT. 

Les immenses collections faites dans ces derniers temps par 
les voyageurs commissionnés par le Muséum, ou par les officiers 
de santé attachés par le ministère de la marine aux grandes expé- 
ditions nautiques qui ont eu lieu depuis vingt ans , pourroient 
à elles seules, indépendamment des belles espèces déjà publiées 
dans les relations de ces voyages, fournir encore les matériaux 
d'une longue suite de volumes, et sont la principale source où 
les auteurs de l'entreprise actuelle auront à puiser; mais ils 
"disposent aussi d'autres richesses qui leur sont arrivées par dif- 
férentes voies, et ils accueilleront en outre avec intérêt les 
Mémoires des naturalistes étrangers au Muséum, pourvu qu'ils 
rentrent dans le plan qu'ils se sont tracé , et qu'ils présentent 
des objets déterminés avec précision , et remarquables par leur 
nouveauté et l'importance de leurs caractères. 

L'ouvrage sera imprimé dans le même format que les Annales 
et les Mémoires du Muséum. 

La première année de la troisième série, faisant suite aux 
Mémoires du Muséum, formera un volume in-4°, avec vingt 
planches au moins. Prix, par souscription 3o francs. 

Ce volume sera divisé en quatre parties, qui paroîtront par 
trimestre. 

Paris, le i5 mars i832. 



N*» I. 

FEUILLETON 



NOUVELLES ANNALES DU MUSÉUM 

ou 

COMPTES RENDUS ET ANNONCES 

DE DIVERS OUVRAGES DE SCIENCES. 

F" TRIMESTRE— AVRIL 4 852. 
PUBLIÉ PAR l'Éditeur (i). 



Cours d'entomologie, ou de l'histoire naturelle des crustacés, des 
ARACHNIDES, DES MYRIAPODES ET DES INSECTES, à l'usage dcs éléves de l'école 
du Muséum d'Histoire naturelle; par M. Latreille, professeur-adminis- 
trateur de cet établissement, de l'Académie des sciences, de la Légion- 
d'honneur, etc., etc. — Première année. — i vol. in-8°, avec atlas. Prix 
i5fr. A Paris, chezRoRET, rue Hautefeuille. 



Se montrer digne du choix que, sur 
la présentation unanime des profes- 
seurs-administrateurs du Muséum d'His- 
toire naturelle et l'Académie des scien- 
ces, le Gouvernement avoit fait de lui, 
pour occuper, le premier, une chaire 
spéciale d'entomologie distraite de celle 
qui embrassoit auparavant tous les ani- 
maux sans vertèbres, et répondre aux 
vœux des naturalistes , qui desiroient , 
depuis long-temps, un cours élémen- 
taire sur cette science, telle a été la pen- 
sée et la sollicitude de l'auteur de l'ou- 



vrage , dont nous allons donner une 
courte notice. Il s'est proposé de résu- 
mer dans un grand tableau les connois- 
sances fondamentales que nous ont ac- 
quises sur cette branche de la zoologie les 
recherches des savants et ses propres 
travaux qui remontent déjà à près d'un 
demi -siècle. Si l'on considère que le 
nombre des espèces d'animaux de son 
domaine, enrichissant les divers musées 
de l'Europe, s'élève à près de cent mille ; 
que, sans parler des ordres et des fa- 
milles, elles sont groupées dans plus de 



(i) MM. les auteurs et libraires sont priés d'enïoyer leurs ouvrages francs de port à M. Roret. 



II 



trois mille genres , on sentira qu'en se 
rétrécissant même à une esquisse géné- 
rale, une semblable démonstration ne 
peut s'effectuer convenablement dans 
un cours qui , d'après jji'institution ré- 
glementaire du Muséum d'Histoire na- 
turelle, est de quarante leçons par an. 
Aussi M. Latreille n'a-t-il pu exposer 
dans la première année de son cours' 
que cette division de l'entomologie qui 
comprend les insectes apiropodes de 
M. Savigny, ou ceux qui ont plus de 
six pieds, et composent dans la mé- 
thode de Linnée la majeure partie de 
son ordre des insectes aptères ou sans 
ailes. Tels sont les crustacés , arach- 
nides et les myriapodes, formant au- 
jourd'hui autant de classes^^Les leçons 
de ce cours sont l'objet du volume que 
nous annonçons, et qui se partage, en 
quelque sorte, en quatre grandes sec- 
tions ou chapitres, précédés d'une épître 
dédiée à son ami et à son collègue à 
l'Académie des sciences, le docteur Ser- 
res, et d'un avertissement. 

L'histoire de l'entomologie, à prendre 
dès son berceau, n'avoit jamais été trai- 
tée d'une manière approfondie; elle est 
le sujet du chapitre suivant. On y suit, 
pas à pas, et par périodes se rattachant au 
souvenir des savants qui les ont le plus 
illustrées, les progrès de la science. Les 
interprètes et les commentateurs d'A- 
ristote, de Pline et de quelques autres 
anciens naturalistes, pourront y puiser 
des documents très précieux. On les lira 
avec d'autant plus d'intérêt qu'ils for- 
ment pour ces temps primitifs une sorte 
de roman historique. On y remarquera 
sur-tout l'explication motivée d'un pas- 
sage de Pline, relatif aux vers à soie, qui 
a vainement tourmenté ses commenta- 



teurs , et qu'il n'a pu trouver qu'en re- 
courant à des traditions chinoises, et en 
s'appuyant de ses recherches sur les in- 
sectes et la géographie des contrées 
orientales. A la suite de cette discus- 
sion, viennent des généralités sur les 
classes d'animaux, énumérées ci-dessus, 
en y ajoutant celle des insectes propre- 
ment dits, et danslesquellescesavant Pro- 
fesseur, profitant de tous les secours que 
fournit leur anatomie, tant intérieure 
qu'extérieure, expose les bases sur les- 
quelles repose l'entomologie, et en dé- 
duit tous les principes élémentaires, en 
évitant, le plus possible, un détail de 
nomenclature qui auroit fatigué et re- 
buté ses auditeurs. 11 essaie sur-tout d'é- 
tablir la coordination de ces classes, en 
prenant pour premier exemple, ou pour 
type de formation la plus rapprochée 
de celle des poissons, les crustacés dé- 
capodes, comme les crabes, les écrevisses, 
les homards, etc. 11 fait voir les modifi- 
cations qu'éprouvent leurs principaux 
organes extérieurs; savoir, les antennes, 
les parties de la bouche, les pattes, et 
les segments dont ces organes dépen- 
dent. Il en résulte la nécessité de recti- 
fier, dans leur application , plusieurs 
de ces dénominations. C'est ainsi qu'il 
nous montre que la partie du corps des 
insectes appelée thorax ne correspond 
nullement à celle que l'on désigne , de 
la même manière, dans les crustacés et 
ks arachnides. L'auteur parcourt en- 
suite successivement et en détail ces 
deux dernières classes et celle des my- 
riapodes. Mettant à contribution les tra- 
vaux de MM. Savigny, Milne Edwards, 
LéonDufour, Straus, s'étant lui-même li- 
vré à de nouvelles recherches, il a fait 
quelques changements nécessaires et des 



III 



additions importantes, à ce qu'il avoit 
déjà publié , relativement à ces ani- 
maux, dans la nouvelle e'dition du Règne 
animal de M. le baron Cuvier. La lec- 
ture de la généralité de la classe des 
insectes proprement dits, et du tableau 
des ordres dont elle se compose, pourra 
suffire aux personnes qui voudroient se 
borner à la connoissancedes traits prin- 
cipaux de l'histoire de ces êtres et de 
leurs premiers groupes. 

Afin de se mettre à la portée des élè- 
ves, et de les conduire par une route 
simple et facile, notre Professeur n'a 
employé que dans un extrême besoin 
les formes et le langage linnéens ; il nous 
semble entendre un père, s'entretenant 
avec ses enfants , sur une science pleine 
de charmes et d'intérêt , à raison des 
faits merveilleux qu'elle nous trace , et 
qui paroissent réaliser les allégories de 
la mythologie. Un atlas, composé de 
vingt-quatre planches gravées au burin, 
facilite l'intelligence des nombreux dé- 
tails d'organisation , et en offre même , 
dont il n'a pas été fait mention dans le 
texte, pour en écarter l'aridité et la sé- 
cheresse , compagnes inséparables d'une 
telle nomenclature. 

Dans la seconde année de son cours , 
et le second volume, l'auteur, confor- 
mément à la marche qu'il a suivie au 
sujet des crustacés, des arachnides et des 
myriapodes, passera graduellement en 
revue les ordres, les familles et les gen - 
res de la classe des insectes, réduite à 



ceux de Linnée qui n'ont que six pieds. 
Mais, vu l'étendue de cette classe , et la 
multitude des genres qu'elle comprend, 
il falloit nécessairement déroger au plan 
suivi jusqu'alors , ou restreindre cette 
exposition aux genres les plus impor- 
tants, ceux qui sont comme la souche 
des autres, et que les élèves peuvent plus 
aisément se procurer. Mais, afin que l'ou- 
vrage soit encore utile aux maîtres de 
l'art, des tableaux analytiques offriront 
le signalement de toutes les coupes gé- 
nériques connues, et de quelques autres 
inédites. Ayant soumis les premières à 
un nouvel examen, M. Latreille a sou- 
vent découvert des caractères qui a voient 
échappé aux observateurs, et dont la 
connoissance facilitera la détermination 
de ces genres ; fréquemment encore plu- 
sieurs d'entre eux ne sont point coor- 
donnés en une série naturelle, et ces rap- 
prochements ont été spécialement le su- 
jet des méditations de ce savant. Sous 
tous ces rapports, cet ouvrage, en pré- 
sentant ainsi l'état actuel de l'entomo- 
logie, deviendra le complément de tous 
les écrits généraux qui ont été publiés 
par ce célèbre Professeur sur cette science, 
dont il a constamment suivi tous les 
progrès, et que bien peu de personnes 
ont étudiée, comme lui , dans tout son 
ensemble, et dans ses relations avec les 
classes d'animaux invertébrés , acces- 
soires. 

Le docteur Boisduval. 



IV 



Extrait du rapport verbal sur les deux premières livraisons de I'Icones 
HISTORIQUE DES LÉPIDOPTÈRES d'Europe nouveaux ou peu connus , par le 
docteur Boisduval (i). Fait à TAcadémie des sciences, le i" avril i832, 
par M. Latreille, membre de cette Académie. 



Il Dans votre séance du 1 7 mars der- 
nier, le docteur Boisduval, qui s'est voué 
depuis long-temps à l'étude spéciale de 
ces insectes, que l'on nomme papillons, 
sphinx, phalènes, etCi, composant l'ordre 
des lépidoptères, et dont vous avez fa- 
vorablement accueilli la monographie 
des zygénides , vous a fait hommage des 
deux premières livraisons d'un très bel 
ouvrage intitulé Icônes historique des 
Lépidoptères d'Europe, format in-8°, et 
offrant chacune deux planches colo- 
riées. D'après le désir qu'a manifesté son 
auteur, qu'il vous en fût rendu compte, 
vous m'avez désigné pour remplir cette 
tâche. 

(i) Icônes historique des Lépidoptères nou- 
veaux ou peu connus. Collection , avec figures co- 
loriées, des papillons d'Europe nouvellement dé- 
couverts ; ouvrage formant le complément de tous 
lesauteurs iconographes, par le docteur Boisduval. 

Cet ouvrage se composera d'environ 2 5 livrai- 
sons, grand in-S", papier vélin. — Prix, 3 fr. cha- 
que, et franc de port 3 fr. 2 5 c. Il paroîtra deux 
livraisons par mois. 

Collection iconographique et historique des 
Chenilles, ou description et figures des Chenilles 
d'Europe , avec l'histoire de leurs métamorphoses , 
et des applications à l'agriculture; par MM. Bois- 
duval, Rambur et Graslin. 

Cette Collection se composera d'environ 6o li- 
vraisons, grand in-8°, papier vélin. — Prix, 3 fr. 
chaque, et franc de port 3 fr. 2 5 c. Il paroîtra 
deux livraisons par mois. 

On souscrit pour ces deux ouvrages chez le li- 
hraireRoret, rue Hautefeuille. 

Les quatre premières livraisons des LÉPIDOPTÈRES 
et la première des Chenilles ont paru. 



u Les zoologistes et les botanistes con- 
viennent que, relativement à une foule 
d'espèces , de bonnes figures sont indis- 
pensables. Mais jamais ce besoin ne fut 
plus impérieux que lorsqu'il s'agit des 
lépidoptères. L'entomologiste doit assu- 
rément prendre l'initiative, en détermi- 
nant et signalant les groupes qui com- 
prendront telles ou telles espèces , il est 
véritablement, quantkla méthode, l'ar- 
chitecte; mais, arrivé k la description 
particulière des espèces, il éprouve le 
plus grand embarras , parcequ'il ne 
trouve plus d'e-xpressions parfaitement 
propres à rendre les teintes si nuancées 
et si variées qui frappent ses regards, à 
donner une idée nette de leur mélange 
et de leur combinaison, ou du dessin 
qu'elles produisent. Il n'est souvent guère 
plus avancé que l'instituteur d'un aveu- 
gle denaissance. Maintes fois après la lec- 
ture la plus attentive d'une description 
minutieusement détaillée , on hésitera 
encore sur la détermination positive 
de l'espèce. Mais qu'on nous offre un 
portrait fidèle de l'objet, et presque aus- 
sitôt notre opinion sera fixée. Quelle 
perte de temps on évite ! En créant les 
lépidoptères, la nature semble avoir eu 
pour but principal d'exercer son pin- 
ceau. A l'aide de ces millions de petites 
écailles , dont leurs ailes sont imbri- 
quées, elle forme en mosaïque un nom- 
bre infini d'admirables tableaux, dont 
l'artiste peut seul nous retracer l'image , 
attendu qu'ils parlent plutôt aux yeux 



qu'àja pensée. Dès-lors, messieurs, un ou- 
vrage où les espèces seront le mieux re- 
présentées et classées, d'ailleurs dans un 
ordre simple et naturel, l'emportera sur 
tous ceux qui pourroient vouloir entrer 
en concurrence. Nuldoutequelaconnois- 
sance de la manière d'ctre de l'animal , 
dans son premier âge, ne soit l'un des 
principaux éléments d'une méthode na- 
turelle. Il est donc très important d'ob- 
server, ainsi que l'a fait M. Boisduval, 
les lépidoptères sous la forme de che- 
nille et de chrysalide. 

«Dans l'avertissement de son Icônes hls- 
tonque, M. Boisduval annonce qu'il sui- 
vra tout-à-fait la méthode dont il a donné 
un extrait dans son Index Methodicus. Il 
ne veut sans doute parler que delà série 
de ses genres; car autrement il ne seroit 
pas d'accord avec lui-même, puisque 
dans cet Index, il partage, comme moi, 
les lépidoptères , en diurnes , 'crépuscu- 
laires et nocturnes, et que maintenant, 
ou dans son Icônes, les premiers sont 
des rhopalocères , expression empruntée 
de M. Duméril, et que les deux autres 
sections n'en composent plus qu'une, 
celle des hétérocères. Sa première subdi- 
vision des rhopalocères est celle des suc- 
ceints, succincti, ou de ceux dont les chry- 
salides sont attachées par la queue , et 
par un lien transversal, en forme de 
ceinture, et qui n'offrent jamais de ta- 
ches métalliques. 

« Les genrespapillon, thaïs, doritis, par- 
nassien, et l'espèce nouvelle de piéride 
que notre auteur nomme simptonia, sont 
le sujet des deux premières livraisons. 
Il auroit pu simplifier l'étude de la tribu 
des papillonides , en la divisant en ceux 
qui ont le bord interne des ailes inté- 
rieures concave, et en ceux où les ailes 



s'avancent sous l'abdomen , pour lui for- 
mer une gouttière qui le reçoit. Au lieu 
de dire, dans qvielques occasions", que 
leur bord externe est assez fortement 
échancré, il eût été plus conforme aux 
régies de l'art de s'exprimer ainsi : bord 
postérieur sinué ou ayant de petites 
échancrures. A sa place, je meserois plus 
étendu sur la forme et la composition 
des palpes inférieurs des papillons pro- 
prement dits. Ceux des doritis ne me pa- 
roissent pas différer autant qu'il le fait 
entendre, de ceux des thaïs; seulement 
les poils nombreux dont ils sont garnis 
empêchent complètement de pouvoir dis- 
tinguer les articles. Aux caractères du 
genreparnassien, il auroitpu ajouterque 
la massue de leurs antennes se termine 
brusquement par une très petite pointe, 
ce qu'on n'observe point à celle des lépi- 
doptères des deux genres précédents. Je 
ne me permets ces remarques que pour 
engager M. Boisduval à étudier plus 
scrupuleusement encore les organes dont 
il fait usage, et à donner ainsi à sa mé- 
thode une plus grande perfection. Trop 
âgé et trop fatigué pour me livrer main- 
tenant à cet examen, j'ai fondé mon 
espoir sur ce savant, qui, pour cette 
branche de l'entomologie, a peu de con- 
currents à redouter. 

(( La première livraison représente, 
1* le papillon xathus déjà connu et fi- 
guré, mais que l'on vient de découvrir 
aux environs d'Orenbourg, et c'est sur 
un tel individu que le dessin a été fait; 
2° la thaïs cerigii, jolie espèce, dédiée à 
l'officier de la marine française, de ce 
nom, qui est chargé des constructions 
navales du pacha d'Egypte. 

Il La seconde livraison nous offre la 
thaïs cassandra, très rapprochée de l'es- 



VI 



pèce nommée hjpsipyle. Elle remplace 
celle-ci dans quelques contrées méridio- 
nales- et orientales de l'Europe. Vient 
ensuite une autre thaïs , honoratii , dé- 
couverte aux environs de Digne, par 
M. Honorât. Ce n'est peut-être, ainsi 
que le pense l'auteur, qu'une très jolie 
variété locale, à taches sanguines, élar- 
gies, de la thaïs rumina. Sur la quatrième 
et dernière planche, l'on voit la doritis 
apollina, charmante espèce , très inexac- 
tement figurée jusqu'alors, et qui fait le 
passage des thaïs aux parnassiens. L'es- 
pèce de ce dernier genre, appelée no- 
mion, par M. Fischer, et propre à la 
Russie, est accolée à la précédente. La 
figure de la piéride simpbnia est ren- 
voyée à la livraison suivante, plan- 
che 5. 

« Entraîné peut-être par l'exemple de 
M. le comte Dejean , M. Boisduval ne 
traduit dans notre langue aucun nom 
spécifique. C'est ainsi que celui du dieu 
du Parnasse, donné à une espèce, n'est 
plus apoUon, mais apollo. Toutes les 
muses, tous les héros de la fable, re- 
prennent leurs dénominations primiti- 
ves. Gardez- vous , qui plus est, de dire 
un papillon, c'est du mauvais goût; un 
papilîo, voilà ce qui convient. On croi- 
roit, en vérité, que nous ne sommes 
plus en France, mais dans l'antique cité 
des Romains. Je sais que quelques en- 
tomologistes repoussent également ces 
traductions françaises , et qu'ils héris- 
sent leurs descriptions de certains mots 



propres à la langue latine, ou à celle de 
l'entomologie. Mais pourquoi ne pas 
chercher à faire aimer et à populariser 
cette science, en empruntant du fran- 
çais des expressions qui , quoique un 
peu moins laconiques, ont la même si- 
gnification? 

" De toutes les collections de lépidop- 
tères de cette capitale, celle de M. Bois- 
duval est sans contredit la plus belle et 
la plus complète. Si à ces moyens vous 
ajoutez les secours que peuvent lui 
fournir une correspondance très active 
et fort étendue, ses propres recherches, 
et des sacrifices pécuniaires qui ne l'ar- 
rêtent jamais, vous serez convaincus 
qu'il peut répondre parfaitement à l'at- 
tente des amateurs, et fixer mieux qu'au- 
cun autre leurs doutes surun grand nom- 
bre d'espèces dont les limites sont pro- 
blématiques. 

Il Ses descriptions , précédées d'une 
phrase latine , bien formulée , m'ont 
paru très exactes et très soignées. Quant 
à la fidélité et la beauté remarquable des 
dessins de son ouvrage, qui sont, comme 
je l'ai dit, un point capital, si mon pro- 
pre témoignage ne vous suffisoitpas , ou 
que vous le soupçonniez de partialité, 
vous pourrez en juger par vous-mêmes. 
L'éditeur, dans cette circonstance, sem- 
ble avoir entièrement perdu de vue son 
commerce, en n'épargnant rien pour 
remplir les désirs de l'auteur et des autres 
naturalistes. 

Latreille, rapporteur.» 



VII 



Encyclopédie des sciences naturelles, 6o volumes in-8°, enrichis d'un grand 
nombre de planches originales, exécutées avec le plus grand soin : par des 
membres de l'Institut, des professeurs au Jardin du Roi, et des natura- 
listes de l'école de Paris. Publié par M. Roret, libraire-éditeur, rue Haute- 
feuille à Paris. Extrait du Prospectus général non publié. 



Dans ce siècle, un vif élan a été im- 
primé aux sciences naturelles chez tous 
les peuples civilisés, et les progrès des 
diverses branches qui en composent le 
domaine se sont prodigieusement enri- 
chis, depuis qu'une paix générale a sur- 
tout facilité les voyages lointains , ou les 
investigations paisibles et prolongées 
des naturalistes au sein même de l'Eu- 
rope. Le goût général de tous les hom- 
mes pour l'étude des êtres ou des corps 
qui composent l'ensemble de notre pla- 
nète, n'est plus alimenté par une vague 
curiosité. Un mobile plus élevé favorise 
aujourd'hui cette étude, source d'une 
haute et profonde philosophie, où vien- 
nent puiser tour-à-four les autres bran- 
ches des connaissances humaines, et qui 
féconde même celles qui lui sont en ap- 
parence les plus étrangères. Un besoin 
de vérité démontrée règne, domine au- 
jourd'hui tous les esprits. L'examen des 
faits est de première nécessité pour l'éta- 
blissement d'un système coordonné, et 
les méthodes ne sont que des échafau- 
dages accessoires, où viennent se grou- 
per les détails de ces mêmes faits. De là 
est née cette multiplicité prodigieuse de 
travaux épars, publiés dans toutes les 
langues et chez tous les peuples, dans des 
ouvrages ex professa, ou dans des recueils 
périodiques, qui composent aujourd'hui 
pour l'étude des archives accablantes à 
consulter; et jamais cependant, dans au- 



cun temps et à aucune autre époque, il 
ne seroit plus intéressant pour toutes les 
classes de lecteurs et pour les naturalistes 
exclusifs même, de dresser des catalo- 
gues des richesses qui encombrent les 
musées, ou qui forment l'objet d'une 
foule d'ouvrages publiés à grands frais. 
Depuis la 1 3' édition ànSystema natwrce, 
aucun traité embrassant l'ensemble de la 
science n'a été tenté dans le but que nous 
venons d'indiquer. Cette lacune étoit 
sentie par tous les esprits, mais personne 
n'osoit entreprendre d'élever un tel mo- 
nument aux connoissances du dix-neu- 
vième siècle. Des dictionnaires volumi- 
neux vinrent bien satisfaire en France 
aux premiers besoins ; mais chaque arti- 
cle soumis à l'ordre alphabétique, et par 
cela même dépouillé des caractères gé- 
néraux qui lui assignent ses vrais rap- 
ports.^ est subordonné d'ailleurs à ceux 
qui l'entourent, et il arrive que les pre- 
miers se trouvent souvent peu en rap- 
port avec lesderniers, parceque lascience 
a fait d'immenses progrès dans l'inter- 
valle des deux publications. Un diction- 
naire ne peut donc jamais être l'expres- 
sion vraie de l'état de la science. 

On desiroit de toute part un tableau 
général , méthodique des sciences natu- 
i-elles, une sorte de système universel de 
la nature, où toutes les découvertes mo- 
dernes, où tous les travaux, soumis au 
creuset d'un examen récent, vinssent se 



VIII 



classer dans un ordre régulier et scien- 
tifique. Ce grand ensemble si impérieu- 
semen t demandé , devenu un des besoins 
de notre époque ; ce système où chaque 
partie doit être distincte, même en com- 
posant un tout unique , où chaque bran- 
che de la science devra être traitée par le 
savant connu pour s'en être occupé avec 
succès, est celui dont nous annonçons la 
prochaine publication. 

Cet ouvrage embrassera ainsi la géné- 
ralité des sciences naturelles; chaque 
traité sera séparé et consacré à telle ou 
telle partie dans des rapports calculés 
d'avance par l'étendue ou le nombre des 
êtres ou de la matière qui doivent le 
constituer; et comme les planches sont 
un des moyens descriptifs les plus avan- 
tageux , on en ajoutera à chaque volume 



du texte un certain nombre, sans toute- 
fois rendre trop élevé le prix d'achat. 

Soixante volumes in-8°, imprimés avec 
le soin le plus scrupuleux, sur beau pa- 
pier, formeront un nombre total ( que 
l'éditeur ne veut dépasser sous aucun 
prétexte) qui nous paroit suffisant pour 
donner à cet ensemble d'histoire natu- 
relle toute l'étendue convenable. On con- 
çoit que chaque auteur, travaillant sans 
interruption à la matière qui lui est fa- 
milière, permettra de publier, dans un 
laps de temps peu considérable, la tota- 
lité des traités séparés dont se compo- 
sera cette Encyclopédie. 

Le nom seul des auteurs sera pour le 
public un sûr garant de la conscience 
et du talent apporté à la rédaction des 
traités. 



NOUVELLES 

. ANNALES 

DU 

MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE. 

®@@®©®©@®©®®@®®®@^®©®@®©@®©©@®@®@®®©@@@@®©®®®©®®®®@®@@®@@®@®®@ 

ESSAI DE CLASSIFICATION NATURELLE 

. DES VESPERTILIONS, 

ET DESCRIPTION DE PLUSIEURS ESPÈCES DE CE GENRE. 

PAR F. CUVIER. 

Lu à l'Académie des Sciences, le 20 septembre i83o. 



Il n'est sûrement point de naturaliste, pour peu qu'il se soit 
occupé de l'étude des espèces du genre Vespertilion, qui n'ait 
senti la nécessité de classer ces animaux autrement qu'ils ne le 
sont , et de les rapprocher dans des groupes plus naturels que 
celui qu'ils forment aujourd'hui sous leur dénomination com- 
mune. 

Lorsque mon frère et M. Geoffroy entreprirent de soumettre 
à un ordre naturel les Vespertiliones de Linneus , qui compre- 
noient toutes les espèces de chauve-souris connues ; leurs Ves- 
pertilions proprement dits , ou autrement les chauve-souris 
pourvues de deux ou quatre incisives à la mâchoire supérieure, 

Annaks du Muséum, t. \", y série. i 



2 ESSAI DE CLASSIFICATION NATURELLE 

et de six à rinférîeure, n'étant qu'en très petit nombre, ne firent 
point sentir la nécessité de les diviser. Depuis, ce nombre s'est 
tellement augmenté, et les différences entre les espèces sont 
si grandes dans les caractères génériques, et si peu sensibles dans 
les caractères spécifiques, que le genre des Vespertilions, tel 
qu'on l'admet aujourd'hui, est à-la-fois un des plus irréguliers, 
et un des plus difficiles à étudier de toute la mammalogie. 

Gmelin, dans son édition du Systema naturœ, donnant le 
catalogue des mammifères, n'y inscrivit que huit espèces de 
Vespertilions à deux ou quatre incisives supérieures et à six in- 
férieures. M. Geoffroy (Annales du Muséum, t. VIII), faisant 
beaucoup plus tard une revue des espèces de ce genre, y en 
admit dix-neuf. M. Desmarets(MamrQalogie), qui vint ensuite, 
y en compta vingt-trois, quoiqu'il en séparât les Oreillards, 
ainsi qu'auparavant l'avoit fait M. Geoffroy. Cependant des 
recherches persévérantes avoient été entreprises en Europe, 
et de nombreux voyages avoient eu lieu depuis les dernières 
publications de MM. Geoffroy et Desmarets : Gray et Leach en 
Angleterre, Brehm en Allemagne, Ewersman et Mayerdorfen 
Tartarie, Duvaucel, Diard, Horsfield, Raffles, Dussumier dans 
rindostan et aux Indes orientales, Ehremberg, Ruppel en Afri- 
que, Spix, Neuwied, Delalande, Saint-Hilaire dans l'Amérique 
méridionale, Lesueur, Milbers , Rafinesque, Say, Harlan dans 
l'Amérique septentrionale, Quoy, Lesson, Gaimar, Reynaud, 
Busseuil, Bélanger, etc., aux Indes, en Amérique et dans l'aus- 
trale Asie, avoient particulièrement recueilli toutes les chauve- 
souris qui s'étoient offertes à leurs recherches; aussi M. Lesson 
donnoit-il en 1827 trente-six espèces de Vespertilions dans son 
Manuel de mammologie , sans compter les Oreillards au nombre 



DES VESPERTILIONS. 3 

de sept, et M. Fischer en porte aujourd'hui le nombre à cin- 
quante dans son .^j^nopsis mamma/ium. 

Dans mon ouvrage sur les dents considérées comme caractères 
zoologiques, j'avois déjà indiqué les anomalies des Vespertilions 
relativement à ces organes; depuis, j'ai montré ces animaux sous 
d'autres rapports encore, en donnant, sous le nom àefiiria atra 
( Mém. du Mus., t. XVI), la description d'un nouveau genre et 
d'une nouvelle espèce dechauve-soui-is, et mon frère, admettant 
un premier aperçu de mon travail, dont il a bien voulu faire usage 
dans son Règne animal, a indiqué quelques formes d'oreillons, 
comme pouvant servir à caractériser des subdivisions du genre 
Vespertilion.Une étude récente de ces animaux, faite à l'occasion 
de quelques espèces inédites que j'avois à décrire et à classer, m'a 
conduit à étendre mes premières recherches, à préciser, autant 
que j'en avois les moyens, les différences que ces animaux présen- 
tent, à déterminer la nature de ces différences, et à en faire la base 
d'une classification nouvelle; et c'est par les résultats de ces re- 
cherches que je préluderai à la description des dix espèces que 
j ai à ajouter au catalogue des Vespertilions à quatre incisives 
supérieures et à six inférieures, dont les oreilles ne sont pas 
réunies sur la tête; car, tout en commençant, j'en séparerai les 
Laziures , et en général tous les Vespertilions qui n'ont que 
deux incisives supérieures, et ceux dont les oreilles se révinis- 
sent sur le devant de la tête, et auxquels on donne plus parti- 
culièrement, d'après M. Geoffroy, le nom de Plecaucus. 

Chacun connoît la singulière organisation des chauve-souris : 
ce sont des mammifères insectivores, et quelquefois frugi- 
vores (i), qui volent comme les oiseaux, mais au moyen d'ailes 



(i) D'Azara, Swinson. 



4 ESSAI DE CLASSIFICATION NATURELLE 

d'une structure particulière. Leur système dentaire détermine 
l'ordre auquel ils appartiennent, et leurs organes du mouve- 
ment caractérisent leur famille. Les modifications des dents 
et des membres sont généralement peu considérables chez ces 
animaux, et ne motiveroient pas seules dans tous les cas leur 
division en genres : les premières en effet ne consistent que 
dans le nombre et la forme des incisives et des fausses mo- 
laires, toujours à un état plus ou moins rudimen taire; les se- 
condes, moins légères peut-être, paroissent se réduire cepen- 
dant à un développement plus ou moins grand des dernières 
phalanges de l'index des membres antérieurs, et à la disposition 
des ligaments des articulations des doigts, de laquelle résulte 
le mouvement des ailes lorsqu'elles se déploient ou se ferment. 
Au reste, ces dispositions des ailes ne pourroient, pas plus que 
les modifications des dents, donner les moyens de diviser natu- 
rellement les Vespertilions 5 car leurs ailes ne. semblent présenter 
aucune différence , et celles des dents n'ont rien d'important ; 
en général les deux incisives supérieures moyennes sont bifides 
et fortes, les deux latérales pointues, et sinon rudimentaires , 
du moins bien plus petites que les premières : les six incisives 
inférieures sont trilobées, et les fausses molaires anomales va- 
rient en nombre, et d'une à deux seulement, suivant la longueur 
du museau. 

Après le système dentaire et celui des organes du mouve- 
ment, se présentoient, comme caractères distinctifs, les formes 
générales de la tête et les organes des sens, dont les modifica- 
tions se manifestent dans les proportions relatives des diverses 
parties de rencéphale et du museau , et dans les parties exté- 
rieures des sens. 



DES VESPERTILIONS. 5 

En considérant les Vespertilions que j'ai été à portée d'exa- 
miner, sovis le rapport de la tête ils m'ont présenté trois types 
différents (pi. i), i" celui des Sérotinoïdes ( fîg. i, a, ^, c ); 
2° celui des Noctuloïdes{£iQ. o., a^ b^ c)-^ 3° celui des Murindides 
(fig. 3, fl, 6, c); et les différences de ces têtes sont fondamentales; 
elles égalent au moins celles qui distinguent la tête des chiens 
de celle des chats, et l'une et l'autre de celles des martes ou 
des ours. 

En effet, la tête des Sérotinoïdes , dont l'encéphale est com-. 
primé et les maxillaires courts, élargis et relevés à leur extré- 
mité, se distingue d'abord de celle des Noctuloïdes , remarquable 
par son encéphale élevé, et qui, sur la même ligne que les 
maxillaires, également courts et larges, mais comprimés à leur 
extrémité, forme avec la ligne des mâchelières un angle de 
45 degrés, tandis que ces mêmes lignes chez les Sérotinoïdes en 
forment à peine un de 3o. La tête des Murindides se caractérise 
exclusivement par un encéphale relevé et bombé, et par des 
maxillaires alongés et étroits qu'une dépression sensible sépare 
de l'encéphale. Les figures que nous donnons de ces trois formes 
de tête en feront d'abord saisir les différences et les caractères. 

Si actuellement nous passons à la considération des organes 
extérieurs des sens, nous trouvons que la vue n'est que d'un 
impuissant secours pour les Vespertilions 5 car leui's yeux, bien 
loin d'avoir la grandeur de ceux des mammifères ou des oi- 
seaux nocturnes, sont d'une petitesse presque imperceptible. 
Cachés le plus souvent sous des poils épais, et environnés en 
grande partie par la conque auditive, s'ils sont frappés par les 
objets , ce n'est que foiblement et dans une seule direction. 
L'odorat, un peu plus favorisé que la vue, ne peut évidemment 



6 ESSAI DE CLASSIFICATION NATURELLE 

s'exercer par les voies extérieures sur les insectes dont ces ani- 
rtiaux se nourrissent, et qu'ils prennent au vol. D'ailleurs les 
organes extérieurs de la vue et de l'odorat sont sensiblement sem- 
blables chez les Vespertilions, et il en est de même de ceux du 
goût et du toucher. Je ferai seulement remarquer à l'égard de ce 
dernier que les poils de tous les Vespertilions que j'ai pu examiner 
se composent de cônes attachés les uns aux autres, sommet con- 
tre base. Leur oeil présente un petit globe noir dont on ne peut 
distinguer la pupille, et deux paupières très foibles; les narines 
s'ouvrent sur les côtés d'un petit mufle peu mobile; la langue 
est épaisse, sur-tout à sa base, douce, peu extensible, et l'inté- 
rieur de la bouche est sans abajoues(i); le pelage est générale- 
ment doux et épais, excepté à la partie postérieure de l'abdomen 
où il est plus rare, et sur les membranes du vol qui, à bien dire, 
sont tout-à-fait nues. 

Spallanzani, en nous apprenant que les yeux ne servent point 
aux chauve-souris pour leur faire apercevoir la présence des 
corps, en a conclu naturellement qu'ellesdevoient être averties de 
leur rencontre par d'autres sens; et ces sens, quoi qu'en ait pensé 
cet auteur, ne pouvoient être que ceux du toucher ou de l'ouïe. 

(i) Quelques auteurs ont cru que les Vespertilions avoient de grandes aba- 
joues, et cette particularité organique de la manducation est devenue, dans 
plusieurs ouvrages, un des caractères génériques de ces animaux. Le fait est 
cependant que les espèces les mieux connues, le murin, la sérotine, la noc- 
tule, en sont dépourvues. Ce qui aura fait croire à des abajoues chez ces 
animaux, c'est l'extension dont leurs lèvres et leurs joues sont susceptibles; 
mais il ne résulte de cette faculté qu'a la peau de ces parties de s'étendre 
aucune apparence de poches ou de sacs résultants, comme les abajoues, 
d'une duplicature des membranes intérieures de la bouche. 



DES VESPERTILIONS. 7 

Ses expériences sur le toucher, sans être tout-à-fait concluantes, 
prouvent cependant que ces animaux ne perdent rien de leur 
faculté de se conduire, lorsqu'on a enlevé à ce sens une grande 
partie de sa délicatesse (1), ce qui, joint aux observations anté- 
rieures de Jurine, a fait attribuer à leur oreille principalement 
la faculté si remarquable qu'ils ont de juger du voisinage des 
corps contre lesquels ils pourroient se heurter dans leurs mou- 
vements irréguliers et rapides, et l'expérience des aveugles con- 
firme ce jugement; car c'est sur-tout à l'aide de l'ouïe qu'ils per- 
çoivent la présence des obstacles dont ils font la rencontre. 

L'oreille est donc un organe des sens dominant chez les Ves- 
pertilions, et les modifications nombreuses qu'elle présente 
étant indubitablement en rapport avec leur manière d'être, nous 
sommes fondé à en faire usage comme caractères de classifica- 
tion, subordonnés à cetix que nous présente la structure des 
têtes. 

Ces modifications de l'oreille s'observent principalement dans 
les formes et la direction de la conque externe, et dans les formes 
de l'oreillon, petit appendice libre qui se trouve placé au-devant 
du trou auditif. 

La conque s'est montrée à nous sous sept formes différentes 
(pi. 2 ), 1° échancrée, 2° obtuse, 3° en capuchon, 4° ^n cornet, 
5° en entonnoir, 6° évasée, 7° ovale. 

(1) Vassali-Eandi a conclu d'expériences qu'il n'a pas fait connoître, que 
les chauve-souris , privées de la vue, n'ont d'autre moyen de se conduire 
qu'un tact très délicat; mais, comme il se borne à cette simple affirmation, et 
quelle est contraire à des faits bien établis, nous ne pensons pas devoir en 
tenir compte. Voyez les Mémoires de l'Académie de Turin, tom. XIV, Hist. 
p. 37 — 1205. 



8 ESSAI DE CLASSIFICATION NATURELLE 

Mais, avant d'indiquer en quoi consistent ces différences, je 
dois dire quelles sont les parties constitutives que je considère 
dans la description de l'oreille des Vespertilions. 

La forme générale de la conque auditive, fort simple chez 
ces animaux, est celle d'un cornet plus ou moins évasé qui se 
compose d'une partie interne ou temporale, et d'une partie 
externe ou libre. Chacune de ces parties peut être considérée 
dans les diverses portions de son limbe, dans son extrémité 
inférieure, et par le point où elles se réunissent et qui forme 
l'extrémité supérieure de cet organe. Les parties temporales, 
libres et supérieures, correspondent aux parties antérieures, 
postérieures et supéi'ieures de l'hélix de l'oreille humaine. L'ex- 
trémité inférieure de la partie temporale correspond à la 
pointe interne de cet hélix, et l'extrémité inférieure de la partie 
libre à l'anté-tragus et au lobe inférieur. Non pas que je veuille 
établir entre ces parties une identité réelle; je n'indique ces rap- 
poi'ts que pour mieux faire comprendre les détails où je suis 
obligé d'entrer. 

1° La conque échancrée (fîg. i, a, 6, c) est plus ou moins ovale; 
elle s'élève fort au-dessus du sommet de la tête, et la partie ex- 
terne, ramenée en avant, ne s'avance pas tant que la partie 
interne; Ig bord de sa partie externe présente une échancrure à 
sa portion moyenne qui fait que la moitié supérieure est plus 
petite que l'inférieure; le bord de sa partie interne suit une ligne 
circulaire , la portion inférieure dépendant d'un cercle plus 
étroit que la portion supérieure ; l'extrémité inférieure de la 
partie externe descend jusqu'au niveau de la bouche, fort au- 
dessous du trou auditif, et se termine par un lobe demi-cir- 
culaire : l'extrémité inférieure de la partie interne descend au 



DES VESPERTILIONS. ^ 9 

niveau de l'œil , et se termine par un bord libre lobé. (Fesp. à 
moustaches, Vesp. Saulnier.) 

2° La conque obtuse (fig. 2, a, 6) est irrégulière dans sa forme 
générale; elle est petite et ne s'élève pas jusqu'au sommet de la 
tête; sa partie externe ramenée en avant ne s'avance pas avitant 
que la partie interne; le bord de sa partie interne suit une ligne 
courbe uniforme, celui de sa partie externe en suit une droite, 
et toutes deux se réunissent en une ligne droite horizontale à 
leur extrémité supérieure. L'extrémité inférieure de la partie 
externe descend moins bas que la bouclie, et se termine simple- 
ment en s'arrondissant; l'extrémité inférieure de la partie in- 
terne descend au niveau de l'œil, et se termine comme celle de 
la partie supérieure. ( Fesp, épais, ) 

3° La conque en capuchon (fig. 3, «,6) est remarquable par sa 
îorme générale semblable à un cornet profond, dont l'ouver- 
ture seroit dirigée en avant et dont la partie externe égaleroit 
presque en étendue la partie interne; elle dépasse le sommet de 
la tête. Le bord de sa partie interne est droit à sa portion infé- 
rieure, arrondi à sa portion moyenne, et droit à sa portion supé- 
rieui'e ; celui de sa partie externe arrondi à sa portion inférieure 
et moyenne, est échancré à sa portion supérieure; enfin son 
extrémité supérieure est terminée en pointe. ( Vesp. Kirivoula). 

4° La conque en comet (fig. 4i a,b) ala forme générale d'un 
ovale très alongé; toujours dirigée en avant et beaucoup plus 
élevée que la tête, elle rappelle celle d'un grand nombre de 
ruminants et celle des chevaux dans cette direction. Sa partie 
extei^ne n'est que de moitié aussi avancée que l'interne ; la pre- 
mière a son bord presque droit, et sa portion inférieure repliée 

annales du Muséum , t. I", 3" série. 2 



lO ESSAI DE CLASSIFICATION NATURELLE 

à anf^le droit, et rapprochée de la bouche . se trouve à la hauteur 
de celle-ci , et se termine par un lobe. La seconde présente à 
son bord une courbure uniforme très alongée, et sa portion 
inférieure coupée à angle droit est libi'e, simple, et se trouve au 
niveau de l'œil. [Fesp. Murin.) 

5° La concfue en entonnoir Çfi^. 5, a, b)a quelques rapports avec 
la conque en capuchon ; elle est de même peu élevée, dirigée en 
avant, et sa forme est celle d'un profond cornet. Le bord de sa 
partie externe présente à sa portion inférieure et à sa portion 
moyenne une courbe uniforme qui se termine par une légère 
dépression à sa portion supérieure. Le bord de sa partie interne 
présente à sa portion moyenne une courbe bien plus bornée que 
celui de sa partie externe; ses portions inférieures et supérieures 
se confondent presque avec des lignes droites ; la première se ter- 
mine au-dessus du niveau de l'œil par un léger bord libre , et 
la réunion de ces parties externes et internes forme un angle 
droit à leur extrémité supérieure. ( Fesp. Malais.) 

6° La conque évasée (fig. 6, a), aussi large que haute, ne forme 
point le cornet j la moitié inférieure de sa partie externe est seule 
repliée en avant, et elle s'avance par sa portion inférieure presque 
jusqu'à la commissure des lèvres; son bord présente un contour 
arrondi uniforme, et il en est de même du bord de la partie 
interne qui se lie à la peau de la tête, et ne s'en distingue que 
par un sim^ple repli situé dans un point plus élevé que l'œil. 
Cette conque est arrondie supérieurement. ( Vesp. Nodule.) 

7» La conque ovale (fig. y, a, b) est moins large que haute, ne 
forme point le cornet; son bord externe seul est un peu reployé 
sur lui-même, et d'une largeur assez grande à sa partie inférieure; 



DES VESPERTILIONS. 1 I 

elle diminue uniformément en s'élevant, et se termine par un 
contour arrondi. {Vesp. Sérotine.) (i). 

L'oreillon (pi. 2), cet appendice qui se trouve toujours situé 
au-devant du trou auditif, se présente aussi sous diverses 
formes, comme on l'a souvent fait remarquer : en alêne, en 
couteau, en massue, en demi-cœur, et il peut être considéré 
dans les mêmes parties que la conque auditive. 

L'oreillon en alêne (fig. i, b, fig. 3, 6) est formé d'une lame 
longue, étroite, se terminant graduellement en pointe, et ayant 
à sa base, du côté de la partie externe de l'oreille, un ou deux 
très petits lobules. ( f^esp. à moustaches. Vesp. Kirivoula.) 

L'oreillon en couteau (fig. i, c, fig. 2, b, fig. 7, 6) consiste en 
une lame bien plus longue que large, dont le bord externe est 
plus courbé que le bord interne à-peu-près di^oit. Une petite 
échancrure s'observe à sa base du côté courbé. (Vesp. deSaulnier. 
Vesp. épais.) 

L'oreillon en massue (fig. 6, a) est celui qui, étant aussi long 
que large, a son bord externe courbé, et son bord interne à-peu- 
près droit, et qui est arrondi supérieurement. Une échancrure 
s'aperçoit aussi à sa base du côté courbé. ( Vesp. Noctule. ) 

L'oreillon en pétale [G^q. 5,6), très large comparativement à sa 
longueur, a son bord externe arrondi , et son bord interne 
échancré dans son milieu; il se termine en pointe. (Vesp. Mettais.) 

L'oreillon en demi-cœur (fig. 4, b) présente une lame terminée 
en une pointe étroite, large à sa base, droit à son bord interne, 



(i) N'ayant pu observer la pipistrelle dans un étal de conservation suffi- 
sant, il ne m'a pas été possible de vérifier si son oreille présente des carac- 
tères particuliers, comme une première observation me l'avoit fait supposer. 



13 ESSAI DE CLASSIFICATION NATURELLE 

arrondi à la moitié inférieure de son bord externe, età-peu-près 
droit à son autre moitié; un lobe se remarque à la base de son 
bord externe. [Vesp. Murin.) 

Quoique les faits que je viens de rapporter soient assez nom- 
breux, je ne puis cependant en faire qu'une application bornée, 
n'ayant à ma disposition qu'un très petit nombre de Vesperti- 
lions dans l'état où ils devroient être pour faire connoître à-la- 
fois leur tête, leurs oreilles et leurs oreillons : pour plusieurs, 
je n'ai eu que les têtes, pour d'autres que les oreilles et les 
oreillons, et comme les oreilles et leurs dépendances n'ont point 
été présentées avec assez de détails pour les rendre compara- 
bles, je n'ai pu faire tout l'usage que j'aurois désiré des fi^q^ures, 
nombreuses d'ailleurs, qui représentent les Vespertilions. 

11 y a plus, mes observations pourront être perfectionnées, 
des observations nouvelles pourront faire connoître de nou- 
velles modifications de l'oreille de ces animaux, on pourra, en 
un mot, compléter et rectifier un travail dont il ne m'étoit donné 
que d'établir les principes, que de fonderies bases; tovitefois 
dans l'application que j'ai faite de mes observations, nous voyons 
déjà que les Sérotinoïdes nous présentent des oreilles échancrées 
(la Sérotine) (le Vesp. de Caroline), auxquelles s'associent des 
oreillons en couteau; que lesNoctuloïdes ont des oreilles évasées 
avec des oreillons en massue (laNoctule commune, la Noctule 
de Sumatra); qu'enfin l'oreille des Murinoïdes est, ou en cornet, 
ou échancrée, ou obtuse; qu'à la première, se trouvent des 
oreillons en demi-coeur, et aux deux autres des oreillons en 
couteau , en alêne ou en demi-cœur. 

Pour compléter les points de vue sous lesquels peuvent s'en- 
visager les rapports des Vespertilions entre eux, je devrois encore 



DES VESPERTILIONS. l3 

les considérei' dans leurs mœurs; mais la vie de ces animaux qui 
se passe dans l'obscurité nous est à-peu-près inconnue. Cachés 
pendant la journée dans des lieux privés de lumière, ne s'occu- 
pant à satisfaire leurs besoins qu'à la chute du jour, ou même 
pendant la nuit, on n'a point recherché jusqu'à quel point leur 
naturel diffère, et quelle relation peut exister entre leur ma- 
nière d'être, et les modifications organiques qui les distinguent. 
Cependant on trouve déjà dans le petit nombre d'observations 
qu'on possède, qu'à cet égard leurs différences sont assez remar- 
quables, et qu'elles ont quelques coïncidences avec celles que 
les organes présentent. 

Ainsi la Sérotine paroît tomber en hiver dans un sommeil 
beaucoup plus profond que celui de la Noctule ou du Murin, 
ne paroissant que beaucoup plus tard au printemps : en été elle 
ne sort de sa retraite qu'après le coucher du soleil ; et elle vit par 
paire retirée dans le creux des vieux arbres. 

La Noctule au contraire se montre dès les premiers beaux 
jours de la fin de l'hiver, et elle pourvoit à .ses besoins long-temps 
avant le coucher du soleil. D'abord son vol est très élevé; mais 
elle se rapproche de la terre à mesure que le jour baisse, et 
quand le soleil i^eparoît elle rentre dans sa retraite , c'est-à-dire 
dans la partie obscure des vieilles tours ou le creux des vieux 
arbres. Cette espèce forme des troupes de dix à vingt individus 
de tout sexe. 

Les Murins paroissent vivre solitaires, mais ils se retirent aussi 
pendant le jour dans les vieux édifices et les arbres creux. 

On sait, au reste, assez que les observations ont une influence 
réciproque, qu'elles se fécondent mutuellement, que celles qui 
se rapportent à un ordre de faits quelconque profitent aux faits 



l/\. ESSAI DE CLASSIFICATION NATURELLE 

d'ordres différents, en éveillant sur eux une attention que tout 
contribuoit à en écarter. Réunis j usqu'à présent dans le même 
groupe générique, présentés comme étant liés intimement les 
uns aux autres par les organes, et ne différant que par de 
foibles caractères spécifiques, on n'a dû mettre que peu d'im- 
portance à l'étude des différences que présentent les moeurs des 
Vespertilions ; mais dès qu'il sera reconnu que ces animaux 
forment des divisions naturelles fondées sur des modifications 
organiques d'un ordre plus élevé que celles qui caractérisent les 
espèces, cette étude se fera naturellement, et dans ce cas, comme 
dans tous les cas analogues, nous trouverons la nature consé- 
quente à elle-même; où ses moyens sont différents, les résultats 
le seront aussi. 



Je vais actuellement passer à la description des espèces de 
Vespertilions que j'ai à faire connoître, et que je crois nouvelles 
ou du moins méconnoissables dans les descriptions qui en au- 
roient pu être données. Les unes sont de l'Amérique septen- 
trionale et les autres des Grandes-Indes. 

Les Vespertilions de l'Amérique septentrionale dont les au- 
teurs ont parlé sont déjà au nombre de douze. MM. Rafines- 
que, Sây et Leconte qui les ont vus sur les lieux en sont les 
principaux historiens. Le premier en désigne six, sous les noms 
de Melanotus, Calcaratus, Monachus, Phàiops, Cyanopterus et Ma- 
crotis. Malheureusement il se borne à présenter d'une manière 
sommaire les caractères par lesquels ces espèces se distinguent 
les unes des autres; il n'en donne point une description com- 
plète, et par-là , ôtant tout moyen de les comparer exactement 
aux espèces qui lui sont restées inconnues, il en résulte que ses 



DES VESPERTILIONS. l5 

observations ne peuvent plus être admises que comme de simples 
indices qui, par des observations nouvelles, pourront quelque 
jour devenir profitables à la science. 

M, Say (i) en a décrit deux, et ses descriptions suffiroient s'il 
nous eût fait connoître la forme des têtes; cependant il paroît, 
d'après M. Harlan, que l'une d'elles, le Vespertilion arcquatiis, 
n'a que deux incisives supérieures, et que le Subulatus seul est un 
Vespertilion. 

M, le major Leconte donne comme Vespertilions son Nocteva- 
gans, son Lucifugus et son Macrotis, qui est celui de Rafinesque , 
lequel est un Oreillard. Les deux autres sont de véritables Ves- 
pertilions, le premier appartenant à la section des Sérotinoïdes, 
et le second à celle des Murinoïdes ; mais nous n'en connoissons 
que les têtes qui nous ont été remises par M. Leconte lui-même. 
Enfin depuis long-temps M. Geoffroy (2) avoit donné la descrip- 
tion d'un Vespertilion de la Caroline ( V. carolinensis) , et c'est 
celui de tous qui nous est le mieux connu , parcequ'à la des- 
cription sont jointes deux figures de la tête, une dans son état 
naturel, et une autre dépoviillée de ses parties molles et avec les 
os seulement. 

Les Vespertilions que j'ai à ajouter aux précédents sont au 
nombre de sept. 

1° Le V. Griffon, F. Gryphus. 

A la tête des Murinoïdes et deux fausses molaires anomales 
fort petites de chaque côté des deux mâchoires; l'oreille est 



(i) Major Long, Exped. to the Rocky Mountains, vol. I, p. 1 67 , et II , p. 65. 
(2) Annales du Muséum d'hist. nat., t. VIII, p. igS, pi. 47 et 48. 



l6 ESSAI DE CLASSIFICATION NATURELLE 

échancrée et l'oreillon en couteau. Toutes les parties supérieures 
du corps sont d'un blond jaunâtre, les parties inférieures sont 
grises, mais les poils des uns et des autres sont noirs à leur ex- 
trémité inférieure. Les parties nues sont violâtres. Des mous- 
taches garnissent les côtés de la lèvre supérieure et le dessous 
de l'extrémité de la mâchoire inférieure. 

Longueur du corps, de l'extrémité du museau à l'origine de 

la queue i pouce 9 lignes. 

De la queue i 2 

Envergure. y 10 

Des environs de New-York. Dû aux recherches de M. Milbert. 

2° Le V. DE SauLNIEE, V. Salarii. 

A la tête des Murinoïdes et deux fausses molaires de chaque 
côté des deux mâchoires; l'oreille est échancrée et l'oreillon en 
couteau. Toutes les parties supérieures du corps sont d'un brun- 
marron grisâtre, et les parties inférieures gris-blanchâtres. Aux 
parties brunes les poils sont plus foncés à leur moitié inférieure 
qu'à leur supérieure; ils sont noirs dans cette inférieure aux par- 
ties grises. Les parties nues sont brunes, des moustaches garnis- 
sent les côtés de la lèvre supérieure et le dessous de l'extrémité 
de la nîâchoire inférieure. 

Longueur du corps, du bout du museau à l'origine de la 

queue i pouce 6 lignes. 

De la queue » 7 

Envei^gure 7 7 

Des environs de New- York. Dû aux recherches de M. Milbert. 

3° Le V. DE Géorgie, F. Georgiamis. 

A la tête des Murinoïdes; l'oreille est échancrée et l'oreillon 



DES VESPERTILIONS. 17 

en alêne. Toutes les parties supérieures du corps sont colorées 
par un mélange de noir et de blond jaunâtre. Le noir paroît, 
parceque la pointe des poils qui est blonde ne recouvre pas, à 
cause de sa brièveté, le reste de la longueur de ces poils qui est 
noir. Les parties inférieures sont grises, mais mélangées de noir, 
par la même cause qui fait paroître cette couleur aux parties 
supérieures. Des moustaches garnissent les côtés des lèvres su- 
périeures, et le dessous de l'extrémité de la mâchoire inférieure. 
-Longueur du corps, du bout du museau à l'origine de la 

queue i pouce 6 lignes. 

De la queue 1 2 

Envergure 7 » 

De Géorgie. Dû aux recherches de M. le major Leconte. 

4° LeV. Blondin, F. Subflavus. 

A la tête des Murinoïdes; l'oreille est échancrée, et l'oreillon 
en demi-cœur. Les parties supérieures du coi-ps sont d'un blond 
gris clair, légèrement ondulées de bx'unâtre; les parties infé- 
rieures d'un blanc jaunâtre; les poils des parties supérieures sont 
noirs à leur base , blanchâtres dans la plus grande partie de leur 
longueur, et brunâtres à leur pointe; ceux des parties inférieures 
sont noirs à leur moitié inférieure, et d'un blanc jaunâtre à leur 
autre moitié. Des movistaches garnissent les côtés de la lèvre 
supérieure, et le dessous de l'extrémité de la mâchoire inférieure. 

Longueur du corjjs, du bout du museau à l'origine de la 

queue i pouce 6 lignes. 

De la queue i 3 

Envergure '7 

De Géorgie. Dû aux recherches de M. le major Leconte. 

Annales du Muséum, t. I", 3' série. 3 



l8 KSSAI DE CLASSIFICATION NATURELLE 

5° Le V. CreeKS, F. Creeks (i). 

A la tête des Sérotinoïdes, point de fausses molaires anomales 
à la mâchoire supérieure, et une seule à l'inférieure; l'oreille est 
échancrée, et l'oreillon en couteau; les parties supérieures sont 
d'un brun jaunâtre, les parties inférieures d'un gris sale; les 
poils de toutes ces parties sont noirs à levu^ base. Des mousta- 
ches garnissent les côtés du museau et le dessous de l'extrémité 
de la mâchoire inférieure. 

Longueur du corps, du bout du museau à l'origine de la 

queue 2 pouces. 

De la queue i 6 lignes. 

Envergure 9 

De Géorgie. Dû aux recherches de M, le major Leconte (2). 

6° Le V. ÉPAIS, F. Crassus. 

A la tête des Murinoïdes , deux fausses molaires anomales de 
chaque cô.té des deux mâchoires; l'oreille obtuse et l'oreillon en 
couteau. 

Tovites les parties supérieures du corps sont d'un brun-marron 
p-risâtre, et les parties inférieures blondes; les poils, à leur oi'i- 
gine, sont plus foncés qu'à leur extrémité. 

(1) Ce Vespertilion a la tête exactement semblable à celle du Vespertilion 
de la Caroline, et leurs couleurs ont de grands rapports, mais ils diffèrent 
par la forme de l'oreillon, si, comme le dit M. Geoffroy, cet organe, chez le 
Vespertilion de la Caroline, ressemble à celui du Murin, et est en forme de 
demi-coeur. 

(2) Nous devons encore à M. Leconte un Vespertilion que nous considé- 
rerons comme appartenant à cette espèce, car il ne diffère des individus, 
d'après lesquels nous l'avons décrite, que par une nuance plus brune en 
dessus et en dessous. 



DES VESPERTILIONS. lÊg /? 

Des moustaches garnissent les côtés de la lèvre supérieure et 
l'extrémité de la mâchoire inférieure. 

Longueur du corps, du bout du museau à l'origine de la 

queue 2 pouces. 

De la queue i 8 lignes. 

Envergure 8 8 

Cette espèce est due à M. Lesueur, qui l'a envoyée de New- 
York, sous le nom que je lui ai conservé. 



Les Vespertilions de la presqu'île de l'Inde, du Bengale et des 
Indes orientales qui nous étoient connus sont, le Kii^voula 
Y.Pictus, depuis long-temps décrit et figuré par Séba; et quatre 
espèces publiées par M. Horsfield dans ses Recherches zoologi- 
ques sur Java, c'est-à-dire les Vespertilions qu'il nomme Adver- 
sus, Hardwickii , Translatus et Imbricatus. Ces qviatre espèces, 
dont on doit regretter de n'avoir pas au moins les figures de la 
tête , sont cependant décrites avec assez de soin pour que j'aie pu 
reconnoître qu'aucun des Vespertilions indiens que j'avois sous 
les yeux ne leur appartenoit. Le nombre des Vespertilions des 
parties méridionales de l'Asie s'élèvera donc à neuf (i); c'est la 
moitié moins que celles qui ont été reconnues en Europe; et 
quand on considère l'étendue de l'Indostan, les îles nombreuses 



(i) Depuis la lecture de ce Mémoire, M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire en 
a publié une espèce de plus, sous le nom de Vespertilion de Bélanger, dans 
le Voyage de Charles Bélanger aux Indes orientales, p. 27, fig. 3 ; mais cette 
espèce ne se rapporte non plus à aucune des nôtres. 



20 ESSAI DE CLASSIFICATION NATURELLE . 

qui en sont voisines, ou qui forment les Indes orientales; mais 
sur-tout la nature de ces contrées si favorables aux animaux qui 
se nourrissent d'insectes, on est fondé à penser que de nombreuses 
espèces encore y seront reconnues, et que les soins des natura- 
listes qui s'occuperont de leurs recherches seront amplement 
récompensés. 

7° Le V. Malais, V. Malayanus. 

A la tête des Murinoïdes, l'oreille en entonnoir et l'oreillon 
en pétale. 

Toutes les parties du corps sont d'un fauve clair; les supé- 
rieures un peu plus foncées que les inférieures; les membranes 
sont d'un brun clair, et des moustaches garnissent les côtés du 
museafu. 

Longueur du corps, du bout du museau à l'origine de la 

queue i pouce 5 lignes. 

De la queue i 7 

Envergure 8 

Nous devons cette espèce aux soins d'Alfred Duvaucel. 

8° La Nogtule de Sumatra. 

Un peu plus petite que la Noctule d'Europe, mais tout-à-fait 
semblable. 

Longueur du corps , du bout du museau à l'origine de la 

queue 2 pouces 2 lignes. 

De la queue i 4 lignes. 

Envergure 9 

C'est à Alfred Dvivaucel que nous devons la connoissance de 
cette Noctule de Sumatra. 



Têtes de Vej'pertilCo/w { Chm<^oes- Souris) 



N.Annales- du/JTwréunv 




•oé par FlfJt- . 



J^. Annales duu Miwêum' . 



Têtes et OreMes de l espertt fions (C/iauoes-Soio-ùj 



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DES VESPEUTILIONS. 21 

9° V. Javanais, V. 

A la tête des Noctuloïdes, les oreilles échancrées et les oreil- 
lons en couteau. Toutes les parties supérieures du corps d'un 
brun uniforme; les parties inférieures blanchâtres. Les poils 
n'ont ces couleurs qu'à leur pointe ; ils sont noirs dans le reste 
de leur longueur. 

Longueur du corps, du bout du museau à l'origine de la 

queue i pouce 7 lignes. 

De la queue i i 

Envergure 7 

C'est M. Busseuil, chirurgien de la corvette la Thétis, com- 
mandée par M. de Bougainville fils , qui a rapporté cette espèce 
de Java. 

10° V. DE GOROMANDEL. 

A la tête des Noctuloïdes, les oreilles échancrées, les oreillons 
en couteau. Les parties supérieures du corps sont d'un brun gris 
jaunâtre, et les parties inférieures blanchâtres. Les poils sont 
noirs dans les trois quarts de leur longueur, et d'un blond jau- 
nâtre à leur extrémité. 

Longueur du corps, du bout du museau à l'origine de la 

queue i pouce 4 lignes. 

De la queue i i 

Envergure 6 6 

Leschenault a rapporté cette espèce de Pondichéri. 



ESSAI 

Pour servir à la détermination de quelques animaux sculptés (i) 
dans l'ancienne Grèce, et introduits dans un monument histo~ 
rique enfoui durant les désastres du troisième siècle (2). 

PAR M. GEOFFROY SAINT-HILAIRE. 



Représentant de l'Académie royale des sciences dans la com- 
mission dite de l'expédition scientifique de Morée, et à ce titre 
appelé à prendre connoissance de quelques débris d'un bas-relief 
découvert en i83o, et récemment transportés à Paris, je croyois 
n'intervenir que pour répondre à cet appel : roais entraîné par 
le sentiment du naturaliste, je me suis trouvé engagé dans d'au- 
tres soins. 

Ces débris proviennent du temple fameux consacré à Jupiter 
et bâti à Olympie, dans la vallée et sur les bords de l'Alphée. On 
est redevable de leur découverte aux artistes envoyés en Morée, 
et en particulier à M. Blouet, chef de la section des architectes. 
Olympie et ses nombreux édifices avoient entièrement dis- 
paru, mais les écrits de Pausanias portèrent sur leurs traces; 
et sur une indication qui ne pouvoit être un renseignement 
utile que pour le zèle et le savoir, M. Blouet se crut sur lem— 

(i)Par Alcamêne, Téléve et le rival de Phidias. 

(2) Ce Mémoire a été lu à l'Académie royale des sciences ,1e 1 4 février 1 83 1 , 
peu de jours après l'arrivée à Paris des parties retrouvées du monument. 



24 ESSAI POUR SERVIR A LA DÉTERMINATION 

placement d'Olympie, et fit fouiller parmi les alluvions de l'Al- 
phée. C'est là qu'on découvrit une partie du fronton du temple de 
Jupiter Olympien, principalement l'un des bas-reliefs décrits 
par Pausanias, et dont cet auteur célèbre le mérite, en le re- 
commandant comme dû au ciseau de l'un des grands sculp- 
teurs de l'époque, Alcamène, l'élève le plus distingué de Phi- 
dias. Dans ce bas-relief, Minerve honore la force , la valeur et 
les bienfaits d'Hercule. Une partie des animaux dont le héros a 
purgé le sol de la Grèce orne cette scène d'ovation. 

SECTION PREMIÈRE. 
Observations préliminaires. 

Qu'étoient ces animaux, quels doivent-ils nous paroître? A 
l'idée toute naturelle, dans ma position sur-tout, d'essayer d'en 
donner une détermination, on opposa des règles, certains usages 
consacrés comme autant de principes par les érudits : il est 
même pour ce cas un mot, parerga, qui désigne tous les acces- 
soires de la sculpture antiqvie, et qui sert à exprimer l'espèce de 
dédain qu'on témoigne pour les accompagnements caricaturés 
d'un sujet principal. Cependant opposer des généralités, dont 
il faut d'abord qu'on suppose la prétendue infaillibilité, sans faire 
la part des cas imprévus, et définitivement les recommander 
pour détourner d'un projet d'études, cela me parut irréfléchi, 
et je passai outre. 

Je reviens aux impressions que je reçus devant les fragments 
du bas-relief, qui furent d'abord déposés au ministère de l'inté- 
rieur. Qu'étoient les animaux représentés au temps de Phidias et 



DE QUELQUES ANIMAUX SCULPTÉS. 25 

d'Alcamène, ce lion de Némée, cette hydre de Lerne , le tau- 
reau de Crète, le sanglier d'Erymanthe, etc.? Dans quelle me- 
sure la nature animale d'alors avoit-elle été consultée? H y a 
plusieurs races ou espèces de lions, de sangliers, de taureaux, 
de grands serpents. Jusqu'à présent le sentiment populaire s'é- 
toit contenté des idées un peu vagues exprimées par ces noms 
génériques, et l'on n'y avoit attaché aucune importance. Pour- 
quoi, si de grandes révélations ou de piquantes observations 
dévoient dépendre d'études plus réfléchies et plus conscien- 
cieuses de ces vieux matériaux de la fable ou de l'histoire, re- 
noncer à s'y livrer? Pourquoi le sentiment zoologique, devenu 
de nos jours plus profond et plus puissant, ne seroit-il pas de 
nouveau employé à chercher, à démêler ce qu'il peut y avoir de 
vrai, ou simplement d'emprunté à l'imitation delà nature, dans 
ces conceptions pittoresques, dans les produits les plus maniérés 
de l'art? Car, si ce ne sont pas des portraits réels, toujours est-il 
certain que l'artiste n'a pu marcher contre son but, c'est-à-dire 
assigner des formes pour qu'elles fussent méconnues. 

Une autre objection à prévenir est celle-ci : « L'histoire natu- 
relle ne sauroit raisonnablement intervenir dans des questions 
de pure mythologie, et faire partie d'une discussion s'appliquant 
à la configuration de signes symboliques , si les douze travaux 
d'Hercule ne rappellent que des sujets fabuleux.» Selon l'opinion 
de la plupart des archéologues, qu'ont entre avitres exprimée 
Court de Gébelin et Dupuis , les faits attribués à Hercule ne 
reproduisent , sous une autre forme , que les allégories des douze 
signes du zodiaque , ne sont qu'une traduction en style grec des 
scènes et motifs figurant et exprimant allégoriquement l'ancienn e 
et universelle cosmogonie. Or , l'invention du zodiaque devint 

Jtnnales du Muséum, t. I", 3* série. 4 



20 ESSAI POUR SERVIR A LA DÉTERMINATION 

le fond d'une théogonie indienne plusieurs siècles avant le déve- 
loppement de la vie sociale en Europe. Et comment alors, dans 
le bas-relief découvert à Olympie , qui ne seroit qu'une trans- 
formation de cette ancienne composition , trouver des éléments 
pour une zoologie grecque ? 

Des esprits généralisateurs vont très vite dans des suppositions 
qui embrassent tous les âges historiques. Mais défions-nous de 
ces penseurs, nés avec des cerveaux ardents, pour lesquels pro- 
duire est un besoin irrésistible, que l'inspiration saisit avant de 
posséder les faits , bien qu'elle les entraîne au-delà quelquefois 
avec bonheur au pi^ofit de l'humanité. Et, en effet, c'est pour 
moi une question encore entière, si les Grecs, entrant dans les 
voies de la civilisation , ont connu et adopté les fables indiennes ; 
ou si, partis du même point de barbarie que les sociétés dans 
l'Inde, ils ont eu à traverser les mêmes obstacles, à épi'ouver les 
mêmes vicissitudes, à ressentir les mêmes joies de victoires sem- 
blables, et à inventer également pour leur compte les mêmes 
manifestations de leurs sentiments (i). 



(i) Le développement de ce sujet devoit faire le second chapitre du pré- 
sent écrit: car cette question se lie à une autre assez différente que j'étudie, 
et dont je compte donner les résultats à la fin de mes travaux sur les osse- 
ments fossiles du calcaire oolitliique de la Basse-Normandie. 

Il n'y a d'animaux possibles qu'en raison de l'essence et selon la nature des 
éléments ambians qui s'organisent en eux. A chaque cycle géologique, ces 
éléments sont plus ou moins modifiés , et alors ce sont tout autant de formes 
animales, qui varient dans une même raison. Or, l'homme, qui après tant 
d'autres animaux, est à son tour intervenu dans le courant de ces change- 
ments, offroit certes un sujet intéressant d'études, sous ces deux rapports, 
1° de son apparition comme constituant une espèce bipède et à tête volumi- 



DE QUELQUES ANIMAUX SCULPTÉS. 27 

Dans les appréciations de ce genre, i'on ne sauroit apporter 
trop de réflexion , admettre trop de distinctions. N'oublions pas 
les deux nécessités qui poussent l'homme vers sa destination dé- 
finitive, qui aussi en restreignent les allures aventureuses; 
c'est-â-dire n'omettons dans nos spéculations l'intervention ni 
des choses du dedans, ni de celles du dehors. Expliquons cette 
pensée contractée et par conséquent obscure. 

Les choses intérieures sont celles qui se manifestent dans 
l'homme, comme étant absolument engendrées par ses faits de 
propre nature; ce sont les incitations de toutes les parties de son 
organisation: et les choses extérieures sont tout ce qui l'affecte 
par des perceptions causées au-dehors, ou toutes les excitations 
de son monde ambiant, lesquelles l'astreignent et le livrent, en 
instrument docile, à la cohésion de ce qui le touche mécanique- 
ment. Que 1 homme n'obéisse qu'à une seule de ces impulsions , 
celle du travail intérieur de ses parties organiques, il n'est sus- 
ceptible dans l'oi'dre des temps que des mêmes actes. D'une 
nature dans ce cas immuable , il est par cette position, ou devient 
vis-à-vis de lui-même, une même cause engendrant nécessaire- 
ment le même effet. Mais n'est-ce pas ce qui se nxontre unique- 
ment et ce qui se trouve entièrement réalisé à la première 

neuse et sphéroïdale; et 2° d'une aptitude indéfinie dans le perfectionnement 
matériel de son être, sur-tout en commençant et cultivant la vie sociale. 

C'est à de telles recherches que, dans un second article, je voulois appli- 
quer les déterminations acquises dans le présent Mémoire; mais, arrêté tout 
d'abord comme je l'ai été, je me réfugie dans le silence. Ce second chapitre 
devolt contenir un essai d'explication du sens caché sous les formes symbo- 
liques de l'Hercule grec, une explication, comme la peut concevoir et donner 
un naturaliste. 



28 ESSAI POUR SERVIR A LA DÉTERMINATION 

époque de la vie sociale? Au sortir.de la barbarie, il est plutôt 
excité par les susceptibilités de son instinct que guidé par les 
lumières d'une raison intelligente; faculté adventive, mais non 
actuellement advenue. Ce qui appartient à sa nature intime est 
dans ce moment en pleine puissance d'agir et détermine toutes 
ses allures, non que l'homme n'ait à se débattre dans son monde 
ambiant, qu'il ne doive (et certes plus vivement encore) res- 
sentir tout le poids accablant des parties environnantes, et qu'il 
ne soit dominé par tant de corpuscules qui pénètrent en lui; se 
rendant au cerveau par les organes des sens, alimentant la 
flamme de ses poumons et changeant tovisles rapports chimique^ 
des ingesta dans ses voies digestives. 

Mais toutes ces causes d'influence pour l'homme dans l'en- 
fance de la civilisation sont une constante sans différence ap- 
préciable, sur laquelle, à la rigueur, la différence des climats 
pourroit avoir action ; c'est-à-dire sont une constante qui se 
manifeste comme des parties concentrées, amenées à l'unité d es- 
sence et par conséquent incapables de variations partielles, 
quand au contraire les modifications organiques, qui dépendent 
de l'âge, du jeu plus ou moins libre des organes et d'une multitude 
de petites circonstances provocatrices , agissent de leur chef avec 
autorité, et ainsi distinctement. Les hommes, dans les premiers 
pas de la carrière sociale , n'ont point encore assez de lumières 
pour réagir contre les forces de la nature, pour diriger le cours 
des eaux, pour assainir les lieux fangeux, enfin pour réformer 
en partie leur monde ambiant. Engagés dans les mêmes travaux 
sur divers points de la terre, ils y pensent de même, s'y répètent 
de même, mais ne se copient pas. Chaque peuplade se trouve 
célébrer ses succès par de mêmes chants triomphaux : car il n'y 



DE QUELQUES ANIMAUX SCULPTÉS. 29 

a d'histoire soigneusement recueillie et écrite que parmi les 
nations qui ont vieilli dans la civilisation. 

C'est ce que ne comprennent point quelques esprits généra- 
lisateurs, qui, au contraire, apercevant des rapports entre les 
tendances et les moyens des premiers actes de la vie sociale, ne 
manquent point dans ce cas d'attribuer l'invention de l'ordre 
établi au peuple le plus ancien, et ne voient plus que dès effets 
de réminiscences chez les générations suivantes. 

Voilà par quelles séries d'idées a passé mon esprit pour, conce- 
voir comment chaque peuple, placé à d'assez grandes distances 
comme lieu et comme époque, aura de la même manière com- 
mencé la vie sociale et se sera de même, ou à-peu-près de même, 
félicité de ses succès. 

Mais quant aux douze travaux d'Hercule, je m'appuie sur des 
preuves plus spéciales et plus directes \ c'est que le caractère et 
les expressions des faits attribués à ce héros sont uniquement et 
exclusivement grecs. Chaque nom d'allégorie a son principe dans 
des raisons de localités : c'est à des Grecs , et en se servant des 
noms de leurs villes, vallées et montagnes, qu'on parle. Ceci est 
manifeste dans cette nomenclature : taureau de Gnosse ou de 
Crète, lion deNémée , sanglier d'Erymantke ou de Calydon, hydre 
de Lerne , etc. Tout est là d'invention grecque , c'est de l'histoire 
et de la géographie entièrement helléniques (i). 

J'avais besoin pour moi et mes lecteurs de ces éclaircissements : 

(1) Ces réflexions dévoient préparer la discussion d'un second chapitre. 
Celui-ci ne peut paroître dans le présent ouvrage; et j'aurois peut-être mieux 
fait aussi de supprimer tout ce paragraphe, où je ne me dissimule pas qu'on 
ne puisse justement trouvera blâmer le caractère d'un hors- d'oeuvre., 



3o ESSAI POUR SERVIR A LA DÉTERMINATION 

au moyen de ces explications , je puis effectivement avancer dans 
la composition de cet écrit, agir avec une pleine aisance dans 
les déterminations que je vais essayer de donner. Dans le bas- 
relief d'Olympie, formant une page, qui n'est pas seulement re- 
commandable par son antiquité de vingt-deux siècles, mais qui 
l'est en outre comme émané du grand siècle de la sculpture et 
comme étant le sujet original d'un commentaire fait par Pausa- 
nias, nous ne trouvons d'instruction et de souvenirs que pour trois 
animaux de l'ancienne Grèce. Une partie seulement des sujets 
exprimant les douze travaux d'Hercule nous est parvenue : 1 hy- 
dre de Lerne, ou du moins une tête de serpent qu'on en a supposée 
la repi'ésentation , étoit au nombre des objets retrouvés, mais 
ce morceau n'a point été rapporté : c'est une perte regrettable. 

SECTION DEUXIÈME. 

Considérations zoologiques. 

Je passe à la description des trois animaux, de celle du moins 
de leur forme , telle qu'elle nous est présentement transmise par 
l'art de la sculpture, comme il fut au temps de Phidias. 

I. Le taureau, objet du sixième travail d'Hercule. Ce taureau 
est représenté de grandeur naturelle et de profil, la tête étant 
tournée povir être vue de face; le héros dans une attitude où il 
déploie sa force athlétique est légèrement incliné, son dos cou- 
vrant les flancs de l'animal . Il se le soumet, en paroissant l'accabler, 
non seulement de son propre poids, mais de plus par de vio- 
lents efforts. Ainsi l'on aperçoit du taureau, par-derrière, sa 



DE QUELQUES ANIMAUX SCULPTÉS. 3l 

croupe et sa queue artistement jetée, et, par-devant, sa tête; le 
cou est gros , la corne est pres([ue droite , latérale et fort courte : 
le masque manque , le marbre étant frustre en cet endroit par 
suite de brisure; cependant l'emplacement de la face est suffi- 
samment circonscrit pour qu'on puisse juger de ses proportions 
et y reconnoître sur-tout un front large et sans hauteur. D'après 
cet ensemble, et les formes de la queue légèrement floconneuse 
à l'extrémité, mais en se fondant spécialement sur les caractères 
plus précis de la tête, je crois reconnoître le taureau sauvage, 
qui fut autrefois si abondant en Europe, le Bos Uvus, l'aui'ochs, 
dont il est si souvent question dans les Commentaires de César, 
qui n'existe plus présentement dans les forêts de la Germanie et 
que l'action progressive de la civilisation dans les lieux où il est 
encore souffert, tels que les contrées désertes de la Pologne , de la 
Russie et de la Turquie , doit prochainement anéantir. Ce n'est 
qu'à cette espèce que l'on peut attribuer les passages ci-après de 
Pausanias. « Le taureau de Péonie est de toutes les bêtes féroces 
la plus difficile à prendre en vie (i) : c'est un animal qui a de 
grands poils sur le corps, particulièrement sous la gorge et sur 
l'estomac (2). r, Au temps de Pausanias , l'aurochs auroit donc 
été déjà refoulé vers l'entrée de la Macédoine , dans des gorges 
où la rivière de l'Axius prend sa source ; cependant un caractère 
dans le marbre d'Olympie fourniroit une autorité contraire à 
cette détermination, c'est le trop de longueur de la queue. Alca- 
mène, composant d'après ses souvenirs, ne se sera point piqué 



(i) Lib. X, cap. i3. 
(2) Lib. IX, cap. 21. 



32 ESSAI POUR SERVIR A LA DÉTERMINATION 

d'exactitude à cet égard , afin de donner un mouvement plus 
heureux à cette partie de son bas-relief. 

II. Le lion , objet du premier travail d'Hercule. Il y a trois 
sujets qui se rapportent à cette espèce , dans le bas-relief d'O- 
lympie : i° un lion terrassé, couché et foulé par l'un des pieds 
du héros; et 2° deux têtes plus fortes que nature, servant d'orne- 
ment, et qui furent comprises dans l'entablement du fronton : 
l'une des têtes est vue de face et l'autre de profil. 

Hercule, dont Hérodote place la naissance cent ans avant îa 
guerre de Troie, c'est-à-dire i382 ans avant l'ère chrétienne, est 
réputé avoir combattu et tué pour son premier travail un lion 
dans la forêt de Némée. Or, cette forêt avoit reçu son nom de 
son voisinage d'une ville de l'Argolide , située au pied du mont 
Apésas : en admettant ces données historiques , il y avoit à cette 
époque très reculée des lions dans le Péloponèse : mais huit cents 
ans plus tard , il ne s'en trouvoit plus que vers la frontière nord 
de la Grèce , où ces redoutables animaux avoient jusque-là ré- 
sisté. Il est avéré qu'il n'en existe plus présentement sur aucun 
point de l'Europe. 

C'est par Hérodote que cette particularité , touchant les lieux 
occupés par les lions au temps de la guerre de Xercès, nous est 
parvenue (i): il s'en trouvoit un grand nombre dans les pays ren- 
fermés entre l'Achéloiis et le Nessus , c'est-à-dire dans une partie 
de la Thrace etde la Macédoine. Xercès, traversant la Péonie, eut 
une partie des chameaux de ses bagages attaquée et détruite par 
des lions descendus des montagnes pendant la nuit. Aristote ra- 

(1) Hist., lib. VII, cap. 120 et 126. 



DE QUELQUES ANIMAUX SCULPTÉS. 33 

conte les mêmes faits, qu'il a, suivant moi, copiés et empruntés 
au père de l'histoire ; il en a fait de même dans bien d'autres pas- 
sages de ses livres. 

Le Péloponèse et plus loin les pays de l'Europe situés au nord 
de la Grèce , avoient-ils leur lion propre, ou n'étoit-ce que le lion 
de l'Atlas , dont l'augmentation de la population auroit peu à peu 
détruit la race ? Il n'y a pas long-temps qu'on eût répondu à cette 
question, en citant la croyance commune qu'il n'y a qu'un lion, 
\efelis leo des auteurs. Alors même c'eût été contre le sentiment 
d'Aristote, qui avoit déjà posé en fait (i) qu'il y a des lions d'es- 
pèces différentes, l'un plus court, à crinière crépue, et d'un 
caractère plus timide, et l'autre qui est plus coui'ageux, ayant 
le corps sensiblement plus long, et qui porte une plus belle et 
plus longue crinière. On doit aujourd'hui d'autant plus d'atten- 
tion à ce passage, que nous connoissons plusieurs races ou es- 
pèces distinctes, savoir : 

1° Le lion du mont Atlas: un corps très long, et sa crinière 
magnifique qui lui garnit la tête, qui entoure le cou , et qui 
s'étend sans intervalle sur l'épaule, le cai^actérisent j c'est le 
deuxième des lions d'Aristote. 

2° Le lion du Sénégal, plus foible, à crinière moins prolon- 
gée; son épaule n'est ornée que d'un épi de poils. 

3° Le lion de Bagdad, tout-à-fait ou à-peu-près sans crinière ; 
Olivier en parle dans son Voyage en Syrie (2): celui-ci n'a ni le 
courage ni la taille , ni la beauté des lions africains. 

4° Les lions noirs de l'Lide, cités par Élien (3). 

(i)Hist.,lib. IX,cap. 44. 

(2) Voy. dans l'Empire ottoman, II, page 426. 

(3) De Animal, nat., lib. XVII, cap. 26. 

Annales du Muséum, 1. 1", 3° série. 5 



34 ESSAI POUR SERVIR A LA DÉTERMINATION 

5° Enfin, les lions du Cap, que notre ménagerie nous montre 
avec une queue sensiblement plus courte. 

C'est sous la préoccupation de l'existence de ces diverses races, 
que nous allons décrire les échantillons du bas-relief d'Olympie. 

Premièrement. Du lion entier et terrassé. 

Il est couché dans une attitude scénique : on le juge irrité de 
ne pouvoir se soustraire à l'ascendant de son vainqueur; les 
lèvres sont en retrait, contractées, fortement renflées et à bords 
sinueux. Le mufle est sillonné, pour rendre l'expression de quel- 
ques petites excavations cutanées, que l'on a figurées en ligne 
et d'où sortent les barbillons; les dents canines sont apparentes; 
la forme des autres est restée non étudiée; les oreilles sont à 
conque large et plissée; et la crinière est disposée en flocons 
égaux, qu'on juge arrangés à dessein et pour produire une sorte 
de chevelure. Au total, l'animal, qui est remarquablement petit, 
tire sa principale expression de sa tête fort courte. 

Il est manifeste, d'après ces traits, que c'est à la première des 
deux espèces d'Aristote que se rapportent les formes du lion 
scidpté par Alcamène. Mais à laquelle des deux, n" 2 et n° 3? 
Tout me porte à croire que c'est à la race qui existe encore dans 
le voisinage de la Syrie. Autrefois il y avoit aussi des lions dans 
la Syrie elle-même et en Egypte, pays où l'on n'en trouve plus. 
La Cilicie, l'Arménie et le pays des Parthes en étoient pleins, 
dit Oppien ; si l'on en voit encore aujourd'hui, ils y sont au moins 
très rares. 

Deuxièmement. Sur la tête vue de face. 

L'artiste a voulu y introduire un caractère de force et de 
majesté; les lèvres ne sont que dans une demi-contraction; le 
nez est large et court, plus sensiblement que dans le lion du 



DE QUELQUES ANIMAUX SCULPTÉS. 35 

mont Atlas. Les oreilles paroissent plus plissées, moins ouvertes 
et plus basses que chez les lions actuellement vivants. La cri- 
nière très singulièrement compassée se trouve si bien distribuée 
en flocons sinueux et symétriques qu'on croit y reconnoître 
moins l'intention d'une copie exacte, que le faire d'un calcul, 
que le sentiment de l'artiste. 

Troisièmement. Sur la tête figurée de profil. 

C'est le même travail que dans le cas précédent; il est évident 
que l'artiste s'est assujetti à l'idéal adopté par lui pour ce sujet, à 
une composition d'intentions poétiques; mais de plus cette tête 
m'a fourni une observation intéressante, un fait du moins qui 
m'a laissé dans une grande incertitude. Six dents bien rangées 
et d'une forme non équivoque remplissent tout un côté de la 
mâchoire supérieure. Le même relief apparoît aussi à la mâ- 
choire d'en bas, mais sous un aspect à cacher une partie des 
dents, ou à ne les présenter que réduites ou sacrifiées. Les six 
dents supérieures se reconnoissent sans difficulté, comme faites 
d'après les six larges dents mâchelières du cheval. Or, ce sont 
quatre molaires de moitié plus petites, échancrées et à bords 
profondément sillonnés, qui forment l'arrière-partie de l'arcade 
dentaire des lions, et à la mâchoire inférieure, trois seulement. 

Dans ce cas, est-ce ignorance, est-ce calcul, que ces arrange- 
ments dentaires transportés du cheval et attribués au lion? Il 
n'est de choix à faire ici qu'entre ces deux partis, inattention ou 
bizarrerie. Renfermé dans cette position, il me répugne moins 
d'admettre l'erreur volontaire, qui auroit pris ses motifs dans 
l'esprit du siècle de Phidias, dans des combinaisons mythologi- 
ques. Et en effet, ce qui révolte avec tant de liaison notre parti 
pris d'une fidélité servi le, nos idées reçues d'assujettissement à la 



36 ESSAI POUR SERVIR A LA DÉTERMINATION 

vérité locale, à une imitation correcte des sujets à représenter, 
se changeoit pour les Grecs en des principes qui les portoient 
vers des combinaisons dont ils faisoient des vérités de conven- 
tion, plutôt qu'à la représentation du vrai lui-même. 

Je m'explique à cet égard : et en effet, si ce n'est pas tout sim- 
plement sur une grossière méprise, Alcamène n'auroit suivi que 
la mode de son temps, en prenant, avec toute licence, en dehors 
de son sujet de quoi ajouter à l'effet pittoresque, et en sacrifiant 
la réalité, pour y substituer plus de passion et de poésie. C'étoit 
des idées que l'on se proposoit alors de traduire avec de la sculp- 
ture, et non des formes réelles qu'il falloit rendre exactement. 
Or, le profil d'une mâchoire pleine de dents grandes et robustes 
pouvoit paroître d'un effet plus menaçant, du moins annoncer 
bien autrement de la force que les trois ou quatre dents petites, 
aiguës et découpées du lion, lesquelles, copiées servilement, 
n'eussent amené sous le ciseau qu'une nature amaigrie. 

C'étoit autrefois, pour les arts en peinture et en sculpture, 
comme pour les sciences en physiologie et en médecine ; on né- 
gligeoit le matériel des choses pour s'en tenir à leur manifesta- 
tion extérieure : et ce ne fut point par choix, mais par nécessité 
de position. L'organisation des corps vivants, pour être appré- 
ciée, réclame l'observation de données si nombreuses, qu'il a 
bien fallu s'en référer à la lente investigation des siècles. Mais 
en attendant que la construction de Vadmirable machine eût 
fourni à toutes les informations désirables, et que la science 
pût devenir à son égard rationnelle , ses actions , ses mouve- 
ments, ses relations, sa vitalité, ses combinaisons, ses intus- 
susceptions, sa capacité pour l'intelligence, et généralement sa 
manière d'être à l'égard de toutes les parties de son monde am- 



DE QUELQUES ANIMAUX SCULPTÉS. 3'] 

biant, formoient un ensemble de scènes variées qu'il devenoit 
plus facile et plus expéditif detudier sur leurs manifestations 
apparentes. Ainsi, la médecine s'en tint à être hippocra tique ; 
la physiologie fut traitée par des philosophes , et la poésie s'in- 
troduisit dans les arts d'imitation. On ne s'inquiéta point de ce 
qu'étoit chacun de nos organes, pour rester entièrement à la 
préoccupation de ce que tous ensemble produisoient d'actions 
au-dehors; c'étoit laisser de côté la construction des animaux 
pour l'expression de leurs habitudes. Rien n'étoit possible alors 
au-delà de ce champ d'observations; mais alors, favorisées par 
cette spécialité d'études, les connoissances de ce genre gagn oient 
en profondeur; et plus réfléchies que de nos jours, elles ten- 
doient à introduire le sentiment de ce haut savoir dans toutes 
les compositions des arts. 

Est-ce dans ces idées dominantes, qu'au grand siècle de l'art, 
Alcamène auroit puisé l'inspiration de renchérir sur le gi^andiose 
de son sujet au moyen d'heureuses infidélités, et décidément, 
par un mélange calculé de plusieurs traits , chacun donnant sa 
naïve expression, d'essayer de placer sous l'oeil quelques idées 
compliquées et d'arriver ainsi à faire un tableau parlant? 

III. Le sanglier. Le bas-relief d'Olympie n'eut pour y com- 
prendre une scène de sanglier qu'à produire un groin de cet ani- 
mal, ou du moins c'est tout ce qui en nous reste dans un morceau 
présentement isolé. Effectivement, c'étoit assez pour placer dans 
la composition générale un souvenir du sanglier d'Érymanthe, 
ou autrement de l'action qui est réputée le troisième travail 
d'Hercule. C'étoit aussi tout ce que le naturaliste en pouvoit dé- 
sirer connoître pour la détermination de l'espèce. Cependant 



38 ESSAI POUR SERVIR A LA DÉTERMINATION 

quel étoit ce sanglier d'Erymanthe, également nommé sanglier 
deCalydon? Erymantlie étoit le nom d'une montagne d'Arcadie, 
et Galydon celui d'une forêt située plus au nord et de l'autre 
côté du golfe de Lépante. Hercule fut renommé pour avoir, ici 
forcé et pris vivant, et là, tué un énorme sanglier. 

Le groin, exécuté en marbre, que nous avons sous les yeux, 
donne très bien les conditions principales et caractéristiques du 
genre, la saillie du disque nasal et les défenses qui excèdent et 
qui contournent la lèvre en la dirigeant vers le haut. Cependant 
ces défenses sont grêles, rondes, assez longues pour atteindre 
la hauteur du museau, symétriquement arquées , bien ajustées, 
l'antérieure étant au-dessous de l'autre , et toutes deux enfin 
paroissant tout-à-fait appliquées sur le derme. 11 y a sans doute 
dans cette conformation de quoi satisfaire à la reconnoissance du 
genre sanglier, Alcamène ne s'étant proposé rien déplus; car ce 
qui a pu contenter cet artiste selon les idées de son temps, nous 
paroît passer à des effets d'indifférence pour l'exactitude. D'au- 
tres mœurs nous ont fait aujourd'hui les hommes de la précision. 
Nous voulons laisser aux faits tous les enseignements de leurs 
conditions matérielles, quand on ne vouloit retirer d'eux autre- 
fois que la manifestation de leur essence poétique. 

Ce point de fait reconnu, à quoi bon, dira-t-on, une déter- 
mination scientifique du sanglier du Péloponèse d'après un 
marbre qui n'en seroit qu'une copie infidèle? La remarque est 
juste, et je ne lui oppose que ces deux foibles réponses: i° l'in- 
exactitude de ce modèle n'est que présumée, et 2° que ne doit-on 
pas attendre du savoir actuel en histoire naturelle, pour com- 
prendre d'anciennes études faites instinctivement d'après les 
animaux? 



DE QUELQUES ANIMAUX SCULPTÉS. Sq 

On compte plusieurs espèces de sanglier. Laquelle d'entre 
elles aura valu à Hercule l'honneur d'un nouveau triomphe? Le 
modèle nous laisse dans l'incertitude. Si nous l'avions reçu d'un 
statuaire moderne, nous pencherions à y trouver le type d'une 
espèce inconnue; mais, avertis, comme nous le sommes, des 
habitudes du faire antique, nous choisirons entre les animaux 
de notre actuelle zoologie. 

J'exclus d'abord, même sans autre justification que les indi- 
cations suivantes, i° les sangliers d'Amérique à défenses qui se 
croisent et se prolongent droites à la manière des dents canines 
des lions; 2° le sanglier des îles de l'Archipel indien, ou le baby- 
roussa, à défenses très longues, menues, grêles et contournées 
en spirale; 3° le sanglier de Madagascar ou le sanglier à masque, 
qui porte une excroissance mamillaire derrière ses défenses. 
Restent les deux espèces sus scrofa et sus œthiopicus. 

Le sanglier vulgaire, scrofa, existe dans tout l'ancien conti- 
nent. Long -temps nous l'avons cru exclusivement propre à 
l'Europe, dont en^ffet il habite les terres marécageuses et boi- 
sées; mais je l'ai moi-même rencontré en Egy]lFte, d'où il se sera 
répandu dans les terres adjacentes; ce que nie Aristote à tort, 
et pour avoir copié une erreur échappée à Hérodote. Ce san- 
glier vit aussi dans les Indes; c'est ce que nous savons par un 
crâne provenant de Jaffno et déposé à notre collection des 
squelettes par le docteur Reynaud, chirurgien et professeur à 
l'hôpital de Toulon. 

L'autre espèce, œthiopicus, que fort anciennement Adanson 
avoit vue au Cap-Vert, ainsi que l'attestent plusieurs fragments 
qu'il en avoit déposés au Cabinet du roi, fut pour la première 
fois, en 1777, publiée par Pallas. Pour exprimer toute sa sur- 



4o ESSAI POUR SERVIR A LA DÉTERMINATION 

prise et ses vives impressions, à la vue des formes extraordi- 
naires de cette curieuse espèce, Pallas lui fit, au commence- 
ment de son article, une application du pi^overbe romain : Africa 
ferat monstris. Aspect horrible, naturel furieux, caractère opi- 
niâtre et indocile; animal né pour la fange, créé pour nuire, et 
n'étant pas même après sa mort une venaison passable; que de 
motifs pour en faire proscrire la race! Et par conséquent, si cet 
affreux animal désoloit la Grèce, au temps des campagnes d'Her- 
cule, nul doute que ce n'ait été cet énorme sanglier que le demi- 
dieu aura poursuivi sur le mont Erymanthe, atteint et vaincu 
dans les forêts de Calydon. 

Mais le sus (éthiopiens existoit-»il alors en Grèce? Il y a quel- 
ques années et avant les voyages de M. Ruppel dans le Kordo- 
fan et dans l'Abyssinie, on auroit pu alléguer des impossibilités, 
tenant à des distances géographiques. Ces raisons ne subsistent 
plus avijourd'hui; le voyageur Ruppel a rencontré ce même 
sanglier au-delà des Cataractes sur les bords du Nil et dans l'A- 
frique centi^ale ; or, il est là avec le lion de petite taille. Pour- 
quoi les mêmes événements n'auroient-ils pas pareillement dé- 
cidé de leur sort? Comme le lion de l'Attique, l'énorme sanglier 
de l'Ethiopie aura bien pu dans la péninsule grecque peu à peu 
céder le terrain aux sociétés humaines, c'est-à-dire succomber 
sous les efforts du nombre accru et de l'industrie des hommes. 

Ainsi nous pouvons hésiter dans notre détermination de l'espèce 
d'Erymanthe entre le sanglier vulgaire et le sanglier aux quatre 
cornes d'Élien; car c'est ainsi que cet ancien auteur nomme les 
énormes défenses du sanglier d'Afrique. Duquel de ces deux 
sangliers l'échantillon du temple grec s'approche-t-il le plus? 
Par le volume, la moindre longueur, et en général par les pro- 



DE QUELQUES ANIMAUX SCULPTÉS. 4l 

portions des défenses, c'est du sanglier vulgaire; et c'est de l'autre 
au contraire par plus de courbui'e et par plus de rondeur de ses 
dents. La défense supérieure diffère de l'inférieure chez le 
sanglier africain tellement par le volume que, pour cette seule 
considération, il faut abandonner l'idée d'attribuer le groin 
sculpté par Alcamène à celui du sanglier quadricorne d'Élien. 
Toutefois j'ai parlé tout-à-l'heure d'un rapport : leurs tiges sont 
de même arrondies , quand , pour ressembler à ce qui est dans 
l'autre espèce, il eût fallu les trouver comprimées et légèrement 
triangulaires: au surplus, les formes des défenses de l'échantillon 
se rencontrent mieux avec celles de notre sanglier dans vine 
extrême vieillesse, parceque l'âge augmente les effets de l'usure, 
ce qui diminue les côtes ou saillies latérales, et qu'en prenant 
plus de longueur, les défenses se refoulent moins latéralement, 
mais se rangent un peu plus l'une au-devant de l'autre. 

Après cet examen comparatif, nous restons persuadés que ce 
sont les formes du sanglier vulgaire qu'Alcamène a eu l'inten- 
tion de reproduire dans son bas-relief; d'où il faut alors con- 
clure que, trois cent cinquante ans avant l'ère chrétienne , c'étoit 
notre sanglier européen, sus scrofa, qui se trouvoit en Grèce; 
conclusion qui toutefois n'exclut pas qvie l'autre espèce, plus 
digne du courage d'Hercule, ne se trouvât point aussi dans le 
mêmes contrées dix siècles auparavant. 

Si la destruction de cette espèce a pu en effet mériter au demi- 
dieu les hommages et la reconnoissance de la Grèce, cela reste 
et demeurera un problème dont il n'y a point à espérer la 
solution . 

Je n'ajouterai rien de plus à ces remarques concernant les 

Annales du Muséum, 1. 1", 3' série. 6 



/|;2 ESSAI POUR spavm a la détermination, etc. 

animaux représentés dans le bas-relief du temple de Jupiter 
Olympien. Les longs développements dans lesquels je viens 
d'entrer m'ont paru commandés par l'obscurité de cette thèse , 
en même temps que par l'intérêt du sujet. Et en effet c'est une 
page de l'histoire ancienne qui étoit perdue, et qui vient d'être 
retrouvée dans ce monument d'une date authentique; page 
très remarquable sans doute, puisque nous pouvons, en i83i, 
y aller rechercher la pensée d'une raison supérieure exprimée, 
à une époque aussi reculée, y venir admirer l'œuvre d'un artiste 
du grand siècle de la sculpture. Cette page, j'ai dû m'y attacher, 
la discuter même, non à titre d'antiquaire et d'érudit que je ne 
suis point, mais comme m'en faisoient un devoir et ma position 
et le genre de mes études. Les révélations qu'elle porte à mon 
esprit avoient été plus loin , puisqu'elles m'avoient entraîné dans 
d'autres explications, celles d'un second article. Je ne sais si je 
le publierai un jour; mais ce ne pourra être dans le présent 
ouvrage. 



SUR LE POISSON APPELE 
MAGHiERA. 

PAR M. LE B" GUVIER. 



La petite tribu des poissons à museau en forme d'épée ou de 
broche comprenoit depuis long-temps deux genres connus des 
naturalistes; lesXiphias, qui n'ont point de ventrales, dont le 
bec est déprimé et tranchant, et dont la queue a, de chaque 
côté, une carène saillante; et les Voiliers ou Histiophores qui 
ont des ventrales longues et minces, un bec grêle, arrondi, une 
très haute dorsale , et deux crêtes saillantes de chaque côté de 
la queue. 

A ces deux genres, M. Rafinesque (Garatteri, p. 54, pi. I, f. i) 
en a ajouté un troisième, celui des Tétraptures , à bec grêle et 
peu alongé, à dorsale basse, à ventrales minces, et dont la queue 
a, comme celle des Voiliers, deux crêtes de chaque côté. 

On en trouve, dans l'Histoire des Poissons de M. de Lacépéde 
(tome IV, p. 688 et 689, et pi. XIII, f. 3), un quatrième nommé 
Makaira ou plutôt Machœra, qui ressemble au Voilier par son 
museau grêle et rond, par sa haute dorsale, et par les crêtes des 
côtés de sa queue, mais qui manque de ventrales comme le 
Xiphias. Cependant cet article de M. de Lacépéde, rédigé sur 
un dessin grossièrement fait par quelque pêcheur, d'après un 
individu pris auprès de La Rochelle en 1802, n'avoit pas toute 
l'authenticité désirable. Je crus donc devoir écrire en cette ville 
pour savoir s'il n'y subsistoit pas quelques restes de cet indi- 



44 SUR LE POISSON APPELÉ MACH.ERA. 

vidu, et je reçus de M. d'Orbigny la figure du museau d'un 
autre pris à l'île de Ré en 1772, auquel Lafaye avoit déjà donné 
le nom de Machœra; mais ce museau est si long et si mince, 
qu'il ne paroissoit nullement correspondre à celui de la figure 
du Machœra de M. de Lacépède. Il annoncoit toutefois une 
espèce inconnue de poisson à épée, et quelques museaux plus 
ou moins semblables conservés au Muséum fournissoient des 
indications analogues. J'ai donc recommandé la recherche des 
animaux entiers à l'intérêt des voyageurs, dans le huitième vo- 
lume de notre grande Histoire des Poissons, p. 807. 

Déjà M. Lamarre Piquot nous a appris qu'il existe dans la mer 
des Indes un Voilier, connu aux Séchelles sous le nom d'Em- 
pereur, dont le museau est beaucoup plus mince que celui du 
Voilier commun, puisque sa largeur est vingt-cinq fois dans sa 
longueur, tandis que dans le Voilier commun elle n'y est que 
quinze fois; ce Voilier, comme le commun, a des ventrales 
longues et grêles. 

M. Ricord, médecin établi à Saint-Domingue, vient d'adresser 
au Muséum d'Histoire naturelle deux individus d'une espèce 
qui répond au Machaera par ses caractères génériques, puis- 
qu'elle n'a pas de ventrales, et que sa queue a deux crêtes de 
chaque côté, mais qu'il est presque impossible de regarder 
comme identique avec celle de M. de Lacépède, tant elle diffère, 
par ses proportions , de ce qu'annonce la figure publiée par ce 
naturaliste. Dans tous les cas, la description que nous allons en 
donner compléteroit et rectifieroit celle que M. de Lacépède 
n'a pu faire que d'après un dessin presque informe. 

Ses proportions sont alongées; sa nageoire haute; son mu- 
seau très grêle. {Voyez pi. 3. ) 



SUR LE POISSON APPELÉ MACHERA. 45 

Sa longueur, prise depuis la pointe de l'épée j usqu a la ligne ver- 
ticale qui joint les deux pointes de sa caudale, comprend douze 
fois sa hauteur prise à la base des pectorales, et sa largeur au 
même endroit est des deux tiers de sa hauteur. Le corps diminue 
presque uniformément jusqu'à la base de la caudale, où il n'y a 
guère plus du quart de la première hauteur, et où la largeur est 
encore de moitié moindre. La longueur de la tête, prise de la 
pointe du bec au bord postérieur de l'opercule, est trois fois et un 
tiers dans la longueur totale. Le museau , mesuré de sa pointe à 
la commissure des mâchoires , prend les trois quarts de la lon- 
gueur de la tête. La mâchoire inférieure, mesurée depuis cette 
commissure jusqu'à sa pointe, a sa longueur deux fois et demie 
dans celle de la mâchoire supérieure, mesurée de la même ma- 
nière. L'épée est un peu déprimée j ses deux bords sont arrondis; 
elle diminue régulièrement jusqu'à sa pointe. Tout ce qui est 
au-dessus delà mâchoire inférieure a la forme d'un demi-cône, 
et les coupes transverses en seroient à-peu-près demi-circulaires. 
Si l'on prend sa largeur à l'endroit qui est au-dessus de la pointe 
de la mâchoire inférieure, elle est comprise seize fois depuis sa 
propre pointe jusqu'à cet endroit-là, vingt-cinq fois jusqu'à 
l'oeil, et vingt- huit fois jusqvi'à la commissure des mâchoires. 

La ressemblance de ce museau avec celui de l'Empereur des 
Séchelles est si grande, que si nous ne connoissions pas les ven- 
trales de ce dernier, nous n'aurions pas hésité à regarder les 
deux poissons comme de même espèce. 

Les bords et le dessous du bec supérieur, et le dessus de la 
mâchoire inférieure, sont hérissés d'âpretés, ou de petites dents 
serrées, plus nombreuses et bien moins fortes que celles qui for- 
ment l'âpreté du Voilier ordinaire. 



46 SUR LE POISSON APPELÉ MACHjERA. 

L'œil est latéral sur la dernière partie de la fente de la bouche, 
de façon que son bord postérieur est verticalement au-des-* 
sus de la commissure. Il est à-pen-près à moitié de la hau- 
teur de la mâchoire supérieure à cet endroit; son diamètre 
est du huitième de la longueur, prise de la pointe de la mâ- 
choire inférieure au bord postérieur de l'opercule, et il est à 
trois de ses diamètres de ce même bord, et à un peu moins de 
deux diamètres de l'oeil de l'autre côté. Sa sclérotique est os- 
seuse et de deux pièces comme celle du Xiphias. 

La narine est à un demi-diamètre en avant de l'oeil, un peu 
plus haut que son milieu; elle a deux trous très rapprochés sépa- 
rés par une petite languette, et dont l'antérieur est de moitié 
plus petit. 

Entre les yeux le dessus de la tête est un peu moins convexe 
que plus en avant. 

Le bord montant du préopercule est à moitié distance de l'oeil 
à l'ouïe fort entier, formant avec le bord inférieur une courbe 
presque en portion de cercle. Le bord commun de l'opercule et 
du subopercule est aussi à-peu-près en arc de cercle, mais de 
moindre courbure. Le subopercule prend à-peu-près deux cin- 
quièmes de la hauteur. 

La membrane branchiotsège paroît fendue jusque sous l'œil; 
elle a sept rayons, dont le supérieur est large et plat. 

La pectorale, en forme de lame de faux étroite et pointue, et 
d'un peu plus du huitième de la longueur totale, est attachée 
très bas, et vis-à-vis l'interopercule; elle a dix-sept ou dix-huit 
rayons, dont le dix-huitième n'a pas plus du douzième de la 
longueur du premier qui est très fort. 

Je n'ai pu apercevoir aucuns vestiges de ventrales. 



SUR LE POISSON APPELÉ MACHERA. 4? 

La première dorsale commence à l'aplomb de la fente des ouïes, 
et règne jusque sur le quart postérieur; elle a d'abord cinq 
rayons que l'on peut appeler épineux, dans la rigueur du 
terme; ils sont robustes, leur surface est grenvie. Le cin- 
quième, qui est le plus long, a un tiers de plus en hauteur 
que le corps; le quatrième a moitié moins; le troisième, trois 
quarts moins; le deuxième n'a que le neuvième de la hauteur 
du cinquième; et le premier de tous, le quart de celle du se- 
cond. Les rayons suivants sont aussi des rayons épineux, en ce 
sens qu'ils n'ont point d'articulations, mais ils sont flexibles; 
et les neuf ou dix antérieurs, c'est-à-dire depuis le sixième 
jusqu'au quatorzième ou au quinzième, sont divisés à leur som- 
met en plusieurs filets. Ceux qui suivent se terminent en pointe 
simple. Le nombre total, y compris les cinq dont nous avons 
parlé d'abord, est de quarante -cinq. Les sixième et septième 
sont de la hauteur du cinquième; à compter du huitième ils 
s'alongent jusqu'au quatorzième et au quinzième qui sont les 
plus longs, et presque doubles du cinquième; ensuite ils dimi- 
nuent assez rapidement pour que le trente-troisième n'ait déjà 
plus que le huitième de la hauteur du quinzième, et que les 
derniers soient presque cachés dans la peau. Dans nos indivi- 
dus la deuxième nageoire dorsale est vraiment séparée de la pre- 
mière par un intervalle nu; mais je ne sais pas si, comme dans 
le Xiphias de nos mers, c'est un effet de l'âge. Cette deuxième 
dorsale est du vingt-cinquième ou du vingt-sixième de la lon- 
gueur totale. Sa distance à la caudale est du double de sa lon- 
gueur. Ses rayons, au nombre au moins de sept, articulés et 
branchus, n'ont pas moitié de cette même longueur en hauteur, 
excepté le dernier qui s'alonge un peu en pointe. Ils sont 



48 SUR LE POISSON APPELÉ MACHERA. 

précédés d'un petit épineux caché dans le bord antérieur. 

Il y a aussi une première et une seconde anale. La première 
commence sous le trente-cinquième rayon de la première dorsale, 
à-peu-près aux trois cinquièmes du poisson. Elle est courte, 
trian;<julaire, et compte trois rayons épineux et forts, puis cinq 
branclius, et enfin quatre simples : douze en tout. Son bord an- 
térieur est presque de la hauteur du corps au-dessus. La seconde 
répond en forme, en grandeur et en position à la seconde dor- 
sale. Elle a le même nombre de rayons. 

La caudale est profondément divisée en deux lobes pointus, 
dont chacun a le cinquième de la longueur du reste du corps; 
ses rayons intermédiaires sont sept ou huit fois plus courts que 
les extrêmes. Leur nombre total est, comme à l'ordinaire, de 
dix-sept; tous sont très solides et unis, de manière à constituer 
une nageoire presque inflexible. 

Ce poisson a, comme les Xiphias, les Histiophores et les Scom- 
béroïdes en général, des écailles longues et étroites sur la joue. 
Celles du corps sont en forme de lancettes, pointues, petites, 
assez dures, marquées d'une rainure longitudinale; leur racine 
est plus mince et arrondie. 

La ligne latérale, formée par des écailles arrondies, se distingue 
peu. Partie, comme d'ordinaire, du haut de la fente branchiale, 
elle marche parallèlement au dos et au tiers supérieur de la hau- 
teur du corps jusqu'à l'aplomb du milieu de la pectorale, où elle 
fait un angle presque droit, et descend par une courbe oblique 
et concave en dessus jusqu'au milieu de la hauteur, d'où elle se 
rend en ligne droite au milieu de la base de la caudale. 

Entre la naissance des lobes de la caudale se voient à chaque 
côté de la queue, au-dessus et au-dessous de l'extrémité de la 



MacJia>ra Jetifera 



N.^rudej- dw ^iLi-éitm - 



m. 




tPeÛitpar /?Sv«v . 



Graoè par S^lee 



SUR LE POISSON APPELÉ MACHERA. 49 

ligne latérale , deux crêtes horizontales et longitudinales semi- 
elliptiques, à bord tranchant. 

Dans son état desséché le corps paroît d'un brun un peu teint 
de bleuâtre vers le dos. La doisale est d'un brvin bleuâtre, et entre 
chacun de ses rayons est une série de petites taches noires et 
rondes ou ovales. 

Un de nos individus est long de sept pieds; l'autre de huit. 

La comparaison que novis avons faite du museau de ce poisson 
de Saint-Domingue, avec celui du Machaera, échoué à l'île de 
Ré en 1772, et conservé au Musée de La Rochelle, nous porte à 
croire qu'il est de la même espèce, laquelle se trouveroit ainsi du 
petit nombre de celles qui traversent quelquefois l'Atlantique. 
Nous pensons aussi que c'est à cette espèce qu'appartient le 
museau indiqué dans notre huitième volume, page 3o8, sous le 
nom de Gracili-rostris. Quant à \ Empereur des Séchelles, indiqué 
dans le même volume, page Sog , nous ne l'en aurions guère cru 
différent, si nous ne savions pas qu'il a des ventrales ; mais l'es- 
pèce dont nous avons indiqué le museau, sous le nom àAncipiti 
rostris, s'en distingue aisément par la dépression de son arme, 
et l'aplatissement de son crâne avant et entre les yeux. 



Annales du Muséum, t. I", 3' série. 



DESCRIPTIONS 

DE PLUSIEURS ESPÈCES NOUVELLES DE POISSONS 

DU GENRE APOGON. 

PAR A. VALENCIENNES. 



Depuis la nouvelle impulsion donnée à l'ichtyologie , les Apo- 
gons forment, dans la grande famille des Percoïdes à deux 
dorsales, un genre assez nombreux. M. Guvier a montré (i) 
comment l'Histoire naturelle de l'Apogon commun (^Apogon Rex 
mullorum. Cuv. Val. ) se trouvoit embrouillée par les ichtyolo- 
gistes, nos prédécesseurs. Dégagée de ces erreurs, l'histoire de 
ce petit poisson de la Méditerranée est devenue, sous la plume 
de ce grand naturaliste, pleine d'intérêt. Trois autres espèces 
de ce genre étoient déjà mentionnées dans différents ouvrages; 
mais elles étoient rapportées à des genres dont elles n'ont pas 
les caractères assignés par les naturalistes. 

Ainsi JohnW^hite(2)et Thunberg(3)rapportoient les leurs au 
genre des Mulles, avec lesquelles ces poissons ont en effet quel- 
ques ressemblances. Commerson avoit plusieurs fois observé une 
autre espèce dans ses différentes relâches pendant ses navigations 

(i)Cuv. Val. Hist. nat. des Poissons, tom. IJ, pag. i43. 

(2) Mullus fasciatus. John White. New. South. Walles, p. 268, fig. i. 

(3) Mullus fasciatus. Thunberg. Lettre manuscrite à M. de Lacépède. 



52 DESCRIPTIONS DE PLUSIEURS ESPÈCES 

sur la mer des Indes; et M. de Lacépéde établit sur les descrip- 
tions et sur les figures laissées par ce naturaliste voyageur des 
genres particuliers , ou les classa dans des genres comprenant des 
animaux si différents, qu'il a fallu toute la sagacité de M. Guvier, 
et la possession des matériaux de M. de Lacépéde pour en recon- 
noître l'identité, et retrouver leurs affinités naturelles (i). Le 
premier travail de la grande Histoire naturelle des Poissons que 
M. Cuvier m'a appelé à publier avec lui, augmentoit de beau- 
coup le nombre des Apogons, et portoit à seize espèces la mono- 
graphie de ce genre. J'en ai fait connoître bientôt après trois 
nouvelles dans le supplément du troisième volume de notre ou- 
vrage (2). Deux autres furent ensuite décrites dans le supplé- 
ment au sixième (3) , et une dans le supplément au septième 
volume (4). 

Nos correspondances suivies nous en ont procuré plusieurs 
autres depuis ces publications. M. Desjardins en a envoyé de 
nouveaux de l'Ile-de-France. Les naturalistes, compagnons de 
M. d'Urville pendant son voyage autour du monde, en ont en- 
core rapporté plusieurs espèces distinctes entre elles , et diffé- 
rentes de toutes celles publiées précédemment; elles viennent, 
à l'exception d'une seule, des mers de l'Inde, où se trouvent 
toutes celles connues jusqu'à ce jour. Une a été pêchée sur les 

(i)Cuv. Val. loc. cit., pag. i55,etpag. 161. 

(2) Apogon roseipinnis. Cuv. Val. Poiss., tom. III, supplément p. 490. 
Apogon zeylonicus. Eor. ibid., p. 491- 

Apogon thermalis. — Eor. ibid., p. 492. 

(3) Apogon maculosus. — Eor. tom. VI, supplément pag. 493- 
Apogon vinosus. — Eor. ibid., pag. 494- 

(4) Apogon auritus. — Eor. tom. VII, supplément p. 443- 



NOUVELLES DE POISSONS. 53 

côtes de l'Ascension. Nous avons déjà fait observer que l'Apogon 
commun s'avance dans l'Atlantique jvisqu'aux Canaries (i). Les 
naturalistes connoissent donc deux Apogons vivant dans le vaste 
bassin de l'Océan Atlantique; mais nous n'en avons encore reçu 
aucune espèce des côtes d'Amérique. 

La première des espèces nouvelles qui fait le sujet de ce Mé- 
moii'e a été prise sur les côtes de la Nouvelle-Guinée. Elle 
ressemble à l'Apogon aux nageoires noires. (^Âpogon nigripinnis. 
Cuv. Val. Hist. nat. Poiss. tom. II, pag. i52.) Je la nomme: 

Apogon de la Nouvelle-Guinée. [Apogon novœ Guineœ. Nob. 

PI. 4,fig. I.) 

Ce poisson a, comme l'Apogon commun, le corps médiocre- 
ment comprimé, ventru dans sa partie moyenne, mais propor- 
tionnellement encore plus court. L'intervalle qui sépare les yeux 
est plus étroit, la caudale est courte, et coupée carrément. Les 
nombres des rayons des nageoires sont: 

D.7_i-A| — GiQ. — P. 12.— V^. 
' 9 ^ 5 

La couleur du dos est rougeâtre, et parsemée de petits traits 
noirâtres irrégulièrement distribués j celle des côtés et du ventre 
est argentée; la première dorsale est bordée de noirâtre, et la 
seconde teintée de gris a la base blanche ; le lobe inférieur de 
la caudale est gris noirâtre, bordé en dessous d'un trait blanc à 
reflets nacrés; les autres nageoires sont blanches. On ne voit 
aucune trace de bandes verticales ou longitudinales, ni de ta- 
che noire sur la queue près de la caudale. Sur le haut du bord 

(r) Cuv. Val. Hist. nat. des Poiss., tom. VI, supplément p. 493. 



/ 
/ 



54 DESCRIPTIONS DE PLUSIEURS ESPÈCES 

membraneux de l'opercule il y a du noirâtre. Cette description 
est faite sur un individu long de trois pouces. 

L'ApoGON des MoluQUES. [Apogon Moluccensis. Nob.) 
-\ ■ 

Une seconde espèce, prise à Amboine par les mêmes natura- 
listes, comparée avec la précédente, offre les différences sui- 
vantes. 

Le corps est un peu plus alongé, le chanfrein est sillonné par 
des stries longitudinales qui n'existent pas sur le crâne de l'es- 
pèce précédente: l'anale est moins haute, et la caudale échancrée. 
Les nombres des rayons sont : 

D.y A^jCtc. 

9 o 

La couleur est uniformément rougeâtre, sans points et sans 
aucun vestige de taches ou d'anneaux près de la caudale. Les 
lèvres ont du noirâtre, ainsi que la pointe de la première na- 
geoire du dos. La seconde dorsale est un peu grisâtre, et la 
caudale toute blanche. 

L'individu qu.e je viens de décrire est long de trois pouces. 

,,, , vL Apogon de Guam. {Apogon Guamensis. Nob.) 

Uiife' autre espèce voisine de la précédente est originaire de 
l'île Guam. 

Elle en diffère par le museau qui est plus court. L'intervalle 
entre les yeux plus large et plus bombé, lui donne une physio- 
nomie particulière. Le dos est plus arqué, la première dorsale 
plus basse, l'anale est plus haute, la caudale n'a qu'une simple 
échanerure. Les nombres des rayons des nageoires sont: 

D.7---Ag,etc. 



NOUVELLES DE POISSONS. 55 

La couleur paroît avoir été plus uniformément rougeâtre, 
avec des reflets argentés moins prononcés sur le ventre. Les na- 
geoires sont grises-verdâtres, assez foncées. 

Les individus que MM. Quoy et Gaimard ont rapportés sont 
longs de trois pouces. 

L'Apogon DE LA Nouvelle-Hollande. {Apogon Novœ 

Hollandiœ. Nob. PI. 45^8- 2.) 

Les côtes de la Nouvelle-Hollande nourrissent avec l' Apogon 
à quatre rubans [Apogoïi quadrifasciatus. Cuv. Val. loc. cit., 
pag. i53) une autre espèce dont les mêmes naturalistes n'ont 
rapporté que des individus à peine longs de deux pouces. 

Elle est remarquable par son corps raccourci, élevé, et son 
dos très arqué. Les rayons épineux de la première dorsale sont 
très forts et assez hauts. La seconde dorsale et l'anale sont 
courtes. Les nombres des rayons des nageoires sont comme à 
l'ordinaire : 

Le corps est couvert d'écaillés âpres, et assez fortes. Il y a 
du noirâtre aux ventrales, et sur le bord de la dorsale. 

Le reste du corps paroît avoir été rougeâtre, un peu argenté 
sous le ventre. Il n'y a point de traces de taches ou de lignes. 

L'Apogon varié. [Apogon variegatus. Nob.) 

Nous avons encore trouvé un Apogon voisin des précédents 
parmi les poissons que M. Desjardins recueille sur les côtes de 
l'Ile-de-France, 

Celui-ci a le corps plus ovale qu'aucun autre à cause de sa 



56 DESCRIPTIONS DE PLUSIEURS ESPÈCES 

hauteur entre la seconde dorsale et l'anale. La ligne latérale est 
tracée en haut près du dos. 

Les épines de la première dorsale sont fortes, mais courtes; 
la caudale est arrondie. Les nombres des rayons des nageoires 
ne diffèrent pas de ceux que nous comptons sur les espèces 
précédentes : 

TA I » 2 

D.7-^-Ag,etc. 

Mais les couleurs offrent des différences notables ; celle du 
corps est rougeâtre, variée de taches nuageuses plus ou moins 
effacées. Les nageoires sont olivâtres et couvertes de petits 
points bruns. Les ventrales ont du noirâtre. 

La collection du Muséum a reçu plusieurs individus qui n'ont 
tous à peine que deux pouces. 

L'ApoGON AXILLAIRE. (Apogon axillaris. Nob. 
PI. 4,%. 3.) 

Enfin nous trouvons encore une fort jolie espèce parmi les 
collections des compagnons de M. le capitaine d'Urville. 

Elle a le corps alongé , la première dorsale assez élevée , ce 
qui lui donne un peu la tournui^e d'une ambasse, avec lesquelles 
cependant on ne peut la placer, parcequ'elle n'a point de dente- 
lures au sous-orbitaire , ni de double carène au bord inférieur 
du préopercule. La caudale est un peu fourchue. 

Les nombres sont: 

D.6 A-, etc. 

9 7 

Le corps est rougeâtre, sablé de très petits points noirâtres; 
la tête est rembrunie. Une tache très noire occupe la base de 



NOUVELLES DE POISSONS. S'] 

la pectorale , se contovirne un peu en dessus et en dessous der- 
rière la nageoire, dans les angles de l'aisselle, dont le centre est 
blanc semé de points noirs. A l'extrémité de cette nageoire il y 
a une tache pâle et grisâtre. 

Ce nouvel Apogon n'a que deux pouces et demi de longueur. 
Il vient de l'île de l'Ascension ; c'est la seconde espèce connue de 
l'Atlantique. 

Ces cinq espèces ont la forme courte et élargie de l'Apogon de 
la Méditei^ranée, et l'anale soutenue par un petit nombre de 
rayons. Elles doivent donc être placées auprès d'elle. 

Nous trouvons parmi les collections faites à la Nouvelle- 
Guinée, à Guam, l'une des Mariannes, et à l'île Vanicolo, 
par MM. Quoy et Gaimai'd, deux espèces qui ressemblent par 
leur corps alongé, et par la disposition de leurs couleurs distri- 
buées par raies longitudinales, à celle que nous avons nom- 
mée Apogon à neuf rubans. [Apogon novemfasciatus. Cuv. Val. 
loc. cit., p. 154.) Les desci^iptions que je vais en donner sont 
donc comparatives avec celle de cette espèce, et je prie le lec- 
teur de ce Mémoire de recourir à cet endroit de notre Ichtyo- 
logie. 

Apogon bridé. {Apogon Frœnatus. Nob. Pi. 4, fig. 4-) 

L'espèce prise à la Nouvelle-Guinée, et à l'île Guam, a le 
corps alongé et la tête un peu déprimée. Les deux bords du 
préopercule sont très fortement dentelés; les dentelures forment 
à l'angle du limbe des espèces de petites pointes. Les nombres 
de ses rayons sont : 

D.7 At;, etc. 

9 ^ 

4nnales du Muséum, 1. 1", 3° série. S 



58 DESCRIPTIONS DE PLUSIEURS ESPÈCES 

Mais ses couleurs sont différentes de celle de l'Apogon à 
neuf rubans. Le corps, qui paroît avoir été rougeâtre, porte 
un seul ruban noirâtre sur le milieu des côtés. Il avance sur 
la tête jusqu'à l'oeil, et reparoît au-devant de l'orbite, de ma- 
nière à se joindre avec le ruban du côté opposé, et à ceindre 
l'extrémité antérieure du museau, comme le feroit une bride. 
Il y a sur la queue une tache noire arrondie, à l'extrémité du 
ruban latéral; la première dorsale a le bord supérieur noirâtre; 
un trait brunâtre colore la base de la seconde nageoire du dos, 
et y forme sur le dernier rayon une tache plus foncée. L'anale 
offre une pareille ligne noirâtre, mais qui n'est pas terminée 
par une tache. La caudale est fourchue, et bordée de noir supé- 
rieurement et inférieurement. 

Cet Apogon a près de quatre pouces de longueur. 

ApoGON a trait latéral. [Apogon lateralis. Nob. ) 

Une autre petite espèce que les mêmes naturalistes ont prise 
à Vanicolo, pendant le même voyage, ressemble à celle que je 
viens de décrire. Elle a le corps un peu plus haut, le dos plus 
bossu, le museau plus court, moins aplati, la caudale à peine 
échancrée. Les nageoires ont les mêmes nombres de rayons. 

Un trait noir fin va de l'épaule au milieu de la queue, mais 
il ne s'avance svir aucune partie de la tête ; l'extrémité s'élargit 
en une petite tache ronde; la membrane qui réunit les rayons 
de l'anale porte sur la base une série de petits points brunâtres. 

Ces petits poissons ne dépassent pas deux pouces. 

Nous avons eu fréquemment l'occasion d'observer que dans 



NOUVELLES DE POISSONS. 69 

un genre naturel de poissons les nombres des rayons qui sou- 
tiennent les membranes de leurs nageoires sont les mêmes; la 
grande quantité d'espèces que nous avons décrites nous a con- 
vaincus de cette règle qui cependant n'est pas sans exceptions. 
Les nombres des rayons épineux et ceux des rayons mous ex- 
primés l'un au-dessous de l'autre donnent en quelque sorte des 
formules qui aident le zoologiste à rechercher dans quelle fa- 
mille et dans quel genre on doit trouver les espèces voisines 
de celle que l'on veut déterminer. Presque tous les Acantho- 
ptérygiens ont une épine et cinq rayons branchus aux ventrales. 
L'anale a généralement trois épines. Le nombre de ses rayons 
mous est plus variable. Cependant une famille de Percoïdes vient 
tout-à-coup déroger à ce nombre que l'on compte sur plus de 
mille espèces. Mais ces Acanthoptérygiens à plus de sept rayons 
aux ventrales, constituent une famille très naturelle de poissons, 
comprenant les Holocentres, comme nous les entendons aujour- 
d'hui, et les genres voisins (i). Le nombre des épines de leur 
anale surpasse toujours le nombre trois ; celui de leurs rayons 
branchiostèges est aussi plus grand. La famille des Blennoïdes 
montre une exception inverse, et se compose de poissons qui 
n'ont que deux ou trois rayons aux ventrales. Les rayons des au- 
tres nageoires ne se montrent pas aussi constants dans un si 
grand nombre d'espèces , mais on trouve dans les Percoïdes et 
les Sparoïdes que le nombre des épines de la dorsale égale à-peu- 
près celui des rayons mous; que dans les Sciénoïdes, le nombre 
de ceux-ci surpasse celui des épineux; et que dans les La- 
broïdes, les épines sont souvent en nombre plus considéi'able. 

(i) Cuv. Val. Hist. nat. Poiss., tom. III, p. iSg. 



6o DESCRIPTIONS DE PLUSIEURS ESPÈCES, ETC. 

Mais nous observons encore, en outre de ces variations ex- 
ceptionnelles dans de grandes familles, des espèces qui se ratta- 
chent par l'ensemble de leurs caractères à un genre très naturel , 
et qui ont des nombres de rayons tout différents de ceux de leurs 
congénères. 

Le genre des Apogons nous fournit un exemple de ces excep- 
tions dans la constance du nombre des rayons. Sur vingt-huit 
espèces que nous y réunissons aujourd'hui, quatre seulement 
ont plus de huit à neuf rayons mous à leur anale. Trois sont 
déjà décrites dans notre Ichtyologie (i). 

J'ai trouvé celle que je vais ajouter à ce genre parmi les pois- 
sons recueillis à Vanicolo par MM. Quoy et Gaimard. 

ApOGON argenté. {Apogon argenteus. Nob.) 

La forme du corps de cet Apogon tient beaucoup de celle de 
notre petit poisson de la Méditerranée. Les couleurs mêmes s'en 
rapprochent encore davantage; mais le nombre des rayons de 
l'anale s'en éloigne, et le place près de l'Apogon bardé [Apogon 
lineolatus. Guv. Val.) dont les couleurs sont fort différentes. 

D.6 A—-, etc. 

9 '4 

La couleur de celui qui fait le sujet de cet article paroît avoir 
été rougeâtre sur le dos, et argentée, brillante au-dessous de 
la ligne latérale. H y a une tache noire près de la caudale qui 
est fourchue, et bordée de noirâtre. On ne voit aucune trace 
de lignes verticales ni de traits bleuâtres près des yeux. 

L'individu que nous décrivons est long de deux pouces et demi. 

(i) Apogon lineolatus. Cuv. Val. Hist. nat. Poiss., tom. II, pag. i6o. 
Apogon macropterus, ibid. 
Apogon zeylonicus. — Eor. ibid. tom. III, supplément pag. 491- 



N.^nalex fîit 2fiixénni ■ 



Apoqonj: 



M- 1. 







Dessine par^l. Valencieiifies 



Grniif par F.J'lêc- 



YUES GÉNÉRALES 
SUR LES ARANÉÏDES 

A QUATRE PNEUMOBRANCHIES OU QUADRIPULMONAIRES, 



SUIVIES D UNE 

Notice de quelques espèces de Mygales inédites et de l'habitation de celle 

qu'on nomme Nidulans. 

PAR M. LATREILLE, 

Professeur-administrateur au Muséum d'Histoire natureUe, de l'Académie royale des sciences, etc., etc. 
Lu à l'Académie royale ties sciences, le 4 octobre i83o. 



A l'aspect des animaux qui sont l'objet de ce Mémoire, bien des 
personnes reculeroient d'effroi; car il ne s'agit rien moins que de 
ces Araignées dont la plupart des espèces exotiques, telles quel'a- 
viculaire de Linné, sont d'une dimension extraordinaire, géné- 
ralement très velues, noires ou d'un brun foncé, et qui forment 
maintenant le genre Mygale. Dans la seconde édition du Nou- 
veau Dictionnaire d'Histoire naturelle, j'ai traité, avec étendue, 
de ces Aranéides, et j'ai décrit toutes les espèces que j'avois eu oc- 
casion d'étudier. J'ai, depuis, fait connoître, dans un Mémoire, 
réuni à ceux du Muséum d'Histoire naturelle , les habitudes de 
la Mygale aviculaire. MM. Léon Dufour et Walckenaer ont, 
postérieurement , publié leurs observations sur des espèces 
européennes. Notre confrère M. Savigny a décrit et figuré, 
avec cette scrupuleuse exactitude, dont il a donné tant de preuves, 



62 VUES GÉNÉRALES SUR LES ARANÉIDES. 

une espèce qu'il avoit trouvée en Egypte. Enfin , tout récem- 
ment, M. Victor Audouin a fixé votre attention par la lecture 
d'un Mémoire sur la construction du nid de l'une de ces Mygales de 
l'Europe, qui composent la division des Araignées mineuses d'Oli- 
vier. Brown, dans son Histoire naturelle de la Jamaïqvie , pu- 
bliée antérieurement aux observations de l'abbé Sauvages sur 
l'une de ces espèces, la Mygale maçonne, avoit figuré un nid 
analogue, celui de l'Araignée nidulans de Linné, ou de la 
Mygale recluse de M. Walckenaer, propre à cette île. Aucun 
naturaliste, à ce que je sache, n'avoit parlé depuis, ex visu, de 
ce nid. Un heureux hasard vient de m'en procurer un que j'ai 
l'honneur de mettre sous vos yeux; j'en dois la possession à 
M. Royer, secrétaire en chef du bureau de l'administration du 
Muséum d'Histoire naturelle, qui l'avoit reçu d'un Anglais, 
de ses amis, et qui s'est empressé de me l'offrir, pensant, avec 
raison, qu'il me seroit agréable. J'aurois bien désiré qu'il eût été 
accompagné de l'animal qui l'avoit construit; car il est aisé d'ima- 
giner que, vu l'époque où on l'avoit décrit, on ne doit en avoir 
qu'une idée très imparfaite : mais, heureusement encore, j'avois 
vu cette Aranéide dans la collection de la Société linnéenne de 
Londres, et je l'avois décrite d'une manière détaillée. L'histoire 
de cette espèce, la connoissance de quelques autres inédites, et 
quelques vues générales et préliminaires sur ce genre et ceux 
qui l'avoisinent, seront l'objet de ce Mémoire. 

J'avois remarqué, le premier ,^ie l'un des caractères distinc- 
tifs des Ai'aignées mineuses étoit d'avoir à l'extrémité supé- 
rieure du premier article de ces organes de leur bouche appelés 
communément mandibules , mais qui sont pour moi des cheli- 
cères , ou auti'ement antennes-pinces , et pour M. Savigny, des 



VUES GÉNÉRALES SUR LES ARANÉIDES. 63 

forcipules, une rangée de dents cornées, formant une sorte de 
râteau. Dans le tableau des Aranéides de M. Walckenaer, ces 
espèces forment la troisième famille du genre Mygale, les Digiti- 
grades mineuses. Leurs habitudes m'ont paru tellement différer 
de celles des autres Mygales , que j'ai cru devoir isoler ces espèces 
dans un genre propre, celui de Gténize, et j'ai vu , depuis, par 
la publication de l'explication des planches d'entomologie du 
grand ouvrage sur l'Egypte , que M. Savigny avoit eu la même 
pensée , en établissant le genre Némésie. Il a pour type 
l'espèce mentionnée plus haut, et qu'il nomme Némésie celli- 
cole , cellicola. Sa description et les figures qui l'accompa- 
gnent conviennent si bien à la Mygale maçonne du midi de la 
France et d'Espagne, que ces Aranéides me paroissent spécifi- 
quement identiques. M. Walckenaer avoit négligé , dans les ca- 
ractères des divisions qu'il a établies dans cette famille , la con- 
sidération du nombre et de la disposition des filières. J'en ai fait 
usage et j'ai reconnu que sa division des Aranéides théraplioses 
n'en offroit que quatre. Les deux internes sont même si petites 
dans la Mygale maçonne, que l'on croiroit, au premier coup 
d'oeil et sans le secours de la loupe, qu'il n'y en a que deux. Les 
deux antérieures ou les plus grandes sont aussi proportionelle- 
ment beaucoup plus fortes que dans les autres espèces, presque 
coniques, et leur troisième et dernier article rentre dans le pré- 
cédent. Son disque, formant une sorte d'ombilic, m'a paru hé- 
rissé de petites papilles ou mamelons qui seroient autant de 
petites filières , suivant les observations de Lyonet : car il faut , 
d'après lui , distinguer deux sortes d'appendices soyeux , ceux 
qui se terminent de la sorte, et ceux dont le sonimet du der- 
nier article est criblé d'une infinité de petits trous, d'où sortent 



m 



64 VUES GÉJNÉRALES SUR LES ARANÉIDES. 

immédiatement les fils de soie. Relativement aux espèces qui 
ont été le sujet de ses observations ( les tégénaires ) et pourvues 
toutes de six de ces appendices, ceux d'entre eux qui ne pré- 
sentent point ces caractères ne peuvent être considérés comme 
des filières. Tel est aussi le sentiment de M. Tréviranus. Mais, si 
avec M. Wa]ckenaer,on refuse encore la même qualification aux 
deux appendices les plus longs des Mygales , je ne vois pas trop, 
du moins par rapport à la Mygale maçonne, ce qui constituera ici 
les filières , puisque les deux autres appendices , de forme cylin- 
drique, naissant de la base interne du bourrelet ou pédicule des 
deux précédents, étant d'une petitesse extrême, ne paroissent 
nullement propres à remplir cette fonction. Ce dernier carac- 
tère distigue parfaitement cette espèce de la Mygale pionnière 
de M. Walckeiïaer, que l'on trouve en Corse et en Toscane. 
M. Léon Dufour, qui s'est particulièrement occupé des Ara- 
néides d'Espagne, ne l'y a jamais observée, et l'on auroit dû, 
d'après cela, présumer que la Mygale cardeuse qui habite, ainsi 
que la Mygale maçonne, cette contrée et les départements mé- 
ridionaux et maritimes de la France, étoit le mâle de l'espèce 
précédente. C'est toujours sous des pierres, et jamais dans ces 
cellules tubuleuses et fermées antérieurement par un opercule 
à charnière et mobile, que se construisent les Mygales mi- 
neuses , qu'il a trouvé ces individus mâles. Il soupçonne de là 
qu'ils ne se pratiquent point d'habitation semblable. Ils sont 
cependant pourvus des mêmes organes; mais, sans rien décider à 
cet égard, il paroîtroit qu'à certaines époques, ils disparoissent 
ou sont errants. Sur un grand nombre d'individus qui m'ont 
été envoyés de Montpellier par un jeune entomologiste , très 
zélé, M. Dumas, et qui les avoit sans doute surpris dans leurs 



VUES GENERALES SUR LES AKANÉIDES. 65 

habitations, il n'y avoit point un seul mâle. Ainsi, la Mygale 
cardeuse est une espèce à réformer. M. Léon Dufour , qui en 
parle immédiatement après avoir décrit la Mygale de Sauvages, 
dit que des motifs lui font penser que la Mygale cardeuse en est 
le mâle. Mais l'on peut pressentir, par la comparaison qu'il fait 
ensuite de cette Aranéide et de laMygale maçonne, que c'est une 
inadvertance occasionée par la dénomination spécifique de 
Sauvages ; car l'espèce désignée ainsi n'est point celle dont ce 
dernier a donné l'histoire. C'est peut-être ce qui a trompé 
M. Walckenaer, qui, dans sa Faune française , considère encore 
comme une espèce propre la Mygale cardeuse. 

En divisant les Aranéides en deux sections, les quadripulmo- 
naires et les bipulmonaires, M. Léon Dufour a assis sur des 
bases immuables la série naturelle des genres dont se compose 
cette grande famille. Le genre Dysdère, qui appartient à la pre- 
Dfiière section, se lie évidemment avec ceux de Ségestrie, de 
Clubione, de Drasse, etc. On ne peut plus passer, comme dans 
la méthode de M. Walckenaer, des Théraphoses aux Araignées- 
loups ou Lycoses et autres coupes génériques analogues. L'ana- 
tomie a ainsi confirmé ma distribution de ces animaux. La 
forme des organes sexuels masculins, ou présumés tels suivant 
l'opinion générale, mais qui ne sont qu'excitateurs dans celle de 
MM. Tréviranus.et Straus, vient à l'appui. En effet, dans les 
Dysdères et les Ségestries, ces organes, de même que ceux des 
Théraphoses, c'est-à-dire des Mygales et autres genres analogues, 
sont toujours extérieurs, très simples, sous la forme d'un ovoïde 
terminé en une pointe aiguë , offrant l'apparence d'un aiguillon , 
et fléchis en dessous ou pendants. Dans les Mygales et les Gté- 
nizes, ils paroissent tei^miner le dernier article des palpes qui 
Annales du Muséum, t. l", 3' série. 9 



66 VUES GÉNÉRALES SUR LES ARANÉIDES. 

est alors fort court, et sous la figure d'un bouton. Dans les genres 
suivants, il est plus alongé et va en se rétrécissant. M. Walcke- 
naer remarque, avec raison que, quoique le nombre des espèces 
de Mygales soit très petit, cependant , à cause de l'uniformité de 
leurs couleurs et du défaut d'observations suffisantes, elles ne sont 
pas faciles à distinguer entre elles. Des caractères tirés des diffé- 
rences sexuelles et de celles delà longueur des pattes, dont on n'a 
pas généralisé l'application , diminueront ces obstacles. Ainsi, l'on 
pourra distribuer ces espèces en celles dont les mâles ont à l'ex- 
trémité inférieure des jambes de la première paire de pattes , 
un ergot très fort, en forme de crochet, et celles où il manque 
dans les mêmes individus. Si l'on compare les proportions de ces 
organes, l'on trouvera qu'ils varient tant pour la longueur que 
pour l'épaisseur. Dans quelques espèces , comme l'aviculaire et la 
Mygale de Barthélemi, dont je parlerai plus bas, ils sont sensi- 
blement plus courts; la longueur du premier article des tarses 
est tout au plus double de celle du suivant et dernier. Celui-ci 
a la forme d'une palette presque carrée, arrondie ou obtuse 
au bout; ainsi que l'autre, il est garni en dessous d'une brosse 
très serrée, plane, composant une sorte de sole ou de semelle, 
et cachant les onglets du bout, à la suite d'une fente ou d'un 
sillon. Le dernier article des palpes des femelles en offre une 
pareille. Ces Mygales rentrent dans la première famille, celle 
des Plantigrades, de M. Walckenaer, mais qu'il a trop étendue. 
Dans les autres Mygales, les tarses sont proportionnellement plus 
longs, plus grêles, et linéaires ou cylindriques. Leur dernier 
article est beaucoup plus long que large, et trois à quatre fois 
plus court que le précédent, du moins aux deux tarses posté- 
rieurs; la brosse inférieure est moins fournie, et les onglets sont 



VUES GÉNÉRALES SUR LES ARANÉIDES. 67 

apparents. Mais je dois prévenir que le caractère dérivant de la 
comparaison des proportions relatives des pattes ne s'applique 
qu'aux individus du même sexe, ces organes étant généralement 
plus longs dans les mâles que dans les femelles. 

Si l'on ouvre la classe des Arachnides par celles qui ont le plus 
grand nombrede pneumobranchies, c'est-à-dire de branchies aé- 
riennes ou faisant l'office de poumons, les Scorpions seront en 
tête : ils s'unissent manifestement avec les Thélyphones, et de 
ceux-ci on passe naturellement aux Phrynes et aux Mygales de 
M. Walckenaer. Viendront ensuite d'autres Aranéides quadri- 
pulmonaires, bien distinctes des précédentes, par un change- 
ment qui s'est opéré dans le mode d'articulation des palpes. Là 
ces organes sont composés de six articles, dont le premier ou 
le radical m axilli forme; ici, ils paroissent n'en avoir que cinq, 
parceque le second est inséré au côté extérieur du précédent et 
que celui-ci prend alors la forme d'une mâchoire : c'est ce qui est 
propre aux genres Atype etEriodon. A ces Aranéides succéderont 
les quadripulmonaires à six filières, comme les Filistates et les Dys- 
dères. Il n'y a que six yeux dans ce dernier genre; et tel est aussi 
le caractère des Ségestries, qui, au nombre des pneumobranchies 
près, etn'étantplusquede deux, se rapprochent infiniment de ces 
Dysdères. Cette connexion est tellement rigoureuse, que si l'on 
placoit en tête les Aranéides, il faudroit terminer cette famille 
par les Thélyphones, et la commencer par les Araignées sau- 
teusesdes auteurs et autres espèces vagabondes, ce qui seroit peu 
naturel. M. Léon Dufour a pensé que les Scorpions dévoient 
former le premier genre de la classe des Arachnides, et cette rec- 
tification dans la méthode nous paroît, d'après ces considéra- 
tions, bien fondée. Ce genre , ainsi que celui ^Aranea de Linné, 



68 VUES GÉNÉRALES SUR LES ARANÉIDES. 

nous fournit un nouvel exemple de ces passages brusques que 
nous observons si souvent parmi les êtres organisés. Ces ani- 
maux sont pourvus de glandes qui sécrètent une liqueur ve- 
nimeuse, et suivant la comparaison ingénieuse de M. Duméril, 
la nature reproduit dans cette classe et pour les mêmes motifs , 
cette distinction qu'elle a établie dans l'ordre des Ophidiens, 
classe des reptiles, en animaux venimeux et en animaux sans 
venin. Mais par un singulier contraste, ici elle a placé l'arme 
meurtrière qui distille cetteliqueur empoisonnée aux deux extré- 
mités opposées du corps; là, comme dans les Aranéides, en 
devant ou dans les chélicères; ici, comme dans les Scorpions, à 
l'extrémité d'une queue noduleuse. Aucun des genres contigus 
aux précédents ne présente de tels caractères. Nous pourrions 
encore citer, quant à une certaine similitude avec les Ara- 
néides, les Scolopendres; mais ici elle a encore changé de plan; 
car les dards venimeux qu'elle leur a donnés, sont constitués par 
des sortes de pieds ou crochets buccaux. 

Nos colons des Antilles désignent, par la dénomination d'^- 
raignées-crabes, les grandes Mygales qui habitent cet Archipel. 

Un vocabvdaire , qui accompagnoit des objets d'histoire 
naturelle, envoyés par feu Leschenault de La tour, et re- 
cueillis sur la côte de Malabar, nous a appris que dans la langue 
du pays, les crustacés y sont appelés collectivement nhamdou; 
et, fait digne d'attention, c'est qu'au témoignage de Pison, les 
Brésiliens désignent généralement les Araignées d'une manière 
à-peu-près homonyme, nhamdou ou nhamdhiu; seulement ils 
distinguent les Mygales par l'épithéte de giiaçu, qui veut dire 
grand. Toutefois les crustacés y portent un nom différent, celui 
de guàia. 



VUES GÉNÉRALES SUR LES ARANÉIDES. 69 

De ces observations générales sur les Mygales, je passerai à la 
Notice, que j'ai annoncée, de quelques espèces nouvelles. 

L'un des caractères distinctifs de la Mygale aviculaire est 
d'avoir les poils qui bordent intérieurement les mâchoires, ceux 
qui sont à la base des crochets des mandibules, et les brosses 
des pieds, ainsi que celle des palpes, dans les femelles, d'une 
couleur rougeâtre. Le corps est d'ailleurs plus hérissé de poils 
que celui des autres espèces. Je ferai observer, en passant, que 
le beau travail myologique de M. Straus, communiqué à l'Aca- 
démie, n'a point pour objet cette espèce, ainsi qu'il l'a annoncé, 
mais la Mygale de Le Blond , la plus grande espèce connue , 
propre à la Guiane françoise, et bien distincte par la forme de 
l'organe copulateur du mâle, qui au lieu de se prolonger brus- 
quement en une pointe aiguë et arquée, se termine par une 
dépression, et offre l'apparence d'une espèce de cuiller ou de 
cure-oreille. 

La Mygale de BarthÉLEMI (Bartholomœi), première espèce 
nouvelle, et dont je ne connois que la femelle, a les plus grands 
rapports avec l'aviculaire; mais elle s'en éloigne par la coupe du 
céphalothorax qui est plus carrée, ou plus largement tronquée 
en devant, et par l'absence de cette tache ferrugineuse que l'on 
observe à l'extrémité des pieds dans la précédente 5 cette extré- 
mité ou la palette est d'ailleurs moins large. Le corps est d'un 
noir très foncé, avec des poils d'un brun ferrugineux sur le des- 
sus de l'abdomen et le contour du céphalothorax ; les yeux lisses 
sont luisants, rougeâti'es, et semblables, quant à leur grandeur, 
et leurs situations respectives, à ceux de l'aviculaire^ les pattes 
ont des raies longitudinales plus claires. La taille est d'ailleurs 
à-peu-près la même. 



JO VUES GENERALES SUR LES ARANEIDES. 

J'ai dédié cette espèce à celui qui m'en a fait hommage , 
M. Bartlîélemi, l'un des secrétaires de la mairie de Marseille. 
Elle avoit été prise vivante, à bord d'un vaisseau, venant de 
l'Amérique méridionale; et, après avoir vécu plusieurs mois, elle 
n'a pu résister aux froids rigoureux du dernier hiver. Nul doute 
que, si des capitaines de vaisseau vouloient accueillir de tels 
passagers, on ne pût transporter en France ces animaux vi- 
vants ; cela nous procureroit le moyen d'en faire une anatomie 
complète. Pison rapporte, à l'occasion de son Nhamdu Guaçu, 
ou grande Araignée en langue brésilienne, et qui est une Mygale 
très voisine de la précédente, que cet animal supporte, sans 
preiïdre de nourriture, de très longues abstinences, ainsi qu'il 
en a fait lui-même l'épreuve. Des individus qu'il avoit renfermés 
dans des boîtes y vécurent quelques mois, sans attaquer les 
mouches qui partageoient leur captivité, et dont ces animaux 
sont très avides. Le même fait a eu lieu dans l'envoi de l'une de 
ces Mygales vivantes, fait à notre confrère, M. le baron de 
Humboldt. La caisse , lui servant de cage, et qu'il avoit eu 
l'amitié de me donner sans l'avoir ouverte, étoit pleine de mou- 
ches mortes; mais la Mygale n'y étoit plus, les douaniers l'ayant 
probablement laissée s'échapper, dans leur visite des objets de 
transport. 

Dans le voisinage de ces deux espèces, ou dans la division des 
Mygales, proprement dites, ou sans râteau aux chélicères, et 
dont le dernier article des tarses est en forme de palette, doit 
être placée la Mygale que j'ai nommée atra, et qui se trouve au 
cap de Bonne-Espérance ; elle est un peu moins grande que les 
précédentes, toute noire ou noirâtre. Le tubercule oculifère 
m'a paru être un peu plus élevé et plus arrondi; les yeux, ou 



VUES GÉNÉRALES SUR LES ARANÉIDES, 7 I 

du moins leur iris, est jaunâtre; les deux jambes antérieures du 
mâle sont armées d'un fort ergot. 

Toutes les autres espèces de Mygales, mentionnées par les 
auteurs, appartiennent à la division de celles dont les tarses se 
terminent par un article notablement plus long que large, ou 
cylindrique, et ne foi^mant point de palette. De ce nombre est 
une espèce du Brésil, qui m'a été donnée par M. Gaury, et que 
je nommerai VEINÉE (^Venosa). Elle se distingue de toutes les 
autres par cinq lignes d'un rougeâtre obscur, étroites, arquées 
en avant, et dont les quatre premières interrompues dans leur 
milieu , qui traversent le dessus de l'abdomen ; la coui^bure des 
deux postérieures est plus prononcée ; tout le corps est d'un noir 
mat, avec les pattes longues, et le dernier article des tarses 
courbe; les onglets sont à nu et sans dentelures sensibles; les 
cuisses et les jambes offrent quelques raies longitudinales gla- 
bres; les brosses sont d'une couleur moins foncée que le corps 
ou d'un noirâtre cendré; les quatre yeux postérieurs, les deux 
latéraux antérieurs, et l'iris des deux du milieu ou des plus 
grands sont rougeâtres. Les deux filières extérieures sont très 
saillantes avec leurs trois articles presque de longueur égale. 
Cette espèce est un peu plus grande , plus svelte et moins velue 
que les Mygales précédentes. Je ne connois point le mâle; mais 
je présume, d'après les rapports de cette espèce avec celles que j'ai 
nommées spinicrus et cancerides, que leurs jambes antérieures 
sont armées de ce crochet robuste, ou de cet ergot, dont j'ai 
parlé plus haut. 

Je comprendrai avec les espèces à tarses alongés, et dont les 
poils , ou ceux au moins des quatre postérieurs, plus rares et 
plus écartés ne forment point de brosse : i" La Mygale cal- 



7?. VUES GÉNÉRALES SUR LES ARANÉIDES. 

péienne de M. Walckenaer, et la Mygale valencienne de 
M. Léon Dufour, qui appartiennent à la seconde famille, celle 
des Digitigrades inermes, du premier. 2° MesCténizes, ou ses 
Digitigrades mineuses, et dont une, apportée de Sicile, par 
M. Lefèvre, la Cténize sicilienne, pourroit former un nouveau 
genre , en ce que les yeux, qudique disposés de la même manière, 
ne sont point portés sur d'élévation commune, distincte^ et en 
ce que les mâles, seuls individus que j'aie vus, n'ont point de 
forte épine aux deux jambes antérieures-, celle qui représente 
l'éperon ou l'ergort est de la grandeur des autres. J'ajouterai que 
les deux yeux intermédiaires de la ligne antérieure sont moins 
rejetés en arrière, ou presque de niveau avec les deux latéraux 
de cette ligne et de la même grandeur, tandis que dans les 
Cténizes, ceux-ci sont distinctement plus grands et sensiblement 
plus antérieurs. Toutes ces Aranéides ont généralement les 
jambes et le premier article des tarses munis de piquants. Les 
deux onglets supérieurs du bout des pattes sont découverts , et 
plus ovi moins dentelés en dessous. 

Cténize sicilienne ( Cteniza sicula). Elle est de la grandeur de 
la Cténize maçonne, entièrement d'un brun foncé. L'organe co- 
pulateur du mâle, dilaté et ventru à sa base antérieure, se ter- 
mine en une pointe droite et simple. Les deux plus grandes 
filières sont médiocrement saillantes, cylindrico-coniques, avec 
le premier article plus grand et le dernier plus court. Les dents 
du râteau sont petites, et, autant qvxe j'ai pu compter, au 
nombre de six à sept. 

Les Mygales calpéienne , valencienne et celle de Le Blond, 
n'offrant point, dans aucun sexe, de crochet aux jambes anté- 
rieures, pourroient aussi former un genre propre. Il est très 



VUES GÉNÉRALES SUR LES ARANÉIDES. 78 

apparent dans les mâles des Mygales aviculaire et crabe, de même, 
comme je l'ai dit, dans ceux de la Mygale très noire, atra, et 
de la Gténize maçonne; les individus du même sexe des autres 
espèces me sont inconnus. 

Avec les Cténizes, enfin , doit être rangée celle dont je mets 
sous vos yeux le nid, la Mygale recluse de M. Walckenaer, 
ou XJranea nidulans de Linné, décrite et figurée par Brovv^n, 
dans son Histoire civile et naturelle de la Jamaïque ( t. II, p. 4^0, 
pi. 44? fig- 3), sous le nom générique de tarantula. Il repré^ 
sente le tube soyeux qui revêt l'intérieur de son habitation; 
mais, à en juger d'après les deux échantillons de ce nid que j'ai 
reçus , sous une forme trop cylindrique et avec deux sortes 
d'opercules, tandis qu'il n'eu existe qu'un dans les miens. 

Je n'ai vu que la femelle de cette espèce, et que j'ai décrite 
d'après un individu de la collection de la Société linnéenne. Son 
corps est long d'un bon pouce, d'un noir brun très luisant, 
avec la poitrine et le dessus des pattes postérieures d'un brun 
plus clair, et l'abdomen, son premier anneau et les stigmates 
exceptés^ d'tiïi noirâtre mat-, ces dernières parties sont jau- 
nâtres. Les jambes et les tarses sont chargés latéralement de 
petits grains; le second article des avant-dernières jambes 
offre en dessous une sorte d'échancrure lisse, ce qui le fait pa- 
roître presque réniforme ; les deux crochets ordinaires de 
l'extrémité des tarses sont arqués et simples, ou sans dente- 
lures apparentes. Les filières sont courtes, et les deux plus 
grandes épaisses , convergentes , coniques et tronquées au 
bout. Les yeux, dont les deux latéraux antérieurs plus grands, 
sont jaunâtres. Le côté interne de la première pièce des çheli- 
cères est un peu élevé et hérissé de poils et de petites aspérités. 

jinnaks du Muséum, t. I", 3° série. 10 



'7.4 VUES GÉNÉKALKS SUR LES ARASÈIDES. 

Lés dents du râteau sont petites et nombreuses; j'en ai compté 
sept à huit à l'extrémité interne. Cette espèce se rapproche de 
la Mygale pionnière de M. Walckenaer; mais le céphalothorax 
est plus ovale et assez brusquement rétréci vers l'extrémité 
potérieure. 

Son nid est long d'environ neuf pouces, en forme d'entonnoir 
ou de cône renversé à sa partie antérieure, et prend un peu 
avant le milieu de sa longueur une figure cylindrique. Tel que 
je l'ai reçu, il est composé d'une terre ferrugineuse qui lui donne 
de la solidité, et fait paroître sa surface inégale et raboteuse; 
mais vu à l'intérieur, il est parfaitement lisse et tapissé de soie: 
à prendre du point où il se rétrécit pour devenir cylindrique, la 
cavité est un peu oblique, et offre un bourrelet ou cordon. 
L'opercule est bien moins épais que celui des Gténizes, plat, et 
formé de divers feuillets appliqués les uns sur les autres, 
comme ceux d'une écaille d'huître. Sa surface inférieure est re- 
vêtue, ainsi que l'intérieur du nid, d'une couche de soie. L'entrée 
a un pouce de diamètre. Selon Brovt^n, l'animal s'établit dans 
les lieux pierreux., et sa piqûre cause une douleur très vive, 
qui dure plusieurs heures, et qui est encore accompagnée quel- 
quefois de fièvre et de délire. On en arrête les effets en provo- 
quant les sueurs au moyen de sudorifiques et dé liqueurs spiri- 
tueuses. Badier, au rapport d'Olivier, a souvent rencontré cette 
espèce dans les sols argileux, et en pente douce, de l'île de la 
Guadeloupe. Retirée de son nid, elle ne donne, ainsi que la 
Cténize maçonne, aucun signe de vie, et contracte, probable- 
ment dès-lors, comme elle, ses pattes. 

J'ai dit, au commencement de ce Mémoire, que le genre Dys- 
dère tenninoit la série des Aranéides quadripulmonaires, et se 



VUES GÉNÉRALES SUR LES ARANÉIDES. 7 5 

liolt naturellement avec celui de Ségestrie qui commence ainsi 
la série des Aranéides bipulmonaires. Je remarquerai , à l'occa- 
sion de ce dernier genre, que les espèces que M. Risso, dans 
son Histoire naturelle de l'Europe méridionale, y rapporte, sont 
de véritables Epéires ou Araignées tendeuses et bien connues. 

APPENDICE. 

Parmi les objets d'histoire naturelle, recueillis à Madagascar 
par M. Goudot, et dont il a enrichi le Muséum, s'est trouvée 
une espèce inédite de Mygale, dont je n'avois pas eu connois- 
sance, lorsque j'ai rédigé le Mémoire précédent. Je conserverai 
à cette Aranéide la dénomination de LONGITARSE, Longitarsis, 
qui lui a été donnée par M. Audouin. Dans une note jointe à 
l'animal, il est dit qu'elle fait son habitation sous les troncs 
pourris des forêts, situées près de la rivière Troulouine. 

Le nom spécifique annonce déjà que cette Mygale doit être 
rangée dans ma seconde division ; la longueur des deux pattes 
postérieures est en effet presque double ( 22 lignes ) de celle 
du corps( i3 lignes), mesuré depuis l'origine du crochet des ché- 
licères jusqu'au bout de l'abdomen. Il est entièrement brun, 
garni de poils peu alongés et sans épines ou piquants aux pattes; 
ceux du dessous des tarses ou des deux derniers articles de ces 
pattes forment, ainsi que dans les premières espèces, une brosse 
courte, serrée et continue, à l'extrémité de laquelle on voit 
aussi la petite, qui accompagne les onglets. Le groupe oculaire 
ne diffère point ou très peu de celui des autres Mygales. On ne 
pourroit, d'après ces seuls caractères communs avix deux sexes, 
distinguer cette espèce de quelques autres de la même division; 



'jG VUES GÉNÉRALES SUR LES ARANÉIDES. 

mais heureusement l'individu unique, apporté par M. Goudot, 
étant un mâle, il nous a été facile de le comparer avec ceux des 
autres Mygales analogues, et de bien établir son signalement. 
D'une part, les organes copulateurs se rapprochent de ceux 
de la Mygale aviculaire; mais, à partir du renflement sphé- 
roïdal de leur base, ils se contournent fortement en manière 
de tire-bourre, sont d'abord comprimés et striés longitudi- 
nalement, et se terminent en une pointe aciculaire, longue et 
un peu arquée ^ l'article des palpes qui les précède, ou lavant- 
dernier, est très velu en dessous. D'autre part, la saillie de 
l'extrémité inférieure des jambes de la première paire des 
pattes, propre à la plupart des individus du même sexe, finit 
tout autrement. L'épine terminale ou l'ergot est remplacée par 
un appendice replié sur le côté postérieur de la saillie, en forme 
de dent, imitant un râteau, à raison d'une série d'une douzaine 
environ de petites pointes cornées que présente sa tranche in- 
férieure. De longs poils et un fin duvet plus intérieur enve- 
loppent cet appendice. Les filières extérievires sont alongées et 
saillantes. 



CONSIDÉRATIONS 

SUR LES INSECTES COLÉOPTÈRES 

DE LA TRIBU DES DENTICRURES, 

FAMILLE DES BRACHÉLYTRES. 
PAR M. LATREILLE, 

Professeur-administrateur au Muséum d'Histoire naturelle, de rAcadémie des sciences, etc. 



Aux quatre sections principales ou tribus qui, dans la pre- 
mière édition de l'ouvrage sur le Régne animal de M. Cuvier, 
partagent cette famille, désignée primitivement par lui sous la 
dénomination de Rrachélytres, et postérieurement sous celle 
de Microptères, par M. Gravenhorst, dont le travail a servi de 
base à ceux qu'on a publiés depuis sur le même sujet, j'ai ajouté, 
dans la seconde édition de l'ouvrage précité, une autre tribu, 
celle des Denticrures, mot dont l'étymologie, famées dentées, 
indique son principal caractère; elle est un démembrement de 
celle des Aplatis, et se compose des genres Oxytèle, Osorius, 
Zyrophore, Prognathe, et Coprophile, dont le dernier m'est 
propre. 

Ne pouvant présenter dans cette seconde édition du Régne 
animal qu'une esquisse de l'état actuel de l'entomologie, n'ayant 
lors de sa rédaction que peu de matériaux à ma disposition , il tn'a 
été impossible de me livrer à une étude plus approfondie de 



■78 CONSIDÉRATIONS SUR LES INSECTES COLÉOPTÈRES 

ces insectes, et je me suis borné à introduire dans mon travail 
quelques nouvelles considérations générales. M. le comte de 
Mannerheim , qui avoit déjà acquis des titres incontestables à 
la gratitude des entomologistes, en a profité avec avantage, dans 
sa classification générale des Brachélytres, qu'il a mise au jour 
en i83o, et dont M. Audinet de Serville a rendu un compte très 
détaillé, et avec cet esprit de justice et d'impartialité qui le ca- 
ractérise, dans le Bulletin des sciences naturelles', février i83i. 
Le nombre des genres de cette famille, et dont plusieurs jus-^ 
qu'alors inédits, est de cinquante-deux. Ils sont distribués en six 
tribus, désignées d'après des genres servant de types principaux, 
comme Staphylinides, du genre Staphylin, Sténides, de celui 
de Stène, etc. ; des tableaux analytiques, tracés sur le modèle de 
ceux dont M. Duméril et le comte Dejean ont fait usage, facilitent 
la connoissance de ces groupes. Les caractères qu'il leur assigne 
ont-ils tous une importance générique? c'est ce que nous ne dis- 
cuterons point, vu qu'il ne s'agit dans ce Mémoire que de sa 
tribu des Oxytélides, l'analogue, en grande partie, de notre 
division des Denticrures -, elle est formée de quatre genres, 
Bledius, Platystethus, Oxyteluset Trogophlœus , dont le second et 
le dernier établis par lui, et dont le premier ou celui de Bledius, 
propre au docteur Léach. N'ayant point, à ce qu'il paroît, 
vu en nature, celui de Siagone de M. Kirby, ou mes Prognathes, 
trompé par des analogies sexuelles, et négligeant la forme des 
palpes, pour s'attacher exclusivement aux caractères tirés de la 
forme des jambes et de la composition des tarses, il le confond, 
mal-à-px"opos, avec celui de Bledie. Tous ses Oxytélides, à l'ex- 
ception des Siagones, embrassent uniquement le genre Oxytèle 
de M. Gravenhorst. Il ne fait aucune mention de celui d'Oso^ 



DE LA TRIBU DES DENTICRURES. 79 

rlus, ni de ceux de Zyrophore et de Goprophile, sans doute 
parcequ'ils manquoient dans sa collection des Oxytélides. 

D'après le tableau où il expose les caractères des tribus, 
celle-ci ne différant des autres que par le nombre des articles 
des tarses, 3 à 4, au lieu de 5, ces deux genres s'en trouvoient 
exclus. Mais cette anomalie est-elle bien constatée? N'est-ce 
pas une erreur provenant de la difficulté de bien distinguer 
quelques jointures, vu Textrême petitesse des quatre premiers 
articles, vu encoi'e que le radical peut rentrer, en grande 
partie, dans la cavité tibiale où il prend naissance, et qu'il 
existe en dessous un petit faisceau de poils dirigé en avant?' 
C'est ce que je pense, me fondant à-la-fois sur l'analogie et la 
diminvition progressive de la longueur de ces articles , considé- 
rés successivement dans les genres de cette tribu. J'ajouterai 
même que les tarses postérieurs de divers Oxytèles et les plus 
longs de tous, vus en dessous et avec la combinaison de deux 
lentilles très fortes, m'ont offert les cinq articles, communs aux 
autres Brachélytres. Si quelques insectes de cette famille pou- 
vaient, sous ce rapport, s'éloigner des autres, la tribu des 
^léocharides, qui semble avoisiner naturellement les Psélaphiens, 
présenteroit plus de chances exceptionnelles, et cependant il 
est reconnu que leurs tarses ont pareillement cinq articulations. 
Tels sont les motifs qui m'avoient déterminé dans l'exposition 
des caractères des Denticrures à ne point me prononcer sur le 
mode de composition de cette partie, et à me borner à dire 
qu'ordinairement le nombre total de ses articles ne paroissoit 
être que de deux ou de trois. Cependant M. le comte de Manner- 
heim affirme que les tarses de tous les Oxytélides, vus avec le 
secours de plusieurs microscopes, ne lui ont offert qu^e c,e der- 



8o CONSIDÉRATIONS SUR LES INSECTES COLÉOPTÈRES 

nier nombre. Mais, ainsi que je l'ai fait, ces parties doivent être 
observées sous toutes les faces, et je pense que, pour bien dis- 
tinguer les articulations, on a moins besoin d'un très fort gros- 
sissement que de clarté, et qu'en employant une forte loupe, 
on obtient mieux cet avantage et avec moins de crainte d'illu- 
sions. Il paroît d'ailleurs que ce savant a même hésité quant à 
cette détermination numérique, puisqu'il signale ainsi cette 
tribu : tarses à trois ou quatre articles. 

Je ferai observer que la simplicité ou le laconisme des tableaux 
analytiques, quoique séduisants au premier abord, n'est pas 
toujours un moyen d'apprécier, à leur juste valeur, leur mérite. 
L'expression des signalements doit être bien méditée, et ne 
point porter sur des organes dont la figure est naturellement très 
variable. Citons un exemple, puisé même dans le travail de ce 
naturaliste. Peut-on caractériser plus simplement la tribu des 
Staphylinides? Labre échancré[\). Qui ne sait que le bord anté- 
rieur de cette partie peut, dans les divisions ou les tribus les 
plus naturelles, être tantôt entier, tantôt plus ou moins échan- 
cré ou sinué? Dans le choix des caractères, il auroit fallu pré- 
férer d'abord ceux qui ont une plus grande importance, qui 
exposent à moins d'erreurs, et descendre ensuite à des modifi- 
cations d'organes plus subordonnées ou plus circonscrites. 

Le côté extérieur des jambes de \Oxytelus corticinus de M. Gra- 
venhorst, n'étant, selon M. Manne rheim , ni denté, ni épineux, 
ri a, dit-il, été obligé de changer un peu les caractères que j'a- 
vois assignés à la tribu des Denticrures, ainsi que sa dénomi- 

(i) Sa surface inférieure est tapissée par une pièce membraneuse, assez 
épaisse et velue, qui me paroît être l'analogue de YEpipharinx. 



DE LA TRIBU DES DENTICRURES. 8l 

nation. Mais, comme l'a judicieusement remarqué M. de Ser- 
ville, il ne falloit pas pour cette unique exception bouleverser 
ainsi la nomenclature. Ajoutons encore que ces épines ou Ces 
dents sont remplacées ou représentées par des cils. Afin donc 
de ne point augmenter le nombre des tribus de la famille des 
Brachélytres, et pour conserver leurs désignations, la tribu des 
Oxytélides de M. de Mannerheim ne formera qu'une division de 
celle des Denticrures que je caractériserai de la manière sui- 
vante. 

Tête dégagée (point susceptible de s'enfoncer postérieurement dans 
le corselet jusqu'aux yeux). Jambes antérieures au moins dentées ou 
épineuses au côté extérieur dans la plupart; des cils sur le même coté, 
et a toutes dans les autres; tarses semblables ou point sensiblement 
différents dans les deux sexes, point dilatés, petits, susceptibles de se 
replier sur elles, avec le dernier article aussi long au moins que les 
précédents réunis ; ceux-ci fort courts , et dont le premier ou les deux 
premiers souvent même peu ou point distincts. Palpes médiocrement 
saillants , filiformes ou subulés. Antennes insérées latéralement au- 
devant des yeux, moniliformes ou a articles pour la plupart ova- 
t aires. 

Le corps est linéaire et déprimé, ou cylindi'ique. Lés antennes 
sont de la longueur de la tête et du corselet, insérées au-devant 
des yeux, de grosseur égale, ou grossissant vers leur extrémité 
et presque en massue, un peu coudées, avec les trois premiers 
articles obconiques, ou presque cylindriques, et un peu amincis 
à leur base; le radical est le plus grand, et les deux suivants sont 
presque de la même longueur. Le labre est coriace, saillant, 
y)etit, en carré transversal, et velu au bord antérieur. Les man- 
dibules sont avancées, en forme de triangle étroit et alongé. 
Annales du Muséum, t. I", 3' série. 1 1 



Sa CONSIDÉRATIONS SUR LES INSECTES COLÉOPTÈRES 

plus OU moins dentées au côté interne, et terminées en une pointe 
aiguë OU par un crochet, et ordinairement croisées à cette ex- 
trémité. Les mâchoires, ainsi que dans les Staphylins, se termi- 
nent par deux lobes coriaces ou membraneux, dont l'apical plus 
grand, et dont l'interne rétréci en pointe vers son extrémité, ou 
dentiforme ; leurs palpes sont toujours composés de quatre 
articles distincts; les labiaux en ont un de moins. Le meiîton 
est coriace, plus ou moins trapézoïde, ou en carré, rétréci, 
vers le bord supérieur et transversal. La languette est membra- 
neuse et divisée, ainsi que dans le genre précédent, en trois 
parties, dont l'intermédiaire, beaucoup plus large, profondé- 
ment échancrée ou bilobée , et dont les deux latérales, ou les 
paraglosses, petites, étroites, mais ici peu distinctes, ou se con- 
fondant avec les lobes delà précédente, en s'appliquant contre 
eux. Les yeux sont arrondis et peu élevés. Plusieurs, ou les 
mâles au moins, offrent au-devant de l'insertion des antennes 
une saillie en forme de dent ou de corne. Le corselet de quel- 
ques individus du même sexe est aussi armé d'une corne plus 
forte; cette partie, dans son plus grand diamètre transversal, 
est de la largeur de la tête et des élytres, presque carrée, un 
peu plus étroite vers les angles postérieurs, qui dans plusieurs 
sont arrondis ou obtus, de manière qu'elle est alors presque 
en forme de cœur tronqué. L'écusson est petit et triangulaire. 
Les élytres recouvrent au plus la moitié de la longueur de 
l'abdomen , dont le nombre dès segments apparents est de six au 
moins: le dernier est conique ou triangulaire, sans appendices 
saillants. Les quatre jambes antérieures sont ordinairement plus 
larges; leur côté extérieur offre une rangée de dents ou d'épines 
nombreuses, formant, un râteau, ce qui indique qu'elles servent 



DE LA TRIBU DES DEÎNTICRURES. 83 

à ces insectes à fouir la terre; les tarses se replient alors sur elles. 
Quelques espèces, mais en très petit nombre et composant le genre 
Trocjophlœus de M. de Mannerheini, vivent sous les écorces des 
arbres ou dans les champignons; et les autres, ou les européennes 
au moins, dans les matières excrémentielles, mais, à ce qu'il m'a 
paru, celîes de préférence qui sont moins humides. Les mâ- 
choires des Osorius, genre exotique, semblent annoncer quel- 
ques habitudes particvilières(i). Par l'élargissement transversal 
de leur lobe apical, celles des Zyrophores ont de grands rapports 
avec les mêmes parties des Bousiers, des Ateuchus, etc. Leurs 
mandibules sont beaucoup plusfortes et plus dentées que celles des 
autx"es Denticrures; elles paroissent même faire l'office de pinces. 

I. Antennes de grosseur égale ou légèrement épaissies vers le bout. 
Palpes pareillement filiformes. Cinq arctiles apparents aux 
tarses; le dernier simpletnent un peu plus long que les précédents 
pris ensemble. 

A. Corps cylindrique. Tête alongée , convexe, prolongée postérieu- 
rement, derrière les yeux, sans ' rétrécissement ni étranglement 
apparent, en forme de cou. Lobes maxillaires coriaces, terminés 
par une dent; de longs cils et pointus au bout, ou spiniformes , 
disposés parallèlement en une série au côté interne de l'intérieur, 
et d'autres semblables au sommet de l'extérieur. Languette alon- 
gée, avec l'extrémité arrondie, sans échancrure apparente (lobes 
connivents). 

GENRE I. 

Osorius. Osorius (Léacb). 

A l'égard de la forme de la tête et du corselet et de leurs proportions rela- 
tives, les Osorius ont une certaine analogie avec les Acinopes et les Ditomes, 
► •—— ^ - ~ 

(i) Voyez le Post-Scripluin de la page 92. 



84 CONSIDÉRATIONS SUR LES INSECTES COLÉOPTÈRES 

genres de la tribu desCarabiques. Leur corps est cylindrique, alongé, foible- 
ment et vaguement pointillé, de moyenne taille, comparativement aux autres 
Brachélytres , pubescent sur Tabdomen, les antennes, les pattes, et quelques 
autres parties, noir ou roussâtre et luisant. La tête est presque aussi grande 
que le corselet, en carré, un peu plus long que large, épaissie, et arrondie 
postérieurement en dessus, déprimée et inclinée assez brusquement en de- 
vant, et terminée par un bord droit, à angles latéraux, pins ou moins pro- 
longés, ou formant une saillie pointue, en manière de dent. Les antennes 
sont insérées au-devant des yeux, en arrière d'un enfoncement, au-dessus 
duquel s'élève, à la suite d'un rétrécissement brusque, la portion latérale et 
terminée en pointe, d'une sorte de chaperon, formé par le plan antérieur 
qui va en s'inclinant; leur premier article est presque cylindrique, et d'une 
longueur égalant au moins ie quart de la longueur totale; tous les suivants 
sont courts, et à l'exception du second et dn troisième, dont la forme est 
presque obconique, sont globuleux, les derniers sur-tout. Le labre est pro- 
portionnellement plus grand que dans les autres espèces de la même tribu, 
en carré, un peu plus long que large, uni, avec le bord antérieur velu , et 
un peu concave. Les mandibules sont assez fortes et croisées, tantôt in- 
également dentelées au côté interne, tantôt unidentées au plus. Le lobe 
terminal des mâchoires a la forme d'une dent oblongue, arquée, rétrécie 
vers le bout, et terminée en manière d'onglet, portant extérieurement à son 
sommet quelques longs poils, finissant en pointe aiguë; le lobe interne 
plus petit, linéaire, en offre une rangée de semblables, et finit en une 
deut aiguë et oblique; j'en ai même aperçu une seconde, au-dessous de 
la précédente, à l'une des mâchoires. On voit ainsi que , par la forme de 
ces organes, les Osorius ont de l'affinité avec les coléoptères de la famille 
des carnassiers. Les palpes, tant maxillaires que labiaux, et dont ceux-ci, les 
plus courts, comme de coutume, sont filiformes, et terminés par un article 
cylindrico-conique et le plus long de tous; le second, des uns et des autres, 
est ensuite le plus grand et obconique. La lèvre est plus alongée que celle 
des autres denticrures; le bord supérieur du menton est un peu concave; 
la languette est carénée postérieurement, et finit par un bord arrondi, sans 
échancrure, ni évasement sensible, peut-être par un effet du rapprochement 
et de la contraction de ses lobes ou divisions. Les yeux sont latéraux, petits» 
ronds et peu élevés. Le coi-Selet, un peu plus large que long, mesuré à son 



DE LA TKIBU DES DENTICRURES. 85 

bord antérieur, convexe et arrondi au milieu du dos, et incliné graduelle- 
ment sur les côtés, a la forme d'un carré, qui va en se rétrécissant de devant 
en arrière; il est rebordé latéralement, avec les angles postérieurs aigus ; le 
présternum est dilaté antérieurement, en manière de corne courte et obtuse. 
L'écusson est très petit, triangulaire et obtus. Les élytres formant, réunies, 
un carré un peu plus long que large, sont séparées du corselet par un petit 
pédicule, concaves ou écbancrées à leur base, de manière que les épaules 
sont saillantes; elles n'offrent aucune strie, si ce n'est la suturale. L'abdomen 
est cylindrique, et terminé par une sorte de cône , formé de la réunion des 
sixième et septième anneaux, et reçu à sa base, dans la concavité du cin- 
quième qui est le plus long de tous; le premier est plus court que les sui- 
vants ; les étranglements qui séparent les cinq premiers sont très pro- 
noncés. Les pattes sont courtes, mais robustes, avec les jambes comprimées, 
en forme de triangle alongé , dont la base est représentée par le bord in- 
terne, et à l'extrémité inférieure duquel est une petite épine (l'éperon) 
arquée; l'extérieur, ou du moins celui des quatre premières, est bordé 
d'une rangée de dentelures nombreuses, accompagnées de poils ou de cils, 
et dont les terminales plus grandes; les deux jambes postérieures sont plus 
étroites et plus longues, et leur contour forme un triangle scalène, tandis 
que celui que dessinent les autres, et sur-tout les deux premières, est plus 
équilatéral. Le tarse, composé de cinq articles distincts, s'applique, en se 
recourbant, sur la portion terminale de la tranche extérieure de la jambe, à 
partir de l'angle apical. 

Je ne connois encore que trois espèces et toutes exotiques. La première, 
recueillie à Madagascar, par M. Goudot jeune, est le type d'une division paV- 
tieulière, et dont le genre Oxytelus nous offre l'analogue. 

I. Côté extérieur des jambes échancré près du bout {échancrure 
des quatre antérieures beaucoup plus grande, avec deux dents, 
dont la supérieure très petite ; deux petites épines réunies infé- 
rieur ement, dans l' échancrure des deux postérieures). 

i. OSORIUS INCISIGRURE. Osdriu$ incisicrurus . 

D'un noir foncé, très luisant, avec les tarses roussâtres. Mandibules 
dentées le long du bord interne; une dent plus forte à l'une des deux; trois 



86 CONSIDÉRATIONS SUR LES INSECTES COLÉOPTÈRES 

au bord antérieur de la tête, dont une au milieu et les autres latérales. Cor- 
selet point rebordé à son extrémité postérieure, vaguement ponctué sur les 
côtés, avec deux lignes enfoncées, courtes, interrompues, et rapprochées 
parallèlement, au milieu du dos; une impression à chaque angle postérieur. 
Les deux jambes postérieures fortement et longuement rétrécies supérieu- 
rement, n'ayant au côté extérieur que des poils, et trois petites épines, dont 
les deux inférieures réunies à leur base. — Longueur, o"oio. 

Cette espèce diffère non seulement des suivantes , par l'échancrure exté- 
rieure des jambes, mais par des caractères propres aux deux postérieures, 
et indiqués ci-dessus, ainsi^que par l'existence de la saillie du milieu du bord 
antérieur de la tête, les dentelures des mandibules et les impressions du 
corselet. 

II. Côté extérieur des jambes sans échancrure, près de son extré- 
tnité (^pluridenté dans toutes). 

2. OSORIUS BRÉSILIEN. Osorius brasiliensis. 

GuÉR. Iconog. du Rég. anim. — 3' Cah. Insect. pi. IX, fig.XI. — Osorius tardus? 

Dej. Gâtai, p. 24. 

Très noir, luisant, avec les antennes dun noir obscur, et les pattes d'un 
brun fauve; une forte dent obtuse de chaque côté, au 'bord antérieur de la 
tête, et une au bord interne de la mandibule droite; tête et corselet lisses; 
cette dernière partie rebordée finement à son extrémité postérieure. — 
Longueur, o™ 009-013. 

Le Muséum d'histoire naturelle en possède un individu qu'il doit, ainsi- 
que plusieurs autres insectes intéressants , à la générosité de M. Adolphe de 
Lattre ,^peintre distingué, et qui, pendant son séjour au Brésil, s'y est livré 
avec zèle à la recherche de ces animaux. Je lui ai aussi obligation de la 
même espèce, dont je n'avois alors qu'un petit individu, celui qu'a figuré 
M. Guérin. 

3. Osorius cylindrique. Osorius cylindricus. Kliig. 

D'un roussâtre pâle, luisant, ponctué; bord antérieur de la tête sans 
dents; jambes paroissant être plus garnies de poils que celles des espèces 
précédentes; les deux postérieures moins dentées. — Longueur, o™oo5. 



DE LA TRIBU DES DENTICRURES. 87 

Mexico. Je suis redevable de cette espèce à mon excellent ami, le docteur 
Klug, directeur du Cabinet d'histoire naturelle de Berlin. 

B. Corps linéaire , entièrement, ou en partie au moins , déprimé; 
tête transversale ou presque isométrique , carrée, ou presque orbi- 
culaii-e, distincte postérieurement du corselet par un rétrécisse- 
ment ou un étranglement ; lobes maxillaires membraneux (i), 
sans dents , ni rangée pectiniforme de cils au côté interne ; le lobe 
extérieur élargi ou très obtus au bout; lèvre peu alongée, avec 
la languette profondément évasée au milieu, ou distinctement ' 
bilobée. 

Nota. Menton transversal. Jambes étroites, alongées, sans dilatation 
aiTgulaire au côté extérieur, mais simplement élargies vers leur extrémité; 
leurs dentelures ou petites épines moins nombreuses que dans le genre 
précédent; celles mêmes des quatre ou deux jambes postérieures, très rares 
ou nulles dans la plupart. Corselet presque carré. 

a. Mandibules très robustes, élevées, très dentées et terminées 
en pince; un cou brusque et étroit; abdomen plus étroit que 
le corselet, en étant séparé par un pédicule très distinct, cy- 
lindrique. 

GENRE II. 

ZyrOPHORE. Z/ro/>Ao?'Ms. (Daim. — Piestus, Gravenh. — Lepto- 
chirus, Germ. — Irenœus, Léach. — Oxytelus, Oliv.) 

Par les mandibules, les inégalités de la tête, et sur-tout ses impressions 
antérieures , et par la forme du corselet , èe genre nous rappelle celui de 
Passale. Les antennes, de grosseur presque identique, sont généralement 

(i) Ainsi que dans les autres brachélytres , l'apical externe est en formé de triangle 
renversé, uniarticulé à sa base, et l'interne moins élevé que lui, va en se rétrécis- 
sant de la base au sommet et se termine en pointe; son bord interne et l'extrémité 
du précédent ont une f:ange, formée par de petits poils. 



88 CONSIDÉRATIONS SÛft LES INSECTES COLÉOPTÈRES 

moniliformês, poilues, avec le premier article obconique, dans Tespéce du 
Brésil que M. Gerrnar nomme Scoi-iac&ua (i). Les mandibules sont fourchues 
au bout. Au-dessous de l'origine des palpes maxillaires est une saillie assez 
'forte et en forme de dent; l'appendice extérieur, terminant les mâchoires, 
est beaucoup plus large que dans les autres brachélytres , et tout-à-fait 
trattsversal , comme celui des Ateuchus des Copris, etc. Les angles de la base 
du menton sont nn peu dilatés, en manière d'oreillette; les supérieurs sont 
arrondis, et donnent naissance aux palpes; et le milieu du bord supérieur 
s'avance un peu en pointe; les lobes de la languette sont courts et très écartés 
au milieu; le dernier article des quatre palpes est cylindrique. Toutes les 
espèces connues, et dont les unes du Brésil, et les autres de Java, ont le 
corps de consistance très solide, d'un noir très luisant, avec un sillon longi- 
tudinal au milieu de la tête et du corselet. J'ai adopté la dénomination de 
Zyrophore donnée à ce genre par feu Dalman , plutôt que celle de Leptochirus 
de M. Germar, soit parcequ'elle est antérieure, soit parceque le premier en 
a développé avec plus d'étendue et 6guré les caractères. L'oxytèle bi- 
corne d'Olivier (Encvclop. méth.) me paroît ne pas différer du Z. Pectini- 
cornis de Dalman, qui, ainsi que lui , tenoit cette espèce de feu Paykull. S'il 
étoit vrai, comme il le soupçonne, qu'elle appartient au genre Piestus de 
M. Gravenhorst, la désignation générique de celui-ci devroit prévaloir. 
J'ai une espèce et que l'on m'a dit venir de Java, dont le devant de la tête 
offre trois petites cornes, et dont les antennes sont plus courtes, plus ve- 
lues, avec les articles plus globuleux; on voit de chaque côté, surle dessous 
de la tête, un avancement pointu et dentiforme. Cette espèce, ainsi que celle 
précitée de M. Germar, et que je dois à l'amitié de M. Adolphe de Lattre, 
étatït les seules que je possède, je ne pouvois entreprendre de donner ici une 
monographie de ce genre. 

b. Mandibules de grandeur moyenne , étroites , arquées, terminées 
en une pointe simple , sans dents , ou n'en offrant au plus qu'une, 

^'^ m leur hase , et dans les mâles seulement. Tête légèrement ré- 
trécie postérieurement. Jlbdomende la largeur du corselet, n'en 
étant point séparé par un étranglement notable et déprimé. 

(i) Striatus? Guer. Iconog. du Rây. anim. 3' cah. insect. pi. IX, /ig. it. 



DE LA TRIBU DES DENTICRURES. 89 

GENRE III. 

Prognathe. Prognatha.lhatr., Blond. — Siagoiium, Kirby.) 

Mandibules très étroites, très arquées, oulunulées, plus grandes et avec 
un appendice dentiforrae à leur base interne, dans les mâles. Dernier article 
des palpes cylindrique; ceux des antennes presque obconiques, et dont les 
derniers à peine plus épais. 

On n'en connoît encore qu'une seule espèce, dont le mâle a été figuré par 
MM. Kirby et Spence, sous la dénomination de Siagonum cjuadricome (Introd. 
Entom., tom. I, pi. i , fig- 5), et quant à la tête, et sous le nom de Rujîpetine, 
par M. Guérin(Iconog. du Rég. anim., 2' cahier, Insect., pi. 10, fig. 1). Celle 
que M. Blondel a décrite et représentée dans les Annales des Sciences natu- 
relles (avril 1817, PI. XVII, fig. 1^-17), n'est qu'une variété du même 
insecte. 

GENRE IV. 

GOPROPHILE. Coprophilus. (Lat. — Omalium, Gravenh., etc.) 

Mandibules légèrement arquées, point lunulées, et sans dents, dans les 
deux sexes. Dernier article des palpes conique ; ceux des antennes géné- 
ralement presque globuleux, et dont les derniers sensiblement plus gros. 

Corps moins éU'oit et moins déprimé que dans les Prognathes. 

UOmalium rugosum de M. Gravenhorst, que je rapporte à ce genre, a été 
représenté par M. Guérin (Iconog. du Rég. anim., 2°cah. , Insect., pi. 10, 
fig. 2). 

II. Derniers articles des antennes manifestement plus grands et 
formant presque ime massue alongée. Palpes subulés. Tarses ne 
paraissant composés que de trois articles , dont le dernier beau- 
coup plus long que les deux autres réunis. 

Annales du Muséum, t. I", 3' série. 1 2 



go CONSIDÉRATIONS SUR LES INSECTES COLÉOPTÈRES 

GENRE V. 

OXYTÈLE. Oxytelus. (Gravenh., Oliv., Gyllenh., Dej., etc.) 

Les antennes forment un coude plus prononcé que dans les genres précé- 
dents. L'avant-dernier article des palpes maxillaires est le plus grand de tous, 
en forme de toupie, elle dernier beaucoup plus grêle se termine en pointe. 
Telle est aussi la forme du même aux palpes labiaux; mais ici les deux pré- 
cédents sont à-peu-près égaux et cylindriques. Les lobes maxillaires n'offrent 
rien de particulier ou ressemblent à ceux des Staphylins et des deux genres 
précédents. Le menton est aussi en carré transversal , et la languette est 
évasée ou écbancrée, en manière d'angle, au bord supérieur. Dans ceux où 
les individus mâles ont des éminences nommées cornes, celles de la tête 
sont formées par des saillies dentiformes du bord antérieur de cette partie 
[cornutus, morsitans), ou bien par des dilatations des portions latérales et 
élevées, sous les bords desquelles sont insérées les antennes; une expansion 
prolongée supérieurement du disque du corselet produit la corne que l'on y 
observe dans les mêmes individus. 

Dans le nouvel arrangement de la famille des Brachélytres proposé par 
M. le comte de Mannerbeim, les Oxytéles primitifs y composent quatre 
genres , savoir : Bledius , Platystethus , Oxytelus et Trogophlœus. Le dernier 
est distingué de tous les autres par l'absence de dentelures ou d'épines à 
toutes les jambes. Le premier est le seul de ceux-ci dont toutes les jambes 
soient entières (i). Dans les Platystetbus et les Oxytelus, l'extrémité des 
deux antérieures a une entaille au côté extérieur; la série des dentelures ou 
d'épines dont il est armé n'est point prolongée jusqu'au bout, comme dans 
les Bledius. Maintenant les Platystethus ont cela de particulier que ces den- 
telures , imitant un peigne, existent aux jambes postérieures; celles des 
Oxytéles en sont dépourvues. Le genre primordial n'étant pas composé d'un 
grand nombre d'espèces, peut-être eût-il mieux valu se borner à y établir 
des divisions embrassant ces coupes génériques. Mais il est toujours positif 

(i) Voyez Ylconograpkie du Règne animal, par M. Gue'rin, 3' cahier, Insectes, 
pi. 9, %. 10. 



DE LA TRIBU DES DENTICRUEES. 91 

qu'elles sont très naturelles; à ces caractères il faut ajouter ceux que four- 
nissent les mandibules. 

Bans les uns, elles se terminent par deux dents, formant une sorte de 
fourche, ou bien par une pointe simple, mais avec le côté interne manifes- 
tement pluridenté. 

Cette division comprendra les genres Bledius et Platystethus^ 

Dans les autres Oxytélides, les mandibules finissant aussi en pointe n'of- 
frent, au côté interne, que deux petites dents. Ici viennent les deux autres 
genres Oxytelus et Trogophlœus. Le corps est toujours déprimé, sans cornes , 
et le corselet, moins rétréci postérieurement, est presque carré ou presque 
orbiculaire, au lieu que dans la division précédente, sa forme se rapproche 
beaucoup plus de celle d'un cœur, tronqué postérieurement. 

Le corps des Blédies (Bledius) est évidemment plus étroit , plus alongé et 
plus convexe que celui des autres Oxytélides. Le côté extérieur des jambes 
présente une rangée très serrée de spinules qui régne dans toute sa longueur, 
et couronne même, avec les éperons ordinaires, son extrémité; seulement, 
dans quelques uns, les spinules des deux jambes postérieures sont rem- 
placées, en totalité, ou en partie, par des poils ou des cils. Dans les espèces, 
dont les mâles ont des cornes, les mandibules s'élargissent vers leur extré- 
mité, et se terminent par deux fortes dents, dont l'inférieure plus courte ; le 
côté interne n'en présente point. On en voit deux à ce même côté, dans les 
mandibules des espèces sans cornes, ou du Castaneipennis au moins, et dont 
la supérieure correspond à l'intérieure des mandibules précédentes; elle est 
plus petite, et celle qui est formée par l'extrémité pointue de ces organes est 
plus avancée, de sorte qu'ils paroissent moins fourchus. Dans les Platystè- 
THES iPlaiystethus), leur côté interne est pareillement bidenté; mais la dent la 
plus inférieure, sur-tout à l'une de ces mandibules, où elle est plus éloignée 
delà supérieure, estbiGde; l'apicale est d'ailleurs forte et avancée. C'est 
plutôt par la petitesse des deux dentelures internes que par celle de petites 
épines aux jambes postérieures que les Oxytèles [Oxytelus) s'éloignent du 
genre précédent; car dans quelques individus au moins, ces spinules y sont 
très distinctes. On n'en voit point aux jambes àesT'ROGOVYnA^&^Trogophlœus), 
et l'extrémité de ces parties n'étant point rétrécie brusquement, n'offre pas 
cette entaille que l'on remarque aux deux jambes antérieures des O.xytèles 
et des Platystéthes. Par le faciès ces insectes ressemblent d'ailleurs à ceux 
du premier de ces deux genres. 



92 CONSIDÉRATIONS SUR LES INSECTES COLÉOPTÈRES, ETC. 

Je me propose de revoir successivement, quant aux autres tribus, le travail 
si recommandable de M. le comte de Mannerheim. S'il n'est point aussi 
parfait qu'il pourroit l'être, c'est parceque , je n'en doute pas, tous les maté- 
riaux nécessaires lui ont manqué. Il est à désirer que l'on s'occupe aussi 
d'un species général des Brachélytres. Un esprit philosophique , accoutumé 
à tenir compte de l'influence qu'exercent sur les couleurs, sur la nature 
même de quelques portions de la surface du corps, les circonstances locales, 
y opérera une réforme salutaire, réclamée par les véritables amis des 
sciences naturelles. Ce besoin s'est sur-tout fait sentir vivement chez moi, 
lorsque j'ai voulu distinguer les espèces du genre Oxytèle, quoique réduit, 
ainsi que plusieurs autres de la famille des Coléoptères carnassiers; on y a 
multiplié, sans discernement et sur la différence la plus légère, le nombre 
des espèces. 

Post-scriptum. Il ne m'étoit pas venu en pensée, lorsque j'ai rédigé ce 
Mémoire, de consulter le Mémoire, extrêmement intéressant, que M. J. Th. 
Lacordaire , dont le dévouement à l'entomologie, et les qualités dii cœur sont 
au-dessus de tout éloge, a publié, dans les Annales des sciences naturelles, 
sur les habitudes des Coléoptères de l'Amérique méridionale, qu'il a si sou- 
vent parcourue. Il nous apprend que les Zyrophores vivent exclusivement 
sous les écorces en décomposition, les fouillant en tous sens, et qu'on ren- 
contre quelquefois, en très grande quantité, l'espèce {scoriaceus), figurée 
par M. Germar. Les Osorius vivent demême, mais on les trouve aussi quel- 
quefois sous les pierres. L'espèce, nommée brasiliensis par M. Dejean, creuse 
sous ces écorces de longues galeries cylindriques, et notre observateur a 
trouvé deux fois leur extrémité pleine de petits œufs, d'un blanc sale, dis- 
persés sans ordre, d'ovi il présume que la larve y vit aussi. 



RECHERCHES 

ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES 

SUR LE MARCHANTIA POLYMORPHA, 

POUR SERVIR A l'hISTOIRE DU TISSU CELLULAIRE, DE l'ÉPIDERME ET DES 

STOMATES. 

PAR M. MIRBEL. 



Le tissu cellulaire des plantes se fortne-t-il par développement 
continu ou par la réunion d'utricules d'abord libres, puis se 
greffant entre elles? Dans le cas de la formation par dévelop- 
pement continu, les nouvelles cellules sont-elles des utricules 
complètes, pouvant chacune, dans certaines circonstances, 
se séparer de la masse et offrir alors des vessies entières , parfai- 
tement closes; ou bien les cloisons qui séparent les cellules 
contiguës sont-elles simples, sont-elles indivisibles si ce n'est par 
déchirement, de sorte que le tissu cellulaire ne seroit pas, à pro- 
prement parler, composé d'utricules distinctes? Doit-on consi- 
dérer l'enveloppe cellulaire, ou, si l'on veut, l'épiderme des 
plantes , comme la couche la plus extérieure du tissu cellulaire 
sous-jacent, ou faut-il y voir un organe essentiellement différent 
de ce tissu par son origine et sa structure? Les stomates s'organi- 
sent-ils en même temps que l'enveloppe cellulaire, ou se dévelop- 
pent-ils plus tard? Les cavités ou chambres pneumatiques qui 



94 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES 

correspondent aux stomates, sont-elles de formation primitive 
ou secondaire? Ces questions et plusieurs autres dont la solution 
est d'un grand intérêt pour l'anatoraie et la physiologie végétales, 
ont donné lieu à de profondes recherclies et à de savantes dis- 
cussions; mais il reste encore quelque chose à faire et à dire, 
puisque les botanistes ne sont point d'accord. 

Trente ans se sont écoulés depuis que, pour la première fois, 
j'ai publié mes opinions sur plusieurs des points que je viens 
d'indiquer. Elles ont été vivement attaquées. Aujourd'hui je 
veux les soumettre à ma propi'e critique : je tâcherai d'être 
impartial. 

Embrasser dans ses recherches un grand nombre de végétaux 
à-la-fois, et passer i"apidement de l'un à l'autre, récoltant les faits 
tels que le hasard les présente, sans se mettre en peine de ce qui 
a précédé et de ce qui suivra, ne me semble pas une bonne mé- 
thode pour arriver à des généralités sur l'organisation et les dé- 
veloppements. J'ai procédé d'une tout autre manière. Six mois 
ont été consacrés à l'étude d'une seule petite plante , le Mar— 
chantiapolymorpha , que l'on ne remarque guère, quoiqu'elle soit 
très cojnmune. Peut-être les botanistes me demanderont pour- 
quoi cette préférence accordée à une cryptogame qui, comme la 
plupart des espèces de cette classe, est dépourvue de bois , ainsi 
que d'organes creux propres à conduire les fluides, et n'offre, en 
dernière analyse, qu'un simple tissu cellulaire. La réponse est 
facile : ce n'est ni le bois ni les tubes connus sous le nom de vais- 
seaux que je me suis puoposé d'examiner; c'est le tissu cellulaire 
avec ses principales modifications, et, par conséquent, une 
plante tout entière composée de ce tissu convient mieux que 
toute autre à mon dessein . 



SUR LE MARCHANTIA POLYMORPHA. 9 5 

Une courte description du Marchanda sera suffisante, mais 
est indispensable pour que l'on puisse comprendre ce que je dirai 
tout-à-l'heure de la structure interne et des développements de 
cette plante. 

On la voit souvent dans les lieux humides, au bas des murs et 
sur les pierres de la margelle des puits. Elle s'étend en lames 
vertes, alongées, sinuées, espèces de feuilles tantôt appliquées 
sur le sol, tantôt redressées. La face supérieure de ces expan- 
sions foliacées est peinte d'étroites bandes verdâtres qui, se croi- 
sant en biais, la divisent avec régularité en un grand nombre de 
petites losanges à surfaces un peu convexes et d'un vert foncé 
(voy. PI. 5, fig. I , etfig. 4 «)• Au milieu de chaque losange on 
aperçoit à l'œil nu ou avec le secours d'une foible loupe, un 
point obscur qui n'est autre chose que l'ouverture d'un très 
grand stomate (voy. la Note A). La face inférieure produit un 
long duvet dont les brins indivisés sont de véritables racines, 
et elle est marquée, en relief, de nervures longitudinales. Les 
principales nervures se prolongent quelquefois au-delà de l'ex- 
pansion foliacée, en pédoncules, chacun surmonté d'un chapeau 
à large bord profondément divisé en huit ou neuf lobes épais 
ou seulement sinué. Sous les divisions des chapeaux lobés sont 
attachés des péricarpes renfermant une fine poussière jaune, 
formée d'une innombrable quantité de séminules. Sur les cha- 
peaux à bord sinué sont des ouvertures rondes qui communi- 
quent à des poches intérieures, que les botanistes considèrent 
comme des anthères. 

Le côté du pédoncule qui regarde la face supérieure de l'ex- 
pansion foliacée, est aplati, et, de même que cette face , il est 
vert, partagé en losanges et criblé de stomates. Au contraire, le 



96 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES 

côté qui correspond à la partie inférieure de l'expansion est 
renflé, arrondi, roussâtre ou blanchâtre, et, de même quelle, 
dépourvu de stomates. 

Sur la face svipérieure, on i^emarque des godets membraneux, 
semblables à d'élégantes petites coi-beilles, dont le bord seroit 
découpé en dents aiguës. Ce sont les réceptacles d'une multitude 
de bulbilles lenticulaires (voy. PI. 5, fig. 4)- 

C'est assez sur les caractères extérieurs de la plante; venons 
à sa structure interne qui est l'objet principal de ce travail. 
Avant de donner l'histoire des diverses modifications et altéra- 
tions que le tissu cellulaire éprouve depuis sa naissance jusqu'à 
son complet développement, je veux montrer l'état de ce tissu 
dans la plante adulte. Cette voie que je fais suivre au lecteur, je 
l'ai suivie moi-même dans mes recherches. J'aurois eu plus de 
peine à saisir l'enchaînement des faits si je n'avois connu d'avance 
le but que je devois atteindre. 

Des lames très minces de la substance de l'expansion foliacée, 
obtenues par un grand nombre de coupes longitudinales et 
transversales, m'ont donné sur la structure du tissu cellulaire 
des notions positives. La masse du tissu est continue. Il n'y a 
entre les cellules qui le composent aucun de ces espaces creux 
nue M. Tréviranus a observés dans d'autres plantes, et qu'il a 
désignés sous le nom de méats intercellulaires ( voy. la Note B). 
Les cellules s'alongent généralement selon la longueur de l'ex- 
pansion. Ce caractère est très prononcé dans les nervures, les- 
quelles sont entièrement formées , ainsi que le reste de la plante, 
de tissu cellulaire. On ne sauroit dire que la face inférieure ait 
un épiderme, à moins qu'on ne veuille donner ce nom à la 
dernière couche de cellules d'un tissu cellulaire continu ( voy. 



SUR LE MARCHANTIA POLYMORPHA. gj 

Pi. 7, fig. 3o, h). J'ai reconnu et tout le monde peut vérifier 
cette continuité qui suffiroit déjà pour faire croire, contre l'avis 
de plusieurs physiologistes , que l'existence d'un épiderme 
distinct dans les plantes aériennes n'est pas vin fait sans ex- 
ception. 

La face supérieure fournit matière à d'autres observations 
qui doivent trouver place ici, mais dont on n'appréciera toute 
la portée que lorsque je parlerai des développements. Le tissu 
superficiel est une membrane formée d'une seule couche de 
. cellules, lesquelles ne diffèrent des autres que par leurs parois 
un peu moins minces et un peu plus fermes (voy. PI. 5, fig. 2, b). 
Immédiatement au-dessous est un espace divisé en petites cham- 
bres par des cloisons cellulaires verticales, dont la crête se rattache 
à cette partie de la face inférieure de la couche superficielle, cor- 
respondante aux bandes étroites qui dessinent les losanges visi- 
bles à l'extérieur (voy. PI. 5, fig. i,c). Ainsi la couche superfi- 
cielle tient par l'intermédiaire des cloisons à la masse du tissu 
sous-jacent. Dès que j'eus constaté ce fait, je jugeai que je tou- 
chois au moment de dissiper les doutes qui s'étoient élevés sur 
l'origine et la nature de l'épiderme végétal. La suite fera voir 
que je ne me trompois pas. 

Chaque petite portion de la couche sviperficielle bornée par 
les côtés d'une losange, forme la voûte de l'une des diiambres, et 
chaque chambre reçoit dii^ectement l'air, la lumière et l'humi- 
dité par l'orifice elliptique d'un stomate unique, situé au centre 
de la voûte (voy. PI. 5, fig. i , 6 et fig. 2, g). 

Les chambres ne sont pas creusées très profondément dans le 
tissu sous-jacent. Les cloisons qui limitent l'étendue de chacune 
d'elles, ainsi que leur aire, sont chargées de papilles noueuses, 

Annales du Muséum, t. I", 3' série. i3 



9 8 RECHERCHES AN ATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES 

rameuses ou indivisées, composées de cellules irrégulières at- 
tachées bout à bout (voy. PI. 5, fig. 2,/). 

La. structure des stomates est peut-être plus remarquable ici 
que dans toute autre plante. Un, deux et quelquefois jusqu'à trois 
anneaux elliptiques , formés chacun de quatre cellules, et super- 
posés Tun à l'autre, élèvent l'ouverture supérieure un peu au- 
dessus delà surface de l'expansion, et constitue ce que j'appelle la 
margelle des stomates (voy. PI. 5, fig. 2, g). Un anneau formé de 
trois, quatre ou cinq grosses cellules tvu'binées, dont les bouts 
amincis s'alongent vers le centre, garnit et rétrécit l'otiverture 
inférieure. C'est l'anneau obturatevir. Il descend assez avant dans 
la chambre (voy. PI. 5, fig. 2, i). 

Existe-t-il entre les différentes chambres d'autres communica- 
tions que celles qui résulten t de la permiéabilité des membranes du 
tissu? Je ne sauroisle croire. Pendant plusieurs mois, j'ai examiné 
avec les microscopes les plus puissants, le tissu qui forme Taire 
et les cloisons des chambres, et je n'y ai découvert aucun per- 
tuis qui permette aux gaz et aux fluides de passer librement 
d'une chambre dans l'autre ( voy. la Note G ). Dernièrement 
M. Dutrochet a injecté des feuilles de phanérogames au moyen 
de la machine pneumatique. J'ai employé ce pi'océdé pour intro- 
duire dans les expansions foliacées et les pédoncules du Mar- 
chantia une infusion de garance. L'injection dounoit au tissu une 
teinte d'un vert roux et une certaine roideur. Quand j'essayois de 
plier les expansions, elles cassoient net. Si l'infusion n'avoit pé- 
nétré quedans les chambres, lesexpansionsauroientconservéleur 
souplesse; car le moindre effort eût suffi pour chasser la liqueur 
en dehors par l'orifice des stomates, plus large, nonobstant l'an- 
neau obturateur, dans les expansions du Marchantia que dans 



SUR LE MARCHANTIA POLYMORPHA. gg 

aucune autre plante que je connoisse. Je pense donc que les 
cellules elles-mêmes étoient injectées. On répondra peut-être 
que cela étoit impossible, attendu que les cellules sont toujours 
remplies d'un fluide. Cette assertion n'est rieu moins que prou- 
vée du moment qu'on l'énonce en termes si absolus. Sans doute 
les cellules contiennent souvent ce qu'on appelle de Yeau de 
végétation; mais cette eau de végétation est plus ou moins abon- 
dante, selon l'activité relative de la succion et de la transpi- 
ration. Ainsi, quand, par une cause quelconque, la quantité 
de liquide éliminée par la transpiration surpasse celle qui est 
introduite par la succion, le tissu devient flasque, parceque 
les cellules se vident; et, quand c'est la succion qui l'emporte, 
le tissu devient ferme, parceque les cellules se remplissent. Le 
Marchantia, comme les autres plantes, est soumis à ces alter- 
natives très ordinaires et très connues. Par l'emploi de la ma- 
chine pneumatique j'ai porté la turgescence à son maximum; 
les cellules ont été injectées aussi bien que les chambres des 
stomates; la teinture de garance s'est introduite à la faveur de la 
perméabilité des membranes, et non d'une autre manière. 

Je reviens à l'organisation. La couche cellulaire superficielle 
des expansions et des pédoncules, les cloisons et l'aire des cham- 
bres, les cellules des papilles et celles des stomates, contiennent 
de la matière verte dans des sphérioles, petites vessies fixées sur 
les membranes. On obtient la pi'cuve de l'existence des sphérioles 
en plongeant les cellules dans l'alcool, car, en très peu de temps, 
la matière verte se dissout, et l'on voit aloi^s très distinctement 
les sphérioles vides et transparentes; et ce qui démontre qu'elles 
adhèrent aux membranes, c'est que, lorsqu'après avoir déchiré 
les cellules, on en agite les lambeaux dans un liquide, les sphé- 



lOO RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES 

rioles ne changent pas de place. Elles abondent dans le tissu cel- 
lulaire voisin de la surface. Elles deviennent d'autant plus rares 
qu'elles approchent davantage du centre, et celles qui s'y mon- 
trent sont en général incolores et transparentes comme les 
sphérioles du tissu superficiel après avoir été soumises à l'action 
de l'alcool. 

De petites masses concrètes, ovoïdes, blanches, mamelonnées 
à la surface, paroissent cà et là dans les cellules du tissu. Je n'ai 
pu recueillir cette matière pour en reconnoître la nature ; je 
soupçonne que c'est de l'amidon (voy. Pi. 7, fig. 3o, e). 

Les nervures fortes ou foibles, relevées en bosse sur la face 
inférieure des expansions, sont accompagnées de petites mem- 
branes cellulaires invisibles à l'œil nu, qui se portent les unes 
vers les autres^ et se recouvrent mutuellement. Les racines nais- 
santes sont cachées sous ces membranes (voy. PI. 7, fig. 3o,/, g ). 
Plus âgées, elles ne se montrent au-dehors que pour s'enfoncer 
en terre ou pour se mettre en contact direct avec une atmo- 
sphère très humide. Chaque racine est un tube membraneux, 
long, grêle et transparent. Des pointes, semblables à des poils 
très courts, garnissent l'intérieur du tube, dont la surface n'offre 
attcune ouverture apparente, pas même à son extrémité qui se 
termine en cœcum (voy. PI. 5, fig. 5, 6, 7 ). A l'ombre et à l'hu- 
midité, le tube est rempli d'un fluide incolore qui se dissipe 
promptement si la plante est transportée dans une atmosphère 
sèche, et alors le tube se flétrit. Voilà un type de racine dans sa 
plus simple structure (voy. la Note D ). 

Le pédoncule est formé intérieurement d'un tissu de longues 
et larges cellules. Le côté qui correspond à la face inférieure de 
l'expansion foliacée ne laisse apercevoir, de même cn'elle, au- 



SUR LE MARCHANTIA POLYMORPHA. lOI 

cun indice depiderme distinct du tissu ( voy. PI. 5, fig. 8,6). 
11 est creusé dans sa longueur de deux profondes rainures pa- 
rallèles , dont les bords étendus en membranes cachent un 
double faisceau de racines qui descendent vers la terre sans 
sortir de ces espèces d'étuis (voy. PI. 5, fig. 8, e). Le côté qui 
correspond à la face supérieui^e de l'expansion diffèr-e d'elle 
en ce que ses stomates sont sensiblement plus petits que les 
cellules de l'anneau obturateur sont plus grosses, qu'elles bou- 
chent pi'esque totalement l'orifice inférieur, et qu'enfin les 
losanges de la superficie sont beaucoup plus alongées, et, par 
conséquent aussi, les chambres intérieures; car il ne faut pas 
perdre de vue que les côtés des losanges, indiquant les lignes 
d'attache des cloisons, donnent la forme et les dimensions des 
chambres avec la précision d'un plan géométrique ( voy. PI. 5 , 
fig. 9 et fig. lo). 

Tels sont les traits principaux de l'organisation du Marchantia 
adulte. Mais, pour prendre une juste idée des choses, nous allons 
remonter à leur origine, et noter les modifications qu elles su- 
bissent avant d'arriver à l'état définitif que je viens de décrire. 

Les chapeaux lobés des Marchantia portent suspendus à la 
partie inférieure de leurs lobes, des espèces de péricarpes remplis 
d'une innombrable quantité de séminules jaunes. J'ai observé 
ces séminules par un grossissement de cinq cents fois le dia- 
mètre. Ce sont de simples utricules membraneuses, transpa- 
rentes, incolores, plus ou moins arrondies, contenant des glo- 
bules jaunes (voy. PI. 6, fig. 1 1 , a). Semées sur des lames de 
verre, en serre, à l'ombre, sous cloche, de manière qvi'elles 
étoient environnées perpétuellement d'une atmosphère chaude 
et humide, elles se dilatèrent en quatre jours, au point que leur 



I02 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES 

diamètre devint trois fois plus grand que dans Torigine. Elles 
étoient alors parfaitement spliériques, et les globules jaunes que 
je reconnu alors pour des sphérioles avoient pris une teinte 
verdâtre. Peu après chaque séminule s'alongea dans un point 
de sa périphérie en un tube fermé à son extrémité (voy. PI. 6, 
fig. 12, i3, 14, i5). J'espérois que les développements se conti- 
nueroient sur les lames de verre ; je fus trompé dans mon attente. 
L'humidité étoit extrême : des animalcules infusoires et des con- 
ferves se mêlèrent aux sérainules, et celles-ci ne tardèrent pas 
à se désorganiser. 

Ce fut avec peine que je renonçai à l'emploi des lames de 
verre qui m'offroient le précieux avantage de pouvoir observer 
au microscope la même séminule à plusieurs époques de sa 
croissance, sans lui faire éprouver aucun dérangement. Du grès 
blanc réduit en poudre et légèrement humecté fut substitué au 
verre. Avec une pointe d'acier mouillée j'enlevai les séminules 
une à une et les plaçai à distance convenable. La germination fut 
prompte et vigoureuse. En agitant les petites plantes dans une 
goutte d'eau, je parvins à les séparer des molécules de grès aux- 
quelles elles s'étoient cramponnées. Il n'y avoit pas deux indi- 
vidus qui se ressemblassent, et pourtant l'organisation étoit 
essentiellement la même. Dans tous une utricule séminale 
produisoit d'abord un tube comme sur les lames de verre. De 
cette première utricule ou de ce premier tube naissoit bientôt 
une seconde utricule, puis une troisième, une quatrième, etc., 
et celles-ci à leur tour engendroient des tubes; et toujours il y 
avoit dans les utricules et quelquefois dans les tubes des sphé- 
rioles remplies de matière verte. Ce développement d'utricules 
et de tubes donnoit aux divers individus l'air de cordons noueux. 



SUR LE MARCHANTIA POLYMORPHA. Io3 

souvent ramifiés. Mais le nombre, la grosseur des utricules, la 
distance qui les séparoit, varioient beaucoup; et de même aussi 
le nombre, la longueur, le point de départ, la direction des 
tubes; de sorte qu'en définitive chaque individu différoit de 
tous les autres, et se montroit sous une forme ii^régulière, plus 
ou moins bizarre (voy.Pl.6, fig. 17). Un peu plus avancées, 
les petites plantes offroient, dans un point quelconque de leur 
corps, un assemblage confus d'utricules entassées les unes sur 
les autres (voy. PI. 6, fig. 18, a). Cette prodviction informe pré- 
cédoit toujours les développements réguliers. Les nouvelles 
utricules nées de la masse s'arrangeoient avec symétrie, et com- 
posoient en commun une lame verte que je ne saurois mieux 
comparer qu'à une feuille (voy. PI. 6, fig. 18, b). 

Ces faits que j'indique ici en peu de mots ont été le sujet 
d'observations multipliées. Je puis dire qvie j'ai assisté à la for- 
mation du tissu cellulaire du Marchantia , et que toutes les cir- 
constances de ce phénomène ont passé successivement sous mes 
yeux. 

Très certainement ce n'est pas par l'alliance d'utiicules d'a- 
bord libres que le tissu cellulaire se produit, ainsi que l'ont 
avancé plusieurs grands observateurs, mais par la force' géné- 
i^atrice d'une première utricule qui en engendre d'autres douées 
de la même propriété. La série des faits est représentée dans 
mes dessins. Je recommande sur-tout à l'attention du lecteur 
le dessin où l'on voit de huit à dix utricules- groupées en une 
masse cellulaire conique et mamelonnée, de la base de laquelle 
s'alonge un tube fermé à son extrémité (voy. PI. 6, fig. 16, 
a, b , c). L'vitricule, mère de toutes les autres, celle d'où naît le 
tube, est la séminule; elle occupe sa place dans la masse cel- 



lo4 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES 

lulaire ; elle ne s'est pas déchirée pour donner passage aux 
grains qu'elle contenoit ; ces grains ne se sont pas réunis pour 
former un tissu ; elle les contient encore; ils n'ont pas bougé, et 
le seul changement visible qu'ils aient éprouvé, c'est qu'ils sont 
devenus verts de jaunes qu'ils étoient. Quant aux nouvelles 
utricules, elles se sont produites à la superficie de celles qui les 
avoient devancées; elles n'en diffèrent que parcequ'elles sont 
plus jeunes, et cette génération d'êtres similaires et continus 
durera aussi long-temps que la végétation de la plante, ou, pour 
parler en termes plus positifs, n'est autre chose que son mode 
de développement. Ceci n'est pas une hypothèse, c'est l'histoire 
pure et simple des faits que j'ai observés. 

A ce premier âge du Marchantia , ce seroit vainement que 
l'on chercheroit dans l'expansion foliacée le plus léger indice de 
stomates, de chambres et de papilles. Rien de cela n'existe en- 
core. Il en est de même des corbeilles , et par conséquent des 
bulbilles qu'elles contiendront. 

L'apparition d'une corbeille s'annonce par le soulèvement de 
la couche cellulaire la plus extérieure qui se détache du tissu 
sous-jacent, et se divise en dentelures convergentes, lesquelles 
formeront bientôt le bord de la corbeille (voy. PI. 6, fig. 19. — 
Voy. la Note E). Si l'on coupe en deux cette corbeille naissante 
dans un plan perpendiculaire à sa base, et qu'on en sépare 
une lame très mince, on trouvera à la surface du tissu sous- 
jacent les bulbillqs, tous bien jeunes encoi^e, mais cependant à 
différents degrés de croissance (voy. PI. 6, fig. 20, e). Dans les 
derniei'S nés on ne distingue que deux utricules, l'une supé- 
rieure, l'autre inférieure (voy. Pi. 6, fig. 23, a, b). Celle-ci sert 
de pédoncule à la première. Elle n'éprouve aucun changement 



SUR LE MARCHANTIA POLYMORPHA. lo5 

notable dans le cours de son existence. Celle-là est le bulbille 
ou plutôt l'enveloppe ou l'espèce de matrice dans laquelle le 
bulbille ne tardera pas à se produire. Cette utricule est d'abord 
diaphane; plus avancée, sa transparence se trouble; des traces 
verdâtres se montrent, et, presque en même temps, des linéa- 
ments si foibles, si peu arrêtés, que l'oeil doute de ce qu'il voit 
jusqu'au moment où ces linéaments dessinent au net un tissu 
cellulaire continu (voy. PI. 6, fig. aS, c); et alors l'utricule , 
sur la paroi de laquelle s'est formé intérieurement ce tissu qui 
constitue le jeune bulbille , s'évanouit sans qu'il en reste le 
moindre vestige. On peut donc dire, dans le sens des physio- 
logistes, que l'utricule est absorbée. Autant en arrive à la petite 
vessie dans laquelle se développe l'embryon des phanérogames 
(voy. la Note F). 

A l'époque de la disparition de l'utricule, le bulbille a la 
forme d'une palette oblongue; ses cellules contiennent de la 
matière verte; par l'expansion de leurs parois, elles forment sur 
les faces et sur les bords des renflements hémisphériques; elles 
sont disposées avec symétrie, et il est facile de déterminer leur 
nombre. Dans un individu, j'en ai compté vingt-sept sur l'une 
des faces. Dix-sept composoient la bordure; les dix autres, ran- 
gées en deux séries, remplissoient l'intérieur (voy. PI. 6, fig. 23, c). 

Le bulbille continue de grandir. Son accroissement et la mul- 
tiplication des utricules sont deux faits corrélatifs et simultanés. 
Les nouvelles utricules se développent entre les anciennes, et 
les écartent sans qu'il y ait solution de continuité. Ce fait, in- 
contestable selon moi, renverse à-la-fois deux hypothèses: celle 
de la forma.tion du tissu par la réunion d'utricules d'abord 
libres, et cette autre qui, méconnoissant la composition utricu- 

Annales du Muséum, t. I", 3" série. i4 



I06 RECHERCHES AINATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES 

laire du tissu, veut que les cloisons limitrophes entre les cel- 
lules contiguës soient simples comme les lames liquides qui 
séparent les bulles d'une écume. 

Dans mes anciens Mémoires, je me suis montré un des plus 
zélés partisans de l'accroissement par dévelopi^ement continu, 
et mes dernières recherches viennent à l'appui de cette théorie; 
mais je ne puis dire de même touchant la composition utricu- 
laire du tissu que j'ai niée autrefois, et dont aujourd'hui je con- 
fesse la réalité. Les inductions les plus fortes déposent en faveur 
de cette doctrine. Quand l'observation démontre que la séminule 
du Marchantia est une simple utricule, et qu'on la voit, pendant 
la germination, produire à sa surface des cellules membraneuses 
qui ne diffèrent d'elle par aucun caractère apparent, n'est-il pas 
très rationnel de conclure que ces cellules sont de tout point 
semblables à la séminule, ou, ce qui est la même chose , à l'utri- 
cule-mère? Lorsque entre les vieilles cellules du tissu il en sur- 
vient incessamment de jeunes, sans qu'il y ait solution de conti- 
nuité, comment se refuser à l'idée que chaque cellule a sa paroi 
propre, qui forme par son union avec les parois voisines les 
cloisons de séparation ; que c'est entre les parois des anciennes 
cellules que naissent les nouvelles, dont la force expansive occa- 
sione le dédoublement des cloisons; et qu'enfin, si, de ce dé- 
doublement, il ne résulte aucune solution de continuité, c'est 
que dès leur origine les nouvelles cellules font corps avec les 
anciennes?.... Cependant, quelque pressantes que soient ces in- 
ductions, elles ne sauroient encore avoir l'autorité des faits. levais 
en citer un sur lequel je reviendrai à l'occasion des stomates. J'ai 
vu souvent des utricules contiguës et réunies se séparer dans 
une poi'tion de leur surface : il m'a été possible alors de constater 



SUR LE MARCHANTU POLYMORPHA. 107 

que chacune emportoit avec elle ce qui kii appartenoit des cloi- 
sons dédoublées, et qu'elle étoit close après comme avant la 
séparation. Je ne connois pas de preuve plus forte de la compo- 
sition utriculaire du tissu. Bien moins décisive est, à mes yeux, 
celle que l'on tire de ces utricules qui existent en liberté dans 
l'intérieur de certaines plantes, puisque jusqu'à ce jour aucune 
observation directe ne constate qu'elles ont formé originaire- 
ment ou qu'elles formeront plus tard Un tissu continu ( voy. 
la Note G.) 

A l'époque où le bulbille se détache de son pédoncule, son 
grand diamètre est dans le sens de sa largeur, ce qui indique 
que les sucs nutritifs ont pris une nouvelle direction (voy. Pi. 6, 
fig. 24). Ses deux côtés se développent en deux larges lobes plus 
ou moins arrondis, réunis à leur base. Il n'a point d'épiderme 
distinct, point de chambres, point de papilles intérieures. Ses 
deux faces toutes cellulaires, et parfaitement semblables, n'of- 
frent rien de remarquable , si ce n'est çà et là , vers leurs bords , 
un petit nombre de fossettes qui indiquent peut-être un pre- 
mier effort de la végétation pour produire des stomates (voy. 
Pi. 6, fig. 24, «)• 

Il m'importoit de savoir si par l'effet d'une prédisposition 
organique que du reste aucun caractère apparent d'organisation 
ne révéloit, les deux faces jouoient un rôle différent dans la 
végétation. Je semai à plat, sur de la poudre de grès, cinq bul- 
billes qui grandirent en peu de temps. Dans les cinq, la face 
appliquée sur le grès jeta des racines ; l'autre face développa 
des stomates. 

Cette première expérience n'étoit pas concluante. A la rigueur 
il étoit possible que j'eusse mis les cinq bulbilles dans une 



Io8 RECHERCHES ANATOMÎQUES ET PHYSIOLOGIQUES 

position qui se fût accordée avec les destinations différentes 
qu'auroient eues les deux faces. J'opérai donc à-la-fois sur qua- 
tre-vingts bulbilles, puis sur des centaines : le résultat fut le 
même que pour les cinq. Dès-lors je restai convaincu que, dans 
ce premier moment, les deux faces sont également aptes à pro- 
duire des racines et des stomates, et que les différences qu'elles 
offrent dans leurs développements résultent uniquement de la 
position où elles se trouvent. Mais, quoi qu'il arrive, cette apti- 
tude se maintient-elle dans les bulbilles qui ont commencé à se 
développer?... C'est une question que j'essayai d'éclairer par 
l'expérience suivante. Un matin je mis à plat, sur de la poudre 
degrés, bon nombre de bulbilles (voy. PI. 7, fig. 25). Le lende- 
main, à la même heure, je les retournai tovjs (voy. PI. 7,fig. 26). 
Il y eut donc échange de position entre la face supéi-ieure et la 
face inférieure que je continuerai de qualifier ainsi, nonobstant 
le retournement. Vingt-quatre heures avoient suffi pour que la 
face inférieure produisît beaucoup de racines, dont quelques 
unes avoient une longueur notable, et, quoique cette face fût 
ensuite exposée à l'air et à la lumière, ces racines s'alongèrent 
encore, se projetèrent en ai-c et enfoncèrent leur extrémité dans 
le sol (voy. PI. 7, fig- 27, b, c). De son côté, la face supérieure 
poussa de nombreuses l'acines de sa partie moyenne (voy. PI. 7, 
fig. 27, a, d). 

Cependant les bulbilles alloient toujours croissant. En quel- 
ques jours je vis successivement leurs deux lobes opposés, qui 
d'abord étoient appliqués sur le sol, se soulever, se dresser, puis 
incliner leurs sommets en dedans, et, courbés qu'ils étoient, se 
porter l'un vers l'autre, se rencontrer, dévier un peu de leur 
direction première, l'un à droite, l'autre à gauche, comme pour 



SUR LE MARCHAISTIA POLYMORPHA. lOg 

se livrer passage , se côtoyer, et finalement se croiser (voy. PI. 7, 
fig. 27 et fig. 28). La conséquence de cette évolution que l'on se- 
roit tenté de prendre pour un mouvement instinctif, fut que la 
face supérieure se retrouva, sinon en entier, du moins en grande 
partie, en regard avec le ciel, malgré le retournement que je lui 
avois fait subir, et que bientôt elle se couvrit de stomates (voy. 
PI. 7, fig. 28, a, d). 

La face inférieure que le retournement avoit mise en dessus, 
et que l'évolution que je viens de décrire avoit en partie remise 
en dessous, ne produisit point de stomates, même dans les places 
que la lumière frappoit encore directement, poussa de par-tout 
des racines nombreuses quand elle se trouva dans l'ombre 
et à l'humidité (voy. PI. 7, fig. 28, 6 ), et offrit en vieillissant 
des nervures relevées en bosse. 

Cette description des développements des bulbilles retournés, 
offre le cas le plus commun et qui peut passer pour normal; 
mais il arrive souvent que les développements, qui d'ailleurs 
amènent les mêmes résultats anatomiques et physiologiques, se 
présentent sous un autre aspect. En voici un exemple : j'ai placé 
des bulbilles retournés, de telle manière que la direction des 
rayons lumineux se croisoit avec leur petit diamètre; ils se sont 
la plupart rejetés en arrière, présentant au ciel leur face supé- 
rieure, et ne posant sur le sol que par la sommité recourbée de 
l'un de leurs lobes. 

Ce qui caractérise essentiellement les deux faces, est, pour 
la supérieure, la division en losanges, la présence des stomates 
et l'organisation interne qui s'y rattache; et pour l'inférieure, 
l'absence des losanges et des stomates, la multiplicité des racines 
et la saillie des nervures. La concomitance des faits démontre 



IIO RECHERCHES AN ATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES 

que si l'ombre et riiumidité favorisent le développement des ra-»' 
cinesetdes nervures, la lumière n'est pas moins utile à la pro- 
duction des stomates. Une autre vérité ressort de mes expé- 
riences : s'il est évident que les deux faces d'un jeune bulbille 
sont en tout point semblables anatomiquement et pliysiologi- 
quement parlant, il ne l'est pas moins que l'action prolonffée, 
pendant quelques heures, de la lumière sur une face, et de 
l'ombre et de l'humidité sur l'autre, suffit ])our faire évanouir 
cette ressemblance, et pour fixer irrévocablement l'avenir diffé- 
rent des deux faces, qui dès-lors se distinguent très bien en 
supérieure et inférieure, nonobstant leur position. 

L'apparition, sur la face supérieure, d'une fossette au milieu 
de quatre ou cinq cellules disposées en anneau , est l'indice cer- 
tain de la naissance d'un stomate (voy. PI. 7, fig. 29, a, b, c, d, e). 
La fossette n'existoit pas quelques heures avant. Gomment s'est- 
elle formée?... Comment s'agrandit- elle ensuite sous l'oeil de 
l'observateur?... La même réponse suffit à ces deux questions : la 
fossette s'agrandit évidemment par l'écartement et l'extension 
spontanés des cellules environnantes, et je ne doute pas qu'elle 
n'ait commencé de même. Quand elle a atteint une cei^taine 
dimension, son fond se perce d'un grand trou cari'é, ou se fend 
en étoile du centre à la circonférence. Le nombre, la configura- 
tion et l'arrangement des cellules du fond expliquent très bien ce 
double mode de déliiscence. S'il y a cinq cellules dont une carrée, 
au centre, flanquée des qualité autres disposées en anneau, la 
cellule centrale se détruit et sa place reste vide (voy. Pi. 7, fig. 27, 
cj ). C'est ce qui arrive le plus souvent dans les stomates des ex- 
pansions foliacées, S'il y a trois, quatre, cinq cellules cunéi- 
formes, ajustées ensemble en manière de disque, les angles des 



SUR LE MARCHANTIA POLYMORPHA. Ill 

cellules aboutissant au centre se désunissent, s'isolent les uns 
des autres, et les espaces qu'ils laissent entre eux dessinent une 
étoile (voy. PI. 7, fig. 2g, f, e). C'est le cas ordinaire pour les 
stomates des pédoncules. A la faveur de l'ouverture soit carrée, 
soitétoilée, l'œil armé du microscope perce jusqu'au tissu sous- 
jacent, et y distingue les cellules ainsi que les globules verts 
qu'elles renferment. 

L'ouverture étoilée nous montre un exemple frappant de cette 
désunion partielle des cellules qui s'opère sans décliirement, de 
telle façon que chacune reste entière et parfaitement close. C'est 
l'exemple que j'avois en vue quand tout-à-l'heure je me suis 
appliqué à prouver la composition utriculaire du tissu. 

Le stomate approche du terme de son développement. Main- 
tenant l'anneau cellulaire extérieur constitue la première assise 
de la margelle, laquelle ne tardera pas à se -compléter. Les cel- 
lules du fond de la fossette sont devenues l'anneau obturateur. 
La couche superficielle du tissu, soulevée autour du stomate et 
colorée d'un vert plus intense, dû à la manière dont la lumière 
se réfraoîte, annonce qu'il s'est produit des modifications dans 
la structure interne (voy. PI. 7, fig. 29, c, d, e,f, g). Ce sont 
ces modifications qu'il nous importe de connoître. Pour en faire 
une juste appréciation, il faut reprendre les choses de plus haut. 
J'ai dit et je répète qu'avant l'apparition du stomate le tissu in- 
térieur étoit continu avec la couche cellulaire superficielle : des 
dissections très délicates et très multipliées ne me permettent 
pas le plus léger doute sur ce fait. Cette remarque suffit pour ré- 
futer complètement des assertions que j'ai laissées en paix, tant 
que je n'ai eu pour les combattre que des souvenirs, fruits de 
mes anciennes observations. 



l I 2 RECHERCHES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES 

G est seulement quand la margelle se montre que la couche 
superficielle environnante se soulève et se sépare du tissu sous- 
jacent. A la même époque les papilles commencent à se déve- 
lopper dans les cellules du tissu (voy. PI. 7, fig- 3o, a, b, c, d). 
A mesure que les papilles s'alongent parla production de nou- 
velles utricules, les cellules s'agrandissent par la disparition des 
cloisons, si bien que le tissu, jusqu'à une certaine profondeur, 
est enfin remplacé par une chambre toute garnie de papilles. 
Or, ce changement si notable n'est pas le résultat d'une force 
mécanique qui procèderoit par rupture et déchirement; aucun 
lambeau de membrane ne paroît; la destruction s'opère sans 
laisser de trace \ ses procédés ne sont pas moins mystérieux que 
ceux de la production elle-même. J'avois déjà observé plusieurs 
fois un phénomène semblable à celui-ci dans mes recherches 
sur l'ovule. 

Les choses se passent de même dans les stomates voisins, et 
chaque chambre est circonscrite latéralement par des pans de 
tissu cellulaire qui restent debout et ne se séparent pas de la 
couche superficielle. 

La continuité du tissu intérieur avec la couche cellulaire su- 
perficielle, si complète dans les jeunes expansions, et qui sub- 
siste encore partiellement, au moyen des cloisons, après la 
formation des chambres , prouve que la couche superficielle 
n'est autre chose que le terme du tissu. Toutefois l'observateur 
qui n'étudieroit la structure des expansions qu'après quelafoi'- 
mation des chambres auroit isolé du reste du tissu la majeui^e 
partie de la couche superficielle, pourroit n'être pas tout-à-fait 
convaincu de la justesse de cette conclusion. Mais il n'en seroit 
pas de même de celui qui se seroit appliqué à constater la suite 



Anatouiie du Marchaiiha PolipuorpJui . 



]\^.yi/uia/cir (bi Musèni) 




M'^ LegcnJrcf. 



jbKituriKC du Marclianda ro(t//)ivrf'Jt<i 



^.jÏTinah'.f du Jùisètuii 



ri. 0. 







jM''.''la,mlr,f 



Ajiatofiiie du Marchanda l'oli/itiorpha 



li .Anntlies du Muscwr 



l'i.7. 




i 



SUR LE MâUCHANTIA POLYMORPHA. Il3 

et l'enchaînement des faits depuis la naissance de l'expansion 
jusqu'à son parfait développement; car toutes les modifications 
que j'ai décrites, passant successivement sous ses yeux, s'expli- 
queroient les unes par les autres. 

La couche cellulaire superficielle du Marchantia , ses grands 
stomates, ses chambres pneumatiques, ses papilles m onilifor- 
mes, ont une analogie si marquée avec ce qu'on observe dans 
les feuilles de la plupart des monocotylédonés et dicotylédones, 
que je suis convaincu que les faits généraux naissent , s'accom- 
plissent et se succèdent dans ces deux grandes classes de végé- 
taux phanérogames, à peu de chose près comme dans le Mar- 
chantia. Ici je me trouve pai^faitement d'accord avec moi-même: 
ce que j'établis aujourd'hui sur des faits positifs, conti^e le sen- 
timent d'observateurs d'ailleurs très habiles, vient à l'appui de 
l'opinion que j'ai pubUée il y a plus de trente ans; mais une 
opinion n'étoit pas une démonstration (voy. la Note H ). 

Il est temps que je termine. Je voulois résoudre les questions 
importantes que j'ai posées au commencement de ce Mémoire; 
je crois avoir rempli cette tâche. 



jinnales du Mtiséum , t. I", 3" série. 



NOTES. 

(A) J'ai cru long-temps que les stomates étoient toujours ouverts; mais en 
i8i4, époque où je rédigeai mes Eléments^je conçus des doutes à ce sujet. Si 
dans un grand nombre de cas l'ouverture des stomates me paroissoit évidente, 
dans d'autres l'existence de cette ouverture me sembloit au moins fort incer- 
taine. C'est sous l'influence de ces impressions conti-aires que j'écrivis les pas- 
sages relatifs aux stomates ; ne voulant point me décider légèrement, je dé- 
clarai dans une note, tome I, p. 36, que mon opinion n'étoit pas encore fixée. 
J'avois le dessein d'examiner de nouveau les faits, et d'arriver, s'il étoit pos- 
sible, à un résultat positif. Les circonstances ne me permirent pas alors de 
réaliser ce projet, et je restai long-temps dans l'état de doute où je m'étois 
placé, ce qui attira sur moi quelques critiques. On eût mieux fait de recher- 
cher si mes doutes avoient un fondement quelconque. Parmi les faits qui 
avoient le plus fortement ébranlé ma conviction, il en est un que je dois citer. 
On sait que les stomates des Pins et des Sapins sont rangés en séries longitu- 
dinales; je reconnus qu'il en étoit de même dans les feuilles du Larix ameri- 
cana, mais je m'assurai que ces derniers stomates, au lieu d'être ouverts comme 
ils le paroissent dans les Pins et les Sapins, formoient une petite élévation 
bombée et cellulaire qui étoit très apparente. Cette observation fut consignée 
dans l'explication que j'ai donnée de la figure 2 de la planche 1 4 de mes Elé- 
ments. Je m'abstins d'insister sur ce fait, parceque, ainsi que je l'ai dit tout- 
à-l'heure, j'avois l'intention de me livrer à de nouvelles recherches. 

Cette année (i83 1), j'ai voulu vérifier avec des microscopes beaucoup plus 
puissants mon observation de i8i4 sur le Larix americana, et je ne crois pas 
m'abuser en affirmant qu'elle est parfaitement exacte. Il est à propos de rap- 
peler ici que M. R. Brown , dans son dernier travail sur les Protéacées, admet 
deux sortes de stomates , les uns ouverts et les autres clos. 

Tandis que j'exprimois mes doutes touchant l'organisation des stomates , 
M. Tréviranus publioit d'importantes découvertes sur ces organes. Le pre- 
mier, il eut l'heureuse idée de détacher des lames très minces de la substance 
des feuilles par des coupes perpendiculaires à leurs surfaces. Au moyen de ces 
lames placées convenablement sur le porte-objet du microscope, il put étu- 



NOTES. Il5 

dier la structure du parenchyme et des stomates, ainsi que les rapports de 
ces parties entre elles, beaucoup mieux que personne ne l'avoit fait jusqu'a- 
lors. C'est donc à lui principalement que nous sommes redevables de la plu- 
part des connoissances positives que nous possédons sur ce sujet. J'en avois 
attribué, en i83o, tout le mérite à mon célèbre ami M. Amici, parceque l'ou- 
vrage où sont consignées les observations de M. Tréviranus n'étoit pas sous 
mes yeux ( Vermischte Schriften anatomischen und physiologischen inhalts. 
Vol. 4- — 1821); mais aujourd'hui mieux instruit, je rends à l'inventeur la 
justice qui lui est due. 

(B)Le tissu cellulaire du Marchantia polymorpha ne m'a pas offert de méats. 
Ces canaux qui ne sont autre chose que les espaces que laissent les utricules 
entre elles, et que pour cette raison M. Tréviranus nomme inter-cellulaires , 
existent dans beaucoup de végétaux, et manquent dans d'autres. Ainsi l'on 
peut dire que les utricules composant le tissu cellulaire, sont soudées ensem- 
ble, tantôt complètement, tantôt incomplètement; et j'observerai que cette 
diversité se rencontre non seulement dans les différentes espèces, mais en- 
core dans les différentes parties d'une même espèce. 

Lorsque je croyois que les parois qui séparent les cellules contiguës étoient 
simples et indivisibles , je repoussois l'idée de l'existence des méats, et en cela 
j'étois conséquent avec moi-même. Mais aujourd'hui que j'ai obtenu la preuve 
la plus directe de la composition utriculaire du tissu, je comprends et je vois 
les méats que je ne comprenois ni ne voyois autrefois , et je rétracte mes ob- 
jections contre la belle découverte de M. Tréviranus, ce qui n'empêche pas 
que je suis moins disposé que jamais à adopter les idées de ce savant phy- 
siologiste sur l'origine du tissu cellulaire. Pour peu qu'on ait porté d'atten- 
tion à la lecture de mon Mémoire, on concevra cet éloignement. 

(C) J'ai dit que le tissu cellulaire du Marchantia n'avoit point de méats; j'a- 
jouterai que ses parois n'ont point d'ouvertures visibles qui favorisent le mou- 
vement des fluides et des gaz. Voilà ce dont je me suis bien assuré. Mais dans 
d'autres végétaux il existe très certainement des cellules dont les parois sont 
percées ou fendues. Il y a trente ans que j'ai décrit dans le Journal de Phy- 



Il6 NOTES. 

sique la structure interne des Lycopodium cernuiim et alopecurdides. Je vais 
reproduire ce que j'ai dit du tissu cellulaire qui occupe la partie centrale de 
la tige du cernuum: 

«Employons une comparaison grossière, mais frappante; supposons des 
« cerceaux placés les uns au-dessus des autres et à égale distance, formant un 
«cylindre à jour; supposons encore un cylindre pareil touchant le premier 
« dans toute sa longueur, et figurons-nous les cercles de l'un et de l'autre unis 
« entre eux par une lame longitudinale au point du contact des deux cylindres ; 
« admettons maintenant une multitude de cylindres pareils, rapprochés des 
« premiers et consolidés par un lien semhlahle; figurons-nous que tous ces 
« cercles en se pressant changent leur forme cylindrique en polyèdres plus ou 
« moins réguliers, et que leurs extrémités soient composées de cercles allant 
« en diminuant jusqu'à n'offrir plus qu'un point, et nous aurons une idée aussi 
«nette qu'il est possible de cette organisation remarquable, et dont je ne 
« crois pas qu'il existe de description. » 

J'ajoutois que le Lycopodium alopecurdides ne différoit pas beaucoup du 
cernuum. 

Et 1806 et 181 5 (voyez Observations sur un système d'atiatomie comparée des 
végétaux fondé sur l'organisation de la Jleur, Mémoires de l'Institut, année 
1808, p. 33 1, et Éléments d'Anatomie et de Physiologie végétales, p. 146 et 
suiv. ), je signalai dans les anthères l'existence d'une lame formée d'un tissu 
cellulaire dont les parois sont découpées par des fentes horizontales ou verti- 
cales, et je remarquai que cette lame a la propriété de se dilater à l'humidité 
et de se contracter à la sécheresse, ce qui contribue à la déhiscence des 
anthères. 

En 1809 (voyez Observations anatoniiques et physiologiques sur la Nelumbo 
nucifera, Annales du Muséum, 1809, p. 481, pi- 34, fig. 22), je fis voir que, 
dans la plumule du Nelumbo, les fentes des parois sont si multipliées que les 
cellules sont transformées en un vrai tissu réiiculaire. 

Je pourrois encore citer plusieurs de mes observations prouvant l'existence 
de cellules à parois découpées; mais le traité de M. J. E. Purkiuje,pubHé en 
i83o sous ce titre : De cellulis antherarum fibrosis nec non de granorum polli- 
narum formis, commentatio phytotomica, ne laisse aucun doute à ce sujet. 



NOTES. 117 

L'auteur confirme , par des centaines d'exemples pris dans plus de quatre- 
vingts familles , ce que j'avois avancé en 1 806 et 1 8 1 5 d'après mes remarques 
sur les anthères d'un petit nombre d'espèces. La première idée de cet impor- 
tant travail semble avoir été suggérée à M. Purkinje par le passage suivant des 
Conclusions de mes Observations sur un système d'anatomie comparée , etc. : 

n II n'est pas facile d'apercevoir les ressorts délicats qui font mouvoir et 
«ouvrir les anthères; mais ces organes sont d'une si grande importance et 
« leur forme est si variée qu'on ne sanroit les examiner avec trop de soin. La 
« nature du tissu qui compose les lames contractiles latérales et dorsales mé- 
« rite d'être connue : les premières font ouvrir les valves , les secondes recour- 
« bent les anthères en arrière. » (Mémoires de l'Institut, 1808, p. 847.) 

(D) C'est un fait qui, je crois, mérite quelque attention que la formation d'une 
racine par la simple expansion d'une cellule. Voilà donc une cellule polyèdre 
qui s'étend en un long tube cylindrique fermé à son extrémité. La transfor- 
mation s'opère graduellement sous les yeux de l'observateur. Il voit la facette 
extérieure de la cellule se renfler en ampoule, s'élever en cône et s'alonger 
en tube. Si les causes qui déterminent le développement n'ont qu'une action 
très foible et peu prolongée , la facette extérieure ne forme qu'un mamelon ou 
qu'un cône. Je citerai pour exemple les excroissances que l'on remarque à la 
surface de la corbeille AuMarchantia{\o^.V\. 5, fig. 4» et PI. 6, fig. 19 et 20, è). 
Il est impossible de ne pas reconnoître que ces mamelons ou ces cônes sont 
semblables, par leur origine, leur nature et leurs formes, à la racine qui com- 
mence à poindre (voy. PI. 6, fig. i3, et PI. 7, fig. 25 et 26). Or, puisqu'il est 
prouvé que dans quelques circonstances, des cellules se développent en tube 
à l'extérieur, je ne vois pas pourquoi on éprouveroit de la répugnance à ad- 
mettre que certains organes creux et cylindriques de l'intérieur du végétal 
sont aussi des cellules modifiées par le développement. 

(E) Dans la figure 19, planche 6, qui représente une jeune corbeille, les 
dents marginales se recouvrent en partie latéralement. Elles se recouvroient 
sans doute davantage quand la corbeille étoit plus jeune; et l'on voit, plan- 
che 5, figure 4> dans une corbeille arrivée à son complet développement, 



î^SV 



Il8 NOTES. 

qu'elles ne se recouvrent plus du tout, et sont rangées les unes à côté des au- 
tres sur une même ligne circulaire. Il y a donc eu accroissement du bord 
de la corbeille. De nouvelles utricules formées entre les anciennes les ont 
écartées, et les dents ont glissé les unes sur les autres, et se sont, en défini- 
tive, trouvées côte à côte. 

(F) 11 est bien entendu que le tissu développé à la superficie interne de la 
paroi de Tutricule qui servoit de matrice au bulbille ou à l'embryon, est 
composé d'utriculesnées simultanément et confusément, lesquelles ont formé 
un tissu cellulaire continu lorsqu'elles étoient encore à l'état de cambium. 
Mais en cet état, les jeunes utricules n'étoient pas libres; elles tenoient encore 
à la paroi; elles ne jouissoient pas d'une vie indépendante, et par conséquent 
leur réunion est un fait qui ne s'écarte en rien de la règle connue. Il n'en est 
certainement pas de même des grains organisés et libres, au moyen desquels 
M. Tréviranus prétend former le tissu cellulaire. 

Pour me bien faire comprendre , je dois dire que je donne ici au mot latin 
cam6n<?n la même signification que je lui ai donnée en 1816 dans le Bulletin de 
la Société philomatique, page 107. he cambium est la substance de consistance 
mucilagineuse que formentles premiers linéaments detoute production orga- 
nique végétale. Ainsi le tissu cellulaire à l'état naissant est du cambium. Grew 
et Duhamel sans définir ce mot l'ont appliqué comme je l'applique aujour- 
d'hui, et je le conserve parceque l'usage l'a consacré. Que l'emploi que Grew 
et beaucoup d'autres physiologistes après lui en ont fait, ne s'accorde point 
avec sa signification primitive, c'est ce que je ne pourrois nier; mais qui ne 
sait qu'en définitive l'emploi des mots détermine seul leur valeur? 

(G) On voit, dans la planche 6, une dent, figure 21 , d'une corbeille nais- 
sante telle qu'elle est représentée dans la même planche, figure 19, et une 
dent, figure 22, d'une corbeille très développée telle qu'elle est représentée 
dans la planche 5, figure 4- 

Je pense que la comparaison de ces deux dents que j'ai placées l'une à côté 
de Vautre, pour que l'on saisisse d'un coup d'œil les ressemblances et les dif- 
férences, aidera à faire comprendre le mode de développement du tissu 
cellulaire. 



NOTES. ii'g 

La jeune dent, figure 21 , nous montre à sa surface, dans sa partie la plus 
large, cinq rangs a, b, c, d, e, de cellules, disposés parallèlement à sa base. 
Les deux cellules qui te»-minent chaque rang, l'une à droite, l'autre à gauche, 
sont renflées en mamelons , et forment par conséquent deux saillies margi- 
nales. Les cinq rangs a, b, c, d, e, sont unis ensemble sans tissu intermédiaire. 

La dent plus ancienne, figure 22, nous montre neuf rangs A, F, B, G, C, 
H, D, J, E, de cellules, disposés parallèlement à sa base. Cinq de ces rangs 
A, B, C, D, E, se terminent à droite et à gauche par un appendice conique 
marginal, formé d'une seule utricule, ou, ce qui est plus fréquent, de deux, 
trois ou quatre utricules attachées bout à bout. Les quatre autres rangs de 
cellules, F, G, H, J, sont placés entre les premiers, de façon qu'ils alternent 
avec eux, et ils n'ont point d'appendices marginaux. 

Il est évident, nonobstant l'augmentation du n&mbre des cellules, que les 
cinq rangs A,B, C, D, E, de la figure 22, ainsi que leurs appendices coniques, 
représentent les cinq rangs de cellules a, b, c, d, e de la figure 21, et leurs 
cellules en mamelons marginaux. Mais les quatre rangs alternes F, G, H, J, 
de la figure 22, n'ont point de l'eprésentants dans la figure 21, et, comme cette 
dernière dent est plus jeune, il faut conclure que les quatre rangs alternes 
de l'autre dent se sont développés postérieurement à la formatiori de ses 
cinq rangs appendiculés. 

Quelle est l'origine des utricules qui ont donné plus d'extension aux an- 
ciens rangs A, B, C, D, E, figure 22, ou qui ont composé les nouveaux 
rangs F, G, H, J, de la même figure?.... A cette question, M. Tréviranus 
répond que ces diverses utricules proviennent de grains organisés , d'abord 
libres dans les anciennes cellules, et réunis ensuite en un tissu cellulaire. 
Or, ces grains de M. Tréviranus sont, si je ne me trompe, ce que je nomme 
des sphérioles, petites vessies membraneuses contenant de la matière verte, 
de l'amidon, des huiles, des liqueurs colorées ou limpides et autres prin- 
cipes immédiats que l'action de la végétation combinée avec des causes exté- 
rieures transforme souvent les uns dans les autres. Les sphérioles se dé- 
veloppent sur les parois des cellules, et, dans la plupart des cas, y restent 
toujours fixées; tantôt elles sont éparses, tantôt elles se touchent, mais ja- 
mais elles ne se réunissent pour former un tissu Gellulairfei C'est du moins ce 



I20 NOTES. 

qui résulte pour moi d'un grand nombre d'observations faites avec beau- 
coup de soin. 

D'ailleurs, la multiplication des utricules peut s'opérer dans des portions 
de tissu privées de sphérioles, témoin les appendices marginaux des rangs 
A, B, G, D, E, de la figure 22. Là, les plus forts microscopes ne font décou- 
vrir dans les utricules rien qui ressemble à des grains ou à de petites vessies ; et 
pourtant les appendices marginaux n'étoient d'abord , comme dans la figure 2 1 , 
que de courts mamelons, chacun formé par une seule utricule, et voici main- 
tenant deux , trois , quatre utricules placées bout à bout. 

Ces observations démontrent, ce me semble, que l'opinion de M, Trévi- 
ranus est inconciliable avec les faits connus qui s'accordent au contraire 
merveilleusement avec la théorie du développement continu. 

Pour résumer mes idées^sur cette importante question, je dirai que le dé- 
veloppement continu des utricules végétales a lieu de trois manières; sa- 
voir : 

1° A la superficie d'anciennes utricules. C'est le développement super- 
utriculaire. 

a° Entre les parois conjointes d'anciennes utricules. C'est le développe- 
ment inter-utriculaire. Dans ce cas , les nouvelles utricules écartent les an- 
ciennes sans qu'il y ait pourtant solution de continuité, parceque dès l'ori- 
gine elles font corps avec elles. 

3° Sur la face interne de la paroi d'anciennes utricules. C'est le dévelop- 
pement /nft'a-ufrtcM/ajVe. Alors il arrive de deux choses l'une: ou les nouvelles 
utricules réunies dès leur origine forment un tissu cellulaire continu, et 
l'utricule-mère est absorbée; ou bien les nouvelles utricules, sans union entre 
elles au moment où elles naissent, restent telles durant toute leur existence, 
et l'utriculermère, à la paroi de laquelle elles sont fixées, leur sert d'en- 
veloppe. 

Le développement super-utriculaire se manifeste dans la germination de 
la séminule du Marchantia, dans la formation des appendices des dents de 
sa corbeille, etc. 

Le développement inter-utriculaire se manifeste dans toutes les masses 
cellulaires qui prennent de l'accroissement; mais si l'on veut en avoir sous 



NOTES. Ï2I 

les yeux une démonstration évidente, il faut comparer les dents de la cor- 
beille à différentes époques de leur existence. C'est ce que j'ai fait, comme 
on peut en juger par cette Note. 

Le développement intra-utriculaire se manifeste, soit dans le bulbille nais- 
sant qui se forme par agglomération de jeunes utricules unies les unes aux 
autres, en un tissu cellulaire continu, soit dans les sphérioles, qui, au lieu 
de se former en tissu, restent toujours séparées. 

(H) Je suis redevable de la Note suivante à l'extrême complaisance de 
M. W. Griffitt, jeune Anglais, très instruit, très zélé, et fort bon observa- 
teur. Les détails intéressants qu'elle contient sur l'organisation du Targionia 
hypophylla, plante de la même famille que le Marchantia, viennent se placer 
tout naturellement à côté de mon travail. 

M. Mirbel ayant désiré que j'examinasse une autre espèce de Marchantia 
ou une espèce quelconque d'un autre genre de la famille des Hépatiques, 
afin de découvrir les rapports d'organisation de cette plante avec le Ma?-- 
chantia polymorpha, je me suis empressé de faire des rechercbes, et j'ai été 
assez heureux pour découvrir aux environs de Cbâtillon le Targionia hypo- 
phylla. 

Les expansions foliacées (frondes) du Targionia hypophylla sont spatulées. 
Leur face supérieure est divisée à la manière de celle des expansions du 
Marchantia, en compartiments un peu bombés, lesquels varient par leurs 
formes , ceux du centre étant plus alongés, et ceux de la circonférence étant 
plus larges. Au milieu de chacun est une petite élévation, qui, vue à l'œil 
nu, donne à la surface un aspect rugueux. Cette élévation est formée parla 
margelle du stomate, composée de cellules plus petites et plus nombreuses 
que dans le Marchantia. Je n'ai pu voir les cellules qui forment l'anneau ob- 
turateur de M. Mirbel. Plus les compartiments sont grands, plus les stomates 
sont développés. Les compartiments ne sont pas séparés par des bandes 
comme dans le Marchantia , mais seulement par une dépression de la couche 
superficielle, et les cellules de cette couche, ainsi que les cellules des sto- 
mates, sont dépourvues de sphérioles vertes. Immédiatement au-dessous de 
la couche superficielle, est un espace limité inférieurement par le tissu cel- 

Annaks du Muséum, 1. 1", 3" série. i6 



•Î22 WOTÏS. 

lulaire formant le parenchyme de l'expansion , et contenant des papilles. Je 
n'ai pas <ïbt€au la preuve que cet espace fût partagé par des cloisons 
en différentes chambres ; mais comme rexistence des cloisons a été 
constatée dans le Marchantia, je suis pérté à croire qu'elles existent aussi 
dans Je Tarcjionta, et qu'elles ont échappé à mes recherches. Les papilles 
garnissent la face interne de la couche cellulaire superficielle et le tissu pa- 
renchymateux. Elles contiennent des sphérioles d'un vert foncé. On peut les 
voir par l'ouverture des stomates. 

La ijace inférieui-e de l'expcinsioii présente une seule nervure médiane. 
.C'est seulement le long de cette nervure que naissent les racines, tubes mem- 
Jjraaeux terminés en cœaum. Elles sont recouvertes à leur base par des 
squammules attachées sur deux rangs, l'un à droite, l'autre à gauche de 
la nervure, et elles ont d'autant plus d'cimpleur qu'elles approchent davan- 
tage delà fructification. Elles sont composées de cellules colorées en violet 
foncé, généralement alongées et angulaires, parmi lesquelles sont des cel- 
lules incolores, transparentes, ressemblant à des trous, affectant la forme 
ronde,, et beaucoup plus petites que les cellules colorées. Les racines con- 
tiennent la plupart des corpuscules ovales en assez grand nombre. Elles ont 
intérieurement des projections analogues à celles du Marchantia, mais moins 
développées. 

Il ne paroît pas qu'il existe dans les cellules du tissu du Targionia de ces 
petites masses grumeleuses que M. Mirbel pense être de l'amidon. 

,Dses .séminules {Sporules) .semblent être l'iunique moyen de reproduction 
du Targionia, Je n'y eu aperçu ni corbeilles, ni bulbilles, ni gemmules. L'en- 
veloppe extérieure de l'ovaire qu'on nomme indusie , consiste en deux 
valves; elle s'ouvre longitudinalement à la maturité des séminules, et elle 
croît beaucoup plus promptement que l'ovaire [Théca). Quand l'indusie a 
presque atteint le terme .de son développement, l'ovaire jue remplit encore 
qu'une très petite partie de sa cavité. L'indusie ne seroit-elle pas une .simple 
modification des squammules de la face inférieure ? 

Dans sa jeunesse, l'ovaire est ovoïde, et il se termine par un prolonge- 
ment styliforme cellulaire qui ne tarde pas à disparoître. A l'époque de la 
maturité de l'ovaire, les cellules de la membrane qui constitue sa paroi 

.■>ir^: 



NOTES. 123 

renferment des sphérioles adhérentes , transparentes et incolores. Ces 
sphérioles n'existoient pas , ou du moins n'étoient pas apparentes dans le 
jeune âge. 

Dans l'ovaire peu développé, les élatères ne sont point visibles, et fes 
séminules réunies par une substance gélatineuse forment commae unemai3s« 
continue. Alors elles semblent être des vessies remplies de cenfpHScales , 
quoique, à la maturité, chacime soit évidemment un corps cellulaire. L'ovaire 
est inséré sur un renflement sphérique formé par du tissu cellulaire plus 
fin que celui qui constitue la masse générale du parenchyme. 

Il est digne de remarque que les élatères, ordinairement simples, se par- 
tagent quelquefois en deux ou trois rameaux. Ils sont composés de deux 
filets roulés en spirale et entrecroisés; ces filets ne sont point continus l'uTi 
avec l'autre aux extrémités de l'éfetère. J'ai reconnu la même organisajtion 
dans quelques jongermannes. TjCs filets sont doubles dans les rainifications. 

WILLIAM GRIFFITT, 

Paris, 2 avril i832. 
* • 

En recevant la Note de M. Griffitt, ma première pensée a été de vérifier 
ses observations, et, dans ce but, je me suis procuré quelques pieds de 
Targionia hypophylla. La fronde de cette très petite plante, atteinte déjà par 
la sécheresse, m'a pourtant fourni le moyen de constater l'exactitude des 
faits avancés par le jeune physiologiste anglais; et quant à la fructification, 
elle étoit en si bon état , que j'ai pu pousser plus loin mes recherches. 

Les ovaires du Targionia forment une espèce de capitule. Sous des squam- 
mules qui ont reçu le nom d'indusie, sont d'autres squammulès plus petites , 
entre lesquelles on aperçoit, comme le remarque un observateur justement 
célèbre, M. G. Sprengel , des ovaires surmontés de leur style, en nombre plus 
ou moins considérable. Ils sont fixés ainsi que les squammulès sur un ren- 
flement hémisphérique qui termine la nervure médiane de la fronde. De tous 
les ovaires un seul arrive à maturité. ( f^oy. But. de fa Soc. Phil. de Par. 
i8ii, N" 52, p. 27.) 

Les séminules naissantes sont logées dans les cellules d'un tissu qui rem- 
plit le jeune ovaire. Chaque cellule contient trois ou quatre séminules. 
Quand l'ovaire avance en âge, son tissu intérieur se disloque et se résout 



124 NOTES. 

en autant d'utricules distinctes qu'il y avoit de cellules, de sorte que les 
petits groupes de séminules ont chacun pour enveloppe une utricule. 

Les séminules jeunes ou vieilles sont elles-mêmes de simples utricules qui 
contiennent, attachées à leur paroi, des sphérioles incolores. Cette observa- 
tion ne s'accorde point avec l'opinion de M. Griffitt; selon lui les séminules à 
l'état de maturité sont formées de tissu cellulaire. 

Les élatères ne se montrent que quelque temps après la dislocation du 
tissu. Ce sont des tubes grêles , membraneux , toujours terminés en cœcmn 
et souvent courbés en crochet. A cette époque ils contiennent des sphérioles 
incolores qui disparoîtront plus tard. 

L'es utricules séminifères adhèrent sans doute aux élatères, mais cette ad- 
hérence est extrêmement foible. 

Quand les élatères sont plus âgés , ils prennent une couleur fauve , et l'on 
diroit que chacun sert d'étui à deux longues bandes très étroites , roulées 
concurremment et parallèlement en tire-bourre à circonvolutions très lâches. 
Il y a ici une illusion d'optique: à la vérité les bandes existent, mais au 
lieu d'être libres dans l'intérieur du tube, elles sont une partie intégi'ante 
de sa paroi. 

Ce seroit, à mon sens, une curieuse découverte que celle de l'origine des 
élatères. Je ne serois pas étonné que des observations très directes et très 
positives conduisissent un jour à cette conclusion que ces organes ne sont 
autres qu'une des nombreuses modifications auxquelles les utricules sont 
sujettes. Un tel résultat trancheroit beaucoup de questions que depuis long- 
temps on s'efforce inutilemeni de résoudre. 

Selon l'observation de M. Griffitt, les sphérioles ne sont pas visibles dans 
les cellules de la paroi des très jeunes ovaires, et j'ajoute qu'elles n'existent 
plus dans les cellules de la paroi des ovaires qui sont arrivés à l'état de com- 
plète maturité. C'est donc seulement dans la période intermédiaire qu'on 
peut les observer. Alors la structure des cellules de la paroi n'offre rien de 
remarquable; mais il n'en est pas de même quand l'ovaire se teint d'une 
couleur fauve qui annonce sa vieillesse; car, à cette époque, le côté de cha- 
que cellule qui regarde l'intérieur de l'ovaire se marque transversalement 
de bandes étroites en forme de demi-cerceaux. Au premier coup d'œil on 



NOTES. 125 

pourroit croire que ces bandes sont isolées de la membrane , ou même que 
la membrane n'existe plus; mais en regardant le tissu avec une grande atten- 
tion, sur-tout dans les endroits où les cellules sont déchirées, on se con- 
vainc que la membrane est présente, et que les bandes font corps avec elle. 
Je laisse à d'autres à décider si ce fait a quelque rapport avec l'organisation 
des élatères du Targionia. 

J'observe en terminant que , dans le Marchantia , les élatères complète- 
ment développés sont tels que je les ai représentés planche 6, figure ii, 
c'est-à-dire qu'ils offrent les deux bandes étroites, roulées en tire-bourre, 
du Targionia; mais que ces bandes ne font pas partie, comme dans cette 
dernière plante, d'un tube membraneux et clos. Elles ont l'air de deux 
trachées roulées ensemble dont les circonvolutions s croient écartées.- 



EXPLICATION DES PLANCHES. 

Planche 5. 
\ ■iitp )-j ,ijirji'.-i-. ira k>, ;>( ■ 

Fjg. I. Fragment d'une expansion foliacée du Marchantia polymorpha vue 
en dessus. 
a Losanges. 

b Stomates placés au milieu des losanges, 
c Bandes verdâtres qui séparent les losanges. 
Fig. 2. Coupe de l'expansion foliacée, faite dans un plan perpendiculaire à 
la surface. 
a Tissu cellulaire parenchymateux que je nomme, dans mon Mé- 
moire, tissu sous-jacent par égard à sa position relativement à la 
couche cellulaire superficielle. 
b Couche cellulaire superficielle, désignée par les physiologistes 

sous le nom d'épiderme. 
c Pan de tissu cellulaire qui tient par sa crête à la couche cellulaire 
superficielle b, et par sa base au tissu sous-jacent a. 

Ce sont ces pans de tissu qui forment les cloisons de séparation 
des chambres pneumatiques. 
d Chambre pneumatique. 
f Papilles noueuses, rameuses oji indivisées qui se développent sur 

l'aire, et les cloisons des chambres pneumatiques. 
g Stomate coupé perpendiculairement à sa base et dans le sens de 

son petit diamètre. 
h Utricuîes formant la margelle du stomate. 
i Utricuîes formant l'anneau obturateur. 
Fig. 3. Autre stomate coupé perpendiculairement à sa base et dans le sens 
de son grand diamètre. 
a Utricuîes appartenant à la couche cellulaire superficielle ou épi- 
derme. 
b Margelle du stomate. 
c Utricuîes de' l'obturateur. 
P'ig. 4. Corbeille contenant des bulbilles elliptiques, lenticulaires- 

a Portion d'épiderme offrant les bandes verdâtres elles losanges, 
et au milieu de chacune de celles-ci un grand stomate. 



EXPLICATION DES PLANCHES. I27 

Fig. 5. Tronçon d'une grosse racine, vu sous un grossissement de 5oo fois 
' le diamètre. On aperçoit dans l'intérieur des petites pointes sem- 

blables à des poils très courts. 

Fig. 6. Tronçon d'une petite racine, grossi également 5oo fois. La racine 
est un peu pliée en zig-zag. Plus souvent elle est rectiligne et cy- 
lindrique. 

Fig. 7. Bout d'une petite racine, grossi également 5oo fois. Il se termine 
en cœcum. ,- . .. 1 

Fig. 8. Coupe transversale d'un pédoncule très jeune. 

a Face du pédoncule correspondante à la face supérieure de l'ex- 

■ .:.'.■ -i - •■ -,.-11! i/i.il'li 

pansion. , . .^ 

b Face du pédoncule correspondante à la face inférieure de' Y'ëx- 
pansion. ' ' . . 

c Chambres pneumatiques peu nombreuses ,^ cause de la jeunesse 
du pédoncule, et qui ne sont pas encore garnies de papilles. 

d Pans de tissu cellulaire qui forment les cloisons des chambres. 

e Rainures profondes dans lesquelles sont logées dès racines dont 
on voit la coupe transversa,le. " ' '■''"'-"' 

j bords amincis des ramures.; • ' 

Fig. 9. Coupe transversale d'une portion de pédoncule déjà ancien. 

a Face du pédoncule correspondante à la fâcé supérieure de l'ex- 
pansion. v . .. ' 

h Stomate coupé perpendiculairement a sa basé'. On vèit très dis- 
tinctement les utricules qui forment la margelle et Tôbturateur. 

c Chambres pneumatiques garnies de papilles. 

d Pans cellulaires formant les cloisons. Les chambres et les cloisons 

sont Tjeaueoup plus multipliées que dans le pédoncule représenté 
.;figure 8. ■,•"-'.■■■.■• j.. .', -.-.k ■ . y ., ; .u;-;. 

Fig. io. Portion de ï'épiderme mi* peadnciîïe âëtàcii'éë dé îa face correspon- 



ti\- 



dante à la face supérieure de l'expansion et vue en dessous. 
a Chambres pneumatiques beaucoup plus longues et beaucoup 

moins larges que dans l'expansion. Il est à remarquer aussi que 

les losanges deviennent tellement irrégulièrçs ,que souvent leur 

nom ne s'accorde plus avec leur forme. 
Papilles. 



128 EXPLICATION DES PLANCHES. 

c Stomates. Ils sont très sensiblement plus petits que dans l'expan- 
sion. Peu s'en faut que l'obturateur ne ferme totalement l'orifice 
interne. C'est ce qu'il est facile de reconnoître ici , puisque c'est la 
face inférieure de l'épiderme qu'on a sous les yeux. 

d Cloisons cellulaires qui forment les chambres pneumatiques. 

Planche 6. 

Fig. II. Deux lames étroites, ressemblant à des fils, roulées ensemble en 
spirale. Ces lames sont connues sous le nom d'Élatères. 
a Séminules attachées aux élatères. Ces séminules contiennent des 
sphérioles remplies d'une matière jaune. 
Fig. 1 2. Séminule dilatée par l'humidité. 
Fig. i3. Séminule commençant à germer. La matière jaiine contenue dans 

les sphérioles devient légèrement verdâtre. 
Fig. i4. Séminule plus développée. La matière jaune a pris un ton plus ver- 
dâtre. 
Fig. i5. Séminule encore plus développée. La matière contenue dans les 

sphérioles est verte. 
Fig. r6. Séminule qui après avoir produit sa racine a donné naissance à des 
utricules parfaitement semblables à elle. 
a Séminule. Elle ne diffère en aucune façon des utricules , c'est 
pourquoi, dans mon Mémoire, il m'arrive quelquefois de la dési- 
gner sous le nom d'utricule-mère. 
b Utricules produites par la séminule. 
c Racine. 
Fig. 17. Exemple d'une germination irrégulière et de forme bizarre. 
Fig. i8. Résultat remarquable de la germination. II y a production d'une 
expansion foliacée. On peut dire que la germination est terminée. 
a Amas irréguliers d'utricules qui précédent toujours les formations 

régulières. 
b Formation régulière. C'est une expansion foliacée ou fronde, selon 

l'expression des botanistes. 
Fig. 19. Corbeille conjmençant à se développer. 

Fig. 20. Coupe de la jeune corbeille dans un plan perpendiculaire à sa base. 
a Dents bordant la corbeille, et dont on voit parfaitement, figure 19, 

la direction convergente. 



EXPLICATION DES PLANCHES. 1 29 

b Utricules superficielles développées en mamelons coniques, 
c Chambre pneumatique et papilles. 

d Chambre pneumatique et papilles vues à travers une cloison cel- 
lulaire, 
e Amas de bulbilles à différents degrés de développement. 
Fig. 21. Une des dents de la jeune corbeille représentée figure lo. 
Fig. 22. Une des dents de la vieille corbeille représentée planche 5, figure 4. 
C'est dans la Note G qu'il faut chercher l'explication des deux 
figures 21 et 22. 
Fig. 23. Bulbilles extrêmement jeunes, observés par un grossissement de 
cinq fois le diamètre. 
a Utricule formant le pédoncule du bulbille. 
b Utricule qui sert de matrice au bulbille. 

c Bulbille immédiatement après l'absorption de l'utricule dans la- 
quelle il s'est développé. 
Fig. 24- Bulbille qui commence à s'alonger et à s'élargir latéralement en 
deux lobes échancrés au sommet. 
a Petites fossettes qui semblent être un commencement de sto- 
mates, et qui pourtant disparoissent bientôt sans laisser de traces. 
Planche 7. 

Fig. 25. Bulbille semé depuis vingt-quatre heures. Il s'est enraciné par sa 

face appliquée sur le sol. 
Fig. 26. Le même bulbille retourné sens dessus dessous, de sorte que la 
face inférieure regarde le ciel, et que par conséquent les racines 
sont en l'air, tandis que la face supérieure est appliquée sur le sol. 
Fig. 27. Bulbille retourné, en pleine végétation. 
a Face supérieure. 
b Face inférieure. 

c Racines produites par la face inférieure. 
d Racines produites par la face supérieure. 
Fig. 28. Continuation des développements du bulbille retourné. 

a Face supérieure. Elle a repris sa position première et la face infé- 
rieure regarde maintenant la terre. 
b Racines de la face inférieure. 
c Très jeunes stomates. 
Annales du Muséum , 1. 1", 3' série. j„ 



l3o EXPLICATION DES PLANCHES. 

d Stomates un peu plus développés. 
Fig. ag. Portion très grossie de la face supérieure du bulbille représenté 
figure 28. 
a Stomate naissant. C'est une simple fossette. 

b Stomate un peu plus avancé. Quatre utricules renflées commen- 
cent la margelle. 
c Stomate encore plus avancé. Non seulement la margelle paroît, 
■' mais les cellules environnantes se sont soulevées et détachées du 

tissu sous-jacent. Ainsi les chambres pneumatiques commencent 
à se former. 
d Stomate qui ne diffère du précédent que parcequ'une nouvelle 

assise composée de quatre utricules élève la margelle. 
e Stomate au fond duquel on aperçoit nettement les lignes d'union 

de quatre utricules convergentes. 
J-' Stomate plus avancé. Quatre utricules qui formoient le fond 
comme en e, s'étant séparées et écartées les unes des autres, lais- 
sent voir, par une ouverture étoilée, le tissu sous-jacent. 
g Stomate dont le fond étoit fermé par cinq cellules dont une au 
centre flanquée des quatre autres. La cellule centrale s'est éva- 
nouie, et à sa place on trouve une ouverture carrée. 
Fig. 3o. Coupe d'une jeune expansion foliacée perpendiculaire à sa surface. 
a Stomate dont la partie inférieure n'est pas encore ouverte. 
b Utricules qui forment la première assise de la margelle, 
c Utricules qui forment la seconde assise de la margelle. 
d Le tissu sous-jacent commence à se détacher et les papilles se 

développent. 
e Substance qui paroît être amilacée déposée dans les cellules. 
f Coupe transversale des membranes qui recouvrent les jeunes 

racines. 
g Racines coupées transversalement. 

h On voit en h que la dernière couche du tissu cellulaire de la face 
inférieure de l'expansion foliacée est parfaitement continue avec 
le reste du tissu. 



EXAMEN CHIMIQUE 



D UN 



SABLE FERTILISANT. 

PAR M. CHEVREUL. 



On prend dans le port militaire de Cherbourg, à quelques 
toises du rivage et à quelques pieds de profondeur dans la mer, 
un sable fertilisant , dont l'agriculture du pays retire de si grands 
avantages, que M. le contre-amiral de Grimaldi a pensé qu'il 
seroit utile d'en fixer la composition : c'est à cette fin qu'en 
i83o il en envoya quelques décagrammes à l'administration du 
Muséum d'Histoire naturelle. Le port militaire de Cherbourg ne 
communique pas avec le port marchand, et jusqu'au commen- 
cement de i83i peu de navires y avoient mouillé, au rapport 
de M. de Grimaldi. Enfin le rivage où l'on puise le sable ferti- 
lisant ne paroît point mêlé avec des alluvions. 

ESSAIS. 

(i) Deux grammes de sable qui avoit été séché à loo degrés 
pendant deux heures, exposés à la température de 1 4 degrés sous 
une cloche saturée de vapeur d'eau, en avoient absorbé au bout 
de quarante-quatre heures 0,04. Par conséquent 100 parties de 
sable en auroient absorbé 2 de vapeur. 

(2) On a traité par l'eau bouillante 3o grammes du même 
sable; on a fait évaporer la liqueur filtrée, le résidu étoit jaune. 



I 32 EXAMEN CHIMIQUE d'uN SABI.E FERTILISANT. 

légèrement alcalin au papier de curcuma ; une portion a été 
soumise à la distillation; elle a exhalé une vapeur aqueuse très 
sensiblement ammoniacale aux papiers réactifs, et a laissé une 
matière colorée en noir par du charbon. 

(3) La portion du résidu de l'évaporation qui se trouvoit dans 
la capsule, où le lavage avoit été exposé au feu, a été traitée 
par un peu d'eau froide : celle-ci est devenue d'un jaune roux, 
et il est resté sur les parois de la capsule une matière qui en a 
été en partie détachée par le frottement et l'eau chaude : ce qui 
y restoit adhérent , étoit dissous avec effervescence par l'acide 
hydro-chlorique; la solution légèrement jaune qui en résultoit, 
contenoit de la chaux et du peroxyde de fer. 

(4) La première solution d'un jaune roux, obtenue avec l'eau 
froide (3), évaporée à une douce chaleur, s'est couverte de pel- 
licules irisées; elle rougissoit fortement le papier de curcuma. 
Le résidu de son évaporation étoit très salé, et formé en grande 
partie de chlorure de sodium et de sulfate de soude. Il y avoit 
en outre un peu de sulfate de chaux et de chlorure de ma- 
gnésium. 

(5) La seconde solution, obtenue avec l'eau chaude (3), con- 
tenoit une quantité sensible de sulfate de chaux, et tenoit en 
suspension un mélange de sous-carbonate et de peroxyde de fer. 

(6) L'eau n'enlève point au sable toute sa matière organique, 
car après le lavage il noircit par la distillation, et donne de 
l'ammoniaque. 

ANALYSE. 

(i)Cinq grammes de sable séché à loo degrés ont cédé à l'eau une guaxitité 
de matière jaunâtre pesant 0,0)9. 

(2) Le résidu a été dissous avec une assez vive effervescence par l'acide 



EXAMEN CHIMIQUE D'uN SABLE FERTILISANT. i33 

hydro-chlorique. Le gaz dégagé, presque entièrement formé d'acide carbo- 
nique, étoit aromatisé par une matière douée de la même odeur que celle du 
gaz hydrogène qui se développe pendant la dissolution des fontes dans Tacide 
sulfurique foible. 

(3) Le résidu indissous par l'acide hydro-chlorique pesoit, après avoir été 
séché à cent degrés , 4)i3x. 

(4) La solution hydro-chlorique, mêlée avec l'ammoniaque, a donné o,oi4 
de peroxyde de fer, mêlé d'un peu d'alumine, et peut-être de phosphates 
de chaux et de magnésie. 

(5) Là solution précipitée par l'ammoniaque a donné avec l'acide oxalique 
une quantité d'oxalate de chaux qui , séché à cent degrés , pesoit i , 1 8 1 , et 

gr ^ gr 

qui brûlé, puis converti en sulfate, pesoit i,io5, équivalent à o,8i4 de 
sous-carbonate de chaux. 

(6) La liqueur séparée de l'oxalate de chaux a été mêlée avec du sous- 
carbonate de potasse et évaporée à sec. Le résidu repris par l'eau a laissé 

gt 
0,019 de sous-carbonate de magnésie, mêlé d'une trace de sous-carbonate 

de chaux. 

D'après cela le sable est composé : 
De matière soluble dans l'eau o, oig .... 00, 38 

(Sous-carbonate de chaux o, 8i4 • • . . 16, 28 
Sous-carbonate de magnésie o, 019 ... . 00, 38 

i Quartz et minéraux siliceux 4î ^^i . . . . 82, 62 
Peroxyde de fer et alumine, mêlée peut- 
être de phosphates de chaux et de magné- 
sie, provenant des coquilles o, oi4 .... 00, 28 

4, 997 • • ■ • 99> 94 
CONCLUSIONS. 

Il est visible que le sable fertilisant peut agir en agriculture de diverses 
manières : 

I ° Comme divisant les terres fortes ; 
2° Comme sous-carbonate calcaire; 



l34 EXAMEN CHIMIQUE d'uN SABLE FERTILISANT. 

- :. 3° Par les sels alcalins qu'il contient; ces sels sont de la même nature que 
ceux qu'on obtient en faisant évaporer les eaux de la mer. 

4° Par la matière organique azotée qui y est en partie à l'état soluble ; la 
matière organique insoluble se trouve probablement contenue dans les 
détritus des coquilles. 

REMARQUE. 

Pour que la publication d'analyses de matières employées en agriculture 
comme fertilisantes fut aussi utile que possible, il faudroit indiquer en 
même temps: 

1° La nature du sol où ces matières sont d'un bon usage; 

2° Les rapports de ce sol avec le climat du pays dont il fait partie; 

3° La culture du sol considérée sous le point de vue des moyens mécani- 
ques employés pour le préparer, et sous celui des moissons qu'on y récolte. 

En effet, si une matière fertilisante est absolument èonwe lorsqu'on l'en- 
visage par rapport à la nature de ceux de ses éléments qu'elle est suscep- 
tible de céder aux plantes cultivées dans un sol où elle a été répandue, elle ' 
peut avoir d'autres qualités simplement relatives à ce sol et au climat de ce 
même sol. Or ce sont ces divers modes d'action qu'il faudroit fixer en les 
déterminant, d'après une discussion approfondie de faits fournis par la 
chimie , la climatologie et la culture. 



CORRESPONDANCE. 

EXTRAIT 

DE! PLUSIEURS LETTRES DE M. Y. JACQUEMONT, 

VOYAGEUR NATURALISTE DU MUSÉUM, 

EN MISSION AUX INDES ORIENTALES. 



Samalkah au nord de Delhi, près de Paniput^ 
le i6 mars i83o. 



Messieurs, 



J'ai eu l'honneur de vous écrire au mois de novembre dernier une lettre, 
datée de Chandernaghor , dans laquelle je vous détaillois la marche que je 
comptois suivre vers les hautes provinces de l'Hindoustan , et les arrange- 
ments que j'avois pris pour la rendre aussi profitable qu'il étoit possible à 
l'objet de mon voyage. J'ai le plaisir de vous annoncer aujourd'hui que j'ai 
laissé très heureusement derrière moi presque toute la distance qui me sé- 
paroit alors des montagnes où je me proposois de passer l'été. Samalkah, d'où 
j'ai l'honneur de vous écrire, est à vingt lieues au nord de Delhi. 

A quelques jours de marche au N. O. de Calcutta, je rencontrai les jungles 
qui couvrent les plaines étendues au pied des basses montagnes du Béhar. 
Là sont ouvertes les houillères de Rannigunge, les seules qui soient encore 
exploitées dans l'Inde. Je commençai à y former des collections géologiques. 
L'allure de ces bancs houillers, les grès et les schistes anthraxifères auxquels 
ils sont subordonnés, et les impressions végétales de ces derniers, rapportent 
avec évidence leur formation à la grande formation houillère. La seule 
anomalie qu'offre ce gisement aux caractères si bien connus de ce terrain 



l36 . CORRESPONDANCE. 

est la présence de fossiles végétaux qui me paroissent des troncs d'arbres 
dycotylédons. Mais il est probable qu'une comparaison rigoureuse avec les 
fossiles du même terrain, dont nos collections sont si ricbes, démentira cette 
apparence. 

Je rejoignis à Rogonautpour la route ouverte, il y a une quinzaine d'an- 
nées, entre Calcutta et Benarès, au travers des forêts désertes du Bengale et 
du Béhar. Quoique cette contrée montueuse s'appuie au sud sur la ligne 
même du tropique , les forêts dont elle est couverte n'ont rien de la variété 
des traits de la végétation intertropicale. L'hiver que leur élévation au-des- 
sus du niveau de la mer, bien que très médiocre, y rendoit fort sensible, 
avoit dépouillé de leurs feuilles plusieurs des espèces végétales qui y domi- 
nent. L'excessive sécheresse de cette saison combinée avec la température 
froide de ses nuits, avoit suspendu la végétation des arbres, et détruit pres- 
que pénéralement celle des plantes herbacées. Mes herbiers ne s'enrichirent 
que d'un petit nombre d'espèces. 

Les mêmes causes exerçoient une influence semblable sur la vie animale; 
et mes collections zoologiques durent s'en ressentir également. 

Je regi-ettai moins cette pauvreté et cette monotonie de la nature, parce- 
que la rapidité obligée de ma marche, et l'extrême exiguité de mon établis- 
sement de voyage, ne m'auroient que bien difficilement permis de conserver 
et de transporter avec moi les richesses qu'elle eut pu m'offrir. Mon objet 
étoit de voyager vite et à peu de frais, afin de réserver mon temps et mon 
argent pour des lieux plus dignes d'intérêt, où, fixé à demeure, j'emploierai 
l'un et l'autre avec plus de fruit. 

Parti de Calcutta, le 20 novembre, ce n'est qia'à force de diligence que 
j'arrivai à Benarès le dernier jour de l'année. J'y restai six jours pour refaire 
mes gens et mon équipage fatigués par des marches forcées sur des routes 
détestables. 

La route directe de Benarès à Delhi , celle que suivent les voyageurs dont 
l'unique objet est d'arriver au but, m'eût fait voyager constamment le long 
des bords du Gange jusqu'à Allahabad, et ensuite le long des bords de la 
Jumnah dans le Doâb jusqu'en face de Delhi. Cet immense delta du Doâb, 
où dans l'été mes collections zoologiques auroient pu seules s'enrichir, ne 



CORRESPONDANCE. iSy 

me promettoit aux mois de janvier et de février aucune espèce d'intérêt. Je 
résolus donc de faire le sacrifice d'une douzaine de jours pour suivre une 
route plus longue, Lien plus pénible, mais intéressante. Mirzapour, Rewah, 
Lohargong, Punnah, Adjighur, Kalinger, Bandah, Hammerpour et Kulpi 
en sont les points principaux. 

Rewah, Lohargong, Punnah, Adjighur, sont situés sur un vaste plateau 
qui s'élève perpendiculairement de trois ou quatre cents mètres au-dessus de 
la vallée du Gange et des plaines du Bundelkhund. Ce plateau n'est séparé 
de la chaîne septentrionale des montagnes du Behar, que par la grande et 
profonde excavation où coule la Sône sous Rotasgliur. Il est formé des mêmes 
grès qu'on observe sur les pentes septentrionales des montagnes du Behar, 
depuis Rajemal et Monghir jusqu'à Saseram; mais on y voit le développement 
complet de cette formation de grès , réduite dans les Rajemal Par à quelques 
uns de ses termes seulement. On en a publié récemment en ce pays, dans le 
dernier volume des Asiatick researches, une description que je trouve peu 
exacte. Je me flatte. Messieurs, qu'en voyant la collection considérable que 
j'y ai formée, accompagnée des coupes où vous retrouverez la position de 
tous les échantillons dont elle se compose, vous partagerez l'opinion diffé- 
rente que je me suis faite de la nature de ces montagnes. 

Un de leurs districts, Punnah, est célèbre par ses mines de diamants. Je 
l'ai visité avec soin, et j'ose croire que le gisement mystérieux de ce mi- 
néral est enfin connu. Presque toutes les variétés de forme et de couleur du 
diamant se trouvent à Punnah. Comme ils sont petits en général, et possè- 
dent peu des qualités que les joailliers recherchent, ils sont d'un prix assez 
médiocre. 

Le vieux terrain de grès rouge, Rodte todte liegende, qui forme la base, 
sinon la masse entière, des grès des montagnes du Bundelkhund septen- 
trional , se lie d'une manière obscure à la formation de syénite qui le sup- 
porte. La connexion incertaine, la dépendance ambiguë de cette formation 
à l'égard de celle qui lui sert de base, est un de ses caractères géognostiques 
généraux. Il ne manque pas dans l'Inde, où cette formation elle-même avoit 
été jusqu'ici méconnue. Au sud, dans le bassin de la rivière Dammoodah, 
où la formation houillère se montre sans le cortège des roches arénacées et 
Annales du Muséum, 1. 1", 3° série. i8 



l38 CORRESPONDANCE. 

porphyriques du vieux grès rouge, elle est, au contraire, parfaitement indé- 
pendante de celle du gneiss qu'elle recouvre. 

L'hiver très sensible au mois dejanvierdans les montagnes du Bundelkhund 
ne m'a pas permis d'y accroître mes collections zoologiques et botaniques 
dans la même proportion que celles de géologie. Rentré dans les plaines à 
Kalinger, je passai à Bandah la rivière Kéne, à Hamraerpour la Betwah, et à 
Kulpy la Jumnah, dont je suivis à-peu-près les bords dans le Doâb jusqu'en 
face d'Agrah, où je la traversai de nouveau, et donnai à mon équipage trois 
jours de repos. La fin de l'hiver, au mois de février, avoit été marquée par 
de violents orages qui m'avoient assailli dans le Doâb. Je me séchai à Agrah. 
En dix jours je vins de là à Delhi, au travers d'une contrée non moins mo- 
notone que le Doâb dans sa configuration physique, mais mêlée de cultures, 
de steppes et de landes. J'y acquis un nombre assez considérable de plantes 
et plusieurs animaux. 

Delhi, que je viens de quitter, a été ma plus longue station. J'y suis resté 
huit jours, occupé à mettre en ordre tout ce que j'avois recueilli jusque- 
là, et à assurer la conservation de mes collections pendant mon absence. 
Quelque bienveillants que dussent être les soins qu'on m'offroit obligeam- 
ment de leur donner jusqu'à mon retour de l'Himalaya, j'ai pris moi-même 
tous ceux qui dévoient les rendre inutiles, et je pars sans crainte sur l'effica- 
cité de mes précautions. 

La proximité de Delhi aux montagnes y conduit souvent les Anglais qui 
résident dans cette station. Par eux j'ai acquis tous les renseignements dési- 
rables sur la manière d'y voyager. Je me propose d'entrer dans l'Himalaya 
par la vallée du Dhoune au-dessus de Saharampour où, chemin faisant, je 
visiterai, non sans profit, la succursale montagnarde du jardin botanique de 
Calcutta. Dheyra est le chef-lieu du pays de Dhoune et la résidence d'un offi- 
cier militaire et politique qui, je n'en doute pas, épuisera pour moi les 
procédés bienveillants de l'admirable hospitalité de sa nation. Je passerai de 
suite du Dhoune qui a été souvent visité, à Sabathou, où j'ai lieu d'espérer 
le même accueil, et où je ne séjournerai pas davantage par la même raison ; 
de là à Kôteghur sur le second étage des montagnes, et, par l'étroit sentier 
suspendu au-dessus des bords escarpés de la rivière Sutledge, je passerai de 



CORRESPONDANCE. rSg 

l'autre côté de la chaîne centrale de THimâlaya , dont cette rivière a coupé 
toute l'épaisseur. Un très petit nombre de curieux sont allés dans ces lieux, 
dont le capitaine Herbert a le premier trouvé la route en 1819; ils y ont 
bâti deux maisons dont j'espère habiter une. Si l'hiver les avoit détruites , ou 
si des premiers venus s'en étoient emparés déjà pour cette saison, je com- 
poserois avec un villageois pour la location dé la sienne. Ce petit pays de 
Kanaor, à moitié Hindou et à moitié Tartare de religion, appartient à un 
radjah (le radjah de Bissahir), fort jaloux de l'amitié des Anglais; et je suis 
sûr d'y jouir pour mes recherches de la liberté et de la sécurité les plus abso- 
lues. Par sa position géographique au nord de la chaîne des neiges éternelles 
de l'Himalaya, par son climat, et comme une conséquence de ces conditions, 
par ses productions naturelles , sans doute il appartient en quelque sorte à 
cette région mystérieuse du plateau du Thibet. Ses hivers hyperboréens 
doivent rendre sa Faune et sa Flore peu variées; mais il est à espérer que 
l'une et l'autre se composent d'espèces la plupart inconnues , et que la nou- 
veauté des objets que j'en rapporterai compensera heureusement la médio- 
crité de leur nombre. 

Je redescendrai avec eux à Delhi vers la fin du mois de novembre 

Le reste de cette lettre estconsacré par M. Jacquemont à exprimer et à faire 
partager à l'administration du Muséum toute sa reconnoissance de l'accueil 
qu'il a reçu des autorités anglaises auxquelles il avoit été recommandé, 
et sur-tout de M. le gouverneur général de l'Inde lord William Bentinck. 
Il a dû à leur bienveillance et à leur vigilante protection d'inappréciables 
avantages. Jamais, dit-il, on ne l'a laissé voyager sans escorte, et quand il a 
passé au travers des territoires indépendants du Bundelkhund, province 
turbulente, les radjahs, avertis par les agents anglais qui exercent sur eux un 
contrôle politique , lui ont fait trouver chez eux les mêmes attentions qu'il 
étoit accoutumé à rencontrer dans les états de la Compagnie. 

Tchini en Kanaor, le i5 juillet i83o. 

C'est de Samalkah qu'étoit datée la dernière lettre que j'ai eu l'honneur 
de vous écrire en mars dernier, et qui fut expédiée de Kythul dans le pays 



l4o CORRESPONDANCE. 

des Sykes, le 22 du même mois. Je venois alors de m'associer à quelques per- 
sonnes de Delhi qui avoientbien voulu organiser pour moi une grande partie 
de chasse, qui, d'après mes espérances, devoit enrichir considérablement mes 
collections zoologiques. Suivis de dix-sept éléphants, de quatre cents cava- 
liers, et du double de gens à pied, nous parcourûmes, non sans les dévaster 
un peu, les principautés de Kythul et de Pattialah étendues jusqu'au désert 
de Bikanir, et j'eus le regret de ne rapporter de cette fatigante excursion 
qu'un petit nombre de plantes nouvelles. 

Reprenant aussitôt ma marche solitaire, je vins à Saharunpore, où le gou- 
vernement possède un jardin botanique. Accueilli par le directeur de cet 
établissement, je concertai avec lui le commencement de mon voyage dans 
les montagnes, et après lui avoir laissé en dépôt les collections quej'avois 
faites depuis Delhi, et la majeure partie de mon bagage, après avoir formé , 
un nouvel équipage adapté aux chemins difficiles ouverts seuls désormais 
devant moi, et où tout doit être porté à dos d'homme, je quittai les plaines, 
et entrai dans l'Himalaya le 12 avril, trois jours après le renversement de la 
mousson et l'établissement des vents du sud-ouest qui avoient déjà rendu 
excessive la chaleur très forte auparavant depuis le mois de mars dans les 
plaines sablonneuses du nord de l'Hindoustan. 

Ce que les Anglais appellentla première chaîne de l'Himalaya n'est qu'une 
rangée fort continue de hautes collines composées de conglomérats moder- 
nes, laquelle régne au-devant des montagnes primitives sur la plus grande 
partie de leur longueur. Entre ces collines et le pied des montagnes, est 
creusée une longue vallée longitudinale qui jouit, à raison de sa position, 
d'un climat particulier, où le calme habituel, l'humidité et la chaleur de l'at- 
mosphère provoquent tous les développements organiques, mais où ces 
mêmes causes produisent en automne des ^miasmes délétères, tellement re- 
doutés dans quelques parties de l'Himalaya, entre Catmandou, par exemple, 
ou entre Almora et les plaines , que ces lieux sont réputés alors absolument 
inaccessibles aux Européens. 

La saison où j'entrai dans le Dhoune ne m'imposoit heureusement aucune 
des précautions que je devrai prendre pour traverser de nouveau, après la 
saison des pluies, cette zone pernicieuse. J'y demeurai huit jours utilement 



CORRESPONDANCE. I^l 

employés à l'accroissement de mes collections. J'y complétai en même temps 
mon appareil de voyage dans les montagnes, où je vins camper le aS avril 
sur les cimes de Mossouri, sousle climatdes Alpes, et parmi des productions 
spécifiquement différentes des leurs, mais qui semblent souvent calquées 
sur elles. 

Des orages d'une violence et d'une continuité inaccoutumées jusque-là 
dans ces lieux j m'obligèrent à y prolonger mon séjour, sans me permettre de 
le faire tourner très considérablement au profit de mes collections. Le 2 mai, 
je me remis en marche pour monter aux sources de la Jumnah, sous les- 
quelles je campai plusieurs jours à une grande élévation, près du hameau de 
Cursali, le dernier de cette vallée, et une des situations les plus favorables 
sous tous les rapports de l'histoire naturelle. 

Quelque petite que soit sur la carte la distance entre Semlah et Jumnoutri, 
l'extrême âpreté des montagnes qui s'entassent les unes sur les autres tout 
le long de la chaîne des neiges éternelles, y rend la marche si pénible et si 
lente, que je ne pus la parcourir en moins de trois semaines. J'arrivai à 
Semlah épuisé, sinon malade encore des suites d'une indisposition, produite 
par le changement obligé de régime alimentaire dans la contrée misérable 
où je venois de voyager. 

Je fus accueilli à Semlah par l'officier qui gouverne le territoire d'alentour 
soumis à la Compagnie, et dont l'influence est toute-puissante sur les états 
montagnards soi-disant indépendants de cette partie de l'Himalaya. 

Je laissai dans la demeure hospitalière de cet officier, M. Kennedy, toutes 
mes collections amassées depuis Saharunpore; et, rétabli par urie dizaine de 
jours de repos et un retour passager aux commodités de la vie européenne, 
je la quittai le 28 juin pour passer de ce côté-ci des montagnes. Je descendis 
de Kôteghur sur les bords du Sutledge que je suivis jusqu'à Rampour, capi- 
tale du Bissahir. C'est là que cette rivière débouche au travers de la chaîne 
centrale de l'Himalaya. En montant de ses bords élevés déjà de mille mètres 
jusqu'à deux mille mètres plus haut , j'ai eu l'occasion de voir un grand nombre 
de coupes du terrain qui mettent à nu la structure géologique de toute la 
base et d'une portion considérable de la hauteur de cette chaîne. Je complé- 
terai cette reconnaissance en retournant à Semlah par un de ses cols les plus 



l42 CORRESPONDANCE. 

voisins de cette immense ouverture, le Bouroûne ghanti (Burunda pass des 
Anglais), profondément excavé lui-même entre ses cimes, puisque son élé- 
vation n'excède guère quatre mille mètres, tandis que leur niveau moyen en 
dépasse cinq mille cinq cents. 

Tchini, d'oiàj'ai l'honneur devons écrire aujourd'hui, est le lieu le plus 
élevé de la vallée du Sutledge où se fassent sentir les pluies solsticiales qui 
inondent depuis un mois le versant opposé des montagnes , et dont j'ai eu 
beaucoup à souffrir depuis Semlah. Je suis maintenant presque en dehors de 
leur influence, et mia première marche me conduira dans cette partie du Ka- 
naor, si remarquable par la sécheresse de son climat. Au reste, il y a déjà une 
assez grande différence entre celui de cette portion de la vallée du Sutledge 
et celui des vallées indiennes pour que j'en observe une considérable entre 
leurs productions diverses. Mes collections botaniques sur-tout s'accroissent 
rapidement. J'ai eu le malheur de perdre dans le transport la liqueur spiri- 
tueuse que j'avois fait venir à Semlah de Sabathou, ainsi que les bocaux qui 
la contenoient; mais j'espère être à même de la remplacer à Souguenom par 
le foibJe esprit qu'on y distille du marc fermenté des raisins, et d'y faire faire 
des vaisseaux de bois capables de la renfermer avec sûreté. Muni de ces 
taoyens, et favorisé par la sécheresse du climat, je pourrai alors accroître 
mes collections de zoologie dans la même proportion que celles de géologie 
et de botanique. 

En remontant le cours de la branche principale du Sutledge, je ne saurois 
dépasser Chipki, premier poste de la Tartarie chinoise, tandis qu'en mar- 
chant au nord le long de son affluent septentrional, le Spiti, j'ai lieu d'espérer 
pouvoir sortir des possessions du radjah de Bissahir, et pénétrer sur le pla- 
teau de Ladak, petit pays presque indépendant des Chinois, et tributaire du 
radjah de Bissahir, lequel m'a témoigné jusqu'ici toutes sortes d'attentions, et 
a écrit sur sa frontière et en Ladak pour faciliter mon passage. 

J'ai vu des débris organiques fossiles de terrains secondaires qui prove- 
noient de cette contrée où ils paroissent se trouver en immense quantité 
épars à la surface-du sol, à un niveau excessivement élevé (quatre mille cinq 
cents mètres). La végétation y est réduite à des herbes et à quelques rares 
arbrisseaux à peine plus hauts qu'elles. Le chien , le yak et la chèvre qui pro- 



CORRESPONDANCE. l/jS 

duit le duvet de cachemire y sont les seuls animaux domestiques, et il n'y a 
sans doute aussi qu'un petit nombre d'espèces sauvages; mais il me semble 
que la nature du pays donne à tout ce qu'on en pourroit rapporter un intérêt 
qui compensera la médiocrité probable du nombre des objets. C'est au com- 
mencement d'octobre que je repasserai l'Himalaya par le col de Bouroûne. 
De là à Semlah, il n'y a qu'un petit nombre de marches. Rassemblant et 
poussant devant moi toutes les collections que j'aurai successivement laissées 
en arrière, je descendrai à Sabathou, et de Sabathou dans les plaines vers le 
sommet desquelles je marcherai à Saharunpore, oîi je reprendrai mon lourd 
équipage de voyage accoutumé, pour me rendre à Delhi, avec tout ce que 
j'aurai recueilli depuis le mois de mars dernier. 

Kurnaul, i" février i83i. 

La dernière lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire étoit datée de Tchini 
en Kanaor, le i5 juillet i83o. Je vous y rendois un compte sommaire de mes 
excursions dans l'Himalaya indien entre la vallée du Gange et celle du 
Sutledge. 

J'ai passé tout l'été sur la pente septentrionale de l'Himalaya, soit sur la 
rive droite, soit sur la rive gauche du Sutledge, et j'ai remonté jusqu'à six 
journées de marche au nord du 32° degré de latitude la vallée du Spiti, le 
plus large des affluents de ce fleuve. 

A l'est, Beckhur a été la limite de mes excursions. C'est une chétive for- 
teresse gardée par des Thibétains soumis à l'autorité chinoise. Je n'aurois pu 
m'approcher davantage du lac Mansarôvar sans rencontrer des obstacles 
bientôt insurmontables. Au contraire, dans la vallée du Spiti qui forme un 
petit état sans défense, et nominalement indépendant de ses voisins, j'avois 
une entière liberté. Je ne trouvai de difficultés que pour pénétrer dans ses 
parties supérieures, dont l'entrée est fermée par quelques territoires chinois. 
Je réussis cependant à passer sans molestation ni querelle. 

Je partageois avant d'avoir fait ce voyage l'opinion, généralement admise 
par les Anglais, que le Sutledge, après avoir coulé long-temps au nord de 
l'Himalaya , appuyant sa rive gauche à la base septentrionale de cette 
grande chaîne, la traversoit par une énorme échancrure entre Bissahir et 



l44 CORRESPONDANCE. 

KouUou. Cette vue est inexacte: cette chaîne colossale de l'Himalaya, que 
ses neiges éternelles font apercevoir de si loin les plaines de l'Iude, n'est 
elle-même qu'un objet peu remarquable par sa hauteur, comparée aux au- 
tres systèmes de montagnes qui s'élèvent au nord derrière elle. Elle s'abaisse 
graduellement vers le nord-ouest, et c'est au lieu où elle finit que le Sut- 
ledge, cessant alors d'être contenu sur sa rive gauche ou méridionale, passe 
au sud dans les plaines de l'Inde et du Pendjab qu'il sépare. Les montagnes 
de KouUou, avec leurs pics neiges, que les physiciens anglais ont décrites 
comme le prolongement de cette chaîne au-delà de l'immense excavation 
apparente qui donne passage au Sutledge, ne me semblent être au contraire 
que le prolongement très régulier d'une chaîne plus septentrionale qui 
domine sans interruption la rive droite du Sutledge. Au-delà de cette seconde 
chaîne, c'est-à-dire au nord, la contrée tout entière continue à s'élever, et les 
montagnes s'entassent les unes sur les autres dans une confusion telle, qu'il 
est absolument impossible de découvrir aucun ordre dans leur arrange- 
ment. 

C'est au travers de ces montagnes amoncelées qu'est creusée du sud au nord , 
et ensuite du sud-est au nord-ouest, la vallée profonde du Spiti. Au lieu le 
plus éloigné que j'en ai visité, le fond de cette vallée étoit élevé de quatre 
mille mètres au-dessus de la mer. J'ai trouvé des cultures et des villages 
épars à près de mille mètres plus haut, et des plantes phanérogames à une 
élévation bien plus grande encore. 

Comme toute la contrée à-la-fois s'élève sur une immense étendue, elle a 
un climat beaucoup moins rigoureux que ne le feroient supposer les cir- 
constances réunies de sa latitude et de son niveau absolu. Dans l'Himalaya 
indien il y a peu de villages au-dessus de deux mille quatre cents mètres; leur 
élévation moyenne en Kanaor est de trois mille mètres; elle est de quatre mille 
mètres dans le bassin des eaux du Spiti. La limite des cultures s'élève comme 
celle des habitations humaines, et la ligne inférieure des neiges perpétuelles 
demeure parallèle aux unes et aux autres, si même elle ne s'en écarte pas 
davantage à mesure que l'on s'avance vers le nord. Le climat de celte étrange 
contrée est d'une sécheresse extraordinaire. Je n'avois pas d'instruments 
pour la mesurer; mais parmi les nombreux phénomènes naturels qui l'attes- 



CORRESPONDANCE. 1/(5 

tent, je citerai seulement le défaut absolu de rosée pendant les nuits les plus 
calmes dans les vallées où les températures diurne et nocturne de l'air dif- 
fèrent énormément. Il tombe peu de neige en hiver; il pleut quelquefois au 
printemps, et bruine rarement en automne lorsque des nuages sont préci- 
pités par des vents irréguliers de la cime des montagnes dans la profondeur 
des vallées. 

J'ai rapporté de ce voyage un grand nombre de plantes avec leurs semences. 
Aucune de ces espèces ne se trouve de ce côté de l'Himalaya. On conçoit 
aisément dans des climats si différents, quoique dans des contrées si voi- 
sines, on conçoit, dis-je, aisément cette différence de tous les êtres organisés. . 

Mes collections minéralogiques ne sont pas moins considérables. La nudité 
des montagnes favorisoit les observations de géologie. Celles que j'ai faites 
suggèrent, si je ne m'abuse, des vues fort nouvelles sur les terrains primi- 
tifs. J'aurai l'honneur de vous les présenter quand je pourrai mettre sous vos 
yeux la série de mes observations , et les coupes nombreuses qui me paroissent 
prouver la justesse de ces considérations géognostiques. 

II y a parmi mes collections géologiques un grand nombre de fossiles tes- 
tacés qui se rencontrent dans diverses couches d'un terrain secondaire déve- 
loppé sur une étendue et avec une épaisseur immenses au nord de l'Himalaya 
dans la Tartarie indépendante, le Haut-Kanaor, Hangarang et le Thibet 
chinois. 

Le 3 octobre je repassai au sud de l'Himalaya indien par un de ses cols les 
plus bas, Bouroune ghanti, dont l'élévation excède à peine i5,ooo pieds 
anglais; je descendis la vallée du Paber, et passai dans celle du Ghirry, re- 
montai à Semlah d'où je retournai à Saharunpore par une route sinueuse au 
travers des Dhounes ou vallées inférieures creusées au pied des premiers 
gradins de l'Himalaya. Je regagnai heureusement les plaines sans fièvre. 

Plusieurs voyageurs anglais ont passé le Bouroune ghanti, et tous se plai- 
gnent d'y avoir souffert de céphalalgies et de nausées, d'oppression, etc, Ce- 
pendant j'ai passé dans des lieux bien plus élevés, puisque trois fois j'ai campé 
au-dessus de 16,000 pieds, et que pour aller à Beckhur j'ai eu à traverser 
des cols élevés de plus de 18,000 pieds, et je n'ai jamais ressenti aucun 
des effets fâcheux dont se plaignent tous les voyageurs, et je n'en ai jamais 
Annales du Muséum, 1. 1", 3° série. 19 



1^6 CORRESPONDANCE. 

observé les symptômes dans un seul des nombreux compagnons de mes 
courses. Mon expérience toutefois n'a rien de contradictoire avec celle d'au- 
trui; j'ai vécu sept mois dans l'Himalaya, et je ma suis élevé graduellement 
de sa base à ses cimes. Lorsque pour aller à Beckhur, je montai quatre fois 
au-dessus de six mille mètres, il y avoit deux mois que je n'étois presque 
jamais descendu au-dessous de trois mille. De là j'étois allé camper à quatre 
mille mètres ; puis, après quelque séjour, à cinq mille. Quand l'ascension est si 
graduelle, le poumon a le temps de s'accoutumer à jouer avec liberté dans 
une' atmosphère excessivement raréfiée. C'est un changement considérable 
de niveau dans un court espace de temps qui l'affecte et qui produit l'oppres- 
sion dont Saussui'e et ceux qui sont montés après lui sur le Mont-Blanc se 
plaignent bien avant que d'arriver à sa cime. 

Tandis que j'étois en Eanaor, je reçus une lettre aussi obligeante qu'inat- 
tendue de M. Allard , officier français qui commande les armées de Rundjet- 
Singh, roi du Pendjab. Il m'écrivoit pour me dire qu'ayant appris mon 
arrivée à Semlah, et l'objet de mon voyage, il espéroit que sa situation dans 
le royaume de Lahor lui fourniroit les moyens de m'être utile , si j'avois 
l'intention d& visiter le Pendjab. Je répondis à M. Allard que les plaines du 
Pendjab n'offriroient sans doute à un naturaliste qu'un médiocre intérêt; 
mais que s'il pouvoit par son crédit près du radjah m'obtenir des passe-ports 
pour Cachemyr, je croirois devoir profiter d'une si précieuse occasion de 
visiter une contrée rigoureusement fermée aux voyageurs anglais par la dé- 
fiance jalouse de Rundjet-Singb. 

J'ai été constamment depuis ce temps-là en commerce de lettres avec 
M. Allard'i et (comme il m'avoit conseillé d'obtenir des recommandations du 
gouvernement anglais) avec M. le gouverneur général de l'Inde. Je dois à ce 
dernier, lord William Bentinck , une grande marque d'estime et de bonté. Il 
a fait pour moi ce qui a été, je crois, invariablement refusé aux officiers de 
sa propre nation qui avoient prié le cabinet de Calcutta d'appuyer la de- 
mande qu'ils avoient faite sans sùGcès à Rundjet-Singb de voyager dans ses 
états dans des vues semblables aux miennes. Je serai dans vingt jours à La- 
hor, où l'appui de notre compatriote M. Allard et la recommandation amicale 
de lord Bentinck m'assurent une excellente réception. 

Mon projet est d'aller jusqu'à la base du Hindou-côb qui me paroît être la 



CORRESPONDANCE. i ^n 

limite occidentale de l'Himalaya : je compte entrer de là dans le pays de 
Cachemyr par la route de Paishawer, et y faire un séjour proportionné à 
l'intérêt que son territoire m'offrira; enfln revenir h Delhi en suivant le 
revers thibétain de l'Himalaya jusqu'au Sutledge que je traverserai dans le 
Bas-Kanaor. Je ferai en sorte d'être de retour à Delhi au i" novembre de cette 
année. 

J'ai laissé dans cette ville toutes mes collections : elles y demeureront jus- 
qu'à mon retour de Cachemyr. Chacun m'offroit sa maison pour les rece- 
voir; mais j'ai préféré les déposer dans le magasin militaire du gouvernement, 
où elles sont placées sur de hautes tables dont les pieds plongent dans des 
cuvettes remplies d'eau, et où l'on sait préserver des ravages des insectes des 
effets d'équipement qui y sont bien autrement exposés. Elles ont été soi- 
gneusement empoisonnées avant d'être emballées; et j'ai laissé les instruc- 
tions nécessaires pour les envoyer en France dans le cas oii je mourrois avant 
de revenir à Delhi. 

Lahor, le 17 mars i83i. 



Grâce à la bienveillante entremise du gouvernement anglais en ma faveur 
auprès du radjah Rundjet-Singh, j'ai reçu de ce prince l'accueil le plus dis- 
tingué. La simple permission de voyager dans ses états eût équivalu de sa 
part à un refus; mais il me donne une escorte pour me garder et un officier 
de sa maison qui doit veiller à mes besoins. Je ne saurois désirer mieux. 

Je me détournerai de quelques jours de marche pour visiter une chaîne 
de collines salifères qui bordent la rive droite de l'Hydaspe, traversent tout 
le Pendjab, et se prolongent au-delà de l'Indus jusque dans l'Afghanistan. 
Cependant je serai dans vingt-cinq jours à Cachemyr. On ne sauroit y entrer 
plus tôt à cause des neiges dont sont encore couvertes les montagnes qui 
séparent cette haute vallée des plaines du Pendjab. 



Cachemyr, le 28 mai i83i. 

La dernière lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire étoit datée de Lahor 
le 17 mars dernier. Je vous accusois alors la réception de la vôtre du 19 mai 
i83o, qui venoit seulement de me parvenir, et je vous disois les auspices fa- 
vorables sous lesquels s'annonçoit mon voyage hors des possessions anglaises. 



l48 CORRESPONDANCE. 

Le 18 mars, Rundjet-Singh m'accorda sa dernière audience, dans laquelle 
ilme prodigua les distinctions les plus flatteuses, et voulut bien ordonner 
lui-même tout le détail des précautions nécessaires à ma sûreté pendant mon 
voyage dans ses états, et mon séjour dans la province reculée de Cachemyr. 

Je quittai Lahor le 26, et, traversant successivement le Ravi, le Tchinâb 
et le Djhèlom, je vins campera Pindadenkhan pour visiter les mines de sel 
exploitées dans les environs <ie cette ville. Je regrette de n'avoir pas le loisir 
de faire , pour vous l'envoyer, une copie du mémoire dont elles sont l'objet 
dans mon journal. Si je ne m'abuse, les observations que j'ai faites dans 
cette localité, et dans plusieurs autres de la même chaîne de collines , jettent 
beaucoup de lumière sur la manière dont se sont formés ces grands amas de 
sel. [Is sont peut-être géologiquement beaucoup plus indépendants qu'on 
ne l'a cru des terrains parmi lesquels ils se rencontrent. Le sel de Pindaden- 
khan ne se distingue pas par ses caractères minéralogiques de celui de Car- 
dona en Espagne. Il est associé avec du gypse, dont la distribution dans le 
terrain qui leur sert de matrice répète fidèlement tous les accidents de la 
sienne. A peu de distance de là, à Djellâlpour, dans le prolongement des 
mêmes couches, on voit celles-ci dérangées, disloquées comme à Pindaden- 
khan, et leurs matériaux réagglutinés seulement par du gypse. Enfin, en 
passant de cette chaîne de collines salifères(i) dans l'Himalaya dont elles sont 
si voisines, on retrouve la même direction générale des principaux accidents 
du terrain, une direction analogue dans la stratification de ses couches, et 
enfin, dans celles-ci, des dérangements locaux plus ou moins étendus, mar- 
qués toujours par l'apparition d'amas calcaires, dolomitiques ou quartzeux, 
lesquels par toutes les circonstances de leur gisement rappellent d'une ma- 
nière frappante celui du gypse et du sel à Pindadenkhan, et du gypse sem- 
blable mais non salifère de Djellâlpour. 

Les aperçus suffisamment indiqués par ces rapprochements recevront, je 
pense, une confirmation puissante de leur justesse par l'examen que j'espère 
avoir l'occasion de faire dans quelques mois d'une autre mine de sel exploitée 
près de Djummon, dans les premiers gradins de l'Himalaya. 

Quant à la détermination géognostique des terrains stratifiés qui constituent 

(i) Nemok ka paliar, ou montagnes de sel : leur nom Pendjâbi. 



CORRESPONDANCE. l49 

la chaîne des collines salifères de Pindadenkhan , elle offre des difficultés 
qui ne pourront être levées que par la comparaison des fossiles très rares qui 
sont dispersés et comme fondus dans quelques unes de leurs couches. J'es- 
père y arriver encore d'une manière plus complète par des inductions dont 
je pourrai sans doute lier la chaîne en retournant de Cachemyr dans l'Hi- 
malaya d'outre-Sutledge, où j'ai aperçu l'an passé des terrains que je crois 
analogues à ceux-ci et qui sont moins pauvres en déhris organiques. 

Les accidents que paroissent avoir éprouvés depuis leur formation les 
terrains cristallisés et sédimentaires de l'Himalaya affectent tellement et leur 
stratification et les caractères minéralogiques de leurs roches, que la na- 
ture cristalline ou élastique de celles-ci devient souvent fort équivoque, et 
rend également incertaine la limite des terrains. Cette observation regarde 
plus directement cette partie de l'Himalaya que je viens de traverser pour 
venir à Cachemyr; mais elle s'applique également à d'autres parties de cette 
chaîne, sur-tout entre le Sutledge et la Jumnah. 

Je n'avois éprouvé aucune espèce de difficultés dans mon excursion dans 
les plaines du Pendjab ; et confiant dans la protection du prince, je n'appré- 
hendois aucun obstacle dans mon voyage à travers les montagnes. Rundjet- 
Singh avoit ordonné que les nouveaux moyens de transport nécessaires à ma 
caravane fussent préparés d'avance à Mirpour, afin que je n'éprouvasse au- 
cun délai dans ma marche; à Prountche un équipage de porteurs devoit être 
aussi par ses ordres préparé à l'avance pour le passage du Pîr-Puntchâl. Ce- 
pendant lorsque j'arrivai à Mirpour rien ne se trouva prêt, et je compris 
bientôt que j'entrois dans un pays dont le régime anarchique me susciteroit 
peut-être bien des embarras. Il m'a fallu en effet quelque persévérance pour 
ne pas me laisser arrêter par les difficultés que j'ai rencontrées. Une fois 
entre autres ma liberté fut compromise par l'audace d'un chef appelé Nheal- 
Singh, qui me fit prisonnier avec mon escorte et tous mes gens près de la 
forteresse de Toloutchi. Cette rencontre pouvoit avoir une issue funeste. 
Mais avec de la fermeté, de la prudence, et je crois aussi quelque adresse, 
je parvins à racheter ma liberté moyennant une rançon de 5oo roupies 
( 1200 francs). Échappé des mains de ce misérable, j'écrivis sur-le-champ 
au radjah pour lui demander justice. Rundjet-Singh m'a aussitôt indemnisé 
de mon avanie, et il vient de mettre à ma disposition la vie deNheal-Singh. 



l5o CORRESPONDANCE. 

L'intérêt de ma sûreté dans le reste de mon voyage ne me permet pas la 
clémence. J'ai prié le radjah que Nheal-Singh reçût un châtiment corporel 
très sévère, et qu'il demeurât en prison jusqu'à l'époque de mon retour 
dans les possessions anglaises. Après cet exemple éclatant de l'empressement 
du prince à punir l'outrage qui m'a été fait, je crois n'en avoir aucun autre à 
redouter dans ses états, et mon aventure de Toloutchi , loin d'être une 
mésaventure, devient la garantie la plus puissante de ma sûreté ultérieure. 

II y a vingt jours que je suis arrivé à Cachemyr. 

Le col par où j'y ai pénétré, le plus bas de tous, est à peine élevé de deux 
mille cinq cents mètres au-dessus de la mer. <]l'est la moitié de la hauteur 
moyenne des passages de l'Himalaya entre le Gange et le Sutledge. 

Le niveau delà vallée, dont la forme est celle d'un bassin ovale, est, comme 
je l'avois conjecturé, d'après les renseignements que j'avois recueillis sur 
son climat et ses productions végétales, d'environ seize à dix sept cents mètres. 

Je m'y occupe activement de recherches géologiques. Ma position en 
même temps y est plus favorable qu'elle n'a encore été en aucun autre lieu 
à la formation de collections zoologiques. Je suis campé dans un jardin qui 
appartient au radjah, et où se trouve un pavillon qui me sert de demeure. 
C'est la première fois, depuis mon arrivée en Asie, que je me trouve être chez 
moi, ailleurs que sous une tente. Je n'ose dire cependant que mon habitation 
soit une maison. Les présents que j'ai reçus de Rundjet-Singh me permettent 
désormais de m'entourer des moyens d'exploration, dont le secours m'avoit 
été interdit jusqu'ici par l'insuffisance de mes ressources pécuniaires. Ils 
rendront, je n'en doute pas, très fructueuses les excursions que je vais entre- 
prendre autour de Cachemyr, et dont ce lieu restera le centre jusqu'au mois 
de septembre, époque à laquelle je reprendrai la route des possessions an- 
glaises. J'ai acquis la certitude qu'il y auroit de l'imprudence à tenter d'y 
retourner par les revers Thibétains de l'Himalaya en dehors du territoire 
Syke. Quand je quitterai Cachemyr j'en emporterai un bagage trop lourd et 
trop précieux pour le risquer dans ies déserts de Ladak, où, sans parler des 
rencontres fâcheuses que je pourrois faire, la désertion de quelques uns de 
mes gens suffiroit pour me causer les plus grands embarras parla difficulté d'y 
recruter des moyens de transport. Je retournerai donc sans doute par la route 
deBhimbeur,maisen la quittante Radjaori pour descendre delààDjummon, 



CORRESPONDANCE. l5l 

et remonter ensuite dans le pays de KouUou, au travers duquel j'arriverai sur 
les bords du Sutledge, en face de Belaspour ou de Rampour. L'un et l'autre 
de ces lieux sont fort voisins de Semlah, où je me rendrai sans doute pour 
voir M. le gouverneur général à qui j'ai de si grandes obligations pour le 
succès de mon entreprise, et dont l'appui peut m'être encore si utile. 

Muni des moyens dont je dispose ici, je crois pouvoir vous assurer, Mes- 
sieurs, que je rapporterai au Muséum tous les poissons du lac de Cacbemyr 
et de son fleuve. Faute de vaisseaux convenables pour les contenir et de 
liqueur spiritueuse pour les conserver, il ne m'a pas été possible l'an passé 
de rapporter ceux du Sutledge en Kanaor. Mais si c'est à Rampour que je 
repasse cette rivière, je m'y arrêterai cet automne pour réparer du moins, en 
partie, la perte de l'occasion qu'il ne m'a pas été permis de saisir l'an passé. 

Mes berbiers depuis Lahor ne se sont que médiocrement augmentés. 
Dans le voisinage immédiat de Cacbemyr, le plus grand nombre des plantes 
appartient à la Flore européenne, sur-tout parmi les espèces berbacées. 
Mais j'ai lieu de compter sur des récoltes botaniques plus intéressantes dans 
les excursions plus lointaines que je vais faire successivement dans les mon- 
tagnes d'alentour. 

Me sera-t-il permis d'ajouter, Messieurs, que le séjour de ce Cacbemyr si 
vanté seroit bien peu agréable à celui qui n'auroit pas dans la diversité des 
travaux qui m'occupent une source constante d'intérêt? Des voyageurs euro- 
péens n'eussent jamais fait à ce pays l'extrême réputation de beauté qu'il 
doit seulement, et par une raison que je m'explique aisément, aux visites 
qu'y faisoient jadis quelquefois les empereurs de l'Inde. La cour mogole ré- 
sidoit habituellement dans les murs brûlants d'Agrah ou de Delbi, les deux 
villes de l'Inde où les cbaleurs de l'été sont les plus grandes, et dont la cam- 
pagne est d'une aridité excessive. Ici il y a par-tout de l'eau et de la verdure; 
au plus fort de l'été la brise qui descend des montagnes pendant la nuit est 
toujours fraîcbe; et la cour mogole donna à Cacbemyr le nom de Paradis 
terrestre. 

Les lacs sont sans profondeur, et les montagnes qui environnent de toutes 
parts ce singulier bassin n'ont pour elles que leur bauteur et la grandeur des 
lignes de leurs contours; mais au-dedans de ces lignes l'œil chercbe vaine- 



l52 CORRESPONDANCE. 

ment ces détails de beauté pittoresque, noble ou gracieuse, dont la nature 
est si prodigue dans les Alpes et si avare dans l'Himalaya. 

La ville elle-même presque entièrement bâtie de bois, est fort grande, 
mais son aspect est borriblement misérable, et ce n'est pas une vaine appa- 
rence. Nulle part ailleurs dans Flnde la masse de la population n'est aussi 
pauvre qu'à Cacbemyr, C'est le seul pays où le prix du travail soit réellement 
aussi bas que nous le croyons à tort être par-tout dans l'Inde. 

Ma santé a souffert dans mon voyage de Mirpour ici, mais c'étoit par suite 
de fatigues excessives, et non par l'effet du climat de l'Inde. Je suis parfai- 
tement rétabli. 

Cachemyr, le 17 juin i83i. 

Il y a deux jours qu'un courrier de l'Inde m'a apporté la lettre que vous 
m'avez fait l'bonneur de m'écrire le 24 octobre dernier : elle m'étoit obli- 
geamment transmise par M. le gouverneur général de l'Inde. 

. , J'étois arrivé à Cacbemyr fort affoibli, mais voici mes 

forces revenues, et ma santé solidement rétablie. J'en vais faire usage pour 
commencer demain une série d'excursions sur les cimes des montagnes 
d'alentour. Je n'irai pas au petit Tbibet, il est préférable à tous égards que 
je me renferme dans le bassin de Cachemyr. Mais j'espère obtenir de ce pays- 
là quelques richesses zoologiques que celui-ci ne sauroit me fournir. Il y a au 
petit Tbibet plusieurs espèces de ruminants, dont le poil de dessous, comme 
celui des chèvres, si improprement dites de Cachemyr, sert également à la 
fabrication, mais fort restreinte, d'étoffes semblables aux châles. L'un de ces 
animaux doit être une chèvre, un autre est certainement une espèce de 
brebis. Enfin par le rapport des natifs je me suis assuré qu'il y a quatre 
espèces sauvages, dont le poil sert à cet usage. Le roi du petitThibet, Ahmed 
Chah, m'a écrit quand il a su mon arrivée à Cachemyr. H m'a fait mille offres 
de services. Je l'ai prié de me procurer tous ces animaux vivants, le mâle et 
la femelle de chaque espèce, et chacun en double, s'il étoit possible, et de 
me les envoyer. Son messager est parti avec ma réponse, il y a quelques 
jours , et ne doit pas être loin de Secunderabad où réside Ahmed Chah. 



SUR LES OEUFS DE SEICHE. 

PAR M. LE B" CUVIER. 



M. de Bœr, dans une note de son bel ouvrage sur l'Histoire du 
Développement des Animaux (p. 260), s'exprime ainsi : « C'est 
« à peine s'il peut y avoir maintenant quelque chose de plus in- 
« téressant à faire sur l'histoire du développement des animaux, 
«que d'observer celui des étoiles de mer, et ensuite celui des 
((céphalopodes; selon Gavolini, le vitellus dans ces derniers 
(( pendroit hors de la bouche, ce qui est difficile à comprendre. » 

Ces paroles me déterminent à publier des préparations que 
j'ai faites il y a dix-sept ans ( lors de mes recherches sur les 
œufs des quadrupèdes, ^nn. du Mus.), et qui depuis lors sont 
demeurées exposées au Cabinet d'Anatomie du Muséum, et ont 
été démontrées plus d'une fois dans mes cours. 

Elles serviront à expliquer des expressions en effet assez 
équivoques de Cavolini, à interpréter un passage d'Aristote 
inintelligible jusqu'à présent dans les traductions que l'on en a 
données, et à faire voir que ce grand philosophe avoit déjà une 
très ample et très exacte connoissance de ce sujet. 

L'oeuf de Seiche est un sphéroïde elliptique, assez semblable 
aux grains de certains raisins. 

A l'un de ses pôles est une proéminence ou un mamelon co- 
nique et arrondi au bout. 

Le pôle opposé se prolonge en un pédicule plus ou moins long 
terminé par un anneau , qui embrasse quelque corps étranger, 

Annales du Muséum, 1. 1", 3' série. 20 



l54 SUR LES OEUFS DE SEICHE. 

comme tige ou branche de fucus, d'épongé, ou de quelque autre 
zoophyte. 

A un pi-emier pédicule s'attachent souvent et de la même 
manière les pédicules d'autres œufs, quelquefois en assez grand 
nombre; c'est ainsi que se forment ces grappes que l'on a com- 
pai'ées à des grappes de raisin. 

Le pédicule est de la même substance noirâtre que la coque 
de l'œuf. L'un et l'autre ont un peu la consistance de la gomme 
élastique, mais se laissent casser et déchirer plus aisément. Le 
pédicule est cependant plus ductile que la coque. 

Celle-ci se laisse, prise dans son milieu, décomposer en tuni- 
ques ou en couches concentriques, plus ou moins nombreuses; 
on en détache aisément quatre dans les œufs déposés déjà de- 
puis quelque temps, et davantage dans ceux qui viennent de 
l'être ; ces derniers se reconnoissent à ce qu'ils sont plus mous et 
moins foncés en couleur. 

Ces couches sont inégales, les unes plus épaisses, les autres 
plus minces, plus transparentes. En coupant transversalement 
l'oéuf à la base de son mamelon terminal, on voit des lignes cir- 
culaii^es infiniment plus nombreuses, et il semble même en 
quelques endroits qu'elles forment ensemble une seule spirale, 
en sorte que la coque de l'œuf seroit formée de l'enroulement 
d'une même substance, tirée et contournée plusieurs fois autour 
d'elle-même. 

Il seroit fort intéressant de suivre la Seiche au moment où elle 
dépose ses œufs, et de s'assurer de la manière dont elle leur 
donne cette enveloppe , car elle ne peut guère avoir été formée 
ainsi dans l'oviductus. L'anneau par leqviel le pédicule s'atta- 
che doit avoir été produit au-dehors et par l'action de la mère. 



SUR LES OEUFS DE SEICHE. l55 

Lorsque l'on a ouvert cette coque opaque, on trouve dans son 
intérieur une membrane transparente, fixée aux deux pôles par 
deux proéminences que l'on peut comparer àdes chalazes, et qui 
embrasse à-la-fois le vitellus et le germe. Elle se divise elle- 
même en deux tuniques.. Dans les œufs qui viennent detre 
pondus, la membrane ne contient encore qu'une substance glu- 
tineuse et assez limpide; mais je n'ai pas eu occasion d'ob- 
server les changements qui s'y manifestent pendant les premiers 
jours; c'est un travail que je recommande aux naturalistes qui 
séjournent dans le temps convenable sur les bords de la mer, 
car il ne peut s'exécuter que sur des œufs parfaitement frais. 

Mais dans les œufs conservés dans l'alcool, les seuls dont j'ai 
pu disposer, j'ai suivi la petite Seiche dans plusieurs des der- 
nières périodes de son développement. 

Elle m'a paru couchée sur le vitellus, tantôt en travers, tantôt 
obliquement, quelquefois selon sa longueur. C'est par sa face 
ventrale qu'elle y repose. Le vitellus a une membrane propre , 
différente de celle que no vis venons de décrire, et qui embrasse 
à-la-fois le vitellus et le fœtus. Quant au fœtus, je n'oserois dire 
qu'il en soit de même. Je n'ai pu lui découvrir d'amnios. 

Le sujet le moins développé que j'aie vu avoit à-peu-près le 
quart de la longueur du vitellus auquel il adhéroit. On distin- 
guoit déjà son sac et quelques uns de ses tentacules. Ses deux 
yeux étoient chacun presque aussi grands que son sac, ce qui lui 
donnoit quelqvie rapport de figure avec un papillon. A mesure 
que le fœlus avance en âge, les yeux reprennent leur proportion; 
mais pendant long-temps la tête excède encore celle qu'elle doit 
avoir. Quand le fœtus couvre déjà les trois quarts du vitellus, 
elle est encore plus large que le sac. • 



l56 SUR LES OEUFS DE SEICHE. 

Les deux tentacules inférieurs, c'est-à-dire les plus voisins du 
côté de l'entonnoir , demeurent presque jusqu'à la fin pkis 
larges, plus plats, écartés en dehors, et tranchants par leur bord 
externe. 

Les deux longs tentacules, ceux qui n'ont de ventouses qu'à 
l'extrémité , sont reployés entre la paire inférieure et celle d'au- 
dessus j ils demeurent ainsi jusqu'au moment où la petite Seiche 
éclôt. 

L'objet le plus important de cette recherche étoit de détermi- 
ner à quel endroit le vitellus communique avec le corps, et à 
quelle partie de l'intestin le canal de communication aboutit. 
A cet égard il n'y a aucune équivoque. 

Dans les individus où l'étranglement entre le vitellus et le 
foetus a eu lieu, il suffit de les détacher l'un de l'autre, et l'on 
peut se convaincre que la communication se fait au-dessous ou 
au-devant de la bouche , entre les deux tentacules de la dernière 
paire. Au-dessus de cet endroit on distingue très bien l'ouverture 
des lèvres, et dans leur intérieur les deux petites mâchoires 
comme deux pointes^ noires. 

Ce n'est ni par le ventre comme dans les vertébrés, ni par le 
dos comme dans les articulés, mais par un point tout-à-fait 
propre aux céphalopodes, que passe le cordon ombilical. Comme 
dans les autres animaux, à mesure que la petite Seiche grandit, 
Son vitellus diminue. Au moment où elle est prête à éclore, ce 
n'est plus qu'un petit tubercule caché entre les deux tentacules 
inférieurs; mais dès l'instant où l'étranglement a eu lieu, il est 
aise de suivre la prolong-ation de ce canal à l'intérieur. Pendant 
long-temps même il a dans l'intérieur de l'anneau du collier car- 
tilagineux qui porte les tentacules , un renflement qui , dans les 



SUR LES OEUFS DE SEICHE. 167 

derniers moments, est aussi gros que le tubercule resté à l'exté- 
rieur. Ce renflement descend parallèlement à la cavité buccale 
et au commencement de l'oesophage. Il se rétrécit ensuite en un 
petit canal qui s'unit au canal de l'œsophage, à l'endroit où il a 
traversé l'anneau cartilagineux dont nous venons de parler, 
pour entrer dans la cavité abdominale, et traverser le foie. La 
matière du vitellus se continue sensiblement avec celle qui 
lemplit l'oesophage, et même l'estomac qui est situé tout au fond 
de la bourse. 

A aucune époque je n'ai rien aperçu , dans l'oeuf de la Sei- 
che, qui ressemblât à une allantoïde, ou à cette membrane 
si riche en vaisseaux sanguins qui en est l'analogue dans les 
oiseaux; par conséquent il n'y a pas non plus de vaisseaux ombi- 
licaux, mais seulement des vaisseaux omphalo-mésentériques. 

Ainsi le développement de la petite Seiche se fait comme 
celui des poissons et des batraciens, par le seul passage de la 
matière du vitellus dans le canal intestinal , et sans le concours 
d'un organe temporaire de respiration. C'est, à ce qu'il paroît, 
une loi commune à tous les animaux à branchies. 

On peut dire même que la seule différence un peii impor- 
tante entre les poissons et les Seiches , c'est que l'insertion du 
canal vitellaire, soit à l'extérieur, soit à l'intérieur, se fait plus 
près de la bouche, ce qui étoit nécessité par la disposition de 
ses viscères. 

La petite Seiche, au moment d'éclore, a déjà tous ses organes, 
soit internes, soit externes, ses branchies, son foie, sa bourse 
du noir, ses yeux, son cerveau, etc.: sa coquille, ou ce que 
l'on nomme vulgairement l'os de Seiche, a déjà quatre ou 
cinq lames. Il ne lui reste plus de métamorphose à subir; 



l58 SUR LES OEUFS DE SEICHE. 

ses organes génitaux seuls auront à prendre du dévelopjje- 
ment. 

En comparant ces faits avec ce qu'ont écrit Cavolini et Aris- 
tote, on se persuade aisément qu'ils ont vu les mêmes choses que 
nous, et qu'il reste seulement quelque obscurité dans leur récit 
à cause de sa brièveté. Selon Cavolini , du centre des tentacules 
part un canal qui est une continuation de l'oesophage, et qui se 
dilate pour former la tunique du vitellus: dans deux autres 
endroits, il dit que le vitellus pend à la bouche; c'est ce qui a 
fait penser à M. de Bœr qu'il le suppose en communication avec 
la bouche. En effet, Cavolini se seroit exprimé plus correctement 
s'il avoit dit qu'il pend au-devant de la bouche, et communique 
avec l'œsophage. ^ 

Quant à Aristote, ce sont ses traducteurs qui me paroissent 
avoir obscurci son passage. Voici ses termes {^Hist. Anim. , lib. V, 
cap. 17-): 

Ek yàp ToÛToy (roûXEunoù) rô arntiSim (pûsTat , ètti xetpaXiv , wffTTsp ol opvtSe; nKTà Tiiv 
xoiXîav , 7rpo(7)ipT»ip£voi. 

Mais des critiques ont pensé qu'il faut écrire TrpoffnpTJipisvov. Gaza 
et Scaliger l'ont pensé ainsi, puisqu'ils l'ont traduit annexa et 
non pas annexi. Je le crois de même; alors c'est la traduction de 
Scaliger que Camus a paraphrasée ; il écrit : 

La petite Seiche sort de V œuf la tête la première , ainsi que les 
oiseaux^ elle y est attachée de même qu'eux par le ventre. 

En quoi il y a double erreur ; d'abord cette attache qui est 
fausse; ensuite la sortie la tête la première, à quoi Aristote n'a- 
voit pas seulement pensé. 

On voit par-là combien la connoissance des faits est souvent 
nécessaire à l'intelligence des textes. En cette occasion , comme 



SUR LES OEUFS DE SEICHE. iSg 

en tant d'autres, l'habileté d'Ainstoteà observer se trouve encore 
justifiée; le sens sera : 

La petite Seiche naît de ce corps blanc (son vitellus), et y est 
attachée par la tête comme les oiseaux le sont par le ventile (au leur) 
ce qui est très exact ; tandis que la traduction de Gaza : Nascitur 
enim sepiola ex eo [ipso candicante corpusculo^ versa in caput , 
modo avium ventre annexa; et celle de Scaliger : Atque ex eo (^al- 
bumine) sepiola facta exit in caput, quemadmodum aves , ventre 
annexa, présentent un sens faux. Il falloit: 

Nam ex eo fit sepiola , capite annexa , quemadmodutn aves 
ventre. 

Ce que j'ai vu sur les œufs du calmar me permet d'affirmer 
que le développement du foetus de cet animal est le même pour 
l'essentiel que celui de la Seiche ; mais si l'on s'en rapportoit aux 
Mémoires de M. Sliebel et de M. Carus sur le limnée, ce seroit 
tout autre chose dans les gastéropodes. Il sembleroit, selon eux, 
que c'est le vitellus lui-même qui prend de la consistance et qui 
se transforme en mollusque; mais j'avoue que je desirerois que 
leurs observations fussent répétées sur des oeufs de plus grande 
dimension , sur ceux du bulimus hemastoma, par exemple, qui 
sont presque aussi grands que des œufs de pigeon, puisque leur 
grand diamètre va jusqu'à un pouce, et leur petit jusqu'à neuf 
lignes, et qui ont une coquille presque aussi dure. J'avois craint 
d'abord que ces habiles observateurs, trompés par la blancheur 
et la transparence de la matière qui remplit le reste de l'œuf, 
n'eussent pris le germe lui-même pour le vitellus, mais c'est une 
conjecture difficile à concilier avec les mouvements giratoires 
que ce germe leur a montrés. Quoi qu'il en soit, on ne peut trop 
désirer que cette question importante soit bientôt résolue. 



EXPLICATION DE LA PLANCHE 8. 

Fig. I . Grappe d'œufs de Seiche. 

Fig. 3. OEuf détaché de la grappe, pour montrer comment le pédicule em- 
brasse une tige de fucus. 

Fig. 3. Coupe transversale de la base du mamelon terminal a de l'œuf, vue 
à la loupe. On y remarque un grand nombre de lignes circulaires 
plus ou moins foncées qui forment probablement une spirale. En 
b un plus fort grossissement d'une portion de la surface de cette 
coupe fait voir que les couches claires et foncées alternent d'une 
manière régulière. 

Fig. 4- OEuf grossi, dont la coque est ouverte. On voit en a les quatre 
•feuillets ou tuniques dont elle se compose à cette époque; en b et 
c les chalazes de la membrane interne qui enveloppe le vitellus et 
le germe. On aperçoit en d le fœtus à travers cette membrane. 

Fig. 5. Dans cette figure la coque et la membrane interne, composée de deux 
feuillets e etf, sont ouvertes. On voit alors à découvert le vitellus 
g et II, sur lequel est couchée la petite Seiche. Un lambeau de la 
membrane propre de ce vitellus est détaché en i. 

Fig. 6. Un vitellus entouré de sa membrane à travers laquelle on voit le 
fœtus encore peu développé. 

Fig. 7. Fœtus plus avancé en âge; a lambeau de la membrane propre du 
vitellus. 

Fig. 8. Dans cette figure on voit comment le fœtus a grandi et le vitellus 
diminué. 

Fig. 9. Montre la coupe d'une jeune Seiche, peu de temps avant sa sortie 
de l'œuf; a , vitellus réduit à un tubercule, placé entre les tenta- 
cules; b, renflement rempli delà matière émulsive du vitellus, 
adossé à la cavité buccale c, qui grandit à mesure que celui-là 
diminue. Le renflement est terminé par un petit canal qui s'unit 
vers e, à rœsophage;y, estomac rempli de matière émulsive; ^, 
foie traversé par l'œsophage; A, glandes salivaires; i, cerveau; A-, 
oreille; /, bourse du noir; m, entonnoir;», coquille enfermée dans 
une cavité dumanteau; o, bourse antérieure. 

Fig. I o. Petite Seiche vue par son extrémité antérieure. Les tentacules sont 
écartés pour montrer la bouche d, et l'ouverture par laquelle s'in- 
troduit le jaune a. Cette ouverture est au sommet d'un mamelon 
produit par le renflement buccal b de la fig. 9. 

Fig. 1 1. Vitellus détaché de la fig. 10. 

Fig. 12. Mâchoires composées déjà de ses deux lames cornées et taillées en 
forme de bec. 

Fig. 1 3. Coquille formée déjà de plusieurs lames. 

Fig- 1 4- Petite Seiche , dont la bourse antérieure est ouverte pour montrer 
les principales parties de l'animal. On distingue, outre la bouche c? 
et l'ouverture du jaune a, les deux longs tentacules /, / reployés , 
et paroissant en l'I' à travers la peau. Les branchies n, la bourse 
du noir et la masse p, formée de l'estomac des organes de la 
circulation et de la génération. 



# 



DE L'ORGANISATION EXTÉRIEURE 

ET COMPARÉE 

DES INSECTES DE L'ORDRE DES THYSANOURES. 
PAR M. LATREILLE, 

Professeur-administrateur au Muséum d'Histoire naturelle, de l'Académie royale des sciences, Président 
honoraire de la Société Entomologique de France , etc. 



Il est heureux pour les progrès des sciences naturelles, ceilx 
sur-tout de l'entomologie et de la botanique, qu'une disette d'es- 
pèces saillantes ou recherchées, fixant le plus souvent de préfé- 
rence l'attention, nous force quelquefois de la porter sur celles 
que nous rencontrons à chaque pas, et qui sont pour la plupart 
négligées et peu connues. Telle a été ma position durant ma re^ 
traite à la campagne (i). Privé de collection, étant dans l'impuis- 
sance, à raison de mes infirmités, de faire des excursions loin- 
taines, je me suis vu réduit à ne pouvoir recueillir que les insectes 
des environs de ma demeure. Une espèce deMachile, genre de 
l'ordre des Thysanoures, et faisant anciennement partie du 
genre Lepisma de Linné, ou de celui de Forbicina de Geoffroy, 
que je n'avois trouvée ailleurs qu'en petit nombi'c, est très com- 
mune ici, sous les pierres d'un calcaire marin, recouvrant une 
grande partie du sol. Pouvant ainsi sacrifier, pour la dissection, 
autant d'individus que j'en aurois besoin, je me suis déterminé 

• (i) Annay-sur-Serein, près Tonnerre, département de l'Yonne. '"'' ^'"'^' 
Annales du Muséum, t. I", 3' série. 2 1 



i62 DE l'organisation des insectes 

à étudier cet insecte dans tous les détails de son organisation 
extérieure, dont on n'avoit jusqu'alors qu'une connoissance 
générale et très incomplète. Ces investigations m'ont naturelle- 
ment conduit à l'examen des autres insectes du même ordre et 
très communs par-tout, les Lépismes et les Podures. M'occupant 
d'ailleurs de la rédaction du second volume de mon cours d'en- 
tomologie, et devant, d'après ma classification, le commencer 
par l'ordre des Tliysanoures, cette circonstance accroissoit aussi 
l'intérêt que je prenois à ce genre d'observations. Quelques diffi- 
cultés pouvoient cependant m'arrêter; presque tous ces insectes 
étant de très petite taille et de molle consistance, il falloit 
me livrer à un examen fort minutieux et très délicat , que sem- 
bloit m'interdire l'affoiblissement de ma vue ; mais elle a encore 
secondé mes efforts, et je n'ai éprouvé qu'un seul regret, celui 
de n'avoir auprès de moi, ni de naturaliste exercé dans les 
observations anatomiques, et qui pût remplir la lacune que 
présentera à cet égard mon Mémoire, ni de peintre d'histoire 
naturelle, quant aux dessins des parties, dont je donne la des- 
cription. Mais j'espère que M. Guérin, auquel je communiquerai 
les matériaux de mes observations, y suppléera, dans son Icono- 
graphie du règne animal, où il a fait preuve d'un rare talent 
pour tout ce qui est relatif aux plus petits détails de l'organi- 
sation des insectes. 

L'ordre des insectes aptères de Linné, malgré quelques amé- 
liorations que De Géer y avoit faites, réclamoit encore de nou- 
veaux secours, et c'est ce qui me détermina, dans mon Précis 
des caractères génériques des insectes, publié en 1796, à former 
un ordre particulier, celui de Thysanoures {cfueue-frangéé)^ avec 
les genres Lepisma et Podura. L'espèce du premier nommée 



DE l'ordre des THYSANOURES. 1 63 

polypoda me parut aussi devoir constituer un genre propre que 
je nommai Macliile. Depuis j'en ai établi un autre, Smynthure, 
avec quelques espèces du second, s'éloignant des autres par la 
forme courte et presque globuleuse du corps, ainsi que par leurs 
antennes, dont le quatrième et dernier article est divisé en un 
grand nombre de petites articulations. Les mêmes genres de 
Lépisme et de Podure ont été rangés par Fabricius avec ses Sy- 
nistates, ordre composé, en majeure partie, des Névroptères de 
Linné. Dans la méthode de mon illustre ami , feu M. de Lamarck , 
ils font partie de ses Arachnides antennistes, et dans celle du 
docteur Léach , l'ordre des Thysanoures, qu'il appelle Th y sa- 
nures, est le premier de sa classe des insectes, partagée en deux 
sous-classes, les Ametabolia, ceux qui n'éprouvent aucune trans- 
formation ou métamorphose, et en Metabolia, ou ceux qui en 
subissent trois. Ayant adopté, avec lui, la classe des Myriapodes, 
cet ordre est aussi maintenant, dans ma distribution des insectes, 
le premier de cette classe. Je l'avois divisé en deux familles, 
celle des Lépismènes , comprenant les genres Machile et Lé- 
pisme, et celle des Podurelles, formée de ceux de Podure et de 
Smynthure, La première est pour lui celle des Lepismidea, et la 
seconde celle des Poduridea: même composition générique, 
d'ailleurs, à cette différence près, que les Machiles y sont par- 
tagées en deux genres , Petrobius et Forbicina. 

Par la masse de leurs caractères, les Thysanoures appartien- 
nent à la classe des insectes, La composition du thorax, des or- 
ganes de la locomotion et de la bouche, l'indiquent suffisam- 
ment. A l'égard même de ces dernières parties, et sur-tout de 
l'oviducte extérieur du plus grand nombre des femelles, les 
Thysanoures diit la plus grande affinité avec divers Orthap- 



i64 BE l'organisation dès insectes 

tères. Mais sous d'autres considérations, comme l'absence de 
métamorphoses, lés organes de la vision, les appendices abdo- 
minaux et les habitudes, ils se rapprochent aussi des Myria- 
podes et des Arachnides. D'après un tel mélanfje de rapports, il 
est naturel de conclure que ces animaux font la transition des 
Myriapodes avix Insectes, et que vu leur plus grande ressemr, 
blanceavec ceux-ci, ils doivent être placés à leur têle. Point de 
transformations, abdomen terminé par des soies, tel est, suivant 
le docteur Léach, le caractère essentiel de l'ordre des Thysa- 
nures; mais il nous semble, par son extrême concision, un peu 
trop vague, et afin d'écarter tout embarras, nous le signalerons 
ainsi : point de métamoi'phoses, ni de stjgmates apparents; corps 
généralement recouvert de petites écailles , avec l'abdomen 
terminé par trois filets ou par une queue fourchue, servant à 
sauter. 

Les Thysanoures sont les seuls insectes où je n'ai pu décou- 
vrir, à la surface extérieure de la peau , ces ouvertures destinées 
au passage de l'air, qu'on nomme stigmates. On pourroit croire 
qu'elles sont cachées par les petites écailles, dont leurs tégu- 
ments sont, le plus souvent, couverts; mais aloi'S on les distin- 
guéroit dans les espèces, telles que celles du genre Smynthure, et 
plusieurs de celui de Podure, où la peau est en tout ou en partie 
nue; et cependant, si elles y existent, elles sont si petites, que je 
n'ai pu les apercevoir. 11 n'en est pas ainsi des insectes de l'ordre 
suivant, pareillement aptères, et n'éprouvant aucune métamor- 
phose, celui des Parasites , les ^nop/ura du naturaliste anglais, 
précité. On découvre aisément ces stigmates dans les plus petites 
espèces: il étoit donc important de faire usage de ce caractère. Ce- 
lui tiré de la présence des écailles n'est point aussi absolu, puisqu'il 



DE l'ordre DES TUYSANOURES. l65 

souffre plusieurs exceptions; mais nous ne l'employons qu auxi- 
liairement. Ces écailles, ordinairement très brillantes, et ayant 
dans plusieurs un éclat métallique, sont très petites, presque 
ovales ou orbiculaires, planes, unies, ou offrant, au plus, deux 
courts sillons, et sans dentelures dans leur contour; elles diffè- 
rent ainsi de celles des Lépidoptèi^es , avec lesquels les Thysa- 
noures ont, à cet égard, quelque analogie ; mais leur destination 
n'est pas la même; ici elles contribuent à la conservation et à la 
facilité des mouvements du corps, et là, ou dans les Lépidop- 
tères, elles affectent plus particulièrement les ailes; et sans vou- 
loir prononcer sur toutes leurs propriétés, nous pouvons les en- 
visager comme des ornemen ts pittoresques, servant, par la variété 
des dessins qu'elles produisent, à la distinction des espèces. 

De tous les genres de l'ordre des Thysanoures, le plus com- 
pliqué sous le rapport de l'organisation, et dès-lors le plus inté- 
ressant à connoître, est celui de Macliile. La description que 
nous en avions donnée étoit incomplète, et le docteur Léach 
qui, dans le troisième volume de son Zoological Miscellany, en 
a figuré une espèce sous le nom de Petrobius niaritimus n'est 
entré, à cet égard, dans aucun détail. Les Lépismes, quoique 
mieux connus depuis la publication du grand ouvrage sur 
l'Egypte, pouvoient cependant encore prêter matière à de nou- 
velles observations ou à quelques éclaircissements, notre con- 
frère, M. Savigny, n'ayant pu donner l'explication des figures 
relatives à ces insectes, ni comparer leur organisation avec celle 
des Machiles, genre qu'il n'a point, à ce qu'il paroît, trouvé dans 
cette contrée. Quant au genre Podure, tout ce que les entomo- 
logistes ont dit, depuis un demi-siècle sur ces insectes, n'est 
qu'un extrait des recherches de De Géer, qui en avoit fait, à la 



i66 DE l'organisation des insectes 

vérité, une étude particulière ; désirant aussi connoître les 
rapports de ces animaux avec les précédents, et avec d'autant 
plus de motif, qu'il semble exister entre les deux familles un 
hiatus très sensible, je me suis livré à quelques recherches sur 
cet objet, et l'on verra qu'elles n'ont pas été infructueuses. 

Il est inutile de reproduire les caractères par lesquels j'ai dis- 
tingué, dans l'ouvrage sur le Règne animal de M. le baron Guvier, 
la famille des Lépis mènes. Mais, d'après mes observations ulté- 
rieures, et consignées dans ce Mémoire, nous fortifierons ce 
signalement par quelques autres traits diagnostiques. Les fe- 
melles sont pourvues d'une tarière saillante-, le nombre des yeux 
lisses, dans les espèces où ils forment deux groupes oculaires, est 
de douze pour chaque ; ceux des Podurelles, qui n'en ont que 
de cette sorte, n'en offrent que six; la tête est reçue postérieu- 
rement dans une échancrure du premier segment tlioracique, 
qui est tantôt grand, presque demi-circulaire, tantôt beaucoup 
plus étroit que le second, et qui est alors fort élevé et comme 
bossu ; enfin l'abdomen est composé de dix segments, et le tarse 
est terminé par deux crochets égaux. Les Machiles jouissant, 
comme les Podurelles , de la faculté de sauter , le docteur Léach 
a pensé que ce genre formoit le chaînon qui unissoit les deux 
familles ; et qu'il falloit dès-lors ouvrir la première par le genre 
des Lépismes; telle est, du moins, son ordonnance méthodique; 
mais les Machiles ont une organisation plus compliquée, et s'éloi- 
gnent beaucoup des autres Thysanoures, par celle de leurs yeux, 
la grandeur de leurs palpes maxillaires, rinsertion des antennes, 
la structure du thorax, et joignent à l'agilité dans la course, le 
moyen de transport énoncé plus haut : c'est donc par la descrip- 
tion de ce genre <jue nous commencerons. 



DE l'ordre des THYSAWOURES. 167 

La Forbicine cylindrique de l'historien des insectes des envi- 
rons de Paris eu est le type, et nous y avons rapporté, comme 
identique, \e Lepisma polypoda de Linné. Le docteur Léach, en 
adoptant cette synonymie, mais en appliquant au genre la déno- 
mination de Forbicine, employée par le premier, a eu en vue , 
d'après la manière dont il le caractérise, antennes plus courtes que 
le corps, second article des deux appendices biarticulés du pénul- 
tième anneau. du corps, comprimé, très aigu, une espèce différente 
de la nôtre j et c'est, au contraire, sur une espèce très voisine de 
celle-ci qxi'il a établi son genre Petrobius , puisqu'elle nous 
offre le même signalement essentiel, antennes plus longues que 
le corps, second article des deux appendices biarticulés du pénultième 
anneau du corps, sétacé. Nous ne voyons pas la nécessité de sé- 
parer, sur des différences si légères, cette coupe générique de la 
précédente, d'autant plus que le nombre des espèces connues 
est très petit. Quanta l'espèce nommée par Linné polypoda, la 
description qu'il en donne est trop insuffisante, pour ne laisser 
aucun doute sur son identité avec la Forbicine cylindrique. Nous 
remarquerons cependant qu'il ne dit pas que les antennes soient 
plus courtes que le corps, mais de sa longueur. S'il est des cir- 
constances où l'on puisse employer les différences de propor- 
tions de ces organes, comme caractères génériques, il en est un 
grand nombre où l'usage de tels moyens seroit abusif, et où l'on 
pourroit faire presque autant de genres qu'il y a d'espèces. Nous 
citerons, par exemple, la famille des Coléoptères Longicornes. 

Le corps des Machiles composé, outre la tête, de treize seg- 
ments, dont trois tlioraciques et dix abdominaux, est oblong, 
plus^ étroit et presque cylindrique en devant, puis subitement 
élargi et élevé en bosse, abaissé après, et finissant en manière 



l68 DE l'organisation DES INSECTES 

de cône alongé, avec le bout tronqué, et portant trois filets sé- 
tacés , pluriarticulés, dont l'intermédiaire est supérieur aux 
autres, plus long et plus épais. Ces insectes sautent avec une 
telle promptitude, qu'il n'est pas facile d'observer la manière 
dont ils s'y prennent pour exécuter ces mouvements; mais il 
est probable que l'abdomen y joue, avec ses appendices , le rôle 
principal. Sautant itérativement à d'assez grandes distances et 
avec beaucoup de vivacité, lorsqu'on les met à découvert, il est 
nécessaire, si on veut s'en emparer sans altérer leurs couleurs 
formées par les écailles qui les recouvrent entièrement, d'em- 
ployer une pince garnie de réseau, de la tenir ouverte, lorsqu'on 
lève les pierres sous lesquelles ces animaux se tiennent cachés, 
et de la placer de manière qu'on puisse les saisir dans l'instant 
du saut; autrement on les perdroit aussitôt de vue. 

La portion antérieure et rétrécie du corps se compose de la 
tête et du premier segment thoracique. Au-devant et immédia- 
tement au-dessous des yeux s'avancent les antennes, et dans 
leur entre-deux les palpes maxillaires, qui, par leur grandeur 
et leur saillie, ont de la ressemblance avec elles, ou avec des 
pieds se portant aussi d'abord en avant, et courbés ensuite. Le 
second segment thoracique et le plus volumineux de tous est 
très voûté, et forme, avec le suivant, la portion élargie et bossue 
du corps. 

L'abdomen compose ensuite celle de figure conique qui le 
termine, et dont la longueur égale environ celle de la tête et du 
thorax. On peut se faire une idée de la forme générale du corps , 
d'après celle d'une espèce de Sauterelle, très commune, en aii-r 
tomne , aux environs de Paris et dans les départements mériT 
dionaux , celle que Fabricius nomme ephippiger, ou Porte-selle, 



DE l'ordre des thysanoures. 169 

Cette similitude sera encore plus frappante , si la comparaison 
s'applique à des individus femelles, puisqu'ils sont pourvus d'une 
tarière saillante, conformée presque de même. 

La tête est triangulaire, grande et enfoncée verticalement 
jusqu'aux yeux, dans une large et profonde échancrure du pre- 
mier segment du thorax ; elle s'alonge et se rétrécit inférieure- 
ment en manière de museau, et le chaperon, avec le labre, forme 
une voûte sous laquelle se logent les mandibules, dont la lon- 
gueur nécessitoit une telle disposition. Les yeux élevés et occu- 
pant presque tout le front sont orbiculaires, contigus au bord 
interne, et offrent une cornée qui, examinée avec une loupe, 
composée de la réunion de deux fortes lentilles, m'a paru très 
finement et très régulièrement chagrinée, ou composée d'une 
multitude prodigieuse de petits grains arrondis, égaux, luisants, 
très rapprochés, et disposés, en quinconce, par séries ou allées 
très nombreuses. Etant dépourvu de bon microscope, je n'ai pu 
comparer cette cornée avec celle des yeux à facettes des autres 
insectes. Au-dessous de ces organes, sont insérées, sur une ligne 
transverse, les deux antennes; elles sont sétacées, presque aussi 
longues au moins que le corps, avancées, garnies de. petites 
écailles et de petits poils, et composées d'une infinité de petits 
articles, à l'exception du radical, ou le pédonculaire , qui est 
assez grand et presque cylindrique. Le chaperon ou épistome est 
triangulaire, plus élevé, et caréné longitlidinalement dans son 
milieu, avec une échancrure à son extrémité, recevant la portion 
bhsilaire du labre. Cette pièce, taillée en carré long et plus 
étroiten devant, est brusquement et triangulairement déprimée 
dans son milieu , et paroît ainsi comme encadrée ou rebordée 
latéralement; le bout est échancré. Les mandibules, par leur 

Annales du Muséum , t. 1", 3' série. 22 



170 DE L ORGANISATION DES INSECTES 

couleur généralement blanchâtre, semblent, à l'égard de la 
nature de leur substance, avoir plus de rapports avec celles des 
Crustacés qu'avec celles des Insectes; les dents ou les portions 
dures de leur extrémité, qui en font l'office, sont seules de cou- 
leur brune et cornées. Leur forme est très différente de celle 
des mandibules des Lépismes. Elles sont, en majeure partie, 
presque cylindriques, longues, étroites, un peu courbes, offrent 
près de leur extrémité l'apparence d'une suture transverse et se 
bifurquent immédiatement après. Le côté interne se dilate ou se 
prolonge presque perpendiculairement à l'axe, en une sorte de 
dent cylindrique, tubulaire, épaisse, courte, et tronquée obli- 
quement à son extrémité. L'autre branche, formée par le pro- 
longement terminal et direct du corps de la mandibule, est 
presque conique, ou lancéolée, avec l'extrémité obtuse , divisée 
longitudinalementpar quelques stries fines et très courtes, qui 
la font paroître quadridentée. Les palpes maxillaires, propor- 
tionnellement plus gros que les antennes et insérés sur le dos 
des mâchoires , sont environ de la longueur de la moitié du 
corps, hérissés de petits poils et de petites épines, très rappro- 
chés, d'abord avancés et filiformes^ puis courbés, en formant 
deux coudes, et amincis insensiblement et finissant en pointe; 
ils sont composés de sept articles, tous cylindriques, à l'exception 
du dernier, dont la forme est celle d'un cône alongé; le radical 
est le plus court , et^ remarquable par un petit appendice cylin- 
drico-conique et inarticulé, inséré sur son dos ; le second est un 
peu courbe, et le cinquième le plus long de tous; le sixième et le 
septième semblent, au premier coup d'œil, n'en former qu'un ; 
celui-ci est plus court, et diffère un peu, selon 1^ sexes. Il est 
plus pointu dans les femelles ; les petites épines , au nombre 



DE l'ordre des THYSANOURES. 1 7 I 

de trois, dont son extrémité est armée, sont plus saillantes que 
dans les mâles, et paroissent composer une espèce d'onglet. Les 
mâchoires, très courtes, comparativement à la longueur de leurs . 
palpes, se terminent par deux pièces, l'une extérieure ou dor- 
sale, membraneuse, représentant la galette des Orthoptères, 
des Termes; et l'autre interne , et analogue encore à la division 
interne et mandibuliforme, qui, dans les mêmes insectes, est 
recouverte par la précédente. La pièce extérieure, plus large 
et tubulaire à sa base, largement échancrée ou évasée vers le 
haut, rétrécie ensuite, se termine en une sorte de languette, 
dont l'extrémité semble former un petit article, dentelé au bout; 
on peut comparer cette pièce au spathe de certaines fleurs, telles 
que celle des arums. L'interne, et celle qui sertie plus à la man- 
ducation, se compose d'une tige membraneuse, en carré long, 
ou cylindracée, s'articulant, à son extrémité, avec une petite 
pièce transverse, et qui nous a paru formée de deux dents 
réunies, l'une terminale, bien distincte, recourbée à sa pointe, 
et l'autre antérieure et supérieure, et presque carrée. Souvent, 
lorsqu'on dissèque la bouche, cette division interne ne s'isole 
point, et demeure appliquée à la face interne de la galette, où 
elle se présente sous l'aspect d'une petite pièce carrée et brune. 
La lèvre est membraneuse et partagée à son extrémité en quatre 
lobes arrondis, susceptibles de se gonfler et de se plier longitu- 
dinalement en deux, dans la contraction ou après la dessiccation; 
les dents intermédiaires sont plus petites. Ses palpes, insérés su- 
périeurement sur ses côtés, se divisent en quatre articles, dont 
le premier ou basilaire plus court, et les deux derniers plus 
longs; le terminal, ou le quatrième, est en forme de hache ou 
de cône renversé, tronqué obliquement, plus membraneux et 



172 DE l'organisation DES INSECTES 

dilatable au côté interne ; le précédent est cylindrique. L'inté- 
rieur de la bouche offre, comme dans les Orthoptères, les Ter- 
mes , etc. , une sorte de langue vésiculeuse et échancrée. 

Le thorax est, comme dans tous les insectes, formé de trois 
sefjments, mais dont nous ne décrirons", suivant l'usafije ordi- 
naire, que la rég^ion dorsale, ou les demi-anneaux supérieurs. 
L'antérieur est presque tubulaire, court, comprimé latéra- 
lement, élevé brusquement le long du milieu du dos en une 
carène écrasée ou aplatie, fortement échancré au bord anté- 
rieur, et même aussi, mais moins et en sens contraire, à l'op- 
posé; les angles latéraux sont arrondis, et les deux antérieurs 
se prolongent en manière' de lobe; le milieu du bord antérieur 
s'avance un peu en pointe. Le segment suivant, le plus grand 
de tous et s'élargissant de devant en arrière, est très élevé 
ou bossu, voûté au milieu, échancré aux deux bouts, avec 
les angles des côtés arrondis ou obtus. Le troisième et dernier 
segment, pareillement arrondi à chaque extrémité latérale, 
est transversal, semi-annulaire, le plus court de tous, mais un 
peu plus étendu en largeur que le précédent, le débordant de 
chaque côté. 

Les pattes sont de longueur moyenne, mais assez épaisses et 
robustes, comprimées, et recouvertes, ainsi que les autres par- 
ties du corps , de petites écailles et de petits poils ; les deux der- 
nières, ainsi que d'ordinaire, sont plus longues. La hanche est 
étroite, alongée et d'un seul article. La cuisse est divisée en 
deux , à peu de distance de sa naissance , par une suture trans- 
verse et oblique. Le tarse présente aussi à sa base une division 
analogue, de sorte qu'on pourroit le considérer comme biarti- 
culé; il est armé, au côté interne, de petites épines, et se ter- 



DE l'ordre des thysanoures. 173 

mine, de même que clans les Lépismes, par deux crochets très 
foibles, en forme de triangle alongé, pointus au bout, et sans 
pelote intermédiaire. Les cuisses exceptées, et dont la forme 
estovalaire, les [)ièces composant ces organes, sont linéaires, 
mais elles offrent un caractère que je n ai observé dans aucun 
autre insecte, pas même dans les Lépismes. Ainsi que le premier 
article des palpes maxillaires, les quatre hanches postérieures, 
et qui correspondent, ainsi que les deux autres, à cet article, 
portent sur leur face dorsale un petit appendice cylindrico- 
conique, velu, mais articulé, et semblable à ceux que nous of- 
frira le ventre (i). J'ai aperçu une ou deux fois au-dessous de la 
dernière paire de pattes, et de chaque côté, une fente trans- 
verse, avec deux valvules. N'ayant point réitéré cette observa- 
tion, il me reste des doutes sur sa réalité. S'il n'y a pas eu 
d'illusion , il seroit naturel de présumer que ces ouvertures sont 
des oscules aériens ou des stigmates. 

L'abdomen , en forme de cône alongé, comprimé sur les côtés, 
un peu arqué et relevé postérieurement, est concave ou creusé 
en gouttière en dessous ; il se compose de dix anneaux, formés cha- 
cun de deux demi-segments, dont les supérieurs transversaux, 
repliés inférieurement sur les côtés, et recouvrant ainsi les extré- 
nxités des inférieurs ou de ceux du ventre. Le dernier, ou l'anal, 
est échancré postérieurement, et donne naissance à trois longs 
filets sétacés, tubulaires, droits, dirigés en arrière, peu diver- 
gents, composés d'une infinité de petits articles, et garnis 
d'écaillés et de petits poils; l'intermédiaire, plus gros et plus 



{i) 3' ai nommé stylets des pièces analogues, situées à l'extrémité de l'ab- 
domen de divers Crustacés. 



174 DE l'organisation DES INSECTES 

long, part du milieu de 1 echancrui^e , et les deux autres sont 
insérés plus bas, sur ses côtés. Le ventre offre deux rangées lon- 
gitudinales de neuf paires (une par chaque demi-segment) de 
lames ou de feuillets membraneux, appliquées sur sa surface, 
la recouvrant entièrement, et revêtues extérieurement, ainsi 
que les autres parties, de petites écailles presque carrées, angu- 
leuses et sinuées au bord postérieur, moins cependant aux lames 
antérieures, plus avancées, et en manière de dent, à son angle 
interne, conniventes et contiguës au bord interne. Dans un€ 
échancrure latérale du bord postérieur de chaque lame, les deux 
premières exceptées, est inséré un appendice mobile, articulé, 
cylindrico-conique, velu, terminé en une pointe formée de 
petites soies et de petites épines, et parfaitement analogue à celui 
des quatre hanches postérieures. Ceux des sept premières paires 
sont plus petits, presque membraneux en apparence, dirigés 
transversalement ou obliquement, et se courbent en dessous. 
Les deux postérieurs semblent généralement se rapprocher 
davantage, par leur grandeur, leur forme plus conique ou plus 
sétacée, leur direction, leurs écailles et leurs couleurs, des filets 
de la queue. Les deux lames de l'échancrure postérieure des- 
quelles ils sortent sont pareillement plus alongées, presque en 
forme de parallélogramme, avec les deux angles de leur extré- 
mité, et séparés par cette échancrure, prolongés chacun en 
manière de dent, dont l'interne plus forte. Elles servent dans 
les femelles de gaîne à l'oviducte extérieur ou la tarière. J'ai 
observé, dans l'entre-deux de celles des six premiers demi-seg- 
ments, une petite pièce triangulaire, en forme d'écaillé, dont la 
grandeur diminue graduellement, de manière que cette pièce 
finit par disparaître. Le premier article des palpes maxillaires et 



DE l'ordre des thysanoures. 175 

les quatre hanches postérieures étant pourvus d'un semblable 
appendice, celles des Lépismes ayant des rapports, par leur forme 
foliacée, avec ces lames ventrales des Machiles, nous sommes 
tentés d'assimiler ces dernières pièces, dont le nombre est de 
dix-huit, et portant toutes, à l'exception des deux antérieures, un 
tel appendice, à des hanches, et ne différant des pattes membra- 
neuses de certains en tomos tracés, que parcequ'elles ne sont point 
suivies des autres articles qui les composent (i). Ainsi les Ma- 
chiles seroient des Thysanoures, munies de douze paires de 
pattes, dont trois thoraciques et complètes, et neuf ventrales, 
mais rudim entai res. Ces insectes doivent donc, dans une série 
naturelle, venir immédiatement après les Myriapodes. 

La tarière logée dans la commissure des deux lames ou valvules 

(i) La tarière part du dessous du onzième segment du corps, les trois du 
thorax compris , et portant aussi la onzième paire de pattes, si l'on regarde 
comme telles , malgré leur imperfection, les lames ventrales; or c'est aussi 
à la onzième paire de pattes , annexée à un segment du corps identique nu- 
mériquement, qiie dans les J^pus, genre de Crustacés, sont situées les cap- 
sules ovigères. J'ajouterai que, d'après la correspondance des appendices 
de la bouche et du thorax des Crustacés avec ces mêmes appendices consi- 
dérés dans les insectes hexapodes, les six pattes de ceux-ci représentent les 
pieds -mâchoires des précédents. M. Savigny avoit déjà dit que les deux 
pieds antérieurs et antenniformesdes^^wsétoient les analogues des deux pre- 
iuiers pieds-mâchoires, ce qui confirme ces rapprochements. Les Pollyxènes, 
genre de la classe des Myriapodes, pourroient encore nous en fournir de sem- 
blables. Elles ont douze paires de pattes, dont les deux antérieures, d'après 
nos principes, i-épondent aux deux paires d'organes maxillaires des Crustacés, 
ou aux mâchoires et à la lèvre inférieure des Insectes. Les dix autres paires 
de pattes représenteront les trois du thorax, et celles du ventre, au nombre 
de sept; le segment anal et appendicifère sera l'analogue du onzième seg- 
ment des Apus et des Machiles. 



■76 DE l'organisation DES INSECTES 



postérieures du ventre est formée , comme dans les Tenthrédines, 
les Sauterelles, etc., de deux pièces étroites, alongées, très com- 
primées, pointues au bout, appliquées l'une contre l'autre par 
leur face interne, demi-transparentes et garnies de petits poils, 
particulièrement sur le rebord de leur contour. Leur côté exté- 
rieur présente deux arêtes longitudinales, avec les intervalles 
coupés , vers le bout au moins , par des stries ou petits traits trans- 
versaux, plus transparents; l'extrémité est armée sur ses bords 
de petites épines ou de dentelures courbées. Dans l'espèce, l\^n- 
nulicorne, qui a été plus spécialement le sujet de mes recherches, 
cette tarière, d'environ un tiers plus courte que les deux der- 
niers appendices, et proportionnellement plus large que celle 
des autres espèces, est retrécie vers son origine, et se termine en 
forme de spatule étroite et alongée. L'intervalle compris entre 
les deux arêtes est plus grand que ceux qui s'étendent entre elles 
et le rebord latéral, qui est noirâtre. Dans les autres espèces, de 
même que dans les Lépismes, elle est presque linéaire ou d'égale 
largeur par-tout. Celle des Lépismes est moins à découvert, ses 
valvules la renfermant en grande partie. Dans la figure du Petro- 
bius maritimus donnée par M. Léach [Zool. MiscelL, t. Ill, pi. 1 45), 
elle est très bien exprimée , et l'on voit qu'elle se prolonge beau- 
coup au-delà des deux derniers appendices; mais il n'en parle 
pas dans le texte. L'absence de cet oviducte caractérise extérieu- 
rement les individus de l'autre sexe. Je n'ai pu découvrir, au 
moyen de la dissection, quelques uns de ces organes copulateurs 
que l'on observe dans les mâles de la plupart des autres animaux 
de cette classe. 

C'est à la fin de l'été et en automne que les Machiles ont acquis 
toute leur grandeur et sont propres à la génération. On en trouve 



DE L ORDRE DES THYSANOURES. l'yy 

bien quelques individus du même âge au printemps , mais en 
très petit nombre. Les jeunes sont à cette époque très abon- 
dants. Non seulement ils se distinguent des précédents par leur 
taille, leur couleur d'un gris cendré plus clair et bien nette- 
ment coupé par deux rangées longitudinales de taches noires , 
mais encore par les filets latéraux de leur extrémité postérieure, 
qui sont très courts, et seulenient un peu plus gros que les deux 
derniers appendices du ventre, de sorte qu'on pourroit les con- 
sidérer e»x-inêmes comme des parties analogues; ces appendices 
sont, ainsi que les précédents, pâles et membraneux. Je n'ai 
point été témoin de l'accouplement de ces Tbysanoures. Les oeufs 
que j'ai retirés du ventre des femelles m'ont paru assez gros et 
d'un jaune roussâtre. 

L'étude de ces insectes n'a été que trop négligée, car nous 
n'en connoissons aucune espèce exotique, et le nombi'edes indi- 
gènes, en réunissant même avec les Machiles ou les Petrobius du 
docteur Léach, le genre qu'il nomme Forbicine, n'est que de trois 
à quatre au plus, et que nous disposerons dans l'ordre suivant: 

Une première division comprendra les espèces dont les an- 
tennes sont plus longues que le corps, et dont les deux derniers 
appendices du ventre sont longs et sétacés, ou d'une forme 
presque analogue à celle des filets de la queue. 

Ici viendra la plus commune de notre pays, celle que j'avois 
désignée sous le nom de polypode, y rapportant, mais à tort, le 
Lepisma polypoda de Linné, et que j'appellerai dorénavant AN- 
NULICORNE, annulicornis. C'est la Forbicine cylindrique tle 
Geoffroy, et le Lepisma saccharina de Villers ÇEntom. Linn. , 
tom. IV, tab. XI, fig. i ). J'ai cité encore comme synonyme la 

Jnnales du Muséum, t. V',3' série, 23 



178 DE l'organisation DES INSECTES 

fig. I de la pi. aS du Gênera insect. de Rœmer. Peut-être aussi 
n'en diffère point ou peu , le Lepisma thezeana de Fabricius. 
Quoi qu'il en soit, cette espèce est bien distincte de toutes les 
autres par sa tarière, beaucoup plus courte et s'élargissant, ainsi 
que nous l'avons dit , vers le bout, en manière de spatule étroite 
et alongée. Son corps est long de quatre à cinq lignes , de covi- 
leur cendrée , plus ou moins mêlée de brun luisant, avec deux 
rangs de taches noirâtres , triangulaires , et plus ou moins pro- 
noncées sur le dos; les antennes et les filets caudaux sont 
annelés de blanc. J'ai rencontré avec elle, mais rarement, des 
individus ayant tovit le long du dos une bande blanche ou gri- 
sâtre , bordée de noir ; mais ce n'est probablement qu'une va- 
riété , puisque ces individus étoient d'ailleurs, pour tout le.reste, 
semblables aux autres. 

La Machile MARITIME, maritima , ou le Petrobiiis maritimus 
du docteur Léach, formera une seconde espèce. Sa tarière est 
très saillante, grêle et linéaire; le corps est noirâtre, avec des 
écailles dorées ; les pieds sont jaunâti-es, et les filets de la queue, 
et non les antennes, sont entrecoupés d'anneaux blancs. Mon 
jeune ami, M. Victor Audouin, qui me supplée avec succès, 
pour les leçons publiques au Muséum d'Histoire naturelle, m'a 
donné une Machile présentant ces caractères, et qu'il a voit re- 
cueillie en septembre sur les rochers schisteux de Saint-Gilles. 
La seconde division comprendra le genre Forbicine de 
M. Léach, ou les espèces à antennes dont la longueur ne surpasse 
pas celle du corps, ou leur est même inférieure ; dont les deux der- 
niers appendices sont comprimés et lancéolés, et dontla forme se 
rapproche davantage de celle des appendices précédents. La ta- 
rière est longue et linéaire, ainsi que dans la Machile maritime. 



DE l'ordre des thysanoures. . 179 

< 

Cette espèce pourroit être le Lepisma polypoda de Linné; mais, 
pour éviter toute confusion, je l'appellerai BREVICORNE, bre- 
vicornis. 

Le seul individu de ma collection que je possède, et qui m'a 
été envoyé, autant que je m'en rappelle, par le docteur Léach, 
est d'un cendré noirâtre-, avec une partie du dos d'un brun cui- 
vreux luisant. Les antennes et les filets de la queue sont un peu 
tachetés de gris ; la tarière est jaunâtre : cette espèce est un peu 
plus petite que les deux précédentes , ou du moins que la pre- 
mière. SuivantLinné, le corps du Lepisma polypoda est noirâtre, 
et les antennes sont de la longueur du corps. Ce qu'il ajoute à 
cette notice n'a pour objet que les caractères propres à distinguer 
génériquement cette espèce des autres Lépismes. Il est dès-lors 
impossible, sans avoir vu l'insecte original de ce naturaliste, de 
prononcer affirmativement sur son identité avec respéce décrite 
ci-dessus. 

Nous avons exposé plus havit quelques uns des caractères gé- 
néraux propres aux Lépismes ; tâchons de les développer et de les 
compléter , ainsi que nous l'avons fait relativement au genre 
précédent, par d'autres détails particuliers d'organisation. 

Les Lépismes ont le corps ovalaire, rétréci postérieurement, 
déprimé, mais un peu et insensiblement élevé vers le milieu du 
dos, avec la tête horizontale, soit en forme de carré transversal 
et arrondi aux angles postérieurs, soit presque demi-circulaire. 
Le premier segment du thorax est grand, presque semi-circulaire, 
embrassant dans une échancrure antérieure la base de la tête, 
échancré aussi , mais en sens opposé , au bord postérieur ; les 
deux autres segments sont transversaux , presque égaux et échan- 
crés postérieurement. L'abdomen est en forme de triangle fort 



1 8o DE l'organisation des insectes 

alongé, avec les neuf premiers denii-segments supérieurs trans- 
versaux j le dernier, ou la plaque anale , est un peu plus long que 
large , et de son dessous partent, au même niveau , trois filets séta- 
cés, pluriarticulés, égaux et divergents. Les antennes insérées 
entre les yeux, mais un peu en avant de l'espace qui les sépare, 
sont sétacées , pluriarticulées et généralement longues. Les yeux 
sont latéraux, très écartés, souvent cachés par les extrémités 
antérieures des côtés du premier segment thoracique , et formés 
chacun de douze ocelles ou petits yeux lisses , sous la forme de 
petits grains jaunâtres, disposés, du moins dans Tespèce com- 
mune (sacc/iarma), sur quatre rangées transverses, 2, 3, 4, 3. 
J'ai vu un individu n'ayant distinctement sur un côté que cinq 
yeux lisses. La tête, immédiatement après le bord antérieur de sa 
plaqvie supérieure, tombe brusquement, et présente un chape- 
ron en carré transversal, terminé par un labre pareillement trans- 
versal, mais plus court et presque linéaire, membraneux et 
entier. Les mandibules sont presque en forme de triangle alongé, 
dont la base formant l'extrémité, un peu courbes et épaissies 
vers le milieu de leur longueur, et comprimées ensuite. Le bord 
interne et dentelé de l'extrémité est comme divisé en deux, au 
moyen d'un vide ou d'une incision; la portion supérieure offre 
trois dentelures toutes, ou dont deux au moins, aiguës ; la portion 
inférieure est moins avancée et n'a qu'une seule dent bien per- 
ceptible, celle de l'angle supérieur; l'on découvre au côté infé- 
rieur, et près de ce bout, un petit appendice composé, à ce qu'il 
m'a paru , d'un petit faisceau de soies. La division supérieure du 
bord apical pourroit correspondre à la portion conique, dente- 
lée et terminale des mandibules des Machiles , et la division infé- 
rieure à l'avancement ou rameau interne de celles-QJ. Les palpes 



DE l'ordre des thysanoures. i8i 

maxillaires des Lépismes sont conformés de même que ceux du 
genre précédent, ou d'abord filiformes et amincis après gra- 
duellement pour se terminer en pointe; mais ils sont beaucoup 
plus petits et composés seulement de cinq articles, dont le pre- 
mier beaucoup plus court, sans appendice, les trois suivants 
presque égaux et cylindracés, et le dernier plus long, cylindrico- 
conique; il m'a cependant paru divisé en deux dans quelques 
individus, ce qui porteroit le nombre de ces articles à six au lieu 
de cinq. Les labiaux, plus courts que les maxillaires, ainsi 
que ceux des Machiles , en offrent quatre , dont le radical fort 
court, et les deux derniers appliqués l'un sur l'autre, et compo- 
sant une massue très grande, comprimée ettriangulaire. La lèvre 
est pareillement quadrilobé^son sommet. La galette est aplatie 
en forme de feuillet, tronquée obliquement et légèrement ciliée 
au bout. La divisipn interne de la mâchoire est petite, compri- 
mée, triangulaire, terminée par deux dents aiguës, de couleur 
brune ou noirâtre , de même que celles des mandibules , et ciliée 
au bord interne. Les pattes sont très comprimées et remar- 
quables sur-tout par leurs hanches et leurs cuisses qui sont fort 
grandes et en forme de lames ou de feuillets ovalaires ; les 
hanches sont plus grandes et plus rondes ; les cuisses sont divi- 
sées en deux , ainsi que celles des Machiles ; les jambes et les 
tarses sont étroits , alongés et presque linéaires ; ceux-ci sont 
plus grêles et se divisent en trois articles, dont le premier beau- 
coup plus long, et dont le dernier, un peu moins court que l'in- 
termédiaire, se termine par deux petits crochets aigus. Quelques 
épines d'inégale grandeur conronçent l'extrémité des jambes. 
Le ventre, non canaliculé et plus convexe dans son m'ilieu, 
n a que deux paires d'appendices, et qui sont insérées, l'anté- 



i82 DE l'organisation des insectes 

rieure ou supérieure sur le huitième demi-segment, et l'infé- 
rieure sur le suivant. Ces appendices , dont les deux postérieurs 
un peu plus grands, sontlancéolés ou cylindrico-coniques etcom- 
primés, articulés, velus, et un peu diaphanes, ou presque mem- 
braneux en apparence. Le bord postérieur des six premiers demi- 
segments est droit; mais celui des deux suivants est échancré 
dans son milieu, et même quadrilobé au huitième, à raison des 
échancrures où prennent naissance les deux appendices supé- 
rieurs. Le neuvième segment, et qui semble être le dernier du 
ventre, est beaucoup plus alongé que les précédents, et composé 
de deux lames triangulaires, se joignant au bord interne, par 
une lip^ne droite, profondément échancrées sur les côtés aux 
points d'insertion des deux appendices postérieurs, avec deux 
dents à chaque, l'une terminale, et l'autre formée par le prolon- 
gement de l'angle inférieur et marginal de l'échancrure. Ces 
lames valvulaires servent aussi d'étui à la tarière. Les côtés du 
ventre offrent chacun au-dessus des appendices et dans la même 
ligne, cinq petites aigrettes de soie. Quelques espèces en ont 
aussi d'autres, plus rapprochées des boi'ds du ventre. 

On sait que les Lépismes sont des insectes domestiques, se lo- 
geant dans les armoires, les cloisons, les fentes des châssis, etc.; 
mais j'en ai découvert une espèce sous des pierres, au bois de Bou- 
logne, et qui paroît former avec une autre, décrite par "M. Léon 
Dufour, dans les Annales des sciences naturelles, figurée aussi par 
M. Savigny, sur des individus recueillis en Egypte, une division 
particulière, distinguée par la forme plus raccourcie et plus large 
du corps, ainsi que par les antennes proportionnellement plus 
épaisses et plus courtes. M. Alexandre Lefebvre a rapporté de 
Sicile la même espèce, et je crois que M. Rafinesque l'avoit anté- 



DE l'ordre des THYSANOURES. i83 

rieurement mentionnée dans son Prodrome de l'histoire naturelle 
de cette île, ouvrage que je n'ai point en ce moment. L'espèce 
Ae notre pays, la plus commune, le Lepisma saccharina de Linné , 
et celle que Fabricius nomme V^ittata m'ont fourni cea obser- 
vations. Puissent-elles réveiller l'attention des entomologistes, 
de ceux sur-tout qui peuvent étudier les espèces exotiques ! Je 
n'en connois qu'une seule, et qui a été recueillie à la Nouvelle- 
Hollande par feu Péron et M. Lesueur. 

Absence de la tarière, propre aux femelles des Machiles 
et des Lépismes-, une t^te entièrement dégagée et sans palpes 
saillants; des antennes de quatre articles alongés, insérées 
sur une ligne transverse entre les yeux; des yevix composés, ainsi 
que ceux des Lépismes, d'un groupe latéral d'yeux lisses, mais 
seulement au nombre de six par chaque; un abdomen n'offrant 
en dessus que cinq segments au plus, et logeant dans un canal 
inférieur, un appendice mou, flexible, susceptible d'être rejeté 
brusquement en arrière, ou de se débander et de servir au saut, 
prenant naissance sous le pénultième demi-segment ventral, 
composé d'une tige ou support pi^esque linéaire, mais formé de 
trois plans, l'un supérieur et canaliculé, et les deux autres infé- 
rieurs, produisant à leur point de réunion une carène, et 
terminé par deux branches, en forme de lanières linéaires, 
allant en pointe et velues, pouvant s'écarter, se rapprocher et 
se croiser; des pattes cylindracées, à tarses d'vin seul article, pa- 
roissantmêmese confondre avec la jambe, et terminé par un cro- 
chet unique, et quelques dentelures en dessous, sur une série lon- 
gitudinale, dont la plus inférieure semble représenter l'auti-e 
crochet ordinaire du bout; enfin, des organes sexuels, placés 
loin de l'anvis, entre les deux dernières pattes : tels sont les carac- 



i84 DE l'organisation des insectes 

tères qui signalent, parleur ensemble, la dernière famille des 
Tliysanovires, celle que j'ai désignée par la dénomination de 
PODURELLES (^Podurellœ) , et la rnême que celle des Poduridem. 
du docteur Léach. Ces insectes sont tous très petits, fort mous, 
d'une conservation difficile, se desséchant presque aussitôt qu'ils 
sont morts, et se tiennent dans les lieux humides, sous les 
pierres, les poutres, les écorces des arbres, ou bien tels que 
ceux du genre Smynthure, sur les feuilles de divers végétaux; 
plusieurs sont couverts de petites écailles; mais il en est d'autres 
dont le corps est presque entièrement nu , et simplement hérissé 
de petits poils , dont quelques uns au moins, observés au micros- 
cope, sont obtus à leur extrémité. 

L'instrument avec lequel ils sautent semble d'abord consti- 
tuer un organe anomal ; mais, d'après l'exposition qvie nous avons 
faite des deux dernières lames ventrales des Lépisménes, on 
peut aisément découvrir l'origine et l'analogie de cet appendice 
fourchu. On voit, en effet, qu'il est formé sur le même type; car 
les deux branches de la fourche peuvent être considérées comme 
les analogues d'autant d'appendices styliformes de ces lames 
ventrales, et la tige ou le support de la fourche repi^ésentera 
dès-lors l'une d'elles. La gouttière ventrale, où se loge cet organe 
du saut, gouttière luisante et comme vernissée, m'a offert, vers 
sa partie supérieure, une petite pièce saillante, se dirigeant en 
arrière, en forme de carré long et bidentée à son extrémité, que 
l'on pourroit encore assimiler à une autre lame ventrale des 
Machiles. 

Par des examens réitérés et la vue même de la sortie des dé- 
jections excrémentielles, je me suis assuré que l'anus étoit situé 
à l'extrémité postérieure de l'abdomen, au bout 'du cinquième 



DE l'ordre des THYSaNOURES. i85 

anneau, autant que j'ai pu compter, et dont les bords sont dé- 
coupés ou lobés. Cette portion du ventre relevée et divisée par 
une fente, que De Géer a observée dans les Podures, étant éloi- 
gnée de l'ouverture anale, devra, par analogie avec les Arach- 
nides, faire partie des organes sexuels ou de l'un d'eux. J'ai 
aperçu aussi, dans l'en tre-deux des deux pattes postérieures ou 
à la base du ventre , une protubéi'ance cylindrique , courte , 
épaisse, rebordée ou relevée tout autour de son sommet, avec 
deux ou trois mamelons au milieu. 

L'extrémité antérieure de la tête se termine par une sorte de 
museau très court, offrant un espace circonscrit, en manière 
d'ovale transversal, et occupé parla bouche. La lèvre inférieure 
se compose de deux petites lames longitudinales, parallèles, 
avec trois ou quatre divisions sétacées, au bord supérieur de 
chaque, et dont l'une est peut-être un palpe. Quelques autres 
pièces, et qui, à en juger parla couleur brune ou tirant sur 
celle de la corne, de leur extrémité, sont probablement les man- 
dibules et les mâchoires, remplissent les côtés. J'ai aperçu, 
à chacun d'eux, un petit corps arrondi, portant une soie, et que 
je présume être un palpe maxillaire. Le centre de la bouche est 
mou, vésiculeux, et cintré supérieurement par le labre. J'ai 
souvent examiné, avec une grande attention, la bouche de ces 
insectes étant encore en vie; je n'en ai vu saillir aucune partie, 
et il m'a été impossible d'en déterminer, avec certitude, l'orga- 
jiisation. J'ai consulté anciennement sur cet objet mon ami Sa- 
vigny, et je me rappelle qu'il me répondit qu'il n'avoit pas été 
plus heureux que moi. Je suis donc porté à croire que la des- 
cription des organes cibaires donnée par Fabricius dans son 
Gênera insectorum est absolument fictive. J'ai dit, plus haut, 

Annales du Muséum, t. I", 3' série. 24 



i86 DE l'organisation des insectes 

que les antennes étoient composées de quatre pièces ou articles; 
j'en ai cependant compté une de plus, ou cinq dans une espèce. 
La troisième, dans une autre et la plus grande de celles que j'ai 
rencontrées, formoit un long filetsétacéet susceptible de se con- 
tourner, à la façon d'une vrille ou d'un cirrhe. Ce filet, mais 
moins long, étoit divisé en deux dans une autre. Enfin ces or- 
ganes sont sujets à des monstruosités, puisque je possède un 
individu où l'une des antennes a trois articles, et l'autre deux. 
Je les ai examinées, l'animal étant vivant, etje n'ai aperçu aucune 
trace de mutilation. Ces variatiojas, ainsi que les anomalies .re- 
latives au nombre des yeux lisses, semblent indiquer que la 
nature tâtonne ici, en quelque sorte, et qu'il ne faut pas dès- 
lors attacher une grande importance à ces caractères numéri- 
ques. Le genre Smynthure (^Stnynthurus) paroît se rapprocher 
des Podures à antennes terminées par un long filet, dont je viens 
déparier. La quatrième pièce, beaucoup plus longue que les 
précédentes, est divisée en un grand nombre de petits articles. 
Le corps a d'ailleurs une forme plus courte et plus ramassée; il 
est ovalaire ou presque globuleux, tandis qu'il est linéaire dans 
les Podures proprement dites (Podura). On pourroit cependant 
détacher de celles-ci quelques espèces, et les plus petites du genre, 
distinguées par leurs antennes beaucoup plus courtes, cylin- 
driques, et par leur corps pareillement plus raccourci, et même 
un peu élargi, avant son extrémité postérieure. Leur premier 
segment thoracique m'a paru aussi plus court que les suivants, 
au lieu qu'il est plus long dansles autres Podures. On consultera, 
à cet égard. De Géer. 

Toutes les observations que je viens de présenter ont été re- 
cueillies pendant mon séjour à la campagne. M'y trouvant dé- 



DE L ORDRE DES THYSANOURES. 187 

pourvu de plusieurs ouvrages, je n'ai pu me livrer à l'étude des 
espèces. Je ne doute pas que, lorsqu'on les examinera avec un bon 
microscope, on ne découvre des faits nouveaux et intéressants. 

Ceux que j'ai exposés réveilleront peut-être l'attention des 
entomologistes. Si quelques uns d'entre eux regardoient les dé- 
tails où je suis entré comme fastidieux, j'espère que d'autres, 
plus équitables appréciateurs des difficultés de la science , et qui 
savent qu'on ne peut signaler rigourevisement les coupes géné- 
riques, lorsque ces moyens de comparaison nous manquent, 
accueilleront avec l'econnoissance mes recherches, et que vu 
mon âge (soixante-dix ans), ils excuseront les inexactitudes qui 
auroient pu m'échapper. 



\ 



DISPOSITION MÉTHODIQUE 
DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES 

DES GENRES 

POURPRE, RICINULE, LICORNE ET CONCHOLÉPAS 
DE M. DE LAMARCK, 

ET DESCRIPTION DES ESPÈCES NOUVELLES OU PEU CONNUES, FAISANT 
PARTIE DE LA COLLECTION DU MUSÉUM d'hiSTOIRE NATURELLE DE 
PARIS. 

PAR H. DE BLAIN VILLE. 

Lue à l'Académie des Sciences de l'Institut, le 26 mars ï832. 



La dénomination de Pourpre, appliquée à la distinction d'un 
genre de Malacozoaires ou d'animaux mollusques, a été réelle- 
ment employée pour la première fois par Adanson, dans son 
voyage au Sénégal, publié en lySy, et par Martini en 1777; 
mais c'est à M. de kamarckque la science doit la première circon- 
scription un peu convenable de ce genre. En effet , Adanson 
comprenoit dans ses Pourpres , assez mal définies du reste , 
presque tous les Murex et tous les Buccins de Linné, et par con- 
séquent les genres nombreux que Bruguière et sur-tout M. de 
Lamarck en ont démembrés depuis. Le premier n'eut pas même 
l'idée d'en faire une division du genre Buccinum , et encore 
moins Gmelin, en sorte que les coquilles que l'on désigne aujour- 



igo DISPOSITION MÉTHODIQUE 

d'hui sous le nom de Pourpre, étoient presque indifféremment 
placées, soit parmi les Murex, soit parmi les'Buccins. 

M. de Lamarck, en définissant ce genre, n'gut presque exclu- 
sivement égard qu'à la coquille, et sur-tout à la disposition de la 
columelle aplatie et se terminant en pointe, ainsi qu'à la forme 
de l'ouverture dilatée, subcanaliculée, et terminée en avant par 
une échancrure oblique. 

Il en sépara, i" sous le nom de Ricin ules, les espèces qui, géné- 
ralement assez petites et hérissées d'épines ou de tubercules, 
offrent une ouverture oblongue, semi-canaliculée, et générale- 
ment rétrécie par des dents inégales à la columelle et à la lèvre 
interne du bord droit ; 

2° Sous la dénomination de Licornes (^Monoceros) , les espèces 
en général plus grosses, ovales, dont l'ouverture, conformée 
comme dans les véritables Pourpres, est pourvue, au tiers anté- 
rieur du bord droit, d'une dent conique en forme de corne ; 

3° Enfin sous le nom de Goncholépas , une espèce fort singu- 
lière en apparence, par sa disposition à peine spirée, et par l'am- 
plitude de son ouverture échancrée et pourvue de deux dents 
contiguës à l'échancrure. 

Mais le savant conchyliologiste français sentit si bien les rap- 
ports intimes de ces quatre genres, qu'il les. plaça immédiate- 
ment à la suite les uns des autres, dans l'ordre de la grandeur de 
l'ouverture , à la tête de la famille des Purpurifères , qui corres- 
pond presque exactement au genre Buccinum. de Linné et de 
Gmelin. 

De cette observation on peut donc conclure que si M. de 
Lamarck avoit eu en vue un traité de Malacologie, il auroit 
sans nul doute léuni ces quatre genres en un seul ; mais que son 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 191 

but n'ayant presque été que de considéi^er les coquilles, il a été 
conduit à leur distinction. C'est ce qu'en effet ont imité la très 
grande partie des conchyliologistes , tandis que les malacolo- 
gistes x)nt tendu de plus en plus à confondre, sous le nom 
commun de Pourpre, les Ricinules, les Licornes et les Concho- 
lépas. 

Le seul reproche que l'on puisse faii'e à l'illustre auteur 
du Système des animaux sans vertèbres, c'est d'avoir pris en 
première considération l'existence des varices ou boiu-relets 
qui lui avoient servi à circonscrire les Ranelles, les Tritons et 
les Murex, et d'avoir ainsi laissé dans ce dernier genre des co- 
quilles qui sont évidemment des Pourpres, quand on a égard à 
la forme de la columelle et sur- tout à celle de l'opercule, par la 
considération duquel elles sont beaucoup mieux caractérisées 
que de toute autre manière. 

Dans ce Mémoire nous élargissons la caractéristique du genre 
Pourpre de manière à lui faire comprendre tous les animaux 
subcéphalés ou céphalidiens , à sexes séparés, siphonobranches, 
dont la coquille, plus ou moins échancrée à son extrémité anté- 
rieure, et très rarement caudée, est fermée par un opercule 
corné , onguliforme, et offre le canal en général court, dont elle 
est pourvue, dans une telle direction avec le bord columellaire, 
qu'il en résulte une callosité élargie, aplatie, rebroussée de 
dedans en dehors, et s'atténuant en pointe à sa terminaison. 

Nous chercherons ensuite à rapprocher et à disposer les 
espèces d'après le plus grand nombre de leurs rapports, de 
manière à en former des groupes naturels qui permettent de 
tirer quelques corollaires. Ici nous nous éloignons beaucoup de 
ce qu'a fait M. de Lamarck. En effet, n'ayant adopté d'antre 



ig2 DISPOSITION MÉTHODIQUE 

principe pour la distribution et le rapprochement des espèces 
que la grandeur décroissante de la première à la dernière, il en 
est résulté non seulement que la plupart des rapports naturels 
sont rompus, mais encore que les phrases caractéristiques sont 
d'autant plus insuffisantes, qu'elles ont pu être rédigées plus 
aisément et d'une manière plus brève. 

Nous comprenons dans notre travail toutes les espèces établies 
par M; de Lamarck; mais afin de ne pas l'alonger inutilement, 
en renvoyant à ses descriptions ; nous nous bornons à joindre à 
leurs noms une courte synonymie confirmée, et les observations 
que l'étude des objets de la collection même de M. de Lamarck 
ou de celle du Muséum nous a inspirées. 

Nous faisons connoître, au contraire, par une description suf- 
fisante, et souvent par une figure, les espèces découvertes depuis 
la publication du Système des animaux sans vertèbres, et qui 
font partie de la collection du Muséum ou de celle de la Faculté 
des Sciences, en citant soigneusement le pays dont elles pro- 
viennent, et les voyageurs qui les ont recueillies. 

Pour parvenir à donner à nos déterminations un caractère de 
quelque valeur, nous avons eu soin de rassembler le plus grand 
nombre d'individus de la même espèce, de tout âge et de toute 
grandeur. Mais ne nous bornant pas à l'examen de la coquille, 
nous avons eu soin d'en étudier les animaux, lorsque cela a été 
possible, de manière à en connoître l'opercule et les sexes. C'est 
une innovation qui aura, nous l'espérons, quelque influence sur 
la distinction des espèces récentes et, par suite, sur l'examen des 
coquilles fossiles , car nous avons acquis de plus en plus la certir 
tude que les coquilles de sexes différents , et de localités diverses , 
offrent des dissemblances parfaitement saisissables, 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. igS 

"^ Notre Mémoire sera divisé en trois parties : 

Dans la première, après avoir donné la caractéristique du 
genre Pourpre, tel que nous le concevons, d'après l'animal, 
l'opercule et la coquille, et l'avoir comparé aux genres les plus 
voisins, c'est-à-dire avec les Murex et les Buccins, nous expose- 
rons des observations générales sur les principes qui doivent 
guider dans la distinction des espèces de Pourpres, et dans leur 
distribution. 

La seconde partie comprendra l'énuméralion des espèces 
connues, et la description des espèces nouvelles, soit à l'état 
récent, soit à l'état fossile. 

Enfin, la troisième et dernière renfermera les conséquences 
ou corollaires qui pourront être déduites des connoissances ac- 
quises principalement dans la seconde partie. Par exemple : 

Le nombre des espèces actuellement connues à l'état récent ou 
vivant ; 

Leur répartition dans les différentes parties du monde ; 

Le nombre des espèces actuellement connues à l'état fossile ; 

Leur répartition géologique ou dans les formations-, 

L'existence ou l'absence d'espèces analogues, et leur répar- 
ti tiorf. 

Le plan que nous suivons ici dans ce travail sur les Pourpres, 
est celui que nous avons adopté pour la révision générale, à 
laquelle nous travaillons, de toute la partie de la zoologie dont 
l'enseignement nous est confié, et que nous avons déjà terminée 
pour un certain nombre de genres, pour les Belemnites, les 
Ammonites, les Fuseaux, Pyrules, Pleurotomes, Fasciolaires, 
Turbinelles, Tritons, Ranelles, Murex, etc. 

Annales du Muséum, t. I", 3° série. aS 



iiy4 DISPOSITION MÉTHODIQUE 

PREMIÈRE PARTIE. 

Caractéristique du genre Pourpre , et comparaison avec les genres 

voisins. 

Animal trachélipode, très rarement presque gastéropode, à pied large, arrondi 
en avant, sans sillon marginal, ni auricules, enveloppé dans un manteau 
fort mince sur son bord libre, et pourvu d'un tube branchial épais et dé- 
veloppé; tête assez épaisse; deux tentacules médiocres, très rapprochés, 
renflés dans leur tiers inférieur, et portant les yeux à l'extrémité de ce 
renflement; bouche pourvue d'une trompe rétractile; organe excitateur 
mâle considérable, sans sillon extérieur à sa base. 

Opercule médiocre, corné, fort mince, transverse, onguliforme , arrondi un 
peu inégalement aux deux extrémités, formé d'éléments lamelleux; et commen- 
çant vers le milieu du bord convexe. 

Coquille épaisse, solide, rarement épidermée, diversiforme, mais en général 
assez raccourcie et subglobuleuse, le dernier tour beaucoup plus grand 
que tous les autres ensemble, constamment striée transversalement , fort ra- 
rement variqueuse, mais fréquemment hérissée de tubercules ou d'épines; 
ouverture assez variable, mais souvent patulée ou évasée, subcanaliculée, 
et plus ou moins échancrée en avant ; bord columellaire souvent droit , 
quelquefois un peu excavée, se joignant sans ressaut bien marqué avec la 
callosité de la columelle, terminée en pointe, se rebroussant en dehors, et 
laissant le canal toujours ouvert; bord droit constamment tranchant. 

D'après cette caractéristique que nous ne laissons dans tout 
son développement, que parceque nous envisageons le genre 
Pourpre hors d'un système de malacologie , il est évident 
qu'elle ne pourroit reposer uniquement sur la considération de 
l'animal qui n'offre réellement que d'assez foibles différences 
avec celui des Murex et des Buccins. Cependant il paroît que 
le tube respiratoire est plus fort, plus musculeux que dans les 



DES ESPÈCES KÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 196 

premiers , et moins que dans les seconds. Il est aussi probable 
que l'appareil sécréteur de la Pourpre est plus développé que 
dans les uns et dans les autres en général; mais cela n'est pas 
certain, puisqu'il est à-peu^près hors de doute que l'animal dont 
les anciens tiroient leur couleur pourpre étoit un Murex, 
M. Trunculus ou M. Brandaris , et peut-être l'un et l'autre. 

Quant à la forme de l'opercule, elle est au contraire tout-à- 
fait caractéristique -, en effet, dans tous les Murex et Buccins 
chez lesquels il nous a été possible de l'examinei-, nous l'avons 
toujours trouvé subarrondi ou ovale, plus ou moins alongé , 
atténué à une extrémité, élargi à l'autre, les éléments parois- 
sant s'imbriquer du sommet qui est plus ou moins tei^minal, 
à la base élargie et également terminale. 

La coquille présente aussi des caractères assez particuliei's , 
mais moins certains que ceux tirés de la considération de l'oper- 
cule. Le moins variable est bien certainement la forme du bord 
columellaire , et de la columelle elle-même, comme M. de La- 
marck l'avoit fort bien senti. Dans toutes les véritables Pourpres 
il n'y a pas de dépôt sur la partie postérieure du bord columel- 
laire, et par conséquent pas de lèvre interne; et la fin de la co- 
lumelle, en se prolongeant pour former le canal, se continue 
presque tout droit sans faire un angle prononcé à son entrée : 
en outre cette columelle s'élargit, s'aplatit, s'évase de manière 
que son bord libre se rebrousse en dehors, d'où il résulte que 
l'ombilic est presque toujours entièrement caché ou consolidé, 
et que le canal n'est jamais fermé. 

Outre ce caractère important tiré de la disposition du bord 
interne de l'ouverture, il faut encore faire observer que la co- 
quille des Pourpres est constamment traversée par des stries 



196 DISPOSITION MÉTHODIQUE 

plus ou moins prononcées, formant quelquefois des cordons 
décurrents du sommet à la base , et que très rarement elle l'est 
jpar des bourrelets ou varices, en sorte que le bord droit est tou- 
jours tranchant, quoiquil puisse être denté ou non à Tinté- 
rieur. 

Il ne faut pas cependant se dissimuler que sans la connoissance 
de l'opercule on peut être quelquefois assez embarrassé pour 
décider si certaines coquilles appartiennent ou n'appartiennent 
pas au genre Pourpre, et si ce ne seroit pas plutôt des Fuseaux, 
des Pyrules, des Pleurotomes, des Turbinelles, des Murex, des 
Buccins, ou même des Golombelles. Voyons donc les caractères 
différentiels à l'égard de chacun de ces genres 

On ne peut confondre une coquille de Pourpre avec celle d'un 
Fuseau, parceque, outre la forme de la columelle qui est toute 
différente, il n'y a que très rarement dans les Pourpres une 
véritable queue, c'est-à-dire l'indice extérieur du canal qui se 
remarque au contraire toujours dans les Fuseaux. 

Cependant M. de Lamarck lui-même a mis parmi les Fuseaux 
la coquille nommée Murex Pusio par Gmelin, et parmi les 
Pourpres, sous le nom de P. Fasciolaris , une coquille qui ne 
diffère de la première que parcequ'elle n'a pas de zone blanche 
au milieu de son dernier tour. 

Avec les Pyrules au contraire la confusion en est si facile , 
qu'il se pourroit fort bien que toutes les Pyrules de- la division 
des Mélongènes dussent être rangées parmi les Pourpres, ce 
que me paroît confirmer l'operculedontje neconnois cependant 
qu'un croquis ; aussi ces prétendues Pyrules n'ont-elles pas de 
rétrécissement marqué au bord droit, à l'endroit où l'ouverture 
se prolonge dans le canal j tandis que des espèces voisines qui ont 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 197 

ce réti'écissement , cooime la P. citrina , ont un opercule assez 
particulier et différent de celui des Pourpres. 

Comparées avecles Turbinelles, les Pourpres s'en distinguent 
par l'absence de plis columellaires; en effet, les espèces qui res- 
semblent le plus au premier aspect à certaines Pourpres, comme 
les Turbinelles cornigères aux Povirpres Châtaignes , ont un 
opercule de Murex, comme nous nous en sommes assuré. 

Il y a plus de difficultés pour séparer des Pourpres »le la 
division des costulées, la Turbinella Nassatula , par exemple; et, 
en effet , les plis de sa columelle sont peu marqués et moins pro- 
fonds; aussi ne serions-nous pas étonnés, quand ce seroit une 
Pourpre véritable. Son ouverture est en effet d'un beau violet. 
Malheureusement nous n'en connoissons pas encore l'opercule. 

Les Pleurotomes ayant pour caractère presque unique l'échan- 
crure postérieure du bord droit, on ne peut confondre une es- 
pèce de ce genre avec une espèce de Pourpres qui n'ont jamais 
au plus qu'un sinus à l'origine du bord droit. Cependant comme 
la réunion des coquilles qui constituent le genre Pleurotome de 
M. de Lamarck est évidemment très artificielle, il se pouri'oit 
(jue les espèces échinées, quiconstituoient l'ancien genre Clava- 
tule de M. de Lamarck, dussent passer parmi les Pourpres, à 
en juger du moins par la forme du bord columellaire. 

Il est beaucoup plus difficile de distinguer les Pourpres des 
Murex, sans avoir égard à l'opercule. Cependant on y parvien- 
dra , si d'abord l'on ne confond pas des costules avec des varices , 
et si ensuite on femarque que dans les Murex le bord columel- 
laire est toujours revêtu par une lame calleuse plus ou moins 
détachée, nommée lèvre gauche par Linné, et que la continua- 
tion de cette lame pour former le bord interne du canal, au lieu 



lCj8 DISPOSITION MÉTHODIQUE 

de se relever, de s'évaser en dehors, tend au contraire à se 
porter en dedans, et à fermer le canal en se soudant avec la 
continuation du bord droit qui le forme en dehors. Ajoutons à 
cela que dans les Murex la coquille est constamment plus ou 
moins canaliculée et caudée,.ce qui est fort rare dans les Pour- 
pres, et la distinction des coquilles de ces deux genres sera à- 
peu-près certaine. 

Les Pourpres passent peut-être encore plus insensiblement 
aux Buccins qu'aux Murex, même un peu par l'opercule; aussi 
leur distinction est-elle encore plus difficile. Pour y parvenir 
il faut considérer que l'ouverture de la coquille des Buccins est 
beaucoup plus fortement échancrée, qu'elle n'a pas de canal, 
proprement dit, ou qu'il est excessivement court, avec un angle 
très prononcé à l'endroit de sa jonction avec le bord columel- 
laire, ce qui donne à la terminaison de la columelle quelque 
chose de tronqué et d'abrupte. 

Enfin l'on peut encore être quelquefois assez embarrassé pour 
décider si une coquille est une Pourpre de la division des Sis- 
tres, ou une espèce du genre Colombelle, du moins de la division 
des espèces tuberculeuses, au point qu'avant d'avoir vu l'oper- 
cule de la Colwnbella Mendicaria , nous l'avions rangée, ainsi 
que la C. Zonalis, parmi les Pourpres. La forme de la termi- 
naison de la columelle ne s'aplatissant pas au-dehors comme 
dans celles-ci, et le bord droit s'épaississant en même temps 
qu'il se denticule dans toute sa longueur, ce qui n'a pas lieu 
dans les Pourpres colombellaii-es, peuvent servir à établir la dis- 
tinction des coquilles de ces deux genres. 

Ce sont ces ressemblances plus ou moins spécieuses des Pour- 
pres avec'tes coquilles d'autres genres de Siphonobranches, qui 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 199 

nous ont pei'mis d'établir quelque rationalité dans la disposition 
des espèces que nous connoissons , et dans l'établissement d'un 
certain nombre de petites sections. Plusieurs de celles-ci ont 
déjà reçu des dénominations génériques, qui pourront sans 
doute être adoptées sans beaucoup d'inconvénients, du moins 
conchyliologiquement parlant; mais elles ne pourroient pas 
l'être dans notre manière de voir. Aussi proposons-nous de les 
abandonner, et d'en revenir à la manière de Linné et de Gmelin, 
qui partagent les espèces des genres nombreux en sections, en 
ne leur affectant que des dénominations qualificatives. 

Pour la classification et la distinction des espèces, nous avons 
pris en premièx-e considération le canal de l'ouverture et son 
écliancrure terminale, qui d'abord un pevi comme dans les 
Murex, l'une plus prononcée et l'autre à peine sensible, se rap- 
prochent de pl»6 en plus, et en sens inverse, de ce qui a lieu 
dans les Buccins. 

Nous considérons ensuite la forme de l'ouverture qui, d'abord 
étroite et garnie de dents ou de guttules sur les deux bords , 
n'en offre plus que sur 1 extérieur, puis n'en présente plus du 
tout, mais seulement des stries, des plis ou des stries nom- 
breuses. 

Nous avons ensuite égard à l'état de la surface de la coquille 
qui, d'abord hérissée de nombreux tubercules ou d'épines, 
s'adoucit, pour ainsi dire, peu à peu, et finit par n'être que striée 
transversalement dans les dernières espèces, de manière à res- 
sembler, sous ce rapport, aux Buccins, comme les premières 
avoient quelque chose des Murex. 

En prenant ensuite en considération la forme générale, ovale, 
biturbinée, ovale-déprimée, hémisphérique, uniturbinée ou py- 



200 DISPOSITION MÉTHODIQUE 

riforme, fusiforme ou subturticulée, ovale-alongée, ovale-rac- 
courcie, patulée ou même patelliforme, nous arriverons à une 
disposition des espèces dans un ordre de dégradation des Murex 
aux Buccins. 

Quant à la distinction des espèces, nous avons remarqué que 
la proportion de la longueur avec la largeur, varie dans des li- 
mites assez étendues, et plus qu'on ne croit en général, et sur- 
tout suivant le sexe. 

La proportion de l'élévation de la sjoire avec celle du corps de 
la coquille varie peut-être encore davantage, et les variations 
sont évidemment individuelles. 

Le nombre des tours de spire est beaucoup moins variable; 
mais il est en général peu nombreux dans les coquilles de ce 
genre, et par conséquent assez peu important. 

L'examen de la suture et de la manière dont las tours d^spire 
s'appliquent les uns contre les autres, par suite de là présence 
ou de l'absence d'un sinus à la partie postérieure de l'ouverture, 
nous a fourni d'assez bons caractères spécifiques. 

La disposition, la forme, la proportion des tubercules, et des 
épines qui hérissent la surface d'un grand nombre d'espèces de 
ce genre, présentent de fort bons caractères spécifiques, mais 
dans de certaines limites de vai-iations. Du reste, l'ordre d'exis- 
tence de chaque rangée qu'ils forment parôît à-peu-près fixe. 
Il semble qu'il n'y en ait jamais plus de six, le postérieur ou pre- 
mier sur le cordon du sinus; l'antérieur ou dernier sur le cordon 
du canal, et les quatre autres intermédiaires, l'un sur la carène, 
et les trois suivants dans la déclivité jusqu'au cordon du canal. 

Les plus échinées, ou tuberculeuses, ont les six rangées. 

La première et la dernière disparoissent avant les autres. 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 20I 

Puis les rangées déclives, dans l'ordre de la plus antérieure à 
la plus postérieure ou carinale. 

Enfin celle-ci finit par disparoître, et alors la coquille ne pré- 
sente plus qvie des stries décurrentes, dont la finesse ou la gros- 
seur, l'égalité, offrent un grand nombre de variations peu im- 
portantes auxquelles M. de Lamarck a souvent porté une trop 
grande attention, ce qui nous semble l'avoir entraîné dans quel- 
ques erreurs. 

L'ouverture nous a paru offrir des caractères spécifiques fort 
importants, sinon dans sa propoi^tion, ni même dans la forme , 
considérée d'une manière trop absolue, mais bien dans la ma- 
nière dont elle peut être rétrécie par des dents ou des guttules, 
pliciformes ou non. Malheureusement ces caractères ne peuvent 
atteindre toute l'importance dont ils sont susceptibles, que lors- 
que l'ouverture est entièrement faite sur une coquille, ce qui 
n'arrive pas toujours; alors le nombre, la position, la propor- 
tion de ces dents et de ces guttules acquièrent une fixité remar- 
quable. On rencontre cependant quelquefois de légères ano- 
malies qui tiennent ou à ce qu'une dent oti guttule est à peine 
sensible, ou à ce qu'au 'contraire l'une s'est partagée en deux; 
mais avec un peu d'habitude ces anomalies sont aisément ra- 
menées à l'état normal. 

La couleur et le système de coloration à l'extérieur ne nous 
paroissent pas être d'une considération bien importante dans la 
spécialisation des coquilles de Pourpi^e, quoiqu'on puisse ce- 
pendant quelquefois s'en servir avec avantage. 

Il n'en est pas de même de la coloration intérieure; elle est 
tellement fixe, et si souvent d'un beau pourpre violet, que 
M. Quoy a pensé que cette coloration suffisoit presque à elle 

Annales du Muséum, 1. 1", 3° série. 26 



302 DISPOSITION MÉTHODIQUE 

seule pour déterminer la place d'une coquille dans ce genre 
Pourpre; cette opinion nous paroît un peu exagérée, mais elle 
est évidemment en partie fondée sur l'observation. 

Ces considérations générales étant préliminairement établies, 
nous allons passer à l'énumération des espèces connues, et à la 
description de celles qui ne l'étoient pas ou que très incomplè- 
tement, et qui existent dans la collection du Muséum. 

SECONDE PARTIE. 

DISPOSITION ET DESCRIPTION DES ESPÈCES. 

. I. RÉCENTES. 

A. Esp. En général biconiques, striées, tuberculeuses ou sub- 
épineuses , à ouverture plus ou moins grimaçante , et rétrécie 
par des dents marginales et columellaires , avec un canal assez 
évident. 

Les P. COLOMBELLOIDES. 
(G. Sistre. D. M.) 

Ce sont les plus petites espèces de Pourpres. 

Elles ont souvent beaucoup de rapports avec les colombelles 
par l'épaississement intérieur du bord droit, et par les dents 
marginales et columellaires dont elles sont pourvues. 

Quelquefois on pourroit confondre certaines espèces avec les 
Nasses; mais elles en diffèrent par l'existence d'un canal court, 
et même un peu retroussé, ce qui n'a pas lieu dans ce dernier 
genre. • 

1° P. PiSOLINE. P. Pisolina. 

(PI. 9, fig. 2.) 

— Lamarck. VII, p. i33, n' 9. 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 2o3 

Des ineis de rile-de-France, d'après M. de Lamarck. 
2° P. MUTIQUE. P. Mutica. 

jRicm. mwL Lam. VII, p. i33, 11° 8. 
E. M. p].395,f. 2 ab.. 
3° P. BiCONIQUE. p. Biconica. 
(PI.9, %.l.) 

Coquille petite ( 9 à 10 1.), biconique, le cône de la spire plus court que celui 

du COrpe, compoeoo do troio tours, pou diotirirta, striée, bicarénés dans leur 

décurrence, et traverse's par des bourrelets arrondis, costuliformes, serrés, 
au nombre de huit sur le dernier; ouverture très étroite, rétrécie par un 
épaississement bi ou tridenté du bord droit, sans guttules à la columelle; 
couleur brune avec deux zones blancheo o» JoK^^c. at -irir^lottpc pn dedans 

Cette jolie espèce, dont nous ignorons la patrie, et dont un 
seul individu existe dans la collection du Muséum, est remar- 
quable par les deux subcarènes de son dernier tour, formant 
deux angles au bord droit. 

4° P. Raboteuse. P. Aspera. 

Ricin, asp. Lam. VII, p. 232, n° 6. 
E. M. pi. 395, f. 4 ab (^pessima). 
Patrie inconnvie. 

5° P. Mure. P. Morus. 

Ricin. Morus. Lam. VII, p. 262, n° 7. 
Martini. III, t. loi, f. 970. 
E. M.pl. 395,f.6ab. * 

Des mers de l'Ile-de-France. 

6° P. Fraise. P. Fragwn. 
(PI. 9,%. 4.) 

Coquille assez épaisse, solide, ovale-biconique , tubero-épineuse , subombi- 



2o4 DISPOSITION MÉTHODIQUE 

liquée, à tours de spire assez distincts, pourvus de stries et de séries dé 
currentes de tubercules arrondis, au nombre de quatre sur le dernier; 
ouverture petite, subgrimaçante, subcanaliculée en avant, et rétrécie par 
six dents au bord droit, et deux à trois guttules columellaires; couleur 
d'un blanc jaunâtre , avec les tubercules roses ou roussâtres à rextérieur , 
toute blanche à l'intérieur. 

1 1 à 1 2 lig. de long sur 8 à 9 de large. 

Cette jolie espèce, dont nous ne connoissons pas la patrie, est 
établie d'après deux individus de la collection du Muséum. 

7° P. Enchaînée. P. Concatenata. 

Murex Concatenatus. Lam. VII, p. 176, n° 62. 
Martini, IV, t. 1^=4, f. 11 56, iiSy. 

Nous rapportons cette espèce au genre Pourpre, d'après l'exa- 
men que nous avons fait de la coquille du cabinet de M. de 
Lamarck, sur laquelle elle est établie, et qui existe actuellement 
dans la collection de M. le duc de Rivoli. 

8° P. TUBERCULÉE. P. Tuberculata. 
(P1.9,fiS.3.) 

Coquille assez petite (lo à lal.), épaisse, solide, ovale, tuberculeuse, formée 
de quatre tours de spire subétagés, hérissée de séries décurrentes de tu- 
bercules épineux, au nombre de quatre sur le dernier, et formant des 
espèces de côtes obliques; ouverture subgrimaçante, petite, avec un sinus 
postérieur, et. un petit canal en avant; quatre dents au bord droit; une ou 
deux guttules à la fin de la columelle; couleur grisâtre entre les tubercules 
noirs-en dehors ; d'un noir violacé avec les denticules blanches en dedans. 

Des rivages de Madagascar d'où elle a été rapportée par 
M. Goudot. 

De la mer Rouge, d'après M. P. E. Rotta. 

Cette espèce est fort voisine de la mure; elle en diffère cepen- 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 2o5 

dant parceque les tubercules sont plus épineux, que l'ouverture 
est plus grimaçante et n'est pas violette. 

9° P. Bouche-Jaune. P. Ochrostoma. 

Quoy et Gaymard. Astrolabe. Zool. pi. 38, f. 8. 

Coquille petite (8 1. sur 5), épaisse, solide , ovale , un peu alongée, subombi- 
liquée, à spire aiguë, formée de quatre à cinq tours subétranglés à la suture, 
striés irrégulièrement dans leur décurrence, et traversés par des bourrelets 
variqueux assez épais, au nombre de six à sept sur le dernier; ouverture 
rétrécie, subgrimaçante, avec un petit canal ascendant en avant, et un 
sinus en arrière; sept dents au bord droit; quatre guttules columellaires; 
couleur extérieure toute blanche, intérieure d'un jaune orangé. 

De Tonga, d'après MM. Quoy et Gaymard. 

Nous caractérisons cette espèce, d'après une coquille de la 
collection du Muséum, que les voyageurs cités confondoient à 
tort, à ce qu'il nous semble, avec la suivante. 

lo" P. NassoiDE. p. Nassoidea. 
Quoy et Gaymard. Astrolabe. Zool. Pi. 38, f. 7-9. 

Coquille petite (9I. sur 6), ovale, globuleuse, nassiforme, à spire courte, 
subétagée, composée de trois à quatre tours striés, cerclés irrégulièrement 
dans leur décurrçnce, et traversés par des côtes ou bourrelets, mal for- 
més, au nombre de dix sur le dernier; ouverture subgrimaçante, avec un 
petit canal ascendant en avant et un siuus en arrière; six denticules au 
bord droit, et trois guttules à la columelle; couleur toute blanche en 
dehors comme en dedans. 

De Tonga, d'après MM. Quoy et Gaymard. 

Cette espèce établie par les naturalistes de l'Astrolabe, et dont 
le Muséum possède deux individus , nous paroît bien distincte 
de la précédente par sa forme beaucoup plus raccourcie, et par 
la couleur de son ouverture. 



2;o6 DISPOSITION MÉTHODIQUE 

11° P. GORBULÉE. P.Fiscella. 
(PI. lo, fig.8.) 
— Lam. VII, p. 246, n° 36. 
Chenn. X, p. 242, t. 160, f. 1024, i525. 
Une variété de cette espèce, provenant de Madagascar, d'après 
M. Goudot, offre son ouverture plus patulée, sans guttules à la 
columelle. 

ATongatabou, une des îles des Amis, d'après MM. Quoy et 
Gaymard. 

De Madagascar , d'après M. Goudot. 

De Trinquemalay et de Ceylan, d'après M. Reynaud. 

12° P. LiNÉOLÉE. P. Lineolata. 

Coquille petite (9 1. sur 5), ovale, subaiguë, biconique, subombiliquée, à spire 
saillante, formée de cinq à six tours, subcarénés, à suture appliquée et 
squameuse, striés dans leur décurrence, et traversés par des costules 
tuberculeuses à la carène, nombreuses et serrées; ouverture ovale, étroite, 
subcanaliculée, sexdentée au bord droit, lisse à la columelle; couleur d'un 
brun pourpre, striée de blanc en debors, d'un blanc violacé en dedans. 

De l'Océan Pacifique sur les côtes du jPérou, à. Payta, d'après 
MM. Lesson et Garnot. 

Cette espèce , dont la collection du Muséum possède deux in- 
dividus, a un certain nombre de rapports avec la Pourpre cor- 
bulée; mais elle en diffère sensiblement par la manière dont elle 
est costulée, par le nombre de ses côtes et sa coloration. 

i3° P. Chagrinée. P. Granaria. 

Mur. Granarius. Lam. VII, p. iy6, n°63. 
Cette coquille que nous avons observée dans la collection de 
M. le duc de Rivoli , nous paroît devoir être rangée parmi les 
Pourpres de cette division; en effet, l'ouverture subcanaliculée 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 207 

est rétrécie à droite par cinq denticules, et à gauche par une 

sorte de pli, et trois guttules colunjellaires dont Ji'a pas parlé 

M. de Lamarck. 

i4° P. ÉLANCÉE. P. Elata. 

(PI. ii,%.i.) 

Coquille épaisse , solide , de grandeur médiocre ( 1 7 à 1 8 lig. sur 1 1 de large ), 
subéchinée, à spire élevée, subturriculée, formée de six tours, carénés 
épineux, striés décurremment, avec des séries d'épines, au nombre de qua- 
tre, et formant dans le sens longitudinal neuf à dix côtes obliques sur le 
dernier; ouverture petite, subgrimaçante, subcanaliculée et écbancrée; 
six à sept denticules au bord droit; une sorte de pli médian, et deux gut- 
tules obsolesis à la columelle; couleur toute blanche en dehors, comme 
en dedans. 

De la Nouvelle-Hollande, d'après MM. Peron et Lesueur. 

La collection du Muséum possède quatre individus de cette 
espèce, et tous avec les mêmes caractères; en sorte qu'elle nous 
semble bien distincte. Il en existe un cinquième dans le cabinet 
de M. le duc de Rivoli. 

ï5° P. Subturriculée. P. Subturrita. 

(PI. 10, fig. 12.) 

Coquille petite (9 lig. sur 6), épaisse, solide, ovale, biconique, à spire un 
peu élevée, subturriculée, composée de cinq à six tours, à suture appli- 
quée, squameuse, striés en travers, et hérissés de tubercules obtus, for- 
mant séries dans les deux sens, mais sur-tout verticalement; ouverture 
petite, subgrimaçante, canaliculée , et rétrécie par sept dents décroissantes 
au bord droit, et deux guttules à la columelle; couleur d'un blanc sale 
en dehors, et d'un blanc de porcelaine en dedans. , 

Patrie inconnue. 

Cette espèce que nous établissons, d'après une coquille de la 
collection du Muséum, a sans doute un assez grand nombre de 
rapports avec la Pourpre élancée ; mais la forme de son ouver- 



2o8 DISPOSITION MÉTHODIQUE 

ture, et les tubercules mousses plus nombreux, formant des 
subvarices, l'en distinguent suffisamment 

B. Esp. Hérissées, a bord droit garni de dents a l'intérieur, avec 
des guttules h la colwnelle. 

(Les P. RiCINULES.) 

Les espèces qui constituent cette division , quoique rappro- 
chées de celles qui entrent dans la précédente, au point que 
M. de Lamarck les a comprises avec elles dans son genre Rici- 
nule, s'en éloignent cependant en ce que le bord droit, quoique 
également denté, n'est pas épaissi, et sur-tout en ce que la co- 
quille est constamment hérissée d'épines. 

Ce sont, du reste, de véritables Pourpres partons les carac- 
tères et par la forme de l'opercule. 

16" P. MURIQUÉE. P. Horrida. 

Ricinula horrid. Lam. VII, p. aSi, n° i. 
— E. M. pi. 395, f. I , ab. ( bona.) 
Quoy et Gaymard. Astrolabe. Zool. pi. 89, f. i-3. 
Murex neritoideus. Gmel. p. SSSy, n" 43. 
— Martini. III, t. 101, f. gjz-g-j^ (pessinia). 
De l'île Tycopia , parmi les nouvelles Hébi'ides , d après 
MM. Quoy et Gaymard. 

17° P. LÈVRE-BLANCHE. P. Albo-labris. 

. _ (PL 9,fig.5.) 

Bonnani. II, f. lyS. 

Coquille assez solide, épaisse, ovale, comme déprimée, à spire très courte, 
hérissée sur le dernier tour de cinq séries décurrentes d'épines assez 
aiguës; ouverture assez patulée par l'obliquité de ses bords, rétrécie au 



DES ESPECES RECENTES ET FOSSILES, ETC. 209 

fond par trois grosses dents adroite, et par trois guttules, et deux plis 
columellaires à gauche; couleur toute blanche en dehors comme en de- 
dans avec les épines noires. 
Opercule de Pourpre. 

De Trinquemalay, île de Ceylan, clans l'Océan indien, d'après 
M. Reynaud. 

Cette espèce est sans doute assez voisine de la Pourpre mu- 
riquée; mais elle s'en distingue par une moindre taille, par 
l'existence des trois guttules columellaires, et parceque l'ouver- 
ture est constamment d'un très beau blanc. 

Du reste, comme dans la Pourpre muriquée , la coquille de la 
Pourpre lèvre-blanche n'offre dans le second âge que quatre 
dents égales au- bord droit, ^t ce n'est que dans l'état parfeit 
qu'il n'en existe plus que deux simples, les deux postérieures 
s'étant élargies, l'extrême se triiobant, et l'autre se bilobant. 

La collection du Muséum possède un grand nombre d'in- 
dividus des deux sexes de cette espèce, et pourvus de leur 
opercule. 

18° P. Arachnoïde. P. Arachnoidea. 

Ricinula arachnoid. Lam. VII, p. 282 , n" 4. 
— E. M. pi. 395, f. 3 ab. [Rudis,sed sat bona.) 
— Martini. III, t. 102, f. 976-977. [Mediocris.) 

MM. Quoy et Gaymard ont rapporté cette espèce de la Nou- 
velle-Irlande. 

Dans cette espèce, généralement assez petite, les épines sont 
plus longues, plus étroites que dans les deux précédentes; l'ou- 
verture est blanche comme dans la Pourpre lèvre-blanche ; mais 
les intervalles des digitations du bord droit sont jaunes. 

Annales du Muséum, 1. 1", 3" série. 27 



2IO ' DISPOSITION MÉTHODIQUE 

19° P. DiGITÉE. P. Digitata. 
Ricinula digit. Lam. VII, p. 282 , n° 5. 
— E. M. pi. SgS, fig. 7 ab. {Rudis, et mala.) 
— Martini. III, t. 102, f. g. [Rudis, sed sat bona.) 
Il faut observer que la coquille de cette espèce a pour carac- 
tères essentiels l'existence de cinq digi ta tiens au bord droit, la 
postérieure beaucoup plus gi^ande que les quatre autres, presque 
égales, et la coloration en jaune orangé de l'ouverture. 

20° P. Lobée. P. Lobata. 

(Pl-9, %-7-) 

? Martini. III, t. 99, f. 945-946. 

Coquille épaisse, déprimée, de i3 lig. de long, à spire médiocre, formée de 
*qyatre tours , striés dans leur décurrence , mais non couronnés ; ouverture 
assez évasée; bord droit digité en dehors par cinq lobes, spatuliformes , 
décroissant assez régulièrement du postérieur à l'antérieur, et garni de 
huit denticules en dedans; columelle avec une torsade médiane assez 
saillante, sans guttules marquées; couleur d'un brun-marron en dehors 
et à la circonférence de l'ouverture, blanche en dedans. 

Cette espèce est établie sur un bel individu de la collection 
du Muséum, et sur un autre un peu plus petit, qui existe dans 
celle du duc de Rivoli. Quoique fort rapprochée de la précé- 
dente, elle en diffère cependant par une plus grande taille, par 
la couleur extérieure et intérieure, enfin par une moindre lon- 
gueur de la digitation postérieure du bord droit, sur-tout pro- 
portionnellement avec les autres. 

21° P. Ouverte. P. Aperta. 

Coquille épaisse, solide, ovale, comme déprimée, échinée, à spire extrê- 
mement courte, surbaissée, pointue, formée de quatre à cinq tours, dont 
le dernier très grand, est strié irrégulièrement, et hérissé par cinq séries 
décurrentes de tubercules épineux; ouverture fort grande, subpatulée. 



DES ESPECES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 211 

garnie de huit dents au bord droit, et de quatre guttules pliciformes à 
la fin de la columelle, outre une saillie anguleuse de son milieu; couleur 
toute blanche en dehors comme en dedans. 

Quoique cette belle espèce ne se trouve pas 'dans la cell action 
du Muséum, mais bien dans celle de M. le duc de Rivoli, nous 
n'avons pu résister au plaisir de la faille connoître par une courte 
description. . 

On ignore sa patrie. 

C. Espèces plus ou moins échinées , a ouverture dentée h son bord 
droit seulement. 

Les p. Semi-Ricinules. 

Les espèces de Pourpres qui constituent cette division sont 
encore généralement échinées; mais leur ouverture n'a de dents 
qu'au limbe interne du bord droit. Ce sont pour ainsi dire des 
Semi-Ricinules. 

aa*? P. GauffRÉE. p. Clathrata. 

Bicinula clathr. Lamarck. VII, p. aSi, n" 5. 
— E. M. pi. 395, f. 5 ab. [Test, imperf.) 
Patrie inconnue. 

23° P. Doucette. P. Miticula. 

Ricinula mit. Lamarck. VII, p. 23i , n° 2. [nonfig.) 

Patrie inconnue. 

D'après l'inspection des deux coquilles sur lesquelles cette 
espèce est établie , il nous paroît fort probable que ce n'est qu'un 
jeune âge de là précédente. 

24° P. HÉRISSON. P. Hystrix. 

(PI. 9, fig. 6.) 
— Lamarck. VII, p. 247, n" 41 ■ 



212 DISPOSITION MÉTHODIQUE 

Murex hystrix. Gmel. p. 3538, n° 46- 

— Martini. III, t. ici, f. 974"975- {pessima.) 

Cette espèce, dont M. de Lajnarck ne connoissoit pas la patrie, 

a été envoyée au Muséum , de l'Océan des Séchelles, par M. Eu- 

dore, et rapportée de Titaor, par MM. Quoy et Gaymard dans 

leur première circumnavigation. 

.Nous avons fait figurer la coquille d'un individu très jeune 
de cette espèce, pour montrer combien elle diffère de celle de 
Tanimal parvenu à son âge adulte. 

25° P. SpatuLIFÈRE. p. Spathulifera. 
(P1.9,fig.8.) 

Coquille assez petite (n à 12 1.), turbinée, à spire très courte, aplatie, couron- 
née, le dernier tour subcostulé et hérissé par six séries décurrentes d'épines, 
élargies, spatulées à l'extrémité, celles du bord bien plus longues que les 
autres, sur-tout la seconde; ouverture assez grande, patulée ; six à sept 
denticules au bord droit; deux guttules pliciformes à la coluraelle ; cou- 
leur d'un blanc jaunâtre en dehors, d'un rouge violacé à la columelle. 
Patrie inconnue. 

Cette espèce que nous établissons , d'après une coquille de la 
collection du Muséum, a beaucoup de rapports avec la précé- 
dente; mais elle en diffère sur-tout par la grande saillie et la 
forme des épines dont elle est hérissée, par moins de grandeur, 
et enfin par la couleur de l'ouverture. 

26° P. Marron-d'Inde. P. iTip/jocas^anum. 

— Lamarck. VII, p. 238, n° g. 

Murex Hippoc. Gmel. p. 3539, ^° 48. 

Regenfus. Conch. I, t. 2, f. 18. 
De l'Océan de Grandes-Indes. 
Nous ne rapportons pas à cette espèce la figure de Martini , 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 2l3 

tom. III, f. 99, f. 945, 946, comme l'a fait M. de Lamarck, mais 
bien à la coquille que nous avons décrite plus haut sous le nom 
de P. lobata. 

27° P. Pie. p. Pica. 
(PI. 9,%. 9.) 
Murex Hippocastanum fasciatus. Martini, III, p. 269, 
f. 100, f. 956, 957, 958. 

Coquille épaisse, solide, subturbinée, à spire un peu élevée, hérissée sur le 
dernier tour, par trois séries décurrentes de tubercules courts , fermés , 
tout-à-fait simples, formant des espèces de côtes transverses au nombre 
de sept; ouverture ovale, garnie au bord droit d'une vingtaine de tu- 
bercules pliciformes, sans guttules à la colmnelle; couleur variée de blanc 
et de noir par bandes en dehors, toute blanche en dedans. 
Opercule de Pourpre. 

De Tongatabou , de la Nouvelle-Guinée, d'après MM. Quoy 
et Gaymard. 

Quoique cette espèce, dont le Muséum possède un assez grand 
nombre d'individus des deux sexes avec leur opercule , soit fort 
rapprochée de la précédente, elle en diffère cependant par plu- 
sieurs caractères, et entre autres par la spire moins élevée ; par un 
rang de moins de tubercules, formant par leur réunion verti- 
cale des espèces de côtes, par la forme de ces tubercules qvii n'ont 
jamais leur fente sublobée, enfin par la disposition zébrée de la 
coloration. 

« 

28° CORNIGÈRE. P. Cornigera. 
(PI. 9, fig. 10.) 

Coquille médiocre, épaisse, solide (11-12I.), subglobuleuse, subtubercu- 
leuse, à spire fort courte, composée de trois à quatre tours striés assez 
également, avec trois séries décurrentes de tubercules mousses, for- 
mant costules sur le dernier; ouverture grande et ovale ; quatre denti- 



2i4 DISPOSITION MÉTHODIQUE 

cules assez espacées au bord droit, avec une très petite corne à son quart 
antérieur; une sorte de pli au milieu de la columelle; couleur toute brune 
en dehors , les tubercules et l'intérieur blancs. 
Opercule de Pourpre. 

De la mer Pacifique , sur les côtes de Masatlan , d'où elle a été 
rapportée par M. Paul-Emile Botta. 

Cette espèce , dont nous connoissons cinq individus dans la 
collection de la Faculté des Sciences , et un sixième bien plus 
gros, mais altéré dans celle de M. le duc de Rivoli, devroit, ri- 
goureusement parlant dans le système concliyliologique de M. de 
Lamarck , être placée parmi les Licornes ; mais , outre que la 
corne est très petite, et placée un peu différemment, tous les 
autres caractères en font une Semi-Ricinule , et entre autres les 
tubercules de la surface extérieure. Du reste, elle nous paroît 
très distincte et entièrement nouvelle. 

L'opercule que nous avons vu est bien celui d'une Pourpre. 
2,g° Deltoïde. P. Deltoidea. 

— Lamarck. VII, p. 247 , n° 42 (non figur.). 
D'après un seul individu dans un très mauvais état de con- 
servation. ® 

30° P. SUBDELTOIDE. P. Subdeltoidea . 
(P1.9,fiS. II.) 
Coquille épaisse, solide, subturbinée, à spire peu élevée, subcouronnée, 
à suture largement appliquée, le dernier tour très finement strié dans ladé- 
currence, et •couronné d'une série de tubercules, épineux, rares, au nombre 
de neuf; ouverture ovale, subparallélogrammique avec quatre denticules 
au bord droit; columelle lisse; couleur zonée de trois bandes brunes, sur 
un fond blanchâtre en dehors , blanche en dedans , avec une teinte de 
violet à la columelle. . ' s 

Des mers de la Martinique, envoyée par M. Plée, voyageur 
nat. du Muséum. 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 2l5 

Cette espèce, dont le Muséum possède plusieurs individus, 
mais dont un seul est complet, nous paroîtêtre bien voisine de la 
précédente; mais nous n'avons pas osé l'y révinir définitivement , 
parcequ'elle manque de plusieurs des caractères assignés par 
M. de Lamarck à sa Pourpre Deltoïde; ainsi elle n'offre pas la 
rangée de nodosités au-dessous de la couronne, et elle a au con- 
traire des denticules internes au bord droit. 

3i° P. ArmIGÈRE. p. Armigera. 
— Lamarck. VII, p. 287, n° 7. 
Buccin. Armig. Ghemn. XI, t. 187, f. 1798, 1799- 
(Sat bona.) 
Des côtes de l'île de Waigiou , d'où elle a été rapportée par 
MM. Quoy et Gaymard. 

La coquille qui a servi à la description de M. de Lamarck, et 
plusieurs individus de la collection ne sont pas à l'état parfait , 
ce qui rend le bord très sinueux ; mais sur deux autres bien 
complets, le bord droit est pourvu de huit dents, et sur un troi- 
sième bien plus gros, deux sont subdivisées, ce qui en fait dix. 
Les trois plis de la columelle sont quelquefois si prononcés , 
qu'on ne voit pas pourquoi M. de Lamarck n'en a pas fait une 
Turbinelle. 

32° P. BiTUBERCULAIRE. P Bitubercularis . 

— Lamarck. VII, p. 287, n° 8. 
Seba, III. t. 28, f. 22, 28. {^Sat bona sed testa imperfectâ.) 
Des côtes de la Martinique , d'après deux forts petits individus 
envoyés au Muséum par M. Plée , l'un de ses voyageurs natura- 
listes. 

32bis. P. BiCARINÉE. P. Bicarinata. 
— Quoy et Gaymard, Astrolab. Zoolog. pi. 5g, f. 7-10. 



2l6 DISPOSITION MÉTHODIQUE 

Coquille ovale , médiocrement épaisse , à spire surbaissée , formée de quatre 
à cinq tours peu distincts , striés également dans leur décurrence , aplatie 
dans le milieu par une double carène, souvent hérissée d'épines épaisses 
rares et comprimées; ouverture large assez patulée; quatre dents tubercu- 
liformes au bord droit; columelle lisse; coule.ur xl'un brun verdâtre, ca- 
chant un fond tout brun en dehors, d'un brun yiolacé en dedans, le bord 
droit varié de violet. 
Opercule de Pourpre. 

Des côtes de Sainte-Hélène, d'où elle a été rapportée au Mu- 
séum par MM. Quoy et Gaymard. 

Cette espèce, par sa forme générale, a évidemment beaucoup 
de rapports avec la Pourpre bicostulée de M. de Lamprck, de la 
division des Hémastomes, au point que dans sa collection elle 
étoit considérée comme une simple variété de cette coquille; mais 
elle en diffère principalement par l'existence des tubercules den- 
tiformes de son bord droit, qui n'existent jamais dans celle-ci, 
par moins de grandeur et par plus d'évasement de l'ouverture. 

33" P. PlISSÉE. p. Plicata. 

— Lamarck. VII, p. 246, n° 35. 
Mur. Plicat. Gmel, p. 3552 , n° 64. 
Martini. III, t. i23 f. 11415 1142 (pessima). 
Quoy et Gaymard. Astrolab. Zoologie, pi. 38, f. 5, 6. 

Cette espèce, qui a été rapportée en grande abondancç des 
rivages de l'île Ty copia, par MM. Quoy et Gaymard, des côtes 
de Batavia, par M. Reynaud, officier de santé de la marine, a 
quatre dents tuberculeuses au bord droit, avec un pli obsolète, 
de couleur claire, au milieu de la columelle, outre les autres 
caractères rapportés par M. de Lamarck. 

Son opercule est bien celui d'une Pourpre. 



FI. 





3. 



S 





-Prière- HA- 


A 




\r^ 


2 ..T. biconi^ue 




5 


. J' . Xevre'-bltuicfia 


2 . I^. piô'oîine 




6 


. F. Iîèrid'>ron (/euru') 


3 . I*. iuàerccclee^ 




7 


. T. hiée 


4. . _?. Traù'&' 




8 


. ]'. j-f>aùi^ere- . 



22, . J^. ûTzdée-'. 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 217 

34° P. Ondée. P. ZJnrfata. 

— Lamarck. Vil, p. 238, n° lo. 

Patrie inconnue. 

L'espèce désignée sous cette dénomination , par M. de La- 
marck , et dont il n'existe réellement pas de figure , celles de Lis- 
ter et de Chemnitz citées par cet auteur ne lui convenant 
certainement pas, ne diffère réellement qu'assez peu de la P. bi- 
tubercularis. Seulement la coquille est plus épaisse, l'ouverture 
est d'un blanc plus mat; les dents tuberculiformes du bord droit 
sont au nombre de cinq, au lieu de quatre; il n'y a qu'une série 
de tubercules bien marqués d'où partent des côtes interrompues ; 
enfi^n les bandes brunes verticales sont plus ondées. 

35° P. TURBINOIDE. P. Turbinoides. 
— Quoy et Gaymard. Astrolabe. Zoologie. PI. 39 f. 4, 6- 

Coquille assez petite (9-10 1.), ovale-raccourcie, turbinoïde, couronnée, 
subombiliquée , à spire peu élevée , composée de quatre à cinq tours 
fortement sculptés de stries décurrentes subsquameuses, avec des tuber- 
cules épineux comprimés, se disposant en costules sur le dernier; ouver- 
ture ovale, subpatulée à l'entrée, offrant cinq denticules au bord droit; 
couleur générale grisâtre avec des côtes noires en dehors; l'intérieur d'im 
blanc bleuâtre bordé de brun foncé ou de marron. 
Opercule de Pourpre. 

Des rivages de Vanicoro, d'après MM. Quoy et Gayaiard. 

Cette espèce, dont il existe plusieurs individus dans la col- 
lection du Muséum, a évidemment des rapports assez nombreux 
avec la P. plissée; mais elle en diffère par moins de grandeur, 
par une forme beaucoup plus turbinée , par un beaucoup moins 
grand nombre de tubercules épineux, ce qui donne aux côtes 

une disposition variciforme plus évidente. 

Annales du Muséum, t. Y\}>' série. . 28 



3l8 DISPOSITION MÉTHODIQUE 

36° P. BORD-NOIE. p. Marginatra. , 
(PI. lO, %. I.) 

Coquille assez petite (81.), ovale, à spire assez élevée, pointue, élancée, 
traversée par des séries de tubercules réunis en chaînes, formant des cos- 
tules obliques et des locules carrés; ouverture ovale, avec quatre dents 
au bord droit, et une sorte de pli au milieu de la colunielle; couleur ex- 
térieure grisâtre, l'intérieure violacée, les bords d'un noir luisant, et le pli 
columellaire blanc. 

Des rivages de l'île Tycopia, des Nouvelles Hébrides, d'où elle 
a été rapportée par MM. Quoy et Gaymard. 

Cette espèce, dont le Muséum possède un assez grand nombre 
d'individus, est évidemment fort voisine de la P. plicata, mais 
elle est beaucoup plus petite, et la disposition des tubercules en- 
cliaînés dans les deux sens, formant des locules carrés, l'en dis- 
tinguent suffisamment. 

37° P. MURICINÉE. P. Muricina. 
(PI, 10, fig. 2, 3 et 4.) 

Coquille assez petite ( 1 2 lig. ), ovale-alongée , suhfusiforme, à spire plus ou 
moins pointue, subétagée, traversée par des stries fines écailleuses, et 
d'autres plus saillantes, formant carènes, avec des costules souvent assez 
prononcées, sur les tours supérieurs; ouverture assez grande, un peu 
patulée; cinq dents au bord droit , un pli médian à la columelle; couleur 
brune en dehors, blanche en dedans , le bord droit festonné de brun. 
Opercule de Pourpre. 

Des mers Australes, d'où elle a été rapportée par MM. Quoy 
et Gaymard. 

Cette jolie espèce, dont la collection du Muséum renferme un 
très grand nombre d'individus , offre beaucoup de variétés 
d'âge ou d'état de développement j ainsi il en est chez les- 
quelles les séries de tubercules, dont la réunion dans un sens 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 219 

OU dans l'autre forme les carènes ou les côtes, sont épineuses et 
même un peu ramifiées comme dans les Murex chicorées ; mais 
on la reconnoît toujours à la squamation très prononcée des stries 
décurrentes. 

38° P. MURICOIDE. P. Muricoides. 
(PI. 10, fig. 5.) 

Coquille ovale, un peu alongée, assez solide, formée de cinq tours de spire, 
marqués de stries décurrentes subsquameuses, inégales, et de costules 
variciformes , grosses et serrées; ouverture assez peu évasée, quatre dents 
au bord droit ; couleur d'un gris brunâtre en dehors. 

D'Amboine et des côtes de la Nouvelle-Zélande, d'après 
MM. Quoy et Gaymard. 

Cette espèce, que l'on seroit porté à confondre avec la précé- 
dente, s'en distingue cependant fort bien, en ce qu'elle n'est 
jamais muriquée, mais plus évidemment pourvue de costules; les 
bourrelets qui les forment sont aussi plus gros et moins nom- 
breux; les dents du bord droit ne sont jamais qu'au nombre de 
quatre au lieu de cinq, et les stries décurrentes sont beaucoup 
moins squameuses. 

39° Bord-Blanc. P. Marginalba. 
(PI. 10, fig.6.) 

Coquille ovale, subfusiforme, assez épaisse, noduleuse, à spire médiocre , 
composée de quatre tours étages ; le dernier traversé par cinq séries de 
tubercules mamelonnés, dont un sur la suture; ouverture subpatulée, un 
peu canaliculée avec quatre denticules au bord droit, sans guttules à la 
columellte; couleur extérieure d'un gris blanc avec les tubercules noirs; 
l'intérieur noirâtre; le dedans de la lèvre droite d'un blanc jaunâtre. 

Des mers australes. 

Cette espèce, dont le Muséum possède un assez grand nombre 
d'individus offrant absolument les mêmes caractères, se dis tin- 



220 DISPOSITION MÉTHODIQUE 

gue assez bien des précédentes, avec lesquelles elle n'est pas sans 
analogie, par la disposition des tubercules dont elle est hérissée, 
et par la couleur du limbe intérieur de son bord droit. 

4o° P. GOLUMELLAIRE. P. Columellaris . 
(PI. lO, %. 7.) 

— Lamarck. VII, p. 236, n° 4- 
E. M. pi. 398, f. 3 ab [sat bona). 
Océan pacifique sur les côtes du Chili, d'où elle a été rap- 
portée par M. P. E. Botta. 

Malgré la forme patulée de l'ouverture de la coquille de cette 
espèce, le pli médio-columellaire, les cinq dents du bord droit, 
et même les séries de tubercules dont elle est hérissée, dans la 
vai^iété que nous avons fait figurer, forcent de la placer dans la 
division des Semi-Ricinules. 

41° P. LaCUNEUSE. p. Lacunosa. 
P. Râpe. Quoy et Gaymard. Astrolabe. Zoolog. 
pi. 38, f. 19-21. 

Coquille assez petite, ovale-aiguë, à spire médiocre, formée de quatre 
tours subétagés, aplatis, et couronnés en dessus, avec des stries squa- 
meuses, et lacuneuses dans leur décurrerice, trois cordons cariniformes 
et spinoso-imbriqués sur le dernier; ouverture assez évasée, garnie de six 
denticules pliciformes au bord droit; couleur d'un gris sale en dehors, et 
toute brune en dedans. 
Opercule de Pourpre. ) 

De la Nouvelle-Zélande, d'où elle a été rapportée par 
MM. Quoy et Gaymai^d: 

Cette espèce , dont un assez grand nombre d'individus 
existent dans la collection du Muséum, nous a paru fort dis- 
tincte de celle que M. de Lamarck a nommée P. Rugosa , et qui 











1 . T, Hord-jioir 
4^ . la nK^ne. var. 




6 . J*. rnurwoide'- 
6 . -?. -Bord -é>ùzrw 
y ■ F . coliérruiiùiire 
B . T. corùulee^ 




jz . -P. j'&n&Ptrée' 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 221 

appartient même à une tout autre division. Nous avons pré- 
féré la rapporter à l'espèce désignée sous le nom de P. Lacunosa 
par Bruguière , mais sans assurer positivement qu'il y ait 
identité. 

42° P. TritONIFORME. p. Tritoniformis. 
( PI. 10, fig. 10.) 

Coquille ovale, alongée, à spire assez élevée, pointue, composée de cinq à 
six tours arrondis , un peu étranglés , traversés par des stries décurrentes 
très fines, et par des côtes ou costules subobsolétes assez nombreuses; 
ouverture ovale, subpatulée, écbancrée en avant avec cinq tubercules pli- 
ciformes au bord droit; couleur d'un blanc jaunâtre avec des linéoles dé- 
currentes d'un brun violet au-dehors, toute blanche en dedans. 

Patrie inconnue. 

Cette espèce, que nous établissons d'après un individu un peu 
frustre de la collection du Muséum , a véritablement assez bien 
l'aspect d'un triton; mais tous les cai^actères sont ceux des 
Pourpres. 

43° P. FeNESTRÉE. p. Fenestrata. 
(PI. 10, fig. II.) 
Quoy et Gaymard. Astrolabe. Zool. pi. 87, f. i5-i6. 

Coquille épaisse, solide, diconique, rugueuse, à spire assez élevée, formée 
de quatre à cinq tours stibétagés , carénés , hérissés par des stries décur- 
rentes squameuses, croisées par des bourrelets plus épais; l'ouverture 
assez petite, ovale, sensiblement canaliculée, avec trois dents tubercu- 
leuses au bord droit, et une sorte de torsion à l'extrémité de la columelle ; 
Couleur d'un gris jaunâtre à l'extérieur, blanche au péristome, d'un jaune 
orangé en dedans. 

De Tonga, d'où elle a été rapportée par MM. Quoy et Gay- 
mard. 

Des Séchelles, dans la rade de Mahé, d'après M. Eudore. ' 



222 DISPOSITION MÉTHODIQUE 

Les deux individus du Muséum, sur lesquels ces naturalistes 
ont établi cette espèce, sont également encroûtés par un dépôt 
calcaire, en sorte qu'il est très difficile d'en déterminer la cou- 
leur. La réticulation large et carrée de sa surface présente un 
caractère distinctif tranché, qui la rapproche un peu de la 
Pourpre bord-noir; mais la forme et sur-tout la couleur de l'ou- 
verture l'en éloignent évidemment. 

G'. Espèces ovales ou déprimées , fortement échinées^ h ouverture 
subpatulée , dentée ou non au bord droit. 

(Les P. ÉCHINÉES.) 
44° P. HÉRISSÉE. P. Echinata. 
(PI. ir,fig.2.) 

Coquille assez grosse (21 1. sur 28), épaisse, solide, ventrue, échinée , sub- 
ombiliquée, à spire pointue , peu élevée, formée de quatre à cinq tours sub- 
étagés, anguleux , striés dans leur décurrence, le dernier armé de quatre 
séries de tubercules épineux, espacés, outre celle du cordon ombilical, 
ouverture assez grande , patulée , pauci-striée au bord droit ; couleur 
d'un blanc jaunâtre en dehors, d'un blanc de lait en dedai;is. 

Nous ignorons la patrie de cette belle espèce, dont le Muséum 
a acquis un individu d'un marchand anglais, et dont un autre 
individu plus petit existe dans la collection de M. le duc de 
Rivoli. Quoique l'ouverture de la coquille qui a servi à la figure 
ne soit pas tout-à-fait terminée, il est cependant certain qu'elle 
indique une espèce distincte. 

45° P. BOURGEONNÉE. P. Mancinella. 

— Lamarck. VII, p. 289, n° 12. 

P. Gemmulata. Enc. méth. pi. Sgy, f. 3 ab. 

Murex Mancin. Gmel. p. 3538, n° 47- 

Chemn. XI, t. 192. f. 1847-1848. 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 223 

Des mers des Indes orientales. 

De Trinquemalay, dans l'île de Geylan, d'après M. Reynaud, 
médecin de la marine. 

P. MangINELLOIDE. p. Mancinelloides. 
(PI. ii,fiS. 3.) 

Coquille assez épaisse, solide, ovale déprimée, subglobuleuse, à spire courte, 
très surbaissée, striée dans la décurrence des tours, et traversée sur le 
dernier par six séries de tuberciJes épineux, dont le premier sur le cordon 
du sinus postérieur, et le dernier sur le dos du canal; ouverture grande, 
patulée, avec sept tubercules pliciformes au bord droit, et une guttule à la 
fin de la columelle; couleur roussâtre en dehors, blanche en dedans, le 
péristome orange. 

Nous ignorons la patrie de cette espèce , dont le Muséum pos- 
sède deux individus , l'un de 12 lig. de long sur to de large, 
l'autre de i8 lig. sur 12. 

Il se pourroit qu'elle dût être rapportée à la P. echinulata de 
M. de Lamarck ; mais c'est ce qu'il nous a été impossible de 
décider, la coquille sur laquelle cette dernière est établie, man- 
quant momentanément dans la collection de M. le duc de Rivoli. 
Cependant l'absence de plis longitudinaux et de dents au bord 
droit nous porte à penser que notre P. Mancinelloides est bien 
distincte de la P. échinulée de M. de Lamarck. 

46° P. ÉCHINULÉE. P. Echinulata. 

Lamarck. VII, p. 247, n° 40. [nonfig.) 

46' P. Triangulaire. P. Triangularis. 
(PI. 1 1 , fig. 4. ) 

Coquille de 6 lig. sur 5, assez épaisse, semi-globuleuse, déprimée, à spire 
très courte, surbaissée, couronnée; le dernier tour strié dans sa décur- 



3î4 DISPOSITION MÉTHODIQUE 

rence, avec deux séries d'épines comprimées, peu nombreuses; ouver- 
ture patulée, quatre dents au bord droit, une ou deux guttules obsolètes 
à la partie antérieure de la columelle, large et aplatie; couleur grisâtre 
en dehors, toute blanche en dedans. 

De l'Océan Pacifique , sur les côtes de Masatlan , d'où elle a 
été rapportée par M. P. E. Bosta. 

Nous n'avons trouvé dans les collections que nous avons con- 
sultées aucune coquille que l'on puisse rapporj^er à cette petite 
espèce, dont nous ne connoissons cependant qu'un seul in- 
dividu . 

47° p. À DEUX TACHES. P. Fucus. 

P. Neritoides. Lamarck. VII, p. 240. n" i5. 
Murex fucus. Gmel. p. 3538, n" 44- 
— Martini. III, t. 100, f. 959-960. 
Des mers de Guinée, d'après Martini. 

M. de Lamarck a confondu sous la même dénomination deux 
espèces bien distinctes, qui, suivant nous, n'appartiennent pas à 
la même section j l'une figurée par Martini sous les numéros 95g 
et 960, l'autre sous les numéros 961 et 962, et que MM. Quoy 
et Gaymard ont convenablement distinguée sous le nom de P, 
de l'Ascension. 

48° P. Antique. P. Patula. 

— Lamarck. VII. p. 236, n" 3. 

Le Takel. Adans. Seneg. pi. y, f. 3. 
Buccin, patulum. Gmel. p. 3483, n° 5r. 

— Martini. III. t. 69, f. 758-759. 

De l'Océan atlantique sur les côtes d'Afrique, d'après Adanson. 
Sur celles de la Jamaïque, des Barbades, d'après Gmelin et 
M. Plée, voyageur naturaliste du Mviséum. 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 22$ 

De FOcéan pacifique sur la côte de Masatlan, d'après 
M. P. E. Botta. 

Et de la Méditerranée, auTL environs de Bonifacio en Corse, 
où elle est très rare, d'après M. Payraudeau. 

C'est à tort, suivant nous, que M. de Lamarck a dit que, se- 
lon Columna , c'est de l'animal de cette coquille que les Romains 
tiroient leur couleur pourpre. En effet, dans l'opinion de cet au- 
teur, c'étoit du Murex trunculus. L. , beaucoup plus commun 
dans la Méditerranée que la P. antique, 

D. P^ py ri formes mélongenoïdes , c'est-à-dire courtes, ventrues, 
striées et sub-épineuses , sans dents ni guttules aux bords de 
l'ouverture. 

( Les P. MÉLONGÈNES. ) 

49° P- Pr^ANOSPIRE. p. Planospira. 
■■ — Lamarck. VIL p. 240, n° 16. 
— Chemn. XIL p. i43. t. aSa, f. 482. (Perfecta.) 
P. lineata. Em. p. 897, f. 5 ab {^sat bona ). 
Patrie inconnue. 

60" P. Crapaud. P. Bufo. 

— Lamarck. VIL p. 289, f. i3. 
— Petiv. Gaz. t. 19, f. 10. 
Patrie inconnue; 

5i° P. Calleuse. P. Callosa. 

— Lamarck. VIL p. 289, n° i4- 

— Seba. mus. III. t. 60, f. 1 1 . 
De l'Océan indien, avec doute suivant M. de Lamarck. 

52° P. Renflée. P. tumida. 

— Schub. W^agn. Chemn. XII, t. 4076, n" 77. 
Annales du Muséum, t. I", 3" série. 29 



226 ■ DISPOSITION MÉTHODIQUE 

Ces trois dernières espèces pourroient bien devoir n'en formel' 
qu'une à des degrés différents du dépôt calleux qui se fait an 
point de jonction du bord droit avec la spire. 

Nous avons fait figurer, pi. 1 1 , fig. 5 , une variété de taille 
dont le Muséum possède plusieurs individus qu'il doit à 
M. Eudore, et qui proviennent de l'Océan indien, des rivages 
des Séch elles. 

Un bel individu de la collection du Muséum., et tout-à-fait 
semblable à celui figuré par MM. Schubert et Wagner, est éti- 
queté comme provenant du Brésil, mais probablement à tort , et 
seulement parcequ'il nous est parvenu de la collection de Lis- 
bonne. 

53° P. TriSÉRIALE. p. Triserialis. 

Coquille assez petite (9 lig. sur 8), turbinée, à spire très surbaissée, cou- 
ronnée, formée de deux à trois tours, dont le dernier, finement strié dans 
sa décurrence, porte trois séries de tubercules épineux, plus forts et plus 
saillants à la supérieure; ouverture grande , semi-ovale, à columelle droite, 
pointue, sans dents, ni guttules, ni sinus; couleur extérieure d'un blanc 
jaunâtre avec des bandes violettes, nombreuses, décurrentes entre les 
épines; l'intérieur orangé, sur-tout sur la columelle. 
Opercule de Pourpre. 

De l'Océan pacifique, sur les côtes de la Californie, d'où elle 
a été rapportée par M. P. E. Botta. 

Cette petite espèce que nous établissons d'après un seul indi- 
vidu a beaucoup de rapports, au premier aspect, avec la P. Del- 
toïde de M. de Lamarek; elle nous paroît cependant devoir en 
être distinguée par l'absence de dents au bord droit, par la cou- 
leur de l'ouverture qui est orangée, et parceque les zones exté- 
rieures ne sont pas pleines, mais composées de lignes violettes 
très nombreuses et rapprochées. 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 227 

54° P. Impériale. P. Imperialis. 

(PI. M,%. 6.) 

Coquille épaisse, solide, ovale-turbinée, de i3 !. sur 9, à spire peu élevée, 
pointue, formée de trois à quatre tours étages, striés dans leur décur- 
rence, et couronnée par des épines, longues, un peu rétrogrades, en deux 
rangs sur le dernier tour; ouverture assez grande, ovale, échancrée, sans 
sinus ni dents; couleur striée de rose violacé en dehors, toute blanche 
en dedans. 

Cette espèce, que nous avons trouvée désignée dans la collec- 
tion du Muséum sous le nom de P. imperialis, que nous avons 
adopté, est remarquable, sur-tout en ce qu'elle semble conduire 
aux Pyrules Mélongènes , division qui s'éloigne assez des vérita- 
bles Pyrulesi aussi sommes-nous fortement porté à penser que 
les Pyrula galeodes et melongena sont de véritables Pourpres. 
Malheureusement nous n'en connoissons pas encore l'opercule. 
Ce qui nous retient davantage dans le doute, c'est que la Pyrula 
nodosa de M. de Lamarck, qui est si voisine des Pyrules mélon- 
gènes, a un opercule qui n'est certainement pas celui d'une 
Pourpre. 

E. Esp. fusif ormes , c'est-à-dire ovales, alongées , renflées au mi- 
lieu, atténuées aux deux extrémités , et souvent même subcana- 
liculées, carénées ou couronnées ou non. 

55° P. CarinifÈRE. p. Carinifera. 

— Lamarck. VII, p. 241, n° 19. 
Martini. III, t. 100, f. gSo, et non gôi. 
Seba. III, t. 120, f. gSi. 

De l'Océan indien sur les côtes de Geylan, àTrinquemalay , 
d'après M. Reynaud. 



228 DISPOSITION MÉTHODIQUE 

Cette espèce, dont la collection du Muséum possède un assez 
grand nombre d'individus, paroît offrir beaucoup de variétés; 
en effet elle ne pi'ésente le plus souvent qu'une seule carène; 
mais quelquefois elle en a deux, comme M. de Lamarck l'a jus- 
tement fait observer. Ordinairement elle est ovale et assez courte-, 
mais elle a toujours une tendance à se scalariser, et alors sa spire 
s'alonge et les tours se disjoignent plus ou moins; enfin sa carène 
peut être simple ou être armée de tubercules épineux. 

56° P. Carénée. P. Carinata. 
Schub. et Wagner. Chemn. XII, p. i43, t. 233, 
fig. 4091-4092. 
Patrie inconnue. 

Il nous pai'oît probable que cette coquille doit être consi- 
dérée comme une simple variété de la précédente ; car elle n'en 
diffère que par l'absence des tubercules épineux de la carène. 

57° P. Escalier. P. Scalariformis. 

—Lamarck. VII, p. 241, n° 20. 

Cette espèce, qui n'existe pas dans la collection du Muséum, 
et dont M. de Lamai-ck ne cite pas de figure, a été établie par le 
célèbre naturaliste français, d'après une coquille assez fruste 
que nous avons examinée dans la collection de M. le duc de 
Rivoli; elle nous a paru différer réellement de la variété scala- 
riforme de la P. Carinata (Lk.), et de la P. Scalaris de Schubert 
et Wagner. 

Patrie inconnue. 

58" P. Scalaire. P. Scalaris. 
Schub. et Wagn. Conchyl. Cabin. XII, p. 147, 
t. 233, f. 4089-4090. 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 229 

La collection du Muséum ne possède pas cette espèce qui a 
évidemment beaucoup de rapports avec la P. Sacellum. (Lk.) 
Patrie inconnue. 

59° P. Pagode. P. Sacellum. 
— Lamarck. VII, p. 241, n°2i. 
Murex sacellum. Gmel. p. 35oo, n" i&/\. 
— Chemn.X, t. 162, f. i56i, i562 {satbona). 
Des mers de l'Inde, près les îles deJNicobar, d'après M. de Lamarck. 

60° P. RÉTICULÉE. P. Reticulata. 
— Quoy etGaymard. Astrolabe. Zool. (non fig.) 

Coquille assez petite (8 lig. sur 5 etdemie), ovale, aiongée, fusiforme, à spiie 
assez élevée, subturriculée , de quatre à cinq tours carénés, et comme 
guillocliés par des sillons décurreuts, imprimés de points, croisés par des 
stries d'accroissement bien marquées ; deux carènes et deux couronnes de 
tubercules oblongs sur le dernijçr et Favant-dernier; ouverture ovale, sub- 
canalicnlée, sans sinus posté-rieur; columelle étroite; 'ïouleur grisâtre en 
dehors comme en dedans, les tubercules des carènes d'un brun rougeâtre. 

Des mers australes au port Western, rapportée par MM. Quoy 
et Gaymard. 

Cette petite espèce a évidemment un assez grand nombre de 
rapports avec la P. Pagode de Lamarck; mais elle en diffère par 
la réticulation profonde, dont elle est sculptée à sa surface. 

61° P. Fusiforme. P. Fusiformis. 
(PI. II, fig. 7.) 

Coquille assez mince , épidermée , ombiliquée, fusiforme, à spire assez élevée, 
subturriculée, formée de cinq à six tours étages, comme étranglés à la 
suture , carénés et couronnés dans leur milieu , striés et subcerclés dans 
le reste, le dernier garni d'un rang d'épines comprimées; ouverture ovale, 
subcanaliculée , écbancrée, à bord droit festonné; la columelle lissé' et 



aSo DISPOSITION MÉTHODIQUE 

épaisse; couleur d'un blanc roussâtre, plus teintée sur les tubercules, toute 
blanche en dedans. (24 1- sur 16.) 

De la Noixvelle-Guinée, d'où elle a été rapportée par MM. Les- 
son et Garnot. 

De l'Océan Pacifique, sur les côtes de Masatlan, par M. P. E. 
Botta. 

Cette coquille, dont le Muséum possède trois ou quatre échan- 
tillons, pourroit bien être considérée comme un fuseau, voisin 
du F. Polygonoides. Lam., si l'on n'avoit pas égard à la manière 
dont la columelle est formée et se joint au canal. 

62° P. GasSIDIFORME. p. Cassidiformis. 

Coquille épaisse, solide, ovale, assez renflée, -subcaudée, subombiliquée, à 
spire courte, surbaissée, étagée , formée de quatre à cinq tours anguleux 
et subcarénés, aplatis à leur partie supérieure , striés, multicarénés dans 
leur décurrencaii et traversés par des côtes ou bourrelets plus ou moins 
marqués, sur-tout sur le dernier; ouverture grande, ovale, terminée par 
un canal médiocre, subascendant et oblique; columelle assez excavée 
et subanguleuse à son point de jonction avec le canal; bord droit assez 
évasé, et garni de onze à douze tubercules dentiformes; couleur d'un 
blanc roussâtre en debors , ventre de bicbe en dedans. (2 p. 9 lig. sur 
I p. II lig.) 
'Opercule de Pourpre. 

De Valparaiso, sur la côte du Chili, d'oii un individu a été 
rapporté par MM. Lesson et Garnot, et cinq ou six envoyés par 
M. Gaudichaud tout dernièrement. 

Cette espèce, dont nous avions d'abord fait une espèce du 
genre Fuseau, est bien une Pourpre d'après l'opercule et même 
îja,, forme de la columelle; elle a cependant une sorte de canal 
pouirt, obliquement ascendant comme dans les Cassidaires. 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 23 1 

63° P. À CÔTES, p. Costata. 
(PI. 11,%. 8.) 

Coquille petite (i i lig. sur 7), épaisse, solide, ombiiiquée, fusiforme, sub- 
caudée, à spire assez élevée, formée de quatre à cinq tours étages, ca- 
rénés, traversés par des stries égales, et par des costules au nombre de 
neuf sur le dernier; ouverture assez petite, ovale, terminée en avant par 
un petit canal subascendant ; couleur d'un gris-blanc en dehors , d'un 
blanc de porcelaine en dedans. 
Opercule de Pourpre. 

De l'Océan Pacifique, sur la côte de Masatlan, d'où elle a été 
rapportée par M. P. E. Botta. 

Cette petite espèce, dont nous n avons vu qu'un seul individu 
faisant maintenant partie delà collection du Muséum, est bien 
aisée à distinguer de toutes les autres par l'existence d'un canal 
évident, quoique court; aussi sans la connoissance de l'oper- 
cule on auroit pu avoir quelque doute sur le genre auquel elle 
appartient. 

64° P. Striée, P. Striata. 
— Quoy et Gaymard. Astrolabe. Zool. 

pi. 37, f. 12-14. 
Bucc. strigosum. Gmel. p. 3494? n" io3. 
Martini. IV, pi. 49, vign. 38, f. ab. 

Coquille médiocre, 20 lig. de long sur 10 à 1 1 de large, épidermée, épaisse, 
solide, oliviforme, à spire peu élevée, aiguë, formée de quatre à cinq tours, 
appliqués à la suture, striés fortement et un peu irrégulièrement dans 
leur décurrence, et traversés par des côtes onduleuses épaisses, au nom- 
bre de huit à neuf sur le dernier; ouverture assez grande, subpatulée, 
assez fortement échancrée en avant, avec un sinus en arrière; neuf dents 
pliciformes au bord droit, et deux à trois plis obsolètes à la columelle, 
large et anguleuse au milieu; couleur uniforme, rougeâtre en dehors, 
fauve en dedans. 
Opercule de Pourpre. 



232 DISPOSITION MÉTHODIQUE 

Des mers australes, sur les rivages de l'île Dorey, d'après 
MM. Quoy et Gaymard. 

Cette belle espèce, dont trois individus existent dans la col- 
lection du Muséum, est remarquable parcequ'elle est fortement 
épidermée, et pourvue de grosses côtes longitudinales. 

65° P. COSTULAIRE. P. Costularis. 
(PI. ii,fiS. 9.) 
Murex Costularis. Lamarck. VII, n° 5i, p. lyS. 
— E. M. pi. 419, f- 8 ab [pessima). 

Cette espèce, dont M. le duc de Rivoli possède plusieurs échan- 
tillons, provenant du cabinet de M. de Lamarck, et que nous 
avons étudiés, nous paroît devoir être rangée parmi les Pour- 
pres, malgré l'élévation delà spire, l'existence d'un canal évi- 
dent et des côtes qui sont rares dans ce genre; en effet l'ouver- 
ture a tous les caractères des Pourpres. 

Nous sommes porté à regarder comme une variété assez forte 
de cette espèce une coquille de la collection du Muséum, qui 
diffère principalement du M. Costularis de M. de Lamarck, en 
ce que la spire est beaucoup moins élevée, que les tours sont 
subcarénés, et sur-tout que le canal est beaucoup })lus pincé à 
l'extérieur, ce qui la fait ressembler davantage encore à un 
fuseau-, du reste, ce sont les caractères de la P. Costulaire, sept 
côtés subvariciformes au dernier tour, les sillons aigus, squa- 
meux et denticulant fortement le bord droit en dehors et l'ou- 
verture d'un beau violet. 

F. Espèces pyrif or mes ^ globuleuses ou ovales, mais peu ou point 
épineuses. '"' 

(Cette division renferme un certain nombre de coquilles ei| 



DES ESPÈCES RÉCEiSTES ET FOSSILES, ETC. 233 

général raccourcies, et-même pyriformes, quelquefois un peu 
alongées, toujours assez rudes, mais jamais épineuses, ni tuber- 
culeuses, ce qui les distingue de celles qui constituent la sec- 
tion des Pyriformes mélongenoïdes. 

66° P. Raccourcie. P. Abbreviata. 

Pyrula abbreviata. Laxaarck. VII, p. i^6, n" 24. 
— E. M. pi. 436, f. 4 ab (ma/a). . 
Murex Galea. Chemn. X, t. 160, f. i5i8- 

iSig" (sat bona). 
Patrie inconnue. 

Quoique l'opercule de cette coquille ne nous soit pas connu, 
nous croyons devoir la retirer du genre Pyrule, dans lequel 
M. de Lamarck l'a placée, pour en faire une Pourpre, d'après 
la considération de la columelle et de la couleur plus ou moins 
violette de l'ouverture. 

67° P. Courte. P. Brevis. 
(PI. II , fig. 10.) 

Coquille petite (8 lig. sur 6 ), courte, renflée, pyriforme, rugueuse, à spire 
très basse, pointue, formée de trois à quatre tours distincts, stibcarénés, 
traversés par des stries décurrentes, écailleuses, avec un rang d'assez 
grosses épines sur la carène, se prolongeant un peu encostules; ouver- 
ture grande, dilatée au bord droit, à columelle subombiliquée, aplatie et 
pointue; couleur uniforme d'un gris verdâtre en dehors comme en dedans. 

De la Méditerranée, sur les côtes de Sicile, d'où elle a été re- 
cueillie par Caron, marchand d'objets d'histoire naturelle. 

Cette coquille , dont la collection du Muséum ne possède qu'un 
échantillon sans opercule , nous paroît devoir être regardée 
comme une Pourpre et non comme une Pyrule, à cause de la 
forme de la columelle. * 

Annales du Muséum , 1. 1", 3' série. 3q 



2 34 DISPOSITION MÉTHODIQUE 

68° P. BezoAR. p. Bezoar. 

Pyrula. Bez. Lamarck. VII, p. i43, n" 16. 
Buccin. Bez. Gmel. p. 3490, n° 91. 
— Martini. III, t. 68, f. 754, 766 (sat bona). 
De l'Océan indien, sur les côtes de la Chine. 
De la mer Pacifique, sur les côtes de la Californie, d'après 
M. P. E. Botta. 

M. P. E. Botta a rapporté des côtes de la Californie une va- 
riété de cette coquille qui, au lieu d'être blanche en dedans, est 
rougeâtre ou couleur de chair assez intense; elle est aussi moins 
squameuse que la P. Bezoar de la Chine. 

Quoique nous n'ayons pas vu l'opercule de cette coquille , il 
nous semble qu'elle doit être retirée du genre Pyrule dont elle 
u'a nullement les caractères pour être rapprochée de la P. Cou- 
ronnée. 

69° P. DE GUINÉE. P. Guineensis. 
— Schub. et Wagn. Conchyl. Cabin. XII, p. i44î t- 282 . 
f. 4o83-4o84. {Perfecta. ) 

Le Labarin. Adanson. Sénégal, p. io3. Pi. 7, fig. 2. 
De la côte occidentale d'Afrique. 

70° P. CalLIFÈRÉ. p. Callifera. 

— Lamarck. VII, p. 240, n° 17. 
Patrie inconnue. 

71° P. Couronnée. P. Coronata. 

— Lamarck. VII, p. 241, n" 18. 
E. M. pi. 397, f. 4. 
Patrie inconnue. 

Qes trois espèces nous paroissent être nominales ; en effet la 
P. de Guinée de MM. Schubert et Wagner n'est sans doute 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 235 

qu'une variété de sexe femelle, étant plus courte, plus ventrue 
que la P. Couronnée, ainsi nommée, parceque le sinus posté- 
rieur du bord droit est relevé en une sorte de bourrelet bour- 
souflé formant couronne à la suture. 

Quant à la P. Gallifère de M. de Lamarck, l'inspection des 
deux individus de son ancienne collection nous a convaincu 
que ce n'étoit qu'une variété monstrueuse de la P. Coronata , 
dans laquelle le bourrelet coronal est formé d'une série de cal- 
losités gibbeuses. =:-jùj 

Dans le jeune âge, la Pourpre Couronnée a sa couronne pres- 
que réduite à une série décroissante de squames à bord con- 
cave, un peu comme dans certaines espèces de Pleurotomes. 
72° P. ThIARELLA. p. Thiarella. 

— Lamarck. VII, p. 246, n° Sy. 

D'après l'examen que nous avons fait de la coquille sur la- 
quelle M. de Lamarck a établi cette espèce, il nous semble 
qu'elle se rapproche beaucoup des variétés les plus alongées de 
la précédente. 

G. Espèces ovales a spire médiocre ou courte , également striée dans 
la décurrence, rarement couronnée, dont t ouverture est pa- 
tulée, striée , et rarement dentée au bord droit. 

( Les P. HÉMASTOMES. ) 

Cette division renferme d'assez grosses coquilles remarquables 
pai'ceque l'ouverture est toujours patulée ou au moins subpa- 
tulée, et parceque les stries décurrentes sont plus marquées, 
plus égales, et par la disparition fréquente même de la couronne 
du dernier tour. 

Nous les disposerons dans l'ordre des moins patulées à celles 
qui le sont le plus. 



236 DISPOSITION MÉTHODIQUE 

73° P. Consul. P. Consul, 
— Lamarck. VII. p. 23y, n° 6. 

Murex Consul. Chemn.X, t. 160, f. iSiô-iSiy, et t, XI, 
t. 187, f. 1796, f. 1797. 
Cette belle espèce que ne possède pas la collection du Muséum 
est une Pourpre hémastome, pour ainsi dire, exagérée pour la 
variété représentée f. 1 796-1 797 deChemnitz; tandis que celle 
des figures 1527 et iSaS du même conchyliologiste étant beau- 
coup plus courte, paroît s'en éloigner davantage; peut-être celle- 
ci provenoit-elle d'un individu mâle. 

M. de Lamarck les possédoit l'une et l'autre, et nous les avons 
observées dans la collection de M. le duc de Rivoli. 
74" P. HÉMASTOME. P. Hœmastoma. 
(PI. 12, fig. 1.) 
— Lamarck, VII, p. 288, n" II. 

Blainville. Faune Franc. Malacoz. I, p. i45, pi. 6, £ 2. 
Adanson. Seneg. p. 100, n" 7, f. i. 
Buccin. Hoem. Gmel. p. 3483, n° Sa. 
Bue. Lineatutn. Lamarck, VII, p. 268, n" 16. 
Bue. Cingulatum. Enc. Méth. p. 4oo, f. 6o4. 
Opercule de pourpre. 

Des mers de l'Amérique méridionale, sur les côtes du Brésil, 
d'où elle a été rapportée par MM. Quoy et Gaymard. 

De l'Océan atlantique, sur les côtes occidentales de l'Afrique, 
d'après Adanson et la collection du Muséum. 

De l'Océan atlantique, sur les côtes de France dans le golie 
de Gascogne, d'après la Faune française, et M. d'Orbigny le 
père, qui en a envoyé dernièrement trois individus au Muséum. . 
De la Méditerranée, sur les côtes de la Corse, d'après M. Pay- 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 287 

laudeau, et sur celles de la Sicile, d'après un individu de la col- 
lection du Muséum, vendu par un marchaftd nommé Garon, et 
sur la côte de Barbarie, d'après Chemnitz. 

De l'Océan indien, en admettant que le P. Consul ne seroit 
qu'une P. Hémastome exagérée, et même peut-être sans cela 
suivant Chemnitz. 

D'après cela, cette espèce existeroit presque dans toutes les 
mers, mais avec des différences saisissables. 

Celle de l'Océan indien atteindroit la plus haute taille, et 
auroit ses tubercules les plus saillants, sur un ou deux rangs 
au plus. 

La variété du Brésil viendroit ensuite pour la grandeur, l'é- 
paisseur, le développement des tubercules, et la vive coloration 
de l'ouverture 

Celle de la côte d'Afrique est sensiblement plus petite, ses 
tubercules sont moins marqués, et sur deux rangs, les deux an- 
térieurs étant peu prononcés. 

Celle de la Méditerranée paroît peu différer de la P. Hémas- 
tome de la côte occidentale d'Afrique. 

Enfin celle de l'Océan dans le golfe de Gascogne est évi- 
demment la plus petite de toutes; elle a généralement ses qua- 
tre rangées de tubercvdes plus évidentes, quoique moins sail- 
lants; l'ouverture est d'une couleur fort vive. 

Une autre variété dont nous ignorons la patrie, mais qui 
paroît tenir au sexe femelle, est plus ovale, sa spire est plus 
courte, ses tubercules beaucoup moins marqués, et alors c'est 
la coquille dont M. de Lamarck a fait son Buccinwn lineatum, 
figurée dans l'Encyclopédie méthodique sous le nom de B. cin- 
gulatum. Peut-être cependant est-ce une espèce distincte. 



2;38 DisposrnoN méthodique " 

-!o nS" p. BiSÉRIALE. P. Biserialis. 

) • no'i * (PI. II , fig. II.) 

Mur. Mancinell. Martin. III, t. loi , f. 966 (saf bona). 

Coquille solide, assez épaisse, ovale, à spire médiocre, pointue, formée de 
trois à quatre tours étages, striés finement avec une double carène de 
tubercules épineux sur le dernier; ouverture patulée, striée avec sept 
tubercules pliciformes au bord droit; couleur d'un gris blanchâtre en 
dehors, blanche avec le péristome d'un jaune orangé en dedans. 

De l'Océan Pacifique, sur le rivage de Masatlan, d'après 
M. P. E. Botta. 

Cette espèce, qui semble être le représentant de la P. Hémas- 
toine sur la côte occidentale de l'Amérique , en diffère cependant 
par moins de grandeur et par l'existence constante des sept tu- 
bercules pliciformes du bord droit. 

76° P. BiCOSTALE, P. Bicostalis. 
— Lamarck. VII, p. 245, n" 34- 
E. M. pi. 3^8, f. 5o6 (sat 6ona). 
Buccin, luteostoma. Ghemnitz. XI, p. 83, t. 137, f. 1800 

et 1801. 
P. Cataracta. Lamark. VII, p. 245, ii° 3o. 
— Chemn. X, t. iSa, f. i455. 

Des côtes de la Nouvelle-Zélande , d'après MM. Quoy et Gay- 
mard. 

Des mers du Sud et de celles de la Chine, d'après Chemnitz : 
en admettant toutefois que le Bue. luteostoma de ce conchyliolo- 
giste soit bien la P. bicostalis de Lamarck. 

D'après l'examen que nous avons fait de la coquille sur la- 
quelle M. de Lamarck a établie sa P. cataracta., il nous semble 





PI.. 



- £4 





â. M 






J'rvtre del • 

2. . J^. TiërùTJ'èe . 



S . 2^. reniée- 

$ . T ■ //npérca/e. 

j . J^ . /iiMriforrfie . 

8.2". à CoH'j- . 




^ ■ 2* . cOiTàilaire ■ 
jo . 2^ . courte^, 
ji . -/*. ôis-érmle . 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 23.9 

que c'est une simple variété de la P. bioostfilis.,^àoi\t,-^%mg,M^- 
fère que par l'absence des carènes. ' ; ■*'^ • f f.-.ii '-î'n i i,' (■ ' 
La figure de Chemnitz, que M. de Lamarck prend pour sa P. 
cataractWyne conviendroit-elle pas mieux à la P. limbascuPiit 

77° P. Rustique, P. Rmtica. h'h «uU» 

— Lamarck. VII, p. 246, n° 38. 
Patrie inconnue. 

P. UnIFASCIALE. p. Unifascialis. 

— Lamarck. VII, p. 247, n" 43- 
E. M., pi. 39, n° ^(sat bona). 

Patrie inconnue. 

D'après l'inspection de la coquille qui a servi à M. de Lamarck 
pour l'établissement de cette espèce, elle nous a paru bien voi- 
sine de la suivante. 

78°' P. Tachetée, p. Rudolphi. 

— Lamarck. VII, p. 235, n° 2. 

Buccin. Rudolphi. Ghemn. X, t. i54, f- 1467-14^8 {bona). 

— Martini. III, t. 69, f. 760 {sat bona). 

Cette espèce, qui offre un assez grand nombre de variétés, 
les unes noduleuses et les autres lisses , comme dans la figure 
citée de Martini , est sur-tout reconnoissable à une sorte d'échan- 
crure de l'origine du bord droit, dont les traces se conservent 
sous la suture, un peu comme dans les Pleurotomes. 
79° P. PUISOm. p. Haustorium. 
Buccin. Haust. Gmelin. p. 3498, n° 175. 

— Martini. III, t. 69, f. 760. 

Buccinum haustorium Qhftmn. t. X, tab. iSa, f. 1449- 
i45o. 
Opercule de Pourpre. 



24o DISPOSITION MÉTHODIQUE 

■Sî le ette belle espèce, dont un grand nombre d'individus existe 
dans la collection du Muséum, a été confondue tout-à-fait à tort 
par M. de Lamarck avec la P. persica , dont elle diffère par plu- 
sieurs caractères, entre autres par beaucoup moins d'épaisseur, 
plus d'évasement et de grandeur proportionnelle dans l'ouver- 
ture, parceque la columelle est plus étroite et plus pointue, et 
enfin par la coloration toute brune. 

Il paroît qu'elle est fort commune dans les mers de la Nouvelle- 
Zélande. 

80° P. Chocolat. P. Chocolatta. 

(PI. 12, f. 2-3.) 
De l'Océan pacifique, sur les côtes de la Californie, d'où elle 
a été rapportée par M. P. E. Botta. 

Cette belle coquille, dont la collection du Muséum possède 
deux individus, dont l'un a servi à notre figure, est très remar- 
quable et bien distincte de toutes ses congénères. Il y a déjà quel- 
ques années que nous en avions un bel individu rapporté par 
M. P. E. Botta j et nous l'avions nommée P. brune, mais M. Du- 
clos en visitant, en notre absence, la collection des Pourpres du 
Muséum, telles que nous les avions disposées dans notre labora- 
toire particulier, ayant dit que les Anglais l'avoient désignée sous 
la dénomination de P. chocolat, nous l'avons adoptée avec plaisir. 
Nous ignorons cependant quel est l'auteur qui a établi le pre- 
mier cette espèce. 

81° P. PerSIQEE. p. Persica. 
— Lamarck. VII, p. 235, n° r. 
— E. M. pi. 397, f. I ab (saf bona). 
Buccin. Persic. Gmel. p. 3482, n° 49- 
— Martini. III, t. 69, f. 760. 
Opercule de Pourpre. 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 24 1 

Les individus assez nombreux qui existent dans la collection 
du Muséum n'ont aucune origine certaine. 

De l'Océan des Grandes-Indes, d'après M. de Lamarck, et plus 
rarement dans le golfe Persique. 

82° P. MONODONTE. P. Monodonta. 

— Q"oy et Gaymai'd. Astrolabe. ZooL, 

pi. 37, f. 9-21. ' 

Coquille assez petite (7 lig. sur 4), ovale un peu alongée^ comme déprimée, 
à spire courte, pointue, formée de trois à quatre tours arrondis, séparés 
par une suture enfoncée, marqués de stries décurrentes fines et égales; 
ouverture très patulée , par le grand élargissement de la coluraelle excavée, 
et garnie d'une petite dent à sa jonction avec le canal; bord externe tran- 
chant et fort mince; couleur d'un blanc sale en dehors, et d'un beau blanc 
de porcelaine en dedans, teinté de violet sur la columelle. 

De Tongatabou, d'après MM. Quoy et Gaymard. 
Cette jolie espèce, dont un individu existe dans la collection 
du Muséum, est fort remarquable à cause de la petite dent 
qu'elle offre à la fin de la columelle. Du reste, par sa forme elle 
rappelle un peu la coquille qu'on regarde comme le commen- 
cement du magile. 

83" P. ÉPAISSE, p. Crassa. 
' (PI. 12, f.g.4.) 

Coquille solide, épaisse, pesante, épidermée, ovale, courte ou semi-globu- 
leuse, à spire courte, obtuse, formée de trois à quatre tours, peu distincts, 
striés d'une manière fort égale dans leur décurrence; ouverture ovale, 
assez patulée avec 12 a i5 plis en dedans du bord droit, et une sorte de 
grosse guttule obsolète à la partie antérieure delà columelle excavée; 
couleur uniforme, brune en dehors, jaune avec quelques nuances de violet 
en dedans. 

Cette singulière espèce est établie d'après une belle coquille 

Annales du Muséum, t. I", 3' série. 3 1 



342 DISPOSITION MÉTHODIQUE 

de la collection du Muséum ; elle a été acquise d'un marchand 
anglais; mais nous ignorons dans quelle mer elle habite. 
84° P. DE CallAO, p. Callaoensis. 

— Gray. Spizil. Zool. I, tab. 3. 

Coquille assez mince, ovale, semi-globuleuse, à spire assez peu élevée, 
formée de trois à quatre tours arrondis, striés également et finement dans 
leur décurrence; ouverture large, patulée, à columelle mince, arquée, sans 
guttules ; bord droit tranchant strié intérieurement ; couleur uniforme , 
bnine en dehors, d'un blanc jaunâtre en dedans. 

De l'Océan pacifique, sur la côte de Gallao, d'après M. Gray, 
et un individu envoyé à la collection du Muséum, par M. Gau- 
dichaud, médecin de la marine. 

85° P. DE l'Ascension. P. Ascensionis. 

— Quoy et Gaymard. Astrolabe. 

Zoologie. ( non fig. ) 

Mur. Moiga dictus. Martini. III, 

t. 120, f. 961-962. 

Coquille épaisse, solide, ovale, renflée, ou semi-globuleuse, à spire très 
surbaissée, formée de deux à trois tours, aplatis en dessus, subcarénés, 
et sillonnés par des stries décurrentes jusqu'au bord droit qu'elles denti- 
culent; ouverture grande, patulée, échancrée en avant, avec un sinus 
subcanaliculé et arrondi en arrière; des plis nombreux au bord droit, et 
trois à quatre grandes guttules violettes sur la columelle; couleur brune 
en dehors et blanche en dedans. 
Opercule de Pourpre. 

Des rivages de l'île de l'Ascension, d'après MM. Quoy et 
Gaymard. 

C'est avec grande raison que M. Quoy a distingué cette belle 
espèce de la P. à 2 taches avec laquelle Martini, et ensuite 
M. de Lamarck même l'avoient confondue. En effet, outre le 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 243 

nombre des guttules de la columelle qui sont toujours au moins 
au nombre de trois, la coquille est sillonnée de manière à den- 
ticuler le bord droit, tandis que la P. à 2 taches est constamment 
hérissée de plusieurs rangées d'épines , ce qui la porte dans une 
tout autre division. 

86° P. NÉRITOIDE. P. Neritoidea. 
Murex Neritoideus. Gmel. p.SSSg, n° 169. 
— Chemn. X, t. i63, f. lôyy-iS^S (perfecta). 
Fusus Neritoideus. E. M. pi. 435, f. 2 ab (sert bona). 
Py rula JVeritoidea. l^amarck. VII, p. 146, n° 25. 
Opercule de Pourpre. 

Des rivages des îles de Nicobar, d'après Ghemnitz. 
De ceux de l'île de Dorey et de la Nouvelle-Hollande, d'après 
MM. Quoy et Gaymard qui, les premiers, ont pu rapporter cette 
espèce à son genre naturel. 

Gette jolie coqviille, remarquable par l'intensité de la couleur 
violette qui en colore tout l'intérieur, nous paroît devoir être 
placée dans ce genre par la considération seule de la forme de 
la columelle •, mais c'est ce qui est mis hors de doute par la 
forme de l'opercule. 

H. Espèces patelliformes ou a peine spirées au sommet, plus ou 
moins rugueuses , a ouverture tout- a- fait patulée, a péris' 
tome continu , non modifié. 

» Les P. Patelliformes. [G.Concholepas.'Lam.) 

87° P. DU PÉROU. P. Peruviana. 

Concholep. peruv. Lamarck. VII, p. 253, n" i. 
Buccinum Concholep. Brug, Dict. n° 10. 



244 DISPOSITION MÉTHODIQUE 

Patella Lepas. Gmel. p. 3697, n° 26. 
— Ghemn. X, p. Sac. Vign. 25, f. AB. [Mediocris.) 
Opercule de Poui'pre. 

M. Lesson a donné une description complète de cette espèce, 
cest-à-dire de l'animal et de sa coquille, dans la zoologie du 
voyage de la Coquille. 

La collection du Muséum possède une jolie variété de cette 
espèce, remarquable en ce qu'elle n'offre qu'onze grosses côtes 
très squameuses, que le sommet est tout-à-fait marginal, spire, 
et que le canal forme à l'extérieur une torsade très saillante et 
très squameuse, sans que les dents contiguës à l'échancrure 
soient plus saillantes que les autres. Elle est aussi bien plus 
petite. 

88° P. Cabochon. P. Pileopsis. 

Coquille très grande, ovale un peu alongée, patelliforme, à sommet subspiréj 
mais assez élevé au-dessus du bord ; ouverture moins patulée au bord gau- 
che que dans l'espèce précédente; les deux dents avancées, contiguës à 
réchancrure , plus serrées l'une contre l'autre. ■ 
Opercule de Pourpre. 

Des côtes du Chili, d'où elle a été envoyée au Muséum par 
M. Alcide d'Orbigny. 

M. Lesson ayant assuré qu'il y avoit deux espèces de Pourpre 
Concholépas, nous avons cherché à confirmer cette assertion, et 
nous croyons avoir trouvé des différences qui ne tiennent pas 
aux sexes , dans la disposition du sommet presque marginal dans 
la P. du Pérou, et toujours au-dessus du bord dans celle 
du Chili, dans la forme du bord gauche toujours bien plus 
large dans celle-ci que dans celle-là, et même dans la largeur 
de la goutière qui sépare les deux dents avancées contiguës à 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 245 

l'échancrure. Ces différences sont-elles suffisantes pour carac- 
tériser une espèce? C'est ce que nous n'osons pas assurer, jus- 
qu'à ce que les animaux aient été suffisamment étudiés. 

I. Espèces ovales, striées, rugueuses h la surface , de couleur 
uniforme; à oiiverture quelquefois dentée en dedans du bord 
droit, mais toujours pourvue d'une saillie en forme de corne 
au quart antérieur de ce bord. 

Les p. Licornes. {G. Monoceros. Lk.) 

Cette division offre des coquilles qui ont tous les caractères 
des véritables Pourpres, et qui ii'en diffèrent qu'en ce que, à 
tout âge, une des saillies qui forment les dentelures marginales 
du bord droit, est constamment beaiicoup plus longvie que les 
autres, et forme ainsi une sorte de corne aiguë, un peu re- 
courbée en dehors. 

Ce caractère se rencontre dans des coquilles d'un autre 
genre que celui des Pourpres, par exemple dans celle que M. de 
Lamarck a nommée Monoceros cingulatum, qui est une vraie 
Turbinelle, non seulement à cause des plis de la columelle , mais 
encore par la structure et la forme de l'opercule, en tovit sem- 
blable, à celui des Murex. 

89° P. Géante. P. Gigantea. 
Monoceros giganteum. Lesson. Voyage. Coquille. Zool. 
MoUusq. p. 4o5, pi. 1 1, £4,4'- 

Cette coquille, qu'au premier aspect et sans connoître l'oper- 
cule, nous avions rangée parmi les Fuseaux, à cause de la queue 
bien évidente que forme le canal de l'ouverture, doit cependant 
faire partie de la division des Pourpres licornes, comme l'a très 
bien établi M. Lesson (loc. cit.). Nous ne croyons cependant pas 



246 DISPOSITION MÉTHODIQUE 

que cet auteui' ait réellement connu l'opercule de sa Licorne 
géante, car celui qu'il figure est trop petit et n'a guère la forme 
de l'opercule de la collection du Muséum, et dont l'origine est 
certaine. C'est du reste tout-à-fait un opercule de Pourpre, 

90° P. Imbriquée. P. Imbricata. 

Monoceros imbricatum. Lamarck. VII, p. aSi, n° 2. 

— E. M. pi. .396, fig. I ab Çbona). 
Buccinwn monodon. Gmel. p. 3483, n° 5oi. 

Buccin, imbricatum. Chemn. X, t. i54, f. 1469- 1470 

(bond). 

Des mers Magellaniques, sur les côtes du détroit de Magel- 
lan et de la terre de Feu , d'après Chemnitz. 

91° P. Striée. P. Striata. 

Mon. striatum. Lamarck. VII, p. aSi, n° 4- 
Mon. Nainvhal. E. M. pi. 896, f. 5 ab (^sat bona). 
Patrie inconnue. 

92° P. Glabre. P. Glabrata. 
Monoc. glabratum. Lamarck. VII, p. 261, n" 4- 

— Eue. méthod. pi. 396, f. 5 ab (sat bond). 
Patrie inconnue. 

93° P. DE LA Nouvelle-Hollande. P. Novœ-Hollandiœ, 

(PI. 12, fig. 5.) 

Coquille épidermée, médiocre ( i4 Hg- sur 10), assez épaisse, ovale, à spire 
un peu élevée, aiguë, pointue, formée de quatre à cinq tours peu dis- 
tincts, et traversés par des stries fines, égales et peu marquées, avec un 
sillon au-dessus du cordon columellaire; ouverture ovale, à bord colu- 
mellaire presque droit, à bord droit mince et tranchant, pourvu d'une 
corne assez courte; couleur uniforme, brune en dehors, blanche en dedans. 
Opercule de Pourpre. 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 247 

Des côtes de la Nouvelle-Hollande, d'où elle a été l'apportée 
en grande abondance par MM. Quoy et Gaymard. 

Cette espèce, dont le Muséum possède un grand nombre d'in- 
dividus, paroît assez peu différer de la licorne glabre de M. de 
Lamarck ; elle est cependant, en général, plus petite; elle n'est 
pas lisse, et sa patrie paroît être différente. 

94° P. LÈVRE-ÉPAISSE. P. Crassilabiixw. 

Mon. crassilabrum. Lamarck. VII, p. 262, n° 5. 
— Enc. méthod. pi. 896, f. 2 ab. 
5uccm. unicornu. Brug. Dict. n° 1 3. 

Du Chili, d'où elle a été rapportée par MM. Lesson et Garnot. 
Des mers Magellaniques, d'après M. de Lamarck. 

K. Esp. ovales, épaisses, peu ou point épidermées , striées et sou- 
vent cerclées dans la décurrence des tours de spire; ouver- 
ture peu patulée et assez fortement échancrée. 

Les p. Lapilliennes. 

95° P. A Teinture. P. Lapillus. 

• — Lamarck. VII, p. 244? n° 3o. 

— Blainv. Faun. Fr. Malacoz. I, p. 146, pi. 6, fig. 3. 
Buccin, lapillus. Gmel. p. 3484, n° 53. 

— Martini. III, tub. 121, f. 1111-1112, et tab. 122, 
f. 1 1 28 (mec?iOcm). 

Le Sadot. Adans. Sénég. p. 106, pi. 7, f. 4 (bond). 
a ) Var. squamosa. 

P. imbricata. Lamarck. VII, p. 244? u" 3i. 

— Martini. IV, t. 122, f. 1 124-1 126, et t. i23, f. 1 136- 
ii3'J (mala). 

b) Var. bizonalis. 



2 48 DISPOSITrON MÉTHODIQUE 

P. bizonalis. Lamarck. VII, p. 249, n° 49- 

— Martini, IV, t. 122, f. 29 
c ) Var. major et elatior. 

Opercule de pourpre. 

Des mers du Nord , sur toutes les côtes de celles de la Manche , 
de l'Océan atlantique jusque dans les mers du Sénégal. 

D'après l'étude que nous avons faite des coquilles nommées par 
M. de Lamarck P. imbricata et bizonalis^ nous nous sommes as- 
suré que ce ne sont que de simples variétés , l'une jaune et squa- 
meuse, l'autre avec deux zones fauves du P. lapillus. 

Quant à la ti^oisième variété, elle est plus importante, parce- 
qu'elle offre quelques caractères distinotifs ; en effet, elle est en 
général plus grande, sa spire est plus élevée ; elle est plus ombi- 
liquée, et, enfin, les stries qui la traversent, alternativement 
plus grosses et plus petites , semblent la rapprocher de la P. ru- 
qosa de M. de Lamarck. Nous pensons cependant que ce n'est 
(ju'une forte vai-iété de la Pourpre à teinture. Nous l'avons 
trouvée, en effet, plusieurs fois sur les rivages de la Manche 
avec celle-ci. 

96° P. BUCCINOIDE. P. Buccinoïdea. 

— Blainv. Faun. Franc. Malacoz. I, p. 48, pi. 6, fig. 5. 
De la Méditerranée, d'après M. Deshaies. 

97° P. Rugueuse, p. Paigosa. 

— Lamarck. VII, p. 242 , n° 28. 

— Martyns. Conchyl. t. i,f. 7. 

Bue. orbita lacunosa. Ghemn. X, t. 154, f. ^\']'^- 
Bue. bicostatum. Brug. Diction. I, p. 248, n° 7. 
Bue. lacunosum. Brug. Diction, p. 268, n" ig. 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 24^ 

Opercule de Pourpre. 
De la Nouvelle-Zélande. 

98° P. Nattée. P. Textilosa. 

— Lamarck. VII, p. a/p» n° 2^. 

— Enc. méthod. pi. 898, f. 4 at> (rudis sed sat bona). 
Opercule de Pourpre. 

De la Nouvelle-Hollande. 

99° P. COEDELÉE. P. Succincta. 

— Lamarck. VII, p. 236, n 5. 

— Enc. méthod. pi. 898 , f. i ab. 
Buccin, orbita. Gmel. p. 8490, n° i83. 

— Chemn. X, t. i54, f. 1 471-1472 {bona). 

Opercule de Pourpre. 

De la Nouvelle-Zélande. 

D'après le grand nombre d'individus de ces trois espèces, 
que possède le Muséum, et qui ont été rapportées successivement 
par Pérou et Lesueur, par MM. Quoy et Gaymard, par MM. Les- 
son et Garnot, il nous semble qu'elles doivent n'en former réel- 
lement qu'une seule ; en effet, elles passent de l'une à l'autre par 
des nuances presque insensibles. On pourra même trouver à y 
distinguer plusieurs autres variétés, et entre auti^es une qui a 
une ou deux rangées de tubercules mousses, avec le péristome 
jaune, ce qui lui donne des rapports évidents avec la P. Hémas- 
tome; et une seconde qui offre, sur le dernier tour, de grosses 
côtes mal formées, et croisées par des stries décurrentes. 
100" P. Cabestan. P. Trochlea. 

— Lamarck. VII, p. 248, n° 4^- 

Triton trochlea. Enc. méthod. pi. 4^2, f. 4 ^b (*<^^ 
bona). 
Annales du Muséum, t. I", 3' série. 32 



25 o DISPOSITION MÉTHODIQUE 

Buccin, trochlea. Brug. Diction. n° 8. 
Bue. scala. Gmel. p. 3485, n" 6i. 

— Martini. III, t. ii8, f. 1089 ab {mediocris). 
a Var. bicostalis. 

— Bruf>. Diction. n° 8. 
b Var. tricostalis. 

c Var. quadricostalis . 

— Bue. scala. Gmel. p. 3485, n" 61. 

— Schroeter. Einl, I, p. 36o, t. 2, f. 8 [bona). 

Des mers Magellan iques, d'après Bruguière et M. de Lamarck. 

Du cap de Bonne Espérance, d'après la collection du Muséum 
et M. Vereaux fils, qui l'en a rapportée. 

Des Indes orientales , d'après Martini. 

Cette espèce offre un assez bon nombre de variétés d'âge; en 
effet, très jeune, les intervalles de ses cercles sont treillisés. 

Une autre variété , dont le Muséum possède trois individus , 
et qui a quatre cercles décurrents au lieu de trois, vient du cap de 
Bonne-Espérance, d'après MM. Quoy et Gaymard. C'est celle 
que Gmelin a décrite comme type de son B. scala. 

Enfin, Bruguière eu cite une troisième variété qui n'en avoit 
que deux, soit naturellement, soit par la réunion en une seule 
des deux cercles inférieurs. 

101° P. ÉCAILLEUSE. P. Squamosa. 

— Lamarck. VII, p. 242, 11° 22. 

— Enc. méthod. pi. 398, f. 2 ab. 
Opercule inconnu. 

Patrie inconnue. 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 261 

102° P. Grillée. P. Clathrata. 
(PL 12, f. 6.) 

Coquille assez petite, ovale, un peU alongée, fusiforme, subcaudée, à spire 
aiguë, un peu élevée, formée de cinq tours, arrondis, renflés, séparés 
par une suture profonde , et cannelés par des stries décurrentes , croisées 
par des subcostules nombreuses ; ouverture subcanaliaulée , échancrée ; 
colnmelle étroite, lisse, ainsi que le bord droit; couleur fauve en dehors, 
blanche en dedans. 
Opercule inconnu. 

Des mers du cap de Bonne-Espérance , d'après Delalande 
fils. 

Cette espèce, que nous établissons d'après trois ou quatre in- 
dividus, pourroit bien n'être qu'une variété de la précédente, 
dont elle a tout-à-fait la forme. 

io3° P. Ovale. P. Ovalis. 

(PI. 12,fig. 7.) 

Coquille fort petite, ovale, un peu alongée, fusiforme, à spire médiocrement 
élevée, composée de quatre à cinq tours arrondis, subcarénés, traversés 
par des stries inégales décurrentes, nombreuses, croisées par des séries 
de petites squames enfoncées; ouverture ovale, un peu patulée; à colu- 
melle étroite, excavée; couleur grisâtre en dehors, noire en dedans. 
Opercule inconnu. 

Du cap de Bonne-Espérance, recueillie par M. Reynaud. 

Cette espèce est évidemment fort voisine de la précédente, 
dont elle diffère cependant par les séries de points enfoncés qui 
croisent les cordons déçu rrents bien plus saillants. 
104° P. Cheville. P. Clavus. 

— IJamarck. VII, p. 248, n" 46- 
Opercule inconnu. 
-. ; Patrie également inconnue. 



2^2 DISPOSITION MÉTHODIQUE 

Cette espèce est établie sur une petite coquille unique, de la 
collection de M. de Lamarck, et qui n'est peut-être qu'une mons- 
truosité, du moins dans l'élévation de la spire. 

Nous avons, en effet, vu, dans la collection de M. le docteur 
Keraudren, une coquille beaucoup plus grande, offrant égale- 
ment un cordon décurrent à l'angle des tours de spire fortement 
étages, mais lisses, sans costules obsolètes sur le dernier , et dont 
la spire est beaucoup moins élevée. 

io5° P. SpirÉE. p. Spirata. 
(PI. I2,fig. 8.) 

Coquille de 12 lig. de long, sur 6 de large, épaisse, solide, ovale, fusiforme, 
à spire assez élevée, subturricùlée, formée de quatre à cinq tours, dont 
les premiers sont cordonnés par des séries décurrentes de squames, le 
dernier seulement strié; ouverture ovale, subcanaliculée, columelle lisse, 
subombiliquée . cinq denticules au bord droit; couleur brune en dehors, 
d'un blanc violet en dedans. 
Opercule de Pourpre. 

Des îles Sandwich , d'où elle a été rapportée par M. P. E. 
Botta. 

Cette jolie espèce nous paroît parfaitement distincte de toutes 
celles qui composent aujourd'hui le genre Pourpre, principale- 
ment par la différence de travail que présentent les tours de la 
spire à leur surface. 

L. Espèces oliviformes évidemment échancrées à l'ouverture , et 
striées finement en travers ou presque lisses. 

Les P. Oliviformes. 

Les espèces de Pourpres qui entrent dans cette division offrent 
tant de ressemblance avec plusieurs Buccins, que nous avions 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 253 

d'abord cru qu'elles dévoient faire partie de ce dernier genre; 
mais l'opercule étant semblable à celui des Pourpres, nous 
avons dû les laisser dans ce genre. 

io6° P. Guirlande, p. Sertum. 

— Lamarck. VII, p. 240, n° 20. 

— Enc. méthod. pi. 697, f. 2 [sat bonci). 
Buccin, coronatwn. Gmel. p. 3486, n° 68. 

— Martini. III , t. 1 2 1 , f. 1 1 1 5-i 1 1 6 {inediocris). 
Opercule de Pourpre. 

Des côtes de Tranquebar, d'après Martini. 

107° P. FRANCOLIN. p. Francolinus. 
^ Lamarck. Vil , p. 243, n° 26. 
Buccin, fraticol. Brug. Diction. n° 24. 

— Seba. m, t. 53, f. T (sat 6o7ia). 

Cette coquille doit-elle être réellement considérée comme 
une espèce distincte de la précédente? Nous en doutons beau- 
coup. 

108° P. TruitÉE. p. Maculosa. 

— Blainv. Faun. Fr. Malacoz. I, p. 1 40, pi. 6, fig. 6. 
Purp.' variegata. Schub. Wagn. Conchyl. Cabin. XII, 

p. i48,t. 233, f. 4o93-4og4 {sat bona). 
— Riséo. Europ. Merid. IV, p. i6y, n° 428. 
Buccin, maculoswn. Lamarck. VIT, p. 269, n° 19. 
. — Enc. méthod. pi. 4oo, f. 7 ab. 
De la Méditerranée. 

Quoique l'opercule de cette coquille ne soit pas tout-à-fait 
celui d'une Pourpre, et qu'il ait quelque chose de celui des Buc- 
cins, cependant la columelle offre si bien les caractères du pre- 



254 DISPOSITION MÉTHODIQUE 

mier de ces genres, que nous avons cru devoir la laisser dans la 
même division que la P. guirlande, avec laquelle elle a tant de 
ressemblance. 

109° P. Loiret, p. GUrina. 

(PI. 12, fig. 9.) 

Coquille petite (ylig- et demie sur 4), ovale, oliyiforme, striée, formée de 
cinq à six tours assez peu distincts, les deux ou trois premiers striés et 
côtelés; les autres striés et presque cordelés dans leur décurrence ; ou- 
verture ovale, médiocre, échancrée en avant, avec un sinus limité par 
deux dents en arrière; columelle lisse, avec deux guttules pliciformesà 
sa terminaison; bord droit assez finement denticulé en dehors, et plissé 
en dedans; couleur variée de violet et de gris, avec une bande blanche 
décurrente en dehors, subviolette en dedans. 

De la Nouvelle-Hollande , d'où elle a ëté rapportée par MM. Pé- 
ron et Lesueur. 

Nous avons trouvé deux individus de cette espèce désignés 
sous le nom que nous avons adopté, dans la collection du Mu- 
séum. Elle a presque tous les caractères de la P. truitée, avec 
cette différence que les stries décurrentes sont bien moins nom- 
breuses, plus profondes et subcerclées; les tours de spire sont 
aussi plus distincts. Le canal est plus court et les dents plici- 
formes mieux marquées. Elle est d'ailleurs toujours plus petite. 

IL FOSSILES. 

A. ( P. COLOMBELLOIDES. ) 

1° P. CaNCELLAROIDE. p. Cancellaroides. 
Nassa cancell. Basterot. Bord. p. 6, pi. 3, f. 8. 
Des terrains tertiaires de Dax, d'après M. de Basterot. 
Des faluns de la Touraine, d'après M. Lajoie, qui en a donné 
deux individus au Musévxm , provenant de cette localité. 



T^I. 





J'reirc t&i. 

1 . JP . Ji^ia^rloT^ne (var'.J 

z . F . CJiocoïaù. 

J . /a ni^??ie en de/iaTu- . 





^ . F. épaz<rse . 7 ■ -^- oua/c 

j ■ F. de 2a.Woia>e2le^So/la7i^ , 8 -F. j^zrea ■ 
(S , F, arillee . S ' -^' -^"Tre/: 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 255 

Cette jolie espèce de coquille nous semble n'avoir aucun des 
caractères des Nasses, et au contraire offrir tous ceux d'une 
Pourpre de la division des Colombelloïdes ovi Sistres. 
2° P. DE LassaiGNE. p. Lassaignii. 
— De Basterot. Bord. p. 3oo, pi. i, flg. 1 1 abc. 
Des terrains tertiaires des environs de Bordeavix, de Leogmau, 
d'après M. de Basterot 5 et des environs de Montpellier, d'après 
M. Marel de Serres. 

E. (P. Pyriformes.) 

3° p. Thiare. p. Thiara. 

Coquille ovale, un peu alongée, ou subfusiforme, assez -épaisse, à spire aiguë, 
formée de cinq à six tours; les deux premiers arrondis, les autres étages, 
striés, couronnés par un cordon décurrent de tubercules aigus vers la 
suture, outre une série de tubercules mousses obsolètes sur la carène; 
une rigole décurrente au-dessous; ouverture ovale, assez étroite, formée 
en dedans par une callosité columellaire épaisse, arrondie, très excavée 
supérieurement, et se terminant en avant par une pointe élargie, et un peu 
rebroussée; bord droit? 

Des terrains tertiaires des environs de Paris. 
Cette espèce, établie d'après un individu unique donné à la 
collection du Muséum par M. Lajoie, présente l'aspect de cer- 
taines Pourpres couronnées. Quoiqu'elle ait une rigole décur- 
rente qui se remarque dans les licornes, nous ne pensons pas 
qu'elle appartienne à cette division , c'est-à-dire qu'elle ait jamais 
eu de corne: ce qu'on ne peut cependant assurer, le bord droit 
étant incomplet. 

I. (P. LiCORNÉES.) 

4° P. MONACANTHE. P. Monacantha. 
Buccinum nionacanthos. Brocchi. Conchyl. Subapp. II, 
p. 33 1, t. 4, fig- 12. 



2 56 DISPOSITION MÉTHODIQUE 

Des terrains tertiaires d'Italie. 

5° P. DE LAON. p. Laudunensis. 
— Defrance. Diction, des Se. nat. XLIII, p. 247. 

Coquille ovale, globuleuse, subpyriforme , épaisse, solide, à spire très 
courte, subaiguë, formée de trois à quatre tours lisses ou finement 
striés, avec une rigole décurrente sur le dernier; ouverture ovale , éeban- 
crée en avant, sinueuse en arrière; columelle recouverte par une callosité 
épaisse, sur-tout en arrière; bord droit pourvu en arrière d'une petite 
avance, du dos de laquelle part le sillon, et d'une corne en avant. 

Des terrains tertiaires des environs de Laon. 

La description que nous donnons de cette espèce, d'après une 
coquille de la collection du Muséum , convient-elle exactement à 
celle dont M. Defrance a fait sa Pourpre de Laon ? C'est ce que 
nous ne voulons pas assurer, mais ce qui nous semble fort pro- 
bable. 

K. (P. Lapilliennes.) 

6° P. TÉTRAGONE. P. Tetragona. 
— Fleming. Brit. ^nim. p. 241, n° 2. 
Buccin, tetrag. Sowerb. t. 4ii,f- i, t. V, p. i3. 
Du Crag des environs de Norfolk, d'après M. Sowerby. 
7" P. Crispée. P. Crispata. 

— Fleming, p. 34i, n° i. 

Buccin, crisp. Sowerb. V, p. 12, t. 4i3, f. i-3. • 
Du terrain de Crag des environs de Suffolk, en Angleterre, 
d'après M. Sowerby. 

A en juger par la figure, cette espèce a la plus grande ana- 
logie avec la variété major du P. lapillus des côtes de la Manche. 
8° P. ÉPAISSIE. P. Incrassata. 

— Fleming. Brit. Anini. p. 34 ï, n° 3. 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 267 

Buccin, incrass. Sowerb. V, p. i3, t, 4i45 f- ^• 
Du terrain de Crag aux environs de Suffolk, en Angleterre, 
d'après M. Sowerby. 

9° P. Imbriquée. P. Imbricata. 

Murex imbricatus. Brocchi. II, p. 4o8, n° aS, t. 7, f. i3. 
Des terrains tertiaires du Plaisantin , d'après Brocchi. 
D'après l'inspection de la figure, qui paroît être fort bonne, 
il nous semble que cette coquille doit être regardée comme une 
Pourpre. 

10° P. A Teinture, p. Lapittus. 

— Lamarck. Ann. du Mus. II, p. 64, n" i. 

— Vélins du Mus. n" 45, f. 5. 

De Courtagnon , aux environs de Reims. 

D'après les observations de M. Defrance, art. Pourpre (Diction, 
des Se. nat., tom. XLIII , p. 247), il est très probable que c'étoit 
par supercherie que Denys Montfort avoit entraîné M. Lamarck 
à admettre cette espèce comme fossile, du moins à Courtagnon. 

CONCLUSIONS. 

Dans l'état actuel de nos connoissances le nombre des espèces 
du G. Pourpre, tel que nous l'avons défini, connues à l'état récent 
ou à l'état fossile, est d'au moins cent quinze; mais, à en juger 
d'après les espèces nouvelles qui existent dans la collection de 
M. le duc de Rivoli et de M. Lajoie, on peut le porter à cent 
trente ou à cent quarante. 

Dans ce nombre cinquante sont nouvelles, du moins en pre- 
nant pour point de départ le système des animaux sans vertè- 
bres de M. de Lamarck. 

j^nnales du Muséum, t. I", 3" série. 33 



258 * DISPOSITIOJN MÉTHODIQUE 

Quelques unes de celles-ci étoient connues, mais étoient à 
tort rapportées par lui au genre Murex, comme les M. Granosus 
et Concatenatus. 

Dix à douze au contraire ont dû être retranchées du genre 
Pourpre parcequ'elles n'en ont pas les caractères : telles sont 
la P. Nucleus, qui est une Planaxe, la P. Retusa, qui est une 
Mélanopside fossile, la P. Semi-imbricata , qui est un Murex, 
la P. Vexillwn, qui est une Oniscie, les P. Ligata, Limbosa, 
Cruentata et Lagcnaria, qui sont des Buccins de la même espèce, 
la P. Fasciolaris , qui est un Fuseau , et enfin le Monoceros cincju- 
latum, qui est une Turbinelle. 

Les cent quinze espèces que nous avons définies ont pu être 
disposées dans une série assez naturelle pour indiquer le passage 
des Murex aux Buccins, et confirmer par conséquent que le 
genre Pourpre leur est intermédiaire. 

Elles ont pu être réparties dans onze petits groupes ou sec- 
tions susceptibles d'être assez nettement caractérisés \ savoir : 

A Les P. Golombelloïdes, Nassoïdes, ou Sisti'es. 

B Les P. Ricinules. 

C Les P. Semi-Ricinules. 

D Les P. Echinées. 

E Les p. Pyriformes. ^ ^ 

F Les P. Fusiformes. 

G Les P. Patulées. 

H Les P. Patelliformes. 

I Les P. LicOrnées. ;.-,,; 
K Les P. Lapilliennes ou Buccinoïdes. 

L Les P. Oliviformes. 

II existe des Pourpres vivantes dans toutes les mers; mais le 



DES ESPÈCES KÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 269 

nombre des espèces s'accroît d'une manière remarquable des 
mers septentrionales aux mers australes : en effet, une seule 
se trouve dans celles-là, tandis que les trois quarts des autres se 
remarquent dans l'iiémisj^hère austral. 

Les mers du Nord, du moins celles d'Europe, et très pro- 
bablement celles d'Amérique , ne renferment qu'une petite 
espèce, la P. Lapillus. C'est la seule qu'on rencontre dans la 
Baltique, dans les mers d'Angleterre, dans la Manche, et même, 
à ce qu'il paroît, sur les côtes de l'Océan , jusqu'au golfe de Gas- 
cogne. 

Une seconde se présente dans tout l'Océan Atlantique, sur les 
deux rivages africain et américain , et dans la Méditerranée; c'est 
la P. Héma.stome. 

Deux ou trois autres espèces existent dans la Méditerranée , 
dans tout son périple -, mais la véritable P. Lapillus ne paroît pas 
y vivre. 

A mesure qu'on approche davantage de l'équateur, le nombre 
augmente un peu , mais beaucoup moins que lorsqu'on marche 
de celui-ci vers les régions australes. 

C'est en effet au cap de Bonne-Espérance, et sur-tout dans 
l'Archipel indien , dans la Polynésie, dans la mer Pacifique, siir 
les côtes occidentales de l'Amérique, que se trouvent les trois 
quarts des espèces que nous connoissons ; et, ce qui est assez re- 
marquable , chaque groupe est assez bien cantonné. 

Les Sistres et les Ricinules ne commencent à se montrer qu'à 
l'entrée de la mer des Indes, c'est-à-dire à Madagascar et à l'Ile- 
de-France. Après quoi on en trouve dans toutes les mers de l'an- 
cien continent austral. 

Les Semi-Ricinules et les Echinées sont toutes des mers de 



26o DISPOSITION MÉTHODIQUE 

l'Archipel indien et des mers australes, mais aucune n'a encore 
été observée sur les côtes du nouveau continent. 

Les P. pyriformes commencent à se montrer sur les côtes de 
Guinée, et l'on en trouve quelques unes à-peu-près sous le 
même parallèle sur les côtes occidentales de l'Amérique méri- 
dionale. 

Les P. de la division des Héniastomes se trouvent dans toutes 
les mers, à commencer dans l'Océan européen depuis le golfe 
de Gascogne jusque dans toutes les mers d'Afrique, de l'Amé- 
rique méridionale, dans celles de l'Inde et dans celles de l'Aus- 
tralasie. 

Quant aux espèces Patelloïdes et Licornées, elles sont pres- 
que entièrement limitées aux côtes occidentales de l'Amérique, 
depuis le cap Horn jusqu'à la Californie: une seule espèce de 
Licorne est de la Nouvelle-Hollande. 

Les espèces Lapilliennes ou Buccimoïdes se rencontrent dans 
toutes les mers, depuis les plus septentrionales jusqu'aux plus 
australes; autant en effet la Pourpre à teinture est commune dans 
les mers du Noi'd, autant paroît l'être autour de la Nouvelle-Zé- 
lande la Poupre Cerclée et quelques espèces ou variétés voisines. 

Poru' celles de la dei'nière division, elles sont de mers très dif- 
férentes : les unes de celle des Indes, une autre de la Méditer- 
ranée, et enfin une troisième de la Nouvelle-Hollande. 

Un très petit nombre d'espèces de Pourpres peuvent être con- 
sidérées comme ubiqviistes; l'espèce qui l'est davantage paroît 
être la P. hœmastoma, que l'on trouve sur une partie de nos côtes 
dans l'Océan , dans toute la Méditerranée, sur les rivages de l'A- 
frique, sur ceux de l'Amérique méridionale, et même, à ce qu'il 
paroît, dans l'Inde. 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES, ETC. 261 

La Pourpre patulée est aussi une espèce fort répandue , puis- 
qu'on l'a observée dans la Méditerranée, sur deux des quatre 
côtes d'Afrique, et en Amérique sur les côtes du Péi'ou et du 
Mexique. 

Si les espèces de Pourpres connues à l'état récent sont assez 
nombreuses , il n'en est pas de même de celles connues à l'état 
fossile. Les collections les plus riches sous ce rapport n'en ren- 
ferment encore qu'un très petit nombre; en effet, en recueillant 
avec soin toutes celles que nous avons trouvées indiquées dans 
les oryctographes , nous ne pouvons pas en porter le nombre à 
plus de dix. 

Une ou deux appartiennent à la division des P. colombel- 
loïdes. 

Une à la section des P. licornes ; c'est le B. monachantos de 
Brocchi. 

Les autres sont de la division des Buccinoïdes , et offrent , en 
effet, des rapports plus ou moins évidents avec notre P. Lapillus. 

M. Marcel de Serres dit bien avoir trouvé, dans les environs 
de Montpellier, les P. bicostalis et iindata de M. de Lamai^ck, de 
la division des P. patulées; mais cet auteur se borne a le dire, 
sans appuyer son assertion de description, ni de figure. 

Ainsi, on ne connoît encore, à l'état fossile, aucune espèce des 
autres divisions. 

Toutes ces espèces fossiles sereiicontrent dans des terrains de 
sédiments supérieurs à la craie, et essentiellement dans les pbis 
nouveaux de ces terrains. 

On n'en connoît pas encore dans le calcaire grossier des eirvi- 
rons de Paris, car M. Defrance a montré que c'étoit par une su- 



262 DISPOSITION MÉTHODIQUE 

percherie de Denys Montfort que M. de Lamarck avoit admis 
comme se trouvant à Gourtagnon, la P. Lapillus. 

La coquille du London-clay, que M. Fleming rapporte à ce 
genre, sous le nom de P. déserta, n'est probablement pas une 
Pourpre véritable, mais plutôt une Nasse. 

Du reste, on ne cite, de Pourpi^e fossile, ni dans les ter- 
rains tertiaires de la Basse-Normandie, ni dans ceux de l'Anjou. 

C'est dans les localités des environs de Tours , de Bordeaux , 
et sur-tout de Dax, que se trouvent les deux espèces qui appar- 
tiennent à la division des P. colombelloïdes. 

M. Marcel de Serres cite trois espèces de Pourpres fossiles 
dans les terrains tertiaires des environs de Montpellier 5 mais il se 
borne à cela, sans preuve de description ni de figure, ce qui doit 
considérablement infirmer cette assertion. 

M. Risso, dans l'ouvrage qu'il a intitulé Histoire naturelle de 
V Europe méridionale, donne bien une courte description de troi& 
ou quatre espèces de Pourpres fossiles ou subfossiles, dans les 
terrains tertiaires des environs de Nice, mais il est impossible de 
rien statuer à ce sujet, jusqu'à ce que ces coquilles aient été 
mieux décrites et sur-tout figurées. 

Il n'en est pas de même de deux coquilles représentées par 
Brocchi : l'une sous le nom de Murex imbricatus , et l'autre sous 
celui de Buccinum monacanthos ; celle-ci nous paroît une véri- 
table licorne, et celle-là une*Pourpre de la division des P. buc- 
cinoïdes. 

Enfin, les Buccinum crispatum, tetragonum et incrassatum de 
Sowerby, sont de véritables Pourpres, comme l'a justement senti 
M. Fleming, et elles appartiennent au Crag de Suffolk, c'est- 
à-dire aux terrains de sédiments les plus récents. 



DES ESPÈCES RÉCENTES ET FOSSILES , ETC. 203 

Nons trouvons aussi comme résultat, qu'aucune des espèces 
de Pourpres connues à l'état fossile n'est caractéristique d\ine 
formation, ni d'un membre de formation, à moins que de dire 
que ce genre l'est des terrains tertiaires, en général , et sur-tout 
des formations de Grag. 

Enfin, il paroît qu'une seule espèce fossile a son analogue à 
l'état récent, et que c'est la P. Lapillus, avec les variétés im^bri- 
quée et alongée, que l'on trouve dans les formations de Grag, 
en Angleterre. 

On pourroit sans doute conclure de ces rapprochements d'es- 
pèces de Pourpres à l'état récent et à l'état fossile, que ce genre 
est un des derniers qui ont paru dans nos mers, qu'il est pour 
ainsi dire d'une création moderne; mais c'est ce que nous nous 
garderons bien de faire, nos connoissances sur les fossiles étant 
encore beaucoup trop restreintes, pour qu'on puisse être conduit 
à quelque chose d'un peu satisfaisant dans des questions aussi 
difficiles à résoudre , qu« celles qui touchent à l'ordre de 
la création, ou de la modification des espèces animales. On 
pourroit, au contraire, en conclure, avec plus de raison, que 
l'hypothèse si souvent proposée d'un climat, dans notre Europe, 
analogue pour la température à celui de l'Inde, ne trouve aucun 
appui dans la considération des Pourpres, puisqu'il n'en existe 
pas plus dans nos pays à l'état fossile qu'à l'état vivant. 



QUELQUES OBSERVATIONS 

ET EXPÉRIENCES 

SUR LA FÉCONDATION DES PLANTES. 
PAR M. DESFONT AINES. 



Obligé chaque année dans le cours de physique végétale que 
je fais au Jardin du Roi, depuis l'année 1790 (1), de parler de la 
génération des plantes, j'avois jusque dans ces derniers temps 
adopté, presque sans hésiter, la théorie de la fécondation sexuelle 
qui a servi de base au système botanique de Linné. Mais plu- 
sieurs physiologistes modernes ayant élevé de nouveau des ob- 
jections à cette manière de voir, en prétendant qu'il n'y a réelle- 
ment pas de sexes dans les végétaux, je me trouvai naturelle- 
ment conduit à entreprendre une série d'expériences, dans le 
but de renforcer ou d'atténuer ma première conviction, et par 
conséquent de modifier, s'il en étoit besoin, ce que j'avois à dire 
dans mes leçons sur ce sujet. Ge sont ces expériences que je vais 
rapporter, en y joignant les réflexions qu elles m'ont suggérées. 

Au commencement de juin de l'année i83i, je fis planter 
dans un petit jardin, parfaitement abrité, attenant à la maison 
que j'habite au Muséum d'histoire naturelle, un pied de Cucur- 
bita Pepo L., connu vulgairement sous le nom de GROS POTIRON; 

(i) II y avoit alors six ans que je professois, lorsque je donnai cette di- 
rection au cours de botanique. 

annales du Muséum, 1. 1", 3' série. 34 



266 QUELQUES OBSERVATIONS 

soigné convenablement sous mes yeux, il poussa avec beavicoup 
de vigueur, et produisit un grand nombre de rameaux qui se 
prolongèrent en différents sens sur la surface de la terre à plu- 
sieurs mètres de distance. 

On sait que cette plante est ce que Linné a nommé dans son 
système, monoïque, c'est-à-dire qu'elle porte sur le même pied 
des fleurs mâles et des fleurs femelles bien séparées; elles sont 
d'ailleurs assez grandes , pour qu'il soit possible d'agir sur elles 
à volonté et avec la plus grande facilité 5 en outre il est impossible 
de se tromper sur le sexe, à cause de la position inférieure 
de l'ovaire qui fait distinguer la fleur femelle long-temps avant 
son épanouissement. 

Dans le but que je me proposois, j'eus la; précaution de faire 
enlever, avec beaucoup de soin, tous les boutons de fleurs mâles . 
à mesure qu'ils parurent à l'aisselle des feuilles, et de conserver 
au contraire toutes les femelles. 

Une quarantaine environ de celles-ci s'épanouirent successi- 
vement pendant la durée de la saison. Le pistil, dont je pus 
aisément observer la parfaite conformation , étoit d'abord , 
comme je m'en suis assuré en en ouvrant quelques unes, en 
bon état dans toutes", cependant aucune ne noua, pour me servir 
de l'expression consacrée par les horticulteurs, et les ovaires, 
ceux même qui étoient parvenus à la grosseur d'un œuf, se fa- 
nèrent et se desséchèrent complètement, ce dont furent témoins 
MM. de Mirbel et Adrien de Jussieu mes confrères, ainsi que 
plusieurs autres botanistes. 

Vers la fin de septembre, ma plante, continuant à végéter avec 
force, j'envoyai prendre deux fleurs mâles sur un autre pied de 
la même espèce, cultivé dans une partie du grand jardin , assez 



SUR LA FÉCONDATION DES PLANTES. 267 

éloignée du mien. Sur l'une d'elles j'enlevai Je faisceau d'éta- 
mines dont les anthères commençoient à, s'ouvrir, et je. le nais 
dans la corolle d'une fleur femelle du pied de mon jardin, peu 
de temps après son épanouissement. Sui^ les stigmates d'une 
autre, je fis tomber, en la secouant, le pollen de la seconde fleur 
mâle qu'on m'avoit apportée. 

Les deux fleurs femelles sur lesquelles cette opération avoit 
été faite nouèrent presque aussitôt. 

Le fruit de la première parvint à la grosseur d'un, moyen 
melon ; mais malheureusement il fut attaqué de pourriture, sans 
que je puisse en assigner la cause. 

Celui de la seconde fleur prit un accroissement considérable 
( i5 à 18 pouces de diamètre), et parvint à une maturité com- 
plète , au point qu'il put être mangé. 

Vers la fin de la saison, ayant remarqué qu'un rameau delà 
plante en expérience poi'toit encore des fleurs parfaites des deux 
sexes, j'eus l'idée de laisser les choses dans l'état naturel. Deux 
des fleurs femelles furent évidemment fécondées. Leur fruit at- 
teignit en effet la grosseur du poing; mais la saison étant trop 
avancée, ils ne purent aller plus loin, et périrent avec la plante 
elle-même. 11 me parut cependant probable qu'ils auroient 
atteint leur maturité, si les circonstances avoient été favorables. 

Ces expériences, qui ne peuvent être considérées comme nou- 
velles en général, mais qui n'avoient jamais été tentées, à ce que 
je crois, sur le Potiron, me semblent fournir un nouvel appui 
à l'opinion adoptée par Linné, dans sa célèbre dissertation (i) 



(i) Disquisitio de sexu plantarum. (iy6o). Amœnit. Acadeni. X, p. 100, tra- 
duit par Broussonet, dans le Journal de Physique, tom. XXXII, p. 440'462. 



368 QUELQUES OBSERVATIONS 

sur le sexe des plantes , qui remporta le prix proposé sur ce sujet 
par l'Académie de Saint-Pétersbourg, vers 1760. 

Par contre elles doivent faire suspendre l'adoption de l'opi- 
nion soutenue de nouveau par quelques physiologistes modernes, 
que les plantes ne sont pas pourvues de sexes véritables, et que 
par conséquent il n'y a pas chez elles de fécondation. 

Quant à moi, m'appuyant, 

1° Sur les expériences nombreuses rapportées dans la disser- 
tation de Linné que je viens de citer, expériences auxquelles il 
est impossible de ne pas ajouter foi; " 

2° Sur l'histoire curieuse que Gleditsch a rapportée dans les 
Mémoires de l'Académie de Berlin, de la fécondation d'un indi- 
vidu de palmier femelle qui, long-temps infertile, produisit ou 
ne produisit pas de fruits, suivant que ses fleurs éprouvèrent ou 
n'éprouvèrent pas l'action du pollen, provenant de fleurs mâles 
apportées à Berlin de plusieurs lieues de distance (i); 

3° Sur la pratique exercée dans l'Orient, depuis la plus haute 
antiquité, jusqu'à nos jours, comme je m'en suis assuré moi- 
même en Barbarie, et comme Hérodote, Théophraste, Pline (2), 
Solin, le rapportent, pour les habitants de la Phénicie, de la Syrie, 



(i) Essai d'une fécondation artificielle fait sur Tespéce de palmier qu'on 
nomme Palma dactylifera, folio flabelliformi. Académie de Berlin, 1749, 
p. io3-io8. — Relation de la fécondation artificielle d'un palmier femelle, 
réitérée pour la troisième fois, et avec un plein succès, dans le Jardin de 
botaniquç de Berlin. Académie de Berlin , an. 1767, p. 8-19. 

(2) {Lib. XIII, cap. iv.) Le' passage de Pline est remarquable , non seulement 
parcequ'il constate ce fait de la fécondation artificielle des palmiers, mais 
encore parcequ'il admet une fécondation dans toutes les autres plantes , en 
leur reconnoissant l'existence des deux sexes. 



SUR LA FÉGONDATIOIS DES PLANTES. 169 

de rÉgypie , et qui consiste à féconder artificiellement le.s dat- 
tiers femelles, en attachant ou en secouant sur chacun d'eux des 
bouquets de fleurs mâles, ce qui les dispense de cultiver des 
dattiers de ce sexe, et les met à l'abri de toutes chances défavo- 
rables déterminées par la direction du vent ; 

J'admets qu'un très grand nombre de plantes jouissent réel- 
lement de la faculté de se reproduire par fécondation, c'est- 
à-dire par l'action du produit de la génération d'un sexe sur 
celui de l'autre. 

Les expériences multipliées, faites par un grand nombre de 
botanistes sur la production d'hybrides dans les végétaux, four- 
nissent encore un argument bien puissant en faveur de cette 
opinion. Or on ne peut douter de la possibilité d'obtenir, en 
portant sur la partie femelle de la fleur d'une espèce la pous- 
sière séminale d'une espèce voisine du même genre, de vérita- 
bles hybrides, intermédiaires par les caractères aux deux espèces 
dont ils proviennent. Koëlreuter en a produit un grand nom- 
bre dans différents genres , comme on peut s'en assurer en 
consultant la suite des Ménîoires très intéressants qu'il a publiés 
dans les actes de l'Académie de Saint-Pétersbourg, et même 
en visitant mon herbier, qui renferme des hybrides de nico- 
tianes, obtenus par Goertner le fils, et dont il a bien voulu me 
gratifier. 

Je ne voudrois cependant pas assurer que, dans certaines 
plantes, les graines ne puissent pas parvenir par elles-mêmes à 
la maturité, sans le secours de la fécondation produite par le 
pollen d'une partie mâle distincte. 

Savons-nous d'ailleurs si la faculté fécondante dans quelques 
végétaux ne se continueroit pas dans plusieurs générations suc- 



a'yo QUELQUES OBSERVATIONS 

oessives, comme on prétend en avoir un exemple dans le régne 
animal chez les pucerons? 

Quoi qu'il en soit de cette supposition, qui ne me paroît 
avoir rien de plus impossible dans le dernier règne des corps 
organisés que dans le premier, je dois ajouter à l'appui de l'exis- 
tence de la fécondation sexuelle chez les plantes, que les ex- 
périences contradictoires à cette opinion, faites par Spallanzani 
et autres physiologistes, l'ayant été en général dans un lieu 
ouvert sur le chanvre et les épinards, ne me paroissent pas con- 
cluantes; en effet, plusieurs d'entre elles ont eu lieu en plein air, 
et l'on conçoit fort bien que le vent, et même les insectes aient 
pu apporter sur les fleurs femelles des pulviscules du pollen des 
fleurs mâles, comme la possibilité en est prouvée par la distance 
à laquelle on sent l'odeur de certaines plantes en fleurs , telles 
que les palmiers , l'ailanthus, le châtaignier , et même les rhu- 
barbes ; odeur évidemment due à la poussière séminale , puis- 
que dans beaucoup de plantes inodores sous ce rapport, la con- 
densation de la matière pollinique produit un effet très sensible 
sur l'odorat à l'époque de leur floraison. 

Une autre raison qui infirme dans mon esprit les résultats 
annoncés par Spallanzani dans ses expériences sur le chanvre, 
s'appuie sur le grand nombre et sur la petitesse des fleurs de 
cette plante, ce qui peut faire craindre que toutes les fleurs 
mâles, dont plusieurs existent généralement dans les pieds les 
plus pourvus de pistils, ou les plus femelles, n'aient pas été ap- 
percues, et par conséquent aient pu produire la fécondation 
des ovaires de ceux-ci. 

Voici, en effet, une observation qui me semble à l'appui de 
cette manière de voir. 



SUR LA FÉCONDATION DES PLANTES. 27 l 

Pendant l'année i83o, à une époque que ma mémoire ne me 
rappelle pas, je semai des graines de chanvre dans mon jardin 
^particulier, et j'eus grand soin, à mesure qu'elles se développèrent, 
d'enlever tous les pieds mâles, faciles à reconnoître, comme on 
sait, long-temps avant la floraison; je ne conservai que quatre 
pieds femelles 5 ils poussèrent avec une grande vigueur, et produi- 
sirent chacun une quantité prodigieuse de fleurs. La très grande 
partie avorta, et il ne resta que quelques paquets de graines qui 
étoient évidemment parfaites. Je priai M. Gaudichaud, botaniste 
bien connu par la bonne foi et l'exactitude de ses observations, 
d'examiner si, parmi ces paquets de graines, il ne trouveroit pas 
de fleurs mâles. Une investigation attentive lui en fit aisément 
découvrir un certain nombre qu'il me fit voir : elles étoient 
petites et entre-mélées avec les graines. 

Les observations et les expériences que je viens de rapporter 
ne sont certainement pas encore suffisantes pour porter la con- 
viction dans tous les esprits. Je suis loin de me le dissimuler. 
Aussi m'étois je proposé de les répéter, et de les varier avec 
toutes les précautions nécessaires dans un sujet aussi important 
et aussi difficile ; mais la foiblesse toujours croissante de Jiia 
vue, m'ôtant tout espoir de pouvoir m'en occuper, actuellement 
du moins, avec quelque suite, je me suis décidé à les publier, 
espérant que d'autres botanistes pourront se déterminer à les 
poursuivre. Qu'il me soit permis en terminant cette note de les 
avertir que, pour que les résultats qu'ils obtiendront puissent 
être à l'abri de toute espèce de contestation , il faudroit que les 
expériences fussent faites dans un lieu clos , comme une serre , 
et à une époque de l'année choisie de manière qu'il fût impos- 
sible de soupçonner l'arrivée sur la plante en expérience, dair 
ou d'insectes chargés de poussière séminale. 



SUR L'INFLAMMATION DE LA FRAXINELLE. 

(^Dictamus alba.) 
PAR M. BIOT. 



Parmi les phénomènes physiques qui s'opèrent pendant la vie 
des végétaux, phénomènes qui pourroient devenir un sujet d'é- 
tudes extrêmement curieuses, il en est peu dont l'énoncé pa- 
roisse plus merveilleux que celui qui est généralement attribué 
à la Fraxinelle, d'être environnée, dans les jours chauds, d'une 
sorte d'atmosphère éthérée que l'on peut mettre en ignition par 
l'approche d'une bougie-, sans endommager la plante. Un tel 
phénomène, en effet, sembloit exiger que la vapeur inflammable 
fût comme retenue dans son expansion par l'action de la vie, ou 
bien que son émission continuellement renouvelée l'entretînt 
toujours dense autour de la plante, à mesure qu'elle tendroit à 
se répandre dans l'air extérieur, deux états de choses également 
difficiles à concevoir physiquement. 

J'ai consulté nos plus célèbres botanistes pour avoir quelques 
détails précis sur un fait si singulier; mais ils en avoient seule- 
ment la connoissance générale, et la plupart ne l'avoient jamais 
observé eux-mêmes. Dupetit-Thouars me dit l'avoir essayé plu- 
sieurs fois sans succès. Les auteurs qui le mentionnent, ceux du 
moins que j'ai pu consulter, le présentent avec des diversités de 
détail qui font douter s'ils l'ont vu accidentellement, ou s'ils l'ont 
simplement reproduit par tradition. 

Decandolle, dans la Flore française, se borne à dire que, dans 

Annales du Muséum , t. 1", 3° série. 35 



274 SUR l'inflammation DE LA FRAXIN ELLE. 

les temps chauds, la Fraxinelle exhale une odeur inflammable. 
Bosc, dans le Dictionnaire d'histoire naturelle de Déterville, 
donne quelques détails plus précis. « Les extrémités des tiges et 
« les pétales des fleurs de la Fraxinelle sont, dit-il, couverts d'une 
« infinité de vésicules pleins d'huile essentielle. Elles répandent, 
indans les jours chauds de l'été, une vapeur d'une odeur forte, 
«inflammable, et tellement abondante, que si, vers le soir, 
u quand un air plus frais l'a un peu condensée, on approche de 
« la Fraxinelle une bougie allumée, il paroît tout-à-coup une 
IX grande flamme qui se répand sur toute cette plante, mais sans 
(d'endommager. » Le Dictionnaire des sciences médicales et le 
Dictionnaire classique d'histoire naturelle reproduisent la même 
description dans des termes à-peu-près semblables, et pareille- 
ment avec les circonstances d'une atmosjihère éthérée exhalée 
de la plante dans les jours chauds , puis condensée par le fixais du 
matin ou du soir, et susceptible alors d'être mise en ignition. Le 
nouveau Dictionnaire d'histoire naturelle, où l'on auroit pu 
s'attendre à trouver une discussion plus positive de cette pro- 
priété, n'en fait aucune mention. 

Le hasard m'ayant procuré l'occasion de voir ce phénomène 
d'inflammation de la Fraxinelle, et de m'assurer qu'il est réel, je 
me proposai d'en étudier la cause et les conditions physiques. 
Pour cela, au commencement du printemps de 1 83o, je fis planter 
dans mon jardin, à la campagne, plusieurs pieds de Fraxinelle 
dans des expositions diverses, au midi, au nord, au soleil et à 
l'ombre. Les uns étoient de la variété à fleurs rouges, d'autres de 
la variété à fleurs blanches. Dès qu'ils furent repris, je me mis à 
les observer, et je les ai suivis ainsi depuis trois étés dans toutes 
les phases de leur végétation. 



SUR l'inflammation de la FRAXINELLE. 2,7_5 

Supposant d'abord, d'après les auteurs, la réalité d'une éma- 
nation éthérée qui entoure la plante, je me mis en mesure de 
recueillir une portion de cette atmosphère, afin d'analyser sa na- 
ture; mais j'échouai dans cette tentative. Ni les cloches de veiTe, 
suspendues autour des tiges pour recueillir la vapeur par con- 
densation, ni des flocons de coton, soit secs soit imbibés d'huile 
grasse, et suspendus également pour ce même but, ne pi^rent 
accumuler une quantité de vapeur éthérée suffisante pour pré- 
senter la moindre apparence d'ignition à l'approche de^ corps 
enflammés. L'odorat seul pouvoit apprécier les émanations ainsi 
recueillies, et l'on sait quelle excessivement petite quantité de 
matière suffit pour affecter ce sens. J'ai même placé un gros 
faisceau de fleurs de Fraxinelle dans un espace fermé pendant 
quinze heures, sans que l'air de cet espace fût assez imprégné de 
la vapeur odorante pour éprouver l'inflammation (l'I. 

Je me tournai alors vers l'exame-n des vésicules corticaux d'où 
l'on disoit que la prétendue atmosphère inflammable émanoit. 
Ces vésicules, observés au microscope, ont la forme de petites 
outres, terminés par une sorte de goulot conique effilé en pointe 
à son extrémité. Ils ont été très exactement figurés par M. Mir- 
bel, dans ses Éléments d'anatomie et de physiologie végétale. On 
les trouve distribués plus ou moins abondamment svir toutes les 
parties de la tige, depuis le point où elle sort de la masse du feuil- 
lage; on les voit en plus grande abondance sur les pédoncules des 
fleurs, principalement sur leur surface inférieure, à l'extrémité 
où la fleur s'insère; on les suit encore sur les bords des folioles 

Çl) Les pieds des tiges florales plongeoient dans un vase plein d'çau; ils 
sont restés bien vivants et aptes à produire le phénomène. 



376 SUR l'inflammation de la fraxinelle. 

calicinales, sur les bords et les nervures des pétales, sur les éta- 
mines, sur le style; enfin, leurs grains, plus serrés, couvrent 
aussi toutes les surfaces des ovaires lorsqu'ils sont grossis par la 
fécondation. Parmi ces utricules, les uns sont sessiles , d'autres 
pédicules, ceux-ci diversement et plus fréquemment sur les par- 
ties les plus vigoureuses. D'abord très petits à la renaissance de 
la végétation, ils grossissent à mesure que la plante grandit. Leur 
surface, vue au microscope avec une lumière vive, se montre 
admirablement tigrée de l'ouge et de vert, dans la variété à fleur 
roiige; mais elle est toute verte dans la variété blanche. L'inté- 
rieur est rempli d'un liquide incolore, à travers lequel la lumière 
se réfracte en foyer. Le goulot conique qui les termine est un 
canal transparent semblable à un poil, dont quelquefois la pointe 
paroît cassée. J'ai vu souvent, à l'extrémité de cette pointe, une 
petite goutte limpide , comme si une partie du liquide intérieur, 
dilaté par l'élévation de la température, ou sécrété par l'action de 
la vie, eût reflué au-dehors. J'ai aussi remarqué fréquemment de 
très petits grains solides adhérents à l'extrémité des utricules et à 
la Surface même de la tige ; mais ayant réussi à les enlever en les 
faisant adhérer à l'extrémité d'une aiguille très fine, j'ai reconnu 
qu'ils sont incombustibles à la flamme d'une bougie, de sorte 
qu'ils ne peuvent contribuer en rien à l'inflammation quand elle 
s'opère autour de la plante. J'ignore s'ils sont ou non sécrétés par 
les organes végétaux. Si l'on presse légèrement avec du papier 
Joseph la surface d'une portion de la lige, ou d'un pédoncule floral, 
sur-tout dans une partie où les utricules abondent, on retire le 
papier empreint d'une teinte verdâtre, qui paroît due à l'écrase- 
ment des utricules, et il s'en exhale une odeur d'huile essentielle 
extrêmement pénétrante, qui est celle de la Fraxinelle même. 



SUR l'inflammation de la fraxinelle. 277 

Ces observations me conduisirent à penser que le développe- 
ment de la flamme, autour de la plante, pouvoit parfaitement 
être produit par l'inflammation simultanée ou presque iiïstanta- 
nément propagée, de ces innombrables utricules remplis d'es- 
sence; sans nécessiter aucunement l'existence actuelle d'une 
atmosphère inflammable incompréhensiblement limitée dans 
son expansion. Mais, s'il en étoit ainsi, le mode même de l'inflam- 
mation et ses particularités physiques dévoient en donner la 
preuve évidente; car, d'abord^ la chaleur de l'été n'étoit plus né- 
cessaire pour la production actuelle du phénomène, mais seule- 
ment pour la matui^ation du liquide inflammable contenu dans 
les utricules; une fois les utricules formés et mûris, le froid ou le 
chaud du moment n'y devoit plus rien faire, non plus que l'é- 
poque de la journée. L'ignitioii devoit s'opérer seulement au 
contact du corps enflammé, ou du moins assez près du contact 
pour faire crever les utricules. Enfin , elle devoit s'accomplir avec 
les caractères de succession et de propagation convenables à de 
petits globules juxtaposés remplis d'un liquide inflammable, non 
pas avec la simultanéité instantanée d'un volume de gaz. 

Toutes les épreuves que j'ai faites se sont accordées pour mon- 
trer que c'est, en effet ainsi, par la seule inflammation du li- 
quide des utricules, que le phénomène a lieu. Quelques détails 
extraits de mes notes mettront ce résultat suffisamment en évi- 
dence. 

Le 26 avril 1 83o, j'essayai de porter la flamme d'une allumette 
sous le pédoncule d'une grappe florale de la variété rouge, qui 
m'avoit paru déjà chargée d'un certain nombre d'utricules bien 
gonflés. Je n'obtins pas d'inflammation continue, mais de simples 
crépitations locales, comme celles que produisent les jets des- 



278 SUR L INFLAMMATION DE LA FRAXINELLE. 

sence quand on presse une écorce d'orange ])rès de la flamme 
d'une bougie. Le reste de la plante, où les utricules étoient plus 
fbibles et plus rares, n'offrit pas même ce phénomène. Je répétai 
l'épreuve l'année suivante, à pareille époque. Même résultat. 
Dans les parties où les crépitations s'étoient opérées, les utricules 
parurent oblitérés et noircis. 

Au i5 mai i83o, plusieurs tiges florales avoient acquis leur 
entier développement; les utricules étoient considérablement 
grossis, et serrés sur leur surface. Le temps fut pendant toute 
la journée froid et sec; le soir, la température étant à 9°,5 du 
thermomètre centésimal, je répétai l'essai de l'inflammation. Elle 
réussit quand la flamme fut portée sous les pédoncules de quel- 
ques fleurs développées, sur-tout près de la naissance de ces 
fleurs, où toujours les utricules sont plus abondants. Cette con- 
dition de développement n'est toutefois pas indispensable, car 
l'effet fut le plus sensible sur un pédoncule dont la fleur n'étoit 
qu'entrouverte. L'inflammation, quoique manifeste, n'étoit pas 
assez évidente pour sauter spontanément de la base d'une fleur 
à la base d'une autre; il falloit la déterminer successivement, en 
.chaque point, ce que je faisois assez légèrement pour ne pas dé- 
tériorer les tiges. Parmi celles qui présentèrent ainsi le phéno- 
mène, il y en avoit que j'avois vainement essayées le 26 avril 
précédent: d'autres, dont les utricules actuellement enflammés 
furent détruits, purent encore une semaine plus tard éprouver 
l'ignition de nouveau, sans doute par d'autres utricules parvenus 
à maturation depuis l'essai précédent. Dans cette troisième 
épreuve du 22 mai, le développement de la plapte étant plus 
avancé, l'inflammation ,s,'opéra avec v'ivçicité sUçr toutes ses tiges. 

J'ai mainteSsfpis, depuis, constaté cette* répétition du phéno- 



SUR l'inflammation de la fraxinelle. 279 

mène sur une même tifje florale, à des époques diverses et suc- 
cessives de son existence ; et, plus exercé à en ménager la source, 
j'ai pu le reproduire cette année sept ou huit fois, à un degré 
sensible, sur la même tige, en choisissant successivement ses 
diverses parties pour leur appliquer l'inflammation. Cette com- 
bustion, lorsqu'elle n'est que superficielle, n'empêche ])oint la 
fécondation de s'opérer, ni les ovaires de grossir. La température 
de 9°, 5 n'est pas la plus basse à laquelle je l'aie observée, car je 
l'ai obtenue, cette année, le 18 mai, le thermomètre attaché à la 
plante ne marquant que 7°,5. Il avoit fait toute la journée un 
temps de pluie mêlé d'éclaircis momentanés, desortequela plante 
étoit toute mouillée quand l'ignition s'opéra sur une de ses tiges. 
Mais il n'est nullement nécessaire que l'expérience soit faite par- 
ticulièrement le soir, pas plus qu'à toute autre heure; il n'est pas 
non plus nécessaire que les tiges florales soient en touffes et at- 
tachées au sol. Des tiges coupées et séparées de la plante, pourvu 
que leurs utricules soient au degré de maturation convenable, 
peuvent être enflammées avec tous les mêmes caractères; on peut 
les agiter dans l'air environnant, diriger contre elles le courant 
d'un soufflet, même les plonger dans l'eau pour les dépouiller de 
leur prétendue atmosphère éthérée, elles n'en présentent pas 
moins aussitôt après tous les résultats de l'inflammation pro- 
pagée, si ce n?est, sans doute, que l'ignition devient un peu plus 
difficile à s'y étendre quand la tige est mouillée d'eau. Enfin, 
dans le mode même dont s'accomplit ce phénomène, on observe 
deux caractères physiques, qui excluent toute idée d'une enve- 
loppe gazeuse actuellement développée et étendue autour de la 
plante; le premier, c'est que l'inflammation se propage toujours 
facilement de bas en haut, sur toute une grappe florale, mais 



28o SUR l'inflammation de la fraxinelle. 

beaucoup moins facilement de haut en bas, de sorte qu'après 
avoir enflammé évidemment le haut d'une grappe, on peut en- 
core ensuite enflammer sa partie inférieure; le second caractère, 
qui a du rapport avec le précédent, c'est que lorsqu'on a en- 
flammé, par le bas ou par le haut, une grappe florale, et qu'elle 
a offert une ignition continue sur toute sa longueur, il s'y trouve 
encore parfois quelques pédoncules latéraux qui ont échappé à 
cette propagation, de sorte qu'en approchant séparément la 
flamme de leur surface, on peut la leur communiquer encore. 
Cette possibilité de succession et d'isolement dans le phénomène 
de l'ignition se comprend très bien pour un système de globules 
séparément distribués sur toutes les parties de la plante, mais 
elle ne sauroit exister pour une masse continue de vapeur in- 
flammable telle que celle dont on supposoit que la Fraxinelle 
étoit entourée. 

Les phénomènes que je viens de décrire se produisent sur les 
deux variétés de la Fraxinelle, soit à fleurs rouges soit à fleurs 
blanches, moins facilement toutefois et moins abondamment 
sur cette dernière dont les utricules semblent plus minces et 
plus rares, inégalité qui peut être remarquée dans des individus 
si rapprochés. J'aurai probablement une occasion prochaine 
d'indiquer une autre anomalie bien plus singulière dans les pro- 
duits développés par la végétation chez des individus d'une 
même famille, que les botanistes considèrent avec raison pour 
leurs caractères extérieurs comme des variétés à peine dis- 
tinctes. 

On sait que la température extérieure, en modifiant les phases 
de la maturation, influe considérablement sur la quantité ab- 
solue d'huile essentielle que produit un même végétal. La con- 



SUR l'inflammation de la fraxinelle. 281 

stitution froide de cette année semble avoir agi aussi sur le phé- 
nomène que je viens de décrire ; les utricules de la Fraxinelle 
sont moins gros, et leur inflammation semble moins abondante 
que dans quelques unes des années qui ont précédé. 

Je ne conn ois jusqu'ici que cette plante sur laquelle on puisse 
opérer l'inflammation. Je l'ai essayé vainement sur d'autres vé- 
gétaux dont les poils sont aussi vésiculaires , par exemple les 
rosiers et les saxifrages : la substance contenue dans leurs glo- 
bules semble plutôt gommeuse qu'inflammable, si j'en juge par 
quelques essais. Mais c'est aux chimistes à nous apprendre la 
nature infiniment diversifiée de ces produite et de tant d'autres 
qui sont développés dans les végétaux par les opérations de la 
vie : les apparences seules sont accessibles au physicien , et l'es- 
pèce de merveilleux qu'on avoit jusqu'ici attaché à celles que la 
Fraxinelle présente, sera mon excuse près de l'Académie pour 
avoir osé l'entretenir d'un effet qui paroît si simple quand il est 
expliqué. 



Annales du Muséum, t. I", 3' série. 36 



RAPPORT 



SUR 



LE BOUILLON DE LA COMPAGNIE HOLLANDAISE, 
FAIT A L'ACADÉMIE DES SCIENCES 

PAR M. CHEVREUL (i). 

Le 19 mars i83'2. 



Nous avons l'honneur de présenter à l'Académie les résultats 
de l'examen que nous avons fait d'un bouillon de viande préparé 
en grand par une compagnie qui a pris la dénomination de 
hollandaise, parcequ'elle a été fondée par deux Hollandais do- 
miciliés à Paris, MM. Bouwens et Van Goppenaal. 

PREMIÈRE PARTIE 

Du bouillon de la Compagnie hollandaise considéré relativement à 
sa préparation, à sa distribution, a son prix et au jugement 
du consommateur. 

Nous nous sommes transportés dans une maison située sur le 
boulevard extérieur, entre la barrière d'Enfer et la barrière du 
Maine, et là nous avons vu la manière dont on y prépare environ 
1200 litres de bouillon à-la-fois au moyen d'un appareil qui a été 

(i) Au nom de la Commission de la gélatine, composée de MM. Magendie , 
Serres, Dupuytren, Chevreul, Flourens et Serullas. • 



284 RAPPORT SUR LE BOUILLON 

monté par M. Ph. Grouvelle, et décrit par l'auteur dans une 
Notice que l'Académie nous a chargés d'examiner. 

Au-dessus d'un foyer alongé, où l'on brûle de la houille, se 
trouve une chaudière plate de tôle remplie d'une solution saline 
faisant fonction de bain-marie, et munie d'un couvercle à dix- 
huit ouvertures auxquelles s'adaptent autant de marmites de fer- 
blanc dont dix sont plus grandes que les autres ; dans chacune 
des dix premières on peut préparer 90 litres de bouillon , tandis 
que dans les huit petites on peut en préparer de 3oo à 4oo litres. 
Entre la cheminée et la chaudière de tôle il y a une seconde 
chaudière plus petite que la première, dans laquelle on entre- 
tient de l'eau bouillante pour le service de l'atelier. 

Les marmites sont adaptées au couvercle de la grande chau- 
dière assez exactement pour que la vapeur du bain-marie ne 
puisse se dégager dans la pièce où l'appareil est monté; d'ailleurs 
le liquide du bain, formé d'eau et de chlorures de potassium et de 
sodium provenant du raffinage du salpêtre, ne bouillant qu'à 
100 et quelques degrés, n'est porté à FébuUition qu'au commen- 
cement de l'opération et pendant le temps strictement néces- 
saire pour que l'eau des marmites où se trouve la viande éprouve 
la coagulation qui donne lieu à la production de la partie solide 
de l'écume qu'on observe dans le pot-au-feu, et qui facilite la 
clarification du bouillon. Aussitôt que les écumes sont enlevées, 
on diminue le feu de manière que le bain-marie cesse de 
bouillir et que l'eau des marmites n'éprouve qu'un léger bouil- 
lonnement. 

Nous ferons remarquer que l'ouverture du foyer est en dehors 
de l'atelier, afin de faciliter le service de propreté. 

Suivant l'assertion de M. Ph. Grouvelle, que nous n'avons pas 



DE LA COMPAGNIE HOLLANDAISE. 285 

vérifiée, l'économie apportée par l'usage de cet appareil est telle 
que I200 litres de bouillon exigent loo kilog. de houille au prix 
de 4 fr- à 4 fi"- 5o cent., tandis que, si on opéroit dans des mar- 
mites de terre placées sur des foyers séparés, comme l'a fait 
d'abord la Compagnie hollandaise, on brûleroit, pour obtenir le 
même produit, une quantité de charbon de bois s'élevant au prix 
de 3o à 34 fr- (x). 

La viande dont on se sert pour préparer le bouillon nous a 
paru de bonne qualité; elle est avant tout désossée; les morceaux 
en sont réunis ensemble avec une ficelle. On met les os non 
concassés au fond des marmites, la viande dessus; puis on y 
verse l'eau. On fait chauffer: l'ébullition a lieu, les écumes for- 
mées sont enlevées; alors on ajoute aux matières précédentes du 
sel, et des légumes qu'on a enveloppés dans un filet pour éviter 
qu'ils ne s'écrasent et qu'ils ne se dispersent dans le bouillon. La 
Compagnie hollandaise, après plusieurs essais tentés dans la vue 
de donner à son bouillon plus de couleur et de saveur, a préféi'é, 

(i) Depuis la lecture de ce rapport à TAcadémie, mon honorable confrère 
M. Molard m'a donné communication du premier volume d'un ouvrage 
intitulé le Cuisinier Royal ou Cuisine de santé, par M. Jourdan Le Cointe 
docteur en médecine (Paris, Bossange, Masson et Besson 1792), dans lequel 
l'auteur décrit , sous la dénomination de Fourneau de santé, un appareil 
qui a de l'analogie avec celui de M. Ph. Grouvelle, puisqu'il se compose 
essentiellement d'un bain-marie , fermé par un couvercle, dans lequel on a 
ménagé des ouvertures propres à recevoir des marmites, casseroles, etc., 
destinées à la coction de la viande, des légumes, etc.; la chaudière conte- 
nant le bain-marie est placée sur un fourneau que l'auteur regarde comme 
très économique, sous le rapport de la petite quantité de combustible qu'il 
exige pour être chauffé. * 

( Note de M. Chevreul. ) 



286 RAPPORT SUR LE BOUILLON 

au caramel, les oignons brûlés ; mais, suivant elle, ceux quon 
vend à Paris sont souvent mêlés à des corps qui altèrent le 
bouillon. Tel est le motif qu'elle a eu d'en chercher ailleurs ; elle 
en a trouvé en province qui ont toutes les qualités désirables. 

C'est ici qu'il faut rappeler que la lenteur avec laquelle les 
marmites sont chauffées dans l'appareil de la Compagnie hollan- 
daise est très convenable à la préparation du bouillon. La durée 
d'une opération est de six à huit heures. 

Le bouillon confectionné est versé dans des vases de terre , 
où il se refroidit assez pour que la graisse qui surnage se fige , fit 
en soit ensuite séparée. Il est transporté , au moyen de grands 
vaisseaux de fer-blanc, aux dépôts que la Compagnie a établis 
dans les divers quartiers de Paris. Là, il est vendu à raison de 
o^,4o le litre au détail , et de o^,35 par abonnement à lo litres ou 
20 demi-litres. Les indigent* ne le paient que o',3o même au 
détail. 

.La Compagnie a pris de grandes précautions pour effectuer 
ce transport, non seulement sous le rapport de la propreté, mais 
encore sous celui de la conservation du produit, et ces précau- 
tions sont d'autant plus nécessaires, que tout le monde sait avec 
quelle facilité le bouillon s'aigrit en été. Dès-lors il faut, dans 
cette saison, lorsqu'on le transporte de la barrière dans l'inté- 
rieur de Palis, qu'il soit à une température assez basse pour 
qu'il ne s'altère pas et qu'il y soit maintenu dans les dépôts 
jusqu'à la vente. 

Quant au bouilli, c'est-à-dire à la viande désossée cuite, il est 
vendu o',6o, et o',45 aux indigents le demi-kilogramme. Il est si 
recherché, que les demandes qu'on, en fait surpassent, nous 
a-t-on dit, la quantité qu'on en produit. C'est afin d'éviter de le 



DE Là COMPAGNIE HOLLANDAISE. 287 

toucher plus que ce qui est strictement nécessaire pour le se'-) 
parer du bouillon et le vendre en détail, que la viande crue, 
avant d'être introduite dans les marmites, est désossée et 
ficelée. 

. Nous: avons visité l'établissement de la' Compagnie hollan^ 
daise sans y être attendus, et nous l'avons trouvé parfaitement 
tenuisous tous les rapports: il est aisé dei s'en -^assurer, puisque 
tout le monde y est admis, et que le contrôle que chacun peut 
exercer, sur ce qu'il voit entre dans les vues mêmes de la Gompavi 
gnie. Au reste, une dernière preuve de ses efforts pour rendre 
ses produits les meilleurs possibles,; c'est l'obligation qu'elle a 
imposée au fournisseur de viande et aux personnes qui tiennent 
ses dépôts d'être propriétaires de deux actions de la Société (de 
1000 francs chacuiie) : tout le monde .se trovive ainsi intéressé à 
ce que la viande qui sert à la confection du bouillon et du bouilli 
soit du meilleur choix, et que les produits débités dans les dé- 
pôts ne perdent point de leurs bonnes qualités premières jus- 
qu'au moment de leur consommation. 

Il ne nous reste plus, pour confirmer le bien que nous venons 
de dire du produit de la Compagnie hollandaise, qu'à citer To})!- 
nion du véritable juge, c est-à-dire du consommateur. 
-t.îPlusieurs personnes de notre connoissance, qui en font usage- 
depuis l'origine de l'établissement^ en sont très satisfaites; d'un 
autre côté, des certificats d'autorités légalement instituées que 
nous allons citer et dont nous avons déposé des copies sur le 
bureau de l'Académie, attestent le même fait. On voit par ces 
certifi^cats que non seiUement le diaconat de l'Eglise i-éformée 
de Paris, le comité anglais de bienfaisance de la même ville, 
le pasteur-président dispensateur actuel des secours de l'Eglise 



288 RAPPORT SUR LE BOUILLON 

consistoriale des chrétiens de la confession d'Augsbourg à Paris, 
les Bureaux de bienfaisance des cinquième et septième arron- 
dissements, reconnoissent la bonté du bouillon et du bouilli de 
la Compagnie; mais on voit encore que les pasteurs Maron , Mo- 
nod et Goepp en font usage eux-mêmes ainsi que leurs familles, 
et qu'ils en sont pleiiïement satisfaits. 

Nous pourrions borner notre rapport à ce que nous venons 
de dire sans craindre que l'Académie se compromît en donnant 
son assentiment à nos conclusions; mais nous avons pensé qu'en 
nous renfei^mant exclusivement dans l'examen des avantages 
que présenteroit un certain mode de préparer du bouillon de 
viande, lors même que cette préparation seroit faite en grand 
pour la première fois comme produit commercial , ainsi que l'est 
celle qui nous occupe, il se rencontreroit des personnes qui 
pourroient croire que cet examen est étranger à l'institution de 
l'Académie, puisqu'il ne porte pas sur une découverte scientifique 
proprement dite; c'est ce qui nous a déterminés à joindre à ce 
rapport quelques expériences sur le bouillon et la cuisson de la 
viande dans l'eau. 

Nous avons pensé d'ailleurs que ces expériences pourroient 
contribuer à nous éclairer dans l'examen de la question élevée 
sur l'usage alimentaire de la gélatine, et qu'elles ne seroient pas 
sans intérêt pour une partie de la chimie organique, qui a les 
rapports les plus intimes avec la physiologie. 

SECONDE PARTIE. 

Du bouillon considéré relativement à sa composition chimique. 

Avant de commencer un examen chimique du bouillon de 
viande de la Compagnie hollandaise, dans la vue de rechercher 



DE LA COMPAGNIE HOLLANDAISE. 28g 

par cette voie à fixer ses qualités, nous avons cru convenable de 
déterminer les principes constituants d'un bouillon fait avec de 
l'eau distillée et de la viande seulement, afin de distinguer plus 
aisément l'origine des différents principes immédiats des bouil- 
lons que nous consommons et qui sont préparés avec de la 
viande, de l'eau ordinaire, des légumes et du sel. 

Recherche des matières volatiles séparées pendant la coction 

de la viande. 

Si l'on fait cuire de la viande dans un appareil distillatoire 
comiposé d'une cornue, d'un ballon tubulé à la tubulure duquel 
on a adapté un long tube ouvert aux deux bouts, on pourra 
constater que pendant la coction il se volatilise : 

1° De \ ammoniaque sensible à du papier d'hématine plongé 
dans le tube adapté au ballon. Il est très probable que la viande 
abandonne de l'ammoniaque pendant la cuisson, mais il est cer- 
tain que l'eau distillée ordinaire contenant toujours du carbo- 
nate de cette base, doit en laisser dégager dans la même cir- 
constance ; 

2° Un produit sulfuré qui noircit une lame d'ai^gent plongée 
dans le ballon , et qui est très probablement de l'acide hydro- 
sulfurique ; 

3° Un principe doué de l'odeur prédominante de la viande et 
qui se fixe sur la lame d'argent d'une manière remarquable ; nous 
disons prédominante, parceque les personnes dont l'odorat est 
exercé reconnoissent en outre dans la viande une odeur sulfurée 
appartenant au produit précédent (2°), une odeur ambrée, et sou- 

Annales du Muséum, t. I", 3° série. 87 



ago RAPPORT SUR LE BOUILLON 

vent une autre odeur qui est nauséabonde pour beaucoup de per- 
sonnes 5 

4° Un principe odorant ambré que l'un de nous a sicjnalé dans 
la graisse du bœuf et qui est probablement identique à celui 
que cet animal exhale quand il a chaud (1). Nous y revien- 
drons plus bas; 

5° Un acide volatil qui a de l'analogie avec l'acide acétique, 
mais qui peut en différer. Nous n'avons recueilli qu'une très pe- 
tite quantité de ce produit, qvioique nous ayons tenu au bain- 
marie bouillant dans un alambic 5 kilog. de viande de bœuf et 
10 kilog. d'eau pendant huit heures et demie. Le liquide distillé 
pesoit I kilog. 35o gr. L'ayant fait évaporer à sec après y avoir 
mis un excès d'hydrate de baryte ; ayant repris le résidu par 
l'eau, on n'a obtenu qu'une très foible quantité d'un sel soluble, 
lequel ayant été décomposé par l'acide sulfurique foible a donné 
l'acide volatil dont nous parlons. 

§ IL 

Recherche des principes immédiats de la décoction de viande. 

Nous avons mis un morceau de 5oo gr. de viande privée d'os, 
et, autant que possible, de tendons et de graisse, dans un litre et 
demi d'eau distillée. La température a été portée peu à peu à 
FébuUition, et soutenue à ce degré pendant cinq heures. Le 
bouillon a été décanté et dégraissé ; nous y avons ajouté la quan- 
tité d'eau nécessaire pour l'amener au volume d'un litre. Pen- 

(i) Recherches chimiques sur les corps gras d'origine animale, par Che- 
vreùl, pag. 255. 



DE LA COMPAGNIE HOLLANDAISE. 29 1 

dant rébullition on avoit eu soin d'ajouter l'eau nécessaire pour 
que la viande fût toujours submergée. 

La décoction de yiande avoit une odeur de bouillon , une sa- 
veur douce et agréable, une couleur jaune légèrement orangée, 
et une densité de i,oo45. Par conséquent le poids d'un litre 

étoit de 1004, 5. Il étoit formé de 

Eau et petite quantité de matières volatiles 988, Syo 

Matières organiques fixes dans le vide sec, à 20 deg 12, 700 

( Potasse, 
l Soude. 
Matières inorganiques solubles dans l'eau. | Acide phosphorique. 2, 900(1). 

Chlore. 
' Acide sulfuriq. (trace). 

j Phosphate de magnésie. o, 23o 
Matières inorganiques insolubles dans l'eau. Phosphate de chaux, j 

( Oxide de fer. ) ' 



ioo4, 5oo 



Il faut se rappeler que les animaux et les végétaux sont formés 
de principes immédiats, tels que le chlorure de sodium, le phos- 
phate de chaux, etc., etc., absolument identiques à des com- 
posés du règne minéral, et de principes immédiats, tels que la 
fibrioe, le sucre de lait, le sucre de canne, etc., etc., que l'on n'a 
rencontrés jusqu'à présent que dans les êtres organisés et qui, 
à cause de cette circonstance, ont été distingués des premiers 
par l'épithéte d'oing uniques. 

(i) La potasse éloit à la soude '.% 5, 5 : i. La matière inorganique soluble 
dans l'eau pesant 2"', 900 a été obtenue par incinération; elle paroissoit 
dépourvue de carbonate. La solution étoit alcaline au papier d'hématine. Il 
ne seroit pas impossible qu'une portion de la potasse ou de la soude provînt 
de la décomposition d'un sel d'acide organique, ainsi que nous le verrons 
plus bas. 



2g 2 RAPPORT SUR LE BOUILLON 

On voit, par notre analyse, que la décoction de viande a 
donné 'Y,ooo environ de matière organique et un peu plus de 
Viooo ^^ sels fixes inorganiques. 

Nous aurions désiré présenter à l'Académie une détermina- 
tion exacte de la nature et des proportions respectives des diffé- 
rents principes immédiats, organiques de la décoction de viande; 
mais dans l'état actuel de la science, cela ne nous paroît guère 
possible; cependant, outre les principes immédiats volatils re- 
connus plus haut, nous pouvons y indiquer deux matières azo- 
tées : l'une que nous rapporterons à ce qu'on nomme gélatine, et 
l'autre à ce que nous nommons albumine cuite. 11 y a en outre 
un acide, qui est probablement le lactique. {Voyez la note i 
à la fin du rapport. ) C'est ce corps et les principes volatils 
signalés plus haut qui impriment au bouillon et au bouilli de 
bœuf la saveur et l'odeur qui les caractérisent. Il est probable 
qu'une partie de 1 acide lactique est unie à de la potasse ou à de 
la soude. 

La détermination des principes immédiats inorganiques fixes 
présente les faits suivants : 

1° La prédominance de la potasse sur la soude, ces bases 
étant l'une à l'autre comme 5,5 : i. Nous avons déterminé ce rap- 
port par le procédé de M. Séi^ullas, qui consiste essentiellement 
à unir ces alcalis à l'acide oxychlorique. Il n'est pas étonnant, au 
reste, que le bœuf, qui se novirrit de végétaux terrestres dans 
lesquels les sels de potasse dominent sur ceux de soude, con- 
tienne dans sa chair une plus forte quantité des premiers que 
des seconds. Il seroit curieux de connoître le rapport des 
mêmes bases dans la chair d'un bœuf auquel on auroit donné 
beaucoup d« sel marin avec ses aliments. 



DE LA COMPAGNIE HOLLANDAISE. 2g3 

2" La prédominance du phosphate de magnésie sur le ]5hos- 
phate de chaux. 

3° La quantité notable d'acide phosphorique à l'état de phos- 
phate de potasse ou de soudel 

Il se pourroit qu'une portion de cet acide fût, sinon à l'état 
libre, du moins à l'état de surphosphate, et concourût, avec l'a- 
cide lactique, à donner un goût acide au bouillon. Dans cette 
supposition, il faudroit admettre aussi qu'une portion de ce der- 
nier seroit à l'état de lactate alcalin, et que par l'incinération la 
base qu'il saturoit se porteroit sur l'acide phosphorique du sur- 
phosphate et le changeroit en phosphate ; car c'est à cet état que 
se trouve l'acide phosphorique dans la partie soluble dans l'eau 
des cendres de l'extrait de bouillon. 

§m. 

Recherches pour savoir si le bouillon préparé en faisant chauffer 
lentement la viande dans l'eau jusqu'à l'ébullition est préfé- 
rable à celui préparé en plongeant la viande dans l'eau bouil- 
lante. 

Tout le monde sait qu'on recommande de faire chauffer le 
pot-au-feu lentement, et lorsque l'eau est en ébullition de la 
maintenir à un foible bouillon. Nous avons voulu savoii* quelle 
pouvoit être l'influence d'une température subite sur la viande 
destinée à faire du bouillon. Voici comment nous avons opéré 
pour arriver à ce but : 

On a pris deux morceaux de viande choisis et aussi semblables 
que possible : l'un a été mis dans un pot de terre avec un litre 
et demi d'eau distillée froide; on a élevé graduellement la tem- 



294 RAPPORT SUR LE BOUILLON 

pérature du liquide à rébullition, et on l'a soutenue pendant 
cinq heures. L autre morceau a été plongé dans un litre et demi 
d'eau distillée bouillante; l'ébullition a été maintenue pen- 
dant cinq heures. 

Au bout de ce temps, les deux morceaux de viande ont été 
retirés des deux marmites; on les a laissé égoutter, puis on a 
ajouté, à chaque bouillon, l'eau nécessaire pour en porter le 
volume à un litre ; car quoiqu'on eût ajouté de l'eau pendant la 
cuisson, afin de maintenir toujours la viande submergée, cepen- 
dant on n'en avoit pas ajouté autant qu'il s'en étoit vaporisé. 

Le goût du bouillon provenant de la viande plongée dans 1 eau 
lx)uillante a été jugé unanimement^ par une dizaine de per- 
sonnes, moins bon que celui du bouillon i'ait par le procédé 
ordinaire; et l'examen chimique des deux bouillons a, jusqu'à 
un certain point, expliqué ce résultat. En effet, le dernier con- 
tenoit près de 'Yiooo de matières organiques et Y.ooo de sels fixes, 
tandis que l'autre ne contenoit guère que 'Y.ooo des premières, et 
V"ooo des seconds. 

Dune autre part, la viande qui avoit été chauffée doudfement 
jusqu'à l'ébullition s'étoit réduite de 5oo gr. à 826 de bouilli, et 
à 3 gr. aS de graisse séparée de ce dernier, tandis que l'autre 
viande avoit donné 33 7 gr. de bouilli, retenant presque toute la 
graisse, car il s en étoit à peine séparé à la surface du bouillon. 
Le second bouilli étoit meilleur que le premier, au jugement de 
la plupart de ceux qui les goûtèrent; cependant la différence ne 
fut pas trouvée aussi grande que celle qui existoit entre leurs 
bouillons respectifs. 

Il résulte de là, que la meilleure manière de préparer le bouil- 
lon est de chauffer lentement la viande avec l'eau, et il est peut- 



DE LA COMPAGNIE HOLLANDAISE. 29? 

être convenable d'appuyer sur cette conclusion, par la raison 
que quelqu'un avoit conseillé à la Compagnie hollandaise de 
plonger la viande dans l'eau bouillante. On conçoit, au reste , 
que les parties de l'albumine et de la fibrine, qui sont à l'exté- 
rieur, se durcissant par la chaleur subite qu'elles éprouvent, for-p 
ment ainsi une sorte d'enveloppe qui s'oppose à la libre pénétra- 
tion de l'eau du pot-au-feu dans l'intérieur de la viande 

§ IV. 

Examen comparé du bouillon de la Compacinie hollandaise et de 
celui préparé a l'hôpital militaire du Val-de-Grace. 

Éclairés par les expériences précédentes, nous avons soumis 
le bouillon de la Compagnie hollandaise à un examen compa- 
ratif avec un bouillon préparé en grand sous nos yeux, pour 
l'usage des malades de l'hôpital militaire du Val-de-Grace, d'après 
la recette suivante : 

Eau 2000 

Viande de bœuf d'excelleç^e qualité . . 5oo 

Légumes frais . . . ^j^.j, j,^ . . . 26,8 

Oignons brûlés , . . 5,4 

Sel . 8 

On porte lentement à l'ébullition l'eau qui est contenue dans des 
vaisseaux de cuivre, où l'on a mis la viande et le sel ; les légumes 
ne sont introduits qu'après que les écumes ont été enlevées. On 
concentre le liquide à moitié. 

La densité de ce bouillon, à ry degrés, est de 1,0 11 o; celle du 
bouillon de la Compagnie hollandaise est de i ,0 1 20 ; conséquem- 
ment le litre du premier pèse loii grammes, tandis que celui 
du second en pèse ICI 2. 



296 RAPPORT SUR LE BOUILLON 

Voici les i"ésultats de l'analyse des deux bouillons pour un 
litre : 

Bouillon de la Bouillon du 

Comp. hollandaise. Val-de-Grace. 

Jiau , ggii,ioo . . . 991,000 

Matière organique soluble dans l'alcool foible . . 9,44° • • • 8,820 

Matière organique insoluble dans ralcool foible. . 3,i23 . . . i,5i5 

I Potasse \ 

Sels solubles ^°J^^^ 

j 1) 1 Lihlore /. . 7,070 ... q. i55 

dansleau. i » -j l i_ • l /'"/" y)«JJ 

( Acide phosphorique . . .1 

1 Acide sulfurique ( trace. ) . ' 

/ Phosphate de magnésie . . ] 

Sels insolubles 1 Phosphate de chaux . . ./ ,/; r 

dansl'eau. Oxide de fer ' " °'+^7 • • ■ o,5io 

( Oxide de cuivre (trace) . . ) 

1012,000 1011,000 

Aux espèces de principes immédiats indiqués plus haut, dans 
la décoction de viande faite à l'eau distillée, il faut ajouter : 

1° Le sucre, une matière non azotée, dite {jommeuse ou mu- 
cilagineuse, une ou plusieurs matières azotées, un ou plusieurs 
acides organiques, plusieurs principes odorants, plusieurs prin- 
cipes colorants , et des sels que les légumes employés peuvent 
céder à l'eau bouillante. (Ployez la note 5 à la fin du rapport.) 

2° Le sel marin introduit dans la marmite j 

3° Les sels contenus dans l'eau commune, qui sert à cuire la 
viande. 

Il y a visiblement la plus grande analogie entre la composition 
des deux bouillons : la différence en matière organique est à la:- 
vantage de celui de la Compagnie hollandaise 5 et nous ferons 
remarquer que l'échantillon sur lequel nous avons opéré ayoit 
été acheté à la fabrique même par une personne de confiance , 
qui n'a point parlé de l'usage auquel on le destinoit. En énonçant 



DE LA COMPAGNIE HOLLANDAISE. 297 

ce fait à l'Académie, c'est lui dire que sa Commission a pris toutes 
les précautions imaginables pour ne donner que des résultats 
positifs. {Voyez la note 2 à la fin du- rapport.) 

Si nous avions borné notre examen à celui du bouillon du Val- 
de-Grace, qvii est préparé dans des marmites de cuivre, on auroit 
pu attribuer à la nature des vaisseaux le cuivre qu'on y a re- 
connu. Mais sans affirmer que ces vaisseaux n'aient pas eu d'in- 
fluence sur le résultat dont nous parlons, cependant ils n'en 
peuvent être l'unique cause, pviisque le bouillon de la Compa- 
gnie hollandaise, préparé dans des vases de fer-blanc, du bouil- 
lon préparé sous nos yeux dans des vases d'étain, de terre; et, 
enfin, des viandes de bœuf, de veau et de mouton des bouche- 
ries, nous ont offert des traces du même métal. Mais le.cuivre 
est-il un des éléments essentiels des matières organiques? C'est 
une opinion difficile à admettre, même en regai'dant comme 
exacts les résultats de M. Meissner et de M. Sarzeau : car les quan- 
tités de cuivre, indiquées par ce dernier, dans le quinquina 
gris, la garance, le café, \e froment et le sang de bœuf, sont très 
petites. D'un autre côté, nous avons reconnu que des échantil- 
lons de viande de bœuf, de veau et de mouton, pris par nous- 
mêmes sur des animaux récemment tués, examinés absolument 
de la même manière que les échantillons des boucheries qui nous 
avoient donné du cuivre, ne nous eh ont point offert. Nous ne 
prétendons pas dire que les matières organiques analysées par 
M. Meissner et M. Sarzeau contenoient accidentellement du cui- 
vre, par la raison que nous n'avons pas examiné les mêmes ma- 
tières que celles qui ont fixé leur attention, et, en outre, que 
nous avçns opéré sur des quantités plus foibles que celles qui ont 
été analysées par M. Sarzeau : ce que nous voulons établir, c'est 

Annales du Muséum, t. I", 3° série. 38 



298 RAPPORT SUR LTÎ BOUILLON 

que des viandes de boucheries peuvent donner à l'analyse une 
quantité sensible de cuivre qu'on ne retrouve pas dans des 
échantillons différents des mêmes sortes de viandes, qu'on a 
préparées avec plus de soin qu'on n'en apporte, en {îfénéral,dans 
les boucheries. [Voyez la note 3 à la fin du rapport.) 

Quelle que soit, au reste, l'opinion qu'on ait sur l'existence du 
cuivre dans les êtres organisés, il nen est pas moins vrai que 
ce métal peut se rencontrer dans nos aliments, et notamment 
dans le bouillon; mais la quantité que nous y avons trouvée est 
extrêmement foible, car certainement elle étoit loin de s'élever 
à un milli{jramme par litre de bouillon, ou pour 101 1 gr. ou 
10 1 3 gr. pesant. 

En parlant de la présence d'une matière vénéneuse dans nos 
aliments, nous ferons remarquer que la proportion de cuivre y 
est trop petite pour qu'on puisse lui attribuer quelque influence 
nuisible sur l'économie animale, et nous ajouterons que dans dés 
cas de médecine légale, où il s'agiroit de rechercher la présence 
de ce métal dans des cadavres, ou des matières provenant d'indi- 
vidus qu'on supposeroit avoir été empoisonnés par des prépa- 
rations cuivreuses, il faudroit que les experts, appelés à constater 
un pareil délit, fussent suffisamment familiarisés avec les pi'o- 
cédés de l'analyse chimique, pour présenter aux tribunaux des 
résultats donnant non seulement la preuve de texistence du poi- 
son, mais encore la proportion où il se trouvoit dans les matières 
examinées. Il y a une si grande différence entre les quantités de 
cuivre indiquées dans les composés organiques et celles néces- 
saires pour causer un empoisonnement, qu'il ne peut y avoir 
d'incertitude sur les conséquences à tirer d'expériences bien 
faites. Ainsi , de ce que le cuivre a été reconnu dans nos aliments, 



DE LA COMPAGNIE HOLLANDAISE. 299 

ce n'est pas une raison pour que des malfaiteurs croient pouvoir 
impunément se servir de préparations de ce métal pour accom- 
plir de funestes projets. 

TROISIÈME PARTIE. 

f^ues sur rinfluence de la chaleur dans la préparation des aliments. 

L'uu'de nous, qui avoit examiné l'influence de la chaleur sur 
le-blanc d'oeuf(i), et qui plus tard ayant traité de cette influence 
d'une manière générale sur les matières organiques (2), y avoit 
rapporté le phénomène de la cuisson des aliments, a profité de 
cette occasion poitr soumettre la viande à qvielques expériences, 
conformément à ces vues. 

La viande de bœuf cède à l'eau froide une matière plus ou 
moins colorée en i^ouge par l'hématosine de la liqueur évaporée 
dans le vide sec, à une température qui n'excède pas 20 degrés, 
laisse un résidu d'un rouge brvin , presque inodore tant qu'il 
reste exposé à l'air libre, mais qui, renfermé dans un flacon qu'il 
ne remplit pas complètement, en imprègne l'atmosphère d'une 
odeur de viande crue différente de celle de la viande cuite. La 
saveur de.ce résidu est douceâtre, acide, agréable et peu odo- 
rante. 

La délaye-t-on dans 10 fois son poids d'eau, pour la faire chauf- 
fer ensuite jusqu'à l'ébullition, un abondant coagulum d'alljumine 

(i) De rinfluence que l'eau exerce sur plusieurs substances azotées solides, par 
M. Chevreul. Mémoire lu à l'Académie des sciences, le 9 juillet 1821 , im- 
primé dans les Mémoires du Muséum d'histoire naturelle, t. XII, p. 160. 

(2) Considérations générales sur l'analyse organique, par M. E. Chevreul. 
Paris, Levrault, 1824, pages 80 et suivantes. ' 



3oo RAPPORT SUR LE BOUILLON 

cuite unie à un peu de l'acide libre du bouillon se sépare, un pro- 
duit légèrement sulfuré manifeste son développement par la 
teinte fau-ve ou brune qu'il communique au papier de plomb que 
l'on a plongé dans l'atmosphère du* vaisseau où la matière soluble 
de la viande est chauffée; enfin une odeur agréable de bouilli se 
développe en même temps, \i 

D'un autre côté, la viande qui a été épuisée autant que pos- 
sible de toute matière soluble dans l'eau froide, ainsi que de 
de toute matière grasse soluble dans l'alcool froid, exhale une 
légère odeur fade lorsqu'on la met dans l'eau bouillante; elle se 
partage en matière soluble qui est de la nature de la gélatine, 
et en matière insoluble qui est entièrement ou presque entière- 
ment formée de fibrine; et, fait remarquable, les particules de 
cette dernière se sont rapprochées, et ont éprouvé par la cuisson 
un endurcissement absolument analogue à celui que les parti- 
cules de l'albumine éprouvent lorsque cette substance est coa- 
gulée par la chaleur. 

On voit donc que la coction de la viande et la production du 
bouillon, opérations simultanées, présentent des phénomènes 
complexes qu'on ne peut étudier qu'en cherchant à voir ce qui 
se passe dans chacun des principes immédiats qui constituent 
cette viande, lorsqu'ils reçoivent l'action d'une température de 
loo degrés avec lé contact plus ou moins libre de l'eau dans la- 
quelle ils sont submergés. 

L'albumine de la viande se divise en deux parties ; l'une est 
dissoute avant que la température de l'eau soit élevée au point 
où cette substance se coagule , ou, ce qui revient au même, se 
cuise; l'autre portion reste dans la viande. Lorsque la tempéra- 
ture est suffisamment élevée, toute l'albumine se cuit; c'est 



DE LA COMPAGNIE HOLLANDAISE. • 3oi 

aloi'S que la portion dissoute se réduit en une partie solide 
colorée par de l'iiématosine qui constitue essentiellement l'é- 
curaedupot, et en une pai'tie qui reste en solution dans l'eau. 
Nous avons lieu de penser que cette partie est moindre qu'elle 
ne le seroit si l'albumine de la viande, au lieu d'être en présence 
d'un acide, étoit comme l'albumine du blanc d'oeuf en présence 
d'un alcali. 

Le tissu cellulaire qui pénètre dans toutes les parties de la 
viande, et notamment celui qui enveloppe la graisse, le tissu 
tendineux, se transforment également en deux parties, l'une 
qui se dissout à l'état de gélatine , et l'autrequi reste à l'état d'une 
matière solide plus ovi moins molle , plus ou moins gonflée. C'est 
à ce dernier état qu'il faut rapporter ce qu'on appelle vvilgaire- 
ment et improprement le ?ie>y^ du bouilli, matière qui n'est que 
le tendon ramolli et plus ou moins gonflé par l'action de l'eau 
et de la chaleur. 

Quant au tissu musculaire essentiellement composé de fibrine, 
il éprouve, comme l'albumine, un endurcissement; mais il en 
diffère en ce qu'il n'y en a pas qui soit dissous par l'eau. Si 
de l'albumine, du tissu gélatineux, et même de la stéarine, de l'o- 
léine et de la cérébrine n'étoient pas interposés entre les parti- 
cules de la fibrine, cette substance seroit trop coriace, pour être 
un aliment recherché. 

La graisse formée d'oléine et de stéarine ne paroît pas éprou- 
ver de changement. Une, portion reste dans la viande, comme 
nous venons de le dire, et une autre vient nager au-dessus du 
bouillon. ' 

La matière cérébrale contribue à donner de l'odeur au bouil- 
lon, et principalement au bouilli. Mais cette odeur, qui se ma- 



3o2 RAPPORT SUR LE BOUILLON 

nifeste sur-tout par la chaleur, existe peut-être déjà dans la ma- 
tière céi^ébrale avant la cuisson. C'est au reste un point sur le- 
quel l'un de nous reviendra dans ijn travail spécial. 

Nous n'avons point le même doute sur le genre de dévelop- 
pement du principe qui prédomine dans l'odeur du bouillon et 
du bouilli. Celui-ci est formé ou mis en liberté par suite d'un 
nouvel état d'équilibre qui s'établit entre les éléments d'un ou 
de plusieurs principes immédiats de la viande qui sont solubles 
dans l'eau. Le principe sulfuré a la même origine; son dévelop- 
pement est un phénomène concomitant de la coagulation de 
l'albumine ainsi qu'on l'observe dans la coagulation du blanc 
d'oeuf. 

Le principe ambré qui n'existe pas toujours, du moins en 
quantité sensible , est-il tout formé , ou proviendroit-il d'un chan- 
gement qu'éprouveroit, par l'effet de la chaleur, une matière 
analogue à celle qui se trouve dans la bile ? Ces questions sont à 
résoudre ; mais il est certain qu'il y a des cas où plusieurs parties 
du boeuf exhalent le principe ambré sans qu'il y ait coction; 
que la bile de cet animal renferme une matière qui développe 
une odeur analogue dans plusieurs circonstances , et notamment 
par la coction; et enfin que la matière cérébrale uiême, à une 
certaine époque de son altération spontanée, exhale la même 
odeur (i). 

La manière dont nous venons de considérer la viande crue et 
la viande cuite explique plusieurs faits qu'on ne concevroit pas 



(i) Pour apprécier l'influence du chlorure de sodium dans la cuisson, 
voyez lesnotës 5 et 6 à la fin du rapport. 

[Note de M. Chevreul.) 



DE LA COMPAGNIE HOLLANDAISE. 3o3 

bien autrement. Ainsi on peut conserver de la viande en l'ex- 
posant à une température de cent degrés, ou en la séchant par 
ventilation à la température ordinaire. Il est évident que la 
première ne sera pkis susceptible, étant chauffée au milieu de 
l'eau, de donner du bouillon, comme la viande séchée par le 
second procédé, lorsque celle-ci aura été préalablement gonflée 
par l'enu froide, avant d'être mise dans le pot-au-feu. 

Cette manière de voir explique bien la différence qui existe 
entre les tablettes de bouillon et le bouillon j car l'évaporation 
par laquelle celui-ci a été converti en extrait sec, l'a dépouillé 
d'une grande partie des principes aromatiques qui le font 
rechercher, et qui le distinguent si éminemment des aliments 
liquides qui en sont dépourvus. 

Si une matière sèche peut représenter l'extrait de bouillon , 
quant à son odeur spéciale, c'est celle que nous.]ïiettons sous les 
yeux de l'Académie; elle est soluble dans l'eau ; la solution, pour 
ainsi dire inodore, est-elle portée à une température de cent 
degrés, elle devient odorante, et rappelle, sous cerappoi't, l'odeur 
spéciale du bouillon; nous disons spéciale, parceque si l'on y re- 
connoît l'odeur dite d'osmazome et l'odeur sulfurée du bouillon 
ordinaire, on n'y retrouve pas toujours lodeur ambrée, ni celle 
de la matière cérébrale. (^F'oyez la note 4 à la fin du rapport.) 

Si déjà nous ne craignions de nous être éloignés du but de ce 
rapport, nous ferions voir que la cuisson produit dans beaucoup 
de légumes, tels que les choux, le topinambour, etc., des phé- 
nomènes analogues à ceux que présente la viande, et nous fe- 
rions remarquer que l'analyse d'une espèce de crucrfère a offert 
à l'un de nous, il y a long-temps, un produit cuit qvii a beaucoup 
d'analogie avec le bouillon de viande. En effet, on y a trouvé 



3o/|- RAPPORT SUR LE BOUILLON 

des phosphates, un acide libre des matières azotées, et enfin un 
principe aromatique, que nous ne prétendons pas rapporter à 
ce qu'on a appelé osmazome, mais qui s'en rapproche par son 
odeur. {^Foyez la note 5 à la fin du rapport.) 

Il est visible que dans l'analyse organique il faut tenir compte 
du phénomène de cuisson, si l'on veut se représenter exactement 
la nature des matières analysées qvii ont été soumises à l'action, 
de la chaleur; faute d'y avoir égard, il est des cas où l'on seroit 
conduit à attribuer a la nature vivante des modifications déter- 
minées par une élévation de température, dans l'arrangement 
des éléments des principes immédiats; mais tout en énonçant 
cette manière de voir, nous admettons la possibilité que des 
modifications analogues et même identiques se manifesteiit 
dans des circonstances où il semble que les matières qui les 
éprouvent soioiU soustraites à l'influence d'une élévation de 
température, 

CONCLUSIONS. 

D'après ce que nous avons vu dans l'atelier de la Compagnie 
hollandaise, d'après des attestations certifiées par plusieurs au- 
torités légalement instituées, d'après des renseignements four- 
nis par différents particuliers qui font usage du bouillon de la 
Compagnie depuis l'origine de la fabrication, nous concluons : 

1° Que l'appareil monté par M. Ph. Grouvelle pour préparer 
du bouillon en grand, paroît parfaitement remplir son objet; 

2° Que les soins apportés à la confection du bouillon soit 
pour le choix de la viande, soit pour la conduite des opérations 
nécessaires à la cuisson, soit enfin pour le distribuer aux con- 
sommateurs, doivent en recommander l'usage auprès des hos- 



DE LA COMPAGNIE HOLLANDAISE. 3o5 

pices et des personnes qui ne sont pas en position de faire chez 
elles cette préparation ; 

3° Qu'il est à désirer que non seulement l'usage de ce bouillon 
se propage, mais encore celui de la viande qui a servi à le pré- 
parer; car cette viande cuite, considérée en elle-même et re- 
lativement au prix auquel la vend la Compagnie hollandaise, 
est un bon aliment. 

Mais en exprimant ce désir ne nous demandera-t-on pas si 
nous avons l'assurance que la fabrication du bouillon sera tou- 
jours aussi soignée qu'elle l'est aujourd'hui? S'il est des procédés 
industriels sur lesquels il nous seroit impossible de répondre af- 
firmativement à cette question , il faut convenir que celui que 
nous examinons n'est pas absolument dans ce cas. La Compa- 
gnie nous paroît présenter toutes les garanties possibles qu'elle 
continuera de faire ce qu'elle a commencé; d'ailleurs son intérêt 
même le lui commande ,,car le bouillon n'est pas un produit dont 
on fasse provision. Une fois acheté il est bientôt consommé; 
dès-lors s'il venoit à perdre les qualités qui le font rechercher 
aujourd'hui, on s'en aperce vroit aussitôt, et on en cesseroit 
l'usage. 

ERRATUM. 

Page 299, ligne i3. 

Au lieu de : colorée en rouge par l'hématosine de la liqueur , 
il faut : colorée en roucfe par l'hématosine. La liqueur. 



Annales du Muséum, t. I", 3' série. Sg 



NOTES. 



NOTE r . 

Sur une nouvelle substance contenue dans la chair de bœuf, par M. Chevreul. 

I. Nomenclature. 

Quoique je ne sois pas encore absolument convaincu qu'une substance 
cristalline que j'ai retirée de l'extrait aqueux de la viande du bœuf n'ait pas 
été aperçue, et que je ne pense pas l'avoir soumise à un assez grand nombre 
d'expériences pour en démontrer la nature spécifîque, cependant comme 
j'ai été obligé de publier le rapport précédent, avant le temps qui m'auroit 
été nécessaire pour achever les recherches dont il a été pour moi l'occasion , 
et que d'un autre côté, j'ai obtenu cette substance cristallisée, et dans un 
état où elle nie semble pure, je vais la décrire, et afin d'éviter les péri- 
phrases, je la désignerai par la dénomination de créatine, tirée du grec 
KPÉA2, aroç, chair. 

II. Propriétés physiques. 

La créatine est remarquable par la limpidité de ses cristaux , et parce- 
qu'elle affecte les formes du chlorure de sodium; ainsi elle cristallise en 
cubes, et ces cubes s'agrègent de manière à présenter des prismes à bases 
carrées, des tables rectangulaires et des trémies. 

Elle a un éclat nacré, sur-tout sensible dans les cristaux minces. 

Sa densité est entre i,35 et 1,84. ■ ' 

III. Propriétés chimiques. 

Écrasée avec de l'eau sur des papiers d'bématine, de tournesol et de cur- 
cuma, elle n'en change pas les couleurs: c'est donc une substance neutre. 

A la température de 25 deg. 1000 parties d'eau ont dissous y'jS de créatine. 
La solution est dou'éé des propriétés suivantes : 

Elle ne fait éprouver aucun changement aux solutions de chlorure de 
barium, d'oxalate d'ammoniaque, de nitrate d'argent, de sulfate de cuivre, 
de sulfate de peroxide de fer, de sous-acétate de plomb, du moins aux 
solutions étendues d'une certaine quantité d'eau; car je n'ai pas opéré 
avec des liquides aussi concentrés que possible. Elle ne trouble pas le chlo- 
rure de platine concentré; peut-être troubloit-elle très légèrement le nitrate 



NOTES. 307 

de protoxide de mercure mêlé de nitrate de peroxide. Cette dissolution 
mixte, qui chauffée avec la laine et un grand nombre de matières organi- 
ques aziotées les colore en rouge brun, ne développe pas de couleur lors- 
qu'on la chauffe avec la créatine. 

L'alcool n'a sur elle qu'une bien foible action, puisque 1000 parties de ce 
liquide d'une densité de 0,810 en ont dissous à peine o'',25. 

La créatine est dissoute par l'acide sulfurique concentré; la solution se 
fait lentement, et pendant qu'elle s'opère, la matière reste dans la couche 
supérieure du liquide, où peu à peu elle se colore en jaune brun. 

La créatine s'enfonce dans l'acide nitrique d'une densité de r,34, et 
s'y dissout. La solution est incolore; lorsqu'on la chauffe au bain-marie 
dans une cloche étroite, elle laisse dégager de la vapeur hypo-nitrique. Si 
on fait évaporer la liqnenr dans une capsule, on obtient un résidu légè- 
rement jaune. Ce résidu repris par l'eau, donne une solution qui, aban- 
donnée à l'air, cristallise en feuillets : il ne reste qu'une trace d'eau mère 
jatine. 

La créatine s'enfonce dans l'acide hydro-chlorique d'une densité de 1,19. 
Elle s'y dissout sans le colorer. La solution évaporée donne des cristaux 
incolores, disposés en dentrites. 

La créatine chauffée dans un petit tube de verre fermé à un bout, pétille, 
dégage de la vapeur d'eau , et de transparente qu'elle étoit devient opaque 
et blanche; elle se fond ensuite, se colore, et donne de l'ammoniaque sen- 
sible aux papiers d'hématine, de tournesol rouge et de curcuma. Presque en 
même temps que l'ammoniaque se manifeste, il se développe une odeur 
prussique, qui bientôt est accompagnée d'une autre odeur qui m'a paru 
phosphurée. (A cette époque, un papier de plomb que je plongeai dans le 
tube conserva sa blancheur). Enfin il se dégage une vapeur jaune qui se 
condense en liquide, dont une partie cristallise par refroidissement en petits 
prismes ; le charbon est assez abondant. Incinéré , il ne laisse qu'une trace 
de cendre qui ne donne point à l'eau la propriété de troubler le nitrate 
d'argent. 

IV. Propriétés organoleptiques. 

La créatine est inodore; 

Elle n'a pas de saveur sensible. 



3o8 NOTES. 

V. Préparation. 

C'est en traitant par Falcool l'extrait aqueux de la viande préparé dans le 
vide sec, que j'ai obtenu la créatine. Malheureusement les matières très solu- 
bles dans l'eau qui accompagnent cette substance s'opposent à ce qu'elle 
se sépare facilement de son dissolvant ; de sorte que l'on n'en obtient que très 
peu relativement à la proportion qui reste dans les eaux mères; il est pro- 
bable que cette difficulté a empêché qu'on Fait aperçue plus tôt. 

VI. Composition. 

La créatine contient de l'eau de cristallisation , et certainement de l'azote 
et du carbone. Je ne puis aller aujourd'hui au-delà de ces faits. Je ne serois 
point étonné qu'elle fût analogue à l'urée par sa composition, en cela qu'elle 
seroit représentée par de l'ammoniaque et un acide carburé.. 

Je suis loin de prétendre avoir fait connoître la nature de la créatine par 
cette note. Je reviendrai sur cette matière dans un Mémoire particulier où 
je l'examinerai avec toute l'attention qu'elle me paroît mériter. Le principal 
obstacle à cette étude est assurément la difficulté que j'ai eue jusqu'ici de 
me procurer la quantité de matière qui seroit nécessaire à des recherches 
approfondies, et je n'ose indiquer le poids de créatine qui a servi à mes 
expériences, tant il étoit petit. 

Quoique la créatine soit inodore et insipide, cependant comme elle se 
trouve dans le bouilli et le bouillon, il seroit prématuré de croire qu'elle 
est dépourvue de toute influence dans la nutrition. Elle existe probablement 
dans d'autres matières animales que la chair musculaire. Je ne serois point 
étonné qu'elle eût été confondue dans quelques circonstances avec le chlo- 
rure de sodium ou celui de potassium. Je m'occupe de la rechercher dans 
plusieurs matières, ovi j'en soupçonne la présence. 

En terminant cette note je ferai remarquer que j'ai obtenu de l'extrait de 
viande, une substance d'une saveur douce, sucrée., mais je ne l'ai point assez 
bien isolée de tout corps étranger, pour prononcer sur sa nature comme 
principe immédiat de la chair. 

NOTE 2. 

Examen d'un excellent bouillon, par M. Chevreul. 

J'ai pensé qu'il seroit utile d'exposer ici les résultats que m'a présentés 
la coction d'une excellente viande. Le bouillon qu'elle a donné étoit d'une 
qualité vraiment supérieure. 



NOTES. 309 

On a mis dans un pot de terre vernissé de 6 liB-es environ : 

kii. 

Viande de bœuf . i,4335. 

Os o,43oo. 

Sel marin o,o4o5. 

Eau 5,0000. 

On a chauffé graduellement jusqu'à l'ébullition; on a écume, puis on a 
ajouté , 

Navets 

Carottes o,33io. 

Un oignon brûlé ) 

On a maintenu le bouillon à un foible degré pendant cinq heures et demie. 
On a obtenu, 

lirres. 

Excellent bouillon 4- 

kii. 
Excellent bouilh o,858o. 

Os 0,3925. 

Légumes cuits o,34oo. 

Le bouillon, d'une odeur et d'une saveur agréables , avoit une densité de 
1,01 36, conséquemment le litre pesoit ici 3^'', 6. 
Un litre étoit formé de 

Eau • ■ • ■ . 985,600. 

Matière organique fixe à 20 degrés dans le vide sec. . . i6,9r7. 

I Potasse j 

Soude I 

Chlore | 10,724. 

Acide pliosphorique. ... 1 

Acide sulfurique I 

( Phosphate de magnésie . . 1 
Sels insolubles. . . . Phosphate de chaux .... 0,359. ' 

' Deutoxide de cuivre. . . . ) 

ioi3,6oo. 
D'après des expériences que je ne rapporterai pas, et qui consistoient 
essentiellement à traiter les mêmes quantités de légumes par la même 
quantité d'eau et de sel que les quantités respectives des mêmes matières 
qui avoient été employées pour préparer le bouillon dont je viens de parler, 
j'estime que dans un litre de ce liquide les matières fixes à 20 d. dans le 
vide sec, avoient cette origine. 

10 gr. provenoient du sel. 

12 à 1 1 de la viande. 

637 des légumes. 



3lO NOTES. 

Un autre bouillon, prépar,é;;avéc d^S matières chpiçies.par |noi-inênie et 
cuites dans un vase qui ne pouvoit céder de cuivre, jie rp'a pas donné de 
trace sensible de ce métal à l'analyse ,( » 

NOTE 3. • , . . li - 

Sur le cuivre contenu dans le froment, par M. Chevreul. 
De nouvelles rechercbes sur l'existence du cuivre dans plusieurs matières 
organiques, et particulièrement dans le froment, m'ont donné les résultats 

suivants : • ■ • '-JJ'-; 

rr • ^ 1 ■ 1 /? • • j.'jliri<|[ nodf'm fi J 

Irois cents grammes de grains de rroment pris dans le commerce, ont 

.,1 , 1 . j • )l!iiiod si 0iialniR£iJ Ê !i>j 

présente dans leur cendre une trace de cuivre. 

Cinq cents grammes de froment de la commune de l'Hay, barilièue de 
Paris, détachés- par moi-même de l'épi, puis lavés à l'eau distillée pour en 
séparer les corps étrangers, ayant été briilés ensuite dans une capsule de 
platine avec toutes les précautions imaginables,, ont laissé une cendre qui 
n'a pas donné de quantité sensible de cuivre à l'analyse. 

Je ne conclus ^a.i nécessairement de ces faits, que les chimistes qui disent 
avoir trouvé du cuivre dans les végétaux ont été trompés sur rorigine qu'ils 
ont assignée à ce métal, car des matières cuivreuses- pouvant faire partie 
d'un sol , et l'eau absorbée par les plantes qui végètent dans ce sol, pouvant 
avoir dissous des traces de ces mêmes matières , je conçois dès-lors comment 
ces plantes contiendront du cuivre; mais ce que je conclus de mes expé- 
riences, c'est que tous les échantillons de froment ne contiennent point essen- 
tiellement de ce métal, c'est q\i eu négligeant les précautions que f ai prises, on 
peut trouver dans 'les matières organiques une quantité de cuivre qui y a été 
portée accidentellement. '" -' ' "'^ , ' .' 

Nota. Les journaux, en rendant 'coii(ï[)te de la séance de l'Académie des 
sciences, du 3,0 avril i832, m'ont fait dire que je n'avois pas trouvé de cuivre 
dans 200 grains de froment; il y a une .eri'eur que je recti|i,e.,içi;i la quantité 
sur laquelle j'opjériaiyîépoit Je %oo grammes. , jyjiiijj à juiiih 

,..:, ,,, ,, ,. ''; !.■, . . NQTJE ;4- , . . 1,1 l'J.^ ob 19 IIB'j'l . 

, SurJe.s , phénomènes, que, p)iés.entejafcuisstin de plusmiiPSi tonéfts- de viandes , 1 1 1 r 

par.M. Ghevreul. 
Si l'on traite les viandes de veau, de mouton, de poulet .et de perdrix par 
Teau froide, et si l'on fait évaporer les lavages dans le. vide-seq, on obtient 
des extraits qui sont bien analogues mais non identiques à l'extrait de la 
viande de bœuf préparé par le même procédé. .t!»fHujfil t 



NOTES. 3iï 

Lés extraits de viande de veau et de mouton donnent, par l'ammoniaque, 
comme celui de viande de bœuf, un précipité cristallin presque entièrement 
formé de phosphate ammoniaco-magnésien. Tous les trois sont acides au 
tournesol. Ils contiennent, outre plusieurs sels, du phosphate de chaux qui 
n'est pas précipitable par l'ammoniaque. 

Pour apprécier les analogies et les différences de ces trois extraits, je vais 
présenter dans le tableau suivant les phénomènes que j'ai observés en expo- 
sant à la chaleur o,'' 5 de chacun d'eux bien délayés dans ôô'' d'eau, et qui 
avoient cédé à ce liquide tout ce qu'ils pouvoient lui céder de matière soluhle. 



EXTRAIT DE BOEUF. 



Solution rougeâtre acide. 

33 «°'™'"'» chauffés dans 
un petit ballon de verre 
se sont troublés en 

manifestant f odeur de bouil- 
lon, 
soufrequijau- 
nissoit le 
papier de 
plomb. 



Le, çoaguluffl , ,étoit rou-: 

geâtre. 

Au bout de 24 heures le 
liquide qui avoit été chauf- 
fé, et qui étoit compléte- 
m ent refroid i a été examiné 
comparativement avec 33 
centimètres qui ne l'a- 
voient pas été. 

La liqueur quii avoit été 
chauffée avoit une odeur 
et une saveur de bouillon, 
ou de bouilli froid. 

La liqueur qui n'avoit 
pas été chauffée n'avoit 
qu'upe odeur et saveur foi- 
bles , qui n'étoient pas 
celles du bouillon. 



EXTRAIT DE VEAU. 



Solution jaunâtre acide. 

33 ""' "'»' chauffés dans 
un petit ballon de verre 
se sont troublés à 55'' et 
coagulés à So'' en 
manifestant j odeur de bouil- 
lon de veau 
ou de veau 
rôti, 
.çoî//)equijau- 
nissoit le 
papier de 
plomb. 



Le coagulum éloit blanc. 
Idem. 



Idem. 



Idem.' 



EXTRAIT DE MOUTON. 



Solution rougeâtre acide. 
33 «,».. cubes chauffés dans 
un petit ballon de verre 
se sont troublés à 48'' et 
coagulés de 71 à 78'' en 
manifestant I odeur de bouil- 
lon moins 
jjrononcée 
que les pré- 
cédents, 
légère odeur 

hircique , 
soufre sensi^ 
ble au pa- 
pier de 
plomb. 

Le coagulum étoit jaune 
rougeâtre. 
Idem. 



Idem, 



Aucune odeur, saveur 
très légère. 



3l2 NOTES. 

L'extrait de chair de poulet est incolore, acide, peu odorant; il précipite 
par l'ammoniaque du phosphate ammoaiaco-magnésien et du phosphate de 
chaux gélatineux. 

Lorsqu'on a délayé o,5 dans 66^' d'eau et qu'on en fait chauffer la moitié, 
il se développe une odeur de bouillon de poulet très sensible. 

■ L'extrait de chair de perdrix est coloré en jaune roux , il a une odeur plus 
marquée que celle des extraits dont je viens de parler. Si l'odeur propre à 
la perdrix cuite s'y développe lorsqu'il est chauffé après avoir été délayé 
dans l'eau, cependant je n'oserois affirmer qu'il n'y ait pas du même prin- 
cipe déjà développé dans l'extrait qui n'a pas éprouvé l'action de la chaleur; 
car, si je ne me trompe , il y a de ce principe libre dans la peau de la perdrix, 
du moins dans celle qui a été exposée quelque temps à l'air. Si je parle de 
cette circonstance , c'est que le contact de l'air me semble avoir beaucoup 
d'influence sur le développement de plusieurs principes odorants organi- 
ques; par exemple, dans une analyse du musc, faite il y a vingt-huit ans 
environ, j'avois des produits qui, au moment où ils sortirent des opérations 
auxqu-elles je les avois soumis pour en séparer l'arôme, étoient absolument 
inodores; les ayant conservés avec de l'air dans des flacons fermés, ils exha- 
lèrent au bout de quelques mois une odeur de musc si forte qu'elle est en- 
core sensible. 

Au reste, les viandes dont j'ai parlé dans cette note seront l'objet d'un 
travail particulier que j'ai été obligé d'ajourner à l'époque où je pourrai me 
procurer des perdrix. 

En définitive, quoi qu'il en soit, il est visible que les extraits aqueux des 
viandes que j'ai examinées, renfeiment dans un état plus ou moins latent 
un principe aromatique qui distingue chacune de ces viandes, et qui se 
développe sur-tout par la cuisson. 

NOTE 5. 

Sur les phénomènes que présentent quelques légumes lorsqu'on les cuit dans 
l'eau distillée, et dans l'eau de chlorure de sodium. Par M. Chevreul. 

€ L Phénomènes de la cuisson du navet, de la carotte et de l'oignon brûlé dans 

l'eau distillée. 

J'examinerai successivement i° les produits volatils qui se manifestent penr 



NOTES. 3l3 

dant la cuisson , 2° les légumes cuits , 3° l'eau dans laquelle ils ont éprouvé l'ac- 
tion de la chaleur. 

a) Produits volatils. 

Le chou violet ( et probablement que toutes les autres variétés de ce lé- 
gume sont dans le même cas), cuit dans l'eau distillée, laisse dégager un 
principe odorant qui est accompagné de soufre, et qui me paroît propre à plu- 
sieurs crucifères ; ce soufre noircit fortement le papier imprégné d'acétate 
de plomb ; j'ignore s'il est à l'état d'acide hydro-sulfurique , ou combiné avec 
le principe odorant. Il y a encore dégagement d'ammoniaque; mais cet alcali 
pe«t provenir de l'eau elle-mêrne, d'après ce qui a été dit dans le rapport, 
page 289, relativement aux substances volatiles qui se dégagent pendant la 
coction de la viande. 

Le navet, et même le panais, se comportent d'une manière analogue; mais 
le produit est moins sulfuré, sur-tout celui du panais. 

L'oignon brûlé que l'on fait bouillir dans l'eau, laisse dégager une huile 
volatile plus sulfurée encore que ne l'est le produit du chou ; il y a également 
développement d'ammoniaque. 

Pendant la cuisson de la carotte, il se développe un principe odorant très 
suave, qui n'agit point sur le papier de plomb : il est accompagné d'ammo- 
niaque. 

Je ferai remarquer que les légumes qui répandent par la cuisson une 
odeur désagréable, sont précisément ceux qui laissent dégager du soufre. 
h) Légumes cuits. 

Pour examiner à-la-fois les légumes cuits dans l'eau, et ce qu'ils peuvent 
céder au pot-au-feu, j'ai procédé de la manière suivante. 

Dans deux litres et demi d'eau distillée bouillante j'ai plongé, 

S'- , 

Navets 3 1 , 1 5 

Carottes .65, 38 

Oignon brûlé 9) 60 

Après cinq heures et demie d'ébullition douce, il y avoit eu un demi-litre 
d'eau vaporisée, et les légumes j)esoient après avoir été égouttés, 

S'- S'- 

Navets 3o, 43- Perte 0,72 

, Carottes -73, 75. Augmentation 8,37 

Oignon brûlé 19, 00. Idem 9>4q 

Annales du Muséum, t. I", 3" série 4o 



3l4 NOTES. 

Lès navets s'étoient teints légèrement en jaune roux aux dépens des prin- 
cipes colorants des carottes et de l'oignon brûlé , ils avoient le goût qui leur 
est propre et celui de l'oignon. 

Les carottes étoient d'un beau rouge, elles avoient l'odeur et-la saveur dou- 
ceâtre qui leur sont propres , sans odeur d'oignon. 

L'oignon brûlé avoit perdu presque toute son odeur et sa saveur. La 
grande augmentation de son poids tenoit à ce que la dessiccation préalable 
qu'il avoit subie au four, l'avoit rendu apte à absorber beaucoup d'eau. 

Les légumes cuits^se réduisent par la dessiccation en feuillets plus ou moins 
minces , qui reprennent leur apparence de légumes sortant du pot-au-feu , 
lorsqu'on les tient plongés dans l'eau. 

c) Eau dans laquelle les légumes avoient été cuits. 

Elle étoit colorée en brun rougeâtre. 

Elle retenoit une quantité sensible du principe odorant de la carotte, du 
navet et de l'oignon. 

Elle s'est réduite par l'évaporation à i2''',84 d'un extrait qui avoit été sé- 
ché à loo'', et qui étoit composé principalement de 

( de l'oignon. 
Principes odorants du navet. 

( de la carotte. 

[ jaune. 
Principes colorants ! rouge. * 

{ brun. 

Acides organiques libres. 

Sucre liquide. 

Matière non azotée insoluble dans l'alcool et soluble dans l'eau. 

2 matières azotées (petite quantité.-) 

! Sulfate de chaux ( quantité notable.) 
Phosphate de chaux. ) , . 

Phosphate de magnésie ! ^ '•' 

Sel de fer. 
Sels de potasse. 

^ II. Phénomènes de la cuisson du navet, de la carotte et de l'oignon brûlé dans 
l'eau de chlorure de sodium. 
a) Produùs volatils. 

J'ai constaté que la cuisson des légumes dans de l'eau distillée tenant 
'/,j5 de son poids de sel marin développe les mêmes produits volatils que 



NOTES. 3l5 

la cuisson des mêmes légumes dans l'eau distillée; peut-être l'odeur des 
carottes est-elle plus suave , et celle des crucifères plus prononcée lorsque la 
cuisson s'opère dans l'eau salée. 

b) Légumes cuits. 

Dans l'intention d'apprécier l'influence sur la cuisson des légumes d'une 
proportion de chlorure de sodium que j'ai constatée être des plus conve- 
nables à la confection du bouillon, j'ai fait comparativement avec l'expé- 
rience précédente celle que je vais décrire. 

Dans 2 litres et demi d'eau de Seine contenant 2o^''' de chlorure de so- 
dium , et portés à l'ébullition , j'ai plongé 

Navets 3i, i5. 

Carottes 65, 38. 

Oignons brûlés . . 9, 60. 
Après cinq heures et demie d'ébullition douce il y avoit eu un demi-litre 
d'eau vaporisée, et les légumes pesoient après avoir été égouttés. 

Navets 3o, 70. Perte o, 45- 

Carottes 70, 65. Augmentation.. 5, 27. 

Oignons 22, 60. Idem 1 3, 60. 

Les navets s'étoient teints en roux, mais à l'extérieur seulement. 

Les carottes étoient d'un rouge brun. 

Ces légumes avoient l'odeur qui leur est propre , et à un degré un peu 
plus' marqué que ceux qui avoient été cuits dans l'eau distillée. Mais la dif- 
férence vraiment remarquable qui les distinguoit, c'étoient la tendreté et la 
saveur bien plus prononcée dans les premiers que dans les seconds; et en 
même temps que le goût trouvoit les navets et les carottes cuits dans 
l'eau salée plus sucrés, malgré la saveur du sel, l'odeur propre à chacun 
des légumes étoit aussi plus intense. La différence étoit si grande entre 
JL'oignon cuit dans l'eau distillée et l'oignon cuit dans l'eau salée , que 
le premier étoit pour ainsi dire inodore et insipide, tandis que l'autre 
avoit, outre la saveur salée, une saveur sucrée très prononcée avec l'arôme 
de l'oignon. 

c) JEau salée dans laquelle les légumes avoient été cuits. 

Elle étoit d'un brun rougeâtre , et si elle exhaloit une odeur plus pro- 
noncée que celle de l'eau distillée dans laquelle les légumes de la même es- 



3l6 NOTES. 

péce avoient été cuits , je a oserois dire qu'en faisant abstraction de la saveur 
du sel, la saveur propre aux légumes fût plus agréable dans l'eau salée que dans 
l'eau distillée; mais si on se rappelle que ce dernier liquide avoit enlevé aux 
légumes la/'S/j d'extraits solubles ; et si l'on considère maintenant que l'eau 
salée n'en avoitenlevé que g grammes, il faut bien reconnoître au sel contenu 
dans l'eau une influence marquée sur la sapidité de l'extrait qu'il accompagnoit , 
puisque la proportion de celui-ci à l'extrait de l'eau distillée étoit : : i : 1,4. 
Rien n'est plus propre que ces observations pour expliquer l'usage du sel 
dans la préparation des aliments. 

ËnËn j'ai constaté i" que les légumes cuits dans 260 parties d'eau te- 
nant 83 parties de sel étoient aussi tendres que les précédents, résultat 
bien différent de celui qui présente la viande ainsi que je le dirai plus bas; 

2" Que les légumes n'ont point tous la même aptitude à absorber l'eau salée 
dans la cuisson; par exemple le navet, le panais, le choux , cuits dans l'eau 
saturée de sel acquièrent une saveur salée désagréable, tandis que cet effet 
n'a pas lieu pour la carotte. 



CONSÉQUENCES. 

L'eau de Seine tenant '/, 25 de son poids de chlorure de sodium est bien 
plus propre à la cuisson des légumes que l'eau distillée : 

1° Elle leur enlève moins de parties solubles que ne le fait la seconde, et 
cela est parfaitement d'accord crvec ce qu'on sait de l'affoiblissement que 
l'eau éprouve en général dans sa force dissolvante par l'addition d'un sel 
neutre ; • " 

1° Elle leur donne plus de tendreté ; 

3° Elle leur donne plus d'odeur ; 

4° Elle leur donne plus de saveur. 

NOTE 6. 

Influence de diverses eaux sur la cuisson de la viande de bœuf, 
par M. Chevreul. 

La grande influence de l'eau salée sur la cuisson des légumes une fois 
constatée par les expériences consignées dans la note précédente, j'ai dû 
rechercher ce qu'elle est sur la cuisson de la viande de bœuf, et pour rendre 
cette nouvelle recherche phis instructive , j'ai déterminé l'influence de l'eau 
des puits de Paris, qui est une solution de sulfate et de carbonate de chaux, 



NOTES. 3l7 

et celle de l'eau saturée de sulfate de chaux sur la cuisson de la même 
viande. Voici les conséquences auxquelles j'ai été conduit. 

1° L'eau tenant '/.js de son poids de chlorure de sodium en solution, n'a 
point pour attendrir la viande la même influence que pour attendrir les lé- 
gumes. Si la viande qu'on y a cuite n'est pas sensiblement plus tendre que la 
viande cuite dans l'eau distillée, elle m'a paru plus sapide que cette dernière. 

D'un autre côté, la décoction salée avoit une odeur et une saveur un peu 
plus agrécibles que la décoction faite avec l'eau distillée. 

2° L'eau saturée de chlorure de sodium qui est susceptible de ramollir les 
légumes qu'on y cuit, durcit la viande à un degré remarquable; et cette 
viande se distingue de celle qui a été cuite dans l'eau distillée et dans l'eau 
à y, 25 de sel, par un goût prononcé de jambon. 

En outre la décoction de viande dans l'eau saturée n'exhale point une 
odeur de bouillon aussi forte que la décoction faite avec l'eau à '/,,5 de sel. 

3° La viande cuite dans l'eau de puits de Paris m'a paru plus dure que la 
viande cuite dans l'eau distillée ou l'eau à '/.js de sel; d'un autre côté elle 
étoit sensiblement moins sapide. 

La décoction de viande dans l'eau de puits étoit moins sapide et moins 
odorante que la décoction dans l'eau distillée. 

4° Enfin l'eau saturée de sulfate de chaux pure à la température de 20 deg. , 
est la moins propre des eaux que nous venons d'examiner pour la cuisson de 
la viande : non seulement la viande qu'on y a cuite diffère de celle qui l'a été 
dans l'eau distillée, ou dans l'eau à '/,25 de sel, par moins d'odeur, de sa- 
pidité et de tendreté; mais la décoction dans l'eau de sulfate de chaux est 
moins odorante et plus fade que les décoctions faites avec l'eau distillée 
et l'eau à '/,25 de sel. . L'influence du sulfate de chaux est donc vraiment 
remarquable. 



EXTRAIT 

D'UNE LETTRE DE M. FISCHER, 

■m ' 

DIRECTEUR DU JARDIN IMPÉRIAL DE SAINT-PÉTERSBOURG, 

redressée à M. Mibbel, professeur de culture au Muséum et histoire naturelle, et 

datée du 5 juin 1 832. 

....... Vous m'avez envoyé un assortiment de graines bien riche. Jamais 

je n'ai reçu du Jardin du Roi une collection qui contînt autant d'espèces précieuses. 
Recevez mes remerciements les plus sincères , et soyez indulgent si je vous fais at- 
tendre la part que je vous destine dans notre récolte. Je ferai tout ce qui dépendra 
de moi pour que notre envoi vous soit aussi agréable que celui que vous nous avez 
fait l'a été pour nous. 

Le Parrotia dont je vous ai parlé, cet arbre qui se plaît à greffer ses branches 
entre elles , et que vous voudriez naturaliser en France, portant un nom particu- 
lier dans son pays, je ne désespère pas de pouvoir vous en procurer des graines 
de même que de celles du Planera. ... 

Je me ferai un devoir de communiquer à l'herbier du Muséum les espèces dis- 
ponibles de notre herbier de la Perse Septentrionale et de l'Arménie , qui pour- 
roient servir de complément aux fameux herbiers que vous possédez, et que je suis 
désolé de ne pouvoir comparer moi-même dans ce moment 

Quelle perte vous avez essuyée au Muséum ! 

HERBIERS DE LA COMPAGNIE ANGLAISE 
DES INDES ORIENTALES. 

La cour des directeurs de la Compagnie anglaise des Indes orientales avoit déjà 
bien mérité du Muséum d'histoire naturelle de Paris, par l'aide et la protection 
accordées à l'un de ses voyageurs, M. Jacquemont. Le don d'uqe belle collection 
de plantes de l'Inde, dont elle vient d'enrichir nos herbiers, est un nouveau service 
que nous devons proclamer d'autant plus hautement que cet envoi se lie à un 
système de libéralité général et aussi noble qu'éclairé. 

On connoit le jardin botanique de Calcutta, où la Compagnie emploie tant de 
terrains et tant de bras à la culture et à la naturalisation de nombreux végétaux , 
recueillis à grands frais, non seulement dans ses colonies asiatiques, mais dans 
toute la zone intertropicale. Elle entretenoit dans ce but de nombreux voyageurs, 
chargés de plus de récolter et dessécher toutes les plantes qui se présentoient à leurs 



320 EXTRAIT d'une LETTRE DE M. FISCHER, ETC. 

recherches ; il en est re'sulté un immense herbier qui s'est encore augmenté d'iier- 
biers formés antérieurement par divers savants; et acquis parla Compagnie. Tous 
ces trésors ont été rapportés en Europe par M. Wallich, directeur du jardin de 
Calcutta, qui, après avoir présidé à leur formation, est venu présider à lenr clas- 
sement. Il suffit de citer les noms si connus en botanique de Kœnig, de Rottler, 
deRoxbut-gh, d'Hamilton, etc., pour indiquer au monde savant l'intérêt qu'offre 
cette immense collection , où sont déposés les fruits de leurs travaux. Ils sont con- 
tinués et seront complétés par M. Wallich , à qui l'on devoit déjà la suite de la Flore 
indienne de Roxburgh , et qui publie maintenant un magnifique ouvrage sur les 
plantes rares de l'Inde. Mais comme un seul homme pourroit difficilement suffire 
à une si vaste publication, on a trouvé le moyen le plus sûr de la faire achever 
promptement et bien, en confiant ses diverses parties à divers botanistes; et dans 
le choix de ces collaborateurs, on ne se borne pas à ceux d'Angleterre; on va les 
chercher sur tous les points de l'Europe, et si l'on sait qu'un botaniste s'est occupé 
particulièrement d'un certain groupe du régne végétal, il reçoit cette partie de la 
Flore indienne, et est chargé de l'éclaircir et de la faire connoitre. 

Le nombre des espèces s'élève à plus de huit mille, et il seroit difficile de cal- 
culer celui des échantillons. La Compagnie a eu relativement à leur possession 
une pensée aussi libérale que relativement à leur publication; elle a fait de ces 
doubles former un assez grand nornbre de collections séparées , et elle en a adressé 
aux grands Musées européens, ainsi qu'aux particuliers connus dans la science - 
par leur zèle ou leurs travaux. Enfin elle a donné l'herbier fondamental, et tout ce 
qui restoit après ces premières distributions à la Société linnéenne de Londres, où 
cette collection ira se placer près de celles de Linné et de Banks. 

Tous ceux qui se livrent à l'étude des sciences naturelles sentiront tout l'avantage 
que la botanique doit retirer de ces distributions. Ces herbiers, dans lesquels chaque 
plante porte un numéro correspondant à un catalogue où son nom et sa patrie sont 
enregistrés, répandront dans toute l'Europe une foule de types qui, loin de donner 
lieu à ces doutes et à ces doubles emplois, dont la science est maintenant coinme 
encombrée , aideront au contraire à éclaircir beaucoup de ceux qui existoient déjà 
par suite des publications antérieures sur l'Inde. Espérons que ce noble exemple sera 
plus d'une fois suivi. Déjà nous voyons M. Wight s'associer à la Compagnie des 
Indes orientales , et distribuer concurremment le riche herbier qu'il a formé dans le 
même pays. L'Académie des sciences de Paris, en appelant dernièrement à elle 
M. Wallich, a rendu hommage et aux travaux par lesquels il s'est personnellement 
illustré, et à la généreuse Compagnie, qui, faisant, dans l'intérêt des sciences, usage 
de sa richesse et de son pouvoir, a trouvé en lui un agent si actif et si éclairé. 



OBSERVATIONS (0 

SUR LA 

CONCORDANCE DES PARTIES DE L'HYOÏDE 
DANS LES QUATRE CLASSES DES ANIMAUX VERTÉBRÉS, 

ACCOMPAGNANT, A TITRE DE COMMENTAIRE, LE TABLEAU SYNOPTIQUE, 
OU CETTE CONCORDANCE EST EXPRIMÉE FIGURATIVEMENT. 

PAR M. GEOFFROY SAINT-HILAIRE. 

J'aurois pu et dû peut-être m'en tenir à la publication isolée 
du Tableau synoptique qui accompagne cet écrit ; car ce Tableau 
donne de lui-même ses faits avec toute la précision et la rigueur 
nécessaires aux idées générales, qu'il est destiné à placer dans 
la science. Je m'en tiens aux sept signes (^g , b, e, u,a, c, st), à ces 
sept lettres indicatives des sept parties constituantes de l'hyoïde; 
car il y a sept sortes, sept conditions d'une essence primitive, 
qui ont rendu nécessaires sept dénominations distinctes, et qui 
consacrent ainsi l'individualité originelle des matériaux hyoï- 
diens. Voici leurs noms : Glossohyal (G), Basihyal (B), Entohyal 
(E), Urohyal (U), Apohyal (A), Gératohyal(C), et Stylhyal (ST). 
Ainsi ces sept lettres du Tableau sont les initiales des noms 
appellatifs de chacune des pièces hyoïdiennes. 

(i) Communiquées et déposées à l'Académie des sciences, le 12 décembre 
i83i. . , • 

Annales du Muséum, t. I", 3' série. 4' 



322 OBSERVATIONS SUR LA CONCORDANCE 

Le Tableau montre un arrangement d'un vif intérêt pour 
1 esprit; les connexions des parties s'y voient avec leur caractère 
invariable, principe fondamental de ma doctrine; et ces con- 
nexions se manifestent en des parties distribuées suivant deux 
lignes qui se croisent ; savoir, l'une s'étendant de la langue au 
larynx , et l'autre se développant en deux ailes qui suivent les 
contours du pharynx. Enfin à chacune de ces pièces est attachée 
une fonction distincte. 

Telles sont les propositions de la science, que résume sur l'un 
des plus curieux appareils de lorganisation et que rend ainsi 
saisissables par les yeux du corps ma planche ci-jointe. Or, je 
le demande présentement : Comment en présence de tels faits se 
refuser de jreconnoître la ressemblance analogique , et je puis bien 
alors me permettre d'ajouter cette autre qualification, la ressem- 
blance philosophique des parties de l'appareil hyoïdien? 

Tout ce qvii précède contient l'expression de mes anciens 
travaux, énoncée dans toute sa généralité. Voici maintenant ce 
qui va donner de la nouveauté à la reprise d'une question que 
j'ai déjà traitée. 

On peut se rappeler qu'à l'argumentation (i) qui fut dirigée le 
22 mars i83o, contre les principes de ma théorie des analogues, 
j'avois, en ce qui concerne les hyoïdes, reconnu la solidité d'une 
objection. Voici comme je m'exprimai : « Maintenant, à d'autres 
u égards, ce n'est plus d'habileté que je louerai l'argumentation ; 
«elle auroit pu trouvera me prendre, si elle eût discuté les 

(i) J'ai moi-même textuellement imprimé dans mon opuscule {Principes 
de philosophie zoologique. Paris, Pichon et Didier libraires, i83o) l'important 
travail dont se compose cette argumentation : M. G. Cuvierlui avoit donSié 
pour titre : Considérations sur l'os hyoïde. 



DES PARTIES DE l'hYOIDE, ETC. Sa 3 

« applications que j'avois faites du principe des connexions. » 
J'admis dès ce moment que j'aurois à revoir mes anciens Ira- 
vaux sur les hyoïdes; les quelques fautes qui m'avoient été re- 
prochées et opposées, je les avois dès-lors reconnues fautes. 
Nous verrons plus bas qu'elles étoient inévitables au début d'une 
carrière toute neuve. L'objet de mon Tableau synoptique est 
de montrer qu'elles étoient réparables, et de substituer,de nom- 
breuses observations et des vues plus réfléchies à de premiers 
jugements hasardés. , • 

Cependant j'ai dû témoigner ma surprise de ce que l'argu- 
mentation, qui avoit eu la sagacité de saisir le principe d'une 
faute, n'avoit rien ajouté par-delà. C'eût été produire son ob- 
jection sous un jour plein et certes plus satisfaisant, que de 
substituer soi-même le vrai à la place de l'erreur : cela ne fut 
pas. Mais aujourd'hui que j'y réfléchis, j'en suis moins étonné: 
ce ne fut point par omission. Et en effet au seul inventeur qui 
s'est frayé une nouvelle route, et qui n'en avoit encore par-^ 
couru qu'une partie, il appartenoit de la désobstruer, et d'ache- 
ver le voyage. Après une pause, on reprend haleine; on n'en 
est que plus fort contre les obstacles, et plus dispos à les sur- 
monter. 

Pour cela faire, il n'est souvent besoin que de reporter son 
esprit au point de départ, que d'être ramené vers le point simple 
de l'idée à trouver. Or c'est toujours ce à quoi l'on songe en 
dernier. L'on se fatigue quelque temps à poursuivre d'ardues 
difficultés, et l'on va chercher péniblement et loin ce qui est 
facile, simple, et tout proche. Pouvois-je, en effet, m'attendre 
au début de mes recherches sur les hyoïdes, qu'il y avoit là élé- 
ment pour une simplicité si parfaite, pour une production de 



324 OBSERVATIONS SUR LA CONCORDANCE 

faits particuliers tellement lucide, que l'esprit en vît oculaire- 
ment les rapports ; c'est-à-dire que tout cet ordre philosophique 
pût être figuré aux yeux, et fût définitivement et nettement 
exposé dans un Tableau? 

L'argumentation vouloit, elle réclamoit que les choses fussent 
manifestes» pour des yeux communs, m.ises'à la pointée d'un bon sens 
ordinaire. Mon Tableau répond à ce vœu. On y voit à-la-fois 
ce qui se ressemble et ce qui diffère ; les mêmes lettres indicatives 
disent la concordance des mêmes éléments, elles expriment ainsi 
lep^rand fait philosophique d'une analogie commune, poursuivie 
par-tout, jamais interrompue : voilà pour les faits de ressem- 
blance. Mais en même temps l'œil et l'esprit aperçoivent ce qui 
advient à ces mêmes éléments par des changements de volume et 
de forme : car chaque composant révèle simultanément sa raison 
différentielle et classique. Voyez-vous une plus grande augmen- 
tation sur les flancs? l'objet est alors plus ramassé, et comme 
concentré sur lui-même. Vous trouvez au contraire à observer 
une pièce longue et filiforme, si la transformation a donné le 
fait opposé. Venez-vous aussi à vous porter sur une circonstance 
de dislocation? rien autre ne doit là occuper, si ce n'est qu'une 
pièce de la ligne médiane s'e^t partagée en deux. L'inverse se 
manifeste ailleurs, alors que deux parties voisines et symétri- 
ques sont entraînées de dehors en dedans , et que la portion de 
gauche gagne celle de droite, de manière à tomber l'une sur 
l'autre, à se confondre et à devenir en se soudant un corps uni- 
que et médian. Voilà pour les faits de différence. 

Que l'on s'arrête, comme en se jouant, sur les combinaisons 
des parties de ce tableau, et l'esprit y trouve à méditer sur 
toutes les ressources infinies de la ne^ture, qui place des nuan- 



DES PARTIES DE L HYOÏDE, ETC. 32 5 

ces multipliées de variété dans un appareil, toujours composé 
de même, toujours véritablement identique. Que d'impressions, 
que de savoir vous saisissent et vous recueillez par le spec- 
tacle 'de cette merveilleuse puissance , laquelle amène toutes 
les sortes de matériaux organiques à une infinité de conditions 
diverses, sans qu'il soit porté atteinte à une ressemblance fon- 
cière , à l'analogie, à la réalité d'essence de tous ces composants ! 

Les rectifications que je m'étois proposées sont présentement 
introduites dans mon Tableau , et vraiment je n'aurois plus 
besoin de m'en occuper davantage. Les rapports et les diffé- 
rences sont maintenant rendus visuels, et le sont dans un 
ordre à rendre inutile toute autre démonstration. Il n'y a pas 
de paroles qui puissent s'exprimer plus nettement que l'aspect 
des choses, puisque là chaque fait analogique s'en vient saisir 
les yeux du corps , et cela inévitablement au profit des yeux de 
l'esprit. 

Cependant pour qui ne se rendroit pas à l'évidence de ces 
raisonnements, j'ajoute : Habent sua fata libelli. Il en est des 
idées comme des ouvrages destinés à les réunir et à les pro- 
pager; elles se produisent d'elles-mêmes à un moment donné, 
et sont alors inévitablement reçues dans le domaine public, 
comme il arrive à un fruit de s'offrir de lui-même à la con- 
sommation, le moment de sa pleine maturation faisant cesser 
ses anciens rapports avec sa tige maternelle. Une idée est dans 
le même cas et par conséquent circule sans aide. Son caractère 
d'évidence et de parfaite lucidité la porte à y pourvoir d'elle- 
même. Car tout autant d'esprits qui sont frappés de sa mani- 
festation , ce sont autant de voix pour en prendre la défense , 
pour la proclamer hautement. 

' ■ )i il(nf'i''> l'-, i;i ' rf( V 1 



330 OBSERVATIONS SDR LA COWCOEDANCE 

Deux chapitres vont développer ces remarques préliminaires; 
1° l'historique des recherches, et 2° tous les faits généraux qui 
en sont devenus le résultat. 

§ I. PARTIE HISTORIQUE. 

Ce n'est ni pour présenter mes idées «ousiin jour plus favo- 
rable, ni pour réclamer quelque indulgence que j'écris ce pre- 
mier paragraphe; je ne suis- d'ordinaire attaché qu'aux intérêts 
de la science; mais je vois l'utilité du récit suivant, comme 
pouvant s'exercer au profit de la jeunesse, laquelle est plus ou 
moins engagée, je crois, dans les errements de la nouvelle école : 
c'est lui fournir les moyens d'apprendre à faire, et l'aider à se 
lancer dans la voie des recherches, que de l'initier dans le secret 
des efforts plus ou moins heureux que j'ai tentés au sujet de 
l'appareil hyoïdien. 

Effectivement j'ai changé le cours de fautives allures, quand 
j'ai réclamé contre l'habitude de transporter inopftiément et 
trop légèrement le nom d'un organe admis pour une famille à 
l'organe présumé être ailleurs son correspondant, quand j'ai 
souhaité qu'oii renonçât à un parti pris a priori pour n'agir qu'a- 
vec une conviction certaine, et après un travail ex professa de 
détermination. 

Ainsi préoccupé, j'ai commencé mes recherches sur les hyoïdes; 
ét^ dans le début de mes études, il m'avoitparu rationnel de pro- 
céder du connu à l'inconnu. Mais une circonstance dans la 
position des choses devoit 'me créer une chance pour l'erreur , 
et' vînt tout-à-coup m'arrêter. L'hyoïde humain que je tenois 
pour 'un fait simple, et qui en outre se recommandoit comme 
connu et comme point de départ, n'étoit véritablement qu'un 



DES PARTIES DE l'hYOIDE, ETC. 827 

fait très spécial, et de plus tout exceptionnel. Cet hyoïde avoit 
en effet rompu ses rapports de famille : ce n'étoit plus Ihyoïde 
commun des mammifères. Il avoit suivi dans ses conditions 
particulières, comme forme, les déviations propres aux condi- 
tions humaines par rapport à la station bipède : dépendance 
d'une tête très élargie à sa base, c'étoit une tout autre char- 
pente osseuse , tenue de s'accommoder de la structure diverse 
du larynx et du pharynx de l'homme, une charpente pour réu- 
nir sans les confondre les entrées de l'organe de la déglutition 
et des avant-corps des appareils respiratoires. L'anomalie portoit 
là sur ce qu'au lieu de neuf pièces (i), nombre normal des 
mammifères , il n'y en avoit plus , pour l'hyoïde humain , que 
cinq; et de plus encore sur ce que la chaîne transversale, 
frappée d'atrophie vers les flancs du corps hyoïdien, n'alloit 
gagner les rochers que par un ligament. On sait que chez les 
mammifères une série d'anneaux ou de petits osselets contigus y 
pourvoit. 

Ces faits constatés, falloit-il en demeurer là, et déclarer 
toute recherche d'analogies impossible? Je n'étois encore inspiré 
que par l'idée à priori , que par le pressentiment philosophique 
que chaque système d'organes se répète d'un animal à l'autre, 
sauf de certaines différences dans le volume et la forme. Sans 
doute qu'alors c'eût été sagesse d'abandonner une entreprise qui 
offroit si peu de prise ou de racines. Mais quels regrets amers 
pour moi, si une telle voie de recherches à peine ouverte ait dû 
être fermée aussi promptement ! La prudence conseilloit de ne 
pas céder à un espoir resté bien vague : car tous les secours 

(1) Onze, s'il faut y comprendre les deux Stylhyaux. 



328 OBSERVATIONS SUR LA CONCORDANCE 

d'aujourd'hui nianquoient à-la-foisi tels en particulier que le 
principe des connexions , la théorie du développement excen- 
trique découverte par M. Serres, et les derniers travaux sur la 
monstruosité : rien de cela n'existant alors, je restois sans res- 
source par conséquent à cet égard. 

G'étoit en effet témérité que de s'engager dans une route 
aussi hasardeuse : tant de fautes étoient à éviter, et tant de fautes 
pouvoient être commises! Cependant aujourd'hui que je jette 
ce regard en arrière , je me trouve heureux de n'avoir à re- 
venir que sur un bien petit nombre de méprises \ et par con- 
séquent j'ai- à m'applaudir de mon parti pris, pour lequel il m'a 
fallu autant de courage que de persévérance. Car, que j'eusse 
été déconseillé d'agir, la voie des analogies dans laquelle on a 
fini par s'engager avec une sorte de prédilection n'eût point 
été frayée; et nous ne serions encore, fixés à d'anciennes al- 
lures, capables aujourd'hui que de constater seulement des dif- 
férences individuelles, et occupés que de décrire le relief des 
corps : c'est-à-dire nous en serions encore à ce point que l'œuvre 
scientifique, qui ne devoit et ne pouvoit s'accomplir que par le 
savoir des rapports, n'auroit point encore été commencée. 

Confiant dans l'avenir, je ne me suis pas découragé : mais 
j'ai dû au contraire penser que j'obtiendrois plus tard, ou que 
mes successeurs obtiendroient un jour d'autres et de plus heu- 
reux motifs , une inspiration révélatrice pour de nouvelles re- 
cherches, de façon à savoir davantage, ou du moins à corriger 
et perfectionner les travaux déjà accomplis. 

Or, si je ne me trompe, ce moment est venu. La série des faits, 
en ce qui concerne les hyoïdes, est aujourd'hui parcourue. Les 
rapports sont connus ; et,,bien que quelques uns aient pu paroître 



DES PARTIES DE L'hYOIDE , ETC. 829 

plus OU moins masqués par de notables différences, il n'est vrai- 
ment aucune anomalie réelle, aucune qui n'ait été réductile, qui 
n'ait pu être interprétée, et qui ne soit aujoui^d'hui ramenée 
à la règle. Ce n'est donc plus par une vague confiance dans une 
théorie, que je puis et dois penser qu'aucun écart de conforma- 
tion ne viendra rompre la série de ces rapports , et que je me crois 
autorisé à prononcer qu'il n'est qu'un seul et même appareil 
hyoïdien, qu' vin seul, philosophiquement parlant, en tant que 
composé de parties respectivement analogues, soit dans leur 
essence, soit dans leurs relations mutuelles, soit même en rete- 
nant, chacune, son propre et spécial système de fonctions ; ce qui 
n'empêche pas que toutes les sortes d'hyoïdes, selon les classes, 
ne puissent être atteintes par de certaines modifications , et ne 
viennent à donner la raison d'un idéal distinct, affecté spécia- 
lement à chaque grande famille. 

Je pourrois de ce port, où je me crois présentement en parfaite 
sûreté , revenir sur le passé, contempler les orages qui m'ont été 
suscités, et me sentir blessé par la forme écrasante de quelques 
critiques; mais je n'y veux voir qu'un fait, c'est que ces événe- 
ments ne sont point un malheur. Ils soulèvent les ojoinions de 
la multitude, et, en la sortant de l'état d'indifférence, ils ser- 
vent par conséquent de véhicule pour populariser la science : 
ils portent aussi à plus de méditations et d'efforts; et en défi- 
nitive le sentiment public reste acquis aux idées qui doivent 



surnager, 



Enfin je termine ce premier chapitre par une réflexion sur la 
composition du Tableau, sur le renversement inusité de la série 
des objets figurés. J'ai exposé d'abord'les hyoïdes des poissons, et 
j'ai voulu finir par celui de l'homme. Mon dessinateur m'a tenu 

Annales du Muséum, t. 1", 3" série. 4^ 



33o OBSERVATIONS SUR LA CONCORDANCE 

rigueur en finissant par l'hyoïde du cerf: il lui a plu, pour des 
raisons de symétrie et d'économie de surface, de rejeter et de 
tenir dehors cette dernière figure 5 mais, dans ma pensée, c'est 
l'hyoïde humain qui est la dernière pièce du Tableau. J'ai com- 
mencé par l'hyoïde parvenu au plus haut degré du développe- 
ment, voulant finir par celui de ces appareils qui est le plus 
frappé d'atrophie. Et en effet l'hyoïde des poissons se recom- 
mande à l'attention , en ce qu'il prend l'importance d'une quille, 
où se trouvent rassemblées et fixées toutes les parties essentielles 
de l'être ichtyologique. Que cet appareil soit supprimé ailleurs, 
cela n'entraîne que la perte d'une partie de l'espèce; mais, dans 
le poisson, cette suppression améneroit l'animal à n'être pas. 
Organe de premier rang chez celui-ci , son volume est toujours 
considérable , sa délimitation précise , sa consistance ostéologique 
forte, et ses fonctions puissantes et inaltérables. C'est ce qui 
arrive à tous les organes de premier rang, à ceux qui dominent 
tout le surplus des systèmes organiques. 

§ II. CONSIDÉRATIONS GÉNÉHALES. 

A. Le mot hyoïde ne s'appliquoit autrefois qu'à un seul os. 
L'on ne connut pas dans le principe, et plus tard l'on négligea 
certaines de ses pièces attachées ensemble par diarthrose. Au 
jour des descriptions précises , l'on distingua un corps et deux 
paires de cornes. Depuis 1807 et sur de mes remarques à cet 
effet, c'est devenu un nom collectif, celui d'un appareil. 

B. L'appareil hyoïdien occupe, en la remplissant, toute l'ar- 
rière-gorge; il s'étend, au-devant du cou, de la langue au larynx. 
Au moyen de ses branches latérales, il accompagne et porte les 
lèvres du pharynx. 



DES PARTIES DE L'hYOIDE, ETC. 33 1 

C. 11 est formé de parties distinctes, toutes également remar- 
quables par la spécialité de leurs formes et de leurs services. 

D. Chaque partie a reçu un nom spécial, pris du rapport des 
connexions et qu'aucune influence d'anomalie ne vient jamais 
démentir. Voici ces noms : Basihyal, Glossohyal , Entohyal , 
Urohyal, Apohyal, Cératohyal , et Stylhyal. 

E. Du Basihyal. Comme pièce centrale, c'est, ou toute, ou la 
principale quille de l'appareil. Sa situation médiane et son rôle 
d'axe de support en font nécessairement une pièce impaire; 
dansiine seule famille, les tortues tryonix, le Basihyal, gardant 
sa position centrale, est partagé sur la ligne moyenne et se 
trouve formé de deux parties. 

F. Du Glossohyal. La langue possède en propre cet os, qui 
existe en avant du corps médian. Il n'y a qu'un seul Glossohyal 
dans de certaines familles ; mais dans d'autres, il se dédouble ; et 
alors apparoissent, l'un de ses éléments adroite, et l'autre à gau- 
che : ce sont par conséquentdeuxGlossohyaux. Cela estainsidans 
la plupart des oiseaux et chez le plus grand nombre des reptiles. 
Un seul Glossohyal forme pour les poissons un solide arc-bou- 
tant dans la construction de leur appareil sterno-hyoïdien. Le 
Glossohyal est chez les mammifères sacrifié aux parties dont il 
est suivi. Il manque dans les carnassiers , chez lesquels toute- 
fois il persévère en vestige ; mais alors c'est dans l'intérieur de la 
langue, sous la forme d'un stylet, et avec la consistance d'un 
cartilage. Ce stylet est nommé le ver chez le chien (i). 11 tient 
ce nom des gardes-chasse, qui l'enlèvent facilement à leurs 
chiens coureurs, et qui croient par-là rendre ces animaux plus 
dispos au souffle des naseaux, toute langue dehors. 

(i) Voyez, à Thyoïde du chat, la partie antérieure et détachée, Lett. (j. 



332 OBSERVATIONS SUR LA COISCORDANCE 

Chez les rougeurs et les ruminants , le Glossohyal forme une 
tubérosi té saillante en avant du Basihyal; et c'est décidément 
un os déprimé, lancéolé, long et distinct chez les jeunes che- 
vaux (i). Le ver, ou le cartilage Glossohyal, manque alors chez 
ces animaux. 

Enfin dans l'homme, le Glossohyal reste en vestige, et consiste 
dans une petite tubérosité au centre de la pièce principale. Le 
volume de cette pièce atrophiée y varie beaucoup (2). 

G. De YEntohyal. C'est la plus longue partie hyoïdienne chez 
l'homme , oji on l'appelle grande corne de l'hyoïde. Dans les mam- 
mifères, chez lesquels nous venons de voir que le balancement 
des organes a préjudicié au développement du Glossohyal, le conr 
traire a lieu quant à l'Entohyal et au Basihyal. Celui-ci est 
étendu transversalement, et porte à chacune de ses deux extré-- 
mités un Entohyal. Il est donc deux de ces éléments à distance, 
ou deux Entohyaux. On observe pareil dédoublement et écar- 
tement de ces pièces chez un grand nombre de reptiles; mais 
dans les poissons et les oiseaux, c'est un tout autre arrangement. 
Le Basihyal, d'osselet transversalement alongé qu'il est ailleurs, 
devient filiforme dans le sens longitudinal. Au lieu définir par 
deux extrémités à distance, il se termine, quant à sa partie 
postérieui-e , en une seule branche. Les deux éléments distincts 
chez les mammifères se trouvent, à l'égard des oiseaux et des 
jîoissons, ramenés sur la ligne médiane, portés au contact, soudés 
et confondus ensemble. Il n'est donc plus qu'un seul Entohyal, 
prenant alors, comme le Basihyal et à sa suite, une position 

(i) "Voyez cette même lettre aux figures du cerf et du cheval. 
(?,) Notre planche montre cette tubérosité en l'hyoïde , homme à iétat nor- 
mal; il n'en reste aucun vestige dans l'autre cas , homme à l'état tératologiquc. 



DES PARTIES DE l'h\'OIDE, ETC. 333 

centrale. La révolution est inverse, par rapport à ce qui se voit 
à l'égard du Glossoliyal : c'est là un effet simple et très habituel 
de la loi du balancement des organes. 

H. De XUrohyal. Cette pièce est un cartilage consistant, un 
filet alongé cliez les êtres à poumons, et tout au contiaire un 
os cunéiforme et ])arfaitement établi chez les animaux de la 
respiration branchiale. Elle suit le sort de l'Entohyal , et en forme 
proprement la queue. Entièrement subordonnée à celui-ci, elle 
le complète pour s'établir ensemble et fournir une branche dis- 
tincte. Elle est double comme lui à sa suite, si les deux éléments 
de l'Entohyal sont à distance et symétriquement»rangés à droite 
et à gauche; ou elle est unique, si ces mêmes éléments, reportés 
de la circonférence au centre, s'y sont confondus et soudés. L'En- 
tohyal et l'Ui^oliy al deviennent ensemble une chaîne destinée, ou 
bien à suspendre le larynx chez les êtres qui respirent l'air en 
nature, ou à développer, chez les animaux du milieu aquatique , 
les flancs d'une quille large et parfaitement résistante, sur les- 
quels prennent assiette et s'articulent les pleuréaux , qui sont des 
os de support pour le système vasculaire. 

L De XApohyal. C'est un osselet si minime chez l'homme, 
qu'on l'y a désigné sous le nom de petite corne. H y a toujours 
deux Apohyaux ; ils existent, l'un à la droite et l'autre à la gauche 
du Basihyal ; ils en sont les apophyses latérales. Ils n'auroient pu 
arriver sur la ligne médiane et se confondre en une seule pièce, 
que dans le cas où le Basihyal viendroit à disparoître : or cela 
n'est jamais. 

Ce n'est un osselet tombé dans l'atrophie et dans une exis- 
tence 'fudimen taire, qu'uniquement chez l'homme. Dans ce sevii 
exemple, il est isolé de l'anneau son suivant. 



334 OBSERVATIONS SUR LA CONCORDANCE 

J. Du Cératohyal. Autre pièce qui, avec l'Apoliyal, forme une 
branche latérale , dévolue au pharynx. 

Le Cératohyal existe chez l'homme, mais il y a rompu ses rap- 
ports, en tant qu'il est l'un des anneaux d'une chaîne crânienne ; 
il n'est plus qu'à une certaine distance de l'Apohyal, dont la 
petitesse favorise ce désaccord. 

A l'autre bout de la chaîne hyoïdienne ainsi- démembrée, le 
Cératohyal gagne à droite et à gauche une apophyse du crâne, 
s'y unit anormalement, et constitue, par cette soudure insolite, 
la tige filiforme et alongée qui est nommée apophyse styloïde. 

Ailleurs le Cératohyal reste une pièce subordonnée à l'Apo- 
hyal ; il en est dans ce cas comme de la branche laryngienne, que 
nous avons vue composée aussi de deux anneaux, l'Entohyal et 
rUrohyal; la seconde pièce restant subordonnée à la précédente. 

K. De cette description , il suit que le Basihyal, centre et corps 
principal de l'édifice, est flanqué de quatre appendices ou ailes 
disposées en croix; savoir, en avant par les os de la langue (Glos- 
sohyal). en amnère par les os du larynx et de l'œsophage [Ehto- 
hyal et Urohyal) , et sur les flancs par les deux branches pharyn- 
giennes [Apohyal et Cératohyal)-^ et pour exprimer ceci d'une 
manière plus générale, nous dirons de cet arrangement qu'il porte 
à considérer à part, dans la composition de l'hyoïde, autant de 
squelettes distincts que d'organes dans l'arrière-bouche ; savoir, 
des os pour la langue, d'autres au profit du pharynx, puis 
d'autres dévolus au larynx et à l'œsophage; tous aboutissant à 
un axe commun, au Basihyal. 

L. La chaîne hyoïdienne longitudinale se termine par-devant 
en un cartilage dans la langue, quand par-derrière elle grrive 
plus ou moins efficacement au secours de l'appareil respiratoire; 



Des PARTiKS UE l'hyoïde, etc. 335 

moins utilement chez les animaux du" milieu atmosphérique, 
où elle s'en tient à fournir des éléments de suspension au profit 
de lavant-corps du système. On sait que, chez ces animaux, l'ap- 
pareil est singulièrement étendu en longueur, et fractionné en 
trois sous-appareils distincts, le larynx, la trachée-artère et les 
poumons. Le secours fourni par l'arrière-portion de cette chaîne 
est rendu bien autrement efficace à l'égard des animaux du mi- 
lieu aquatique, chez lesquels toutes les parties profondes et pos- 
té rieui'es de la respiration ont grossi, et sont en force , et où 
se remarque un développement, vraiment merveilleux, de quel- 
ques filets cartilaginevxx. Toutes ces parties semblent arriver du 
tronc sous la tête, etauroient ainsi cheminé d'arrière en avant, 
de manière à laisser ouvert, à concentrer, et vraimeiît à rac- 
courcir singulièrement le long pédicule ou tuyau aérien, dit 
la trachée-artère. C'est tout au travers de ces pièces, devenues 
massives d'effilées qu'elles étoient, c'est au centre de toutes ces 
parties, ainsi l'amenées sous la tête, que la portion postérieiu-e 
de la chaîne médiane de l'hyoïde s'établit, et, chose sans doute 
très digne de remarc|ue, avec la destination de tout gouverner, 
de tout assujettir à sa puissante intervention. Alors il est bien 
vrai que l'hyoïde et toutes les pièces pleuréales deviennent, au 
même titre, des parties indispensables d'un seul et même appa- 
reil. Cette circonstance a été injustement invoquée comme le 
sujet d'une grave objection. « Voilà, m'a-t-on opposé, d'autres 
« pièces hyoïdiennes chez les poissons, par conséquent un beau- 
«coup plus grand nombre qu'il n'en a été trouvé chez les ani- 
«inaux de la respiration aérienne : or il s'ensuit que toute l'éco- 
« nomie d'un système se trouve remplacée par une autre et très 
u différente disposition. » 



336 OBSEnVATIOKS SUR LA CONCORDANCE 

ISon; je suis dans le cas de répondre : Non, rien n'est là ni 
détourné ni remplacé: ces autres parties prétendues hyoïdiennes 
forment le fond du système pleuréal, sont le sujet d'une tout 
autre question , qvi'il ne faut point confondre avec le système 
hyoïdien. Pour s'y joindre, l'enrichir d'auxiliaires et s'y adapter 
en fonctions, elles ne perdent pas pour cela leur caractère d'élé- 
ments primitifs et distincts ; y intervenant alors avec leurs fonc- 
tions radicales, que par conséquent elles cumulent avec celles 
dont il vient d'être parlé. Dans un chapitre suivant, j'aurai à 
en rendre un bon et fidèle compte; je l'ai déjà entrepris, et je 
ne suis pas sans l'espoir d'améliorer mes premières bases. Que 
l'on ne se hâte donc pas de conclure sur des relations devenues 
inévitables, sur une circonstance ichtyologique, qui a sa cause 
dans la nature du milieu aquatique, et non pas dans un désordre 
réel. Ce qui est simple en principe, et ce qui est ici le fait visuel, 
c'est que les corpS d'avant et de derrière se sont rapprochés, 
mutuellement combinés, et ont fait disparoîti^e la condition de 
subdivision des trois sous-appareils, pour la remplacer par celle 
de leur association, par la composition d'un appareil à-la-fois 
unique et général, embrassant toutes les données des trois spé- 
cialités. Régler le sort de la détermination de ces pièces sur le 
fondement que tout l'appareil qui porte les branchies participe 
dans une mesure quelconque à l'acte de la déglutition , c'est agir 
comme dans les premiers âges de la science, où la fonction seule 
étoit consultée, et non les organes qui la produisent : et de plus 
faire de toutes les pièces pleuréales autant de parties hyoïdiennes, 
c'est aussi rendre une décision éclectique, c'est par un choix ar-bi- 
traire attribuer l'essence et les rapports des parties pleuréales à 
des pièces imaginaires, à un surplus d'os hyoïdiens, qui n'existe 



337 

point chez les animaux de l'autre sorte de respiration : mais, 
certes, ce n'est point là agir par déduction logique. La suppo- 
sition de parties créées ad hoc reste une pure hypothèse et ne 
sauroit jamais former le motif d'une détermination rigoureuse. 

M. Le point, où aboutissent les branches pharyngiennes ou 
la chaîne des osselets Apohyal et Gératohyal, forme un cas de 
variation classique. 

Dans la classe des oiseaux, chez lesqviels le pharynx prend 
une plus grande extension , quelquefois jusqu'à devenir une 
poche à part ou le jabot, les baguettes osseuses du pharynx, 
principalement la dernière pièce (le Gératohyal), sont filifor- 
mes, grêles et prolongées pour accompagner la marge de l'œso- 
phage; elles se terminent à rien, et s'engagent dans du tissu 
cellulaire. 

Mais dans les autres classes, elles aboutissent au crâne, vers 
un point détei-miné du rocher, soit médiatement, soit immé- 
diatement. Une pièce venant du rocher est disposée pour leur 
servir d'un anneau de suspension, c'est l'os Stylhyal, l'une des 
parties de l'apophyse styloïde chez l'homme. Cet os, inutile 
chez les oiseaux, s'y trouve frappé d'atrophie, tantôt entière- 
ment retranché, et tantôt seulement fort exigu et maintenu 
globuleux vers l'articulation des maxillaires. Les espèces des 
genres corneille et corbeau nous l'ont offert dans cette dernière 
combinaison. 

N. Cependant chez les mammifères, excepté l'homme et le 
cochon, et chez la plupart des reptiles, cet os est détaché du 
crâne, et s'y conduit comme un anneau intermédiaire servant à 
accrocher et par conséquent à fixer les branches pharyngiennes 
aux rochers. Le Stylhyal joue même là quelqviefois un principal 
annales du Muséum , t, I", 3' série. 4^ 



338 OBSERVATIONS SUR LA CONCORDANCE 

rôle, comme chez les solipédes et chez les ruminants, où il 
devient une si grande pièce, que les anatomistes vétérinaires 
ont dû lui donner une attention particulière, et lui ont imposé 
le nom spécial de Kératoïde. Cette partie n'est pas moins consi- 
dérable dans le cochon, mais sa forme est autre*, ce n'est plus 
une lame mince et très longue qui s'unit au crâne par diarthrose , 
c'est un Stylhyal constamment fixé aux rochers, et qui s'y montre 
sous l'apparence d'une tige robuste et cylindrique. Descendant 
verticalement du crâne, et tenu en dehors de l'appareil, cet os 
laisse arriver à sa racine, et pour y prendre attache, le ligament 
stylo-hyoïdien. 

O. Gomme si le Stylhyal formoit une partie jetée accessoirement 
entre deux systèmes pour en opérer la jonction et les mutuelles 
relations , il varie considérablement de forme dans les reptiles , 
et y acquiert des fonctions plus ou moins modifiées de ses usages 
habituels. Dans les tortues il devient un court anneau d'articu- 
lation par diarthrose. 

P. C'est ce même rôle qu'il remplit chez les poissons, mais 
avec plus de fixité. Le Stylhyal y devient constamment un osselet 
aplati, alongé et situé du côté interne des pièces (le cadre du 
tympan), oii s'articule l'opercule. Là il donne attache à la bran- 
che latérale et pharyngienne de l'hyoïde , non plus immédiate- 
ment, comme nous l'avons vu précédemment (^Aphorismes N et 
O), mais médiatement en raison de l'apparition en ce lieu, et 
de l'intercalation des branches du sternum, lesquelles se répan- 
dent effectivement chez les poissons entre l'hyoïde et le crâne. 
Par conséquent la chaîne suspensive des pièces hyoïdiennes 
transversales se compose, allant d'une oreille à l'autre, savoir, 
le Stylhyal , V Hyposternal , l'Hyosternal, le Cératohyal , l'Apohyal, 



DES PARTIES DE l'HYOIDE, ETC. 3 89 

le Basihyal , occupant toujours le centre de cette double série, 
VApohyal, le Cératohyal, V Hyosternal , l'Hyposternal et le Stylhyal. 

C'est donc ici comme pai'-tout que le Basihyal occupe le cen- 
tre de la chaîne : mais d'ailleurs les Hyosternaux et les Hyposter- 
naux, parties du sternum intervenant à la suite dvi Stylhyal, 
caractérisent par ce fait la condition différentielle et classique 
de l'être ichtyologique. En devant et en arrière de lui sont les 
autres pièces formant la série longitudinale. 

Q. Cependant tout ceci aiTive, sans qu'il soit, philosophique- 
ment parlant, dérogé au principe des connexions : car, s'il est 
vrai que les lames osseuses de l'hyoïde, et que les parties, soit 
osseuses, soit cartilagineuses du larynx, forment les unes à l'é- 
gard des autres des plans plutôt parallèles que consécutifs , la 
révolution qui ramène au contact chez les poissons ce qui con- 
stitue chez les êtres de la respiration aérienne deux parties dis- 
tinctes et écartées, vin avant-corps et un arrière-corps des ap- 
pareils respiratoires, cette révolution, dis-je, ne fait qu'amener 
chaque chose à sa place naturelle. Pour cela il n'est besoin que 
d'une forte contraction des parties et de la suppression du pé- 
dicule intermédiaire et canaliculé; pédicule auquel il arrive 
alors seulement de n'être plus maintenu dans le caractère de 
sa forme alongée. 

Une organisation intermédiaire, celle des tortues aquatiques, 
nous amène là insensiblement, et nous montre en outre vi- 
suellement le parallélisme des deux organes, hyoïde et larynx. 
On sait que chez les tortues, l'ouverture de la glotte suit immé- 
diatement la base de la langue. Ce n'est pas toutefois que l'hyoïde 
soit suppi'imé ou même simplement racourci et rudimentaire ; 
tout au contraire, il est grand, fort et robuste. Le rappro- 



34o OBSERVATIONS SUR LA CONCORDANCE 

chement signalé tient à ce que le larynx avance sur l'hyoïde au 
point de s'y encastrer et d'aller s'y établir comme dans un do- 
micile. Quelquefois cet établissement est ménagé par vin vaste 
et solide cuilleron, à la formation duquel concoui^ent, en se 
soudant ensemble, toutes les pièces médianes de l'hyoïde (les 
tortues terrestres), et d'autres fois c'est par un alongement 
considérable et la forme canaliculée du Basihyal (la chélyde 
matamata ). 

Que toutes les pièces soient dans chaque appareil dans la 
relation voulue par l'ordre de leur génération, c'est-à-dire que 
toutes les pièces hyoïdiennes soient mutuellement unies en- 
semble, et que réciproquement les laryngiennes le soient de 
même, les unes par rapport aux autres, c'en est assez pour satis- 
faire au principe des connexions, lequel admet secondairement 
des connexions accidentelles. Qui ne comprend et qui n'a point 
observé qu'il en doive nécessairement survenir , et qu'il en 
survient de telles à la suite d'un contact prolongé et calme? Et 
en effet l'adhérence que l'on remarque entre les couches hyoï- 
diennes et laryngiennes, ou pour m'exprimer avec plus de 
précision, entre leurs périostes, est occasionée par un dévelop- 
pement insolite du tissu cellulaire intermédiaire. C'est en défi- 
nitive, c'est seulement dans leurs sphères respectives que les 
matériaux restent assujettis, et par conséquent sont toujours 
fidèles à un ordre prescrit; doù j'ai déduit le principe des con- 
nexions. N'oublions pas dans cette occurrence le fait posé plus 
haut. Aphorisme K, savoir, que l'hyoïde ne constitue pas une 
formation simple et isolée. Ce sont trois appareils distincts qui 
s'en viennent converger sur un axe médian ; les chaînes latérales 
]>rennent rang, et ont une position à titre de pièces provenant 



DES PARTIES DE l'hYOIDE, ETC.. 34 I 

de rintérieur, puisqu'elles s'étendent de dedans en dehors, mais 
.au surplus elles ont leurs derniers os rangés extérieurement, 
eu égard à la chaîne longitudinale, laquelle est vraiment située 
plus profondément. 

Alors, quand il ariive que, comme chez les poissons, la cage 
respiratoire et les objets y contenus s'avancent d'arrière en 
devant, aucun trouble ne s'ensuit point nécessairement; seule- 
ment l'a rri ère-corps va se poser, se souder même quelquefois 
sur l'avant-corps ; mais l'indépendance de chaque système se 
conserve : tout est maintenu, les connexions respectives, et gé- 
néralement tout l'ordre de superposition des parties contenues 
vis-à-vis des contenantes. Alors s'établissent des relations qui 
font saisir une apparence nouvelle, parceque l'on se trouve pro- 
céder du plus composé au plus simple. Là ne sont cependant 
que les rapports voulus par la nature des choses : tel est l'engre- 
nage nécessaire de parties, où chacune d'un démina ppareil s'en 
va gagner sa coi^respondante dans l'autre demi-appareil : réci- 
procité de marche et de contact qui amène une fusion, produi- 
sant en définitive un appareil unique et général dans une con- 
venance parfaite. La théorie iroit au besoin en chercher des 
preuves dans un fait organique qui n'est guère susceptible que 
de cette application, puisqu'il ne saui'oit offrir de conséquence 
qu'à ce sujet; c'est la présence du muscle sterno-hyoïdien chez 
les animaux qui respirent l'air en nature; car ce muscle qui 
s'étend de l'hyoïde au sternum, toujours et dans quelque degré 
d'écartementoù se trouvent l'un à l'ég-ardde l'autre les deux ap- 
pareils, laisse présumer sa haute destination dans l'organisation, 
ou mieux, montre toute sa fixité d'essence, nonobstant ses cas 
nombi^eux de variation, soit qu'il parvienne à son maximum de 



342 OBSERVATIONS SUR LA CONCORDANCE 

volume, d'épaisseur et de fonction chez les poissons, soit tout 
au contraire qu'il s'alonge dans les autres classes, principale- 
ment chez les oiseaux , où on le diroit passé à la filière : là n'est 
plus qu'un ruban mince, étroit et presque sans ressort, tout au 
moins sans une utilité manifeste. 

R. On a dit plus haut que les extrémités inférieures de l'ap- 
pareil hyoïdien, appelées chez l'homme grandes cornes, étoient 
tantôt composées d'une seule branche sur la ligne médiane, et 
tantôt de deux écartées et disposées symétriquement à gauche 
et à droite. Cet arrangement est soumis à plusieurs cas de va- 
riation. L'Entohyal et l'Urohyal, qui sont les éléments, soit de 
l'unique branche, soit de la double branche, n'ont pas toujours 
pour objet de suspendre le larynx, et d'étendre leurs usages à 
la dilatation ou au resserrement de l'oesophage; c'est le cas le 
plus ordinaire; car cela s'observe chez les mammifères, les oi- 
seaux, et la plupart des reptiles : toutefois dans les tortues c'est 
une autre disposition, et il le faut bien, d'après ce qu'on a vu 
plus haut, en \ Aphorisme K. Le larynx n'est plvis chez ces 
animaux à la suite de l'hyoïde, bien que les branches de celui-ci, 
qui lui sont par-tout ailleurs dévolues, n'en soient pas affectées 
par ses dimensions plus ou moins restreintes. Ces branches, 
qui sont formées de l'Entohyal , os achevé , et de l'Urohyal , 
maintenu à l'état cartilagineux, resteront donc vacantes et sans 
emploi? Car qu'observer à la région du cou qui pourra leur 
fournir quelque occupation? Nous y voyons deux tubes situés 
parallèlement, l'un au-devant de l'autre, c'est-à-dire la conti- 
nuation, d'une part, du canal œsophagien, etdel'autre, celle de 
latrachée-artèi'e. A ce seul emploi possible, il est effectivement 
satisfait par les brandies postérieures hyoïdiennes; de forme 



DES PARTIES DE l'iIYOIDE, ETC. 3/|.3 

arquée, elles contournent les deux tubes, et vont ensuite porter 
et perdre leurs extrémités libres dans le tissu cellulaire subja- 
cent à la peau ; une partie de ce tissu cellulaire gagne la tra- 
chée-artère et l'œsophage en quelques points. Toutes les parties 
de cette région sont plus ou moins engagées dans de semblables 
adhérences; et, cela étant, la peau, soit tendue, soit relâchée, 
selon ce qu'en dispose son panicule charnu, entraîne dans le jeu 
de son froncis et les branches postéro-hyoïdiennes et les deux 
tubes d'à côté \ ceux-ci gagnant à ces manœuvres d'être plus ou 
moins entrouverts, ou bien plus ou moins exactement fermés. 

S. Jusqu'ici les branches postéro-hyoïdiennes ne se sont mon- 
trées subordonnées et dévouées à l'appareil respiratoire que 
dans une mesure plus ou moins efficace ; le maximum de fonc- 
tions est dans les poissons. Un grand événement y a préparé à 
ces branches leur position avancée sous la tête. Celle-ci a tous 
ses os maxillaires palatins et auriculaires disjoints sur la ligne 
médiane, et rangés à distance en deux ailes de chaque côté. 
C'est l'appareil tout entier de la respiration qui est immédia- 
tement placé sous les lames sphénoïdales. Ce n'est p^s le lieu de 
parler avec détails de toutes les parties de ce puissant appareil ; 
je ferai cependant remarquer qu'arrière-corps de l'organe res- 
piratoire, elles se sont avancées sur l'avant-corps en deux masses 
synaétriques ; celui-ci est principalement formé de la chaîne 
hyoïdienne longitudinale, tout entière établie sur la ligne mé- 
diane, et formée d'osselets uniques, gros, forts, et placés l'un à 
la suite de l'autre. Dans cette situation des choses, voilà nu 
nouvel et tout-puissant emploi des os médians de l'hyoïde; ils 
ne sont plus groupés ensemble, comme dans les tortues, pour 
offrir à un tronçon du canal aérien un lai'ge bassin, ou même 



344 OBSERVATIONS SUR LA CONCORDAKCE 

une simple rigole; mais établis en série ils fournissent leurs 
flancs, comme fait la quille d'un bateau, à toutes les baguettes 
cartilagineuses qui portent le système vasculaire. Ces baguettes 
forment la partie principale des bronches chez les animaux de la 
respiration aérienne; c'en sont les analogues chez les poissons, 
que les petits arcs que nous nommons pleuréaux. 

T. L'histoire des pleuréaux sera le sujet d'un autre Mémoire. 
Telles sont ces pièces qu'on a proposé de considérer encore 
comme hyoïdiennes. J'en ai placé quelques unes dans la planche 
qni accompagne ce Mémoire, pour montrer dans quel emploi 
et dans quelles relations entrent les os hyoïdiens chez les pois- 
sons. En dire davantage à ce moment, ce seroit toucher à la 
question très grande comme très importante de toutes les pièces 
qui servent de support au système vasculaire. 

En définitive, les hyoïdes, à l'égard des poissons, fout partie 
intégrante et prépondérante de l'appareil respiratoire; ils en 
forment inférieurement les os médians, et ils contractent avec 
les éléments du larynx et des bronches d'intimes liaisons, dont 
ils sont plu^ ou moins affranchis chez les animaux à respi- 
ration aérienne. Dans ceux-ci hyoïdes et bronches existent aux 
deux extrémités de l'appareil général ; un long pédicule canali- 
culé, ou la trachée-artère, étant interposé entre lavant-corps 
(les hyoïdes), et l'arri ère-corps (les bronches). Le rapproche- 
ment de ces deux systèmes chez les poissons a forcé le canal à 
air à s'ouvrir, à se ramasser, et à se présenter sous la forme 
d'une table assez courte, où l'on retrouve encore sous la figure 
d'épines ou de denticules pharyngiennes tous les canaux de la 
trachée-artère. 

U. Je suis présentement sans inc|uiétude touchant l'une des' 



DES PARTIES DE l'hYOIDE, ETC. 345 

déterminations admises dans ce Mémoire. La force des choses 
y a, très heureusement suivant moi, amené M. le baron Guvier. 
Habitué qu'il est de préférer aux inspirations des théories les 
documents plus certains des faits positifs , mon savant confrère 
se trouve de mon avis dans l'une des plus difficultueuses ques- 
tions touchant les hyoïdes. M. Guvier admet comme moi que 
l'Entohyal, suivi de sa queue, forme ou deux branches dédou- 
blées et symétriques, ou bien une bi^anche unique, dont les élé- 
ments sont confondus sur la ligne médiane. Or ce ne sera pas 
inutilement que je me prévaudrai de cet assentiment, ou plutôt 
que je fais honneur de la priorité de cette découverte à son 
auteur, puisque pour êti'e conçue, comprise et justifiée, la dé- 
termination des branches postéro-hyoïdiennes fait entrer dans 
ses données, implicitement du moins, les conséquences de deux 
théories récemment introduites dans la science, la loi du déve- 
loppement excentrique par M. Serres, et les principes de la 
doctrine des analogues. 

«Le corps hyoïdien, a dit M. Guvier, s'articule en arrière, 
« et se soude avec un os grêle impair sur lequel repose le larynx, 
« et qui représente a lui seul les deux cornes postérieures ( i ). » G'est 

(i) Je donne ce Mémoire tel qu'il fut composé du vivant de M. Guvier. 
Présenté à l'Académie des sciences, le 12 décembre i83i, il fut remis à M. le 
Secrétaire perpétuel, qui en accepta le dépôt, afin d'en rendre compte dans 
ses Analyses des travaux de l'Académie. 

II étoit naturel qu'après nos débats de l'année précédente, j'invoquasse le 
passage que je viens de citer, pleinement favorable au système d'idées phi- 
losophiques, dont je m'étois constitué le défenseur. Et comment n'ai-je pas 
songé plutôt à m'en prévaloir? Un motamer( les aventures d'un fil d'archal), 
si désobligeant dans sa forme et dont je ne dissimule pas que je fus profon- 
dément blessé, eût sans doute été évité par mon honorable collègue. 

Annales du Muséum, t. l", 3' série. 44 



346 OBSERVATIONS SUR LA CONCORDANCE 

en traitant de l'hyoïde des lézards, et en terminant sa revue 
ostéologique des ovipares dans son important ouvrage des osse- 
ments fossiles, qu'il s'est ainsi exprimé. Oss. Foss. t. V, part. II, 
p. 279. 

V. Tous les moyens de recherches sont bons, mais quelques 
uns doivent être préférés. Ainsi l'on vient tout récemment de 
proposer de remplacer les considérations tirées des matériaux 
primitifs de l'organisation par l'étvide comparative des orga- 
nismes analogues. Si j'ai bien compris la valeur que l'on attache 
au mot organisme, il s'applique à un ensemble départies dans 
des relations réciproques de provenance, de connexions, et de 
fonctions. Cependant n'auroit-on voulu par-là que remonter à 
la simplification et à la destination des matériaux organiques? 
pourquoi ce nouveau mot qui présvippose un appareil déjà fort 
compliqué ? 

Prenons le Stylhyal pour exemple. Il existe entre le crâne et 
l'hyoïde. Est-ce au premier qu'il appartient essentiellement? 
On doit le croire, sur ce que, s'il rompt ses rapports à titre d'an- 
neau de jonction, c'est pour demeurer fixé à la fossette articu- 
laire des mâchoires (chez les oiseaiix), ou bien par exception 
chez deux mammifères (l'homme et le cochon), où il devient 
une longue apophyse crânienne; car d'ailleurs c'est dans tous 
les autres animaux vertébrés que sa destination est de produire 
l'effet d'une arche de pont jetée entre le crâne et les avant- 
corps de l'organe respiratoire. Ceci se manifeste avec une telle 
persévérance que cette fonction distincte fait du Stylhyal le sujet 
d'un organe à part, de simple élément que sa primitive con- 
dition d'existence le caractérise ; et ici il seroit par trop préten- 
tieux, et sur-tout très inexact, que je vinsse distinguer et dési- 



DES PARTIES DE l'hyOIDE , ETC. 347 

gner cet aiTangement sous le nom ^organisme. Enfin, chose 
sans doute bien remarquable, le Stylhyal grandit, et devient 
d'une longueur considérable (chez les ru minants et les solipèdes), 
mais de manière qu'il n'en reste pas moins subordonné, et per- 
sévère dans son utilité ordinaire-, la grande longueur de la tête 
motive ce fait qui domine. Le Stylhyal y satisfait aux dimen- 
sions que lui impose la distance à parcourir entre son point 
d'insertion svir le rocher et celui de sa jonction avec les os pha- 
ryngiens. 

X. Pour dernière considération, je crois pouvoir me pex'- 
mettre de conclure que je viens de donner de l'hyoïde une con- 
noissance exacte, que l'hyoïde, ainsi présenté dans ses rapports 
et dans ses différences, justifie la tendance de mes recherches, 
que tant de faits qui rentrent réciproquement les uns dans les 
autres contiennent, pour ce cas particulier, une démonstration 
péremptoire du fondement de la doctrine des analogues, et 
qu'enfin cette anatomie véritablement comparée d'un seul système 
organique nous montre comment on passe utilement des pre- 
miers travaux concernant les animaux, ou des faits particuliers 
et descriptifs, aux recherches inspirées par la nouvelle direction 
scientifique, c'est-à-dire aux faits de coordination générale et 
d'unité philosophique qui sont dans les besoins de l'époque 
actuelle. 

Z. En être venu là avi sujet des études si compliquées de la 
structure animale , c'est avoir grandi, dans la première des 
sciences philosophiques (i), de l'enfance à la virilité. 

(i) Les analogies de rorganisatiou. 



EXPLICATION 

DE LA COMPOSITION MATÉRIELLE 
DU TABLEAU OU DE LÀ PLANCHE. 

Je reviens sur le Tableau synoptique, dont ce qui précède est un assez long 
commentaire, afin d'en expliquer la composition matérielle. Je l'ai divisé 
en quatre parties qui correspondent à chacune des classes d'animaux ver- 
tébrés, et sous ces titres zoologiques: Poissons, Reptiles, Oiseaux et Mam- 
mifères. 

J'ai fait connoître plus haut mon motif pour avoir pris la série à rebours ; 
j'ai pour cela consulté l'ordre d'importance des pièces hyoïdierihes. Les ani- 
maux ne commencent à exister que du moment qu'ils respirent . or l'hyoïde 
devient la pièce fondamentale , et vraiment la quille sur laquelle est construit 
l'organe respiratoire chez les êtres du milieu aquatique. Venez à le supprimer 
chez ces animaux, ou même à le modifier essentiellement, et toute la machine 
est paralysée , brisée , entièrement anéantie : il n'est plus d'existence de 
poisson , atteinte par une telle lésion. C'est tout au contraire différent à l'é- 
gard des êtres du milieu atmosphérique : l'hyoïde n'entre dans leur con- 
struction qu'à titre de pièces qui ajoutent à la perfection de ces animaux. 
Plus ou moins utiles, de telles pièces sont quelquefois impunément sous- 
traites, comme aussi on peut les frapper de lésions plus ou moins considé- 
rables, sans qu'il en résulte un notable dommage. 

LES POISSONS. 

PREMIÈRE CASE. 

Je n'ai point eu recours à beaucoup d'exemples pour remplir cette case : 
un seul pouvoit suffire pour exprimer ce qu'est toujours l'appareil hyoïdien 
chez les poissons osseux, attendu que la variation des organes dans la série 
animale est en raison inverse du degré de leur importance. Ainsi je m'en 
suis tenu à deux hyoïdes isolés, l'un vu de face dans le Mérou, et l'autre 



EXPLICATION DE LA COMPOSITION MATÉRIELLE, ETC. 349 

VU de profil dans le Poisson Saint-Pierre. En recourant à deux autres exem- 
ples, j'ai encore désiré faire voir quelles pièces se joignent à l'hyoïde sous 
les deux combinaisons suivantes : i", comment dans le Trigle les pièces la- 
ryngiennes occupent les flancs de la série hyoïdienne longitudinale [Glosso- 
hyal, Basihyal, Entohyal, et Urohyal); et 2°, comment, dans le Brochet , les 
annexes sternales continuent la série hyoïdienne transversale {\es Apohyaux 
et les Cératoliyaux ). 

LES REPTILES. 

SECONDE CASE. 

Des exemples plus multipliés devenoient ici nécessaires, au point que 
j'aurOis pu en augmenter le nombre avec profit. Pourquoi nécessaires? c'est 
que les reptiles ne forment point une classe régulière à la manière de 
celles des mammifères , des oiseaux et des poissons. 

Ce sont pour la plupart des groupes isolés, très différents à cause des 
larges intervalles qui les mettent à une très forte distance les uns des autres. 
Ce sont des animaux auxquels je pense devoir appliquer l'expression aujour- 
d'hui admise en tératologie [anomalies de l'organisation), l'expression dH arrêt 
de développement. Et en effet, que l'organisation continue plus ou moins dans 
sa marche progressive, d'où dépendent les transmutations de ses parties 
formatrices, c'est-à-dire que l'ordre de développement que la succession des 
âges fait connoître dans une espèce de mammifère devienne le fait général 
de la série animale, en montrant celle-ci passant par tous les degrés jusqu'à 
celui des plus grandes complications, combien de formations transitoires 
peuvent s'arrêter et demeurer alors avec un caractère décidé? Il tombe 
ainsi sous les sens que, pour un peu plus d'efforts, de continuité dans le 
développement, tel crocodile deviendroit mammifère, et telle tortue oiseau. 
Et en effet, ne voyons-nous pas journellement un événement tout semblable 
se passer sous nos yeux? Ces êtres ambigus, dits les têtards, qu'il ne faut pas 
considérer comme bons seulement à être décrits dans nos livres, mais voir 
aussi comme un de ces présents où la nature s'est complu à étaler sous nos 
yeux l'emploi de ses ressources merveilleuses pour faire varier les formes 
animales, les têtards, poissons tant qu'ils restent immergés dans l'eau, se 
dépossèdent de l'organisation ichtyologique pour en prendre une qui les 
range parmi les quadrupèdes ovipares : car, qu'ils rejettent quelques parties 



35o EXPLICATION DE LA COMPOSITION MATÉRIELLE 

et qu'ils en acquièrent d'autres, ils ont bientôt revêtu les formes soit d'une 
salamandre, soit d'une grenouille. 

Les reptiles, quatrième part des animaux vertébrés, comme en ont décidé 
les naturalistes, sans avoir consulté ces essentiels rapports que révèlent les 
intervalles inégaux qui séparent chaque groupe ; les reptiles , quatrième 
classe à conserver cependant pour la commodité et l'usage des élèves , ne 
seroient dans l'esprit de ces réflexions que des lambeaux de systèmes orga- 
niques, dans un ordre déjà compliqué et fort élevé, lesquels n'auroient point 
encore fourni tout leur développement possible , et par conséquent à qui 
il manqueroit d'être arrivés à Tétat achevé, à la condition d'une vérita- 
ble composition classique; à ces classes dont nous avons une notion nette 
et précise dans les grandes familles hien naturelles, appelées Mammifères, 
Oiseaux et Poissons. Cela posé , les reptiles seroient des êtres en train de 
développement, comme le sont nos arbres au moment où ils n'ont encore 
poussé que leurs bourgeons. Prenons pour plus de clarté un autre exemple; 
il nous est fourni par les Mimosa; ceux de l'ancien monde conservent à tou- 
jours les feuilles pinnées de leur premier revêtissement, quand les Mimosa 
de l'Australie, s'accommodant toujours de celles-ci en de certaines places , y 
ajoutent par un progrès dans le développement en d'autres places des 
feuilles d'un autre caractère. 

J'ai présenté ces considérations pour que nous puissions par elles nous 
rendre compte des VEiriations de l'hyoïde chez les reptiles; variations pré- 
cieuses, en tant qu'elles conduisent de la manière la plus satisfaisante à 
l'état fini et parfaitement régulier d'un hyoïde ichtyologique. 

Sur les figures Salamandre et Grenouille. 

J'en suis redevable à M. le docteur Martin de Saint-Ange, jeune anato- 
miste d'un talent très distingué , et que deux grands succès aux concours 
académiques de l'Institut font connoître très avantageusement. Les dissec- 
tions, la découverte des pièces et les dessins qui ont fixé ses intéressantes 
recherches m'ont été communiqués par ce jeune praticien. Il a de son 
côté publié (dans les Annales des sciences naturelles, XXIV, 366) ces 
mêmes dessins, accompagnant sa Description des organes transitoires et de la 
métamorphose des Batraciens. Les pièces "ont été reconnues par ce jeune au- 
teur; mais il n'a pas osé se livrer à leur détermination , dont il a bien fallu 
alors que je me chargeasse. 



DU TABLEAU OU DE LA PLANCHE. 3 5 I 

Nous venons de rappeler que les Salamandres et les Grenouilles sont des 
poissons sous leur première forme de Têtard , et qu'en cessant d'être immer- 
gées dans l'eau, et en se tenant à la surface, elles subissent une métamor- 
phose qui en fait des reptiles, des êtres à part sous le nom de Batraciens. 

I . Salamandre. 

Dans l'organe respiratoire du Têtard sont toutes les parties qui abondent 
dans un appareil branchial de poissons. Chez l'une des deux figures, celle 
de gauche, sont les éléments osseux enchâssés dans leurs membranes ou 
périostes, et chez celle de droite se trouvent ces mêmes éléments nus et, 
dans leur isolement, maintenus à leurs places respectives. Or, dans ces 
deux figures, l'on voit également un hyoïde de poisson, que portent à re- 
connoître ses deux chaînes, moins le Glossohyal et les Stylhyaux qui man- 
quent; i" la chaîne transversale formée de c, a, a, c, ou de Cératohyaux en 
dehors, et d'Apohyaux en dedans; et 2° la chaîne longitudinale composée 
de b, e, u, ou du Basihyal, de l'Entohyal et de l'Urohyal. Je viens de dire 
un hyoïde de poisson; car ces pièces sont flanquées de parties laryngiennes 
et pleuréales , comme chez un poisson osseux. 

Mais au moment de la métamorphose, d'autres vaisseaux naissent des 
principaux troncs pour fournir au développement d'une autre formation 
organique : d'oii il arrive que ceux des vaisseaux qui alloient nourrir les 
pièces laryngiennes et pleuréales y sont de plus en plus privés de l'afflux du 
sang; ces pièces branchiales se flétrissent, et, devenues tout-à-fait caduques, 
disparoissent. M. Martin de Saint-Ange a très bien exposé ces faits curieux 
dans son Mémoire. 

Et en dernière analyse , un animal de la respiration aérienne est constitué 
par l'isolement et la structure achevée d'un hyoïde de reptile, qu'on voit re- 
présenté en la figure Salamandre adulte. 

1. Grenouille. 

L'analogie conseille d'«ssayer de retrouver chez la grenouille les mêmes 
pièces que chez la salamandre, et nos figures sont à cet effet parfaitement 
comparatives; mais dans ce nouvel exemple où des pièces voisines se sont 
soudées ensemble, où quelques unes par l'effet d'une complète atrophie 
ont entièrement disparu , cela est très difficile : j'ai cependant reconnu cinq 



352 EXPLICATION DE LA COMPOSITION MATÉRIELLE 

parties distinctes dans le Têtard, deux Apohyaux, un Basihyal et deux En- 
tohyaux; mais dans la grenouille adulte, il n'est plus qu'un seul plastron 
suivi de'deux Urobyaux. Toute détermination à cet égard reste ainsi frappée 
d'incertitude. 

3. Chélyde Matamata. 

M. Werner a dessiné cet hyoïde de la tortue matamata ; M. Cuvier en 
avoit déjà donné une figure fort exacte , Oss. Foss. V, part. Il, pi. XII, fig. 4 1 • 
C'est à-peu-près l'arrangement et la même disposition que dans les mammi- 
fères ruminants etsolipédes; mais toutefois est là une condition nouvelle: 
car le maintien des connexions essentielles et obligées s'y coordonne, vu 
la grandeur de l'appareil, avec d'autres connexions accessoires et de nou- 
velles fonctions. Les branches styloïdiennes (la chaîne transversale), formées 
des trois pièces Apohyal, Céràtohyal et Stylhyal, s'appuient doublement sur 
l'axe médian, l'Apohyal sur le Glossohyal, et l'Apohyal en même temps que 
le Céràtohyal, sur le Basihyal : on remarque deux Glossohyaux adossés l'un à 
l'autre latéralement. Mais le fait le plus curieux à citer, c'est que le Basi- 
hyal, qui est grand et alongé, est creusé dans toute sa longueur; long canal, 
où il reçoit et loge solidement la trachée-artère. Les appareils hyoïdiens , 
laryngiens et pleuréaux ne sont plus situés bout à bout comme chez les mam- 
mifères, mais se composent de deux plans parallèles, dont l'un est encastré 
dans l'autre. Il y a encore deux Entohyaux , mais libres , mais vacants le long 
du cou, et allant dans le tissu cellulaire , prendre là de l'adhérence et quel- 
ques fonctions très secondaires. 

4. Tryonix. 

C'est une tout autre disposition que présente l'hyoïde des tiyonix : les 
faits singuliers qui se voient là ajoutent de nouveaux et puissants motifs 
aux considérations que j'ai autrefois exposées pour l'établissement de ce 
genre. C'est le seul hyoïde avec toutes pièces pairijg<, le seul ovi les Apohyaux 
s'intercalant entre des os qu'ils écartent, arrivent au contact; le seul avec 
un double Basihyal, et le seul encore où les Urobyaux se maintiennent long- 
temps dans un arrêt de développement à la manière du larynx des mammi- 
fères; j'entends par-là qu'à des époques éloignées et non fixes dans leur 
retour les molécules osseuses se déposent en grains plus ou moins volu- 
mineux. 

M. Cuvier, qui part d'une autre base de détermination que moi, consi- 



DU TABLEAU OU DE LA PLANCHE. 353 

dère {Oss. Foss. V, partie II, page rg^) toutes les pièces moyennes an 
nombre de sept comme autant de fragments du corps hyoïdien : il fait des 
Cératohyaux ses cornes moyennes, et des branches e, xu, une troisième paire, 
ou ses cornes postérieures. 

Je n'ai pu me mettre d'accord avec lui qu'au sujet de ces dernières pièces : 
sur le surplus il est éclectique. 

Mais d'ailleurs je rends une pleine justice à sa note, Loc. Cit. p. igS, où 
il relève une grave erreur dans laquelle j'étois tombé au sujet de l'hyoïde 
des oiseaux: les motifs allégués, la dignité du discours, et le ton sans la 
moindre malveillance qui y règne, me paroissent recommandables. 

5. Lézard. 

Tout est remarquablement filiforme dans l'hyoïde des lézards; car, pour 
qu'il y ait espace suffisant à ce développement eti longueur, les pièces 
sont contournées sur elles-mêmes, et repliées de façon à rendre leur dé- 
termination difficultueuse. Lé corps (Basihyal) est une plaque pentago- 
tiale, terminée antérieurement par une longue et grêle apophyse, et posté- 
rieurement par deux filets encore plus alongés. De l'apophyse antéi-ieure 
naît un Glossohyal cartilagineux et bifide. Ces filets Ou les apophyses posté- 
rieures ont porté M. Cuvier à admettre l'existence d'une troisième sorte de 
cornes, troisième paire par conséquent; d'oîi le nom de cornes mitoyennes 
pour celles dites chez l'homme cornes postérieures. Cependant M. Cuvier 
atténue lui-même ce jugement, quand il ajoute, L. C. , 280, «que les cornes 
(1 de troisième paire existent rarement, et sont plutôt des productions pos- 
(I térieures du corps que des cornes particulières. » La trachée-artère est 
entraînée à l'égard du corps hyoïdien ; car, au lieu de se contenter d'y être 
encastrée, elle le dépasse, après y avoir pris un point d'appui. Et quant 
aux autres pièces, il suffit des lettres indicatives en la figure, pour en 
donner nettement la détermination. 

Enfin M. Cuvier termine encore sou art. Hyoïde des lézards , en l'ac- 
compagnant, page 279, delà même note, semblablement reproduite que 
page jgS. Il revient ainsi dans chaque occasion sur l'objet décidément traité 
dans ce Mémoire. 

6. Monitor. 

Que de différences entre l'hyoïde des monitors et celui de l'article pré- 
cédent ! l'extrême simplicité du premier doit surpreiidre en raison du voi- 
Annales du Muséum, t. I", 3" série. 45 



354 EXPLICATION DE LA COMPOSITION MATÉRIELLE 

sinage des deux espèces : c'est au point que j'ai supposé que M. Cuvier qui 
a établi cette figure, 2° part, du tome V, pi. XYII, fig. i, auroit pu avoir 
omis les Stylhyaux, qu'on n'y voit pas. La préparation d'une espèce très 
voisine, conservée dans de l'alcool, m'a montré un Stylhyal d'un côté, sans 
qu'il y eût trace de l'autre au côté opposé. 

,, 7. Sauvegarde. 

Je m'en réfère aux indications suffisamment précises des lettres appella- 
tiyes des pièces. 

LES OISEAUX. 

TROISIÈME CASE. 

Peu de variation affecte l'hyoïde des oiseaux, et ce n'est guère qu'au sujet 
du Glossohyal , doubl« dans le Geai, l'osselet de gauche rencontrant celui de 
droite en un point de leur racine; double aussi dans la Chouette, les d«ux 
osselets entièrement appuyés bord contre bord; double encore dans la 
Cigogne, chez laquelle les deux osselets sont écartés l'un de l'autre par l'in- 
terposition de la tête du Basihyal; et enfin unique dans le Canard. On a re- 
présenté deux degrés du développement de l'hyoïde de cet oiseau , le jeune 
âge, où la chaîne longitudinale est distinctement formée d'os à part, le 
Glossohyal , le Basihyal et l'Entohyal ; et Y âge adulte, où ces deux dernières 
pièces sont soudées l'une à l'autre. 

LES MAMMIFÈRES. » 

QUATRIÈME CASE. 

La variation classique des oiseaux à l'égard des mammifères porte sur les 
Stylhyaux en plus chez ces derniers, quand par compensation le Glossohyal y 
disparoît, ou à-peu-près, si ce n'est dans l'exemple suivant. 

I. Cheval. 

L'étroitesse de la base du crâne, et par conséquent celle du Basihyal ont 
favorisé le libre développement du Glossohyal; événement précieux pour 
les comparaisons d'analogie; car là est un anneau conduisant d'une organi- 
sation classique à sa suivante, là une transition répandant une vive lumière 
pour l'intelligence de ces faits. 

Le Cératohyal, si long chez les oiseaux, n'est plus, chez le cheval, qu'un 
osselet restreint dans sa dimension , et jouant dans cet hyoïde le rôle d'une 
rotule aussi bien par sa forme que dans sa fonction. 



DU TABLEAU OU DE Lil PLANCHE. 355 

Chez le cheval adulte, les pièces hyoïdiennes se simplifient par la soudure 
du Glossohyal avec le Basihyal et du Cératohyal avec le Stylhyal. 

2. Cerf. 

Nous avons chez les ruminants, les cerfs, les hœufs, etc., un autre arran- 
gement, sous ce rapport que le Glossohyal n'existe que représenté par 
une apophyse du Basihyal ; mais comme si ces éléments osseux dévoient par 
un effet de compensation se rencontrer ailleurs, nous trouvons chez les 
ruminants le Cératohyal accru et devenu presque aussi long que Tanneau 
antérieur, ou l'Apohyal. 

3. Bœuf, 

C'est ici le même fait que précédemment : la tubérôsité glossohyale est 
seulement plus prononcée. Par économie d'emplacement l'on n'a représenté 
qu'une branche styloïdienne. 

4. Chat. 

Rien ici qui ne soit comme précédemment quant aux branches styloï- 
diennes, mais par contre est une variation considérable et bien remarquable 
quant au Basihyal et à ses dépendances. Ce corps principal médian n'est plus 
qu'une tige menue et transversale, sans apophyse, et caractérisée même par 
plus d'étroitesse vers son milieu; c'est que les vestiges duGlossohyal s'en sont 
détachés pour se porter en avant dans la langue et y devenir ce cartilage 
alongé désigné par les chasseurs sous le nom du ver de la langue. C'est ce 
fait isolé et curieux que représente dans notre figure, le trait, Lett. g. 

5. Homme; état normal. 

Les notions sUr l'hyoïde humain se bornoient avant mes recherches aux 
seules indications suivantes : on décrivoit le corps b, ses grandes cornes 
ou les cornes postérieures e, e, et ses petites cornes ou les cornes anté- 
rieures a, a. J'engage à ajouter à ces documents l'existence d'une petite 
tubérôsité g, ou de l'apophyse glossohyale; car nous y devons considérer un 
vestige plus ou moins considérable, selon les individus, de l'os lingual des 
oiseaux et des poissons. 

J'ai placé auprès de cet hyoïde la figure de deux apophyses styloïdes, com- 
posées d'os distincts, et précisément de ceux qui manquent chez l'homme 
pour compléter dans son appareil hyoïdien cette chaîne transversale qui se 



356 EXPLICATION DE LA COMPOSITION MATÉRIELLE, ËTC; 

voit dans la généralité des mammifères, Supposez que vous voyez ces apo- 
physes styloïdes insérées et soudées au crâne à la fossette du rocher d'où 
descend l'apophyse vaginale. La Letl. V montre cette relation. 

6, Homme; état tératologique. 

Dans ce titre, le mot tératologie/ ne contraste avec celui de nor/jia/ employé 
précédemment : ce mot nouveau est dans la science depuis la publication du 
Traité de tératologie, ouvrage de mon fils Isidore G. S. H. , le premier volume 
ayant seul paru. Le besoin de ce terme étoit senti depuis long-temps : il rem- 
place avantageusement celui de monstruosité , à l'égard de plusieurs de ses 
acceptions, s'appliguant, de plus, heureusement encore à tous les cas patho- 
logiques qui surviennent après naissance. Ce mot conçu avec un caractère 
de grande généralité s'étend à tous les faits de dissemblance que produisent, 
soit avant, soit après naissance, tous les dérangements de l'organisation 
ordinaire qu'on caractérise alors par le qualificatif de régulier ou de normal. 

Dans l'hyoïde tératologique , objet de notre 6' figure, la chaîne stylqïdienne 
est entièrement restituée. Le premier volume de ma Philosophie anatomi- 
que en donne un récit très détaillé. L'hyoïde , réduit chez l'homme à cinq 
pièces groupées ensemble, formoit un fait anomal, eu égard à l'hyoïde de 
régie que donnoit à connoître la généralité des mammifères. Or c'est un 
des résultats fournis par mes recherches sur l'analogie de l'organisation que 
jamais il n'arrive à un système organique dévié de la règle de quitter sa 
condition d'anomalie, que ce ne soit pour retomber dans les conditions plus 
larges comme primitives, comme originelles, que sembloient lui imposer les 
rapports de famille : voilà ce que donne effectivement l'état tératologique 
ici figuré; la chaîne, formée de st, c, a, B, a, c, st, est restituée dans cet 
exemple , ainsi qu'elle se montre normalement dans les exemples Chat^ 
Cerf, etc. 

Une circonstance intéressante, c'est que le Basihyal est tout-à-fait privé de 
sa tubérosité glossohyale ; et la loi du balancement des organes en dit le 
pourquoi. L'afflux du sang a plus donné que d'ordinaire aux branches styloï- 
diennes, ce qui n'a pu se faire qu'aux dépens d'une privation ailleurs. Ainsi, 
dans la métamorphose des Batraciens, de certains vaisseaux diminuent et 
finissent par s'atrophier, quand d'autres en prennent sujet de poindre et de 
s'accroître. Or, cela devenant un spectacle pour les yeux du corps, la loi du 
balancement des organes ne seroit-elle qu'une vague et vaine théorie? 



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hrsnilaiit la conniniiiiitr ilv^ imiins e/c I 11 voirie r/a/t.i /c.v ■#' c/nsses des Animitin' ver/e/tirs ^ 
dépose a l'ficadàrue royale aeâ snenrei dans sa séance du l'I Dccemhie tH5i 



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.fWf////f nnfi/i«U rt iioiHJ ùti pirta iuio'iùuuuf,>-(J y/xur/n^fd. 3 /.tjJya/A «Àidiya/-C Ula/eÂua/£ .,Ût^un/=l' ■'-/"/■■/■ ■'if ''„^'„V . v mrfJ.„>f ^.,/,.ii/aitf Xl\ miù/'mc aw/iua/ 



(UM-y -î- ^'i^' " 



g-f-T. -î- 



CONSIDÉRATIONS 

SUR LES 

CARACTÈRES EMPLOYÉS EN ORNITHOLOGIE 
POUR LA DISTINCTION DES GENRES, 

DES FAMILLES ET DES ORDRES, ET DjÉTERMINATION DE 
PLUSIEURS GENRES NOUVEAUX. 

PAR M. Isidore GEOFFROY SAINT-HILAIRE. 

(Mémoire lu à la Société d'Histoire Naturelle de Paris, le 3 août i832.) 



Toute classification est d'autant moins imparfaite et d'autant 
plus conforme à l'ordre naturel, que les êtres qui en sont les 
objets s'y trouvent appréciés sous un plus grand nombre de 
leurs rapports. Les anciens systèmes zoologiques de Klein, de 
Brisson et de tant d'autres, et, pour citer un exemple plus mé- 
morable , le célèbre système botanique de Linné, reposoient sur 
des considérations très simples déduites du seul examen d'un 
très petit nombre d'organes : mais, si leur emploi conduisoit 
d'une manière facile et sûre à la détermination des animaux ou 
des végétaux déjà connus et déjà introduits dans le système, 
ces classifications, purement artificielles, laissoient inaperçus 
une multitude de rapports, brisoient toutes les affinités natu- 
relles, et restoient presque entièrement inutiles pour l'étude 
des êtres nouveaux. Les méthodes aujourd'hui universellement 



358 CARACTÈRES ORDINAUX ET GÉNÉRIQUES DES OISEAUX. 

adoptées en zoologie comme en botanique se fondent au con- 
traire sur l'examen d'un très grand nombre d'organes , et sont 
par conséquent très compliquées Qt d'un usage très peu com- 
mode: mais leur utilité réelle augmente en raison de leur com- 
plication. Lorsqu'elles sont bien faites, c'est-à-dire établies sur 
des caractères importants, régulièrement subordonnés et a])pré- 
ciés tous à leur juste valeur, les ordres, les familles, les genres, 
se trouvent groupés suivant leurs -affinités ; et dès-lors une 
multitude de rapports , jusque alors inaperçus , se révèlent pour 
ainsi dire d'eux-mêmes ; les faits s'éclairent mutuellement; une 
découverte faite dans un genre est facilement étendue aux 
genres voisins, et l'analogie devient pour l'observateur un guide 
assuré. En un mot, l'emploi du système est très simple et facile, 
mais son utilité très bornée : l'emploi de la méthode est diffi- 
cile, mais son utilité immense. Le premier n'embrasse, si je puis 
m!exprimer ainsi, que le passé de la science; la seconde com- 
prend à l'avance tous les faits à venir. 

Grâce aux travaux des zoologistes modernes, a ceux de M. Cu- 
vier sur-tout, ces idées sont aujourd'hui parfaitement établies 
en zoologie : elles y sont même, on peut le dire, devenues des 
vérités tOut-à-fait vulgaires et presque triviales. Mais, univer- 
sellement admises en théorie, ont-elles été toujours appliquées, 
toujours suivies dans la pratique? Et la classification repose- 
t-elle, en effet, dans toutes les branches de la zoologie, sur une 
appréciation exacte de la valeur des caractères employés ? En 
est-il ainsi, par exemple, en ornithologie? 

La classification des oiseaux a sans doute fait depuis quelques 
années de grands progrès , dus aux travaux de MM. Guvier , 
Vieillot, Temminck, Vigors et de plusieurs autres ornitholo- 



CARACTÈRES ORDINAUX ET GÉNÉRIQUES DES OISEAUX. BSg 

gistes. Cependant peut-on affirmer que tous les caractères 
généralement employés pour la distinction des ordres, des fa- 
milles et des genres aient réellement une valeur ordinale, sub- 
ordinale et générique ? D'un autre côté, tous les caractères dont 
la considération ne sauroit être négligée dans une classification 
vraiment naturelle, sont-ils employés par les ornithologistes et 
appréciés à toute leur valeur ? C'est l'examen de ces deux ques- 
tions que je vais entreprendre dans ce Mémoire, en m'appuyant 
soit sur plusieurs faits déjà établis dans la science, soit sur un 
assez grand nombre d'observations nouvelles qui me sont pro- 
pres, et qui, rapprochées des premiers, les compléteront et les 
éclaireront tout à-la-fois. 

SECTION I. 

REMARQUES SUR PLUSIEURS DES CARACTÈRES EMPLOYÉS EN ORNI- 
THOLOGIE. 

Devant passer en revue les principaux caractères que l'on 
emploie en ornithologie pour la distinction des groupes ordi- 
naux , sub-ordinaux et génériques , et obligé de me renfermer 
dans les limites d'un simple mémoire, je me bornerai ici à l'in- 
dication succincte de ceux de ces caractères qui sont géné- 
ralement bien connus et appréciés , et j'insisterai seulement , 
pour les soumettre à une discussion plus ou moins étendue, sur 
ceux qui ne me paroissent pas avoir été suffisamment étudiés , 
ou dont l'importance me semble avoir été ou méconnue ou 
exagérée. . 

§T. Des caractères fournis par le bec. 
Les caractères fournis par le bec, traduisant à l'extérieur les 
principales modifications de l'appareil de la nutrition , ont été 



36o CARACTÈRES ORDINAUX ET GÉNÉRIQUES DES OISEAUX. 

regardés de tout temps comme très importants, et le sont en 
effet; mais, comme on va le voir, il s'en faut de beaucoup que 
leur valeur relative ait été toujours appréciée avec exactitude. 

Variations de la forme générale. Elles fournissent, en général, 
des caractères génériques excellents en eux-mêmes, et qui ne 
laisseroient rien à désirer s'il n'étoit malheureusement très dif- 
ficile, dans une multitude de cas, de les exprimer avec préci- 
sion. Ces caractères, sauf quelques exceptions de détail, sont 
d'ailleurs appréciés à leur juste valeur, et il est absolument in- 
utile d'insister ici sur eux. 

Variations de la structure. Les caractères que l'on peut déduire 
de la structvire de l'étui corné du bec ont été généralement 
négligés. Cette structure est cependant susceptible de quelques 
modifications qui, se présentant à-la-fois dans toutes les espèces 
vraiment analogues par le reste de leur organisation, peuvent 
fournir de véritables caractères génériques. Ainsi l'étui corné 
du bec est, dans la plupart des oiseaux, d'un tissu très serré, très 
compacte, très dur : dan,s d'autres, ce tissu devient au contraire 
très peu dense, plus ou inoins mou, et quelquefois translucide; 
ce que l'on voit, par exemple , pour les jjassereaux , dans le genre 
Langrayen ou Ocyptère; pour l'ordre des oiseaux de proie, chez 
les caracaras. Les rapports de la structure du bec de ces der- 
niers avec leurs habitudes, si analogues à celles des vautours, 
Sont trop évidents pour que j'insiste sur eux, et confirment par 
une preuve de plvis la valeur assez grande d'un geni^e de carac- 
tères dont il n'est pas même question dans les traités d'ornitho- 
logie. 

Existence de dentelures sur les bords des mandibules. Un assez 
grand nombre d'oiseaux présentent^ sur les bords de leurs man- 



CARACTÈRES ORDINAUX ET GÉNÉRIQUES DES OISEAUX. 36 1 

fibules, des dentelures dont la forme, la disposition, mais sur- 
tout le nombre, sont très variables. 

Ainsi leur nombre est qtielquefois indéterminé. Dans ce cas, 
les mandibules peuvent être dentelées même sur toute leur 
longueur. Cette modification, à laquelle on a quelquefois attri- 
bué une grande valeur , est incontestablement plus curieuse que 
réellement importante, et, loin de pouvoir fournir un caractère 
d'ordre ou de famille, ne peut même avoir toujours une valeur 
générique. Elle est en effet sans influence sur les habitudes des 
oiseaux qui les présentent , au moins sur celles d'une partie 
d'entre eux, par exemple des toucans ; ce que j'ai constaté soit 
par l'observation d'un toucan vivant , soit par la comparaison 
des divers âges des toucans et des aracaris qui parviennent 
presque jusqu'à l'état advdte, ainsi que je m'en suis assuré, avant 
que leur bec présente aucune trace de dentelures. Le dé- 
faut d'importance de ces dentelures , comme caractères géné- 
riques , est d'ailleurs établi positivement par l'existence de 
quelques genres évidemment très naturels, et comprenant cepen- 
dant des espèces à bec en scie et d'autres à bec non dentelé. 

Au contraire, le nombre des dentelures est quelquefois dé- 
terminé. Il en existe alors une ou deux au plus de chaque côté , 
soit à la mandibule supérieure seulement, soit aux deux man- 
dibules: dans ce dernier cas, celles de la mandibule inférieure 
sont toujours moins marquées. L'une et l'autre de ces modifi- 
cations s'observent chez les oiseaux de proie dits nobles, où les 
dentelures ont depuis long-temps fixé l'attention , et portent 
spécialement le nom de dents. Ces dents étant dans ce groupe 
ornithologique en nombre rigoureusement déterminé et tou- 
jours très fortes, leur utilité étant d'ailleurs ici très réelle, leur 

Annales du Muséum, 1. 1", 3' série. 46 



302 CARACTÈRES ORDINAUX ET GÉNÉRIQUES DES OISEAUX. 

existence et leurs modifications doivent être plus importantes 
que celles des dentelures en nombre indéterminé dont nous 
venons de parler, et fournir de bons caractères pour la déter- 
mination des genres. C'est en effet, malgré l'opinion contraire 
de quelques auteurs, ce que confirment des observations faites 
récemment par un savant ornithologiste, M. de la Fresnaye, et 
ce que d'autres qui me sont propres achèvent de mettre hors 
, de doute. D'une part en effet, M. de la Fresnaye(i) vient d'éta- 
blir ce fait, déjà indiqué par Nauman(2), que le gerfaut a 
naturellement le bec denté comme les faucons, et que l'erreur 
généralement admise à son égard vient de l'habitude qu'ont 
les fauconniers de limer les dents du bec de ce redoutable oi- 
seau; d'où il suit que l'existence des dentelures mandibulaires 
est un caractère plus général qu'on ne l'avoit cru , et qu'il ap- 
partient sans aucune exception à tous les oiseaux de proie no- 
bles. D'un autre côté , je suis maintenant en mesure de prouver 
que le nombre même de ces dentelures est loin d'être sans im- 
portance. J'ai en effet constaté , par la comparaison de toutes les 
espèces d'oiseaux de proie nobles , que celles qui ont le bec uni- 
denté présentent seules le système alaire que Guvier, M. Tem- 
minck et les autres ornithologistes attribuent au groupe tout 
entier ; que celles qui ont le bec bidenté ont au contraii'e les 
organes du vol établis sur un type, non seulement différent, 
mais même presque directement inverse. 

Existence d'échancrures sur les bords des mandibules. Elles peu- 

(i) Les observations de M. de la Fresnaye ne me sont encore connues 
que par la communication qu'il a bien voulu m'en faire; mais elles ne 
tarderont pas à être publiées. 

(2) Histoire naturelle des oiseaux d'Allemagne, tome I. 



CARACTÈRES ORDINAUX ET GÉNÉRIQUES DES OISEAUX. 363 

vent être, comme les dentelures, en nombre indéterminé ou 
en nombre déterminé. Je ne m'arrêterai pas sur les échancrures 
en nombre indéterminé , qui coexistent nécessairement avec 
une série de dentelures, et sur lesquelles je n'ai rien à ajouter 
à ce qui a été dit plus haut. 

Lorsque les échancrures sont en nombre déterminé , on n'en 
compte jamais qu'une ou deux en plus de chaque côté ;| encore 
ce dernier nombre ne se trouve-t-il que parmi les oiseaux de 
proie bidentés. Il peut exister des échancrures à la mandibule 
inférieure, et il en existe même dans un très grand nombre de 
passereaux, quoique aucun auteur n'en ait fait mention : mais 
il est beaucoup plus commun encore d'en observer à la mandi- 
bule supérieure, et tellement, que le nombre des oiseaux à bec 
non échancré surpasse à peine le nombre des oiseaux à bec 
échancré. 

L'extrême fréquence de ce dernier caractère dans la série or- 
nithologique est pour nous un premier motif de chercher à 
apprécier sa valeur avec toute l'exactitude possible : nous en 
trouvons un second dans la haute importance qui lui a été at- 
tribuée par presque tous les zoologistes modernes , et spéciale- 
ment par M. Guvier. On sait en effet que dans la méthode or- 
nithologique que ce grand naturaliste a établie dans le Règne 
animal , et qui depuis a été si généralement adoptée , le groupe 
des passereaux , qui comprend à lui seul plus de la moitié des 
oiseaux connus , est divisé en cinq grandes sections Ou sous- 
ordres, dénommés et rangés ainsi qu'il suit: dentirostres , fis- 
sirostres , conirostres , ténuirostres et syndactyles. De ces cinq 
sous-ordres, le premier, qui est de beaucoup le plus étendu, a pré- 
cisément pour caractère général l'existence d'une échancrure de 



364 CARACTÈRES ORDINAUX ET GÉNÉRIQUES DES OISEAUX. 

chaque côté de la pointe du bec : caractère auquel se trouvent 
par conséquent subordonnées toutes les modifications que peu- 
vent présenter parmi les dentirostres les pieds , les ailes, les or- 
ganes des sens et le bec lui-même, considéré dans sa conforma- 
tion générale. 

Or , ce caractère a-t-il en effet la liavite importance qui lui a 
été attribuée ? Malgré l'autorité de l'illustre auteur du Règne 
animal, je ne puis m'èmpêcher d'émettre une opinion contraire, 
basée , comme on va le voir , sur un grand nombre de faits déjà 
établis dans la science et d'observations nouvelles ; observations 
qui m'ont conduit à ce résultat , qu'il est des familles où les ca- 
ractères des échancrures mandibulaires sont même absolument 
sans valeur. 

Pour traiter ici la question d'une manière complète , nous au- 
rions à examiner , i°si le caractère des échancrures mandibu- 
laires est en effet d'une importance supérieure à celle de tous 
les autres caractères : en d'autres termes, s'il doit être subordonné 
à ceux-ci , ou si ceux-ci doivent lui être subordonnés. 2° Si ce 
caractère ne réunit pas des êtres très éloignés par leurs rap- 
ports naturels. 3° Si, enfin, il n'éloigne pas les uns des autres 
des êtres liés intimement par l'ensemble de leur organisation. 
Mais, obligé de nous renfermer dans les limites d'un simple 
mémoire , nous nous bornerons à traiter avec quelque détail ce 
dernier point , parceque nous croyons pouvoir en donner une 
solution tellement complète, qu'elle embrassera véritablement 
celle de toutes les parties de la question. 

Ainsi, pour rappeler d'abord quelques faits déjà établis dans 
la science , nous trouvons plusieurs exemples d'oiseaux liés in- 
timement par l'ensemble de leur organisation, et qui cependant 



CARACTÈRES ORDINAUX ET GÉNÉRIQUES DES OISEAUX. 365 

se trouvent , selon la classification du Régne animal , séparés 
par d'immenses intervalles, parceque les uns ont le bec échan- 
cré , d'autres non écliancré. L'exemple le plus renaarquable que 
je puisse citer, est celui des chocards et des craves , entre les- 
quels se trouvent intercalés jusqu'à soixante-six genres, c'est- 
à-dire un cinquième de tous les genres composant la série 
ornithologique tout entière. Les craves et les chocards sont 
cependant des oiseaux tellement voisins, qu'ils offrent exacte- 
ment, sauf quelques différences dans la confoi^mation de leur 
bec, tous les mêmes caractères génériques (i), sont de même 
taille et de même couleur, et ont exactement les mêmes habi- 
tudes, au point que le crave et le chocard d'Europe vivent dans 
les mêmes lieux, et se voient fréquemment par troupes com- 
posées à-la-fois d'individus des deux espèces. 

Cet exemple, auquel je pourrois ajouter quelques autres faits 
analogues, mais, il est vrai, moins remarquables, rend, ce me 
semble, aussi évidente que possible cette proposition sans doute 
assez in>portante pour la classification ornithologique, que deizx 
genres, très voisins par l'ensemble de leurs rapports naturels, peuvent 
différer cependant par le bec échancré dans tun , non échancré dans 
Vautre. Mais il y a plus encore : des genres très naturels peuvent 
présenter des espèces à bec échancré., d'autres a bec non échancré , 
et qui par conséquent, si l'on vouloit suivre rigoureusement la 
lettre des classifications au lieu de se pénétrer de leur esprit, 
appartiendroient, quoique évidemment congénères, à deux sous- 
ordres différents. ■ 



(i) Plusieurs ornithologistes, M. Temminck entre autres , les ontmême 
réunis génériquement. 



366 CARACTÈRES ORDINAUX ET GÉNÉRIQUES DES OISEAUX. 

Je citerai en premier lieu comme exemple le genre Mainate , 
d'après M. Cuvier lui-même, qui, dans la seconde édition de 
son Règne animal (i), et avec la bonne foi d'un homme voulant 
avant tout la vérité, a signalé cette exception aux données géné- 
rales de sa classification. 

Il est vrai que cette exception, alors unique et présentée par 
un genre aussi singulier et aussi anomal à tous égards que celui 
des Mainates , devoit peu ébranler la conviction de notre illustre 
zoologiste sur l'excellence d'une classification d'ailleurs con- 
forme à tant d'égards à l'ordre naturel. Mais il n'en est plus de 
même aujourd'hui ; loin que le fait présenté par le genre Mai- 
nate soit une exception unique, il se trouve en parfaite harmo- 
nie avec les résultats de mes observations sur les genres les plus 
voisins , c'est-à-dire sur les Corviis et Paradisœa de Linné. J'ai 
retrouvé en effet des échancrures mandibulaires, assez peu mar- 
quées il est vrai, chez un grand nombre d'oiseaux de ces groupes 
où elles n'a voient point été signalées, tels que le paradis sifilet, 
plusieurs corbeaux proprement dits, un grand nombre de pies, 
principalement les geais. Dans ce dernier genre, qui me paroît 
sur-tout lier iutimement les Corvus de Linné aux Lanius (2) , les 
échancrures sont même presque constantes. Voici donc un 
groupe ornithologique tout entier dans lequel les échancrures 

(i) Tome I, p. 877. « Rien ne doit être plus désespérant pour les métho- 
« distes, ajouta M. Cuvier, que cette différence de bec dans des oiseaux si 
« semblables. » • 

(2) Je crois avoir démontré de la manière la plus positive, dans le premier 
fascicule de mes Études zoologiques, que le groupe des Lanius et celui des 
Coi^vus sont liés entre eux si intimement qu'on peut à peine les séparer avec 
quelque précision. 



CARACTÈRES ORDINAUX ET GÉNÉRIQUES DES OISEAUX. 867 

manclibulaires disparoissent d'une espèce , peut-être même d'un 
individu à l'autre , et peuvent tout au plus fournir des carac- 
tères de dernière valeur. 

J'ai retrouvé aussi un fait analogue dans un autre groupe 
placé par M. Guvier , comme celui des Corvus , dans le sous- 
ordre des conirostres ; je veux parler des mésanges, dont vme 
espèce m'a présenté , du moins dans un individu , une éclian- 
crure assez distincte. Cette espèce est la mésange de Nanquin. 

De tous ces faits, je crois pouvoir déduire ces résultats : que 
les caractères tirés de la présence ou de l'absence des éclian- 
crures raandibulaires n'ont pas, à beaucoup près, toute l'im- 
portance qui leur a été attribuée ; et que peut-être dans quel- 
ques genres ils n'ont pas même une valeur spécifique. 

Du reste, je suis loin de prétendre que dans d'autres groupes 
ces caractères ne puissent être employés avec le plus grand 
avantage pour la distinction et la détermination des genres, 
ainsi que l'a fait si souvent et si habilement l'illustre auteur du 
Règne animal. L'observation a en effet dès long-temps appris 
aux naturalistes que des caractères, constants et vraiment es- 
sentiels pour certaines familles, deviennent dans d'autres des 
modifications organiques dépourvues de toute inflvience, fugi- 
tives presque d'une espèce à l'autre , et ne pouvant plus sei'vir de 
base à aucune considération. 

J'ai à peine besoin de dire , en terminant ce paragraphe, que 
les observations nouvelles, dont je viens de présenter le résumé , 
ont pour conséquence la nécessité de soumettre à une révision 
la méthode ornithologique la plus généralement adoptée ; et 
de lui faire subir de graves modifications en ce qui concerne la 
classification des passereaux. Nous verrOïjs bientôt que d'autres 



368 CARACTÈRES ORDINAUX ET GÉNÉRIQUES DES OISEAUX. 

faits tendent également à démontrer la nécessité de ces modi- 
fications, mais non point du tout, comme l'ont pensé quelques 
auteurs guidés par des considérations d'un autre ordre, celle de 
la rejeter ou de la renouveler presque entièrement. Malgré les 
imperfections que je viens d'être obligé de signaler , malgré 
celles que Charles Bonaparte a notées de son côté(i), et que 
pourront aussi relever d'autres zoologistes, la méthode ornitho- 
logique du Règne animal n'en est pas moins celle qui exprime 
le mieux les rapports et l'enchaînement naturel des familles; 
et les progrès futurs de la science exigeront seulement que l'on 
cherche à faire pour Guvier ce que Guvier a lui-même fait 
pour Linné, c'est-à-dire à conserver, en perfectionnant, s'il se 
ijeut, les détails, l'ensemble d'un édifice fondé sur l'apprécia- 
tion la plus savante des affinités des êtres et la connoissance la 
plus approfondie de leur organisation. 

§ II. Des caractères' fournis par les organes des sens et par les 

téguments. 

Je passerai rapidement sur tous ces caractères, n'ayant que 
peu de remarques nouvelles à présenter à leur égard. 

Organes du goût. J'ai eu occasion de signaler dans un autre 
travail (2) les rapports généraux qui existent entre la confor- 
mation de la langue et celle de l'appareil dentaire. Ces rapports 
se retrouvent chez les oiseaux eux-mêmes, malgré les condi- 
tions toutes spéciales des parties qui chez eux représentent les 
dents. Il n'est en effet aucune modification , réellement impor- 

(i) Voyez Tou^rage que ce savant ornithologiste a publié récemment 
sous le titre à'Osservazioni sulla seconda edizionc del regno animale. 
{2) Considérations générales sur les mammifères, p. 142 et i43. 



CARACTÈRES ORDINAUX ET GÉKÉRIQUES DES OISEAUX. 869 

tante, de la langue qui ne coïncide avec une modification re- 
marquable du bec , et qui par conséquent n'appartienne en 
propre à une famille ou à un genre particulier. Il me suffit de 
citer comme exemples les perroquets, les pics, les toucans, les 
mot-mots et les phénicoptères , tous également cai'actérisés et 
par les conditions de leur langue et par celles de leur bec. 

Organes de l'odorat. La forme des narines, leur situation, leur 
disposition, peuvent presque également fournir de bons ca- 
ractères. . 

Quant à la forme, les narines peuvent être rondes, ovales, 
ou linéaires. En comparant entre eux sous ce rapport un très 
grand nombre d'oiseaux, on voit que dans le même genre na- 
turel les narines peuvent être rondes ou ovales, ovales ou li- 
néaires : mais j'ai constamment trouvé que les genres composés 
à-la-fois d'espèces à narines rondes et d'autres à narines linéaires, 
c'est-à-dire présentant les formes diamétralement opposées, 
étoient établis artificiellement, et dévoient être subdiv-isés. On 
verra plus bas ces résultats justifiés par quelques exemples. 

Les différences de situation et de disposition des narines four- 
nissent, lorsqu'elles sont bien tranchées, de bons caractères, 
fort anciennement employés dans la science. Aussi me borne- 
rai-je à insister sur ceux par lesquels Linné et les anciens au- 
teurs avoient caractérisé d'une manière très heureuse le groupe 
des Corvus ; groupe très naturel que MM. de Blainville et Tem- 
minck ont cependant presque seuls conservé dans les nouvelles 
classifications. 

Organes de la vue. Le volume du globe oculaire est le seul ca- 
ractère dont on fasse un emploi utile dans l'état présent de la 
science , et je n'ai rien à ajouter à son égard : la disposition des 

Annales du Muséum, t. I", 3' série. 47 



370 CARACTÈRES ORDINAUX ET GÉNÉRIQUES DES OISEAUX. 

paupières et la forme de la pupille ne me'sont point encore con- 
nues dans un assez grand nombre d'oiseaux pour que je puisse 
donner à leur sujet aucun résultat général. 

Organes de l'oiiie. Ce n'est guère qu'à la classification des oi- 
seaux de proie noôturnes qu'il est possible d'appliquer quelques 
caractères déduits de la considération des organes de l'ouïe : 
mais au moins ces caractères ont-ils dans cette famille une très 
grande valeur, et j'aurois ici à insister sur eux, si je n'avois 
déjà dans un autre travail appelé l'attention des ornithologistes 
sur les modifications, très importantes, mais toujours négligées 
par eux, que présentent la conque auditive et le disque (i). 

Téguments. Je ne crois pas nécessaire de démontrer ici, tant 
ce principe me paroît évident, que des genres ne peuvent être 
seulement caractérisés par le seul développement soit de quel- 
ques parties du plumage, soit de quelques parties de la peau. 
Une multitude de divisions génériques ont cependant été pro- 
posées à diverses époques d'après de telles modifications des té- 
guments, et plusieurs ont été admises universellement. Sans 
insister sur le défaut d'importance de tous ces caractères déduits 
de l'existence de panaches , de huppes , de caroncules, ne suffit- 
il pas de remarquer que la caractéristique des genres établis sur 
de telles bases ne sauroit même dans la plupart des cas conve- 
nir à une espèce entière , les femelles étant très fréquemment 
dépourvues, aussi bien que les jeunes mâles, de tous ces orne- 
ments accessoires? 

Les caractères déduits , à l'égard des oiseaux de proie noc- 
turnes, de l'existence ou de l'absence des aigrettes , n'ont réel- 

(i) Voyez Remarques sur les caractères et la classification des oiseaux de 
proie nocturnes, dans les Annales des sciences naturelles, octobre i83o. 



CARACTÈRES^ ORDINAUX ET GÉNÉRIQUES DES OISEAUX. 871 

lement pas plus d'importance, quoiqu'on leui' ait véritablement 
subordonné toutes les modifications que présente dans cette 
famille remarquable l'ensemble de l'organisation. Les faits pro- 
noncent ici de la manière la plus positive : non seulement des 
espèces à aigrettes ont les rapports les plus intimes avec les 
espèces sans aigrettes ; mais chez la cbouette commune on voit 
même les aigrettes manquer chez la femelle et exister chez 
le mâle. Ce dernier se trouve ainsi , d'après les définitions des 
auteurs, appartenir, non pas au genre dont son espèce est le 
type, mais tout au contraire au genre Duc, dans lequel il a en 
effet été placé par la plupart des ornithologistes. 

La disposition plus ou moins emplumée des pattes , et l'ar- 
rangement des écailles qui les recouvrent dans la portion nue, 
sont beaucoup plus importants que toutes les modifications qui 
précèdent , mais sont loin d'avoir toute la valeur qui leur est 
attribuée, au moins à l'égard des oiseaux de proie. Chez les 
nocturnes mêmes, mais chez eux seulement, des oiseaux telle- 
ment voisins par l'ensemble de leur organisation qu'on pourroit 
presque les ranger dans la même espèce, ont présenté les plus 
grandes différences par l'état emplumé ou non emplumé de 
leurs doigts ou de leurs tarses. Ces oiseaux ont été, pour ce seul 
motif, séparés en des genres ou sous-genres distincts dont l'un, 
caractérisé par des nudités moins étendues, se trouve compren- 
dre les variétés venant du nord, et l'autre, distinct par le ca- 
ractère inverse, les variétés des pays chauds. Je cileiai comme 
exemples la chevêche Tengmaln , la chevêche commune et la 
chevêche brame , toutes trois semblables par l'ensemble de leur 
organisation, ayant la même taille, présentant les mêmes. cou- 
leurs, et n'étant évidemment que de légères modifications d'un 



372 CARACTÈRES ORDINAUX ET GÉNÉRIQUES DES OISEAUX. 

type commun, produites sous l'influence de climats différents. 
En effet la chevêche Tengmaln, qui vient du nord de l'Europe, 
est couverte , comme tous les animaux des pays froids , de 
plumes très molles et très abondantes, et est fourrée, si je puis 
m'exprimer ainsi , jusqu'aux ongles : la chevêche commune, qui 
habite l'Europe tempérée, a le plumage moins épais et les doigts 
couverts seulement de poils et de plumes rudimentaires très 
clair-semés ; enfin la chevêche brame , qui vient de l'Inde , a 
même les tarses en grande partie nus. De là, la répartition de 
ces trois espèces, et l'on pourroit vraiment dire de ces trois va- 
riétés , dans trois petits sous-genres auxquels on ne pourroit 
d'ailleurs assigner aucun autre caractère. 

§ III. Des caractères fournis par les ailes. 

En laissant de côté deux ou trois genres sur lesquels les ano- 
malies multipliées de leur organisation ont appelé l'attention des 
zoologistes de tous les temps, les ailes ne présentent guère que 
deux genres de variations; savoir, des variations de longueur, 
et des variations de disposition . 

Tous les ornithologistes ont reconnu que l'importance _des 
premières est proportionnelle à leur étendue, et ils n'ont jamais 
manqué, dans la caractéristique des genres, de mentionner la 
longueur relative des ailes. Les caractères, que fournissent la 
disposition et la proportion des pennes, n'ont fixé l'attention 
que plus récemment : on peut dire cependant que leur impor- 
tance générique est aujourd'hui assez universellement reconnue, 
et les ornithologistes les plus distingués de notre époque ne man- 
quent jamais, lorsqu'ils donnent la définition d'un genre, d'y 
faire entrer l'indication de l'arrangement que présentent chez 



CARACTÈRES ORDINAUX ET GÉNÉRIQUES DES OISEAUX. 87 3 

lui les pennes alaires. Malheureusement cette indication n'a pas 
. toujours été donnée avec l'exactitude désirable-, ou plutôt, on 
peut le dire au moins des travaux d'un très grand nombre d'au- 
teurs, elle ne l'a véritablement été dans un grand nombre de fa- 
milles que comme une considération entièrement accessoire, et 
à laquelle on n'avoit le plus souvent même aucun égard. Aussi 
verrons-nous qu'un grand nombre des genres établis dans la 
science comprennent des espèces à ailes établies sur un type, 
non pas seulement très différent, naais même directement in- 
verse; d'où il suit que leur caractéristique est devenue extrê- 
mement inexacte. 

Les nombreuses erreurs de ce genre que je pourrois signaler 
dans presque toutes les familles tiennent à deux causes. L'une 
d'elles est que les ornithologistes, lorsqu'ils ont à classer des oi- 
seaux nouveaux, se décident trop souvent, d'après .quelques 
rapports généraux de conformation, quelquefois naême d'après 
\e faciès , tandis qu'une espèce ne devroit jamais être rapportée 
à un genre sans que l'on ait constaté, par une analyse rigou- 
reuse, qu'elle en présente en effet tous les caractères. D'un autre 
côté , les principales variations de l'aile des oiseaux n'ont peut- 
être jamais été embrassées, par les ornithologistes proprement 
dits, sous un point de vue général, et rapportées, comme il im- 
porte de le faire, à leurs types principaux. J'essaierai ici de rem- 
plir cette lacune. 

Lorsque l'on compare entre elles les ailes d'un grand nombre 
d'oiseaux, on voit qu'elles peuvent présenter une foule de mo- 
difications, la plus longue penne! pouvant être soit la première 
ou la seconde, soit la troisième ou la quatrième, soit même la 
cinquième. Mais, au milieu de toutes ces difféi'ences, il est fa- 



374 CARACTÈRES ORDINAUX ET GÉNÉRIQUES DES OISEAUX. 

cile de reconnoître deux formes principales , deux types remar- 
quables dont les conditions peuvent être exprimées par les noms 
ôiaile aiguë, et à' aile obtuse. Tantôt, en effet, les premières 
pennes sont les plus longues de toutes; d'où il suit que l'aile, 
lorsqu'elle est étendue, se termine par un angle très aigu. Chez 
un très grand nombre d'autres oiseaux, au contraire, les pennes 
antérieures, et sur-tout la première, étant très courtes, ce sont 
les pennes du milieu de l'aile qui sont les plus longues, et l'aile 
est alors comme tronquée : elle se termine par un angle obtus. 
Ainsi , dans le premier cas, il y a décroissement depuis les pre- 
mières pennes jusqu'à celles du milieu de l'aile: dans 1« second, 
il y a accroissement. 

Chez le plus grand nombre des oiseaux à ailes aiguës, la se- 
conde penne est la plus longue de toutes, et par conséquent 
surpasse la première et la troisième égales entre elles ou à-peu- 
près égales : c'est ce que l'on voit par exemple dans la plupart des 
oiseaux de proie nobles. Mais deux modifications peuvent se pré- 
senter : l'une, assez rare, consiste dans l'alongement de la pre- 
mière penne qui égale ou surpasse la seconde 5 d'où résulte une 
véritable exagération du caractère de l'aile aiguë ordinaire ; c'est 
ce qui a lieu par exemple chez les hirondelles, où l'aile peut être 
dite suraiguë. Il est beaucoup plus commun au contraire de 
voir la troisième penne s'alonger à l'égal de la seconde, comme 
chez les vautours , où l'aile par conséquent ne sera plus que sub- 
aiguë, i f>: uv 

L'aile obtuse présente également deux modifications sur les- 
quelles il importe de fixer notre attention. Dans le plus grand 
nombre des oiseaux qui présentent ce type , la quatrième 
penne est la plus longue de toutes; ce qui constitue pour nous 



CARACTÈRES ORDINAUX ET GÉNÉRIQUES DES OISEAUX. 3^5 

l'aile obtuse proprement dite. Mais il est aussi des espèces où la 
cinquième penne é{>ale ou surpasse la quatrième, ce qui rend 
l'aile plus obtuse encore que dans les précédents, ou sur-obtuse. 
Dans d'autres oiseaufx au contraire, et même chez un très g^^and 
nombre d'espèces, c'est la troisième qui devient égale ou supé- 
rieure à la quatrième; ce qui rend l'aile sub-obtuse. 

Les variations de l'aile peuvent donc être rapportées à deux 
groupes principaux subdivisibles de la manière suivante: 



exemples: 



1. Aile suraiguë. '. . . . Les vrais langrayens, les vrais étourneaux, les 

colibris, les vraies hirondelles, les sternes, 
les frégates. 

2. Aile aiguë . Les vrais faucons, les balbuzards. 

3. Aile sub-aiguë Le gypaète, plusieurs autres oiseaux de proie, 

et un grand nombre de passereaux. 

4. Aile sub-obtuse. . . . Les brèves, les vrais kakatoès. 

5. Aile obtuse. ..... Les aigles, et la plupart des oiseaux de proie 

dits ignobles; un grand nombre de gallinacés. 

6. Aile sur-obtuse. . . . Les geais, les coqs-de-roche, la lyre, les tou- 

racos, çt un grand nombre de gallinacés. 

t " "'■ 

Il est à peine besoin de remarquer que ces six formes sont , 
dans ce tableau synoptique, classées dans un ordre tel, que cha- 
cune d'elles diffère peu, soit de celle qui la précède, soit de 
celle qui la suit, et fait le passage de l'une à l'autre. Les for- 
mes extrêmes diffèrent au contraire considérablement, puis- 
qu'elles ne sont pas seulement diverses, mais inverses. Aussi 
jjourroit-on établir à -priori que la différence d'une forme à 
celle qui la suit immédiatement ne suffit paS pour produire 
une différence notable dans le vol, tandis qu'il en est tout au- 
trement, si Ton compare entre elles deux formes placées, dans 



Syô CARACTÈRES ORDINAUX ET GÉNÉRIQUES DES OISEAUX. 

nôtre tableau synoptique, à quelque distance l'une de l'autre. 
C'est en effet ce qui résulte de la manière la plus positive des 
belles observations d'Huber de Genève sur les oiseaux em- 
ployés en fauconnerie, et des distinctions établies, par cet il- 
lustre naturaliste, entre les rameurs ou espèces de haut vol, qui 
ont les ailes aiguës, et les voiliers ou espèces de bas vol, qui ont 
les ailes obtuses. 

Il est également facile de prévoir h priori que dans le même 
genre pourront se présenter de légères variations dans la confor- 
mation des ailes, mais jamais des différences assez importantes 
pour modifier le vol d'une manière bien sensible. C'est encore 
ce que l'observation confirme et démontre. La révision à laquelle 
j'ai soumis, pour éclairer ce point important de rornithologie, 
une multitude de genres de divers ordres, et notamment tous 
les oiseaux de proie, m'a fovirni précisément les résultats que 
j'en attendois, et m'a même permis d'en donner l'expression la 
plus précise par les propositions suivantes. 

Deux formes voisines peuvent se trouver réunies dans les 
mêmes genres; encore n'en est-il pas ainsi dans les genres qui, 
de l'aveu de tous les ornithologistes, sont éminemment naturels. 

Il n'est au contraire aucun genre basé sur une ressemblance 
évidente de l'ensemble de l'organisation, aucun genre vraiment 
naturel , où l'on observe à-la-fois des formes d'ailes assez diffé- 
rentes pour n'être pas placées immédiatement à la suite l'une 
de l'autre. 

Ainsi des espèces à ailes aiguës sont quelquefois congénères 
d'espèces à ailes soit suraigiiës, soit sub-aiguës, mais jamais 
despèces à ailes obtuses, et réciproquement. De même, des 
espèces à ailes sub-obluses sont congénères d'espèces à ailes 



CARACTÈRES ORDINAUX ET GÉNÉRIQUES DES OISEAUX. 877 

soitsub-aiguës, soit obtuses, mais jamais d'espèces à ailes soit 
sur-obtuses, soit aiguës ou suraiguës. 

Ce n'est pas que, dans plusieurs genres ornithologiques , tels 
qu'ils ont été établis par les auteurs, on ne trouve assez fréquem- 
ment réunies des espèces très différentes par leur système alaire, 
et quelquefois même, comme nous le vei-rons, des espèces à 
ailes suraiguës, et d'autres à ailes obtuses. Mais , dans tous les 
cas où il en est ainsi, la nécessité de subdiviser est facile à dé- 
montrer, même en laissant de côté les importants caractères 
que présente l'appareil du vol : car, avec ceux-ci, coïncident 
constamment de nombreuses modifications, soit du bec et des 
organes des sens, soit des pieds, soit même le plus souvent des 
uns et des autres à-la-fois. C'est ce que je rendrai de toute évi- 
dence dans la -dernière section de ce Mémoire, par l'établisse- 
ment de plusieurs de ces genres confondus jusqu'à présent dans 
des groupes dont ils n'avoient pas même quelquefois les carac- 
tères les plus essentiels. 

§ IV. ■ Des caractères fournis par les pieds. 

Les modifications des pieds sont extrêmement nombreuses et 
variées dans la série ornithologique, mais presque toutes bien 
connues et utilisées de tout temps pour la classification. Aussi, 
n'insisterai-je que sur un seul point, la disposition des doigts, 
qui ne me paroît pas encore avoir été suffisamment étudiée sous 
un point de vue général. 

Disposition des doigts. Sur les quatre doigts des oiseaux, que 

je désignerai, selon l'usage, sous les noms di interne , de médian, 

^externe et àe pouce, il en est deux, l'externe et le médian, dont 

l'existence est constante; deux, l'interne et le pouce, qui peu- 

Jnnales du Muséum, t. I", 3" série. 4^ 



378 CARACTÈRES ORDINAUX ET GÉNÉRIQUES DES OISEAUX. 

vent manquer, soit ensemble , ce qui n'a lieu que chez l'autruche, 
soit séparément. 

L'interne, lorsqu'il existe, et le médian sont constamment, 
l'externe le plus souvent, et le pouce très rarement, dirigés en 
avant. Toutefois les martinets ne sont pas les seuls, comme on 
l'a dit si souvent, qui présentent ce dernier caractère, le pouce 
étant chez la plupart des pelecanus de Linné, aussi bien que 
chez ces derniers, dirigé, sinon complètement en avant, au 
moins en dedans. 

Le pouce est constamment distinct des avitres doigts dans la 
presque totalité de sa longueur. Il en est de même du doigt in- 
terne, si l'on excepte les jacamars, mais non du médian et sur- 
tout de l'extei-ne, dont les conditions, très variables, et pouvant 
fournir de nombreux et excellents caractères, doivent être étu- 
diées avec soin. 

Ce dernier doigt peut présenter quatre dispositions, dontl'une, 
très remarquable en ce qu'elle fait le passage de la première aux 
deux dernières, a complètement échappé à la plupart des orni- 
thologistes, et n'a été indiquée que très légèrement par les au- 
tres. La plus commune, et l'on pourroit dire la plus régulière, 
est celle où le doigt externe bien distinct dans la presque totalité 
de sa longueur est dirigé en avant comme l'interne, et sensi- 
blement de même longueur que lui. Cette disposition, qui rend 
le pied très symétrique, se retrouve environ dans les neuf 
dixièmes de la série ornithologique (i). 

(i) Le pied est de même symétrique chez quelques oiseaux tridactyles, et 
chez plusieurs de ceux qui ont deux doigts en avant et deux en arrière. On 
peut donc dire que l'immense majorité des oiseaux a le pied symétrique et 
régulier, et que la forme asymétrique, irrégulière que présente le pied dans 



CARACTÈRES ORDINAUX ET GÉNÉRIQUES DES OISEAUX. 879 

Le cas le plus rare de tous est au contraire celui où le doigt 
externe, conservant la même disposition générale, devient beau- 
coup plus long que l'interne •, caractère que j'ai trouvé chez les 
picucules, et dans tous les genres qui se trouvent liés avec eux 
par des rapports vraiment intimes. 

Enfin on voit chez d'autres oiseaux le doigt externe, tout en 
conservant la même conformation générale et les mêmes pro- 
portions que chez les picucules, présenter deux dispositions très 
différentes l'une de l'autre, c'est-à-dire se diriger en arrière, 
comme chez les perroquets et les pics, ou bien se souder dans 
une grande partie de sa longueur avec le doigt médian. De ces 
deux dispositions, la première a valu aux oiseaux qui la présen- 
tent le nom de Zygodactyles , la seconde le nom de Syndactyles. 

quelques autres, est exceptionnelle, et constitue en quelque sorte une dé- 
viation du type essentiellement normal. Cette remarque peut être rendue 
beaucoup plus générale. Par exemple, eii passant en revue la série des mam- 
mifères, on trouvera que les huit dixièmes environ sont établis sur l'un des 
types suivants, types tous également réguliers et symétriques : 1° Cinq doigts 
dont le médian est le plus long, le second et le quatrième plus courts, les 
deux extrêmes plus courts encore. 2° Quatre doigts dont les deux médians 
plus longs, les deux extrêmes plus courts. 3° Trois doigts dont le médian 
plus long, les deux latéraux plus courts. 4" Deux doigts égaux. 5° Un seul 
doigt symétrique : d'où il suit que l'extrémité du membre peut presque tou- 
jours être divisée par un axe longitudinal en deux moitiés analogues entre 
elles. Ce fait général, qui n'a point encore été établi, est un des nombreux 
exemples par lesquels je crois pouvoir démontrer de la manière la plus com- 
plète ce que j'ai nommé ailleurs la loi de parité, et établir qu'une tendance 
très marquée à la symétrie se manifeste également dans toute la série zoolo- 
gique (même parmi les êtres regardés comme les plus asymétriques), soit à 
l'égard des animaux eux-mêmes, soit à l'égard de leurs organes. Voyez à ce 
sujet mon Histoire générale des anomalies, tomel, pag. 459 et 460. 



38o CARACTÈRES ORDINAUX ET GÉNÉRIQUES DES OISEAUX. 

La modification qui caractérise les zygodactyles a-t-elle une 
impoi'tance de beaucoup supéiùeure à celle qui caractérise les 
syndactyles? En d'autres termes, les faits confirment-ils l'opi- 
nion d'un grand nombre d'auteurs, et de M. Guvier lui-même, 
qui établissent pour les zygodactyles un ordre à part, et qui ne 
font des syndactyles qu'une simple division de l'ordre des 
passereaux ; division qu'ils placent sur le même rang que le 
groupe des ténuirostres ou celui des fissirostres? Je ne puis ici 
démontrer, comme je crois avoir réussi à le faire dans le cours 
d'ornithologie du Muséum, en plaçant à-la-fois un grand nom- 
bre d'oiseaux sous les yeux de mes auditeurs, que le groupe des 
zygodactyles et celui des syndactyles forment deux séries paral- 
lèles, presque entièrement composées de genres réciproquement 
analogues (i ) 5 mais je crois du moins pouvoir établir que ces deux 



(i) Cette proposition n'est point du tout, comme elle peut le paroître au 
premier aspect, en contradiction avec ce que je dis plus bas de la nécessité 
de placer les zygodactyles à la tête des passereaux. Les diverses espèces d'un 
genre, les divers genres d'une famille, les diverses familles d'un ordre, et 
de même encore les divers ordres d'une classe (et il en seroit encore ainsi 
des groupes d'un rang plus élevé), forment presque constamment, d'après 
des recherches que j'ai déjà pu étendre à quatre classes (les trois premières 
des vertébrés et les crustacés), des séries manifestement parédlèles à celles 
qui ks précèdent et à celles qui les suivent, comprenant des êli-es fort ana- 
logues à ceux que renferment celles-ci, mais étant cependant dans leur 
ensemble inférieures aux premières , supérieures aux secondes. La série 
supérieure et l'inférieure ont en effet, si je puis employer cette expression 
de la langue des mathématiciens , beaucoup de termes communs. Mais les 
premiers termes de la série supérieure n'ont point d'équivalents dans l'in- 
férieure, et les derniers de l'inférieure sont également sans analogues dans 
la supérieure. 

Ainsi (et peut-être ces idées un peu abstraites paroîtroient-elles moins 



CARACTÈRES ORDINAUX ET GÉNÉRIQUES DES OISEAUX. 38 1 

groupes sont égaux entre eux en importance, et doivent tenir le 
même rang dans la classification, la valeur de l'un d'eux, les 
zygodactyles, ayant été exagérée, et celle de l'autre, lessyndac- 
tyles, appréciée au contraire beaucoup trop bas. 

Et d'abord , quant aux zygodactyles, le caractère qui les réunit 
a-t-il une grande importance? Change-t-il essentiellement en 
grimpeurs tous les oiseaux qui le présentent? Non, sans doute, 
puisque un très grand norabi^e de zygodactyles ne grimpent pas, 
mais sautent et se perchent à la manière des passereaux ordi- 
naires, et que, d'un autre côté, un grand nombre de passe- 
reaux ordinaires grimpent tout aussi bien que les perroquets 
et les pics. 

Ce caractère est-il au moins bien tranché? Les oiseaux qui le 
présentent diffèrent-ils beaucoup de ceux qui ne le présentent 
pas? C'est encore ce qui n'a pas lieu. J'ai déjà fait remarquer, 



obscures exprimées sous cette forme), si la première série est représentée 
par les lettres a, b, c , d, e (la lettre a indiquant les êtres les plus élevés 
en organisation, et e, celles qui sont placées le plus bas dans lecbelle ani- 
male), la seconde le sera par b, c, d, e, f, la troisième parc, d, e, f,g, et 
ainsi de suite. Il est évident que ce seront là autant de séries, se compo- 
sant en partie de termes communs et pouvant être dites parallèles, mais 
auxquelles on peut cependant assigner des rangs inégaux, puisque chacune 
d'elles s'élève moins haut et descend plus bas vers, celle qui la précède. 

Je me propose de revenir dans un Mémoire spécial sur ces idées, que je 
ne puis ici qu'indiquer d'une manière sommaire, presque incomplète et par 
cela même obscure, mais qui me paraissent pouvoir être élevées au plus 
haut degré de généralité et conduire dans un grand nombre de cas à l'ap- 
préciation la plus exacte et la plus nette des rapports naturels des espèces, 
des genres, des familles, des classes, et même des embranchements com- 
parés. 



382 CARACTÈRES ORDINAUX ET GÉNÉRIQUES DES OISEAUX. 

en effet, que les picucules, si voisins des pics par l'ensemble de 
leur organisation, leur ressemblent encore par la conformation 
générale de ce doigt externe lui-même qui fournit le caractère 
différentiel. Tout le monde sait d'ailleurs que dans plusieurs 
genres le doigt externe peut à la volonté de l'oiseau se porter en 
avant ou en arrière: et cela a lieu, non pas seulement chez les 
touracos et les musophages, dont les rapports naturels sont si 
incertains, mais aussi chez plusieurs oiseaux de proie nocturnes. 
Ajoutons enfin qu'il y a sans aucun doute, entre les perroquets 
et les zygodactyles ordinaires, beaucoup plus de différences 
essentielles qu'entre ceux-ci et le reste des passereaux, ainsi que 
l'ont établi déjà M. de Blainville, et plusieurs autres zoologistes 
distingués. 

Il est donc bien évident que la rétroversion du doigt externe 
est loin d'avoir toute l'importance qu'on lui a attribuée; qu elle 
n'indique, entre les êtres oii on l'observe, ni une conformité 
générale d'organisation, ni une analogie de mœurs et d'habi- 
tudes, et par conséquent ne peut en aucune façon caractériser 
un ordre. 

La valeur que l'on a attribuée au groupe des syndactyles 
n'est-elle pas au contraire trop foible ? Ne surpasse-t-elle en rien 
celle des autres divisions établies parmi les passereaux, c'est-à- 
dire les ténuirostres, les conirostres, les fissirostres, et les den- 
tirostres? Cette dernière question étant ainsi posée, je ne crois 
pas qu'il soit possible d'hésiter même un seul instant sur sa so- 
lution. Tout le monde sait que'les conirostres et les ténuirostres 
passent les uns aux autres, notamment par les merops, upupaet 
paradisœa, de Linné; et les uns et les autres, de même que les 
fissirostres, n'ont jamais été distingués d'une manière précise' 



CARACTÈRES ORDINAUX ET GÉNÉRIQUES DES OISEAUX. 383 

des dentii'ostres que par le défaut d'échancrures au bec. Or nous 
avons montré plus haut que l'absence des échancrtires n'est pas, 
comme on l'avoit pensé, un caractère général pour les coniros- 
tres, et nous avons par conséquent établi à l'avance l'impossi- 
bilité de circonscrire nettement le groupe des dentirostres, par 
rapport aux sous-ordres sviivants. J'ai à peine besoin d'ajouter 
que les syndactyles forment au contraire une division bien 
mieux tranchée, soit que l'on ait égard spécialement au carac- 
tère tiré de la disposition de leurs doigts, soit que l'on consi- 
dère l'ensemble de leur organisation et de leurs habitudes. 

Ces considérations, et beaucoup d'autres que j'invoquerois à 
leur appui, si je ne les croyois véritablement superflues, en mé 
montrant dans les syndactyles un groupe d'un rang très supé- 
rieur à celui qui leur avoit été attribué, me conduisent à pro- 
poser un autre changement dans la classification de M. Cuvier. 
La série ornithologique nous offre quelques exemples de genres 
remarquables en même temps par la soudure partielle de leurs 
doigts externe et médian et par leur bec échancré ; en d'autres 
termes, à-la-fois syndactyles et dentirostres. A quel groupe de 
tels oiseaux devront-ils être rapportés? Faudra-t-il les placer 
parmi les syndactyles ou les ranger parmi les dentirostres ? Sub- 
ordonnant implicitement le caractère de la soudure des doigts 
à celui de l'existence des échancrures raandibulaires, M. Cuvier, 
et presque tous les ornithologistes, même ceux qui ont généra- 
lement suivi d'autres principes de classification, ont adopté la 
première opinion. 

Les considérations que j'ai présentées plus haut, et qui me 
font voir dans la soudure de deux doigts un caractère supérieur 
en importance à l'existence de petites échancrures au bec, m'obli- 



384 CARACTÈRES ORDINAUX ET GÉNÉRIQUES DES OISEAUX. 

gent, au contraire, d'adoptei" la seconde que j'ai été assez heureux 
pour voir confirmer tout récemment de la manière la plus posi- 
tive par la découverte de l'Eurycère (i). Ce genre remarquable 
lie en effet dune manière intime, comme l'indique son nom, les 
bucerosde Linné, ou les calaos, avec les eurylaimes, l'un de ces 
groupes de syndactyles à bec échancré que l'on a placés parmi 
les dentirostres. Mais il y a plus encore. Les bords de la mandi- 
bule supérieure de l'Eurycère présentent une échancrure large 
et obtuse, qui, par sa disposition et son étendue, tient exac- 
tement le milieu entre ce qu'on observe, d'une part chez les 
pipra et les eurylaimus, et de l'autre, chez plusieurs espèces 
à'alcedo, formant aujourd'hui de petits sous-genres, entre autres 
chez le choucas et chez le dacelo macrorhinus de MM. Lesson et 
Garnot. Les premiers ont en effet des échancrures semblables à 
celles de la plupart des passereaux insectivores; encore celles 
des eurylaimes commencent-elles à être peu marquées et ob- 
tuses. Chez les seconds, au contraire, les bords des mandibules 
présentent de chaque côté une sinuosité profonde, un enfonce- 
ment que la connoissance que nous avons maintenant de l'Eu- 
rycère nous conduit à regarder, quelque différent qu'il en pa- 
roisse au premier aspect, comme une échancrure, à la vérité 
modifiée d'une manière remarquable, et devenue extrêmement 
obtuse. 

Les applications que Ion peut faire des remarques précé- 
dentes à la classification des oiseaux, et que j'ai déjà tentées en 
partie, sont très nombreuses. Dans l'impossibilité où je suis de 

(i) C'est à M. Lesson qu'est dû rétablissement de ce genre. Voyez sa 
Centurie zoolocjique. 



CÀKACTÈRES ORDINAUX ET GÉNÉRIQUES DES OISEAUX. 385 

les iudiquer toutes ici (ce qui me conduiroit à remanier dans 
son entier la classification ornithologique , et m'entraîneroit 
ainsi dans un travail pour l'exécution duquel je n'ai point encore 
réunidesmatériauxassez nombreux), je me bornerai à indiquer 
les principaux résultats que j'ai obtenus en ce qui concerne les 
passereaux ; résultats que je crois pouvoir présenter comme des 
corollaires rigoureusement déduits des faits et des remarques 
qui précèdent. 

1° Le groupe des zygodactyles ou grimpeurs ne constitue pas 
un ordre distinct, et doit être réuni aux passereaux. 

2° L'ordre des passereaux se partage naturellement en trois 
grandes sections ou sous-ordres , caractérisés de la manière 
suivante : 

Â. Doigt externe (i) dirigé en arrière Les Zygodactyles. 

B. Doigt externe dirigé en avant et soudé. ..... Les Syndactyles. 

C. Doigt externe dirigé en avant et libre Les Déodactyles (a). 

3° Ces sous-ordres, comprenant tous un grand nombre de 



(i) Les auteurs définissent ordinairement les zygodactyles des oiseaux 
ayant deux doigts en avant et deux en arrière. Cette définition est à-peu-près 
équivalente pour la plupart des cas à celle que je donne ici; mais elle est très 
inexacte à l'égard de plusieurs genres tridactyles que l'ensemble de leurs 
rapports place parmi les zygodactyles. La caractéristique que je donne ici 
est au contraire constamment applicable. 

(2) Je suis obligé d'employer ici un nom nouveau, qui, au reste, exprime 
bien le caractère du groupe auquel je l'applique, et est en parfaite analogie 
avec les autres termes consacrés par l'usage. Le mot déodactyle, dœodactylus, 
est %n effet formé des mots AâxTu^oç, doigt, et Aatu, je divise (doigts divisés). 
Il correspond donc au mot Jissidactyle qu'un savant ornithologiste a récem- 
ment proposé, mais que le vice de son étymologie ne permet pas d'admettre. 

Annales du Muséum, t. I", 3' série. 49 



386 CARACTÈRES ORDINAUX ET GÉNÉRIQUES DES OISEAUX. 

{jjenres, pourront être et seront utilement subdivisés en grou- 
pes secondaires ; groupes qui malheureusement seront toujours 
peu distincts et mal limités. Ainsi les syndactyles pourront être 
partagés en dentirostres et non dentirostres ; les déodactyles 
en dentirostres, fissirostres, conirostres et ténuirostres, et ces 
dernières subdivisions, malgré l'impossibilité où l'on sera tou- 
jours de leur assigner des caractères bien précis, seront même 
extrêmement utiles, en raison du nombre immense de passe- 
reaux qui appartiennent au groupe des déodactyles. 

4° L'ordre, suivant lequel je viens de ranger les trois divisions 
primaires des passereaux, me paroît prescrit par l'ensemble des 
rapports naturels. La première de ces trois subdivisions com- 
prend en effet les perroquets que la conformation générale de 
leur bec, la cire qui enveloppe la base de leur mandibule supé- 
rieure, les conditions générales de leur système nerveux, et la 
conformation de plusieurs parties importantes, lient avec les 
oiseaux de proie, parmi lesquels se trouvent d'ailleurs, ainsi que 
je l'ai fait remarquer plus haut, plusieurs espèces à doigt externe 
versatile. D'un autre côté, ceux des déodactyles qui sont le plus 
essentiellement granivores, tels que la plupart des conirostres 
de M. Guvier, terminent très heureusement, ce me semble, la 
grande série des passereaux, et la lient aux gallinacés, dont les 
alouettes prennent même, avec le régime diététique, les for- 
mes générales, le port, le système de coloration, et jusqu'aux 
habitudes. 

SEGPP.N IL 

DÉTERMINATION DE PLUSIEURS GENRES NOUVEAUX. 
Il me reste à faire l'application des remarques qui précèdent 



GENRE LOPHOTE. 387 

à la détermination de quelques nouveaux genres, établis pour 
la plupart sur des espèces anciennement, mais imparfaitement 
connues. Je reviendrai aussi sur un genre dont plusieurs carac- 
tères importants, et principalement ceux que fournissent les 
organes du vol, avoient été omis jusqu'à présent. 

I. LOPHOTE, Lophotes. LeSSON. 

Caractères. Bec assez court et très crochu, enveloppé à sa base d'une 
cire étroite inférieurement, plus étendue sur la face dorsale du bec. 

Narines linéaires, étendues obliquement de haut en bas et d'avant en 
arrière. Point de nudité autour de l'oeil. 

Mandibule supérieure beaucoup plus longue que l'inférieure, très crochue, 
triangulaire, ayant l'arête supérieure très marquée, et présentant de chaque 
côté, sur son bord inférieur, deux petites dents triangulaires, aiguës, dont 
les pointes sont dirigées un peu en avant. 

Tarses courts, emplumés dans leur moitié supérieure, nus et réticulés 
inférieurement. . . 

Queue longue, carrée. Ailes longues, atteignant presque son extrémité, 
sub-obtuses , la première penne étant très courte, la seconde plus longue, la 
troisième et les deux suivantes beaucoup plus longues encore. 

Observations. Ce genre ne comprend qu'une seule espèce , 
découverte sur la côte de Coromandel par M. Leschenault, et 
généralement connue sous le nom de Falco Lophotes. M. Cuvier 
qui a donné le premier la détermination de cet oiseau, M. Tem- 
minck qui l'a décrit et figuré avec soin , et presque tous les autres 
ornithologistes l'ont en effet rapporté au genre Faucon, n'ayant 
pas porté leur attention sur les caractères si importants, mais 
presque toujours négligés, que fournissent les organes du vol. 
Le Falco Lophotes est d'ailleurs tellement distinct, que M. Lesson, 
quoique n'ayant pas non plus connoissance de la conformation 
particulière des ailes de cet oiseau, et omettant par conséquent 



388 GENRE PHODILE. 

le caractère qui l'isole le mieux des faucons, l'a érigée récem- 
ment(i) en un sous-genre, en lui donnant spécifiquement le 
nom d' Indiens. . 

II existe au Brésil un autre oiseau bidenté, long-temps con- 
fondu avec les faucons sous les noms de Falco Bidentatus ou 
Falco Diodon. M. Lessbn a de même érigé, et avec beaucoup 
de raison, ce dernier en un sous-genre qu'il a nommé Diodon; 
sous-genre qui au surplus avoit déjà été établi sous le nom de 
Bidens par Spix, et sous celui d'Harpagus par M. Vigors. Cette 
séparation est aussi motivée que celle du Falco Lophotes; car le 
Falco Diodon est de même bidenté , et j'ai constaté qu'il a aussi 
les ailes sub-obtuses. C'est donc un fait général que tousles vrais 
faucons sont unidentés, et ont les ailes aiguës; tandis que les 
espèces bidentées que les auteurs avoient rapportées à tort, au 
genre Faucon, ont les ailes sub-obtuses. Les caractères qui 
d'ailleurs distinguent entre eux les deux genres de bidentés 
sont bien tranchés, le genre indien différant à-la-fois du genre 
américain par la forme très caractéristique de son bec et de ses 
dentelures mandibulaires (celles du Falco Diodon sont extrême- 
ment obtuses), par ses ailes plus longues, enfin par ses tarses 
courts, réticulés ( et non écussonnés), et beaucoup plus em- 
plumés. 

II. PHODILE , Phodilus. NOB. 

Je ne rappelle ici ce genre déjà établi ailleurs (2) que comme 
un exemple remarquable de l'importance des caractères, pres- 

(i) Voyez le Traité d'ornithologie. 

(2) annales des sciences naturelles, octobre i83o. 



GENRE ARTAMIE. 38g 

que toujours négligés, que fournissent les organes du vol. II 
a en effet pour type un oiseau de proie nocturne à bec en 
partie droit, le 'Galong, qui avoit été rapporté au genre Ef- 
fraie, quoique les ailes soient aiguës dans ce genre et obtuses 
chez le Galong. J'ai trouvé, comme je devois m'y attendre, que 
de grandes différences dans la conformation de tous les autres 
organes, et sur-tout de la tête et de l'appareil de l'ouïe, con- 
firment la séparation du genre Pliodile. 

J'ai depuis déterminé dans cette même famille deux genres 
d'oiseaux de proie dont j'ai exposé les caractères dans des leçons 
ornitliologiques, faites cette année même au Muséum; mais je 
suis obligé de les passer ici sous silence , l'histoire des Strix à 
bec courbé dès sa base étant dans un tel état de confusion 
qu'il est absolument impossible d'établir de nouvelles divisions 
dans ce groupe, sans le soumettre tout entier à une révision 
qui ne peut trouver place dans ce Mémoire. 

III. Art AMIE, Artamia (i). NOB. 

Voici encore un exemple du peu d'attention que l'on a donné 
à la considération des organes du vol. Ce nouveau genre est 
établi sur une espèce à ailes obtuses et assez courtes , que tous 
les ornithologistes rapportent au genre Ocypterus , dont le ca- 
ractère essentiel consiste, ainsi que l'indique son nom, dans des 
ailes aiguës et très longues. On va voir d'ailleurs que la sépara- 
tion du genre Artamia est confirmée par des différences remar- 

(i) J'emploie pour ce genre (démembrement des Langrayens), mais avec 
ime modification qui préviendra torute erreur, le mot artamus que M. Vieillot 
avoit proposé pour le genre Langrayen (déjà établi sous un autre nom), 
et qui n'a point été adopté par les ornithologistes. 



3go GENEE PHILÈSTURWE. 

quables dans la forme du bec, qui est beaucoup plus long et 
moins conique que celui des vrais Ocypterus , et qui est pourvu 
d'une échancrure et d'un crochet terminal bien plus marqués. 
La queue de l'Artamie est également beaucoup plus longue, ses 
tarses plus courts, et son système de coloration, de même que 
sa taille, sont très différents. 

Caractères. Bec alongé, non renflé à sa base, triangulaire, à arête bien 
marquée. Mandibule supérieure un peu arquée, terminée par un crochet 
bien prononcé, et présentant une écbancrure très distincte. Mandibule in- 
férieure présentant aussi de chaque côté une petite échancrure. 

Narines percées à la base du bec, et comparables à des triangles de forme 
alongée, ayant leurs sommets en avant. 

Tarses courts, écussounés. Ongles comprimés, de longueur moyenne. 

Queue longue, carrée. Ailes moyennes, se terminant au niveau de la moitié 
de la queue , et obtuses. 

OrservatiONS. L'espèce type de ce genre est le Langrayen 
sanguinolent, Ocypterus sanguinolentus , Tem. pi. 499 5 '^^1 
comme nous l'appellerons, l'Artamie sanguinolente, Artamia 
sanguinolenta. Cet oiseau, assez remarquable par la disposition 
de ses couleurs, est tout entier d'un noir brillant avec une tache 
d'un rouge ponceau au milieu de la poitrine et du ventre , et 
une autre de même couleur, mais plus petite, au bord des cou- 
vertures supérieures de l'aile. Sa taille est celle d'un merle. 

IV. PhILÈSTURNE, Philesturnus (i). NOB. 

Ce genre est établi sur une espèce que la plupart des auteurs 

modernes rapportent aux troupiales ou aux carouges, mais qui 

~s 
(i) Ce nom indique les rapports que le Philèsturne présente tout-à- la-fois 
avec les Philédons et avec les Étourneaux. 



GENRE PHILÈSTUEISE. 3gi 

me paroît plus voisine des étourneaux, qu'elle lie véritablement 
avecles philédons : c'est le Sturnus carunculatus de Latham, et 
l'une des espèces de ce genre Creadion, où M. Vieillot avoit réuni 
plusieurs oiseaux, n'ayant de commun entre eux que l'existence 
de caroncules de diverses formes. 

Caractères. Bec plus long que la tête, comprimé sur-tout supérieure- 
ment, non échancré, presque droit; la mandibule supérieure étant si légè- 
rement arquée que la courbure est à peine sensible. Pointe du bec obtuse et 
arrondie. Mandibule supérieure entamant les plumes du front par un prolon- 
gement ayant la forme d'une lame étroite, plane, et qui occupe aussi toute 
la longueur de la mandibule. Plumes du front avançant assez loin sijr'les 
côtés de cette lame, et se portant jusqu'aux- narines qu'elles recouvrent en 
partie, et qui sont des trous de forme alongée, irrégulière. Langue bifurquée 
et ciliée (d'après des observations inédites de MM. Quoy et Gaimard ). 

Tarses alongés, nus, écussonnés. 

Queue assez longue, un peu arrondie. La tige de chacune de ses pennes 
se prolongeant , mais de très peu, au-delà des barbules évidemment usées à l'ex- 
trémité. 

Ailes courtes, dépassant peu l'origine de la queue, sur-obtuses; leurs 
pennes croissant par une progression assez rapide depuis la première jusqu'à 
la quatrième qui elle-même le cède un peu en longueur à la cinquième. 

Observations. Ce genre, très bien caractérisé par ses ailles 
courtes et obtuses, par son bec qui diffère à plusieurs égards 
de celui d'un étourneau ou d'un troupiale, par son /aaes et par 
sa langue ciliée, l'est en outre quelquefois par la présence de 
deux caroncules sub-maxillaires, qui, d'après les observations de 
MM. Quoy et Gaimard, paroissent n'exister que temporaire- 
ment. 

Quant aux caractères spécifiques du iSfuniMS, ou, comme je 
propose de le nommer, du Philesturnus Carunculatus , je ne puis 
mieux faire que de renvoyer à la Zoologie de la Coquille, et à 



392 GENRE PICERTHIE. 

celle de l'astrolabe, les naturalistes des deux dernières grandes 
circumnavigations ayant également observé ce singulier oiseau 
à la Nouvelle-Zélande, et publié sur lui des détails pleins d'in- 
térêt. 

V. PiCERTHIE, Picerthia (i). NOB. 

Caractères. Bec grêle, comprimé, assez long, non échancré, sensiblement 
arqué dans sa seconde moitié : mandibule supérieure dépassant un peu l'in- 
férieure. 

Narines percées à la base du bec , et exactement linéaires. 

Tarses assez alongés , nus, écussonnés. Doigt médian aussi long que le 
tarse. 

Queue de longueur moyenne, arrondie à son extrémité. Tiges des pennes 
caudales grêle.'; et prolongées au-delà de la portion barbulée. 

Ailes courtes, dépassant de peu l'origine de la queue , obtuses. 

Observations. Le type de ce genre est une espèce déjà in- 
diquée par M. Lesson (2), sous le nom de Fournier Saint-Hilaire. 
C'est en effet près des Fourniers que devront être placées les 
Picertliies , très distinctes d'ailleurs de ces derniers par leui's ailes 
plus courtes, et établies sur un autre type, par la forme un peu 
différente de leur bec , par la disposition singulière de leur 
qvieue , et par leurs narines linéaires. 

Le système de coloration de la seule espèce connue est lui- 
même assez différent de celui des vrais Fourniers. La Picerthia 
Hilarii a en effet le dessus du corps d'un brun roussâtre, la 
queue noirâtre , et le dessous du corps d'un brun écaillé de 

(i) Ce nom est relatif à la conformation particulière de la queue qui donne 
à notre nouveau genre, subdivision des certhia de Linné, des rapports avec 
les pies et les picucules. 

(2) Voyez son Traité d'ornithologie, 



GENRE UPUCERTHIE. 89 3 

blanc, sur-tout à la poitrine et à la gorge, où les plumes, en 
grande partie blanches , sont bordées et comme encadrées de 
brun. Enfin une tache blanche alongée, placée de chaque côté, 
au-dessus de l'œil, et comparable, par sa disposition, à un sour- 
cil, achève de caractériser spécifiquement la Picerthie Saint- 
Hilaire. Cette espèce remarquable habite le Brésil, où elle a été 
découverte par M. Delalande, et retrouvée depuis par M. Au- 
guste de Saint-Hilaire , dont elle porte le nom , par M. Ménestrier, 
et par plusieurs autres voyageurs. 

VI. UPUCERTHIE, Upucerthia. NOB. 

Ce genre, voisin comme le précédent, des Fourniers, offre 
aussi des rapports assez intimes avec les pomatorhins et avec 
quelques autres des genres que Lînné réunissait , sous le nom de 
Certhia. D'un autre côté son bec est peu différent de celui des 
huppes, en sorte que l'Upucerthie unit entre eux, par un lien de 
plus, le groupe des certhia, auquel il appartient essentiellement, 
avec celui des upupa. Ce sont ces rapports que j'ai cherché à 
rappeler par le nom que je propose pour ce genre. 

Caractères. Bec très long, assez comprimé, mais peu élevé, arqué, non 
échancré. Mandibule supérieure présentant supérieurement sur toute sa lon- 
gueur une surface convexe , à bords parallèles , étroite , entaillant un peu les 
plumes du front. 

Narines basales , latérales, de forme alongée et irrégulière, non recou- 
vertes par des écailles, mais bornées en arrière par les plumes du. front qui 
s'avancent un peu sur les côtés du bec. 

Tarses assez courts, nus, couverts de grands écussons. Doigts antérieurs 
assez courts et terminés par des ongles moyens : le médian avec son ongle 
est un peu moins long que le tarse. Pouce aussi court que le doigt interne , 
mais terminé par un cngle comprimé , aigu , arqué, égal en longueur à tout 
le reste du pouce. 

Annales du Muséum, t. I", 3' série. 5o 



394 GENRE UPUCERTHIE. 

Queue un peu arrondie, les douze pennes étant garnies de barbules sur 
toute leur longueur : leurs tiges, qui ainsi ne sont pas prolongées comme 
dans les deux genres précédents, sont d'ailleurs assez épaisses et fortes. 

Ailes courtes, dépassante peine l'origine de la queue, sub-obtuses, la pre- 
mière penne étant très courte, et suivie de quatre pennes sensiblement 
égales enti'e elles, et les plus longues de toutes. 

Observations. Ce genre, qui appartient comme les Fourniers 
et les Picertliies , à l'Amérique méridionale , et qui semble y re- 
présenter les pomatorhins, se distingue très bien de ceux-ci, 
outre plusieurs autres caractères, par ses narines non recou- 
vertes de grandes écailles, et par le peu de hauteur de leur bec. 
D'un autre côté, la grande longueur du bec, à laquelle on peut 
ajouter la composition tout-à-fait spéciale de l'aile, et plusieurs 
autres différences , ne permettent de le confondre, ni avec les 
Fourniers, ni sur-tout avec nos Picertliies. 

Je ne connois encore dans ce genre qu'une seule espèce dé- 
couverte en Patagonie , par M. d'Orbigny , et à laquelle ce savant 
voyageur et moi donnons le nom spécifique de Dumetaria. Elle 
vit en effet constamment dans les lieux couverts de petits buis- 
sons, cherche les insectes, dont elle fait sa nourriture, au milieu 
des herbes et des branches des petits arbustes, perche peu, ne 
pénétre jamais dans les bois, mais vient fréquemment dans le 
voisinage des habitations, et pénètre même quelquefois dans les 
maisons (i). 

Les caractères spécifiques de l'Upucerthie des buissons 
peuvent être exprimés de la manière suivante : plumage géné- 

(i) Je trouve ces renseignements sur les mœurs de l'Upucerthie dans des 
notes que M. d'Orbigny a bien voulu m'adresser. C'est aussi d'après ce savant 
et courageux voyageur que j'indique la couleur des yeux et celle des tarses. 



GENRE ALCÉMÉROPE. 895 

ralement brun ; pennes de la queue nolrâtTres en dessous , les 
trois premières de chaque côté ayant leur extrémité d'un fauve 
clair en dehors : une tache alongée , en forme de sourcil , et de 
couleur fauve, au-dessus et en arrière de chacun des yeux; 
toutes les pennes de l'aile, excepté les trois premières , rousses à 
leur origine , d'où résulte une grande tache visible seulement 
quand l'aile est étendue ; une tache étendue d'vm blanc sale au 
milieu du ventre. Gorge blanche écaillée de noir 5 poitrine cou- 
verte de plumes dont la base est fauve et tout le bord brun. Bec 
et pieds bruns, yeux d'un brun foncé. 

VII. ALCÉMÉROPE, Jlcemerops. NOB. 

Ce genre a pour type un des plus beaux oiseaux de Java , le 
Merops amictus, décrit et très bien figuré par M. Temminck, 
dans ses planches coloriées (pi. 3io), et que possèdent aujour- 
d'hui plusieurs des grands Musées de l'Europe. Cet oiseau, pré- 
sentant des dimensions de beaucoup supérieures à celles de tous 
les autres guêpiers, j'avois été conduit, par les résultats de mon 
travail général sur les lois des variations de la taille (i), à penser 
qu'il devoit présenter quelques différences génériques , et con- 
stituer au moins, parmi les guêpiers, un sous-genre et une sec- 
tion. J'ai eu la satisfaction de voir ces prévisions pleinement 
justifiées par le nouvel examen que j'ai" fait du Merops amictus 

(i) Ce travail, dont de nombreuses analyses ont été publiées dans les prin- 
cipaux recueils scientifiques et dans plusieurs journaux, et dont j'ai donné 
moi-même un extrait étendu dans mon Histoire générale des anomalies de 
l'organisation, tomel, va paroître en entier dans le troisième volume du 
recueil publié par l'Académie des sciences, sous le litre de Mémoires des 
savants étrangers. 



3 96 GENRE PICULE. 

et qui m'a montré dans cet oiseau le type non seulement d'un 
sous-penre, mais même d'un genre bien distinct. Ses ailes sont 
établies en effet sur un type précisément inverse de celui qui 
distingue les guêpiers; ses narines sont disposées autrement, et 
son bec présente des caractères très curieux, qu'on ne retrouve 
paierai les syndactyles que chez les Alcedo. Ce genre, comme 
l'indique le nom que j'ai adopté pour lui, établit donc un lien de 
plus entre ces derniers et les vrais Merops. 

Caractères. Bec long, un peu arqué, assez gros à sa base , maiss'atténuant 
peu à peu: mandibule supérieure présentant à sa face dorsale et sur toute 
sa longueur un enfoncement dont les bords, parallèles entre eux, sont rele- 
vés ; ce qui rend cet enfoncement longitudinal comparable à un canal peu 
profond. 

Narines percées à la base du bec, mais cachées sous les plumes. 

Tarses très courts, emplumés à leur extrémité supérieure. Doigts longs, 
l'interne étant libre, l'externe soudé au médian sur une grande partie de sa 
longueur, comme chez les autres syndactyles. 

Queue longue , carrée. Ailes courtes , ne dépassant que de très peu l'origine 
de la queue, sub-obtuses, la première penne étant très courte, la seconde 
plus longue, mais elle-même beaucoup plus courte que les troisième, qua- 
trième et cinquième, qui sont égales entre elles. 

Observations. Le Merops amictus des auteurs, ou, comme 
je propose de le nommer, VAlcemerops amictus, est l'unique es- 
pèce de ce genre, dont les caractères sont, comme on le voit, 
extrêmement tranchés. 

VIII. PiCULE, Piculus. NOB. 

M. Temminck a établi récemment, sous le nom de Picumnus , 
un genre de zygodactyles, dans lequel il réunit une espèce tri- 
dactyle de Java, et trois espèces américaines, ayant quatre doigts 
comme les vrais pics. C'est de celles-ci que je propose de faire 



GENRE PICULE. 3(j'j 

un genre pai'ticulier, sous le nom de Picule , qui rappelle à-la- 
fois, et leur petite taille, et leurs rapports avec les pics, dont 
elles sont en quelque sorte le diminutif. On va voir que les 
espèces américaines, que je propose de séparer du picumne 
de Java, n'en diffèrent pas seulement par le nombre de leurs 
doigts, et formeront un groupe générique parfaitement distinct. 

Caractères. Bec droit, pointu, formant lin cône très alongé, la mandibule 
supérieure étant convexe transversalement, et non à arête marquée. 

Narines percées à la base du bec, et recouvertes par de petites plumes. 

Tarses moyens, écussonnés. Quatre doigts, deux en avant, dont l'ex- 
terne (correspondant au médian des autres oiseaux) est très long; deux en 
arrière, dont l'externe est de même très long : proportions qui rendent symé- 
triques la partie antérieure et la partie postérieure du pied. 

Queue irrégulièrement carrée, courte, composée de petites pennes, bien 
arrondies à leur extrémité, et garnies dans toute leur étendue de longues 
barbules. 

Ailes moyennes , obtuses. 

Observations. Le genre Picule a pour type Yyunx minutissima 
ou Picus niinutus des auteurs, ballotté successivement des pics 
aux torcols, etde ceux-ci aux picumnes : ce sera le Picuhis tninu- 
tus. Il faut y réunir deux autres oiseaux américains, indiqués 
d'abord par Azara et par Lichstenstein, et établis définitivement 
dans la science, par M. Temminck, qui les a représentés dans 
son magnifique ouvrage, pi. Syi , et leur a donné les noms spé- 
cifiques de Cirratus et à'Exilis. Ces trois espèces, très analogues 
entre elles , ne peuvent être réunies, ni au torcol, qui a les ailes 
sui'aiguës, ni aux pics , qui ont la queue roide et usée, et dont 
le bec est très différent , ni enfin au picumne, qui, outre ses pieds 
tridactyles, diffère un peu par la conformation de ses ailes et de 
son bec, et beaucoup par la disposition de ses narines. 



DESCRIPTION 

d'une 
NOUVELLE ESPÈCE DE CLAYIJA, 

ACCOMPAGNÉE DE QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR LES CARACTÈRES ET 
LES AFFINITÉS DE CE GENRE ET DES GENRES VOISINS. 

PAR M. DESFONTAINES. 



Parmi des plantes vivantes envoyées, il y a quelques années, 
de Cayenne au Muséum d'histoire naturelle, s'en trouvoit une 
sous le nom de Potalia amara. Ce nom n'étoit justifié que par 
la saveur extrêmement amère des feuilles, ainsi que par leur 
forme ; mais leur situation alterne (et non opposée) indiquoit déjà 
qu'il se trouvoit mal appliqué. En effet, l'arbuste parvenu à 
deux pieds environ de hauteur produisit des fleurs, et leur in- 
spection fit reconnoître de suite qu'il appartenoit à un tout autre 
genre. Comme il y forme une espèce nouvelle et peut jeter quel- 
que lumière sur les caractères de ce genre, encore imparfaite- 
ment connu , j'ai cru que sa description et sa figure auroient 
quelque intérêt pour les botanistes. J'y joindrai quelques ré- 
flexions suggérées par la comparaison de cette plante avec celles 
dont «lie se rapproche, soit parmi celles que possèdent les serres 
du Muséum, soit parmi celles qui ne me sont connues que par 
les livres. 



DESCRIPTION d'une NOUVELLE ESPÈCE DE CLAVIJA. Sgg 

Voici la description de cet arbuste qui a continué à végéter, 
à flevirir tous les ans, et qui a maintenant atteint environ quatre 
pieds : 

CaulIS erectus. FOLIA sparsa, interruptè conferta, levia, co- 
riacea, glabra, integerrima , rarius denticulata, lato-lanceolata , 
basi sensim in petiolum angustata, apice acutè acuminata, 1-2-pe- 
dalia, uncias 1-2 lata, patentia aut demissa. 

Racemi florum simplices , erecti, l^-S-unciales. Flores singuli 
pedicellati, mitantes. 

CalYX 5-partitus lobis apice marginatis, rotundatis , basi coroUœ 
adpressis, margine invicem incumbentibus. 

GOROLLA campanulato-patens , 4 lineaslata, S-loba, lobis cras- 
siuseulis, extiis convexis , rotundatis ^ margine conniventibus , cir- 
cinatis, appendicibus 5 alternantibus adpressis subspathulatis intiis 
adfaucem instructa, crocea, Bromeliam redolens. 

StAMINA 5 monadelpha. TUBUS Jilaînentorum infernè cum tubo 
corollœ concretus, ejusdemfaucem vix superans, truncato-pyrami- 
datus. Antherœ parvœ , incapituluin depressum lo-radiatum con- 
niventes , corollœ lobis oppositœ , cunéiformes , biloculares, loculis 
connectivo antico longitudinaliter adnatis , cceteriim distinctis , pos- 
ticè dehiscentibus. 

OVARIUM tiibo staminum inclusum, ovoïdeum, apice in stylum 
brevem sensim attenuatum , glaberrimum, ï-loculare : séminal-?) 
placentœ centralis lateribus adnata. StiGMA bijidum. 

La plupart des caractères précédemment énumérés pouvoient 
s'appliquer à un genre de la Flore péruvienne de Ruiz et Pavon, 
le Clavija. Décrit d'une manière assez obscure par ces auteurs , 
ce genre avoit été rapproché du Theophrasta , et on soup- 
çonnoit même qu'il pouvoit se confondre avec lui. Plus tard 



^OO DESCRIPTION d'uNE NOUVELLE ESPÈCE DE CLAVIJA. 

M. Lindley [Collectanea botan. 26) avoit bien établi leur dis- 
tinction, et l'examen de plusieurs espèces de Clavija, conservées 
dans l'herbier de M. Lanlbert, lui avoit permis d'en tracer les 
caractères d'une manière bien plus nette. Seulement notre ob- 
servation ne s'accorde pas avec la sienne en un point, et comme 
ce point a quelque importance, nous avons cru devoir revenir 
sur ce sujet. 

C'est la situation des étamines relativement aux lobes de la 
corolle. Dans le Clavija comme dans le Theophrasta, M. Lindley 
les décrit comme alternes, et il signale au contraire dans le 
second les appendices charnus situés à la gorge de la corolle 
comme opposés à ses divisions. Or, c'est ce qui n'avoit pas lieu 
dans notre nouvelle espèce où les appendices étoient au con- 
traire alternes et les étamines opposées. Nous eûmes recours aux 
figures données par les auteurs originaux, à celle de Plumier 
[PL amer. p. 119, tab. 126) pour le Theophrasta, pour le 
Clavija à celle de Ruiz et Pavon [Prodr. Flor. peruv. p. i3i, ic. 
XXX). Dans l'une comme dans l'autre l'opposition des étamines 
et des lobes de la corolle se trouve nettement figurée. 

Une plante voisine que Jacquin a fait connoître sous le nom 
de Theophrasta longifolia fleurit dans nos serres. Son examen 
nous a fait retrouver tous les caractères du Clavija , dans lequel 
elle rentrera comme espèce. 

Le Throphrasta Jussiœi, qui a donné lieu aux remarques de 
M. Lindley, se trouve dans nos herbiers. L'analyse de sa fleur 
nous a encore montré des étamines opposées aux lobes de la 
corolle, alternant avec ceux du gros disque qui en tapisse le 
tube. 

Ce fait de la situation des étamines étoit important à établir; 



DESCRIPTION d'une NOUVELLE ESPÈCE DE CLAVIJA. 4oi 

car il jette un grand jour sur les vraies affinités des deux genres 
qui m'occvipent. Déjà M. Bartling ( Ordin.Natur. p. 1 65 )lesavoit 
entrevues, lorsqu'il a placé ces genres dans une section à la suite 
des Ardisiacées , section qu'il caractérise par l'existence de filets 
stériles (ce sont les appendices) alternant avec les fertiles. Mais 
il ne parle pas de la situation de ceux-ci , relativement à la 
corolle, et c'est le point qu'il falloit constater. Il ne peut rester 
aucun doute, si à ce caractère on ajoute celui des graines portées 
sur un placenta central dans un fruit uniîoculaire, la structure 
de ces graines à gros perisperme coi^né renfermant un embryon 
cylindrique beaucoup plus court que lui, et situé obliquement 
hors de l'axe (ainsi que l'avoit déjà annoncé M. de Jussieu dans 
les Annales du Mus., et que M. Lindley l'a dit et figuré, loc. cit. ). 
L'ovaire est-il déjà toujours à une seule loge ? M. Lindley en admet 
deux dans le Theophrasta Jussiœi , où nous n'avons pu cepen- 
dant trouver laftrace de la cloison légère qu'il indique. Au reste, 
que cette cloison ait existé primitivement et ait été détruite plus 
tard, ou qu'elle ait toujours manqué, c'est un point d'assez peu 
d'intérêt , et qui ne peut infirmer les conclusions auxquelles nous 
sommes arrivés. 

Le caractère de la monodelpliie n'est pas nouveau dans les 
Ardisiacées. 11 existe dans YjEgiceras, et récemment M. Adrien 
de Jussieu [Mém. Mus. 19, p. i33, tom. II) a fait connoîtreun 
genre de cette famille (^Oncostemwn)., où non seulement les 
filets, mais les anthères mêmes sont soudées en un seul corps. 

Le Clavija avec le Theophrasta doivent donc s'éloigner des 
Strychnos, près desquels on les avoit placés, et où je les avois 
laissés moi-même dans mon Catalogue des plantes du Musétnn, et 
ils doivent se classer avec les Ardisiacées : leur port, leur inflo- 

yénnales du Muséum, t. I", 3° série. 5i 



402 DESCRIPTION d'uNE NOUVELLE ESPÈCE DE CLAVIJA. 

rescence, la consistance de leurs feuilles et de leurs fleurs, tout 
confirme la vérité de ce rapprochement. 

Il ne me reste plus qu'à présenter les caractères du genre 
Clavija modifiés légèrement d'après les observations précédem- 
ment exposées et la phrase de l'espèce nouvelle qui m'a fourni 
le sujet de ces considérations. 

CLAVIJA. Ruiz. Pav. 

CalYX altè 5-Jîdus, laciniis rotundatis, imbricatis. GOROLLA 
calyce longior, carnosa, 5-loba, tubo brevi, fauce appendicibus 
5 carnosis brevibus cum lobis alternantibus instructa. StaMINA 5 , 
lobis corollœ opposita, supra faucem vix exserta , filamentis\in tu- 
bum coalitis, antheris trigonis conniventibus in capitulum lo-ra- 
diatum, bilocularibus , posticè dehiscentibus. OVARIUM i-loculare, 
placenta centrait oligospermâ. StYLUS brevis. StIGMA parvum, 
bifidum. FrUCTUS (ex Ruiz et Pavon) bacca globosa, seminibus 
paucis receptaculo carnoso per pedicellos Jîbrosos insertis. 

FRUTICES, foliis alternis, oblongis, coriaceis sœpiiis spinoso-den- 
tatis , exstipulatis ; racemis axillaribus ^ strictis. Flores sexûs alterius 
incompletâ evolutione interdùm masculi tantiim vel fœminei. 

CLAVIJA LANCIFOLIA. Hort. Par. 

C. foliis gradatim interruptèque confertis^ lanceolatis , basi 
sensim attenuatis, apice acuminatis, integerrimis, coriaceis, levibus^ 
racemis axillaribus , erectis. 

Affinis Clavijœ longifoliœ. Hort. Par. {Theophrasta longifolia. 
Jacq.) a quâ differt foliis integerrimis, in acumen productis; ra- 
cemis erectis, non cernuis; floribus duplo majoribus. 

Je ne dois pas terminer cette notice sans ajouter quelques 



If.^{n/ia/t'j- du JlÛAréfiffi . 



I'/. 




6. 5. 



DESCRIPTION d'une NOUVELLE ESPÈCE DE CLAVIJA. 4o3 

mots d'explication sur le dernier des caractères que j'ai décrits 
dans le genre Clavija, sur les fleurs unisexuelles qu'y signalent 
ses auteurs. C'est un point qu'il est difficile de bien déterminer 
dans les serres où le développement des organes est si souvent 
arrêté, de sorte qu'on ne pourroit en conclure avec certitude 
ce qu'ils sont , placés dans les conditions que la nature a 
imposées à leur existence complète. Dans quelques fleurs j'ai 
trouvé les ovules atrophiés; dans la plupart, les anthères m'ont 
semblé dépourvues de pollen, et c'est ce que paroît avoir observé 
aussi M. Lindley. Mais, dans tous les cas, si les organes se trou- 
vent imparfaits à l'intérieur, ils sont à l'extérieur bien confor- 
més, et ce n'est qu'à des avortements que cette séparation des 
sexes peut être attribuée. Elle n'a donc pas l'importance d'un 
véritable diclinisme. 



EXPLICATION DE LA PLANCHE U. 

1. La plante entière, réduite à un dixième dé sa grandeur naturelle. 

2. Un fragment de rameau avec une feuille et une grappe axillaire , quart 

de la grandeur naturelle. 

3. Calice séparé. 

4. Fleur coupée verticalement, a. Calice, b. Corolle, c. Appendices, d. Eta- 

mines. e. Ovaire ouvert et laissant voir les ovules sur le placenta 
central f. 

5. Appareil des étamines, séparé, a. Tube. b. Anthères.' 

6. Fleur vue en dessus, a. Lobes delà corolle, b. Appendices, c. Anthères. 

7. Pistil séparé, avec la base du calice coupé. 



NOTES DE CORRESPONDANCE. 



ANIMAUX ENVOYÉS AU ROI PAR L'EMPEREUR DE MAROC, 

ET REÇUS A LA MÉNAGERIE ROYALE DU MUSÉUM d'HISTOIRE NATURELLE 

A LA FIS DE JUILLET l832. 

Les animaux adressés de Maroc au roi consistoient en deux autruches, 
deux gazelles, un bubale, vulgairement nommé vache de Barbarie, une es- 
pèce de panthère, et une lionne; mais les autruches étant mortes dans la 
traversée de Tanger à Marseille, la Ménagerie n'a reçu que les autres ani- 
maux; et, grâce aux soins qui leur avoient été donnés, dans cette dernière 
ville, par les ordres de M. le préfet, tous seroient arrivés dans le meilleur état , 
sans les lourdes chaînes dont les deux derniers étoient bien inutilement 
chargés, et qu'ils portoient déjà en Afrique. Le poids de ces chaînes avoit 
fatigué les muscles de leur cou, et la lionne, qui étoitjeune, paroît être con- 
damnée, par suite des efforts qu'elle a dû faire, et peut-être de l'altération 
de ses vertèbres , à toujours porter sa tête de travers. 

A l'exception de la lionne, tous ces animaux ont été d'un intérêt réel pour 
le Muséum et pour la science. 

Les deux gazelles, l'une mâle et l'autre femelle, nous font connoître 
d'une manière complète une espèce, la corine, qu'on n'avoit jamais distin- 
guée bien nettement d'une autre espèce, le kével, avec laquelle la pre- 
mière a les plus grandes analogies, car elle n'en diffère que par un pelage 
moins fauve et une bande brune sur les flancs, au lieu d'une bande noire. 
La corine, par ses teintes ternes , fait en quelque sorte le passage du kével 
fauve au kével gris, troisième espèce qui a la physionomie générale, la 
taille, le.s cornes, etc. , des deux autres. 

Le bubale , cette singulière espèce d'antilope , n'avoit point été revu à 
la Ménagerie depuis plus de trente ans, et il importoit d'apprécier de nou- 
veau, d'après des individus vivants, les rapports de cette espèce avec les 
autres espèces de cette nombreuse famille d'antilopes, qui renferme des 
types d'organisation si différents et si peu connus. Or le bubale est un de 
ces types qui n'en rappelle, même de loin, aucun autre, et autour duquel 
une ou deux espèces seulement viennent se grouper. 

L'espèce de la panthère est, comme on sait, une de celles qui sont en- 
vironnées pour le naturaliste de plus d'obscurité. Bien connue des anciens, 
elle ne l'est plus avec certitude des modernes, et c'est incontestablement 



NOTES DE CORRESPONDANCE. ^oà 

d'Afrique et de Mauritanie que les Romains tiroient une grande partie de 
celles qu'ils faisoient combattre dans leurs cirques. C'étoit de plus une 
grande espèce de chats à pelage tacheté ; mais la Mauritanie produit plu- 
sieurs de ces espèces de grands chats dont le pelage est couvert de taches 
plus ou moins grandes; il importeroit donc, ce qui n'a pu encore être fait, 
de bien déterminer les caractères de chacune d'elles, et pour cela plusieurs 
individus des unes et des autres sont nécessaires. Or, l'animal de la famille 
chats que la ménagerie du Muséum a reçu avec le bubale et les gazelles , 
appartient précisément à l'une de ces espèces entre lesquelles on doit cher- 
cher à reconnoître la véritable panthère. 

C'est en recueillant ainsi pièce à pièce les faits qui sont propres aux êtres 
naturels, et que le hasard seul souvent procure , qu'on finit, à force d'atten- 
tion et de temps, par composer leur histoire. 

Fbédéric CDVIER. 

NOUVELLES COLLECTIONS 

4 

REÇUES AU MUSÉUM d'hiSTOIRE NATURELLE. 

C'est une chose digne de la considération du philosophe que l'émulation 
actuelle pour les études de l'Histoire naturelle, que le goût éclairé et la 
chaleur du zèle des Européens résidants en terre étrangère. On diroit que 
chacun, comprenant distinctement les hautes destinées de l'humanité de 
plus en plus engagée dans des voies de civilisation progressive, s'empresse 
à qui mieux mieux d'apporter à ce travail des siècles sa part contributoire. 
L'homme, en effet, l'un des matériaux dont se compose l'univers, l'homme 
en est venu à sortir de rang, dès qu'il se fut connu et qu'il eut soumis à son 
enregistrement, à une sorte d'inventaire, l'avoir, ou du moins une forte 
partie des innombrables richesses de la nature. 

C'est à cet enregistrement de ce qui est encore à connoître que vont être 
appliquées de nouvelles recherches, sur lesquelles nous nous proposons 
d'appeler l'attention bienveillante etreconnoissante du Gouvernement et des 
naturalistes. Car d'importantes collections d'Histoire naturelle viennentd'être 
mises à la disposition des Professeurs du Muséum. 

Nous eussions voulu dans cet article parler avec une étendue suffisante 
des collections faites à Madagascar par M. Sganzin, capitaine d'artillerie de 
la marine, des travaux très remarquables de M. J. Gay, durant un séjour de 



4o6 NOTES DE CORRESPONDANCE. 

quelques années dans l'état du Chili, et enfin des précieux résultats d'un 
nouveau voyage autour du monde : mais l'exiguité de la place, à la fin de ce 
cahier, ne nous permet aujourd'hui que d'annoncer les succès de M. Eydoux. 
J'ai même à regretter de n'avoir à y consacrer qu'un précis aussi court, 
mais du moins exact, ce savant voyageur m'ayant généreusement commu- 
niqué ses notes. 

M. Eydoux est le chirurgien-major d'un bâtiment de l'état, la Favorite, 
lequel, sous les ordres de M. le commandant capitaine de frégate Laplace, 
vient de terminer un voyage autour du monde. Ce voyage n'eut pas, comme 
ceux de l'astrolabe et de la Coquille, la science précisément pour but. Cepen- 
dant , par une attention délicate du département de la marine, elle est 
toujours un sujet recommandé : ainsi l'on embarque de préférence et les 
officiers et les médecins les plus renommés par leurs connoissances dans les 
sciences astronomiques , géographiques et d'histoire naturelle. A ce titre, 
M. Eydoux, avoit été choisi, bien que sa destination et sa navigation ne 
nous aient été révélées que tout récemment, et quand nous prîmes con- 
noissance des précieux fruits de son voyage. 

La Favorite avoit pour mission de montrer le pavillon français dans des 
parages de l'Inde jusque-là peu fréquentés par nos bâtiments, de relever des 
côtes et quelques atterrages d'archipels sur la route, et d'ouvrir de nou- 
velles relations commerciales. 

Corvette armée de 24 canons, construite à cul rond sur un nouveau mo- 
dèle, et marchant bien, la Favorite quitta la i-ade de Toulon le 3o décembre 
1829, où elle revint, après une navigation de deux ans et quelques mois, le 
21 avril dernier. Elle a successivement mouillé à l'île de Corée ( i83o, 26 
janvier), à Bourbon (—1" avril), à l'Ile-de-France peu après , pour y réparer 
des avaries à la suite d'un ouragan; aux Séchelles ( — 28 mai), à Pondichéri 
( — 9 juin), à Madras (21 suivant); et elle est enfin arrivée( — 17 juillet) dans 
la rade de Coringhi, à la côte de Coromandel, l'une des premières stations 
recommandées. Depuis la Favorite a continué son voyage, visitant Malacca 
( — 15 août), Syncapour(le 19), Manille (—i4 septembre), Macao ( — 21 no- 
vembre), pour de là aller séjourner à Tourane, capitale de la Cochinchine; 
d'abord du 21 décembre au 24 janvier i83i, et puis encore, après l'explorât 
tion du golfe du Tonquin, du 21 février au 5 mars. Une autre exploration, 
celle des archipels iVrtfwnas et Jnambas, eut lieu avant de se rendre à Java 
( — 15 avril), où il fallut séjourner pour soigner de nombreux malades. 



NOTES DE CORRESPONDANCE. j ^O'] 

La Favorite commença son retour, en atterrant sur plusieurs points de 
l'Australie, du i" juillet au 21 septembre, traversant la Nouvelle-Zélande en 
octobre, se portant sur les côtes du Cbili dans les premiers jours de 1 832 , et 
doublant le cap Horn, de manière à être rendue le 23 janvier de cette même 
année i832, pour une station de repos et de ravitaillement, à Rio. 

D'après cette marche du bâtiment, l'on voit qu'il a tenu le plus souvent la 
mer. Aussi les collections de M. Eydoux sont-elles riches, principalement en 
objets qu'on a pu y pêcher; en mollusques et coquilles. Les principales sta- 
tions ont eu lieu à la Cochinchine {Tourane), a Hobart-Toiun , chef-lieu de 
l'île de Diémen, autrefois Van-Diémen, résidence d'une colonie anglaise, à 
Port-Jackson, dans le Chili à Valpareiso, et à Rio. Les collections de ces 
contrées sont d'un grand intérêt, et renferment pour la plupart des espèces 
nouvelles. 

Un sujet qui a fixé l'attention de M. Eydoux est la distinction des races 
humaines : il a rapporté des crânes de Canton, et delà côte de Coromandel, 
puis d'autres venant des naturels de Diémen, et, entre autres objets, une 
tête entière d'un de ces insulaires, très bien conservée dans l'alcool. 

Des croyances superstitieuses engagent les femmes enceintes de cette 
contrée, qui font cas de la valeur des guerriers, à cherchera inoculer au 
fruit de leurs entrailles l'esprit et le courage des chefs morts en combattant, 
et elles croient y parvenir, en portant le crâne de ceux-ci sur leurs ventres 
nus. Fixés par des lanières en peau dekangouroos, qu'on a cousues sur les 
arcades zigomatiques , dont on se sert comme d'anses de panier, ces crânes 
se polissent à la longue aux endroits saillants qui posent sur la peau : c'est la 
base du crâne; le sinciput est en haut, le visage regarde en bas. Le sus- 
pfinsoir est passé autour du cou. 

Ces crânes sont d'une conformation fort singulière; l'os frontal reste 
bombé, mais derrière et supérieurement, les pariétaux sont déprimés, tou- 
tefois sur le côté seulement; car à leur point de jonction, la ligne médiane 
est élevée, sur-tout en arrière; arrangement qui n'empêche point que les 
bosses pariétales ne soient très prononcées. La doctrine de Gall déduiroit 
de ces données beaucoup d'entêtement et de circonspection chez les insu- 
laires diémois. Elle se tait sur les régions que nous venons de dire déprimées : 
mais le docteur Spurzheim y a depuis pourvu, en traçant dans cet espace 
innominé par le maître l'indication de penchants, que la nature auroit refusés 
aux Diémois, savoir en arrière pour \a justice, et au-devant pour ï espérance. 



4o8 NOTES DE CORBESPONDANCE. 

En animaux nouveaux, sont deux chauve-souris, l'une rhinolophe, la se- 
conde d'un autre genre à déterminer; un viverra de Tourane, pourvu des 
glandes odoriférantes de la civette, mais genette par la taille, les formes et le 
système décoloration; un ornithorinque de grande taille, considéré en An- 
gleterre comme une espèce particulière; un crocodile devant former un nou- 
veau sous-genre; mais sur-tout un toucan aracari (delà province das minas 
au Brésil) à bec régulièrement dentelé et offrant la curieuse singularité de 
larges plaques qui terminent les plumes de la tête et du cou. Dans la moisson 
faite aux Séchelles, se trouvent des crustacés, plusieurs étant nouveaux; fort 
peu d'insectes ont été rapportés , mais du moins la phyllie dans tous ses états, 
nymphe et œufs. Sont de plus dans l'alcool de fort beaux échantillons d'é- 
chidnès, d'ornithorinques, de kangouroos, de phalangers, etc. Les Monotrè- 
mes, classe nouvelle établie pour renfermer les deux premiers genres, sont 
toujours un anneau de la chaîne des êtres très problématique : ainsi on met 
toujours en question à Port- Jackson , s'ils sont vivipares ou ovipares. C'est 
en écoutant ces discussions, que M. Eydoux comprit de quel intéi'êt il seroit 
pour la science d'apporter de ces animaux entiers et soigneusement conservés 
dans la liqueur. J'ai soulevé quelques unes de ces questions dans ma Descrip- 
tion des appareils sexuels de l' ornithorinque [Mém. du Mus. XV, p. i); etil est 
à espérer que l'acquisition de la collection dont il s'agit avancera la solution 
de ces questions. 

Nous citerons encore comme objets très importants des dasyures, des pé- 
tauristes, des hydromis, un très singulier pétrel, un manchot de petite taille, 
et principalement un poisson de la rivière Derwent, le toad Jish, dont la 
chair délétère a été très funeste à une famille anglaise d'Hobart-Town. 

Dans l'herbier est la gousse d'une plante légumineuse de la famille des 
Cassiées, dont les graines sont de la grosseur de nos marrons : on les em- 
ploie, cuites sous la cendre, comme aliment à Port-Jackson. M. Fraser, 
botaniste de la colonie, a découvert le 4 juillet 1828 l'arbre de la châtaigne 
en gousse, elle Botanical MiscellanyVa déjà publié et figuré sous les noms 
de Castanospermum austi'ale : cette plante a été trouvée à l'ouest de Brisbane, 
Toiun, sur les bords d'une crique. On a semé de ces haricots-châtaignes à 
Toulon : six ont levé. On vient aussi d'en semer au Jardin du Roi. M. Eydoux 
est-il destiné à la gloire d'avoir augmenté les richesses agricoles de la France 
d'une autre sorte de pomme de terre ? 

GEOFFROY SAINT-HILAIRE. 



RECHERCHES 

SUR LA 

STRUCTURE ET LE DÉVELOPPEMENT 

DES ÉPINES DU PORC-ÉPIC, 

SUIVIES d'observations sur les poils en général, et sur leurs 

CARACTÈRES ZOOLOGIQUES. 
Mémoire lu à l'Académie des sciences en 1827. 

PAR M. F. CUVIER. 

OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES. 

Après avoir fait connoître mes recherches sur l'organe pro- 
ducteur des plumes, et sur le mode de dëveloppement de ces 
produits organiques (i), il me restoit à exposer les faits que j'avois 
recueillis sur les poils, afin d'arriver au but que je m'étois pro- 
posé en étudiant ce genre de téguments : savoir, d'établir ses 
rapports naturels et le rang qu'il doit occuper comme caractère 
zoologique. Dans des recherches nouvelles de cette nature, j'ai 
du, commencer mes observations par les poils qui présentent la 
structure la plus apparente, et l'organe producteur le plus facile 
à analyser, comme j'a vois dû commencer par les plumes mes 
observations sur les téguments en général; et ce sont les épines 
du Porc-épic qui, sans contredit, réunissent au plus haut degré 
ce double avantage. 

Depuis l'époque où le grand Bacon envisageoit les poils 
comme une humeur excrémentitielle dont se débarrassoient 



(i) Mémoires du Muséum dhist. naturelle, tome XIII, page 827. 
Annales du Muséum, t. I", 3' série. 52 



4lO RECHERCHES SUR LA STRUCTURE ET LE DÉVELOPPEMENT 

les pores plus ou moins déliés de la peau, jusqu'à nos jours, 
ces parties tégumentaires ont fait naître plus d'hypothèses 
qu'elles n'ont occasioné de recherches, et les unes comme les 
autres se réduisent à faire considérer aujourd'hui chaque poil 
comme le produit d'un organe spécial, d'un bulbe ou d'une 
capsule, formé i° d'une enveloppe extérieure percée à son 
sommet pour le passage du poil, et recevant ses vaisseaux nour- 
riciers et ses nerfs par son extrémité inférieure; 2° d'une gaîne 
qui enveloppe immédiatement le poil, mais qui se distingue 
difficilement de la face interne du bulbe , étant nourris par les 
mêmes vaisseaux ; 3° d'une partie centrale confondue organi- 
quement par sa base avec les deux autres, et dont la consis- 
tance est analogue à celle d'une sorte de pulpe; elle est remplie 
de vaisseaux et produit le poil par excrétion. Celui-ci est or- 
dinairement formé d'une matière cornée, homogène et dure; 
mais sa partie centrale est remplie quelquefois d'une matière 
spongieuse et blanche, et ce n'est jamais que la première qui 
est colorée. Pour former le poil , les molécides cornées se dé- 
posent à la surface conique de la pulpe centrale par couches 
successives, ce qui fait que les poils présentent quelquefois une 
cavité conique à leur base; enfin ces couches, d'abord très 
molles, se durcissent et se poussent de manière qu'après un 
temps quelconque, elles constituent un poil plus ou moins long 
et plus ou moins gros,' lequel, suivant les animaux, est plus ou 
moins fortement et profondément enraciné dans la peau (i). 

(i) Recherches sur l'organisation de la peau de l'homme, et sur les causes 
de sa coloration, par Gaultier, 1809. 

Recherches anatomiques sur le système cutané de l'homme , par Gaultier, 
1811. 

Principes d'anatomie comparée, par M. de Blainville, tom. I, p.34, etc. 



DES ÉPINES DU PORC-ÉPIC. 4' I 

C'est à Gaultier qui, au reste, n'avoit guère que confirmé les 
observations de Chirac (i), qu'on doit principalement les faits 
sur lesquels ces idées reposent; et si depuis elles ont reçu quel- 
ques modifications, ce n'a pas toujours été à l'avantage de la 
vérité; elles-mêmes étoient loin de la renfermer; le plus léger 
examen suffîsoit pour montrer que la structure et le déve- 
loppement des poils ne s'expliquoient point par les observations 
qu'on avoit recueillies. Ce que ces observations n'expliquent 
sur-tout pas , c'est l'avccroissement des poils. Il résulte de toutes 
les observations que la matière composante des poils, à leur 
origine, est dans un grand état de mollesse, et ne peut être 
comparée qu'à une bouillie; elle ne commence à prendre quel- 
que consistance qu'à une certaine distance du point où elles 
naissent ; jusque-là elles sont en état de rouler les unes sur les 
autres par l'effet de la moindre force, et de se prêter à toutes 
les formes. Or c'est cette matière presque fluide qui pousseroit 
hors de sa gaine la matière déjà solidifiée en forme de poil, qui 
la surmonte, laquelle est retenue très fortement par l'applica- 
tion immédiate des parois intérieures et l'élasticité de cette gaine, 
comme on en a la preuve toutes les fois qu'on veut arracher un 
poil pendant qu'il se développe. 

Il est trop évident que dans le phénomène de l'accroissement 
des poils, ainsi présenté, la cause n'est en aucune proportion 
avec son effet , et qu'il ne peut être expliqué par l'action méca- 
nique des molécules du poil, produites les dernières, sur celles 
qui l'ont été auparavant; en un mot que les unes ne peuvent 
point avoir été poussées par les autres. 

(i) Extrait d'une lettre écrite à M. Régis, sur la structure des cheveux, par 
M.Chirac, in-8°, Montpellier, i688. 



4l2 RECHERCHES SUR LA STRUCTURE ET LE DÉVELOPPEMENT 

Cette théorie n'explique pas non plus la formation des 
deux substances, dont la plupart des poils^ se composent, 
de la substance compacte extérieure et de la substance spon- 
gieuse intérieure ; car, en admettant que toutes deux fussent de 
nature cornée, leur différence est telle, qu'on ne pourroit les 
attribuer à un seul et même organe, et cependant le poil tout 
entier est supposé produit par cette partie centrale que Gaultier 
désigne par le nom, de corps conoïde ou de corps pulpeux; 
enfin elle n'aborde pas même la question de la diversité de 
structure des poils, et semble supposer que tous présentent les 
mêmes formes et la même composition. 

Au reste, les recherches de Gaultier contenoient implicite- 
ment une théorie des poils plus exacte que celle qu'il en a 
tirée; car dans sa description anatomique du système cutané 
du Porc-épic (i) [Histrix crjstata), on trouve des observations 
dont Gaultier lui-même n'a pas connu le prix. Préoccupé sans 
doute par l'objet principal de ses recherches, le système cu^tané, 
il n'a considéré les poils que secondairement; d'ailleurs les épines 
du Porc-épic ne s'offrent pas aux recherches de l'observateur dé- 
gagées de toute difficulté r l'organe producteurde ces poils, quoi- 
qu'il soit fort gros, ne se rencontre jamais que dans un état, plus 
ou moins grand, d'obUtération, et peut-être étoit-il nécessaire 
de connoître le mode de développement des plumes, pour 
apercevoir les traces de cet organe dans les rudiments qui s'en 
conservent après l'entière formation des épines. 

En effet, Gaukierne paroît pas avoir tiré de ses recherches 
sur le Porc-épic des idées très précises sur la nature des poils. 

(i) Journal de Physique, 1820. 



DES ÉPINES DU PORC-ÉPIC. 4» 3 

Il pense que les épines de cet animal sont entièrement produites 
par le corps pulpeux , que renferme leur cavité inférieure tant 
qu'elles croissent, lequel, suivant lui, ne laisse d'autres traces 
après leur formation qu'un point saillant et jaunâtre. 

Ce que Gaultier a le mieux vu et le mieux décrit, est l'appa- 
reil organique qui accompagne constamment les épines du 
Porc-épic; appareil fort singulier qui n'accompagne point les 
plumes, et qui ne peut être vu clairement, à cause de sa peti- 
tesse, sur les poils ordinaires, en supposant qu'il concourt aussi 
à leur développement. 

On n'auroit toutefois qu'une connoissance imparfaite dû 
système pileux du Porc-épic , si on n'exa,ininoit que la structure 
et la formation des épines. Outre ces puissantes défenses, cet 
animal a de véritables poils longs, minces, flexibles, et qui pa- 
roissent avoir une origine différente de celle des épines, et 
peut-être même un mode de développement différent; car on 
ne découvre point à leur base l'appareil compliqué qui se trouve 
où naissent les premières. 

Ces considérations nous conduisent à examiner i° la dispo- 
sition des poils et des épines du Porc-épic dans la peau ; 2° la 
nature des épines et celle des organes qui concourent à leur 
production, d'où nous chercherons à expliquer la formation 
des premières; 3° enfin, après avoir établi l'analogie des épines 
ou des poils, nous les envisagerons dans le point de vue zoolo- 
gique, et montrerons, par des applications , le rang qu'ils doi- 
vent occuper comme caractères distinctifs, en mammologie. 

DE LA DISPOSITION DES POILS ET DES ÉPINES DANS LA PEAU. 
Ces deux sortes de téguments ne paroissent avoir ni la même 



4l4 RECHERCHES SUR LA STRUCTURE ET LE DÉVELOPPEMENT 

origine, ni la même structure, et les conditions qui participent 
au développement des uns ne paroissent point participer au dé- 
veloppement des autres-, mais nous n'avons à examiner ici que 
le premier de ces points. 

Les épines sont toujours disposées régulièrement par série, 
et chaque série , composée de sept, neuf, onze épines, occupe 
aussi une j)lace symétrique par rapport à toutes les autres. Les 
épines de chaque série sont implantées sur un arc de cercle, et 
ce sont les plus grosses qui, le plus souvent, occupent le milieu 
de l'arc. Ces séries d'épines sont placées au-devant l'une de 
l'autre sur des lignes droites; mais celles de chaque ligne ne se 
correspondent pas toujours 5 ordinairement celles d'une ligne 
répondent aux intervalles que laissent entre elles celles des 
lignes contigu es, sans cependant qu'elles soient imbriquées ; et 
ce que nous venons dédire des épines, proprement dites , est 
applicable aux téguments tubuleux qui garnissent la queue, et 
qui ne sont véritablement que des épines creuses. 

Les poils ne paroissent pas disposés avec cette régularité ; on 
les voit naître plus ou moins abondamment autour des épines, 
et occuper la place que celles-ci laissent entre elles, sans aucun 
ordre apparent ; ils semblent épars, et les plus grands, relative- 
ment aux plus petits et aux plus minces, ne se présentent pas 
davantage suivant des rapports constants ; on diroit qu'ils nais- 
sent fortuitement, ou suivant que des circonstances plus ou 
moins cachées favorisent l'activité de leur germe. 



DES ÉPINES DU PORC-ÉPIC. 4l5 

DES ÉPINES ET DES ORGANES QUI CONCOURENT A LEUR 

PRODUCTION. 

Des épines considérées en elles-mêmes. 

Les épines du Porc- épie varient beaucorip de longueur et 
d'épaisseur, et elles diffèrent aussi par leurs couleurs, par leur 
forme extérieure et par leur structure ; elles n'ont de constant 
que la disposition par série que nous venons de décrire. En effet, 
les unes ont quelquefois un et deux pieds de longueur, tandis 
que d'autres ont à peine quatre à cinq pouces j et si celles-ci ont 
jusqu'à trois et quatre lignes de diamètre, cell^-là n'en ont quel- 
quefois qu'une et moins encore. Ce sont ordinairement les plus 
longues qui sont les plus minces , et les plus courtes qui sont les 
plus grosses ; aussi ce sont celles-ci seules qu'on peut à juste titre 
nommer épines. Les premières sont cylindriques dans la plus 
grande partie de leur longueur, et ont une flexibilité qui les 
rapproche tout-à-fait des poils proprement dit. Les secondes 
sont fusiformes et d'une grande rigidité. Les unes et les autres 
sont arrondies dans la plus grande partie de leur longueur, et 
leur extrémité, terminée en pointe, est garnie de chaque côté, 
dans l'étendue de quelques lignes, de deux arêtes tranchantes, 
tandis que leur racine se caractérise par un renflement léger de 
deux ou trois lignes, qui se termine en une pointe obtuse. Elles 
sont la plupart couvertes d'anneaux très larges, blancs et noirs 5 
leur extrémité est tantôt blanche et tantôt noire; on en trouve 
même d'entièrement blanches et d'entièrement noires, ou qui 
sont à-peu-près également partagées entre ces deux couleurs. 
Elles sont lisses à leur face extérieure, qui est composée d'une 



4l6 RECHERCHES SUR LA STRUCTURE ET LE DÉVELOPPEMENT 

enveloppe cornée, de l'intérieur de laquelle partent des rayons 
de même nature, lesquels se dirigent au centre de l'épine, et 
tout l'intervalle que cette enveloppe et ces rayons laissent entre 
eux est rempli de la matière spongieuse et blanche dont nous 
avons déjà parlé, si ce n'est à la racine, qui est toute cornée. 
Ces rayons, se voyant au travers de l'enveloppe cornée et trans- 
parente des épines, font paroître celles-ci striées longitudinale- 
ment; mais ce n'est qu'une illusion que détruit aussitôt un exa- 
men attentif. 

Cependant il est quelques épines qui paroissent faire excep- 
tion à la description que nous venons de donner ; elles sont 
situées à la queue et se présentent ordinairement sous la forme 
d'un tube, ouvert à son sommet, long d'un ou deux pouces, et 
porté sur un pédicule solide de même étendue, à-peu-près à l'ex- 
trémité duquel est la racine. Ces tubes paroissent à peine striés, 
mais la racine présente le renflement des autres épines. Le tube 
est de matière cornée ainsi que son pédicule, et on n'y aperçoit 
aucune trace de matière spongieuse : on diroit des épines pri- 
vées de leur pointe et de leur partie centrale. C'est qu'en effet 
ce sont de telles épines. Elles ne naissent jamais sous forme de 
tubes ouverts, mais sous forme d'épines : elles ont une pointe, 
plus ou moins longue, solide, striée et remplie de matière spon- 
gieuse, et ne présentent des tubes ouverts que quand cette 
pointe s'est rompue. C'est que ces épines ne sont tubuleuses qu'à 
leur partie moyenne j et dans leur état d'intégrité, cette partie est 
fermée à ses deux extrémités par la pointe et parle pédicule ; mais 
la matière cornée qui forme le tube est mince, elle se dessèche, 
et les mouvements de la queue, les chocs qu'ils font éprouver 
à ces épines, l'ont bientôt rompue au point où elle offre le moins 



DES ÉPINES DU PORC-ÉPIC. /^ln 

de résistance, c'est-à-dire où le tube, beaucoup plus large que 
la pointe, commence à se former. Ces téguments tubuleux ne 
sont donc point essentiellement différents des épines propre- 
ment dites; ils n'en sont qu'une modification, que nous expli- 
querons en nous occupant du développement des épines en 
général. 

Des organes qui concourent a la production des épines. 

L'appareil organique qui concourt plus ou moins immédiate- 
ment à la formation des épines, est un appareil très compliqué, 
que l'on peut diviser naturellement en deux parties, l'une étant 
l'oi'gane excréteur de Fépine, et l'autre ne prenant part qu'ac- 
cessoirement à cette excrétion. Nous allons les décrire suc- 
cessivement tous deu'x, et nous montrerons ensuite leurs rap- 
ports. 

De l'appareil excréteur de fépine. 

Cet appareil se compose : i" d'une gaine externe, dont la 
complication varie suivant le degré d'accroissement de l'épine, 
et qui enveloppe la partie de celle-ci , implantée dans la peau ; 
2° d'une bulbe placée dans l'intérieur et à la base de l'épine 
aussi long-temps qu'elle se développe. 

Lorsqu'une épine n'est encore qu'incomplètement formée, si 
l'on ouvre la peau suivant l'axe de cette épine et de* manière 
à pénétrer dans sa gaîne, on trouve que cette gaine se com- 
pose, à sa partie inférieure sur-tout, de deux membranes; l'une 
interne, qui embrasse immédiatement l'épine, se termine, se 
confond même avec elle à sa partie inférieure, et s'unit inti- 
mement au derme à sa partie supérieure. Cette membrane a 

Annales du Muséum, t. I", 3' série. 53 



4 1 8 RECHEKCHES SUR LA STRUCTURE ET LE DÉVELOPPEMENT 

une couleur nacrée, brillante, et plus ou moins de minceur et 
de transparence : quand l'épine est jeune, elle est moins 
épaisse et moins opaque que quand le développement de l'épine 
est plus près de sa fin ; son union avec la peau s'étend aussi avec 
l'âge ; mais tant que l'épine croît, et ceci est notable, son bord 
inférieur a la couleur de la portion de cette épine, qui se dépose, 
qui se forme, et s'unit intimement avec elle, comme nous ve- 
nons de le dire. La seconde membrane, qui est externe, par 
rapport à la première, est d'une contexture moins serrée , a plus 
de transparence : elle ne présente point le brillant nacré de 
celle-ci; elle s'unit intimement au derme, à quelque distance 
au-dessous de la membrane interne qu elle enveloppe en partie, 
se prolonge sur les vaisseaux qui se rendent au bulbe, et se perd 
avec eux vers le point d'où ils paroissent naître, quand on n'em- 
ploie pour les suivre d'autres secours que les yeux. 

Lorsqu'une épine commence à se développer, ces deux mem- 
branes paroissent être plus indépendantes du derme qu'au poipt 
où nous venons de les décrire. Ce qui est certain, c'est que 
quand une épine est entièrement formée, elles ne se séparent 
plus l'une de l'autre ni du derme; la gaine qu'elles forment 
se trouve fermée à son extrémité inférieure, et les vaisseaux, 
comme la poi^tion de membrane qui les enveloppe, ont dis- 
paru. 

Alors le bulbe a disparu également. La structure de cette se- 
conde partie de l'organe producteur des épines avoit été tout-à- 
fait méconnue, et cependant elle est facile à observer sur les 
grosses épines qui ne sont encore parvenues qu'à la moitié de 
leur croissance, par exemple; car le bulbe remplit toute la ca- 
vité qui, alors, se trouve à la partie inférieure des épines; et sa 



DES ÉPINES DU PORC-ÉPIC. 4l(j 

grandeur, comme sa complication, ne permettent de mécon- 
noître ni son objet ni son importance. 

Dans la description que nous avons donnée des épines, nous 
avons vu que, de la face interne de leur enveloppe cornée, nais- 
sent des rayons de même matière qui tendent tous au centre de 
l'épine , et dont les intervalles se remplissent de matière blanche 
d'apparence spongieuse. Or la cavité dont nous venons de par- 
ler vient d'une part de ce que ces matières ne sont point encore 
produites, et de l'autre de la présence de l'organe qui doit les 
produire et qui la remplit. En effet, lorsqu'on ouvre l'extrémité 
inférieure d'une grosse épine, à demi développée, et qui a été 
arrachée de sa gaine de manière à la détacher de son bulbe, 
on observe qu au fond de la cavité les rayons cornés ont acquis 
toute leur grandeur, qu'à mesure qu'on se rapproche de son 
ouverture leur largeur diminue, et qu'on n'en aperçoit plus de 
traces au bord inférieur de l'épine, et la matière spongieuse se 
dépose dans les mêmes proportions. C'est le bulbe qui remplit 
cette cavité et qui doit achever la formation des portions de 
l'épine qui ne se montrent encore qu'à demi ou qui ne devront se 
former que plus tard ; et nous trouvons dans sa structure la 
raison de la structure des épines, comme nous avons trouvé 
dans la structure compliquée de la capsule des plumes la raison 
de la complication extrême de ces singuliers produits organiques : 
c'est ce que sa description doit démontrer. 

Si l'on a détaché soigneusement une grosse épine de la peau 
avec sa gaine et les membranes dont elle se compose, et qu'on 
les ouvre longitudinalement, ainsi que l'épine, le bulbe est à 
découvert, mais dans la partie ouverte seulement; car on ne 
peut l'enlever à la cavité de l'épine sans le détruire en partie- 



430 RECHERCHES SUR LA STRUCTURE ET LE DÉVELOPPEMENT 

Pour l'étudier et reconnoître sa structure, on est obligé de le 
considérer successivement dans plusieurs points de son contour, 
en ouvrant l'épine sur plusieurs points du sien. Alors on voit 
que toute la surface de ce bulbe, dont la forme générale est 
conique, est couverte de stries dans lesquelles la matière cornée 
se dépose. Il est rougeâtre, mou, élastique, et paroît rempli 
d'une grande quantité de vaisseaux. Tant que le bulbe est au 
point où nous l'examinons , c'est-à-dire actif et plein de vie, sa 
coupe seroit très fidèlement représentée par celle d'une épine, 
en faisant abstraction de la matière cornée et en ne considérant 
que la matière spongieuse. Mais quand on suit les stries au-delà 
du point où le bulbe est vivant, en enlevant délicatement la 
matière spongieuse qui vient d'être sécrétée, on ne trouve plus 
que des membranes extrêmement minces, qui suivent et em- 
brassent les rayons cornés, et ne sont plus que les rudiments 
de ce bulbe ; aussi leur couleur n'est-elle plus celle de ce der- 
nier: tous les vaisseaux en ont disparu, et au lieu d'une teinte 
rosée elles ont une blancheur très mate. 

De l'appareil organique accessoire a la formation des épines. 

Nous emploierons dans la description de cet appareil les déno- 
minations de Gaultier qui nous paroît l'avoir connu avec exac- 
titude à peu d'exceptions près. Il se compose de trois parties : 
d'une cellule adipeuse, d'une cavité adipeuse et d'une cavité 
folliculaire; mais avant de traiter de la structure intime de cha- 
cune d'elles, nous devons faire voir comment elles se montrent 
extérieurement dans leur état d'intégrité. 

Lorsqu'on dépouille un Porc-épic de sa peau, on s'aperçoit 
bientôt que, pour conserver les épines et tout l'appareil orga- 



DES ÉPINES DU PORC-ÉPIC. 421 

nique qui y tient, il ne suffit pas de détacher le derme des 
muscles les plus superficiels du corps, qu'il faut descendre fort 
au-dessous du derme, auquel alors restent attachées en grande 
quantité des parties musculaires. La peau et tout ce qvii en 
dépend , ainsi enlevés , on découvre des séries de lignes symé- 
triques, formées de tubercules disposés en arc de cercle, qui 
indiquent la série des épines et leur correspondent. Si ensuite 
on sépare de toutes les autres, pour mieux l'étudier, une de ces 
séries de tubercules, et que, du côté opposé au derme, on dé- 
barrasse les tubercules du tissu cellulaire qui les enveloppe et 
les déguise, on reconnoît que ces tubercules qui ne se mon- 
troient que comme de légères saillies, forment l'extrémité infé- 
rieure de corps ovales, de trois à quatre lignes de longueur, sur 
une ou deux de large, qui correspondent exactement aux épines. 
Ges corps constituent les cellules adipeuses. Au-dessus de cha- 
cun d'eux immédiatement s'en trouve un second de même lar- 
geur, mais plus court, plus arrondi, qui est par conséquent 
rapproché du point où l'épine sort du derme. Ceux-ci renfer- 
ment une cavité adipeuse et une cavité folliculaire. On reconnoît 
d'abord ces organes et leurs rapports en ouvrant ces deux sortes 
de tubercules parallèlement à la longueur de l'épine. On trouve 
à la partie inférieure la cellule adipeuse, cavité ovoïde remplie 
d'une graisse blanche et ferme, et revêtue intérieurement d'une 
membrane blanche, lisse et brillante dans laquelle pénètre la 
racine de l'épine avec sa gaine. Lorsque l'épine est entièrement 
formée elle y pénètre moins que quand elle se développe encore; 
et, dans ce dernier cas, on suit la membrane externe de la gaine 
et les vaisseaux qu'elle enveloppe , fort avant dans cette substance 
sébacée. Immédiatement au-dessus de cette cellule, se trouve 



422 RECHERCHES SUR LA STRUCTURE ET LE DÉVELOPPEMENT 

un tissu membraneux, très serré, qui la sépare de la cavité adi- 
peuse, remplie de graisse tout-à-fait semblable à celle de la 
cellule, mais dont les parois internes, revêtues d'une membrane 
blanche, sont inégales et divisées par des lamelles plus ou moins 
nombreuses entre lesquelles pénètre la graisse. C'est au-dessus 
de cette cavité , et contiguë avec elle, qu'est la cavité folliculaire 
ou glanduleuse; elle avoisine, par-là, plus qu'aucune autre, le 
point d'où l'épine sort de sa gaîne et de la peau. 

Dans cet état de choses , si , après avoir enlevé avec précaution 
l'épine, l'on cherche les rapports qu'ont entre elles ces diverses 
cavités , on reconnoît bientôt que la cellule adipeuse ne commu- 
nique qu'avec le bulbe de l'épine et sa gaîne, par l'intermédiaire 
des vaisseaux qui les nourrissent, et qu'elle n'a aucune commu- 
nication ni avec la capsule adipeuse, ni avec la capsule follicu- 
laire javie la capsule adipeuse a une communication immédiate 
avec la capsule folliculaire, mais n'en a point avec la gaîne, et 
enfin que la capsule folliculaire communique avec la gaîne au 
moyen d'un petit canal qui a son orifice vers la partie supérieure 
de celle-ci ; mais ce canal n'est pas toujours ouvert : dans le Porc- 
épic qui a servi à mes recherches , j'ai constamment trouvé son 
orifice fermé par la membrane interne de la gaîne, qui, à la 
vérité, étoit très mince en ce point, et le canal étoit lui-même 
rempli d'une matière jaune et épaisse qui l'obstruoit. Etoit-ce 
l'effet d'un état maladif? j'ai tout lieu de le penser. 

De la formation des épines. 

Les observations que nous venons de rapporter sur les épines 
et sur les organes qui concourent à leur formation nous pa- 
roissent donner un moyen simple d'expliquer ces produits orga- 



DES ÉPINES DÛ PORC-ÉPIC. 423 

niques, de montrer la source des différentes matières dont ils se 
composent et la raison de leur structure tant extérieure qu'inté- 
rieure. 

Ainsi il nous paroît hors de doute que toute la matière cornée 
est produite par la partie inférieure de la membrane interne de 
ïa gaine : elle est en rapport constant et en intime union avec la 
portion de cette matière qui vient d'être déposée à la base des 
épines encore incomplètes , et c'est d'elle seule que celles-ci tirent 
leurs couleurs; car, comme nous l'avons vu, sa couleur est 
toujours celle de la matière cornée qui est produite, et jamais 
on n'en remarque de traces sur aucune partie du bulbe; cette 
matière pénètre dans les stries dont celui-ci est sillonné, et forme 
ainsi les rayons de l'intérieur de l'épine, qui sont toujours de la 
couleur de son enveloppe cornée. 

- Le bulbe dépose la matière spongieuse, que Gaultier ne re- 
gardoit que comme les débris de ce bulbe, et que plusieurs 
auteurs ont considérée dans les poils comme jouissant d'un cer- 
tain degré de vitalité (i). Cette matière est incolore, elle ne se 
dépose qu'après la matière cornée et ne se trouve en communica- 
tion qu'avec le bulbe. C'est donc à lui seul que son origine peut 
être attribuée, ce qui est confirmé par ce que j'ai observé sur les 
plumes, c'est-à-dire le dépôt de leur matière spongieuse par 
leur bulbe. Quant à l'opinion de Gaultier, elle est évidemment 
erronée, puisque les débris du bulbe se distinguent toujours très 
nettement de cette matière; d'ailleurs leur volume est à peine 
appréciable, comparé au sien : l'on ne doit pas moins rejeter 
l'idée de vie dans la matière spongieuse; il n'y a certainement 

(i) Ludwig. Autenrieth. Jourdao. Dict. des sciences médicales, art. Plique. 



424 [recherches sur la structure et le développement 

entre elle et les organes vivants que des rapports mécaniques ; 
elle est en contact avec le bulbe tant qu'elle est produite, mais 
bientôt elle en est tout-à-fait isolée, et il est alors impossible de 
découvrir aucune trace de communication vitale entre elle et 
les organes voisins. 

La gaine reste active plus long-temps que le bulbe j c'est pour- 
quoi sans doute la racine n'est plus formée que de matière 
cornée; et c'est sûrement aussi par cette raison que les épines 
de la queue prennent la forme tubuleuse peu de temps après 
ievir appâtai tion. Dans ces épines le bulbe cesse bientôt de pro- 
duire la matière spongieuse, tandis que la membrane interne de 
la gaine continue à sécréter la matière cornée; mais je suppose 
que le bulbe tout improductif qu'il est n'a point disparu, qu'il 
s'est même agrandi ; car je ne puis attribuer qu'à sa présence le 
diamètre que conserve ou qu'acquiert la gaine pour former le 
tube des épines tel qu'il est dans la plupart d'entre elles , c'est- 
à-dire beaucoup plus grand que la partie de ces épines qui n'est 
pas tubuleuse; mais ce bulbe doit commencer à s'oblitérer et à 
disparoître long-temps avant la formation de la racine, ce qui, 
amenant le rétrécissement de la gaîne, produit le long pédicule 
entièrement corné, qui est un des caractères des espèces d'épines 
dont nous expliquons la formation. 

C'est aussi par une légère modification de la membrane pro- 
ductrice de la matière cornée que se forme le renflement de la 
racine de toutes les épines; et la terminaison de celles-ci en 
pointe mousse s'explique assez par la cessation graduelle de 
l'activité de cette membrane. 

La capsule adipeuse prend seule part à la formation des épines ; 
sa constance , ses rapports avec le faisceau vasculaire qui nourrit 



DES ÉPINES DU PORC-ÉPIC. 425 

le bulbe et contribue sans doute aussi à la nutrition des mem- 
branes de la gaîne; la protection que celle-ci semble chercher au 
milieu d'elle, ne permettent guère de douter à cet égard. Les 
cavités adipeuses et folliculaires ne sont point dans ce cas; elles ne 
paroissent être en communication avec la gaine que pour y 
verser la matière octueuse ou sébacée que cette dernière sé- 
crète , et qui sans doute ne sert qu'à enduire les téguments : 
leur influence sur le développement des épines ne peut donc 
être qu'indirecte , ce qui nous conduit à ne les envisager que 
comme des organes secondaires, et par conséquent étrangers 
à l'objet princijial de nos recherches. 

Jusqu'à présent nous trouvons l'analogie la plus entière entre 
la production des matières qvii composent les plumes et les 
épines; il reste le mode d'accroissement. Un des résultats aux- 
quels l'étude des plumes nous a conduit, c'est que leur organe 
producteur croît aussi long-temps qu'elles croissent elles-mêmes, 
qu'elles ne doivent leur développement qu'au sien, et que cha- 
cune de leur partie provient exclusivement d'une partie de l'or- 
gane qui est né pour elle, et qui cesse d'être active, qui meurt, 
s'oblitère dès qu'elle est produite. L'analogie conduisoit à penser 
qu'il en étoit de même de l'organe producteur des épines. En 
effet, l'étude de cet organe est venue confirmer cette vérité par 
des faits qui ajoutent encore à l'autorité de ceux qui nous ont 
servi à l'établir. Non seulement on trouve les restes du bulbe en 
le suivant le long des rayons cornés de l'intérieur des épines, où 
ces restes se montrent sous foi'me de pellicules minces et blan- 
ches, lesquelles ne sont que les parois des stries où ces l'ayons se 
sont en quelque sorte moulés; mais on le retrouve tout entier, 
enfermé à l'extrémité inférieure des épines, lorsque cette extré- 

Annales du Muséum, t. I", 3' série. 5^ 



420 RECHERCHES SUR LA STRUCTURE ET LE DÉVELOPPEMENT 

mité se forme et ne laisse plus d'ouYerture que pour le passage 
des restes du faisceau vasculaire ; alors cet organe est réduit aux 
plus petites dimensions, son activité ayant à-peu-près entière- 
ment cessé. Ainsi il ne reste pas même hors de l'épine , le léger 
tubercule que nous avons trouvé à la peau après l'entière forma- 
tion des plumes. 

Nous pouvons donc conclure, non plus hypotliétiquement, 
mais d'après des observations précises, et des faits exacts, qu'il 
existe entre les plumes et les épines l'analogie la plus parfaite; 
que les unes comme les autres naissent d'organes identiques et 
sont souuîises au même mode d'accroissement; que chez celles-ci 
la matière cornée est produite par la membrane d'une gaîne, et 
la matière spongieuse par la surface d'un bidbe, comme chez 
celles-là; que l'accroissement des secondes, comme celui des 
premières, ne se fait que par l'accroissement même de ces or- 
ganes sécréteurs des matières cornées et spongieuses ; que , si l'on 
ne trouve ni membranes striées ni cloisons dans l'organe pro- 
ducteur des épines, c'est que celles-ci n'ont pas de barbes, que 
c'est par la même raison sans doute que les épines tubuleuses ne 
renferment point les cônes membraneux qui se trouvent dans la 
partie tubuleuse des plumes; enfin, que c'est exclusivement de 
la forme de ces oi^ganes que résultent les formes des épines qui, 
comme les plumes, se produisent dans un véritable moule. 

Des poils. 

Me voici arrivé au point où tendoient en grande partie mes 
recherches sur les téguments; je puis, aidé de l'analogie et de 
l'induction, étendre ces recherches sur les poils, et suppléer, par 
les observations que j'ai pu faire , celles qu'il ne m'a pas même été 



DES ÉPINES DU PORC-ÉPIC. 4^7 

permis de tenter, à cause de la petitesse des corps qui en auroient 
fait l'objet, et des difficultés de leur analyse, que les moyens 
actuels de l'anatomie n'ont point encore surmontées. 

Mes observations sont cependant très restreintes en comparai- 
son du champ qu'elles auroient -eu à embrasser pour me faire 
apprécier les caractères des poils dans la classe entière (Jps mam- 
mifères, et établir leur rapport avec les autres caractères de ces 
animaux. C'est que cette dernière tâche, comme on peut le conce- 
voir par son étendue, ne peut être que le résultat d'une longue 
succession de recherches. J'ai dû me borner à montrer la nature 
et l'importance de ces rapports, et c'est ce que je crois avoir 
fait au moyen des exemples assez notables sur lesquels toutes 
mes déductions reposent. 

Le vêtement du plus grand nombre des mammifères se corai- 
pose de deux sortes de poils : de poils laineux et de poils soyeux. 
Les premiers constituent la partie la plus fine du vêtement ; 
celle qui semble sur-tout destinée à préserver les animaux du 
froid et qui se développe, sans comparaison, plus abondamment 
sous l'influence des régions polaires, que sous l'influence des 
régions équatoriales. Ces poils, chez les animaux sauvages, sont 
ordinairement frisés , cachés sous les poils soyeux et peu colorés. 
Je les regarde comme les analogues des poils proprement dits 
du Porc-épic. Les seconds, les poils soyeux, forment principale- 
ment la robe extérieure des animaux; c'est à eux que cette robe 
doit sa couleur, et dans l'état de santé, ils ont un lustre, un 
éclat que n'ont point les autres. Ce sont ces derniers poils seuls 
qui doivent m'occuper ici. 

L'analogie des épines (Jes Porcs-épics et des poils soyeux est si 
évidente qu'elle n'a jamais été mise en question. La composition 



428 RECHERCHES SDR LA STRUCTURE ET LE DÉVELOPPEMENT 

des uns et des autres est identique, à peu d'exceptions près, qui 
d'ailleurs s'expli(:[uent; leurs seules différences tiennent aux 
formes, et ces différences se retrouvent entre les poils eux- 
mêmes. Enfin on trouve des poils soyeux de toutes les grosseurs; 
on les voit passer graduellement du diamètre le plus fin , et de la 
flexibilit^la plus grande à l'épaisseur et à la rigidité d'une véri- 
table épine. Le plus grand nombre se compose extérieurement 
d'une enveloppe compacte, dure, souvent colorée, qui a tous les 
caractères de la corne, et intérieurement d'une substance po- 
reuse, molle, ordinairement blanche, d'une nature peut-être 
particulière; ils naissent d'organes spéciaux, et se montrent au- 
dehors après avoir traversé le derme en tout ou en partie. Or, de 
tant de ressemblance entre les produits, on peut à juste titre 
conclure celle des organes qui produisent sans sortir des limites 
d'une légitime induction. 

Mous sommes donc autorisé à admettre que les poils sont 
aussi produits par une membrane externe, avec gaîne, qui sé- 
crète la matière cornée, et par un bulbe interne qui sécrète la 
matière spongieuse, et que c'est à la gaîne que les poils doivent 
leurs formes extérieures, et au bulbe leurs formes intérieures, 
d'où il suit que la nature et la forme, qui sont visibles dans les 
poils, représentent et révèlent la nature et la forme de leur 
organe producteur qui sont peu apparentes; mais cette supposi- 
tion n'est pas même entièrement nécessaire : on reconnoît, sans 
trop de difficultés, même dans des poils assez fins et sur-tout 
dans les moustaches (i), la gaîne et le bulbe, qu'on ne peut voir 
sans des secours qui n'ont point été à ma portée ; ce sont les 

(i) Gaultier. 



DES ÉPINES DU PORC-ÉPIC. 4^9 

détails de structure de ces orcjanes, qui rendroient raison direc- 
tement des détails de structure des poils; mais à l'aide d'un 
microscope convenable on les apercevroit, sans aucun doute, 
comme ils nous sont indirectement donnés par les poils. 

Ces détails sont très variés, et les différences qu'à cet égard les 
poils nous présentent sont fort nombreuses, sur-tout lorsqu'on 
les considère dans les trois parties dont chaque poil se compose, 
dans sa racine, sa pointe et son corps, c'est-à-dire la partie qui se 
trouve entre la pointe et la i-acine. En effet la racine peut être 
aiguë, obtuse, renflée ou tubuleuse; la pointe effilée, aiguë, 
mousse, tranchante; le corps long ou court, mou ou flexible,, 
rigide ou épineux, filiforme ou fusiforme, rond, ovale, plat, 
eu chapelet, en gouttière, lisse ou strié à sa surface, plein , uni , 
rayonné ou tubuleux à son intérieur, etc. Or, d'après l'exemple 
que nous ont donné les épines, rien de si simple que de conclure 
de ces modifications celles des organes auxquels elles sont dues. 

Pour ne m'arrêter qu'aux modifications de forme qui sont les 
plus remarquables, on conçoit qu'en effet l'organe producteur 
d'un poil arrondi d'un côté et creusé en gouttière de l'autre, 
comme sont ceux des échimys, soit formé d'une gaine et d'un 
bulbe dont la coupe présenteroit, l'un les contours, l'autre la 
figure entière d'un croissant; que celui d'un poil rayonné inté- 
rieurement et lisse à l'extérieur, comme sont ceux des dicotyles, 
soit formé d'une gaîne lisse et d'un bulbe strié; que celui d'un 
poil fusiforme commence par être très petit, s'agrandisse pro- 
gressivement, et se rapetisse de même en approchant de sa ter- 
minaison; que celui d'un poil très long ait un principe d'activité 
d'une durée plus grande que celui d'un poil court, etc. 

Les modifications de l'organe producteur des poils ne se bor- 



43o RECHERCHES SUR LA STRUCTURE ET LE DÉVELOPPEMENT 

nent pas seulement aux formes, celles des poils ne s'y bornant 
pas elles-mêmes; elles s'étendent jusqu'à leur nature intime: 
ainsi la gaîne peut être active sans que le bulbe le soit, et réci- 
proquement, et l'activité de l'une peut l'emporter de beaucoup 
sûr l'activité de l'a vitre, comme nous l'avons vu sur les épines 
tubuleuses qui garnissent la queue du Porc-épic, ce qui explique 
de la manière la plus naturelle les caractères anomaux de cer- 
tains poils et celui que présentent toutes les racines peut-être, 
lequel consiste, comme on sait, en ce qu'elles ne sont jamais 
formées que de matière cornée. Dans ce dernier cas le bulbe 
devient improductif, tandis que l'activité de la gaîne se con- 
serve ; et comme le diamètre de celle-ci n'est plus déterminé par 
la présence du bulbe, ses parois se rapprochent, d'où résulte 
que toutes les racines ont un bien moindre diamètre que le 
corps des poils. C'est le cas contraire que nous présentent les 
poils de l'aï et de l'unau : après avoir déposé de la matière cor- 
née sur la pointe de ces poils, la gaîne de leur organe producteur 
perd toute activité, et le bulbe seul conserve la sienne; aussi 
le corps de ces singuliers poils n'est absolument formé que de 
matière spongieuse; et c'est par une modification inverse que le 
tamandua a pour poils des tubes de matière cornée; la gaîne 
seule de ces poils est prodvictive, et si le bulbe existe, il n'a 
d'autre effet que d'empêcher les parois intérieures du poil de se 
rapprocher. 

C'est un phénomène analogue qui nous est offert par les longs 
crins noirs qui garnissent le bout de la queue de la girafe, seu- 
lement ils n'ont point de canal central; c'est que le bulbe ne 
concourt peut-être d'aucune manière à leur formation. 

Les poils de cerfs communs, et de quelques autres ruminants, 



DES ÉPINES DU PORC-ÉPIC. 43 1 

présentent encore une anomalie qui les a toujours fait remar- 
quer; ils sont secs et cassants, au point d'avoir été comparés à de 
la paille*, c'est que leur enveloppe cornée est d'une minceur ex- 
trême, et leur substance spongieuse remplie d'une cellulosité 
très lâche; aussi leur racine, proportionnée au peu de matière 
cornée sécrétée par la gaine, est si mince elle-même, si fine, 
qu'ils tiennent à peine à la peau, et que le plus léger effort les 
en détache. Par contre, les crins des chcA^aux, si forts, si élas- 
tiques, ne sont presque composés que de matière cornée; leur 
partie spongiewse se présente à leur centre comme un point 
imperceptible; aussi leur racine se distingue à peine, par son 
diamètre, du corps du poil. Sans doute le bulbe de ces poils est 
extrêmement petit , et leur gaine a une très grande faculté pro- 
ductrice. 

Ces différences dans les organes producteurs des poils per- 
mettoient d'en supposer d'analogues dans ces organes accessoires, 
si remarquables chez le Porc-épic par leur étendue et leuï" com- 
plication, ainsi que dans les rapports des poils entre eux et avec 
la peau. En effet, le développement de ces organes sébacés et 
glanduleux qui accompagnent les épines n'est pas à beaucoup 
près le même pour tous les poils; il paroît fort restreint pour 
ceux de petite dimension ; et quoique la présence d'une matière 
grasse paroisse nécessaire à l'activité de l'organe producteur des 
poils, nous sommes encore réduit à n'admettre que par induc- 
tion l'existence des organes spéciaux, qui la sécrètent et la con- 
tiennent. Cependant, d'après les caractères de certains poils, 
qui, loin d'être gros, lustrés et flexibles, sont secs, ternes, et 
facilement pénétrés par l'eau au lieu de résister à son action, 
on peut croire qu les cavités sébacées et folliculaires n'existent 



432 RECHERCHES SUR LA STRUCTURE ET LE DÉVELOPPEMENT 

pas au nombre des organes qui concourent secondairement à 
leur formation. 

C'est sans doute à l'exiguité de ces organes accessoires et des 
poils eux-mêmes, qu'il faut attribuer les différences qui existent 
entre les points où ceux-ci prennent naissance ; car tous les poUs 
soyeux ne se développent pas sous le derme. S'il en est qui nais- 
sent au-delà de ce tégument, comme ceux des Porcs-épics, il en 
est aussi qvii naissent dans son épaisseur et à des profondeurs 
différentes, tellement que ceux du hérisson descendent jus- 
qu'aux couches les plus profondes, tandis que «eux de la plu- 
part des cerfs ne tiennent qu'aux plus superficielles. 

Malgré ces variations et ces anomalies dans les rapports des 
poils avec la peau, le système pileux n'en doit pas moins être 
considéré comme indépendant de tout autre, et non point 
comme faisant essentiellement partie de celui du derme, ainsi 
qu'on l'a fait jusqu'à ce jour. L'exemple du Porc-épic, par ce qu'il 
a de positif et de précis, suffiroit seul pour établir cette vérité, 
à moins qu'on ne voulût nier l'analogie des poils et des épines. 
Mais elle trouve une nouvelle autorité dans cette variété même 
de points, d'où les poils se développent suivant les espèces; car 
si l'on nioit que les épines fussent des poils, à cause qu'elles ne 
naissent pas où naissent les poils du hérisson par exemple, il 
faudroit nier que les poils de ce dernier sont analogues à ceux 
du cerf, parceque les poils de celui-ci naissent plus superficiel- 
lement que ceux de celui-là. Au reste, elle se trouve encore con- 
firmée par des faits importants : par l'origine de plusieurs parties 
cornées, et sur-tout des pennes qui, sous ce rapport, sont tout-à- 
fait indépendantes de la peau, sur-tout aux ailes des oiseaux de 
haut vol. 



DES ÉPINES DU PORC-ÉPIC. 4^3 

Les poils nous présentent un quatrième genre de variations 
dans les rapports quils ont entre eux. Nous avons vjp qvie chez 
le Porc-épic les épines sont disposées par séries, composées de 
sept, neuf, ou onze épines. Ces rapports ne sont pas les mêmes 
chez tous les autres mammifères. Un grand nombre d'entre 
eux paroît avoir les poils uniformément disséminés dans la peau ; 
mais un grand nombre d'autres les a disposés aussi par séries, 
et ces séries peuvent être différentes pour le nombre des poils, 
suivant les espèces. Ainsi le bouc, le mouton, ne présentent 
point de séries distinctes, tandis que chez le paca elles sont for- 
mées de trois poils. 

Il me resteroit à considérer une dernière modification des 
poils, celle de leurs couleurs; mais, outre que la véritable ori- 
gine de ces couleurs n'est pas connue, quoiqu'on sache qu'elles 
sont déposées par la gaine, c'est un sujet si étendu et qui néces- 
site des expériences d'une nature si particulière pour a])précier 
les causes, soit constantes, soit successives, des variations que 
les poils éprouvent dans leur coloration, que je n'en puis traiter 
ici. D'ailleurs les couleurs des poils n'appartiennent pas à un 
ordre de phénomènes aussi élevé que la structure, la formation, 
ou les rapports de ces produits organiques. H est bien connu 
que des causes, même assez légères, peuvent faire changer la 
couleur des poils; mais je n'en connois aucune qui soit capable 
de les modifier sans les détruire, ni dans leurs formes essen- 
tielles, ni dans leurs relations entre eux ou avec te derme. 

Si actuellement nous passons du point de vue organique qui 
nous a conduit à établir les faits précédents au point dé vue zoolo- 
gique qui doit être en définitive notre principal objet, la pre- 
mière et la plus importante des considérations qui se présente, ( 'est 

Anncdes du Muséum, t. I", 3° série. 55 



434 RECHERCHES SUR LA STRUCTURE ET LE DÉVELOPPEMENT 

que, jusqu'à ce jour, les poils n'ont point occupé dans nos moyens 
de classifnptions le rang qui leur est dû, qu'ils doivent pré- 
senter des caractères d'un ordre plus élevé qu'on ne l'a commu- 
nément pensé, et indiquer des rapports d'une nature supérieure 
à ceux qui constituent les espèces. Cette considération repose 
principalement sur ce fait, que les poils ne font point essen- 
tiellement partie du derme, qu'ils ont un principe spécial d'exis- 
tence, et appartiennent à un système d'organe non moins re- 
marquable par sa complication que par son étendue, lequel 
peut s'associer au derme et se développer dans différents points 
de son épaisseur-, mais qui, même alors, ne se confond point 
avec lui , et conserve sa nature particulière. 

L'importance des poils trouve de nouvelles preuves dans le 
phénomène de la mue : personne n'ignore que cette chute pé- 
riodique des poils a besoin de jeunesse et de vigueur pour se 
faire facilement, que l'âge et la foiblesse sont presque toujours 
des causes de désordre pour elle, et que son irrégularité ou son 
imperfection sont toujours des symptômes fâcheux, et quelque- 
fois précurseurs de la mort : or un système d'organe qui ne 
tiendroit pas profondément àl'existence d'un animal , n'exigeroi t 
point de semblables conditions pour satisfaire au voeu de la na- 
ture, et le trouble de ses fonctions ne présenteroit point de tels 
effets. Parmi les altérations importantes que présentent les poils, 
il en est une sur-tout qui doit m'arrêter un moment, parceque 
jusqu'à ce jour elle est restée fort obscure, et que la formation 
des poils, comme je viens de l'établir, en donne une explication 
très naturelle; il s'agit de la plique, c'est-à-dire des maladies 
singulières qu'on a désignées sous ce seul nom, et qvii ne sont 
pas moins niées par les uns qu'elles sont affirmées par les autres. 



DES ÉPINES DU PORC-ÉPIC. 435 

lesquelles consisteiit ou dans un développement excessif des poils 
ou dans la matière sanguinolente qu'ils répandent lorsqu'on les 
divise, lorsqu'on les coupe, et même, dit-on, dans leur sensi- 
bilité. En effet, il ne faut dans l'organe producteur des poils 
qu'une activité plus grande que celle qui lui ©st ordinaire, pour 
que ceux-ci acquièrent une longueur qui surpasse de beaucoup 
leur longueur commune; et un état maladif du bulbe suffit 
pour rendre raison de la seconde espèce d'altération. C'est, nous 
n'en doutons pas, un exemple de ce genre qui nous a été offert 
par le bulbe d'une plume dont nous avons donné la description 
et la figure dans notre Mémoire sur la structure des plumes et 
leur développement (fig. y, 8 et 9). 

Cependant ces preuves de l'importance des poils, suffisantes 
sans doute, en général, ne le seroient pas dans le point de vue 
zoologique \ il faut que le principe que nous avons établi reçoive 
son application dans cette science même, et que l'expérience 
montre qu'en effet des poils de structure différente ne s'asso- 
cient pas naturellement dans le même genre; or ces preuves 
sont déjà nombreuses. C'est principalement par les formes des 
têtes que nous avons été conduit à diviser les animaux qu'on 
réunissoit sous le nom commun de Porc-épic ; nous aurions pu 
y être conduit par la structure des poils, car tous les Porcs- 
épics d'Amérique ont leurs épines sans rayons intérieurs, tandis 
que tous les Porcs- épies de l'ancien monde, au contraire, ont 
leurs épines rayonnées intérieur^ement. Les dycotiles offrent les 
mêmes différences comparées avec le cochon, auquel ils ont 
été si long-temps réunis : les premiers ont des poils rayonnes à 
l'intérieur, tandis que les seconds les ont sans rayons; et c'est 
encore une observation de cette espèce que nous présentent les 



436 RECHERCHES SUR LA STRUCTURE ET LE DÉVELOPPEMENT 

phoques, que nous avons partagés en plusieurs genres. Uéchi- 
mys dactylin qui est couvert de poils soyeux filiformes, tandis 
que les autres échimys sont revêtus de poils épineux, creusés 
en gouttière d'vin côté et arrondis de l'autre, ne se trouve avoir 
ni le système de«dentition , ni la forme de tête, ni même les 
organes des mouvements de ces derniers; il constitue le type 
d'un genre nouveau, voisin de celui des échimys peut-être, mais 
essentiellemeîit différent; et j'en dirai autant du Porc-épic à 
queue en pinceau, si remarquable par les épines en forme de 
chapelets dont sa queue est revêtue, et qui avoit été placé tantôt 
avec les Porcs-épics , tantôt avec les rats; car il ne diffère pas 
moins des uns et des autres par ses dents et sa tête que par ces 
singuliers poils. 

Au reste, nous présenterons dans un second Mémoire le 
tableau des caractères des poils chez tous les animaux où j'ai 
pu le rechercher, lequel confirmera abondamment ce qu'éta- 
blissent sans i-estriction les faits précédents. La simple obser- 
vation conduisoit donc tout aussi bien que le raisonnement 
à placer les poils, envisagés comme caractères zoologiques, 
dans un rang bien moins subordonné que celui qu'ils ont oc- 
cupé jusqu'à présent dans nos méthodes. Je considère le sys- 
tème organique dont ils dépendent et qui les produit, comme 
analogue à celui des sens, et même comme en faisant partie, 
car les poiis sont povir un grand nombre d'animaux un organe 
très délicat et très fin du toucher; et ce ne sont pas seule- 
ment les moustaches qui nous en donnent la preuve, on peut 
l'obtenir des poils de toute la surface du corps. Le plus léger at- 
touchement, celui que produit un cheveu, suffit pour qu'à l'instant 
même certains animaux, les chats, par exemple, contractent et 



DES ÉPINES DU PORC-ÉPIC. 43? 

fassent frémir leur peau, comme ils font toujours pour se dé- 
barrasser des corps légers qui s'y attachent, et dont le toucher 
leur fait connoître la présence. Ainsi les groupes secondaires 
que l'on fonderoit dans les genres naturels sur la structure ou les 
rapports des poils, me paroîtroient être absolument du même 
ordre que ceux qui ont été fondés sur la structure des sens, sur 
la forme de la pupille, la présence ou l'absence d'un mufle, 
l'existence ou la non existence d'une oreille externe, les papilles 
aiguës et cornées, ou les papilles douces de la langue, etc., etc. 
Je n'étendrai pas plus loin mes considérations sur les poils et 
sur les faits qui leur servent de fondement. Je n'ai voulu éta- 
blir qu'un principe, et non point en tirer toutes les consé- 
quences. L'examen détaillé des poils promet encore d'impor- 
tantes observations, soit qu'on les examine dans le phénomène 
de la mue ou dans les effets des différents agents qui sont 
propres à les modifier, et même anatomiquement. Mais il est 
sur-tout un point dont je n'ai pu encore rat'occuper d'une ma- 
nière spéciale, et que je dois signaler. Il s'agit des poils laineux 
que je n'ai fait que caractériser, et dont il seroit d'autant plus 
important de rechercher l'origine et la nature, qu'outre la part 
qu'ils prennent à l'existence des mammifères, ce sont eux qui 
constituent nos plus belles fourrures qui sont principalement 
employées à la fabrication de nos étoffes les plus utiles et les plus 
précieuses. Or ces poils laineux qui forment la toison de nos races 
de moutons d Europe, le duvet de chèvres de cachemire, et 
peut-être le vêtement des vigognes, des alpacas, etc.,' paroissent 
susceptibles d'être produits, d'être favorisés dans leur dévelop- 
pement, par des moyens qui sont en notre puissance; car nous 
voyons, entre quelques phénomènes naturels et leur produc- 



438 RECHERCHES SUR LA STRUCTURE ET LE DÉVELOPPEMENT, ETC. 

tion ou leur disposition, une concomitance, une liaison, qui 
semblent tout-à-fait indiquer les rapports de la cause à ses 
effets. L'on peut donc présumer avec fondement que de la con- 
noissance de ces moyens ou de ces causes, et de leur application 
à diverses espèces de mammifères, naîtroient pour l'industrie 
et le bien-être des hommes des ressources nouvelles aussi nom- 
breuses que variées. 



il'. ^Jnna/es du Muséum. . 



M. 




Werner del 



yl/K7fo/>u'e de l'Èpcne da l'orc-ep/c d'Iùi/(e . 



EXPLICATION 

DES FIGURES DE L'ANATOMIE DES ÉPINES DU PORG-ÉPIC D'ITALIE. 

Fig. I. Deux séries d'épines, vues en dessous, et dont les racines sont enve- 
loppées en (a) et (b) parles organes accessoires à la production des 
épines. Ces organes sont en partie cachés dans le tissu cellulaire. 
Ceux qui se présentent sous forme cylindrique sont des cellules 
adipeuses; ceux qui sont au-dessus, et de forme sphérique , sont 
les cavités adipeuses et folliculaires. 

Fig. 2. Coupe transversale d'une épine sur laquelle on voit le cercle noir de 
matière cornée, et les rayons de même couleur. La matière spon- 
gieuse et blanche remplit le reste de l'épine. 

Fig. 3. Lpine. (a) Sa pointe, (b) Sa racine. (c)Son corps. 

Fig. 4- Épine tubuleuse de la queue dans son état d'intégrité, c'est-à-dire 
avant la rupture de sa pointe. 

Fig. 5. Épine à la partie inférieure de laquelle se trouvent attachées les deux 
membranes de la gaîne (a) , membrane interne , (b) membrane 
externe, (c) portion du derme. 

Fig. 6. Gaîne avec ses deux membranes, (a) membrane interne, (b) mem- 
brane externe, (c) derme, (d) bulbe. • 

Fig. 7. Épine ouverte à sa base. On voit en (a) le bulbe dans un état rudi- 
mentaire, et en (b) les lames membraneuses, résidu des stries qui 
les recouvroient dans son état d'activité complète. 

Fig. 8. Coupe longitudinale et dans leur situation naturelle, des organes 
accessoires à la formation des épines, (a) Cellule adipeuse, (b) Ca- 
vité adipeuse, (c) Cavité folliculaire, (d) Orifice de cette dernière 
cavité, (e) Gaîne d'où l'épine a été arrachée. 

Fig. 9. Épine dont la racine n'est point encore formée, ouverte par sa base, 
et présentant en (a) son bulbe en pleine activité et couvert de ses 
stries. La gaîne est ouverte et renversée sur les côtés. En (b) est 
la membrane interne. En (c) la membrane externe. En (d) la cellule 
adipeuse. En (e) le derme. 
La lettre (z) indique, dans toutes les figures, le prolongement des vais- 
seaux et des nerfs qui se rendent au bube, et qui sont encore enveloppés 

par la membrane externe. 



DESCRIPTION 

DES CARACTÈRES 

PROPRES AUX GENRES GRAPHIURE ET CERCOMYS 

DE L'ORDRE DES RONGEURS. 

PAR M. F. GUVIER. 



J'ai publié, dans la soixantième livraison de mon Histoire na- 
turelle des Mammifères , la description de deux rongeurs que j'ai 
donnés comme les types de deux genres, l'un sous le nom de 
Graphiure du Brésil, l'autre sous celui de Gercomys du Cap; 
mais la nature de cet ouvrage ne me permettant pas d'entrer 
dans des détails assez étendus pour faire connoître ces animaux 
comme types de divisions génériques , je vais suppléer ici à ce 
qui manque sous ce rapport à ma première description, en 
accompagnant de figures celles des parties organiques qui me 
paroissent caractériser ces deux genres et les distinguer de ceux 
avec lesquels ils ont des affinités. 

L'ordre des rongeurs est chez les mammifères celui qui, relati- 
vement à la classification, présente le plus de difficultés au 
zoologiste, et cette observation est sur-tout applicable à certaines 
familles de cet ordre. La nature semble s'être plu chez ces ani- 
maux à multiplier les modifications organiques secondaires, 
sans modifier les fonctions, de sorte que, jusqu'à présent, il est 
très peu de ces modifications dont l'influence sur la vie ait été 
appréciée, et dont on ait déterminé l'importance dans la vue des 
rapports que ces animaux ont entre eux. Pour cet effet, de nom- 

Annales du Muséum , 1. 1", 3' série. 56 



442 DESCRIPTION DES GRAPHIURE ET CERCOMYS 

breuses observations sur la vie elles systèmes organiques des ron- 
geurs seroient encore nécessaires; aussi est-ce pour concourir à 
ce travail que j'ai donné les animaux dont je viens de parler 
comme des types de genres nouveaux plutôt que comme les types 
d'espèces nouvelles. J'ai cru devoir en agir ainsi par un principe 
qui me paroît plus propre à favoriser les progrès de la science que 
le principe contraire, par la raison que la formation d'un genre 
nécessite des descriptions beaucoup plus étendues que l'établis- 
sement d'une espèce rapportée à un genre connu ; car, dans le 
premier cas, on est conduit à étudier les organes afin d'en ap- 
précier les formes diverses et de déterminer l'importance de 
celles-ci, ce qui n'a pas lieu dans l'autre, où tous les caractères 
génériques étant éliminés et supposés connus, il ne reste plus à 
considérer que les parties organiques les plus superficielles. 
D'ailleurs l'introduction d'une espèce anomale dans un genre 
naturel en détruit l'unité, ou, si le genre est artificiel, ne fait 
qu'ajouter à son imperfection. Ce principe suppose , à la vérité, 
qu'une limité a été tracée entre les caractères génériques et les 
caractères spécifiques, ce qui n'est point encore à beaucoup près 
pour les rongeurs, comme je l'ai dit plus haut; mais , ovitre que 
ce cas ne feroit qu'ajouter de la force aux raisons que je viens 
d'exposer, le naturaliste alors a pour guide les analogies que 
lui présentent les branches de la science plus avancées j et heu- 
l'eusement dans plusieurs ordres de mammifères cette limite a 
été nettement tracée. Chez eux l'importance relative des divers 
systèmes d'organes et de leurs modifications a été appréciée, et, 
aux caractères qui appartiennent à un animal dans ces ordres, 
on peut toujoursdéterminer la place qu'il doit occuper dans la 
série à laquelle il appartient. A.u surplus il seroit possible que les 



DE l'ordre DES RONGEURS. 44;3 

rongeurs fussent dans le même cas que les oiseaux de certains) 
ordres , que leurs gemmes ne différassent point par des caractères 
tranchés , mais se rapprochassent les uns des autres, de manière 
à se fondre. Alors le but de la méthode ne seroit plus de don- 
ner un type absolu à chaque genre, mais d'établir, par les 
modifications graduelles des espèces, les rapports des genres 
entre eux et les points mêmes où ils viennent se confoEidre.; 
S'il en étoit ainsi, ce seroit une raison de plus à ajouter à celles 
que j'ai déjà données pour justifier la détermination que j'ai 
prise de publier comme types de deux genres les deux espèces 
nouvelles que j'a vois à décrire ; et j'ai eu peu d'égard à la crainte 
d'ajouter deux noms nouveaux à la zoologie en parlant d'objets 
nouveaux-, les noms génériques font la richesse des sciences-: 
quand ils sont fondés sur de bonnes raisons; et c'est moins leur 
multiplication que leur confusion qui est à redouter; or cette 
confusion résulte sur-tout de noms divers donnés aux mêmes 
êtres. 

Du genre Graphiure. 

i 

L'espèce de laquelle j'ai tiré les caractères' de ce genre a été 
considérée par •^l. Desmarest comme un loir, et en effet en 
n'examinant cet animal qu'extérieurement (et M. Desmarest n'a 
pas été à portée de le faire autrement), c'est aux loirs qu'on 
devoît le réunir; ses formes et ses proportions rappellent les 
leurs, il en est de même des organes du mouvement et du pelage, 
et sa queue couverte de longs poils se termine en pinceau comme 
celle du lérot; cette espèce a même sur les côtés de la tête la tache 
noire qui caractérise en partie ce dernier animal; mais lorsqu'on 
descend plus profondément dans l'organisation du Graphiure, 



DESCRIPTION DES GRAPHIURE ET CERCOMYS 

on trouve entre lui et tous les loirs connus des différences assez 
grandes et plus considérables que celles qui distinguent ceux-ci 
les uns des autres, quoiqu'ils ne forment pas un genre aussi natu- 
rel à beaucoup près que les rats par exemple, ou que les lièvres. 
C'est ce que nous allons exposer en détail; mais en nous ren-^ 
fermant dans les systèmes organiques de l'alimentation et des 
sens , les seuls que nous ayons été à portée d'étudier. 

Les naturalistes connoissent quatre espèces de loirs (Myoxus) : 
le loir proprement dit, M. Giglis } le lérot, ikf. Nitela ; ]e mus- 
cardin, M. Avellanarius ; et le loir du Sénégal, M. Coupeii. Les 
autres espèces qui ont été rapportées à ce genre sont douteuses. 
Chez tous ces animaux la grandeur des quatre mâchelières qui 
se trouvent de chaque côté des deux mâchoires, est, comparati- 
vement à celle de tous les autres rongeurs, dans les projjortions 
de la grandeur de leur corps, et la série de ces dents commence 
au moins à la basé de l'apophyse zygomatique du maxillaire. 
Dans le Graphiure, qui par sa taille surpasse celle du lérot, ces 
dents ont à peine le tiers de la grandeur de celles de ce loir: 
elles sont même à peine de moitié aussi grandes que celles du 
muscardin qui est de moitié plus petit que le Graphiure , et leur 
série ne commence que fort en arrière de l'apophyse du maxil- 
laire. A la vérité chez le Graphiure comme chez les loirs, les 
mâchelières ne paroissent formées que d'une seule substance 
compacte et blanche; de sorte que quoique sillonnée on n'y 
aperçoit pas les rubans d'émail qui caractérisent les mâchelières 
composées, lesquelles, outre la substance émailleuse , contien- 
nent encore de la substance osseuse. 

Chez le loir, le lérot, et sur-tout le muscardin, la face anté- 
rieure de l'apophyse zygomatique du maxillaire présente une 



DE l'ordre DES RONGEURS. 445 

large surface à l'attache du muscle mandibulo-maxillien , tandis 
que chez le Graphiure ce muscle n'a pour attache dans cette 
apophyse que le bord inférieur de celle-ci, et cette apophyse, au 
lieu d'être relevée et de former un angle droit avec la partie 
antérieure du maxillaire, ne forme qu'un angle très ouvert par 
son renversement en arrière, ce qui en outre restreint de beau- 
coup la cavité zygomatique, et par conséquent l'épaisseur du 
crotaphite. L'arcade zygomatique elle-même présente dans les 
trois espèces de loirs des différences notables, comparées à celle 
du Graphiure: chez eux elle est relevée fort au-dessus de la 
partie dentale du maxillaire, au contraire chez le dernier elle 
est à-peu-près au niveau de cette partie. 11 résulte de ces diverses 
circonstances, les seules qui me paroissent dignes de remarque, 
que le Graphiure a une puissance de manducation très foible, 
comparativement à celle des loirs. 

Si actuellement nous cherchons à reconnoître les rapports de 
cette première partie du système de l'alimentation avec le canal 
alimentaire, c'est-à-dire avec l'estomac et le canal intestinal, 
nous arrivons à des résultats non moins remarquables. D'abord 
le Graphiure, comme les loirs, est tout-à-fait privé de cœcum, 
ensuite le canal intestinal chez les uns comme chez les autres 
est d'un diamètre et d'une structure à-peu-près uniformes dans 
toute sa longueur, de sorte qu'à cet égard les petits et les gros 
intestins ne se distinguent pas. La première différence qui se 
fait remarquer est dans le diamètre de ce c^nal; on le trouve 
sous ce rapport proportionnel à la taille des animaux, chez le 
loir, le lérot, et le muscardin, tandis que chez le Graphiure il 
est deux ou trois fois plus large même que celui du loir. Sa 
longueur, chez le Graphiure, est d'un pied quatre pouces, c'est-à- 



446 DESCRIPTION DES GRAPHIURE ET CERCOMYS 

dire semblable à celui du muscardin, et par conséquent de plus 
de moitié plus court que celui du lérot, qui a trente-trois pou- 
ces, et que celui du loir, qui en a quarante. 

L'estomac, d'une forme à-peu-près hémisphérique lorsqu'il. 
est rempli, chez le lérot et le muscardin, est partagé chez le pre- 
mier en parties égales par le cardia, et le pylore se trouve à l'ex- 
trémité de la partie droite. Chez le muscardin, le pylore et le 
cardia sont beaucoup plus rapprochés. Chez le loir, l'estomac 
replié sur lui-même j présente deux parties montantes, la gauche 
ou la partie cardiaque, qui est la plus grande, et la droite, qui 
est la partie pylorique. Chez le Graphiure, l'estomac approche 
beaucoup de celui du lérot pour la forme et les rapports du py- 
lore et du cardia, mais il est près de deux fois plus grand. Ainsi, 
excepté par l'absence du coecum, le canal alimentaire du Gra- 
phiure diffère complètement de ceux des loirs; il ne leur est 
proportionnel ni pour le diamètre, ni pour la longueur, et ce 
que dans le premier cas il semble gagner pour la faculté diges- 
tive , il paroît le perdre dans le second ; de sorte qu'au total il 
reste inférieur, quant à cette faculté induite des formes et des 
proportions propres aux trois principales espèces de loirs; car 
ni le foie, ni le pancréas, ni la rate de ces animaux, ne nous ont 
présenté de modifications propres à infirmer ce résultat. Nous, 
n'ignorons pas combien d'autres recherches seroient nécessaires 
pour porter, sur la question qui vient de nous occuper, un ju- 
gement absolu ; aussi n'envisageons-nous comme fondée la solu- 
tion que nous en donnons que relativement aux parties que 
nous avons été à portée d'examiner. Des recherches ultérieures 
pourront compléter ce simple et foible essai d'anatomie zoolo- 
gique; mais nous croyons important, sur-tout pour les ron- 



DE l'ordre des rongeurs. 44? 

geurs, d'apprécier les rapports des dents avec le canal alimen- 
taire. 

Passons actuellement au système organique, des sens. Exté- 
rieurement, les organes des sens du Grapliiure, comjjarés à ceux 
des loirs, ne présentent aucune modification de laquelle on 
puisse conclure un changement dans les fonctions. Les sens sont 
la branche de la science où l'obscurité la plus profonde régne 
encore; et si cette assertion est vraie, à peu d'exceptions près, 
pour tous les genres de mammifères, elle l'est sur-tout pour la 
plupart des l'ongeurs, qui, quoique différant extrêmement par 
les organes de l'alimentation et par ceux du mouvement, ne 
paroissent point différer par ceux des sens. Nous n'avons donc 
d'inductions à tirer sur ce point, que de l'examen des parties 
osseuses de la tête qui entrent dans la composition de ces der- 
niers organes, où quelques modifications deviennent sen- 
sibles, .sans que pour cela toutefois on puisse en mesurer 
exactement l'influence. Nous sommes donc encore dans cet 
ordre de faits à-peu-près exclusivement sous le joug de l'empi- 
risme, et les notions qui seroient nécessaires pour faire appré- 
cier les fonctions des sens, sont de telle nature qu'il est à craindre 
que de long-temps encore nous ne puissions nous soustraire à ce 

Quoi qu'il en soit, les observations que nous présentent les 
parties osseuses de la tête du Graphiure sont suffisantes pour qu'il 
nous paroisse nécessaire de faire connoître les principales. Chez 
cet animal, les os du nez s'avancent jusqu'au-dessus de l'os cri- 
bleux; les frontaux, à-peu-près aussi larges que longs, se ter- 
minent en arrière par une ligne -droite ; les pariétaux forment 
-tin parallélogramme presque régulier, et les temporaux, dont la 



448 DESCRIPTION DES GRAPHIURE ET CERCOMYS 

largeur est à la longueur comme un à quatre, sont circonscrits 
postérieurement par une ligne verticale, et antérieurement par 
^une ligne oblique dont la partie inférieure est la plus avancée; 
la caisse ne se prolonge pas au-delà de l'apophyse zygomatique 
du temporal, et ne descend pas jusqu'à l'apophyse épineuse de 
la mâchoire inférieure; enfin la largeur de la capacité cérébrale 
est à sa longueur dans le rapport de sept à neuf, et la longueur 
du crâne est à celle du museau comme neuf sont à six et demi. 
Chez le loir, le lérot, et le muscardin, les os du nez se prolon- 
gent sensiblement moins en arrière; les frontaux se terminent 
en un angle fort aigu chez le loir, en un angle plus ouvert clifez 
le lérot, et en un demi-cercle chez le muscardin; les pariétaux 
plus larges postérieurement qu'antérieurement chez le loir, et 
très alongés, se terminent à leurs deux extrémités par des lignes 
obliques qui convergent sur la ligne moyenne; chez le lérot, 
avec des proportions moins alongées que chez le loir, ils se ré- 
trécissent subitement en avant, et finissent en arrière par une 
ligne droite terminée à ses deux extrémités par un petit prolon- 
gement; et, excepté par cette dernière particularité, ceux du 
muscardin ne diffèrent pas notablement de ceux du lérot. Les 
temporaux, très longs aussi en comparaison de leur largeur 
chez le loir, présentent postérieurement un angle droit, et anté- 
rieurement une ligne oblique dont la partie la plus avancée est 
la supérieure. Très irréguliers dans le lérot et le muscardin , ils 
sont remarquables par leur moitié antérieure, qui est très large, 
comparativement à la postérieure, et par l'échancrure que celle- 
ci présente à sa terminaison chez le lérot. La caisse, chez le loir 
et le lérot, s'avance au-delà de l'apophyse zygomatique du tem- 
poral, et descend au-dessous de l'apophyse épineuse de la ma- 



DE l'ordre des rongeurs. 449 

clioire inférieure. Chez le muscardin, la caisse se rapproche des 
proportions de celle du Graphiure; enfin la largeur de la capacité 
cérébrale est à sa longueur dans les rapports suivants : chez le 
loir, comme sept sont à dix et demi; chez le lérot, comme six et 
demi sont à huit trois quarts: chez le muscardin, comme cinq 
sont à sept, et la longueur du crâne est à celle du museau chez 
le premier, comme dix et demi à sept un tiers; chez le second, 
comme huit trois quarts à six, et chez le troisième, comme quatre 
à sept. 

Du genre Cercomys. 

Le Cercomys du Brésil est, à l'égard des échimys, dans les 
mêmes rapports que le Graphiure à l'égard des loirs. Plusieurs 
ressemblances l'en rapprochent, et plusieurs difféi'ences l'en 
éloignent; il s'agiroit donc de détex^miner lesquelles sont les plus 
importantes; mais à cette difficulté s'en joint une autre non 
moins embarrassante, que nous avons aussi rencontrée dans la 
comparaison du Graphiure avec les loirs : c'est que les espèces du 
genre échimys, n'ayant point entre elles le degré de ressemblance 
qui existe entre les espèces des genres très naturels, ce qui, par 
rapport au Cercomys, est ressemblance pour les unes, est diffé- 
rence pour les autres, et réciproqiiement. Comme je l'ai dit plus 
haut, nos connoissances sur les rongeurs ne sont point assez 
avancées pour résoudre ces difficultés; et dans ce cas, l'exposé et 
la comparaison des faits sont la seule méthode qui reste à suivre, 
en attendant que les observations soient assez multipliées pour 
conduire à une solution quelconque de la question que ces diffi- 
cultés font naître. Je vais donc considérer le Cercomys comme 

Annales du Muséunij t. 1", 3' série. 67 



45o DESCRIPTION DES GRAPHIURE ET CERCOMYS 

j'ai considéré le Graphiure, seulement je ne pourrai le faire que 
relativement aux différentes parties de la tête. 

' Les espèces que les naturalistes rangent aujourd'hui dans le 
genre écliimys, formé par M. Geoffroy Saint-Hilaire , sont déjà 
au nombre de huit à dix. Un des principaux caractères auquel 
on s'est arrêté pour la formation de ce genre consiste dans 
les épines dont les parties supérieures du corps sont revêtues; 
et quoique ce caractère soit d'un ordre assez élevé, il appartient 
à des genres différents; aussi ne me semble-t-il pas avoir con- 
duit à former une réunion naturelle d'espèces ; c'est pour ne pas 
ajouter à ce que ce genre a d'hétérogène que nous en distinguons 
le Cercomys du Brésil, quoiqu'il ait, comme nous venons de le 
dire, plusieurs points de ressemblance avec plusieurs des espèces 
qui constituent ce genre. Au reste, nous sommes loin de con- 
noître toutes les espèces d'échimys avec assez de détail pour pou- 
voir comparer leurs caractères à ceux du Cercomys. Celles que 
nous avons pu étudier sont l'E. dactylin, E. dactylinus , l'E. à 
queue dorée, E. cristatus, et l'E. didelphoïde, E. didelphoides. 

Une des premières différences que nous observons entre ces 
animaux et le Cercomys se trouve dans les dents. C'est ce qui 
paroîtra évident par nos figures , et nous dispensera d'une des- 
cription que des formes aussi irrégulières que celles de ces dents 
rendent impossible; mais on verra en outre que ces échimys, 
par ce caractère , diffèrent autant les uns des autres , qu'ils 
diffèrent du Cercomys; car, quelque degré d'usure qu'on sup- 
pose à ces dents, il est impossible de ramener les formes des 
unes à celles des autres. Jamais les deux triangles échancrés 
à leur face externe , dont se composent les mâchelières supé- 
rieures de l'échimys dactylin, ne prendront la forme circulaire 



DE l'ordre DES RONGEURS. 4^1 

des dents analogues du Gercomys, ni celles-ci les proportions 
des mâchelières supérieures de l'échioiys didelphoïde, qui sont 
du double plus longues que larges, etc. Ces différences égalent 
au moins celles qui distinguent les porcs-épics des coendous , les 
capromys des agoutis, les castors des myopotames, et surpassent 
de beaucoup celles qui séparent les écureuils des marmottes, les 
marmottes des spermophiles , les gerbilles des hamsters, etc. 

Aucune différence importante ne s'aperçoit entre la forme des 
parties de l'arcade zygomatique et leurs rapports entre elles et les 
parties voisines lorsqu'on compare la tête du Gercomys avec 
celles des échimys dactylins et à queue dorée : ainsi , sous le 
rapport de la manducation, les caractères distinctifs de cette 
nouvelle espèce consistent exclusivement dans les dents. Les 
premières observations particulières que présente la tête du 
Gercomys , sont relatives aux sens , et consistent dans l'élargisse- 
ment de la partie antérieure et le prolongement en avant des os 
incisifs, le prolongement de ceux-ci en arrière des os du nez; la 
brièveté des pariétaux et leur forme bombée, et la grandeur de 
l'occipital. Du reste, la capacité cérébrale semble être la même 
que chez les échimys. Ges différences particulières en amènent 
de sensibles dans les formes générales de la tête, et concourent, 
avec celles qui résultent des dents , à séparer avec assez de pré- 
cision cet animal des espèces du genre dont il se rapproche le plus. 

N'ayant pu étudier que le squelette et la peau du Gercomys, 
je n'exposerai pas les rapports des organes du système de mandu- 
cation avec ceux de la digestion, comme je l'ai fait pour le genre 
Graphiure, et il en sera de même des organes extérieurs des sens, 
excepté ceux du toucher. Les poils sont de deux sortes, les 
uns longs, droits, fermes et assez rares, dont la contexture est 



452 DESCRIPTION DES GRAPHIURE ET CERCOMYS,ETC. 

uniforme; les autres courts, fins, doux, et plus épais que les 
premiers, lesquels paroissent formés d'anneaux alternativement 
sombres et clairs. Aucune épine ne s'aperçoit parmi ces poils, et 
l'on sait qu'elles font un des caractères essentiels des échimys. 

Les premières notions qu'on obtient sur la nature d'un animal 
qu'on ne suit pas dans toutes les périodes de sa vie ; les inductions 
qu'on en tire quand ces notions ne sont établies que sur d'impar- 
faites dépouilles; les rapports qu'on juge exister entre cet animal 
et les animaux qui paroissent avoir une organisation semblable à 
la sienne, sur-tout quand on ne connoît encore qu'ixnparfaite- 
ment les rapports de ceux-ci, sont des raisons plus que suffi- 
santes sans doute pour faire sentir qu'un tel animal a besoin 
d'être étudié de nouveau. C'est donc le cas du Graphiure du Gap 
et du Gercomys du Brésil. Aussi notre objet, en indiquant l'exis- 
tence de ces animaux, en décrivant les parties que nous avons 
pu observer, en essayant de montrer par quels points ils res- 
semblent, et par quels points ils diffèrent des animaux dont ils 
se rapprochent le plus, a principalement été de les montrer 
comme sujets importants de recherches nouvelles, autant par la 
connoissance plus étendue que nous obtiendrions de leur na- 
ture , que par les lumières nouvelles que répandroient ces re- 
cherches sur les deux genres encore imparfaits avec lesquels ils 
ont le plus d'analogie. 



j'/.jfi 




l'içj- 




(^^ap/uâ/-ey eô Zoi^s. 



/Y.- 



Fi^.i 




Fi^.i 




Fig.î. 



Fiy.4- 




/7<7,J 





Fy.6- 




(^m/i/i/are et Z<?frj 



Fl.iS. 



Fi</ ■- 



J'ij/ . 2 ■ 





Fu^.S. 




fercomt/s eC- J^c/uf/n/s 



B. 



^.9 



JVi/^ 




J^ry. 3 . 




Jt^.z 



I'r</4- 




j'iy. 6. 




/Wyû/fft/j' et £c/ifntt/s. 



EXPLICATION DES PLANCHES 

RELATIVES AUX GENRES 

GRAPHIURE ET CERCOMYS. 



Vl. i6. 

Fig. I. Dents mâchelières inférieures et supérieures du Graphiure. 

Fig. 2. Dents mâchelières inférieures et supérieures du Loir. 

Fig. 3. Dents mâchelières inférieures et supérieures du Muscardin > 

grossies. 
PL. 17. 

Fig. I et 2. Tête du Loir, vue de profil et en dessus. 
Fig. 3 et 4- Tête du Graphiure, vue de même. 
Fig. 5 et 6. Tête du Muscardin, vue encore de même. 
Pl. 18. 

Fig. I. Dents mâchelières supérieures du Cercomys. 
Fig. 2. Dents mâchelières supérieures et inférieures de l'Échimys didel- 

phoïde. 
Fig. 3. Dents mâchelières supérieures et inférieures de l'Echimys dac- 

tylin. 
Pl. .9. 

Fig. 1 et 2. Tête du Cercomys, vue de profil et en dessus. 
Fig. 3 et 4. Tête de l'Échimys de Gaimar, vue de même. 
Fig. 5 et 6. Tête de l'Échimys dactylin, vue encore de même. 



DESCRIPTION 

d'une 

GRANDE ESPÈCE DE SQUALE, 

VOISIN DES LEICHES. 

PAR M. A. VALENGIENNES, 

PROFESSECB AD MUSEUM. 



L'histoire naturelle des grandes espèces de Squales est restée 
jusqu'à présent peu avancée, parceque ces animaux se tiennent 
habituellement dans les vastes bassins des mers, sur-tout vers 
les pôles, et que ces contrées ne sont explorées que par un petit 
nombre de naturalistes habiles. 

Leur volume contribue encore à rendre les observations plus 
difficiles. Ceux qui sont pris par les baleiniers sont prompte- 
ment dépecés, et leur foie et leur peau sont seuls conservés 
pour les profits de l'armateur du navire. Il arrive de temps en 
temps que de grands courants, ou l'ardeur de ces gros animaux 
à poursuivre les bandes de poissons voyageurs , entraînent ces 
êtres voraces loin des mers du Nord. Une fois entrés dans les 
anses ou les grandes baies de nos rivières, ils viennent assez 
souvent échouer sur nos côtes. C'est ce qui arrive également 
aux grands cétacés engagés dans la Manche, par les courants de 
l'océan du Nord. Ces énormes mammifères marins sont le plus 
ordinairement la baleine à ventre plissé, dont il existe au 
moins deux espèces confondues sous ce nom , et des dauphins 



DESCRIPTION d'une GRANDE ESPÈCE DE SQUALE, ETC. 455 

de fortes dimensions, tels que l'épaulard ou de petits troupeaux 
de delpliinus globiceps. Il est malheureusement fort rare que 
des naturalistes soient prévenus assez tôt du moment où ces 
monstres marins se perdent sur la CQte pour pouvoir se trans- 
porter sur les lieux, et les examiner avec assez de soin pour les 
faire suffisamment connoître. Aussi leur histoire naturelle et 
leur anatomie sont-elles encore bien loin d'être complètement 
connues. Dès que les pêcheurs riverains connoissent la perte 
d'un de ces animaux^ ils les mettent en pièces pour satisfaire à 
leurs besoins, malgré les ordonnances royales les plus anciennes 
et les lois même assez sévères qui existent contre ces sortes de 
déprédations. La mer a bientôt dispersé le reste du cadavre, et 
les naturalistes ne parviennent que rarement à en posséder le 
squelette. 

Les grands Squales, habitants du Nord comme les cétacés, 
suivent les mêmes routes, s'exposent aux mêmes dangers, et 
subissent souvent le même sort. 

Leur poids considérable empêche presque toujours qu'on ne 
les transporte, et les pêcheurs qui savent n'en tirer que peu de 
profit, les abandonnent ordinairement après en avoir retiré 
seulement le foie, toujours très volumineux, et qui leur fournit 
une assez grande quantité d'huile pour leur propre consom- 
mation. Quelquefois des hommes curieux en tracent un trait, 
plus ou moins exact, et le transmettent à des naturalistes éloi- 
gnés, qui le font entrer dans leur ouvrage. Mais ceux-ci sont 
loin de rendre service à l'ichtyologie, en y introduisant sur 
des données fort incertaines des espèces nominatives qui pren- 
nent rang dans les catalogues méthodiques. Les descriptions ou 
les figures de grands Squales , auxquels Pennant, Shaw ont 



456 DESCRIPTION d'une GRANDE ESPÈCE DE SQUALE , 

appliqué le nom de Squalus Maximus, donné par Linné, d'après 
Ottou Fabricius, à Un autre grand Squale, en sont des exem- 
ples. Ces espèces n'ont pas été mentionnées, d'après l'observa- 
tion immédiate de la nature, et il est probable que l'inexactitude 
et l'inexpérience du dessinateur ont été assez grandes pour lui 
faire oublier des parties importantes, destinées à servir de ca- 
ractères essentiels , telles que la nageoire anale, ou celle qui 
suit la grande nageoire du dos, et dont la surface est exces'si- 
vement petite relativement au volume considérable de l'animal. 
De là sont nées les incertitudes que les naturalistes éprouvent 
encore à l'égard de ces poissons. 

Le Squalus Maximus de Gunner a été observé sur nature , mais 
il est évident que l'association faite par Gmelin avec le Squale 
très grand d'Otton Fabricius n'est pas exacte, et que ces deux 
espèces étant mieux connues, seront séparées, ou que si on les 
réunit il faudra faire de nombreuses corrections à leur diagnose 
et à leur description générale. La dissertation que M. de Blain ville 
a publiée en 1810, sur ces grandes espèces de chondroptéri- 
giens, dans le cahier du Journal de physique de septembre de 
cette même année, a commencé à débrouiller cette matière, et 
a démontré qu'il existe au moins quatre espèces de Squales con- 
fondues .sous le nom de Squalus Maximus. Depuis le travail de 
M. de Blainville, M. Lesueur a fait connoître un très grand 
Squale des côtes de l'Amérique septentrionale, sous le nom de 
Squalus Elephas. Il est très voisin du pèlerin de M. de Blainville. 
Nous n'en avons vu que quelques dents envoyées de Phila- 
delphie par M. Lesueur. Elles ressemblent beaucoup à celles du 
Squale de nos mers. 

M. Cuvier, qui semble avoir été toujours servi avec complai- 



VOISIN DES LEICHES. 457 

sance par le hasard, pour toutes ses recherches , soit en anatomie, 
soit en zoologie, fut encore une fois plus heureux que tous ses 
devanciers pour voir à Paris un de ces grands Squales, frais et 
bien conservé. Dans la nuit du 21 novembre 18 10, un individu 
fut pris à Dieppe dans des filets de pêcheurs de harengs, qui le 
remorquèrent dans le port, au moyen d'un câble noué autour 
de la queue : l'animal chargé encore vivant sur une voiture fut 
amené à Paris en fort bon état. 

Ce poisson, à la prière de M. Cuvier, a été décrit et disséqué 
cette fois par un zoologiste habile, préparé sur la matière par les 
travaux antérieurs que j'ai cités de lui. Une bonne description 
zoologique et anatomique, jointe à une figure fort exacte, a été 
publiée dans le tomeXVlII des Jtnnales du Muséum. Ce Mémoire, 
rédigé par M. de Blainville , ne laisse rien à délirer pour la con- 
noissance de ce sélacien; les zoologistes ont possédé, de ce mo- 
ment, une base fixe, une donnée certaine sur une des espèces de 
grands Squales à fentes branchiales si élevées qu'elles remontent 
jusque sur le haut du cou de l'animal, et y forment des plis 
comparables à ceux d'un grand manteau. C'est le type de l'es- 
pèce nommée le Squale Pèlerin. 

Quoique j'aie rencontré une circonstance un peu moins heu- 
reuse pour obsei'ver la grande espèce que je vais décrire dans 
ce Mémoire, j'ai dû profiter néanmoins avec empressement du 
hasard qvii amena à Paris cet animal, conservé dans une li- 
queur, préservant delà corruption pendant quatre mois, et par 
les fortes chaleurs du mois de juin, cette masse énorme de chair. 
En effet, ce Squale vint échouer à Eure dans la grande baie de 
l'embodchure delà Seine dans la nuit du 3o mars au i" aviil. 
L'animal, long de treize pieds, du poids de trois à quatre cents 

Annalei du Muséum, 1. 1", 3' série. 58 



458 DESCRIPTION d'uNB GRANDE ESPÈCE DE SQUALE, 

livres, fut trouvé encore vivant sur le sable, et acheté au 
Havre, afin de le montrer au public. L'acquéreur s'entendit avec 
M. Lànglois demeurant au Havre , et qui fait commerce de 
conservei" les viandes pour la nourriture des navigateurs de 
loiïg cours. .Le poisson fut mis, dans une boîte de bois et ar- 
rosé par une liqueur noirâtre ayant une odeur très forte 
d'acide pyroligneux : il y resta avec tous ses intestins dans un 
état de conservation loin d'être parfaite, car l'animal étoitdéja 
bien ramolli, mais remarquable, eu égard à la longueur du 
temps, à la chaleur de la saison , et au volume des masses char- 
nues. Nous avons pu prendre les proportions relatives de ses dif- 
féi^entes parties, et le faire préparer: il est exposé maintenant 
dans nos galeries de zoologie. 

Ce qui frappe le plus à la première vue de ce poisson , c'est la 
petiesse extrême de ses nageoires. Il manque d'anale j la caudale 
et les pectorales ordinairement si longues et souvent si larges , 
dans la plupart des espèces de cette famille, sont ici, en quel- 
que sorte, rudimentaires. Elles doivent donner de très foibles 
moyens de translation à ce sélacien. Cette conformation prouve 
assez les affinités que je lui ti^ouve avec les leiches. 

Aussi je place cette espèce dans ce genre en lui donnant pour 
nom spécifique une épithète qui rappelle la petitesse de ses 
nageoires. 

LA LEICHE AUX PETITES NAGEOIRES. 

Scyninus micropterus. Nob. 

Ce grand Squale est encore remarquable par sa forme com- 
primée et raccourcie, elle l'est moins que celle du humantin 
(Squalus centrina); mais celui-ci est le seul qui puisse lui être 



VOISIN DES LEICHES. 45g 

comparé ; tous les autres Squales on t en effet le corps plus arrondi, 
alongé et aminci vers la queue. Notre Squale, moins raccovirci 
que le huraantin, en diffère cependant parla compression du 
corps de droite à gauche. 

ïl ;a le museau saillant au-devant de la bouche, comme c'est 
l'ordinaire dans les poissons de la famille des chondroptérigiens , 
voisins des Squales; mais au contraire de tovis, ce museau est 
très comprimé comme le corps, tellement que l'épaisseur n'est 
que la moitié de la hauteur. L'extrémité est obtuse, terminée 
par une arête mousse, très ronde. A partir du museau la ligne 
du profil monte jusque vers l'aplomb de la pectorale, où la courbe 
du dos a atteint son plus haut point d'élévation ; au-dessus de 
l'évent la ligne décrit une courbe légèrement concave. 

Quand elle a atteint le point le plus haut, la ligne s'abaisse 
sous la dorsale et descend par une pente insensible jusqu'à la 
nageoire de la queue. Entre les deux dorsales la ligne creuse un 
peu , ëomme elle l'a fait en arrière de l'occiput. 

Le profil inférieur descend à partir du bout du museau, de 
manière à former une première saillie sous l'ouverture de la 
narine et à sincliner assez brusquement vers la bouche, de 
sorte que la hauteur du corps, prise à l'angle de cette ouverture, 
a acquis déjà une hauteur au moins triple. Depuis la bouche, 
la ligne descend insensiblement, mais en se courbant toujours, 
de manière qu'il y a peu de différence entre la hauteur prise en 
avant de la pectorale par le travers des ouïes, et celle mesurée 
sous l'aplomb de la dorsale, nageoire qui est reculée au-delà de 
la moitié de la longueur du corps. Arrivée à ce point, la courbe 
du ventre remonte promptement vers la ligne du dos , et la hau- 
teur du corps prise à l'anus n'a plus que la moitié de celle md-' 



46o DESCRIPTION D UNE GRANDE ESPÈCE DE SQUALE , 

surée à l'endroit le plus haut. Sous la seconde dorsale, placée 
sur le milieu du troisième cinquième de la longueur totale, la 
hauteur n'est plus que du quart de celle prise aux pectorales. 
C'est là que se mesure la plus grande élévation, qui est contenue 
cinq fois et demie dans la longueur totale. La plus forte épais- 
seur, prise à cet endroit, surpasse un peu la moitié de la hau- 
teur, elle en fait les sept douzièmes. L'épaisseur de la queue 
n'est pas moitié de la hauteur de cette même partie, qui est du 
quart de celle du tronc. Cette queue comprimée, mesurée de- 
puis l'anus jusqu'à l'extrémité de la caudale, n'est que du tiers 
de la longueur totale. 

L'oeil est placé très bas sur la joue, un peu au-dessus de la 
lèvre supérieure. Il est ovale, son plus grand diamètre est pres- 
que double du vertical. La narine occupe la fin du premier tiers 
de l'espace compris entre le bout du museau et l'angle antérieur 
de l'orbite. Elle est assez grande, recouverte par une aile mem- 
braneuse, dont le milieu est prolongé en un petit lobule p(Sntu, 
à la manière de celui de la roussette (Squalus catulus). Assez 
loin en arrière de l'œil et un peu au-dessus, existe l'orifice ovalaire 
de l'évent. 11 communique avec l'appareil branchial par un 
conduit cylindrique prolongé, à cause de la position relevée de 
son ouverture et de l'abaissement des branchies. La bouche, 
sans être très grande, est fendue beaucoup au-delà de l'oeil. 
Les maxillaires sont très petits, et presque perdus dans les té- 
guments. La mâchoire inférieure dépasse un peu la supérieure 
quand elle est abaissée. 11 y a des dents nombreuses et de 
formes différentes à chaque mâchoire, ainsi que cela a coutume 
d'exister dans la plupart des Squales, mais à-peu-près sem- 
blables sur tout le pourtour du cartilage qui les supporte , ce 
qui n'est pas aussi général. 



VOISIN DES LEICHES. 46 1 

Celles de la mâchoire supérieure offrent deux rangées, dont 
les pointes sont saillantes le long du bord de la bouche, et six 
rangées de dents de mêmes formes sont cachées sur la lame in- 
terne du cartilage, et recouvertes en partie par l'épaisseur de la 
gencive. J'en trouve quarante-deux sur chaque rangée, vingt et 
une de chaque côté, ce qui fait trois cent trente-six dents à la 
mâchoire supérieure. Chacune est blanche, comprimée en trian- 
gle isocèle, droit, très pointu, à bord ti^anchant, lisse et sans 
aucune dentelure; une légère arête forme une saillie sur la 
base radicale de la dent, dont le bord inférieur est légèrement 
échancré, et dont les deux angles latéraux sont relevés en un 
petit tubercule arrondi. 
• Celles de la mâchoire inférieure sont plus nombreuses encore , 
car j'en compte deux rangées relevées et visibles derrière la lèvre, 
et huit situées sous la gencive : celles de droite sont faciles à 
distinguer de celles de gauche à cause de la direction de la 
jxtinte \ il y en a vingt-six sur chaque branche de la mâchoire , 
par conséquent cinquante-deux sur tout ce bord, et cinq cent 
vingt en totalité. Ces dents inférieures ont la base un peu 
élargie, et arrondie près des angles latéraux, et de laquelle 
s'élève sur son milieu un triangle oblique, étroit, très pointu, 
dont le sommet est dirigé vers l'angle de la mâchoire. Le bord 
antérieur du triangle atteint à l'extrémité antérieure du talon 
de la base 5 il a une longueur double de -celle du bord posté- 
rieur, qui se termine au milieu de la base de la dent. Ces 
bords n'ont aucune dentelure. Ce Squale a donc une gueule 
armée de huit cent cinquante-six dents \ mais elles sont fort pe- 
tites. Les inférieures ont trois lignes de large et deux lignes de 
haut; les supérieures sont un peu plus petites. Une mâchoire 



462 DESCRIPTION d'une GRANDE ESPÈCE DE SQUALE, 

provenant d'un individu beaucoup plus grand et conservée dans 
le Cabinet d'anatomie, en porte d'un peu plus grandes : elles ont 
quatre lignes de base, et trois lignes de haut. 

Vers le dernier tiers do l'espace compris entre le bout du 
museau et la pectorale, setrOiive la premièi^e fente branchiale , 
suivie de quatre autres, pratiquées toutes cinq en avant de la 
pectorale, dans une direction oblique de haut en bas, de ma- 
nière que l'angle inférieur du premier trou répond à une ligne 
horizontale tracée par le sommet de l'aisselle de la nageoire de la 
poitrine, et que le haut dil dernier touche cette même ligne. 
La première branchie est ouverte à-peu-près sous le second 
tiers de la hauteur du corps; les fentes sont petites, et ne 
font guère que le huitième de la hauteur du corps prise à leur - 
aplomb. Elles ne sont pas éloignées entre elles d'une longueur 
égale à leur hauteur, et cependant, à cause de leur petitesse 
relativement au volume de la poitrine, elles paroissent plus dis- 
tantes que celles de la plupart des autres Squales. 

La pectorale est très petite, insérée près du quart antérieur 
delà longueur totale, et au-dessous des deux tiers de la hau- 
teur du corps. Sa longueur n'a que le quatorzième de la lon- 
gueur totale : sa base n'est pas très épaisse. On peut compter 
sous la peau seize rayons cartilagineux aplatis bien distincts à 
leur insertion, et élargis à leur extrémité en un large éventail, 
dont les filets contigus forment le bord libre et arrondi de la 
nageoire. 

Vers le tiers de la longueur du corps de ce poisson, on voit 
s'élever sur le dos une petite crête qui ne paroît que comme un 
repli de la peau , et qui se continue par une élévation insensible 
jusqu'à la dorsale antérieure, nageoire encore plus petite que 



VOISIN DES LEICHES. 463 

la pectorale; elle est placée au-delà de la première moitié anté- 
rieure du corps. Sa forme est quadrilatère, l'angle supérieur et 
postérieur se prolonge en une languette mince et pointue. La 
hauteur de cette naggipire n'est pas moitié de sa longueur, qui 
ne fait que la vingt- troisième partie de la longueur totale. 

En arrière de cette nageoire , et vers le milieu de la distance 
qui la sépare du bord postérieur delà caudale, s'élève une se- 
conde dorsale plus petite que l'antérieure, commençant comme 
elle par une crête formée par un repli de la peau , et donnant de 
son angle supérieur et postérieur, une languette plus longue et 
plus pointue que celle de la première dorsale. 

Ce poisson n'a pas de nageoire anale. 

La caudale est petite si on la compare à la grosseur du poisson ; 
mais elle est la plus grande des nageoires; ses lobes sont larges, 
courts et trapus. Le supérieur a le bord externe un peu arqué, 
son angle terminal obtus et arrondi, le bord postéiieur échan- 
cré par le prolongement du lobe. Le lobe inférieur qui est plus 
petit, plus arrondi, est dirigé en bas presque verticalement. 
Les rayons de ces nageoires sont conformés comme ceux des 
pectorales, mais je n'ai pu les comptera cause de l'épaisseur de 
la peau qui recouvre leur base. 

Les ventrales sont très petites , situées à la fin du second tiers 
de la longueur totale. Elles ressemblent aux pectorales et sont 
arrondies et un peu pi^olongées de leur bord interne. La base 
est épaisse, et laisse cependant compter les quinze rayons dont 
elles se composent. 

Le museau de ce poisson est criblé d'un grand nombre de 
pores muqueux très visibles, et dont plusieurs sont disposés 
d'une manière notable sur trois ou quatre lignes, convergentes, 



464 DESCRIPTION d'une GBANDE ESPÈCE DE SQUALE, 

et se réunissant sur le haut du museau un peu plus loin que l'œil , 
mais moins que l'évent. Une première ligne part de la narine, 
une seconde est dirigée vers l'angle antérieur de lèvent. La 
troisième suit une ligne courbe, ainsi que les deux précédentes, 
et se prolonge en arrière sur les côtés de la tête et du cou, de 
manière à être encore très distincte jusqu'à la hauteur de la pec- 
torale, où elle commence à se confondre avec la ligne latérale. 
On voit au-dessus de cette troisième série d'autres pores remon- 
ter sur la nuque. Ces pores sont un peu saillants sur la peau, et 
leur orifice a près d'une ligne de diamètre. La ligne latérale suit 
une direction droite par le quart supérieur de la hauteur du 
tronc; et, s'inclinant peu à peu en suivant l'abaissement du 
profil supérieur, elle se rend à la caudale en passant par le 
milieu de la queue. Toute la peau est couverte d'un chagrin 
fort rude, formé par des granulations osseuses qui portent sur 
le milieu de la base, une petite épine courbe non striée, dont 
la pointe est dirigée en arrière. 

La couleur est brune ou noirâtre sur le dos , grisâtre sous le 
ventre. L'individu décrit est un mâle, dont les appendices 
sexuels sont petits, très courts et ne dépassent pas l'angle interne 
delà ventrale. ■ 

Je n'ai pas pu décrire avec détails les viscères de cet animal. 
Le foie volumineux, et composé de deux lobes alongés, trian- 
gulaires , pointus, remplissoit à lui seul plus du tiers de l'énorme 
cavité abdominale de ce sélacien, car la conformation de ce 
poisson rend l'abdomen très gros. L'estomac étoit également 
très grand ; il .pouvoit contenir plus de deux seaux d'eau 5 
il étoit rempli de débris de poissons assez gros, sur-tout de 
morues. 



VOISIN DES LEICHES. 465 

Je ne puis rien dire du squelette, car la liqueur préserva- 
trice ayant pénétré l'intérieur du poisson, avoit tellement ra- 
molli les cartilages qu'on ne pouvoit guère plus les distinguer 
que par leur couleur grisâtre. Il a été impossible de les con- 
server. 

La description qu'on vient de lire permet donc de caracté- 
riser ainsi cette grande espèce de Squale, 

SCYMNUS MICRO PTERUS corpore magno , abbreviato , compressa, 

fiisco, dite aspera. 

1° Dentibus minutis numerosis confertis , superis triangulafibus 
simpUcibus redis, infernis uncinatis ad apicem retrocurvis com- 
pressis parumper majoribus. 

2° Insplraculis magnis. 

3° Aperturis branchialibus quinis , minutis. 

4° Pînnis ininimis , dorsalibus duabiis ad angulum. postremum. 
porrectis, analinulla, cauda bilobata, absque carina laterali, et 
sine fovea semilunari supra et infra. 
Habitat in Oceano boreali. 

Nous sommes assurés que ce Squale vit dans les mers du 
Nord, car une grande mâchoire de cette espèce et une portion 
de sa colonne vertébrale sont déposées dans le Cabinet d'ana- 
tomie comparée; elles ont été données au Muséum par M. Le 
François, qui les a rapportées du Cap-Nord de Norwège. 

Après avoir consulté ce que Gunner dit de son Squalus cax- 
charias, et avoir examiné attentivement la figure qui accompagne 
sa description insérée dans le second volume des mémoires.de 
Drontheim, page 33o, tables X et XI, j'ai lieu de croire que 

Annal.es du Bluséum, t. I", 3" série Sg 



466 DESCRIPTION d'une GRANDE ESPÈCE DE SQUALE, 

Fespêce que je viens de décrire est semblable à celle que Gunner 
-avoit sous les yeux. Les dents sont représentées de manière à 
confirmer cette conjecture. Il faut avouer cependant que la 
figure pèche beaucoup dans la forme générale et dans les pro- 
portions relatives des parties. 

On trouve dans Otton Fabricius Faiin. Groenland , page i2y, 
la description d'un autre grand Squale des mers polaires qu'il 
rapporte au Sqviale de Gunner. M. Cuvier a cru aussi à cette 
synonymie dans la note mise sous le genre des Leiches, Reg. 
an. II, pag. SgS. Je ne pense pas que le rapprochement soit 
juste, car Fabricius dit positivement: Pinnce pectorales maximœ; 
ce qui ne peut convenir à notre poisson, ni à celui de Gunner, 
qui trouve les moyens de translation si petits. 

Je serois plus tenté de regarder le prétendu Squalus carcha- 
rias de Fabricius comme identique au Squale figuré sous le 
même nom par Bloch, pi. 119. Mais encore il faudra de nou- 
velles observations sur cette espèce de leiche pour en compléter 
la diagnose et résoudre ces doutes; et si elles prouvent que les 
deux poissons ne diffèrent pas, il n'en est pas moins démontré 
aujovirdhui qvie le Squale représenté par Bloch, comme étant 
le requin, appartient à une espèce différente et du requin, et 
de la leiche de Gunner. 

Ces différentes synonymies, entassées sous le Squalus carcha- 
rias de Gmelin pour désigner le requin si connu des navigateurs 
et si redouté des matelots que les accidents exposent à ses dents 
tranchantes, constituent sous cette dénomination un être ima- 
ginaire qui se compose de plusieurs espèces totalement diffé- 
rentes les unes des autres, et qui vivent à des distances fort 
éloignées. 



VOISIN DES LEICHES. ^$1 

On a pris sur les côtes de l'Amérique septentrionale, baignées 
par l'Atlantique, non loin de Marbleliead, dans l'état de Massa- 
chusetts, un Squale qui doit être fort voisin de celui qui fait le 
sujet de ce Mémoire. Novis ne le connoissons que par le dessin 
publié par M. Lesueur dansle Journal de l'Académie desscienees 
de Philadelphie , tom. I, pag. 222, pi. VIII. Ce dessin a été fait 
sur l'animal empaillé, et malheureusement la description bien 
courte qu'y a jointe le savant. voyageur que^nou s citons ne sup- 
plée pas à ce que le dessin laisse d'incertain. M. Lesueur a eu 
l'idée de comparer ce Squale au Squalus acanthias, à cause du 
manque de l'anale. Frappé de cette concordance de caractère, 
qui n'est pas cependant uniquement commune à ces deux espè- 
ces, M.Lesueur a insisté sur l'absence des épines des nageoires dor- 
sales, et il a négligé de décrire d'autres parties qui eussent fourni 
des caractères bien meilleurs. Ainsi il ne dit pas un mot des dents, 
peut-être qu'elles manquoient à l'individu qu'il a observé. 

Malgré cela on ne peut douter de l'affinité du poisson d'Amé- 
rique avec celui que je viens de décrire. Mais il me paroît d'es- 
pèce différente; en effet la leiche d'Amérique auroit le corps 
plus alongé, le museau plus pointu, la queue plus grêle, la 
caudale plus étroite et le lobe supérieur plus pointu et privé du 
lobule terminal-, les nageoires sont très petites; la ligne laté- 
rale est très marquée, et offre près de la tête des ondulations 
qui ressemblent aux diA^erses directions des séries de pores. La 
peau est couverte d'âpretés triangulaires, courbes et pointues. 
La couleur du corps est un gris sale rembruni sur le dos. 

L'individu est long de six pieds cinq pouces. Les pêcheurs le 
regardèrent comme un poisson rare, et l'ap: ortèrent sous le nom 
de Nurse ou Sleeper, sans doute à cause de la lenteur de ses 



468 DESCRIPTION d'une GRANDE ESPÈCE DE SQUALE, ETC. 

mouvements, résultat inévitable de la petitesse des nageoires, 
seuls instruments de translation d'un être très volumineux. 
M. Lesueur, considérant ce poisson comme le type d'un nouveau 
genre, fit de l'épitliète des pêcheurs américains le nom de 
SOMNIOSUS, et appela l'espèce Somniosus brevipinna. 



EXPLICATION DE LA PLANCHE 20. 

a. a, b, a, c. Dents de la mâchoire supérieure. 

b. Dents de la mâchoire inférieure. 

c. Apretés de la peau, grandeur naturelle. 

c , a. Apretés de la peau grossies. 

d. Coupe verticale du poisson. 



^a I.eœ/le JlùVOOÙre Sci/rruius Microp/cna-^'ai . 



■Pi.i 



:j* 











a.b a.c 




RAPPORT 

SUR 

LES COLLECTIONS DE M. SGANZIN. 
PAR M. A. VALENCIENNES. 

Lu dans la séance du 20 novembre i832. 



L'assemblée des professeurs du Muséum nous a chargés, 
MM. Geoffroy Saint-Hilaire, Duméril, Latreille et moi, défaire 
un rapport sur les collections d'histoire naturelle faites à Mada- 
gascar et dans le sud de l'Afrique, par M. Sganzin, lieutenant 
d'artillerie de la rnarine royale. 

Cet officier distingué fit partie des deux expéditions dirigées 
par le gouverneur de l'île Bourbon, d'après les ordres de M. le 
ministre de la marine et des colonies, contre un chef Malgache, 
afin d'exiger la réparation d'exactions commises par ce chef con- 
tre notre commerce. 

On sait avec quelle habileté cette petite guerre fut conduite 
et promptement terminée. M. Sganzin, commandant l'artillerie, 
eut l'occasion assez rare de s'avancer dans l'intérieur de Mada- 
gascar, et le bonheur de résister aux fièvres dangereuses qui 
désolent les bords de cette grande île. Pour dire quels furent 
les dangers qu'il courut, il suffit de rappeler que de quatre- 
vingts hommes dont se composoit une de ces expéditions, qua- 
tre seulement revinrent à l'île Bourbon. Atteint lui-même des 
fièvres, il n'obtint qu'au prix de sa santé la permission de revoir 
la mère-patrie. 

S'étant déjà livré à l'étude de l'histoire naturelle, M. Sganzin 



470 BAPPORT SUR LES COLLECTIONS DE M. SGAJNZIN. 

pouvoit par ses études préparatoires profiter de la position avanta- 
geuse dans laquelle il se trouvoit: il prit à son service un excellent 
chasseur Malgache, auquel il enseigna à conserver les animaux: 
d'autres Malgaches furent chargés de ramasser des insectes et 
des coquilles. Ces collections ont él^ recueillies avec l'intelli- 
gence qu'un homme éclairé pouvoit mettre à les faire. Des notes 
fort intéressantes sur les mœurs des Animaux, sur leur cou- 
leur pendant la vie, forment un journal de voyage qui sera fort 
utilement consulté par les naturalistes. 

J'ai cru devoir, messieurs, vous rappeler ces circonstances 
afin, de faire remarquer combien nous devons louer le zèle et le 
courage de cet officier, plein d'un véritable amour des sciences 
qui l'a soutenu pendant qu'il rassembloit ces collections offer- 
<,es ensuite à son retour avec générosité, et, dont nous avons à 
vous faire connoître le mérite. 

L'assemblée en a déjà connoissance par une lettre écutede 
Rennes par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, l'un des aides 
naturalistes de l'établissement. 

Les catalogues qu'il a dressés des collections des Mammifères 
et des Oiseaux 5 ceux des Reptiles et des Poissons, faits par M. Ri- 
bron, et de Rotanique par M. Adolphe Rrongniart, nous reur 
dent facile la tâche que vous nous avez demandée. M. Latreille 
a. bien voulu donner lui-même des notes sur la valeur scienti- 
fique des collections Entomologiques, etj'en ai moi-même fourni 
sur les collections de Mollusques et de Zoophytes. 

Je crois devoir vous nommer parnïi les Mammifère* le genre 
Microcèbe, quadrumane propre à Madagascar et encore peu 
i-epandu dans les collections; la grande Rovissette à masque, 
Cinauve-souris que le Muséum n'avoit pas en si bon état; une 



RAPPORT SUR LES COLLECTIONS DE M. SGANZIN. 47 I 

e8|i>éGe nouvelle de Hérisson très remarquable jiar la finesse 
de ses piquants, et enfin le Tenrec soyeux (Gentenes setosus) 
de l'île Bourbon. 

Les Oiseaux sont fort nombreux; nous y trouvons quarante- 
cinq espèces qui feront partie de notre ricbe collection, soit 
parcequ'elles nous font connoître la patrie de quelques unes, 
soit parcequ'elles sont entièrement nouvelles. Nous en remar- 
quons dans tous les ordres; ainsi nous y voyons une espèce de 
Hibou non décrite, un Echenilleur dont la tête seule est noire, 
l'Eurycèi-e sous les difféi'ents plumages qu'il prend avec l'âge, 
une grande espèce de Coucou, voisine du Guculus pyrrhoce- 
pbalus, une Caille à gorge noire mâle et femelle, une Bécassine, 
un Pluvier, un grand Héron cendré, et une fort jolie Hirondelle 
de mer. 

La collection de Reptiles est moins nombreuse, car elle ne se 
compose que de dix espèces, mais elle nous foui-nit une belle 
et nouvelle Émyde à plastron mobile, dont les congénères 
sont réunies sous le nom Pyxis par Merrem. Dans l'ordre 
des sauriens, je citerai un fort joli Scinque que l'on peut nom- 
mer Scincus moniliger, à cause de ses taches blanches et perlées 
disposées comme des chapelets sur un fond jaune. Je dois en- 
core parler de deux belles couleuvres verdâtres et d'une nouvelle 
espèce à museau prolongé plus que dans aucune autre connue; 
elle est du genre Druynus. 

La collection de poissons renferme aussi plusieurs objets pré- 
cieux, parcequ'elle a été faite à Madagascar sur la côte visitée 
par Commerson en 1770. Ces poissons nous serviront à recon- 
noître dans les descriptions de cet habile naturaliste les espèces 
que nous ne pouvions pas encore déterminer avec le degré de 



4^2 RAPPORT SUR LES COLLECTIONS DE M. SGANZIN. 

certitude que nous apportons aujourd'hui à ce genre de travail. 
Ainsi le Psettus rhombus de Commerson va être mieux connu ; 
nous établirons les différences qui existent entre le grand Diodon 
tacheté, décrit et dessiné par Commerson, et qui a été gravé dans 
l'ouvrage de M. de Lacepède, pour représenter l'espèce des An- 
tilles, avec laquelle ce célèbre naturaliste le confondoit. Nous 
trouvons aussi des espèces nouvelles parmi 1-es Sargues, les 
Amphacanthes, et les Nasons. 

Les recherches de M. Sganzin en conchyliologie n'ont pas été 
moins heureuses, car elles nous ont procuré plusieurs individus 
d'espèces rares et recherchées. 

Nous en trouvons parmi les Hélices, lesMélanies, les Pyrénes, 
les Nérites, les Cônes, etc. Sa collection se compose de dix-neuf 
espèces et de soixante-quatre individus. 

Les animaux articulés réunissent onze sortes de Crustacés, 
un Arachnide, le Scorpio afer , et trente Lépidoptères, tous fort 
beaux, et parmi lesquels on doit citer d'abord l'Urania ryphaeus, 
l'un des j)lus rares et des plus beaux papillons, connus, et plu- 
sieurs espèces des genres Acraea, Hesperia, Piéris et Glaucopis. 

L'herbier renferme environ trois cent cinquante plantes, dont 
quarante-deux manquent aux collections déjà si nombreuses du 
Muséum. 

L'exposé de ces résultats prouve l'ardeur que M. Sganzin, em- 
ployé à d'autres travaux souvent périlleux, a mise à s'occuper de 
l'histoire naturelle. Il mérite donc l'approbation et la reconnois- 
sance des naturalistes par ce service rendu aux sciences, et sur- 
tout à cause de la générosité avec laquelle il a donné au Mu- 
séum une partie de ses collections. 



CORRESPONDANCE. 



EXTRAIT 

D'UNE LETTRE DE M. JACQUEMONT, 

ADRESSÉE A M. A. DE JUSSIEU, 

Et datée de Sabathou, dans l'Himalaya anglais, entre la Jumnah et le Sutledge, 

le i" décembre i83i. 

Mes observations barométriques portent à i,63o mètres environ (si 

j'ai bonne mémoire) le niveau de Cacbemyr au-dessus de la mer. Cette dé- 
termination est susceptible d'une approximation plus précise, et je la recti- 
fierai, comme de raison, lorsque je posséderai les moyennes barométriques 
mensuelles de midi, à Calcutta et à Bombay, pour l'année présente. Le climat 
de la vallée a une étonnante ressemblance avec celui de la Lombardie. C'est 
la même coupe des saisons , la même répartition du froid et du chaud , du 
sec et de l'humide , dans les divers mois de l'année. Il va sans dire que cette 
similitude singulière du climat entraîne celle des productions végétales. Cela 
est vrai des plantes aquatiques surtout, à l'exception d'un petit nombre d'es- 
pèces indiennes qui sont montées là je ne sais comment; tout le reste est 
européen. 

La Flore alpine de l'Himalaya est fort pauvre. Cette pauvreté tient sans 
doute au peu de variété des sites alpins dans ces montagnes. A l'exception de 
Cacbemyr, je n'y ai pas vu une seule vallée qu'on n'appelât dans les Alpes une 
gorge étroite. Elles manquent également de plateaux. Les sols ont aussi peu 
de diversité que les sites. Ils sont maigres en général. Dans les régions les 
plus élevées, les graminées disparoissent presque entièrement, au lieu de 
s'y modifier, comme dans les Hautes-Alpes , sous une multitude de types 
particuliers à ces hautes stations. Plusieurs chênes très difficiles à distinguer 
les uns des autres sont épars dans la région moyenne, depuis la hauteur 
de i,5oo mètres jusqu'à 2,5oo L'un d'eux, le seul qui soit facile à distin- 
guer, et qui ressemble à une des espèces d'Amérique à feuilles de châtaignier 
(mais persistantes), forme de basses forêts peu touffues, associé, au sud du 



474 CORRESPONDANCE. 

Sutledge, à un très grand Andromeda et à un superbe Rhododendron, l'un et 
l'autre aussi grands que lui. Les autres croissent plus haut, et sont mêlés sou- 
vent au cèdre, tout-à-fait semblable pour le port, à celui du Liban, à deux 
sapins qui représentent merveilleusement, s'ils ne sont même notre Abies 
excelsa et abies pectinata, un pin assez semblable pour le port au Pinus stro- 
bus, l'if, deux érables de port européen, et un œsculus non décrit dans le 
Prodromus, identique pour le port et la stature au marronnier d'Inde, dont il 
diffère par ses capsules lisses, la forme de ses fleurs, ses jeunes pousses 
glabres , etc. , etc. J'omets le noyer et quelques autres. 

Ces: forêts expirent à 3,ooo ou 3,5oo métrés. Il n'y a au-dessus que des 
bois de bouleaux, que dépasse seul un Rhododendron, le plus beau de tous 
(Rh. Campanulatum), puis des pâturages. Mais ce n'est pas le tapis de 
velours jeté sur les Alpes, entre leurs forêts et leurs neiges éternelles, de 
même que dans les étroites vallées de l'Himalaya , vous chercheriez vaine- 
ment les prairies fleuries de uos montagnes d'Europe. 

Consolez-vous donc, mon cher ami , de ne voir qu'au coin du feu, entre les 
feuilles de mon herbier, les foréte et les herbages de l'Himalaya. Vous me 
parlez dans votre lettre d'un mélange de formes tropicales et de formes 
alpines qui pourroient se trouver associées dans la région inférieure de ces 
montagnes. Mais à l'exception du Pinus longifolia (qui ressemble beaucoup 
au Pinus Pinea) , aucun type alpin ne descend dans les basses vallées. Les 
forêts de Shorea robusta, de Bombax, et de cette quantité d'arbres nouveaux 
décrits par Roxburgh, habitent exclusivement les vallées appelées Dhoûnes, 
célèbres par leur chaleur et leur humidité perpétuelles, par leur épouvan- 
table insalubrité, qu'une foible rangée de collines très basses sépare seule 
des plaines adjacentes dont elles excédent à peine le niveau. J'ai vu un décès 
Dhoûnes l'an passé, au nord de Saharunpore. C'est le plus septentrional detous, 
et de tous , par conséquent, celui dont la végétation est le moins luxuriante 
D'ailleurs je le traversois au mois d'avril, avant la saison dés pluies, et c'est 
dans cette saison' qu'il faut y herboriser. Wallich, malgré son zèle, l'a fait 
peu lui-même. C'est un amusement trop dangereux. Il y a sept ou huit contre 
un à parier qu'un Européen y prendra la fièvre des Jungles , dans la plus for- 
midable de ses variétés. Les Indiens eux-mêmes la contractent fréquem- 
ment, et comme nous souvent y succombent. Cela est si bien connu du 
gouvernement, que, pour se défaire des malfaiteurs condamnés aux travaux 



CORRESPONDANCE. 4^5 

forcés, on les occupe à percer des routes dans ces Dhoûnes, travail presque 
toujours mortel à ceux qu'on y contraint. 

Ces forêts épaisses ; si humides, si insalubres, sont la retraite des éléphants, 
des rhinocéros et des buffles sauvages. Au nord de Benaresse, en Oude, 
au nord de Patna, sous le Népal, et plus loin au sud-est, vers Silhet, ces ani- 
maux sont extrêmement communs. Dans les Dhoûnes de Saharunpore , et 
même ceux de Nahan, qui est sur la rive droite de la Jumnah, il y a encore 
quelques éléphants. Je le sais pertinemment pour avoir vu en herborisant les 
traces les moins équivoques de leur passage très récent. J'étois à pied, ce qiui 
ne me rendit pas ma découverte plus agréable; car la rencontre de ces ani- 
maux est très dangereuse. Ce qu'on dit d'ailleurs de leur vitesse est un conte. 
A cheval, je me soucierois fort peu d'en avoir une vingtaine à mes trousses. 
Peut-être est-ce l'éléphant d'Afrique qui a fait au genre cette réputation de 
vitesse. J'ignore s'il la mérite davantage que celui de l'Inde qui n'y a aucun 
titre. L'éléphant le plus agile, qui fuit à la chasse devant un tigre, ne fait pas 
plus de trois lieues à l'heure , et il ne sauroit garder cette allure une kerare 
entière. Il faut le forcer pour lui faire faire soulprnent deux lieues à l'heure : 
il se déhanche et se fatigue déjà beaucoup à ce train. Son pas uaturel est celui 
d'un homme qui marche bien , une lieue et demie à l'heure, ou quelque peu 
davantage. 

Jusqu'ici, depuis mon arrivée dans l'Inde, je n'y ai encore vu aucune forêt 
qui réalisât ce qu'un botaniste rêve du tropique, ce que j'avois admiré avec 
passion à Saint-Domingue, à Bourbon, et aux environs de Rio-Janeiro. Le 
mot indien àe jungle, que les Anglais ont adopté, sonnoit d'abord bien haut à 
mon oreille. Ils faisoient de leurs jungles de si terribles descriptions, que 
je m'attendois à voir des forêts d'arbres gigantesques enlacés d'une manière 
inextricable par des lianes épineuses retombant de leurs cimes en cascades 
mouvantes de fleurs éclatantes et parfumées. Les palmiers ne manquoient 
pas dans cette création de mon imagination , et ils épanouissoient leurs 
gerbes élégantes ou majestueuses au-dessus de la zone dense des forêts. 
Derrière chaque tronc, j'avois embusqué un tigre , ou caché un serpent 
monstrueux , et peuplé ma forêt des hôtes les plus pittoresques. On dit que 
vers Silhet , sur le Barrampooter , la nature m'eût montré la réalisation de 
ma peinture imaginaire ; mais ce qu'il y a de certain , c'est que je n'ai encore 
reconnu nulle part un seul de ses traits. 



476 CORRESPONDANCE. 

Pour achever de vous surprendre , je vous avouerai encore que . 

malgré mon vif désir d'observer cette maladie, je n'ai pas jusqu'ici réussi à 
voir un seul cas de choléra-morbus , dont quelques uns, de mes amis peut- 
être m'ont déjà cru mort plusieurs fois , si quelques unes de mes lettres se 
sont perdues et les ont laissés long-temps sans nouvelles de moi. On n'en voit 
presque jamais de cas isolés, et (dois-je m'en plaindre?...) il ne régnoit endé- 
miquement dans aucun des lieux que j'ai traversés successivement. Cet été, il 
faisoit de grands ravages à Calcutta , à Benaresse, à Agrah, et dans quelques 
autres villes riveraines du Gange ou de la Jumnah. Depuis treize ans on l'a 
vu aussi deux fois à Cachemyr. Il y en a trois, il a prodigieusement éclairci le 
régiment de Gourkhas qui y garnisonne. 

Tout mon bagage embarqué à Dehli, je prendrai la route de Bombay, où je 
tâcherai de me remiser dans la saison des pluies qui n'est pas tenable (et 
que personne n'a fait l'expérience de tenir) sous une tente. J'irai ensuite 
fouillant les forets des Gates vers le cap Comorin, où j'espère voir ce qui m'a 
fait faute jusqu'ici. Il y a au reste une raison fort satisfaisante pour que les 
traits d'une nature tropicale aie»' manqué aux tableaux que j'ai vus jusqu'ici 
dans l'Inde; c'est qu'en sortant il y a deux ans de la grande rizière du Ben- 
gale , je suis sorti aussi du tropique , et depuis m'en suis éloigné constam- 
ment. La grande étendue de la chaîne de l'Himalaya que j'ai parcourue, est 
comprise très obliquement entre le 3o et le 35' degré de latitude. En arrivant 
ce matin ici , j'ai salué en botaniste deux grands Borassus flabelliformis qui 
y semblent fort dépaysés. Cet arbre est très commun à Pondichéry et au 
Bengale; mais autour de Delhi, d' Agrah, il n'y en a déjà plus aucun. A Be- 
naresse même ils sont fort rares dans la campagne 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



DES ARTICLES. 



Apogon. Descriptions de plusieurs es- 
pèces nouvelles de poissons de ce 
genre, par M. Valenciennes , p. 5i. 

Âranéides. Vues ge'nérales sur ces ani- 
maux, suivies d'une notice sur quel- 
ques espèces de Mygales inédites, 
et de l'habitation de celles qu'on 
nomme Ntdulans, par M. Latreille, 
6i. 

Animaux envoyés au Boî par l'empereur 
de Maroc et reçus à la ménagerie 
du Muséum , par M. F. Cuvier, 4o4- 

Bouillon de la Compagnie hollandaise. 
Rapport fait à l'Académie des scien- 
ces, par M. Chevreul, 283. 

Clavija. Description d'une nouvelle es- 
pèce, accompagnée de quelques con- 
sidérations sur les caractères et les 
ciffinités de ce genre et des genres 
voisins, par M. Desfontaines, SgS. 

Collections nouvelles reçues au Muséum , 
par M. Geoffroy Saint-Hilaire, 4o5. 

Denticrures , famille des Brachélytres. 
Considérations sur les insectes co- 
léoptères de cette tribu, par M. La- 
treille, 77. 

Essai pour servir à la détermination de 



quelques animaux sculptés dans 
l'ancienne Grèce, et introduits dans 
un monument historique enfoui 
durant les désastres du 3' siècle, par 
M. Geoffroy Saint-Hilaire, page 23. 

Fraxinelle. Sur rinfl£unmation de cette 
plante, par M. Biot, 273. 

Fischer, directeur du Jardin impérial 
de-Saint-Pétersbourg, extrait de sa 
lettre à M. de Mirbel ,819. 

Graphiure et Cercomysde l'oiclre des ron- 
geurs. Description des caractères 
propres à ces genres, par M. F. Cu- 
vier, 44 1 ■ 

Herbiers de la Compagnie anglaise des 
Indes orientales, page 3ig. 

Hyoïde. Observations sur la concor- 
dance des parties de cet os dans les 
quatre classes des animaux verté- 
brés accompagnant, à titre de com- 
mentaire, le tableau synoptique où 
cette concordance est exprimée figu- 
rativement, par Af. Geoffroy Saint- 
Hilaire, 321. 

Jacquemont, voyageur naturaliste du 
Muséum en mission aux Indes orien- 
tales; ses lettres, i35et473. 



478 

Machœra. Description du poisson de ce 
nom, par M. G. Cuvier, page 43. 

Marchanda polymorpha. Recherches ana- 
tomiques et physiologiques pour 
servir à l'histoire du tissu cellulaire 
de l'épiderme et des stomates , par 
M. de Mirbd, gS. 

Ornithologie. Considérations sur les ca- 
ractères employés pour la distinc- 
tion des genres, des familles et des 
ordres , et détermination de plu- 
sieurs genres nouveaux, par M. Isi- 
dore Geoffroy Saint-Hilaire , SSy. 

Pourpre, Ricînule, Licorne et Concholé- 
pas de Lamarck. Disposition mé- 
thodique des espèces récentes et 
fossiles de ces genres, et dpsori^don 
des espèce* nouvelles ou peu con- 
nues, faisant partie de la collection 
du Muséum d'histoire naturelle de 
Paris, par M. de Blainville, 189. 

Plantes. Quelques observations et expé- 



TABLE ALPHABETIQUE DES ARTICLES. 



riences sur leur fécondation, par 
M. Desfontaines, 205. 
Porc-Epic. Recherches sur la structure et 
le développement de ses épines , 
suivies d'observations sur les poils 
en général , et leurs caractères zoo- 
logiques , par M. F. Cuvier, 409. 

Sable fertilisant. Examen chimique , par 
M. Chevreul, 1 3 1 . 

Seiche. Ses oeufs, par M. G. Cuvier, i53. 

Squale. Description d'une grande es- 
pèce, par M, Valenciennes, 454- 

Sga7izin. Rapport sur les collections rap- 
portées par lui , par M. Valencien- 
nes, 469- 

Thysanoares. De l'organisation exté- 
rieure et comparée des insectes de 
cet ordre, par M. Lalreille, 16 1. 

Fespertilions. Essai de classification na- 
turelle et description de plusieurs 
espèces de ce genre, par M. jF. Cuvier, 
page I". 



FIN DE LA TABLE ALPHABETIQUE. 



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