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i 



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REVUE CRITIQUE 



D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 



RECUEIL HEBDOMADAIRE 



Directeur : M. Arthur CHUQUET 



TRENTE-NEUVIÈME ANNÉE 



DEUXIEME SEMESTRE 



Nouvelle Série. — Tome LX 




PARIS 
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE 
DE l'kCOLE des langues ORIENTALES VIVANTES, ETC. 

28, RUE BONAPARTE, 28, VI« 
1905 



'on-^ 






■s 



I 



ANNEE 1905 



TABLE DU DEUXIEME SEMESTRE 



TABLE ALPHABETIQUE 



Actes des Apôtres, trad. Rose (Paul Lejay) 5o8 

Ader, Poésies, p. Vignaux et Jeanroy (E. Bourciez) 406 

Ahlberg, L'accent latin (E. T.) 296 

Alger (Congrès d'), Recueil de mémoires et de textes 

(Cl. Huart) 422 

Allard, Julien l'Apostat 11 et iii (J. Bidez) 464 

Alston, Le droit constitutionnel moderne (H, Hauser). . . 175 
Altmann et Bernheim, Recueil de documents sur la Consti- 
tution, V éd. (R.) 456 

Amatucci, L'Amphitryon de Plante, I (E. T.) 

— L'éloquence judiciaire à Rome avant Caton, I. (E. T.). 79 
Amsterdam, Académie des sciences, Concours de poésie 

latine (P. L.) 420 

Angyal, Les rapports de la Transylvanie et de l'Angleterre 

(R.) 494 

Apôtres (Actes des), p. Wordsworth et White (P. Lejay) . . 446 

Appleton, Une formule de vente (P. T.) 80 

Archambault, Un traité de Justin l'apologiste (P. L ). . . . 419 
Archives des affaires étrangères. Inventaire sommaire, cor- 
respondance politique, I (A. C) 274 

Arnim (d'), Zenon et ses disciples (J. Bidez) 326 

Arnold, Les mètres du Véda (V. Henry) 401 

AsMus, Les écrits de Julien (My) 87 

Assyriologie (Contributions à 1'), V, 3 (F. Thureau-Dan- 

gin) • • 

AuDOLLENT, Carthagc romaine 

— Lamelles imprécatoires (A. Merlin) 83 



382 



VI TABLE DES MATIERES 

pages 

Augustin, Lettres, III, p. Goldbacher (P. Lejay) 327 

AuLARD, Actes du Comité, XVI 400 

AuRiOL, La France, l'Angleterre et Naples de i8o3 à 1806 

(A. C.) 35 

AvENEL (d'), Les Français de mon temps, 6' éd. (L. R.). . . i35 

Bâcher (W.), La terminologie des Amoréens (A. L.). . . . 217 

Baillet, Les déesses-mères d'Orléans (C. E.-R.) 100 

Ball, La satire de Sénèque, TApocolocyntose (P. Lejay). . 184 

Bartholom.î:, Les gâthâs (A. Meillet) 181 

Bastin, Précis de phonétique (Léopold Sudre) 447 

Baudin (Pierre), L'armée et les états-majors (Henri 

Baraude) i58 

Baudrillart (A), Quatre cents ans de Concordat (A. Ma- 

thiez) 73 

Baumann (J.), Critique de Haeckel (A. L.) 217 

BiiuMER, Histoire du bréviaire, trad. par dom Biron (Paul 

Lejay) 43o 

Baumgarten, Le but idéal de l'éducation (Th. Sch.) 36o 

Bayet, Précis de l'histoire de l'art (A. C.) 296 

Bellermann, Les drames de Schiller, 3" éd. (A. C.) 37 

Ben Jonson, p. Mallory et De Winter (Ch. Bastide). ... 137 

Berendts, Zacharie et Jean-Baptiste (P. L.) 349 

— Porphyre Uspenkij (P. L.) 349 

Berlière, Les évêques auxiliaires de Cambrai et de Tour- 
nai (E.) 455 

Bertholet, Le bouddhisme (Sylvain Lévi) 426 

Besse (dom). Saint Wandrille (M. D.) 419 

Besso, Rome et le Pape dans les proverbes (C. Pitollet). . . 484 

Besson, Schiller et la littérature française (A. C.) 272 

Betz-Baldensperger, La littérature comparée (A. C). . . . 295 

BiESE, Choix des élégiaques latins (E. T.) 297 

BissiNG (de) et Weigall, Le mastaba de Kemnikaï (G. Mas- 

pero) 261 

Bjoernbo et Petersen, Clavus (A. Loisy) 25 

Blass, Le rythme de la prose asiatique (Paul Lejay). . . . 479 

Blok, Histoire des Pays-Bas, II, trad. Hontrouw (R.) . . . 329 

Bloomfield, Cerbère (E. T.) 298 

Blôte, La légende du chevalier au cygne (Alphonse Bayot). 53 

BocKENHEiMER, Maycuce et l'Union des Princes (A. C). . . 269 

— Le maire mayençais Macke (A. C.) 269 

BoiSACQ, Lexique étymologique grec fV. H) 99 

BoNNEFONs, Marie-Caroline, reine des Deux-Siciles (A. C). 257 

BoNzoN, Les clubs de femmes sous la Révolution (A. C). . 270 
Bouché-Leclercq, Histoire des Lagides, I et II (H. d'Ar- 



TABLE DES MATIERES Vif 

pages 

BouRciEz, Réponse à une lettre de M. Ant. Thomas 120 

BouRDEAU, Socialistes et sociologues (A. C.) 398 

Bourgeois (Em.), Manuel historique de la politique étran- 
gère (R.). 488 

Bourget et Salomon, Bonald (Paul Lejay). 5o8 

BouTARD, Lamennais, sa vie et sa doctrine, la renaissance de 

l'ultramontanisme (Léon Servien). 396 

BoYER (P), Un vocabulaire français-russe de la fin du 

xvi* siècle (V. H.) 483 

Bradtke, Dialogue entre Simon et Théophile (Paul Lejay), 5o6 

Brandes (G.), Figures et pensées (A. C.) 399 

Brandes (W.), Auspicius de Toul (P. L.) 417 

Brechts, Les auteurs des Litterae obscurorum virorum 

(A. C.) 33o 

Bréhier, Un discours de Psellos (My) 39 

Brémond, Newman (Paul Lejay) 5o8 

Brette, Documents sur la convocation des Etats-Généraux, 

III (A. C.). 286 

Breymann, Études sur Calderon, I (H. Léonardon) 8 

Brockelmann, Grammaire syrienne, 2^ éd. (R. D.) 490 

Broglie (abbé de), Preuves psychologiques de l'existence de 

Dieu (A. L.) 218 

Brown (E. H.), Belles-Lettres Séries (V. H.) 40 

Brùgel, Les Universités populaires (Th. Sch.). ... ... 359 

Brun (Félix), Inventaire sommaire des archives de la guerre, 

III, I (A. C.) 274 

Brunetière, Histoire de la littérature française classique, I, 

I et 2 (Henri Hauvette) 14 

Brunot, Histoire de la langue française, I (E . Bourciez). . 3oi 
Bûcher, La formation de l'économie politique (Henri 

Hauser) 75 

Buffon, p. GoHiN (Marc Citoleux) 469 

Byzantines (Chroniques) tome XI, fasc. i et 2 (My) ']" 

Cabrol (dom), Dictionnaire d'archéologie chrétienne, V- 

VII (P. L.) 416 

Cagnac, Le respect de l'enfant (Th. Sch.). , ; 359 

Gagnât et Besnier, Année épigraphique (P. G.) 469 

Cahuet, La question d'Orient dans l'histoire contemporaine 

(R. Guyot) 72 

Galand, Le Sûtra de Jaimini (V. Henry) 421 

Calmes, Les épîtres catholiques et l'Apocalypse (A. Loisy). 143 
Cambridge Modem History, III, Les guerres de religion 

(H. Hauser) \ . 28 

Cambridge (Histoire moderne publiée par l'Université de) 

YIII. Révolution française. — R. Guvot 3q3 



388 



V„T TABLE DES MATIERES 

*"' pages 

Candel, Les clausules de Sedulius (Paul Lejay) 481 

Canonge, La campagne de 1769 en Corse et le maréchal de 

Vaux (A. C.) 267 

Caussy, Laclos (Ty) • • • 214 

Chantepie de La Saussaye, Manuel d'histoire des religions, 

3= éd. (Alfred Loisy) 5o4 

Charavay (Et). Assemblée électorale de Paris, 2 septembre 

1792-17 frimaire an 11 (A. C.) 269 

Chardon, Nouveaux documents sur les comédiens de 

campagne (L. R.) 

Cheyne, Problèmes bibliques (A. Loisy) 21 

Chiarini, Vie de Léopardi (Gh. Dejob) 41^ 

Chotzner, L'humour des Hébreux (Z.) 520 

Cicéron, De Oratore, p. Courbaud (René Pichon) 466 

Clairin, Exercices français entièrement nouveaux extraits 

du Dictionnaire de l'Académie (E. Bourciez) 194 

Clark, Le Cicéron deCluny (E. Thomas) 228 

CoBB, Les systèmes de métrique hébraïque (A. Loisy). ... 168 

C0NDAMIN, Le livre d'Isaïe (A. Loisy) 61 

Congrès des Universités populaires (L. R.) 140 

Congrès international des sciences historiques, actes, IV. 

(N.) 495 

Contributions à l'histoire ancienne, IV, 3 ; V, i (Am. Hau- 

vette) 

CoRDiER (Henri), L'expédition de Chine en 1 857-1 858, his- 
toire diplomatique, noies et documents (A. C.) 60 

CoRNiLL, Les livres canoniques de l'Ancien Testament 

(A. Loisy) 141 

Courtney, Bibliographie anglaise (Ch. Bastide) i38 

Coutanceau, La campagne de 1794 à l'armée du Nord, II. 

(A. C.) 287 

Couvreur, Dictionnaire chinois (H. Cordier) 81 

Criste, Le prince feld-maréchal Jean de Liechtenstein (A. C.) 271 

Crohns, La sorcellerie (E.) 458 

CuMONT et BoLL, Catalogue des manuscrits astrologiques 

grecs (My) 253 

Cunéiformes (textes) du Musée britannique, XVIII-XXI 

(F. Thureau-Dangin) 223 

CuRcio, Appendix Vergiliana (E. Thomas) i 5o 

Dahlke, Essais sur le bouddhisme, II (Sylvain Lévi) 426 

Dahlmann-Waitz, Sources de l'histoire d'Allemagne, I, 7' éd. 

(R.) ' 405 

Dareste, Haussoullier, Th. Reinach, Recueil des inscrip- 
tions juridiques grecques, II, 2 et 3 (P. Guiraud) 64 

Davies, Les tombes d'El Amarna, II (G. Maspero) 345 



3 



TABLE DES MATIERES IX 

pages 

Decharme (P.), La critique des traditions religieuses chez les 

Grecs des origines au temps de Plutarque (Albert Martin). 46 

De Jonge, Les clausules dans saint Cyprien (Paul Lejay). . . 481 

Del Vecchio, Le sentiment juridique (E. T.) 297 

Demoulin, La tradition manuscrite du Banquet des Sept 

Sages (My) 39 

— Les Rhodiens à Ténos (My) 3g 

Derenbourg, Opuscules d'un arabisant ('Ch. Dejob) 161 

Derrécagaix, Le maréchal Berthier, II (A. C.) i33 

Desmons, La conquête de Tournai (Fb.) 334 

Dessmann, La constitution agraire de la Silésie. (R.) 492 

Destrem, Le dossier d'un déporté (A. G.) 33 

Dhaleine, Hawthorne (Gh, Bastide) 437 

DiÉMER (Marie), La légende dorée de l'Alsace (R.) 495 

Dresch, Gutzkow et la Jeune Allemagne (A. G.) 339 

Drescher, Les poésies satiriques de Rachel (A. G.) 266 

Dreyfus (Robert), Vie et prophéties de Gobineau (G. T.). . 375 
Droysen, Bibliographie des œuvres en prose de Frédéric II 

(L. R.) 238 

DuBiEF, A travers la législation du travail (H. Hauser) .... 176 
Du Bled, La Société française du xvi* au xx« siècle, 5. 

(L. R.) ' 139 

DucROCQ, Du Kremlin au Pacifique (Ty) 259 

DuHM, Les hommes de Dieu (A. L.) 216 

Du Bourg, Saint Odon (M. D.) 219 

DuFouRCQ, Saint I renée (Paul Lejay) 5o8 

Dumas (F.), Le traité de commerce de 1786 (Gh. Schmidt). 369 

DuvERNOY et Harmand, Le tournoi de Ghauvency (A. G.). . 265 

Edda, p. Gering. (A. G.) 490 

Eggeling, Gatalogue de manuscrits sanscrits [V. H.) ... . 38 

Ehwald, Le poème d'Aldhelm sur la virginité (A. L.). . . . 417 
EicHHOFF, Les deux plus anciennes éditions de Roméo et 

Juliette (Gh. Bastide) 238 

EisENMANN, Le compromis austro-hongrois de 1867; étude 

sur le dualisme (B. A.) 5/ 

Elkar, Le Vindiciae contra tyrannos. (R.) 469 

Ellis, Gatulle(E. T.) 40 

Enders, La catastrophe dans le Faust de Gœihe (L. R.), .. 239 

Enéide, I, p. Pascal; — III, p. Sidgwick (E. Thomas). . . 80 

Engel (M""^) ou Régula Egli, l'Amazone suisse (A. G.). . . 71 

Engerrand, Six leçons de préhistoire (S. R.) 474 

— Société préhistorique de France (S. R.) 474 

Erman, La religion égyptienne (G. Maspero) 241 

Erman et HoRN, Bibliographie des Universités allemandes, 

II (R.) 402 



X TABLE DES MATIERES 

pages 

Ermoni, Saint Jean Damascène. (Paul Lejay) . 5o8 

Esterhazy, Mémoires, p. E. Daudet (A. C.) 9 

EvETTS, Histoire des patriarches d'Alexandrie (F. Macler). 124 

Ewald, Les problèmes du romantisme (L. R.) 391 

Eyth, Conférences sur l'Egypte (G. Maspero) io5 

Fairclough, L'Andrienne. (P. L) 176 

Faverot DE Kerbrech, Mes souvenirs (A. C.) 273 

Ferrara, Le mot scutula (E. T.) 

— La Laus Pisonis (E. T.) 298 

Ferrero, Grandeur et décadence de Rome, I (Paul Guiraud). 86 

Festa, L'Odyssée de Pindemonte (My) 237 

FiEBiG, Mischna, trad. (A. L.) 519 

Fischer (E.-F), La doctrine de Mélanchton sur la conver- 
sion (A. L.) 217 

Fisher, L'état napoléonien en Allemagne Ch. Schmidt). . 352 

Flamini, Pages de critique et d'art (Ch. Dejob) 32 

Flemming et LiETZMANN, Lcs écrits d'Apollinaire en syrien 

(J.-B. Ch.) 383 

Florenz, Histoire de la littérature japonaise (M. Courant). 32 1 

Foerster (E.), Pourquoi nous restons dans l'Eglise (A. L.). 216 

Forster, Chansons, p. M. E. Mariage (A. C.) 266 

Fossey, Manuel d'assyriologie, I (H. Hubert) 41 

François, La grammaire du purisme (E. Bourciez) 470 

Francotte, Loi et décret dans le droit public des Grecs 

(P. G.) 78 

Frank, Une scholie de Médée (My) 38 

Friedwagner, Chants roumains de la Bukovine (L. P.) . . . 3oo 
Funck-Brentano, Les sophistes français et la Révolution 

européenne (L. R.) 56 

Furrer, La Vie du Christ (A. Loisy) 23 

Gardiner, L'inscription de Mes (G. Maspero) 342 

Garnett et Gosse, Littérature anglaise iA. c.) 35i 

Gaskoin, Alcuin (P. L.) 35o 

Gazier (Georges), Un manuscrit de Nodier. 

— Les maisons natales de Nodier et de Proudhon (A. C). . 38o 

Geiger (L.), La jeunesse de Chamisso (A. C.) 436 

Geiger (W.), Le Dipavamsa et le Mahavamsa(V. H.) .... 341 

Giese, Les droits fondamentaux des citoyens (N.) 494 

Giesebrecht, La métrique de Jérémie (A. Loisy) 22 

Giraud-Teulon, Les origines de la papauté (M. D.) 419 

GiRoux, L'archevêque Pellevé 496 

Glachant, Causeries sur Fontenelle (L. R.) 390 

Glotz, La solidarité de la famille en Grèce (Théodore 

Reinach) 497 

GocKLER, La pédagogie de Herbart (Th. Sch.) 359 



TABLE DES MATIERES XI 

pages 

GcetzeciDrescher, Hans Sachs, Fables et farces, V. (A. C). 266 

GoLDSCHMiDT, Kant et Tau delà (Th. Sch.) 357 

GossART, Espagnols et Flamands au xvi^ siècle (Albert Wad- 

dington) 29 

— (R.) ; 458 

— L'auberge des princes en exil (L. R.) 238 

Gosse, Editions anglaises (Ch. Bastide) 299 

GoYAU, L'Allemagne religieuse (P. Lejay) 353 

Grandmaison (L. de), Essai d'armorial des artistes français, 

II (L.-H. L.) 378 

Granié, De l'ancien re'gime à thermidor, Saint-Céré (A. C). 287 

Grass, Les sectes russes (A. L.) 520 

Grisebach, Schopenhauer (Th. Sch.) 358 

GiTiLLAUME, Procès-verbaux du comité d'instruction publi- 
que de la Convention, V (C.) 379 

GuiLLOis (Alfred), Étude sur Olympe de Gouges (A. G.). . 270 

Hale et Bœck, Grammaire latine (P. Lejay) 446 

Hall, Nitokris-Rhodopis (G. Maspero) 263 

Hamy, Le royaume de Tunis en 1271 (A. C.) 375 

Harder, Homère (My) 38 

Harnack, La chronologie de l'ancienne littérature chré- 
tienne (Paul Lejay) loi 

— La mission et l'extension du christianisme dans les trois 
premiers siècles (P. Lejay) 4 

— Militia Christi (P. L.) 416 

Harper, Le texte d'Osée (A. Loisy) 168 

Harrison, Herbert Spencer (Th. Sch.) 358 

Harrisse, Le président de Thou et sa bibliothèque (A. C). . 409 

Hatschek, Le droit public anglais, I. (E.) 486 

Hauck, L'électrice palatine (R.) 459 

Haumonte-Parisot, Plombières ancien et moderne (A. G.). 275 

Hauvette (A.), Archiloque, sa vie et ses poésies (My) .... 65 

Hedicke, Études sur Bentlei (P. T. 79 

Hemme, Ce qu'il faut savoir de grec (My) 237 

Hennecke, Les Apocryphes (A. Loisy) 24 

Henschke (M°^® Marguerite], Prose allemande, Discours et 

essais choisis (A. C.) 400 

Hermann (J.), L'idée de l'expiation dans la Bible (A. L.). .. 216 

Hermann (R.), Le Salut (A. L.) 519 

Hermathena, XXX (P. L.) 177 

Herriot, Un ouvrage inédit de M'"« de Staël (L. R.) .... 379 

Herrmann (P.), L'histoire de Hrolf Kraki (L. Pineau). . . . 491 
Herrmann ('W.). La foi en Dieu et la science de notre temps 

(A. L.). . . : 2.7 

Heumann, L'epyllium alexandrin 'Mv^ 88 



XII TABLE DES MATIERES 

pages 

Heussi et MuLERT, Atlas de l'histoire ecclésiastique (P. L.). 218 

Heyes, La Bible et l'Egypte (G. Maspero) 324 

HiRSCH, Le Journal de Thierry de Buch (A. Waddington) . 38; 

HoEHLBAUM, L'accord de Rense (R.) 328 

HoELSCHER, Le canon biblique (A. L.) 519 

HoFMANN (H.), La théologie de Semler (A. L.) 520 

HoLL, Les Exercices d'Ignace de Loyola (N.) 458 

HoLL, La Doctrine de la justification (A. L.) 52o 

HoMBERG et JoussELiN, La femme du grand Condé (G. G.). 332 

Horace, trad. Motheau (E. T.) 79 

— Trad. Vogt et van Hoffs (P. L.)' 41 5 

HoussAYE, 181 5, tome III (A. G.) 36 

HussEY, Homonymes latins (E. T.) 298 

HuYGENs, Œuvres complètes, X (C.) 259 

Imbart DE LA Tour, Les origines de la Réforme (Henri Hau- 

ser) 471 

Imitation (Catalogue de 1'). — S 420 

Irvine, L'armée des Mogols (Sylvain Lévi) 433 

Islandaise (Société littéraire), I — E. Beauvois 449 

Jacob, Bismarck et l'Alsace-Lorraine (A. C.) 292 

Jacoby (F.), Le marbre de Paros (My) 248 

Janke, Sur les chemins d'Alexandre le Grand (My) 169 

Jaucourt, Correspondance avec Talleyrand (A C.) 336 

Jebb, Traduction de Sophocle (My) ']'] 

Jeremias, Babylone dans le nouveau Testament (A. Loisy). 61 

— Courants monothéistes dans la religion babylonienne 

(F. Thureau-Dangin) 223 

Jérôme (saint), Discours, p. Morin (Paul Lejay) 365 

JoRAN, Le Mensonge du féminisme (S. R.) 461 

— Université et enseignement libre (S. R.) j57 

Jordan (H), Le rythme des textes chrétiens (Paul Lejay). . 480 

JoRGA, Charles XII à Bender (R.) 492 

Josèphe, trad. Th. Reinach (Paul Lejay) 444 

JuRET, Etude grammaticale sur le latin de saint Filastrius 

(P. L.) 418 

JussELiN, Noies tironiennes dans les diplômes (L-H, L.) . . 375 
Jusserand, Histoire littéraire du peuple anglais, II (Ch. Bas- 
tide) 91 

Justin, Apologies, trad. Pautigny (J. B. Chabot) 44 

Juvenal, p Hot;sMAN(P, Lejay) 3 14 

— p L. H. WiLsoN (P. L.) 176 

Kaltenbacher, Le roman Paris et Vienne en ancien fran- 
çais (A. Jeanroy) 385 

KiTTEL, Bible hébraïque, I (A. Loisy) . 141 

Kôhler (W), Catholicisme et Réforme (A. L.) 520 



TABLE DES MATIERES Xllt 

pages 

KoRNEMANN, L'abrégé chronologique de Tite-Live (Paul 

Lejay) i25 

Krueger, Remarques sur la Chronologie de Harnack (Paul 

Lejay) i o i 

Krumbacher, Un manuscrit du Digénis (My) Sg 

Krusch, Columban (P. L.) 367 

Laborde-Milaa, Fontenelle (L. R.) 390 

Lachèvre, Etienne Durant (A. C.) ^78 

Lafaye et Gagnât, Inscriptions grecques relatives à Rome, 

1905 (P. G.) 78 

Lafenestre et Richtenberger, Rome, musées, collections, 

palais (H. de G.) 260 

Lanessan, La morale des religions (Alfred Loisy) 504 

Lanzac de Laborie, Paris sous le consulat (A. Mathiez). . . 372 

Lau, Codex diplomaticus de Francfort, II (E.) 456 

Laveille, Jean-Marie de Lamennais (L. S.) 219 

Leblond, La société d'après les romanciers contemporains 

(F. Baldensperger) 1 15 

Le Breton, Balzac (F. Baldensperger) ii5 

Leclercq (dom), L'Afrique chrétienne, (P. L.) 

L'Espagne chrétienne (P. L.) 4^8 

Lefranc et Boulenger, Comptes de Louise de Savoie (H. 

Hauser) 106 

Lefranc (E), Les conflits de la science et de la Bible (A. L.). 519 

Léger, Souvenirs d'un slavophile (A. C.) 440 

Legg, Documents sur l'histoire de la Révolution française 

(A. C.) . . . 10 

Lemm (O. de), Études coptes, XXVI-XLV (G. Maspero). . . 323 

Lenotre, Le drame de Varennes (A. C.) 95 

Lesne, La hiérarchie épiscopale en Gaule et en Germanie 

(P. L.) 368 

Lestrade, Les Huguenots dans le diocèse de Rieux (Hau- 
ser) 174 

Letainturier-Fradin, Les joueurs d'épée (L. R.) i39 

Levy (Em.), Les noms des divinités égyptiennes (G. Mas- 
pero) 244 

Lévy (L. G.), La famille dans l'antiquité Israélite (A. Loisy). 22 1 

Libanius, p. Foerster, II (My) 426 

Lichtenberger (H.), Heine penseur (A. C.) 338 

Lietzmann, Collection de petits textes pour conférences et 

exercices théologiques (P. L.) 218 

Limes (Le), livraison XXIV 78 

LiNDE, Art et religion (Th. Sch.) . 357 

Litzmann, Le Faust de Gœthe (A. C.) 294 

Lobstein (P.), Fiction et vérité dans notre religion (A. L.). 217 



XIV TABLE DES MATIERES 

pages 

LoMMATZscH, La Mulomedicina de Végèce (E. T.) 298 

Lo Parco, Pétrarque et Barlaam (L-H. L.) 377 

LosERTH, Histoire de la fin du moyen âge (N. Jorga) . ... 4?! 

LoTHAR, Le drame du présent (A. Cj 319 

LoYsoN (M™5 H.), A travers rislam (J.-B. Ch.) 490 

LucHAiRE (Achille!, Innocent III, la croisade des Albigeois 

(L.-H. Labande) 327 

LuMBROso, Pages vénitiennes (A. C.) 400 

— Souvenirs sur Maupassant, sa maladie et sa mort 

(A. C.) 439 

Macdonell, Le Brhaddevata (V. Henry) 201 

Mahabharata (le) de Pratapa Chandra Roy (A. Barth) . . . . 320 
Mahon, Les armées du Directoire. I. Joubert et Champion- 
net (A. C.) 289 

Mallon, Grammaire copte (G. Maspero) 207 

Mangold, Vers de Gresset à Frédéric II (L. R.) 239 

Manheimer, La lyrique de Gryphius (A. C.) 33 1 

Marcus, Choiseul et la catastrophe du Kourou (H. H. . . . 335 

Marti, Le Livre des Douze (A. Loisy) 22 

Martin (E.) et Lienhart, Dictionnaire des patois alsaciens, 

II, 4 (V. Henry) 93 

Martin (Eug.), Saint Columban (P. L.) 417 

Marquiset, A travers ma vie (A. C) 291 

Martersteig, Le théâtre allemand au xix« siècle (A. C.) . . 296 

Martroye, Goths et Vandales (P. L.) 418 

MASsoN(Fréd.), Jadis (A. C.) i34 

— Souvenirs de Maurice Duviquet 'A. C.) i34 

Mathews, L'espérance messianique dans le Nouveau Tes- 
tament (A. Loisy) 309 

Maurer, Ruhl (R.) 107 

Maury, Le coq gaulois (Ty) 98 

Mauss, L'origine des pouvoirs magiques dans les sociétés 

australiennes (S. R.) 279 

Meaux (vicomte de)), Souvenirs politiques, 1 871-1877 ' A. C.) 291 

Medin, Venise dans la poésie (Ch. Dejob) 68 

Meinhold, La Genèse (A. Loisy) 168 

Meister, Doriens et Achéens (Myj 246 

Meistermann, La ville de David (J.-B. Ch.) 490 

Merlant, Le roman personnel (F. Baldensperger) ii5 

Merlette (M"«), La vie et l'œuvre d'Élizabeth Browning 

(Ch. Bastide) 299 

Meyer (a.), La résurrection du Christ fA. Loisy) 186 

Meyer (Edouard), Chronologie égyptienne (G. Maspero) . . 2o3 
Meyer (P.), Pour la simplification de notre orthographe 

(E. Bourciez) igi 



TABLE DES MATIERES XV 

pages 

Meyer (R.-M.), Gœthe, 3«ed. (A. G.) 3i6 

— Figures et problèmes (A. G.) .....' 3i6 

Meyer (W.), Saint Alban (Paul Lejay) 366 

— Mémoires sur la rythmique du moyen âge (Paul Lejay).. -j-j 

Meynier, La Réveillère-Lépeaux, I (A. Mathiez) 371 

Michaux-Bellaire et Salmon, El Qçar El-Kebir, une ville 

de province au Maroc septentrional (N.) 100 

Millet, Pargoire et L. Petit, Inscriptions chrétiennes de 

rAthos(H. Pernot) 5i 

Miquel-Dalton, Les médecins dans Thistoire de la Révo- 
lution (A. G.). 270 

Mitchell, La Law Merchant (H. Hauser) 173 

Mollat, Doléances du clergé de la province de Sens 

(L.-H. L.) 376 

MoMMSEN, Discours et conférences. — Écrits juridiques, I 

(Paul Lejay) 264 

MoNOD (Bernard], Le moine Guibert et son temps (Georges 

Bourgin) 212 

MooRMAN, La nature dans la poésie anglaise de Beovulf à 

Shakspeare (Gh. Bastide) 172 

Moulin, Une année de politique extérieure (L. R.) .... 239 
MouRRE, D'où vient la décadence économique de la France 

(H. Hauser) 275 

MuLLER (Sophus), Histoire de l'Europe primitive (Salomon 

Reinachj 281 

MuNCKER, Lettres de et à Lessing, I et IH (A. G.) 266 

Musset, La coutume de Royan au moyen flge (L.-H. L.). . 377 

Neumann, Le Sutta-Nipâta (V. Henry) 322 

Newmann, Le soudoyer (A. Jeanroy) 482 

NicEFORo, Les classes pauvres [H. Hauser) 460 

NoRDEN, La papauté de Byzance (R.) 5io 

Nouveau Testament (citations du) dans les Pères aposto- 
liques (P. L.) 4i5 

Nouvelle, L'authenticité du quatrième Evangile et la thèse 

de M. Loisy (Alfred Loisy) i35 

Novaesium(R. Gagnât) 283 

NovATi, A travers le moyen âge (Gh. Dejob) 104 

Oertel, Fragments du Jaiminiya-Bràhmana (V. Henry) . . 421 
Omont, Acquisitions de manuscrits de la Bibliothèque 

Nationale (P. L.) 3oo 

Orientale (Une confédération). — J. B 375 

Pactelery, Anthologie française au xix"^ siècle (L. Léger). . 29g 

Pain, Histoire de la Scandinavie (R.) 435 

Palladius, L'Histoire lausiaque, H, p. Butler (Paul Lejay) 348 






pages 



XVI TABLE DES MATIERES 

Pange (de), Introduction au Catalogue des actes de Ferri III 

(E.) 454 

Parisot, Oberlin (R.) 4^0 

Pascal (Carlo), Graecia capta (E. T.) 297 

Paton, Traduction de cinq odes de Pindare (My) ']^ 

Paul, Épitre, trad. Lemonnyer (Paul Lejay) 5o8 

Pears, La destruction de FEmpire grec par les Turcs 

(N. Jorga) ^ 

Pélissier (L. G.), Cent heures à Cracovie (L. R.) 240 

Pellegrini, Les petits rituels égyptiens (G. Maspero) .... i83 

Pérouse, Le cardinal Louis Aleman (R.) 4^7 

Perrenot, Les établissements burgondes dans le pays de 

Montbéliard (C. Pf.) 99 

Perse, Satires, p. Consoli (E. T.) 23o 

Pétrie, Histoire d'Egypte (G. Maspero) 441 

Picard, Bonaparte et Moreau (Louis Madelin) 112 

PiER et Breasted, Une inscription d'Antouf (G. Maspero) . 442 

Piloty, Autorité et pouvoir (Th. Sch.)! 355 

Pizzi, L'islamisme. 

— La religion arabe (René Basset) 225 

Plessis, Poésie latine, Épitaphes (P. Lcjay) 3 12 

PoLiTis, Traditions grecques (H. Pernot) 89 

— Traditions populaires de la race hellénique, 1-2 (My) . . 171 
PoLizzi, Questions de rhétorique dans Cicéron (A. C). . . 297 
P0NTBRIAND (vicomte de), Le général Du Boisguy (A. C). . 288 

PosNANSKi. Schiloh (P. Lejay) 427 

PouzET, Les anciennes confréries de Villefranche-sur- 

Saône (L.-H. L.) 378 

Pradels, Geibel et la lyrique française (A. C.) 3i8 

Preuss, Guillaume d'Orange et la maison de Wittelsbach 

(R). 459 

Rade, Christianisme inconscient (A. L.) 216 

Ranzoli, Manuel des sciences philosophiques (Th. Sch.) , . 356 

Rasi, Ennodius, III (P. L.) 419 

Régnier (Jacques), Les premières étapes de l'anarchisme. . 100 

Reich, Le roi à la couronne d'épines (P. L.) 41 5 

Reinach (Salomon), Apollo, histoire générale des arts plas- 
tiques (S.) i36 

Regnaud, Esquisse de Thistoire de la littérature indo-euro- 
péenne 296 

Reuss, Jean Hermann, notes historiques et archéologiques 

sur Strasbourg (A. C.) 267 

— Idylle norvégienne d'un jeune Strasbourgeois (A. C.) . . 267 

Reynaud (J.j, Lenau, poète lyrique (L. Roustan) 12 

Rigillo, Alboin (E.) 453 



TABLE DES MATIERES XVII 

pages 

RiTTER, Les quatre dictionnaires français (E. Bourciez). . . 438 

RoMUNDT, La critique de la raison pure (Th. Sch.) 357 

Rose, Les Actes des Apôtres (A. Loisy) 143 

RosTOwzEw, Les tessères (R. Gagnât) 346 

RousTAN et Latreille, Lyon contre Paris (L.-H. Labande). 379 
RuGGiERO, Dictionnaire épigraphique, fasc. 80, 81, 82 . . . 78 
Rydberg, Les pronoms compléments en français (E. Bour- 
ciez) 190 

Saint-Simon, Mémoires, XVII 1, p. Boislisle et Lecestre 

(G. Lacour-Gayet) 355 

Sallwurk, Logique et pédagogie (Th. Sch.) 359 

Sandys, La renaissance des études en Italie (P.-L.) .... io5 

Sauzey, Le contingent badois sous l'Empire (A. G.) .... 34 

Schaefer (H.). Les mystères d'Osiris (G. Maspero) 36i 

ScHENKL, Livre élémentaire grec, 24^ éd. (My) 78 

ScHERMANN, La première guerre punique (Em. Thomas) . . 146 
Schlumberger, L'Épopée byzantine à la fin du x* siècle, 

troisième partie (Gh. Diehl) i5i 

ScHMARsow, Principes d'esthétique (S. Reinach) 3i5 

ScHMiDT (Gharles), La réforme de l'Université impériale en 

181 1 (A. Mathiez) 189 

— Le grand-duché de Berg (E. Denis) 129 

ScHMiDT (L,), Histoire des peuplades germaniques, I.(E.) . 453 
Schneider (H.), Les causes dans les chroniques allemandes 

(Th. Sch.) 356 

ScHOEN, Sudermann (A. G.) 3 18 

ScHRijNEN, Introduction à l'étude de la grammaire comparée 

(V. H.) 258 

ScHROPP, Le Faust de Gœthe (L. R.) 139 

ScHucHARDT, Trois mémoires à Mussafia (E. Bourciez) ... 193 

ScHULTz (J.), Les bases de la physique (Th. Sch.) 358 

ScHULz (O, T.), Vie de l'empereur Hadrien (E.Thomas) . 23 1 

ScHWEiTZER, J. S. Bach, le musicien poète (Jules Gombarieu). 277 

Scott (Eva), Le roi en exil (Gh. Bastide) 137 

Séailles, La philosophie de Gharles Renouvier (G. Bougie). 233 

Sébéos, Histoire d'Héraclius, trad. Macler (Gh. Diehl). . . 384 

Seillière, Apollon ou Dionysos (L. R.) 74 

Seybold, Lettre en réponse à l'article de M. Macler sur 

l'Histoire despatriarchesd'Alexandrieéditéepar M. Evetts. 235 
Simmel, Les problèmes de l'histoire de la philosophie 

(Th. Sch.) 356 

Smith (Russell), Le commerce océanique (H. Hauser) .... 174 

Smout, Le dialecte d'Anvers (V. H.) 259 

Société de philologie moderne de Stockholm, Etudes, III. 

(L. Pineau) 491 



I 



XVltl TABLE DES MATIERES 



pages 



SoDEN (Hans de), Le recueil des lettres de Cyprien (Paul 

Lejay] 347 

SoLTAU. Ascension et Pentecôte (A. L.) 216 

Sophocle, Œdipe roi et Œdipe à Colone, p. Blaydes 

(Albert Martin) 143 

SoTTAS, Une escadre française aux Indes en 1690. (Lacour- 

Gayet) 485 

SouTER, L'Ambrosiastre (Paul Lejay) 34g 

Spingarn, La critique de la Renaissance, trad. ital. 299 

— Les sources des Discoveries de Ben Jonson (Ch. Bastide). 1 38 
Spranger, Les fondements de la science de l'histoire 

(Th. Sch.) 357 

Stade, La théologie de l'Ancien Testament, I (A. Loisy) . . 221 

Staehelin, L'antisémitisme dans l'antiquité (A. L.) 216 

Staerck, Grâce et péché (A. L.) 216 

Steenstrup, La tapisserie de Bayeux (Ch. J.) 454 

Steichen, Les Daimyô chrétiens (M. Courant) 38 1 

Steindorff, L'oasis d'Amon (G. Maspero) i63 

Steiner, La libre pensée (Th. Sch.) 3 58 

Stenger, La Société française pendant le Consulat, III 

(A. Mathiez) 372 

Stern (W.), Hélène Keller la sourde et aveugle (Th. Sch.). 3 60 

Stettiner, Le Tugendbund (Ch. S.) 38o 

Stier, Pensées sur la religion chrétienne, réfutation de 

Naumann (A. L.) 216 

Stoïciens (fragments des) 326 

Strack, Feuilles hessoises de folklore (V. H.) 258 

Strasbou»'^ Sa bibliothèque municipale (A. C.) 236 

Sty,ric'Commission historique, publications, xx-xxi (R.). . 495 

"Taccone, Lettre à M. My et réponse de M. My 76 

Taranger, Vieilles lois de la Norvège, II, i (L. Pineau) . . 491 

Tardieu, Questions diplomatiques de l'année 1904 (L. R.) . 239 

Ter-Mikaelian, Les hymnes arméniens (A. L.) 52o 

Terry, Claverhouse (Ch. Bastide) 100 

Tessier, Les relations anglo-françaises au temps de Louis- 
Philippe, l'élection du roi des Belges (A. Mz.) 3g6 

Thalbitzer, L'esquimau (V. Henry) i 

Théodoret, Curatio, p. Raeder i^My) 249 

Thomas (Antoine), Lettre à la direction 37 

Thomas (Paul), Notes critiques sur les Florida d'Apulée 

(P. L.j • 176 

Thumb, Manuel du sanscrit, II (V. H.) 258 

Thureau-Dangin (Fr.), Les cylindres de Goudéa (A. Loisy). 82 
Tommaseo, Chants populaires grecs, p. Pavolini f.Tean 

Psicharij 514 



TABLE DES MATIERES XIX 

pages 

TuRMEL, TertuUien (Paul Lejay) 5o8 

Ubald, Les Opuscules de saint François d'Assise (M. D.) . 219 

Unamuno, La vie de don Quichotte (Camille Pitollet) .... 199 

UssANi, Questions pétroniennes (E. Thomas) 147 

UzuREAU;, Andegaviana, III 498 

UzuREAU, Histoire du champ des Martyrs (A. Mz.) 3g6 

— La constitution de Tan VIII (R.) 493 

Vacandard, Études decritique etd'histoire religieuse (M. D.).. 219 

— Saint Bernard (Paul Lejay) 5o8 

Vancsa, Histoire de la Haute et Basse Autriche, I (R.) . . . 455 

Vanson, Lettres de Campagnes (A. C.) 273 

Vautier, Le voyage de Locatelli en France (L. -H. Labande). 333 
Venturi, Histoire de l'art italien, III. L'art roman (F. de 

Mély) 255 

Vernier, Les deux Bourgognes au xiv^ siècle (L.-H. L.) . . 'i']'] 

ViARD et Déprez, La Chronique de Jean le Bel (E.) 456 

Vidal, Lettres communes de Benoît XII, fasc. IV (L.-H. L.). 376 
VîGNA.^'i, Etuf^>^ critiques sur la vie de Colomb avant ses 

découvertes (B. A.) 432 

ViLLARi, La République de Raguse (N. Jorg)a 7 

Villars, Mémoires, VI (R.) 460 

Vitry, Tours et les châteaux de Touraine (J. M. V.) .... 120 

Vlachos, Le mont Athos (H. Pernot) 5o 

VoïNov, La question macédonienne (L. R.) 140 

VoLLMER, Merobaudes, Dracontius, Eugène de Tolède 

(P. Lejay) 429 

Wackernagel, Grammaire sanscrite, II, i (V. Henry) .... 121 

Weber-Baldamus, Histoire contemporaine, IV (A. C.j . . . 293 

Weil (R.), Inscriptions égyptiennes du Sinaï (G. Maspero). 307 

Welcker, Pour ceux qui rient (Ch. Bastide) 299 

Wendling, Le Marc primitif (A. Loisy) 309 

Wiedemann, Magie et sorcellerie dans l'ancienne Egypte 

(G. Maspero) 166 

WiLKE, Isaïe et l'Assyrie (A. L.). . 217 

WiNCKLER, Tableau de l'histoire orientale (F. Thureau- 

Dangin) 382 

WiTT BuRTON, Le problème synoptique (A. Loisy) 63 

YouNG, Michel Baron (G. Gazier) 35 1 

Zapletal, L'Ecclésiaste (A. Loisy). . 141 

Zeck, Le traité de Dubois sur la Terre-Sainte (E.) 494 

Zielinski, Les clausules dans les discours de Cicéron (Paul 

Lejay) 481 

Zimmermann (Fr.). Les archives d'Hermanstadt (R.) 496 

Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Séances de mai à 
décembre 1905 (Léon Dorez). 



PÉRIODIQUES 

ANALYSÉS SUR LA COUVERTURE 



FRANÇAIS 

Annales de VEst. 

Annales de l'Ecole libre des sciences politiques. 

Annales du Midi. 

Bibliographe moderne. 

Bulletin hispanique et italien. 

Correspondance historique et archéologique. 

Revue celtique . 

Revue d'Alsace. 

Revue de la Société des études historiques . 

Revue de l'histoire des religions. 

Revue des études anciennes. 

Revue des études grecques. 

Revue d'histoire littéraire de la France. 

Revue historique. 

Revue musicale. 

Romania. 

ALLEMANDS 

Altpreussische Monatsschrift . 

Annalen des historischen Vereins fUr den Niederrhein. 

Deutsche Literatur^eitung. 

Euphorion. 

Literarisches Zentralblatt. 

Z eitschrift fUr katholische Théologie. 

ANGLAIS 

Athenaeum. 

BELGES 

Revue de l'instruction publique (supérieure et moyenne) en Belgique. 

GRÉCO-RUSSES 

Revue by:{antine . 

HOLLANDAIS 

Muséum. 

POLONAIS 

Bulletin international de l'Académie des sciences de Cracovie. 



REVUE CRITIQUE 



D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 



N° 27 — 8 juillet — 1905 



Thalbitzer, L'esquimau. — Lehmann, Contributions à l'histoire ancienne, IV, 3 ; 
V, I. — Cardinali, La Crète et la Grèce. — Harnack, Le christianisme aux 
trois premiers siècles. — Pears, L'Empire Grec et les Turcs. — L. Villari, 
La république de Raguse. — Breymann, Études sur Calderon, I. — Valentin 
Esterhazy, Mémoires, p. E. Daudet. — Legg, Documents sur l'histoire de la 
Révolution. — Reynaud, Lenau, poète lyrique. — Erunetière, Histoire de la 
littérat-ure française, I, i et 2. — Académie des Inscriptions. 



A phonetical Study of the Eskimo Language based on observations made on 
a journey in North Greenland (rgoo-igoi), by William Thalbitzer. (Reprint 
from Meddeielser om Groenland vol. XXXI.) — Copenhague, 1904. In-8, 
xvij-406 pp., une carte et un fac-similé d'écriture. 

Il ne manque pas de travaux sur les langues hyperboréennes de 
l'Amérique, mais presque tous affectés de quelque défaut capital : les 
uns émanent de missionnaires très dignes de foi et familiarisés par 
une longue pratique avec l'un des idiomes indigènes, mais ignorant 
tous les autres et surtout dénués de toute éducation linguistique ; les 
autres, de linguistes exercés, mais qui seraient fort incapables de sou- 
tenir en eskimau la moindre conversation et n'ont travaillé que sur 
les documents fournis par les premiers. Pour combler cette lacune, 
un jeune savant danois formé aux meilleures méthodes n a pas craint 
d'affronter les rigueurs et les fatigues d'un séjour de plus d'un an au 
Grônland : il a voyagé en traîneau de village en village, interrogé les 
maîtres d'école, causé avec les illettrés, pris des volumes de notes ' à 
la clarté des courtes journées d'hiver ou de la lampe fumeuse, et 
rapporté de son exploration la matière d'un livre qui reléguera dans 
l'oubli tous ceux de ses plus consciencieux devanciers. 

A la suite d'une brève relation de son voyage, l'auteur rassemble 
dans un exposé historique toutes les données qui ont été fournies sur 
la linguistique et l'ethnographie du Grônland depuis la découverte 



I. Ce que sont ces notes et quel triage judicieux en a dégagé l'esprit, on en 
peut juger par les pp. 97-101, où l'auteur a reproduit intégralement, à titre de 
spécimen, tous les documents par lui recueillis au sujet de la prononciation de 
l'unique consonne v. 

Nouvelle série LX. 27 



2 REVUE CRITIQUE 

(985) jusqu'au siècle dernier. Il aborde ensuite la description détaillée 
du phonétisme du Grônland septentrional : consonnes et voyelles 
classées selon la notation analphabétique de M. Jespersen '; dyna- 
mique du langage, — ainsi qu'on peut s'y attendre, les Eskimaux 
parlent avec une extrême lenteur, 2 syllabes brèves par seconde en 
moyenne (p. 120), — quantité et accent de force (marchant de pair), 
accent musical (noté musicalement) ; combinaison phonétique enfin, 
ou phénomènes de phonétique historique autant qu'on les peut con- 
jecturer pour une langue qui n'a presque pas d'histoire '. 

M. Th. aborde ensuite la phonétique comparée des divers dialectes 
qu'il a pu observer par lui-même, puis étend la comparaison à ceux 
de l'Occident hyperboréen, tchiglerk du Mackenzie, etc., jusques et y 
compris l'aléoute, pour lequel, naturellement, depuis la colonisation 
partielle de l'Alaska par les États-Unis, il dispose de documents 
beaucoup plus scientifiques que la grammaire de Véniaminov, seule 
ressource des linguistes d'il y a trente ans. Aussi rectifie-t-il nombre 
de leurs inductions, qu'il traite d'ailleurs toujours avec une indulgente 
équité. 

La III^ partie de l'ouvrage (p. 271-387J est dédiée aux folkloristes, 
qui y trouveront amplement de quoi s'instruire en se divertissant : 
devinettes et contes; vieilles chansons; jeux d'enfants; lettre d'un 
indigène avec traduction interlinéaire ; cris d'animaux imités par les 
chasseurs pour attirer le gibier (notation musicale) ; toponymiques 
avec traduction du sens originaire; et enfin 12 pages de musique, 
les airs notés des chansons transcrites plus haut (M. Th. est excellent 
musicien). 

Quelques pages d'additions et corrections et un index qui aurait 
pu être plus complet terminent cet excellent ouvrage, qui ne demeu- 
rera point isolé. A l'heure où j'écris, M. W. Thalbitzer procède 
à ses apprêts pour une nouvelle exploration : en souhaitant qu'il 
applique maintenant à la structure intime du langage le délicat talent 
d'analyse qu'il a déployé dans la description de l'organisme extérieur, 
il faut de tous nos vœux accompagner son endurance aguerrie. 

V. Henry. 



1. Cf. Revue critique, LVIII (1904), p. 134. — Parmi ces observations phoné- 
tiques je relève celle d'une évolution surprise en cours : le g spirant, en grôn- 
landais du Nord^ est devenu )/ guttural, mais non pas dans tous les mots (p. 86), 
soit qu'en effet la transformation ne soit qu'en voie de s'opérer^ soit (plutôt) que 
l'ancienne prononciation se restaure sous l'influence du Sud et parce qu'elle passe 
pour plus distinguée. 

2. J'ai peine à croire que le double s de inussiwoq « il rencontre des gens » 
(p. iSg) contienne le k final de ittuk « homme » ; car cet atfixe guttural, qui dispa- 
rait au pluriel et ailleurs, paraît un élément adventice qui n'a jamais dû faire 
partie du thème. 



d'histoire et de littérature 



Beitraege zur alten Geschichte, iv^' Band, Heft 3; v" Band, Heft i, Leipzig, 
Dieterich, 1904 et igoS. 

— Cardinali (G.), Creta e le grandi potenze ellenistiche sino alla guerra di 
Litto, Feltre, 1904, 28 p. in-S". 

Le travail de M. Cardinali est extrait de la Rivista di Storia antica 
(IX, I, 1904) : c'est pourquoi nous le rapprochons ici des deux der- 
niers fascicules des Beitraege \nr alten Geschichte. — La Crète pas- 
sait naguère pour avoir eu peu de relations politiques avec la- Grèce 
et les autres États méditerranéens : sauf par ses mercenaires, elle ne 
jouait, à l'époque classique, qu'un rôle effacé dans l'histoire grecque. 
Des découvertes épigraphiques ont corrigé depuis quelques années 
cette opinion inexacte, du moins en ce qui concerne la période hellé- 
nistique ; et M. Cardinali, même en bornant son étude à l'espace d'un 
demi-siècle, a rencontré sur son chemin bon nombre de documents 
nouveaux. L'histoire de cette période, récemment écrite par M. Niese 
dans le tome II de sa Geschichte der griechischen und makedonischen 
Staaten et par M. Beloch dans le tome III de sa Griechische Ges- 
chichte^ donne encore lieu à maintes discussions de détail. M. Car- 
dinali connaît à fond tous les matériaux de cette histoire, et il en exa- 
mine la valeur dans une série de minutieuses dissertations. — Le troi- 
sième et dernier cahier du tome IV des Beitraege contient surtout 
deux longs mémoires : l'un de M. O. Seek, qui fait suite à un précé- 
dent article du même savant sur les sources de l"A6ïivai'tov •Ko'Kixda. 
d'Aristote, l'autre de M. L. Holzapfel sur les origines de la guerre 
civile entre César et Pompée. Parmi les Mittheilungen und Nachrich- 
ten, nous signalerons une note, assez étendue, de M. C. F. Lehmann 
sur les antiquités Cretoises {Ans und um Kreta) à propos d'un article 
de M. S. Reinach dans la Galette des Beaux- Arts. — Le fascicule i 
du tome V nous offre, sous le titre Polis et urbs, une étude comparée 
d'histoire ancienne, due à M. Kornemann. M. L. Weniger continue 
son mémoire sur la grande fête de Zeus à Olympie, et M. Stiihelin 
étudie les fragments historiques tirés du commentaire, récemment 
découvert, de Didyme sur Démosthène. M. Biittner-Wobst consacre 
une dizaine de pages à des études sur Polybe. D'autres articles, dont 
nous ne pouvons citer ici les titres, ne méritent pas moins l'attention 
des spécialistes. Annonçons, pour finir, que cette excellente publica- 
tion des Beitraege :{ur alten Geschichte prendra désormais le titre 
plus court, et non moins expressif, de Clio. 

Am. Hauvette. 



REVUE CRITIQUE 



Ad. Harnack, Die Mission und Ausbreitung des Christentums in den drei 
Jahrhunderten; Leipzig, Hinrichs, 1902; xn-56i pages in-8°. Prix : 9 Mk. 

Quatre livres : 1° Introduction; 2° La prédication en parole et 
oeuvre; 3° Les missionnaires; 4° L'extension du christianisme. C'est 
presque toute l'histoire de l'Église aux premiers siècles, mais vue sous 
un angle particulier. 

L'introduction est une étude des conditions historiques du christia- 
nisme :»extension du judaïsme, conditions extérieures (hellénisation, 
unité politique, commerce international, nivellement démocratique, 
etc.). Le premier chapitre sur le judaïsme réunit des données du plus 
haut intérêt. La population juive, dans la mesure où l'on peut faire de 
ces évaluations, formait le septième ou le huitième de la population 
totale de l'Egypte au temps de Vespasien, le soixantième de celle de 
Rome sous Tibère; dans tout l'Empire, on pouvait compter, au 
moment où débute la prédication chrétienne, quatre à quatre millions 
et demi de Juifs sur un total de cinquante-quatre millions, soit la pro- 
portion énorme de 7 0/0. A qui voudra se rendre compte du chemin 
parcouru depuis les temps de Baur, je recommande la lecture du 
chapitre V, sur le passage de la prédication palestinienne à la prédica- 
tion universelle. C'est un admirable morceau d'histoire. L'on y voit 
vivre la communauté chrétienne, d'abord formée de vieux juifs et 
d'hellénistes de la Diaspora, puis graduellement amenée par son 
expansion même, à éliminer le judaïsme. Si la tâche de l'historien est 
de montrer le passé comme une réalité présente, en dehors des sys- 
tèmes et des combinaisons littéraires, M. H. l'a supérieurement 
accomplie dans ces pages. Et cependant, sans Baur et ses disciples, 
un tel tableau eût été impossible. 

Le deuxième livre est une analyse de la prédication évangélique : 
principes religieux (exposé confus d'un sujet fuyant), évangile du 
salut (physique aussi bien que moral), évangile d'amour et de charité 
(énumération précise des œuvres d'assistance), esprit et force, autorité 
et raison, le livre et l'histoire. Deux des derniers chapitres étudient la 
situation du christianisme vis-à-vis de la société, des chrétiens vis-à- 
vis de leurs contemporains. 

Le troisième livre est consacré au personnel de la prédication chré- 
tienne, à la qualité des missionnaires, à leurs inspirations (charismes), 
aux formes de leur prédication, et aussi à la réaction provoquée par 
leurs efforts, persécutions sanglantes ou polémique littéraire. 

Le dernier livre expose les résultats de la prédication, c'est-à-dire 
l'extension du christianisme dans l'Empire. Que faut-il penser de la 
fameuse tirade de Tertullien? D'abord que c'est un développement 
traditionnel de la rhétorique religieuse. D'après les textes recueillis 
par M. H. (p. I, n. i), on voit que Tertullien a repris une affirmation 



d'histoire et de littérature 5 

mise en circulation par les Juifs sur le judaïsme dès le temps de Sulla. 
Sous Philippe, Origène (C. Celse, VIII, 69) affirme que le nombre des 
chrétiens est très faible, par rapport à l'ensemble de la population. Ce 
jugement émane d'un homme posé et qui a beaucoup voyagé. Il est 
confirmé indirectement par la correspondance de Cyprien qui sup- 
pose, à Carthage, une communauté de 10 à i5,ooo âmes. Nous voilà 
loin des exagérations de Tertullien. A Rome, en 25o, les chrétiens 
sont près d'atteindre le chiffre de 3o,ooo. La période qui suit est une 
période de grande expansion. En quatre-vingts ans, les chrétiens sont 
devenus très nombreux; ils obéissent à plus de i,5oo évéques; mais ils 
ne forment pas la moitié de l'ensemble. 

Cette population est d'ailleurs très inégalement répartie. Le chris- 
tianisme est une religion de ville : immense avantage, qui lui assure 
l'influence. M. Harnack répartit les provinces en quatre catégories. — 
I** Provinces dans lesquelles, au commencement du iv^ siècle, les 
chrétiens forment à peu près la moitié de la population et où leur 
religion est la religion dominante : l'Asie-Mineure actuelle (en Phry- 
gie, en Bithynie, dans le Pont, il y a des centres presque exclusive- 
ment chrétiens), sauf quelques cantons écartés; la partie de la Thrace 
qui fait face à la Bithynie; l'Arménie, dont le roi est chrétien (la 
guerre deMaximin Daza est présentée par Eusèbe comme une guerre 
de religion); Edesse. — 2° Provinces où les chrétiens sont nombreux 
et disposent d'une certaine influence : Antioche et la Cœlésyrie; 
Cypre; Alexandrie avec l'Egypte et la Thébaïde; Rome, l'Italie méri- 
dionale et, partiellement, l'Italie centrale (à Rome, le populaire est 
surtout gagné; les hautes classes vont résister jusqu'à la fin du iv^ siè- 
cle); l'Afrique proconsulaire etlaNumidie; l'Espagne; certaines parties 
de l'Achaïe, de la Macédoine, de la Thessalie, des îles, surtout les 
côtes; la côte méridionale de la Gaule — 3° Provinces où le christia- 
nisme est peu répandu : la Palestine (sauf Césarée et quelques bour- 
gades), la Phénicie (sauf la côte), l'Arabie, quelques districts de Méso- 
potamie ; l'intérieur de l'Achaïe, de la Macédoine, de la Thessalie; 
l'Épire, la Dardanie, la Dalmatie, la Mésie, la Pannonie; les parties 
septentrionales de l'Italie centrale; la partie orientale de l'Italie du 
nord; la Maurétanieet la Tripolitaine. — 4° Provinces où le christia- 
nisme n'a pas ou presque pas pénétré : les villes des anciens Philistins, 
les côtes nord et nord-est de la mer Noire, la partie occidentale de 
l'Italie du Nord (pas encore d'organisation ecclésiastique dans le 
Piémont au commencement du iv^ siècle), la Gaule centrale et septen- 
trionale, la Belgique, les Germanies, la Rhétie. 

Il y a donc une grande différence entre l'Orient et l'Occident. Il y 

a eu une chrétienté grecque depuis les temps apostoliques; une 

chrétienté latine digne de ce nom ne paraît pas avant Marc-Aurèie 

(p. 543). 

Le livre de M. Harnack est le premier travail d'ensemble depuis 



6 REVUE CRITIQUE 

que la réunion des documents, textes est incriptions, permet d'élucider 

le problème avec une approximation suffisante '. 

Paul Lejay. 



Pears (Edwin). The destruction of the Greek empire and the story of the 
capture of Constantinople by the Turks. Londres, Longmans, Green et C'», 
1903, I vol. in-H", XXIV + 476 pp. 

M. Pears paraît avoir voulu faire un livre scientifique, fondé sur 
des sources de première main: il cite les Byzantins du xv^ siècle et il 
s'est fait attribuer par l'Académie de Budapest un des rares exem- 
plaires de la collection de sources concernant la prise de Constanti- 
nople que cette Académie avait entreprise sans pouvoir la mener à 
bonne fin. 

L'intention de M. P. était encore de donner à ses lecteurs une 
explication complète de la conquête de Constantinople par Moham- 
med II, en présentant un tableau assez large de l'évolution du monde 
byzantin dès l'époque, sensiblement éloignée de 1453, quand les croi- 
sés et leurs alliés, les Vénitiens, établirent cette curieuse parodie féo- 
dale, avec des éléments empruntés aux chansons de geste, qui fut 
r « empire latin ». Enfin M. P. a voulu fixer à nouveau la topographie 
du siège de la ville impériale de l'Orient par les Turcs. 

Il n'a réussi que très peu à réaliser ces belles intentions scienti- 

I. P. 3, le fait que les Juifs forment dans la Cyrénaïque une des quatre classes 
de la population n'indique rien quant à leur nombre; cette division est purement 
économique. — P. 23, n. i, 1. 6, lire : èttiv. — P. 24, 1. 9 de la n., lire : Porphy- 
rius. — P. 3i, n. de la p. 3o. Est-il si « difficile » que le chiffre de douze années, 
durée du séjour des apôtres à Jérusalem, ait été imaginé? C'est un chiffre rond et 
un chiffre symbolique. — P. 53, « Turrianus », l'éditeur du pseudo-concile aposto- 
lique d'Antioche, est le jésuite Fr. Torres. Le titre de l'ouvrage est : Pro canonibus 
apostolontm et proepistolis decretalibus pontificmn apostolicorum defensio aduersus 
Cenhiriatores Magdeburgenses (Florence, 15/2; Paris, 073; Cologne, i575) : 
l'indication donnée par M. H. est tout à fait énigmatique; a-t-il vu l'ouvrage? 
Mansi n'a pas tout publié. Au canon 9, la parole prophétique, non identifiée par 
M. H., est Ps. XVI, 14, avec une confusion de ûe^wv et de uUwv. Le rapport établi 
entre ces canons et Antioche vient de ce que l'auteur commence par parler du nom 
de chrétiens, d'après Actes, II, 26. Le document me paraît provenir de Palestine 
ou de Syrie et se rattacher à la prédication chrétienne de la fin du iv« siècle contre 
les j.udaïsants et les païens. Le pape Innocent I l'aura rapporté d'Orient. Voy. 
Revue du clergé français, i5 octobre 1903, p. 343 suiv. — P. 93, 1. i5, lire : Seele. 
— P. io3, le passage cité de Théophile d'Antioche, Ad Aiit., II, 8, ne me paraît 
pas prouver que les possédés aient désigné comme leurs démons les Muses ou 
Apollon. Les poètes sont ici mentionnés comme les théologiens du paganisme. Voy. 
Justin, Apol.,l, xxiii, 3, par exemple. — P. 109, note i,sur la dîme dans la Didascalie 
et sur toute la question, voy. Fourneret, Les biens de l'Église après les édits de 
proscription, p. 42. — P. bob, n, 2, est-il sûr que la prétention du siège de 
Milan à remonter à l'apôtre Barnabe soit aussi ancienne que « le haut temps 
byzantin », « frûh-byzantinischer Zeit » ? 



d'histoire et de littérature 7 

fiques. La plupart des solutions qu"!! donne ne sont pas nouvelles et 
celles qui le sont ne paraissent pas Justes. Une vaine recherche de 
l'originalité qu'on doit constater par endroits ne profite guère à l'ou- 
vrage. Comme l'auteur connaît très peu tout ce qui se rapporte aux 
Slaves des Balkans, aux Roumains, aux Turcs et aux Tartares — dont 
il s'avise de faire un seul et même peuple ! — il ne peut pas évidem- 
ment donner un enchaînement naturel des faits et trouver des vues 
lumineuses sur leur ensemble. Nombre de livres nouveaux sur le 
sujet — je dois mentionner aussi mes trois gros volumes de « Notes 
et extraits concernant l'histoire des croisades au xv* siècle » — lui 
sont restés inconnus, et la précision n'est pas une des vertus de son 
œuvre. 

Tout de même, c'est un livre écrit d'une manière alerte et qui serait 
même intéressant, s'il avait un seul sujet bien défini et si des juge- 
ments sains se trouvaient à la place des « faits divers » de Byzance 
reproduits sans discernement d'après des sources qui sont assez habi- 
lement rédigées pour pouvoir quelquefois induire en erreur des cher- 
cheurs plus avisés que M. Pears. 

N. JORGA. 



The Republic of Ragusa, an épisode of the Turkish conquest {sic), by Luigi 
ViLLARi ; Londres 1904; viii et 424 p. in-8. 

Ce livre d'un Italien écrit en anglais sur l'histoire de Raguse ser- 
vira sans doute à faire mieux connaître en Angleterre l'ancienne vie 
ragusane, intéressante par la réunicjn des qualités de deux races : 
slave et italienne, par le grand essor de commerce d'une très petite 
cité, par l'imitation habile des institutions et des mœurs vénitiennes, 
par l'influence continuelle des peuples de l'intérieur et de leurs chefs, 
voévodes, bans, et ducs et rois, enfin, par un certain développement 
de l'art et par un mouvement littéraire assez notable. Il donnera 
enfin par les vignettes dont il est orné, la notion de Raguse d'aujour- 
d'hui, qui a aussi, avec les traces nombreuses d'un meilleur passé, 
toute la mélancolie des souvenirs. 

M. Villari a fait son voyage de Raguse avant d'écrire l'histoire de 
la République; il y a cherché aussi un peu sa bibliographie. Ayant 
appris à connaître à Raguse même les travaux de M. Joseph Gelcich, 
il s'est donné aussi la peine de feuilleter dans les « Monumenta Ragu- 
sina », dans le grand recueil de Ljubic concernant l'histoire des 
Slaves du sud, ceux de Pucic, voire même de Makuscew, mais je lui 
donnerai sans doute une nouvelle intéressante en lui signalant la 
publication, depuis quelques années déjà, de mon 3« volume de Notes 
et extraits^ consacré exclusivement à Raguse; M. Villari connaît les 



8 REVUE CRITIQUE 

travaux irréprochables de Jirecek, dont il n'apprécie pas cependant 
autant qu'il l'aurait dû, l'importance. 

Il commence avec les origines, avec toutes les fables de ces origines 
et ne s'arrête qu'à l'annexion de Raguse par l'empire d'Autriche. Des 
chapitres assez étendus sont consacrés au commerce et à l'art ragu- 
san. Le récit est bien disposé et vivant. 

Cependant l'érudit et le connaisseur seront presque toujours désap- 
pointés. Ce beau livre, magnifiquement imprimé, n'apprend rien de 
nouveau et choque parfois par des erreurs ou des incertitudes qu'il 
aurait été bien facile d'éviter. Il ne pas y avoir de doutes concernant 
le nom même de Raguse : Raiigia est une forme vénitienne qui cor- 
respond à celle de Vinegia pour Venise; Ragusa vient du grec 'Paxoj- 
crtov (il y a aussi une Raguse dans cette Sicile si hellénique aux ori- 
gines). Starea c'est r, j-rcoia, la Terre ferme de Raguse'. Diibroxvnik, 
le nom slave de la ville, doit être mis en relation avec Trawnik et bien 
d'autres noms bosniaques; la racine de ce mot a été établie par Jire- 
cek. Le commerce ragusan dans les « ultra-marine partes » est bien 
entendu celui d'à Outremer », avec la Syrie et l'Egypte, et, pas ainsi 
que l'auteur veut bien nous l'expliquer, « le commerce au long du 
cours des rivières navigables comme la Narenta et la Boïana » ^ 

Si M. V. avait employé ce précieux petit livre que M. Jirecek 
publiait en 1899 : Die Bedeutiing von Ragusa in der Handelsges- 
chichte des Mittelalters, il n'aurait pas commis les plus fâcheuses de 
ses erreurs. Et celui qui aura cet opuscule ne sentira jamais la néces- 
sité de recourir à la compilation de M. V., malgré les dehors d'érudi- 
tion dont son auteur l'a parée \ 

N, JORGA. 



H. Breymann. Calderon-Studien. I. Teil : Die Calderon-Literatur. Eine biblio- 
graphisch-kritische Uebersicht. Munich et Berlin (R. Oldenbourg), igoS, in-8», 
X11-314 pp. 

Cette bibliographie forme la première partie d'un ensemble d'études 
sur Calderon que M. Breymann se propose de publier après y avoir 
consacré pendant une vingtaine d'années ses laborieux loisirs. C'est 
déjà une œuvre considérable que cette seule bibliographie, par l'abon- 
dance et la variété des renseignements qu'elle nous apporte. M. Brey- 

1. Peut-être que le nom de tribut ragusan nommé magarisium vient-il d'un 
aaxapiatov quelconque (de (xaxaptÇw), et non d'un mot arabe qui veut dire : 
« dépenses ». 

2. M. V. place à l'année 1341 l'établissement en Europe des Turcs — ce qui est 
faux — et leur donne comme chef dans cette entreprise « Oman » (!) (p. lyo)- 

3. Cf. par exemple ce que dit M. V. sur les comtes vénitiens de Raguse aux 
pp. 62-3, avec Jirecek, pp. 5o-i. 



D HISTOIRE ET DE LITTERATURE 9 

mann a catalogué d'abord les manuscrits, puis les éditions des comé- 
dies, drames, actes, pièces diverses, poésies, etc. dûs au génie fécond 
de Calderon. Il a pris soin de nous indiquer dans quelles biblio- 
thèques et sous quelles cotes se trouvent les manuscrits, et il a 
procédé de même pour les éditions rares. Ensuite il a dressé la 
longue liste des traductions et adaptations dans les divers idiomes de 
l'Europe, puis signalé les quelques portraits connus. Vient après la 
mention des poésies en langues variées qu'a inspirées le grand drama- 
turge. Enfin une division très remplie est consacrée au recensement 
bibliographique des études critiques, essais de biographie, articles 
divers consacrés à Calderon et à son œuvre, en tout pays, avec 
adjonction des sources imprimées où pourra puiser le lecteur curieux 
de se documenter sur la littérature, le théâtre, l'histoire et les mœurs 
de l'Espagne au temps de Calderon. Notons en passant que M. Brey- 
mann fait suivre la plupart des titres d'ouvrages ou d'articles cités 
d'une série de références, renvois, assez souvent même d'une brève 
appréciation de son crû ou empruntée à quelque critique autorisé. 
Pour conclure, des tables copieuses facilitent l'usage de ce livre, qui 
représente une somme de recherches effrayantes et qui sera vivement 
apprécié des historiens littéraires de l'Espagne. En mettant sur pied 
une pareille bibliographie, M. Breymann s'est admirablement outillé 
lui-rnéme pour écrire la seconde partie qu'il nous annonce comme 
étant en préparation et où il étudie la vie, les œuvres et l'époque 
contemporaine de Calderon, Nous souhaitons qu'il mène rapidement 
ce travail à bonne fin. 

H. Léonardon. 



Mémoires du comte Valentin Esterhazy, avec une introduction et des notes, 
par Ernest Daudet. Trois gravures hors texte. Paris, Pion^ igob, lxii et 36o p., 
7 fr. 5o. 

On remerciera M. Daudet de publier ces Mémoires dont Feuillet 
de Couches avait révélé l'existence. lia eu communication du manus- 
crit original et il en a compris l'intérêt qui est très vif. Non que la 
dernière partie, relative à la Révolution, offre des renseignements nou- 
veaux; il y a là, ce nous semble, peu de choses instructives et curieu- 
ses, sauf peut-être sur l'état des esprits à Valenciennes et le voyage 
du comte en Russie. Mais le récit delà jeunesse d'Esterhazy, de ses 
juvéniles écarts et de divers épisodes de la guerre de Sept Ans est d'un 
grand attrait, et les tableaux de la cour de Stanislas, de la société 
viennoise, et du Versailles de Louis XV et de Louis XVI sont de 
véritables tableaux de mœurs. L'introduction de M. Daudet est atta- 
chante. Il y relève très bien la confusion entre les deux cousins 
Esterhazy et il y donne des détails qui sont les bienvenus, sur la 



10 REVUE CRITIQUE 

famille de son héros ; il insiste avec raison sur le caractère chevale- 
resque et courtois de la guerre de Sept Ans; il regrette — et nous 
partageons ses regrets — que Valentin Esterhazy soit sur certains 
points trop discret et réservé, notamment sur les rapports de Fersen 
et de Marie-Antoinette et sur les propos qui se tenaient en avril 1779 
dant la chambre de la reine alors atteinte de la rougeole et autorisée 
par le roi à s'enfermer avec Guines, Coigny, Besenval et Esterhazy; 
enfin, M. D, nous communique quelques fragments de la correspon- 
dance d'Esterhazy avec sa femme et ces fragments, tout en fournissant 
la preuve delà faveur inouïe dont Esterhazy jouissait à la cour, con- 
tiennent de piquantes particularités sur la cour de France ainsi que 
des témoignages de la passion de Marie-Antoinette pour Fersen (« Si 
vous lui écrivez, dit la reine à Esterhazy, dites lui bien que bien des 
lieues et bien des pays ne peuvent séparer les cœurs »), M, Daudet a 
l'intention de livrer au public cette correspondance ou du moins la 
partie la plus intéressante; qu'il n'hésite pas à le faire, et qu'il publie 

toutes les lettres '. 

A. G. 



L. G. Wickham Legg, M. A. New Collège. Select documents illustrative of 
the history of the French Révolution. Oxford, Clarendon Press. 1905. 2 vol. 
XXII et 632 p. 12 shillings. 

M. Legg essaie de raconter l'histoire de la Révolution dans les 

I. Il y a beaucoup de fautes d'impression ou de transcription dans les noms 
propres. Lire p. vi Rheinfels, non Rheinfeld; p. 33 Hastenbeck, non Hastenbek; 
p. 34 Lynar, non Linar; p. 37 Zelle {Zell) et Wanfried {Wannfriede) ; p. 39 Linnich 
(Limicli); p. 72 Weende (Vende) ; p. 91 Granby (Gi-amby); p. 95 et 174 du Muy 
{de Miiy); p. gS (et 93) Mûhlhausen 'i3/»/i/a»se») ; p. 102 Geismar (GM!5wer);p. 104 
Butzbach [Biitschbach); p. 106 Johannisberg [Johannesberg) ; p. 108 Amoeneburg 
[Arnembourg) et 120 Palfy [Pafy); p. 126, Waldner {Valdner); p. 137, Dônhofl' 
[Denhoff); p. 139 Pirna {Pirmà) ; p. 233 Autichamp (Antichamp) et Happoncourt 
[Happancourt) ; p. 234 Saint-Sauve {Saini.-Saw) ; p. 255, note Blankenburg 
{Blanckenberg); p. 3o2 Moitelle [Mottel); p. 3o6, Rozières (Rosière), etc., etc. 

Quelques observations à faire : p.xxxi, ce Hesse n'est pas le futur général danois 
et gouverneur du Holstein, c'est Hesse-Rheinfels, le général républicain, alors 
mestre de camp commandant du régiment dont Esterhazy est propriétaire ; — 
p. 123 Gorge est evidemmentM.de Georget, et il fallait dire qu'il était lieutenant- 
colonel d'Esterhazy hussards, et M. de Froissy, major; — p. 25o il fallait une 
note à ce mot « Convention nationale » qu'Esterhazy emploie pour désigner la 
Constituante; — p. 295 dire l'archiduchesse Marie-Christine et non l'archiduchesse 
«Marie »; — p. 3io et 3ii ce Bichoffsrode {\) est évidemment le Bischoffswerder 
cité plus loin, p. 336; — p. 3i3 écrire, non pas Curshnahrung et Ciirshaven, mais 
■< Kurische Nerung » et « Kurisches Haff »; — pourquoi, dans l'introduction, n'avoir 
pas précisé l'époque où ont été écrits les Mémoires (cf. p. 207 « Berthier, aujour- 
d'hui général des républicains en Italie »). Pourquoi n'avoir pas fait quelques 
rapprochements avec les Mém. du duc des Cars (II, 204,219) et ceux de M"* Vigée 
Le Brun (chap. xv, p. 3o9-3i3)? Pourquoi ne pas citer l'étude courte et solide 
de M. Choppin, Trois colonels de hussards aiixwiiv s!éc/e(Berger-LevrauIt, 1896)? 



D HISTOIRE ET DE LITTERATURE I I 

mots mêmes des contemporains français. Il publie des extraits des 
journaux les plus importants de l'époque, du Moniteur, du Mercure, 
de Desmoulins, de Prudhomme, de Brissot, de Gorsas, et d'une foule 
d'autres, entre lesquels on trouvera le Lendemain et le Babillard. La 
publication est ingénieuse, originale, instructive; elle sera utile des 
deux côtés du détroit, et, sans y insister, il suffira de louer le profond 
savoir de M. Legg qui semble connaître à merveille et la langue fran- 
çaise et la période révolutionnaire, de louer le soin avec lequel il a 
édité ses textes, la peine qu'il a prise en donnant à la fin de son 
second volume des notes biographiques sur les personnages cités et 
un index — d'autant que l'index est complet et que les notes, aussi 
exactes que succinctes, témoignent de très sûres et solides connais- 
sances. Bref, l'ouvrage fait grand honneur à M. Legg ; les travailleurs 
français l'utiliseront; ils y trouveront maint document, mainte cita- 
tion qui leur aurait échappé ; ils adniireront cet étranger qui possède 
si bien les premières années de la Révolution, qui a lu avec profit tant 
de brochures et de gazettes, et qui a su faire un si bon choix dans le 
« great mass of material », qui a préféré, par exemple, les froids pro- 
cès-verbaux de la municipalité deVarennes aux longs et inexacts récits 
des gazettes et qui reproduit les plus importants articles sur la mort 
de Mirabeau. Combien peu d'entre nous feraient un pareil recueil sur 
l'histoire d'Angleterre"! 

A. C. 



I. L'éditeur a conservé dans le texte Torthographe donnée aux noms par les 
scribes et imprimeurs de la Révolution ; il l'a rétablie dans l'index, mais il a fait 
des fautes (dont quelques-unes inévitables), et il devra corriger : (Albert de) Riom 
en Rions ; Basseville {Hugon de) en Bassville (Hugou de); Clooti en Cloots ; Dau- 
doin en d'Andoins, Dumoustier en de Moustier; Floriac en Floirac; Goguelas en 
Goguelat; Le Camus en Camus; Lepelletier en Le Peletier; Malleden en Maleden; 
Ma^ielière en Mazellière ; Movassin en Moracin; Ophlise en Hoft'elize ; Pehondy 
en Tschoudy ou Tschudy; Pétion en Pelion ; Signémont en Signemont; Talot en 
Tinlot ; Veilecoitvt en Vellccour, et pourquoi n'avoir pas mis à la table des noms 
de l'époque ou mcme du passé qui ont leur importance : Guignard 11,7 (avec 
renvoi à Saint-Priest); Bender (11, 7); Porsenna, Scevola, Tarquin (11, 8) ; Peyre 
(11, 12 et 107); Vincent (11, 12) ; Jé^^abel et Maratistes (11, 84); Vachart et Demoy 
(11, 107)? Plusieurs erreurs se sont glissées dans les notes biographiques : Anthoine 
était député de Metz, non de Marseille, et Bosc, administrateur des postes, non 
des prisons; Tart. Chcnier est à refaire, car il s'agit dans les passages cités, 
non de Chénier père, mais de ses fils Sauveur (I, 38-39) <^^ Marie-Joseph (11, 
37); Bcrthier n'a pas été « murdered » ; Custine n'était pas député en l'année 
1792; La Marck n'a pas servi après la Constituante dans l'armée autrichienne; 
Loustallot était, non pas éditeur (ce nom convient à Prudhomme), mais rédacteur 
des Révolutions de Paris; Maillard n'a pas survécu à la Révolution (il est mort le 
1 5 avril 1794 d'une phtisie pulmonaire) ; Noailles fut employé en 1802, non en i8o3 
et il mourut non dans, mais après le combat; Salle a siégé aussi à la Convention 
et il était Girondin ; M™" de Tourzel est une Croy-Havré, et non d'Avray, et elle 
naquit en 1749, non en 1748; Virieu était député de la noblesse, non de Grenoble, 
mais du Dauphiné, 



12 REVUE CRITIQUE 



L. Reynaud. N. Lenau, poète lyrique. Paris, Société nouvelle de librairie et 
d'édition, igoS, in-i8, pp. xvii, 461. Fr. 3 5o. 

Malgré son titre restreint, c'est une étude d'ensemble sur Lenau 
qu'a écrite M. Reynaud. Il n'est pas d'ailleurs possible de faire cette 
distinction entre les poésies lyriques et le reste de l'œuvre; seulement 
l'auteur s'est proposé d'examiner celles-ci plus attentivement et ce 
départ peut ainsi se justifier. L'œuvre de Lenau est chez lui plus que 
chez tout autre inséparable de sa vie, même si l'on ne cherche pas « à 
déterminer les rapports de l'organisation morale avec la production 
poétique », objet de cette étude. M. R. a eu raison de ne pas refaire 
une biographie si souvent écrite; il a groupé en quelques chapitres 
l'essentiel de ce qui doit éclairer l'examen des poésies : origines, 
milieu, tempérament, passions successives du poète, enfin ses rap- 
ports avec la littérature et la philosophie. Je suppose toutefois qu'il 
ne se dissimule pas le danger de sa méthode synthétique; elle lui a 
souvent fait perdre de vue la valeur relative des faits qu'il a reliés 
ensemble et ouvert la porte aux conclusions exagérées. Cette pre- 
mière partie consacrée à l'homme eût pu parfois être plus rapide, 
plus discrète dans ses emprunts aux sources, plus difficile aussi en 
matière de témoignages; quelques-uns, comme ceux d'Emma Nien- 
dorf ou de Th. Kerner, restent assez suspects. Mais elle a une grande 
valeur, grâce aux pages que la découverte de nouveaux documents a 
permis d'écrire : ainsi sur les parents de Lenau, sur sa passion pour 
Bertha, sur le voyage en Amérique et quelques autres points. Elle 
vaut aussi, et c'est un mérite plus personnel, par une recherche plus 
pénétrante des différentes influences philosophiques subies par le 
poète. Sur la question des influences littéraires je me séparerai fran- 
chement de l'auteur qui fait de Lenau un singe de Byron, en tout cas 
le disciple le plus docile du « byronisme allemand ». Il y avait là 
matière à un paradoxe amusant que M. R. a exploité jusqu'à la cari- 
cature; mais l'insistance qu'il a mise à l'appuyer sur des arguments 
bien fragiles risque de faire porter tout son livre à faux. D'une action 
directe de Byron sur Lenau on n'a presque aucun témoignage; M. R. 
les a recherchés, il en a même omis quelques uns ; mais tous réunis, 
ils ne prouvent rien ou bien peu de chose, et soutenir que le poète 
s'est toute sa vie donné un rôle, qu'il a été la victime d'une mode, 
d'une manie littéraire, c'est chercher une explication bien lointaine, 
alors que tant d'autres et de si naturelles s'offrent à l'esprit. Pourquoi 
retourner contre Lenau tout ce qu'il y a eu en lui de morbide et 
de pathologique, et dès la première heure? Sur cette question de 
fond, comme sur bien des points biographiques touchés par l'auteur 
je ne suis pas de son avis, mais je ne peux en aborder ici la discus- 



d'histoire et de littérature I 3 

sion'. En général, M. R. a dressé un réquisitoire trop partial ; je 
sais bien que pour plaider contre Lenau ou ne manque pas de témoins 
à charge chez les contemporains et chez lui-même de paroles impru- 
dentes. 

La conclusion de M. R. dans son étude de l'homme, c'est que 
Lenau fut un faible, qui n'a pas su par sa faute arranger sa vie, qui a 
laissé partout le pas à la sensibilité, à l'instinct. Dans l'activité poé- 
tique cette faiblesse apparaît aussi; c'est d'ailleurs la même. Lenau 
est impuissant à organiser ses sensations en une œuvre d'art, parce 
qu'il est trop dominé par elles; dans quelques cas seulement il est 
arrivé à cette rare maîtrise. Pareille sévérité n'empêche pas M. R. 
d'étudier de très près la poésie sentimentale, pittoresque ou philoso- 
phique de Lenau et de consacrer à l'art du poète d'excellentes pages 
d'où il aurait dû seulement retrancher quelques redites. Ces critiques 
faites au lyrique, souvent les mêmes que déjà ses contemporains lui 
ont adressées, mais sans autant de pénétration, M. R. les eût formu- 
lées avec non moins de finesse et plus de bienveillance, s'il avait eu 
un idéal poétique moins étroit et ne se fût pas inquiété de donner une 
leçon d'art à certains groupes littéraires. Pourquoi n'admettre qu'une 
poésie dont la sensibilité sera toujours réglée par une sage sérénité? 
L'harmonieux équilibre de Gœthe, cette norme poétique qui revient 
si volontiers sous la plume de M. R., ne nous interdit pas de goûter 
les productions moins régulières de sa jeunesse; on peut réclamer la 
même justice pour Lenau. 

Malgré les grandes réserves que j'ai cru devoir faire, cette étude 
reste un travail intéressant, spirituellement écrit, neuf par certains 
côtés, souvent d'une fine analyse et d'un jugement personnel, mais 
parfois trop artificiellement construit, exagéré dans ses aflfirmations \ 

L. ROUSTAN. 



1. Le milieu wurtembergeois est vraiment dénaturé; on dirait que l'auteur n'a 
voulu regarder « les bons Souabes » que dans le Schwabenspiegel de Heine. 
Comment peut-il porter sur les relations de Lenau et de Sophie un jugement 
aussi absolu, quand nous ne possédons que des documents confus et tronqués? 

2. J'ajoute quelques observations de détail. P. 25, écrire le csikos et non VEsi- 
kos ; la blinda est un manteau et non une hutte, comme le texte pourrait le laisser 
croire; p. 43, la colonie Rappiste d'CEkonomy n'avait rien de fanatique; p. i3o 
Bélisaire est un opéra de Donizctti et non de Beethoven ; p. 14g, il est excessif de 
dire qu'Emilie Reinbeck est morte pour Lenau ; p. i55 et suiv., le tableau qu'on 
nous présente de Vienne n'est pas exactement celui que \e jeune Lenau a eu sous 
les yeux; p. 164, ce n'est pas l'ami de Lenau, Boloz Antoniewicz, mais un cousin, 
Niklas A. qui mit en tragédie le Corsaire; p. 180, les lettres de Lenau seraient 
des copies très soignées : j'en ai eu beaucoup entre les mains et ce n'est pas tou- 
jours l'impression qu'elles m'ont faite; p. 274, il n'y a pas d'étangs sur le chemin 
de la Solitude; p. 277, il fallait dire que Karl Mayer était en fait député au Land- 
tag; p. 279, la poésie Am R/iein est de i832 plutôt que de i838 (sur ces questions 
de dates je différerais souvent d'avis avec l'auteur); p. 294, la pièce Wunsch étant 
la première que Sophie eût reçue de Lenau (d'après une note inédite d'elle-même) 



14 REVUE CRITIQUE 

F. Brunetière, Histoire de la littérature française classique (1515-1830); 

tome i'"', première et seconde parties (Le Mouvement de la Renaissance : la 
Pléiade). Paris, Delagrave, 1904-1905. In-8", 484 pages. 

Le moment n'est pas encore venu de Juger dans son ensemble cette 
grande œuvre, à l'exécution de laquelle M. Brunetière apporte une 
longue préparation et un talent universellement reconnu. Mais les 
deux fascicules que nous avons sous les yeux traitent, d'une façon 
complète, des origines de la Renaissance française et de ses relations 
avec la Renaissance italienne; aussi peut-on discuter à part, sans 
plus tarder, les conclusions de M. B. sur ces importants problèmes. 
Soutenues par l'autorité de son nom, en un ouvrage destiné à une 
grande diffusion, ces solutions ont chance d'être généralement 
accueillies ; elles peuvent devenir classiques à bref délai; raison de 
plus pour qu'on les examine avec la plus rigoureuse attention. Tous 
ceux qui ont lu l'article-manifeste sur la « Littérature européenne » 
{Revue des Deux-Mondes, i5 sept. 1900), dans lequel M. B, a pro- 
clamé la nécessité d'éclairer d'un Jour nouveau l'histoire des littéra- 
tures modernes par une étude approfondie de leurs relations et de 
leurs influences réciproques, sont en droit de penser que cette intro- 
duction à l'Histoire de la Littérature française classique repose sur 
cette méthode comparative, et ils ne se trompent pas. Reste à voir 
comment la méthode est appliquée. Je ne me dissimule pas que pour 
entreprendre cet examen, il faudrait une autre compétence que la 
mienne ; mais combien sont-ils, ceux qui peuvent se piquer de dis- 
cuter à armes égales avec ce maître ? Il est du moins permis de faire 
parler les faits, et, puisqu'on dit qu'ils ont leur éloquence, il faut la 
leur laisser, sans essayer d'y rien ajouter. 

L'Introduction (La Renaissance littéraire) est divisée en trois cha- 
pitres : I, la Renaissance en Italie; II, la Renaissance européenne; 
III, la Renaissance en France. A dire vrai, lech. 11 n'est qu'une étude 
sur Érasme, choisi fort judicieusement comme représentant de l'es- 
prit de la Renaissance, à la fois hors d'Italie et hors de France, et 
avec moins de bonheur comme trait d'union entre ces deux pays, 
qui se rejoignent parfaitement tout seuls. On voit poindre dans ce 
choix un élément personnel et arbitraire, où se reconnaît la disposi- 

ne peut être commentée sur ce ton; p. 3 14, une grosse distraction : Mischka ne 
tend pas de crins son violon, mais seulement l'archet; p. 3i3, les pièces der arme 
Judc et der Raiibschiiti n'ont rien à voir avec les poésies inspirées par le milieu 
hongrois; p. 3 16, le /oA:o5 du porcher de Bakony ne peut être un long bâton; 
c'est une arme de jet; p. 432, les dates pour la composition de Faust sont inexactes, 
et il n'y a pas de scène Faust im Amphitheater, c'est la même que der Besuch; 
p. 446, la poésie de Grillparzer s'appelle Nachruf et non^w Grabe Lenaus. —Les 
traductions offrent rarement des négligences, mais p. 92, ordinàr, traduit par 
ordinaire est un contre-sens. Les fautes d'impression enfin auraient dû être moins 
fréquentes; elles sont toujours fâcheuses dans les noms propres. 



d'histoire et de littérature i5 

tion habituelle de M. B. à se servir d'un petit nombre de données 
claires, adroitement disposées, en vue d'une démonstration détermi- 
née, plutôt qu'à suivre dans leur infinie complexité les manifestations 
de l'histoire et de la vie. Le ch. i n'accuse pas moins la même ten- 
dance à simplifier les faits pour les « interpréter » plus aisément 
(M. B. dirait peut-être : « à refaire l'histoire pour l'apprendre nous- 
mêmes ou pour l'enseigner plus systématiquement », p. 55). Comme 
d'ailleurs il s'agit d'un terrain qui est moins familier à l'auteur, il lui 
arrive de s'y égarer, d'autant plus que pour s'y orienter il n'a pas 
choisi les guides les mieux informés : l'un est L. Settembrini, dont 
les Leçons de littérature furent professées avec éclat à Naples, de 
1866 à 1872 (M. B. en cite une édition de 1894, la seizième, ce qui 
ne les rajeunit pas), et ont fait époque ; mais il n'est pas plus juste 
d'y chercher l'expression exacte de nos connaissances actuelles sur la 
Renaissance qu'il n'est équitable d'y relever incidemment quelque 
« déclamation » (p. 4) bien excusable, et en tout cas bien sincère, chez 
ce patriote qui avait passé dix ans de sa vie en prison, après s'être 
entendu condamner à mort ! Il suffit de dire que ses Leçons manquent 
parfois de sérénité, et reflètent imparfaitement les idées de la généra- 
tion actuelle en matière d'histoire et de critique; et cela signifie qu'il 
ne faut pas s'y fier aveuglément. L'autre oracle de M. B. est Fr. De 
Sanctis, dont la Littérature italienne (1870) est justement réputée, 
comme les différents Essais du même auteur, pour plusieurs qualités 
brillantes et solides, parmi lesquelles ne figurent cependant pas au 
premier rang la plénitude de l'information et le sens historique. Les 
récents volumes de MM. V. Rossi et F. Flamini sur le xv« et le 
xvi« siècles [Storia letteraria d'Italia\ Milan, Vallardi), pour ne par- 
ler que des ouvrages d'ensemble et ne rien dire des manuels, eussent 
mieux renseigné M. B. sur les faits particuliers et sur les idées géné- 
rales se rapportant à son sujet'. 

I. Il faut savoir gré à M. B. de la correction avec laquelle sont imprimées ses 
citations en italien ; sauf quelques accents omis, c'est presque parfait (pourtant 
p. 19, lire : dal di fuori), et cela repose de l'humiliation que nous infligent presque 
chaque jour les publications françaises où sont estropiées les phrases italiennes 
les plus simples. Mais voici un autre genre d'erreurs qui n'ont cependant pas été 
évitées: p. 20, la première édition du Roland furieux est de i5i6, non de i5i5 ; 
p. 9, on ne peut dire que pour Boccace « le Décameron n'ait été que le délasse- 
ment libertin de ses travaux plus sérieux, de son De Genealogia Deoriim » 

puisque les deux œuvres, loin d'être contemporaines, sont séparées par plusieurs 
années, et surtout par une crise, par une véritable conversion de leur auteur ; et 

il ne faut pas ajouter : « ou de son DeViris illustribus » qui est le titre d'un 

traité de Pétrarque; le livre de Boccace s'appelle De Casibus virorum illustrium, 
et est également postérieur au Décameron ; ibid. Léonce Pilate, le maître de grec 
de Pétrarque et de Boccace, était Calabrais et non de Thessalonique; p. 20, je ne 
réussis pas à comprendre quelle malice M. B. a mise dans cette phrase : 
« L'Arioste, lui, Messer Lodovico comme on l'appelle — et a-t-on jamais appelé 
Pétrarque Messer Francesco, ni le Tasse Messer Torqiiatol — » ; si l'on ouvre au 



l6 REVUE CRITIQUE 

Ce qu'il eût pu y apprendre, surtout en y appliquant ce don de 
réflexion et de généralisation dont il est si richement pourvu, c'est 
par exemple qu'il est impossible de considérer Dante, Pétrarque et 
Boccace comme ayant joué successivement un rôle identique dans la 
première période de la littérature italienne et de les caractériser par 
certains traits « qu'ils ont tous les trois en commun parmi leurs dif- 
férences » (p. 6 et suiv.). Dante est, dans toute la force du terme, un 
homme du moyen âge; à peine a-t-il, par le cœur plus que par la 
pensée, quelques élans vers l'avenir, mais un avenir qu'il ne peut pas 
concevoir différent du passé; son œuvre reste sans action sur la 
Renaissance, qu'inaugurent vraiment Pétrarque et Boccace '. Mais 
ni le Can:{oniere ni le Décaméron ne suffisaient à changer du jour au 
lendemain l'orientation des esprits : « La Renaissance ne pouvait 
absolument triompher que par l'intermédiaire de l'humanisme » ; 
c'est M. B. qui le dit (p. 67), et cela devait tout au moins le dispenser 
d'écrire, p. 1 1, à propos de la vogUe du latin au xv* siècle, c'est-à-dire 
du triomphe de l'humanisme à cette époque : « On n'a pas donné la 
raison de ce phénomène, car c'en est un, et j'avoue que je ne l'entre- 
vois pas ! » Or ce qu'il y a eu de grand, de fécond, de vraiment origi- 
nal dans la Renaissance italienne, c'est que, tout en s'abreuvant à 
cette inépuisable source d'humanité que sont les lettres grecques et 
latines, elle n'a pourtant renoncé à aucune de ses traditions natio- 
nales, populaires, toujours vivantes malgré les exagérations de l'hu- 
manisme : l'Arioste chante après Boiardo, après Pulci et après les 

mot Messer le dictionnaire, de Petrocchi, on y trouve précisément comme exemples 
Messer Francesco Petrarca, et Messer Cino, nom que, dans un sonnet, Dante 
donne au grave jurisconsulte et poète d'amour Cino de Pistoia. P. 22-23, l'Aca- 
démie platonicienne de Florence n'a pas été « fondée » par Laurent de Médicis 
» pour soutenir Platon », dont il avait « plu à ce dilettante de prendre le parti » ; 
c'est à Cosme, l'aïeul de Laurent, que revient l'honneur d'avoir découvert Marsile 
Ficin, l'âme de l'Académie platonicienne, et M. A. Délia Torre, qui en a récem- 
ment écrit l'histoire {Storia deW Accad. Platon, di Firen^e, 1902, in-4'', xvi- 
858 pages) a bien établi que ce ne fut nullement une « Académie » au sens où ce 
mot a été employé depuis (particulièrement p. 9 et suiv.). P. 66 : Jean Lemaire, 
dont M. B. dit qu' « on n"a pu seulement savoir s'il était mort en 1548 ou en 
i524 », est réellement mort en 1524 (voir A. Hamon, thèse sur Jean Bouchet, 
1901, p. 100); p. 72 : c'est en i53o, non en i53i, que furent nommés les premiers 
titulaires du Collège de France (A. Lefranc, p. 109); p. 73, première ligne : lire, 
Oronce Fine; p. 76 : à propos des ouvrages de G. Budé, M. L. Delaruelle veut bien 
m'avertir qu'il faut rectifier ainsi les dates ; De Asse, i5i5 (nouveau style) ; De 
Studio litterarum... instituendo, i532 ; De Philologia, i532; p. 79 : on serait très 
heureux que M. B. voulût bien donner des renseignements plus explicites sur 
sa découverte de traductions exécutées par Jean de Montreuil ! 

I. On ne peut pas dire que Boccace, comme Dante et comme Pétrarque, ait eu 
» à un haut degré la vénération ou la religion de Rome » (p. 8); d'ailleurs Rome 
représente bien autre chose pour Dante et même pour Pétrarque, qui sur ce point 
reste encore attaché à la tradition médiévale, que pour les purs humanistes du 
xv siècle ! 



d'histoire et de littérature 17 

cantastorie des carrefours, les exploits de Roland et de Renaud, tan- 
dis qu'Andréa délia Robbia pétrit ses adorables madones avec un art 
tout classique, et que Machiavel tire de ses méditations sur Tite-Live 
des leçons de politique contemporaine. Expliquer le Roland furieux, 
le Prince Qt l'Art de la guerre (et aussi les Madones?) uniquement 
par « l'indifférence au contenu » (p. 18-22), c'est se contenter à trop 
peu de frais. Il ne serait pas nécessaire d'appuyer beaucoup sur cet 
ordre d'idées pour montrer que la Renaissance italienne n'est pas 
«d'abord un effort pour resserrer, après plus de mille ans, la chaîne 
interrompue des temps », et a ensuite comme un oubli, pour ne pas 
dire une abjuration raisonnée de tout ce que ces mille ans ont eux- 
mêmes ajouté à l'héritage de l'antiquité gréco-latine » (p. 24) ; c'est 
essentiellement un épanouissement spontané des esprits et des sens, 
qui s'ouvrent aux douceurs de la vie présente et de l'art. L'antiquité 
ne joue d'abord que le rôle d'éducatrice; plus tard viendra un temps 
où cette heureuse liberté dans l'imitation disparaîtra : deux siè- 
cles exactement s'écoulent des premières pièces du Can\oniere à la 
seconde édition, augmentée, du Roland furieux. Alors l'antiquité 
finit par triompher; elle est adorée pour elle-même, imitée dans ses 
idées, ses sujets, ses procédés ; c'en est fait de toute inspiration origi- 
nale. Vers le second tiers du xvi'^ siècle, on voit s'établir en Italie un 
classicisme étroit; c'est le commencement de la décadence ' : la perte 
de toute indépendance politique et religieuse ne put que la précipiter. 
Le génie italien s'était développé en pleine liberté; la contrainte 
l'étouffé et le tue — c'est le mal dont a souffert le Tasse. 

Ce qu'il faut bien mettre en lumière, c'est que, hors d'Italie, et 
particulièrement en France, la liberté ne constituera pas, tout au 
contraire, une condition indispensable au développement de la 
Renaissance, et c'est encore que les autres nations recueilleront en 
une seule fois les traditions de la Renaissance italienne déjà parvenue 
à son apogée. On ne voit d'ailleurs pas ce que la Renaissance « euro- 
péenne » pouvait ajouter d'essentiel à 1' « italienne » : la définition 
certainement trop large que M. B. donne de l'humanisme (p. 27 



I . Il y a beaucoup d'incertitude dans la succession des différents états qu'ima- 
gine M. B. ; après avoir dit ce qu'a été « d'abord » et « ensuite » la Renaissance 
italienne, il ajoute : « C'est le paganisme qui ressuscite.... On fait appel alors (?) 

au platonisme pour idéaliser... ce réalisme dont on sent les dangers (qui donc 

désigne cet on ?) mais on en fait évanouir la substance.... La Renaissance ita- 
lienne a terminé son évolution, et la Renaissance européenne commence »(p. 25). 
Voilà une excellente transition pour passer au ch. 11 ; mais comment tout cela 
est-il situé dans le temps? — Le Platonisme inspire encore à M. B. cette curieuse 
remarque : » Rien n'a contribué davantage à dénaturer l'esprit de la Renaissance 
que ce faux et vague idéalisme... » (p. 2 3); mais quelle était donc la véritable 
nature de cet esprit? Dans le même ordre d'idées, voir, p. 33, note i, le raison- 
nement en vertu duquel les fresques de la chambre de la Signature sont a priori 
lechef-d'œuvre de l'art de la Renaissance ! 



l8 REVUE CRITIQUE 

et suiv.) peut convenir aussi bien — ou aussi mal — aux humanistes 
d'Italie, dès Pétrarque, qu'à ceux d'Europe; abstraction faite du tour 
d'esprit personnel d'Erasme, ni la forme ni le fond de ses Adages 
(p. 38 et suiv.) ne constituent une grande nouveauté; son Ciceroniamis 
est dirigé « contre les cicéroniens fanatiques, lesquels étaient tous ou 
presque tous des Italiens » (p. 43), mais les Italiens de la génération 
précédente n'étaient pas tombés dans ce ridicule excès : ils avaient su 
adapter librement le latin aux idées et aux besoins de leur temps 
comme le veut Erasme — voyez Pontano! Erasme n'a donc pas eu à 
dépouiller l'humanisme « de ce qu'il avait eu pendant cent ans 
d'exclusivement ou d'orgueilleusement italien » (p. 44); il retarde 
d'une génération, simplement, et c'est sans doute un bonheur pour 
lui, car son originalité propre s'aflfirme plus à son aise. Ce qu'il dit 
des femmes n'est pas non plus aussi neuf que semble le croire M. B. : 
le joli morceau sur l'allaitement maternel, dont M. B. tire un grand 
parti, semble lui avoir été inspiré par une célèbre tirade du sophiste 
Favorinus d'Arles (Aulu-Gelle, XII, i), et pour ce qui est de « morale 
sociale » et de « civilité puérile et honnête » (p. 48) combien l'Italie 
n'en avait-elle pas vu et n'en voyait-elle pas encore paraître de traités, 
de Francesco da Barberino à L. B. Alberti, Castiglione, G. Délia 
Casa, pour ne rien dire des ouvrages écrits en latin ! 

Il est vrai qu'Erasme mêle à ses traités de morale sociale un senti- 
ment religieux (p. 48-49) qui, à cette époque, était entièrement tari 
chez les Italiens, et inversement il manque de ce « sentiment de l'art» 
(p. 5i) qui, dans la péninsule, tenait lieu alors de toute religion. 
Voilà peut-être, si l'on met à part les différences de tempérament, ce 
qui distingue le plus nettement la Renaissance italienne de la Renais- 
sance européenne; et c'est aussi pour cette raison que, hors d'Italie, 
la Renaissance est accompagnée d'un mouvement général de Réforme. 
Mais de cela, M. B. ne veut pas entendre parler; pour lui, Renais- 
sance et Réforme sont deux termes qui s'excluent; l'humanisme, avec 
sa tendance à l'universalité, fraie la voie à 1' « idée catholique » (p. 33), 
et M. B. essaie d'affirmer, non sans quelque embarras, que la 
Réforme pourrait bien n'être sortie que de l'inintelligence artistique 
de Luther'. Il est fâcheux pour cette thèse que tout la démente, et 

I. Cette phrase sur Tindignation de Luther à Rome, en i5io, en présence du 
« luxe esthétique » (le mot est joli!) de la cour pontificale, mérite d'être citée : 
« Se tromperait-on si Ton disait que le mouvement de la Réforme n'est en partie 
qu'une suite ou une conséquence de cette indignation? » (p. 5i). Qu'est-ce que 

c'est qu'une chose qui en est seulement une autre en partiel Je propose de 

corriger : « n'est qu'en partie »; ce n'est pas du tout ce qu'a voulu dire M. B., 

mais ce serait plus net et plus vrai. 

Et puisqu'il est question du « luxe esthétique » de la cour de Rome, comme 
d'une peccadille à laquelle seul un barbare du Nord pouvait attacher quelque 
importance, je rappellerai cette phrase célèbre de Machiavel, non certes à 
M. Brunetière qui la connaît aussi bien que moi, mais à ceux qui pourraient 



d'histoire et de littérature 19 

notamment ce fait que les premiers et authentiques représentants de 
la Renaissance française, dans la première moitié du xvi' siècle, 
Marot, Rabelais, et Marguerite de Navarre, sont des catholiques bien 
suspects! Sans doute ils ne furent pas protestants dans le sens que 
prit ce nom vers i 570 — et pour cause! — mais ils furent encore moins 
catholiques selon la formule qui fut exigée vers la même date. M. B. 
ne veut même pas que Marot soit un homme de la Renaissance : « Son 

rôle. ... a consisté à interrompre ou à retarder le mouvement 

de la Renaissance » (p. 85). Voilà qui est extraordinaire! Evidemment 
M. B. prend ici « Renaissance » dans l'acception de : avènement du 
classicisme pur, ce qu'on ne verra qu'avec la Pléiade \ Mais en 
France comme en Italie, la période classique a été précédée d'une 
période, beaucoup plus courte, de Renaissance « à l'italienne », c'est- 
à-dire où les écrivains unissent librement aux influences antiques et 
italiennes les traditions littéraires de la génération précédente, les 
inspirations de leur tempérament particulier, de leurs idées ou de leur 
foi; de ce « moment » de notre Renaissance, Marot, Rabelais et 
Marguerite sont les parfaits représentants. Il est fort intéressant à cet 
égard que l'églogue la plus personnelle, la plus émue de Marot, toute 
remplie d'allusions à des contemporains (M. B. la cite p. 96) soit 
pleine de souvenirs mythologiques et comme imprégnée de Théocrite; 
que l'œuvre de Rabelais, si neuve et si puissante, soit à la fois nourrie 
d'antiquité classique et d'Italie, et « encore engagée dans le Moyen- 
Age de toute une partie d'elle-même » (p. i58); que Marguerite enfin 
mette dans une imitation du Décaméron tant de pensées graves et 
pieuses qui ne doivent rien à Boccace, et que son symbolisme rappelle 
encore le Roman de la Rose et même Dante. Après i5 5o seulement, 
notre Renaissance devient proprement classique — et catholique : 
l'unité, l'autorité, en matière intellectuelle et morale aussi bien qu'en 
politique, allaient constituer le régime sous lequel le génie français 
devait donner les plus "beaux fruits dont l'étroite poétique classique 
paraisse susceptible, c'est-à-dire dans des conditions diamétralement 
opposées à celles qui avaient favorisé l'éclosion des chefs d'œuvre du 
génie italien. 

Sans méconnaître la valeur des pages magistrales que M. B. con- 
sacre, en ces deux premiers fascicules, ici à Rabelais, là à Marguerite 

l'avoir perdue de vue : « Per gli esempi rei di quella corte (Roma\ questa provincia 

(ritalia) lia perduto ogni divo^ione ed ogni religione Abbiamo adunque con 

la Chiesa e con i preti, nui Italia)ii, qucsui primo obbligo, d'esseie diventati sen^a 

religione e cattivi » (Discorsi, I. c. xii). La seule différence entre l'Italien et 

l'Allemand est donc que le premier prend fort bien son parti de cet état de choses 
— et c'est la seule raison de l'échec de la Réforme en Italie — tandis que l'autre 
réagit vigoureusement. 

I. A cet égard on doit regretter que, dans son chap. sur les Origines de la 
Pléiade, M. B. n'ait fait aucune mention de l'influence, incontestable, des dassicistes 
d'Italie. 



20 REVUE CRITIQUE d'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

de Navarre ou encore à Ronsard, on doit regretter qu'il les ait fait 
entrer dans un dessein général trop artificiel, qui donne des multiples 
et fuyants aspects du xv'^ et du xvi^ siècle, une image aussi partielle — 
on est bien tenté de dire : aussi partiale. On doit le regretter, parce 
que l'heure paraissait venue d'écrire l'histoire définitive de la littéra- 
ture classique; et qui était mieux en mesure de le faire que M. Brune- 
tière ? Au lieu de cela, c'en est plutôt une théorie qu'il nous donne, 

la sienne. 

Henri Hauvette, 



ACADEMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES 



Séance du g juin igo5 

M. Collignon, président, annonce la mort de M. Mussafia, ancien professeur de 
langues rolnanes à l'Université de Vienne, correspondant étranger de l'académie 
depuis 1876. 

M. Collignon communique ensuite une note de M. le commandant Lenfant sur 
les résultats pratiques de la mission Niger-Bénoué-Tchad. — M. VioUet présente 
quelques observations. 

M. Clermont-Ganneau annonce que M. Clédat a découvert en Egypte un 
papyrus très mutilé et écrit en beaux caractères hébreux carrés, dans le dialecte 
araméen qui est devenu la langue des Juifs après l'exil. Il semble qu'on ait affaire 
à un livre de comptabilité agricole. On relève dans ce document le nom foncière- 
ment juif de « Jolianan ». 

M. le D"" Hamy communique un rapport sommaire envoyé de Mopti par M. le 
lieutenant Desplagnes et résumant les résultats de la mission qui lui avait été 
confiée sur les crédits de la fondation Garnier. M. Desplagnes a complètement 
fouillé un grand tumulus à El Ouabedjï, établi la distribution géographique des 
monuments analogues dans la région du Niger moyen, décrit un certain nombre 
d'ateliers mégalithiques situés dans les îles et sur les berges du grand fleuve, et 
des monuments de pierre, comme les piliers sculptés en forme de tètes humaines 
du Trondidarou. Il a relevé enfin une série d'inscriptions rupestres et rapporté 
des notes nouvelles sur l'ethnographie et la sociologie des populations primitives 
des îles du Niger et des montagnes du centre de la boucle, Bozos, Habbès, 
Tombes, etc. 

M. Philippe Berger fait un rapport oral sur le Congrès des Orientalistes auquel 
il s'était rendu comme délégué de l'Académie. La section la plus intéressante a 
été la section musulmane, où se trouvaient réunis de nombreux savants anglais 
et allemands et aussi beaucoup de cadis et de muftis représentant le monde mu- 
sulman de l'Algérie. Plusieurs communications ont été faites au sujet du Coran, 
dont une édition doit être prochainement donnée par les soins du gouvernement 
français. — M. Barbier de Meynard ajoute quelques observations au sujet de 
cette publication et de l'accueil qui lui parait réservé en Afrique. 

M. Valois termine la lecture d'un mémoire où, plus que la fausseté de la 
Pragmatique sanction de saint Louis, il cherche à établir l'épocjue de 
son apparition et de sa composition. Produit pour la première fois dans l'assem- 
blée de Chartres de 1450, ce document était déjà connu vers 1445 de Gérard 
Machet, évèque de Castres et confesseur de Charles VII; il doit avoir été forgé 
vers cette date par quelque secrétaire désireux de complaire aux prélats gallicans. 
Malgré l'effet considérable produit par l'apparition de cet acte faux, quelques 
esprits clairvoyants, notamment dans l'Université, semblent avoir dès le début 
conçu des doutes sur l'authencité de la Pragmatique attribuée à saint Louis. 

M. Héron de Villefosse dépose, au nom'du R. P. Delattre, une série de dix 
figurines en terre cuite découvertes dans la nécropole punique de Carthage et 
donne lecture du rapport relatif â cette découverte. Conformément au désir 
exprimé par le R. P. Delattre, 1 Académie attribue ces dix petits monuments au 
Musée du Louvre. 

Léon Dorez. 

Propriétaire-Gérant : Ernest LEROUX. 



U Fuy, imp. R. Harchessou. — PeyriUer, Rouehoa et Oamon, successeurs. 



REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 



N" 28 — 15 juillet. — 1905 



Cheyne, Problèmes bibliques. — Giesebrecht, La métrique de Jérémie. — Marti, 
Le Livre des Douze. — Furrer, La vie du Christ. — Hennecke, Les Apocryphes. 
— Bjœrnbo et Petersen, Clavus. — Cambridge Modem History, III, Les guerres 
de religion. — Gossart, Espagnols et Flamands au XVI^ siècle. — Flamini, 
Pages de critique et d'art. — Destrem, Le dossier d'un déporté. — Sauzey, Le 
contingent badois sous l'Empire. — Auriol, France, Angleterre et Naples. — 
HoussAYE, i8i5, III. — Bellermann, Les drames de Schiller. — Lettre de 
M. A. Thomas. — Eggeling, Catalogue de manuscrits sanscrits. — Hahder, 
Homère. — T. Frank, Une scolie de Médée. — Krumbacher, Un manuscrit du 
Digénis. — Demoulin, Le banquet de Plutarque et Les Rhodiens à Ténos. — 
Bréhier, Un discours de Psellos. — Ellis, Catulle. — Brown, Belles-Lettres 
Séries. 



Bible problems and the new material for their solution, by F. K. Cheyne. Lon- 

don, Williams, 1904; in-12, 271 pages. 
Jeremias Metrik am Texte dargestellt von F. Giesebrecht. Gôttingen, Vanden- 

hoeck, 1905 ; in-8, viii-52 pages. 
Dodekapropheton erklârt von K. Marti {Kttr^ev Hand-Commentar :{um Alten 

Testament, Lief. 20). Tùbingen, Mohr, 1904; gr. in-8, xvi-252 pages. 
Das Leben Jesu Christi, von K. Furrer. Zweite Auflage ; Leipzig, Hinrichs, 

1905; in-8, viii-262 pages. 
Handbuch zu den Neutestamentlichen Apokr3rphen, herausgegeben von 

E. Hennecke. Tùbingen, Mohr, 1904; gr. in-8, xvi-604 pages. 

Le volume de M. Cheyne est d'une lecture aussi facile qu'instruc- 
tive. L'auteur y traite principalement de l'influence exercée par la 
mythologie ancienne sur la Bible et les croyances bibliques. Il s'oc- 
cupe d'abord du Nouveau Testament et principalement de la concep- 
tion virginale du Christ, de sa descente aux enfers, de sa résurrection 
et de son ascension au ciel. La critique de M. C. est méthodique, 
nullement arbitraire ; les rapprochements qu'il fait ont leur raison 
d'être ; ses conclusions sont accompagnées des réserves qui convien- 
nent en un pareil sujet. Peut-être n'a-t-il pas assez insisté sur la pro- 
fondeur et l'étendue de la transformation que le sentiment religieux 
juif et chrétien a fait subir à la tradition mythologique. Il fait d'ail- 
leurs très bien valoir l'idée morale qui est au fond des crovances 
chrétiennes. Il semble ne pas tenir suflisamment compte de la part 
qu'il faut attribuer aux apparitions du Ressuscité dans la genèse de la 
Pfpuvelle série LX. 34 



22 REVUE CRITIQUE 

foi à la résurrection. Ce n'est certainement pas à cause des mythes 
solaires et de leur adaptation messianique antérieure à l'Évangile que 
les apôtres ont cru que Jésus mort était toujours vivant. Autant qu'on 
en peut juger, la foi est née de visions chez des hommes déjà familia- 
risés avec l'idée générale de la résurrection ; elle s'est fortifiée par la 
contradiction et a cherché un appui dans les Écritures; pour s'affir- 
mer et se défendre elle a eu besoin de se préciser de plus en plus, et 
c'est à cette détermination progressive que se rapportent les analogies 
signalées par M. C, c'est là que s'est exercée l'influence de la tradi- 
tion apocalyptique, non sur la croyance initiale dont cette tradition 
n'a pas été le point de départ et qu'elle ne suffirait pas à expliquer. 
Les origines de la croyance à la conception virginale demeurent très 
obscures. M. C. doit avoir raison de soutenir, contre M. Harnack, 
qu'elle ne peut procéder d'une conclusion exégétique sur la traduc- 
tion grecque d'Is. VII, 14, et qu'il faut plutôt chercher du côté de la 
tradition apocalyptique. En ce qui concerne l'Ancien Testament, 
M. C, tout en rendant justice aux travaux de M. H. Winckler, fait 
des réserves, sans doute légitimes, sur plusieurs de ses conclusions. 
On peut trouver que lui-même abuse un peu du droit de conjecture 
en matière de critique textuelle. Le caractère historique de Gen. xiv 
lui semble tout à tait contestable, et il me reproche discrètement 
d'avoir écrit que ce chapitre est pour Abraham un assez bon certificat 
d'existence personnelle : je commence moi-même à trouver que le 
certificat n'est pas des plus sûrs. 

M. Giesebrecht entreprend de reconnaître et de fixer les parties 
métriques du livre de Jérémie, Il admet que le prophète a employé 
des mètres différents suivant les circonstances, bien qu'il se soit servi 
le plus ordinairement de celui qu'on trouve appliqué dans les Lamen- 
tations. Selon M. G., le mètre est gouverné par la tonalité, sans que 
le nombre des syllabes non accentuées ait rien de fixe; ainsi le vers 
des Lameniations comporte cinq accents, trois et deux, la phrase 
rythmique comprenant deux parties inégales. Cet essai est conduit 
avec une critique prudente et devra être consulté par les commenta- 
teurs de Jérémie. 

Avec le second fascicule des Petits prophètes s'achève l'important 
commentaire de l'Ancien Testament publié sous la direction de 
M. Marti (sur le premier fascicule des Petits prophètes, voir Revue 
du 21 mars 1904, p. 223). On y trouve l'introduction générale au 
livre des Douze et l'explication des textes à partir de Jonas, avec les 
introductions particulières. L'existence du recueil est attestée par 
Eccli. xLix, 10, vers l'an 180 avant notre ère; mais M. M. estime que 
des additions notables (principalement Zach. ix-xiv) y ont encore été 
pratiquées ensuite et que le livre n'a acquis sa forme définitive que 
vers l'an 100. Jonas a pu être écrit vers 3oo ; le cantique (/o«. 11, 2-10), 
inséré après coup, n'^ peut-être été ajouté que postérieurement à la 



d'histoire et de littérature 23 

constitution du recueil. Des trois parties dont se compose le livret de 
Michée, la première (i-iii, sauf quelques additions) remonte au pro- 
phète contemporain d'Ezéchias (vers 705-701); les morceaux qui 
composent la seconde partie (iv-v) auraient été écrits vers l'an 5oo; la 
troisième partie (vi-vii), dans son ensemble, ne remonterait pas plus 
haut que le second siècle. Il paraît certain que le livret primitif a été 
augmenté par des additions successives. Il paraît également certain 
que le début de Nahum, le commencement et la fin d'Habacuc ont 
été ajoutés par un procédé identique, pour donner plus de corps aux 
oracles ; on a mis en tête de Nahum la majeure partie d'un psaume 
alphabétique (i, 2-10), avec une pièce de suture (i, 1 2-1 3 ; 11, i, 3); 
Habacuc a été pourvu de deux psaumes, l'un en tête (i, 2-4, 12 a, i3, 
II, 1-4 ; ce psaume paraît avoir été écrit d'abord en marge de l'oracle ; 
d'où l'amalgame des textes), l'autre en queue (m). M. M. rapporte ce 
psaume au second siècle ; il pense que le premier et celui de Nahum 
pourraient n'être pas plus anciens. 

En terminant cette analyse, il convient de féliciter M. Marti et ses 
collaborateurs pour l'œuvre remarquable et vraiment utile qu'ils ont 
su mener à bonne fin. 

Le livre de M. Furrer a été parlé avant d'être écrit et il garde une 
forme très oratoire. La critique de l'auteur, aussi sincère que sa reli- 
gion, manque peut-être un peu de profondeur et elle aboutit à cer- 
taines conclusions particulières où le sentiment mystique paraît 
l'avoir emporté sur le tact de l'historien. Le quatrième Évangile est 
abandonné, mais l'emploi qu'on fait des Synoptiques peut sembler 
défectueux à beaucoup d'égards. Est-ce la peine, par exemple, quand 
on néglige la naissance du Christ à Bethléem, de maintenir sa filia- 
tion davidique ; quand on nie la personnalité du démon, de conduire 
Jésus à Jérusalem pour la seconde tentation, et au mont des Oli- 
viers (!) pour la troisième; quand on ne croit pas que le Christ ait 
marché sur les eaux, de décrire avec minutie l'itinéraire qu'il aurait 
suivi réellement (?) dans la circonstance indiquée par les évangélistes ; 
de garder les prophéties de la passion et d'un triomphe par la mort, 
en contestant l'annonce littérale de la résurrection au troisième jour; 
d'écarter le miracle du figuier desséché, pour y substituer une 
remarque de Jésus sur un arbre malade? Cette méthode exégétique 
a fait son temps et l'on aurait tort de vouloir la restaurer. Une ana- 
lyse plus pénétrante des discours évangéliques épargnerait aussi bien 
des subtilités d'interprétation. Tout dans ces discours n'est pas à 
prendre pour expression directe de la pensée du Sauveur; avant d'ex- 
pliquer éloquemment le grand discours apocalyptique {Marc, xiii, et 
parallèles) par l'idée du royaume céleste déjà présent dans les cœurs, 
il serait bon de s'assurer que le fond du discours appartient à la tra- 
dition authentique et primitive de l'Évangile ; d'autre part, on devrait 
s'abstenir d'invoquer une raison de sentiment pour introduire dans 



24 » REVUE CRITIQUE 

l'enseignement du Christ l'idée d'un appel possible de la damnation 
après la mort et le jugement, car on y met ainsi une contradiction qui 
le rend sans objet. Ce n'est point par crainte du pape que les critiques 
de nos jours contestent l'authenticité des paroles que Jésus, dans le 
premier Évangile, adresse à Simon-Pierre après la confession mes- 
sianique, et il est aussi contraire au sens naturel du texte qu'à la 
vraisemblance historique d'entendre ces paroles comme si elles signi- 
fiaient que la foi exprimée par Pierre sera le fondement de la société 
instituée par le Christ et que Pierre ne se trompera jamais en jugeant 
toutes choses d'après cette foi. L'interprétation des paroles : « Prenez 
et mangez ; Ceci est mon corps », « Buvez; Ceci est mon sang etc. » 
n'est pas mieux réussie. M. F. y trouve : « Sentez parfaitement que 
je donne ma vie pour le salut des hommes ». 

La traduction des apocryphes du Nouveau Testament, publiée sous 
la direction de M. Hennecke (voir Revue du i«' février 1904, p. 83), 
se complète fort utilement par un volume important qui renferme 
les introductions critiques et les notes relatives à ces livres ou frag- 
ments. Les collaborateurs de M. H. sont les mêmes que pour le 
volume de traductions. Ainsi le lecteur a sous la main tous les ren- 
seignements désirables concernant les apocryphes dont il s'agit : tra- 
ductions soignées, notices substantielles, bibliographie abondante et 
détaillée, commentaire critique et historique. L'étude de cette littéra- 
ture soulève maints problèmes qui ne peuvent être actuellement réso- 
lus. Il n'y a pas lieu en général d'en tirer quoi que ce soit pour 
l'histoire du Christ et des apôtres, mais seulement pour celle de la 
tradition chrétienne. Quoi qu'en dise M. H., on ne voit pas bien, par 
exemple, comment les Actes de Jean confirmeraient la venue de cet 
apôtre à Éphèse; tout ce qu'on y raconte est de pure fantaisie et ne 
s'accorde pas avec la légende locale, déjà suspecte, que représente la 
lettre de Polycrate au pape Victor. Il n'est pas étonnant qu'un auteur 
probablement contemporain de Polycrate et d'Irénée admette comme 
eux le séjour de l'apôtre Jean à Éphèse et soit heureux de l'exploiter ; 
mais le suffrage de ce romancier ne peut être qu'une médiocre garan- 
tie pour la réalité du fait en question. 

Traitant de l'Évangile de Pierre, M. A. Stùlcken discute le rap- 
port de Justin avec cet apocryphe et conclut à la dépendance de l'un 
et de l'autre à l'égard d'une source commune qui ne nous est point 
parvenue ; il ne croit pas devoir identifier cette source aux actes de 
Pilate (voir Revue du 3o mai 1904, p. 422) que Justin mentionne en 
termes exprès. L'existence de ce document apocryphe au temps de 
Justin lui paraît d'ailleurs certaine, bien que le renvoi du même écri- 
vain aux actes de Qrurinius ne laisse pas de l'embarrasser un peu. 
Vu l'analogie des deux cas, il ne paraît pas seulement possible mais 
probable que Justin n'a pas plus vu le prétendu rapport de Pilate 
qu'il n'a vu les registres du recensement opéré par Qrurinius : il 



DHISTOIRE ET DE LITTERATURE 2 5 

aura supposé que le rapport et les registres devaient exister, à moins 
que cette double hypothèse n'ait été faite par d'autres avant lui. 
Quant à l'hypothèse d'une source commune à Justin et à l'Evangile 
de Pierre, elle peut sembler plus probable que la dépendance de Jus- 
tin à l'égard de l'apocryphe dont on possède maintenant un fragment 
notable; mais il conviendrait de rapporter à cette source telle parti- 
cularité que n'explique pas la dépendance de l'apocryphe à l'égard 
des évangiles canoniques, par exemple, l'introduction de la pêche 
miraculeuse comme première apparition du Christ ressuscité, trait 
où l'Évangile de Pierre reflète sans doute plus exactement que les 
récits canoniques la tradition primitive touchant la résurrection. 

Alfred Loisy. 



Fyenboen Claudius Claussœn Swart (Claudius Clavus), Nordens aeldste 
Kartograf '. En Monografi af Axel-Anthon Bjœrnbo og Cari S. Petersen 
(Extrait des Mém. de VAcad. R. des Sciences et des Lettres de Danemark, 6<= sér. 
Lettres, t. VI, n° 2, p. 45-3o2). Copenhague, 1904, 260 p. in-4, avec un résumé 
français et trois cartes. 

De courts extraits de la plus longue des deux nomenclatures géogra- 
phiques de cet auteur, contenus dans les écrits de Schoner (i5i5) et 
d'Irenicus ( 1 5 1 8), avec des mentions élogieuses par eux, par le Pogge, 
par Lyschander, Pontanus, Ed. Erslev (1886), Gust. Storm (1889), 
avaient donné une haute idée de ses mérites, que ne justifie d'ailleurs 
pas l'abrégé de sa carte du Nord insérée dans le Ptolémée de Nancy 
(1427). On aurait pu supposer que l'original avait été altéré dans cette 
copie. Il n'en est rien, comme on en peut juger par la troisième carte 
du présent mémoire, qui a été construite d'après les données précises 
du manuscrit accompagnant l'exemplaire de Nancy. L'idée que Clavus 
se faisait des contrées du Nord n'a pas plus de fixité que de réalité; il 
les a décrites de deux manières passablement différentes. Nos auteurs 
ont, en effet, retrouvé dans des manuscrits de Vienne en Autriche deux 
copies de la sèche géographie composée postérieurement par Clavus, 
et avec l'indication de la latitude et de la longitude pour chaque loca- 
lité, ils ont pu dresser une carte encore plus informe que celle de 
Nancy et assez semblable à celle du Ptolémée de la bibliothèque 
nationale de Florence, (Cl. XIII, n" 16, reproduite dans la pi. I). 

A part quelques îles danoises, il n'y a là pas d'autre figure à peu 
près ressemblante que celle du Grœnland, bien inférieur à celui de la 
carte des Zeno, étant beaucoup trop étriqué et plus mal orienté par 
rapport à la Norvège. On a néanmoins soutenu que Nicolo Zeno le 
Jeune avait imité Clavus, au lieu de se baser, comme il l'affirme, sur 

I. Il est aussi nommé : Clavius Svartho, Clilaus Niger, Nicolaus Niger, Nicolaus 
GotliHS, Clavus Cymbricits. 



20 REVUE CRITIQUE 

des levers faits vers l'an 1400 par des marins Vénitiens, compagnons du 
corsaire Frislandais Zichinni ou Zicno. Comme les papiers de famille 
auxquels se référait N. Zeno n'existent plus et ne sont connus que par 
des extraits publiés en i558, plus d'un siècle après la géographie de 
Glavus, on a pris la dernière carte de celui-ci pour le prototype du 
Groenland des Zeno. Nos auteurs soutiennent cette thèse, tout en nous 
fournissant les meilleurs moyens de la réfuter, Glavus se targue d'avoir 
levé mathématiquement les très nombreuses positions qui figuraient 
sur sa seconde carte perdue; mais, si c'était vrai, il n'aurait pas 
donné au Danemark, sa patrie, à la Norvège et à la Suède, qui lui 
étaient alors unies, une configuration tout à fait fantastique. S'il en 
est ainsi pour les pays dont il devait connaître une partie, comment 
se fait-il qu'il ait donné une forme et une situation moins incorrectes 
au Grœnland que ne fréquentaient plus les Scandinaves de son temps? 
Et à supposer qu'il y ait fait un ou plusieurs voyages, était-ce suffi- 
sant pour en reconnaître l'immense littoral? Il a donc dû avoir sous 
les yeux une carte dressée par des marins du midi, les seuls qui, au 
xv» siècle, nous aient laissé des portulans passablement exacts. Or 
c'étaient des méridionaux, les auxiliaires de Zichinni qui, s'étant 
établi à Trin au sud du Grœnland, purent à loisir en faire le périple 
et en dresser une carte nautique. 

La nomenclature que porte la carte des Zeno est sans doute difficile 
à expliquer, ce qui l'a rendue suspecte, mais elle n'est du moins pas 
romanesque comme celle de Glavus. Nos auteurs ont eu laperspicacité 
de reconnaître que cette dernière n'a absolument rien de géographique. 
Il est vrai que pour arriver à ce résultat, ils ont eu besoin d'ajouter un 
mot fij = deux ou daus) et d'en modifier sept autres. Le tout forme un 
quatrain avec son refrain et en voici le sens : « Il demeure un homme 
dans une rivière du Grœnland et il doit s'appeler Spieldehbedh. Il 
possède plus de blancs harengs que de lard gras. Du Nord vole le 
sable de nouveau. » Pour composer ces vers insipides avec une série 
de noms géographiques relevés sur quelque ancienne carte du Grœn- 
land et mieux reproduits par dix autres cartographes du xv« siècle, 
Glavus a dû retoucher la plupart d'entre eux, et en transposer quel- 
ques-uns. G'est ainsi que le nom général du pays Engroneland 
(Grœnland intérieur), estropié dans les deux manuscrits de Vienne 
{Eyngromenden land ex Eyngromenland)^SL\x lieu d'occuper l'intérieur 
du pays, a été arbitrairement localisé sur un point de la côte orientale 
par 64° de lat. N. et i2''25' de longitude; et que Spichbod {Boutique 
à lard ou à graisse de cétacé et de phoque; en is,\a.nà.sàs Spikbud, 
en danois Spekbod, en suédois Spœckbod, comme il y en a encore 
sur le littoral du Grœnland), a été changé en un nom d'homme, 
Spieldehbedh, auquel pourtant est assignée la latitude de 63°3o' et la 
longitude de i i^So'. La situation des autres mots du quatrain, y 
compris les articles, les pronoms, les prépositions, est indiquée avec 



d'histoire et de littérature 27 

autant de précision que si c'étaient réellement des noms géographiques. 
Ce n'est pas par ces injustifiables procédés que l'on aurait pu obtenir 
la configuration approximative du Grœnland ; ils ont été appliqués 
avec aussi peu de succès à trois pays que Clavus aurait pu mieux con- 
naître, puisqu'ils dépendaient, comme son île natale, du roi de l'Union 
Scandinave : en Islande, ce sont des noms de runes, non pas figurés 
comme des signes algébriques ni considérés comme des initiales, 
mais écrits en toutes lettres ; dans l'île de Gotland et au Nord de la 
Norvège, ce sont des mots qui n'appartiennent à aucune langue (à 
moins que Ynesegh ne soit le ^aWo'isynysig, îlot, en gaélique innseag), 
et que nos auteurs ne se chargent pas d'expliquer et encore moint 
d'identifier avec des localités réelles, quoique les positions soient 
ponctuellement indiquées. Pour ces trois derniers pays on ne peut 
même pas supposer, à la décharge de Clavus, qu'il usait, comme 
peut-être dans sa nomenclature grœnlandaise, d'un moyen mnémo- 
nique pour soulager la mémoire de ses élèves. On est forcé d'induire 
qu'il voulait tout simplement jeter de la poudre aux yeux des cosmo- 
graphes méridionaux qui ne pouvaient le contrôler au moyens des 
sagas, des cartulaires, des pouillés, des terriers et de nombreux autres 
documents septentrionaux. Il paraît avoir été coutumier du fait : 
pour se faire bien venir du Pogge, il avait affirmé qu'un exemplaire 
complet de Tite-Live existait à la bibliothèque des Cisterciens de Sorœ 
en Sélande; on chercha en vain ce manuscrit qui aurait fait bonne 
figure parmi les trouvailles de la Renaissance. 

De leur côté nos auteurs se sont efforcés de jeter un voile sur les 
mystifications et les erreurs de leur compatriote; s'ils n'y sont pas 
parvenus, ils nous ont du moins donné une étude des plus fouillées et 
qui nous dispensera d'en entreprendre de nouvelles sur ce personnage 
surfait, tant que l'on n'aura pas eu comme eux l'heureuse chance de 
découvrir de nouvelles pièces concernant sa vie ou ses écrits. Aux 
maigres notions qu'il nous donne sur lui-même, comme la date de sa 
naissance (i388) à Sallinge en Fionie, ils n'ont pu ajouter que deux 
ou trois faits et quelques dates, mais ils ont décrit, transcrit les deux 
rédactions de ses cartes, traduit et reproduit l'une d'elles en fac-similé, 
comparé sa nomenclature avec celle de onze autres cartes, classé 
d'après plusieurs types un très grand nombre de celles qui se rattachent 
aux siennes, noté les différences, commenté avec beaucoup d'érudition 
les passages difficiles et, en un mot, fait un travail tellement soigné 
et approfondi que, tout en différant d'opinion avec eux sur la valeur 
de Claudius Clavus, on ne peut s'empêcher de louer ce mémoire 
comme une des plus précieuses contributions à l'histoire de la carto- 
graphie septentrionale. 

Eug. Beauvois. 



28 REVUE CRITIQUE 

A. W. Ward, g. W. Prothero, Stanley Leathes. The Cambridge modem 
history. Vol. III The wars of religion. Cambridge, University press. In-8°. 
xxviii-914 p. 

Ce troisième volume de la Cambridge modem history n'est pas 
exempt de quelques-uns des défauts signalés par la Revue dans les 
deux premiers (voy. 1903, II, 3i et 1904, I, 458), Si ce volume pré- 
sente dans l'ensemble une certaine unité, s'il doit étudier le dévelop- 
pement de la Contre-Réforme et la formation graduelle du concept 
de l'État moderne, cette unité disparaît quelque peu à travers les 
vingt-deux chapitres, dus à seize auteurs différents. 

Non seulement il existe, entre ces divers chapitres, une inégalité 
fatale en de semblables entreprises, mais l'ensemble est plutôt un 
recueil de monographies que l'exposé total d'une évolution. Chacune 
de ces monographies est obligée de répéter, d'un point de vue nou- 
veau, les faits exposés dans les séries parallèles. Certaines de ces 
monographies {Toscane et Savoie) portent même sur des sujets trop 
restreints. Quelques unes sont excellentes, par exemple, celle où 
M. Ugo Balzani {Rome under Sixtus V) a su grouper autour d'une 
figure centrale, dessinée en plein relief, les faits essentiels de la con- 
tre-réforme. Les deux chapitres de M. Sidney Lee sur Elizabeth 
(noter le joli portrait d'Essex) ne sont pas moins réussis, ni celui de 
M. Brosch sur l'Apogée de la puissance ottomane (mais il est obligé 
de remonter jusqu'en 1529, tandis que la date initiale du volume est 
1 555-1 56o). Citons également celui de M. R. Dunlop sur l'Irlande, 
dont le caractère historiquement insulaire est bien mis en lumière. 

Dans beaucoup de chapitres, l'histoire des événements prend trop 
de place, au détriment de celle de la civilisation. Cependant, si l'his- 
toire de l'art est aussi fâcheusement absente que dans les volumes 
précédents, il n'en est pas de même de celle des lettres. Le chapitre 
consacré par M . A. Tilley à V Humanisme français et Montaigne 
résume une partie de son History of the french literature. D'autres 
chapitres traitent de VEliiabethan Age et de la fin de la Renais- 
sance italienne. Quant au chapitre terminal, sur la pensée politique 
au xvi* siècle, c'est une bonne tentative, mais le résultat manque de 
netteté et il y a bien des lacunes '. 

M. Delaruelle se plaignait avec raison que la France fût sacrifiée 
dans le volume sur la Réforme. Ici nous avons déjà vu qu'elle obte- 
nait un chapitre d'histoire littéraire. Elle en a deux pour l'histoire 
politique, et si le premier est un simple résumé des guerres civiles, 
sans le moindre effort pour peindre l'époque, le second, sur Henri IV, 
est bon, et contient un tableau suffisamment complet de l'état social'. 

1. Surtout le traité de Th. de Bèze Du droit des magistrats sur leurs sujets, si 
bien mis en lumière par M. Cartier en 1900. 

2. Singulier lapsus p. 68 1 (et aux- Index) ; Châtelhérault (ce qui risque d'induire 
plus d'un lecteur anglais en péché géographique) pour Chàtellerault. 



d'histoire et de littérature 29 

Les bibliographies, toujours bizarrement rejetées en fin de 
volume, présentent entre elles les mêmes inégalités que les cha- 
pitres '. Quelques-unes — le très petit nombre — ne sont guère que 
des titres d'ouvrages classés très artificiellement '. La plupart sont 
au contraire bien divisées, distinguent les sources des travaux ■'. 
Quelques-unes donnent même des renseignements sur les sources 
manuscrites ', et l'une d'elles est une sorte d'inventaire sommaire 
d'un fonds d'archives \ 

Tel quel, ce volume paraît supérieur à ses aînés. Et, si la Cam- 
bridge history souffrira jusqu'au bout des inconvénients attachés à 
son plan parcellaire, elle rendra, comme collection de monographies 
généralement bien faites, de réels services. Un atlas et un index géné- 
ral compléteront cette collection *'. 

Henri Hauser. 



Ernest Gossart, Espagnols et Flamands au xvr siècle. L'établissement du 
régime espagnol dans les Pays-Bas et l'insurrection, i vol. in-S», xii, 
33i p., Bruxelles, Lamertin, igoD. 

Il y a longtemps déjà que M. Gossart, conservateur à la Biblio- 
thèque Royale de Bruxelles, s'occupe de l'histoire des Pays-Bas au 
xvi^ siècle, et il s'est acquis sur ce terrain, par de nombreuses études 
de détail, une autorité incontestable. On ne peut donc que se féliciter 
de le voir continuer ses recherches et compléter la série de ses tra- 
vaux. Son dernier ouvrage, qui vient de paraître à Bruxelles, est un 
des plus importants qu'il ait composés. Sans apporter peut-être des 
résultats très originaux, il n'en a pas moins de réels mérites : d'une 
part, il rend service aux historiens en établissant nettement l'état de 
nos connaissances actuelles sur les commencements du règne de Phi- 

1 . On a sagement groupé en une seule notice les ouvrages afférents aux deux 
chap. (v et xxi) sur le Saint-Empire, aux trois chap. (vi, vn,xix) sur les Pays-Bas, 
les deux chapitres (xv, xvi) sur l'Espagne. On renvoie souvent (voy. p. 787), avec 
références précises, à des instruments bibliographiques plus complets. 

2. Exemple, celle des guerres civile» en France. La série II. Historiés, mêle 
Agrippa d'Aubigné et Kervyn de Lettenhove ; elle admet les Mémoires de la ligne, 
qui devraient être à Contemporary letters, etc., à Biographies and Memoirs les 
sources voisinent avec les travaux. — Lamyrault pour Amyrauit. La Noue {une 
lettre de) sur sa conversion ; c'est sur la conversion de Henri IV. 

3. Celle de M. Tilley distingue œuvres et commentaires (généraux; monogra- 
phies) ; celle de la Pologne, sources et travaux. Celle de l'Empire, avec sa division 
par Etats, est un modèle. 

4. Espagne (il aurait fallu citer les fonds Simancas de Paris), Rome, Allemagne, 
Turquie. 

5. Celle sur Rome sous Sixte Quint. 

6. Chaque volume se termine par un index spécial et une table chronologique. 



3o REVUE CRITIQUE 

lippe II dans les Flandres, et en utilisant pour cette période dont 
l'américain Motley a popularisé les dramatiques péripéties, les mul- 
tiples publications de documents qui, depuis un demi-siècle, ont en 
partie renouvelé le sujet; d'autre part, il expose avec une information 
sûre et dans une langue agréable ' des événements du plus haut inté- 
rêt, les mettant à la portée d'un p'ubiic qui, rebuté par les livres d'éru- 
dition, n'a trop souvent pour aliments que les fantaisistes élucubra- 
tions de publicistes ignorants ou légers. 

Comme l'annonce le titre, M . G. a cherché avant tout à expliquer 
comment et pourquoi Philippe II a introduit aux Pays-Bas le régime 
espagnol, dont Charles-Quint, plus avisé et d'ailleurs mieux disposé 
pous ses compatriotes flamands, avait soigneusement modéré dans 
ces régions le despotisme intransigeant ; il a, en outre, étudié les con- 
séquences du système nouveau, l'insurrection générale de 1572, la 
perte des provinces du nord définitivement aliénées, et la ruine des 
provinces du sud assujetties. Il s'est, chemin faisant, préoccupé de la 
politique générale de l'Espagne, démêlant avec dextérité les intrigues 
souvent enchevêtrées où s'est complu le génie minutieux et perfide 
de Philippe II, et montrant les complications de toutes sortes sus- 
citées du côté de l'Allemagne par le caractère irrésolu et la tolérance 
de l'Empereur, Maximiiien II, du côté de l'Angleterre par l'hostilité 
mal dissimulée d'Elisabeth, du côté de la France par les volte-face 
perpétuelles de Charles IX et de Catherine de Médicis. Cette étude de 
faits très différents et parfois sans lien apparent aurait pu rendre le 
récit incohérent et confus ; il n'en est rien grâce à l'excellente ordon- 
nance du volume, et grâce au souci constant de l'auteur de ne jamais 
laisser perdre de vue la question capitale, celle du sort des Pays-Bas, 
qui prime tout et vers laquelle il a su avec art faire converger ses 
développements \ 

Les quatre premiers chapitres racontent successivement l'avène- 
ment de Philippe II, l'organisation du gouvernement de sa sœur, la 
régente Marguerite de Parme, et de Granvelle, la lutte religieuse pro- 
voquée par l'établissement de l'inquisition et la généralisation des 
« placards » contre les protestants, les sanglants débuts du duc d'Albe 
en 1567-68. C'est un exposé clair et complet, où se dégage d'abord le 
caractère vexatoire du « nouveau régime », où éclate ensuite dans 
toute son horreur la répression cruelle et sournoise à laquelle prési- 
dèrent au nom du roi Fernand-Alvarez de Tolède et son Conseil des 
Troubles. La prudente circonspection de Guillaume d'Orange et son 

1. Je me permettrai seulement de relever deux fautes de français qui ont échappé 
à Tauteur, p. i32 : « jusqu'à ce qu'il aurait été fait droit », et p. 148 : « on en 
voulait à l'Empereur de ce qu'il favorisât ». 

2. Je reprocherai cependant à M. G. de n'avoir pas toujours défini clairement 
dans son introduction la politique de Charles-Quint vis-à-vis des Pays-Bas, qu'il 
aimait, et qu'il sacrifia pourtant aux intérêts de sa. mgjson, 



d'histoire et de LITTERATURE 3l 

attitude indécise, voire même équivoque, au point de vue religieux 
jusqu'à la révolte ouverte de i568, sont en même temps très juste- 
ment mises en lumière. Les deux chapitres suivants (Mission de l'ar- 
chiduc Charles en Espagne en 1568-69, et Démêlés avec la reine 
d'Angleterre) contiennent des faits moins connus et comptent parmi 
les meilleurs de l'ouvrage; il est curieux, par exemple, de constater 
que Philippe II paya, fort irrégulièrement il est vrai, sa quote-part 
dans les contributions d'Empire, et qu'il put s'en prévaloir pour 
réclamer l'interdiction aux rebelles de faire des levées en Allemagne 
(p. 120-21). Peut-être M. G. n'a-t-il pas suffisamment expliqué le refus 
de Maximilien II, qui, s'il ménagea son cousin, à cause des liens de 
famille, ne cessa de témoigner plus ou moins publiquement son aver- 
sion pour l'Espagne et la politique espagnole; peut-être aussi n'a-t-il 
pas montré assez nettement l'impuissance de l'Empereur dans l'Em- 
pire, au milieu d'électeurs et de princes qui lui accordaient à peine 
une autorité nominale. 

Le duc d'Albe avait étouffé dans le sang les velléités de révolte ; il 
avait persécuté les protestants, rétabli l'ordre par la terreur, et courbé 
sous le joug les dix-sept provinces. Tout semblait fini, quand il s'avisa 
de toucher aux intérêts matériels et d'établir des impôts indirects 
oppressifs, ce qu'on appelait en Espagne des alcavalas (le 20^ du pro- 
duit des ventes d'immeubles, le 10* du produit des ventes mobilières). 
Cette mesure détermina l'explosion de i 572. L'initiative hardie des 
« gueux de mer » sous Guillaume de La Marck ', la prise de la Brielle 
et l'occupation de Flessingue donnèrent aux insurgés la base d'opé- 
rations qui leur manquait, tandis que l'entrée en scène du prince 
d'Orange leur assurait un chef énergique. La Saint-Barthélémy com- 
promit un moment leur cause en les privant brutalement des secours 
de la France et surtout des huguenots; elle permit la reprise par l'Es- 
pagne des provinces méridionales des Pays-Bas, épuisées et misé- 
rables; du moins le nord résista avec le plus farouche courage, et le 
duc d'Albe quitta son poste en décembre iSy'i, chargé de la haine 
universelle et prévoyant un échec que son orgueil seul se refusait 
à admettre. Il partit d'ailleurs la tête haute et sans remords ; il 
n'était nullement disgracié ; il savait que son maître approuvait ses 
effroyables effusions de sang ; Philippe II n'écrivait-il pas alors qu'il 
aimerait mieux perdre les Pays-Bas que les posséder -« sans qu'ils 
fussent catholiques \» ? 

Le volume se termine par une table des ouvrages et documents 
consultés, qui n'a qu'un tort, celui de ne pas être absolument com- 
plète. On s'y rend compte pourtant de l'énorme somme de travail 

1. M. G. a donné d'utiles détails (p. 2i5 ss.) sur l'origine de ces « gueux de 
mer », et sur leurs relations avec les pays voisins, surtout avec l'Angleterre. 

2. Cf. Documentos itieditos para la historia de Espana, in-8", Madrid, 1842 ss., 
CXI, 276, 24 juin 1573. 



32 REVUE CRITIQUE 

qui a été fournie et de la quantité de documents espagnols, hollan- 
dais ou flamands que M. G. a mis en œuvre et qu'il a eu l'excellente 
idée de rendre accessibles, par la traduction de nombreux passages 
aux lecteurs peu familiarisés avec ces langues. 

Albert Waddington. 



FLAMiNi(Francesco). Taria : pagine di critica e d'arte. Livourne, Giusti, 1905. 
In-8° de x-35o p. 3 francs. 

Cet ouvrage se compose d'une quinzaine de morceaux qui avaient 
paru isolément et que l'auteur a retouchés. Un mot d'abord sur les 
premières et sur les dernières pages qui ont le plus de portée. 

M. F. est un des plus savants parmi les jeunes maîtres de la cri- 
tique italienne et il est justement fier de l'éducation qu'il a reçue. Ni 
lui, ni l'Italie ne seront jamais assez reconnaissants aux hommes qui 
ont chassé des universités italiennes la pure rhétorique, qui d'ailleurs, 
en son temps, avait contribué au réveil du patriotisme. Mais il se 
demande si l'heure ne serait pas venue de retirer à l'érudition le 
monopole qu'elle s'est adjugé. Il lui semble que cette science si vaste, 
si sûre, qu'on élabore autour de lui ne pénètre pas dans la nation, ne 
sort pas du cercle des futurs professeurs; et il croit que la faute en 
est à la manière dont on la présente. Ce n'est pas du tout pour se jus- 
tifier de réimprimer des articles de Revues ou des discours de cir- 
constance, qu'il conseille dans sa préface de quitter parfois les doctes 
dissertations pour des articles plus alertes, où la science se cacherait 
au lieu de s'étaler; on sent que la question lui tient au cœur; il la 
traite explicitement dans une partie du morceau qui termine le 
volume et qu'il faut lire attentivement. Le très juste souci de ne pas 
rouvrir la porte aux déclamations creuses, y jette quelquefois un peu 
d'obscurité; quand M. F., après avoir judicieusement déclaré qu'un 
professeur de littérature dans une chaire d'Université n'est pas un 
professeur d'esthétique, ajoute qu'il doit présenter la somme et non la 
fusion, la synthèse de tous les travaux auxquels une œuvre d'art peut 
donner lieu\^. 335), quand il semble ne pas voir de milieu entre les 
monographies et les généralités vides (p. 341), on craint qu'il ne par- 
tage la prudence excessive de ceux qui renvoient toujours à l'avenir le 
moment de tirer des faits sûrs qu'ils entassent une véritable nourri- 
ture pour les esprits. Mais ailleurs, il explique avec une clarté parfaite 
l'effort nouveau qu'il demanderait à la science de son pays : il vou- 
drait qu'elle produisît plus souvent de ces travaux d'ensemble qui 
résument et coordonnent les résultats acquis (p. 342). On devine com- 
bien il regrette que l'Italie n'ait plus de D"e Sanctis; il appelle de ses 



d'histoire et de littérature 33 

vœux un De Sanctis moins dédaigneux des talents secondaires. Et il a 
raison. Certes les travaux d'ensemble qu'il conseille n'ont jamais rien 
de définitif ; les conclusions en tiennent toujours plus au moins au 
tour d'esprit de l'auteur, aux opinions de son temps; mais les mono- 
graphies mêmes sont-elles définitives, et, en attendant, font-elles autant 
penser écrivains et lecteurs ? Marquent-elles aussi bien, pour l'ins- 
truction de la postérité, une étape de l'esprit humain ? Espérons que 
le conseil de M. F. sera entendu- et que ses élèves nous donneront de 
vrais livres, fallût-il y préluder par cette autre sorte de travaux d'en- 
semble que l'on appelle des éditions richement annotées, genre où 
l'Italie contemporaine a produit des chefs-d'œuvre, mais s'est exercée 
trop rarement. 

Parmi les autres morceaux, nous signalerons une fine étude de la 
différence qui sépare la manière de Dante et le dolce stil niiovo qui 
existait avant lui (Dante est le premier qui revienne après coup sur 
l'histoire de ses amours, la médite, l'arrange), un piquant résumé sur 
les frottole primitives semblables aux fatras de France, aux ensaladas 
d'Espagne, sur le goût des gens de lettres et du grand monde dans 
l'Italie du xv^ siècle pour l'improvisation réelle ou simulée accom- 
pagnée de musique. Surtout nous signalerons de délicates études sur 
Léopardi et surTommaseo. M. F. démêle fort bien ce qu'aurait été 
Leopardi sans ses infirmités précoces, la modestie avec laquelle il 
eût vécu heureux dans les recherches de l'érudition, la tendresse 
expansive qu'il eût gardée même après l'éveil des passions ; il estime 
que, loin de s'étonner de quelques torts ultérieurs uniquement impu- 
tables à ses souffrances, il faut l'admirer de n'avoir pas perdu la rai- 
son (p. 239). Incidemment, il juge avec une clairvoyante et courageuse 
sévérité la plupart des lyriques italiens qu'il accuse d'avoir manqué 
de sincérité (p. 242-3). Il explique avec une équité lucide l'injuste 
âpreté de Tommaseo et cite de lui d'admirables vers d'amour. 

Charles Dejob. 



Jean Destrem, Le dossier d'un déporté de 1804, avec une préface de A. Aulard 
etrn portrait du déporté. Paris, Reliais, 1904. In-8°, 197 p. 

M. Jean Destrem a, comme il dit dans sa préface, élevé l'an der- 
nier, lors du centenaire de cette année 1804 qui vit l'évasion et la 
mort de Hugues Destrem, un monument à son grand-père. Il a, à 
force de temps et de recherches, recueilli une foule de pièces sur le 
proscrit. La jeunesse de Hugues Destrem, son rôle à la Législative 
et à Toulouse où il fut commissaire du Directoire et suscita contre 
lui les violentes attaques du journal V Antiterroriste, ses travaux au 
Conseil des Cinq-cents, son attitude au.ciub du Manège et dans 



34 REVUE CRITIQUE 

les Journées des 18 et 19 brumaire, les coups de poing qu'il envoie 
à Bonaparte, tout cela nous est raconté par l'auteur d'après les docu- 
ments les plus sûrs. Mais, comme on nous le dit (p. 83), Brumaire 
termine la vie politique de Hugues Destrem, et nous le voyons dans 
la seconde partie du livre interné deux fois de suite à Saint-Martin- 
de-Ré, puis déporté à Cayenne, s'échappant au moment même où il 
obtient sa grâce, et mourant presque aussitôt à Gustavia dans l'île 
Saint-Barthéiemy. Grâce à ce récit, la mémoire de Hugues Destrem 
vivra; sa noble figure, son caractère courageux et ferme apparaissent 
nettement dans la suite des notes rassemblées par son petit-fils '. 

A. G. 



Commandant Sauzey. Les Allemands sous les aigles françaises. Le contin- 
gent badois. Avec une préface de M. J. Margerand. Paris, Chapelet, 1904. 
In-8», IX et I 70 p. 

Ce deuxième volume, consacré aux troupes allemandes de la confé- 
dération du Rhin au service de la France impériale, est aussi bien 
documenté, aussi consciencieusement fait que le premier. M. Sauzey 
devrait soigner davantage ses traductions ; mais il a fouillé avec suc- 
cès dans les archives des pays étrangers, dans les manuscrits, les 
mémoires, les livres allemands, et on peut dire que presque rien ne 
lui a échappé. Il nous montre comment les Badois, d'abord assez 
médiocres, sont devenus de bons soldats. On les voit faire d'abord la 
campagne sur les derrières de l'armée; ils assurent le service des 
transports et des convois; puis ils reçoivent au siège de Danzig le bap- 
tême du feu, et dès lors ils figurent dans nos rangs en première 
ligne, en Espagne, à Essling et à Wagram, en Russie — d'où de 
4881, 145 seulement sont revenus — sur la Bérésina et à Leipzig. Ils 
eurent d'ailleurs la bonne fortune d'avoir des chefs qui leur don- 
nèrent l'impulsion, comme le prince héréditaire de Bade et le comte 
de Hochberg. Souhaitons que M. Sauzey continue cette série 
d'études militaires si bien commencée et qu'il ait assez de loisirs, 
pour nous donner l'historique de nos autres alliés, bavarois, saxons et 
wurtembergeois \ 

A. G. 

1. M. Jean Destrem a cité Despaze; il aurait pu citer une brochure contempo- 
raine de quatre pages, signée Jacques-Philippe B. et intitulée Liste générale des 
huit cents Jacobins-, on y trouve p. 3 les lignes suivantes : « Peut-on craindre une 
Société, en tête de laquelle se trouvent des membres distingués du Corps législa- 
tif, tels que Lucien Bonaparte, Deistremm {sic) et tant d'autres députés »? 

2. P. 26 le Bulach cité est un Zorn de Bulach sur lequel l'auteur trouvera des 
renseignements dans notre Alsace en 1S14 (p. SgS); — p. 28 l'auteur, citant un 
passage de Rôder, s'écrie que ce petit tableau est complet; mais pourquoi dit-il 



d'histoire et de littérature 35 

Ch. AuRioL, La France, l'Angleterre et Naples de 1803 à 1806, Paris, Pion, 
1904. 2 vol. in-S", 684 et 834 P- 20 fr. 

Il faut remercier et féliciter M. A.uriol de cette publication qui lui 
a sûrement coûté beaucoup de temps et de labeur. C'est moins un 
livre qu'une collection de pièces. Si l'auteur parle de son chef dans le 
premier et le dernier chapitre, s'il relie par de solides résumés les 
lettres qu'il nous donne, s'il met souvent au bas des pages des notes 
instructives, il a fait surtout et avant tout un recueil de documents. 
On trouve dans ces deux volumes la correspondance d'Alquier, notre 
ambassadeur à Naples, et celle de Gouvion Saint-Cyr qui comman- 
dait le corps d'occupation de Tarente; les lettres d'Acton, de Nelson 
et d'EUiot, l'ambassadeur d'Angleterre à Naples, le conseiller du cabi- 
net napolitain, l'inlassable adversaire delà politique napoléonienne '; 
celles de Tatistscheff, le représentant de la Russie, qui à l'heure de la 
crise finale joue un rôle considérable; celles de la reine, de Lascy, de 
Gircello, de Gallo, etc. L'auteur a fouillé non seulement dans nos 
archives des affaires étrangères et de la guerre, mais dans celles de 
Londres et de Naples. Il montre ainsi comment le royaume des Deux 
Siciles est, dans le bassin de la Méditerranée, « le principal facteur » de 
la lutte entre la France et l'Angleterre ; comment Napoléon est amené 
à chasser les souverains qu'il maintenait en 1801 et à les remplacer par 
son frère Joseph. Ces souverains, c'étaient ceux qui avaient violé la 
capitulation de 1799 et restauré si cruellement leur pouvoir ; ils ne 
surent cacher leur haine contre la France, ils lièrent leur politique à la 
politique anglaise et Napoléon crut qu'il pouvait agir envers eux sans 
ménagement. Lorsqu'il vit Elliot gagner leur esprit, il comprit que 
le sud de l'Italie ne lui fournirait aucun appui et il décida leur perte. 
M. Auriol aurait pu diminuer ces deux gros volumes en laissant de 
côté les lettres de Napoléon et en renvoyant le lecteur à la Corres- 



simplement « le mameluk Roustan me donna du pain et du vin », alors qu'on lit : 
Roustan ouvrit la portière de la voiture impériale, me fit asseoir sur le marche- 
pied et me donna du pain et du vin. » ; — id., « Masséna, dit l'auteur, reçoit Hoch- 
berg comme un enfant qu'il croyait perdu », non, mais comme l'enfant prodigue » \ 
— p. 3o « un trompette ramassa le drapeau, pour la prise duquel Sainte-Croix fut 
promu colonel »; il y a autre chose dans Rôder : «Un trompette ramassa le dra- 
peau, mais Sainte-Croix le lui arracha et le porta à Masséna en assurant qu'il 
lavait pris »; — id. l'auteur dit que Hochberg commande à l'infanterie badoise 
d'aborder l'ennemi sans « se servir de moyens d'approche abrités et qui pouvaient 
l'empêcher d'être légèrement éprouvée »; il fallait traduire : « sans se servir d'un 
moyen d'abri qui aurait pu facilement lui nuire aux yeux du maréchal »; — 
p. 34-35 lire Kageneck et non Krageneck; — p. 56 il est inexact de dire que Bar- 
banègre « rendit son épée » à Hochberg; — p. 61 « cette scène inoubliable »; 
Hochberg dit « cette scène si saisissante pour tous. ». 

I. L'auteur remarque très biwi son esprit d'initiative et fait là-dessus d'uliles 
réflexions (I, 488 et II, 818). 



36 REVUE CRITIQUE 

pondance. Il aurait pu tirer de ses documents un intéressant récit, une 

narration continue qui lui appartiendrait en propre. Mais l'ensemble 

de pièces qu'il nous fournit, sera favorablement accueilli et une 

publication semblable faite avec ce soin et cette connaissance étendue 

du sujet rend toujours de grands services '. 

A. G. 



1815, par Henry Houssaye, de rAcadémie française. La seconde abdication. La 
Terreur blanche. Paris, Perrin, igoS. In-8», 602 p. 

Ce troisième volume du i8i5 de M. Henry Houssaye est peut-être 
moins dramatique que les deux volumes précédents. Non que le talent 
de Fauteur ait baissé. M. H. déploie les qualités que nous connais- 
sons; il a toujours le même savoir étendu, la même documentation 
consciencieuse, la même exactitude rigoureuse, le même agrément de 
la forme, la même clarté, la même façon intéressante et vive de racon- 
ter les choses et de faire passer tant de détails sans que le lecteur 
éprouve un instant d'ennui et de fatigue. Mais Napoléon a succombé, 
la question est tranchée, et nous n'avons pas 1' v anxiété » de la France 
qui attend des nouvelles de l'armée (p. i). Quoi qu'il en soit, le volume 
mérite tous les éloges et nul ne s'étonnera du nouveau et grand succès 
qu'il a valu à l'auteur. Il comprend, comme l'indique le sous-titre, 
deux parties : la seconde abdication et la Terreur blanche. On remar- 
quera surtout dans la première partie tout ce qui concerne les menées 
de Fouché, les premiers mouvements royalistes, les atermoiements de 
Napoléon et dans la seconde partie les pages consacrées à l'armée de la 
Loire, à l'occupation du territoire et aux mesures de répression. Nous 
n'insistons pas davantage. M. Houssaye a fait une grande œuvre, une 
œuvre superbe, admirable, qui sera longtemps lue et consultée. Il 
faut le féliciter de sa vaillance, le remercier d'avoir poussé jusqu'au 
bout sans jamais faiblir l'histoire de ces deux années 18 14 et 181 5 — 
les plus tragiques du dernier siècle avec l'année 1870 — et de joindre 
à tous les mérites dont témoignent ses quatre volumes une « foi 
robuste et ardente dans la fortune de la France ' ». 

A. G. 



I 



1. I, 454 sur Roze (et non Rose) voir notre Légion germanique. 

2. Lire p. 65 et 481 Garrau et non Carreau ou Garraud; p. 122, Rheinfelden et 
non Rhinfeld ; Bessoncourt et non Besancourt; p. 3 14, Monk et non Monck; p. 460, 
Bizannet et Partouneaux, au lieu de Ri^annet et Patournaux ; p. 455 et 492, Rode- 
mack au lieu de Rodermarck ; p. 487, le baron de Baden et non de Badeu ; — 
p. 122, on s'est battu sur la Savoureuse et non à Savoureuse ; — p. 168, Evain était 
chef du bureau de l'artillerie; — p. 5o2, Gimel était chef d'escadron et non colo- 
nel; — p. 504, mobilisés et vétérans sortirent avec le reste de la garnison; — il 
fallait citer p. 445-449, à propos de Marseille et Toulon, les Souvenirs de Pouget, 
et p. 554, à propos de la sédition de Dalousi, l'art. Le général Strasbourg paru 
dans la « Revue de Paris » du i5 avril 1902; — le titre du troisième livre la 
France crucifiée me semble manquer de simplicité. 



d'histoire et de littérature 37 

Schillers Dramen, Beitrâge zu ihrem Verstândniss, von Ludwig Bellermann, 
3* édition, 3 vol. in-S", vi et 348, 332, 328 p. (Berlin, Weidmann, igoS). 

A l'occasion du centenaire de la mort de Schiller, M. Bellermann 
a publié une nouvelle édition de son excellente étude sur les drames 
du grand poète. On sait qu'il a donné récemment une bonne édition 
des œuvres de Schiller en quatorze volumes, et il est sûrement 
l'homme du monde qui connaît le mieux son Schiller. Dans la publi- 
cation que nous annonçons, il étudie et les drames et les passages 
difficiles des drames, et, bien qu'il soit parfois un peu long, bien qu'il 
revienne trop souvent sur ce qu'il a déjà dit, il a fait un commentaire 
solide, souvent ingénieux, très profitable et presque indispensable. 
Nous avons du reste parlé ici même de la deuxième édition. Voici la 
troisième qui compte, non pas deux volumes, comme la précédente, 
mais trois. C'est que M. Bellermann a, cette fois, analysé le Nachlass 
dramatique de Schiller, et il déploie dans cette analyse les qualités 
que nous avons louées en lui : il s'efforce d'être complet, d'éclairer le 
sujet sous toutes les faces, et il sème au passage d'utiles remarques et 
de fins aperçus. Il insiste sur le Warbeck et particulièrement sur le 
Démétrius où l'on voit, dit-il (III, 3 19), Schiller « s'élever et s'avancer 
dans sa création de puissance artistique ». Le plan et l'ordonnance de 
l'ouvrage n'ont du reste pas changé : l'auteur l'a revu avec soin d'un 
bout à l'autre et il a de ci de là opéré quelques légers changements. 
Nous souhaitons avec lui que son travail puisse, comme il dit, gagner 
de nouveaux amis et continuer à servir pour sa part à faire mieux 
comprendre et apprécier Schiller. 

A. C. 



— M. Antoine Thomas nous écrit : « La Revue critique a fait bonne mesure à 
mes Nouveaux Essais de philologie française puisqu'elle leur a consacré deux 
comptes rendus distincts, l'un de M. A. DelbouUe et l'autre de M. E. Bourciez. 
Voulez-vous me permettre — après avoir remercié mes aimables et savants cri- 
tiques — de répondre à deux observations de détail présentées par M. Bourciez, 
uniquement dans l'intérêt de la science? — M. Bourciez déclare (p. 472) qu'il a de 
la peine à admettre que Arvernicum soit le prototype immédiat de Auvergne et 
qu'il lui paraît nécessaire de supposer une forme latine intermédiaire Arvernia. 
Il oublie que la seule forme romane autorisée du nom de la province que nous 
appelons aujourd'hui ^î<wrg^«e, en faisant de ce mot un substantif féminin, est 
Alvernlie, primitivement Alvcrnge {(orme constante du chansonnier Ade Bartscli), 
substantif masculin, dont Ve final et le genre sont inconciliables avec le type 
Arvernia. On ne peut pas non plus supposer Arvernium, qui aurait donné Alvernh 
sans e final. Donc, Arvernicum s'impose, et c'est à la phonétique à expliquer 
pourquoi Arvernicum a abouti a Alvernlie, tandis que Rutenicum a donné Roergue 
(auj. Rouergue), Petrocoricum Peiregorc [slu). Périgord), Santonicum, Saintonge, 
Vellavicum Fe/aî'c (auj. Velay), etc. — M. Bourciez croit que c'est par inadver- 
tance que j'assigne à encombrier et à recovrier des types incomberium çt recupe- 



38 REVUE CRITIQUE 

RiuM. Il faut s'entendre : j'ai parlé de types « primitifs ». Il va de soi que, dans 
ma pensée, les substantifs encombrier, recovrier sont sortis du croisement des 
formes verbales encombrer^ recovrer avec les formes substantives non attestées 
directement encombier recovier : ce sont ces dernières formes qui reposent sur 
des types incomberium, recuperium, types conformes au latin classique deside- 
RiUM, et dont l'existence en latin vulgaire me semble vraisemblable ». 

— M. J. Eggeling, professeur à l'Université d'Edimbourg, continue la publication 
du Catalogue of tlie Sauskrit Maniiscripts in tlie Library of tlie India Office. Le 
présent fascicule (Londres 1904, in-40 carré, 214 pp. cotées 141 5-1628) fait partie de 
la section VII (Sanskrit Literature) et en comprend lesn»« 3740 à 4109 {Poetic Com- 
positions in Verse and Prose) et 41 10 à 4203 {Dramatic Literature). Les notices — 
est-il besoin de le dire? — sont rédigées avec un soin et une autorité indiscutables ; 
quelques-unes, lorsqu'il s'agit d'ouvrages inédits ou peu connus, minutieusement 
détaillées. Mais l'auteur n'a évidemment pas eu la prétention d'être complet dans 
rénumération des traductions européennes de pièces sanscrites : le public français, 
notamment, est beaucoup mieux informé de cette littérature que ne le donneraient 
à supposer ces sommaires indications. — V. H. 

— La librairie Freytag-Tempsky (Leipzig-Vienne) continue à s'enrichir d'ouvrages 
utiles pour l'interprétation et la lecture des auteurs grecs. Elle a publié récemment 
un volume de M. Chr. Harder destiné à faciliter aux élèves des gymnases l'intel- 
ligence des poèmes homériques [Homer, ein Wegiveiser :^ur ersten EinfUhriing in 
die Ilias und Odyssée, avec 96 figures et 3 cartes, 1904, viii-282 p.). Après une 
introduction, qui explique ce qu'était la Grèce à l'époque de la guerre de Troie, 
et donne un résumé des deux poèmes, M. H. expose, sous le titre général Le monde 
homérique, l'ensemble des connaissances qu'il est nécessaire de posséder pour bien 
comprendre l'œuvre du poète; il montre, avec de perpétuels renvois à l'Iliade et à 
rOdyssée, quelle opinion l'on se faisait alors des dieux et des héros, quel sentiment 
et quelles notions l'on avait de la nature et de ses productions, et quelles étaient 
les idées psychologiques et morales des peuples. La vie privée est ensuite dépeinte 
dans ses principaux traits, le mariage, l'éducation, les soins du corps et la nourri- 
ture, la culture de la terre, les relations commerciales, les funérailles, etc. Vient 
alors l'organisation sociale, politique, militaire et religieuse. Une brève histoire des 
poèmes homériques montre comment l'Iliade et l'Odyssée ont pu se former, quelles 
légendes primitives en composent le fond, et par quels accroissements successifs 
elles sont arrivées à l'état dans lequel nous les connaissons. Cette dernière partie 
est nécessairement plus incertaine, et M. H., tout en essayant de n'enseigner que 
ce qui est généralement admis, n'a pu éviter de donner quelques détails contes- 
tables. Un chapitre final caractérise sommairement les héros grecs et troyens, et 
apprécie la composition et le développement poétique des deux épopées, pour s« 
terminer par quelques pages sur les sentiments de l'Allemagne à l'égard d'Homère, 
et sur l'influence d'Homère sur ses grands poètes. Le meilleur éloge que je 
puisse faire du livre de M. Harder est de dire qu'un ouvrage conçu sur un plan 
analogue, et rédigé dans le goût français, serait d'une utilité incontestable pour 
intéresser à l'étude d'Homère les élèves de nos lycées. — Mv. 

— Dans un bref mais très suggestif article des Decennial Publications de l'Uni- 
versité de (Chicago, vol. VI, p. 63-68 (.4 stichometric scholium to tlie Medea of 
Euripides, Chicago, Univ. Press, igoS; tir. à part, 8 p.) M. Tenney Frank corrige 
et explique une scholie de la Me'de'e d'Euripide au vers 38o, aiy?i Sôtiouî siafidld' V 
è'j-cpwTX'. ).É/o;. Ce vers est encore donné par la tradition comme vers 41, et Didyme, 



d'histoire et de littérature 39 

suivant une autre scholie au vers 356, l'aurait également connu, tout en le blâmant, 
après ce vers. La scholie du vers 38o est obscure; les termes ètù tûv p' n'ont pas 
reçu d'explication satisfaisante, malgré les eflorts des critiques. M. T. F. propose 
de lire èizl tw xv6', d'où le sens ; « Didyme remarque que les acteurs ont tort de 
placer ce vers après le vers 352. >> Ainsi les deux scholies concordent, celle du vers 
356 signifiant : « Didyme blâme les acteurs de placer ici le vers aiyfi etc. » Les vers 
40-43 sont interpolés, comme on le reconnaît généralement aujourd'hui après 
Nauck; ils n'étaient sans doute pas connus de Didyme, qui n'aurait pas manqué, 
comme on peut le supposer, d'exprimer son opinion sur le vers 41 . L'hypothèse de 
M. T. F", est ingénieuse et très probable. — My. 

— M. Krumbacher signale un nouveau manuscrit du Digénis Akritas, ce qui 
porte à cinq — ou à sept si l'on tient compte de deux autres manuscrits sans valeur 
— le nombre des manuscrits de la célèbre épopée byzantine {Eine neiie Handschrift 
des Digenis Akritas, QyHv. des Sit^ungsber. der philos. -philol. wid der histor. Klasse 
derkgl. Bayer. Akad. d. Wissensch. 1904 fasc. Il, p. 3o9-356, avec 2 planches). 
C'est un manuscrit de l'Escurial (^'-14-22) du xvi« siècle, qui contient le Digénis 
par fragments mélangés avec d'autres ouvrages en grec vulgaire. M. K. le décrit, 
en donne plusieurs passages, qu'il met en parallèle avec les mêmes morceaux tirés 
des quatre autres manuscrits, et en apprécie la valeur. Il est surtout voisin du 
manuscrit d'Andros, mais renferme des motifs nouveaux, ce qui lui donne un prix 
particulier. D'après une minutieuse comparaison de ce qu'il en a pu connaître avec 
les autres textes, M. K. établit que le Digénis, dans ce que nous en possédons 
aujourd'hui, ne remonte pas, en ce qui concerne la langue, au delà du xv siècle. 
Mais alors que les autres manuscrits nous présentent une langue soit nettement 
archaïsante, comme celui de Grotta-Ferrata, soit mélangée à divers degrés d'élé- 
ments puristes, comme ceux d'Andros et de Trébizonde, soit enfin, comme celui 
d'Oxford, colorée dialectalement, le manuscrit de l'Escurial, et c'est par là encore 
qu'il a de l'importance, est rédigé en une langue franchement populaire, sans 
influence dialectale ni savante. L'article se termine par des conseils aux futurs édi- 
teurs, relativement à la métrique, à l'orthographe et à la manière de corriger le 
texte. — My. 

— Pour sa publication, dans les Moralia de Plutarque, du iJaM^wef des Sept sages, 
M. Bernardakis n'avait consulté que huit manuscrits. M. Hubert Demoulin nous 
donne les plus importants résultats de la collation de vingt-deux manuscrits [La 
tradition manuscrite du Banquet des Sept sages de Plutarque, Extr. du Musée Belge, 
VIII, 1904, p. 274-288; Louvain, Peeters, 1904). Il les divise en trois familles : les 
manuscrits qui représentent une tradition de Planude; ceux qui représentant une 
tradition différente de ce recueil; les manuscrits mixtes. Il estime que le témoi- 
gnage le plus sûr est celui de la seconde classe, dont P (Palatinus Heidelb. i53, 
xii* siècle) est le meilleur représentant. 

— La Revue a reçu également de M. Demoulin un tirage à part d'un article inti- 
tulé Les Rhodiens à Ténos, inséré dans le t. XXVII (1903), p. 233-259, du Bulletin 
de Correspondajice hellénique. Six inscriptions y sont publiées, qui jettent un jour 
intéressant sur l'histoire de Rhodes, sur sa puissance et son influence dans les 
Cyclades au second siècle avant notre ère, et en particulier sur ses relations avec 
Ténos. — My. 

— M. Louis Bréhier, professeur à l'Université de Clermont-Ferrand, a reproduit 
dans un tirage à part le discours de Psellos qu'il avait publié dans la Revue des 
Études grecques, x.WIqxXWW {Un discours inédit de Psellos; Accusation du 



.'. 



40 REVUE CRITIQUE D HISTOIRE ET DE LITTERATURE 

patriarche Michel Cériilaire devant le Synode [io5g)', Paris, E. Ler«ux, 1904). 
Ce discours est intéressant à plusieurs titres; c'est un nouveau spécimen du genre 
oratoire d'alors, une peinture, qui ne manque pas de vivacité, de certains côtés de 
la société byzantine au xi" siècle, un pendant curieux à l'oraison funèbre du même 
patriarche, composée également par Psellos (publiée par Sathas). On remerciera 
M. B. d'avoir publié ce texte, et de l'avoir fait précéder d'une brève, mais subs- 
tantielle introduction. On ne saura pas moins de gré à M. H. Lebègue, dont la 
nouvelle collation du manuscrit (fij'è/. Nat. gv. 1 182) a rectifié de trop nombreuses 
erreurs dans la première partie (ch. i-xxx), et a permis de publier plus exactement 
la seconde. Malgré cela, il reste encore, dans la première partie, d'assez nom- 
breuses fautes. M. B. n'était peut-être pas suffisamment préparé à la lecture et à 
la publication des manuscrits grecs. — My. 

— M. Rob. Ellis revient, d'un mouvement naturel, à Catulle pour examiner de 
plus près et plus à fond des questions qu'il n'avait pu qu'effleurer jadis dans sa 
grande édition. Dans une brochure de 3o p. in-8" [Catullus in the XIV Century. 
London, Frowde, 1905), il suit les traces que paraît avoir laissées, au début du 
XIV* siècle, la découverte du manuscrit de Vérone ; il retrouve des extraits de 
Catulle (surtout dans le Compendium moraliiim notabilium de Montagnone, imprimé 
à Venise, i5o5 dont M. E., a revu quatre manuscrits), aussi des imitations du 
poète (surtout àa.n?,V Achilles et dans quelques élégies d'Albertino Mussato (1261- 
1329); enfin dans Guglielmo di Pastrengo et dans Pétrarque, au xiv« siècle. Donc 
très intéressante contribution à l'histoire de l'humanisme. Un appendice de six 
pages traite d'abord de Mussato et de la tragédie intitulée Achilles; puis en une 
page de rapprochements entre Pétrarque et Properce relevés par le prof. J, S. Phil- 
limore. — E. T. 

— La collection anglaise dite The Belles-Lettres Séries, dirigée par M. E. N. 
Brown, professeur à l'Université de Cincinnati, et publiée à Boston et Londres, 
librairie Heath, en petits volumes cartonnés de format in-i6 carré, consacre sa sec- 
tion i""» à la littérature des premiers siècles jusqu'à l'an iioo. Cette section com- 
prend, pour l'année 1904, cinq publications: — 1° The Gospel of Saint John, in 
"West-Saxon, edited by J. W. Bright; — 2" The Gospel of Saint Matthew, in West- 
Saxon, edited by J. W. Bright;— S» The Battle of Maldon and short Poems 
from the Saxon Chronicle, edited by J. W. Sedgefield ;  4° Juliana, edited by W. 
Strunk (poème de Cynewulf, par conséquent de la fin du wiiu" siècle, sur le mar- 
tyre de Sainte Julienne); — 5" Judith., an Old English epic Fragment, edited by 
A. S. CooK (poème de la fin du viiic siècle ou du début du ix^, que M. Cook serait 
tenté d'attribuer également à Cynewulf, et dont le sujet est la légende juive bien 
connue; avec fac-similé du manuscrit). — Chacun de ces textes s'accompagne d'un 
apparat critique. Chaque volume, à la seule exception de l'Evangile selon Saint 
Mathieu, qui recevra son complément par la publication des deux autres synop- 
tiques, contient en outre une introduction, une bibliographie, des notes détaillées 
et un glossaire spécial très complet : tout ce qu'il faut, en un mot, pour orienter 
l'étudiant et même pour satisfaire l'autodidacte. Il serait presque déplacé d'insister 
davantage sur les mérites d'une collection qui se recommande d'elle-même par le 
seul nom des éminents professeurs qui y collaborent. — V. H. 

Propriétaire-Gérant: Ernest LEROUX. 

le Puy, imp. R. liarclieiseu. — Pepll«r, Keuchon et Gainen, aucctSHUrt, 



REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 



N» 29 — 22 juillet — 1905 



FossEY, Manuel d'Assyriologie, I. — Justin, Apologies, p. Pautigny. — Decharme, 
La critique des traditions religieuses chez les Grecs, — Vlachos, L'Athos ; Inscrip- 
tions chrétiennes du Mont-Athos, p. Millet, Pargoire et Petit, I. — Blôte, 
La légende du chevalier au cygne. — Th. Funck-Brentano, Les sophistes fran- 
çais et la Révolution européenne. — Eisenmann, Le compromis austro-hon- 
grois. — CoRDiER, L'expédition de Chine. 



Ch. FossEY. —Manuel d'Assyriologie (Fouilles, Ecritures, Langues, Littérature. 
Géographie, Histoire, Religion, Institutions, Art), t. I : Explorations et fouilles; 
Déchiffrement des cunéiformes ; Origine et histoire de l'écriture. Paris, E. Leroux, 
1904, XIV-470 pp. in-8°, avec 3 plans et une carte. 

Les nouvelles d'Angleterre et d'Allemagne nous apprennent com- 
ment les spécialistes ont accueilli l'ouvrage de M. Fossey. L'auteur 
a reçu des éloges qui ont peut-être paru exagérés à sa modestie. 
Il les mérite et nous y joindrons les nôtres. Il a pensé que les 
études d'assyriologie dataient déjà d'assez loin et avaient assez pro- 
duit pour qu'il valût la peine de les récapituler. La masse de travaux 
de détail et de découvertes particulières est assez grosse pour qu'il soit 
déjà difficile à ceux qui s'initient à ces recherches de se faire une idée 
des connaissances acquises. Avant de se porter en avant à leur tour, il 
leur faut tâtonner péniblement et sur une longue route tortueuse, mal 
établieet mal éclairée. M. Fossey s'est proposé de remédiera cet état de 
choses. D'autre part, grâce aux progrès faits par l'assyriologie en ces 
dernières années, notre connaissance des civilisations mésopotamien- 
nes est aujourd'hui suffisamment complète pour que les spécialistes ne 
soient plus seuls à s'y intéresser. Les exégètes s'en sont inquiétés et 
déjà ceux qui s'adonnent à l'étude comparative des institutions trou- 
vent d'abondants matériaux dans les textes assyro-babyloniens inter- 
prétés scientifiquement ; ils ne peuvent manquer d'accueillir avec 
faveur la publication d'un manuel qui contribue à laïciser Vassyviolo- 
gie. Enfin l'assyriologie a fini par se donner assez de précision pour se 
constituer dès à présent en philologie systématique; ce n'est plus une 
science occulte, divinatrice et inspirée ; nous eussions souhaité que 
M. F. eût marqué lui-même dès sa préface à quel point elle tendait à 
sortir de l'arcane. M. F. s'objecte à lui-même que ce que nous savons 
aujourd'hui est peu de chose, en comparaison de ce que nous pou- 
vons espérer de savoir un jour; le nombre des textes publiés et tra- 

Nouvelle série LX. 29 



42 REVUE CRITIQUE 

duits est infime en regard de celui des textes qui sont publiés, mais ne 
sont pas traduits, de ceux qui ne sont pas publiés ou qu'on trouvera 
certainement sous les tertres qui ne sont pas encore fouillés. Applaudis- 
sons à l'audace de M. F. qui ne se laisse pas arrêter par la crainte de 
faire œuvre éphémère. Il nous rappelle qu'il est encore près de ses 
débuts en Assyriologie, Nous souhaitons que sa maturité lui laisse le 
courage de finir l'œuvre commencée. 

Ce premier volume ne contient encore que des préliminaires, his- 
toire des explorations et des fouilles du déchiffrement, des controverses 
relatives à l'origine de l'écriture. Pour le prochain, M. F. nous 
annonce une grammaire que nous attendons avec impatience. L'his- 
toire des voyageurs commence au xn« siècle avec Benjamin de 
Tudèle, qui parle incidemment des ruines de Ninive et de Babylone, 
celle des fouilles avec Botta qui, le premier, en 1842, rendit au jour, 
à Khorsâbad, des monuments assyriens. M. F. nous mène jusqu'aux 
fouilles de M. de Morgan, à Suse, et de la mission allemande, à Baby- 
lone. Cet exposé est accompagné d'une excellente carte, œuvre de 
M. Lesquier, la première carte archéologique de la Mésopotamie 
qui ait encore été dressée. Elle est aussi complète que possible. 
Si nous étudions à la fois le texte et la carte, nous pouvons nous 
faire une idée du champ parcouru par les explorateurs et aussi de 
ce qui reste à faire. Aucune fouille jusqu'à ce jour n'a été pratiquée 
entre la rive gauche du Tigre et la Perse ; aucune n'a été métho- 
diquement faite à l'exception des fouilles de Place à Khorsâbad, 
des fouilles allemandes de Babylone et de Kalaat Sirjat et des der- 
nières fouilles de Suse. Des lecteurs non prévenus pourraient être 
déroutés par l'aspect des noms propres. M. F. a renoncé aux for- 
mes conventionnelles et contradictoires auxquelles nous ont jusqu'à 
présent habitué nos livres. Il a pris la peine d'en vérifier autant que 
possible l'orthographe originale et d'uniformiser les transcriptions. 

L'histoire du déchiffrement est à la fois plus sobre et en même 
temps plus complète que la récente histoire de M. A. J. Booth The 
discovery and decipherment of the trilitigual cuneiform inscriptions, 
London, 1902). Il étudie successivement le déchiffrement des trois 
écritures présentées par les inscriptions trilingues de la Perse, qui, 
comme l'on sait, sont le point de départ de toutes les recherches. 
Pour chaque signe de l'écriture perse, il donne l'histoire de son inter- 
prétation. A la p. 146, un tableau, fort commode, résume le tout. 
Contrairement à l'opinion courante, qui veut que cette écriture soit 
une adaption intentionnelle, faite d'un seul coup, du syllabaire baby- 
lonien à la transcription du perse, M. F. incline à croire qu'elle est 
sortie lentement et de longue date des écritures mésopotamiennes. 

Pour l'écriture susienne, le nombre des signes (i 1 1) est déjà trop 
considérable pour qu'il soit possible d'entrer dans le même détail ; 
mais la méthode de chaque savant a été suflfisamment expliquée. M. F. 



d'histoire et de littérature 43 

a pris la peine d'analyser longuement un important mémoire de 
Westergaard, en danois, qui avait été négligé par les précédents 
historiens. 

Pour la troisième écriture, il pouvait être moins encore question 
de montrer comment on avait fini par expliquer chacun des cinq cents 
signes, histoire faite d'ailleurs par Menant. Il s'agissait surtout de 
montrer comment, et par quelles difficultés, le déchiffrement avait été 
retardé, alors que, semble-t-il, la première écriture eût dû en fournir 
rapidement la clef. L'histoire des objections faites au déchiffrement, 
histoire que M. Booth a laissée complètement de côté, n'est pas la 
moins intéressante. 

Que M. F. me permette de lui dire que la troisième partie de son 
volume ne satisfera pas tous ses lecteurs, même ceux qui seront de 
son avis, à l'égal des deux premières. Il s'agissait d'y démontrer que 
l'écriture cunéiforme a été empruntée par les Sémites babyloniens à 
un peuple hypothétique, les Sumériens, qui aurait avant eux occupé 
la Chaldée. Cette thèse de l'origine non sémitique de l'écriture sou- 
tenue dès i85o par HinckSj fut contestée à partir de 1874 par 
M. J. Halévy. Il en résulta des polémiques dont la violence n'a pas 
contribué au bon renom de l'assyriologie. M. F. en fait l'histoire : il le 
devait. Il a pris partie dans la querelle : c'était son droit. Mais il la 
continue dans son Manuel : c'est précisément ce que Je regrette. Il ne 
l'expose pas avec la sérénité et l'impersonnalité qui conviennent à 
un livre de cette espèce. Il se laisse aller à de fâcheuses vivacités d'ex- 
pression. M. F. a cru devoir faire suivre chacun des arguments de 
M. Halévy d'une réfutation en règle. L'utilité n'en est pas évidente. 
Peu nous importe aujourd'hui que M. Halévy ait quelquefois mal 
raisonné ou qu'il ait commis des erreurs de faits. S'il était nécessaire 
d'entrer dans les infimes détails de la controverse, des notes suffisaient 
pour relever ses fautes. M. F. pouvait attendre , pour fermer la bouche 
aux « antisuméristes », qu'il puisse leur montrer dans son prochain 
volume, par sa grammaire du sumérien, que le sumérien est bien une 
langue. S'il ne réussit qu'à moitié à faire cette démonstration, ses 
raisons, fussent-elles les meilleures du monde, n'auront qu'une demi- 
probabilité. En tous cas, M. F. ne devrait pas méconnaître totale- 
ment la bonne foi de ses adversaires et de ceux qui les écoutent, ni 
dédaigner les légitimes inquiétudes qu'ils éprouvent à l'égard de ces 
Sumériens auxquels on voudrait attribuer tant et dont on connaît 
si peu. 

M. F. a eu la bonne idée de ne pas nous faire attendre la fin des 
sept ou huit volumes qu'il nous promet pour nous donner un index 
et une bibliographie. La bibliographie est très complète, méthodique 
et chose précieuse, elle est analysée dans l'index final. 

H. Hubert. 



44 REVUE CRITIQUE 

Justin. Apologies. Texte grec, traduction française, introduction et index par 
L. Pautigny, agrégé de l'Univ. Paris, Picard; 1904, in-12; pp. xxxvi-200 (2 fr. 5o). 

Ce volume inaugure la collection des Textes et Documents pour 
l'étude historique du Christianisme, publiée sous la direction de 
MM. Hemmer et Lejay. Rien n'est plus facile que de se procurer à 
bon compte une édition convenable de n'importe quel ouvrage des 
classiques grecs ou latins; mais s'il s'agit de ce qu'on pourrait appeler 
les classiques de l'histoire du christianisme, il faut recourir ou aux 
grandes collections patristiques peu accessibles et peu maniables, ou 
a des éditions critiques très savantes, d'un prix inabordable pour le 
commun des lecteurs. Le développement considérable qu'a pris 
depuis quelque temps l'étude historique des origines chrétiennes, 
l'application qu'apportent à cette élude non seulement les membres 
du clergé mais aussi les laïques instruits qui se préoccupent des 
questions religieuses^ faisaient sentir le besoin d'éditions commodes 
et pratiques des principales sources de la tradition chrétienne. La 
collection des Textes et Documents, qui se propose de satisfaire à ces 
desiderata, est par là même assurée d'avance d'un légitime succès. Les 
éditeurs n'ont point en vue un travail critique : ils se bornent à 
reproduire le meilleur texte connu. Une introduction précise et un 
index détaillé doivent accompagner chaque ouvrage. 

Le premier volume que nous avons entre les mains et qui est 
consacré aux deux Apologies de Justin, répond aux conditions du 
programme. Il nous paraît cependant susceptible de quelques amé- 
liorations que nous souhaiterions voir introduire dans les volumes qui 
suivront '. 

Naturellement^ il n'y a rien à dire du texte des Apologies, qui 
reproduit, dans un caractère net et très lisible, celui de la 3« édition 
(1904) de G. Krueger '', qui repose elle-même sur celle d'Otto. 
Mais quelques critiques pourraient porter sur la traduction. Les 
directeurs de la collection peuvent être persuadés qu'un bon nombre 
de lecteurs se contenteront de lire la traduction française. Il importe 
donc, semble-t-il, qu'ils insistent près de leurs collaborateurs pour 
avoir des versions aussi littérales que possible, sacrifiant la recherche 
et l'élégance dès que cela est nécessaire pour mieux préciser le sens. 
La version des Apologies de Justin que nous donne M. Pautigny est 

1. L'insertion des références bibliques ou autres dans le texte grec lui-même 
est d'un effet très disgracieux; on pourrait avantageusement les placer en note, au 
bas de la traduction, sans grossir les volumes d'une seule page. L'index compre- 
nant les noms propres, les ouvrages cités par l'auteur, les faits principaux et un 
choix de termes philosophiques ou théologiques, est unique et disposé selon 
l'ordre de l'alphabet grec. L'inconvénient n'est pas très grand pour le présent 
ouvrage parce que l'index n'est pas volumineux, mais pour des oeuvres plus 
considérables, l'Histoire d'Eusèbe, par exemple, il y aura souvent confusion ou 
incertitude pour le lecteur si toutes ces indications sont réunies en un seul index. 

3. Avec quelques modifications introduites par M. Lejay, 



d'histoire et de LITTERATURE 45 

fidèle dans son ensemble; du moins, nous l'avons trouvée telle dans 
les dix ou douze chapitres que nous avons comparés minutieusement 
avec le texte; mais, dans bien des cas, le même sens aurait pu être 
rendu en serrant l'original de plus près sans nuire en rien à la correc- 
tion de la phrase française. Voici quelques exemples de ces légers 
reproches que j'adresse au traducteur. Fe Ap.^ VI, i. « Oui certes, 
nous l'avouons, nous sommes les athées de ces prétendus dieux, mais 
nous croyons au Dieu très vrai.... ». Il n'y a rien qui réponde à 
« nous croyons », et on pouvait dire en suivant exactement le grec : 
« nous avouons être les athées de ces prétendus dieux, mais non pas 

du Dieu » — VIII, 2; le texte porte « persuadés et convaincus », 

le second terme n'est pas rendu dans la traduction — VIII, 3. « Voilà 

notre espérance, la doctrine que nous avons apprise »; rien 

n'empêchait de dire littéralement : « Voilà ce que nous espérons et 

avons appris » — XII, 9; or^w. n'est pas rendu dans la traduction; 

XII, 10; « sa parole » ne précise pas suffisamment le sens du grec ta 
oco'.oavaiva j-' rko^i. La corrélation entre oGtoj; et w? n'est pas rendue 
en français. — XVII, i ; « c'est là encore un précepte du Christ » n'est 
pas littéral; — XVII, 4;« c'est le Christ qui l'a dit », on pouvait traduire 
littéralement : « comme le Christ l'a déclaré en disant ». — XXVIII, 

4. « Prétendre que Dieu ne se met pas en peine c'est nier.... »; je 

préférerais : « Celui qui ne croit pas que Dieu prend soin.... nie » 

— LU, 2. « Les faits passés qu'on ne connaissait que par les prophé- 
ties se sont réalisés ». Le contexte semble indiquer qu'il faut entendre : 
« Les faits passés prophétisés, bien que méconnus, se sont réalisés » 

— LUI, 8; « un étranger Chaldéen » ; il y a : « un étranger, chaldéen 
d'origine ». — LUI, 9. « Toute leur contrée resta déserte, brûlée et 
stérile »; littéral.: « Toute leur contrée devint déserte et brûlée et resta 
stérile ». — LVII, i « réservé aux impies »; litt. : « au châtiment des 
impies » ; 'faùXc. n'est pas rendu dans la traduction. — LXIV, 3 

« Coré, fille de Zeus, est une copie de cet Esprit de Dieu » ; littér. : 

« A l'imitation de cet Esprit de Dieu ils ont inventé Coré, fille de 

Zeus » — Assez souvent l'infinitif a été rendu sans nécessité par 

un mode personnel, et plus souvent encore un mode personnel par 
l'infinitif français. Je préférerais aussi, pour ma part, que la 2^ pers. 
du sing. soit toujours rendue par le sing., et non par le pluriel 
de politesse. Le traducteur s'est servi indistinctement des deux 
manières. Mais ces légers reproches que je lui adresse feront peut-être 
son mérite aux yeux d'autres lecteurs qui trouveront sa version d'une 
lecture plus courante. Nous en avons néanmoins la conviction ; ceux 
qui auront recours à la collection des Textes et Documents en vue 
d'une étude sérieuse préféreront comme nous des versions aussi litté- 
rales que possible '. 

I. Il peut arriver que la traduction littérale soit vraiment impossible; c'est le 
cas pour 7!w>>oî, piillus iLIV, 5 et suiv.) employé génériquement pour désigner, 



46 ftEVUE CRITIQUE 

J'ajoute, pour être Juste, que si ces critiques et ces améliorations 
sont aujourd'hui faciles à signaler, c'est que nous possédons le tra- 
vail de M. Pautigny. 

On voit par l'Introduction mise en tête de ce volume que le tra- 
ducteur est au courant de ce qui concerne les œuvres de Justin. Il y 
donne une bibliographie étendue qui guidera dans leurs recherches 
ceux qui voudraient pousser plus loin cette étude. 

J.-B. Chabot. 



Paul Decharme, La critique des traditions religieuses chez les Grecs des 
origines au temps de Plutarque. Paris, A. Picard, 1904. Un vol. in-8» de 
xiv-5 [8 p. 

L'ouvrage que publie M. Decharme est la suite et le complément 
de son beau livre sur la Mythologie de la Grèce antique. Après 
avoir raconté l'histoire des dieux des Grecs, il était naturel que 
M. Decharme voulût nous faire connaître ce que les Grecs, à mesure 
que l'esprit de critique s'éveillait chez eux, ont pensé de cette histoire. 
Le premier de ces deux ouvrages était tout empreint de poésie : l'au- 
teur avait à exposer, à expliquer ces mille interprétations que les 
Grecs ou leurs ancêtres imaginèrent, des phénomènes de la nature. 
Toute une floraison d'êtres mythiques avait, aux époques primitives, 
fait l'office d'une cosmogonie. Que devint toute cette poésie le jour 
où l'homme soumit à l'examen de sa raison naissante toutes ces créa- 
tions légères de son imagination? C'est là une des évolutions les plus 
intéressantes de l'esprit grec. Comme la mythologie n'avait été 
autre chose qu'une explication naïve du monde, une véritable cosmo- 
gonie poétique, le premier effort de la critique s'appliquant aux choses 
religieuses marque les débuts de la philosophie et de la science ; c'est 
le rationalisme qui se substitue ici, non à la révélation, mais à l'ima- 
gination. Il y a peu de sujets qui présentent un intérêt aussi grand, 
aussi général. 

Le livre commence par l'étude de la Théogonie qui porte le nom 
d'Hésiode. On comprend que M. Decharme n'ait pas voulu traiter de 
l'origine des dieux homériques. Cette question, qui, dans ses der- 
nières années a été agitée avec un surcroît d'intérêt par P. Cauer, 
O. Gruppe, et tant d'autres, n'entrait pas véritablement dans son 
sujet. Avec Hésiode, au contraire, nous pouvons déjà saisir et, dans 
une certaine mesure, déterminer le travail de critique et de réflexion 

sans spécifier, le poulain et l'ânon. Toutefois, « poulain » n'ayant en français que 
le sens spécifique de << petit du cheval «, n'aurait pas dû être employé dans la 
phrase biblique : « il attachera son poulain à la vigne » car, il s'agit au contraire 
d'un ànon dans ce passage. — P. 41, 1. 27, dans l'expression : « Ne craignez pas 
que ceux qui vous tuent, mais ne peuvent », le sens est complètement ren- 
versé par l'addition de « que », qui est une faute d'impression. 



d'histoire et de littérature 47 

qui nous échappe dans Homère. Hésiode a recueilli et groupé les 
traditions éparses ; il les a classées ; il a essayé de concilier leurs con- 
tradictions, de lier leurs incohérences. 11 a fait plus : il a ajouté à ces 
traditions et il les a souvent modifiées. Où a-t-il pris ces données nou- 
velles? Évidemment l'influence de l'Assyrie et surtout de la Phénicie 
a dû être considérable. Mais quelle est la raison des emprunts faits 
par Hésiode à ces sources étrangères? Ceci nous amène à une question 
plus importante encore : quelles sont les tendances de la Théogonie? 
Pour la résoudre M. Decharme résume à grands traits les idées prin- 
cipales du poème; il insiste sur un certain nombre d'idées, de mythes 
qu'Hésiode ne doit pas à Homère et qui ont dans son système théogo- 
nique une importance capitale, le Chaos, Eros, Cronos, les Erinnyes 
nées du sang d'Ouranos. Aussi M. D. conclut-il en attribuant au 
poète un véritable esprit critique : il a, dit-il, le goût de l'analyse et 
celui de la synthèse; il se préoccupe de cette recherche des origines 
qui passionnera la philosophie naissante ; il établit des principes 
premiers; sous l'image d'Eros, il indique une des grandes lois de la 
vie. Mais il est encore trop esclave des mythes et des figures pour 
qu'on fasse de lui un vrai philosophe. « Il reste un poète : un poète 
grave, occupé des plus hauts objets de la pensée, un poète réfléchi, 
dont la réflexion s'éclaire de certaines lueurs d'esprit philosophique. » 
L'œuvre d'Hésiode fit éclore, dans les âges suivants, d'autres Théo- 
gonies aujourd'hui perdues. Le désir de traiter les questions reli- 
gieuses était si vif que la première peut-être des œuvres de la prose 
grecque a été une théologie. Elle a été écrite par Phcrécyde de Syros. 
Quelques fragments nous en sont parvenus. Pour Phérécyde, Zeus 
n'est pas un dieu récent, fils d'Océanos, engendré tardivement dans 
un monde plus ancien que lui : il existe de toute éternité avec Chro- 
nos et la Terre. On voit par ce seul passage combien nous sommes 
loin d'Homère. Ce qui nous étonne peut-être le plus dans ces premiers 
essais d'interprétation religieuse, c'est la liberté avec laquelle on traite 
alors les questions religieuses. Est-ce bien des questions religieuses ? 
Sans doute, mais si différentes, si éloignées des nôtres ! Chaque 
auteur a son système, sa façon de comprendre l'énigme du monde ; et 
c'est d'après ce système qu'il traite la mythologie qui est l'explication 
de l'énigme; chacun arrange comme il l'entend les généalogies, les 
parentés des dieux. C'est ainsi qu'Hésiode a fait après Homère ; après 
Hésiode, est venu Phérécyde; après lui, viendront les Orphiques, les 
lyriques, les tragiques. M. Decharme attribue ces changements ou 
plutôt cette évolution de la mythologie aux progrès de la raison 
humaine. A mesure qu'une explication, qu'une vérité nouvelle est 
découverte, elle est formulée dans un mythe nouveau qui se fait sa 
place comme il peut au milieu des anciens mythes, refoulant ceux-ci, 
voilant complètement ceux-là. Sous l'image d'Eros, Hésiode a pro-- 
clamé la grande loi d'amour qui est un des principes premiers et uni- 



48 REVUE CRITIQUE 

versels de la vie ; les orphiques, dans le mythe d'Adrâstée, qui n'est 
autre chose que la fatalité, «vâvy-^, proclament l'inflexibilité des lois de 
la nature. D'autres causes ont agi que les progrès de la raison humaine, 
des causes secondaires sans doute, moins pures souvent, par exemple 
l'intérêt de famille ou de castes. Les nobles faisaient remonter l'ori- 
gine de leur race à quelque dieu ou à quelque héros. Plus d'une fois 
les légendes de ces êtres mythiques ont été altérées pour satisfaire 
l'orgueil aristocratique; le fait est sûr, par exemple, pour Œdipe et 
Oreste ; il est probable pour bien d'autres demi-dieux. 

Nous nous sommes arrêté quelques temps sur cette première partie 
de l'ouvrage de M. Decharme .Ces régions si lointaines de la préhis- 
toire, précisément parce qu'elles sont couvertes d'ombre et de mys- 
tère, piquent plus fortement notre curiosité et sollicitent plus vivement 
notre attention. Avec l'avènement de la philosophie, nous avons le 
terrain un peu plus solide. Il est cependant bien difficile de déterminer 
nettement quelle a été l'œuvre d'un Thaïes, d'un Anaximandre, d'un 
Xénophane, d'un Parménide. Non seulement il ne nous est parvenu 
que de trop rares fragments de l'œuvre de ces philosophes; mais cette 
œuvre même, si elle nous était parvenue complète, présenterait pour 
nous bien des obscurités. Cela est sûr pour Xénophane, qui faisait 
profession de ne pas révéler toutes ses pensées. « Sur rien, dit Aris- 
tote {Métaph., i, 5; 986 b 21), Xénophane ne s'est expliqué avec une 
clarté suffisante. » 

Il serait trop long de suivre pas à pas toute l'exposition de M. De- 
charme. Il nous suffira de signaler quelques-uns des passages les plus 
importants. Le caractère d'Hérodote, qui est si profondément reli- 
gieux et qui, en même temps, ne peut résister à des velléités de cri- 
tique, est parfaitement expliqué. M. D. fait très bien ressortir l'esprit 
nouveau que révèle son extrême réserve au sujet des choses divines : 
« Les poètes d'autrefois ne se condamnaient à aucune réticence sur les 
« dieux; ils racontaient franchement, naïvement, tout ce qu'ils savaient 
« d'eux, sans aucun scrupule de convenance, avec une sorte d'insou- 
« ciance morale et de sans-gêne familier qui trouvait facilement son 
« excuse dans le commerce fréquent des dieux avec les héros chantés 
« par l'épopée. Depuis ce temps-là, moins mêlés aux affaires du monde, 
« les dieux 'se sont retirés un peu plus avant dans les profondeurs du 
« ciel. D'autre part, sur la terre est née et s'est développée, à l'ombre 
« des temples, une sorte de science sacrée, dont les prêtres ne révèlent 
« que quelques parties à un petit nombre d'initiés ». 

Pour les poètes tragiques, pour Euripide en particulier, M. D. 
n'avait qu'à se reporter à ce qu'il a dit ailleurs. Aristophane est bien 
jugé. Il n'est pas plus impie, dans l'ensemble de son œuvre, que la 
comédie ancienne tout entière. Je ne ferai qu'une réserve, c'est à pro- 
pos de la pièce des Equités. L'année 424, où cette comédie fut repré- 
sentée, me semble marquer pour Aristophane une heure critique* Urt 



D HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 49 

souffle de scepticisme ou plutôt de liaine contre les dieux, complices 
et protecteurs de Cléon, traversa un moment l'âme de ce zélé défenseur 
du vieil esprit conservateur athénien. Je n'en veux pour preuve que le 
passage où un oracle comme celui de Delphes est associé à la stupi- 
dité (v. 221). 

Le chapitre relatif au procès d'impiété est un des plus intéressants 
de l'ouvrage. Mais combien nous sommes peu renseignés! Sur le plus 
retentissant de ces procès, celui de Socrate, que d'obscurité! Que 
d'appréciations différentes aujourd'hui encore ! En somme, le nombre 
des procès d'impiété, dont le souvenir nous est parvenu, est très 
restreint. 

Nous sommes obligé de passer rapidement sur les chapitres consa- 
crés à Platon et à Aristote. L'attitude des deux philosophes est la même 
en face des dieux, de l'indépendance avec un sentiment très marqué de 
déférence. Le caractère si complexe d'Épicure est très bien indiqué, 
ce philosophe qui a pu être accusé d'impiété par Cicéron et Plutarque, 
et qui, d'autre part, a professé la doctrine de l'amour pur de Dieu, 
avec une telle ardeur qu'on a pu raprocher de lui les mystiques mo- 
dernes, sainte Thérèse etM™''Guyon. Une place considérable devait être 
faite, dans cet ouvrage, à la doctrine stoïcienne, qui avait entrepris une 
véritable réhabilitation de la mythologie, qui s'appuyait même sur la 
mythologie pour prouver ses principes, qui expliquait les mythes 
homériques et hésiodiques comme des allégories sous lesquelles étaient 
cachées les vérités philosophiques. L'ouvrage se termine par une étude 
sur Plutarque. M. D. examine avec complaisance les opinions de ce 
moraliste qui a été peut-être l'esprit religieux le plus raisonnable de 
l'antiquité, en qui nous devons admirer « une grande ouverture d'es- 
« prit, une entière liberté de jugement, une critique sérieuse surtout 
« qui, pour rendre compte des faits, les rapproche, les compare d'un 
« peuple à l'autre, et sait habilement tirer de ces comparaisons des 
« conclusions ingénieuses qui ne sont pas toutes fausses ». 

Tel est le livre de M. Decharme. On le voit, c'est tout un chapitre 
de l'histoire morale de Thumanité qu'il a traité. Il l'a traité avec l'am- 
pleur que le sujet comportait. Une à une il a exposé et analysé toutes 
les opinions, toutes les doctrines qui, à une époque de réflexions, ont 
été formulées sur une des idées essentielles de la conscience humaine, 
l'idée religieuse. C'est en Grèce seulement qu'il a étudié le problème; 
mais la Grèce est un des pays où l'idée religieuse a évolué le plus 
librement et a été formulée, par les écoles philosophiques, sous les 
formes les plus diverses. L'étude du problème religieux en Grèce pré- 
sentait donc un vif intérêt. Cette étude devait être faite avec sincérité, 
c'est-à-dire sans arrière-pensée de dénigrement, sans autre souci que 
celui de la vérité. En même temps, comme le sujet est dispersé dans 
le temps, qu'il présente des faces multiples, on pouvait craindre que 
'intérêt ne se dispersât aussi et que l'exposition ne fût lâche eî floU- 



5o REVUE CRITIQUE 

tante. M. Decharme a su satisfaire à toutes ces exigences. Son livre 
est sincère ; il forme un tout bien complet. On retrouvera dans la com- 
position de Touvrage, même dans ce qu'on peut bien appeler le tissu de 
la discussion, les qualités littéraires qui étaient déjà connues, mais 
qui apparaissent ici sous une forme nouvelle. Il faut surtout noter le 
désir de se borner au problème moral, le parti pris de ne pas sortir du 
domaine des idées. En ce sens, le titre de l'ouvrage est des plus jus- 
tifiés; c'est une critique de doctrines. Pour juger l'œuvre de M. D. à 
ce point de vue, on n'a qu'à la comparer avec un des livres qui, dans 
ces derniers temps, ont obtenu le plus légitime succès, ces Griecliisclie 
Denker de Gomperz, dont une traduction française est en voie de 
publication. Les deux auteurs traitent souvent les mêmes questions, 
expliquent les mêmes personnages. Rien de plus intéressant, après 
avoir lu un chapitre chez M. Decharme, que de lire le chapitre ana- 
logue chez Gomperz, par exemple celui qui commence ainsi sur Xéno- 
phon : (c Les voyageurs qui, vers l'an 5oo, parcouraient les provinces 
« de la Grèce, rencontraient parfois un vieux ménestrel qui marchait 
« d'un pas alerte, suivi d'un esclave qui lui portait sa guitare et son 
« modeste bagage. » 

Albert Martin. 



H X£pffôvT,aoç TOÙ 'AyLOU ôpou; "AÔw xxt al h aÙTfi [xoval xal o'. [lova^^ot, -iXai xz xotl vuv. 
Ms)v£X'ri '.ffxop'.xT, --cal xpiTiXTi 6t6 KOSMA BAAXOr S'.axôvo'j. Volo, typographie Pla- 
taniotb, 1903, xy'-f Syô pages, in-8». En vente chez O. Harrassowitz à Leipzig; 
prix : 5 m. 

Recueil des inscriptions chrétiennes du Mont-Athos recueillies et publiées 
par MM. G. Millet, J. Pargoire et L. Petit. Première partie. Contenant 
56 figures dans le texte, 11 planches hors texte et de nombreuses reproductions 
(Bibl. des Éc. fr. d'Athènes et de Rome, fasc. 91). Paris, Fontemoing, 1904, 
192 pages, in-S". 

L'auteur du premier de ces volumes a commencé ses recherches 
dès 1888. En 1893, après avoir réuni de nombreux matériaux et 
formé, nous dit-il lui-même, une belle collection de reproductions 
photographiques, il a voulu entreprendre un grand ouvrage relatif à 
l'Athos, mais ni les prospectus illustrés imprimés à Vienne, ni sa 
correspondance aux quatre points cardinaux n'ont pu lui gagner les 
appuis qu'il sollicitait. La présente publication n'est qu'un fragment 
de celle qu'il projetait et qu'il ne paraît pas du reste avoir définitive- 
ment abandonnée '. Après avoir retracé les destinées de la Sainte 
Montagne siècle par siècle et en s'aidant souvent de documents manus- 

I. Par un avis inséré à la lin du volume, M. Vlachos annonce en effet la pro- 
chaine apparition d'un ouvrage grec, plus considérable que celui-ci et intitulé 
Contributions à l'histoire des monastères et des religieux du Mont Atlios. Le tome 
premier, pour lequel il demande des souscriptions, comprendrait environ 
4a feuilles d'impression et serait mis en vente au prix de 10 francs. 



d'histoire et de littérature 5i 

crits, M. C. Vlachos nous donne sur les couvents d'aujourd'hui, sur 
leurs rapports et sur la façon dont ils sont réglementés et administrés, 
des renseignements qui ne pouvaient nous venir d'une source plus 
autorisée, puisque l'auteur remplissait en 1901 et remplit peut-être 
encore les fonctions d'épitrope au monastère de S. Paul. Ecrit sans 
prétention, ce volume s'adresse plus particulièrement aux Grecs, 
mais tous les Européens qui s'intéressent à l'histoire médiévale, à la 
vie monastique en pays de race hellénique ou à l'état actuel de la 
presqu'île de l'Athos, le parcourront avec profit et sans grande 
fatigue, car il est clairement rédigé. 

Le livre que publient en collaboration M. G. Millet, maître de con- 
férences à l'École des Hautes-Études, et les PP. J. Pargoire et 
L. Petit, des Augustins de l'Assomption, est d'allure plus sévère et 
vise un tout autre but que le précédent. Il renferme les inscrip- 
tions chrétiennes des couvents suivants : Protaton, Vatopédi, Panto- 
crator, Stavronikita, Iviron, Philothéou, Caracallou, Lavra, S. Paul, 
Dionysiou, Grigoriou, Simopétra et Xiropotamou. C'est l'avant-cou- 
reur du Corpus des inscriptions grecques chrétiennes dû à l'initiative 
de M. HomoUe; bientôt il sera suivi d'une seconde partie, qui com- 
prendra la Préface, la fin des Monastères, les Skites et les Kellia, enfin 
un Supplément, où « les lacunes de la présente publication seront 
comblées à la suite d'un nouveau voyage et de nouvelles recherches». 
Il serait donc prématuré de vouloir porter aujourd'hui un jugement 
définitif sur l'ouvrage et même sur cette première partie. De celle- 
ci, on peut dire pourtant dès maintenant qu'elle fait honneur à ceux 
qui l'ont publiée : nombre d'inscriptions en mauvais état ont donné 
lieu à de bonnes restitutions, d'autres ont été éclaircies par des docu- 
ments originaux consultés à l'Athos, enfin les passages tirés des 
écritures ou empruntés à des textes liturgiques ont été signalés avec 
soin et avec la compétence qu'on pouvait attendre des éditeurs. Au 
point de vue linguistique, les résultats qui se dégagent de ces inscrip- 
tions sont à peu près nuls, ce dont personne ne sera surpris : elles 
ne sont presque jamais rédigées dans la langue parlée; et il en sera 
ainsi pour la plupart des inscriptions d'époque turque et pour beau- 
coup d'autres encore, plus anciennes. En revanche les données histo- 
riques qu'elles nous fournissent, et qui sont naturellement considé- 
rables en ce qui concerne l'Athos, s'étendent bien au-delà de la Sainte 
Montagne; elles intéressent le monde hellénique tout entier. Ce 
recueil est dès maintenant un livre de première nécessité pour tous 
ceux qui étudient la civilisation byzantine et néo-grecque; il suffira 
de copieux index pour en faire un ouvrage très souvent cité. 

Je soumets aux auteurs quelques observations en vue de leur 
second volume. Afin de faciliter la lecture de ces inscriptions aux per- 
sonnes qui ne connaissent qu'imparfaitement le grec « corrompu », 
n'eût-il pas été bon d'augmenter le nombre des transcriptions en 



52 REVUE CRITIQUE 

orthographe académique? Daus aXXa tov aytov tyjc ôeou vj[jLCfr,i; tt^ttov | 
[T(]v «yveXcov cpaXaYY^î oxvo'jat pajTTjv (n° 83), combien de lecteurs distin- 
gueront du premier coup, à la finale, ox.vo'jt' i^piTzr^w = oy.vo\)5i, yjpâaOrj ? 
Il y aurait, je crois, un grand avantage à adopter, pour les publica- 
tions similaires, la méthode que voici : donner en premier lieu l'ins- 
cription, avec toutes ses fautes, en notant par les signes [], <> et (), 
comme l'ont fait les éditeurs, les additions, les suppressions, les 
abréviations résolues ; puis corriger en note, mais en note seule- 
ment, ce qu'on estimerait incorrect, toute graphie non corrigée 
devant être considérée comme approuvée par les éditeurs. Même 
poussées Jusqu'à ces extrêmes limites, les notes n'augmenteraient pas 
d'une façon sensible les dimensions d'un volume. — N» 82, v. 7, je 
lirais o]v au lieu de tj]v. N° 88, [Aîtà Tzl-/,ptsiixx -uîôv ypôvwv, donné par 
l'inscription, pourrait être conservé, il me semble; éd. lûio. N° 107, 
■t, vîjao;, au lieu de vr^uiov, paraît indiqué et se trouve d'ailleurs exigé 
par le mètre, de même qu'au vers suivant 0' au lieu de ol. N° 280, il 
n'y a pas lieu de songer k-zpk pour remplacer xpeTç, puisque l'inscrip- 
tion ne contient aucune faute d'orthographe. N" 294, en signalant 
l'hypermétrie des v. 2 et 4, on eût pu indiquer le remède. S' au lieu 
de ol et suppression de yàp. N° 3o5, ajOsvxà est-il sûr et ne faut-il pas 
lire a'j6£VTo<;? Pour le n° 541, à propos des pérégrinations du bois de 
la vraie croix et de Dapontès, voir Jardin des Grâces, ch. v, v. 3o6 
sqq. =: Legrand, Bibl. gr. vulg., t. III, p. 61 sqq. Dapontès y raconte 
comment il demanda le précieux bois, dans l'espoir de se débarrasser 
des moines de Xiropotamos, qui voulaient le charger de quémander 
auprès du voïvode Constantin, pour la reconstruction de leur église 
alors en ruines. Grande fut sa stupéfaction, quand, le dimanche de la 
Pentecôte, on lui présenta solennellement la relique. Il s'exécuta du 
reste de bonne grâce, gagna la Valachie, où le prince le paya de bonnes 
paroles, se rendit ensuite en Moldavie, revint encore en Valachie, où 
cette fois il fut plus heureux, visita Constantinople et rentra au Mont 
Athos, en passant par Samos et Chio, après un voyage de neuf ans, 
durant lequel la croix avait été pour lui, suivant sa propre expression, 
« une corne d'Amalthée ». L'inscription en question est citée entiè- 
rement par Dapontès (ch. vi, v. 173-190), dont elle fut peut-être 
l'œuvre, mais avec une addition de quatre vers relatifs à Andronic et 
au sultan Sélim ; cf. ch. viii, v. i65 sqq. Au même chapitre, v. 181 et 
suivants, Dapontès parle aussi de l'inscription n» 56i ; pour le n° 546, 
voir ch. XVI, v. 106 sqq. ; deux inscriptions du monastère de Cout- 
loumousi sont encore reproduites par le même auteur, ch. x, v. 141 
sqq., ch. xvi, v. 127 sqq. Enfin ch. x, v. 1 5 et suivants, se trouvent des 
détails sur la vasque du 11° 5 5 5. Elle fut taillée, peut-être par Dapontès 
lui-même [h.o'\ici.), en tous cas sous ses ordres, dans les carrières de 
marbre voisines de la ville de Chio, ce qui prouve que ces carrières 
aujourd'hui abandonnées étaient encore exploitées à h fin dtt 



DHISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 53 

xviii« siècle '. Comme rinscription est de 1778 ei que Dapontès revint 
à l'Athos le 11 septembre 1765, il est vraisemblable que les lettres 
furent gravées à l'Athos même. Les vers qui mentionnent le nom de 
C. Dapontès en même temps que l'origine chiote de la vasque sont 
trop dans la manière de cet auteur pour ne pas être de lui, et il est 
probable qu'au v. 4 XXwpoTro-càiJLOj pour Sy]po7TOTà;jL0'j n'est qu'un trait 
d'esprit, une appellation poétique donnée au monastère par celui qui 
devait y terminer ses jours. 

Hubert Pernot. 



J.F.D. BlÔte, Das Aufkommen der Sage von Brabon Silvius, dem braban- 
tischen Schwanritter {Verliandelingcn der koninklijke Akademie van Weten- 
schappen te Amsterdam. Afdeeling Letterkiinde. Nieuwe reeks. Deel V. N" 4). 
Amsterdam, J. Mûller, 1904. Gr. in-80, 127 pp. 

La version brabançonne de la légende du chevalier au cygne est 
restée peu connue jusqu'à présent. Le mémoire de M. Blôte, dont elle 
fait le sujet, continue une série remarquable d'articles consacrés par 
le même auteur aux diverses formes de cette légende et qu'il a dissé- 
minés un peu partout — trop disséminés, peut-être, car il est assez 
malaisé de les réunir, lorsqu'on veut en prendre une idée d'ensemble, 
avant d'aborder la lecture d'un travail tel que celui-ci. 

D'après M. Blôte, la tradition rattachant les ducs de Brabant au 
célèbre chevalier n'a pu prendre naissance avant la seconde moitié du 
xii^ siècle. Son origine doit être cherchée dans le mariage d'Henri I" 
avec Mathildede Boulogne, en 11 79. Apparemment, à cette époque, 
la légende était tout à fait fixée dans la maison de Boulogne-Bouillon. 
Les enfants d'Henri I" pouvaient donc se réclamer du mystérieux 
héros par leur mère. D'un autre côté, on sait que les ducs de Bra- 
bant succédaient à Godefroid de Bouillon comme titulaires du duché 
de Lothier. Les noms de Brabant et de Bouillon, avec celui de Lothier 
pour moyen terme, ne tardèrent sans doute pas à se confondre. On 
en vint par là à faire du chevalier au cygne l'ancêtre direct de la 
famille ducale, ainsi que la légende faisait déjà pour Godefroid de 
Bouillon. La localisation brabançonne s'établissait de la sorte sous 
l'influence convergente d'un double élément : une alliance de famille 
et une confusion de noms. 

La première mention de cette localisation est due seulement à Van 
Maerlant, vers 1290. Le raisonnement par lequel M. Blôte veut trou- 
ver des preuves de son existence dès i235 et 1248, en se fondant sur 
des passages de Gert van der Schueren et de Jean de Leyde, est plus 
ingénieux que convaincant. Aussi peut-on s'étonner à bon droit, s'il 

1 ( Cf. Fustel de Goulanges, Mémoire suv l'ile de ChiOj Paris» 1857, p. 2 s=! 483/ 



54 REVUE CRITIQUE 

est vrai que la tradition brabançonne remonte à la fin du xii^ siècle, 
de n'en point trouver de trace auparavant. 

A cette période de début, il semble bien que la version nouvelle se 
modelait sur la légende française plus ancienne d'Hélyas, encore que 
les témoignages absolument probants fassent défaut sur ce point : son 
héros devait être un chevalier appartenant à un monde supérieur et 
pouvant vivre sous la forme d'un cygne. Mais, vers 1 325, nous la 
voyons subir un remaniement savant. Elle est dépouillée de ses traits 
extra-naturels pour être reliée à César et à Octave. Alors apparaît le 
nom de Brabon Silvius, appliqué au chevalier, et quant au cvgne, le 
souvenir n'en subsiste plus que dans l'épisode d'une chasse donnée à 
cet oiseau. Cette forme altérée de la tradition primitive arrive à son 
plein épanouissement chez le chroniqueur Guillaume de Berchen. 
Elle se maintient dans ses traits essentiels jusqu'au commencement 
du xvi" siècle, où les Illustrations de Gaule de Jean Lemaire de Belges 
font entrer la légende dans une troisième phase de son développe- 
ment. Ici, les versions de Clèves et de Brabant se mêlent l'une à 
l'autre. C'est ce compromis qui, par la suite, fournira la vulgate de la 
légende brabançonne. 

A aucun moment de son évolution, notre version n'a inspiré une 
grande œuvre littéraire. L'élément poétique, qui, dans le principe, 
devait y être assez développé, puisqu'elle ne faisait que répéter l'his- 
toire d'Hélyas, s'y est trouvé fort réduit dès le xiv« siècle, à la suite 
des transformations arbitraires qu'on lui fit subir. Aussi sa valeur 
d'art est-elle restreinte. Sous sa forme complète ou mutilée, elle n'a 
pas davantage une signification mythique bien grande. C'est surtout 
une légende savante, qui a vécu et s'est transformée chez des chroni- 
queurs de second ordre; il est même fort probable que la croyance 
populaire n'a joué aucun rôle dans sa formation. On ne peut pré- 
tendre non plus qu'elle ait servi à exprimer de façon saisissante un 
sentiment, un idéal caractéristique du Brabant ancien. Enfin, sa date 
relativement récente lui enlève presque toute importance pour des 
recherches ultérieures sur la donnée fondamentale de la légende du 
cygne. A ces différents titres, l'intérêt que pourrait offrir l'histoire de 
Brabon nous apparaît singulièrement diminué. 

Toutefois, pareille constatation n'ôte rien à la valeur du mémoire 
de M. Blôte, et elle ne tend pas davantage à en contester l'utilité. On 
sait la vaste érudition du professeur de Tilbourg et combien ses 
inductions révèlent d'acuité d'esprit. Ajoutons que le présent travail 
se distingue par la sobre clarté de l'exposition aussi bien que par l'en- 
tière originalité des conclusions. Les chapitres dans lesquels l'auteur 
retrace point par point les destinées de la tradition brabançonne sont 
remarquables de pénétration et de logique. Il démêle fort bien 
l'écheveau des récits relatifs à Brabon Silvius, indiquant les liens qui 
les rattachent entre eux, reconstituant les intermédiaires disparus, 



D^HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 55 

signalant au fur et à mesure les modifications apportées aux données 
de la légende. Accessoirement aussi, il arrive à des résultats intéres- 
sants dans le domaine de l'histoire littéraire. Ainsi, il enlève à Van 
Maerlant l'opuscule intitulé Clarasien ou Declaracyen qui, au 
xv*" siècle, circulait sous son nom. En outre, il met en lumière des 
chroniques brabançonnes encore ignorées ou peu connues. 

Cependant, le travail que nous analysons n'est pas de ceux qui 
entraînent après eux une entière certitude. Des doutes subsistent lors- 
qu'on l'a relu, notamment sur la solution donnée au problème des 
origines. Là où il manie l'hypothèse pure, l'auteur ne semble pas 
toujours indiquer suffisamment le caractère dubitatif des explications 
qu'il propose. Entre la possibilité d'un fait et sa vraisemblance et sa 
probabilité, il y a des nuances. Peut-être demanderaient-elles parfois 
à être mieux marquées dans l'exposé. Il est possible qu'en 1179 les 
comtes de Boulogne aient cru à leur ascendance merveilleuse; il est 
possible que les enfants d'Henri I"' aient pris le souci de se rattacher 
à l'ancêtre fabuleux de leur mère ; il se peut qu'on ait confondu les 
noms de Brabant et de Bouillon; tout cela est possible^ rien de plus. 
La dernière de ces conjectures est même peu vraisemblable, car, pas 
plus à l'époque où nous sommes, de même que par la suite, la famille 
des ducs de Brabant n'a été confondue avec celle de Godefroid de 
Bouillon, et les deux légendes sont toujours restées distinctes l'une 
de l'autre. Les vers de Van Maerlant cités par M. Blôte en fournis- 
sent précisément une preuve. 

On ne doit donc accepter que sous réserve la théorie formulée par 
M. Blôte pour expliquer la fixation en Brabant du thème légendaire 
dont tant de familles ont fait leur profit au moyen âge. Peut-être 
d'ailleurs se méprend-on à vouloir éclairer ces adaptations de nature 
purement généalogique aux lumières de la raison et de l'histoire. 
La vanité familiale s'est en tout temps accommodée de bien moins que 
cela et la flatterie des écrivains intéressés récèle une force créatrice 
que l'illogisme et l'absurdité sont peu faits pour rebuter. 

Quant à la date extrême à laquelle il est permis de reporter notre 
version, M. Blôte dit fort bien qu'elle ne peut être très ancienne, la 
famille qui a régné sur le Brabant étant sortie de celle des comtes de 
Hainaut, et la légende étant toujours restée étrangère au Hainaut. 
Remarquons toutefois que l'argument tiré ici de la légende du 
mariage de Baudouin VI avec le diable n'est guère pertinent. Cette 
légende, que l'auteur connaît seulement de source tierce, peut diffi- 
cilement passer pour une parodie de celle d'Hélyas; les coïncidences 
portent seulement sur certains traits extérieurs, le fond reste différent. 
De plus, rien ne permet de la dater du xin^ siècle; elle ne semble 
pas remonter au-delà du xv®, et la façon malveillante dont elle tra- 
vestit la grande figure historique de son héros porte à croire qu'elle a 
pris naissance en dehors du Hainaut. Sans doute est-elle une sorte 



56 REVUE CRITIQUE 

de prologue explicatif ajouté à l'histoire de l'imposteur Bertrand de 
Rays. En tout cas, Jacques de Guise ne la mentionne pas, ne fût-ce 
que pour la rejeter. Si M. Blôte fait état de son silence relativement au 
chevalier au cygne, il doit procéder de même en ce qui concerne cette 
seconde légende. Mais quoi qu'il en soit, l'épisode du mariage crimi- 
nel de Baudouin de Constantinople ne peut servir à prouver l'inexis- 
tence en Hainaut d'une forme quelconque de l'histoire du chevalier 
au cygne. 

En somme, le défaut de l'auteur, dans le travail qui nous occupe, 
comme dans ceux qui ont précédé, est d'avoir voulu résoudre à tout 
prix la question de l'origine des versions qu'il étudiait, même lors- 
qu'il manquait des éléments nécessaires pour arriver à une solution 
de tous points acceptable. Ce qui restera du labeur immense et 
si consciencieux qu'il s'est imposé, ce sont des matériaux admirable- 
ment préparés pour les travaux de synthèse. Un jour viendra où, les 
nuages qui nous entourent ayant été peu à peu dissipés, la vieille 
légende, dont l'irradiation apparaît partout, surgira devant nous en 
pleine lumière. Ce résultat, on le devra en grande partie au zèle 

vigilant et éclairé du savant néerlandais. 

Alphonse Bayot. 



Th. Funck-Brentano, Les Sophistes français et la Révolution européenne. 
Paris, Pion, igoS, 8", p. 33o. Fr. 6. 

Pour la troisième fois M. Funck-Brentano s'attaque aux sophistes : 
après les Grecs, les Anglais, les Allemands et les Russes, le tour des 
Français est venu. Tout le livre cependant ne leur est pas consacré; 
un bon tiers traite au contraire de ceux que leur oppose l'auteur, les 
génies du xvii^ siècle qui avaient établi dans la politique, dans 
l'économie, dans la philosophie, dans le droit une tradition glorieuse 
et féconde en heureux résultats, si les hommes d'esprit du xvm^ siècle 
n'étaient venus lui substituer leurs. erreurs, leurs utopies et toute une 
sophistique dont l'application sera réservée aux sectaires de la Révo- 
lution. Richelieu, Colbert, Bossuet, à titre de grand politique. 
Descartes, Arnauld, comme auteur de la Logique de Port-Royal, 
Pascal et le modeste Domat qui ne se fût pas laissé mettre sans pro- 
tester en si illustre compagnie, forment le groupe des génies dont les 
saines doctrines et les sages vues réalistes ont été malheureusement 
abandonnées, parce qu'elles se sont trouvées incomprises ou mal 
interprétées par leurs successeurs. Ceux-ci, les hommes d'esprit, 
Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Diderot, d'Alembert et Condillac, 
sont allés chercher à l'étranger, chez Bacon et Locke, Bolingbroke et 
Pufendorf, des doctrines funestes, sources d'erreurs sans fin. A leur 
égard l'auteur est aussi peu ménager de ses critiques qu'il l'a été de ses 



d'histoire et de littérature 57 

éloges pour les premiers. Je ne me chargerai pas de ramener les unes 
et les autres à une plus juste mesure. On pourrait penser que les 
reproches vont augmenter d'intensité en abordant le troisième 
groupe, celui des sectaires; il n'en est rien. La responsabilité de leurs 
actes pèse sur les semeurs d'utopies ; ils n'ont fait eux qu'appliquer 
de bonne foi et en toute rigueur les principes dont ils ont été nourris, 
quand la sophistique eut pénétré dans les masses. Aussi Condorcet, 
Mirabeau, Danton et Robespierre sont-ils traités avec une indulgence 
relative. 

Il n'y a pas ici de discussion à ouvrir. Je me suis borné à indiquer le 
plan et l'esprit général du livre. Il est profondément conservateur, et 
on ne sera pas surpris qu'épris à ce point de traditionalisme l'auteur 
ait été indisposé à l'égard d'un siècle dont la tendance rationaliste a 
été aussi accentuée, disons, s'il le veut, aussi outrée. Mais on peut en 
reconnaître les exagérations sans apporter à le Juger dans l'ensemble 
la prévention qu'y a mise M. F.-B. Dans cette étude même il a donné 
assez de preuves du sens qu'il a d'une évolution historique pour que 
le lecteur se persuade avec lui qu' « un abîme s'est ouvert dans la 
pensée française entre les deux siècles » et qu'à la fin du xvii" com- 
mence la période des « doctrines informes et sans fondements ». 

L. R. 



Louis EisENMANN, Le Compromis austro-hongrois de 1867. Étude sur le dua- 
lisme (Paris, Soc. Nouv. de librairieet d'édition, 1904, xx-695 p. 10 fr.). 

« Le Compromis domine l'histoire politique contemporaine de 
l'Autriche-Hongrie ». Et cette histoire politique révèle le secret des 
destinées présentes et prochaines de cet État, secret que l'on cherche 
plus volontiers d'habitude dans le conflit des races et des nationalités. 
Il semble bien que sur ce théâtre agité deux actions parallèlent se dérou- 
lent, dont les péripéties se brouillent souvent, mais dont tantôt l'une, 
tantôt l'autre se Joue au premier plan. Toutefois le ressort et la morale 
de la pièce, n'est-ce pas l'effort des groupes ethniques pour conquérir 
leur personnalité et leur autonomie? Et le Compromis, qu'est-ce autre 
chose au fond que le brevet d'indépendance et d'individualité du groupe 
magyar? Il y aurait donc quelque artifice à dissocier trop rigou- 
reusement les deux termes du problème. Mais l'histoire politique 
demeurait dans la pénombre : M. E. a projeté sur elle un faisceau 
lumineux et voici que l'on surprend, dans son fonctionnement, dans 
son frottement, la mécanique si laborieusement ajustée qu'est l'Au- 
triche-Hongrie, 

On hésite encore à tracer le trait d'union entre ces deux noms. Et 
pourtant ce trait d'union, M. E. professe que la nature l'a dessiné 
elle-même : c'est la vallée danubienne, agent d'unité de ce complexe 



58 REVUE CRITIQUE 

disparate. Peut-être est-ce Tillusion d'une géographie trop complai- 
sante : en réalité le Danube allemand se dépayse dans le cadre nou- 
veau de la Hongrie. Si le Danube est le « centre de gravité » de la 
monarchie, Bohême, Galicie, Tyrol forment des contre-poids péri- 
phériques, et les régions proprement danubiennes en deçà de la Lei- 
tha font un peu l'effet de poids morts. En somme, la Hongrie, avec 
son Danube à elle, est un enclos isolé. Ne vaut-il pas mieux convenir 
que par sa complexion physique, la monarchie des Habsbourg est 
condamnée à la division et que les Habsbourg n'ont cessé de protes- 
ter et de réagir contre cette fatalité : la germanisation n'a été qu'une 
des formes de cette tentative. « Elle n'a pas au début, écrit M. E., elle 
n'aura pas pendant longtemps un sens national. L'idée allemande est 
étrangère à cette dynastie ». Sans doute c'est un instrument de cen- 
tralisation; mais ce n'est pas contre la centralisation administrative en 
elle-même, c'est contre la centralisation allemande que très tôt les 
groupes ethniques se cabrent. Et l'auteur, quelques lignes plus haut 
(p. 5) semble donner raison à cette thèse. « Si l'État autrichien n'avait 
pas semblé se confondre avec l'Allemagne, si l'unité autrichienne 
n'avait pas paru signifier l'absorption par une nation étrangère, ni la 
Bohême ni surtout la Hongrie n'auraient défendu leur indépendance 
avec autant d'acharnement qu'elles le firent ». 

De toutes les provinces de l'empire habsbourgeois, seule la Hon- 
grie n'a pas subi ou a vite fait de secouer le joug unitaire. M. E. 
signale judicieusement la cause de cette exceptionnelle fortune : c'est 
que la Hongrie eut pour protecteurs de son indépendance les Turcs 
qui l'ont occupée, et indirectement tous les ennemis de l'Autriche. 

Le dualisme est né dans les douleurs : chaque défaite, chaque bou- 
leversement de l'Autriche a été pour la Hongrie une source de force 
et d'épanouissement. Il procède surtout de la Révolution : c'est à la 
Diète de 1790-1 qu'il s'affirme et se définit; c'est la Révolution de 
1848 qui achève en Hongrie l'État, mais l'État magyar ayant pour 
foyer Pest, « la vraie capitale nationale, ville magyare et révolution- 
naire » (p. 86). D'ailleurs les crises politiques ont leur contre-coup 
dans la conscience des nationalités : « sitôt le système de Metternich 
tombé, chacun s'abandonne à son penchant national, les Allemands 
se tournent vers Francfort, les Slaves rêvent d'une autonomie pro- 
vinciale, les Magyars constituent un État hongrois indépendant » 
p. 141). 

La dynastie ne se tint pas pour battue : elle reprit en sous-œuvre 
sa politique unitaire, en des expériences dont M. E. suit les phases 
un peu trop dans le détail : le libéralisme doctrinaire de Stadion, 
l'absolutisme bourgeois et bureaucratique de Bach, le rêve d'hégémo- 
nie autrichienne — dans la monarchie aussi bien qu'en Allemagne — 
de Schmerling : le Diplôme d'octobre 1859, la Patente de février 
1861 sont les monuments de ces régimes, qui exaspérèrent la haine 



d'histoire et de littérature 59 

des Magyars contre le germanisme sous tous ses masques. La rupture 
était en l'air : les Prussiens la hâtèrent. Après Sadowa, le Compro- 
mis est un acte accompli. 

La première partie du volume est consacrée à en annoncer et expli- 
quer les raisons et les modes. Le lecteur, à travers ces 5oo pages, ne 
perd pas le fil, bien que M. E. s'engage dans les discussions de doc- 
trines constitutionnelles, évoque et fasse défiler hommes d'État et 
publicistes allemands, hongrois, tchèques — car les Tchèques appa- 
raissent aussi dans le tableau comme repoussoirs. La narration bien 
que touffue est animée, relevée de réflexions qui ne pèchent jamais 
par l'indulgence et qui piqueront aussi bien les Gis que les Trans- 
leithaniens. 

Le livre ne pouvait s'arrêter à la conclusion du Compromis qu'il 
fallait voir en action. Le premier effet en fut qu'il donna corps et 
figure — pour ne pas dire : âme — à une Autriche qui n'a de raison 
d'être que comme pendant de la Hongrie ; à une Autriche qui, « sans 
ce rôle, n'aurait ni consistance propre ni individualité distincte » 
(p. 494). Dans cette Autriche, façonnée pour les besoins de la Hon- 
grie, le Compromis provoque le plus déconcertant des résultats ; c'est 
que rien ne fut changé ; l'ancien état de choses fut simplement traduit 
en articles dans la Constitution de 1867 dont M. E. donne une ana- 
lyse pénétrante, raffinée, impitoyable, à l'usage des Autrichiens de la 
stricte observance, s'il en est encore. En Hongrie, le Compromis a 
favorisé l'éclosion des institutions libres et modernes. 

Le Compromis est une façon de raison sociale. Que couvre-t-il ? 
Une association à laquelle conviendrait bien l'épithète anglaise limi- 
ted, limitée dans les apports, les charges et le temps. M. E. après 
avoir donné le dispositif du contrat, avec sa singulière hiérarchie 
d'affaires communes et d'affaires d'intérêt commun, ne se met pas en 
peine d'une définition de ce type politique? Est-ce une union réelle, 
une confédération d'États, un État fédératif? Que les docteurs de 
droit public dissertent sur ce thème. Les seules devises qu'il importe 
de retenir, c'est unité et communauté. Le Compromis est ceci et non 
pas cela. M. E. démontre péremptoirement la fragilité de cet échafau- 
dage si machiné et truqué. Mais cet échafaudage écroulé, la monar- 
chie habsbourgeoise ne s'effondrera pas pour cela ; elle se transfor- 
mera si les peuples ont conscience de leur intérêt, en « une Suisse 
monarchique ». Mais l'auteur se garde de prophétiser ou dogmatiser : 
« Peut-être, dit-il en terminant et en pirouettant sur ses talons, ce 
régime n'a-t-il aucune chance de pouvoir jamais être appliqué ». 

Cette conclusion, d'un scepticisme déconcertant à la dernière page 
d'une œuvre si forte et si fouillée, est une leçon. Elle remet au point 
les affirmations tranchantes des prophetœ minores — nous les avons 
signalées ici (i^ev. Cr/f., 28 oct. 1901. i2déc. 1904) — qui ont leurré 
l'opinion française. Celle-ci trouvera dans cet exposé d'une docu- 



6o REVUE CRITIQUE d'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

mentation solide et puisée aux sources originales (allemandes, hon- 
groises, tchèques) des éléments d'appréciation sûrs et des aperçus à 
bien des titres nouveaux pour elle. M. E. les lui livre en un style 
alerte, nerveux, plein de formules heureuses et qui garde toujours 
la tenue d'une œuvre de science. Ce n'est pas du seul public français 
que M. E. aura bien mérité ; à Vienne comme à Pest on lui saura gré 
d'avoir entrepris cette Histoire du Compromis, qu'un Français seul 
pouvait écrire avec ce sens critique, ce désintéressement et cette con- 
viction. 

B. A. 



Henri Cordier. L'expédition de Chine en 1857-1858. Histoire diplomatique. 
Notes et documents. Paris, Alcan, igob. In 8°, 478 p., 7 francs. 

Comme l'indique le sous-titre, le volume de M. Henri Cordier est 
un recueil dénotes et documents sur l'histoire diplomatique de l'expé- 
dition de Chine. Il sera très utile. On y remarque, dès le début, les 
renseignements que donne l'auteur sur la ville de Canton et son bom- 
bardement à la suite de l'affaire de VArrow^ le jugement qu'il porte 
sur la précipitation des Anglais (sir Michael Seymour et sir John 
Bowring)qui agirent comme des étourneaux et engagèrent à fond leur 
pays, le portrait qu'il trace de M. de Bourboulon, les instructions 
données aux nouveaux ambassadeurs, le baron Gros et lord Elgin. 
Viennent ensuite les négociations des deux diplomates (en passant, 
M. C. montre comment ils déjouèrent les combinaisons du ministre 
américain Reed qui voulait à leur insu jouer un rôle de médiateur), 
leurs mesures énergiques, et, après la capture du vice-roi Yé et la 
prise de Canton, leur voyage à Chang-Haï et au Peï-ho qui, selon le 
mot du baron Gros, les rapproche de Pe-King et ajoute à la pression 
qu'ils veulent exercer sur le gouvernement chinois, leur arrivée à 
Tien-tsin après l'enlèvement des forts de Ta-Kou. Alors se présentent 
les hauts commissaires de l'empereur. Les traités — à noter ici ce que 
dit l'auteur de l'habileté du comte Poutiatine — sont signés, traité 
russe, traité américain, traité anglais, traité français ; mais, comme 
remarque M. C, le traité anglais contenait les germes de sérieuses 
difficultés. Ce nouvel ouvrage du savant professeur, plein d'informa- 
tions inédites et de documents ignorés jusqu'ici, accompagné d'un 
index alphabétique très complet, est indispensable à quiconque veut 
étudier et connaître les relations de la Chine avec l'Occident. 

A.C. 

Propriétaire-Gérant : Ernest LEROUX. 
Le Puy, Imp. R. Marchessou. — Peyriller, Rouchon et Gamon, successeurs. 



REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 



N" 30 — 29 juillet. — 1905 



CoNDAMiN, Le livre d'Isaïe. — Jeremias, Babylone dans le Nouveau Testament. — 
WiTT BuRTON, Le problème synoptique. — Dareste, Haussoullier et Th. Rei- 
NACH, Recueil des inscriptions juridiques grecques, II, 2 et 3. — A. Hauvette, 
Archiloque. — Medin, Venise dans la poésie. — Mémoires de Régula Egli, 
l'Amazone suisse. — Cahuet, La question d'Orient. — Baudrillart, Quatre 
cents ans de concordat. — Seillière, Apollon ou Dionysos. — Bûcher, La 
naissance de l'économie, 4" éd. — Deuxième lettre de M. Taccone et réponse 
de M. My. — Sophocle, trad. Jebb. — Cinq odes de Pindare, trad. Paton. — 
Chroniques byzantines XI, 1-2. — Schenkl, Exercices grecs, 19" éd. — Ruggiero, 
Dictionnaire d'épigraphie, 80-82. — Le Limes, XXIV. — Lafaye et Cagnat, 
Inscriptions grecques. — Francotte, Loi et décret dans le droit public des 
Grecs, — Amatucci, L'Amphitryon de Plaute; L'éloquence avant Caton. ~ 
Hedicke, Études sur Bentlei. — Horace, trad. Motheau, — Enéide, III, p. Sidg- 
yficK. — Enéide, I, p, Pascal. — Appleton, Une formule de vente. 



Le livre dlsaie, traduction critique avec notes et commentaires par le P. A. Con- 
damin, s. J, Paris, Lecoffre, igoS; gr. in-8, xix-400 pages, 

Babylonisches im Neuen Testament, von A. Jeremias. Leipzig, Hinrichs, 
1905; in-8, i32 pages. 

Principles of literary criticism and the synoptic problem, by E. De Witt 
Burton, Chicago, University Press, 1904; in-4, 72 pages. 

Le recueil d'oracles qui constitue le livre d'Isaïe soulève une quan- 
tité de problèmes intéressants pour la critique, mais qui sont parfois 
déconcertants pour l'exégèse dite traditionnelle. Il semble que l'on a 
voulu, dans le volume que vient de publier le P. Condamin, éviter de 
les aborder tous en même temps. Ce volume contient une introduction 
des plus sommaires, la traduction avec des notes critiques, la discus- 
sion des morceaux pour ce qui est de leur structure littéraire et poé- 
tique, de leur sens général, quelquefois de leur origine, quand on 
croit pouvoir conclure à leur authenticité. « Parmi les questions 
d'authenticité, nous dit-on, il en est qui concernent surtout Torigine 
du livre d'Isaie en tant que livre^ et dont la solution n'est pas abso- 
lument indispensable à l'intelligence du texte (ch. xiii-xiv, 23; xxiii- 
XXVII ; xxxvi-xxxix, xl-lxvi); elles seront discutées, s'il plaît à Dieu, 
dans le volume » d'introduction qui paraîtra ultérieurement. Espérons 
que Dieu permettra prochainement au P. Condamin de se prononcer 
sur l'origine des chapitres dont il s'agit. 

La nouvelle traduction d'Isaïe, où l'on s'est efforcé de suivre le 
rythme poétique, est très exacte, très soignée. La critique du texte est 
conduite avec une liberté dont il n'y a pas eu jusqu'à présent beau- 
coup d'exemples chez les commentateurs catholiques. Les notes, 

Nouvelle série LX. 3^ 



62 REVUE CRITIQUE 

succinctes et substantielles, servent surtout à justifier les corrections 
admises par l'auteur; les petites dissertations jointes à chaque mor- 
ceau en contiennent le véritable commentaire et en facilitent l'intel- 
ligence ; elles sont très claires et bien ordonnées; par ci par là une 
certaine sécheresse de style qui touche à l'âpreté, presque à la mau- 
vaise humeur. Beaucoup penseront que la préoccupation théologique 
a dicté l'interprétation de la fameuse prophétie d'Emmanuel [Is. vu, 
14) : « Si la Vierge promise » — à qui promise? et s'agit-il d'une 
vierge? la prophétie est-elle conditionnelle? — « venait maintenant 
à concevoir et à enfanter, l'Emmanuel, son fils,. . . n'aurait pas encore 
atteint l'âge de discrétion qu'on se verrait déjà en face des faits 
accomplis ». 

Il se pourrait que le défaut capital de cette œuvre importante fût 
dans le système strophique adopté par l'auteur et qui est celui qu'un 
autre jésuite, le P.Zenner, a cru découvrir dans les Psaumes. Comme 
« une démonstration complète de la composition des poèmes en 
strophes » est aussi renvoyée au volume d'introduction, il y aurait 
mauvaise grâce et peut-être inconvénient à critiquer dès maintenant 
les résultats auxquels arrive le P. Condamin. Disons néanmoins 
qu'il paraît s'autoriser beaucoup de son système pour supposer des 
transpositions dont la probabilité n'est pas toujours autrement 
garantie, et qu'un tel procédé ne laisse pas d'être dangereux. On est 
tenté de même assez souvent de se demander si le rythme vrai n'a 
pas été sacrifié aux exigences du prétendu cadre strophique. 

M. .Teremias, qui traitait naguère des rapports de l'Ancien Testa- 
ment avec les mythologies orientales (voir Revue du 4 juillet 1904, 
p. 2), discute maintenant les traces d'influence babylonienne dans les 
écrits apostoliques. L'idée dominante est la même que dans le pré- 
cédent ouvrage : caractère absolu de la révélation biblique et de la 
religion chrétienne; emploi des légendes mythiques qui avaient cours 
dans le milieu où est né le christianisme. Le côté théologico-philoso- 
phique de la thèse n'est pas à discuter ici. Il semble bien que, dans 
l'histoire, l'absolu ne se manifeste que sous la forme du relatif. La 
plupart des analogies indiquées par M. J. ont déjà été signalées par 
d'autres ; mais ce savant est d'autant plus enclin à les multiplier, au 
moins sur certains points, que son système les rend ou prétend les 
rendre inoffensives. 

C'est ainsi qu'il commente par le mythe du dieu mort et ressuscité 
non seulement certaines images de l'Apocalypse, mais la dérision du 
Christ par les soldats romains, et les paroles de Paul (I Cor. xv, 36- 
37,42) et de Jean (xii, 241 sur le grain qui meurt pour renaître. Le 
dernier rapprochement paraît fort douteux. A propos du second, M. J. 
nous dit que Jésus fut réellement supplicié en roi des fous et il explique 
par là l'inscription de la croix, le crucifiement des deux voleurs, la 
couronne d'épines, tout en admettant que ce dernier trait pourrait 



d'histoire et de littérature 63 

n'avoir pas de valeur historique. Mais Tinscription de la croix a sa 
raison d'être indépendamment de l'hypothèse dont il s'agit, puisqu'elle 
exprime le motif juridique de la condamnation. Quant à l'hypothèse, 
elle soulève une difficulté et elle entraîne une conséquence que M. J. 
a négligé d'examiner. La difficulté consiste en ce que Jésus, condamné 
par Pilate, n'aurait pas été exécuté dans les formes régulières de la jus- 
tice romaine. Le procurateur aurait abandonné à ses soldats trois con- 
damnés qui étaient pour lui également vulgaires, avec faculté d'user 
d'eux pour la fête qu'on doit supposer avoir été annuellement coutu- 
mière à cette troupe païenne. La scène de dérision dans le prétoire 
paraissant aussi bien garantie que la condananation même, il est pro- 
bable que Pilate aura décidé cette aggravation du supplice de Jésus. 
Reste la conséquence : que devient l'épisode de Barabbas. On s'est 
autorisé d'un passage de Philon pour conjecturer que Barabbas était 
précisément le nom traditionnel du roi des fous (voir Salomon Reinach, 
Cultes, mythes et religions, I, SSg) ; serait-ce que Pilate aurait fait 
crucifier Jésus en manière de Barabbas, non à sa place, et l'histoire 
de la grâce proposée ne serait-elle qu'un expédient conçu, en partant 
d'une formule équivoque ou mal comprise, pour dégager la respon- 
sabilité de Pilate et le montrer favorable au Christ, en faisant des Juifs 
les véritables auteurs de la passion ? M. J. ne dit rien non plus, et l'on 
a lieu de s'en étonner, touchant l'analogie qui se remarque, en sui- 
vant le même thème, entre le dieu mort qui ressuscite et le Christ 
ressuscitant après sa mort. Certes, ce n'est pas le mythe qui a créé la 
foi des apôtres à la résurrection de Jésus; mais on pourrait constater 
dans certains détails et certaines déterminations de la croyance une 
affinité avec les idées courantes de la mythologie orientale. 

Une certaine confusion règne dans tout le livre de M. J., et cette 
confusion ne provient pas uniquement de ce que les données mytho- 
logiques y sont amenées un peu pêle-mêle en commentaire des données 
bibliques, mais aussi de ce que le point de vue général de l'auteur est 
défectueux. 

L'originalité du travail de M. E. de Witt Burton sur le problème 
synoptique consiste principalement dans la rigueur de sa méthode 
logique. L'auteur commence par établir une sorte de carte des rapports 
possibles entre les trois premiers Évangiles; puis il fait l'application 
des diverses hypothèses, cherchant à déterminer celles qui sont réa- 
lisées dans les textes. Mais combien il est difficile, en pareille matière, 
d'embrasser toute la série des possibilités! et le tout n'est pas de cons- 
truire une belle machine critique, mais de la faire marcher conve- 
nablement. 

Les sources de Matthieu et de Luc seraient Marc ou un document 
à peu près identique à notre second Évangile; un document dit gali- 
léen, qui aurait contenu la matière de Luc, m, 7-1 5, 17-18; iv, 2 6-1 3, 
i6-3o;v, i-ii;vi, 20-49; vu, i-viii, 3; un document dit péréen, repré- 



64 REVUE CRITIQUE 

sente par Luc, ix, 5i-xviii, 14; xix, 1-28. Matthieu aurait eu de plus 
un recueil de discours, les Logia dont parle Papias, et de là viendrait 
Tattribution traditionnelle du premier Évangile. Les récits propres à 
Matthieu et à Luc, notamment les récits de l'enfance, viendraient de 
sources particulières, mais qui pourraient avoir été orales, sauf celle 
des récits de l'enfance dans le troisième Évangile. 

On peut trouver la distinction des sources principales un peu méca- 
nique et artificielle. La question des sources de Marc n'est pas abordée : 
le rédacteur du second Évangile n'aurait-il pas pu connaître les Logia, 
non pas ceux de Papias, mais ceux qui ont existé et que les deux autres 
Synoptiques ont exploités? Est-il bien nécessaire que la prédication 
du Baptiste, dont Marc reproduit un morceau, que la tentation, dont 
Marc donne aussi un abrégé, que la majeure partie du prétendu docu- 
ment galiléen aient été d'abord écrits à part et qu'ils ne se soient pas 
trouvés dans une ou plusieurs copies ou recensions des Lo^/a? Ne 
peut-on pas dire la même chose du document péréen, source de Luc 
et non de Matthieu, mais recension particulière des Logia plutôt que 
relation originale et indépendante? L'analyse des grands discours de 
Matthieu n"induirait-elle pas à voir dans ces discours une œuvre de 
seconde main, non la forme primitive des Logial Pour expliquer 
sinon pour résoudre le problème synoptique, il ne faudrait pas seule- 
ment considérer les possibilités abstraites de la rédaction afin d'en 
tirer un tableau géométrique des matériaux de l'Évangile, mais scruter 
attentivement l'esprit et la manière de chacune des rédactions. On ne 
peut pas traiter comme un paquet de lettres mortes, que leurs premiers 
détenteurs auraient enchevêtrées diversement, ces textes ou s'est 
exprimée la foi vivante et grandissante des premières générations 

chrétiennes. 

Alfred Loisy. 



DAREStE, Haussoullier et Th. Reinach, Recueil des inscriptions juridiques 
grecques, 2' série, fascicules II et III. Paris, Leroux, 1904. In-8. 

Les auteurs du Recueil des inscriptions juridiques viennent de 
publier deux fascicules qui contiennent les textes suivants. 

L Règlements de la phratrie delphique des Labyades et la phratrie 
athénienne des Démiotonides. — Au commentaire proprement dit est 
joint un exposé assez détaillé de toute la procédure usitée à Athènes 
pour la constatation de la légitimité des enfants. Quelques obscurités 
subsistent encore par endroits, notamment en ce qui concerne l'olxo; 
des Décéliens, que je considère, pour ma part, comme le '(ho; dont le 
nom a passé au dème. Je relève à la p. 223 une bonne remarque sur 
la médiocre importance du rôle que jouaient ici les phratries athé- 
niennes, et à la p. 226 une réflexion juste, quoiqu'un peu exagérée, 
sur le caractère archaïque de la phratrie des Labyades, comparée à 
celle des Démiotonides 



D^HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 65 

II. Actes d'affranchissement. — Ils sont au nombre de 5o, et 
appartiennent à toutes les régions de la Grèce et à toutes les périodes 
de son histoire. Les auteurs ayant été obligés de se limiter, il est natu- 
rel que tous les documents intéressants n'aient pas été reproduits par 
eux; mais leur choix est en général fort judicieux. Le commentaire 
fournit une étude très sobre, mais très nourrie, de l'institution. J'aurais 
voulu qu'on insistât davantage sur ce fait que la rançon était le plus 
souvent effective; on peut ajouter d'autres preuves à celles qui sont 
indiquées p. 256. Sur la question si controversée des éranes, j'adhère 
à l'explication proposée aux pages 267-269. 

III. Textes crétois. — 1° Traité entre Gortyne et Rhizène (v^ siècle), 
établissant une espèce d'IsoTroXiTeta, mitigée par une certaine subordi- 
nation de la deuxième cité. (Je doute que le fragment de la p. 323 se rap- 
porte aux repas publics. N'est-il pas possible de songer à un partage 
de fruits entre un propriétaire et son tenancier?). 2° Décret de Gor- 
tyne sur la monnaie de cuivre (iii« siècle). 

IV. Règlements commerciaux. — 1° Décret d'Olbia sur le commerce 
de l'or et de l'argent (iv^ siècle). 2° Décret de Kyparissia sur l'impor- 
tation et l'exportation des marchandises (iii« ou ii« siècle). 

V. Décret de Mitylène sur le retour des bannis (peu après 324). — 
II semble que les biens aient été partagés par moitié entre les proscrits 
qui rentraient et les acquéreurs. 

VI. Décrets de Tanagra (m" siècle), très précieux en ce qu'on y aper- 
çoit un jury d'expropriation pour cause d'utilité publique; et c'est là 
une grande nouveauté. 

VII. Contrat de prêt entre la cité phocidienne de Drymaea et la 
confédération des Œtéens (i 68-1 58). L'emprunt fut fait au trésor 
d'Héraclès, et le remboursement souffrit des difficultés, bien qu'il 
s'agît seulement d'une somme de 90 mines. 

VIII. Liste de condamnés à mort pour fabrication de fausse mon- 
naie (Dymé en Achaie; fin d u iii^ siècle ou début du ii«). 

Je n'ai pas besoin de rappeler avec quel soin et quelle compétence 
tous ces textes sont établis, traduits et expliqués. On eût souhaité que 
les auteurs continuassent une œuvre, qui est un modèle d'exacte et 
solide érudition, et qui, à ce titre, rend tant de services. Tout le monde 
regrettera qu'ils la déclarent dès à présent terminée. Quand aurons- 
nous un recueil pareil pour les papyrus? 

Paul GUIRAUD. 



Amédée Hauvette. ArChiloque, sa vie et ses poésies. Paris, Fontemoing, igoS : 
x-3o2 p. 

Le livre de M. Hauvette a les deux qualités que l'on demande à un 
ouvrage de littérature; il est intéressant et instructif. Intéressant, non 
sreulement parce qu'il traite d'un poète dont la vie a quelque chose de 



66 REVUE CRITIQUE 

romanesque et dont les vers, en grande partie, révèlent la personna- 
lité, mais parce qu'il est écrit en une langue claire et élégante, qu'il 
évite les longueurs et les superfluités, et qu'il sait être savant sans 
pédanterie. Instructif, parce qu'il discute sainement les témoignages, 
qu'il commente les textes en dehors de toute fantaisie, et surtout 
parce qu'il met Archiloque en sa place, qu'il apprécie son œuvre dans 
ses Justes rapports avec le temps et le milieu, et qu'il lui attribue son 
rôle exact dans l'évolution historique de la poésie grecque. Car c'est 
là, en réalité, le véritable but des recherches de M. H, Étudier un 
écrivain dans ses ouvrages, faire ressortir ses qualités de pensée et de 
style, mettre en lumière le développement de son art, et les phases 
successives de son activité créatrice; montrer, si c'est un poète, quelles 
sont les sources de son inspiration, comment il manie le vers, quels 
effets il sait tirer de la forme poétique, c'est sans doute une grande 
part de la critique littéraire; et nous verrons que M. H. a su analyser 
la forme aussi bien que le fond des poésies d'Archiloque, pénétrer 
ses sentiments et ses conceptions morales, et retracer de lui une 
image non moins vivante que fidèle. Mais il n'a pas cru, avec raison, 
que là dût se borner son rôle de littérateur. Un poète, pas plus qu'un 
orateur, un historien ou un philosophe, ne saurait être considéré iso- 
lément; ce serait s'exposer à ne donner de lui qu'une connaissance 
incomplète et superficielle. Il a subi, même inconsciemment, l'in- 
fluence des poètes antérieurs, il a exercé la sienne sur ceux qui sont 
venus après lui ; il est donc à la fois un descendant, et, s'il a du génie, 
un précurseur, et c'est sous ce double aspect qu'il faut observer sa 
personnalité. Il est le produit d'un état social et d'une époque dont il 
reflète les mœurs, les opinions et les croyances; quel que soit son 
degré dvindividualisme, il n'échappe jamais entièrement à la civilisa- 
tion dans laquelle se sont développées ses facultés et sa culture intel- 
lectuelle, et c'est là encore un élément d'appréciation qu'on ne peut 
négliger. M. H. a donc voulu étudier Archiloque, non seulement au 
point de vue purement esthétique et littéraire, mais encore au point 
de vue de l'histoire de la civilisation et de l'histoire de la poésie. 

La tâche, il faut le reconnaître, était délicate. Il ne nous reste d'Ar- 
chiloque que des fragments, nombreux il est vrai, mais qui, à part le 
papyrus de Strasbourg et trois ou quatre autres morceaux d'ailleurs 
de peu d'étendue, ne dépassent pas quatre ou cinq vers. De plus, les 
témoignages des anciens sur le poète lui-même ne sont pas toujours 
bien précis ni bien concordants, et les renseignements historiques 
qu'ils fournissent ne se concilient pas sans difficultés avec ce que le 
texte d'Archiloque permet de supposer. M. H., qui commence son 
ouvrage par une étude chronologique et biographique, n'est ni un 
audacieux qui jongle avec les textes et en exagère la portée, ni un 
habile qui les plie aux exigences de ses combinaisons ; il évite avec 
soin les hypothèses que n'autorise pas la forme grammaticale, et, si 



d'histoire et de littérature 67 

parfois sa critique dépasse le but, il n'est le plus souvent que le com- 
mentateur scrupuleux de l'expression grecque et le fidèle serviteur du 
bon sens. Je ne partage pas son opinion relativement au passage 
d'Hérodote I, 12, où Archiloque est dit contemporain de Gygès, et 
je dois dire qu'aucune des raisons invoquées pour l'expulsion de cette 
phrase ne me paraît convaincante (p. i5 svv.); elles sont au contraire 
toutes facilement réfutables, et la conclusion « Hérodote n'est donc 
pas l'auteur du rapprochement chronologique entre Gygès et Archi- 
loque » (p. 21) me semble à rejeter, tant qu'elle ne s'appuiera pas sur 
des preuves plus solides. Mais ici M. H. pèche plutôt par excès de 
prudence, car en somme le texte d'Hérodote serait plutôt utile à sa 
thèse, suivant laquelle Gygès serait mort en 652, et Viy,ix-r^ d'Archi- 
loque se rapporterait à 665. En revanche, on appréciera la justesse 
des observations de M. H. sur l'inscription de Déméas et sur la valeur 
exacte des expressions d'Archiloque relatives à une éclipse de soleil 
(fr. 74 Bergk) et aux « malheurs des Magnètes » (fr. 20). Je ne puis 
insister comme je le voudrais sur les différentes parties de l'ouvrage : 
la reconstitution de la vie d'Archiloque, l'histoire de ses poésies et de 
leur influence, les innovations du poète, l'étude de son caractère et de 
sa violence satirique, le jugement littéraire sur son style et sa manière 
de composer ; mais je retrouve partout les mêmes qualités de sincé- 
rité et de finesse, d'érudition et de simplicité. Qu'il s'agisse de la cri- 
tique alexandrine de l'œuvre d'Archiloque, des rapports de sa poésie 
avec la poésie épique, de sa métrique et de sa langue, ou encore de 
ses sentiments patriotiques, de l'àpreté de ses inimitiés, de son amour 
pour Néoboulé et de ses suites funestes, M. H. est toujours maître 
de son sujet; il est d'ailleurs documenté de toute manière, et les inter- 
prétations des modernes ne lui échappent pas plus que les témoi- 
gnages des anciens. 

Je ne saurais dire, toutefois, que tout dans l'ouvrage soit d'égale 
sûreté, et que la critique ne trouvera pas à s'exercer sur quelques 
points. L'étude du vocabulaire d'Archiloque manque de précision, et 
deux des listes de mots dressées p. 237 et 240 sv. renferment des 
erreurs '. La discussion sur les génitifs en 010 (p. 128 svv.) est insufïi- 

I. L'une de ces listes contient les mots d'Archiloque que « la quantité de leurs 
syllabes excluait du mètre épique », au nombre de 22. Il faut en supprimer près 
de la moitié, dont les uns, comme èpyiTK; et ôpéuxooc;, peuvent entrer dans l'hexa- 
mètre même sous la forme donnée; d'autres, comme oîxi'ti, peuvent s'y trouver 
dans certaines conditions, cf. èayâpri Ç 52, acpevSôvri N 600; d'autres, comme dtvTa- 
|is£6£a9at et xaTauxvstv, s'y prêtent par exemple sous les formes i-nr^^ieiëz-zo et xaTau- 
avôei;; d'autres enfin, comme èpyiTT,;, peuvent s'y rencontrer à leurs cas terminés 
par une voyelle, cf. -irapatêâTat W i32, éitiaToixTi p 455, èpyixa. àvSpt fin de vers dans 
Théocrite X, g. Les syllabes brèves sont si fréquentes dans Homère devant le 
groupe muette + p, aussi bien dans le corps des mots qu'en finale, qu'une forme 
àÔpotÇsTai ne peut être déclarée impossible dafîs l'hexamètre épique. Ce n'est donc 
pas la seule raison de leur quantité, comme il est dit, qui a fait que ces mots 



68 REVUE CRITIQUE 

santé, en ce qu'elle ne tient pas compte du fait que Aiwvjto-.o est dans 
un tétramètre (fr. -]"]], ce qui ne laisse pas d'être une grave difficulté. 
L'effet vu dans quelques fragments repose sur une lecture incertaine, 
par exemple fr. 8 (p. 274), où ôe-.Xoy est une correction plus spécieuse 
que sûre. Si oTvo; ÈpjOpô.; (fr. 4) doit être considéré comme une « épi- 
thète de nature, sans rapport avec la circonstance » (p. 267), la tra- 
duction qui en est donnée p. 198 est bien peu d'accord avec cette 
opinion. L'interprétation de la tirade célèbre oj txot Ta rÛYsw, etc. 
(p. 199 svv.) me semble bien, comme à. M . H., inadmissible selon 
l'hypothèse de Jurenka; mais celle que propose M. H. n'est 
pas, à mon sens, beaucoup plus satisfaisante : « Ce qui est sûr, c'est 
que le poète opposait aux prétentions exorbitantes, aux ambitions 
démesurées de quelques uns de ses adversaires, les goûts simples 
d'un homme de condition modeste » (c'est-à-dire les siens) ; il m'est 
impossible de voir rien de pareil dans ce morceau '. Je pourrais 
noter encore quelques minuties, mais tout cela disparaît dans l'heu- 
reuse impression d'ensemble produite par l'ouvrage, impression que 
précise et fortifie la conclusion de M. Hauvette. Il y résume excel- 
lemment en quelques pages tout ce que ses recherches lui ont permis 
de dégager sur la chronologie d'Archiloque et sur l'importance de 
son rôle poétique. C'est une synthèse du caractère d'Archiloque, qui 
ne le dépeint plus dans les traits épars de son individualité, mais qui 
explique le poète par l'homme, qui rattache sa production littéraire 
aux mœurs et à la civilisation de l'époque, et qui montre en lui non 
seulement le créateur d'un genre nouveau et l'intermédiaire entre la 
poésie épique et la poésie dramatique, mais aussi l'un des premiers 
représentants de l'esprit ionien et de la culture ionienne au vu* siècle. 

My. 



Medin (Antonio), La storia délia repubblica di Venezia nella poesia. Milan. 
Hoepli, 1904. In-8 de xvi-623 p. 7,5o. 

Ce très docte ouvrage a obtenu le prix dans un concours ouvert par 
VIstituto Veneto di scien:{e, lettere ed arti et il le mérite. Il suppose 
un travail considérable puisqu'il embrasse toute l'histoire de Venise 
Jusqu'au traité de Campo-Formio et que l'auteur a su retrouver en 
Italie et au dehors une étonnante quantité de textes imprimés ou 
manuscrits; il est clairement distribué. Enfin l'auteur fait bien ressor- 
tir les particularités curieuses qu'offre l'histoire de cette poésie poli- 



manquent dans l'épopée. Dans l'autre liste, au contraire, sont enregistrés des 
mois dont la quantité, eussent-ils été connus d'Homère, interdisait l'emploi, comme 
à-OT/oX-jTiTw, SiOûoaaSo;, xo/ix'j[it,>.ov, et qui devaient donc être dans la première. 
I. Je ne suis pas non plus complètement d'accord avec M. H. relativement aux 
amours d'Archiloque et à l'interprétation des fragments que l'on peut y rapporter 
(p. 71 svv., 277 svv.); mais sur ce point ce que l'on peut retrouver est très 
incertain, et M. H. sait lui-même que le terrain n'est pas solide. 



d'histoire et de littérature 69 

tique, par exemple le caprice qui parfois en guide les préférences ; 
ainsi c'est très tard qu'elle célèbre la paix que Venise eut l'honneur 
de voir conclure entre Frédéric Barberousse et Alexandre III; par 
exemple encore, les rimeurs se taisent sur la conjuration de Baja- 
monte Tiepolo, sur celle de Marino Faliero; il est vrai qu'on sait 
que le peuple irrité autant qu'effrayé chantait tout bas des vers contre 
la répression de ces deux complots et qu'on peut attribuer la dispari- 
tion de ces couplets à la vigilance des vainqueurs ; mais ceux-ci 
auraient eu beau jeu dans tous les sens du mot pour rimer leurs vic- 
toires et ne l'ont pas fait. 

M. M. ne dissimule pas que l'intérêt historique est presque tou- 
jours le seul que présentent ces panégyriques et ces satires ; presque 
jamais on n'y rencontre un trait d'esprit, un mouvement oratoire ; 
j'ajoute qu'on y relève assez rarement des faits précis, des détails nou- 
veaux sur les événements; On y revoit plutôt, en vers tout ou plus 
médiocres, ce qu'on a déjà lu dans la prose plus habile des chroni- 
queurs. M. M. l'explique par des causes secondes ; la cause première 
me paraît être une idée fausse dont le grand Alighieri, qui l'avait 
d'abord adoptée, n'avait guère réussi à désabuser en Italie que lui- 
même, savoir que la grande poésie n'était faite que pour la fiction et 
pour l'amour; jusqu'au milieu du xviii^ siècle, presque tout Italien 
vraiment doué pour la poésie prend son inspiration hors de la vie 
nationale; il sèmera dans ses vers les souvenirs des beautés littéraires 
de l'Italie, les allusions à son histoire; en ce sens, le poésie italienne 
est plus nationale que la nôtre; mais l'impression profonde des joies, 
des douleurs publiques qu'on trouve si souvent chez nos poètes dès 
l'époque la plus reculée est beaucoup plus rare chez leurs confrères 
d'au-delà les Alpes; chez les plus grands Italiens, l'expression poé- 
tique du patriotisme tourne vite au lieu commun, moins encore par 
indifférence que par crainte de s'écarter de ce que l'on croit la vraie 
matière de la poésie. En tout pays, certains préjugés tyrannisent le 
poète, cette chose soi-disant si légère et si fantasque I pensez, pour ne 
pas sortir de l'Italie, au mal qu'y a fait le préjugé qu'un poète qui se 
respecte ne doit pas s'astreindre à une clarté continue! 

Mais M . M, a eu raison de croire qu'on lirait néanmoins avec plai- 
sir sa patiente nomenclature : on aime à repasser, même en compa- 
gnie de ces faibles rimeurs, l'histoire d'une ville pour qui en 
somme le grand public n'est pas juste; on se croit quitte envers elle 
quand on lui accorde, avec l'entente du commerce, une intelligence 
malicieuse et déliée, un pinceau éclatant. On oublie que seule en Ita- 
lie elle a su fonder un gouvernement régulier, un empire étendu, 
durable, maintenu par une marine nationale, et que son courage a 
survécu trois ou quatre siècles à celui du reste de la péninsule. On est 
obligé de s'en souvenir quand on lit les chapitres de M. M. sur la 
conquête, la défense de la Terra ferma, sur la guerre contre les 



70 REVUE CRITIQUE 

Turcs. Je signale en particulier les pages où l'auteur relève certains 
historiens qui, antidatant beaucoup trop leur gratitude pour le Pié- 
mont, prétendent que l'honneur de l'Italie s'était réfugié dès le 
premier quart du xvii^ siècle à la cour de Charles-Emmanuel ; le fils 
du vainqueur de Saint-Quentin a eu le mérite (c'en était un alors 
pour un prince italien) d'être ambitieux; mais, quant à la suite dans 
les idées et à la dignité, c'est Venise et non pas lui qui en tenait alors 
école dans la Péninsule, et M. M. est généreux en ne qualifiant la 
conduite de Charles-Emmanuel que d'un peu inconsidérée. 

D'ailleurs quelques chapitres échappent à l'inconvénient de ne rien 
apporter de vraiment instructif, notamment ceux qui roulent sur la 
lutte de Venise et de Paul V au xviii*^ siècle, sur celle des conserva- 
teurs et des novateurs en matière de Constitution au xviii^ siècle; on 
verra d'une part que Venise couvrit en 1606-7 non pas seulement ses 
graves théologiens, mais ses auxiliaires bouffons; d'autre part on se 
dédommagera d'avoir vu jusque là les débats des versificateurs porter 
exclusivement sur la politique extérieure de Venise et l'on verra con- 
firmé pour la politique ce qu'on savait déjà pour la littérature, c'est- 
à-dire qu'à la fin du xviii" siècle Venise n'a plus qu'un souci, n'être 
pas dérangée dans ses habitudes. M. M. soulève aussi une question 
intéressante, la part qu'eut le gouvernement vénitien dans l'inspira- 
tion des pamphlets ou des panégyriques; il pense qu'elle fut très 
grande ; mais il l'affirme plutôt qu'il ne le prouve ; le fait curieux que, 
dès le XIV' siècle, les registres publics mentionnent les poésies compo- 
sées en l'honneur de Venise (p. 26) n'est pas un argument décisif. 
Notons en passant, p. 898, un trait à ajouter, touchant la réputation 
d'ivrognerie des Allemands, à ceux que j'ai réunis dans mon article du 
. Bulletin italien (juillet-décembre 1901) sur le type de l'Allemand dans 
la littérature italienne; je saisis l'occasion d'y ajouter de mon crû en 
renvoyant à Giulio Cesare Scaligero, réplique au Ciceronianus 
d'Erasme, à Trajano Boccalini (2^ centuria des Ragguagli del Par- 
nasso, no' 6 et 28), à Enea Silv. Piccolomini (passage cité p. 3o de la 
récente thèse latine de M. Pérouse, Lyon, Legendre, 1904). Nos his- 
toriens recueilleront p. 149-164, 167-9, d'autres données sur des fac- 
turas composés ou encouragés par les Français lors de la ligue de 
Cambray. 

L'ouvrage est très bien imprimé, les citations de français presque 
toujours correctes, mérite peu fréquent dans un livre italien (p. 167, 
lire remémore au lieu de remore]; à la F® p., on trouvera une repro- 
duction de V Apothéose de Venise de Paul Véronèse et à la fin une 
bibliographie en 873 articles qui à elle seule forme le meilleur éloge 
de M. Medin, une liste des capoversi des poésies étudiées, une table 
onomastique et méthodique. 

Charles Dejob. 



D HISTOIRE ET DE LITTERATURE 7 I 

Fritz Baer. Die Schweizerische Amazone (chez Beck, à Bâle, Kohlenberg, 7). 
In-80, 164 p. 2 fr. 

Ces mémoires d'une soldate, de Régula Egli, V « Amazone suisse », 
femme d'un colonel au service de la France, Florian Engel, ont paru 
en 1821 et en 1828. Régula narre dans la première partie les guerres 
qu'elle a vues, et dans la seconde, ses voyages et aventures à travers 
le monde après Waterloo. 

La première partie nous importe seule. Régula raconte qu'elle eut 
21 enfants. 9 moururent dès leur naissance et en bas-âge. Ceux qui 
survécurent, devinrent officiers pour la plupart : deux périrent à 
Marengo, deux autres à Waterloo, un autre à Toulouse, un autre en 
Espagne, un autre décéda à la Nouvelle-Orléans, deux autres étaient 
avec Napoléon à Sainte-Hélène. Restent 3 filles mariées, l'une au 
général Perrier qui mourut à Leipzig, l'autre à Muret, aide de camp 
de Desaix, la troisième à Prame.. secrétaire du général Mouton- 
Duvernet. 

Régula avait épousé en 1778 Florian Engel, sergent-major au régi- 
ment suisse de Diesbach, et elle l'accompagna partout, en Alsace, en 
Corse, en Flandre sous l'ancien régime, et dans toutes ses campagnes, 
sous la Révolution et l'Empire. Lieutenant en 1789, capitaine au 
4^ léger en 1793, Engel était devenu chef de bataillon du 4* régiment 
de ligne, puis colonel du 4^ léger lorsqu'il fut tué à Waterloo. Sa 
femme qui combattait à ses côtés^ le pistolet au poing, le vit tomber 
ainsi que son plus jeune fils âgé de dix ans, et sur un point du champ 
de bataille succombait son quatrième fils. 

Hélas! tout cela est faux! 11 n'y a pas eu dans les armées de 
l'Empire d'Engel, fils de Florian Engel et de Régula Egli; il n'y a pas 
eu de frères Engel à Sainte-Hélène; il n'y a pas eu de général Perrier; 
il n'y a pas eu d'aide-de-camp Muret! 

Et du mari de Régula, de Florian Engel, nulle trace dans les 
documents des archives de la guerre. Il n'y a pas d'Engel, lieutenant 
au régiment de Diesbach, pas d'Engel chef de bataillon au 4^ de ligne, 
pas d'Engel colonel du 4" léger! 

Entrerons-nous dans le détail? Ab iino disce omnes. Régula assure 
qu'elle se rendit après son mariage, en septembre 1778, à Strasbourg 
où stationnait le régiment de Diesbach; qu'elle y mit au monde le 
27 juillet 1779 un enfant qui eut pour parrain le prince Max et pour 
marraine une princesse dont le mari était colonel de régiment de 
Hesse-Darmstadt ; qu'elle accoucha l'année suivante, en 1780, à 
Schlestadt, d'un deuxième enfant. Or, Diesbach était en 1778, en 
1779, en 1780, non à Strasbourg et à Schlestadt, mais en Bretagne, 
à Brest et à Morlaix ; le prince Max est en 1779 non à Strasbourg, 
mais à Metz, avec son régiment de Royal Deux-Ponts, et le futur 
landgrave Louis, le colonel du régiment de Hesse-Darmstadt — 
qui stationne d'ailleurs à Nancy et en Bretagne — ne commanda ce 



72 REVUE CRITIQUE 

régiment qu'en 1780! Régula ajoute qu'elle partit ensuite pour la 
Corse, qu'elle séjourna à Calvi, à Saint-Sébastien (elle veut dire sans 
doute Saint-Florent). Or, Diesbach n'est jamais allé en Corse! 

Qui croira dès lors que Régula obtint de Robespierre la liberté de 
son mari, qu'elle eut en Egypte deux jumeaux qui furent les filleuls 
de Bonaparte, qu'elle était attachée en 1809 au service de Marie- 
Louise, qu'elle suivit Napoléon à l'île d'Elbe, qu'on la prit à Marseille 
et à Nîmes pour Laetitia ? ^ 

Encore des Mémoires fabriqués! 

A. C. 



Albéric Cahuet, La Question d'Orient dans l'histoire contemporaine (1821- 
1905). Paris, Dujarric et C'«, 1905, gr. in-i8, iii-537 p. 

En écrivant ce volume, M. C. n'a pas eu l'intention de faire œuvre 
nouvelle et de nous donner le résultat d'une première étude de main, 
mais seulement de réunir en recueil commode les principaux faits 
relatifs à l'histoire de l'Empire ottoman et des Etats balkaniques 
depuis le début de l'insurrection grecque jusqu'en igoS. Il ne faut 
donc demander à l'ouvrage que les qualités d'un bon manuel, et il les 
a toutes, à une exception près, que je préfère signaler tout de suite : il 
n'y a pas de bibliographie. Un bon travail du genre de celui-ci doit 
mettre le lecteur à même de s'informer davantage s'il en a le besoin 
ou seulement la curiosité; une partie de l'effort de l'auteur est perdue 
s'il ne nous fait profiter de ses recherches en signalant, non pas 
seulement le titre des ouvrages, mais de quel point de vue le sujet y 
est considéré et dans quel esprit ; autrement dit, tout manuel bien fait 
requiert une bibliographie succincte, mais systématique et critique. 
Elle manque ici et c'est regrettable, car M. C. aurait certainement pu 
la faire, sinon excellente — il n'y en a guère de telles, — du moins 
aussi bonne que possible. Cette réserve faite, je ne vois presque rien 
qui ne soit à louer dans ce travail. La division en trois parties (La 
Question d'Orient avant le traité de Paris ; — L'exécution du traité de 
Paris et le développement des nationalités ; Le traité de Berlin et les 
questions actuelles) est claire et conforme à la suite chronologique ; 
les questions essentielles y sont traitées, sinon toujours très profon- 
dément, du moins avec une information suffisante; peut-être M. C. 
aurait-il pu faire un plus grand usage des documents officiels étran- 
gers, et notamment des livres verts italiens. La plupart des vues 
générales paraissent empruntées aux meilleurs travaux contemporains, 
et en particulier aux cours de droit international professés par 
M, Renault. Le style, sauf quelques rares phrases venues des jour- 
naux quotidiens (p. ex. p. 517 où on lit : « Les vues échangées sur ce 
point se cristallisèrent en un programme de réformes »), est en 



d'histoire et de littérature 73 

général clair et même agréable. En somme, l'ouvrage de M. G. est 
bien adapté à son objet et pourra rendre de très utiles services '. 

R. GUYOT. 



Alfred Baudrillart. Quatre cents ans de Concordat. Paris, Poussielgue. Lille, 
René Giard. igoS. 386 p. in-8*. 

Ce livre de circonstance, formé de la réunion de sept conférences 
données l'hiver dernier à l'Université catholique de Lille, est naturel- 
ment aussi un livre à thèse. M. G. s'est efforcé de démontrer qu'à 
toutes les époques le régime concordataire n'a eu, somme toute, en 
France que de bons effets aussi bien pour l'Église que pour l'État, — 
ce qui lui permet de conclure qu'il faut le conserver à tout prix. Ce n'est 
pas ici le lieu de discuter cette thèse plus politique qu'historique. Au 
reste, si M. B. est un bon juge de ce qui est le bien de l'Église, on 
peut récuser son autorité quand il s'agit du bien de l'État et cependant 
c'est d'une définition préliminaire du bien de l'Église et du bien de 
l'État que dépend nécessairement toute la démonstration. Si on admet, 
avec M. B. et les théologiens, que les fins de l'État doivent être subor- 
données aux fins de l'Église, alors sa ihèse tient debout, — mais le 
tout est de l'admettre. 

L'historien ne peut que constater le parti qu'ont tiré des Concor- 
dats les différents gouvernements et les différents papes. Son rôle 
s'arrête à cette constatation. Il lui est difficile, sinon impossible, de 
préjuger si les choses auraient été autrement en régime de séparation, 
ce régime n'ayant jamais fonctionné réellement en France, même pen- 
dant la période du Directoire, car le Directoire eut son église offi- 
cielle. Quant à savoir si l'ancienne monarchie aurait retiré un sur- 
croît de force ou subi un amoindrissement du fait de la constitution 
de l'église de France en église nationale séparée de Rome et si cette 
église eut été plus ou moins vertueuse, c'est aussi matière à conjec- 
tures. M. B. estime que l'église de l'ancien régime n'a pas été ni aussi 
servile ni aussi dissolue qu'on le dit; peut-être? Mais combien il est 
délicat de dresser ainsi le bilan des vertus et des vices! 

Il n'en faut pas moins remercier M. B. de nous avoir donné cette 
revue rapide de l'histoire des rapports de l'Église et de l'État depuis 
la Pragmatique de Bourges jusqu'à nos jours. Son livre rendra des 
services, malgré ses partis pris, parce qu'il est en général bien 
informé. Je n'y ai pas relevé d'erreurs de faits et les citations sont 
correctes. Une utile bibliographie, bien qu'incomplète, termine le 
volume. 

A. Mathiez. 

I. Quelques fautes d'impression, il faut lire : p. 27, kxx'.^o;; p. 1 14, n., Dares^.?; 
p. iio, n. 2, Westmor^/and ; p. 261, Morava; p, 414, n., Privât = und ôffenlichc 
Recht et p. 443, n. 2, ôfl'eniiches Recht; p. 439, n. 2, de Clcrc^, ete. 



74 REVUE CRITIQUE 

Ernest Seillière. Apollon ou Dionysos? Etude critique sur Frédéric Nietzsche et 
l'utilitarisme impérialiste. (La Philosophie de l'Impérialisme. IL) Paris, Pion, 
1905, in-80, pp. XXVII, 354. 

M. Seillière qui avait abordé il y a deux ans son étude de la phi- 
losophie de rinnpérialisme par un volume sur Gobineau, la continue 
par un second consacré à Nietzsche, ce représentant si brillant et si 
trouble de l'impérialisme individuel. M. S. a soumis à une analyse 
très attentive l'œuvre entière de Nietzsche, en suivant son évolution 
où les contradictions ne manquent pas. L'impérialisme individuel que 
Nietzsche a baptisé « volonté de puissance » est sorti de l'impéria- 
lisme de race. Celui-ci, à le considérer dans l'histoire de la civilisation 
grecque, la plus familière à Nietzsche par ses études professionnelles, 
la seule, on peut dire, qu'il ait connue, a été marqué à ses origines 
des traits propres à la divinité des Doriens conquérants, Apollon, le 
dieu de lumière, de raison et d'ordre, triomphant du dieu asiatique, 
Dionysos, l'incarnation de l'instinct débridé, du débordement mys- 
tique et des effusions lyriques. Apollonisme et Dionysisme, pour 
employer la terminologie de M. S., représentent dès lors les deux 
pôles entre lesquels a oscillé la pensée du moraliste. C'est à expliquer 
ces oscillations que l'auteur s'est attaché. 

Il a montré dans la période de jeunesse de Nietzsche un franc dio- 
nysisme prenant sa source dans son premier enthousiasme pour 
Wagner et aboutissant à la religion du génie, cette déconcertante 
métaphysique où se perçoivent des échos de tous les individualismes 
romantiques issus de Rousseau. Dès 1877 environ, quand il a rompu 
avec Wagner, qu'il a abandonnéSchopenhauer pour Darwin, Nietzsche 
se convertit à un utilitarisme, qui est souvent le reflet outré des mora- 
listes français, de Vauvenargues ou d'Helvétius (d'Helvétius même 
serait la formule de la volonté de puissance), mais qui reste en tout 
cas plein de méfiance à l'égard du mysticisme. C'est la période d'éla- 
boration de sa pensée qui aboutit à ce qui dans son système a obtenu 
le plus de large popularité : la morale du surhomme. Ici Nietzsche est 
nettement utilitariste impérialiste. Mais une évolution inquiétante le 
ramènera au dionysisme. Il accuse les tendances rationalistes qu'ont 
développées le socratisme, puis le christianisme, d'avoir étouffé l'ins- 
tinct pour laisser triompher une morale plébéienne. Dans ces vues 
négatives il a eu des devanciers : Rousseau, Stendhal, Heine, Stirner, 
et M. S. a tiré de cette parenté dans la critique révolutionnaire un 
très attachant chapitre. Quant aux vues positives, elles sont insépa- 
rables de leur fondement pathologique. Sous l'influence delà maladie, 
Nietzsche fonde sur la souffrance, sur la cruauté volontairement 
acceptée et délicieusement savourée, une étrange métaphysique de la 
Volonté de puissance, qui l'incline vers le premier dionysisme de sa 
jeunesse. Vers la fin de sa vie, Nietzsche fut amené, vraisemblablement 
sous l'influence des ouvrages de Gobineau — et c'est une première 



d'histoire et de littérature y 5 

justification de l'étude qui a précédé celle-ci — à examiner la théorie 
de l'impérialisme ethnique, et de ses réflexions nouvelles combinées 
avec ses anciennes spéculations éthiques est sorti son système reten- 
tissant des deux morales, la morale des maîtres et la morale des 
esclaves. Ici encore son critique montre que ce surhomme de l'ave- 
nir a gardé bien des traits de l'idéal dionysien. 

Avec une très grande aisance, M. S. s'est acquitté d'une tâche déli- 
cate. Ramasser en un corps de doctrine une pensée dispersée dans 
sept ou huit mille aphorismes n'est pas facile. N'est-ce pas aussi un 
peu décevant? M. S. qui ne tient qu'en une demi-estime pour leur con- 
tenu philosophique les ouvrages d'ensemble tels que Zarathoustra 
avoue le premier qu'avec d'adroites combinaisons on peut faire de 
Nietzsche « l'avocat de causes nombreuses et diverses ». Cette œuvre 
en effet, qu'il appelle avec raison des Confessions, ne nous livre que 
des matériaux, et elle les fournit en assez grand nombre pour autoriser 
bien des interprétations. Il n'en reste pas moins que l'analyse très 
pénétrante du critique aura dégagé les résultats les plus originaux et 
les plus durables d'une spéculation souvent malaisée à suivre et à 
coordonner. Il faut aussi lui savoir gré de la mesure qu'il a toujours 
gardée dans l'appréciation de théories qui n'ont pas partout rencontré 
la même patience indulgente. M, S. a estimé avec raison que le carac- 
tère nettement pathologique de certaines phases de la méditation de 
Nietzsche ne dispensait pas la critique de moins d'attention et de 
justice. 

L. R. 



Karl Bûcher. Die Entstehung der Volkswirtschaft. 4''" Aufl.Tûbingen,Laupp, 
1904. In-8", vi-456 p. 

Les éditions de ce petit livre célèbre se suivent avec une remar- 
quable rapidité. La première était de 1893, celle-ci est la quatrième. 
Elle ne diffère guère de la troisième, parue en 1900. La division en 
dix essais subsiste, avec une pagination identique. L'auteur s'est 
borné à supprimer un appendice polémique. On peut lui reprocher 
de n'avoir pas sensiblement rajeuni sa bibliographie. Il cite (p. 440, 
n. i) des statistiques de 1890. 

La substance de ce livre a si bien, depuis douze ans, passé dans 
tous les ouvrages français d'histoire économique et d'économie 
sociale qu'il est aujourd'hui très malaisé de lui rendre pleinement 
justice, de réaliser tout ce qu'il apportait de nouveau lors de sa pre- 
mière apparition. 

Il a donné le coup de grâce à Vhomo œconomicus, au concept clas- 
sique de « Robinson dans son île ». A l'homme abstrait, artificielle- 
ment pourvu par les économistes de tout un arsenal de besoins, il a 
substitué l'homme réel, tel que le révèlent l'anthropologie, la préhis- 
toire et l'histoire. Tandis que chez les économistes tous les phéno- 



76 REVUE CRITIQUE 

mènes apparaissaient sur le même plan, il les a classés en séries 
chronologiques, il a introduit dans cette science jusqu'alors déduc- 
tive la notion du devenir. 

Aujourd'hui que nous avons profité du travail de M. K. B., il nous 
est facile d'en signaler les parties faibles. De même que la loi des 
trois états d'Auguste Comte n'est vraie que d'une vérité toute subjec- 
tive, et qu'elle ne se vérifie pas dans l'histoire totale de l'humanité, 
mais plutôt dans l'histoire de chaque fragment d'humanité ; de même 
l'évolution biichérienne, de l'économie naturelle à l'économie natio- 
nale puis à l'économie mondiale, ne se développe pas en série linéaire 
depuis l'âge des cavernes jusqu'au xx® siècle. Il y a eu des réalisations 
anticipées du capitalisme industriel, des retours vers le mécanisme 
primitif des échanges, des « moyen âge » et des « renaissances » éco- 
nomiques. C'est avec ce correctif seulement que l'on peut considérer 
comme valables les formules de M. K. B. 

Henri Hauser. 



DEUXIÈME LETTRE DE M. TACCONE 

Encore une fois je m'adresse à votre impartialité et à votre justice pour insérer 
dans votre Revue quelques observations à M. My (voir numéro du 24 juin, 
p. 5oo). 

i) M. My a bien eu raison de déclarer que dans sa critique il n'a pas voulu 
m'accuser de plagiat, puisque la démonstration que dans sa réponse il voudrait, 
au contraire, donner de ce plagiat, ne conclut rien après tout ce que j'ai écrit 
dans ma première lettre, a, 2= alinéa. 

2) La remarque de M. My, que je serais bien embarrassé de donner la formule 
de la loi que j'ai appliquée au lieu de celle de Porson, n'a pas de sens, puisque 
la formule est précisément celle que, par malheur, j'ai adoptée en suivant 
M. Masqueray. M. My a besoin de lire plusieurs fois avant de comprendre. 

3) Pour la vérité : ce n'est pas une expression peu exacte de M. Masqueray que 
j'ai notée à p. 34-35 de ma Memoria, mais une erreur très grave, et M. My n'au- 
rait pas dû laisser sans aucune mention dans son compte rendu ma recherche à 
propos du pseudo-dactyle, de même que d'autres points de mes deux travaux. 

4) Lorsque je déclarais dans ma première lettre que je n'ai pas l'honneur de 
connaître M. My, j'entendais l'inviter, d'une façon qui ne me semblait pas man- 
quer de toute perspicuité, à signer avec son nom ses articles et ses réponses : c'est 
une méthode trop commode que d'écrire des critiques sans manifester son nom, 
mais elle fait risquer quelquefois de perdre la considération des lecteurs. Je renou- 
velle ici l'invitation plus explicitement. 

Angelo Taccone. 

RÉPONSE DE M. MV. 

M. Taccone s'est-il, oui ou non, étrangement trompé dans tout ce qu'il dit sur 
la loi de Porson? Alors qu'il cesse d'insister et laisse M. Masqueray tranquille. 
Y a-t-il, oui ou non, une ressemblance fâcheuse, que, par excès de scrupule ou 
d'indulgence, j'ai attribuée au hasard, entre les deux passages de son livre et ceux 
de Masqueray que j'ai donnés comme exemples? Alors que réclame-t-il ? Eût-il 
préféré que je prononçasse les mots de plagier ou de démarquer? Je n'hésite pas 
à le faire, pour renseigner le lecteur, lorsque j'ai les mains pleines de preuves : 
M. T. voudra bien se le rappeler. Quant à Vinvitation explicite du dernier para- 
graphe, il ne me plaît pas d'y répondre : elle est faite sur un ton que je juge 



I 



d'histoire et de littérature 'J'J 

impertinent. Il y a bientôt vingt ans que j"ai l'honneur de collaborer à la Revue cri 
tique; j'ose me flatter que la signature My y est considérée comme une garantie 
d'impartialité; et voici M. Taccone, un débutant, qui me menace de perdre la 
considération des lecteurs! Qu'il se tienne donc en repos; je lui certifie expressé- 
ment, en toute bienveillance, qu'il ne peut que gagner en s'abstcnant de récla- 
mations intempestives. 

My. 



— La traduction de Sophocle, par le savant éditeur sir R. Jebb, sera la bien- 
venue pour le lecteur anglais qui ne pourra pas lire le texte lui-même ; elle ne 
sera pas moins utile pour guider et soutenir celui qui voudra étudier le poète 
grec dans sa langue. L'helléniste en remarquera la fidélité générale et par 
endroits la scrupuleuse exactitude. La langue, autant que j'en puis juger, est 
ferme et élégante; l'emploi de certaines formes et d'expressions plus relevées lui 
donne une couleur poétique qui ne messied pas à la traduction des drames 
anciens [The tragédies of Sophocles, translated into English prose; Cambridge, 
Univ. Press, 1904; 376 p.). — My. 

— M. Paton, l'helléniste bien connu, a essayé de rendre en strophes anglaises 
cinq odes de Pindare, les i'-, 2% 3«,4« et 9" Pythiques [Five Odes 0/ Piudar ren- 
dered into English verse; Aberdeen Univ. Press, 1904; 43 p.). Ma compétence ne 
va pas jusqu'à pouvoir apprécier avec sûreté la valeur poétique de ces morceaux; 
quant à la traduction en elle-même, la forme adoptée a obligé trop souvent le 
traducteur à s'écarter du texte grec, soit en retranchant, soit en paraphrasant. 
Traduire Pindare en prose est déjà peu facile; combien plus difficile en vers, et 
surtout en conservant la même disposition strophique! — My. 

— Les fascicules i et 2 du tome XI des BuÇav-rtvi Xpo^n^i {Vissant . Vremennik) 
publiées à Saint-Pétersbourg sous la direction de M. Regel, forment un seul 
volume de 464 pages, qui contient des articles originaux, en russe, de MM. Kra- 
cheninnikov, sur la tradition manuscrite des Excerpta rîpl npî'aêswv (suite); 
Ilinski, sur l'histoire de l'alphabet slave ; Koulakovski, sur le nom et l'histoire du 
thème de l'Opsikion ; Papadimitriou, sur le mariage de la princesse russe Dobro- 
déa, fille de Mstislav, avec le prince grec Alexis Comnène ; Sakharov, sur le texte 
du Spanéas ; en grec, de M. Béis, inscriptions byzantines de Dimitsana et de Kary- 
téna. Le reste du volume renferme des recensions et des notes bibliographiques 
sur de nombreux ouvrages récemments parus, diverses communications (en russe 
et en grec), et une intéressante notice (en français) sur l'abbaye de Grottaferrata, 
par M. Palmieri. Sous la rubrique Chronique sont deux articles de M. Sonkine 
sur l'Institut archéologique russe à Constaniinople en 1902, et sur les fouilles de 
J. Clédat à Baouît, et une Chronique de Palestine et de Syrie par le P. Vailhé. A 
la fin, notices nécrologique sur Alex. Zvenigorodski et Em. Legrand. Un intérêt 
tout particulier s'attache à un document grec du xi« siècle, publié en appendice par 
le P. Louis Petit, avec une bonne introduction sur le texte, sur le monastère dont 
il y est question, et sur son fondateur le grand domestique Grég. Pacourianos, 
le général byzantin connu et l'un des plus dévoués partisans d'Alexis Comnène. 
C'est la charte de fondation ou typikon du monastère de Pétritzos, dont on ne 
connaissait qu'une traduction imparfaite en grec vulgaire, publiée en 1888, et 
dont le texte original a été heureusement retrouvé dans une copie du xviii« siècle, 
à l'Académie de Bucarest [Typikon de Grégoire Pacourianos pour le monastère de 
Pétritzos [Batchkovo) en Bulgarie, xxxii-63 p.), La valeur de ce document réside 
surtout dans l'inventaire des objets précieux donnés au monastère par le fonda- 



78 REVUE CRITIQUE 

teur. Bien qu'il reste encore plusieurs corrections à faire, le texte en est soigneu- 
sement publié. — Mv. 

— La Revue a signalé en leur temps les exercices de traduction de l'allemand en 
grec, à l'usage des classes supérieures, par M. Karl Schenkl. Le même auteur 
avait publié un ouvrage du même genre pour les classes élémentaires, dont nous 
avons reçu la 19' édition [Griechisches Elementarbuch, Vienne, Tempsky, igo5, 
238 p.), revue par MM. H. Schenkl et FI. Weigel. Ce sont des exercices d'applica- 
tion sur la grammaire classique de Curtius - v. Hartel, 24^ édition, revue par 
M. Weigel, consistant en versions et thèmes formés de phrases détachées; des 
morceaux suivis, en grec et en allemand, y sont intercalés. La partie relative à la 
syntaxe ne comporte que des exercices de thème. Une seconde partie donne, pour 
chaque exercice, le sens des mots inconnus et indique les tournures nécessaires; 
on y trouve en même temps quelques observations grammaticales pour guider la 
traduction; c'est là une excellente manière d'habituer l'élève à la phrase 
grecque et de la familiariser avec l'usage. Un vocabulaire grec-allemand clôt le 
volume. — Mv. 

— Nous venons de recevoir les fascicules 80, 81 et 82 du Di:{ionario cpigrafico 
de M. de Ruggiero (Rome, Pasqualucci), Le fascicule 80 qui commence la lettre 
G, contient de bons articles sur Galatia (M. Voglieri), sur Galba (M. Ghirlan- 
zoni) et Gallia (M. Toutain). Ce dernier article se continue dans le fascicule 81. 
Le fasc. 82 renferme la suite des fastes consulaires. 

— La librairie Otto Peters de Heidelberg vient de publier la livraison xxiv^ du 
Obergermanisch-Raetische Limes. Elle contient la description du fort de Urspring 
par M. E. Fabricius et celle du fort de Theilenhofen par M. Eidam. 

— Le recueil (Paris, Leroux, igoS) des Inscriptiones graecœ ad ves romanas 
pertinentes s'est accru d'un nouveau fascicule, dû à la collaboration de MM. La- 
FAYE et Gagnât. 11 contient 3o6 inscriptions de Syrie, 9 de Palestine et 172 d'Ara- 
bie. Le fond provient de Waddington; mais un tiers environ de ces documents 
est empruntée aux publications ultérieures. Le plus intéressant est le célèbre 
tarif de Palmyre (n' io56). Je signalerai en outre, les numéros 1002, 11 12, 1252 
(opérations d'arpentage sous Dioclétien), 1020 (confirmation par Valérien des pri- 
vilèges du Zeus de Baetocaeca), io5o-io53 (mention d'un juvoSiâp/T,?, espèce de 
chef de caravanes), 11 19 (prohibition contre les soldats de passage et les voya- 
geurs), ii85 (nom de l'empereur Decius martelé, probablement par les chrétiens), 
1191 (interprète des procurateurs), ii36, 1247 (^fp3tT'''iyôî des Bédouins de Syrie), 
1261 (nom d'Avidius Cassius martelé), i283 (fragment très court de quelque tarit 
de douane), 1341 (fragment d'un édit contre les dégâts faits dans les vignes), 1375 
(mention d'un ancien Phaenicarche). Le commentaire est, comme toujours, sobre 
et exact. — P. G. 

— Loi et décret dans le droit public des Grecs, tel est le titre d'une brochure 
de M. Francotte, extraite du Musée belge (10 p.). Pour Athènes, il arrive à cette 
conclusion que toute la différence entre l'un et l'autre se trouve « dans la durée 
plus ou moins longue qui leur est assurée. » Le décret peut être abrogé comme 
on veut, au lieu que la loi est protégée par des formalités compliquées contre les 
innovations téméraires. Dans le reste de la Grèce, c'était au peuple qu'il appar- 
tenait de décider chaque fois si la mesure adoptée serait une loi permanente et 
irrévocable, ou un simple décret, et il arrivait souvent que dans le premier cas 
toute proposition de révision ou d'abrogation fut interdite par des peines 
sévères. — ' P. G. 



i 



d'histoire et de LITTERATURE 79 

Nous avons seulement reçu tout récemment un mémoire de M. Aurelio Giu- 

seppe Amatucci, lu à l'Académie d'archéologie, lettres et beaux arts de Naples le 
i3 février 1904 : Emendai^iom e Interpretaiioni Plautine. Parte I, Amphitrtio (gr. 
in-4% 22 p. Naples, Alf. Tessitore e liglio, 1904). Cette série de notes est, je pense, 
une sorte de supplément à une édition d'Amphitryon dont il est question ici dans 
quelques notes et que je ne connais pas. Seize passages, corrompus dans la tra- 
dition manuscrite, sont discutés avec minutie, ainsi que les remèdes que l'on a 
imaginés. Si quelques remarques méritent d'attirer l'attention (p. ex. importance 
de usque, au v. i53), aucune des conjectures proposées par M. A. ne me paraît 
évidente; la plupart soulèvent de graves objections. Je dois ajouter que la lec- 
ture du mémoire manque d'agrément; les indications bibliographiques sont sou- 
vent très insuffisantes; beaucoup de noms propres sont affreusement estropiés, et 
il y a quantité de fautes d'impression dont quelques unes fort agaçantes. — E. T. 

— Nous avons reçu du même auteur un extrait de La Biblioteca délie Scuole 
Italiane, X, 17 : L' eloqueni^a giudi\aria a Roma prima di Catone, Naples, Luigi 
Pierro, 1904, 14 p. C'est, je pense, la suite d'un ouvrage de M. Amatucci que je 
ne connais pas et qui a eu une seconde édition à Turin, (Clausen) en 1896 : 
L'eloquenza latina nei primi cinque secoli de Roma. Dans notre brochure, M. A. 
se reportant aux textes, souligne ce qu'il y avait d'exagéré dans une phrase où 
EUendt a soutenu que, dans le genre judiciaire, particulièrement dans les procès 
publics, l'éloquence n'aurait joué aucun rôle à Rome avant Caton. J'ai peur 
qu'en tout ceci M. A. n'ait enfoncé une porte ouverte. Je ne trouve pas très fon- 
dées les objections faites à M. Cima (p. 12, etc.). Ici encore il s'en faut, que l'im- 
pression soit toujours correcte. — E. T. 

— Dans un programme de Freienwald sur l'Oder, le directeur, M. Edm. Hedicke, 
poursuit les Studia Bentleiana dont j'ai eu déjà occasion de parler (1904, II, p. 19). 
C'est aujourd'hui le tour d'Ovide. Les notes ont été relevées au British Muséum, 
sur des éditions de Heinsius, i658, et de Burmann, 1727. Bentlei avait eu commu- 
nication, vers 1706, de trois manuscrits qui sont maintenant à Berlin (xn", xiii' et 
xiv« siècles) et qui y ont été consultés par Merkel et par Owen. Pour les Héroïdes 
et pour les Remédia, Bentlei s'est servi aussi de deux manuscrits de Cambridge 
(xii^etxve s.) M. H. reproduit toutes ces notes parce qu'elles n'ont été publiées 
jusqu'ici que d'une manière incomplète et inexacte. Les travaux de reliure en ont 
malheureusement fait tomber quelques-unes. Tous les latinistes seront recon- 
naissants à M. H. d'avoir mis à leur portée, dans un ordre clair et commode, les 
notes, rapprochements et conjectures du grand critique du xvni« siècle. — E. T. 

— Trois publications récentes sur Virgile. M. Alphée Motheau dont j'ai signalé 
autrefois (1901, II, p. 418) une traduction en vers de l'Enéide, donne aujourd'hui 
chez Foniemoing un Horace en vers avec préface et notes. A la fin 70 p. de 
notes et en tète cette indication qui nous apprendrait de reste que l'auteur n'est 
pas du métier et que la date de son éducation nous reporterait pas mal dans le 
passé ; « Ces notes mythologiques, historiques, géographiques ou anecdotiques 
sont tirées pour la plupart des traductions de Darti^ de Nisard, de Panckoucke et 
des commentaires de Lemaire ». Heureusement un extrait de Jules Lemaitre, dans 
la préface, nous ramène à notre temps. Alors môme que j'aurais eu la pensée de 
faire la critique détaillée du livre, j'y aurais renoncé en lisant la dédicace : à la 
mémoire de mon malheureux fils, le d^ René Motheau, médecin des administra- 
tions tunisiennes, mort du typhus à Tunis. Pieux souvenir. » — A côté des Pitt 
press séries, on vient de créer à Cambridge des Séries for schools and trainings 
Collèges qui sont des livres classiques tout à fait analogues, dûs souvent aux 



80 REVUE CRITIQUE d'hISTOIRE ET DÉ LITTERATURE 

mômes auteurs, mais plus courts, plus simples, pourvus de lexiques et tout élé- 
mentaires. On nous a envoyé, de la collection, le livre III de l'Enéide de 
M. A. SiDGwicK, «1 reader of-Greek » à l'Université d'Oxford. Nous avons vu la 
valeur des livres classiques descendre, dans ces dernières années, avec une telle 
rapidité que, malgré toutes les raisons données, nous ne pouvons rester indiffé- 
rents en sentant où l'on nous mène. Il me semble qu'ici cependant nous touchons 
le fond : au dessous il n'y a rien à moins qu'on ne se borne à épeler les mots. 
Je dois reconnaître cependant que le petit livre de M. S. est bien imprimé et 
soigné dans le détail. Au v. 23o, la leçon clausam sera, surtout pour des débu- 
tants, tout à fait inintelligible. — Nous sommes au pôle opposé avec le premier livre 
de VEnéide par M. Carlo Pascal, le professeur de Catane dont le nom est bien 
connu de nos lecteurs. Un mot d'abord du recueil dont cette édition fait partie. 
La collection de classiques latins chez Remo Sandron, contient jusqu'ici César, 
Cornélius Nepos, Phèdre, Salluste, deux livres des Annales et le dialogue de 
Tacite, les Captifs de Plante, quatre livres d'Ovide, dix ouvrages de Cicéron, une 
moitié d'Horace^ un choix de TibuUe et les Bucoliques. On annonce en prépara- 
tion dix-sept nouveaux livres parmi lesquels je remarque Martial. Les noms les plus 
connus des savants italiens se retrouvent dans la liste. L'œuvre sera certainement 
considérable. J'avoue qu'en parcourant le livre de M. Pascal, je ne pouvais conce- 
voir quel plan au juste il a suivi, et à quels lecteurs il croyait s'adresser. Bien des 
notes contiennent des renvois à des séries de livres de science souvent en langue 
allemande, ou encore développent longuement une polémique : quel est l'intérêt de 
tout cela pour des élèves ? Je ne vois pas là se vérifier la promesse de la préface 
(E neppur credo aver perduto di mira l'intcnto scolastlco.) Qui ne connaît chez 
nous la misère de ces livres qu'on déclare » bons pour tout le monde », élèves, 
professeurs, gens du monde ? Pure réclame ; le bons sens ne dit-il pas qu'à poursui- 
vre à la fois des buts différents, on a la meilleure chance de les manquer tous ? 
Pour le nouveau Virgile de M. P., je dirai très sincèrement Di meliora. .. — E. T. 

— Extrait des Sttidi in onore di Vittorio Scaloja : Ch. Appletom, prof, à 
rUniv. de Lyon : La clause apochatum pro iincis duabus et l'histoire de l'as 
sextantaire; 34 p. in-8», Prato, 1904, Giachetti e c. Je résume cette plaquette en 
quelques mots. M. A. relevant la formule qui se trouve dans le texte de deux 
ventes d'esclaves (142 et 160 ans après J.-C.) : apochatum pro ttncis duabus 
(quittance pour deux onces), la rapproche de la mancipation sestertio tiummo ou 
assium quatuor et prouve que, de part et d'autre, nous n'avons là qu'une valeur 
fictive. Il s'agirait d'onces de cuivre (non d'or ou d'argent; la valeur réelle 
(i I centimes) en serait insignifiante. Cette phrase empruntée aux formulaires, était 
dans la pratique, nécessaire tout au moins aux marchands d'esclaves; car ils 
justifiaient par là qu'ils étaient bien propriétaires de l'esclave sans révéler pourtant 
son prix de revient. M. A. termine son mémoire en prouvant que la formule qu'il 
vient d'étudier contient, comme beaucoup d'autres formules, le souvenir d'une 
antique institution et qu'elle nous fournit une confirmation imprévue du fait qu'à 
une certaine époque, sûrement avant la loi Flaminia de 537, probablement avant les 
guerres puniques) l'as sextantaire a eu un caractère légal, officiel; qu'alors on ne 
se bornait pas à compter, qu'on pesait encore la monnaie de cuivre, et que l'unité 
monétaire était justement deux onces de cuivre. Ainsi se trouvent confirmés 
plusieurs textes dont Mommsen avait à tort mis en doute l'exactitude. — E. T. 

Propriétaire-Gérant : Ernest LEROUX. 

Le Puy, iop, R. llarcïessou. — Peyriller, Rouchon et Gamon, successeurs. 



REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

N» 31 — 5 août — 1905 



Couvreur, Dictionnaire chinois. — Fr. Thureau-Dangin, Les cylindres de Goudéa, 
I, — AuDOLLENT, Cflrthage romaine; Lamelles imprécatoires. — Ferrero, 
Grandeur et décadence de Rome, L — Asmus, Les écrits de Julien. — Heumann, 
L'epyilium alexandrin. — Politis, Traditions grecques. — Jusserand, Histoire 
littéraire du peuple anglais, II, — E. Martin et Lienhart, Dictionnaire des 
patois alsaciens II, 4. — Lenotre, Le drame de Varennes, — A. Maury, Le 
coq gaulois. — Boisacq, Lexique étymologique grec. — Perrenot, Les établis- 
sements burgondes dans le pays de Montbéliard. — Baillet, Les déesses- 
mères d'Orléans. — Terry, Claverhouse. — Michaux-Bellaire et Salmon, 
El-Qçar, — J. Régnier, Les premières étapes de l'anarchisme. 



Dictionnaire classique de la langue chinoise par F. S. Couvreur, S. J. Ho 
Kien Fou, Imprimerie de la Mission catholique, 1904, gr. in-4'', pp, xii-1080, 
60 fr. 

Le grand dictionnaire du R. P. Séraphin Couvreur a paru en 1890 
sous le titre de Dictionnaire Chinois-Français à Ho Kien Fou ; la 
valeur de cet ouvrage fut reconnue par l'Académie des Inscriptions et 
Belles-Lettres qui lui décerna le prix Stanislas Julien; d'ailleurs l'édi- 
tion fut vite épuisée, et malgré la concurrence des Dictionnaires de 
S. W. Williams, et de H, A. Giles, le besoin d'un nouveau tirage se 
faisait sentir; comme le dit l'introduction, « le travail a été repris à 
nouveau ; le fond reste le même; mais beaucoup de changements ont 
été introduits. Un ordre et un titre différents ont été adoptés. Comme 
l'indique ce titre, les exemples cités sont la plupart tirés des livres 
classiques. Les autres sont empruntés à la littérature moderne ou 
contemporaine, aux pièces officielles, aux romans, aux comédies, et 
même quelques-uns au langage ordinaire.... Le nombre des articles 
est de 21,400 environ, « Ainsi donc, ce dictionnaire qui renferme les 
exemples du Chi-King, du Chou-King, du Li-Ki, des Se-Chou, 
en un mot les Classiques chinois dont le P, Couvreur a donné de 
si excellentes traductions et, dont ce volume forme une sorte d'index, 
servira également pour l'étude des documents diplomatiques et celle 
de la littérature populaire. 

Le R. P. Couvreur est depuis la mort du P. Zottoli l'un des doyens 
des études sinologiques et nous le félicitons sincèrement de l'achève- 
ment d'une œuvre monumentale qui fait honneur à la science 
française. 

Henri Cordier. 
Nouvelle série LX. 3i 



$2 REVUE CRITIQUE - 

Les cylindres de Goudéa, transcription, traduction, commentaire, grammaire 
et lexique, par François Thureau-Dangin. Première partie : Transcription et 
traduction. Paris, Leroux, igoS; gr. in-8, ici pages. 

Les deux inscriptions de Goudéa dont M. F. Thureau-Dangin 
publie la traduction et annonce le commentaire sont du plus haut 
intérêt pour l'histoire de la religion chaldéenne et l'on peut presque 
dire pour l'histoire de la religion en général; car il n'existe pas beau- 
coup de textes religieux aussi étendus et remontant à une époque 
aussi reculée dont l'interprétation présente autant de garanties. Les 
quelques lignes de la préface laissent deviner seulement le long et 
minutieux travail dont une simple traduction, à la fois claire et 
littérale^ nous apporte maintenant les résultats. 

Sur le premier cylindre (A), Goudéa raconte la construction du 
temple qu'il a érigé dans sa capitale au dieu Nin-gir-su\ sur le second, 
il raconte la dédicace du même temple. Les deux relations sont assez 
amples et détaillées. Le récit commence en quelque façon dans le 
ciel, où Bel décrète la construction de l'éditice ; il se continue par un 
songe révélateur dont Goudéa cherche l'explication. La prière du roi 
à Nina, « la reine devineresse des dieux », contient un récit développé 
du songe, que Nina reprend ensuite trait par trait en l'interprétant : 
la patési doit construire à Nin-gir-su le temple e-ninmi ; mais c'est le 
dieu lui-même qui en indiquera le plan. D'où nouvelle prière et 
nouvel oracle. On assiste ensuite aux travaux, dont il semblerait 
que les dieux ont toujours Tinitiative. Goudéa, qui rapporte leurs 
ordres comme ses propres demandes, n'indique pas le mode de divi- 
nation par lequel il a obtenu ses réponses. Les comparaisons qu'il 
emploie volontiers sont loin de donner toujours à sa pensée la netteté 
qu'on pourrait souhaiter. Il décrit la dédicace avec beaucoup de 
complaisance : on voit que ce fut une semaine de fête où l'inégalité 
des conditions avait disparu et où la paix avait régné avec la joie dans 
les familles et dans la cité ; « pendant le jour il y eut des prières, et 
pendant la nuit des oraisons ». Rien de plus curieux que l'installation 
de Nin-gir-su avec toute sa famille et toute sa cour, où l'on trouve 
les lieutenants du dieu, son conseiller, son ânier avec un baudet, 
son berger, son musicien, son chantre, son cultivateur, son garde- 
pêche, son intendant, son architecte. D'après la cour du dieu l'on 
peut se faire quelque idée de celle du roi ; mais surtout on perçoit la 
naïveté de la conception religieuse qui préside à l'organisation de tout 
cet attirail divin. Goudéa énumère avec complaisance les pièces prin- 
cipales du mobilier sacré qu'il a placé dans le temple et les mesures 
qu'il a prises pour mettre en plein rapport le domaine du dieu, son 
parc et ses étangs. Le patési est grand pontife ; il immole les victimes ; 
il donne la flûte au musicien de Nin-gir-su ; il installe les divinités. 
L'inscription se termine en une dernière prière pour la glorification 
du temple E-ninnu « qui a été construit au eiel et sur la terre » 



d'histoire et de littérature 83 

L'importance de cette publication n'est pas à discuter. Il faut sou- 
haiter que M. Th.-D. se charge lui-même de commenter historique- 
ment, et non seulement par des notes philologiques, les textes dont il 
a si patiemment élaboré la traduction. Nul mieux que lui ne peut 
nous édifier sur la religion de Goudéa. 

Alfred Loisy. 



A. AuDOLLE.NT, CarthagG romaine (146 av. J.-C.-698 ap. J.-C). Bibliothèque 
des Écoles françaises d'Athènes et de Rome, fascicule 84*. Paris, Fontemoing, 
190 1, 85o p. in-8», 3 cartes en noir et en couleurs dont deux hors texte. 

Defixionum tabellae quotquot innotiterunt tam in Graecis Orientis quam in totius 
OcciJentis partibus, pi-aeter atticas in corpore inscriptionum atticarum éditas. 
Paris, Fontemoing, 1904, cxxvin-568 p. in-80. 

M. AudoUent a présenté à la Faculté des Lettres de l'Université 
de Paris, pour obtenir le grade de docteur, deux ouvrages considé- 
rables. 

Dans sa thèse française, il s'est proposé d'étudier Carthage romaine, 
son histoire, sa topographie, son administration et son commerce, 
ses cultes païen et chrétien, son essor artistique et littéraire ; de nous 
tracer, en un mot, un tableau complet de cette ville, de ses destinées 
politiques, matérielles, religieuses, économiques, intellectuelles, 
depuis le moment où elle s'est relevée des coups que lui avaient si 
rudement portés les soldats de Scipion jusqu'au jour où elle est tom- 
bée aux mains des Arabes. Quelles qu'aient été l'ampleur et les diffi- 
cultés de cette tâche, M. A. a réussi à l'accomplir d'une façon digne 
de tout éloge : on ne pourrait souhaiter un exposé plus minutieux 
et plus précis, une érudition plus scrupuleusement informée, une 
discussion plus scientifique. Quand on envisage la quantité de livres, 
de brochures et d'articles que l'auteur a dû dépouiller, la multiplicité 
des questions qu'il a été successivement contraint d'aborder, l'abon- 
dance des faits qui se répartissent sur ces 820 ans de la vie de Car- 
thage, on doit féliciter très vivement M. A. de n'avoir pas reculé 
devant un pareil effort, d'avoir su traiter avec une égale compétence 
des problèmes aussi divers et disposer avec autant de clarté des maté- 
riaux si nombreux, si dispersés et souvent si ténus. 

Après une Introduction critique très pénétrante, consacrée à l'exa- 
men des ouvrages de ses devanciers, M. A. entre dans le vif du sujet. 
Le livre P"" traite de V Histoire de Carthage romaine : la tentative 
infructueuse de C. Gracchus, l'essai plus heureux de César et d'Au- 
guste, les années prospères du i^"" et du n« siècles, les révoltes du in« 
et du iv«, les périodes sombres avec les Vandales, le brillant déclin 
au moment de la reconquête byzantine, la chute irrémédiable sous les 
Arabes sont tour à tour étudiés avec un luxe de détails et une exacti- 
tude qui ne laissent rien à désirer. 



84 REVUE CRITIQUE 

Le livre II a pour objet la Topographie. L'auteur nous promène 
dans les faubourgs, dans la ville basse et la ville haute, essayant de 
fixer avec toute la rigueur possible remplacement des divers édifices. 
Dirai-je que, malgré toute l'ingéniosité de M. A., il subsiste encore 
bien des doutes et des obscurités? Les textes anciens ne suffisent 
guère dans le domaine de la topographie : leurs renseignements, vagues 
et fragmentaires, ne nous permettent presque Jamais, quelle que soit 
la prudente perspicacité des savants qui les interprètent, de situer un 
monument d'une manière sûre; pour mettre fin à nos hésitations, il 
faut que le sol lui-même nous révèle ses secrets : la terre carthagi- 
noise, malgré les belles découvertes récentes, ne nous a pas encore 
livré tous ceux qu'elle cache; il faut souhaiter seulement qu'on se 
hâte de l'interroger, car, chaque jour, la main destructive des Arabes 
fait disparaître un peu plus des vestiges de l'antique cité. 

Dans le livre III, intitulé Administration, Armée., Marine et Com- 
merce, le premier rang est occupé par l'organisation municipale; un 
autre chapitre est réservé à l'énumération des fonctionnaires impé- 
riaux, d'ordre administratif ou financier, ayant eu leur résidence habi- 
tuelle à Carthage ; dans le chapitre ni, nous signalerons surtout les 
paragraphes relatifs à la garnison, au service de l'annonce, au com- 
merce. 

Livre IV, le Paganisme. La place d'honneur est pour Caelestis, la 
Tanit phénicienne romanisée, « le génie de Carthage » ; les pages, 
dans lesquelles M. A. analyse le concept de cette divinité, en décrit 
la religion, sont, à notre avis, parmi les meilleures du livre. Les cultes 
secondaires, Saturne, Esculape, Sarapis, la Victoire ; — le culte impé- 
rial, rendu par le concilium provincial siégeant à Carthage ou par les 
Jlamines divorum dans les temples municipaux ; — les usages reli- 
gieux : superstitions populaires, croyances aux magiciens, aux devins, 
aux astrologues, traditions funéraires, forment le thème des trois 
autres chapitres de cette partie. 

Plus considérable comme étendue, touchant à des matières plus 
délicates et souvent compliquées, est le livre V : le Christianisme . Ce 
n'est pas un des moindres mérites de M. A. de nous avoir fait con- 
naître, comme il Ta fait, l'histoire de l'église de Carthage : il insiste 
en particulier sur l'épiscopat de Saint-Cyprien et le Donatisme ; il 
suit les vicissitudes de la chrétienté carthaginoise sous les Vandales 
et jusqu'au pontificat de Grégoire VII; il nous initie à son organisa- 
tion intérieure, aux degrés de sa hiérarchie, aux pratiques de son culte. 
Les Beaux-Arts, architecture, peinture, sculpture, mosaïque, les 
arts industriels : terres cuites figurées, lampes, bijoux... se partagent 
le livre VI. La littérature remplit le livre VII : les chapitres où l'au- 
teur parle de l'esprit public, de la société lettrée et des écoles, de la 
langue, des productions païennes et chrétiennes, ne sont pas parmi les 
moins intéressants de l'ouvrage. Apulée, TertuUien, Saint-Cyprien, 



d'histoire ET DE LITTÉRATURE 85 

Saint-Augustin, tous ceux qui vinrent à Carthage, qui durent à la 
capitale de l'Afrique quelque chose de leur talent ou de leur inspira- 
tion, défilent devant nous, jusqu'aux poètes de l'époque vandale. 

Trois appendices, contenant l'un les textes anciens relatifs à la topo- 
graphie de Carthage romaine; un autre, les textes du Moyen Age et 
des temps modernes jusqu'en i833, relatifs aux ruines de Carthage; 
un troisième, une liste des évêques de cette cité, terminent le volume, 
suivis d'un copieux erratum et addendum. Nous regrettons de n'avoir 
pas aussi trouvé, à la fin d'une dissertation de cette longueur, un 
index : le livre de M. A. compte 85o pages; une table alphabétique 
aurait singulièrement facilité les recherches et permis d'utiliser, avec 
plus de rapidité et de fruit, tous les précieux renseignements que 
l'auteur a accumulés avec tant de science. 

Les mêmes qualités de patiente et méticuleuse investigation, d'ex- 
position nettement ordonnée se rencontrent dans la thèse latine de 
M. A. C'est un Corpus de ces lamelles généralement en plomb, de ces 
dejixionum tabellae, co[i\ertes d'inscriptions imprécatoires, auxquelles 
on avait recours chez les Romains, surtout pendant les procès, dans 
la fièvre des jeux du cirque ou dans les aventures amoureuses, pour 
vouer à la colère des dieux ses adversaires ou ses rivaux. Quiconque 
a jeté les yeux sur un de ces grimoires comprendra aisément quel fut 
le labeur de M. A. Déchiffrer ces suites de jambages tracés en hâte et 
très imparfaitement, en démêler le sens parfois obstinément fermé, 
en collationner le texte, sont autant d'opérations qui demandent beau- 
coup de temps, coûtent beaucoup de peine et exigent une constance 
et une application tout à fait rares. 

Parmi les 3o5 numéros que compte l'ouvrage, bon nombre avaient 
déjà été publiés ; d'autres, surtout de provenance africaine, étaient 
inédits : tous ont été décrits avec la plus scrupuleuse exactitude, 
commentés avec un soin extrême. Sauf les lamelles qui figurent au 
CIA^ l'auteur a réuni toutes celles dont il a pu avoir connaissance : 
jamais on n'avait encore présenté un tel ensemble. Le livre de M. A. 
est désormais le livre classique en la matière, nul doute qu'il ne le 
demeure longtemps. Le recueil est précédé d'une préface très déve- 
loppée où M. A. étudie, en cinq chapitres et en cent vingt-huit pages, 
différents points concernant les defixionum tabellae. Après avoir rap- 
pelé ceux qui se sont adonnés jusqu'ici à ces travaux et rendu hom- 
mage au plus célèbre d'entre eux, M. Wuensch, le savant éditeur des 
tablettes dans le CIA.^ M. A. explique ce qu'est la defixio, et la dis- 
tingue en particulier de la devotio ' : la devotio abandonne quelqu'un, 
parfois son auteur, comme victime expiatoire, à la merci des dieux; 
la defixio a un caractère lâche et inéluctable : elle vise à « fixer » 
une personne à son insu, de telle sorte que celle-ci ne puisse échap- 
per au châtiment qu'on appelle sur sa tête, et en même temps à con- 

I. Cf. ce qu'il avait déjà dit à ce sujet dans les Mélanges Boissier, p. 3j et suiv. 



86 REVUE CRITIQUE 

traindre la divinité d'intervenir dans le sens qu'on lui impose, par 
une série de pratiques et de formules spéciales. Ces formules, de qui 
dépendait le succès de l'exécration, étaient d'une importance capi- 
tale ; aussi devaient-elles revêtir une allure particulière, renfermer 
tous les termes, toutes les paroles propres à la ruine de celui qu'on 
haïssait et qu'on voulait voir disparaître. M. A. détermine ces élé- 
ments et en examine la teneur, il montre dans quels cas principaux 
on en faisait usage, comment les habitudes variaient avec les régions 
et comment on accommodait aux superstitions locales les principes 
généraux. Une fois la tabella écrite, on la glissait dans un endroit 
sombre, tombeau, puits ou source, et on n'avait plus qu'à attendre 
l'effet du sortilège. 

Le volume est pourvu d'excellents indices, très détaillés, compre- 
nant i4ipages : il rendra certainement les plus appréciables services 
et fait le plus grand honneur à M. Audollent. 

A. Merlin. 



G. Ferrero, Crrandeur et décadence de Rome, Tome I, La Conquête (trad. fr.). 
Paris, Plon-Nourrit, 1904,111-12, 

M. Ferrero, professeur à l'Université de Turin, a récemment publié, 
sous ce titre, un ouvrage excellent, qu'on a eu l'heureuse idée de 
traduire en français. C'est un travail d'un rare mérite. D'abord il est 
fort bien écrit, parfois avec un peu d'emphase, et il se lit avec agrément. 
Tout y est clair, net et vivant. L'auteur a soin de mêler ensemble le 
récit des faits extérieurs et des événements intérieurs. Il mène de 
front l'étude des conquêtes, des transformations politiques, sociales 
et économiques, des changements moraux et intellectuels, tout cela 
avec sobriété, mais avec exactitude, et, malgré la complexité du récit, 
il garde partout une allure facile et alerte. C'est plus que la marque 
d'un grand talent littéraire; c'est aussi la preuve que M. F. possède à 
fond son sujet. Même dans la première partie, que de son propre 
aveu, il a écourtée, on rencontre à chaque instant des tableaux bien 
présentés et des vues ingénieuses. Quoiqu'il soit visible que dans 
ces chapitres il s'est beaucoup servi des ouvrages de seconde main, 
on sent néanmoins qu'il s'est habituellement reporté aux textes et 
qu'il a su en tirer profit. Mais c'est surtout depuis la mort de Sylla 
qu'il a fait œuvre personnelle. Loin d'étaler son érudition, comme 
tant d'autres, il la dissimule; mais on la devine dans tout ce qu'il 
dit, et s'il préfère raconter plutôt que de discuter, on s'aperçoit qu'il 
ne serait pas en peine pour indiquer ses sources et pour défendre la 
manière dont il les interprète. 

Je lui reprocherai d'avoir peut-être surfait Lucullus, non pas, si 
l'on veut, le personnage, mais son rôle politique. L'impérialisme 
romain ne date pas de lui; il remonte beaucoup plus haut, et je 



d'histoire et de LITTERATURE 87 

regrette que M. F. n'ait pas suffisamment mis en relief les raisons 
profondes qui l'ont provoqué et les étapes par où il a passé. Il appa- 
raît trop chez lui comme le dessein d'un homme, et non comme la 
suite naturelle des faits. En revanche le caractère de César et ses 
premières démarches jusqu'à son consulat sont ici très habilement 
analysées; M. F. montre à merveille que César est longtemps 
demeuré obscur et qu'il y a eu dans sa conduite beaucoup d'incohé- 
rence. L'histoire de Catilina est aussi très neuve à bien des égards. 
Enfin j'ai beaucoup goûté tout le dernier chapitre et ses rapproche- 
ments discrets avec l'époque contemporaine. 

Paul GUIRAUD. 



Rudolf AsMus. Julians Galilâerschrift im Zusammenhang mit seinen tibrigen 
Werken. Ein Beitrag zurErklârung und Kiitik der Julianischen Schriften (Progr. 
Gymn. grand-ducal de Fribourg en Brisgau). Fribourg, impr. univ. Hochreuther, 
1904; 60 p. in-40. 

Dans ce programme, M. Asmus s'est proposé d'établir la compa- 
raison entre les aôyoi xaxà TaXtXatwv (ou Xp'.ijTtavwv) de l'empereur Julien 
et ses autres écrits, à savoir ses discours, ses lettres, les Césars et le 
Misopogon. Ce traité, qui ne nous est connu que par les extraits de 
Cyrille (publié par Neumann, 1880), fut probablement le dernier 
composé par l'empereur, et, par conséquent, peut être considéré 
comme l'expression la plus complète de ses sentiments; M. A. pense 
y trouver une source d'exacte appréciation des autres œuvres, et des 
opinions de Julien en matière religieuse et philosophique. L'ouvrage 
est divisé en deux parties : la première réunit tous les passages des 
œuvres de Julien qui offrent quelque rapport avec les expressions du 
Katà raXtXa(tov;la seconde expose les conclusions qui peuvent être 
tirées de cette concordance. L'ordre suivi est l'ordre probable du dis- 
cours de Julien; M. A. y relève tous les termes qui reviennent iden- 
tiquement ou qui ont leurs analogues dans les autres écrits, et par 
lesquels l'empereur caractérise, souvent avec ironie, la mythologie et 
la cosmogonie mosaïques, la loi judaïque, le Christ, Paul, Jean l'Évan- 
géliste, etc. ; il en tire cette conclusion générale, que le discours contre 
les chrétiens est en accord évident, non seulement pour le contenu, 
mais aussi pour la forme, avec les autres œuvres de Julien. Une autre 
conséquence de cet accord si remarquable est que l'empereur composa 
cet ouvrage, il est vrai, vers la fin de sa vie, mais qu'il en avait conçu 
le plan bien antérieurement, et qu'il l'avait longtemps mûri; c'est, en 
effet, ce que remarque M. A. en revenant sur les écrits de Julien sui- 
vant leur ordre chronologique. Aux sentiments de Julien à l'égard du 
christianisme correspondent ceux qu'il professait envers les cyniques 
de l'époque; la plupart de ces philosophes étaient pour lui des amis 
des ehrétièn», Sa philosophie, oti plutôt i'ensêfnble de iU conception» 



88 REVUE CRITIQUE 

théologiques, telles qu'elles apparaissent dans le contra Christianos^ 
s'inspirent des idées de Jamblique. Les dernières pages contiennent 
rénumération de nombreuses corrections au texte des ouvrages de 
Julien, reposant, en général, sur des comparaisons avec d'autres pas- 
sages. L'étude de M. Asmus est donc une utile contribution à la cri- 
tique et à l'histoire des œuvres de Julien; il est regrettable seulement 
qu'elle soit surchargée d'abréviations qui en rendent la lecture extré- 
ment pénible '. 

My. 



J. Heumann. De Epyllio Alexandrino (Diss. inaug. Leipzig). Kœnigsee, impr. 
Selmar v. Ende, 1904; 65 p. 

Le sujet choisi par M. Heumann est vague et ne pouvait prêter ni à 
de longs développements ni à une conclusion d'ensemble bien ferme; 
le terme epyllium manque de précision, ne caractérise pas un genre 
nettement défini, et le peu de poèmes que Ton puisse appeler de ce 
nom sont trop disparates pour qu'il soit possible d'en dégager les lois 
avec certitude, si tant est que les anciens en aient fait un genre à part. 
M. H., suivant l'usage moderne, entend par epyllia de petits poèmes 
narratifs, en hexamètres, dont le sujet est pris dans les fables erotiques 
ou les aventures des héros, et qui forment un tout par eux-mêmes; 
il reconnaît comme tels, outre des poèmes dont il ne reste plus que 
les noms ou de maigres fragments (parmi lesquels VHékalé de Calli- 
maque), Hérakliskos et Héraklès tueur du lion de Théocrite (XXIV 
et XXV), Europe de Moschus, Megara (de Moschus?), auxquels il 
ajoute le Cyclope et Hylas (Théocr. XI et XIII). Il expose en pas- 
sant son opinion sur deux questions embarrassantes, celle des sources 
de Catulle 64 (Noces de Thétis avec l'épisode d'Ariane), et celle de 
l'origine de la fable de Paris et Œnone dans Quintus de Smyrne, sans 
d'ailleurs les faire avancer; les éléments dont on dispose me semblent 
insuffisants, et nous n'aurons jamais sur ces deux points que des 
hypothèses plus ou moins subjectives; on se bornera à reconnaître 
qu'il y a imitation ; mais que le Grec, comme le Latin, aient imité un 
poème alexandrin déterminé, rien n'est moins prouvé. M. H. l'affirme 
avec Rohde contre Kehmptzow, dans le cas de Quintus, et le nie contre 
Reitzenstein pour Catulle. Quant aux caractères propres de Vepyllium, 
que M. H. essaie de retrouver, on ne s'étonnera pas s'il ne peut arri- 
ver qu'à un résultat assez indécis ; il nous parle du choix des motifs, 

I . M. Asmus, dans une remarque finale, dit que le peu d'espace mis à sa dispo- 
sition a peut-être donné à son exposition un caractère « allzu abrupt m; la forme 
en a certainement souffert, et le lecteur doit s'armer de patience en rencontrant 
partout des phrases comme celle-ci : v. den H. i. allg. u. d. athen. Gesetzen i. 
bes.; évidemment c'est compréhensible, mais à la longue c'est agaçant. 



d'histoire et de littérature 89 

du récit, de l'action et des descriptions, des parties et de l'unité, et a 
recueilli ainsi plusieurs détails exacts en eux-mêmes, mais qui ne sau- 
raient constituer les traits d'un genre. Beaucoup d'ailleurs ont déjà 
été étudiés dans d'autres ouvrages, que M. H. connaît et cite souvent; 
il a au moins le mérite d'être au courant de ce qui a été fait avant lui, 
et de ne pas ignorer les travaux français. Un premier chapitre, qui 
occupe le tiers de la dissertation, étudie les relations entre Callimaque 
et Apollonius, pour conclure que rien, dans ce qui reste des ep^llia, 
ne peut être considéré comme ayant rapport aux dissensions des deux 
poètes. Il a raison, mais c'est là un vrai hors-d'œuvre. En somme, 
beaucoup d'inexpérience; mais comme nous savons que M. Heumann 
vient à peine d'atteindre sa vingt-cinquième année, il ne convient pas 
de se montrer trop sévère. 

My. 



N. G. PoLiTis, M£>>sT3(t Tspi TO'j piou xal ff,!; Y>,w(j!rr,î toû 'E);>>t,v'.xo'j XaoO. IlapaôÔTêiî, 
l'e et2« parties (Bibliothèque Marasli, fasc. 255-202). Athènes, librairie G. Beck, 
2 vol., 1348 pages et 6 planches, in-8°. 

Est-il besoin de présenter encore aux lecteurs de la Revue la Biblio- 
thèque Marasli ? Créée il y a huit ans par Je mécène dont elle a pris 
le nom et qui continue à la faire vivre de ses deniers, elle a pour but 
la traduction en langue grecque des principales œuvres scientifiques 
ou littéraires parues à l'étranger et la publication d'oeuvres originales 
dues à la plume de savants Hellènes. On voit fréquemment en Grèce 
de tels exemples de générosité éclairée, car les livres indigènes ache- 
tés par le public et par conséquent susceptibles de rémunérer les édi- 
teurs y sont encore en nombre infime, mais c'est la première fois 
qu'une subvention littéraire prend dans ce pays de pareilles propor- 
tions; en l'accordant, M. Marasli s'est acquis des titres exceptionnels 
à la reconnaissance de ses compatriotes et à la gratitude du monde 
scientifique. 

Cette gratitude s'accroît encore aujourd'hui par l'apparition des deux 
volumes de Traditions que vient de publier M. Politis, professeur de 
mythologie et d'archéologie grecque à l'Université d'Athènes. Cet 
ouvrage devait suivre les Proverbes du même auteur, qui en sont actuel- 
lement au tome IV, mais la cessation du prêt des livres pendant l'instal- 
lation de la Bibliothèque de l'Université dans son nouveau palais, en 
forçant M. P. à rendre les quatre ou cinq volumes rares qui lui étaient 
indispensables pour la continuation de son travail, vint interrompre 
ce dernier pour un temps indéterminé. Il etjt été facile, semble-t-il, 
de remplacer les volumes en question par autant de planchettes de 
mêmes dimensions, ce qui aurait même eu l'avantage d'éviter à ceux- 
ci les périls du déménagement. Mais à quelque chose malheur est 
bon, et si quelque événement pouvait consoler les folkloristes du 



go REVUE CRITIQUE 

retard apporté, pour un motif si futile, à rachèvement d'une œuvre 
comme la Collection des Proverbes, c'était assurément la publication 
de ces deux volumes. 

Le premier comprend les traditions elles-mêmes, divisées en 
38 chapitres ; histoires antiques; Constantinople et Sainte-Sophie; 
villes et pays ; villes et endroits engloutis ; rois et princes; Hellènes 
et géants; édifices et marbres anciens; dieux et héros antiques; le 
Christ et la Passion ; saints ; églises ; le ciel, les astres et la terre; les 
phénomènes de l'atmosphère ; personnes et objets changés en 
marbre ; plantes ; animaux; monstres; dragons et serpents; ogres; 
: trésors et nègres ; esprits et lieux hantés ; esprits marins et mers han- 
tées ; faitauds (yajxoopây-ta) ; farfadets (y.aXXi/.av-^àpo'.) ; ânes malins 
(àvar/.sXâoî;) ; néréides; lamies ; strigles ; Jours; sorciers et sorcières; 
le diable ; apparitions; maladies; fées; morts et âmes; vampires; la 
mort, les enfers, Charon ; causes. On voit par cette simple énuméra- 
tion quelle riche contribution apporte M. Politis à l'étude du folklore 
hellénique et, pour donner aux lecteurs de \a Revue le désir de lire 
l'ouvrage en entier, je ne saurais mieux faire que de citer les deux 
traditions suivantes empruntées au dernier chapitre. N° 994, Les 
femmes de Mars (Athènes). « Le mois de mars a deux femmes, l'une 
très jolie et pauvre, Taytre très laide et très riche. Mars dort au 
milieu, avec ses deux femmes à ses côtés. Quand il se tourne vers la 
laide, il se renfrogne ; le monde devient triste et sombre. Quand il se 
tourne vers la jolie, il rit; le monde se réjouit et brille. Mais le plus 
souvent c'est vers la laide qu'il se tourne, parce qu'elle est riche et 
qu'elle nourrit l'autre. » N" 10 10, Pourquoi les chiens se flairent Vun 
l'autre (Patras). Quand les chiens virent qu'ils mouraient comme des 
chiens, sans médecin, ils prirent une résolution, payèrent d'avance et 
envoyèrent un des leurs en Europe, pour y apprendre la médecine et 
l'art de guérir. Ce chien, comme s'il eût été un homme, prit l'argent 
et ne revint pas. Depuis ce temps-là, les autres le cherchent et, quand 
deux chiens se rencontrent, chacun flaire l'autre, pour vérifier s'il ne 
sent pas les remèdes et si ce n'est pas là le médecin qui leur a joué le 
tour. » 

Le second volume renferme une partie dès références et des notes, 
dont la fin formera le tome troisième. Ceux qui connaissent les pré- 
cédents travaux de l'auteur sur les superstitions néo-helléniques 
savent d'avance qu'ils trouveront dans celui-ci non seulement des 
observations de premier ordre sur les traditions de la Grèce moderne, 
mais aussi une excellente étude de folklore comparé, et c'est le cas en 
effet. Pour faire l'éloge de ce second volume, il suffit de dire que 
M. P. y a mis la précision et la richesse d'informations qui lui sont 
habituelles. 

La langue de l'ouvrage est double. Les notes ont été rédigées en 
. gfêê savant ;■ s'est, on le sah. la kngug aujov^t'd'bui ernployég en Grèê^ 



DHISTOIRE ET DE LITTERATURE Ql 

dans les publications scientifiques ; elle est accessible à tous ceux qui 
ont conservé quelque souvenir du grec ancien. En revanche, les tra- 
ditions sont rapportées en grec vulgaire, quelques-unes même en dia- 
lecte ; mais, sauf pour ces dernières, c'est un grec vulgaire simple et 
facile à comprendre avec un dictionnaire et quelques notions gram- 
maticales élémentaires. Les Traditions de M. Politis ont donc leur 
place marquée dans la bibliothèque de tous les folkloristes; la modi- 
cité de leur prix, 20 francs pour les trois volumes, leur en facilitera 

l'accès. 

Hubert Pernot. 



JussERAND, Histoire littéraire du peuple anglais, vol. II, de la Renaissance à 
la guerre civile. Paris, Firmin-Didot, 1905, 994 pp. 

Il serait difficile, sans dépasser les limites d'un compte-rendu, de 
résumer ce volume compact, où M. Jusserand a voulu ressusciter tout 
un siècle de littérature. Nous nous bornerons à signaler deux ou trois 
points intéressants. La théorie des races, sur laquelle l'auteur avait 
paru insister dans le premier volume, est réléguée maintenant à 
l'arrière-plan. Une allusion discrète à la « faconde des Celtes » qui 
« tiendra la foule attentive dans l'enceinte du Globe », p. 252; une 
définition de l'humour « sérieux saxon et ironie normande », p. 553, 
rappellent seules une idée séduisante mais très discutable, surtout en 
ce qui concerne l'influence de l'élément celtique dans la formation de 
l'esprit anglais. En revanche la méthode historique, que l'on associe 
quelquefois à la théorie des races, a présidé à la composition du 
livre. Rien déplus rigoureusement conforme à cette méthode que la 
série des chapitres sur Shakespeare et le théâtre anglais. Bien des 
questions restées obscures s'éclairent à la lumière d'une science, qui, 
pour faire comprendre l'homme, reconstitue le « milieu » où il a 
vécu. Le merveilleux génie que fut Shakespeare, si indépendant 
d'allures, si détaché, semble-t-il, des préoccupations de son temps, 
s'est en réalité plié docilement aux exigences de la tradition et de la 
mode. Quand M. J. nous a décrit une représentation au théâtre du 
Globe, quand nous avons feuilleté avec lui les livres de comptes du 
chef de la troupe, questionné les acteurs et les machinistes, quand 
enfin nous avons vu les résultats d'une enquête sur le passé du poète, 
nous commençons à saisir le sens de l'œuvre; depuis le monologue 
d'Hamlet jusqu'aux coq-à-l'âne du portier dans Macbeth, tout, poésie 
et prose, coups d'aile et grossièretés, s'explique par la nécessité 
impérieuse des circonstances. On ne saurait concevoir d'argument 
plus fort en faveur du déterminisme. 

On s'étonne en général que le théâtre anglais, après avoir brillé 
é'an vif ëcJâi m lemps de Shakespeare, »olt j'apidameni; iombé en 



94 REVUE CRITIQUE 

décadence, ou plutôt ait disparu brusquement de la littérature. C'est 
la grandeur de Shakespeare qui donne cette illusion. M. J. montre 
très bien que le théâtre de Charles II fait suite au théâtre d'Elisabeth. 
Ce n'est pas la fermeture momentanée des théâtres sous la République 
qui pouvait modifier du tout au tout les habitudes de la scène issues 
d'une longue tradition et conformes au goût moyen des spectateurs. 
Le théâtre du xvi^ siècle porte en soi des germes de mort. Le drame, 
la comédie ne sont pas pour les contemporains de Shakespeare des 
genres littéraires. On va entendre //aw/^f, comme on va au cirque, 
pour assister à un spectacle qui secoue les nerfs. Un poète qui tient à 
sa réputation écrit des sonnets ou des églogues, s'il s'avise de composer 
des pièces, c'est qu'il est besogneux. D'ailleurs les auteurs qui prati- 
quent l'art bas et vulgaire d'amuser la populace forment un monde à 
part, très fermé, suspect à Thonnête bourgeoisie, et à juste raison, car 
ils ont souvent maille à partir avec le justice. L'un des plus respec- 
tables, puisqu'il était admis à contribuer aux divertissements royaux, 
Jonson, ne dut qu'à un archaïsme de procédure d'échapper à la 
potence Les défauts du théâtre de la Restauration se trouvent déjà 
chez les confrères de Shakespeare, chez Shakespeare lui-même. L'em- 
phase de la tragédie, le slap-dash de Dryden, Marlowe en avait donné 
les premiers exemples. Ni Shadwell ni Sedley n'ont dépassé en licence 
Beaumont et Fletcher; la scène la plus répugnante d'Aphara Behn 
est empruntée à Middleton. En somme le théâtre anglais est toujours 
resté en marge de la littérature comme les auteurs dramatiques et les 
acteurs ont vécu en marge de la société. 

Les modes, pas plus que les genres littéraires, ne disparaissent 
brusquement. M. J. nous semble trop affirmatif en limitant à quelques 
années la vogue de l'euphuisme (pp. 452, 454). Euphiies eut non seu- 
lement des lecteurs, mais des imitateurs attardés. Le 26 juin 1670, le 
vieux secrétaire d'État Morrice écrivait au futur Lord Shaftesbury 
une lettre où se retrouve au moins une des caractéristiques de Teu- 
phuisme : « When men cease to be, they commence intoa nobler 
life, if they live in history (as a fly involved in amber acquires a braver 
being than life could afford him). . . As when dévotions. . were to be 
paid at the Temple (as of old among the Jews and yet among the 
Mahomedans) those who could not go thither were obliged in their 
orisons to look towards them, so my grateful respects and honour- 
able reflections shall be ever towards you », (Christie, Life of 
Shaftesbury, II, 46). 

On lira avec non moins d'intérêt d'autres chapitres, tel celui sur 
Spenser, celui encore où M. J. expose les débuts de la Renaissance 
en Angleterre. Malgré des travaux récents (entre autres l'ouvrage de 
M. Einstein), la question restait obscure. M. J. a montré comment 
l'Angleterre, pays de civilisation moins avancée, est entrée, parmi les 
dernières nations de l'Europe, dans la voie tracée par l'Italie et la 



d'histoire et de littérature 93 

France. M. J. a su faire la part de l'influence française et italienne. 
L'action de Montaigne par exemple est immense. Les contemporains 
de Shakespeare, pas plus que leurs ancêtres du moyen âge, ne s'étaient 
complètement soustraits à la tutelle des pays de culture classique. Ici 
M. J. aurait peut-être pu accorder un peu plus d'importance à l'Eu- 
phuisme. C'est avec Lyly que la phrase anglaise commence à se 
dépêtrer des liens d'une construction barbare. 

On voit par ces quelques exemples combien le livre de M. J. est 
d'une lecture attachante. Ce qui constitue la valeur de cette Histoire 
littéraire, c'est que les idées générales ressortent d'une étude minu- 
tieuse et précise ' des faits. D'ailleurs, pour exigeante qu'elle soit, 
l'érudition est mise au service de l'intelligence la plus ouverte et du 

goût le plus délicat. 

Ch. Bastide. 



Wôrterbuch der Elsâssischen Mundarten bearbeitet von E. Martin und 
H. LiENHART, II, 4. — Strasbourg. Trûbner, 1905. In-8, 160 pp. cotées 480-640. 
Prix : 4 mk. 

La lettre S est si effroyablement touffue en allemand, que ce fasci- 
cule ne fait que l'achever et entame à peine la suivante. Comme il ne 
sera question dans le présent article que à's initiale devant une con- 
sonne, je l'écrirai partout s pour plus de simplicité, étant entendu 
qu'elle se prononce partout sch. 

Un mot, d'abord, de mes repentirs. Je crois bien que j'ai dû me 
tromper dans mon Lexique (p. 217) en signalant un spàlt « fente » 
féminin : c'est le genre français qui m'aura induit en confusion ; 
mais je n'ai ici aucun moyen de vérifier. Je ne suis pas sûr non plus 
du pi. stdchl « aiguillons » ; je crois cependant l'avoir entendu. 
Quant à stdmpjl « timbre », je ne le conteste pas, puisqu'on le donne 
pour panalsatique ; mais dans mon milieu on ne disait jamais que 
stdmpl, et en tout cas la forme colmarienne correcte ne pourrait être 
que stdm/J. 

Et à ce propos je m'applaudis de constater que je ne suis plus le seul 
à formuler les lois mpj > m/ et nts > ns. Si l'on cite svâns « queue » 
en le mettant sous ma responsabilité exclusive, je vois cité à la même 
page svdnsle « frétiller de la queue » (Durrenentzen), plus loin spàls 
« grand maigre » (Roppenheim), etc., tous mots qui n'ont pas été 



I. Si précise et si minutieuse qu'une lecture attentive n'a pas permis de relever 
d'erreur grave dans ce volume de près de mille pages. Les fautes d'impression, 
très rares d'ailleurs, se corrigent d'elles-mêmes {sequelette, p. 800 n.; Atlartiide, 
p. 942); 4g J pour 4g5, p. 3 17, n. 2). Peut-être pourrait-on discuter l'interpré- 
tation donnée à un vers de Shakespeare, p. yoS (V. Beljame, Texte et traduction 
jie Jules César, p. 236 a). On désirerait, p. 280, à propos du tombeau de Gower, 
une note : l'église Sainte-Marie où le poète est enseveli s'appelle depuis 1640 
l'église Saint-Sauveur, 



94 ÏIEVUE CRITIQUE 

fournis par moi ; et strômf « bas » pi. strém/ est attribué à plusieurs 
localités outre Colmar. Il est probable qu'on l'assignerait à un plus 
grand nombre encore, si la graphie des témoins n'était influencée 
par la tradition ancienne ou par l'orthographe du haut-allemand 
moderne. 

Je maintiens aussi ce que j'ai dit ailleurs de la simplification du 
groupe s -\- sch, soit donc ônilstêlik « intolérable », hàlstàrik « opi- 
niâtre », avec sch simple et non ssch. Mais j'accorde qu'il n'y a là 
qu'une simple nuance : un appareil de l'abbé Rousselot ou même 
une ouïe fine décèlerait peut-être la première sifflante. 

P. 483 : le prénom Samuel se prononce smôle à Colmar. — P, 488 ; 
le verbe smise « jeter » est à peu près inusité, sauf les locutions du 
genre de i smis ti nils « je te flanque dehors ». — P. 493, sous 
schneiden, il fallait noter la facétie en àpksnétenr un quart de vin » 
(une demi-bouteille à demi pleine) et « un circoncis ». — P. 522, 
sous schix^ager, la graphie swôjer n'indique pas le timbre del'd, qui 
est très ouvert : nuance importante, en ce qu'elle se rattache, comme 
je l'ai montré, à tout un ensemble rigoureux de faits phonétiques. — 
P. 53o, sous scliweren, lire e kàts nàme (= in Gottes Namen). — 
P. 53 1 : il fallait noter que swàsiere est emprunté au fr. (clwisir). — 
P. 535 : la locution énsri khàts frést oy k/tè spdk « notre chat non 
plus ne mange pas de lard » équivaut comme sens au fr. « ils sont 
trop verts ». — P. 55o : « des chiffons » spdtr {a pur), et non pas 
spàtr mspèti-. — P. 55i : « hôpital » spétdl [d teinté d'o) et non pas 
spitâl^ qui, s'il existe à présent, doit sa voyelle i à l'influence du 
haut-allemand. » — P. 564 : le pi. du présent du verbe « se tenir 
debout » est stén [é long ou demi-long), et non pas sté. — P. 573 : le 
mot weinsticher « gourmet » répond au fr. <( piqueur de vins », qui, 
autant que je puis voir, manque au Dictionnaire Hatzfeld. — P. 5/5 : 
stiitdnt « étudiant » ; pour ma part, j'ai toujours entendu stôtdnt, 
sans doute par analogie de stôtiere. — P. 589 : énstàliere n'aurait 
pas dû figurer sous stàl dont il n'est pas dérivé ; c'est le fr. installe!'. 
' — P. 6 15 : la « scorsonère » ('tel est son nom français) s'appelait dans 
mon milieu stôrtsenêri, avec l'accent sur ïé fermé pénultième et 1'/ 
final très nettement marqué. Je suppose, comme les auteurs le 
laissent entendre sans le dire, que l'altération de l'initiale est due à 
stôrtse a des souches ». — P. 619 : je ne vois nulle part le mot stàt 
« ville ». — P. 629 : le passage sémantique de strék « lacet » au sens 
de « coquin » n'est pas expliqué : l'intermédiaire est kàljestrék « corde 
à potence > gibier de potence ». — P. 635 : la Jakobstrasse « Voie 
Lactée » est « le chemin de S. Jacques [de Conipostelle] », pèlerinage 
jadis couru de toute l'Europe. — P. 638 : aux « thés » alsaciens 
énumérés il y a lieu de joindre le léntepluestê « infusion de fleurs df 
tilleul 7>, 



d'histoire et de littérature 95 

G. Lenotre. Le drame de Varennes, juin: 1791. (Dessins inédits de Gérardin, 
gravures sur bois de Deloche). Paris, Pcrrin, igoS. In-S", 403 p. 5 fr. 

Ce nouveau livre de M. Lenotre est très intéressant et le plus 
attrayant, le plus saisissant que nous ayons lu sur le drame de 
Varennes. Des tableaux, des descriptions coupent agréablement le' 
récit. M, L. a fait, comme Alexandre Dumas, sa « route de Varennes »; 
il a étudié le sujet dans les documents imprimés et manuscrits avec 
conscience, avec scrupule, avec minutie ; rien ou presque rien ne lui 
a échappé. 

11 est neuf sur certains points : il prouve que la fameuse berline 
était confortable, mais simple, qu'elle s'arrêta à Chaintrix où les fugi- 
tifs furent reconnus, qu'ils furent pareillement reconnus à Châlons, 
qu'en revanche Drouet ne les reconnut pas à Sainte-Menehould. Il 
précise l'endroit où les commissaires de l'Assemblée rencontrèrent 
le roi. Il insiste avec raison sur l'extravagante conduite de Léonard. 
Il retrace avec verve ce qui se passait et à Paris et dans l'Assemblée, 
tandis que la famille royale suivait son « affreux calvaire ' ». 

11 nous permettra pourtant quelques critiques. Tout ce qui forme 
le corps du livre, tout ce qui concerne la fuite et le retour de la famille 
royale, — bien qu'il y ait parfois quelque incertitude dans le cours de 
la narration et qu'en certains endroits l'auteur n'adopte pas une solu- 
tion ferme — est digne d'éloges, et de grands éloges. Il manque au début 
une étude sur la littérature du sujet, notamment sur les relations du 
drame, et M. L. aurait dû rassembler en cette sorte d'introduction les 
appréciations qu'il a éparpillées dans ses notes. Il manque surtout 
un chapitre sur Bouille — qui, en somme, a plus d'importance que 
Fersen — et sur les préparatifs de la fuite \ Quant à la fin, elle semble 
brusquée. Certes, le dernier chapitre Varennes après le drame est 
bien à sa place. Mais les chapitres sur Léonard, Sauce, Radet, 
Drouet et Fersen mériteraient plutôt de figurer dans une troisième 
série de Vieilles maisons^ vieux papiers. Ils ont peu d'originalité, car 
Combler et Fournel ont tout dit sur Radet et Drouet ; ils sont trop 
longs ; l'auteur y redit des choses que nous avons lues précédemment, 
et il y abuse des notes. 

Mieux valait, au lieu de tant développer ces derniers chapitres, trai- 
ter plusieurs points qui ont été négligés. Nous apprenons ce qu'é- 
taient et ce que devinrent les Varennois. Mais M. L. est très peu 
documenté sur Signemont. Il dit que c'était un ancien officier; 

1. P. i35. Il y avait là à propos de Paris dans la matinée du 21, un mot de La 
Marck à citer : que le sentiment le plus universel fut la terreur, qu'on crut être 
sauve si le roi était arrêté, et que lorsqu'on sut qu'il était arrêté, on passa rapide- 
ment du sentiment de la terreur à celui de la vengeance. 

2. Ce que nous lisons p. 66-67 et dans la note de la p. 68 aurait pu figurer dans 
ce chapitre préliminaire et il faut remarquer à ce propos que certains détails con^ 
tenus dans les notes (par exemple la note sur Rohrig) auraient pu être avantageu- 
sement insérés dans le texte. 



96 REVUE CRITIQUE 

c'était mieux que cela. Signemont avait été retraité en mars 1791 
comme maréchal de camp ou général de brigade, pour avoir été douze 
ans lieutenant-colonel des grenadiers royaux de la Lorraine. Rien 
d'étonnant qu'il ait, comme remarque M. L., aligné les gardes natio- 
nales et obtenu Tordre. Il avait commandé ses compatriotes de la 
Meuse aux fédérations de Nancy, de Bar et de Paris ; il put imposer 
son autorité, et il a écrit lui-même qu'il avait « commandé tout ce qui 
s'était formé de volontaires à l'arrestation du roi « et qu'il avait con- 
duit Louis XVI sain et sauf de Varennes à Sainte-Menehould. Enlevé 
par les Prussiens l'année suivante, enfermé six semaines à la cita- 
delle de Verdun, délivré par Kellermann, il devint commandant de 
Longwy, puis de Sarrelouis. 

Il est également regrettable que M, L. n'ait pas mentionné, outre 
Fersen (dont le mot p. 390 devait être, chronologiquement, cité deux 
pages plus loin), Breteuil et Mallet du Pan. En septembre 1792, Mallet 
et Breteuil s'attristent, l'un qu'on n'ait encore fait aucun exemple sur 
Varennes, l'autre, que l'exécution de Varennes ne doive pas avoir lieu'. 

De même, il est fâcheux que M. L. ne renseigne pas du tout son 
lecteur sur l'entrée des Prussiens à Varennes. C'est le 3 septembre — 
non le 6, comme dit M. L. p. 392 — qu'un détachement prussien 
occupa le village et Dumouriez assure que cette troupe était guidée 
par un fils de Bouille. Elle ne se borna pas à prendre le drapeau 
d'honneur (M. L. le décrit d'après une note de Fournel) ; elle enleva 
le maire George qui fut emprisonné à Verdun, et il y avait une belle 
page à écrire sur ce George que les émigrés voulaient écraser sous les 
pieds de leurs chevaux et qui, par sa force d'âme, excita l'admiration 
de Gœthe, des officiers prussiens et des commissaires de la Con- 
vention. 

Mais laissons Signemont, George et Varennes. Pourquoi n'avoir 
pas cité le décret du i5 juillet qui ordonne l'arrestation de Heymann, 
d'Hoffelize, de Klinglin, de Desoteux, etc. ? Qu'avaient-ils fait? Que 
sont-ils devenus ? Quel a été le destin des trois gardes du corps Valory, 
Malden et Moustier? Qu'étaient-ce que les autres « particuliers » 
poursuivis par l'Assemblée? Pourquoi prescrit-elle d'appréhender au 
corps Moracin, Tinlot, Vellecour, Tschoudy? M. L. devait nous le 
dire, et cela lui était facile, puisqu'il sait explorer les archives et qu'il 
a lu tout ce qui a paru sur Varennes, et notamment la deuxième édi- 
tion de Bimbenet? 

Enfin, ne fallait-il pas une sorte de conclusion? Pourquoi n'avoir 
pas résumé le drame, déroulé ce que Fournel appelle un long enchaî- 
nement de malheurs et de maladresses, montré en un tableau d'en- 



1. Voici un mot très curieux que l'auteur ne semble pas avoir connu. « Une dame 
de la cour disait l'autre jour devant la reine : si les émigrés entraient, je voudrais 
qu'ils foudroyassent Varennes. La reine lui répondit : Vous êtes bien vive, Madame » 
(Pellenc à La Marck, 3 janvier 1792). 



d'histoire et de littérature 97 

semble les fautes qui firent échouer l'opération si bien combinée par 
Bouille? Pourquoi n'avoir pas prouvé en quelques lignes ou quelques 
pages que ces fautes vinrent et des sous-ordres de Bouille et du roi? 
L'entreprise aurait réussi si d'Agoult avait accompagné le roi; il con- 
naissait le caractère du monarque; il n'aurait pris conseil que de lui- 
même '. Stendhal s'est moqué à ce propos de la futilité et de l'étroi- 
tesse d'esprit des hommes de l'ancien régime qui n'avaient pas le bon 
sens simple et pratique d'un Drouet, et il assure que Drouet aurait 
mené Louis XVI au bout du monde; mais parmi ces gentilshommes, 
il y avait encore des hommes d'action qui valaient Drouet. 

Le Drame de Varennes, curieux, vivant, pittoresque, n'est donc pas 
aussi complet qu'on l'aurait souhaité, et il ne fera pas oublier la sérieuse 
et solide publication de Victor Fournel, V Evénement de Varennes^ 
dont M. Lenotre a grandement profité. Mais il présente un très vif 
intérêt, surtout dans les chapitres imhxxlés fuite, poursuite^ retour, 
re«^ree, et on y trouve à la fois beaucoup de savoir et beaucoup d'art\ 

A.C. 

. . . . . L. 

1. Cf. le Mémoire de Louis de Bouille, p. 1 18, note i. 

2. Nous rejetons ici de menues observations. Lire p. 8i Fischbach et non 
Fisbach. — P. roi : ce que dit Fournel du rôle de Rohrig et des hussards can- 
tonnés à Varennes me semble expliquer, au moins en partie, ce que M. L. juge 
inexplicable. — P. ii3, 176, 182, 187,395, lire Signemont et non Signémont. — On 
nous dit, sans nous expliquer ce changement d'itinéraire p. i3o, que Bayon « se 
lancera sur le pavé de Valenciennes » et p. 144, que le même Bayon se dirige sur 
Metz. — De même, p. 176, on oublie que Signemont a déjà été mentionné p. ii3- 
114. — P. 179, lire Rattentout et non Ratantout. — P. 189, il fallait citer sur la 
mort de M. de Dampierre (qui était seigneur de Hans), VHistoire de Sainte- 
Menehould de Buirette, II, 558-56o. —P. 223 et ailleurs, lire Petion et non Pé^i'on. 

— Id., le « député de Moulins » Tracy, est le même que l'auteur a mentionné 
p. 214. — P. 223-224 on aurait dû dire quelques mots de Mathieu Dumas. — 
P, 203, pourquoi ne pas citer, outre le journal de 1903, \qs Papiers d'un émigré, 
p. 26? — P. 290, il n'y avait pas à la Conciergerie « nombre de Mayençais ». — 
P. 293, il n'était pas inutile de dire que le fils aîné de Sauce reçut un sabre d'hon- 
neur pour sa bravoure à Novi. — P. 304, c'est un détachement, non un « régi- 
ment » qui entra à Saint-Mihiel. — P. 3 14 (et p. 390-398), l'auteur mêle et confond 
les époques; il dit que « dès le printemps de 1792 » beaucoup de Varennois ont 
pris la fuite, qu' « aux premiers jours du printemps de 1792 la terreur redouble »; 
mais, si l'on se reporte à Fournel, on voit que celte émotion date de septembre et 
d'octobre 1791; d'ailleurs, la guerre n'a été déclarée qu'en avril 1792, et elle ne 
commence sur cette frontière que dans la seconde moitié d'août; il est donc exagéré 
de dire que Radet est nommé commandant de la garde nationale en février, et chef 
de bataillon du canton en mars, parce qu'il est « devenu pour ses compagnons 
affolés le dieu tutélaire ». — Id.^ pourquoi ne pas dire que Radet était dans Verdun 
et qu'il a signé la capitulation; ce qui explique qu'il ait ensuite circulé librement. 

— P. 3i5 (qui n'est qu'une paraphrase du Radet de Combler), il est encore exa- 
géré de dire qu' « un bataillon volant » de femmes portait des renseignements au 
camp français; Combler ne cite que deux femmes. — P. 33o, il fallait rectifier 
l'erreur de Drouet dans son récit : Ferrand commandait à Maubeuge, non Fran- 
cheville (et sans doute Drouet voulait dire Pinteville). — P, 332, le récit de Stetten 
est intéressant, mais nous avons aussi celui de Neuilly, que l'auteur aurait pu rap- 
peler, et puisqu'il reproduit toute une page de Fersen, pourquoi ne pas donner ce 



gS REVUE CRITIQUE 

Les emblèmes et les drapeaux de la France. Le coq gaulois, par Arthur 
Maurv, Paris, 6, boulevard Montmartre, 190^. in-S» de 254 pages avec gravures 
et planches en couleurs, prix 5 francs. 

L'auteur s'est proposé de « réhabiliter » le coq gaulois comme 
emblème national (p. 8). La France n"a pas d'armoiries ; M. Maury 
pense qu'elle pourrait adopter le blason suivant : d'azur, au coq posé 
sur une terrasse et la patte dextre levée sur une boule, le tout d'or, le 
coq crête et barbé de gueules. Dans ces armoiries, c'est précisément 
le coq qui a été critiqué ; on lui a reproché d'avoir servi d'emblème 
officiel à la monarchie de juillet. M. M. s'est attaché à rétorquer cette 
objection en montrant que l'origine de la signification emblématique 
du coq est fort ancienne, et, en tous cas, bien antérieure à la monar- 
chie de i83o. Dans sa démonstration. Fauteur fait œuvre de collec- 
tionneur plutôt que d'historien : son livre est un recueil d'estampes 
où sont reproduites avec commentaires à l'appui, les allégories, cari- 
catures, etc., les plus remarquables dans lesquelles le coq a figuré en 
qualité d'emblème de la France. Mais, en étendant son enquête à la 
littérature, M. M. aurait eu la surprise de plus d'une trouvaille inté- 
ressante. Ainsi, il est regrettable qu'il n'ait pas mentionné la ballade 
d'Eustache Deschamps (Édit. Queux de Saint-Hilaire, "VI, 29) où le 
coq gaulois est mis vis-à-vis de l'aigle en fort honorable posture. Le 
poète présage une guerre en Italie et oppose dans une allégorie les 
grues, buses, corneilles, chouettes, « oyseaulx villains », menés par 
l'aigle, aux alouettes, cygnes et paons, tous « oyseaulx amiables » qui 
se rangent sous les ordres du coq et se déclarent ses « féables ». 

M. M. consacre la seconde partie de son livre aux « drapeaux et 
emblèmes de la France ». Le coq n'a pas été si « souvent associé » aux 
drapeaux que l'auteur veut bien le dire (p. 8), puisqu'avant i83o, il n'a 
fait qu'une apparition timide et éphémère sur les emblèmes militaires 
de la Révolution et puisque c'est seulement sous la Monarchie de 
juillet qu'il surmonte la hampe des drapeaux et étendards. Ce chapitre 
relatif aux drapeaux n'offre rien de nouveau sur un sujet complexe 
qui reste encore à traiter dans le détail; il a du moins le mérite d'un 
résumé consciencieux et généralement exact '. 
Ty^ 

mot de Drouet à Caraman qui reprochait au conventionnel l'arrestation du roi : 
o Tout cela dépend de l'opinion; c'était un acte de vertu en France; ici, c'est un 
crime» ? — P. 367, Floirac était capitaine et non lieutenant. — P. SyS, l'auteur 
admire trop 1' « ordre » de ces paysans, et il oublie que tous ou presque tous étaient 
gardes nationaux. — P. SgS, dans une pétition que le Comité militaire de la 
Législative reçut le 3i décembre 1 791, Guillaume déclare qu'il n'a accepté aucune 
récompense pécuniaire et demande de l'emploi dans la gendarmerie nationale. 

1 . Page 29 1 : l'auteur appelle ordonnance le décret du 27 octobre 1 790. — p. 3 1 5 : 
il a tort de parler de changements d'inscriptions effectués sur les drapeaux distri- 
bués le 10 mai i852 ; en effet, les cinq inscriptions portées sur les drapeaux 
distribués à cette date n'étaient pas d'anciennes inscriptions modifiées, car les 
emblèmes de 1848, que ces drapeaux remplaçaient, n'en avaient aucune. — Les 
drapeaux actuels ont distribués en été 1880 et non en i8yg. 



d'histoire et de littérature 99 

— Nous recevons les deux premières feuilles du Lexique étymologique de la 
Langue grecque que va publier en fascicules M. Emile Boisacq, professeur de 
philologie comparée à l'Université de Bruxelles. L'ouvrage, qui formera un vol. 
gr. in-S" de 720 pages environ et coûte 25 fr. net en souscription, comblera une 
grave lacune des études actuelles. 11 se présente sous les meilleurs auspices, tant 
par la réputation de l'auteur, excellent helléniste et linguiste très averti, que par 
les suffrages éclairés qui l'ont accueilli dès avant son apparition et lui ont 'valu 
en 1901-1902 le prix Gantrelle décerné par l'Académie Royale de Belgique. Le 
spécimen que nous en avons sous les yeux ne dément point ces promesses : les 
nombreuses autorités citées sont des meilleures, et l'originalité de l'auteur con- 
siste, tout en s'entourant de toutes les garanties possibles par la consultation 
scrupuleuse de ses devanciers, à faire entre leurs opinions un choix judicieuse- 
ment motivé. — V. H. 

— M. Th. Perrenot^ professeur au lycée de Marseille, a publié dans les 
Mémoires de la Société d'émulation de Montbéliard et fait paraître à part une 
très curieuse étude, intitulée : Les Établissements burgondes dans le pays de 
Montbéliard, i38 pages avec carie. Il étudie les noms de lieux de cette région et 
il arrive à cette conclusion : 70 noms de lieux sont d'origine celtique et romaine ; 
140 sont d'origine burgonde. Les uns sont aux autres dans la proportion exacte, 
mathématique, de i à 2. Or on sait que les Burgondes, établis dans ces pays 
commQ fœderati, ont laissé aux Romains un tiers des terres et ont pris les 2/3 
pour eux; l'onomastique actuelle conserve la preuve de la trace de ce partage. 
Cette thèse est tout à fait ingénieuse; mais naturellement elle prête à discussion. 
On peut se demander d'abord si M. Perrenot ne répartit pas d'une façon un peu 
arbitraire ces noms dans le casier romain et dans le casier barbare. Pourquoi 
attribuer aux Romains les villages qui portent des noms de saints : Saint-Georges, 
Sainte-Suzanne, Saint-Valbert ? Ces noms ne datent en général que de l'époque 
mérovingienne, c'est-à-dire après le partage des terres et certainement Valbert 
— Waldebertus — est un abbé de Luxeuil mort le 2 mai, vers 665 '. Pourquoi, 
d'autre part, donner aux Burgondes les noms exprimant des défrichements? Il y 
y eu des essarts de tout temps, et ces essarts, faits par les hospites, sont surtout 
nombreux au xii" siècle. Je me demande aussi si l'on peut faire des noms bour- 
guignons d'Ui^elle, Eloie, Socliaux, Délie, etc.? En second lieu, M. Perrenot sup- 
pose que le partage se serait fait de la façon suivante. Le territoire d'une grande 
villa romaine aurait été partagé en trois parties : l'une avec les maisons, le centre 
de la villa, aurait été laissée au propriétaire romain; les deux autres auraient été 
abandonnées à deux hôtes germaniques, qui auraient créé avec leurs familles et 
leurs esclaves des villas nouvelles. Tous les villages à désinences germaniques 
seraient ainsi des localités nouvelles, et l'on arrive à cette thèse au moins para- 
doxale que la fin du v« et le début du vi^ siècle fut l'une des époques les plus pros- 
pères pour l'agriculture ! Nous croyons qu'il y a dans le livre de M. Perrenot 
beaucoup de conclusions trop hâtives; mais il fait réfléchir et contient des 
remarques intéressantes. Nous l'engageons à continuer ses études; la toponymie 
peut nous réserver plus d'une surprise. — C. Pf. 



1. Fons Arnulphi, Noirefontaine, a été ainsi nommée de Saint-Arnoul, évéque 
de Metz au début du vii^ siècle. On ne peut raisonner sur ce nom pour le 
v^ siècle. 



lOO REVUE CRITIQUE d'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

— La Société archéologique et historique de TOrléanais vient de faire paraître 
le tome XXIX de ses Mémoires. Nous y relevons, à côté de travaux d'intérêt spé- 
cialement local, une importante dissertation de M. Jules Baillet sur Les déesses- 
mères d'Orléans. A. propos d'une statuette trouvée en i885 sur l'emplacement de 
Genabum, M. Baillet reprend la question desMatres gauloises. Il croit que de ce 
type « serait issu celui des madones du xiii* siècle ». — C. E. R. 

— M. Terry, dans une biographie très documentée de Claverhouse (London, 
Constable, 1905, 377 pp. 12 s. 6 d.) réhabilite une victime des historiens whigs. 
Ceux-ci ont adopté le point de vue des Puritains d'Ecosse, auprès desquels la 
réputation de Claverhouse vaut celle de l'intendant Basville auprès des Protes_ 
tants français. En lisant l'ouvrage de M. T., on a l'impression que le vainqueur 
deBothwell Bridge et de Killie Craukie, était un condottiere fidèle au service des 
Stuarts. La farouche énergie avec laquelle il défendit la mauvaise cause favorisa 
la formation d'une légende où son nom symbolise les excès d'un régime odieux. 
C'est la justice du peuple. On ne peut pas lui demander d'avoir les balances 
exactes d'un historien moderne. — Ch. Bastide. 

— Le secoad numéro du volume II des Archives Marocaines (228 p. in-S", Paris, 
Leroux, 1904) est tout entier consacré à une étude sur^Z-Qçar El-Kebir, une ville 
de province au Maroc septentrional, ans à la collaboration de MM. E. Michaux- 
Bellaire et G. Salmon. Le premier volume des Archives avait donné une série de 
monographies sur Tanger; mais il est évident qu'une ville de l'intérieur, resiée à 
l'abri du contact européen, devait offrir du milieu marocain une image plus ori- 
ginale et plus complète. Les auteurs n'ont pas manqué de signaler au cours de 
leur enquête ce caractère conservateur d'une petite ville provinciale et ils ont sur- 
pris plus d'une institution en train de disparaître. El-Qçar avec ses 1,800 maisons 
et ses 7,000 à 8,000 habitants (à la p. 5, mais la p. 34 en donne 9,000) est bien 
déchue de son ancienne prospérité ; toutefois elle a gardé d'un passé qui fut bril- 
lant assez de restes qui lui donnent, par exemple au point de vue religieux, une 
physionomie spéciale. Une étude aussi précise ne peut ici être même résumée ; je 
me borne à en signaler les chapitres. Après la description topographique de la 
ville, les auteurs en étudient les origines et l'histoire, puis son organisation admi- 
nistrative, les particularités qu'offrent la vie domestique et la famille, le régime 
économique, les institutions commerciales, la vie religieuse; enfin ils terminent 
en passant en revue les grandes familles établies à El-Qçar. — N. 

— On cherchera vainement une idée neuve dans les cinq pages de la brochure 
de M. Jacques Régnier, Les premières étapes de l'anarchisme (extr. de la Nouvelle 
RevuCy 1905). 



Propriétaire-Gérant : Ernest LEROUX. 



Le Puy, Imp. R. Marchessou. — Peyriller, Rouchon et Gamon, successeurs. 



REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 



N" 32 — 12 août. — 1905 



Harnack, La chronologie de l'ancienne littérature chrétienne. — Krueger, Re- 
marques sur la Chronologie de Harnack. — Novati, A travers le moyen âge. — 
Sandys, La renaissance des études en Italie. — Lefranc et Boulenger, Comptes 
de Louise de Savoie. — Maurer, Rûhl. — Picard, Bonaparte et Moreau. ~ Le 
Breton, Balzac. — jMerlant, Le roman personnel. — Leblond, La société 
d'après les romanciers contemporains. — Vitry, Tours et les châteaux d§ 
Touraine. — Lettre de M. Bourciez. 



Adolf Harnack, Die Chronologie der altchristlichen Litteratur, II {Geschichte 
der altchristlichen Litteratur, II, 2). Leipzig, Hinrichs, 1904, xii-574 pp. in-8°; 
prix : 14 Mk. 40. 

G. Krueger, Kritische Bemerkungen zu Adolf Harnacks Chronologie der 

altchristlichen Literatur von Irenâus bis Eusebius (aus den Gôttingischen gelehr- 
ten An:^eigen,Janu3v igoS). Gôttingen, igo5, Dieterich; 56 pp. in-8°. 

Un sous-titre indique les limites chronologiques du volume de 
M. Harnack : Die Chronologie der Litteratur von Irenaeus bis Euse- 
bius. Cette matière est répartie en deux livres : la littérature de l'Orient, 
la littérature de l'Occident. 

Dans le premier livre (III' de l'ouvrage), M. H. passe en revue les 
écrivains alexandrins, les écrivains influencés par les Alexandrins, les 
écrivains étrangers ou hostiles aux Alexandrins. La place des Alexan- 
drins de la fin du second siècle au commencement du iv^ est ainsi 
marquée dès les titres de chapitres; c'est autour d'eux que s'ordonne 
l'histoire. 

La chronologie de Clément d'Alexandrie présente des difficultés 
particulières. Elle fait encore l'objet d'un post-scriptum de M. H. 
Voici les dates auxquelles il s'arrête : Protreptique, entre 180 et 190; 
Strornates^ I-IV, et Pédagogue, entre 190 et 202 ; en 202 ou 2o3, 
Clément quitte Alexandrie; Stromates, V-VII, sont écrits en Syrie, 
comme le prouvent les nombreuses hérésies mentionnées. Ce qu'Eu- 
sèbe et d'autres appellent le VHP livre des Stromates est un fragment 
désigné ainsi dans quelques manuscrits. M. H. considère comme 
séduisante l'hypothèse de M. von Arnim : Clément avait commencé à 
préparer un huitième livre que la mort l'a empêché de finir; les frag- 
ments déjà écrits sont ceux que nous possédons sous divers titres. 

Pour Origène, nous avons les renseignements précis d'Eusèbe. M. H. 
dresse, d'après le livre VI de V Histoire ecclésiastique, le registre de la 
Nouvelle série LX. 32 



102 REVUE CRITIQUE 

vie d'Origène. Puis, il donne la liste des écrits d'après saint Jérôme 
et la complète d'indications chronologiques tirées de diverses sources. 

La signification historique de Denys d'Alexandrie est mise en relief 
par M. H. C'est le premier évêque d'Alexandrie qui ait étendu son 
influence hors de l'Egypte et qui ait placé la chaire de Marc à côté de 
celle de Pierre. 11 a inauguré l'action œcuménique des patriarches qui 
se développera jusqu'à Dioscore. Nous sommes assez mal renseignés 
sur ses œuvres par Eusèbe, parce que d'après M. H., Denys n'était 
pas un origéniste aussi aveugle et aussi absolu qu'Eusèbe. 

Les fragments coptes, publiés par M. Crum sous le nom de Pierre 
d'Alexandrie, ne sont pas authentiques. Ils reposent sur des données 
vraies, mais qu'il est impossible de séparer du faux. 

Anatolius était à Alexandrie sous Galien. Il était en 264 en Syrie et 
devint évêque de Laodicée vers 268. Le Liber Anatoli de ratione pas- 
chali est une habile falsification, qui se rapporte à la controverse pas- 
cale de Rome avec la Bretagne au v^-vi* siècle. Les fragments de 
VArithmetica peuvent être authentiques; la place donnée à Aristote 
rappelle qu'Anatolius demanda l'autorisation d'ouvrir une école aris- 
totélicienne à Alexandrie. 

Le catalogue biblique du Claromontanus (ms. D de saint Paul, vi* s.) 
peut être considéré comme un catalogue égyptien du m* ou du com- 
mencement du iV siècle. 

Les auteurs influencés par les Alexandrins sont Jules l'Africain, 
Alexandre de Jérusalem, Grégoire le Thaumaturge, Firmilien, Pam- 
phile et Eusèbe de Césarée. 

Grégoire le Thaumaturge n'est pas arrivé auprès d'Origène avant 
236, ni après 238 ; il l'a quittée entre 240 et 242 et est devenu évêque 
de Néo-Césarée vers 243. Les légendes rapportée par Grégoire de 
Nysse, une vie syriaque et Rufin sont beaucoup moins solides que 
les indications d'Eusèbe, de Jérôme et de Basile. Mais elles reposent 
sur une tradition locale qui n'est pas à négliger. 

Voici les dates d'Eusèbe, d'après M. H. Avant 260-265, naissance; 
3o3/3i3, à Césarée, à Tyr, en Egypte; 3i3/'3i5, évêque de Césarée; 
325, concile de Nicée; 325-33o, polémique avec Eustathe d'Antioche; 
33 j, concile antinicéen d'Antioche; 334, tentative de déposition 
d'Athanase dans un synode de Césarée; 335, déposition d'Athanase au 
synode de Tyr présidé par Eusèbe; 335, synode et dédicace d'église à 
Jérusalem; tricennalia de Constantin; commencement de l'action 
contre Marcel d'Ancyre; 335, synode de CP.; condamnation de 
Marcel; Panégyrique de Constantin; 'iZ-j^ij mai, mort de Cons- 
tantin; 3o mai 338? 339? 340? mort d'Eusèbe; 341, été, concile 
d'Antioche ; son élève et successeur, Acace y est présent. — Après 
3o3 au plus tard. Chronique ; 3o3-3o5, Eclogae prophetarum; 3o5 
à 3i2/3i3, préparation de l'Histoire, qui devait d'abord avoir sept ^ 
livres; 307-309, biographie d'Origène (en collaboration avec Pam- 



d'histoire et de littérature io3 

phile); 3o9-3i2, biographie de Pamphile; 3i2/3i3, Hist.eccL, I-VII et 
VIII, i-xiii, 7 terminés ; 3i3, Z)e martyribus Palestinae en deux édi- 
tions, la plus courte pour les lecteurs de VH. E.\ 3i3-3i4, //. £*., 
VIII, XIII, 8 à VIII, XVI et IX; entre la fin de 324 et les premiers 
mois de 325, livre X, publication du tout, continuation de la Chro- 
nique jusqu'en 325. M. H. croit que le discours Ad sanctum coetiim 
n'est pas d'Eusèbe, mais d'un contemporain. 

Les écrivains étrangers ou hostiles à l'influence alexandrine sont des 
orientaux, Bardesane, Sérapion, Géminus, le Pseudo-Clément du 
De uirginitate^ Fabius d'Antioche, Paul de Samosate, Méthode, Ada- 
mantius, Anthime, les synodes d'Ancyre et de Néocésarée, les Acta 
Edessena^ les Acta Archelai^ Symmaque, les Elkésaïtes. En somme, 
la partie importante de ce chapitre touche au christianisme « syrien », 
à l'influence d'Antioche. Si important que soit le rôle d'Alexandrie, 
peut-être M. H. lui sacrifie-t-il un peu sa rivale, au moins dans son 
plan. Il eût été utile de mieux marquer les origines d'un courant qui 
devait devenir très puissant, dont les remous devaient atteindre l'Occi- 
dent, dont il était intéressant de saisir la source et de la séparer plus 
nettement d'autres mouvements contemporains. 

Un dernier chapitre, Varia, traite surtout de la littérature pseudé- 
graphique, des oracles, des textes gnostiques. 

Le deuxième livre (IV" de l'ouvrage) est consacré à la littérature de 
l'Occident. Il est divisé, assez artificiellement et parce qu'il fallait divi- 
ser une matière trop étendue, en deux chapitres : Avant Dèce, De Dèce 
à Constantin. 

Cette partie a été le principal objet de l'article de M . G. Krûger, 
M. K. y relève les rares lacunes de l'information de M. Harnack : la 
principale est d'avoir connu, après achèvement du livre, le Lactance 
de M. Pichon. J'ai surtout remarqué la discussion à laquelle M. K. 
soumet les conclusions du livre IV (littérature de l'Occident) : la date 
de naissance de Tertullien, que M. H. recule vers i55 et même au 
milieu de i 5o; la date de l'écrit Ad martyres, 197, d'après M. H., 
202-2o3 d'après M. K., qui considère comme vraisemblable l'hypo- 
thèse de Harris, que l'écrit est une « Consolation » adressée à Perpétue 
et à ses compagnons; la date du livre ^cf uxorem, qui appartient plutôt 
au début de la période montaniste; l'intégrité du livre Adiiersus 
ludaeos ; la part de Tertullien à la rédaction des actes de Perpétue; la 
date de VOctaiiius, que M. K. place vers 180 avant Tertullien, M. H. 
au iii^ siècle après Tertullien (longue discussion); la langue originale 
du fragment de Muratori (latin d'après M. H., grec d'après M. K.); 
le début de Cyprien Ad Donatum (on s'étonne de voir M. Harnack 
admettre que les quatre lignes indigentes, publiées par Hartel, III, 
272, sont le début du livre; voy. Rev . critique, 1900, I, 265); la 
provenance an De aleatoribus [M. K. tient pour l'Afrique); les petits 
écrits de Novatien (d'après M. H., Z)e cibis iudaicis, De bono pudi- 



104 REVUE CRITIQUE 

citiae, De spectaculis, Aduersus ludaeos, De lande martyrii : M. K. 
conteste rattribution pour les deux derniers). 

La critique de M. Krtiger est le meilleur hommage que Ton pouvait 
rendre au livre de M. Harnack. 

Un appendice du volume est réservé aux actes de martyrs, à la litté- 
rature canonique, aux Clémentines. Sur ces derniers écrits, M. Har- 
nack adopte les théories récentes de M. Waitz (voy. Revue, igoS, I, 
p. 127) : c'est, peut-être, aller un peu vite. 

La Chronologie, terminée maintenant, est une œuvre forte, constam- 
ment appuyée sur une étude approfondie et détaillée. Elle sera le sou- 
bassement de toute histoire à venir de la littérature chrétienne. 

Paul Lejay. 



NovATi (Francesco). Attraverso il medio evo. Bari, Laterza, iqoS. In-S» de 
414 p. 4 fr. 

Des articles qui ont paru sous la signature de M. N. n'ont pas 
besoin pour attirer l'attention des savants qu'on en signale la réim- 
pression. Toutefois, comme les huit morceaux dont se compose le 
présent volume furent publiés dans des Revues différentes, il ne sera 
pas inutile d'en rappeler l'objet. 

Le premier roule sur VAnticerberus, poème en 1,41 5 vers de diffé- 
rentes mesures mais tous rythmés, composé et commenté par le fran- 
ciscain Bongiovanni qui vivait au xiii« siècle : œuvre fort médiocre, 
mais qui fournit à M. N. l'occasion d'étudier la manière, dont, au 
moyen âge, on compose un livre édifiant par un mélange de lieux 
communs et d'emprunts à des traités antérieurs (ici, par exemple, au 
Liber Floreti^ à VEpistola ad Rainaldum ou (p. 47-53) aux dictons 
moraux. Il fait de plus remarquer que si Bongiovanni ne connaît de 
l'antiquité classique que Lucain et Virgile, il pille celui-ci, même 
quand il s'agit de décrire l'Enfer et le Paradis, au point de placer, 
parce que Virgile l'a voulu, la Pauvreté, si chère à son Ordre, parmi 
les monstres infernaux. Incidemment, M. N. trace un savant résumé 
de la littérature médiévale relative à l'Antéchrist fp. 26-28) et aux 
avant coureurs du jugement dernier (p. 29). 

Le deuxième propose une explication originale de la lutte légen- 
daire du Lombard et de la limace ; quelque plaisant se serait avisé à 
l'époque où l'on qualifiait les Lombards de poltrons de reconnaître un 
d'eux dans les personnages que les enlumineurs mettaient aux prises 
avec des limaces autour des initiales de leurs manuscrits. 

3° Si Méphistophélès dans Gœthe est, à sa façon, serviable et de 
bonne humeur, c'est bien parce que le grand poète l'entendait ainsi, 
mais c'est également parce que la tradition l'exigeait, témoin le Faust- 
biich (1587) qui fut traduit en plusieurs langues et imité par Marlowe; 



d'histoire et de littérature io5 

on y voit que Méphistophélès était à l'origine un lutin, c'est-à-dire un 
être malfaisant et bienfaisant tour à tour. M. N. nous fait aussi décou- 
vrir des follets dans les soi-disant démons de l'évêque avare des 
Gesta Karoli Magni du moine de Saint-Gall, dans le serviteur pave- 
san de la chronique de Jacopo d'Acqui et du Liber de Modernis Ges- 
tis de Marzagaia. Il cite quelques légendes analogues et il accepte 
pour le nom de Méphistophélès l'étymologie proposée par M, E. Ros- 
cher : \>.z'{\<ixiài^k\-i]Ci (tôcpiXrji; était un des qualificatifs de Pan dans la 
mythologie). 

4° M. N. estime que le Lamento délia sposa padovana, qu'il pro- 
pose d'appeler le fragment Papafava, est non pas d'origine populaire 
autant qu'aulique, mais imité du Roman de la Rose malgré la glorifi- 
cation de l'amour conjugal qu'on y trouve, puisque ce thème se ren- 
contre aussi parfois dans de vieilles poésies en Italie et ailleurs. 

5° Il croit que la comtesse pisane Bombaccaia a parfaitement pu 
exister, vu que les propos gaillards qu'on lui attribue n'auraient pas 
effarouché toutes les grandes dames du temps. 

6° Il ne pense pas que l'influence de la France se soit à peu près 
limitée en Italie au nord de l'Apennin et que le hasard seul ait fait 
choisir le français à Brunetto Latini et à Rusticiano de Pise. Les 
6j manuscrits français qui faisaient partie de la bibliothèque dispersée 
aujourd'hui des Gonzagues avaient été recueillis surtout par Guido 
Gonzague et par son fils Lodovico, tous deux amis de Pétrarque ; ils 
témoignaient du goût que notre littérature après Dante continuait à 
inspirer aux Italiens ; 

7° Dans un article sur deux poésies consacrées aux fruits, il émet 
l'intéressante conjecture que, dès avant i35o, les seigneurs de Flo- 
rence exigeaient de leurs syndics référendaires le talent poétique ; 

8° Il montre par un exemple comment de vieilles poésies deviennent 
des jeux d'enfants. 

Inutile d'ajouter qu'il y a beaucoup d'érudition dans chacun de ces 
articles, plus encore dans les notes et appendices qui les accom- 
pagnent, que cette érudition est souvent spirituelle et que l'auteur 
prouve quand il le veut qu'il est de ces savants auxquels, trop sévère 
peut-être, il réserve le droit d'essayer d'embrasser de vastes horizons. 

Charles Dejob. 



Harvard lectures on the revival of the learning by J. E. Sandys. Cambridge, 
at the university press, igo5; xvi-212 pp. petit in-8°. Prix: 4 sh. 6. 

M. Sandys a entrepris une histoire de la philologie dont le premier 
volume a paru en 1903 (voy. Revue, 1904, I. p. 85). Au commence- 
ment de cette année, l'université Harvard l'a appelé à donner six 
leçons sur un sujet connexe à la littérature latine. Il a choisi la 



Io6 REVUE CRITIQUE 

renaissance des études en Italie : Pétrarque et Boccace, l'âge des 
découvertes (découverte des auteurs latins) ; la théorie et la pratique 
de l'éducation ; les académies de Florence, de Venise, de Naples et de 
Rome, les centres de l'humanisme (Florence, Camaldoli, Arezzo, 
Certaldo, Sienne, Venise, Padoue, Vérone, Come, Milan, Lodi, 
Mantoue, Ferrare, Bologne, Rimini, Ancône, Urbin, Naples, Rome); 
l'histoire du cicéronianisme. Comme le tableau de la découverte de 
l'antiquité serait ainsi incomplet, M. S. a ajouté une septième leçon, 
sur l'étude du grec. Ces leçons étaient destinées à un public cultivé, 
mais non spécialiste. M. S. a su être intéressant, donner un ensemble 
assez complet sans se perdre dans le détail, faire sentir que les décou- 
vertes des humanistes étaient des conquêtes du goût et de la raison 
plutôt que de l'érudition, être à la fois précis et agréable. On recom- 
mandera la lecture de son livre aux philologues débutants qui 
veulent s'animer de l'enthousiasme des grands ancêtres. Les gens du 
monde y verront de leur côté la portée des études classiques. Les 
érudits y trouveront un tableau qui les aidera peut-être à situer leurs 
recherches et à en déterminer les rapports. Dans une prochaine 
édition, M. Sandys fera bien d'ajouter un chapitre sur la découverte 
de l'antiquité figurée et la renaissance de la vieille Rome. Un index 
permet de retrouver facilement les mille détails habilement groupés 
dans cet aimable volume \ 

P. L. 



i 



Ahel Lefranc et Jacques Boulenger. Comptes de Louise de Savoie (1515, 
1522) et de Marguerite d'Angoulême (1512, 1517,1524,1529,1539). Paris 

H. Champion, igoD. In-S", viii-122 p. 

Les comptes et états copiés par M. A. Lefranc et publiés sous la 
surveillance de M. G. Boulenger nous conduisent jusqu'en i539, c'est- 
à-dire jusqu'à la date où s'ouvrent les comptes de Marguerite publiés 
par H. de la Ferrière. 

Il est regrettable qu'on n'ait pu sauver que deux années des comptes 
de Louise. En les rapprochant des comptes de Charles d'Alençon 
(i5i2, i5i7, 1524) et de Marguerite (1529, i539), ^^^^^ permettent 
d'identifier quelques personnages du Journal de la régente. « Ma petite 
Bigote », citée au Journal'sous la date du 8 juillet i5i4, se retrouve 
ici parmi les « dames et damoiselles » de 1 5 1 5 ; en i522, elle est 
Julienne Bigote, dame de Latour. Quant au « seigneur des Brusles », 

I. On ne sait dans quelle mesure on peut signaler les lacunes de la bibliogra- 
phie. P. 9, cependant, l'étude de M. Henry Cochin sur le Frère de Pétrarque eût 
pu être citée. P. 36, Manilius : manque à l'index. P. 67, de quelle langue est 
Texpression verde antique ? 11 n'est pas question de la résurrection de Catulle ; 
cf. p. 127 (non cité à l'index), P. 108 ; Henry Stephens, lire : Estienne. 



d'histoire et de littérature 107 

qui figurait dans la môme anecdote, il er-t chambellan du duc d'Alen- 
çon en 1524. Regnault de Refuge, qui était avec Louise le 28 août 
i5i4, est son écuyer d'écurie en i522. — Signalons, parmi les femmes 
de chambre de la mère du roi, « Katherine la grecque ». 

On relèvera sur ces comptes les noms des Briçonnet, de Jean de 
Selve, de Clément Marot, de Gérard Roussel, d'Antoine Pocque le 
« Nicodémite », d'Antoine Hérouet, de Pierre Lizet^ etc. La préface y 
signale « deux des devisantes de VHeptaméron. » 

L'esprit éclairé de Marguerite se révèle dans la liste des vingt 
« escolliers pensionnaires » de iSSg (p. 96). Parmi ces studieux per- 
sonnages qui reçoivent des secours « pour leur entretien à l'estude », 
nous trouvons Etienne de la Forge (est-ce un Hls du martyr de i 535 ?) 
et Jacques Amyot. 

L'excellente table mise par les auteurs à la fin du volume rendra de 
grands services à l'onomastique du xvi<= siècle. 

Henri Hauser. 



Rûhl, ein Elsaesser aus der Revolutionszeit, von D' Alfred Maurer. Stras- 
sburg, Heitz und Mûndel, igoS, IV, 14''' p, 8°. Prix : 3 f. 10 c. 

Parmi les représentants du peuple, victimes de la crise ultra-réac- 
tionnaire qui suivit la journée du i prairial, figure un Alsacien dont 
la figure relativement vieillotte ' tranche d'une façon marquée sur le 
groupe juvénile des jacobins ardents auquel un caprice du sort, plus 
qu'une parfaite communauté d'espérance et de regrets, Tassocia dans 
une défaite commune. C'est Philippe-Jacques Rùhl, fils d'un bour- 
geois de Worms, que l'étude de la théologie avait amené à Strasbourg 
et que sa passion pour une jeune Strasbourgeoise y retint. Avant de 
trouver une place de pasteur à la campagne, il accepta, pour vivre, 
celle de maître d'école dans la ville libre royale, et le futur conven- 
tionnel naquit ainsi à Strasbourg, le 3 mars 1737. On ne s'était guère 
occupé jusqu'ici de sa biographie ; les contemporains n'ont, en général, 
noté sur lui que des impressions isolées et fort subjectives ^ et parmi 
la littérature plus récente, en dehors des quelques lignes consacrées à 
Ruhl par M. J. Claretie dans ses Derniers Montagnards ^]q ne trouve 
guère d'appréciation un peu détaillée de son rôle politique que dans 
le court chapitre du troisième volume de M. Bonnal de Ganges sur 
les Représentants du peuple en mission près les armées, qui témoigne 
d'une assez médiocre connaissance des choses d'Alsace en général et 

1. Rùhl, au moment de sa mort n'avait que cinquante-huit ans, mais la plupart 
des conventionnels étaient si jeunes qu'il leur paraissait un « vénérable » ancêtre. 
Bourdon de l'Oise l'appelle, le 12 prairial, « un vieillard hydropique de 70 ans ». 

2. Souvent même perfides, comme le célèbre ex-professeur Bahrdt «au front 
d'airain », dans ['Histoire de sa vie, écrite en prison (1790), au tome III, 



I08 REVUE CRITIQUE 

de la vie de Ruhl en particulier '. Le récent Dictionnaire de la Révo- 
lution et de l'Empire du D'' Robinet, ne mentionne même pas 
son nom 1 

C'est donc avec un vif intérêt que nous avons parcouru le travail 
■ — thèse de doctorat présentée à la faculté de philosophie de Strasbourg 
— consacré par M. Alfred Maurer à son compatriote. C'est une étude 
de dimensions restreintes, mais fort bien documentée, pour sa pre- 
mière moitié surtout, qui repose principalement sur la correspon- 
dance de Riihl avec le prince de Linange, son maître jusqu'en 1790. 
Cette correspondance (lettres d'affaires et parfois épanchements plus 
intimes) est conservée aux Archives départementales de la Basse- 
Alsace, et si elle avait été mentionnée déjà par M. Manfred Eimer 
dans son mémoire sur la Révolution de ijSg à Strasbourg, elle 
n'avait pas été vraiment exploitée jusqu'ici. Quelques autres lettres de 
Riihl figurent aux Archives grand ducales de Carlsruhe, mais elles 
sont sans importance historique. M. Maurer est venu également à 
Paris faire des recherches aux Archives Nationales ; c'est là qu'il a 
pris connaissance des pièces relatives à la dernière mission de Riihl 
en Alsace (juillet-aoiit 1794), mises depuis par M. Aulard dans les 
quinzième et seizième volumes du recueil des Actes du Comité du 
Salut public. Tous ces matériaux divers ont permis à l'auteur de nous 
donner un bon portrait en pied du représentant du Bas-Rhin, dont 
l'image s'est singulièrement effacée dans la pénombre du passé, 
même dans son pays d'origine, son suicide étant peut-être le seul 
événement de sa vie qui ait persisté dans la mémoire des générations 
actuelles. Ce n'est pas un portrait flatté du tout, et l'on peut même 
trouver que M. M. accentue un peu trop uniformément les ombres du 
tableau; mais il y règne néanmoins un courant plutôt sympathique 
aux idées dont s'enthousiasma Y&y.-Hofrat du prince de Linange, au 
point de passer dans les rangs des Jacobins extrêmes et de ne pas vouloir 
survivre à leur défaite. Etudiant en théologie pendant quelques mois, 
pour plaire à son père *, puis étudiant en droit, précepteur dans une 
famille noble, il devint en 1 765 instituteur à l'école primaire supérieure 
de Durkheim (dans le Palatinat) et entra de la sorte au service de la 
maison comtale, puis princière de Linange. Tout en faisant le métier 
de maître d'école pour vivre, il continuait ses études particulières sur 
le droit public et la généalogie et elles lui valurent bientôt une certaine 
réputation dans le monde scientifique voisin, si bien qu'il fut nommé 

1. Op. cit., III, p. 195-202. M. E. Barth dans ses Notes sur les hommes de la 
Révolution à Strasbourg et les environs publiés dans la Revue d'Alsace (années 
1878-1884) a bien connu la littérature locale, mais il a mis beaucoup de confusion 
dans les extraits relatif à Rûhl (comme pour bien d'autres). — M. Aulard avait 
plus récemment mis au jour la correspondance avec le Comité de Salut public, 
durant sa mission dans la Marne, dans les vol. Vil et VIII de son grand recueil. 

2. C'est à cela que se borna sa carrière pastorale, dont parle M. Bonnal de 
Ganges (III, p. 199), qui l'a probablement confondu avec son père. 



D HISTOIRE ET DE LITTERATURE I OQ 

en 1769 archiviste à Durkheim et employé par le prince Charles- 
Frédéric-Guillaume de Linange-Hartenbourg à des missions spéciales, 
puis tout particulièrement à la tâche compliquée d'établir ses droits à 
l'héritage, devenu vacant, du rameau des Linange-Dabo. Rtihl se 
consacra pendant des années à ce labeur absorbant, écrivit de nom- 
breux mémoires juridiques sur la matière, et en fut largement récom- 
pensé non seulement par un traitement relativement considérable 
mais par une série de titres honorifiques (conseiller de cour, conseiller 
intime, conseiller de Consistoire, conseiller de gouvernement) si bien 
que, vers 1780,1e futur membre du Comité de sûreté générale se 
voyait non seulement le premier fonctionnaire de la petite principauté, 
mais encore le compagnon quotidien, on peut dire l'ami, de son sou- 
verain. Grâce à ses connaissances très variées, sa conversation caus- 
tique, ses lectures étendues qui lui rendaient familières toutes les 
œuvres nouvelles de la littérature française et de la littérature alle- 
mande, il devint l'oracle et le centre intellectuel de la petite société 
élégante et cultivée qui se rencontrait au château de Durkheim, pour 
y commenter les auteurs du jour, jouer la comédie et pour y philoso- 
pher aussi sur les événements de la politique contemporaine. Malheu- 
reusement Rtihl était de santé délicate et dans les vingt dernières 
années de sa vie, il souffrait d'un hydrocèle, qui nécessitait presque 
chaque année des opérations douloureuses et cela devait forcément 
influer sur un état d'âme hypocondriaque déjà de nature. Quelques 
désagréments d'affaires lui firent quitter le Palatinat pour Strasbourg, 
en 1784, où il se livra plus entièrement à ses travaux historiques. 
Mais la confiance du prince, son maître, le maintint au poste d'admi- 
nistrateur du comté de Dabo, et de temps à autre, il allait visiter ce 
coin de terre perdu dans les Vosges ; il fut pour les paysans encore 
un peu sauvages de cette région couverte de forêts immenses, un 
gouvernant intègre mais assez sévère et veillant avec vigilance au 
respect des droits seigneuriaux. Peu populaire pour cette raison, rien 
en lui ne semblait alors prohiettre une métamorphose aussi complète 
que celle par laquelle Ruhl étonna ses contemporains. Cependant 
l'aristocratique et sarcastique Hofrat trouva, vers la fin de juillet 1 789, 
son chemin de Damas, et avec sa franchise naturelle, suivant les 
impulsions un peu capricieuses de son tempérament, il ne se gêna 
pas pour révéler ses convictions nouvelles au prince de Linange, qui 
en reçut la confidence avec une bonhomie vraiment touchante, si 
elle n'était pas inspirée seulement par la crainte de la Révolution 
déjà menaçante, et le libéra de son service ; il lui avait assuré déjà, 
en 1779 et en 1781, une pension fort respectable, vu l'état de ses 
finances '. 

I. Ce n'est pas précisément le trait le plus édifiant de son caractère que l'âpreté 
mise par R. à réclamer d'abord au pouvoir exécutif, puis au Directoire du départe- 
ment, la reconnaissance de cette charge grevant les revenus de Dabo. Dans sa séance 



IIO REVUE CRITIQUE 

Le reste de la carrière de Rûhl est mieux connu et M. M. ne nous 
apporte pas sur elle des lumières bien nouvelles. Mais il a bien résumé 
les sources, il les a jugées d'ordinaire avec discernement et si l'on 
regrette qu'il n'ait pas développé çà et là les idées ou les intentions 
de Ruhl, alors que l'analyse de ses discours au Moniteur le lui aurait 
permis, il a du moins mieux rendu qu'aucun de ses prédécesseurs la 
physionomie du député de 1792, devenu à l'Assemblée législative 
l'un des plus radicaux adversaires du Saint-Empire et de ses princes 
qu'il avait si longtemps étudiés et servis, le contradicteur acharné de 
son collègue de la députation du Bas-Rhin, G. G. Koch, le profes- 
seur de droit public, le rapporteur du Gomité diplomatique. Il l'a 
suivi également après sa réélection à la Gonvention, dans sa carrière 
de plus en plus agitée, louvoyant entre les partis qui se disputaient le 
pouvoir dans sa ville natale comme sur les bancs de la représentation 
nationale, et au milieu desquels l'ex-administrateur princier, le savant 
de cabinet a perdu plus d'une fois la claire notion de ce qu'il voulait 
lui-même. Il se laissait entraîner par des sympathies et des antipathies 
irréfléchies, par des accès de fièvre physique et morale, tantôt à droite 
et se voyait conspué dès lors par les Jacobins locaux, tantôt à gauche 
et les modérés et les feuillants le dénonçaient à leur tour '. Au fond, 
c'était plutôt un homme à tendances modérées ; sans la tempête 
révolutionnaire qui l'exalta il aurait écrit certainement le second 
volume de son Histoire de la maison de LinaJige-Dabo, et serait 
mort sans doute conseiller intime d'un ou de plusieurs petits princes 
du Saint-Empire romain-germanique. G'est une calomnie de pré- 
tendre « qu'il se montra sanguinaire dans les départements de la 
Marne et de la Haute-Marne » et qu'il y « passait sa vie à fournir les 
prisons et les échafauds » ". 

La partie du travail de M. M. qui nous satisfait le moins, c'est la 
dernière, où le laconisme de son récit devient extrême, soit qu'il ait 
craint de fatiguer le lecteur, soit qu'il n'ait pas voulu dépasser un 

du i5 février 1793, l'administration départementale statuant sur la pétition de R. 
(présent alors à Strasbourg comme commissaire de la Convention) lui délivra 
l'attestation voulue pour toucher les 2400 livres (pas 2000 livres, comme dit 
M. Maurer) ; chacune des deux pensions était de 1200 livres. J'ai la copie du 
procès-verbal du i5 février sous les yeux. 

1. M. M. aurait pu, ce me semble, tirer un peu plus largement parti des nom- 
breux documents, où il est question de Rûhl, empilés plutôt que groupés dans 
le Recueil des pièces authentiques servant à l'histoire de la Révolution à Strasbourg 
publié en lygS et connu sous le nom du Livre Bleu; personne n'a encore étudié 
de près leur origine ; ils se trouvent sans doute aux Archives municipales de Stras- 
bourg, mais personne n'a encore entrepris la confrontation nécessaire entre l'im- 
primé d'Ulrich et les originaux, pour voir s'ils sont tous authentiques — ce qui 
est assez probable — et surtout complets, ce qui l'est moins peut-être. 

2. Bonnal de Ganges, III, p. 201. Est-ce parce que R. a brisé la Sainte-Ampoule 
à Reims et forcé ainsi Charles X à commettre une fraude pieuse en 1825, qu'on 
le dénonce ainsi ? 



d'histoire et de littérature III 

certain nombre de pages d'impression. Et pourtant c'est après le 
9 thermidor, après que la réaction commence à s'accentuer à la fin 
de 1794, que Ruhl mérite le plus nos sympathies et montre le mieux, 
par son attitude, combien ses convictions républicaines sont sincères. 
Il n'est nullement compromis personnellement comme tel autre 
terroriste ; il n'aurait rien à craindre, s'il se tenait tranquille, et 
surtout s'il se rangeait du côté des vainqueurs, très accueillants d'ail- 
leurs comme on sait, pour les plus cruels bourreaux. Il y eut donc 
de sa part un véritable courage à lutter, comme il le fit, le soir du 
7 nivôse an III, par exemple, lorsque fut nommée la commission des 
Vingt-Un à propos de l'accusation de Lecointre. Il ne commit aucun 
acte coupable non plus en se levant à son banc, le i^"" prairial, et le 
Moniteur lui-même constata d'abord (XXIV, p. 504) qu'il « tâche 
d'apaiser un peu ceux qui l'entourent », ce qui certes n'avait rien 
d'illégal '. Cela n'empêcha pas, une fois le danger passé, le « respec- 
table » Garran-Coulon de dénoncer Rtihl « qui, le premier, a appuyé 
la proposition » des Jacobins. En vain. Bourdon de l'Oise, bien 
féroce lui-même, mais mû par un sentiment de pitié pour un collègue 
innocent, essaie de le soustraire au sort des montagnards déjà incul- 
pés. Il y a peu de scènes aussi révoltantes dans l'histoire de la Révo- 
lution que cette séance du 2 prairial ; c'est le digne pendant et la juste 
mais triste revanche de celle du 3i mai et dû i®"" juin 1793. On n'y 
voit pas seulement « un tas d'anonymes exaspérés par la terreur », 
comme l'a dit M. Claretie, mais des personnages marquants, raison- 
nables d'ordinaire, un Boissy d'Anglas, un Grégoire, un Dubois- 
Crancé, qui, à côté de crypto-royalistes comme Henri Larivière, 
d'anciens maratistes, comme André Dumont, demandent en paroles 
exaspérées la punition des traîtres. Et pourtant Boissy d'Anglas, tout 
en l'accusant, le défend en réalité contre ces déclamations furibondes, 
quand il constate que Rtihl lui a, la veille, remis au bureau sa propo- 
sition « de ne pas porter atteinte à la Constitution de 1798 et de 
s'occuper sans relâche d'assurer les subsistances de Paris ». Or l'une 
de ces mesures était absolument légale, puisque cette Constitution 
était la seule reconnue par le suffrage de l'assemblée et le suffrage 
populaire, et la seconde allait être votée à l'unanimité de ceux qui 
accusaient Rtihl et ses collègues. Quoiqu'on puisse penser des agisse- 
ments de certains d'entre eux (comme de Prieur de la Marne, par 
exemple, voulant dissoudre les comités), il est certain que le député 
du Bas-Rhin n'avait rien fait de plus que cent autres droitiers du 
Marais, c'est-à-dire qu'il était resté à sa place, au milieu du tumulte 
effrayant qui, des heures durant, emplit la salle des délibérations. 
C'est Clauzel qui, dans la séance du 8 prairial, raconte pour la pre- 
mière fois la grande forfaiture de Rtihl haranguant les révoltés, 

I. Cela n'empêche pas M. Bonnal de Ganges de parler de « l'odieuse conduite » 
de R., « excitant les passions des tricoteuses » [op. cit., p. 202). 



I I 2 REVUE CRITIQUE 

« convertissant en motion la demande consignée dans leur signe de 
ralliements, la tribune étant encore fumante du sang de Féraud ». 
Et c'est pour amener la condamnation de ses collègues, alors que 
leur doyen d'âge les avait déjà précédés dans la mort, que le représen- 
tant Sévestre vint lire, le 23 prairial, un extrait de ce procès-verbal 
de la séance, tel qu'il avait été primitivement établi. Tout ce dénoue- 
ment du drame méritait mieux que les deux courtes pages dont M. M. 
a fait l'aumône à ce compatriote. 

Je suis assez de l'avis de l'auteur que Riihl n'était pas peut- 
être d'un commerce très agréable en temps ordinaire, ni surtout dans 
les journées fiévreuses de la Révolution ; j'accorde volontiers qu'il a 
eu parfois des hésitations singulières dans sa ligne de conduite, 
encore qu'on puisse les expliquer par les relations personnelles de 
droite et de gauche qui, tour à tour, agissaient sur une nature prime- 
sautière et sur un corps débile que la maladie chronique avait détra- 
qué de bonne heure. Mais d'avoir continué à se prononcer pour des 
principes politiques, alors qu'ils étaient devenus une cause de suspi- 
cion ; d'avoir essayé de combattre pour sa part la réaction triom- 
phante qui devait jeter le masque, quatre mois plus tard ; d'avoir 
préféré mourir plutôt que de retomber sous l'esclavage dont il croyait 
avoir émancipé son pays : cela excuse et fait oublier bien des erreurs 
et bien des petitesses, cela fait que, d'un côté, comme de l'autre des 
Vosges, tous ceux qui voient dans la Révolution une œuvre néces- 
saire^ doivent quelque intérêt, sinon leurs sympathies, au député du 
Bas-Rhin qui en fut à la fois le défenseur et la victime. 

R. 



Ernest Picard. Bonaparte et Moreau, in-S" de ni-443 pp., 5 cartes. Pion igo5. 

Il est toujours scabreux de n'écrire qu'un morceau de biographie: le 
lecteur aime à chercher dans le passé tout entier d'un homme l'expli- 
cation ou la justification de certaines de ses attitudes. Certes, 

I. Nous réunissons ici quelques remarques de détail qui prouveront à M. M. 
avec quelle attention nous avons parcouru son intéressant opuscule. P. 26, il faut 
lire Leyser pour Leyrer. — P. 48, 1. i^/Sg pour ijSj. — P. 68, note i, lire 
Mailhe et Jaiicourt pour Meilli et Jeancourt. — P. 81, note 2, lire verkennen 
pour erkennen. — P. 82, il faudrait ne pas trop se fier à ce que Frédéric Schoell a 
pu dire de Rûhl dans sa défense de Dietrich. Il ne faut pas oublier que ce 
patriote, d'un libéralisme assez pâle, en somme, a fini dans la peau d'un réaction- 
naire et, ce qui pis est, dans celle d'un hofrat prussien. Il en est de même pour le 
pamphlet, Die Frankenrepiiblik, dont les lettres, assez spirituelles d'ailleurs, 
ont été écrites évidemment par un fonctionnaire allemand émigré. — P. 98, lire 
Lanjuinais pour Lanjuniais. — P. 1 12. Ce n'est pas dans la nuit du 23 mars 1794 
que furent arrêtés les Hébertistes, mais dans celle du i3 mars {23 ventôse II). 
— P. 1 18, le correcteur facétieux a fait un calembour funèbre en imprimant Naja- 
den au lieu de Noyaden, — P. 128, lire Billaud pour Billot. — P. 129, 1. Garran 
pour Garan, 



d'histoire et de littérature ii3 

M. Picard est instruit du passé de Moreau avant 1799; on voit qu'il 
ne s'est point contenté des biographies courantes et qu'il est informé 
par quelques documents nouveaux de ce que fut son héros avant le 
18 Brumaire; on voit aussi qu'il connaît les dernières années de 
Moreau et sa triste fin. Nous ne trouvons là qu'une raison de plus de 
déplorer qu'il ait borné à quelques années, à la vérité culminantes, 
l'ouvrage qu'il nous livre aujourd'hui. Rien n'explique mieux le 
Moreau de 1799 que celui par exemple de 1797 et rien ne nous fait 
mieux comprendre le Moreau de. 1804 que celui de 1812. Ecrire une 
biographie complète, dont les chapitres les plus importants nous sont 
d'ailleurs donnés ici, eût coûté à M. le commandant Picard quelques 
années de travail en plus, mais un pareil livre nous donnerait une satis- 
faction et je dirai une sécurité que ce volume ne nous procure point. 
M. Picard lui-même, faute peut-être d'avoir étudié le général dans 
tous les moments de sa vie, paraît un peu incertain sur le jugement 
qu'il faut porter, somme toute, à son sujet. 

Manifestement eh effet le livre veut être favorable à Moreau ou, plus 
exactement, est défavorable à Bonaparte auquel M. Picard ne par- 
donne point « l'attentat de Brumaire, l'abolition de la liberté, le des- 
potisme impérial, et son ambition démesurée ». Et telle est l'impres- 
sion qui cependant ressort de l'ouvrage qu'elle est, à mon sens, sin- 
gulièrement plus favorable à Bonaparte qu'à Moreau. 

Si la liberté fut « abolie » hors de « l'attentat de Brumaire » et « le 
despotisme impérial » fondé, ce fut du consentement, avec la conni- 
vence et l'active complicité de Moreau. Et de deux choses l'une, ou 
Bonaparte en renversant le Directoire, n'abolissait point la liberté qui, 
de fait, depuis fructidor n'existait plus, et Moreau se trouve justifié 
d'avoir accepté la tâche de geôlier des directeurs, ou Bonaparte joua 
Moreau et dès lors celui-ci fait en cette tragi comédie, plus qu'il ne 
conviendrait à son intelligence, figure de sot. 

Si d'autre part, Moreau arriva à se déclarer contre Bonaparte, il 
faut chercher des explications; celle qui nous montre Moreau révolté 
contre les progrès du despotisme, la conclusion du Concordat et 
l'établissement du Consulat à vie, ne se trouve guère justifiée même 
après lecture du livre. Il semble bien qu'au sens de M. Picard « les 
griefs personnels de Moreau avaient accentué son opposition républi- 
caine ». Mais si on cherche à reconstituer la liste des griefs avec les 
pages très complètes, très nourries, très consciencieuses de cet ouvrage, 
il faut bien vite reconnaître qu'ils sont purement imaginaires. 

Il est peu de personnes que Bonaparte ait, dans le cours de sa car- 
rière, autant ménagé que Moreau. On a pensé qu'il avait entendu l'avilir 
en l'associant, dans un rôle qui parut bas, dans la journée du 19 bru- 
maire. Cela ne ressort d'aucun texte : dans le désir intense qu'il avait 
que tout ce qu'il y avait d'hommes de valeur et de patriotisme apportât 
son concours au futur gouvernement, Bonaparte voulut que le 



I 14 REVUE CRITIQUE 

« Fabius de la République » fut, pour sa propre satisfaction, associé aux 
débuts de ce gouvernement. S'il l'eût cru compromis, pourquoi l'eût-il 
à ce point ménagé par la suite? Il lui donne l'armée du Rhin après 
avoir délibéré de la conduire lui-même. Il fait plus que l'accabler des 
marques de son estime et de son amitié auxquelles d'ailleurs Moreau 
répond tout d'abord par des protestations d'un dévouement sans 
bornes au nouveau gouvernement: Bonaparte lui sacrifie ses propres 
conceptions stratégiques : à deux reprises il conçut des plans d'inva- 
sion en Allemagne que Moreau refusa d'agréer ; M. Picard admet 
volontiers qu'ils étaient fort supérieurs à ceux de Moreau; de fait, la 
victoire de Hohenlinden ne vint justifier Moreau qu'après d'intermi- 
nables manœuvres dont, avec sa conscience d'historien et son expé- 
rience d'officier d'État-major, le commandant Picard ne se dissimule 
aucune des erreurs; la foudroyante campagne de Napoléon en i8o5 
devait au contraire démontrer la supériorité du plan que dès 1801 
Bonaparte eût volontiers imposé à Moreau. Il vit celui-ci toujours 
prêt à se froisser, s'irriter, renoncer au commandement. Encore que 
les lieutenants mêmes de Moreau, DessoUe particulièrement, donnas- 
sent au fond raison à Bonaparte, le consul céda : gros sacrifice 
d'amour propre dont Moreau ne mesura point l'étendue. 

Vainqueur, celui-ci rentra en France et fut assiégé par l'opposition : 
il était assez timoré, n'aimant point risquer ni rompre, il écouta d'une 
oreille toutes les sollicitations, celles des généraux mécontents, des 
tribuns épurés, des Jacobins sur le pavé et des chouans conspirateurs, 
ne les écoutant que d'une oreille, avec un sourire vague et d'incer- 
taines pensées; on ne peut dire qu'il fut leur instrument : Louis XVIII 
ne crut jamais à sa complicité : mais il ne disait jamais : non, ayant, 
suivant une expression qui le peint, « des velléités plus que des 
volontés et des idées plus que des opinions.» 

On l'aigrissait cependant contre Bonaparte : celui-ci eut peut-être 
plus que Moreau le droit de s'irriter. Le consul avait entendu faire 
entrer Moreau dans sa famille, lui fit offrir Hortense; s'il est vrai que 
non content de décliner cette offre obligeante, Moreau répéta publique- 
ment et à plusieurs reprises « qu'on avait voulu le faire entrer dans 

cette f famille, mais qu'il avait su s'en débarrasser », il faut avouer 

que le propos manquait de courtoisie. 

Il se maria : les femmes vinrent achever de tout brouiller; c'est 
une histoire assez commune. Bonaparte a toujours trouvé des femmes 
contre lui; M™^ Moreau et sa mère furent du nombre; tout vouait 
Moreau à être l'instrument d'une belle-mère énergique et intrigante. 
Elle l'achemina plus sûrement que tout à la rupture. Mais vérita- 
blement on reste déçu lorsqu'arrivant au terme de ce livre : Moreau et 
Bonaparte, on s'aperçoit que le procès y tient vingt lignes. 

En revanche, la campagne de Moreau occupe une très belle place 
et tel est le grand mérite de ce livre. M. Picard met à la portée du lec- 



.. . 1,5 



D HISTOIRE ET DE LITTERATURE 

teur le moins averti le fruit d'études très spéciales: l'organisation 
de l'armée du Rhin, les plans, l'entrée en campagne, les opéra- 
tions d'Ulm et de Hohenlinden, tout est étudié avec beaucoup 
de conscience et raconté avec beaucoup de talent. La minutie de Tin- 
formation ne nuit nullement à la clarté de l'exposition, et nous avons 
là, je pense, l'histoire définitive d'une campagne jusque-là mal connue 
dans ses détails. 

M. Picard s'est servi avec beaucoup de bonheur de très nombreux 
documents. Sa bibliographie m'a paru très complète. Les mémoires 
inédits du général Decaen, conservés à la bibliothèque de Caen et que 
ce livre me donne fort grande envie de voir publier, ont fourni à 
M. Picard des détails tout à fait nouveaux, souvent importants et 
presque toujours très piquants. L'auteur n'a négligé aucun de nos 
dépôts : archives nationales, archives des affaires étrangères, de la 
guerre, et même archives particulières de l'artillerie et du génie assez 
rarement consultées : il a exploré les archives de la guerre à Vienne, 
ce qui lui a permis d'entendre les deux sons : mais sa principale 
source reste notre dépôt du ministère de la guerre au sujet duquel 
l'officier historien nous dit dans son introduction bibliographique des 
choses fort intéressantes et fort utiles. 

Écrit avec une simplicité qui n'exclut pas la grâce, après avoir été 
étudié avec une conscience qu'éclairait l'expérience technique, ce 
livre a donc beaucoup de mérite. Je le trouve un peu incertain dans 
ses conclusions : peut-être l'historien ne pouvait-il, après tout, nous 
donner mieux que par le caractère un peu vacillant de sa pein- 
ture, l'image de ce cerveau sans idées arrêtées, de cette âme timorée, 
de ce cœur froid, de cet être toujours partagé que fut Moreau. Je con- 
tinue à regretter que l'étude du personnage ait tenu dans un des épi- 
sodes — fût-il le principal — de cette vie d'un héros, soldat sans 
reproches dont les circonstances seules — plus qu'une volonté arrêtée 
— firent de 1795 à 1804 un ambitieux sans hardiesse et, presque 
malgré lui, un prétendant au pouvoir, que d'autres circonstances 
après i8o5 acheminèrent hélas ! à la pire banqueroute. 

Louis Madelin. 



I. André Le Breton. Balzac; l'homme et l'œuvre. Paris; A. Colin, in- 18 de 
295 pages. 
H. Joachim Merlant. Le roman personnel de Rousseau à Fromentin. Paris, 
Hachette; in-i6 de xxxv-424 pages. 
III. Marius-x\ry Leblond. La société française sous la Troisième République 
d'après les romanciers contemporains. Paris, Alcan; in-S" de xvi-3i4 pages 
(Bibliothèque d'histoire contemporaine). 

I. Les études de M. Le Breton sur le roman français le conduisaient 
tout naturellement à ce livre sur Balzac ; et, s'il avait pu jusqu'ici 
canaliser en quelque sorte son histoire de la production romanesque 



I l6 REVUE CRITIQUE 

du xvii% du xviii'^ et des débuis du xix^ siècle, il ne pouvait guère 
manquer, en arrivant à Balzac, de laisser le courant qu'il suivait 
s'élargir et s'épandre. Il faut le féliciter d'avoir su, par une division 
ingénieuse, éviter le danger de la dispersion et occuper tour à tour 
assez de points de vue importants pour examiner à peu près tous les 
aspects essentiels de Balzac. A une psychologie et une biographie 
succinctes de VJiomme, à une substantielle enquête sur les origines 
[littéraires] du roman balzacien \ succèdent les chapitres consacrés à 
la Comédie humaine, à son plan, aux qualités d'observation et de 
rendu qui en illustrent les chefs-d'œuvre ; puis une sorte de decres- 
cendo nous amène à Vin/Iuence, en passant par les excès d'imagina- 
tion, \e pessimisme, la surproduction. L'inconvénient de cette disposi- 
tion, c'est peut-être de laisser du puissant créateur une impression 
plutôt rétrécie, de faire la part plus belle à la « critique des défauts » ', 
et de mettre surtout en valeur les insuffisances d'une œuvre inégale 
et complexe : d'autant que M. Le B., qui excelle à parer d'émotion 
discrète ses délicatesses d'esprit et de goût, est beaucoup moins élo- 
quent et pressant lorsque le gigantesque et l'énorme dans l'œuvre de 
Balzac sont en cause. Et faut-il attribuer à des répugnances ana- 
logues ou à d'autres motifs l'espèce de scrupule qui l'empêche de 
jamais citer le nom d'Emile Zola, sinon (p. ii8 et 289) par péri- 
phrase? 

Un certain nombre d'indications, éparses dans le livre de M. Le B. 
comme elles le sont dans l'œuvre de Balzac, auraient valu qu'on 
les coordonnât, elles aussi : j'entends les approximations scientifi- 
ques de l'écrivain, celles du moins qui sont en quelque relation 
avec ses vues et ses procédés de psychologue et d'observateur. Si 
insuffisantes que soient les concordances physico-morales proposées 
par Lavater et Gall ^ et admises par Balzac, si superficielle et hâtive 
qu'ait pu être son initiation aux théories de Cuvier et Geoffroy Saint- 
Hilaire, si tardivement qu'apparaissent les idées systématiques déve- 

1 . Sans remonter jusqu'au Château d'Otrante, il faut reconnaître que l'école 
romanesque d'A. Radcliffe n'a pas eu besoin, pour se fonder, de la « grande convul- 
sion » de la Révolution (p. 57). Et c'est bien avant « les premiers jours du 
XIX* siècle » (p. 56) que le roman anglais alimente chez nous cette variété hasar- 
deuse de la littérature d'imagination : cf., en 1787, les traductions du Souterrain, 
du Vieux baron, ou les revenants vengés, etc. Il eût été intéressant de marquer ce 
que Balzac a pu devoir, pour la partie élégante de son œuvre, au roman d'analyse 
à personnages aristocratiques : il avait tant à apprendre de ce côté! 

2. Il y a certainement d'autres inadvertances, même dans les chefs-d'œuvre de 
Balzac, que le « une fois peut-être » de la note p. 120. Dans le Père Goriot, 
Mme Vauquer, « âgée d'environ cinquante ans », tient sa pension soit depuis qua- 
rante, soit depuis trente et un ans. 

3. Lavater ne venait pas d'être traduit en français (p. 100), puisque la première 
traduction des Essais sur la physionomie commença à paraître dès 1781. Le plus 
important des travaux de Gall est écrit non en allemand, mais en français (même 
page). 



d'histoire et de littérature 117 

loppées dans V Avant-propos de 1842, il ne semble pas qu'un aperçu 
d'ensemble puisse sans préjudice ne traiter qu'épisodiquement tout 
ce côté de la pensée de Balzac. « Il ne suffit pas d'être un homme, il 
faut être un système », faisait-il écrire en i835 à F. Davin ; et une 
bonne part de son « système » sociologique est là — peut-être même 
de son pessimisme. En tout cas, c'est Jeter un jour sur ses descrip- 
tions de milieux et de personnes que de rappeler des théories comme 
l'unité de composition organique et la corrélation des formes. Cette 
tentative de synthèse aurait-elle enlevé de son agrément littéraire à 
un livre aimable et facile? Elle aurait pu servir, à tout prendre, de 
point de rattachement à une série importante de remarques *. 

II. Le roman personnel comprend, pour M. Merlant, deux varié- 
tés : le roman autobiographique, étude continue d'un moi, « confi- 
nant à la méditation religieuse et philosophique », et le roman d'ana- 
lyse ou roman intime qui s'est développé tout près de lui et a parfois 
confondu ses destinées avec les siennes. Or, si la première de ces 
variétés a des frontières assez distinctes, la seconde ne laisse pas 
d'être moins nettement définie : d'où quelque incertitude dans le 
choix des œuvres considérées ; et l'on ne voit pas bien à quel titre en 
sont exclus VArmance de Stendhal, VÉlie Mariaker de Boulay-Paty, 
Louis Lambert^ Sous les Tilleuls, et d'autres œuvres moins connues, 
mais également significatives, telles que la Cécile de Jouy (1827) ou 
Madame de Mably de Saint-Valry (1837). C'est surtout pour l'époque 
romantique, au moment où le roman social commence à menacer le 
roman intime, que l'on aurait souhaité que l'information de M. M. 
fût aussi étendue qu'elle l'est, par exemple, pour la littérature de 
l'Empire : car il eût été intéressant de voir par quelles étapes 
l'égoïsme du roman personnel, après avoir « singulièrement appro- 
fondi le don de sympathie pour l'humanité », s'achemina vers l'obser- 
vation altruiste plus apitoyée. (C'est en effet une des « thèses » les 
plus ingénieuses, et les plus dignes d'être fortement démontrées, de 
M. M., « que l'autobiographie a rafraîchi et renouvelé [dans notre 
littérature] le grand courant d'humanité, tari au siècle passé par la 
critique des mœurs, l'esprit de satire et d'épigramme ».) 

Le dépouillement attentif d'une littérature considérable et un sens 
très subtil — visiblement aiguisé sur la casuistique de M. Barrés — 
des problèmes de l'individualisme font du livre de M. M. une contri- 
bution importante, bien qu'un peu confuse et compacte, à l'histoire du 
roman. L'analysed'Oèermizn«,enparticulier, est aussi approfondie que 
possible : mais n'est-elle pas un peu bien prolongée, puisque enfin ce 

1. Je persiste à croire — M. L. B. n'envisage point cette hypothèse— que 
Modeste Mignon doit beaucoup à la révélation du « cas » Gœthe-Bettina, qui fit 
beaucoup de bruit en France en 1842 et 1843. N'y a-t-il pas un peu d'exagération 
à ranger Labiche (p. 284) parmi les auteurs dramatiques influencés par Balzac? 
Lire Caleb Williams, p. 76 et 77. 



î 1 8 REVtJE CRITIQUÉ 

n'est que par une sorte d'extension que le « roman personnel » peut 
s'accommoder d'une manière de journal intime aussi dénué d'action 
extérieure '? D'une façon générale, les parties d'analyse réussissent 
beaucoup mieux à M. M. que les efforts synthétiques ou les études 
d'évolution. C'est ainsi qu'il néglige, pour la genèse même du 
roman personnel et son dégagement hors des formes antérieures, le 
rôle qu'ont certainement joué, dans la première moitié du xviii* siè- 
cle, les publications de correspondances : il y avait, dans ces échanges 
de lettres de personnages réels, un peu de « l'àme qui fait les autobio- 
graphies », et beaucoup du procédé communément employé par le 
roman d'analyse. C'est ainsi, d'autre part, qu'il ne semble pas tirer, 
pour le roman intime du commencement du xix* siècle, tout le parti 
convenable de la renaissance religieuse et des combinaisons que le 
scrupule chrétien pouvait former avec des habitudes d'esprit léguées 
par rage antérieur \ 

Regrettons enfin qu'une extrême gaucherie dans la typographie 
— en particulier dans l'emploi des italiques ^ — et d'assez nombreuses 
fautes d'impression diminuent le plaisir qu'on aurait à suivre l'auteur 
dans des explorations psychologiques qu'il est très qualifié pour con- 
duire *. 

III. Où est le temps où le roman était considéré comme la fiction 
par excellence et le genre qu'il semblait le plus légitime d'opposer à 
l'histoire? MM, Marius-Ary Leblond, romanciers eux-mêmes, n'hé- 
sitent pas à « édifier un certain système sociologique — vision d'en- 
semble et philosophie de la société » — sur les données fournies par le 
roman contemporain. La vaste enquête qu'ils entreprennent à travers 
la littérature romanesque des trente dernières années, afin de dégager 
les linéaments essentiels de la société de la Troisième République, 
offre-t-elle toutes les garanties d'exactitude qu'ils lui supposent ? Il 
faudrait, pour en être convaincu, attribuer un sens bien littéral à 



1 . Je crois pouvoir assurer M. M. que la popularité ai Obevmann dans les pays 
cités p. 144 est due plutôt au goût de la vie intérieure et du scrupule qu'à la « vie 
sociale stagnante ». 

2. L*opinion vraie de Gœthe sur Valérie n'est pas aussi louangeuse que M. M. 
semble l'indiquer, p. 173. « Ce livre est nul, écrit-il à Eichstâdt le 21 avril 1804, 
sans qu'on puisse dire qu'il soit mauvais, mais c'est précisément cette nullité qui 
lui vaut la faveur de bien des gens... » Jamais Al. de Stakieff ne s'est tué (p. 177 
et i85), et cela change évidemment le point de vue qu'il convient de prendre en 
face de M"» de Krudener. 

3. Cf. surtout p. 63, 1. 10; p. 89; p. i3i, où une note ne se rapporte à rien; 
p. 279,338, 345, etc.- Les renvois bibliographiques sont, de même, d'une négli- 
gence singulière. 

4. Pixérécourt n'a pas écrit de romans (p. xxxii) ; lire Schmettau (p. 65), Claire 
Dtiplessis et Clairaut, et Lafontaine (p. 93), Sévelinges (p. 98) ; la citation d'une 
lettre de M"'^ de Staël à Cam. Jordan (p. 238) réunit indûment des passages sans 
rapport l'un avec l'autre ; lire Lezay (p. 279); Julia Severa est de 1822 (p. 317); 
lire Jay (p. 334). 



D HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE II9 

Tancieiine proposition selon laquelle « la littérature est l'expression 
de la société » . Même avec les chances nouvelles de précision qu'énu- 
mère la Préface — littérature réaliste préoccupée de reproduire 
objectivement la vie, certitude émanant de l'ensemble des documents 
consultés, — les résultats de cette étude restent assez aventureux. Je 
ne disconviens pas qu'ils ne puissent très souvent coïncider avec la 
vérité; leur fondement méthodique ne m'en paraît pas moins incer- 
tain. Est-on jamais bien sûr que « l'ensemble des romanciers » serve 
au dépouillement statistique? Et l'absence d'un groupe ou même 
d'une œuvre isolée ne pourrait-elle, à elle seule, infirmer les consta- 
tations acquises d'autre part ? Le chapitre de la Noblesse, par exemple, 
ne cite aucun des romans d'où l'on dégagerait une sorte de rénova- 
tion physiologique et sociale de l'aristocratie, due au retour à la terre 
et à la culture (Saint-Phlin dans V Appel au Soldat, et tant de types 
plus récents de gentlemen farmers français). Ailleurs, c'est le goût si 
légitime des romanciers pour les « cas » singuliers et rares qui com- 
promet la sécurité de l'enquête, etil n'est pas bien sûr qu'on obtienne 
une « moyenne » en additionnant un très grand nombre d'observa- 
tions qui ont pu porter sur des anomalies '. Enfin, MM. M.-A.-L. 
remarquent fort justement (p. 167) que le Robert Greslou de Bourget 
s'est « surmené et perverti à lire les romans qui dépeignaient presque 
exclusivement la noblesse » : combien d'œuvres dites d'observation 
procèdent en réalité, pour une bonne part, de la littérature antérieure 
et n'ont qu'une valeur documentaire seconde! 

Le procédé de contrôle le plus efficace dont cette diligente, mais 
décevante enquête eût pu s'assurer, c'eût été de rechercher la moyenne 
d'adhésion ou de désaveu rencontrée par les romans les plus signifi- 
catifs. S'il est vrai que « la critique n'eut plus à approuver ni à con- 
damner V imagination et les conceptions des auteurs, mais à se pro- 
noncer sur l'exactitude, la vérité des personnages », il y aurait là une 
sorte de rapport constaté entre la réalité et le roman, qui pourrait ser- 
vir, mieux que le roman lui-même, à fonder une systématisation 
sociologique. 

Tel qu'il est d'ailleurs, ce livre, d'une inspiration généreuse où se 
retrouve souvent l'influence des Rosny, mais d'un style singulière- 
ment tendu % a l'avantage de présenter une vue synthétique de quel- 
ques-uns des sujets les plus fréquemment traités par le roman con- 
temporain. Les divisions pourraient en être plus homogènes, et c'est 
changer véritablement de point de perspective que de passer de Ven- 
Jant, âge de la vie, aux professions des officiers et des financiers, à 

1. Cf., par exemple, le duc de Lorraine, dans le Mystère des Foules de 
P. Adam : il est, sauf erreur, dessiné d'après Stanislas de Guaïta, personnage 
d'exception dans sa caste même. 

2. Qu'aurait dit Flaubert de « la tristesse de faillite de l'existence de l'officier 
moyen » (p. gS) ? Et que penser (p. 222) de « cet enlumineur de vitraux à fine tôte 
de Christ qui suggère de la crucifier » ? 



I20 REVUE CRITIQUE d'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

la caste de la noblesse, aux anarchistes et aux socialistes, qui repré- 
sentent des opinions. Mais il y a, dans ce dépouillement de quelques 
centaines de romans contemporains, une carrière de documents dont 

l'histoire littéraire pourra faire son profit. 

F. Baldensperger. 



Paul ViTRY. Tours et les châteaux de Touraine. [Les villes d'art célèbres). 
Paris, Laurens, igoS, in-8°; i8o p. et 107 gr. 

Pour faire, dans la série des Villes d'art célèbres, la monographie 
de Tours, M. Vitry se trouvait naturellement désigné : nul n'était^ en 
effet, mieux préparé que lui, par ses longues recherches sur Michel 
Colombe et la sculpture tourangelle. 

M. Vitry, suivant Tordre chronologique, a divisé son livre en cinq 
grands chapitres, dans lesquels il a examiné successivement l'art 
antique et le haut moyen âge, l'art roman et Fart gothique, la 
« grande époque tourangelle » (xv« et xvi' siècles), les temps clas- 
siques, et la période moderne. 

Sans doute M. Vitry a pu s'aider des travaux de ses devanciers, et 
surtout de ceux de M. Ch, de Grandmaison ; mais il a eu le mérite de 
bien montrer l'unité de cet art tourangeau, fait de simplicité et de 
modération, caractères qui apparaissent dès le ix* siècle, et qui per- 
sistent jusqu'au moment où les vieilles traditions provinciales sont 
submergées sous l'uniformité d'un art officiel imposé par la Cour. 11 
faut savoir gré à M. V. de ne pas s'être arrêté à la fin du xviii* siècle, 
et d'avoir consacré tout un chapitre au Tours moderne; pourtant l'on 
serait tenté de le trouver un peu trop indulgent pour certains édifices 
contemporains, d'une lourdeur bien impersonnelle. Quelques pages 
sur les grands châteaux de Touraine complètent d'une façon utile cet 

intéressant volume. 

J. M.V. 



— Dans une note, publiée par la. Revue critique du i5 juillet, M. Thomas se 
refuse à admettre le type Arvernia, supposé par moi en rendant compte de ses 
Nouveaux Essais : je crois en effet qu'il a raison, et il ne m'en coûte nullement 
de le reconnaître. Puisque jusqu'à nouvel ordre la forme masculine Alvernhe 
semble être la plus ancienne en roman, c'est évidemment de Arvernicum qu'il 
faut partir; c'est à la phonétique locale à expliquer la transformation pour ce 
mot et pour les autres que signale M. Th. (en tout cas y>o\xv Saintonge, il faudrait 
partir non de Santonicum, mais de Sanctoniciim). — Quant au cas de recovrier et 
encombrier, la rectificarton de M. Th. prouve à tout le moins que sa première 
rédaction n'était pas absolument claire, et « qu'on pouvait aisément s'y tromper ». 
Si l'on suppose une action des verbes similaires, l'existence en latin vulgaire des 
types recuperium et incomberium devient en effet admissible, quoiqu'il n'y ait de 
sûre à peu près que celle de reproberium (grâce à improperium). — E. Bourciez. 

Propriétaire-Gérant : Ernest LEROUX. 

Le Puy, Imp. R. Marchessou. — Peyriller, Rouchon et Gamon, successeurs. 



REVUE CRITIQUE 
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

N° 33 - 19 août — i905 

Wackernagel, Grammaire sanscrite, II, i. — Evetts, Histoire des patriarches 
d'Alexandrie. — L'Abrégé chronologique de Tite-Live, p. Kornemann. — Gh. 
ScHMiDT, Le grand-duché de Berg. — Derrécagaix, Berthier, IL — Fr. Masson, 
Jadis et Souvenirs de Duviquet. — D'Avenel, Les Français de mon temps, — 
Nouvelle, L'authenticité du quatrième Évangile et la thèse de M. Loisy. — 
S. Reinach, ApoUo. — Eva Scott, Le roi. en exil. — Ben Jonson, p. Mallory 
et de Winter. — Spingarn, Les Sources des Discoveries de Ben Jonson. — 
CouRTNEY, Bibliographie anglaise. — Du Bled, La société française du XVI° au 
XX" siècle. — Faust, trad. Sceiropp. — Letainturier-Fradin, Les joueurs d'épée 
à travers les siècles. — Voïnov, La question macédonienne. — Congrès des 
Universités populaires. . . - 



Altindische Grammatik von Jakob Wackernagel. II, i. Einleitung zur Wort- 
lehre. Nominalkomposition '. — Gôttingen, Vandenhoeck. u. Ruprecht, 1905. 
In-8, xij-329 pp. Prix : 8 mk. 

Qui ne ferait même qu'ouvrir au hasard ce demi-tome II de la 
grammaire de M. Wackernagel s'expliquerait d'un coup-d'œil les. 
neuf ans. écoulés depuis l'apparition du tome I«r. On ose à peine- 
songer a«^ centaines de fiches détaillées qui ont dû servir à l'élabo- 
ration de cette vaste statistique, et l'on se sent pénétré de respect 
devant un travail qui suppose le dépouillement et la lecture, non 
seulement de tous les ouvrages qui traitent de la composition sans- 
crite, indo-éranienne ou indo-européenne et de tous les articles qui- 
touchent de près ou de loin à ces questions, mais encore de tous les 
essais de traduction ou d'interprétation des Védas publiés depuis un 
quart de siècle ou au-c«là. Vraiment M. W. nous a donné là ce que 
lui seul, à défaut de W .Imey, était capable de réaliser. 

Statistique, 'ai-je dit; n,*îs^ce n'est là que le côté matériel de l'œuvre, 
Classeinent, faut-il ajouter : classement clair, méthodique, définitif 
dans les cas sûrs, et discussion minutieuse et pénétrante de ce classe- 
ment dans les cas douteux. Le système à la fois si varié et si cohérent 
de la composition nominale se déroule tout entier devant le regard : 
d'abord au point de vue morphologique et phonétique, -- forme de 
chacun des deux termes et forme de la commissure; — puis au point- 
de vue sémantique, — copulatifs, déterminatifs, possessifs, etc. ; — 
et ce que la langue-mère y a fourni et ce que le sanscrit y a apporté 
de son crû se détachent en vigueur, de par la vigilance d'un contrôle 

I. Cf. Revue critique, XLI (1896), p. 121. 

Nouvelle série LX, 33 - 



122 REVUE CRITIQUE 

comparatif qui ne laisse point passer un mot sans lui demander ses 
titres d'origine. Quand ce livre sera pourvu d'un index, il aura rendu 
presque inutile la consultation de toute autre grammaire. 

De critique générale, je n'en ai qu'une à formuler, de pure forme 
au surplus, et qui ne vise pas même l'auteur, puisqu'il n'est pas le 
seul — tant s'en faut — à transcrire par un s accentué la sifflante pala- 
tale. A supposer que cette graphie présente sur le ç quelques avan- 
tages, au moins devrait-elle être proscrite, soit des textes accentués, 
soit à plus forte raison des livres, tels que celui-ci, où s'agitent tant 
de délicates questions accentuelles : à tout moment, alors que le 
nombre des accents ou la place de l'accent unique est directement en 
cause, le regard s'aheurte à un mo| qui semble marqué de trois 
accents, tandis qu'il n'en a qu'un, uniquement parce qu'il contient 
deux sifflantes palatales. Le Congrès de Genève a fait au sanscritisme 
un legs onéreux, que la linguistique allemande aurait bien dû n'ac- 
cepter que sous bénéfice d'inventaire. Pour moi, j'en laisse ma part à 
qui la veut prendre, et j'en viens à l'examen du détail. 

P. 14 : la rédaction du n" 4 a impliquerait une exception à la règle 
donnée au tome I", n° 260 d ; or il n'en est rien puisque celle-ci y est 
expressémement restreinte au ç final. — P. 26, 1. 7 : lire R. V, II. 9. 
I c. — P. 45 : la forme tvasxrîmatî est-elle effectivement une fémini- 
sation artificiellement double de tvastrmat, ou, en d'autres termes, 
signifie-t-elle « en possession deTvastar »? Remarquons que le texte le 
plus ancien (T. S. I. 2. 5. 2 h) porte tvdstîmatî, qui est inexplicable 
sans une corruption. D'autre part, c'est l'épouse qui prononce ce mot, 
tandis que son mari dit tvastumantah (Âp. Çr. S. X. 23. 8), autre 
corruption évidente. La liturgie n'est pas à un raffinement près : il se 
pourrait très bien que l'époux se déclarât en possession de Tv. mâle, 
et l'épouse, de son côté et par symétrie, en possession d'un Tv. 
femelle, par ailleurs inconnu. — P. 62 : si l'on souhaite une correc- 
tion pour écarter le composé assez déconcertant paçvâyantrdsô, la 
moins forcée est celle de Bergaigne, pâcv J 'antrâsô ', qui n'exige 
qu'un accent de plus ; il est vrai (\ne pàcu f*\ un mot rare. — P. 88 : 
ai-je mal compris ? l'auteur semble enseigr^'^pque/'Mfrz « fille » n'existe 
que comme second terme d'une composition \ — P. 116 : anarvd 
« invulnérable » et ses succédanés se laissent ramener, par addition de 
suffixes à initiale vocalique, à un thème *aru- « blessure », que le 
composé arumtuda indique comme doublet de drus. — P. 118 : le 
verbe fr. charmer est un simple dérivé de charme et ne suppose en 
aucune façon un lat. *carmndre. — P. 126, 1. 6, rétablir la linguale 
de durnaça, correctement écrit d'ailleurs p. iSg, 1. 4 du bas. — 
P. 140 (et cf. p. 273) : on ne s'explique point que M. W., s'il ne 



1. Bergaigne-Henry, Manuel... ^"édique, p. 64, n. 14. 

2. «Auch pà. ptitti ist ausschlicsslich kompositionell » (1. 14). 



d'histoire et de littérature 123 

l'adopte pas, au moins ne mentionne pas le terme de « composés pos- 
sessifs » employé par beaucoup de linguistes pour désigner les bahu- 
vrîhis ; ce terme, sans être parfait (tant s'en faut), dit assez bien ce 
qu'il veut dire, et une nomenclature qui a le mérite d'être simple peut 
se faire pardonner de n'être point absolument adéquate. — P. i 54 : on 
peut ajouter aux exemples cités la juxtaposition pvthivi iitd dyauh. 
(R. V. I. II 3. 20, etc,), où pvthivi est traité comme pragrhya quoique 
le texte pada ne porte point prîbivi iti: — P. 166 : un exemple très 
caractéristique de l'application de la règle 71 b a, c'est y âj y dnuvâkyê 
puisque l'anuvâkyâ en fait précède toujours la yâjyâ '. — P. 168 : j'ai 
traduit sambddhatandryàs (A. V. x. 2, 9) par « les accablements de la 
souffrance ' » ; j'ai peine à croTre que ce soit un composé copulatif. — 
P. 171 : copulatif, au contraire, et non pas simple composé de nuan- 
cement (dunkelrot) est, dans le Véda, l'adjectif nllalohitd^ qui désigne 
dans les cérémonies magiques « deux fils en croix », l'un bleu foncé, 
l'autre rouge, dont on lie un objet ou un petit animal \ — P. 178, 
je lis que divd- dans divdkard ne peut signifier que « bei Tag » ; 
p 2i3, avec renvoi à p. 178, que divd- dans ce mot n'est pas instru- 
mental : alors qu'est-il donc? — P. 23o : l'auteur remarque que l'ac- 
centuation de vîdhrê est exceptionnelle ; mais est-il sûr que ce vîdhrê 
soit un composé? et quels en sont les éléments? — P. 235 : puisque 
l'accent de vrsanvasu (sur la i""* syllabe) semble indiquer un composé 
possessif, et que l'épithète s'applique ordinairement aux Açvins, la 
traductkîn la plus vraisemblable est « dont la richesse est le mâle » 
(les donateurs de l'étalon Paidva) \ — P. 25 i : la traduction de vrsa- 
kapi par « Mann-Affe n'est exacte que si l'on entend par là « miinn- 
licher Affe » ; car vrsan ne signifie pas « Mann ». — P. 25 5 : en citant 
mon opinion sur pitdmahd, M. W. ajoute que l'ordre des mots y con- 
tredit ; je croyais avoir prévenu l'objection dans ce passage même *; 
en indo-européen l'épithète essentiellement caractéristique de la per- 
sonne se place après \\ substantif (populus Romanus). — P. 327 : 
qu'on me permette d'ajoHer, aux exemples de composés faits d'une 
phrase ou d'un fragmei^'V phrase, le latin adultéra venu de ad alte- 
riim [ivit on similaire *Jr^ -'"' 

1. L'observation en avait déjà été faite par Sâya«a : sur Ait. Br. I. 4. 8. 

2. L'accentuation ne s'y oppose pas et ne saurait prouver le dvandva, puisque 
précisément tandri isolé est oxyton. Pour la justification du sens général, voir la 
note de mon A. V., x-xii, p. 48. 

3. Cf. W. Caland, Altindisches Zaubenittial, 40, 4 (p. iSy), etc., et V. Henry, ta 
Magie dans VInde antique, s. v. Noir-et-rouge. 

4. Bergaigne-Henry, op. cit., s. v. 

5. Revue Critique, XXX (1890), p. 82, 

6. Mém. Soc. Ling., VllI, p. 448. —Je ne me hasarde pas à y joindre mon éty- 
mologie de pûramdhi [ib., IX, p. 97 sq.), qui décidément me paraît condamnée 
par le silence universel; et pourtant elle s'accommode bien au caractère de la 
Pârendi avestique, qui est le génie « des trésors cachés » (J. Darmesteter, Z. A.,\, 
p. 46r, n" 10. 



t 24 REVUE CRITIQUE 

Il est à supposer que M. Wackernagel a coUigé à la fois les maté- 
riaux de la composition et de la dérivation : nous pouvons donc espé- 
rer que la 2' partie de ce volume, pour n'être pas moins parfaite que 
la i'«, se fera toutefois moins attendre. 

V. Henry. 



History of the patriarchs of the Coptic church of Alexandria. I. Saiut 
Mark to Theonas (3oo). Arabie text edited, translatcd and annotated by 
B. EvETTs. Paris^ Firmin-Didot (1904) granîl in-S" (format de Migne), 1 16 pages, 
7 francs (pour les souscripteurs : 4, 35, port en sus). 

Ce volume forme le fascicule 2 du tome I de la Patrologia orien- 
talis, publiée par les soins de Mgr Graffin et de M. F. Nau. Il donne 
sur la même page le texte arabe et la traduction anglaise. Lorsque 
l'édition sera achevée, le traducteur donnera une introduction, qu'il 
.accompagnera de notes philologiques et historiques, intéressant les 
;Coptes et la destinée de leur église à travers lies âges; l'ouvrage com- 
plet renfermera la liste des patriarches et des gouverneurs d'Egypte, 
des index et une série de termes ecclésiastiques arabes empruntés aux 
langues étrangères. 

On sait de quelle importance est pour l'histoire de l'église A'omaine 
en particulier et pour l'histoire en général le Liber pontificalis ; à côté 
•des pièces apocryphes nombreuses qui y figurent, on y peut puiser 
de précieux renseignements sur la vie des papes jusqu'à la fin du 
,ix* siècle, sur les actes des martyrs, sur les églises et leurs destinées 
(construction, dotations, destructions) ; on y trouve également le 
texte de nombreux décrets pontificaux, dont l'importance fut capitale 
sur le développement de l'Eglise. L,' Histoire des Patriarches d'Alexan- 
drie que publie M. Evetts en texte et trad-Jction est, comme il le dit 
lui-même dans son avertissement, le J''^^^ pontificalis de l'Église 
copte. Les sources en sont, pour les ^^^liers siècles, Eusèbe et 
quelques Actes primitifs; puis, avec les siècles, l'horizon s'élargit, et 
la série des biographies dues à la plume d'historiens contemporains 
des événements va s'augmentant de plus en plus. 

Pour établir son texte, M. Evetts a utilisé sept manuscrits; six qu'il 
mentionne dans son avertissement, p. 104, et un en appendice; il a 
surtout suivi le ms. 3oi de Paris, dont il reproduit la pagination. 
Les caractères arabes, dessinés et gravés exprès pour la Patrologie 
orientale et utilisés pour la première fois, sont élégants, clairs, et 
facilitent de ce chef la lecture. L'établissement du texte n'allait pas 
sans de grandes difficultés, que le savant éditeur a heureusement 
surmontées; il faut, en outre, lui savoir gré et le féliciter d'avoir de 



d'histoire et de littérature 125 

suite accompagné son texte d'une traduction en langue européenne, 
ce qui facilitera les recherches et évitera aux érudits et aux historiens 
d'avoir à attendre la fin de la publication pour pouvoir la consulter. 
Le fascicule se termine par un appendice dû à la collaboration de 
M. Paul Theillet, qui a relevé les principales variantes du ms. arabe 
de Paris, n° 4772. 

Le travail de M. Evetts est déjà relativement ancien, car, s'il n'a 
été adressé aux souscripteurs qu'à la fin des grandes vacances, il avait 
paru en juillet, comme nous l'apprend un intéressant compte rendu 
de M. l'abbé Nau, publié dans le numéro de juillet de la Revue de 
VOrient chrétien (1904, p. 284-291). Le commencement de cette 
publication nous fait bien augurer de la suite et nous fait désirer d'en 
voir à bref délai la continuation. 

F. Macler. 



Die neue Livius-Epitome aus Oxyrhynchus, Text und Untersuchungen von 
Ernst KoRNEJiANN. Mit einer Tafel. Leipzig, Dieterich (Theodor Weicher), 1904. 
5 ff. et i3i pp. in-S". Prix : 6 Mk. [Beitràge \ur alten Geschichte, Zweiter Bei- 
heft). 

Le quatrième volume des Oxyrhynchus Papyri, paru en 1904, 
contien't.les fragments d'un rouleau, qui porte au recto un abrégé 
chronologique de Tite-Live, au verso VÉpitre aux Hébreux (texte 
grec). L'abrégé chronologique, rédigé en latin, a été aussitôt l'objet 
d'articles et d'études. A la première édition a succédé presque aussitôt 
celle que nous donne M. Kornemann. 

Le rouleau avait une hauteur de 26 centimètres. L'abrégé chronolo- 
gique pouvait occuper une vingtaine de colonnes. Il en subsiste huit, 
la plupart fort endommagées, et quelques débris insignifiants. Chaque 
colonne comptait 27 à Y/^^ignes d'environ 32 à 37 lettres, soit à peu 
près la moyenne de 3\py^'';^'''*res fixée autrefois par Graux dans ses 
recherches sur la sticho^txïe'. L'écriture est une onciale mêlée de 
quelques caractères de la minuscule (lettres b d h m q). On ne peut 
descendre plus bas que la première moitié du iv^ siècle pour dater 
cette onciale : c'est le temps de la copie de VEpitre aux Hébreux. A 
mon avis, on ne doit pas remonter beaucoup plus haut non plus ; j'ai 
l'impression que M. K. aune tendance à vieillir un peu trop le docu- 
ment. 

La nature de certaines fautes est à noter. Bien avant la constitution 
de la minuscule carolingienne, elles sont de même nature que celles 

I. Revue de philologie, t. II (1878), p. i23. 



120 REVUE CRITIQUE 

que pourrait commettre un scribe du x* siècle en transcrivant un 
manuscrit du ix« : i?nnantes pour minantes, Mumaniis pour Mummiiis, 
Lîilio pour Liiiio. Ces confusions devront nous inspirer une grande 
prudence quand nous aurons à raisonner sur la tradition médiévale 
des auteurs classiques et à faire des hypothèses sur la forme des 
archétypes. 

Les colonnes I-III contiennent l'extrait des livres conservés de 
Tite-Live XXXVII-XL; les colonnes IV-VIII, celui des livres perdus 
XLVIII-LV. 

Les trois premières colonnes permettent de juger le soin et la 
méthode de Tabréviateur par la comparaison avec l'original. La dis- 
position est celle des annales. Les noms des consuls, écrits en 
avance sur la marge forment l'en-tête pour chaque année. Bien que 
Tite-Live suive lui aussi l'ordre annalistique, il s'en affranchit quel- 
quefois pour une série défaits. L'abréviateur, contraint par son cadre 
à plus de rigueur, a çà et là réparti un peu arbitrairement ces détails. 
Mais surtout il a fait un choix. Il a omis des événements d'une impor- 
tance politique assez grande : les événements d'Étolie (XXXVIII, 
i-iii, 8), le traité conclu avec les Étoliens (x-xi), le traité imposé à 
Antiochus (xxxvii-xxxix), le débat sur la prise d'Ambracie (xliii-xliv, 
8), le triomphe de Manlius (xliv, 9-L, 3i, etc. En revanche, il n'omet 
pas les incidents pittoresques, les traits de caractère, les belles répli- 
ques, tous « les dits et faits mémorables » que collige un Valère- 
Maxime. La vengeance de Chiomara, femme du chef galate Ortiago 
(T.-LivE. XXXVIII, xxiv; Valîcre-Maxime, VI, i, ext. 11) ; J-à com- 
plaisance infâme de L. Quinctius Flamininus (T.-Live, XXXIX, xlh, 
5; Val. M., II, ix, 3); l'acquittement de Galba obtenu par les pleurs 
de ses fils (T.-Live, XLIX; V. M., VIII, i, abs. 3); la femme d'Has- 
drubal se jetant dans les flammes qui détruisent Carthage (T.-Live, 
LI ; V. M., III, II, extr . 8); l'humanité de Q. Metellus, qui préfère 
lever le siège de Centobriga que de frapper le fils d'un transfuge (T.- 
Live, LU ; V. M., V, i, 5); le combat singulier de Q. Occlus et du 
Celtibère Tyresus ou Tyresius(T.-LivE, L^S* V. M., III, 11,21); la 
sévérité de T. ManliusTorquatus pour.i^-^ "V Silanus (T- Live, LIV; 
V. M., V, viii, 3) ; la mort de Viriathe y^^E, LIV ; V. M., IX, vi, 
4) ; l'acquittement de Cotta accusé par Scipion Emilien (T.-Live, 
LV; V., M., VIII, i, abs. m). ' 

Ces rapprochements montrent a?scz le caractère et le but de tels 
aide-mémoire. Chez les Romains, l'histoire, comme toute la littéra- 
ture, relevait de la morale. Elle formait en quelque sorte le dépôt 
d'archives où se trouvaient recueillis les documents de notre condi- 
tion et de nos instincts. La tradition de l'école conservait et embel- 
lissait tous ces souvenirs : il n'était pas d'homme cultivé qui ne les 
connût. Les brèves mentions du papyrus n'eussent pas suffi à les 
apprendre; mais on était bien aise de les retrouver, rappelés d'un mot 



D HISTOIRE ET DE LITTERATURE I 27 

et placés sous leur date. Nous savons d'ailleurs que ces préoccupa- 
tions étaient vivaces sous Dioclétien : c'est le temps de Lactancc. Il 
est cependant curieux d'en avoir une nouvelle preuve dans une forme 
aussi na'ive, pour ne pas dire aussi fruste. 

M. K. est bien plus occupé de Qiiellenforschnng. Pour lui, les 
abréviateurs de Tite-Live forment deux familles, la famille des abré- 
gés littéraires : les Periochae B de Tite-Live (série complète), Flo- 
rus, Orose, le Pseudo-Victor ; la famille des sommaires chronolo- 
giques : les Periochae A (n'existent plus que du livre I) et l'abrégé 
d'Oxyrhynque. Il fait remonter la première à cet Epitome Liiiii dont 
tant de philologues parlent ccnme s'ils l'avaient vu; la seconde, à 
une chronique perdue, dérivée elle-même partiellement de l'^'/JzYome. 
A la seconde, se rattachent Julius Obsequens, F.utrope, Festus ', 
L'abrégé n'est pas d'ailleurs exempt de traces de l'influence exercée 
par la première famille, c'est-à-dire par V Epitome. 

Ces hypothèses sont ingénieuses et, sur plus d'un point, vraisem- 
blables. Mais elles reposent sur un principe discutable. Tout procède 
de Tite-Live ; mais, en dehors de la chiquenaude initiale, rien n'en 
procède directement. Car, si l'on admet qu'un abréviateur ait eu la 
curiosité ou la possibilité de consulter l'original, une partie des rap- 
ports qu'on établit entre lui et ses congénères pourra recevoir une 
explication qui le fera sortir du tableau généalogique ou qui le trans- 
portera dans une autre place. Le principe est une pièce assez impor- 
tante du système pour qu'on ne l'accepte pas sans de sérieuses proba- 
bilités. 

En ce qui concerne le papyrus, je croirais volontiers que le rédac- 
teur a eu sous les yeux autre chose qu'une chronique ou qu'un extrait 
de V Epitome. Sous 565/189, nous lisons : P. Lepidinus pontifex 
maximus, Q. Fabiiim praetorem quod flamen Qiiirinalem erat.^ profi- 
cisci in Sardiniam (proliibnit). Il y a dans Tite-Live, XXXVII, xli, i : 
Certamen inter P. Licinium pontificem maximum fuit et Q. Fabium 
Pictorem flaminem Quirinalem. L'abréviateur a copié distraitement 
Quirinalem. Ib., on a : '^■IhocCjriia de Solis dediicta., phrase inintelli- 
gible. C'est la fusion de deux données différentes : Rhodii de Solis 
egcrunt (T. L., ib., lvi, 7), et : Bononia deducta (lvii, 7). Au même 
endroit, le papyrus donne l'ordre suivant : Lusitani (uastati), SL^sàvc 
des Rhodiens, fondation de Bologne ; Tite-Live : Rhodiens, Lusita- 
niens, Bologne. Or, en parlant des Lusitaniens, Tite-Live emploie 
l'expression prius aliquanto[hvn, 5). Cette expression a guidé l'abré- 
viateur qui a placé l'affaire des Lusitaniens d'abord. Mais il avait lu 
trop vite. Tite-Live dit : In qua prouincia [Hispania\, prius aliquanto 



I . M. Otto Rosshach, qui a publié sur le papyrus d'intéressants articles, Berli- 
ner pliilol. Wodienschrijt, 1904, col. 1020; igoS, col. 223, croit que l'extrait 
d'Oxyrh} nquc et les Periochae A sont identiques. 



128 REVUE CRITIQUE 

quam successor ueniret, L. Aemiliiis Paullus... cumpriore anno haud 
prospère rem gessisset^... pugnauit ; fusi fugatique hostes. Ce contre- 
sens peut remonter plus haut que l'auteur du texte nouveau, bien 
qu'il s'explique mieux s'il n'a subi aucun contrôle postérieur. Mais 
les autres fautes me paraissent n'être pas de nature à passer à travers 
le filtre de résumés successifs. Il en est de même du génitif Orgia- 
gontis devenant un nominatif féminin : Chiomara n'est pas nommée 
dans Tite-Live; mais son histoire commence par les mots Orgiagon- 
tis reguli uxor : Orgiagontis a été prispour un nominatif (XXXVIII, 

XXIV, 2). 

Un philologue hollandais, M. van Wageningen, a supposé que 
notre abréviateur s'est contenté de relé\er les notices marginales d'un 
Tite-Live '. Cette hypothèse pourrait expliquer certaines confusions; 
l'œil a pu se reporter de la marge au texte et le rédacteur inattentif, 
faisant vite une besogne payée, a mêlé le tout. 

En tout cas, ces abrégés multiples nous font comprendre comment 
les ouvrages étendus de l'antiquité ont pu disparaître et aussi de 
quelle importance a été le rôle de Tite-Live jusqu'aux derniers temps 
de l'Empire : tous les résumés de l'histoire de la République dépen- 
dent de lui. 

La découverte d'Oxyrhynque enrichit aussi notre connaissance des 
événements. Le papyrus place au commencement de 606/148 la mort 
de Massinissa que beaucoup d'historiens modernes, à la suite d'Ap- 
pien, dataient de 605/149. Nous pouvons maintenant répartit^ exacte- 
ment entre les années 605/149 et 606/148 les événements qui se 
déroulèrent en Macédoine lors de l'usurpation d'Andriscus, le 
Pseudo-Philippe. C'est surtout dans l'histoire des guerres d'Espagne 
que le papyrus met pour la première fois l'ordre et la clarté. Il nous 
fait connaître exactement la succession des généraux romains, leur 
qualité, la durée de leur commandement. Pour la première fois, la 
date de la mort de Viriathe se trouve fixée de manière incontestable 
à 61 5/1 39. Cette date avait été proposée par Mommsen; mais tout le 
monde ne l'avait pas acceptée, mêmee'i Allei/nagne. Une histoire plus 
logique et plus certaine des luttes des'^onr/^.ns en Espagne est désor- 
mais possible ; c'est un travail qui pourrait tenter quelque jeune 
savant. Plusieurs dates de l'histoire intérieure sont confirmées ou 
rectifiées (p. 104): l'incendie de Rome (606/148), la distribution des 
trésors de Mummius (612/142), la condamnation de D. Silanus par 
son père adoptif (614/140), le tribunat de Ti. Claudius Asellus 
(614/140), l'expulsion des Chaldéens (6i5/i39), la lex Gabinia tabel- 
laria {61 5/ i3g), l'incarcération des consuls, la punition des déserteurs 
et l'accusation portée par Scipion contre Cotta (6i6/i38). Le papyrus 



I. Muséum^ décembre 1904,00!. 108, 



D HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE I 29 

nous fait surtout mieux connaître Tirritaiion que les guerres inces- 
santes et les levées continuelles provoquaient dans Rome; il éclaire 
les origines du mouvement des Gracques. 

M. Kornemann a mis le plus grand soin à publier et à commenter lé 
texte nouveau '. Grâce à lui, il entre dans l'apparat de l'histoire litté- 
raire et de l'histoire politique. 

Paul Lejay. 



Charles Schmidt, Le grand duché de Berg (i 806-181 3); Étude sur la domination 

française en Allemagne sous Na'->oléon I'"', xvi-52i, in-8. Paris, Alcan, igo5. 

> 

On commence depuis quelques années à étudier scientifiquement, 
suivant les procédés rigoureux des méthodes modernes, l'influence 
qu'ont exercée sur l'Europe contemporaine la révolution française 
et la conquête impériale. Gœckc-Ilgen d'abord, Thimme ensuite 
nous ont raconté les destinées du royaunie de Westphalie, sans que 
leurs travaux, d'ailleurs estimables, aient épuisé la question. Dans 
une monographie, qui est souvent citée comme un modèle et qui jette 
en effet une lumière précieuse sur toute l'histoire de l'Allemagne à 
cette époque, M. Paul Darmstsedter nous a parlé du grand duché de 
Francfort. M. P'isher a publié sur la politique napoléonienne en 
Allemagne un travail d'ensemble, nécessairement un peu sommaire 
et dont "toutes les parties n'ont pas la même valeur, mais qui repose 
sur des études originales, très solides, très consciencieuses et qui 
trace un cadre commode de recherches. Un des casiers de ce 
cadre général est dès maintenant rempli par le livre excellent que 
M. Schmidt vient de nous donner sur le grand duché de Berg. C'est 
un travail qui dénote les qualités les plus sérieuses et il sera accueilli 
avec reconnaissance par tous ceux qui s'intéressent aux origines du 
monde actuel. 

I. Il y était au mieux pvcparé par ses études sur l'époque des Gracques. — 
Ligne 5i, cc(f {d barré) peiT^ètre tn^^ mauvaise lecture de ad duo. — 89-90 : 
altération profonde; faut-il' supposer u.--texte primitif: Vticenses bénigne Roma- 
nis aiixiliati? — 114-115 .M. Cato respondit \ <^cum nec caput~> ncc pedes nec 
cor haberent. Dans le supplément de la ligne i i5, lire : quod nec caput . Quod, â 
cette date et dans ce document, au lieu de la proposition infinitive donnée par la 
Periocha, est le mot attendu. Le texte de M. Rossbach : eam... habere introduit une 
correction qui me paraît superflue [Berl. pliil. Woch., 1905, col. 229). — 122- 
12? : H asdriibal... per fragmenta subselli socius est; M. K. corrige inutilement en 
occisus : socius est pour saucius. — 184 : lictor estragem redde. M. K. est très 
embarrassé par Ye de estragem; c'est une forme vulgaire comme escola, espiritiim, 
etc. Elle n'est pas sans intérêt à cause de l'ancienneté du document. Ici encore les 
corrections de M. Rossbach paraissent trop s'éloigner du texte (/. c.,col. 23o). — 
Noter aussi, ligne 182, la graphie Assellum (cognomen), supposée par le texte fau- 
tif Amassilium. 



l3o REVUE CRITIQUE 

M. Sch., qui est archiviste, a consulté avec une telle diligence les 
dépôts de France et d'Allemagne qu'il est bien probable qu'aucun 
document essentiel ne lui a échappé. Il n'apporte dans son enquête 
aucune idée préconçue de quelque nature qu'elle soit ; il n'a ni thèse à 
démontrer ni passion à satisfaire ; il se contente de nous dire simple- 
ment, clairement, ce que lui montrent les pièces ; son livre inspire la 
confiance la plus absolue. Il n'a évidemment d'autre préoccupation 
que de déformer le moins possible l'image de la réalité, telle que la 
lui révèlent les documents originaux. 

Il nous expose d'abord les origines de ce petit état, né sans doute 
moins d'un calcul politique que du désir de trouver une souveraineté 
pour Murât et Caroline, et il nous raconte les changements de fron- 
tières et d'attribution que lui impose l'iiVcertiiude de la pensée du 
maître. Il étudie ensuite l'établissement du régime français, l'organi- 
sation administrative, judiciaire et financière, l'introduction du code 
civil et l'abolition du régime féodal. M. Sch. a le sens de la réalité, 
il sait que les textes de lois et les décrets ne suffisent pas à nous 
donner une image exacte des événements, et nous pouvons, grâce à lui, 
nous rendre un compte précis de l'action qu'ont vraiment exercée sur 
l'évolution morale et naturelle du peuple des ordonnances retentis- 
santes et souvent peu appliquées. Il me paraît sur ce point marquer 
avec beaucoup de tact et de finesse la portée réelle de ces réformes. 
Les mots ont une valeur intrinsèque et il n'était pas indifférent de 
proclamer en principe l'égalité de tous les citoyens. Ein Stoss ptusste 
von aussen kommen, écrit Jean de Mùller, et M. Sch., qui a pris ces 
paroles pour épigraphe, nous indique par là qu'il faut évidemment 
rechercher dans l'influence française une des causes essentielles du 
mouvement libéral allemand au xix« siècle. Mais le besoin de liberté 
et d'égalité furent excités, non pas satisfaits par les réformes napo- 
léoniennes. 

Peut-être l'auteur n'a-t-il pas ici dégagé les résultats avec assez 
de vigueur : comme les représentants de « la plus jeune école histo- 
rique », il s'efîace devant les textes, il redoute, les affirmations géné- 
rales parce qu'il sait qu'elles renferment n^essairement une part 
d'erreur; il faut pourtant bien s'y rés'/gner et ii me semble qu'il aurait 
dû ne pas hésiter à formuler plusprécisément certaines conclusions 
qui ressortent de son récit. — De très bonne heure, la politique 
impériale nous apparaît ainsi comme incohérente, flottante et capri- 
cieuse, et si on a pu en fournir avec la même vraisemblance tant d'expli- 
cations contradictoires, c'est sans doute qu'elle n'était pas dirigée par 
une pensée ferme et suivie, mais qu'elle était à la merci des événe- 
ments, sans autre loi que la fantaisie mobile d'une imagination mer- 
veilleuse et changeante ; cette absence d'une volonté continue et d'un 
but constant, les contemporains s'en sont très vite rendu compte et ils 
n'ont pas apporté beaucoup de conviction à accomplir leur tâche, parce 



d'histoire et de littérature i3i 

qu'ils n'espéraient pas la terminer. D'autre part, nous sommes encore 
sous l'impression des portraits prestigieux que Thiers et Taine ont 
tracés de Napoléon, — et ces portraits ne sont pas faux : il n'est pas 
douteux ainsi que la force de travail de l'Empereur, sa puissance 
d'attention, sa lucidité, sa pénétration, sa mémoire étaient prodi- 
gieuses; — mais les forces et les facultés humaines les plus extraor- 
dinaires ont leurs limites : très vite le maître est débordé parles affaires 
et l'Empire n'est plus gouverné. Les diverses régions en sont aban- 
données à l'autorité discrétionnaire d'un proconsul, qui est paralysé 
plus que contenu par une surveillance intermittente qui ne s'exerce ni 
avec beaucoup de justice ni avec une grande efficacité. Les meilleurs 
administrateurs sont sans ct^ se arrêtés par l'intervention des grands 
fonctionnaires parisiens, à la' fois négligents et jaloux, en même temps 
qu'ils sont condamnés à se faire les serviteurs d'exigences fiscales dérai- 
sonnables. Ils se découragent et se bornent à éviter « les affaires » et à 
sauver les apparences. Comme d'ailleurs la plupart ont été choisis 
parmi les représentants les plus timides de la Révolution et qu'ils 
sentent que le maître s'éloigne tous les jours davantage de son 
origine, ils atténuent autant que possible les instructions qu'ils 
reçoivent, ménagent les privilèges sans les rassurer, et ne parviennent 
nulle part à organiser un parti français qu'il eijt été cependant possible 
de constituer, — au moins pendant quelque temps, — par une poli- 
tique de réformes vigoureuses. 

Malgré ces hésitations et ces atermoiements, le régime nouveau 
marquait cependant un progrès si considérable, et, d'ailleurs, l'idée 
nationale en Allemagne était encore si rudimentaire qu'au début, les 
populations acceptèrent leur sort sans résistance et même sans mau- 
vaise humeur. Les impôts, très lourds, les monopoles, la conscription 
provoquèrent quelques plaintes, mais, d'après M.Sch., elles ne devinrent 
générales et menaçantes qu'à la suite de la crise industrielle qui sévit 
depuis 1809 et qui va depuis lors en s'aggravant jusqu'à la crise finale. 
M. Sch. a écrit à ce sujet un chapitre très neuf et très suggestif. Les 
régions qui avaient servivà composer le grand duché de Berg avaient, 
dès ce moment-là, une inj;ustrie très active; elles furent complètement 
ruinées, — non pas à proprement pîirler par le blocus continental, — 
mais par la coïncidence de ce blocus -et du régime prohibitif français 
qui leur ferma tout débouché : « Les rubans de fil et de laine de Bar- 
men, les lacets, dentelles et siamoises d'Elberfeld, les draps de Lennep, 
de Huckeswagen, les lames de Solingen étaient célèbres»; Dusseldorf 
était un grand entrepôt de commerce ; toutes ces villes actives et popu- 
leuses se trouvèrent en quelque sorte étouffées entre l'Angleterre et la 
France, et la politique impériale qui leur interdisait toute relation avec 
la Grande-Bretagne, et, d'autre part, fermait à leurs produits les 
marchés de France et d'Italie, était aussi barbare qu'imprévoyante; il 
était fatal qu'elle provoquât des haines irréconciliables. Il avait été 



l32 REVUE CRITIQUE 

assez indifférent aux ouvriers des bords de la Wupper d'être français 
ou allemands, mais ils ne pouvaient pourtant pas se résignera mourir 
de faim. 

Ce sont là des considérations fort importantes et curieuses, et il est 
certain qu'il conviendra désormais d'en- tenir un compte très sérieux; 
il faudra bien que l'on se décide à entreprendre l'histoire économique 
du régime napoléonien, et M. Sch. nous aurait rendu un service émi- 
nent si seulement il nous avait rappelé notre ignorance presque com- 
plète en pareille matière. — Maintenant, n'est-il pas allé un peu loin dans 
les conséquences qu'il tire des documents? Comme la plupart de ses 
contemporains, il semble dominé par les explications matérialistes de 
l'histoire, et je n'ai certes pas la moindrf intention de nier l'impor- 
tance des questions économiques, à condkion seulement que l'on se 
souvienne aussi que la parole de l'Évangile est toujours vraie et que 
l'homme ne vit pas seulement de pain. M. Sch. insiste sur ce fait que 
les premières tentatives d'insurrection contre Napoléon ont eu pour 
théâtre les régions industrielles du pays de Berg : mais est-il bien sûr 
que la misère ait été la seule cause de ces mouvements, et qui prouvera 
que ces ouvriers ne se sont pas révoltés parce qu'ils avaient l'esprit 
plus éveillé et que la domination étrangère leur était ainsi plus intolé- 
rable ? — « A mon grand regret, écrivait Beugnot, j'ai vu qu'on encom- 
brait de Prussiens nos institutions, parce qu'un homme baptisé prussien 
est tout aussi endurci qu'un hébreu circoncis; l'esprit de secte dont ils 
sont empreints est ineffaçable; comme les Juifs rêvent le Messie, ils 
révent le retour de la gloire de la monarchie de Frédéric II ». — Beu- 
gnot, — et ce n'est pas un des moindre mérites de M. Sch. de nous 
l'avoir démontré, — est un historien assez fantaisiste; sa mémoire 
est souvent infidèle, et ses témoignages partiaux; c'était un courtisan 
plus adroit que scrupuleux, mais il avait beaucoup d'esprit, de perspi- 
cacité et de flair. Il jugeait vite, un peu sommairement, et il ne disait 
pas tout, mais ce qu'il disait était juste. Comme lui, j'incline à penser 
que le souvenir de Frédéric II n'a pas moins contribué que les souf- 
frances provoquées par le régime protectionni5te à amener le soulève- 
ment de l'Allemagne et que la révolte du p^riotisme germanique ne 
s'explique pas principalement par des raisons de tarifs. Ce sont là 
d'ailleurs uniquement des nuances sur lesquelles la discussion est per- 
mise; de même à propos de l'influence qu'a exercée sur Stein l'exemple 
de la Wesiphalie et du grand duché de Berg. Pour Stein au moins, 
— non peut-être pour Hardenberg, — je crois bien que les historiens 
allemands ont raison contre MM. Cavaignac et Schmidt. Peu im- 
porte : sur ces questions délicates, la polémique ne sera jamais 
épuisée et il n'est pas possible d'arriver à une certitude. Mais ces 
différences d'opinion sur des points infiniment obscurs et difficiles 
ne sauraient en rien affaiblir les sentiments d'estime profonde que 
m'inspire le livre de M. Sch. et qu'il inspirera sans aucun doute 



d'histoire et de littérature i33 

à tous ses lecteurs. M. Sch. est jeune; nous avons le droit d'atten- 
dre beaucoup de lui '. 

E. Denis. 



Le maréchal Berthier, par le général Derrécagaix, 2^ partie, 1804-1815. Paris, 
Chapelot, iqo3. In-8", 18 et 612 p. 7 fr. 5o. 

Ce volume nous semble supe'rieur au précédent. Il y a encore 
quelques longueurs, quelques négligences; mais le récit est plus serré, 
Napoléon n'écrase pas Berthier, et l'auteur juge le maréchal avec im- 
partialité. On voit le hérc\sde M. Derrécagaix grandir de plus en plus, 
devenir vice-connétable, major-général, le premier des maréchaux et, 
en certaines circonstances, leur supérieur, et il est, avouons-le, moins 
abordable, moins sympathique. Toutefois son zèle ne se ralentit pas, 
au moins jusqu'à 181 3, et c'est grâce à sa vigilance que l'armée impé- 
riale accomplit ses mouvements; il sait toujours répondre aux désirs 
de l'Empereur et assurer partout et à tout instant l'exécution de ses 
ordres. Même en 1809, au commencement de la seconde campagne 
d'Autriche, lorsqu'à lieu l'erreur de la concentration autour de Ratis- 
bonne, Berthier ne fait que se conformer aux instructions de Napo- 
léon et n'ose pas s'en écarter. On louera surtout dans ce volume les 
aperças que donne M. D. sur l'organisation des états-majors et les 
considérations instructives qu'il présente sur l'ensemble des opéra- 
tions de chaque campagne. Il n'a pas connu un curieux témoignage 
de Mollien {Mém., Kl, 431) qui rapporte qu'en 181 5 Napoléon 
regrettait vivement de ne pas retrouver Berthier. Mais il reconnaît 
que le compagnon d'armes de l'Empereur ne pouvait être garde de 
corps du Roi, et il montre très bien, d'un bout à l'autre de l'ouvrage, 
que Napoléon avait besoin, pour réussir, d'un homme comme Ber- 
thier, et que le service d'état-major doit au prince de Wagram une 
grande partie de ses traditions. La publication de M. Derrécagaix 
sera donc très utile à l'^iistoire. 

/" A. C. 



i.Très peu d'erreurs ou d'inadvertances. Mais personne n'échappe tout à fait aux 
inattentions. — A la page 21, il y a une confusion évidente, et il ne peut pas être 
question d'un décret signé à Potsdam par le roi de Prusse pendant que Napoléon 
était à Berlin; — p. 265, peut-on dire que la domination française ait introduit 
en Allemagne une notion nouvelle, celle de l'intervention de l'Etat en matière d'en- 
seignement? L'allgemciue Landredit prussien, pour ne pas remonter plus haut, 
proclame très nettement le devoir de l'État d'assurer l'instruction de tous les habi- 
tants. — Les citations allemandes ne sont pas toujours très correctement imprimées, 
ainsi, p. SSg, note i. — P. 442 : en i8o5, l'Allemagne entière fut soulevée comme 
par enchantement. —C'est bien étrange. L'Allemagne soulevée quand la Prusse 
est neutre, la Bavière, le Wurtemberg, etc., sont allis de la France! 



1 34 REVUE CRITIQUE 



Frédéric Masson, de l'Académie française, Jadis. Paris, OUendorff, 1903. In-S", 
III et 368 p. 3 fr. 5o. 

Souvenirs de Maurice Duviquet (de Clamecy). Paris, OlIendorlF, 1905. In-S", 
X et 328 p. 3 fr. 5o. 

On accueillera volontiers les études et articles que M. Masson 
publie sous le titre de Jadis. Il y a beaucoup de détails curieux dans 
l'étude sur le déisme pendant la Révolution. Celle qui traite des 
jeunes de langues est très attachante, aussi attachante qu'instructive. 
Les pages sur les courses en France, sur l'image vraie de Napoléon, 
sur l'argent et les quadrilles à la cour impériale se lisent également 
avec intérêt. Malmaison pendant le Consuht est tout à fait charmant, 
et l'auteur montre fort bien que s'il y a un lieu qui symbolise à 
souhait la période consulaire, c'est celui-là. Deux courtes notices, l'une 
sur les débuts de Murât, l'autre sur Berthier, major-général, terminent 
le volume, et on y trouve, comme dans toutes les autres — il y en a 
seize — le même agrément et le même savoir '. 

Le Duviquet, dont M. M. publie les souvenirs, est le frère du Duvi- 
quet qui remplit toute sorte d'emplois et qui Huit comme critique des 
Débats. Il a été prisonnier à Thouars avec Quetineau; il a fait des 
campagnes en Italie comme vivrier ; il a été, grâce à son neveu, le 
général Allix, directeur en chef des poudres et salpêtres de Westpha- 
lie. Il décrit volontiers, et de façon intéressante, les villes^'où il 
séjourne, et de ci de là, ce philistin narre de curieux détails, d'amu- 
santes anecdotes. M. Masson a bien fait de ne pas charger ce texte 
un peu mince de notes et de références; il s'est contenté de vérifier 
les noms propres, et il juge avec raison que l'auteur a toujours été 
bien informé \ 

A. C. 



1. P. 18. le nom du représentant cité est Baille et n-tn Bayle; p. 335, on peut 
ranger Grandpré, Jemappes, Saint-Trond dans la prçjnière campagne de l'armée 
du Nord ; mais il n'y a pas alors de « siège de Laiiurecies » et ces mots sont à 
supprimer; — p. 359-36o, c'est le 21, et non le 20 août 1792 que Berthier est 
suspendu et il partit pour l'armée de la Vendée avant le 11 mai 1793 (sans 
doute à la tin de mars) puisque Carra l'envoie le 7 mai, d'Angers, au Comité de 
Salut public. 

2. Il y a pourtant quelques menues rectifications à faire. P. 94, le libraire 
grenoblois s'appelait Falcoz et non Falcoii. Lire p. io5, Randouiller et non Ran- 
douillet ; p. igi Chàlon et non Clidlons. P. 199, le nom du ministre de la police 
est Dondeau et non Donneait. P. 222, Verdun est sur la Meuse, non sur la Marne. 
Lire p. 234, Giessen et non G/5e«, p. 235, feuer et non fàer, p. 238, de Malchus 
et non du Malchus, Salha comte de Hoene et non Sala de Hane, p. 280, Heldring 
et non Helding, p. 283 et 3 16, Hadel et non Hadliel, p. 3o7, Schulte et non 
Sclitilt.P. 3i2, Lille futassiégc par les Autrichiens seuls, et non. par les Autri- 
chiens et les Prussiens réunis. 



d'histoire kt de littérature i35 

Vicomte G. d'Avenel. Lea Français de mon temps. 6^ édit. Paris, Pion, 1904, 
in-i8, p. 352. 

Ce livre est sans doute un délassement aux études plus graves de 
l'historien et de l'économiste, mais il leur emprunte la part principale 
de son intérêt. Les Français de son temps, M. d'Avenel ne peut les 
regarder qu'en les comparant aux Français du passé, d'ailleurs d'un 
passé plus voisin que lointain, et il sait d'un parallèle suivi sans 
rigueur taire jaillir d'inattendus enseignements. Quelques-uns de ces 
rapprochements pourront sembler forcés ou légèrement colorés de 
paradoxe; les fréquentes analogies qu'on peut observer dans toutes les 
périodes historiques n'empêchent pas que des différences profondes 
ne les séparent. Nous not s exagérons sans douie souvent celles-ci, 
parce que nous tenons plv^ compte des idées que des faits, des formes 
nouvelles sous lesquelles la politique, l'opinion, les livres déguisent 
la réalité des choses. L'auteur qui s'est habitué à pénétrer aux diverses 
périodes de notre évolution les grandes lois qui la gouvernent, qui a 
plus regardé notre vie privée que notre vie publique, est moins dupe 
de ces apparences, et son livre aura le mérite d'avertir ses contempo- 
rains de leur prêter aussi moins d'autorité. Sur l'action réelle des 
gouvernements dans la vie sociale, le progrès ou le recul des grands 
États modernes, sur la transformation et le mélange des classes, les 
sources et le rôle des grandes fortunes, le lecteur trouvera dans ces 
suites d'aphorismes, plus reliés que ne le laisserait croire une apparente 
liberté (^'exposition, de très suggestifs chapitres. D'autres sont plutôt de 
brèves esquisses psychologiques, sur la morale et l'honneur, l'amour 
et le mariage, l'habitude, etc., plus étrangères à ce tableau d'ensemble 
de notre époque qu'annonce le titre, mais qui le complètent néanmoins 
par bien des traits. Il est peint en tout cas partout avec netteté, avec 
humour, avec malice parfois, jamais avec aigreur. Le volume fermé, 
on reste enchanté de cette causerie fine et substantielle, et on ne peut 
que souscrire au succès qu'il a obtenu et qui certainement n'est pas 
encore épuisé. 

L. R. 



V 



L'authenticité du quatrième Évangile et la thèse de M. Loisy, par A. Nou- 
velle, Paris, Fjloud, 190S; in-12, 176 pages. 

Les orthodoxes et savantes personnes qui ne se lassent pas de 
me réfuter ont vraiment la tâche bien facile. Je ne leur réponds 
pas. Elles connaissent mes habitudes et elles sont de plus assurées 
que je ne pourrais pas discuter leurs propos sans m'exposer à 
leurs dénonciations et à toute sorte d'ennuis. Elles )ouent sur le 
velours. J'admire la vigueur de leur conviction, j'admire un peu 



l36 REVUE CRITIQUE 

moins leur courage. Du reste, si je me tais, c'est que j'ai dit, quand il 
m'a semblé opportun, ce que j'avais à dire et que je ne reconnais à 
aucun de mes réfutateurs le droit de me faire perdre mon temps. 

Le P. Nouvelle, ancien supérieur général de l'Oratoire, m'entre- 
prend sur la question du quatrième Évangile. Le son de sa brochure 
est très convenable. « Aveuglement », « idées préconçues » sont, je 
crois, les plus gros mots qu'on y rencontre. Le fond ne contient rien 
de nouveau. L'auteur procède théologiquement, alléguant des auto- 
rités comme des preuves, développant des syllogismes qui ne sont 
jamais à moitié démonstratifs Par un artifice de polémique où je ne 
discerne pas de malveillance, ni même de malice, mais qui me paraît 
assez faible (il ne laisse pas d'être habile par rapport au public spécial 
qu'on veut rassurer) le P. Nouvelle se plr^t à opposer mon Histoire 
du canon du Nouveau Testament, publiée en 1 891 , à mon gros volume 
sur Le quatrième Évangile, publié en 1903. Il écrit : « Les objections 
que M. Loisy oppose dans son introduction à l'opinion tradition- 
nelle, il les connaissait dans les moindres détails quand il écrivait son 
Histoire du Canon. A toutes il a donné une réponse pleinement 
satisfaisante. » Il doit m'être permis de dire que la première assertion 
est inexacte, car si je connaissais les textes et les difficultés, je les 
comprenais moins bien que je ne crois les entendre aujourd'hui; par 
suite, la seconde assertion me paraît aussi des plus contestables. On 
peut apprendre quelque chose en douze ans, pour peu qu'on travaille. 
Sans avoir l'assurance des gens qui réussissent à ne loger en leur 
esprit que des certitudes absolues, je suis persuadé que sur cette ques- 
tion du quatrième Évangile, en m'écartant de mes conclusions pre- 
mières (que je ne concevais pas comme définitives) je me suis rap- 
proché de la réalité. Je m'en remets sans crainte aux hommes du 
métier pour l'appréciation de mes deux ouvrages. 

Alfred Loisy. 



— Réduire en un volume toute l'histoire de l'art n'est pas une nouveauté; mais 
la rendre accessible en un cours réellement professç/ en vingt-cinq leçons est une 
gageure qui a réussi à M. Salomon Reinach : Apl^'o, histoire générale des arts 
plastiques professée en igo2-igo3 à l'Ecole du Louvre; Paris, Hachette; 1904 ; 
XI, 336 pp., petit in-8" ; prix : 7 fr. 5o. Le tour de force a été doublé par l'éditeur 
qui a illustré le volume de plus de six cents gravures, ordinairement satisfai- 
santes, quelquefois tout-à-fait réussies. Dans cette course, les grandes lignes 
seules sont dégagées ; mais il n'est pas d'artiste important qui n'ait sa mention et 
son signalement. L'éducation normalienne a servi à M. S. R. Il a su mettre dans la 
mémoire de ses auditeurs une formule qui définit et que l'on répète : Phidias. 
« une force sereine et sûre d'elle-même »; « Praxitèle a su rendre dans le marbre 
la rêverie langoureuse ; Scopas, le premier, y a exprimé la passion » ; « Fra 
Angelico est le peintre par excellence du christianisme suivant saint François »; 
Zurbaran, » le Caravage de l'Espagne »; Montanez, « dont l'éloquence s'adresse 



d'histoire et de littérature • iBy 

plus aux sens qu'à l'cspril » ; etc. Toutes les leçons ne paraîtront pas également 
réussies. M. S. R. n'a pas été très juste pour l'art français du xvn' siècle ; Le Sueur 
et Le Brun sont particulièrement maltraités, sans parler de Molière qui ne s'atten- 
dait pas à cette aventure. En revanche, l'art romain, ordinairement si dédaigne 
et si méconnu, est apprécié avec une largeur et un sentiment de sa grandeur 
qui sont chez un professionnel de l'archéologie grecque et de « l'art » assez rares. 
Chaque leçon est accompagnée d'une bibliographie où l'on retrouve le soin 
ordinaire et l'information de M. S. R. Un index de noms propres fait de ce livre 
une sorte de dictionnaire méthodique de l'histoire de l'art. P. 80, le terme « archi- 
trave », p. 68, le mot « torques », ne sont pas déhnis, comme le fait d'ordinaire 
M. R. quand il s'agit d'expressions spéciales. P. 69, la description du Laocoon 
est sur un détail légèrement inexacte : le fils qui est à droite peut se dégager, c'est 
du moins l'impression que produit le monument. P. 97, 1. 12, lire plutôt « en 
arrière «.P. io3, l'ouvrage de'&L Marucchi a trois volumes. P. 263, l'expression 
« style jésuite » est consacrée / mais il faudrait distinguer ce qui est propre à la 
compagnie et ce qui est conforme au goût espagnol : le bois sculpté et doré 
n'est-il pas au moins aussi espagnol que « jésuite »? — S. 

— The King in Exile, par Eva Scott (London, Constable, igoS, 524 pp., i5 s.) 
est le premier volume d'un travail considérable sur les années d'exil de Charles II. 
Le sujet a été étudié avec beaucoup de soin et de compétence, et l'auteur a su le 
présenter sous un aspect intéressant. Je signalerai tout particulièrement le récit 
dramatique de la fuite du jeune roi après la défaite de Worcester. L'auteur 
réserve probablement pour le second volume ses conclusions. Le caractère de 
Charles II reste pour les historiens une énigme. Seule la connaissance minutieuse 
de sa jeunesse nous dira lequel des deux a raison de Macaulay ou de Green, et 
s'il faut voir en (>harles II un roi fainéant ou un voluptueux avisé. De plus, c'est 
pendant l'exil, et surtout en France, que l'entourage du roi a pris goût à des 
maximes politiques et à des formules littéraires nouvelles. C'est au moment où 
la domination puritaine s'affermissait en Angleterre que les proscrits apprenaient 
à admirer l'absolutisme et le théâtre classique. A propos de l'indignation soulevée 
en France par l'exécution de Charles I^, nous nous permettons d'ajouter des 
témoignages français au témoignage de Nicholas cité p. 73. Bochart, alors 
ministre à Rouen, écrivait à un dignitaire de l'Église anglicane : « Nous nous 
abandonnâmes tout à fait aux larmes et à l'affliction et solemnisâmes les funé- 
railles de vostre roy par un deuil universel » {Lettre à M. Morlejy, p. 112). 
Porrée, médecin à Rouen, en disait autant dans la préface de sa traduction de 
VEikon Basilike. En i65o iLparaissait à Rouen également une Prédiction oii se 
voit comme le Roy Charles liif^oit estre uni au royaume d'Angleterre, etc.; dans 
cette brochure il lui était recommandé de faire « sentir la bride » à son peuple. 
Ce n'est pas l'exil qui pouvait aider ce malheureux roi à comprendre la révolu- 
tion puritaine. — Ch. Bastide. 

— Grâce à la munificence de M. George E. Dimock, l'Université de Yale a pu 
entreprendre la publication d'une édition critique de Ben Jonson (New-York, 
Henry Holt). Les meilleurs élèves du savant professeur Cook se sont chargés 
d'étudier, en vue du doctorat, chacun une pièce. M. Hathaway a choisi VAlche- 
mist ; nous avons déjà rendu compte de son travail {Revue critique, 29 décembre 
1903, pp. 616-517). L'année dernière M. C. S. Alden publiait Bartholomew Fair, 
cette année-ci paraissent The Poetaster (par M. H. S. Mallory) et The Staple of 
News (par M. de Winter). Les différents éditeurs de Yale suivent une même 



l38-» REVUE CRITIQUE 

méthode qui est excellente. Au lieu de viser, en combinant les diverses éditions 
antérieures de .lonson, à une espèce de texte idéal, dans l'établissement duquei 
le goût individuel serait leur principal guide, ils réimpriment un texte revu par 
l'auteur et ne citent les variantes qu'en marge. C'est ainsi d'ailleurs que procède 
maintenant M. Furness pour Shakespeare. Or, du vivant de Jonson, il a paru 
deux éditions qui font autorité, l'in-folio de 1616 pour les pièces jouées avant cette 
date, et l'in-folio de 1640 (fait en réalité de pièces détachées portant les dates de 
i63i, 1640 et 1641) pour les autres. Les éditions in-quarto parues avant 1616 ont 
une autorité moindre, comme il est à peu près certain qu'elles ont été imprimées 
à rinsu du poète. Dans The Poetaster nous avons le texte du i" in-folio, dans 
les deux autres pièces, celui du 2"^ in-folio. Les éditeurs ont bien fait de citer les 
variantes de l'in-quarto, lorsqu'il en existe un, et celles du 3" in-folio (1692), mais 
il était superflu de collationner les éditions modernes de Whalley, de Gifford, de 
Cunningham, qui n'ont aucun caractère de préc^aion. A quoi bon perpétuer le 
souvenir de corrections et d'additions fantaisistes ^-1— Une introduction, des notes 
et un glossaire accompagnent chaque pièce. Les éditeurs se sont acquittés avec 
conscience de cette partie de leur tâche. On ne peut que leur reprocher, ici 
encore, un excès de zèle; ils auraient pu laisser de côté les notes qu'ils emprun- 
tent aux éditions des xviii" et xix" siècles. Ce sont des appréciatious subjectives 
ou des afHrmations gratuites. — Ch. Bastide. 

— Signalons encore, à propos de Ben Jonson, un intéressant article du 
D''J. E. Spingarn, de l'Université Columbia {The Sources of Ben Jonson's « Dis- 
covevies » dans Modem Philology, avril igob). Jonson était un esprit curieux et 
avide de savoir. Ses comédies, ses poésies lyriques ont fait oublier en lui le gram- 
mairien et le critique. Il lisait beaucoup et il lisait la plume à la main. Dans un 
recueil de notes publié après sa mort sous le titre de Discoveries, il n'est pas facile 
de démêler les emprunts des réflexions personnelles. De patientes recherches ont 
permis à M. Spingarn de retrouver chez les critiques hollandais et allemands con- 
temporains, les Heinsius, les Pontanus, les Buchler, l'original de quelques pas- 
sages de ce recueil. — Ch. Bastide. 

— En rendant compte d'un travail aussi considérable que ^-1 Registev 0/ Natio- 
nal Bibliography {par M. W. P. Courtney, 63 1 pp. en 2 vols. London, Constable 
3i s. 6 d.), on pourrait évidemment signaler quelques omissions. Une plus saine 
critique veut qu'on loue la conscience avec laquelle ces deux volumes ont été 
rédigés. Une bibliographie des bibliographies, au courant des travaux de valeur 
publiés à l'étranger (M. Courtney cite par exemple l'ouvrage de M. Morel sur 
Thomson, le Young de M. Thomas, la thèse de M. B5/rbeau sur Batli au xviii« siè- 
cle, etc.) et intéressant à la fois le littérateur, le saw^iit, le médecin, l'archéologue 
ou le simple curieux, suppose des connaissances variées, une méthode de 
recherche sévère, et surtout un labeur acharné. La nécessité des bibliographies 
complètes et exactes n'a plus besoin d'être démontrée. Il faudrait seulement les 
mettre à la portée du plus grand nombre de travailleurs. Le prix de ces deux 
volumes étant assez élevé, M. Courtney ne pourrait-il pas publier à part, en un 
petit livre de format commode, une bibliographie des bibliographies de la langue 
et de la littérature anglaises ? — Ch. Bastide. 

— M. Victor Du Bled a ajouté une nouvelle série, la 5«, à ses Études sur la 
Société française du xvi' au xx'^ s/èc/c (Paris, Perrin, igoS, in-12, pp. xxii, 3i2). 
Comme les précédents, ce volume est formé de chapitres assez disparates aux- 
quels pourtant l'aimable frivolité du monde d'avant la Révolution a fourni comme 



d'histoire et de littérature i39 

un lien. L'étude — il vaudrait mieux dire la causerie — la plus ample, non sans 
digressions, il est vrai, a été consacrée aux magistrats que l'auteur passe en 
revue, depuis Etienne Pasquier et L'Hospital jusqu'aux illustrations du second 
Empire, en s'arrêtant à Lamoignon, Caumartin, d'Aguesseau, Hénault, Montes- 
quieu, de Brosses, pour ne nommer que les principaux; nous suivons d'une géné- 
ration à l'autre la part de plus en plus grande que la magistrature prend à la vie 
littéraire ou mondaine. Les trois chapitres suivants traitent de femmes sur les- 
quelles on a déjà beaucoup écrit: la princesse des Ursins (Une femme premier 
ministre), la marquise de Lambert et M"'° de Tencin dont les deux salons sont 
heureusement caractérisés. Le cinquième morceau enfin, d'un titre très hospita- 
lier, La Cour sous Louis XV et Louis XVI, nous donne, sans un plan bien rigou- 
reux, des détails, les uns curieux, les autres déjà connus, sur l'étiquette de nos 
rois, leurs goûts et leurs plaisirs, sur l'éducation des filles de Louis XV et leur 
attitude hostile à l'égard de ^'larie-Antoinette. L'ensemble du volume se lit 
agréablement : l'auteur étai? à l'aise pour cueillir dans cette histoire du 
xviii» siècle autant de traits d'esprit qu'il pouvait souhaiter et en piquer son 
récit; il y a encore ajouté les siens et son livre pourra ainsi suppléer à la lecture 
des anecdotiers où se plaît son érudition. — L. R. 

— M. R. R. ScHROPP a publié du Faust de Goethe une Traduction nouvelle, 
complète, strictement conformé au texte original (Paris, Perrin, igoS, in-S», 
pp. xxH, 535. Fr. 7,5o). Elle est en effet fidèle, les contre-sens y sont légers et 
peu nombreux. Mais si M. Sch. possède très bien la langue de l'original, celle 
dont il dispose pour l'interprétation est franchement insuffisante. Son style four- 
mille de germanismes. Je passe sur ceux qui offusquent simplement sans nuire au 
sens comme « bref et bien, jeune sang, sang frais » etc.; je passe encore les 
explétifs<allemands qui sont conservés, le neutre reproduit tel quel, de menus 
mots à sens si variable uniformément rendus; mais que fera le lecteur français 
de passages comme ceux-ci . p. 74, « vous tâtonnez après toutes les sept choses; 
p. 76, avec quelle joie tu écornifleras ce cours d'études; p. 112, je sens gazouil- 
ler autour de moi, ô jeune fille, ton esprit d'abondance et d'ordre; p. 21 5, si le 
mal se surcouve en maux; p. 477, une fêle à flots {flottes Fest); p. 484, insensé 
qui au dessus des nuages se poétise son pareil ; p. 493, c'est le bousillage 
gamino-virginal », etc., etc.? Ces exemples suffiront, mais il n'est presque pas 
une page où l'on n'ait à en relever de pareils. Et je ne dis rien du geste, des jeux 
de scène, du ton du dialogue, du mouvement de la phrase, des mille nuances de 
langue, de construction et de rythme, de tout ce enfin qui aurait dû passer de 
l'original dans la copie. A ceu^ qui voudront lire le texte en s'aidant de cette ver- 
sion, elle pourra rendre quelles services, quitte à les laisser souvent dans l'em- 
barras ou même à les égarer ; pour les autres, je crains qu'elle ne les rebute tout à 
fait. L'entreprise sans doute était difficile, mais pourquoi M. Sch. qui dans sa préface 
avait énoncé d'excellents principes, a-t-il si rigoureusement appliqué son système 
de transcription littérale et donné une traduction qui reste à traduire ? — L. R. 

— M. G. Letainturier-Fradin a écrit pour les professionnels et les amateurs 
des salles d'armes une histoire de l'escrime en France : Les joueurs d'épée à 
travers les siècles (Paris, Flammarion, 3« édit.; sans date, in-S», pp. xiv, 599, 
Fr. 7,5o). Faite de seconde main pour la période des débuts, elle offre une docu- 
mentation originale à partir du xvi« siècle. L'auteur a étudié en détail l'organisa- 
tion de la communauté des « maîtres en fait d'armes », suivi ses destinées, conté 
ses querelles et ses procès, caractérisé les plus fameux de ses membres, analysé 



140 REVUE CRITIQUE DHISTOlaK ICT DE LITTERATURE 

les ouvrages de ses théoriciens. A côté de l'intérêt qu'il oft'rira aux spécialistes, ce 
livre est encore une utile contribution à l'histoire des institutions et des mœurs. 
11 faut aussi mentionner l'illustration qui est abondante et soignée (p. gb, saint 
Marc était le patron non pas seulement des escrimeurs de Strasbourg, mais de la 
plus ancienne corporation des maîtres d'armes allemands, les Marxbruder de 
Francfort, où se recrutèrent longtemps tous les tireurs; p. 128, écrire la troupe 
des Gelosi, et non la Troupe Golosi). — N. 

— Dans une brochure très documentée, La question macédonienne et les 
Réformes en Turquie (Paris, Société française d'imprimerie et de librairie, 190?, 
in-8°, p. 208, avec deux cartes : Fr. 3,5o). M. J.-F. VoÏnov appelle à nouveau 
l'attention du public sur un des plus passionnants problèmes politiques du 
moment. Après l'avoir étudié dans ses éléments historiques, il démontre l'inanité 
des projets de réformes élaborés par les grandes puissances et dont le mauvais 
vouloir du gouvernement ottoman empêchera toujours la réalisation. La seule 
solution efficace est la constitution d'une Macédoi^-ie autonome placée sous les 
ordres d'un gouverneur chrétien et rattachée à la Turquie par de faibles liens de 
vasselage. M. 'V. s'est attaché à prouver la prépondérance numérique del'élément. 
bulgare en Macédoine, en donnant à l'aide d'une bonne carte une description très 
détaillée des diflérents groupes ethniques de la région. Souhaitons que ses statis- 
tiques et ses renseignements apportent un peu de lumière dans ce problème 
obscurci par tant d'intérêts hostiles. — L. R. 

— Un congrès des Universités populaires, le premier, s'est tenu à V^ienne en 
mars 1904. Nous venons d'en recevoir le compte rendu : Bericht tiber die Verhand- 
lungen der Tagung fiir volkstumliche Hochschulvovtràge im deutsclien Sprachgebiet 
(Leipzig, Teubner, igoS, gr. in-8", p. 98). Le généreux désir d'initier la masse au 
mouvement scientifique par la bouche même de ceux qui le représentent, avec le 
plus d'autorité a créé dans la plupart des universités des organisations spéciales, 
tantôt d'initiative privée, comme en Allemagne, tantôt soutenues officiellement 
par l'Etat, comme en Autriche, qui ont réalisé avec plus ou moins de succès et 
sous des formes assez variées un commun dessein. L'idée de se rencontrer pour 
échanger les expériences acquises et profiter réciproquement des résultats obtenus 
était toute naturelle. Le procès-verbal du congrès nous renseigne sur le fonction- 
nement de l'œuvre et la tâche déjà honorable fournie par une institution encore 
très jeune. Ceux qui chez nous ont tenté la même entreprise y pourront trouver 
d'utiles conseils, à défaut de compliments, car on n'a pas eu à Vienne grande 
opinion de leur talent organisateur. Cependant comme chez nous, en Autriche 
aussi et en Allemagne, on peut faire la constatation j'-r^sez générale que ces cours, 
destinés à l'origine à la population ouvrière, recrjjcent surtout leurs auditeurs 
dans la classe moyenne. Chaque centre, il est vrai, où des cours populairees ont 
été institués, présente un aspect différent. Aussi la discussion que le congrès a 
ouverte sur des questions d'organisation générale, appel à l'intervention de l'Etat 
ou existence autonome, participation de l'auditoire ouvrier au règlement du 
programme, collaboration des étudiants, etc., ne pouvait provoquer que des 
débats intéressants mais sans résultat appréciable, chaque groupe restant juge 
des meilleurs moyens d'adapter l'institution aux conditions locales. Sur un point 
du moins l'unanimité est absolue, et nous nous plaisons à le reconnaître, le 
dévouement de tous à donner un salutaire exemple de solidarité sociale. — L. R. 

Propriétaire-Gérant : Ernest LEROUX. 

Le Puy, Imp. R, Mabchessou. — Peyriller, Rouchon et Gamon, successeurs. 



1 



REVUE CRITIQUE 



D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 



N" 34 — 26 août. — 1905 



KiTTEL, Bible hébraïque. — Cornill, Les livres canoniques de l'Ancien Testa- 
ment. — Zapletal, L'Ecclésiaste. — Rose, Les Actes des Apôtres. — Calmes, 
Les Épitres catholiques et l'Apocalypse, — Œdipe roi, Œdipe à Colone, p. 
Blaydes. — ScHERMANN, La première guerre punique. — Ussani, Pétrone. — 
Appendix Vergiliana, I, p. Curcio, — Schlumberger, L'épopée byzantine, III. — 
JoRAN, Université et enseignement libre. — P. Baudin, L'armée moderne et les 
Etats-majors. 



Biblia hebraica, edidit R. Kittel. Pars I. Leipzig, Hinrichs, igoS; in-8, x-552 

pages. 
Einleitung in die kanonischen Bûcher des Alten Testaments, von 

C. H. CoRNiLL, Fiinfie Auflage. Tabingen. Mohr, 1905, in-8, xvi-35o pages. 
Das Buch Kohelet, von V. Zapletal. Fribourg,5Gschwend, iqoS; gr. in-8, xiv- 
243 pages. 

Entre les éditions qui reproduisent simplement le texte traditionnel 
de la Bible hébraïque avec les notes de la Massore, et un essai conjec- 
tural et discutable d'édition critique tel que la Bible polychrome de 
M. Haupt, il y avait place pour une édition à la fois traditionnelle et 
sagement critique, comme celle que nous donne maintenant M. Kittel, 
assisté de plusieurs savants connus (MM. Béer, Buhl, Dalman, Driver, 
Lôhr, Nowack, Rothstein, Ryssel). On y trouvera le texte massoré- 
tique, édité d'après les meilleures autorités, et des notes présentant les 
corrections suggérées soit par la Massore elle-même, soit par les 
anciennes versions, soit par de très grandes vraisemblances critiques; 
certaines corrections sont proposées en manière d'hypothèse plus ou 
moins probable, et Ton indique pareillement les variantes notables 
que supposent les anciennes versions. Avec des prétentions modestes, 
cette édition sera d'une grande utilité. On ne saurait trop la recom- 
mander aux jeunes hébraïsants. Le volume qui vient de paraître con- 
tient la Loi et les premiers Prophètes (prix : 4 mks). 

L'excellent manuel de M. Cornill en est à sa cinquième édition (sur 
l'édition précédente, voir Revue du 18 janvier 1897, p. 43). Il a été 
diminué d'un chapitre sur les apocryphes et pseudépigraphes de 
l'Ancien Testament, qui doit être traité à part, en volume, dans la 

Nouvelle série LX. 34 



142 REVUE CRITIQUE 

même collection [Grundriss der theologischen Wissenschaften). L'ou- 
vrage conserve cependant à peu près les mêmes dimensions, parce 
qu'il a été plus ou moins retouché et augmenté dans les autres parties. 
L'addition la plus considérable est un paragraphe nouveau, d'une 
critique sage et bien instruite, sur la métrique biblique. Quatre pages 
de polémique, dans l'avant-propos, auraient pu être omises sans que 
le mérite du livre en fût diminué. 

Le travail du P. Zapletal sur l'Ecclésiaste est une oeuvre très 
remarquable. Une large introduction précède l'explication et la tra- 
duction du texte hébreu. L'auteur discute avec beaucoup de méthode, 
de compétence et de sagacité l'unité du livre, sa forme poétique, son 
rapport avec la philosophie grecque, sa doctrine sur la vie future, son 
origine. Il a sans doute raison d'écarter les hypothèses plus ou moins 
compliquées par lesquelles on a voulu expliquer l'apparente incohé- 
rence de la composition. Il admet même l'authenticité de l'épilogue, 
et l'on peut trouver, en effet, que ce morceau a été écrit dans le même 
style, dans le même esprit, et avec autant d'esprit, que le reste du 
livre. La question du rythme semble résolue par le seul examen du 
texte: les sentences se découpent naturellement en membres parallèles 
et proportionnés. Le P. Z. a eu la prudence de s'en tenir aux indica- 
tions fournies par le texte même et de ne pas le tourmenter pour le 
faire entrer dans le cadre d'une strophique savamment élaborée. Il ne 
laisse pas d'invoquer le rythme pour éliminer comme gloses rédac- 
tionnelles nombre de mots ou de courts passages. Inutile de dire 
qu'on peut hésiter à le suivre dans certains cas. L'Ecclésiaste n'a fait 
aucun emprunt de doctrine à la philosophie grecque; il connaît la 
doctrine hellénique de l'immortalité de l'âme et il l'écarté pour s'atta- 
cher (peut-être faudrait-il ajouter que l'attachement est sans passion 
théologique et même sans conviction bien solide) à l'ancienne croyance 
hébraïque et sémitique du scheol. Il a vécu vers la fin du m® siècle 
avant l'ère chrétienne. La fiction littéraire par laquelle il a mis son 
livre sous un nom d'emprunt, qui désigne le roi Salomon, était con- 
forme à l'usage de ce temps. Renan a exagéré son scepticisme et son 
dilettantisme. Peut-être le P. Z. tombe-t-il un peu, très peu, dans 
l'excès contraire. Peut-être aussi, tout en constatant que cet écrivain, 
d'ailleurs très juif, avait vécu dans une atmosphère plus ou moins 
chargée d'hellénisme, aurait-il pu déterminer avec plus de précision 
l'influence du milieu sur son état d'esprit, le courant de sa pensée et 
même son style. 

Le commentaire qui suit cette magistrale introduction est très érudit 
(plusieurs citations des auteurs classiques y viennent fort à propos) et 
d'un grand intérêt. La traduction est exacte et soignée. 

Alfred Loisy. 



d'histoire et de littérature 143 

Les Actes des Apôtres, traduction et commentaire, parV. Rose, O. P. 2^ édi- 
tion. Paris, Bloud, 190?; in-12, xLiv-273 pages. 

Épîtres catholiques, Apocalypse, traduction et commentaire, par T. Calmes, 
SS. ce. Paris, Bloud, igoS; in-12, 238 pages. 

Ces deux volumes appartiennent à une collection, La pensée chré- 
tienne, où l'on publie, avec les introductions ou explications conve- 
nables, les œuvres principales ou de notables extraits des grands 
écrivains chrétiens, anciens et modernes. Avec une certaine inégalité 
de mérite, ils sont tels que doivent être des livres de vulgarisation 
scientifique et ils rendront grand service à la clientèle catholique en 
vue de laquelle ils ont été composés. 

Le premier est pourvu d'une introduction, le P. Rose ayant cru 
pouvoir conclure à la composition du livre des Actes par saint Luc, 
qui aurait fondu ses propres souvenirs de voyage dans le récit plus 
large qu'il aurait lui-même écrit. I^lusieurs critiques supposent que 
l'utilisation du journal de voyage aurait déterminé l'attribution du 
livre entier et conséquemment du troisième Évangile au disciple de 
Paul. Le P. Rose, défendant l'opinion traditionnelle, trouve d'abord 
quel'hypothèsen'est pas vraisemblable. Et en effet, dans les conditions 
communément admises, le nom de Luc aurait dû être plutôt oublié 
que substitué à celui du rédacteur. Mais il n'est pas impossible 
que celui-ci ait fait exprès de garder le « nous » du journal de 
voyage, afin de présenter ses livres sous le couvert d'un nom quasi- 
apostolique, et qu'il ait ainsi orienté la tradition dans le sens où. elle 
s'est fixée. Le second argument n'est pas beaucoup plus décisif: 
le style des Actes, nous dit-on, est le même dans les morceaux du 
journal que dans le reste du livre. Sans doute, mais le style du 
troisième Evangile est pareillement uniforme, bien que Marc et 
d'autres documents y soient exploités ; le rédacteur ne copiait pas ser- 
vilement, il adaptait ses sources à son propre point de vue et à son 
propre style; quant à ses relations avec Paul, on doit reconnaître que 
le prétendu Luc est bien peu paulinien pour un disciple immédiat 
de l'Apôtre, et que le récit de l'assemblée de Jérusalem [Act.^ XV) 
ne peut guère avoir été écrit par un compagnon de celui-ci. Reste 
le troisième argument : le rédacteur avait d'autres documents rédigés 
par des témoins oculaires; pourquoi n'aurait-il gardé le « nous « que 
dans la relation du voyage? Mais il est clair que le rédacteur ne pou- 
vait se mettre à la place de tous les témoins; on serait d'ailleurs fort 
empêché de prouver que les autres sources des Actes émanaient de 
témoins oculaires; et si l'on vise à ce propos le préambule du 
troisième Evangile, il serait aisé de montrer que le rédacteui s'ex- 
prime comme n'ayant à sa disposition aucun écrit apostolique, mais 
seulement des écrits où était consignée la tradition des témoins, ce 
qui n'est pas précisément la même chose. 



144 REVUE CRITIQUE 

L'apologétique du P. Rose n'est peut-être pas exempte d'inconséquen- 
ces. Pour qu'on ne déduise pas d'Act., II, 36, que, selon la christologie 
primitive, Jésus était entré par sa résurrection dans la pleine réalité 
de sa fonction messianique, le commentateur observe que, le discours 
de Pierre ayant été rédigé par Luc, le passage en question doit être 
interprété d'après la christologie du narrateur, ce qui est vrai par rap- 
port à celui-ci, mais ce qui peut être faux par rapport au sens original 
du passage, s'il vient d'une source antérieure. Et deux pages plus haut, 
un autre passage du même discours est allégué pour montrer que 
Pierre, cinquante jours après la passion, défiait publiquement les Juifs 
de montrer le tombeau où se trouverait le corps de Jésus, ce qui serait 
« un argument de premier ordre en faveur du tombeau trouvé vide ». 
Si le discours représente la pensée de Luc, il ne peut plus fournir 
qu'un argument de second ou de troisième ordre. D'ailleurs le texte 
ne contient aucun défi ni la moindre allusion à la découverte du 
sépulcre vide, ce qui donnerait à penser que le premier rédacteur du 
discours en savait moins long sur ce point que Marc et Luc. Il y aurait 
aussi beaucoup à dire sur la façon dont le P. Rose concilie Act., XV 
avec Gai., II, en insinuant que les meilleurs critiques contemporains 
admettent l'historicité du récit des Actes (cf. Revue du 3i octobre 
1904, p. 32l). 

Le P. Calmes s'est épargné tous ces artifices d'une apologétique 
surannée. On pourrait, à la vérité, lui reprocher une lacune. Il n'a pas 
d'introduction pour les Épîtres catholiques ni même pour l'Apoca- 
lypse. Il est permis de supposer que, ne se sentant pas en mesure de 
défendre honnêtement les attributions traditionnelles et ne pouvant 
obtenir de ceux qui délivrent Vimprimatur l'autorisation de les con- 
tester, il s'est délibérément, on pourrait presque dire courageusement, 
interdit de les discuter. Les commentaires sont excellents; celui de 
l'Apocalypse est tout à fait remarquable; rien de plus critique, de plus 
pénétrant, de plus exact. Ces notes exégétiques sont très suffisantes 
pour éclairer sur l'origine des textes ceux qui entendent bien notre 
langue. Le P. Calmes ne fait pas difficulté d'admettre en plusieurs 
endroits que l'auteur de l'Apocalypse a utilisé des sources antérieures. 
Il écrit, par exemple : « Au moment où la série des signes va être 
épuisée (ch. x), l'auteur constate qu'il lui reste encore à prophétiser.., 
La communication d'un livre mystérieux lui sert à justifier la conti- 
nuation de sa prophétie. Si l'on veut se faire une idée de la compo- 
sition de l'Apocalypse, l'on n'a qu'à entendre de sources documentaires 
les livres qu'on nous présente comme étant les instruments de la révé- 
lation. » 

Alfred Loisy. 



d'histoire et de littérature 145 

Sophoclis Œdipus Rex. Denuo recensuit et brevi annotationc critica instruxit 
Fr. H. M. Blaydes, Halis Saxonum in Orphanotrophei libraria, 1904, Un vol. 
in-S" de vii'1-104 p. 

Du même, Sophoclis Œdipus Coloneus, 126 p. 

Dans un article paru ici-même le 25 avril 1904, nous disions que 
M. Blaydes était un fervent de Sophocle : nous énumérions les tra- 
vaux qu'il a consacrés au grand tragique, depuis i859;il y aura 
bientôt un demi-siècle. Naturellement pendant un laps de temps 
aussi long, l'activité d'un homme comme B. ne s'est pas bornée à 
Sophocle; il l'a quitté à plusieurs reprises; de 1880 à 1893, il a 
publié cette grande édition d'Aristophane, qui restera son titre 
d'honneur ; il a donné encore une édition de VOrestie d'Eschyle et 
divers volumes de critique verbale ou d'exégèse sur les tragiques 
grecs, sur les comiques, etc. Mais c'est toujours à Sophocle qu'il est 
revenu. On pouvait croire cependant qu'après la publication des 
Adversaria critica in Sophoclem en 1899 et du Spicilegium Sopho- 
cleum en 1903, M. B. avait dit sur Sophocle tout ce qu'il avait à dire- 
le premier de ces deux ouvrages a 290 pages, le second 629 ; cela fait 
un total de plus de 800 pages. Mais M. B; est inépuisable. Il entre- 
prend aujourd'hui à l'âge de 85 ans une nouvelle édition de Sophocle. 
Assurément cette édition n'a pas l'ampleur de celle d'Aristophane ; 
le titre nous en avertit : il annonce seulement une recension nouvelle 
avec une courte annotation critique. M. B. n'a pas voulu trop se 
répéter. Il le fait cependant; quiconque a un peu pratiqué les 
ouvrages de M. B. n'en sera pas étonné. Disons qu'ici toutefois 
beaucoup de ces répétitions sont excusables. Les corrections déjà 
proposées par M. B. dans les précédents ouvrages sur le texte de 
Sophocle, trouvent un placement naturel dans une édition de ce 
texte. Nous signalons quelques-unes des corrections nouvelles pro- 
posées par l'auteur : Œdipe-Roi, v. 88, xâpta au lieu de itàvia; v. 23.o, 
z\ 0' 'TJ -ziq, aÙTov oTosv y] '^ àXÀr^i; y(Govo;, la leçon r) '^ aXXïjç se trouve déjà 
dans E. Briihn ; v. 420, la correction 'Xcxtov déjà proposée depuis 
longtemps par M. B, se trouverait confirmée par le Laurentianus, 
qui donnerait une apostrophe devant le mot X;îj.t,v? — A relever une 
explication nouvelle du v. 220. — Œd. à Col. 32 i, oîXr,; au lieu de 
(^ôvT^;, qui ne convient guère à cause du v. 234; v. 866, J^iXôv ovt' au 
lieu de '^•.Vrri ojxij.' qui ne s'explique guère '. 

Albert Martin. 



I. Les fautes d'impression me paraissent plus nombreuses que d'habitude, 
V. 873, uêptv en note ; io5i, xosoCiia ati lieu de voaoOaa; 1069, aeûpo pour osOpo, 
etc., etc. Les lettres cassées sont aussi fréquentes^ 



146 REVUE CRITIQUE 

D' Max ScHERMANN. Der erste punische Krieg im Lichte der Livianischen 
tradition. Ein Beitrag zur Geschichtschreibung des Livius und seiner Nachfol- 
ger. Tûbinger inaugural-dissertation. Tubingue, Laupp, igob, 120 p., gr. in-8°. 
2 m. 5o. 

Tite-Live est, pour l'instant, l'objet de nouvelles recherches fort 
intéressantes. Il a tous les honneurs. On a retrouvé à Oxyrhynchus 
des résumés de livres, qui, il est vrai, ne nous ont pas apporté beau- 
coup de nouveau. Surtout on s'est appliqué, et fort heureusement, à 
reconstituer, autant qu'il est possible, TÉpitome perdu de l'historien. 
Beaucoup de savants ont, depuis quelques années ', contribué à l'en- 
treprise, et voici, dans le même sens, une étude qui n'est pas sans 
mérite. 

Le travail a été fait sous l'inspiration du professeur Ernest Korne- 
mann de Stuttgart dont le nom nous est connu surtout par son livre 
sur le Tite-Live d'Oxyrhynchus. Il est naturel que nous retrouvions 
ici l'écho d'un système cher à M. Kornemann comme aussi à d'autres 
savants entre TÉpitome perdu de Tite-Live, représenté d'une part par 
les Periochse et Orose, d'autre part parles chroniqueurs : Eutrope, 
Festus, Cassiodore, il faudrait admettre l'existence d'une source inter- 
médiaire pour expliquer les graves divergences surtout chronologi- 
ques qu'on relève entre les deux séries. 

L'Introduction montre que M. S. est parfaitement au courant de 
tous les travaux qui se rapportent à son sujet. 

Supposez un supplément aux livres perdus XVI-XIX de Tite-Live, 
semblable pour le but, à celui de Freinsheim, mais établi dans le goût 
moderne, surtout avec faits et dates. On ne songe guère de nos jours 
à retrouver ou plutôt à imaginer le latin de l'auteur ni même le fond 
de ses développements; à nos yeux ce serait beaucoup déjà de pou- 
voir reconstituer partiellement, dans ses principaux éléments, le 
Tite-Live abrégé qui servait aux lecteurs de l'Empire, ou autre- 
ment VÉpitome. M. S. en tente l'entreprise et il aboutit, dans 
la- présente étude, à une sorte de calendrier, institué année par 
année, pour la première guerre punique. Reviennent chaque fois 
ces mentions : en tête : « consuls » ; à la fin : « triomphe », ou acta 
triumph. » ; dans l'intervalle, les principaux faits, et dans chacun 
de ces alinéas, discussion des difficultés que présentent, pour la 
reconstitution du texte original, les divergences de noms ou autres. 
Toute cette étude me paraît conduite avec soin, avec conscience, et la 
critique de M. S. est excellente. Le résumé des débats soulevés sur 
l'authenticité de l'inscription de la colonne rostrale de Duilius (p. 5i 
et s.) est clair et bien déduit. Voici mes seules réserves. 

Une première objection au titre qui dit trop. « La lumière de 
la tradition de Tite-Live » n'est pas tellement éclatante, puisqu'il 
faut d'abord reconstituer cette tradition et qu'on procède, pour 

I. Voir la Revue du i3 mars 189g. 



d'histoire et de littérature 147 

une bonne part, par hypothèse. Cette inéluctable nécessité, ne 
faudrait-il pas l'indiquer dès l'abord, plutôt que de paraître la dissi- 
mule ? Dans le sous-titre, il est question « de Tite-Live et de 
ses successeurs (Nachfolger) » : suivant moi la dénomination n'est 
pas suffisante. Il est bien clair aussi, par la préface, que M. S. a 
flotté quelque peu entre divers projets : la reconstitution des 
livres XVI-XIX de Tite-Live ; une étude sur ses abréviateurs ; peut- 
être encore une étude objective sur la première guerre punique. — 
La conclusion, en une page, où M. S. se borne à opposer la tradition 
de Tite Live et des annalistes (tradition toute formelle) à la tradition 
grecque (Polybe, Diodore, en partie Dion), est vraiment insuffisante. 
— Pourquoi aucune table ? M. S. procédant par série chronologique, 
avec une infinité de divisions et subdivisions, un tableau ou un Index 
était d'autant plus nécessaire. — Pas d'index bibliographique non 
plus; les références des notes sont en général précises. Mais il y a des 
exceptions ; par exemple, pas de date pour la brochure citée p. 42, 
n. I. — Enfin l'errata pourrait être fort allongé '. 

Emile Thomas. 



Estratto dagli Studi italiani di Filologia classica. Vol. XIII. Vincenzo Ussani. 
Question! Petroniane. Firenze. Bern. Seeber, igoS. 5i p. gr. in-S". 

Je connais de M. Ussani une édition des Odes d'Horace chez 
Loescher (1900-1901) ; aussi un article des Studi, daté de Messine 
1903 : il testo Lucaneo e gli scolii Bernensi. Je vois de plus que M. U. 
a publié à Rome en 1903 un livre, que je n'ai pas lu, intitulé : Sul 
valore storico del poema lucaneo. Sur Pétrone M. U. est des mieux 
documentés : il connaît tout ce qu'on a publié en Italie et ailleurs, et, 
pour son compte, il s'efforce d'apporter des vues nouvelles sur le 
sujet, particulièrement en ce qui concerne l'auteur et la date de 
l'œuvre. Suivant M. U., nous avons eu le tort d'en rester où nous 
avait conduit le vieux Studer et de ne pas tirer du texte tout ce qu'il 
contient. Voyons quelques unes de ces remarques nouvelles et que 
valent-elles? 

D'abord un mot du plan : 

Trois paragraphes : 1° arguments par lesquels on appuie l'hypothèse 
de l'identité de l'auteur du Satyricon et du Pétrone de Tacite; réponse 
aux diverses objections; la ville où demeure Trimalcion est 
Pouzzoles ; 2° dates extrêmes entre lesquelles doit se placer la com- 

i.P. 6, 4 1. avant la fin : lire Va?-ese. P. 7, n. 4, lire 4 (et non 14). P. i5 et 18, 
lire pour le chapitre du de viris ill. : XXXVII. P. 32, 8 1. avant le bas, lire iîostra, 
et à la 1. 4 : lire advectum. P. 45, dans le passage de Macrobe, indiquer le § (29) 
et, à la 1. 5, au lieu de per, lire pro. P. 49, 1. 8, lire Oudetidort'. P. 32, 1. 6, lire 
exfociwnf; 1. 14, lire ornavet ; 1. 19, lire maxumas. P. 55 au second mot de la cita- 
tion de Zonaras, lire yâp, etc. 



1^8 REVUE CRITIQUE 

position du roman (64, date de l'incendie de Rome, et 65, date de la 
publication de VHalosis Ilii de Néron, poème impérial que l'auteur de 
la Trojœ halosis, un courtisan favori de l'empereur, n'a pu risquer de 
paraître parodier ; 3° rapports entre le Bellum civile et la Pharsale ; 
il y a parodie; elle passe sur la tête d'Eumolpe pour atteindre Lucain, 
le chef de la nouvelle école. 

Sans m'astreindre à suivre cet ordre, je dégage du tout l'argument 
nouveau qui pourra frapper le plus vivement le lecteur. Dans la lecture 
de Vactiiariiis (ch. 53) M. U. oppose hortis Pompeianis à praedio 
Ciimano, et il voit dans ces mots une allusion à Pompei, ce qui nous 
reporterait forcément avant 79. Mais le mot prête à bien des équi- 
voques, surtout chez un affranchi qui s'appelle G. Pompeius Trimal- 
chio. Aussi, après la première surprise, les doutes ne manqueront pas 
de revenir à l'esprit. 

Voici d'autres vues qui ne me paraissent guère plus solides. 
L'incendie, relaté par Vactiiarius, porte la date : VII Kal. Sextiles. 
M. U. en rapproche l'incendie de Rome ; il a éclaté le même mois, le 
XIV Kal. Sextiles, a duré six jours et sept nuits, et l'on commençait 
à se rassurer quand il reprit dans les praedia JEmiliana de Tigellin, 
donc justement le VII Kal. Sextiles au matin. Le choix voulu du jour 
couvrirait ici une attaque indirecte contre Tigellin. J'avoue que le 
rapprochement me paraît des plus artificiels, la coïncidence fortuite, 
l'allusion anodine ; est-il sûr que, dans cet ensemble tout différent, 
les contemporains eux-mêmes l'eussent saisie? — De même je doute 
fort qu'on puisse trouver un lien véritable entre la fugue de Crotone, 
l'étalage des grandes richesses {trecenties sest.) qu'aurait laissées le 
vieillard en Afrique, et d'autre part la folle recherche par Néron des 
trésors de Didon, entreprise suggérée par Césellius Bassus, comme le 
raconte Tacite, A. XVI, i-3. C'est nous qui voyons une analogie entre 
ces épisodes du roman et les faits de l'histoire; les contemporains, 
auraient plutôt senti la différence. Ne rafïinons pas en une matière 
comme celle-ci; « l'esprit de l'escalier » ou encore « la prophétie après 
l'avènement », transportés dans l'histoire de la littérature, seraient 
d'une méthode bien étrange. 

D'autres rapprochements qu'établit M. U. (p. 6) entre le poème du 
ch. cviii et la Pharsale me paraissent des plus contestables : dans 
les mouvements ou expressions telles que : Quis furor.. . Quid 
meruere... jnors una..., je ne vois que des thèmes d'école, devenus, 
sous l'empire, une monnaie courante qui n'a plus d'empreinte. 

On peut trouver d'abord ingénieux le départ que fait (p, 44) M, U. 
entre les divers poèmes du Satyricon : d'un côté, vers du narrateur 
qui reposent simplement de la prose ; de l'autre, tirades plus ou 
moins longues attribuées à un personnage, et, dans ce groupe-ci, 
avant tout le Belliim civile sur lequel on ne cesse de discuter. M. U. 
imagine que les poèmes du second groupe ont été insérés après coup. 



d'histoire et de littérature 149 

Il note l'insuffisance des liaisons qui les rattachent au reste [nam, 
ceterum, prxterea, enim) ; il explique par cette origine les dissonances 
qui nous embarrassent, notamment la contradiction qui existe entre 
la théorie générale d'Eumolpe dirigée contre Lucain, et le poème 
lui-même, qui, ainsi que la tirade de Tryphène, contient des imita- 
tions incontestables de Lucain. 

M, U. voit dans tout cela des additions postérieures; il n'y aurait 
eu d'abord à ces places aucun vers, ou du moins pas de vers récités 
par Tryphène ou par Eumolpe ; Pétrone plus tard se serait amusé à 
faire la critique de Lucain ; il l'aurait imité, puis parodié, et, sans se 
soucier de la vraisemblance, il aurait placé le tout sous le nom de tel 
ou tel personnage. Mais par là M. U. ne résout rien ; il ne fait à mon 
sens que reculer et augmenter la difficulté. Nous n'avons pas, tant 
s'en faut, en son entier et dans sa forme intégrale, le texte du Saty- 
ricon et l'on veut, dans le roman, démêler des rédactions succes- 
sives et des retouches ! N'est-ce pas se perdre volontairement dans 
des hypothèses invraisemblables ? 

Ce genre de recherches a séduit M. U. à ce point qu'il l'a étendu à 
d'autres sujets et qu'on trouvera ici, aux deux dernières pages, toute 
une liste de morceaux de la Pharsale, où M. U. voit, surtout au 
livre V, autant d'épisodes parasites, de seconde main dont la suppres- 
sion allégerait le poème. Alors même que la remarque serait juste, 
que prouverait-elle pour le Satyricon ? 

Je trouve en général que, dans les discussions historiques, M. U. 
fait une part trop grande aux présomptions subjectives ; qu'il y a ici 
(surtout p. 47 et 48) trop d'arguments ex silentio : M. U. aime les 
problèmes insolubles. On ne peut s'étonner qu'il n'aboutisse pas. 
Pour en citer encore un exemple, M. U. croit pouvoir préciser la 
date à laquelle eut lieu la rupture entre Lucain et Néron (fin de 64 
ou commencement de 65), et par suite la date après laquelle Pétrone 
osa parodier la Pharsale, en retouchant et complétant sa Ménippée. 
C'est vouloir être et du moins se croire bien informé. 

Donc contribution intéressante très approfondie, riche d'idées 
neuves, qui s'ajoute à toutes celles qui sont venues très heureusement 
d'Italie; mais, suivant moi, son médiocre succès fait d'autant ressortir 
la difficulté du sujet. Remercions M.U. de la courtoisie avec laquelle 
il discute les thèses de ses adversaires. Dans le détail, et ce n'est pas 
ici un mince mérite, je n'ai rien vu qui ne fût d'une parfaite exactitude'. 

Emile Thomas. 



I. Sauf cependant au haut de la p. 36, où M. U. s'est sûrement trompé dans la 
traduction de classes {le armate). Il ne s'agit pas d'armées, mais des flottes qui 
apportent à Rome de l'Afrique les animaux féroces (au lieu du blé d'Egypte). — 
Au milieu delà p. 5, Tacite est cité d'après un mauvais texte {redibat levis : rur- 
sum). P. 7, au premiers vers de la citation du livre III, lire : hoc edidit. — Entin, 
en plus d'un passage, autant que j'en puis juger, la rédaction ne brille pas par la 
clarté. 



l5o REVUE CRITIQUE 

Poeti Latini Minori. Testocritico, commentato da Gaetano Curcio libero docente 
di letteiaiure latina. Vol. II, fasc. I. Appendix Vergiliana. Priapea, Catalepton, 
Copa, Moretum, Catania, frat. Battiato, igoS, gr. in-8", xvi-i88 p. 5 L. 

Voici le second volume d'une collection ' qui est certes la bien 
venue, tant, dans ces petits poèmes, abondent les difficultés de tout 
genre. L'auteur voulait d'abord comprendre en un seul xomeV Appen- 
dix Vergiliana ; mais « la sobriété la plus rigoureuse (?) n'a pu limiter 
assez le nombre des pages » ; il ne donne aujourd'hui qu'un fascicule 
contenant la première partie de l'Appendix, Plus tard viendront le 
Cul ex et la Ciris. 

La documentation, pour le commentaire comme pour le texte, me 
paraît des plus complètes. En tête de chacun des poèmes, les numé- 
ros de Burman, Meyer, Bashrens ; texte et notes; puis : « Argo- 
mento » eiaCronologia » (celle-ci trop souvent avec conclusion néga- 
tive). Avant chaque recueil : « Prolégomènes », liste des éditions ou 
études, et table des sigles. Pour l'apparat, les éditions de Ribbeck et de 
Baehrens servent naturellement de base. Mais M. C. nous donne aussi 
son apport. Outre que pour les Priapea et les Catalepton, il attache 
plus d'importance qu'on ne l'avait fait jusqu'ici au manuscrit de 
Bruxelles (xii^s.), pour les mêmes poèmes, M. C. a collationné, pour 
la première fois, un manuscrit du Vatican du xv= siècle. De même il a 
revu, pour la Copa et le Moretum, le Bembinus (ix" s.) ; il a rectifié quel- 
ques petites inexactitudes, et comblé les lacunes de la description 
générale. lia, de plus, collationné quelques manuscrits de la Vaticane 
qu'on n'avait pas employés jusqu'ici (x«, xi^ et xV s.). Enfin on trou- 
vera, comme spécimens, les scolies interlinéaires de deux de ces 
manuscrits. La préface donne, en dix pages, la description générale 
des manuscrits collationnés à nouveau, avec un jugement sur leur 
caractère propre. A la fin, quatre pages de fac-similés de divers 
poèmes, en tête du Bembinus. En somme, M. C. s'est proposé de 
mettre à notre disposition tout ce qui est utile pour lire et comprendre 
ces poèmes, bien plus que de trouver du nouveau pour résoudre les 
difficultés du texte. Il ne cite, à la fin de sa préface, en tout que cinq 
conjectures qui lui sont personnelles ; sur ce nombre, la première est 
séduisante, les autres douteuses ou parfaitement (Cat. XIII, 32) 
invraisemblables. M. C. se flatte de donner pour la Copa et le More- 
tum un texte qui sente moins la main des modernes. Sauf trois pas- 
sages du Moretum (Sg, 71, 80), il croit avoir trouvé dans les manus- 
crits secondaires toutes les leçons utiles sans recourir à aucune 
conjecture. 

Il est sûr que l'on a vu éclore sur ces poèmes des hypothèses sans 
fin (leur nombre même montre ce qu'elles valaient) ; et que M. C. a 

1. Sur le premier volume, voir la iîevKe de 1903, I, p. m. 



d'histoire et de littérature I 5 I 

fait sagement de ne pas chercher à nous en apporter d'autres '. Il me 
paraît même juger bien trop favorablement telle nouveauté de lui ou 
d'autres ^ 

Dans les notes, il y a à la fois trop et trop peu ; l'exposé est verbeux 
et j'ai vu plus d'une répétition oiseuse ; ailleurs j'ai regretté l'absence 
de rapprochements ou de remarques qui me paraissaient nécessaires : 
par exemple sur des imitations certaines de Virgile (Cat. IX, i); sur 
certaines licences métriques (Cat. IX, 6i : si et, conjecture), etc. J'au- 
rais souhaité en haut des pages ou ailleurs un titre courant, indiquant 
de quel poème il est traité dans la page. Malgré tout, pour l'ensemble 
il me paraît évident que ce nouveau fascicule est très supérieur au 
précédent. La matière y est sans doute pour quelque chose ; car les 
poèmes qu'on relit ici ,sont presque classiques et le lecteur est fort 
heureux d'avoir, sur ces vers, tout ce qu'il lui faut connaître ; mais 
l'habileté de l'éditeur, sans se marquer au dehors, est très réelle et 
doit nous donner, pour la suite, les meilleures espérances \ 

Emile Thomas. 



G. ScHLUMBERGER, L'Épopée byzaiitine à la fin du x« siècle. Troisième 
partie : Les Porphyrogénètes, Zoé et Théodora (1025-1057), Paris, 
Hachette, 1903, i vol. 4°, de viii-847 pages. 

Dans ce beau et fort volume de plus de 800 pages, M. Schlumberger 
a étudié trente ans environ de l'histoire de Byzance (1025-1057) *. 
J'ai hâte de dire que ces trente années comptent parmi les plus 
curieuses et les plus intéressantes de cette histoire, parmi celles aussi 
que nous pouvons le mieux connaître, grâce à l'abondance et à la 
qualité des sources contemporaines; et l'on conçoit qu'à ce double 
titre elles aient plus d'une fois déjà en ces dernières années attiré 
l'attention de ceux qu'intéresse l'empire grec d'Orient. Dès 1889, 
Bury a consacré à cette période, dans VEnglish historical review, 
deux articles remarquables, pleins d'un sens critique très fin et d'une 
rare intelligence historique. En 1894, dans un livre de haute valeur, 

1. P. 96 : « Tante ipotesi inducono a rinonziare a farne altre; ci contentiamo 
di sapere che... ». 

2. La correction Ceii de M. Sabbadini (Cat. 14, 9) que M. C. juge « définitive » n'est 
pour moi qu'une cheville. — Cat. i3, 33. M. C. propose une conjecture à laquelle 
il paraît tenir beaucoup : Os atqiie. Mais sans parler de l'obscurité du substantif, 
comment expliquer que de mots aussi simples soient sorties les leçons : B Osicu- 
lisque, HM Osiisque ? 

3. P. 93, 1. 10 du bas : lire XV, 20, i. 

4. On remarquera, pour le dire en passant, combien le titre de l'ouvrage : 
L'Épopée byzantine à la fin du x" siècle, qui fut toujours un peu singulier, semble 
plus inattendu encore pour un volume consacré à des événements qui remplissent 
le second tiers du xi^ siècle. 



l52 REVUE CRITIQUE 

Die Weltstellung des by{antinischen Reiches vor der Kreu\\ûgen, 
Neumann a apporté, sur les grandes questions qui s'agitent à cette 
date dans l'empire byzantin, toute une suite d'indications précieuses, 
d'aperçus originaux, d'idées nouvelles et suggestives, dont personne 
désormais n"a plus le droit de faire abstraction ; et on me permettra 
d'ajouter, pour compléter la bibliographie de M. Schlumberger, que 
j'ai, en 1903, dans un long article de la Grande Revue, tâché de 
peindre, d'après Psellos, cette impératrice Zoé, dont la figure pitto- 
resque domine tout ce second tiers du xi« siècle. C'est qu'aussi bien 
peu de périodes historiques offrent des aspects plus divers, plus 
extraordinaires, plus dramatiques et, tranchons le mot, plus amu- 
sants. On y voit passer toute une succession de personnages, gens de 
cour et gens d'église, hommes de lettres et hommes de guerre, empe- 
reurs, impératrices, ministres, dont la physionomie revit pour nous 
avec un relief singulier dans l'admirable galerie de portraits que 
dessina ce Saint-Simon au petit pied que fut Michel Psellos. On y 
rencontre par surcroit l'ordinaire décor familier à tous les historiens 
de Byzance, une ou deux révolutions, trois ou quatre pronuncia- 
mientos, des intrigues de palais et des conspirations en foule, et des 
guerres sur toutes les frontières. C'est le temps aussi où le schisme 
sépare définitivement Rome et Byzance, et c'est le temps surtout où 
se posent, pour la monarchie des basileis