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REVUE CRITIQUE 



D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 



Nouvelle série. — Tome LXXVII 
.QUARANTE-HUITIÈME ANNÉE 




^ REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

RECUEIL HEBDOMADAIRE 



Directeur : M. Arthur GHUQUET 



QUARANTE-HUITIÈME ANNÉE 



PREMIER SEMESTRE 



Nouvelle Série. — Tome LXXVII 



T-^ï^Jiir^^ÇtlfeSW»*^ ^ 




PARIS 

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

28, rue BONAPARTE, 28, VI* 
I9I4 



\oon 

W..s.fer. 
t .77-'^' 



ANNEE 1914 



TABLE DU PREMIER SEMESTRE 



TABLE ALPHABETIQUE 



L 



pages 



Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (L. Dorez), 

20, 40, 60, &o, 100, iBg, 160, 180, 200, 220, 259, 280, 

3oo, 3i6, 347, 478, 499, 520. 

AcH, La connaissance a priori (Th. Sch.) 259 

AcHiLLES, Brunswick et l'Empire (Pierre Grillet) 234 

AcKERMANN, Un séminaire de langues vivantes (L. R. 459 

L'Afrique du Nord (B. Auerbach) , . . . . 366 

Albin, Allemagne et France (R. G.) 326 

Albrecht, La Mischna (A. L.) 5oi 

Allard (E.), Frédéric II dans la littérature française 

L. Rousian) 10 

Altmann, Documents sur l'histoire du Brandebourg, 2* édit. 

(R.) 408 

— Textes constitutionnels (R. G.) jS 

Amira (D'), Le droit germanique (F. Piquet) 164 

Ancona (D'), Souvenirs historiques du Risorgimento 

(Ch. Dejob) ' i38 

André (L.), Madame Lafarge, voleuse de diamants (E. W.l. 272 

Andresen, Un traité du jeu d'échecs (A. J.) 39 1 

— Tacite I (Emile Thomas) 334 

Aner, Les épîtrcs de saint Paul aux Corinthiens (Alfred 

Loisy) 470 

Angenot, Un marchand verviétois (H. Hr.) 8 

Anglade, La bataille de Muret (E.) 209 

Anrich, Saint Nicolas dans l'Église grecque (D. Sonnery). 47 

Archives Solway, Bulletin 25 (Th. Sch.! 279 

Archivio glottologico italiano XVII (E. Bourciez) 176 

Arin, Les mines dans l'Afrique du Nord (M. G. D. 256 

Arnim (D'), Supplément à Euripide (My) 83 



YI TABLE DES MATIERES 

pages 

Arnoux (Heroet (J. P.) 53 

Aspirations autonomiques en Europe (Les) ^Chlarles-H. 

Pouihas) 17 

D'Aster, Le système de la connaissance (Th. Sch.). ....... 278 

AvALON, Les Tantras (Sylvain Lévij 41 

Babut, Saint Martin de Tours (Pierre de Labriolle) 189 

BoER, Albrecht, Hkrbst, Le texte de Galien (My) 263 

Baldensperger, La littérature (L. Roustan) i j4 

Ballon (S. H.), Les clausules de Vopiscus (E. T.) 137 

Bapst, Canrobert, VI. Saint-Privat (A. Chuquet) 169 

Barbey, Suisses hors de Suisse (Arthur Chuquei) 249 

Bardenhewer, Histoire de l'ancienne littérature chrétienne. 

III (M. D.) 0.... 281 

Bardt, Lettres du temps de César et de Trajan (E. T.). . . . 204 

Brudrillart et Martin, Histoire de France (R.) 411 

Baumgarten (A.), Le délit (Th. Sch.) 259 

Beeson, Isidore (P. de L.) 3 1 1 

Bégouen, L'Aa de Toulouse (L. R.) s 10 

Bendz, L'Influence de Pater et d'Arnold sur Oscar Wilde 

(Georges-Basile) 345 

Bensande, L'astronomie nautique au Portugal (Henri 

Hauser) 1 34 

Bergemann, Gessner (F. B.) 355 

Berneker Dictionnaire étymologique slave. I (A. Meillet). . 144 

Bertin, Liao-Yang (A. Ch.) 298 

Beseler, Sources du Droit romain (E. T.) 25 

Besnier, Lexique de géographie ancienne (A. Merlin) 232 

Bezard, Comment apprendre le latin à nos fils (L. Rous- 
tan) 496 

Biblioiheca romanica, Diderot (L. R.) 12 

Bibliotheca romanica, 175-189 (L. R.) , 180 

Biedermann, La belle Maguelonne (A. Jeanroy) 194 

BiRT, Herméneutique et critique (Emile Thomas) 226 

— Personnages romains (Paul Thomas) • 108 

Blake (W.), Œuvres, p. p. Sampson (Ch. B.) 36 1 

Bliard, Les conventionnels régicides (Eugène Welvert) ... i58 

Bloch (G.), La république romaine (R. Cagnatj 201 

Blok, Histoire du peuple néerlandais, II R.) 247 

Blossier, Doléances de Honfleur (A. Mz.) 55 

Blum, Les clausules du De amicitia 1 E. T.) 1 79 

Bodrero, Heraclite (J. Bidez) 43 

Bœhn (de), La mode au XVII'-' siècle (L. Roustan) 455 

BoisLisLE, Saint Simon, XXV (C. G. Picavet) 269 

BoissY d'Angi.as, La question Louis XVII (R. G.) 391 

Bonnerot, Saint-Saéns (C. G. Picavet) 3i5 



TABLE DES MATIERES VII 

pages 

Bourdon, L'Enigme allemande (L. Roustan) 5j 

Bourgeois (M.), Synge et le théâtre irlandais (Ch. Bastide). i32 

BouRGiN, Le Socialisme français (R. G.) 3i5 

BouRGUET, Les Ruines de Delphes (A. de Ridder) 126 

BoNTOux, Veuillot (L. Roustan) 329 

Bouvier, La bataille réaliste (F. Baldensperger) 494 

Brackman, Mélanges (E. T.) 178 

Brandstetter, L'Indonésien (A. Meillet) 146 

Breunig, Deux Alsaciens (L. R.) 257 

Brésard, Les foires de Lyon (Henri Hauser) 266 

Brewster (D.), Aaron Hill (Ch. Bastide) 96 

Brown, Les chaudrons celtiques d'abondance (G. Dottin). . 282 
Brugmann, Grammaire comparée des langues indo-germa- 
niques, III. i (A. Meillet) 141 

Brull, Vieux mots français en anglais (Ch. Bastide) 1 13 

Buckler et RoBiNSON, Inscriptions deSardes (My) 367 

Burel, Commodien (P. deL.) 128 

Burnier et Oltramare, Chrestomathie latine (J. D.) 3o6 

Bywater, Aristote, L'art poétique (My) 472 

Cagnat. L'Armée d'Afrique, 2^ éd. (H. Besnier) 349 

Callavvay, L'Infinitif en anglo-saxon (F. Piquet) 282 

Cannon, Le cantique des cantiques (A. L.) 444 

Carnot (Sadi), Les volontaires de la Côte-d'Or à la Gli- 

suelle (Arthur Chuquet) 249 

Cartellieri, Bouvines (Pierre Grillet) 398 

Caspar, La résistance légale en Finlande (J. Legras) 1 1 5 

Cathal, L'occupation de Lunéville (A. Ch.) 297 

Cauer, Conférences (F. Piquet) 8 

Chabaut, L'autonomie religieuse de Monaco (Ch. Dejob). . 236 

Chantepleure, La ville assiégée, Janina (Hubert Pernot). . 39 

Chiappelli, Amour, mort, immortalité (Alfred Loisy) 379 

Chinard, L'Amérique et le rêve exotique dans la littérature 

française (F. Baldensperger) 492 

CiRiLLi, Les prêtres danseurs à Rome (R, C.) 46 

Claeys-Bouuaert, Le diocèse et le séminaire de Gand 

(Arthur Chuquet) 292 

Clark, Le rythme de la prose anglaise (Ch. B.) i38 

Claudel, Le Français né malin (L. Roustan) 259 

Clemen, L'influence des cultes de mvstères sur le christia- 

nismc (Alfred Loisy) 393 

CocHiN, Bargellini et Desisles (C. G. P.) 267 

CoHN (G.), Gorgias (My) 5o5 

CoLLiGNON (M.), Le Parthénon (Henri de Curzon) 117 

CoNSOLi, Edit. de Perse (E. T.) 388 

CoNSOLi (Santi), Letires d'Atticus (Emile Thomas) 461 



VIII TABLE DES MATIERES 

pages 

CoRDiER (H.), Mélanges américains (B. A.) 460 

CoRNicELius, Lettres de Treitschke, I (L. Roustan) 169 

Couard, L'administration départementale de Seine-et-Oise, 

1 790-191 3 (Eugène Welvert) 5 i 2 

Couturier (C), Chez Coppée (L. R.) i5 

Crossland, La Mer Rouge (M. G. D.) 241 

CuLTRU, Le Voyage de La Courbe (B. Auerbach) 363 

CuMONT, Les mystères de Mithra (Maurice Besnier) .... 45 

'CuNY, Quarante-trois ans de vie militaire (Arthur Chuquet) 297 

CuRzoN' (H. de), Mozart (A. C.) ^ 255 

Darboux, Eloges et Discours (Arthur Chuquet) 2i5 

Dauriac, Meyerbeer (H. de Curzon) 58 

Davot, L'Entretien de Jésus avec le ieune homme riche 

(A. L.) 4?8 

Debidour, Actes du Directoire, I et II (Arthur Chuquet). . 270 
Decourdemanche, Monnaies et mesures d'Inde et de Chine 

iM. G. D.) 255 

Dedieu, Lettres de Fénelon (L. R.) 256 

Deecke, Extraits des scholies de l'Iliade (My) 83 

Delafosse, Traditions du Soudan (René Basset) 238 

Del Vecchio. Divers (Th. Sch.) 25g 

— Le latin mourant (L. R.) 258 

— La philosophie politique de Rousseau (L. R.) 257 

Densusianu, Les Macédo-Roumains (E. Bourciez) 32 

Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, 48 (Mv) . 367 
D1EBOLD, La spécialisation des rôles dans le théâtre alle- 
mand L. R.) Il 

DiEHL, Supplément à Sophocle (My) 83 

DiELS, Les présocratiques, Heraclite d'Éphèse (J. Bidez).. 43 
Dikrauiîr, Histoire de la Confédération suisse (Arthur 

Chuquet! 289 

Die Religionen des Orients und die altgcrmanische Reli- 
gion (Sylvain Lévi) 21 

DiÈs, Le cercle mystique (J. Bides) 43 

DiETERiCH, Nekyia (A. L.) 378 

Djuvara, Cent projets de partage de la Turquie (R.G.) . . . 327 

DoEBERL, La politique scolaire de la Bavière (L. R.) 258 

Dorlan, Schlestadt II (Arthur Chuquet) 295 

Du Bled, L'Académie et l'Argot (L. R.) 9 

Dubois I P.), Bio-Bibliographie de Victor Hugo, les idées 

religieuses de Victor Hugo (F. Baldenspergeri 41 3 

Dupont-Ferrier, Écoles et Collègesde Paris (H. de Curzon) 417 

Dupuis, La direction de la guerre (A. Chuquet 1 217 

DussAui), Introduction à l'histoire des religions (Alfred Loisy) 442 

Rhrlich, Gloses en marge de la Bible IV A. L.) 3 18 



TABLE DES MATIERES IX 

pages 

— La sociologie du droit (Th. Sch. : 440 

Ehwald, Aldhelm I (H. W.j. .) ^ 64 

El-Kindi, Les gouverneurs et juges d'Egypte, p. p. Guest 

(CL Huart.' 461 

EspiTALiER, Vers brumaire ^Arthur Ciiuquet) 25 i 

États-Unis et la France (les), conférences (Henri Hauser) . 173 

Faesi, Odyssée, 2""" volume (MyJ 23 

Faguet, Enlisant Corneille (L. R.) 328 

— La jeunesse de Sainte-Beuve (Ch. Dejob; 96 

Faral, Les sources latines des contes et romans courtois du 

Moyen-Age (E. Bourciez; '. 12g 

Fay, La flexion verbale indo-européenne (A. Me.) 178 

Fenkllosa, L'art en Chine et au Japon (Henri de Curzon). 1 17 
Ferrand, Voyages et textes géographiques arabes, persans 

et turcs, relatifs à l'Extrême-Orient (Jules Bloch) ii3 

Fessler, Lactance et Cicéron (P. de L.) 3 10 

Fester, La candidature Hohenzollern. (R. G.» 325 

Feyel, Histoire comtemporaine (R.j 411 

Ficker, Le livret de la croix, de Sigismond de Hohen- 

lohe(R.) 21 I 

Fiel et Serrière, Gustave \\l et le catholicisme 

(Arthur Chuquet) 288 

Fleischer, Géographie linguistique de la Gascogne 

(E. Bourciez) 97 

Foerster, L'Yvain de Chrestien (A. Jeanroy) 193 

Fondation Dejob 178 

FouLET, Correspondance de Voltaire 1726-1729 (L. R.) . . i65 

Frankenberg, Les mots sémitiques (M . Cohen) 181 

Friedensburg, Cavour I iR. G.) ^"^4, 

— Le symbolique des monnaies d u Moyen 

Age(E.) 404 

Frignet-Despreaux, Le maréchal Mortier, I (Arthur 

Chuquet). . . '. 216 

Gabory, Napoléon et la Vendée (Arthur Chuquet) 252 

Gallavresi, Manzoni, Correspondance I (R. G.'' - ' 74 

Garneau, Histoire du Canada, I. 5™eéd.(B. Auerbach) . . . 363 

Garnier, Lettres des Hohenzollern Arthur Chuquet) 253 

Gartner, Le Nouveau Testament de Bifrun (E. Bourciez).. 5i 

Gaultier (P.) Les maladies sociales Th. Sch."* 368 

Gausseron, Jeandet (B. Auerbach ' _.-, 366 

Gauthier, Introduction àrAncienTestament(Alfred Loisy). 465 

Gerke, L'Enéidei Emile Thomas) 333 

Gerlach, La naissance des fortifications en Allemagne 

(Pierre Grilleti i5o 

Qibson, Les sources d'énergie (Th. Sch.) 278 



X TABLE DES MATIERES 

GiERKE, Le droit corporatif allemand Henri Hauseru . . . 

GiRAun, Les maîtres de l'heure i L. R.) 

Godet, Les brûlements d'archives à Abbeville (F. W.). . . . 

GoERLAND, L'Idée de la destinée dans l'histoire delà tragé- 
die iTh. Sch.) 

GoETZ, Le symbole des Apôtres (Alfred Loisy) 

Grands graveurs (H. de Curzon) 

Granger, Les merveilles de la France iH. de Curzon) 

Grapix, Eusèbe IX. -X Pierre de LabrioUe 

Grass, Les sectes russes(Jules Legras 

Gregory (Labv), Notre théâtre irlandais i Georges-Basile i . . 

Grellet-Dumazeau, Saint-Simon et l'atîairedu bonnet(E.W.) 

Groehler, Les noms de lieux français (E. Bourciez) 

Gronau, Posidonius et l'exégèse de la Genèse (A. L.) 

Grossi, Le Saint Georges des Génois (Ch. Dejob) 

Grutzmacher, Théologie (A. L.) 

Gsell, Histoire ancienne de l'Afrique du Nord, LA. Merlin) 

Guignebert, Le problème de Jésus (A. L.) 

Gundermann, Hippocrate (My) 

Gwynn, Les Dendsenchas (G. Dottin) 

Hahn, L'Empire (Maurice Besnier), 

Haller, Indogermains (H. Me.) 

Hardy, La Cité de Dieu, Source du Discours sur l'Histoire 
Universelle Pierre de Labriolle) 

Harnack. Le Cyprien de Pontius (Pierre de Labriolle). . . . 

Hauvette, Boccace (Charles Déjobi 

Heath, (Sir Thomas) Diophante d'Alexandrie (My.l 

Heckenbach, La nudité rituelle (Myi . 

^HeIdenstamm, La fin d'une dynastie (Arhur Chuquet) .... 

Heikel, Eusèbe, Demonstratio Evangelica (Pierre de 
Labriolle) 

Heiss, Balzac (F. Baldensperger 

Helm, Apulée (E. T.) 

Helm, Chronique de Saint-Jérôme (Pierre de Labriolle). . . 

Helmrich, (E.W.) Histoire du chœur dans le drame alle- 
mand, F. Piquet) 

Hermann, Ethique ('Th. Sch.i 

Hermannson, Islandica,Vl (Léon Pineau^ 

Hermathena, XVII V. C.) 

Hel'ckenkamp, Le roman de Barlaam et Josaphaten prose 
provençale (Jules Ronjat) 

Hel'ssi, Compendium et résume de l'Histoirede rEglise(E). 

HiGGiNSON, LeShepherds CalenderdeSpenser fCh. Bastide). 

HiLBERG, Saini Jérôme, lettre (Pierre de Labriolle) 

HiRSCHKELi), Petits écriis (Emile Thomasi 



papes 

387 

33o 

55 



279 
470 

417 
i36 

3 08 

415 

517 

167 

49 
483 

i3q 

438 

229 

3/9 
83 

149 

64 

178 

341 
91 

321 

85 

471 
287 

337J 

49. 

2o6| 

337 

454] 

3 16 
6ii 
35: 

20i 

59 
26 

2o5 



I 



TABLE DES MATIERES XI 

pages 

Histoire de la philosophie, collection Hinneberg I. 5. (L. R.) i3 

HoFMFiSTER, Allemagne et Bourgogne Pierre Grillet) 393 

HoGU, Atala et les contemporains (L. R.) 358 

HoLDER, Trésor du vieux celtique I, (G. Dottin 147 

Holmes, Les campagnes de César (E. Cavaignaci 4 

HoLscHER , Les prophètes (Alfred Loisy) 462 

HoLTZMANN, Middût l'A. L.j 5oi 

HooGVLiET, Les genres (A. Meillei) 147 

HouBRON, Sagesse et volonté (Th. Sch.) 368 

HuBER, Le liber de miraculis (P. de L.) 3oo 

HuLTiN, Le comte de Creutz (Léon Pineau) 214 

HuNT, Les papyrus grecs de la bibliothèque Rylands iMy). io3 

HuNT, WiLAMOwiTz, Robert, Terzaghi Les Ichneutes (My). 443 

Idiotikon suisse, 74 (F. P.) 256 

Ilvonen, Parodies de thèmes pieux dans la poésie fran- 
çaise du Moyen Age (A. Jeanroy) 353 

Impallomeni^ La psychologie de Léopardi (Ch. Dejob). ... i38 

Innés, Textes d'Histoire anglaise H Ch. Bastide) 36 1 

Isaac, Histoire contemporaine (R. G.) ^ 3 1 5 

Jackson, L'épyilion (E. T.) 390 

JÈzE, Le droit administratif de la République française 

(Henri Hausser) i32 

JoHNSTON. Un alphabet universel (A. Me.) i 78 

JoRET, Les noms de lieux Scandinaves en Normandie 

(E. Bourciez) 3 i 

JouGUET, (P.) Papyrus de Théadelphie (My) 121 

Jovv. Tissard et Aléandre ; le collège de la Marche (L. R.) • 164 
JuRET, Dominance et résistance dans la phonétique latine 

(E. Bourciez 5 

— Glossaire du patois de Plerrecourt (E. Bourciez) i3i 

JussELiN, Helvétius Mme de Pompadour (L. R.) 257 

JussERAND, Ronsard Jean Plattard) 33 

Kahle, Masorêtes de l'Orient (A. L.) 443 

Kahrstedt, Quelques points d'histoire grecque (My) 3o3 

— Tite-Live ( E. T • . .^ 29 

Kalbow, Les noms germaniques de l'ancienne épopée 

française (Jules Ronjat) 352 

Karmin, La question du sel pendant la Révolution (R. G.). 324 

Kastner, Poésies de William Drummond I (Ch. Bastide).. i i 2 
Kellner, Histoire de la littérature de l'Amérique du Nord. 

(Ch. B.) 391 

Kern, Inscriptions grecques (A. de Ridder io5 

Kerviler, La Bretagne pendant la Révolution (Eugène Wel- 

vert) - 286 

Kessler, Isocrate et l'idée panhellénique /My) 81 



pages 


223 


414 


25o 


5o2 


i56 


222 


179 


337 


1 1 1 


419 


3i5 



XII TABLK DES MATIERES 

Kessler, Le Lycurgue de Plutarque f My) 

KiNG, Le poème de Joli, trad. (A. L.) 

KiRCHEisEN, Napoléon, sa vie et son temps(ArihurChuquet). 

Kittel(R.), (Recueil offert à Alfred Loisy) 

Kjellman, L'Infinitif dépendant d'une locution imperson- 
nelle (E. Bourciez) 

Klio,XIII (My) 

Knorr, Les poteries d'Aislingen (M. Besnier) 

KoETSCHAU, Origène, de Principes (Pierre de LabrioUe) , . . 
Koser, Histoire de la politique brandebourgeoise et prus- 
sienne, I (Albert Waddington) 

Kroner, But et loi en biologie (Th. Sch.) 

Laband, Droit public allemand (Th. Sch.) 

Labriolle (P. de), Les sources de l'histoire du Monta- 

nisme; la crise Montaniste (Alfred Loisyi 466 

La Grasserie, La Cosmosociologie (Prosper Alfaric) 42 

Lalance, Mes souvenirs (R.) 41s 

Landau, La Cour d'Arthur (F. Piquet) 3i3 

Landers, Les biographies des troubadours (A. Jeanroy) . . i94 

Landgraf, Cicéron, pro Roscio (E. T.) 488 

La Restauration Genevoise (Arthur Chuquetj 271 

Lasfeld, Epigraphie grecque (A. de Ridder) 104 

Laurent (G.), Souvenirs de Prieur delà Marne (Arthur 

Chuquet).. . . • ' 289 

Lautensack, L'aoriste (My) 304 

Lavedan, Limosin (H. de Curzon) 417 

La Vie parisienne au xviii*^^ siècle (E. W.) 284 

Le castellum de Risstissen (H. Besnier) 179 

Lefebvre de Behaine, Campagne de 18 14, Napoléon et les 

alliés sur le Rhin (Arthur Chuquet i 291 

Lefranc, Boulenger, Clouzot, Dorveaux, Plattard et Sai- 

NÉAN, Rabelais I et II (E. Bourciez) 38 1 

Legendre, Au Yunnan (H. de Curzon) i36 

Léger (L.), Nicolas Gogol (Jules Legrasi 417 

Le Grand, Les sources de l'histoire religieuse de la Révolu- 
tion I E. W.) 269 

Leguay, Universitaires d'aujourd'hui (A) 3^6 

Lemm, La Genèse des Rougon-Macquard et des Quatre 

Évangiles (L. R.) 357 

Lemonnier, La révélation primitive (Alfred Loisy) 379 

Lemonon, L'Italie économique et sociale (R. Guyot) 56 

Lempp, La séparation de l'Eglise et de l'Eiat au parlement 

de Francfort (R. G.) 392 

Leo, Littérature romaine, I (Emile Thomas 25 

Leroy-Allais, L'Honnêicfemmecontrcladébauche(Th. Sch.) 279 



TABLE DES MATIERES XUI 

pages 

Les lois sur l'assurance des employés fTh. Sch.) 439 

Letalle, Les fresques du Campo-Santo de Pise (Henri de 

Curzon) 117 

Leuba, Lettre de H. Leuba et réponse de M. Loisy igg 

Lévy (Robert , L'Industrie cotonnière en Alsace ( R. G.) . , 76 
Lévy-Bruhl, Les élections abbatiales en France 1 Ch. Pfis- 

ter) 3 19 

Librairie Beck ;L. Roustan) 171 

Logos IV, 3 (Th. Sch.) 5 18 

Lorette, Notre église (A. F.) '. 438 

LôsETH, Notes de syntaxe française, II [K. Bourciez) 77 

LoT-BoRODiNE, Le roman idyllique du Moyen-Age (A. Jean- 

roy) iq5 

LoTH, Les Mabinogion (G. Dottin) 148 

L0UTCHISK.V, La vente des biens nationaux (Albert Mathiez). 69 

— Lettre de M. Loutchisky et réponse de M. Mathiez. . . . 275 

LuBKER, Reallexikon 8" éd. par Geffcken et Ziebarth (My) . 487 

LuDWicH, Musée (My) 83 

Maas, Apollonius Dyscole (My) 83 

Maciet, Souvenirs de l'invasion (A. Ch.) 297 

Mac Laughlin, Lettre jg 

Madelin, France et Rome Albert Mathiez) 37 

Malherbe, Pensées de Paul Hervieu (L. R.) 258 

Manaresi, L'empire romain et le christianisme (H. Besnier). 35o 

Marcel, Le frère de Diderot (L. R.) 12 

Mareschal de Bièvre, Les ci-devant nobles et la Révolution 

(E. W.) 167 

Margoliouth, Es-Sam'âni (Cl. Huart) 441 

Marouzeau, Conseils pratiques pour la traduction du latin 

(E.T.^ 390 

Marquiset, Les bas-bleus du premier Empire (E. W.). . , . 168 

Martin-Maury, Les nouveaux païens iL. Roustan) 329 

Martin (G.), Le tissage du ruban à domicile dans le Velay 

(Henri Hauser) 386 

Martino, Le roman réaliste sous le Second Empire (F. Bal- 

densperger) 494 

Masqueray, Bibliographie de la littérature grecque (My). . 182 

Massignon, L'Œuvre d'El Halladj (Cl. Huart) 22 

Masson (P.), L'Académie française; Napoléon et sa famille 

X (Arthur Chuqueti .293 

Maurette, États et nations du globe (R. G.) 3i5 

Mayr G. de), Les sciences politiques iTh. Sch.) 439 

Mazzoni, Poésies (Ch. Dejob) 436 

Meinecke, Le centenaire de 181 3 (L. R.) 2 58 

Meinhold, .loma 'A. L.i 5oi 



XIV TABLE DES MATIERES 

pages 

Mélanges de la Facultéorientale de Beyrouth. VI fJ. B. Ch.i 421 

Melot. Entre Olympe et Taygète (H. de Curzon) i36 

Mémoires et documents sur l'histoire du commerce et de 

l'industrie en France, III iHcnri Hauser) i33 

Mkntz, Histoire de l'Allemagne au temps de la Réforme (R.). 407 

xMérimée (Henri), L'Art Dramatique à Valence (Ch. Dejob). 34 

Merlin, Althihuros (M. Besnier) i63 

Mess (A. de). César (Paul Thomas) 424 

Mel'sel, César, 7'' éd. (Emile Thomas) 242 

Meyer, La fête de Noël (L. Roustan) 455 

Michel (A. , Histoire de l'art, V, 2 (Henri de Curzon)., . . 117 

Michel, Les mosaïques de Sainte Constance à Rome (S.). . 62 

Michels, La genèse de l'impérialisme italien (Henri Hauser) 172 

Michels, Problèmes de philosophie sociale Th. Sch.' .... 419 

MiCHiELS, Amour et chasteté (Th. Sch.) 420 

Miller, Syntaxe du grec classique (My) loi 

MuHAMMAD (Mirza), Le Tàrikh-i-Djehan Gochâ d'Atâ Mé- 

lek Djowaïni (Cl. Huart, 481 

MiiLLER-MARQUARDT, La langue de la vie de Saint-Wan- 

drille(J. p.) 489 

MoMMSEN, Ecrits épigraphiques, I (A. de Ridder) 226 

MoNACi, Fac-similés de documents romans (A. Jeanroy) . . 354 

Monceaux, Saint-Cyprien (P. deL.) 3ii 

MoNNiOT, Le crime rituel chez les .Tuifs 'Alfred Loisy) . . . 395 

More, Le monument romantique (F. Baldensperger). . . . 356 

MoRiN(Dom), Études, textes, découvertes,! (P. de L). . . 336 

MoRSBACH, Le genre en anglais (Ch. B.) i38 

Nachmanson, Inscriptions attiques (My) 83 

Nasse, Le Siège de Paris et la commune (Arthur Chuquet) : 273 

Naudieth, Magret (A. Jeanroy) 426 

Naumann, La lettre apocryphe de Jérémie (A. L.) 468 

Neugebauer, Tables astronomiques à l'usage des historiens 

(My) ' 188 

NiEBERGALL, Commentaires du Nouveau Testament (A. P.). 438 

Niestroy, Pistoletta (A. Jeanroy) 426 

NoRDEN, Josèphe efTacite (E. T.) 228 

Olivet, Traité des hérétiques de Castellion (R.) 211 

Olschki, Le centre idéal de la France au Moyen Age (E.). . 210 
Osterloh, Fénelon et l'opposition littéraire contre 

Louis XIV (L. R.) 256 

OvvEN, Sur les Tristes d'Ovide lE. T.) 389 

Pacheu, Jacopone (Ch. Dejob) 320 

Palat. Bazaine f.^rthur Chuquet) 237 

Paludan, L'Influence française et anglaise sur la littérature 

danoise au temps d'Holberg (Léon Pineau) 54 



TABLE DES MATIERES XV 

pages 

Pannier, Jones Hambraeus (R,) 248 

Patin, Etudes sur Sophocle (My) 449 

Paul (Sir John Deau , Paris en 1802 ^Arthur Chuquet . . 25i 

Paulhan, Les Hain-Teny des Mérinas (Léon Pineau). ... ii5 
Pedersen, Grammaire comparée des langues celtiques 

IV (G. Doitin) 3 12 

Peez et Dehn, Le système contentinal (R. G.) 72 

Perraudeau, Histoire de Saint-Ouen (E. W. ) 287 

Perrot, Histoire de l'art dans l'antiquité, X (Salomon Rei- 

nach 369 

Perroud, Lettres de M™^ Roland,! (Eugène Welvert) 68 

Petras, L'idée du mal (Th. Sch.) 419 

Pellissier, Shakespeare et la superstition shakespearienne 

(Ch. Bastide 358 

Pellizzari, Études sur Manzoni ^Charles Dejob 385 

Petermann, Vers et prose au xviii^ siècle (L. R.) 354 

Petschenig, Saint-Ambroise, le psaume CXVIII (Pierre de 

LabrioUe) 86 

Pfannmuller, Le Marienleich de Frauenlob (F. Piquet). . . 425 

Pfister, Les reliques I et II (M. D.) 317 

Pflugk-Harttung, Leipzig, i8i3, Documi^nts (Arthur Chu- 
quet) 216 

Philaretos, Périclès et Aspasie (My; 486 

Philippson, Le domaine de la Méditerranée, 2= éd. (A.). . . 460 
PiCAVET, Essais sur l'histoire générale et comparée des 

théologies et des philosophies médiévales-(A. Penjon). .. 400 

Pirro, Schutz (H. de Curzon) 58 

PiRsoN, Formulaires mérovingiens et carolingiens (Pierre 

Grilletj ^ 233 

Poèmes latins à Amsterdam r38 

Pohl, Un institut étranger L. R.' 459 

PôHLMANx (R. de;. Dissertations (My.) 447 

Polzer-van-kol, Arnold, le chiffre Sept (F. Piquet) 454 

PoRALLA, Prosopographie des Lacédémoniens (E. Cavai- 

gnac) 2 

Poulsen, Bustes grecs l'A. de Ridderj 226 

Pregizer, Charles Follen R. G.) 391 

Procksch, Les populations de la Palestine (Alfred Loisy). . 482 

Procksch, La Genèse trad. Alfred Loisy) 468 

Pru.nières, L'opéra italien en France avant Lulli (H. de 

Curzon) 5ii 

Rain, Un tsar idéologue (Arthur Chuquet) 295 

Rambaud (J.), Roger de Damas. Mémoires, II (Charles 

. Dejob) 343 

Rang, Souvenirs R. G 326 



XVI TABLE DES MATIERES 

pages 

Rand, L'urbanité horatienne d'Hésiode (My.) i6i 

Rand, La vie de Judas (A. J.) 391 

Rasi, Bibliographie virgilienne (P.) 388 

Rkbillot, Souvenirs de révolution et de guerre (Arthur 

Chuquet) 296 

Redslob, Les théories de la Constituante i^R. G.) 323 

Reinach (Th.\ Tibia My.) 162 

Reinhardt, De la théologie des Grecs (My.) 102 

Reiset Vte de), La Comtesse de Provence (Eugène Welvert). 430 

Reiter, Commentaire sur Jérémie (Pierre de Labriolle). . . 86 

Rémond (G.), Avec les vaincus (L. R.) 16 

Renard (G.), Histoire du travail à Florence (Charles Dejob). 476 

Relterskiôld, La religion laponne 'Léon Pineau) 48 

Reynaud, Seconde lettre et réplique de M. Reuss 78 

RiBERA ET AsiN, Mauuscrits de la JuntaiRené Basset) 289 

Richter, L'Ancienne Rome M. Besnier) i63 

RiDGEWAY (Etudes offertes à) (Paul Thomas) 473 

RiDGEWAY, L'origine de la tragédie (My.) 261 

Riedl, Les ballades Kouroutzes (J. L. Fôti) 498 

RiEZLER, Les lécythes blancs attiques (A. de Ridder' 264 

Rigault, L'Invasion de 181 5 en Seine-et-Marne (Eugène 

Welvert) 73 

RiVASSo R. de), L'unité d'une pensée lA. Biovès) 298 

RiNN ET Jungst, Lectures sur l'histoire de l'Eglise (E.) 207 

RoBBiNS, Les Commentaires de la Genèse (M. D.) 317 

RocHEBLAVE, D'Aubigué J. P.; 54 

Rocher ^M"'), Le district de Saint Germain-en-Laye pen- 
dant la Révolution (Eugène Welvert) 285 

Rodes, La Chine et le mouvement constitutionnel (R. G.). 326 
RobocANACHi, Les monuments de Rome après la chute de 

l'Empire J. Fontaine) 93 

Rohde, La lutte en Sicile 1291-1 3o2 (Pierre Grillet) i55 

R0MIER, La Saint-Barthélémy (H. Hr.) 267 

RoNJAT, Le développement du langage observé chez un 

enfant [Th. Sch. ! 439 

Rooses Max , Flandre (Henri de Curzon, 117 

RosENBAUER, La Poésie de Leconte de Lisle 1 L. R.) i5 

RosENBERG, Les anciens peuples italiens Paul Thomas) . . . 106 

RoscHER, Le nombre sept : My. 3oi 

Ross, Voyages aux îles (A. de Ridder) 126 

Ross, Voyage dans les îles (My.) 256 

RoucHÈs, Les Vigarini I C. G. Picavet) 268 

Rowald, Répertoires des lexiques latins (E. T.) 438 

RccK, La curie romaine (R. G 3g3 

RuDBERG, Le dixième livre de l'histoire des animaux attri- 



Table des matières xvii 

pages 

buée à Aristote (My.) 484 

RusKiN, Le paysage (H. de Curzon) 417 

Sadjack, Les manuscrits grecs du Mont Cassin (My.). . . . 423 

Salembier, Pierre d'Aiily et la découverte de l'Amérique (A.). 460 

Salin, L'Alaska et le Jukon (B. Auerbach) 362 

Salomons (H.^, Le Bhàradvâja (Sylvain Lévi) 21 

Samaran, Casanova (Eugène-Welvert) ". . . 427 

Sarton, Isis I (Th. Sch.) 5i8 

Saulnier, Journal de François, bourgeois de Paris (E. W.). 283 

ScHANz, Littérature latine, IV. i (E. T.) 450 

Scharrer, La vie religieuse à Augsbourg (R.) 405 

ScHERLEN, Les archives dc Kaysersberg (R.) 409 

Schermann, Un rituel du 1*'' siècle (P. de L.) 307 

ScHiELE et ZscHARNACK, La religion dans l'histoire et le pré- 
sent IV. et V (Alfred Loisy) 376 

ScHiNZ, La question du Contrat social ( L. R.) 257 

Schlageter, Le vocabulaire des inscriptionsattiques trouvées 

hors de l'Afrique (My.) 423 

Schmitt (C), L'Etat et l'Individu. iTh. Sch.; 420 

Schoenig, L. devant consonne dans les dialectes du nord de 

la France (E. Bourciez) 97 

Schrader, L'année cartographique, 23 (H. de Curzonj. ... i36 

Schultz, Les scholies d'Hésiode (My.) 221 

Scott, Le pôle meurtrier (H . de Curzon) 1 36 

ScHWARTz, Les évêchés d'Italie dans les dynasties saxonne et 

italienne (Pierre Grillet) i53 

Schewemer, L'unité allemande (R. G.) 3i5 

ScHWOEBEL, La Palestine I (Alfred Loisy) 

Serban, Leopardi sentimental (Charles Dejob) 236 

Sevmour de Ricci, Le style Louis XVI (Henri de Curzon). . 1 17 

Shewan, La Dolonie (My.) 5o6 

Siegfried ^^A.), La France de l'Ouest sous la première répu- 
blique (Eugène d'Eichthal 1 ... 5 1 5 

SoEDKRBLOM, Théologic naturelle (Alfred Loisy' 38o 

Soldats suisses au service étranger (Arthur Chuquet) 290 

SovERi, Le De Spectaculis de Tertullien (P. de L.) 309 

Staerk, Isaie et le serviteur dc Jahvé (Alfred Loisy) 5o2 

Stammer, L'Esthéticisme de Schleiermacher (L. R.) i3 

Stapfer, Dernières variations sur mes vieux thèmes (L. Rous- 

tan ) 174 

Steinhausen, La culture allemande contemporaine (R. G.I. 3i5 
Steinhausen, Histoire de la civilisation allemande II 

(L. Roustan) 45b 

Stengel-Fleischmann, Dictionnaire du droit allemand 

(Th. Sch.) 368 



XVIU TABLE DES MATIERES 

pages 

Stengel-Fleischmann, Dictionnaire (Th. Scli.j 259 

Sternischa, Alemand et Andry (E. Bourciez) 196 

Sticotti, Doclea (a. de Ridder) 127 

Stolle, Le légionnaire romain et sa charge (R. Gagnât). . 509 
Stopes (Mrs), Burbage et le théâtre de Shakspeare 

^Georges-Bazile) 212 

Stoukf, Catherine de Bourgogne (Chr. Pfister) 52 

Sturtevant, La formation nominale en grec (My) 187 

Suzuki, La première philosophie Chinoise (Th. Sch.) . . 520 
SwiNDLER (M . H ), Eléments crétois dans le culte d'Apollon 

(A. de Ridder) 1 25 

SzYSLO, Le Mexique (H. de Curzon) i36 

Taeubler, Les traités du peuple romain (Paul Thomas). . . 109 

Teubner, Catalogue (My) i 

Thompson, Lamb, Essais (Ch. B.) 36o 

Thomsen, Les antiquités palestiniennes (A. L.) 464 

Thoumas, Causeries militaires V. (Arthur Chuquet) 255 

Thulin, Corpus agrimensorum Romanorum, I, i (E. T.). . 2o3 

Thompson (H.), Childe Harold (Ch. B.) i38 

T0URNIER, Le Cardinal Lavigerie (A. Biovès) 274 

Travaux de l'Ecole de Pries, IV, 3 (Th. Sch.) 440 

Trench, Hamlet (Georges Bazile). 384 

Trendelenburg, Pausanias à Olympie (A. de Ridden. ... ' 5o8 

Uhlenbeck, L'algonquin (A. Me) 178 

Ullmann, Satura (E. T.) 389 

Urba et Tyciia, Traités de saint Augustin contre les 

Pélagiens (Pierre de Labriolle) 86 

Urbain et Levesque, Correspondance de Bossuet V. VI (.A.). 65 

UssANi, Notes sur Horace (E. T.) 388 

Vahlen, Traité du Sublime (4<= édition) (My) 24 

Valliîcre, (G. de) Le régiment des gardes-suisses 

(Arthur Chuquet) 294 

Van de Vorst et Delehaye, Les manuscrits hagiographiques 

grecs (P. de L.) 390 

Van Dyck et Goya, (Henri de Curzon). 117 

Vaughan, L'influence anglaise sur le romantisme (F. B.). 355 
Vauzanges, L'Ecriture des musiciens célèbres (H. de 

Curzon) 58 

Vermale, La franc-maçonnerie savoisienne (R. G.) 392 

Vernon Lee, Théorie du beau (Th. Sch.) 278 

ViENOT, Le Paris des Martyrs (R.) 240 

ViLLARET, Hippocrate, de la nature de l'homme (My) 472 

Volumes espagnols 392 

VosGLER, La civilisation de la France reflétée dans le déve- 
loppement de sa langue (E. Bourciez; 6 



TABLE DES MATIERES XV IV 

pages 

Wahl, L'Europe de 1789 à 181 5 1 Arthur Chuquet) 292 

Waitz (E.), George Waitz (R.) 244 

Ward et Waller, Histoire de la littérature anglaise 

(Ch. Bastide) 36o 

Weil, (J.) Les idées de Rod (L. R.) i5 

Weinel, Jésus au xix« siècle (A. L.) 395 

Welcker, Vie de Zoega (My; 2 56 

Welvert, Napoléon et la police sous la première Restaura- 
tion (Arthur Chuquet) 252 

Wernle, Les sources de la vie de Jésus (Alfred Loisy). . . . 470 

WiEBER, Sylvestre Jordan (L. R.) 55 

WiEGAND, L'Eglise de l'Incarnation à Bethléem (S.) 62 

WiEGAND, Jean de Condé (Arthur Langfors) 5 10 

WiELAND, L'autel chrétien (M. D.) 452 

WiLAMOwiTZ et NiESE, Etat et société des Grecs et des 

Romains (Myj 184 

WiNDFUHR, Baba quamma (A. L.) 5oi 

WiTKOWSKi, Lettres privées grecques de l'époque des 

Lagides (My) 504 

WoHt.wiLL, Histoire moderne de Hambourg (Arthur 

Chuquet) 254 

Wright, L'auteur du Timon (My) 262 

Wright, Ménandre (My) 23 

Wright, Phrases dialectales et folklore (Léon Pineau). . . . 198 

Wroblewski, Esquisses françaises (L. R.) 258 

WuTz, Onomastica sacra I (A. L.) 483 

YouNG, Manuel de littérature anglaise (Ch. B.) 36i 

Zander, L'Eurythmie de Démosthènc (My) 122 

Zelthen, La mathématique grecque (My) 184 



PERIODIQUES 



ANALYSES SUR LA COUVERTURE DES N- DU i" SEMESTRE DE cgi^ 



FRANÇAIS 

Bulletin hispanique. 

Bulletin italien. 

Correspondance historique et archéologique. 

Feuilles d'histoire. 

Revue Bleue. 

Revue celtique. 

Revue de l'enseignement des langues vivantes. 

Revue de philologie française et de littérature. 

Revue des études anciennes. 

Revue des études grecques. 

Revue des sciences politiques. 

Revue germanique . 

Revue historique. 

Romania. 

ALLKMANDS 

Deutsche Literatur:{eitung . 
Euphorion . 

Literarisches Zentralblatt. 
Zeitschrift fur katholische Théologie. 

BELGES 

Revue de l'instruction publique (supérieure et moyenne) en Belgique. 

HOLLANDAIS 

Muséum. 

Le Puy-en-Velay. — Imprimerie Peyriller, Rouchoii et Gamon. 



REVUE CRITIQUE 



D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 



N" 1 — 3 janvier — 1914 

Catalogue Teubner. — Poralla, Prosopographie des Lacédémoniens. — Holmes, 
Les campagnes de César. — Juret, Dominance et résistance dans la phonétique 
latine. — Vossler, La civilisation de la France reflétée dans le développement 
de sa langue. — Angenot, Un naarchand verviétois. — Cauer, Conférences. 

— Du BleDj L'Académie et l'argot. — Bégouen, L'Aa de Toulouse. — E. Allard, 
Frédéric II dans la littérature française. — DiraoLD. La spécialisation des rôles 
dans le théâtre allemand. — Marcel, Le frère de Diderot. — Bibiiotheca roma- 
nica, Diderot. — Histoire de la philosophie, collection Hiunebergl. 5 — Sta.mmer, 

L'esthéticisme de Schleiermacher. Rosknbauer, La poésie de Leconte de 

Lisle. — J. Weil, Les idées de Rod. — C. Coiturier, Chez Coppée. — G, 
RÉMOND. Avec les vaincus. — Les aspirations autonomiques en Europe. 

— Académie des Inscriptions. 



Geisteswissenschaften, Verlagsverzeichnis, von B. G. Teubner, Leipzig- 
Berlin, 394 p. 

La librairie Teubner, qui avait fait paraître, en février 191 1, à l'oc- 
casion du centenaire de sa fondation, un catalogue général de ses 
publications philologiques, vient de le publier à nouveau en octobre 
191 3. Il n'est personne qui ignore quels services a rendus cette maison, 
connue du monde entier, non seulement à toutes les branches de la 
philologie ancienne, mais encore à toutes les études qui sollicitent 
l'attention et l'intérêt de la civilisation moderne. La seule liste des 
huit grandes subdivisions de ce catalogue montre combien est vaste le 
champ d'activité de cette importante librairie. 1. Antiquité classique 
(c'est ici que se trouve la célèbre Bibiiotheca scriptorum Grœcorum et 
Romanorum Teubneriana, qui contient actuellement près de 600 vo- 
lumes de textes grecs et latins, et qui ne cesse de s'accroître) ; II. Phi- 
lologie indogermanique et orientale ; III. Histoire, langue, littérature 
et art des peuples modernes; IV. Philosophie et psychologie; V. 
Science des Religions ; VI. Géographie et ethnologie ; VII. Économie 
politique et droit; VIII. Enseignement et éducation. A la fin sont 
ajoutés le catalogue de la collection Ans Natur unci Geisteswelt, qui 
a eu un succès si rapide et si justifié, et la liste des volumes paru? ou 
à paraître prochainement de la grande publication dirigée par Hinne- 
herg, Die Kiiltur cier Gegenij'cirt. L'intérêt d'un pareil catalogue n'est 

Nouvelle série LXXVH. i 



2 REVUE CRITIQUE 

pas à démontrer; et en particulier les amis de l'antiquité, pour ne 
parler que d'eux, pourront y puiser d'utiles renseignements. Illustré 
de 17 planches, dont une en couleurs, tirées des principales publica- 
tions de la librairie Teubner, ce catalogue sera envoyé gratis et franc 
de port à ceux qui en feront la demande. 

My. 



P. PoRALLA, Prosopographie der Lakedaimonier, Breslau, J. Max, 191 3, in-8°, 

•74 P- 

Cet ouvrage répond à un besoin souvent ressenti par quiconque 
s'est occupé de l'histoire grecque aux v et iV siècles. Il sera certaine- 
ment accueilli avec reconnaissance. 

On regrettera seulement que l'auteur n'ait pas continué la' liste jus- 
qu'au temps d'Agis et de Cléomène. Il a eu la bonne fortune d'avoir 
sous les yeux, avant la publication, le Corpus Inscriptionum Graeca- 
riim consacré aux inscriptions laconiennes (IG, V, i) : on a peine à 
croire, que dès, le iii^ siècle, ces inscriptions soient trop nombreuses 
pour permettre la continuation du travail dans le même style, 
étant donné surtout que les inscriptions messéniennes ne sont plus 
en cause. Quoiqu'il en soit il a plu à l'auteur d'arrêter son travail, 
sauf en ce qui concerne les listes royales, à la fin du iv"" siècle. 

Voici quelques observations suggérées par un premier examen de 
l'ouvrage, et qui indiquent la position prise par l'auteur dans cer- 
taines questions difficiles. 

9. Agésilas. L'auteur estime qu'il n'a pas pris part à la bataille de 
Mantinée, 362, malgré Plutarque, Apophth. Lacon. s. v. 75. 

67. Alcman méritait certainement une biographie. Quelle que soit 
son origine, le poète, historiquement, est un Lacédémonien. 

107. Arakos. 11 me paraît douteux que Téphore de 409-8 et l'am- 
bassadeur de 370-69 soient le même personnage. 

1 13. Areus. L'auteur renonce à dater son séjour à Sélinonte. II me 
paraît certain qu'il s'agit de l'épisode d'Euryléon (cf. 327). 

i35, 137. Aristos, Aristotélès. Il me paraît très possible qu'il 
s'agisse du même personnage dans les deux passages de Diodore. 

178. Brasidas. L'auteur suppose qu'il est l'éphore éponyme de 
43 i-o; il aurait été élu, quoique jeune, en récompense de sa conduite à 
Méthone. La chronologie rend cette hypothèse assez scabreuse (épi- 
sode de Méthode après le 3 août, entrée en charge des éphores le 3 
septembre). 

227. Dexippe. L'auteur admet que le Dexippe de Sicile et celui des 
Dix-Mille sont le même homme : c'est possible, quoique non certain. 

349. Hérippidas ; l'homme qui a commandé vers 393-392 et l'har- 
moste de 379 sont-ils bien le même homme? 
400. Ischagoras. Le fait qu'il a signé à la fois le traité de Nicias et 



D HISTOIRE ET DE LITTERATURE 3 

l'alliance de 421, avec mission en Thrace entre deux, indique que 
Talliance doit se placer assez lard dans l'année. 

421. Cléandridas. La conjecture qui fait du banni de 371 le fils de 
Gylippe est nouvelle et me paraît très heureuse. 

5o3, 5o5. Lysandridas, Lysanoridas. Ces deux personnages ne 
seraient-ils pas le même homme ? L'épisode de Xénopeitheia et de 
Chrysé deviendrait ainsi moins obscur. 

597. Pausanias. Cet « historien » ne serait-il pas le roi banni de 
394, qui avait composé des écrits politiques ? 

664. S.thénélaidas. Je ne crois pas que rassemblée dirigée parSthé- 
nélaïdas ait précédé l'entrée en charge des éphores de 4?2-i, ni par 
conséquent que Sihénélaidas ait été éphore éponyme. 

717. Pharax. Le navarque de 378-7 devait être le fils de Styphon : 
on sait que les hommes de Sphacterie ont été rehabilités. Le conseil- 
ler d'Agis en 418 serait plutôt son grand père, et l'ambassadeur de 
370-69 pourrait être lui-même, 

729-30. Le poète Philoxène de Cythère méritait d'être porté au 
compte de Lacédémone,qui n'a pas été bien féconde en « intellectuels». 
760. Chilon. L'auteur marque son éphorat à l'année 556-5 : il y a 
doute sur ce point. 

Suit l'examen des listes royales. Dans celle des Agides, M. P. 
accepte pour le Cléombrote de 242, la généalogie de M. Beloch : il 
faut certainement admettre un intermédiaire de plus qu'il ne fait 
entre Cléomène II et ce Cléombrote. Dans la liste des Eurypon- 
tides de Théopompe à Démarate, 1 auteur suit M. Dum plutôt que 
M. Beloch : cela fait une liste un peu chargée, quoique plausible. 
Archidamie, la grand'mère d'Agis IV, devait appartenir à la famille, 
car le nom de son père Cléadas se retrouve à propos de l'antique roi 
Théopompe. Le mariage de Cléonyme avec Chilonis, fille de Léoty- 
chide, méritait d'être signalé comme seul exemple connu d'un 
mariage entre les deux dynasties; A propos du Démarate de Délos, 
l'auteur apporte une légère rectification à la généalogie établie par 
M. Homolle. Il aurait pu enfin examiner si le Machanidas de 207 se 
rattachait à une des maisons royales. Quelques indications chrono- 
logiques, dans les tableaux généalogiques, eussent été les bienvenues. 
Dans la liste des navarques, M. P. inscrit Léotychide 479 et Pau- 
sanias 478 : il me parait bien douteux qu'un roi put être élu 
navarque. Quant à la liste de 394-387, et à celle de 376-2, j'ai dit 
ailleurs [Hist. de l'Anliq-, II, p. 253, n. 5, et p. 3o2-3) sur quels 
points je me sépare de l'auteur '. 

Dans la listedes éphores, l'auteur inscrit Skipharidas et Phlogidas : 
j'en ferais plutôt des gérontes. 



I. La bataille de Naxos est bien d'octobre Syô, et non de septembre, comme je 
l'ai dit par erreur d'aprûs Plut. Cam. 23 [ibïd., p. 362). 



4 REVUE CRITIQUE 

Le travail est complet, sobre et prudent dans les questions contro- 
versées. Il mérite, encore une fois, tous nos remerciements. 

E. Cavaignac. 

N. B. Archidamos IV a dû monter sur le trône après 3o2, puis- 
qu'il ne figure pas dans le livre XX de Diodore. 



T. Rice Holmes, Caesars Feldzuge in Gallien und Britannien, traduction et 
adaptation de Caesars Conqiiest o/Gaul et d& Ancieut Britain and the invasions 
of Jiilius Caesar, par W. Schott, publié par F. Rosenberg (3 cartes), Teubner, 
igiS, in-80, xiv-3oo p. 

Cet ouvrage est une adaptation allemande de travaux anglais con- 
nus du public depuis plusieurs années. Le texte y est condensé et 
agréablement présenté. Tout l'essentiel s'y retrouve. Les adaptateurs 
n'y ont ajouté que quelques observations : p. 19, n. 2; p. 24, n.i; 
p. 71, n. i; p. 109, n. 3; p. 169, n. 3. 

Puisque l'occasion s'offre de revenir sur l'ouvrage de T. Rice Hol- 
mes, signalons la manière prudente dont l'auteur parle des chiffres de 
César (p. 36, n. 4; p. 5 i, n. 2; p. 1 55, n, 2). On voit que M. Beloch a 
appelé l'attention sur la portée de ces chiffres. Mais l'auteur anglais ne 
le suit pas dans son scepticisme injustifié vis-à-vis de renseignements 
comme le recensement des Helvètes, les forces de la coalition belge, 
la force de l'armée de secours d'Alésia. Les nombreuses circonstances 
où César aurait pu fournir des données statistiques et s'en est abstenu 
prouvent, par contre-coup, que, dans les cas sus-dits, il a été bien 



renseigne. 



Le chiffre relatif à la coalition belge est spécialement intéressant, 
parce que, relatif à une région bien délimitée (départements Seine- 
Inférieure, Oise, Aisne, Somme, Pas-de-Calais, Nord), il permet des 
rapprochements instructifs. La région avait, il y a cent ans, 3 mil- 
lions d'habitants, quatre fois plus qu'au temps de César. Mais on se 
souviendra qu'elle contient des parties où la houille, la betterave, le 
développement urbain, ont fait doubler la population au xx" siècle. 
En revanche, dans le département de l'Oise, les Bellovaques arment 
60.000 hommes contre César, ce qui suppose une population de 
25o.ooo âmes, contre 35o.ooo en 1801 . Mais, dans ce département, 
l'augmentation n'a été que de 1 5 " /o au xix" siècle : la région est 
restée une des plus boisées et n'a pas de forts centres industriels, ce 
qui exclut les grands mouvements de population. On devra tenir 
compte de ces faits, si l'on est tenté d'appliquer le rapport vérifié pour 
le pays belge aux autres régions. 

Dans la province romaine, par exemple, la population était de 4 mil- 
lions d'âmes en 1801, ce qui ferait penser à un chiffre de i million 
pour l'époque de César. Mais l'augmentation de population n'a presque 
nulle part dépassé 50% au xix' siècle, et a été en maints endroits très 



D HISTOIRE ET DE LITTERATURE 5 

inférieure à ce taux : on pourra donc forcer sensiblement le chiffre 
d'i million, surtout si l'on se souvient que le pays était déjà fort en 
avance au i»"" siècle av. J.-G. En appliquant ces observations aux 
autres régions, on sera amené à ne pas trop dépasser le chiffre de 
10 millions d'àmes pour la population de la Gaule au moment de la 
conquête. 

Je me suis arrêté un moment sur ce point, parce que, dans sori 
Histoire de la Gaule, à laquelle on se réfère forcément désormais 
quand il s'agit de questions gauloises, M. JuUian me semble avoir été 
un peu loin dans la réaction contre les tendances de M. Beloch à 
abaisser les chiffres jusqu'à l'extrême limiie. 

E. Cavaignac 



C. Jlret, Dominance et résistance dans la phonétique latine (Studien zur 
lateinischen Sprachwissenschafc, I;. Heidelberg, C. Winter, igi?; un vol. in-8° 
de xii-263 pages. 

Ce volume est le premier d'une nouvelle Collection consacrée aux 
études de linguistique latine, et qui se publie à Heidelberg sous la 
direction de MM. Niedermann et Vendryes : nous pouvons être sûrs 
d'avance qu'elle sera composée avec soin, et contiendra des travaux 
intéressants. Le livre de M. Juret l'inaugure d'une façon très hono- 
rable. Je sais bien que l'auteur avait à s'excuser tout d'abord — et il 
l'a fait — d'employer dans son titre un néologisme quelque peu bar- 
bare : il s'y est résigné cependant, faute de trouver un mot qui dît 
avec assez de précision ce qu'il voulait dire, à « savoir que certains 
phonèmes, en vertu de leur position, dominent l'évolution des 
autres ». Accordons-lui donc son néologisme, quoique je ne sois pas 
bien sijrs après tout que prédominance n'eût pas fait l'affaire. Le tra- 
vail est divisé en deux parties qui sont sensiblement d'égale longueur, 
la première ayant trait à la résistance des consonnes latines suivant 
leur position dans le mot, l'autre à la résistance des vovelles brèves. 
Comme le fait remarquer l'auteur, le premier surtout de ces deux 
sujets était neuf, et peu exploré, encore qu'il ne soit pas sans offrir 
une certaine ressemblance avec la théorie de la dissimilation telle que 
M. Grammont l'a présentée jadis. Mais M. Grammont avait cherché à 
dégager des lois générales et valables au moins pour tous les idiomes 
indo-européens; M. J., lui, s'est uniquement placé au point de vue 
du latin, il a cherché à en montrer le système phonétique « comme 
fortement lié dans toutes ses parties ». Il y arrive, et c'est un peu là 
ce qui m'inquiète, je l'avoue; car enfin pourquoi un principe comme 
celui de la résistance d'une consonne intérieure « en position forte ^), 
s'appliquerait-il seulement au latin ? Et s'il est valable pour d'autres 
langues, comment peut-il spécialement en caractériser une ? Je n'in- 
siste pas. M. J, est évidemment très rompu aux formules et aux pra- 
iques d'analyse phonétique dont on se sert actuellement pour étudier 



t) REVUE CRITIQUE 

les origines indo-européennes, il les applique dune façon sûre et 
avec une sorte de virtuosité où il se complaît : témoin sa discussion 
sur Forigine de tergum (p. 21-22), et l'hypothèse compliquée à 
laquelle il renonce d'ailleurs, mais après l'avoir exposée en détail. La 
façon dont il a cherché à résoudre le problème de s finale en latin 
(pp. 86-95 ne paraît pas non plus très convaincante : en tout cas je 
ne crois pas que la restauration de cette s ait été aussi complète qu'il 
est dit ici, le témoignage lui-même de Cicéron semble s'y opposer, et 
ce qui s'est passé dans la suite en Italie donne beaucoup à réfléchir. 
Çà et là du reste les formules dont se sert l'auteur manquent un peu 
de rigueur. « Pendant la période romane, dit-il à la p. 108, l'assimila- 
tion a poursuivi l'œuvre commencée en latin, mais elle a continué à 
agir régulièrement dans le sens de la consonne dominante ». Comment 
concilier cela avec le double traitement, par exemple, qu'a subi un 
mot comme femilna au sud et au nord de la Gaule ? Il n'en reste pas 
moins que. dans son ensemble, l'étude de M. Juret est un effort 
remarquable pour systématiser des faits difficiles, et qu'elle atteste en 
somme chez son auteur de la pénétration, une science très avertie, 
une puissance véritable de déduction. 

E . BOURCIEZ. 



K. VossLER, Prankreichs Kultur im Spiegel seiner Sprachentwicklung, 
Geschichtc dei haiizoesischea Schrittsprache von den Ant'aengen bis zur klas- 
sischen Neuzeit. — Heidelberg, C. Winter, i9i3;unvol. in-12, de xi-370 pages 
[Samml. roman. Elein. iind Handbueclicr, W. i . 

Si l'on traduisait exactement en français le titre du livre de 
M. Vossler, il y prendrait une allure un peu prétentieuse; mais cela 
tient peut-être à ce que le mot Spiegel n'éveille pas forcément chez 
les Allemands une idée concrète. Ce titre a d'ailleurs le grand mérite 
d'indiquer clairement ce qu'a voulu faire l'auteur : il a cherché à nous 
montrer que la civilisation de la France se reflète comme en un 
miroir dans le développement de sa langue, et c'est une idée juste, je 
crois, mais qu'il est singulièrement ardu de mettre en lumière d'une 
façon pertinente et suivie, dès qu'on veut 'sortir des généralités et 
s'appuyer sur des faits précis. En tout cas la tentative est intéressante, 
elle est même originale, ou plutôt neuve à certains égards, puisque 
aussi bien jusqu'ici ceux qui ont essayé de retracer l'histoire de la 
langue française, n'ont guère présenté que des exposés successifs de 
sa grammaire et de son vocabulaire à des époques différentes. M. V. 
a eu la louable ambition de faire tout autre chose, et il faut lui en 
savoir gré. Y a-t il pleinement réussi? Je n'oserais pas l'affirmer. On 
pourrait lui reprocher d'abord de n'avoir pas remonté assez haut 
dans le passé, et d'avoir ensuite arrêté son enquête d'une façon un 
peu arbitraire vers le milieu du xvii^ siècle : il s'ensuit que le tableau 
n'est pas complet, et qu'il manque un peu çà et là de perspective. Car 



d'histoire et de littérature 7 

d'avoir par exemple commencé Texposé au xi' siècle, cela l'a entraîné 
à ne pas toujours tenir assez compte de la mesure dans laquelle les 
faits remontent au latin, et sa démonstration en devient souvent 
moins convaincante. D'autre part, s'il s'est efforcé de montrer com- 
ment les faits linguistiques s'accordent avec certains états de civilisa- 
tion, je trouve qu'il ne s'est point demandé d'une façon assez systé- 
matique en quoi s'y révèle aussi un certain tour d'esprit initial, et 
s'y reflète pour tout dire la mentalité d'une race. Les progrès de la 
civilisation ne sauraient expliquer à eux seuls l'évolution d'une 
langue, et c'est en somme de la psychologie du peuple qui la parle, 
que dépend ce qu'il peut y avoir d'original dans son développement. 
Enfin j'ajouterai — parce que depuis longtemps la question m'occupe 
et me préoccupe moi-même — qu'il est très ardu, dans un exposé de 
ce genre, de fondre harmonieusement les faits linguistiques avec les 
détails historiques allégués, d'en faire un tout, et de donner une 
impression d'ensemble au lecteur : M. V. n'y est pas toujours arrivé, 



mais on ne saurait lui en tenir rigueur, 



On ne lui tiendra pas rigueur non plus d'avoir, en ce qui concerne 
l'exposé de la civilisation, multiplié les citations empruntées à VHis- 
toire de France qui a été publiée récemment sous la direction de 
M. Lavisse : c'était son droit, et il ne pouvait d'ailleurs puiser à une 
source généralement plus sûre. Il va sans dire qu'il n'a point eu 
davantage la prétention de renouveler les questions linguistiquement 
parlant : il lui était parfaitement loisible d'utiliser les matériaux 
abondants qui ont été réunis et amenés à pied d'œuvre depuis quel- 
ques années soit en Allemagne, soit en France. Son originalité a 
consisté h établir et à montrer une concordance entre les deux oidres 
de faits, et c'est déjà bien joli d'v -arriver dans une certaine mesure. 
Toutefois dans un exposé de ce genre il importe d'autant plus de ne 
s'appuyer que sur des faits interprétés avec rigueur, et je crois bien 
qu'à cet égard on pourrait cà et là lui chercher quelques chicanes de 
détail. Ainsi il est dit, p. 174, que les premières personnes comme 
chant sont devenues chante en moyen français sous l'influence de 
j'entre et semblables : je persiste à croire que cette raison est insuf- 
fisante, et qu'il vaudrait mieux alléguer l'analogie proportionnelle 
qui s'est établie entre des séçies /'/ vend, je vends, et /'/ chante, je 
chant\e], etc. A la p. 176, tirer d'weciement je puis de poteo est aussi 
une erreur que je ne me lasserai pas de dénoncer, et jusques à quand 
faudra-t-il le faire? Puisque la forme n'est jamais /7î^/'{ en ancien 
français, il faut donc de toute nécessité partir d'un lype posseo, qui 
d'ailleurs s'explique facilement par une contamination entre ;7055î/m 
et poteo. Dans ces matières il n'v a pas de petite exactitude, et on ne 
doit jamais se contenter d'à peu près. En ce qui concerne le xvi« siè- 
cle, je trouve d'abord que les considérations de M. V. relatives à 
l'Humanisme, surtout à l'influence de la Reforme sur la langue, ne 



8 REVUE CRITIQUE 

sont pas exemptes de quelque vague et ont été relativement un peu 
trop développées. Pour me borner ici encore à un fait de détail, 
j'estime qu'il ne faut pas non plus vouloir trop subtiliser, et je me 
demande si ce n'est pas un peu ce qu'a fait l'auteur (p. 3 19), lorsqu'à 
propos de la riche expansion du subjonctif au xvi« siècle, et d'une 
phrase telle que Platon ne scait en quel rang il les doibve colloquer, 
il entame toute une théorie sur l'ignorance entraînant le doute et 
l'incertitude pour les hommes de la Renaissance. Oui, je ne dis pas, 
mais n'est-ce point cependant chercher un peu loin? Je crois que la 
vérité est plus simple, et que l'emploi du subjonctif dans les cas de ce 
genre provient tout bonnement d'une imitation de plus en plus enva- 
hissante du latin. 11 n'en reste pas moins que sur nombre de points, 
et précisément sur l'emploi des temps et des modes en ancien fran- 
çais, M. Vossler a émis des hypothèses ingénieuses et qui doivent 
être prises en très sérieuse considération. Il a même eu le mérite ori- 
ginal d'arriver en ces délicates matières à des conclusions au moins 
partielles : sans doute il l'a fait à grand renfort de mots abstraits, 
comme objectivisme, subjectivisme, etc., mais la langue allemande se 
prête si volontiers â ces abstractions qu'il faut bien les lui passer '. 

E. BOURCIEZ. 



H. Angenot. Un marchand cloutier verviétois au XVII« siècle. Verviers, 

P. Féguenne, 191?, (extr. du Bull, de la Soc. viervétoise d'archéol. et d'histoire, 
t. Xin,. In-S", 168 p. 

M. Angenot continue à enrichir la bibliothèque de Verviers de 
documents précieux sur l'histoire de l'industrie. Il a ainsi acquis, et 
il publie, les registres du marchand cloutier Renson de Fays — son 
journal commercial et son registre de rentes. Le tout précédé de notes 
sur l'industrie du fer dans la vallée de la Hoegne, et en particulier sur 
la clouterie. 

H. Hr. 



Aus Beruf und Leben. Hcimgcbrachtes von Paul Cauer, Professor an der Uni- 
versitàt Munster, l^erlin, Weidmann, 1912. In-S», xii-352 pp. 8 m. 

M. Paul Cauer, qui a fait une grande partie de sa carrière dans 
l'enseignement secondaire allemand,' a eu fréquemment l'occasion 
de donner des conférences, soit à un grand public, soit à des asso- 
ciations scientifiques. Il a réuni ces conférences en un volume très 
varié. 

Peut-être est-ce l'infortune de M. C. d'avoir dû disperser son acti- 

I. 11 y a un certain nombre de coquilles ; en voici quelques-unes dans Tim- 
pression des mots français : P. 167, 1. dcrn., cueur pour cuens ; — p. 29?, I. 12, 
s>sf pour c'est; — p, Si^, note, ey sa i pour essai \ — p. '^GG, 1. 3 du bas, yiirrait 
pour pourrait. 



d'histoire et de littérature 9 

vite pendant sa vie de professeur et de proviseur. C'est, en tout cas, 
le mal de son livre qu'il ait abordé tant de sujets. Il y a, dans 
ces pages, de la morale, de l'histoire, de la critique, de la péda- 
gogie. C'est une large surface, trop large pour que la profondeur 
soit bien considérable. On lira avec plaisir, certes, ces pages sur la 
conception philologique, sur Tasso, Hamlet, Gœthe, Schiller, Hum- 
boldt, mais sans que cette lecture fasse une profonde impression et 
laisse une trace durable dans la mémoire. Plus utiles sont les articles 
d'ordre pédagogique. M. C. est un « Schulmann » d'esprit ouvert et 
d'expérience sûre. Ses observations sont nettes, ses conseils judicieux. 
Il ne faut pas méconnaître non plus que le livre de M. C. est écrit 
avec un constant souci de la forme. p_ Piquet. 

Victor du Bled, La Société française du xvi« au xx» siècle, 9' série. Le pre- 
mier salon de France: l'Académie française. L'argot. Paris, Perrin, igiS, in-12, 
p. 2 I [ . Fr. 3.5o. 

Pour sa partie essentielle le nouveau volume de M. du Bled est 
consacré à un sujet que dans les précédents il avait eu souvent l'occa- 
sion d'effleurer. Il va sans dire que dans celui-ci il ne l'a pas épuisé ; 
ce n'était pas d'ailleurs dans son plan et ce n'est pas davantage dans 
sa manière. Avec agrément il a recueilli dans l'abondante littérature 
qui s'offrait à lui les détails les plus curieux et les anecdotes amu- 
santes sur les débuts de l'Académie et son attitude à l'égard des pou- 
voirs publics, sur la part qu'ont toujours prise les femmes aux élec- 
tions académiques et le rôle des salons, sur les querelles des partis 
dans l'Académie au xviii« siècle, sur les avocats célèbres qui ont 
illustré la Compagnie, Patru, Target et d'autres, sur les compétitions 
et les visites des candidats, sur les réceptions les plus fameuses, sur 
les épigrammes et les satires dont les écrivains furent toujours si 
généreux pour le monde académique, etc., etc. Comme dans les autres 
volumes, l'auteur a su pour les dernières années de l'Académie ajou- 
ter quelques souvenirs personnels à cette histoire anecdotique. Les 
pages finales, un chapitre assez lâchement construit, mais agréable lui 
aussi, sur l'argot, ne se rattachent que de très loin au précédent sujet. 
Si M. du B. n'avait pas voulu écrire sur la question une causerie à 
bâtons rompus plutôt qu'une étude en forme, on pourrait lui repro- 
cher d'avoir parlé d'une foule de transformations et de déformations 
de la langue qui n'ont rien de commun avec l'argot. Mais il lui a plu 
simplement de présenter en quelques traits un aspect nouveau de la 
société française contemporaine ei sans aucune prétention scientifique, 
de même qu'il a voulu montrer l'Académie surtout dans son rôle 
social, et le grand public ne cherchera rien de plus dans son volume '. 

L. R. 

I. P. 48, écrire le Paysan parvenu, au lieu du Paysan perverti qui appartient 
à Restif, non à Marivaux. 



lO REVUE CRITIQUE 

Comte BÉGOUEN. L'Aa de Toulouse aux xvu« et xviii« siècles d'après des docu- 
ments inédits. Paris, Picard et Toulouse, Privât, igi3, in-i6, p. i3i. 

A côté de la Compai^nic du Saint Sacrement et longtemps après sa 
suppression existèrent d'autres pieuses associations secrètes. M. le 
comte Bégouen nous donne quelques renseignements sur Tune 
d'elles, TAa de Toulouse. Les documents c]u"il a découverts ne lui 
ont pas permis d'en faire une histoire complète, mais il a pu suffi- 
samment la caractériser. Les Aa (car il s'en était créé ailleurs qu'à 
Toulouse) étaient des groupements suscités et dirigés par les Jésuites, 
composés surtout d'ecclésiastiques, n'admettant que peu de per- 
sonnes, travaillant à entretenir et à augmenter la piété et le zèle reli- 
gieux de leurs membres. Ces associations n'avaient pas de visées 
politiques, écartaient même les hommes éminents et ne s'occupaient, 
en dehors d'exercices de dévotion ou de mortitîcation, qu'à des 
œuvres de charité, comme la visite des hôpitaux et des prisons. Elles 
s'entouraient cependant du plus grand mystère, admettaient la 
casuistique la plus raffinée pour conserver le secret, et on est surpris 
à bon droit de ces allures de conspirateurs chez des gens qui ne 
veulent que réciter des prières et se donner la discipline; du moins 
les documents que nous offre l'auteur ne laissent rien percer d'un 
autre rôle joué par cette émule de la Compagnie du Saint 

Sacrement '. 

L. R. 



Emmy Allard. Friedrich der Grosse in der Literatur Frankreichs mit einem 
Aushlick auf Italien und Spanien. [Beitràge ;»■«>• Gcschichte der romanischen 
Sprachenitnd Literatur en, \\\]. Halle a. S., Niemeyer, 191 3, in-8°, pp. 144 mk. 5. 

L'intérêt du sujet traité par M"^ Allard est tout justifié. Il a d'ail- 
leurs été souvent touché par les historiens, mais aucun n'avait 
encore, comme l'a fait l'auteur, suivi chronologiquement tous les 
témoignages de sympathie ou d'hostilité que Frédéric II a rencontrés 
chez nous. Voltaire, qui présenta dès 1736 le prince héritier à ses con- 
temporains, plus tard d'Alembert, donnent naturellement le ton 
dans ce concert d'hommages où les dissonnances ne manquent pas. 

La première invasion de la Silésie, la paix signée à Breslau sans 
notre participation, la reprise brutale des hostilités en ijSô rirent 
éclore contre le nouveau Machiavel, contre Frédéric-Mandrin satires 
et chansons. Mais chaque fois les succès militaires du roi forcent 
l'admiration, qui même ne fut jamais plus délirante qu'après Ross- 
bach. Le philosophe d'ailleurs, le législateur, l'administrateur, le 
Mécène ont reçu non moins d'éloges, et aussi le poète et l'historien. 
L'auteur a relevé dans les lettres et les mémoires des contemporains, 
dans les correspondances littéraires, dans les journaux, dans une 

I. L'abbé de Calvet; cité p. 1 2(3, s'appelle dans la noie Caulet; quel est son 
vrai nom? 



d'histoire et de littérature I I 



foule de pièces fugitives souvent rares ou d'une attribution difficile, 
toutes ces marques de faveur (le théâtre a été étudié séparément à la 
fin du volume), de même qu'elle a recueilli les impressions des visi- 
teurs français de Potsdam. M"" A. a voulu suivre jusqu'à notre temps 
la courbe de la popularité de Frédéric II en France. Pendant la 
Révolution, la figure du despote philosophe s'efface un peu, pour 
redevenir populaire sous le Directoire et l'Empire. La Restauration 
le jugea plus sévèrement à cause de son manque de sens religieux, 
mais les libéraux de i83o se montrèrent plus impartiaux. Lorsque 
parut la grande édition des oeuvres de Frédéric, Sainte-Beuve et la 
critique littéraire en portèrent une appréciation exacte. Quant aux 
historiens qui ont parlé de lui au lendemain de 1870, ils l'ont fait, 
suivant M"" A., avec quelque prévention ; mais pourquoi ne rien dire 
des derniers savants qui chez nous se sont occupés directement de 
Frédéric II? L'auteur eût pu borner son travail à la France; en le 
publiant dans une collection pour l'étude des littératures romanes, 
elle a tenu à l'étendre à l'Italie et à l'Espagne ; mais pour l'une son 
esquisse ne nous donne qu'une impressi >n assez confuse; quant à 
l'autre, elle n'a guère connu Frédéric que par l'intermédiaire des 
journaux et des anecdotiers français. En recueillant des documents 
aussi dispersés et en les groupant habilement, M"' A. a ajouté un 
utile chapitre à la fois à l'histoire de Frédéric II et à celle du mouve- 
ment intellectuel de notre xvm^ siècle '. 

L. ROUSTAN. 

Bernhard Diki!oi.d, Das Rollenfach im deutschen Theaterbetrieb des 18. 

Ja.hTh.u.ndeTts[Theatergescliiclitliclie Forschiingen, XXV). Leipzig et Hambourg, 
Voss, 1913, in-8<', p. i65. Mk. 3 fr. 5o. 

M. Diebold s'est proposé de rechercher comment s'était constituée 
dans le théâtre allemand du xvui* siècle, mais surtout pour la seconde 
moitié, la spécialisation des rôles et jusqu'à quel point la pratique en 
avait tenu compte. Une première partie, d'ordre plus particulière- 
ment théorique, examine la division fondée en nature des rôles tra- 
giques et comiques, de ceux qui exigent de l'acteur ou plus de 
sensibilité ou un plus grand talent d'imitation, car le véritable acteur 
universel n'existe pas. La deuxième partie, la principale de l'étude, 
expose les origines des divers types de rôles du répertoire allemand, 
qui les a reçus du répertoire français, souvent avec les mêmes noms, 
mais en les modifiant tréquemment. Cette analyse est forcément plus 
riche pour le genre comique, qui d'ailleurs, avec le comique noble du 

I. L'auteur ne pouvait tout citer; elle aurait pu néanmoins tirer parti de l'ou- 
vrage copieux d'un anonyme paraissant bien informe ; Lettres sur Frédéric II 
(5 vol. in-80, Strasbourg, Treuttei, 1789). Lire p. 9, Ausgabe ; p. iJ<, aigris; 
p. 39, de puissance à puissance; p. 46, un spécifique, au lieu de Angabe, rigris, 
en puissance, une sp. 



12 REVUE CRITIQUE 

drame bourgeois embrassait une très grande variété de rôles. Mais 
en dépit de ces classifications courantes adoptées par toutes les 
scènes et d'après lesquelles leur personnel se recrutait, M. D. prouve, 
à l'aide d'abondants documents, dont les plus originaux sont emprun- 
tés aux archives des théâtres de Mannheim et de Weimar, que les 
directeurs de théâtre se refusaient à reconnaître dans la pratique une 
spécialisation trop étroite. Enfin la dernière partie du travail est 
consacrée à l'étude des différents rôles typiques, tels que les genres 
littéraires avaient contribué à les fixer. Cette fin est plus proprement 
un chapitre d'histoire de la littérature dramatique, mais il importait 
de montrer comment l'art du comédien avait dépendu de l'évolution 
littéraire ou quelquefois même l'avait dirigée. Le travail de M. D., 
qui échappe par sa nature à l'analyse, témoigne de recherches scrupu- 
leuses et très étendues. Il rendra service par les abondants détails 
qu'il nous livre sur les emprunts de la scène nationale aux scènes 
étrangères (pour des lecteurs français les transformations subies par 
nos types comiques sont curieuses à suivre), sur l'interprétation au 
théâtre des œuvres dramatiques, sur l'organisation des troupes alle- 
mandes, sur les créations d'acteurs fameux, et un copieux index 
permettra de l'utiliser à ces divers points de vue. Quant à sa portée 
générale, elle n'apparaît pas très évidente, et l'auteur ne l'a nulle part 
soulignée '. 

L. R. 



Chanoine Marcel. Le frère de Diderot, Paris, Champion. igiS, in-S», p. 2\?. 

Fr. 3 5o. 
Diderot. Le Paradoxe sur le Comédien. Le Neveu de Rameau [Bibliotlieca 

romanica. N"' 179-182). Strasbourg, Heitz, s. d. in-i 2, p. 241, fr. 2. 

I. Le frère de Diderot était resté jusqu'ici à peu près un inconnu. Un 
érudit de Langres, M. le chanoine Marcel, lui a consacré une copieuse 
étude; une simple notice aurait sans doute suffi. Didier-Pierre Dide- 
rot, né en 1722, étudia comme son aîné au collège, puis au séminaire 
de Langres, prit à Paris ses grades de bachelier et licencié en droit' 
fut, de 1747 à 1759, secrétaire de l'évêché, ensuite chargé des fonc- 
tions de promoteur, une manière de directeur du contentieux, devint 
chanoine en 1767 et archidiacre en 1782; il mourut en 1787. Son 
biographe est intarissable pour louer sa science solide, son sens droit 
et son esprit pratique, surtout sa piété et sa charité. Son amour des 
pauvres lui fit créer à Langres, avec la collaboration d'autres prêtres 
généreux, les premières écoles populaires que des Frères de Jean-Bap- 
tiste de La Salle vinrent diriger. Ce qui nous intéresse dans cette bio- 
graphie ce sont naturellement les relations des deux frères; elles 



I. P. 112, pour le type du bourru il eût fallu rappeler avant Goldoni (i77i)'le 
Grondeur de Brueys et Palaprat qui est bien antérieur (1691), et il y en a eu cer- 
tainement d'autres encore. P. 98, un vers est mal cité. 



d'histoire et de littérature I 3 

restèrent très froides, comme elles ne pouvaient que l'être entre deux 
esprits si différents et deux carrières si opposées. La biographie de 
Diderot ne s'éclaire donc guère de ce minutieux travail sur son cadet. 
Néanmoins sur sa famille, sur sa ville natale, sur sa popularité parmi 
ses compatriotes, en un mot tout ce qui rattache le philosophe à 
Langres, on trouvera dans l'étude de M. M. des renseignements un 
peu noyés sans doute, mais intéressants et tirés de documents origi- 
naux, actes notariés ou archives de la Haute-Marne. L'auteur a pré- 
cisé quelques points mal connus, comme la date exacte de l'entrée de 
Diderot dans la cléricature (22 août 1726); il a rectifié certaines 
erreurs de ses devanciers, entre autres sur la maison natale du philo- 
sophe qui ne fut pas celle qu'annonce une plaque commémorative. 
La biographie de Didier-Pierre intéresse avant tout l'histoire locale, 
mais elle apporte aussi quelques menues informations à l'histoire 
littéraire. 

IL — La collection de la Bibliotheca romanica a réédité deux 
opuscules de Diderot, le Paradoxe sur le comédien et le Neveu de 
Rameau. M. Friedrich Luitz a mis en tête une brève introduction qui 
renseigne le lecteur sur la genèse et la portée de ces deux dialogues 
et l'histoire de leurs éditions successives ; à la fin du volume se 
trouvent quelques notes indispensables. Le texte adopté est celui de 
Dupuy pour le Paradoxe et de Monval pour le Neveu de Rameau; 
pour le premier les variantes du ms. de Naigeon sont indiquées en 
note et pour le second les plus importantes de l'édition de Brière et 
de la traduction de Gœthe. A la suite du Paradoxe a été imprimé 
l'article de Diderot sur Garrick qui en fut la première forme et parut 
dans la Correspondance de Grimm. 

L. R. 

Allgemeine Geschichte der Philosophie von W. Wundt, H. Oldenberg, 

W. GrURK, t. IsOUYE, C. BâU.MKER, J. GOLDZIHER, W. WiNDELBAND [Die KllltUV 

der Gegeinvart, herausgeg. von Paul Hinneberg, Teil I, Abteilung V). 2. Ver- 
mehrtc und verbesserte Auflage. Leipzig-Berlin, Teubner, 1913, gr. 8», p. 620. 
Mk. 14. 
Martin Otto Stammer, Schleiermachers Aesthetizismus in Théorie und Praxis 
wàhrend der Jahre 1796 bis 1802. Leipzig. Deichert, 1913,8°, p. 172. Mk. 4.50. 

L La Revue a déjà annoncé la première édition (1909) de cette His- 
toire de la philosophie. Les collaborateurs de la vaste collection 
dirigée par M. Hinneberg ont eu à cœur de parfaire par des rema- 
niements et des additions les divers chapitres qui leur ont été confiés. 
Deux seulement sont reproduits tels quels dans la seconde édition ; ce 
sont le chapitre sur la philosophie chinoise et celui sur la philo- 
sophie japonaise. Par contre l'esquisse de la philosophie hindoue par 
M. H. Oldenberg a été considérablement élargie. M. C. Baumker, 
qui avait traité de la philosophie médiévale, a joint à son étude si 



14 REVUE CRITIQUE 

claire et si suggestive dans ses raccourcis, un chapitre spécial pour la 
patristique; écartant de son exposé tout ce qui est proprement du 
domaine ihéologique, il a considéré ce mouvemcni philosophique, en 
soi peu original, mais indispensable pour la connaissance du moyen 
âge, dans son parallélisme avec la spéculation de la Grèce païenne. 
En général les spécialistes, d'ailleurs peu nombreux, auteurs de ces 
monographies, se sont appliqués à ne pas dépasser les bornes de leur 
champ respectif, l'histoire des religions et de la dogmatique ayant fait 
l'objet de volumes particuliers dans la même collection. Malgré les 
respectables proportions du cadre, ils ne pouvaient prétendre à donner 
de chaque penseur et de chaque système une étude de détail. Ils ont 
tenu avant tout à souligner les affinités qui se découvrent entre les 
divers stades de la pensée philosophique, à saisir les filiations et les 
réactions des systèmes, à présenter enfin une véritable histoire des 
idées. Des notes bibliographiques succinctes, mais substantielles et 
tenues à Jour, de même qu'un copieux index de plus de trente pages, 
feront en outre de l'ouvrage un livre utile et facile à consulter. 

II. Le néo-romantisme qui apparaît aujourd'hui comme une des 
tendances de l'Allemagne intellectuelle moderne, se manifeste aussi 
dans le domaine religieux : pour certains esprits comme pour les 
premiers romantiques la religion ne relève que du sentiment, au 
même titre que l'émotion esthétique; elle peut donc s'allier avec l'art, 
peut-être s'y subordonner, et le culte de la divinité pourrait s'appuyer 
sur le culte de la beauté. Un pasteur, M. Stammer, qui juge cette 
alliance compromettante pour le véritable esprit religieux, s'est préoc- 
cupé d'en rechercher les origines. Elles sont lointaines et remontent 
certainement au classicisme schilléricn; mais c'est dans le cénacle 
romantique, dans le jeune Schleiermacher en particulier, qu'elles 
apparaissent avec le plus d'enchaînement rigoureux. M. St. a étudié 
en détail cette période de la carrière de Schleiermacher pendant le 
premier séjour à Berlin, où il subit si profondément l'influence de 
F. Schlegel jusqu'à prendre le patronage de la fameuse Liicinde. Dans 
les Discours sur la religion et dans les Monologues le critique a 
analysé avec soin les idées théoriques du jeune pasteur de la Charité 
sur l'essence et les éléments de la religion et établi ce qu'il appelle 
Vesthéticisme de Schleiermacher. En revanche — et il fallait s'y atten- 
dre — quand il aborde l'étude des sermons de son auteur dans le 
premier recueil qu'il en fit paraître en 1801, il y découvre, sinon une 
rupture entière avec ces spéculations hardies, du moins un écart assez 
grand pour montrer que dans l'application les théories religieuses du 
romantisme deviennent insuffisantes ou dangereuses. Ainsi donc 
l'exemple même de l'illustre novateur dont se réclament volontiers 
aujourd'hui les partisans de l'union de l'esthétique avec la religion et 
la morale, doit les éclairer sur les obstacles de la voie où ils s'engagent. 



d'histoire et de littérature i5 

Même en faisant abstraction des intérêts religieux que l'auteur a pris 

en main au nom de l'orthodoxie, son étude mérite d'être signalée aux 

historiens du romantisme. 

L. R. 

Andréas Rosenbauer. Le conte de Lisles Weltanschauung. i. und 2. T. 

Stadtamhof, Mayr, 191 2-1 3, in-8", pp. 44 et G5. 
Julius Wkil. Ed. Rods Weltanschauung in ihrer Entwickelung dargcstellt nach 

seinem Romanen. Berlin, Maycr et Mûller, 1912, in-8", p. 114. mk. 2. 
Claude Couturier. Chez François Coppée. Paris, Stock, 191 3, in-i6, p. 238, 

Illustré. Fr. 3,5o. 

I. L'étude de M. Rosenbauer, bien que parue sous la forme modeste 
d'un Programm scolaire, est un travail consciencieux et solide, écrit' 
avec une entière sympathie pour l'œuvre austère, mais point froide, 
du maître. L'auteur a commencé par esquisser le mouvement litté- 
raire de la première moitié du xix^ siècle et fixer en traits rapides les 
grandes lignes de la biographie de Leconte de Lisle et de son évolu- 
lion intime. 11 s'est arrêté un peu plus longtemps sur ses idées 
sociales et religieuses, ses rapports avec le fouriérisme, son antipathie 
pour les religions positives. Toute cette première partie s'appuie 
nécessairement sur les travaux de la critique française et ne pouvait 
guère apporter de conclusions nouvelles. M. R. ne connaît pas même 
toute l'œuvre en prose de Leconte de Lisle, ni dans leur intégrité les 
documents biographiques, correspondances et notes, que les histo- 
riens du poète ont pu utiliser. Ce tableau sera néanmoins utile au 
public allemand qui est resté encore assez ignorant de la poésie 
de Leconte de Lisle. La seconde partie de son travail est plus 
neuve et plus originale; elle est fondée sur une étude attentive de 
cette poésie si scKivent qualiliée d'impersonnelle et qui pourtant ne 
nous livre rien que la personne même du poète. M. R. a analysé avec 
soin les sources de son pessimisme, fait de mal romantique, d'une 
sensibilité suraigue, nourri aussi par l'étude scientifique, la philoso- 
phie de Schopenhauer et du bouddhisme. Il a caractérisé le pan- 
théisme de Leconte de Lisle et l'interprétation qu'il a donnée de la 
nature ; il a surtout montré l'optimiste qui se cache derrière ce pessi- 
miste ; le mystique profond qu'il était dans sa vision d'une Grèce 
utopique et sa foi dans le culte de l'art destiné à servir de religion 
nouvelle à l'humanité. Il a heureusement rapproché l'éducation 
esthétique rêvée par l'auteur des Poèmes antiques de l'hellénisme de 
Schiller et corrigé avec raison les excès d'une théorie à la mode qui 
voudrait faire de tout abandon du rationalisme une maladie roman- 
tique. M. R. invite en terminant les poètes allemands à profiter des 
leçons et des exemples de la poésie de Leconte de Lisle ; son étude 
nous a paru bien faite pour leur suggérer l'idée de chercher ces 
enseignements '. 

I. Quelques taches çà et là : des coquilles dans les textes français, des vers 



l6 REVUE CRITIQUE 

II. La brochure de M. Weil, apparemment une thèse doctorale, 
est uue étude de même ordre que la précédente, mais de valeur bien 
inférieure. Elle nous donne avant tout de copieuses et fastidieuses 
analyses des romans de Rod, pour établir la philosophie assez fuyante 
et peu originale de l'écrivain qui, parti d'un franc scepticisme, abou- 
tit à un spiritualisme morose ou à un pessimisme résigné et veut 
subordonner les droits de l'individu aux vieilles lois sociales et 
morales. Au lieu de nous répéter après l'auteur la fable de ses fictions 
en y ajoutant de maigres conclusions, j'aurais préféré voir M. W. ana- 
lyser avec plus de pénétration le détail des idées de Rod, leur origine 
et leurs rapports avec les problèmes qu'on agitait alors partout autour 
de lui. Mais une thèse érait-elle pour cela nécessaire? Un bref article 
de revue y suffisait bien, et d'ailleurs, résumées à part, ces cent pages 
ne nous donnent pas plus. Les passages cités en français fourmillent 
de fautes d'impression, quelques-uns sont inintelligibles (pp. 52, 55, 
87) ou semés de barbarismes, et les noms propres sont trop souvent 
estropiés. 

III. M. Couturier fut pendant douze ans, de 1895 à 1908, donc 
jusqu'au moment de sa mort, le secrétaire particulier de :François 
Coppée. Nous lui devons un aimable volume de souvenirs qui nous 
font pénétrer dans l'intimité du poète, nous décrivent minutieusement 
son intérieur, la maison des champs de Mandres ou le logis parisien 
de la rue Oudinot, et en présentent les familiers, les visiteurs d'occa- 
sion et les solliciteurs tidèles. Le maître lui-même revit dans ces 
pages, avec sa simplicité et sa cordialité bien connues, son humeur 
vive et malicieuse, sa générosité inépuisable. Mais nous attendions 
d'un confident de douze années un portrait plus poussé et plus vigou- 
reux. Il y a trop de détails, agréablement contés, mais insignifiants; 
nous en aurions volontiers tenu quitte l'auteur pour une étude plus 
pénétrante du poète et de l'écrivain. Seules la conversion religieuse et 
les velléités politiques de Coppée à la fin de sa carrière ont été rap- 
portées avec quelque précision. Mais il convient de reconnaître que 
ce fragment de biographie est écrit avec une entière sincérité et res- 
pire d'un bout à l'autre la plus chaude sympathie. 

L. R. 

Georges Rémond. Avec les vaincus. La campagne de Thracc. Paris et Nancy 
Bcrger-Levrault, 191 S, in-12, pp. 16 et 342. Fr. 3,5u. 

Un collaborateur de V Illustration, M. Rémond, a réuni ses notes 
prises au cours de la guerre balkanique et nous les offre en un 
agréable volume, plein de verve et de pittoresque : un journaliste 
français a des dons de romancier. Il est à peine question d'opérations 

faux (II, pp. II el 29), des noms propres mal transcrits : Saint-Beuve, Paul Cou- 
rier, Bownouf, Main de Biran. 



d'histoire et de littérature 17 

militaires chez ce correspondant de guerre; on sait assez que, du 
côté bulgare comme du côté turc, les reporters ont été réduits au rôle 
de témoins très lointains. Comme ses confrères, M. R. a dû se rési- 
gner à faire la navette entre Constantinople et le camp de Tchorlou 
ou les ouvrages de Tchataldja ; par grande faveur il a obtenu en 
novembre de rester sur le front, de parcourir les lignes de défetjse de 
ce dernier boulevard turc et il a vu également les combats de mars 
1913 qui ont précédé l'armistice final. Mais en fait, c'est peu; à 
défaut d'impressions directes, il nous donne celles d'officiers qui ont 
pris part aux événements les plus importants. Cependant sa part 
d'observations personnelles tient la plus grande place dans le volume. 
S'il ne nous fait assister que par des conversations rapportées aux 
rencontres de Kirk-Kilissé et de Lule-Bourgas, il en a vu lui-même 
les tristes épilogues, les lamentables défilés des vaincus et des émi- 
grants. Il les décrit à plusieurs reprises, de façon saisissante et émue, 
soulignant partout la résignation et la passivité de ces armées désor- 
ganisées, affamées, frappées par la défaite et la contagion. Constan- 
tinople, qu'il a pu regarder de plus près que les champs de bataille, 
lui a laissé au départ des réserves, à l'arrivée des fugitifs, ou pendant 
la révolution de janvier, la même impression de ville indifférente, 
d'une cosmopolis sans idéal commun, sans âme et sans ressort. La 
Turquie se meurt pour avoir laissé tarir en elle la source de toute 
foi et de tout patriotisme; livrée aux étrangers qu'elle n'a su ni assi- 
miler ni dominer, elle est incapable de se rénover. Et cependant l'au- 
teur lui garde sa sympathie, malgré tant de lourdes fautes; il n'a pas 
omis de dessiner de belles Hgures de patriotes, d'officiers énergiques, 
d'organisateurs de talent : mais que pourront-ils sur une masse apa- 
thique et aveulie ? L R 

Les aspirations autonomistes en Europe, par MM. J. Aulueau, Francis 
DiiLAisi, V. M. GoBLET, René Henrv, H. Lichtenrerger, A. Malet, Angel Mar- 
VAUD, Ad. Reinach, Seignobos, h. \'imard. Paris, Alcaii, in-8". 

L'imprécision de ce titre barbare a dû dispenser les auteurs du 
souci de coordonner leur effort et de s'entendre sur une conception 
commune de leur sujet. Il manque à ce*recueil d'articles tout ce qui 
aurait pu en faire un livre. M. Malet fait une histoire delà nationalité 
serbo-croate, mais n'expose pas la question contemporaine. M. Lich- 
tenberger au contraire se borne à une étude de la récente constitution 
d'Alsace-Lorraine. M. Ad. Reinach remonte, pour expliquer l'auto- 
nomie des îles grecques, jusqu'aux temps tertiaires et ne nous fait pas 
grâce d'un détail avant de nous amener aux derniers jours d'octobre 
19 12. Pas un des neuf auteurs n'a compris de la même façon sa tâche : 
aussi l'intérêt s'éparpille. On espérait sur la foi du titre un exposé de 
chacune des questions actuelles; une seule répond bien à ce désir : 
celle de M. Vimard sur la Pologne. 



l8 REVUE CRITIQUE 

Autre défaut : ces différents problèmes sont loin d'avoir la même 
importance et la même complication. Comment admettre que la 
question d'Alsace- Lorraine soit abattue en 21 pages, alors que l'auto- 
nomie des îles grecques en a réclamé i3o? 

Ni composition, ni proportion, que voilà donc une oeuvre française ! 
Prenons une à une ces études, comme si elles n'étaient pas réunies 
sous une même couverture bleue. 

Dans l'introduction, M Seignobos fait un tableau très clair des 
origines et du mouvement des nationalités et classe les i5 nations 
inachevées, de façon un peu confuse, à la fois d'après leur origine 
politique, leur situation géographique et leur point d'évolution. 
Notons seulement : qu'il ne reconnaît pas (p. iv) de critérium pour 
les distinguer (peut être ; mais qui dit nationalité, dit un peuple qui a 
conscience de lui-même, ce qui rend bien vaine toute discussion 
théorique) ; que ces mouvements nationau.x lui semblent n'avoir 
réussi que par la force des armées (évidemment, puisqu'il leur a fallu 
secouer une tyrannie extérieure) ; que la carte politique de l'Europe 
(p. x) est fixée et l'ère des guerres nationales close (à quoi la guerre des 
Balkans donne un léger démenti) ; qu'il ne rattache pas cet élan des 
nationalités à sa source, les idées françaises de la Révolution. 

M. Lichtenberger examine ensuite à quel point la constitution nou- 
velle donne satisfaction aux revendications autonomistes de V Alsace- 
Lorraine et conclut qu'elle n'apporte aucune amélioration effective au 
sort des populations annexées. Etude claire, précise ; mais c'est un bien 
petit côté du problème : on aurait voulu une étude sur l'état des 
esprits, la position des partis, les procédés de l'administration impé- 
riale et leurs résultats. 

M. Vimard a divisé son excellente étude sur La nation polonaise 
auxx" siècle en 2 parties : i" l'histoire des 3 morceaux de Pologne 
entre la date du partage et l'époque actuelle : les institutions constitu- 
tionnelles du royaume de Pologne en 181 5, les restrictions aux liber- 
tés et le statut organique que provoque la Révolution de i83i, la 
suppression de toute autonomie et le début de la russitication après 
celle de 1 863 ; les oscillations de la politique prussienne, d'abord sup- 
portable, puis violemment réactionnaire après i83o, à nouveau plus 
libérale sous Frédéric-Guillaume IV et en 1848, systématiquement 
germanisairice avec Bismarck; celles inverses de la politique autri- 
chienne qui, assimilatrice jusqu'en 1867. s'est faite au contraire 
libérale depuis; — 2" l'étude de la situation actuelle: il montre l'absence 
de garanties en Pologne Russe, la suspicion où est tenue l'intelli- 
gence polonaise (régime qui s'adoucit d'ailleurs pour la religion et la 
langue), la mauvaise volonté qui entrave le développement écono- 
mique, industriel surtout ; il note la transformation progressive du 
pays qui se démocratise lentement et où commence à se créer une 
classe bourgeoise, et le loyalisme des Polonais qui demandent seu- 



D HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE , IQ 

lement des institutions libérales analogues à celle de la Galicie. En 
Pologne prussienne, la domination se fait chaque Jour plus oppressive, 
depuis la proscription de la langue polonaise jusqu'à l'expropriation 
des paysans. La Pologne autrichienne, en face des deux autres, apparaît 
comme un paradis, étant complètement autonome : elle a le tort de 
dédaigner son propre développement économique. Sur tous ces points 
M. V. apporte des faits précis, clairs : voilà comme on voudrait voir 
tout le livre. 

Je ne dirai qu'un mot des pages de M. René Henry sur la Fin- 
lande, où, malgré une conception plus sociologique qu'historique du 
problème, il y a tant de choses intéressantes, notamment sur la poli- 
tique de Catherine II et d'Alexandre I et sur les restrictions apportées 
au pouvoir législatif d'Helsingfors par la création de la « législation 
d'Empire « en 1899 et la politique nationaliste de M. Stolypine et de 
la III-^ Douma. — Je reprocherai à M. Angel Marvaud quelque 
apparence de confusion dans son exposé si plein de faits du Mouve- 
ment catalan, dont il précise pourtant bien les transformations 
successives (d'abord simplement littéraire, puis républicain en 
1867-68, revenant ensuite aux conceptions étroites du particularisme 
exclusif et même séparatiste de 1880 jusqu'aux émeutes de nov. 1905, 
s'élevant un moment jusqu'à l'idée de régénérer toute l'Espagne par 
une politique d'autonomie régionale de 1905 à 1909, retombant 
aujourd'hui dans les discordes entre particularistes monarchistes et 
particularistes républicains). — Quant à M. Y. M. Goblet, son étude 
de ÏAutonomie irlandaise ne contient ni une analyse des principaux 
projets de Home Rule des libéraux, ni un exposé de la politique 
agraire des unionistes : c'est de la littérature, sans plus. 

Restent les questions balkaniques. Je mets à part le chapitre de 
M. Malet sur La nationalité' serbo-croate : c'est un exposé admirable- 
ment clair — le meilleur que je connaisse — des causes de son mor- 
cellement et de son histoire, mais qui s'arrête pour la Serbie en 1878, 
pour la Croatie en 1868, laissant de côté le problème contemporain. 

L'étude de M. Ad. Reinach sur ÏAutonomie des îles grecques com- 
mence par 32 pages de digressions géographiques, archéologiques, 
toponymiques et historiques sur les îles et la Grèce : 24 pages seront 
encore consacrées à discuter indéfiniment la situation morale des îles 
et les solutions possibles au problème, 2 i enfin à exposer l'occupation 
d'une partie d'entre elles par les Italiens et les espoirs quelle autorise. 
Pourquoi donc ne s'est-il pas réduit aux pages très substantielles 
consacrées au régime turc, très neuves sur la part des îles à la guerre 
de l'Indépendance, plus banales mais intéressantes sur la question 
Cretoise, personnelles sur les 12 îles et Thasos ? Je n'aurais que des 
compliments pour la précision et l'abondance des détails, pour la 
netteté de l'exposé. 

M. Francis Delaisi étudie V Autonomie albanaise. 



20 . REVUE CRITIQUE D HISTOIRE ET DE LITTERATURE 

M. J. Aulneau s'était chargé de La question macédonienne^ le plus 
beau sujet : il l'a traité en 3 parties : i" un exposé médiocre des élé- 
ments ethnographiques et de leurs prétentions: 2" un récit des évé- 
nements, confus, sans une explication, où l'on ne voit ni la politique 
ottomane ni celle des puissances, où il n'est pas même prononcé le 
nom d'Allemagne, avec des erreurs (ex. : le chemin de fer Sarajévo- 
Mitrovitza présenté seulement comme une intention du comte 
d'Aerenthal, la politique d' « islamisation » des Jeunes-Turcs, la poli- 
tique contemporaine de l'Angleterre et de la Russie appuyée sur le 
dogme de l'intégrité ottomane, etc. , ou des lacunes (pas un mot du 
rôle des Albanais); 3° un traînant examen des différentes solutions, 
après quoi l'auteur demande de faire crédit aux Jeunes-Turcs qui 
veulent sincèrement la réformel Quels euphémismes pour parler des 
relations entre Serbes et Bulgares : des froissements, une sourde 
hostilité...! Comme nous sommes loin des pages, si claires, si 
pleines, de M. René Pinon ! 

Ces études sont donc de valeur bien inégale. Néanmoins, comme il 
n'existe pas d'ouvrages de cette naturej apportant sur ces questions 
diverses de résumé aussi abordable, le livre reste, — provisoirement, 
— un instrument de travail utile. Il le serait bien davantage, si cha- 
cun de ses chapitres était accompagné d'une bibliographie. 

Charles-H. Pouthas. 



Académie des Inscriptions et Belles Lettres. — Séance du ig décembre igi3. 
— M. Noël Valois, président, annonce que la Société Royale d'Edimbourg et 
l'Académie finlandaise d'Helsingfors {Academia Scientiarum Finnica) sont détini- 
tivemcnt admises dans TAssociaiion internationale des Académies 

A la suite d'un comité secret, le président annonce que l'.Académie a nommé 
correspondants étrangers : 1° .M. Cari Robert, professeur à l'Université de Halle; 
2° M. Wallace Martin Lindsay, professeur à l'Université de Saint-Andrews (Ecosse) ; 
3° M.WiliiamWoodville Rockhill, ambassadeur des Eiats-Unis d'Amérique à Cons- 
tantinopie (ancien élè\e de l'Ecole militaire de Saint-Cyr et ancien sous-lieute- 
nant à la Légion étrangère, 1873-1876); 4" M. Ludwig von Pastor, directeur de 
l'IInstitut historique autrichien à Rome: 3° M. le marquis de Cerralbo, membre 
de l'Académie d'histoire de Madrid. 

Léon Dorez. 



L'imprimeur-gérant : Ulysse Rouchon. 



I.e l'in-cii-Vda\ . — iin|innioi'ic l'ejnllor, Uoncliori et tniinon, lioiilovanl Carnot, iJ 



REVUE CRiïiQUE 



D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 



N' 2 — 10 janvier. — 1914 

H. Salomons, Le Bhàradvàja. — Les religions de l'Orient et la religion des Ger- 
mains, 2* éd. — Massignon, L'œuvre d'El Hallad). — Odyssée, p. Faesi, 19. — 
Wright, Ménandre. — Traité du Sublime. 4* éd. p. Vahlen. — Beseler, Sour- 
ces du droit romain. — Léo, Littérature romaine, I. — Kahrstedt, Tite-Live. — 
JoRET, Les noms de lieux Scandinaves en Normandie. — Densusianu, Les 
Macédo-Roumains. — Jusserand, Ronsard. — Henri Mérimée. L'art dramatique 
à V'alence. — Madelin, France et Rome. — Chantepleure. La ville assiégée, 
Janina. — Académie des Inscriptions. 



Henriette J.-W. Salomons, Litt. D. The Domestic Ritual according to the 
school of Bhàradvàja, ediied in ihe original sanskrit with an Introduction and 
List ot words. Leyden, Brill, iqi3, pp. xkv et 127. 

M"^ S. est une élève de M. Caland ; c'est dire que l'édition du 
Bhàradvàj'a-grhya-sûtra a été préparée sous la direction du maître le 
plus compétent; le texte est bien établi, correctement imprimé, suivi 
d'un index des mantras et d'un index verborum très complet. Une 
introduction, très. brève, donne les indications absolument indispen- 
sables sur les manuscrits du texte et du commentaire, sur les particu- 
larités d'orthographe ou de grammaire. Les autres questions sont 
réservées, peut-être en vue d'un travail ultérieur. 

Sylvain Lévi. 



Die Religionen des Orients und die altgermanische Religion (Die Kultur 
der Gegenwart I. III, i). Zweitc, vcrmchrtc und verhessertc Auflage, Berlin-Leip- 
zig, igi3, pp. X et 287. <S Mk. 

Le volume sur les Religions de l'Orient dans la collection Die 
Kultur der Gegenwart est rapidement arrivé à une seconde édition. 
C'est un succès bien mérité. Dû à des collaborateurs de premier 
ordre, l'ouvrage présentait sous une forme condensée une somme 
énorme d'informations. La seconde édition est enrichie de deux nou- 
veaux chapitres : Tun, sur les religions des anciens Germains par 
M. A. Heusler est plutôt inattendu dans ce cadre ; l'éditeur s'excuse 
sur des raisons d'économie intérieure; le préjugé >< indo-germanique » 
Justifiera sans doute aux yeux des lecteurs allemands cette répartition 
étrange. L'autre chapitre traite des religions orientales au point de 

Nouvelle série LXXVII 3 



2 2 REVUE CRITIQUE 

vue de leur influence sur l'Europe antique; M. Cuniont l'a écrit 
avec sa maîtrise coutumière ; il marque la soudure nécessaire entre 
deux blocs qu'on avait trop longtemps séparés. 

Sylvain Lévi. 



L. Massignon, Kitàb al Tawàsîn, par Aboû al Moghith al Hosayn ihn Mansour 
al HoUàj, texte arabe, publié pour la première fois d'après les manuscrits de 
Stamboul et de Londres, avec la version persane d'Al Baqli. Paris, Paul Geuth- 
ner, i9i3; i vol. in-8o. xxiv-223 pages. 

Depuis l'année de l'ère vulgaire 922, où périt à Bagdad dans les 
supplices l'un des créateurs de la mystique musulmane, el-Hoséin 
ben Mançoûr surnommé el-Hallâdj « le cardeur de coton », le cri 
qu'il poussait en suivant ses bourreaux : anà'l-haqq. « Je suis la Vérité 
suprême », c'est-à-dire : « Je suis Dieu ! » est resté célèbre en Orient. 
Il importe, pour l'étude de ce mysticisme et de son histoire, d'appro- 
fondir les idées qui ont amené el Hallàdj à proférer une parole qui ne 
pouvait que retentir douloureusement dans le cœur des mahométans 
orthodoxes; c'est à cette tâche ardue que s'est consacré M. L. Massi- 
gnon, et il a été servi à souhait par d'heureuses découvertes. Un 
manuscrit du British ^fIuseum lui a fourni le texte du Kitdb et-Tawd- 
sin, « le livre des lettres td et sin », et le commentaire qu'en avait 
écrit en persan Rouzbéhàn el-Baqli à la fin du xu'' siècle a été retrouvé 
et reconnu par lui dans un autre manuscrit conservé dans une des 
bibliothèques de Constantinople. 

M. L. M. a publié en regard l'un de l'autre les deux textes, l'original 
arabe d'el-Hallàdj et la traduction persane d'el-Baqli, sans essayer 
d'en donner une traduction française; toutefois les difficultés dont le 
texte est hérissé sont expliquées dans une analyse très étendue du 
commentaire persan. La langue des mystiques n'est pas facile, elle 
est imprécise et vague, bourrée de termes techniques dont il est 
souvent fort difficile de donner un équivalent français, même au 
moyen de périphrases; l'auteur reconnaît lui-même, dans une anno- 
tation au bas de la page 122, que « les termes techniques arabes ont 
été traduits ici très approximativement », et il convie le lecteur à se 
reporter au lexique [futur] de son travail d'ensemble [en préparation] 
pour les mettre au point. C'est dire qu'en l'état actuel des recherches 
de l'auteur, nous devrons nous contenter de nous rendre compte à peu 
près des idées du fameux mystique. 

Sous le titre d'Observations, l'auteur a résumé les principales théo- 
ries d'el-Haliàdj, et c'est là qu'il faut aller chercher l'explication de 
sa théologie et de sa métaphysique. L'importance de la prière pour 
obtenir le contact direct avec Dieu, la manière dont l'Etre suprême 
s'est extériorisé dans sa création, l'identité primordiale du Créateur 
et de la créature, la façon dont ils se confondent et se distinguent, 
la polémique sur le véritable caractère de la notion d'esprit iroûh), la 



d'histoire et de littérature 23 

théorie des dimensions de l'entendement provenant du caractère 
schématique des concepts); et autres sujets analogues, sont traités 
successivement par M. L. M. et forment une bonne préparation à 
l'étude d'une mystique passablement abstruse. 

Cl. Huart. 

Homers Odyssée, erklârt von Faesi, 2^" Band, Gesang V^II-XII;9t= Aufiage besorgt 
von J. SirzLER. Berlin, Weidmann, 1910, iv-268 p. 

Dans cette neuvième édition du second volume de l'Odyssée de 
Faesi (ch . vii-xii), M. Sitzler nous donne un texte et un commentaire 
sensiblement différents de la précédente, qui du reste remonte à une 
trentaine d'années. Il a pris pour base de son texte l'édition de Lud- 
wich, ce qui fait qu'il a abandonné les lectures de Hinrichs, pour reve- 
nir à celles des éditions antérieures, environ trente fois; d'autre part, 
il s'écarte de Ludwich dans une quarantaine de passages, ici pour 
adopter des conjectures modernes, là pour introduire une conjecture 
qui lui est propre, ailleurs pour conserver le texte de la précédente 
révision. Le commentaire est plus abondant et plus substantiel; il 
contient l'analyse des formes, et s'attache surtout à expliquer les faits 
les plus importants de la syntaxe homérique, en même temps qu'il 
insiste à l'occasion sur la suite des idées et sur la manière dont elles 
sont présentées. Les notes de ce genre sont fréquentes, de sorte que 
l'ensemble de l'annotation sert à la fois à l'explication des mots, à l'in- 
telligence du sens et à l'interprétation des pensées; c'est là un 
progrès. 

M Y. 

F. VVarrcn Wright. Studies in Menander. Baltimore, The Waverley Press, 191 r, 
V1-1C9 p. 

Quatre dissertations. L Les Serments dans Ménandre. M. Wright 
classe les formules de serment selon les noms des dieux invoqués, en 
.notant le rôle et le sexe du personnage qui les prononce, et faisant 
suivre quelques considérations sur le culte du dieu en question, avec 
un bref commentaire sur Tusage de chaque serment en particulier. 
Un tableau récapitulatif, suivi d'une comparaison entre Ménandre et 
les autres comiques grecs, termine cette première dissertation, d'où il 
résulte que les personnages de Ménandre ne diffèrent pas, en général, 
de ceux des autres comédies, en ce qui concerne leur manière de jurer 
par telle ou telle divinité. C'est là, conclut M. W., une nouvelle 
preuve que le langage de Ménandre est une hdèle imitation du lan- 
gage de son temps. II. Muettes et Liquides. Ménandre ne s'écarte pas 
de l'usage du drame attiquc, pour la quantité d'une syllabe où une 
voyelle brève est suivie de muette -[-liquide, sauf en de très rares pas- 
sages. M. W. les discute, et conclut qu'alors le texte est suspect, à 
moins qu'il ne s'agisse d'une imitation ou réminiscence d'autres poètes. 



24 REVUE CRITIQUE 

111. Omission de l'article n metri causa ». M. W. se demande si Mé- 
nandrc a jamais fait ce tour de force (sic, en frani;ais), et conclut, 
d'après tous les exemples recueillis et analysés, que Mcnandre a sans 
doute usé de Texpression qui convenait mieux au mètre, là où l'usage 
lui donnait le choix, mais que probablement il n'a jamais contrevenu 
à l'usage de la prose ou du langage de la conversation en omettant 
l'article par nécessité métrique. Dans cette étude, M. W. discute le 
v. 35 I des Epitrepontes ï-jm yào ejpeôfi -«tsô; /.ôpT, iXEuOépoj etc., et pro- 
pose de lire <^> /-''P'/), ce mot, assure-t-il, étant nécessairement le 
sujet. Il semble ignorer la note de van Leeuwen, qui, dit-il (p. 83, 
note 19), ne se décide pas entre les deux interprétations, y.'jyr, sujet ou 
vj'jzf, attribut ; or, van Leeuwen, à la page 54 de sa seconde édition 
(1908), dit expressément que le sujet est iv-tirr^^ à reprendre par antici- 
pation dans È'/.sivY.v du v. 353 ; et c'est là, je crois, la véritable interpré- 
tation. IV. Asyndeton. Collection de tous les exemples d'asyndète, 
apparent ou réel, qui se irouvcnt dans les fragments de Ménandre. 
Les observations ajoutées montrent que le poète a usé de toutes les 
formes de cette figure qui sont reconnues par les grammairiens, et qui 
donnent au langage de l'animation, de la rapidité, de la couleur et de 
la vie. Comme on le voit, les sujets traités par M. W. ne sont pas 
nouveaux, et lui-même ne les donne pas comme tels; mais ces quatre 
dissertations serviront toutefois à augmenter et à préciser nos con- 
naissances sur la métrique, la langue et le style de Ménandre. — Une 
observation pour terminer. M. Wright me fait l'honneur de citer à 
deux reprises un de mes articles de la Revue; mais il interprète mal la 
signature, qui pour lui représente M(e)y(er); My n'est ni M(e)y(er) ni 
M(asquera)y, comme quelques-uns l'ont cru. 

M(ondr)Y (Beaudouin). 



Aiovjffiov -r, Aoyyîvou lUpl "»"(|/o'jî. De Sublimitate libelhis, in usuin scholarum edidit 
Oito .Iahn a. MDCCCLXVll, quarium edidit a. MDCCCCX.I. Vuilen. Leipzig, 
Teubner, xxii-94. 

Au commencement de cette nouvelle édition du Traité du Sublime, 
M. \'ahlen reproduit les préfaces des trois premières; il y ajoute 
quelques pages où il apprécie brièvement les travaux parus sur le 
texte depuis la troisième édition (igoS), et signale en particulier le 
Menekrates von Nysa de Hefermehl et l'édition de Prickard dans la 
collection d'Oxford; en outre, les observations et conjectures de 
Richards dans la Classical Review de 1902, qu'il n'avait pas connues 
en 1905. L'annotation critique, par suite, a reçu un assez grand déve- 
loppement ; M. V. n'a rien voulu négliger de ce qui, pour l'étude cri- 
tique du texte, peut avoir de l'intérêt et de l'utilité. Quant au texte 
lui-même, il est resté identique, M. Vahlcn n'ayant pas voulu courir 
le risque d'y introduire des émendations périlleuses dans les passages 



D HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE ^ 2 5 

encore douteux. Je note dans le texte seulement trois fautes d'impres- 
sion : p. 5o, 16 XaX7;s(XaXf,;j, 74, 21 6' (ô),et 79, 21 [JLSTaçy i[jL£Taçj). 

My. 

Beitraege zur Kritik der roemischen Rechtsquellen von Gerhard Beseler 

Drittes Heft. Tùbingen, Mohr. igi?, 212 p. gr. in-S" 8 m. 

L'an dernier (27 avril 191 2, p. 334) j'ai annoncé le deuxième 
fascicule des Beitràge \ur Kritik der romischen Rechtsquellen de 
M. Gerhard Beseler, professeur à l'Universié de Kiel. Il publie à la 
même librairie un troisième fascicule (8 m.) dont voici le con- 
tenu. Le fonds est une série d'études sur les mots suivants, 
rangés par ordre alphabétique : absurdus, absurde, articulus, 
attamen. bénigne, cadere in, circa, contendere (= contirmare), 
contrahentes, cum causale c. ind ; damnosus, dirimere, dispendium, 
divinare, dum, emergere, ex causa (absolut), ferendus, forsan, etc., 
hactenus, id (hoc) agere ut (ne), igitur vorgestellt und itaque 
nachgestellt : imputare, incumbere, instar, iste, merus. necesse 
habere, nequaquam, nihil prohiber, posse et debere, recedere, 
refundere, ridiculus, secundum hoc u. ii, securitas, substantia. Avant 
cette liste, 4 petits articles (méthode [nécessités pour l'instant de mono- 
graphies sur les mots]; objections à un article de Mitteis sur la 
recherche des interpolations; le style de Pline le jeune et le style des 
juristes ; sur quelques passages [20 p.]) ; après la liste, 8 petits articles 
dont voici les titres : Erbbaurecht ; in jure cessio, Nachtrag zu B. II, 
149; Klagenzession ; Die Activlegitimation zu a° forti; zur a" de in 
rem verso: zur Publiciana; si hères vohierit u. i\; Genuskauf; actio 
dotis ; Nachtriige; index des passages des sources cités. Dans la liste 
des mots qui paraissent à M. B. caractéristiques d'une interpolation 
[circa, attamen, iste, merus etc.), beaucoup seront reconnus aussitôt 
par les philologues, qui se rappelleront les obéis de VAntibarbarus. 
Mais nepas oublier que ces mots ne peuvent jamais être qu'un indice; 
ils ne fournissent pas la preuve de l'interpolation. Coup sur coup sont 
cités ici les Mélanges Girard; Moriaud (simple famille paternelle) etc. 
Il est bien fâcheux que M. B. ait traité ses lecteurs comme des 
hommes rompus aux études de droit ; de là toutes sortes d'abréviati-ons, 
d'omissions et d'obscurités; aucune bibliographie; livres, revues sont 
désignés en abrégé, souvent par une seule initiale. Quelle idée, dans 
un travail consciencieux comme celui-ci, de réduire volontairement le 
nombre de ceux qui pourront ou qui voudront l'employer ' ! 

ET. 

Friedrich I,f,o, Geschichte der romischen Literatur. Erstcr Band. Die 
Archaische Lucratur. W'ciJinuiin, iyi3, 4'^G p. gr. in-i>", 12 m. 

Le professeur de Gôttingue, M, Fr. Léo n'avait publié jusqu'ici, en 
I . P . 4, 1 . 3, au premier mot, lire ut. 



26 REVUE CRITIQUE 

dehors des textes iCulex, Se'nèque le tragique, Plautel, que des livres 
de recherches [Plaiitinische Forschiingen, fascicules ou volumes dans 
la collection de Gôttingue, etc.-. Son nouvel ouvrage descend de cette 
hauteur proprement scientifique pour se mettre à la portée de tous. 
Je crains que, le faisant, M. L. n'ait pas modifié, autant qu'on eût 
pu le souhaiter, ses formes de composition et d'exposition. Sysiéma- 
aiquement, M. L. jusqu'ici supprime tout ce qui guide le lecteur, 
tables, sommaires développés, titres en vedette, etc. Dès qu'il 
entreprenait cependant une histoire de la littérature, donc un 
livre de vulgarisation, pouvait-il encore se réduire à une table géné- 
rale des plus brèves et pour le reste se fier aux titres courants forcé- 
ment écourtés. Le lecteur n'avait-il pas le droit de compter sur une 
aide plus efficace? On ne l'aura pas ici, M. L. ayant tenu à conser- 
ver ses habitudes. Je ne veux pas dire qu'il n'y ait pas dérogé en plus 
d'une page, qui font penser au « rire du lion » ; nous n'en restons 
pas moins, en général, fort loin de la commodité des Manuels, et 
j'ai peur que la comparaison ne nuise au nouveau livre, ce qui me 
parait des plus regrettable, justement à cause de sa haute valeur. 

M. L. a essayé d'une autre nouveauté dans un supplément [Beilage) 
de 5o pages environ qui vient à la fin du volume. Afin que les lec- 
teurs profanes puissent comprendre plus aisément le sujet et les allu- 
sions du texte, M. L. a traduit en allemand un certain nombre de 
morceaux de Plante, d'Ennius, de Térence, etc., qui étaient à ses 
yeux, au point de vue littéraire, comme autant de pièces justificatives. 
Des essais analogues ont été faits chez nous ; je me souviens d'his- 
toires des littératures classiques qui étaient pour un tiers, sinon, pour 
moitié, des extraits d'auteurs ; le résultat, si je ne me trompe, a été 
médiocre, sinon mauvais, et l'on a renoncé parmi nous, non sans 
raison, je crois, à ces plans à double fin . 
Neuf chapitres dont on trouvera ci-dessous les titres '. 
Je suis sûr d'avance que ceux qui connaissent les sujets qu'a traités 
jusqu'ici M. Léo, iront d'emblée aux meilleurs chapitres, ceux qui 
concernent Plante et le théâtre ; ils ne seront pas déçus ; on y trouvera 
avec beaucoup d"idées et toute la précision désirable, aussi avec l'in- 
dication de la littérature la plus récente, un fort bon exposé des ques- 
tions les plus difficiles. Je ne crois pas que jusqu'ici l'auteur ait 
jamais rien fait de meilleur. D'ailleurs, dans tout le livre, les études 
de détail, portant sur les différentes parties des œuvres, ont été faites 
consciencieusement et sont très précises. Pour Ennius, Vahlen sert 
de base. Je trouve neuve dans l'étude sur le style d'Ennius la distinc- 

I. Bedingungcn und Elemcnte littcrarischer Entwicklung in Italien; 2, Recht 
unJ Rcde ; .^, Die .\iifânge; 4, Naevius; 5, Plautus;6, Ennius; 7, Die Nachfolger 
des Plautus und Kiuiiiis; 8, Die Literatur und die lomische Bildung ; 9, Die 
Dichtung des ausgchenden zweiten Jahrhunderts. Beilagcn (extraits de Plante, 
Ennius, Ménandre et Cccilius, Caton, Cornélie, Polybe, Térence}. 



d'histoire et de littérature 27 

tion très nette qu'établit M. L. entre ce que le poète emprunte aux 
Grecs ^Homère et Alexandrins) et ce qu'il abandonne délibérément 
des essais de ses prédécesseurs ; sa préoccupation n'est pas d'imiter, 
mais de créer; non pas de traduire des œuvres grecques, mais d'être 
un poète romain '. 

Vingt-deux pages sont consacrées à Lucilius. M. L. rend hommage 
au mérite de l'édition de Marx et des recherches de Cichorius. La 
question complexe des originaux grecs de Lucilius est élucidée et très 
approfondie. A l'occasion de la peinture du cercle de Paul-Emile et 
Scipion, critique rapide, et qui me paraît très fondée, du livre de 
Laqucur sur Polybe. 

Je trouve mieux comprise qu'on ne Lavait fait jusqu'ici la position 
prise par Térence dans les polémiques du temps, ses premiers échecs 
(Andrienne, Hécyrei et ses luttes contre les admirateurs et les conti- 
nuateurs de Cécilius. C'est donc toute une partie de la littérature latine 
qui me paraît renouvelée parle livre de M. L.; par exemple on ne 
pourra plus traiter des prologues de Térence sans se reporter à ce 
qu'il en dit. 

En serrant de plus près les données de la tradition, en suivant les 
traces de l'influence que les poètes ont dû exercer les uns sur les 
autres, M. L. parvient à mieux faire revivre des auteurs dont les 
œuvres sont perdues, surtout Cécilius, avec sa verve, ses effets 
presque aussi puissants que ceux de Plaute, mais joints à un scru- 
pule nouveau, au soin constant de ne pas déformer les originaux 
grecs et d'éviter toute contamination. Ai-je besoin de dire que l'his- 
torique de la comédie nouvelle est en même temps fort modifié par 
tout ce qui est tiré des pièces récemment découvertes ? 

Atin de mettre en goût le lecteur, Je détache quelques-unes des 
remarques sur Plaute et sur le théâtre qui m'ont paru particulièrement 
originales. Sur le texte de Plaute, M. L. admet que des doublets, 
même assez longs 'p. ii5j, se soient glissés dans l'exemplaire du 
théâtre, la version la plus brève venant après celle qui avait paru 
traînante ; le tout pénétrant et restant dans l'archétype de nos mss. 
Pour la conduite que tient Plaute à l'égard de ses modèles, M. L. 
s'appuie, comme il est naturel, sur les allusions caractéristiques aux 
mœurs des deux nations ; mais il utilise aussi fort habilement ses vues 
sur les formes du mètre habituelles dans les deux théâtres. Conclu- 
sion : pour le fond de l'intrigue et pour les caractères, Plaute suivait 
d'assez près son original ; mais il en a remanié très librement les 
formes métriques. 

A noter aussi la distinction que, d'après une indication des mss., 

I. M. L. débarrasse enfin Ennius (p. 182, n. 1] de deux dictons d'école, sans 
doute forgés de toutes pièces pour servir d'exemples de imèses. {cere .. .brum, Mas- 
sili...ta)ias) que, sur le témoignage dun grammairien inconnu, on mettait à la 
charge de sa mémoire. 



28 REVrE CRITIQUE 

on doit faire entre les scènes de dialogue parlé (DV, deverbia), toutes 
en senaires, et l'autre série, celle des cantica (C) qui se subdivise en 
scènes de chant et scènes où il y avait accompagnement de musique. 
A cela est jointe une recherche très intéressante sur l'inHuence qu'ont 
exercée, dans l'imitation de Piaule, la littérature surtout lyrique de 
l'époque hellénistique, et aussi le prolongement du succès de pièces 
de chant et de musique toujours en usage dans la grande Grèce. Ainsi 
avec ce qui pouvait être retenu de l'original sont venus se fondre des 
emprunts à la littérature plus récente de la Grèce et aussi des élé- 
ments italiens, le tout formant un ensemble très vivant, où il fallait 
les yeux d'un Horace pour découvrir les fautes de ton et la gaucherie 
des sutures. Là persistait une vis comica qui n'est pas sans doute 
celle de Ménandre, qu'on placera si l'on veut a un degré inférieur, 
mais dont l'action a duré au théâtre plus d'un siècle, et, dans la litté- 
rature, toute une série de siècles. De ces remarques paraît résulter 
l'explication naturelle et une conciliation fort acceptable des juge- 
ments contradictoires de Varron, de Cicéron et d'Horace sur les 
comédies de Plaute. 

Sur l'ensemble on peut dire que la période « archaïque » se résume 
en une lutte de l'esprit et de la culture grecque contre la nationalité 
romaine qui résiste tout en cédant peu à peu, la littérature préclas- 
sique étant déjà elle-même le résultat d'une conciliation des plus heu- 
reuses entre ces influences diverses. 

.Toutes ou presque toutes les citations sont données en allemand, 
ce qui est fâcheux en cas d'oubli du lecteur, ou encore et surtout 
quand les remarques portent sur l'expression (p. 171 etc.]. 

M. L. se réfère aux publications récentes en quelque lieu qu'elles se 
soient produites (Grèce, Amérique, etc.) ; il est inutile d'ajouter que 
les références les plus fréquentes visent l'Allemagne, ses revues et 
surtout l'Hermès. 

On est rassuré d'autre part sur la solidité de ces études en voyant 

que le critique s'est occupé soigneusement de tous les textes dont il 

parle et de la forme plus ou moins digne de foi sous laquelle ils nous 

sont parvenus. Çà et là sont semées aussi d'excellentes indications ou 

corrections de texte : comme p. 219, n. i : Héc. 2"= prol. 26, es5^m 

(et non f^set) etc. 

Ci-dessous quelques critiques'. 

Emile Thomas. 



I. l^t sepulcra legens dans le Caton idéalisé de Cicéron (p. 297, n. a) n'est-il pas 
une fiction littéraire bien plutôt que le souvenir d'un fait réel ? — Çà et là quel- 
ques fautes de ton : qinsi p. io5, l'idée singulière que le renard (Reineke) pour- 
rait avoir été un héros de la nouvelle comédie. — Dans la rédaction plus d'un 
cliché à la mode, comme p. 172, « l'individualisme » (je l'attendais). — Combien 
malheureux da tours comme (p. 108 en haut' : Oie komische Frôhlichkeit ist 
dynamisch immcr vorh;indcn ; das hcisst...! — Plus d'une fois obscurité dans la 
suite des idées ou dans l'expression par excès de concision (p. 253, n. 1 etc.) et 



d'histoire et de littérature 29 

Die Annalistik von Livius B. XXXF-XLV. Vorschlâge und Versuche von Ulrich 
Kahrstedt. Berlin, Weidinann, 191 3. i i<S p. gr. in-8", 4 m. 

Le présent livre est dédié à l'Institut de Berlin en souvenir des 
années d'étude que l'auteur y a passées en 1907-19 i i. Ce sont ici des 
pages détachées d'une histoire des Carthaginois. 

M. K. est présentement privatdocent à l'Université de Munster. Il 
a débuté par des Forschungen zur Geschichte des ausgehenden funf- 
ten und vierten Jahrhundcrts, et cette année il vient de terminer, par 
un troisième volume, l'histoire de Carthage qu'avait commencée Otto 
Meltzer. On s'accorde à reconnaître en lui le sens historique avec une 
vive ardeur à défendre ses idées. 

L'auteur appelle l'attention sur le sous-titre (Vorschlâge und Ver- 
suche) de son livre. M. K. estime que tout ce qui a été entrepris jus- 
qu'ici sur le sujet est manqué ; il ne croit pas être au but ; il lui suf- 
firait d'avoir trouvé le chemin et les indices qui peuvent y conduire. 

Comme on pouvait le prévoir, M. K.. par son argumentation, tire 
surtout parti des doublets et des contradictions du texte, qui prouvent 
de la manière la plus claire la pluralité des sources de l'historien : 
d'une part une source documentaire et chronologique que M. K. croit 
sûre; d'autre part une source complémentaire, qui, d'abord parallèle 
à la première, est venue ensuite s'y mêler et l'a obscurcie au point de 
l'étouffer. 

M. K. ne dissimule pas les difficultés de sa tâche. Avec la manière 
de citer, souvent équivoque, de Tite-Live comme des autres anciens, 
bien souvent on distingue mal la source principale de celle qu'on 
veut lui opposer, et l'on ignore aussi si la divergence porte sur un 
détail ou sur un ensemble. De là des interprétations doubles ou mul- 
tiples entre lesquelles il n'est pas facile de choisir. 

Voici en résumé les résultats auxquels arrive M. Kahrstedt. Tite- 

cela à côté de longueurs et de répétitions. — Expressions par trop modernes : 
p. 170 en haut : hâufte sich der Stoff, atif Ennitis' Tiscite und seine Feder hatte 
Mùhe ihm zu folgen. — Le renvoi à Dioinède, p. 3 12, n. 3 est légèrement inexact 
(lire p. 472, 7 K.) et, par la mention de « livres », il est d'abord énigmatiquc. — 
Le titre d'une pièce qui est visée au texte [Pseudoltis) est omis ou est tombé du 
titre courant de la p. i3i. — Dans ce livre très correctement imprimé, je cite, 
parce qu'elle jure avec le reste, la coquille de la p. 277, n. 2, Vergil, geog'c. — Ceci 
a plus d'importance. On souscrira difficilement à l'affirmation p. 328 en haut) 
que Caton ait servi de modèle aux hisioriens postérieurs. Il est trop clair que le 
fruste auteur des Origines n'a été suivi, et cela est heureux, ni pour son plan, ni 
pour sa suppression systématique des noms propres. De la diversité des opinions 
exprimées sur le plan des Origines, il apparaît qu'il n'était pas simple et ne pou- 
vait servir de modèle. — Contradictions de détail : si .Népos nous renseigne 
inexactement sur tels livres des Origines (p. 293 en haut), comment .M. L. veut-il 
d'autre part (p. 294 bas) s'appuyersur telle de ses phrases générales ? Et de même 
p. 293 en haut), si le titre n'est exact que pour tels livres 2 et 31, comment argu- 
menter du titre (ibid.) sur le caractère de l'ouvrage? — Savants français cités : 
Mazon, Appleton (Le testament). 



30 REVUE CRITIQUE 

Live a puisé à deux sources annalistiques fort semblables et qui ne 
différaient que par des détails. Les emprunts sont reconnaissables 
pour une partie des faits qui concernent Rome et Tltalie, pour une 
bonne moitié en ce qui concerne les Gaules, quasi pour le tout en ce 
qui regarde l'Espagne. 

D'après ce qui précède, le lecteur a compris que M, K. a voulu 
substituer aux suppositions trop faciles et souvent superficielles de 
Soltau une méthode plus rigoureuse. Le livre de ce savant (Livius' 
Geschichtswerk, seine Komposition, und seine Quellen, Leipzig, 
Dieterich, 1897), contenait sans doute beaucoup d'arbitraire; il est 
fait surtout d'hypothèses : qui de nous l'ignorait ? Je crains que, par 
la méthode proposée ici, on ne donne justement dans l'excès con- 
traire ; ce ne sont, presque en toutes les pages, que signes et formules 
algébriques, sans aucune table qui aide à les interpréter. Je veux que 
telle combinaison paraisse séduisante: mais qu'on arrive ainsi à des 
vues Justes, évidentes pour tous et qui soient fécondes, je ne le crois 
guère. Cependant je dois reconnaître que M. K. s'efforce de bien 
séparer ce qui, d'après notre matériel, peut être affirmé et démontré, et 
d'autre part ce qui n'a que l'apparence (Scheinindizien). Cela a son 
importance. 

Le livre souvent obscur est d'une lecture pénible que rend encore 
plus désagréable, par endroits, un mélange baroque de mots latins et 
allemands. 

É. T. 

Commenti Donatiani ad Terenti fabulas scholia genuina et spuria probabiliter 
separare conatus est H. T. Karsten. Vol. II. Accedunt Indices. LiigJuni Batavo- 
rum A. W. Sijthoff, 191 3, xvi-349 p. 5 M. 

Nous avons ici la fin d'une publication dont j'ai signalé Tan dernier 
la première partie ', Les Adnotationes, dans ce tome H, sont sensi- 
blement plus courtes que dans le premier volume. Libre au lecteur 
devoir là, à son choix, un signe de lassitude ou une décision plus 
réfléchie puisque désormais la méthode et les idées de l'éditeur nous 
sont connues, et que de son côté, il a moins l'occasion et ressent moins 
le désir de donner ses preuves. Encore beaucoup de ces Adnotationes 
ne contiennent-elles que de simples renvois. Dans la préface. M, K. 
signale les différences qui séparent cette seconde partie du recueil de la 
première; les scolies 'seraient ici moins développées et le nombre de 
celles qui doivent être suspectes, plus restreint. Donc la tâche du 
critique ici devenait plus facile. 

Dans la môme préface M. K. s'applique à réfuter la manière dont 
Wessner explique l'origine et l'altération de notre commentaire; l'ar- 
gumentation porte, comme on sait, sur les répétitions dans les scolies, 
et sur le singulier changement qui existe dans la disposition des sco- 

I. Revue de 1912, 1, p. 402. 



d'histoire et de littérature 3i 

lies, Phorm. II, 3, 7-93. Je crois qu'il faut attacher une grande 
importance à cette remarque que le nombre des interpolations décroît 
peu à peu, à mesure qu'on avance dans le commentaire. 

M. K. ici s'attarde souvent à la discussion des étymologies dans les 
scolies ; elles étaient tellement viciées à Rome dès l'origine que je 
doute fort que ces fantaisies puissent conduire à aucun résultat. — 
M. K. croit aussi justifier la séparation qu'il fait de telle scolie en 
disant : additamentum otiosum ou langnidiim etfalsum; la raison est- 
elle suffisante? Ailleurs M . K. met à part telle note grammaticale qui 
lui paraît fausse; à notre point de vue, je le veux; mais pour les 
anciens, en était-il de même? Bien dur dans sa brièveté me paraît 
l'arrêt prononcé (ineptiim) qui fait rejeter telle scolie (P/7. i3) dans 
le petit caractère parce qu'elle note un pléonasme. 

Pour les difficultés particulières au texte, M. K., qui ne se propose 
pas de les résoudre, se contente d'indiquer d'une manière générale 
par quelles conjectures on s'efforce d'y parer. 

Nous sommes très heureux de voir l'achèvement d'un travail cons- 
ciencieux et méritoire qui nous a mis en main un bon instrument de 
travail et d'autre part qui appelle notre attention sur ce qui est plus 
important que toute remarque de détail, à savoir sur la composition et 
la formation du commentaire '. 

É. T. 



Ch. JoRET, Les Noms de lieu dorigine non romane et la Colonisation ger- 
manique et Scandinave en Normandie. Paris, A. Picard, lyiS; in-4" de 
68 pages. 

Ce Mémoire, qui est à la fois historique et géographique, suivant 
une mention figurant au verso de la couverture, a été envoj^é au 
Congrès du Millénaire normand en juin igii, revu depuis^ com- 
plété et refondu presque en entier. Il est tel qu'on pouvait l'attendre 
de la science connue de l'auteur, et de ses travaux antérieurs. Dans un 
premier chapitre, M. Joret a exposé quels ont été, au point de vue de 
la toponomastique normande, les résultats de la conquête franque 
(sur l'irritante question de VOtlinga saxonia, voir aussi Appendice 
II. p. 66). Puis il a donné un résumé historique court mais très 
nourri des incursions des Vikings au ix= siècle (pp. 17-24' : il est à 
peine besoin d'ajouter que ce résumé n'est pas fait de seconde main, 
mais d'après les textes et les sources elles-mêmes. L'auteur les avait 
déjà mis à profit, il y a trente ans, dans un ouvrage qui fait encore 
autorité; il en a réuni d'autres depuis, et reste entièrement au cou- 
rant des travaux faits dans ce domaine. Aussi nous pouvons donner 
crédit, semble-t-il, aux conclusions qu'il pose (pp. 57-64) sur l'ori- 

I. Dans mainte note, M. K. se réfère à l'édition ou à l'apparat que Kauer a 
donne dans la révision de l'édition annotée des Adelphes (i9o3) de Dziatsko ; je 
n'en puis juger, n'ayant pas ce livre sous la main. 



32 REVUE CRITIQUE 

gine décidément danoise des Vikings; voilà plus d'un quart de siècle 
que dure la discussion entre allcnuinJs, danois et norvégiens, des 
savants comme Esaias Tegnér ci Fabricius, plus récemment Jakobsen 
et Anders Pedersen, y ont pris part. M. J. était très qualifié pour 
intervenir à son tour dans le débat, il le fait d'ailleurs dans le même 
sens que les derniers auteurs que j'ai nommés, et voici ses propres 
paroles : « L'étude des noms de lieu formés à l'aide des radicaux 
norois bec, beuf, bu, ciale, fleur. Ion Je, mare, torp, tôt, etc., nous 
avait déjà conduit à cette conclusion, que les localités désignées par 
ces noms avaient été fondées par des Scandinaves. L'examen des 
noms de personne, employés comme déterminés dans les noms en 
ville, nous permet de faire un pas de plus, et nous montre que les 
localités plus récentes qui portent ces noms ont presque toutes été 
fondées par des colons danois » (p. 62). Le cœur du Mémoire est 
occupé en effet par les longues listes des noms de villages normands 
qui contiennent un radical norois, et surtout par des discussions sur 
la valeur et le sens originel de ces radicaux, sur les transformations 
phonétiques qu'ils ont subies pour venir jusqu'à nous. C'est même à 
ce propos qu'on pourrait reprocher à M. J. je ne dis pas précisément 
des erreurs, mais du moins quelques expressions qui sont peu exactes. 
Ainsi p. 5i, il est question du norois budh qui est devenu bueth, beu, 
et plus tard beuf a avec épenthèse def, ouy analogique » : l'analogie 
paraît peu probable, et quant au mot d'épenthèse quel sens peut-il 
bien avoir ici ? Il est probable que nous avons tout simplement à faire 
à une transformation phonétique de la dentale finale, celle qu'on 
trouve aussi dans le mot d'origine germanique bief. Je serai moins 
afïirmatif pour le moi fleur qui vient du norois flàdh avec des formes 
flo,flue,fleu, attestées pour le xin^ siècle encore (p. 38) : on pourrait 
ici songer peut-être à l'analogie, mais en tout cas l'expression « épen- 
thèse de r » ne signifie rien non plus, et il est possible que la dentale 
soit toujours en jeu. P. 3 i le mot orme venant de ulmus, cité comme 
point de comparaison, a l'air d'être donné comme ayant subi un trai- 
tement régulier en français : ce n'est pas admissible, et la forme 
ancienne était omme, oume. Mais ce sont là des vétilles et des points 
de détail qui n'empêchent pas l'étude de M. Joret d'être un travail 
remarquable et d'une science très sûre. 

E. BOURCIEZ. 

O. Densusianu, Pâstoritul la Popoarele romanice Extrait de la Vie Nouvelle). 
Bucarest, 191 3 ; in-S» de 34 pages. 

Dans cette leçon d'ouverture faite en 1Q12 à la Faculté des Lettres 
de Bucarest, M. Densusianu a rassemblé des détails intéressants et 
qui étaient épars un peu partout sur la transhumance dans les Pyré- 
nées et en Espagne, puis en Suisse et dans les Apennins, dans la 
péninsule des Balkans enfin. Il a insisté tout particulièrement sur le 



d'histoire et de littérature 33 

nomadisme invétéré des conducteurs de troupeaux pyrénéens, sur 
cette inquiétude errante et ce besoin d'iillcr devant soi que les Basques 
ont porté jusque dans les pampas du Nouveau-Monde. Il a profité 
aussi de l'occasion pour citer quelques fragments de poésies popu- 
laires où se trouve décrite la vie des pâtres balkaniques, et tout cela 
ne laisse pas d'être agréable. Mais ces considérations et-hnogra- 
phiques ne sont pour l'auteur qu'un prélude, et il cherche assez vite 
à en tirer aussi des conclusions linguistiques : c'est la partie fragile, 
il me semble, de son travail. Car enfin que les Macédo-Roumains 
comme les Gascons emploient devant r initiale un a prosthétique, et 
que les uns disent ariû (rivum) de même que les autres arram 
(ramumj ; que le rhotacisme, c'est-à-dire le passage de n intervoca- 
lique à r, soit très caractéristique pour les parlers de l'Istrie, et se 
retrouve aussi dans le Dauphiné, — ce sont là des rapprochements 
qui ont été souvent signalés, mais qu'en peut-on inférer? M D. 
cherche évidemment à établir, à suggérer tout au moins qu'on se 
trouve en face de phénomènes qui peu à peu se seraient propagés de 
place en place par des migrations et des échanges, constituant au sud 
de l'Europe une sorte de chaîne linguistique. Cela reste vraiment 
bien problématique et ne s'appuie sur aucune preuve positive : rien ne 
s'oppose au contraire à ce que des développements phonétiques indé- 
pendants dans le temps et dans l'espace, aboutissent à des résultats 
identiques, et l'histoire des langues nous en fournit à chaque instant 
des exemples. A tout prendre, il vaudrait peut-être mieux se deman- 
der si des conditions de vie qui sont à peu près les mêmes, une nour- 
riture donnée, l'habitat à une altitude déterminée, ne pourraient pas 
entraîner certaines similitudes dans le développement des organes de 
la parole. 

E. BOURCIEZ. 

J.-J. JussERAND, Ronsard, Collection des grands écrivains français: Paris, 
Hachette et C'«, igiB. i vol. in-i6 : 2 frs. 

Ce petit volume, fruit d'un commerce assidu, non seulement avec 
Ronsard, mais en général avec les hommes et les oeuvres du xvi^ siècle, 
se lira avec autant de profit que d'agrément. M. J.-J. Jusserand est 
un ronsardisani de vieille date. Son livre atteste une connaissance 
précise et critique de tous les travaux d'érudition consacrés depuis 
quelques années à Ronsard et, sur une foule de points, il apporte des 
aperçus nouveaux et des opinions personnelles. M. Jusserand, fervent 
admirateur du grand poète Vendômois, apparaît un peu jaloux de 
conserver ou de rendre au caractère de son héros une auréole de 
noblesse et de pureté. C'est ainsi qu'après avoir proclamé sa recon- 
naissance et son admiration pour les « monumentales et mémorables 
études » de M. Laumonier, il regrette qu'elles « offrent une image 
noircie et abaissée du caractère de Ronsard » (p. 211). Il s'efforce, au 



34 REVUE CRITIQUE 

cours de son exposé, d'effacer certaines impressions que laissait le 
Ronsard, poète lyrique de M. Laumonier. P. 74, à propos des Folas- 
tries, il disculpe le poète d'avoir cédé avec complaisance à la tendance 
de son tempérament sensuel et de son esprit gaulois : « Le poète. . . 
était plus lubrique en paroles qu'en action ». M. Laumonier, jugeant 
le rôle de Ronsard dans les guerres civiles, avait signalé parmi les 
mobiles qui avaient poussé le poète à se faire le champion de la cause, 
catholique, à côté de son patriotisme et de son loyalisme, « son 
intérêt immédiat, l'intérêt de sa situation matérielle, l'intérêt de son 
œuvre poétique ». (Ronsard, poète lyrique, p. 2o5) M. Jusserand 
(p. 104 et suiv.) insiste plus volontiers sur le patriotisme du poète et 
la pitié qu'il éprouvait pour les maux de la France. M. Laumonier, 
tout en accordant que Ronsard avait su parfois faire la leçon aux 
rois, constatait pourtant qu'il avait atteint les dernières limites de 
l'adulation (p. 181, note 2\ qu'il avait donné la première place, même 
dansles poèmes qui contiennent des conseils détournés^ à la « louange 
hyperbolique, d'autant plus étonnante qu'elle est moins méritée » 
(p. 262). M. Jusserand a plus d'indulgence pour les éloges prodigués 
aux rois par Ronsard. Ce sont « éloges d'obligation et complaisances 
attendues d'un poète royal » (p. i52). « Célébrer en vers des protec- 
teurs possibles ne lui semblait pas plus une humiliation que les 
trente-neuf visites propitiatoires n'en semblent une de nos jours aux 
candidats à l'Académie » (p. 93). Il semble bien qu'il y ait quelque 
excès de complaisance dans l'interprétation que M. Jusserand donne 
du silence de Ronsard sur la Saint-Barthélémy : « Le poète du roi 
se tut et tout le monde entendit ce que son silence voulait dire » 
(p. 123). M. Laumonier (p. 252) remarque fort justement qu'il y a 
dans la pièce des Estoilles des allusions au massacre, des louanges 
adressées à Pibrac qui fit l'apologie de cette journée et à Le Gast, un 
des plus violents massacreurs de huguenots, enfin des vers « cruelle- 
ment légers » sur la fin misérable de Gaspard de Coligny. Ces diver- 
gences d'opinions de deux ronsardisanis ne surprendront point ceux 
qui savent la richesse d'une œuvre poétique inspirée par les circons- 
tances, les situations et les sentiments les plus variés. 

Jean Plattard. 

Mkrimée (Henri), L'art dramatique à Valencia depuis les origines jusqu au 
commencement du XVII' siècle. Toulouse, Privât, 191 3, in-8" de 734 p. 
— Spectacles et comédiens à Valencia (1580-1630). Ibid., in-8» de ^C)-] p. 

Prédestiné par son nom à l'étude de l'espagnol, M. H. M. a tenu 
pourtant à ne s'y engager qu'après une lente et vaste préparation. 
Après avoir refait à Paris ses dernières classes sous MM. Chanta- 
voine et Bergson, collaboré à rÉcole normale à la rédaction d'un 
cours de M. Brunetière et passé avec succès l'agrégation des lettres, 
il a professé la rhétorique dans deux lycées, et c'est seulement quand 



d'histoire et de littérature 35 

il a eu ainsi fortifié sa pensée dans le commerce de nos classiques 
qu'il a passé les Pyrénées; il a fait en Espagne de longs et fréquents 
séjours; rien qu'à Valencia il a demeuré une année entière. 11 a 
donné une édition critique du Prado de Valencia de Mercader, 
publié une pièce inédite de Guillen de Castro, traduit l'ouvrage de 
M, Menéndez Pidal sur l'épopée castillane, aidé son père à fonder ses 
deux Instituts de Burgos et de Madrid ; par là, il a mérité à la Faculté 
de Montpellier l'héritage de M. Martinenche que la Sorbonne était 
heureuse d'appeler à elle. 

Le premier de ces deux ouvrages, par lesquels l'auteur vient d'ob- 
tenir le titre de docteur avec la mention très honorable, ne paraît un 
peu long que parce qu'il a mis dans son texte beaucoup de 
choses qui, neuves et intéressantes d'ailleurs, auraient dû être rejetées 
ennotesouenappendices.il s'était dit évidemment, et à tort, qu'il 
ne serait lu que des spécialistes; cela se reconnaît à l'omission 
d'éclaircissements nécessaires à tout autre qu'aux hispanisants. 

L'objet de cette thèse a visiblement varié au cours des études de 
l'auteur : commencée dans la supposition que Valence avait produit 
une véritable école de dramaturges, elle s'est achevée dans la convic- 
tion courageusement énoncée et fortement appuyée qu'aucun principe 
commun ne relie ces dramaturges et qu'ils ont subi l'influence de 
leurs confrères de la Castille dès qu'ils les ont connus. M. H. M. 
avait négligé d'expliquer ce dernier fait : invité dans la soutenance à 
le faire, il a très bien montré que l'envahissement des pays de langue 
catalane par le castillan était depuis longtemps commencé et que la 
suprématie politique enfin prise par la Castille n'avait eu qu'à le com- 
pléter. 

Toute la première partie du livre est naturellement de pure érudi- 
tion , mais non la moins curieuse : on y trouvera des détails piquants 
sur les mystères espagnols, sur le matériel roulant des cortèges reli- 
gieux à Valence où les personnages, sauf les choristes, furent long- 
temps figurés par des statues (v. notamment p. lo, ii, 14-15); l'im- 
portance de la mise en scène y était si grande qu'on retouchait sans 
cesse les mystères pour les adapter aux progrès qu'elle avait faits 
(p. 29) ; d'autre part, même au début du xvi« s., les rôles de femmes y 
étaient tenus par des hommes (p. 100). M . H. M. étudie très soigneu- 
sement toutes les influences subies par le théâtre primitif et ne se 
trompe guère quoiqu'il lui arrive (erreur malaisée à éviter toujours) 
de prendre pour populaires des morceaux écrits en réalité par des 
auteurs de profession. D'autre part, il a traité avec beaucoup de 
finesse tout ce qui pouvait être traité littérairement, témoin sa tou- 
chante biographie d'Aguilar où il nous fait aimer un poète pauvre et 
un pauvre poète que la passion de la poésie a consolé et presque 
ennobli, témoin surtout son portrait de Timoneda étudié sous toutes 
ses faces et pourtant plein de vie et d'unité : Timoneda qui a fait illu- 



36 REVUE CRITIQUE 

sion, non à ses contemporains, mais, un instant, à la postérité : 
tanneur de son métier, écrivant pour nourrir sa nombreuse famille 
mais aussi par goût, s'essayani dans tous les genres, effronté pillard, 
et pourtant laissant sa petite marque sur tous les genres qu'il aborde. 

M. H. Mérimée a beaucoup d'esprit ; parmi des taches excusables 
dans des ouvrages de longue haleine, il a semé beaucoup de jolis 
mots et de gaîté. Il fera bien toutefois de résister à un penchant pour 
l'ironie qui l'amène de loin en loin à prendre en plaisanterie deschoses 
fort répréhensibles ou à railler des tentatives respectables parce 
qu'elles n'ont pas réussi ou parce qu'elles demandent beaucoup à la 
nature humaine; comme, d'autre part, il a un penchant plus fort et 
plus heureux à goûter ce qui est bien, il en résulte par endroits des 
jugements confus : à quelques pages de distance, il pardonne à 
Guillen de Castero ses mœurs licencieuses sous prétexte qu'il n'était 
pas moine, lui attribue une loyauté chevaleresque, une conscience 
ombrageuse.... et une tentative d'assassinat. 

Les documents sur lesquels repose la thèse complémentaire pro- 
viennent surtout d'une cave de l'Hôpital général de Valence où ils ne 
sont ni classés ni catalogués et où M . H. M. les a étudiés à la chan- 
delle. Cet Hôpital avait le privilège de fournir une salle aux comé- 
diens; il prélevait un droit sur chaque pièce qui s'y jouait et même 
sur toute représentation donnée à Valence; à partir de i584,ilyeut 
un deuxième théâtre moins bien aménagé et qu'on n'employait que 
comme pis aller ; en i6i 9 on en construisit un troisième avec soin et à 
grands frais. Longtemps il n'y avait eu ni décors ni machines. Les 
représentations duraient 2 ou 3 heures, le temps de jouer une comé- 
die d'environ 3. 000 vers, plus un entremes et des danses ; elles com- 
mençaient vers 2 ou 3 heures; l'affiche ne mentionnait pas le nom de 
l'auteur; on jouait au plus i5o fois par an, plus peut-éire qu'aujour- 
d'hui. Cet Hôpital a bien eu quelques torts à se reprocher : passe 
qu'il perçût un droit également sur les acrobates, montreurs de 
marionnettes ou de monstres, mais il faisait des fous un spectacle per- 
manent ou les promenait en costumes grotesques {p. 98-9); il aurait 
voulu, outre le prélèvement sur les représeniations, faire payer aux 
acteurs un loyer ; qu'on le lui pardonne puisqu'il finit par être obligé 
de prendre une partie de leurs frais à sa charge ! Mais il déployait 
beaucoup de zèle et, quand les chefs de troupes ne lui faisaient pas 
d'offres de services, leur adressait des agents pour traiter avec eux. 
A Valence, plus encore que dans le reste de l'Espagne, l'Église laissait 
les comédiens en paix malgré leurs mauvaises mœurs (p. iSS-g); 
elle ne surveillait, et encore seulement depuis 1623, que les pièces 
composées sur des sujets religieux. Le Directeur d'une troupe trans- 
portait ses acteurs d'une ville à une autre à cheval ou en voiture, 
payait les hôteliers, les costumes (p. 232); les acteurs, soumis par lui 
et par l'Hôpital à une rude discipline, recevaient tant par représen- 



d'histoire et de littérature 37 

tation, ils louchaient à peu près tous la même somme (p. 23oj; leurs 
bénéfices au total auraient cic minces sans les représentations spé- 
ciales payées par de grands personnages ou par les corps municipaux. 
Le théâtre valencien manque d'originalité; mais c'est encore Valence 
qui a le plus aimé l'art dramatique, l'a cultivé davantage et a le mieux 
traité les comédiens. (Dans le détail, v. p. 94-7 le récit inédit d'une 
mascarade exécutée à Valence en 099 lors d'un mariage royal et 
conduite par Lope de Vega qui représentait le Carnaval et par un 
bouftbn qui représentait le Carême; p. 126-1 32 la liste des chefs de 
troupe qui jouèrent à Valence entre i58o et i63o). 

Quelquefois, après la lecture de fort bonnes thèses, on. se demande 
quelle figure feraient dans une Faculté les auteurs qui viennent de 
s'enfermer si longtemps dans une ou deux questions; mais, quand on 
ne saurait pas que M. H. M. prépare depuis longtemps des candidats à 
des examens qui portent sur toute la littérature de l'Espagne, on est 
rassuré par la variété des connaissances utiles partout et si lentes à 
acquérir, qu'il possède; il a étudié les divers dialectes de la péninsule, 
le provençal, les institutions municipales du moyen âge, la langue 
italienne, ses Nouvelles ; il sait ia mesure dans laquelle l'Italie a influé 
sur l'Espagne. Ce n'est pas Thomme d'un ou deux livres, c'est un 
hommes de ressources qui fera bien partout où on l'emploiera. 

Charles Dejob 



k 



Louis Madelin, France et Rome, La Pragmatique sanction, Le Concordat de 
François /''", Un Français à Rome, La politique religieuse de Louis XIV, La 
Constitution civileduclergé, Le Concordat de 1801, Paris, Pion, 191 3,400 p. in- 16. 

M. Madelin est un brillant journaliste. Il a de la vie, parfois de la 
verve, il sait vulgariser les questions les plus arides, il désire répondre 
aux préoccupations secrètes du public pour lequel il écrit. Même quand 
il traite des sujets historiques, il n'oublie pas qu'il appartient à un 
parti et qu'il a une politique à défendre. Le recueil d'articles qu'il 
publie aujourd'hui est moins un livre qu'un acte, un acte de propa- 
gande en faveur d'un nouveau Concordat. 

Il n'est pas bon de mêler les genres. Le journaliste a fait ici un grave 
tort à l'historien. 

L'historien va aux sources, le journaliste, plus pressé, s'en tient aux 
ouvrages de première ou de seconde main et choisit dans leurs con- 
clusions ce qui convient à sa thèse. Des sept études ici rassemblées, 
une seule, un Français à Rome, est originale et c'est celle qui a le moins 
de portée puisqu'elle n'est que l'analyse d'un journal écrit sous le règne 
de François !•-'' et conservé à la bibliothèque Barberini à Rome. 
Toutes les autres sont faiies d'après des ouvrages récents, d'après 
Noël Valois, d'après FU'belliau, d'après De La Gorce, d'après le car- 
dinal Mathieu, etc. C'est dire que M. Madelin n'apprendra rien aux 



38 REVUE CRITIQUE 

historiens. Il n'a guère ajouté aux auteurs qu'il a analysés que des 
vues systématiques et des passions poliiiqut-s. 

Le gouvernement français, proclame M. Madelin (p. 45;, a rompu 
récemment avec Rome « pour le plaisir de rompre ». M. Madelin le 
déplore. Il veut renouer la chaîne des temps, réparer la faute commise 
et ce désir, plus patriotique chez lui que religieux, l'amène à fausser 
l'histoire du passé qu'il ne voit qu'à travers un présent regrettable. 

Il est injuste pour les gallicans qui ont fait la pragmatique. Il leur 
impute des pensées intéressées et mesquines. Il rabaisse à une question 
de gros sous l'opposition des Universités aux nominations par le 
pape. Il prête à nos rois une rouerie balancée beaucoup trop pré- 
méditée pour être vraisemblable. Il parle avec beaucoup de légèreté de 
nos traditions nationales. Il ne paraît pas croire que ce mot de « liber- 
tés gallicanes » pouvait cacher un sincère libéralisme, une aversion 
toute désintéressée contre le despotisme. En général M. Madelin ne 
tient pas compte du facteur moral. Cet ami de l'Eglise ironise les 
choses saintes. A l'en croire, rien n'est plus facile que « d'utiliser » le 
pape, il suffit de le respecter, de l'enguirlander en paroles, et de lui 
« lier les mains » en fait. L'incrédule que je suis osera dire à 
M. Madelin qu'il se fait de l'Eglise et des papes une idée trop basse. 

Trop sévère pour la pragmatique, M. Madelin est inversement trop 
favorable au Concordat de i5i6. Il n'en montre pas les mauvais côtés 
ou il les voile. Que lui importe que la valeur morale des ministres de 
l'Eglise ait baissé, que la suppression des élections ait détruit en eux 
tout ressort, toute volonté, toute possibilité d'examen et de discus- 
sion, que la vie se soit retirée peu à peu du clergé français réduit de 
plus en plus au rôle ou de distributeur de sacrements ou d'usufruitier 
luxueux, M. Madelin est un politique. Il ne s'intéresse pas à ces 
questions morales, bonnes tout au plus à occuper les loisirs des socio- 
logues. M. Madelin est un réaliste. De l'histoire il tire surtout des 
leçons de pratique gouvernementale. 

Il admire Louis XIV qui sait menacer le pape juste assez pour le 
forcer à céder, pas assez pour aller jusqu'à la rupture. Ce chantage lui 
paraît le fin du fin, une diplomatie sublime. Et il le retrouve, en cher- 
chant bien, au fond de la politique de tous nos rois : « Tout chef 
d'Etat français le comprendra qui ne sera pas aveuglé par des passions 
subalternes et d'inexplicables illusions » (p. 298). Avis aux chefs 
d'Etat qui auront à cœur de passer pour intelligents aux yeux de 
M. Madelin I 

Ai-je besoin de dire que M. Madelin est très dur pour les Consti- 
tuants ? Il répète ici les thèses les plus contestables, que la Constitu- 
tion civile du clergé fut l'instrument des vengeances jansénistes, que 
depuis des semaines les cvêques s'étaient retirés de l'Assemblée, que 
l'Assemblée ne voulait pas de négociations avec Rome, que Vexposition 
des principes fut la condamnation irrévocable de la Constitution 



d'histoire et de littérature 39 

civile, etc. etc. J'ai démontré que tout cela est inexact, mais M. Made- 
lin, qui admire la science et Timpartialité de M. De La Gorce, ne 
connaît de mon livre sur Rome et le Cierge' français sous la Consti- 
tuante que le titre qu'il estropie. 

M'adressant maintenant à M. Madelin journaliste, puisque .aussi 
bien son livre n'est qu'une série d'articles de journaux, je lui dirai 
qu'il oublie que si nos rois n'ont pas voulu de rupture complète avec 
Rome, c'est que ces rois étaient catholiques et commandaient à un 
peuple catholique. La France de 191 3 est- un peu différente de celle 
de nos rois. Puis, pour qu'on prenne au sérieux ses arguments, 
M. Madelin devrait commencer par prendre lui-même au sérieux 
l'Eglise et la Religion. 

Albert M.-\.thiez. 

Guy Chantepleure. La Ville assiégée. Janina, octobre igi2-mars igiS. Paris, 
Calmann-Lévy, 293 p., in-8"; prix 3 fr. 5o. 

« A Edgar Dussap, consul de France à Janina, je dédie ces « notes de 
guerre » griffonnées ingénument, au gré des faits et des jours, sous 
l'impression directe d'événements, d'heures inoubliables. Nos souve- 
nirs en combleront les lacunes. G. G. » Sous cette forme modeste 
et quelque peu malicieuse se cache Mme Edgar Dussap elle-même, 
qui a été parmi les assiégés et que les circonstances ont ainsi amenée 
a délaisser momentanément le roman, dans lequel elle excelle, pour 
faire une œuvre d'actualité historique. 

Gommencé le 19 octobre 1912, achevé en juin 1913, ce livre sem- 
ble à première vue un journal, et il en a en effet la rigoureuse préci- 
sion ; mais en avançant dans la lecture, on s'aperçoit bientôt que, 
sous couleur d'éphémérides, l'auteur a entrepris de nous peindre 
Janina et ses environs, les populations épirotes musulmanes et chré- 
tiennes, les deux adversaires en présence, l'horreur et la grandeur de 
la lutte engagée. Le tableau est tracé de main de maître et avec un 
souci d'impartialité auquel Turcs et Grecs ne pourront que rendre 
hommage. Les Français qui ont récemment visité Janina, et qui sont 
à peu près les seuls étrangers qu'on y ait vus depuis l'occupation, 
regretteront uniquement que l'auteur ait poussé à l'extrême la réserve 
diplomatique; d'où sans doute les lacunes auxquelles il est fait 
allusion ci-dessus. Il eût été intéressant pour le public de connaître 
les agissements de certaines personnalités durant le siège. M"i« D. a 
adopté à leur égard une attitude qui, en somme, est encore significa- 
tive : elle n'en a rien dit du tout. 

Hubert Pernot. 

— Le fascicule 1S-19 (p. 481-640) du Wôrterbucli des Deutsclien Staats^ und Ver- 
waltiingsreichts (Mohr, igr?,4M.) de Stengel, réédité par Fleischmann, termine 
l'article Justi^verwaltiing et va jusqu'à celui de Krankenanstaltcn inclusivement. 



40 REVUE CRITIQUE DHISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

comprenant, comme article principal (p. 5 1 2-378) celui sur Kirche (constitution 
ecclésiastique, gestion des biens, les chefs, dans ses généralités, seulement, puisque 
les différentes confessions ont des articles spéciaux [Evang. K., Katliol.,K.. Reli- 
gionsgesellscha/ten). Parmi les autres sujets traités, nous citerons Kaiser, Kanàle 
(surtout ceux de Kiel et de Suez), Kiantschoii, Kolonial [Beamtc, Fiiian^en, Gesells- 
chaften), Konsalu, Konterbande, etc. — Th. Sch. 



Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. — Séance du 26 décembre igi3. 
— M. Salomon Reinach lit une note de M. José de Figueiredo sur un grand 
tableau de Rogier \'an der Weyden autrefois conservé au couvent de Batalha en 
Portugal. Ce chef-d'œuvre n'est plus connu que par un croquis du xviii« siècle, 
oeuvre du peintre portugais Antonio de Sequeira, que M. de Figueiredo a retrouvé. 
La composition représentait la Vierge et l'Enfant, adorés par Isabelle de Portugal, 
duchesse de Bourgogne, par le duc de Bourgogne Philippe le Bon et par son 
fils Charles le Téméraire. M. de Figueiredo a pu démontrer que le panneau a été 
peint vers 1449; '' ^^^ probable qu'il a été détruit au cours des guerres qui rava- 

Pèrent le Portugal au début du xix^ siècle. — MM. le comte PaulDurrieu et Emile 
icot présentent quelques observations. 

L'Académie procède à l'élection de son bureau pour l'année 1014. M. Emile Châ- 
telain, vice-président, est élu président à l'unanimité; M. Edouard Chavannes, 
vice-président, également à l'unanimité. 

M. Fougères, directeur de l'Ecole française d'Athènes, termine son exposé des 
travaux de cette Ecole pendant l'année qui s'achève (fouilles à Delphes, Orcho- 
mène, Némée, Thasos, ainsi qu'à Notion et Aphrodisias, en Asie mineure). 

L'Académie procède à la nomination des commissions annuelles. Sont nommés : 

Commission des travaux littéraires : M.M. Bréal, Senart, Paul Meyer, Héron de 
"Villefosse, Alfred Croiset, Clermont-Ganneau, R. de Lasteyrie, Collfgnon. 

Antiquités de la France : MM. Paul Meyer, Héron de \'illefosse. N'ioliet, R. de 
Lasteyrie, l'abbé Thédenat, Omont, Jullian, Prou. 

Ecoles françaises d'Athènes et de Rome : MM. Heuzey, Foucart, Paul Meyer, 
Collignon, Cagnat, Pottier, HaussouUier, Prou. 

Ecole française d'Extrême-Orient : MM. Bréal, Senart, Barth, Cordier, le 
P. bcheil, Pottier. 

Fondation Benoit Gamier : M.M. Senart, Barth, Cordier, le P. Scheil. 

Fondation Piot : M.Vl. Heuzey, Héron de Villefosse, R. de Lasteyrie, HomoUe, 
Collignon, Babelon, Pottier, HaussouUier, comte Paul Durrieu. 

Fondation De Clercq : MM. le marquis de Vo^ûé, Heuzey, Babelon. Pottier, le 
P. Scheil. 

Commission administrative centrale : M.M. Alfred Croiset et Cagnat. 

Commission administrative de f Académie : M.M. Alfred Croiset et Cagnat. 

Prix ordinaire (question prorogée de igiS à 1914 : Etude sur les impots royaux 
en France sous les règnes de Philippe le Bel et de sesjils) : MM. Paul .Meyer, Viol- 
let. R. de Lasteyrie, Prou. 

Prix ordinaire (Question proposée : L'Espagne à l'époque romaine) : .MM. Alfred 
Croiset, Cagnat, HaussouUier, Jullian. 

Prix Duchalais (numismatiq^ue du moyen âge) : M^L le marquis de N'ogûé, 
Schlumberger, Héron de Vilietosse, Babelon. 

Prix Gooert : .N4M. Viollet, Valois, .Morel-Fatio, Fournier. 

A la fin de la séance du 28 novembre, M. Paul \'iollct a donné lecture d'une note 
où M. Louis Cons, professeur à Bryn .\la\vr Collège (États-Unis^, essaie d'établir 
que Jean Quentin, qui fut doyen de la Faculté de Décret de Paris, a composé, au 
moins partiellement, le cinquième livre de Pantagruel. 

Léon Dorez. 



L'imprimeur-gérant : Ulysse Rouchon, 



i 



^E FUV KN-VELAY. — IMPRIMERIE PEYRILLER, ROUCHON ET GAMON. 



REVUE CRITIQUE 



D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 



N" 3 — 17 janvier — 1914 

AvALON, Les Tantras. — La Grasserie, La Cosmosociologie. — Diels, Les pré- 
socratiques, Heraclite d'Ephèse. — Bodrero, Heraclite. — DiÉs, Le cercle mys- 
tique. — CuMONT, Les mystères de Mithra. — Cirilli, Les prêtres danseurs à 
Rome. — .\\rich, Saint Nicolas dans l'église grecque. — Reuterskiôld, La reli- 
gion laponne. — Groeuler, Les noms de lieux français. — Gartner, Le Nou- 
veau Testament de Bifrun. — Stouff, Catherine de Bourgogne. — Arnoux, 
Héroët. — Rocheblave, D'x^ubigné. — Paludan, L'influence française et anglaise 
sur la littérature danoise au temps d'Holberg. — Blossier, Doléances de Hon- 
fleur. — Godet, Les brûlements d'archives à Abbeville. — Wieber, Sylvestre 
Jordan. — Lémonon, L'Italie économique et sociale. — Bourdon, L'énigme alle- 
mande. — Pirro, Schùtz. — Dauriac, Meyerbeer. — Vauzanges, L'écriture des 
musiciens célèbres. — Académie des Inscriptions. 

Arthur Avalon. Tantra of the Great Liberation (Mahânirvâna Tantra), a trans- 
lation from the sanskrit, with introduction and commentary. London. Luzac 
et C". 1913, pp. cxLvi et 359. 10 shillings. 

Arthur et Ellen Avalo\', Hymns to the Goddess, translated from^the sans- 
krit. London, Luzac et C". 1913, pp. ix et 178. 4 shillings. 

M. Avalon est, autant que je sache, un nouveau venu dans l'india- 
nisme : il y. entre avec éclat. Son livre inaugure brillamment l'étude 
des Tantras. La littérature des Tantras occupe, dans la vie religieuse 
del'Inde moderne, le premier rang; les Tantras règlentles croyances, 
les doctrines, les pratiques, les institutions même. La science euro- 
péenne les a pourtant tenus jusqu'ici à l'écart, elle n'en a donné ni 
édition ni traduction ; elle les a écrasés sous une réputation désas- 
treuse ; elle les décrit sommairement comme des compilations 
ennuyeuses et obscènes. M. A. s'est voué à la réhabilitation de cette 
littérature calomniée; il annonce comme des publications prochaines 
une série d'ouvrages sur le Tantra et une série de textes tantriques. Il 
a choisi pour débuter le Mahâ Nirvana tantra, quoique ce texte ait 
été déjà traduit en anglais dans l'Inde par un Bengali, ou plutôt pour 
cette raison même ; il a voulu, par une sorte de coquetterie, montrer 
ce qu'une étude attentive et sérieuse peut ajouter de lumière à l'in- 
telligence mécanique des mots. Il n'a pas demandé le moindre secours 
à la science européenne ; il pouvait s'en dispenser sans porter aucun 
préjudice à ses recherches. En revanche, il se montre familier avec 

Nouvelle série LXXVU. 3 



42 REVUE CRITIQUE 

un nombre considérable d'ouvrages taniriques ; il les cite à profusion 
dans la langue originale, et leur demande l'explication de termes tech- 
niques que les dictionnaires n'éclaircissent pas. En tête de sa traduc- 
tion, il a placé une introduction de cent cinquante pages qui est le 
chapitre le plus substantiel et le plus précis qui ait été jamais écrit 
sur la doctrine des Tantras, leur ontologie, leur physiologie mys- 
tique, leurs procédés de culte et d'extase, et leur morale. Toutes les 
données de cet exposé sont appuyées sur des références nettes et 
variées. Il est vraiment déplorable que M. A. n'ait pas donné à la 
fin de ce volume un index des termes techniques dont la définition se 
rencontre dans Tune ou l'autre partie de son livre ; nos dictionnaires y 
auraientgagné un supplément infiniment précieux. On ne reconnaîtra 
la profondeur du courant tantrique dans toute l'étendue de la litté- 
rature indienne que le jour où nous saurons attacher des notions 
précises à tant de mots qui nous paraissent trop facilement vagues et 
flous. Et c'est aux Tantras aussi avec leurs procédés d'évocation 
magique îsàdhana), qu'il faudra demander l'interprétation de toutes 
les figures énigmatiques qui décorent de leurs multitudes grouillantes 
les façades des temples indiens. 

Le second volume de M. A. (en collaboration, pour une partie, avec 
EUen A.) n'a pas la même portée. M. A. y a réuni des hymnes d'origine 
diverse, empruntés aux Tantras, aux Purâ/tas, au Mahà-Bhârata, etc., 
tous adressés à « la Déesse », Devî, la figure la plus populaire du 
panthéon indien et le symbole accompli de l'éternel féminin dans ses 
innombrables manifestations. La plupart de ces hymnes sont fort 
connus, même en Europe (chez les indianistes, s'entend) ; plusieurs 
ont été déjà traduits ; mais, ici encore, les notes de M. A., tirées des 
commentaires ou dues à des consultations de pandits, accumulent 
autour du texte les explications utiles. Les littérateurs goûteront 
l'accent ému de ces hymnes, exaltés et gravés à la fois ; l'historien 
des religions pourra y recueillir avec confiance des matériaux 
éprouvés. 

Sylvain Lévi. 

Raoul DE LA Grasserie. De la Cosmosociologie. Paris, 191 3, in- 12, 170 p. Prix: 
2 fr. 5o. 

Dans la hiérarchie des sciences d'Auguste Comte, la sociologie 
occupe le sixième et dernier rang. D'après M. Raoul de la Grasserie, 
elle se subordonne à une discipline bien plus vaste et plus complexe, 
encore ignorée ou à peine entrevue, la « Cosmosociologie ». Celle-ci 
considère l'ensemble des êtres comme une immense société et elle 
étudie leurs rapports mutuels. Selon qu'elle fait appel à la foi, à la 
raison, ou à l'expérience, elle prend une forme soit religieuse, soit 
métaphysique, soit positive. « C'est la métaphysique qui a eu le plus 
de prétention, la religion le plus de puissance, la synthèse philoso- 



d'histoire et de littérature 43 

phique... le plus de rigueur. Laquelle doit réussir? Y en aura-t-il 
même une, de façon à apporter la conviction dernière avec la vérité 
palpable? Chi lo sa? » Il est à craindre que les idées de l'auteur ne 
trouvent grand crédit ni chez les croyants, ni chez les métaphysiciens, 
ni même chez les savants. Elles manquent trop souvent d'orthodoxie, 
de cohérence et aussi de critique. Mais elles témoignent d'une con- 
naissance des religions, des philosophies et des sciences souvent très 
remarquable. 

Prosper Alkaric. 

Hermann Diels, Die Fragmente der Vorsokratiker, Griechisch und Deutsch. 
Driite Auflage, erster und zweiter Band, Berlin, Weidmann, 1912. 43401 343 p. 

Hermann Diels, Herakleitos von Ephesos, Griechisch und Deutsch, Zweite 
Auflage, Berlin, Weidmann, 1909. xvi et 83 p. 

Emilio BoDRERo, Eraclito, Testimonianze e frammenti. Bocca, Torino, 1910. 
xxxM et 2 I 3 p. 

Auguste DiÈs, Le cycle mystique. La divinité origine et fin des existences indi- 
viduelles dans la philosophie antésocratique. Paris, Alcan, 1909. iv et 1 15 p. 

La philologie classique voit s"entasser devant elle des trésors d'iné- 
dits que la génération actuelle parvient à peine à publier. On n'a 
guère aujourd'hui le temps ni l'audace de se mettre à des travaux de 
synthèse. M. H. Diels est un des rares qui s'y soient risqués. Il y a 
admirablement réussi. On a fait valoir différentes fois ici-même 
Revue critique, 1901, n" 42; 1903, n° 22; 1907. n° i5 et 1908, n" 48) 
l'éminente valeur et le succès retentissant de ses collections des frag- 
ments d'Heraclite et des philosophes présocratiques. Les découvertes 
de textes ont beau se multiplier. Au fur et à mesure que les cher- 
cheurs mettent au jour des ressources nouvelles, inlassablement 
x\I. Diels complète et améliore son œuvre. Les fragments d'Hera- 
clite ont eu, dès 1909, une seconde édition et nous voici déjà en pos- 
session des deux premiers volumes d'une troisième édition des Vor- 
sokratiker. Il faudrait écrire des pages pour donner une idée de tout 
ce que ces publications nouvelles apportent en fait d'accroissements. 
Dians la dernière édition des Vorsokratiker, les notes sont mises 
sous le texte, page par page, et elles sont remplies de données, de 
remarques et de conjectures inédites. Les innombrables extraits de 
Sextus Empiricus ont été retouchés d'après les collations de 
M. H. Mutschmann; ceux de Diogène Laérce ont profité des 
recherches faites par M. P. von der Muhll dans la tradition manus- 
crite des Vies des philosophes (par exemple, t. I, p. 32, 89 KcoTcov.i^r,; 
est changée en /.%•. 'Ovâ-a; ; p. 148, 16 un vers jadis obscur de Parménide 
se transforme et devient lumineux; p. 199, 12 et 16 grâce aux manus- 
crits de Suidas que j'ai fait connaître récemment, on gagne deux don- 
nées curieuses sur la biographie d'Empédocle, etc., etc.). Les papyrus 
fournissent des témoignages nouveaux sur les rapports d'Euripide 
et d'Anaxagore (t. I, p. xv ; ailleurs, ils apportent des textes pré- 



44 REVUK CRITIQUE 

cieux pour rétude des Orphiques it. II, p. lô, 12 a; cf. aussi 
p. 176), etc., etc." Renouvelant le domaine le plus captivant 
peut-être de la science de l'antiquité, un travail de ce genre n'a pas 
besoin d'éloges. Les faits suffisent pour en démontrer l'influence 
féconde. Dans la Jeune génération, nombreux sont ceux qui, ce réper- 
toire en mains, se sont remis à étudier les débuts de notre science et 
de toute notre pensée. 

En Italie, M. E. Bodrero consacre à Heraclite le quatrième volume 
d'une collection intitulée // pensiero greco. La seconde moitié du 
volume (pages 85-178) est faite d'une traduction des témoignages et 
des fragments réunis par M. Diels (Vorsokratiker, 2= éd., p. 54-87). 
M. Bodrero y ajoute l^s lettres du pseudo-Heraclite, qui étaient repro- 
duites à Tappendice V de l'édition d'I. Bywater. La traduction, qui 
paraît toujours soignée, est généralement claire et fidèle. J'aime à 
croire que les lecteurs italiens la trouveront en tout point réussie. Ils 
s'étonneront peut-être de ne point trouver à l'index des noms propres 
celui du regretté Teza, le professeur de Padoue qui, dès ipoB, publia 
une version italienne de la traduction allemande de M. H. Diels (cf. 
Herakleitos von Ephesos, p. xvi, note de la 2" éd.). 

En tête de ce joli volume, qui est dédié à Erminio Troilo, M. Bo- 
drero met une ample introduction destinée à préciser le rôle d'Hera- 
clite dans le développement de la philosophie présocratique. Plein de 
remarques excellentes et de rapprochements suggestifs faits à propos 
de l'individualisme du penseur d'Ephèse, cet essai brillant donne une 
haute idée du renouveau des études philosophiques qui se produit à 
présent en Italie. 

M. Diès, comme on l'a dit ailleurs, est au premier rang de ceux qui 
restaurent avec éclat aujourd'hui les études platoniciennes en France. 
Mettant à profit, lui aussi, le grand recueil de M. Diels en même 
temps que les travaux d'Erwin Rohde et d'Otto Gruppe, il s'est atta- 
ché d'abord à étudier l'influence du mysticisme des sectes religieuses 
sur la philosophie grecque dans la période présocratique. Il constate 
que cette influence n'est pas prépondérante, les Ioniens, avec Hera- 
clite, avec les Eléates et avec les atomistes, lui demeurant étrangers 
ou hostiles. D'après l'exposé de M. Diès — fort lucide, attachant et 
plein de jolies et claires formules — c'est seulement dans les cosmo- 
gonies orphiques, chez les Pythagoriciens et surtout chez Empédoclc 
que le cycle cosmique est traduit consciemment en un cycle mystique, 
grâce à l'intervention de la loi de la chute et de la rédemption des 



I. T. II, p. iGij, note sur la 1. 17 : te-jxtj'. est également la leçon reproiiuitc 
par Proclus, In Tim., I, 3i3, 21 et par Porphyre, ricpi iyaAij.a'ccov (cf. J. Bidez, 
Vie de Porphyre, appendice I, p. V), qui sont indépendants du De mtindo. — T. I, 
p. 84, la note relative à la 1. i m'embarrasse, car le mot tcJvSs doit être donné par 
Plutarque et Simplicius : cf. Herakleitos, p. 24, fr. 3o, note. Je me hâte d'ajouter 
que toujours ailleurs l'apparat est d'une clarté et d'une précision parfaites. 



Il 






d'histoire et de littérature 45 

âmes. On lira avec un intérêt particulier les pages où M. Diès veut 
ramener à « une unité de tendance et d'inspiration » les deux poèmes 
si disparates du philosophe d'Agrigente. Pour le reste, M. Diès 
semble être tellement dans le vrai, que Ton se demanderait presque 
si sa thèse est contestable. Des tentatives malheureuses faites récem- 
ment pour accréditer des conclusions tout opposées ' se sont chargées 
de prouver que ce livre excellent vient à son heure et qu'il importe 
d'en recommander la lecture même en dehors des pays de langue 
française. 

J. BiDEZ. 



Franz Cumont, Les mystères de Mithra, 3^ édition, avec 28 figures et une carte. 
Bruxelles, H. l.aincriin. uji'}. ia-8", 258 pages. 

Cet excellent livre, dans sa première forme, en 1902, ne faisait que 
reproduire les conclusions du grand ouvrage publié en 1899 par le 
même auteur sous le titre de Textes et Monuments figurés relatifs 
aux mystères de Mithra; il résumait en six chapitres alertes, débar- 
rassés de tout le bagage des références érudites et des dissertations 
critiques, ce que l'on sait sur le culte de Mithra, ses origines, sa pro- 
pagation dans le monde romain, l'attitude du pouvoir impérial à son 
égard, sa doctrine, sa liturgie, ses rapports avec les autres religions 
païennes et le christianisme. En le rééditant pour la seconde fois 
M. Cumont en a modifié très heureusement le caractère. Tout d'abord 
il a cru devoir ajouter au bas des pages quelques notes sommaires, 
qui permettent aux lecteurs de contrôler ses généralisations et de se 
reporter, sur chaque point important, aux sources mômes. D'autre 
part il lui' a semblé qu'il n'était pas moins nécessaire de tenir compte 
des découvertes et des travaux postérieurs à 1899 : un premier appen- 
dice, sur l'art mithriaque, est un remaniement du chapitre consacré 
à cette matière dans les Textes et Monuments ; un deuxième appen- 
dice donne la liste des principaux livres parus sur la question depuis 
1900 jusqu'à la fin de 1912, énumère région par région les monu- 
ments retrouvés au cours de cette même période — y compris le bas- 
relief mithriaque de Patras [Revue dltistoire des religions, 191 1, II, 
p. 178-184) et le vaste mithreum des thermes de Caracalla à Rome 
[Notifie degli Scavi. 19 12, p. 3o5-325), — signale enfin différents 
textes édités ces dernières années ou jusqu'alors négligés: dans le 
cours du volume lauicur fait son profit de tous ces nouveaux élé- 
ments d'information et de discussion, et il a pu enrichir encore de 
quelques noms sa précieuse carte de la diffusion du culte de Mithra, 
qu'il est si instructif de comparer avec celle des progrès du christia- 
nisme. Les Mystères de Mithra ne sont plus seulement un commode 

I. Cf. par exemple les remarques fort judicieuses de M. F. Lortzing dans la 
Berliner Philologische Wodienschrift, 191 2, col. 1433 et suivantes. 



46 REVUE CRITIQUE 

abrégé des Textes et Monuments; ils peuvent aussi leur servir désor- 
mais de supplément ; M. Cumont y tient à jour, avec une exacte 
diligence, sa riche documentation sur la religion mithriaque. 

Maurice Besnier 



R. CiRii.Li, Les prêtres danseurs de Rome. Paris, in-8o, igi?. chez Geuthner, 
186 p. 

Le livre que M. Cirilli vient de publier sous le titre à effet, de : 
Les prêtres danseurs de Rome, comprenez « les Saliens », est intéres- 
sant comme essai d'explication d'un vieux culte de Rome par des 
traditions religieuses étrangères à l'Italie, et remontant à une anti- 
quité très reculée. On sait que ces prêtres, gardiens d'un bouclier 
tombé du ciel, se livraient à certains jours à des danses sacrées, qui 
étaient la partie la plus importante de leur ministère. Avant toute 
étude de détail, M. C. a tenu à élucider l'origine des Saliens ; il l'a 
fait en se reportant à des analogies qui ont été constatées ailleurs, 
particulièrement en Crète. Mettant en rapport la légende et le culte 
des Saliens avec les croyances des anciens sur la foudre et les orages, 
il admet que le bouclier des Saliens était l'image de la pierre à foudre 
et qu'il y en avait de tels conservés précieusement comme fétiches 
dans toutes les villes du bassin oriental de la Méditerranée; il en 
aurait été de même à Rome. La forme donnée à ce bouclier, sur un 
certain nombre de monuments figurés^ en particulier sur des deniers, 
prouverait qu'il naquit d'une modification du bouclier mycénien ; 
les Saliens l'auraient reçu des Cretois par l'intermédiaire des Phéni- 
ciens et ceci avant la fondation de Rome; car les Saliens formant 
deux collèges, celui du Quirinal et celui du Palatin, qui ne se fon- 
dirent jamais en un seul, il faut en conclure que les deux groupements 
qui constituèrent la Rome primitive avaient chacune leurs Saliens avant 
de se réunir. L'exposition de cette théorie remplit le premier chapitre 
du livre. L'auteur la résume et la précise encore dans le dernier. 
Pour lui la création des Saliens, gardiens d'un bouclier-talisman a 
coïncidé avec l'introduction de la métallurgie en Italie; et comme 
c'est de la Crète qu'est venue en Italie la civilisation du cuivre et du 
bronze, il se peut que « des corporations de forgerons crétois, en pos- 
session de pratiques magiques et rituelles aient émigré en Italie, pour 
y travailler les métaux et y aient acclimaté les danses magiques de 
leur patrie ». J'ai insisté sur cette théorie parce que je suppose que 
c'est la partie du travail à laquelle l'auteur tient le plus ; c'en est, en 
tout cas, la plus personnelle et la plus originale, et la moins con- 
vaincante. Rentré dans le domaine des réalités plus tangibles, M. C. 
étudie ensuite l'histoire des Saliens de Rome et aussi de ceux qu'on 
rencontre dans d'autres villes voisines (fastes des Saliens connus), 
l'organisation du double collège, les attributs des prêtres (bon cha- 



D HISTOIRE ET DE LITTERATURE 47 

pitre où les différents insignes qu'ils portaient sont rapprochés des 
objets analogues découverts dans les tombes de TEtrurie ei du 
Latium, les cérémonies cultuelles qui constituent leur sacerdoce 
(analyse du Carmen Saliare.) Le livre se termine par un recueil des 
textes d'auteurs et des inscriptions où il est question des Saliens. 
Cet essai est d'un archéologue documenté et d'un esprit sage '. 

R. C. 



r 



l 



Hagios Nikolaos, Der heilige Nikolaos in der griechischen Kirche. Texte 
und Untersuchungen, von Gustav Anrich. 1, Die Texte. Leipzig, Teubner, 
1913, XM-464 p. in-80. Prix ; 18 Mk. 

Ce volume contient dix-neuf textes hagiographiques relatifs à 
saint Nicolas : r Vita Nicolai Sionitae : ce Nicolas, archimandrite 
du monastère de Sion près de Myre, est un personnage distinct de 
l'évêque ; mais sa biographie a fourni de nombreux éléments à celle 
de son homonyme et on doit la comprendre dans le dossier du thau- 
maturge; c'est la pièce la plus ancienne avec la suivante. 2° Praxis de 
siratelatis : document fort précieux à plusieurs égards, très important 
pour le développement ultérieur de la légende. Trois généraux qui 
ont vu saint Nicolas sauver la vie à trois accusés innocents, sont 
dénoncés à leur tour auprès de Constantin par Ablabius, préfet de 
la ville. Ils recourent à saint Nicolas qui apparaît à Constantin et à 
Ablabius et ordonne de les mettre en liberté. Ils viennent à Myre 
remercier leur sauveur et lui offrir les présents impériaux. Trois 
rédactions. 3° Praxis de tributo. Les gens de Myre étant accablés 
d'un nouvel impôt s'adressent au saint. Celui-ci obtient de Constan- 
tin une réduction et expédie le rescritdans un bâton creux sur la mer. 
Le bâton arrive le même jour à Myre; des pêcheurs l'apportent 
aux autorités. D'autre part, les conseillers de Constantin le persua- 
dent qu'il a fait une trop large remise. L'empereur rappelle saint 
Nicolas pour modifier le rescrit. L'évêque répond que le document 
est à Myre depuis longtemps. Un courrier rapide est envoyé et le 
miracle est vérifié. Deux recensions. Ce récit, assez ancien et appa- 
renté d'une certaine manière au précédent, n'a eu par contre aucune 
influence sur la tradition postérieure. 4° Vita per Michaëlem : la 
biographie la plus ancienne et la plus souvent exploitée. Quatre mira- 
cles y sont inséras : miracle connu des trois filles sans dot; miracle 
des matelots sauvés du naufrage; miracle des vaisseaux de blé qui 
vont à Constantinople et d'où saint Nicolas tire la nourriture de son 
peuple sans diminuer la cargaison; miracle d'Artémis : Artémis, 



I. Qui, de l'auteur ou de Timprimeur, faut-il accuser des fautes énormes com- 
mises dans l'impression des quelques mots grecs qui sont cités dans le volume ? 
djjL'-çî, -ûixi/^oi pour TOixt/.oi, xaoo-.o SJ/.a; pour xap5'.03'j>>a;, ûXaTsTat pour itAaTsTai, 
fautes qui d'ailleurs sont moins nombreuses dans les passages d'auteurs grecs 
.rapportés en appendice. 



48 REVUE CRITIQUE 

attaquée par Nicolas de son vivant, apparaît sous Taspect d'une 
femme à des pèlerins qui vont par mer vénérer le tombeau du saint; 
elle leur donne un vase d'huile pour les lampes du sanctuaire. Nicolas 
ordonne en songe à un des voyageurs de jeter ce présent dans la mer. 
On obéit, l'orage se déchaîne; Nicolas sauve les passagers qui recon- 
naissent l'origine démoniaque de cette huile. 5" Methodiiis ad Theo- 
doriim : pièce liée étroitement à la précédente et qui contient les 
miracles des trois filles et des matelots. 6° Encomium Methodii : long 
panégyrique rapportant cinq miracles. 7° Thaumata tria : récit sou- 
vent uni à des miracles de VEncomhim. 8° Vie des Synaxaires. 9" 
Vita compilata.» 10° Vita per Metaphrasten . Ces vies sont des combi- 
naisons des textes antérieurs. De même les deux morceaux suivants 
dépendent d'une partie des précédertts et du Métaphraste : i (° Vita 
acephala. 12° B'oç h tjvtôjjlw, avec un certain nombre de récits 
parallèles, i?" Vita lycio-alexandrina : remaniement de la biogra- 
phie de Nicolas de Sion et de quelques miracles. 24" UzoioZo: N'.-/.o),âo'j : 
dépend aussi delà biographie du Sionite. i5" Thaumata singula : 
miracles isolés dans les mss. ou formant des groupes différents. Ces 
récits sont au nombre de dix-neuf: quelques-uns nous ont été con- 
servés en arménien on en slave. 16° Encomium Neophyti : ce pané- 
gyrique récapitule en quelque sorte les miracles des pièces anté- 
rieures. 17° Encomium Andreae Cretensis : œuvre de rhétorique, 
une des plus répandues. 18° Encomium Procli, falsification médiocre. 
19° Récit grec de la translation à Bari. 20° Testimonia groupés en 
deux séries dont la première est relative à Myre et au tombeau du 
saint. 

Plus d'un de ces documents est accompagné de pièces annexes. 
Pour publier ce volume, M. Anrich a dû copier, collationner ou 
photographier 71 mss. Il a été partiellement aidé par Mgr Petit, 
archevêque catholique d'Athènes, qui avait entrepris de son côté un 
travail analogue. Les textes sont munis d'un apparat critique où ne 
figurent que les variantes utiles. Une autre annotation contient des 
renseignements, des éclaircissements, des références. Une analyse 
des miracles et des manchettes permettent de s'orienter. L'ouvrage 
fournit enfin aux études la base qui leur manquait. Dans un second 
volume qui ne tardera pas, l'auteur nous apportera les descriptions 
des mss. et ses recherches sur la légende grecque du saint. 

D. SONNERV. 

Df Edgard Rbuterskiôld, De nordiska Lapparnas Religion. Stockholm, Ceder- 
quist, 1912. In-8" de 149 pp. 

Si les Lapons sont aujourd'hui chrétiens, la plupart étaient encore 
païens au commencement du xix= siècle, et ce n'est pas en cent ans 
qu'un peuple oublie les rites et les croyances plusieurs fois millé- 
naires de son passé, surtout s'il continue à vivre à l'écart de la civili- 



D HISTOIRE ET DE LITTERATURE 49 

sation et dans les mêmes conditions naturelles qu'autrefois : aussi se 
comprend-il que plus que nulle part ailleurs les « superstitions » 
soient chez eux nombreuses. Seulement, ce serait une erreur gros- 
sière que de s'imaginer qu'il suffit de recueillir ces dernières pour 
être fixé sur la mentalité primitive de ces populations. Il faut les étu- 
dier une à une historiquement, les comparer ethnologiquement, de 
façon à d'abord éliminer tout ce qui est d'origine étrangère et à faire- 
dans ce qui appartient à la nation même le départ de ce qui revient 
aux différents âges. Et c'est en procédant ainsi que M. Reuterskiold a 
trouvé sous la couche des divinités empruntées soit aux chrétiens, 
soit, plus anciennement, aux Scandinaves païens, deux couches tout à 
fait archaïques, dont la plus récente correspondrait à la vie nomade et 
l'autre à la vie de chasseurs des Lapons. Le « festin de Tours «^ p. ex., 
offre encore aujourd'hui des traces qui ne permettent pas de douter 
qu'il ne peut avoir pris naissance que chez des chasseurs, mais qu'il 
s'est peu h peu assimilé un certain nombre de rites nouveaux ayant 
trait à la végétation. M. Reuterskiold a écrit sur ce sujet un très 
curieux chapitre. Ce qu'il dit des idoles de pierre ou '< seite », de la 
naissance de leur culte et de son évolution, ne m'a pas moins person- 
nellement intéressé, sans que, d'ailleurs, je sois en état de dire s'il 
faut ou non accepter ses explications. Ce sont, en tous cas, d'ingé- 
nieuses hypothèses, que nous aimerions seulement à voir plus sou- 
vent étayées sur des faits précis. La partie consacrée aux fameux 
« tambours magiques » me semblerait plutôt superficielle. Je n'y 
trouve, en effet, rien qui concerne leur origine. Leur description 
même est insuffisante. Il est vrai que M. Reuterskiold était tenu de 
rester dans les limites assez étroites d'une monographie qui ne cons- 
titue pas, après tout, une « Religion des Lapons », mais une bonne 
contribution à l'étude de leurs crovances. 

Léon Pineau. 

H. Groeiilkr. Ueber Ursprung und Bedeutung der franzoesischen Orts- 
namen, I Teil (Samml. roman. £lem. und Handbuecher, V, 2). Heidelberg, 
G. Winter, igiS ; un vol. in-12 de xxiii-^yy pages. 

Ce volume a le mérite de venir à son heure, et de se conformer à 
l'esprit de la Collection dont il fait partie : il est bien fait d'ailleurs, et 
rendra des services. Voilà bientôt un demi siècle que J. Quicherat a 
publié son lumineux petit opuscule De la formation française des 
anciens noms de lieux (F^aris, 1867), où il inaugurait la méthode qui 
depuis a servi aux recherches de ce genre, mais perfectionnée grâce à 
l'emploi de formules phonétiques plus rigoureuses. On sait que les 
investigations faites sur ce terrain ont été nombreuses, et que, tout en 
laissant encore bien des problèmes non résolus, elles ont cependant 
donné dans leur ensemble de beaux résultats : mais jusqu'ici ces 
résultats restaient un peu épars, il était temps qu'on essayât de les 



DO REVUE CRITIQUE 

coordonner et d'en offrir un résumé scientifique au public instruit. 
C'est précisément ce que vient de tenter M. Groehler, et j'ai déjà dit 
qu'il me semblait y avoir réussi dans une large mesure. A vrai dire, il 
n'a encore traité dans ce premier volume que la partie la plus ancienne 
de son sujet, puisqu'il y parle seulement des traces qu'ont laissées 
dans notre toponomastique les Ligures, les Ibères, les Phéniciens, 
les Grecs, les Gaulois et les Romains ; mais à la fin de son avant- 
propos, il nous annonce un second tome où sera exposé ce qui a trait 
à la fin de la période gallo-romaine, aux changements introduits par 
la diffusion du christianisme et l'arrivée des Germains, aussi par les 
mouvements spéciaux de populations qui se sont produits dans le Sud- 
Ouest et en Bretagne au vi« siècle, en Normandie au ix«. Nul doute 
que sur tous ces points M. G. n'arrive à coordonner un ensemble de 
faits précis, puisque aussi bien c'est la première partie de son travail, 
celle qui est faite, qui présentait assurément les plus grosses difficultés 
et les problèmes les plus obscurs. Je ne dis pas qu'il les ait tous 
résolus, ni même qu'il ait essayé de le faire : la nature du livre ne lui 
permettait pas d'ailleurs d'entamer de trop longues discussions, et sa 
méthode a bien plutôt consisté à résumer d'une façon sérieuse l'état 
actuel de nos connaissances sur la toponomastique ancienne de la 
Gaule. Il en résulte que tout ce qui a trait à la question celtique est 
assez solide, sinon définitif, s'appuyant sur les travaux faits depuis 
trente ans par les Longnon, les d'Arbois de Jubainville, pour ne nom- 
mer que les disparus. Les noms d'origine gauloise occupent ici cent- 
vingt pages, et l'histoire si importante du suffixe -aco a reçu à elle 
seule un développement qui n'est guère moins considérable. Rien de 
mieux, mais il est certain qu'en face les six ou sept pages consacrées à 
la question ibérique ipp. 60-66) font un peu maigre figure. Quoiqu'il 
ne s'agisse à vrai dire que du Sud-Ouest de la France, et de la portion 
du territoire située entre la Garonne et les Pyrénées, cette question a 
bien pourtant son importance. Mais depuis une trentaine d'années elle 
• a été un peu négligée, sinon laissée de côté : l'étude de Luchaire a 
vieilli, quoique toujours utile; M. Schuchardt, dans ses opuscules si 
pénétrants, ne s'est occupé qu'incidemment de toponomastique. Il 
s'ensuit que M. G. était un peu livré à ses propres ressources, et il n'a 
guère insisté. Il a émis cependant une hvpothèse sur Burdigala dont 
l'origine doit être ibérique, et dont le nom, dans sa première partie 
tout au moins, pourrait être rapproché du Bourdoua que cite Pto- 
lémée en Lusitanie : ce n'est qu'une hypothèse et encore enveloppée 
de beaucoup d'obscurités, mais enfin elle n'est pas impossible. Je 
l'aime mieux en tout cas que celle qui attribue à Carcassonne une 
origine identique, et qui me paraît assez douteuse. M. G. n'a guère 
mentionné dans le Sud-Ouest que les villes d'une certaine importance, 
comme lliberris, Elusa, Iliiro, et quelques autres : je remarque qu'il 
n'a rien dit notamment de ces noms de lieu terminés en -os qui sont 



d'histoire et de littérature 5i 

si répandus le long de la chaîne des Pyrénées, et aussi le long de 
l'Océan en remontant du Béarn jusqu'au bassin d'Arcachon. Voilà 
longtemps qu'on discute sur ces noms tels que Bi\anos, Gelos, Ibos, 
Mé\os, etc., à propos desquels il y a un demi siècle des savants férus 
d'hellénisme, et traitant d'ailleurs avec désinvolture les questions d'ac- 
centuation, ont émis de si fantastiques hypothèses. Leur originp ibé- 
rique est aujourd'hui admise, et si M. G. n'en parle pas c'est proba- 
blement qu'il se réserve de le faire dans son second volume. Mais par 
là-même il préjuge, semble-t-il, la question d'antiquité relative à cotte 
terminaison -os que Lespy rapprochait des suffixes du basque -ot:{, 
-oce : et si les noms de ce genre se trouvaient seulement en Béarn, 
cette hypothèse serait soutenable ; ce qui la ruine à priori c'est qu'ils 
sont répandus bien au-delà des limites atteintes par les populations 
euskariennes lors de leur retour offensif du vi^ siècle. L'origine de la 
terminaison est donc bien plus ancienne, sinon la généralisation de 
son emploi : selon moi, c'est à l'épigraphie antique de la chaîne pyré- 
néenne qu'il faut la demander, à un terme comme andosso qui s'y 
trouve plusieurs fois répété et est peut-être synonyme de invictus, à 
des mentions telles que Piandossi, Baiosi deo, etc. Quel est le sens 
exact de cet -osso ibérique ? c'est autre chose, la question reste obscure, 
et nous ne voyons pas trop s'il faut le rapprocher de la terminaison 
-aco, ou de -ensis. Mais je me figure très bien, étant donnée une ins- 
cription comme Gari deo où Gar paraît être synonyme dt podium, 
qu'on ait eu aussi dès l'époque ibéro-romaine un nom de lieu *Garosso 
(moderne Garos), et si ce n'est qu'une hypothèse, elle vaut cependant 
la peine d'être faite. Dans le même ordre d'idées j'ajoute encore que 
d'une inscription antique comme Alardosto deo, on peut aussi, au 
point de vue de la finale, rapprocher des noms de lieu tels que Arden- 
gost, Urost, Genost. 

E. BOURCIEZ. 



Th. Gartner, Das Neue Testament, erste'^raetoromanische Uebersetzung von 
Jakob BiKRUN, i56o (Nouvelle édition, avec un Avant-propos, un Tableau des 
formes et un Lexique). Dresde, 191 3, à Halle chez M. Niemeyer: un vol, in-8», 
de xn-683 pages. 

Ce gros volume, imprimé d'une façon presque luxueuse, est le 
tome XXXII des publications faites par la Société (Gesellscha/t fiir 
romanische Literatur] que dirige avec tant d'autorité M. K. 'Voll- 
môller, et qui a déjà contribué à répandre des œuvres rares ou iné- 
dites. Pour le domaine rhétique, on [avait réimprimé en 1904 le 
Livre des Psaumes de Chiampel : aujourd'hui c'est le Nouveau Tes- 
tament de Bifrun (antérieur de deux ans, et concernant la Haute non 
plus la Basse-Engadine) qui a les honneurs d'une reproduction inté- 
grale, et, comme cette réimpression a été confiée à M. Th. 'Gartner, 
c'est assez dire avec quel soin et quelle compétence elle a été exécutée. 



:»2 REVUE CRITIQUE 

Je me demande même si l'éditeur n'a pas poussé un peu loin ses 
scrupules, lorsqu'il a cherché à replacer exactement sous nos yeux le 
livre de i56o : de là le système de corrections adopté par lui. Les 
erreurs d'impression qui étaient assez fréquentes dans le premier 
texte de Bifrun se trouvent ici religieusement reproduites ; elles sont 
relevées, mais en note, et avec les variantes provenant de la seconde 
édition, celle de 1607. C'est donc au bas des pages qu'il faut aller 
chercher quelquefois la bonne leçon, et sans qu'aucun signe particu- 
lier y renvoie : cela n'est pas très commode évidemment, et j'aurais 
admis pour ma part qu'un astérisque au moins indiquât dans le texte 
les mots imprimés d'une façon fautive en i56o. Mais enfin ce n'est 
là qu'un léger détail, et il n'en reste pas moins qu'indépendamment 
du travail de collation très minutieuse auquel il s'est livré et dans 
lequel nous pouvons avoir toute confiance, M. G. a illustré la traduc- 
tion de Bifrun en dressant un tableau des formes et en composant un 
lexique. Le tableau des formes n'occupe qu'une dizaine de pages 
(pp. 579-588), et renferme cependant tous les détails essentiels 
notamment en ce qui concerne la flexion verbale. Quant au glossaire 
qui a près de cent pages (pp. 589-683"), il est aussi complet qu'on 
pouvait le désirer, donnant des renvois exacts pour tous les mots 
rares, et. indépendamment de la traductio,n des indications précieuses 
sur tous les termes qui entrent dans des locutions spéciales. Tout 
cela ne laisse rien à désirer, semble-t-il, et une fois encore M. Gart- 
ner vient de rendre aux études de linguistique rhétoromane un des 
■plus signalés services qu'on pouvait attendre de lui. Il a mis à la 
portée de tous les travailleurs ce livre, le premier imprimé au 
xvi* siècle dans les cantons de la Rhétie, point de départ indispensable 
lorsqu'on veut connaître la langue qui y a été parlée — mais livre 
devenu une rareté, presque un objet de curiosité, et qu'on ne pouvait 
plus guère consulter qu'à grand'peine dans quelques Bibliothèques 
académiques. 

E . BOURCIEZ. 



Louis Stol'fk, Catherine de Bourgogne et la féodalité de lAlsace autri- 
chienne ou un essai des ducs de Bourgogne pour constituer une seigneu- 
rie bourguignonne en Alsace {Paris, L. Larose et L. Tenin, 191 3, 2 vol. in-8* 

de 2 35 et 288 p.) 

En 1387, une fille du duc de Bourgogne Philippe le Hardi épousa 
Léopold d'Autriche, maître des états antérieurs, celui-là même qui 
reçut le surnom de Superbe, parce que, tout fier de cette alliance, il 
se montra à la diète de Francfort en appareil éblouissant. En 1406, 
Léopold, toujours en route, abandonna à sa femme le soin d'admi- 
nistrer, comme régente, le landgraviat et la seigneurie d'Alsace, 
partie des états antérieurs; puis, à la mort de son mari, survenue en 
141 I, elle garda le gouvernement de ces pays. Seulement Catherine, 



d'histoire et de littérature 53 

qui n'avait point d'enfant, gouverna les terres dans le dessein de les 
soumettre de façon plus étroite à sa famille d'origine; elle voulut 
faire, avec l'appui de Jean sans Peur, son frère, de Philippe le Bon, 
son neveu, de la seigneurie autrichienne une seigneurie bourgui- 
gnonne; elle se heurta naturellement à la violente opposition de ses 
beaux-frères, surtout à celle de Frédéric à la Bourse Vide qui régnait 
sur le reste des états antérieurs. Elle résista jusqu'à sa mort en 1426. 
C'est ^cette première tentative de la Bourgogne de prendre pied en 
Alsace que nous expose M. Stouff, montrant ainsi fort bien que le 
traité de Saint-Omer, par lequel Charles le Téméraire reçut en 1469 
l'engagement des possessions autrichiennes d'Alsace et du Brisgau, 
a eu des antécédents et qu'en somme le « grand duc d'Occident » 
recueillit les fruits de la politique de Catherine. M. Stouff nous 
raconte fort bien toutes les luttes qu'eut à soutenir Catherine ; mais 
surtout il nous montre quelle était au début du xv« siècle la situation 
de la Haute-Alsace ; il nous indique quelles seigneuries, quelles 
dignités étaient aux mains de la maison d'Autriche et à quels titres 
celle-ci les possédait. Le premier volume est consacré à la narration, 
le second contient les pièces justificatives (XLVII numéros, mais 
souvent plusieurs actes sous un seul numéro). Les documents pro- 
viennent en grande partie des archives de la Côte-d'Or, quelques-uns 
du Schatiarchiv d'Innsbruck; parmi eux l'on remarque des extraits de 
la chronique de Lucelle, écrite au xviii" siècle, d'après des documents 
anciens, par le R. P. Bernardini Walch. M. Stouff a édité tous ces 
textes avec beaucoup de soin; tout l'ouvrage est très net : l'au- 
teur est certainement le spécialiste de l'histoire alsacienne au début 
du xve siècle. Nous regrettons seulement qu'il n'ait pas composé un 
index, qui eût rendu plus facile les recherches dans ces deux 
volumes compacts. 

Chr. Pfister, 



Jules Arnoux, Un précurseur de Ronsard, Antoine Héroët, néo-platonicien 
et poète, 1492-1568. Paris, H. Champion, in-8° de 122 pages. Prix : 2 frs. 

La publication des Œuvres poétiques d'Antoine Héroët par M. F. 
Gohin dans la collection des Textes français modernes a engagé 
M. Arnoux, « Dignois », à écrire cet essai sur Héroët, philosophe, 
poète et évêque de Digne. Il n'ajoute rien aux recherches de M. Gohin 
sur la biographie d'Héroët. Tous les témoignages des contemporains 
et des critiques postérieurs sur l'œuvre d'Héroët sont recueillis dans 
un chapitre. Puis, après avoir examiné dans ses grandes lignes le 
mouvement poétique antérieur à 1542, M. Arnoux analyse les divers 
poèmes d'Antoine Héroët et marque les résultats immédiats de son 
influence. 

.1. P. 



54 REVUE CRITIQUE 

S. RociiEBLAVE, La vie d'un béros, Agrippa d'Aubigné. Paris, Hachette et C'% 
1912. Prix : 3 tV. 3o. 

Celte étude biographique est le complément de l'étude littéraire que 
M. Rocheblave a publiée dans la collection des Grands écrivains 
français, Agrippa d'Aubigné Hachene, ïn-i6^ 1910). On y retrouve 
les qualités brillantes et les mérites solides par quoi se recommande 
le premier volume. M. Rocheblave a pris pour base de la biographie 
d'Agrippa d'Aubigné la Vie à ses enfants, qu'il a judicieusement com- 
mentée. Sans doute, comme il le dit lui-même, p. vi, il reste encore 
« à fouiller et à élucider », mais toutes les faces de la personnalité 
d'Agrippa d'Aubigné, si riche en contrastes, sont lumineusement 
éclairées dans cette étude, particulièrement dans le chapitre iv, 
l'homme et le huguenot. Le chapitre consacré auy. Ainouî's esi un 
commentaire du Printemps, qui rend le texte singulièrement vivant, 
et les rapports de Henri de Navarre avec son chapelain et sermon- 
naire a latere, sont examinés et définis avec une psvchologie très 

fine ch. m, le Compagnon du Béarnais et ch. tv,. 

J. P. 



J. Palldan, Fransk-Engelsk Indflydelse parDanmarks Litteratur i Holbergs 
Tidsalder. Kjœbenhavn, Nationale Forfatteres Forlag, i9i3.In-8°de 5i2 pp. 

Pour traiter le sujet qu'annonce le titre de cet ouvrage, il eût con- 
venu, ce me semble, d'abord de nous exposer, brièvement, c'est 
entendu, l'état de la littérature danoise au ^temps de Holberg ; puis, 
nous dire comn^nt les différents domaines, dans la prose et la poé- 
sie, en furent influencés, en bien ou en mal, par les littératures 
anglaise et française: et si, en fin de compte, cette double influence 
marqua ou non un progrès. Pour le savoir, je me reporte à la fin du 
volume et je constate, à mon désappointement, que les vingt dernières 
pages, qui devraient constituer la conclusion, sont presque exclusi- 
vement consacrées à des questions de métrique. Force m'est donc de 
revenir en arrière, de revenir, de revenir; bref, de prendre le livre au 
commencement et de le lire en entier. Je ne l'ai point regretté, il s'en 
faut car j'y ai trouvé, au hasard des pages, quantité de détails, que 
j'ignorais et nombre d'idées qui m'ont frappé. Certes, c'est une 
époque tout particulièrement intéressante que celle où, aux environs 
de 1750, sous l'effet des idées venant de France et d'Angleterre, 
commença dans les pays du Nord et spécialement en Danemark, la 
lutte, sourde au début, puis plus vive, entre l'Eglise et l'Etat, entre 
la Foi et la Morale, et qui eut pour résultat une véritable transfor- 
mation sociale du pays. Qui engagea cette lutte, cette guerre au 
passé? Et qui la mena et dans quelles conditions? Quelles en furent 
les différentes phases? Quel rôle surtout y joua Holberg? Evidem- 
ment, on trouvera tout cela dans le livre de M. J. Paludan : mais i' 
faut l'y chercher. Léon Pineau. 



d'histoire et de littérature 55 

Documents relatifs à la vie économique delà Révolution frrnçaise. Comité du Cal- 
vados. Cahiers de doléances du bailliage de Honfleur pour les Etats-géné- 
raux de 1789, publiés par Albert Blossier. Cacn, imprimerie Adeline et Pois- 
son, 191 3, Lin et 209 pages in-8°. 

Les cahiers du bailliage de Honfleur, que le Comité départemental 
du Calvados publie par ses propres ressources, ont un double intérêt : 
ils émanent d'une région maritime et nous font connaître les do- 
léances des gens de mer et, d'autre part, ils nous permettent de saisir 
sur le vif Faction électorale du duc d'Orléans dont la contrée consti- 
tuait un apanage. 

La publication est très soignée. M. B. a fait des recherches minu- 
tieuses dans les archives locales et nationales. Il a dressé un bon index 
alphabétique. Je regrette seulement qu'il n'ait pas joint une carte à son 
recueil. II a rajeuni l'orthographe, uniquement pour complaire à la 
commission centrale, il ne donne pas d'autre raison. M. Blossier est 
un homme docile. C'est aussi un pince sans rire. Ne déclare-t-il pas 
gravement à la fin de son introduction qu'il a pris pour modèle l'édi- 
tion des cahiers de l'Orléanais? Si ce n'était pas une ironie, ce serait une 
flatterie sans excuse. 

A. Mz. 

Marcel Godkt. Les brùlements d'Archives à Abbeville pendant la Révolu- 
tion. Etat sommaire des documents disparus. Paris, Champion. 191 3. in-S", 
162 pages. Prix : 5 fr. 

Ce livre, d'apparence volumineuse, n'est en somme que le récit en 
quarante pages d'une courte cérémonie révolutionnaire, celle de la 
destruction des titres féodaux amassés au siège du district d'Abbeville 
et brûlés solennellement le 10 août 1793. Il y eut en outre quelques 
destructions secondaires et complémentaires en décembre de la même 
année. 

Mais cette relation est suivie : 1° d'un Etat sommaire des docu- 
ments ôtés des Archives communales d'Abbeville pour être brûlés en 
exécution de la loi du 17 juillet 1793 ; 2° de la copie du registre de 
dépôt des titres féodaux; 3° d'une déclaration de dépôt des croix de 
Saint-Louis, brevets militaires, etc. Ces espèces d'inventaires, si 
brefs qu'ils soient, représentent aujourd'hui tout ce qui subsiste des 
pièces alors anéanties et dont beaucoup étaient d'un prix inestimable. 
C'est en dire l'intérêt. 

L'auteur, systématiquement, écrit partout le mot titre avec un 
accent circonflexe. Est-ce une orthographe picarde? 

^ E. W. 

Walter Wieber, Die politischen Ideen von Sylvester Jordan [Beitràge ^ur 
Parteigeschichte, VI). Tûbingen, Mohr, 191 3, 8°, p. g3. Mk. 3. 

La constitution que reçut en i83i la Hesse électorale fut pour une 
bonne part l'œuvre de l'homme dont M . Wieber a voulu nous exposer 



56 REVUE CRITIQUE 

les idées politiques. En dehors d'une courte esquisse biographique, 
l'auteur nous présente exclusivement le théoricien dans Jordan. Il a 
dépouillé avec conscience ses ouvrages de droit politique et criminel, 
les articles qu'il avait tournis à la Revue d'histoire et de politique de 
Pôlitz. ses mémoires justificatifs dans le long procès de six ans qui lui 
fut intenté et aussi ses lettres encore inédites. Nous connaissons ainsi 
en détail les opinions de Jordan sur la religion et l'Eglise, sa concep- 
tion de l'Etat et du régime constitutionnel, sa théorie des partis poli- 
tiques. Ces idées ne sont pas très originales : des emprunts à Montes- 
quieu, à Kant, à Fichte, à Hegel, etc., ont été souvent relevés par 
l'auteur. On aurait souhaité qu'il nous montrât avec précision, au 
moins dans un chapitre final, les rapports de ces principes avec l'appli- 
cation qu'en fit Jordan dans sa carrière politique. La constitution de 
i8?i dont le libéralisme devait engendrer tant de querelles au parle- 
ment hessois, refîète à bien des égards les idées favorites du professeur 
de Marbourg: il eût été intéressant de nous en expliquer la genèse. 
Le travail de .\I. \V. donne trop l'impression d'un simple recueil 
d'extraits de Jordan soigneusement classés. 

L. R. 

Ernest Lémonon. L'Italie économique et sociale (1861-1912). Paris, Alcan, 
1913, in-8', 432 p., 7 fr. 

Ce livre comprend deux parties, non seulement distinctes, mais 
séparées; l'une étudie l'évolution économique de l'Italie depuis 
l'unité, l'autre le mouvement social. 

Dans l'étude des transformations économiques, M. L. a remarqué 
l'existence d'un « rythme» ; à chaque période de progrès succède une 
crise, qui précède une période de stagnation ou même de recul, sui- 
vie elle-même d'un nouveau mouvement en avant. Les points cri- 
tiques, dans cette sorte de « courbe ondulée », se placent dans les 
années 187?, 1878, 1887, 1897, 1907 ; depuis cette date, une dépres- 
sion marquée s'est produite, où l'on aperçoit déjà cependant les 
symptômes d'un relèvement prochain. .\I. L. a divisé la première 
partie de son travail en cinq chapitres — un pour chaque période — 
plus un chapitre de conclusion, où il compare l'état économique de 
la péninsule en 1866 et en 1912, précise les résultats acquis et essaie 
de prévoir l'avenir, selon lui très brillant, de la ter^a Italia. Tous 
ces chapitres sont écrits sur un plan unique, l'auteur se servant sur- 
tout des données statistiques, et passant en revue, toujours dans le 
même ordre, les différents signes de l'état économique : finances et 
crédit public, banques, circulation monétaire, commerce extérieur, 
mouvement de la population, instruction publique, criminalité. Les 
chiffres donnés sont nombreux, précis, bien interprétés en général : 
on trouve par moment qu'ils sont trop. En outre, l'uniformité du 
plan amène des redites, et laisse une impression de monotonie fati- 



I 



d'histoire et de littérature 57 

gante. M. L., qui emploie souvent des comparaisons d'ordre géomé- 
trique, aurait pu avec avantage recourir aux procédés graphiques; il 
ne l'a pas fait une seule t'ois. 

L'élude de l'évolution sociale est faite sur un plan non plus chro- 
nologique, mais logique. L'auteur envisage séparément T'action 
sociale de l'Etat, celle des particuliers et des associations, puis celle 
du parti socialiste, uni jusqu'en 1904, scindé depuis lors en parti 
réformiste et parti révolutionnaire. 11 insiste avec raison sur l'impor- 
tance du mouvement coopératif qui a beaucoup contribué à l'éduca- 
tion sociale de la population. Son exposé est intéressant, bien nourri 
de faits. On le trouvera sans doute optimiste, car M. L. croit à une 
transformation sociale prudente, pacifique, qui ne fera que des heu- 
reux, et il glisse vraiment un peu vite sur les redoutables crises de 
1905 et de 1907. La partie descriptive de l'état social actuel paraîtra 
sans doute aussi un peu sommaire. 

L'ouvrage de M. L. a de très sérieuses qualités. On souhaiterait 
d'y trouver un plan plus souple, un exposé plus concret, moins sec 
et moins hérissé de chitîres, un style plus alerte et plus correct. Mais 
il faut en louer la valeur documentaire remarquable. C'est un très bon 
rapport administratif ou parlementaire, qui témoigne de ^beaucoup de 
travail, de savoir et de compétence technique. 

R. Guyot. 



Georges Bourdon, L'Enigme allemande. Une enquête chez les Allemands. Ce 
qu'ils pensent. Ce qu'ils veulent. Ce qu'ils peuvent. Paris, Pion, igiS, in-i6, 
p. 479. Fr. 3.5o. 

M. Bourdon a repris, en les remaniant, les articles qu'il avait publiés 
à la fin de 1912 dans le Figaro sur une enquête en Allemagne dont 
l'objet était de préciser les rapports de la France avec ses voisins. 
Qu'avons-nous à attendre ou à craindre de la politique de l'Alle- 
magne, de ses préparatifs militaires, de la mentalité générale de son 
peuple? M. B. a interrogé des hommes de gouvernement, comme le 
dernier ministre de l'intérieur, M. de Kiderlen-Wachter, des parle- 
mentaires, des universitaires, des diplomates et des grands seigneurs, 
des publicistes et des écrivains, des industriels et des financiers, et 
même de modestes instituteurs. Partout, chez le prince Lichnowsky 
comme chez M. Schmoller ou M. Sudermann, il a reçu des assu- 
rances répétées que l'Allemagne a le plus vif désir d'un rapprochement, 
qu'elle l'a souvent manifesté, mais que la France n'a pas su répondre 
à ses avances. On objectera les pangermanistes ; M. B. ne les ignore 
pas et il en a fait parler quelques-uns. Mais en dehors des pangerma- 
nistes scieniiriques ou des énergumènes qu'on verra bien drapés dans 
son chapitre, il en est une foule d'autres moins bruyants et j'en ai 
retrouvé jusque parmi les membres du dernier congrès pacifiste de 
Heidelberg que rappelle l'auteur. Ces déclarations aimables, ces pia 



58 REVUE CRITIQUE 

votii sur les deux peuples faiis pour s'entendre, sur les fruits mer- 
veilleux qui sortiraient de ce rapprochement, quel Français ne les a 
pas entendus en Allemagne? Mais il reste les faits : Tintervention 
récente du Maroc, les dernières lois sur les armements, la concur- 
rence redoutable des Allemands sur le terrain économique, le ton 
général de leur presse à notre égard. M. B. convient le premier de la 
lourdeur diplomatique de nos voisins, et habilement il a commencé 
par expliquer et atténuer la démonstration d'Agadir; pour les arme- 
ments, si redoutables qu'ils soient, ils ne cachent aucun dessein 
agressif; l'envahissement de notre marché par les produits allemands 
a été présenté avec exagération ; quand aux dénigrements systématiques 
des publicisies, ils ne s'étendent pas à toute la presse allemande et 
celle qui s'en rend coupable ne fait qu'user de représailles. Il se 
dégage ainsi du livre, et autant des paroles des témoins que du com- 
mentaire de l'enquêteur, un ton d'optimisme qui ne surprend pas, 
dont la sincérité ne fait pas doute, et qui est de nature à rendre au 
Figaro en Allemagne un peu de son ancienne popularité ; mais les 
faits dans l'avenir pourraient bien le démentir, comme ils l'ont 
démenti dans le passé. Les déclarations dont M. B. s'est fait l'écho 
sont les bienvenues; qu'on les accueille sans prévention, mais non 
sans esprit critique, en le remerciant de tous les renseignements que 
sa diligente enquête a réunis et se souvenant que c'est aux faits qu'il 
convient de s'en tenir en pareil sujet '. 

L. ROUSTAN. 



André PirRo : Schiitz; Lionel Dauriac : Meyerbeer. Paris, Alcan, 2 vol. in-12 
Les .Maîtres de la Musique). — Louis M. Vauzanges : L'Ecriture des 
Musiciens célèbres; essai de graphologie musicale, avec 48 reprod. Paris, 
Alcan, in-12. 

C'est la première fois, croyons-nous, qu'une monographie spéciale 
est consacrée h Heinrich Schilt^i, le musicien de cour et d'église du 
xviie siècle, le grand précurseurs de Bach. Même en Allemagne, l'étude 
délicate et complexe qu'il devait susciter n'a encore tenté personne. 
On ne s'étonne pas que ce soit M. Andri Pirro qui l'ait entreprise. 
Qui, en effet, mieux que l'analyste si original et si érudit de Bach et 
de Buxtehude, eut pu apprécier et révéler le maître, expliquer l'intérêt 
considérable qu'il doit otîVir, faire ressortir le caractère à la fois 
allemand et italien de ses madrigaux, de ses hymnes, l'originalité de 
ses psaumes, l'accent dramatique de ses oratorios, évoquer en même 
temps la vie musicale où il a affirmé son génie, à Cassel et à Venise, 
à Dresde et à Copenhague ? M. Pirro excelle à donner de la vie et de 



1. A corriger p. 117, Marshall; p. 1^9, Obergogau ; p. 197, Wildilioist ; 
p. 237, infendam; p. 333, Ratike, pour Marschall, Oberglogau, Windthorst, 
infandum, Ranke. 



d'histoire et de littérature 59 

l'attrait aux études les plus austères. Ces pages si documentées sont 
d'une lecture souvent pleine de charme, et lui font, de toutes façons, 
le plus grand honneur. 

Meyerbeer nous mène dans une toute autre ambiance, et le 
contraste est grand entre les deux études d'art. Pour parler de eet 
autre maître, car il le fut aussi, à sa façon, M. Lionel Dauriac a voulu 
faire surtout œuvre musicale. Il a eu raison, et ce serait méconnaître 
Meyerbeer que de procéder autrement, ce serait, comme tant la 
critiques superficiels, manquer de toute impartialité à son endroit. 
Sans être « artiste « à proprement parler, Meyerbeer n'a eu qu'une 
passion, qui a rempli les moindres moments de sa vie entière, la 
musique. Aussi y fut-il inventeur, et non sans très grand profit pour 
Ses successeurs. On oublie un peu trop ce qu'il a apporté technique- 
ment d'utile au domaine musical, pour le rendre responsable de ce 
que son exemple, dramatiquement, a pu avoir de funeste. 11 arrive 
même qu'on le blâme, non sur ses propres œuvres, d'ailleurs mal 
présentées aujourd'hui, mal comprises, mais sur les procédés qu'elles 
ont légués à d'autres, lesquels n'ont pas eu le génie qui les avait 
magnifiés. M. Dauriac, en étudiant ces partitions, en les plaçant dans 
leur temps, à leur date, a « nécessairement » rendu à Meyerbeer la 
justice qui lui est due. 

Le travail de M . Vauzanges sur l" Ecriture des musiciens célèbres est 
une étude technique de graphologie appliquée à tous les musiciens en 
général et à quelques-uns en particulier. On sait combien cette 
science est spécieuse, avec quelle précaution elle doit être traitée, 
combien il est facile de ne pas s'en tenir à l'observation documentaire, 
pour passer aux prédictions, aux déductions hypothétiques. Mais la 
graphologie n'est prise ici que comme un appoint à ce qu'on sait déjà, 
et le terrain est donc plus solide dès le début ; comme un commen- 
taire, plus vivant que d'autres, un éclaircissement, plus ingénieux, 
dont l'évidence résume et met en lumière une foule de signes caracté- 
ristiques, secondaires en apparence, très forts quand ils sont réunis. 
Et comme cette étude a été faite par un homme, non seulement très 
spécialement habitué à cet ordre de recherches, mais passionné de 
musique, elle présente un intérêt peu banal. Trois parties la divisent : 
une analyse technique des écritures, basée sur celle de cent musiciens; 
quelques pages d'ordre général destinées à mettre en relief la psycho- 
logie qui se dégage de ces écritures, imagination musicale, génie 
créateur...; enfin 34 « esquisses et portraits », avec autographes à 
l'appui, de musiciens célèbres dont l'écriture a pu être étudiée de 
plus près. Cette partie surtout piquera la curiosité du lecteur, soit 
qu'elle confirme ses impressions instinctives, soit qu'elle les rectifie. 
Plusieurs artistes, superficiellement, voire calomnieusement jugés, 
s'y trouvent vengés, en quelque sorte, par d'irréfutables témoignages, 
d'autres dévoilés de leurs apparences trompeuses, d'autres plus 



6o REVUE CRITIQUE d'hiSTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

sympathiques et plus émouvants que jamais dans l'évolution insaisis- 
sable de leur caractère. C'est un excellent volume. 

H. DE CURZON. 



Académie dks Inscriptions et Belles-Lettres. — Séance du 6 janvier igi4- 
— M. Noôl Valois, président sortant, et M. Emile Châtelain, président élu pour 
1914, prononcent les allocutions d'usage.. 

M. Henri Cordier donne lecture d'un télégramme de M. le commandant Tilho 
donnant des nouvelles de sa mission en Afrique centrale et annonçant l'envoi à 
l'Académie de sept caisses qui contiennent les objets préhistoriques par lui 
recueillis jusqu'à ce jour. 

L'Académie continue à procéder à l'élection des commissions de prix. Sont 
élus : 
Prix Bordin : MM. Alfred Croiset, Gagnât, Bouché-Leclercq, Maurice Croiset ; 
Prix Fould : MM. R. de Lasteyrie. CoUignon, Diehl, le comte P. Durrieu. et 
deux membres de l'Académie des beaux-arts ; 
Prix de La Fons-Mélicocq : M.Vl. Emile Picot, Valois, Elle Berger, Prou; 
Prix Delalande-Gitérineau : MM. Barth, Scnart, Clermont-Ganncau, le P. 
Scheil ; 
Prix Stanislas Julien : iMM. Senart, Barth, Cordier, le P. Scheil ; 
Prix de La Grange : MM. Paul Meyer, Emile Picot, A. Thom.as, Morcl-Fatio ; 
Nouvelle fondation du duc de Loubat : MM. Heuzey, Senart, Paul Meyer, 
Schlumberger ; 
Prix Saintour : MM. Paul Meyer, ViolLet, Omont, Valois ; 
Prix^de Cliénier : MM. Foucart, Alfred Croiset, Salomon Reinach, Maurice 
Croiset ; 
Prix Auguste Prost : MM. Collignon, Omont, Elie Berger, le P. Scheil; 
Prix de numismatique orientale : MM. le marquis de Vogué, Schlumberger, 
Clermont-Ganneau, Babelon. 

M. Félix Sartiaux expose les recherches et les travaux qu'il a poursuivis, en 
septembre dernier, sur le site de l'ancienne Phocée, la métropole de Marseille. 11 
décrit d'abord ce site qui n'avait pas été exploré jusqu'ici. Il ne reste à la surface 
du sol que des vestiges de tombes rupestres, de monuments antiques et médié- 
vaux, des fragments céramiques en grande abondance. 11 faut signaler un frag- 
ment archaïque (vi" s. a. G.}, semblable aux lions trouvés à Délos. M. Sartiaux a 
complété ses recherches par quinze sondages qui l'ont amené a découvrir une 
tombe en forme d'auge dans un monument rupestre, dix-huit fragments de marbre 
provenant d'une porte antique voûtée en cintre et flanquée de colonnes eiigagées 
surmontées de chapiteaux corinthiens, des vestiges d'une nécropole hellénistique, 
d'un atelier de potier, etc. Les tessons sont d'époque hellénistique et romaine ; 
les monnaies s'échelonnent entre le début du iv« s. a. G. et l'époque de Constan- 
tin et de ses successeurs. M. Sartiaux résume ensuite le texte de neuf inscrip- 
tions, dédicaces funéraires ou honorifiques, dont l'une concerne un certain Her- 
mokratès de Phocée qualihé de philosophe et auquel Philostrate a consacré plu- 
sieurs pages dans ses \'ies des sophistes. — Dans les environs de Phocée enfin, 
.M. Sartiaux a découvert, à Panhaghia Bournou. des restes importants d'une église 
byzantine construite sur l'emplacement d'un temple d'Asklépios. 11 signale à 
Ichik Kieui de nombreux vestiges antiques et établit qu'un relief eri marbre 
représentant un coq victorieux et conservé au Musée de l'Ecole évangéliqije de 
Smyrne, est originaire de la nouvelle Phocce fondée par l'ancienne Phocée, au 
XIII' s. p. C, à 10 kil. au N. sur la côte. 

Léon Dorez. 



L'imprimeur-gérant : Ulysse Rouchon. 



Le Puy-en-Velay. — Imprimerie l'eyiiller, Uourlioii cl (ianion, boule\.ira Carnol, id. 



REVUE CRITIQUE 



D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE^ 



N* 4 — 24 janvier. — 1914 



Hermathena, XVII. — Wiegand, L'Eglise de l'Incarnation à Bethléem. — Michel, 
Les mosaïques de Sainte-Constance à Rome. — Aldhelm, p. Ehwald, L — 
Hahn, L'Empire. — Urbain et Levesque, Correspondance de Bossuet, V et VL — 
Lettres de M™' Roland, p. Perroud, I. — Loutchisky, La vente des biens natio- 
naux. — Peez et Dehn, Le système continental. — Rigault, L'invasion de i8i5 
en Seine-et-Marne. — Manzoni, Correspondance, p. Gallavresi, I. — Altmann, 
Textes constitutionnels. — Robert LÉvv, L'industrie cotonnière en Alsace. — 
Hermannson, Isiandica, VI. — Lôseth, Notes de syntaxe française. If. .— Seconde 
lettre de M. Rey- naud et réplique de M. Reuss, — Lettre de M. Mac Laughlin. 
— Académie des Inscriptions. 



Hermathena, a séries of papers on literature, science aud philosophy by mem- 
bers of Trinity Collège Dublin. N" XXXVIII. Vol. XVII, p. 1-2.17. Dublin, 
Hodges, Figgis et C'«; Londres, Longmans, Green et C'^, 1912. Prix : 4 sh. 

Nous signalons les articles qui peuvent intéresser nos lecteurs L. 
R. Farnell, The Dionysiac and the Hero theory ofthe origin of tra- 
gedy. On sait le débat qui s'est ouvert récemment sur ce sujet. 
M. Ridgeway a vu dans la tragédie la transformation de jeux mimés 
donnés en l'honneur des morts. Le culte dionysiaque absorba plus 
tard les cérémonies du culte des héros. On trouvera dans l'excellente 
Revue de Vinstruction publique en Belgique un article très intelligent 
de M"s Delcourt sur ces théories et les débats qu'elles ont suscités 
(t. LV [1912], p. 307). Presque en même temps M. Farnpll publiait 
son article. Il pose d'abord en principe que, si les parallèles ethno- 
graphiques ne peuvent être négligés comme confirmation ou sugges- 
tion, il n'y a aucune raison pour croire que le drame a eu la même 
origine dans toutes les parties du monde. De plus, nous n'avons 
aucune preuve positive de l'existence des jeux mimés en l'honneur 
des morts chez les Grecs; les termes dont se sert Hérodote (V, 67) à 
propos d'Adraste décrivent un chœur lyrique chantant des odes où 
sont racontées les actions du héros. Au contraire, nos informations 
permettent plutôt d'affirmer que les jeux en question n'ont pas existé 
en Grèce. Car nous avons de longues descriptions de funérailles 
héroïques et de cérémonies célébrées auprès de tombeaux célèbres. 

Nouvelle série LXXVII 4 



62 REVUE CRITIQUE 

Jamais il n'est question de jeux mimés. Enfin M. Farnell discute de 
près les données que nous possédons sur le culte de Bacchus et 
montre que M. Ridgeway a fondé son hypothèse sur un certain 
nombre de méprises. Pour le reste, il défend et précise la théorie qu'il 
a exposée dans le V* volume de ses Cuits. — T. K. Abbott, On the 
history of the irish Bible. — L. C. Purser, Notes on thc Platonic 
treatise of Apuleiiis. La plupart des corrections de M. Purser sont 
suggérées par la doctrine philosophique. — Ch. Exon, Apriorism 
and some places in Plautus. M. Exon pense que l'on corrige parfois 
le texte de Plante pour des raisons théoriques et discute surtout 
Stichus, 696. En même temps, il compare ï Ambrosiamis et la recen- 
sion palatine et conclut que V Ambrosianus est beaucoup plus profon- 
dément altéré que la recension palatine. Un examen personnel du 
V. 696 sur y Ambrosianus a donné deux résultats : i" avant utrubi., il 
y avait certainement huit lettres ; 2° la sixième était Rou C. M. Exon 
aurait dû ne pas négliger l'hypothèse Mican de L. Havet, Man. de 
crit., § 860. — E. S. DoDGSON, An analytical und quotational index 
to the 353 forms of the verb wich occurs in the Catechism of J. Ochoa 
de Arin, anno iji3. Suite d'un index basque. — H. S. Verschoyle, 
Some broken lights. Parallèles indous avec la philosophie du qua- 
trième évangile, l'épître aux Colossiens, la métaphysique et la phy- 
sique d'Aristote. — Mario Esposito, Miscellaneous notes on the 
mediaeval Latin literature. A remarquer un ms. complet de Remy 
d'Auxerre Br. Mus., Royal 12 F IV (xn= s.) et une vie de Boèce diffé- 
rente de celles qu'a publiées Peiper, dans Oxford Congress Christi 
Collège 74 (xi« s,). — J. P. Postgxte, Plautine conjectures : Rud., i5i; 
1 141 ; St., 92. — Mark Collins, A comparative Greek grammar, A 
propos du livre de M. Wright. — J. G. Smily, The second book of 
Manilius. Notes. — W. M. Conlin, Plautus, Rudens., 826. Contro- 
versia a un sens physique. — Plusieurs comptes rendus sont des 
articles qu'on ne peut négliger, sur l'édition des Elymologies d'Isi- 
dore par Lindsay (Purseri, sur celle de la Poétique d'Aristote par 
Margoliouth (J. I. Beare). 

V. C. 



Studien ilber christliche Deukmâler, herausg. von.I. Ficker : 

Heftii. E. WiEGANDj Die Geburtskirche von Bethlehem, Eine Untersuchung 

zur christlichen Antike, xi-89 p. in-8", 3 pi. Prix : 3 Mk. 60. 
Hcfti2. R. Michel, Die Mosaiken von Santa Costanza in Rom. viiiôi p. in-S», 

I grav. et 4 pi. Prix : 2 Mk. 40. 

L'église de l'Incarnation à Bethléem est l'œuvre des architectes de 
Constantin. Mais l'église actuelle est-elle la basilique constaniinienne? 
On le croyait généralement, quand Hiibsch assigna à l'église l'époque 
de Justinien. C'est surtout Hohzinger qui a précisé et développé cette 
opinion. Il considère le chccur comme une addition de l'époque de 



d'histoire et de littérature 63 

Justinien. Cette partie ne se rattache pas organiquement au reste de la 
construction ; sa forme tréflée empêche de la faire remonter à Cons- 
tantin. Le chœur est formé de trois absides disposées de manière que 
l'axe des absides latérales est perpendiculaire à Taxe de l'abside cen- 
trale. On connaît ce type de construction qui a été propagé par l'ar- 
chitecture romane et dont un des plus beaux spécimens est la cathé- 
drale de Tournay, M. Wiegand, par une discussion serrée des textes 
et par une étude du monument, conclut que toute l'église remonte bien 
à Constantin. En même temps qu'il écrivait, MM. Harvey et Lethaby 
arrivaient aux mêmes conclusions par une voie un peu différente. 
L'an dernier, on lisait sous la plume de M. de Lasteyrie : « Il est donc 
permis, jusqu'à plus ample informé, de voir dans la basilique de 
Bethléem un des monuments les plus vénérables et les plus complets 
de l'architecture chrétienne » (L architecture religieuse en France de 
V époque romane, Paris, 19 12, p. 10). M. W. retrouve dans ce monu- 
ment les traditions et l'esprit de l'antiquité, qui font de l'art et de la 
littérature du christianisme des continuations de la culture antique. 
On sait que c'est la thèse chère à M. von Sybel. M. Wiegand aurait 
pu ajouter un argument donné par M. de Lasteyrie : la construction 
tréflée se retrouve dans des absides de la villa d'Hadrien à Tibur et 
du palais impérial de Trêves. Mais voilà que les partisans de l'origine 
constantinienne, M. de Lasteyrie et M. de Vogiié, admettent maintenant 
des remaniements de l'époque de J-ustinien ; la publication des Domi- 
nicains nous dira dans quelle mesure. P. 66, une lettre de Constantin 
écrite en ?26 est citée comme présentant le premier exemple de iBanX-xr, 
poiir désigner l'église chrétienne. Le mot n'était pas nouveau. Dans le 
discours de consécration de l'église de Tyr, quelques années aupa- 
ravant, Eusèbede Césarée emploie tôv pautXstov oTxov, tô ^aff-.XôTov [H. E., 
X, 4, 42 et 63 ; cf. ib., 20). La rhétorique ampoulée de ce discours 
laisse facilement voir qu'Eusèbe diversifie un mot courant. Par suite, 
tombent toutes les considérations fondées sur le fait que l'empereur 
encore païen emploie le mot pour la première fois. 

Les mosaïques de Sainte-Constance sont surtout connues pour la 
coupole par des dessins antérieurs à la démolition du xvii^ siècle. 
M. R. Michel a étudié de très près ces dessins et tous les renseigne- 
ments accessoires. Il conclut que l'édifice était d'abord un mausolée ; 
que la mosaïque de la coupole, comme celle de la voûte circulaire, 
avait pour but la décoration d'un mausolée ; que les mosaïques posté- 
rieures de deux grandes niches de côté sont contemporaines de la 
transformation du mausolée en baptistère. Cette transformation 
daterait du commencement du v^ siècle. Ces conclusions ne sont pas 
toutes également neuves. L'analyse des mosaïques, sur laquelle 
M. Michel les fonde, fait la valeur de sa brochure. 

S. 



64 RKVUK CRITIQUE 

Aldhelmi Opéra. Kdidit KuJolfus Ehwai.d, l'use. 1. Adicctae sunt tabulae 11 
[Moniimciita (ici-maiiitU' historica Auct. antiqii., XV, i,. Berlin, Wcidmann, igiS, 
324 p. in-S". Prix : 14 MK. 

M. Ehwald était préparé de longue date à devenir l'éditeur d'AI- 
dhelm. Ce fascicule ne contient encore que les Carmina ecclesiastica, 
De metris et enigmatibus ac pediim regiilis, T-abrégé de la première 
partie du traité métrique par Adémar de Chabannes, le traité en prose 
sur la virginité. L'ordre et le texte des pièces sont restitués et presque 
complètement renouvelés. M. Ehwald indique en outre les sources 
d'Aldhelm, sources des sujets et sources de la langue. Cette association 
facilite la lecture de cet écrivain atîecté et rend utile son étude. Une 
deuxième partie contiendra l'introduction générale, la fin du texte et 
les tables, sans lesquelles ce recueil ne rendrait guère de services ; car il 
sera surtout consulté soit pour l'histoire de la langue, qui se rapproche 
des Hisperica famina, soit pour l'histoire de la tradition de l'antiquité 
dans le haut moyen âge. 

H. W. 



Ludwig Hahn, Das Kaisertum (Das Erbe der Alten, \'l). Leipzig. Theodor Wei- 
cher, 1913, in-S", 114 pages. 

Dans une collection qui porte ce titre général : « L'héritage des 
Anciens », il était naturel et nécessaire de consacrer un volume à 
« l'Empire ». L'idée impériale, la conception d'un pouvoir suprême 
s'exerçant — ou aspirant à s'exercer — sur tout Vorbis terrarum est 
un legs de l'antiquité, qui s'est transmis fidèlement, de siècle en siècle, 
jusqu'à nos jours. Réalisé d'abord par César et par Auguste. TEm- 
pire, après la chute de Rome, a survécu en Orient avec Justinien, 
est ressuscité en Occident avec Charlemagne, Frédéric Barberousse, 
Charles-Quint, Napoléon. Tous ceux qui ont revendiqué le titre 
impérial se sont réclamés des grands souvenirs laissés par les 
premiers qui l'aient porté. En sept chapitres agréables et clairs 
M. Ludwig Hahn nous montre comment est né l'Empire romain, 
fondé sur la force militaire et préoccupé avant tout de satisfaire les 
aspirations démocratiques; quels bienfaits il a rendus, surtout à 
Tépoque des Antonins, en réfrénant les excès de l'aristocratie conqué- 
rante, et de quelle manière s'est manifestée, par le culte impérial, la 
reconnaissance de ses administrés ; quel rôle a joué dans le choix 
des empereurs l'intervention des soldats; comment peu à peu l'Em- 
pire s'est transforme en despotisme, sans abolir les anciennes institu- 
tions romaines et malgré les protestations des chrétiens contre sa pré- 
tention à régir les consciences. Le dernier chapitre, trop bref, passe 
en revue les différentes formes qu'a revêtues l'idée impériale au 
moyen âge et dans les temps modernes : l'Empire byzantin et russe, 
l'Empire franc et le Saint Empire romain germanique, la Papauté 
enfin, qui est la continuation la plus directe et l'imitation la plus 



d'histoire et de littérature 65 

fidèle de l'Empire des Césars. Pour conclure, l'auteur assigne, sans 
modestie, à l'Empire nouveau des Hohenzollern sa tâche : établir sa 
domination sur l'Europe centrale; prendre dans le monde, en face de 
l'Angleterre et de la Russie, la haute direction des peuples européens.; 
dompter et canaliser les agitations tumultueuses de la So:[ialdemokra- 
tie ; poursuivre contre la Papauté, qui perpétue le vieil impéria- 
lisme romain, la lutte commencée Jadis par les Hohenstaufen. L'Ai-» 
lemagne s'oppose à Rome, tout en invoquant son exemple. 

Maurice Besnier. 



Ch. Urbain et E. Levesqub, Bossuet, Correspondance, Tome V, janvier 1692- 
septembre 1693 : Tome VI, octobre lôgS-décembre 1694. Paris, Hachette {Les 
gi-ands écrivains de la France), '9>2, 537 ^'^ ^77 P- ^^-^°- 

La publication de la Correspondance de Bossuet marche avec une 
telle régularité que les éditeurs nous ont donné deux volumes pour 
l'exercice 1912. 

Le cinquième contient la discussion avec Leibniz, composée de 
véritables mémoires, poursuivie avec plus d'intermittences dans le 
volume suivant. En dehors des lettres de direction, qui ont la part du 
lion dans les deux volumes, on remarquera dans le cinquième les 
lettres relatives à Ellies Du Pin et à la mort de Pellisson. Sur ce 
dernier sujet, les éditeurs donnent un bon texte des lettres à M"« du Pré 
et à M"' de Scudéry (833 et 837) et font connaître une lettre de rédaction 
semblable adressée au jésuite Simon Bourguignet. En appendice, 
on trouvera la lettre de La Loubère. Une autre question intéressante 
est celle de la déclaration de Jacques II (donnée en appendice) pro- 
mettant de maintenir TÉglise anglicane et de ne point violer le ser- 
ment du Test. Dans cette affaire Bossuet fut libéral. « Il faut faire 
grande différence entre la protection qu'on donnerait à une fausse 
Eglise par adhérence aux mauvais sentiments qu'elle professe et celle 
qu'on lui donne pour conserver, à lextérieur, la tranquillité publi- 
que. Le premier genre de protection est mauvais, parce qu'il a un 
mauvais principe, qui est l'adhérence à la fausseté ; mais le second est 
très bon, parce qu'il a pour principe l'amour de la paix, et pour objet 
une chose bonne et nécessaire, qui est le repos public... Ils ne lui 
demandent qu'une protection légale, c'est-à-dire une protection à 
l'extérieur, telle qu'elle convient à un roi qui ne peut rien sur les 
consciences; et tout le monde demeure d'accord que cette protection 
est légitime et licite... A l'égard du Test..., il n'oblige S. M. à autre 
chose, sinon à exclure des charges publiques ceux qui refuseront de 
faire certain serment; en quoi il n'y a point de difficulté, puisqu'on peut 
vivre, et humainement et chrétiennement, sans avoir de charges... 
Que si on s'attache, au contraire, à vouloir faire la loi aux Protestants, 
qui sont les maîtres, on perdra avec l'occasion de rétablir le roi, non 



66 REVUE CRITIQUE 

seulement tous les avantages qui sont attachés à ce rétablissement, 
mais encore tous les autres, quels qu'ils soient, et on s'exposera à 
toutes surtes de maux ; étant bien certain que si les rebelles vien- 
nent à bout, selon leur désir, d'exclure tout à fait le roi, ils ne gar- 
deront aucune mesure envers les Catholiques, et ne songeront qu'à 
assouvir la haine qu'ils leur portent ». (V 36o-363). Bossuet n'était 
point partisan de la politique du pis. Les éditeurs nous avertissent 
que les théologiens ne -sont pas aujourd'hui de l'avis de Bossuet ; 
nous le croyons aisément. 

Dans le tome VI paraît M^^^ Guyon et dès la première lettre s'af- 
firme une personnalité. Elle déclare se soumettre en tout au jugement 
de Bossuet. Après vingt lignes de ce ton, où déjà on sent l'insinua- 
tion, elle se relève et expose en trois pages sa doctrine : « Je vous 
prie seulement, Monseigneur, de faire attention que.. . » (VI, 8). Les 
éditeurs ont réuni tout un dossier fort curieux dans un des appen- 
dices; ce sont des lettres écrites à diverses personnes par M"^ Guyon, 
mais surtout les lettres à ses enfants; au moment où elle les quitte 
« pour Dieu «, le leur laissant pour père « et la sainte Vierge pour 
mère ». Parmi ces pièces, une lettre de M^^ Guyon à un de ses frères 
est inédite. Nous avons ici quinze lettres de M""^ Guyon à Bossuet et 
deux de Bossuet à M^^^ Guyon. Gomme les deux volumes sont rem- 
plis de lettres de direction à M^^ d'Albert et à M"« Cornuau, on ne 
peut que remarquer la différence des deux mysticismes. Je ne sais si 
Bossuet nomme une seule fois la sainte Vierge et des saints. Tout est 
pratique, théologique, tiré de l'Ecriture dans ces conseils et ces « élé- 
vations ». Dans le t. V, p. 94, l'évêque écrit à une communauté, pro- 
bablement N.-D. de Coulommiers : « Pour la communion journa- 
lière, il est vrai que c'est l'objet des vœux de l'Eglise dans le concile 
de Trente, et un des fruits de la demande que nous faisons dans 
l'Oraison dominicale, en demandant notre pain de tous les jours. 
Mais, en même temps, il est certain que ce n'est pas une grâce qu'il 
faille rendre commune dans l'état où sont les choses, même dans les 
communautés les plus réglées; et il n'en faut venir là qu'après de 
longues précautions et préparations, et lorsqu'on voit que la chose 
tourne si manifestement à l'édification commune, qu'il y a sujet de 
croire que Dieu en soit loué. Comme il faut être sobre sur ce point, 
il faut d'autre part... » Les éditeurs nous avertissent encore ici que 
en cette matière l'Église a changé. Nous avons dans le t. VI, p. 434, 
le récit d'une vision de la sœur Cornuau. C'est une imagination toute 
naive où se trahit l'expérience amoureuse d'une femme qui a été 
mariée et qui, des lettres de Bossuet le prouvent, en a gardé de vifs 
souvenirs. Quelle différence entre ce mysticisme classique, un peu 
enfantin, et la haute mysticité, si complexe, de l'amie du P. La Combe, 
avec les plaintes passionnées d'une a fille » de M™« Guyon, qu'elle 
joint à une de ses lettres en priant de brûler et que Bossuet, suivant 



d'histoire et de littérature ^j 

l'usage, a conservées! Si Bossiiet n'a pas de « dévotions «(M'^^Guyon 
est plus avancée ; elle est au niveau qu'atteindront les catholiques 
moyens à la tin du xix^ siècle; elle écrit en 1693 ce qui eût été banal 
en 1893. Non seulement Jésus et Marie interviennent comme des 
, personnages familiers, mêlés à la vie, mais elle écrit à son plus jeune 
fils : « Prenez saint Joseph pour le protecteur de votre pureté ». Elle 
est au courant des dernières saintes, sainte Chantai, la mère Marie de 
l'Incarnation, « décédée depuis dix ans «(p. 534). ^^ ^^^ superflu de 
rappeler sa dévotion à saint Michel, par où elle semble deviner celle 
du pape actuel ; les « Michelins « sont ses initiés. Le ton général de la 
dévotion est, chez cette illuminée, tout à fait moderne. Le seul pas- 
sage de ces lettres qui trahit en Bossuet un peu de faiblesse, c'est sa 
confiance dans l'Apocalypse. 11 l'avait commentée et nous le voyons 
(VI, 72) l'ouvrir au hasard et en tirer une sors qu'il transmet pour 
consoler M"" d'Albert; il ajoute : « J'approuve fort que vous conti- 
nuiez la lecture de cet admirable livre ». 

Le sixième volume contient, en outre des lettres à Leibniz et aux 
destinataires habituels, la correspondance relative à la lettre du P. 
Caffaro, notamment la première rédaction des Maximes et réflexions 
sur la Comédie. On trouvera aussi dans ce volume le jugement si 
passionné, si tranchant, et, pour tout dire, si peu intelligent, que l'on 
connaît sur Richard Simon, à propos de l'Histoire critique des com- 
mentateurs du Nouveau Testament (p. 29). 

L'annotation se maintient aussi solide et aussi savante. VI, 414, la 
n. 2 n'est peut-être pas dans l'objectivité ordinaire aux éditeurs. 
Ib., p. 279, la n. 92 met au point ce que nous savons de la fréquenta- 
tion du théâtre par Bossuet, dans sa jeunesse, et une foisfévêque 
à la cour. 

Les appendices, outre ceux que nous avons mentionnés, con- 
tiennent, t. V, la conversion de Saurin racontée par lui-même, des 
extraits des procès-verbaux de visite de l'abbaye de Jouarre, une his- 
toire des démêlés de Bossuet avec cette abbaye (cette affaire fut inter- 
minable, voir deux lettres à M^^^ d'Albert, VI, 188, pour le style et la 
fermeté), un exposé de la correspondance de Bossuet et de Leibniz, 
en vue de la réunion des Églises; t. VI, l'ordonnance de Bossuet 
concernant l'abbaye de Faremoutiers, des écrits de Leibniz sur le 
dynamisme, une lettré de Noaillcs à Pontchartrain, l'approbation 
donnée par Bossuet au traité posthume de Pellisson sur l'Eucharistie. 

Ces deux volumes comprennent 486 lettres, dont 389 publiées sur 
les originaux ou des copies authentiques; j5 ne figurent pas dans 
l'édition Lâchât. On notera que cette correspondance s'accroît avec 
les années. 

A. 



68 REVUE CRITIQUE 

Lettres de Madame Roland, publiées par Claude Pkrrold (avec la collaboration 
de M"' Marthe Conor). Nouvelle série, 1 767-1 780. Collectior. de docurrients iné- 
dits sur l'histoire de France, publiés par les soins du ministère de l'Instruc- 
tion publique), tome premier. Paris, imprimerie nationale, 1913, in-8, lxi- 
556 pages. 

La nouvelle publication dont M. Perroud nous présente ici le 
premier volume, mérite les mêmes éloges que les précédentes. Ce 
bénédictin laïque, le plus pieux des amants posthumes de M'"^ Roland, 
avait dès longtemps élevé à son idole un temple, auquel il lui a 
semblé qu'il manquait une dernière pierre; Je me trompe, une pre- 
mière, car, à l'instar des architectes américains, il avait commencé 
son édifice par les combles. Il savait (l'éditeur l'ayant avoué lui- 
même) que les lettres aux demoiselles Cannet, imprimées en 1841, 
n'en étaient qu'un choix, tronqué, mutilé, interpolé, méconnaissable. 
Il soupçonnait, d'autre part, que Dauban, leur deuxième éditeur, 
bien qu'il assurât avoir travaillé sur les manuscrits, en avait pris, lui 
aussi, beaucoup trop à son aise. Mais ce n'est qu'après avoir obtenu, 
à son tour, communication des originaux que M. Perroud put consta- 
ter l'étendue des dégâts. Il faut lire, dans son introduction, p. vu, 
l'énumération des libertés que Dauban s'était permises avec les dits 
manuscrits, pour se rendre compte de l'insécurité des textes publiés 
par cet étrange éditeur, et pour comprendre, partager presque, la con- 
viction de M. Perroud qu'une nouvelle édition s'imposait. 

Cette nouvelle édition, M. Perroud l'a préparée à la façon dont il a 
toujours conduit de semblables entreprises, c'est-à-dire qu'il l'a en- 
tourée et comme enveloppée de commentaires ne laissant absolument 
dans l'ombre que ce qui lui a été impossible d'en faire sortir. J'épar- 
gnerai à sa modestie des éloges dont il doit être saturé, et n'insisterai 
donc pas sur ses mérites d'éditeur. Je me borne à répéter que ce nou- 
veau texte, établi par lui, ne le cède à aucun des précédents, sous le 
rapport du savoir, de la méthode, de la critique, de la conscience. 

Il se peut toutefois que l'on reproche à M. Perroud de terminer le 
Cycle de ses publications de textes rolandistes par où il aurait dû le 
commencer, comme on a pu lui reprocher d'avoir omis ce qu'il a 
appelé les Lettres d'amour dans son édition de la correspondance de 
M"»* Roland publiée en 1900, alors qu'il devait, neuf ans plus tard, 
les rééditer séparément. Il se peut encore qu'on reproche au comité 
des travaux historiques d'avoir accueilli, dans une collection de docu- 
ments inédits sur l'histoire de France, les lettres de Marie Phlipon à 
ses amies de pension, lettres qui, pour avoir été mal éditées, ne sont 
cependant pas inédites, et qui, pour être de précieux documents, 
n'intéressent certainement pas l'histoire de France. Mais ce seraient 
là de misérables chicanes, n'ayant qu'un intérêt accessoire ou passa- 
ger ; car, au fond, peu nous importe à nous-mêmes, et surtout peu 
importera, dans l'avenir, l'ordre suivant lequel M. Perroud, contraint 



d'histoire et de littérature 69 

d'ailleurs par des circonstances qu'il a longuement et loyalement 
expliquées, nous a livré les diverses séries de lettres de M'"^ Roland. 
Allant droit à l'essentiel, le public sera toujours reconnaissant à 
M. Perroud de lui avoir transmis, dans un texte désormais à l'abri de 
toute suspicion, la véritable pensée d'une des femmes les plus extraor- 
dinaires de son siècle, et qui devait y jouer un rôle si considérable. 

Eugène Welvert. 

J. LouTciiisKY, Quelques remarques sur la vente des biens nationaux. Paris, 

H. Champion, 191?, iSg pages, in-8\ 

Ces « quelques remarques » n'apprendront rien ou peu de chose à 
ceux qui ont pratiqué les ouvrages de MM. Marion et Dubreuil ou 
qui ont médité la belle introduction du recueil de M. Ch. Porée sur 
la vente des biens nationaux dans l'Yonne. M. L. aurait beaucoup 
mieux fait de se borner à publier les données qu'il dit avoir puisées 
dans les archives de la Côte-d'Or, de la Haute-Garonne, de la Nièvre, 
de l'Aisne, etc., et de les publier d'une façon telle qu'on put contrôler 
ses affirmations. Mais il est trop visible qu'il est moins préoccupé de 
science pure que de défendre une thèse, une hypothèse plutôt, qu'il a 
formulée dans ses précédents ouvrages et qui est sortie beaucoup 
plus de concepts a priori inspirés par la politique russe que de 
l'étude impartiale et complète des faits et des documents. Gela est 
tellement vrai qu'il appuie constamment ses « quelques remarques » 
sur les conclusions de son livre sur le Limousin dont j'ai montré, 
après M. Marion, l'évidente fragilité. Ses constructions actuelles repo- 
sant sur des fondations caduques ne méritent pas qu'on s'y arrête. 
Que M. L., avant d'aller plus loin, commence donc par réfuter les 
critiques graves dont il a été l'objet et qu'il écarte par un silence qui 
peut être dédaigneux mais qui n'a rien de scientifique ! 

Au surplus, cette nouvelle brochure manifeste surabondamment 
l'incohérence des méthodes du professeur de Kiev. 11 prétend dégager 
des conclusions d'ensemble des ouvrages récemment publiés sur la 
question qu'il examine et il ne connaît pas tous ces ouvrages ou il 
les connaît mal. Pourquoi passe-t-il sous silence par exemple l'étude 
de M. F. Vermale snr la Vente des biens nationaux dans le district de 
Chambéry? Il che une fois et pour un point de détail le livre de 
M. Dubreuil et il ne semble pas en avoir discuté les conclusions 
essentielles. Pas une seule fois il ne semble s'être reporté aux cri- 
tiques dont les recueils parus sous les auspices de la commission 
officielle ont été l'objet, par exemple aux sérieuses réserves que j'ai 
formulées ici même sur le recueil de M. Schvvab, On dirait que pour 
M. Loutchisky les seuls travaux qui existent sont les siens propres. 
Il ne fait aux travaux des autres l'honneur de les consulter que pour 
y trouver des confirmations de ses opinions préconçues. Pourquoi 
borne-i-il son enquête aux premières assemblées révolutionnaires ? 



JO REVUE CRITIQUE 

Pourquoi en exclut-il le Directoire ? C'est sous le Directoire surtout 
qu'opèrent les bandes noires et que les ventes échappent de plus en 
plus aux paysans. Pourquoi évaluant la force d'achat de la classe 
paysanne et la comparant à la force d'achat de la bourgeoisie exclut- 
il de ses calculs les ventes d'immeubles qui eurent lieu dans les villes ' ? 

Résumant la législation, pourquoi l'éiudie-il sans tenir compte de 
cet élément essentiel d'appréciation qui était la baisse de l'assignat ? 
Est-il possible de séparer les ventes des biens nationaux de tout le 
mouvement économique ? et qu'est-ce que les remarques fragmen- 
taires qu'on nous apporte ? 

Je reste ébahi quand je lis des affirmations comme celles-ci : « Si 
dans certaines régions, le tant pour cent des non-propriétaires était 
relativement faible, comme dans le Limousin (i6 o/o), dans d'autres 
il s'élevait jusqu'à 80 0/0 >> (p. 24); j'aurai l'indiscrétion de demander 
à l'auteur quelles sont ces « autres régions », qu'il ne désigne pas et 
pour cause, où les non-propriéiaires atteignaient 80 0/0 1 Et j'ai dit 
ce que je pensais de ses statistiques limousines. 

Dans la même page, M. L. prétend ne connaître qu'un « seul cahier 
(dans la région pyrénéenne) où l'on ait, et très timidement encore, 
émis l'idée d'une nouvelle répartition du sol ». Faut-il lui rappeler 
que depuis un quart de siècle les paysans étaient en lutte avec les 
seigneurs pour le partage des communaux et qu'ils obtenaient de 
nombreux arrêts du conseil qui leur donnaient satisfaction ? 

Comment sait-il que le décret condamnant à la peine de mort les 
partisans de la loi agraire « fut strictement appliqué » (p. 49) ? Qu'il 
me cite une seule condamnation prononcée en vertu de ce décret ! 

Parce que la Convention, pressée par les nécessités des circonstances, 
n'a pas réussi à faire appliquer le célèbre décret qui avait pour but de 
donner la terre aux sans-propriété, M. L. s'écrie que « la Convention 
s'est efforcé d'éteindre cette ardeur que les paysans manifestaient pour 
l'acquisition de la terre » (p. 74), il prête ainsi à la Convention des 
intentions anti-paysannes qu'elle n'a jamais eues. 

Ces quelques exemples suffisent, je pense, à donner une idée des 
méthodes de M. Loutchisky. S'il était un débutant ou s'il n'avait pas 
en France même une coterie de prôneurs, extasiés devant tout ce qui 
sort de sa plume, on pourrait négliger ses productions qui ne lui survi- 
vrontpasetqui ne sont mêmepascapablesde nuirecn lançant les recher- 
ches sur de mauvaises voies ; mais M. Loutchisky a eu les honneurs 
de plusieurs séances d'une société historique quia gravement discuté 
son dernier livre : il n'est que juste, quand on refuse de s'incliner 
devant une telle autorité, de donner ses raisons. 

Albert Mathiez. 

L'article qui précède était déjà écrit quand M. Loutchisky a fait 
I. Et il a la naïveté de reprocher à M. Marion de les avoir considérées ! 



D HISTOIRE ET DE LITTERATURE Jl 

paraître dans le Bulletin de la société' a histoire moderne de novembre 
1913 une réponse à une des critiques que j'ai adressées à son livre 
sur la propriété paysanne en France à la veille de la Révolution : « Je 
suis complètement d'accord, écrit-il, avec M. Mathiez sur l'impor- 
tance que présentent, pour l'étude de la propriété au xviii^ siècle, 
les documents relatifs aux ventes des biens nationaux et d'autant 
plus que c'est la méthode que je n'ai jamais cessé de suivre dans mes 
recherches depuis 1894. Mais je ne puis croire qu'il ne reconnaisse 
pas qu'on ne peut les utiliser qu'à la condition qu'ils existent et qu'ils 
soient classés. Or, en ce qui concerne le Limousin, on peut faire 
deux remarques : i" Dans le département de la Haute- Vienne une 
grande partie de ces documents a péri dans un incendie qui a eu lieu 
au commencement du xix« siècle. 2° Dans le département de la 
Corrèze les documents relatifs aux ventes n'ont été vraiment classés 
que tout récemment, et après les versements effectués par l'enregis- 
trement, c'est-à-dire au moment même où était élaborée la traducion 
de mon livre qui a paru en russe en lyoo. Je n'ai pu étudier que les 
registres relatifs aux ventes des biens de première origine dans deux 
districts de la Corrèze. Ces documents ne contiennent presque exclu- 
sivement de 1790 à l'an IV que des ventes de rentes et de bâti- 
ments, ce qui s'explique par l'insignifiance de la propriété ecclésias- 
tique dans la région. J'ai donc reconnu que je n'avais pas besoin de 
les utiliser, puisque mes recherches ont porté sur la répartition de la 
propriété en elle-même et non pas sur la condition économique des 
classes agricoles. J'ai bien marqué d'ailleurs, dans mon livre même 
(p. 248), que propriété et bien-être sont deux notions que les histo- 
riens devraient s'appliquer à distinguer nettement». 

Qu'on me permette au sujet de cette soi-disant réponse, qui est 
une confirmation et une aggravation, de présenter les observations 
que j'aurais faites dans \e Bulletin de la société d'histoire moderne 
si les rédacteurs de ce Bulletin avaient eu souci de respecter les usages 
en me commniquant le papier de M . Loutchiskv avant de le publier. 

M. L. dit qu'il est d'accord avec moi sur l'importance des dos- 
siers des ventes nationales pour l'étude de la propriété. Comment se 
fait-il qu'il ait choisi pour objet de son livre la contrée où ces docu- 
ments lui étaient, paraît-il, inaccessibles, le Limousin ? Comment se 
fait-il que dans ce livre il ne dise pas un mot de la lacune grave de 
sa documentation 1 

Les explications qu'il nous donne aujourd'hui tardivement sur 
réquisition, il aurait dû nous les fournir spontanément et du premier 
coup ! Mais il est évident qu'aujourd'hui même^M. L. n'a pas encore 
saisi toute l'importance de la série Q pour ses études, puisqu'il écrit 
en terminant qu'il n'avait pas besoin de s'y reporter, « ses recherches 
n'ayant porté que sur la répartition de la propriété en elle-même >»,* — 
comme si précisément je ne lui avais pas dénié le droit et la possibi- 



72 REVUE CRITIQUE 

lité de dresser les tableaux de cette répartition en négligeant ces docu- 
ments essentiels ! M . L. n'a pas compris toute la portée de ma criti- 
tique, il n'est pas étonnant dès lors qu'en iqoo il ne se soit pas soucié 
d'une source dont il ne voyait pas l'intérêt. Ainsi il aggrave son cas. 
Depuis 1894, dit-il, il a utilisé la série Q. Jamais il ne Ta utilisée pour 
l'objet précis de la répartition de la propriété. C'est que loin d'être 
un initiateur en ces matières, M. L. n'est plus aujourd'hui qu'un 
chercheur à la suite. Ce sont les études récentes de M. Marion, de 
M. Porée,de M. Dubreuil qui ont montré quel parti de premier ordre 
on pouvait tirer pour la connaissance de la propriété des dossiers 
des ventes nationales. En 1900, aucune de ces études n'avait paru. 
Les seuls travaux dont les biens nationaux avaient été l'objet ne se 
préoccupaient pas de dresser le tableau de la propriété en général, 
mais seulement de déterminer à quelles classes sociales les ventes 
avaient protité. Quand il a écrit son livre, en 1900, M. L. ignorait 
qu'on pouvait tirer des dossiers des ventes nationales un tout autre 
parti. Il l'ignore encore, comme sa réponse le prouve — A. Mz. 



D"" Alexander von Peez und Paul Dehn. Englands Vorherrschaft aus der Zeit 
der Kontinentalsperre. Leipzig, Duncker et Humblot, 1912, in-S", 382 p., 
8 mk. 5o. 

Le D'' von Peez avait entrepris, à 80 ans passés, d'écrire une his- 
toire de la domination économique de l'Angleterre au xix^ siècle. II 
en a achevé avant sa mort tout le premier volume, et esquissé les deux 
suivants. M. Dehn s'est chargé de terminer l'ouvrage, auquel il semble 
avoir collaboré du vivant de l'auteur. Von Peez n'était pas un histo- 
rien, mais un économiste, homme d'action plutôt que théoricien. Il a 
dépensé ses connaissances et son talent, qui étaient réels, en innom- 
brables brochures et articles de propagande pour établir et renforcer 
le protectionisme en Autriche et en Allemagne. L'histoire du système 
continental l'attirait moins par son intérêt propre que parce qu'il y 
voyait un premier épisode de la lutte économique entre l'Angleterre 
et le continent qui se poursuit âprement de nos jours, et menace la 
paix du monde. Son livre est tout pénétré de cette pensée. Tous les 
développements — et ils sont nombreux — sur les doctrines de droit 
maritime des Anglais au xviii* siècle et sous l'Empire, sur ses préten- 
tions au monopole commercial, sur ses « mesures d'oppression » contre 
les neutres, sont conduits de manière à évoquer des exemples beau- 
coup plus proches de nous. L'exposé proprement dit de la lutte com- 
merciale franco-anglaise est fait suivant la même tendance. Napoléon, 
bien qu'il travaille surtout pour la France, défend sans s'en douter le 
système fédéraiifde l'Europe centrale, système d'origine allemande, 
et destiné à triompher grâce à l'Allemagne. Son œuvre est, au fond, 
d'esprit allemand, comme son armée est en grande partie allemande, 



d'histoire et de littérature 73 

l'organisation de son empire calquée sur celle de l'ancien empire ger- 
manique (pp. 188-190, 202-204). Lui-même n'a-t-il pas « quelques 
gouttes de sang allemand », puisque son nom (Bonaparte = Bonibert) 
serait « vieux francique [altfrànkisch] donc allemand » (p. 56)? Ce qui 
est spécialement français, c'est la conquête et le pillage, à quoi tout 
un chapitre est consacré (pp. 173-186). 

On voit la tendance, qui ne prend pas la peine de se dissimuler, et 
qui suffit à faire reconnaître dans l'ouvrage une oeuvre de polémique, 
non d'histoire. On trouvera du reste, à côté d'erreurs matérielles assez 
nombreuses, des observations intéressantes, un exposé des consé- 
quences du système continental en Allemagne et en Angleterre vivant 
et clair, de bons exemples de la contrebande maritime entre 1809 et 
181 3, mais point d'étude approfondie ou même originale de ces pro- 
blèmes difficiles et encore obscurs. 

L'information est du reste tout à fait insuffisante, réduite à des 
manuels ou à des ouvrages surannés. Les textes, même les plus impor- 
tants, n'ont pas été consultés en original. Ainsi les ordres en conseil 
anglais de 1806-1807 ne sont connus que par le résumé de Mahan, 
les lois françaises de 1796 et 1798 que par une courte analyse de Mar- 
tens. C'est ce que M. Dehn appelle se rendre maître du sujet, Herr 
des Stoffes. Il n'est pas difficile. 

R. G. 

Abel RiGAULT, L'invasion de 1815 en Seine-et-Marne. Meaux, Lepillet, 191 3, 

in-i2, vii-243 pages. 

Ce livre, tout petit qu'il soit, est un modèle. Il montre comment 
un homme de savoir, de cœur et de goût peut tirer des matériaux, en 
apparence, les plus informés ou les plus ingrats, les éléments d'une 
étude aussi frémissante de vie que rigoureusement exacte. Quoi de 
plus froid, de plus inerte, semble-t-il, que les paperasses d'une « com- 
mission de réquisitions » ou que les rapports administratifs sur 
lesquels repose ce récit? Rien de plus sûr, cependant, rien de 
plus vivant, quand on sait, comme M. Rigault, faire jaillir 
l'étincelle du caillou, Vous assisterez donc, avec la même émo- 
tion que lui, au défilé des vaincus de Waterloo, traversant en 
désordre le département de Seine-et-Marne, harcelés par l'ennemi; 
vous admirerez le portrait qu'il trace du comte de Plancy, préfet plus 
jeune d'âge que d'inielligence et de volonté, et les promptes et judi- 
cieuses mesures prises par ce fonctionnaire, abandonné à lui-même, 
pour assurer la subsistance des envahisseurs. Vous partagerez l'in- 
dignation de l'auteur au spectacle des exigences, des violences, des 
rapines de l'ennemi, rongeant jusqu'à l'os une contrée que l'invasion 
de 1814 avait déjà réduite aux dernières extrémités. En trois mois, 
le département de Seinc-ct-Marne, qui comptait alors à peine 
3oo,ooo habitants, eut à subir l'occupation permanente de 



J4 REVUE CRITIQUE 

i5o,ooo hommes et de 25,ooo chevaux, et le passage de 200,000 
autres, qu'il lui fallut loger, nourrir, abreuver, vèiir, équiper. 
M. Rigault évalue à plus de i3 millions de francs le total des charges 
supportées par le département pendant ces trois mois : perte sèche, 
ou à très peu près, car il ne reçut plus tard que des indemnités 
dérisoires. 

Ainsi s'explique, en partie du moins, malgré les hécatombes de 
fonctionnaires bonapartistes, malgré les adresses de commande à la 
royauté restaurée, malgré des élections frelatées, Tirritation popu- 
laire dont la description forme le dernier chapitre de ce livre inté- 
ressant. Mais, outre le souvenir de la double invasion, cet état d'esprit 
prenait encore son origine dans le culte de Napoléon, culte très 
répandu, plus persistant en Seine-et-Marne qu'ailleurs, par suite des 
fréquents séjours de l'empereur au palais de Fontainebleau, des 
actions mémorables qui s'y étaient accomplies sous son règne, surtout 
de ses adieux à sa garde, dont le légendaire tableau hante encore 
aujourd'hui nos imaginations. Enfin le paysan briard, grand acqué- 
reur de biens nationaux, n'avait pas vu sans souci la royauté bour- 
bonienne se faire ramener par l'étranger, et une bonne part de la 
haine qu'il avait vouée aux alliés il la répandait sur la noblesse à 
laquelle il attribuait tous ses maux, dont il redoutait les revendica- 
tions, et qu'il soupçonnait de vouloir saccager l'œuvre de la Révo- 
lution. Et c'est par là que ce petit livre cesse d'être une simple mono- 
graphie locale pour devenir un chapitre de la grande histoire de la 
nation, à une des heures les plus tragiques de ses annales. 

Eugène Wklvert. 

Carteggio di Alessandro Manzoni, publié par Giovanni Sforza et Giuseppe 
Gallavresi, tome l*^"" (i8o3-i82i). .Milan, Hœpli, 1912, in-S», xx-610 p., por- 
traits et fac-similé, 6 1. 5o. 

L'éditeur Hoepli a entrepris une édition définitive des œuvres de 
Manzoni, qui a déjà trois volumes. Ses lettres en formeront deux 
autres. Pour la publication de cette correspondance, les héritiers du 
poète s'étaient d'abord adressés à Bonghi, puis à M. Sforza, aujour- 
d'hui directeur des archives du Piémont, et qui a dil passer la main à 
un autre spécialiste averti, M. Gallavresi. Ce dernier a beaucoup 
étendu les recherches déjà faites, contrôlé les textes naguère publiés 
par Sforza lui-même, par Angelo de Gubernatis et par Galley, obtenu 
communication des papiers de Fauriel, déposés à la bibliothèque de 
l'Institut de France et tenus en réserve jusque là, enfin réuni un très 
copieux carteggio : rien que pour la période i8o3-i82i, qui est 
celle de la jeunesse de Manzoni, il y a 285 lettres. Tout n'y est pas de 
la plume de l'auteur de Carmagnola et des Promessi Sposi; ses nom- 
breux correspondants, Monti, Fauriel et son amie la marquise de 
Condorcet, Ermes Visconti, Cousin, Gœthe contribuent à enrichir le 



d'histoire et de littérature j5 

volume. Il y a aussi beaucoup de lettres dont Manzoni est l'objet sans 
en être Fauteur ni le destinataire ; elles sont écrites surtout par sa 
femme, Henriette Blondel, ses cousins le marquis Beccaria, Michel 
de Blasco et sa tille Carlotta, ses amis et directeurs spirituels, le cha- 
noine Tosi et l'abbé Degola. Il y a là des renseignements tout nou- 
veaux, précis, décisifs sur l'histoire de la conversion du poète et de 
l'abjuration de sa femme. Ce changement, qui devait avoir tant d'in- 
fluence sur son talent et fixer le sens de son effort en littérature, est 
l'œuvre des jansénistes français de l'église constitutionnelle : Degola, 
qui ht signer à la calviniste Henriette son acte d'abjuration, est un 
disciple de Port- Royal, correspondant assidu de Grégoire, ami de 
Lecoz et de Saurine. On voit par ses lettres, et par celles de Fauriel, 
la chaîne solide qui relie nos idéologues aux catholiques libéraux du 
Risorgimento, Ginguené, Tissot ou Cabanis à Gioberti. 

L'autre élément intéressant du recueil, ce sont les lettres de Man- 
zoni au moment où il travaille à Carmagnola, ses théories sur les trois 
unités, sur Shakespeare et sur le roman historique, les listes d'ou- 
vrages qu'il demande à Fauriel et où l'on voit figurer Lamothe-Hou- 
dart, Charles de Villers, Ducis, Schlegel et le Shaskespeare de Letour- 
neur, à côté de Voltaire, Laharpe et Lemierre. Il y aura là beaucoup 
à prendre pour les « comparatistes » et les historiens du romantisme 
français. M. Gallavresi apporte à son travail d'éditeur tout ce qu'il a 
de science et de conscience. Point de commentaire littéraire, mais des 
notes biographiques, historiques, bibliographiques copieuses, pré- 
cises, utiles, reciihées encore et complétées en appendice ; une dispo- 
sition typographique ingénieuse et nette, pour signaler ce qui est de 
Manzoni, et le séparer de ce qui est écrit à lui ou à son propos, enfin 
un index par noms et matières. Optime. 

R. G. 



W. Ai.TMANN. Ausge-wâhlte Urkunden ausserdeutschen Verfassungsges- 
chichte seit 1776, 2" édition augmentée. Berlin, Wcidmann, in-8", 1913, l->3o p., 
5 mk. 40 pf. 

L'auteur a déjà publié, seul ou en collaboration, trois recueils de 
textes constitutionnels se rapportant l'un à la Prusse, les autres à 
l'Allemagne au moyen âge et depuis 1806. Ce volume complète la 
série pour les pays non allemands, excepté l'Autriche-Hongrie, qui 
est considérée sans doute comme se rattachant historiquement à 
l'Allemagne. C'est une simple réimpression, sans introduction ou 
commentaire d'aucune sorte, destinée surtout, semble-t-il, à servir aux 
exercices d'explication des étudiants dans les séminaires historiques 
ou juridiques des universités. Les textes sont publiés in extenso, en 
traduction allemande pour la constitution espagnole de 18 12 et les 
documents suisses, russes et japonais, en français pour la constitution 
ottoiTiane, dans la langue originale, pour les documents américains, 



y6 REVUE CRITIQUE 

français, italiens et belges. 11 serait facile de signaler des lacunes, par 
exemple l'absence des sénatus-consultes français de i852, 1860, 1867 
et iSjo, ou des constitutions espagnoles postérieures à 181 2. Mais il 
vaut mieux sans doute accepter ce qu'on nous offre, en signalant les 
mérites réels du recueil : il est correct, bien imprimé, maniable et 
d'un prix relativement modique. II rendra donc des services, en atten- 
dant un ouvrage un peu plus complet et dont l'auteur ait fait œuvre 
plus personnelle. Mais combien de temps devrons-nous l'attendre ? 

R. G. 



Robert Lkvy, Histoire économique de l'industrie cotonnière en Alsace. 
Étude de sociologie descriptive. Paris, Alcan, 19 12. xxiii-3i3 fr. 10 fr. 

Ce livre n"a pas précisément le caractère d'un travail historique. 
L'auteur a commencé son travail muni d'un questionnaire fourni par 
un sociologue théoricien, qui présente l'ouvrage au public, et signale 
que cette étude descriptive « ne veut être qu'un instrument de la 
théorie », et doit servir à vérifier l'exactitude de telle doctrine d'Adam 
Smith ou de Karl Biicher. Nous n'avons pas à l'apprécier à ce point 
de vue. Mais on ne peut négliger de marquer l'utilité, pour les histo- 
riens, des recherches de M. L. Il a fouillé les archives locales, les 
dépôts de Colmar, Strasbourg, Nancy, Bâle, etc., et ceux de Paris, 
s'est procuré des renseignements auprès des industriels et des fonc- 
tionnaires, enfin connaît bien la littérature de son sujet. 

Il étudie d'abord, sommairement, les origines de la grande indus- 
trie du coton en Alsace; ensuite, la prenant en elle-même, il analyse 
l'objet et l'importance de la production, puis l'organisation de l'indus- 
trie (distribution géographique, forme de l'industrie, division du tra- 
vail). L'étude des conditions de vente (étendue et organisation du 
marché, adaptation de la production à la demande 1 termine le volume, 
et est faite, plus spécialement, suivant un ordre historique. Les con- 
clusions ne sont pas dégagées, sans doute parce que l'auteur a craint, 
en se résumant, de ne pas paraître assez « scientifique ». Il insiste 
cependant sur le fait que l'industrie alsacienne du coton travaille, de 
tout temps, une matière première exotique pour un marché exotique. 
Fournis de coton d'abord par les Antilles, puis par l'Egypte, enfin 
par les Etats-Unis, les industriels ont vendu leurs produits sur un 
marché de plus en plus étendu. On n'a pas vu pour cela se trans- 
former radicalement ni même se modifier d'une manière très sensible 
la distribution géographique des usines, ou la spécialisation des indus- 
tries. Les trois espèces de fabrication, filature, tissage et impression, 
ont évolué d'une manière différente, et progressé inégalement, mais 
sont restées liées entre elles, et l'industrie est demeurée fixée dans la 
région montagneuse, j^'est ce dernier point qui est le plus intéressant 
pour l'historien, parce que cette fixité relative paraît due moins encore 



k 



d'histoire et de littérature 77 

à des causes d'ordre physique (présence de l'eau, des prairies, du com- 
bustible et de la houille blanche, qu'à une tradition industrielle et à 
l'existence séculaire d'une main d'œuvre et d'un personnel technique 
exercés. L'ouvrage est illustré de nombreux tableaux et diagrammes, 
et d'une carte montrant l'emplacement et l'importance des centres 
industriels en 1787, en 1845 et 1910. 

R. G. 

Halldôr Hermaknson, Islandica. Vol. \'I. Icelandic authors of to - day, Cornell 
University Library, Ithaca, New-York, igiS. 

Il est certain que l'Islande, grâce à la libéralité de feu Willard Fiske 
et au domaine relativement restreint de sa littérature, au labeur aussi 
et à l'assiduité de M. Halldor Hermannsson, va bientôt se trouver en 
possession d'une bibliographie à rendre jaloux plus d'un peuple voisin. 
J'ai déjà annoncé les cinq premiers fascicules annuels de ces « Islan- 
dica ». respectivement consacrés : aux sagas islandaises, aux Normands 
en Amérique, aux sagas des rois de Norvège, aux anciennes lois de la 
Norvège et de l'Islande, aux sagas mythiques et héroïques. Celui de 
cette année constitue une sorte de recensement des auteurs contem- 
porains avec notes biographiques, la liste de leurs travaux, l'indica- 
tion des principales études qui leur ont été consacrées. On est vérita- 
blement étonné, à le parcourir, de constater une aussi riche floraison 
en cette île que l'on s'imagine perdue et glaciale. Auteurs dramatiques 
comme Matthias Jockumsson et Johann Sigurjonsson ; romanciers 
comme Gudmundur Magnusson et Gunnar Gunnarsson ; philologues 
comme Finnur Jonsson et Bjôrn Olsen ; savants, philosophes, poètes : 
t'est une phalange dont ce petit pays a le droit d'être fier et qui lui 
permet d'espérer, maintenant surtoutqu'il va avoir sa pleine autono- 
mie, le plus bel avenir national '. 

Léon Pineau. 



E. LôsETH, Notes de syntaxe française. H (Videnskapsselskapets Skrifier. II. 
Hist.-Filos. Klasse. 1913, n» 3). Christiania, J, Dybwad, igiS, in-S» de 23 pages. 

M. Lôseth dont j'ai déjà eu à signaler ici (voir Revue critique du 
•8 juillet igi i) les Notes de syntaxe française, vient d'en publier de 
nouveau quelques autres. Cette seconde série, non moins courte que 
la première, est conçue et rédigée de la même façon : la doctrine en 
est en général assez sûre et elle dénote une certaine pénétration, mais 
les faits y sont aussi jetés un peu pêle-mêle. Ici, il s'agit d'abord de 
l'emploi du partitif et de l'article dans des locutions comme beaucoup 

I. M. Hatldôr Hcrmannson est évidemment convaincu qu'il ne trouverait en 
notre langue rien intéressant les Scandinaves, en général, les Islandais en particu- 
lier; sans doute il y a peu de chose; ce peu, qu'il ne mentionne pas, n'en consti- 
tue pas moins une lacune dans sa bibliographie. 



j8 REVUE CRITIQUE 

de s'opposant à bien des. Puis vient naturellemcni le cas de l'expres- 
sion du bon rin\ mais est-il bien exact de dire p. 7 que « l'article par- 
titif était en train de supplanter le de »? et en réalité y a-t-il en fran- 
çais un « article partitif », ou plutôt n'est-ce pas de qui a toujours cette 
valeur, qu'il soit accompagné ou non de l'article. Ceci n'est qu'affaire 
de définition, et je reconnais que dans son ensemble l'exposé de M. L. 
est acceptable : seulement, il analyse, il cite des opinions et des exem- 
ples, mais sans émettre de vues très personnelles, ni se préoccuper 
d'aboutir à une conclusion. Il ne faudrait pas, à la p. 10, ranger la 
phrase avec des bonnes sœurs parmi celles où i^e^ précède immédiate- 
ment l'adjectif; bonne sœur est un vrai composé. Ce qui est dit sur 
les verbes suivis de ti ou de avec Tinfinitif est bien sec et n'a guère de 
nouveauté. J'aime mieux, vers la fin. l'étude de quelques locutions spé- 
ciales, et en particulier celle de plus souvent pris au sens ironique dans 
la langue familière. M. L. a raison, je crois, de défendre l'opinion de 
Littréqui y voyait une réd\icx\on de le plus souvent (lui-même allègue 
un exemple de cette dernière forme qu'il a relevé chez P. de Kock ; il 
a raison aussi d'admettre l'ellipse de c'est ce que je fais, plus vraisem- 
blable que celles qui ont été proposées depuis. Mais l'intérêt — et il 
n'y a pas assez insisté — c'est que le xour plus souvent que soit devenu 
une vraie négation ironique et assez forte: il eût fallu à ce propos 
renvoyer au § 3 58 de la Neufran\oesische Syntax de M. Haas, et d'ail- 
leurs ce n'est pas seulement chez Balzac, mais dans L. Reybaud, 
Gavarni, etc., qu'on trouve des exemples de cet emploi. 

E. BOURCIEZ. 



Seconde lettre de M. L. Rey.naud. 

Poitiers, le 24 décembre 191 3. 
Monsieur le Directeur„ 

Je me vois obligé à mon grand regret de répondre encore une fois à M. Reuss, 
dont la réplique contient un passage qui dénature complètement le sens de mes 
explications. 

Tout d'abord je suis heureux d'apprendre que M. Reuss est l'auteur du compte 
rendu qui a motivé mes observations. Cela explique bien des choses. Je ne puis 
dans CCS conditions qu'exprimera M. Roustan mes vifs regrets de l'avoir mclé à 
une controverse désagréable. Il était d'ailleurs loisible à M. Reuss de dissiper 
ou de faire dissiper cette confusion puisqu'un mois s'est écoulé entre la rédaction 
de ma réponse et sa publication par la Revue critique. Dune façon générale il 
me paraît qu'il vaudrait mieux, lorsqu'on consacre neuf pages à « creinter » un 
livre, signer cela de son nom. 

Ceci dit, je maintiens que le compte rendu de .\1. Reuss, en dépit de ses dénéga- 
tions, était plein d'une malveillance inutile et qu'il s'appuyait d'une part sur une 
lecture trop rapide de mon ouvrage, de l'autre sur une connaissance insuffisante 
des questions en cause. Est-ce, oui ou non, de la malveillance que de chercher 



h 



D HISTOIRE ET DE LITTERATURE 79 

dans une œuvre sincère et probe, non seulement tous les bouts de phrase qui 
peuvent la ridiculiser (et il arrive ici que M. Reuss dans son zèle prend pour des 
expressions de mon crû, de simples citations de Thierry, Guizot, Gervinus ou 
Gœdeke) mais encore, d'essayer de susciter des inimitiés à son auteur en faussant 
la signification de certaines de ses déclarations, comme M. Reuss Ta fait dans sa 
note 2 de la page 387 et dans sa note i de la page 392 ; ou même de mettre en 
doute la probité de sa méthode comme l'a fait M. Reuss dans les dernières lignes 
de son compte rendu ? Est-ce fournir la preuve qu'on a lu avec attention l'œuvre 
dont on parle et qu'on a essayé de sonder les problèmes qu'elle agite, que de 
placer au xvi* siècle toute une série d'auteurs du xv et de s'étonner ensuite des 
conclusions du livre qu'on examine, comme l'a fait M. Reuss dans la note i de la 
page 3g3 ? Car, de deux choses Tune, ou bien M. Reuss n'a jamais entendu parler 
des genres littéraires auxquels je renvoie là, ou bien il n'a pas pris la peine de 
suivre mes explications. 

M. Reuss rappelle ses études et ses travaux d'historien. J'ai le plus grand res- 
pect pour les premières comme pour les seconds, n'étant moi-même qu'un modeste 
apprenti. Mais pourquoi faut-il qu'à quelques lignes de là M. Reuss fasse preuve 
du défaut le plus grave pour un historien, qui est de transformer immédiatement 
le sens des textes les plus précis ? J'avais dit à mon contradicteur dans ma 
réponse que la plupart des historiens allemands contemporains étaient d'accord 
pour admettre une influence décisive et prolongée de la civilisation celtique sur la 
civiUsation germanique ' ; pour M. Reuss cela devient l'affirmation de ma part que 
la plupart des historiens allemands reconnaissent avec moi que la civilisation 
allemande a toujours été dans une dépendance complète de la civilisation fran- 
çaise. En vérité !... Et M. Reuss part de là pour me menacer — c'est le mot 
— de mettre sous les yeux des lecteurs de la Revue critique, à l'avenir, tous 
les comptes rendus allemands qui démentiront cette assertion que je n'ai pas 
faite. Et, bien entendu, ce serait faire injure à M. Reuss que d'admettre un 
seul instant qu'il a pu escompter les « brillantes réfutations » qu'un livre comme 
le mien ne saurait manquer de provoquer en Allemagne, et qu'il les appelle même. 
Les lecteurs de la Revue critique peuvent être assurés d'avance que tout cela je 
l'ai prévu et l'attends non seulement avec sérénité mais avec plaisir. Tout de 
même, à la place de M. Reuss, j'aurais mieux aime ne pas écrire cette phrase-lâ. 

L. Reynaud. 

RÉPLIQUE DB M. Reuss. 

"Vu le ton personnel que M. Reynaud a cru devoir donner à sa seconde réplique, 
je renonce à poursuivre une discussion qui cesse d'être courtoise et j'abandonne 
avec confiance à nos lecteurs le soin de juger entre nous. 

Rod. Reuss. 



Lettre de M. Mac Laughlin. 

Ann Arbor, Michigan, le i" décembre 191 3. 

Veuillez me permettre de vous signaler une erreur qui s'est glissée dans le 
compte rendu de William Sharp, Fiona Macleod, A Memoir by liis wife Elisa- 
beth Sharp, compte rendu paru dans la Revue critique du 1 1 octobre dernier et 
signé Ch. Bastide. Selon ce dernier, Sharp se trouvant « dans une barque près de 

I. M. Reuss se plaint que je n'en cite qu'un : M. Feist ; en voici d'autres : 
Much, Lœwe, Rremer, Thurneysen, Kauffmann, pour ne parler que des plus 
importants. 



80 REVUE CRITIQUE d'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

l'île d'Iona, invoquait le démon des eaux et croyait le voir bondir de vague en 
vague ». En se reportant au livre p. 236, 237, édition Duffield et Company, New- 
York, 1910) on se rend compte que ce n'est pas comme cela que les choses se sont 
passées au juste, car dans la lettre que Sharp écrivit de Kjlcreggan et que 
M""* Sharp cite, il dit bien qu"il a lié connaissance avec un Celte d'Iona, et c'est 
celui-ci et non pas Sharp qui invoquait le démon des eaux, si même il est vrai- 
ment question d'une telle invocation. Pour le prouver, il ne faut que citer le texte : 
« He (i. e. the Celtic isleman from lona) kept chanting and calling a wild sea- 
rune, about a water démon of the isles, till I thought 1 saw it Icaping from wave 
to wave after us ». On voit bien que ni Sharp ni son ami d'Iona n'ont invoqué le 
démon des eaux, que, tout au plus, c'est le Celte qui Vévoquait, par conséquent, 
le très grand intérêt dans cet incident pour le psychologue n'existe pour ainsi 
dire pas. On doit ajouter qu'il y a loin de Kilcreggan où Sharp était à ce moment- 
là à lona où M. Bastide veut placer l'incident. 

William A. Me. Laughlin. 



Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. — Séance du g janvier igi4. 
— M. Senart annonce le décès de M. Huber, attaché à l'Ecole française d'Extrême- 
Orient 

M. Jules Toutain expose les principaux résultats de la huitième campagne de 
fouilles entreprise par la Société des sciences de Semur sur l'emplacement d'AIé- 
sia. M. V.Pernet. qui dirige ces fouilles, a découvert un ensemble de constructions 
de très basse époque, composé d'un bâtiment rectangulaire entouré d'annexés dont 
la plus importante est une salle ou cour presque carrée de 18 mètres de long sur 
17 mètres de large. A l'intérieur de ces annexes et autour de la salle rectangulaire 
ont été trouvés de nombreux sarcophages et débris de sarcophages chrétiens du 
haut moyen âge. Au centre de la salle rectangulaire, encore en place, existe un 
sarcophage en pierre, dont le couvercle est percé d'un orifice circulaire, suivant 
toute vraisemblance \int\fenestella par laquelle on pouvait atteindre des reliques 
spécialement vénérées. Sur le sarcophage on a recueilli une entrave et des clefs en 
fer, qui sont sans doute des ex-voto. La fouille a fourni en outre diverses boucles 
en bronze. Constructions, sarcophages, objets mobiliers remontent à l'époque 
mérovingienne et au début des temps carolingiens. L'ensemble ainsi mis à jour 
représente un lieu de culte chrétien établi autour du tombeau d'un saint ou d'une 
sainte. M. Toutain, par des comparaisons entre ces découvertes archéologiques et 
divers textes relatifs aux plus anciens cultes chrétiens institués sur le mont 
Auxois, montre que ce lieu de culte doit être considéré comme étant la basilique 
primitive de sainte Reine, connue par des documents du viii« et du ix« siècie, mais 
dont l'emplacement exact était lesté inconnu. M. Toutain montre entin des photo- 
graphies, des plans et des dessins, établis par MM. Fornerot et Baudoin, membres 
de la Société de Semur et collaborateurs des fouilles d'Alise. — M,\l. Cagnat, Jul- 
lien et Prou présentent quelques observations. 

M. Etienne Clouzot rend compte d'une mission de recherches qui lui a été confiée 
en 191 3 dans les dépôts d'archives du Sud-Est de la France pour la continuation 
delà collection des Fouillés des églises de France commencée par M. Auguste 
Longnon. 

M. Louis Havet fait une communication sur quelques passages des Bucoliques 
(VIII, 17 et ?o; 111, 102). 

Léon Dorez. 



Vimprimeur-gérant : Ulysse Rouchon. 



LE rVV EN-VELAV. — IMPRIMERIE PEYRILLER, ROUCHON ET GAMON. 



REVUE CRITIQUE 



D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 



N» 5 — 31 janvier — 1914 



Kessler, Isocrate et l'idée panhellénique. — Hippocrate, p. Gundermann; Apol- 
lonius Dyscole, p. Maas ; Musée, p. Ludwich; Inscriptions attiques, p. Nach- 
MANSON ; Extraits des scholies de llliade, p. Deecke ; Supplément à Euripide, 
p. d'ARNiM; Supplément à Sophocle, p. Diehl. — Sir Thomas Heath, Diophante 
d'Alexandrie. — Saint Jérôme, Lettres, p. Hilberg; Commentaire sur Jérémie, 
p. Rkiter ; Traités de saint Augustin contre les Pélagiens, p. Urba et Zycha; 
Saint Ambroise, le psaume CXVIII. p. Petschenig. — Harnack, Le Cyprien de 
Pontius. — Rodocanachi, Les monuments de Rome après la chute de ITJmpire. 

— HiGGiNsoN, Le Shepherds Calcnder de Spenser. — D. Brewster, Aaron Hill. 

— Faguet, La jeunesse de Sainte-Beuve. — Fleischer, Géographie linguistique 
de la Gascogne. — Schœnig. L devant consonne dans les dialectes du nord de 
la France. — Académie des Inscriptions. 



J. Kessi,er, Isokrates und die panhellenische Idée. Paderborn, Schôningh, 
1910; 86 p. (Studien zur Gesch. und Kultur des Altertums, IV, 3;. 

La dissertation de M. Kessler est un ouvrage clair, bien disposé, 
sans longueurs inutiles et sans étalage de vaine science. L'auteur a 
voulu tracer à grands traits le développement des idées politiques 
d'Isocrate, telles qu'elles se dégagent, selon lui, des écrits qu'il nous a 
laissés; et voici comment il expose les faits. Isocrate a toujours prêché 
l'union de tous les Grecs sous la forme d'une ligue ayant à sa tête une 
puissance forte. Dans sa première conception, cette puissance devait 
être Athènes; le Panégyrique :38o;, son premier écrit politique, ne 
révèle toutefois les plans d'Isocrate que d'une manière assez voilée, 
Sparte étant alors toute puissante. Le résultat d'une telle organisation 
serait la paix intérieure et extérieure, et l'indépendance vis-à-vis des 
barbares, car l'état qui aura l'hégémonie pourra alors conduire la 
guerre contre les Perses, expédition qui doit fortifier et consolider 
l'unité hellénique et rendre la liberté aux Grecs d'Asie, livrés au grand 
roi par la paix d'Antalcidas. Et de fait, la seconde confédération mari- 
time se constitua en 378, et si \e Panégyrique n'y contribua pas direc- 
tement, il a au moins, dit M. K., influé sur l'opinion publique dans 
un sens favorable àjla politique athénienne. Mais Athènes ne sut pas 
ou ne voulut pas comprendre la grandeur de son rôle: elle voulut 
dominer, et la guerre éclata entre elle et ses alliés (357-355i. Isocrate 
écrivit^ alors le lleo'. lv.pr;vY|; (356), et l'année suivante VAréopagitique, 

Nouvelle série LXXVH. 5 



82 REVUE CRITIQUE 

pour rappeler à Athènes que cette guerre lui est funeste, que sa 
conduite ne peut que l'affaiblir et détruire sa prospérité, et qu'il est 
temps pour elle de revenir à une démocratie modérée, en s'inspirant 
de la constitution de Solon et de Clisihène ; l'effet d'une telle politique 
sera que ses adversaires cesseront de l'attaquer en voyant qu'elle désire 
sincèrement la paix. Isocrate ne réussit pas; rien ne fut changé à la 
constitution, malgré les efforts d'Euboulos, et à l'extérieur Athènes 
dut, sous la pression des Perses, laisser ses alliés révoltés se retirer de 
la confédération; sa puissance était perdue. C'est alors qu'Isocrate 
songea, pour réaliser son idée d'une union panhellénique, à une autre 
puissance qu'Athènes. Il s'était adressé d'abord peut-être à Jason de 
Phères; puis il pensa à Denys de Syracuse, et au Spartiate Archi- 
damos ; finalement il se tourna vers la Macédoine, et écrivit le Phi- 
/î/7/70.v, sa première lettre à Philippe (346'. Ses idées n'ont pas changé; 
mais c'est Philippe qui maintenant doit réaliser cet idéal d'un chef, non 
d'un maître, qui, reconnaissant que l'amitié des Grecs et particulière- 
ment d'Athènes est préférable à la guerre, accomplira l'union des Grecs 
et marchera à leur tête contre les Perses. Que Philippe donc use à 
l'égard des Grecs d'une politique bienveillante et bienfaisante. La 
guerre rendit vaine cette tentative; une nouvelle lettre d'Isocrate fut 
inutile, et le Panathénàiqiie (339), 4^' exhorte Athènes à changer de 
politique, et qui donne à entendre que Philippe est le véritable héritier 
de la mission autrefois possible pour Athènes, ne changea rien aux évé- 
nements qui se précipitaient ; Athènes fut vaincue à Chéronée (338i. Si 
la troisième lettre à Philippe est authentique, Isocrate put espérer alors 
la réalisation de ses plans ; il put, avant de mourir (c'est une légende 
qu'il se soit laissé mourir de faim', constater ou du moins pressentir 
les tendances pacifiques de la politique macédonienne; et dans le fait 
le congrès de Corinthe fit l'unité de la Grèce 338 . L'expédition contre 
l'empire perse était réservée à Alexandre. De ce rapide examen de la 
propagande d'Isocrate M. K. a tiré des conclusions qui méritent d'être 
examinées de près. Les modernes ont exprimé des jugements fort 
différents sur Isocrate considéré comme publiciste et comme homme 
politique. Pour les uns, c'est un rhéteur superficiel et dénué de sens 
pratique, un idéaliste épris du passé, incapable de comprendre la poli- 
tique de son temps; pour les autres, c'est un esprit aux vues larges, 
sachant bien ce qu'il veut et prévoyant l'avenir, qui eut un pro- 
gramme d'action longuement réHéchi; et la meilleure preuve de la 
justesse de ses conceptions, c'est que ce programme s'est réalisé. 
M. Kessler se range nettement à cette dernière opinion. Est-ce à dire 
qu'il convainc ? Tout en reconnaissant qu'Isocrate est demeuré fidèle- 
ment et fermement attaché à son idée de panhellénisme, on peut 
cependant se demander s'il n'y eut pas dans ses vues une part de 
chimères; car il devait connaître Athènes, et voir que, sur la route où 
elle était engagée, il n'était pas possible de revenir en arrière; d'autre 



D'HISTOIRt: hT DE LITTÉRATURE 83 

part il semble bien qu'il ait imparfaitement pénétré les desseins de 
Philippe, car le congrès de Chéronée rendit celui-ci non pas le chef, 
mais le maître de la Grèce; la Macédoine eut, en apparence, l'hégé- 
monie; en réalité elle eut la domination. Quant à l'union rêvée, qui 
devait être une source de prospérité, de liberté et de paix, on sait 
combien elle fut factice, et les événements en firent rapidement la 
démonstration. 

My. 



Hippocratis de Aère, Aquis. Locis, mit dcr alten Iateini?chen Ueberseizung, 
hgg. von G. GuNDER.MANN. i()i I ; 3() p. — Apollonius Dyscolus de Pronomi- 
bus pars gcneralis, éd. P. M.aas, igif;44 p. — Musaios. Hero und Leandros, 
mit ausgcwâhltcn Variantcn uiui Scholien, hgg. von A. Ludwich, 1912 : 34 p. — 
Historische Attische Inschriftan ausgewàhlt und erklârt von E. Nachmanson, 
1913; 82 p. — Auswahl aus den Iliasscholien, zur Eintuhrung in die^ntike 
Homerphilologie, ausgcwalilt unJ georJnci von W. Dekcke, 1912; 92 p. — Sup- 
plementum Euripideum. bcarbeitei von H. v. .\rn'im, igiS; 80 p. — Supple- 
mentum Sophocleum, cd. E. Dieul, igiS; 33 p. 

Ces volumes font partie de la collection Kleine Texte fiir Vorle- 
siingen und Uebungen publiée sous la direction de M. Lietzmann 
(Bonn, Marcus et Weber), où ils figurent respectivement sous les 
numéros 77, 82, 98, iio, iii, 112, 113. 

L'édition de M. Gundermann^a pour but de donner un fondement 
sûr à l'étude critique du traité d'Hippocrate des Airs, des Eaux et 
des Lieux ; c'est pourquoi le texte est celui du plus ancien manuscrit, 
le Vaticanus 276, xii* siècle (V), qui est reproduit sans aucun change- 
ment. Sous le texte sont les leçons, différentes de V, de huit autres 
manuscrits, avec les corrections, nécessaires pour le sens, des éditeurs 
et des critiques. Il en est de môme pour l'ancienne traduction latine, 
qui est sur les pages de droite ; elle représente exactement la première 
main du Parisinus 7027, x*' siècle (P), et est accompagnée des leçons 
de la seconde main, de celles d'un Ambrosianus, et des corrections 
de Kuehlewein. 

Le texte d'Apollonius Dyscole. lUp' 'Avtcovjijl'.wv, est conservé dans 
un seul manuscrit, le Parisinus 2548 (A), les autres n'étant que des 
copies. .M. Maas le reproduit d'après les notes de Schneider, qui lui- 
même a usé de la collation de Guttentag pour donner son édition 
critique. L'annotation donne les leçons fautives de A, avec les noms 
de ceux qui ont émendé le texte, parmi lesi]ucls M. M. lui-même. 
Plus accessible que les grandes éditions, ce texte rendra service à ceux 
qui s'intéressent à l'histoire de la grammaire. 

La publication de M. Ludwich est une excellente édition critique, 
précédée d'une introduction dans laquelle il défend par de bonnes 
raisons la date qu'il a assignée à Nonnos (vers 400"), et par suite celle 
de Musée. Il y précise en outre le caractère étiologique de ce petit 
poème, et revendique pour son auteur, non sans raison, une place à 



84 REVUE CRITIQUE 

part dans le déclin de la poésie grecque. Le texte est constitué, con- 
formément au classement établi par M. L. dans une étude sur les 
manuscrits de Musée (1896), sur les groupes qu'il appelle groupe 
d'Oxford et groupe de Naples, qui se complètent et se corrigent mu- 
tuellement ; mais la tradition manuscrite est insuffisante, et plusieurs 
passages appellent encore une correction, quoique la critique conjec- 
turale se soit fréquemment exercée sur le texte. L'annotation donne 
un grand choix de variantes, de parallèles et de conjectures, ainsi que 
plusieurs des scholies contenues dans le plus ancien manuscrit, le 
Baroccianus 5o (B), qui ont été publiées en 1893 par M. L. A la fin, 
les deux lettres de Léandre et de Héro, attribuées à Ovide. 

M. Nachmanson nous donne une collection de 87 inscriptions 
atiiques, qui intéressent l'histoire d'Athènes. Elles sont rangées sui- 
vant l'ordre chronologique, et s'étendent depuis le vi' siècle avant 
J.-C. jusqu'à la fin du iii^ de notre ère. Comme la publication est 
destinée aux étudiants, M . N. a jugé bon de mettre en tête du volume 
quelques notions élémentaires sur les recueils d'inscriptions, sur les 
alphabets attique et ionien, et sur la rédaction matérielle des docu- 
ments ,' Cette collection aura son utilité, surtout à cause du commen- 
taire qui accompagne chaque inscription, et qui, malgré sa sobriété, 
ne néglige aucun renseignement important ; les noms propres, par 
exemple, sont toujours munis, quand il y a lieu, de la référence à la 
Prosopographia Attica de Kirchner. Un index des faits notables de 
la langue et de l'orthographe aitiques sera également utile. On désire- 
rait que les titres de chaque document fussent plus en relief; disposés 
sans intervalle entre la première ligne du texte et la dernière de l'ins- 
cription précédente, ils ne se détachent pas avec assez de netteté. 

Le but des Extraits choisis des scholies de l'Iliade était de donner 
aux lecteurs une idée de la méthode et du genre de travail des com- 
mentateurs d'Homère, et par conséquent de leur faire comprendre la 
tendance et la valeur des différentes espèces de scholies. Il fallait pour 
cela former certains groupes, soit d'après les noms des commenta- 
teurs, soit d'après la nature des annotations. M. Deecke s'est habile- 
ment tiré de cette difficulté en établissant quatre divisions principales : 
1° Les scholies qui peuvent éclairer sur les principes des Alexandrins 
(Zénodote, Aristophane, Arisiarque), sur les sources dont ils dispo- 
saient, et sur les raisons de leurs athétèses; 2° Celles qui ont été 
extraites des ouvrages d'Aristonicos, de Didyme, d'Hérodien et de 
Nicanor; 3° Les scholies explicatives du texte; 4° Les commentaires 
mythologiques ou allégoriques. Un dernier chapitre contient des 
scholies aux vv. 223-252 du chant IX, et dans un appendice sont don- 
nés un choix des scholies genevoises au chant XXI, ainsi qu'un frag- 
ment d'Eraiosthène se rapportant au chant XVIII,486. Ainsi com- 
pris, ce petit volume pourra donner une idée de ce qu'étaient les 
principes de critique des anciens exégètes, à la condition toutefois 



d'histoire et de littérature 85 

qu'on soit déjà assez avancé dans Tétude d'Homère. Toutes les fautes 
typographiques n'ont pas été corrigées dans l'erratum p. 88 ; par 
exemple p. 7, 1. i5 r.oÀuj-rxcpsXo; ; 16, 16 oi sans accent; 35, 7 ô^otôvco; ; 
35, II r,êo'jXô[j.£oa; 44, 7 eacsO/;. 

Sous le titre de Supplemeiitum Euripideum, M. von Arnim a réuni 
les fragments d'Euripide qui ont été publiés depuis la seconde édition 
des Fragmenta tragicorum de Nauck, et, pour que le lecteur ait une 
idée plus claire et plus complète de ces tragédies, au moins de ce que 
l'on peut en savoir, les fragments antérieurement connus; il a ajouté 
en outre les arguments de chaque pièce. Ces morceaux, dont plu- 
sieurs sont fort imponants, étant donnés leur étendue et leur bon état 
de conservation, appartiennent aux pièces suivantes : Antiope, les 
Cretois, les deux Mélanippe, r, aocpr, et r, rjn>^M-:i, Œnée, Pirithoiis^ 
Sthénébée, Hypsipyle et Phaéthon ; en appendice, un nouveau frag- 
ment de la tragédie iniitulée Archélaos. La Vie d'Euripide, de Saty- 
ros, d'après les papyrus d'Oxyrhynchos, vol. IX, sert d'introduction. 
Le texte est accompagné de notes critiques, parmi lesquelles se 
trouvent bon nombre de conjectures intéressantes de M. v. A., desti- 
nées à remplir les lacunes des vers mutilés. 

Dans le Siipplementum Sophocleum on trouvera les fragments les 
plus importants de la trugcdie Eurypylos, le peu qui reste de \"\/y.'.ù)v 
X'jXÀoyo;, et des fragments n'excédant pas quelques mots, que ht con- 
naître récemment la publication de Reitzenstein, der Anfang des Lexi- 
kons des Photios. Mais le morceau capital est le drame satyrique Les 
Ichneiites. M. Diehl en donne le texte conformément à l'édition de 
Hunt dans la collection d'Oxford, à part quelques lectures et quelques 
restitutions différentes; l'annotation critique met au courant des 
recherches dont le texte a été l'objet jusqu'ici, et en dessous est une 
autre série de notes contenant des comparaisons avec d'autres poètes 
et des remarques sur la langue ; de tout cela résulte que cette petite 
édition est commode et instructive. V. 21 3 lire Àa/.TfffijtaT-.v. 

M Y. 



Sir Thomas L. Heatii, Diophautus of Alexandria, a study in ihe hifior)- of 
grcek .Mgebra. Second édition, with a suppicincnt containing an account of 
l'ermats thcorcins and problems conncctcd with Diuphantinc analysis and somc 
solutions of Diophaniine problems by Euler. Cambridge, University Press, 
1910 ; viii-387 p. 

Il y a près de trente ans que M. Heaih a donné au public anglais sa 
traduction de Diophante ; elle fut rapidement épuisée. Aujourd'hui, 
après ce long intervalle de temps, il a pensé qu'il pouvait perfection- 
ner ce qu'il appelle une œuvre de jeunesse, et il en donne une seconde 
édition, qui sera la bienvenue des mathématiciens. Diverses circons- 
tances, en etfet, ont fait que l'ouvrage devait certainement gagner à 
une révision. La traduction en allemand, par Wertheim, de VArith- 



86 REVUE CRITIQUE 

métiqiie et des Nombres polygonaux, accompagnée des notes de Fer- 
mat également traduites, et particulièrement les travaux de Tannerv 
et l'excellente édition qu'il a donnée du texte de Diophante et de ses 
anciens commentateurs grecs, ont résolu plusieurs questions contro- 
versées et apporté la lumière en un certain nombre de passages 
obscurs. M. H. a donc amélioré et complété son travail. L'introduc- 
tion est presque entièrement remaniée ; ses six chapitres portent, les 
premiers sur Diophante et son oeuvre, sur ses manuscrits et sur les 
travaux auxquels ses traités ont donné lieu,. tandis que les suivants 
s'occupent de la notation, des définitions et de la méthode générale 
du mathématicien grec. Un supplément, qui intéresse non seulement 
les théories de Diophante, mais aussi l'histoire des mathématiques, 
comprend des notes et des problèmes de Fermât, et M. Heaih ter- 
mine son volume en ajoutant quelques-unes des plus remarquables 
solutions proposées pour des problèmes difficiles de Diophante par 
Euler, qui, comme on le sait, s'occupait beaucoup de démontrer les 

propositions de Format sur la théorie des nombres. 

Mv. 



I. Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latiiiorum. Vol. LV. S. Eusebii Hiero- 
nymi Opéra Sect. I Pars 11). Epistulanim Pars II: Epistulae LXXl-CXX. Re- 
censuit Isidorus Hilberg. \'indobonae, F. Tempsky, Lipsiae, G. PVeytag.. 
MDCCCCXII. Prix: 16 M. 

II. Corpus Scriptorum Ecclesiasiicnruir. iatinoruin. \'ol. LIX. S. Eusebii Hiero- 
nymi Opéra (Sect. 1 Pars 11): In Hieremiam Pvoplietam libri 5t'.v. Rccensuit 
Sigofredus Reiter, MDCCCCXIII. Prix : 20 M. 

m. Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum latinorum. Vol. LX. Sancti Aureli Au- 
gustini Opéra (Sect. Vlll Pars 1) : De peccatoriim meritis et remissione et de 
baptismo paruuloritm ad Marcellinnm libri très ; de Spiiittt et littera liber tniiis ; 
dénatura et origine animi libri qiiatliior; contra dtias episttilas Pelagianorum 
libri quattuor . Ex recensione Caroli F. L'rba et Josephi Zvciia, MDCCCCXIII 
Prix : 22 M. 

IV. Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum latinorum. \'ol. LXll. S. Ambrosii 
Opéra. Pars V : Expositio Psalmi CXVIII. Recehsuit M. Petschenig, 
MDCCCCXIII. Prix : 16 M. 

I. M. Hilberg a déjà publié dans le Corpus cw 1010 les soixante-dix 
premières lettres de saint Jérôme. Ce nouveau volume en renferme 
cinquante autres. Quelques-unes, il est vrai, ne sont point de Jérôme, 
mais de ses correspondants, Pammachius, Oceanus, saint Epiphane, 
Anastase, Théophile, saint Augustin, etc.; telle pièce, qui n'a rien 
d'épistolaire, figure également dans la collection, par exemple la pré- 
face rédigée par Kufin pour sa traduction du lUo: 'As/<ov d"Origène 
(n"^ LXXX) '. Au total, une trentaine de lettres appartiennent en pro- 
pre à Jérôme. Elles se réfèrent à une période de huit années environ 

I. La présence de cette pièce s'explique parce fait que Jérôme en parle dans la - 
lettre LXXXl. où il se plaint à Rotin des attaques plus ou moins ouvertes que celui- 
ci y avait dirigées contre lui. 



d'histoire et de littérature 87 

^398-4061. Elles sont d'un intérêt très divers, mais qui jamais ne 
languit : ce sont des consultations sur rÉcriiure (v. g, n°* LXXII 
et s., LXXXV, CVI, etc.), des envois de condoléances, qui tournent 
parfois à la notice nécrologique ou à loraison funèbre, comme la 
lettre C\'i 1 1, sur la mort de Paula (p. 3o6-35i) ; des conseils spiri- 
tuels pour le perfectionnement intérieur (n" LXXIX, CXVIl, etc.). 
L'Ep. CVII est un véritable traité de l'éducation des filles. Ailleurs 
Jérôme met ses amis au courant de ses polémiques et plaide sa propre 
cause (n^s LXXXll ; LXXIV; XCVII, etc.); ou bien il rompt des 
lances-contre saint Augustin, soit à propos de la véritable interpréta- 
tion à donner de 1" Epitre aux Galates, 11, 11 et s., soit pour défendre 
contre le conservatisme un peu timoré de l'évèque d'Hippone son 
entreprise de traduire les Livres saints d après Thébreu, et non d'après 
le grec des Septante. Jérôme est tout entier dans ces pages, avec son 
imagination ardente, ses passions fougueuses, sa nature éruptive. 
Parmi les Pères de l'Eglise il n'est point de physionomie plus vigou- 
reuse, ni dont on n entrevoie mieux, après tant de siècles écoulés, à 
travers la lettre morte, la vie, l'expression et la flamme. 

Une vingtaine de lettres seulement restent encore à paraître. On 
peut donc compter que, dans un prochain volume, M. Hilberg s'ex- 
pliquera sur la tradition manuscrite des lettres de Jérôme. 11 a ajourné 
cet exposé jusqu'à l'achèvement de son travail. Mais, conformément 
à la méthode qu'il avait suivie dans le tome précédent, il cite pour 
chaque lettre la liste des mss. qui lui ont servi à en constituer le texte. 
11 semble s'èire montré très prudemment économe de corrections 
personnelles. 

II. Le commentaire sur le prophète Jérémie est une des dernières 
oeuvres que saint Jérôme ait composées. Il le commença à Bethléem 
vers 41 5, et, quand la mort le prit, en 420, il n'avait encore expliqué 
que trente-deux chapitres en six livres. Son travail est donc resté ina- 
chevé. On s'accorde à le considérer comme un des plus remarquables 
du grand exégète. A mesure qu'il se détachait davantage de son admi- 
ration de jadis à l'égard d'Origèné, il apercevait mieux le péril de la 
méthode allégorique, qui est de substituer au sens naturel des textes 
un sens symbolique, dont presque rien ne limite l'arbitraire; et il se 
tournait de plus en plus vers des enquêtes positives, moins flatteuses 
pour limagination, mais autrement fécondes pour la pleine intelli- 
gence du passé. Au surplus, même dans ce traité, il continue d'utiliser 
les travaux de son ancien maître, quitte à le critiquer sans bienveil- 
lance : dclirat allegoricus interpres est une formule irrespectueuse 
qui y revient une dizaine de fois. 

L'édition de M. Reiter est faite avec un soin extrême. Ses prolégo- 
mènes ne comprennent pas moins de 11 7 pages. Il y prête une atten- 
tion spéciale aux problèmes que soulève l'état du texte latin de Jérémie, 



88 REVUE CRITIQUE 

tel que le donne Jérôme. En léte de chaque paragraphe, Jérôme cite, 
en effet, le passage qu'il va commenter. Or il disposait i° du texte 
hébreu de Jérémie; 2° de la version grecque des Septante et des ver- 
sions dAquila, Symmaque et Tiiéodotion ; 3" de sa propre traduction 
(la « Vulgate »), rédigée d'après l'hébreu, et achevée avant 392; 
4° dune ou plusieurs traductions latines des Septante composées par 
des auteurs inconnus de nous, et antérieures à la Vulgate. M. Rieter 
s'est attaché à classer avec précision les emplois que fait Jérôme de 
ces ressources diverses. L'aménagement de ces rubriques a dû lui 
coûter beaucoup de peine, car rien de plus capricieux que la méthode 
de Jérôme : il puise tantôt ici, tantôt là sans s'astreindre à un ordre, 
à une suite, aune règle. Il faut retenir cette remarque de M. R., que 
là où Jérôme cite sa traduction personnelle, il arrive que telle leçon 
fournie par les mss. du Commentaire soit manifestement préférable 
au textus receptus de la Vulgate. 

Pour l'établissement de la présenté édition, M. Reiter a laissé de 
côtelés mss. du xn" siècle et au-delà. Il s'est attaché en tout premier 
lieu au Codex Liigdunensis n° 468, du vr' ou vu'' s. Ce ms. conservé à 
la bibliothèque de Lyon est mutilé : il ne donne que les trois premiers 
livres et à peu près la moitié du IV^ Heureusement, en iSqS, l'érudi- 
tion si perspicace de L. Delisle reconnut la partie manquante dans un 
ms. provenant de la bibliothèque du baron Dauphin de Verna et 
acquis par la Bibliothèque Nationale (Nouv. acq. lat. 602). Une lacune 
subsiste entre les deux parties disjointes : on en relève une autre encore 
au livre VI : mais elles peuvent être comblées toutes deux par six 
autres mss., du ix*" au xi" siècle, apparentés au Liigdunensis.M.. Reiter 
reconnaît au Codex Liigdunensis la plus haute valeur; rédigé par un 
scribe lettré, qui sans nul doute savait aussi le grec, il a été en outre 
corrigé par deux mains successives, de la façon la plus intelligente : 
« Huic igitur rarae fidei raraeque uirtutis codici editionem meam 
superstruxi, déclare M. R., ut nisi summa necessitate coactus ab eius 
auctoritate nunquam recedcrem » p. ex). lia utilisé par surcroit un 
certain nombre d'autres mss , dont il estime qu'ils remontent tous — 
y compris L — à un archétype. Je renvoie au stemma qu'il dresse 
p. 102. 

Les Indices s'étendent sur i32 pages. L'éditeur s'en excuse presque. 
C'est modestie excessive que de se disculper d'un service rendu. Dans 
\ Index grammatical, il renvoie souvent aux travaux de Bonnet, 
Goelzer, Hoppe, Lôfstedt, etc. 

III. De tous les écrivains ecclésiastiques latins, c'est saint Augustin 
que le Corpus a jusqu'ici le plus favorisé. Le récent volume dû à 
MM. Urba et Zycha est le dix-huitième dont ses œuvres forment la 
matière. Il comprend cinq traités connexes aux luttes d'Augustin 
contre le Pélagianisme : ces traités furent publiés entre 41 2 et 420. 



d'histoire et de LITTEKATURE 89 

Je gage que si M. Louis Bertrand les avaient lus d'un peu près, et 
d'autres semblables, il aurait setisiblement retouché ou complété la 
physionomie de son saint Augustin '. Une àme passionnée, prompte 
aux larmes, toute pétrie de tendresse, oui, sans doute, Augustin fut 
cela ; mais il lut aussi un théologien d'une dialectique impitoyable, 
pour qui, sans la grâce divine, le genre humain n'était qu'une massa 
perditionis, et qui vouait à l'enfer les petits enfants morts sans bap- 
tême, — les frustrant de cette medietas même, de cet état intermé- 
diaire que réclamaient pour eux les Pélagiens \ Comment une rigueur 
si désespérante s'associait-elle au fond le plus riche d'humanité, de 
modération, de bonté, voilà ce qu'on aimerait que nous eût montré 
un psychologue aussi expert que M. Louis Bertrand. 

Dans leur préface, MM. Urba et Zycha indiquent la tradition 
manuscrite de chacun des cinq traités. Pour le De Pecc, meritis, ils 
se sont servis de dix mss., dont six du vu'' au x' siècles : ces mss se 
divisent en deux familles de cinq, et remontent à un archétype. Le 
principal représentant de la première femille est le Codex Lugdunensis 
n. 6o3, s. viii-x, qui renferme aussi le de Spir. et Littera; en tète de 
la seconde, se détache le Codex Augiensis XCV. s. x. Mêmes mss., 
de peu s'en faut, pour le de Spir. et Littera : il y a lieu d'y ajouter 
pourtant le Codex Oxoniensis Laud . Mise. 134, s. x. Le texte du de 
Nalura et Gratia a été établi d'après huit mss. du vm'^ au x'' siècle 
que les éditeurs ont renoncé à diviser en familles ; celui du de Natiira 
et Orig. Animae, d'après onze mss. du i\° au xii* siècle. Enfin les 
quatre livres Contra diias Epistiilas Pelagianorum procèdent de neuf 
mss., du ix^ au xiii" siècle, qui seraient sortis de la même bource, 
mais qui auraient échangé maintes leçons en des contaminations ulté- 
rieures. La plupart dos collations sont dues à M. Urba. On notera 
que VIndex du volume se réfère, non pas seulement au présent tome, 
mais aussi au tome XXXXII publié en 1902 par les mêmes éditeurs. 

IV. Il est remarquable que saint Ambroise ait trouvé le loisir de 
tant écrire au milieu d'une vie si occupée et qui appartenait à fous. 
Ce qui explique en partie cette abondante production, c'est qu'il 
faisait sortir la plupart de ses opuscules de sa tâche quotidienne de 
prédicateur : il se contentait de rédiger ses sermons, en se servant 
sans doute d'une sténographie. C'est en coordonnant ainsi à son 
activité pratique son activité littéraire qu'il réussit à mettre sur pied 
ses commentaires, qui sont peut-être dans l'ensemble de ses écrits 
ceux où il atteste, en dépit de la réelle médiocrité de son talent, le 
plus de qualités proprement littéraires. 

1. Paris, Fayard, igi 3. 

2. De peccat. meritis et )emiss.,\-, xxviti, 55 (Urua et Zyciia, p. 04). Il fait pour- 
tant une concession à la pitié [ibid., I, xvi, 2t : p. 20) : la damnatio à laquelle ces 
petits (itres sont promis sera omnium milissima. 



pO REVUE CRITIQUE 

Son œuvre excgétique remplit dcjh trois volumes du Corpus de 
Vienne (Vol. XXXI 1, pars I, 11, IVi. M. i\'tschenig vient d'y publier 
VExpositio Psalini GXVIII. Restent encore les Enarrationes in XII 
Psalmos Dauidicos qui ne tarderont pas à paraître, par les soins du 
même éditeur. 

Le Psaume CXV^III est divisé, comme on sait, en vingt-deux giou- 
pes de huit versets, chacune de ces strophes ocionaires étant précédée 
d'une des vingt-deux lettres de Talphabet hébraïque. Il a fouini à 
Ambroise la matière de vingt-deux tractatiis de longueur divcise, où 
l'on peut relever maints vestiges des homélies prononcées entre 386 
388, qui en formèrent la trame '. Ainsi se constitua cet ample commen- 
taire, où les considérations morales et allégoriques remportent de 
beaucoup sur l'exégèse littérale, et dont l'intérêt parait bien" somno- 
lent, si on se rappelle de quelle vie Saint .Jérôme, par exemple, sait 
animer ses paraphrases scriptuaires. 

L'Expositio Psalmi CXVIII nous est parvenue en plus de cent 
manuscrits, lesquels sont presque tous du xii*^ siècle ou plus récents 
encore : la moitié environ appartiennent à des bibliothèques françaises. 
M. Petschenig, qui a pu utiliser les collations préparées par Maxi- 
milien Ihm, avant sa mon, pour le Corpus, en a pris huit comme base : 
un Atrebatensis (— ms. d'Arras) du ix<= siècle ; un Candauiensis (= ms. 
de Gand) du x« siècle; deux Monacenses du x" et du xi^-xii^ siècles ; 
deux Parisienses, du x" et du_xii^ siècles; un Reginensis du x'' siècle ; 
enfin un Treuericus du xi'= siècle. Aucun de ces mss. ne lui paraît 
avoir sur les autres de supériorité marquée, et il est à peu près impos- 
sible de les constituer en familles, en raison de la confusion des leçons. 
L.t Paris iensis i5639 saec. XII, coUaiionné par M. Henri Lebègue, a 
permis à M. Petschenig de combler d'importantes lacunes. Outre ces 
huit mss., P. a collationné partiellement, sans grand résultat, sept mss. 
et il en a examiné dix autres. Sa recherche méthodique des mss. les 
plus anciens assure à son édition une supériorité marquée sur celle des 
Bénédictins (i686), que Ballerini (1876) n'a guère fait que reproduire. 

Le présent volume renferme un Index des textes scripturaires et des 
auteurs profanes utilisés par Ambroise. M. Peischenig a renvoyé à un 
prochain et dernier volume les Indices généraux, qui seront parti- 
culièrement précieux, étant donnée la pénurie d'études sérieuses sur 
la langue de Saint Ambroise. 

Pierre uv. Labriolle. 



I. Par ex. Ps. 118, I, I : sollicitus auditor dcbcs pracsumere; 3, 4 : ante hes- 
lernum lectum est; 20, 44 : Sebasiinni martyris, cuius liodie natalis est, ctc, etc. 
— D'autres formules semblent viser, non plus des auditeurs, mais des lecteurs. 
M. Petschknig en cont;Uit que dés le début ces homélies furent desiinécs à un 
public de lecteurs .• il me parait plus probable qu'elles furent introduites après 
coup par Ambroise d.ins la revision qu'il dut fuirc des notes prises par les tachy- 
graphes. 



I 

I 
t 



i 



DHISTOIHK ET DE LITTÉRATURE 9I 

Das Leben Cyprians von Pontius, die erste christliche Biographie, untcrsucht 
\on Adûi.f Harnack, Leipzig, nji^î (Texte und Untersuchungen, xxxix, 3). Prix : 
M 4. 

Quelques mois après Ja « passion » de saint Cyprien, un clerc de 
son entourage, nommé Pontius, entreprenait de fixer par écrit les 
traits de la physionomie morale du grand évêque. Intimement persuadé • 
que nulle figure aussi prestigieuse n'était apparue dans l'Eglise depuis 
les apôtres (... qui et talis esse post apostolos prior cœperat, î; xix), il 
voulut faire partager à la postérité son admiration en racontant les 
opéra ac mérita de Cyprien, depuis sa conversion jusqu'à son mar- 
tyre. 

On a pu démontrer que dès le iV siècle la Vie rédigée par ce Pontius 
était déjà liée au Corpus des œuvres de Cyprien. Actuellement on en 
connaît 23 manuscrits. 

La Vita Cypriani est la première biographie chrétienne, le premier 
spécimen d'un genre promis à une si remarquable fortune ' C'est à ce 
titre qu'elle a attiré la curiosité érudite de M. Harnack. L'infatigable 
historien a jugé superflu d'examiner à nouveau les données fournies 
par Pontius pour l'histoire de la vie de Cyprien. Ce travail a été excel- 
lemment accompli par M. Monceaux au tome II de son Histoire litté- 
raire de V Afrique chrétienne, et Harnack se contente d'y renvoyer ses 
lecteurs. Pour lui, il envisage la Vita Cypriani d'un autre point de 
vue. Elle lui apparaît comme un document historique d'une très 
haute importance. Un clerc, d'esprit assez ordinaire, de culture 
moyenne, étroitement assujetti comme tant d'autres à l'influence du 
défunt évoque, y exprime non pas ex professa, mais à propos d'un 
sujet qui lui tient à cœur, sa conception de l'Eglise, de la hiérarchie 
et de la vie chrétienne. Il est donc légitime de recomposer d'après son 
opuscule l'état d'esprit des communautés africaines vers le milieu 
du iii*^ siècle et le « type » de christianisme qui s'y était intronisé. C'est 
à cela même que s'emploie Harnack. Il donne (d'après l'édition de 
Hartel, sauf en six ou sept passages) le texte de la Vie, et il y joint un 
commentaire et même une traduction ; puis, en une série de chapitres, 
il en déduit des considérations d'ordre général. 

A qui serait curieux de se rendre compte de la méthode de Harnack 
je conseillerais tout particulièrement la lecture de cette récente bro- 
chure. La pièce sur laquelle il travaille ici est fort courte : le lecteur 
ne risque donc pas de s'égarer parmi les raisonnements de l'incompa- 
rable exégète. C'est merveille de voir avec quelle ingéniosité Harnack 
utilise les moindres nuances de son texte, avec quel art il oblige les 
données les plus fugitives à déceler la plénitude de leur sens et à venir 
se ranger dans les cadres qu'il a déterminés. Çà et là, je crois, quelques 



I. La Vie d'Antoiue, par Saint Athanase, la Vie de Saint Martin, par Sulpice- 
Sévère, pour ne citer que ces deux exemples, furent pcut-tître les plus remarqua- 
bles succès de libriyric de Inniiquité chrétienne. 



ga REVUE CRITIQUE 

partis pris d'ordre théologique ; mais la prépondérance est assurée 
presque partout à la critique la plus pénétrante, la plus richement 
informée, la plus dégagée des éruditions vaines, et la plus loyale. 

J'indique quelques-une des conclusions au.xquelles Harnack 
aboutit. 

A l'égard de Poniius, il se montre beaucoup plus favorable qu'on 
ne l'est communément. Certes cette biographie est très loin d'être un 
chef d"œuvre. Elle souffre en premier lieu du défaut commun à la 
plupart des Vies chrétiennes primitives : l'auteur n'ayant d'autre souci 
que de montrer l'exceptionnelle action du Saint-Esprit sur son héros, 
l'intérêt psychologique et proprement humain est un peu trop relégué 
au second plan. Puis les grandiloquences de la rhétorique y tiennent 
plus de place que le goiît moderne n'est disposé à l'admettre. Enfin 
le récit des faits offre des raccourcis parfois déconcertants auxquels le 
lecteur contemporain pouvait, il est vrai, suppléer aisément). Mais 
qu'on parcoure le chapitre IV de l'étude de Harnack : on apprendra 
à y estimer mieux le bon Pontius, sa discrétion à se mettre en avant, 
l'habile aménagement de maints détails dans sa narration, le caractère 
posé et raisonnable de son apologie d'où, à part une simple vision, 
toute légende, tout miracle même est exclu. Bien différent sera 
l'esprit de la biographie chrétienne à partir de Saint Athanase : la 
thaumaturgie la plus fastidieuse et parfois la plus choquante en cons- 
tituera désormais le fond. 

Dans cet opuscule qui ne visait à rien d'autre qu'à communiquer à 
autrui le respect et le pieux amour dont Pontius était animé à l'égard 
de l'évêque martyr, ce simple clerc a fidèlement traduit les idées de 
son maître sur le christianisme et son rôle par rapport à l'homme. 
M. Harnack s'est plu à analyser avec minutie les traits fondamentaux 
de ce christianisme de Cyprien, qui, avec les retouches introduites 
un siècle et demi plus tard par Saint Augustin, deviendra, estime-t-il, 
celui de toute Eglise chrétienne d'Occident (p. 5j-S5]. Il y retrouve 
finalement des éléments bibliques les plus nombreux et de beaucoup 
les plus importants), des éléments antiques, des éléments stoïciens. 
Toute cette chimie, aux manipulations de laquelle Harnack nous 
permet assister, est d'un bien grand intérêt. Sur un point au moins 
je garde des doutes. M. Harnack écrit (p. 72) : « In der ersten Haelfte 
des 3. Jahrhundertes hat sich der Klerikalismus in Form einer Hié- 
rarchie in der Kirche fest ausgebildet, und im Abendland brachie ihn 
Cyprian zum Abschluss ». Voilà une proposition à laquelle je ne 
crois guère. Oui certes, Cyprien, grâce à la fermeté de son caractère, 
à son talent d'écrivain, au prodigieux rayonnement de son influence, 
donna comme un prestige nouveau à la dignité épiscopale. Mais c'est 
bien avant lui que s'était constitué ce que Harnack appelle le Kleri- 
kalismus hiérarchique. Quand, par exemple, on voit le rôle que, dès 
la lin du second siècle, Tertullien — personnalité ardente, d'une 



d'histoire kt de littérature 93 

indépendance nerveuse et jalouse — attribue à l'évêque ', la prudence 
avec laquelle il maintient la priorité des droits du clergé, là même où 
il revendique ceux des laïcs % on ne peut admettre que le développe- 
ment ecclésiastique se soit déroulé dans les formes que Harnack vou- 
drait lui imposer. 

Harnack n'a pas manqué de prêter une attention spéciale à la langue 
de Pontius; il a même pris la peine de rédiger pour cette brève bio- 
graphie un index de dix pages qui complétera de la façon la plus utile 
les travaux de Bavard et de Watson sur le vocabulaire et le style de 
Saint Cyprien. Ce qui frappe surtout Harnack, c'est combien peu la 
langue des écrits d'édification a changé depuis Pontius : un pieux 
lecteur du xx« siècle ne s'y trouverait point dépaysé. Il n'y manque 
qu'un peu plus de mysticisme. De la mystique religieuse, c'est Augus- 
tin, disciple du néo-platonisme, qui incorporera plus tard le vocabu- 
laire et les formules dans.le langage de la piété chrétienne \ 

Pierre de Labriolle. 



E. RoDocANACiii, Les Monuments de Rome après la chute de l'empire, Paris, 
Hachette, 1914, gr. in-4% 209 p.. 52 pi. hors texte, 25 fr. 

On sait avec quelle ferveur M. E. Rodocanachi étudie depuis de 
longues années l'histoire monumentale et artistique de Rome au 
Moyen-àge, à l'époque de la Renaissance et dans les temps modernes, 
Cette dévotion passionnée à la Ville Eternelle est attestée une fois de 
plus, après les beaux ouvrages sur le Capitale^ Le Château Saint Ange, 
Rome au temps de de Jules II et de Léon X, par un nouveau volume, 
qui ne le cède en rien aux précédents. 

Après avoir rappelé les renseignements très précis que les auteurs 
du iv<= siècle de l'ère chrétienne, tels que Publius Vicxor et Claudien 
nous ont laissés sur le nombre considérable et la splendeur artistique 
des monuments de la Rome antique, M. Rodocanachi ajoute : « Or 
de la plupart de ces monuments il n'est rien resté De cent qua- 
rante ou cent cinquante temples de la Rome impériale combien ont 
entièrement disparu? De ceux qui subsistent, il ne reste, à bien peu 
d'exceptions près, que d'insignifiants débris ». Et c'est aussi le cas, 
ou peu s'en faut, pour les cirques, les stades, les thermes, les théâtres. 
Ce qui a survécu, si important que cela nous paraisse aujourd'hui, 
n'est pas comparable, même de loin, à ce qui a disparu. 

Quelles sont les causes de cette disparition? Rome souffrit sans 
doute beaucoup des invasions barbares et du sac opéré par Robert 

1. Les textes où Tertullien fait mention de l'autorité épiscopalclont été groupés 
par Brudkrs dans la Zeitsch. fur Kathol. Tlieol., X, 664-6Gr). 

2. Cf. P. DE Labriolle, dans le Bulletin d'Ane. Litt. et d'ArcItéul. clirét., III 
(igiSj p. 167-170: à propos du de Exliort. Castitatis, ^vii (Œhler, 1,1747.) 

3. Ecrire p. 2?, note sur i5, i. ucriLÏidisset : p. 26, 1. 8 forsitan. 



94 REVUE CRITIQUE 

Guiscard et ses soldats en 1084; mais après ces dévastations, les ves- 
tiges de l'ancienne Rome étaient encore innombrables. Sans doute 
aussi, il convient de reconnaître la part qu'ont eue dans la disparition 
de ces vestiges certaines causes naturelles, comme les tremblements 
de terre, les inondations, renvahissemcnt des édifices par une végéta- 
tion parasite assez puissante pour désagréger les matériaux et desceller 
les pierres. Mais le vrai coupable a été l'homme. L'histoire des monu- 
ments de Rome après la chute de l'empire est surtout l'histoire de leur 
destruction en quelque sorte quotidienne et continue par l'intervention 
répétée de l'action humaine. On les détruit au moyen âge pour bâtir 
des églises à leurs dépens; on enlève des colonnes, des marbres pour 
en décorer de nouveaux édifices, non-seulement à Rome, mais hors de 
Rome. On convertit des monuments antiques en forteresses, qui 
subissent des assauts répétés au xv" siècle. On alimente les fours à 
chaux avec des pierres et des statues antiques. La Renaissance, malgré 
son zèle apparent pour l'archéologie, ne protège pas mieux les restes 
du lointain passé. Le pontificat de Sixte-Quint, le xvii^ siècle ne sont 
pas moins funestes que le moyen âge aux anciens monuments. Le 
Septizonium est alors détruit ; les Trophées de Marius disparaissent ; 
des marbres antiques sont employés dans la reconstruction du tran- 
sept de Saint Jean de Latran, dans la décoration de la chapelle Bor- 
ghèse de Sainte Marie Majeure; sous Urbain VI II, l'œuvre de des- 
truction se poursuit. 

M. Rodocanachi raconte, à l'aide de nombreux documents puisés 
aux meilleures sources, cette histoire lamentable. Il insiste, dans la 
seconde partie de son ouvrage, sur quelques-uns des édifices qui ont 
le mieux échappé à l'anéantissement : sur le Mausolée d'Auguste, le 
Panthéon, les Thermes de Dioclétien, les arcs de Titus, de Septime 
Sévère, de Constantin, les monuments du Palatin, le Colisée, la basi- 
lique de Constantin, le Théâtre de Marcellus, etc. Grâce à des gra- 
vures des xvie, xviie et xviii'^ siècles, il montre les transformations 
successives de ces édifices ; il en replace sous les yeux du lecteur l'his- 
toire jusqu'à la période contemporaine que représentent de nom- 
breuses photographies. 

Une illustration, toujours documentaire et d'une exécution artis- 
tique impeccable, ajoute non-seulement à la beauté du volume, mais 
encore et surtout à la valeur de la démonstration et à l'intérêt du 
récit. En publiant ce nouvel ouvrage, consacré aux Monuments de 
Rome, M. Rodocanachi a mérité une fois de plus la gi'atitude de tous 
ceux qui connaissent Rome et qui ne peuvent s'empêcher de regret- 
ter, quelles que soient les prétendues nécessités de la vie moderne, la 
disparition des vieux quartiers, la substitution aux vestiges pitto- 
resques d'hier de constructions prétentieuses, en un mot la transfor- 
mation de la vieille Rome, si originale, si poétique, si colorée, en 
une ville banale, sans caractère et sans charme. j_ Toutain. 



D HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE q5 

.lames Jackson Higginson, Spensers Shepherds Calender in relatiouto Con- 
temporary affairs, New \'ork, Coluinbia Uni\ersity Press, i()i2, in-8", 314 pp. 
1 d. 5o. 

Dorothy Brevvster, Aaron Hill, Poet, Dramatist, Projector, New York, Colum- 

bia University Press, 1913, iii-8", 3oo pp. 1 d. 5o. 

Les anglicisants suivent attentivemeni les publications de Tuniver- 
sité Columbia. Nous avons eu l'occasion déjà d'en signaler quelques- 
unes. Les dernières sont peut-être plutôt des monographies sur des 
points de détail que des thèses à proprerneni parler. Par exemple 
M. Higginsun a cherché à démêler dans une des premières œuvres 
de Spenser, le poète anglais du xvi'^ siècle, les intentions satiriques 
et les 'allusions personnelles; M"'' Brewster, de son côté, a étudié un 
personnage très mince du xviiie siècle et dont l'activité n'a pas été 
exclusivement littéraire. Il serait difficile de demander à ces deux 
auteurs les qualités que nous avions signalées chez leurs devanciers, 
il y a une dizaine d'années, le goût des idées générales et la faculté de 
synthèse. De pareils sujets exigent des lectures abondantes, de la 
patience, l'habitude des recherches dans les bibliothèques. 

Le plan adopté par M. J. J. H. est très clair: dans une première 
partie il étudie la satire politique et ecclésiastique du Shepherd's 
Calender. Il voit dans cette œuvre une attaque dirigée contre Burgh- 
ley, le ministre d'Elisabeth, les évoques anglicans et l'Eglise d'Angle- 
terre. Spenser, dans sa jeunesse, était donc puritain. Le séjour qu'il 
ht en Irlande et divcis autres événements de sa vie que rappelle 
M. J. J. H., devaient plus tard modifier un peu ces opinions extrêmes. 
La deuxième partie fournit au poème une sorte de clé. L'auteur 
cherche à donner un nom aux différents personnages de ces églogues. 
Ainsi il croit que Cuddie est Edward Kirke, Palinode le D'Andrew 
Perne de Cambridge, Lobbin le comte de Leicester, etc. Dans le cas 
de Rosalind, il n'ose se prononcer. 

M"*^ D. B. n'a pas suivi l'ordre chronologique en racontant la vie 
•aventureuse d'Aaron Hill. Ce personnage remuant qui acquit une 
certaine notoriété de son vivant, est complètement oublié aujourd'hui. 
Tout Jeune il parcourait la Turquie et l'Orient et rapportait de ses 
voyages une relation où il jouait un rôle avantageux. L'économie 
politique sollicita ensuite son activité: il devint inventeur, « projec- 
tor», comme on disait alors, perdit de l'argent, engagea des procès 
retentissants et se rendit fort ridicule. Entre temps il se révélait 
auteur dramatique, tradiiisit Zaïre, Al^ire ei Mérope, « en les amé- 
liorant ». Inutile de dire qu'il fut journaliste et réussit à se faire rece- 
voir par les écrivains les plus remarquables du temps, Pope et 
Richardson entre autres. M'''" 1). B. donne en appendice une liste des 
ouvrages d'Aaron Mill ; on en compte une trentaine ; ils doivent être 
bien ennuyeux. Sa correspondance, en grande partie inédite, est con- 
servée au Musée de South Kensington, « en trois gros volumes in- 

<"ol'« »• Ch. Bastide. 



96 REVUE CRITIQUE 

Faguet (Emile). La jeunesse de Sainte-Beuve, Paris, Société franc. 'd'impr. et 

libr., i()i4. In-i'S de 338 p. 

Une des plus curieuses preuves de pénétration données par M. F. 
sera d'être parvenu à éprouver quelque sympathie pour la personne 
de Sainte-Beuve. Non qu'il ferme les yeux sur ses défauts, mais il 
aperçoit tout au fond de son âme des velléités, des souffrances qui ne 
sont pas d'un naturel absolument perverti. A certains jours tout au 
moins (p. 52 sqq.), Sainte-Beuve a rêvé une vie obscure, innocente, 
laborieuse, et, sur ce dernier point, il a fini par réaliser son idéal. 
Voilà ce qu'il fallait l'œil de M. F. pour découvrir. Néanmoins, à toutes 
les époques de la vie de Sainte-Beuve, il se mêle à toutes ses actions 
tant de calculs bas poursuivis jusqu'au succès, sa mélancolie a toujours 
été si uniquement un mécompte d'égoïste, que le personnage demeure 
foncièrement antipathique et qu'on souffre à suivre la patiente, la 
perspicace étude que M. F. nous présente de sa jeunesse. Le plus 
grand service à lui rendre sera toujours de cacher sa vie et de montrer 
la surprenante finesse de sa critique. 

La découverte que M. F. a faite de l'arrière-fond de son àme le 
dispose à l'indulgence pour sa prose et ses vers; à certaines pages il en 
signale les défauts, mais à d'autres il cite avec éloge des morceaux 
qu'il goûterait certainement moins chez un auteur qui ne lui devrait 
pas tant. Il fait très bien ressortir les défauts de Volupté (absence de 
personnages secondaires, analyse presque perpétuellement substituée 
au dialogue), des poésies de Sainte-Beuve (recherche de la grandeur 
dans la petitesse, du beau dans le terne), mais il omet de dire que 
poésies et romans de l'éminent auteur de Port Royal sont oubliés. 

Mais qije de vues lumineuses jetées à travers le volume! Vers 
1829, on parlait en chrétien pour ne pas être réputé voltairien, c est-à- 
dire classique. — C'est l'étude du sentiment religieux qui a mené 
Sainte-Beuve à l'histoire (p. g3]. — S.-B. n'a bien connu que les livres, 
les femmes et lui-même : il a rarement su observer les hommes avec 
qui il vivait (p. 101); il n'a rien à nous apprendre d'intime sur eux. 
M. F. aurait peut-être pu dire que c'est un effet de son égoïsme, mais 
aussi la preuve qu'il n'était pas machiavélique. —La Bruyère, qui sait 
si bien nous découvrir ses bonnes qualités, ne s'avise jamais de nous 
révéler ses défauts (p. 217-8). — S.-B. n'a été romantique que pen- 
dant sa liaison avec les Hugo ; c'est alors qu'il a été catholique et non 
pas seulement déiste comme Lamartine, qu'il a rêvé du moyen âge 
et poussé les confidences plus loin que tous les romantiques. 

Voici quelques objections de détail. Bien entendu, lorsque M. F. dit 
(p. 23 i) qu'.A.maury, dans Fo/n^/c, est catholique et royaliste et qu'il est, 
par conséquent, i83o en personne, c'est une manière de parler. Mais 
l'invraisemblance du dénouement de Volupté consiste, non en ce qu'un 
amoureux entre au cloître du vivant d'une femme qu'il aime avant 
d'avoir tenté les derniers efforts, mais en ce qu'un homme qui aime 



d'histoire et de littérature 97 

à la fois plusieurs femmes et qui par conséquent est avide, non d'affec- 
tion mais de plaisir, se sacrifie. — M. F. soupçonne à bon droit que 
S.-B. méprise les orateurs (p. 94) et en donne pour raison qu'il avait 
l'esprit scientifique; il faudrait ajouter qu'un égoïste ne les aime pas 
parce que l'éloquence fait appel en général au devoir; S.-B. n'aime 
pas les orateurs pour la même raison qu'il n'entre dans l'âme des 
saints qu'afin d'y découvrir, après leur héroïsme, leurs faiblesses. — 
M. F. trace une très intéressante histoire des jugements de S.-B. sur 
Ronsard et sur Chénier; il ne veut pas que les romantiques se récla- 
ment de l'un et^de l'autre qu'il appelle purs classiques ; pourtant l'un 
et l'autre ne s'inspirent pas habituellement de leur époque; de même 
qu'un romantique essaie de se faire oriental, anglais ou féodal, ils 
essaient de se faire une âme antique, ce que Racine n'a jamais sou- 
haité. — Don Juan n'est pas méchant parce qu'il voit dans les autres 
hommes des rivaux possibles, mais parce que ses victoires sur ce qu'il 
y a ici-bas de plus sacré, la pudeur, la chasteté, lui ont donné le 
mépris de l'espèce humaine qui ne lui paraît plus faite que pour 
subir la brutalité de ses caprices. 

Mais on ne mettra pas M. F. parmi les critiques qui pensent que, 
quand un écrivain a du talent, il est quitte du reste, et c'est ce qui 
importe, 

Charles Dejob. 



Fr. Fleischer. Studien zur Sprachgeographie der Gascogne. Halle, N. Nie- 
meyer, ig\?> ; un vol. in-S", de i25 pages et 16 caries Beihefte ^nr Zeits. f. 
rom. Pliil., n" 44). 

R. ScHOENiG, Rom. vorkonsonantisches L in den heutigen franzoesischen 
Mundarten. Ib., un vol. in-8''«.le xi-149 pages (Mèmecollection, n» 43). 

Les études qui servent de suppléments à l'ancienne Zeitschri/t de 
Groebcr se multiplient avec beaucoup de rapidité, et sont d'ailleurs de 
natuie diverse. Les unes nous offrent les résultats de recherches et 
d'enquêtes faites sur place, et ce sont bien entendu les plus impor- 
tantes : telle était par exemple l'étude de M. Wagner sur la phoné- 
tique des dialectes méridionaux de la Sardaigne (no 12 de la Collec- 
tion). Les autres se contentent d'ordonner et de classer des matériaux 
déjà recueillis — ce qui n'est point inutile d'ailleurs, et peut même en 
un sens être protitable si la besogne est bien faite. Il était à prévoir 
que la publication de l'Atlas linguistique de la France faciliterait les 
travaux de ce genre, et en ferait éclore un certain nombre. En voici 
deux. 

L Pour étudier les traits essentiels qui constituent la géographie 
linguistique de la Gascogne, M. Fleischer s'est entouré à distance de 
tous les'secours qu'il a pu trouver. Il ne s'est pas contenté de l'Atlas 
Gilliéron-Edmont, mais il a fait grand usage aussi du Petit Atlas que 



gS RKVUE CRITIQUE 

M. Millardei consacrait naguère à une importante région des Landes; 
il a consulté encore bien d'autres études, notamment celles de 
M. Sarrieu, et les articles publiés dans le petit journal Bouts dera 
Mountanho. Le résultat a été ce mémoire où il n'y a pas grande 
nouveauté peut-être, mais où l'idiome cependant se trouve assez 
bien caractérisé : nous voici loin de la thèse sur le consonantisme 
gascon où jadis M. Hemman n'avait guère fait qu'un index détaillé 
du recueil de textes de Luchaire ; loin surtout de la déplorable gram- 
maire gasconne parue à léna en 1894, et dont je ne veux même pas 
nommer l'auteur. Ce n'est pas que le présent livre soit parfait. Ainsi 
Je vois bien que M. F. a analysé les traits phonétiques principaux 
du Sud-Ouest de la France, mais je ne saisis pas très nettement 
dans quel ordre il en a présenté l'exposé, ni même s'il a eu l'intention 
de les ordonner. Car entia il eût été naturel, semble-t-il, de délimiter 
tout d'abord la zone gasconne à l'aide des phénomènes qui à l'Est et 
au Nord la séparent des idiomes voisins. Au lieu décela, pourquoi 
l'auteur commence-t-il ici par étudier la conservation du d iniervoca- 
lique ou son passage à ^ — phénomène important, je le veux bien, et 
qui même a passé trop longtemps inaperçu, — mais qui ne donne en 
somme, du moins pour l'époque actuelle, qu'une limite intérieure? 
Après cela il examine la production d'un a accessoire devant r initial, 
ce qui est au contraire un des traits spécifiques et fondamentaux de 
l'idiome. Puis de nouveau, avec l'étude de Vé accentué et de son 
assourdissement en œ dans une grande partie de la région landaise, 
nous voici revenus à une de ces particularités qu'on peut appeler 
sous-dialectale : il y a vraiment trop de caprice dans la façon dont se 
succède tout cela, car dune part M. F. n'a pas été du général au par- 
ticulier, ce qui eût été assez indiqué, et d'autre part il n'a même pas 
suivi l'ordre banal mais consacré et commode à certains égards qui 
consiste à examiner d'abord le consonantisme, puis le vocalisme, ou 
inversement. Après avoir étudié l'e, il revient au phénomène qui est 
probablement le plus spécifique de tous pour le gascon, je veux dire 
le double changement de // intervocalique en /•, et de // final en t. 
J'ajoute qu'ici, et en ce qui concerne le second de ces faits, l'exposé 
m'a paru superficiel : pour ma part, j'estime que dans toute la zone le 
produit originaire de // final a été un t' t mouillé), et que de ce f 
sont sortis tch au sud le long des Pyrénées, mais / explosif dans tout 
le reste de la zone. La chose serait à discuter. De plus, lorsque 
M. F. a prétendu déterminer la qualité de la finale féminine gasconne, 
il s'est heurté à un phénomène d'une délicatesse et d'une ténuité 
extrême, qu'il était mal situé pour apprécie^-, qu'on devrait étudier 
sur place et de très près, à l'aide d'instruments, sans même être 
assuré d'arriver à des conclusions fermes, tant les nuances sont iugi- 
tives. Il est arrivé à tracer en gros une limite acceptable quoique 
assez lâche entre l't^ et Vo : mais le peu qu'il dit du son a est erroné, 



I 



D HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 99 

et d'après son exposé on pourrait croire qu'il existe seulement du côté 
de Cauterets et dans la vallée de Saint-Savin. La vérité est tout 
autre. En réalité 1'^ final féminin se retrouve au fond de la vallée 
d'Ossau, dans presque toutes les vallées des Hautes-Pyrénées et de la 
Haute-Garonne; il se retrouve sporadiquement à l'est du Béarn du 
côté de Pontacq, et surtout plus haut encore dans toute une petite 
enclave très curieuse que constitue au sud du Gers le canton de Plai- 
sance et une partie de celui de Castelnau-Rivière-Basse. Comme c'est 
là un des faits que MM. Gilliéron et Edmont ont laissé échapper à 
travers les mailles trop larges du filet tendu, M. F. lui non plus ne 
paraît pas en avoir rien soupçonné. Comme traits morphologiques, 
il s'est borné à en étudier cinq ou six, et c'était en effet suffisant : 
parmi ces traits figure bien entendu la répartition de l'article, et 
notamment celle de et, era le long des Pyrénées. On y trouve aussi 
la distribution très caractéristique des troisièmes personnes du par- 
fait : mais il ne semble pas que l'auteur ait tenu compte du remplace- 
ment dans la flexion de ou par il au nord-ouest de la zone, c'est-à- 
dire dans le Bordelais. Les seize cartes qui terminent son volume sont 
évidemment d'aspect un peu fruste, mais elles donnent en gros une 
idée assez nette des limites décrites ; dans le cours du livre, M. Fleis- 
cher a peut-être abusé, sans que l'utilité en soit toujours démon- 
trée, des longues listes de numéros renvoyant à V Atlas linguistique, 
et il y a beaucoup de pages occupées par ces chiffres. Mais enfin, je le 
répète, étant donnés les matériaux dont il disposait, son travail est 
consciencieux et fait avec soin. 

H. M. Schoenig lui aussi a fait une étude d'une louable précision, 
reprenant pour la compléter surtout au point de vue géographique 
une question qu'avait déjà traitée M. Haas il y a quelque vingt ans, 
celle de / placée devant consonne dans les dialectes du nord de la 
France. Ici encore l'Atlas Gilliéron-Edmont a été le point de départ 
de la recherche, mais beaucoup d'autres sources ont été consultées, 
car la documentation est riche, quoiqu'elle présente peut-être cer- 
taines inégalités : ainsi en ce qui concerne le sud-ouest du domaine 
l'auteur a bien consulté trois ou quatre ouvrages relatifs à la Sain- 
tonge, mais il ne semble avoir utilisé aucun texte moderne originaire 
du Poitou. Il y en a cependant, et c'est là une lacune dans son infor- 
mation. On pourrait aussi critiquer le plan adopté : car s'il suit les 
neuf ou dix grandes divisions dialectales ordinaires, et que je n'ai pas 
besoin d'énumérer, pourquoi avoir seulement parlé au milieu, et en 
trois ou quatre pages, de la région centrale ? Puisque c'est dans l'Ile- 
de France que se trouve le point d'aboutissement considéré comme 
normal des phénomènes qu'il expose, il aurait mieux fait, semble-t-il, 
de partir de là pour rayonner ensuite dans tous les sens, et il aurait 
eu dès le début un point de comparaison tout indiqué. D'ailleurs, au 



lOO REVUE CRITIQUE D HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

lieu d'admettre une division dialectale toujours un peu fragile, et 
d'étudier dans chaque dialecte le sort de i ~ l, de a -\- /, etc., il 
aurait pu encore partir des phénomènes linguistiques eux-mêmes et 
en suivre successivement le développement dans tout le nord de la 
France, Car ce n'est pas seulement en somme le sort de / qui a été 
exposé ici, mais bien plutôt le sort des groupes où entre la consonne : 
j'ajoute que cet exposé fait en général honneur à la méthode scienti- 
fique de l'auteur, contient nombre de faits intéressants et bien classés. 
C'est un bon travail. On pourrait seulement reprocher à M. Schoenig 
d'avoir employé sans les expliquer des signes conventionnels un peu 
schématiques. Puis je ne comprends pas bien pourquoi, dès le début 
(p. 2 et 3), il a fait intervenir des mots comme Jîl ou fenil : en quoi 
ces exemples répondent-ils au titre de l'ouvrage, et en quoi v a-t-il là 
une / « devant consonne « ? 

E. BOURCIEZ. 



Académie des Inscriptions et Belles- Lettres. — Séance du 1 6 janvier iqi4. — 
M. Gagnât annonce qu"il a reçu de M. le D' Carton, correspondant de rAcâdémie, 
le texte d'une inscription découverte dans les fouilles exécutées, grâce a une sub- 
venrion prélevée sur la fondation Plot, dans les thermes de Bulla kegia. M. Gagnât 
la commentera prochainement devant l'Académie. De plus .M. le D'' Garton écrit 
que le déblaiement méthodique du monument lui a livré des parties très remar- 
quables de l'édifice, et notamment une construction souterraine. Devant le monu- 
ment se trouve un escalier en partie déblayé et qui devait avoir une quarantaine 
de mèires de largeur. 11 est très bien conservé et descend sur une rue dallée dont 
le revêtement est intact. 

M. Paul .Monceaux communique, de la part de M. Jules Renault, architecte à 
Tunis, une inscription chrétienne découverte en Tunisie au S.-E, d Hammam-Lif : 
{chrisme In ispe Dei Pascas[ius\. — .M. Glermont-Ganneau présente une observa- 
tion sur ce nom dé)à employé par les Juifs né le jour de la Pdqite). 

iM. Louis Havet continue sa communication sur quelques passages des Buco- 
liques. Dans la huitième églogue, les vers 48 et 5o finissent tous les deux par crû- 
delis tu quoque mater, ce qui rend, dans les vers 47-50, la marche de l'idée confuse 
et obscure. Dans le vers 5o, il faut remplacer tu par sic; alors les quatre vers 
deviennent clairs : ils constituent un dialogue intérieur parfaitement logique, où 
un personnage arrive à concilier deux points de vue au premier abord contradic- 
toires. 

M. Maurice Pézard lit une note sur les fouilles à Bender-Bouchir en Susiane. 
ui ont fixé définitivement l'emplacement de l'antique Lyan, l'une des places fortes 
e l'empire élamite les plus éloignées de la métropole. Parmi les monuments 
recueillis, le plus important est une inscription du roi de Suse Houmbanmana 
(milieu du second millénaire a. G.). 

M. Boussac commente un passage d'Hérodote (II, 18). 

M. le comte Paul Ourricu entretient l'Académie d'une des « devises » adoptées 
par le roi René d'.\njou. Gette devise consiste dans le mot tant placé dans l'inté- 
rieur d'une haie et accompagné de flammes qui, d'après des témoignages certains, 
symbolisaient pour le roi René l' « ardent désir ». G'est un rébus qui peut se lire : 
« Tant en ai ardent désir ». et il s'explique par ce fait qu'il a été adopté par le roi 
à une époque où celui-ci s'apprêtait à célébrer son mariage avec sa seconde 
femme, Jeanne de Laval. 

Léon Dorez. 



L' imprimeur-gérant : Ulysse Rouchon. 



Le fuy-HD-N'ela) . — Inipiirnerio Poyriller, Roiirhon pI iiumoii. lioiilo\arii Carnot, î:). 



3 



REVUE CRITIQUE 



D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 



N' 6 — 7 février. — 1914 



Miller, Syntaxe du grec classique. — Reinhardt, De la théologie des Grecs. — 
HuNT, Les papyrus grecs de la bibliothèque Rylands. — Larfeld, Epigraphie 
grecque. — Keun, Inscriptions grecques. — Rosiînbkrg, Les anciens peuples 
italiens. — Birt, Personnages romains. — T.eueler, Les traités du peuple 
romain Kosur, Histoire de la politique brandebourgeoise et prusssienrie, I. 

— Poésies lie William Drummond, I, p. Kost. — Brùll, \'ieux mots français 
en anglais. — 1-krrand, \'oyages et textes géographiques arabes, persans et 
turcs relatifs à l'Extrême-Orient. — C'aspar, La résistance légale en Finlande. 

— Paulhan, Les Hain-Teny des Mérinas. — M. Collignon, Le Parihénon. — 
Fe.nellosa, L'art en Chine et au Japon. — Sey.molr de Ricci, Le style Louis XVI. 

— Max RoosES, Flandre. — \'an Dyck et Goya. — Letalle, Les fresques du 
Campo Santo de Pise. — A. Michel, Histoire de Tart, \', :;. 



Syntax of classical Greek from Homer to Demosthenes. Second Part. The 
Syntax of the simple sentence continued, embracing the doctrine of the article, 
by B. L. GiLDERSLEEVE, with the co-operation of Ch. \V. E. Miller. The doc- 
trine of the article elaborated by Professer Miller. New-York, Cincinnati, 
(Chicago, American Bock Company, igii; viii p. + pp. if)i-.^32, faisant suite 
à la pagination de la première partie. 

Cette seconde partie de la Sjyntaxe grecque de M. Gildersleeve, 
qui parait une dizaine d'années après la preinière, est faite exactement 
sur le même plan, c'est-à-dire qu'à proprement parler c'est plutôt une 
collection d'exemples destinés à illustrer la syntaxe qu'une syntaxe 
théorique (v. Revue du 2 septembre 1901). Elle contient les règles 
d'accord de l'attribut dans le cas de plusieurs sujets, et celles de l'ad- 
jectif épithète; mais la partie la plus importante est celle qui traite de 
l'article, et qui n'occupe pas moins de 1 17 pages sur les 141 dont se 
compose le volume ; cette partie, nous dit le titre, a été rédigée par le 
professeur Miller. Ce qui caractérise cette syntaxe, c'est qu'à propos 
de chaque règle une foule d'exemples sont cités suivant les genres litté- 
raires, en tête les orateurs, puis Platon et les historiens, les poètes 
attiques, et enfin les autres poètes antérieurs au ni' siècle ; si bien 
qu'on peut suivre facilement le développement historique de l'usage. 
On ne saurait se plaindre d'une telle abondance d'exemples, quoiqu'il 
ne fût pas indispensable, pour éclairer une règle très simple, d'en 
accumuler une si grande quantité. Il semblera peut-être que certaines 

Nouvelle série LXXVII 4 



102 REVUE CRITIQUE 

citations eussent pu être sacrifiées sans inconvénient, et cela d'autant 
mieux que dans quelques endroits il se trouve des exemples qui ren- 
trent imparfaitement dans la règle énoncée. On nous donne, par 
exemple, p. 193 (§ 473), la règle suivante : « L'attribut commun (à 
plusieurs sujets) peut s'accorder avec un sujet au singulier quand ce 
sujet est le plus voisin ou le plus important ». C'est exact; mais il 
faudrait noter cependant que cela ne se peut pas toujours, car dans le 
cas où l'attribut est placé entre les deux sujets le premier étant au 
singulier), et non avant ou après les deux, le grec ne construit pas 
l'attribut au pluriel. On dira au singulier, comme Thucydide IV, jS 
ajTÔ; Te y.%\ ■r^ axpxzii... àcp'.xvETxa'., OU au pluriel, IV, j3 Bpacrtoa; xal -zb 
Tzpi-ze'jix'x Èytôpojv; mais III, 112 Ar^fjLOTOévr^; oenrvi^dac; èywpei xal -rô ôiXXo 
(jzpiivjiiy., le pluriel serait intolérable. Je sais bien qu'on peut citer 
quelques exemples, et M . G. n'y manque pas (§ 478), où l'attribut en 
pareille position est au pluriel; mais ce <Ty?;aa 'AXxfxavi/.ôv, comme on 
l'appelle, fort rare du reste, est exclusivement propre à la langue 
poétique; et la règle, telle qu'elle est formulée, manque de précision. 
On notera plusieurs cas analogues, où quelques mots d'explication 
seraient loin d'être inutiles; par exemple p. 326 (§ 668) la section 
« Attribut avec l'article « est pourvue de deux pages d'exemples ; mais 
ces exemples sont de nature bien différente; Platon, Phédon 96b ô 0' 
EYxéceaXÔ!; èiT'.v ô là; alafty^jeiç Ttapéycov et Thucydide III, 38 3710 [jlÈv ouv ô 
a'jTÔ; z\\x'.zri yviÔij.t, sont deux constructions qui ne s'expliquent pas de 
la même manière. La collection d'exemples réunie par MM. Gilders- 
leeve et Miller n'est pas pour cela moins précieuse, et cette seconde 
partie de leur utile ouvrage sera sans nul doute aussi bien accueillie 
que la première. 

My. 



K. Reinhardt, De Graecorum theologia capita duo. Berlin, Weidmann, 1910; 
1V-122 p. 

Les deux dissertations que M. Reinhardt a réunies sous ce titre 
assez peu précis sont intitulées De Homeri interpretatione allegorica 
et de Apollodori Atheniensis opère T\ep\ Oeôjv. La première est une 
étude sur les sources d'Heraclite (l'auteur des 'OjjLT^ptxà npoSXn'jfxaTa), et 
de la Vie d'Homère attribuée à Plutarque ; ces deux textes présentent 
en effet des concordances telles qu'une source commune est très vrai- 
semblable, source qui, selon Diels, serait un ancien recueil d'allégo- 
ries homériques. M. R., tout en se rangeant à cette opinion, estime 
qu'on peut faire un pas de plus, et, reprenant une conjecture de 
Maass, essaie de démontrer que la source indiquée par Diels n'est 
autre que les '0;rr,ptxâ de Cratès de Mailos. Sa discussion ne manque 
pas d'intérêt, bien qu'elle ne soit pas toujours d'une parfaite limpidité; 
il s'égare enjplusieurs questions accessoires qui sans doute ont du 
rapport avec le but principal de sa recherche, mais qui le font parfois 



I 

I 



d'histoire et de littérature io3 

perdre de vue. Il aurait pu, ce semble, s'attarder moins longuement 
sur le caractère, la composition et l'auteur de la Vie d'Homère, ou 
encore sur l'affinité plus ou moins grande d'Heraclite ou du Ps. Plu- 
tarque avec l'ouvrage perdu où ils puisèrent. Un chapitre sur Eusta- 
the, sur ses interprétations allégoriques, et sur la grammairienne 
Démo, dont l'ouvrage lui a fourni beaucoup d'explications, est au 
contraire mieux ordonné, et la partie finale, où M. R. remonte jus- 
qu'à Cratès, est discutée avec un esprit de combinaison qui rend très 
vraisemblable la conclusion de l'auteur, à savoir que c'est dans la doc- 
trine de Craies sur les dieux et sur l'ensemble du monde qu'il faut 
chercher l'origine de la plupart des commentaires allégoriques sur 
Homère. — La seconde dissertation est de moindre étendue. M. R. y 
revendique pour Apollodore un long morceau allégorique d'Eustathe 
sur les noms des Néréides [ad S 39 svv.), et retrouve l'autorité d'Apol- 
lodore dans des fragments du nspî àYaXjjLàxwv de Porphyre ; puis, s'ap- 
puyant sur ces morceaux et sur les autres fragments connus, il cherche 
à retrouver la disposition générale du traité Ilcpî Oewv et le sujet de 
chaque livre. Entreprise ardue, avoue M. Reinhardt, où l'on ne peut 
guère aller au-delà d'hypothèses plus ou moins probables, dont l'exac- 
titude est difficile à démontrer (p. 114). 11 en est de même des rap- 
ports d'ApoUodore avec Aristarque d'une part, avec les Stoïciens de 
l'autre, pour ce qui concerne l'interprétation des légendes et l'étymo- 
logie des épithètes des divinités. 

My. 



Catalogue of the Greek Papyri in the John Rylands Library, Manchester. 
Volume I, Literary Textes (n°' 1-61) edited by Arthur S. Hunt. Avec 10 plan- 
ches. Manchester, University Press, 191 1 ; xii-202 p. in-4". 

M . Hunt, à qui fut confié le soin de publier les documents contenus 
dans ce beau volume, a commencé par renseigner le lecteur, en deux 
pages d'introduction, sur la manière dont fut formée la bibliothèque 
John Rylands, sur la nature des manuscrits et papyrus qu'elle ren- 
ferme, et sur les publications partielles qui en ont été faites. Le noyau 
de cette collection, appartenant au comte Spencer, devint en 1892 la 
propriété de Mrs. Rylands, aujourd'hui décédée; il s'accrut lentement 
par divers achats, jusqu'à ce que, en 1901, l'acquisition des manus- 
crits du comte de Crawford l'augmenta d'un apport considérable, 
environ 6.000 pièces ; actuellement ces pièces, écrites dans les idiomes 
les plus variés, sont au nombre d'environ 7.000. Avant le présent 
volume ont été publiés les papyrus démotiques ainsi que les papyrus 
et manuscrits coptes de la collection. Ici nous avons, accompagnés de 
10 planches, les textes littéraires fournis par les papyrus grecs ; ils 
reproduisent scrupuleusement les originaux, avec cette différence que 
les mots sont séparés, les lacunes suppléées, et que de majuscules 
sont employées pour les noms propres ; il n'y a d'autres accents et 



104 REVUE CRITIQUE 

signes de ponctuation que ceux qui se trouvent dans les documents 
eux-mêmes, exception faite pour les n»' 27 (un traité astronomique), 
et 29, 29 a, 29 b (trois recettes médicales). Ces textes, au nombre de 
61, ont été répartis en trois groupes ; fragments théologiques, n°^ 1- 
12; textes classiques nouveaux, n°' 13-42; textes classiques déjà con- 
nus, n"' 43-61 ; les plus anciens sont du in'^ siècle avant J .-C, les plus 
récents du vi' après. La majorité de ces textes, il faut le reconnaître, 
ne sont pas d'une extrême importance; même les textes nouveaux 
n'ont pour la plupart qu'un intérêt secondaire. Il en est toutefois qui 
appellent l'attention par quelque côté ; on notera, par exemple, dans 
la première et la troisième partie, ceux qui fournissent des variantes 
jusqu'ici inconnues, qu'il serait trop long d'enregistrer ici : n° i frag- 
ment du Z)ei<fero;zome ; n» 2 fragment du livre de Job; n° 49 Homère, 
Iliade, XVI, 484-489 ; n^ 53 longs morceaux de V Odyssée sur lesquels 
je reviendrai; n" 54 les premiers mots des vers 643-656 de la Théogo- 
nie d'Hésiode ; n" 60 fragments du XI* livre de Polybe, remarquables 
par la supériorité de leur texte. D'autres, parmi les textes nouveaux, 
sont intéressants par leur sujet : n° 1 8 un fragment historique où il est 
question de Téphore spartiate Chilon ; n" 19 l'abrégé du livre XLVII 
de Théopompe, déjà publié dans les Hellenica Oxyrhynchia 
d'Oxford ; n" 26 un morceau qui appartient vraisemblablement aux 
rXwaaai ô;jLr,p'.xa( d'Apion ; le traité astronomique du n° 27; des frag- 
ments, en très bon état de conservation, d'un traité Dep; -aXuîôv, sur 
les mouvements spasmodiques des parties du corps et les présages à 
en tirer (n» 28). Mais le morceau le plus saillant du recueil est le 
no 53. Ce sont des feuillets d'un manuscrit de V Odyssée, écrit sur 
vélin vers 3oo après J.-C, qui contiennent, dans un état plus ou moins 
fragmentaire, les chants u-w; les vers sont souvent très mutilés, mais 
souvent aussi intacts. Ce texte a son importance ; outre des leçons qui 
se rencontrent dans un seul de nos manuscrits, il présente des 
variantes qui lui sont propres, au nombre d'une trentaine, dont quel- 
ques-unes ont été conjecturées par des modernes, par exemple <^ 188 
zï-'x/.~'j Grashof, w 180 (jTovôtvxa '^i\vxv% Buttmann. Il est donc digne 
d'attention, et vient prendre une place qui n'est pas méprisable dans 

la tradition manuscrite de l'Odyssée. 

My. 



Wilhelm Larfki.d, Griechische Epigraphik, 3' éd. In-S", p. v-xii, 1-536, avec 
4 pi. Munich, Beck, 1914. Prix : 10 m. 

M. Pœhlmann, qui succède à Iwan Muller dans la direction des 
manuels de ce nom, a décidé de refondre entièrement le premier 
tome, qui comprend l'introduction et l'étude des sciences « auxi- 
liaires ». Les huit chapitres qui le composaient deviennent autant de 
volumes distincts, dont le cinquième a pour sujet l'épigraphie. L., son 
auteur, n'a guère eu qu'à condenser et remettre au point l'excellent 



d'histoire et de littérature io5 

ouvrage, plus complet, qu'il avait consacré à cette matière. Il a sur- 
tout abrégé tout ce qui avait trait aux inscriptions attiques, de sorte 
que son livre garde un intérêt général et donne de la science épigra- 
phique un tableau sommaire, mais où ne manque aucun détail 
essentiel, 

P. 28, juste éloge de Letronne. P. 34 et suiv., l'auteur retrace un 
peu trop longuement l'histoire des fouilles, qui intéresse toute l'ar- 
chéologie et non la seule épigraphie ; son résumé est d'ailleurs exact 
et clairement exposé. P. i32, l'écriture « boustrophédon » procéderait 
des textes hiéroglyphiques. P. 186, c'est folie, comme L. le dit fort 
bien, que de chercher à noter de dix ans en dix ans les variations de 
l'écriture monumentale : les changements ne peuvent y être que lents 
et graduels. P. 206, L. garde une prudente réserve sur la question 
de l'origine qu'il faut attribuer aux caractères phéniciens. P. 244, la 
lecture de Lenormant est certaine et je l'ai vérifiée moi-même sur la 
plaquette, qui est aujourd'hui au Louvre : Vischer et Bechtel avaient 
d'ailleurs lu comme Lenormant et le scepticisme de Rœhl est injustifié. 
P. 275, pour les sigles, L. aurait pu citer les inscriptions monétaires 
et, à une date plus tardive, les monogrammes byzantins. P. 320, c'est 
une question de savoir si l'inscription de Gortyne est du vi= siècle : 
L,, en tout cas, n'aurait pas dû l'affirmer d'une manière aussi catégo- 
rique. P. 36o et suiv., bons exemples de formules épigraphiques. 
P. 435, parmi les dédicaces au datif, L. aurait dû distinguer les 
offrandes à une divinité et les cas où une personne mortelle est, plus 
ou moins nettement, « divinisée ». P. 488, sur Tune des tablettes du 
Louvre, l'inscription entière est ajourée. P. 5 10, ajouter la chronique 
récemment découverte d'Athèna Lindia. 

A. DE RiDDER. 

O. Kern, Inscriptiones graecae. In-4% p. v-xxiu, pi. i-5o. Bonn, Marcus et 
Wcber, nji'S. Prix : G m. 

Le recueil de Kern est destiné aux étudiants qui n'ont jamais vu 
d'inscriptions grecques, et qui ne les connaissent que par les manuels 
de Michel ou de Dittenberger. Les cinquante planches dont il se 
compose reproduisent des photographies prises devant les monu- 
ments ou, tout à fait exceptionnellement, d'après des estampages : elles 
donnent par suite des textes l'idée la plus exacte et suppléent les ori- 
ginaux dans la mesure du possible. Le choix des inscriptions et la 
sobriété, comme la précision du commentaire font honneur à la com- 
pétence et à la diligence de K. J'aurais souhaité seulement que la 
transcription en caractères courants fût la règle et non l'exception. 
Je n'ai pu relever que deux lapsus insignifiants : p. xiii, 26, lire infrd 
devant la lettre sur lame de plomb ; p. xviii, le recueil de Michel 
n'a pas été édité à Bruxelles, mais à Paris, chez Leroux. 

A. DK RlUDER. 



I06 REVUE CRITIQUE 

A. RosENBERG, Dep Staat der alten Italiker. Untersuchungen ùber die ursprùn- 
gliche Verfassung der Latiner, Oskcr und Etrusker. Berlin, Weidmann, igiS, 
in-S", vni-142 p., 4 m. 

M. R., élève de O. Hirschfeld, essaie de débrouiller l'origine des ins- 
titutions romaines. Il a débuté par une bonne thèse de doctorat sur la 
Constitution de Servius et sur l'organisation des centuries {Untersu- 
chungen :{ur Romischen Zentiu-'ienverfassung, Berlin, Weidmann, 
191 1, qS p. in-8°). Voici maintenant une série d'études sur le gouver- 
nement des anciens peuples de l'Italie : à vrai dire, il ne s'agit pas de 
l'Italie toute entière; M. R. a négligé systématiquement les villes et 
les pays grecs, pour porter toute son attention sur les antiquités des 
peuples qui sont proprement italiques, c'est-à-dire les Latins, les 
Osques et les Etrusques. 

Le choix du sujet est excellent, puisque M R. n'a guère d'autre 
devancier queJ. Beloch, dont le livre {Der Italische Bund unter Roms 
i/e^emon/e) date déjà de plus de trente ans. Beaucoup de travaux spé- 
ciaux ont paru depuis cette époque, sans résoudre tous les problèmes 
historiques ; il convenait donc de les reprendre et de les discuter à fond. 

Reconnaissons que M. R. s'est tiré habilement d'une entreprise 
aussi difficile. Il a épuisé toutes les sources d'information utiles, con- 
sulté les historiens (Tiie-Live, Diodore, Denys d'Halicarnasse), les 
lexicographes (Festus), les scoliastes (Servius) ; en outre il a été cher- 
cher dans les recueils épigraphiques des documents plus sûrs et plus 
anciens. La plupart de ses chapitres doivent leur solidité et leur ori- 
ginalité à l'emploi ingénieux des vieilles inscriptions italiques en 
osque et en ombrien. Quand l'occasion s'est présentée, il s'est appuyé 
sur le résultat des fouilles archéologiques (p. 85). Ses recherches ont 
été conduites selon une méthode irréprochable; puisqu'il étudiait des 
peuples primitifs, il a admis en principe que l'étymologie indiquait 
l'origine et la nature spécialed'une fonction donnée, que par exemple, 
le questeur av ah dû être une sorte de détective ou de juge d'instruc- 
tion (p. 2), l'édile, un gardien ou un administrateur de temple (p. i, 
p. I 2, note 2) ; il restait à prouver que ces types de magistrats avaient 
réellement existé chez les peuples italiens; M. R. a pu le faire en sortant 
de Rome ou du Laiium. Ses comparaisons rappellent celles du folk-lore, 
mais elles ne s'écartent jamais des règles d'une critique rigoureuse '. 

Son travail se divise en trois parties de longueur inégale : dans la 
première, de beaucoup la plus fouillée, il discute la signification et le 
caractère des magistratures anciennes (p. i-ioo); dans la seconde, il 
explique comment elles ont été transformées par la conquête romaine 
(p . i o I - 1 I 7! ; ' dans la troisième, il cherche à déterminer les divisions 
du peuple et la composition du sénat (p. i 18-1 38). 

1. Voir non seulement la préface, mais les pages 3i, i-3, et 79-84. 

2. Le chapitre 1,8, sur les rapports entre les magistratures italiennes et l'état ro- 
main, est mal placé ; il aurait dû servir de conclusion logique à la première partie. 



D HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE IO7 

En particulier, je signalerai le chapitre I, 2, qui traite des medices 
chez les Osques. C'étaient deux magistrats qui gouvernaient les cités 
dans toute la région osque et sabellienne, où le mot meddix signifie 
juge (p. 16) ; ils existaient d'après les inscriptions à Capoue, à Pom- 
pei, à Nola, à Corfinium, à Bovianiim vêtus. Ils n'avaient pas une 
puissance égale. M. R. démontre que l'un deux exerçait le pouvoir 
suprême et qu'il servait de magistrat éponyme. A Capoue, ce person- 
nage était appelé meddix tuticus (lat. jiidex publicus); c'est lui dont 
parle Tite-Live, en le désignant assez improprement comme le magis- 
trat suprême des Campaniens (XXIII, 35 ; XXIV, 19 ; XXVI, 6) et il 
est cité dans un vers d'Ennius (d'après Festus, éd. W. M. Lindsay, 
p. 1 10), sous le terme de summus meddix. Sa compétence s'étendait à 
toutes les affaires de l'Etat. Au contraire le rôle du second meddix ne 
peut être précisé. 11 est très vraisemblable que ce système dualiste 
des Osques a servi de modèle pour l'organisation du consulat romain, 
avec cette différence que les deux consuls ou préteurs à Rome {meddix 
est traduit habituellement par /jrae/or), reçurent un imperium identi- 
que (p. V et 81). 

Ainsi en matière constitutionnelle, Rome aurait eule géniede l'adap- 
tation plutôt que celui de l'invention : c'est la conclusion légitime que 
tire M. R., et il est difficile de n'y point souscrire en général. Est-ceà 
dire cependant que toutes les théories de M. R. puissent être admises 
sans objection ? Je ne le crois pas. Ses déductions sur l'édilité (p. i3- 
14), sur le magister equitum (p. 92-100), sur la fédération chez les 
Osques (p. 29-30), comportent une trop large part d'hypothèse. Je 
doute surtout que l'on accepte ce qu'il dit des magistratures étrusques 
(p. 5 I et suiv.); lorsqu'il s'agit d'un peuple mal connu, dont la langue 
n'est pas entièrement intelligible, il est à mon sens imprudent de faire 
usage de ses inscriptions et d'en tirer les arguments essentiels pour 
reconstituer le tableau de ses institutions '. 

Quoi qu'il en soit, M. R. ne déçoit pas le lecteur. Son livre neuf et 
substantiel apporte à l'histoire des vieilles institutions italiques une 
masse de renseignements précieux. Pour cette période si obscure et 
si embarrassante, nul ne pourra désormais éviter de le consulter, ou 
de discuter ses conclusions. 

Paul Thomas. 



I. J'ajoute ici quelques critiques. M. R. ne cite pas toujours ses sources avec 
une rigueur suffisante : p. io3, l'inscription n°43 de Conway n'est pas reproduite 
exactement; pour un auteur tel que Festus, il fallait indiquer ledition consultée, 
c'est-à-dire celle de Mùller (p. 11 ligne 23;; que signifie (p. 10 milieu) Wissowa, 
Religion, 52 i ? Quelle est l'édition visée? Il était indispensable ou de donner une 
liste des abréviations plus complète que celle de la page vni, ou de développer la 
table alphabétique, p. 139-142. Enfin il est bizarre de supprimer systématique- 
ment l'accentuation sur les mots grecs (p. i, 16, 23, 26, 3o etc). 



Io8 REVUE CRITIQUE 

Th. BiRT, Rômische Charakterkôpfe. Ein Weltbild in Biographien, i vol. in-8*, 
348 p., 20 héliogravures, dessins d"après l'antique dûs au prof. G. Belwe. Leip- 
zig, Quelle et Meyer broché 7 m., relié 8 m.), 191 3. 

Dans ce nouveau volume, le professeur de l'Université de Mar- 
bourg ne s'adresse pas aux érudits ; le grand public paraissant s'inté- 
resser à l'histoire des anciens, il a écrit à son intention un livre de 
vies romaines ; il l'a dédié non sans motif à son ami Max Lenz, au 
biographe de Luther et de Bismarck. 

M. Birt a justifié l'utilité d'un tel travail par cette raison que les 
historiens ont si bien pris l'habitude d'analyser avant tout les institu- 
tions politiques des États, et de rechercher spécialement l'évolution 
des faits, que le rôle des hommes importants est souvent obscur ; c'est 
à peine si le lecteur peut deviner leur caractère, du moment qu'il 
n'apprend que leurs succès, et qu'il reste dans l'ignorance de ce qu'ils 
tirent auparavant. Cette théorie du portrait n'a pas besoin d'être dis- 
cutée : elle est empruntée aux anciens et ne sera rejetée que par les 
matérialistes intransigeants. 

Le choix des personnages est irréprochable. Sous nos yeux se succè- 
dent des généraux, des hommes d'État, des empereurs : Scipion l'Afri- 
cain, Caton le Censeur, les Gracques, Sylla, Lucullus, Pompée, César, 
Antoine, Auguste, Claude, Titus. Trajan, Hadrien, Marc-Aurèle. L'au- 
teur a tiré parti très habilement des anecdotes qui fixent la physionomie 
de chacun d'eux : il ne manque pas de rappeler que l'empereur Hadrien 
remit à la mode le port de la barbe ; c'était réhabiliter l'usage des phi- 
losophes et des gens du peuple au temps où il était de bon ton de ne 
montrer qu'une figure glabre, mais la réaction fut incomplète ; comme 
l'empereur avait à concilier ses devoirs de philosophe et d'officier, il 
porta la barbe taillée court. S'agit-il de peindre l'attitude de Pompée, 
enfant des camps, au milieu de la société affinée et corrompue de la 
fin de la république? M. B, nous raconte que cet homme chaste 
enflammait d'amour la pauvre Flora, et qu'il avait la cruauté de la 
laisser tomber malade de passion inassouvie. Pourquoi ? C'est qu'au 
dire d'une de ses amies, le baiser de Pompée était délicieux. 

Le lecteur ne goûtera pas moins l'équité des Jugements. M. B. ne lui 
présente pas un César impeccable, digne de prendre place parmi les 
dieux; il nous le montre tel qu'il vécût, en vrai romain du premier siècle 
av. J.-C, capable de basses vengeances comme de coups d'éclat, fai- 
sant pendre les pirates qui l'avaient rançonne sans le maltraiter, 
aussi bien pour leur reprendre son argent que pour les punir de leur 
audace. Et partout nous sentons la sûreté d'une documentation que 
la forme de l'ouvrage ne permettait pas de préciser. 

Pour la première page de chaque vie, le prof. G. Belwe a dessiné 
une gravure symbolique, inspirée de l'antique. Beaucoup rappellent 
naturellement quelque particularité de la guerre ; pour Caton, un 
tas de colonnes ruinées est surmonté de l'inscription attendue : « cete- 



D HISTOIRE ET DE LITTERATURE I OQ 

rum censeo Carthaginem esse delendam » (p. 35) ; sous le nom de 
LucuUus, simplement une coupe de cerises (p. g3). Il y a en outre 
20 héliogravures table p. 340) ; tirées à part et bien réussies, elles 
donnent le buste des personnages célèbres d'après les statues ou les 
médailles antiques ; on notera de préférence une curieuse figure de 
vieux romain (p. 8), ainsi que des têtes d'adolescents, Auguste jeune 
(p. 192) et Antinous (p. 304). Ce dernier a été placé à bonne distance 
de l'impératrice Sabine (p. 296). 

Paul Thomas. 

Eug. T.KUBLER. Imperium romanum. Studien zur Entwicklungsgeschichte des 
rômischen Reichs. I" Bd. Die Staatsvertrage und Vertrasgverhâltnisse. Leipzig 
et Berlin, Teubner, i9i3,in-8°, x-458 p., broché 14 m. 

M. Taubler s'est fait connaître par une thèse sur les rois des 
Parthes, soutenue à Berlin en 1904 [Die Parthernachrichten bei Jose- 
phiis), par des articles de la Klio (sur l'histoire de l'antiquité et du 
haut moyen âge). Il est aujourd'hui Privat-Dozent à Berlin. Voici un 
livre nouveau sur les traités du peuple romain, où M. T. s'est donné 
comme tâche de reprendre à pied d'œuvre tout ce qu'en a dit Mom- 
msen, dans son Rômisches Staatsrecht, tome III. Il y aura 2 vo- 
lumes, d'après la préface : le premier volume, le seul que nous ayons 
sous les yeux, définit les différents types de traités et analyse les rela- 
tions qui en résultaient, entre Rome et les états indépendants. 

Il convient de louer sans réserve l'érudition de M. T., l'étendue de 
ses recherches et la justesse de son point de départ. Pour renouveler 
l'étude des traités romains, n'était-il pas nécessaire de s'appuyer 
avant tout sur les inscriptions? Autrefois, M. T. avait employé la 
numismatique pour contrôler les textes; maintenant l'épigraphie 
grecque lui rend un service analogue. Toute sa théorie sur le traité 
proprement dit, le traité sans limite de temps, qu'il nomme le traité 
éternel (der ewige Verirag), se fonde sur l'analyse des inscriptions de 
Cibyre, de Méthymne, d'Astypalée, de Thyrrheion, de Cnide, de 
Mytilène p. 44 et suiv.). Il admet seulement en seconde ligne, les 
traités qui ne sont cités que par les historiens (Polybe, Appien, etc.). 
Toutes les questions sont discutées avec tant de minutie et avec un 
tel souci du détail, que ce livre peut être utilisé comme un véritable 
répertoire des traités authentiques de Rome (en particulier le 
chap. III, p. 188 et suiv.). L'auteur y trouve l'occasion de rectifier 
l'opinion courante, par exemple au sujet de la délimitation de l'Asie- 
Mineure en 188 av. J.-C. (p. 75), et au sujet du traité de 161 av. 
J.-C, entre les Juifs et les Romains, dont il défend l'authenticité 
contre Niese, Wellhausen et Winckler (p. 239 et suiv.). 

Comment se fait-il que malgré des qualités aussi sérieuses, V Impe- 
rium romanum ne laisse à la lecture, qu'une impression de confusion 
et d'inachèvement ? C'est que la conception du livre n'est pas nette ; 



I 10 REVUE CRITIQUE 

M. T. reproche à Mommsen le point de vue juridique auquel il se 
plaçait, et soutient qu'on doit y substituer un point de vue pure- 
ment historique (p. v). C'est une théorie parfaitement légitime. 
Mais M, T. ne se borne pas à considérer l'évolution historique des 
traités, il entend en préciser la forme technique (ou comme l'on 
dit à propos des chartes du moyen âge, leur caractère diplomatique) ; 
en conséquence il entremêle des chapitres d'espèce différente les uns 
concernant l'histoire, les autres la forme des traités '. Le lecteur s'y 
perd : il risque d'autant plus d'être rebuté, qu'à la fin du volume, il 
n'y a point de table alphabétique. 

N'est-ce pas aussi à ce défaut de composition qu'il faut attribuer 
certaines faiblesses de l'argumentation? Ainsi, M. T. a caractérisé les 
traités les plus anciens, d'après Tite-Live et Denys d'Halicarnasse 
(p. 14, p. 32 et suiv.); il nous démontre ensuite qu'aucun traité n'est 
certain avant 25o av. J.-C. (p. 384). Dès lors, nous n'avons plus 
aucun point d'appui pour la période primitive; car si les traités ont 
été altérés, leur forme n'a pas dû l'être beaucoup moins que leur 
fond. Dans un autre cas, M. T. affirme contre Mommsen Rom. St- 
III, 1162 et note 3), qu'il n'y a jamais de trêve sans traité prélimi- 
naire, que le général ne peut jamais signer une trêve avec l'ennemi, 
sans établir en même temps un traité, qui sert de base aux négocia- 
tions, lorsqu'elles se poursuivent ensuite à Rome (p. 41-44). Or 
Mommsen s'appuye sur Polybe XVIII, 38, 2 et 39, S-j (Tite-Live 
XXXIII, i3); il s'agit de la trêve accordée à Philippe après Cynos- 
céphales : nulle trace de traité préliminaire dans Polybe. M. T. ren- 
voie d'une page à l'autre et, dans une note (p. 41, note 5), il rejette 
les expressions de Polybe en les déclarant inexactes. La démonstra- 
tion de M. T. reste en lair '^ 

1. Voici sommairement la disposition des matières : introduction sur les types 
de traités ; chap. I"" : classement des traités d'après leur forme et leurs stipula- 
tions ; ch. II : les négociations et le droit de conclure les traites; ch. lil : examen 
de quelques traites particuliers: long chapitre historique sur les traites avec Car- 
thage, avec l'Egypte, avec la Syrie, avec les Etoliens, avec Philippe de Macédoine, 
avec les Juifs, avec le Latium : ch. IV : conclusion et confirmation des traités; 
ch. V : valeur de la tradition littéraire par rapport aux sources épigraphiques ; 
ch. VI : origine des traités politiques; le traité d'hospitalité : ch. VII .• développe- 
ment historique des traités et évolution de la politique des traités. 

2. J'ajoute ici quelques critiques de détail. P. 32, note 2 : il fallait citer Polybe 
(XV'llI, 34, 5) avant Tite-Live. P. 187, note i : M. T. donne une citation incom- 
plète de Suétone (Aug. 211. — Dans l'introduction, les diflerents types de traités 
sont classés d'après les textes anciens, d'après M. T., d'après Mommsen ; ni la 
chronologie, ni les convenances ne permettaient, ce me semble, de placer Mom- 
msen après M. T. — P. 8 : qui comprendrait que ce Brisson, Scndtsprdsideut à 
Paris en i583, était le jurisconsulte Barnabe Brisson, qui remplissait alors les 
fonctions de président à mortier au Parlement de Paris ? — P. 5o-5i, la mise en 
page est défectueuse. — P. 455, au bas : Platon, au lieu de Paton. — P. 467, milieu : 
S. i58, 7, au lieu de S. i58 Anm. 7. — P. 458 : même oubli pour S. 333, 2 et pour 
S. 346, 2. 



d'histoire et de littérature I I I 

En réalité M. T. nous apporte un recueil de dissertations érudites 
qui sera utile, mais il est douteux qu'un tel ouvrage puisse rempla- 
cer le Mommsen, comme livre de fond, quand il lui manque cette 
qualité fondamentale de l'autre, la disposition lumineuse des faits 
caractéristiques. 

Paul Thomas. 

R. KosER, Geschichte der brandenburgisch-preussischen Politik, Tome I<" 
(-1648J, in-8», XII, 5oo8 p., Cotta, Stuttgart et Berlin, igiS. 

Après avoir étudié spécialement la personne et le règne de Frédéric 
le Grand, et s'être acquis dans ce domaine une éminente compétence, 
M. R. Koser, directeur des Archives du Royaume de Prusse, entre- 
prend un important ouvrage d'ensemble sur l'histoire de la politique 
brandebourgeoise et prussienne. 11 était temps, comme il le dit, de 
recommencer, à l'aide des nombreuses sources publiées depuis cin- 
quante ans, l'œuvre d'ailleurs inachevée de J. G. Droysen. Cette 
œuvre considérable et toujours utile à consulter à cause de l'étendue 
de sa documentation, est en effet viciée par l'étroitesse du point de 
vue qui a guidé le savant : écrivant à une époque de crise, où l'Alle- 
magne s'agitait, éprise d'un idéal d'unité que la Prusse semblait 
impuissante à satisfaire, il a voulu contribuer à résoudre le problème 
et a cherché dans l'histoire, depuis les temps obscurs du Moyen-Age, 
des raisons en faveur de l'hégémonie prussienne; d'Albert l'Ours à 
Frédéric II, il n'a cessé de représenter les chefs de l'état brandebour- 
geois et prussien, comme dévoués à l'idée patriotique allemande et 
remplissant « une mission ». Aujourd'hui que l'unité allemande est 
restaurée, l'historien peut aisément se dégager de pareilles préoccupa- 
tions et retrouver les principes qui ont guidé une politique, avant tout 
réaliste. On ne se demande plus si les électeurs de Brandebourg, les 
ducs et rois de Prusse, ont songé au bien de l'Allemagne, mais com- 
ment, en poursuivant l'intérêt direct et égoïste de leur petit état, ils 
ont servi inconsciemment la cause de l'Allemagne entière. C'est ce 
qu'entend faire M. K., et le premier volume de son ouvrage, qui 
doit en comprendre trois, mérite d'attirer l'attention de tous les his- 
toriens. Sans doute, malgré son désir d'impartialité, il ne peut s'em- 
pêcher de présenter avec vénération, presque avec amour, les fonda- 
teurs de l'état prussien; il sait pourtant voir leurs défauts et les 
blâmer à l'occasion; il a, d'autre part, lu ou consulté la plupart des 
monographies relatives au.t différentes parties de son sujet, et il a eu 
toujours recours aux sources, parfois même aux sources manuscrites, 
de sorte que son récit renouvelle absolument sur bien des points celui 
de son illustre devancier. 

Certaines divisions de l'ouvrage sont originales, et si deux pério- 
des (Histoire des Ascaniens, puis des trois premiers électeurs Hohen- 
zollern) avaient déjà été indiquées par d'autres historiens, il y a dans 



I 13 REVUE CRITIQUE 

la définition et la délimitation des deux périodes suivantes (Cent ans 
de paix 1 486-1 691, et Lutte pour les expectatives i 591-1648), quelque 
chose de neuf et d'intéressant. Ce n'est pas que je m'y rallie. La date 
de iSqi, par exemple, ne me semble marquer bien nettement ni la 
tin ni le début d'une époque, et personnellement je préfère l'ancienne 
division qui arrête en 16 18 la phase de formation territoriale essen- 
tielle ; il faut reconnaître néanmoins que les accroissements accordés 
par la paix de Westphalie sont venus donner pour longtemps aux ter- 
ritoires du centre leur constitution définitive. Une lacune assez grave, 
à mon avis, c'est l'absence de quelques chapitres sur la Prusse avant 
les Hohenzollern et sur les deux premiers Jucs de cette famille. 
Pourquoi réserver aux seuls administrateurs de la Marche de Brande- 
bourg une étude à laquelle ont droit aussi légitimement les Grands 
Maîtres de l'Ordre Teutonique et leurs successeurs? 

Ces légères critiques ne diminuent pas la haute valeur de l'ouvrage. 
Une foule de détails et de points de vue nouveaux complètent heu- 
reusement et mettent en lumière l'histoire de l'époque ascanienne, la 
figure des premiers électeurs Hohenzollern, la politique religieuse de 
la Maison de Brandebourg au xvi* siècle, enfin la crise effroyable de 
la guerre de Trente Ans. Non seulement les historiens et professeurs, 
mais aussi les hommes d'État auront avantage à lire M. Koser. Ils y 

trouveront plaisir et profit. 

Albert Waddington. 

The Poetical Works of Drummond of Hawthoraden. edited by L. E. Kast- 

NER, Manchester, University Press, igiS, 2 vol., in-S", 254pp. + 4^4 PP-> 21 s. 

William Drummond, gentilhomme écossais allié aux Stuarts, passa 
la plus grande partie de sa vie dans son manoir de Hawthornden. 
Érudit et poète, il publia à Edimbourg, de i6i3 à i63o, cinq ou six 
recueils de sonnets, de madrigaux et d'épigrammes; en i656, Philipps 
édita ses poésies posthumes. Il faut avouer que les Conversations 
qu'il eut avec Ben Jonson en 1618, ont plus fait pour sa réputation 
que ses essais poétiques. Il avait séjourné en France, de 1606 à 1608; 
de son voyage il rapporta les ouvrages des principaux auteurs de la 
Pléiade et se mit à les imiter assidûment. Le principal mérite du 
professeur Kastner, son plus récent éditeur, a été d'indiquer ces 
emprunts avec précision. Inutile d'ajouter que le texte a été établi 
d'après les éditions origin'ales et les manuscrits de Hawthornden. 
Le professeur K. s'est aussi préoccupé de l'iconographie de son 
auteur dont il ne reproduit pas moins de sept portraits. Grâce au 
consciencieux labeur du professeur K. et de la munificence de l'Uni- 
versité de Manchester, les oeuvres complètes de William Drummond 
sont désormais accessibles. En bibliophile qu'il était, le châtelain de 
Hawthornden n'aurait pu qu'approuver l'exécution typographique de 
l'ouvrage, qui ne laisse rien à désirer. qi-, Bastide. 



d'histoire et de littérature ii3 

Hugo Brûll, Untergegangene und veraltete Worte des Franzôsischen im 
heutigen Englisch, Halle, Max Niemeyer, igiB, in-8°, 278 pp. 10 M. 

On sait combien il se trouve de mots anglais d'apparence parfaite- 
ment indigène pour tout autre qu'un spécialiste et qui ne sont, aies 
regarder de près, que des mots français vieillis et oubliés. M. Hugo 
Brull a eu l'idée de dresser le catalogue de ces emprunts déguisés. 
Après avoir feuilleté un nombre imposant de dictionnaires et de mono- 
graphies dont il donne la liste, il est parvenu à retrouver plusieurs 
centaines de vocables encore aujourd'hui usités en Angleterre et que 
notre vieille langue a en réalité fournis. Il serait inutile de chicaner 
M. H. B. sur les oublis, son travail est assez riche d'exemples. H 
s'est volontairement abstenu de tout commentaire, laissant au lecteur 
le soin de conclure. La liste des errata, déjà fort longue, ne comprend 
pas toutes les fautes d'impression. En voici quelques-unes que nous 
avons remarquées en lisant l'ouvrage: P. ix^ lisez : Wright; p. 6, 
Murray a certainement écrit : Connecting link;p. 27, Littré a écrit: 
se prétendant arrivés à la perfection, partage des saints dans le ciel, 
etc. ; p- 41 , lisez : Cotgrave; p. 47, lisez : couturières; p. 91, corrigez : 
embarrasser, etc. Phrases françaises peu correctes, p. 22 : le grade 
premier des grades ; p. 121; pour le rapport entre les idées, il ne pré- 
sente de difficulté. La définition du mot gourme, p. 14.4, est inintelli- 
gible. A propos de larch, on pourrait rappeler qu'une variété de pin 
s'appelle le laricio. 

Ch. Bastide. 



Relations de voyages et textes géographiques arabes, persans et turks 
relatifs à l'Extrême-Orient du VIII" au XVIII" siècles; traduits, revus et 
annotés par G. Ferrand ; tome I"' (Documents historiques et géographiques rela- 
tifs à l'Indochine, publiés sous la direction de MM. H. Cordier et L. Finot, 
vol. ni). — Paris, Leroux, 1913; un vol. in-8°, xir-296 pages. 

L'historien curieux des connaissances anciennes touchant l'Extrême- 
Orient a vu déjà sa peine grandement allégée par le recueil où 
M. Cœdès a rassemblé les passages des divers auteurs grecs et latins 
concernant le sujet ; mais sa reconnaissance sera particulièrement 
grande à l'égard de M. Ferrand qui a exploré le domaine beaucoup 
plus mal connu et plus difficile à connaître des littératures musul- 
manes, traduit nombre de passages publies seulement dans l'original 
— autant dire inédits — , et revisé la traduction des autres. Outre ses 
dons de philologue, M. Ferrand avait à sa disposition pour éclairer 
ces textes une chance rare : celle d'avoir résidé et voyagé pendant 
quinze ans de sa vie dans une grande partie des régions que décrivent 
ou sont censés décrire les auteurs qu'il édite; à en juger par telle 
anecdote donnée dans sa préface, il pourrait aisément fournir sa con- 
tribution à la littérature des « merveilles de l'Inde » : mais il a préféré 
tirer de son expérience un moyen discret de contrôle et les commen- 



I 14 REVUE CRITIQUE 

taires qu'il fournit sont ceux, non d'un amateur disert, mais d'un 
excellent savant de cabinet. 

Et il fallait en être un pour échapper aux multiples difficultés 
qu'offrent les textes en question. D'abord les erreurs géographi- 
ques, les itinéraires invraisemblables, les îles qui sont des côtes e^ 
tel continent où voisinent Madagascar et les îles de la Sonde : ce sont 
là lesconséquences d'un système géographique sur lequel M. Ferrand 
nous éclairera dans son troisième volume, celles aussi du fait que 
les auteurs se plagient les uns les autres et s'embrouillent dans leurs 
plagiats. Ces inexactitudes ont pour conséquence qu'il faut identifier 
les noms de lieux et de peuples directement et isolément, sans tenir 
compte de leur place présumée par rapport aux autres peuples ou 
lieux cités en même temps qu'eux. Et dès lors le seul guide devient le 
nom lui-même. Mais ici de nouvelles incertitudes apparaissent : on 
sait que dans l'écriture arabe les voyelles ne s'écrivent pas; et en ce qui 
concerne les consonnes, il suffit qu'un point diacritique saute ou 
se déplace pour défigurer totalement un mot; voyez par exemple, p. i3, 
les quinze erreurs possibles sur le nom de Tana (ville voisine de 
Bombay) — et encore ce mot ne comporte comme voyelle que des a. 
L'erreur graphique s'aggrave quand elle permet d'identifier des noms 
différents; et l'on voit ainsi Java se confondre avec la côte africaine, 
ou Madagascar avec le pays khmer. C'est d'abord la comparaison des 
divers textes qui permet dans ces cas de retrouver la vraie forme — 
caries auteurs ne parlent qu'exceptionnellement d'après leur propre 
expérience, et se copient les uns les autres de plus ou moins près. 
C'est ensuite l'excellent instrument de contrôle fourni par la linguis- 
tique, — et M. Ferrand le manie avec sûreté ; les règles de la transcrip- 
tion phonétique lui ont permis de reconnaître le plus souvent avec 
exactitude les noms indigènes : dans ce sens, on ne trouvera guère à 
corriger aux identifications qu'il propose ; on n'ose espérer même que 
d'autres en trouvent rapidement beaucoup de nouvelles. 

Il ne saurait être question ici de mesurer l'intérêt des indications 
fournies par les textes édités. M. Ferrand appelle lui-même notre 
attention sur leur manque d'originalité et montre que leurs modèles 
ont sans doute du être des ouvrages persans perdus : car ce sont les 
Persans, et non les Arabes, qui ont d'abord été les grands navigateurs 
de l'Extrême-Orient ; entre autres preuves, M. Ferrand rappelle que 
le nom arabe du capitaine de navire est emprunté au persan, que le 
nom des Arabes en Chinois est le nom que leur donnent les Persans, 
et que les Chinois du v^ et vi« siècles appelaient Posse « Perse » tout 
les pays occidentaux à partir de l'Indochine. Mais pour peu originaux 
qu'ils soient, les géographes arabes n'en sont pas moins riches de ren- 
seignements : seulement ceux-ci n'apparaissent pas immédiatement à 
un lecteur superficiel, et l'on n'en attendra qu'avec plus d'impatience, 
non seulement le second volume des textes, mais surtout le volume 



d'histoire et de littérature I I 5 

des excursus consacrés à Thisioire des notions géographiques des 
Arabes et à un certain nombre de problèmes géographiques et histo- 
riques posés par leurs écrits. 

Jules Bloch. 

Jean-Jacques Caspar. La résistance légale en Finlande. Préface de Pierre 

Mille, I vol. pet. in-8" de 173 p. Paris, Alcan, 1913, 2 fr. 5o. 

M. G. expose un des derniers et des plus troublants conflits qui se 
soient élevés entre la Finlande et la Russie. « L'opinion, dit-il, 
jugera ». A notre avis, l'opinion est en face d'un problème trop com- 
pliqué pour pouvoir juger. La Finlande avait ses lois, sa vie propre, 
le tout sanctionné par les tsars depuis Alexandre P'' jusqu'à Nicolas IL 
Mais un fait nouveau se produisit : l'introduction en Russie du régime 
constitutionnel avec la Douma d'Empire. A partir de ce moment, le 
ministère russe fait voter des lois qui restreignent le pur isolement de 
la Finlande, et même qui accordent aux sujets russes domiciliés en 
Finlande les droits dont jouissent dans leur pays les sujets finlandais. 
La cour d'appel de Wiborg refuse d'enregistrer cette loi ; les magis- 
trats sont jugés et incarcérés. Qui a tort, qui a raison ? Ou est la loi? 
Y a-t-il une loi illégale? — Comme on dit, « cela se plaide ». 

On aimerait à entendre, en face de la cloche finlandaise, les sons 
de la cloche russe. On voudrait savoir, en particulier, pourquoi l'in- 
troduction en Finlande du service militaire et de sa couverture finan- 
cière (Art. II, 2, p. 100) a tant agité le pays. Mais M. G. ne dit rien 
de tout cela. Il pose la question en juriste, alors que, certainement, il 
la faudrait poser en homme politique. Il est tellement évident que la 
Finlande ne pouvait rester immuablement un corps étranger dans 
l'organisme russe, que la Diète elle-même a fait des concessions dans 
cet ordre d'idées. Cela, assurément, n'excuse pas la Russie, mais 
explique dans une certaine mesure sa politique. Il eût fallu ici, au lieu 
d'ultimatums violents toujours peu élégants, quand, venant d'un 
géant, ils s'adressent à un nain, une série de ces négociations délicates 
auxquelles la diplomatie russe est si bien faite. Il est certain qu'en peu 
d'années la Russie aurait plus obtenu par ce moyen que par la ma- 
nière forte. Car enfin, c'est la fable du lion et du moucheron qui s'ap- 
plique ici ; la Russie s'en aperçoit comme nous, sans aucun doute, 
mais d'une manière plus cuisante. 

J. Legras. 

Jean Pallman, Les Hain-Teny Merinas. Poésies populaires malgaches. Paris, 
P. Geuthner, igi3. Pr. 7 fr. bo. 

L'auteur de ce recueil nous explique dans son avant-propos que 
les Merinas qui habitent l'Emyrne, dans la partie centrale de Mada- 
gascar, et qui, avant la conquête française, se partageaient en trois 
castes, dont les Hovas constituaient la moyenne, avec au-dessous 



I l6 REVUE CRITIQUE 

d'eux les Andevo comme esclaves et, au-dessus, les nobles Andriana, 
descendants des anciens rois, ont bien la même langue que les autres 
tribus de l'île, plus complexe seulement et plus riche en idées 
abstraites; mais que, si leurs contes et leurs Itigendes se retrouvent, 
parfois presque identiques, chez les Betsileo, les Sakalava, les Betsi- 
misaraka, leurs « Hain-Teny », au contraire, diffèrent très notable- 
ment de la poésie de ces derniers sinon pour leur sens général, au 
moins quant à la composition et à la manière dont ils sont récités. 

Ces « Hain-Teny », sont des poésies populaires. Les Mérinas les 
appellent aussi ohatra ou ohabolana, c'est-à-dire « exemples », « mots- 
exemples >' : et des exemples, des proverbes, en sont, en effet, la base 
et la charpente intime; ou bien ankamantatra, « devinettes » : et ceci 
est une allusion à leur incohérence apparente, à leur obscurité telle 
que beaucoup d'Européens et de Malgaches instruits pensent que la 
plupart d'entre eux n'offrent aucun sens. On les nomme encore 
fampanononana : ce qui signifie « questions énigmaiiques qui appellent 
une réponse ». De fait, jamais un Hain-teny n'a par lui-même une 
signification complète. Il convient de lui répondre par un autre 
Hain-teny (setriny); à celui-ci une nouvelle réponse sera faite. Ainsi 
jusqu'au hain-teny final, qui doit posséder des qualités particulières 
ei obéir à des règles précises. 

En deux ans M. J. Paulhan en a recueilli, au cours de ses explo- 
rations, huit cents dont cent-soixante sont reproduits, traduits et 
expliqués dans le présent volume et qu'il classe d'après les thèmes I 
de la déclaration d'amour, H du consentement, HI du refus, IV de 
l'hésitation et des rivalités, V de la séparation et de l'abandon, VI 
des regrets et des reproches, VII de l'orgueil, VIII de la raillerie. 

Ce qui est curieux, c'est que des poésies d'amour servent mainte- 
nant à régler des questions d'intérêt. Deux individus ont une contes- 
tation : ils entament une lutte en « Hain-Teny » et le vainqueur, 
c'est-à-dire celui qui oblige l'autre au silence, gagne le procès. 

Quelques-uns de ces '< Hain-Teny » sont d'ailleurs fort jolis. Une 
femme chante : « Le bouvreuil a des regrets d'amour; le soj' (petit 
oiseau aux couleurs éclatantes) est triste ». Répond l'homme : « Par 
ici, vers l'Est, il y a deux petits bananiers qui se regardent : même 
s'ils ne s'épousent pas, ils sont amants. » On pense, malgré soi, à 
Henri Heine. Ou bien, l'homme : Dites-moi, seuil, — dites-moi, 
porte, — la douce à acheter était elle ici?! » La femme : « Elle 
était ici hier, — elle était ici avant-hier 1 » L'homme: « Et quelles 
furent ses paroles? — ci quel fui son message? » — La femme : 
« Vous et elle, a-i-cUe dii, — vous êtes les gouttes d'eau sur l'ho- 
ririka. — Joyeuses, elles se font toutes faces; — irritées, elles 
roulent ensemble à terre ». Ce qui veut dire, car c'est un texte 
qui a besoin d'être commenté : « Nous sommes comme les gouttes 
d'eau sur l'horirika 'espèce d'arum comestible], qui sont toutes à la 



d'histoire et de littérature 117 

fois joyeuses ou irritées : le bonheur et la peine nous sont communs ». 
Ce commentaire lui-même pourrait être encore commenté. Non, en 
vérité, les « Hain-Teny » ne sont pas clairs! 

Léon Pineau. 



Maxime Cullignon : Le Parthénon : l'histoire, l'architecture et la sculpture. 
Paris, Hachette, pet. in-4°. Prix : 20 fr. — Ernest Fenellosa : L'Art en Chine 
et au Japon, trad. et adapt. p. Gaston Migeon. Paris, Hachette, in-S". Prix, 
cart. 35 fr. — Seymour de Ricci. Le style Louis XVI, mobilier et décoration. 
Paris, Hachette, pet. in-40. Prix : 25 fr. — Max Rooses : Flandre (collection 
Ars una. .. Histoire générale de l'Art. Paris, Hachette, in-i6. Prix, cart. 7 fr. 5o. 

— Les Grands Graveurs : Van Dyck et les graveurs de portraits du xv-ii' siècle; 
Francisco Goya, Paris, Hachette, 2 vol. in-8". Prix, cart. 4 fr. — Abel Letalle : 
Les Fresques du Campo Santo de Pise. Paris, Sansot, pet. in-4°. Prix : 10 fr. 

— André Michel : Histoire de l'Art : tome V, seconde partie : La Renaissance 
dans les pays du Nord. Formation de l'art classique moderne. Paris, Armand 
Colin, gr. in-S". Prix : i5 fr. 

Le Parthénon, de M. Maxime CoUignon, est en tous points un 
ouvrage de beauté. Sous sa première forme, cette monographie 
formait l'introduction d'un luxueux album de planches. Mais elle 
dépassait de beaucoup le rôle modeste de ces sortes de préface à un 
recueil de documents techniques pour architectes. L'éminent profes- 
seur n'a pas eu de peine, sur les conseils qui lui en ont été donnés, à la 
dégager de sa suite documentaire et à en faire l'objet d'un volume 
spécial. Il en a accentué ainsi l'éloquence et l'harmonie : très précis 
comme histoire du monument (et de toute l'Acropole en même temps), 
comme renseignements techniques et analytiques en quelque sorte, 
mais aussi caractérisé par un goût parfait, par cette émotion intime 
que laisse deviner une description vraiment éprise, écrit avec charme, 
avec poésie même, ce livre a quelque chose de définitif et fait le plus 
grand honneur à celui qui le conçut. L'illustration en est d'ailleurs 
de premier ordre, tant par le choix des vues de détail ou d'ensemble, 
des plans et des élévations, que par la perfection des photographies; 
et il n'y en a pas moins de 22, hors texte, et de 79 dans le texte. Pour 
l'étude de la structure de l'édifice, pour celle de son incomparable 
décoration, cette documentation figurée, qui n'a pas laissé la moindre 
parcelle en quelque sorte sans l'explorer et la mettre dans son meilleur 
jour, est elle-même des plus précieuses et digne de toute attention. 

Ernest Fenellosa, appelé en 1878, par l'Université de Tokio, à une 
chaire d'économie politique et de philosophie, et qui dès lors s'éprit 
de l'Art Japonais au point de devenir, bien qu'étranger, le promoteur 
d'un retour général, dans toutes les écoles d'an du pays, aux vieilles 
techniques du passé, et de la création d'un Musée National, Ernest 
Fenellosa était d'une très ancienne famille Espagnole fixée assez 
récemment en Amérique. Tantôt au Japon, où il fit partie de la 
commission d'experts chargée du classement officiel des trésors d'art, 



I l8 REVUE CRITIQUE 

ceux des temples en particulier, tantôt en Amérique, où il fonda 
plusieurs musées spéciaux, il rendit les plus précieux services à tous 
les conservateurs et amateurs d'art Oriental. Il est mort à Londres, en 
1908, sans avoir achevé, dans sa forme définitive, les pages qui résu- 
maient ses études et que, d'après l'édition qu'en a donnée sa veuve, 
M. Gaston Migeon vient d'adapter pour nous. Nulle monographie 
plus compétente et plus neuve n'a jamais paru sur le sujet, nulle n'a 
jamais aussi profondément pénétré l'esprit de la race en même temps 
que l'essence de son art, depuis tant de siècles avant l'ère chrétienne 
jusqu'à nos jours, dégagé les influences subies de dynastie en dynastie, 
constitué les époques, les étapes de cette évolution, décrit avec amour 
et goût les œuvres de toute sorte. Nulle d'ailleurs n'a présenté, sous 
forme d'illustration, une galerie aussi précieuse et instructive. Cette 
galerie est presque uniquement formée de peintures, mais inédites et 
d'un attrait souverain. 170 planches, toutes hors texte, dont 16 
finement en couleurs, admirablement tirées, constituent ce musée 
unique. 

Le style Louis XVI &sx un des plus séduisants qui soient, dans le 
mobilier et la décoration. Consacrer, à en donner une idée complète, 
tout un volume de reproductions photographiques, ne pouvait être 
qu'infiniment attrayant. C'est ce qu'a entrepris M. Seymour de Ricci, 
et avec un soin, une rigueur de logique, qu'on appréciera vivement. 
Il lui eût été facile de donner place ici à un grand nombre de ces 
belles gravures du xviii' siècle où de somptueux mobiliers figurent 
dans leur milieu propre, dans leurs habitudes en quelque sorte. Il a 
préféré ne produire que des décors ou des meubles originaux, directe- 
ment saisis par la photographie (il n'en figure pas moins de 456 dans 
cet album). Mais il ne les a pas classés au hasard. Il a tenu à 
renseigner à la fois par le rapprochement des types de la même caté- 
gorie et par l'analyse figurée de chacun de ces types. Il a insisté aussi 
sur la qualification vraie et exacte de chaque meuble. Comme il le 
fait remarquer dans son introduction, la confusion entre les usages 
propres et même les noms réels de ces meubles est constante aujour- 
d'hui et entraîne des conséquences parfois des plus ridicules. Il a pris 
soin en même temps d'indiquer aux curieux, comme complément 
d'information, les recueils de planches, les ouvrages techniques de 
l'époque même qui vit fleurir ce style Louis XVI. Une table des pro- 
venances des types reproduits achève utilement l'ouvrage. 

Pour constituer un manuel d'ensemble de l'Art flamand, en vue de 
ces petits Guides illustrés si commodes dont le titre « Ars una, Species 
mille » est significatif, on ne pouvait trouver esprit plus clair et 
compétence plus étendue qu'en s'adressant au savant conservateur du 
Musée Plantin, à M. Max Rooses. Son volume Flandre, en moins de 
35o pages et à l'aide de 656 petites reproductions photographiques, 
renseigne vraiment d'une façon complète, au moins comme références. 



d'histoire et de littérature ! I 9 

et en attendant une étude personnelle plus approfondie. II prend 
l'art de son pays, qu'il aime tant et décrit avec une foi si communi- 
cative, un style alerte et vraiment plastique, depuis ses origines dans 
la race et l'histoire, depuis les églises du xi° siècle, les châteaux du 
xii% Jusqu'à ce renouveau de passion réaliste et originale qui a 
constitué l'art Belge. On trouvera d'ailleurs un des éléments les moins 
étudiés, de l'époque primitive, particulièrement analysé ici : les 
miniatures; mais sans que l'équilibre de l'ensemble en souffre : au 
contraire, de précises vues générales insistent sur l'évolution constante 
du goût et du faire à travers l'histoire du pays. Comme dans chacun 
des volumes de cette précieuse petite collection, une abondante biblio- 
graphie complète le texte, ainsi que des tables étendues des repro- 
ductions et des artistes. 

La même maison d'édition inaugure une collection nouvelle, parti- 
culièrement coquette, sous le titre « Les Grands Graveurs ». Ce sont 
des albums, comme ceux des « Classiques de l'art », mais de format 
beaucoup plus réduit, et sans la contrainte de tout donner d'un 
même artiste. Une notice historique et une bibliographie précédent 
la suite des planches, dont toutes les références nécessaires sont 
données pour chacune. Aucun nom d'auteur. Le volume consacré à 
Van Dyck et les grands graveurs de portraits du XVI I"^ siècle 
comprend 66 planches de portraits. Van Dyck y figure pour 23 seule- 
ment (c'est trop peu) ; puis viennent Rembrandt, Jan Muller 
Snyderhaef, Lievens, Claude Mellan, Robert Nanteuil (8), Edelinck, 
Masson, Faithorne, Drevet... 22 artistes en tout. Toutes ces repro- 
ductions ont été faites à Londres, d'après les épreuves du British 
Muséum. Le volume consacré au seul Goya comprend 65 planches, 
tirées des Caprices, de la Tauromachie, des Proverbes, des Désastres 
de la guerre, etc. Le choix ne paraît pas à l'abri de toute objection 

On est bien embarrassé pour offrir un Guide convenable aux 
visiteurs des Fresques du Campo santo de Pise. Les renseigner sans 
images, ne peut être utile que sur place. Mais reproduire ces fresques, 
ou ce qu'il en reste, dans un livre de format courant, est bien illusoire. 
Très peu viennenth'itn^ et de façon assez nette pour qu'on en Jouisse. 
On remerciera cependant M. Abel Letalle d'en avoir choisi 37, aussi 
nettement rendues que possible, et surtout de les avoir décrites, 
celles-là et les autres, avec tant de conscience et de goût. Une notice 
spéciale sur chacun des 14 peintres qui exécutèrent ces fresques 
précède les descriptions mêmes. Celles-ci sont soigneusement docu- 
mentées, sans phrases. Les planches se réfèrent aux œuvres de 
Buonamico Buffamacco, Orcagna, Lorenzetti, Simone Martini, 
Andréa da Firenze, Antonio Veneziano, Spinello Aretino, P^rancisco 
da Volterra, Pietro di Puccio, enfin Benozzo Gozzoli, qui naturel- 
lement figure à lui seul pour 19 d'entre elles. 

Le 10' volume, de la belle Histoire de l'Art ({ne dirige avec une si 



120 REVUE CRITIQDE D HISTOIRE ET DE LITTERATURE 

constante sollicitude M. André Michel, nous mène cette fois jusqu'au 
seuil de « l'aft classique moderne ». La Renaissance, arrivée à son 
apogée, allait peu à peu se transformer, tourner au « baroque « et 
atteindre enfin le « classique ». C'est une période de transition, de 
préparation, qui est étudiée ici, et voici de quels chapitres se compose 
ce livre XVI, qui lui est consacré. La peinture italienne dans la 
seconde moitié du xvi« siècle et le début du xyii^, c'est-à-dire l'Ecole 
de Brescia, les Vénitiens, Véronèse, Tintoret, Le Parmesan, les 
Siennois, les Bolonais, les trois Carrache..., a été analysée par 
M. André Pératé, qui a donné aussi quelques pages au vitrail, sous 
la Renaissance, tandis que M. Morton Bernath traitait, à côté, de la 
miniature à la même époque. M. André Michel s'est occupé lui-même 
de la sculpture en Italie pendant la même période, des contemporains 
et des successeurs de Michel-Ange. L'Architecture en France, et 
aussi la peinture, sous le règne de Henri IV et le début de celui de 
Louis XIII, ont été étudiées par M. Gaston Brière, tandis que la 
médaille, pour la même époque, était l'objet des soins de M. Jean de 
Foville, et que la sculpture, sous Henri IV, restait le domaine de 
M. Michel. En Espagne, à son tour, la fin de la Renaissance : art 
national, art flamand et italien; monuments et sculptures, peintures et 
portraits, art Portugais, mysticisme et maniérisme, a été analysée par 
M. Emile Bertaux. La Peinture dans les Pays-Bas à la fin du 
xvi* siècle: italianisants et nationaux, peintres de mœurs, paysages et 
portraits, les Brueghel, les Pourbus, Mierevelt, a été décrite par 
M. Louis Gillet. Enfin une monographie du mobilier et de la tapis- 
serie au xvi« siècle, et dès le xv% dans les différents pays, œuvre de 
M. Léon Deshairs, achève l'étude de toute cette période. De bonnes 
bibliographies terminent chaque chapitre. Les reproductions, au 
nombre de 228, sont comme d'habitude d'une netteté remarquable. 

Henri de Curzon, 



V imprimeur-gérant : Ulvssk Rouchon. 



LE ^UY KN-VBLAV. — IMPRIMERIE PEYRILLERj ROUCHON ET GAMON. 



REVUE CRITIQUE 



D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 



N" 7 — 14 février — 1914 

Papyrus de Théadelphie, p. Jouguet. — Zander, L'eurythmie de Démosthène. — 
M. -H. SwiNDLER, Eléments Cretois dans le culte d'Apollon. — Ross, \'oyages 
aux îles. — W'ki.cker, Vie de Zoega, — Bourguet, Les ruines de Delphes. — 
Sticotti, Doclea. — Burkl, Commodien. — Faral, Les sources latines des 
contes et romans courtois du moyen âge. — Juret, Glossaire du patois de Pier- 
recourt. — i\L Bourgi;ois, Synge et le théâtre irlandais. — Jèze, Le droit admi- 
nistratif de la République française. — Mémoires et documents sur l'histoire du 
commerce et de l'industrie en France, lll. — Bexsaude, L'astronomie nautique 
au Portugal. — Schrader, L'année cartographique, 23. — Scott, Le pôle meur- 
trier. — SzYSZLo, Le Mexique. — Melot. Entre Olympe et Taygète. — Legen- 
dre, Au Vunnan. — Oranger, Les merveilles de la France. — S. -H. Ballon, 
Les clausules de Vopiscus. — H. Thompson, Childe Harold. — Clark. Le 
rhythme de la prose anglaise. — Morsbach, Le genre en anglais. — Poèmes 
latins d'Amsterdam. — Impallomesi, La psychologie de Leopardi. — D'Ancona, 
Souvenirs historiques du Risorgimento. — Grossi. Le saint Georges des Génois. 
— Académie des Inscriptions. 



Papyrus de Théadelphie, édités par P. .Iolguet. Paris, Fontemoing, igti: 

xvi-266 p. 

La collection de papyrus publiée dans ce volume par M. .ïouguei 
appelle l'attention à plusieurs titres. Ils proviennent tous du même 
lieu, l'ancien bourg de Théadelphie ; ils ont trait presque tous aux 
affaires d'une même famille, celle d'un notable du pays, Sakaôn fils 
de Satabous, dont ils sont, selon l'expression de M. J., comme les 
archives; ils appartiennent à une période assez courte qui s'étend 
de 280 à 342. et leur nombre est assez grand (5<} pièces; pour qu'ils 
puissent servir à préciser nos connaissances sur l'écriture de l'époque ; 
enfin ils. fournissent d'intéressants renseignements sur les fonction- 
naires et l'administration de la province d'Egypte et en particulier de 
Théadelphie. Ces pièces comprennent des actes de vente, des contrats 
de location et de prêt, des baux et des cheptels, des reçus et des quit- 
tances, des procès-verbaux d'audience, des requêtes au préfet 
d'Egypte et aux magistrats locaux. Deux d'entre elles ont déjà été 
publiées; l'une 'n" i3) par MM. Jouguet et Collinet dans VArchiv'fur 
Papyrusforschung, t. III, l'autre (n" 34) dans le Rheinisches Museitm, 
X. LXII, par M. Seeck. Elles comptent parmi les plus importantes du 
recueil ; la première est un jugement rendu dans une affaire d'héritage 

Nouvelle série LXXVII. 7 



122 REVUE CRITIQUE 

par le gouverneur de l'Egypte Herculia, texte qui a permis d'identifier 
l'Herculia avec l'ancienne Heptanomide : la seconde est un fragment 
de registre sur lequel étaient inscrits les reçus délivrés aux comarques 
de Théadclphie. Dans l'introduction qui précède les textes, M. J. a 
su montrer à ses lecteurs tout ce qui ressort de ces documents ; il a 
résumé en quelques pages d'une parfaite clarté ce que l'on sait de 
l'histoire de ce bourg du Fayoum, de sa prospérité pendant les deux 
premiers siècles, puis de son appauvrissement et de sa décadence; 
et, pour que nous connussions mieux le principal personnage 
dont font mention les pièces publiées, il a tracé une esquisse 
biographique de Sakaôn, on pourrait dire son curriciilum vitœ, 
et il a dressé son arbre généalogique. Si l'on remarque enfin que 
la plupart de ces actes sont traduits, et pourvus de notes explica- 
tives brèves, mais substantielles, on ne pourra que remercier M. J. 
de nous avoir fait connaître ces textes intéressants. Je regrette d'au- 
tant plus d'être obligé de lui adresser une critique. L'accentuation du 
grec est très négligée ; une trentaine de fautes sont corrigées à l'erra- 
tum, mais c'est à peine le quart de celles qui sautent aux yeux. J'in- 
dique en note les plus saillantes '. Pour terminer, quelques observa- 
tions sur les textes eux-mêmes : S, i8 texte è-fw.. Jaâ; etc.; compléter 
ko i]} [te], à la condition que, et rectifier en ce sens la traduction, 14, 
28 la restitution t,v]y£X[Xo-j]v, répétée dans les noies p. 97, est into- 
lérable. 14, 33 M. J. considère le mot o-'.7tov comme un substantif 
(p. 98); j'y verrais plutôt l'adverbe o-ittev ipour o-'.jOîv) et je tradui- 
rais : « Elle (la pierre en question) a été emportée derrière la première 
bouche ». 17, 6 M. J. voit bien le sens à chercher dans l'inintelli- 
gible -ïvj'., et propose -ivrco,-; mais le mot me semble bien n'être 
autre chose que -i-rj ; confusion entre -> et 0; ; cf. en sens inverse, 
dans les n°' 23 et 24, joa == oToa. 2 3, 14 si ■/.a6/;p7ra70£v[-:a est bien la 
leçon du papyrus, il fallait corriger en note /.aOioTr. ; mais j'avoue que 
la lecture m'inspire quelques doutes, car la faute est bien insolite. 

Mv. 



C. Zander, Eurythmia, vcl Compositio rythmica prosae antiquiv. I Kiiryllnni.i 
D emosth<^nis. Leipzig, Harrassowiiz, iqro; xx-494 p. grand in-8". 

Ouvrage touffu, d'une lecture ardue, rendue encore plus difficile 
par un latin souvent obscur et même parfois incorrect. L'auteur, 

I. Kp-.fii,. qui revient fréquemment, est invariablement accentue x,5'8t, : les mots 
c:;'.ô;. i^y.z-ziyj'^ sont toujours tr.Tités comme proparoxytons.; tô ÈT.i^jiWoj, que l'on 
rencontre sept ou huit fois, est sans exception ÈzifiaA/.ov; on lit i'zz/vi i. 18 et 3. 
10 >à-oyaAïXTi79ri 3, 19; xipTwv 6, 7; ôîSovto; S, 14; aT-'a; trois fois dans le n» 8; 
jiT.ôcuia;, i3, 12: l;ov 24, 9 et 25. I I ; même dans l'erratum ô-oTSTï/Oat. L'index 
n'est pas exempt de fautes; il enregistre par exemple îÎmBj'.v (lire £'.u6£vai), et on y 
lit entre autres iyopaT-pia, xap-o;. xT.ôôSTpia, xpiSr,, Jzr.psrf',;. zpôxciïôa;. -rpouT.Ocîa 
pour àyopâïTO'.a, xapTTÔî, XT,5£îTpia,>ip'.6f,, iJ-TipéTT,;, TpoxEÏjOat, -po[iT,9£'.a. » 



r 



d'histoire et de LITTERATURE 123 

M. Zander, cherche à déterminer les principes de la composition 
rythmique dans la prose antique, et a spécialement étudié dans ce 
volume en quoi consiste l'eurythmie de Démosthène. Le sujet, du 
reste, n'est pas embrassé dans son entier; M. Z. s'est confiné dans 
l'analyse des O/;^'^^/^'^""^-!».. estimant sans doute qu'un examen minu- 
tieux de ces trois discours, du premier mot au dernier, était suffisant 
pour donnera ses lecteurs une idée pi'écise des procédés rythmiques 
du grand orateur. Ce n'est pas la première fois que la phrase de 
Démosthène est ainsi analysée au point de vue formel et pour ainsi 
dire mécanique; les noms de Blass et de Drerup, pour ne citer que 
ces deux savants, se présentent immédiatement à l'esprit ; mais c'est 
la première fois qu'on la soumet à une critique aussi sévère et aussi 
concluante, quoique, à mon avis, l'examen des grands discours poli- 
tiques de Démosthène puisse en certains détails modifier quelques- 
uns des principes établis par iM. Z., quoique aussi l'étude de la pério- 
dique, partie essentielle de l'éloquence, ne soit pas suffisamment 
approfondie. Le rythme oratoire doit se constater tout particulière- 
ment au commencement des membres de phrase et à leur fin ; mais il 
faut d'abord définir le membre de phrase. C'est, dit M. Z., une part 
du discours nettement séparée du reste par un intervalle ou une 
pause. Le commencement des membres a son rythme, la clausule a 
le sien également, et la loi générale de l'eurythmie démosthénienne, 
c'est qu'un rythme est suivi d'un rythme identique; en d'autres 
termes, le rythme consiste dans la répétition convenable d'une 
cadence. Cette cadence se reproduit de plusieurs manières, soit au 
commencement d'un même membre, soit au commencement de plu- 
sieurs membres successifs, soit encore dans une clausule et au début 
du membre suivant. Ces définitions une fois données, M. Z. transcrit 
in extenso les commencements des membres de phrases, puis les 
clausules des Olynthiennes^ avec leur schérna prosodique, pour per- 
mettre de vérifier sa règle par l'expérience; le nombre oratoire est 
d'autant plus sensible que la lépétiiion s'étend sur un plus grand 
nombre de syllabes. Mais ce n'est pas tout; les rythmes s'organisent 
en systèmes, c'est-à-dire que des systèmes rythmiques sont constitués 
par des ensembles de cadences répétées, que l'orateur sait varier à 
l'infini, car cette variété a pour but précisément de dissimuler le 
rythme oratoire, qui pour les^nciens ne devait pas être trop senti. 
C'est pour la même raison que dans un même système les ordres 
rythmiques sont généralement inégaux. M. Z. étudie alors les formes 
des systèmes, c'est-à-dire les diverses manières dont sont disposés les 
rythmes qui les composent ; mais je ne le suivrai pas dans les détails ; 
il suffit de constater avec lui, comme il le fait à l'aide de nombreux 
exemples, que c'est toujours le principe de la répétition du rythme, 
quelles que soient les formes diverses de cette répétition, qui est le 
grand régulateur de la prose démosthénienne. Nous arrivons du reste 



I 24 REVUE CRITIQUE 

aux parties les plus importantes de l'ouvrage, on peut dire aussi les 
plus nouvelles; en même temps que leur valeur expérimentale, elles 
ont un intérêt pour ainsi dire historique, en ce sens que M. Z. étudie 
la composition rythmique de Démosthène en la comparant avec celle 
d'autres écrivains, et qu'il analyse longuement les théories des anciens 
techniciens à ce sujet. Puisque c'est dans les membres du discours que 
le nombre oratoire apparaît, il s'agit avant tout de savoir comment le 
discours se divise en membres, c'est-à-dire, suivant la définition donnée 
plus haut, de reconnaître où sont les intervalles qui les séparent ; ce qui 
les fait découvrir, c'est d'abord le sens, comme il est naturel, puis la 
composition, et enfin, ce qui n'est pas moins important, la doctrine 
des anciens. Nous touchons ici à la périodique; mais M. Z., ai-je dit, 
a beaucoup moins orienté ses recherches de ce côté, et ne considère 
la période que dans ses rapports avec le rythme. On le voit dans les 
tableaux qu'il dresse de nouveau des trois Olynthiennes, celte fois en 
les divisant en membres oratoires, après avoir discuté les théories 
anciennes relativement à la séparation des membres. La conclusion 
de cette analyse, complétée par celle de quelques morceaux de Gor- 
gias, de Thrasymaque et d'Isocrate, est, ainsi qu'on pouvait le pré- 
voir, que la phrase entière, comme le membre de phrase, prend sa 
fin parla répétition d'un rythme; car le nombre oratoire, l'euryth- 
mie, consiste dans le retour approprié d'une même cadence. Telle est 
bien aussi, pour M. Z., l'eurvthniic de Démosthène : rythme initial 
des membres ; rythme final, qui le plus souvent ditïère de celui-ci ; 
combinaisons variées des rythmes ; leur correspondance entre eux ou 
avec les rvthmes des membres voisins; enfin conclusion et com- 
préhension rythmique de la période, qui précisément est formée de la 
réunion des membres harmonieusement cadencés. M. Z. est ainsi 
amené à donner en exemples un assez grand nombre de périodes, 
dont il analyse là construction, selon qu'elles sont formées de 
membres cordonnés, ou opposés-, ou juxtaposés par asyndèie, ou 
encore .qu'elles gravitent autour d'un membre commun initial, 
médial ou final, sans toutefois excéder généralement le nombre de 
quatre membres; les Oîyiïthienncs, en efi'et, ne renferment que tort 
peu de périodes d'une plus grande étendue. M. Z. ne poursuit pas 
plus loin celte étude de la période démosihénienne, car il termine ce 
chapitre en examinant dans le détail où et comment se produisent les 
intervalles qui séparent les membres oratoires : son plan, semblet-il, 
ne lui permettait pas de pénétrer plus profondément dans la struc- 
ture périodique, parce qu'il s'est tenu à l'étude du rythme et qu'il 
s'est borné aux Olynthiennes . Et cependant les grands discours poli- 
tiques de l'orateur, coinme V Ambassade et la Couronne, sont à ce 
point de vue d'une richesse, d'une variété et d'une ampleur qui pou- 
vaient suggérer bien d'autres considérations. M. Z., du reste, n'en 
disconvient pas. Dans les Olynlhiennes, dit-il (p. 3/6 ., Démosthène 



D HISTOIRE bT DE LITIKRATURE 1-23 

« oraiionis génère uiiiur minus conciiaio, pneumata (-vEùijia csi Je 
mot par lequel Hermoyène désigne une longue période ayant plus de 
quatre membres) nec iia facii ampla nec iia fréquentât, ut in illis ora- 
tionibus quibus yEschinem inimicum ulciscens, et dignitatem suam 
defendens, lorrentis impeiu volvitur. « Laissons toutefois cette ques- 
tion ; je reconnais volontiers que Téiude de la période et l'étude du 
rythme oratoire sont choses différentes, et que si la première ne peut 
se passer de la seconde, celle-ci peut se contenter d'effleurer seule- 
ment la première. Le dernier chapitre de M. Z. est intitulé de rhyth- 
mica ' recitatione ; il y est question des différents genres d'hiatus, soit 
à une pause, soit dans la suite du discours ; ensuite, étant donnée la 
réunion en pieds des syllabes longues et brèves, M. Zander étudie la 
manière dont les syllabes d'un même mot ou de mots voisins sont 
réparties par rapport à l'ictus. L'ensemble de l'ouvrage est à méditer ; 
il est plein de vues neuves et originales, qui contribueront beaucoup 
à nous faire mieux comprendre et apprécier l'art de Démosthène et 

sa technique ortaoire. xt 

' M V . 

Mauv Hamiltun SwiNDLiiR, Cretan Eléments in the Cuits and Ritual of 
Apollo. In-8°, p. 3-8o. Bryn Mawr, Pennsylvanie, lyij^. 

Les Grecs croyaient volontiers que leur religion venait de Crète, 
ce qui parut absurde à la critique moderne jusqu'au jour où des décou- 
vertes inattendues révélèrent les merveilles de la civilisation << mi- 
noenne». Ce monde, à la fois raffiné et barbare, présentait des carac- 
tères si surprenants, l'art en était si varié, si spontané et si vivant que, 
par une réaction naturelle, on accorda plus d'importance à la Crète 
que n avaient fait les Anciens. C'est la tendance qu'on remarque 
dans le mémoire de S., qui tend à tout expliquer par une influence 
Cretoise. Non qu'Apollon soit, à proprement parler, un dieu insulaire, 
mais son culte n'est pas primitif: beaucoup d'éléments s'y retrouvent 
qui ont en Crète leur origine première et dont la fusion, plus ou 
moins complète, s'est faite par la suite; toute trace n'est pas perdue de 
ces religions locales, et l'on peut, en cherchant bien, les percevoir 
dans l'uniformité du culte apollinien. Ces dieux divers, qu'on adorait 
sur les noms de Pythios, de Delphinios, de Smintheus, d'Amyclaios, 
d'Agyieuset deTarrhaios seraient ain.u venus de Crète, comme les élé- 
ments « cathariiques » ou puriricaieurs qu'on remarque dans le culte 
d'Apollon, conime l'hyporchème qu'on dansait en son honneur et 
comme le nome et le paean qu'on chantait à ses fêtes. A vrai dire, l'au- 
teur prouve bien que, sur tous ces points, des liens étroits unissaient la 
Crète et le continent : il ne démontre pas toujours — ce qui est toute 
la question — que le culte ou la ferme insulaire aient été antérieurs 

I. M. Zander, qui dans son titre et dans sa préface orthographie lythmus, 
eurythmia, rytlimicus, écrit invariablement rliythmiis etc. dans le cniirs de son 
ouvrage. 



126 REVUE CRTTIQUE 

et primitifs. De même Phoibos, quoi qu'en dise S., p. 45, n'a rien à 
voir avec la Crète et le témoignage des fouilles n'est guère en faveur 
d'étroites relations entre la Crète et Delphes : le rhyton de pierre est 
seul de son espèce et les vases mycéniens sont de style tardif. — Du 
moins le mémoire est-il clairement présenté : sur chaque point parti- 
culier de sa thèse, S . résume avec soin ses arguments, et permet ainsi 
au lecteur d'accepter en connaissance de cause ou de rejeter ses con- 
clusions. 

A. DE RiDDER. 



L. Ross, ïnselreisen, II, p. vi-.kii, 1-168 ; Fr. Gott. Welcker, Zoega's Leben, 

II. p. 1-261. In-S", Halle, Niemeyer, 190. 

Nous ne pouvons que signaler ici les deux fascicules de réimpres- 
sions qui complètent les tomes III et IV des « Classiques del'archéo- 
gie ». Les voyages dans les îles sont encore utiles à relire aujourd'hui 
et les lettres de Zoega peignent sur le vif la société lettrée de Rome à la 
fin du xviii^ siècle et au commencement du xix^ : on sait que les Bas- 
sirelievi, malheureusement inachevés, de cet auteur sont le plus ancien 
livre d'archéologie qui soit encore à consulter et qui soit intéressant 
pour d'autres que des muséographes. 

A. DE RiDDER. 



E. BouRGUKT, Les ruines de Delphes. In-S-, p. i-3bb, avec une planche hors 
texe, un plan et 121 tig. Paris, Fontemoing, 1914. 

La « littérature « delphique est abondante et confuse : pour nous y 
reconnaître, nous n'avions que quelques pages de Basdeker ou de 
Joanne et le guide sommaire de M. Keramopoullos. B., l'un des 
ouvriers de la première heure et l'homme du monde qui connaît le 
mieux le sanctuaire, a pensé qu'il y avait là une lacune, que son livre 
a pour dessein de combler. Il fallait, pour l'écrire, quelque courage et 
quelque abnégation. Il est toujours périlleux d'aborder une matière 
qu'on peut dire encore neuve : la diflficulté devenait plus grande dans 
un sujet qui soulève tant de problèmes d'ordre divers, où l'auteur 
devait passer sous silence ou laisser sans solution mainte question 
intéressante ou passionnante et, renonçant à la séduction des hypo- 
thèses non vérifiées, n'exposer que des résultats acquis et certains, 
quitte à redire parfois ce que d'autres avaient dit et à fajre, par endroits, 
besogne de vulgarisateur. B. n'a pas cru que la tâche fût indigne de 
lui et nous devons l'en remercier, car son livre sera indispensable à 
tous ceux qui voudront connaître Delphes. L'abondance de l'illus- 
tration, la vivacité, la clarté, la parfaite netteté de la description le 
rendent accessible à tous, artistes ou simples curieux, archéologues et 
historiens : les spécialistes mêmes — ils sont rares en Erance — seront 
heureux de savoir l'opinion de B. sur maint problème difficile et, lors 



d'histoire et de littérature I 27 

même qu'ils devront les combattre, trouveront profit à connaître et à 
peser ses arguments. 

P. 12, critique d'assimilation trop faciles entre la vie antique et la 
vie moderne. P. 20, plaidoyer pro domo dont on louera la modéra- 
tion : B. avait pleinement raison de se défendre, car il a fait à Delphes 
plus que son devoir. P. 3r, la Joie delphique. P. 38, la voie sacrée 
était primitivement une suite de paliers. P. 45, les statues des amiraux 
lacédémoniens étaient sous l'abri d'un toit. P. 52, les piédestaux des 
rois d'Argos. P. 66 et suiv., la question Siphnos-Cnide. P. 70, les sta- 
tues mentionnées dans la dédicace de Cnide seraient les deux carya- 
tides. P. 87, la variété de l'art dans la décoration de Siphnos. P. 28, 
le trésor d'Athènes serait bien postérieur à Marathon. P. 102, B. 
défend, par d'excellents arguments, la reconstruction de Replat. 
P. 1 19, les piliers singuliers de la terrasse. P. i3o, j'ai peine à croire 
à une intention dans le modelé de la tète de sphinx ; sans l'heureuse 
découverte de Couvert, elle passerait, aujourd'hui encore, pour une tête 
d'Apollon. P. i5o, le trésor de Cyrène. P. i58, les Tarentins regra- 
vent leur dédicace. P. 107, piédestal de Charixenos avec dessin de 
S. da Fonseca montrant l'effet que pouvaient produire ces hautes 
bases à deux colonnes. P. i83, la chute des rochers qui démolit le 
grand temple en 373. P. 190 et suiv., la colonne des « Thyiades ». 
P. 199, B. est moins sévère que je ne le serais dans son jugement sur 
l'Agias. P. 217, les couloirs de la Pythie. P. 226 et suiv., l'aurige et 
sa découverte. P. 248, Tadyton. P. 260, les comptes de la reconstruc- 
tion. P. 277, la ville de Delphes. P. 290. Castalie. P. 3o6, Marma- 
ria sur laquelle l'exposé de B. permettra d'attendre la publication 
dérinitive. P. 334, les carrières de Saint-Elic. P. 339-344, notes biblio- 
graphiques et p. 345-355, tables. 

A. de Riddkr. 



PiERo Sticotti, Die rœmische StadtDoclea in Monténégro, avec la collabora- 
tion de l.. Jelic et de C. M. Ivekovic. 6<= vol. publié par la commission « des 
Balkans » 'Académie des sciences de Vienne'i. ln-4", p. i-n, 1-22S, avec un plan et 
148 fig. Vienne, Holder, if)i3. 

Doclea est située un peu au N. de Podgorica, au confluent de 
la Zêta et de la Moraca. Bien qu'elle ne fût pas sur la grande route 
côtière, elle eut quelque importance comme étape vers l'intérieur, 
aussi les ruines qu'elle a laissées ont de bonne heure attiré l'attention. 
Divers articles les ont décrites dans la Revue archéologique, ainsi 
que dans le Bulletin et les Ménioires de la Société des Antiquaires ; 
le consul Sainte-Marie ouvrit même un tumulus au N-.O. de la ville, 
et les premières fouilles de 1891-2, dirigées par le savant russe 
Rowinski à l'instigation du prince Nicolas, furent suivies en 1893 
d'une seconde campagne où la mission anglaise deMunro et d'Ander- 
son dégagea deux églises primitives. Malgré ce qu'eut d'incomplet 



128 REVUE CRITIQUE 

cette exploration du sol antique, les résultats en ont permis à S. 
d'écrire une monographie intéressante de la petite cité romaine et de 
rectifier sur des points importants les études hâtives de ses prédéces- 
seurs : comme, parmi les monuments encore debout, beaucoup sem- 
blent voués à une destruction prochaine, il était utile de les décrire 
exactement et d"en donner l'état actuel. S. nous fait connaître les 
voies d'accès de Doclea et l'emplacement des nécropoles, p. i8 et 
suiv., puis, p. 49, le plan assez particulier de la ville : comme les 
murailles y suivent le contour du plateau naturel sur lequel elle est 
construite, la disposition des rues et des portes était forcément 
irrégulière. L'arc de triomphe occidental, p. 57, est mal conservé et 
avait sans doute deux arcades. Un premier, temple à abside, p. ti5, 
devait être consacré au culte impérial : Doclea en comptait au 
moins deux autres, dont l'un avait le fronton décoré d'un buste 
de Diane (p. 85-()8) et de curieux pavements de marbre incrusté, La 
basilique, p. i i i et suiv.. où l'on voit nettement la trace des fenêtres, 
bordait à l'ouest le forum. Des deux édifices découverts par la mis- 
sion anglaise, l'un est une basilique, l'autre une église à coupole 
centrale qui rappelle quelque peu le mausolée de Galla Placidia, 
p. 137-148 : à ce passé chrétien de Doclea, qui fut un évêché, se rat- 
tachent un vase gravé publié par Dumont et un fragment de labrum 
décrit p. i52. Suivent, p. i 55-184, les inscriptions découvertes dans 
la ville, dont quelques-unes sont inédites. S. pense que Doclea fut un 
municipe flavien (p. 190) ; le princeps civitatis que mentionne une 
inscription de Grahovo serait antérieur à l'époque flavienne. Par- 
mi les familles importantes de la ville, était celle de Balbinus mort à 
i5 ans et à qui l'on éleva trois statues. P. 209-226, intéressante notice 
de L. .lelic sur le sort de Doclea après l'époque romaine. 

A. DE RlDDl'.R. 



Commodien. Recherches sur la doctrine, la langue et le vocabulaire du poète, 
par JoACHiM lîiRKL, professeur au Lycée de Tunis, docteur ès-lettres. Paris, 
Ernest Leroux, ir)i2. Prix : 6 francs. 

Les Instructions de Commodien. Traduction et Commentaire, par le même 
auteur. Prix 3 francs. 

[^'unique gain des travaux de .\L Burel, c'est la traduction lourde, 
mais consciencieuse, qu'il a donnée des Instructions de Commodien : 
ce mot-à-mot fidèle sera de quelque secours à ceux qui se laisseront 
tenter par l'étude du fastidieux poète. Je ne crois pas qu'il y ait rien 
d'utile à tirer par surcroit de ces deux ouvrages. Au double point de 
vue historique et philosophique, M. D. était insuffisamment préparé 
à la tâche qu'il a assumée. Il ignore plusieurs des études les plus 
importantes parues sur Commodien en ces dernières années : par 
exemple la dissertation de F. Zeller insérée dans la Theolog. Quartal- 
schrift. t. XCI (1909) p. 161-21 i, 252-406, les recensions si instruc- 



d'histoire et de littérature 129 

tives de Cari Weyman dans la Theolog. Revue de 1908 et de 1909, 
l'opuscule public par le P. Brewer en appendice à son gros ouvrage 
sur Commodien [die Frage um cias Zeitalter Kommodians, Pader- 
born, 1910) etc. De telles lacunes sont peu excusables. Quand on se 
flatte de faire avancer une question, il faut la prendre au point où les 
précédentes recherches Pont laissée. J'ajoute que l'idée que l'auteur 
s'est formée du christianisme du m'' siècle — c'est à cette époque qu'il 
reporte l'œuvre de Commodien — est vraiment trop superficielle : je 
me permets de lui suggérer la lecture des pages que Harnack a consa- 
crées au même sujet dans sa récente étude sur la Vie de Cyprien par le 
diacre Pontius [Texte iind Unters. xxxix, 3). Quant à sa conception 
dustyle « africain »,du vocabulaire» africain » etc., espèce distincte, 
variété à part, elle a eu quelque vogue au temps de Sittl et de Wôlfî- 
lin : M . D. ne parait pas se douter des objections qu'elle soulève et 
du discrédit où elle a glissé. 

L'ouvrage pèche, dans son ensemble, par de graves défauts 
de méthode. Cette constatation suflira, sans qu'il soit besoin d'entrer 
dans les critiques de détail qu'il me serait aisé de formuler. 

P. DE L. 

E. Faraf.. Recherches sur les sources latines des Contes et Romans cour- 
tois du Moyen Age, Paris, H. Champion, i9i3;un vol. in-8", de xi-43 i pages. 

Comme le dit l'auteur dans son Avant-Propos, ce livre n'est pas 
une étude d'ensemble, et cependant il est systématique à sa façon, 
parce que les articles qui le composent ont une même tendance, et 
aussi un point d'aboutissement commun : nous le verrons tout à 
l'heure. Le premier de ces articles est consacré à l'influence d'Ovide 
sur la littérature du xu' siècle, aux imitations qu'on en relève dans 
des œuvres comme Piramus et Tisbr, le roman de Thèbes et celui 
d'Enéas : il est évident que la preuve ici ne pouvait être faite qu'à 
l'aide de rapprochements multipliés et de discussions de textes assez 
minutieuses. Et il en est de même encore, lorsque, dans une seconde 
étude, M. F. se pose la question d'antériorité relativement au roman 
d'Enéas et à celui de Troie, étant admis que Thèbes est le plus ancien 
de tous : il connaît par le menu tous les arguments qui ont déjà été 
présentés dans un sens ou dans l'autre, il les expose à son tour, et ne 
se décide, semble-t-il, qu'à bon escient. Par une troisième étude inti- 
tulée Débats du clerc etdu chevalier il a cherché à montrer que, dans 
plusieurs œuvres des xn'" et xiii« siècles, ce thème du débat n'était 
guère qu'une réminiscence, un élargissement, si l'on préfère, de 
l'églogue virgilienne ou alexandrine. De ces trois articles M. F. avait 
déjà publié les parties essentielles dans la Romania et dans la Revue 
des Langues romanes ; mais il a revu et renforcé ici son argumentation, 
il y a aj(juté quelques détails et certains appendices. D'autre part il 
donne pour la première fois un long article, très documenté, sur le 



l30 REVUE CRITIQUE 

merveilleux et ses sources dans les descriptions de nos romans fran- 
çais du moyen âge ; procédant toujours par voie de comparaison et de 
collation méiiculeuse, il arrive à établir que c'est en somme à des 
sources latines qu'a été puisé ce merveilleux, surtout à celles où il est 
question des pays orientaux et de l'Inde (p. 32i, 1. 12, lire Stace au 
lieu de Lucain). Dès lors une conclusion s'impose, et l'auteur l'a indi- 
quée dans une dernière étude bien plus courte et rédigée en traits plus 
larges que les autres, celle qui a pour litre Les commencements du 
roman courtois. Mais ici n'a-t-il pas généralisé un peu vite, séduit 
lui-même par la théorie qu'il entrevoyait, et qui peut avoir un certain 
fondement, mais dont il est difficile cependant de lui accorder qu'elle 
est vraie dans tous ses détails? Cette théorie, c'est que d'une part les 
romans bretons ne sont pas antérieurs aux romans antiques ; c'est que, 
d'autre part, l'antiquité était déjà très bien connue aux environs de 
ii5o ;et presque autant qu'elle a pu l'être par la Pléiade quatre cents 
ans plus tard). Concédons ce dernier pointa M. F., en tant qu'il s'agit 
du moins de l'antiquité latine, et de ses poètes ; concédons-lui à cette 
date l'influence grandissante d'Ovide. « Admiré, plagié, exploité de 
cent manières, dit-il à la p. 409, Ovide va, de son génie vivace, fécon- 
der tout un genre : il va présider à l'installation de l'intrigue amou- 
reuse dans le roman ». Il y a du vrai là-dedans, je le répète, mais 
n'est-ce pas cependant faire la part un peu large à l'auteur des Héroïcies 
et de VArt d'aimer'^ Car d'abord il n'en restera pas moins que la 
« matière de Bretagne » a son vrai fondement dans des traditions 
autonomes, dans des légendes un peu barbares et celtiques, pour tout 
dire : ce n'est pas des Métamorphoses que viennent Artus et le Graal. 
D'autre part même en envisageant celui qui, dans le troisième quart 
du xii' siècle, a été sur le continent le grand propagateur des légendes, 
qui les a diluées en un sens, et accommodées au goût déjà raffiné de 
son entourage, j'ai quelque peine à ne voir en lui qu'un plagiaire et un 
imitateur servile de l'antiquité. Car après tout ce n'était pas un poète 
médiocre que ce Crestien de Troyes, et c'était à coup sûr un analvste 
d'une singulière pénétration. Qu'il ait emprunté à d'autres certains 
procédés de style, comme la répétition d'un mot par interrogation pour 
permettre au développement de rebondir, je le veux bien ; mais je 
n'accorde pas que la psychologie d'un poème comme le Chevalier an 
Lion vienne en droite ligne de celle d'Ovide, ou si elle en vient, elle 
a singulièrement changé en route, acquis plus de finesse et d'acuité, 
je ne sais quoi de plus poussé. La vérité est probablement in medio, 
comme il arrive presque toujours : M. Faral sera sans doute amené à 
le reconnaître, en poursuivant des études qu'il a si bien commencées. 
Il devra tenir compte aussi de l'élément chrétien qui, malgré tout, 
s'est insinué d'une façon subtile, et dont il faut bien reconnaître la 
trace même dans cette littérature profane et courtoise. 

E. BOURCIEZ. 



d'histoire et de littérature I 3 I 

C. JuRET, Glossaire du patois de Plerrecourt (Haute-Saône). Halle, M. Nienieyer, 

1913 ; un vol. in-8», de viii-172 pages {Beilieftc 77(1- Zeiis. f. rom. Pliil., n" 5i). 

La publication de ce Glossaire est bien faite et sera utile. M. Juret 
qui avait déjà, il y a quatre ou cinq ans, étudié la phonétique du patois 
de Pierrecourt dans plusieurs articles de la Revue de philologie fran- 
çaise, n'en a donné ici qu'un aperçu en guise d'introduction. Il pro.- 
met d'y ajouter prochainement un travail consacré à la morphologie 
du même patois, et qui sera lui aussi le bien venu. D'ailleurs la pré- 
sente étude contient malgré tout une cinquantaine de pages, et ce qui 
la caractérise en un sens, c'est que l'auteur y a usé de procédés diffé- 
rents pour exposer les faits relatifs aux voyelles et aux consonnes. 
Le vocalisme est traité en partant de l'époque actuelle, et en remontant 
ensuite jusqu'à l'origine des sons : méthode très acceptable en soi, 
mais il me semble que certains points sont un peu restés dans l'ombre, 
ou même n'ont pas été du tout éclaircis. Ainsi p. 5, l'extension de la 
finale aif à Pierrecourt prend un certain caractère d'étrangeté ; on la 
trouve dans des mots dont les désinences sont très variées, par exem- 
ple dans saip (cippum) aussi bien que dans kaii^ (coccum), et cela 
demanderait quelques explications. Je ne sais pas non plus si le rem- 
placement hypothétique de -elliim par -ittum, dans les mots comme 
furnaw, peut aider à solutionner la question ; et en tout cas ce serait 
en vertu de lois très paiticulièrcs à cet idiome. Pour ce qui concerne 
les consonnes, M. J. est au contraire parti du latin ; tout frais émoulu 
de son étude sur la Dominance et la résistance, il a voulu, comme il 
le dit lui-même, que ce nouveau travail servît de « contrôle aux résul- 
tats obtenus dans le domaine de la phonétique latine ». Rien de mieux, 
d'autant que l'exposé est assez serré, et que l'auteur s'est efforcé chemin 
faisant de formuler avec précision certains principes relatifs à la 
métathèse en général, à la dissimilation, etc. Je n'entrerai pas dans 
la discussion. — • Quant au Glossaire lui-même (pp. 55-i 52), il est fort 
intéressant et sera profitable, étant composé de matériaux de choix, 
rigoureusement transcrits, environ 2.5oo mots. Sur cet ensemble, il 
y a 80 termes à peu près dont M. J. déclare que l'origine lui est in- 
connue, et qui restent par conséquent autant de petits problèmes 
dignes d'exercer le flair des professionnels de l'étymologie. Pour tous 
les autres mots, il a donné lui-même les indications s.uffisantes, et les 
a munis d'un signe distinct suivant qu'ils remontent aux mêmes types 
que les mots français similaires, ou ne sont au contraire qu'une adapta- 
tion tardive et un emprunt à la langue littéraire. A vrai dire on peut 
hésiter souvent, et l'auteur l'avoue p. 54 : ainsi détromper et détrôner 
doivent-ils bien, comme il est fait ici, être assignés à deux classes dis- 
tinctes? On arriverait peut-être à des précisions plus grandes sur 
l'élément vraiment indigène par un travail de comparaison avec tous 
les patois voisins; mais ce travail serait très minutieux, et ne pouvait 
qu'être ébauché, ce qui est déjà beaucoup. M. Juret enfin a ajouté à 



I ?2 REVUE CRITIQUE 

son Glossaire un classement méthodique des mots usités à Pierre- 
court, et qui aura lui aussi son utilité. Mais où sont dans le Glossaire 
les termes apchar injure et archa (casse-cou) ? Je ne les y ai pas 
trouvés, non plus que quelques autres, semblc-t-il, qui figurent dans 
le classement de la fin. 

E. BOURCIEZ. 



Maurice Bourgeois. John Millington Synge and the Irish Théâtre. Londres, 
igi?, Constabic, in-8% 3.i6 p., 7 s. 6 d. 

A ceux d'entre nous qui furent étudiants vers 1896, ce gros volume 
rappellera des souvenirs que quelques années écoulées rendent déjà 
lointains. Les portraits de Synge reproduits par M. Maurice Bour- 
geois font revivre l'ardent patriote qui fut l'un des membres les plus 
zélés de V Association irlandaise, aujourd'hui défunte, puisque les libé- 
raux sont au pouvoir et que l'entente cordiale s'est faite. De retour en 
Irlandeaprèsun assez longséjoursurle continent, Synge se révélaauteur 
dramatique. Son théâtre se compose de six pièces d'inégale longueur 
(deux sont en un acte), dont les personnages sont irlandais et qui furent 
jouées surtout à Dublin. Voici en quelques mots le sujet de la princi- 
pale pièce : un jeune paysan s'ctant vanté d'avoir tué son père, devient 
le héros de son village et toutes les femmes se le disputent; le père 
revient, adresse des reproches à son fils qui de nouveau lève la main 
sur lui, c'est alors un cri unanime de réprobation; le drame imagi- 
naire plaisait à la foule irlandaise, le drame réaliste soulève son dégoût. 
Synge est mort h trente-huit ans sans avoir donné autre chose que des 
promesses. « Svngc, dit M. M. B., serait tout à fait inconnu», si si la 
représentaiion de ces pièces n'avait déchaîné l'émeute. L'aveu est à 
retenir; au fond, Synge est un auteur dramatique de second plan, et, 
on peut l'ajouter sans blesser des sentiments respectables, d'impor- 
tance locale. On s'étonne alors qu'on ait jugé à propos de lui consa- 
crer une biographie de plus de trois cents pages. N'est-ce pas une 
façon d'écraser une réputation naissante? C'est à Paris que Synge avait 
commencé son éducation littéraire, c'est l'université de Paris qui a 
accueilli le présent volume sous sa forme primitive de Mémoire pour 
l'obtention du diplôme d'études supérieures. — .l'en demande pardon 
à M. Anatole le Braz, mais « l'union chrétienne des jeunes gens 
fondée par le pasteur Jean Monnier » (citation en note, p. 19 s'appe- 
lait à l'époque dont Synge lui parlait, le « cercle des étudiants protes- 
tants ». Lisez p. 22 et '3 19, le docteur Crée et non Crée. 

Ch. B.\sTini:. 

Gaston Jkzk. Das Verwaltungsrecht der franzôsischen Republik. Tûbingen, 
C. Mohr Das œffentliche Recht der Gegenwart, t. xxni), 191?. In 8°, xvi- 
528 p. Index. 
C'est véritablement une chance pour les lecteurs allemands d'avoir 



d'histoire et de littérature i33 

sur notre droit administratif un livre aussi clair, aussi complet, aussi 
plein de réalités. La notion de service public, le rôle du conseil 
d'Etat, le gouvernement local, le budget et la comptabilité publique, 
la situation des fonctionnaires, la responsabilité de ceux-ci, tout cela 
est analysé sous une lumière crue. A ces analyses, M. J. a joint le 
plus souvent un exposé historique qui explique la formation des no- 
tions Juridiques actuelles, et aussi un examen des théories qui pré- 
parent peut-être ou annoncent les évolutions de demain. Signalons tout 
particulièrement le 2« ch. du II h livre, i" partie : << Les fonction- 
naires régionaux et locaux. La décentralisation » L'avant dernière 
ligne de la p. i85 peut faire croire à un étranger que la division au 
départements et en communes (comnie celle en arrondissements) date 
de l'an VIII. Il est peu clair, p. 199 ligne 2, déqualifier les sous- 
préfets de « Wahlbeamten »: ce qui est vrai, hélas!, c'est dédire : 
« Ihre hauptsachliche Rolle...besteht darin, sich mit den Wahlen zu 
befassen ». — On s'éionne que M. J., généralement si réaliste, après 
avoir écrit que les maires ne sont pas rétribués (p. 207), n'ait pas 
ajouté qu'en fait les grosses communes trouvent moyen de tourner 
la loi. — Il est significatif que le canton ne soit même pas nommé, 
ne figure même pas à l'index. Il y a cependant là, aux yeux de quel- 
ques théoriciens, un cadre futur possible de la vie locale. 

Henri Halser. 

Mémoires et documents pour servir à 1 histoire du commerce et de l'in- 
dustrie en France publiés .sous la direction de Julien Hayem. Préface d'Ed- 
gard Depitre. 3" série, Paris, Hachette, iqilî, In 8", xii — 32i p. 9 grav. hors 
texte. 

M. Depitre regrette, semble-t-il, les critiques, d'ailleurs pleines 
d'encouragements, qui accueillirent les deux premières séries de ces 
Mémoires et documents '. Nous ne saurions partager ses regrets si, 
comme il y paraît, ces critiques ont eu pour effet d'améliorer la 
collection. 

Au moins dans les 100 premières pages de nouveau volume, nous 
sommes en présence de recherches bien conduites, de résultats ex- 
posés selon une saine méthode. Le D'" Garsonneau a étudié, pour la 
généralité d'Orléans, cette même question des toiles peintes sur 
laquelle M. Depitre a récemment écrit un excellent ouvrage d'ensem- 
ble. Encore pour celte généralité d'Orléans, M. Georges Hardy 
nous donne une géographie industrielle du \\\\\<' siècle. M. Mathieu 
nous apporte des documents sur l'industrie (spécialement du fcri en 
Bas-Limousin à la fin du xvm- et au début du xix"" siècle, ainsi que 
des contrats d'apprentissage provenant de la même région \ Une 

1. Voy. Revue cr. i(ji2 t. 11. p. 3i(). 

2. Ibid., p. 43o. 

3. P. 83, ligne 7, lire « niesmc » pour « mesure ». 



I?4 REVUE CRITIQUE 

note de M . Vauthier nous renseigne sur les relations commerciales 
entre la France et les Etats-Unis de 1789 à 181 5 '. 

Les deux derniers tiers du volume sont occupés par La lutte contre 
r incendie dans les Halles, les marchés et les foires de Paris sous l'an- 
cien régime par M. Cherrière. M . Cherrière s'excuse lui-même (p . 3i8) 
de sa méthode (?) qui consiste à parler de tout à propos de tout. Non 
seulement, à propos des mesures prises contre l'incendie des marchés 
et des foires, il se croit obligé d'écrire une histoire de chacun des 
marchés de Paris, des foires Saint-Ovide, Saint-Germain, Saint-Lau- 
rent. Mais rencontre-t-il les mots de Chàtelet, de Prévôt? vite, une 
description du Chàtelet, un paragraphe sur le Prévôt. Tout cela, on 
le pense bien, ne va pas sans quelques erreurs ou sans quelques con- 
fusions '. Répétons sans nous lasser qu'il n'est qu'un moyen de faire 
besogne vraiment utile, c'est, après avoir choisi un sujet, de s'y tenir. 
Pour intéressantes que soient les excursions à travers champs, elles 
nous retardent et risquent de nous égarer. Et nous ne pouvons, à 
toute occasion, reprendre omnes res scibiles, et quasdam alias. 

Henri Hauskr. 



Joaquim Bensaude. L'astronomie nautique au Portugal à l'époque des 
grandes découvertes. Berne, Max Drechscl, 1912, in-8°, ayo p. Fig. 

« L'infant D. Henri... passa sa vie à Sagres, près du cap de Saint- 
Vincent; là, les yeux fixés sur les mers du Midi, il dirigea les auda- 
cieux pilotes qui visitèrent les premiers ces parages inconnus ». Cette 
phrase du Précis de Michelet enveloppe-t-elle une vérité historique 
ou une légende ? En d'autres termes, les découvertes des Portugais 
sont-elles l'application de théories scientifiques, élaborées au Portu- 
gal même, ou les navigateurs lusitaniens n'ont-ils fait que recevoir 
une science fabriquée ailleurs ? 

Contre les tenants de Martin Behaim et de Regiomontanus, 
M. Bensaude, qui est Portugais, revendique les droits de sa nation. 
Ce qui empêche sa démonstration d'acquérir une force tout h fait 
probante, c'est qu'il ne fait pas suffisamment état des travaux de ses 
prédécesseurs. Il semble ignorer ceux de M. Lucien Gallois, et ceux 
aussi de M. Henry Vignaud, encore qu'il professe, au sujet de la pau- 
vreté des connaissances scientifiques de Colomb, la même opinion 
que M. Vignaud (p. i3o et 178). Mais il parle de la lettre et de la 
carte de Toscanelli (p. 10 n. 4 et p. i85) comme si les critiques de 
M. Vignaud étaient inexistantes. 

I. P. 102 1. 4. un faux renvoi. 

I. P. 109 n. I, à la bibliographie, manquait Huvelin, cité, p. : 28, n. i. P. 116 
on sera surpris d'apprendre que « l'Apport-Paris » vient de « Porte de Paris ». 
P. 194, la foire Saint-Germain « reste fermée de 1389 à 1594 » ; p. 20?. c'est " de 
I 36f) à 1673 »; il aurait fallu renverser l'ordre de ces deux mentions. 



i 



d'histoire et de littérature i35 

Le mérite propre de M. B., c'est d'avoir dégagé ce que l'on peut 
appeler la tradition astronomique portugaise. Il s'appuie surtout sur 
le Règlement de Vastrolabe et du quadrant (imprimé sans doute à 
Lisbonne en i5ig-i520j conservé à Munich, et dont il donne une 
édition p. 217-231. Il y retrouve la trace de toute une littérature ibé- 
rique antérieure. Il y joint le Règlement d'Evora et divers documents 
relatifs à la jiinta dos mathematicos. La compétence nous manque 
pour suivre M. B. sur ce terrain, où il a d'ailleurs été guide lui- 
même par M. A. Wolfer, directeur de l'observatoire de Zurich. Mais 
il est impossible de le lire sans être tenté de souscrire à ses princi- 
pales conclusions : 

L'hypothèse que les instruments et les connaissances astrono- 
miques auraient été oubliés en Portugal et y seraient revenus comme 
articles d'importation allemande, cette hypothèse ne résiste pas à la 
lumière des faits, surtout des faits bibliographiques. Les connais- 
sances astronomiques (liées originairement à l'astrologie) des Arabes 
n'ont jamais disparu du sud-ouest de l'Europe ; elles ont été conser- 
vées et transmises par les savants juifs de la Péninsule et de la Pro- 
vence. Ces derniers ont joué un rôle considérable dans l'histoire de 
la cartographie catalane (voy. les documents 11 et 12) et dans la for- 
mation scientifique de l'école lusitanienne. Si les Portugais ont 
découvert, selon le mot de Pedro Nunes, non seulement de nouvelles 
terres et de nouveaux peuples, mais « un nouveau ciel et de nouvelles 
étoiles », ce n'est ni par hasard ni pour obéir à des suggestions venues 
de Nuremberg. 

Il s'est bien produit dans la Péninsule une « invasion de l'obscu- 
rantisme », mais « après et non avant les découvertes ». Le triomphe 
de l'Inquisition du xvi^ siècle n'a pas eu seulement pour effet d'arrêter 
brusquement ce mouvement scientirique, d'origine arabo-juive, il a eu 
encore pour conséquence la disparition des documents qui auraient 
permis d'en retracer l'histoire. Ainsi s'explique l'erreur des historiens 
qui, n'apercevant plus le lien de continuité entre les Arabes du 
xiii" siècle et les navigateurs portugais du xv*, ont dû recourir 
à l'hypothèse allemande. Seul, le hasard de quelques découvertes 
heureuses a permis de renouer la chaîne brisée (voy. p. 277-287). 
L'un des derniers anneaux en est VAlmanach perpetuum d'AbrâhAm 
Zacuto (commencé en 147?, terminé en 1478 et imprimé en 1496^ qui 
semble tout à fait indépendant des Ephémerides de Regiomontanus. 
C'est avec D. Manuel (1495) que commence la décadence; elle se 
précipite sous D. Joào III (i52i). 

Voilà de quoi donner de la tablature aux historiens de la géogra- 
phie. Ils ne sauraient négliger ce premier tome de M. B. Un autre 
est en préparation, sans parler d'une reproduction en fac-similé du 
Regimento do estrolabio et du Tractado da Spera, qui doit paraître 
à Munich. _ H^„ri Halsf.r. 



i36 



REVUK CRITIQUE 



F. ScRADER. L'Année Cartographique : 23" aniicc; 3 feuilles de cartes avec 
texte. Paris, Hachette, iii-S^. Prix 3 francs. — Capitaine Scott. Le Pôle meur- 
trier, journal de route; adapt. de Ch. Rabot. Paris, Hachette, petit in-4". Prix : 
20 francs. — \'itold oii Szyszlo, Dix mille kilomètres à travers le Mexique. 
Paris, Pion, in-12. Prix : 4 francs. — Joseph Mklot, Entre 1 Olympe et le 
Taygète. Paris, Pion, in-12. Prix : 3 fr. 5o. — D'' Lecendri;, Au Yunnan et 
dans le massif du Kin-ho. Paris, Pion, in-r2. Prix : 5 francs. — Ernest 
Oranger, Les Merveilles de la France. Paris, Hachette, gr. in-4" ^^"'^ • 
20 francs. 

Le précieux « supplément annuel à toutes les publications de géo- 
graphie et de cartographie » que M. Schrader annexait, voici 2'3 ans, 
à son Allas de géographie moderne, et que nous avons dès lors chaque 
année signalé ici, comporte aujourd'hui tout un autre atlas, de 69 caries 
doubles, elles-mêmes subdivisées, donnant, pendant ce laps de temps, 
tout le mouvement d'exploration et de cartographie de notre planète, 
le résumé des voyages, les délimitations politiques, etc. Cette collec- 
tion, sans précédent, est d'une utilité pratique continuelle. Le texte 
qui accompagne les caries renseigne aussi sur la bibliographie de ces 
explorations, de ces études, résume les faits politiques. . . On ne saurait 
souhaiter davantage. Pour cette fois (19 12-191 3), voici une première 
feuille où b peiites canes se réfèrent au Yenisei, aux Abors, à la 
Mésopotamie, aux Balkans.,., avec texte signé Aïtotîet Schrader; une 
seconde, avec 5 cartes de détails de l'Adrar, du iMosambique, de l'Air, 
etc., et texte de M. Chesneau ; une troisième entin des 4 caries du 
Pôle Sud, de la Cordillère, du canal de Panama... avec texie de 
V. Huoi. 

Il est à peine besoin de recommander la lecture du Journai de route 
de l'infortuné capitaine Scott. En anglais d'abord, puis dans diffé- 
rentes langues, il a ému le monde entier. C'est une leçon de courage 
et de dévouement d'un héroïsme simple à jamais célèbre. Et c'est 
d'ailleurs une contribution émouvante ei iniéressanie au premier 
chef à l'histoire du globe en ses régions polaires. M. Charles Rabot, 
avec son tact habituel, en a réduit un peu et « adapté >- le texte, le 
complétant 'une fois ce récit interrompu par la mort) à l'aide de lettres 
du capitaine Scott, de son magnirique message au public, et du récit 
de la recherche des corps par le médecin Atkinson, qui survécut. 
L'ouvrage est d'ailleurs complété par 72 photographies, d'une repro- 
duction saisissante, et par une grande cane. C est un livre qui fait 
honneur à ses éditeurs : rien n'a été épargné pour le rendre digne de 
son sujet. 

Les lo.ouo kilomètres à travers le Mexique du comie Viiold de 
Szyszlo ont été couverts par lui en 1909-1910, durant l'espace d'un 
an. L'élude sociale et économique, commerciale et industrielle du 
pays, était son but. Aussi ses notes, condensées avec goûi et netteté, 
constituent-elles un vrai document. Les renseignements relatifs aux 
intérêts français, dans le pays en somme très fréquenté par nos natio- 



D HISTOIRE tT DE LITTÉRATURE I 37 

naux, sont pariiculièrement développés et intéresseront vivement. 
22 bonnes photographies ornent ces pages. 

Entre l'Olympe et le Taygète, c'est le récit d'un esprit moderne, 
curieux et informé, a travers les sanctuaires antiques : Eleusis, Epi- 
daure, Delphes, Olympie; les villes mortes: Tyrinthe, Mycènes, 
Argos, Sparte, Corinthe; les couvents modernes : Mégaspilion, 
Météores, etc.; enrin la contrée grecque, un peu à l'aventure, Thessa- 
lie, Attique, Bédiie, dans sa nature et ses habitants. Ces pages sont 
alertes, informées, singulièrement attrayantes. M. Joseph Méloi pense 
bien et écrit de même. 

Médecin principal des troupes coloniales, le D'" Legcndre a déjà 
publié des études très nourries sur le P'ar-west Chinois, que nous 
avons signalées en leur temps; sa dernière mission, au ^'un-nan, 
devait s'interrompre brusquement, sinon tragiquement, par une 
attaque de révolutionnaires xénophobes. Elle échappa, fort heureu- 
sement, et cette « rude aventure » avait été précédée d'explorations 
fructueuses, dont les résultats économiques et ethnographiques 
abondent ici. Sans surcharger son récit, qui demeure très vivant, le 
voyageur au Yun-nan et dans le massif du Kin-Ho ou fleuve d'or, 
a noté dans ces pages une foule de choses d'un intérêt constant, que 
20 photographies et une carte complètent encore. 

On va chercher bien loin, — c'est un commun proverbe. — ce 
qu'on trouverait aussi bien chez soi. La France a des merveilles qui 
ne le cèdent à nulle autre. M. E. Granger, pour décrire, par la 
plume et la photographie, les Merveilles de la Franee, pays, monu- 
ments et habitants, n'a pas voulu se promener au hasard, par monts 
et par vaux. Il a tenté de caractériser chaque contrée, chaque pro- 
vince. 18 chapitres se succèdent ainsi, avec 18 groupes de photo- 
graphies caractéristiques, presque autant de cartes sommaires mais 
suffisantes pour distinguer les anciens pays, les anciens centres de 
race, et un texte indépendant, qui sait résumer en quelques lignes 
les éléments essentiels à l'étude d'un pays. Cette description est sur- 
tout paysagiste, bien entendu, mais parfois aussi monumentale. 
C'est assez dire l'impcjriance de l'album que constitue le volume : 
celui-ci ne comporte pas moins de 18 aquarelles (de M. Gérardin) et 
3()o photographies excellentes de netteté. C'est un beau livre, et qui 
sera utile. 

H. 1)K CURZON. 



— Nous avons reçu ^auût 1913) une tlicsc Je Oicssen (191 2) liuiic Amciicaiin.' 
miss Susaii Hcicn I5ai,lo.n (loô gr. in-8") intitulée : De claiisulis a Flavio Vopisco. 
Syracusio scriptore liistoriae Auguslae adliibitis. L'auteur enseigne présentement 
à l'Université de Cliicaj^o. On voit que, pour son inauguration, elle n'avait pas 
cherché un sujet facile. En tète un sommaire détaillé (i p.) très clair, puis un 
index bibliographique (2 p.) qui contient, je crois, tout l'essentiel. D'après miss 



l38 REVUE CRITIQUE 

B., Vopiscus csi un des auteurs où Ton peut le mieux voir, au ciébut, la transition 
de la clausule métrique aux clausules rythmiques. Elle lâche d'en découvrir et 
d'en séparer les stades. En général beaucoup de soin. Les fautes d'impression, 
inexactitudes, etc. du texte de Peter sont relevées et la leçon des mss. réta- 
blie. — E. T. 

— .M. Hamilton Thompson, déjà connu comme l'auteur de quelques éditions 
classiques, publie dans la collection dite de la Pit Press, un Childe Harold {Bxros, 
Cliilde Harold's Pilgvimage, Cambridge, University Press, igi?, in-12, 286 pp. 
2 s. 6 d.). Il a joint à l'édition critique un bon commentaire. L'exécution typogra- 
phique est excellente. — Ch. B. 

— La Clarendon Presse publie une conférence de M. Albert C. Clark sur le 
rythme de la prose anglaise (Prose rhytlim in English, Oxford, Clarendon Press, 
191 3, in-8°, 19 pp. 7 s. 6 d.). .\près avoir exposé les principes du rythme chez les 
anciens, il montre, par de nombreux exemples, que la prose anglaise a suivi des 
principes tout à fait différents. Cette conclusion était à prévoir puisque la proso- 
die anglaise n"a pu être asservie par les humanistes de la Renaissance aux lois 
de la prosodie latine. On trouvera dans la brochure de M. A.-C.-C. une foule de 
remarques intéressantes. — Ch. B. 

— A propos de l'emploi d'un point spécial, .M. Lorenz Morsbach [Gramma- 
tisches und psychologisclies Gesclilecht im Englisclien, Berlin, Weidmann, in-8», 
60 pp. 191 3. I Mj touche à une question qui domine toute la grammaire anglaise. 
L'Angleterre n'a pas de tradition littéraire. Le grammairien n'a pas réussi à 
imposer des règles formelles, extérieures pour ainsi dire à l'écrivain. Chaque écri- 
vain doit se faire un code grammatical. La langue de la conversation est encore 
plus libre. On comprend donc que le genre d'un mot dépende dans une certaine 
mesure du sentiment de celui qui parle. Les exemples réunis par le D"' G. Wendt, 
dans sa syntaxe à laquelle renvoie l'auteur, sont fort curieux. — Ch. B. 

— Les poèmes couronnés cette année par l'Académie d'Amsterdam sont : i" 
R. Carrozzari, Amaryllis, ib p.; 2» P. Rosati, In funere Joannis Pascoli, 19 p.; 3" 
A. Gandiglio, Alumnus Vergili, 16 p. ; 4° H. Padberg, Titanicae interitits, 23 p. 
(avec la traduction en strophes alcaiques de Nearer, my God); 5" P. H.-Damsté, 
Aima qiiies, i5 p.; ô" F. Soiha-Alessio, Duo iusontes, 20 p. ; 7° A. Giovannini. 

Vox patriae, i3 p.; 8° J. Albini, Aeriae voces, 12 p. En une brochure in-S". 
Amsterdam, chez Muller. 

— M. Giuseppe Impallome.ni nous envoie de Paterno près Catane un essai sur 
la psicosi de Leopardi. C'est dire qu'il appartient à l'école de Lombroso (Catane, 
Giannotta). Il possède une grande connaissance de l'œuvre du poète de Recanati 
et de ses critiques; on trouvera p. ex. p. loi de curieux exemples des diver- 
gences des interprètes. M. Impallomeni essaie de détinir avec précision l'influence 
que le tempérament du poète et les saisons exerçaient sur lui. Malheureusement, 
en pareille matière, il est bien difficile, malgré l'appareil scientifique du langage, 
d'aller au-delà de ce que le bon sens aperçoit du premier coup : l'hiver, la cons- 
tipation, dit M. Impallomeni, abattaient Leopardi; le printemps, un meilleur 
fonctionnen)ent de la digestion le ranimaient : faut-il un long diagnostic pour en 
arriver à cette conclusion ? — Ch. Dejob. 

— Ce sera une bonne nouvelle pour les italianisants d'apprendre que 
M. .\. D'Anco.na vient de réunir en deux volumes (Florence, Sansoni] quelques- 
uns de ses meilleurs morceaux d'histoire : Memoi ie e documenti di storia italiana 



d'histoire et de littérature i 39 

dei secoli XVI II e XIX. — Ricordi storici del risorgimento italiano. On trouvera 
en particulier dans le f"" ses études sur Frédéric II de Prusse et les Italiens, sur 
le Toscane de 1799 d'après la correspondance de deux dames du monde, des 
notes sur Manzoni, Stendhal, Giobcrti, Cavour, Giordani ; dans le second, Sten- 
dhal et l'Italie, Vieusseux, la mission d'Aleardi à Paris en 1848, des souvenirs sur 
le Toscane, des notes sur deux amis ou collaborateurs de Cavour, Napoléon 111 et 
la guerre de iSSg, l'alliance de la Prusse et de l'Italie, et une très curieuse vision 
mélancolique de l'avenir. Tous ces morceaux ont été revus et complétés. L'exécu- 
tion typographique est élégante. M. D'A. ne s'accorde pas le repos auquel il aurait 
tant de droit; mais c'est aussi la preuve qu'il peut encore travailler : autre bonne 
nouvelle, pourvu qu'il n'abuse pas de ses forces. — Ch. Dejob. 

— M. Orl. Grossi (// San Giorgio dci Genovesi, Gèn&s, Moderna, 1914), voué à 
la description des richesses artistiques de Gênes, nous donne ici un docte résumé 
de tout ce qui se rattache au patron de sa ville (récits divers de la Passion de 
S. Georges, ses légendes, histoire de son culte, poèmes en son honneur, iconogra- 
phie du saint; ; mais l'occasion en est l'espérance enthousiaste soulevée en Italie 
par la conquête de la Tripolitaine ; M. S. veut restaurer le souvenir du patron qui 
guida jadis à la victoire les Hottes génoises : intention respectable, mais qui 
trouble un peu la sérénité nécessaire aux œuvres scientifiques; l'auteur hésite 
d'un bout à l'autre entre la forme du catalogue, celle de la narration, celle de la 
discussion; il veut ctre complet et aboutit trop souvent à la sécheresse; ici il 
paraphrase, là il court. L'impression du lecteur n'est pas nette. — L'ouvrage se 
termine par quelques illustrations. — Ch. Dejob. 

— La 3« édition de La vraie morale basée sur l'étude de la nattire, sur les lois de la 
vie (Giard et Brière, 191 3, xii-225 p. in-i8, 2 fr.), par M. Vincent Berge, a été sim- 
plement revue par l'auteur. On y retrouvera des utopies séduisantes, des idylles 
gracieuses telles que La vie et la mort de Vliomme de bien (p. i63) qui témoignent 
de plus d'imagination que dcxpcrience des hommes... Dans le Supplément iLa 
société moderne examinée au point de vne de la morale naturelle), le spectre com- 
mode du « Pouvoir dirigeant » sert toujours de patient bouc émissaire ; c'est qu'il 
est bien plus aisé de construire d'admirables théories que de modifier une seule 
habitude ou d'éclaircir un seul préjugé. Tant que les hommes sont ce qu'ils sont, 
ils ne pourront produire qu'une société semblable à celle qui existe ; et quand 
les hommes seront changés, la société changera toute seule. — Th. Scii. 



AcADÉ.MiE DES INSCRIPTIONS ET Bei.les-Lettres. — Scauce du J.^ janvier ir)i4. — 
M. Gagnât communique de la part de M. Carcopino, professeur à l'Université 
d'Alger, un fragment d'inscription honorifique, provenant de (^onstantine, qui 
donne le nom du premier enfant de l'.Xfriquc parvenu au Consulat à Rome iSo 

P- c). . ... 

M. André Boulanger expose les résultats des fouilles qu il a exécutées en 1913 

à Aphrodisias de Carie (Asie Mineure). Tout l'effort de la campagne a porté sur le 

dégagement des Thermes, vaste ensemble architectural de l'époque d'Hadrien. 

Les touilles ont amené la décou\ertc de nombreuses inscriptions, notamment du 

texte complet de la dédicace des portiques à l'empereur. — .MM. Collignon et 

Théodore Heinach présentent quelques observations. 

M. Louis Châtelain rend compte de ses nouvelles recherches sur la partie du 

plateau de Maktar (Tunisie) où il avait découvert précédemment un macellum. 

Cette fois, il a mis à jour un grand édifice public dont le prochain déblaiement 

permettra de précicer la destination. Entre autres objets, M. Louis Châtelain a 

exhumé, au cours de ses fouilles, une statue d'Esculape en marbre, intéressante 



140 REVUE CRITIQUE D HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

par la manière dont elle est travaillée et aussi par le fait que jusqu'ici l'on n'avait 
encore trouvé, dans cette région, aucune mention du culte de ce dieu. 

M. Louis Havet propose une nouvelle interprétation d'un passage de la première 
églogue de Virgile (v. 69}. 

Académie dks Inscriptions kt Bellks-Lettres. —Séance du 3 o janvier igi4. — 
M. Dieulafoy expose le résultat des recherches entreprises à Saint-Bertrand-de- 
Comminges (anc. Lugdunum Convenarum) par la Société des fouilles archéolo- 
giques et la découverte d'une basilique chrétienne remontant à l'époque de Cons- 
tantin. I.a première trouvaille fut celle de trois sarcophages en marbre des Pyré- 
nées qui semblaient remonter au v ou vi'' siècle. Le déblaiement méthodique en- 
trepris ensuite sous la direction de M. Lizop livra onze nouveaux sarcophages 
dont l'un portait sur le cou\'ercle un chrisme de style oriental et une inscription. 
Celle-ci permet d'établir que les sarcophages sont du début du vi'' siècle. 
D'autre part, on avait défoncé le dallage en marbre de l'église et la couche de 
béton qui le portait pour préparer les fosses où reposaient les sarcophages. La 
basilique était donc antérieure au début du \\^ siècle. On est d'ailleurs amené à 
supposer que la basilique primitive fut en partie détruite par l'invasion des Van- 
dales en 409, restaurée quelques années plus tard, et que c'est [dans la basilique 
nouvelle que furent déposés les sarcophages. L'intérêt exceptionnel de la décou- 
verte tient à ce que la basilique de Lugdunum (^.onvenarum est de beaucoup le 
plus ancien monument chrétien de la Gaule et que sa fondation doit être placée à 
une date très voisine de celle de la basilique d'Orléansville. — M. Monceaux pré- 
sente quelques observations. 

M. Paul Pelliol montre comment l'histoire du christianisme en Asie centrale 
et en Extrême-Orient jusqu'à l'arrivée des Jésuites dans la seconde moitié du 
xvi'= siècle est avant tout celle de l'expansion orientale de l'Eglise nationale de 
Perse devenue essentiellement une église nestorienne. L'apostolat romain de la 
Hn du xiii«^ siècle et du début du xiv*' siècle ne devait avoir qu'une existence 
éphémère. 

Léon Dorez. 



L'imprimeur-gérant : Ulysse Rouchon. 



Le Puy-eo-Velaj . — Imprimerie l'eyiiller, Rouchon et Gamoii, boulevard Carnet, 23. 



REVUE CRITIQUE 



D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 



N' 8 — 21 février. — 1914 



Brugmann, Grammaire comparée des langues indo-germaniques, III, i. — Berne- 
KER, Dictionnaire étymologique slave, i. — Brandstetter, L'indonésien. — 
HooGVLiET, Les genres. — Holder, Trésor du vieux celtique, I. — Loth, Les 
Mabinogion. — Gwvnn, Les Dindsenchas. — Gerlach, La naissance des fortifi- 
cations en Allemagne. — G. Schwartz, Les évêchés d'Italie sous les dynasties 
saxonne et italienne. — Roiide, La lutte en Sicile 1 291-1302. — Kjellman, 
L'infinitif dépendant d'une locution impersonnelle. — Bi.iard, Les convention- 
nels régicides. — Académie des Inscriptions. 



K. Brugmann, Grundriss der vergleichenden Grammatik der indoger- 
manischen Sprachen. Zweite Bearbeitung II ter Band. Lehre von den Wort- 
formenundihremGebrauch. D.-itterTeii. Erste Lieferung. Vorbemerkungen. 
Verbale Komposita. Augment. Reduplizierte Verbalbildungen. Die 
Tempusstâmine im allgemeinen. Prâsens und starker Aorist. Die s. 
Aoriste. Das Perfekt und sein Augmenttempus. Strassburg (K. Trùbner), 
191?, in-80, vui-^gb p. (prix 14 marie bo). 

Dans cette seconde édition de son grand Grundriss, qui est un 
livre nouveau, M. Brugmann a rapproché la théorie des formes, qu'il 
avait exposée dans la première édition, et la théorie de l'emploi des 
formes, qui était due à M. Delbruck. Mais le premier fascicule de la 
3" partie, annoncé ici, ne porte que sur les formes admises par 
les thèmes verbaux indo-européens, et la théorie de l'emploi reste 
pour un fascicule ultérieur en même temps que l'étude de la flexion 
verbale. 

Depuis 1886, M. Brugmann soutient l'effort immense de se tenir 
au courant de tout ce qui se fait sur la grammaire comparée de toutes 
les langues indo-européennes, de tout s'assimiler et de tout Juger — 
et aussi bien les productions étrangères que les productions alle- 
mandes — , de tout exposer avec clarté. Sa sûreté dans la production 
des formes de tant de langues diverses, la droiture de son jugement, 
l'exactitude de sa méthode demeurent les mômes. Les services qu'a 
rendus M. Brugmann en donnant ce grand exposé d'ensemble, en dis- 
ciplinant les recherches et en mettant en circulation toutes les vues 
utiles n'apparaissent peut-Oire pas assez aux linguistes à qui ce 
précieux instrument de travail a facilité le travail, et l'on se 

Nouvelle série LXXVII 8 



142 REVUE CRITIQUE 

demande où en serait la grammaire comparée sans M. B. Il y a là 
une œuvre qui commande la reconaaissance et l'admiration. 

Dans sa première édition, M. B. avait compté 32 classes de thèmes 
de présent; c'était trop et trop peu; trop pour énoncer les types 
essentiels, trop peu pour énumérer tous les types de détail. Renon- 
çant avec raison à ces 32 types que personne n'avait adoptés, M. B. 
s'en tient à exposer les types principaux, qui sont peu nombreux, 
quitte à en marquer les variétés de détail. Ainsi l'exposé est devenu 
plus clair et se laisse aisément dominer. 

Les défauts de l'ouvrage sont demeurés les mêmes. Le principal est 
la condition même de l'un de ses mérites essentiels. M. B. n'a pas 
un système fortement arrêté où entrent toutes les formes étudiées : 
s'il en avait un, il serait mal à l'aise pour assimiler et utiliser toute la 
production contemporaine. Mais ceci ne va pas sans des inconvé- 
nients. Ainsi M. B. s'est enfin décidé à reconnaître pour valables les 
doctrines de F. de Saussure sur les présents à infixe nasal ; mais il 
ne s'en est pas pénétré, et, p. 57, il parle de skr. mrndti et de gr. 
jxâpva[xa'. comme s'il ne devait pas enseigner p. 273 et p. 296 et suiv. 
que ce sont des formes de racine dissyllabique à infixe nasal. Chose 
plus grave, il ne marque pas nettement comment Vi bref du type véd. 
krindti, pàVikinàti, v. irl. crenaim, v. russe kr'nutiesi seul admissible 
pour qui a posé la théorie de l'infixation, et comment le skr. class. 
krîndti a un z analogique. — D'autre part quand, comme il arrive 
souvent, M. B. condamne d'une manière péremptoire telle ou telle 
interprétation d'une forme, on peut hésiter à le suivre, faute de 
voir au nom de quel principe. M. B. repousse durement, p. 291, 
l'idée que le lat. sôpiô représenterait un ancien type de causatif à d 
radical et à suffixe -i- comparable au type slave gasiti ; mais il ne 
donne aucune explication satisfaisante de cette forme qui recouvre 
exactement un type slave très clair, et il ne dit pas sur quoi il se fonde 
pour être si affirmatif. Le « tokharien », dont il ne fait jamais état, a 
des causatifs en -/- qui concordent avec ceux du slave et du latin. 
— P. 245 et suiv., M. B. enseigne que le type des causatifs tels que skr. 
vartayati, v. si. vratiti est issu d'anciens dénominatifs, dérivés de 
thèmes en -i-. Ce n'est pas impossible; mais l'affirmation absolue 
surprend, car elle n'est accompagnée d'aucune preuve. Chose 
étrange, la seule preuve qu'on pourrait alléguer, à savoir les adjectifs 
verbaux tels que skr. vartita-, n'est pas citée à l'appui. En revanche, 
M. B. juxtapose une série de causatifs, qui peuvent être de formation 
secondaire, et de thèmes nominaux en -/-, dont l'antiquité n'est pas 
établie; ainsi le vieux causatif déjà védique bodhayati, qu'on ne 
peut séparer du slave biiditi et qui est sans doute indo-européen, est 
rapproché du mot sanskrit classique bodhi-, dont le correspondant 
iranien a un sens tout spécial et qui ne se retrouve pas hors de l'indo- 
iranien; skr. vdhdyati est rapproché de got. n^egs ; mais, à en juger 



d'histoire et ])E littérature 143 

par toutes les langues indo-européennes, le vocalisme radical des 
causatifs est de timbre o et non de timbre e, et ceci rend le rapproche- 
ment négligeable. La liste de M. B. est imposante par son étendue; 
mais que prouve-t-elle ? 

P'aute de considérer les sonantes comme une catégorie particulière 
de phonèmes, M. B. est embarrassé pour formuler une série de 
règles. Ainsi, p. 3o, il parle de redoublements intensifs comprenant 
la racine tout entière; en réalité, le redoublement intensif comporte 
répétition de la sonante de la racine, mais non d'une occlusive 
éventuelle, type skr. varvart-ti ; les faits sont correctement 
exposés, mais la formule choisie est propre à induire en erreur ; et 
elle entraine M. B. à mettre sur le même plan des faits de dates 
diverses ; il va jusqu'à citer le verbe arménien médiéval thapthaphim 
qui se dit des battements du cœur; mais c'est une forme expressive 
secondaire; on a la forme ancienne correspondante, qui est thaiptha- 
phim, avec le passage phonétique de ph à tp devant consonne. — De 
même pour l'augment, la forme longue ê- est usuelle devant toute 
sonante à ce qu'il semble; le grec n'a d'exemple clair que devant F; 
mais on ne voit pas pourquoi é- ne serait pas ancien devant m, et 
pourquoi tJijlsXXov n'est pas mentionné p. 11; M. B. l'écarté, p. 17, 
comme posthomérique; mais c'est là une expression à laquelle il fau- 
drait renoncer ; étant donné qu'il n'y a pas de continuité entre l'homé- 
rique et l'attique, et qu'il ne manque pas en attique d'archaïsmes, dont 
la langue homérique n'a pas l'équivalent, le fait que la forme, 
ancienne en attique, t|[xeXXov, n'est pas homérique ne la rend pas sus- 
pecte d'être récente en grec. D'autre part, la formule que l'augment 
admet la forme é- devant sonante explique le type sanskrit de aie- 
chat, aunat, drdhnot, et il aurait convenu de rapprocher ce traite- 
ment de celui de l'augment devant^-, w-, r-, etc. On voit mal pour- 
quoi M. B. sépare de ce dernier cas celui de skr. aima « nous sommes 
allés », dyan, auquel il aurait convenu d'ajouter le vieux perse 
-disha, qui est bien établi; ici le grec a garder,- parce que la forme 
vocalique du radical de ce verbe a été généralisée et qu'on a rjta. 
Quant aux formes dû prétérit de es-, qui sont étudiées p. 14, les 
formes grecques ne prouvent rien, puisque le vocalisme e a été 
généralisé dans ce thème, et qu'on a au présent î'-[jl£v, ïrzz ; du vieux 
perse dha il y a moins encore à tirer, car la notation a initial du 
vieux perse est ambiguë et peut se lire à volonté a- ou d-. Seules les 
formes sanskrites dsma, dsan sont nettes et appellent une explica- 
tion ; mais on ne voit pas en quoi la difficulté qu'elles présentent 
empêche de rapprocher skr. aima et gr. v», r-iJiev [ri)xvi) du type skr. 
aicchat. 

P. 336 et suiv., M. B. réunit toutes les formations caractérisées 
par un élément suffixal à -s-. Mais une formation indo-européenne 
n'est pas caractérisée seulement par la consonne d'un suffixe ; il faut 



144 REVUE CRITIQUE 

tenir compte du sens, d'une part, et, de l'autre, des divers éléments 
caractéristiques, 'vocalisme, ton, redoublement. Alors il apparaît qu'il y 
a ici deux groupes de formations distinctes : les aoristes et les désidéra- 
tifs — car, ainsi que l'a indiqué M. Ribezzo que M. B. omet ici de 
citer — les présents thématiques en *-sc- sont essentiellement désidé- 
ratifs; or, ce sens désidératif ne se retrouve pas dans les aoristes en 
-s- (qu'il est tout à fait abusif de qualifier de temps à augment, car, 
suivant ce que M. B. a bien montré ailleurs, l'augment est un élément 
adventice, qui n'est jamais essentiel, et la plupart des dialectes indo- 
européens en ignorent l'usage . Sauf l'élément -s-, qui se comporte de 
manière toute différente dans les deux cas, Taoriste sigmatique et le 
désidératif n'ont exactement rien de commun. Il est particulièrement 
arbitraire, comme l'a montré M. Magnien, de grouper ensemble le futur 
grec et l'aoriste sigmatique; car il suffit d'examiner les formes grecques 
pour apercevoir que les deux types sont indépendants l'un de l'autre : 
le futur grec est universel, tandis que l'aoriste en -c- est propre à cer- 
tains verbes, et le futur avait originellement des désinences moyennes 
alors que l'aoriste en -a- a les désinences actives ou moyennes dans les 
mêmes conditions que le présent : le contraste de r.z '.701x01.'. et de È'-aOov 
illustre ces deux différences. Dès lors on se demande sur quoi se fonde 
M .B. pour affirmer que le futur grec ne saurait être séparé du sub- 
jonctif aoriste, et lui-même, avec;_sa prudence coutumière, éprouve le 
besoin de faire une réserve p. 384 ; ainsi la doctrine devient floue, sans 
que l'affirmation gratuite soit retirée. 

Mais on ne doit pas demander à M. B. les définitions trop rigou- 
reuses, le système trop rigide qui, manifestement, répugnent à son 
tour d'esprit. Et il faut le remercier avant tout de donner à ses con- 
frères un inestimable instrument de travail, que seul il peut leur 
procurer, dont tout le monde se sert sans cesse et sans lequel bien 
des publications soi-disant personnelles n'auraient sans doute jamais 
vu le jour. 

A, Meillet. 

E. Bernekf.r. Slavisches etymologisches "Wôrterbuch. Krster Band !.\L\ 
Heidclherg (C. Winterj, ujoS-kji?, in- 8*, 760 p. Indogermanische Biblio- 
thek von H. Hirt und W. Streitberg, I. 2. Wôrterbûcher). 

Quand en 1 908 a paru la première livraison du dictionnaire étymolo- 
gique, qui a été annoncée ici même ', l'éditeur promettait que les livrai- 
sons de l'ouvrage se suivraient rapidement : la fin de 191 3 est arrivée, 
et Ton n'est encore qu'à la fin de la première moitié de l'ouvrage, qui 
comprendra deux volumes. Pour reprocher ce retard à l'auteur ou 
pour s'en étonner, il faudrait ignorer ce qu'un pareil travail exige de 
minutieuses recherches et de vérifications. On remerciera M. Ber- 

I. Revue critique, 1908, II, p. 264 et suiv. 



d'histoire et de littérature 145 

neker de poursuivre son ouvrage avec activité, et d"y apporter un soin 
tel que toutes les promesses du début sont tenues et que la linguis- 
tique slave est pourvue d'un excellent instrument de travail : pour 
tout l'essentiel, le dictionnaire étymologique de Miklosich est désor- 
mais remplacé, avec avantage. 

Sans doute, l'ouvrage aurait été plus un et plus harmonieux si 
l'auteur s'était borné au vocabulaire du slave commun et avait laissé de 
côté toutes les acquisitions postérieures à la période de communauté 
slave, et surtout s'il avait négligé les emprunts faits par telle ou telle 
langue slave à des langues voisines. Et en même temps l'auteur se 
serait évité bien des critiques : dès l'instant qu'on accepte, arbitrai- 
rement, des mots récemment entrés en slave, il n'y a plus de limites 
précises au recueil, et l'on peut toujours accuser l'ouvrage d'être 
incomplet. C'est pour avoir suivi le modèle de Miklosich et pour 
n'avoir pas voulu donner moins que lui que M. B. est sorti de la 
logique stricte. Assurément M. B. ne songe pas à mettre sur le même 
pied un mot slave commun comme lososi' « saumon » et un mot alle- 
mand comme loiter, qui a été emprunté à la fois — mais indépen- 
damment — par le polonais et par le serbo-croate ; mais en faisant 
de losos' et de lotardeux titres d'articles voisins, M. B. suggère des 
idées fausses à des lecteurs incompétents. Quand heureusement un 
dictionnaire étymologique du slave est publié par un savant qui y ap- 
plique les doctrines les plus correctes, les méthodes les plus strictes, 
comme M. B., il est fâcheux qu'un défaut de plan prête à des confu- 
sions; il ne faut pas oublier que l'étymologie est le domaine de tous 
les gens qui se mêlent de déraisonner sur la linguistique, et parmi 
ces gens il ne manque pas de soi-disant spécialistes dont on a la sur- 
prise de voir la production s'étaler dans des revues que dirigent les 
meilleurs maîtres. 

Un livre comme celui-ci, qui pose presque autant de questions 
délicates qu'il y a de mots, prêterait à bien des discussions de détail 
dont la place n'est pas ici. On se demandera pourquoi, sur le mot 
losos' « saumon », M. B rappelle seulement la forme baltique, lit. 
las:^isia, etc., et la forme germanique, v. h. a. lahs, etc., et ne signale 
pas, même par une allusion, le fait maintenant bien connu que le 
mot existe en tokharien B avec le sens général de '< poisson ■>, sous la 
forme laks-. On ne voit comment le b deslave commun k"b'l" « bois- 
seau )) 'empêche d'admettre que le mot soit emprunté directement au 
lat. ciipellus\ les emprunts du slave au latin sont sûrs; ils ont été faits 
au Nord par les couvents, ou au Sud dans la région illyrienne ; mais 
où qu'ils aient été faits, ils l'ont été à des parlers latins où les sourdes 
intervocaliques étaient devenues sonores, ce qui est la règle dans toute 
la Remania du Nord; tous les exemples sont d'accord, et notam- 
ment \ej''j français; du mot slave qui représente le lat. critccm. 

Comme tous les auteurs de dictionnaires étymologiques, M. B. 



J40 REVUE CRITIQUE 

répugne trop à laisser des mots sans étymologie. Si par exemple 
il cite xrom" « boiteux », il insiste trop sur le vieux rapproche- 
ment avec skr. sràma- : Fs du sanskrit n'explique pas le .v slave, Va 
du sanskrit ne répond pas à l'o slave ; on sait d'ailleurs que la plu- 
part des noms d'infirmités ont, dans toutes les langues indo-euro- 
péennes, un aspect récent. Les renvois bibliographiques et l'indica- 
tion des difficultés suffiraient en pareil cas. Pour relativement claire 
que soit l'étymologie du slave, il s'y trouvex:ependant peu de mots qui 
soient exactement superposables à un original indo-européen défini. 
Or, ce sont là les seuls rapprochements qui puissent passer pour 
tout à fait valables. Il est essentiel de marquer le caractère précaire 
de la plupart des rapprochements qui se transmettent de manuel 
en manuel et auxquels le fait d'avoir été répétés par beaucoup de lin- 
guistes n"a pas conféré la valeur qu'ils n'ont pas par eux-mêmes. 

M. Berneker espère qu'il pourra faire paraître son second volume 
plus rapidement que le premier; comme on peut être sûr que ce 
second volume aura les mêmes mérites, on exprimera le vœu que 
cet espoir se réalise; la linguistique slave y gagnera beaucoup. 

A. Meillet. 



R. Brandstetter. Indonesisch und Indogermanisch im Satzbau. Luzern 

(Haag), 19 14, in-S", 56 p. Monographien ^itv indonesisdien Sprachforschung. xi). 

Avec cette monographie sur la syntaxe, l'éminent linguiste de 
Lucerne, M. Brandstetter, termine son exposé sommaire, mais com- 
plet, de la grammaire comparée de l'indonésien. Suivant son habi- 
tude, il expose les faits d'une manière très brève; les personnes peu 
familières avec les langues indonésiennes ne pourront manquer de 
trouver son exposé un peu sec. Il aurait été facile de gagner de la 
place en ne donnant pas constamment la comparaison avec les faits 
indo-européens correspondants; car, l'indo-européen et l'indonésien 
étant très éloignés à tous égards, cette comparaison n'enseigne propre- 
ment rien. Et la façon dont M. Brandstetter présente les faits indo- 
européens prête parfois à objection ; ainsi, p. i i , il est indiqué que la 
copule n'est pas toujours absolument nécessaire en indo-européen ; le 
vrai est que, à en juger par les plus anciennes langues connues du 
groupe, la phrase nominale indo-européenne ne comportait aucune 
copule là où il n'y avait pas nécessité d'exprimer par une forme ver- 
bale la personne, le nombre, le temps ou le mode. Mais ce n'est pas 
l'indo-européen qu'on cherchera dans l'ouvrage de M. B. ; et l'on sera 
heureux d'y trouver une description brève de tous les principaux faits 
syntaxiques de l'indonésien fondée sur une étude directe des docu- 
ments originaux et toujours éclairée par la comparaison. M. B. 
compte publier encore deux monographies, l'une sur la synonymique 
de l'indonésien, l'autre sur l'histoire de la linguistique indonésienne, 



d'histoire et de littérature 147 

et il se mettra ensuite à son dictionnaire comparatif de l'indonésien 
qu'on attend avec impatience. Dès maintenant, il peut envisager avec 
satisfaction l'œuvre accomplie. 

A. Meillet. 



J. M. HooGVLiET. Die sogenannten Geschlechter im Indo-Europâischen 
und im Latein nach -wissenschaftlicher Méthode beschrieben, mit 
einemZusatz zur Au-wendung auf •waiten.tfernte Sprachen. Haag (Martinus 
Nijhotf), i9i3,in-8", 148, 62 p. 

Le titre de cette brochure est intimidant; et l'effroi du critique 
augmente quand il apprend à la première page que, suivant la ferme 
conviction de l'auteur, la valeur scientifique d'un ouvrage ne dépend 
pas de son étendue mais de la profondeur des réflexions par lesquelles 
il a été préparé. On se rassure en voyant que M. Hoogvliet s'est 
borné à classer les emplois du masculin, du féminin et du neutre en 
latin et à en rapprocher les emplois des genres animé et inanimé de 
l'algonquin, tels qu'ils ont été exposés par un distingué compatriote 
de l'auteur, M. de Josselin de Jong. L'auteur ne s'est pas aperçu du 
caractère arbitraire de ses subdivisions, et il conclut bravement que la 
linguistique doit reposer non sur la psychologie, mais sur la logique 
telle qu'il la comprend et qu'il l'a exposée. 

A. Meillet. 

Alfred Holder, Alt-Celtischer Sprachschatz (einundzwanzigste Lieferung) 
Nachtraege zum I Bande (c. 665-i i i5), Leipzig, Teubner, 191 3, col. 1025-1280). 

M. Holder continue avec soin et persévérance la publication des 
corrections et additions au tome I du *■ Trésor du vieux celtique ». Ce 
nouveau fascicule contient des formes intéressantes : 

*Cabro-ialiis serait à rapprocher, comme les autres noms en -ialus, 
d'un nom en -magns (cf. H. d'Arbois de Jubainville, Recherches sur 
Vorigine de la propriété foncière et des noms de lieux habités en 
France, p. 529) qui ne serait autre que Gabro-magus (pour la graphie 
c =^ g, cf. Holder, t. I, col. 65o). 

Le nom de lieu Calle-marcium s'explique sans doute au moyen de 
callio-marcus « tussilage ». Ce serait un exemple du nom de lieu 
tiré du règne végétal comme Aballo, Vernetum, SaXtoY/-avo;. 

Camuli-rix, variante de Camulo-rix, montre la variation de la 
voyelle finale du premier terme comme dans Dévi-cnata, Orciti-rix, 
Eporedi-rix. 

Canto-gnatiis fournit un nouvel exemple du premier terme Canto- 
dont on trouve la variante Canti- dans Canti-smerla. 

Catu-viros augmente le nombre des noms, peu nombreux, dont le 
second terme est viras : Agedo-viros, At-viros, Sacro-viros, Seno- 
viros ; et Cat-vesius, celui des noms en veso-, vesio : Bello-vesos, Sego- 
vesos, à moins toutefois qu'il ne faille lire Catu-esius, cf. Bod-esius, 



148 REVUE CRITIQUE 

Cingetissa offre un exemple du féminin de Cinges, -etos, tandis que 
Giamissa dérivé de Giamos, Mogetissa de Mogetos, Toutissa de Tou- 
tos, Vindonissa àe Vindo sont masculins. 

La curieuse forme cinivierv (C. /./.., XIII, looio, 566) dissimu- 
lerait peut-être ieiiru ; mais il serait difficile d'admettre en même 
temps que Cin/w soit pour Cintu; cela ferait trop de corrections pour 
le même mot. 

Cintussa explique la variante Gintussa donnée précédemment. 
C'est un dérivé de Cintus comme Catussa de Catiis, Medussa de Me- 
diis. Il a comme dérivé Cintussia, cf. Catussia, Litussiiis . 

Cliito-rix est une variante intéressante de Cloto-rix qui ne pouvait 
guère s'expliquer qu'avec un ô, forme anormale de la racine du parti- 
cipe passé en -to. 

Congonnus est vraisemblablement une variante de Conconmis, 
comme Congenno- est une variante de Concenno-, Congenneto- de 
Conconneto- et peut-être Congi- [Congi-dunum) de Conco-. Ces mots, 
de sens obscur, sont combinés avec des adjectifs exprimant la dimen- 
sion : Congonneto-dubnus , Coneto-dubnus, Congenno-litanos , Conco- 
litanos. 

Convictus aurait formé le premier terme de Convicto-litavis. 

G. DOTTIN. 



Les Mabiaogion du Livre Rouge de Hergest, avec les variantes du Livre Blanc de 
Rhydderch, traduits du gallois avec une introduction, un commentaire explicatif 
et des notes critiques, par J. Loth, professeur au Collège de France. Edition en- 
tièrement revue, corrigée et augmentée. Paris, Fontemoing et C'«, 191 3, gr. in-8°, 
2 vol. de 440 et 480 p. 

C'est en 1889 qu'a paru la première édition de cet ouvrage, dont il 
a été rendu compte dans la Revue critique, t. XXVIII, p. 154. Cette 
traduction était fondée sur le Livre Rouge de Hergest reproduit en 
1888 par M. Gwenogfryn Evans. Mais, en 1907, M. Gwenogfryn 
Evans a publié sous le titre : The Wliite Book Mabinogion, Welsli 
taies and romances reproduced from Peniarth manuscripts, divers 
fragments des Mabinogion, contenus dans des manuscrits de la 
célèbre collection de Peniarth, qui fournissent d'utiles variantes au 
texte du Livre Rouge. D'autre part, les nombreux travaux parus 
depuis 1889 sur la « matière de Bretagne » permettaient de dévelop- 
per le commentaire contenu dans les notes explicatives. Aussi, cette 
réédition contient-elle 172 pages de plus que la première édition. 
Elle s'en distingue encore par deux index nouveaux, l'un des noms 
propres modernes, et qui est dû à M. Cuillandre, professeur au Col- 
lège de Vannes, l'autre des noms communs, et qui est dû à M. Pierre 
Le Roux, professeur de celtique à l'Université de Rennes; il sera 
désormais facile aux folkloristes et aux historiens d'inventorier le 
riche contenu des Mabinogion. 



d'histoire et de LITTERATURE 1 49 

Dans une substantielle introduction (p. 1 1-80), M. Loth étudie la 
forme et le fonds des Mabinogion. La rédaction de ces romans gal- 
lois ne peut être postérieure au premier tiers du xiii» siècle; quelques 
textes peuvent remonter au xi*" siècle. Le plus important, Kuhuch 
et Obpen, est antérieur aux romans français de la Table Ronde-. 
Les romans de Owen et Lunet, Perediir ab Evrawc, Gereint et Enid 
sont apparentés de près aux romans de Chrétien de Troyes : Le cheva- 
lier au Lion, Perceval le Gallois, Erec et Enide. Mais le fond est 
celtique et la transmission s'est faite oralement et par écrit. Les 
Triades, qui constituent le commentaire naturel des Mabinogion^ ont 
été vraisemblablement mises par écrit vers la fin du xn" siècle. 

La traduction, soigneusement revue, présente les qualités d'exacti- 
tude et de précision qui la distinguent de la célèbre version, trop 
littérarisée, de Lady Guest. 

G. DOTTIN. 

Edward Gwynn, The metrical Dindshenchas. Royal Irish Academy, Todd lec- 
ture séries (vol. VIII-X). Dublin, i<ji3, in-S", 82-108-562 p. 

Le Dindsenchas irlandais est une collection d'histoires [senchasa), 
relatives aux noms de lieux [dind), plaines, forteresses, montagnes, 
^acs, rivières, sources, golfes, îles, etc., les plus célèbres d'Irlande. 
Ces histoires sont en prose et en vers comme les récits épiques. Mais 
tandis que, dans ceux-ci, les parties en prose servent à relier les par- 
ties lyriques et font partie du récit et de l'action, dans le Dindsenchas 
les notices en prose ne semblent être le plus souvent que le résumé 
des poèmes de toponymie plus ou moins légendaire. Quelle que soit 
la singularité de ce genre de littérature, le Dindsenchas n'en est pas 
moins fort intéressant pour la topographie, le folklore, l'histoire et la 
linguistique. Il témoigne encore du sentiment profond de la nature 
qui a inspiré aux Irlandais tant de charmants poèmes et du vif souci 
qu'ils avaient de mettre en relief la caractéristique individuelle d'une 
pierre, d'un arbre, d'un animal. C'est donc, dans l'ensemble, une des 
productions les plus originales de la littérature irlandaise. Mais la 
langue en est souvent archaïque et les nombreuses allusions qu'il 
contient en rendent la traduction singulièrement difficile. 

Wh. Stokes avait publié en 1892-1895 dans les tomes XV et XVI 
de la Revue celtique et dans Folklore t. III et IV les contes en prose. 
M. Edward Gwynn a, depuis 1900. abordé l'étude des poèmes. Après 
avoir donné en 1900 un spécimen de sa publication avec traduction, 
notes et glossaire, il a commencé en 1903 la publication intégrale du 
Dindsenchas poétique en entier. Le texte du livre de Leinster forme, 
surtout dans les deux premières parties, le fonds de l'édition de 
M. Gwynn, mais toutes les variantes importantes sont relevées au 
bas des pages et toutes les questions que pose la traduction du texte 
sont exposées dans des notes nombreuses et claires. Nous avons tenu 



l50 REVUE CRITIQUE 

à faire connaître aux lecteurs de la Revue critique dès maintenant et 
avant son achèvement, cette œuvre considérable d'un savant persévé- 
rant et modeste qui n'a point épargné son temps ni sa peine. 

G. DOTTIN. 



W. Gerlach. Die Entstehungszeit der Stadtbefestigungen in Deutschland. 
(Leipziger Historische Abhandlungen, hsgb. von Brandenburg. Seeliger, Wilcken, 
HeftXXXlV). Leipzig, i vol. in-8°, vi-8i p. Quelle et Meyer, igi?. 

Les multiples questions si complexes que soulèvent l'origine et 
l'essence des villes au moyen âge continuent à passionner les histo- 
riens allemands; suivant l'interprétation donnée par chacun d'eux au 
concept de ville apparaissent diverses solutions. Si les discussions sur 
les aspects juridiques et économiques de la ville passent à l'arrière- 
plan, les difficultés suscitées par la topographie concentrent depuis 
les dix dernières années l'attention des érudits. Leurs études sont 
d'autant plus importantes qu'une école entière tient l'enceinte pour 
le signe distinctif de la cité ; la date de naissance des fortifications est 
dès lors capitale puisqu'elle est identique à celle de l'apparition des 
villes, La théorie régnante était celle de S. Rietschel (Das Burggra- 
fenamt und die hohe Gerichtsbarkeit in den deutschen Bischofssiad- 
ten wahrend des friiheren Mittelalters, 1905). Contrairement à l'opi- 
nion ancienne, il n'y avait en Allemagne avant la fin du xi= siècle que 
villages et marchés en dehors de onze villes fortifiéesdont neuf d'entre 
elles étaient de vieilles cités romaines et les deux autres, la populeuse 
Wurzbourg et la grande place commerciale de l'est, Magdebourg ; des 
autres castella romains étaient issus des immunités cathédrales ou 
claustrales. Seulement, au xii'= siècle, et surtout sous Frédéric P"", 
l'apparition des villes et de leurs fortifications est un phénomène 
régulier et caractéristique. Cette théorie s'appuyait sur le sens des 
dénominations employées par les chroniques et diplômes. Jusqu'au 
xii^ siècle, « civitas ■> signifie soit une agglomération bourgeoise forti- 
fiée soit une immunité cathédrale soit une sorte de petite fortification. 
« Villa », « forum », « oppidum «, désignent alors des localités 
ouvertes. Au cours du xii" siècle, un changement se produit : « Civi- 
tas » est le terme pour toute ville pourvue d'une enceinte, tandisque 
castrum et castellum sont les dénominations pour les forteresses mili- 
taires, sans population civile; pour les immunités claustrales et cathé- 
drales qui sont fortifiées, l'usage hésite entre « urbs » « civitas », 
« castellum », « mons ». Cette solution est mise en doute par M. G. 
qui, après avoir recapitulé dans son introduction les théories sur l'ori- 
gine des fortifications urbaines, (p. 1-12), envisage à nouveau le pro- 
blème. Il procède d'abord à une contre-enquête sur le vocabulaire, 
(p. i3-29 puis étudie l'évolution des remparts depuis leur apparition 
jusqu'au xin*" siècle (p. 29-74) et se demande si les résultats ainsi 



D HISTOIRE ET DE LITTERATURE 



l5l 



acquis coïncident et quelles conséquences on peut en tirer. Il faut 
remarquer que M. G. prend un point de départ différent; il donne au 
concept de ville une plus grande extension que Rietschel et applique 
ce terme à tout établissement qui se distingue du village par un seul 
des trois caractères économique, juridique et topographique ;] la ville 
ainsi définie fait son apparition dès l'époque carolingienne pour l'Al- 
lemagne de l'Ouest, dès le x'' siècle pour les régions à l'est du Rhin. 
Le facteur topographique essentiel réside dans la rue et surtout dans 
une disposition plus serrée des maisons; la fortification au début est 
secondaire puisqu'elle n'influe pas sur le développement juridique et 
économique de la cité et que le besoin s'en fait sentir dans les seules 
localités exposées aux attaques de l'ennemi. M. G. restreint son exa- 
men aux diplômes, documents où les termes ont un sens relativement 
fixe; il puise dans les « Diplomata » des « Monuments Germaniae » 
et dans les grands recueils concernant chaque territoire, un choix 
d'exemples significatifs. Ses conclusions sont les suivantes. Aux 
époques saxonne et saLienne aussi bien que sous les Staùfen, « civi- 
tas » ne possède pas une signification précise ; ce mot est usité tantôt 
dans le sens étroit de « fortification », tantôt dans le sens large de 
«fortification -|- agglomération adjacente ));civiias ne désigne pas 
seulement « emplacement fortifié », mais encore toute localité qui 
renferme une fortification. On ne constate aucun changement au cours 
du xiii* siècle. La « civitas »,au sens étroit du mot, offre un habitat à 
la population bourgeoise ; en dehors des onze villes, maintes forte- 
resses militaires sont assez vastes et de nombreuses immunités cathé- 
drales ou claustrales qui sont fortifiées ont un caractère mixte, mi-ecclé- 
siastique, mi-civil. Bien plus, des localités fortifiées (Aix-la-Chapelle) 
continuent à porter le nom de villas. Dès lors, si « civitas », ne possède 
pas la signification étroite que lui attribue Rietschel, il ressort que la 
méthode qui s'appuie sur le sens des mots pour déterminer les villes 
fortifiées est dangereuse et l'assertion suivant laquelle il n'y avait avant 
iioo que onze cités fortes perd sa valeur. L'étude des renseignements 
sur l'apparition et le mode de fortifications en Allemagne fournit éga- 
lement d'utiles suggestions. Avant le x^ siècle, on se contentait, en cas 
de péril, de chercher un refuge dans la burg voisine. Les invasions 
hongroises éveillèrent l'idée d'habiter de manière permanente à l'inté- 
rieur de remparts. Outre les forteresses militaires d'Henri I se cons- 
truisirent des burgs de dynastes, où logèrent les seigneurs et leur 
personnel ; à la bourgade ouverte s'ajouta l'agglomération civile forti- 
fiée, soit en améliorant de vieux murs romains, soit en édifiant de 
nouveaux. M. G. expose les renseignements que nous possédons sur 
l'origine des premières fortifications urbaines; il se borne à un certain 
nombre de cités qu'il groupe en villes romaines, villes épiscopales, 
villes de burgs. Parmi les villes fortifiées du haut moyen âge, il range 
celles qui ont grandi au voisinage de vieux remparts romains ou dont 



l52 REVUE CRITIQUE 

la fortitication aux xii® et xni= siècles a consisté à réparer l'ancienne 
enceinte, ainsi que les forteresses cathédrales qui contiennent une 
population bourgeoise. Les villes issues près d'une burg sont les plus 
nombreuses; certaines ont diâ dès le x*" siècle posséder un rempart ; il 
est souvent mentionné au xii« et xiii*' siècle, et il est possible qu'il ait 
été construit à une époque antérieure. 

M. G. prend donc une position intermédiaire entre les anciens éru- 
dits qui tiennent les fortifications pour une conséquence des invasions 
hongroises et placent leur multiplication aux époques saxonne et 
salienne et Rietschel qui recule au bas moyen âge leur apparition 
régulière. Le danger en de pareilles éludes est la trop grande préci- 
sion ; les textes ne suffisent pas à donner une image exacte du proces- 
sus d'évolution et il faut savoir gré à M. G. d'avoir montré l'incerti- 
tude de la méthode de Rietschel et le danger d'une systématisation 
prématurée. Mais on peut se demander si la thèse nouvelle doit 
s'admettre sans restrictions. Les idées de R. font partie d'une vue 
générale sur l'origine et l'essence du burgraviat et il s'agissait de 
savoir dans quelle mesure les assertions de M. G. sont aptes à four- 
nir une explication différente de cette institution. Si civitas et les 
autres dénominations n'ont pas un sens fixe, ces mots ont un sens 
prédominant et les traductions de R. paraissent s'appliquer à la majo- 
rité des cas. Les exemples sont peu nombreux; ne constituent-ils 
pas des exceptions à une règle courante? Souvent les textes sont si 
obscurs que diverses conjectures sont permises. Or le choix de M. G. 
est parfois arbitraire (par ex. Munich p. 26-27). Les exemples ne sont 
pas tous décisifs; si Aix-la-Chapelle porte le titre de villa, malgré son 
enceinte, cela tient à ce que ce bien de la couronne ne possédait pas 
le « jus civile » et que les rédacteurs des diplômes royaux ont 
évité le terme de civitas, qui implique une idée d'autonomie. M. G. 
a certainement raison d'affirmer que la fortification est un élément 
secondaire de la ville, que sa pleine importance date du xiii" siècle, 
mais il ne peut augmenter considérablement le chiffre des villes for- 
tifiées avant iioo et encore doit-il donner au concept de ville une 
signification que lui refusait R. Il reconnaît lui-même que le xu' siècle 
est l'époque du grand essor économique des villes, de la fondation des 
cités neuves, de l'extension du « jus civile ». Auparavant la plupart 
des villes n'étaient pas capables de se pourvoir d'une enceinte. De 
lourdes charges en étaient l'indispensable condition ; les cités de 
l'époque ottonienne ou salienne, bâties avec des matériaux grossiers, 
pauvres en population et en revenus, ne pouvaient consentir à ces 
sacrifices qu'en cas d'urgent besoin. Or la burg voisine ou l'im- 
munité cathédrale suffisait à les abriter. A l'époque des Staùfen, avec 
les riches demeures, les églises somptueuses et les édifices publics, 
apparut la nécessité de protéger le capital qu'on confiait au sol. 

Cet ouvrage, de lecture attrayante, utilise les études sur les plans des 



t 



d'histoire et de littérature i53 

villes et les résultats des fouilles archéologiques; il aie mérite de 
poser à nouveau un problème, de définir avec soin l'idée de ville, d'en 
déterminer les signes disiinciifs, de souligner l'évolution de cette idée 
à travers les siècles et les phases de cette évolution qui pour une 
même époque diffèrent avec chaque ville. Il abonde en remarques 
fines et judicieuses et ne peut manquer de susciter le plus vif intérêt. 

Pierre Grillet. 

Gerhard Schwartz, Die Besetzung der Bistiimer Reichsitaliens unter den 
saechsischen und salischen Kaisern mit den Listen der Bischcafe (951- 

1122}.! vol. in-80. Berlin, Leipzig, Teubner, viii +338 p., 191 3. 

Cet ouvrage comprend deux parties. D'abord, un exposé de la poli- 
tique suivie par les dynasties saxonne et salicnne dans la nomination 
aux évéchés du royaume d'Italie (p. i-25i. L'auteur distingue entre la 
politique de chaque empereur (p. i-i i) et les aspects de cette poli- 
tique suivant les diverses contrées (p. ii-23). L'attribution de sièges 
épiscopaux à des Allemands lui paraît être le trait original de leur 
ligne de conduite; elle a été adoptée après maintes hésitations: les 
Ottonides font en général choix d'indigènes. Le changement se pro- 
duit sous Henri II, poussé par la double nécessité de lutter contre la 
réaction nationale et contre le relâchement des mœurs dans le haut 
clergé. Avec Henri IV, il ne s'agit plus de savoir comment les évé- 
chés sont répartis entre Italiens et étrangers, mais dans quelle mesure 
le roi peut encore disposer des églises. M. S. examine donc les 
mobiles qui poussent les prélats à prendre parti soit pour le roi dans 
la Lombardie, soit pour Grégoire VII dans la Toscane et l'Exarchat. 
Les pertes énormes subies par les évêchés au cours de la querelle des 
Investitures font passer le rôle dirigeant aux villes et le droit de 
nomination aux évêchés a perdu sa valeur pour Henri V, lorsqu'il en 
fait abandon par le Concordat de Worms. Les empereurs n'ont pas 
pu procéder à leur guise dans tout leur royaume. Les communica- 
tions aisées avec l'Allemagne, l'importance de la situation géogra- 
phique, l'influence du duc de Carinthie, margrave de Vérone, du 
patriarche originaire d'Allemagne, les chevaliers immigrés facilitent 
dans la province d'Aquilée la politique impériale. Dans l'archevêché 
de Ravenne, les sufîragants de la Romagne ont une maigre impor- 
tance, leur attribution est laissée aux familles locales; dans les évê- 
chés de l'ancien royaume lombard, les métropolites allemands sont 
favorables, les maisons nobles et les bourgeoisies des villes sont hos- 
tiles à la nomination d'étrangers. La circonscription religieuse de 
Rome s'étend, outre le territoire pontifical, sur la Ligurie, la marche 
de Toscane et le duché de Spolète ; les margraves et le pape font 
preuve d'indifférence. Dans l'archidiocèse de Milan, les prélats ont 
une puissance politique bien plus grande qu'ailleurs ; l'intérêt des 
dynastes, le désir d'indépendance des communes, les convoitises et 



I 54 REVUE CRITIQUE 

les privilèges de TÉglise de Milan font obstacle aux empereurs; ils 
doivent renoncer à implanter leurs compatriotes; ils s'y résignent 
avec facilité puisque dans cette contrée ils peuvent trouver de nom- 
breux fidèles par suite des relations étroites entre la Lombardie et la 
cour. Un appendice sur les évéchés dans l'Etat pontifical (p. 25-29) 
permet de comparer la méthode des papes à celle de leurs adver- 
saires ; elle est significative pour l'évolution de la papauté qui au 
xi'^ siècle de pouvoir local se transforme en puissance internationale. 

La deuxième partie (p. 29-297) comprend la liste chronologique 
des évêques classés suivant un ordre géographique. Les quatre grandes 
métropoles sont étudiées successivement; à l'intérieur des provinces 
d'Aquilée, de Milan, de Ravenne et de Rome, les évêchés suffragants 
sont groupés par contrées. Pour déterminer les églises épiscopales des 
États de l'Église ( Pentapole, Campagne romaine, Toscane romaine), 
les privilèges d'Otton I^'' et Henri 111 servent de guide principal. Les 
noms propres sont imprimés en caractères gras ou italiques suivant 
qu'il s'agit ou non d'évéques mentionnés par les chartes et écrivains 
dignes de foi. Les titres portés par les églises cathédrales d'après les 
Régestes de Kehr, à leur défaut, d'après les Italia sacra d'Ughelli. 
Les variantes des noms de lieux et de personnes ne sont pas énumé- 
rées de manière complète, mais toutes les formes importantes sont 
citées. La notice de chaque personnage contient les renseignements 
biographiques, les passages caractéristiques et les références de tous 
les textes qui le mentionnent ; les conjectures des érudits sont exami- 
nées. Ni détails inutiles, ni lacune importante. Chaque assertion s'ap- 
puie sur un fait précis. 

Ce répertoire est donc un instrument de recherches complet et 
maniable ; il est d'autant plus précieux que les études sur le royaume 
d'Italie sous les trois grandes dynasties allemandes du moyen âge 
sont peu nombreuses et sur bien des points, nous sommes réduits aux 
indications confuses entassées dans J. Ficker. Le livre de M. S. aide 
à combler une lacune ; il est désormais impossible de s'occuper de la 
Hauie-ltalie sans recourir à ce dictionnaire. Les renseignements sont 
puisés dans les sources déjà imprimées; sauf deux exceptions, les 
pièces d'archives ne sont pas utilisées ; mais les documents contem- 
porains encore inédits ont une maigre importance et des découvertes 
nouvelles, si elles peuvent par endroits compléter et rectifier les 
listes, ne sauraient bouleverser les résultats acquis. Peut-être 
M. Schwariz attache-t-il une importance trop exclusive à la nomina- 
tion d'Allemands aux évéchés de la péninsule; les autres aspects de 
la politique impériale sont dès lors à peine effleurés. Il aurait pu faire 
ressortir que la province d'Aquilée était la seule où les rois étrangers 
avaient un véritable intérêt à pratiquer une politique coloniale; il fal- 
lait se demander dans quelle mesure ils ont imité leurs prédécesseurs 
ou en ont différé, rechercher si les coutumes locales n'entravaient pas 



d'histoire et de littérature i55 

leur droit de nomination, s'il n'était pas indispensable de taire appel 
aux indigènes pour se concilier dynastes et communes, et si la fidélité 
des évêques italiens n'a pas été le plus souvent aussi forte que celle 
des Allemands. Il est excessif d'affirmer la supériorité des prélats 
bavarois et saxons en matière de mœurs et d'instruction et de croire 
que l'amélioration du clergé italien est due à ces immigrés. Bien que 
Venise ne fît pas partie du royaume, elle lui payait tribut et il eut été 
utile comme élément de comparaison de dresser la liste des évêques 
et d'exposer ses rapports avec les empereurs. Ces réserves n'amoin- 
drissent pas le mérite de l'ouvrage, et les aperçus sur la querelle des 
Investitures et le Concordat de Worms, sujets sur lesquels tout com- 
mentaire semblait désormais vain, en démontrent la réelle valeur. Il 
serait désirable qu'un travail analogue fût entrepris sur la politique 
épiscopale des Staufen. La lecture est facile, le style est clair et 
alerte; les nombreuses notes au bas des pages éclaircissent le texte 

sans l'alourdir. 

Pierre Grillet. 



Hans E. Rohde, Der Kampf um Sizilieu in den Jahren 1291-1303 {Abhand-_ 
lungen zur mittleren u. ncueren Geschichte hsggb. G. v. Below, H. Finke. Th. 
Meinecke). Berlin et Leipzig, Walther Rothschild, igi3, i vol. 11-166 p. 

Cet ouvrage, infidèle à son titre, étudie la lutte livrée à propos de 
la Sicile entre mars 1291 et la paix d'Anagni en 1295. L'auteur, 
frappé de l'incertitude qui règne sur les événements politiques 
d'alors, s'est efforcé de dissiper cette obscurité. De récentes publica- 
tions, en particulier la collection du professeur Finke puisée dans les 
Archives de la couronne à Barcelone, permettent de démêler la trame 
confuse des faits. L'intérêt du livre réside en partie dans sa docu- 
mentation inédite : la série J. des Archives Nationales et le futur 
volume III des « Acta Aragonensia " ont été utilisés. Le récit débute 
avec l'avènement du roi Jacques de Sicile en Aragon, l'exposé de ses 
conceptions, de ses tentatives pour les réaliser et de ses relations avec 
les puissances méditerranéennes. M. R. établit que Jacques a pour- 
suivi successivement deux buts : d'abord, élargir sa puissance, unir 
la Sicile et l'Aragon entre les mêmes mains, se joindre aux Gibelins 
d'Italie pour faire front contre Rome, Naples et la France. Ce plan 
dépendait de l'alliance avec la Castille et M. R. détermine la situa- 
tion capitale de la Castille et ses rapports avec Philippe le Bel ; lors- 
qu'il est avéré, après l'entrevue de Logrono, que le roi Sanche préfère 
l'union avec la France et la papauté à l'entente aragonaisc, Jacques 
change d'attitude. Ses j'isées deviennent plus modestes ; il reprend la 
tactique de ses prédécesseurs : s'assurer l'hégémonie en Espagne, et 
pour cela, briser la puissance de son voisin et fortifier la sienne en 
Aragon. Il se résigne donc à l'abandon de la Sicile et au rapproche- 
ment avec la France et le collège des cardinaux. Cette étape est indi- 



l56 REVUE CRITIQUE 

quée par le traité de Junquera dont M. R. fait pleinement ressortir 
l'importance jusqu'alors méconnue ; il comprend deux actes, l'un 
entre la France et l'Aragon, l'autre entre Charles II de Naples et 
Jacques. Jacques abandonne dans un délai de trois ans la Sicile à 
l'Eglise, mais en revanche il est libéré du ban et de l'arrière-ban ainsi 
ainsi que ses partisans. Il s'agit maintenant de faire ratifier la paix 
par le pape, ce qui nous vaut de curieux détails sur l'affaire des 
Colonna et le rôle de Charles II dans les élections de Célestin V et 
Boniface VIII. Dès lors, le nouveau pontife est le personnage diri- 
geant : la paix d'Anagni (20 juin 1295) dont M. R. omet de faire 
ressortir les importantes stipulations, est son œuvre; c'est la dernière 
victoire delà papauté sur les monarques. 

Cet ouvrage est dépourvu de clarté. L'auteur se perd dans le détail 
des négociations diplomatiques; il place sur le même plan les événe- 
ments d'importance secondaire et les faits essentiels; il suppose les faits 
connus et procède par allusions et incidences. Il omet au début de 
poser le problème et de mettre en relief l'importance de la question 
sicilienne pour la chrétienté et l'Europe, l'enchevêtrement des inté- 
rêts dans la Méditerranée, la donation du pape Martin à Charles de- 
Valois, la croisade contre les Aragonais ; il était nécessaire d'en faire 
mention. L'encerclement de Jacques, souverain d'un peuple fatigué 
d'une longue guerre et las de subir les peines de l'Eglise, explique sa 
résignation. Les défauts de composition amoindrissent la valeur de 

cet ouvrage bourré de renseignements intéressants. ^. ^ 

Pierre Grillet. 



H. Kjeli.man. La construction de linfinitif dépendant d'une locution imper- 
sonnelle en français, des origines au xv*" siècle. Upsal, 191 3, Almqvist et 
Wiksell ; un vol. in-8", de 338 pages. 

Par la conscience et l'étendue des recherches qu'elle atteste, cette 
thèse est une très intéressante contribution à l'étude scientifique de 
notre ancienne syntaxe française. Tandis qu'aujourd'hui nous relions 
en général par ii?e l'infinitif à un verbe impersonnel ou aux locutions 
équivalentes, la vieille langue employait en ce cas soit l'infinitif pur, 
soit la préposition à : entre les deux usages s'étend cette période dite du 
moyen français, où l'infinitif pur a été la construction préférée, préférée 
à tel point qu'elle a failli prévaloir. Et tout cela sans doute nous le sa- 
vions déjà en gros d'après les grammaires de Diez et de Meyer-Lùbke, 
les travaux de Tobler, beaucoup d'études spéciales consacrées à la syn- 
taxe de différents auteurs : mais autre chose est d'entrevoir la direc- 
tion d'une évolution, autre chose de pouvoir en constater les étapes 
d'une façon détaillée, précise, et cela seul à \Tai dire satisfait l'esprit. 
Or c'est une satisfaction de ce genre que nous procure l'auteur de ce 
livre par des statistiques disséminées dans ces divers chapitres, résu- 
mées à la fin dans des tableaux, exacts et complets, et qu'il n'y aura 
plus désormais qu'à consulter, J'ai souvent insisté ici même sur 



d'histoire et uk littérature iSj 

cette puissance du chiffre pour trancher les questions litigieuses ou 
controversées — en réalité c'est « la montre ))de Pascal — et je suis 
heureux de voir, que l'usage commence à s'en généraliser, spéciale- 
ment dans les travaux qui nous arrivent de Suède. Assurément 
M. K. n'a pas fait entrer en ligne de compte tout ce que nous avons 
conservé de l'ancienne littérature française; cependant ses dépouil- 
lements ont été très amples, puisqu'ils comprennent par exemple le 
roman de Troie, tous les poèmes de Chrestien, beaucoup d'autres 
œuvres en vers ou en prose, et qu'ils s'étendent de ï Alexis jusqu'à 
Christine de Pisan. Nous pouvons donc avoir toute confiance dans 
les statistiques basées sur un tel ensemble de' documents, et elles 
approchent autant de la réalité qu'on peut le demander à des travaux 
de ce genre. 

J'ajoute que chemin faisant, dans ce volume, qui est en somme assez 
considérable, l'auteur nous a donné souvent bien plus que le litre ne 
promettait. Il a été amené à élargir son sujet, qui par lui-même pou- 
vait sembler un peu étroit, ce qui ne veut pas dire qu'il Tait jamais 
perdu de vue ; mais enfin il lui a bien fallu à mainte reprise apporter 
des précisions sur l'origine, le sens exact et l'emploi respectif de ces 
verbes impersonnels dont il étudiait la construction avec un infinitif. 
De sorte qu'on trouvera ici des données de vocabulaire ou de séman- 
tique fort intéressantes par exemple sur les verbes // estiiet et il 
convient, ou sur les impersonnels qui marquent un sentiment, une 
permission, une occurrence, etc. Ce travail est donc très honorable ou 
même bon dans son ensemble, il sera utile, mais il va de soi qu'on 
pourrait aussi lui adresser certaines critiques. Le premier chapitre 
par exemple n'est pas le meilleur dans le livre, et trahit même un 
certain embarras; il est vrai qu'il était des plus délicats. Je suis bien 
d'avis, comme M. K., qu'il n'y a pas lieu de distinguer originaire- 
ment entre l'emploi qu'on a fait de l'infinitif précédé dune préposition 
après un impersonnel ou après un autre verbe quelconque. Et que 
cette préposition ait été tout d'abord à, c'est-à-dire ad en latin, voilà 
aussi qui n'est point douteux. L'a-t-il fait ressortir avec assez de force 
et de netteté? Je ne le trouve pas. En somme, c'est toujours de 
l'emploi classique du gérondif en latin qu'il faut partir pour expliquer 
la construction française et romane. C'est parce qu'on avait déjà 
aggredior ad dicenduni à côté et avec la valeur de aggredior dicere, 
qu'il s'est produit à un moment donné le tour aggredior ad dicereoxx 
il faut voir un simple fait de contamination, un croisement syn- 
taxique, comme l'on dit. M. K. se défie peut-être un peu trop des 
explications simples, et il cherche parfois à subtiliser en faisant inter- 
venir une mise en relief du sens exact des mots : on ne raisonne 
guère en parlant, et je veux bien que le langage obéisse à des analo- 
gies secrètes, mais cela n'empêche pas non plus que les constructions 
souvent s'établissent d'une façon presque mécanique. Pour ces 



l58 RKVUE CRITIQUE 

questions d'origine quil n'avait pas le temps de suivre à la piste dans 
les textes bas-latins, l'auteur aurait pu se servir d'autre chose que du 
petit manuel de M. Grandgeni où les exemples sont tous cités de 
seconde main et sans aucune théorie qui les relie; il aurait trouvé 
certaines données dans mon étude déjà ancienne sur la préposition 
ad. Car il ne faut pas oublier qu'on relève déjà et souvent dans les 
Formules du viii^ siècle des phrases comme contingebat ad habendiim. 
ou vestrum est ad ordinandum, dans lesquelles ces gérondifs recou- 
vrent évidemment des infinitifs vulgaires. D'autre part je ne suis pas 
certain qu'on ait à faire à un infinitif dépendant d'un impersonnel 
dans la phrase de l'Alexis tei covenist broigne a porter., et tout cela 
serait à discuter, sans parler de bien d'autres points. Ainsi, en ce qui 
concerne le tour bone chose est d'aprendre, je m'en tiendrais volon- 
tiers à la théorie connue de Tobler qui y voyait un complément 
d'origine, et l'assimilait complètement à bone chose est de pais : les 
raisons données ici contre, et le rapprochement tenté avec la phrase 
temps est d'aler ne m'ont point semblé convaincants. Il y a parfois 
quelque chose d'un peu nuageux dans les discussions théoriques de 
M. Kjellman; mais cela tient sans doute à ce qu'il a écrit son livre 
dans une langue qui après tout n'est pas la sienne, quoiqu'il la pos- 
sède bien, et nous aurions mauvaise gràcç à lui en tenir rigueur : 
pour ma part, je lui en suis au contraire très reconnaissant. 

E. BOURCIEZ. 



Pierre Bliard, Les Conventionnels régicides d'après des documents offi- 
ciels et inédits, Paris, Perrin, 191 3, in-H", 539 pages, 5 fr. 

L'étude de la Révolution française, jadis monopole d'un petit 
groupe d'historiens et d'amateurs, s'est singulièrement transformée 
depuis une trentaine d'années. Abandonnant le froid sillon du moyen 
âge, le mouvement historique se porte aujourd'hui presque tout 
entier sur ce terrain cependant si brûlant. Une foule d'ouvriers, aussi 
actifs qu'ils sont nombreux, suffisent à peine à satisfaire aux exigences 
d'un public impatient, de plus en plus avide de recueillir le fruit de 
leurs travaux. Les Régicides, c'est-à-dire les membres de la Conven- 
tion nationale qui ont voté la mort de Louis XVI, sollicitent, semble- 
t-il, tout particulièrement l'attention. De toutes les catégories de révo- 
lutionnaires, c'est non seulement celle qui hante le plus l'imagina- 
tion, ce qui serait déjà quelque chose, mais celle qui, en réalité, a fait 
de la Révolution ce qu'elle a été. Les Régicides l'ont détournée de sa 
voie : le jugement de Louis XVI a déchaîné la Terreur. 

Je ne sais si le nouveau livre de M. Bliard contentera tous ceux qui 
ne se borneront pas à en lire le titre. Il a été composé cependant 
« d'après des documents otiiciels et inédits », et ces documents sont 
les dossiers très officiels en effet des archives nationales formés en 



d'histoire et de littérature iSp 

vue de la mise à exécution de l'ordonnance du 24 juillet 181 5 contre 
les fauteurs du retour de Napoléon, et surtout de la loi du 12 janvier 
1816 qui proscrivit les conventionnels régicides coupables d'avoir 
voté l'Acte additionnel ou servi l'Empereur pendant les Cent jours. 
Ce sont là deux sources inappréciables, quoique moins inédites que" 
l'auteur ne l'assure. Mais ce sont deux sources extrêmement dange- 
reuses, parce que ces dossiers, constitués en vue d'une œuvre de 
colère et de vengeance, en ont gardé l'empreinte. 

Ces dangereux dossiers ont-ils déteint aux doigts de M. Bliard, ou 
M. Bliard a-t-il apporté, en les dépouillant, un esprit déjà prévenu 
contre les Régicides? N'ayant pas lu ceux de ses précédents ouvrages 
relatifs à la Révolution, je ne saurais répondre à cette question. Mais 
ce que je puis dire, c'est qu'il se montre animé ici contre tous les 
conventionnels qui ont voté la mort du Roi d'une très grande mal- 
veillance. Parleurs élégants ou tribuns féroces ou moutons de Panurge, 
ce qui les domine tous, selon lui, c'est la peur triplée par la faiblesse 
et la lâcheté. Ce jugement péremptoire, je le répète, ne sera peut-être 
pas du goût de tout le monde, même de ceux qui, avant M. Bliard, 
ont étudié les mêmes dossiers. 

Mais si au point de vue purement historique, l'opinion de M. Bliard 
sur les régicides ouvre la porte à la discussion, son livre est extrême- 
ment suggestif au point de vue psychologique. Car à force de tourner 
et de retourner, de presser et de fouler ces précieux dossiers signalés 
tout à l'heure, il a réussi, vendangeur laborieux autant qu'ingénieux, 
à en faire découler de riches sujets de méditations. Pour n'en effleurer 
qu'un ici, mais peut-être le plus captivant, examinons rapidement 
avec lui ce que devinrent les régicides, quelle influence leur vote 
exerça sur leur destinée et, par choc en retour, sur leur propre men- 
talité. 

Accourus des quatre points de l'horizon géographique, intellectuel, 
moral ou social, leur tâche accomplie, ils se sont séparés. M. Bliard 
s'attache à leurs pas; suivons-les avec lui. Les uns sont retournés 
vers leur clocher natal, d'autres ont essayé d'oublier ou de se faire 
oublier dans le tumulte des camps. Ceux-ci ont rouvert leur cabinet 
de consultations; ceux-là se sont faits conspirateurs. S'il en est qui 
boudèrent dans leur coin, un grand nombre s'assirent au banquet 
servi par Bonaparte ; plusieurs même présidèrent des tables d'hon- 
neur. Ils se sont séparés? Hélas! non. Au pied de l'échafaud de 
Louis XVI, ils avaient contractéunc alliance indissoluble. Girondins, 
Montagnards, crapauds du Marais, ils avaient tous voté, avec ou 
sans réticence, la mort du Roi. Voilà le lien qui les unit La vie les 
disperse; ils se croient dégagés, ils renient leur vote, ils épiloguent. 
C'est en vain. Le lien qui parfois se voile ou qu'ils, s'efforcent de 
cacher, reparait par intervalle et les rappelle douloureusement à la 
réalité. Chose étrange! Dix ans après la mort de Louis XVI, les Bour- 



l6o REVUE CRITIQUE TÏ'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

bons, qui ont régné des siècles en France, y sont tellement oubliés 
qu'on ne sait même plus les noms de ceux qui subsistent; mais les 
Régicides, dont la domination n'a duré qu'un matin, tout le monde 
les connaît et les montre du doigt, de quelque déguisement qu'ils s'af- 
fublent. Ils suivent ainsi, marqués d'un signe commun, les chemins 
les plus divergents, et quand enfin la mort les réunit au roi qu'ils ont 
fait mourir, le signe les accompagne, au-delà du tombeau, dans la 
mémoire des hommes. 

Et c'est là l'intérêt de cette étude, le grand enseignement qu'elle 
porte en soi. Meneurs ou menés, les Conventionnels régicides 
votèrent la mort de Louis XVI dans un accès de cette maladie sacrée, 
comme eussent dit les Anciens, qui enfiévrait alors toute la nation. 
La crise passée, ils se retrouvèrent, pour la plupart, ce qu'ils étaient 
auparavant, des hommes médiocres, nous assure M. Bliard, mais 
tous avec le stigmate indélébile de leur vote. A part quelques rares 
exceptions, peut-être plus apparentes que réelles, plus ostentatoires 
(si Ton osait dire) que sincères, tous ils souffrirent de ce vote maudit, 
soit dans leur fortune, soit dans leur amour-propre, soit dans leur 
âme et conscience. Et si le procès avait pu recommencer dix ans plus 
tard devant ce qui restait des mêmes juges, — de leur propre aveu, 
spontané ou surpris ou arraché, — Louis XVI eût été absous à une 
grande majorité; vingt-cinq ans plus tard, à l'unanimité. Ainsi les 
mêmes hommes, appelés à se prononcer de nouveau sur les mêmes 
faits, en eussent porté deux jugements contradictoires. On contestera 
leur sincérité? On pourrait la contester tout aussi bien pour le juge- 
ment initial que pour sa révision, si par impossible elle avait eu lieu. 
Telle est surtout la leçon qui se dégage de l'enquête de M. Bliard. Le 
jugement de Louis XVI est une des plus grandes humiliations que 
l'esprit humain se soit jamais infligées. 

Eugène Welvert. 

Académie des Inscriptions et Belles Lettres. — Séance du 6 février igi4- — 
L'Académie présente, pour la chaire de langue berbère vacante à l'Ecole des 
langues orientales vivantes, en première ligne M. Destaing, en seconde ligne 
M. Biarnay. 

M. Paul Pelliot achève sa communication sur le christianisme en Asie centrale 
et en Extrême-Orient au moyen âge. — MM. Valois, Perrot et Chavannes présen- 
tent quelques observations. 

M. Edmond Pottier lit une note de M. Gaston Darierqui a dirigé, avec M. Nicole 
et M. Gauckler, les fouilles du Janicule où a été décpuvertc, dans un sanc- 
tuaire syrien, une idole de bronze entourée d'un serpent. On y avait vu une 
image de la déesse Atargatis. Mais le bronze a été nettoyé avec soin, et on a 
constaté qu'il s'agit sûrement dune divinité masculine. M. Pasqui a proposé d'y 
reconnaître le dieu phénicien Hadad ; mais cette conclusion ne s'impose pas, car 
le choix à taire est large parmi les divinités du panthéon oriental. 

M. Paul Monceaux signale de la part de M. Alfred Merlin, correspondant de 
IWcadémie. directeur du service des antiquités de Tunisie, la découverte de 
mosaïques tombales k inscriptions et sujets figurés, au N. de Kourfa (anc. Curu- 
bis), dans la presqu'île du (2ap Bon. 

Léon Douez. 

L" imprimeur-gérant : Ulysse Rouchon. 



REVUE CRITIQUE 



D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 



N" 9 



— 28 février — 



1914 



Rand, L'urbanité horatienne d'Hésiode. —Th. Rkinach, Tibia. — Richték, f/ân- 
cienne Rume. — Merlin, Althiburos. — DAmira, Le druii germanique, — 
JovY, Tissard et Alcandrc ; Le collège de la Marche. — Fodlet, Conxspon- 
dance de Voltaire, 1726-1729. — Grkllet-Dumazeau, Saint-Simon et l'affaire 
du bonnet. — Mareschal de Biévre, Les ci-devant nobles et la Révolution. — 
Marquiset, Les bas-bleus du premier Empire. — Bapst, Canrobert, V'I. Saint- 
Privat. — Lettres de Treitschke, p. Cornicelils, L — La librairie Beck. — 
.\1ichei.s, La genèse de l'impérialisme italien. — Les Etats-Unis et la France, 
conférences. — Baldensperger, La littérature. — Stapfek, Dernières variations 
sur mes vieux thèmes. — Archivio glottologico italiano, XVIl. — Inondation 
Dejob. — Haller, Indogermains. — Uhlenbeck, L'algonquin. — H. .Joh.nston, 
Un alphabet universel. — Fay, La flexion verbale indo-européenne. — Brack- 
MAN, Mélanges. — Blum, Les clausules du De amicitia. — Le castellum de Ris- 
stissen. — Knour, Les poteries d'.Vislingen. — Bibliotheca romanica,' 1 75-1-89. — 
Académie des Inscriptions. ' ':" 



E. K. RANL),Horatiaii Urbanity ia Hesiod's "Works and Days Extrait de l'Iie 
American Journal 0/ Philulugv, xxxu, 2, p. i3i-i65}. Baltimore, The Johns 
Hopkins Press, 191 i. 

Il faut arriver au.\ dernières pages de l'opuscule de M. Rand pour 
en comprendre le titre. C'est en effet dans les dernières pages seule- 
ment en meitani à part quelques allusions disséminées çà et là; qu'il 
est question de la personnalité d'Hésiode, telle qu'elle se révèle dans 
/c^.v Travaux et les Jours, et de -< l'urbanité horatienne » qui est. selon 
M. R., un des traits de son caractère. Cette urbanité d'Horace, que 
M. R. trouve paiiiculièrenient dans les Satires, faite d'ironie ei 
d'humour, d'apparente naïveté et de malice, d'équilibre moral ti 
d'accès momentanés de pessimisme, se manifeste souvent chez 
Hésiode, et la manière dont Hésiode envisage les choses, dont il pré- 
sente ses leçons de nv)rale, ses préceptes de justice et de travail, peut 
se rapprocher, toutes proportions gardées, du ton à la fois courtois 
et satirique du poète latin. Maisce portrait moral d'Hésiode lient peu 
de place. L'objet de la disseriaiion est principalement - de montrer 
que le poème, tel que nous le possédons, est essentiellement une 
unité ■■ p. 1 3 i), opinion défendue avant lui, en France, par \\ Waliz, 
et reprise depuis dans un remarquable article de P. Ma/.on. Je n'ai 
pas ici à intervenir dans le débat et à justilier nion opinion person- 

Noiivcile série 1, XX Vil. 9 



102 REVUE CRITIQUE 

nelle, qui est assez différente de celle de M. R. Mais on remarquera 
que le problème peut se poser de deux manières ; unité de main et de 
pensée ne dit pas la même chose qu'unité de plan et de composition, 
et il me semble que la différence n'a pas été toujours observée par 
les interprètes. Que les Travaux soient un ensemble factice de mor- 
ceaux sans lien, dus partie au poète, partie à des interpolateurs, c'est 
là une thèse dont la critique raisonnable a fait justice, et à ce point 
de vue je reconnais volontiers l'uniie du poème; la pensée et la main 
d'un même auteur (à part quelques vers douteux) s'y montrent avec 
suffisamment de clarté, et M. Rand use, pour le prouver, d'une argu- 
mentation précise. Il n'en est pas de même si l'on envisage le plan et 
la composition des Travaux. Ce n'est pas que l'ensemble soit 
dépourvu de cohérence, mais il y manque, plus ou moins, la rigou- 
reuse ordonnance dans la disposition, le juste enchaînement des par- 
ties, la progression régulière des idées ; et sous ce rapport l'unité du 
poème ne m'apparait plus. D'où cela provient-il, c'est une autre 
question '. 

Mv. 



Théodore Reinach, Tibia (Extrait du Dictionnaire des Antiquités); Sy p. 

Les trente-sept pages dont cet article se compose sont remplies de 
remarques intéressantes et d'ingénieuses observations. M. Reinach ne 
s'est pas contenté de rassembler et de disposer en un ordre rationnel 
la somme des connaissances que fournissent sur l'aulos antique les 
textes et monuments anciens et les recherches des modernes ; un 
article ainsi rédigé peut être excellent, mais n'aura d'originalité que 
dans la disposition de la matière et la mise en œuvre des données. 
M. R. a fait plus; il a mis sur le sujet sa marque particulière; tout 
en s'abstenant de discuter, il a exposé sur plusieurs points son opi- 
nion propre et son interprétation personnelle des documents; et cela 
ne peut surprendre ceux qui connaissent les savants travaux de l'au- 
teur sur la musique grecque. On notera par exemple le commentaire 
d'un texte de Plutarque qui permet de se représenter comment se 
répartissaient entre les deux tuyaux de l'aulos les notes de l'octave 
modale, et l'interprétation d'une scène de sacririce sur un sarcophage 
Cretois, où M. R. reconnaît l'exemple le plus ancien de l'aulos phry- 
gien. L'article est donc de haute valeur. En voici les grandes subdi- 
visions : définition et origine de l'aulos; étude des moindres détails de 
l'aulos double et de sa fabrication, avec un schéma établi par M. Rei- 
nach lui-même pour faciliter l'intelligence de l'opération ; variétés de 
l'aulos (monaule, plagiaulc, cornemusej; théorie musicale de l'aulos, 

I. M. Rand est l'un de ceux qui ont lu « Masqueray » sous la signature Mv lic 
la Revue critique; c'est une erreur que l'ai icctitiéc à plusieurs reprises, et que je 
ne rclc\er;ii plus désormais. 



d'Histoire et de LitTER\TURE i6^ 

technique et répertoire ; enrin usages divers de la tibia, dans les céré- 
monies religieuses, les jeux, les funérailles, etc., et son rôle dans la 
mvihologie et dans Féducation. 

My. 



C. RiciiTER, Das alte Rom Ans i\atur und Geisteswelt, n» 086). Leipzig et Berlin, 
Teubner, 1913, in-i6, 80 pages, un frontispice, 16 planches et deux plans hors 
texte; prix : i mark; cartonné ; i mark 25. 

La maison Teubner, qni nous a habitués aux tours de force, paraît 
cette fois s'être surpassée elle-même. Pour la somme de i fr. 25 elle 
nous donne une substantielle description de l'ancienne Rome, accom- 
pagnée d'une illustration aussi nette qu'abondante. Le texte est 
l'œuvre d'un des meilleurs spécialistes de la topographie romaine, à 
laquelle il a consacré, sans parler de nombreux mémoires et articles 
de détail, tout un livre excellent dans le Handbuch d'Iwan von Muller. 
Après quelques mots sur la situation et la configuration de la ville et 
sur ses transformations à travers les siècles, M. Richter passe en revue 
les différents quartiers ; son exposé est extrêmement concis, mais 
d'une clarté parfaite, avec un minimum, peut-être un peu maigre, de 
références aux textes antiques et aux travaux modernes. Le frontispice 
nous donne la vue du ForuiTi et du Capitole ; les planches contiennent 
des photographies de monuments, des plans d'édifices et des restau- 
rations, des détails de sculpture; deux plans à la fin du volume met- 
tent sous nos yeux l'un la Rome de l'époque impériale, l'autre le 
Palatin et les Forums, avec deux petits croquis du Septimontium et 
de la ville des quatre régions. Il était impossible de faire mieux, ni à 
meilleur compte. Quel exemple et quelle leçon pour nos éditeurs 
français ! 

M. Besnier. 



A. Merlin, Forum et maisons d'Althiburos (Notes et documents publiés par ta 
Direction des Antiquités et arts de Tunisie, VI). Paris. Leroux, 191 3, in-4'', 
60 pages, 14 figures dans le texte et 6 planches hors texte. 

Ce nouveau fascicule de, l'utile collection des Notes et documents 
porte sur les ruines de la petite ville d'Althiburos, maintenant 
Medeina, connue surtout par la remarquable « mosaïque des bateaux » 
que Paul Gauckler a jadis publiée et commentée. Le Forum, entière- 
ment déblayé, est de forme rectangulaire et de petites dimensions, 
'3o mètres 80 sur 23 mètres 35; entouré d'une colonnade surélevée, 
il n'était bordé que d'un côté par une série de petits édifices contigus, 
boutiques, sanctuaires ou scholae de corporations ; en arrière de deux 
autres de ses faces se dressaient au Sud-Ouest le Capitole. depuis 
longtemps connu, mais dont les fouilles de ces dernières années ont 
permis de préciser certains détails de construction, au Nord-Est un 



164 REVUK CRITlQÙb 

temple létrastyle d'où provient une inscription bilingue, néopuniqile 
Cl latine, où Ton a déchiffré, dans sa partie latine, les noms de Jupiter 
et d'Esculape. La Direction des Antiquités a procédé d'autre part au 
déblaiement de deux maisons décorées de belles mosaïques; M. Merlin 
les appelle, d'après les principaux sujets de leurs pavements, « la mai- 
son de la pêche » et « la maison des Muses ». Un plan hors texte 
indique l'état des ruines d'Althiburos à la tîn de IQ12. Ce sixième 
fascicule témoigne, une fois de plus, de l'heureuse et méthodique 
activité avec laquelle les fouilles et découvertes se poursuivent sans 
trêve en Tunisie. 

M. Besnier. 



Grundriss des gernianischen Rechts, von Karl von Amira. 3. verbesserte und 
crweitcrte .\uttage (Grundriss dcr gerinanischen Philologie hgb. von Hermann 
Paul]. Strasbourg. K. .1. Triibner. loiS. In-.S», \n-?o2 pp.. ? m. 

M. Karl d'Amira est, parmi les juristes allemands, celui, peut-être, 
qui connaît le mieux le droit germanique. Sa science de la jurispru- 
dence s'associe heureusement à des connaissances philologiques 
approfondies. Comme Jakob Grimm, dont il s'applique à suivre les 
traces, il cherche à donner dans cette œuvre une vue d'ensemble des 
principes essentiels du droit germanique. Une partie assez abondante 
de l'ouvrage est consacrée à Ténumération et à l'appréciation des 
sources, c'est-à-dire des documents, aussi bien chez les Germains 
du Sud que chez ceux du Nord. Vient ensuite l'exposé des divers faits 
juridiques groupés de la façon suivante : la terre, les hommes, le sou- 
verain, la parenté, la fortune, crimes et peines, tribunaux, formes 
judiciaires. Deux index énumérant l'un les faits et les noms, l'autre 
les termes techniques terminent ce volume où le germaniste est heu- 
reux de trouver des renseignements d'une précise exactitude sur une 
incroyable quantité de choses, le droit touchant à tout. Le seul regret 
que l'on puisse formuler, c'est la rapidité avec laquelle l'auieur passe 
sur les faits. Nous n'avons cependant pas à lui demander plus : ce 
livre est un Gnindri.ss. 

F. Piquet. 



Krnest Jovv. François Tissard et Jérôme Aléandre. Le second séjour 
d'.Vléandrc eu Franco ki juin i5ii-2() novembre 014). Vitry-lc-François. 
Tavernicr, r(|i^''. in-S". p. 33;-!. 

— L'étude d'Homère et de Virgile au Collège parisien de la Marche en 1757. 
jbid, îQi I, in -8', p. 81 . 

I. M. .lovy a donné une suite à son travail sur F. Tissard et 

./. Aléandre dont les deux premiers fascicules ont été publiés en 

1899 et 1908; le troisième et dernier est consacré au séjour d'Aléan- 

dre à Paris de i5i i à iSiq. Le jeune erudit venant d'Orléans professa 

d'abord au Collège de la Marche avec un succès prodigieux (on fera 



d'histoire kt de littérature i65 

la part des hâbleries dont les humanistes sont coutumiers). Sa répu- 
tation réelle cependant lui valut d'être nommé recteur de l'Université 
en i5i3. Il était aussi bien vu à la cour, et Louis XII aurait voulu 
tirer parti de sa science et de son éloquence dans ses démêlés avec la 
papauté, mais Aléandre dans un milieu assez gallican sut rester 
habilement bon ultramontain et ménager le brillant avenir qui lui 
était réservé. A la fin de 1 5 i ? il devint secrétaire d'Et. Poncher, 
évèque de Paris et prochancelier ; il le quitta pour se mettre au service 
du prince-évêque de Liège. M. J. s'est borné à résumer le reste de la 
carrière diplomatique et ecclésiastique d'Aléandre, puisque Thuma- 
nisic seul l'intéressait. Je m'étonne qu'il n'ait pas mis à contribution 
les lettres de nonciature publiées naguère en Allemagne; elles auraient 
sans doute fourni quelques détails complémentaires. Mais sur le rôle 
d'Aléandre à Paris, sur ses disciples, parmi lesquels les humanistes 
allemands tiennent une grande place, sur ses travaux d'éditeur et de 
lexicographe (l'appendice en donne la bibliographie), sur sa vie 
privée aussi, M. J. nous a donné d'abondants détails et un commen- 
taire très savant. Il a traduit beaucoup de lettres ou dédicaces 
d'Aléandre ou à lui adressées, plusieurs passages de son journal auto- 
biographique et a publié dans l'appendice le texte de ces documents 
en y ajoutant pour certains d'utiles corrections. Ce minutieux travail 
rendra service aux curieux de l'histoire de l'hellénisme en F'rance et 
en général à celle de l'humanisme. Nous regrettons qu'un index 
embrassant les trois fascicules ne permette pas de le mieux utiliser. 

II. Une autre brochure de M. Jovy nous présente de nouveau, 
mais à 25o ans de distance, ce même collège de la Marche illustré 
par Aléandre. L'auteur a découvert dans la bibliothèque de Vitry-le- 
François le compendiiim rhetoricum d'un professeur de ce collège, 
Lambert, et il a tiré de ces trois volunies mss. quelques documents 
pédagogiques nous montrant le genre d'exercices pratiqués par les 
régents du xviii* siècle et d'où Tactualité n'était pas exclue. Il y a joint 
de longs extraits d'une de ces joutes scolaires qui faisaient alors le 
principal intérêt des distributions de prix et où des élèves, dûment 
stylés par le maître, donnaient la preuve de leurs progrès dans les 
études littéraires. En 1757 Lambert avait choisi pour sujet du débat 
la défense de Virgile, puis d'Homère contre leurs détracteurs. Le prin- 
cipal intérêt de ces jeux littéraires semble être dans les emprunts fré- 
quents aux idées de Voltaire, de Lamothe, de Rollin, qui reparaissent 

cà et là. 

L. R. 



Lucien Foulkt, Correspondance de Voltaire, 1726-1729. La Bastille, L'An- 
gleterre, I,e retour en France. Paris, Hachette, 1913. ln-f<", pp. 72, 32r. Fr. 10. 

Le séjour de deux ans et demi que fit Voltaire en Angleterre est une 



l66 REVUE CRITIQUÉ 

des périodes les plus importantes de sa vie. M. F"oulet a pensé juste- 
ment qu'il méritait d'être étudié avec le soin le plus minutieux. Il a 
passé au crible toutes les lettres publiées dans Moland ou qui se sont 
retrouvées depuis. Remontant partout aux originaux (c'est le cas de 
26 lettres) ou aux premières impressions, il a rétabli des passages 
arbitrairement supprimés, rectifié souvent des dates erronées, restitué 
le véritable texte dans quelques cas isolés ; il a lui-même découvert 
une lettre inédite; aux lettres de Voltaire ou adressées à Voltaire il a 
joint celles où il est question de lui et qui sont au nombre de 18, 
alors que Moland n'en donne que 7; les lettres anglaises sont accom- 
pagnées d'une traduction. La connaissance intime de l'Angleterre 
pour la période qui nous intéresse lui a permis de fixer une foule de 
points mal connus et d'éclairer les rapports de Voltaire avec sa patrie 
d'adoption pendant son exil volontaire. Une copieuse introduction et 
des notes multipliées au bas des pages ne nous laissent rien ignorer 
des personnages et des événements auxquels la correspondance fait 
allusion. Enfin dans dix appendices qui occupent le dernier tiers du 
volume M. F. a traité en détail des questions qui lui ont paru mériter 
un exposé plus suivi : la querelle avec Rohan-Chabot, les pensions 
de Voltaire (l'auteur n'admet pas qu'il y ait eu une pension payée par 
le duc d'Orléans) ; les rapports de Voltaire avec Desfontaines, de Des- 
fontaines avec Swift, de Thieriot avec Atterbury; le prétendu rôle 
d'espion joué par Voltaire au compte du roi Georges : M. F. établit 
le manque de fondement de cette accusation ; il discute les dates de 
la rentrée de Voltaire en France et s'arrête à celle de septembre ou 
octobre 1728. Enfin deux autres appendices sur les démêlés de Vol- 
taire avec ses libraires, sur les ouvrages qu'il rapporta d'Angleterre, 
et une liste des lettres perdues relatives à la période anglaise termi- 
nent cette diligente enquête où la variété et l'abondance des docu- 
ments témoignent assez du labeur et de la sagacité dont l'auteur a fait 
preuve. On serait presque tenté de lui en vouloir pour ses excès de 
scrupule et pour ne nous avoir fait grâce d'aucun des détours de ses 
fécondes explorations; les chasseurs demandent un patient auditoire. 
En tout cas ce recueil des lettres de 1726- 1729 avec son commentaire 
sera un indispensable complément à la savante édition des Lettres 
philosophiques de M. Lanson et un travail précieux pour les éditeurs 
qui entreprendront un jour la publication de l'ensemble de la corres- 
pondance de Voltaire '. L R. 

I. P. 33, il fallait renvoyer sur M'"° de Tciicin au livre de M. Magne, où l'artaire 
lie la Fresnaye est touiau long exposée d'après les documents. P. 106, il y a une 
nouvelle édition des Mémoires du Président Iléuaitlt par »V1. Rousseau (Paris, 
Hachette, igi 1) plus complète que celle du baron de Vigan. 1'. 164, Sophie-Doro- 
thée n'est pas morte en i~4<>, mais en 1757; il y a eu confusion avec son mari. 
Knfin, p. I i(j, prince électoral, pour électeur, surprend, et p. i.xvni, coudescensiuu 
est un bien \iiain lapsus. 



d'hIST01R& et de LITTERATURE 167 

André Grkllet-Dl.mazkau, L'affaire du bonnet et les Mémo)re8 de Saint- 
Simon. Paris. Plon-Nourrit, 191."^, in-8", 31io pages, 7 fr. 5o. 

En recueillant les voix des ducs et pairs, lorsqu'ils assistaient à une 
séance du Parlement, le premier président devait-il ôter ou garder 
son bonnet? Telle est la question. Certes, Taffaire du bonnet, racontée 
tout uniment ou même commentée d'après le récit de Saint-Simon, 
ne méritait pas les honneurs d'un in-octavo. Mais l'auteur de cet 
ouvrage, si gros pour un si mince sujet, a eu le tort et à la fois le 
mérite de l'élargir singulièrement. C'est un tort parce que le sujet, tel 
dumoinsqu'iLl'a traité, déborde de toutes parts le titre qu'il lui a donne. 
C'est un mérite, parce que, condamnaii(jn passée sur le titre, il nous 
a remis sous les yeux la grande querelle de la robe et de l'épée qui 
agita pendant plus d'un siècle une notable partie de l'ancienne France. 
Et cela est véritablement un sujet de livre. 

Personne n'était mieux préparé que M. Grellet-Dumazeau pour une 
telle oeuvre. Descendant d'une vieille famille parlementaire, magis- 
trat lui-même, il s'était passionné pour l'histoire et l'organisation de 
l'ancienne magistrature; il en avait fait l'étude de toute sa vie. Après 
avoir publié plusieurs ouvrages sur cette matière, il est mort, laissant 
manuscrit celui-ci. On ne peut que savoir gré à l'éditeur de l'avoir 
livré à l'impression. Indépendamment d'une critique rigoureuse du 
texte de Saint-Simon, dont il fait voir une fois de plus la passion enra- 
gée contre tout ce qui heurtait les prétendues prérogatives des ducs 
et pairs, M. Grellet a retracé les origines et les diverses phases de la 
querelle, ses rapports avec les autres querelles de préséance, entin 
Taffaire des princes légitimés, greffée sur la précédente, et ses suites 
parlementaires. Chemin faisant, il nous a dépeint les principaux per- 
sonnages mêlés à ces affaires compliquées, et notamment les prési- 
dents Lamoignon, de Novion, de Harlay et de Mesmes. Les pages 
consacrées à ces grandes tigures parlementaires seront peut-être les 
plus appréciées de tout ce qui a appartenu en propre à M. Grellet 
dans son livre , 

E, -W. 



Comte G. Mareschal de Bièvre. Les « ci-devant nobles » et la Révolution. 
Paris, F.inile-Paul, m_)I4, in-8°, v-:i44 pages. 7 fr. 3o. 

Si la mode était au.\ titres exacts, celui du nouveau livre de M. de 
Bièvre prêterait à une critique préliminaire : le contenu ne tient pas 
les promesses du contenant. Les ci-devant nobles, ici, se réduisent en 
réalité à trois, et encore à trois ci-devant de très petite noblesse, par 
conséquent trop peu nombreux et trop peu représentatifs de leur état 
en face de la Révolution. Une autre observation pliis importante, 
c'est que des trois études dont se compose ce livre, la première seule, 
-r- toute seule, — méritait les honneurs de l'impression. Doncles deux 



tiers i\c l'ouvrage sont inutiles. 



108 REVUE CRITIQUE 

La première de ces éludes est consacrée à « Florian révoluiion- 
naire ». Tout son intérêt réside dans le contraste entre Florian cour- 
tisan et commensal du duc de Penihièvre, puis courtisan de Robes- 
pierre et des clubistes. Flagorneur des puissants, sans coeur et sans 
dignité, voilà tout le portrait moral de Florian ; et il faut en croire 
M. de Bièvre, car il a écrit sur pièces. 

Quant au « carrosse armorié de M'"° Anjorrant de Tracy » sous- 
titre de la deuxième étude, toute Texcuse de l'auteur c'est que 
M'"'' Anjorrant se rattache à lui par des liens de parenté. Mais il a 
beau s'évertuer : les aventures de cette honorable dame et de ses 
proches pendant la Révolution sont d'une rare insignifiance, compa- 
rées à tant d'autres de l'époque. Gela pouvait se raconter en famille, 
les soirs d'hiver, sous la lampe; mais cela ne devait pas dépasser les 
bords de Tabat-jour. 

Il faut en dire à peu près autant des « vingt-deux années d'émigra- 
tion de M. de Fontane », thème de la troisième et dernière étude de 
M. de Bièvre. C'est l'histoire d'un officier français qui émigré au 
début de la Révolution et de ses campagnes dans les Pays-Bas, à 
Quiberon et en Portugal. M. de Fontane était un offlcier subalterne 
quelconque, à qui il n'arriva rien de particulier qu'une blessure à 
Quiberon. Mais il sert de prétexte à un nouveau récii de quelques- 
unes des campagnes des émigrés. Il en a écrit lui-même une sorte de 
journal, tellement pauvre que M. de Bièvre est obligé de le soutenir 
à chaque instant à l'aide d'autres relations publiées depuis longtemps. 

Alors à quoi bon ? 

E. W. 



.\lfred Marquiset, Les Bas-Bleus du premier Empire. Paris, Champion, u)i4, 
in-8". 2 17 pages. 

Je ne pense pas que M. Marquiset, en écrivant d'une plume rapide 
et légère ce nrjuveau livre, se soit flatté de réveiller en nous une pas- 
sion assoupie pour les œuvres des bas-bleus du premier Empire. Par 
conséquent, son but n'a pu être que de nous intéresser à la biographie 
d'une demi-douzaine de femmes qui écrivirent des romans avec leurs 
quenouilles, pendant que leurs contemporains écrivaient de l'histoire 
avec leurs épées. Mais môme en circonscrivant et en précisant ainsi 
le dessein de l'auteur, je crois encore qu'il s'est trompé. A part 
l'erreur sentimentale de M'"" Cottin, peut-être moins ignorée qu'il 
ne semble le supposer ; à part les fleurs fanées de Fanny Beauharnais 
dont la galerie se moque depuis plus de cent ans, et sur lesquelles il 
avait plus rien à dire; à pan cntin les irente-six maris manques de 
Victorine de Chastenay (doni elle avait pris si)in de nous présenter 
L'IIe-méme le décompte), et son ami de C(eur le policiei' Real fpour 
lequel M. Marquiset partage pcut-cire à tort son inilulgence), je ne 
vois pas ce qui peut solliciter notre attention en faveur lie ces autres 



d'histoire et de littérature 169 

bas-bleus si justement oubliés, M"^" Babois, M""-" DulYcnoy, M'"« de 
Monianclos et M'"« d'Hautpoul. 

E. W. 

Le maréchal Canrobert, Souvenirs d'un siècle, par Germain Bapst. Tome 
sixièin<;, Bataille de Saint-Privat. Avec six cartes. Paris, Pion, in-S» .xxiv ei 
633 p. 

Le volume est sûrement trop gros. Il gagnerait à être diminué de 
quelques pages. Mais il est digne des volumes précédents. Il vaut sur- 
tout par l'idée qui court d'un bout à l'autre, par une idée que l'au- 
teur démontre de vive et poignante façon au milieu de toutes les anec- 
dotes qu'il raconte et de tous les tableaux qu'il trace : la victoire 
appartient à ceux qui agissent. Dès le 16 août, Bazaine est perdu, et 
son armée avec lui, parce qu'il n'ose prendre l'offensive, parce qu'à 
l'abri des forts de Metz, il veut attendre les événements. Aussi à 
Rezonville, il ne bouge pas ou plutôt, comme dit M. Bapst, il s'agite 
dans le vide, et, à Saint-Privat, il se désintéresse absolument de la 
lutte. Nous ne pouvons rien citer de l'œuvre remarquable que nous 
annonçons, ("ontentons-nous de dire que le livre se lit avec le plus 
vil intérêt ; qu'il abonde en renseignements inédits, en témoignages 
saisissants et en scènes dramatiques; que M. Bapst, comme nos offi- 
ciers d'aujourd'hui p. 602,1, " a donné une somme de labeur énorme » 
dont nous devons lui être reconnaissants ; que, si l'on se prend à 
maudire l'inconcevable Bazaine, on admire Canrobeit qui, dans cette 
journée du 18 août, « afait son devoir et l'a fait jusqu'au bout » 
.p. 495 . 

A. Chuquet. 



Heinrich von Treitschkes Briefe hcrausf^eji. von Max Coknickijls. i. B;ind. 
i83(j-i866. Leipzig, Hirzel, iyi3. in-cS", p. 4<)0. Mk. 10. 

Le second volume de la correspondance de Treiischke, qu'un troi- 
sième et dernier doit suivre à bref délai, comprend les années 1859 à. 
1866 avec 310 lettres, éditées et annotées par M. Cornicelius avec le 
même soin que les précédentes. Celles-ci se rapportent aux années de 
professorat h Leipzig et à Fribourg, coupées en i8t)i par un séjour 
d'études à Munich. Comme dans le volume précédent i\'. Revue du 
i3 sept. 191? , ce sont des années de laborieuse et féconde prépara- 
tion ; mais la voie est maintenant trouvée, il n'y a plus d'hésitation 
entre le savant et Tariiste, l'historien et le poète. Treitschke se donne 
tout entier à l'histoire, à son Histoire de la Confédération germa- 
nique (\\.\\ sera V Histoire de ï Allemagne de 181 5 à i85o. Seulement 
pour lui cette (euvre est avant tout un acte politique; écarté par son 
infirmité d'un rôle parlementaire et de la politique active, il entend 
agir par son enseignement et ses livres sur les destinées de son pays, 
il veut tiavailler à en faire l'éducation politique. 



170 REVUE CRITIQUE 

C'est la carrière du jeune publiciste. du patriote impatient et bouil- 
lonnant que toutes ces lettres éclairent : ses succès de professeur à 
Leipzig inul de ses collègues ne connut pareille atHuence d'étudiants ; 
ses triomphes d'orateur dans l'anniversaire de Fichte, dans la tète du 
cinquantenaire de la bataille des Nations; sa collaboration aux revues 
des Preiissische Jahrbiicher et des Gren^boten ; ses amitiés étroites 
avec les chefs du libéralisme, avec Freytag, Mathy, Mohl, Haym, 
Mommsen, Moritz Busch ; même les études silencieuses dans la 
bibliothèque de Munich et les patientes recherches aux archives de 
Carlsruhe et de Berlin, tout n'a qu'un but, hâter le moment où ces- 
sera la misère politique de l'Allemagne morcelée, etoutiant sous le 
régime avilissant des petites dynasties. C'est le thème général qui 
revieiît sans cesse, dans le choix de ses cours et de ses essais, dans ses 
projets d'études, dans ses appréciations des hommes et des événe- 
ments, et qui ne lasse pas, tant il y a de sincérité et de passion dans 
le commentaire du jeune historien. Malgré ses préventions, son juge- 
ment reste clair : il trouve dans Napoléon III un piètre érudit, mais 
reconnaît les embellissements que Paris lui doit ; il estime la Colo- 
^«rtwe de Becker bien inférieure à la réponse de Musset. D'ailleurs 
s'il a tout rapporté à son rêve d'unitarisme, à sa foi dans la mission 
de la Prusse, il a su, sans se disperser, donner son intérêt à d'autres 
sujets. On suivra dans les lettres la genèse et la transformation des 
essais, des Historische iind politische Aiifsàt:{c; on accompagnera, 
comme dans le précédent volume, l'auteur dans ses nombreuses 
excursions qui l'ont mené à Vienne, dans le Tyrol, dans l'Alsace qu'il 
juge fortement romanisée, jusqu'à Paris et à Lyon, et on jouira de 
nouveau de ces croquis savoureux ; on découvrira, non sans surprise, 
dans ces nouvelles pages un trait rare dans les anciennes, un humour 
rude mais franc qui çà et là y transparait. Les discussions d'idées 
générales, les longues dissertations aux amis de jeunesse ont passé 
au second plan ; au contraire les questions de personnes et les pro- 
blèmes de l'actualité y ont pris la première place. L'attitude de 
Treitschke vis-à-vis de la Saxe et de son ministre Beust est devenue 
plus irritée et plus impatiente ; le séjour de Fribourg lui a fait con- 
naître, avec l'antipathie du Sud pour la Prusse, l'hostilité des ultra- 
montains et achevé de hérisser le protestantisme de ce fougueux des- 
cendant des Hussites ; l'incapacité d'agir du parti national-libéral le 
remplit de dégoût pour la rhétorique creuse des orateurs du Kyffhiiu- 
ser, et d'autre part la politique tortueuse et anti-constitutionnelle de 
la Prusse l'a dcçu, sans lui ôtcr sa confiance dans l'avenir. Bismarck, 
qu'il traitait au début de « hobereau superficiel », en raillant sa for- 
mule Par le sang et par le fer, Bismarck aurait mis volontiers au 
service de ses projets cette plume éloquente ci il lui fit des avances. 
Treitschke les a déclinées pour garder son indépendance, mais il est 
entièrement avec lui dès qu'on agit, dès que le ministre a oiiLiiic sa 



d'histoire et de littérature 171 

diplomatie vers lannexion des duchés, dès qu'il engage résolument 
la lutte avec l'Autriche. Nous sommes à la veille de Sadowa quand le 
second volume se ferme. Treiischke dit quelque pan dans cette cor- 
respondance qu'il ne faut pas juger un homme sur ses lettres; pour 
lui, il n'a pas à craindre qu'elles troublent l'impression que laissent 
ses livres, tant elles le montrent ardent, vibrant et entier. 

L. Roustan. 



Verlagskatalog der C. H. Beckschen Verlagsbuchbuchhandlung Oskar 
Beck in Mûnchen 1763-1913. Mit eincr geschïchtlichen Einleitung heraus- 
gegebcn zur Feier des i5o jahrigcn Bestchcns der Firina. Munich, igil\ pet. 
in-.|." p. 376. 

L'histoire d'une grande maison d'édition est aussi pour un pays un 
fragment de son histoire intellectuelle et elle mérite l'attention du 
public. La librairie C. H. Beck de Munich qui a maintenant der- 
rière elle un passé de cent-cinquante ans a jugé que le moment était 
venu de résumer son œuvre : elle la fait par la somptueuse édition 
d'un catalogue général de ses publications précédé d'une histoire de 
la maison, qu'a écrite son chef actuel M. Oskar Beck. Elle fut fon- 
dée en 176? à Nôrdlingen par un jeune Sa.xon avisé et entreprenant, 
Carl-Gottlob Beck. Ce premier ancêtre intéresse l'histoire littéraire 
par ses relations avec le satirique Wekhrlin, un compatriote de Schu- 
bart qu'il rappelle avec moins de génialité. C. Beck, sans rester 
étranger aux lettres, chercha à donner à sa librairie une direction sur- 
tout scientifique. Son fils aîné Carl-Heinrich Beck, qui en fut le chef 
de 1802 à 1834, en accrut encore l'activité, en joignant à l'imprime- 
rie une lithographie et à la librairie un antiquariat. Le petit-fils Karl 
Beck l'oriente du côté de la théologie et du droit et détermine ainsi 
les deux grandes spécialités qui devaient faire la réputation de la mai- 
son. 11 mourut très jeune en i852 à trente-six ans. L'entreprise est 
alors dirigée par sa veuve, aidée du frère cadet Wilhclm et d'un asso- 
cié E. Rohmer qu'elle épousa en 1857. La librairie Beck sut attirer à 
elle les théologiens et les juristes les plus en renom, Hofmann, Lôhe, 
Dôllinger, Friedrich, Bluntschli, Staudinger, Riedel, etc. Elle s'ou- 
vrit aussi aux historiens et confia à Schulthess la publication du Ge- 
.vcA/f/iAç/fii/e^tycT qui s'est continuée depuis 1860 jusqu'à nos jours. En 
1884 la direction passe au beau-fils de Rohmer, O. Beck, qui en 1889, 
transporte la librairie à Munich. 

C'est la période des quarante dernières années que l'auteur de cette 
esquisse historique a retracée avec le plus d'abondants détails. Cer- 
tains sans doute ne relèvent que de la chronique familiale, mais ce 
tableau de l'activité des éditeurs est aussi intéressant à suivre, parce 
qu'il nous donne un peu comme une histoire de la théologie proies- 
lanie, en même temps que de révolution du Jroii bavar(.»iset du droit 



I 72 REVUE CRITIQUE 

national. Les publications de la firme suivent la pénétration des lois 
d'Empire dans la Bavière et pour une certaine part elles ont même 
contribué à cette œuvre de lente adaptation. A l'étranger cependant 
c'est par d'autres livres que la réputation de la librairie s'est répan- 
due : il suffit de rappeler la vaste collection du Handbuch des klassis- 
chen Altertums et des noms fameux dans la science, tels que ceux de 
Christ, L. Traube, Brugmann, Krumbacher, etc. Dans le domaine de 
la pédagogie elle acquit des collaborateurs non moins précieux et 
édita en foule des ouvrages qui font encore autorité. Il faudrait aussi 
mentionner la collection de biographies de poètes et de penseurs, 
comme le Goethe de Bielschowsky, le Schiller de Berger, etc. et 
enfin une abondante littérature militaire, relative surtout à la guerre 
franco-allemande. Cette revue d'un fragment du labeur scientifique 
de l'Allemagne où se refiète une longue période de sa vie politique et 
sociale, où se méleni aui'si les souvenirs personnels de l'éditeur et des 
extraits de correspondance, est attachante et instructive; un index 
permettra de l'utiliser. Des fac-similés d'autographes, des portraits 
des divers chefs de la librairie et des principaux auteurs qu'elle a édi- 
tés sont joints au volume qui est d'une exécution typographique très 
soignée. Le catalogue lui-même i p. i 55-370) disposé alphabétique- 
ment, sans aucune division, a été minutieusement établi : il signale 
toutes les anciennes éditions et donne la matière des volumes d'ar- 
ticles ou d'essais. Il serait à souhaiter que nous recevions pour chaque 
grande librairie un pareil résumé de son rôle et de son ceuvre. 

L. R0UST.\N. 



Robert Michki.s. Elemente zur Entstehungsgeschichte des Imperialismus in 
Italien t. à part de VArcliiv. fin- So^ialirissensclmji, Bd. XXXI\, H. i et 2, 
janvier-mars 19121, g'i p. 

M. M. montre que le jeune impérialisme italien diffère essentielle- 
ment de ses aines, les impérialismes britannique, français, allemand. 
Ceux-ci, essentiellement, sont à base économique. Or, ni les capi- 
taux italiens ne souffrent d'un pléthore qui les force à s'exporter, ni 
l'industrie italienne, malgré ses réels progrès, n'est contrainte à la 
conquête des débouchés. L'impérialisnic iuilien est, d'abord, un phé- 
nomène démographique : 3,3oo,ooo Italiens, en i()oi, vivaient déjà 
hors du royaume, et le chiffre réel doit dépasser de beaucoup, à 
l'heure actuelle, le cinquième million. Ces « colonies sans drapeau », 
dans les divers pays où elles sont installées, sontméprisées et souvent 
détestées parle milieu ambiant; elles sentent donc, plus impérieuse- 
ment que d'autres, le besoin d'une protection nationale. De là, pour 
le royaume, le désir de trouver des terres italiennes où déverser 
l'excédeni d'une population qui a 4, 53 cnfanis par ménage. D'autre 
pan, l'impérialisme italien, Jii M. M., est d'origine « politique». 



d'histoire KT DK I.ITIÉRATURK IjB 

Nous dirions plus voloniiers psychologique. L'Italie soutîre d'être la 
« Cendrillon » des nations modernes ; le mirage des souvenirs, après 
l'avoir attirée vers les ruines de Carthage et vers l'Erythrée, vient de 
l'attirer vers l'antique Cyrène ; la jalousie qu'elle éprouve à l'égard 
de son alliée (mais non amie) l'Autriche est venue renforcer ce senti- 
ment. La démonstration de M. M. eût été plus probante s'il ne s'était 
pas borné à la seule Afrique du Nord, s'il avait niontré ^on pouvait 
le faire dès 1912) la troisième Rome recueillant dans l'héritage véni- 
tien des prétentions à la signoria de l'Adriatique et à la domination 
de l'Egée. L'impérialisme italien n'est pas exclusivement colonial. 
C'est un nationalisme historique, une mégalomanie faite d'orgueil 
collectif et nourrie de souvenirs. 

L'œuvre tripolitaine n'inspire à M. M. qu'une très médiocre estime. 
Il ne croit pas que la Tripolitaine nourrira jamais plus de i5 à 
20,000 Italiens (l'exemple de la Tunisie voisine ne semble-t-il pas 
plaider contre ce pessimisme?) ; il en conclut que les vraies colonies 
italiennes continueront d'être le Brésil et l'Argentine; en gros, il 
pourrait bien avoir raison. 

Il est vrai que M. M. a un remède inattendu à offrir à l'Italie sur- 
peuplée et affamée : la mise en pratique systématique du néo-mal- 
thusianisme ! Le pire ennemi de l'Italie n'eût pas trouvé mieux. Ce 
qui est bizarre, c'est que le même apôtre de la restriction volontaire 
des naissances n'a pas assez de dédains pour la France, « à qui la 
médiocrité de son accroissement interdit le luxe de peupler ses colo- 
nies avec ses propres colons ». Où est le vrai? 

Au reste, M. M. ne s'encombre point des scrupules d'une éthique 
vieillie : « Le principe des nationalités, c'est-à-dire le droit des 
peuples à disposer d'eux-mêmes, est un symptôme de faiblesse. Dès 
qu'une nation a dépassé la phase défensive et commence à sentir sa 
force, elle se débarrasse de cette théorie ». Cette savoureuse franchise 
donne tout leur prix à quelques notes pleines d'humour sur la 
'< reconquête » de l'Alsace. M. M., au moins, nous fait grâce des 
« frères retrouvés » . 

Comme M. Andlerl'a fait pour l'Allemagne, M. M. m<)ntre qu'im- 
périalisme et socialisme ne sont nullement des termes qui s'excluent 
réciproquement : « Dans l'impérialisme italien prédomine une note 
prolétarienne >' . 

Henri H.\usi;u. 



E. BouTRoix, H.-\V. Bakti.ktt, .l.-M. Bai.uwin, I,. Bknkihtk, W. \'.-R. Bkhrv, 

Ij'ESTOURNKLLKS DK CoNSTAN T, Louis GlI.LIM, l).-J. Hu.L, .1.-11. HvDE, iVloRTO.N 

1-^ f.LKRTON, Les Etats-Unis et la France, l'aris, V . .Mcan lAibliothèqiic 
(■"taiice-Ainériquc;, i()r4. Iii-N". m y. iS j;iav. hors tc.vte. 

Recueil de conférences prononcées à Paris, les unes en trancais, 
les aunes en anglais, en i()i2-ii)i3 par des membres du comité 



174 REVUE CRITIQUE 

France-Amérique. Naturellement ces dix conférences sont de valeur 
inégale. Celle de M. Emile Boutroux sur La pensée américaine et la 
pensée française est un morceau hors de pair : « Comme les Fran- 
çais peuvent appeler l'attention des Américains sur les conditions du 
jaillissement de l'idée, de même les Américains peuvent avertir les 
F"rançais de ne pas imposer au réel les postulats de la logique abs- 
traite ». De l'autre côté de l'Atlantique, la voix de M. Mark Baldwin 
fait noblement écho à celle de M. Boutroux. Il est fâcheux que la 
pensée si profondément juridique de M. Baldwin ait été complète- 
ment gâtée par un traducteur maladroit. Cette langue si rigide, si 
profondément américaine, aurait eu besoin d'un interprèle qui eut le 
sentiment des nuances, qui possédât une connaissance également sûre 
des deux langues, et qui fijt capable de transposer au besoin Tune dans 
l'autre. Qu'est-ce (il s'agit du pragmatisme) qu' « un document pré- 
cieux dans la vie tenipestueuse d'une nation » ? Et ceci : « Il y a un 
mouvement sur pied pour accorder au .luif et au laïque le droit 
d'employer le septième jour... 'i. P. 154, la traduction brutale de 
repeal par « rappeler » rend la phrase incompréhensible pour tout 
F"rançais qui ne sait pas l'anglais. — La conférence de M. d'Estour- 
nelles de Constant a déjà paru dans son récent volume. 

On notera — c'est peut-être le résultat souhaité par le comité — que 
si les orateurs français professent souvent une admiration un peu 
exclusive pour les choses américaines, les orateurs américains sont 
surtout séduits par l'individualisme critique des Français, par le 
charme de nos vieilles villes, par le goût dont font preuve nos plus 
humbles artisans. Les deux civilisations apparaissent ainsi comme 
vraiment complémentaires l'une de l'autre. Quelques Américains 
s'expriment même(voy. M. Paul W. Bartlett sur la sculpture) avec 
une verdeur des plus amusantes sur certains côtés de la vie améri- 
caine. J'ajouterai qu'ils ont parfois trop d'indulgence pour nos 
propres défauts. Ils iraient jusqu'à trouver des justilîcations à notre 
grand vice national (grand péril national aussi;, à savoir la stérilité 
volontaire. .le sais bien que, là dessus, les Américains sont à peu près 
au même niveau que nous, également esclaves de l'hédonisme; mais 
l'immigration leur permet de tenir moins compte de ce facteur. 

Henri Hauser, 

Fcinand Baldensimorgeu, La Littérature Crcaiioii, succès, durée. Paris, Flam- 
marion, \()\?', in-i8. p. 33o. F'r. 3,3o. 

Paul Stapi-er. Dernières variations sur mes vieux thèmes, i'aris, Fischba- 
cher, 11)14, in- 16, p. 2yi'i. 

I. M. Baldensperger nous avait donne jusqu'ici sur des questions 
de détail de pénétrantes analyses, intéressant surtout les problèmes 
que soulevé TappariiiDn d'un gciiie, d'un goût, d'une mode même 
dans la vie liiiéraire. ou bien les points de coniactde litiéraiures voi- 



d'histoire et de LITTERATURE I jS 

sines avec la nôtre, ou encore la diflusion d'une œuvre étrangère 
dans notre pays. Il s'était tenu loin de la synthèse, mais on pouvait 
prévoir qu'elle ne tarderait pas à le solliciter. Voici un premier livre 
de ce genre où il a disposé en un tableau d'ensemble la matière d'a- 
bondantes lectures et d'observations accumulées. Son livre est comme 
une philosophie de l'histoire littéraire, ou plus simplement un essai 
de description des lois qui régissent la genèse, la vie et le succès des 
formes littéraires, en prenant le mot au sens le plus large. Les ques- 
tions d'origines, touchant à des périodes de civilisation mal connues, 
ont été avec raison écartées; elles demanderaient un livre à part. 
Celui-ci expose d'abord l'effort double et contradictoire de l'artiste 
vers l'expression originale et la compréhension exigée par un vaste 
public. Une seconde partie étudie les conditions du mouvement en 
littérature, l'influence assez faible des changements politiques (Je 
l'estimerais plus profonde, mais retardée jusqu'à la génération sui- 
vante), celle plus accusée des doctrines philosophiques ou sociales, le 
rôle des esprits originaux, ceux que M. B. appelle les inadaptés, l'uti- 
lisation de telle période du passé national, comme les emprunts à 
l'étranger. Les deux dernières parties envisagent surtout les rapports 
de l'œuvre littéraire avec son public, les conditions pour elle de succès 
et de réputation, stm action sociale bienfaisante ou funeste, enfin la 
constitution des grandes renommées littéraires, soit individuelles, soit 
collectives. 

Ce bref résumé ne donnera qu'imparfaitement l'idée du livre, d'au- 
tant que cet essai de synthèse vaut surtout par la richesse des menus 
détails, des faits et des exemples que l'auteur réunit ou simplement 
suggère. Il a trouvé sur son chemin une série de questions intéres- 
santes souvent abordées et parfois encore pendantes : ainsi sur le 
rôle de l'inspiration, la critique biographique, le classicisme, la res- 
ponsabilité de l'écrivain, le cosmopolitisme littéraire, la mesure dans 
laquelle la littérature est l'expression de la société, le degré où elle 
synthétise le génie national, etc. M, B. a montré le lien de ces pro- 
blèmes avec son sujet, il les a illustrés de témoignages précis et con- 
crets et il propose de sages conclusions. Le livre, par la collection à 
laquelle il appartient, ne veut être qu'un essai de vulgarisation scien- 
tifique, et il est écrit avec toute la souplesse que demande le genre ; 
mais il mérite aussi par quelques-unes de ses meilleurs pages d'attirer 
l'attention des critiques et des historiens. 

II. Je joins à ce compte rendu une courte note sur le dernier livre 
de M . Stapfer, puisqu'il y reprend le sujet des Réputations littéraires 
et que ses Essais sont mentionnés par M. Baldensperger. Cependant 
une petite partie seulement se rapporte en fait à l'ancien thème. Le reste, 
composé d'articles de revues écrits de 1911 à i()r3, commente, avec 
beaucoup de confidences personnelles et d'abondantes redites, des livres 



I -yt) Kkvi'i: cmtiQiji: 

d'esthétique ou de philosophie religieuse récemment publiés; on me 
pardonnera de ne pas m'y attarder. Dans la seconde série des Réputa- 
tions que j'ai annoncée ici {Revue, 3o juin 1902) il y avait déjà beau- 
coup de variations sur le succès des œuvres littéraires, les jugements 
convenus, la légende des livres solides assurés de vivre quand même, 
la nécessité pour l'auteur de préparer de son vivant sa renommée pos- 
thume, etc. Quelques chapitres de ce recueil de mélanges reprennent 
sans rien de nouveau les idées justes et fines, et aussi les lieuxcommuns, 
les paradoxes et les boutades d'il y a douze ans, sans autre profit bien 
réel pour le lecteur qu'un court moment passé dans la compagnie d"un 
homme d'esprit. M. St. est-il d'ailleurs bien venu à se plaindre de 
l'insuccès et dt l'oubli ? Tels de ses ouvrages ont eu cinq et neuf édi- 
tions, et il a eu un si vif plaisir à les écrire que l'amertume de ses 
dernières doléances n'apparaîtra que comme une forme de l'ordinaire 
coquetterie des auteurs. * 

L. IlOlSTAN. 

Archivio Glottologico Italiano. XVII. pnntata 3, pp. 2f>g-bh2. Torino, E. Loes- 
cher, 191 3. 

Ce troisième fascicule du tome XVII de ÏAreliivio Glottologico est 
aussi considérable à lui seul que les deux précédents (voir Revue 
Critique du 3i août 1912;, et le contenu n'en est pas moins riche. 

II renferme tout d'abord trois articles de fond. M. Terracini y donne 
l'pp. 289-360) la suite de l'étude très poussée qu'il a consacrée au 
parler d'Usseglio: il y achève le vocalisme, et envisage ensuite les 
consonnes suivant qu'elles se trouvaient en position forte ou faible. 
Presque tout serait à noter dans ce travail : j'v remarque surtout 
passim les faits relatifs à la réduction des proparoxytons, et qui 
offrent tant d'analogie pour le nord-ouest de l'Italie avec ce qui s'est 
passé en France. La seule existence à Usseglio s'il y est vraiment 
indigène) d'un infinitif comme fare soulèverait un très délicat pro- 
blème, et, étant donnée ici la chute régulière de la voyelle finale dans 
les paroxytons, nous interdirait de considérer cette forme comme 
remontant jusqu'au latin vulgaire. Maïs /are est-il bien indigène? — 
M. G. Bertoni publie pp. 361-389) '^^^ notes étymologiques et lexi- 
cologiques qui sont une contribution à l'histoire du dialecte de Mo- 
dène, et chemin faisant il déplore lui aussi, comme on l'a souvent 
fait chez nous, la disparition de ces beaux mots qui meurent 
« opprimés par la tyrannie de l'usage •>. Très intéressantes constata- 
tions p. 368 sur av, c'est-à-dire apem, qui a été remplacé à Modène 
par béga, mais qui existait encore au xvm'' siècle : en français aussi le 
mot a disparu depuis la Renaissance, mais cependant l'enquête de 
MM. Edmont et Gilliéron la retrouvé toujours vivant à la pointe du 
Médoc. P. 379 je crois qu'il ne laut point hésiter à voii- dans nusanca 
une aphérèse de la combinaison in usanca. — M. A. Prati lui aussi 



D HISTOIRE ET DK LITTERATURE 



1/7 



donne (pp. 390-436 une très importante série d'étymologies dialec- 
tales, mais qui se rapportent aux différentes parties de la péninsule : 
c'est décidément vers ces problèmes d'étymologic dialectale que 
depuis quelques années, en Italie comme ailleurs, se tourne de préfé- 
rence Faciivité scientifique des romanistes. P. 421 l'existence cons- 
tatée à Vicence d'une forme trdmene met hors de doute le type du 
latin vulgaire tramen. -inis, auquel on a voulu substituer quelquefois 
tramite. 

Le reste du volume est occupé par des variétés de dimension 
moindre que ces grands articles, mais qui touchent elles aussi à des 
points presque toujours intéressants. M. C. Battisti, par exemple, 
apporte une contribution de quelque étendue à l'étude du dialecte 
littéraire de Clés. M. C. Poma étudie les noms de famille mono- 
svllabiques qui sont parfois spéciaux à une région à Milan Bech se 
rattachant à becco, à Turin Ru qui est le français Roux], ou qui peu- 
vent représenter des abréviations 'ainsi Bin de Albino, Tin de Valen- 
tino, etc. . Vient ensuite une remarque de M. Bertoni sur la i 14^ des 
Gloses de Casscl. déjà souvent discutée deiiriis : deohproh ; puis des 
observations de M. A. Trauzzi sur la phonétique et la morphologie 
d'une quinzaine de formes vulgaires, qui ont été relevées dans des 
chartes de Pise antérieures à l'an 1200. M. Zaccagnini publie un 
document du xni« siècle écrit dans la langue de Pistoie. Et tout cela 
prouve assurément qu'en ce qui concerne les études romanes l'acti- 
vité scientifique est toujours assez intense de l'autre côté des Alpes, 
et que le mouvement déterminé par Ascoli n'est pas près de se ralen- 
tir. Il v a en outre dans le présent cahier un double compte-rendu 
qui se rapporte au Romcinischcs etymologisches Wiirterbuch de 
Mever-Liibke, qui est en cours de publication. M. Prati reproche au 
savant professeur de Vienne certaines inexactitudes et des incohé- 
rences, qui pourront avoir une répercussion dangereuse, dans la 
transcriptions des formes italiennes dialectales; il indique des addi- 
tions pour la partie parue. M. Bertoni en signale lui aussi quelques 
autres; mais il cherche avant tout à rendre pleinement justice à 
l'énorme labeur et à la science que suppose un tel ouvrage; il n'a pas 
de peine à faire ressortir sa supériorité sur le lexique de Kôrting, qui 
a pourtant rendu bien des services. L'article nécrologique sur Emilio 

Teza prouve que ce savant n'était point le premier venu, mais que, 
malgré sa prodigieuse activité, et par suite d'une dispersion inhérente 
à son caractère, il ne laisse pas en somme l'œuvre qu'il aurait pu. — 
Enfin le fascicule se clùi (pp. 525-362) par un index général et 
copieux du tome XVII, index très attentivement dressé par le direc- 
teur actuel lui-même de VArchivio, M. Goidànich, et qui est presque 
une œuvre originale en son genre, scientifique par la disposition des 
matières, destinée à épargner bien du temps à ceux qui voudront faire 

des recherches dans le volume. j£ Bourciez, 



1-8 REVUE CRITIQUE 

— Comme les lr()is amiccs prcciidentcs, M. Dejob offrira en UJ14 au candidat 
reçu le premier à l'agrégaiioii d'italien cinquante francs de livres à choisir dans 
une liste, et mettra au concours une bourse de vacances de quatre cents francs 
pour l'Italie. Aucune condition d'âge, de grade ni de sexe n'est exigée : il suffit 
d'être r'rançais et de s'engager à passer, en cas de succès, deux mois consécutifs à 
Florence entre le i«' août et le i^"" novembre. Le concours aura lieu en juillet à 
Paris : il comprendra, à l'écrit, un thème cl l'appréciation en italien d'une page 
d'un classique italien (pour ces deux épreuves, 4 heures en total sont accordées); 
à l'oral, la traduction, improvisée et suivie d'un bref commentaire, d'un morceau 
de français et d'un morceau d'italien. Le vainqueur recevra deux cents francs 
séance tenante, cent francs à la nouvelle de son arrivée à Florence, cent francs 
dans les cinq jours qui précéderont son retour en France. — ]*rière de notifier les 
candidatures à .M. Dejob, 80, rue Ménilmontant, Paris. 

— Le titre de la brochure de M. Ed. Haller, Itidugermanen. Sprache. Ursit^. 
Ausbreitung auf geologischer iind linguistischer Giundlage (lena chez Costenoble, 
191 3, in-8*, 78 p.) est inquiétant, .le ne sais ce que vaut la géologie de l'auteur; 
mais il suffit de jeter les yeux sur son livre pour s'apercevoir qu'il est en lin- 
guistique un amateur et que, si son ouvrage renferme d'innombrables erreurs, le 
linguiste n'y trouve pas de données nouvelles qui lui soient utiles. — .\. Me. 

— Poursuivant l'étude des précieux documents sur un dialecte algonquin qu'il a 
rapportés de son voyage en Amérique, M. Uhlenbeck vient d'ajouter deux impor- 
tantes monographies à celles qu'il a déjà publiées : De vormen van het blackfoot 
46 p. in-80) tlDe Coiijunctif-achtige modi van het blackfoot 129 p. in-8»), toutes deux 
à Amsterdam (chez Johannes Muller), dans les publications de l'Académie. 4<= R., 
D. XII, 191 3. - A. Me. 

— Le Phonetic spelling. A proposed Universal Alphabet for the rendering of En- 
glish, French, German and ail otherforms of Speech de Sir Harry Johnston (Cam- 
bridge, University Press, 191 3, in-H», vi-g2 p.; est l'essai naïf et bien intentionné 
d'un amateur qui ne se doute pas qu'il s'attaque à un problème insoluble. — A. Me. 

— Dans les 5G pagesde sa brochure parue à Austin, Texas Bulletin of the Univer- 
sity of Texas, Number 2(33, January i5 igi3), M. E. Fay se fait fort de démontrer 
la proposition énoncée dans le titre : Indo-European verbal flexion was analytical 
(a return to Bopp). Mais les preuves dont il se contente ne suffiront certainement 
pas aux autres linguistes, et la façon dont il écarte les formes qui l'embar- 
rassent paraîtra un peu sans gène; ainsi quand il analyse, p. 41 (£)'!tpii(iïiv 
en priy°m- enè\ini « j'allais à l'achat », Va de la désinence dorienne -[lav esf déclaré 
analogique sans hésitation. J'avoue même ne pas arriver à comprendre du tout 
le § 106, p. 48, où se trouve un rapprochement imprévu avec un fait français. — 
A. Me. 

— Sous le titre de Miscella altéra (Leyde, Brill, 1913, 42 p. in-8" , le professeur 
de La Haye, M. C. Brackman, nous donne sa récolte annuelle : les textes visés 
viennent cette fois de Quintilien, Fronton, Aulu-Gelle, Justin, Minucius, .\rnobe et 
Firmicus. Dans sa courte préface comme dans le choix des auteurs, on voit que 
M. Br. s'attache ici aux écrivains qui pratiquent les ciausules (surtout Arnobe); il 
est sijr que par les règles on a, pour distinguer les parties altérées, un secours 
des plus utiles. Parmi les corrections que propose M. Br. il en est qui ont pour 
elles l'évidence. l'ort ingénieuse est : p. 9, au milieu, la nouvelle interprétation de 
wMraJÉf (Fronton, Nab. 229, 1) ainsi coupé muta )-e{v. e. silentio . J'aurais voulu 
dans les rapprochements plus de rigueur ei le soin d'éviter ce qui peut être dû au 
hasard ou qui est banal et traînait partout. — E. T. 



f>HlSTUIRi: KT D¥. LITTERATUn)- 179 

— Nous venons de recevoir une plaquette (80 p.) de M. [. Blum, intitulée : De 
compositione ntimevosa dialogi Ciceronis de amicitia flnspriick, 191 3). Elle porte 
le no 8 dans une série de Commentationes yEnipontauae que dirige M. E. Kalinka 
professeur de philologie classique à Insprûck. Parmi les fascicules précédents, je 
détache les titres suivants qui se rapportent au latin : 1: A. Ausserer : de clausulis 
Miuucianis et de Ciceronianis quae quidem inveniuntur in libello de senectute \ 
IV, A. Zingerlc : Uebersicht ueber philologische Handschritten aus tirol. Biblio- 
theken ; J. Lechner, de codice .Enipuntano oyy quo continetur Ovidi remédia 
Antoris; V, L. Siegel. imperlckt aiidiham und Futur audibo. — Trois parties dont 
je me permets de changer l'ordre : celle qui vient en dernier lieu \'i p.) et qui 
vise les débuts de périodes; la seconde Cg p.), consacrée aux nombres répandus à 
travers les périodes; enriii la première (5o p.) formant 4 chapitres: I, clausulcs 
où aucune syllabe n'est résolue (22 p. ; II, clausules où une ou plusieurs longues 
sont résolues; ill, rapport entre les clausules finales et les périodes qui les pré- 
cèdent; IV, rapport de l'accent grammatical avec l'ictus métrique dans les clau- 
sules. Pour chaque espèce de clausules. relevéjde leur nombre avec l'indication du 
nombre des mots qui les forment, des dillérentes coupes a distinguer ; totaux et 
rapports. — Discussions sur le texte de 16 passages. — Le travail est soigné et de 
forme élégante ; mais on est étonné que de cette série de statistiques, presque rien 
ne sorte en rin de compte; pas de conclusion nette; aucune bibliographie; pas de 
comparaison avec les autres œuvres de Cicéron. Nulle pan M. Bl. ne s'est demandé 
si la base qu'il a choisie dans l'œuvre si vaste de Cicéron n'est pas relativement 
d'une extrême étroitcsse et telle en vérité qu'on ne puisse se lier à des résultats 
qui pourraient bien n'avoir que l'apparence. — E. T. 

— Dans un recueil jubilaire intitulé Festsclirift der K. AltertiimersammliDi^ in 
Stuttgart, 1912. p. 4(5-.t3. M. P. GdissLEU décrit les ruines du petit castellum de 
Risstissen, dans le Wurtemberg, a deux kilomètres de la rive gauche du Danube, 
qui fut occupé par les troupes romaines d'abord sous Claude, de nouveau sous 
\'espasien, et autour duquel se développa au u'" siècle une bourgade assez floris- 
sante : Das Kastell Risstissen und seine Bedeutung fiii- die rvmisclie Okkupatious- 
geschichte Siidwestdeutsclilaiids. A la suite, p. 5G-Gq, R. Knorr étu.lie les Hag- 
ments de poteries sigillées qu'on a retrouvés à cet endroit, soit en dehors du cas- 
tellum, soit dans le castellum lui-même; ces fragments portent les noms de potiers 
de la Caule méridionale, qui ont travaillé entre le milieu du règne de Tibère et le 
commencement de celui de Trajan : Die neugefundenen Sigillaten l'on Risstissen 
und itire Bedeutinig als siidgallis-cher Iinpnrt. X la page bj, un tableau ingénieux 
nous montre comment se répartissent chronologiquement, d'après la comparaison 
des données fournies par les dillérentes localités où on les a recueillis, les pro- 
duits de chacun de ces artisans ; c'est sous les règnes de Néron et surtout de \'es- 
pasien que leur activité a été le plus intense. — .M. Bksnii:u. 

— M. Robert Knorr, continuant ses études sur les poteries sigillées de Germa- 
nie, s'est occupé de celles d'Aislingen dans un travail do 77 pages, avce hgures 
dans le texte et 18 planches. Die Terra-Sigillata-Ge/àsse von Aislingen, extrait 
du .lalirbuch des liistorisclien l'ereius Dillingen, \X\' . 1012. Vn trouvera là les 
images fidèles de tous les fragments recueillis dans cette localité, leur description 
minutieuse avec d'instructives comparaisons, le fac-similé des signatures de potiers 
^pour la plupart originaires de In Gaule centrale ou méridionale : un seul est cer- 
tainement italien), l'examen iln profil des vases et leur groupement d'après leurs 
formes. Aislingen parait avoir été occupé par les Hoinains vers le milieu ilu règne 
vie Tibère et particulièrement llori.s>ain au temps de (Jaligula et surtout de Claude ; 



l8o REVUK CRITIQUE d'hiSTOIRK ET DE LITTÉRATURE 

les poteries du temps des Flavicus sont déjà plus rares; \ers l'année loo la bour- 
gade fut complètement abandonnée. — M. Bksnmer. 

— Nous avons reçu les numéros suivants de la petite collection Bibliotlieca ronta- 
(itcrt (Strasbourg, Heitz., in-12, o tr. 3o par n"). 188-181). Ronsard, Odes, i" livre 
(112 p.\ L'éditeur, M. H. Vaganay, a suivi l'édition de 1578, celle à laquelle Ron- 
sard donna le plus de soin ; un supplément donne les odes appartenant à d'autres 
recueils. La bibliographie, les variantes, les notes, etc., paraîtront ultérieurement 
dans un fascicule à part, mais une petite introduction nous renseigne déjà sur 
l'histoire des éditions. — 175-176. Théâtre de Voltaire. Tancrède 1118 p.). M. Léo 
.lordan nous en oflre un texte encore inconnu; il a reproduit un manuscrit de la 
Bibliothèque de Munich représentant un brouillon de la tragédie oflerte en 1739 
par Voltaire à l'Electeur palatin Charles-Théodore. La pièce fut depuis profondé- 
ment remaniée et la savante édition de M. J., qui a fourni là un travail original, 
nous permet de suivre toutes ces transformations. — 179-182. Diderot, Le Para- 
doxe sur le comédien. Le Neveu de Rameau 124 r p., publiés par M. F. Luitz, ont 
été signalés ailleurs. — 168-174. Stendhal. Le Rouge et le Noir (358 p.) publié par 
.M. Hubert Gillot d'après l'édition originale de i83i. — 178. Ugo Foscolo, Poésie 
giovanili. Poésie liriche e satiriche originali (70 p.), par M. G. Tecchio, avec une 
biographie sommaire du poète et une notice bibliographique ; on aurait souhaité 
plus de renseignements sur le choix adopté pour ce petit recueil. — 177. La Vida 
de La:{arillo de Tormes 170 p.). -M. L. Sorrenlo l'a réimprimée d'après Tédition de 
Foulché-Delbosc, avec des variantes, mais insignifiantes; il discute dans l'intro- 
duction la question toujours pendante de l'attribution de la célèbre nou\elle. — 
183-187. Mateo Aleman. Gu^man de Alfarache, Primera parie (.347 p.), public par 
M. Fritz Holle, d'après l'édition de Burgos de 16 19, la dernière qu'.\leman ait pu 
revoir: M. H. donne des variantes des éditions plus anciennes et a utilisé aussi la 
précieuse traduction italienne de i6i5. Une introduction relativement étendue 
traite d'un plagiaire d'Aleman, Sayabedra. et nous donne l'analyse de sa contrefa- 
çon; la notice bibliographique cite les éditions (.M. H. en compte 42; et les traduc- 
tions. Ce petit volume nous a paru avec le Voltaire de M. Jordan établi avec beau- 
coup de soin, comme d'ailleurs nous lavoiis constaté pour la plupart de ceux qui 
composent la collection. — L. R. 

AcadiLmik des Insckiptions i:t Belliîs-Lkttrks. — Séance du i .'^ février 11)14. 
— M. Gagnât lit une lettre de .\1. L.-A. Constans, membre de l'Iicole française de 
Rome, relative à la découvcite, faite par M. Boni sur le Palatin, d'un caveau que 
l'explorateur italien croit être le mundus ci)'itatis Palatinàe. 

M. F. i'rechac essaie d'établir que l'ouvrage que Sénèque écrivait et qu'il reiuu- 
cha avant de s'ouvrir les veines en avril 65 serait le \'ll' livre du traité des Bien- 
faits. Cette opinion est vraisemblable si l'on examine l'histoire des œuvres de 
Sénèque, les indications chronologiques fournies par le texte et l'état matériel du 
traité. 

M. .1. i^oth fait une communication sur les noms propres d'hommes et de lieux 
dans la vie la plus ancienne de saint Sanisoii de l)ol. Cette vie est considérée par 
les critiques comme le monument hagiographique le plus important que possèdent 
les (Gallois, Cornishmen et Breicuis. Lllc aurait été rédigée dans la prcmiéi'e 
moitié du vue siècle. Récemment un historien lui a ilénié toute authenticité et en 
a placé la rédaction au viir-ix' s. Les noms pr(jprcs d'hommes et de lieux consti- 
iLieiit un des cléments les plus imptutanis du débat. .M. Loth, les examinant un à 
un, dém<jiitre qu'ils témoignent de l'exactitude et de la conscience de l'hagiographe. 
Il fait justice de l'hypothèse de légendes tnpographiques au sujet du voyage du 
saint en Irlande et en Cornwall. Larx Etri, où il a séjourné en Irlande, est, en 
irlandais, Diin Ktrir, aujourd'hui le promontoire de liowth à l'extrémité de la 
baie de Dublin. Le monasterium Docco, où il se rend en débarquant au Oirnwall, 
est Lan dohn. aujourd'hui Saini-Kew près de l'estu lire .le Pailsiow. 

Lémi l)iii(i./. 

L'imprimeur-gérant : Ulysse Rouchon. 



REVUE CRITIQUE 



D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 



N» 10 



— 7 mars. — 



1914 



Frankenberg, Les mots sémitiques. — Masqueray, Bibliographie de la littérature 
grecque. — Wilamowitz et Niese, Etat et société des Grecs et des Romains. — 
Zeuthen, La mathématique grecque. — Sturtevant, La formation nominale 
en grec. — Nkuoebauer, Tables astronomiques h l'usage des historiens. — 
Babut, Saint Mariin de Tours. — L'Yvain de Chrestien, p. Foerster, — La 
belle Maguelonne, p. Biedermann. — Landers, Les biographies des troubadours. 
— M. LoT-BoRODiNE, Le roman idyllique au moyen âge. — Sternischa, Ale- 
mand et Andry. — E. M. Wright, Phrases dialectales et folklore. — Lettre de 
M. Leuba et réponse de M. Loisy. — Académie des inscriptions. 



Lie. Theol. Wilhclin Franki-nberc;, Der Organismus der semitischen 'Wort- 
bildung. A. Topelmann, Giessen, 191?, i34 pp. Mk. 6,5o. 

M. Frankenberg pense qu'il ne suffit pas d'enregistrer et d'invento- 
rier avec soin les formes grammaticales du sémitique; il faut les 
expliquer. C'est à quoi nous souscrivons volontiers. M. F. ajoute 
qu'il faut expliquer les formes dans leur développement organique. 
A cet effet il s'efforce de démontrer que tous les mots sémitiques — à 
l'exception des seuls pronoms et particules — sortent d'infinitifs. 
C'est arbitrairement que M. F., qui écarte les minuties de la phoné- 
tique historique,, comme qui préférerait la loupe au microscope, 
désigne l'infinitif comme une sorte d'œuf d'où provient ainsi qu'un 
corps adulte l'ensemble des formes grammaticales différenciées. 

On accepterait sa méthode, et un tel postulat pourrait être con- 
sidéré comme une juste induction si toutes les conséquences 
déduites se révélaient vraies. Mais elles choquent à tout coup les 
vraisemblances et les réalités : on n'admettra pas aisément un déve- 
loppement, dont le point essentiel se trouve à la p. 22, destiné à 
prouver que les formes qui expriment l'état ou la qualité (adjectif, par- 
ticipe) ne sont que des infinitifs abstraits, nuancés d'une idée de 
durée; on constatera à la première inspection, p. 41, qu'on ne peut 
décomposer une forme maqtil en m -\- aqtil (forme causative du 
verbe), en oubliant que le causatif n'est pas marqué par un a seul, 
mais par un a précédé de ' (occlusive glottale) ou h ; personne ne croira 
démontré après avoir lu les pages 64-65 que les préfixes du singulier 
de l'imparfait sémitique j', t, ' ne sont pas à l'origine des désinences 

Nouvelle série LXXVIl 10 



l82 REVUE CRITIQUE 

personnelles, mais que des inHnitifs à préfixe t ou jy (ceux-ci plus 
qu'exceptionnels dans la tradition du sémitiqucj ont été attribués pos- 
térieurement à l'expression de la 3* pers. féminin et de la 2^ personne 
d'une part, de la 3* pers. masculin d'autre part. 

L'effort de réflexion fait par l'auteur mérite sans doute qu'on n'écarte 
pas l'ouvrage sans examen. Mais la thèse cède à la première étude. 
Elle est fausse et le livre négligeable. Il n'apporte rien à la grammaire 
comparée des langues sémitiques sinon la preuve qu'on erre en se 

détournant de son esprit positif. 

M. Cohen. 

P. Masqueray. Bibliographie pratique de la littérature grecque des origines 
à la fin de la période romaine. Paris, Klincksieck, 1914; vi-334 p. 

A la tin de sa préface, M. Masqueray dit ceci : « Je promets que si 
ce livre a deux éditions, la seconde sera moins imparfaite que celle-ci ». 
Evidemment, celle-ci n'est pas parfaite ; un ouvrage de ce genre ne 
saurait l'être, et je signalerai tout à l'heure quelques desiderata. Mais 
le livre est bon, il est utile, et si les étudiants, je dirai même bon 
nombre de professeurs, n'y trouvent pas un guide très sûr pour leurs 
travaux, c'est qu'ils y mettront de la mauvaise volonté. Le difficile 
était, surtout à propos de certains auteurs, de faire un choix des ou- 
vrages qui devaient trouver place dans une bibliographie spécialement 
destinée aux élèves; il paraît tous les ans, dans le domaine de la lit- 
térature grecque, tant de travaux sérieux, tant d'ouvrages recomman- 
dables — et aussi tant de dissertations et d'articles insignifiants ou 
d'une valeur discutable — que M. M. a dû, pour mener à bonne fin 
son entreprise, user de toute son expérience et de tout son discerne- 
ment. On lui reprochera peut-être d'avoir admis à l'honneur de figu- 
rer dans son répertoire quelques dissertations médiocres, ou encore 
un grand nombre de petites éditions dites classiques dont l'unique 
mérite est d'avoir des notes en français ; mais pour ce qui concerne 
ces dernières, il ne faut pas oublier que M. M. a travaillé pour les 
étudiants de France, à qui ces éditions, commodes et à bon marché, 
peuvent rendre quelques services '. Ce ne sont là, du reste, que des 
détails ; on pourra critiquer la mention de tel ou tel ouvrage, différer 
d'avis sur quelques-unes des appréciations que M. M. exprime çà et 
là\ mais on devra reconnaître que son livre est un bon livre, facile 
à consulter, d'une utilité incontestable, et que pour ma part je vou- 
drais voir entre les mains de tous les étudiants qui font du grec. Même 

1. Pour le dire en passant, M. M., qui signale avec tant de soin toutes ces édi- 
tions classiques, a omis à propos d'Eschyle les Extraits publiés par Beaudouin 
(libr. Garnier). 

2. Je ne saurais, par exemple, souscrire à cette opinion que Texplication défini- 
tive de la katharsis {p. 235) a été donnée par Wcil Les nombreux travaux publiés 
depuis Weil prouveraient tout au moins que son interprétation est loin de rallier 
tous les suflVages. 



d'histoire et de littérature i83 

pour ceux à courte vue qui ne considèrent pas autre chose qu'un 
diplôme à conquérir, et se cantonnent petitement dans l'étroitesse 
d'un programme d'examen, il sera un aide précieux. Voici en quel- 
ques mots comment il est disposé. Deux grandes divisions : jusqu'à 
Aristote inclus, après Aristote ; dans la première, deux sections, la" 
poésie (épique, lyrique, dramatique), et la prose (histoire, éloquence, 
philosophie' ;dans la seconde, également deux subdivisions, la période 
alexandrine (poésie, prose) et la période romaine ; à quelques excep- 
tions près, M. M. s'est arrêté à la fin du iV siècle. Pour chaqueauteur, 
M. M. énumère d'abord les manuscrits principaux et les recueils de 
scholies (ceci seulement pour les auteurs les plus importants), puis les 
éditions générales, les éditions partielles, les lexiques spéciaux et les 
traductions, enfin les ouvrages qu'il y a intérêt et profit à consulter ; 
et lorsqu'il s'agit d'un grand écrivain, il ajoute les indications rela- 
tivesà chacune de ses œuvres en particulier. Les premières pages (i 
à i8 contiennent des renseignements sur les ouvrages généraux de lit- 
térature, de grammaire, de dialectologie, de métrique, de lexicologie 
et d'histoire, grâce auxquels l'étudiant pourra travailler avec fruit. 
Disons encore que M. M. renvoie très fréquemment, en mentionnant 
un ouvrage, aux articles des revues françaises et étrangères dans les- 
quelles cet ouvrage a été analysé. Je termine par quelques observa- 
tions, que m'a suggérées une première lecture, espérant que ces 
remarques seront de quelque utilité pour une nouvelle édition. Je 
note d'abord les travaux en français qui me paraissent mériter d'y 
figurer '. 

Page 5 (Dialectologie, : Boisacq, Les Dialectes doriens. P. 96 
ÎAlceste d'Euripide; : L'édition de Georges Edet, une des meilleures 
éditions classiques que je connaisse. P. 121 sv. (la comédie nouvelle) : 
\.Q Daos de Legrand. P. 193 sv. (les philosophes) : Milhaud, Les phi- 
losophes géomètres de la Grèce. P. 214 [Phcdon de Platon : La tra- 
duction française de L. Carrau. P. 25 i (Théocrite) : Stiévenart, Une 
comédie de Théocrite, étude sur la XV^ idylle de ce poète. P. 282 
(Longin) : M. M. ne cite, comme traduction française, que celle de 
Boileau ; il en existe une autre, qui fut publiée en i853 à Toulouse, 
chez Privât, avec le texte grec, des notes et un Index rerum et verbo- 
rum, sous le titre Traité du Sublime de Longin, par un professeur de 
la Faculté des Lettres de Toulouse, Auguste Pujol. P. 3 10 (Marc- 
Aurèle : La traduction française de Lemercier. P. 3i2 (Galien) : Le 
très intéressant volume de Maurice Albert, Les Médecins grecs à 



I. « On s'étonnera sans doute, dit M. M., de me voir citer tant de noms étran- 
gers ». C'est une nécessité ; mais c'est pour cela qu'il est bon d'enregistrer ce qui 
est fait en France. La plupart des travaux que je cite ici ne peuvent pas être négli- 
gés ; et pour ne pas grossir le volume, car il faut compter avec les exigences de la 
librairie, il sera facile de supprimer certains ouvrages étrangers qui ne sont pas 
d'un intérêt immédiat» 



184 RKVL'E CRITIQUE 

Rome. — Ajouter aux édiiions : p. 97 Euripide, //(?7é/7(? éd. Terzaghi 
(iqi 2) ; p. I 5o Eiiée le Tacticien éd. Schône (191 i) ; p. i5i Théo- 
pompe, Hellenica Oxyrhjynchia cum Theopompi et Cratippi frag- 
mentis recogn. Grenfell et Hunt (1909); p. 297 Maxime de Tyr éd. 
Hobein (1910); p. 3 i i Dioscoride éd. Wellmann 11906 et sv. 1; p. 324 
Noiinos, Dionysiaques éd. Ludwich (1909-191 1); p. 3io Sextus Em- 
piricus éd. Mutsclimann, le premier volume, indiqué <' sous presse » 
avait paru en 191 2. — Quelques autres observations : p. 4 ajouter 
Texcellent traité de J. M. Stahl, KritiscJi-historiche Syntax des grie- 
chischen Verbums der klassischen Zeit. P. 6 au titre de l'ouvrage de 
Smyth il serait bon d'ajouter le sous-titre du seul volume paru, Jonic, 
et d'en répéter la mention aux articles Hérodote et Hippocrate, dont 
le dialecte y est étudié de très près. P. 29 Dialecte homérique ; Ahrens 
et R. Meister sont à supprimer ici, ne s'occupant pas de la langue 
d Homère. P. 62 Bacchylide, Poèmes choisis, trad. en vers de d'Eich- 
thal et Th. Reinach ; ajouter « Texte grec révisé ». P. 88 « Comparai- 
son des P/zZ/oc/èfe d'Eschyle et d'Euripide dans Dion Chrysostome 
Orat. LU etLIX »; lire « d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide », et 
supprimer LIX, où il s'agit de tout autre chose . P. 1 90 lire « Julien et 
de Péréra ». P. 248 transposer Setti, J Mimi di Eroda, à l'article 
<( Traductions ». P. 3i2 aux éditions partielles de Galien ajouter De 

Usii partium éd. Heimreich, 2 vol. 1907-1909 '. 

My. 



Die Kultur der Gegenwart, herausgegeben von Paul Hinneberg. Teil II, 
Abu IV, I : Staat und Gesellschaft der Griechen und Rômer. von U. v. 
WiLAMOwiTz-Môi.LENDoRiF und 13. Niksk; lyio, vi-280 p. — Teil I, .\bt. viii : 
Die griechische und lateinische Literatur und Sprache, von U. v. Wila- 
MOWiTZ-Môi,i,ENDORFi\ K. Krujibacii KR, .1. Wackernagel, Fv. Leo, E. Norden, 
F. Skutscu. 3' éd. 19 1 2 : viii-582 p. — Teil I, .\bt. i: Die allgemeinen Grund- 
lagen der Kultur der Gegenwart ( 1 7 collaborateurs , 2'" cd. ly i 2 ; xiv-7 16 p. 
— Teil lil, Abt. 1 : Die mathematischen Wissenschaften, unter Leitung von 
F. Klein. Erste Lieterung, H. G. Zeuthen : Die Mathematik im Altertum und 
im Mittelalter ; 1912, 93 p. Berlin-Leipzig, Teubner. 

Une faveur méritée accueille les volumes de la collection Die Kul- 
tur der Gegenwart dirigée par M. Hinneberg; c'est que la rédaction 
en est confiée aux savants qui ont le plus de compétence et d'auto- 



I. Un certain nombre de fautes t3'pographiques ont échappé à l'attention de 
M. M., et disparaîtront à la révision ; j'en note ici quelques-unes. Lire p. 3o Dyb- 
waà, 55 et ailleurs Reit^enstein, 248 Sarasiiio, Olschewsky, 234 Maass (plusieurs 
fois), 296 et ?i3 Scliôningli, 3oi Bergler, 3o2 Boissonade, 3i2 Beaudouin, au 
lieu de Byhvad, Rei^ensteiu, Sa>\T^iJio. Oclscliovsky, iVaas, Scliùniiig, Bergier, 
Boissonnadc, Beauduin; p. 61 Kranidie, 62 Dcinoménés, 89 Spurhundc [h\s), 242 
sive, 293 iiitder, 3ii Peda)iios, au lieu de Krj)iisclie, Deiotwménès, Spinluliidc, 
sine, unter, Pedianos. Dans le grec, au lieu de p. 43 'A-oXXiLva (bis), i63 et 164 
5-/,5C0'j, 106 "OAitê'.a, I 19 '.-"lAîvtToOwv, 2i5 ffojîsTT,;, 299 x'joavvox-ovô;, lire Wtô).- 
Àwva, zr,-AQÛ, TOAiieia, iz-XAîXTp'joiv, ao^i^tÂî» 'ï'JpavvoxTÔvû;. 



d'histoire et oe littérature i85 

rite; le nom de chaque auieur esi généralement une promesse à la- 
quelle peut se Her le lecteur, et une garantie qu'il ne sera pas trompé 
dans son attente. Le volume qui porte pour titre Staat und Gesell- 
schaft des Griechen iind Romer est divisé en deux parties, dont la pre- 
mière, qui concerne la Grèce, est l'œuvre de M. von Wilamowitz, et 
la seconde, qui traite de l'état romain, est due à B. Niese. II est diflli- 
cile de montrer d'une manière plus sûre l'origine et le développement 
des états grecs. Après avoir précisé ce qu'étaient la nation grecque 
et les peuples voisins, afin que l'on puisse se rendre compte de l'in- 
fluence exercée au dehors par l'hellénisme, M. v. "W. examine en 
trois chapitres les trois phases principales des constitutions de la 
Grèce, en partant de la première communauté familiale, pour 
exposer l'origine des états historiques et particulièrement la constitu- 
tion Spartiate, passer ensuite à la démocratie athénienne, et terminer 
par la période hellénistique. xMais ce qu'il faudrait indiquer avec plus 
de détails que je ne puis le faire ici, c'est comment M. v. W. a eu 
l'art de rattacher à cette esquisse de l'évolution historique des états 
grecs tout ce qui touche à la vie sociale dans ses rapports avec la vie 
politique. Toutes les conditions de l'existence d'un état, quelle qu'en 
soit la forme, sont ici résumées dans leurs traits les plus caractéris- 
tiques ; la loi et le droit, l'industrie, le commerce et la navigation, 
l'édification des villes et la culture des champs, l'armée, la marine, 
l'administration civile et judiciaire, sont l'objet de brèves, mais subs- 
tantielles considérations; la situation sociale de la femme, l'éducation 
de la jeunesse, l'organisation des gymnases et des fêtes complètent 
le tableau qui nous est donné des cités grecque et de leur vie. L'ou- 
vrage s'achève par une esquisse historique de la fondation des grands 
royaumes Macédoniens, suivie d'une peinture vivante des transfor- 
mations qui en résultèrent dans la vie politique et sociale de ces états 
et des villes hellénisiiques ; ce ne sont pas les pages les moins inté- 
ressantes. — La partie qui traite de Rome est divisée en trois cha- 
pitres : la période républicaine ; les luttes agraires et la fin de la 
république; l'empire. Niese est beaucoup plus bref que M. v. W. ; 
mais il est juste de dire que l'organisation et la politique romaines 
offrent plus d'unité et exigeaient par suite moins de développements. 
Cette brièveté, du reste, ne nuit en rien à l'exposé qui est fait de 
l'accroissement de la puissance romaine, de l'évolution intérieure et 
extérieure qui fit de Rome la maîtresse du monde, et des causes qui 
amenèrent sa ruine. N. insiste surtout sur les modifications profondes 
qui se produisirent à Rome et en Italie à la suite de la dictature de 
Sulla, de celle de César, et du triumvirat; et il termine en appréciant 
l'influence de la civilisation romaine sur l'orient et sur l'occident, 
influence caractérisée principalement par l'extension universelle du 
droit romain. 

Dans la même collection ont paru des éditions nouvelles de plu- 



l86 REVUE CRITIQUE 

sieurs volumes. Die griechische und lateinische Literatiir und Sprache 
a atteint sa troisième, et ce fut pour quelques-uns des auteurs l'occa- 
sion de remaniements et d'améliorations dignes de remarque. La 
partie qui a subi les plus nombreuses retouches est la Littérature 
grecque ancienne de M. von Wilamowitz, qui, précisément, dans la 
seconde édition, n'avait apporté aucun changement au texte de la 
première. La littérature classique en particulier a été revue de très 
près ; la rédaction est très souvent différente de l'ancienne ; beaucoup 
d'observations de détail ont été ajoutées, notamment au sujet de la 
poésie lyrique et de la tragédie; certains noms ont été mis à une 
place plus rationnelle dans l'ensemble, si bien que l'ouvrage a gagné 
à la fois en valeur littéraire et en valeur historique. Les autres tra- 
vaux compris dans ce volume ne s'éloignent pas sensiblement de la 
forme qu'ils avaient dans la seconde édition ; ils sont du reste d'une 
moindre étendue, celui de M. v. W. occupant à lui seul plus de la 
moitié de l'ouvrage. 

Le premier volume de toute la collection, portant comme titre Die 
allgemeinen Grundlagen der Kiillur der Gegennmrt, a paru en 1906; 
il est maintenante sa deuxième édition. De nombreux collaborateurs, 
dont plusieurs n'ont pas vu cette édition nouvelle, ont pris part à sa 
rédaction; je rappelle les titres des chapitres et de leurs subdivisions, 
et le nom de leurs auteurs. Chap. I L'essence de la culture (Lexis); 
la culture, dit L., est l'élévation de l'homme au-dessus de l'état de 
nature par le développement et la mise en œuvre de ses forces intel- 
lectuelles et morales. Chap. II L'éducation moderne (Paulsen 7). 
Chap. III Les principaux moyens d'éducation : A L'enseignement; i) 
L'enseignement primaire (Schôppa) ; 2) L'enseignement secondaire 
des garçons (Matthias) ; 3) L'enseignement secondaire des jeunes filles 
(Gaudig) ; 4) L'enseignement professionnel et post-scolaire (Ker- 
schensteiner) ; 5) L'enseignement supérieur, philologie (Paulsen -|-); 6) 
L'enseignement supérieur, sciences proprement dites (von Dyck); 
B Les musées; 1) Musées d'art et d'art industriel (Pallat); 2) Muséums 
d'histoire naturelle (Krapelin) ; 3) Musées techniques (von Dyck). 
C Les expositions; i) Expositions d'art et d'art industriel (Les- 
sing f) ; 2) Expositions d'histoire naturelle et techniques (Witt ; 
beaucoup de répétitions de la section précédente). D La musique 
(Gôhleri. E Le théâtre (Schlenther). ' F Les journaux (Bûcher) .G Le 
livre (Pietschmann). H Les bibliothèques (Milkau). Chap. IV Orga- 
nisation de la science (Diels), avec deux subdivisions : i) Degrés de 
la culture : écoles à tous les degrés, académies, institutions interna- 
tionales, sociétés savantes et congrès; 2) Moyens de la culture: collec- 
tions, expositions, bibliothèques et catalogues, périodiques, livres et 

(i) Le lecteur Irançais ne verra pas sans quelque étonnement une assertion 
comme celle-ci (p. 497) : « De lous les Français, Molière est celui dont l'esprit et 
Tâme se rapprochent le plus de la nature germanique ». 



d'histoire et de littérature 187 

; librairie. Le lecteur comprendra que je ne puis entrer dans les détails 
de cette seconde édition, qui a sans doute été beaucoup améliorée, 
. mais qui ne diffère pas de la première, dans l'ensemble, d'une ma- 
i nière marquante; les articles les plus remaniés sont ceux de Schuppa, 
de von Dyck et de Biicher. On remarquera cependant un article 
nouveau, les vingt pages de von Dyck sur les musées techniques. 

Avec le volume de M. Zeuthen commence la troisième partie de la 
Kiillur der Cegenivart, qui a pour titre général Die mathematischen 
und natiinvissenchaftlichen Kultiirgebiete, et qui doit comprendre 
vingt volumes. Le premier, dont la publication est dirigée par 
M. Klein, traitera des sciences mathématiques, et l'ouvrage de M . Z. 
en forme la première livraison. Il est divisé en trois chapitres : i) 
Origine et développement des nombres et du calcul; 2) Origine de la 
géométrie; la mathématique des Grecs; 3) Déclin et renaissance de 
la mathématique grecque. C'est l'histoire, résumée à grands traits, de 
la science grecque et de ses principaux représentants, celle de ses 
progrès et de ses conquêtes successives, celle aussi de son influence 
chez les peuples orientaux, comme les Hindous et les Arabes, et chez 
les nations de l'occident, jusqu'à la tin du xv<= siècle. Le savant géo- 
mètre de Copenhague, par la clarté et la sobriété de son exposition, 
a su mettre un sujet difiicile à la portée du public lettré, et le lecteur 
le suivra sans trop d'embarras, pourvu qu'il ait quelques notions 
d'arithmétique, de géométrie et d'algèbre. 

M Y. 



Sturtkvant. Labial Terminations I et II (Studies in greek Noun-Formation, 
based in part upon material collected by the late A. W. Stratton, and prepared 
under the supervision of Cari D. Buck;. Chicago, Univ. Press, 1910 et 191 1; 
34 et 46 p. 

Ces deux travaux de M. Sturtevant se rapportent à l'étude de la 
formation nominale en grec. Ils contiennent l'un et l'autre une liste 
aussi complète que possible de mots ayant une même terminaison, 
rangés par ordre alphabétique inverse ; dans la première ce sont les 
mots en -pr, et -|îà, -^tj; et -^à^ gén. -^oy, -^oî et -^ov, gén. -^ou ; dans 
l'autre les mots en -oy; et <»â, -(fr,(; et -'fà?, gén. -cpou, -cio? et -'fov, gén. 
-ooj. Ces listes ont été dressées d'une manière toute mécanique, leur 
forme extérieure seule entrant en ligne de compte; peu importe que 
l'élément labial appartienne au suffixe ou à la racine. M. S. a fait pré- 
céder chacun de ses tableaux d'une analyse étymologique des mots 
qu'ils contiennent, ou plutôt d'un essai d'analyse, car pour un grand 
nombre d'entre eux on est réduit à des conjectures, et il les a répartis 
en groupes suivant leur affinité de sens. L'origine de ces listes est 
expliquée dans quelques pages d'avant-propos par M. le professeur 
C. Buck. Un jeune savant, A. Stratton, avait rassemblé un matériel 
considérable en vue d'une histoire de la formation nominale en grec, 



l88 RK^LE CRiTIQtlE 

et il en avait déjà tiré un article publié dans les Stiidies in Classical 
Philology X. II (1899); la mort interrompit ses travaux en 1902, et 
ses fiches furent remises à M. Buck, qui résolut de les faire publier 
par l'Université de Chicago ; chaque suffixe ou groupe de suffixes 
apparentés doit faire l'objet d'une étude, suivant le plan que nous 
voyons adopté dans les articles de M. Sturtevant. Ces listes ne seront 
pas sans utilité ; tout au moins faciliteront-elles beaucoup les 
recherches. Je note dans le premier article, p. 11, le mot ---âoT, 
« caseus equinus » ; dans la liste p. 21 il est accompagné de la men- 
tion : Psellus (Ducangej. Or on lit dans Hippocrate de Aer. 18 \--i- 
xTjV xpioyouTt • ToôTo c'ÈcTT'. fjpô; 'tTTTTOJv ; le mêmc mot est dans un fragment 
du Promélhée t/e/iVre d'Eschyle : 'nnrâxr^ç Ppco-vjpcç suvoijiot l/.jOa-. ; et la 
confusion de /. et 3 est si fréquente qu'il est permis de douter de la lec- 
ture \7t7TxêT|, quoique Boissonade, l'éditeur du Aô^r/.ôv '.aToixôv de Psel- 
lus [Anecd. gr. I, p. 241), dise formellement pour X-rA^r^ : Sic codex. 

My. 

Neugebauer, Sterntafeln von 4000 vor Chr. bis zur Gegenwart, nebst Hilfsmitteln 
zur Berechnung von Sternpositionen zwischen 4000 vor Chr. und 3ooo nach 
Chr., zum Gebrauch fur Historiker, Philologen und Astronomen. Leipzig. 
Hinrichs, 1912 ; 85 p. 

Ces tables, au nombre de quatre, sont établies de la manière sui- 
vante. La première contient un catalogue de 519 étoiles pour l'an- 
née 1900, rangées suivant leurs ascensions droites, avec les indica- 
tions suivantes disposées en colonnes : i)un numéro d'ordre; 2) la 
désignation astronomique de l'étoile; 3) sa grandeur; 4) son ascen- 
sion droite, et 5) sa déclinaison, pour l'année 1900; 6 et 7 son mou- 
vement propre en 100 ans, pour l'ascension droite en secondes de 
temps, pour la déclinaison en secondes d'arc ; 8) les noms des étoiles. 
Les colonnes 6 et 7 sont spécialement à l'usage des astronomes, ainsi 
que la seconde table, qui donne les constantes de réduction d'après 
Newcomb, de 100 en 100 ans depuis 4000 avant J.-C jusqu'en 1900 
de l'ère chrétienne (cette table est prolongée jusqu'en 3ooo à la 
page 8). La troisième table donne pour la même période, également 
de 100 en 100 ans, la position de ?09 étoiles (marquées d'un asté- 
risque dans la table 1), c'est-à-dire leur ascension droite et leur décli- 
naison. Enfin la quatrième table est un index alphabétique, selon les 
noms des constellations et des principales étoiles ; elle renvoie à 
leur numéro d'ordre dans les tables I et 111. Avant ces tables, 
M. Neugebauer explique en quelques pages la manière dont on devra 
en faire usage. Dressées pour les historiens et les philologues, plus 
particulièrement pour les orientalistes, elles répondent parfaitement à 
leur but, qui est d'épargner autant que possible des calculs difficiles 
non seulement aux savants qui s'occupent de l'astronomie et de l'as- 
trologie anciennes, mais aussi à ceux dont les recherches historiques 



d'histoire et de littérature 189 

ou chronologiques exigent une interprétation exacte de certains phé- 
nomènes célestes. Elles ne seront pas d'ailleurs inutiles aux astro- 
nomes, puisqu'elles permettent de retrouver facilement la position 
d'une étoile pour une anne'e quelconque. Ce volume est la première 
partie d'un travail d'ensemble portant comme titre Tafeln \ur astro- 
nomischeit Chronologie, et doit être suivi de deux autres ; l'un qui 
servira à déterminer la position des planètes depuis 4000 avant J.-C. 
jusqu'à nos Jours, l'autre qui contiendra des tables (entre autres celles 
des levers et couchers des constellations) pour aider à résoudre cer- 
taines questions intéressant à la fois l'astronome et l'historien. 

My. 



Saint Martin de Tours, par E.-Ch. Rabut, Paris, Librairie ancienne, H. Cham- 
pion ; s. d. Prix : 6 fr. 

S'il est un saint dont les historiens les plus « indépendants » aient 
parlé avec sympathie, ou même avec une sorte de piété, c'est assuré- 
ment saint Martin. M. Boissier saluait en lui « l'idéal d'un saint fran- 
çais» '. « Le Christ mis à part, écrit M. Jullian, aucun personnage 
du Christianisme n'a exercé vivant et surtout mort, une si tenace 
influence... C'est dans toute l'histoire du Christianisme le phénomène 
le plus semblable au phénomène initial, le nom, la vie et le souvenir 
du Christ » \ 

Au gré de M. Babut, ces érudits et beaucoup d'autres continuent 
sans s'en apercevoir une tradition hagiographique dont les titres sont 
plus que suspects. «L'histoire qu'expose mon livre, déclare M. B., 
est si paradoxale, qu'ayant essayé delà résumer au dernier chapitre en 
une ou deux pages, j'ai dû renoncer à mon projet. Le lecteur qui 
aurait ouvert le volume sur la conclusion aurait cru à une gageure 
(p. vu) ». Sigageure il y a, convenons tout de suite, pour n'y plus reve- 
nir, qu'elle est soutenue fort agréablement, en un style très clair qui 
ne permet aucune perplexité sur la pensée de l'auteur. 

Voici quelle est la thèse de M. Babut. 

Elle va en premier lieu à ruiner l'autorité de Sulpice-Sévère en tant 
qu'historiographe de saint Martin. Il est notoire que, de l'immense 
popularité de Martin, Sulpice-Sévèrc fut par sa ^'ita Martini, par ses 
Dialogues et par ses Lettres, l'artisan le plus passionné. Presque tout 
ce que nous savons ou croyons savoir de 1' « apôtre des Gaules » se 
lire des livres de Sulpice. Or, M. B. considère ce témoignage capital 
comme un témoignage ruineux. D'abord Sulpice-Sévère a beaucoup 
exagéré l'intimité de ses relations avec Martin : il fit à Martin une 
courte visite au cours de l'année 396, puis une seconde avant l'hiver de 
la même année, mais il ne fut nullement un hôte habituel du monas- 

1. Fin du Pagatt., 11, bg. 

2. Feviie des Etudes anciennes, t. XII (1910), p. 260. 



igO REVUE CRITIQUE 

tère de Marmoutier comme il le laisse entendre dans ses Dialogues\ 
En outre, sa sincérité est sujette à caution. L'incohérence des rares 
données chronologiques qu'il aligne ne décèlerait chez lui que de la 
négligence. Mais il v a pis. Pour composer le portrait de son héros, il 
a emprunté plus d'un trait à la Vie d'Antoine^ de saint Athanase, à 
saint Jérôme, à saint Hilaire; il a utilisé quantité de souvenirs livres- 
ques qu'il a audacieusement incorporés à sa biographieen les donnant 
comme authentiquemeni martiniens : « La Vie de saint Martin est une 
véritable anthologie de faits merveilleux de provenances diverses, 
que Sulpice a mis arbitrairement au compte de son personnage » 
(p. io8). Les mœurs littéraires du temps autorisaient, il est vrai, une 
large part de fiction dans ce genre de récits, mais Sulpice a quelque peu 
abusé du droit au mendacium, alors concédé aux arétalogues. — Au 
fond, cette apothéose de saint Martin n'avait pas pour unique objet 
d'édifier. M. B. démêle chez Sulpice une préoccupation de sectaire, 
d'homme de parti. C'est un avocat qui plaide une cause difficile. Secrè- 
tement favorable à beaucoup des idées priscillianistcs, Sulpice appar- 
tenait à la minorité schismatique qui, au lendemain du procès de 
385, avait rompu la communion avec les persécuteurs de Priscillien, 
et avec l'évêque de Trêves, Félix, qui avait reçu de leurs mains l'or- 
dination épiscopale. Or, Martin passait pour favorable à cette petite 
église, honnie de la plupart des évêques gaulois. En l'exaltant au delà 
de toute mesure. Sulpice travaillait pour son clan. 

Médiocrement informé, de bonne foi douteuse, tout brûlant de 
secrètes pensées de revanche et de polémique, voilà sous quel aspect 
M. Babut nous dépeint Sulpice-Sévère. Il admet pourtant qu'il reste 
« quelque chose à apprendre, dans les livres de Sulpice, sur le véri- 
table Martin de Tours et sur son temps ». C'est à dégager ce faible 
résidu de vérité qu'il consacre la seconde partie de son travail (p. iô6- 
3i6). Sa conclusion est que nous ne savons à peu près rien du véri- 
table caractère et du rôle authentique de saint Martin; qu'il dut être 
un assez pauvre homme, de réputation fort contestée dans la seconde 
partie de sa vie ; et que les historiens, trop férus des écrits de Sulpice- 
Sévère, ont naïvement donné dans le « sophisme du document », 
lequel « consiste à présumer, aux époques dont on n'a conservé que 
peu de textes, que les hommes et les faits ont eu dans l'histoire réelle 
la même importance que dans l'histoire écrite ». 

Pour apprécier plus équitablement ce livre ingénieux, j'ai voulu 
relire l'œuvre de Sulpice-Sévère. 11 m'en est resté une impression 
assez équivoque, et qui rejoint en plus d'une page celle que confesse 
M. Babut. Le talent littéraire de Sulpice est hors de cause. Peut-être 
même M. B. a-t-il tort de contester comme il le fait son informa- 
lion, puisqu'il admet que Sulpice a pu rester « quelques mois » au- 

i.Dial., II, XIII, 1-5 (Halm, dans Corpus de Vienne, t. I, p. igS). 



d'histoire et de LITTÉRATl'RE I Q I 

près de Martin (p. 63). Ce qui m'inquiète davantage, ce sont, parmi 
tant de récits bizarres et d'c'pisodes parfois burlesques ou même scato- 
iogiques ', ces certificats de véracité que Sulpice se décerne à lui- 
même. S'il avait la conscience tranquille, éprouverait-il ce besoin de 
jurer à tout propos qu'il dit vrai ? En fait M. B. a montré dans un 
fort bon chapitre (p. 73 et s.) comment Sulpice a plus d'une fois 
enrichi sa narration en démarquant des Vies antérieures on en 
exploitant des thèmes traditionnels. Cela ne dénote pas chez lui un 
scrupule d'exactitude aussi éveillé qu'il voudrait le faire croire. 
Depuis la fameuse Vie d'Antoine par Athanase, il était entendu que 
toute biographie chrétienne devait-être une sorte d' « épopée de mi- 
racles » ^ D'où la nécessité pour le biographe de puiser de toutes 
mains pour grossir le nombre de ces uirtutes. Crédulité sans bornes, 
ou désir secret de se divertir aux dépens de son lecteur, on se 
demande plus d'une fois laquelle de ces deux dispositions il faut 
soupçonner chez Sulpice. M. B. n'est pas le premier critique qui ait 
élevé des doutes sur sa parfaite ingénuité, mais il a apporté des rai- 
sons nouvelles de se méfier de lui, et l'on conviendra après l'avoir lu 
que d'écrire une vie véritablement historique de Saint Martin est chose 
impossible, en l'état de nos sources. 

Je suis très loin, au surplus, d'adhérer à toutes les opinions de 
M. B. Pour faire court, voici les principales objections que je serais 
tenté de lui adresser. 

I" Il me semble d'abord que certains traits de la «psychologie » de 
Sulpice-Sévère, telle que M. B. l'esquisse (p. 3i et s.), ne sont point 
parfaitement justes. Que Sulpice fût mécontent de l'épiscopat de son 
époque, cela est incontestable. 11 ne perd pas une occasion de dé- 
plorer la servilité des évêques ', leurs discordes pitoyables *, l'hosti- 
lité de beaucoup d'entre eux contre Martin ". Même dans des affaires 
tout-à-fait étrangères à celle qui lui tient tant à cœur, par exemple en 
matière de querelles origénistes, il laisse voir qu'il en veut à l'épis- 
copat d'avoir tout gâté par ses procédés brouillons et brutaux *. — 
Mais lui donner figure d'opposant contre le gouvernement impérial 
me paraît une tentative tout à fait hasardée. « L'idée politique à 

1. V. g. Vita Martini, xvii, 7. 

2. Expression de M. Jullian, dans la Revue des Etudes anc., njii, p. 328. — 
M. Harn.\ck a écrit récemment à propos de la \^ita Autonii ces lignes un peu 
dures, mais où il y a quelque vérité [Texte und Unters,, xxxix, 3, p. 81) : « Wârc 
es ein parlamentarischer Ausdruck, so dûrfte unbedenklich gesagt werden, dass 
keiii Schrifiwerk verdummendcr auf JE^y■plc]^, Westasien und Europa gewirkt 
hat als dièse \^itii Autonii ». 

3. Vita Martini. If, xx, i (Haï. m, p. i2<), 1. b). 

4. Chron., II, i.i, q (11., p. io5) 

5. Vita Martini, xi; xxvii; Dial., I, it, 3-4; I, xxiv, 3; I, xxvi, 3, etc. 

6. Dial., \, VI, 3 (h., p. i58, 1.8)- 



192 REVUE CRITIQUE 

laquelle il tient le plus, écrit M. B. (p. 45), c'est que les rois ne 
doivent pas jouer aux prêtres, ni le gouvernement civil s'ingérer dans 
les querelles de l'Eglise. Il désapprouve les rigueurs que l'épiscopat 
sollicite et que l'Etat lui accorde contre les hérétiques; il s'indigne de 
voir des magistrats laïques juger des causes d'Eglise ». Mais tout cela, 
c'est la pure doctrine de saint Ambroise '1 M. B. soutiendra-t-il 
qu'Ambroise, collaborateur de Gratien, de Valentinien II et de Théo- 
dose, « condamnait » lui aussi « l'union de l'Etat et de l'Eglise »? — 
J'ajoute, au risque de heurter l'une des idées les plus chères à M. B., 
que je ne suis pas aussi sûr que lui des affinités de Sulpice avec le 
priscillianisme. Certes Sulpice éprouvait une vive animosité contre 
quelques uns de ceux qui avaient le plus ardemment combattu 
cette doctrine; il ne pardonnait pas aux Ithaciens l'accusation qu'ils 
avaient osé formuler contre Martin, et l'indignation qu'il en avait 
ressentie avait pu par contre-coup refroidir son aversion personnelle 
à l'égard des théories de Priscillien. Mais que l'on pèse chacune des 
expressions par lesquelles dans la Chronique il caractérise le priscil- 
lianisme, et l'on verra avec quelle rudesse il en parle. M. B. accorde 
trop, je crois, a des combinaisons subtiles d'indices le plus souvent 
très frêles. 

2" Il y a aussi quelqu'arbitraire dans la méthode dont use M. B. 
pour dégager un noyau de vérité des inventions de Sulpice-Sévère. 11 
reconstruit la trame des faits, donnant ici raison à Sulpice, rejetant là 
les données de la Vie ou des Dialogues, sans qu'on aperçoive tou- 
jours les motifs où se fonde la légitimité de telles discriminations, ou 
sans que la valeur de ces motifs s'impose au lecteur ". On trouvera à 
la p. I 5o un exemple caractérisé de ces procédés périlleux. Sous pré- 
texte qu'une allusion incluse dans la Chronique et relative aux démê- 
lés du roi Sédéchias avec le prophète Jérémie vise le drame de Trêves 
(ce qui n'est nullement prouvés M. B. reconstitue de toutes pièces un 
épisode de la vie de Martin, et admet que Martin dut à un moment 
donné, subir de la part de l'usurpateur Maxime des sévices particu- 
lièrement graves. Autrement le rapport entrevu risquerait de s'éva- 
nouir, et M . B. ne s'y résigne point. 

3° Une question enfin se pose. Si Martin avait été réellement le 
personnage sans envergures que nous présente M. B., s'il navait 
laissé en Gaule aucun souvenir profond, aucune trace lumineuse, 
l'œuvre littéraire de Sulpice-Sévère, quelqu'cnthousiaste, quel- 
qu'habile qu'elle fût, aurait-elle suffi à le promouvoir à de telles des- 
tinées? Cela ne laisse pas que de faire difficulté. 

M. B. attache une grande importance à ce fait qu'en dehors de Sul- 
pice et de Paulin de Noie, à l'exception aussi de l'épitaphe viennoise 
de Fœdula (qui dut être gravée entre 410 ci 440), le nom de Martin 

1. Cf. P. DK [-ABR101.1.K, Saint Ambroise, Paris, igo8, p. 19-22. 

2. V. g., (<. I 12 ; 142 ; I .To. 



d'histoire et de littérature 193 

n'est pas mentionné dans la littérature gauloise de la première moitié 
du V* siècle. Il en conclut que révcque n'occupait point dans les 
préoccupations de son époque la place que lui assigne Sulpice, et que 
les effets de l'apothéose ménagée par Sulpice ne se sont fait [sentir 
quelorsqu'eut disparu la génération qui avait connu le véritable Mar- 
tin. — Ces déductions sont, je le crois, un peu t"op accentuées. Il y 
a dans l'histoire littéraire des premiers siècles chrétiens beaucoup de 
ces silences déconcertants. Croirait-on que Tertullien ne cite nulle 
part Hippolyte de Rome, pas plus qu'Hippolyte ne cite Tertullien? 
Ni saint Ambroise ne parle de saint Jérôme, ni saint Athanase ne 
nomme saint Hilaire. On trouverait d'autres exemples de telles bizar- 
reries. Pour pouvoir à coup sûr les imputer à la malveillance, il 
faudrait posséder en son intégralité la littérature de l'époque. Et 
encore le simple hasard a-t-il parfois des jeux singuliers '. 

Pierre de Labriolle. 



Christian von Troyes Yvain (Der Loewenritter), Texi Ausgabe mit Einlei- 
tung, herausgegehen von W. Fœrster; Halle, Niemeyer, igi3 : petit in-8" de 
XXX1-185 pages. 

M. Fœrster remanie et améliore avec un zèle inlassable ses éditions 
classiques de Chrétien de Troyes, qui sont rapidement enlevées : 
Erec a eu une seconde édition en 1909, Cligès une troisième en 
19 10, Yvain une quatrième en 191 2. C'est de cette dernière que 
M. F. nous donne un abrégé à bon marché (2 mark). Le texte est le 
même; le glossaire et les notes ont disparu ; l'Introduction, quoique 
très abrégée (26 pages au lieu de 70), donne tout l'essentiel de l'an- 
cienne; quelques paragraphes ont même été amplifiés (sur la classifi- 
cation des mss., p. vj ou ajoutés (analyse du roman, p. xiv, datation 
des œuvres de Chrétien, p. xn) ; les abréviations ont porté sur l'étude 
des sources et les discussions ou polémiques relatives à des points de 
détail. Cette introduction est en somme beaucoup mieux appropriée 
que l'ancienne à un public d'étudiants. Les points brièvement tou- 
chés ici seront sans doute repris dans l'étude d'ensemble que M. F. 
promet de joindre au glossaire complet de Chrétien qu'il prépare 
avec un de ses élèves, M. H. Breuer; on aura grand plaisir à y trou- 
ver le résultat définitif de ses recherches et de ses réflexions sur un 

I. P. 147, n. 3. : le titre de l'ouvrage de Rauschen est inexact; p. lot, le 
trait signalé apparaît aussi chez Euscbc, //. E.^ V, xxviu, 12 ; M. B. attribue trop 
d'importance à la- diminution de puissance thaunialurgique que Martin avait cons- 
tatée en lui après l'affaire de Trêves : voy. Dial., Il, iv, i et lif, xiv, i ; le parti 
qu'il tire de l'absence de tout rappel des miracles de Martin au XXII» livre de la 
Cité de Dieu est excessif : saint Augustin voulait déjouer le scepticisme des 
« libertins w de son temps, aussi est-ce en Afrique, là où la vérification des faits 
allégués était relativement facile, qu'il cherche presqu'cxclusiveinent les exem- 
ples de prodiges contemporains. 



I 94 REVUE CRITIQUE 

poète qu'il connaît si bien et pour la gloire duquel il a si vaillamment 
travaillé. 

A. Jeanroy. 



Pierre de Provence et la Belle Maguelonne, éditée par Adolphe Biedehmann, 

Paris et Halle, igiS ; in-S" carré de xii-124 pages. 

Il existe de ce célèbre roman deux versions, dont l'une, la plus 
courte, a été reproduite à des milliers d'exemplaires jusqu'au début du 
XIX'. siècle par la « Bibliothèque bleue ». L'autre au contraire n'est 
représentée que par un seul exemplaire d'une ancienne édition (Lyon, 
vers i58o) et quatre manuscrits. Il était donc tout naturel que le 
nouvel éditeur reproduisît cette version. C'est ce qu'il a fait, en pre- 
nant comme base le meilleur des manuscrits (Bibl. Nat., n° i5oi) et 
en communiquant les variantes des autres, ainsi que celles de l'édition. 
Le volume est élégant, de format commode et d'impression nette : 
tout serait donc pour le mieux, si M. B. n'avait pas eu la fâcheuse 
idée de simplifier et moderniser la graphie pourtant assez sobre, du 
manuscrit, et n'avait pas laissé échapper un nombre vraiment consi- 
dérable de fautes d'impression '. 

A. Jeanroy. 



J. Zanders, Die altprovenzalische Prosanovelle, eine literarhistorische Kri- 
tik der Trobador-Biographien. Halle, Niemeyer^ i9i3, in-8° de i36 p. (Roma- 
nistische Arbeiten herausgegeben von Cari \'oretzsch, II]. 

L'auteur de ce travail développe, non sans prolixité, cette thèse que 
les « Biographies » des troubadours ne sont autre chose que de petits 
romans, des « nouvelles » et que c'est, par conséquent, la France méri- 
dionale qui a créé et transmis à l'Europe la nouvelle ou prose. Ce sont 
là des idées qui, dans leur ensemble, étaient depuis longtemps fami- 
lières aux provençalistes. « Nous sommes donc avertis, écrivait il y a 
vingt ans G. Paris, de ne pas nous lier à ces compositions qui ont été 
faites en vue, non de fournir des documents aux historiens, mais 
d'intéresser et de divertir les auditeurs et plus tard les lecteurs » ''. Et 
l'auteur du plus récent manuel de littérature provençale qualiHe la 
plupart d'entre elles de « légendes nées dans l'esprit des contempo 
rains » \ Quant à l'inHuence de ce recueil sur la littérature italienne 
et, par conséquent, sur les autres littératures de l'Europe, elle a été 



1. Pourrez pour pourrie^ (3 3, 16}, gourverixer (32,25), mère pour mer (63,23), 
mtiltidudc '70,18), seras pour sera [f^H,-]), ayant ^omt oyans (ioi,5), tournoiemenes 
(102, 3), possider (104,1 i). — Je ne sais si les mss. ont vraiment (3i,i6; 63,6) dou- 
leur, qui ne donne pas de sens et qu'il ne faut pas hésitera corriger en douceur. 
— J'ai donné dans le dernier numéro des Annales du Midi janvier 1914) un compte 
rendu plus détaillé de cette publication. 

2. Revue historique, iSg'i, p. 2 38. 

3. J. .\nglade. Les Troubadours, p. 34. 



d'histoire et de littérature 195 

implicitement démontrée le jour où l'on a constaté les emprunts qu'y 
avaient faits les plus anciens conteurs italiens. 

Les choses ne sont pas toutefois aussi simples que M. Z. le ferait 
supposer. La plupart de ces récits contiennent, sous la forme la plus 
sèche et la plus précise, des renseignements sur la patrie et la condition 
sociale du personnage. Dira-t-on que c'est là de la légende, du roman ? 
Ces renseignements n'étaient pas, au reste, très difficiles à se procu- 
rer à une si petite distance des faits. Ils doivent donc être souvent 
authentiques, et plusieurs, en effet, ont été reconnus comme tels. Ce 
qui reste à faire, c'est donc de dégager le fond de vérité historique 
qui, dans bien des cas, a été recouvert par les alluvions romanesques. 
M. Z. devait aussi, étant donnée la seconde de ses conclusions, déter- 
miner exactement les emprunts des nouvellistes italiens aux Biogra- 
phies. Ni sur l'un ni sur l'autre de ces deux points il n'apporte abso- 
lument rien de nouveau. On ne trouve aucune trace de ces « quelques 
petites recherches personnelles » qu'il aurait ajoutées aux travaux de 
ces devanciers (p. 19). Ceux-ci même sont bien loin d'être fidèlement 
résumés, car M. Z. ignore la plus grande partie de ceux qui ont été 
exécutés depuis une dizaine d'années, notamment ceux de MM. An- 
draud, Zingarelli, Stronski, Salverda de Grave sur Raimon de Mira- 
val, Bernart de Ventadour, Folquet de Marseille, Uc de Saint-Cire. 
Ce qui remplit ces i3o pages, ce sont des définitions plus ou moins 
heureuses, prises de toutes mains (p. 1-6), des renvois à des « autori- 
tés » (p, 8-1 3), souvent bien surannées, des considérations et des con- 
clusions (p. 18-21) dont la place serait naturellement à la fin du tra- 
vail et non au début, et surtout des divisions et subdivisions mécani- 
ques, fondées sur des caractères externes, comme le plus ou moins de 
développement du récit, l'agrément du style, etc., et qui aboutissent 
parfois à faire classer ensemble des documents de nature très diverse '. 
En somme, c'est un travail manqué, lourd de forme et vide de fond, 
et qui ne fait pas faire à la question le moindre progrès. 

A. Jeanroy. 

Myrrha Lot-Borodine. Le roman idyllique au moyen âge. Florie et Blan- 
chefor, Aucassin et Nicolette, Galeran de Bretagne, L'Escoufle ou 
Guillaume et Aélis, Guillaume de Palerme. Paris, Picard, I9i3;in-i2 de 
273 pages. 

M™« Lot, auteur d'une étude sur les rôles de femmes dans Chrétien 
de Troyes, a écrit ce volume « pour faire mieux connaître et goûter 

I. Ainsi M. Z. met dans la même ca'égorie (p. 49) ceux des récits qui « tant 
au point de vue du fond qua celui du style « offrent à peine quelque chose (s/c), 
c'est-à-dire les ra:(OS de B. de Born qui au point de vue du fond ne méritent aucune 
confiance mais sont souvent d'une forme charmante, et une m^o à une chanson 
de Folquet de Marseille qui contient au contraire des renseignements qui parais- 
sent bien authentiques (voy. Stronski, Le troubadour Folquet de Marseille, 
p. 148-52), 



196 REVUE CRrriQi:E 

au public lettré quelque romans » du xii" et de xiii^ siècle '. Elle eût 
donc pu se borner à nous donner de ces romans une simple analyse; 
elle a tenu à y ajouter, ce qui ne saurait déplaire au « public 
lettré )), un exposé sommaire des théories récemment émises sur leur 
origines et leurs sources, et enfin une étude des principaux caractères. 
Cette dernière partie, la plus personnelle, est fort agréable et ses lon- 
gueurs mêmes ne sont pas sans charme. Mais on se demande si ces 
délicats procédés d'analyse sont applicables à des œuvres où la 
recette'tient autant de place, où la « caractéristique » des personnages 
est aussi faible que dans les trois romans étudiés en dernier lieu. Le 
plan même de l'auteur eut dû l'amener à les négliger : car si leur 
thème les rapproche de deux premiers, ils en diffèrent totalement par 
l'esprit et par les procédés : l'amour tel qu'il est décrit dans Galeran 
et dans VEscoii/le n'est pas l'amour « idyllique », « ingénu », comme 
disait plus heureusement Saint-Marc Girardin % mais bien l'amour 
« courtois », avec ses raffinements conventionnels et stéréotypés, tel 
que Chrétien de Troyes l'avait misa la mode ^; quant à Guillaume de 
Palerme c'est un amas incohérent d'aventures baroques, d'où est 
bannie toute psychologie. Les analyses sont coupées de citations 
discrètement choisies et très propres à faire apprécier les mérites 
propres de l'original ^. 

A. Jeanroy. 

H. Sternischa, Deux grammairiens de la fin du xv ne siècle : L. Aug. Alemand 
et Andry de Bois-Regard. Paris, .\. Colin, igi3 ; un vol. in-8°, de iv-3o2 pages. 

Peu à peu tous ceux qui se sont au xv!!*" siècle occupé de grammaire 
et de langue française, ont été chez nous dans ces dernières années 
l'objet d'études particulières et détaillées : on n'a pas en général 
réédité leurs œuvres (sauf celles de Vaugelas), et elles contiennent en 
effet pas mal de longueurs inutiles, mais on s'est préoccupé d'ordonner 
et de classer d'une façon méthodique tous les témoignages qu'ils nous 
ont laissés sur les mots et les constructions. Il n'y a même pas eu lieu 
de tenir compte des faits relatifs à la prononciation ou à l'ortho- 
graphe : tout ce côté de la question avait été traité d'un seul coup 
dans l'ouvrage monumental de Thurot. Par ailleurs aussi l'enquête 

1 . La femme et l'amour au xii* siècle d'après les poèmes de Chrétien de Troyes 
par Myrrha-Borodine ; Paris, 190g, V'oy. Revue Critique, 1909, II, 173. 

2. Cours de littérature dramatique, leçons 44 et 43. 

3. L'auteur lui-même ne fait au reste aucune difficulté à le reconnaître (p. 184 
et 23o). 

4. Dans celles de Galeran quelques vers faux (du reste généralement tels dans 
l'édition), ça et là quelques erreurs de traduction, p. iGS : mesonner est « mois- 
sonner » et non « bâtir; donc : « J'ai moissonné sur la chaume », non « j"ai bàli 
maison de paille ». Le verbe vochier (p. i83) doit se traduire, non par « rendre », 
mais par « crier, appeler au secours s, conformément à l'étymologle [voccare, 
d'après uccare). 



i 



D HISTOIRE ET UE LITTERATURE 1 97 

est à peu près terminée mainieriani, et les matériaux amenés à pied 
d'œuvre, puisque successivenient ont été examinés dans cet esprit 
Malherbe, Maupas et Oudin, Vaugelas, Ménage, Bouhours, de 
Callières. Et voici que, dans cette thèse d'Université passée à 
Grenoble, M. Siernischa complète presque le cycle en nous offrant 
un dépouillement méthodique de deux grammairiens de la tin du 
xvn« siècle qui sont de second ordre évidemment, mais dont le témoi- 
gnage n'est pas dépourvu non plus d'intérêt. Entre ces deux hommes 
il y a bien des similitudes, tous deux étant contemporains et nés vers 
le milieu du siècle; de plus ils étaient presque compatriotes, et appar- 
tiennent à la région du Sud-Est, Alemand étant originaire de 
Grenoble, tandis qu'Andry de Bois-Regard est un lyonnais ; enfin 
tous les deux ont marché dans le même sens, ont été plus ou moins 
les adversaires du P. Bouhours, partisans des idées jansénistes, 
c'est-à-dire celles de Port-Royal, du moins en ce qui concernait 
l'extension et la liberté du vocabulaire. Cependant, à tout prendre, 
Andry est un grammairien sensiblement supérieur à Alemand : cette 
Guerre civile des François sur la langue, publiée en 1688, est un 
assez pauvre livre et où il y a bien du fatras ; il y en a aussi dans les 
Réflexions sur Tusage présent de 1689, mais moins assurément, et 
une note un peu plus personnelle, je dirai même un certain flair 
grammatical. Il est probable que si Andry n'avait pas renoncé très 
vite à ces études, entraîné vers une carrière médicale qui d'ailleurs a 
été brillante, il se serait perfectionné dans ces questions de langue, et 
y aurait assez vite fait autorité; Alemand n'avait qu'une facilité 
banale à revenir sur des points qui, quarante ans après Vaugelas, 
n'auraient plus même dû être mis en question. M . S. a dépouillé 
ses deux auteurs avec attention et d'une façon complète, il me 
semble ; la partie essentielle de son travail consistait à disposer dans 
un classement logique les fiches une fois recueillies, et il y a réussi 
d'une façon honorable. Peut-être pourrait-on lui reprocher d'avoir 
établi çà et là des partitions un peu trop minutieuses, et surtout de 
n'avoir pas évité tout chevauchement : ceci est sensible par exemple 
pour ce qui concerne les niots et la place qui leur a été assignée soit 
dans la première partie [Vocabulaire), soit dans la troisième {Style). 
Mais il était délicat, je le reconnais, de se décider parfois, et c'est 
d'ailleurs un inconvénient auquel remédie l'index de la fin. Je trouve 
seulement que M. S. aurait dû mettre plus souvent qu'il ne l'a fait 
entre guillemets les expressions évidemment empruntées à ses 
auteurs, et il eût donné par là même à son travail une utilité plus 
immédiate. Il aurait dû également éviter une rédaction qui parfois 
devient ambiguë à force d'être brève. Enfin il eût été bon, je le répète, 
de donner un peu plus de relief à l'influence qu'a exercée malgré tout 
Andry, car c'est de lui, semble-t-il, que date la proscription de 
davantage que, et aussi cette exigence de symétrie logique qui a 



198 REVUE CRITIQUE ■ 

interdit peu à peu de donner à un verbe comme comple'ments un 
nom et une proposition secondaire. — M. Siernischa est probable- 
ment étranger, comme son nom l'indique : il possède en somme assez 
bien notre langue, et je ne lui reprocherai donc pas quelques tours de 
phrases çà et là un peu gauches. Mais cependant cela n'excuse pas 
l'impression vraiment trop défectueuse du livre. L'errata comprend 
plus de i5o articles, ce qui est beaucoup pour un volume de 
3oo pages. De plus il va des négligences dans cet errata lui-même 
[p. 6. l. 10 mép}'isa,\\ faut lire ligne 12). Et enfin on pourrait y faire 
encore pas mal d'additions: p. 26, 1. 18 à me disant pour en me 
disant: p. 55, 1. dern. inforcable ; p. Sg.l. 21 adverbes pour verbes, etc. 
Lorsqu'on imprime quelque chose, il faut absolument, et cela dès le 
début, apporter un peu de vigilance à la correction des épreuves. 

E. BOURCIEZ. 



Elisabeth Mary Wright : Rustic Speech and Folk-Lore. H. Milford, Oxford 
University Press, rgiS. Pr. 6 sh. 

De mots, de phrases, recueillis non dans un dialecte particulier, 
mais partout où ils se sont rencontrés, l'auteur a composé un ouvrage 
d'ailleurs intéressant, dans lequel elle prouve surabondament que le 
peuple non seulement a ses règles de prononciation et de syntaxe, 
exactement comme les classes instruites, mais même qu'il y obéit 
avec beaucoup plus de fidélité que nous ne le faisons. Nous y voyons 
en outre, ce que notre propre expérience nous avait depuis longtemps 
enseigné, que les dialectes, d'une infinie richesse, possèdent un 
nombre d'expressions qui n'ont point leur équivalent comme pitto- 
resque, force et clarté dans la langue savante. La conclusion quj 
s'impose, c'est que celle-ci ne peut que gagner — et cela dans tous 
les pays — à faire de larges emprunts à ceux-là : question de goût, 
de mesure et aussi de science. Le vocabulaire dialectal qu'il convient 
de remettre en honneur a ses racines dans la vieille langue : il s'agit 
donc, en le reprenant, d'en connaître très exactement la signification 
originelle. Avec une légère épuration peut-être ce serait un apport 
vigoureux et fécond, dont la littérature nationale ne pourrait manquer 
de tirer un profit précieux. 

C'est la première partie de ce volume, à mon avis pas assez diffé" 
renciée de la deuxième qui. en réalité, traite un sujet complètement 
autre. Un recueil de folklore, comme il en foisonne, sur les êtres surna- 
turels, les superstitions, les charmes et les remèdes, la divination, la 
naissance, le mariage, la mort, les jeux, la vie à la campagne, les 
jours de l'année, les poids et mesures, les noms des plantes et des ani- 
maux C'est d'un désordre où l'art n'a rien à voir : l'on y découvre 

néanmoins quantité de jolis détails. 

Léon Pineau. 



D HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE I 99 

Lettre de M. Leuba. 

Dans la Revue critique du 27 décembre dernier, M. Alfred Loisy a consacré un 
long compte rendu à mon récent ouvrage : A Psychological Study of Religion. 
L'examen que l'éminent professeur au Collège de France a fait de mes idées est 
si bienveillant que j'aurais mauvaise grâce à me plaindre. Je voudrais simple- 
ment dissiper un malentendu. 

M. Loisy s'est surtout attaché à la partie de mon livre qui concerne l'origine de 
la Religion et ses rapports avec la Magie, et, dans sa discussion de mes idées, il se 
place au point de vue de l'école de M..Durkheim. Or, il me semble que s'il eût lu 
l'article que j'ai consacré à discuter la conception de MM. Hubert et Mauss tou- 
chant les rapports de la Magie avec la Religion [Rev. Philos., oct. 191 3), M. Loisy 
eût ou bien accepté mon point de vue, ou bien il eût discuté et réfuté mes argu- 
ments. En fait il les passe à peu près sous silence. Cela tient sans doute surtout 
à ce que M. Loisy a eu sous les yeux l'édition anglaise de mon ouvrage dans 
laquelle mes arguments et documents ne sont pas mis en regard de la théorie que 
je rejette. Dans l'article indiqué (dont la substance a été introduite dans la tra- 
duction française de mon livre) j'ai essayé une réfutation formelle de cette théorie. 

Après ce petit exposé pro domo — et pour dissiper tout malentendu — qu'on me 
permette de reprendre brièvement la question. 

Tout le monde se sert des deux mots Magie et Religion. Il s'agit donc simple- 
ment de s'entendre sur le critérium au moyen duquel on devra différencier l'em- 
ploi de chacun d'eux. L'école sociologique française s'eflbrce de trouver ce crité- 
rium dans la valeur sociale, le caractère public, la systématisation du cérémonial. 
Cette tentative me semble échouer. En effet, à s'en tenir aux déclarations mêmes 
de nos auteurs, tout ce qu'on peut prétendre, c'est que la Religion possède ces qua- 
lités d'une manière plus générale et à un degré plus haut que la Magie. Ainsi ces 
caractères, loin de séparer la Magie de la Religion, les relient. Si les faits étaient 
tels que toute différenciation fût impossible, nous n'aurions qu'à nous incliner, 
mais il n'en est rien. Tout d'abord il est une chose dont il faut se rendre compte : 
pour différencier les phénomènes auxquels s'appliquera le terme Magie, il 
importe de découvrir non pas ce que ces phénomènes ont d'essentiel, mais bien 
ce qu'ils ont de distinctif. Je suis tout à fait d'accord avec ceux qui, comme 
M. Loisy et l'école française, pensent que ce que la Magie et la Religion ont en 
commun est plus fondamental que leurs différences. Il n'en reste pas moins que 
c'est par leurs différences, et non par leurs similarités, qu'il les faut séparer. 

Les faits entre lesquels il s'agit de distinguer se classent naturellement en deux 
groupes : 

1" Les rites dans lesquels des idées, des sentiments et des volitions sont suppo- 
sés être éveillés en des agents personnels grâce à des moyens qui ne sont ni 
mécaniques ni automatiques, mais qu'on peut appeler anthropopathiques, tels 
que des invocations, des offrandes, des prières; 

2» Les rites qui exercent une action directe ou automatique. 

En donnant le nom de Religion aux rites de la première espèce et celui de 
Magie à ceux de la seconde, nous croyons non seulement marquer une dilTérence 
psychologique importante, mais encore nous trouver en accord substantiel avec 
l'usage. 

Le fait que dans maintes cérémonies les deux attitudes ou modes d'action que 
je viens de caractériser se tiDuvent côte à côte, n'annulle pas la distinction. Et 
cette distinction n'empêche pas non plus qu'en général les rites religieux soient 
de plus haute valeur sociale, qu'ils possèdent à un plus haut degré le caractère 
public et qu'ils soient mieux systématisés. 

James H. Lkiba, 
Bryn Mawr Collège, U.-S. A. 



200 REVUE CRITIQUE DHIST(JlRE ET DE LITTÉRATDRE 

RÉPONSE DE M. LOISY. 

Puisque je n'ai point altéré dans mon compte rendu la pensée de M. Leuba, il 
me parait superflu de reprendre ici après lui une question qui serait à traiter 
plutôt dans une revue spéciale. Pour apprécier les idées de M. L. sur le rapport 
de la magie et de la religion, j'ai cru me placer au point de vue des faits, non 
à celui d'une école particulière, si respectable qu'elle soit. Et quant au fond de la 
question, je me permets de renvoyer soit à mon article du 27 décembre dans cette 
Revue, soit à l'article plus développé que j'ai consacré au livre de M. Leuba dans 
la Revue d'histoire et de littérature religieuses, 1914, n"' i et 2. 

A. L: 



Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. — Séance du 20 février iqi4. 
— M. Camille Jullian annonce qu'au cours des fouilles entreprises dans quelques- 
uns des tumuli du déparlement des Landes, M. Dubalen, conservateur du iNiusée 
de Mont-de-Marsan, a découvert dans l'un d'eux, à Aubagnan, une tombe de 
guerrier où se trouvait un grand vase renfermant une urne remplie de cendres 
fines et une cotte de mailles faite de petits anneaux en fer et en bronze. Enchâs- 
sée en partie dans cette cotte était une lamelle d'argent avec une inscription en 
repoussé. C'est une inscription en caractères dits celtibériens très nets, ce qui 
permet de reporter cette tombe aux temps qui ont précédé la conquête romaine. 
Elle prouve que les Aquitains dont a parlé César avaient subi d'assez près l'in- 
fluence des Ibères de l'Espagne ; cela résulte du reste d'autres indices et notam- 
ment de la trouvaille de monnaies faite à Barcus. 

M. Henri Cordier communique un télégramme que M. le Secrétaire perpétuel a 
reçu du D' Victor Segalen, envoyé en mission en Chine à l'aide d'une subvention 
prélevée sur la fondation Benoit Garnier. Ce télégramme est ainsi conçu : « .\rri- 
vés Si ngnan fort bonne santé ; résultats archéologiques intéressants ». 

M. le comte Paul Durrieu expose qu'il a entrepris depuis longtemps de 
rechercher à travers toute l'Europe les mss. qui renferment les œuvres litté- 
raires du roi René d'Anjou. Les écrits du roi René ont été publiés ou analysés à 
diverses reprises; mais il se trouve que ceux qui s'en sont occupés n'ont presque 
jamais utilisé ni même connu les meilleurs mss. Cependant ces exemplaires 
méritent d'autant plus d'être étudiés que les compositions littéraires du roi René 
constituaient des « ouvrages illustrés », ornés d'images dont le roi parait avoir 
surveillé de près les conceptions et que, par conséquent, certains des mss. sont 
d'un très grand intérêt pour l'histoire de l'art au xv<= siècle. En outre, on y ren- 
contre des représentations précieuses au point de vue historique et archéologique. 
M. Durrieu cite, à ce propos, un récit d'un tournoi donné par le roi René en 1446, 
récit dont le ms. était au xvii« siècle chez le chancelier Séguier. Tous les histo- 
riens récents du roi René ont considéré le ms. comme perdu. Il était en réalité 
passé à la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg où .M. Durrieu a pu 
l'examiner et dont il présente une photographie grâce à M. le comte .Mexandre 
de Laborde. Cette page montre combien l'auteur des illustrations du ms. s'est 
attaché à reproduire tous les détails fournis par le texte du récit sur les cérémo- 
nies de la fête. 

M. Camile Jullian communique, au nom de M. Pierre Paris, correspondant de 
l'Académie, des découvertes faites à Mérida, des idoles néolithiques en os, un lion 
héraldiaue, qui prouvent que la ville romaine d'Augusta Emerita a dû être habi- 
tée dès les temps les plus reculés. 

M. Cagnat commente une inscription latine trouvée à Bulla Regia, en Tunisie, 
par M. le D' Carton, correspondant de l'Académie, dont la découverte avait été 
annoncée dans une précédente séance. On y trouve toute la série des fonctions 
exercées à la Hn du ii« siècle p. C. par un chevalier romain qui, en particulier, 
était intendant de l'armée de Scptime Sévère lors de son expédition en Gaule 
contre Clodius Albinus. 

M. Paul Monceaux, au nom de M. Carcopino, professeur à l'Université d'.Mger, 
signale de nouvelles découvertes récemment faites par M. Jégot, instituteur, dans 
la basilique de Bcni-Rached, près d'Orléansville. (in y a trouvé notamment une 
seconde inscription en mosaïque qui mentionne VEcclesia catholica, et qui parait 
dater de la fin du iv« s. 

Léon Dorez. 

L' imprimeur-gérant : Ulvssk Rouchon. 

Le Puy-en-VeUy. — Imprimerie Peyriller, Rouchon et Gamon 



i 



REVUE CRITIQUE 



D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 



ï 



N" 11 — 14 mars — 1914 

G. Blocii, La République romaine. — Corpus agrimensorum Romanorum, I, i, 
p. Thllin. — [.ettres du temps de César et de Trajan, p. Bardt. — Hirschfeld, 
Petits écrits. — Apulée, p. Helm. — Rinn et Jûngst, Lectures sur l'histoire de 
l'Eglise. — Heussi, Compendium et Résumé de l'histoire de l'Eglise. — Anglade, 
La bataille de Muret. — Olscuki, Le centre idéal de la France au moyen-âge. 
— Le Livret de la croix, de Sigismond de Hohenlohe, p. Ficker. — Traité des 
hérétiques, de Castellion, p. Olivet. — Mrs Stopes, Burbage et le théâtre de 
Shakspeare. — Hultin, Le comte de Creutz. — D.arboi;x, Éloges et discours. — 
Frignet Despréaux, Le maréchal Mortier, I. — Leipzig, i8i3. Documents, p. 
Pflugk-Harttung. — Dupuis, La direction de la guerre. — Académie des 
Inscriptions. 



G. Bloch. La République romaine ; conflits politiques et sociaux. Paris. 191 3, 

in-i2, 333 pages, chez Ern. Flammarion. 

Nous ne possédons pas encore, et c'est regrettable, une histoire de 
la République romaine, à la fois détaillée et scientifique, racontant 
les faits avec tout l'appareil de notes et de références nécessaires, 
résumant et discutant les théories émises par les savants compétents 
et coordonnant le tout dans un cadre solidement établi: nous en 
sommes toujours à la grande histoire romaine de Duruy. Ce n'est pas 
une histoire ainsi comprise que M . Bloch vient de nous donner, ou 
du moins ce n'en est que l'esquisse, dégagée de toute apparence exté- 
rieure d'érudition, sans notes, sans discussion de détail. J'aurais 
mieux aimé, pour ma part, que M. B., qui connaît mieux que per- 
sonne cette période historique, eût le courage de ne pas s'en tenir à 
un tableau général, si bien tracé qu'il soit, si attrayante qu'en soit la 
lecture. Il ne l'a pas voulu; le voudra-t-il jamais? Je ne serai pas seul 
à penser que ce serait très souhaitable. 

Tel qu'il est conçu, le livre est excellent; il témoigne de la plus 
solide connaissance des faits et d'une compréhension entière des 
événements, de leurs causes, de leur enchaînement. Ce qui caractérise 
ce travail, c'est la part accordée par l'auteur aux questions sociales. 
Un des résultats du trouble dans lequel nous vivons et des luttes 
auxquelles nous assistons a été de nous faire comprendre que les 
questions politiques pures, désintéressées, n'existent guère et que ce 
qu'on est convenu d'appeler les principes s'effacent le plus souvent 

Nouvelle série LXX'Vll. U 



202 REVUE CRITIQUE 

devant les mtérêts matériels; d'une pan il y a ceux qui possèdent 
l'argent, l'influence et le pouvtjir ci qui ne soucient pas de les perdre; 
de l'autre ceux qui, n'ayant rien de tout cela, veulent l'acquérir. C'est 
ce qui est au fond de toutes les luttes qui ont marqué la vie et la mort 
de la république romaine et ce que M. B. a très bien indiqué. D'une 
part la noblesse, les puissants, qu'ils fussent patriciens d'origine ou 
plébéiens sortis de la foule et devenus, après leur élévation, les alliés 
de leurs ennemis d'hier, les adversaires de. ceux sur qui ils s'appuyaient 
la veille, ou bien enrichis par l'exploitation des provinces ; de l'autre 
les déshérités, dont la masse se renouvelle sans cesse par le dessous, 
qu'on essaie d'apaiser par des- concessions, toujours insuffisantes à 
leur gré. D'autre part un sénat, qui ne se résigne qu'à regret aux 
concessions, à qui le plus souvent on est obligé de les arracher par la 
violence, qui, cependant, par instants, semble sentir qu'il serait habile 
de prendre les devants, mais pour se rétracter aussitôt. Au milieu de 
tout cela, les ambitions personnelles les plus ardentes, les plus éhoniées 
et le bien général entièrement sacrifié aux appétits particuliers. 
• Ce sont ces vues d'ensemble, apparentes même par la division des 
livres et des chapitres, qui font le livre de M. B. si vivant, qui lui don- 
nent une certaine actualité. Non que l'auteur se laisse aller aux rappro- 
chements superficiels, si aisés et si décevants; je répète que ce qu'il 
avance s'appuie toujours sur des documents, que nous reconnaissons 
sous ses affirmations anonymes; mais parce que la similitude existe 
et que, à notre époque plus que jamais, elle s'impose. 

Cette préoccupation de chercher aux faits des causes sociales, 
amène l'auteur à certains jugements qui ne sont pas toujours con- 
formes aux idées courantes. Pour Catilina. par exemple, il est fort 
embarrassé de savoir s'il faut le regarder comme un vulgaire ambi- 
tieux, comme un exploiteur, ou comme un homme qui aurait pour- 
suivi un plan politique ; il avuue bien que les témoignages ne lui sont 
pas favorables; mais ils sont si incomplets, si partiaux ! Et, d'ailleurs, 
les circonstances étaient si particulières! « L'écart était scandaleux 
entre l'extrême opulence et l'extrême pauvreté, le contraste dérisoire 
entre la fiction de la souveraineté populaire et la brutalité des réalités 
économiques se traduisant par l'oppression des masses... Comment, 
avec les précédents [abolition des dettes, lois des Gracques, confis- 
cation de Sylla] l'idée d'une expropriation totale n'aurait-elle pas 
surgi et fermenté dans la foule souftVante et comment n'eùt-elle pas 
gagné jusque dans les hautes classes quelques âmes généreuses, quel- 
ques esprits aventureux? » La conclusion se devine. Catilina est un 
produit des temps, il ne semble pas avoir été pire que beaucoup de 
ses contemporains en cet âge de corruption et de férocité. Ceux-ci, 
ou du moins ceux qui ont parlé de lui, ne lui ont pas accordé de 
circonstances atténuantes. Le jury de notre époque lui en accor- 
derait; la question est de savoir si l'histoire peut se résigner aussi 



d'histoire et de LirXÉFATURE 203 

aisément en pre'sencc des crimes et des désordres révolutionnaires. 

Un autre point que M. B. a fort bien mis en lumière, c'est la part 
que les conquêtes romaines ont eue à la décadence et à la chute de la 
république; celles-ci avaient créé de nouveaux besoins, avaient intro- 
duit dans l'Etat un grand nombre d'éléments nouveaux non assimilés" 
aux anciens; de là une situation fausse et périlleuse qui explique 
l'anarchie des derniers temps. Les quelques lignes suivantes ip. 145) 
pourraient être la conclusion du livre : « La destinée de Rome est 
unique dans l'histoire. Seule de toutes les cités anciennes elle a fondé 
un empire et seule elle a admis les vaincus à la participation des 
droits civiques. Mais, en fondant un empire et en devenant un grand 
état, elle est restée une cité. Elle a gardé de la cité, sans y rien 
changer, l'institution essentielle, les comices, fonctionnant, comme à 
l'origine, au Forum et au Champ de Mars : et par là elle a préparé 
la ruine de ses libertés. Du moment où les citoyens ne pouvaient 
exercer leurs droits politiques qu'à Rome, il était inévitable que la 
masse, écartée par la distance, finît par s'en désintéresser. On tenait 
aux droits privés parce qu'ils étaient une réalité; on devait faire bon 
marché des droits politiques qui étaient illusoires. Il eût fallu pour les 
rendre effectifs et leur conserver leur prix, toute une révolution, la 
substitution au gouvernement direct, le seul en usage dans le monde 
antique, du régime représentatif, par délégation, tel que l'ont conçu 
les sociétés modernes. Mais Rome ne s'est pas élevée à cette notion. 
Son originalité, qui fut grande, n'est pas allée jusque là ». D'où la 
chute du régime républicain et sa transformation en monarchie. 

Tout ce que je viens de dire et les citations que j'ai faites montrent 
le grand intérêt et l'originalité du livre de M. Bloch. 

R. Cagn.\t. 



Corpus agrimensorum Romanorum recensait Carolus Thulin, vol. I, tasc. I : 
Opusciila Ligrimcnaonim vcicruni. .\Jjcctac sunt 48 tabulae phoiotypicac. Bib. 
Teiiliiier, iqi?, iv-171 p. in-12, 7 m. 

Si je ne me trompe, M. Th. ne s'est occupé jusqu'ici, d'une manière 
générale, que de sujets qui se rapportent à l'histoire ou aux institu- 
tions de l'Etrurie. Et cependant il était comme désigné pour la publi- 
cation qu'on entreprend; en effet, M. Th. a préludé à son livre par 
deux publications particulières auxquelles il se réfère souvent : un 
mémoire de l'Académie de Berlin (Die Handschriften des Corpus 
agrimensorum romanorum, 191 i), et un livre d'extraits des mss. (Zur 
Ueberlieferungsgeschichte des Corpus agrim. Rom. Gôteborg, 19111; 
j'ai le regret de n'avoir pu consulter aucun de ces deux ouvrages. 

Pas de préface. En tête, table des signes avec classement des mss. 
Suivent au texte Frontin, Urbicus, le Cotnmentiim de agrorum qua- 
litate, parfois attribué à Urbicus; le Commentiim de controversiis; 
Hygin ; Siculus Flaccus ; enfin Hygin \c gromaticus. 



204 REVUK CRîTIQrE 

L'âge vénérable du ins. de Woltcnbuitel qui sert de base à ces 
textes (vies.), leur donne un aspect et une valeur particulière. 

Par les définitions et par les descriptions dont est fait ici le texte, il 
rappelle, avec les différences inévitables, les recueils juridiques. Le 
point de départ se trouve d'ailleurs ici aussi dans des lois ou des règle- 
ments, et ici encore sont notées les questions controversées et la solu- 
tion la meilleure. Nous sommes d'ailleurs, à l'occasion, reportés aux 
réalités de la vie romaine par telle indication, ainsi par ce qui est dit 
de la manière dont doit être préparé le tirage des parts {.sortes) à 
assigner à chacun des colons, ci sur le soin par lequel il faut préve- 
nir toute réclamation (p. 73, 17 et s.). De tout temps Rome a connu 
ces difficultés et a dû y parer. 

Je ne puis faire un véritable compte rendu de ce livre, et j'avoue 
que sur le sujet, je manque entièrement de compétence. Je dois dire 
cependant que, malgré tout ce que ces textes ont d'ardu, le soin de 
l'éditeur et la clarté, qu'il a répandue partout, ont été tels qu'on arrive 
assez vite à se reconnaître. 

Le lecteur trouvera du plaisir et aussi quelque profit à suivre les 
dessins et gravures qui sont reproduits, d'après les mss., à la fin du 
volume (48 planches, 144 figures]. Pour une partie, c'est, avec plus 
de soin dans le détail, les mêmes figures que dans Lachmann '. 

É. T. 

Roemische Charakterkoepfe ia BrieFcn vornehinlich aus Caesarischer und 
Trajanischer Zeit von C. Bardt, mit cincr Karte. Tcubner, iQiS, in-S", 
vi-434 p. 9 m. 

M. Bardt a publié jusqu'ici des traductions et de bonnes éditions 
classiques des lettres de Cicéron. La connaissance qu'il a de ces 
textes, l'amenait tout naturellement au présent livre. Celui-ci est fait 
pour moitié de lettres de l'époque de Cicéron, les lettres de Pline et 
de Trajan formant l'autre partie. Maint paragraphe vient ici des édi- 
tions publiées antérieurement par M. Bardt. 

Le livre est dédié à O. Hirschfeld, ce qui est en soi u^e excellente 
recommandation. Pour la collection dont il fait partie et le plan 
suivi, on conçoit que l'idée en soit venue aisément à d'excellents 
pédagogues. Comment en effet donner au lecteur moderne le moyen 
de connaître le mieux possible des personnages célèbres de l'anti- 
quité? Si fameux, si habilement tracés que soient les portraits, ils 
laissent la main d'un tiers s'interposer entre nous et le modèle ; donc 
aucune impression directe n'est possible qu'en permettant à la per- 
sonne de se présenter clle-mcme ; autrement dit on n'a quelque 
chance de bien juger les hommes qu'en lisant les lettres qu'ils oni 
écrites. En quelques traits, les auteurs de lettres se peignent eux- 

I. Dans son éditi(;n de 1848-1852, Lachmann donnait 343 figures, dont beau- 
coup de dessins ditVérents de ceux-ci, des lettres ornées, etc. 



d'histoirk et de littérature 203 

mômes et leurs amis bien plus vite et bien mieux qu'aucun autre ne 
le pourrait faire. D'où la pensée d'utiliser en ce sens les correspon- 
dances que nous a laissées l'antiquité en faisant, parmi ces lettres, un 
choix judicieux qui, sous forme de traductions, les mette à la portée 
de tous. 

Mais seront-elles toujours comprises? Ceci est autre chose. Dans 
les éditions ordinaires, des notes permettent de résoudre les diffi- 
cultés. On a ici systértiatiquement écarté les notes parce qu' « elles 
sont encombrantes et qu'elles gêneraient ceux qui sont au courant ». 
Raison spécieuse certairiement, et j'imagine que les exposés chrono- 
logiques, les arguments et tout ce que prodigue l'éditeur, ne suppléera 
guère à ce manque de secours précis et indispensables. 

Toutes les parties dues à l'éditeur sont rédigées avec sens et aussi 
avec verve, et des allemands nous disent que les traductions ont le 
même caractère. 

Encore une critique : pourquoi semer ici des rapprochements qui 

seront, pour la plupart des lecteurs, de véritables énigmes? Comptez, 

dans un cercle de lettrés, combien d'entre eux connaîtront « la nuit 

irlandaise de Londres » ip. 269 au bas)? 

E. T. 



Kleine Schriften, von Ouo Hirscufeld. Berlin, Weidmann, I9i3, ix-ioii gr. 
in-4°. 3o M. 

Nul besoin ici de présenter l'auteur; tout le monde connaît les 
recherches de Hirschfeld sur la constitution romaine, ses études sur 
la Gaule ancienne et surtout sa large collaboration au Corpus. 

Le volume est dédié à Hermann Dessau à qui nous devons le meil- 
leur recueil d'Inscriptions romaines. En tout 74 articles. A côté de 
chacun d'eux, la date de publication. Le plus ancien est de 1869, le 
plus récent de Tannée dernière, 191 3. Une bonne partie se rattache, 
comme il est naturel, à l'objet principal des études de M. H., à l'épi- 
graphie et aux institutions; d'autres relèveraient du droit, de l'his- 
toire littéraire ou de l'histoire. Quelques-uns sont inédits, quoique 
lus jadis dans quelque séance d'Académie. Pour presque tous les 
articles, la publication a été faite d'abord dans des revues {Wiener 
Studien, Westdeutsche Zeitschrift, Historische Zeitschri/t, Hermès, 
Zeitschrift fiir Reclilsgeschichte, Zeitschrift/. d. œsterr. Gjmn., 
Philologiis, Kliol, des Mémoires d'Académies (surtout de Berlin), 
Festschriften, etc. Les deux derniers articles, donnés comme supplé- 
ments (Nachtriigei, sont : une note sur la date du De brcvitate vitac 
de Sénèque, et des Mélanges épigraphiques (inscriptions du camp de 
Carnonte et des ponts de pierre de Brazza). 

Le ■j'' article (Le Conseil des Gaules), est écrit en français; il a 
paru d'abord dans le recueil de Mémoires publié par la Société des 



206 REVUE CRITIQUE 

Antiquaires de France à l'occasion de son Centenaire (1904). L'un 
des articles, aussi en français (Dellius ou Sallustius , a paru dans les 
Mélanges Boissier. M. H. était lié avec Allmer qui a traduit, dans sa 
revue, une des conférences de M . H. à Vienne (Lyon, in der Hônier- 
zeit). Il y a d'ailleurs ici un article nécrologique sur Aug. Allmer, à 
côté de ceux qui sont consacrés à Mommsen, et à Friedlander. Notons, 
ce qui est une exception dans les livres étrangers, qu'ici le français 
est imprimé de la manière la plus correcte. 

Les articles sur la Gaule et sur les Gaulois forment un groupe très 
important. Quelques articles sur Tite-Liveet Polybe; tout un groupe 
(4 articles) sur Tacite et son œuvre. Autre groupe sur les empereurs, 
leurs tombeaux; leur culte; leurs propriétés immobilières, police de 
sûreté, noblesse et hiérarchie, acclamations au sénat, etc. Un litre 
piquera la curiosité du lecteur : Augiistiis ein Inschriftenfœlscher? 

Après le titre des articles anciens, se trouvent des notes récentes 
entre crochets qui suppléent aux lacunes inévitables, et de plus il y a 
à la fin une page de petites additions (Zusiitze) qui n'ont pu être pla- 
cées qu'après l'impression. 

Il faut bien s'attendre, car rien n'était plus naturel, à ce que dans 

toutes ces études, la moindre proposition soit aussitôt appuyée de toute 

une série d'inscriptions. En plusieurs passages on lira un certain 

nombre de conjectures; il semble que, d'une manière générale, elles ne 

soient pas très heureuses. Ce n'est pas là certainement la partie forte 

de M. Hirschfeld. En marge, pagination delà première publication. 

Index commodes d'un peu plus de 20 pages. 

Emile Thomas. 



Apulei opéra quae supersunt. Vol. 1. Apulei Platonici Madaurcnsis Metamor- 
phoseon libri XI. Itcrum edidit Rudoifus Hki.m. Bib. Teubner, 191?, viii- 
29!) p. ? M. 

On s'accorde à reconnaître qu'on a abusé des conjectures sur le 
texte d'Apulée. La critique n'a pas manqué de relever ce défaut dans 
l'édition de Van der Vliet; mais tous les savants qui, depuis se sont 
occupés de l'auteur, n'ont guère changé de méthode ; tous ont cru bon 
de justifier leur intervention par des conjectures nouvelles ; l'apparat 
en est rempli jusqu'à l'obstruction, et on trouvera encore ici, avec la 
marque He, celles qui, propres au nouvel éditeur, ont été par lui 
reçues dans le texte. Ajoutez à cela les tentatives risquées des copistes 
et celles des humanistes; bientôt nous aurons tout sous la main, sauf 
ce qui peut venir d'Apulée. Il est grandement temps qu'une réaction 
énergique se fasse dans le sens de la tradition. 

La première édition des Métamorphoses de Helm est de 1907. Elle 
contenait le même nombre de pages, {."index virorum doctorum n'a 
ici que quelques lignes de plus. L'index bibliographique a été com- 
plété et se réfère aux travaux parus depuis 1907. Les deux éditions 



.'. 



D HISTOIRE ET DE LITTERATURE 207 

sont dédiées à Fr. Léo. Le même savant, récemment décédé, avait 
fourni quelques notes dans la corrcciion des épreuves. Elles sont 
ingénieuses ; malheureusement, en prétendant écarter telle ou telle 
glose du texte, Léo me paraît plus d'une fois couper dans la chair 
vive de l'écrivain. 

Aucune préface; c'est donc à nous de découvrir quels change- 
ments M. H. a crus nécessaires. 

L'apparat critique reste toujours compliqué. Je me demande si l'on 
ne pourrait pas, sans aucun dommage réel, le simpliHer. Je voudrais 
aussi qu'il fût plus clair ; Je doute fort que toutes les sigles employées 
soient toutes bien comprises. Je n'v supprimerais pas cependant les 
courtes notes foit utiles qui servent à éclaircir une expression diffi- 
cile. 

En somme, nous avons ici un bon travail, consciencieusement 
repris, où l'on nous donne plutôt trop. Ce sont là des regrets que 
nous n'avons pas si souvent à exprimer '. 

É. T. 

Kirchengeschichtliches Lesebuch fiir den Unterrichtan hoeheren Lehran- 
stalten, herausgegeben von Prof. Heinrich Rinn iind Pfarrer .loh. Jùngst. Schû- 
lerausgabe. Dritie Autlage, Tûbingen, Mohr (Siebeck), 1913, XI, 229, 16 p. 8". 
Prix : 3 fr. 40. 

Le présent livre de Lectures pour servir à l'enseignement de Vhis- 
toire ecclésiastique dans les établissements d'instruction supérieurs, 
dû à la collaboration d'un professeur de l'enseignement secon- 
daire et d'uil pasteur, est arrivé à sa troisième édition, ce qui 
montre qu'il répondait, dans une certaine mesure, à un besoin réel. 
Dans cette nouvelle édition MM. Rinn et Jûngst ont réduit considé- 
rablement (de près de moitié) leur choix des textes, afin que le volume, 
devenu moins cher, puisse être mis entre les mains des élèves d'écoles 
supérieures et d'écoles normales d'instituteurs. J'ai quelque peine à 
me persuader que ces fragments de textes, empruntés à des auteurs 
sacrés ou profanes, traduits sur les textes originaux, sans aucuns 
commentaires ni notes, puissent éveiller chez la plupart des élèves 
de cette catégorie le désir de connaître d'abord, puis la connaissance 
véritable du passé religieux de l'humanité. On comprend parfaitement 
qu'un livre de ce genre soit utile aux maîtres qui enseignent dans de 
petites localités, où ils n'ont pas de bibliothèques à leur disposition. 
Mais les élèves ? Combien de leçons d'histoire ecclésiastique ont-ils 
dans la semaine ', pour qu'on puisse les entretenir de saint Augustin, 



I . P. 22, 20. lire citpis. P. 100, à l'apparat, au lieu de 16, lire 19. 

2. l'^ncorc faut-il remarquer qu'il leur manque absolument tout renvoi indi- 
quant les sources dont ces extraits sont tires. Les quelques maigres notes (p. 210- 
216) seraient mieux sous leurs pages respectives. 



208 REVUE CRITIQUE 

de saint Anselme de Cantnrbcrv, snim Thomas d'Aquin, de la Théo- 
logie germanique, de M"'^ Guvon et de Schleiermacher ', du dévelop- 
pement religieux de M. de Bismarck, etc.? Les dernières pièces citées 
dans ce recueil de textes sont la Correspondance entre le pape Pie IX 
et l'empereur Guillaume 1 (iSjS) et la lettre adressée par M. le pas- 
teur Bourrier à M. Robert, évêque de Marseille (iSgS). 

Les auteurs ont ajouté un supplément, de Julien à Mahomet, où 
sont traitées sommairement les religions non chrétiennes. Le volume 

se termine par seize pages de Tablettes chronologiques. 

E. 



Kompendium der Kirchengeschichte von Karl Helssi, Lie. theol. Dritte ver- 
besseite AuHage. Tùbingen, Mohr iSicLeck), igiS, XXI, 6i3 p. 8». Prix : 
II fr. 25. 

Abriss der Kirchengeschichte von Karl Helssi, Lie. iheol. Oberlchrer in 
Leipzig, Tùbingen, .Mohr Siebeek;, igiS, \\U, 172 p. 8°. Prix : 2 fr. 5o. 

Il y a depuis quelque temps, non pas surabondance — le terme 
pourrait sembler peu courtois — mais très grande abondance d'His- 
toires de V Eglise paraissant dans l'Allemagne protestante. La librairie 
Mohr, de Tubingue, à elle seule, nous offre encore, après celles de 
D. K. Muller, de Gustave KriLiger, de Wilhelm Moeller, de Kawerau, 
de Hans von Schubert, le Kompendium et Y Abriss de M. Karl Heussi. 
professeur à l'un des Ivcées de Leipzig; on peut dire qu'il y en a pour 
toutes les bourses, pour tous les âges et tous les goûts. Le Kompen- 
dium est un manuel à l'usage des étudiants, dans lequel Tauieur a 
écarté tout ce qui ne lui semblait pas absolument nécessaire en fait 
de dates, de noms, d'événements et d'idées, ne conservant que l'indis- 
pensable dans cette édition nouvelle, délestée, d'après la préface, dans 
des proportions assez sensibles. C'est un résumé bien écrit d'ailleurs, 
qui se lit facilement et dont les jugements m'ont paru généralement 
équitables. On peut trouver que l'auteur s'y occupe un peu trop de 
l'histoire politique, mais c'est actuellement, on le sait, la tendance 
générale \ 

Quant à ï Abriss, c'est un résumé très sommaire de l'histoire de 
l'Église, devant servir de fil conducteur aux maîtres et aux élèves pour 
le cours spécial des classes supérieures des établissements protestants 
de l'enseignement secondaire, et sans doute avant tout des gymnases 
saxons. L'auteur ne poursuit nullement le but d'y fournir un tableau 



1. On y rencontre aussi les Conversations d'F.cUcrynann avec Gœthe, et, chose 
assez bizarre, dans une Histoire de ri'.glisc, les Arbeiterschut^geset^e de IV-mpe- 
rcur Guillaume. 

2. Lu littérature des dificrents chapitres n'est indiquée que par un choix assez 
restreint d'ouvrages; les renvois aux sources paraissent relativement clairsemés 
quand on compare l'ouvrage avec les ouvrages analogues récents de Kawerau et 
de Kriiger. 



D HISTOIRE ET DE LITTERATURE 2O9 

systématique et complet de toute Thisioire religieuse, depuis le début 
de l'ère chrétienne; il \u)udrait donner pkuôt aux jeunes gens, par 
des (( sondages » espacés à travers les siècles, des notions suffisantes 
pour qu'ils puissent comprendre l'histoire religieuse de leur temps, 
et sans que ces notions fassent quasiment double emploi avec l'en- 
seignement de l'histoire profane. C'est aux pédagogL>es de profession 
de discuter avec M. H. les principes qu'il formule dans son intro- 
duction, à ce sujet. Pour notre part, nous trouvons que l'histoire des 
premiers siècles est un peu trop détaillée ', celle du moyen âge trop 
sommaire, et que celle des temps modernes ressemble trop à un 
cours d'histoire générale. Une table chronologique des faits princi- 
paux se trouve à la fin du volume. 

E. 

Joseph Angi.ade, La bataille de Muret (12 septembre i2i3) d'après la Chanson 
delà Croisade. Texte et traduction. Toulouse, Privât; Paris, Champion, igiS, 
99 p. In-8" planches. 

L'auteur de cette élégante plaquette, dédiée à Frédéric Mistral, 
M. Joseph Anglade, professeur de langues et de littératures méridio- 
nales à l'Université de Toulouse, a voulu « honorer le souvenir des 
Aragonais ef des Catalans tombés à Muret », non pour « protester 
contre sept siècles d'histoire », mais pour rendre hommage « à la 
mémoire de ceux qui ont donné leur vie pour une cause juste et 
pour notre droit » (p. i i ). Dans ce but, il a publié, en le traduisant et 
en l'annotant, le passage de la Chanson de la Croisade contre les Albi- 
geois, se rapportant à la bataille du 12 septembre 121 3, d'après l'édi- 
tion de M. Paul Meyer (1875"), en contrôlant le poète par les récits de 
Pierre de Vaux-Cernay, chroniqueur de l'expédition des croisés, de 
Guillaume de Puylaurens, chapelain du comte de Toulouse, et de la 
chronique du roi Jaime I d'Aragon. Ces récits, on le sait, sont par 
moments assez différents de celui du poète, toujours encore anonyme, 
qui continua le médiocre Guilhem de Tudèle. M. A. s'est efforcé 
consciencieusement, à l'aide de plans détaillés, d'éclaircir et de fixer 
les épisodes successifs de cette grande journée, que les travaux de 
M. A. Delpech (1878) et de M. Dieulafoy [Mémoires de V Académie 
des Inscriptions, tome XXXVI, 2= partie) avaient déjà tenté de 
débrouiller. Il faudrait avoir été sur les lieux même et les avoir étu- 
diés, nos chroniques à la main, pour se hasarder à exprimer un juge- 

I. On pourrait aussi bien affirmer, à un certain point de vue, qu'elle ne l'est 
pas assez ; car M. H. fourre un peu beaucoup de dogmatique dans les paragraphes 
de cette première section. Si vraiment le programme exige qu'on explique aux 
élèves de seconde, et même de première, le montanisme, les théories gnostiques 
ou le manichéisme, Saint-.\ugustin ou Saint-.Vnselmc, etc., les données du livre 
ne suffisent pas et si l'on peut se borner à mentionner, tel quel, le contenu de ces 
paragraphes, comment veut-on que cela fasse impression sur d'aussi jeunes 
intelligences? 



2IO REVUE CRITIQUE 

ment sur certaines questions topographiques et autres qui se posent 
à ce sujet. En tout cas la lecture du travail de M . Anglade est sugges- 
tive et suscitera sans doute de nouvelles recherches sur le conflit où 
Pierre II d'Aragon trouva la mort '. 

E. 



Der idéale Mittelpunkt Frankreichs im Mittelalter in "Wirklichkeit und 
Dichtung, von D"" Leonardo Olsciiki, Privatdozeni an der Universitaet Heidel- 

berg, C. Wintcr, 1913,73 p. in-S". Prix : 2 fr. 5o. 

L'auteur, ;7r/vc7f-(ioc(?/2^ à rUniversité de Heidelberg ', a essayé de 
montrer, dans le présent opuscule, comment s'est formée, dans l'ima- 
gination des jongleurs du xi" au xiii= siècle et dans celle des masses 
populaires, après l'idée d'une chrétienté, hostile aux payeris. Vidée 
nationale qui s'était dégagée lentement des efforts successifs des pre- 
miers rois capétiens. Cette royauté étant encore itinérante et n'ayant 
point de siège fixé., les légendes transportèrent involontairement 
l'éclosion du sentiment national h l'époque antérieure, à Charle- 
magne et même à ses précurseurs. Mais alors, depuis longtemps déjà, 
la résidence impériale d' Aqiiisgranum était oubliée dans la Francie 
occidentale, absorbée par l'Allemagne; comme Laon, qui fut en effet 
la résidence des derniers Carolingiens français, et leur dernière ancre 
de salut était égalenicni dcchu de sa splendeur passagère, l'imagina- 
tion des poètes et celle de leurs auditeurs s'éprit de Paris, ou, pour 
parler plus exactement, de Saint-Denis, l'abbaye très protégée déjà 
par Charlemagne, et qui le fut également par les Capétiens, à partir 
de Louis VI, alors que l'abbé Suger faisait triompher le pouvoir 
royal et le mettait hors pair. Mais précisément pour ce motif, Saint- 
Denis est presque Paris; ils ont une vie commune. Le saint devient 
le saint national, la bannière de l'abbaye, la bannière royale, et à 
mesure que Paris grandit, sa réputation grandit également dans la 
littérature et la légende, si bien que la fusion se fait dans l'imagina- 
tion populaire et dans les œuvres des poètes entre l'abbaye illustre et 
la cité qui s'étend de plus en plus sur les deux rives de la Seine. 
Paris devient, ainsi que le dit un peu bizarrement l'auteur, « une 
source de toutes les possibilités de l'avenir » ' et le moyen âge fait 
de ce prétendu centre tout à fait fantastique de la France du passé, le 
centre idéal de la France du présent et de l'avenir. Sans cette fixation 
précoce de son organe central, fixation due moins à des réalités poli- 



1. Par suite d'une faute d'impression on renvoie p. 3i, h la page .'4; c'est 
page .y 1' quil faui \'\re. 

2. M. Olschki vient de taire paraître une (tuvre plus considérable que nous ne 
connaissons pas, Paris d'après les vieilles chansons nationales françaises, topogra- 
pliie, histoire et légende, publiée chez le nicnic éditeur. 

3. Eine Quelle aller Zukiinftsmœglichkeiten. 



d'histoire et de littérature 211 

tiques qu'à la puissance des légendes et des impressions populaires, 

la France ne serait pas devenue sitôt un Etat national et bientôt le 

premier de l'Europe [p. 691. 

La démonstration de M. O. nous semble ingénieuse et plausible. 

Mais il faudrait être un spécialiste de la littérature française au 

moyen âge pour apprécier plus à fond la justesse de ses déductions 

et pour vérifier certains détails de son étude, qu'on lit d'ailleurs avec 

un vif intérêt. 

E. 



I 



Kreuzbiichlein von Graf Sigismund von Hohenlohe, ib2b, neu herausgege- 
ben von Joh. F'icker (Quellen und Forschungen zur Kirchen = und Cultur- 
gcschichte von Elsass und Lothringen, I). Strassburg, Trùbner, 191 3, XLVI, 
23 p. gr. in-8<>, planches. Prix : 5 fr. 60 c. 

En i525 le doyen du Grand-Chapitre de la Cathédrale de Stras- 
bourg, le comte Sigismond de Hohenlohe, publiait, suivant un 
ancien usage, une exhortation adressée aux vicaires et desservants de 
Notre-Dame. Cet opuscule intitulé Kreuzbiichlein ou Livret de la 
Croix excita vivement l'opinion publique dans le diocèse même et 
au dehors, car, sous une forme modérée et presque mystique, c'était 
un manifeste de la foi nouvelle et son existence seule montrait que 
l'hérésie avait pénétré jusqu'au sein de ce chapitre, l'un des plus 
illustres du Saint-Empire romain. Il a été réimprimé depuis à diverses 
reprises ', mais toutes ces éditions sont devenues rares aujourd'hui. 
M. J. Ficker, professeur à la faculté de théologie protestante de 
Strasbourg, a donc fait œuvre utile en nous donnant une édition 
nouvelle du Kreu\buchlein. C'est une édition de luxe, car M. F. l'a 
présentée pour son quatre-vingtième anniversaire, au prince Her- 
mann de Hohenlohe-Langenbourg, rcx-.y^a/f/îa//er d'Alsace- Lorraine, 
décédé naguère. 11 a fait précéder le texte, assez court d'ailleurs, 
d'une introduction biographique ' et bibliographique soignée, et a 
joint les reproductions en fac-similés des titres et marques d'impri- 
meurs des premières éditions de l'opuscule, 

R. 

Traité des hérétiques, à savoir si on doit les persécuter et comment on se doit 
conduire avec eux par Sebastien CASTEt-Liov. Edition nouvelle publiée par 
A. Olivet, pasteur, préface de E. Choisy, professeur à l'Université de Genève. 
Genève, A. Jullien, 191 3, X, 19S p. in-i8. Prix : 3 fr. 

Depuis que M. Ferdinand Buisson a fait paraître, il y a vingt ans, 
sa belle biographie de Sébastien Castellion, tous les esprits lettrés en 



1. Le Livret de la Croix fut réimprimé en i383, 1662, puis en 1741, 1748, i73r, 
c'csl-à-dire à l'époque du piélisme triomphant, et une dernière fois en i8i>2. 

2. On pourrait trouver la partie biographique un peu sommaire; mais l'éditeur 
nous apprend qu'une monographie détaillée sur Sigismond de Hohenlohe paraî- 
tra prochainement. 



2 I 2 REVUE CRITIQUE 

France connaissent le petit pâtre du Bugey, devenu le pédagogue 
émérite de Genève ,1544) et le savant professeur de Bàle 'i558). Ils 
savent aussi que Castellion, persécuté lui-même pour ses idées trop 
larges, fut un des défenseurs les plus convaincus de la tolérance reli- 
gieuse, à une époque, où dans les deux camps de TEglise et de la 
Réforme, on croyait commettre un crime de lèse-divinité en en mon- 
trant à ses adversaires. Depuis les temps ont un peu changé, mais 
pas assez pour qu'on ne doive applaudir à Tidée qu'a eue M. Olivet. 
de réimprimer, en un format commode et à bas prix, le petit traité 
que Castellion fit paraître en 1544, après que l'infortuné Servet eût 
été brûlé en Champel, le 27 octobre i553, et que Calvin eût essayé 
de justifier cette condamnation par sa Déclaration de la vraie foi. 
Les exemplaires du texte latin et de la traduction française de l'opus- 
cule De /?<iere//c/5, an sint persequendi? sont devenus en effet très 
rares; on en connaît trois seulement du texte en langue vulgaire. 
Sous le pseudonyme de Martin Bellius, Castellion s'attaqua coura- 
geusement au chef de la Réforme à Genève, qui lui fit répondre par 
Théodore de Bèzc, en septembre 1554. Mais l'effet avait été produit 
et quelques esprits du moins, fort en avant de leur siècle, applau- 
dirent à des paroles comme celles-ci : « Que les Juifs ou les Turcs ne 
condamnent pas les Chrétiens ; derechef que les Chrétiens ne con- 
damnent pas les Turcs et les Juifs, mais plutôt les attirent par vraie 
piété et justice. Item que nous aussi, qui sommes chrétiens, ne nous 
condamnons pas l'un l'autre, mais si nous sommes plus sages qu'eux, 
soyons aussi meilleurs et plus miséricordieux, car ceci est certain, 
que d'autant qu'aucun connaît mieux la vérité, il est moins enclin à 
condamner les autres » (p. 29). 

Le Traité des hérétiques n'est point une œuvre homogène ; Martin 
Bellius (ou plutôt Castellion) a réuni un peu pêle-mêle dans son 
opuscule une série de textes divers, émanant de notabilités d'alors, 
pour gagner l'opinion publique à la doctrine de la tolérance. Ces 
morceaux sont assez mal rattachés les uns aux autres, de sorte que la 
lecture de son texte est un peu fatigante à suivre. Une question que 
ni l'introducteur ni l'éditeur n'ont suffisamment approfondie, c'est 
celle de la collaboration que certains confrères de Bàle, entre autres 
l'Italien Coelio Curione, prêtèrent vraisemblablement à Castellion 
pour la rédaction de son livre; elle aurait dû être examinée de plus 
près et résolue, ce nous semble, par l'affirmative. 

R. 



Mrs. C. C. Stopes. Burbage and Shakespeare's Stage. London, Alexander 
Moring Ltd. The [)^ la More Press, njuv b shillings. 

L'activité historique et littéraire anglaise s'est énormément dépensée 
sur cette période élizabéthane, connue sous le nom d'ère shakespea- 



d'histoire et de littérature 21 3 

vienne. C'est là, en effet, une mine féconde où beaucoup veulent voir 
le berceau de la littérature anglaise et le point de départ du théàire 
moderne. Mr. John Semar, dans The Mask, s'efforce en une inves- 
tigation élaborée, et non encore terminée, dans le théâtre pré-shakes- 
pearien, de nous montrer le côté fallacieux de cette dernière assertion. 
Il n'en reste pas moins réel que l'époque qui vit éclore les chefs- 
d'œuvre shakespeariens se dressera comme une borne majestueuse 
sur la route parcourue à travers les siècles par la Littérature et le 
Théâtre. L'ouvrage que nous donne ici Mrs. C C. Stopes, dont l'éru- 
dition en matière shakespearienne fait autorité, ne s'ajoute pas seule- 
ment à la multiple littérature inspirée par cette époque, mais comble 
encore une lacune. Cette vie des Burbages n'avait encore tenté, du 
moins d'une façon aussi détaillée, aucun chroniqueur, il appartenait 
donc à Mrs. C. C. Stopes de soulever un voile qui recouvrait quel- 
ques précieux renseignements historiques sur le théâtre de cette 
époque. « Le théâtre, écrit-elle, était alors le seul moyen qui per- 
mettait à la masse du peuple de recevoir un peu de l'influence de la 
Renaissance, et de cet art méprisé sortit ce soutïle vivifiant qui ne 
peut être ni défini ni décrit, mais appelé seulement : VEsprit du 
seizième siècle ». Les seuls arts, pratiqués en Angleterre à la naissance 
de James Burbage, la tête de cette famille d'acteurs, étaient la poésie, 
la musique et le théâtre (ce dernier sous la forme de « moralités » et 
de « mystères ») — de peintres et de sculpteurs on n'en connaissait 
point avant Milliard, qui fut peintre après avoir été orfèvre. Le théâtre 
et la musique appelaient principalement au peuple. L'Eglise et la 
Cour firent beaucoup d'ailleurs pour les encourager au début. Tou- 
tefois le théâtre, â l'instigation de la Cour, prenant quelques libertés 
d'un caractère laïque, l'Eglise le renia bientôt, et un évêque de Lon- 
dres en i563 appelle les acteurs : « une sorte oisive de gens, qui ont 
été infâmes dans toutes les bonnes communautés ». C'est vers cet 
époque que James Burbage fit son apparition. Mrs. Stopes n'a rien pu 
trouver de précis au sujet de ses origines; elle suppose qu'il naquit 
vers i535. Au début du règne d'Elizabeth on le trouve comme prin- 
cipal acteur de la troupe de Sir Robert Dudley, comte de Leicester. 
Des renseignements curieux nous sont donnés, à ce propos, sur la 
condition des acteurs de cette époque. Ils étaient les « serviteurs » de 
leurs « Maîtres » — le seigneur qui les protégeait et les payait — et 
ils portaient sa livrée. Celui-ci leur commandait de jouer à certaines 
occasions et leur obtenait des privilèges dans les fiefs voisins. 

John Semar, que j'ai déjà cité, reproche à Mrs. C. C. Stopes d'avoir 
oublié dans cette chronique du théâtre shakespearien de parler du 
grand Arlecchino Martinelli, de la Comedia dell' Arte italienne, qui 
visita Londres vers cette époque. Mrs. C. C. Stopes, en réalité, ne 
nous donne pas une chronique complète du théâtre d'alors, mais 
seulement du théâtre en ce qui concerne les Burbages, Elle reproduit 



2 14 REVUE CRITIQUE 

à la fin de son livre les documents et actes de l'époque sur lesquels 

elle s'est basée pour composer son ouvrage qui est plein d'intérêt 

et d'une importance réelle en matière théâtrale. 

Georges-Bazile. 



Skrifter utgivna af Svenska Litteratursâllskapet i Finland, (>X. Studier : Nordisk 
Filologi. utg. genom Hugo Pipping, IV. Gustaf Filip Creutz : Ans 
Levnad och vittra Skrifter, av. Arvid Hui.tin. CCII. Fiirhandlingar och 
Uppsatser. 26. — Helsingtors, 1913. 

Dans ce CX= vol. de la société littéraire de Finlande, consacrée 
des études de philologie nordique publiées sous la direction de 
M. Hugo Pipping, nous signalerons la dissertation très étudiée de 
L. Fr. Liiffler « Om niigra underarter av g(3dhahattr » qui est une 
savante contribution à la métrique du vieux-porrois, en même temps 
qu'une étude critique du texte de l'Edda et tout spécialement de la 
strophe loi du Hâttatal. On sait que la rythmique du Ijôdahâttr est 
particulièrement compliquée. Je ne saurais dire, pour ma part, si 
M. Latfler en a définitivement résolu les nombreuses difficultés. 

La vie de Gustave-Philippe Creuiz (i 731-1785), qui fait l'objet du 
vol. CXI, contient de curieux détails sur la maçonnerie suédoise au 
xviii'' siècle, tout animée alors de nobles et larges idées, et surtout 
sur l'influence de la France, de l'esprit des philosophes français en 
Suède à cette époque. Creutz a composé des élégies, des pastorales 
erotiques, un « Chant du printemps » qui célèbre la nature selon 
Rousseau et une série de tableaux remarquables non pas tant parles 
visions qu'ils évoquent que par le sentiment qu'ils inspirent. Creutz 
a écrit en un français presque parfait des lettres dont maint passage 
semble frappé au meilleur coin de la vertu. Il a fait une ironique apo- 
logie du mensonge, laquelle se trouve être une critique indignée de 
la morale et de la politique de ses contemporains. Son chef-d'œuvre 
fut sa pastorale d' Atis et Camilla » (1761). Diplomate, Creutz tra- 
versa une première fois la France, où il connut Fontenelle et Vol- 
taire Il séjourna deux ans à Madrid. Sa « Lettre sur l'Espagne » n'est 
point toute à l'éloge dece pays, ni même de ses femmes. Ministre en 
France de 1766 à 1771 ; puis ambassadeur à la cour de LouisXVI, de 
1774a 1783 : ses lettres et ses rapports abondent en renseignements 
précieux sur la société française et notre politique. Ses hautes fonc- 
tions n'empêchaient d'ailleurs Creutz de faire ni delà littérature, ni des 
dettes. Creutz fut enfin premier ministre de son maître, le roi Gus- 
tave III, puis chancelier de l'Université d'Upsal. Il mourut en 1785, 
ayant bien travaillé pour son pays et laissant la réputation d'un véri- 
table poète : ce qu'attestent les œuvres ajoutées en appendice à cette 
biographie. 

Le vol. CXII donne les procès-verbaux des réunions de la société 
au cours de l'année 1912 avec un certain nombre d'articles : entre 



D HISTOIHE ET DE LITTERATURE 21 D 

autres, des « Leurcs de BcrcluAV à lUineberg », publiées par M. Wer- 
ner Sôderhjelm ; des « Etudes sur le lyrisme de l.ars Sienback », 
le romantique, par Gunnar Castréen, et d'importantes « Etudes sur 
la presse finlandaise en 1 854-56 ». Le petit article de Jacob Tegengren 
sur « Le culte des morts dans la Bothnie suédoise » m' a plus person- 
nellement intéressé. Les riioris dans ce pays là-bas ne sont point 
morts. Les vivants les rencontrent sans cesse sur leur chemin et ont 
fort à faire pour se garder d'eux. Les morts sont encore plus méchants 
que les vivants : aussi a-t-on besoin de toutes les ressources de la 
magie pour les forcer à rester dans leurs tombes. C'est que sans doute 
plus que les vivants aussi les morts sont malheureux. 

Léon Pineau. 



Gaston Darmulx, Éloges académiques et discours. Paris, Hermann, 191 2. 

In-8% 525 p. 

C'est le comité du jubilé scientifique de M. Darboux qui, en même 
temps qu'il faisait exécuter une médaille à l'effigie de ce savant, a 
offert à chaque souscripteur le présent volume. Ce volume contient, 
outre les noms des adhérents et les discours et adresses de la fête du 
jubilé, les discours et les éloges académiques prononcés par M. Dar- 
boux. C'est pourquoi nous l'annonçons ici. On y trouvera des notices 
sur Bertrand, Penier, Hermite, Antoine d'Abbadie, Meusnier, Fui- 
ton, Berthelot, Pasteur, etc. La notice consacrée au général Meusnier 
intéressera particulièrement les amateurs d'histoire. M. Darboux 
montre comment Meusnier fut un grand inventeur; il met en pleine 
lumière son génie; il analyse ses travaux relatifs à l'aérostation : c'est 
Meusnier qui, le premier, exposa les lois des mouvements verticaux 
des ballons et les règles de manœuvre qu'il faut suivre dans les ascen- 
sions ; c'est à Meusnier que nous devons le ballonnet à air, et géniale 
était l'idée d'emprunter le lest des aérostats à l'air même qui les enve- 
loppe ; c'est à Meusnier que revient l'honneur d'avoir appliqué l'hélice 
à la navigation aérienne, et il projetait de former un aérostat capable de 
faire le tour de la terre sous les climats les plus divers ; bref, Meus- 
nier, comme savant, est admirable ei par la hardiesse de ses concep- 
tions d'ensemble et par l'extraordinaire précision de ses travaux et 
expériences de détail. M. Darboux n'a pas négligé de retracer en même 
temps la carrière militaire de ce Meusnier qui fut nommé membre de 
l'Académie des sciences, à vingt-neuf ans, lorsqu'il n'était encore que 
lieutenant du génie. Quelques erreurs lui ont échappe. Xavier Audouin 
n'était ni frère ni même parent du conventionnel qui contribua à la 
chute de Robespierre (p. 225) ; mais il fut le collègue et le collabora- 
teur de Meusnier dans le ministère de Pache. — Beaupuy est mort, non 
pas en Vendée (p 249), mais à Emmendingen, dans le pays de Bade. 
— La première tentative sur Kosthcim est du 20, et non du 10 avril 
(p. 2521. — P. 253 on lit (c'est à la date du 3 juin, après la prise de 



2 I O REVUK CRITIQUE 

rîle dite la Rùrgerau) : « On commençaii aussitôt à s'y retrancher 
sous le feu de reniiemi, car les Français, dit un des assiégeants, 
savent se terrer comme les anciens Romains ; on y mettait du canon; 
on s'y installait à l'abri des buissons; on jetait un pont sur radeaux 
entre l'île Kopf et la Burgerau. Mais ce pont était si dangereux que 
les soldats hésitaient à le traverser et le nommaient le pont des morts ; 
Meusnier le rit tendre de voiles pour rassurer les iinaginations. » 
Peut-être t'aliait-il mettre ce passage entre guillemets, car il est 
emprunté textuellement à notre Mayence. 

Arthur Chl'Quet. 



Le maréchal Mortier, duc de Trévise, par son petit-neveu, le colonel Frignet 
Despréaux, de l'ancien corps d etat-major. Tome 1, 1768-1797. Avec trois plan- 
ches en phototypie et cinq cartes hors texte. Paris, Berger-Levrault, igiS. In-S», 
VIII et 453 p. 20 francs- 

C'est, comme dit l'auteur, un laborieux travail et qui complète et 
rectifie quelques points historiques. M. Frignet Despréaux suit Mor- 
tier dans ce premier volume depuis 1791 jusqu'à 1798, et nous voyons 
le futur maréchal faire campagne comme capitaine au i^'" bataillon 
des volontaires du Nord, puis comme adjudant général chef de batail- 
lon, puis comme adjudant général chef de brigade. L'auteur s'est 
acquitté de sa tâche avec un très grand soin et une extrême conscience. 
Il ne s'est pas contenté de puiser dans ses archives de famille ; il a 
patiemment consulté les documents des archives de la guerre et il 
raconte par le menu les affaires auxquelles son grand-.oncIe a pris part. 
Quelquefois on perd Mortier de vue; mais quel chercheur n'accueil- 
lera volontiers cette masse de détails et de documents? Qui ne lira 
avec intérêt les pages du début où l'auteur a eu l'ingénieuse idée d'ap- 
précier le caractère du maréchal c( afin de bien mettre en vue sa per- 
sonne et de citer certaines anecdotes qui n'auraient pas trouvé leur 
place au cours du travail »? Il faut féliciter M. Frignet Despréaux de 
sa studieuse ardeur et le remercier de rendre à la mémoire de Mortier 
un si bel hommage '. 

Arthur Chuquet. 

Leipzig, 1813. Aus den Akten, etc., von Dr. Julius von Pflugk-Harttuno, mit 
vier Schlachtenplânen und einer .\bbildung. Gotha, Perlhes, 191?. In-8% xvii 
et 452, 9 mark. 

Ce Leip:{ig i8i3 a suivi promptement la publication du même 
auteur. L'année de la délivrance 18 13, et il nous paraît plus intéres- 
sant et plus riche. M. de Pflugk-Harttung a puisé cette fois aux archi- 



I. Lire p. 36 O' Moran cl l.inch (au lieu de O. Movan et Linck; p. 43 Luckner 
' Lilckner) : p. 46 d'Orbay (Orbaye); p. 90 d'Hangest Daugest); p. 107 le Bartlié- 
temy cité est le Berthelmy de la p. 1 10. 



D HISTOIRE ET DE LITTERATURE 217 

ves du grand état-major général et aux archivés du Record Office. 
Parmi les pièces qu'il a tirées des archives du '■< GeneraJstab », il faut 
citer surtout les billets de Bliicher à Wintzingerode, au tsar et au roi 
de Prusse, les lettres envoyées de l'armée de Silésie et de l'armée du 
Nord, et les nombreux rapports sur la bataille de Leipzig qui sont de 
fort grande importance. Quant aux documents anglais, on remarquera 
notamment les lettres du général Stewart à lord Castlereagh ; l'édi- 
teur a bien fait de les donner dans le texte original, et le lecteur y 
trouvera, entre autres passages curieux, l'éloge de Frédéric-Guillaume 
(« the tirmness and détermination wiih which he contemplâtes the 
future ») et les semonces de l'Anglais à Bernadette (cette fois, il écrit 
en français et il dit nettement à Charles-Jean, au matin du i6 octobre : 
« Vous m'avez permis "de vous parler en ami ; je parle actuellement 
comme soldat, et, si vous ne commencez pas votre marche tout de 
suite, vous vous en repentirez »). On saura le plus grand gré à 
M. de Pflugk-Harttung de cette belle moisson ; il nous apporte vrai- 
ment, comme il s'exprime, une foule de choses nouvelles, eine Fiille 

von Neiiem ' . 

Arthur Chuquet. 

Lieutenant-colonel V. Dupl is. La direction de la guerre, la liberté d'action des 
généraux en chef. Paris, Ciiapeiot, 191 2. In-S", xiii et 367 p. 

Le général en chef, le stratège doit avoir sa liberté d'action, et, 
comme a dit Washington, l'armée doit être conduite avec un despo- 
tisme absolu ; mais, surtout en cas d'invasion du territoire national, 
le gouvernement donne au stratège des conseils, même des ordres, et 
apporte des restrictions à sa liberté. M. Dupuis étudie dans notre his- 
toire moderne le jeu de ces influences. 

Il montre qu'à Hondschoote, Wattignies et Fleurus — batailles et 
campagnes qu'il a retracées naguère avec autant de succès que de 
soin — la victoire fut gagnée par les représentants et non par les géné- 
raux qui manquaient et de talent et de caractère ; puis que Bonaparte, 
grâce à ses adroites relations avec les gouvernants, obtint la liberté 
d'action dont il avait besoin pour battre l'ennemi et que, devenu em- 
pereur, il fut le stratège tout puissant, le stratège intégral. Mais Napo- 
léon 111 n'était pas, comme son oncle, un virtuose en la matière. Si 
Pclissier l'avait écouté en i855, Sébastopol n'aurait pas été pris. En 

I. Le n' 243, p. 296-305, ne devait pas être reproduit; ce supplément de la 
Galette de Frauc/ort n'esl autre que la suite des bulletins de la Grande Armée ; il 
suffisait d'imprimer les notes de .Mùftiing. — Lire p. 83 (ligne 10) reprocher cl non 
rapprocher ; p. 84 (ligne 22) empresserai et nor. empressai: p. ti6 essuyé et non 
essaye; p. 12b prirent et non prisent ; p. 127 (ligne 2) abimé et non abi)ne,p. 1 36 
(ligne 7) le dessein que et non de, p. iby (et 290) Reynier et non Régnier, p. 173 un 
équipage de pont tout près et non une équipage de pont tout p)-is, p. 222 (n" 222) 
porter et non poster, p. 443 Pécheux et non Pécheur. 



21 8 REVUE CRITIQUE 

1859, sans le plan qui lui fut remis parle vieux Jomini, il aurait été 
dans un cruel embarras ; ses généraux, tous Africains, n'avaient pas 
étudié la stratégie ; ce fut le soldat qui triompha. 

La guerre de 1870 est celle que M. D. expose et apprécie le plus 
longuement. Selon lui, — et telles sont ses expressions — l'égare- 
ment d'une femme (l'Impératrice) et la suffisance d'un homme (Gra- 
moni) ont, plus que toutes les autres influences, engagé la France 
dans la lutte, et cette lutte devait être désastreuse. Tout d'abord, 
l'empereur commit une faute grave en décidant soudainement qu'il 
n'y aurait qu'une armée qu'il commanderait lui-même. Ensuite, il 
n'était plus un chef d'armée libre comme en 1839, il n'était qu'un 
stratège délégué, et tout le monde sait aujourd'hui les graves réper- 
cussions qu'eut alors la politique sur la stratégie et la stratégie sur la 
politique. Il y eut d'ailleurs au moisd'aoùt trois stratèges : Napoléon, 
Mac-Mahon, Bazaine, et aucun ne s'affranchit de l'influence, de la 
tutelle d'autrui : Napoléon se soumit aux volontés de la régente; 
Mac-Mahon et Bazaine ne voulurent rien avec énergie. Au contraire, 
chez les Allemands il y eut unquatuor (Guillaume, Moltke, Bismarck, 
Roon), dont rien ne troubla l'harmonie, bien qu'on eût bien fait de 
transformer ce quatuor en trio et de laisser Roon à Berlin — si bien 
qu'on peut prévoir que la conduite des opérations allemandes sera, 
à l'avenir, assurée par un triumvirat composé du souverain, du 
chef d'état-major et du chancelier. 

Après cet examen — que nous ne pouvons que résumer — de la 
période impériale de la guerre, M. D. étudie la méthode stratégique 
pratiquée par le gouvernement de la défense nationale. Ici, comme 
plus haut, abondent les aperçus intéressants et les idées originales. 
M. D. remarque par exemple, que la Délégation ne put faire des 
chefs ni inventer personne, qu'elle donna des grades et non la capa- 
cité, que la plupart de ses généraux, pour ne pas dire tous, man- 
quaient d'une haute culture technique et ne savaient manier de 
grosses unités. Il remarque pareillement que la Délégation hâtait 
l'offensive et que les généraux voulaient la retarder : de là, des mé- 
fiances, des hésitations, des heurts; le gouvernement penchait pour le 
système de guerre de la Révolution, et le commandement, pour la 
guerre méthodique; c'est pourquoi la Délégation << passa pardessus 
la tête de d'Aurelle que les grands ancêtres auraient tranchée ». Mais 
de l'avis de M. D., la première défaîte de l'armée de la Loire n'a pas été 
causée par l'ingérence du gouvernement dans la conduite des opéra- 
tions; le haut commandement a été insuffisant, et cette insuffisance a 
fait plus de tort que les atteintes portées par le gouvernement à la 
liberté des généraux en chef. 

M. D. porte sur Bourbaki le même jugement que sur d'Aurelle. Il 
regrette que Gambeita n'ait pas confié le commandement de l'armée 
de l'Est à un général aussi peu compétent, mais plus résolu que 



D HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 219 

Bourbaki; il reproche à Bourbaki son pessimisme, sa « faiblesse en 
talent » ; il le blâme d'avoir été, comme d'Aurelle, prévenu à l'avance 
contre ses troupes, d'avoir exécuté sa tache sans conviction comme 
sans compétence. Certes, l'administration de la guerre n'a pas été, 
dans ces circonstances, mieux inspirée que la « direction Eugénie- 
Palikao » ; certes, les stratèges civils, les stratèges de cabinet ont fait 
un plan chimérique; ils n'ont pas tenu compte des réalités de la 
lutte ; ils n'ont pas compris que le service des chemins de fer et les 
troupes de nouvelle levée n'auraient ni la rapidité ni la vigueur 
nécessaires au succès; ils ont abouti, eux aussi, à un Sedan. Mais 
Bourbaki a-t-il montré caractère et savoir? Quel contraste entre sa 
bravoure et sa <c détresse morale » ! Pourquoi adoptait-il avec tant de 
hâte la conception des gouvernants? Et a-t-il choisi les meilleurs 
moyens d'exécution? Son impéritie dans le maniement de l'armée ne 
fut-elle pas la même que celle de Mac-Mahon et de Bazaine ? 

Quelle est la conclusion de notre auteur? Que la politique ne peut 
être écartée de la direction de la guerre; que le gouvernement ne 
peut s'empêcher d'intervenir dans la conduite des opérations; qu'un 
délégué du gouvernement devra être, du moins au début de la guerre, 
auprès du général en chef; qu'une république doit confier — comme 
du reste l'ont fait tous les régimes — la force nationale à un des siens, 
à un républicain qui sera en temps de paix le conseiller technique du 
ministre et qui en temps de guerre, s'il a quelque capacité, exercera 
le commandement en toute indépendance, car le stratège doit être 
indépendant s'il fournit au gouvernement des preuves irréfutables de 
son loyalisme et de sa perfection technique. 

Tel est, imparfaitement analysé, ce livre qu'il est bien difficile de 
désosser, tant il contient de choses. Aucun historien de la guerre de 
1 870 ne devra le négliger ; l'auteur connaît cette guerre à merveille et 
il a sur tous les points son opinion personnelle. 

On notera particulièrement ce qu'il dit de Chanzy et de la « vraie 
gloire » de Chanzy. Le combattant de Josnes et de Vendôme 
eut toujours une grande supériorité numérique, deux fois, trois fois 
plus du monde que son adversaire et il n'en profita pas (s'entend 
du 10 au 20 décembre); il n'eut pas besoin, pour bien opérer 
sa retraite, de déployer une rare habileté ; mais sa ténacité faisait 
un tel contraste avec la pusillanimité de Bourbaki que les gou- 
vernants lui laissèrent sa liberté d'action, et « l'usage qu'il fit 
de cette liberté, mit en lumière sa haute intelligence et sa fermeté 
d'âme ». 

On pourrait reprocher à M. D. de n'avoir pas, dans son exposé des 
armées révolutionnaires, parlé de Hoche et de Pichegru en Alsace, et 
surtout de n'avoir pas rappelé le rôle et l'attitude du ministre et du 
stratège en 1792 : si Dumouriez a vaincu, c'est, comme nous l'avons 
prouvé, qu'il eut toujours sa liberté d'action. On pourrait lui repro- 



2 20 REVUE CRITIQUE d'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

cher aussi d'être trop sévère à l'égard de d'Aurelle qui, malgré tout, 
vainquit à Couimiers, et d'oublier pcut-ctrc que l'armée de Chanzy 
valait par la quantité, non par la qualité '. 

Mais il faut louer dans ce livre la hardiesse des opinions — har- 
diesse qui n'exclut pas la justesse. — Le gouvernement révolution- 
naire, écrit l'auteur, n'eut pas tort de violenter les généraux en chef 
qui, dépourvus de science et d'expérience, ne seraient pas allés au 
combat, c'est-à-dire à la victoire, s'ils n'avaient pas été terrorisés, et 
M. D. ajoute même que les empiétements de la Délégation sur la 
liberté d'action de d'Aurelle et de Bourbaki ne l'indignent pas du 
tout, puisque ces deux chefs ne comprirent pas la méthode de guerre 
qu'ils devaient pratiquer et ne surent même pas appliquer avec un 
peu d'intelligence les plans du gouvernement. Il faut louer, répétons 
le, cette sincérité courageuse et cette indépendance de jugement; il 
faut louer la science de l'auteur, louer aussi sa façon spirituelle et 
souvent humoristique d'exposer et de dire les choses. L'ouvrage est à 
lire et à relire. M. Dupuis a évidemment non pas seulement une 
grande compétence militaire, et. grâce à l'expérience qu'il a recueillie 
de longue date, l'exacte notion des exigences du commandement ; il 
sait, chose rare, tirer parti des données de l'histoire, les approfondir, 
les rapprocher et y trouver d'utiles leçons. 

A. Chuquet. 

Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. — Séance du 2 y février iqi4. 
— M. le comte Paul Durrieu termine sa communication sur les manuscrits Jes 
œuvres littéraires du roi René. Il parle d'abord du livre du « Cœur » d'amour épris 
et mentionne spécialement un exemplaire de ce » roman » conservé à la Biblio- 
thèque impériale de Vienne. Cet exemplaire est orné de miniatures exceptionnel- 
lement belles et qui, d'après une série de particularités de détail relevées par 
M. Durrieu, ne peuvent avoir pour auteur qu'un artiste ayant fréquenté la cour 
du roi René. M. Durrieu communique ensuite la photographie d'un des amusants 
dessins qui illustrent le manuscrit original du petit poème de « Regnault et Jean- 
neton >», conservé à Saint-Pétersbourg. — M.V1. Dieulafoy et Fournier présentent 
quelques observations. 

M. Hoinolle expose les résultats des nouvelles recherches de M. Courby sur le 
temple d'Apollon à Delphes. — MM. Perrot, Dieulafoy, Th. Reinach et Collignon, 
présentent quelques observations. 

Léon Dorez. 



I. Lire p. xi Conrart et non Conrard; p. 49 Amahle et non Aimable; p. 7g 
Bulach et non Burlach; p. 22 Carteaux fut, non pas <> destitué », mais remplacé. 



L'imprimeur-gérant : Ulysse Rouchon. 



Le I^uj-eii-Velay. — Im|irimerio l'e\riller, Koiiolion et Gamoii, boulevard Carnol, 23. 



R EVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

N* 12 — 21 mars. — 1914 

ScHULTz, Les scholies d'Hésiode. — Klio, XIII. — Kessler, Le Lyciirgue de PIu- 
tarque. — Poulsen, Bustes grecs. — Mommsen, Ecrits épigraphiques, I. — 
BiRT, Herméneutique et critique. — Norden, Josèphe et Tacite. — Gsell, His- 
toire ancienne de l'Afrique du Nord, I. — Besnier, Lexique de géographie 
ancienne. — Pirson, Formulaires mérovingiens et carolingiens. — Achilles, 
Brunswick et l'Empire. — Chabaut, L'autonomie religieuse de Monaco. — Ser- 
BAN, Leopardi sentimental. — Palat, Bazaine. — Delafosse, Traditions du Sou- 
dan. — RiBERA et AsiN, iVlanuscrits de de la Junta. 



H. ScHULTz, Die handschriftliche Ueberlieferung der Hesiod-Scholien 

(Abhandl. der Kôn. Gesellsch. der Wiss. zu Gottingen, philol.-hist. Klasse, 
N. F., XII, 4). Berlin, Weidmann, igio; viii-ioi p. in-40. 

Ce qui résulte du travail très méritoire de M. Schultz, c'est qu'on 
voit clair dans les scholies d'Hésiode. Ces scholies n'étaient guère 
qu'un amas de commentaires dans lequel il était difficile de s'orienter, 
tellement leur origine était enveloppée d'obscurité. A qui doit-on les 
attribuer, à quelle date remontent-elles, comment nous sont-elles 
parvenues, autant de questions qui ne pouvaient être résolues que par 
une étude minutieuse des nombreux manuscrits qui les contiennent. 
M. Sch. est arrivé, grâce à ses investigations patientes dans les biblio- 
thèques, à reconstituer sinon l'histoire même de leur tradition manus- 
crite, au moins les préliminaires de cette histoire. Il faut dire que 
M. Sch. en prépare une édition, qui, à en juger par ces travaux 
préparatoires, ne peut manquer d'être la bienvenue. Ces scholies 
remontent directement ou indirectement à Proclus et à un « ancien 
grammairien », et les Byzantins, pour qui Hésiode était un livre 
d'enseignement, ne se sont pas fait faute de reprendre pour leur 
compte les anciennes annotations, en y ajoutant les leurs ; il s'agissait 
donc de déterminer les sources et de démêler ce qui est ancien et ce 
qui est postérieur. La marche de la dissertation est la suivante : 
M. Sch. donne un catalogue complet des manuscrits qui renferment 
des scholies aux différentes œuvres d'Hésiode : on notera que l'un 
d'eux, le Vaticanus gr. gi5, contient un commentaire mathématique 
inédit des Jours, que M. Sch. publie en appendice (p. 34-40) ; il 
s'occupe alors de la vulgate et de son origine, et par un examen 
approfondi des éditions de Venise (Trincavelli) et de Bàle, il établit 

Nouvelle série LXXVII 13 



22 2 REVUE CRITIQUE 

sur quel fondement manuscrit elle repose, pour chacune des œuvres 
d'Hésiode. Il étudie alors le commentaire de Proclus aux Travaux, 
puis ceux de Tzetzès et de Moschopoulos (une nouvelle édition du 
commentaire de Tzetzès est, dit-il, un mal nécessaire), et enfin les 
anciennes scholies de la Théogonie et celles du Bouclier. Un dernier 
chapitre exposece que nous apprend le nouveau matériel des scholies 
pour le texte d'Hésiode, c'est-à-dire pour les passages où il modifie 
ou enrichit nos connaissances. Ce n'est pas grand chose, à vrai dire ; 
mais ce n'est pas inutile, et nous devons remercier M. Schultz d'un 
travail qui a dû souvent être fastidieux, et qui est cependant si 
instructif. 

Mv. 



Klio, Beitrâge zur alten Geschichte, t. XIII, Leipzig, Weicher. -gi? ; iv-5i8 p. 
Le tome treizième de Klio a paru en trois fascicules, les fascicules 
3 et 4 étant réunis en un seul. Le second est dédié au troisième congrès 
international pour les sciences historiques, tenu à Londres. Dans ce 
volume, l'antiquité grecque tient la plus grande place ; cependant au 
point de vue purement historique, ce sont les sujets qui touchent à 
Rome qui sont les plus nombreux. Von Premerstein poursuit ses 
recherches sur l'histoire de Marc-Aurèle i Untersiichiingen \ur Ge- 
schichte des Kaisers Marcus, III, fasc. i); il réunit et commente les 
témoignages relatifs à l'envoi insolite de détachements des troupes 
orientales sur le théâtre de la guerre contre les Germains et les Sar- 
mates, et étudie à ce sujet la situation militaire en Orient. En appen- 
dice, la carrière de C. Pescennius Niger, d'après la Vita de l'Histoire 
Auguste, essai de reconstruction malgré l'état déplorable des docu- 
ments. L'article de Holzapfel [Romische Kaiserdaten, Otho., Vitellius, 
2) est aussi une suite ; Othon est mort le 1 6 avril, et Vitellius le 20 dé- 
cembre. Hohl, qui prépare une édition de l'Histoire Auguste, a donné 
deux articles sur les manuscrits \ Beitrâge \ur Textgeschichte der 
Hisioria Augusta, I et //, fasc. 2 et 3/4); le premier s'occupe du 
Palatinus 899 et des manuscrits qui en dépendent, et le second de la 
tradition indépendante du Palatinus ; critique de nombreuses asser- 
tions de Peter. Une importante contribution, où l'on désirerait un peu 
plus d'ordre, est fournie par Plaumann [Das sogenanntc Senatus con- 
sultiim ultimum, die Qiiasidiktatur der spàteren rômischen Republik, 
3/4); c'est plutôt une étude de droit constitutionnel qu'une étude his- 
torique. L auteur, qui préférerait l'appellation s. c. de republica 
defendenda^ recherche d'abord quelle était la formule authentique du 
décret, quels magistrats il concernait, et quelle était la signification de 
cette mesure ; puis il examine les similitudes et les différences entre la 
toute-puissance ainsi conférée aux consuls et la dictature, et étudie les 
exemples connus. Les conclusions, qui mériteraient d'être analysées 



d'histoire et de littérature 223 

plus longuement que je ne puis le taire ici, sont résumées pp. 385- 
386. Caspari recherche la date et l'auteur des trois lois agraires qui 
furent portées entre la mort de C. Gracchus et Tan 1 1 1 (On some 
problems of Roman agrarian historjr, 2) ; pour Tune, date et auteur 
incertains ; la seconde fut portée probablement en 112, par le consul 
M. Livius Drusus; la troisième est la lex Thoria. Suivent quelques 
notes sur l'opposition faite à C. Gracchus par l'ordre équestre, puis 
l'article s'occupe de l'ouvrage d'agriculture de Cassius Dionysius dont 
parle Varron; ce traité ne saurait être considéré comme étant en rap- 
port avec le mouvement agraire des Gracques, et serait plutôt contem- 
porain de l'exil de Marius. Le capitaine Veith [Corfinium, i) expose 
sommairement les événements qui suivirent le passage du Rubicon : 
la marche de César contre Domitius, le lieutenant de Pompée, l'inves- 
tissement et la prise de Cortinium ; en appendice, la traduction en 
allemand de la correspondance militaire de Pompée dans ces conjonc- 
tures (Corresp. de Cicéron, ad Att.,W\\\) ; article intéressant, comme 
le sont du reste, en général, les articles de Veith, comme l'est aussi 
celui qu'il a publié en collaboration avec O. Seeck sur la bataille du 
Frigidus (auj. Hubl, affluent de la Wippach, qui elle-même se jette 
dans l'Isonzo), dans laquelle Théodose vainquit miraculeusement, au 
dire des sources chrétiennes, Arbogast et l'usurpateur Eugène, en 
394 [Die Schlacht am Frigidus, 3/4). — Dans le domaine grec, l'his- 
toire est représentée par cinq articles. Bolkestein {Zur Entsteliung 
der « ionischen « Phylen^ 3/4) recherche si les ouXa( ioniennes sont 
une division naturelle, indépendante de toute intervention humaine, 
et remontant aux temps préhistoriques, ou si elles ont été créées par 
une volonté organisatrice, à l'époque historique ; au cours de son 
travail il discute d'une manière très suggestive la théorie de Ed. Meyer 
sur l'excès de population considéré comme cause des migrations des 
peuples et de la colonisation. La colonisation de l'Asie Mineure eut 
lieu à la fin, et non au commencement de l'époque mycénienne ; or 
les tribus ioniennes existaient avant cette colonisation, et ne sont pas 
dues à une organisation consciente de l'Attique, concordant avec le 
synœcisme, qui n'est pas antérieur au viii'- siècle; elles ne peuvent 
donc pas être une création artificielle; elles sont, « puisqu'il n'y a pas 
d'autre alternative », dit B., une division naturelle existant de toute 
antiquité. Lenschau étudie les causes du soulèvement de l'Ionie [Zur 
Geschichte Ioniens, 2) ; si les villes ont pris les armes, c'est en réalité 
qu'elles se sentaient menacées dans leurs intérêts vitaux les plus 
importants; les causes de la révolte ne furent ni nationales ni poli- 
tiques ; ce furent des causes essentiellement économiques, « qui ont 
joué dans l'histoire grecque un rôle beaucoup plus grand qu'on n'est 
porté à l'admettre aujourd'hui ». Le poète, dit Mulder (Die Demara- 
tosschrift des Dikaios, i), ne crée pas de rien; il s'appuie sur quelque 
chose d'extérieur, souvent sur des traditions littéraires ; mais s'il ne 



224 REVUE CRITIQUE 

cite pas ses sources, souvent il les trahit involontairement. Hérodote 
agit de même, et on peut retrouver ces sources qu'il ne cite pas expres- 
sément. L'une d'elles était un écrit de l'exilé athénien Dikieos, Hls de 
Théokydès, dont Hérodote prononce une fois le nom i VIU, 65) ; et 
ce qui provient de cette source, ce sont tous les passages où il est 
question du Lacédémonien Démarate, compagnon d'exil de Dikaeos. 
Celui-ci aurait composé une sorte d'histoire du roi Spartiate, pour 
montrer qu'il aimait sa patrie et ne devait pas être suspecté de 
médisme; écrit à tendance politique, analogue à une apologie, de 
valeur non méprisable pour l'histoire du temps, et qui, sans être cité, 
transparaît néanmoins dans les récils d'Hérodote. On reconnaîtra la 
théorie, chère à l'auteur, des Quellen^itate, exposée tout au long dans 
son livre Die /lias und ihre Quellen ; mais ici M. est sur un terrain 
plus sûr que lorsqu'il s'agit d'Homère. Dans un article de quelques 
pages {Noch einmal Psyttaleia, 1 1, Beloch réfute les arguments invo- 
qués par Judeich dans le t. XH de Klio contre l'identitication Psyita- 
lie-Hagh. Georgios. Enfin Holleaux propose 201 comme date des 
décrets téiens, d'après ce que l'on sait de l'histoire de Philippe V de 
Macédoine, dont le représentant Perdikkas joua un rôle important 
dans l'affaire {Les décrets des villes Cretoises pour Te'os, 2). Un 
autre prince, Antiochus III, intervint, dont l'ambassadeur devait, 
disent les inscriptions, faire cesser certaines hostilités; H. conjecture 
qu'il s'agit de la guerre entre plusieurs états crétois et Rhodes; et il 
termine en expliquant très justement comment les circonstances firent 
attendre Téos, pour demander la reconnaissance de l'asylie par Rome, 
jusqu'en 193, date de la lettre de Messalla ; ce qui n'empêcha pas, du 
reste, le territoire téien d'être pillé quelques années plus tard par les 
Romains. — Deux articles se rapportent à la papyrologie. Bell {Syene 
Papyri in tlie British Muséum, 2) étudie sommairement plusieurs 
papyrus acquis par le British Muséum, faisant partie d'une collection 
plus considérable dont une autre part est à la bibliothèque de Munich. 
Ils proviennent de Syène, à l'exception de trois, et se datent entre 549 
et 61 3. Les notes de B. se rapportent aux personnes mentionnées, à 
leurs métiers et occupations, aux noms des scribes, aux détails sur la 
topographie de Syène fournis par ces textes, qui doivent être publiés 
dans le t. V des Greek Papyri in the British Muséum. Schubart Ein 
lateinisch-griechisch-koptisches Gesprdchbuch, i) fait connaître un 
papyrus du musée de Berlin contenant des fragments d'un livre de 
dialogues trilingues, latin, grec, copte, intéressant pour la prononcia- 
tion du latin. — Des sujets d'archéologie ont été traités dans deux dis- 
sertations. L'une est due à Pomtow {Die beiden Busstempel \u Del- 
phi als Musterbeispiele allionischer und altdorischer Marmorarchi- 
tektur, /, fasc. 2) ; c'est une description détaillée des ruines et un essai 
de reconstruction des deux temples expiatoires (vxo- îvaY'./.o') de Delphes, 
construits avec la fortune confisquée des coupables après la sédition 



D HISTOIRE ET i)E LITTERATURE 2 2D 

du commencement du vi*' siècle attestée par Aristote et Plutarque 
(cf. Klio, t. VI ; l'un est ionique, l'autre dorique. Dans cette pre- 
mière partie, P. s'occupe du premier, celui qu'Homolle appelait le 
trésor de Phocée; on notera en particulier une importante étude sur 
les colonnes et les chapiteaux. L'autre est signée Lelimann-Haupt 
{^iir Herkunft der ionischen Saule, 3/4); c'est une discussion de 
quelques-unes des idées émises par Pomtow dans l'article cité ci- 
dessus et par v. Luschan dans son ouvrage intitulé Entstehung iind 
Herkunft der ionischen Saule. — Une question littéraire est le sujet 
de l'article intitulé 'Hpiôoo'j izzo\ noXi-:î(a^, rédigé par Adcock et Knox 
(fasc. 2). L'opuseule dont il s'agit a été assigné par Drerup à la fin du 
v^ siècle ; selon A., qui en examine le contenu, il n'a rien d'historique 
et serait d'époque tardive ; pour K., qui en étudie la forme, « cette 
lamentable production est l'œuvre de quelque élève ou imitateur 
inepte d'Hérode Aiticus ». La question reste ouverte. On notera enfin 
la suite du travail de Lehmann-Haupt sur les tributs perses [Histo- 
risch-metrologische Forschungen, i, II, fasc. i), et un article curieux 
de Beckers (Kosmologische Kuriosa der altchristlichen Gelehrtenwelt, 
I ) où il relève, dans l'ancienne littérature chrétienne, quelques singu- 
lières opinions sur le soleil et les étoiles, sur l'influence de la lune et 
des constellations, sur la forme de la terre, les antipodes, etc., en un 

mot sur le système du monde. 

M Y. 



E. Kessler, Plutarchs Leben der ' Lykurgos (Quellen und Forschungen zur 
alten Geschichte und Géographie, Hett -ïi). Berlin, Weidmann, 1910; viii- 
i32 p. 

La dissertation de M. Kessler se présente non seulement comme 
une recherche des sources immédiates dont s'est servi Plutarque pour 
composer la Vie de Lycurgue, mais aussi comme une étude histo- 
rique sur leur tradition, c'est-à-dire sur l'origine des renseignements 
utilisés par lui, sur leurs formes diverses et sur leurs variations. Etant 
donnée cette position du sujet, M. K. ne pouvait guère adopter un 
autre plan que celui que nous voyons dans son ouvrage; il suit la 
Vie de Lycurgue chapitre par chapitre, et à mesure que se présentent 
les détails de la biographie, il les analyse sous la forme qu'ils ont 
revêtue dans Plutarque, et recherche comment chacun de ces détails 
nous a été transmis par les écrivains antérieurs. Il est ainsi amené à 
contrôler tous ces traits divers dans leurs concordances et aussi dans 
leurs discordances, et à leur assigner leur place dans le développe- 
ment de la tradition. On doit donc considérer l'ouvrage de M. K. 
comme un recueil et une mise en ordre des traditions relatives à 
Lycurgue fournies par l'ensemble de la littérature ancienne, et le 
résultat de cette méthode, dont on ne peut méconnaître l'intérêt, se 

1. Sic ; la faute n'existe pas sur le titre intérieur. 



226 REVUE CRITIQUE 

discerne sans peine : on peut ainsi arriver à découvrir pour quels 
motifs Plutarque, étant connu le but qu'il se proposait en écrivant 
ses Vies, a préféré telle ou telle forme de la tradition, et d'autre part 
la recherche de ses sources directes est singulièrement facilitée. C'est 
cette recherche que M. Kessler a faite dans un dernier chapitre, et ici 
comme dans le reste du volume, il n'est que juste de le louer de la 
manière dont il s'est acquitté de son travail. \t 



Frédérik Poulsen-, Têtes et bustes grecs récemment acquis par la Glypto- 
thèque Ny Carlsberg. Bull, de l'Académie royale de Danemark, tgiS. ln-8°, 
p. 396-429, tig. i-io. 

La mort récente de M. Jacobsen n'a pas mis un terme aux acquisi- 
tions du musée qu'il a fondé. Parmi les monuments étudiés par P., je 
signalerai une tête de Lycurgue borgne, réplique tardive d'un original 
du IV* siècle, dont il y a une copie meilleure au Vatican — un buste 
de roi hellénistique qui paraît avoir porté le modiusde Sarapis — une 
tête plus récente (i^"" siècle avant notre ère) qui présenterait quelques 
rapports avec les visages flasques et fatigués des pingiies Etrusci, 
enfin deux têtes grecques d'époque tardive (ni* siècle après J.-C.j, qui 
nons montrent la supériorité que gardaient jusqu'à cette époque les 
artistes grecs sur leurs confrères de Rome etl'qui trahissent de 
curieuses réminiscences des prototypes archaïques. 

A. DE RiDDER. 

(Kuvres complètes de Mommsen. Tome VIII, Epigraphische und Numismatische 
Schriften, i" vol. In-8% p. V-X, 1-626. Berlin, Weidmann, igi?. Prix : iS m. 

La publication des œuvres complètes de Mommsen continue avec 
régularité. Ce premier volume du tome VIII, consacré aux écrits épi- 
graphiques, n'est pas une reproduction pure et simple des « Analek- 
ten » et des « Observationes ». L'éditeur, M. Dessau, a élagué 
quelques répétitions et ajouté, outre de précieuses observations, les 
références indispensables aux publications récentes. Toutes les thèses 
soutenues'par Mommsen ne sont pas également solides : on n'en 
admirera que davantage la divination singulière du grand savant, 
auquel des indices épars et des textes imparfaits ont si souvent suffi 
pour trouver la solution vraie. La dissertation qui termine le volume 
et qui traite desj'eux'séculaires célébrés en l'an de Rome 737 restera 
un modèle de pénétration et de reconstruction historique. 

A. DE RlDDER. 

Handbuch der Kiassischen Altertum\vissenschaft,^begruendet von hvan von Muel- 
Icr, fortgefuehrt von [Robert von Poehlmann. Ersicr Band. Einlcitcndc und 
Hilfsdisziplinen. Dritte voellig neubearbeitcte Autiagc. 3. Abtciiung. Kritik 
und Hermeneutik ncbst Abriss des aiitiken Buch-wesens, von Theodor 
BiRT. Oskar Bcck, Muenchen 1913, vni-395 in-4«', 7 m. .^o. 

La réputation du professeur de Marburg a été fondée surtout par 



<^ 



d'histoire et de littérature 22- 



son livre de 1882 ; Das antike Buchwesen. Aussi V A briss qm nous 
est donné ici est assuré d'être bien reçu. Pour justifier la"compétence 
de M. B. sur les deux autres parties du titre, iljsuffit de renvoyer à 
ses nombreux articles de critique comme à ses éditions, par exemp(e 
à celle qui est, je crois, la dernière : VErklàrung des Catalepton de 
19 10 a été discutée sans doute, mais sans que, par personne, sa valeur 
véritable soit mise en question '. 

Le sujet de ce tome avait été traité, dans les deux premières édi- 
tions [1886 et 1892), par Friedr. Blass. Après sa mort, M. Birt fut 
chargé de préparer la 3=. Il n'a pas cru, après vingt ans, pouvoir 
répéter les développements de son prédécesseur, ni les corriger ni les 
remanier. Exposition, méthode, exemples ont changé ; le nombre 
des pages a doublé. Le ton, dans le volume nouveau, est plus rappro- 
ché de nous, la rédaction plus claire ; les références nous reportent 
aux dernières publications. Le livre est vraiment remis à jour. 

Le plan dans Blass était autre. Après une introduction, Blass 
traitait de l'herméneutique en particulier, puis delà critique, enfin, 
en une division spéciale, de la paléographie, du livre et de la science 
des mss. M. B. a repris le sujet pour le traiter à sa manière. Personne 
n'a le droit d"y trouver à redire. 

Que dans ses citations M. B. ait montré une complaisance particu- 
lière pour les vues ou les conjectures qui lui sont souvent person- 
nelles, cela est humain et il ne faut pas y attacher trop d'importance '. 
Comme M. B. a été l'éditeur de Claudien dans les Moniimenta, on 
lui pardonnera aussi de tirer souvent des mss. de ce poète nombre 
de ses exemples. M. B., en notant les remarques utiles faites en ces 
derniers temps, relève de même avec une préférence naturelle celles 
qui se trouvent dans des thèses récentes de Marburg, entreprises sans 
doute sur le conseil du professeur \ 

On retrouve les qualités de l'auteur du Buchwesen dans les cri- 
tiques où sont relevées des maladresses indéracinables d'éditeurs : 
par ex. omission du titre Monobiblos dans Properce (il est remplacé 
par un liber primus qui n'existe nulle part ; de même un liber quartiis 
qui n'est qu'une fiction pour TibuUe] ; omission des titres et des 
divisions que les mss. nous ont conservés, etc. 

En général, partout je note d'excellentes indications sur la valeur 
des livres d'érudition ; ici et là des traits d"humeur trop empreints de 
critique personnelle (par ex. sur l'Horace de Kiessling, p. 84 au 

1. Plus récemment, en 191 1, a paru h Leyde, dans la collection de fac similés, 
le ms. de Naples de Propercc avec préface de Th. Birt. 

2. Mais combien est dangereuse la phrase (p. 129 au milieu) : « iVfewanrf scheint 
die Plautusstelle verslandcn... zu haben » ! 

3. Ainsi p. i5, le contenu du ms. de Properce est reconstitué d'après la marque 
d'un cahier (K) qui suppose trois cahiers auparavant, donc vraisemblablement 
Catulle et Tibulle, et Parchéiype réunissait les trois élégiaques. 



228 REVUE CRITIQUE 

mil.). Il est bon d'autre part que nous soyons avertis des lacunes ou 
des faiblesses des éditions dont nous nous servons continuellement. 
J'en note ci-dessous des exemples '. 

Enfin, à propos des manuscrits, je retrouve ici, sous la forme de 
règle et de conseils pratiques, ce que l'expérience m'a appris avec son 
cortège de labeurs et de tâtonnements. Gomme M. B. et moi nous 
avons manié des mss. très différents, il n'est guère vraisemblable que 
nous nous soyons trompés tous deux dans le même sens. On ne peut 
qu'envier lesapprentis contemporains d'avoir comme point de départ 
ce qui a été pour nous le point d'arrivée. 

J'approuve tout à fait le reproche que fait M. B. (p. 40) aux édi- 
teurs de Cicéron de ne pas mentionner la lacune du début du Pro 
A/f/o/ze, lacune qui ressort nettement de la stichométrie d'Asconius. — 
Par contre je ne sais pourquoi M. B. n'a pas cité, dans nos textes, le cas 
de doubles rédactions dont on a donné, ces derniers temps, des preuves 
si curieuses (correspondance de Cicéron, grandes déclamations de 
Quintilien : etc.], s'il en est fait mention dans le Manuel, cela m'aura 
échappé '• 

Emile Thomas. 

Josephus und Tacitus ueber Jésus Christus und eine Messianische prophétie von 
Eduard Norden. Sonderabdruck aus dem XXXI bande (juin dernier) der neuen 
Jahrbuecher fuer das Klassische Altertum, Geschichte und deutsche Literatur. 
Teubner, 191 3, 3o p. gr. in-4", i m. 

Il me semble qu'à cause de l'auteur comme à cause du sujet, il 
convient de signaler cet article de Revue. 

C'est une réponse très serrée à un article de Harnack (Der jûdische 
Geschichtschreiber Josephus und Jésus Christus), paru en 191 2 dans 
l'International Monatschrift, et celui-ci avait été suscité par l'article 
d'un savant anglais, M. F.-C. Burkiit-Cambridge qui, réveillant un 
vieux débat, a soutenu l'authenticité du fameux passage de Thistoire 
des Juifs iXVlII, 4, 63) sur Jésus. Harnack, tout en étant moins afïir- 
maiif que M. Burkitt, et en avouant conserver quelques doutes, fina- 
lement se prononçait dans le même sens. M. N. reprend le débat à 
fond. 

Tout d'abord il retrouve ici le signe caractéristique des interpola- 

1. Ainsi les collations du Virgile de Ribbeck ne sont pas sûres, et on peut s'en 
convaincre pour les Scliedae \''aticLX>iae (Fi en rapprochant la photographie de 
son apparat. M. R. ajoute d'autres preuves que lui a fourni l'examen du ms. lui- 
même. 

2. Je vois cités panni les savants français .MM. Homollc, Revillout, A. J. Rei- 
nach, AudoUent. A la p. 146, au lieu de cap. 34, lire : à la fin du ch. 35. La 
citation incomplète d'un vers de Prométhée : p. 46 en haut est inintelligible; il 
fallait y joindre ou le vers précédent, ou tout au moins le substantif (^i;;;). 
A côté de la citation : p. 2H4 (au milieu,, Johnen, j'aurais voulu, pour la clarté, 
un renvoi à la p. 246. 



D HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 229 

lions : la suite, toute troublée par le passage, redevient claire par sa 
suppression. Tandis que Harnack soutenait que, pour la langue on 
ne pouvait soulever aucune difficulté, M. N. relève toutes celles qu'on 
découvre sans peine et qui sont des plus graves : impropriétés, 
trois hiatus, alors que Josèphe ailleurs scrupuleusement les évite, etc. 

Non content de faire remarquer que le membre de phrase : 6 Xp-.-- 
-rô; ojto; r^v, dans la bouche de Josèphe, était une impossibilité, l'au- 
teur du livre récent de VAgnostos Theos, encore tout plein de sa der- 
nière étude, appelle notre attention sur les petites phrases qui encadrent 
l'affirmation solennelle : elles complètent l'acte de foi qui y est con- 
tenu, et préludent h ce qui va devenir le symbole dans la religion 
nouvelle. 

La seconde partie de l'article, plus importante, est consacrée à la 
réfutation du rapprochement que Harnack voulait établir entre la 
phrase de Josèphe et les quelques mots de Tacite sur les chrétiens et 
sur les juifs ^Annales, XV, 44 et Histoires, V, 1 3). Dès qu'on examine 
ces textes de près, on voit que leurs rapports d'identité n'ont que 
l'apparence. Familier depuis longtemps avec les vers sibyllins que 
connaissaient et c^u'exploitaient les prêtres de Jérusalem dans l'intérêt 
de leur peuple et de leur religion, M. N. en retrouve un écho dans 
les prophéties qui coururent à l'avènement de Vespasien ; il note que 
de ce côté certains détails et quelques traits ont été conservés plus 
fidèlement par Tacite que par Josèphe. M. N. prouve d'ailleurs de la 
manière la plus nette que, dans le passage sur les chrétiens pas plus 
que dans celui de la prise de Jérusalem, Josèphe n'a pu servir de 
source à Tacite. Il semble probable que les deux auteurs ont eu 
recours à une source commune. Mais il y a dans Tacite des données 
précises et caractéristiques qui manquent dans l'autre auteur. La 
compétence toute particulière de M. N., en ce qui concerne Minu- 
cius, lui permet de nous assurer qu'au chapitre xxxiii, 3 les mots : 
Flavius Josepus^ comme l'avait déjà pensé Davies, sont bien une 
interpolation. D'autre part, l'autre nom Antonius Jiiliamis^ ainsi que 
l'avaient pressenti Tillemont et Bernays, est bien le procurateur de 
Judée de 70 qui a assisté au siège : il serait justement la source latine 
dont se sont servis pour l'histoire du siège, Tacite et Suétone. 

É. T. 



s. GsF.i.i. Histoire ancienne de l'Afrique du Nord. Tome I : Les conditions du 
développement historique, les temps primitifs, la colonisation phénicienne et 
lempire de Carthage. Paris, Hachette et C'', i9i3,in-8°, 544 p.. 10 francs. 

Tous ceux qui ont utilisé les excellents livres que M . Gsell a con- 
sacrés à l'Algérie antique, notamment à ses monuments et à sa 
géographie archéologique, se sont réjouis en apprenant qu'il songeait 
à écrire une histoire ancienne de l'Afrique du Nord où il aurait toute 



2 30 REVUE CRITIQUE 

liberté de montrer sa parfaite connaissance du sujet, de mettre en 
pleine valeur les documents depuis si longtemps amassés. 

Voici que paraît le premier tome de ce grand ouvrage, qui ne coni- 
prendra pas moins de six volumes : II La domination et la civilisa- 
tion de Cartilage en Afrique; III Les royaumes indigènes et la 
République romaine. Les provinces africaines sous le Haut-Empire ; 
IV Vie matérielle et morale de l'Afrique sous le Haut-Empire; V Le 
Bas-Empire; VI Les Vandales et les Byzantins. 

L'attente n'est pas déçue. Abondance de la documentation qui 
repose sur de vastes lectures tant des auteurs anciens que de la 
« littérature » moderne; ampleur du cadre où viennent prendre place 
toutes les questions qui, à un titre quelconque, concernent l'Afrique 
dans l'antiquité; méthode et finesse de la critique, qui rectifie et 
complète avec beaucoup d'à propos les ténioignages les uns par les 
autres, se décide judicieusement entre les différentes opinions en pré- 
sence, écartant les hypothèses téméraires et les arguments sans valeur; 
netteté de l'exposé d'où toutes les considérations inutiles sont bannies 
et où les faits essentiels apparaissent en plein relief; prudence des 
conclusions où l'auteur sait à propos rester sur la réserve et n'affirme 
qu'à bon escient ; élégance sobre de la forme : tels sont les principaux 
mérites du livre. L'œuvre, qui n'avait pas encore été tentée telle que l'a 
conçue M. G., fait grand honneur à la science française, dont elle 
incarne de la façon la plus heureuse les qualités de solidité et de 
distinction. 

Ce premier tome comprend trois parties, correspondant aux trois 
divisions du sous-titre : Dans les conditions du développement histo- 
rique, M. G. étudie les régions naturelles de l'Afrique du Nord, en 
faisant ressortir son manque de cohésion ; la place qu'elle tient dans 
le monde méditerranéen, auquel elle se rattache tandis qu'elle est 
isolée au sud; son climat, sa forme et sa flore dans l'antiquité, les 
conditions d'exploitation du sol. Les temps primitifs envisagent suc- 
cessivement la civilisation de la pierre, les origines de l'élevage et de 
la culture, l'état social, les pratiques magiques, les croyances reli- 
gieuses, les rudiments de l'art (gravures rupestres), les rites de l'ense- 
velissement, les divers types humains, la langue libyque, les prétendues 
relations que les indigènes auraient entretenues avec d'autres contrées. 
Dans la colonisation phénicienne et Vempire de Carthage sont traitées 
les questions relatives à la fondation de Carthage et à la constitution 
de son vaste domaine maritime. 

La période de l'histoire de l'Afrique ancienne qu'embrasse ce 
volume est la plus ingrate; bien souvent les documents nous font 
défaut et la lumière nous est trop parcimonieusement mesurée sur 
certains points qui nous passionnent le plus. 

Un des principaux problèmes auxquels s'attaque la première partie 
est celui du climat : le climat de l'Afrique du Nord s'est-il modifié 



d'histoire et de littérature 23 I 

depuis Tantiquité? Après une enquête approfondie de soixante pages 
p. 40 à 99), où le problème est envisagé sous tous ses aspects, 
M. G. conclut que le Sahara était déjà un désert dans les siècles qui 
précédèrent et suivirent l'ère chrétienne, mais peut-être un peu moins 
sec que de nos jours; que l'Afrique du Nord proprement dite jouissait 
d'un climat très analogue à celui d'aujourd'hui, avec, semble-t-il, -un 
peu plus d'humidité : « en somme si le climat de la Berbérie s'est 
modifié depuis l'époque romaine, ce n'a été que dans une faible 
mesure » ^p. 991, réflexion bien faite pour nous encourager, car il 
n'est dès lors aucune raison qui nous empêche de rétablir à notre 
profit l'antique prospérité. 

Parlant des origines de l'élevage et de la culture, M. G. envisage la 
provenance des diverses espèces d'animaux domestiques que nous 
rencontrons maintenant dans la contrée : nous ignorons celle des 
bœufs; les chèvres, les moutons et sans doute aussi les chevaux 
paraissent avoir été introduits de l'Est. L'Egypte joua un rôle impor- 
tant dans le développement de la civilisation africaine sous ce rap- 
port comme sous bien d'autres, notamment au point de vue religieux : 
les béliers à disque solaire des gravures rupesires sont des images 
d'Ammon, venu d'Egvpie au second millénaire. 

Dans les chapitres sur l'anthropologie et la langue lybique, 
M. G. trace un tableau détaillé de l'état de nos connaissance : il n'est 
pas risqué « de soutenir que les habitants actuels de l'Afrique du 
Nord ne doivent guère différer des hommes qui peuplaient le pays il 
y a environ trois mille ans » (p. 283); mais si les grandes lignes sont 
acquises, il n'en reste pas moins qu'il y a encore beaucoup à préciser 
et à examiner en ces matières et que bien des solutions acceptées, 
des rapprochements préconisés ont un caratère conjectural que 
M. G. n'a pas de peine à montrer. Le champ inexploré est encore 
vaste et on ne peut s'empêcher de regretter entre autres que jusqu'ici 
les inscriptions libyques soient demeurées indéchiffrables. 

La naissance de Carthage est bien mystérieuse, elle aussi; cepen- 
dant, derrières les fables qui les obscurcissent, plusieurs faits se déga- 
gent : la ville a été certainement fondée car des Tyriens et très pro- 
bablement en 814-813. Bien qu'on ait fortement contesté l'existence 
de la sœur de Pygmalion, qui se serait appelée Elissa et qui aurait 
émigré en Afrique, M. G. ne la juge pas tout à fait inadmissible. 

La formation de l'empire maritime de Carthage est suivie pas à 
pas : dans les îles de la Méditerranée, en Espagne, sur les rivages des 
Syrtes, enfin sur les côtes de l'Océan; à propos de ce dernier cha- 
pitre, M. G. donne une traduction et un commentaire détaillé du 
périple d'Hannod, dont il place la rédaction vers le milieu du 
V* siècle. 

Le volume se termine par un très bon index; nous aurions souhaité 
qu'il fût aussi accompagné d'une carte. 



2.'>2 REVUE CRITIQUE 

En résumé, synthèse très remarquable et très complète, digne 
pendant de l'Histoire de la Gaule de Jullian, qui fournit un instru- 
ment de travail infiniment précieux aux érudits et documentera à 
merveille ceux qu'intéressent les destinées de notre grand empire 
africain '. 

A, Merlin. 

M. Besnier, Lexique de Géographie aacienne (Nouvelle collection à l'usage 
des classes, XXX;. Paris, Klincksieck, 1914, in-12, xx-SgS p. 

La Chronologie de V Empire romain de M. Goyau, le Lexique de 
Topographie romaine de M. Homo ont rendu aux travailleurs de 
signalés services. Le volume de M, Besnier, qui paraît aujourd'hui 
dans la même collection et s'inspire des mêmes principes, ne sera pas 
moins utile. Par le soin avec lequel il est rédigé, par l'abondance des 
matériaux qu'il met en œuvre, par la précision des renseignements 
qu'il fournit, il mérite d'être accueilli avec une faveur toute particulière. 

L'ouvrage vient combler lane lacune de notre documentation on 
groupant sous un format commode les données essentielles sur la 
géographie ancienne, qu'il est désirable de pouvoir trouver facilement 
lorsqu'on lit les auteurs grecs ou romains, lorsqu'on étudie les ins- 
criptions ou les monnaies. 

M. B. ne s'est pas proposé de dresser la liste complète de tous les 
noms de lieux ou de peuples que nous font connaître les textes de l'an- 
tiquité ; il n'a voulu retenir que les plus importants; aussi a-t-il pris 
comnie base de son lexique VAtlas antiquus d'Alb. van Kampen, 
édité à Golha chez Justus Perthes, et il a consacré une notice à tous 
les noms de régions et de provinces, de mers et d'îles, de montagnes 
et de rivières, de populations et de villes qui sont cités dans l'index et 
figurent sur les cartes de cet atlas. 

Chacun des six à sept mille articles du dictionnaire comprend trois 
parties : d'abord le nom ancien, son équivalent moderne et la réfé- 
rence à VAtlas antiquus; en second lieu, la notice proprement dite, 
précisant la position de la localité ou du peuple dont il s'agit, rap- 
pelant ce qui lui a procuré son importance, les événements les plus 
notables de son histoire et signalant les ruines encore existantes ; enfin 
rénumération des principales références, choisies fort judicieusement 

I . Le livre est très correctement imprimé ; à peine deux ou trois vétilles : p. 224, 
1. g, l'auraif»/ ; p. 477, 1. 2, quelles. — P. 89, à côié de Tinscripiion de Rusguniae, 
on aurait pu citer celle de .Numlulis {Année Epigrafhiqitc, 1S92, n" 145;; un 
nouveau texte de Cuicul, postérieur à la rédaction de M. G., est intéressant au 
même point de vue {Bull, arcli. du Comité, 191?, commission de l'Afrique du 
Nord. juin> — P. iio, n" 12, ajouter une inscription d'Uiique {Comptes rendus 
de l'Acad. des Inscr., 1906, p. 03). — P. i i5. un ours dressé, accompagné de son 
dompteur, figure sur un cippe peint de Thina Bull, arcli. du Comité, 191c, 
p. ccxiv). — P. 3i3, n» 6, sur les Afapaiia, cf. aussi Pline, Nat. hist.,V, 22, d'où 
l'on peut rapprocher Ibid., XVI, 178; Tacite. Hist.. IV, 5o. 



D HISTOIRE ET DE LITTERATURE 



233 



de manière qu'au besoin il soit possible de compléter les notions for- 
ce'ment succinctes du Lexique. 

L'application minutieuse de cette méthode, poursuivie pendant de 
nombreuses années au prix d'un grand labeur, a donné les meilleurs 
résultats. Il faut savoir gré à M. B. de n'avoir pas reculé devant cette 
tâche en apparence ingrate ; tous les érudits qui consulteront son- 
livre, qui y trouveront les éclaircissements cherchés, devront lui être 
reconnaissant de ses efforts, de tout ce qu'il y a mis de clarté, de 
sobriété et de rigueur scientifique. 

1 A. Merlin. 



J. PiRSON, Merovvringische und Karolingische Formulae (Sammlung vul- 
gârlateinischer Texte, hsggb. v. W. Heraeus et H. Morf, V Heft. Heidelberg, 
Winter, igiS. i vol. in-8, v-62 p. 

Cette brochure est un recueil de 73 formulaires des époques méro- 
vingienne et carolingienne ; ce sont des modèles très variés de lettres 
et diplômes, destinés aux notaires d'alors. Un petit nombre d'entre 
eux a été rédigé en Suisse, en Allemagne ou Espagne, mais la plupart 
ont été composés en France. Ils datent des vi, vu et vin'' siècles, et 
sont empruntés aux « Formulae » de K. Zeumer, publiées dans les 
'( Monumenta Germaniae » (1886). Ils font partie d'une collection 
récente, qui se propose de mettre à la portée du grand public en ses 
ouvrages de format maniable et à bas prix une série de documents en 
latin vulgaire, elle est destinée surtout aux philologues et linguistes 
et les textes sont triés de préférence d'après l'intérêt qu'ils présentent 
pour l'évolution de la langue. Par suite les textes publiés sous les Méro- 
vingiens, avant jSo, sont les plus nombreux puisque, grâce à l'igno- 
rance des rédacteurs en matière de grammaire, s'y décèlent avec net- 
teté la déformation du style, la pénétration du langage courant, l'abon- 
dance des idiotismes romans ; les formules carolingiennes sont choi- 
sies parmi celles qui permettent d'apprécier l'emphase et la tournure 
précieuse, qui caractérisent les écrivains de l'époque; il est également 
facile de mesurer l'écart qui sépare les deux séries de textes et de juger 
l'influence de la renaissance carolingienne sur cette branche particu- 
lière de l'activité littéraire. Comme tous les opuscules de cette collec- 
tion, la brochure contient une courte introduction littéraire, une 
bibliographie; l'appareil critique est restreint aux variantes les plus 
importantes; elle renferme enfin une liste des termes juridiques et 
leur traduction . Les documents sont classés par ordre chronologique ; 
la date, la provenance, la référence sont indiquées entre parenthèses. 
En appendice se trouve la très utile version des dix premiers mor- 
ceaux, ceux qui présentent les plus grosses difficultés. Cette courte 
brochure répond à son but; elle peut aisément se mettre en les mains 
d'étudiants et servira beaucoup dans les séminaires où se pratiquent 



234 REVUE CRITIQUE 

des exercices en latin vulgaire, exercices qui devraient intéresser au 
plus haut point tous ceux qui s'occupent d'histoire médiévale. 

Pierre Grillf.t. 



Haiis AciiiLLKS. Die Beziehungen der Stadt Braunschweig zum Reich im 

ausgehenden Mittelalier und zu Beginn der Neuzeit. (Leipziger Historische 
Abhandlungen, Heft, XXXV, hsggb. Brandenburg, Seeliger, Wilcken.) Leipzig, 
Quelle et Meyer, 191 3. i vol. in-8, vii-65 p. 

Les relations de la ville de Brunswick avec l'Empire à la fin du 
moyen âge et au début des temps modernes constituent un maigre 
sujet ; la pénurie et la sécheresse des documents n'ont pourtant pas 
effrayé les érudits, qui, soit dans ses travaux d'ensemble, soit dans des 
monographies, se sont efforcés de démêler la situation Juridique et 
politique de cette cité. Dans de pareilles conditions, iM. A. ne pouvait 
pas parvenir à des résultats entièrement neufs. En ce qui concerne 
l'histoire générale, ses recherches confirment et précisent nos con- 
naissances sur la politique des empereurs à l'égard des villes et nos 
idées sur les notions juridiques du bas moyen âge. Certes, Brunswick 
peut être un excellent exemple pour démontrer combien il est témé- 
raire d'épuiser en une définition des concepts tels que « ville libre », 
« immédiateté d'empire », mais la preuve n'est plus à faire et tout 
médiéviste sait combien en territoire allemand sont mouvantes et 
variables les institutions et les formes sociales, combien peu elles se 
laissent enfermer en un cadre fixe. Au point de vue local, le livre de 
M. A., qui utilise en grande quantité les pièces d'archives jusqu'alors 
délaissées, aboutit à des vues neuves et plus justes. Ses prédécesseurs 
(H. Durre, Geschichte] der Stadt Braunschweig im M. A., 1875; 
G. Hasselbrauk, Heinrich der Jiingere und die stadt Braunschweig, 
1906), avaient déjà signalé les;rapporis de Brunswick avec le gouver- 
nement d'empire au cours du xv*^ siècle, et les avaient interprétés 
comme l'indice d'une persévérante politique suivie par le conseil de 
la ville pour obtenir l'immédiateté. Or, M. A. conclut à la répugnance 
de Brunswick à devenir ville impériale]et aperçoit beaucoup plus tard, 
aux xvi<: et xvii« siècles, la trace d'efforts en ce sens. Dans une courte 
introduction (p. i-5) il reprend la distinction entre les deux termes 
d'immédiateté ^d'empire (Reichsunmittelbarkeii) et de députation 
aux diètes (Reichsstandschaft), maisjl a la précaution de faire 'emar- 
quer qu'avant 1648 la députationjne comporte légalement qu'une pré- 
sence et non un droit de vote et de participation effective aux délibé- 
lions. Le corps de son ouvrage est constitué par les relations de la 
ville avec les empereurs du xv« siècle (p. 5-41); l'éiude sur les impôts 
d'empire aux xvi«-xvii' siècles (p. 41 -53) est un chapitre complémen- 
taire qui ne vise, pas à épuiser la, question, mais à fournir les éléments 
d'une conclusion et"~d'uriF vue 'd'ensemble sur la politique de Bruns- 



d'histoire et de littérature 235 

wick. Cette cité se trouve dans une situation originale; bien qu'unie 
à son seigneur territorial, le duc guelfe, par un lien de sujétion fort 
lâche, l'hommage, elle entretient avec le gouvernement de l'empire 
des relations passagères. M. A. discerne deux périodes. A partir de 
1400, les empereurs ont fait une série d'avances à la ville; les uns avec 
empressement, comme Sigismond, parce qu'ils voulaient utiliser les 
villes pour leurs projets personnels, les autres, avec une évidente 
mauvaise volonté comme Frédéric III ou sans enthousiasme comme 
Maximilien, sous la pression de périls extérieurs (guerre turque ou 
complications européennes). Tous l'ont invité à prendre part aux 
diètes et ont réclamé d'elle des secours. Cette attitude à l'égard de 
Brunswick se rattache à leur ligne de conduite vis-à-vis des villes. Le 
conseil de la commune a pris l'initiative d'entrer en contact avec les 
empereurs; mais sa politique à courtes vues n'a poursuivi d'autre but 
que la confirmation de ses privilèges et l'accroissement de son pres- 
tige. Pour toutes les autres questions, il s'est montré très réservé et 
très méfiant ; il s'est refusé avec obstination à toute contribution en 
troupes ou en argent. A cette abstention systématique, qui s'accentue 
encore sous Maximilien et non, comme on l'admet, à l'amitié de ce 
prince pour les ducs Erich et Henri de Brunswick-'Wolfenbuttel, il 
faut attribuer le fait qu'après 1480 la ville est rayée des matricules 
d'empire. Elle s'est aisément résignée à la perte du droit d'immédia- 
teté ; grâce à ses bonnes finances elle était complètement autonome, 
plus puissante même que son suzerain, avec lequel elle entretenait 
d'amicales relations; elle s'immisçait par suite de plus en plus dans les 
affaires du territoire; le centre de 1' « imperium » se trouvait alors au 
sud de l'Allemagne et elle ne se souciait nullement d'assumer les 
charges encore lourdes d'une ville libre. Elle voulait garantir sa situa- 
tion acquise et préserver son indépendance vis-à-vis et du duc et de 
l'empereur. Mais l'extension de la souveraineté des ducs au cours du 
xvi" siècle a contraint Brunswick à chercher un appui auprès de l'Em- 
pire; une deuxième phase de sa politique s'ébauche; elle réclame le 
droit de verser directement ses contributions à la caisse impériale et 
à la fin du siècle elle tente d'obtenir le titre de ville impériale. Ses 
efforts sont vains et sa politique reste toujours incertaine et semée de 
contradictions; la chute de la ville en 1671 met fin à cette situation 
ambiguë. La fin de l'ouvrage comporte un appendice sur la situation 
juridique de la ville (p. 56-52) deux courts tableaux synoptiques (p. 63) 
et une bibliographie (p. 66, 65). Si les très acceptables conclusions de 
M. A. intéressent surtout l'érudition locale, elles permettent en outre 
d'évoquer un type de commune, qui ne se classe ni parmi les villes 
impériales, ni parmi les villes territoriales, qui en droit est soumise 
à son seigneur, mais pratiquement est indépendante, possède les attri- 
buts réels de la souveraineté ; elles font ressortir combien le litre de 
« Reichsstadt » était peu envié au xv*' siècle par les grandes cités du 



2.->b REVUE CRITIQUE 

Nord et montrent que Brunswick ne peut être comptée parmi les pro- 
tagonistes de révolution qui aboutit en 1648 à l'accord légal de la 
« Reichsstandschaft » aux villes libres. M. A., qui doit beaucoup à 
ses prédécesseurs, n'a traité qu'un aspect de l'histoire de Brunswick; 
s'il avait esquissé les rapports de Brunswick avec ses ducs, il aurait 
enrichi et complété son sujet; il aurait ainsi évité les nombreuses 
redites sous prétexte de condenser ses résultats. 

Pierre Grillet. 



Chabaut (H.), Essai sur l'autonomie religieuse de la principauté de Monaco 
(Imprimerie de Monaco et à Paris, librairie Picard) 191 3. ln-4". 

M. H. Chabaut, archiviste-adjoint du prince de Monaco, vient 
d'enrichir de cet Essai la Collection historique publiée par Tor- 
dre du prince. C'est l'histoire des efforts tentés par les Grimaldi 
depuis le xvii^ siècle pour soustraire Monaco à la suzeraineté reli- 
gieuse de Nice, Menton et Roquebrune à celle de Vintimille. 
Antoine I«^ et Henri III au xviii*^ siècle poussent vivement la lutte 
contre l'évêque savoyard de Nice et l'évéque génois de Vintimille. Le 
i3 octobre 1751, le prince conclut avec l'évêque de Nice un concor- 
dat désavantageux pour l'autorité civile, mais qui le laisse plus libre 
d'agir contre l'impétueux prélat de Vintimille, P.-E. Giustiniani, qui 
pousse à la dangereuse multiplication des biens de main morte. On 
échange de vifs qualificatifs; le peuple se soulève contre les ecclésias- 
tiques ; l'évêque le prive de prédicateurs et de confesseurs. Enfin, en 
1755, le prince obtient pour Menton et Roquebrune un visiteur apos- 
tolique qui les soustrait à Vintimille, mais il ne réussit pas à faire 
instituer un Evéché à lui, faveur que ses successeurs devront 
attendre jusqu'en 1887 et qu'aura préparée l'érection en 1868 d'une 
abbaye nullius dioecesis. Suivent des pièces justificatives et un index 
des noms. 

Ch. Dejob. 



SiiRBAN (N.), Leopardi sentimental, essai de psychologie lùopardienne, suivi du 
Journal d'Amuuv inédit en fra)içais. Paris, Ed. Champion, igiS. In-12 de 246 p. 

M. S. a parcouru plus de 800 des études qu'on a déjà consacrées à 
Leopardi, mais il a surtout lu et relu le poète lui-même et, s'il 
apporte peu de nouveau, il a du moins très bien saisi et marqué le 
point capital que plus d'un a oublié, savoir que le poète de Recanati 
fut avant tout un homme que le sentiment conduit, qui essaie de 
raisonner, de concevoir des systèmes, mais dont les opinions sont 
dictées par les émotions; Leopardi préfère aux arts du dessin la 
musique et la nature parce qu'elles le jettent dans la rêverie (non pas 
toutefois, dit sagement M. S., avant qu'il ait assez observé le monde 
extérieur pour l'évoquer en traits expressifs). Il est pessimiste parce 



d'histoire et de littérature 237 

qu'il souffre et parce qu'il pense surtout à lui-même. M, S. l'appelle 
un grand égoïste, mot trop dur en parlant d'un grand poète et d'un 
malade, mais enfin M. S. a raison de dire que Leopardi n'eut aucun 
goût pour le dévouement, qu'il tenait à être aimé plus qu'à aimer, 
qu'il n'a jamais aimé longtemps la même femme, que son détache- 
ment des choses n'allait à lui faire chérir la mort que de loin. Le 
Diario d'Amore par lequel M. S. termine fournit une preuve curieuse 
d'une précoce disposition à tout ramener à soi : à ig ans, le jeune 
amoureux étudie soigneusement sur lui les effets de l'amour sans y 
mêler une seule marque d'intérêt pour la personne aimée : ces pages 
de la vingtième année sont naïves, mais pédantes et sèches. 

Il y a vraiment du courage autant que de la conscience chez M. S. ; 
d'abord, lui roumain, il écrit son livre en français (il manie au reste 
fort bien notre langue , et il se prive de toutes les petites découvertes 
de l'érudition pour se concentrer sur le fond dun sujet si souvent 
traité. Il eût pu résumer en quelques pages les quatre derniers chap. 
de son I'^'' livre où il passe en revue sans grand profit les femmes que 
Leopardi a plus ou moins aimées et appuyer en revanche sur un rap- 
prochement qu'il a indiqué (p. 181) entre Leopardi et J.-J. Rous- 
seau : les différences qui les séparent tiennent sans doute en partie à 
la différence de leur complexion et des sociétés où ils ont vécu, mais 
elles s'expliquent aussi par la différence de leur zèle pour le bien de 
rhumanité. D'autre part, le chapitre de M. S sur la famille de Leo- 
pardi est vraiment neuf; car il nous y montre non seulement 
Monaldo tremblant devant sa femme et aimant ses fils en cachette, 
mais visionnaire, prêcheur, provocant et timide. — Le livre est court, 
mais utile. 

Charles Dejob. 

Général Palat (Pierre Lehautcourt). Une grande question d histoire et de psy- 
chologie. Bazaine et nos désastres en 1870. Paris, Ghapelot, igi?. Deux 
vol. in-8", XII et Zjb p. i-jo p. 

Le sous-titre de l'ouvrage « Une grande question d'histoire et de 
psychologie » était inutile. Le nom de Palat suffit, et un Bazaine 'pd.'c 
Palat ne peut-être qu'une œuvre instructive et bien faite, qu'un tra- 
vail d'histoire et de psychologie. Oserai-je ajouter que deux volumes 
sont peut-être de trop et qu'un seul volume était assez ? Il s'agit sur- 
tout de déterminer les motifs de Bazaine et de scruter son àme. L'au- 
teur pouvait donc omettre des détails, supprimer des citations, passer 
sur les faits qu'il a développés ailleurs avec tant de savoir et de talent. 
Dans le premier volume, par exemple, n'était-il pas aisé de condenser, 
de ramasser en trente pages les cent soixante pages consacrées au Mexi- 
que et de réduire de même la partie relative aux batailles du mois d'août 
1870? Mais on ne peut qu'accepter les jugements de l'auteur et on lira 
son ouvrage avec un vif intérêt et un grand profit. Bazaine, au Mexi- 



238 REVUE CRITIQUE 

que, montre le goût du détail, montre de l'indécision, de la finasserie, 
de la rouerie, du scepticisme; il manque déjà de sens moral, il manque 
déjà d'énergie et de volonté. C'est pourquoi, en 1870, sa conduite est 
pleine de contradictions, d'obscurités, d'arrière-pensées, et elle ne 
s'explique que par une insuffisance technique doublée d'une très 
« grande insuffisance morale » (I, p. 290). A Borny, il fait preuve d'une 
incroyable inertie et il ne sait adopter l'une des deux solutions qui 
s'offrent à lui : retraite sans arrêt ou contre-attaque vigoureuse. A 
Rezonville il laisse échapper la victoire et s'il se prodigue, s'il impose 
par sa bravoure tranquille, il néglige l'ensemble et perd son temps à 
des minuties ; il ne cherche pas à écraser la gauche prussienne. A 
Saint-Privat, il ne commande même pas, ne paraît même pas. Inca- 
pable et se sentant incapable de mouvoir des masses, il envisage avec 
crainte une campagne active loin de tout point d'appui; il reste donc 
à Metz, il s'isole et dans le sûr abri de son camp retranché, il attend 
les événements, l'abdication de Napoléon III, la chute de l'Empire, 
la paix prochaine. Le 26 août, il ne fait, par suite, qu'une démons- 
tration, et la bataille dite de Noisseville, des 3i août et i" septembre, 
n'est, comme on l'a nommée, qu'une manifestation théâtrale. Après 
Sedan, il est convaincu que Paris ne pourra tenir, et il pense plus que 
jamais à conserver son armée intacte. Mais cette armée sur laquelle il 
compte pour devenir l'arbitre de la situation, il la laisse se morfondre 
et se consumer; il n'inquiète ni ne fatigue les ennemis; il se met en 
rapport avec eux ; il accueille Régnier ; il ouvre des négociations poli- 
tiques. — En somme, et qui ne sera de cet avis ? — Bazaine, conclut 
M . Palat, était un incapable ; égoïste et dénué de scrupules, il chercha 
les moyens de sortir de la crise à son avantage, il voulut jouer un 
rôle dans la restauration qu'il jugeait imminente, et, comme il n'était 
pas aussi intelligent qu'on l'a dit, il se laissa duper par l'adversaire. 
S'il ne fut pas un traître, à proprement parler, il n'a pas fait tout ce 
que commandaient l'honneur et le devoir. 

Arthur Chuqiiet. 

Maurice Delafosse, Traditions historiques et légendaires du Soudan occi- 
dental, Paris, 1913, 104 p. in-8", publications du coniitc Je IWfriquc Iruuvaisc, 
2 I, rue Cassette. 

Le présent travail est la traduction sur deux manuscrits, l'un en 
arabe, plus complet, l'autre en mandé, d'une série de récits historiques 
et légendaires dont quelques-uns ne nous étaient parvenus que par 
voie orale. Cette publication, faite d'après un texte écrit nous offre des 
garanties plus sérieuses, étant donné surtout le traducteur. 

Dès le début, on voit que l'influence musulmane s'est exercée sur la 
composition de l'ouvrage et qu'il y a lieu de se tenir en garde contre 
des renseignements, comme par exemple celui qui nous présente le 
royaume du Ouagadou fondé par Digna, arrière petit-fils de Job, fils 



d'histoire et de littérature 239 

de Salomon, fils de David (p. 6) : de même l'épisode de Magàn 
Diaba,qui dépossède son frère Téré-Khiné de l'héritage de son père par 
un artifice identique à celui qu'emploie Jacob pour frustrer Esaii. 
Les ouvrages de ce genre se composent de traditions indigènes 
(généalogies, souvenirs légendaires, traditions historiques plus ou 
moins nettes, plus ou moins suivies). Ces traditions, des demi-savants' 
ou des quarts de savants musulmans ont essayé de les rattacher bon 
gré mal gré aux légendes musulmanes, telles qu'ils les connaissent, 
et de là un amalgame où la part réelle de l'histoire est difficile à 
établir. 

C'est grâce à des travaux comme celui-ci qu'on pourra y arriver un 
jour, quand tous les documents, quelle que soit leur valeur, auront 
été réunis et traduits. M. Delafosse s'est parfaitement acquitté de sa 
tâche, et ses annotations, particulièrement en ce qui concerne la géo- 
graphie, fournissent un excellent commentaire. Aussi dois-je expri- 
mer le regret qu'il n'ait pas joint à son travail un index des noms 
propres qui eût grandement facilité les recherches. Un souhait pour 
finir : qu'il publie le texte arabe et mandé : nul n'est mieux qualifié 

que lui pour le faire. 

René Basset. 



.1. RiBERA Y M. AsiN, Manuscrites arabes y aljamiados de la Biblioteca de la 
Jitnta. Madrid, 1912, xxix-32o p. in-S» et 18 planches (Publication de Junta 
para ampliacion de estudios é investigaciones cientificas. Centro de Estudios 
historicos). 

En 1844, ondécouvraiten démolissant une vieille maison àEI Mona- 
cidde la Sierra, district de La Almunia, un espace libre entre ledouble 
plancher de l'habitation. Cet espace contenait un certain nombre de 
manuscrits, presque tous en aljamiado, qui furent jetés à la rue avec 
tous les déblais. Heureusement, ils furent presque tous sauvés par le 
Rév. P. Fierro et Pablo Gîl. Cette collection fut l'objet de diverses 
not^s de Francisco Codera, de D. Ed. de Saavedra et de Pablo Gil 
lui-même. C'est de là que sont tirés les textes que celui-ci publia de 
concert avec Julidn Ribera et Mariano Sanchez '. Un texte impor- 
tant dont des fragments avaient été insérés dans cette collection, fut 
publié par Mariano de Pano ' c'est le récit du pèlerinage de la Mekke, 
fait au péril de ses jours à la fin du xvi« ou au commencement du 
xvii^ par un Moresque qui, sans doute, professait en apparence le 
christianisme. 

Cette collection n'était donc pas inconnue, mais le volume que 
MM. J. Ribera et M. Asin ont publié avec le concours de leurs 
élèves, renferme une description méthodique, détaillée et précise de 

1. Collecciôn de Textos aljamiados, Zaragoza, 1888, in-8°. 

2. Puey Monçon; V'iajed la Meca en el siglo XV T, I de la Collecion de estu- 
dios arabes, Zaras^oza, 1897, I V. pet. in-80. 



240 REVUE CRITIQUE D HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

cent un manuscrits, avec un appendice consacrés à ceux qui se 
trouvent des PP. Escolapios de Saragosse. La majeure partie est 
composée de traités religieux, de fragments philosophiques, pour la 
plupart extraits d'El Ghazali, de formulaires magiques; pas de trai- 
tés de grammaire; pas d'histoire, mais un certain nombre de récits 
légendaires identiques pour le fonds à ceux qui existent en arabe à la 
Bibliothèque nationale d'Alger, et dont une partie a été publiée en es- 
pagnol par More ', par Guillen Robles' par Ramon Menendez ' Pidal. 
Un des plus curieux est celui où Ton ne peut méconnaître un souve- 
nir de l'antiquité (ms. IV, n° 11) où les Turcs sont donnés comme 
descendants d'Hector, se seraients faits musulmans pour permettre à 
leur chef d'épouser Fatima, fille du Prophète, et auraient vengé la prise 
de Troie par celle de Constaniinople « la xangre de Troyd fui muy 
bien bengada » (f. 175, V). Les morceaux poétiques sont peu nom- 
breux et médiocres; mais ce qui est particulièrement intéressant, ce 
sont les manuscrits renfermant des formulaires d'actes notariés qui 
permettent d'établir les coutumes juridiques spéciales à la contrée. 
La maison renfermait aussi des outils de relieur : M. Ribera eut l'idée 
de faire examiner les reliures des manuscrits et y trouva les feuilles 
d'Un registre des actes judiciaires d'un qadhi de Saragosse au 
xive siècle, des fragments de comptes en aljamiado hébraïque, 
dialecte aragonais; un chapitre en caractères latins sur l'équi- 
valence phonétique des signes de l'alphabet arabe ; une procla- 
mation adressée aux mosquées de la péninsule pour inviter les 
Moresques des pays chrétiens à se déclarer en faveur du roi de 
Grenade Yousof III (1407-1417) lors de sa guerre contre les chré- 
tiens (publiée p. 259-260); un document de la chancellerie de 
Grenade expédié par Mohammed VIII, etc. L'ouvrage se termine par 
sept index et dix-huit photographies représentant des types divers 
d'écriture : la dernière est une page d'un document en aljamiado 
rabbinique provenant de la juiverie de Daroca. 

Les deux auteurs ont droit à tous nos remercîments pour la publi- 
cation de ce livre qui intéresse tant de branches de la science. 

René Basset. 

i.El Poema de José, Leipzig, i883, in-8°. 

2. Legendas moriscas, Madrid, i885-86 3 v. pet. in-80 ; Legendas de José, Nijo 
de Jacob y de Alexandro magno, Zaragoza, 1888, in-S". 

3. Poema de Yùsuf, Madrid, 1902,111-8». 

L'imprimeur-gérant : Ulysse RoticHON. 



Le Puy-eu-Velay. — Imprimerie Peyriller, Rouchon et Gamon 



REVUE CRITIQUE 



D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 



N" 13 — 28 mars — 1914 



Crossland, La mer Rouge. — Ciisar, -;<• éd. p. Mbnskl. — E. Waitz, George 
Waitz. — \'iKNOT, Le Paris des Martyrs. — Blok, Histoire du peuple néerlandais, 
IL — Pannier, Jones Hambracus. — Sadi Carnot, Les volontaires de la Cote- 
ti'Or à La Glisuclle. — Barbey, Suisses hors de Suisse. — Kircheiskn, Napoléon, 
sa vie et son temps, I et 11.— Espitai.ikr, \'ers brumaire. — Sir John Dean Paul. 
Paris en 1802. — Welvert, Napoléon et la police sous la première Restauration. 

— Gaborv, Napoléon et la Vendée. — Garnier, Lettres des HohenzoUern. — 
WoHWiLL, Histoire moderne de Hambourg. —Thoumas, Causeries militaires, V. 

— H. DE CuRZON, Mozart. — Decourdemanche, Monnaies et mesures d'Inde et de 
Chine. — Arin, Les mines dans l'Afrique du Nord. — Idiotikon suisse, 74. — 
Ross, Voyage dans les îles. — Wei.cker, Vie de Zoega. — Lediui;, Lettres de 
Fénélon. — Osterloh, Fénelon et l'opposition littéraire contre Louis XH". — 
JussEi.iN, Helvétius et M^e de Pompadour. — Schinz, La question du Contrat 
social. — Del Vecchio, La philosophie politique de Rousseau.— Breunig, Deux 
Alsaciens. — Hogu, Atala et les contemporains. — Meinecke, Le centenaire de 
i8i3. — Doeberl, La politique scolaire de la Bavière. — Deu Vecciiio, Le latin 
mourant. — Wroblewski, Esquisses françaises. — Malherbe, Pensées de Paul 
Hervieu. — Claudel, Le Français né malin. — Di-ctionnaire Stengel-Fleisch- 
mann, 24-25. — Del Vecchio, Divers. — A. Baumgarten, Le délit. — Ach, La con- 
naissance a priori. — Académie des Inscriptions. 



Cyril Crossland, Désert and Water Gardens of the Red Sea. Cambridge. 
1913, 19S pp. avec 91 et pi. et photo. 

La seconde partie de cet ouvrage contient une description des fonds 
de la Mer Rouge et des diverses espèces de madrépores qui les habi- 
tent, avec une théorie de la construction des massifs de coraux : elle 
sort donc du cadre de la Revue Critique. 

Dans la première partie, l'auteur étudie la côte « soudanaise » la 
région de Souakim (Souakin) : il y a vécu de longs mois, dans l'in- 
timité des populations : il les connaît bien et il les aime. S'il avait 
eu une connaissance plus approfondie des choses arabes et musul- 
manes, il eut pu réunir des documents de première importance sur 
les populations blanches et noires qui se mêlent autour de la vieille 
étape de la navigation sur la Mer Rouge. Il a pourtant fait mieux 
qu'une description agréable au grand public et qu'un recueil d'anec- 
dotes joliment contées : les 80 premières pages de son livre devront 
être dépouillées pai' les soc'ologues. Noter : p. 44, le fait que les 
Nouvelle série LXXVII. i3 



242 REVUE CRITIQUE 

hommes seuls peuvent traire les brebis et les chèvres, et qu'ils ne sau- 
raient goûter au lait qu'ils viennent de recueillir avant qu'un autre 
homme n'en ait bu trois gorgées ; — p. 74 s. la situation indépendante 
de la femme mariée, et le rôle de son frère à Tégard du mari ; — p. 79 
la femme mourante qu'on revêt de ses plus beaux habits et près de 
qui l'on joue du tambour, etc. 

Le livre est très bien présenté : les photographies sont intéressantes. 

M. G. D. 



C. Julii Caesaris Commentarii de bello Gallico erkiârt von Fr. Kraner und 
W. Dittenbergcr. Siebzehnte, voUsiândig umgcarbeitete Auflage von H. Meusei.. 
Erster Band. Mit einer Karte von Gallien von H. Kicpert und drei Plânen. Berlin, 
Weidmann, 191 3. Préf. de 3 p. 464 p. 5 m. 

.l'ai si souvent parlé dans cette revue de M. Meusei et de ses travaux, 
presque tous consacrés à César, que je crois inutile d'ajouter là-dessus 
un seul mot. Je ne m'occupe donc que de son nouveau livre. 

Le lecteur a certainement remarqué dans le titre les deux mots : voll- 
staendig iimgearbeiteie^ qui, sous la plume de M. M., disent beaucoup : 
il était inévitable que le commentaire prit ici plus d'étendue alors 
surtout que, ces dernières années, les études sur César se sont multi- 
pliées des deux côtés du Rhin ; le nouveau livre sera à très peu près le 
double de l'ancien Kraner, et nous n'avons d'abord ici que le premier 
volume de la guerre des Gaules, contenant les quatre premiers livres. 
A lui seul l'appendice critique contient i i3 pages. 

Disons plus clairement ce qui est enveloppé, peut-être pour des 
raisons de convenance: il s'agit ici d'un livre tout nouveau qui est 
tout entier de M. Meusei; nous avons cette fois son texte, avec les 
modifications qu'y ont apportées la réflexion et les nouvelles études ; 
le commentaire est écrit d'après ses idées ; il ne reste de l'ancien livre 
que le fond traditionnel qui est à tout le monde. 

Je trouve très bon que M. M. ait pris le taureau par les cornes en 
déclarant, dès les premières lignes de sa préface, qu'il ne s'agit pas ici 
d'un livre destiné aux élèves, ni même d'un livre classique, mais d'un 
César fait pour les jeunes philologues et pour les maîtres chargés 
d'expliquer l'auteur. 

L'édition est dédiée par M. M. à son ami Gottlieb Leuchtenberger. 

Tout ce qui se rapporte à l'histoire, à la langue, à l'interprétation 
proprement dite, est au bas de la page; ce qui concerne le texte est 
rejeté à l'appendice. Très commodes sont les petits sommaires, en 
lignes espacées, qui, au début de chaque développement, résument le 
récit. Nous devons aussi des remerciements au directeur de la collec- 
tion qui, rompant avec d'anciennes habitudes, a permis d'adopter 
pour les notes un caractère moins petit et moins serré. Nos yeux s'en 
trouveront certes beaucoup mieux. 

Dans l'introduction, quatre paragraphes : Les Gaules et Rome 



d'histoire et de littérature 243 

jusqu'aux guerres de César ; César jusqu'à la guerre des Gaules ; César 
en Gaule; Les commentaires de César. Suit un chapitre (42 p.) sur 
l'armée et la flotte dans César. 

Pour le texte lui-même, je me doute de l'étonnement qu'aura sans 
doute, en ouvrant le volume, tout Français mal tenu au courant des 
études critiques de ces dernières années, quand il verra le nombre de 
mots ou de propositions mises ici entre-crochets. Il criera volontiers 
■ au scandale. Voilà donc ce qu'on a fait de l'ancien César, de son César ' ! 
Il lui faudra se résigner. Les raisons qui appuient ces suppressions 
sont sérieuses. Mais à les voir si nombreuses, nous ne pouvons nous 
empêcher d'être quelque peu confus de nous être si longtemps et si 
pleinement laissé duper. 

Si M. M. avait dû donner ici les arguments par lesquels se justifient 
les changements apportés au texte, l'espace nécessaire aurait été à peu 
près triplé. Il s'est borné le plus souvent à renvoyer, pour le détail, à 
: ses recensions du Jahresbericht des philologischen Vereins. Ma seule 
objection est que ces comptes-rendus comme aussi la revue dont ils 
font partie (Zeitschrift fur Gymnasial-Wesen zu Berlin, chez Weid- 
mann i ne pénètrent guère chez-nous. J'espère que l'éditeur se décidera 
à faire ce qu'on a fait plusieurs fois dans le Bursian : réunir en un 
seul groupe et vendre en volume les articles du rapporteur sur l'auteur 
étudié. Sans cela, notre livre lui-même manquerait de son point d'ap- 
pui naturel. 

L'interprétation est fondée sur l'usage de César dans toutes les par- 
ties où l'authenticité est hors de doute. La clarté, la netteté sur tous 
les points, voilà la première qualité de l'ouvrage. On n'a pas seulement 
l'assurance d'être mis au courant de toutes les difficultés véritables, 
discutées en ces derniers temps : on sent que de tous côtés, pour l'in- 
terprétation comme pour le texte, on s'appuie ici sur une base solide 
et durable. 

A la fin de l'appendice critique est ici, avec beaucoup de raison, une 
liste des principaux mss. et des lettres par lesquelles on les désigne. 
J'aurais voulu seulement que par une liste provisoire complète des 
ouvrages cités, la Bibliographie fût plus claire. - 

Pour les grands morceaux historiques, renvois ordinaires au livre 
de Rice Holmes et à l'histoire de JuUian. Pour la topographie et les 
questions militaires, renvois à Napoléon et son Atlas, à Stoffel et à von 
Gœler. Les travaux de D'Arbois de Jubainville sont cités aussi à l'oc- 

I. Les savants dont M. M. accepte les suppressions sont d'ordinaire : Moinmsen. 
Paul, H.-J. Mtiller, Ed. Grupe. Un bon nombre viennent aussi de M. M. lui-mcmc. 
Il reste encore dans le livre un certain nombre de passages marques de croix et 
où l'on ne peut rétablir le texte avec quelque vraisemblance. Bien que M. M. ne 
se soit pas interdit dans le texte des déplacements de mots (par ex. Il, ]q,C) atgue... 
conjïnnaverunt. cependant il reconnaît que c'est là un reinède extrême et qui est 
médiocre, et il préfère, en pareil cas, croire à quelque grave altération. 



244 REVUE CRIIiyUK 

casion, surtout en ce qui concerne les noms gaulois. Parmi les études 
nouvelles sur César ici le plus souvent citées, Je vois surtout le livre 
de Alfr. Klotz (Caesarstudien, Teubner, 1910), à qui Ton doit des 
remarques très importantes qui visent la forme comme le fond de 
Fœuvre '. 

M. M. peut mesurer la tâche qu'il a accomplie depuis près de trente 
ans. Que d'efforts, que de travail il lui a fallu pour ébranler, puis rui- 
ner le système de Nipperdey, pour fonder le nouveau classement des 
manuscrits et patiemment déduire toutes les raisons qu'on avait sou- 
vent de préférer p à a! 

A côté des articles d'exposition, des recensions générales sur César, 
sont venus le lexique qui a dû vaincre la concurrence de deux entre- 
prises rivales, enfin les éditions classiques. Tout cela a paru, à son 
heure, malgré la maladie, malgré les retards que de lourdes occupa- 
tions ont souvent imposées à l'auteur. Il a toujours poiirsuivi son 
travail sans défaillance. Nous voici aux éditions avec coriimentaires, 
qui consolident et justifient l'œuvre dans son entier. Je ne sais si l'on 
trouverait en notre temps un autre exemple d'une entreprise pareille, 
accomplie presque en entier par un savant. Car si l'on pense d'abord 
à lui comparer \c Corpus et le Thésaurus, bien vite on réfléchit qu'ici 
il y avait un groupe de nombreux savants, de multiples académies, 
tandis que dans le César de M. M., au début comme au point 
d'arrivée, on a l'effort d'un seul e.'^prit et la main d'un seul homme. 
Alors que M. Meusel est si près du but, nous devons l'accompagner 
de nos vœux et aussi de nos remerciements '. 

Emile Thomas. 






Ge.org Waitz, Ein Lebens == und Charakterbiid zu seinem hundertjaehri- 
gen Geburtstag, 9 oktober iqijî, von Ebcrhard Waitz. Berlin, Wcidniann, 
igi3, 100 p. in-80. Prix 2 fr. 25. 

Le g octobre-i 81 3, George Waitz, le célèbre historien, dont le nom 
se rattache surtout à Goettingue, naissait à Flensbourg, dans le Schles- 
vig, où son père était négociant, et c'est pour célébrer ce centenaire 
que le plus jeune des fils de l'auteur de la Deutsche Verfassuu^sgcs- 
chichte \iem âc publier le présent petit volume, qui résume, en un 
nombre restreint de pages, la carrière si bien remplie du grand érudit 
allemand. Etudiant à Kiel, puisa Berlin, où il suit les cours de Savi- 

1. Les renvois de notre volume à l'Index géographique restent provisoirement 
inutiles au lecteur. 

2. P. i3o, te dernier mot au bas, ab étant une addition de M. M. aurait dû titre 
en italiques. De même pourquoi n'avoir pas tait Imprimer en italiques : I, 29, i 
fin, les mots eiant enumerati qui ne sont pas dans les mss? — Pour les mérncs 
raisons j'aurais voulu voir entre parenthèses le mot milites que M. M. ajoute 1, 
40, 12. — P. 144 I, 3i, 12), pourquoi pas un mot sur la place de Magetohiga? 
(.{uelle soit douteuse ou inconnue, encore failaii-il le dire, nettement. — P. 91, à 
la 1. 7 delà première note (sur acceptiis), dcplaceincnt de Icures. 



D HISTOIRE ET DE LITTERATURE 24D 

gny, de Lachmann ci de Ranke, il se décide pour les études histo- 
riques, publie dès i835 son Histoire de Henri /, travaille, dès i836, 
à Hanovre, à la grandiose entreprise des Monumenta de Pertz, qu'il 
devait diriger lui-même plus tard, et se voit appelé comme profes- 
seur à l'Université de Kiel, en 1842. Il s'y marie avec la fille du phi- 
losophe Schelling, publie le premier volume de la Ver/assungsges- 
chichîe en 1845, le second en 1847,61 se voit appelé peu après à 
rUniversîté de Goettingue. Uintermei\o politique qui l'arrache à sa 
chaire, de 1848 à 1849, ne fut pas de longue durée ; mais Waitz tint 
une place honorable dans le groupe de ces libéraux, très conservateurs 
au fond, qui tentèrent, une première fois, au Parlement de F"rancfort 
de créer l'Empire allemand sous l'hégémonie prussienne. Ce fut l'un 
des orateurs les plus écoutés du centre droit à l'église Saint-Paul et 
ce ne fut pas sa faute si Frédéric-Guillaume IV, imbu de ses idées 
médiévales, n'osa point accepter la couronne que les représentants de 
la nation lui offraient. Revenant à ses chères études, Waitz ne les a 
plus quittées depuis. Son Histoire du Scblesruig-Holstein parut en 
deux volumes, de i85i à 1864, son ouvrage sur Liibeck sous Georges 
Wullenweber et la politique européenne, en trois volumes, de i855 à 
1 856, et les volumes de L'Histoire de la constitution germanique 
coniinucrent à se suivre, à intervalles presque réguliers, jusqu'en 
1878, date de la publication du huitième volume. Il avait été appelé 
à Berlin, en 1875, pour y surveiller dorénavant la publication des 
Monumenta Germaniae historica qui fure-nt continués avec une nou- 
velle vigueur sous sa vigilante et savante direction. Mais il ne fit plus 
de cours dans la capitale du nouvel Empire, où il est mort le 25 mai 
1886, suivant dans la tombe, à vingt-quatre heures de distance, son 
illustre maître et ami, Leopold de Ranke. 

L'influence d'un savant, comme Waitz, n'est pas seulement à recher- 
cher dans ses livres ni dans ses cours, mais aussi dans cet enseigne- 
ment plus personnel et plus pénétrant à la fois qu'il donne dans ses 
conférences intimes, dans son séminaire comme on dit en Alle- 
magne '. L'auteur a bien fait de joindre à son opuscule la liste de 
ceux qui ont fréquenté ce séminaire de Goettingue et qui tous ont 
emporté des heures passées dans le cabinet de travail 'du maître,, dans 
cette maison près de la porte de Weende, un souvenir reconnaissant. 
Waitz n'était pas une nature expansive et Ton pouvait le trouver froid 
au premier contact ; mais il était si prêt de venir en aide à ceux de ses 
élèves qu'il voyait désireux de travailler eux-mêmes» il s'intéressait si 
cordialement à leurs études personnelles, quand même elles ne tou- 
chaient pas aux siennes, il savait si bien faire comprendre les ditiicul- 
tés d'un problème scientifique, si bien expliquer la faconde le traiter, 

I. Je rappelle qu'au lendemain de la mort de Waitz, Gabriel Monod a publié 
sur lui, dans la Revue Itistoriqne, une étude pénétrante et sympathique dana 
laquelle il caractérisait admirablement le défunt (tome XXXI, p. 383). 



246 REVUE CRITIQUE 

qu'on s'attachait bien vite à riiomme, malgré sa physionomie un peu 
austère, cl qu'on admirait franchement le savant. De nombreux dis- 
ciples, devenus des érudits éminents à leur tour, sont sortis de ce 
séminaire ; mais combien sont déjà morts et que de croix on relève 
derrière les noms du catalogue donné par M . Eberhard Waitz ! De 
tous les jeunes et gais travailleurs que j'y rencontrai en 1864, voici 
tantôt un demi-siècle, j'en retrouve deux seulement parmi les vivants, 
M. Henri Brunner, le célèbre jurisconsulte de Berlin, correspondant 
de l'Institut et M. Georges Kaufmann, professeur à "Breslau, l'histo- 
rien bien connu des Universités allemandes : tous les autres ont dis- 
paru '. 

Tous les anciens élèves de Georges Waitz qui sont encore de ce 
monde, remercieront l'auteur d'avoir ravivé leurs souvenirs d'antan 
en consacrant ces quelques pages émues au souvenir plus intime d'un 

père qui fut aussi leur maître respecté. 

R. 

Promenades à travers le Paris des Martyrs, 1523-1559, par John Viknot. 
Paris, Fischhacher, 191?, 179 P- in-i8, planches. Prix : 3 fr. 3o 

Ces pages sont dédiées par M. J. Viénot, professeur d'histoire 
ecclésiastique à la faculté de théologie protestante de Paris, « à la 
mémoire de tous ceux qui ont souffert et de ceux qui sont morts sur 
le vieux sol parisien pour la liberté de croire et la liberté de penser. » 
M. Viénot n'a pas eu la prétention de dresser un catalogue complet 
des témoins de la Réforme suppliciés dans un recoin quelconque de 
la capitale : ses Promenades nous condmseni vers certains quartiers 
de Paris, où les victimes de l'intolérance ont été plus nombreuses ou 
plus marquantes, et s'aidant des chroniques locales, des correspon- 
dances du temps, des registres du Parlement, du Martyrologue de 
Crespin, l'auteur nous raconte, sans étalage d'érudition, mais avec 
une parfaite connaissance du sujet, quelques-uns des épisodes de 
cette première période de l'histoire de la Réforme, qui s'arrête à la 
mort de Henri H. Voici le Marché aux pourceaux sur le parcours 
de l'Avenue de l'Opéra actuelle; où fut brûlé le premier martyr de la 
Réforme française, Jean Vallière, ermite Augustin ^8 aoijt i523). 
Voici la Croix du Tiroir (au coin de la rue Saint-Honoré et de la rue 
de l'Arbre sec) où furent jetés au feu, en janvier i535, Nicole L'huil- 
lier, clerc au greffe du Châtelet et Simon Fontret, chantre du roi. Le 
pilori des Halles vit, de i 534 en 1548, six exécutions capitales. Trois 
autres, en i534, périssent au Cimetière Saint-Jean (sur l'emplacement 
de la caserne Lobau, rue de Rivoli). Une pauvre maîtresse d'école, 
la Catelle, fut flambée à Vabreuvoir Popin (quai de la Mégisserie). 
Sur la place de la Grève, nous voyons successivement se dresser les 

I. Quatre noms de Français figurent sur cette liste : celui de Gabriel Monod, 
déjà parti, lui aussi, ccu\ de MM. Thévenin. Scignobos et le mien. 



d'histoire et de littérature 247 

bûchers de Jacques Pouant, jeune clerc du diocèse de Meaux (i526), 
de Luc d'Aillon (i 527), de Louis de Berquin ( i 52g), d'Anne du Bourg 
(1559). D'autres supplices ont Vieu, devant Sainte-Catherine, devant 
Notre-Dame, au bout du pont Saint-Michel, au carrefour du puits 
Sainte-Geneviève et sur la place Maubert. C'est sur ce dernier empla- 
cement que périrent un jeune avocat, Guillaume Joubert (i526j,le 
moine jacobin Alexandre Camus (i534), Jean Chapot et Etienne 
Dolet (1546) ', et bien d'autres encore. 

On suit avec intérêt l'auteur dans cette causerie à la fois géogra- 
phique et historique, d'un style simple et familier, qui rappelle, sans 
nuls éclats de voix et sans aucune passion religieuse, quelques-unes 
des plus belles pages des premiers temps de la Réforme, alors que 
ses adhérents mouraient en confessant leur foi, sans songer encore à 
la défendre, les armes à la main. Des travaux pareils méritent qu'on 
les encourage, en les signalant comme œuvres de vulgarisation très 
utile, à l'attention du grand public \ 

R. 



Geschiedenis van het Nederlandsche Volk door P. J. Blok. Twcede Druk, 

tweede deel. I.eiden A. W. Sijthotîs Uitgevers Maatschappij, s. dat.(i9i3'!, VIII, 
694 p. gr. iii-8, carte. 

Nous avons déjà parlé de cette seconde édition originale de la 
grande Histoire du peuple Jiéerlandais de M. P. J. Blok ^. L'éminent 
historien vient d'en faire paraître le deuxième volume, qui embrasse 
les luttes pour l'indépendance, ce qu'on peut appeler l'âge héroïque 
de la Hollande, les quatre-vingts années qui s'étendent, presque, jour 
par jour, de i568 à 1648 *. Dans la période assez longue qui s'est 
écoulée depuis la première apparition du texte hollandais de VHis- 
toire, de nombreuses publications de sources ont enrichi la littérature 
historique spéciale, et des livres de grande valeur ont paru sur le 
sujet •\ Si l'on voulait entrer dans l'examen comparatif des textes on 
constaterait plus d'une modification et d'une rectification dans les 
détails. Mais cela n'a pas besoin d'être signalé chez un travailleur 
aussi consciencieux et aussi bien orienté que M. B. D'ailleurs nous 

1. M. Viénot établit, une fois de plus, que Dolct fut. il est vrai, un très libre 
croyant, mais nullement un athée, comme certains de ses « admirateurs » le. 
répètent encore aujourd'hui. 

2. P. 79 une fâcheuse négligence dans la révision des épreuves a laissé subsis- 
ter la répétition de quatre lignes d'un même texte. 

3. Voy. Revue critique du 29 mars 191?. 

4. C'est le 3 juin i56<S que furent décapités les comtes d'Egmont et de Hoorn, et 
c'est le 5 juin 1648 que tut signé le traité par lequel, l'Espagne détiniiiveinent 
vaincue, reconnaissait l'indépendance des ■■ rebelles » (p. 65o). 

5. Nous mentionnerons seulement le quatrième volume de l'Histoire de la 
Belgique, de M. Pirenne, les Studien de .M. .Marx, le Guillaume d'Orange de 
M. Rachfahl, etc. 



248 REVUE CRITIQUE 

avons trop souvent, dans ces dernières années, dit ici les mériics de 
l'ouvrage, en parlant des volumes successifs de la traduction alle- 
mande du travail du savant professeur d'Amsterdam pour avoir besoin 
dy revenir une fois de plus. Signalons seulement, pour sa soigneuse 
mise à jour, VAanhangseî ou appendice où l'auteur à réuni et classé 
les Sources de l'Histoire des Pays-Bas^ de oSgà 1648 fp. b^b- 
678). 

R- 



Jonas Hambraeus, prédicateur du roi de Suède, professeur à l'Université de 
Paris (1588-1672). Notice biographique par Jacques Pa.nnier. pasteur, docteur 
ès-lettres. Paris, Fischbacher, 1913, 56 p., in-8°. Prix i fr. 5o. 

Fils d'humbles paysans, Jonas, dit Hambraeus (du village d'Ham- 
brë, dans l'Helsingland, district suédois sur le golfe de Bothnie), 
naquit en i588, devient étudiant à Upsal, où il fut nommé profes- 
seur en 1626, puis prédicateur de la cour. Peu après nous le voyons 
quitter la terre natale et arriver à Paris où il séjourna plus d'un 
demi-siècle, s'occupant d'études des langues orientales. Il y reçut de 
Louis XIII le titre de professeur extraordinaire es langues hébraïque, 
syriaque et arabique en l'Université de Paris », sans qu'on puisse 
constater qu'il ait réellement enseigné autre part que, peut-être à 
domicile. Son labeur scientitique paraît avoir consisté principalement 
dans sa collaboration, comme « correcteur », à la Bible pôlvglotte, 
qui parut, de 1628 à i645> en dix volumes in-folio. Peu de temps 
après son arrivée dans la capitale du royaume il fut invité à présider 
des réunions cultuelles suéco-allemandes, qui furent formellement 
autorisées par le roi en i63o. Le registre de cette première congréga- 
tion luthérienne à Paris, qui va de 1626 à i685, existe encore dans 
les Archives du Consistoire luthérien actuel, et renferme les signa- 
tures d'environ 3, 600 personnes, Hdèles sédentaires, ou visiteurs de 
passage, parmi lesquelles figurent bien des personnages princiers et 
célèbres de l'étranger. M. Pannier, en dépouillant ce registre, en étu- 
diant les sources suédoises, a ressuscité pour nous cette ligure de 
Jonas Hambraeus, à peu près oubliée de nos jours, dans le milieu où 
il a vécu, et nous raconte, non sans quelques lacunes forcées, la 
longue carrière de ce premier aumônier de l'ambassade de Suède, .qui 
connut bien des déboires, dans la seconde moitié surtout de son exis- 
tence, fut emprisonné pour dettes, et dont les dernières années nous 
Sont à peu près inconnues '. M. Pannier nous parle également des 
ouvrages de Hambraeus, grand admirateur de son pays adoptif et de 
Louis XIV ; ce sont principalement des ouvrages ihéologiques. Cette 

~ : •-' ■ . . . Lj_i — t.^ 

I,. On sait qu'il publiait encore un de ses oïivra£;cs en iG-i; mais .M. P. h"a pas 
réussi à fixer plus exactement la fin de sa carrière; il était remplace depuis des 
fttinéiW cxiiYimc prêdicafcur à l'ambassade de Suède. 



d'histoire et de littérature 249 

consciencieuse monograghie est une contribution fort utile à l'histoire 
des communautés protestantes parisiennes au cours du xvii" siècle \ 

R. 

Sadi Carnot, Les volontaires de la Côte d'Or à 1 affaire de la Glisuelle. Paris, 

Hachette, 1913. la-4', 5o p. (se vend au bJnétice du Souvenir français, gardien 
des monuments patriotiques). 

Cette étude, superbement éditée, est consacrée au brave Gouvion, 
lieutenant et ami de Lafayette, et à ses compagnons, presque tous 
Bourguignons qui formaient Tavant-garde de Tarmée du Nord et qui 
tombèrent le i i juin 171)2 à la Glisuelle, près de Maubeuge. L'auteur, 
M. Sadi Carnot, raconte avec grand détail et de la façon la plus com- 
plète comment les Français furent surpris à 3 heures du matin par 
les Autrichiens; comment le 2" bataillon de la Côte d'Or, débordé, 
soutint néanmoins le choc et perdit la plupart de ses chefs, entre 
autres le lieutenant-colonel Cazotte; comment l'Assemblée législative 
vota un témoignage de reconnaissance publique à Cazotte et au 
maréchal de camp Gouvion. Des pièces annexes, cartes du temps, 
lettres de volontaires, notes biographiques, etc., rehaussent la valeur 
de ce consciencieux travail. 

Arthur Chuqukt. 



Frédéric Rakbkv. Suisses hors de Suisse. Au service des Rois et de la 
Révolution. Paris, Perrin, 1914. in-S», 323 p. -"> fr. 

Le livre renferme trois études, patiemment, minutieusement com- 
posées d'après des documents inédits. 1° Stanislas Poniatowski et 
Marc Reverdil. Ce Reverdil, bibliothécaire de Stanislas, personnage 
maussade, hargneux, cynique, hanté du délire de la persécution, n'est 
pas du tout sympathique, et ses Mémoires n'ont d'autre mérite que 
de nous faire mieux connaître Stanislas. 2" Ferdinand Christin. C'est 
le récit des infortunes de cet agent de Calonne et de Markov, de cet 
ami de M™= de Staël qui fut enfermé au Temple et qui finit sa vie en 
Russie. 3° Gaspard Schwei\er. Cette étude, la meilleure et la plus 
intéressante du volume, retrace les aventures de ce riche banquier, 
de ce Zurichois exalté qui mourut dans la misère après avoir servi la 



2. J'indique en terminant quelques petites rectifications aux notes de l'auteur. 
P. 27. Il ne s'agit nullement ici du père de Dominique Dietrich, l'ammeistre de 
Strasbourg, appelé à Paris par Louvois, en ib85, pour abjurer, et sur son refus, 
interné à Gucret. C'est le futur ammeistrc lui-même qui a signe au registre, lors 
d'un séjour qu'il fil, comme jeune homme dans la capitale. — P. 28. M. P. appelle 
« gentilhomme français » un comte Jean-Louis de Linange et Réchicourt. Les 
Linange (l^einingcn étaient des princes du Saint-Empire. — P. 5o. A compléter : 
Graf :{H Ost. en Ost/ricslaud. — P. 53, il faut lire sans doute George Magiius 
dÙsten-Sachen aU lien de G. M. JOstes dit Stackeii. — A la même page lire, au 
lieu dj ZittJii'ia, Liisatiis, Zittavia-Lusatus, c'est-à-dire de Zittau en Lusacc. 



250 REVUE CRITIQUE 

Révolution, et l'on y remarquera les détails que donne M. Barbey sur 
la commission de commerce et d'approvisionnement '. 

Arthur Chlquet. 

Napoléon I, sein Leben und seine Zeit von Friedrich M. Kircheisen, mit 
Abbildungcii, Faksimiies, Karten und Pliinen. Mùnchen und Leipzig, Georg 
Mûller, I" volume, 191 1. In-8", xii et 482 p. 2- vol., igiS. In-S», x et 434 p. 

M. Kircheisen a le dessein — et nous reproduisons ses propres 
termes — ■ d'écrire une vaste histoire critique de Napoléon en huit ou 
dix volumes (je crois bien que s'il va de ce train, il en aura davan- 
tage) ; il se pique de tout dire d'un point de vue impartial et interna- 
tional, sans prévention aucune, d'après toutes les sources de valeur 
qui existent, et il rappelle qu'il a mis plus de dix ans à composer une 
Bibliographie napoléonienne qui compte 80.000 volumes et qui forme 
le préliminaire de son grand ouvrage. Voici les deux premiers tomes, 
et il faut reconnaître que l'effort a été grand et heureux. Très peu 
d'erreurs '. Quelques longueurs, surtout à la fin du premier volume 
où il faudrait alléger les deux chapitres sur le Directoire, L'histoire 
des mœurs et de la nouvelle société sous Barras et compagnie, en 
trente pages, appartient-elle à l'histoire de Napoléon? pourquoi cinq 
pages sur Hoche et la Vendée? pourquoi douze pages sur Babeuf? 

1. Lire p. 2>S, Bureaux de Pusy et Archenholz au lieu de Bureau de Pugy et 
à'Orchenliol^. 

2. \'oici celles que je relève dans le premier volume, au courant des pages. P. 94 
et 95 lire Delesguille et non de l'Esquille. — P. g5 Napoléon a fini, quoi qu"en dise 
l'auteur, par savoir un peu d'allemand; c'est exagérer de dire qu' « il n'a jamais 
pu dire ou comprendre un seul mot de cette langue». — Id. On lit que " sur 58 élèves 
de l'Ecole militaire proposés pour la sous-lieutenance, 8 seulement furent désignés 
pour l'artillerie »; il fallait dire que sur 58 jeunes gens proposés pour une sous- 
lieutenance dans l'artillerie (et nombre d'entre eux étaient déjà élèves d'artillerie, 
8 appartenaient à l'Ecole militaire de Paris. — P. 97 ou nous cite six camarades de 
Napoléon qui furent nommés en même temps que lui lieutenants d'artillerie : passe 
pour Desmazis; mais Damoiseau, Le Lieur, Marescot, Guerbcrt de Bellefonds et 
Belly de Bussy ne furent pas camarades de Napoléon à l'Ecole militaire de Paris. 
— P. 100 lire Richoufitz et non Riclwufflez; p. 119 (cf. p. i3i) La Gohycre, au lieu 
de Goshyérc ; p. 167 Serves au lieu de Serve, Corbeau au lieu de Du Ccrbeau, 
JuUien de Bidon au lieu de Bidon tout court; p. 176 Boubers au lieu de Aulers; 
p. 180 on s'étonnera que Daunou soit nomme « un certain Daunou »; p. 192 nous 
lisons que Quenza « n'appartenait à aucun parti, votait toujours avec le plus fort »; 
Quenza (qui est le même que Jean-Baptiste Quenza cité à la même page votait 
pour lui-même et il fut, en ellet, élu lieutenant-colonel en premier, tandis que 
Napoléon qui s'entendait avec lui, était nommé lieutenant-colonel en second : 
P. 207 Servan a remplacé, non Lajard, mais d'.Vbancourt, Monge n'a pas été le 
professeur de Bonaparte à Briennc, et le 4» régiment d'artillerie n'était pas alors 
sur la Moselle, sous les ordres de Dumouriez ; p. 2i3 lire Latouchc (Trévillei et 
non Latotir; p. 273 Mazurier était chef du bureau de l'artillerie; p. 281 Clausade 
était adjudant général, mais non général; p. 296-297 le personnage qui comman- 
dait la flotte, était le contre-amiral Martin, et non l'amiral Samt-Martiii: p. 3oi 
on ne peut dire qu'Aubry fût « ministre de la guerre », etc. 



d'histoire et de littérature 25 I 

De même, pourquoi, à la fin du deuxième volume, tout un chapitre 
inuiile sur la campagne de 1796 en Allemagne à laquelle Bonaparte 
ne prit aucune part? Il y a là quarante pages de trop. Mais tout cela 
est exact, puisé aux bonnes sources, intéressant; serré d'anecdotes et 
de portraits. Le style, un peu négligé, est toutefois rapide, aisé, clair. 
Le deuxième tome presque eniièrement consacré à la guerre d'Italie, 
nous paraît bien plus original que le premier et, par endroits, il con- 
tient des choses neuves ou peu connues. 

Arthur Chuquet. 

Albert Espitalier, Vers brumaire . Bonaparte à Paris (5 décembre 17974 août 
1798). Paris, Perriii, 19 14. !n-8^ 3o2 p. 3 fr. 3o. 

Qu'a fait Bonaparte depuis son retour d'Italie jusqu'à son départ 
pour l'Egypte? Voilà le sujet que M. Espitalier a traité, et parfaite- 
ment traité, en un livre bien ordonné et fort intéressant, avec autant 
de sagacité que de savoir, non seulement d'après les documents 
imprimés et manuscrits, mais d'après d'ingénieuses et justes conjec- 
tures, analysant les pièces, redressant les dates, situant les conver- 
sations, exposant la pensée intime de Bonaparte, son état d'esprit, ses 
désillusions et hésitations, ses idées sur l'invasion de l'Angleterre 
qu'il regarde comme impossible, son ardent désir du pouvoir et son 
immense ambition, ses relations avec le Directoire qui le jalouse, le 
soupçonne et le craint, ses avances à Barras dont il ne tire que des 
menaces, son amitié avec le subtil Talleyrand qui croit en lui et qui 
propose l'expédition d'Egypte, sa conviction que le pays n'est pas 
encore prêt au coup de force, son embarquement pour cette terre 
d'Egypte qu'il doit conquérir pour conquérir la France '. 

Arthur Chuquet. 

Journal d'un voyage à Paris au mois d'août 1802 par sir John Dean Paul. 
Traduit et annoté pour la Société d'histoire contemporaine par Paul Lacombe. 
Quinze gravures et un fac-similé. Paris, Picard, 1913. In-8", xxix et 162 p. 3 fr. 

Ce récit, fort bien traduit et annoté par M. Paul Lacombe, offre 
une agréable lecture. On y trouve maints détails qu'on ne trouve pas 
ailleurs. C'est l'œuvre d'un banquier qui aime les lettres et les arts, 
qui juge un peu superficiellement les hommes et les choses, mais qui 
décrit bien ce qu'il a vu, qui n'a ni vanité ni partialité et qui, somme 
toute, a tracé un tableau dont l'ensemble, comme dit M. Lacombe, 
ne manque pas d'attraits. L'appendice renferme trois lettres inédites, 
communiquées par M. Boulay de la Meurthe et provenant de deux 
écrivains bien informés, Chodron, trésorier particulier du prince de 
Condé, et le lieutenant-colonel Neuville de Belle-Isle, sur la situation 

I. Lire p. 23 Dupuy et non Diipiiis; p. 25o Saurau et non Saitratt; p. 25o et 
ailleurs, empereur d'.Mlcmagnc et non empereur d\iuiri{:lie. 



2 52 REVUE CRITIQUE 

de Paris à l'époque même, ou peu s'en faut, où sir John Dean Paul 
séjournait dans la capitale. 

Arthur Chuquet. 



Napoléon et la police sous la première Restauration, d'après les rapports du 
comte Beugnot au roi Louis XVIII, annotés par Eugène Welvert. Paris, Roger 
et Chernoviz, igiS. ln-8", 327 p. 

On sait que Beugnot avait en 1 8 14, sous le titre de directeur général 
de la police, remplacé à la foisFouchéet Pasquier. Ce fut lui qui, 
pendant la première Restauration, surveilla, nota les manifestations 
bonapartistes. Il envoyait à l'île d'Elbe un agent secret, le propre frère 
d'un valet de chambre de l'Empereur. Il faisait^î/er les membres de la 
famille Bonaparte, les grands dignitaires de l'Empire, ministres, 
maréchaux, généraux, tous ceux qu'on soupçonnait d'entretenir des 
relations avec Napoléon. De toutes parts il recevait des rapports et de 
ces rapports il tirait l'essentiel, l'intéressant qu'il mettait tous les 
Jours sous les yeux de Louis XVIII. Ces bulletins qqotidiens de 
Beugnot renfermaient, du reste^ non pas seulement des avis et infor- 
mations sur Napoléon et ses partisans, mais des renseignements sur 
toutes les questions qui sont du ressort de la police, et on peut 
conclure de là que Louis XVIII fut averti des périls qu'il courait. 
M. Welvert a eu l'ingénieuse idée d'extraire des bulletins de Beugnot 
tous les articles et fragments qui se rapportent à l'ile d'Elbe et à son 
éphémère souverain. Sa publication sera la bienvenue; c'est un des 
plus importants ouvrages qui aient jamais paru sur le sujet; elle est 
indispensable à qui veut connaître le séjour de Napoléon à l'île d'Elbe 
et la genèse des Cent Jours. Le commentaire de M. Welvert rehausse 
d'ailleurs la valeur du livre. Le savant éditeur a mis au bas des pages 
de copieuses et instructives notes sur les personnages et les événe- 
ments cités dans les bulletins de Beugnot. 

Arthur Chiqlet. 

Emile Gaborv. Napoléon et la Vendée. Avec une carte, Paris, Perrin 1914. 
In-S", VII et 507 p. 5 fr. 

D'après les documents des archives publiques et surtout des 
archives de la Vendée, en un style soigné, vivant et souvent pittoresque, 
sans passion aucune, avec bonne foi et impartialité, sur un ton 
modéré et prudent, M. Gibory fait l'histoire de Napoléon et de la 
Vendée (non delà Vendée en son ensemble, mais de la Vendée dépar- 
tementale, bien que pourtant, le récit déborde fréquemment sur les 
départements voisins,. Le pays à la veille du Consulat; la troisième 
guerre de Vendée marquée par la surprise de Nantes, le combat des 
Aubiers et les efforts de ce Travot que M. G. nomme le digne disciple 
de Hoche; la pacilication religieuse entreprise par Bonaparte, le 
changement miraculeux que produit cette œuvre de tolérance et le 



1 



d'histoire et de littérature 253 

retour des prêtres qui deviennent, comme s'exprime l'auteur, les vrais 
lieutenants du consul en Vendée, voi.là les premiers chapitres de 
l'ouvrage. Les suivants sont consacrés à l'administration consulaire 
et impériale. On y voit les Vendéens accepter avec empressement le. 
Consulat qui leur rend leurs temples et leurs curés ; le clergé obtenir 
les bonnes grâces de l'Empereur; La Roche-sur-Yon devenir une 
ville nouvelle, construite, il est vrai, avec une hàie fébrile et qui, sous 
le nom de Napoléon, sera le chef-lieu du département et comme un 
camp retranché; le pays se relever de ses ruines ; des écoles surgir ; 
le laboureur reprendre confiance et le sol exploité s'étendre; les 
villages communiquer entre eux par des voies entrelacées ; Napoléon 
venir en Vendée et la population le recevoir avec reconnaissance 
(c'est l'époque du voyage triomphal de 1808 que M. Gibory nomme 
r «apogée»). Mais Napoléon décourage le loyalisme des Vendéens; 
ils murmurent contre la conscription, contre la persécution que subit 
le pape; le nombre des réfractaires augmente, et aussi celui des parti- 
sans des Bourbons. En 1814, les Vendéens acclament la Restauration 
avec enthousiasme. En i8j5, ils se soulèvent contre l'Empereur et 
Travot, chargé de les soumettre, est un instant dans une position très 
critique. Toutefois, malgré les Cent Jours, l'Empire avait transformé les 
coeurs ; il avait amené une ère nouvelle ; il avait produit une évolution 
profonde que M. Gibory a le mérite de nous raconter en son livre si 
plein de détails et si instructif, a La manière, dit l'auteur, est modifiée; 
(dans la lune contre Travot et Lamarque le paysan, à la moindre 
occasion, lâche pied, retourne à ses moissons ; le cœur n'y est pas; 
l'ancienne Vendée, la Vendée outragée, suppliciée étant morte, la 
Vendée héroïque, en armes, n'a plus sa raison d'être; i832en sera la 
preuve définitive '. » 

Arthur Chuquet. 



Hohenzollernbriefe aus den Freiheitskriegen i8i3-iSi5 hrsg. von Hérmati 
Granier. Leipzig, Hirzel, 191 3. In-8% vm et 364 p. Broché, S mark. 

Très attachante publication. On y trouve les lettres que les. jeunes 
princes de Prusse, rois plus tard sous le nom de Frédéric-Guillaume III 
et de Frédéric-Guillaume I\^, et leur sœur, la princesse Charlotte, la 
future impératrice de Russie, s'écrivaient les uns aux autres ou écri- 
vaient à leur père durant les guerres de la délivrance. Ces « lettres des 
Hohenzollern » ont été tirées des archives de la maison rovale de 
Prusse par un historien distingué, M . Granier, qui les publie telles 

I. p. 3ig, au Lycée de Nantes, un professeur de maihémaiiques, Galbaud, ancien 
capitaine du génie, pria Napoléon de donnt:r une pension à sa belle-sœûr, 
.M"« Galbaud-Dufbrt, veuve d'un colonel danillerie qui était en 1791 capitaine 
dans ce régiment de Grenoble où servait le lieutenant Bonaparte, et Napoléon 
accorda la pension. — P. 343, lire Dillon et non Giiillon, et p. 369 Hanwell Et fioTi 
Awtwell =- P. 440, Miot (et non Ki&t) ti'était pas général. 



2 54 REVUE CRITIQUE 

quelles et qui mérite nos plus vifs remerciements. Elles offrent peu de 

détails utiles à l'histoire militaire et politique. Mais ce sont des lettres 

intimes, naïves, affectueuses, cordiales, et qui plaisent par leur 

fraîcheur juvénile, par leurs sincères effusions. M. Granier a du reste 

marque dans une brève introduction les traits les plus frappants de 

celte correspondance et il a mis à la tin du volume, outre un tableau 

généalogique qui sera très utile, une table des noms de lieux et de 

personnes'. 

Arthur Chuquet. . 

Adolf WoHi.wii.L. Neuere Geschichte der freien und Hansestadt Hamburg, 
insbesondere von 1789 = bis 1815. Gotha, Perthes, 1914. In-S", x et 568 p. 
Broché, 10 marks. 

Depuis plus de trente ans M. Wohhvill étudie l'histoire moderne 
de Hambourg et explore consciencieusement, pour approfondir son 
sujet, les archives et bibliothèques publiques de l'Europe. Son livre 
est donc complet, et on le lit avec agrément et sans ennui. L'intro- 
duction retrace les destins de Hambourg depuis sa fondation jusqu'au 
commencement de la Révolution française et la conclusion, le déve- 
loppement de la ville depuis 18 i 5 jusqu'à nos jours. La partie prin- 
cipale, essentielle est consacrée aux orageuses années de 1789 à 181 5, 
à la Révolution, aux émigrés, à l'occupation française. L'auteur a 
traité cette partie avec le plus grand soin (p. 85-539) et ces quatre cent 
cinquante pages qu'on pourrait intituler Hambourg sous la Révolu- 
tion et l'Empire constituent une des publications les plus remarqua- 
bles et les plus précieuses qu'ait fait naître le centenaire des guerres 
dites de la délivrance. Elles fourmillent de détails inédits et curieux. 
Elles jettent une vive lumière sur les niissions de Lehoc et de Rein- 
hard, sur les relations de Hambourg avec la Révolution française et 
sur sa situation à la tin du xvin^ siècle, sur l'enlèvement de Rumbold, 
sur le blocus continental, sur l'annexion, sur l'administratioa de 
Davout. Rien de plus solide et de plus impartial que le récit des évé- 
nements de 181 3 : M. Wohhvill juge que le duc d'Auerstosdt n'a pas 
été, comme on le disait alors en Allemagne, un « monstre implacable » 
et qu'il eut parfois des « mouvements d'humanité ». Après tant d'an- 
nées de recherches, et malgré la maladie, malgré la faiblesse de sa 
vue, M. Wohhvill a fait un livre impeccable et qui sera longtemps 
consulté. 

Arthur Chuqlet. 

1. J'aurais mis dans cette table le chilTre des pages plutôt que le numéro des 
lettres, car il y a de longues lettres et il faut parfois, pour trouver un nom, 
parcourir deux ou trois pages. Voici, en outre, quelques corrections qui prouve- 
ront à .M. Granier notre gratitude et notre désir de la lui prouver : je lirais p. ig5 
d'Ohsson, p. 197 Loménie, p. 241 lirunct et Potier, p. 3oi Bricc au lieu de 
Dosson, Lomines, Brunert, Poitier et Pries (ce dernier nom manque à la table). 
Lire encore p. i3.^, note, .Martyrs et non Martyres. 



D HISTOIRE ET DE LITTERATURE 2DD 

Général Thoumas, Causeries militaires.' Cinquième série. Paris, lîcrger-Levrault, 
igi3. In-S", 480 p., 3 fr. 5o. 

Cette cinquième série renferme ce qui restait à publier des Cause- 
ries du général Thoumas; le tils de l'écrivain a rassemblé ces feuilles 
volantes pour les offrir au public, et il a bien fait. On les lit volontiers 
comme on les lisait lorsqu'elles paraissaient dans les colonnes du 
Temps \ Thoumas écrit simplement : il avait de la vivacité et de la 
verve, il connaissait l'histoire militaire de la Révolution et de TEmoire, 
il aimait passionnément la patrie et l'armée. Ausssi ses Causeries 
méritent-elles d'être mises entre les mains de la jeunesse. Les lecteurs 
plus mûrs et plus exigeants y trouveront peut-être trop de choses con- 
nues, et Thoumas commet parfois des erreurs. Il est inexact, par 
exemple, que Duhesme ait été achevé par les soldats prussiens dans 
la maison où il avait trouvé un asile (p. 207). Si dans la querelle entre 
Broglie et Saint-Germain, le premier Ht preuve de raideur et le second 
d'indiscipline 'p. 100), il fallait dire que Saint-Germain eut les plus 
grands torts et que ses mérites ont été exagérés. Il y a enfin dans le 
volume trop de noms propres estropiés : Bonnet pour Bonnet. Delorme 
pour Delonne, Fervol pour Frévol, Mathon pour Mathan, Excelmans 
pour Exelmans, Emmellingen pour Emmendingen, etc. 

Arthur Chuquet. 



Henri de Ccrzon. Mozart. Paris, Alcan. 19 14. In-8% 287 p., 3 fr. 3'). 

Nous avons nombre d'ouvrages sur Mozart. Celui-ci est originel 
et offre un très vif intérêt parce que M. de Curzon suit pas à pas 
l'œuvre du maître qui, en effet, exprime et n'exprime que la pensée du 
maître, et qui n'est, peut-on dire, que la vie même du maître. Peu 
d'anecdotes. Mais l'auteur analyse les compositions de Mozart, 
selon l'ordre chronologique, sans en omettre une seule, avec autant 
de compétence, autant de finesse et de goût que d'enthousiasme, et de 
telle façon que le lecteur, ainsi averti et initié, puisse les étudier à 
son tour. 

A. C. 

— M. Decourdkmanche a publié déjà d'importants travaux sur la métrologie 
des peuples orientaux. Dans son traité des monnaies, mesures et poids anciens et 
modernes de l'Inde et de la Chine (Paris, Leroux, 191 3, 8", 772 pp. Public. Inst. 
Ethnog. Intern. Paris), on peut distinguer deux parties : une coordination pré- 
cieuse de documents, et une théorie. L'auteur croit pouvoir démontrer que 
les poids et mesures de llnde, de l'Indo-Chine et de la Chine dérivent du sys- 
tème égypto-babylonicn. .le n'ai aucune compétence pour discuter cette thèse 
séduisante : tout au plus, un profane pcut-il se demander, en ce qui concerne 
rinde, si les renseignements anciens que nous possédons, ne sont pas unique- 
ment originaires de points de la côte maritime, où le commerce aurait pu impo- 
ser des mesures internationales, inconnues de l'intérieur du pays. — .M. G. D. 



256 REVUE CRITIQUE 

— Le régime légal des mines dans T Afrique du NordàtM. Félix Arin' (Paris, 
Challausal, 191 3, 198 pp.) contient deux parties : les textes, en original ou en 
traduction, relatifs à la législation minière depuis la domination romaine, et une 
introduction historique et dogmatique. — On y trouvera donc l'expose de la légis- 
lation française en Afrique du Nord avec les textes à l'appui, et ce qui est la partie ta 
plus originale de l'ouvrage, la législation musulmane malékite : l'auteur a réussi 
à rer>dre claires des doctrines fort complexes et discutées : il a donné, pour la 
première fojs^ vine bonne traduction des textes les plus importants. — M. G. D. 

— Le 74* fascicule du Schwei:{erisches Idiotikon (Frauenfeld, Huber et C'". 
i9i3)contient les composes de Sat:^, le verbe 5e/^^« et des composés de ce dernier. 
L'article s.ctyen est» comme bien on pense, fort copieux. Les définitions du mot 
et l'explication des locutions où il parait exigent plusieurs pages et enseignent 
des usages inattendus. — F. P. 

— Les tomes III et IV des Klassiker dcr Archàologie signalés dans la Revue du 
14 février 1914 sont respectivement la suite des tomes 1 et II, qui contiennent en 
réimpression Tun la première partie des Inselreisen de Ross, l'autre la première 
partfe de la Vie de Zoega par Welcfcer (xxtv-182 p. et xx-264 p.; Halle, Niemeyer, 
19^2). On san que cette dernière est une sorte d'autobiographie» car Weîcker a le 
plus souvent Isrissé la parole à Zoega lui-même, s'étant borné à publier sa corres- 
pondaoce. en observant l'ordre des dates, et en reliant les lettres par les explica- 
cations nécessaires. Cette correspondance offre encore de l'intérêt. Quant à Tou- 
vrage de Ross, aujourd'hui difficile à trouver, tous ceux qui, voyageant dans l'Ar- 
chipel, ont pu ravoir entre les mains, reconnaîtront volontiers qu'il n'était pas 
inutile de le réimprimer; bien que l'exploration des îles ait été fai^e depuis d'une 
façon plus complète, il peut rendre encore des services- — ' Mv. 

— M. Joseph Dediku a publié dans le Bulletin de Littérature ecclésiastique 
(maT igi3, p. 21 3-2 16, TouFouse, Privât), quinze Lettres inédites de Féuelon pro- 
venant du British Muséum. Cinq écrites en 1703-1704 sont adressées à Robert, 
chanoine de Leuze. à Mons, qui sympathisait avec les jansénistes des Pays-Bas; 
elles sont importantes en ce qu'elles précisent le désaveu formel chez Fénelon 
d'une alliance tacite avec le jansénis.me. Les dix autres, de 1713 à 1714. simples 
billets, sont écrites à sa nièce, M'o'^de Chevery, dont la mauvaise santé inquiétait 
Fénelon ; elles ne contiennent guère que de tendres recommandations et quelques 
détails domestiques. A sa publication l'éditeur a joint des documents tirés d'un 
autre fond : ce sont quelques extraits des renseignements que le cabinet anglais 
se faisait adresser par des nouvellistes à ses gages; M. D. lésa choisis parmi 
ceux des années 1698-1699 concernant le fameux débat avec Bossuet et l'accueil 
que fît l'archevêque de Cambrai à la condamnation qui le frappait. — L. R. 

— Le sujet choisi par M. Richard Osteri.oh, Fénelon und die An/ange der 
literan'sclicn Opposition gegen der politische System Ludwigs XIV ^Gôttingen^ 
Vandenhoeck et Ruprecht, i9r3, in-8», p. 52. Mk. i, 40) a été souvent étudié; 
récemment encore un des critiques qui ont le plus pratiqué Fénelon, M. Cagnac, 
consacrait à sa'politiquc un livre que M. D. parait avoir ignoré. 11 a fait de son 
coté un relevé consciencieux des critiques de P'énclon contre la politique intérieure 
et extérieure de son temps; il a recueilli dans ses œuvres et sa correspondance 
les idées représentant son système de gouvernement et sa conception des rapports 
de l'Etat avec les Etats voisins ; il a enfin cherché à établir, mais rapidement, 
l'origine de ces vues politiques de Fénelon et signalé dans l'anglais Filmer, dans 
Grotius, dans Bodin, ailleurs encore, l'analogie des principes et une intlucnce 



d'histoire KT de LITTERATURE 25/ 

possible sur ce devancier des philosophes du xvui« siècle. Il termine par une 
revue des jugements portés par la critique sur les projets de réforme de Fénelon. 
— L. R. 

— M. Maurice JussELiN a découvert à la Bibliothèque de Chartres des documents 
inédits intéressant la condamnation du livre de ['Esprit : Helvétius et 3X"" de 
Pompadour à propos du livre et de V affaire « de l'Esprit » {Le Mans, Drouin, rgiS» 
in-S", p. 58); Le philosophe était en relations avec le secrétaire-intendant de 
x\la>^ de Pompadour, Collin. 11 s'est servi de son entremise pour obtenir l'interven- 
tion de la favorite et du roi et empêcher de trop grandes rigueurs, sinon contre le 
livre, du moins contre la personne de l'auteur; l'exil auquel il pouvait s'attendre 
lui fut en etfet épargné. Aux sept lettres d'Helvétius que nous a conservées le 
soigneux Collin, sont jointes diverses pièces, imprimées ou manuscrites, concernant 
w l'affaire de l'Esprit •>, des chansons, des copies de lettres, entre autres du 
P. Plesse. Ce Père, ami en apparence d'Helvétius, représente les menées peu scru- 
puleuses, poussées jusque dans le monde des courtisans, des jésuites alors tout- 
puissants dans l'entourage dévot de la reine et du dauphin. M. J. nous a donné de 
cette petite persécution littéraire un récit très complet, devenu plus précis, grâce 
aux pièces nouvelles qu'il a pu utiliser. Des portraits, des reproductions d'ex- 
lib-ris et trois fac-similés de lettres sont joints à cette intéressante étude. (P. 7, 
les Lettres persanes sont de 1721 et non ij3S ; p. iG, lire Moultou, non Motilton ; 
p. 25, « éviter la vfolence » semble une erreur de lecture pour imiter). — L. R. 

— M. Albert Sceiinz a publié en tirage à part son étude parue dans la Revue 
d'Histoire littéraire : la question du « Contrat social » (Paris, Colin, 191 3, in-S", 
p. 49. N'est pas dans le commerce). Il y soutient la thèse d'unf; évolution des 
idées de Rousseau abandonnant les principes des philosophes pour le point de 
vue spiritualiste et il appuie sa démonstration sur l'examen du ms. de Genève. 
Dans le chapitre de ce ms. que Rousseau a écarté ce qui pour ^f . Sch . est anté- 
rieur logiquement au deuxième discours, l'auteur est d'accord avec les encyclopé- 
distes pour fonder rationnellement la société politique; le chapitre, ajouté dans le 
ms. à une date ultérieure (1-56) et devenu dans l'œuvre imprimée celui de la 
religion civile, affirme au contraire la nécessité de l'appuyer sur une base reli- 
gieuse et fait ainsi adopter à Rousseau une position anti-philosophique. De là vient 
un manque d'accord du Uvrc^ non pas avec les autres œuvres du penseur, tel que 
la critique a cherché le plus souvent à le souligner ou à le concilier, mais avec 
lui-même, parce qu'il est le résultat de deux moments successifs de la pensée de 
Rousseau, parce que l'ouvrage conçu avant la rupture avec les encyclopédistes ne 
pouvait, dans le changement de principes de l'auteur, qu'aboutir à des contradic- 
tions que trahissent d'ailleurs la rédaction du texte et l'arrangement des matières. 
— L. R. 

— Dans une brochure formant un tirage à part de la Rivista Ligure, Sui carat- 
teri fondamentali délia Filosojîa pohtica del Rousseau (Gènes, Batta. 191 2, in-8°, 
p. i5), M. Giorgio del Vecchio présente quelques rctlexions sur la doctrine du 
droit naturel dans Rousseau et l'application qu'il en a faite dans le Contrat social. 
Un autre tirage à part de VArchiv fiir Rechts-und WirtschaftsphilQSopliie donne la 
même conférence en allemand. — L. R. 

— La petite plaquette de .M. I". Dreunig, Deux Alsaciens (Paris, Fischbacher, 
191?, in-iG, p. 32) comprend deux brèves notices^, l'une sur Dominique Dietrich, 
Vammeister de Strasbourg au moment de la capitulation deiôSi, durement per- 
sécuté pour son attachement à la foi protestante : l'autre sur son descendant. 



2 58 REVUE CRITIQUE 

Philippe-Frédéric de Dietrich, le premier maire élu de Strasbourg. L'auteur nous 
renvoie comme sources à M. R. Reuss et à Louis Spach. Trois pièces documen- 
taires (on ne nous dit pas si elles sont inédites), trois bonnes gra%ures et ce fac- 
similé augmentent le prix de ce souvenir destinô aux élèves de lEcole Alsacienne 
dont il leur rappellera le 40* anniversaire. — L. R. 

— La brève étude de M. Louis Hogu, La publicatiott d'Atala et Vopinion des 
contemporains (Angers, Sireaudeau, igi3, in-8», p. 19. Extrait de la Revue des 
Facultés catholiques) groupe un certain nombre de témoignages contemporains 
constatant le succès de l'œuvre de Chateaubriand ; elle reproduit les jugements 
de la presse, les critiques et les statires que le roman provoqua et détermine les 
divers éléments d'intérêt qu'y trouvait le public de 1802 Question souvent étudiée, 
mais que M. H. aura encore éclairée sur quelques points de détail. — L. R. 

— Dans un discours d'apparat, sur le ton grave d'un historien philosophe, 
M. F. Meinecke a célébré à la fois le centenaire des guerres de l'indépendance et 
le 2 5' anniversaire du gouvernement de l'empereur : Deutsche Jahrhundertfeier 
und Kaiserfeier Tûbingen, .Mohr, 191 3, in-8'', p. 16, mk. o.5o). Il a en termes 
heureux caractérisé l'apparition de cette première forme véritable de la cons- 
cience nationale, de ce qu'elle a dû à l'idéal classique ou romantique de la géné- 
ration antérieure, aux grands réformateurs politiques et militaires de la Prusse, à 
son roi, à ses alliés, à l'héroïsme simple et calme du peuple même. L'Allemagne, 
aujourd'hui comme autrefois, voit dans sa monarchie nationale l'expression et le 
soutien de sa vie politique, et l'orateur termine par une revue à grands traits de 
l'œuvre de Guillaume IL — L. R. 

— Lne conférence de M. .M. Dœberi., Zuv Geschichte der bayerischen Schulpoli- 
tik im jg. Jahrhundert (Mûnchen, Verlag der K. bayerischen Akademie der 
Wissenschaften, 1912, in-8", p. 62; retrace succinctement la politique scolaire que 
suivit le ministère bavarois au commencement du xix' siècle. Attaché d'abord 
avec Montgelas à la doctrine libérale d'une école placée au-dessus des confessions 
et soumise au contrôle unique de l'État, il fut obligé, sur les instances des chefs 
du consistoire et sous la pression de l'opinion, d'en venir au régime des écoles 
confessionnelles, tel qu'il existe aujolird'hui. A la suite de l'exposé de ces trans- 
formations, M. D. a imprimé d'après les archives ministérielles les pièces essen- 
tielles qui s'y rapportent. — L. R 

— Un article de M. Giorgio del Vecciiio, paru dans la Nuova Antologia et repro- 
duit en tirage à part. Le valli dclla morente italiaiiità. Il Ladino al bivio (Rome, 
iyi2, aux bureaux de la N. A.^ in-y", p. 21) expose brièvement les pertes pro- 
gressives que fait en Suisse le ladin reculant devant l'allemand. L'auteur plaide 
en faveur de l'italien qui, prenant le rôle de langue olïicielle, permettrait au par- 
ler national de subsister avec plus de sécurité, à titre de dialecte, tandis qu'il est 
incapable de soutenir longtemps la concurrence d'un idiome aussi différent que 
l'allemand. — L. R. 

— M. Léo Wroblewski a réuni dans sa brochure Fiau^osischc 5A-jffe» (Ber- 
lin, Weidmann, 1913, in-8", p. 42. .Mk. i deux sujets assez disparates : d'abord 
une étude littéraire, bref résumé des tendances de la littérature française du 
XIX' siècle jusqu'à nos jours, sans rien de nouveau, mais d'une note en général 
juste ; en second lieu, une causerie sur l'.Mgérie et la Tunisie, souvenirs sans 
doute de quelque excursion de vacance, agréablement présentée, variée et précise 
dans sa brièveté (Lire p. 8, la Rabouilleuse et non Rambouilleux . — L. R. 

— Dans la petite collection des Glanes françaises. M. Henri Malherbe a publié 



d'histoire et de littérature 259 

sous le titre de La Chasse au réel (Paris, Sansot, s. d., in-12, p. 82. Fr. i) des 
Pensées choisies de iM. Paul Hervieu. Ce n'est certes pas la quintessence de son 
œuvre, mais on s'y reconnaîtra suffisamment et il n'est pas besoin d'en rappeler 
les traits les plus frappants : forme aiguisée, ton caustique, pessimisme cordial. 
Mais pourquoi l'éditeur pour ces pages calmes et nettes écrit-il une introductioij 
d'un lyrisme si désordonné ? — L. R. 

— La brochure de M. J. C. Claudel, i8i3-i9i3. Le Français né malin.... 'La 
Haye, Beck, igtS, in-i6, p. 208. Fr. i,5o]estun résumé succinct de la politique 
française depuis Louis XI jusqu'à l'atTaire marocaine, semé de passages pris dans 
l'Histoire des Français de Lavallée, écrit d'un ton violent, vulgaire et déclama- 
toire, et où revient en refrain ironique l'hémistiche qui a fourni le titre. Ce qu'il 
peut y avoir de sensé chez ce réformateur de la société est gâté par l'outrance et 
on risque de perdre son temps à le lire. — L. Roustan. 

— La livraison 24-25 du Wfirterbiich des deutschen Staats = und Verwaltungs- 
redits de Stengel réédité par F"leischmann comprend les 160 premières pages du 
t. III (Bogen i-io) et débute par l'article snr Œffentliche Anstalt pour finir au 
milieu de celui sur Post iind Télégraphie, contenant, entre autres, ceux sur Offi- 
:{iere, Oldenbiirg, Orden, Papiergeld, Pfarrer, Politik, Poli^ei (c'est le plus 
étendu) et Posen. — Th. Sch. 

— // concetto del diritto de M. G. del Vecchio, pro'"esseur de la philosophie du 
droit à Bologne, a été réédité (Bologne, Zanichelli, 19 12, i55 p.) six ans après 
son apparition, sans changement. La Science du droit universel comparé, du 
même auteur, et qui a été signalée ici, a été traduite en espagnol par M. Mariano 
Castano, La ciencia del derecho universal comparado ^Madrid, Reus, 191 1 ; 35 p.) 
pour la Revista gênerai de legislacion y jurisprudencia. Enfin sa notice sur le 
Pvogrès du Droit vient de paraître en allemand dans VArchij' fur Rechts-und 
Wirtschaftsphilosophie (t. VI, n" 3, 3 pages), traduit par M. Th. Sternberg. — 
Th. Sch. 

— M. Arthur Baimgarten, dont nous annoncions récemment ici l'étude sur 
Notstand und Notwehr. vient de publier, d'après ses cours de Genève, une nou- 
velle et vaste théorie du délit : Der Aufbau der Verbrechenslehre . Zugleich ein 
Geitrag pir Lehre vom Strafrcclitsvcrliàltnis . Mohr, 191 3, xvi-274 p. 8 M. — 
Th. Sch. 

— Les Untersuchungen ^ur Psychologie und Philosophie dirigées par M. Narziss 
AcH (Kœnigsberg) publient, comme deuxième fascicule de leur t. Il, la première 
partie d'une étude de leur directeur : Ueber die Erkenntnis a priori insbesondere 
in der Arithmetik -Quelle et Meyer, Leipzig, 1913, 70 p. 2 M. 25). Cette partie 
traite de la connaissance a priori et des principes logiques en général ; leur appli- 
cation spéciale aux mathématiques est réservée à la deuxième partie. — Tu. Sch. 



Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. — Séance du 6 mars iQi4. — 
M. Pottier lit une note de M. Franz Cumont, associé étranger de l'.Vcadérhie, sur 
une inscription latine découverte à Côme par M. Monneret de Villard. Cette ins- 
cription mentionne la dédicace d'un Temple du Soleil faite par un fonctionnaire 
romain [Titus Flavius Postumus Titianus, v. c, corrector Italiac) à l'époque de 
Dioclétien, et elle contirme l'importance que prend alors le culte du dieu repré- 
senté par Mithra et par Sol, qui était l'adversaire le plus redoutable du christia- 



nisme 



M. Héron de Villefosse communique, au nom de M. Philippe Fabia, corres- 
pondant de r.\cadémic, et de ^\. Germain de Montauzan, une note et des photo- 
graphies relatives aux fouilles par eux pratiquées cet hiver ii Fourvière, dans le 



26o 



REVUE CRITIQUE D HISTOIRE ET DE LITTERATURE 



Clos du Calvaire, ils y ont retrouvé les vestiges d'un quartier de la ville romaine, 
spécialement ceux d'une riche habitation, plusieurs salles dont deux pavées, l'une 
eu mosai'que, l'autre en mosaïque et en inarbrc. Les fragments de céramique 
et les monnaies fournis par le remblai prouvent que le quartier fut habité au 
moins pendant les trois premiers siècles p. C. 

M. Ernest Hébrard expose les résultats de la mission qui lui a été confiée parle 
Ministère de l'instruction publique pour l'étude des monuments construits par les 
Turcs Seldjoukides à Konia (Asie Mineure). 

M. Louis Havet montre que dans Virgile, Bucoliques, 3. loo : 

Eheu qiiarn pingui macer est milii taurus in ervo, 

il convient de remplacer quam par qiiom, l'ancienne forme de ctim conjonction. 
De même, il faut lire eheu quom dans un vers de TibuUe et ei mihi qitom dans 
un vers de Propercc. La tournure elieii quom est archaïque ; c'est un trait déplus 
dans l'archaïsme grammatical de la 3'' égloguc, une des plus anciennes compo- 
sitions de Virgile. 

M. le comte Paul Durrieu termine sa communication sur les mss. des oeuvres 
du roi René en parlant du Traité des Tournois. Sur un exemplaire de ce traité 
acheté par Louis XV en 1766, il a découvert qu'une signature de possesseur, autre- 
fois grattée, donnait le nom de la belle-sœur du roi René, femme du comte du 
Maine à qui le roi René avait dédié son traité. Cet exemplaire est orné de grands 
dessins rehaussés d'aquarelle qui ont tout à fait le caractère d'une œuvre originale 
et que M. Durrieu a reconnus être du même auteur que les miniatures contenues 
dans le ms. du Cœur d'amour épris de la Bibliothèque impériale de Vienne. Ces 
créations révèlent la personnalité d'un artiste éminent qui, suivant une hypothèse 
de M. Durrieu, pourrait peut-être avoir été un peintre particulièrement aimé du 
roi René, Barthélémy de Clerc. 

AcADiî.MiE DES INSCRIPTIONS ET Belles-Lettres . — Séatice du j3 mars if)i4- — 
M. Marcel Dieulafoy étudie la tour à étages dégagée par Place à Kouyoiid)ik, l'an- 
cien Dour Charroukin, queSargon avait placée au N. de Ninive. Place avait conclu 
que la pyramide comportait sept étages de hauteurs égales, tandis que la rampe 
avait une pente d'autant plus forte que l'on se rapprochait du sommet. Cette dis- 
position paraît peu rationnelle à M. Dieulafoy, qui examine les mesures relevées et les 
dessins joints au texte et constate entre eux des désaccords flagrants. Il reprend 
alors |a question et démontre que la rampe avait sur tout son développement une 
pente uniforme de o m. 352, que la hauteur des étages allait en décroissant depuis 
6 m. 10 jusqu'à 2 m. 70, et que la section droite de la pyramide, loin de se pré- 
senter sous la forme d'un trapèze, s'inscrivait dans une parabole dont l'axe eiait 
parallèle à la verticale et le sommet aurait régné un peu au-dessus d'un onziètnc 
étage théorique. Eln terminant, M. Dieulafoy rappelle que cette disposition s'est 
fidèlement conservée dans la tour sassanide de Gour (Perse), dans les vieux mina- 
rets de Sâmarrâ et dans les pyramides à degrés de l'architecture brahmanique. 

M. Cagnat analyse une note de M. Léopold Constans, membre de l'Ecole fran- 
çaise de Rome, sur les fouilles pratiquées par le gouvernement italien à Licenza 
sur l'emplacement de la prétendue villa d'Horace. Les constructions déblayées se 
composent de trois groupes : des bâtiments du début de l'Empire qui faisaient 
partie d'une maison de plaisance, un établissement de bains qui date de la fin du 
j*' siècle, et vjn autre établissement similaire du ii« siècle. Aucun des objeis trou- 
vés au cours des recherches ne prouve que l'on soit là sur l'emplacement de la 
villa d'Horace. 

M. N. Slousch fait une communication sur les résultats historiques et épigra- 
phiques de son exploration du Grand-Atlas. Il a visité, en août-septembre, avec le 
concours des autorités, la région de la Glaoua et, après avoir franchi le col de 
Olaoui, il descendit vers la région inaccessible de l'Est en passant par les groupes 
de Tilouet, Marzazet, Skoura et l'oued Dads. Il s'est attaché surtout à étudier les 
abris-grottes du Grand-Atlas, les ruines dites romaines, les monuments berbères, 
et à recueillir des documents historiques. Il analyse dix recueils manuscrits en 
hébreu et en judéo-arabe qui portent sur l'histoire inconnue du Maroc. 11 signale, 
entre autres, un texte relatant l'existence d'une principauté chrétienne dans le 
Haut-Draa vers le x'^ siècle. Il commente ensuite un certain nombre d'inscriptions 
hébraïques provenant de Marrakech et du Grand-Atlas et qui s'étendent du xv au 
xvii« siècle. Ces inscriptions prouvent le caractère autochtone, et non espagnol, de 
la population desMellah de la haute montagne marocaine. 

Léon Douez. 

L'imprimeur-gérant : Ulysse Rouchon. 



f-e Piiy-pii-Velay. — linpriiiiorio l'o) lillci-, Koiiclioii el (j;iiiioii, boulevard Caniot, 23, 



REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

N 14 — 4 avril. — 1914 

RiDGEvvAY, L'origine de la tragédie. — Wright, L'auteur du Timon. — Boer, 
Albrecht, Herrst, Le texte de Gaiicn. — Rikzler, Les lécythes blancs attiques. 
— Bricsard, Les foires de Lyon. — Romier, La Saint-Bartliélemy. — Cochin, 
Bargellini et Desislcs. — Rouchès, Les Vigarani. — Boisl'isle, Saint-Simon, 
XXV. — Le Grand, Les sources de l'histoire religieuse de la Révolution. — 
Debidouh, Actes du Directoire, I et H. — La Restauration Genevoise. — L. A.n- 
DRÉ, Madame Lafargc, voleuse de diamants. — Nasse, Le siège de Paris et la 
Commune. — Tournier, Le cardinal Lavigcric. — Lettre de M. Loutchisky et 
réponse de M. Mathicz. — Gibson, Les sources d'énergie. — Vernon Lee, Théo- 
rie du beau. — D'Aster, Le système de la connaissance. — Goerland, L'idée de 
la destinée dans l'histoire de la tragédie. — Archives Solvay, Bulletin 25. — 
M""' Leroy-Ali.ais, L'honnête femme contre la débauche. — Académie des Ins- 
criptions. 



W. RiDGEWAv. The origin of Tragedy, with spécial référence to the greek trage- 
dians. Cambridge, Univ. Press, 1910, xii-22tS p. 

C'est une ihèse hardie que soutient M. Ridgeway dans ce volume. 
« Il y a longtemps, dit-il, que la théorie universellement acceptée sur 
l'origine de la tragédie ne me satisfait plus, et j'ai cherché la 
solution du problème en me plaçant au point de vue anthropolo- 
gique. » Il y a déjà une dizaine d'années que M. R. a exposé pour la 
première fois le résultat de ses recherches, à savoir que la tragédie a 
son origine dans le culte des morts ; il reprend le sujet dans le présent 
volume, qui suggère, on le reconnaîtra, de nombreuses réflexions; 
mais je doute qu'il modifie l'opinion reçue. Il faudrait pour cela que 
ses démonstrations fussent plus probantes; or, en général il ne prouve 
pas. Il critique des textes, expose des faits, compare des usages, mais 
les nouvelles vues qui forment ses conclusions ne sont point les con- 
séquences nécessaires de ces usages, de ces faits et de ces textes; 
un c. q. f. d. ne s'impose pas à l'esprit du lecteur. Ce n'est pas ici 
le lieu de discuter les points de détail sur lesquels s'appuie M. R.; 
ce serait long, et du reste ceux qui liront le livre — j'en recommande 
vivement la lecture — verront facilement ce qui peut s'opposer à son 
argumentation; je veux toutefois examiner brièvement ce qui paraît 
à l'auteur une preuve indiscutable, peut-être la plus forte, de ce qu'il 
avance : Après trois chapitres d'après lesquels M. R. croit pouvoir 
conclure " avec quelque pi-obabilité » que l'on représentait en Grèce 
les malheurs des héros bien avant l'introduction du culte de Diony- 
sos, que les chants et les danses devant les tombes des héros avaient 

Nouvelle série LXXVII 14 



202 REVUE CRITIQUE 

pour but de gagner leur protection et d'assurer la fertilité du sol, que 
la nouvelle religion se gretfa sur les anciens cultes locaux des héros, 
dont les tombeaux turent transformés en autels dionysiaques, et que 
le principe d'où sortit la tragédie, loin d'être confiné à la Grèce et aux 
pays méditerranéens, peut être constaté dans le monde entier, après 
ces chapitres, M. R. use du raisonnement suivant : « S'il peut cire 
montré que non seulement les tombes des rois et des héros, mais 
aussi les sacrifices qu'on y offrait, les ombres des personnages morts, 
et l'assimilation de ces tombeaux à des sanctuaires forment le motif 
principal dans un grand nombre des pièces conservées, nous ne pou- 
vons plus mettre en doute la certitude de notre opinion sur l'origine 
de la tragédie. » 11 suffit de connaître, même superficiellement, le 
théâtre grec pour concevoir que M. R. n'est pas en peine d'y trouver 
des drames qui répondent à ces conditions. II étudie, en effet, d'inté- 
ressante manière, à ce point de vue, plusieurs tragédies d'Eschyle et 
de Sophocle, et quelques-unes d'Euripide, où le décor comporte un 
tombeau, la marche de la pièce des libations à cette tombe, le plan, 
l'apparition d'une ombre. Mais s'ensuit-il de là que la tragédie ait 
son origine dans le culte des morts? M. R. veut bien accorder que les 
apparitions (d'ailleurs rares) et les offrandes au tombeau sont des 
moyens dramatiques de haute puissance; mais le poète, s'empresse- 
t-il d'ajouter, use de ces moyens précisément parce que le culte des 
morts était étroitement lié à la tragédie dans ses commencements. La 
raison peut être ailleurs ; et lorsque je lis l'objection prévue : « Quoique 
les tombeaux et le culte des héros jouent un râle (souligné, en fran- 
çais) très important dans les drames d'Eschyle, poète conservateur et 
attaché auxanciennes croyances, il n'en résulte pas que cette doctrine 
ait une intime connexion avec l'origine et l'évolution de l'art tragique, » 
avec cette réponse (réponse facile, nous dit-on) : << Sophocle, malgré 
sa conception purement artistique de la tragédie, et Euripide, malgré 
son rationalisme, n'ont pas cessé d'attribuer la plus haute importance 
à la doctrine du culte ancestral et de la puissante influence exercée 
sur les affaires humaines par les esprits des morts, » je préférerais un 
raisonnement plus rigoureux et une démonstration plus convaincante. 
La théorie exposée ici n'est pas cependant de celles qu'on peut écarter 
arbitrairement ; elle est séduisante au premier abord, et séduira peut- 
être quelques esprits amis de la nouveauté; mais malgré l'autorité qui 
s'attache au nom de M. Ridgeway.elle me paraît rester dans le domaine 
des hypothèses insuffisamment appuyées. 

Mv. 



E. Huntcr Wright. The authorship of Timon of Athens. New York, Columbia 
Univ. I^ress, lyio; x-104 p. (The Macniilhm Company, M Fiflh Avenue, New 
York. Prix : G (r. 2?\ 
Parmi les questions qui se posent au sujet du Timon d'Athènes de 



d'histoirk et de littérature 203 

.Shakspere, les plus importantes, auxquelles une réponse certaine n'a 
pas encore été donnée, sont les suivantes. La pièce, telle que nous la 
possédons, est-elle l'œuvre d'un seul auteur, ou de deux auteurs, 
Shakspere et un autre? Si elle est de deux auteurs, quel est celui qui 
Ta écrite en premier lieu, et celui qui l'a retouchée et mise en son état 
actuel? Si Shakspere en est le premier auteur, comment l'a-t-il com- 
prise, en quelle forme Ta-t-il laissée, et en quoi, avec ses interpolations, 
diffère-t-elle du plan primitif? Ce sont là les questions que M. Wright 
soumet à une nouvelle critique, en commençant par l'examen d'une 
autre question, celle des sources du Timon ; et l'on notera tout d'abord 
que sa dissertation est d'un ordre et d'une clarté remarquables. On 
esta peu près d'accord sur les sources : Plutarque, Vie d'Antoine et 
Vie d'Alcibicide; probablement une nouvelle de Painter, qui du reste 
n'est guère qu'une traduction de Plutarque ; une comédie anonyme 
d'environ 1 600, publiée par Dyce en 1 842 ; et le dialogue de Lucien ; 
mais M. W. admet que les détails qui peuvent provenir de Lucien 
peuvent aussi bien être empruntés à la comédie anonymcQue la 
pièce ait deux auteurs, c'est là encore un fait généralement accepté, et 
M. W. le montre excellemment par l'étude approfondie qu'il fait de la 
pièce, des contradictions qu'elle renferme, et des disparités dans le 
style. Les opinions sont partagées dès qu'il s'agit de déterminer quel 
est le premier auteur, les uns pensant que Shakspere a écrit la pièce 
originale, les autres, au contraire, qu'il n'a fait que réviser une pièce 
plus ancienne; les arguments par lesquels M. W. démontre que la 
première opinion est juste et qu'elle fournit l'explication naturelle du 
drame, sont de fort bon aloi ; pris chacun à part ils ont déjà beaucoup 
de poids, et dans leur ensemble, se fortitiant mutuellement, ils for- 
ment un faisceau de preuves d'une rare solidité. Pour répondre enfin- 
à la dernière question, M. Wright examine l'œuvre de l'interpolateur ; 
celui-ci a tout brouillé; ici il s'écarte du plan de Shakspere, là il re- 
tranche, ailleurs il délaie, mais il n'a rien ajouté au plan primitif. A 
certains indices on peut croire que son but était d'aménager la pièce 
pour le théâtre, et que probablement elle fut ainsi mise sur la scène; 
mais fut-elle représentée avant ou après la mort de Shakspere, on ne 
saurait le dire, et le nom de l'interpolateur demeure inconnu. 

My. 



W. V. BoKR, la Galeni libros flspl (^i^/Jiî ~«9wv %x\ âjiapTTjpiâ-cwv observationcs cvi- 

ticae. Marbourg, impr. Noskc, 191 i; 36 p. (Diss. inaug.). 
Fr. Albrecht, Galeni libellus " An in arteriis natiira sangids contineatur ». Mar- 

bourg, impr. Noske, 191 i ; xx-62 p. (Diss. inaug.). 
Galeni Pergameni de Atticissantlum studiis testimonia coilegit atque exami- 

navit W. HiiRHsr. Leipzig, Tcubucr, 191 i ; 16b p. 

Les auteurs de ces trois dissertations, qui tous trois s'occupent du 
texte de Galien, sont.des disciples de M. Kalbtleisch, dont les travaux 



264 REVUE CRITIQUE 

sur Galien sont bien connus de nos lecteurs. M. v. Boer nous donne 
une série d'émendations à l'opuscule intitulé \itp\ 't'-'/'I^ -'x^ôyi v.%\ à;xap- 
T/iijLa-iov, imparfaitement publié par Marquardt dans le t. I des Scripta 
minora. Ces observations sont précédées d'une étude où il précise, 
d'après une nouvelle collation, les rapports qui existent entre les 
divers manuscrits. La méthode est conservatrice; la plupart des remar- 
ques de M. V. B. tendent à prouver que le vrai texte de Galien est 
fourni en général par le Laurentianus 74,3, que le précédent éditeur a 
eu parfois le tort de corriger. Toutes les lectures proposées ne sont 
pas également satisfaisantes ; mais si quelques-unes sont discutables, 
la plupart fournissent un texte meilleur, parce qu'il est plus près de la 
tradition. 

M. Albrecht donne une édition critique du traité El xaTàtpja-.v âv àp-zr,- 
pîat; aT[xa Tit^dyt-oLi, connu seulement par deux manuscrits, et dont la 
dernière édition, celle de Kûhn, remonte à 1824. Une introduction 
expose la valeur critique des manuscrits, des éditions et des traduc- 
tions latines du xvi*= siècle. Vient alors le texte, avec son apparat ; il 
est suivi de notes dans lesquelles M. A. explique ses corrections ou 
éclaire l'usage de Galien par des citations tirées de ses autres écrits. A 
la fin un index verboriim. L'édition est soignée, et donne un bon 
texte, bien supérieur à celui des éditions anciennes. 

L'ouvrage de M. Herbst n'est pas, comme les précédents, une dis- 
sertation inaugurale ; ce n'est pas non plus un travail de critique. On 
n'ignore pas que Galien non seulement avait écrit plusieurs traités 
relatifs à l'usage de la langue grecque, mais encore a souvent saisi 
l'occasion de critiquer ceux qui se piquaient d'atticiser. Ce sont ces 
observations, disséminées dans les oeuvres du célèbre médecin, que 
M. H. a recueillies et ordonnées selon la disposition suivante (Notons 
qu'il s'agit seulement du vocabulaire). En premier lieu, les atiicismes 
témoignés par Galien et connus également soit i) par le témoignage 
des anciens grammairiens et lexicographes, soit 2) par celui d'autres 
auteurs; ensuite les atticismes que Galien est seul à faire connaître ; 
enfin les passages où il est probable que Galien avait en vue les atiici- 
sants. Dans un dernier chapitre, M. Herbst essaie de préciser com- 
ment Galien appliquait lui-même ses principes relativement à l'usage; 
mais il se borne à citer une série de passages, dans la plupart desquels 
sont critiqués des mots employés par le médecin Archigénès ; on 
aurait pu tirer de là beaucoup mieux. M.algi"é cela le livre mérite 
d'être jugé favorablement, et c'est une utile contribution à l'histoire de 

l'aiticisme au 11^ siècle de notre ère. 

M Y. 

W. RiEzi.ER, Weissgrlindige attische Lekythen. ln-4", p. vii-xi, 1-143, fig. i- 
56 avec un vol. de (jô pi., dont deux en couleur. .Vluiiich, Bruckmann, 1914- 
Prix : 25o m. 
Furtwœngler avait eu la première idée de ce recueil qui devait être 



d'histoire et de littérature 205 

pour les lécythes blancs attiques le pendant du grand ouvrage qu'il 
consacrait à la peinture de vases. R. dont le collaborateur, R. Hackl, 
est malheureusement décédé, a rédigé le texte des 96 planches qui 
sont empruntées aux quatre musées d'Athènes, de Berlin, de Munich 
et du Louvre. Elles sont exécutées avec un soin qui fait honneur à la 
maison Bruckmann et sans retouches, ce qui permet, presque pour la 
première fois, d'étudier sur de simples reproductions le dessin et les 
procédés des peintres attiques. Il est fâcheux que le prix élevé de 
l'ouvrage doive empêcher les particuliers de l'acquérir, car il rendra 
de grands services aux travailleurs. Le texte témoigne de mesure et de 
goût : on mesure, en le lisant, le progrès qu'ont fait depuis une cin- 
quantaine d'années les études céramographiques ; tous les problèmes 
ne sont pas, il s'en faut, résolus, il en est même qu'on commence à 
peine de poser, mais, sur bien des points, il semble que nous appro- 
chions du but. 

P. 4, il est certain que les lécythes au temps d'Aristophane n'étaient 
employés que pour les morts, mais telle ne paraît pas avoir été leur 
destination primitive (cf. d'ailleurs p. 8). P. 7, les lécythes de marbre 
et les loutrophores. P. 9, R. paraît avoir raison de suspecter le 
lécythe ioo5 de Nicole. P. i3, justes réserves contre une interpréta- 
tion trop étroite des sujets. P. 28, la nudité de l'éphèbe au strigile 
prouve qu'il est bien le mort. P. 3o, le mort de même se reconnaît 
parfois à ce qu'aucun rapport direct ne le relie aux autres personnages 
du champ. P. 37, raison pour laquelle les bas-reliefs de la stèle ne sont 
pas reproduits sur les lécythes. P. 41, les volutes latérales qui 
accostent les palmettes se retrouvent fréquemment dans les attaches 
métalliques, par exemple dans les appliques d'hydries. P. 43, il est 
probable en efl'et que sur la planche 1 1 deux monuments distinct sont 
été superposés. P. 47, au lieu de « Firnis », employer les mots 
d'émail ou de glaçure. P. 48, les lécythes n'ont passé au feu qu'une 
seule fois. P. 5o, la peinture à tons mats apparaît de très bonne 
heure, au moins dès 450 (p. 63;, mais d'abord dans les détails et dans 
les parties accessoires : quelques retouches ont pu être posées après 
la cuisson. P. 60, le dogme du « Perserschutt » paraît singulière- 
ment ébranlé, et je m'en réjouis pour l'avoir dénoncé l'un des pre- 
miers. P. 66, la grande peinture et les lécythes. P. 70, la liberté de 
l'art dans le dessin des lécythes et, p. j6, sa supériorité sur la facture, 
plus industrielle (?1, des vases à figures rouges. P. 83, critique de 
l'ouvrage de Murray sur les « vases blancs attiques », où les 
planches X'et XllI seraient suspectes. P. 93 et suiv., R. aurait pu 
prendre la peine d'indiquer les références au catalogue de Nicole 
(n°s 982, 986, 999, 1000, looi) : il ne marque même pas toujours les 
numéros de Collignon-Couve (pi. 83, p. 121 := 1 84 1 de C.-C.^. P. 99, 
il ne croit pas aux trous d'air d'Engelm.ann. P. 127, le serpent, en 
effet, n'est nullement certain. Un index et une table de concordance 



206 REVuE CRITIQUE 

à la iin du volume auraient rendu des services, sans déparer cet 
ouvrage de luxe. 

A. DE RiDDER. 



Marc Brksard, Les Foires de Lyon aux XV' et XVI* siècles. Paris, PicarJ, 

1914. In-S", viii-SSf) p., illustrations, 3 iiuicx. 

Il y a beaucoup à louer dans le travail de M. B : une abondante 
documentation, puisée surtout dans cet admirable fonds économique 
que constituent les Archives communales de Lyon (série HH} ; d'inté- 
ressantes publications de textes (22-), mais dont les leçons témoignent 
d'une éducation paléographique et diplomatique insuffisante '. L'his- 
toire même de l'institution est faite d'une façon très sérieuse, non pas, 
comme l'annonce le titre, pour tout le xvi^ siècle, mais seulement 
jusqu'en 1594; le rétablissement des foires, les controverses de iSqb- 
097 et leurs suites sont complètement passés sous silence. L'auteur 
expose avec clarté le mécanisme des foires, les privilèges des mar- 
chands et des marchandises, le rôle des courtiers, les fameux « paye- 
ments », les attributions du conservateur. 

D'où vient cependant que ce livre, malgré son mérite, ne laisse pas 
le sentiment de quelque chose de définitif? Cela tient aux méthodes 
de travail de M. B. 11 veut se mettre en face des textes authentiques, 
et cela est excellent. Mais il veut aussi ignorer les auteurs qui l'ont 
précédé. « Il n'est point d'hypothèse ni d'affirmation qui puisse 
suppléer un texte ». Assurément. Mais si l'on ne veut faire de l'his- 
toire un travail de Sisyphe, il faut savoir utiliser le travail de ses 
devanciers. A la bibliographie de M. B. manquent les travaux de 
Bonzon sur les banques, de Charléty sur la douane, d'Huvelin sur le 
droit des foires, de Pariset sur la soierie, d'Emile Picot sur les Ita- 
liens, de Sée sur Louis XI et les villes, d'Yver sur les Gadagne, et 
jusqu'aux Lettres de Charles VIII. C'est vraiment une gageure 
(ajoutons une gageure insoutenable) que de vouloir traiter un sujet en 
se plaçant délibérément dans des conditions pareilles. Si c'est une 
coquetterie, elle est détestable. 

Nous souhaitons que le prochain historien des foires de Lyon, 
moins insoucieux de profiter ce qui aura été fait avant lui, prenne la 
peine de lire le travail de Brésard. 

Henri Hauser. 



I. P. 327, lisez : Munacius Plancus; p. 328, I. 24 : « pour [tuition] et deflense »: 
p. 329, 1. 10 : « à ccste cause » et I. 26 : " Loys dernicremcnt trospassé »; p. 333, 
4" lij^ne avant la tin : i-n^cwns c\. provinces »; p. 322, 4" I. avant la fin : « Caihel- 
ioignc » = Catalogne; p. 33(3, 1. 32 : « voisins de lad. ville de Troyes »; p. 303, 
antépénuliièine ligne ;« se inestier est et requis en sont »...\u lexique, « allemelle 
= laine », sans doute une coquille pour « lame ». 



d'histoire et de littérature 267 

Lucien Romier, La Saint-Barthélémy, les événements de Rome et la prémé- 
ditation du massacre Revue du \vi<^ siècle, 191?, t. [, p. 32g-56o). 

Il faut souligner l'importance ^^ cette communication (lecture à 
rAcadémie des inscriptions), qui sera très discutée. D'une étude des 
éditions successives du Stratagema de Capilupi, de recherches ingé-. 
nieuses à travers les Archives italiennes, M. Romier tire une nou- 
velle théorie de la Saint-Barthélémy : le massacre des chefs hugue- 
nots à l'occasion des noces navarraises a été prémédité parles Guises, 
à l'insu de Catherine, et sans doute d'accord avec It duc d'Anjou ; le 
cardinal de Lorraine a tout su a. l'avance, il était à Rome pour 
attendre les événements. Cette thèse ressort de l'argumentation et de 
la documentation de M. Romier, avec la plus grande vraisemblance. 
11 y manque cependant encore la preuve décisive. M. Romier écrit, 
p. 539 : « Longtemps avant l'événement, et sans doute dès son arri- 
vée à Rome au mois de juin 1572, le cardinal de Lorraine avait pré- 
dit à quelques intimes le meurtre de Coligny et des chefs protestants 
à l'occasion des noces ». Or, des textes rassemblés avec tant d'art par 
M. Romier, on ne peut tirer que ceci : 1° après l'événement le (4 sep- 
tembre), dès que la nouvelle arrive à Rome, le cardinal « a laissé 
entendre {hâfatto cenno) qu'il était informé du meurtre... très long- 
temps avant qu'il fût accompli ». On peut soutenir qu'il y a là une 
attitude que le cardinal avait intérêt à prendre. Il n'y a pas la preuve 
certaine « que ce qui sestoit fait à Paris avoit esté délibéré et con- 
certé avant qu'il partist de France »; 2" Capilupi, dès le 18 sep- 
tembre [M. Romier établit qu'il y a une édition d\i Stratagema de 
cette date, antérieure à celle du 22 octobre, et qui contient un pas- 
sage non reproduit dans les éditions postérieures), affirme qu'en juin 
le cardinal de Lorraine dit au cardinal Sermoneta « che aspettava di 
giorno in giorno una simile novella ». Voilà qui serait capital... si 
cette affirmation se trouvait dans un texte antérieur à la hn d'août i b-f2. 

H. Hr. 

A. et Cl. CocHiN, Le grand dessein du nonce Bargellini et de l'abbé 
Desisles contre les réformés (1668) ^extrait de l' Annuaire-Bulletin de la Société 

de l'Histoire de France, 191?, Paris, br., 2? p. 

Les projets de réunion ont été fréquents au xvii^ siècle, Richelieu 
leur fut favorable : Mazarin manifesta beaucoup plus d'indifférence. 
Turenne après sa conversion se montra disposé à faire rentrer ses 
coreligionnaires dans le giron de l'Eglise catholique. Sur cette tenta- 
tive M .M. A. ei Cl. C. nous apportent, d'après les Archives du Vatican, 
et la correspondance du nonce Bagellini, des précisions inicressantcs, 
A cette intention Bargellini Ht usage de l'abbé Desisles d'Infrenville 
« pauvre hère, sorte de convertisseur patenté », de l'entourage de 
Péréfixe, dont le projet d'ailleurs fut jugé également impraticable par 
le pape et Versailles. Il fallut renoncer à tout projet de conversion en 



268 REVUE CRITIQUE 

masse. MM. Cochin publient en appendice 1' « instruction » rédigée 
par Desisles, et la liste des ministres, sur lesquels une action profi- 
table aurait pu s'exercer. L'ensemble fort curieux éclaire un point mal 
connu de l'histoire religieuse du xvii" siècle. 

C. G. P. 



G. RoucHÈs, Inventaire des lettres et papiers manuscrits de Gaspare, Carlo 
et Lodovico Vigarani (collection de la Société de l'histoire de l'art français), 
Champion, 236 p., 191?. 

En 1659, Mazarin fit venir de Modène un habile décorateur et 
machiniste Gaspare Vigarani, accompagné de ses deux fils, Carlo et 
Lodovico, précédemment employé par Alphonse IV, neveu par 
alliance du cardinal. On trouvera Vigarani cité à plusieurs reprises 
dans le t. IX de la Correspondance de Mazarin publiée par d'Avenel. 
Vigarani construisit, avec un médiocre succès semble-t-il, un théâtre 
aux Tuileries. La faute en fut suivant M. Rouchès aux résistances de 
toute espèce, que trouva à Paris Vigarani. Raiabon, surintendant des 
bâtiments contraria vivement ses efforts. Le théâtre de V'igarani ne 
servit guère, et ne fut animé que par quelques ballets. En 1 062 les Viga- 
rani reprenaient le chemin de Modène. Leur père y mourut : Carlo 
puis Lodovico revinrent en France. Carlo fut le metteur en scène de 
toutes les fêtes qu'organisa Louis XIV au début du règne. D'accord 
avec Lully, il établit une Académie royale de musique : mais Lully se 
sépara de lui en 1680. « Après i08o son étoile pâlit >>. On ignore 
quand il mourut. Ce fut en France. 

Tels sont les personnages, dont la correspondance et les papiers 
conservés aux Archives de Modène — si riches pour l'histoire artis- 
tique du XVII* siècle — sont résumés par M. Rouchès. Le titre d'in- 
ventaire en effet n'est point fort exact. La majeurs partie de la thèse 
de M Rouchès n'est que l'analyse des lettres de Carlo Vigarini, ou de 
L.odovico. Leurs principaux correspondants sont le cardinal Rinal- 
do d'Esté, la duchesse Laura, nièce de Mazarin, le comte Graziani, 
poète pensionné par Louis XIV. 

Cette correspondance présente un double intérêt historique, artis- 
tique. Le premier est fort mince. Les nouvelles que donnent Lodo- 
vico et Carlo Vigarani, se retrouvent plus précises dans les mémoires 
et les correspondances de l'époque. Que nous apprennent ces étran- 
gers sur les grands événements diplomatiques de l'époque? rien ou 
peu de chose. Pas davantage sur les menues intrigues de la cour de 
Louis XIV : ils étaient mal placés pour savoir et pour écrire. L'anno- 
tation de ces textes résumés était difficile. M. Rouchès a fait le néces- 
saire, et donné en note les éclaircissements essentiels, un peu sèche- 
ment parfois. Il eut pu ne point citer M'"« de Motteville, ni M"= de 
Montpensier d'après les éditions Michaud et Poujoulat, alors qu'il en 



I 



\ 



d'histoire et de littérature 269 

existe de meilleures, et de plus récentes. Ce sont là chicanes de 
détail! '. 

En revanche la correspondance des Vigarani nous donne quelques 
indications curieuses sur les travaux par eux exécutés (spectacles, 
fêtes, etc.), et surtout sur les Italiens qu'ils ont fréquentés et connus 
à Paris. Les passages relatifs à la visite du Bernin ont déjà été utilisés 
ou publiés par Fraschetti. Mais sur les Italiens fixés en France, les 
lettres des Vigarani nous renseignent abondamment. Ondedei, Buti, 
Vittorio Siri, Lorenzo Tonti, Carlo Broglio, Lully, voilà leurs 
habituelles fréquentations. Il en rejaillit quelque intérêt sur les 
Vigarani eux-mêmes. 

En somme ce livre est surtout — malgré le titre un peu trompeur 
— une contribution non négligeable à Tétude du séjour des Italiens 
en France au xvn- siècle. Il faut en remercier l'auteur qui y adjoint 
une bibliographie fort utile et complète, et un index nécessaire 

C. G. Picavet. 

A. DE BoisMSLE, Mémoires de Saint-Simon, tome XXV (avec la collaboration de 
J. Lecestre etdeJ. de Boislisle). Paris, Hachette, igi3. 

La monumentale édition de Saint-Simon, entreprise par A. de 
Boislisle, se poursuit régulièrement. 340 pages de texte, plus de 
140 pages d'appendices, additions de Saint-Simon au journal de Dan- 
geau, annexes diverses, voilà ce que nous donnent aujourd'hui les 
éditeurs. Les Mémoires s'illustrent comme toujours de notes abon- 
dantes, avec de larges emprunts aux inédits, mais dans lesquels se 
multiplient de plus en plus les renvois aux volumes précédents, déjà 
si copieux. Le tome nouveau est consacré à une partie de l'année 1 714 : 
il y est traité du testament de Louis XIV, du duc et de la duchesse 
de Beauvillier, de la mort de divers personnages importants comme 
le cardinal d'Estrées, de la dignité de pair de France en une longue 
digression, de l'affaire du Bonnet (traitée à nouveau en un livre 
récent). Aux annexes nous signalerons tout particulièrement des 
lettres du duc de Saint-Aignan, une notice sur la disgrâce du cardinal 
del Giudice avec des documents inédits, une partie du Journal de 
l'évêque de Soissons, Brtîlart de Sillery, relatif à la Constitution 
Unigenitus, etc. Le tout très intéressant, digne par l'érudition et la 
conscience qui s'y manifestent des volumes précédents. 

C. G. Picavet. 

Les sources de l'histoire religieuse de la Révolution aux Archives natio- 
nales, par Léon Le Grand, conservateur-adjoint aux Archives nationales. Paris, 
Champion, 1914, in8°. Prix : 3 fr. 
On ne peut que savoir gré à l'auteur de ce manuel, d'en avoir 

I. Pourquoi reproduire des orthographes fantaisistes, Endermonde pour Den- 
dermonde. P/g^j/z'/ti/» pour Pëguilain ou Puyguilbem ? Ces graphies n'ont d'autre 
intérêt que de surprendre le lecteur. 



270 



REVUE CRITIQUE 



conçu et réalisé le dessein. Il donnera de jurandes satisfactions à deux 
groupes fort nombreux de chercheurs, mais qui se rencontrent 
rarement sur le même terrain : à ceux qui s'occupent de l'histoire 
religieuse et à ceux qui travaillent sur la Révolution. On l'ap- 
prouvera aussi d'avoir ordonné sa matière dans l'ordre archi- 
vistique, si j'ose ainsi parler, plutôt que dans l'ordre des questions 
religieuses, parce que s'il entre toujours une part d'aibitraire dans 
celui-ci, l'autre en est totalement exempt. D'ailleurs il a pris soin de 
dresser des principales de ces questions un tableau méthodique à 
lafin de son livre, et de poser en face de chacune d'elles les cotes 
d'archives qui y correspondent. 

Mais Je ne sais si on ne louera pas plus encore M. Le Grand des 
substantielles notices qui précèdent chacune des divisions de son 
manuel. Il y a là non seulement de fraîches oasis où le lecteur se 
repose de l'aridité des immenses colonnes de cotes qu'il lui a fallu 
parcourir, mais encore des détails fort instructifs et généralement peu 
connus sur l'origine, la formation et la consistance d'un grand 
nombre de séries et de sous-séries des Archives nationales. 

On nous annonce que M. Le Grand prépare un autre manuel con- 
sacré aux sources de notre histoire avant 1789. Les fonctions qu'il a 
longtemps exercées de président de la salle de travail aux Archives 
nationales l'ont mis à même de connaître à fond toutes les collections 
anciennes et modernes du palais Soubise. Combien d'habitués de ce 
grand établissement n'a-t-il pas aidés dans leurs recherches, avec une 
érudition qui n'avait d'égale que son obligeance! Voici qu'il se décide 
à faire bénéficier tout le monde de sa science. Qui ne lui en serait 
reconnaissant ? 

E. W. 



Recueil des Actes du Directoire Exécutif, publiés et annotés par A. Debidour. 
Paris, Leroux, 1910 et 191 i. In-S, xxiv et 867 p., 805 p. 

Danscesdeux volumes, M. A. Debidour a commencé la publication 
des Actes du Directoire. Il reproduit, selon l'ordre chronologique, 
tous les procès-verbaux des séances ; il analyse ou cite les messages 
mentionnés dans ces procès-verbaux et parfois quelques-unes des lois 
dont les procès-verbaux rapportent la promulgation, ainsi que les plus 
importants des arrêtés. Tout cela est fort bien, et on ne peut que 
remercier et féliciter l'éditeur de la peine qu'il a prise. Il a d'ailleurs 
rectifié les noms propres si souvent estropiés dans les pièces de ce 
temps-là et ajouté des notes qui facilitent Tintelligence des faits et des 
institutions ou qui renseignent brièvement le lecteur sur les princi- 
paux personnages dont il est question. Il a, enfin, rédigé un index des 
noms et des matières contenus dans les deux tomes. L'tEuvre de 
M. Debidour, qui lui coûte de longues recherches, lui vaudra la 
gratitude de tous les érudits, et en le remerciant du don qu'il nous 



d'histoire et de littérature 271 

fait, nous souhait. )ns qu'il ait assez de loisir pour continuer sa belle 

et utile entreprise '. 

Arthur Chuquet. 

La Restauration de la République de Genève 1813-1814, Témoignages" de 
contemporains recueillis par Lucie Achard et Edouard Favre. Illustrés de onze 
vues de fancienne Genève. Genève, Jullien. 191 3. In-8°, Tome premier, xxviii et 
25 I p. Tome second, 296 p. 3 tV. 3o le vol. 

Journal de Marc-Jules Sues pendant la Restauration genevoise, 1813-1821, 
publié avec une introduction d'Alexandre Guillut, pasteur, et orné d'un portrait 
de l'auteur. Genève, Jullien, 1913. In-S», xii et 290 p. 3 fr. 5o. 

M"'' Lucie Achard et M. Edouard Favre piablient, pour fêter digne- 
ment l'anniversaire de l'indépendance genevoise, onze journaux ou 
correspondances qui nous font assister à la « Restauration » de 181 3- 
18146! qui nous initient aux craintes et aux tristesses comme aux 
espoirs et aux joies des Genevois d'il y a cent ans. Tous ces journaux 
ou lettres (car les lettres de Charles de Constant à sa sœur et celles de 
la famille Revilliod ainsi que les bulletins de François Broé sont de 
véritables journaux), se lisent avec intérêt, et — ce que nos éditeurs 
auraient pu remarquer — ils sont d'accord sur tous les points; pas 
d'erreur grossière, pas d'inexactitude voulue ; ces Genevois se lamen- 
tent, se désolent et vraiment, comme dit M'"^ Sartoris (II, p. 234) ce 
qu'ils ont éprouvé n'est rien en comparaison de ce qu'ont éprouvé 
les habitants de l'Allemagne; mais tous relatent les mêmes faits, les 
mêmes impressions. Les éditeurs ont banni de leur recueil, qui devait 
être d'une lecture facile, tout appareil scientirique et toute note 
pédante. Ils ont mis en tête du premier volume une introduction his- 
torique, précise et solide, qui donne la suite des événements et en tête 
de chaque journal ou correspondance une notice biographique qui 
contient sur l'auteur, sur sa famille, sur ses amis, les renseignenients 
indispensables. Pour nous autres, Français, ceux qui voudront mieux 
connaître le semblant de résistance esquissé par Jordy, l'invasion des 
Autrichiens commandés par Bubna et les efforts tentés par Marchand 
et Dessaix, consulteront ces deux tomes avec profit '. 

1. Les remarques que nous jetons ici, n'atténuent en rien la valeur de la publi- 
cation, — où il y a tant et tant de noms propres — et nous ne les faisons que pour 
que l'éditeur et nos lecteurs en tirent profit, l'.ire tome I, au lieu d'Allant, Ballant, 
Baragiiay, Bernesey, Brunetieau, Chavtray, Dabenlieim, Dénuée (et Nuce) 
Eckmeyer, Fton, Gillot, Giiieux, Harly, Lapomarède, Lecli, Loyson, Mario, San- 
ttionax, Sctiiellé, Sckurickardt, Sisée, Vacré, Vineux, Zimswiller, AUent, Balland, 
Baraguey, Bernazais, Bruneteau, Chartrey, d'Obenheim, Nucé ou de Nucé (cf. II, 
p. 193), Eickemeyer, Fyon (comme II, p. 340), Gilot, Guieu, Hardy, Le.-?poma- 
rède, Lehné, Loison, iVIorio, Sonthonax, Schiele, Schweikardt, Siscé, \'acret, 
Vimeux, Zinswiller, et tome II, au lieu de Aiibergcois, Benviho, Heckrat, Neu- 
villers p. 5o5), Perrein, Pleisser, Stclenhnffct, Syevjkini^, Th.vrain, \'aiide- 
monde, Aubugeois, Bennwihr. llcckenrath, N'rjwiilcr, l'arcin, PfeiH'jr, Stet- 
tenhoflen, Sicveking, Tliarreau, N'andernionde. 

2. Lire p. G2, 233, 237, Serrant et non Serrand . 



272 REVUE CRITIQUE 

Le Journal de Sues que publie M . Al. Guillot, comprend les années 
181 3- 18 21 . Il offre, lui aussi, une lecture utile, intéressante. C'est un 
tableau de la vie genevoise et, comme dit l'éditeur, toute une série 
d'instantanés : exercices, revues et fêtes des milices, séjour des 
troupes suisses à Genève, passages de soldats étrangers, fêtes de toutes 
sortes, élections, sentiments des Genevois et, comme dans le recueil 
cité plus haut, leurs incertitudes sur le sort de leur vieille cité, leurs 
perplexités et leur allégresse lorsque leur indépendance est définitive- 
ment assurée '. 

Ces deux publications qui témoignent d'un très grand soin, font 
honneur à leurs éditeurs ainsi qu'à la librairie Jullien. 

Arthur Chuquet. 

Louis André, Grands procès oubliés. Madame Lafarge. voleuse de diamants, 
2* édition. Paris, Plon-Nourrit, 1914, in-i6. 272 pages. 3 fr. 5o. 

Après avoir inauguré sa série des « grands procès oubliés » par 
VAssassinat de P.-L. Courier, qui n'est pas un très bon livre, 
M. L. André, conseiller à la cour d'appel de Paris, la continue par 
celui-ci qui est de composition beaucoup meilleure. 

Cette affaire, moins oubliée que noyée dans celle de l'empoisonne- 
ment, n'en est pas moins intéressante, et doublement, d'abord par 
elle-même, ensuite parce qu'elle nous renseigne, comme un prologue, 
sur la mentalité de la triste héroïne du drame du Glandier. 

En visite un jour chez M"^ de Léautaud, son amie, nouvellement 
mariée, Marie Cappelle lui déroba une parure de diamants. Après 
avoir laissé égarer les soupçons sur d'autres et notamment sur des 
domestiques, la coupable, afin de donner le change, entreprit de faire 
« chanter » son amie, en dénaturant odieusement quelques attentions 
qu'avait eues pour elle avant son mariage, un jeune homme, parti 
ensuite en Algérie, puis au Mexique. M""» de Léautaud, forte de son 
innocence, se défendit courageusement et finit, non sans peine, à sor- 
tir à son honneur du réseau, presque inextricable, d'infamies sous 
lequel Marie Cappelle avait essayé de l'accabler. Tel est le fond de 
cette histoire. Mais ce qui en double l'intérêt, je le répète, c'est l'art 
avec lequel M™* Lafarge sut tromper l'opinion publique, ébranler la 
justice, séduire ses avocats, en se donnant les apparences de la sincé- 
rité et en jetant les doutes les plus injurieux quoique les plus injustes 
sur la vertu de son ancienne amie. 

Toutefois, de la minutieuse enquête à laquelle M. André s'est livré, 
il résulte, pour ce magistrat exercé, que M""» Lafarge était une malade 
psychique, ce que les médecins d'aujourd'hui appellent une hysté- 
rique dissimulatrice et menteuse. « Je me souviens de choses que je 
n'ai jamais vues, a-t-elle dit quelque part dans sa correspondance ; 

I. Lire p. i3, Jessaint et non Jessin; p. i5, Dessaix et non Desseaux. 



d'histoire et de littérature 273 

je me comprends à peine moi-même. » Pour M. André, là est le secret 
de cette affaire si simple, si banale en son fond, mais si compliquée 
du fait de la coupable, et cette conviction de l'auteur sera sans doute 
celle de tout lecteur de sang-froid. 

M™« de Léautaud, la victime du vol de Marie Cappelle, était, par 
sa mère, petite-nièce de Théodore de Lameth. Celui-ci habitait alors 
à demeure le château de Busagny à l'époque où ce vol y fut commis. 
J'ai le souvenir qu'il en a plusieurs fois parlé dans la partie de ses 
papiers restée inédite. M. André aurait pu ajouter cette source à celles 
qu'il a utilisées. 

Ces pages de pathologie féminine, trop brèves pour faire un livre 
à elles seules, sont suivies d'une étude comparative entre le véritable 
Claude Gueux, qui, paraît-il, n'est pas un mythe, et celui de Victor 
Hugo. Ou eût admis que, pour les besoins d'une thèse, un romancier 
socialiste inventât de toutes pièces un héros poussé au crime par la 
misère. Mais aller chercher dans la chronique judiciaire un de ses plus 
sinistres chenapans, dénaturer sciemment ses crimes les plus avérés 
pour en rendre responsables ses victimes et le tranformer lui-même 
en martyr de la société, altérer enfin pour cette besogne le compte 
rendu même du procès, comme M. André le prouve en rapprochant 
les deux textes, cela n'ajoute rien à la gloire du poète des Contem- 
plations. 

E. W. 

Essais de pathologie historique. Le siège de Paris et la Commune par le doc- 
teur Lucien Nass, Paris, Pion, 1914. In-S", 36o p. 3 fr. 3o. 

L'auteur fait, peut-on dire, de la clinique historique. Il analyse les 
phénomènes morbides que le siège de Paris et la Commune ont pro- 
voqués dans l'organisme social, et il suit la maladie, la crise dans ses 
symptômes et son évolution. Son livre, composé d'après les sources, 
est fort attachant, et on lira volontiers les chapitres sur la mentalité 
obsidionale, sur Fénervement d'une population inquiète, hantée par 
l'idée de la trahison et prête à la panique, sur les inventeurs et leurs 
moyens fantastiques de défense, sur l'exaltation des esprits. Les pages 
consacrées à la Commune n'offrent pas moins d'intérêt : on remar- 
quera surtout celles qui traitent de quelques acteurs du grand drame 
qui « présentaient des tares psychiques », et de « la masse des figu- 
rants qui fut, peu à peu, sous l'empire de la névrose révolutionnaire, 
amenée à un déséquilibre mental très accusé ». Selon l'auteur, les 
causes réelles du mouvement ont été « la maladie obsidionale, l'aban- 
don de Paris par une grande partie de la bourgeoisie, l'hostilité de 
l'Assemblée nationale contre la capitale, bref toutes les rancunes, 
toutes les déceptions exploitées par les gens habiles qui formèrent le 
personnel jouisseur et profiteur de la Commune ». Mais bientôt « la 
question religieuse a occupé le premier plan; le mysticisme révolu- 



274 



REVUE CRITIQUE 



tionnaire s'est affirmé, impérieux, souverain, dominant la symptoma- 
tologie de la névrose collective » (p. 229) '. 

Anhur Chuquet. 

.1. TouRNiKR, Le cardinal Lavigerie et son action politique (,: 863- 1892). Perrin, 
Paris, 191 !■>, iii-8", x et 41 7 p., 7 t'r. So. 

M. Tournier rend justice aux biographes de Mgr Lavigerie, mais 
leur reproche à tous d'avoir présenté d'une façon incomplète le rôle 
politique du cardinal. Par ses relations de famille ou d'aniitié, il a 
obtenu communication de nombreux documents inédits, ce qui lui a 
permis d'étudier à fond ce côté de la vie du primat africain. 

Les renseignements qu'il apporte sont précieux; mais on ne peut 
dire qu'il révèle un Lavigerie absolument nouveau. La querelle de 
l'archevêque d'Alger et du maréchal de Mac Mahon, gouverneur 
général, était connue; on savait que le prélat, après ses démarches 
inutiles auprès du comte de Chambord, s'était résigné à accepter la 
République dans la conviction que si les catholiques cessaient de 
combattre la forme du gouvernement, ils pourraient s'allier aux 
modérés et constituer une majorité capable d'arrêter la lutte anti-clé- 
ricale. Mgr Lavigerie aurait alors songé à se faire envoyer à Rome 
comme cardinal pour y représenter l'Église de France; selon l'auteur, 
le gouvernement, ou tout au moins le ministre, M. Wallon, n'était 
pas hostile à cette combinaison, mais la rancune de Mac-Mahon la fit 
échouer. Mgr Lavigerie n'en perdit pas l'espoir de jouer un jour un 
grand rôle. 

Survinrent les décrets de 1880; l'historien s'étend sur l'habileté 
déployée par son héros dans ces difficiles circonstances : celui-ci se 
heurta d'abord à l'obstination des congrégations, mais l'appui du 
Saint-Siège fit pencher la balance en sa faveur, et les supérieurs com- 
mençaient à signer une déclaration destinée au gouvernement, quand 
la publication inopinée de cette pièce par un journal ultra-catholique 
vint surprendre et soulever l'opinion. M. T. croit que sans cette 
publication intempestive, véritable trahison des légitimistes et des 
Jésuites, la tactique conseillée par Mgr Lavigerie aurait eu plein suc- 
cès. En tout cas la carrière du prélat n'en souffrit pas : proposé par 
le gouvernement français pour le chapeau de cardinal, il fut nommé 
le 27 mars 1882. « Il avait désormais, dit son biographe (p. 124), le 
droit et le devoir de s'occuper des affaires de l'Eglise », et il allait 
« user largement des prérogatives de sa nouvelle dignité » Il nous le 



I. P. 9, il est prouvé aujourd'hui que Trochu voulait mctiic Paris sous la pro- 
tection de sainte Gencviùvc. — P. 71, la communication dont parle l'auteur, fut 
faite à l'Académie des .Inscriptions et iicUcs-I, cures et udu à l'Académie des 
Sciences. — P. 117. il ne faut pas croire, ni dire que « la cruauté d'un Bismarck 
rêvait d'anéantir complètement i'.iris ». — P. 249, lire Montaudnn et non M,)ii- 
tandon. 



DHISIOIRE E7 DE LlTTÉRATl RE 2-5 

montre intervenant, autant que le lui permettait son éloignement, 
dans toutes les affaires religieuses et préconisant toujours la modéra- 
tion et le ralliement à la République. Cette conduite souleva contre 
lui ceux qu'on appelait les ultras, mais elle était conforme à la poli- 
tique du pape Léon XIII. Pourtant le fameux loast d'Alger eut'un tel 
retentissement que le Saint-Siège hésita à se prononcer ouvertement. 
Ce fut une cruelle épreuve pour le cardinal dont la santé était très 
éprouvée ; mais avant sa mort il obtint de Rome toutes les satisfactions 
qu'il pouvait désirer. 

Le livre de M. Tournier est rempli de citations de lettres inédites ; 
elles sont en général intéressantes, mais parfois un peu longues. 
L'auteur se montre d'une sévérité excessive pour les adversaires de 
droite du cardinal. 

A. BiOvt;s. 



Lettre de M. Loutchiskv. 

Si je crois devoir répondre au compte-rendu de mes Quelques remarques sur la 
vente des biens nationaux, qui a paru dans la Revue critique (n° du 24 janvier), ce 
n'est point pour engager une polémique avec M. Mathiez, ni pour discuter l'opi- 
nion qu'il peut avoir de mes travaux, ni pour lui demander si une critique vrai- 
ment scientifique n'exige pas une certaine courtoisie. Je voudrais seulement 
étnettre quelques observations sur des assertions de mon contradicteur qui sont' 
tout à fait inexactes, et qui proviennent d'un malentendu ou, je le crains, d'une 
lecture trop rapide de mon petit livre. 

M. Mathiez assure que je « prétends dégager des conclusions d'ensemble des 
ouvrages récemment publiés»; il veut faire croire au public que j'ai entrepris une 
étude complète des ventes. Il peut alors m'accuser de n'avoir pas considéré la 
baisse des assignats, et d'avoir néglige « tout le mouvement économique », qui se 
trouve en relation avec les ventes. La critique serait peut-être -valable pour un 
ouvrage qui aurait voulu embrasser la question dans toute son étendue, mais non 
pour une étude comme la mienne, qui se borne à l'examen de quelques questions. 
J'ai indiqué moi-naèm^ qu'aujourd'hui, dans l'état de nos connaissances, un 
ouvrage d'ensemble est impossible, qu'il serait téméraire de vouloir déterminer 
quelle est la classe sociale qui a eu la prépondérance dans les achats. Et je me 
suis borné, en rn'appuyant sur la répétition des mêmes phénomènes dans certains 
cas déterminés, à émettre quelques hypothèses sur le caractère des ventes. Je me 
suis servi des données relatives à 17 départements seulement, et je me suis borné 
à la période où l'action révolutionnaire a été la plus féconde, je n'ai pas dépassé 
l'an iV, c'est-à-dire le moment où la réaction se marque nettement. C'est mon 
droit, et l'on pourrait aussi bien me faire grief de n'avoir pas suivi les mutations 
subséquentes des biens vendus, de n'avoir pas étudié le cadastre de Napoléon, etc. 

M. Mathiez me reproche aussi de n'avoir pas étudié les ventes d'immeubles dans 
les villes. Or, je tenais essentiellement à ne pas confondre les propriétés urbaines 
et les propriétés rurales, dont la condition économique est profondément diff'é- 
rcnte (que l'on considère leur valeur, les rentes qu'elles rapportent, etc.). La con- 
fusion des deux catégories de propriété n'est pas moins dangereuse, si l'on consi- 
dère les prix dc-i achats et la superficie des lots vendus dans les villes; on a là 
des quantités qui ne s dit gucre co:iiparables. lui réalité, la ilislinction est indis- 
pensable pour se rendre compte de l'iiiduence que les ventes ont pu avoir sur ta 
répartition de la propriété rurale, et aussi pour saisir les tendances économiques 



276 REVUE CRITIQUE 

de la bourgeoisie à la fin du xviii* siècle, pour discerner les origines du capitalisme 
au xix" siècle. 

M. Mathiez « est ébahi » de lire dans mon livre que dans le Limousin on ne 
comptait que 160/0 de non propriétaires, tandis que dans la Basse-Normandie et 
dans d'autres provinces on en trouvait jusqu'à 80 0/0 ; il déclare que le chiffre 
indiqué pour le Limousin ne s'applique qu'à un nombre insignifiant de paroisses. 
Faut-il lui rappeler que le tableau des non propriétaires, qui se trouve dans mon 
livre sur le Limousin (pp. 124-127), a été dressé d'après les données relatives à 
98 paroisses, c'est-à-dire d'après les 3/4 des paroisses de l'élection de Tulle ? Quant 
aux régions, où le tant pour cent des non propriétaires atteint à 80 0/0, je puis 
satisfaire sa curiosité : il s'agit du Berry, des districts de Caen, Falaise et Lisieux. 

M. Mathiez s'étonne aussi que je ne connaisse qu'un seul cahier, où l'on ait émis 
l'idée d'une nouvelle répartition de la terre et il m'oppose le contlit entre les sei- 
gneurs et les paysans pour le partage des biens communaux. Mais le cahier dont 
il est question parle non pas du partage des biens communaux, mais de la terre 
appartenant en propre au seigneur; c'était là une idée rappelant la loi agraire, et 
qui devait être condamnée par toutes les assemblées de la Révolution, par la Con- 
vention aussi bien que par la Législative. Entre l'idée du partage des biens com- 
munaux et ridée dune nouvelle répartition de la propriété privée, que l'on con- 
sidérait comme sacrée, il y avait un abime, aux yeux des contemporains. 

M. Mathiez prétend que, pour caractériser la politique agraire de la Convention, 
je n'invoque que le fameux décret sur la loi agraire. Il laisse dans l'ombre les 
autres faits que j'ai cités, et notamment le décret du 24 avril 1793, qui déclare 
frauduleuses les associations « de tous ou de parties considérables des habitants 
dune commune » pour l'achat des biens mis en vente ; il ne dit mot non plus du 
rejet de la proposition de Fayau. 11 se borne à réunir deux phrases, lune à la page 
-49, l'autre à la page 84, de mon livre, à établir entre elles un lien tout factice, en 
négligeant tous les autres faits que j'ai cités. 

Mais que dire de son assertion que mes conclusions s'inspirent de la « politique 
russe » ? Il m'est impossible de comprendre le sens de sa phrase. Quelle politique 
russe ? Il serait bien embarrassé de le dire. Quels rapports cette prétendue poli- 
tique pourrait-elle avoir avec les ventes des biens nationaux et la répartition de la 
propriété en France sous l'Ancien Régime ? Sans doute, bien des historiens russes 
s'intéressent à l'histoire économique et notamment à l'histoire de la propriété en 
France. Mais les historiens allemands ou anglais qui s'en occupent aussi, s'inspirent 
alors de la politique allemande ou de la politique anglaise 1 N'est-ce point là une 
fable semblable à celle qui veut que les Russes habitent dans des maisons de neige 
qU de glace? 

A la suite de son compie-rendu, M. Mathiez croit utile de répondre à la lettre 
insérée au Bulletin de la Société dliistoire moderne de décembre dernier. Il 
s'étonne que j'aie choisi pour sujet de mon livre le Limousin, où les documents 
relatifs aux ventes des biens nationaux étaient inaccessibles et que je ne dise pas un 
mot de cette » grave lacune ». Faut-il lui expliquer encore une fois que je me suis 
proposé avant tout d'étudier la répartition de la propriété entre toutes les classes 
sociales, avant la Révolution ? Or, je mets au défi M. Mathiez de montrer en quoi il 
serait possible, avec les documents relatifs aux ventes, d'établir cette répartition. 
Ceux-ci permettent H>iJi7J<(?menf de donner une description complète et encore pas 
du tout des biens du clergé, car seuls les biens du clergé, ont été confisqués dans 
leur intégralité. Ft, puisqu'il cite l'introduction de M. Porée, il a dû s'apercevoir, 
s'il l'a lue, que celui-ci n'a pas décrit la répartition de la propriété au xvm' siècle 
d'après les actes de ventes, mais d'après de tout autres documems. 

Saint-Pétersbourg, i3/26 février 1914- 

J. LOUTCMISKY. 



D HISTOIRE ET IJE LITTERATURE 2^7 

Répokse de m. Mathiez. 

J'éprouve vraifhent quelque tristesse à voir un homme de l'âge de M. Loutchisky 
défendre un livre qui est une erreur avec d'aussi mauvais arguments. Rien que 
des ergotages et des équivoques ! 

Je n'ai nulle part essayé de faire croire au public qu'il a entrepris une'« étude 
complète des ventes ». Je lui ai reproché au contraire de ne nous donner que des 
remaTques fragmentaires et, par suite, sans portée. Il déclare qu'il s'est borné à 
l'examen de « quelques questions » et il prétend avoir eu le droit de les traiter à 
part du mouvement économique et de la baisse de l'assignat. C'est ce droit que je 
lui ai dénié et que je lui dénie encore. 

J'ai regretté que .M. L. ait enfermé ses « quelques conclusions », ses « quelques 
remarques » dans une période chronologique trop étroite, et qu'il n'ait pas utilisé 
comme il l'aurait pu tous les travaux dont le sujet a été l'objet avant lui, je le 
regrette toujours. 

Je n'ai pas reproché à M. L. de « n'avoir pas étudié les ventes d'immeubles 
dans les villes ». J'ai écrit : « Pourquoi, évaluant la force d'achat de la classe 
paysanne et la force d'achat de la bourgeoisie, exclut-il de ses calculs les ventes 
d'immeubles qui eurent lieu dans les villes ? » Ma critique subsiste entièrement. 

J'ai contesté ailleurs la valeur des statistiques limousines de M. L. Il est obligé 
de reconnaître ici qu'elles ne sont pas complètes et qu'elles ne portent que sur 
les 3/4 des paroisses de l'élection de Tulle. Je me suis « ébahi » qu'il y eut des 
régions de la France où le nombre des non-propriétaires atteignît 80 0/0. J'ai 
demandé à M. L. de me faire connaître ces régions qu'il ne nomme pas dans son 
livre. Il me nomme maintenant les districts de Caen, Lisieux et Falaise et le 
Berry, mais il ne cite pas, et pour cause, les ouvrages dignes de foi où il a puisé 
ce renseignement statistique. Est-il le résultat de ses recherches personnelles? 
Dans ce cas, il m'inspire, je dois le dire, la plus grande défiance. Je lui demande 
de fournir ses sources, ses preuves et je me réserve de les discuter. Jusque-là, 
je maintiens que la proportion de 80 0/0 des non-propriétaires me parait une 
proportion fantastique et ridicule. 

Je suis heureux d'avoir amené M. L. à préciser sa pensée au sujet de ce cahier 
de la région pyrénéenne qui réclamait, unique en son genre, une « nouvelle 
répartition du sol ». M. L. explique maintenant qu'il s'agissait de la nationalisa- 
tion de la propriété privée des seigneurs. Que ne le disait-il plus tôt! 

Je n'ai nulle part prétendu que M. L. « pour caractériser la politique agraire de 
la Convention n'invoque que le fameux décret sur la loi agraire ». J'ai écrit : 
« Comment saii-il que le décret condamnant à la peine de mort les partisans de la 
loi agraire fut strictement appliquai^. 49) ? Qu'il me cite une seule condamnation 
prononcée en vertu de ce décret .' » Ma question, précise, reste toujours sans réponse. 

J'ai accusé M. L. de prêter à la Convention des intentions anti paysannes qu'elle 
n'a jamais eues. Les décrets qu'il cite s'expliquent uniquement par des nécessités 
financières. M. L. l'aurait compris s'il n'avait pas négligé toute l'histoire générale. 

M. L. ne comprend pas ce que je veux dire quand je prétends que ses hypo- 
thèses sont sorties beaucoup plus de concepts à priori inspirés par la politique 
russe que de l'étude impartiale et complète des faits et des documents. Vraiment ! 
M. L. n'a-t-il pas été député à la Douma ? N'appartient-il pas à un parti qui a 
une certaine conception de la solution à apporter au problème agraire russe ? 
M. L. me croit bien étranger aux choses de son pays. Est-ce que ma remarque n'a 
pas déjà été formulée antérieurement par M. Marion '? 

I. (( Peut-être M. L. a-t-il été trop dominé par des préoccupations russes, u 
(M. .Marion dans le Bulletin de la société d'histoire moderne, février 191 3, p. 186). 
Cf. encore .M. Seignobos : « .M. L. est russe; peut-être est-il trop tenté de prendre 
pour original ce qui nous semble à nous tout naturel » {ibid., mai- juin, p. 217). 



278 REVUE CRITIQUE 

Eiiliii, ma répnnse au Bulletin de la société d'iiistoii-e ))i()dcriie a eu le don de 
piquer M. L. qui insinue lui, l'hoinine courtois, que je n'ai pas lu le livre de 
M. Porée que je lui oppose et qui me porte le déji « de montrer en quoi il serait 
possible avec les documents relatifs aux ventes d'établir cette répartition [de la 
propriété entre toutes les classes sociales]. » M. L. me prête une sottise que je 
lui laisse pour compte. Je n'ai jamais. dit que les documents de la série Q sutH- 
saient, à eux seuls, à l'étude de la propriété. J'ai écrit que je lui « déniais le droit 
et la possibilité de dresser le tableau de cette répartition en négligeant ces docu- 
ments essentiels. » Je le maintiens plus que jamais et j'attends toujours que M. L. 
m'explique pourquoi il a cru pou\oir s'en passer. 

Quant au parti que M. Porée a tiré des dossiers des ventes pour dresser ses 
admirables tableaux, je renvoie mes lecteurs à son livre et je les prie de comparer 
les statistiques de M. Porée à celles de M. !.. dans son Limousin. 

Ils verront ainsi qui, de M. L. ou de moi, se permet des « assertions tout à fait 
inexactes », qui lit les ouvrages et s'efforce de les comprendre, qui est animé de 
l'esprit scientifique, qui résume avec loyauté la pensée de son contradicteur. 

Albert Mathiez. 



— The Cambridge Manuals of Science and Literature sont une collection de 
petits ouvrages à un shilling, aussi élégants que pratiques, publiéspar l'Université 
de Cambridge sous la direction de deux de ses professeurs, MM. Giles et Sewaid. 
Tous les domaines de la Science y sont représentés, depuis l'archéologie jusqu'à 
la mécanique. Nous avons à signaler ici lieux de ees jolis petits volumes, les 
n<" 71 et 77 de la série. Le premier est une étude de M. Gibson, de l'Université 
de Dundee, sur Naturalsources of enei-gj- {igi3, viii-i3i p.), qui examine succes- 
sivement les diverses sources naturelles d'énergie susceptibles de remplacer la 
houille, telles que la chaleur solaire, celle de l'intérieur de la terre, l'eau, le vent, 
etc. (avec 17 figures et cartes). Le deuxième, intitulé Tlie beautiful, an Introduc- 
tion to psychological aesthetics (viii-i58 p.) est un Essai de théorie du Beau par 
M. Vernon Lee, auteur de Beauty and Ugliness, de Laurus Nobilis, etc., qui fonde 
son exposé sur les plus récents progrès de la psychologie. 11 ne prétend ni former 
le goût du public ni diriger l'activité artistique, mais seulement analyser le sens 
esthétique tel qu'il existe et expliquer l'impression que le Beau produit sur nous; 
en d'autres termes, il ne veut pas réformer l'art et révéler un idéal à réaliser, 
mais faire comprendre le rapport entre le Beau et notre sensibilité. — Th. Sch. 

— La critique de la théorie de la connaissance de M. H. Cornélius a amené 
M. E. d'Aster (Munich) à développer ses propres vues sur ce sujet. Ainsi est né 
son livre :Prinzipien der Erkenntnislehre (Leipzig, Quelle et Meycr, 1913, viii-4o8p. 
7 M. 80), qu'il dit avoir écrit surtout pour arriver lui-même à une position nette 
vis-à-vis des problèmes traités. Son sous-titre : Versuch ^u einer Seubegriindung 
des Nominalismtts, annonce dès rab(jrd le point de vue positiviste ou phénoména- 
liste ou relativiste ou psychologiste (il discute la valeur de ces termes dans 
l'avant-propos) auquel il se place. Il se réserve de donner à ce travail systématique 
une suite historique où sera envisagée surtout la filiation des théories actuelles 
sur la connaissance, il se proclame d'ailleurs discifle Je Théodore Lipps. Après 
avoir établi la base phénoménologique de toute sa construction, il étudie la nature 
du jugement, les lois fon'iamentalcs delà logique et la notion de vérité, la possi- 
bilité CI les principes d'une connaissance à priori, la connaissance empirique et 
les principes de son y>vocidc [Forigang] particulièrement dans les sciences nalu" 
relies, enfin (et c'est là le chapitre qui a la portée la plus générale) la place de 



d'histoire et de LITTERATURE 27g 

la psychologie et des sciences de l'esprit dans le système de la connaissance. — 
Th. ScH. 

— M. Albert Goerland a voulu donner un nouveau chapitre d'esthétique en 
écrivant Die Idée des Scliicksals in der Geschichte der Tragôdie (Mohr, 191 3, 14g 
p. 3 M.), c'est-à-dire en montrant l'évolution que subit la notion de la destinée 
sous la plume des plus grands poètes, évolution si radicale « qu'il faut une forte 
tension de la pensée pour reconnaître que ces profondes modifications ne sont 
pourtant que les diverses faces d'une seule et même idée » (p. 9). L'auteur avait 
déjà amorcé son travail dans le volume paru chez Cassirer à Berlin, pour le jubilé 
d'Hermann Cohen (1912) ; puis il le développa dans une série de conférences 
prononcées l'hiver suivante Hambourg. Ce sont ces conférences qu'il a réunies 
en volume. Les poètes par l'étude desquels il illustre sa thèse sont Eschyle, 
Sophocle, Shakespeare, Schiller, Hebbel et Ibsen ; c'est auprès de ce dernier qu'il 
s'attarde le plus longtemps et c'est de lui qu'il analyse le plus grand notTibre de 
drames. — Tu. Sch. 

— Le Bulletin n" 25 (4"= année, i 5 mars 19 i3) des Archives de l'Institut de Socio- 
logie Solvay, publiées par M. Emile Waxweiler (Mischel Thron, Bruxelles et Leip- 
zig, p. 279 à 627, 4 fr. le n", 20 fr. l'abonnement annuel), comprend d'abord 9 ar- 
ticles (n°" 378 a 386) écrits à propos d'autant de livres parus récemment dans les 
divers domaines de la sociologie; puis (p. 345) la Chronique du mouvement scien- 
tifique par M. Daniel Warnotte, qui analyse et apprécie tous les travaux récents, 
parcourt aussi (p. 55 i) les Revues d'ensemble et bibliographies, communique les 
résultats des voyages et explorations et les travaux des sociétés et institutions, 
signale les périodiques nouveaux, réunions et congrès, tient au courant de l'en- 
seignement sociologique, etc. ; enfin (p. 568) la Chronique de l'Institut de socio- 
logie Solvay, c'est-à-dire les procès-verbaux des réunions des divers groupes 
d'études et des réunions collectives, et (n° 609) le fonctionnement du service de la 
documentation pendant l'année 1912 (rapports et annexes). — On voit que cette 
importante publication réalise consciencieusement son programme qui est « d'in- 
troduire un point de vue déterminé daus les études sociologiques et de cons- 
tituer une science générale des phénomènes sociaux par l'application de ce 
point de vue dans les sciences sociales particulières ». — Th. Sch. 

— C'est un livre généreux et courageux qu'a écrit M'°« Lerov-Ali.ais : Llion- 
néte femme contre la débauche [\i\o\ià, igiS, vii-287 p., 3 fr. 5o,in-i6), paru dans 
la collection des Etudes de morale et de sociologie avec préface de M. Henri Joly, 
de l'institut, qui loue l'auteur, avec raison, d'avoir su « choisir ce qui n'est ni 
trop repoussant pour les âmes pures, ni trop attirant pour les natures déjà com- 
promises » et invite les honnêtes femmes à lire ce livre, pour y mesurer toute 
l'étendue de leurs devoirs et se donner le courage de le remplir avec efficacité ». 
Parlant du sophisme, si courant aujourd'hui, qui proclame trop bruyamment que 
la femme ne peut plus se contenter de rester au logis pour y pratiquer les vertus 
domestiques, l'auteur remarque avec un bon sens on ne peut plus juste : « Si la 
femme était restée davantage au foyer pour y pratiquer les vertus domestiques, 
les temps seraient moins difficiles, et l'un des meilleurs moyens de parer à la dif- 
ficulté des temps est précisément de remettre en honneur les vertus familiales 
trop dédaignées de nos jours ! » Tout esta louer dans ce manuel de morale fami- 
liale, base de toutes les autres, depuis le chapitre capital sur l'honnête femme 
victime de la débauche, chapitre qui devrait, semble-t-il, secouer toutes les apa- 



280 REVUE CRITIQDE D HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

thies, vaincre tous les égoïsmes myopes et fixer toutes les légèretés, jusqu'à celui 
sur la protection de la jeune fille, qui s'informe timidement si c'est « trop deman- 
der aux maîtresses de maison de témoigner un peu de sollicitude aux jeunes 
bonnes qu'elles emploient ». Ce livre montre enfin, d'une manière saisissante, 
« combien peut devenir dangereuse cette pitié quasi maladive qu'affecte notre 
génération pour tout ce qui est malsain et mauvais. » — Th. Sch. 



Académie des Inscriptions et Belles-I.ettres. — Séance du 20 mars tgi4. — 
M. .Iules Loth communique une note sur le dieu Lug, la Terre mère et les 
Lugovcs. Le dieu irlandais Lug est identique au dieu gaulois Liigu-s qui a donne 
son nom à quatre Liigii-diniiim, Lugdiinum, sur le continent celtique; Liigu-dnmtm 
signifie clairement «citadelle de Lugu-s ». Le dieu Lug, dans l'ancienne Irlande, 
a des attributs variés; c'est un dieu solaire par certains côtés, ce que semble 
indiquer son nom même, mais c'est surtout le dieu des arts et du commerce. Son 
culte est essentiellement lié à celui de la Terre rnère. La Terre, sous le nom 
irlandais de Tailriu, qui paraît sorti d'une racine signifiant justement « la terre », 
est représentée comme sa mère nourricière. C'est en son honneur qu'il institue une 
grande fête dont le nom s'est perpétué jusqu'aujourd'hui dans le nom irlandais du 
premier août. Si le culte du dieu Lugu-s paraît avoir disparu en Gaule dès la 
conquête, c'est qu'à cause de son caractère de dieu des arts et du commerce, il a 
été confondu par les Romains avec Mercure. Son culte se continua sous ce nom 
et prit une grande extension . Les Lugoves, nominatif pluriel régulier de Lugu-s, 
sont des déesses mères, de la famille du dieu Lugu-s. 11 en est de même de Maia 
et Rosmarta, divinités féminines qui paraissent à côté de Mercure sur des monu- 
ments figurés. — M. Jullian présente quelques observations. 

M. Charles Samaran étudie un tableau du Musée de Versailles où on a voulu 
voir une représentation de Jeanne d'Arc, près de la Vierge allaitant l'Entant et 
accostée de saint Michel. 11 montre que l'inscription mutilée de ce tableau, où on 
a cru lire, entre autres choses, les mots Jelianrie d'Arc, est en réalité rédigée en 
provençal et contient une simple invocatii>n à la miséricorde de la Vierge, il 
explique enfin les raisons pour lesquelles on a pu voir .leanne d'Arc dans le saint 
militaire — probablement saint Georges — placé à la gauche de la Vierge. — 
M. le comte l^aul Durrieu présente quelques observations. 

Léon Dorez. 



L'imprimeur-gérant : Ulyssk Rouchon. 



Le Puy-eii-Velsy. — Imprimerie Peyriller, Rouchon et Gamon 



REVUE CRITIQUE 



D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 



N° 15 — 11 avril — 1914 

BARDKNHE\vER,'„Histoire de l'ancienne littérature chrétienne, III. — Callaway, 
L'infinitif en anglo-saxon. — Brovvn, Les chaudrons celtiques d'abondance.— 
Saulnier, Journal de François, bourgeois de Paris. — La vie parisienne au 
xviii* siècle. — M"" Rocher, Le district de Saint-Germain-en-Laye pendant la 
Révolution. — Kerviler, La Bretagne pendant la Révolution. — Perraudeau, 
Histoire de Saint-Ouen. — Heidenstam, La fin d'une dynastie. — Fiel et Ser- 
rière, Gustave 111 et le catholicisme. — G. Laurent, Souvenirs de Prieur de la 
Marne. — Dierauer, Histoire de la confédération Suisse. — Soldats suisses au 
service étranger, IV et V. — Lefeuvre de Behaine. Campagne de 1814, Napo- 
léon et les alliés sur le Rhin. — Claevs-Bouuaert, Le diocèse et le Séminaire 
de Gand. — Wahl, L'Europe de 1789 à 181 3. — F. Masson, L'Académie fran- 
çaise; Napoléon et sa famille, X. — G. de Vallière, Le régime des gardes- 
suisses. — Rain, Un tsar idéologue. — Dorlan, Schlestadt, 11. — Rébillot, 
Souvenirs de révolution et de guerre. — Cuny, Quarante-trois ans de vie mili- 
laire. — Maciet, Souvenirs de l'invasion. — Cathal, L'occupation de Lunéville. 
— Bertin, Liao-Yang. — R. de Rivasso, L'unité d'une pensée. — Académie 
des Inscriptions. 



Geschichte der altchristlichen Literatur von O. Bardenhewer. III. Band, 
Das vierte Jalivhundevt mit Ausschhiss der Schrifstelley syrischer Zimge. Fri- 
bourg en Br., Herder, 1912, x-666 p., in-8°. Prix : 12 Mk. 

M. Bardenhewer est l'auteur d'un manuel estimé de patrologie. Il 
a repris le sujet sous une forme plus apprcilondie et plus développée. 
Ce troisième volume est divisé en deux parties : l'Orient, sauf les 
auteurs syriaques, l'Occident. Chaque partie traite de trois groupes, 
formant autant de chapitres : les Alexandrins et les Egyptiens (Ale- 
xandre, Athanase, Didyme, etc.), les Asiates (principalement les 
Cappadociensi, les Antiochiens et les Syriens (Eustathe, Eusèbe de 
Césarée, Cyrille de Jérusalem, Epiphane, Chrysostome, etc.); les 
Espagnols et les Gaulois (Hilaire de Poitiers, Priscillien, Prudence, 
etc.). Italiens et Africains (Marius Victorinus, Lucifer, Ambroise, 
Rufin, Paulin de Noie), lUyriens (Wultila,' Nicéta, saint Jérôme) . 
Cette répartition n'est pas exempte d'arbitraire. Par ses études, son 
origine et son milieu, Paulin de Noie est un gallo-romain. L'infor- 
mation de M. Bardenhewer est fort riche et exacte. Cependant il n'a 
pas vu tous les ouvrages qu'il cite, ce qui est difficile. M. de Labriolle 
apprendra avec curiosité qu'il a donné une recension du texte des 
trois dernières lettres d'Ausone et des deux réponses de Paulin de 

Nouvelle série LXXVII. ib 



282 REVUE CRITIQUE 

Noie (p. 440 '. Peut-être aussi telle conclusion d'un ouvrage récent 
est-elle acceptée un peu trop vite, comme Tidentification du Primu- 
liacum de Sulpice Sévère avec une petite localité des environs de 
Béziers. Dans l'ensemble l'ouvrage est excellent; il est une mise au 
point judicieuse des résultats acquis par la science. 

M. D. 



The infinitive in Anglo-Saxon, by Morgan Callaway .Ir., Professer of English 
in the University of Texas. Washington, D. C, Carnegie Institution of Washing- 
ton, igi3. Gr. in-8°, xiii-340 pp. 

Ce livre volumineux comprend deux parties. La plus importante, 
et la plus originale aussi, traite de l'infinitif en anglo-saxon. L'auteur, 
qui a étendu ses recherches sur tout le domaine anglo-saxon, ou 
presque, s'est appliqué à déterminer quel est le rôle et l'emploi de 
l'infinitif en cette langue. Il a distingué l'infinitif actif et ses différents 
rôles selon qu'il est substantif, prédicat, adjectif, adverbe. Il note les 
différences qui distinguent l'infinitif infléchi (c'est-à-dire à terminai- 
son ajoutée à la forme verbale) de l'infinitif non infléchi. Il a cherché 
à se rendre compte des cas où tel usage de l'infinitif est original en 
anglais ou au contraire est emprunté au latin. Enfin, il a déterminé 
les règles d'emploi de l'infinitif passif. Cette première partie de son 
travail, la plus importante, dénote un sens très fin des faits gramma- 
ticaux et repose sur une documentation très étendue. Dans la seconde, 
M. Callaway a soumis à son investigation l'usage de l'infinitif dans 
les autres dialectes germaniques. Cette étude, faite davantage sur tra- 
vaux d'autrui que sur des recherches personnelles, parait, aux yeux 
de M. Callaway, corroborer les résultats obtenus par l'étude des textes 
anglo-saxons. Un copieux appendice, qui donne une statistique des 
formes infinitives en anglo-saxon, complète heureusement un travail 
des plus méritoires et des plus utiles. 

F. Piquet. 

A. CL. Brow.n, Notes on Celtic cauldrons of plenty and the land beneath 
the "waves (reprinted from Anniversary papers by colleagues and pupils of 
George Lyman Kittredge). Boston, Ginn and Co., 1913, gr. in-S», 16 p. 

L'objet de cette étude n'est pas tant de rassembler tout ce que nous 
savons sur les chaudrons d'abondance de la littérature irlandaise et 
de la littérature galloise, que de chercher le rapport que l'on peut 
établir entre ces chaudrons et la Terre située sous la mer. Le chaudron 
de Dagda vient de Murias, or Murias semble apparenté à l'irlandais 
muir (( mer » et Dagda est apparenté à des génies des eaux. Le chau- 
dron de Gerg est caché sous un lac. Curoi, possesseur d'un chaudron 
célèbre, est souvent associé à la mer. La coupe de vérité de Cormac 
lui est venue de Manannân mac Lir, dont le nom est depuis longtemps 
expliqué par l'irlandais 1er <' océan ». Gwyddno Garanhir, au panier 



d'histoire et de littérature 283 

merveilleux, est quelquefois mis en rapport avec les flots. Le chau- 
dron de Bran a été apporté d'un lac par des géants. Caridwen qui 
avait un chaudron de science habitait au milieu d'un lac. Le chau- 
dron de Pryderi est sous la mer en Annwn. 

Quelque frêle que soit le lien qui unit quelques-uns de ces rappro- 
chements, l'ensemble n'en est pas moins quelque peu impressionnant. 
Mais si les qualités magiques des divers chaudrons celtiques sont hors 
de doute, les allusions à la mer ou au lac ne comportent point tou- 
jours un élément merveilleux ; il s'agit souvent de demeures au bord 
de la mer ou d'habitations lacustres qui n'ont rien à voir avec la Terre 
située sous la mer. Quant aux comparaisons que l'on peut établir 
entre la légende du Graal et les chaudrons celtiques, l'auteur indique 
avec prudence les points qui permettraient d'expliquer le personnage 
du Roi-Pêcheur et les traits qui rapprocheraient le château du Graal 
du Royaume des eaux. C'est tout ce que l'on peut faire dans l'état 
actuel de la science. 

G. DoTriN. 

Eugène Saulnier, Journal de François, bourgeois de Paris, 23 décem- 
bre 1588-30 avril 1589. Paris, Leroux, lyiS, in-S», 104 pages. (Bibliothèque 
d'histoire de Paris). 

L'édition des Mémoires de Pierre de VEstpile qui fut publiée en 
1746 par les soins de l'abbé Lenglet du Fresnoy, contient en appen- 
dice un certain nombre de pièces, libelles, pamphlets ou autres, de la 
fin du XVI* siècle, parmi lesquelles se trouve un Journal des choses 
advenues à Paris depuis le 23 décembre i588 jusqu'au dernier jour 
d'avril i5Sg. Mais dès qu'eut paru une édition plus complète ou plus 
maniable du texte de L'Estoile, le Journal des choses advenues à Paris 
fut oublié. Il fut oublié parce que, en le donnant en appendice, 
Lenglet du Fresnoy avait semblé ne lui accorder que la valeur d'une 
pièce justificative ; de plus, il l'avait publié sans aucun commentaire ; 
du moins les quelques notes explicatives dont il l'avait fait suivre 
étaient pour la plupart erronées. Cependant ce texte méritait mieux. 

C'est en effet et presque littéralement le récit au jour le jour, à 
dater de l'assassinat du duc de Guise, de la vie de Paris, durant les 
quatre premiers mois de cette dramatique période de cinq années 
pendant laquelle la ville vécut en révolte contre le roi. Ce récit est 
celui d'un ligueur convaincu, mais consciencieux jusqu'au scrupule, 
récit d'autant plus précieux qu'outre les faits courants de la vie pari- 
sienne pendant les quatre premiers mois de Tannée i 589, cérémonies 
publiques, processions, mouvement de troupes, arrivées ou départs 
de princes, nouvelles de la province, il contient les déclarations et 
actes officiels, arrêts du parlement ligueur dont les registres ont été 
brûlés, ordonnances du bureau de la Ville dont la publication offre de 
si nombreuses lacunes ; il relate enfin de nombreux faits intéressant 



284 REVUE CRITIQUE 

radniinistration urbaine, pourparlers engagés par l'échevinage, ser- 
ments prêtés, etc., dont les Registres de délibérations ne font point 
mention. 

L'annotation de M. Saulnier est aussi savante qu'abondante. 
Registres officiels de l'échevinage parisien, arrêts des cours souve- 
raines, relations des ambassadeurs étrangers, chroniques contempo- 
raines, pamphlets et libelles, il a tout lu afin de contrôler les asser- 
tions de l'auteur du Journal. Enfin il a pris soin de clore sa publica- 
tion par une table des noms de personnes, des corps constitués et des 
lieux qui rendra de grands services aux lecteurs trop pressés pour se 
faire une table à eux-mêmes. 

M. Saulnier attribue ce Journal à un sieur François, nom dont l'au- 
teur a signé la première partie de cette chronique. Mais ce n'est 
peut-être là qu'un prénom. D'autre part, il le qualifie de « bourgeois 
de Paris » ; ici encore ce n'est qu'une supposition. 

E. W. 



H. Bergmann, L. Cahen, H. -G. Ibels, L. de la Laurencie. J. Lktaconnoux, 
D. MoRNET, J.-J. Olivier, M. Rouff, La vie parisienne au xyiii^ siècle. Paris, 
Alcan, 1914, in-S", 292 pages. Prix : 6 francs. 

Lorsque les frères de Concourt entreprirent de rendre au xviii^ siècle 
historique, artistique et littéraire la place qui lui est due dans l'esprit 
des curieux, des gens de lettres et des gens de goût, ils employèrent 
vingt-cinq ans à écrire, dans ce dessein, une douzaine de volumes 
qui eurent le succès que l'on connaît. Voici maintenant, repris sur un 
plan très peu différent, quelques chapitres seulement de l'œuvre des 
Concourt, et ils se sont mis à huit pour refaire ce livre, un livre qui 
ne compte cependant pas trois cents pages. C'est en vain que ces 
huit auteurs ont intitulé leur ouvrage La vie parisienne . . . L'un d'eux 
avoue lui-même que. au xviii'= siècle, la vie de Paris c'est déjà celle de 
toute la France. Donc, à part le chapitre 11 consacré à la circulation 
dans les rues, tout le reste, — le costume et le meuble, la vie mon- 
daine, les salons, les théâtres, la musique, la vie artistique, les mou- 
vements populaires, — c'est beaucoup plus le xviii= siècle en général 
que Paris en particulier. 

Encore est-ce bien tout le xviii"' siècle? Ce n'en est qu'une partie. 
A peine parle-t-on dans ce livre de Paris sous la Régence et pendant 
les cinquante premières années du siècle. Nos auteurs ne com- 
mencent guère à s'intéresser à Paris qu'à dater de M"'' de Pompadour. 
Enfin, à tant faire que de se mettre à huit pour écrire un livre sur le 
Paris de la fin de l'ancien régime, on eût souhaité que ce livre renou- 
velât un sujet si rebattu, en nous apportant le résultat de recherches 
originales, en nous offrant tout au moins des vues, des considérations 
nouvelles et personnelles. Point. Ce sont huit conférences assez mal 
coordonnées, car plusieurs d'entre elles, comme on a pu le voir par 



d'histoife et de littérature 



285 



leur titre, empiètent les unes sur les autres, conférences hâtivement 
compilées d'après Sébastien Mercier, Restif de la Bretonne, Dulaure, 
d'Argenson, Barbier ' et d'autres ouvrages classiques de seconde main, 
qui, vidés de leur contenu depuis longtemps par dix générations 
d'écrivains, n'ont plus rien à nous apprendre. Ce sont là des nourri- 
tures de digestion facile et agréable, je l'accorde, mais de profit à peu 

près nul. 

E. W. 



M"' G. Rocher, Le district de Saint-Germain-en-Laye pendant la Révolu- 
tion. Paris, 1914, in-8% 238 pages. Prix : G fr. 

Professeur au collège de jeunes filles de Saint-Germain-en-Laye, 
M^'* Rocher se proposait de présenter comme sujet de thèse de doc- 
torat l'histoire de la ville et du district de Saint-Germain de 1790 à 
1795, lorsque la mort la surprit avant d'avoir terminé la tâche qu'elle 
s'était ou qu'on lui avait assignée. Le livre que sa famille publie 
aujourd'hui comme un hommage à sa mémoire, ne se compose que 
de chapitres plus ou moins achevés, mais suffisants, ce semble, pour 
donner une klée du sujet choisi et de la manière dont il aurait été 
traité. 

Ce sujet était assez inattendu pour une jeune fille, eût-elle été pro- 
fesseur d'histoire; et, l'eût-elle été à Saint-Germain, il y a, dans 
l'histoire de cette ville (qui reste d'ailleurs à écrire) des pages plus inté- 
ressantes que celle-là. Car rien de plus effacé que le rôle de Saint- 
Germain-en-Laye et de son district pendant la Révolution. Qu'il 
s'agisse de l'organisation des nouvelles administrations locales, de 
l'application de la Constitution civile du clergé, de la fuite du roi, de 
la levée des volontaires, de la chute de la royauté, des élections aux 
assemblées nationales, de la création et du fonctionnement des 
comités de surveillance, du mouvement anti-religieux, de la crise des 
subsistances, les « Germinois » firent preuve d'une indifférence aussi 
constante qu'extraordinaire. Aux portes de Paris, on les en eût crus à 
deux cents lieues. La Révolution passa sur eux comme la grêle sur le 
persil. Pas un fait, pas un homme. N'est-ce pas le district de Saint- 
Germain qui envoya à la Convention Denis Roy, cultivateur à Argen- 
teuil, qui n'ouvrit la bouche que pour voter (et non sans restriction; 
la mort de Louis XVI? 

Ce livre sans intérêt a été écrit sans chaleur, d'une plume conscien- 
cieuse, mais terne et morne. Comment est-il possible qu'une jeune 
fille intelligente et instruite, comme on nous représente M"'' Rocher, 
se soit laissé imposer un pareil pensum? 

Je n'ignore pas que c'est l'histoire d'une institution — le district 
révolutionnaire — encore mal connue dans le détail de son fonction- 

I. 11 ne semble même pas qu'on ait beaucoup utilisé Bachaumont, encore 
moins Hardy, sources capitales cependant pour un ouvrage comme celui-ci. 



o 



286 REVUE CRITIQUE 

nement. Mais sans diminuer en rien le mérite de M"« Rocher de s'être 
dévouée à cette tâche, je répète que la tâche était d'autant plus ingrate 
que, si Ton en juge par ce qui nous est dit, le district de Saint-Ger- 
main est un de ceux qui fournissaient le moins de matière à un livre. 

Eugène Welvert 



René Kkkviler. La Bretagne pendant la Révolution. Rennes, Scjcictc des 
Bibliophiles bretons, 1912, in-4", iGi pages. 

Les éditeurs de cet ouvrage nous apprennent que, dans les dernières 
années de sa vie, Kerviler avait conçu le dessein d'Une grande His- 
toire de la Péninsule armoricaine, pour laquelle il s'était assuré le 
concours de divers collaborateurs. Le premier à l'œuvre, il avait déjà 
rédigé lui-même plusieurs des chapitres de cette histoire qu'il s'était 
réservés et notamment ceux de la période révolutionnaire, lorsque la 
mort interrompit son travail. La société des Bibliophiles de Bre- 
tagne s'est fait honneur en recueillant et en publiant ces dernières 
pages d'un des érudits bretons les plus actifs de la seconde moitié du 
siècle dernier. René Kerviler a beaucoup écrit ; mais il a toujours 
fait à l'histoire de sa petite patrie une place prépondérante dans ses tra- 
vaux. Spécialement préparé à en composer l'histoire pendant la Révo- 
lution, par ses Recherches et notices sur les députés de la Bretagne 
aux États généraux de i~Sg^ par ses Cent ans de Représentation 
bretonne, par son Répertoire de bio-bibliographie bretonne, il 
s'est acquitté de la tâche qu'il s'était imposée avec compétence et 
avec bonne foi. .J'insisterai sur ce dernier mérite, car une his- 
toire de la Révolution était particulièrement dilHcile à écrire pour 
un Breton. Kerviler aimait son pays, mais pas jusqu'à ses verrues. 
Il n'a pas craint de blâmer l'abstention de la noblesse et du haut 
clergé de Bretagne aux Etats généraux, ni l'amour-propre si mal 
placé du parlement de Rennes qui préféra suspendre le cours de la 
justice plutôt que d'enregistrer les décrets de l'Assemblée nationale, 
sous prétexte que dans un cas comme dans l'autre, les privilèges de 
la province n'avaient pas été respectés. Il a, par contre, loué les 
députés du tiers breton, ainsi que les administrateurs locaux, de leurs 
efforts pour diriger, au début, le mouvement révolutionnaire, et pour 
l'endiguer ensuite. Mais lorsque, à partir de juillet 1793, la Bretagne, 
comme la France entière, passe sous le joug des Jacobins, Kerviler 
plaide en faveur des paysans insurgés. Pour lui, la chouannerie n'a 
eu d'autre cause que la persécution religieuse. Si elle se donna des 
chefs royalistes, ce ne fut que pour la forme et parce qu'il ne s'en 
trouva pas d'autre à sa disposition. Mais chaque fois que la liberté du 
culte fut proclamée, soit par les représentants en mission, soit parles 
généraux, soit par les assemblées nationales, le paysan abandonna ses 
chefs et déposa ses armes pour les reprendre aussitôt que cette liberté 



d'histoire et de littérature 287 

était de nouveau suspendue. Les causes de l'insurrection bretonne ne 
sont peut-être pas aussi simples que le pensait Kerviler, et Ton sait 
avec quelle ardeur d'autres thèses ont été soutenues par d'autres his- 
toriens, notamment par Chassin et Célestin Port. Quoi qu'il en soit, 
Kerviler connaissait trop intimement les annales de sa province pour 
qu'on n'accorde pas une grande attention aux arguments dont il a 
étayé son opinion, et, d'autre part, il a montré, en défendant ses 
convictions, un tel respect de celles d'autrui qu'il s'est acquis bien des 
titres à notre sympathie, j'irai jusqu'à dire, à notre admiration. 

Thèse à part, l'ouvrage de Kerviler est bondé de renseignements de 
détail sur les diverses phases de la lutte entre bleus et chouans. 
Enfant du pays, l'auteur était plus que personne familier avec le 
théâtre de la guerre, ses péripéties, ses incidents, ses héros, ses com- 
parses, ses légendes. En sorte que son livre se lirait encore avec 
l'agrément d'un roman, lorsqu'il ne se lirait pas avec le profit d'une 
histoire. 

Eugène Welvert. 

Docteur Henri Perraudeau, Saint-Ouen depuis la Révolution . jusqu'à l'année 
terrible. Paris, Champion, s. d., in-S", 3'-io pages. Prix : 7 fr. 5o. 

Si la maison que Necker habita et rendit célèbre à Saint-Ouen 
n'avait été achetée en 1 802 par Louis Ternaux, le grand manufacturier 
de Sedan; si Louis XVIII, en rentrant en France en 18 14, ne s'était 
arrêté dans cette localité pour y signer une déclaration fameuse; si 
le même roi n'avait acquis en 1820 l'ancien château des ducs de 
Gesvres, pour, après l'avoir démoli, donner à M"^' du Cayla, sa favo- 
rite, le pavillon qu'il fit construire sur son emplacement, l'histoire de 
Saint-Ouen au cours des soixante-dix premières années du xix= siècle 
serait sans intérêt pour le public. 

Ce livre n'est cependant pas sans mérite. L'auteur a consciencieu- 
sement dépouillé les registres de délibérations de la commune et les 
archives départementales de la Seine. Il a lu tous les auteurs qui ont 
écrit peu ou prou sur Saint-Ouen. Il possède donc très bien son 
sujet. Mais c'est précisément le sujet qui fait le plus défaut. Et si bon 
cuisinier que l'on soit, pour faire une matelotte, encore faut-il du 
poisson. 

E. W. 



O. G. DR HEiDRNSTA.M,L.afin d'une dynastie. Paris, Pion, in-8°, ivet 3 14 p., 7 fr. 5o. 
C'est la fin de la dynastie des Vasas que M. de Heidenstam nous 
raconte dans ce livre — le règne de Gustave III, ce roi ambitieux et 
vain, tantôt énergique et tantôt paresseux, dénué de persévérance, 
ce roi thétitral que Catherine de Russie trouvait inconstant et fan- 
tasque, qu'elle méprisait, qu'elle nommait <io;î Gustave elle roi de 
pique, mais qui la faisait trembler — le règne de Gustave IV qui 



288 REVUE CRITIQUE 

faisait de Charles XII son idéal et que Napoléon qualifiait justement 
d'insensé — le règne de Charles XIII, faible, mystique, usé, qui finit 
par adopter Bernadotte, L'auteur narre chemin faisant nombre d'épi- 
sodes que nous connaissons peu, les scandales de Stockholm, la ligue 
des neutres, les intrigues et mésaventures de Markov, les péripéties de 
la guerre de Finlande, la rivalité de Reuterholm et d'Armfelt, les 
voyages de Gustave IV à Pétersbourg, son mariage avec Frédérique 
de Bade, ses extravagances, sa haine folle de la Révolution et de 
Napoléon, sa déchéance, l'élection de Christian-Auguste d'Augus- 
tenbourg et sa mort soudaine, le meurtre de Fersen, la venue de ce 
maréchal de France qui doit la couronne au lieutenant Môrner, à 
l'agent Fournier et à l'émigré Suremain. M. de Heidenstam s'est 
servi, pour composer son livre, des ouvrages suédois, d'un journal où 
la reine Charlotte, femme de Charles XIII, a noté au jour le jour ce 
qui se faisait autour d'elle, et de la correspondance que la reine 
entretenait avec son mari, avec Gustave III et avec la sœur de Fersen, 
la comtesse Piper. C'est pourquoi il nous offre non seulement un 
portrait de cette Charlotte qui « exerçait dans ce milieu une influence 
calmante », mais un curieux tableau de la cour de Suède et de la vie 
intime des derniers Vasas. 

Arthur Chuquet. 

Apostolat d'un prêtre lorrain, Gustave III et la rentrée du catholicisme en 
Suède par P. F"iel et A. Serrière. Paris, Pion, igiS. In-8», vi et Sog p. 3 ïr. 5o. 

MM. Fiel et Serrière exposent — un peu longuement — dans 
quelles circonstances un prêtre lorrain, principal du collège de Bou- 
quenom, l'abbé Nicolas Oster, fut envoyé en 1783 par le pape Pie VI 
à Stockholm. Ils retracent ses impressions, les négociations qu'il 
poursuivit, les difficultés qu'il rencontra (comme les mariages mixtes). 
Les lettres d'Oster à la Propagande se lisent avec intérêt; il raconte 
les diners diplomatiques, les réceptions, les événements de la cour, 
et il dessine, comme il dit, le portrait de certains personnages, notam- 
ment d'Armfelt qui « tient étroitement le roi ». Mais son apostolat 
ne pouvait aboutir. Il trouva de « faux frères » dans les légations 
catholiques, l'ambassadeur de France ne le soutint pas, et lorsqu'Os- 
ter eut le malheur de faire une conversion, il reçut l'ordre de ne plus 
accepter d'abjurations à l'avenir. Et il avait rêvé une contre-réforme ! 
Bientôt la Propagande bhâma son zèle et récrimina sur ses dépenses. 
Aussi, en 1790, Oster qui, depuis deux ans, était venu en France 
pour chercher des secours et « trouvait toujours quelque nouveau 
prétexte de prolonger son congé », Oster que son vicaire, le P. d'Os- 
sery, attaquait sourdement, fut informé par la sacrée Congrégation 
qu'il ne retournerait pas en Suède. Il mourut curé de Sarralbe en 181 6. 

Arthur Chuquet. 



d'histoire et de littérature 289 

Notes et sou^venirs inédits de Prieur de la Marne, publiés avec une intro- 
duction et des notes, par Gustave Laurent. Paris, Berger-Levrault. In-8°, xii et 
168 p. 7 francs. 

Dans ce volume qui témoigne d'un soin attentif et minutieux, 
M. G. Laurent publie les papiers du conventionnel Prieur de la 
Marne : notes biographiques, poésies, discours et ouvrages .franc- 
maçonniques. De ces derniers, il ne donne avec raison que l'oraison 
funèbre de Rouyer; il reproduit les poésies parce qu'elles contiennent 
des allusions aux rapports de Prieur avec ses compagnons d'exil ; 
mais les notes biographiques offrent le plus d'intérêt. Ces notes, 
M. Laurent en a fait, comme il dit, un tout homogène, il les a clas- 
sées, il en a coordonné les diverses parties tout en signalant les 
diverses formes et versions des manuscrits. Enfin, il a mis en tète de 
sa publication une biographie de Prieur qui se lit avec intérêt et qu'il 
espère bientôt compléter. Il exagère un peu les choses lorsqu'il 
affirme que Prieur sauva la Champagne en organisant la résistance 
et en barrant la route aux envahisseurs. Mais on le remerciera d'avoir 
fait paraître ces notes qui retracent trop sommairement, à notre gré, 
le rôle de Prieur, et qui toutefois contiennent plus d'un détail inté- 
ressant et curieux. 

Arthur Chuquet. 



Johannès Dierauer, Histoire de la confédération suisse, ouvrage traduit de 
l'allemand par Aug. Reymond. Lausanne, Payot. Paris, Fischbacher, 4 volumes, 
in-8° .i^"' volume, xvi et 642 p. (191 1). 2' volume, 619 p. (1912 . 3' volumes 
671 p. (1910) ', 4« volume, 667 p. (igiS). 

En France, comme dans la Suisse romande, on remerciera M. Au- 
guste Reymond d'avoir traduit les quatre volumes de VHistoire de la 
confédération suisse de M. Dierauer. Cette traduction est née sous 
l'œil du maître ; M. Dierauer l'a revue et révisée, il y a fait de nom- 
breuses additions bibliographiques et autres, et il assure que le texte 
a été rendu d'une manière à la fois élégante et fidèle. On sait d'ail- 
leurs la valeur de l'ouvrage, sa solidité, l'abondance de sa documenta- 
tion. L'auteur expose dans le premier tome l'histoire de la confédé- 
ration helvétique jusqu'à 1415, dans le deuxième l'histoire du xv'^ siè- 
cle, dans le troisième celle du xvi^ et du xvii*' jusqu'à l'année 1648 où 
les treize cantons se séparent définitivement du saint Empire romain, 
dans le quatrième celle du xvii" et du xviiie siècle depuis les insurrec- 
tions rurales de i653 contre les oligarchies urbaines jusqu'à l'inter- 
vention des armées de la République française en 1798. Il écrit sim- 
plement, sobrementa d'une façon quelquefois un peu nue et sommaire. 
Mais il est maître de son vaste sujet; il en marque nettement les 

I . Le 3' volume a devancé les autres, parce que le !«•" et le 2« volumes devaient 
être, au préalable, mis au point : depuis leur publication, avaient paru de nom- 
breux travaux dont les résultais ne pouvaient ctre négligés. 



290 REVUE CRITIQUE 

grandes lignes; il montre d'un bout à l'autre une scrupuleuse impar- 
tialité. S'il traite Reubell ' de jacobin grossier et sans conscience, 
s'il est pareillement trop sévère à l'égard de Laharpe qu'il accuse 
d'avoir « dans un furieux désir de vengeance, fait fi de toute considé- 
ration morale ou patriotique », s'il désapprouve le rôle de la France 
révolutionnaire et s'il déclare, non sans raison, que les gouvernants 
de Paris ne furent pas guidés par des motifs honnêtes et par des 
principes moraux, il reconnaît que l'esprit particulariste des Suisses a 
été la cause de leur ruine, qu'ils eurent tort de soutenir coûte que 
coûte les institutions existantes, que les classes dirigeantes d'esprit 
égoïste et étroit ne se proposaient d'autre but que de conserver leur 
autorité. Il envisage d'ailleurs l'histoire de son pays sous toutes les 
faces; il consacre quelques pages à la vie intellectuelle de la Suisse 
et, dans le quatrième volume, il apprécie Haller et Rousseau. Son 
œuvre ne peut qu'être recommandée à quiconque veut savoir exacte- 
ment l'important et l'essentiel sur un événement ou sur une période 
de l'histoire suisse, et Pierre Vaucher disait justement qu'il n'avait 
jamais rencontré d'ouvrages sur le même sujet qui lui aient « fait 
éprouver une jouissance aussi vive ». 

Arthur Chuquet. 

Soldats suisses au service étranger. Tomes quatrième et cinquième. Genève, 
Juliien, 1912 et igi3. In-S", 346 p., 3i2 p. Prix de chaque volume, 3 fr. bo. 

Le quatrième volume de la collection des Soldats suisses au service 
étranger renferme les récits de Gattlen et de Braeker et les lettres de 
Massé. Dans son récit, Chrétien Gattlen, du Valais, nous raconte 
comment il s'engagea dans un régiment suisse au service du Piémont 
et se battit d'abord contre les Français, puis pour eux, lorsque le roi 
de Sardaigne devint leur allié; il prend part à l'expédition des îles 
Ioniennes; il assiste à la bataille de Novi ; il fait la campagne de 
Marengo ; rentré alors au pays natal, à Rarogne, il y demeure jus- 
qu'en 181 5; puis, chargé de commander un détachement du contin- 
gent valaisan, il se rend devant Huningue assiégé. Ulrich Braeker, 
« le pauvre homme de Toggenbourg », raconte avec fraîcheur, avec 
naïveté ses aventures en Prusse, sa désertion et son retour à Wattwil. 
Le garde d'honneur Massé, dans ses lettres et son journal, nous mène 
en Illyrie et en Saxe; secrétaire du général Bertrand, il nous décrit 
Trieste, Laibach et l'entourage du gouverneur; il rejoint le 
général au mois de mai 181 3 pour voir de près les batailles de 
Bautzen, de Grossbeeren, de Dennewitz, de Wartenbourg et de Leip- 
zi g '• 

1. Qui partout est écrit Reiibel . 

2. Lire p. 6 Demont et non Mont, p. SColii et non Roly, p. 36 Voltaegio et ron 
Voltagio, p. 5o Tanaro et non Tanero, p. 5 1 Castelceriolo et non Castel Celorio, 
p. 235 Okrilla et non Okrila,p. 244 Peyri et non Péry, p. 245 Huioi ei non Hidow, 



d'histoire et de littérature 291 

Nous trouvons dans le cinquième volume de la colleciion les 
Mémoires du sergent Jean-Pierre Maillard et ceux du voltigeur Jean- 
Marc Bussy. Le sergent Maillard nous renseigne sur le 2" régiment 
suisse ou régiment de Castella dans lequel il entra en 1807. Il fit 
durant deux années la guerre en Espagne, partit ensuite pour la Rus- 
sie et, à Polotzk, tomba dans les mains des Russes. En i8r5, comme- 
beaucoup de ses camarades, il refusa de suivre Napoléon. Sous la 
seconde Restauration, il devint sous-lieutenant; mais il dut changer 
de régiment, parce qu'il s'était attiré Tinimitié d'un officier vaudois, 
le colonel Dériaz ; c'était un des maîtres d'armes et bretteurs de 
l'époque. Quant à Jean-Marc Bussy, lui aussi nous initie à la vie 
intime d'un régiment suisse; il a séjourné au camp de Boulogne; il 
a tellement peiné et pàti en Espagne qu'il souhaitait de mourir; il a 
été assiégé et pris dans Puebla de Sanabria; il a vu les combats de 
Polotzk et de la Bérésina ; il a eu, pendant la retraite, le visage « barbu 
et blanc de givre, la bouche et les joues raides » ; lorsqu'il atteignit 
Wesel, il n'avait pas eu, depuis Polotzk, une brosse dans les mains. 

Arthur Chuquet. 

Commandant Lefebvre de Behaine, La campagne de 1814. Napoléon et les 
alliés sur le Rhin. Paris, Perrin, 191 3. In-S". xvii et 568 p. 7 fr. 5o. 

C'est le premier volume d'un grand travail sur la campagne de 
1814. L'auteur y retrace les derniers jours de 181 3 en sept chapitres : 
rôle de l'Autriche, défection de la Bavière, opération des Austro- 
Bavarois, panique sur les derrières de la Grande Armée, retraite de 
la Grande Armée et bataille de Hanau, arrivée des alliés sur le Rhin, 
violation de la neutralité suisse. On remarque, au courant.de la lec- 
ture, les pages consacrées à l'attaque de Wùrzbourg, au rôle de Kel- 
lermann et à la défense de la ligne du Rhin, au lamentable retour 
des Français et à la journée du 3o octobre, aux négociations des 
alliés à Francfort et à leurs intrigues en Suisse. Tout cela est claire- 
ment et consciencieusement exposé d'après les sources imprimées et 
les documents des archives, et simplement écrit. On pourrait repro- 
cher à l'historien, puisque sa réelle et vraie matière était la campagne 
de 1814, de s'étendre trop longuement sur les préliminaires de cette 
campagne et de consacrer, en guise d'introduction, tout un gros 
volume à l'année 18 i3. On voudrait aussi que le récit fût par endroits 
un peu allégé et il était possible, croyons-nous, de réduire ou de 
supprimer des citations et d'abréger quelquefois la narration des faits 
diplomatiques et des mouvements de troupes. Mais on ne peut que 
féliciter l'auteur de cet intéressant et si solide volume où il a traité un 
sujet ample et divers sous tous les aspects, et nous louerons de tout 

Delort et non Delor, Welka et non Welke, p. 246 Jessnitz et non Yeswit^, p. 25o 
Niedergurig et non Niedergoiirk, p. 255 Kirgcncr et non Kircliener, p. ?i5 Mock- 
rehia et non Mocrena, etc. 



292 REVUE CRITIQUE 

cœur le long, vigoureux et heureux effort de M. Lefebvre de Behaine. 
Puissions-nous, ainsi que son oncle et préfacier Frédéric Masson, 
vivre assez longtemps pour le voir mener à bonne fin cette grande 
œuvre dont le premier tome est aussi agréablement présenté qu'abon- 
damment documenté '! 

Arthur Chuquet. 



Le diocèse et le séminaire de Gand pendant les dernières années de la domi- 
nation française, 1811-1814, P^f" 1^ chanoine F. Claeys-Bouuaert, professeur 
au grand séminaire de Gand. Paris, Champion^ 1913. In-8°, 325 p., 7 fr. 5o. 

Comme dit Tévéque de Gand dans une lettre-préface, l'ouvrage de 
M. Claeys-Bouuaert est richement documenté. L'auteur a, en effet, 
consulté, outre les archives de l'évéché de Gand, les archives natio- 
nales et celles du ministère de la guerre de France. Aussi, grâce à 
ses recherches étendues, est-il plus complet que d'Haussonville et 
Lanzac de Laborie. Il expose d'abord les conflits de Pie VII et de 
Napoléon et le rôle, les emprisonnements, la démission et soumission 
de l'évéque Maurice de Broglie. Puis il raconte les mesures de 
rigueur prises par le gouvernement français. La plus connue est l'en- 
rôlement des séminaristes qui furent envoyés à Wesel. C'est à ce 
curieux épisode que M. C.-B. consacre la plus grande partie du 
récit. Il nous éclaire par de nombreux extraits de lettres sur l'état 
d'àmedeces séminaristes : certains furent bons soldats, une cinquan- 
taine désertèrent durant le siège de la forteresse, d'autres moururent 
de la dysenterie et 1' « Église de Gand perdit la fleur de ses lévites ». 
M. Claeys-Bouuaert donne d'ailleurs les détails les plus complets sur 
les séminaristes et sur leurs supérieurs et professeurs '. 

Arthur Chuquet. 

Geschichte des Europaeischen Staatensystems im Zeitalter der Franzœsis- 
chen Révolution und der Freiheitskriege 1789-1815, von Adalbert Wahl. 
Mûnchen und Berlin, \'erlag von Oldenbourg, 1912. In-8", ix und 266 p. 9 mark. 

M. Wahl s'est bien acquitté de sa tâche difficile. Il devait être, 
comme il dit, à la fois bref et exact; il a réussi à l'être \ On recon- 

I . P. 34 et ailleurs trop d'importance accordée au Tugendbund. — P. 38. le 
langage de Schwarzenberg à Mercy n'était pas si singulier. — P. 58, Wittgenstein 
n'était pas tellement incapable. — P. 83, il fallait rejeter cet appendice à la fin du 
volume. — P. 184, noter que, dès le 3 octobre 1806, Napoléon dit que Wûrzbourg 
est une très belle forteresse, et p. 2o5, qu'il blâma Turreau. — P. 209, Napoléon 
ne faisait pas grand cas de Desbureaux. — Lire p. 28, V'chme ; p. 284, Boisard ; 
p. 3i8, Semelle; p. 319, Exelmans et Combier; p. 323, Gangloffsômmern ; p. 33o, 
Rottembourg pour Welime, Boisard, Semelé, Excelmans, Combier, Gangloff- 
Sùmmeni, Rottenboiirg... mais je rougis d'imprimer ces vétilles. 

2. P. 234et 235, lire Bourke et non Boiirk. 

3. Pourtant il ne fallait pas dire. p. 39, que Brunswick vint d'abord heurter 
près de Sedan la petite armée de Lafayctte demeurée sans chef; il y a là une 
légère erreur. — id., il fallait mettre plutôt au 14 qu'au 12 ^septembre) la prise 



d'histoire et de littérature 293 

naîtra qu'il a dit l'essentiel et qu'il a su, tout en exposant de temps à 
autre son opinion personnelle, résumer les résultats acquis par ses 
devanciers. Le sujet est clairement divisé ; le livre comprend, outre 
une introduction, quatre chapitres nettement ordonnés et bien pro- 
portionnés ; le récit se déroule aisément, semé de réflexions utiles, 
accompagné de bibliographies instructives et d'un copieux index. 
D'un bout à l'autre le volume témoigne et de vastes lectures et d'une 
rare sagacité. Une des conclusions de l'auteur est que la France a fait 
durant vingt-quatre ans d'immenses sacrifices qui n'ont mené à aucun 
gain durable et qu'elle a été à jamais vaincue par l'Angleterre, que 
l'Angleterre a depuis 181 5 la domination des mers, qu'elle exerce la 
même influence continentale qu'avant 1789 et que du grand conflit 
décrit dans le livre elle est sortie victorieuse, et la plus victorieuse de 

toutes les puissances. 

Arthur Chuquet. 

Frédéric Masson, de l'Académie française, L'Académie française 1629-1793. 

Paris, Ollendorff, igrr. In-S», iv et SSg p., 7 fr. 5o. 
Napoléon et sa famille, X. 1814-1815, Paris, Ollendorff, 191 3. In-S», vu et 

35o p., 7 fr. 5o 

C'est pour la première fois qu'on rassemble et met en ordre des 
détails ordinairement ignorés et d'ailleurs épars sur les règlements, 
les usages et les traditions de l'Académie française. D'après les 
registres et autres documents, M. Frédéric Masson nous retrace les 
origines de la compagnie, nous montre ce qu'étaient et sont les 
officiers ('directeur, chancelier et secrétaire), comment fut réglé le 
recrutement, comment furent instituées les réceptions. D'intéressants 
chapitres sont consacrés aux destitutions (Furetière et l'abbé de 
Saint-Pierre); aux avantages d'un Quarante droit de commitimus, 
jeton et a divers autres agréments ») ; aux travaux de l'Académie (Dic- 
tionnaire et prix); aux visites des princes étrangers; aux académies 
de province, filles de l'Académie ; aux cérémonies funèbres où l'Aca- 
démie figurait, à la Révolution. Le dernier chapitre sur la Révolution 
— cette Révolution qui, comme dit M. Masson, supprime à la fois 
les Académies et quelques académiciens, Bailly, Condorcet, 
Malesherbes et Nicolai — est peut-être le plus curieux du livre. 
L'auteur accepte sans défiance (p. 3io) une lettre de Grille qui ne 
nous semble pas authentique et il est trop sévère pour M""" Roland 
(ne dit-il pas qu'elle «tronc en 1792 entre ses amis et amants»?); 

du défilé. — P. 43, le rôle de Forster et de Lux n'a pas commencé avant l'arrivée 
de Custine. — P. 44, c'est le 16, et non le 10 novembre, qu'est décidée la liberté 
du cours de l'Escaut. — P. 54, Wattignics n'a pas été si « indécis » ; id,, lire Save- 
nay et non Stenay. — P. 219, Taroutiiio cité ici devait être mentionné à la pa£;e 
précédente, au 18 octobre. —P. 228, .Môckern n'est pas une bataille [Schlacht , 
mais, comme dit l'auteur plus loin, une affaire {Affàre , un combat {Gefecht). — 
P. 235, lire Reynier au lieu de Régnier. 



291 REVUE CRITIQUE 

mais avec laison il ne ménage pas Chamfort, l'envieux, le perpétuel 
raté qui rata sa mort après avoir raté sa vie. 

Le volume X de Napoléon et sa famille est consacré aux années 
1814-1815. Comme les volumes précédents, il est plein de détails, 
plein d'intérêt et de vie. Nous voyons le dispersement de la famille 
des Bonapartes et des Beauharnais. Chacun est ingrat, chacun lire 
de son côté, chacun cherche à garder quelques débris de sa puissance, 
et M. Masson les suit, les uns en France — à noter tout le chapitre 
sur les Beauharnais (mort de Joséphine, Hortenseet le tsar Alexandre, 
procès de la reine avec le roi Louis) — les autres en Italie où les 
Napoléonides « se trouvent ramenés par ce grand coup de vent du 
destin ». Quant à Napoléon, il est à l'île d'Elbe, et dans cette partie 
de l'ouvrage l'auteur a su être aussi neuf qu'attachant. M. Masson 
fait voir comment Napoléon voulait se tenir à l'abri d'un coup 
de main; il retrace ses dépenses; il montre que le voyage de 
M™« Walewska a été avant tout un vovage d'affaires; il insiste sur le 
séjour de Madame et de Pauline (et il prouve la fausseté de l'accusa- 
tion d'inceste), sur les visites des Anglais, sur des personnages comme 
Brusiart et Mariotti, sur les tentatives d'enlèvement et d'assassinat 
qui furent faites ou projetées contre l'Empereur. Selon M. Masson, 
le traité de 1814 est dès lors aboli, les Bourbons violent envers 
Napoléon les règles du droit des gens, et Napoléon n'a plus qu'à 
recourir aux armes. Arthur Chlquet. 

Capitaine de Vallikre. Le régiment des gardes-suisses de France. Les 
Suisses en Italie (Campagne de Marignan). Paris, Berger-Levrault, 1902. 
In-S%XVI et 224 p., G lianes. 

M. de Vallière a fait dans cet ouvrage l'historique du régiment des 
gardes-suisses. Il raconte d'abord avec grand détail et de façon inté- 
ressante cette bataille de Marignan où François \^\ grâce à son artil- 
lerie et à l'arrivée des Vénitiens, dompta les « dompteurs de rois » — 
est à vrai dire, ce récit de Marignan est un hors-d'œuvre. Après Ma- 
rignan, a lieu l'alliance des Cantons suisses avec la France et on a 
calculé que, 'dès lors, dans le cours de trois siècles, ils nous donnèrent 
plus d'un million de soldats. Le régiment des gardes suisses, dont M. 
de Vallière s'occupe particulièrement, fut créé en 16 16 par Louis XIII. 
Nous le suivons sous l'ancienne monarchie, sous la Révolution, sous 
la Restauration, nous admirons sa vaillance et sa discipline dans la 
journée du 10 août 1792 comme dans celle du 28 juillet i83o, et nul 
ne blâmera l'auteur de l'enthousiasme que lui inspire ce régiment qui 
« était la Suisse en raccourci » et en qui « resplendissaient les vertus 
militaires des ancêtres », en qui « l'esprit de corps maintenait l'unité 
morale ». Des illustrations, et notamment les portraits des chefs qui 
commandèrent les gardes suisses, rehaussent la valeur du volume. 

Arthur Chuqi;et. 



I. 



D HISTOIRE ET DE LITTERATURE 29D 

Pierre Rain, Un tsar idéologue, Alexandre I, 1777-1825. Paris, Pcrrin, 1913. 
In-80, XII et 460 p. b fr. 

M. Raia a voulu pcnéirer celui qu'on a appelé l'impénétrable 
sphinx. Mais, bien qu'il ait soin de mettre toujours Alexandre au 
premier plan, il n'a pas réussi à tracer un portrait vivant, ressemblant, 
du tsar, et il en a conscience ; il avoue que son étude n'est pas, à cer- 
tains moments, assez nettement psychologique. C'est que, malgré ses 
efforts, il n'a pu éviter l'écucil des travaux de ce genre : il a écrit 
l'histoire du règne au lieu d'analyser les pensées et les gestes du per- 
sonnage ; son volume, trop développé, trop massif, contient trop de 
faits et de citations. Il n'a pas montré d'ailleurs combien Alexandre était 
intiuençable et que l'empereur est, à travers sa vie, allé d'inBuence en 
inlluence; il oublie en i8i3 l'influence de Toll. Il n'ose même pas se 
prononcer sur le caractère de l'homme, et il finit par dire qu'Ale- 
xandre n'a pas réalisé ses rêves ; fût-ce « impuissance, doute de soi, 
incohérence ou légèreté » ? Toutefois M. Rain a consulté les archives 
de France ainsi que les publications de la Société impériale de Russie 
et les œuvres du grand duc Nicolas. On lit avec intérêt les chapitres 
consacrés à la jeunesse du tsar, à sa politique polonaise, à sa poli- 
tique intérieure et à l'Araktcheevna, et surtout à sa politique exté- 
rieure. Il y a de ci de là quelques fautes : p. 23o, le négocia- 
teur envoyé à Prague s'appelle Ansiett et non Armstedt (l'auteur a 
dû penser en même temps à Armfelt) ; p. 297, on nous dit que « le 
tsar se rasséréna en apercevant Caulaincourt »; il refusa de le voir '■. 

Arthur Chi;ql'et. 

Alexandre Dorlan. Histoire architecturale et anecdotique de Schlestadt. 

Paris, Tallandicr, 1912. In-S", 38o p. 

Ce tome second mérite les mêmes-éloges que le premier. Il' retrace 
les destins de Schlestadt du xvii' siècle jusqu'à nos jours. M. Dorlan 
décrit la ville telle qu'elle éiait au début du xvii" siècle, décrit son en- 
ceinte et l'armement de ses remparts et de sa milice à la veille de la 
guerre dcTrente Ans. Assiégée en 1 632 par les Suédois, la cité capitule 
entre les mains deHorn; elle est remise en 1634 aux Français; mais 
les premiers temps de l'occupation française sont pénibles, et l'on sait 
le mot de Condé en 1670, que l'autorité du roi va se perdant -absolu- 
ment en Alsace. Le roi, dans son voyage de 1673, fait démanteler la 
ville, puis, deux ans après, sur la proposition de Condé qui démontre 
« l'importance du poste », ordonne de la fortifier de nouveau. Schle- 
stadt prend un nouvel aspect; la ville universitaire du xvi' siècle 
devient dès lors le type classique de la ville de garnison, et une des 

I. Lire Weyroiher, KoUovvrath, \'iciinghoff, Lezay et non Wcirotlicr, Kollav- 
ratli, \Vieti)igliuv, Lesay (p. i52, i.t3, 263, 272, 281). Lire aussi « trinkt » et 
« liebt I) au lieu de tiinket //eés (p. 249;. 



296 REVUE CRITIQUE 

parties les plus curieuses de ce tome est celle qui concerne le Schle- 
stadt moderne, ses troupes, ses édifices religieux, ses hôpitaux et ses 
médecins, ses relations postales, ses plaisirs et ses fêtes. Les cha- 
pitres qui traitent spécialement de la Révolution, de l'Empire et du 
xix= siècle n'offrent pas moins d'intérêt : clubs et mouvements reli- 
gieux ; blocus de 1814 et de i8i5; édilité; administration et judica- 
ture ; enseignement ; bibliothèque et théâtre ; artistes ; commerce et 
industrie; chemins de fer; siège de 1870; démantèlement. La com- 
position de ce second volume nous paraît moins serrée que celle du 
premier; mais que de détails, qne d'anecdotes de toute sorte! L'ou- 
vrage que M. Dorlan consacre à sa ville natale est un des meilleurs 
ouvrages d'histoire locale que nous connaissons; il a été composé et 
avec amour et avec science; l'auteur a fouillé patiemment toutes les 
archives accessibles et grâce à ses longues recherches, il a fait sur 
Schlestadt et « les transformations de cette place forte alsacienne des 

origines à nos jours » un livre qui restera '. 

Arthur Chuquet. 

Souvenirs de révolution et de guerre, par le général baron Rébillot. Paris, 
Berger-Levrault. In-S", 229 p. 4 fr. 

M. Rébillot retrace quelques événements auxquels il assista. C'est 
ainsi qu'il nous raconte l'effet extraordinaire que Bugeaud produisit 
le 24 février 1848 lorsqu'il prit le commandement, lorsque parut sa 
tête blanchie dans les périls; mais Bedeau recula devant l'émeute et 
les nouveaux ministres ordonnèrent de cesser le feu. Par l'exposé des 
petits faits M. R. veut faire comprendre — et il y réussit — ce 
qu'était l'ancienne armée, sa vie dans les camps, sa discipline, la 
force morale qui la soutenait. 11 montre qu'en 1870, nos généraux 
ont été passifs et comme engourdis et que nos défaites résultent de 
fautes qu'il serait facile de corriger dans l'avenir : celui qui à Metz 
devait montrer le plus d'activité était celui qui en avait le moins, et 
devant des événements décisifs le chef de l'armée fut l'homme le plus 
incapable de les maîtriser. M. R. a été, lui aussi, un capitulard; mais 
il rappelle que ces capitulards ont sauvé Paris, Notre-Dame, le 
Louvre, la Bibliothèque nationale, « tout ce que les politiques, les 
savants, les artistes ont été incapables de défendre ». Il parle trop 
sévèrement de Trochu. Selon lui, Trochu a été l'un des principaux 
artisans de nos désastres ; il n'a opposé que des discours à la passion 
populaire; il n'a pas su trouver dans la population de Paris « les 
éléments d'une force utilisable contre les Allemands » ; son gouver- 

2. P. 340 consulter sur Schlestadt et le duc d'Enghicn la lettre de Carrié qui 
commandait alors le 22'-' dragons, et non lci'6« [Feuilles J'Iiistoire, 1910, I,p. 526- 
532). — P. 349 et ailleurs lire Combez et non Combes. — P. 41 G lire Maureillan et 
non Mauveillan. — Pourquoi dire le blocus de 1814 et le siège de i8i5 ? 11 n'y a 
guère de ditlérence entre les deux investissements ; en 181 5 comme en i8i4ce ne 
fut qu'une Blokade. 



D HISTOIRE ET DE LITTERATURE 297 

nement a été « celui de l'impéritie, de Tinsuffisance et de l'abandon »; 
ce soldat, dépourvu de l'audace et de la fermeté qu'exigeaient les cir- 
constances, appartenait à « l'espèce dangereuse des militaires rai- 
sonneurs » . 

Arthur Chuquet. 

Général CuNY. Quarante-trois ans de vie militaire. Paris, Pion, 191 1. In-8°, vu 
et 363 p., 3 fr. 3o. 

Ces Mémoires sont très intéressants, semés d'anecdotes, de por- 
traits, de descriptions. Dans la seconde partie M. Cuny nous trans- 
porte sur la terre africaine où il fut chef d'escadron, général de bri- 
gade et inspecteur général de la gendarmerie. La première partie, la 
plus importante, nous fait connaître l'ancienne armée impériale, les 
écoles de Saint-Cyr et de Saumur, les camps de Satory et de Châlons. 
L'auteur appartenait à l'armée de Metz; il était à Borny et à Rezon- 
ville ; il s'est évadé après la capitulation et il a fait la campagne du 
Nord. Il rappelle avec douleur l'oisiveté, la somnolence des régiments 
avant la guerre ; pas de service en campagne, pas de grandes ma- 
nœuvres d'automne, pas d'exercices de mobilisation — ce qui n'empê- 
chait pas le régiment de former une masse solide et disciplinée, et 
ce qui n'aurait pas empêché l'armée de Metz de faire des merveilles, 
sous la conduite de généraux capables. Mais les grands chefs man- 
quaient d'énergie et de hardiesse, et il y eut dans toutes nos entre- 
prises du tâtonnement et de la timidité ; Bazaine, « comme frappé 
d'inertie, attendait les événements ». Ce que M. Cuny nous dit de la 
campagne du Nord n'est pas moins instructif : il juge Bourbaki très 
affaissé et dominé par son chef d'état-major; il blâme la délégation 
d'avoir donné le commandement des mobilisés à un Robin aux mœurs 
honteuses ; il reproche à Faidherbe de n'avoir fait aucun cas de la 
cavalerie qui n'éclaira jamais la marche de l'armée. Mais les temps 
sont changés ; grâce au général L'Hotte, dont l'auteur fait un magni- 
fique éloge, la cavalerie, si lourde naguère à manier, est devenue 
« souple, légère, coulante, apte à toutes les situations et à tous les 
terrains ' ». 

Arthur Chuquet. 



Charles Macikt. Souvenirs de l'invasion. Paris, Pion, 1913. In-S", xi et 233 p., 

3 fr. 5o. 
J. Cathal. L'occupation de Lunéville par les Allemands. Paris, Bcrger-Le- 

vrauh. Iii-8°, XII et 221 p., 3 fr. 5o. 

M. François Rousseau a rassemblé quelques-unes des pages écrites 
par Charles Maciet et son tils durant l'année terrible. Charles Maciet, 
bourgeois aisé et instruit, raconte ses angoisses et les vexations aux- 



I. Lire p. 145, 148, i5i Gœben et non Grœben. P. 160 Rossel avait-il une « ambi- 
tion effrénée » ? N'est-ce pas plutôt un exalté t 



298 REVUE CRITIQUE 

quelles il fut en butte à Château-Thierry; il avait voulu, en restant 
au milieu da ses compatriotes, réagir contre la panique et il remplit 
stoïquement son devoir, venant tous les jours à la mairie pour 
débattre avec les vainqueurs les réquisitions dont ils frappaient la 
ville. Son Hls, engagé dans la mobile de la Seine, était dans Paris 
assiégé et on trouvera dans le volume une lettre intéressante de ce 
jeune soldat qui raconte le bombardement du plateau d'Avron : « les 
pertes ont été minimes, mais le froid et la fatigue nous ont abimés ». 
Un Lunévillois, M. Gathal, retrace pareillement les impressions de 
ses concitoyens au cours de l'invasion allemande. Que de décep- 
tions et de souffrances ! Quelle succession de mauvaises nouvelles! 
(^ue de douloureux spectacles : arrivée des fuyards de Frœschwiller; 
passage des prisonniers de Sedan, de Metz, de l'armée de la Loire, 
etc. P. 1 1 les colonels cités s'appelaient Billet, non Billot, et Lafutsun 
(de Lacarre'i, non Lafossan. 

A. Ch. 

Capitaine breveté Berti.n, Liao-Yang. Six mois de manœuvre et de bataille. Paris, 
Chapelet, 191 3. In-S", vi et 788 p., avec atlas de trente cartes en couleurs. 
i5 francs. 

L'auteur a suivi en Mandchourie les opérations de la 2^ armée japo- 
naise et grâce à un séjour de quatre années au Japon, il a complété ses 
notes de guerre. Aujourd'hui il publie son travail, et, malgré la publi- 
cation des historiques des états majors russe et japonais, il croit, dit- 
il, qu'à côté du grand tableau d'atelier exécuté avec soin, à loisir, sous 
une lumière favorable, parfois même un peu artificielle, il y a place 
encore pour ses esquisses enlevées à la lumière crue du plein air. Son 
travail donne, en effet, dans nombre d'endroits la sensation de la réa- 
lité ; l'auteur a su grouper les impressions et les souvenirs des per- 
sonnages qui furent mêlés aux événements; il met V homme en scène. 
Mais en même temps il donne l'idée de ce que fut la campagne et il 
entre dans le détail des faits pour mieux exposer les manœuvres et les 
combats qui furent de conséquence. Ses réflexions sont souvent inté- 
ressantes ; elles ne sont pas neuves; d'autres les ont également tirées 
de ce qu'ils ont vu et entendu ; pourtant il n'est pas inutile de répéter 
après et d'après M. Bertin que le vainqueur est celui qui prend et con- 
serve l'offensive, et qu'à notre époque d'armement perfectionné une 
armée qui atl'rontc un ennemi même numériquement et matériellement 
plus fort, le vaincra en mettant tout son cœur à la tâche. 

A. Ch. 

R. DE RivAssu, L'unité d'une pensée, essai sur l'œuvre de M. Paul Bourget. 
Paris, Pion, 1914. in-i6, XVI et 290 p. 3 fr. 5o. 

Ayant émis un jugement sur l'œuvre de M. Bourget, M. de Rivasso 
s'est vu critiquer par quelques lecteurs. Cela l'a poussé à étudier 



d'histoire et de littérature 299 

mûrement la question, à touiller avec méthode et soin toutes les pro- 
ductions du maître, et il apporte aujourd'hui le fruit de son travail 
consciencieux. 

Il a pris pour point de départ les Essais de psychologie contempo- 
raine publiés de 1881 à i885. Aux tares depuis longtemps repro- 
chées à la société moderne : le libertinage, l'esprit démocratique, 
M. Bourget en ajoutait une nouvelle : l'esprit d'analyse qui « engen- 
dre le scepticisme universel » : il jugeait que, pour se guérir, la société 
devait réagir contre ces tendances; il doutait seulement, en bon chi- 
rurgien, de la réussite de l'opération, et surtout de la bonne volonté 
du malade. 

On nous explique ensuite comment M. Bourget a été amené à choi- 
sir comme instrument le roman, en particulier le roman d'analyse, 
et comment il n'a jamais pu se désintéresser des questions de morale, 
même dans ses premières œuvres. On nous le fait suivre dans ses dif- 
férents volumes: on nous montre les causes du succès mérité et 
obtenu. 

Mais les qualités d'analvste de M. Bourget étant connues depuis 
longtemps, iM. de R. n'insiste pas sur ce point; avant tout il veut 
prouver que le maître n'a jamais perdu de vue la défense de l'ordre 
social. Ebloui par la science, M. Bourget avait conçu des doutes sur les 
principes religieux de son enfance; mais dans sa préoccupation cons- 
tante d'établir les lois de l'éthique, il se rapprochait sans cesse des 
lois édictées par le christianisme, si bien qu'il se trouva un jour 
acculé à la conclusion que la science et la religion n'ont rien d'in- 
compatible. 

M. de R. a consacré quelques pages rapides aux qualités de nou- 
velliste et d'auteur dramatique déplovées par le grand écrivain, et il 
signale la persistance de M. Bourget, dans les deux genres, à défendre 
la société, à justifier les lois de la morale, à leur rendre des forces. Il 
conclut que la pensée de M. Bourget a toujours évolué dans la 
même voie, que, chrétien de désir à ses débuts, M. Bourget est devenu 
par la logique des choses, sans secousse, sans conversion brutale, un 
chrétien sans épithète. 

M. Barrés, dans une lettre digne de son talent et de son caractère, 
encourageant M. de Rivasso, a montré M. Bourget « de volume en 
volume découvrant dans le catholicisme la somme des règlements qui 
garantissent la santé de chacun et la civilisation de tous. » La lettre 
de M. Barrés convient parfaitement comme préface au livre de 
iVI. de Rivasso. Si la conclusion du critique lui paraissait un peu 
absolue, l'ensemble du volume ne saurait lui déplaire. 

A. BiovÈs. 



300 REVUE C.RITIQUE d'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. — Séance du 2~ mars igi4. — 
M. Maxime Collignon communique un rapport de M. P. Courby sur la mission par 
lui accomplie à Delphes, de juin à octobre igi^, pour y poursuivre des recherches 
en vue de la publication des Fouilles de Delphes. M. Courby s'est attaché à mettre 
au point son tra\ail sur les deux temples d'Apollon du vi« et du iv« siècle, et sur- 
tout à étudier la région comprise entre la Voie sacrée à l'E., le mur de soutène- 
ment au N., l'enceinte ii l'O., et le mur polygonal au S. 11 est difficile de résumer 
les nombreuses observations de détail faites sur les deux temples et sur les frontons 
du temple du vi« siècle. Mais il y a lieu de signaler l'étude consacrée aux canalisa- 
tions du temple et à la fontaine qu'elles aliinentaient. M. Courby conclut que cette 
fontaine, le plus ancien spécimen actuellement connu de fontaine grecque, est con- 
temporaine du temple des Alcméonides. Pour ce qui touche la première terrasse, 
celle du mur polygonal, du mur de soutènement N. ou iskliéagon. l'auteur du rap- 
port élucide également des questions de chronologie qui restaient douteuses. 
Grâce à ces recherches, M. Courby est en mesure de donner prochainement, dans 
la publication des Fouilles de Delphes, l'étude des deux temples et des alentours. 

M. Emile Châtelain, président, annonce qu'à l'occasion du 80' anniversaire de 
M. Auguste Barth, ses confrères orientalistes lui ont offert les deux premiers volu- 
mes du recueil de ses écrits 

M. Henri Cordier lit une note de M. le D'' Victor Segalen, chargé d'une mission 
dans la Chine occidentale. 

M. Camille Jullian combat une opinion qui tend à se répandre au sujet des 
textes de Strabon et de César relatifs au Rhin. Ces deux auteurs disent que le 
peuple gaulois des Médiomatriques (aujourd'hui Metz et la Lorraine; s'étendait 
jusqu'au Rhin. On objecte que ces deux textes n'ont aucune valeur, le premier 
étant copié chez Timagène et le second étant interpolé. M. .luUian croit que, sur 
ce point, Strabon ne s'est pas servi de Timagène qui ne connaissait pas la Gaule, 
mais, au contraire, d'écrivains qui sont venus en Gaule, Posidonius et César même. 
Quanta César, pourquoi se serait-il trompé ? Les Médiomatriques, maîtres de 
Metz, devaient tout naturellement, par le col de Saverne, s'étendre jusqu'à Stras- 
bourg. Un peuple gaulois, maître d'un versant de montagnes, tenait à occuper 
l'autre versant. Les peuples gaulois guettaient toujours, pour s'y installer, le bord 
des grands fleuves. Et dans le nom même des Médiomatriques, dans le radical 
matra, on reconnaît le nom de la principale rivière de la basse Alsace, la Moder. 
11 faut donc s'en tenir à l'opinion courante et laisser les Médiomatriques, qui étaient 
Gaulois, venir jusqu'au Rhin. — M. Salomon Reinach présenie quelques observa- 
tions. 

M. Henri Cordier lit une note où MM. de Créqui-Montfort et P. Rivet exposent 
que, grâce à la découverte d'affinités linguistiques de deux langues indiennes du 
haut-'plateau bolivien, le puguina et l'uruj avec l'arawak ("langue indienne des selves 
amazoniennes), ils ont pu établir que ces deux langues ont été les aspects successifs 
d'un seul et même dialecte arawak et qu'en fait le puquina fut la langue des Urus. 
Ceux-ci, qui sont encore une peuplade très primitive de pêcheurs et de chasseurs, 
ont dû, à une période très reculée, émigrer des plaines de l'Amazone pour venir 
s'établir sur le haut-plateau bolivien, leloiig des grands lacs et des fleuves, d'où ils 
essaimèrent jusque sur le littoral du Pacifique. Ils ont formé le substratum ethni- 
que de ces vastes régions. Celles ci furent envahies par les Aymaras, peuple beau- 
coup plus civilisé, puis par les Quichuas qui submergèrent presque complètement 
les Urus, véritables aborigènes des hauts plateaux qui ne turent jamais assimilés. 

M. Ernest Babelon annonce que la commission du prix Duchalais ;numisma- 
tique médiévale a décerné ce prix au Corpus nummorum italicorum entrepris sur 
l'initiative de S. M. le roi d'Italie et rédige sous sa direction. 

M. Babelon annonce ensuite que le prix Edmond Drouin ^numismatique orien- 
tale) est décerné par la coinmission à M. R. B. Whiihead pour son ouvrage inti- 
tulé Catalogue of coins iu the Pendjab {Latiore Muséum). 

Léon Dorez. 



L'imprimeur-gérant : Ulysse Rouchon. 



Le l'uy-en-Veiay. — Itn|irimeric ['cyriller, Kouclioii cl Uumou, boulevard Caniol, 23. 



REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 



N' 16 — 18 avril. — 1914 



RoscHER, Le nombre sept. — Kahrstedt, Quelques points d'histoire grecque. — 
Lautensach, .'L'aoriste. — Burnier et Oltramere, Chrestomathie latine. — 
ScHERMANN, Un rituel du i'^'^ siècle. — Eusèbe, IX-X, p. Grapin. — Soveri, Le 
De Spectacuiis de TertuUieii. — Fessler, Lactance et Cicéron. — Beeso.n, Isi- 
dore. — Moncealx, Saint Cyprien. — Pederse.n, Grammaire comparée des lan- 
gues celtiques, II. — La.ndau, La cour d'Arthur. — Bonnerot, Saint- Saëns. — 
BouRGiN, Le socialisme français. — Schwemer, L'unité allemande. — Steinhau- 
sen, La culture allemande contemporaine. — Isaac, Histoire contemporaine. — 
Maurette, Etats et nations du globe. — Laband, Droit public allemand, 111. — 
Her.mann, Ethique. — Académie des Inscriptions. 



W. H. RoscuER : Ueber Alter, Ursprung und Bedeutung der hippokratischen 
Schrift von der Siebenzahl. Ein Beitrag zur Geschichte der altesten grie. 
chischen Philosophie und Prosa-literatur (Abhandl. d. philol.-histor. Klasse 
der kôn. Sâchs. Gesellsch. d. Wissensch. xxvni, 5). Leipzig, Teubner, igii ; 
I 54 p. grand in-4». 

Le même : Die neuentdeckte Schrift eines altmilesischen Naturphilosophen 
und ihre Bcurteilung durch H. Diels in der D. Lit. Ztg. 191 i Nr. l^o (Tir. à 
pan du M cvDion V, 3/4). Berlin, Stuttgart, Leipzig, Kohlhammer, i9i2;vi-44 
p. in-4'\ 

Le môme : Die hippokratische Schrift von der Siebenzahl in ihrer vierfachen 
L'eberliefcrung zum crstcnmal hcrausgegeben und erlâutert (Stud. z. Gesch. 
und Kullurdes Alteriums VI, .'1/4). Paderborn, Schôningh, igi3;xii-i75 p. 

En 1906, dans son ouvrage intitulé Die Hebdomadenlehre der 
griechischen Pliilosophen und Aer^te, M. Roscher avait été amené à 
parler de l'écrit hippocratique Ilepî 'Eêoofjiotocuv, Il remarquait alors 
brièvement que les onze premiers chapitres de ce traité représentent 
une doctrine non seulement indépendante des théories pythagori- 
ciennes, mais aussi en accord avec les théories ioniennes et bien anté- 
rieure à Pythagore ; et dans le compte-rendu que j'ai donné dans la 
Revue du 5 aotit 1907 je disais à ce sujet : « La démonstration me 
semble probante '>. M. R. est revenu sur cette importante question, à 
laquelle il consacre un volume, pour développer ses arguments et tor- 
tiher par de nouvelles preuves ses conclusions précédentes. Il s'ap- 
puie principalement sur une division de la terre habitée en 7 parties, 
comparées à 7 parties du corps humain (chap. i i ', où se rencontre 
cette assertion surprenante, que l'Ionie est le diaphragme du monde, 

Nouvelle série LXX\'Ii i6 



302 REVUE CRITIQUE 

c'est-à-dire le point central de la civilisation ; la Perse n'y est pas 
mentionnée, non plus que les colonies grecques de l'occident, tandis 
qu'au contraire le domaine colonial de Milet y tient une place pré- 
pondérante. C'est là une preuve, pense M. R. avec raison, que celle 
carte du monde doit être attribuée à un ancien philosophe milésien 
du Vf siècle. A celte démonstration géographique s'ajoutent des con- 
sidérations d'ordre historique et philosophique qui la confirment sin- 
gulièrement, et témoignent également de la haute antiquité du Utz\ 
'Eooo;jLâoiov. Ce n'est pas tout; l'élude détaillée des doctrines médicales 
et surtout des théories cosmologiques contenues dans la partie en 
question du traité, et leur comparaison avec les principes des anciens 
médecins et des philosophes présocratiques, conduisent M. R. aux 
mêmes conclusions. Le reste de l'opuscule hippocratique, qui est de 
nature purement pathologique, est selon toute vraisemblance d'un 
autre auteur, et cet auteur est un médecin de l'école de Cnide, ce qui 
avait déjà été reconnu par Ilberg. Les dernières pages du volume con- 
tiennent une esquisse de l'histoire du riôpl 'EooojjLaôiov. Platon semble 
l'avoir connu; Posidonios en rit usage ; et Galien, qui cependant ne 
le considérait pas comme une œuvre d'Hippocrate, le cite souvent, 
et en a donné un commentaire, qui du reste n'est peut-être pas 
authentique. Au vi® siècle de notre ère, il fut traduit en latin, traduc- 
tion barbare dont il reste deux tvpes dans un Ambrosianus (G loSj et 
un Parisinus (7027); et au moyen-àge un savant arabe le traduisit en 
sa langue ainsi que le commentaire de Galien ; cette version est par- 
tiellement conservée dans un manuscrit de Munich (arab. 802). 

Les importâmes conclusions de M. R. furent contestées par quel- 
ques savants, notamment par M. Diels ; convaincu de l'e.xaciitude 
des résultats de ses recherches, M. R. publia alors dans le périodique 
Memnon une étude qui se compose de deux parties. La première 
reproduit et développe les arguments déjà invoqués, et analyse de 
nouveau, par le menu, les onze premiers chapitres du riEp: êSooijlxoiov ; 
la seconde est une réponse aux objections de Diels. Il importe d'y 
signaler deux arguments qui éclairent d'un nouveau jour l'opinion de 
M. R. Il observe fort justement que la mention de Delphes, réclamée 
par son contradicteur, eût été au contraire assez étrange dans l'hypo- 
thèse qu'il soutient, car alors, avant Pyihagore, avant les guerres 
médiques, ce n'était pas Delphes, mais l'oracle des Branchides qui 
était le régulateur des cités ioniennes; et en second lieu, il explique 
de la manière la plus satisfaisante pourquoi, dans cette ancienne divi- 
sion du monde, la Lydie n'est pas nommée. Suivant Diels, les pre- 
miers chapitres du llîv. koooaaôojv seraient l'ouvrage d'un compilateur 
archaisant, qui ne peut pas être antérieur à 430, et les deux parties 
du traité ne seraient pas dues à deux auteurs différents ; mais après 
la lecture de 1' <> anticritique » de M. R., cetie opinion ne me paraît 
pas soutenable. 



d'histoire et de littérature 3o3 

Dans un dernier volume, M. R., pour faciliter à la critique l'appré- 
ciation et l'étude de cet opuscule désormais mis à sa juste place, a 
publié simultanément les diverses rédactions du texte, en colonnes 
voisines l'une de l'autre. Ces rédactions sont les suivantes : i°Le 
texte du Parisinus 2142, qui malheureusement ne va pas au-defà des 
premières lignes du chapitre V; 2" la traduction latine de l'Ambrosia- 
nus G 108, et 3° celle du Parisinus 7027, qui sont complètes, à part 
une lacune assez considérable dans la première; 4° la traduction en 
allemand, par Harder, de la version arabe mentionnée plus haut, qui 
se termine au milieu du chapitre XVII. Cette disposition permettra 
à ceux qui voudraient pousser plus avant les recherches de comparer 
les quatre textes, et de traiter plus facilement certaines questions qui 
méritent d'être étudiées, par exemple la reconstitution de l'original 
grec et l'émendation des textes latins. La publication de M. R. forme 
la première partie de son volume, qui est suivie de deux autres. Dans 
Tune sont réunis les fragments d'une ancienne théorie des hebdo- 
mades qui se trouve en plusieurs passages des écrits hippocratiques 
Htpl japxîov et llîpî ï-zoL\i.r,wryj \ l'autre reprend et complète l'histoire du 
IIcpî ÊêooiJiàoojv dans l'antiquité, au moyen-àge et à notre époque, y com- 
pris la critique de Diels et la réfutation de M. Roscher. 

My. 

U. Kahrstedt, Forschungen zur Geschichte des ausgehenden funften 
und des vierten Jahrhunderts. Berlin, Weidmann, 1910 ; vi-283 p. 

Les recherches de M. Kahrstedt portent sur quatre points de l'his- 
toire grecque : la politique de Démosthène, la navarchie Spartiate, les 
symmories et le coup d'état de 41 1 à Athènes. Pour arriver à une 
appréciation exacte du rôle de Démosthène dans l'histoire de son pays, 
M. K. a considéré l'ensemble de la politique athénienne, aussi bien à 
l'intérieur que dans le monde grec et dans le monde barbare; il fallait 
en effet se représenter non seulement les rapports de la diplomatie 
d'Athènes avec les puissances voisines, mais aussi les programmes des 
divers partis qui se disputaient la direction des affaires, de façon à 
dégager les plans de Démosthène, les idées maîtresses de son action 
politique, et les causes qui déterminèrent son attitude à l'égard delà 
Perse et de la Macédoine. M. K. a d'abord établi la chronologie; 
d'une part les événements de l'empire achéménide : soulèvements par- 
tiels en Asie-Mineure, expéditions contre l'Egypte; d'autre part les 
agissements de Philippe : guerres contre les peuples voisins, interven- 
tion en Phocide et en Béotie, opérations en Thrace et dans l'Helles- 
pont ; enfin les événements du Péloponnèse. C'est alors seulement, 
après cet essai de fixation chronologique, que M. K. expose la situa- 
tion d'Athènes au moment où Démosthène commença à prendre part 
aux affaires publiques. On notera ici une intéressante discussion sur 
la politique d'Euboulos, ainsi qu'une explication, qui me parait très 



:)04 RLVUE CRITIQUE 

logiquement déduite, des relations de Démosihène avec le parti de la 
paix. M. K. me semble dans le vrai en pensant que dans le principe 
Démosthène n'était pas un adversaire d'Euboulos, et que son opposi- 
tion commença à se manifester seulement à l'occasion des affaires de 
Mégalopolis. Du reste, ce que M. K. s'attache à analyser, ce sont les 
revirements de la politique générale, en Perse, en Macédoine et en 
Grèce, à partir de la fin de la guerre sociale, et les questions nou- 
velles que suscitèrent ces changements ; la ligne de conduite que 
Démosthène chercha à faire prévaloir est particulièrement mise en 
lumière ; et nous sommes ainsi conduits, selon l'enchaînement des 
faits et des circonstances, au milieu des fluctuations de la politique 
démosthénienne, dont M. K. cherche et découvre souvent les motifs 
politiques et moraux. En somme, Démosthène, au milieu de difficultés 
infinies, demeura fidèle à sa politique, qui était d'empêcher un affai- 
blissement de la Perse, estimant que la force de cet empire était le 
salut d'Athènes. Mais la guerre avec Philippe éclata, et malgré l'alliance 
avec Thèbes, ce qui achevait de former la coalition panhellénique 
contre l'ennemi commun, toutes les combinaisons de Démosthène 
sombrèrent à Chéronée. — C'est là l'article le plus important et le 
plus long du volume de M. K.; il a pour titre Die Politik des Demos- 
thenes ; les trois autres traitent de questions plus particulières. Dans 
l'un, l'auteur s'occupe de la navarchie à Sparte, et recherche, d'après 
les dates fournies par les historiens, à quel moment de l'année les 
amiraux entraient en charge {Die Antritts\eit der spartanischen 
Naitarchen) ; l'époque normale est, pour plusieurs savants, juin, pour 
les autres et pour M. K., septembre; c'est, du reste, à celte dernière 
époque que correspondent la majorité des cas. Un autre essai {Die 
athcnischen Symmorien) combat l'hypothèse de Boeckh, suivant 
laquelle les contributions des symmories seraient un impôt progressif. 
Dans un dernier article, M. Kahrstedt s'est propose d'étudier, en 
comparant les données fournies par Thucydide et par Aristoie, par 
quelles voies les Quatre-Cents, à Athènes, se sont emparés du pou- 
voir {Der Staatsstreich von 41 /). Ils ont, dit-il, procédé très habile- 
ment, en observant autant que possible les formes du droit, et ne sont 
sortis de la légalité, ce qui du reste est inhérent à touie révolution, 
que dans les cas d'extrême nécessité, en organisant une è/./.).T,7(a et en 
remplaçant l'ancien sénat par un nouveau. L'information de Thucy- 
dide, ajoute-t-il, est plus conforme à la légalité que celle d'Aristote. 

Mv. 

O. Lautensach, Die Aoriste bei den attischen Tragikcrn und Komikern. Gottin- 
gei), Vandeiihoeck et Kuprcclit, lyi 1 ; iv-3o9 p. Prix : 12 fr. bo (Forsch. zur 
i;ricch. und lai. Graniin., 1). 

Répertoire des formes aoristiques qui se rencontrent dans les poètes 

dramatiques grecs, aussi bien dans les fragments que dans les pièces 



d'histoire et i>e littérature 3o5 

conservées intégralement. Ces formes sont disposées sous les rubri- 
ques suivantes : Aoriste simple aihcmatique ; aoriste simple théma- 
tique ; aoriste redoublé; aoriste sigmatique ; aoristes passifs en t,v et 
en Of,v. Dans chaque section les aoristes sont rangés selon la finale 
du thème, thèmes vocaliques, thèmes consonantiques, avec les subdi- 
visions usuelles selon la nature de la voyelle ou de la consonne finales. 
C'est là un travail important, d'une incontestable utilité; le grammai- 
rien et l'historien delà langue grecque y trouveront tous les éléments 
nécessaires pour analyser, à ce point de vue spécial, la langue des 
tragiques et des comiques attiques, pour étudier l'usage de ces poètes, 
pour le ditîérencier de façon plus sûre et plus documentée de l'usage 
de la prose et des autres genres poétiques. L'ouvrage sera d'autant 
mieux accueilli que M. Lautensaçh donne en note deux séries de ren- 
seignements ; l'une contient, quand il y a lieu, les références aux gram- 
mairiens et lexicographes anciens, Hésychius, Hérodien, les Etymo- 
logiques, etc. ; l'autre renvoie aux grammairiens modernes, donne les 
variantes et les conjectures, et signale souvent l'usage de la forme en 
question dans les autres écrivains grecs. Voil^ donc un bon livre pour 
l'helléniste ; il y manque pourtant quelque chose. Pour avoir toute 
son utilité, un ouvrage de ce genre devrait être complet ; or M. L. n'a 
pas enregistré toutes les formes aorisiiques employées par les tragiques 
et les comiques, et cela parce qu'il ne l'a pas jugé à propos. On lit 
p. 12 1 : « Parmi les aoristes à thènie vocalique, nous ne pouvons 
relever que les plus remarquables ». Cette observation, faite à propos 
des aoristes sigmatiques, vaut aussi pour les aoristes passifs des mêmes 
thèmes, et pour quelques autres catégories ; et je comprends très bien 
que M. L. n'ait pas voulu s'astreixidre à mentionner tous les aoristes 
des verbes en âo etc., qui se rencontrent dans les drames attiques, ce 
qui eût fait 600 ou 700 mots de plus environ. Mais la question n'est 
pas là ; il s'agit de savoir si telle ou telle forme aoristique appartient 
ou non à l'usage des poètes de la scène ; et pour qu'un livre spécial 
comme celui de M. L. soit vraiment instructif, il faut, selon moi, 
qu'on y trouve le renseignement cherché. Voici, par exemple, un verbe 
Opoiw, aimé des tragiques; ont-ils employé son aoriste ? M, L. ne dit 
ni oui ni non, ne le citant pas ; et pourtant il serait utile de savoir que 
l'aoriste Kipôr^ioi est rare et se trouve une fois dans Sophocle {Aj. 947 
chœur). Un autre exemple : ie verbe O'j|j,oy[i.a'. est fréquent dans la tra- 
gédie, et M. L. en cite le participe OjaioOsî;. Mais à côté du futur Oj^im- 
7o;jLa'., y a-t-il un aoriste È0j[jLO)7â[jLr,v? Ici encore M. L. ne nous rensei- 
gne pas, et il intéressera pourtant l'historien de la langue de savoir que 
cette forme se trouve une fois, au participe, dans Euripide (Hcl. i3^2> 
chœur). De même pour d'autres verbes; il y en a dans le nombre dont 
les aoristes sont relativement rares, et l'on aimerait à savoir si les 
poètes dramatiques en ont fait usage. Je crois qu'il eût été possible, 
pour satisfaire à ce desideratum, d'enregistrer dans l'IndeX, ou dans 



3o6 REVCE CRITIQUE 

un index à part, tous les aoristes non mentionnés dans le cours du 
volume, en réduisant le nombre des références pour ceux qui se lisent 
souvent ; c'eût été l'affaire d'une dizaine de pages, au plus. Autrement, 
il importe assez peu de connaître, par exemple, le nombre total des 
aoristes sigmatiques des verbes en îw, si l'on ne sait pas quels ils 
sont '. En dehors des catégories dans lesquelles les omissions de 
M. Lautensach sont volontaires, j'ai noté trois aoristes qui auraient 
dû être mentionnés : È^ios'.pz (Eur. Hel. 824), ï^t'.\xôi[x-r^v (Eur. fr- i 1 17, 
22), et le participe àjaspiof^ (Eur. Hec. 1027 chœur). — Ce volume est 
le premier d'une collection iniiiulée Forschungen \iir griechischen 
iind lateinischen Grammatik, publiée sous la direction de MM. Kret- 
schmer, Skutsch et Wackernagel. 

My. 



Ch. E. BuRNiER et A. Oltramere, Chrestomathie latine. Paris, Payot, s. d. 

(reçu en 191 3), 35 i p., in-8". Prix caitonné : 3 tr. 75. 

Cette chrestomathie est destinée à combler les lacunes que laissent 
dans les classes la lecture des ouvrages isolés. Les auteurs croient, 
avec raison, que « les Latins sentent et pensent d'une façon qui nous 
est moins étrangère que celle des Hellènes » ; ils se proposent à la 
fois de rajeunir l'étude du latin, en sortant du cercle habituel des 
textes, et de montrer « le caractère vraiment moderne et la variété 
des richesses littéraires de Rome ». Le choix des morceaux répond 
parfaitement à ce programme; ils sont au nombre de 180 et vont du 
tombeau des Scipions et de Plante à Rutilius Namatianus. Ennius, 
Caton, Lucilius, VAppendix vergiliana, Vitruve, Caipurnius, les 
auteurs chrétiens figurent à côté d'auteurs plus connus. Les textes 
sont généralement bien choisis ; il eût été adroit, dans la première 
élégie de Tibullefp. 11 5), de faire la coupure de manière à ne pas 
rapprocher deux pentamètres. On aurait aussi préféré trouver II, i, 
ou un extrait, à la place d'un des morceaux des élégies déliennes. 
Chaque auteur est introduit par une notice de quelques lignes, trop 
brève pour ne pas être insignifiante ; les notes sont rares (8 pour 104 
vers de Plante, 9 pour 77 vers de Tibulle, etc.), purement historiques 
et littéraires. Systématiquement, les auteurs ont exclu les notes gram- 
maticales, qui auraient pris trop de place. C'est là dessus que Ton peut 
supposer des méthodes d'enseignement différentes en Suisse et en 
France. Les données d'ordre littéraire seraient inutiles chez nous, 
puisqu'elles sont exposées avec le développement nécessaire dans des 
ouvrages spéciaux. On ne voit pas, au contraire, comment nos élèves 
pourraient se tirer de la traduction de ces textes, ordinairement diffi- 

I. On regrettera également rinsulfisance d'une brève indication comme celle-ci 
p. 216 : « Aoristes en --joa. Les quatre aoristes en -upa, (oô'jiâ;xT|V, ëj-jpa, sii.apT'jpâ- 
|rf,v, 7/.xAaO'jjïi se rencontrent soit dans la tragédie, soit dans la comédie ». Rien 
de plus; une référence, n'en fût-il qu'une, serait bien plus utile. 



d'histoire et de littérature 307 

ciles, sans indication sur des constructions et des tours différents de 
la langue telle qu'ils la connaissent. Que ces notes s'appellent gram- 
maticales ou explicatives, un recueil de ce genre exige un commen- 
taire. Il faut croire que les professeurs ont beaucoup de temps en 
classe et peuvent eux-mêmes faire la préparation. Mais ils ne seraient 
pas fâchés sans doute d'être aidés par une sorte de livre du maître. 
Et l'on est un peu étonné de voir les auteurs destiner leur volume à 
la « lecture cursive », et à « l'interprétation rapide ». Heureux 
Suisses! Quand M. von Wilamowitz a publié sa chrestomathie, il y a 
joint un volume de notes. 

J. D. 



Ein Weiherituale der rômischen Kirche am Schlusse des ersten Jahrhun- 
derts herausgehoben von Theodor Scmermann, Waihalla-Verlag, Mûnchen-Leip- 
zig, 191 3. Prix : 4 M. 

On sait le grand nombre de « constitutions » ecclésiastiques et de 
formulaires canoniques que nous a légué l'ancienne littérature chré- 
tienne (Didaché ; Didascalie apostolique; Constitution apostolique; 
Constitution égyptienne; Canons d'Hippolyte; Testament de Notre- 
Seigneur; Constitution des Apôtres ; Constitutiones per Hippolytum). 
Ces documents ont été étudiés de très près par des critiques tels que 
Funk, Harnack, H. Achélis, E. Schwartz. Les questions relatives à 
leur dépendance réciproque et à leurs sources sont loin d'être éluci- 
dées. On admet généralement que, la Didaché mise à part, aucune de 
ces compilations juridiques n'est antérieure au iu« siècle. 

Or M. Th. Schermann croit avoir réussi à extraire de la « Consti- 
tution égyptienne » (àgyptische Kirchenordnung) , spécialement de la 
récension latine publiée en igoopar E. Hauler d'après un palimpseste 
de Vérone (s. VIII), un rituel beaucoup plus ancien, qui remonterait 
au 1" siècle et dont le pape Clément serait l'auteur. 

Cette traditio ecclesiastica démentis (c'est le titre qu'il lui donne) 
se compose d'une courte introduction où l'auteur revendique les 
droits de son magistère; de formules de prières pour l'ordination de 
l'évoque, pour l'oblation de l'huile, du fromage et des olives, pour 
l'ordination du prêtre, pour la consécration du diacre; elle offre enfin 
une réglementation des privilèges des confesseurs de la foi et un 
sommaire des devoirs des laïques. Tout cela forme un total de 
196 lignes dans la transcription qu'en donne M. Schermann. 

Si la pièce devait être rapportée indubitablement à l'époque et à 
l'auteur que lui assigne S., le prix en serait considérable. Nous 
aurions là, sur la primauté de l'Église romaine à la fin du 1"' siècle, 
sur la hiérarchie ecclésiastique et les modalités de la vie intérieure de 
l'Eglise, sur le rôle joué, à côté de l'Écriture sainte, par la « tradi- 
tion », un témoignage capital. Malheureusement, la chaleureuse 
conviction de l'auteur ne saurait dissimuler ce que sa thèse a de con- 



3o8 



REVLE CRITIQUE 



jectural et d'incertain. Une simple allusion à « l'ignorance » et à 
« Terreur » d'adversaires innommés, visés dans la préface, suffit à 
M. S. pour établir une connexion entre ce règlement rituel et la pre- 
mière Épitre de Clément de Rome aux Corinthiens, où certains oppo- 
sants aux TCpETêjTîpo'. se voient également réprimandés. Il faut avouer 
que le lien est un peu frêle. Il est exact, d'autre part, que le nom de 
Clément est cité dans les Constitutions apostoliques (VI, xviii) comme 
celui de l'intermédiaire qui a assumé la tâche de faire connaître aux 
Églises la doctrine des Apôtres. Mais parmi tant de pseudépigraphes, 
est-on obligé d'admettre que ce nom ait été imposé par une tradition 
authentique, plutôt que choisi pour son antique prestige par la fan- 
taisie du rédacteur anonyme? 

Le commentaire érudit que M. Schermann a joint à son texte 
mérite beaucoup d'éloges; mais la plus grande réserve s'impose à 
l'égard de sa thèse fondamentale, qu'il affirme plus qu'il ne la 
démontre. 

P. DE L. 



Textes et Documents pour l'Etude historique du Christianisme, publiés 
sous la direction de Hippolyte Ilemmer et Paul Lejay. Eusébe, Histoire Ecclé- 
siastique, livres IX-X; Sur les Martyrs de Palestine, texte grec et traduction 
française, avec un Index général des deux ouvrages, par Emile Grapin. Paris, 
A. Picard, igi3. Prix : 6 fr. 

Inaugurée en 1904, la collection Hemmer-Lejay comprend actuel- 
lement dix-sept volumes. C'est un débit modeste. La Bibliothek der 
Kirchenvàter qui s'édite à Kempten et Munich sous la direction de 
MM. Cari Weyman, Th. Schermann et Bardenhewer depuis 1912, 
en est déjà à son quinzième tome, et les éditeurs se sont engagés à 
en livrer soixante en, six ans. 

Cette différence de rendement s'explique par une raison fort simple. 
C'est qu'il est beaucoup plus aisé de trouver en Allemagne qu'en 
France des collaborateurs sérieux, et qui soient préparés par leurs 
travaux antérieurs à une besogne de ce genre. — Au surplus, pour 
les volumes déjà parus, la collection Hemmer-Lejay soutient très 
avantageusement la comparaison avec l'entreprise allemande. Elle 
donne, en face de la traduction, le texte grec ou latin (de quoi la 
Bibliothek s'est dispensée); elle fournit des notes succinctes, mais 
bien au point, et d'amples Indices. Elle fait honneur à la science 
française, et il est à souhaiter que, bon an mal an, elle continue à se 
développer. 

Le tome lll de la traduction d'Eusèbe sera particulièrement goûté. 
Une introduction fort alerte y résume les données essentielles sur la 
vie et les ouvrages d'Eusèbe. l/hypothèsc de M. Schwartz sur les 
« quatre éditions « de VHistoire Ecclésiastique y est expliquée, et 
critiquée avec pénétration. L'auteur de cette préface (lequel a eu la 



d'histoire et de littérature 309 

modestie de ne pas signer son travail, mais se fait reconnaître, à son 
style original, pour l'un des deux directeurs de la collection, philo- 
logue de premier rang) dénionte à merveille le mécanisme de l'Hist. 
Eccl., et marque le rapport de la méthode historique d'Eusèbe avec 
les traditions de Thistoriographie grecque. Un chapitre spécial est 
consacré aux éditions et traductions antérieures. En réalité, de tra- 
duction française il n'en existe qu'une, celle de Monsieur Cousin 
« Président en la Cour des Monnoyes » (Paris, lôjS). On se divertira 
à lire les pages où sont décelées les ruses de style et prudentes 
omissions par lesquelles le Président Cousin sut nettoyer le texte 
d'Eusèbe de toute formule choquante au regard de l'orthodoxie tri- 
nitaire (p, lxxvii-lxxxvi). Viennent ensuite le texte grec et la traduction 
des deux derniers livres de VHist. Eccl., le IX" et le X= (p. 2-169), 
et de l'opuscule sur les Martyrs de la Palestine (p. i 70-301). Il existe 
de ce dernier ouvrage deux recensions, une récension brève qui 
subsiste intégralement; une récension longue dont nous n'avons plus, 
en grec, que des fragments. Ces deux recensions sont données l'une 
et l'autre dans le présent volunie, et de telle façon que la comparaison 
puisse se faire aisément. Un appendice est consacré aux notes, d'une 
érudition très personnelle (p. 3o3-333). Le livre se ferme sur un 
Index Général de plus de deux cents pages (p, 335-538), qui à lui seul 
en vaudrait l'achat. Nulle part, pas même dans la grande édition du 
Corpus de Berlin, la riche matière de VHist. Eccl. n'a été plus minu- 
tieusement, plus commodément découpée. M. Grapin, et les direc- 
teurs de la Collection, ont rendu là à l'histoire ecclésiastique et pro- 
fane, un service signalé et ils méritent un juste tribut de gratitude '. 

Pierre de Labriolle. 

De ludorum memoria praecipue TertuUianea capita scripsit... Henricus 
F. SovKRi. Helsingforsiae, ex officina socictatis lilterariae Fennicae, 1912. 

Les œuvres de TertuUien offrent des renseignements innombrables, 
et Jusqu'ici mal exploités sur la civilisation antique. MM. Geffcke et 
Norden ^ les considèrent à juste titre comme une source très impor- 
tante pour l'histoire de l'époque impériale. M. Soveri, ayant com- 
mencé à en extraire les passages relatifs aux choses romaines, s'est 
vite aperçu qu'une semblable entreprise l'entraînerait beaucoup trop 
loin. Finalement il a pris le parti de concentrer son effort sur le de 
Spectaculis, et la présente dissertation n'est pas autre chose qu'un 
commentaire érudit de ce traité. A dire vrai l'auteur n'en suit pas 
le détail pas à pas : il choisit un certain nombre d'affirmations émises 
par Tcriullien, et il les discute au point de vue historique et archéo- 

1. Je regrette l'omission d'une rubrique Ecriture sainte où des données comme 
celles d'il. E.,\'l, 11, 7 et s. ; Vlll, u, i ; Mart. Pal., XI, 4, etc. eussent été recueil- 
lies. 1! faudiait aussi un article Subiritrudiictae : voy. //. E., Vit, xxx, 12. 

2. Einl. i)i ci. Altevtiimwiss., III (191 2), p. 247. 



3 10 REVUE CRITIQUE 

logique. Ses différents chapitres sont inùiulés De origifje ludonim ; 
de ludoriim nominibus ; de locis hidoriim ; de apparatibus artijî- 
ciisque hidorum (A. de ludis circensibus ; B. de ïudis scaenicis ; C. de 
tnuneribus et iienationibus ; D. de agonibus). L'opuscule se ferme sur 
une étude sommaire du plan et des sources du de Spectaciilis. 

Le « matériel » dont dispose M. Soveri est fort riche et même un 
accablant. C'est à ces débauches d'érudition que les débutants se 
trahissent. Plus d'éclectisme n'aurait point nui à l'intérêt de son 
travail ; et l'art y eût aussi trouvé son compte. Ce répertoire de textes 
ne sera d'ailleurs pas inutile pour l'histoire des jeux antiques et pour 
l'intelligence du de Spectaculis ' . 

P. de L. 

Benutzung der philosophischen Schriften Ciceros durch Lactanz, von 
Franz Fessler, Hofkaplan in Dresden. Leipzig, Teubner, igi3. Prix: 2 m. 5o. 

Ce n'est pas d'hier que Lactance a été appelé le « Cicéron chré- 
tien ». «Cicéron, écrit M. Pichon, est à lui seul pour Lactance une 
source aussi importante que tous les autres écrivains réunis' ». Les 
travaux de H. Limberg, de B. Barthel, de Zielinski, sans compter les 
innombrables références collectionnées par Brandt pour son édition 
de Lactance dans le Corpus de Vienne, ont démontré jusqu'à l'évi- 
dence les emprunts de pensée et de forme que Lactance a faits à 
l'œuvre de Cicéron. Pourtant cette question des rapports du philo- 
sophe et de l'apologiste est loin d'être épuisée. Il y aurait moyen 
d'étudier de plus près qu'on ne l'a encore tenté cette parenté intellec- 
tuelle, et de déterminer avec plus de précision la méthode dont use 
Lactance quand il exploite son auteur de prédilection. 

Le travail de M . Franz Fessier est un simple coup de sonde en cette 
direction. M. F. annonce dans sa préface sa ferme intention de ne 
pas traiter la question à fond et il n'a que trop fidèlement suivi son 
dessein de demeurer superficiel. 11 ne traite sérieusement que des 
deux premiers livres des Institutions divines (p. 8-42). Pour les cinq 
autres, il se contente d'un tableau synoptique assez sommaire (p. 43- 
54). Même dans la partie la plus détaillée, on voudrait une confron- 
tation plus approfondie, une plus minutieuse analyse. Puis c'est une 
idée singulière d'avoir établi ces parallèles d'après l'édition périmée 
d'Heumann (1736), au lieu d'utiliser l'édition de Brandt, où la tra- 
dition manuscrite se reflète bien plus fidèlement que dans nulle autre. 
Somme toute, l'étude de M. F. n'est point pour décourager ceux qui 

1. M. S. (p. 147) accepte beaucoup trop vite l'interprétation de Wuensche 
(Setliianische Verjluchnngstafeln ans Rom, Leipzig, 1898) sur l'adoration de 
Typhon-Seth dans la secte gnostique des Séthiens. M. Schûrer en a décelé les 
faiblesses dans la Tlieol. Litteratuv^cititng, 1899, p. 108 et s. 

2. Lactance. Etude sur le mouvement philos, et velig. sous le règne de Constan- 
tin, Paris, 1902, p. 246. 



d'histoire et de littérature 3 I I 

songeraient à discuter à nouveau le même problème littéraire et phi- 
losophique '. 

P. DE L. 



Qiiellen itnd Untersuchungen :{ur lateinischen Philologie des Mitlelalters hegrûn- 
det von Ludwig Traube. Vierter Bd, Zweites Heft. Isidor-Studien, von Charles 
Henry Beeson, Mûnchen, C. H. Beck, 191 3. Prix : 7 M. 

On a beaucoup étudié en ces derniers temps l'œuvre d'Isidore de 
Séville. M. W. M. Lindsay a donné en 191 1 une édition critique des 
Origines (ou Etymologiae). M. A. Philipp a approfondi les sources 
historiques et géographiques de cette compilation fameuse (Berlin, 
191 3). Mais pour se former une idée de la prodigieuse diffusion des 
Origines en Occident, au moyen âge, il faut lire les Isidor-Studien de 
M. Beeson. M. B. y a collectionné tous les manuscrits non espagnols 
qu'il a pu trouver jusque vers le milieu du ix« siècle, et il en donne la 
liste par pays. Ce simple catalogue est à soi seul instructif et montre 
le rayonnement de l'influence exercée par le Doctor egregius, eccle- 
siae catholicae nouissimum decns, comme l'appela le VIII« concile de 
Tolède (653). C'est en France que la science isidorienne a été d'abord 
le plus fêtée ; mais un grand nombre de manuscrits sont aussi d'ori- 
gine irlandaise. On sait, au surplus, le rôle important joué par l'Ir- 
lande dans le développement de la « culture » du moyen-âge. 

Vers la fin de son travail, M. Beeson publie d'après une quinzaine 
de manuscrits plusieurs titiili en vers qu'il est disposé, sur le témoi- 
gnage formel de la tradition manuscrite, à attribuer à Isidore, en 
dépit de l'opinion contraire d'Ebert et des doutes de Manitius. Ces 
petites pièces offrent ailleurs un intérêt fort modeste. 

P. DE L. 



Saint Cyprien, par Paul Monceaux (Collection les Saints), Paris, Gahalda, 1914. 
Prix : 2 fr. 

Le Saint Cyprien de M. Monceaux n'est pas un ouvrage nouveau. 
M. Monceaux a simplement reproduit le tome II de sa remarquable 
Histoire littéraire de VAfriqiie chrétienne, à l'exception des deux 
cents premières pages, relatives à l'Église d'Afrique et à la littérature 
africaine contemporaine de Cyprien. Il a cru devoir écarter égale- 
ment un chapitre érudit sur la chronologie des œuvres du saint, ainsi 
que les notes et références. Les retouches de détail sont peu nom- 
breuses, et n'ont guère d'autre objet que de supprimer ou d'adoucir 

I. M. F. a eu tort de reprendre après Mecchi et Colvanni l'hypothèse d'après 
laquelle le cognomen de l.actance, Firmianus, démontrerait qu"il était originaire 
de Finnum, dans le Piccnum. L'ethnique de Firmum n'est pas Firmianus, mais 
Firmanus (cf. VOnomasticon de de Vit, III. 69. 



3 l 2 REVUE CRITIQUE 

certaines réflexions dont le grand public, auquel le livre est destiné, 
se serait étonné peui-étre '. 

C'est sans doute sous l'empire de la même préoccupation que 
M. Monceaux a laissé en dehors de son cadre les âpres discussions 
dont l'attitude de saint Cyprien à l'égard de la papauté a été l'objet en 
ces dernières années. Somme toute, à qui veut prendre une idée d'en- 
semble du grand évêque, de sa physionomie morale et de son action, 
cet opuscule de vulgarisation doit suffire. Pour qui cherche un ins- 
trument de travail, le volume correspondant de V Histoire littéraire 
de VAfrique chrétienne offre une matière plus riche, et un ample 
appareil de « justifications -> scientifiques dont l'ouvrage récent a dû 
être délesté. 

P. DE L. 



Holger Pederse.v, Vergleichende Grammatik der keltischen Sprachen. Zwei- 
ter Band. Bedeutungslehre (Wortlehre). Gôttingen, Vandehhoeck und Ruprecht, 
191 3 ; gr. in-B", xv-842 p. Prix : 2 3 m. 

Ce volume qui termine, au bout de cinq ans, la grammaire compa- 
rée des langues celtiques, est d'un plan plus simple que le précédent 
(voir Revue critique, 19 10, n° 49). 11 comprend l'étude de la compo- 
sition, la dérivation, la déclinaison des noms et des adjectifs, l'emploi 
des cas, les pronoms personnels, démonstratifs, interrogatifs, indé- 
finis et relatifs, les préverbes, la syntaxe du verbe, la flexion des modes 
et des temps à la voix active, le déponent, et le passif, et les formes 
nominales du verbe. Cette première partie, qui constitue essentielle- 
ment la grammaire, se termine à la page 418. La seconde partie, qui 
occupe les pages 419-658, est un recueil de paradigmes, d'abord du 
verbe d'existence et du verbe copule en gaélique et en brittonique, 
puis de tous les verbes irlandais qui offrent quelque irrégularité. 
• Cette liste, rangée par ordre alphabétique des racines, est, du point de 
vue pratique, la portion la plus importante de l'ouvrage de M. Peder- 
sen; car, si l'on pouvait, à la i^igueur, attendre encore quelques 
années une comparaison des grammaires des principales langues cel- 
tiques, le manque, jusqu'à ce jour, d'un répertoire des formes ver- 
bales du vieil irlandais retardait singulièrement les progrès de l'étude 
historique de la conjugaison. Ascoli, dans son Glossarium palaeo 
hibernicum, que la mort de l'auteur a laissé inachevé, avait donné le 
modèle, que M. Pedersen a suivi. Mais celui-ci ne s'est pas borné à 
la langue des gloses et il a étendu ses enquêtes aux formes verbales 
archaïques conservées par des manuscrits de l'époque du moyen 
irlandais. C'est donc un répertoire exact et complet, mais dont l'usage 
n'est, malheureusement, point facilité aux débutants. Pour l'utiliser, 



I. Comp. Hist. litt., H, 22g-23i et Sai>it Cyprieu, p. 38; Hist. litt.. p. 339 '^^ 
Saint Cyprien, p. i38. 



d'histoire et de littérature 3i3 

il faut en effet savoir décomposer un verbe irlandais en ses éléments 
variés : préverbe, infixe, racine, caractéristiques de modes, de 'temps 
et de personnes, affixes démonstratifs; car l'index alphabétique, 
pourtant copieux environ 7,000 mots), qui termine le volume ip. 681- 
748) est loin de contenir toutes les formes relevées par l'auteur. Peut- 
être eût-il été préférable de faire du répertoire des verbes irlandais, 
qui n'était point un élément essentiel de cette grammaire comparée, 
un livre à part, avec un index de toutes les formes sans aucune excep- 
tion. 

Quelqu'imparfait que soit cet instrument de travail, il n'en faut pas 
moins remercier M. Pedersen de nous l'avoir donné comme complé- 
ment de sa grammaire comparée, l.a comparaison tient moins de 
place dans ce volume que dans le précédent; la morphologie du brit- 
tonique, si l'on considère surtout la déclinaison et la conjugaison, est 
assez peu comparable à celle du gaélique, et le plus souvent M. P. a 
relégué dans des remarques les débris de l'ancienne flexion britto- 
nique. De même, l'histoire qui tenait une si grande place dans les 
chapitres consacrés à la phonétique, apparaît moins souvent dans la 
morphologie. C'est que les créations et les confusions récentes de la 
morphologie n'importent point tant à la grammaire comparée que les 
sons de la langue moderne qui, le plus souvent, constituent le seul in- 
dice sur pour démêler les graphies de la langue moyenne et ancienne. 
La syntaxe est singulièrement écourtée ; quelques brefs chapitres sur 
l'emploi des cas, des pronoms et du verbe mis à part, les questions 
relatives à l'ordre et au groupement des mots, à la phrase nominale, à 
la coordination et à la subordination, ne sont qu'incidemment men- 
tionnées, alors qu'elles constituent, si je ne me trompe, les plus origi- 
nales caractéristiques des langues celtiques, et qu'elles prêtent à d'in- 
téressantes comparaisons entre le breton et le gaélique. 

Quoi qu'il en soit de ces quelques réserves sur la composition de 
l'œuvre considérable que M. P. n'a pas craint d'entreprendre, avant 
que le relevé des dialectes irlandais n'ait été entrepris systématique- 
ment et avant que V Atlas linguistique de la Basse-Bretagne, lequel 
est en bonne voie, n'ait encore paru, il faut (éliciter l'auteur d'avoir 
rassemblé et coordonné tant de renseignements précis et d'explica- 
tions ingénieuses, sur les phénomènes phonétiques et .morpholo- 
giques des langues celtiques. 

G. DOTTIN. 



Hebrew-German Romances and Taies, aiiJ their relation tu the Romantic 
Lileraturc o( the Midle -Vgc.s. Part I. .\rthurian Legends by D^ Léo Landau, 
.M. -A. (Tcutoiiia. Arbeiten zur gcitnanischcn Philologie herausg. von D'' Phil . 
Wilhclin Uhlj. Leipzig, E. .\venarius, 1912. In-8", lxxxvi-i5i pp. et 4 fac-simi- 
lés. G m. 

Un certain nombre d'œuvres poétiques ont été, au moyen âge, 



3 14 REVUE CRITIQUE 

iranscritcs en hébreu. Il arrive parfois que ces œuvres, disparues sous 
la forme allemande, soient conservées de cette façon. C'est ce qui s'est 
passé pour la Cour d' Arthur dont aucun texte ne nous est resté en 
allemand. C'est donc un service qu'a rendu M. Landau aux études 
de germanistique en mettant les chercheurs à même de lire cette poésie 
arthurienne, connue seulement par une transcription ancienne, celle 
de Wagenseil, qui est défectueuse et que M. Landau reproduit pour 
Téditication des chercheurs. 

La Cour d'Arthur n'est pas un poème tout à fait original. Déjà von 
der Hagen avait reconnu qu'il était apparenté au Wigalois à^ Wirnt 
de Gravenberg. Mais ce savant — c'était aussi l'avis d'autres — pen- 
sait que c'est d'une version en prose du \Vigaloisc\nt dérive la Cour 
d'Arthur. M. Landau ne partage pas cette opinion et voit dans le 
poème qu'il édite une forme plus proche du Wigalois en vers que de 
la version en prose. Ses arguments paraissent mériter l'adhésion. 

F. Piquet. 



Jean Bonnerot, C. Saint-Saëns, sa vie et son œuvre. A. Durand, Paris, s. d., 

179 P- 

Ce livre n'est point un essai de critique musicale. C'est une bio- 
graphie documentée a au jour le jour des œuvres » d'un des plus sa- 
vants et des plus puissants musiciens de notre époque. Les renseigne- 
ments qu'il contient sont puisés aux meilleures sources, puisqu'ils 
proviennent en grande partie des souvenirs personnels du maître. On 
y trouvera de curieuses indications sur la jeunesse et la formation de 
Saint-Saëns, enfant prodige, qui en 1842, c'est-à-dire à sept ans, 
dédiait à Ingres un adagio, et qui en 1845 jouait du Bach et du 
Beethoven devant la duchesse d'Orléans. En i853 Saint-Saéns était 
organiste de l'église Saint-Merry, en i858 de la Madeleine (il devait 
le rester jusqu'en 1877). Les autres périodes de la vie de Saint-Saëns 
sont mieux connues; mais sur chacune d'elles, M. Bonnerot nous 
donne des détails inédits, dont bénéficiera l'histoire de la musique. 
Les plus intéressants me semblent relatifs à la composition des œuvres 
dramatiques de Saint-Saëns, de Samson et Dalila en particulier. Mais 
M. Bonnerot ne néglige point Saint-Saëns pianiste et exécutant en 
public. Les principaux concerts, auxquels il a pris part, sont rappelés 
et sur beaucoup d'entre eux de curieuses anecdotes sont racontées : 
c'est de la chronique rétrospective, et souvent piquante. L'auieur 
procède d'ailleurs avec une suffisante impartialité, et une absence 
complète de tout parti pris d'adulation. Il cite ou discute les cri- 
tiques contemporaines, adressées aux œuvres de Saint-Saëns ; quel- 
ques-unes paraissent singulièrement antédiluviennes. Sur les candi- 
datures de Saint-Saëns à l'Institut, sur ses relations avec ses confrères 
français ou étrangers, Liszt, Massenet, Gounod, etc., sur ses voyages 



d'histoire et de littérature 3i5 

à l'étranger, ses tribulations en Allemagne, ses fugues (pour raison de 
santé; aux Iles Canaries, nous sommes exactement renseignés par 
M. Bonnerot. En conclusion quelques lignes sobres. L'auteur s'efface 
devant le maître, dont il fait la biographie. L'illustration, entièrement 
documentaire, est fort bien adaptée au texte. 

C. G. Picavet. 

— Dans la petite collection de VHistoire par les Contemporains, M. M. G. et 
H. BouRGiN ont réuni sous ce titre : Le socialisme français de ij8g à 1S4S 
(Hachette, 191 2, in-8, 11 i pages), un choix de textes pris non seulement dans les 
ouvrages des théoriciens, mais dans les écrits des hommes d'Etar ou des " mili- 
tants » journalistes et révolutionnaires. Ils semblent avoir cédé souvent à la 
tentation de révéler des documents ignorés, plutôt qu'au désir de faire bien con- 
naître les hommes et les œuvres dont l'action fut prépondérante. Ainsi la part 
faite à Louis Blanc (pp. 73-74) parait bien restreinte. Ce petit volume rendra 
service aux étudiants et intéressera les simples curieux. — R . G. 

— M. Richard Schvvemer a composé pour la séùeAiis Naturund Geisteswelt deux 
petits recueils sur l'histoire de l'unité allemande, intitulés die Reaktion tind die 
Xeue Aéra et vom Biind :{uni i?e/c/z (Leipzig, Teubner, 1912, in-12, io3 et 112 p.). 
C'est un exposé naturellement très sommaire, un peu lourd de style, d'inspiration 
nationale et libérale. Bismarck tient naturellement la place principale, mais 
l'admiration de l'auteur pour lui, si elle le porte à une grande indulgence, ne 
l'aveugle pas. — R. G. 

— La Kiilturgeschichte der DeulscJicn in der Neiiieit de M. Steinhausen est une 
revue très générale du sujet, où l'on trouvera pourtant des témoignages curieux 
sur la culture française en Allemagne aux xvii« et xv!!!" siècles, et une intéres- 
sante conclusion sur les caractères actuels de la société cultivée dans l'Empire. 
L'auteur en a bien vu, et marqué d'un trait juste les points faibles, et il précise 
la part du réalisme économique et du vieil idéalisme dans l'esprit des Alle- 
mands d'aujourd'hui. [CoWQCtionW issensdiajt iind Bildiing. Leipzig, Meyer, 1912, 
in-12, i58 p.). — R. G. 

— La librairie Hachette a mis en vente deux petits aide-mémoires d'Histoire 
contemporaine (1789- 19 12) et de géographie universelle (Etats et nations du globe) 
diis l'un à M. Isaac et l'autre à M. Malrette ^1912, in-i6, 232 et 328 p., 2 fr. 
et 2 fr.. 5o). Le premier est un sommaire de faits et de dates, qui n'est ni moins 
ni plus exact que les mémentos existants et destinés aux candidats bacheliers 
amateurs d'une préparation rapide. Le second fait moins appel à la mémoire, 
cherche davantage à mettre en valeur des idées, utilise adroitement les artifices 
typographiques, les cartes simplifiées, les diagrammes. 11 peut être recommandé 
aux personnes qui ont besoin de renseignements sommaires, mais précis et faciles 
à retenir, surtout sur la géographie économique. Il fournirait un excellent guide 
pour l'enseignement primaire et les classes élémentaires des lycées. — R. G. 

— La 5« édition, remaniée, du Staatsreclit des Deutsclien Reicties de .M. Laband 
est envoie de publication. Elle comprend 4 vol., dont le 3" qui vient de paraître 
(Mohr, 1913, 524 p. 12 M.), traite en 4 chap. (X à XIII) les affaires étrangères 
(ambassades et consulats), les services publics de communication (postes, télé- 
graphes et cheinins de fer), les alVaires intérieures (banques, monnaies, poids et 
mesures, police industrielle, patentes, navigation maritime et fluviale, police 



3l6 REVUE CRITIQUE D HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

médicale et vétérinaire, lois protectrices du travail), enfin, organisation judiciaire 
de Tempire. — Th. Sch. 

— VEthik de M. Hermann (iMarbourg) en est aussi à sa 3« édition (Mohr, 191 3, 
xv-237 p. 4 M. 5o) augmentée de 8 p.. bien que de nombreux passages aient été 
supprimés. La plupart des changements affectent les §§4 (but de la morale), 18 
(morale et religion) et 21 (la foi chrétienne en tant que conscience du pardon 
divin). L'index a disparu, parce que » ce livre ne peut être utile que s'il est lu en 
entier et si chaque lecteur se fait son propre index ». 2 parties : vie naturelle et 
pensée morale. — La vie chrétiennement morale. Chaque partie a deux subdivi- 
sions; d'une part : conception de la morale comme construction {Gestaltuug), 
parfaite de la vie humaine par l'instinct naturel — pensée morale comme acte par 
lequel l'homme se distingue de la nature ; d'autre part : naissance de la vie chré- 
tienne (pour la régénération et la conversion), épanouissement de la vie chrétien- 
nement morale (service de Dieu dans la famille, le société et l'État — transfor- 
mation du chrétien au service de Dieu). — Th. Sch. 



AcADÉ.MiE DES Lnscriptions ET Belles-Lettres. — Se^THCC clii 3 avril igi4. — 
M. Héron de Villefosse signale une inscription latine découverte à Thibiuca, dans 
la vallée de la Med)erda, par \\. Fleury du Sert, maire de Tebourba (Tunisie). 
Elle concerne un personnage nommé Sextus Caecilius Aemilianus qui avait été 
questeur de la province d'Afrique et dont la candidature à cette fonction avait été 
recommandée à l'empereur. On avait déjà trouvé dans les mêmes ruines plusieurs 
inscriptions relatives à des personnages de la même famille. 

M . Henri Cordier annonce que la cominission du prix Stanislas Julien a accordé 
un prix de loo fr. à l'ouvrage du Di'W. de Visser, intitulé : The Dragon in China 
and Japan, et une récompense de 5oo tr. au livre du P. Hoang, continué par les 
PP. J. Tobar et H. Gauthier : Catalogue des tremblements de terre signalés en 
Chine d'après les sources chinoises (1767 a. C.-1895 p. C). 

M. Perrot, secrétaire perpétuel, doime lecture du télégramme suivant : « Arrivés 
Hantchonfou bonne santé, résultats archéologiques intéressants », expédié par le 
ly Victor Scgalen, chargé d'une mission dans la Chine occidentale par l'Académie. 

M. Henri Omont lit une note de M. Louis Bréhier sur les miniatures des 
Homélies du moine .lacques et le théâtre religieux à Byzance. 

M. Homo, professeur à la Faculté des lettres de Lyon, fait une communication 
sur les maisons de rapport et la crise des loyers dans la Rome impériale. A 
l'exception des riches qui avaient leurs maisons particulières [dumus), l'ensemble 
de la population habitait des maisons de rapport, connues sous le nom général 
li'insiilae. Ces maisons, très hautes, mal bâties, étaient fort peu confortables. 
L'absence de moyens commodes de transport contraignait la population à s'en- 
tasser dans le centre de la ville. Aussi le prix des loyers était-il fort élevé et Rome, 
sous l'Empire, connut-elle, à ce point de vue, une crise intense qui, malgré ditVé- 
rents palliatifs, ne ht que s'aggraver jusqu'à la fin du iv^ siècle. — MM. \'iollet, 
Cuq, Salomnn Reinach, Dieulafoy et Thomas présentent quelques observations. 

M. Henri Cordier communique deux notes de M. Bonnel de Mézièrcs, chargé 
d'une mission en .^trique. La première de ces notes est relative à l'emplacement 
de la ville ancienne de Tirekka sur le Niger; la seconde concerne l'histoire d'une 
colonie Israélite qui aurait autrefois existé dans les régions de Tendirma (Niger) 
et du lac Fati (territoire de Goundami. M. Bonnel de Mezières annonce, en outre, 
qu'il vient d'arriver à Oualata, capitale du Hodh, et qu'il entreprendra incessain- 
ment des fouilles à Ghana. 

Léon Dorez. 

L imprimeur-gérant : Ulyssk Rouchon. 



Le l'uy-eu-Velay. — Imprimerie Peyriller, Rouchon et Gamon 



REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

N" 17 — 25 avril — 1914 



RoBBiNs, Les commentaires de la Genèse. — F". Pfister, Les reliques I, et II. — 
H. Lévv-Brûhl, Les élections abbatiales en France, l. — Pacheu. Jacopone. — 
Hauvette, Boccace. — Redslob, Les théories de la Constituante. — Karmin, La 
question du sel pendant la Révolution. — Friedensburg, Cavour, L — Fester, 
La candidature HohenzoUern. — Rang, Souvenirs. — Rodes, La Chine et le 
mouvement constitutionnel. — Albin, Allemagne et France. — Djuvara, Cent 
projets de partage de la Turquie. — Faguet, En lisant Corneille. — Bontoux, 
Veuillot. — Martin-Maurv, Les nouveaux païens. — Giraud, Les maîtres de 
l'heure. 



The hexaemeral literature, a study of the Greek and Latin commentaries en 
Genesis, by Frank Kg. Robbins. Chicago, The University of Chicago press ; 
Londres, The Cambridge university press; 191 2. v-io4p., in-8". 

Cette thèse de Chicago comprend sept chapitres : 1° Influence de 
la philosophie grecque sur les anciens commentaires de la Genèse ; 2° 
Philon et les écrits juifs sur THexaéméron ; 3° Anciens ouvrages sur 
le sujet avant Basile; 4° Basile; 5" Successeurs de Basile; 6° Augus- 
tin; 7° D'Erigène jusqu'à la Renaissance, Suit un index alphabétique, 
avec notices, de tous les ouvrages connus qui ont eu pour sujet 
l'œuvre des six jours. Cet index a dix pages. Le sujet est immense. 
Il n'était pas recommandé pour une thèse de cent pages et pour 
l'œuvre d'un débutant. Aussi est-il curieux de voir que l'étude s'amin- 
cit à mesure qu'elle s'avance. Le premier chapitre est étoffé, il a 23 p., 
il contient des remarques intéressantes. Le deuxième chapitre est déjà 
un peu moins nourri, bien qu'en un certain sens la matière soit plus 
étendue. Le troisième est étriqué (8 p.). Nous sommes à peu près à la 
moitié de la dissertation. Mais enfin on peut tirer de là une idée du 
sujet, sauf à recourir à d'autres ouvrages pour plus de renseignements. 
Sur certains points, les notes de M. Robbins, pleines de références, 
rendront service. Il devrait reprendre le sujet et en tirer un livre que 

nous n'avons pas. 

M, D, 



Fr. Pfister, Der Reliquienkult im Altertum, I, Das Objekt des Reliquien- 
kultes, II, Die Rcliquien als Kultobjekt. Giesssen, 190g et 191 2 ; xii-xi-686 p., 
in-S". (Religionsgeschichtliche Versuche u. V'^orarbeiten, von Wûnsch u. Deub- 
ner, V Band). Tôpelmann : prix ; 14 et 10 Mk. 

M. Pfister entend le mot reliques dans le sens le plus large : tout 

Nouvelle série LXXVII. 17 



3 l8 REVUE CRITIQUE 

objet auquel se trouve lié le souveiiii" d'un héros ou d'un dieu, d'abord 
les restes matériels, les vêtements, les armes, tout ce qui appartint au 
mort, et également les objets naturels sur lesquels s'est fixée sa légende 
montagne, bois, fontaine, arbre, etc. Aussitôt, à la faveur de. cette 
définition, M. ]\ comprend dans son enquête les histoires où un nom 
géographique devient un nom d'homme et entre dans un cycle. Une 
bonne partie des légendes généalogiques chez les Grecs sont des com- 
binaisons pour expliquer des noms géographiques par l'existence de 
héros qui les ont portés. Ainsi s'expliquent les listes royales de Mégare, 
de Trézène,d'Achaïe, de Pylos en Thessalie. De cette façon, s'applique 
à un vaste champ de la mythologie hellénique un système d'explica- 
tion, qui n'est pas tout à fait inédit, mais qu'on n'a jamais poussé à 
cette rigueur et éclairé de tant d'exemples. C'est une façon de renou- 
veler le vieil axiome : Nomina niimina. Les héros ne sont pas tous 
présentés comme indigènes. D'autres sont donnés pour des étrangers 
dont la mémoire se fixe à tel rite ou au pays en général, héros obligés 
de prendre la fuite et de vivre à l'étranger, héros morts accidentelle- 
ment hors de leur patrie, héros bienfaiteurs, héros errants (Ulysse, 
Enée, les Argonautes, Héraklès, fondateurs, etc.). A ces légendes se 
rattachent les histoires de translation, de corps promenés par les eaux 
(Scylla, Sirènes, Orphée, etc.), de sépultures multiples. M. P. ne 
néglige pas les parallèles que lui offre à chaque instant le christianisme 
et consacre un chapitre particulier au saint étranger. 

Tels sont les préliminaires du sujet. On peut maintenant étudier 
les reliques proprement dites : tombeaux, armes, ustensiles, objets 
votifs, images, constructions, objets naturels liés à un souvenir. Une 
troisième partie traite du culte rendu aux reliques, de leur conservation 
et de l'hérôon, des pratiques liturgiques, sacrifices et fêtes, du rôle 
des reliques et de leur pouvoir miraculeux dans les calamités publi- 
ques, dans les guerres, les épidémies, les périodes de sécheresse, et 
aussi dans les infortunes privées. Une histoire du culte des reliques 
depuis les temps héroïques jusqucs et y compris l'époque chrétienne 
termine le traite. Des listes et des tables facilitent les recherches : liste 
alphabétique des héros, liste géographique, index des noms de dieux, 
de héros et de leurs épithètes, noms de lieux, noms et choses, Cliris- 
tiana. 

On pourrait dire que M. P. nous donne dans cet imponant ouvrage 
un manuel spécial de mythologie, en tout cas, un supplément à tous 
les recueils généraux. Il ne néglige pas de joindre aux données posi- 
tives l'analyse des systèmes et des conceptions qu'a fait naître le culte 
des héros. Il touche ainsi à des questions très diverses, au dévelop- 
pement de l'épopée grecque et à la différence de VOdj'ssée d'avec les 
Nostoi, aux légendes tragiques comme celles d'Œdipe à Colone, des 
Suppliantes d'Euripide et d'Eschyle, aux épopées de voyage comme 
\es Ai'gonautes et aux itinéraires en Terre Sainte, aux origines de la 



D HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 3l9 

tragédie grecque ' ei au développement des genres lyriques, à l'histoire 
légendaire de Rome et à Tidéal platonicien du héros. Cette multi- 
plicité de sujets particuliers ne va pas sans quelques redites. Ainsi 
Evhémère et ses théories trouvent deux fois leur place (p. 38o et 58 1} ; 
la promenade de la tète d'Orphée et son terme à Lesbos ou à Smyrne 
sont étudiés p. 213 et 322; la différence de V Odyssée et des Nostoi 
est établie p. 134 et 544, en ce dernier endroit avec une atténuation. 
Ces doublons n'étaient peut-être pas faciles à éviter. Un autre carac- 
tère de l'ouvrage est une extrême sécheresse. C'est une accumulation 
de noms propres et de références, un recueil de matériaux. Il n'en 
rendra que plus de services '. 

M. D. 



Henri Lévy-Brûhl. Les élections abbatiales en France. I. Époque franque, 

Paris, .Vrthur Rousseau, i()\'>, iu-8°, 201 p. 

Voici une thèse de doctorat en droit qui eût pu être une excellente 
thèse de doctorat es lettres et que les historiens consulteront souvent. 
Les documents sont bien connus et cités d'après les meilleures édi- 
tions; les ouvrages les plus récents, comme ceux de Lesne, de Sten- 
gel, de Kroell, ont été utilisés. La question est bien posée et étudiée 
dans les cas différents qu'elle présente ; le raisonnement est bien con- 
duit et les conclusions sont prudentes. L'auteur distingue très nette- 
ment le droit et le fait, contrairement à la méthode ordinaire des 
Juristes qui absorbent le fait dans le droit. 11 commence par ncjus 
dire, dans son introduction, ce qu'était la législation, en ayant soin de 
distinguer les prescriptions empruntées aux règles monastiques, les 
canons des conciles et les capitulaires royaux. 11 examine ensuite, 
dans le corps de l'ouvrage, comment était élu en réalité l'abbé, soit à 
l'époque mérovingienne, soit à l'époque carolingienne. Pour la pre- 
mière époque, il passe en revue les droits du propriétaire, de l'évêque, 
du roi. Sur les abbayes appropriées, qu'elles soient possédées par un 
particulier, un évéque ou un roi, le propriétaire jouit du droit de 
nomination ; mais l'évêque réclame bientôt un droit de contrôle sur 
cette nomination. Depuis le vi<= siècle, l'abbé est un prêtre; l'évêque 
revendique par suite le droit de s'assurer de la pureté de sa doctrine 
et de l'inicgrite de ses mœurs, de lui accorder ou de lui refuser l'ins- 
titution, comme il peut le faire pour les prêtres préposés par les 

1. M. P. adopte les vues de M. Ridgeway sur son origine funéraire, sans apporter 
d'argument nouveau. Mais il note, p. 572, quWihènes est la ville la plus pauvre 
en souvenirs et en légendes de héros; ce qui rend difficile à comprendre que ce 
soit là précisément qu'un -oir.iJLa ètt'.txîsiov ait pris ce développement. 

2. Incidemment, M. Pfister parle du culte rendu aux grands hommes. A propos 
de « Dcmùsihcncs cpibùmios », il faudrait citer (p. i23, n. ^'!nj) l'article de 
M. T. K. Abbott, dans Hcinuilhcna, XVI (1910-11), i. Sur la Sirène Parthcnupc, 
voir la combinaison qui explique les deu.K noms de Parthénopc et de N'aples dans 
Lutalius. p. 193, 3 Peter. 



320 REVUE CRITIQUE 

propriétaires à Téglise de la villa. Le roi n'a pas de droit spécial sur 
les abbayes des particuliers ; mais il faut observer que le nombre des 
monastères royaux se multiplie, puisque le roi prend sous son mun- 
dium un grand nombre d'abbayes ou leur accorde des chartes d'im- 
munité. Cependant, il arrive souvent que le propriétaire renonce à 
son droit et, par un privilège spécial, accorde aux moines le droit de 
choisir librement leur abbé. A l'époque carolingienne, presque toutes 
les grandes abbayes deviennent royales et leur territoire est considéré 
comme un prolongement du territoire de l'État; le roi dispose de 
leurs biens pour les donner en bénéfice à des grands qui en échange 
lui doivent le service militaire ; il nommera bientôt l'abbé et cet abbé 
sera souvent un laïque. « L'abbé mérovingien avait été un ascète ; 
l'abbé carolingien est un fonctionnaire », écrit M. Lévy-Briihl ; il 
serait peut-être plus exact de dire « un bénéficier ». Il faudra donc 
protéger les moines contre ces abbés guerriers : on divisera la mense 
en deux parties, la mense abbatiale et la mense monacale; mais sur- 
tout beaucoup de monastères, pour mieux remplir leur mission, se 
placeront sous l'autorité du pape ; l'exemption commence à appa- 
raître à la fin de la période carolingieune. Telles sont les conclusions 
fort justes auxquelles aboutit le jeune auteur. Nous avons lu avec 
plaisir sur la couverture le chiffre i à côté du mot : Époque franque; 
on nous annonce de la sorte un second volume qui sera consacré à 
l'époque capétienne. Nous souhaitons qu'il nous soit donné de le 
lire bientôt. 

Ch. Pfister. 



Pacheu (J.). Jacopone de Todi. frère mineur de Saint-François, auteur pré- 
sumé du Stabat Mater (1228-1306). Paris, Tralin, in-S" de ii. 398 p. 1914. 
4 fr. 5o. 

Ni M. P. ni sa distinguée collaboratrice M""» Thiérard Baudrillart, 
bien connue des lecteurs du Bulletin Italien, n'ont prétendu faire 
œuvre d'italianisants. M. P. nous avertit qu'on ne trouve pas 
de nouveautés dans son étude sur Jacopone ; après avoir déclaré que 
la meilleure et la plus accessible des éditions est celle de M. Gaet. 
Ferri, il en adopte une autre, qui, dit-il, suffit à son objet (p. 7). Les 
fautes d'impression abondent dans la partie italienne et le sens du 
texte, souvent, à la vérité, malaisé à comprendre, est en bien des en- 
droits manqué. Mais ce qu'il veut, c'est faire pratiquer aux personnes 
à la fois intelligentes et pieuses le Jongleur de Dieu. A cet égard, son 
travail est bien conçu. La traduction est habilement conduite en vue 

i 

de faire accepter, par les gens du monde, la rudesse du vieux francis- 
cain en la mitigeant. L'introduction, sans rien apprendre aux érudits, 
résume judicieusement des lectures étendues. Ce n'est pas tout. M. P. 
quij je crois bien, est ecclésiastique et qui publie son livre avec auto- 
risation des Supérieurs, y fait preuve d'une sincère impartialité. Trop 



d'histoire et de littérature 321 

souvent ses jeunes confrères se contentent de la tolérance scabreuse 
qui consiste à étaler la connaissance d'ouvrages modernes un peu trop 
profanes; M. P. n'est pas insensible au plaisir de montrer qu'il a lu 
certains récents poètes des Gueux, mais il fait mieux : il défend Jaco- 
pone et toute une partie des spirituels contre une orthodoxie soup- 
çonneuse et maladroite; il va jusqu'à déclarer absolument niaises, ce 
qui est un peu vif, deux pages de Dom Gervaise (p. 23). 

Le volume trouvera des lecteurs dans le monde religieux; car on 
n'avait encore traduit en français que de courts fragments de Jaco- 
pone, dont pourtant Ozanam et M. Gebhart avaient répandu le nom. 
M. Pacheu a eu raison de ne pas tout traduire et aurait même pu limi- 
ter davantage son choix, vu que cette poésie touchante, originale, 
tourne vite à la monotonie. Il aurait dû aussi écrire avec moins de 
rapidité : son vocabulaire, ses métaphores étonnent quelquefois {inu- 
suelles, éminer pour se distinguer, le point rare; un mouvement qui se 
presse sur les lèvres en images, la trace d'un essor) ; mais son livre le 

fait estimer. 

Charles Dejob. 



Hauvette Henri). Boccace : étude biographique et littéraire. In-S» de xii- 
5o7p. Paris, A. Colin, 1914. 

M. H. s'est proposé deux objets importants pour chacun desquels 
il était préparé de longue main : présenter au grand public dans son 
ensemble la vie et l'œuvre de Boccace et discuter les problèmes que 
soulève sa biographie. Or, M. A. a une grande pratique de l'ensei- 
gnement et une plus grande encore de Boccace qu'il a tout d'abord 
étudié jadis et auquel il est revenu avec prédilection : les écrits dont 
la nomenclature remplit ses i3 dernières pages ont été lus, relus par 
lui et discutés pied à pied. Mais les deux objets qu'il avait en vue se 
concilient malaisément parce que les difficultés qu'offre la biographie 
de Boccace sont innombrables. « Les données authentiques sont rares, 
se prêtent à des interprétations incertaines (p. vui)... Nous savons 
avec précision fort peu de chose sur sa vie (p. 176) ». Boccace se met 
fort souvent en scène, mais sous des noms d'emprunt, en un style 
obscur, dans des personnages dont chacun évidemment ne le repré- 
sente qu'en partie et qui ne se ress