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REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 



SEIZIÈME ANNÉE 

il 

(Nouvelle Série. — Tome XIV) 




REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE 

MM. S. GUYARD, L. HAVET, G. MONOD, G. PARIS 



Secrétaire de la Rédaction : M. A. Chuquet 



SEIZIÈME ANNÉE 



DEUXIEME SEMESTRE 



Nouvelle Série. — Tome XIV 




PARIS 
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

LIBRAIRE DE LA SOCIETE ASIATIQUE 
DE L'ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES VIVANTES, ETC. 

28, RUE BONAPARTE, 28 
1882 






\0O~7 



ANNEE 1882 



TABLE DU DEUXIÈME SEMESTRE 



ARTICLES 



TABLE ALPHABÉTIQUE 

art. pages 

Abdallah 'Ibn-ul Mata^, par Loth. (D. Gûnzburg.). ... 187 21 3 
Abel, La « Descriptio tabulae mundi » de Jean de Gaza. 

(P. de Nolhac.) 1 39 33 

Adler et Curtius, Olympie et ses environs. (J. Martha.). . . 206 271 

Alcmène (F) d'Euripide, par Engelmann. (Th. Reinach.). . 201 261 
A lexandrine (la poésie) sous les trois premiers Ptolémées, par 

Couat. (A. Croiset.) 243 441 

Andrieux, Contes en vers, p. p. Ristelhuber 169 1 55 

A raméens (les dialectes), par Socin. (R. Duval.) 1 65 141 

Archives de l'Orient latin, tome I. (A. Molinier.) 167 148 

Aristophane, les Grenouilles, p. p. de Velsen. (A. Martin.). 125 2 

— Les Oiseaux, p. p. Blaydes. (A. Martin.) 207 279 

— Plutus, p. p. de Velsen. (A. Martin.) 207 279 

— son impiété, par Hild. (A. Martin.) 1 3 3 22 

Arndt, Jery et Bâtely, de Gœthe 1 3o 14 

Arnim (d'), Les prologues d'Euripide. (Th. Reinach.) 192 233 

Asse, Correspondance de Galiani. (M. Tourneux.) i63 128 

Banquet (le) de Xénophon, p. p. Rettig. (H. Weil.) 159 121 

Bartholomae, Recherches aryennes. (C. de Harlez.) 261 5oi 

Bartsch, Vies et œuvres des troubadours, de Diez. (P. M.). 2o3 266 
Baschet, Les comédiens italiens à la cour de France (T. 

de L.) 233 384 

Bader, Thémistocle. (R. L.) i32 21 

Baunack, Le nom de Déméter 182 197 

Beauvois, Claude Bouton, seigneur de Corberon. (T. de L.). 238 407 
Bengesco, Bibliographie des œuvres de Voltaire, I. (M. Tour- 
neux.) 23o 367 



VI TABLE DES MATIERES 

art. pages 

Bieling, Le Reinecké Fuchs de Gœthe. (A. C.) 197 243 

Blaydhs, les Oiseaux d'Aristophane. (A. Martin.) 207 279 

Bloomfield, As final devant les sonores en sanscrit. (L. Ha- 

.vet.) 149 61 

Bouché-Leclercq, Histoire de la divination dans l'antiquité. 

(P. Decharme.) 252 481 

Bougerel (le P.), prêtre de l'Oratoire 249 467 

Bourbon (Antoine de) et Jeanne d'Albret, par de Ruble (T. 

de L.). 263 509 

Bouteiller (de) et Hepp, Correspondance adressée au ma- 
gistrat de Strasbourg par ses agents à Metz, 1394-1683. 

(R-) M 5 447 

Bouton, seigneur de Corberon, par Beauvois. (T. de L.). . 2 38 407 

Breucker, La cession de la Poméranie à la Suède. (R.). . . 264 5 11 

Buchner, Ferdinand Freiligrath. (A. Chuquet.) 234 387 

Cafres (recueil de contes), par Theal. (G. P.) 199 246 

Cagnat, Les impôts indirects chez les Romains. (E. Ferni- 

que.) ,. 137 29 

Calderon, sa vie et ses œuvres, par Moguel. (A. Morel-Fa- 

tio.) 1 5 1 67 

Catilina, p. p. Schmalz. (R. Lallier.) 142 41 

Champion, Philosophie de l'histoire de France. 191 220 

Chantelauze, Saint Vincent de Paul et les Gondi. (T. de L.). 239 412 

Chastel, Histoire du christianisme, I et II. (M. N.) 2i5 3o6 

Châtelain, Lexique latin-français. (L. Havet.) 253 482 

Chéruel, Histoire de France sous le ministère de Mazarin, 

I. (T. de L.) 216 3o 9 

Chipiez et Perrot, Histoire de l'art dans l'antiquité. (P. De- 
charme.) 1 56 101 

Christ, Démosthène, édition d'Atticus. (H. W.) 242 424 

Combes, L'entrevue de Bayonne 210 288 

Contes et chansons populaires, collection Em. Leroux. (G. 

P.) 200 25 3 

Costa (de), Mémoires sur Verazzano. (E. Beauvois.) 204 268 

Couat, La poésie alexandrine sous les trois Ptolémées. (A. 

Croiset.) 243 441 

Croisades (Histoire des), par Kugler 145 44 

Curtius (E*), Antiquité et présent. (P. Decharme.) 262 5o5 

CuRTiuset Adler, Olympie et les environs. (J. Martha.). . . 206 277 

Dalton, Jean Laski. (R.) 244 445 

Dalwigk, Le théâtre d'Oldenbourg. (C.) 164 1 35 

Delà Borderie, Œuvres de Des Forges Maillard. (T. de L.). 212 292 
Delahante, Une famille de finance au xvm e siècle. (J. Flam- 

mermont.). '. 179 188 

Déméter (le nom de), par Baunack. ..,.,.,, 182 197 



TABLE DES MATIERES VII 

art. pages 

Démosthène, Edition d'Atticus, p. p. Christ. (H. W.). . . 242 424 
Des Forges Maillard (œuvres de), p. p. De la Borderie et 

Kerviler. (T. de L.) 212 292 

Diez, Vies et œuvres des troubadours, p. p. Bartsch. (P. M.). 2o3 266 

Diodore (les sources de), par Evers. (C. Jullian.) 236 404 

Douais, Sources de l'histoire de l'Inquisition dans le midi 

de la France. (A. Molinier.) 146 46 

Dozon, Contes albanais. (G. P.) 200 253 

Duchesne, Vie de Polycarpe. (Max Bonnet.) 228 36 1 

Duruy (A.), L'instruction publique et la Révolution. (A. 

Gazier.) 2 58 486 

Dusevel, ses œuvres inédites et sa correspondance. (T. de L.). 1 52 76 

Ebner (Marguerite), par Strauch 174 172 

Eichert, Lexique de Justin. (L. Havet.). 143 43 

Engel, Le docteur Faust. (C.) 2i3 295 

Engelmann, l'Alcmène d'Euripide. (Th. Reinach.) 201 261 

Essenisme (F), par Lucius. (M. N.) 232 383 

Euripide, ses prologues, par d'ARNiM. (Th. Reinach.) 192 233 

— Alcmène (1'), par Engelmann (Th. Reinach.) 201 261 

Evers, Les sources de Diodore. (C. Jullian.) 236 404 

Eyssenhardt, Romain et roman. (L. Havet.) 1 38 3i 

Fabre, La jeunesse de Fléchier. (T. de L.) 178 i83 

Faust, de Gœthe, p. p. Schrôer, II. (J.) 181 191 

— fragment, p. p. Seuffert. (C.) 186 204 

— p. p. Engel. (Ç.) 2i3 295 

— sa vie, par Widmann. (C.) 127 8 

Fléchier, sa jeunesse, par Fabre. (T. de L.) 178 i83 

Foerster, Des manuscrits et de l'histoire de la philologie. . 25 1 481 

Freiligrath (Ferdinand), par W. Buchner 234 387 

Funk, Opéra patrum apostolicorum 218 32i 

— Vie de Polycarpe. (M. Bonnet.) 247 463 

Galiani, Correspondance, p. p. Perey et Maugras, p. p. 

Asse. (M.'Tourneux.) i63 128 

Gerson, son origine, son village natal et sa famille, par Ja- 

DART I75 174 

Gierke, Les doctrines de Tétat et la corporation 144 43 

Giraudet, Les origines de l'imprimerie à Tours. (Em. Picot.). 1 55 88 
Godefroy, Dictionnaire de l'ancienne langue française. (A. 

Thomas.) i58 114 

Gœthe, Etudes, par Schoell. (C.) 176 175 

— Faust, p, p. Schrôer, IL (J.) 181 191 

— Faust, fragment, p. p. Seuffert. (C.) 186 204 

— Jery et Bâtely, p. p. Arndt. (C.) 1 i3o 14 

— Reineke Fuchs, par Bieling. (C.) 197 243 

Gothein, Histoire romaine, par Neumann 160 123 



VIII TABLE DES MATIERES 

art. pages 

Grenouilles (les) d'Aristophane, p. p. de Velsen. . '. . . ' . . . 125 2 
Grimm, Correspondance litte'raire, p. p. Tourneux. (T. 

de L.) 25o 470 

Guerrier, M m0 Guyon, sa vie, sa doctrine et son influence. 

(T. de L.) 223 332 

Guyon (M mB ), sa vie, sa doctrine et son influence, par Guer- 
rier. (T. de L.) 223 332 

Haller, sa vie et ses œuvres, par L. Hirzel. (A. Chuquet.). 227 355 

Haller, Histoire de la littérature russe. (L. Léger.) 148 55 

Hauler, Etudes sur Térence. (L. Havet.) 177 181 

Haussonville (d'), Le salon de M me Necker. (M. Tourneux.).. 226 352 
Heerdegen, Recherches relatives à la sémasiologie latine. 

(O. R.) i36 27 

Heinse, sa vie et ses œuvres, par Schober. (A. Chuquet.). .140 34 
Hepp et de Bouteiller, Correspondance adressée au magis- 
trat de Strasbourg par ses agents à Metz, 1 594-1683. (R.). 245 447 

Hermann (1'), de Wieland, p. p. Muncker. (A. C.) 189 219 

Héron de Villefosse et Thédenat, Cachets d'oculistes ro- 
mains. (R. Cagnat) 194 238 

Htld, L'impiété d'Aristophane. (A. Martin.) 1 33 22 

Hirzel, Albert de Haller. (A. Chuquet.) 227 355 

Hitzigrath, Les écrits sur la paix de Prague en 1 635 . (R.). 229 366 
Hoernle, Grammaire comparée des idiomes aryens moder- 
nes de l'Inde. (Barth.) i53 81 

Hovelacque, Les races humaines. (H. Gaidoz.) 246 461 

Hultsch, L'Heraion de Samos et l'Artemision d'Ephèse. (J. 

Martha.) 188 217 

Inquisition (Y) dans le midi de la France, sources de son 

histoire, par Douais. (A. Molinier.) 146 46 

Isocrate, Le manuscrit Urbinas, par A. Martin. (A. Jacob.). 193 236 

Jadart, Jean de Gerson • 175 174 

Jagic, Textes de langue slavonne. (L. Léger.) 126 7 

Janssen, Frédéric Stolberg. (C.) 170 i55 

Jean de Ga\a, sa « Descriptio tabulae mundi » 139 33 

Jery et Bàtely, de Gœthe « i3o 14 

Jonas, Christian Gottfried Koerner. (A. Chuquet.) 217 3 12 

Joshué le Stylite, sa chronique, p. p. Wright. (R. Duval.). 235 401 

Jûlg, Vie de Séjan. (R. L.) 134 24 

Juste, L'élection de Léopold 1 190 220 

Justin (lexique de), par Eichert. (L. Havet.) 143 43 

Kalb (Charlotte de), ses lettres à Jean Paul Richter, par 

Nerrlich. (C.) 205 271 

Keller (Ad. de), Vie de Faust, par Widmann 127 8 

Kerviler, Œuvres de Des Forges Maillard. (T. de L.). ... 212 292 

Klinger, dans la période d'orage 129 n 



TABLE DES MATIERES IX 

art. pages 

Kluge, Dictionnaire étymologique de la langue allemande. 

(J. Kirste.) 161 125 

Koerner (Christian Gottfried), par Jonas. (A. Chuquet.) ... 217 3 12 

Kugler, Histoire des Croisades 145 44 

La Bruyère, notice, par Servois. (T. de L.) 211 289 

Lafon (Mary), Histoire littéraire du midi de la France. (P. 

M.) 195 239 

— Exploit de M. Mary Lafon 429 

Lair, La Vallière et la jeunesse de Louis XIV. (T. de L.). . 147 5o 

Laski (Jean), par Dalton. (R.) 244 445 

Léger (L.), Contes populaires slaves. (G. P.) 200 253 

— Lettre à M. G. Paris 3/3 

Legrand, Contes populaires grecs. (G. P.) 200 253 

Leouzon-le-Duc, Correspondance diplomatique du baron de 

Staèl-Holstein. (A. S.) i3i i5 

Lessing, Emilia Galotti, par Werner. (C.) 180 191 

Lexique latin-français, par Châtelain. (L. Havet.) 253 482 

Lionne et la paix des Pyrénées, par Valfrey. (A. Gazier.). . 265 5i2 

Lodge, Histoire des colonies anglaises d'Amérique. (Ch. B.). 198 244 

Loi indoue (la), par Nelson et Mayne. (Barth.) 172 161 

Lossen, La guerre de Cologne, I. (R.) 237 405 

Loth, Abdallah Ibn-ul-Mutazz. (D. Gûnzburg.) 187 21 3 

Loth, Essai sur le verbe néo-celtique. (H. d'Arbois de Ju- 

bainville.) 224 341 

Louis de Bavière et sa lutte avec la curie romaine. (R.). . . 243 427 

Lucius, L'essenisme. (M. N.). . 232 383 

Machiavel et son temps, par Villari. (C. Paoli.) 225 345 

Madvig, La constitution romaine. (C. Jullian.) 157 108 

— trad. par Ch. Morel. (C. Jullian.) 220 322 

— Lettre de M. Morel 432 

Mangold, Histoire et critique du Tartufe. (C.) 196 241 

Martin (Alb.), Le manuscrit d'Isocrate Urbinas. (A. Jacob.). 193 236 
Maugras et Perey, Correspondance de Galiani. (M. Tour- 

neux.) i63 128 

Mayne, La loi Indoue. (Barth.) 172 161 

Ma^arin, Histoire de France sous son ministère, I, par Ché- 

ruel. (T. de L.) 216 309 

Meyer (W.), Le ludus de Antichristo et la poésie latine 

rythmique. (G. P.) 184 200 

Miranda, Richard de Cornouailles et Aix-la-Chapelle. (R.). 254 482 
Mispoulet, Les institutions politiques des Romains, I. (C. 

Jullian.) 214 3oi 

MoGUEL,La vie et les œuvres de Calderon. (A. Morel-Fatio.). 1 5 1 67 
Morel (Ch.), trad. de « La constitution romaine » de Mad- 
vig. (C. Jullian.) 220 322 



X TABLE DES MATIERES 

art. ' pages 

— Lettre de M. Ch. Morel 432 

Mùller (C), Lutte de Louis de Bavière avec la curie ro- 
maine. (R.) 243 427 

Mûller (Sophus), L'ornementation dans le Nord. (E. Beau- 

vois.) i83 198 

Muncker, L'Hermann de Wieland. (A. C.) 189 219 

Necker (M me ), son salon, par d'HAUssoNviLLE. (M. Tour- 

neux.) 226 352 

Nelson, La loi indoue. (Barth.) 172 161 

Nerrlich, Lettres de Charlotte de Kalb à J. P. Richter. (A. 

C.) 2o5 271 

Neumann, Histoire romaine de Scipion Emilien à Sylla. (C. 

Jullian) 160 123 

Nonius, Collation du ms. Harleianus, p. p. Onions. (L. 

Havet.) 1 35 25 

Oculistes romains (cachets d') 194 238 

Oiseaux (les) d'Aristophane, p. p. Blaydes. (A. Martin.). . 207 279 

Oldenbourg, Le pays et les gens, par Strackerjan. (C). . . 164 1 35 

— Le théâtre, par Dalwigk. (C). . . . 164 1 35 

Olympie et ses environs, par Curtius et Adler. (J. Mai tha.). 206 277 
Onions, Collation de l'Harleianus, ms. de Nonius. (L. Ha- 
vet.) : i35 25 

Overbeck, De l'histoire du Canon. (M. N.) 219 32i 

Pajol, Les guerres sous Louis XV. (A. C.) 168 /53 

Papauté (la) au moyen-âge, par Rocquain. (P. Viollet.). . . i5o 64 
Perey et Maugras, Correspondance de Galiani. (M. Tour- 

neux.) ' . i63 128 

Perrot et Chipiez, Histoire de l'art dans l'antiquité, I. (P. 

Decharme.) 1 56 10 1 

Person (L.), Histoire du véritable Saint-Genest de Rotrou. 

(A. Morel- Fatio.) 1 85 201 

— Notes critiques et bibliographiques sur Rotrou. (Ch. 
Marty-Laveaux.) 128 9 

Pierling, La mission de Possevino en Russie. (L. Léger.) . 2D7 485 

Pirenne, Sedulius de Liège. (L. Havet.) 154 86 

Plutus (le) d'Aristophane, p. p. de Velsen. (A. Martin.). . . 207 279 

Polycarpe (vie de), p. p. Duchesne. (Max Bonnet.) 228 36i 

— p. p. Funk. (Max Bonnet) 247 463 

Possevino en Russie, par le P. Pierling. (L. Léger.) 257 485 

Pouy, Etude sur les œuvres inédites et la correspondance de 

Dusevel. (T. de L.) 102 76 

Puymatgre (de), Romanceiro, choix de vieux chants portu- 
gais. (G. P.) 200 253 

Reineke Fuchs (le), de Gœthe, par Bieling. (A. C.) 197 243 

Rettig, Le Banquet de Xénophon. (H. Weil.) 159 121 



TABLE DES MATIERES XI 

art. pages 

Révolution (la) et l'instruction publique 258 486 

Ribbeck, F. W. Ritschl, II 260 494 

Rieger, Klinger dans la période d'orage. (A. Chuquet.). . . 129 11 
Rieu, Catalogue des manuscrits persans du British Muséum , 

II. (E. Fagnan.) 241 421 

Ring, Etudes de vieux latin. (L. Havet.) 208 282 

Ristelhuber, Les contes en vers d'Andrieux. (W.) 169 i55 

Ritschl, par Ribbeck, II 260 494 

Rivière, Contes populaires de la Kabylie. (G. P.) 200 253 

Rochas d'Aiglun (de), L'artillerie chez les anciens. (L. Ha- 
vet.) 123 1 

Rocquain, La papauté au moyen âge. (P. Viollet.) i5o 64 

Roget, Histoire du peuple de Genève, VI. (R.) 255 483 

Ronchaud (de), Théâtre choisi de Rotrou. (A. C.) 162 126 

Rotrou, Notes critiques et bibliographiques, par L. Person. 

(Ch. Marty-Laveaux.) 128 9 

— Saint-Genest, par L. Person. (A. Morel-Fatio.) i85 201 

— Théâtre choisi, par de Ronchaud. (A. C.) 162 126 

Ruble (de), Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret. (T. de 

L.) 263 509 

Ruelens, Le peintre Adrien de Vries. (T. de L.) 248 464 

Saint-Genest (le) de Rotrou, par L. Person. (A. Morel- 
Fatio.) i85 201 

Salluste, Catilina, p. p. Schmalz. (R. Lallier.) 142 41 

Sanders, Dictionnaire complémentaire de la langue alle- 
mande. (A. Bauer.)- . • ' 240 415 

Scaliger, Lettres françaises, p. p. Tamizey de Larroque 

(P. de Nolhac.) 222 328 

Schaefer, Sources de l'histoire romaine. (C. Jullian.) 173 169 

— Sources de l'histoire grecque. (A. Martin.) 202 265 

Scherer (W.), Histoire de la littérature allemande. (A. Bos- 

sert.) 259 492 

Schmalz, Catilina, de Salluste. (R. Lallier.) 142 41 

Schober, Heinse, sa vie et ses œuvres. (A. Chuquet.) 140 34 

Schoell, Etudes surGœthe. (C.) ; 176 175 

Schroer, Le Faust de Goethe, II. (J.) 181 191 

Schulze (E.), La poésie grecque, esquisses. (J. Nicole.). ... 124 2 

Sedulius, de Liège, par Pirenne. (L. Havet.) 154 86 

Séjan (vie de), par Jûlg. (R. L.) 134 24 

Servois, Notice biographique sur La Bruyère. (T. de L.). . 211 289 

Simson, Napoléon III et l'Allemagne 171 1 56 

Socin, Les dialectes araméensd'Ourmiaà Mossoul. (R. Du- 

val.) ï 65 141 

Staël-Holstein (Correspondance du baron de) i3i i5 

Sto Iberg (Frédéric), par Janssen. (C.) 170 1 55 



XII TABLE DES MATIERES 

art. pages 

Storm, Philologie anglaise. (G. J.) 209 284 

— Lettre de M. Storm 449 

Strackerjan, Le pays et les gens d'Oldenbourg. (C.) 164 1 35 

Strauch, Marguerite Ebner et Henri de Nordlingen 174 172 

Tamizey de Larroque, Lettres françaises de Scaliger. (P. de 

Nolhac.) 222 328 

Tartufe, son histoire et sa critique, par Mangold. (C). • • • 196 241 

Térence, Etudes, par Hauler. (L. Havet.) 177 181 

Theax, Recueil de contes cafres. (G. P.) 199 246 

Thédenat et Héron de Villefosse, Cachets d'oculistes ro- 
mains. (R. Cagnat.) 194 238 

Thémistocle, par Bauer. (R. L.) i32 21 

Tourneux, Correspondance littéraire de Grimm. (T. de L.). 25o 470 

Tours (l'imprimerie à) 1 55 88 

Valfrey, Lionne et la paix des Pyrénées. (A. Gazier.). . . . 265 5i2 
Vallière (la) et la jeunesse de Louis XIV, par Lair. (T. de 

L.) 147 5o 

Vauchez, Esquisses d'histoire suisse. (Ed. Favre.) 256 484 

Velsen (de), Les Grenouilles d'Aristophane. (A. Martin.). . . 125 2 

— Plutus, d'Aristophane. (A. Martin.) 207 279 

Veratfano (mémoires sur), par de Costa 204 268 

Villari, Machiavel et son temps. (C. Paoli.) 225 345 

Vincent de Paul et les Gondi, par Chantelauze. (T. de L.). 239 41 2 

Vivo (de), Grammaire de la langue russe. (E. Léger.). .... 141 36 
Voltaire, Bibliographie de ses œuvres, par Bengesco, I. 

(M. Tourneux.) 23o 367 

Vries (Adrien de), par Rubens. (T. de L.) 248 464 

Warren, Manuscrits de Térence collationnés par Bentley. . 166 147 

Werner, l'Emilia Galotti de Lessing. (C.) 180 191 

Widmann, Vie de Faust 127 8 

Wieland, Hermann, p. p. Muncker. (A. C.) 189 219 

Wille, Philippe de Hesse et Ulric de Wurtemberg. (R.). . 221 326 

Windisch, L'influence grecque sur le théâtre hindou. (Barth.). 23i 38i 

Wright, La Chronique de Joshué le Stylite. (R. Duval.). . . 235 401 

Xénophon, Le Banquet, p. p. Rettig. (H. Weil.) 159 121 



TABLE PAR ORDRE DE MATIERES 



Langues et littératures orientales. 

Bartholomae, Recherches aryennes. (C. de Harlez.) 261 5oi 

Hoernle, Grammaire comparée des idiomes aryens moder- 
nes de l'Inde. (Barth.) i53 81 



TABLE DES MATIERES XIII 

art. pages 

Loth, Abdallah Ibn-ul-Mutazz. (D. Gûnzburg.) 187 2i3 

Mayne, La loi indoue. (Barth.) 172 161 

Nelson, La loi indoue. (Barth.) 172 161 

Rieu, Catalogue des manuscrits persans du British Muséum, 

II. (E. Fagnan.) 241 421 

Socin, Les dialectes araméens d'Ourmia à Mossoul. (R. Du- 

val.) i65 141 

Windisch, L'influence grecque sur le théâtre hindou. (Barth.). 23i 38i 

Wright, La Chronique de Joshué le Stylite. (R. Duval.). . . 235 401 



Histoire de l'Eglise et théologie. 

Chastel, Histoire du christianisme, I et II. (M. N.) 21 5 3o6 

Duchesne, Vie de Polycarpe. (Max Bonnet.) 228 36 1 

Funk, Opéra patrum apostolicorum 218 32 1 

— Vie de Polycarpe. (Max Bonnet.) 247 463 

Lucius, L'Essenisme. (M. N.) 232 383 

Overbeck, De l'histoire du Canon. (M. N.) 219 32 1 



Archéologie et beaux-arts. 

Curtius (E.), Antiquité et présent. (P. Decharme.) 262 5o5 

Curtius et Adler, Olympieet ses environs. (J. Martha.). . . 206 277 

Héron de Villefosse et Thédenat, Cachets d'oculistes ro- 
mains. (R. Cagnat.) 194 238 

Hultsch, L'Heraion de Samos et l'Artemision d'Ephèse. (J. 
Martha.) 188 217 

Mûller (Sophus), L'ornementation dans le Nord. (E. Beau- 
vois.) i83 198 

Perrot et Chipiez, Histoire de Fart dans l'antiquité, I. (P. 
Decharme.) 1 56 101 

Ruelens, Le peintre Adrien de Vries, (T. de L.) 248 464 



Ethnologie. 
Hovelacque, Les races humaines. (H. Gaidoz.) 246 461 

Grammaire comparée. 

Bloomfield, As final devant les sonores en sanscrit. (L. Ha- 
vet.) 149 61 



XIV TABLE DES MATIERES 

art. pages 



Littérature et philologie grecques. 

Abel, La « descriptio tabulae mundi » de Jean de Gaza. (P. 

de Nolhac.) r3g 33 

Aristophane, Grenouilles, p. p. de Velsen. (A. Martin.). . . 125 2 

— Plutus, p. p. de Velsen. (A. Martin.) 207 279 

— les Qiseaux, p. p. Blaydes. (A. Martin.) 207 279 

Arnim (d')> Les prologues d'Euripide. (Th. Reinach.) 192 233 

Baunack, Le nom de Déméter 182 197 

Bouché -Leclercq, Histoire de la divination dans l'antiquité. 

(P. Decharme.) 252 481 

Christ, Démosthène, édition d'Atticus. (H. W.) 242 424 

Couat, La poésie alexandrine sous les trois premiers Ptolé- 

mées. (A. Croiset.) 243 441 

Engelmann, l'Alcmène d'Euripide. (Th. Reinach.) 201 261 

Hild, L'impiété d'Aristophane. (A. Martin.) 1 33 22 

Martin (Alb.), Le manuscrit d'IsocrateUrbinas. (A. Jacob.). 193 236 

Schulze (E.), La poésie grecque, esquisses. (J. Nicole.). ... 124 2 

Xénophon, Le banquet, p. p. Rettig. (H. Weil.). ....... 159 121 



Littérature et philologie latines. 

Châtelain, Lexique latin-français. (L. Havet.) 253 482 

Eichert, Lexique de Justin. (L. Havet.) 143 43 

Foerster, Des manuscrits et de l'histoire de la philologie. . . 25 1 481 

Hauler, Etudes sur Térence. (L. Havet.) 177 181 

Heerdegen, Recherches relatives à la sémasiologie latine. 

(O. R.) ■'. i36 27 

Meyer (W.), Le ludus de Antichristo et la poésie latine 

rythmique. (G. P.) 184 200 

Onions, Collation de l'Harleianus, ms. de Nonins. (L. Ha- 
vet.). i35 25 

Pirenne, Sedulius de Liège. (L. Havet.) . 154 86 

Ribbeck, F. W. Ritschl, II 260 494 

Ring, Etudes de vieux latin. (L. Havet.) 208 282 

Salluste, Catilina, p. p. Schmalz. (R. Lallier.) 142 41 

Warren, Manuscrits de Térence collationnés par Bentley. . 166 147 



Histoire ancienne (grecque et romaine). 
Bauer, Thémistocle. (R. L.) i32 25 



TABLK DES MATIERES XV 

art. pages 

Cagnat, Les impôts indirects chez les Romains. (£. Ferni- 

que.) 1 37 29 

Evers, Les sources de Diodore. (C. Jullian.) 236 404 

Jûlg, Vie de Séjan. (R. L.) 134 24 

Madvig, La constitution romaine. (C. Jullian.) 157 108 

— trad. par Ch. Morel. (C. Jullian.) 220 322 

— Lettre de M. Morel 432 

Mispoulet, Les institutions politiques des Romains. I. (C. 

Jullian.) 214 3oi 

Neumann, Histoire romaine de Scipion Emilien à Sylla. (C. 

Jullian.) 160 123 

Rochas d'Aiglun (de), L'artillerie chez les anciens. (L. Ha- 

vet.) 123 i 

Schaefer, Sources de l'histoire romaine. (C. Jullian.) 173 169 

— Sources de l'histoire grecque. (A. Martin.) 202 265 



Histoire du moyen âge. 

Archives de l'Orient latin, tome I. (A. Molinier.) 167 148 

Douais, Sources de l'histoire de l'Inquisition dans le midi de 

la France. (A. Molinier.) , 146 46 

Gierke, Les doctrines de l'état et la corporation. . , 144 43 

Jadart, Jean de Gerson 175 174 

Kugler, Histoire des Croisades 145 44 

RocQUAiN, La papauté au moyen âge. (P. Yiollet.) i5o 64 



Histoire modems. 

Beauvois, Claude Bouton, seigneur de Corberon. (T. de L.). 238 407 
BouTEiLi.ER (de) et Hepp, Correspondance adressée au magis- 
trat de Strasbourg par ses agents à Metz, 1 594-1683. (R.). 245 447 
Breucker, La cession de la Poméranie à la Suède. (R). . . . 264 5i 1 

Champion, Philosophie de l'histoire de France 191 220 

Chantelauze, Vincent de Paul et les Gondi. (T. de L.). . . . 239 412 
Chéruel, Histoire de France sous le ministère de Mazarin, 

I. (T. de L.) 216 309 

Combes, L'entrevue de Bayonne 210 288 

Cota (de), Mémoires sur Verazzano. (E. Beauvois ) 204 268 

Dalton, Jean Laski. (R.) 244 445 

Delahante, Une famille de finance au xvnr 3 siècle. (J. Flam- 

mermont.) 179 188 

Duruy (A.), L'instruction publique et la Révolution. (A. 

Gazier.) , 258 486 



XVI TABLE DES MATIERES 

art. pages 

Hitzigrath, Les écrits sur la paix de Prague en i635. (R.). 229 366 

Juste, L'élection de Léopold 1 190 220 

Lair, La Vallière et la jeunesse de Louis XIV. (T. de L.). . 147 5o 
Léouzon-le-Duc, Correspondance diplomatique du baron 

de Staël-Holstein. (A. S.) i3i i5 

Lodge, Histoire des colonies anglaises d'Amérique. (Ch. B.). 198 244 

Lossen, La guerre de Cologne, I. (R.) 237 405 

Miranda, Richard de Cornouailles et Aix-la-Chapelle. (R.). . 254 482 
Mûller (C), Lutte de Louis de Bavière avec la curie ro- 
maine. (R.) 243 427 

Pajol, Les guerres sous Louis XV. (A. C.) 168 1 53 

Pierling, La mission de Possevino en Russie. (L. Léger.). 257 485 

Roget, Histoire du peuple de Genève, VI. (R.) 255 483 

Simson, Napoléon III et l'Allemagne , 171 1 56 

Valfrey, Lionne et la paix des Pyrénées. (A. Gazier.) 265 5 12 

Vauchez, Esquisses d'histoire suisse. (Ed. Favre.) 256 484 

Villari, Machiavel et son temps. (C. Paoli.) 225 345 

Wille, Philippe de Hesse et Ulric de Wurtemberg. (R.). . . 221 326 



Littérature française (moyen âge). 

Diez, Vies et œuvres des troubadours, p.p. Bartsch. (P. M.). 2o3 266 

Eyssenhardt, Romain et roman. (L. Havet.) 1 38 3i 

Godefroy, Dictionnaire de l'ancienne langue française. (A. 

Thomas.) 1 58 114 

Lafon (Mary), Histoire littéraire du midi de la France. (P. 

M.) 195 239 

— Exploit de M. Mary Lafon 429 



Littérature française (temps modernes). 

Andrieux, contes envers, p. p. Ristelhuber. (W.) 169 1 5 5 

Baschet, Les comédiens italiens à la cour de France. (T. de 

L.) 233 384 

Bouger el (le P.), prêtre de l'Oratoire 249 467 

Des Forges Maillard (œuvres de), p. p. de la Borderie et 

Kerviler. (T. de L.) 212 292 

Fabre, La naissance de Fléchier. (T. de L.) 178 i83 

Galiani, Correspondance, p. p. Perey et Maugras, p. p. 

Asse. (M. Tourneux.) i63 128 

Guerrier, M m0 Guyon, sa vie, sa doctrine et son influence. 

(T. de L.) 223 332 

Haussonville (d'), Le salon de M me Necker. (M. Tourneux.). 226 352 



TABLE DES MATIKRES XVII 

art. pages 

Mangold, Histoire et critique du Tartufe. (C.) 194 241 

Person (L.), Notes critiques et biographiques sur Rotrou. 

(Ch. Marty-Laveaux.) 128 9 

— Le Saint-Genest de Rotrou. (A. Morel-Fatio.) i85 201 

Pouy, Etude sur les œuvres inédites et la correspondance de 

Dusevel. (T. de L.). i52 76 

Ronchaud (de), Théâtre choisi de Rotrou. (A. C.) 162 126 

Ruble (de), Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret. (T. de 

L.) 263 509 

Servois, Notice sur La Bruyère. (T. de L.) 211 289 

Tamizey de Larroque, Lettres françaises de Scaliger. (P. de 

Nolhac.) 222 328 

Tourneux, Correspondance littéraire de Grimm. (T. de L.). 25o 470 



Langues et littératures germaniques. 

Buchner, Ferdinand Freiligrath. (A. Chuquet.) 234 387 

Èngel, Le docteur Faust. (C.) , 2i3 295 

Gœthe, Jery et Bâtely, p. p. Arndt. (C.) i3o 14 

— Faust, p. p. Schroer, II. (J.) 181 191 

— Faust, fragment, p. p. Seuffert. (C.) 186 204 

— Reineke Fuchs, par Bieling. (G.) 197 243 

Hirzel, Albert de Haller. (A. Chuquet.) 227 355 

Janssen, Frédéric Stolberg. (C.) 170 1 55 

Jonas, Christian Gottfried Koerner. (A. Chuquet.) . 217 3 12 

Kluge, Dictionnaire étymologique de la langue allemande. 

(J. Kirste.) 161 125 

Nerrlich, Lettres de Charlotte de Kalb à J. P. Ricbter. (A. 

C.) 2o5 271 

Oldenbourg, le pays et les gens, par Strackerjan 164 1 35 

— le théâtre, par Dalwigk 164 1 35 

Rieger, Klinger dans dans la période d'orage. (A. Chuquet.). 129 11 
Sanders, Dictionnaire complémentaire de la langue alle- 
mande. (A. Bauer.) 240 41 5 

Scherer (W.), Histoire de la littérature allemande. (A. Bos- 

sert.) , 259 492 

Schober, Heinse, sa vie et ses œuvres. (A. Chuquet.).' .... 140 34 

Schoell, Etudes sur Gœthe. (C.) 176 175 

Storm, Philologie anglaise. (C. J.) 209 214 

— Lettre de M. Storm 449 

Strauch, Marguerite Ebner et Henri de Nordlingen 174 172 

Werner, l'Emilia Galotti de Lessing. (C.) 180 191 

Widmann, Vie de Faust, p. p. Ad. de Keller. (A. C.) 127 8 

Wieland, Hermann. p. p. Muncker. (A. C.) 189 219 



XVIII TABLE DES MATIERES 

art. pages 



Langues et littératures celtiques. 

Loth, Essai sur le verbe néo-celtique. (H. d'Arbois de Ju- 
bainville.). . . 224 341 



Langues et littératures méridionales. 

Moguel, La vie etlesœuvresdeCalderon.(A. Morel-Fatio.). 1 5 1 67 

Langues et littératures slaves. 

Haller, Histoire de la littérature russe. (L. Léger.) 148 55 

Jagic, Textes de langue slavonne. (L. Léger.) 126 7 

Vivo (de), Grammaire de la langue russe. (L. Léger.). ... 141 36 

Bibliographie. 

Bengesco, Bibliographie des œuvres de Voltaire, I. (M. Tour- 

neux.) 23o 367 

Giraudet, Les origines de l'imprimerie à Tours. (Em. Picot.). 1 5 5 88 

Folklore. 

Dozon, Contes albanais. (G. P.) 200 253 

Léger (L.), Contes populaires slaves. (G. P.) 200 25 3 

Legrand, Contes populaires grecs. (G. P.) 200 253 

Puymaigre (de), Romanceiro, choix de vieux chants portu- 
gais. (G. P.) 200 253 

Rivière, Contes populaires de la Kabylie. (G. P.) 200 253 

Theal, Recueil de contes cafres. (G. P.) 199 246 



TABLE DES MATIERES XIX 

pages 



Variétés 

Gaidoz, Bibliographie créole, note supplémentaire 453 

Gazier, L'histoire de France du P. Loriquet 206 

Gûnzburg, L'itinéraire de Théodosius 221 

Guyard, Le mot assyrien « tamkâru » 56 

Revue de l'Extrême-Orient, I. (G.) 16 

Tamizey de Larroque, Date de la naissance de Fléchier 296 



Correspondances . 

Exploit de M. Mary Lafon 449 

Lettre de M. Léger à M . G. Paris 3y3 

Lettre de M. Ch. Morel ..** 4 32 

Lettre de M. Storm 449 



Chronique. 

Annuaire théologique 196 

Archives pour l'étude des traditions populaires, p. p. Pitre 

et Marino 211 

Archives pour l'histoire littéraire, III 207 

Bastin, Morceaux de lecture 3 18 

Béer, Papiers de Tegethoff 459 

Behaghel, Sur la jeunesse des gymnases 275 

Bello, le poète de la Colombie 299 

Bernays, Le contingent de Francfort sous le premier empire. 5 1 8 

Bernus, Notice bibliographique sur Richard Simon 419 

Bersot, Un moraliste, études et pensées 337 

Boucher, Tableau de la littérature anglaise. 18 

Bulletin de correspondance africaine 247 

Burnell, not. nécrol 397 

Chapelain, Les douze derniers chants de la Pucelle, p. p. 

Herluison 45 5 

Charvériat, Urbain VIII et la guerre de Trente Ans 359 

Clermont-Ganneau, Rapports sur une mission en Phénicie 

et en Palestine 5 1 5 

Collection Léopold Cerf. 17 

Commission historique, réunion du 29 septembre au 2 oc- 
tobre, à Munich , . . 378 

Communications des archives de la guerre, d'Autriche 25 1 



XX TABLE DES MATIERES 

pages 

Concord et son école de philosophie 211 

Congrès anthropologique de Francfort sur le Main 249 

Congrès des Orientalistes, vol. de Mémoires q6 

Congrès des philologues allemands, à Carlsruhe 25 1 ,395,458 

Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, VIII e fas- 
cicule 337 

Ebert (Egon), not. nécrol 5 18 

Ecole d'Athènes et de Rome, Rapport de M. Perrot 177 

Ecole du Louvre (V) 495 

Ecole française d'Athènes (!') et le mémoire de première 

année 495 

El Z' Dam, Geronimo le martyr du Fort des Vingt-quatre 

heures, ; , . . 228 

Enseignement [!') secondaire des jeunes filles, Revue men- 
suelle 338 

Etat-major allemand (Y) et ses monographies de détail sur 

l'histoire de la guerre 498 

Eugène (prince) de Savoie, ses campagnes, VIII e vol 208 

Examens de sortie des gymnases prussiens 98 

Gamucci, Pourquoi les Grecs n'ont pas fait de progrès en 

harmonie 229 

Garnier (F.), de Paris au Tibet 226 

Gatteyrias, l'Arménie et les Arméniens 376 

Gemaehling, Le combat du cap Ortegal 226 

Grammont (de), Relation des préparatifs faits pour surpren- 
dre Alger, par Conestaggio 497 

Griswold, Table des matières de la « Deutsche Rundschau ». 317 

Hérelle, Correspondance de Dom Thierry de Viaixnes.. . . 194 

Hervé- Bazin, Mémoires et récits de François Bazin 96 

Herzog, not. nécrol 395 

Israël, Recueil d'écrits pédagogiques des xvi e et xvir° siècles. 459 

Jametel, L'encre de Chine 375 

Journal de la province de Posen 180 

Juste, Souvenirs du baron Nothomb , 397 

Keller (Ad de), Le « litterarischer Verein » de Stuttgart. . 118 

Kervyn de Lettenhove, Charles IX et le Tasse. 298 

Kinkel (G.) , not. nécrol 5 1 6 

Labbé, Etudes de pédagogie morale 497 

Lamy, Hymnes et sermons de saint Ephrem 38 

Lanciani, Fragment d'une lettre sur les fouilles du Forum. . 519 

Laveleye (de), Eléments d'économie politique 376 

Loiseleur, Trois énigmes historiques ,...,. 375 

Lund, Histoire du Danemark et delà Norvège, 1559- 1596 . 1 38 
Macaulay, Essais d'histoire et de littérature, trad. p. G. 

Guizot 79 



TABLE DES MATIERES XX! 

pages 

Martinov, Un manuscrit slavon de la Bibliothèque de Gand. 418 
Mémoires et documents, tome XXXVI, de la Société d'his- 
toire de la Suisse romande 419 

Milliet, Morceaux choisis de Mirabeau 94 

Moreira da Sa, Morceaux choisis à l'usage des écoles du 

Portugal j 9 

Muller (W.), Histoire de l'Europe de 1 871 à 188 1 459 

Muntz, Les arts à la cour des papes, III 157 

Person (L.), Histoire du Venceslas de Rotrou i5g 

Piot, Le testament d'Egmont 1 3j 

Programme du Congrès de la Sorbonne en i883 274 

Queux de Saint-Hilaire, Les fables d'Esope trad. par Cor- 

rozet 272 

Revue historique du Béarn et de la Navarre. 5y 

Riemann, Les mètres lyriques d'Horace 375 

Rooses, Nouveau livre d'esquisses i38 

Rostand et Benoist, Traduction et édition de Catulle 455 

Scherer (Edm.), Etudes sur la littérature contemporaine, VI. 37 

Schliemann, Lettre sur ses fouilles à Troie 195 

Schlumberger (G.), I er vol. des Œuvres d'Adr. de Longpé- 

rier 514 

Schmidt (Ch.), Histoire de l'imprimerie à Strasbourg 58 

Société des anciens textes écossais 5 1 6 

Société historique, Cercle Saint-Simon 78, 457 

Sorel, Essais de critique et d'histoire 456 

Tamizey de Larroque, Entrée de Charles IX à Bordeaux. . , 1 59 

— Lettres inédites de Saumaise 3 1 6 

— Oraison funèbre de Gassendi, par Nie. Taxil. 359 

Tardif (Jules), not. nécrol , 479 

Vandenpeereboom, Jansenius 298 

Vapereau, Supplément au Dictionnaire universel des con- 
temporains 497 

Vinson, Les Basques et le pays basque 338 

Viçir de Lankuran (le), p. p. Magard et Le Strange 517 

Wijnne, Négociation du comte d'Avaux, L 435 



Comptes-rendus des séances des sociétés savantes. 

Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. 

Séances des 23 et 40 juin, 7, 12, 21 et 28 juillet, 4, n, 18 et 25 août, 

1, 8, i5, 22 et 29 septembre, 6, i3, 20 et 27 octobre, 3, 10, 17 et 24 

novembre, 1, 8 et i5 décembre 1882. 
Comptes-rendus de M. Julien Havet. 



XXIf TABLE DES MATIERES 

Pages 20, 3g, bg, 80, 100, 120, 140, 23o, 2.52, 276, 3oo, 319, 33g, 36o, 
378, 399, 419, 435, 460, 480, 519. 

Société nationale des antiquaires de France. 

Séances des 14 et 21 juin, 5, 12 et 19 juillet, 6 septembre, 4 et 18 octo- 
bre, 8, i5 et 22 novembre, 6 décembre 1882. 
Pages 19, 59, 79, 99, 139, 25i, 339, 4 20 > 5°°> 520. 

Société asiatique. 

Séances des 10 novembre et 10 décembre. 

Pages 440 et 5 00. 



PÉRIODIQUES 



ANALYSES SUR LA COUVERTURE 



Allemands 

Archiv jiïr slawische Philologie, tome VI, n 8 et me livr. . . N°* 27, 5o 
Deutsche Literatur\eitung, n os 23-48, 10 juin-2 décembre 

1882 28, 29, 3o, 

33, 34, 35, 36, 37, 38, 40, 44, 46, 47, 48, 49, 5o, 5i 

Deutsche Rundschau, juillet-novembre 1882 3r, 36, 41, 

42, 5i 
Gottingische gelehrte An\eigen, n os 22-49, 3i mai-6 dé- 
cembre 1882 27,29,31, 

33, 34, 37, 40, 41» 46, 5r, 52 
Literarisches Centralblatt, n os 24-48, 10 juin-25 novembre 

1882. .' 27, 29, 3o, 

3 1, 33, 35, 36, 37, 39, 40, 43, 45, 46, 47, 48, 49, 5o, 5r, 52 
Philologische Rundschau, n° s 24-37, 10 juin-9 septembre 

1882 1 27, 28, 3r, 

32, 35, 36, 43, 45, 46, 5o, 5i 
Philologische Wochenschrift, n° 20-42, 20 mai-2'1 octobre 

1882 27, 28, 29, 

3o, 3i, 32, 35, 45, 47, 48, 49 
Theologische Liieratur^eitung, n 03 12-24, l 7 juin-2 dé- 
cembre 1882 28,32,33, 

34, 36, 41, 42, 44, 45, 5o, 5i, 52 
Zeitschriftfilr deutsches Alterthum und Literatur, 1882, 

I, II, Illfasc > 38, 39 



TABLlï DES MATIERES XXIII 



Anglais 

The Academy, n os 527-552, 10 juin 2-décembre 1882. ... 27, 29, 32, 

34, 35, 36, 38, 42, 43, 44, 45, 46, 47, 48, 49, 5o, 5i, 52 
The Athenaeum, n os 2850-2875, 10 juin-2 décembre 1882. 27, 33, 34, 

35, 36, 38, 39, 41, 42, 43, 44, 46, 47, 48, 49, 5o, 5i, 52 



Belges 

Âthenaeum belge, n ,s u-23, 1 juin-i décembre 1882 28, 32, 36, 

37, 39, 41, 44,46, 47, 5o, 5i 
Revue de l'instruction publique (supérieure et moyenne), 
tome XXV, III, IV, V .'. 3i, 3 9 ,5i 



Danois 
Vor Ungdom, i er , 2 e , 3 e , 4 e , 5 e fasc 41 , 47 

Italiens 

Archivio per lo studio delli tradi^ioni popolari, vol. I, 

fasc. III, juillet -septembre 41 

Archivio storico per Trieste, ITstria ed il Trentino, I, 4. 3i 

Roumains 
Columna lui Trajan, n° 4, avril 3o 



le puy, imprimerie marchessou fils, boulevard saint-laurent, 23. 



REVUE CRITIQUE 
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

N» 27 - 3 Juillet — 1882 



Sommaire s 123. De Rochas d'Aiglun, L'artillerie chez les anciens. — 124. E. 
Sohulze, La poésie grecque, esquisses. — iî5. Ler Grenouilles d'Aristophane, p. 
p. de Velsen. — 126. Jagic, Textes de langue slavonne. — 127. La Vie de Faust, 
de Widmann, p. p. Ad. de Keller. — 128. L, Person, Notes critiques et biblio- 
graphiques sur Rotrou. — 129. Rieger, Klinger dans la période d'orage. — i3o. 
Jeri et Bàtely, de Gœthe, p. p. Arndt. — i3i. Correspondance diplomatique du 
baron de Staël-Holstein, p. p. LécTuzon le Duc. — Variétés : La Revue de l'Ex- 
trême Orient, dirigée par H. Cordier. — Chronique. — Société des antiquaires 
de France. — Académie des Inscriptions. 



123. — A. de Rochas d'Aiglun. L'Artillerie chez les anciens. Tours, impri- 
merie Paul Bousrez. Extrait du Bulletin monumental, n os 2 et 3. 1882, 28 pages 
in-8°, plusieurs figures. 

Notice sommaire par un officier supérieur du génie, dont l'érudition 
et la compétence sont bien connues, sur ce qu'on sait des machines de 
jet antiques; claire et intéressante. — En appendice, Description de la 
machine aérotone, par Philon deByzance; traduction inédite d'A.-J.-H. 
Vincent. La machine aérotone a pour principe l'élasticité de l'air com- 
primé, par opposition aux machines qui ont pour principe l'élasticité 
d'une corde ou d'un ressort. 

Relevons les lignes relatives aux origines de l'artillerie. « Les machi- 
nes de jet étaient inconnues en Grèce à l'époque de la guerre du Pélopo- 
nèse, car Thucydide, si précis en toutes choses, n'en parle pas ; elles s'y 
introduisirent à propos du concours ouvert à Syracuse entre les ingé- 
nieurs de tous les pays par Denys l'Ancien, qui se préparait à attaquer 
Carthage, vers l'an 400 avant Jésus-Christ. Le premier emploi qu'en 
rapporte l'histoire eut lieu au siège de Motye par le même Denys (Diod., 
xiv, 5i). » 

Tite Live a beau parler (I, xltii, 3) de deux centuries de f abri qu'au- 
rait organisées Servius Tullius, longtemps avant Denys et avant la 
guerre du Péloponnèse, ut machinas in bello ferrent ' : ce n'est pas un 
témoignage si vague et si peu sûr qui prévaudra contre l'induction tirée 
du silence d'un Thucydide. Mais, en dehors des sujets de Servius, quel- 
que peuple barbare a-t-il eu une artillerie avant les Grecs? « La plus an- 
cienne mention de ces engins que l'on trouve dans l'histoire remonte en- 
viron à l'an 800 avant Jésus-Christ. Oziasarme les remparts de Jérusalem 
« de machines construites par un ingénieur pour lancer des traits et de 

1. Non pas précisément pour confectionner des machines (de Rochas, p. il). 
Nouvelle série, X'V. i 



2 REVUE CKITIQUK 

• « grosses pierres. » Deux siècles plus tard, Ezéchiel menace la ville sainte 
des balisîes de Nabuchodonosor . » Il serait plus exact de dire : L'artil- 
lerie ayant pris naissance vers 400, l'auteur des Paralipomènes est très 
postérieur à cette date; il attribue des machines à Ozias (II, xxvi, i5) 
sans se méfier de l'anachronisme '. Il en faut penser autant de l'auteur 
& Ezéchiel si, dans son passage sur Nabuchodonosor (xxi, 22), les hé- 
braïsants acceptent comme une traduction exacte du texte le (SeXocTâcsiç 
de la version grecque. « 

Louis Havet. 

■ 

124. — Ole liellenisclie Dichtkunst, Sktzzen von E. Schulze. Gotha, F. A. 
Perthes. 1881, i3z pages. 

Cinq chapitres absolument détachés sur Homère, sur Archiloque, Al- 
cée et Solon, sur YAjax de Sophocle, sur les Acharniens et les Grenouil- 
les d'Aristophane, enfin sur l'Anthologie grecque. C'est de l'histoire et 
de la littérature fragmentaires. M. Schulze ne nous dit pas pourquoi, 
en traçant ses « esquisses », il a fixé son choix plutôt sur tel poète 
que sur tel autre, sur Sophocle plutôt que sur Eschyle ou Euripide; 
pourquoi il nous parle beaucoup de Solon et oublie complètement Pin- 
dare; pourquoi, enfin, il passe tout d'un coup d'Aristophane à l'Antho- 
logie sans nous laisser soupçonner l'existence de la poésie alexandrine. 
Evidemment M. S. a voulu dérober à la discussion le plan de son ou- 
vrage, et nous n'avons qu'à constater le fait. Si M. Schulze ne se pique 
pas d'être complet, il se flatte encore moins d'être original. Il nous pré- 
vient dans sa préface qu'il a pris à O, Mûller, à Fr. Jacobs, à E. Cur- 
tius, à Bernhardy et à d'autres le peu d'histoire littéraire qu'on trouvera 
chez lui et que les citations dont il se propose d'illustrer abondamment 
ses esquisses sont tirées des meilleures traductions allemandes connues, 
sauf cependant pour quelques épigrammes qu'il a traduites à ses périls 
et risques. « Le tout est destiné, dit-il, à une catégorie d'hommes culti- 
vés qui ne peuvent puiser directement à la source. » Il eût mieux valu, 
pensons-nous, leur indiquer tout simplement un manuel de littérature 
grecque. 

J. Nicole. 



125. — ArJetoplianis Ranœ. Recensuit Adolphus von Velsen. Leipzig, Teub- 
ner. 1881, un vol. in-8° de vi-141 pages. 

Il y a à peu près un an, en rendant compte, ici même % de l'édition 

1. Dans les Rois (IV, xiv-xv), on ne trouve rien sur l'organisation militaire attri- 
buée par les Paralipomènes à ce Servius Tullius juif, Ozias ou Azarias. 

2. Revue critique du 21 mars i88r. 



D HISTOIRE ET DE LITTERATURE 5 

des Thesmophoriaçasœ de M. Fr. H. M. Blaydes, et en comparant cette 
édition avec celle de M. A. von Velsen, nous exprimions l'espoir que ce 
dernier savant, détourné d'Aristophane par sa collaboration au Corpus 
Inscriptionum Atticarum et à la publication des fac-similés de manus- 
crits avec Wattenbach, revînt à des études dans lesquelles il avait rendu 
d'éminents services. Nous ignorions que cet espoir fût si près d'être réa- 
lisé; en effet, M. V. est revenu à Aristophane; il a repris la recension, un 
moment interrompue, des œuvres du grand comique. La nouvelle édi- 
tion des Grenouilles fait suite à l'édition des Thesmophoria\usœ ' qui 
est de 1878, à celle des Chevaliers qui est de 1868. Il y a donc 14 ans 
que cette publication est commencée; espérons aujourd'hui que M. V. 
restera fidèle à Aristophane et qu'il nous donnera successivement tou- 
tes les œuvres qui nous restent du poète \ 

Une édition critique d'Aristophane était désirée depuis longtemps. Les 
dernières collations qu'on avait des mss. principaux, celles d.e Bekker et 
de Dindorf, étaient reconnues insuffisantes. Assurément, depuis, le texte 
du poète avait été amélioré, ces progrès sont sensibles dans les dernières 
éditions données par Meineke et Bergk; mais on manquait d'une base 
solide, la tradition du texte dans les mss. n'était pas connue d'une ma- 
nière satisfaisante. M. V. prit pour tâche de la faire connaître : quand il 
vint en Italie, -son but était parfaitement déterminé : il venait y recueillir 
l'apparat nécessaire pour former une édition critique telle qu'on l'exige 
aujourd'hui. Ajoutons que M. V. était prêt pour cette étude : depuis 
longtemps il s'occupait d'Aristophane; dès 1860, nous trouvons une sé- 
rie de corrections au texte du comique publiées dans un programme du 
gymnase de Saarbruck, et, de i863 à 1866, le Philologus et le Rhei- 
nisches Muséum contiennent fréquemment des travaux du même genre 
dus aussi à M. Velsen 3 . 

C'est en 1866 qu'il obtint un congé, lui permettant de quitter son 
gymnase de Saarbruck et de venir en Italie. La question, qu'il avait à 
étudier était complexe. Aristophane ne nous est pas parvenu dans un 
manuscrit qui soit la source de tous les autres ou dont la supériorité soit 
telle qu'il rejette ses rivaux dans l'ombre et rende leur secours inutile, 
comme c'est le cas, par exemple, pour Isocrate, Démosthène, Athénée, 
peut-être pour Eschyle et Sophocle 4 . Quatre des mss. d'Aristophane, qui 

1. Nous avons malheureusement à déplorer ici un manque d'unité dans la publi- 
cation : cette pièce a paru dans un programme du gymnase de Saarbruck. in-fo- 
lio, les autres pièces sont dans le format des in -8° ordinaires de la maison Teubner. 
Rien de plus désagréable que ces irrégularités quand il s'agit d'une même collection. 

2. Nous recevons le Plutus, qui forme le quatrième volume de la collection; nous 
en rendrons compte très prochainement. 

3. Signalons aussi un article du même genre dans les Symbola philol. Bonn, in 
honorem Fr. Ritschelii collecta, 1864, fasc. I. p. 411 sqq. Après son retour d'Italie, 
M. A. v. V. a donné de nouveaux articles sur Aristophane dans les deux revues que 
nous avons citées. 

4. In multis scriptoribus Graecis, nnum ?>o\\im tesiemhabemus, cujus verbaalii atque 



4 RICVUK CU1TIQUE 

sont en Italie, étaient considérés comme importants, le Ravennas, le Ve- 
netus et deux mss. de Florence T et 0. Or. M .V. avait lui-même démontré 
[Philologus, XXIV, p. 124 sqq.) qu'il n'y avait aucun de ces manuscrits 
qui ne fût assez gravement altéré, que tous reproduisaient très imparfai- 
tement la tradition commune, enfin qu'aucun d'eux ne pouvait suffire à 
lui tout seul pour constituer le texte. Cette insuffisance avait des degrés 
sans doute, mais elle était grande, même pour les meilleurs mss. M. V. 
avait donc d 1 abord à collationner très exactement ces quatre manuscrits ; 
de plus, puisque le texte ici doit être constitué à l'aide de secours pris à des 
sources différentes, il avait à faire dans les bibliothèques italiennes, une 
enquête rigoureuse et à voir si, parmi les manuscrits jusque là négligés, il 
n'y en avait pas quelqu'un qui pût être utile et fournir quelque secours. 
Signalons d'abord deux résultats importants, fruits de ces recherches. 
L'édition princeps d'Aristophane, donnée par Aide Manuce à Venise en 
1498 , ne contient que neuf des onze comédies du poète; les deux 
qui manquent, Lysistrata et les Thesmophoriaçusœ, furent publiées 
pour la première fois à Florence, en i5i5, par B. Junti, d'après un ma- 
nuscrit provenant de la bibliothèque d'Urbin '. Depuis Junti, ce manus- 
crit, qui paraissait appartenir à une bonne famille, avait disparu et la 
Juntine, qui le représentait, était considérée comme une des sources pour 
la constitution du texte de Lysistrata et des Thesmophpr ia\usœ. On 
n'avait pas cependant renoncé à tout espoir de retrouver l'Urbinas de 
Junti et M. V. moins que tout autre 2 . Tout en faisant ses collations, il 
fouillait les bibliothèques italiennes, en quête du manuscrit perdu. Il y 
a, dans ce fait de voir disparaître en pleine culture littéraire des docu- 
ments, échappés à des siècles de barbarie et d'ignorance, quelque chose 
qui irrite; on ne se résigne pas facilement; et, malgré de trop nombreux 
mécomptes, on a toujours peine à croire que tout espoir est définitive- 
ment perdu. Le résultat ne fut pas pour M. V. tel qu'il l'avait peut-être 
rêvé : s'il retrouva l'Urbinas de Junti, il n'eut pas le bonheur de nous 
rendre un nouveau texte d'Aristophane 3 . Il se trouva, en effet, que le 



alii sinefructu etcumnovis semper erroribusrepetunt.In quibusdam alns duo idonei 
testes supersunt, quos qui audiverit habet omnia. Gobet. Varice Leciiones, préf., 
p. xxiv. 2 e édit. 

1. « Venit, mi Francisce, expectata dies illa in qua exurbinate bibliotheca antiquis- 
simum Aristophanis exemplar nacti sumus, ibique inter aliis AufflffTpdcTTQV m) 0£- 
ajxocpopiaÇoôcaç... non alias visas comedias nacti sumus ». Préface de B. Junti. 

2. Als ich in den Jahren 1866 and 67 in Italien war, habe ich natûrlich in Rom 
nach jenem codex urbinas. .. eifrig gesucht, aber vergebens. Ebenso vergeblich war 
meine Mûhe auf den ûbrigen italienischen Bibliotlieken. A. v. Velsen, Ueber den 
Codex Urbinas der Lysistrata und der Thesmophoria^usen.WaWe, 1871, p. 3. 

3. Dièse Abhandlung macht uns um eine Handschrift sermer, um eine Kenntniss 
reicher, dit justement Wecklein en rendant compte de la brochure de M. Velsen. (Phi- 
loîogischer An^eiger, 1877, p. 227.) M. V. avait noté, dans le ms.de Ravenne, des chif- 
fres arabes et autres signes placés à côté du texte de Lysistrata et des Thesmopho- 
riazusas. C'est seulement en Allemagne, en étudiant ses collations, qu'il s'aperçut de 



O HISTOIKR KT l>K I.ITTKK AI UHK D 

ms., d'après lequel avait été éditée la Juntine, n'était autre que le ms. 
de Ravenne. La découverte n'en était pas moins intéressante : elle éclai- 
rait Thistoire d'un manuscrit important, elle donnait la solution d'un 
problème relatif au texte du poète. De toute manière elle faisait honneur 
à la sagacité du savant. 

Le second service rendu par M. V., c'est d'avoir signalé le premier 
l'importance de Y Ambrosianus M. « Is liber, diligentissime pictus, 
gravissimi in constituendis poetae verdis est momenti : utpote qui 
genuinam Aristophanis manum saepe servaverit solus cum Ravennate, 
interdum quamvis raro solus '. 

L'édition des comédies d'Aristophane publiée par M. V. est pure- 
ment critique ; l'éditeur ne s'occupe que de constituer le texte sans 
chercher à l'expliquer ; les notes, qui se trouvent au bas des pages, sont 
divisées en deux groupes, le premier est consacré aux conjectures tant 
du nouvel éditeur que des savants qui l'ont précédé % le second forme 
l'apparat critique. Cette dernière partie est de beaucoup la plus dévelop- 
pée, c'est elle qui forme la valeur essentielle de l'ouvrage. Cette édition 
marque un progrès décisif ; elle donne à la critique, pour l'étude du 
texte d'Aristophane, cette base qui jusqu'ici lui faisait défaut. Quand 
M. V. aura terminé son œuvre, nous posséderons du poète comi- 
que une édition critique telle qu'il n'y en a de semblable que pour bien 
peu d'auteurs. 

Il suffit de jeter les yeux sur cet apparat critique, pour voir avec quelle 
attention, avec quel scrupule les manuscrits ont été examinés : les parti- 
cularités les plus insignifiantes en apparence ont été relevées avec le soin 
le plus minutieux 3 , je me bornerai à un seul ordre de faits. Le manus- 
crit de Ravenne est du xi° siècle, l'accentuation y est irrégulière, mise 
généralement, mais assez souvent omise; que M. V. relève avec soin 
toutes les divergences d'accentuation, cela est nécessaire, mais est-il 
bien utile d'indiquer absolument tous les cas où le copiste a négligé ici 
un esprit, là un accent? Ainsi dans les Grenouilles : 5i, £7107] s^wf' et 
lemma 4 scholii e^uy' R- — 69, xaxo);] Kaxw R xoctw. U xàtw A y.aTw; 
minio corr. ex xaTor M. — 74, èaxt] wct R hsv, V. — 82, euxoXoç] eùxoXoç 

la concordance que ces chiffres offraient avec la Juntina; cette concordance était 
telle que le doute n'était plus possible sur l'emploi de ce ms. par Junti. 

1. Préface de l'édition des 'faxrçç (p. vin); dans la préface des BaTpa/Gt, l'auteur 
ajoute : Hune codicem in Ranarum fabula certe e Ravennate non transcriptum esse 
docent vv. 201, 208, 274, alii, p. vt. 

2. L'auteur n'a donné naturellement que les conjectures les plus dignes d'attention. 

3. L'apparat critique des Grenouilles nous semble même plus développé que 
celui des Chevaliers. 

4. On voit par cette citation que M. V. indique, à côté de la leçon qui est donnée 
par le texte, la leçon qui se trouve souvent dans les lemmes des scolies. C'est un 
soin dont il faut lui savoir gré; la leçon du lemme diffère souvent de celle du texte, 
nous avons là deux témoignages appartenant à la même époque, il est utile de les 
connaître tous deux. 



6 RKVUK CRITIQUE 

R. — m, ^Xôeç] f,XO£ç R. -— 117, xpbç] rcpoç R. Jfo'rf., àXXà] àXXa R. 
N'est-il pas permis de regarder un peu comme superflu le relevé si 
rigoureux de fautes qui ne sont d'aucune importance pour la constitution 
du texte et qui s'expliquent toutes par une cause générale parfaitement 
connue? Nous n'avons pas cependant le courage d'en faire un reproche 
à M. V. ; il y a dans cette édition un tel effort, une telle somme de 
travail qu'on ne voudrait pas croire qu'une partie de cette peine a été de 
la peine perdue. Il y avait, croyons-nous, un moyen bien simple d'éviter 
ces redites : il suffisait, à la fin de la préface, d'une note de quelques lignes, 
faisant connaître à la fois les deux ou trois fautes les plus fréquentes et 
quelques-unes des habitudes particulières à chacun des copistes. M.jV. au- 
rait gagné à cela d'alléger son bagage, ce qui n'est pas un mince avantage 
pour un travail de ce genre'; il y aurait gagné, ce qui est plus grave, d'être 
plus clair. Je prends un des deux exemples. Le ms. de Ravenne présente 
une particularité curieuse, le mot oùx est presque toujours suivi de l'apos- 
trophe oùx.'. Faudra-t-il relever perpétuellement cette particularité '? Et, 
si on la relève, que pensera de ce signe le lecteur qui n'est pas prévenu? 
Lenégligera-t-il? Cherchera-t-il à lui attribuer une valeur? — Le copiste 
du Venetus met ordinairement le double point : pour indiquer la fin 
d'un discours. C'est un signe particulier, qui a sa valeur propre et qui 
n'exclut pas une autre ponctuation, ainsi Grenouilles, 25, k^ù :; Il y a 
à la fois un double point pour indiquer que le personnage a fini de parler, 
et un point d'interrogation, la phrase étant interrogative. Cette double 
ponctuation dans l'édition de M. V. est une énigme pour le lecteur 3 . 

Nous sommes convaincus qu'il est difficile dans une collation de 
pousser l'exactitude aussi loin que l'a fait M.V. dans les siennes; maison 
sait combien les travaux de ce genre sont délicats ; si rigoureuse, si exacte 
qu'on suppose une collation, il sera toujours possible d'y trouver à repren- 
dre. J'ai pu contrôler l'exactitude delà présente édition des Grenouilles 
sur trois des principaux mss. d'Aristophane, le Ravennas, le Venetus 
et l'Urbinas 3 ; voici les observations que j'ai à proposer : 11. Syjt' iks- 
t£Ôg) et non Syjô* txeTeùo) R. — 42, §Y)[ji,YjTpav et non §Y)fjt,YjTpa U. — 76, V. 
dit : « post priuso in xporepov erasa est una littera U. » Un point seul a 
été gratté, — 85, tXyj^wv] tX^wv U. — io3, après àpéaxei V a un point 
d'interrogation formé ainsi : ., (Il y a d'assez nombreux exemples de 
cette ponctuation dans le ms.) — 33o, tyjv devant daéXacxov est aussi la 
leçon de V. — 359, toXitoccç] xoXityjç V (par abréviation de r t ç au-dessus 
du t), tcoXF R. 

Ce qui fait la valeur de cette édition, avons-nous dit, c'est la précision 

1. Cf. sur les divers emplois de l'apostrophe, Gardthausen, Griechische Palœo- 
graphie. Leipzig, 187g, p. 272. 

2. Toutes ces particularités seront peut-être signalées dans le travail que M. V. a 
promis sur les mss. d'Aristophane : disputatione de universa librorum Aristopha- 
niorum ratione in aliud tempus reservata. Préface des Chevaliers, p. VI 

3. Nous avons collationné de la pièce des Grenouilles les vers 1-100 et 324-370. 



d'histoire kt dk uttrratukk 7 

et la richesse de l'apparat critique ; elle a un autre mérite, moins impor- 
tant sans doute, mais qui ne doit pas être passé sous silence. M. V. ne 
s'est pas contenté de nous faire connaître la leçon des manuscrits, il a 
aussi payé de sa personne et essayé d'améliorer lui-même le texte. Quel- 
ques-unes des conjectures qu'il propose nous paraissent acceptables, 
la plupart sont ingénieuses, nous en citerons quelques-unes : 207, 
/,uy.yo6aTpaxwv au lieu de (Saxpaxtov /.Okvwv (Bothe avait déjà proposé 
(3axpaxo>tôxv<i>v, ce qui est plus voisin de la leçon des mss.). — 405, xat 10 
au lieu de xcvîe tov. — 718, toùç zaXoùç y.al xoùç %ay.oûç au lieu de toùç 
xaXoûç ts y.aYa6où; (Meineke avait proposé xoùç xaxcuç -ce ttdtyaôoùç). — 
101 1, p.oxOy]poùç ToûaS'; R et A ont po/ÔYjpcùç, V. jjlo^Oyj pcrépcuç x', V et M 
[j,oxO'/]poTaTCUç,. — i3oi, Tcopvôv ^sXwv au lieu de nopviBtwv. La conjecture 
du v. i5 est très ingénieuse : 

sxsuy] tîo'x' et cpépouatv èv xw[i.<i)8ta ; 
Il y a cependant un enchevêtrement de deux propositions commençant 
toutes deux par et (etrcep 1 3 et et i5) qui n'est pas d'un bon effet. Ce 
vers a été considéré comme interpolé et avec raison, à ce qu'il semble. 
Souhaitons en terminant que M. Velsen poursuive l'œuvre com- 
mencée : il rend un service signalé à tous les amis d'Aristophane, 
c'est-à-dire à tous ceux qui s'occupent de l'antiquité classique. Espérons 
que les retards, qui nous ont fait attendre les nouveaux volumes, ne se 
reproduiront pas, et que les comédies, qui nous manquent encore, 
viendront toutes au jour chacune à son temps et à son heure. C'est par 
ce souhait que nous avons commencé, c'est aussi par ce souhait que nous 
voulons terminer ce compte-rendu. 

Albert Martin. 
.3JDBX3 ie t 92imu< 

126. — V. Jagic. Speclmiua lingute palaeslovenicse. Un vol. in-8 6 de 147 p. 
Saint-Pétersbourg, 1882. Imprimerie de l'Académie des sciences. 

Le recueil que nous offre M. Jagic est évidemment un manuel d'en- 
seignement; l'auteur a voulu réunir dans une chrestomathie portative et 
peu coûteuse les textes les plus importants pour l'étude de la langue 
slavonne sous sa forme la plus ancienne et la plus pure. Ce petit recueil 
est plutôt le livre du maître que celui de l'élève; il ne donne aucun ren- 
seignement chronologique sur les textes qu'il renferme, aucun commen- 
taire. Il se contente de signaler les variantes. Une bonne partie des 
morceaux est imprimée en caractères glagolitiques; c'est là une innova- 
tion utile; car les chrestomathies glagolitiques sont rares et les étudiants 
— je parle des étudiants russes, — n'ont guère l'occasion de s'exercer à 
la lecture de cet alphabet difficile '.'Un index slavon gréco-latin accom- 

1. M. Miklosich n'a pas osé imprimer en glagolitique les textes qui accompagnent 
sa Formenlehre. « Dièse stûcke, dit-il, in der urschrift abdrucken zu lassen, davon 
hielt mich die besorgniss zuruck, sie mœchten dann nicht gelesen werden. » 



HKVUK CRITIQUE 



pagne ce recueil; l'exécution typographique en est remarquable; mais il 
serait à désirer qu'un nouveau tirage fût fait sur un papier plus solide, 
moins transparent et collé autant que possible. 

L. L. 



127. — Fansts Leben, von Georg Rudolf Widmann, herausgegeben von Adelbert 
von Keller (i46ste Publication des Litterarischen Vereins in Stuttgart [Tûbin- 
gen]). Tûbingen. 1880, in-8°, 737 p. — Prix : 20 mark l . 

Tous les admirateurs et amis de Goethe seront reconnaissants a 
M. Adalbert de Keller d'avoir reproduit dans une des publications du 
Litterarischer Verein de Stuttgart-Tubingue le remaniement que 
Nicolas Pfitzer fit paraître en 1674, à Nuremberg, chez Endter, du Faust 
de George Rod. Widmann [Das àrgerliche Leben und schreckliche 
Ende dess viel-berùchtigten Ert\-Schwar\kunstlers Johannis Fausti, 
erstlich, vor vielen Jahren, fleissig beschrieben, von G. R. Widmann, 
iet\o, au/s neue ùbersehen, und so wol mit neuen Erinnerungen, als 
nachdencklichen Fragen und Geschichten, der heutigen bosen Welt, \ur 
Warnung, vermehret, nebst vorangefilgtem Bericht Conradi Wolff : 
Plat^ii, weiland der heiligen Schrifft Doctorens , von der greulichen 
Zauberey-Sùnde ; und einem Anhange, von den Lapponischen Wahrsa- 
ger-Pauken, wie auch sonst et lichen \aubrischen Geschichten). Il est cer- 
tain que Gœthe et le peintre Mûller ont connu l'œuvre de Widmann et lui 
ont emprunté quelques traits. M. A. de Keller fait, à la fin du volume, de 
très brefs rapprochements entre le Faust de Widmann et celui de Gœthe 
(pp. 145,439,606), mais sans les faire tous, parce qu'il se réserve de trai- 
ter plus amplement le sujet, et de citer ailleurs d'autres passages du 
Faust de Gœthe qui rappellent le Faust de Widmann mot pour mot 
[welche wortlich an unser Buch anklingen, p. 728). On remarquera 
surtout (p. 439) le passage où chaque buveur, croyant saisir le raisin, et 
levant son couteau, s'aperçoit soudain qu'il tient dans sa main le nez de 
son voisin 2 . M. A. de Keller a reproduit le texte avec tout le soin et 
toute l'exactitude scrupuleuse qu'on lui connaît; il n'a rien changé à la 
ponctuation et à Torthographe de l'édition de 1674, sauf dans quelques 
cas où il suffisait de faire une très légère modification pour rendre le 
texte plus clair. Le volume, comme toutes les publications du Littera- 
rischer Verein, est beau et très nettement imprimé. 

A. C. 

1. Tout exemplaire des publications du Litterarischer Verein de Stuttgart coûte, 
pris isolement, 20 mark; mais, en s'abonnant pour un an, également à 20 mark, on 
reçoit un exemplaire de toutes les publications du Verein parues dans l'année de 
l'abonnement. Rappelons encore que le siège de l'administration du Verein est à 
Tûbingen, et non à Stuttgart. 

2. Voir la scène de la cave d'Auerbach; cp. aussi, p. 140, le passage où l'esprit se 
déclare le fidèle serviteur de Faust. 



HISTOIKK tir DE l.UTÊKATURK 9 

128. — IVotes critiques et biographiques sur Rotrou, par M. Léonce 
Person. Paris, Cerf. 1882, in-8°. 

• 

Voici une intéressante brochure, qui, dans les quarante-quatre pages 
dont elle se compose, contient plus de faits curieux qu'on n'en trouve 
quelquefois dans de gros volumes. 

Fort économe de phrases inutiles, l'auteur de ce travail, au lieu de ré- 
péter pour la centième fois ce que tout le monde sait, précise les points 
incertains et réunit quelques documents nouveaux. 

D'ordinaire on fixe la naissance de Rotrou au 21 août 1609 et sa 
mort au 28 juin i65o. Ces dates ne sont point rigoureusement 
exactes; ce sont celles du baptême du poète et de son inhumation. 
Comme il mourut de la peste, son enterrement a dû suivre sa mort de 
très près, mais, quant au baptême, il est bien probable qu'il est posté- 
rieur de plusieurs jours à la naissance. 

M. Léonce Person écarte avec une vigilance fort judicieuse tout do- 
cument qui n'est pas d'une authenticité incontestable. Il en est du reste 
plusieurs, de fabrication récente, dont la fausseté n'était pas fort difficile 
à établir. 

Tel est, entre autres, un prétendu autographe adresse, dit-on, par Ro- 
trou à son frère, et où se trouve ce beau passage si connu : « Les clo- 
ches sonnent pour la vingt-deuxième personne qui est morte aujour- 
d^ui. Ce sera pour moi quand il plaira à Dieu. » Le faussaire a 
évidemment copié cette lettre dans un Dictionnaire historique publié 
en 1822, mais ce texte est lui-même supposé à l'exception de ce que 
nous venons d'en citer. Ce court fragment, qui seul paraît incontesta- 
blement de Rotrou, se lit, dès 1728, dans une notice des plus exactes, in- 
sérée dans les Singularités historiques de D. Liron, et rédigée à l'aide de 
renseignements fournis par Pierre de Rotrou de Saudreville, frère du 
poète. Ce morceau y est rapporté comme extrait d'une lettre de Rotrou 
adressée par lui, non à ce frère, comme on l'a prétendu depuis, mais à 
M mfi de Clermont d'Antraigue, qui lui avait proposé de venir, pendant 
Tépidémie, habiter son château situé à une lieue de Dreux. 

Du reste, les documents apocryphes relatifs à Rotrou que M. P. a 
signalés ne sont pas les seuls. On a, par exemple, beaucoup parlé, il y a 
quelques années, d'une fausse lettre de Corneille à ce poète. L'hospita- 
lité fastueuse qu'elle a reçue bien mal à propos dans les vitrines du 
British Muséum lui avait valu une grande notoriété, et même, auprès 
de quelques personnes, une autorité des moins justifiées. Corneille y 
manifeste la crainte que l'Académie « se laisse influencer » par le cardi- 
nal de Richelieu. Ce néologisme aurait dû suffire pour découvrir la 
fraude, mais, comme elle n'est pas encore évidente pour tous, M. P. 
aurait dû la signaler. 

Rotrou n'est pas un créateur ; il a surtout transporté sur la scène 
française des pièces habilement imitées des littératures anciennes ou 



10 RKVUK CRIllQtlh 

étrangères. On Pavait constaté pour beaucoup d'ouvrages; M. P. ajoute 
à la liste des emprunts du poète : Les deux pucelles, dont le point de 
départ est une nouvelle de Cervantes, las dos Doncellas et la Bague de 
l'oubli, tirée de la Sortija del olvido de Lope de Vega ; enfin, ce qui 
est plus important, il constate que le Saint -Gewst, toujours cité comme 
l'œuvre la plus originale et la plus personnelle de Rotrou, est égale- 
ment imité de Lope, et que, beaucoup plus anciennement, cette légende 
avait inspiré à nos vieux auteurs dramatiques un mystère de Saint- 
Genis. 

M. P. nous apprend qu'il l'a « fait copier ». Si c'est avec l'intention 
de le publier quelque jour, il fera bien de revoir cette copie avec soin, 
car les quelques vers qu'il a cités sont remplis de fautes de toutes sortes. 
Je pourrais le prouver par de nombreux exemples, je me contenterai du 
suivant : Genis voulant démontrer la Trinité à l'empereur, à l'aide des 
arguments habituels du moyen âge, lui indique les diverses « choses » 
qu'on peut remarquer dans une pomme bien qu'elle demeure une : 

La première, c'est la colleur, 

La seconde, si est loudeur, 

La tierce, c'est la saveur bonne, 

La copie ne respectant ni le sens, ni même la mesure du vers, donne, au 
lieu de loudeur (l'odeur), « la lourdeur ». 

M. P. n'a pas seulement indiqué les sources des œuvres de Rotrou; ri 
s'est aussi préoccupé des imitations qu'on en a faites. « Feu M. Edouard 
Fournier, dit-il, nous apprend que le spirituel Carmouche a tiré de 
Y Hypocondriaque de Rotrou un de ses proverbes les plus amusants. 
Voilà encore une découverte à faire : pour notre compte, nous n'avons 
rien trouvé dans les œuvres de Carmouche qui rappelât de près ou de 
loin V Hypocondriaque de Rotrou, mais l'indication d'Edouard Four- 
nier mérite d'attirer l'attention. » Nous n'avons pas poursuivi cette re- 
cherche, mais nous soumettons à l'auteur une conjecture, qui nous 
semble vraisemblable et qui expliquerait son insuccès. Jamais Carmou- 
che, auteur de vaudevilles, n'a fait de proverbes, il me semble donc pro- 
bable qu'il y a une coquille dans l'article cité de la Patrie, et qu'au lieu 
du nom de Carmouche il faut lire celui d'un très célèbre et surtout très 
fécond auteur de proverbes : Carmontelle. 

M. Léonce Person ne s'est pas contenté de réunir des faits nouveaux, 
il a recueilli un sonnet de Rotrou, placé en tête de la Coutume de 
Châteauneuf de Du Lorens et qu'aucun bibliographe n'avait encore 
signalé. C'est dire combien cet opuscule sera important à consulter 
pour tous ceux qui, à l'avenir, s'occuperont de l'ami et du rival de Cor- 
neille. 

Ch. Mabty-La veaux. 



o'histoirk kt DE LITTÉRATURE I 1 

J2Q. Kllnger lo der Slurm-nnd Drangperlode, dargestellt von M. Rie- 

ger. Mit vielen Briefen. Darmstadt, Arnold Bergstrsesser. 1880, in-8°, xn et 440 p. 
— Prix : 8 m. 60. 

On attendait depuis longtemps avec impatience l'ouvrage de M. Rie- 
ger sur Klinger '. A la nouvelle que M. R. préparait une biographie de 
l'auteur des Jumeaux, M. Weinhold, qui avait commencé le même tra- 
vail, l'abandonnait aussitôt et envoyait à M. R. les matériaux qu'il avait 
rassemblés. M. R. est le petit-neveu de Klinger 2 ; il a eu entre' les mains 
une foule de documents relatifs à son grand-oncle; et, quoique sa mère, 
dont il invoque souvent le témoignage, n'ait jamais vu Klinger, il a pu 
parler du poète d'après de précieuses traditions de famille. L'ouvrage 
aura deux volumes; le premier, paru il y a près de deux ans 3 , est con- 
sacré à la vie et aux œuvres de Klinger durant la période d'orage. 

M. R. expose dans le premier chapitre de son volume la jeunesse et 
l'enfance de Klinger à Francfort. Klinger est né le 17 février 1752 dans 
la même ville que Gœthe; son père était Konstabler ou officier de police, 
il mourut en 1760; sa veuve, chargée de trois enfants et d'une vieille 
mère, se fit blanchisseuse; au temps de la foire, elle vendait des pierres à 
feu et des billes. M. R. fait justice des légendes qu'on a racontées sur l'en- 
fance de Klinger; ce qui est sûr, c'est que le jeune Maximilien eut des 
protecteurs qui le firent entrer au gymnase de Francfort et qu'il trouva 
sur les bancs de sa classe un écolier plus misérable que lui-même, un 
orphelin, Authâus, qui devint son ami et son protégé. Toutefois la pau- 
vreté des Klinger était extrême, et Maximilien dut s'engager dans la 
troupe des Currendfehuler qui chantaient des cantiques aux enterre- 
ments ; en même temps, il remplissait au gymnase TorEce de calefactor 
on, comme on dit dans nos lycées, de chauffeur, et avait, en conséquence, 
une chambrette dans l'établissement; c'est ainsi qu'il n'y a pas long- 
temps encore le tapin de nos collèges était toujours un boursier. Enfin, 
Klinger donnait des leçons particulières, afin d'amasser le petit pécule 
nécessaire à son entretien pendant les futures années d'université. En 
1772, il quitta le gymnase, mais ce n'est que le 16 avril 1774 qu'il se fit 
inscrire comme étudiant à la faculté de droit de Giessen. 

De 1772a 1774, il fréquenta Kayser, H. L.Wagner, Goethe, etc.; 
toute cette jeunesse était unie par la commune admiration de Shaks- 
peare, tous étaient shakspearefest ; c'est, dit-on, dans la chambre de 
Klinger que fut écrite et récitée la « farce » de Gœthe, Dieux, héros et 
Wieland. Mais, selon M. R., Klinger avait déjà connu Gœthe dans son 
enfance et joué avec lui ; les vers connus an diesem Brunnen hast auch 
du gespielt et eine Schwelle hiess ins Leben, etc., lui paraissent prou- 

1. On sait que Klinger est un des dramaturges les plus violents de la période d'o- 
rage. C'est à lui que cette période doit son nom; Sturm und Dr an g est le titre d'un 
drame de Klinger. 

2. Il est le petit-fils d'Agnès Klinger. 

3. Nous ne l'avons reçu de l'éditeur qu'à la fin de 1881. 



12 REVUE CR1TIQUK 

ver que la famille de Klinger a demeuré quelque temps dans le voisinage 
de celle de Goethe (dans le bâtiment que le conseiller Gœthe fit abattre 
en 1755); et Klinger ne dit-il pas qu'il a passé bien des heures auprès de 
M me Gœthe (Frau Aja) cloué sur une chaise et écoutant des contes? 

Le deuxième chapitre du livre est intitulé Giessen. M. R. y raconte 
la vie solitaire que menait Klinger, sa liaison avec.Hôpfner, à qui Gœ- 
the l'avait recommandé et qui lui offrit une chambre dans sa maison, 
son amitié pour Schleiermacher, le futur fondateur du musée de Darm- 
stadt, la passion sentimentale qu'avait vouée Albertine de Grûn au jeune 
étudiant, les visites que firent au dramaturge déjà célèbre — au rival de 
Lenz et de Gœthe, — les Stolberg, F. H. Jacobi, Miller, Boie. M. R. 
analyse longuement, en citant les jugements des critiques de l'époque, 
les drames que Klinger composa durant son séjour à Giessen : Otto, das 
leidende Weib, Donna Viola, Die Zwillinge (où il aurait fallu citer, 
au moins en note, l'opinion d'Erich Schmidt, adoptée par M. R. An\ei- 
ger, 1877, p. 199), Pyrrhus, die neue Arria, Simsone Grisaldo. Au 
bout de deux ans ', Klinger, brouillé avec Hôpfner, quitta Giessen et se 
rendit à Weimar pour y tenter la fortune; l'éclatante faveur que Gœthe 
avait trouvée auprès du grand-duc attirait tous les « génies » de l'épo- 
que. Mais Klinger se rendit impossible; il dut partir; M. R. raconte 
avec grand détail cette déconvenue du poète, ses relations avec l 1 « apô- 
tre » Kaufmann, l'impression que produisirent sur la cour de Wei- 
mar et sur Gœthe ses prétentions excessives et ce qu'on appelait alors le 
genialisches Treiben, etc. La vie de Klinger, après son départ de Wei- 
mar, fut semée d'aventures ; il suivit, en qualité de « dramaturge », la 
troupe d'acteurs de Seyler à Dresde et à Mannheim ; puis il alla passer 
quelque temps à Dusseldorf chez Jacobi, revint à Francfort, et accepta 
l'hospitalité que le beau-frère de Gœthe, G. Schlosser, lui offrait à Em- 
mendingen. A ce moment éclatait la guerre de la succession de Bavière; 
Klinger s'engagea dans un corps de volontaires ; il fut fait lieutenant ; 
il rêvait déjà un brillant avenir militaire; mais la campagne fut courte; 
Klinger ne combattit même pas et fut congédié. Enfin, après avoir 
mené une existence vagabonde et couru de mécompte en mécompte et 
de déception en déception, il obtint, par l'entremise de Schlosser et à la 
recommandation du duc Frédéric-Eugène de Montbéliard, un brevet 
de lieutenant dans l'armée russe ; il partit pour Pétersbourg en septem- 
bre 1780. Son temps d'épreuves était fini ; le bouillant dramaturge fera 
place au stoïque romancier; le misanthrope se pliera aux exigences du 
monde; après bien des aigreurs et des souffrances, l'aventurier va de- 
venir général et l'un des plus hauts fonctionnaires de la Russie. 

Chemin faisant, M. R. apprécie les œuvres de Klinger durant cette 



1. L'ouvrage comprend six chapitres : I. Kindheit und Jugend in Frankfurt. II. 
Giessen. III. Weimar. IV. Bei Seyler. V. Bei Schlosser und im Kriege. VI. Nach 
dem Kriege, Zurich, Emmendingen und Basel. 



HISTOIRK Kl UK LITTÉRATURE. 



l3 



partie de sa vie : Sturm und Drang, Stilpo, Orpheus (où il montre fort 
bien l'imitation de Crebillon et de Wieland), Plimplamplasko (où il re- 
jette la collaboration de Pfeffel et doute de celle de Lavater), etc.; il fait 
une étude approfondie de chacune de ces productions, en expose l'ori- 
gine et le sujet ; quiconque voudra connaître Klinger et la période à la- 
quelle il a donné et le nom et le mot d'ordre, devra recourir à ces ana- 
lyses si consciencieuses et si étendues, 'mil. 

Quelques esprits difficiles pourront reprocher à M. R. d'être parfois 
trop long ; on ne lui en voudrait pas d'avoir glissé par instants sur cer- 
taines circonstances, d'avoir donné à plusieurs épisodes moins de déve- 
loppements, d'avoir attribué à de menus détails moins d'importance. 
On lui aurait su gré d'apprécier l'Orphée en une seule fois, et non par- 
tie par partie, selon l'ordre chronologique. Et pourtant, M. R. a eu 
raison de ne pas séparer la vie et les œuvres de Klinger, d'exposer les 
circonstances qui ont influé sur les écrits du poète, de suivre Klinger 
pas à pas dans les diverses situations d'esprit d'où naissaient ses poésies 
et ses drames; presque tout ce que Klinger a composé a, comme dit 
M. R. à propos de Simsone Grisaldo, une ce valeur subjective » (p. 141); 
et n'est-ce pas pour gagner le prix proposé par Schroder qu'il a composé 
les Jumeaux? On pourra également chicaner M. R. sur quelques juge- 
ments un peu exagérés; M. R. n'est pas impunément le descendant et 
le biographe de Klinger ; il est, ce nous semble, quelquefois trop indul- 
gent pour son grand-oncle, et il donne par endroits au héros de son li- 
vre une louange excessive. Il a tort de regarder l'action d'Otto comme 
plus dramatique et plus tragique que celle de 3ôt% de Berlichingen 
(p. 42), et, si dur que lui semble le jugement des deux Lessing sur la 
Neue Arria, il est celui de tous les critiques (pp. 125-128). Mais après 
tout, c'est précisément parce que Klinger était sympathique à M. R. que 
nous possédons cette belle biographie ; l'auteur a traité dignement son 
sujet parce qu'il l'avait abordé avec amour et un respect presque filial. 
Dirons-nous encore que dans un livre où l'auteur s'écarte quelquefois 
de son sujet proprement dit, où il nous présente assez longuement les 
amis de Klinger, où il nous donne de minutieux détails sur la troupe de 
Seyler, on s'étonne de ne pas trouver une peinture plus développée des 
mœurs des étudiants deGiessen? Quoique Klinger fît profession de « dé- 
tester la vie académique », il est certain que la grossièreté et la brutalité 
presque proverbiales des étudiants de Giessen n'ont pas dû res ter sans 
influence sur son caractère déjà rude et fougueux ; une pièce du temps 
de Gottsched représente l'étudiant d'Iéna sous le nom de Ungestumm ; 
l'étudiant de Giessen, et Klinger lui-même à cette époque de sa vie, 
méritent ce nom-. Pourrait-on aussi faire observer à M. R. qu'il n'a pas 
marqué en traits assez précis et assez forts le caractère général de la lit- 
térature du temps; qu'il n'a pas mis suffisamment en relief le rôle de 
Klinger dans l'ensemble de cette singulière époque littéraire; qu'il n'in- 
siste pas sur la langue de Klinger, langue forte et drue, assez semblable 



14 KKVUK CRITIQUE 

au personnage lui-même, qui, porté aux extrêmes, ne voit dans tous 
ceux qui l'entourent qu'un grand homme ou un imbécile (ein herrli- 
cher Junge oder ein Scheisskerl), comme dit M. R. (p. 168). Il est vrai 
que, là encore, M. R. pourrait objecter qu'il n'a voulu étudier spéciale- 
ment que la vie et les œuvres de Klinger et qu'il a laissé aux histoires 
générales de la littérature ou à MM. Erich Schmidt et O. Erdmann la 
tâche de marquer la place de Klinger dans la période d'orage. 

Mais ce volume, d'ailleurs magnifique d'exécution, orné d'un portrait 
de Klinger d'après un dessin au crayon de Gœthe (janvier 1775), est si 
instructif, il renferme tant d'analyses pénétrantes et complètes (du reste 
difficiles à faire, car il y a des pièces de Klinger qui sont un véritable 
fouillis), tant d'aperçus nouveaux, tant d'informations inédites qu'il 
vaut mieux exprimer à l'auteur notre reconnaissance que de nous attar- 
der à de menues critiques. On ne savait pas grand chose, dit M. R. dans 
sa préface, de la vie de Klinger, et l'on n'avait pas une connaissance 
profonde et suivie de ses œuvres ; grâce aux recherches de M. R., grâce 
aux résumés et aux citations qui remplissent son premier volume, on 
connaîtra désormais la jeunesse si tourmentée du poète et ses œuvres de- 
venues presque inaccessibles. Enfin, l'appendice du volume a une grande 
valeur; mitvielen Briefen, dit le sous-titre de l'ouvrage; c'est dans l'ap- 
pendice qu'on trouve ces « nombreuses lettres » de Klinger ; il y en a cin- 
quante-sept, dont vingt-huit adressées à Schleiermacher, et les autres à 
la mère et aux sœurs de Klinger, au peintre Mûller, etc.; quinze sont 
datées de Weimar. A ces lettres qui forment, selon l'expression de 
M. R., tout un fond de matériaux biographiques et qui suffisaient pour 
le rendre supérieur à quiconque aurait traité le même sujet, sont jointes 
quatorze lettres du compositeur Kayser, adressées également à Schleier- 
macher. Il ne nous reste qu'à souhaiter à M. Rieger le prompt et heu- 
reux achèvement de sa publication; puissions-nous avoir bientôt le se- 
cond volume qui nous représentera Klinger dans la pleine force de son 
talent et « dans la maturité de la vie » fin der Reife des Lebens), et qui 
sera plus important, plus attachant encore que son aîné, car il sera con- 
sacré aux meilleures œuvres de Klinger, à ses romans, où, selon les 
mots de Gervinus (IV, 663), l'éternel contraste entre l'idéal et le monde, 
le cœur et la raison, l'enthousiasme et le sang-froid, la vertu et le vice, 
le poète et l'homme du monde, l'ange et le diable, Dieu et la bête, a oc- 
cupé le poète devenu un grave penseur. 

A. Chuquet. 

l3o. — Jei*I und !*:»• •<•!>, ein Singspiel, von Gœthe, in der ursprùnglichen 
"Gestalt zum ersten Maie hrsg. Leipzig, Veit. 1881, in-8°, xxxn et 47 p. — Prix : 
2 mark. 

.. ïoni'jî fia 
M. Arndt, l'historien, s'est déjà fait connaître comme un des plus dis- 
tingués des Gœtheforscher et nous avons parlé ici même de la belle et 



O'HISTOIKK KT DR LITTÉRATURfc l5 

excellente édition qu'il a donnée des lettres de Gœthe à Auguste de Stol- 
berg. x\vant cette publication, il avait fait paraître la première rédaction 
de l'opérette Jeri et Bàtely ; il a eu, cette fois encore, la modestie de ne 
pas mettre son nom en tête de l'édition ; on ne le trouvera qu'à la fin de 
Tintroduction. Malgré cette discrétion, M. A. n'échappera pas à nos élo- 
ges. On lui saura le plus grand gré d'avoir découvert et publié avec tant 
de soin et dans un petit volume de l'aspect le plus coquet l'idylle drama- 
tique de Gœthe sous sa première forme '. On ne connaissait jusqu'ici 
Jeri et Bàtely que dans la rédaction définitive adoptée par Gœthe en 
Italie et publiée dans l'édition des œuvres complètes en huit volumes 
(chez Goschen); la première, que donne aujourd'hui M. A., nous sem- 
ble préférable; elle a plus de fraîcheur et de grâce; on y trouve tout le 
charme et l'élan d'une production de premier jet ; enfin, elle offre de gran- 
des différences avec la seconde ; (la jeune fille y demeure, non pas avec son 
père, mais avec sa mère et beaucoup d'endroits que Gœthe a depuis mis en 
prose, sont en vers, parce qu'ils étaient destinés à être chantés, etc.) M. A. 
donne dans son introduction des détails intéressants sur la composition 
de Jeri et Bàtely, sur la représentation de l'opérette à la cour de Wei- 
mar, sur le ms. qui renferme cette i re version, sur les variantes qu'offre 
le texte jusqu'ici connu ; il s'élève contre les critiques qui veulent voir à 
tout prix dans Jeri et Bàtely des allusions à la société de Weimar. Cette 
publication de M. Arndt aura été, pour parler comme l'éditeur, un don 
agréable aux amis de Gœthe et à M. Zarncke, à qui elle est dédiée. 

C. 
iuoq tttetB2rr)oe il 

33}flio{ JfîOZ ,13 

- c ' * î A* P * - 
1 3 1 , — Correspondance diplomatique du baron de Staël-Holstein, par 

M. L. Leouzon le Duc. Hachette, 1881, in-8°, 416 p. 

-02 'A îôjnaid 

Ces extraits de la correspondance du baron de Staël sont fort intéres- 
sants pour l'histoire intérieure de la France et pour l'histoire des rela- 
tions entre la France et la Suède de 1786 à 1792. C'est la partie princi- 
pale du volume (1 à 254). Les historiens de la Révolution y trouveront 
nombre de notes à relever, moins sur les événements mêmes, qui sont en 
grande partie élucidés, que sur les impressions des contemporains — dont 
on ne saurait jamais assez se pénétrer et qu'on a trop rarement l'occasion 
de saisir sur le fait. C'est le prix des correspondances diplomatiques 
quand elles sont bien faites. Celle du baron de Staël est remarquable. Il 
était merveilleusement placé pour observer et pour savoir. Le volume 
contient un court résumé (pp. 255 à 271) des deux missions de Staël à 
Paris en 1793 et 1795. Il est bien regrettable que l'éditeur n'ait pas pu 
(voir p. 1 1) nous donner la correspondance d'alors, car nous sommes 
particulièrement pauvres en témoignages contemporains sur cette pé- 

1. Le ms. se trouve à la bibliothèque de Gotha. 



IÔ KKVUK CRITIQUE 

riode. Les extraits s'arrêtent précisément au moment où l'on aurait dé- 
siré les voir se multiplier. On le regrette d'autant plus que les rapports 
de Brinkman, chargé d'affaires de Suède à Paris en 1799, sont remplis 
d'intérêt : c'est la partie la plus neuve du volume, et l'on y voit, par 
un exemple frappant, quel eût été le prix de rapports du même genre 
sur le Comité de salut public et la Convention. 

A S 

■:.i ?.u\n c hnoqàT JQ£V£2 Sfflàm à. 

■âis lia - iio vj32 , s JxjBbnaj 3s rçtà'mft 
•pi sJ .aiîaM cl û a^Bnmléq x .. 
VARIÉTÉS 

■ > a qfilè ,c. 

La « Revue de l'extrême Orient » ». 

rn anu «âiqB bzJnozaB' 

De toutes les études orientales, la moins répandue, en France, est 
celle de l' Extrême-Orient. Cette immense région est pourtant intéres- 
sante à bien des titres, que l'on s'attache à son histoire intérieure ou que, 
pour l'étudier, on se place au point de vue de ses relations avec le 
monde indien et le monde musulman. Depuis quelques années, pour- 
tant, la Chine, le Japon, l'Indo-Chine et la Malaisie ont été, chez nous, 
l'objet de publications importantes qui commencent à éveiller la curio- 
sité de nos érudits. La création de la Revue * que nous annonçons nous 
paraît répondre à un véritable besoin et le nom de son fondateur, 
M. Henri Cordier, nous est un sûr garant de l'esprit qui animera ce 
nouveau recueil, auquel nous souhaitons longue vie et prospérité. 

La Revue admet dans son cadre des articles de fond, des mélanges, un 
bulletin bibliographique, une chronique, des questions et réponses et 
enfin une bibliographie. On voit qu'ici encore c'est la Revue historique 
qui a servi de modèle : on n'en pouvait choisir de meilleur. 

Le premier numéro débute par une statistique des sexes, au Japon, 
due à M. Léon Metchnikoff, après laquelle vient une biographie du cé- 
lèbre sinologue russe Palladius. Sous le titre de « Documents inédits 
pour servir à l'histoire ecclésiastique de l'Extrême-Orient, » M. Cordier 
publie ensuite la correspondance du P. Foucquet avec le cardinal Gual- 
terio. L'histoire des peuplades de la Chine orientale, extraite de l'histoire 
de la dynastie des Han postérieurs, et traduite en anglais par M. A. Wy- 
lie, forme une importante contribution au présent fascicule. M. Moura 
nous retrace, après, son voyage de Phnom-Penh à Pursat, en compa- 
gnie du roi de Cambodge, et décrit la pagode d'Oudoug ornée de pein- 
tures représentant les principaux épisodes de la vie du Buddha. Vient 
enfin le commencement d'une liste, dressée par M. Cordier, des manus- 
crits relatifs à la Chine conservés dans les bibliothèques de l'Europe. 

1. Revue de l'extrême Orient publiée sous la direction de M. Henri Cordier. Tome 
premier, n° 1, janvier-février-mars. Paris, Ernest Leroux, 1882. ln-8. 



i) nisroïKK kt ue LirrKHATUHb 17 

Signalons, dans les Mélanges, un article étendu de M. Gordier sur la 
presse européenne en Chine, et la traduction du traité entre la Russie et 
la Chine, concernant le rétablissement de l'autorité chinoise dans le 
pays d"Ili, qui était occupé depuis 1871 par les armées russes. M. G. De- 
véria décrit ensuite un ingénieux procédé d'estampage usité en Chine et 
qui fournit d'excellentes reproductions des inscriptions en blanc sur 
fond noir. Le même savant répond, plus loin, à une question posée dans 
la China Reviens et tendant à savoir s'il existe des Chinois musulmans 
se rendant en pèlerinage à la Mekke. La réponse est affirmative, et 
M. Devéria nous donne, en outre, d'après une relation chinoise, l'iti- 
néraire d'un pèlerin chinois, étape par étape, jusqu'à Jérusalem et l'E- 
gypte. Nous ferons observer, à ce propos, que les noms géographiques 
auraient dû être transcrits d'après une méthode uniforme. Ainsi nous ne 
voyons pas pourquoi Y ou est tantôt orthographié 00, tantôt u ; pourquoi 
le dj est transcrit j, sauf dans Chardjuy (m Tchârdjoûy), etc. 

La bibliographie qui termine ce premier fascicule nous a paru très 
complète. 

G. 



CHRONIQUE 



FRANCE, — A la liste des collaborateurs aux Mélanges d'érudition classique 
dédiés à la mémoire de Graux (ci-dessus n° 23, p. <±bb) il faut ajouter le nom de 
M. Théodore Mommsen, qui a fait parvenir au comité un manuscrit intitulé : Officia- 
lium et militum Romanorum sepulcretum Carthaginiense. 

— M. Jacques Denis, professeur à la Faculté des lettres de Caen a publié dans les 
Mémoires de l'Académie Nationale des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Caen 
deux études sur la comédie grecque, dont il nous adresse des tirages à part (Caen , 
imprimerie de F. Le Blanc-Hardel, in-8"). La première a pour titre Comédie moyenne 
(1881, 76 pages), la seconde Comédie nouvelle (1882, 128 pages). 

— L'éditeur Léopold Cerf (Paris, rue de Médicis, i3) entreprend la publication 
d'une Nouvelle collection illustrée à un franc le volume. Trois ouvrages apparte- 
nant à cette collection viennent de paraître, ce sont : i" Le siège de Belfort, par 
L. Dussieux, professeur honoraire à l'école Saint-Cyr (in -8° i3o p.). L'auteur s'est 
proposé de raconter exactement et sans parti-pris, d'après les documents français et 
allemands, l'histoire de ce siège mémorable; il fait surtout ressortir comment le tir 
indirect (dans lequel le but à atteindre échappe à la vue du pointeur qui règle son 
tir sur des repères fixés avec précision) et la défense des positions extérieures con- 
tribuèrent à prolonger la résistance de la place; il montre comment, grâce au colo- 
nel Denfert, Belfort resta à la France. On remarquera dans ce volume la page (i3) 
consacrée au premier siège de Belfort en 1814; on ne connaît d'ordinaire que le 
deuxième siège, de 181 5, auquel se rattache le nom de Lecourbe. M. Dussieux ra- 
conte le siège de 18 14 et donne le résumé des états de service du premier défenseur 
de Belfort, le chef de bataillon Jean Legrand. P. 1 10, il faut lire Teufelsgrube et non 
« Teufelsgrub ». Parmi les gravures, le plan de la ville et des environs, ainsi que le 



lO KKVUK CRIT1QUK" 

plan de la région, seront utiles; l'église, la place, la vue prise des Barres, La Miotte 
sont exactes; la gravure qui représente Belfort pendant le départ des Prussiens est 
assez grossière; celle qui représente Belfort à la rentrée des Français, aurait pu être 
laissée de côté. Pourquoi, à la dernière page, ne pas donner plus de détails sur Den- 
fert; pourquoi ne pas nommer les départements qui l'envoyèrent à la Chambre et ne 
pas citer exactement le jour de sa mort? 

2° Tableau de la littérature anglaise, par M. Léon Boucher, professeur à la Fa- 
culté des lettres de Besançon. (In-8°, i5o. p.) Ce Tableau comprend dix chapitres : I. 
Les origines, Chaucer; II. Le siècle d'Elisabeth, Spenser; III. Le drame anglais et 
Shakspere; I"V. Le xvi e siècle : Milton; V. La Restauration : Dryden ; VI. Le 
xvm e siècle : les écrivains de la reine Anne ; VII. Le xvxn" siècle : les romanciers, 
la critique, l'histoire. VIII. Le xviii" siècle : Révolution poétique, Cowper et Burns ; 
IV. Le xix e siècle, la poésie romantique; X. Le xix" siècle, le roman, la critique, 
l'essai. Le volume se termine par un appendice renfermant des notices biblio- 
graphiques; nous y reviendrons probablement; mais nous pouvons dire, dès à pré- 
sent, que ce petit livre, sans grandes prétentions, est écrit avec beaucoup d'agrément 
et d'élégance, qu'il renferme des jugements justes et fins dans leur brièveté et qu'il 
mente d être recommande aux élevés de nos lycées. 

3° Les races humaines, par M. Abel Hovelacque, professeur à l'Ecole d'anthropo- 
logie (in-8°, 160 p.). — Cette collection aura sans doute un grand succès; l'extrême 
modicité du prix et la beauté de l'exécution typographique suffiraient déjà à lui as- 
surer de nombreux acheteurs. L'éditeur annonce, pour paraître prochainement, les 
volumes suivants : L'Espagne des Goths et des Arabes, par M. Léon Geley, pro- 
fesseur au lycée de Vanves; Les Basques et le pays basque, par M. Julien Vinson; 
L Arménie et les Arméniens, par M. J. A. Gattevrias ; L'armée romaine, par M. Léon 
Fontaine, professeur à la Faculté des lettres de Lyon; La monnaie, histoire de For, 
de l'argent et du papier, par M. A. Dalsème; Les grandes époques du commerce de la 
France, par M. H. Pigonneau, professeur à la Faculté des lettres de Pans. 

ALLEMAGNE. — La première livraison du Dictionnaire étymologique de la lan- 
gue allemande (Etymologisches Wœrterbuch der deutschen Sprache), de M. Friedrich 
Kluge, privat-docent à l'Université de Strasbourg, vient de paraître (Strasbourg, 
chez Trûbner, pp. t-64); elle va jusqu'au mot elf inclusivement. L'ouvrage com- 
prendra, en son entier, sept à huit livraisons, chacune au prix de 1 mark 5o; il sera 
terminé avant la fin de l'année 1882; lors même qu'il prendrait un plus grand dé- 
veloppement que le croit l'éditeur, le prix de 12 mark (i5 francs) ne sera pas dé- 
passé. 

— La 36 e assemblée des philologues et professeurs allemands (Philologen und 
Schulmœnner) aura lieu cette année à Carlsruhe, du 27 au 3o septembre (présidents 
MM. Wendt, de Carlsruhe et Wachsmuth, de Heidelberg). 

— La collection des « éditions et dissertations sur le domaine de la philologie 
romane » (Ausgaben und Abhandlungen aus dem Gebiete der romanischen Philologie), 
que dirige M. Edm. Stengel, renfermera dans ses prochains fascicules des Etudes 
épiques (L Die Chanson des Saxons Johann Bodels in ihrem Verhœltnisse \um Ro- 
landsliede und %ur Karlamagnussaga, par H. Meyer;II. Die culturgeschichtlichen 
Momente des provençalischen Romans Flamenca, par F. W. Hermanni; III. Das 
Handschriftenverhœltniss der Chanson de Horn, par R. Brede; IV. Das Handschrif- 
tenverhœltniss der Chanson von der Belagerung von Barbastre, par A. Gundlach ;) 
des « Contributions à la connaissance de la poétique et de la littérature provença- 
les » (I. Peire Cardenals Strophenbau in seinem Verhœltniss %u dem anderer Troba- 
dors, par W. Maus ; II. Des Manches von Montaudon Dichtungen, par O. Klein, 



D - H ISTOIKE KT DK LITTKRATUKK 19 

etc.), et des « Contributions à la grammaire française et provençale » (I. Die Flexion 
der Substantiva im Rolandsliede, par B. Schneider ; II. Der Infinitiv. im Proven^a- 
lischen nach den Reimen de?- Trobadors, par A. Fischer, etc.) 

BULGARIE. — La société de littérature bulgare qui existait avant la guerre à 
Braïla (Roumanie) vient de se reformer à Sofia. Ses mémoires — qui renferment des 
travaux fort intéressants — paraîtront désormais six fois par an. 

DANEMARK. — M. Kr. Nyrop va publier un petit livre sur l'étymologie popu- 
laire en danois. (Copenhague, Reitzel.) 

PORTUGAL. — Nous avons reçu d'un fidèle ami de notre revue, M. Bernardo 
Valentim Moreira de Sa, un gros volume, contenant des morceaux choisis des écri- 
vains français à l'usage des écoles de Portugal [Selecta france^a para uso dos 
lyceus, compilada, annotada e com numerosas referencias à grammatica francesa 
dos Snrs. J. Eduardvon Hafe e A. Epiphanio da Silvas Dias. Porto, Magalhâes et 
Moniz. In-8°, vin et 6oS pp.) Malgré l'errata, il reste encore beaucoup de fautes 
d'impression; il nous est impossible de les énumérer toutes; citons seulement la 
pièce de Theod. de Banville, le cimetière (pp. 36o-36i) où nous lisons perfuiris, 
chouchés et pervanches. Signalons encore une petite erreur; Duguet (p. 44) n'est pas 
un « auteur contemporain ». Mais le volume de M. Moreira de Sa est bien fait, et 
nous pensons que ses nombreux mérites le rendront en quelque sorte classique 
dans les lycées du Portugal. Les morceaux sont habilement gradués; l'élève, en 
avançant dans la lecture de l'ouvrage, ira insensiblement du facile au difficile. Ces 
morceaux offrent, en outre, une agréable variété ; l'éditeur du recueil a su, avec 
beaucoup de goût et d'adresse, entremêler la prose et la poésie; on passe d'une pièce 
de vers à un récit historique, d'une narration à un morceau didactique, etc. 
Ouvrons le volume au hasard; pp. 39-43, nous trouvons une poésie de Joachim 
du Bellay, Contentement passe richesse; Le laiton, de E. Dupuis; Noël, de Théo- 
phile Gautier; L'Histoire, de MM. Dhombres- et Gabriel Monod; Les deux 
voyageurs de Florian ; pp. 488-520, voici Le défilé, de Coppée ; Un mariage 
grec, de Victor Langlois ; Le sanglier, de Theod. de Banville; Les construc- 
teurs d'îles, de Pouchet ; La fenaison, d'Autran; La musique, de Victor Cou- 
sin; un petit fragment de YEsther de Racine; Le foyer domestique, de Jules 
Simon; La situation du travailleur avant la Révolution française, de Tarnier; La 
mort du loup, d'Alfred de Vigny; Le roi de Dahomey, de M. de Cherville; Shakes- 
peare, de M. Paul Stapfer; Les châteaux en Espagne, de Collin d'Harleville; 
Les proverbes, de M. Michel Bréal. On ne peut guère imaginer, dans un recueil de 
morceaux choisis, une plus attrayante diversité; l'ouvrage renferme, au reste, 3g2 ar- 
ticles. On aura remarqué que M. Moreira de Sa fait une grande place aux auteurs 
contemporains; c'est ainsi qu'il cite encore (pp. 542-546) un morceau que nous 
avons lu avec un vif intérêt, Un combat de cavalerie sous Met$, de M. Ludovic 
Halévy. Le volume de l'écrivain portugais contient d'ailleurs nombre de morceaux 
qui respirent l'amour de la France; non-seulement il contribuera, comme dit 
M. Moreira de Sa, a educaçdo das faculdades moraes e desenvolvimento do bom gosto 
litterario; mais il fera aimer, et en Portugal et au Brésil, notre langue et notre 
pays. 



SOCIÉTÉ NATIONALE DES ANTIQUAIRES DE FRANCE 

Séance du 14 juin 1882. 
M. de Barthélémy lit une lettre de M. Jacob relative à un cippe gallo-romain dé- 
couvert à Bar-Le-ûuc, et dont la face principale porte, en haut relief, un enfant nu 
tenant un oiseau. 



20 KKVUK CRJT1QUK D HISTOIRE KT DK LITTERATURE 

M. Schlumberger lit une notice sur la vie et les travaux de M. de Longpérier; 
cette notice, à laquelle est jointe une bibliographie complète des mémoires et articles 
si nombreux publiés par M. de Longpérier, sera insérée dans le Bulletin de la So- 
ciété. 



ACADEMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES 



Séance du 23 juin 1882. 

M. de Laigue, consul de France à Malaga, adresse à l'Académie le calque d'un frag- 
ment d'inscription arabe, levé par les soins du vice-consul de France à Almeria. Cette 
inscription incomplète a été trouvée dans la sierra de Gador, à l'ouest de la province 
d'Almeria. Gador, qui n'est plus qu'un bourg d'environ 2,boo habitants, paraît avoir 
été autrefois un centre de population plus considérable. On y a trouvé des vestiges 
qui témoignent de l'importance de ce lieu, tant avant la conquête romaine que sous 
les Romains et plus tard sous les Arabes. 

L'Académie se forme en comité secret. 

La séance étant redevenue publique, M. le président fait connaître le résultat du 
concours ouvert pour le prix ordinaire, sur cette question : Etude sur les institutions 
politiques, administratives et judiciaires du règne de Charles V. Le prix n'est pas 
décerné. La question est retirée du concours. 

L'Académie procède à l'élection d'un membre ordinaire, en remplacement de 
M. Guessard. M. Senart obtient 27 voix, M. Revillout 8. M. Senart est élu; l'élection 
sera soumise à l'approbation de M. le Président de la République. 

M. Siméon Luce est désigné pour faire une lecture au nom de l'Académie à la pro- 
chaine séance trimestrielle de 1 Institut. Il lira son mémoire sur les comptes de dé- 
penses d'un prieur de Saint-Martin-des-Champs au xv e siècle. 

M. Oppert continue sa communication sur les inscriptions du roi Gudea, trouvées 
en Chaldée par M. de Sarzec. Il donne la traduction d'un nouveau texte et complète 
ou rectifie quelques parties de ses lectures précédentes. — Il repousse l'opinion qui 
a été présentée récemment à l'Académie, suivant laquelle le nom du roi, lu par 
M. Oppert Gudea, devrait se lire Nabu. On a dit que le signe de la divinité, qui pré- 
cède ce nom, obligeait de choisir parmi les différentes manières de le lire celle qui 
reproduit le nom d'un dieu. M. Oppert n'entend pas ainsi ce signe, il y voit un mot 
à part, qui, joint au nom, donne cette phrase : le dieu de Gudea. D'autres raisons 
prouvent, selon lui, que Gudea est la seule lecture possible. — Dans une des ins- 
criptions déjà traduites, M. Oppert avait cru voir qu'il était question d'une offrande 
de lait, faite à la divinité. Un nouvel examen l'amène à croire qu'il s'agit, non de 
lait, mais d'une liqueur enivrante appe'ée sikaru. — Dans l'inscription qu'il étudie 
aujourd'hui, M. Oppert signale des imprécations lancées contre ceux qui gratteraient 
la pierre pour y effacer le nom du roi. 

M. Aube commence la lecture d'un mémoire sur Polyeucte et son martyre, d'après 
des documents inédits. Dans le premier paragraphe de ce travail, l'auteur examine la 
question de la réalité historique du personnage de Polyeucte. 11 croit que Polyeucte a 
existé et subi le martyre; la tradition relative à ce saint remonte assez haut pour 
qu'on doive penser qu'elle a un fondement vrai. Ses Actes sont d'une époque relati- 
vement basse, mais on peut croire que celui qui les a écrits avait sous les yeux un 
récit plus ancien. Dès le iv e siècle, plusieurs églises étaient placées sous l'invocation 
de saint Polyeucte. On a aussi des lampes votives avec l'inscription : TOT AITOY 
II0AY0KTÔ2 (le nom au nominatif, au lieu du génitif, faute qui n'est pas rare dans 
les monuments de ce genre). 

Ouvrages présentés : — par M. Jourdain : Huit (Ch), Platon à l'Académie, fon- 
dation de la première école de philosophie en Grèce; — par M. Heuzey : Ecole fran- 
çaise de Rome : Mélanges d'archéologie et d'histoire; — par M. Oppert : Charencey 
(Hyacinthe de), Recherches sur les dialectes tasmaniens ; — par M. Alexandre Bertrand: 
Kerviler (René), Etude critique sur l'ancienne géographie armoricaine ; — par 
M. Delisle : Prost (Auguste), les Chroniques vénitiennes. , 

Julien Havet. 

Le Propriétaire-Gérant : ERNEST LEROUX. 



Le Puy, typ. et lith. Marchesseu fils, boulevard Saint-l.aurent, ai' 



REVUE CRITIQUE 
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

N° 28 - 10 Juillet - 1882 

I 
Sommaire s i32. A. Baueb, Thémistocle, études sur les historiens grecs. — 1 33. 
Hild, L'impiété d'Aristophane. — 134. Jûlg, Vie de Séjan. — i35. Onions, Col- 
lation de l'Harleiânus, ms. de Nonius. — i36. Heerdegen, Recherches relatives à 
la sémasiologie latine. — 1 37. Gagnât, Etude historique sur les impôts indirects 
chez les Romains jusqu'aux invasions des barbares. — 1 38. Eyssenhardt, Romain 
et roman. — i3cj. La « descriptio tabulae mundi » de Jean de Gaza et six poésies 
anacréontiques, p. p. Eug. Abel. — 140. Schober, Heinse, sa vie et ses œuvres. 
— 141. De Vivo, Grammaire de la langue russe. — Chronique. — Académie des 
Inscriptions. 



i32. — Themistokles. Studien und Beitraege zur griechischen Historiographie 
und Quellenkunde von A. Bauer. Merseburg, Steffenhagen, 1881. 1 vol. in-8 u , 
i 7 3 p. 

Pour apprécier à sa juste valeur l'ouvrage de M. Bauer, il convient 
de faire attention moins au titre qu'au sous-titre, qui explique mieux le 
dessein de l'auteur. On ne trouvera pas ici, en effet, un portrait de 
Thémistocle, un récit suivi des événements auxquels il a été mêlé, avec 
un jugement d'ensemble sur sa vie, son caractère et le rôle qu'il a joué 
dans la guerre contre les Perses et dans les affaires intérieures d'Athènes. 
C'est un tout autre sujet que s'est proposé M. Bauer. Il l'indique lui- 
même très nettement dans son avant-propos : le nom de Thémistocle 
n'est pour lui que l'occasion ou le point de départ d'une série de re- 
cherches instituées sur les différents historiens grecs. Ce n'est pas le 
héros de tant de récits qui attire l'attention de M. B., mais les narrateurs 
eux-mêmes. Il entreprend de distinguer et de définir les points de vue 
divers auxquels ils se sont placés en parlant de Thémistocle, persuadé 
que les divergences et les contradictions mêmes de leurs jugements sont 
singulièrement instructives et permettent de connaître ridée que chacun 
d'eux s'est faite sur les conditions d'existence et le rôle du peuple grec. 
Thémistocle a fondé la puissance maritime de sa patrie : suivant qu'ils 
lui sont favorables ou hostiles, les historiens révèlent les dispositions qui 
les animent à l'égard d'Athènes, de son empire, de la politique qu'elle re- 
présente et de l'influence qu'elle a exercée dans le monde hellénique. 
Reconnaître ces dispositions, les caractériser et montrer ainsi les diffé- 
rentes manières dont l'histoire grecque a été envisagée aux différentes 
époques de l'antiquité, telle est la tâche que M. B. s'est donnée. De plus, 
il a recherché quelles étaient les sources auxquelles ont eu recours les 
nombreux historiens qu'il passe en revue, depuis les contemporains de 
Thémistocle jusqu'au rhéteur yElius Aristide. 

Nouvelle série, XIV. 2 



22 RKVUH. CRITIQUE 

L'ouvrage de M. B. est d'une lecture assez difficile. La marche de la 
discussion, déjà un peu lente par elle-même, est encore embarrassée par 
les controverses que soulève l'auteur sur beaucoup de points de détail. 
C'est un livre de polémique presque autant qu'un livre d'exposition, 
M. B. s'attardant à chaque pas pour discuter les opinions de M. A. 
Schmidt, ou de M. Mûller-Strùbing, ou de M. Holzapfel. Il en résulte 
que l'attention du lecteur est forcée de se partager entre le texte, où 
M. B. présente ses propres idées, et les notes, très abondantes, souvent 
très longues, où il bataille contre ses adversaires. On aurait tort cepen- 
dant de se laisser rebuter trop vite. A la condition de s'armer de patience, 
on trouvera beaucoup à apprendre dans le volume de M. Bauer. La 
question principale, — l'auteur en fait l'aveu, — est quelquefois perdue 
de vue, mais les digressions elles-mêmes sont instructives. 

Sans vouloir entreprendre une analyse détaillée, qui serait trop longue 
et qui serait parfois assez difficile à faire, je signalerai quelques-uns des 
chapitres, où se montrent le mieux l'érudition de M. Bauer et la péné- 
tration ingénieuse de son esprit : Hérodote (p. i5) ; la comédie (p. 60), 
où l'on trouve d'excellentes remarques sur le cas qu'il convient de faire 
du témoignage d'Aristophane et des autres comiques ; Platon et Xéno- 
phon (p. 69) -, Isocrate et les orateurs (p. y 6). On lira également avec 
beaucoup d'intérêt le chapitre consacré à Thucydide (p. 28), où l'auteur 
met nettement en lumière les différences qui séparent l'historien athé- 
nien de ses prédécesseurs et particulièrement d'Hérodote. 

R. L. 



t33. — Aristophane» Impietatls rens, thesim Facultati Litterarum Parisiensi 
proponebat J.-A. Hild. Vesontione 1880, in»8°, vm-i33 p. 

Cette étude est incomplète et un peu confuse, mais elle témoigne d'un 
effort consciencieux. L'auteur a travaillé sans direction, gregarius pe- 
riculosum iter solus ingressus; on sent, de plus, qu'il n'a pas eu à sa 
disposition toutes les ressources nécessaires. Quelques-unes des im- 
perfections du travail de M. Hild trouvent là une explication et une ex- 
cuse. 

M. H. a essayé de résoudre une question intéressante. Quoi de plus 
singulier que de voir Aristophane reprocher à un Euripide, à un So- 
crate d'attaquer les divinités nationales et être lui-même si irrévéren- 
cieux envers ces divinités! Cet adversaire de l'impiété était-il lui-même 
un impie? Il y a là une de ces contradictions qui éveillent notre at- 
tention et piquent notre curiosité ; aussi le sujet a-t-il été déjà traité 
plusieurs fois, et récemment encore dans un travail qui a été très re- 
marqué \. Qu'Aristophane se moque des augures et des oracles, qu'il 

1. Jules Girard, La religion dans Aristophane, Revue des Deux-Mondes 1" août 
et i5 novembre 1878. 



d'histoire KT DK LITTÉRATURE 2 3 

bafoue prêtres et devins, qu'il fasse la guerre à toutes ces divinités étran- 
gères, asiatiques ou thraces, depuis peu introduites dans l'Attique, il n'y 
a là rien qui doive surprendre. Ce qui est grave, c'est de le voir s'atta- 
quer aux divinités nationales. 

M. H. distingue quatre époques dans la croyance d'Aristophane. Dans 
la première (Chevaliers, an 424), le poète est religieux, il parle avec le 
plus profond respect des deux divinités protectrices de l'Attique, Poséi- 
don et Athena (Parabase des Chevaliers); en 4F 4, au contraire, dix ans 
après, nous trouvons un changement complet; la comédie des Oiseaux 
est une moquerie sans fin des principaux dieux de l'Olympe : c'est le 
grand moment d'Athènes, dont les armées entourent Syracuse. L'issue 
désastreuse de l'expédition de Sicile semble marquer la fin de la puis- 
sance athénienne : le poète, avec Lysistrata et les Thesmophoria^usœ, 
revient à des sentiments religieux. Peu après, les Grenouilles nous mon- 
trent une nouvelle rechute dans l'irréligion, rechute qui semble irrémé- 
diable avec le Plutus. Cette division peut être acceptée dans l'ensemble, 
sans être peut-être aussi tranchée que le veut M. Hild h 

La conclusion de M. H., c'est que décidément Aristophane est un im- 
pie, et qu'il est singulier qu'il n'ait pas été l'objet d'une ^ç>ct.qr\ àasésiaç. 
M. Girard n'allait pas si loin; il se contentait de dire qu'il n'y avait chez 
Aristophane ni religion ni foi particulièrement vive. M. H. ne tient 
certes pas assez compte des nécessités imposées au poète. Dans la comé- 
die antique, tout doit être comique. S'il est un poète qu'Aristophane 
aime et admire, c'est Eschyle; l'auteur des Sept Chefs en est-il moins à 
l'abri des moqueries du comique dans les Grenouilles? Sans doute, c'est 
à Eschyle que la victoire finit par être décernée, mais en a-t-il été, au 
fond, moins maltraité qu'Euripide? Que dans les attaques d'Aristophane 
contre la religion il y ait eu autre chose que des plaisanteries de comé- 
die, on peut très bien l'accorder, mais c'est aller trop loin que de faire 
de lui un apôtre d'impiété. 

Faut-il croire aussi que l'auteur des Nuées, l'ennemi acharné des phi- 
losophes, soit devenu lui-même philosophe vers la fin de sa carrière? 
Aristophane figure dans le Banquet de Platon et y joue un rôle très ho- 
norable; mais de ce qu'on figure dans un dialogue de Platon, à côté de 
Socrate 2 , il ne s'ensuit pas qu'on soit socratique. Tout prouve, au con- 
traire, que si Platon a introduit Aristophane auprès de Socrate, c'est 
une pure malice de philosophe. Aristophane n'est là que pour entendre 



1 . Nous trouvons une division à peu près analogue dans un travail en hongrois 
dont nous ne connaissons qu'un court résumé, Revue des Revues {Revue de philolo- 
gie, nouv. sér.), année 1881, p. 178, 1. b sqq. 

2. « Impius igitur posterorum judicio erit habendus, et insignem illius setatis in 
religiosis ut in ceteris effigiem expressit : ita tamen ut impietas illa pro perspicacia 
et sapientia numeretur, qua Epicharmi, Xenophanis, Socratis quoque renovantium 
temporis sui studia, elaboraverit in opère, et pro sua virili parte, rationabilem reli- 
gionem.... constituent. » 



24 RBVUK CRITIQUE 

l'éloge de l'homme qu'il a si violemment attaqué, et, ce qui est piquant, 
c'est lui qui fournit les frais de cet éloge ; c'est avec un des passages 
les plus insultants des Nuées qu'Alcibiade glorifie Socrate sous les yeux 
d'Aristophane '. 

Etait-il a ailleurs bien nécessaire d être de 1 école de bocrate pour être 
impie? Dans la pièce la plus irréligieuse d'Aristophane, dans le Plutus, 
ce n'est pas avec les idées nouvelles que le comique fait la guerre aux 
dieux; c'est la croyance d'Hérodote et d'Eschyle, c'est l'idée du çOévoç ou 
de la jalousie des dieux qui fournit à Aristophane ses traits les plus vio- 
lents contre la religion de son pays. Il me suffira de renvoyer à la thèse 
de M. Ed. Tour nier sur la Némésis et la jalousie des dieux 2 , en regret- 
tant que M. H. n'ait pas cru, pour sa thèse latine, devoir se servir de 
ce travail. 

Un autre ouvrage qu'on est étonné de ne pas voir cité, c'est la thèse 
de M. P. Foucart sur les Associations religieuses che^ les Grecs 3 . 
M. H. y aurait trouvé des éclaircissements sur la façon dont les cultes 
étrangers s'introduisirent en Attique et sur l'accueil que les comiques et, 
en particulier, Aristophane firent aux nouveaux dieux. Il y a là (2 e par- 
tie, chap. ix) tout un chapitre de sa thèse que M. Hild aurait trouvé 
déjà traité. 

Albert Martin ' 

l34. — Vita Ij. JEll Sejani xlbei*îo imperante praefectl prtetorlo. Ad- 

umbravit Joannes Julg. lnnsbrûck, Wagner, 1882. 1 vol. in-8°, 38 p. 

M. Jûlg s'est proposé une double tâche : recueillir et classer méthodi- 
quement tous les renseignements qui nous sont parvenus sur Séjan, 
puis, à l'aide de ces renseignements, tracer un portrait exact du préfet 
de Tibère. En ce qui concerne ce dernier point, je ne crois pas que 
M. J. ait atteint le but qu'il s'était assigné. Ses conclusions, qui tiennent 
en deux pages (37-38), ne nous apprennent rien de nouveau. Elles ne 
nous laissent pas une impression qui soit bien nette; on y remarquera 
même une assertion qui n'est nullement justifiée par les textes que 
l'auteur a réunis et commentés dans la première partie de son travail. 
D'après M. J., Séjan aurait échoué, parce que, au moment de s'emparer 
du souverain pouvoir, alors qu'il ne lui restait plus qu'à se débarrasser 
de Tibère, il aurait été retenu par un sentiment de reconnaissance ou 
d'affection <. Il avait brisé sans scrupule tous les autres obstacles qui se 

1. Platon, 221 , chap. xxvi du Banquet. 

2. Paris, i863. 

3. Paris, 1873. Ces deux ouvrages doivent se trouver dans toutes les bibliothè- 
ques universitaires. M. H. s'est servi de celui de M. Tournier pour sa thèse fran- 
çaise. 

4. « Fortasse enim, etsi omnem humanitatem exuerat, gratus quidam animus vel 



d'histoire et de littérature 25 

dressaient devant lui; il avait fait périr Drusus, il avait écarté de son 
chemin Agrippine et les fils de Germanicus, à l'exception de celai qui 
devait être plus tard Caligula ; mais il aurait hésité à frapper Tibère et, 
après avoir décidé sa perte, aurait été tenté de l'épargner. Ces retards 
dans l'exécution auraient donné à l'empereur le temps de déjouer le 
complot, si bien que Séjan aurait succombé victime de ses remords 
tardifs et d'un mouvement de générosité, qu'on s'explique mal chez un 
homme tel que lui. Je ne discute pas ici la valeur de cette opinion ; il 
me suffit de constater que c'est là une supposition purement gratuite. Il 
n'y a rien, pas une ligne, pas un mot, dans le récit des faits tel qu'il est 
présenté par M. J., qui la justifie ou la prépare. 

Il ne faudrait pas cependant, parce que les conclusions sont insuffi- 
santes, juger avec trop de sévérité le travail de M. Jûlg. S'il n'a pas 
réussi dans la seconde partie de sa tâche, il s'est acquitté de la première 
avec beaucoup de soin et avec une consciencieuse exactitude. Il a fait 
une œuvre utile en recueillant dans Tacite, Suétone, Dion Cassius, etc., 
tous les textes qui ont rapport à Séjan, d'autant plus qu'il ne s'est pas 
borné à composer un simple index. Chemin faisant, il rapporte et 
discute brièvement les principales opinions qui ont été émises par lès 
critiques modernes sur Séjan, son caractère, ses projets, ses relations 
avec les différents membres de la famille impériale et avec Tibère. C'est 
toute une bibliographie de la question, et une bibliographie raisonnée, 
que l'on trouve dans la dissertation de M. Jiilg. Il a ainsi le mérite 
d'avoir beaucoup simplifié et facilité la tâche de ceux qui voudront, 
après lui, reprendre le même sujet. 

R. L. 

■ 

l35. — Monius Marcellus, Harleian Ms. «ri» collated by J. H. Onions, 
M. A. Oxford, at the Clarendon Press. 1882. (Anecdota Oxoniensia, Texts, Docu- 
ments, and Extracts, chiefly from Manuscripts in the Bodleian and other Oxford 
Libraries, Classical Séries, Vol. I, Part II, pages 0,3 à 1 53), petit in-4 . 

M. Louis Quicherat, dans son édition de Nonius, a le premier donné 
du manuscrit harléien une collation complète, fournie par M. Gustave 
Massôn. Le vénérable éditeur français la considère comme absolument 
définitive, presque équivalente à l'original : « excellentissimum librum 
non partim et obiter consuluit, sed a capite ad calcem tam religiosa se- 
dulitate examinavit, ut codex ipse mihi in manu esse videretur. » 
M. Onions pense autrement; selon lui, cette collation est quite untrust- 
worthy. En conséquence, il a collationné à son tour l'Harleianus, no- 
tant les leçons que M. Quicherat ne mentionne pas et rectifiant les indi- 
cations inexactes. Il va de soi qu'un tel travail est très utile. 

« quaedam pietas erga illum, per quem omnia assecutus erat, eum a vita principis 
« retinuerit » (p. 38). 



20 REVU1Î CRITIQUE 

M. Onions distingue dans l'Harleianus trois mains; les deux premiè- 
res se sont partagé les livres I-III, la troisième commence au livre IV; 
cette dernière a commis des fautes plus nombreuses et plus graves. Voilà 
une distinction d'une grande importance. Certains manuscrits, comme 
celui de Genève, ne donnent que le livre IV. Dans le manuscrit de Mont- 
pellier, ce même livre précède les livres I, II-, III. Le manuscrit de Paris 
se compose de deux parties, Tune qui contient le livre I et le commen- 
cement du livre II ', l'autre qui commence au livre IV; et. d'après une 
observation encore inédite de M. Meylan, élève de l'Ecole pratique des 
hautes études, la seconde partie est d'une autre main que la première. Il 
est vrai que la première main semble reprendre plus loin. Tous ces indi- 
ces amènent à conjecturer que le corps actuel de notre Nonius a été 
formé (aux temps carolingiens) par la juxtaposition d'au moins trois 
Nonius partiels, l'un finissant avec III, Fautre contenant IV, le troi- 
sième commençant avec V ; que, par conséquent, il serait chimérique de 
vouloir résumer dans une généalogie unique Phistoire de la transmis- 
sion du texte a . 

M. Onions reconnaît dans l'Harleianus, outre les trois mains origina- 
les, trois mains de correcteurs ou glossateurs. La distinction de ces six 
sources a son prix, et doit être signalée comme l'un des mérites de la pu- 
blication nouvelle. 

Le Parisiensis, selon une conjecture un peu légère de l'auteur, sem- 
blerait avoir été copié sur l'Harleianus après le passage des deux premiers 
correcteurs. Ce qui a été dit tout à l'heure montre que, pour les manus- 
crits de Nonius, il faut se garder d'aller si vite en matière de généalogie. 
M. Onions, d'ailleurs, se réfute lui-même sans s'en apercevoir. Le Pari- 
siensis, dit-il, suit ordinairement la correction; il donne parfois aussi la 
leçon originale, parfois une combinaison des deux. Voilà un éclectisme 
qu'on ne peut légitimement supposer chez un copiste. Si le Parisiensis 
dérivait réellement de l'Harleianus, on n'y trouverait pas de leçons ori- 
ginales repêchées sous les corrections. 

L'Harleianus a fourni à M. Onions des leçons précieuses, jusqu'ici in- 
connues. Ainsi (178, 22), dans un fragment d'Afranius, Iam istam cal- 
uam colafis comminuissem testatim tibi, les autres manuscrits omettent 
calnam, l'Harleianus l'a conservé 3 . 

La nouvelle collation est-elle irréprochable? Non sans doute. M. Onions 
n'a recueilli qu'un « nombre considérable » des notes marginales; il fal- 



1. La fin du livre II et le livre III manquent (la lacune du Parisiensis finit avec la 
partie de l'Harleianus copie'e par la seconde main, mais elle commence plus loin, 
p. 141 ; la seconde main de l'Harleianus commence p. 117). 

2. Sur l'origine complexe du manuscrit de Montpellier, voir L. Havet, De Satur- 
nio, p. 335. 

3. En le déplaçant, comme l'indique l'absence de coupe régulière; il faut (ce que 
M. Onions n'a pas vu) mettre caluam devant testatim, là même où M. Quicherat in- 
sérait par conjecture testam. 



d'histoire et de littératurk 27 

lait les recueillir toutes \ La leçon caluam, citée tout à l'heure, est seu- 
lement de la première main, à en croire la préface, mais c'est ce que ne 
dit point la collation même. Dans un vers d'Accius (9, 20), M. Quiche- 
rat, imprimant [sinjite me ad, oublie d'avertir que les manuscrits (y 
compris le Parisiensis, fol. 4 r° a) ont item ad : M. Onions se tait aussi. 
Il se peut qu'un examen du manuscrit fasse apercevoir d'autres imper- 
fections. Il faut pourtant remercier l'auteur de sa peine, et, désormais, 
contrôler par sa collation le texte de Nonius. 

Louis Havet. 



i36. — Ferdinand Heerdegen, lJnter«mcl»uiigen zm* lateinischen Sema- 
siologie. Erlangen, Deichert. 1881. III. Heft. In-8°, 107 p. — Prix : 2 mark. 

La « sémasiologie » est la science qui s'occupe de préciser le sens des 
mots d'une langue et de rechercher les variations de signification par où 
ils ont pu passer ; elle forme donc une partie importante deTétude scien- 
tifique du vocabulaire. Le livre de M. Heerdegen est la réunion de trois 
dissertations, qui avaient d'abord paru séparément : i° De l'étendue et 
des divisions de la science du langage en général et de la grammaire 
latine en ■particulier (Erlangen, 1875), 48 p.: — 2 Du but et de la 
méthode de la sémasiologie latine (Erlangen, 1878), 58 p. ; — 3° Du dé- 
veloppement historique de la signification des mots latins (Erlangen, 
1881), 107 p. 

I. — Le plus intéressant de ces trois articles est le troisième, qui con- 
tient une histoire du mot orare 2 , considéré successivement, dans ses di- 
vers emplois, chez les différents auteurs latins. On sait que ce mot, dé- 
rivé de os, oris, signifia d'abord parler, puis, par une limitation du 
sens primitif, prier, demander. C'est l'histoire de ce changement de 
sens que M. H. étudie dans le plus grand détail. Le sens primitif se 
trouve, par exemple, chez Plaute dans des locutions telles que orare 
(= agere) cum aliquo, œquom or as, jus or as, jus bonum oras\ on en 
rencontre encore des traces chez Cicéron dans certaines expressions con- 
sacrées, inorata causa, causam ou litem orare; on lit chez Tite-Live, 
39, 40, 12 : « (M. Porcius) qui, sextum et octogesimum annum agens, 
causam dixerit, ipse pro se oraverit scripseritque », et, pour le remar- 
quer en passant, je ne crois pas que M. H. réussisse à persuader beau- 
coup de gens que, si Tite-Live a ici employé oraverit dans ce sens un 
peu vieilli, c'était « évidemment » (?) pour donner au passage un carac- 
tère archaïque qui fût en rapport avec la personne de Caton, dont il 

1. M. Meylan a reconnu récemment, entre les notes marginales du Parisiensis et 
celles du Guelferbytanus, des concordances intéressantes pour l'histoire du texte. 

2. M. Heerdegen a aussi publié un travail sur le sens du mot fides chez Cicéron 
(De fi de Tulliana. Erlangen, 1876). 



28 RRVUK CRITIQUE 

fait le portrait (??). D'autre part, M. H. montre que Plaute et Cicéron 
emploient bien orare dans le sens de prier, mais pas encore, à ce qu'il 
semble, dans le sens de demander, c'est-à-dire avec l'accusatif d'un nom 
de chose comme complément direct (lorsqu'on dit « hoc te oro », cela 
équivaut logiquement à a hanc orationem te oro », « je te prie de cette 
prière »); au contraire, chez Térence, plus tard chez Salluste, orare se 
rencontre dans le sens de demander ; T.-Live enfin construit ce verbe 
avec un double complément direct [auxilia regem orabant, « ils 
priaient le roi et ils demandaient au secours) », ce qui ne se trouve 
pas en prose avant lui. Viennent ensuite les deux premiers siècles de 
l'époque impériale, où il semble à M. H. que orare, dans le sens de 
prier. ■ vieillit rapidement; Sénèque le rhéteur, Sénèque le philosophe, 
Pétrone, Quintilien, Pline le jeune emploient presque toujours rogare 
dans ce sens, rarement orare; si Tacitej au contraire, n'emploie guère 
que orare, c'est chez lui, dit M. H., un archaïsme. Un autre fait très 
remarquable, c'est l'usage extrêmement fréquent de orare chez Quinti- 
lien dans le sens technique de être orateur, plaider, qui se rattache au 
sens primitif du mot. 

Je n'indique ici que quelques-uns des points sur lesquels porte l'étude 
de M. Heerdegen. Cette étude est faite avec beaucoup de soin et de cons- 
cience, trop de conscience peut-être : il y a dans ces longues énuméra- 
tions de passages bien des détails dont j'avoue ne pas voir l'intérêt. C'est 
ainsi que je ne comprends pas bien ce que c'est que « l'éthos » ou « l'em- 
ploi éthique » (?) du mot orare. M. H. est d'ailleurs trop affirmatif : il 
semble croire que les résultats auxquels son étude Ta conduit sont des 
vérités certaines; or il faut bien se rendre compte qu'en l'absence de la 
plus grande partie des monuments de la langue latine, il nous est im- 
possible d'arriver à autre chose que des hypothèses sur tout ce qui tou- 
che à l'histoire de cette langue. Enfin il y a certaines observations de dé- 
tail qui me paraissent contestables : pourquoi, par exemple, omnibus ou 
multis precibus orare (p. 3o) serait-il une locution de la langue vul- 
gaire? Je ne vois absolument rien qui autorise cette supposition. Les 
études sur le latin vulgaire sont à la mode depuis quelques années ; elles 
ont mis en lumière des faits bien intéressants; mais il faut avouer aussi 
qu'on abuse étrangement aujourd'hui de ce latin vulgaire, et qu'on veut en 
voir partout. De même il me paraît difficile d'admettre que dans la for- 
mule quod ego te oro, etc. (p. 33, note), quod soit en réalité l'ablatif 
quo = quare : une confusion de prononciation n'était guère possible 
entre l'abl. quo (d), où Yo était long et le d prononcé faiblement, puis- 
qu'il finit par disparaître, et le neutre quod, où l'o était bref et le d pro- 
noncé d'une manière assez dure, puisqu'un peu plus tard quod et quot 
se prirent l'un pour l'autre dans l'orthographe vulgaire. 

Malgré ces quelques réserves et d'autres critiques de détail qu'il y aurait 
peut-être lieu défaire, l'étudede M. H. sur le verbe orare est intéressante 
et bien faite ; elle appartient d'ailleurs à un ordre de recherches qui a 



| liBiîioq al ÏM ' 

Ji'up 33 é >k ■ rt&no ôsid Jnsiolqm»; 

d'histoire et de littérature 29 

été trop négligé jusqu'ici, et, à ce titre, elle mérite doublement qu'on lui 
fasse bon accueil. 

II. — Les deux autres dissertations de M. H. ne contiennent guère 
que des considération générales. Je me contenterai de relever une théo- 
rie de M. H. d'après laquelle (p. 23 sqq.) le développement de la signifi- 
cation des mots ne se serait fait que de deux manières : soit par limita- 
tion du sens primitif (exemple : litterae, « quelque chose d'écrit », puis, 
dans un sens plus restreint, « une lettre »), soit par association d'idées 
(exemple : harena, « sable », ou, par limitation, « arène »; c'est ensuite par 
association d'idées que Pline le jeune, prenant le mot au sens figuré, 
dira, Lettres, 6, 12 : « Vettio Prisco quantum plurimum potuero prae- 
stabo, praesertim in harena mea, hoc est, apud centumviros »). Il me 
semble que cette division n'est pas complète : quelquefois la langue, au 
lieu d'appliquer un mot de sens général à un cas particulier et d'en 
préciser ou d'en limiter ainsi la signification, efface au contraire la 
nuance particulière qu'exprimait le mot et lui attribue ainsi un sens 
plus général, plus vague, plus indéterminé : il y aurait donc, à ce qu'il 
me semble, une 3 e catégorie à ajouter aux deux catégories admises par 
M. Heerdegen. Ainsi le mot infans, qui a désigné d'abord un enfant 
qui ne parle pas, reçut de bonne heure un sens plus large : l'âge désigné 
par infantia ' allait jusqu'à sept ans à peu près (v. Ulpien, Digeste, 
26, 7, 1, et cf. Forcellini, aux mots œtas et infantia;v. aussi Horace, 
Odes, 3, 4, 20). Plus tard, dans le latin vulgaire, ce même mot injans 
prit un sens bien plus étendu encore : on peut voir dans Forcellini (édi- 
tion de Vit, au mot infans, §§8- 10) que, dans certains textes épigraphi- 
ques et certains passages de saint Jérôme, infans correspond déjà tout 
à fait à notre mot enfant. Voilà donc un mot dont le sens a été en se 
généralisant de plus en plus. 

O. R. 



137. — Etude historique sur les impôts indirects chez les Romains 
Jusqu'aux invasions des barbares, d'après les documents littéraires et épi- 
graphiques, par M. R. Cagnat. i vol. in-8° de 256 p. accompagné de 3 cartes. 
Paris, Thorin. 1882. 

Nous avions annoncé l'année dernière, en rendant compte de la thèse 
latine de M. Cagnat, la publication prochaine de son Etude historique 
sur les impôts indirects che\ les Romains, couronnée par l'Académie 

— 

i."Ce mot s'applique alors, non plus à l'âge où l'on ne parle pas du tout, mais à 
l'âge où l'on ne parle pas encore bien (cf. l'emploi de infans adjectif pour désigner 
un orateur qui ne sait pas parler, c'est-à-dire qui parle mal). Mais on ne peut pas 
appeler cela une limitation du sens primitif; c'en est, au contraire, une extension : 
l'expression a cessé d'être prise dans son sens rigoureux; la signification en a été 
élargie, et non restreinte. 



30 RttVUK CR1TIQ0S 

des Inscriptions et Belles-Lettres. Plusieurs parties du sujet avaient déjà 
été traitées avant lui au point de vue juridique et 1 auteur rend pleine 
justice aux travaux de MM. Naquet, Humbert , etc. (Bibliographie, 
p. xiii-xiv) ; mais l'étude du riche apparatus épigraphique qui s'y rap- 
porte avait été quelque peu négligée. C'est à cette source que M. C. a 
surtout puisé. Parmi les vectigalia que, d'après la définition moderne, 
on peut considérer comme impôts indirects, il faut ranger : les portoria 
(douanes et péages), la vicesima hereditatium (impôt sur les successions 
et les legs testamentaires), \a.vicesima libertatis (impôt sur les affranchis- 
sements) et la centesima ou la ducentesima rerum venalium » ; puis, 
quelques autres taxes moins importantes : l'impôt sur la vente des escla- 
ves, certains octrois, surtout celui de la ville de Rome, l'impôt sur le sel 
et la quâdragesima litium. 

La première partie est la plus développée. Après avoir défini le sens 
exact du mot portorium qui correspond à la fois aux douanes, péages et 
octrois des temps modernes, et montré que les anciens n'y voyaient 
qu'une ressource fiscale et non une mesure économique, M. C. fait un 
historique du portorium. C'est seulement à partir de Néron qu'on peut 
d'une manière nette, grâce aux inscriptions, en déterminer le fonction- 
nement. Plus tard, avec les textes juridiques de la fin de l'empire, les 
difficultés d'interprétation apparaissent : qu'est-ce que Yoctava? Etait-ce 
le taux du portorium depuis Auguste ou, comme le pensait M. Naudet, 
un tarif qui s'appliquait seulement aux objets du luxe? L'auteur partage 
l'opinion de M. Marquardt, et regarde Yoctava comme le taux unique 
du portorium à la fin de l'empire, tandis que jusque-là il avait été, soit 
du quarantième, soit du cinquantième, soit du vingtième suivant les 
différentes provinces. Cette réforme est probablement postérieure à l'épo- 
que de Théodose. 

La détermination des circonscriptions douanières est une des parties les 
plus neuves de l'ouvrage ; l'épigraphie seule a pu fournir à M. C. les 
éléments de ce chapitre et deux cartes très claires servent à en rendre la 
lecture facile. — Remarques intéressantes sur la ligne douanière de l' II— 
lyricum (pp. 36-37) : en Gaule et en Afrique, les légions étaient laissées à 
dessein en dehors de la ligne douanière, afin de permettre aux soldats de 
jouir de la franchise. Rien de pareil dans l'Illyricum, parce qu'il y avait 
sur les bords du Danube une organisation particulière destinée à préve- 
nir les incursions des barbares [limes imperii). Il faut aussi citer de cu- 
rieux détails sur la station de Lugdunum, probablement centre adminis- 
tratif de la quâdragesima Galliarum. 

Quant au taux de l'impôt, il variait suivant les provinces : on l'ignore 
pour l'Illyricum (p. 46), pour l'Afrique (p. 74), car le tarif de Zraïa 
était spécial à cette localité, pour l'Egypte; il était de 2 0/0 en Espagne, 
de 2 et demi 0/0 en Gaule, en Asie et probablement aussi en Italie ; sous 
la République, le taux du portorium en Sicile avait été de 5 0/0. 

M. C. étudie ensuite successivement le mode de perception de l'impôt 



d'histoire et de littérature 3i 

de l'époque de la République au Bas-Empire, il recherche quelles étaient 
les marchandises et les personnes soumises à l'impôt du portorium; 
quelles étaient celles qui en étaient exemptes ; quelles étaient les lois qui 
protégeaient les publicains contre les marchands; quelles étaient celles 
qui protégeaient les marchands contre les publicains. Sous la République, 
le produit de la ferme du portorium était versé dans Y aerarium Saturni ; 
au début de l'empire, les recettes fournies par le portorium revenaient 
au fisc dans les provinces procuratoriennes et sans doute dans les pro- 
vinces impériales ; dans les provinces sénatoriales, une partie du pro- 
duit de la ferme du portorium appartenait peut-être aussi au fisc, plus 
tard les recettes furent partout versées dans le fisc. Deux chapitres sont 
enfin consacrés aux péages et aux octrois (octrois dans les provinces et 
octroi de Rome). 

Les études sur la vicesima libertatis et la vicesima hereditatium sont 
faites d'après la même méthode; aucune inscription n'est omise et toutes 
celles qui touchent directement le sujet sont transcrites en caractères épi- 
graphiques. — Dans la dernière partie (Impôts sur les ventes et les pro- 
cès, les monopoles), il faut citer surtout une discussion au sujet de l'im- 
pôt sur le sel (pp. 237-243) ; d'après M. Marquardt, le monopole du sel 
créé sous la République subsista jusqu'à la fin de l'Empire. D'après 
M. Cohn, ce monopole n'aurait jamais existé ; M. C. combat ce que les 
deux assertions ont d'exagéré et arrive à cette conclusion : « il semble 
que le monopole sur le sel que l'état s'était réservé en 246 ait amené en 
25o la création d'un impôt indirect. Mais on ne voit pas que cet impôt 
ait persisté longtemps puisqu'on n'en trouve ancune trace postérieure- 
ment. Il est donc vraisemblable que, par suite de la conquête de nouvel- 
les provinces , l'application de cette nouvelle mesure rencontra de 
grandes difficultés, si même elle fut jamais tentée en dehors de l'Italie 
et l'on est autorisée penser que le sel resta de bonne heure libre de toute 
taxe. » 

Nous croyons que M. Cagnat a traité le sujet d'une manière aussi 
complète que possible et que, sur cette question, il faudra toujours re- 
courir à son ouvrage. 

Emmanuel Fernique. 



1 38. — Rocmisch nnd Romanlecli, ein Beitrag zur Sprachgeschichte von 
Franz Eyssenhardt. Berlin, Gebrûder Borntraeger. 1882, xi-2o5 p. petit in-8°. 

L'auteur était connu honorablement des érudits par des éditions d'au- 
teurs latins, utiles et faites avec Fleiss. Il fait cette fois une infidélité à 
la philologie pure, et il publie sur un sujet prodigieusement difficile, 
qui eût fait reculer un linguiste moins novice, un des livres les plus 
mal faits qui se puissent voir. 

Ce n'est pas que cet imprimé de deux cents pages soit tout à fait 



^Idiàaoqmi . >qy\ snnsin 

32 REVUE CRITIQUE 

vide. L'auteur publie p. 149 un sonnet italien inédit, et il examine le 
texte de quelques passages latins (catalogués p. 2o5). Il reproduit à pro- 
pos de tout et de rien des échantillons de patois italiens et espagnols, 
qui pourraient être amusants à déchiffrer en prison ou en diligence, 
mais qui ne font rien à sa thèse, si l'on peut dire qu'il en ait une. Il 
donne un index alphabétique. Là s'arrête malheureusement la part de 
l'éloge. 

Ce triste livre est le désordre même. Plaute est mis avant Livius An- 
dronicus ; l'origine de l'italien sei et de l'espagnol ères est examinée à 
propos de la chute de l\s finale en latin; l'inscription des frères Minu- 
cius, qui délimitèrent le territoire de Gênes en 1 17 avant notre ère, sert 
de transition entre la mauvaise foi politique de César et la prosodie de 
Catulle. 

L'idée directrice, que le lecteur aurait peine à découvrir tout seul, 
est exposée par Fauteur en ces termes (p. 199) : « La façon de voir mise 
à l'épreuve ici part de ce point, que dans le développement de la vie des 
langues et des peuples il n'y a point de coupures, mais cohésion et conti- 
nuité. Si le tueur de taureau nomme sa victime un toro de poca ou de 
mucha Romana pour dire que c'est un taureau faible ou fort, cette ex- 
pression a sa racine dans le même sentiment qui, tant de siècles aupa- 
ravant, faisait déclarer à Florus que personne n'est plus noble qu'un 
citoyen romain; et si aujourd'hui, à Rome, les mères disent à leurs en- 
fants : 

o Ddio sinnôe! oh ppôvea catûa! 

au lieu de oh Dio signore! povera creatura, elles se trouvent dans 
la même phase linguistique qui a fait sortir du latin area l'italien aja. » 
On ne pouvait être plus malheureux dans le choix des exemples, car l'éty- 
mologie du terme d'argot technique romana n'est point évidente, encore 
moins évidente son histoire; quant à la chute à'r entre voyelles, en pa- 
tois romain contemporain,* elle n'a avec la chute d'r devant i con- 
sonne % en italien non exclusivement romain du haut moyen-âge, ni 
« cohésion » ni « continuité ». 

M. Eyssenhardt, en écrivant Romain et Roman, avait-il une con- 
naissance sérieuse de la linguistique romane ? Il suffira de citer son affir- 
mation 2 que les langues romanes n'ont pas même essayé [nicht einmal 
•{u dem Versuche gekommen sind), pour distinguer les cas du substan- 
tif, de donner à l'article une forme d'accusatif autre que celle du nomi- 
natif. 

Les théories philologico-linguistiques sur le latin sont-elles meilleu- 
res? Non 3 . M. Eyssenhardt nous apprend que la versification satur- 

i. Issu à'e ou i devant une voyelle. ittttv&v» U 

2. P. 53. L'ensemble du livre ne fait que trop voir qu'il n'y a point coquille ou 
lapsus. 

3. Ce qui surprend le plus quand on songe que le livre est d'un philologue, ce 



d'histoire et de littérature 33 

nienne repose sur l'accent, et que là-dessus le doute est impossible, c'est 
le cas de le dire, tout à fait impossible, eigentlich vôllig unmoglich '. 
Or, en réalité, le vers saturnien est fondé sur la quantité, et l'accent y 
joue un rôle nul. — Plaute, arbitrairement, supprimait toutes les con- 
sonnes finales selon le besoin (p. 33 et passim). Un lecteur confiant s'i- 
maginerait, et M. Eyssenhardt paraît persuadé, que Plaute pourrait 
finir un sénaire par magnum sit, illûdfert ou mater te, comme il peut 
effectivement le finir par occidistis me. — Les faits orthographiques 
fournis par les inscriptions sont transformés par l'auteur, sans l'ombre 
de réflexion et de contrôle, en faits de prononciation. — Sarsine était une 
ville foncièrement ombrienne, point latinisée, car c'est en ombrien qu'on 

écrivait à Iguvium. Voilà pourquoi la prosodie du poète de Sarsine 

est calquée sur l'ombrien. L'auteur oublie d'ajouter qu'elle ne diffère 
pas d'un iota de la prosodie latine antérieure, celle du Tarentin Andro- 
nicus et du citoyen romain Névius. — La prononciation latine tendait 
à supprimer le t final, car on n'écrivait plus... le d de l'ablatif. — Pour 
se persuader que la métrique grecque n'était pas apte à régir le la- 
tin au temps de Plaute, il faut considérer... la versification italienne 
de Carducci. Des façons de raisonner pareilles désarment le lec- 
teur. Il ne se fâche plus quand il voit l'auteur affirmer (avec un étoh- 
nement judicieux, dont il est juste de lui donner acte) que le latin 
écrit n'a jamais été parlé, et que le latin parlé n'a jamais été écrit. 

Arrêtons-nous sur cette dernière proposition. Elle eût pu suffire à la 
rigueur pour faire juger tout le livre. 

Louis Havet. 



l3g. — .loannis Gazaei descrlptlo tabulae mnndi et Anacreontea. Re- 

censuit Eugenius Abel. Berlin, Calvary, 1882, in-8° de 87 p. — Prix : 2 m. 40. 

Un helléniste hongrois, M. Eug. Abel, semble s'être imposé la tâche 
parfois ingrate de publier, avec un appareil critique complet, les textes 
poétiques de l'école de Nonnus. Nous avons déjà eu occasion d'exami- 
ner sa méthode et de louer l'extrême soin qu'il porte à ses travaux à 
propos de son édition de Colluthus (Rev. crit., xv e année, n° 29, 
18 juillet 188 1) ; depuis lors il a donné une édition des Orphei Lithica 
et enfin la Descriptio tabulae mundi de Jean de Gaza. A ce dernier 
poème, qui compte 732 vers, il a joint six petites pièces lyriques, pu- 

sont certaines imaginations relatives à l'histoire littéraire. Varron, dans un écrit de 
sa jeunesse, s'inspire de Lucrèce (p. 48). Le silence de Cicéron sur Catulle tient à sa 
mauvaise humeur de ce que Catulle ne supprimait jamais Vs finale dans ses vers, ou 
du moins ne l'a supprimée qu'une fois (p. 4^). 

1 . Trop souvent les adverbes vœllig et eigentlich tiennent lieu d'arguments. Pour 
les poètes qui écrivaient en saturniens, la prosodie était vœllig unbekannt. L'ori- 
gine ombrienne de Plaute est eigentlich selbstverstcendlich. 






34 REVUE CRITIQUE 

bliées déjà par Matranga et par Bergk, sous le nom â'Anacreontea. 
L'exçpactç est éditée pour la troisième fois; donnée d'abord par Rut- 
gersius dans ses Variae lectiones (Leyde, 1618), elle l'a été depuis par 
Fred. Graefe à Leipzig, en 1822, à la suite de Paul le Silentiaire. Cette 
édition fut faite sur la copie, collationnée pour Graete par Fr. Jacobs,de 
Tunique manuscrit qui nous ait conservé ce texte, et qui n'est autre que 
le fameux ms. parisien de l'Anthologie Palatine [Suppl. grec 384, 
S. 629-639). L'édition de Graefe, très rare aujourd'hui, ne donne qu'une 
collation incomplète et ne fait pas entrer dans le texte toutes les bonnes 
leçons du ms. de Paris. M. A., en comblant ces deux lacunes, donne 
une édition qui, jusqu'à la découverte peu probable d'un second ms., 
doit être regardée comme définitive. Il a fait suivre le texte d'un index 
verborum très complet et par suite très utile. Il s'est plu, en outre, à no- 
ter les nombreux passages que Jean de Gaza a imités de Nonnus et à 
montrer à quel point l'auteur de la Descriptio parle la langue de l'au- 
teur des Dionysiaques. On sait d'ailleurs que, pour la métrique parti- 
culièrement, Nonnus n'a pas eu d'imitateur plus strict et d'élève plus 
docile que Jean de Gaza, Je regrette que l'éditeur n'ait point attaché 
d'importance à plusieurs croix pointées qui sont en marge de la première 
partie du ms,, et n'ait pas discuté les divisions, que le copiste a marquées 
en commençant certains vers en avant de la marge ordinaire. Les autres 
détails paléographiques sont scrupuleusement relevés. 

P. de Nolhac 



140. — «Johsmn Jakob VS/illselm Heinse, sein Leben und seine Werke, ein Kul- 
tur-und Literacurbild, von Johann Schober. Mit Heinse's Portrait. Leipzig, W. 
Friedrich. 1882, 23 1 p. — Prix : 5 mark. 

Nous n'avons pas besoin d'apprendre à nos lecteurs ce que fut Heinse, 
auquel est consacré le livre de M. Schober ; nous les renvoyons à notre 
article sur un ouvrage de M. Prôhle, où il était question de l'auteur 
à' Ardinghello '.M. Sch. a divisé son livre en dix chapitres : I. Heinse 
dans sa patrie, ses écrits de jeunesse; II. Heinse à l'Université, ses épi- 
grammes; III. Heinse dans le sud de l'Allemagne, sa traduction de 
Pétrone et les Cerises (poésie imitée de Dorât) ; IV. Heinse chez Gleim, 
la « boîte » (où Gleim et ses amis mettaient leurs vers dirigés contre 
les critiques de l'époque) et Laidion\ V. Heinse chez Jacobi, l'Iris et les 
lettres sur la galerie de Dùsseldorf; VI. Heinse en Italie; la traduction 
du Tasse et d'Arioste ; VII. Heinse à Dùsseldorf; son Ardinghello; 
VIII. Heinse à Mayence, son Hildegarde ; IX. Heinse à Aschaffen- 
bourg, son Anastasie ; X. Heinse, comme homme, artiste, poète et écri- 
vain. 

M. Sch. n'apporte pas de nouveaux documents; il a eu, il est vrai, 

1. Revue critique, 1878, n° 3, art. 16. 



d'histoire et dk littérature 35 

entre les mains une grande partie de la correspondance de Heinse, mais 
toutes les lettres du sensuel écrivain ont été publiées par Kôrte, Wa- 
gner, Laube, Prôhle et Hettner, et M. Sch. n'a pu faire que quelques 
corrections de détail. Son livre est néanmoins utile; il a été composé 
avec un grand soin et une très louable exactitude; il occupe une digne 
place parmi tous les travaux qu'a provoqués dans ces derniers temps la 
Sturm-und Drangperiode ; comme le dit M. Sch., ce n'était pas un 
mince labeur de réunir ces abondants matériaux et de les mettre en 
œuvre; cette étude d'ensemble mérite d'être consultée, et le sera long- 
temps encore. La meilleure partie du livre est consacrée aux rapports de 
Wieland et de Heinse; M. Sch. a très bien montré l'influence de Wie- 
land sur les premières œuvres du jeune étudiant d'Erfurt; mais il ra- 
conte aussi d'une façon piquante comment Wieland finit par trouver 
que Heinse l'imitait trop; après avoir complaisamment accepté les hom- 
mages de Heinse qui vantait la grâce de son style et le charme de ses 
peintures licencieuses, Wieland traita son disciple de misérable, à qui 
le priapisme le plus ordurier servait d'inspiration. Nous reprocherons 
toutefois à M. Sch. de Savoir pas assez insisté sur la critique d'art chez 
Heinse; les quelques lignes sur les Lettres de Dûsseldorf ne suffisent pas, 
et il faudra revenir aux pages brillantes de Hettner sur le même sujet. 
Ardinghello est longuement analysé, et impartialement jugé; mais l'ap- 
préciation de ce roman n'est pas complète et n'épuise pas tous les points 
de vue; M. Sch. ne parle pas de l'amour du héros pour la Grèce mo- 
derne; Heinse est un prédécesseur de Byron; il a influé sur Hôl- 
derlin (Hyperion), et il n'aurait pas été inutile de rappeler que 
« l'Hymne à la déesse de l'harmonie » a comme épigraphe une phrase 
& Ardinghello. Enfin, dans un livre sur l'un des écrivains les plus ori- 
ginaux de la littérature allemande, l'un de ceux qui ont le plus de 
flamme et de vigueur, n'eût-il pas fallu mettre plus de couleur et de 
relief? Mais on trouvera dans l'ouvrage de M. Sch. tous les faits impor- 
tants de la vie de Heinse et de solides jugements sur ses œuvres ; les 
dernières pages du volume sont peut-être ce qu'on a écrit de plus pé- 
nétrant et de plus approfondi sur cet étrange génie, à la fois poète, ro- 
mancier et critique d'art, et qui fut, comme dit M. Schober, le prédica- 
teur inspiré de l'Evangile de la nature de Rousseau en même temps que 
l'élève le plus remarquable de Wieland *. 

A. Chuquet. 



i . L'ouvrage se termine par une suite de lettres déjà reproduites dans les « lettres 
de Wieland à différents amis », mais M. Schober a revu soigneusement l'original; 
on y trouvera par endroits des phrases ou des mots oubliés dans les précédentes 
publications — p. 72, ligne 12, lire Prometheus ; p. 82, note 1, ligne 3, lire Mau- 
villons; pp. 91, ligne 8, et 118, ligne i3, lire bekleidete et non « begleitete »; — 
p. 123, est-il exact de dire que Forster, réfugié à Paris, y « succomba sous la Ré- 
volution » {erlag der Révolution); — pp. 125-127, M. Schober se prononce contre 



36 REVUE CRITIQUE 

141. — De Vivo, Grammatlca délia lingua russa con spéciale attenzione al 
movimento dell' accento. 1 vol. in-8° de vi, 344 p. Dorpat, Schnakenburg. 1882. 

La grammaire russe de M. De Vivo, lecteur à l'université de Dorpat, 
est le premier ouvrage de ce genre en langue italienne. Il rendra évi- 
demment service aux compatriotes de l'auteur. Il tient le milieu entre 
les grammaires scientifiques et les grammaires purement expérimentales. 
M. De V. — et nous l'en félicitons — n'y a point admis quelques-unes 
des erreurs traditionnelles qui défigurent la plupart des ouvrages analo- 
gues. Dans certains cas donnés, il lui eût cependant été facile d'être plus 
scientifique. En général, on étouffe l'étranger qui veut apprendre le russe 
sous un luxe pernicieux de classes, de catégories, de formes, etc.. La 
langue russe est bien assez riche par elle-même sans qu'on lui prête 
des richesses factices. Ainsi, pour le verbe (p. 1 56-157), les verbes en 
a-ti, iati, ieti sont présentés comme formant trois combinaisons diffé- 
rentes, alors qu'ils n'en offrent qu'une en réalité. C'est à la grammaire 
surtout qu'il faut appliquer le mot des anciens scolastiques : Entia non 
sunt multiplicanda prœter necessitatem. 

Le défaut de la plupart des grammaires russes, c'est que leurs auteurs 
ignorent le slavon qui seul peut leur donner la clef d'une foule de diffi- 
cultés apparentes. Si M. De V. avait un peu étudié le Handbuch der 
Altbulgarischen Sprache de M. Leskien, il aurait vu comment la 
grammaire d'une langue très riche en apparence peut se réduire à une 
cinquantaine de pages et comment les classifications doivent s'établir 
sur les caractères internes des mots et non pas sur le hasard de la rime 
ou de l'ordre alphabétique. Les verbes prétendus irréguliers de la langue 
russe gagnent singulièrement à être groupés d'après des lois scientifi- 
ques. Dans le tableau des verbes irréguliers (pp. 174-175), les verbes à 
thème en a et à thème nasal sont confondus dans une même catégorie, 
au grand détriment de la méthode et de la clarté. A. la p. 178, les verbes 
dont le thème se termine en k et ceux dont le thème se termine en g 
sont également confondus. Evidemment la faute n'en est pas unique- 
ment à l'auteur qui a mis à profit les grammaires antérieures qu'il avait 
sous les yeux. Mais il est regrettable que les découvertes de la linguisti- 
que moderne n'aient pas encore pénétré dans la plupart des ouvrages 
élémentaires. La grammaire de M. Bouslaiev aurait pu fournir à 
M. De Vivo de précieuses indications. Ces réserves faites, cet essai n'en 
reste pas moins une œuvre recommandable ; il faut louer le soin de l'au- 
teur à élucider les questions d'accentuation et l'exécution typographique 
qui est très convenable. Louis Léger. . 

l'attribution de la Fiormona à Heinse; mais la question ne nous semble pas entiè- 
rement résolue; il resterait à prouver que Meyer de Bramstedt, l'ami et le biogra- 
phe de Schœder, est l'auteur du roman; — p. i55, ligne 12, lire Kurfùrstlicher, et 
non « Kurfùrstlichen ; » — le nom de Heinse est écrit partout « Heinse », sauf sur le 
dos du volume, où on lit Heinse; — enfin, M. Schober eût pu tirer parti d'une as- 
sertion de Voss (Herbst, I, 116). 
?*»wfl D Vtt&l «lima , 



d'histoire et de littérature 37 

CHRONIQUE 

în ÛliBmraB'i: 

FRANCE. — La publication du second volume de Y Histoire de l'art de MM. Per- 
rot et Chipiez a commencé, par livraisons hebdomadaires. Ce second volume com- 
prendra la Chaldée, l'Assyrie et la Phénicie; il contiendra environ 5oo gravures 
dans le texte et i5 planches hors texte. M. Perrot compte y publier, d'une manière 
à peu près complète, la série des objets rapportés de Chaldée par M. de Sarzec, qui 
ont été acquis l'an dernier, grâce au vote par les Chambres d'un crédit spécial, et qui 
ont tant ajouté à la valeur de notre collection orientale; on en aura ainsi, pour la 
première fois, des reproductions fidèles. 

— La librairie Pion publie un ouvrage de M. le comte Bernard d'HARCOuRT, inti- 
tulé : Les quatre ministères de M. Drouyn de Lhuys et un volume in-16 elzévi- 
rien, tiré à petit nombre, renfermant les Sonnets des vieux maistres françois (i520- 
1670). 

— M. Léonce Person va publier prochainement, à la librairie Cerf, un nouveau 
travail sur une pièce de Rotrou, le Venceslas. 

— Le XVI e et dernier volume de la Correspondance littéraire de Grimm, Diderot, 
etc., publié par M. Maurice Tourneux à la librairie Garnier vient de paraître; il ren- 
ferme les Opuscules de Grimm, de nombreuses lettres inédites, et, outre un grand 
nombre de précieuses informations, une table analytique fort complète; un de nos 
collaborateurs donnera prochainement à notre recueil un article d'ensemble sur cette 
vaste publication qui renferme près de la moitié de l'histoire littéraire du xvnr siè- 
cle. 

— Le VII e volume des Etudes sur la littérature contemporaine, de M. Edmond Sche- 
rer (Calmann Lévy, in-8 e , 38o p.), renferme les études et articles suivants : Words- 
worth et la poésie moderne de l'Angleterre (pp. i-5g, à propos de la récente publica- 
tion des œuvres choisies du poète, par M. Matthew Arnold) ; Thomas Carlyle 
(pp. 60, 69); Endymion (pp. 70-83); Don Quichotte (pp. 84-97, à propos de la tra- 
duction de M. Lucien Biart); Les deux masques (pp. 98-106); Les lettres de Doudan 
/pp. 107-147); Les pensées de Doudan (pp. 148-155); « Mes pensées » (pp. 156-164); 
Emile Zola (pp. i65-ig6); Louis XIV et la république de Genève (pp. 197-208, 
d'après l'ouvrage de M. Albert Rilliet sur « le rétablissement du catholicisme à Ge- 
nève il y a deux siècles »); Les origines de la triple alliance (pp. 208-229), d'après le 
livre de M. Sorel. « La question d'Orient au xvm e siècle » ; la Revue critique n'a pas 
parlé de cet ouvrage; disons donc que M. Scherer y admire « l'érudition qui a réuni 
tant de faits nouveaux ou imparfaitement connus jusqu'ici, la sagacité avec laquelle 
ces faits sont interprétés, l'agrément enfin que des vues ingénieuses et de piquantes 
citations jettent dans une relation nécessairement sévère ». Le seul défaut que la cri- 
tique reproche à l'auteur, c'est « la complexité du récit. » M. Taine et la Révolu- 
tion (pp. 230-247; art. qui conclut ainsi : «La Révolution française a eu la vertu 
de transformer le plus désintéressé, en apparence, et le plus abstrait de nos penseurs 
en un polémiste échauffé, en un écrivain de parti et de parti-pris »); Les Mémoires de 
M m « deRémusat (pp. 248-265; ces souvenirs, dit M. Scherer, ont pris place parmi les 
documents les plus précieux pour la connaissance du caractère moral de Napoléon) ; 
Le christianisme et ses origines, par Ernest Havet (pp. 266-282); Le Port-Royal de 
Sainte-Beuve (pp . 282-295); Ce que c'est qu'un jésuite (pp. 296-307) ; L'Encyclique 
Aeterni Palris (pp. 3o8-3 1 3) ; L'Horace de M. le comte Siméon (pp. 314-317). 
M. de Sacy (p. 3 18-334) ', Emile Littré (pp. 335-346) ; Réceptions de MM. Renan, 



38 KKVUK CK1TIQ1JK 

d' ' Audiffret-Pasquier , Du Camp à l'Académie française (pp. 347-368); Les clichés, 
lettre au directeur du « Temps ». (pp. 369-378.) 

ALLEMAGNE. — Parmi les prochaines publications de la librairie Teubner, de 
Leipzig, nous signalerons les suivantes : i° de M. Moritz Schmidt, un travail inti- 
tulé : ùber den Bau der pindarischen Strophen; — 2 de M. Otto Ribbeck, une étude 
sur ràXa£(î)V, dans l'antiquité et la comédie gréco-romaine, avec une traduction du 
« Miles gloriosus » de Plaute (Ala^on, ein Beitrag %ur antiken Ethologie und ^ur 
Kenntniss der griechisch-rœmischen Komœdie, nebst Ueberset^ung des Plautinis- 
chen Miles Gloriosus ; — 3° la correspondance de Bœckh et d'Otfried Mûller (Brief- 
wechsel ^wischen Aug. Bœckh und Karl Otfried Mûller, ces lettres ont été écrites de 
1818 à i83g et dans l'une d'elles, datée du 22 octobre i835, Otfried Mùller écrit à 
Bceckh qu'en mettant en ordre cette correspondance, il a été véritablement ému par 
l'affection paternelle que Bceckh n'a cessé de lui témoigner, par ces preuves d'une 
amitié qui ne s'est jamais lassé de l'encourager et de lui montrer le droit chemin); 
— 4 la première partie des Opéra rhetorica de Cicéron, éditée par M. W. Fried- 
rich ; — 5° le premier volume d'une édition hongroise de l'Edda, comprenant l'Atla- 
mâl, par M. Lomnitzi Meltzl Hugo {A régi Edda hœsénekei, I Kœtet. A% Atlamal 
(Atlamal en Gronlen^co) . 

— Le comité d'administration de la « fondation Wedekind » (Wedekindsche 
Preisstiftung fur deutsche Geschichte) décernera trois prix pour les travaux suivants, 
à écrire soit en allemand, soit en latin. Premier prix (1,000 thalers) une édition des 
Denkwùrdigketein ùber Leben und Zeit Kaiser Sigismunds du Mayençais Eberhard 
Windeck. — Deuxième-prix (1,000 thalers) Geschichte des jùngeren Hauses der Wel- 
f en von io55-i 2,35 (von dem ersten Auftreten Welf IV in Deutschland bis ^ur Er- 
richtung des Her^ogthums Braunschweig-Lûneburg) . — Troisième prix : un tra- 
vail quelconque sur.l'histoire de l'Allemagne, mais ce doit être un travail d'ensemble 
relatif à un des grands états de l'empire (voir, pour plus de détails,le n° 14 des Nach- 
richtende la Société royale des sciences de Gœttingue, pp. 417-424). 

— On annonce la mort de Frédéric-Guillaume-Auguste Mullach, professeur ex- 
traordinaire à l'Université de Berlin, éditeur des Fragmenta philosophorum Grae- 
corum (Didot, 3 volumes), auteur d'un Grundriss der griechischen Vulgœrsprache, 
hé en 1807; — de M. Ant. Phil. Edzardi, professeur extraordinaire à l'Université de 
Leipzig; — de M. Ad. Schœll, bibliothécaire en chef de la Bibliothèque de Weimar. 

— L'Université de Gœttingue (province de Hanovre) a r,o83 étudiants. 286, dont 221 
sujets prussiens, s'occupent de philologie et d'histoire. 

BELGIQUE. — La classe des lettres de l'Académie royale de Belgique a entendu 
la lecture du rapport du jury chargé d'examiner les ouvrages présentés au concours 
pour le prix Joseph De Keyn (2 e période : ouvrages laïques d'instruction et d'éduca- 
tion moyennes). Nous avons fait connaître le résultat de ce concours. Outre les ou- 
vrages couronnés, le jury a accordé une mention spéciale aux suivants : une édition 
du discours pro Archia, de Cicéron, par M. Paul Thomas; Marnix, par M. Paul 
Fredericq, et une Etude sur l'administration de l'ancienne ville de Gand, par M. L. 
de Rycker (dans le Willems-Fonds) ; Joseph II et l'ancien régime, par M. Théodore 
Juste (Bibliothèque Gilon), etc. 

— Dans la séance dû b juin de la classe des lettres de l'Académie royale de Belgi- 
que, M. Lamv, en faisant hommage à la classe du tome I er des Hymni et sermones 
de Saint-Ephrem, édités par lui, a donné lecture de la note suivante : « Ephrem, 
diacre de l'église d'Edesse, est, sans contredit, le plus grand écrivain qu'ait jusqu'ici 
produit l'Orient chrétien. Contemporain de S. Basile et de S. Athanase, plus ancien 
que S. Jean Chrysostome, que S. Jérôme et que S. Augustin, il occupe dans l'Eglise 



i>HlSTOU<iï Kl DK L1TTEKATURB 39 

syrienne le même rang que ces grands docteurs occupent dans l'Eglise latine et dans 
l'Eglise grecque, Ses commentaire» sur les Ecritures se distinguent par leur conci- 
sion et leur exactitude à expliquer le sens littéral selon la méthode de l'école d'An- 
tioche; ses discours sont aussi remarquables parleur éloquence entraînante que la 
sublimité de la doctrine; ses hymnes, extrêmement nombreuses, contiennent une 
poésie inimitable, tantôt gracieuse, tantôt sublime, tantôt plaintive, selon les sujets, 
toujours orientale et biblique, qui n'a rien d'analogue dans nos poésies occidentales, 
mais qui a servi de modèle aux Mélodes byzantins. Un Belge, Gérard Vossius, a, le 
premier, recueilli et publié à Rome, sur la fin du xvi° siècle, en trois volumes in-fo- 
lio, tout ce qu'il a pu trouver des écriis de S. Ephrem dans les manuscrits grecs et 
latins. Jusqu'alors les manuscrits syriaques faisaient défaut dans les bibliothèques 
d'Europe. Au commencement du siècle dernier, les savants maronites de Rome, sous 
l'impulsion de Clément XI, se rendirent en Egypte, visitèrent le désert de Nitrée et 
trouvèrent dans le monastère de Notre-Dame des Syriens une riche bibliothèque. 
Us obtinrent, non sans peine, une cinquantaine de manuscrits syriaques de la plus 
haute antiquité qui sont maintenant un des plus beaux ornements de la Bibliothèque 
vaticane. Quatre codices du vi* siècle contenaient une partie considérable des œuvres 
de S. Ephrem, inconnus jusqu'alors en Occident. Trois doctes maronites furent 
chargés d« les publier. Leur travail, qui dura quatorze ans, de 1732 à 1746, ajouta 
aux écrits grecs et latins du diacre d'Edesse trois volumes d'œuvres inédites publiées 
cette fois dans le texte original. Depuis lors, les biliothèques des grandes capita- 
les de l'Europe se sont enrichies de nombreux manuscrits syriaques. Le British 
Muséum, entre autres, a acquis toute la bibliothèque du couvent de Notre-Dame des 
Syriens. C'est de là, ainsi que des bibliothèques de Paris et d'Oxford, que j'ai trans- 
crit les documents dont j'offre aujourd'hui le premier volume à l'Académie. Le texte 
syriaque est accompagné d'une traduction latine, de variantes et de notes et précédé 
de prolégomènes assez étendus. Ce premier volume contient i5 hymnes sur l'Epi- 
phanie, 1 5 hymnes sur la dernière Cène, 8 hymnes pour le Vendredi-Saint et 1 1 dis- 
cours sur la Passion, la Résurrection et d'autres sujets. » 

DANEMARK. — Nous apprenons la mort (11 novembre 1881) deM.C. Engelhardtj 
secrétaire de la Société royale des antiquités du Nord ; son successeur est M. Sophus 
Mûller, — et (3 juin 1882) de M. Caspar Peter Paludan-Muller, professeur d'his- 
toire à l'Université de Copenhague, connu par de nombreux ouvrages, la Législa- 
tion de Harald Blaatand (i83z), Riençi (i836), Machiavel (i83ç)), Le Traité de Cal- 
mar (1840), La mort de Charles XII (1847), La guerre du comte (1802-54), Les 
premiers rois de la dynastie d'Oldenbourg, etc. 

TURQUIE. — Le gouvernement ottoman a nommé dernièrement directeur des bi- 
bliothèques de Constantinople Schalich-Effendi, qui a commencé à faire dresser 
le catalogue général des livres imprimés et des manuscrits y existant. Il a déjà révélé 
l'existence de manuscrits précieux, entre autres la copie d'un anecdoton géoponique 
dont le prototype a existé dans la bibliothèque d'Alexandrie, détruite au vn e siècle. 



ACADEMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES 



Séance du 3 o juin 1882. 
L'auteur du mémoire unique déposé au concours pour le prix Bordin, sur cette 
question : Etudier les documents géographiques et les relations de voyage publiées 



40 REVUE CRITIQUE D HISTOIRE ET DE LITTÉRATURB 

par les Arabes du 111 e au vm e siècle de l'hégire, etc., auquel une récompense de 
i,5oo fr. a été décernée sur les fonds du prix, est M. L. Marcel Devic, professeur à 
la faculté des lettres de Montpellier. 

Le prince S. Abamelek-Lazarew envoie un estampage de la grande inscription 
palmyrénienne et grecque, découverte par lui à Palmyre, dont M. Waddington a 
entretenu dernièrement l'Académie. Il regrette de n'avoir pu prendre qu'un estam- 
page imparfait, étant pressé par le temps; de plus, le paquet a été maltraité par la 
douane à l'entrée en Russie, au port d'Odessa. 

M. Léon Renier lit un mémoire de M. E. Masqueray, intitulé : Étude des ruines 
d'El-Meraba des Beni-Ouelban. Ces ruines, situées dans le département de Cons- 
tantine, ont été déjà explorées plusieurs fois par diverses personnes, et on a publié 
une vingtaine d'inscriptions latines qui y ont été découvertes. M. Masqueray vient 
de les visiter à son tour et, à l'aide des ressources qui ont été mises à sa disposition 
par M. le gouverneur général de l'Algérie, il a pu y faire exécuter des fouilles, aux- 
quelles cinquante ouvriers indigènes ont été employés pendant douze jours. Il a re- 
connu le forum et la nécropole d'une cité antique, et il a découvert environ cent 
trente inscriptions inédites. D'après quelques unes de ces inscriptions, la ville ro- 
maine qui occupait l'emplacement actuel d'El-Meraba était une colonie, appelée res- 
publica coloniae Celtianensium. 

M. Oppert lit un mémoire intitulé : Un Poids médique au Louvre. L'objet qu'il 
étudie est, non un poids, mais une anse de poids, récemment acquise par le musée 
du Louvre. On y remarque une inscription cunéiforme, dans laquelle M. Oppert 
reconnaît un texte médique. Il propose, à titre de conjecture et sans en affirmer 
l'exactitude, la traduction suivante : « Un sixième. Maison royale. Cent drachmes. » 
Il pense que les expressions « un sixième » et « cent drachmes» sont synonymes; 
ce sont deux manières de désigner un même poids, d'après deux unités différentes. 
M. E. Desjardins communique de la part de M. Poinssot, délégué de la Société 
d'archéologie d'Oran, l'inscription suivante, trouvée à Agbal, près de Lamoricière, 
entre Tlemcen et Sidi-bel-Abbès, par le major Demaeght : 

AVRELIOANTO 

LSEPTIMISEVERI 

PERTI . AVGPATRI 

PRO PRINCIPATV 

STATVAMQVAM 

POLLICTVSEST 

SECVNDVMACTA 

PVBLICA.P.VALE 

RIVS . LONGVS 
PRINCEPS 

PVALERILONGI 

PRINCIPIS . FIL 
POSVIT 
Aurelio Antonino, L. Septimi Severi Pertinacis patri, pro principatu, statuant quant 
pollicitus est secundum acta publica, P. Valerius princeps P. Valeri principis filius 
posuit. L'auteur de cette dédicace avait promis, sous le règne de Marc Aurèle, d'éle- 
ver une statue à ce prince, s'il obtenait les honneurs du piincipatus. La statue n'a- 
vait pu être achevée que beaucoup plus tard, sous le règne de Septime Sévère. Alors 
on mentionna dans l'inscription, avec le nom de l'empereur auquel la statue était 
consacrée, celui de l'empereur régnant, et l'on indiqua la paternité fictive et pos- 
thume que Septime Sévère avait attribuée à Marc Aurèle, en se déclarant, par dé- 
cret, son fils adoptif. La promesse de statue, faite par Publius Valerius, avait été 
inscrite dans les actes publiés de la cité; c'est un fait dont on ne connaissait pas 
encore d'exemple. 

M. Aube, continuant sa lecture sur Polyeucte, indique quels sont les documents 
écrits qui nous renseignent sur l'histoire de ce personnage. Deux relations de son 



pli 

homélie destinée à être dite dans les églises d'Orient, à l'occasion de la' fête de saint 
Polyeucte. 

Ouvrages présentés : — par M. Oppert : i° Chossat (E. de), Répertoire sumérien 
(accadien), Lyon, 1882; 2° Haupt (Paul), Die sumerisch-akkadische Sprache; — par 
M. L. Delisle : i° Chronique de Jean de Saint-Paul, publiée par A. delà Borderie, 
Nantes, 1881 ; 2 Bengesco (Georges), Voltaire, bibliographie de ses œuvres, tome I, 
Paris, 1882 ; 3* Buzy (J .-B.), Dom Maugérard ou Histoire d'un bibliographe lorrain, 
Châlons, 1882 ; 4° Collection de documents pour servir à l'histoire des hôpitaux de 
Paris, tome I, délibérations de l'ancien bureau de l'Hôtel- Dieu, publiées par A. 
Brièle, fasc. 2, années 1674-1767. 

Julien Havet. 

Le Propriétaire-Gérant : ERNEST LEROUX. 
Le Puy, typ. et lith. Marchessou fils, boulevard Saint- Laurent, 23 



REVUE CRITIQUE 
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

N° 29 - 17 Juillet — 1882 

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Sommaire : 142. Le Catilina de Salluste, p. p. Schmalz. — 143. Eichert, Lexi- 
que de Justin. — 144. Gierke, Les doctrines de l'état et de la corporation. — 
145. Kugler, Histoire des Croisades. — 146. Douais, Les sources de l'histoire de 
l'Inquisition dans le midi de la France. — 147. Lair, Louise de La Vallière et la 
jeunesse de Louis XIV. — 148. Haller, Histoire de la littérature russe. — Va- 
riétés : Guvard, Le mot assyrien « tamkâru ». — Chronique. — Société des anti- 
quaires de France. — Académie des Inscriptions. 



I42. — C. Sallusti Crispi de Catilinae conjura tione libei , fur den Schul- 
gebrauch erklaert von J. H. Schmalz. Gotha, Perthes. 1882. 

Cette nouvelle édition du Catilina doit être suivie, à bref délai, par 
une édition du Jugurtha, dans laquelle M. Schmalz se réserve d'indi- 
quer les différences qui existent entre le texte qu'il a adopté et celui de 
Jordan (2 e édition), qu'il a pris pour base de son travail. Il convient 
d'attendre la publication de cet appendice critique que nous promet 
M. S., pour apprécier la façon, dont il a établi son texte *. Aussi je ne 
m'occuperai ici que du commentaire. 

M. S. avait à lutter contre une concurrence redoutable. Le commen- 
taire de R. Jacobs et de Wirz, très répandu en Allemagne, a une haute 
valeur. Je n'irai pas jusqu'à dire que le travail du nouvel éditeur est des- 
tiné à le remplacer; du moins, il peut tenir auprès de lui une place fort 
honorable et rendre d'utiles services. Il est conçu, d'ailleurs, sur un plan 
un peu différent. C'est ainsi que la partie historique est à peu près complè- 
tement sacrifiée dans l'annotation de M. Schmalz. En France, une pareille 
omission serait regrettable; elle a peut-être moins d^nconvénients en 
Allemagne, où les élèves ont à leur disposition plus de secours (manuels, 
dictionnaires d'antiquités, etc.) et sont mieux habitués à en faire usage 2 . 



1. Autant que j'en puis juger par une première lecture un peu rapi'de, le texte du 
nouvel éditeur ne s'écarte de celui de Jordan que dans un très petit nombre de pas- 
sages. Parmi ces changements, il y en a qui ne me paraissent pas suffisamment jus- 
tifiés : ainsi, 29, 1, au lieu de « exagitatam », qui offre un sens très satisfaisant, 
M. S. reproduit la leçon « exagitatum »; 3i, 5, il écrit « Si cujus jurgio lacessitus 
foret » au lieu de : « Sicut jurgio lacessitus foret »; le texte de Jordan est inexpli- 
plicable, mais la conjecture, d'ailleurs ingénieuse, qui a été admise par M. S., ne 
vaut pas, je crois, celle de Linker « Sicubi jurgio... »; 5i, i5, « Severior » au lieu 
de « Sœvior », malgré l'autorité de Wirz et des éditeurs assez nombreux qui ont 
adopté cette leçon il n'y a pas lieu de modifier le texte de Jordan. 

2. D'ailleurs, l'auteur n'est pas toujours resté fidèle à son système et, quoiqu'il se 
défende dans son avant-propos d'avoir voulu faire un commentaire historique, il 

M II > • l/l Vv „ Vl 

Nouvelle série, X'V. S 



42 RliVUK CR1T1QUK 

M. S. a voulu faire un commentaire purement grammatical et il est 
juste de reconnaître qu'il s'est acquitté très heureusement de la tâche 
qu'il s'était proposée. A une connaissance sérieuse, approfondie, de la 
langue de Salluste, il joint une rare expérience de l'enseignement. C'est 
même par ce caractère d'utilité pratique que son travail se recommande 
le plus. On pourrait reprocher à l'annotation d'être un peu surabon- 
dante, parfois même un peu prolixe; mais, dans l'ensemble, elle est bien 
appropriée aux besoins de l'enseignement. M. S. s'est abstenu le plus 
souvent, et il a eu raison, de faire des notes de simple traduction, mais 
il a indiqué avec beaucoup de soin les procédés, il serait plus juste de 
dire les principes de la méthode dont l'élève devra se servir pour rendre 
en allemand et d'une manière conforme au génie de la langue les phra- 
ses et les expressions de Salluste. Toute cette partie du commentaire est 
faite avec une exactitude minutieuse et me paraît digne des plus grands 
éloges. De même l'auteur est très attentif à définir les particularités de la 
langue de Salluste, à exposer en quoi elle diffère de la langue classique, 
avertissant l'élève que tel mot est détourné de son acception ordinaire, 
que telle construction ne doit pas être imitée. La seule critique que j'a- 
dresserai sur ce point à M. S., c'est qu'il a péché par excès de conscience 
et de scrupule ; plusieurs des remarques qu'il a pris la peine de rédiger 
ainsi, conviendraient peut-être mieux à un enseignement donné de vive 
voix. 

En ce qui concerne l'interprétation, je serais presque toujours d'ac- 
cord avec le nouvel éditeur. Il y a cependant, plusieurs passages, où je 
ne puis me ranger à son opinion. Je citerai, un peu au hasard, quelques 
exemples : 5r, 28. « Lacedaemonii devictis Atheniensibus triginta viros 
imposuere »; dans cette phrase, M. S. veut que devictis Atheniensibus 
soit un ablatif absolu; j'y verrais plutôt, avec Kritz et la plupart des 
commentateurs, un datif, régi par imposuere. 

5 1, 38 : « imitari quam invidere bonis malebant », pour M. S. bonis 
est un masculin ; bien que cette opinion ait été adoptée par un certain 
nombre d'éditeurs, je reste convaincu, avec Kritz, que bonis est au 
neutre. 

54, 4 : « bellum novom » est expliqué à peu près comme s'il y avait 
dans le texte « bellum integrum » ; cette interprétation est inadmissible. 

59, 3 : « evocatos » est pris dans le sens de vétérans; je n'ignore pas 
que cette explication a pour eile de nombreuses autorités, cependant je 
ne crois pas qu'il y ait lieu de conserver ici à evocatus son sens techni- 
que et je l'expliquerais, comme Gerlach, « appelé hors des rangs ». 

59, 5 : <i equo circumiens » est rapproché de l'expression française 



n'a pu se dispenser de donner, au moins de temps en temps, quelques explications, 
qui sont un peu en dehors du cadre' qu'il s'était tracé. Quoi qu'il en soit, j'exprime- 
rai le vœu que M. S. mette à la fin de son 2 e volume un dictionnaire des noms pro- 
pres. 



d'histoire et de littérature 43 

« aller à cheval » ; j'avoue ne comprendre ni l'utilité ni la justesse de ce 
rapprochemeut. 

L'introduction de M. Schmalz expose sous une forme abrégée, mais 
d'une façon suffisamment claire et précise, tout ce qu'il est indispensa- 
ble de savoir sur la vie et les oeuvres de Salluste. 

R. Lallier. 



143. — Vollstsemliges Wœrterbncli atur Pliîliupischen Gesehlclite 

des Justlnu». Von Dr. Otto Eichert. Hannover, Hahn. 1882, 111-200 p. in-8°. 

Le but de ce lexique est de faciliter aux élèves la préparation du texte 
de Justin. Les signes de quantité dont l'auteur charge les mots latins 
seraient plus à leur place dans le lexique d'un poète. La traduction qui 
accompagne chaque mot s'adresse aux élèves allemands; elle est, en gé- 
néral, sans intérêt pour les érudits et pour le public français. 

Tout en destinant son travail aux élèves, M. Eichert s'est efforcé de 
dépouiller Justin pour l'usage des grammairiens, mais seulement dans 
la mesure où son cadre le lui a permis. Il faut regretter un peu que ce 
but secondaire n'ait pas été le but principal. 11 n'eût pas été beaucoup 
plus difficile de dresser un index uerborum qui fût complet pour les noms, 
pour les verbes, pour les adverbes et pour toutes les particules qui ne sont 
pas trop fréquentes. Le plus fâcheux, c'est que le lexique s'applique non 
à Justin lui-même, tel qu'on peut le reconstituer, mais au Justin de cer- 
taines éditions. L'auteur suit Jeep (réimpression donnée en 1876 de 
l'édition de 1859) en se reportant, dans certains cas importants, aux édi- 
tions antérieures de Frotscher et Dûbner. Avec un petit nombre de jour- 
nées de travail de plus, il eût pu tenir compte directement des sources et 
mettre à profit les quelques travaux postérieurs à l'édition Jeep. S'il 
avait consulté, par exemple, l'article de M. Harant sur le Justin de Laon 
(Revue de philologie, 1878, pp. 78 et suivantes), il eût effacé un faux 
exemple defilia pour le remplacer par un exemple du pluriel 7^" aux 
sens d'enfants, mâles ou femelles. Toutefois, il faut reconnaître que, 
dans bien des circonstances, un philologue tirera profit de la publication 
de M. Eichert et lui saura gré de ses peines '. 

La librairie Hahn n'a pas fait coudre la brochure, ce qui est d'une in- 
commodité insupportable pour un lexique. 

Louis Havet. 



144. — Otto GlERKE. Das tient relie Genoeiengclmftsreclit , 111 er Band; die 
Staats-und Corporationslehre des Altertums und des Mittelalters und ihre Auf- 
nahme in Deutschland. Berlin, Weidmann. 1881, in-8°, lu et 826 p.— Prix : 12 m. 

M. O. Gierke vient d'ajouter un troisième volume au grand ouvrage 

1. Le livre n'est pas exempt de fautes de détail. Voir Philologische Wochenschrift, 
1882, n° 14, pp. 429-430. 



44 REVUE CKlIlQUfc. 

intitulé Das deutsche Genossenschaftsrecht dont il a commencé la pu- 
blication en 1868. L'intérêt de cet ouvrage est très vaste et très général, 
bien que le titre vise seulement l'Allemagne : il s'agit d'une étude très 
compréhensive sur toutes les notions et tous les droits de collectivité. 
Dans le volume que nous avons sous les yeux, M . O. Gierke étudie les 
notions Etat, Corporation dans l'antiquité et au moyen âge ; il s'oc- 
cupe surtout de l'histoire des théories, ce qui donne à ce beau travail 
une allure un peu froide peut-être et un peu scolastique. Rien d'aussi 
considérable n'avait encore été publié sur cette matière : ce livre s'a- 
dresse aux philosophes tout autant qu'aux historiens. 



145. — Gescliichte dei* Kreuzzûge, von Dr. Bernhard Kugler, Professor an 
der Universitaet Tûbingen. Mit Illustrationen und Karten. Berlin, Grote. 1880, 
in-8°, vin-444 p. 

L'histoire des croisades de M. Kugler fait partie de l'Histoire uni- 
verselle de W. Oncken. On ne pouvait faire un meilleur choix pour 
ce travail difficile: M. K. est bien connu 'de tous les érudits qui s'occu- 
pent de l'histoire des croisades et de l'Orient latin, et tous ont lu les 
Studien \ur Geschichte des \weiten Krew{\uges, parus en 1866. Pré- 
paré à sa tache par une longue étude des sources, l'auteur a pu, sans 
dépasser le cadre assez exigu qui lui était imposé par les proportions de 
l'œuvre dont son histoire fait partie, donner un résumé nourri de faits 
et d'idées, composé soit d'après les documents originaux eux-mêmes, 
soit d'après les ouvrages critiques les plus autorisés. Dès les premières pa- 
ges dans lesquelles l'auteur résume l'histoire de l'Orient depuis la con- 
quête arabe du vn e siècle jusqu'aux préliminaires de la première croi- 
sade, on sent qu'on a affaire à un érudit habitué à employer, à discuter 
les textes et qui, par suite, ne répète pas les historiettes, dont sont 
farcies la plupart des histoires générales des croisades écrites en fran- 
çais. Il est surtout parfaitement au courant des travaux parus tant en 
Allemagne qu'en France sur cette période historique, et cette qualité 
est à noter. L'histoire des croisades s'enseigne aujourd'hui encore, en 
France, d'après la mauvaise compilation de Michaud ; cette œuvre am- 
poulée et déclamatoire jouit encore d'un succès incroyable, qu'elle pouvait 
mériter vers l'an de grâce 1840, et c'est par elle que les écoliers studieux 
apprennent à connaître ces expéditions, auxquelles les Français prirent 
une part si importante. Espérons que l'exemple de M. K. tentera 
quelque érudit français ; écrire dans notre langue un bon résumé de 
l'histoire de l'Orient latin serait œuvre difficile, mais méritoire, et qui 
rendrait de grands services à l'enseignement. 

Dans les dernières pages de son histoire, M. K., après quelques mots 
sur la société de l'Orient latin, fondée depuis quelques années à Paris, 



O HISTOiKK fffl DE LITTÉRATURK 45 

s'occupe assez longuement de deux des publications du secrétaire 'de cette 
société, M. le comte Riant; ces deux publications sont : Alexii I 
Comneiii... ad Rebertum I Flandriae comitem epistola spuria. Ge- 
nevae, 1879, in-8°,et Inventaire critique des lettres historiques des croi- 
sades, in-8°, 1880 (extrait des Archives de l'Orient latin). Remarquons 
en passant que M. K. paraît n'avoir pas connu le compte-rendu du pre- 
mier de ces deux travaux par M. Gaston Paris, compte-rendu publié 
par la Revue critique (1879,' VIII, pp. 379-388). M. K., comme 
MM. Riant et Paris, regarde Ja lettre comme fausse, mais tandis que 
M. Paris critique la date assignées cette lettre par l'éditeur, il fait porter 
sa critique sur un autre point; il s'attaque à une autre partie du sys- 
tème de M. Riant. Celui-ci nie qu'il faille mettre au nombre des 
causes directes de la première croisade des demandes de secours adressées 
par Alexis Comnène à l'Occident; suivant lui, Alexis a bien eu avec Ur- 
bain II des relations diplomatiques assez actives, mais il ne s'agit 
dans cette correspondance que d'affaires religieuses et l'empire grec 
était assez fort pour se passer de l'appui des croisés. La cause réelle 
de la prédication de la première croisade a été (toujours d'après 
M. Riant) l'espoir chez le pape de secourir par une expédition en 
Orient les chrétiens d'Espagne, pressés à cette époque par les Almora- 
vides. M. K. croit la thèse de M. Riant trop absolue; suivant lui, l'em- 
pire byzantin se sentait assez menacé par les attaques 'des Seldjoucides 
d'Asie-Mineure pour qu'Alexis ait demandé au pape, non pas la pré- 
dication d'une croisade, mais l'envoi de secours militaires. Ces deman- 
des de secours sont indiquées par plusieurs historiens contemporains, 
notamment par Bernold de S. Biaise, et le fait était assez connu à l'époque 
même pour qu'un rhéteur inconnu ait pu en faire le sujet d'une amplifi- 
cation dans le genre de celle dont nous parlons. M. K. sait bien que dans 
le cas où cette hypothèse serait fondée, l'Asie-Mineure eût du être choisie 
comme champ de bataille, de préférence à la Syrie. Mais, suivant lui, 
la conquête des Lieux-Saints, souillés par la présence des infidèles, était 
un but à proposer aux chrétiens d'Occident. Urbain II pouvait ainsi 
exciter leur enthousiasme; et, d'autre part, en favorisant l'établisse- 
ment des Latins en Palestine, Alexis Comnène créait à l'Empire des 
alliés d'autant moins gênants qu'ils seraient plus éloignés de ses fron- 
tières. Telle est la thèse soutenue par M. K., thèse qui, à ses yeux, ex- 
plique la politique d'Alexis Comnène et prouve que, tout en sollicitant 
des secours de l'Occident, ce prince ne s'abaissa pas aux humbles sup- 
plications que lui attribue la fausse lettre à Robert de Flandre et 
qu'il agit toujours au mieux des intérêts de l'Empire. Pour juger 
de la valeur de cette thèse, il faudrait avoir sous les yeux les textes que 
M. K. indique sans les citer; ce n'est qu'alors qu'on pourrait décider 
entre elle et celle qu'a soutenue M. Riant. 

En terminant, disons un mot de l'exécution matérielle du volume 
de M. Kugler; l'impression en est élégante, mais la plupart des gravures 



46 REVUE CRITIQUE 

sont bien défectueuses; beaucoup sont empruntées à la reproduction 
photographique du De passagiis Terrae Sanctae ; elles n'ont aucune 
valeur iconographique (v. notamment p. 96) et sont de dimensions trop 
exiguës. Dans la légende des gravures des pp. 41 et 71, relevons une 
faute, qui doit être une faute d'impression, les sceaux reproduits sont 
du xne siècle, du milieu et de la fin de ce siècle '. 



146. — JLes sources de l'iiistoire de l'Inquisition dans le midi de la 
France, aux. XIII e et XIV e siècles. Mémoire suivi du texte authentique et 
complet de la Chronique de Guillem Pelhisso et d'un fragment d'un registre de 
l'Inquisition publié pour la première fois, par l'abbé C. Douais, des Facultés li- 
bres de Toulouse, membre de l'Académie de religion catholique de Rome. Paris, 
1881, in-8°, i32 p,j. in-8°. 

L'opuscule de M. l'abbé Douais ne peut passer pour un travail ori- 
ginal; l'auteur s'est contenté d'y mettre en œuvre, en les classant dans 
un autre ordre, les faits qu'il trouvait tout réunis dans un livre publié 
il y a dix-huit mois sous un titre presque identique; tout ce qu'il donne 
en plus est tiré de livres imprimés. Rien de plus légitime que cette mé- 
thode; M. D. a sur l'inquisition des idées, des opinions personnelles, 
il a le droit de les exprimer et de tirer des faits cités par son prédéces- 
seur des conclusions toutes différentes. Seulement il eût été convenable 
de rendre à chacun ce qui lui appartient ; M. D. ne cite guère M. Char- 
les Molinier que pour combattre ses opinions ; et ses citations sont 
données d'une façon si singulière, qu'on peut croire, — et plus d'un 
s'y est trompé, — que, comme son prédécesseur, il a dépouillé tous 
les manuscrits inédits de Paris et de Toulouse se rapportant à son su- 
jet. M. D., pour être équitable, eût bien fait de dire à qui il empruntait 
toutes ses citations de manuscrits et beaucoup de renvois à des impri- 
més. On pourrait répondre que quand deux auteurs traitent le même 
sujet, les mêmes textes doivent être fréquemment cités dans leurs notes; 
mais, dans le cas présent, l'argument perd toute sa force. Les ren- 
vois à des manuscrits donnés par M. D., se retrouvent dans l'ouvrage 
de M. Ch. Molinier, et on peut affirmer, ce que M. D. ne dit pas, qu'il 
n'a jamais vu le plus grand nombre des manuscrits qu'il cite. Voici la 
preuve de cette dernière assertion. P. 71 et suiv. de son opuscule, 
M. D. donne quelques indications sur certains volumes de la collection 
de Doat à la Bibliothèque nationale, qui sont relatifs à l'histoire de 
l'Inquisition; il parle de ces volumes en homme qui les a vus; mal- 
heureusement il ajoute que la collection est conservée aux archives na- 
tionales. On doit en conclure : i° que tous les renvois à cette collec- 



1. Les gravures des pp. 1 13, n5, représentant un Templier, un moine du S. Sé- 
pulcre, etc., ne sont-elles pas tirées de Y Histoire des ordres religieux, d'Hélyotr 



d'histoire et de littérature 47 

tion sont tirés de l'ouvrage de M. Molinier; 2° que M. D. n'a jamais 
mis les pieds à la Bibliothèque nationale, où la collection Doat, placée 
dans la salle même de travail des manuscrits, eût été forcément remar- 
quée par lui. Voilà donc expliqué cet accord singulier entre deux au- 
teurs restés inconnus l'un à l'autre; M. D. eût mieux fait de recon- 
naître la source de sa science de fraîche date et de rendre justice à son 
devancier. Un peu plus de franchise eût désarmé la critique et l'eût 
rendue plus indulgente pour les idées singulières et les erreurs, les 
bévues qui foisonnent dans ce court travail. 

Les opinions de M. l'abbé D. méritent toujours l'épithète qu'on leur 
appliquait jadis ici même; ce sont des opinions professionnelles '. Tou- 
tefois, pour être juste, il faut reconnaître que l'expression en est moins 
violente qu'autrefois; dans ses précédents ouvrages, M. D. accablait 
d'injures les hérétiques du xm e siècle ; plus calme aujourd'hui, il fait 
le panégyrique de leurs persécuteurs et les vertus qu'il découvre en eux, 
ce sont la charité et la douceur. La découverte est inattendue, mais elle 
n'étonnera que ceux qui ne connaissent pas les mystères du raisonne- 
ment théologique; la douceur des inquisiteurs n'est-elle pas évidente, 
puisqu'ils se contentent d'abandonner les coupables au bras séculier? 
Quant à leur charité, c'est elle qui élève les prisons où les coupables 
expient leurs erreurs dans les souffrances et les privations, c'est elle qui 
allume les bûchers, dont les flammes, en dévorant le corps, purifient 
l'âme coupable. Mais il serait inutile de discuter ces opinions singuliè- 
res; il faut être bien engagé dans les polémiques politiques et religieuses 
pour défendre l'Inquisition ; c'est une cause désespérée; autant entre- 
prendre la justification des tribunaux révolutionnaires. Pour condam- 
ner l'inquisition, les quelques lignes de M. Fournies dans son livre sur 
les officialités au moyen âge, lignes que cite M. l'abbé D. (pp. n-12), 
suffisent amplement, et ce dernier lui-même ne peut soupçonner l'au- 
teur de malveillance. Quant à la réponse de M. D. aux assertions de 
M. Fournier, inutile d'en parler; tout ce qu'on en pourrait dire, c'est 
ce que sont des mots et non des faits. 

Les idées personnelles de l'auteur sont bizarres, mais a-t-il du moins 
trouvé sur la question quelques points de vue nouveaux, quelques 
aperçus originaux? Il n'en est rien malheureusement; l'auteur est bien 
trop ignorant de l'histoire du xm e siècle; citer toutes les grosses bévues 
qu'il a commises serait chose trop longue, on en trouve à chaque page ; 
en voici pourtant un recueil assez riche. 

P. 10, n. 2, Luc de Tuy devient évêque de Tuy en Gallicie (!) — 
P. i3, n. 5, Sicard de Crémone, auteur du Liber Mitralie(sic), devient 
un glossateur (?) ; le Rationale de G. Durand est traité de glose sur le 
Digeste, et l'auteur est qualifié d'évêque de Crémone. Pour un prêtre, 
obligé de connaître la liturgie, ces trois ou quatre erreurs ne laissent 

1. Article de M. P. Meyer, Revue critique , 26 juillet 187g, p. 81. 



48 R&VC* CKIT1QUE 

pas d'être piquantes. — P. 20, une collection de noms méridionaux ab- 
solument estropiés (v. aussi p. 26). — P. 24, .M. D. parle des biens des 
faidits d'une manière qui prouve qu'il n'a pas lu le texte qu'il cite, et 
qu'il ignore absolument les règles du droit féodal. — P. 21 et passim, 
quand M. l'abbé D. trouve l'abréviation Fr. devant un nom de per- 
sonne, il traduit François. — P. 20, l'auteur prouve qu'il n'a connu le 
travail de M. Delisle sur Bernard Gui que par l'ouvrage de M. Ch. Mo- 
linier, qu'il n'a pas compris, car il fait vivre B. Gui avant Etienne de 
Salagnac. — P. 34-35, lire une explication tout à fait amusante du Débat 
de Sicardet d'I^arn de Figueiras, publié par M. Meyer. — P. 37, M. D. 
confond les enquêteurs de saint Louis et les inquisiteurs (v. encore pp. 55 
et 57). Il est à remarquer, ce qui prouve la légèreté avec laquelle il tra- 
vaille, qu'il cite le travail publié il y a deux ans sur l'administration de 
saint Louis par l'auteur du présent article, travail à la suite duquel ont 
été imprimées les enquêtes faites par ordre de ce prince dans le midi. Il 
faut d'ailleurs ne rien savoir de la législation du xin° siècle pour attribuer 
aux inquisiteurs de la foi les sentences administratives rendues par les 
clercs du roi. Le seul fait de citer un laïque in forum vetitum, eût en- 
traîné pour l'auteur de la citation une forte amende. — P. 41, la Roma- 
nia des textes du xm e siècle, c'est-à-dire l'empire d'Orient, devient la Rou- 
manie. — P. 44, ce que 1/auteur dit des en-cours ou confiscations pour fait 
d'hérésie prouve qu'il ne connaît pas un mot de la question (v. encore 
p. 53). — P. 59, l'auteur, après avoir reproché à tort à M. Ch. Moli- 
nier de n'avoir point connu les questions de Gui Foucois, exagère l'im- 
portance de ce petit texte que l'éditeur, Caréna, a accompagné de com- 
mentaires très copieux et aussi très diffus. — P. 60, l'Antonin de Pamiers 
devient saint Antoine de Pamiers; du reste, l'auteur, quoique habitant 
le midi, traite les noms de lieux et d'hommes de ce pays avec un sans- 
gêne étonnant. — P. 62, M. l'abbé D. rattache, sans aucune raison, les 
Sorts des apôtres, dont on s'est occupé récemment, aux doctrines albi- 
geoises; pour faire ce rapprochement qui lui a été suggéré par M. N. Pey- 
rat, il faut posséder la forte imagination, de ce dernier auteur. — 
P. 67, le procès de Bernart Saisset est publié depuis près de 200 ans et 
ne renferme rien qui ait rapport à l'inquisition. — P. 72-74, longs 
passages empruntés textuellement à l'ouvrage de M. Delisle sur Bernard 
Gui. 

En résumé, le travail de M. D. ne renferme aucun fait nouveau; 
tous ses renseignements sont empruntés à des travaux antérieurs, et son 
article ne peut passer que pour un compte-rendu, que déparent nombre 
d'erreurs et de bévues dont il est seul responsable et qui lui appar- 
tiennent en propre. Il nous reste à parler de la seconde partie du vo- 
lume, la seule qui soit à consulter. 

M. l'abbé D. imprime dans cette seconde partie : i° la chronique de 
Guillem Pelhisso; 2 de courts fragments d'un registre de l'inquisition 
de Toulouse, appartenant à un collectionneur de Béziers. 



d'histoire et de littérature 49 

La chronique de Guillem Pelhisso avait été publiée en 1880 par 
M. Ch. Molinier, d'après une copie moderne appartenant à la Bibl. muni- 
cipale de Carcassonne. L'édition de M. D. est donnée d'après un ms. du 
musée Galvet à Avignon, ms. qui remonte au commencement du xiv e siècle 
et dont l'existence avait été signalée par le P. Balme, dans un article de 
la Revue des questions historiques (numéro d'avril 188 1) ; M. D. a oublié 
de mentionner cette dernière circonstance. La copie d'Avignon est beau- 
coup plus correcte que celle de Carcassonne, comble certaines lacunes, 
corrige plusieurs phrases corrompues de celle-ci. Toutefois les variantes 
utiles qu'elle fournit ne sont pas aussi nombreuses que voudrait le faire 
croire le nouvel éditeur, la plupart de celles qu'il note étant de simples dif- 
férences orthographiques ; le copiste moderne a mis partout ae là où le ms. 
d'Avignon écrit e, et M. D. a relevé soigneusement toutes ces différences 
insignifiantes. En réalité, le nombre des corrections utiles fournies parle 
ms. d'Avignon est assez faible, et, dans quelques cas, la leçon dums. de 
Carcassonne est préférable; ainsi, p. 83, 1. 8, M. D. lit utiliter; le ms. 
d'Avignon porte probablement viriliter qui est la leçon bien meilleure 
de celui de Carcassonne. En outre, le ms. d'Avignon et celui de Carcas- 
sonne, quoique ce dernier soit bien inférieur, représentant deux familles 
différentes ',1e nouvel éditeur eût pu améliorer son texte en combinant 
les leçons de l'un et de l'autre. Toute la partie utile des notes de la nou- 
velle édition est empruntée à celle du prédécesseur de M. D. et celui-ci 
aurait dû le reconnaître, d'autant plus que, dans les notes qui lui sont 
personnelles, on relève un certain nombre de grosses bévues; Ainsi, dans 
un extrait de Bernard Gui, donné par M. D. d'après un ms. de Tou- 
louse, extrait qui a trois lignes (p. 86, note 4), nous relevons trois gros 
ses fautes : domina providentiel pour divinaprovidentia ; debellctntespouv 
decertantes ; postea pour pro ea. Ailleurs, p. 87, notes, 1. 1 , il imprime 
sale condidit, au lieu de sale condivit, que donnent le ms. de Toulouse 
et l'édition de M. Molinier. — P. 8g, note 4, Haec sunt in fossa, pour 
Hacsunt in fossa. — P. 90, M. D. qui prétend avoir vérifié sur le ms. de 
Toulouse un passage qu'il cite à la suite de M. Ch. Molinier passe deux 
mots que celui-ci avait omis. — P. 91, 1. 5, il imprime .Fr. Stephanus de 
Salhnihaco;le ms. d'Avignon doit porter Salanhaco ; c'est le célèbre 
auteur dont M. Delisle a écrit la vie tout récemment. — P. 94, 1. i3, 
Deneuse , lisez de Manso ; le personnage est connu d'ailleurs. — 
P. 102, 1. ult., tibicinari, pour tubicinari, jouer de la flûte pour faire 
une proclamation ; la même faute se retrouve ailleurs et porte sur tubi- 
bicinator, écrit tibicinator (p. 110). — P. io5. fer ta IIP post festum 
omn. Sanctorum, nonis novembris ; M. D. traduit en note le 3 novem- 
bre et en profite pour faire un rapprochement assez inattendu avec un 
fait d'histoire contemporaine. 

Le fragment de registre d'inquisition qui termine le volume (pp. 119- 

1. V. notamment pp. 84 et 85. 



5o RKVOK CKITKjUE 

i32) est intéressant, mais l'édition en est déparée par nombre de 
fautes de lecture; p. 120, 1. 1, maires hereticas 2 ; p. 122, une note bi- 
zarre sur le sens du mot fogacia, fouasse ; nous renvoyons M. l'abbé D. 
à certain chapitre de Rabelais sur les causes de la guerre entre Grandgou- 
sier et Picrochole; p. 123 et passim, Piccavinus pour Pictavinus, nom 
bien fréquent en Languedoc, aujourd'hui Peitavi. P. 128, note 3, le 
texte qui est du xm e siècle, cite la fête de sainte Catherine ; M. l'abbé 
Douais traduit le 3 avril, jour de la mort de la célèbre mystique sainte 
Catherine de Sienne (f i38o); la sainte Catherine en question est 
sainte Catherine d'Alexandrie. Un ecclésiastique n'a pas le droit de 
commettre pareille confusion, 

A. Molinier. 



147. Louise de La Vallière et la jeunesse de Louis XIV d'après des do- 
cuments inédits avec le texte authentique des lettres de la duchesse au maréchal 
de Bellefonds par J. Lair, ancien élève de l'Ecole des Chartes, avec deux portraits. 
Paris, Pion, 1881, gr. in-8° de vi-437 p. 

On a tout dit sur le livre de M. Lair, sur son « beau livre, » comme 
j'ai déjà eu l'occasion de l'appeler '. Pas .un seul des nombreux critiques 
qui ont rendu compte de Louise de La Vallière n'a manqué de louer 
autant l'exactitude du biographe que le talent de l'écrivain. Ne voulant 
répéter ni les éloges de mes devanciers, ni leurs observations, il ne me 
reste que bien peu de choses à dire de l'histoire à la fois si charmante et 
si touchante « de cette femme gracieuse et tendre, dont le désintéresse- 
ment et la modestie voilèrent l'unique faute, que le monde pardonnait, 
mais qu'elle voulut cependant expier par une pénitence de plus de 
quarante années 2 ». Nous aimions tous déjà M lle de La Vallière : le 
livre de M. L., en nous la faisant mieux connaître, nous la fait plus ai- 
mer encore. Plusieurs écrivains avaient raconté la vie de Françoise 
Louise de La Baume-Le-Blanc (l'abbé Lequeux, M. A. Houssaye, 
M. Pierre Clément, M. l'abbé Duclos, M. A. Giraud) : tous leurs tra- 
vaux sont tellement dépassés par le travail de M. L. qu'ils disparaissent, 
en quelque sorte, et ne méritent plus d'être consultés 3 . L'auteur nous 
dit (p. v) : « Cette étude a pris les loisirs de six années. On ne le croira 
pas à le voir, et pourtant cela est. » Qu'il s'agisse de la jeune fille, de la 
duchesse de La Vallière et enfin de la sœur Louise de la Miséricorde, les 
recherches de M. L. ont été si minutieuses, si approfondies, que, loin 



1. N° du 9 janvier 1882, p. 34, note 2. 

2. Avant-propos, p. iv. 

3. Voir, sur les fautes d'un des meilleurs devanciers.de M. L., M. P. Clément, di- 
verses notes (pp. i55, 168, 182, 246, 298, etc). Encore M. L. fait-il observer (p. 402), 
à propos d'une méprise de M. A. Houssaye, qu'il n'aime pas à s'attarder pour criti- 
quer les écrivains qui l'ont précédé. 



l>'HÎSTO(RK KT OK UTYÉKATURK 5l 

de s'étonner des longues heures employées à ces recherches, on s'étonne- 
rait, au contraire, du peu de temps qu'il a fallu pour réunir tant de ma- 
tériaux et pour en tirer un livre qui, comme la douce héroïne auquel ce 
livre est consacré, est presque sans défauts. Ce qui augmente singulière- 
ment le mérite de l'auteur, c'est que, non content de peindre Louise de 
La Vallière avec la plus scrupuleuse fidélité, il a peint avec la même fidé- 
lité tous les personnages mêlés à son histoire, son père (Laurent de 
la Baume-Le-Blanc), sa mère (Françoise Le Prévost de la Coute- 
laye), son frère (François, marquis de La Vallière), Louis XIV, Anne 
d'Autriche, Marie-Thérèse, le cardinal Mazarin et ses nièces, M lle de la 
Motte-Argencourt, M lle delà Motte-Houdancourt, M Ile de Montpensier, 
Henriette d'Angleterre, M me de Choisy, M me de Montespan, M me de 
Maintenon, le maréchal de Bellefonds, M. et M me de Montauzier, la du- 
chesse de Loogueville, Bossuet, le comte de Guiche, le marquis de Var- 
des, M lle de Blois, le comte de Vermandois, etc. En un mot, l'histoire 
de Louise de La Vallière est l'histoire entière de son temps, rajeunie pat- 
une foule de détails nouveaux *, et dont il faudra tenir grand compte, 
toutes les fois que l'on voudra s'occuper de la seconde moitié du xvn c siè- 
cle 2 . 

Une aussi remarquable étude est complétée: i° par la réimpression 
(pp. 352-398) des lettres au maréchal de Bellefonds, w connues seule- 
ment jusqu'à ce jour par un arrangement de rhétoricien 3 » ; 2° par di- 

1. M. L, a surtout tiré parti de la correspondance de l'ambassadeur vénitien Sa- 
gredo-. 

2. M. L. a rectifié bon nombre d'erreurs des auteurs de mémoires du xvir 3 siècle, 
sans parler des erreurs des éditeurs de ces mêmes mémoires. Mentionnons particu- 
lièrement ce qui regarde les mémoires de M ,ne de Motteville (pp. i5, 16 64), de 
M lle de Montpensier (p. 93), de Saint-Simon (pp. 77, 2g6\ Je tiens à citer une de 
ces excellentes et piquantes notes (p. 16) : « M me de Motteville, sur cet article, expli- 
que les choses, comme toujours, mieux que personne, mais sa narration finit par 
une faute chronologique qui a jeté dans l'erreur presque tous ceux qui l'ont copiée 
sans contrôle. M lle de Montpensier, qui écrivait en 'même temps et même un peu 
avant, montre M lle de la Motte-Argencourt auprès de la Reine-Mère, en i658, en 1660. 
V. Mémoires, t. III, pp. 275, 288. Walckenaer (Mémoires sur M D " de Sévigné, 
t. III, c. ix) a donné trop d'importance à l'épisode de la Motte-Argencourt, et a com- 
mis l'erreur de date que nous signalons plus haut. Amédée Renée [Les Nièces de 
Mazarin, p. 24g) a confondu les époques. Son agréable récit manque de suite chro- 
nologique, et ce défaut de précision prive cette histoire intime de sa plus grande 
valeur. Cet accident n'a pas de date, voilà qui est bientôt dit. Quant aux auteurs 
qui ont confondu La Motte-Argencourt et La Motte Houdancourt, La Motte-Hou- 
dancourt, nièce du maréchal, et La Motte Houdancourt, fille du maréchal, il faut re- 
noncer à les citer. » Cf. la note 1, p. 88 : « Il serait impossible de relever toutes les 
confusions faites entre La Motte-Argencourt et La Motte-Houdancourt. Nous n'en 
signalerons que deux qui pourraient être dangereuses, vu l'autorité très légitime des 
auteurs : M. Chéruel, dans une note Dr, sur les Mémoires de Saint-Simon, t. V, 
p. 467, édition i865 ; M. de Monmerqué, Lettres de Sévigné, édition Hachette, 1872, 
t. II, p. 48. L'annotateur aurait dû voir que, d'après son propre calcul, sa demoi- 
selle de La Motte-Houdancourt n'aurait eu que onze ans en 1662. » 

3. Avant-propos, p. iv. 



52 REVUE CRITIQUE 

verses « notes et pièces justificatives » (pp. 399-424). Les lettres ont été 
publiées d'après une excellente copie de la fin du règne de Louis XIV, con- 
servée au château de Bures (en pleine vallée de Chevreuse) et commu- 
niquée à M. L. par M me la comtesse de Wavrin, morte en 1879, et à la 
mémoire de laquelle il a dédié son volume en termes très délicats. Le 
premier éditeur des lettres de la duchesse de La Vallière (1767), l'abbé 
Lequeux, avait donné un texte altéré à chaque page par des correc- 
tions ' et même par des paraphrases. Remercions M. L. de nous avoir 
rendu les lettres au maréchal de Bellefonds dans toute leur simplicité 
exquise, dans toute leur naïveté originale. — Les Notes et pièces justi- 
ficatives se composent d'éclaircissements sur la retraite de M ne de la 
Motte-Argencourt et ses causes, sur Gabrielle Glè, belle-sœur de Louise 
de La Vallière, sur le pamphlet : Amours de Madame et du comte de 
Guiche, sur une lettre de Louise de La Vallière à M mc de Montauzier, 
conservée dans la bibliothèque de Munich, sur la mort de Madame, sur 
l'acquisition du domaine de Vaujours pour Louise de La Vallière, sur 
les diverses éditions des Réflexions sur la miséricorde de Dieu % sur 
l'iconographie de Louise de La Vallière 3 , sur ses armes, inexactement 
reproduites par la plupart des auteurs, et même par le P. Anselme 4 . 
Une seule pièce justificative figure parmi ces notes (pp. 405-406) : les 
lettres de légitimation du comte de Vermandois qui n'avaient pas été 
publiées jusqu'ici et qui sont datées du 20 février 1669. 

Les observations les plus importantes ayant été déjà présentées à 



1. M. L. remarque spirituellement, à ce propos (p. 2Ô2), qu'au xvm e siècle, un 
éditeur aurait cru manquer à ses devoirs en ne réparant pas les petits désordres de la 
toilette grammaticale de son auteur. 

2. M. L. n'admet pas (p. 414) que cet ouvrage de la duchesse de la Vallière ait été 
corrigé par Bossuet. Entre M. Romain Cornut, qui a cru reconnaître dans les cor- 
rections la touche de l'évêque de Meaux, et feu M. Floquet, qui a déclaré que 
l'on ne pouvait les attribuer à son auteur favori, il ne saurait hésiter. Il a ajouté et il 
prouve que « les moyens de décider se trouvent suffisamment dans la seule compa- 
raison des textes imprimés. » 11 complète la liste des éditions des Réflexions données 
par M. Clément, en mentionnant une rarissime traduction italienne, imprimée à 
Rome en 1681, une contrefaçon belge de l'édition de Paris, 1712 (Bruxelles, Fop- 
pens, 1712), une édition de Lyon (Guillaume Langlois, 1698), qui est extrêmement 
rare. Indiquons encore (pp. 415-416) une analyse de l'Amante convertie, ou V Illustre 
pénitente, analyse à la suite de laquelle M. L. rétablit la vérité en ce qui regarde le 
sermon prononcé par M 6 '' de Fromentières pour la vêture de Louise de La Vallière. 

3. M. L. met sous nos yeux (pp. 417-422) une liste, sinon complète, du moins très 
étendue, des portraits peints et gravés de Louise de La Vallière : il y rectifie force 
erreurs commises, à cet égard, un peu partout, même dans les catalogues des musées 
du Louvre et de Versailles. Les deux portraits reproduits dans le volume sont le 
portrait gravé par Larmessin, qui paraît être le plus ancien de tous les portraits 
gravés de la duchesse, et le portrait en religieuse, conservé à l'hospice de Château- 
La-Vallière. 

4. Les véritables armes sont celles-ci : écu coupé de gueule et d'or au lion léo- 
pardé d'argent et de sable. Dans les armes jointes au portrait gravé par Edelinck 
Y a fur a été introduit à tort. 



J HISÎOIUK KJ I)K I I ITIîliAUJKh 



53 



M. L. je suis obligé de me rabattre sur des observations secondaires. 
Au sujet de « l'éducation très négligée » de Louis XIV, il ne cite (p. 5) 
que le témoignage de La Porte. C'est bien peu, surtout si l'on se sou- 
vient du dédain avec lequel M. Léon de Laborde a parlé (Palais Ma\a- 
rin, notes) des mensongers mémoires de ce valet de chambre. — L'His- 
toire du traité de la paix conclue en Pan 165g est attribuée au comte 
Galeazzo Gualdo Priorato non-seulement « par un éditeur allemand » 
(p. 17, note 2), mais par tout le monde. — Sur la conduite de Mazarin 
à l'égard de Louis XIV voulant épouser Marie Mancini, M. L. dit plai- 
samment (p. 29, note 1), que « pour savoir la vérité vraie, il faudra at- 
tendre le jugement derniqr. » Ni M. Chéruel, ni M. Chantelauze ne se 
résigneront à accepter une aussi lointaine échéance. — Ce que M. L. 
pense (Ibid.) des Mémoires de Marie Mancini doit être rapproché de ce 
qu'en a pensé M. Chantelauze (Louis XIV et Marie Mancini, 1880, 
pp. 225-228). — M. L. donne deux M (p. 88) au nom du chevalier de 
Gramont, comme ailleurs au nom du maréchal, père du comte de Gui- 
che. J'ai vu trop de documents des trois derniers siècles signés Gramont 
pour ne pas réclamer. Puisque j'en suis aux minuties, je dirai encore que 
M. L. a tort de refuser au nom du surintendant Foucquet le c que ce der- 
nier mettait dans sa signature et que M. Bonnaffé a eu soin de lui laisser 
dans son récent ouvrage sur ce grand curieux. — M. L.., citant (p. 97, 
note 2) Tédition de 1707 des Lettres de Guy Patin, ajoute : « Je re- 
grette de n'avoir pu me procurer l'excellente édition donnée par M. La- 
lanne ; elle ne se trouve plus dans le commerce. » Malheureusement 
M. Lalanne n'a jamais donné une édition des lettres de Guy Patin. 
M. L. aurait-il confondu, par hasard, cette introuvable édition avec 
celle du D r Reveillé-Parise (Paris, J. B. Baillière, 1846, 3 vol. in-8 )? 
S'il s'agit de cette dernière, je dirai que, loin de mériter le titre d'excel- 
lente, elle est des plus médiocres, et que, loin d'être rare, elle est assez 
commune pour que les bouquinistes la vendent à un prix très doux. — 
M. L. nous montre (p. o5) le duc de Lorraine logeant « dans une mé- 
chante cabane avec le jardinier du Luxembourg. » C'était assez de par- 
ler d'une maisonnette, car la relation vénitienne indique una piccola cas- 
setta, une petite maison, et une cabane, en italien, s'appelle capanna. 
— Le fameux Lauzun nous apparaît (p. 137) sous le nom de Péguilin. 
C'est là une corruption de Puyguilhem, nom d'une terre de la maison 
de Caumont. M. L. aurait dû imiter Louis XIV, qui, dans une lettre 
dont un passage est cité (p. 147), donne au mari de Mademoiselle son 
vrai nom de Puyguilhem. — L'auteur, à propos du château de Cham- 
bord, dit (p. 201) : « Sur la verrière d'une des fenêtres de Chambord, un 
roi, critique peu autorisé, avait écrit ces deux vers si connus : 

Souvent femme varie, 
Mal habil qui s'y fie. » 

Rien ne prouve que François I er ait écrit ces deux vers sur une ver- 
rière. Le plus ancien des écrivains qui puisse être cité sur ce point, 



54 RKVUE CRIT1QUK 

Brantôme, se contente de raconter qu'à Chambord un ancien valet de 
chambre de François I er lui montra, comme étant de la main de son 
maître, « un escrit au costé de la fenêtre » où « en grandes lettres il y 
avoit ce mot : Toute femme varie. » On voit qu'il ne s'agit là ni de vi- 
tre, ni de distique. Ce sont des auteurs aussi peu sérieux que l'auteur 
des Galanteries des Roy s de France (1690, in-8°) qui ont transformé en 
deux vers les trois mots lus par Brantôme et qui ont ajouté les fabu- 
leuses circonstances de la vitre, de la bague et du diamant l . — M. L. 
semble croire (p. 242 et surtout Appendice, pp. 407-410) à l'empoi- 
sonnement de Madame. Je ne puis que le renvoyer à la nouvelle édi- 
tion de Y Histoire d' Henriette d'Angleterre publiée par M. Anatole 
France (chez Charavay) et où, comme je l'ai fait remarquer ici ». tout 
ce qui touche à cette question a été si bien examiné. — M. L., relevant 
(p. 401) un anachronisme dans les Mémoires de M me de Motteville, dit 
« que cela fait craindre que ces Mémoires, comme ceux de M lle de Mont* 
pensier, composés de fragments authentiques, n'aient été rajustés par 
une main inexpérimentée. » Il a raison de soupçonner que les Mémoi- 
res de M mc de Motteville ont été parfois maladroitement arrangés, mais 
il a tort de les comparer en cela aux Mémoires de M lle de Montpensier, 
dont le manuscrit entièrement autographe est conservé à la Bibliothèque 
nationale. — Nous lisons (p. 403), au sujet de l'affaire du libelle des 
Amours de Madame et du comte de Guiche, à laquelle fut mêlé Char- 
les Patin, que le fils de Guy Patin a fut poursuivi vers mars 1666. » 
Ce fut quelques mois plus tard, comme nous l'apprend un document 
imprimé du recueil connu à la Bibliothèque nationale sous le nom de 
recueil Thoisy (t. VII, f° 276) : Factum pour maistre Charles Patin, 
docteur en médecine accusé, contre ses accusateurs 3 . 

Le livre de M. L. est très bien écrit. C'est pour cela que je voudrais 
en effacer quelques taches que Ton ne remarquerait pas dans un livre 
dont le style ne serait pas aussi pur. A côté de phrases très élégantes, 
comme par exemple, certaine phrase sur les demoiselles d'honneur 4 , on 

1. Voir l'ingénieuse discussion de M. Edouard Fournier (l'Esprit dans V His- 
toire, 3 me édition, 1867, pp. 154-157). C'est un des meilleurs chapitres d'un recueil 
trop inégal. M. Fournier n'a pas manqué de se moquer (p. 157) de ceux qui ont 
donné à la légende de la fameuse vitre une digne conclusion, en prétendant que 
Louis XIV la sacrifia à M™ de La Vallière. M. L. a eu la prudence de se servir, à 
l'occasion de ce dernier détail, des expressions : On a raconté qu'un jour... si Von 
admet la tradition. 

2. N° du 29 mai 1882, p. 431. 

3. D'après le factum, Charles Patin reçut le ballot de livres prohibés le 10 novem- 
bre, et « le lendemain onze, à huit heures du matin, il en fut dépouillé par la saisie 
qui en fut faite sur la dénonciation de Thiery, adjoint du scindic des libraires. » 
L'auteur du factum affirme que ce fut en juin 1666 que Patin apprit que l'on 
imprimait en Flandre le livre de l'Histoire galante, ce dont il fit donner avis à 
« Leurs Altesses Royales, à qui ce livre ne plaisoit pas. » 

4. « Demoiselle d'honneur! Que d'idées s'éveillaient à ces mots! Quel avenir 
splendide s'entr'ouvrait ! Etre un des fleurons de cette couronne d'innocence ou de 



DHISTOIRE ET DE LITTERATURE 55 

trouve — ce qui est une dissonnance — des phrases un peu trop fami- 
lières '. Quelques tournures, quelques expressions ne sont pas assez 
correctes 2 . L'auteur abuse peut-être des maximes et tournerait presque 
à l'homme sentencieux 3 . Son livre, qui a eu déjà deux éditions *, en 
aura bientôt une troisième. C'est l'occasion pour M. Lair de reviser 
sévèrement un travail qui laisse si peu à désirer, et de le rendre irré- 
prochable. 

T. DE L. 



148. — K. Haller, Gescliichte der russischen KJteratur. 1 vol. in-8° de 
247 p. Dorpat, Schnakenburg, 1882. 

L'histoire de la littérature russe de M. Haller n'a pas la prétention 
d'être un ouvrage original. C'est une Bearbeitung du cours de littéra- 
ture de M. Petrov qui a été traduit en français sous ce titre : Tableaux 
de la littérature russe depuis son origine jusqu'à nos jours, par 
C. Petrov, traduit du russe par A . Romuald. Saint-Pétersbourg, i8j2. 
M. Haller a complété le manuel de Petrov et l'a conduit jusqu'à nos jours ; 
tel qu'il est, ce résumé est surtout destiné aux jeunes Allemands des 
provinces baltiques qui doivent, au sortir du gymnase, passer un exa- 
men de littérature russe. Il est nécessairement un peu aride, mais il 



vertu que l'étiquette avait placée autour des reines et des princesses comme les fleurs 
d'une bordure autour de la maîtresse fleur du jardin » (p. 41). — Rapprochons de 
ces métaphores les métaphores d'une page voisine (p. 43) : « C'était bien la petite 
fleur, à demi cachée sous l'herbe, que trahit son parfum et qui craint la trop grande 
ardeur de l'été, et pourtant cette humble violette allait être transplantée en pleine 
cour de France et sous les regards de ce prince qu'on devait appeler bientôt le Roi- 
Soleil. » 

1. « On se tromperait si l'on mesurait à cette aune tous les personnages de ce 
temps » (p. 81). — « M me de Lafayette est encore, pour ces menus détails de la petite 
histoire, supérieure à tous les autres reporters de son temps » (p. 91). — « Le duc 
Charles était voué à ces artistes » (des apothicaires !) (p. 95). — « Que peut-on ajouter 
à cette juste et mélancolique pensée ? Ainsi-soit-il » (p. 109). — « Louis laissa inter- 
ner V ex-objet de son amour. » 

2. « Ses détracteurs la trouvaient menue et qu'elle ne marchait pas de bon air » 
(p. 5o). — « C'est alors que le jeune monarque partait en forêt, courant avec sa 
maîtresse » (p. 64). — « Peu fortuné, il logeait » (p. g5).-— «A travers cette appro- 
bation générale, le roi devina une femme en quête de faveur, et que le misanthrope 
Montausier détournerait les yeux à propos. » 

3. « L'absence, qui tue l'amour à son déclin, l'excite à sa naissance » (p. 65;. — 
« Il oubliait que toujours n'est pas une devise d'amour » (p. i36). — « Comme il 
n'est pas d'hiver où ne se montre le sourire de quelques beaux jours, l'amour ne 
s'en va pas sans quelques retours de passion » (p. i65). « Le malheur, s'il disjoint 
les amitiés fausses, cimente les véritables » (264) . 

4. La seconde édition a paru, au commencement de la présente année, dans le 
format in- 18. 



56 KKVUE CBITIQIIK 

fournit des renseignements utiles, notamment sur la littérature du 
xix c siècle qui occupe les trois quarts du volume. 

, Louis Léger. 



VARIÉTÉS 



I^e mot assyrien « tamkârii j» 

Dans un article paru ici même (n° du 19 janvier 1880), j'avais reven- 
diqué pour la langue assyrienne un mot tamkâru « cultivateur », que 
les assyriologues lisaient damqani, et qu'ils considéraient comme un 
terme accadien ou sumérien d'origine, formé de dam « homme » et de 
qar « champ ». A ce propos, M. Lenormant m'adresse les remarques 
suivantes, en son second volume des Origines de l'histoire, p. 243, 
note 2 : 

« M. Stan. Guyard, qui, dans d'autres cas, a été mieux inspiré, s'est 
« efforcé vainement de montrer dans damkaru un mot sémitique, qu'il 
« croit dérivé de la racine mdkar, laquelle existe en effet en assyrien et 
« en arabe. Mais pour trouver dans le quatrilitère qui nous occupe un 
« dérivé, possible au point de vue de la philologie sémitique, de cette 
« racine, il faut de damkaru le changer arbitrairement en tamkaru, en 
« inventant pour le signe initial de l'orthographe de ce mot, le signe 
« dam, une valeur tam qu'il n'a nulle part, que rien ne justifie et n'au- 
« torise, que tout, au contraire, combat et dément. La lecture damkaru 
« est la seule admissible; et dès lors que deviennent le prétendu caractère 
« sémitique de ce mot et sa dérivation de la racine mdkar? », etc. 

J'accorde très volontiers à M. Lenormant que si le mot dont il s'agit 
était toujours écrit damqaru, l'analyse que j'en fais n'aurait que la va- 
leur d'une hypothèse. Mais si je montre que l'orthographe damqaru, 
imaginée simplement pour fournir l'étymologie factice d'homme des 
champs l , n'est pas invariable ; si je montre que le terme en litige s'écrit 
parfois aussi tamkaru, comme il se prononce, que deviendront, à leur 
tour, le prétendu caractère accado-sumérien de ce mot et sa dérivation 
de dam et de qar? 

Une tablette du British Muséum vient trancher la question. Elle est 
reproduite par l'un des plus ardents champions de la théorie suméro-ac- 
cadienne, M. Paul Haupt, dans ses Akkadische und Sumerische Keil- 
schrifttexte, p. 69, 1. 8. Là nous voyons que le prétendu accadien DAM- 
QAR se transcrit en assyrien : tam-ka-ri (au génitif), dans l'expression 
kasap tamkâri « argent (prix? ou salaire?) d'un cultivateur ». Il résulte 
de là que tamkâru est bien et dûment un dérivé du verbe assyrien makdru 

1. Sur ce procédé, voir Revue de l'histoire des religions, t. V, n° 2, p. 268. 



' H I SÏ O ! R h Kl 1) K LU 1 BK A l U H b 57 

« cultiver », dont j'ai cité deux exemples en rendant compte ici du tra- 
vail de M. Pognon sur l'inscription de Bavian, exemples auxquels on 
peut ajouter encore celui de l'impératif saphel, dans la phrase sumkir 
tamirtus « rends cultivé (c'est à-'dire prospère) son domaine », que nous 
lisons chez Oppert, Expédition en Mésopotamie, t. II, p. 339. 

Au surplus, si je vois dans tamkâru un dérivé de la racine makâru, 
j'ai pour complices les assyriens eux-mêmes, car le texte lexicographique 
bien connu R. II, pi. 7 groupe dans le même article, en face des for- 
mes accado-sumériennes, que nous appelons hiératiques, notre mot 
tamkâru et un autre mot, makru, au féminin makritu, qui paraît, lui 
aussi, avoir le sens de « cultivateur », et sur la dérivation duquel il ne 
saurait planer aucun doute. Il est évident que si le rédacteur de cet arti- 
cle lexicographique avait considéré tamkâru comme une altération de 
l'accado-sumérien dam-qar, il n'aurait pas été le classer à la suite de dé- 
rivés de la racine makâru, nous indiquant ainsi clairement que pour lui 
le ta de tamkâru est une syllabe formative et non radicale. Ainsi de deux 
choses l'une : ou bien les auteurs de ces textes lexicographiques avaient 
perdu la notion de raccado-sumérien, et dans cette conjoncture com- 
ment se fait-il qu'ils le traduisent couramment, ou bien ils ne voyaient 
dans ces groupes dits accado-sumériens que ce que nous voulons y voir, 
M. Halévy et moi, des mots assyriens écrits dans un système particulier, 
et qu'il s'agissait de rendre plus intelligibles en les transcrivant en ca- 
ractères phonétiques. 

Stanislas Guyard. 



CHRONIQUE 



FRANCE. — La librairie Leroux publie les Mémoires sur la chronologie et l'i- 
conographie des rois parthes Arsacides, de feu M. Adrien de Longpérier. L'ouvrage 
est accompagné de 18 planches gravées, et porte la double date i853-i882. M. de 
Longpérier avait, par suite de diverses circonstances, toujours différé de donner au 
public cet ouvrage imprimé depuis i853. Après sa mort, sa famille a cru devoir faire 
paraître une œuvre à laquelle il attachait une grande importance. — Prochainement 
paraîtra à la même librairie le I er volume des Œuvres de M. de Longpérier ; ce vo- 
lume renfermera les Mémoires d'archéologie et de numismatique orientales. 

— Nous avons reçu la I" livraison d'une nouvelle revue d'histoire provinciale, la 
Revue historique du Béarn et de la Navarre (Bayonne,pays de Labour d, Landes). 
Cette revue publiera, comme l'indique l'avis aux lecteurs, des documents concernant 
les Béarnais, Basques et Bayonnais des siècles passés, documents tirés des fonds 
provinciaux et surtout des dépôts de Paris, et qui seront toujours précédés d'une 
étude sommaire. Elle donnera des études biographiques ainsi qu'une bibliographie. 
Elle compte parmi ses collaborateurs MM. Baschet, de Carsalade du Pont, Jung, 
Margry, Tamizey de Larroque, Vinson, etc. La première livraison de la Revue histo- 
rique du Béarn et de la Navarre s'ouvre par un art. de M. Tamizey de Larroque- 



58 RKVUE CRITIQUE' 

intitulé Documents inédits pour servir à l'histoire de la ville de Dax (pp. 5-i8); le 
premier de ces documents est une notice sur Dax, rédigée en i568 par l'archéologue 
gascon André de la Serre ; les autres documents sont des lettres relatives à l'histoire 
de Dax et écrites de 1740 à 1751 par divers personnages; quelques-uns qui ne méri- 
taient pas d'être intégralement reproduits, ont été analysés par l'infatigable savant. — 
M. E. Ducèré publie le commencement d'un travail sur V artillerie et les arsenaux 
de la ville de Bayonne (pp. ig-35); son art. forme le chapitre 1 de cette étude et a 
pour titre : les arsenaux bayonnais jusqu'à la conquête de 145 1 (par Dunois et le 
seigneur d'Albret). — M. A. Communay, après une rapide exposition de la situation 
générale du royaume de Navarre, communique un document relatif à YInvasion du 
Béarn par Mongonmery (pp. 36-44) et au massacre de Navarreinx. — Sous le titre 
Un hercule gascon (pp. 44-46), M. Ch. Dupré reproduit, d'après le n° de novembre 
17 10 du Mercure de France, deux tours de force accomplis par le mousquetaire 
Bassabat. — Le fascicule se termine par une question : « A quelle époque Bayonne 
prit elle pour devise les mots nunquam polluta et à quelle occasion ? » et par les 
Preuves de la noblesse de Théophile-François de Navailles, agréé pour être reçu 
page du roi dans la grande écurie (pp. 49-56). La « Revue historique du Béarn et de 
la Navarre », publiera ainsi les preuves produites par les vieilles familles nobles de 
ces deux provinces devant les généalogistes d'Hozier (cabinet des titres de la Biblio- 
thèque nationale, section des manuscrits); cette publication ou ce nobiliaire se subdi- 
visera en trois parties : I. Les pages de la grande et de la petite écurie. II. Les de- 
moiselles de Saint-Cyr. III. Les gentilshommes admis aux écoles militaires. — Ce 
recueil est certainement une œuvre sérieuse; nous lui souhaitons d'être durable et 
faisons des vœux pour son succès. Il paraît tous les mois, en une brochure de 56 pages 
in-8°, et forme, à la fin de l'année, un volume de 700 pages environ (prix par an : 
18 francs pour les huit départements : Basses- Pyrénées, Hautes- Pyrénées, Landes, 
Gironde, Lot-et-Garonne, Tarn-et-Garon ne, Gers et Haute-Garonne; 20 francs pour 
le reste de la France; tous les abonnements partent du mois de juillet; les commu- 
nications concernant la rédaction et l'administration doivent être adressées au direc- 
teur de la Revue, M. A. Communay, à Bayonne, rue Bourg-Neuf, 60). 

— M. Ch. Schmidt vient de publier un excellent ouvrage, rempli de faits intéressants 
et d'informations neuves, sur les plus anciennes bibliothèques et les premiers impri- 
meurs de Strasbourg (Zur Geschichte der aeltesten Biblioiheken und der ersten Buch- 
drucker %u Strassburg, C. F. Schmidt [Fr. Bull.]. In-8°, 200 p.). L'ouvrage, dont 
l'exécution typographique mérite d'ailleurs les plus grands éloges, comprend, comme 
le titre l'indique, deux parties : i° Les livres et les bibliothèques à Strasbourg au 
moyen âge {Bûcher und Bibliotheken $u Strassburg im Mittelalter, pp. 1-74); cette 
première partie avait déjà paru en français dans la Revue d'Alsace sous le titre : 
Livres et bibliothèques à Strasbourg au moyen âge (1877); on a prié M. Schmidt 
de publier une traduction allemande de ce travail, et le savant strasbourgeois a 
préféré faire lui-même cette traduction qui lui offrait l'occasion d'ajouter quelques 
détails nouveaux. 2 Les imprimeurs de Strasbourg avant i52o (Die Strassburger 
Buchdrucker vor i520, pp. 75-162); cette partie, entièrement biographique, renferme 
beaucoup de renseignements précieux, tirés de documents disparus avec l'ancienne 
bibliothèque de Strasbourg durant le bombardement de la ville. En outre, un chapitre 
qui sert d'appendice à ce beau volume est consacré à l'histoire peu connue, empruntée, 
elle aussi, à des documents manuscrits, de la fondation de la bibliothèque, qui devint 
au xvu° siècle celle de l'université protestante, et plus tard celle du séminaire pro- 
testant; « aucun Strasbourgeois n'a oublié comment elle a péri, dit M. Schmidt, et 
j'ai regardé comme un devoir pieux de raconter son origine ». [Die ehmalige Biblio- 



d'histoire et de littérature 59 

ihek der Strassburger hohen Schuleim ersten Jahrhundert ihres Bestehens, pp. i63- 
298). L/n de nos collaborateurs reviendra plus amplement sur cette publication. 



SOCIÉTÉ NATIONALE DES ANTIQUAIRES DE FRANCE 



Séance du 21 juin. 

M. E. Muntz lit une note sur le tombeau du pape Benoît XII, à Notre-Dame 
d'Avignon. Ce tombeau, dont il n'existe ni gravure, ni photographie, contient, sous 
un dais surmonté de nombreux clochetons, la statue couchée du pape mort. Des 
comptes trouvés par M. Muntz dans les archives du Vatican (années 1342 et 1 343) 
prouvent qu'il a été fait par un imagier parisien jusqu'ici inconnu, maître Jean La- 
venier. Tandis que les peintres employés par les papes d'Avignon étaient presque 
tous des Italiens, les architectes et les sculpteurs, dont ils se servaient, étaient le 
plus souvent des Français; il y a là une preuve de la supériorité de la France, 
au xiv e siècle, dans l'architecture et la sculpture. t 

M. d'Arbois de Jubainville présente quelques observations sur le mot celte (en 
latin celta, en grec KcXtOç). Gluck a fait venir celta d'une racine cel qui a le sens 
d'élever, et qui se trouve en latin dans cel-sus, ex-cel-lo, col-lis, en grec dans 
KoX-tovoç, KoX-Oçwv. Mais il n'a pu prouver l'existence de cette racine dans la 
langue celtique. Or, dans un éloge de saint Columban écrit parun'clerc irlandais qui 
est mort en 1106, on trouve le mot celthe, avec le sens de « faîte »; dans une vie de 
sainte Brigitte manuscrit du xiv e siècle, le même mot désigne le comble d'une 
église; enfin, dans un glossaire irlandais du xvi c siècle, il est donné comme adjectif, 
avec le sens de haut, grand, noble. Clethe suppose une forme ancienne clet-ios, qui 
ne diffère de celta ou kel-tos que par une méthathèse. Celte signifie donc bien haut, 
grand, noble; M. d'Arbois de Jubainville ajoute que, dans le même éloge de saint Co- 
lumban, on trouve l'adjectif Nertmar « grand par la force s c'est la forme irlandaise 
du nom propre gaulois Nertomarus, connu par plusieurs inscriptions latines. 



ACADEMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES 



Séance du 7 juillet ià'82. 

M. le secrétaire perpétuel donne lecture d'un décret du président de la République, 
en date du 3o juin, par lequel est approuvée l'élection de M. Sénart, en qualité de 
membre ordinaire, en remplacement de M. Guessard. M. Sénart est introduit et prend 
place. 

M. Gaston Paris fait connaître le jugement du concours des antiquités de la France 
pour 188.1. La commission décerne trois médailles de cinq cents francs et six men- 
tions honorables, ainsi qu'il suit : 

1" médaille : M. Jules Guiffrey, pour son livre sur la Tapisserie en France; 

2 e médaille : MM. Héron de Villefosse et Thédenat, Cachets d'oculistes romains, I; 



2 e 


mention 


: M 


3<" 


mention 


: M. 


4 e 


mention 


: M. 


5» 


mention : 


M. 


6* 


mention : 


M. 



60 RKVCJE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE UTTÉRATURB 

3" médaille : M. Ch. Kohler, Étude critique sur le texte de la Vie latine de sainte 
Geneviève de Paris; 

i re mention : M. Héron, Œuvres de Henri d'Andeli; 

. Charles Molinier, Y Inquisition dans le midi de la France; 
Perroud, Les Origines du duché d'Aquitaine ; 
de la Chauvelays, Les armées des ducs de Bourgogne ; 
de Fierville, Documents sur Philippe de Commynes; 
d'Hermansart, Les Corporations de Saint-Omer. 
M. Charles Nisard commence la lecture d'un mémoire sur deux scandaleux at- 
tentats à la propriété littéraire au xv° siècle. 

M. Clermont-Ganneau met sous les yeux des membres de l'Académie une petite 
figurine d'un bronze trouvé à Beyrouth. Cette statuette, d'un travail qui, sans être 
irréprochable, ne manque pas d'élégance, représente une femme entièrement nue, 
coiffée d'un diadème en forme de croissant renversé, appuyée sur la jambe droite, 
la main droite abaissée comme pour toucher le pied gauche. Le bras gauche est 
étendu et la main s'appuyait sur un objet qui est aujourd'hui séparé de la statuette, 
mais qui a été retrouvé aussi et qui fait maintenant partie d'une collection particu- 
lière, autre que celle à laquelle appartient la figurine. M. Clermont-Ganneau a vu cet 
objet et en présente la photographie. C'est une grande rame ou un gouvernail, sur 
lequel on lit une inscription en quatre lettres phéniciennes, qui signifient : a Aux 
Sidoniens », ou « Des Sidoniens ». C'est l'inscription ordinaire des monnaies de 
Sidon. On ne saurait hésiter, dit M. Clermont-Ganneau, à reconnaître dans cet 
ensemble la déesse même des Sidoniens, s'appuyant sur l'attribut qui caractérise 
cette divinité essentiellement maritime. Ce monument précieux nous donne donc une 
image de l'Astarté sidonienne, telle que se la figuraient ses adorateurs à l'époque des 
Séleucides. La déesse est ici habillée ou plutôt déshabillée à la grecque. Plus ancien- 
nement, elle se serait sans doute présentée à nous sous des formes égyptiennes ou 
assyriennes; car les Phéniciens n'ont jamais eu d'art en propre, ils ont toujours suivi, 
en fait de plastique, la mode régnante, et la mode variait suivant la politique qui pré- 
valait. 

M. Aube termine la lecture de son mémoire sur Polyeucte. Il conclut qu'il y a lieu 
de croire à la réalité des principaux traits de la légende de Polyeucte, qu'on doit no- 
tamment considérer comme historique : « les noms des personnes, Néarque, Po- 
lyeucte, Félix et Pauline, que l'auteur des Actes n'a pas inventés, non plus que leur 
condition sociale et les liens d'amitié ou de parenté qui les unissaient; l'édit de 
Valérien, que nous connaissons par d'autres témoignages, l'obéissance de la plupart 
des chrétiens devant ses menaces et au contraire l'éclat de foi dans l'âme généreuse 
de Polyeucte...; le renversement des statues païennes, les efforts de Félix pour sau- 
ver son gendre, et l'amènera faire amende honorable, l'intervention vaine de Pauline 
et de ses enfants, la condamnation de Polyeucte et son exécution par le glaive. » 
Au total enfin, dit M. Aube, la tragédie de Corneille « repose sur un fond parfaite- 
ment historique. » 

Julien Havet. 



Le Propriétaire-Gérant : ERNEST LEROUX. 



Le Fuy, ty-p. et lith, Marchessou fils, boulevard Saint-Laurent, ajf 



REVUE CRITIQUE 
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

N« 30 - 24 Juillet — 1882 



Sommaire t 149. Bloomfield, As final devant les sonores en sanscrit. — 
i5o. Rocquain, La papauté au moyen-âge. — i5r. Moguel, La vie et les œuvres 
de Calderon. — i52. Pouy, Etude sur les œuvres inédites et sur la correspondance 
de Dusevel. — Chronique. — Société nationale des antiquaires de France.— Aca- 
démie des Inscriptions. 



149. — Final AS beforc sortants îti Sanskrit, by Maurice Bloomfield. Johns 
Hopkins University. Reprinted from the American Journal of Philology, vol. III, 
No 1. Baltimore, 1882. 21 p. in-8°. 

Si courte que soit cette brochure, je crois devoir m'étendre sur les cir- 
constances qui la rendent digne d'attention. 

On sait qu'en sanskrit Ye et Yo brefs des langues européennes ont 
pour équivalent un a (jjivoç est en sanskrit manas). Par suite, les sons 
e bref, o bref manquent à l'alphabet; il y a bien un ê et un o, mais ils 
servent à noter des longues issues de la contraction de deux voyelles [ai, 
au) à une époque relativement récente, c'est-à-dire des sons non primi- 
tifs. Cet état de chose fit croire à Bopp et, jusqu'à ces dernières années, 
à tous les linguistes, que Yo et l'e n'avaient point existé à l'époque de 
l'unité ario-européenne ; que pivoç provenait d'un manas ario-européen, 
ne différant pas du manas sanskrit. C'était le contrepied de la vérité. 
C'est [/ivoç qui est le type primitif; le sanskrit a changé e et en a, le 
grec n'a point eu à changer a en e et 0. 

Ce retournement de la doctrine est aujourd'hui admis de tous, mais 
tous ne l'expriment pas avec netteté. Par une concession bizarre à la re- 
ligion surannée du sanskrit, ceux qui firent le plus pour démontrer le ca- 
ractère récent de son vocalisme lui empruntèrent une notation des voyelles 
primitives. Au lieu d'écrire la forme ario-européenne : menos, ils l'écri- 
vaient : ma^na-xS, sous prétexte que la première voyelle n'avait peut-être 
pas exactement la même nuance de timbre que l'e, ni la seconde la même 
que l'o. A quel grimoire pourrait aboutir une pseudo-algèbre de ce genre 
si on la généralisait! Celle-ci, outre qu'elle entretenait des idées vagues, 
contribuait à rendre la phonétique historique moins abordable aux 
grammairiens qui n'ont pas le temps d'apprendre sérieusement le sans- 
krit. Elle était née de plus d'une cause : faiblesse à l'égard d'une an- 
cienne routine, illusion d'une précision mathématique apparente. Elle 
venait surtout de ce que la démonstration de la vérité n'avait pas été com- 
plète. Tandis que les langues d'Europe faisaient voir sous un jour direct 
le vocalisme ario-européen, le sanskrit n'en avait gardé que des reflets 
Nouvelle série, X'V. 4 . 



02 REVUE CRITIQUE 

malaisés à saisir. Il confondait, dans le parfait dadarca, les deux voyel- 
les que le grec distingue dans BéSopy.s. Dans le parfait cakâra (il fit), il 
distinguait bien Ye du redoublement et l'o de la racine, mais d'une façon 
obscure; Ye devenait a bref et palatalisaitla consonne précédente, Yo de- 
venait a et laissait la consonne intacte : combien les formations xixpor.z, 
zéxovôs, XéXoizs sont plus nettes! Ainsi le sanskrit portait des traces de 
ses infidélités au vocalisme originel, mais il les laissait à peine transpa- 
raître. En vain ses accusateurs le convainquaient par les témoignages des 
autres idiomes et par ses propres incohérences : ils plaidaient comme si 
intérieurement il leur restait un doute. Le sanskrit n'avait pas avoué. 

Il fallait, pour en finir, trouver sur le sol asiatique quelque souvenir 
direct de Ye et de Yo. Cela touchait d'abord la science pure, pour qui 
toute bribe de vérité est un imj^aeîç àd. Mais c'était un point autrement 
grave pour la vulgarisation. L'e et Yo sont des voyelles importantes. 
Elles sont plus employées que les autres ; en outre, elles constituent les 
pièces du plus curieux des mécanismes ario-européens : ce sont elles que 
la loi de Yablaut fait alterner dans la flexion (Tpéxw, xéTpoxa) et dans la 
dérivation (Tpéxco, xpixoç ; tego, toga). Tant qu'on s'est trompé sur leur 
date, on était forcé de ne voir [vivoçqu'à travers le sanskrit manas, oéSopxs 
à travers dadarca : pour regarder le grec et le latin, on mettait des lu- 
nettes hindoues. Cette nécessité fermait la grammaire historique à une 
partie du public. La théorie nouvelle facilite merveilleusement l'ensei- 
gnement de cette science. Elle invite, dans les cas les plus importants, 
à mettre le grec au premier plan de l'exposition ; le sanskrit, réduit à 
une intervention minima, ne rebute plus un étudiant non orientaliste. 
Seulement, si l'on ne veut pas perdre ce fruit du progrès de la science, 
il faut parler chrétien (j'entends écrire menos et non maina 2 s). Et si en 
parlant on veut se sentir à l'aise, il faut avoir fait confirmer les témoigna- 
ges des langues d'Europe, en bonne et due forme qui coupe court à toute 
subtilité et à tout grimoire, par des témoignages nets et clairs du sans- 
krit, par des exemples sanskrits de Ye et de l'o primitifs. C'est cette pen- 
sée qui me portait à écrire, il y a trois ans : « Le sanskrit... semble ail- 
leurs avoir gardé quelques vestiges du timbre même de Ye et de l'o. Je 
veux parler des formes où un é long ou un ô long représente une an- 
cienne syllabe as, c'est-à-dire tantôt es et tantôt os. Le nominatif de la 
seconde déclinaison était en os : grec îxxoç (cheval), latin equus et an- 
ciennement equos. Or, le sanskrit emploie devant certaines lettres le no- 
minatif açvas (cheval), mais, devant certaines autres lettres, il dit, avec 
un ô, acvô. Le verbe être contenait la syllabe es : grec hsxi t latin, est, il 
est. Or, le sanskrit dit à l'impératif, avec un e, êd'hi (sois) h » 

La brochure de M. Maurice Bloomfield est une étude détaillée des for- 



i. Supplément au Journal de Genève du mardi 2 5 février 187g, verso, col. 3 
(compte-rendu du livre de M. Ferdinand de Saussure, Mémoire sur le système pri- 
mitif des voyelles...). 



d'histoire et de littérature 63 

mes sanskrites dans lesquelles ô représente ainsi une ancienne syllabe os, 
ou ê une syllabe es. La chute de ïs et l'allongement compensatif de la 
voyelle (lequel pare au changement en a, qui eût atteint e ou o resté 
bref), a lieu devant les sonores, comme g, dh, m, les voyelles. Le titre 
ne promet qu'un examen des syllabes finales, mais les syllabes intérieures 
sont examinées aussi avec un soin très suffisant. — M. Bloomfield sem- 
ble avoir été guidé par des préoccupations exclusivement scientifiques. 
11 écrit comme s'il ne devait être lu que par des indianistes '. Les consi- 
dérations exposées tout à l'heure font voir que ses recherches touchent 
en réalité un public beaucoup moins restreint. Elles ont un intérêt que 
pourraient n'avoir pas au même degré d'autres études de phonétique in- 
dienne. 

Non-seulement M. Bloomfield a groupé tous les exemples d'un an- 
cien e ou o conservé en sanskrit grâce à l'allongement compensatif, mais 
il fait de chacun d'eux l'objet d'une discussion solide et presque tou- 
jours convaincante, et résout les difficultés que présentent certaines for- 
mes. Il explique par l'influence labialisante d'un v Vô du nom de nom- 
bre shvdaça pour *sveshdaça (latin sedecim"). L'infinitif védique vudhum 
(latin uectuni) suppose une labialisation analogue (soit de ve en vô, soit 
plutôt, selon l'auteur, de va en vu) ; quant à l'infinitif sôdhum, où il n'y 
a pas de v pour expliquer la labiale, ce n'est qu'une création analogique, 
plus récente que la langue du Véda. L'instrumental plurielen ôbhis des 
radicaux en es semble inconciliable avec les formes grecques comme 
opscç-i, mais M. Bloomfield fait voir que le sanskrit a dévié ici du type 
ario-européen, et que ce dernier se retrouve intact dans les formes zen- 
des en êbîs. La finale ô, que la phonétique syntactique substitue, de- 
vant certaines lettres, à as issu de es aussi bien qu'à as issu de os, s'ex- 
plique dans le second cas par voie phonétique, dans le premier par voie 
analogique (le Véda présente dix-huit exemples de as = os pour sept seu- 
lement de as — es). 

Nombre de pages ont trait aux phénomènes qu'engendre la rencontre 
de cette finale ô ou d'une finale ê avec une voyelle initiale. L'auteur, 
reprenant les recherches de prosodie védique d'Adalbert Kuhn, arrive à 
des résultats curieux et solides. Je dois avouer que je n*ai pas réussi à 
saisir en quoi cette étude prouve l'existence antéhistorique d'une finale 
es. Quoi qu'il en soit de ce détail, M. Bloomfield a fait progresser la 



i . C'est le seul reproche que je ferai à son travail.Trop de mots sanskrits sont cités 
sans que l'auteur ait la précaution d'y joindre soit un équivalent grec ou latin, soit 
une traduction. Certains termes techniques des grammairiens hindous, comme pra- 
grkya, p. 16, devraient être expliqués aux profanes. La grammaire historique ne 
peut être approfondie sans une connaissance sérieuse du sanskrit, elle peut et doit 
être rendue intelligible à quiconque s'occupe de grec ou de latin. 

2. Cf. Mémoires de la Soc. de ling., V, p. 42. Vd de va (latin ue) indique aussi un 
changement de ve en vo. M. de Saussure me fait remarquer qu'on peut ajouter 
vdsas (vêtement), met formé comme [J.évcç, ^évoç, îé7v0ç, ilCOÇ, '^époq, 



64 RliVUK CR1T1QUK 

grammaire ario-européenne, et cela sur un point qui imparte plus que 
d'autres à la popularisation de la science. 

Louis Havet. 



i5o. — r.a Papauté au moyen-âge s Nicolas I er , Grégoire VII, Innocent III, 
Boniface VIII, études sur le pouvoir pontifical, par Félix Rocquain. Paris, Didier, 
in-8° de xn-3g3 pp. 

La notoriété considérable conquise par M. Rocquain qui s'est 
attaqué, depuis plusieurs années, avec un égal succès à des sujets très 
divers me faisait bien augurer de cet ouvrage sur la papauté depuis 
longtemps en préparation. Mon espoir n'est pas déçu : cette étude est 
celle qu'on devait attendre de M. Rocquain. 

L'auteur a voulu, prenant pour types quatre grands pontificats : ceux 
de Nicolas I er , Grégoire VII, Innocent III, Boniface VIII, tracer un 
tableau du mouvement ascensionnel de la papauté, mouvement qui se 
fait sentir au sein même de l'Eglise par une transformation de la disci- 
pline et en dehors d'elle par un rayonnement du pouvoir spirituel sur 
le pouvoir temporel. 

Le pontificat de Boniface VIII marque tout à la fois et l'apogée de 
cette puissance et sa décadence irrémédiable. 

M. R. est un historien qui vise constamment à une haute impartia- 
lité, un lettré qui sait exprimer toujours clairement et simplement sa 
pensée. Le grand nombre d'ouvrages consultés pour cette étude n'en- 
combre jamais l'auteur qui poursuit sa marche sans fatigue pour le lec- 
teur. 

Le dernier mot des grands problèmes historiques agités par l'auteur nous 
est-il toujours donné dans ces 291 pages, in-8 (291 pages, non compris 
l'appendice)? Je n'oserais l'affirmer. A mon sens, M. R. ne fait pas une as- 
sez large part au développement naturel de l'institution qu'il étudie : 
on en viendra, laissant de côté Faction ou l'influence épisodique de 
quelques hommes, à considérer surtout dans l'histoire du pouvoir pon- 
tifical une application de cette grande loi de concentration qui régit les 
sociétés pendant une certaine phase de leur existence. Cette concentra- 
tion est-elle, si nous examinons de très près la structure du pouvoir 
pontifical, en contradiction avec ses origines? Il ne me semble pas ■ ; tel 
passage incontesté de saint Gyprien est, à ce sujet, singulièrement ins- 
tructif'-. 



1. II est remarquable que cette conception, qu'on pourrait appeler naturaliste et 
qui me paraît ressortir de l'étude des textes, est en harmonie avec le sentiment ca- 
tholique. 

a. Cf. Revue crit., 1880, p. 33 n. 4. 



d'histoire et de littérature 65 

Mais je ne puis qu'indiquer ici ces vues : je les signale, en passant, à 
l'esprit généralisateur et philosophique de M. Rocquain. 

L'ouvrage est nécessairement fragmenté, puisqu'il ne présente pas une 
suite historique continue, mais une étude sur quatre papes différents. 
Indépendamment de cette critique générale, je dois ajouter quelques 
observations de détail : 

i° Parlant des décisions pontificales qui sont entrées dans le Corpus 
juris canonici, M. R. laisse croire qu'elles ont un caractère spécial, 
que le pape dut en peser davantage les expressions, s'en occuper plus 
particulièrement. Il en eût été fort empêché, ignorant parfaitement le 
sort réservé plus tard par les hasards des compilations à chacune de ses 
décisions. Une décrétale passée dans le Corpus juris ne diffère originai- 
rement d'une décrétale restée en dehors du Corpus pas plus qu'un arrêt 
recueilli dans le Sirey ne diffère d'un arrêt négligé par les collaborateurs 
de cette grande entreprise ; 

2° Une observation importante se présente à propos de Boniface VIII: 
la plupart de nos écrivains français paraissent ignorer — M. R. ne fait 
pas exception — que les accusations si graves qui furent tout à coup lan- 
cées par Philippe le Bel contre Boniface VIII, avaient une origine très- 
sérieuse : ce ne fut point un instrument de guerre subitement fabriqué, 
ou, comme on l'a dit, un orage éclatant dans un ciel serein. Plusieurs 
membres influents du clergé devaient connaître ces imputations qui 
avaient été répétées » par les plus hauts personnages ; ceci explique peut- 
être en partie les adhésions nombreuses du clergé que recueillit si facile- 
ment le roi de France et justifie, à coup sûr, cette assertion de Philippe 
le Bel traité un peu durement par M. R., à savoir qu'à plusieurs repri- 
ses des bruits très défavorables à Boniface étaient venus jusqu'à lui ; 

3° A propos d'une lettre d'Innocent III sur le sens du mot novalis t 
M. R. fait remarquer que le correspondant du pape lui avait adressé 
une consultation purement grammaticale qui fut suivie d'une réponse 
de grammairien ou de philologue (p. 168). Nullement : l'intérêt que les 
correspondants attachent à la question est tout à fait pratique et cano- 
nique : si on discute sur le sens du mot novalis, c'est que diverses ques- 
tions relatives à la perception des dîmes se rattachent au sens de ce mot. 
Ainsi les couvents sont exempts de la dîme en ce qui concerne les nova- 
les : il est donc très important d'être fixé sur le sens du mot novalis. La 
décrétale d'Innocent III est si peu un exercice académique sur le sens 
d'un mot qu'elle a passé à bon droit dans le Corpus juris canonici". 

4° A la p. 225, M. R. vise, d'après le livre de Janus, un écrit attribué 
à saint Bon aventure où il est dit que la cour de Rome est la prostituée 
empoisonnant l'Eglise de ses vices. (Je reprends les expressions de Janus 



1. Je fais allusion à un document publié par Hcefler et analysé par Hefele, Hist. 
des conc, trad. Delarc, t. IX, p. 256 et suiv. 

2. Décret, de Grég. IX, V, xl, 21, 



66 rkvuk eurriQtifc 

un peu adoucies dans Rocquain). J'aurais besoin ici d'un renvoi immédiat 
aux œuvres de saint Bonaventure et de renseignements précis et cir- 
constanciés. Tout en exprimant ce vœu, je ne puis faire à M. R, un 
reproche bien rigoureux de ne pas avoir cité directement saint Bona- 
venture sur un point si important; car le Supplément à ses œuvres in- 
voqué ici par Janus est d'une infinie rareté ' : la citation directe eût 
nécessité une correspondance avec l'Italie et peut-être un excursus cri- 
tique : la question en valait la peine. 

5° P. 225, je lis : 

« En France comme à Rome, on trafiquait de la religion. Sous Boni- 
ce face VIII, les péchés les plus graves y étaient rachetés à prix d'ar- 
« gent. » 

L'auteur fait allusion à un concile de Saumur qui interdit à divers 
dignitaires ecclésiastiques inférieurs d'accorder aux pénitents ces ra- 
chats. Je n'aime pas ces expressions un peu lourdes en face du texte 
visé : « On trafiquait de la religion. » — « Les péchés les plus graves 
étaient rachetés à prix d'argent. » En y regardant de près; on s'aperçoit 
que le relâchement de discipline dont s'occupe le concile de Saumur n'a 
en soi rien de monstrueux et ne doit pas du tout soulever l'indignation 
des historiens modernes. De quoi s'agit-il? De remplacer les pénitences 
canoniques par le paiement d'une somme d'argent. Ce système qui 
remonte très haut a donné lieu à d'énormes abus ; il a pu conduire au 
trafic dont parle M. R.; mais il est en soi très inoffensif: faire péni- 
tence en se couvrant de cendres, en se privant d'entrer dans l'église, 
en jeûnant ou en versant une somme d'argent avec destination pieuse, 
ce sont des procédés comparables. De nos jours, l'usage de la péni- 
tence en argent subsiste toujours et n'excite pas l'horreur des plus dé- 
licats. Je rachète, par exemple, dans certaines conditions, la pé- 
nitence quadragésimale par l'aumône du carême : ceci est dans la tradi- 
tion contre laquelle se révoltent trop facilement et, pour ainsi dire, sans 
viser juste 2 des historiens qui n'en comprennent pas le véritable sens. 

Deux appendices intéressants terminent l'ouvrage : i° Innocent III et 
Otton de Brunswick ; 2° les registres des papes et le Regesta Pontijîcum 

i. Cf. Bernard, a Portu Romatino, -Ratio novae collect. operum omnium S. Bo- 
naventurae. » Taurini, 1874, p. 45. 

2. Je prends la liberté de renvoyer ici à quelques pages que j'ai publiées sur cette 
matière dans la Revue historique de iMars-Avril 1880, p. 442 et suiv. ; et, puisque 
l'occasion se présente, je retire en même temps une conjecture erronée que j'avais 
proposée dans cet article : je relevais ce passage d'une taxe de la chancellerie aposto- 
lique : « Nova diligenter quod hujusmodi gratiae et dispensationes non conceduntur 
pauperibus, quia non sunt et ideo non possunt consolari. » Je corrigeais sunt en 
solvunt : je me trompais. Ce passage est inspiré de saint Matthieu : « Tune adim- 
« pletumest quod dictum est per Jeremiam prophetam dicentem : Vox in Rama au- 
« dita est ploratus et ululatus multus : Rachel plorans nlios suos, et noluit conso- 
« tari, quia non sunt. » (Saint Matth., Evang., ch. n, versets 17, 18.) Je dois ce 
rapprochement décisif à M. l'abbé Duchesne. 



d'kISTOIUK lîl DR LlTTBRATUtiE 6j 

de Jaffé. Dans le corps de l'ouvrage, l'auteur a eu l'occasion d'étudier le 
décret de Nicolas II sur l'élection des papes; il repousse le texte de Pertz 
et ses observations personnelles le conduisent fort heureusement aux 
conclusions qu'a formulées, de son côté, M. Scheffer-Boichorst. 

L'ouvrage, dans son ensemble, est une œuvre historique de bon aloi. 
M. Rocquain, dont le grand public connaît et apprécie les travaux, con- 
tribue efficacement à l'éducation, à l'instruction de ses lecteurs; il les 
initie autant que possible à l'étude des sources : son livre réalise un 
progrès très notable sur la plupart de ceux qui peuvent lui être com- 
parés. 

Paul Viollet. 



1 5 1 . — El Ateneo de Madrid en el Centenario de Calderon. Discrtacio- 

nes, poesîas y discursos de los senores Sanchez Moguel, Revilla, Ruiz Aguilera, 
Fernandez y Gonzalez, Palacio, Campillo, Moreno Nieto, Moret y Echegaray. Ma- 
drid, Gaspar. 1881, xv et 2i3 pages in-8°. 

Encore un écho du Centenaire, le dernier probablement. Une lassi- 
tude de fâcheuse augure se laisse, en effet, surprendre dans ce volume 
publié par Y Ateneo de Madrid '. Les morceaux qui le composent, une 
histoire de la vie et des œuvres de Calderon par D. Antonio Sanchez 
Moguel, une étude sur le théâtre de Calderon par D. Manuel de la Re- 
villa, plusieurs poésies et discours, se ressentent, il est vrai, de l'exal- 
tation de ces jours de fête; mais la préface, d'un lyrisme beaucoup plus 
tempéré, nous apprend que le projet de publication, adopté par V Ate- 
neo dans les premiers mois de l'année dernière, a subi d'importantes 
modifications : on a dû renoncer à la partie artistique, aux gravures 
destinées à l'ornementation du livre, puis il a fallu se passer aussi des 
productions de plusieurs écrivains très en renom, que l'association 
avait invités à collaborer à l'œuvre. Tel qu'il est, le livre de Y Ateneo 
ne répond pas à l'attente du public, fort alléché par l'annonce de tant de 
belles choses, dont, en fin de compte, il se voit privé. Mais il faut pren- 
dre ce qu'on nous donne. Je n'ai point l'intention d'examiner tout le 
contenu de ce volume, dont plusieurs morceaux ne sont pas du ressort 
de la Revue ; je m'en tiendrai au mémoire de M. Sanchez Moguel sur 
la vie et les œuvres de Calderon. 

La vie et les œuvres de Calderon ! C'est là un sujet qu'on ne peut 
se promettre d'épuiser en soixante-six pages. M. M. l'a bien senti et je 
dois dire qu'il ne s'est point fait illusion sur les résultats qu'il croit 
avoir obtenus. « Il me suffira, dit-il, d'avoir rectifié des erreurs et 



1. Le volume porte la date de 1881, mais il n'a été publié ou mis en vente que 
cette année-ci; il est annoncé dans le numéro de mars 1882 du Boleiin de la libre- 
ria de Murillo. 



68 REVUE CRITiQUK 

ajouté quelque chose de nouveau. » Le nouveau de cette étude se ré- 
duit à peu de chose, ou, pour mieux dire, à presque rien, et je ne sais 
même pas si, en ce qui touche la vie de Calderon, M. M. a tiré parti de 
tous les travaux parus à l'époque des fêtes du Centenaire et dont quel- 
ques-uns ont ajouté des bribes de renseignements à ceux qu'on avait 
déjà réunis sur les faits et gestes du poète. Ainsi je ne vois pas qu'il ait 
eu recours à la biographie de Calderon publiée, en mai 1881, par D. 
Felipe Picatoste, qui semble avoir tiré des archives du comte del Asalto 
des données nouvelles sur certaines périodes de la vie du poète '. Il est 
regrettable que M. M. ne se soit pas borné à écrire cette vie, d'après 
toutes les sources, dont il aurait préalablement éprouvé avec soin la 
valeur. En voulant trop embrasser, il a été souvent obligé de jurer in 
verba magistri et d'accepter, les yeux fermés, bien des opinions contes- 
tables de ses devanciers. La partie de son étude qui traite des œuvres de 
Calderon, de la chronologie de ses drames, est faible; tandis que le ré- 
sumé de la vie du poète, malgré des inadvertances, des lacunes et un 
manque absolu de précision dans les renvois aux sources, qui rend 
très difficiles les vérifications, peut être au moins recommandé à ceux 
qui, avant de lire l'œuvre du poète, voudraient connaître en gros les 
péripéties de son existence 2 . Malheureusement une faute de critique 



1 . Cette biographie a paru dans un ouvrage intitulé : Homenaje a Calderon. Mo- 
nografias. La vida es sueho. Madrid, 1881, in-fol. (Prix : 5o fr.) J'ai omis d'en 
parler dans ma Revue critique des publications du Centenaire (Paris, E. Demie, 
1881), car alors j'en ignorais complètement l'existence : le titre du volume, il faut 
le dire, ne laissait guère soupçonner qu'il pût s'y trouver une vie de Calderon. En- 
core aujourd'hui je ne connais de cette biographie que les quelques extraits qu'en a 
donnés M. J. Fastenrath, Calderon in Spanien, Leipzig, 1882, pp. 179 et 28Ô à 293. 
— Je profite de l'occasion pour rectifier sur deux points ma Revue : i° Le papel 
de Calderon dont il est parlé à la page 9 n'a pas été publié seulement par Hartzen- 
busch, t. IV, p. 676 de son édition, il a encore été reproduit (dans la même Biblio- 
teca Rivadeneyra) par Eugenio de Ochoa, Epistolario espaftol, t. II, p. 140; 
2 D. Cayetano Rosell (Entremeses de Quinones de Benavente, Madrid, 1874, t. II, 
p. 363) cite un manuscrit de l'Académie de l'Histoire qui contient des règlements 
administratifs pour les théâtres de Madrid, des années i6o3, 1608, i6i5 et 1641; 
il a même imprimé un règlement de 1753 qui reproduit beaucoup de dispositions 
antérieures; cf. ma revue, p. 45 et suiv. ; 3° Le dossier cité à la p. 6, note I, de la 
Revue a été analysé par Hartzenbusch, Memoria leida en la Biblioteca Nacional. 
Madrid, 1870, p. 6 et suiv., mais cela ne suffit pas. 

2. Il faut signaler une inadvertance. A propos du nom de famille de la mère ds 
Calderon Henao, qui serait l'équivalent de Hainaut, M. M. dit que « notre poète 
appartenait à la classe de ceux qui, de son temps, s'appelaient Esgui^aros ou Esji^a- 
ros, c'est-à-dire fils ou descendants de deux familles, l'une espagnole, l'autre étran- 
gère. » Esguiçaro n'a, en aucun temps, servi à désigner une telle origine. Ce mot, 
qui vient de Schwei^er, n'a jamais eu d'autre sens que celui de « Suisse » ou, au 
figuré, de « lourdaud, niais. » — Autre chose : M. M. écrit trop vite; il a commis 
quelque part (p. 64) un plugio (!), capable de faire trembler sur sa base l'édifice de 
la rue Valverde. Est-ce que de tels américanismes ont déjà reçu droit de cité à 
VAteneo ? 



d'histoire et de littératurb 69 

dépare cette nouvelle biographie et rend fort problématiques plu- 
sieurs déductions de l'auteur. Voici de quoi il s'agit. 

A la suite de Hartzenbusch et de divers autres érudits, M. M. a ad- 
mis sans hésitation l'authenticité d'un romance, où, à ce que l'on pré- 
tend, Calderon se serait peint au naturel (trop au naturel) à une dame 
qui désirait l'épouser, lui contant à ce propos les traits principaux de sa 
vie, jusqu'à un âge assez mûr. Tient-on ce morceau pour authentique, 
il faut alors montrer comment les faits qui y sont relatés se concilient 
avec « l'histoire vraie », celle qui résulte de documents officiels ou de 
témoignages contemporains. Jusqu'ici ce travail de critique n'a été fait 
par personne; on a tant bien que mal combiné les données du romance 
avec ce qu'on sait d'autre part de l'histoire du poète, et nul ne s'est de- 
mandé si l'origine dudit romance est clairement établie, s'il n'existe 
pas quelque motif de douter qu'il puisse être un produit de la plume de 
Calderon. Sans avoir la prétention de résoudre définitivement le pro- 
blème, je voudrais contribuer à l'éclaircir : il est vraiment grand temps 
qu'on soit fixé sur la valeur de cette pièce. J'y suis d'ailleurs personnel- 
lement intéressé, car il m'est arrivé à moi aussi d'admettre imprudem- 
ment, sur la foi de Hartzenbusch, que le romance est a la seule auto- 
biographie que nous possédions de Calderon '. » Depuis j'ai changé 
d'avis. Mais il faut présenter au lecteur les pièces du procès. 

Dans le tome I er des Comedias de Lope de Vega 2 de la Biblioteca 
Rivadeneyra, Hartzenbusch inséra, aux appendices, une pièce intitulée 
« Romance de Don Pedro Calderon à une dame qui désirait connaître 
sa condition, sa personne et sa vie, » et indiqua en ces termes de qui il 
la tenait : « M. Jorge Diez, très digne directeur du collège royal de Sé- 
ville et aussi instruit que généreux, m'a remis un cahier manuscrit, in- 
titulé Poesias de diferentes autores ; à côté de compositions déjà con- 
nues, ce cahier en renferme d'inédites, dont la dernière est un romance 
de Calderon, où il décrit minutieusement sa personne et donne quelques 
détails sur sa vie. Par malheur le dernier feuillet manque et le romance 
est incomplet... L'écriture du cahier est indubitablement du xvu e siè- 
cle 3 . » Dans cette édition princeps le romance compte 187 vers. — 
Le très érudit D. Cayetano La Barrera fut le premier, ou l'un des 
premiers, à accorder à ce texte, d'après Hartzenbusch, la valeur d'un 
document autobiographique : son catalogue de l'ancien théâtre espa- 
gnol, publié en 1860, en fait foi (voir p. 47). — En 1868 parut le tome 
premier du Teatro escogido de D. Pedro Calderon de la Barca, 
imprimé par D. Patricio de la Escosura sous les auspices de l'Académie 



1. Revue critique du 2 5 septembre 1875. 

2. Mon exemplaire de la seconde édition de ce volume est daté de i85g; je ne 
sais pas au juste quand a été publiée la première. 

3. Hartzenbusch ne dit pas si le titre du romance tel qu'il le donne se trouve dans 
le manuscrit. 



JO REVUE CRITIQUB 

Espagnole. L'éditeur y cite à deux reprises (pp. x et xxxiv), d'après 
Hatzenbusch, divers passages du romance qu'il n'hésite pas à croire au- 
thentique. Dès lors la pièce était canonisée. — En 1874,1e rédacteur de 
la Mentor ia para la Biblioteca Nacional en el présente ano (1874) ', 
D. Cayetano Rosell, rendant compte dans cet écrit de la donation faite 
à la Bibliothèque Nationale de Madrid des livres et manuscrits de D. 
Luis Usoz y Rio, s'exprimait ainsi : « Dans un des manuscrits de cette 
collection se trouve intégralement reproduit le romance de Calderon qui 
a été publié, moins une cinquantaine de vers, dans le tome XXIV de la 
Biblioteca de autores espanoles », puis il attribuait la mutilation du 
manuscrit de Diez au langage fort libre des derniers couplets tels qu'on 
les lit dans celui d'Usoz. En cette même année 1874, le texte complet du 
romance vit enfin le jour dans un charmant petit volume, d'un format 
microscopique, imprimé par Miguel Ginesta 2 . D'après des renseigne- 
ments que je tiens d'un amibien informé, l'impression de ce recueil fut 
dirigée par Hartzenbusch et ce fut à l'aide du manuscrit d'Usoz, quoi- 
qu'il n'ait point jugé à propos de le dire, que l'éditeur compléta le texte 
du romance. Dans cette nouvelle édition le romance compte deux cent 
trente-six vers. 

Ici se place une découverte importante. Pendant son séjour à Paris, 
dans le courant de l'année 1877, mon savant ami D. Marcelino Menén- 
dez Pelayo, ayant eu l'occasion de lire le numéro de la Revue critique, 
dont je parlais tout à l'heure, voulut bien m'écrire, à la date du I er juin, 
que le romance attribué à Calderon ne lui semblait pas authentique, par 
la raison qu'en parcourant YEnsayo de una biblioteca espahola de Ga- 
llardo, il y avait lu dans la description d'un manuscrit du poète sévillan 
Cepeday Guzman, plusieurs fragments d'une composition presque iden- 
tique au romance, et qu'à son avis la présence de ce morceau dans un 
manuscrit, sinon autographe, du moins revu et annoté par l'auteur, aussi 
bien que le style de ces vers, beaucoup plus conforme à la manière enjouée 
et libre de Cepeda qu'au genre grave de Calderon devaient conduire en 
bonne critique à retirer à ce dernier la paternité du romance 3 . Si l'on se 



1. Madrid, Aribau et C'", gr. in-8°, 1874. 

2. Poesias de Calderon de la Barca. Madrid, Miguel Ginesta, 1874, in-32. — Un 
nouveau recueil, publié l'an dernier, Poesias inéditas (sic) de Calderon (Biblioteca 
universal) ne donne que les 184 premiers vers du romance. « Suprimimos los ulti- 
mos versos por ser demasiado libres », dit l'éditeur, p. 46. 

3. Il me paraît utile de transcrire ici le passage de la lettre de M. Menendez dont 
je viens de donner la substance : « Leyendo el articulo de Vd. acerca de la éd. de 
El Magico hecha por Magnabal, he visto que cita Vd. el fragmento de romance en 
que Calderon describe a una dama sus cualidades fisicas y morales, etc. No lo creo 
auténtico. En el 2 tomo del Ensayo de Gallardo encontrarâ Vd. la descripcion y el 
extracto de un codice de poesias de D. Carlos Cepeda y Guzman, y entre ellas trozos 
de un romance que conviene con el atribuido â Calderon. El codice de Cepeda me- 
rece toda fé, porque (si la memoria.no me engana) es autôgrafo 6 â lo menos corre- 
gido de propia mano por el autor. En cambio el ms. de donde tomô el romance 



D HISTOIRE ET DE LITTERATURE Jl 

reporte à l'ouvrage cité par M. Menendez, on y trouve en effet (au 
tome II, col. 364 et suiv.) une description très détaillée d'un manuscrit 
de poésies de D. Carlos Cepeda y Guzman, baptisé à Séville, le 7 octo- 
bre 1640, et mort on ne sait au juste quand, mais en tout cas pas avant 
l'année 1690. Parmi les extraits de ce manuscrit imprimés dans le livre 
de Gallardo se trouvent soixante-dix-huit vers d'un romance qui corres- 
pondent aux vers 1 à 8, 17 à 20, 49 à 52, 93 à 104, 117 a 120, 141 à 
i52, 161 à 164, 167 à 184, 189 à 192, 229 à 236 du romance attribué 
à Calderon. Malgré des variantes qui seront examinées en détail plus 
loin, la comparaison de ces extraits avec la leçon des manuscrits de Diez 
et d'Usoz montre clairement que nous avons là deux versions d'un seul 
et même romance; il s'agit donc de décider duquel des deux poètes, 
Cepeda ou Calderon, il est l'œuvre, et auquel des deux les détails auto- 
biographiques qui s'y lisent conviennent le mieux. 

Le manuscrit de Cepeda étant au premier chef un manuscrit original ', 
tandis que les autres ne sont que des copies dont on ignore la date exacte 
ainsi que la provenance, c'est par la version du premier manuscrit qu'il 
faut commencer. Je passe la première partie du romance où l'auteur se 
peint des pieds à la tête, parce que, ne connaissant rien du physique de 
Cepeda, il m'est impossible d'apprécier l'exactitude de cette description, 
qui a été d'ailleurs fort abrégée par Gallardo (16 vers. dans ses extraits 
contre 84 vers dans le texte de Hartzenbusch), et je me borne à résumer 
ce qu'il raconte de sa naissance, de son éducation et de la'carrière qu'il 
a suivie. Il est né à Séville. Destiné à l'Eglise par son père, il est ordonné 
par el de Tapia. Ici une note autographe : « L'illustrissime D. Fray 
Pedro de Tapia, archevêque de Séville, m'ordonna le 10 mai 1 653 » 2 . 
Il va à Salamanque, où il gagne le grade de bachelier ; puis il prend goût 
à la poésie et se fait pour la première fois couronner dans un concours 
littéraire célébré à propos de la canonisation de S. Thomas de Villanueva 
(1 658). Ce succès le détourne de continuer ses études de droit, qu'il aban- 
donne pour se mêler aux gens de théâtre; il fait des copias. Puis il entre 
au service de son parrain, le marquis de Villanueva, dans la maison 
duquel il remplissait, au moment même où il écrit, les fonctions d'é- 
cuyer {cab aller i\oj. Je veux rester célibataire, dit-il, et d'ailleurs aucune 
femme ne voudrait m'épouser, de peur d'être nommée écuyère. Cepeda 
préfère avoir à la fois deux maîtresses et il explique longuement pour- 



Diez debia ser uno de esos tomos de poesias varias, donde muchas veces se atribuyen 
â un autor composiciones que no le pertenecen. Vd. verâ. El estilo del romance y 
lo que en él se dice estan mas en la cuerda de Cepeda, ingenio burlon y maleante, 
que en la de Calderon. » 

1. Tout le manuscrit n'est pas autographe, Cepeda n'y a transcrit de sa main propre 
que certaines compositions satiriques (Ensayo, II, col. Syg, note), mais les pièces 
copiées par un autre ont été revues par lui, comme le prouvent les notes autographes 
qui les accompagnent. 

2. Pedro de Tapia occupa le siège métropolitain de Séville de i653 à 1657. 



72 REVUE CRITIQUE 

quoi ; il termine en disant à la dame qui Pavait interrogé sur sa vie : 
« Je veux bien vous donner l'investiture à la première vacance, mais ne 
me parlez pas de mariage. » Cette dernière partie du romance est un 
peu trop leste pour pouvoir être analysée plus en détail. 

Voilà ce que contient cette pièce intitulée dans le manuscrit : a A 
una dama que deseaba conocer a D. Carlos y saber su estado y vida. » 
A-t-on quelque raison de la croire apocryphe, y trouve-t-on des traits 
dont on puisse dire avec certitude qu'ils n'ont pas pu être écrits par 
Cepeda parlant de lui-même? A vrai dire, les maigres renseignements 
sur la vie de Cepeda que fournissent une notice généalogique imprimée 
par Gallardo [Ensayo, II, col. 364), la dédicace de son recueil et quel- 
ques adresses de ses poésies ne donnent pas le moyen d'éprouver 
l'exactitude de tous les détails du romance, mais, en tout cas, n'en dé- 
mentent aucun ; et puisque l'auteur affirme que c'est bien lui qui parle, 
qui se peint, et qu'il prend même le soin d'annoter ses vers, on est tenu 
de le croire. En second lieu^ la qualité du style qui, à elle seule, ne 
serait pas un argument décisif, est à considérer. 11 suffit de lire quel- 
ques-unes des autres pièces de Cepeda pour se convaincre que notre 
romance ne détonne pas dans la collection. Calderon, lui, n'a pas dans 
ses poésies lyriques un seul morceau d'une allure aussi familière, aussi 
libre. 

Voyons maintenant la version des manuscrits de Diez et d'Usoz, celle 
qu'on dit être de Calderon. Les différences principales (les seules qui 
vaillent la peine d'être mentionnées) que cette version présente sur la 
première, sont les suivantes ' : v. g3, Naci en Madrid, au lieu de Naci 
en Sevilla : la substitution était d'autant plus facile à faire que les deux 
leçons comptent dans le vers pour le même nombre de syllabes; — 
v. 10 1 El de Troya au lieu d'El de Tapia. Comment un archevêque 
de Séville aurait-il ordonné Calderon, qui passa toute son enfance ou sa 
première jeunesse à Madrid ? La leçon el de Troya, au contraire, désigne 
un personnage des mains duquel il ne serait point invraisemblable que 
Calderon eût pu recevoir les premiers ordres. L'histoire ecclésiastique 
d'Espagne connaît en effet un évêque in partibns de Troie, Melchior de 
Soria y Vera, suffragant de l'archevêque de Tolède, Sandoval y Rojas, 
de 1600 à 1618 2 . Madrid appartenant au diocèse de Tolède, il n'est pas 
impossible que cet évêque auxiliaire y soit venu, pendant le temps qu'a 
duré sa charge, pour y procéder à des ordinations; — v. 109-112. Le 
concours littéraire de la canonisation de Thomas de Villanueva ( 1 658) 
est ici remplacé par ceux de la béatification et de la canonisation d'Isidore 
de Madrid (1620 et 1622), auxquels nous savons par d'autres sources 
• _— _ . * 

i. Ici encore je passe la partie qui traite du physique, car les mauvaises repro- 
ductions que j'ai sous les yeux d'un portrait de Calderon, ne servent à rien. Et 
puis il faut dire que la description est dans un ton trop burlesque pour qu'il y ait 
lieu d'y attacher grande importance. 

2. Espaha Sagrada, t, LI, p. 3n. 



d'histoire et de littérature 7 ? » 

que Calderon prit part ; — v. 119. Le mot copias est remplacé par co- 
medias. Cepeda dit seulement qu'il prit goût au théâtre, ou plutôt à la 
société des comédiens, et qu'il fit des copias (La cômica inclinacion 
Me llevô a la farandula '; Copias he/echoj, et, en effet, il n'existe aucun 
ouvrage dramatique de cet auteur, tandis qu'on était tenu de faire dire 
à Calderon comedias hice; — v. 143. Por ramones de que el Duque 
Mi senor tiene la culpa. au lieu de Por ramones que el Marques Mi 
sehor, etc. Cepeda eut pour principal protecteur un marquis et Calderon 
un duc, le duc d'Albe. C'est tout. 

Comme le manuscrit de Cepeda est un manuscrit original. et offre les 
plus solides garanties d'authenticité, j'étais autorisé à considérer les va- 
riantes de la seconde version comme autant de substitutions à la leçon 
originale; mais admettons un instant que le manuscrit de Cepeda n'ait 
pas le caractère qu'il a, que les deux versions nous aient été transmises 
dans des copies quelconques, que nous n'ayons pour nous guider que 
les données historiques contenues dans le romance : laquelle des deux 
versions devrons-nous tenir pour apocryphe? J'ai indiqué tout à l'heure 
que la première ne renferme rien qui contredise le peu qu'on sait de la 
vie de Cepeda; en dira-t-on autant de la seconde, ne s'y trouve-t-il 
rien qui déconseille d'y voir un morceau autobiographique de l'auteur 
de La vida es sueho ? A mon avis, il y a plusieurs objections à faire à 
cette version du romance, et je vais les résumer aussi succinctement que 
possible. Une remarque toutefois avant de commencer. Le principal 
instrument de critique dont nous disposions en cette occurrence est la 
biographie de Calderon par Juan de Vera Tasis. Or, sous prétexte que 
cet écrivain s'est trompé sur la date de la naissance du poète, divers éru- 
dits de nos jours (M. M. entre autres) traitent fort légèrement cet écrit 
et pensent qu'on peut s'abstenir d'y ajouter foi. Cette façon de procéder 
ne me paraît pas sérieuse. De ce que Vera Tasis a commis une erreur de 
date, il ne s'en suit point du tout que son autorité soit pour le reste 
amoindrie; il est bon d'ailleurs de savoir que plusieurs faits avancés 
par lui ont été dans la suite confirmés par des documents authentiques : 
jusqu'à preuve bien établie du contraire, il n'existe donc pas de motif 
de douter de l'exactitude des autres et, en général, de la véracité du bio- 
graphe de Calderon. 

J'énumère maintenant mes objections : i° le romance dit que Calde- 
ron a été ordonné dans sa première jeunesse par l'évêque de Troie. Vera 
Tasis ne mentionne pas ce détail et ne sait rien de l'intention qu'aurait 
eue la mère 2 de Calderon de destiner son fils à la carrière ecclésiastique; 
suivant lui, c'est seulement à l'âge de cinquante et un ans que le poète 

1. Le sens technique de farandula est donné par Agustin de Rojas dans son Viage 
entretenido, éd. de 1793, p. 121. a Es vispera de compania », c'est-à-dire «un peu 
moins qu'une véritable troupe de comédiens. » 

2. Y mi sehoramadre Religiosamente astuta. Dans le ms. de Cepeda on ht : Y mi 
querido padre (Con religion bien astuta/. 



74 KKVUK CKITJQOK 

songea à chercher un refuge dans l'Eglise, comme tant d'autres hommes 
de lettres de son temps, et qu'il se fit ordonner prêtre; 2° d'après le ro- 
mance, il semblerait que son auteur n'étudia à Salamanque que le droit 
et même que le droit civil (v. 1 1 3, Bartulo y Baldo... v. 121, Desde 
letrado à poeta Pasé). Or, nous savons par Vera Tasis que Calderon 
fit à Salamanque des études approfondies de philosophie, d'histoire sa- 
crée et profane, de droit civil et canonique, etc. ; en sortant de cette uni- 
versité, il était donc tout autre chose qu'un letrado '; 3° il est dit ensuite 
dans le romance (vv. 122 et suiv.) que le poète renonça à la poésie sur 
les observations de quelques vieux grincheux et se fit escudero. « Etu- 
diant, poète, escudero j'ai été et serai », tels sont, dit-il, « les degrés de 
ma fortune », et il ajoute : « Jusqu'ici je suis resté célibataire par la faute 
du duc mon seigneur : comme il m'a fait son caballeri\o, toutes les 
femmes m'évitent, de peur d'avoir à porter le titre de caballeri^a ». Le 
mot escudero a très clairement ici le sens de le page, domestique » (d'un 
ordre un peu élevé) et le mot caballeri^o, écuyer proprement dit, n'est 
là que pour préciser la nature des fonctions escuderiles que l'ex-poète 
remplissait chez son duc au moment où il écrivait sa lettre. 
Ainsi Calderon aurait abandonné la Muse pour entrer au service d'un 
grand seigneur qui lui aurait donné la charge d'écuyer. Pour le coup, 
voilà qui est nouveau et qui s'accorde fort mal avec le récit non dé- 
menti de Vera Tasis : « L'an 1619, Calderon quitta Salamanque, conti- 
nuant à cultiver le précieux fonds de connaissances qu'il en avait rap- 
porté auprès (al lado) de plusieurs grands seigneurs de la cour. L'an 
1625, il alla de son propre mouvement servir le roi dans l'Etat de 
Milan et en Flandre... Il aurait obtenu un rapide avancement dans cette 
honorable carrière, si le roi n'avait pas daigné le rappeler pour faire con- 
tribuer son talent au succès des fêtes du Palais 1 ; en 1 636, il reçut de 
la faveur royale l'habit de Saint-Jacques, qu'il commença à porter l'an- 
née suivante. » Puis Vera Tasis ajoute qu'en 1640 Calderon partit avec 
les chevaliers de son ordre pour combattre les Catalans révoltés, malgré 
les instances que fit Philippe IV pour le retenir auprès de lui. Tout cela 
ressemble peu au romance, qui, si on le confronte avec le récit du bio- 
graphe de Calderon, contient des choses invraisemblables et inexactes. 
Il est inexact que Calderon ait abandonné la poésie pour" servir dans la 
maison d'un grand seigneur, et il est invraisemblable qu'il ait jamais 
rempli auprès de n'importe qui les fonctions de caballeri\o. Enfin il est 
avéré que, peu d'années après son retour de Salamanque, Calderon es- 
saya du métier militaire et prit part aux campagnes d'Italie et de Flan- 
dre de la première moitié du xvn° siècle : le romance n'en dit mot. 
M. M. ne s'est point troublé de ces difficultés; il ne croit pas, malgré 



1. M. M. rapporte très inexactement ce passage. Vera Tasis ne dit pas du tout que 
Calderon soit resté dix ans au service hors d'Espagne et que le roi le rappela en 
1635. 



6 HISTOIRE m 1)K I.,!T!P.I!,\TURK J 

l'autorité de Vera Tasis, que Calderon ait servi à l'étranger ; il admet 
seulement qu'il a été, pendant quelque temps, soldat en Espagne et voit 
dans Yescudero du v. 127 une allusion à la profession militaire du 
poète: escudero aurait ici le sens d'escudero en la milicia! Pour ma 
part, je ne saurais admettre une telle combinaison de deux témoignages 
absolument discordants. 

L'authenticité de la prétendue version calderonienne n'est donc rien 
moins qu'évidente. Mais, dira-t-on, si la version originale est de Cepeda 
et concerne Cepeda, comment expliquer qu'on ait voulu la faire passer 
pour l'œuvre de Calderon? Pourquoi travestir ainsi l'autobiographie du 
poète de Séville, pourquoi tromper le public et tenter de lui faire pren- 
dre ce romance pour une confession du poète madrilène? Je ne suis pas 
en mesure d'indiquer le motif de la fraude ni d'en nommer l'auteur (l'his- 
toire littéraire de l'Espagne est riche en picardias de ce genre) ; il me 
suffit d'avoir établi qu'on ne doit plus désormais, en se reposant sur 
Hartzenbusch, se servir du fameux romance pour compléter ou rectifier 
les sources de la vie de Calderon. Avant la découverte de cette pièce dans 
le manuscrit de Cepeda, on a pu être jusqu'à un certain point excusable 
de s'en rapporter au dire de l'éditeur de Calderon : on ne le serait plus 
maintenant, et ceci me ramène à M. Moguel. Le membre de VAteneo a, 
dans la première partie de son mémoire, utilisé à diverses reprises le ro- 
mance, sans manifester le moindre doute sur son authenticité, sans faire 
la moindre allusion au manuscrit de Cepeda; mais, arrivé presque au 
terme de son travail, il laisse voir qu'il a eu vent de la trouvaille de 
M. Ménendez. A la p. 5j, après avoir cité un passage d'une pièce en 
vers hendécasyllabes composée par Cepeda à l'occasion de la mort de 
Calderon, il s'exprime ainsi : « Admirateur enthousiaste de Calderon, 
Cepeda l'imita souvent (no pocas veces), il prit plaisir même d'appli- 
quer à sa vie le romance que Calderon écrivit à une dame et dont nous 
nous sommes servi dans divers passages de cette étude». Il est évident que 
le imitôlo no pocas veces n'est là que pour rendre vraisemblable ce qui 
suit; en fait M. M. serait fort embarrassé de citer un seul exemple de ces 
prétendues imitations. Inutile de montrer combien d'objections soulè- 
verait le plagiat que M. M. met avec tant de désinvolture sur le compte 
du poète de Séville. Cepeda, le recueil de ses poésies le prouve assez, 
n'était pas en peine de trouver des idées et des rimes; il est absurde de 
supposer qu'il se soit plu à démarquer l'œuvre d'autrui, surtout une œu- 
vre si personnelle, si intime. Franchement, M. Moguel eût mieux fait 
d'avouer qu'il s'était avec d'autres engagé dans une fausse voie que de 
proposer une si piètre explication du curieux problème. 

Pour tenter de le résoudre d'une façon absolument satisfaisante, il 
faudrait revoir avec soin les trois manuscrits (si l'on réussit à les retrou- 
ver tous trois). Je souhaite que quelque érudit espagnol se charge de 
cette recherche, mais je pense bien que nul ne s'en souciera. 

Alfred Morel-Fatio. 



j6 REVUE CRITIQUE 

l52. — Étude sur les œuvres inédites et sur, lu correspondance de 

H. Dusevel, archéologue et historien, inspecteur des monuments historiques, 
membre non résidant du comité des travaux historiques, lauréat de l'Institut, of- 
ficier de l'Instruction publique, etc., par F. Pouy, correspondant du ministère de 
l'Instruction publique. Amiens, imprimerie Delattre-Lenoel, éditeur, 1882. In-8° 
de 128 pages. (Tirage à 200 exemplaires : 175 sur vélin, 25 sur vergé). 

M. F. Pouy a publié, en 1881, une excellente Notice biographique 
et bibliographique sur H. Dusevel (in-8° de. 32 pages). Après avoir ra- 
conté avec autant d'exactitude que de sympathie l'histoire de la vie d'his- 
torien et d'archéologue de son compatriote et confrère, après avoir 
dressé la liste des publications grandes ou petites de celui qui fut un 
des plus féconds écrivains de la Picardie, il a voulu — et nous devons 
l'en louer — faire connaître l'œuvre inédite de cet estimable érudit. Il a 
donc énuméré, en les analysant soigneusement, les manuscrits laissés 
par le grand travailleur. Il a surtout donné, dans cette étude si com- 
plète, une large place à la vaste correspondance de Dusevel, disant avec 
raison (Avertissement, p. 4), que « cette correspondance offre une source 
précieuse de renseignements curieux et intéressants et parfois de révéla- 
tions piquantes, » et que 1' « on y rencontre, à chaque pas, la trace des 
relations de l'auteur avec un grand nombre de savants et de lettrés, dont 
les noms connus auront pour le lecteur un attrait tout particulier. » 
Contentons- nous d'indiquer rapidement les sujets traités dans les trois 
premiers chapitres. (Chapitre I : Débuts, fonctions d'avoué, voyages et 
études, organisation de correspondance, renaissance de l'histoire et 
de V archéologie, premier musée d'Amiens, premiers écrits, collabo- 
ration à divers journaux, etc. (1 817-1830), pp. 5- 18. — Chapitre II : 
Travaux, publications diverses, collaboration à divers grands ou- 
vrages, journaux, revues, documents fournis à l'histoire du tiers- 
état, succès, emplois, titres honorifiques, relations, incidents divers, 
projets (i83o-i85o), pp. ig-36. — Chapitre III : Suite des travaux, 
nouvelles recherches, projets d'histoire de Picardie et autres, résumé 
et appréciations sur la vie laborieuse de l'auteur (i85o-i86i), pp. 3j- 
58) l i Mais arrêtons-nous un peu devant le chapitre IV, entièrement con- 
sacré à la correspondance. Voici, par ordre alphabétique, les noms des 
personnes dont les lettres sont analysées et souvent en partie reproduites 
par M. P. : le comte Beugnot, de l'Institut ; Bottin, le célèbre créateur 
de l'almanach qui porte ce nom, archéologue qui fut un des membres de 
l'Académie celtique et qui a publié des Mélanges sur Samarobriva et 
sur divers monuments de la Picardie; Boucher de Perthes, l'ardent pro- 
pagateur de la science préhistorique; le P. Cahier, réminent archéolo- 

1. M. P. dit (p. 54) : « En considérant l'immense travail accompli par H. Dusevel 
tant dans l'exercice de ses nombreuses fonctions que comme écrivain, on se de- 
mande comment la vie d'un homme, si longue qu'elle fût, a pu suffire à une pareille 
tâche, et cependant, on le sait, elle n'a pas abrégé l'existence de cet intrépide tra- 
vailleur. Il y a des grâces spéciales aux hommes de sa génération. » 



DriîSTOIREET DE L1TTEUAXURB 77 

gue dont on déplore la perte encore récente; le comte de Calonne, con- 
servateur du château de Chambord; Crapelet, l'habile imprimeur, le 
zélé éditeur de vieux textes; Emeric David, de l'Institut; M. Jules Des- 
noyers, le vénérable secrétaire de la Société de l'histoire de France; Di- 
dron aîné, le vaillant iconographe, le directeur des Annales archéologi- 
ques; Dupré (de Gorbie), qui signe : Vainqueur commandant de la 
Bastille du 14 juillet 178g, et qui se recommande à nous par un 
meilleur titre, car il découvrit un très beau chapiteau de style roman, 
retraçant l'histoire du premier homme, une des plus remarquables piè- 
ces du musée d'Amiens; de la Fons, baron de Mélicocq, que les innom- 
brables extraits de documents dont il enrichissait (d'autres disent en- 
combrait) une foule de recueils, avait fait surnommer le grand extrac- 
teur ; le marquis de Fortia d'Urban, de l'institut ' ; Gilbert, de la Société 
des Antiquaires de France ; Louis Graves, auteur de notables travaux 
sur le département de l'Oise; Hyacinthe Langlois, un des bons savants 
, de la Normandie; M. Louandre père, le bibliothécaire abbevillois; le 
comte de Mailly, qui s'intitulait : archéologue amateur ; Prosper Méri- 
mée, qui, le 12 juillet 1843, adressait à Dusevel ce compliment : « Vous 
rendez la science amusante, sans qu'elle cesse d'être science »; le comte 
de Mérode, beau-père de Montalembert ; Ms 1- Mioland, évêque d'Amiens; 
puis archevêque de Toulouse; Mollevault , de l'Institut, qui, poète 
même en prose, parle des mânes de son épouse; Montalembert, qui 
écrit à l'historien d'Amiens, le 29 juin i838 : « Je félicite sincèrement 
la Picardie de compter dans son sein un explorateur tel que vous »; Au- 
guste Moutié, le collaborateur du duc de Luynes; Paulin Paris, dont 
M. P. fait (p. 100) un charmant éloge auquel je lui suis reconnaissant 
d'avoir associé mon nom; Léon Paulet, littérateur et historien belge, 
qui écrivait à Dusevel, mécontent de n'être pas récompensé, ce mot si 
vrai et si consolant : Est-ce que les sciences ne nous paient pas elles- 
mêmes de nos peines? Pongerville, le traducteur ou plutôt le para- 
phraste de Lucrèce ; de la Querière, auteur de la Description des maisons 
les plus curieuses de la ville de Rouen; Paul Roger, auteur de la Bi- 
bliothèque de la Picardie et de l'Artois; de La noblesse de France 
aux croisades, etc.; César Roussel, l'explorateur des souterrains de 
Saint-Valery-sur-Somme; Alex, du Sommerard, le fondateur du Musée 
de Cluny; le baron Taylor, dont une lettre à propos du Voyage pitto- 
resque en Picardie, auquel collabora Dusevel, est un fort curieux frag- 
ment autobiographique; Troche, le chercheur infatigable, le collection - 

1. Cet académicien écrivait, le 8 octobre 1841, à Dusevel : « Vous auriez pitié de 
moi, si vous saviez dans quels embarras m'a jeté ce malheureux goût que j'ai pour 
les imprimés. Mon livre des itinéraires anciens me coûte plus de 3o,ooo francs. » 
Peu d'auteurs ont été plus féconds que Fortia d'Urban. A l'effrayante liste de ses 
ouvrages imprimés, il faut joindre une liste assez considérable de ses ouvrages ma- 
nuscrits conservés aujourd'hui dans la bibliothèque de M. le marquis de Seguins, à 
Garpentras, où j'ai pu les feuilleter il y a quelques jours. 



yS RS.VUE CRITIQUE 

neur de documents et d'estampes sur Paris J ; le comte de Vaublanc, 
l'ancien ministre; A. Vincent et Ludovic Vitet, tous deux de l'Institut. 
En remerciant M. P. de nous avoir donné dans son livre, et notam- 
ment dans la dernière partie de ce livre, tant de pages agréables et ins- 
tructives, je lui demanderai de rendre un nouveau service à la mémoire 
de Dusevel. Le meilleur de tous les ouvrages de cet érudit est devenu 
fort rare. Que M. Pouy réimprime Y Histoire d'Amiens avec additions et 
rectifications 2 ! Nul n'est plus capable que lui de publier une parfaite 
édition de cette histoire. Ce sera bien mériter à la fois de l'ami pour le- 
quel il a déjà tant fait et de ces autres amis que l'on appelle lecteurs. 

T. DE L. 



CHRONIQUE 



FRANCE. — Il existait jusqu'ici à Paris de nombreux cercles artistiques, politiques, 
commerciaux, agricoles, etc., mais il n'existait aucun cercle qui eût pour objet de 
réunir les hommes d'étude, les littérateurs et les savants, de former un centre intel- 
lectuel analogue à ce qu'est, en Angleterre, l'Athenaeum Club. C'est pour combler 
cette lacune que vient de se constituer la Société historique qui a ouvert le i8 juil- 
let, un cercle au n° 2 de la rue Saint-Simon, n° 2i5 du boulevard Saint-Germain. 
Le bureau de la Société est composé de MM. Martin et Mignet, présidents d'hon- 
neur; G. Monod, président; Lavisse et Sorel, vice-présidents; Hanotaux et Puaux, 
secrétaires ; Mayrargues et Rayet, trésoriers. Nous remarquons parmi les membres, 
pour ne citer que les membres de l'Institut, MM. Boutmy, Bréal, Cherbuliez, Du 
Camp, A. Dumont, V. Duruy, Fustel de Coulanges, J. Girard, Laboulaye, Levas- 
seur, H. Martin, A. Maury, Mézières, Mignet, G. Paris, G. Picot, Renan, Rozière, 
L. Say, Sully Prudhomme, Taine, J. Zeller. La cotisation annuelle n'est, poul- 
ies 5oo premiers membres, que de 60 f'r. par an; elle sera portée ensuite à 100 fr. 
Les élèves des établissements d'enseignement supérieur peuvent y être admis moyen- 
nant 20 fr. par an. L'art i er des statuts de la Société en définit le but en ces termes : 
Art. 1 e1 '. Le but que se propose la Société est de faciliter les relations entre les hom- 
mes d'étude, en dehors de tout esprit de parti ; de leur fournir les moyens d'infor- 
mation scientifique; d'encourager les études sérieuses; de provoquer la sympathie de 
tous ceux qui s'intéressent au développement intellectuel de notre pays; en un mot, 
de former une vaste association inspirée par l'amour de la science et de la patrie. — 
Art. 2. — La Société crée à cet effet un Cercle qui servira de centre de réunion pour 



1. Voir (p. 101) une plaisante anecdote sur M™" Troche, qui, infiniment moins 
amie des livres que son mari, luttait virilement contre l'invasion dont sa maison 
était sans cesse menacée. Le correspondant de Dusevel veut que l'on évite la douane 
de M" 10 Troche. En cette occasion, comme en bien d'autres, M. P. a entouré ses ci- 
tations de remarques fort spirituelles. 

2. M. P. reconnaît (p. 55, note 1) que l'ouvrage réclame « quelques améliora- 
tions. » Il a(oute : « \J Histoire d'Amiens est tellement populaire, qu'elle est deman- 
dée presque chaque jour, à la bibliothèque de cette ville, par des lecteurs de toutes 
les classes. » 



O HISTOIRE ET Pli LITTÉRATURE 79 

tous ceux qui s'occupent d'études historiques ou qui s'intéressent à ces mêmes étu- 
des comprises dans le sens le plus large : histoire proprement dite, histoire litté- 
raire, histoire du droit, de la philosophie, de l'art, des langues, etc. — Art. 3. Le 
cercle mettra à la disposition de ses membres dans ses salons les journaux et revues 
littéraires, historiques, scientifiques de la France et de l'étranger. — Art. 4. Le cer- 
cle facilitera à ses membres l'acquisition des livres français et étrangers aux condi- 
tions les plus favorables. — Nous souhaitons rapide prospérité et longue vie à la So- 
ciété Historique et au Cercle Saint-Simon. 

— M. Guillaume Guizot vient de publier à la librairie Calmann-Lévy la traduc- 
tion d'un volume de Macaulay, renfermant quelques-uns des Essais d'histoire et de 
littérature (in-8, 424 pp.). Ce volume contient les essais suivants : Samuel Johnson 
(pp. 1-55, paru en décembre i856 dans 1' « Encyclopaedia britannica » et pp. 56-123, 
publié en septembre i83i dans la « Revue d'Edimbourg »); Addison (paru en 
juillet 1843 dans la « Revue d'Edimbourg », pp. 124-238); Madame d'Arblay (paru 
en janvier 1843 dans la « Revue d'Edimbourg »; on sait que M me d'Arblay ou 
Françoise Burney, mariée à un Français émigré, le général d'Arblay, est l'auteur de 
trois romans, Evelina, Cecilia et Camilla dont les deux premiers eurent en leur 
temps un grand succès) ; De l'histoire (pp. 323-38g, paru en mai 1828 dans la 
« Revue d'Edimbourg ») ; M. Robert Montgomery (pp. 390-421). Nous lisons dans 
l'avertissement que M. Guill. Guizot a mis en tête de sa traduction : « Ce sixième 
volume des œuvres de lord Macaulay que je m'étais proposé de traduire, n'est pas le 
dernier. Il me reste encore à donner quelques-uns de ses Essais, et, comme je crois 
que, pour bien apprécier Macaulay, il faut avoir vu en lui l'orateur et le poète, à 
côté du critique, du polémiste et de l'historien, notre septième volume comprendra 
aussi un choix de ses poésies et de ses discours. » 

ALLEMAGNE. — Le sixième volume des Kleinere Schriften de Jacob Grimm, 
renfermant la troisième partie des comptes-rendus et articles mêlés [Recensionen und 
vermischte Aufsœtçe, dritter Theil, in-8°, 422 pp. 9 mark), a paru à la librairie 
Ferd. Dûmmler [Harrwitz et Gossmannj. 

— La librairie Perthes, de Gotha, a publié la soixante et unième édition du 
Schulatlas de Stieler, revue et complètement remaniée par M. Herm. Berghaus. 
In-4 , 33 cartes, 4 mark.) 



SOCIÉTÉ NATIONALE DES ANTIQUAIRES DE FRANCE 



Séance du 5 juillet 1882. 

M. le vicomte Jacques de Rougé est élu membre résidant. 

M. Guillaume lit une note de M. Caffiaux sur les armes impériales sculptées sur la 
clef de voûte d'une salle d'une ancienne porte de Valenciennes. Dans l'armoriai du 
héraut de Gueldre, qui est de la première moitié du xiv e siècle, l'aigle impériale 
éployée n'a qu'une tête. Ici elle en a deux, et c'est probablement là un des premiers 
exemples de ce nouveau type, puisque la porte a été construite en 1 358. Le zèle de 
Valenciennes à se tenir au courant des modifications de l'écu impérial s'explique 
par l'opiniâtreté avec laquelle elle défendait contre les prétentions des comtes de 
Hainaut son titre de Ville impériale, qui lui assurait une certaine autonomie. Elle 
reconnaissait ces comtes comme mandataires de l'empire, mais point comme ses 
seigneurs, et ne perdait pas une occasion d'affirmer sa situation privilégiée vis-à-vis 
d'eux. C'est une querelle qui dura 400 ans, jusqu'à la conquête française, et qui re- 
commença un moment en 1793, lorsque Valenciennes eut succombé' sous les efforts 
de la coalition. 



REVUE CRITIQUE D HISTOIRE ET DE LITTERATURE 



ACADEMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES 



Séance du 12 juillet 1882. 

M. Charles Nisard continue la lecture de son mémoire intitulé r De V état incertain 
et précaire de la propriété littéraire vers le milieu du xvi e siècle. Dans la première 
partie de ce mémoire, sous ce titre : Frutérius. et Gifanius, M. Nisard entreprend 
de réhabiliter la mémoire du philologue hollandais Obertus Gifanius, à qui ses 
contemporains ont fait et qui a conservé jusqu'à nos jours la réputation imméritée 
d'un voleur de livres et d'un plagiaire. Ce Gifanius eut une querelle avec un autre 
Hollandais, Janus Douza, au sujet de la succession littéraire d'un de leurs amis 
communs et compatriotes, Lucas Frutérius, mort à Paris, en 1 565, à l'âge de vingt- 
cinq ans. Frutérius laissait des écrits inédits, tels qu'une collection de remarques cri- 
tiques sur Varron, Festus, Plaute, Catulle. Tibulle, Properce et Aulu-Gelle, intitulée 
Verisimilia, et un petit nombre de poésies latines. En mourant, il avait légué ces 
ouvrages à Gifanius et l'avait chargé de les publier ; mais Douza parvint à dérober 
les manuscrits, refusa obstinément de les rendre, et Gifanius eut en vain recours aux 
tribunaux pour l'y contraindre. D'un caractère faible et pusillanime, il finit par 
céder et laissa les Verisimilia entre les mains de Douza, qui les publia, chez Plantin, 
à Anvers, en 1584. Le voleur triomphant ne se fit pas faute d'insulter sa victime et 
de l'accabler de calomnies. Bientôt après, en i566, Gifanius ayant publié une édition 
de Lucrèce, le dernier éditeur de ce poète, Denis Lambin, mécontent de voir re- 
poussées quelques conjectures qu'il avait proposées, accusa Gifanius de l'avoir pillé 
et le traita de plagiaire. Le Hollandais, toujours faible et craintif, négligea de répon- 
dre. La calomnie fut dès lors acceptée universellement et s'est propagée jusqu'à nos 
jours. M. Nisard estime qu'il était temps d'en faire enfin justice. 

M. Halévy communique de nouvelles remarques sur la langue sumérienne ou 
accadienne, à propos des inscriptions chaldéennes récemment découvertes par M. de 
Sarzec. Il répète les arguments par lesquels il a déjà entrepris d'établir que cette 
prétendue langue n'en est pas une, que les textes dits sumériens ne nous offrent 
que de l'assyrien écrit à l'aide d'un système artificiel hiératique, une sorte de 
chiffre ou de rébus sacré. Il s'attache particulièrement à répondre à l'objection qui a 
été tirée des différences dans l'ordre des mots, .en assyrien et en sumérien. Il soutient 
que ces différences sont très minimes, qu'elles s'expliquent, dans les rares cas où 
elles se présentent, par des circonstances particulières, qu'en règle générale et à 
prendre les choses d'ensemble, l'ordre des mots est le même dans les textes assyriens 
et dans les textes dits sumériens. 

M. Ledrain communique la traduction d'une brique inédite de la collection de 
M. de Sarzec. L'inscription de cette brique est, dit— il, en langue sumérienne. Elle 
fournit, dans cette histoire jusqu'ici si flottante des gouverneurs de Sirpurla, un 
point fixe. On y rencontre le nom de Lik-Papsoukal, fils de Goudea. 

M. Ledrain communique ensuite un sceau phénicien inédit, qui porte le nom juif 
de Baalnathan. Ce nom, de forme hébraïque, est, d'après M. Ledrain, celui d'un 
juif du temps qui précède la captivité. Passé au culte de Baal, cet Israélite aurait 
échangé son nom de Jonathan, ce celui que donne Iahvé », pour celui de Baalna- 
than, « celui que donne Baal ». 

M. Derenbourg fait remarquer qu'on connaît déjà quelques noms juifs dans la 
composition desquels entre le nom de Baal, par exemple Jeroubaal, surnom de 
Gédéon. 

Ouvrages présentés : — par M. Wallon : Pimodan (le marquis de), le Château 
d'Echenay ; — par M. Georges Perrot : Bulletin de correspondance hellénique, VII 
(juillet 1882) ; — par M. Delisle : i° Chronique de Jean le F'evre, seigneur de Saint- 
Rémy, publiée pour la Société de l'histoire de France par M. Morand; %" Castan 
(Auguste), Jules Quicherat, notice, lue à la Société d'émulation du Doubs, le i3 mai 
1882; — par M. Jules Girard : Couat (Auguste), la Poésie alexandrine sous les 
trois premiers Ptolémées (3 24-2 2 2 av. J.-C). 

Julien Havët. 



Le Propriéiaire-Geratit : ERNEST LEROUX. 



Le Puy, imprimerie Marckcssou fils, boulevard Saint-Laurent, '23. 



REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

N° 31 - 31 Juillet — 1882 



Sommaire: i53. Hoernle, Grammaire comparative des idiomes aryens modernes 
de l'Inde. — 154. Pirenne, Sedulius de Liège. — i55. Giraudet,»Lcs origines de 
l'imprimerie à Tours. — Chronique. — Société nationale des antiquaires de 
France. — Académie des Inscriptions. 



i53. — A. -F. Rudolf Hoernle. A. comparative Grammai» of the Gaudian 
Languages with spécial référence to lîie Eastern ISimii, Accompanied 
by a language-map and a table of alphabets. Londôn, Trûbner et Co, 1880. 
XL-416 pp. in-8°. 

Voici un livre dont le plus simple examen montre mieux que 
ne pourrait le faire n'importe quelle dissertation ex professo, à quel 
degré de précision a été porté l'art d'analyser et de décrire un groupe de 
langues, d'en suivre ou d'en deviner les altérations progressives et d'en 
rétablir la filiation. Il y a vingt ans, à supposer même que les matériaux 
sur lesquels il repose, eussent été accessibles, la pensée de l'écrire sur le 
même plan ne serait venu à personne. Le grammairien consommé qui 
eût réussi à embrasser le sujet d'une vue aussi nette, eût été obligé, dans 
l'exposition et sous peine de n'être compris que d'un bien petit nombre 
de lecteurs, de s'arrêter à chaque pas pour asseoir ou déblayer sa route, 
d'établir ou de rappeler des principes, d'entrer dans des digressions et 
d'embarrasser sa marche de tout un appareil de généralités théoriques. 
M. Hoernle a trouvé le terrain mieux préparé. Il a pu réduire ses impe- 
dimenta au strict nécessaire et faire tenir dans 400 pages la grammaire 
historique et comparative de tous les idiomes aryens modernes de l'Inde '. 
Son livre, qui embrasse la même aire géographique et linguistique que 
les trois volumes de M . Beames, est sous plusieurs rapports, matériellement 
plus complet, en même temps que la doctrine y est poussée plus à fond. 
C'est là un résultat qui fait infiniment d'honneur a M. H., mais c'est 
aussi un heureux signe de l'état actuel des études linguistiques, qu'un 
pareil résultat ait pu être poursuivi sans trop présumer du public. 

Pour arriver à se loger en si peu d'espace, M. H. a dû nécessaire- 
ment serrer les lignes. Le volume est fort court de marge et les pages en 
sont hérissées d'initiales et d'abréviations : termes grammaticaux, dé- 
signations de langues et de dialectes, noms d'auteurs, titres d'ouvrages 
hindous et européens connus ou inconnus, publiés ou manuscrits, au- 

1. Des variétés un peu notables, il n'en manque qu'une, le Kâshmîri, qui n'est 
mentionné qu'occasionellement. 

Nouvelle série, XIV. 5 



82 REVUE CRITIQUE 

tant de sigles dont l'abondance serait fâcheuse dans tout autre livre 
moins destiné à l'étude patiente, minutieuse. Par contre les économies 
ne sont jamais faites aux dépens des choses essentielles ou simplement 
importantes. Les exemples, et ils sont innombrables, depuis la simple 
forme jusqu'à la location développée, sont tous donnés en caractères 
devanâgarîs ' et, d'un bout à l'autre, accompagnés de la traductien. 
Bien que sobre engénéral de commentaires, l'auteur n'hésite pas à s'en- 
gager dans de' longues discussions sur des points particulièrement obs- 
curs ou controversés. Mais, ce qu'il a évité par-dessus tout, c'est d'éco- 
nomiser sur les faits. Sous ce rapport, son livre est d'une étonnante 
richesse. Dans aucun autre ouvrage on ne trouvera pour toutes les pé- 
riodes de l'histoire de ces langues, l'inventaire aussi complet de leur 
mécanisme grammatical, depuis les moindres accidents de la phonéti- 
que jusqu'aux procédés caractéristiques de leur syntaxe. Aussi la gram- 
maire de M. H. avec son caractère hautement doctrinal, est-elle en 
même temps un livre d'enseignement pratique, autant que peut l'être 
un ouvrage essentiellement comparatif, et cela non seulement pour le 
dialecte Hindî qui sert de base à l'exposition, mais aussi pour les autres 

variétés dont il est traité d'une façon moins directe. 

i 

Ce qui en réalité a permis à M. H. d'accomplir sans accident ce tour 
de force de concision, c'est la disposition ingénieuse et rigoureusement 
1 conséquente de son livre, où toutes choses viennent si bien à leur place que 
le commentaire est la plupart du temps contenu dans l'énoncé même. Sa 
grammaire n'est point, en effet, l'essai d'un débutant. Longtemps avant 
de l'écrire, il en avait en quelque sorte tracé le plan dans des articles 
fort remarqués lors de leur publication dans le journal asiatique de 
Bengale 2 . Plus tard, il avait donné sa mesure dans une grammaire du 
dialecte Garvari 3 et, à différentes reprises, il avait discuté les objections 
soulevées par quelques-unes de ses théories 4 . Il ne fallait pas moins que 
cette longue préparation à Bénarès même, le centre et comme l'abrégé 
de l'Inde entière, pour aboutir à une œuvre aussi parfaitement méditée 
que celle qui nous occupe, où jusqu'au moindre détail, tout est prévu 
et mesuré d'avance et qui, bien que sortie peu à peu d'une grammaire 
du Hindî oriental, était certainement construite tout entière dans la pen- 
sée de Fauteur avant que la première ligne en' fut rédigée. 
Dans cinq sections subdivisées en douze chapitres, un plus grand nom- 



i. Pour e, 6, aï, au, qui manquent en devanâgarî, M. H. se sert des caractères 
gurmukhis ou bengalis; r et rh cérébrales sont empruntés à l'alphabet kaithi; pour 
la voyelle brève neutre, qui n'est jamais initiale, il emploie un point placé à la droite 
de la consonne. 

2. Années 1872, 1873, sous le titre de Essays in aid of a comparative grammar 
of the Gaudian lenguages. 

3. A Grammar of the Eastern Hindi commonly called Ganvari, London, 1878, 
in-8°. 

4. Indian Antiquary 1, 356; n, 210; v, 119. 



d'histoire et de littérature 83 

bre de sous-chapitres et 570 paragraphes, M. H. traite successivement des 
alphabets ' et de la phonétique; des suffixes et des racines 2 ; delallexion 
du nom, substantif, adjectif, nom de nombre et pronom ; de la flexion du 
verbe en toutes ses formes primitives, dérivées et composées ; enfin, des 
indéclinables. Une sixième section est consacrée à des spécimens du 
Hindi oriental, tel qu'il se parle aux environs de Bénarès. 

C'est de ce dialecte, en effet, le Bhojpuri, que M. H. traite en pre- 
mière ligne. Il en donne la grammaire complète, parfaitement suffisante 
pour l'acquisition pratique de la langue. A la suite de chaque paragra- 
phe et sous la rubrique affinities, il analyse ensuite les conformités ou 
les divergences que présentent, par rapporta ce type, les autres dialec- 
tes d'origine aryenne : à l'Orient, les diverses formes du Bengali et l'O- 
riya ; au nord, les idiomes himalayens du Garhwal, de Kumaon et du 
Népal; à l'Ouest, les diverses variétés du Hindî occidental et, plus loin, 
les dialectes parlés dans le Gujarât, dans le Sindh et dans le Penjâb ; 
enfin, au Sud, le Marâ^hi avec ses subdivisions. C'est là la partie com- 
parative, méthodiquement distribuée dans toutes les parties du livre. 
Quant à la partie historique, elle est distribuée de même à la suite de 
chaque paragraphe sous la rubrique Dérivation and Origin. M. H. y 
examine ce que les faits ainsi signalés deviennent dans les formes archaï- 
ques de ces divers idiomes, quand celles-ci sont accessibles dans des 
œuvres écrites ou traditionnelles ; puis, à l'aide des prâkrits, du pâli et de 
la langues des plus anciennes inscriptions, il remonte pour chacun 
d'eux, jusqu'au sanscrit, qui, d'une façon générale, peut en être regardé 
comme la source commune. Cette partie du livre, la plus intéressante, 
au point de vue de la linguistique générale, en est une des plus origi- 
nales. C'est une de celles aussi qui soulèveront peut-être le plus d'ob- 
jections de détail. On ne reprochera pas sans doute à M. H. sa tendance 
à tout expliquer par le sanscrit . C'est là une direction qui était en 
quelque sorte tracée d'avance, chaque pas en avant dans la philologie de 
ces langues ayant constamment réduit le nombre des faits qui parais- 
saient exiger une explication différente. Mais on ne peut se dissimuler 
que parmi les dérivations de M. H., il y en a quelques-unes d'héroï- 
ques. Tout le monde ne sera pas disposé, par exemple, à reconnaître 
dans l'élément ka que l'analyse constate ou rétablit dans tant de suf- 
fixes de dérivation ou de flexion, le représentant du" sanscrit kxita. 
Mais il convient d'ajouter que M. H. a soin lui-même, en plus d'un 
endroit, d'exprimer des réserves; que ses partis pris, en apparence les plus 
audacieux, reposent sur des analogies si nombreuses, sur une expérience 

1. M. H. eût rendu sa Table des alphabets bien plus utile encore, s'il avait rem- 
placé les alphabets anciens (Maurya, Gupta, Valabhi) un peu hors de cause ici, par 
une série plus complète des variétés modernes et des l'ormes intermédiaires du 
moyen âge. 

2. Une liste alphabétique des racines, d'abord destinée à la grammaire, a été pu- 
bliée à part dans le journal asiatique de Bengale, 1880, p. 33 et s. 



84 REVUE CRITIQUE 

si parfaite de toutes les particularités de ce domaine linguistique, qu'une 
contradiction dont il n'aurait pas lui-même reconnu et signalé la possi- 
bilité, aurait rarement la chance d'être bien fondée. Pour moi du moins, 
qui ai surtout à apprendre dans ce livre, je ne ne me permettrai pas de 
le critiquer. 

Une œuvre ainsi disposée, suppose une classification et une généalo- 
gie de toutes ces langues. C'est, en effet, ce que nous donne l'introduc- 
tion. M. H. divise ces idiomes en quatre groupes principaux. Groupe 
de l'Est : Hindî oriental, Bengali et Oriya. Groupe de l'Ouest : Hindi 
occidental, Gujarâtî, Sindhî et Penjâbî. Groupe du Nord : les langues 
aryennes de l'Himalaya. Groupe du Sud ou Marâfhî. Le Hindî se par- 
tage ainsi entre le groupe de l'Est et celui de TOuest, ses deux branches 
ayant plus d'affinités avec le Bengali d'un côté, le Gujarâtî et le Penjâbî 
de l'autre, qu'elles n'en ont entre elles. Les œuvres littéraires qui nous 
sont parvenues, montrent que chacun de ces groupes, maintenant frac- 
tionnés en de nombreux dialectes, ne formait vers le xn e ou xm° siècle 
qu'une seule langue. En examinant les caractères principaux de ces qua- 
tre langues, on s'aperçoit ensuite que le groupe du Nord se rapproche 
de celui de l'Ouest, tandis que celui du Sud est en relation plus étroite 
avec celui de l'Est et que, par conséquent, à une époque plus ancienne 
dont les inscriptions d'Açoka nous ont laissé quelque souvenir, les qua- 
tre groupes se réduisaient à deux, qui correspondent aux prâkrits Çau- 
rasenî et Mâgadhî. Non pas aux variétés de ce nom qu'enseignent les 
grammairiens, celles-ci sont des langues littéraires et plus ou moins ar- 
tificielles, mais à leurs dialectes vulgaires ou Apabhrawças. Et ici en- 
core, il faut entendre non les Apabhramças des grammairiens, qui sont eux- 
mêmes plus ou moins artificiels, mais les Apabhramças vrais, qui ont 
péri, à moins que le pâli ne nous ait conservé Timage de l'un d'eux. 
Quant au MâhârâshM, c'est une variété du Çaurasenî, c'est-à-dire du 
groupe occidental ; il n'a rien de commun que le nom ' avec le Marâfhî 
actuel et passé dont on l'a souvent rapproché et que ses caractères font 
rentrer au contraire dans le groupe oriental ou mâgadhî. A côté de ces 
langues aryennes parlées par des aryens, se sont formés en outre, chez 
les populations non aryennes, un certain nombre de patois. Ce sont les 
dialectes qualifiés de Paisâcî, qui ont péri de bonne heure et dont le 
Paisâcî des grammairiens nous a seul conservé quelques traits. Ces 
deux langues, Çaurasenî vulgaire et Mâgadhî vulgaire, étaient venues 
toutes deux de l'Ouest, la plus orientale, le Mâgadhî, ayant précédé 
l'autre, puisqu'elle a laissé des traces tout le long de la route, jusque 
dans la vallée du Kaboul et encore au delà. L'autre, plus jeune, le 
Çaurasenî, ne s'est pas avancée plus loin vers l'Est et vers le Sud que la 
limite actuelle du Hindî oriental et du Marâfhî. A leur tour, elles n'é- 



1. Ce nom serait à prendre comme qualificatif, « la langue du grand royaume », 
d'après M. H., du Doab. 



D HISTOIRE ET DE LITTERATURE 



85 



taient que des varie'tés dialectales d'un idiome unique, qui, élevé à l'état 
de langue littéraire, est représenté par le sanscrit. 

Telle est, en résumé, d'après M. H., l'histoire des langues aryennes 
de l'Inde '. Sur plusieurs points, par exemple en ce qui concerne la po- 
sition respective du MâhârâshZrî et du Marârtiî, elle est entièrement 
neuve. L'ensemble en est séduisant, car, à première vue, elle paraît plus 
simple et mieux liée qu'aucune autre qu'on ait encore présentée. Est- 
elle pourtant à l'abri de toute objection ? Sans entrer dans un examen 
qui m'entraîn<É-ait trop loin et qui, pour être complet, devrait empiéter 
sur un terrain où je ne me sens plus compétent, je dois dire que les con- 
clusions de M. H. me paraissent parfois bien affirmatives, eu égard à la 
nature de ses données. Rien que par le résumé qui précède, on a pu voir 
combien de termes essentiels de la série ont disparu, au lieu et place des- 
quels il n'a que des approximations suspectes, dont lui-même se défie et 
dont il se sert pourtant comme s'il ne s'en défiait pas. Au départ, en ef- 
fet, M. H. marche sur un terrain solide : il a affaire à des langues ac- 
tuellement parlées. Mais dès qu'il remonte dans le passé (et c'est là une 
objection qui, pour le dire en passant, porte aussi parfois sur ses dériva- 
tions), il ne dispose plus que de langues littéraires ou, pis encore, de lan- 
gues qui ont servi de médium à des mouvements religieux. De ce que 
les plus anciens Kîrtans vishnouites ne sont ni en Bengali ni en Hindi, 
mais dans un idiome qui participe des deux ; de ce que le Hindî occi- 
dental, le Gujarâti et le Penjâbî se confondent pour ainsi -dire dans le 
poème de Cand, s'en suit-il qu'on ne parlait alors que deux langues des 
montagnes de l'Afghanistan au Doab et du Doab aux collines d'Assam ? 
De même les inscriptions d'Açoka autorisent-elles réellement la conclu- 
sion qu'un seul idiome régnait à cette époque des sources de la Jumnâ 
aux bouches du Gange? Répondre négativement à ces questions et à 
d'autres semblables, ce n'est pas repousser sans doute la théorie histori- 
que de M. H. ; mais c'est lui enlever quelque chose de sa rigueur, de sa 
précision et de sa simplicité. D'ailleurs, ne sait-on pas combien la clas- 
sification des dialectes est délicate, même quand il s'agit de variétés ac- 
tuellement existantes? M. H. trouve, par exemple, que le MarâJhî 
s'accorde avec le groupe oriental sur quatre points et avec le groupe oc- 
cidental sur huit ; mais que la proposition est renversée si on ne consi- 
dère que les traits vraiment caractéristiques, selon lui, des deux groupes. 
Le Maràthî s'accorde alors sur quatre points avec le groupe oriental et, 
avec le groupe occidental, sur deux seulement. Cela suffit pour le ranger 

i. Les mêmes vues, parfois appuyées d'arguments différents, ont été présentées 
par M. H. dans la préface à sa belle édition de la grammaire de Chania : The 
Prdkr'xta-Lakshanam, or Chanda's Grammar of the Ancient (Arsha) Prâkr'it. Part. I. 
Text ivith a critical Introduction and Notes. Calcutta, 1880 (Bibliotheca Indica). 
D'une autre publication de M. H., sur le même sujet, mais écrite probablement en 
vue d'un public moins spécial, A sketch of the History of Prakrït Philology, Cal- 
cutta Review, october 1880, je ne connais que le titre. 



86 RKVUK CftlTIQl.'K 

parmi les langues de l'Est, et, comme le MâhârâshJrî se 'range parmi 
celles de l'Ouest, on n'admettra aucun rapport entre les deux. Est-il be- 
soin d'ajouter qu'il y a toujours quelque chose d'arbitraire, et, par con- 
séquent, d'aléatoire dans cette sorte de calculs? M. Garrez, tout au con- 
traire, croit devoir admettre une relation particulièrement étroite entre 
le Mâhârâshfrî et le Marâfhî, et ses vues à cet égard, émises depuis des 
années, ont été généralement approuvées, à plusieurs reprises, notam- 
ment par M. Weber. Ce seul fait montre qu'il y a encore en tout ceci 
bien de l'incertitude et que, tout en rendant hommage ttu vaste savoir 
et à l'habileté avec lesquels M. H. a édifié cette histoire linguistique de 
l'Inde, il convient de tempérer çà et là, par quelque doute, la rigueur ap- 
parente de ses démonstrations. 

Le volume est terminé par un index alphabét(que qui facilite les re- 
cherches. La correction typographique qui présentait ici des difficultés 
toutes particulières, est irréprochable. Du moins n'ai-je trouvé qu'un 
nombre tout à fait insignifiant de fautes ayant échappé à l'erratum ; par 
exemple, p. 6, lig. 8, le virâma dans amvita; p. 35, lig. 4, infra, dh au 
lieu àegh; à la ligne suivante, samhah devrait être marqué d'un astéri- 
que ; p. 126, lig. 22, il faut lire indrdm. 

Cet article était à peu près achevé quand la Grammaire de M. Hoernle 
a été honorée du prix Volney par l'Académie des Inscriptions et Belles- 
Lettres. Après un pareil suffrage, le mien n'est plus d'aucun prix. Je 
n'en suis pas moins heureux de pouvoir féliciter de cette haute distinc- 
tion l'auteur d'un ouvrage dont je pense tant de bien. 

A. Barth. 



154. — Sédulius de Liège» par Henri Pirenne. Bruxelles, F. Hayez, 1882. 72 p. 
in-8° et un fac-similé de manuscrit. Extrait des Mémoires de l'Académie royale 
de Belgique, collection in-8°, tome XXXI1L En appendice (p. 51-72), Sedulii car~ 
mina inedita. 

Sédulius de Liège, ou plutôt Sédulius l'Irlandais, Sedulhis Scottus, 
est un poète du ix e siècle, que son nom a fait confondre parfois avec 
l'auteur plus célèbre et beaucoup plus ancien du Carmen Paschale. 
Le manuscrit unique de ses poèmes se trouve à Bruxelles : il contient 
près de quatre-vingt-dix pièces. Seize de ces pièces ont été publiées par 
M. Grosse, quarante-six par M. Ernest Dûmmler, non d'un seul coup, 
mais en trois publications. On doit aujourd'hui à un jeune érudit belge 
la connaissance des morceaux qu'avaient négligés les deux éditeurs alle- 
mands. En passant, je ne puis ne pas exprimer un regret. Le contenu du 
manuscrit aurait pu tenir dans une plaquette, le voilà éparpillé dans 
cinq imprimés différents. L'étude de la littérature carolingienne était 
pourtant, par elle-même, assez épineuse pour que les savants ne contri- 
buassent pas à la compliquer. Cette critique n'atteint pas M. Pirenne : 



HISTOIRE HT DE LITTEHATURR 0~ 

ce n'est point sa faute s'il ne lui est resté à publier qu'un quart du 
recueil bruxellois, et ce n'est point non plus sa faute si ce résidu n'en 
était pas la partie la plus intéressante. 

Les pièces contenues dans le manuscrit sont-elles bien de Sédulius? 
Le manuscrit le dit : incipiunî uersus quos Sédulius Scottus uenerabili 
pontijici Harîgario cornposuit (Dûmmler, Sed. Scotti carmina XL, 
p. 3). Le poète lui-même et l'évêque de Liège Hartgar sont nommés 
effectivement dans plusieurs pièces; d'autres sont adressés à des princes 
carolingiens du temps. Mais la pièce XIX de M. Pirenne, épitaphe du 
roi saxon Caedual, est très antérieure et figure déjà dans Bède. Quel- 
ques-unes sont fort impersonnelles, et il serait impossible d'en deviner 
l'auteur : ainsi XX (subtilités sur uerum et aequum), XXII (vers sur une 
croi»), IV (indiquant le sujet de certaines peintures), XIII [uersus in 
quodam picto solario scriptï). Cette dernière pièce se compose de vers 
détachés, dont chacun résume soit un des épisodes figurés en peinture 
(Messiam natum pastoribus angélus inquit) soit un ensemble de deux 
épisodes (Ecce magi stellam uîsunt ; Symeon quoque Christum); leur 
désordre (que l'éditeur aurait dû respecter) fait voir qu'ils ont été co- 
piés sur la peinture, non sur le brouillon du poète, que par conséquent 
nous pourrions avoir là, au lieu d'une composition de Sédulius, des vers 
transcrits par lui ou par un autre au cours d'un voyage, comme l'épitaphe 
de Caedual. Voilà qui rend quelque peu douteuse l'origine de toutes les 
pièces qui ont un caractère semblable (ainsi Dûmmler XII, uersus ad Er- 
mingardem imper atricem conscripti in serico pallio de uirtutibus Pétri 
apostoli; XXI, de quodam altari ; Pirenne IX, épitaphe de l'évêque 
Hildbert). Il faut y bien regarder avant de fonder une conclusion sur le 
témoignage du manuscrit. A ce point de vue, la dissémination des 
textes nuit à l'étude. La pièce XXIII de M. Pirenne indique le sujet des 
peintures exécutées pour l'évêque de Cologne Gonthar ; il faut se repor- 
ter au recueil de M. Dûmmler, pièce XXX, pour voir que Sédulius a 
été effectivement en relation personnelle avec cet évêque, et qu'il a pu 
recevoir de lui une commande poétique. — On doit se méfier d'autant 
plus de la donnée fournie par le manuscrit, qu'il s'en faut de beaucoup 
que tous les vers s'adressent « uenerabili pontifici Hartgario ». De plus, 
on trouve beaucoup trop souvent réunies des pièces disparates (ainsi les 
fragments incohérents de la pièce XXV Pirenne; les deux morceaux 
indépendants que l'éditeur laisse unis sous le numéro XXI ') ; il saute aux 
yeux que le collecteur de ces morceaux détachés n'en avait pas toujours 
une notion bien nette. Enfin la mention particulière du nom de Sédu- 
lius dans quelques titres [De paschali festiuitate Sédulius cornposuit, 
Dûmmler XXVII), est faite pour inquiéter toutes les fois que ce nom 
manque. — M. Pirenne a malheureusement négligé d'indiquer en tête 



i. Aussi ne peut-on dire avec une exactitude rigoureuse combien le recueil 
bruxellois contient de pièces distinctes. 



06 REVUE CRIT1QUK 

de chaque pièce le numéro qu'elle porte dans le sommaire général du 
manuscric, donné par M. Dûmmler ; il faut un petit travail pour re- 
trouver quelle pièce suit et quelle pièce précède. Il est trop enclin à 
corriger le texte ' : une première édition doit être plus conservatrice. 

Un texte inédit l'emporte toujours en intérêt sur un travail moderne : 
c'est pourquoi j'ai mis au premier plan, dans ce compte-rendu, la pu- 
blication qui pour M. Pirenne ne forme qu'un appendice. Le corps 
même de son mémoire est une étude sur Sédulius ; elle s'appuie exclu- 
sivement sur les pièces publiées par MM. Grosse et Dûmmler, lesquels 
avaient eu soin de choisir tout ce qui pouvait éclairer la biographie de 
leur auteur. M. Pirenne montre que les poésies de Sédulius comblent 
une lacune dans l'histoire de ce qu'il appelle « le tx e siècle liégeois ». 
Son opuscule, inspiré par des préoccupations toutes locales, a été fait 
pour être « présenté au cours d'histoire de M. le professeur Kurth, à 
l'Université de Liège». On peut lui reprocher, outre quelques gaucheries 
d'expression 2 , le mélange du travail sur les sources avec le travail de 
seconde main 3 ; mais il atteste un jugement sain, des connaissances so- 
lides, et des recherches méthodiques et consciencieuses. 

Louis Havet. 



ï 55 . — Les Origine» «le l'imprimerie à Tours (1 -Ç<* , y-i;ï*>0), contenant 
la nomenclature des imprimeurs depuis la fin du xv e siècle jusqu'en i85o ; par le 
docteur E. Giraudet. Tours, imprimerie Rouillé-Ladevèze, 1881. Gr. in-8° de 
viij et i3o pp,, plus 1 f. de table et 1 planche gravée. 

M. le docteur Giraudet est déjà connu des bibliographes par une inté- 
ressante publication relative aux imprimeurs parisiens réfugiés à Tours 
pendant les guerres de la Ligue 4 ; sa nouvelle étude, qui nous révèle 



1. Ainsi il eût dû laisser ceu III, 19, laeua gaudetque magistri IV, 11, enim 
VI, 6, Agarenos VII, 56, Bethlehem XIII, inormis et inorme, VII, 33 et XVII, 34 
(cf. énorme, ou plutôt sans doute inorme, Biblioth. de VEc. des chartes, I, p. 528). 
III, 11, il faut ponctuer sine fine beata. IV, 8, la correction Maximiane pour 
Maxime, est arbitraire ; la peinture devait présenter douze personnages et non onze, 
et le vers faux donné par le manuscrit doit provenir de deux vers soudés en un. Vil, 
5o, il n'est pas permis de toucher au second hémistiche, répétition du premier 
hémistiche du vers précédent. IX, 4, tenes et non tenet. XV, 5, il faut garder se 
condere (ras. secundere), sauf à corriger spelaeis ou à supposer ce mot disyllabique. 
XX, second titre, idem; M. Dûmmler dit item, qui est plus vraisemblable. XIII, 3, 
la correction proposée est inconciliable avec 1-2. I, 3, Luodeuinci doit être lu 
Luodeuuici. 

2. P. 7 : « Malheureusement Sédulius n'est pas historien, il n'est pas même 
Liégeois. » 

3. On supprimerait sans dommage ce qui est dit du rôle des émigrés irlandais 
dans l'enseignement carolingien, p. 1 1 et suivantes. 

4. Une Association d'imprimeurs et de libraires de Paris réfugiés à Tours au 
xvi* siècle; Tours, 1877, gr. in-8". 



D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 89 

bon nombre de. détails inconnus sur les premiers typographes touran- 
geaux, ne sera pas moins bien accueillie des érudits et des curieux. Elle 
complète, en effet, et rectifie sur bien des points la notice tout à fait in- 
suffisante de M. Clément de Ris '. 

Les recherches de M. G. présentent, en général, un grand intérêt quand 
elles s'appuientsur des documents d'archives ; elles sont, il est vrai, moins 
fécondes quand elles portent non plus sur des pièces inédites, mais sur 
les livres eux-mêmes. Au début de son travail, M. G. reprend une discus- 
sion déjà ancienne au sujet d'un livre considéré par divers auteurs comme 
le premier produit' des presses de Tours. Il s'agit d'un petit roman du 
Florentin Francesco Florio intitulé : De Amore Camilli et Aemiliae 
Aretitîorum. On lit à la fin de cet ouvrage : Liber expletus est Tu- 
ronis. Editas in domo Guillermi , archiepiscopi Turonensis , anno 
Domini millesimo quadringentesimo sexagesimo septimo, pridie ka- 
lendis Januarii. M. G. n'hésite pas à voir dans cette souscription 
la preuve que l'imprimerie existait à Tours à la fin de l'année 1467; 
elle ne prouve en réalité rien de semblable. Le mot editus signifie sim- 
plement que l'ouvrage a « vu le jour », qu'il a été écrit ou, tout au 
moins, achevé, dans tel ou tel endroit. Le sens ne paraîtra pas douteux 
si l'on compare entre elles diverses souscriptions analogues. Les seuls 
ouvrages du mathématicien Charles de Bovelles nous en fournissent 
plusieurs. Ses Tractatus varii, imprimés par Henri I er Estienne, se 
terminent ainsi : Editum est universum hoc volumen Ambianis in 
aedibus reverendi in Christo patris Francisci de Hallewin, ejusdem 
loci pontificis , et emissum ex officina Henrici Stephani , impensis 
ejusdem et Joannis Parvi, chalcotypa arte sociorum. Anno Christi 
Salvatoris omnium M. D. X. Primo Cal. Februarii. Parisiis \ 
Des formules presque semblables se trouvent à la fin de deux autres 
ouvrages du même auteur : Dominica Oratio tertrinis ecclesiastice 
hiérarchie ordinibus particulatim attributa etfacili explanata commen- 
tario ' et Theologicarum conclusionum . . . Libri decem 4 . Ces rappro- 
chements nous paraissent suffisamment concluants : le mot editus n'a 
nullement le sens moderne de « édité ». On est ainsi conduit à se ranger 



1. La Typographie en Touraine (1467-1830), par le comte L. Clément de Ris; 
Paris, L. Techener, 1878, in-8» (extr. du Bulletin du Bibliophile). 

2. Renouard, Ann. des Estienne, p. 8. — Incunables de la Bibliothèque de Tou- 
louse, n° 93. 

3. Commentarioli in Dominicam Orationem Finis. Editi in edibus reverendi in 
Christo patris Francisci de Hallevin, pontificis Ambianensis, anno a Dominica incar- 
natione i5i 1, septima die Julii. Emissi ex officina Joannis Parvi, 8. idus Octobris 
anni ejusdem. In-4 . 

4. Theologicarum Conclusionum... Finis. Aeditae sunt in Carolopontino vico, in 
aedibus... Caroli de Geniis, Noviodunensis episcopi, anno humanae salutis M. D. 
XIII. octava et vigesima die septembris... Impressac sunt in aedibus Asccnsianis idi- 
busJunii M. D. XV. In-fol. — Panzer, Ann., 21, n° 779. 



gO REVUE CRITIQUE 

à l'opinion soutenue par De Boze, il y a un siècle 1 , à savoir que le vo- 
lume dont il est question a été imprimé à Paris par Pierre De Keysere et 
Jehan Stoll, ainsi que le prouvent les caractères semblables à ceux que 
ces deux associés ont employés dans des éditions qui portent leurs noms. 
Le fait que l'impression a été exécutée à Paris permet d'expliquer sans 
peine que le typographe se soit trompé sur le nom de l'archevêque de 
Tours, qu'il appelle Guillermus au lieu de Girardus (il s'agit de 
Girard de Crussol). Quant à la supposition de M. G. qu'il s'agirait non 
pas de ce prélat, mais d'un maître-maçon appelé « Guillaume Archeves- 
que », nous croyons inutile de la réfuter. Nous aurons plus loin à rele- 
ver une erreur plus étonnante encore de la part d'un imprimeur, qui 
nous paraît avoir altéré le nom du libraire même pour qui il travaillait. 
M. G. cite incidemment (p. i5) les noms de divers libraires de la fin 
du xv e siècle mentionnés dans les minutes des notaires de Tours. Ces 
noms sont ceux de : Jehan du Liège, Antoine Vérard, Jehan Richart, 
Chariot Robert, Jehan Le Fort, Jehan Audyau, Jehan Fafeu, Jehan 
Bredin, Jehan Margerie et Arnoul Rousset. M. G. ne donne malheu- 
sement pas d'extraits, pas même les dates, des actes dans lesquels il a re- 
levé les noms que nous venons de citer. Il remarque seulement que les 
deux premiers sont bien connus des bibliographes. Jehan du Liège 
(c'est-à-dire de Liège) est connu, en effet, pour avoir fait imprimer par 
Mathieu Lateron, en 1496, La Vie et les Miracles de monseigneur 
Saint-Martin 2 ', mais, quoiqu'en disent M. Clément de Ris 3 et M. le 
D r G., il n'est nullement démontré qu'on doive reconnaître en lui 
« le chef de cette illustre famille de Marnef, vouée au culte de l'impri- 
merie pendant de longues années t. Dès leur début dans l'imprimerie à 
Paris, les frères de Marnef exercèrent sous leur nom : Geofroi, de 148 1 à 
i526; Enguilbert I er , de 1491 à 1 535 K Nous ne voyons pas qu'aucun 
lien ait existé entre eux et le libraire de Tours. Quant à Antoine 
Vérard, ce n'était pas un « proche parent, sans doute, d'un imprimeur 
de ce nom établi à Paris dans le même temps »; c'était lui-même. Vé- 
rard, qui était à la tête de la plus importante librairie de Paris à la fin 
du xv e siècle, entretenait des relations suivies avec la province et même 
avec l'étranger; rien d'étonnant à ce que son passage à Tours ait été 
constaté. M. G. eût pu facilement nous donner quelques renseigne- 
ments sur plusieurs des autres libraires dont il a retrouvé les noms. 
Jehan Richard , dont Lottin fait un libraire parisien et dont il place 
l'exercice de 1497 a i5io, fut, en réalité, libraire à Rouen de 1490 a 
i5 17 5 ; il dut venir à Tours, comme il vint à Paris^et comme il alla pro- 

1. M. G. dit par inadvertance (p. 19) : il y a deux siècles. 

2. Brunet, V, 11 94. 

3. Bull, du Bibliophile, 1877, 536. 

4. Nous donnons ces dates d'après Lottin, sans avoir ici à les vérifier. 

5. Voy. Frère, Des livres de liturgie des églises d'Angleterre imprimés à Rouen 
(Rouen, 1867, in-8°), 23. 



d'histoire et de littératurb 91 

bablement en Angleterre, pour les besoins de son commerce. Il ne nous 
paraît pas pouvoir être confondu avec le Jehan Richard qui exerçait à 
Tours en i533 et en i536 \ Jehan Fafeu n'était-il pas de la même fa- 
mille que le Pierre Faifeu dont Charles de Bourdigné a écrit la Légende ? 
Quant à Jehan Margerie; on trouve son nom sur une édition s. d. 
des Consuetudines totius presidatus seu Turonensis bailliviae 2 . M. G. 
eût été mieux placé que personne pour compléter ce qu'on sait jusqu'ici 
de ces personnages et pour nous donner quelques renseignements sur les 
autres. 

M. Giraudet, qui se montre si affirmatif dans son attribution du livre 
de Florio à une officine tourangelle, ne l'est pas moins quant à deux 
autres volumes également douteux; nous voulons parler de V Or- 
dre qui a esté gardé à Tours pour appeller devant le roy... ceux 
des trois Estat^, 1484, in-4 goth., et du Missale Turonense, 1485, 
in-fol. goth. Pour le premier de ces ouvrages, il ne nous donne pas 
même un commencement de preuve ; au contraire, il reconnaît que les 
caractères employés sont ceux de l'imprimeur parisien Jehan Du Pré. 
Il est dès lors tout naturel de penser que l'éditeur, Jehan de Rely, aura 
fait imprimer le livre à Paris, où il était chanoine. M. G. suppose, il est 
vrai, que Jehan Du Pré avait établi une succursale à Tours ; il fonde 
cette conjecture sur ce que le missel, également imprimé avec les carac- 
tères de Du Pré, se termine par la souscription suivante : Impressum 
est hoc Missale Turon Anno dni. M cccclxxxv ; mais, ici encore la 
preuve n'est pas décisive, ^abréviation Turon se lit plus naturellement 
Turonense qne Turonis et, dans le doute, il nous paraît prudent de 
nous en tenir à la première interprétation. Nous avons peine à croire 
que, si Jehan Du Pré avait établi une officine à Tours, M. G., qui a dé- 
pouillé si consciencieusement les archives de Tours, ainsi que les re- 
gistres capitulaires conservés à la Bibliothèque nationale, n'y eût trouvé 
aucune mention. Jehan Du Pré, l'imprimeur parisien, qui devint plus 
tard libraire de l'Université, possédait un établissement très important, si 
l'on en juge par le grand nombre d'ouvrages, surtout de Missels, sortis 
de son officine 3 ; il n'était ni un de ces typographes besoigneux, réduits à 



1. Voy. Cat. Taschereau, n°' 189 et 141. Cf. Clément de Ris, loc. cit. 

2. Brunet, II, 3g2. Cf. Cat. Potier, 1872, n° 23 1. 

3. Notons, en passant, qu'il y eut, à la fin du xv e siècle, deux imprimeurs diffé- 
rents du nom de Jehan Du Pré. L'un, que Lottin ne cite que sous la date de i486, 
exerçait à Paris dès 14^1 ; il avait alors pour associé Didier H uy m (Brunet, III, 1763). 
Sans énumérer ici ses productions, nous dirons qu'il imprimait encore en i5oi 
(Brunet, III, 1197), mais qu'il mourut peu de temps après. Nous connaissons en 
effet, des Horae béate Marie Virginis achevées par sa veuve, le I er avril i5o6, nou • 
veau style. (Librairie Ellis et White, à Londres, Cat. n° 47, art. 337). Le second Je- 
han Du Pré exerçait à Abbeville au commencement de l'année 1487 (Brunet, I, 36o); 
il passa ensuite à Lyon, où on peut le suivre depuis la fin de cette même année 
(Péricaud, Bibliogr. lyonnaise du xv c siècle, nouv. éd., n° 32) jusqu'à la fin de 
l'année 1495 (ibid., n° 126): 



92 REVUE CRITIQUE 

transporter leurs presses de ville en ville, ni un de ces industriels disposés 
à monter des ateliers loin de leur surveillance. Si M. G. a raison de con- 
sidérer comme des impressions tourangelles les deux volumes dont nous 
venons de parler, il faut admettre qu'ils ont été exécutés par quelque im- 
primeur inconnu, à qui Du Pré aura fourni des caractères comme il en 
fournit, par exemple, à Jehan Le Bourgeois, à Rouen, en 1488 '. 

Avec Simon Porcellet, qui imprime, de 149 1 à 1494, ^ e Breviarium 
Turonense, nous marchons sur un terrain plus solide. Pour nous, 
comme pour M. Deschamps, Porcellet est encore le prototypographe de 
Tours. Jehan de Rely, chargé de la publication du Bréviaire, est devenu 
confesseur du roi; il est nommé doyen de Saint-Martin ; c'est désormais 
un personnage puissant, qui peut décider un imprimeur à s'établir près 
de lui. S'il y avait eu à Tours une officine en pleine activité, il eût été 
inutile de recourir aux services du nouveau venu, qui paraît avoir été 
fort mal outillé, si l'on en juge par le temps qu'il mit à accomplir la tâ- 
che qui lui était confiée. M. G. a eu l'heureuse chance de découvrir 
dans les registres capitulaires de Saint-Martin des renseignements fort 
précieux sur cette publication, qui fut tellement onéreuse pour Porcel- 
let que les chanoines durent lui accorder une indemnité supplémen- 
taire. 

M. G. fait suivre sa notice sur Porcellet, de trois chapitres consacrés à 
Mathieu Latheron, à Mathieu Cherchelé et à Jehan Rousset. Ces 
chapitres sont pleins de documents inédits d'une réelle importance* 
Nous n'avons rien à ajouter aux détails qui nous sont donnés sur Lathe- 
ron; quant à la bibliographie de Cherchelé et de Rousset, elle pourrait 
être plus complète. Parmi les productions de Cherchelé, M. G. omet le 
Manuel royal ou Opuscules de la doctrine et condition du prince, de 
Jehan Brèche, achevé d'imprimer le i3 janvier 1541 (1542 n. s.), in-4 
goth. de 58 ff. non chiffr. 2 ; il passe également sous silence la Déclara- 
ration des abu-{ et tromperies que font les apoticaires, par maistre 
Lisset Benancio, 1 533, in-8 3 . En ce qui concerne Jean Rousset, M. G. 



Ces deux imprimeurs ont été souvent considérés comme un même personnage; on 
les a souvent aussi confondus avec Jehan Des Pre%, imprimeur à Salins (1485). 

11 y eut à Paris au commencement du xvi e siècle un autre Jehan Du Pré, qui 
exerçait dès l'année iboj (Brunet, III, 1197^, possédait encore son officine en i52a 
(Brunet, III, 450), et vivait peut-être encore en 1547 (Suppl.au Man. du Libraire, 
II, 44). Le nouveau Jehan Du Pré n'était sans doute pas le fils du premier; il de- 
meurait en la rue des Porées, à l'image saint Sébastien, tandis que l'ancien impri- 
meur du même nom était établi rue Saint-Jacques, à l'enseigne des deux Cygnes, 
près de Saint-Séverin, (nous retrouvons sa veuve à la même adresse). Il est proba- 
ble que le célèbre Galiot Du Pré était le fils, ou tout au moins le proche parent du 
premier Jehan Du Pré; en tout cas il fut, comme lui, libraire de l'Université. 

1. Brunet, III, 8o5. 

2. Biblioth. nat., Y 4508. A. — M. Brunet (I, 12 16) donne à ce volume la date de 
1544. 

3. Biblioth. nat., T. 18. 2. — Sur l'auteur, voy. Brunet, I, 768. 



D HÎSTOlRIi KT DIC LITTiCR ATURB g3 

eût pu se référer à un article que nous avons consacré aux Imprimeurs 
vendomois de M. le marquis de Rochambeau ' ; il y aurait trouvé l'in- 
dication de trois pièces qu'il n'a pas citées. Par contre, le bibliographe 
tourangeau nous donne (p. 87) un document qui mérite toute notre at- 
tention ; c'est un acte du 2 juillet 1547, en vertu duquel Jean Lambert, 
devient acquéreur d'une partie du matériel de Rousset. Nous pouvons 
juger par cet acte de ce qu'était alors une petite imprimerie provinciale; 
nous y trouvons aussi la confirmation d'un fait qui n'était guère connu 
jusqu'ici que par une note peu explicite de l'imprimeur parisien Jehan 
Du Pré % à savoir que les figures destinées à l'ornement des livres 
d'heu/es étaient gravées sur cuivre et non sur bois. Parmi les objets cé- 
dés à Lambert figurent « cinq cens Rudimens, de Pelisson » ; il s'agit 
probablement de YEpitome de la grammaire latine de Jean Despau- 
tére, que Du Verdier 3 attribue à Jehan Pelisson, de Coindrrieu, princi- 
pal du collège de Tournon, mais dont il n'indique pas le lieu d'impres- 
sion. 

M. G. complète ses notes sur les imprimeurs de Tours par des noti- 
ces sur trois hommes que la Touraine revendique comme ses enfants : 
Nicolas Jenson, Cristophe Plantin et Guillaume Roville, Nous n'au- 
rions jamais fini si nous voulions entrer dans l'examen détaillé de ces 
notices. Remarquons seulement que Jenson a été parfois revendiqué 
par les Danois 4 . Sur Plantin on peut consulter avec fruit divers arti- 
cles de la Bibliotheca belgica, de M. F. vander Haegheh, en attendant 
la publication à' Annales Plantiniennes plus complètes que celles de 
MM. Ruelens et De Backer. Quant à Roville, qui, d'après La Croix du 
Maine, était Tourangeau, M. G. s'obstine à l'appeler Rouillé. Il est cer- 
tain que le titre et l'extrait du privilège de deux volumes publiés en 
i55o, portent Rouillé, (avec un accent aigu bien marqué) 5 , mais ces 
deux volumes, que M. G. eût dû citer à l'appui de sa thèse, ne nous ont 
pas convaincu. 

Guillaume était libraire et non pas imprimeur, comme le dit à tort 
M. G. ; la forme Rouillé pour Rouille (c'est-à-dire Roville) nous pa- 
raît due à une erreur typographique. Nous avons noté un très grand 
nombre de volumes publiés par Roville, et nous n'avons pas rencontré 
une seule fois après i55o la forme Rouillé. Mais ce qui, à notre avis, 



1. Revue critique, 1881, I, 365-3Ô7. 

2. Voy. Brunet, V, 1612. 

3. Edition Rigoley de Juvigny, II 490. 

4. Voy. Camille Nyrop, Bidrag til den danske Boghandels Historié (Kœbenhavn, 
1870, 2 vol. in-8), I, 3i, et les divers ouvrages qui y sont cités. 

5. Livre de V estât et mutation des temps [par Richard Roussat], i55o, in-8. (Bi- 
Blioth. de feu M. le baron James de Rothschild.) 

La Circée de M. Giovan Baptista Gello, académie florentin ; nouvellement mis en 
françoys pur le seigneur Du Parc, Champenois, i55o, in-8. Voy. La Croix Du 
Maine, I, 346. 



94 REVUK CRITIQUK 

est décisif, c'est que, sur les titres latins, Roville est appelé Rovillius et, 
sur les titres italiens, Rovillio, ou même Roviglio '. On aura beau faire, 
on ne pourra jamais rattacher ces formes au français Rouillé^ aussi per- 
sisterons-nous à dire, jusqu'à nouvelles preuves contraires, Roville ou 
Rouville. M. G. n'est du reste pas parvenu à établir les relations de pa- 
renté qui pouvaient unir le libraire lyonnais à aucune famille touran- 
gelle. 

Le volume que nous analysons se termine par une Liste chronologi- 
que des imprimeurs établis à Tours depuis V introduction de l'im- 
primerie à Tours jusqu'à l'année i85o. M. G. a négligé les sim- 
ples libraires, ce qui est, ce nous semble une lacune regrettable ; mais 
est-il bien sûr, par exemple, que les frères Laurent et Michel Richard 
aient été imprimeurs? Comme libraires, ils avaient commencé d'exercer 
dès les premiers jours de l'année 1542 2 . La liste contient les noms de 
simples ouvriers comme Jehan Bourreau et Jacques de La Rue ; pour- 
quoi alors n'y trouve-t-on pas le nom de Loys de Bonart, imprimeur, 
qui, d'après M. G. lui-même 3 , figure comme témoin dans un acte de 
1594? 

Nous nous arrêterons ici, en félicitant M. Giraudet de ses découver- 
tes et en l'engageant à continuer ses recherches pour nous donner un 
jour une grande bibliographie tourangelle. 

Emile Picot. 



CHRONIQUE 



FRANCE. — M me la comtesse Gédéon de Clermont-Tonnerre, née Vaudreuil, 
a publié tout récemment à la librairie Didier la traduction du remarquable ouvrage 
de M. Francis Parkman, Les jésuites dans V Amérique du Nord au xvu° siècle (Di- 
dier, in-8°, 378 pp. 3 fr. 5o). 

— La « Bibliothèque d'éducation moderne » que publient les éditeurs Charavay, 
s'est grossie d'un volume nouveau, les Morceaux choisis de Mirabeau, avec préface, 
notices et notes, par M. E. D. Milliet. (In-8°. 208 pp. 1 fr. 5o). Le volume renferme 
quelques gravures qui intéresseront les élèves; il comprend deux parties : les 
œuvres diverses et les discours politiques; il se termine par le récit des derniers 
moments de Mirabeau (Cabanis) et par les jugements de Thiers, Louis Blanc, Miche- 
let, Lamartine et Victor Hugo sur le grand orateur. M. Milliet ignore peut-être qu'un 
Allemand, M. H. Fritsche, directeur du gymnase de Grûnberg, a fait paraître en 
1878, dans la collection Weidmann, un recueil à peu près semblable au sien ; mais 



1. Voy. notamment Cat. Didot, 1879, n os 450 et 457. 

2. C'est pour les frères Richard que Mathieu Cherchelé a imprimé le Manuel 
royal de Jehan Brèche, que nous avons cité ci-dessus. 

3. Une Association d'imprimeurs et de libraires parisiens, p. 42. 



:i HIKiUIH!'. Kl UK L!t l t'.HA î UKK 9-1 

ce recueil ne comprend que les discours de Mirabeau {Ausgewxhlte Reden Mira- 
beau s, trois petits volumes in-8°, chacun de i3o pages). 

— La Société asiatique a célébré, le 3o juin dernier, son 60 e anniversaire. M. Er- 
nest Renan, dans son rapport annuel, a énuméré les travaux de l'année et constaté 
les progrès accomplis, en France,- par les études orientales. M. E. Senart a donné 
ensuite lecture d'un mémoire sur les origines du théâtre indien. Il s'est surtout at- 
taché à indiquer la place que le drame occupe dans le mouvement littéraire de 
l'Inde, et, sans nier entièrement l'influence grecque, il a revendiqué pour le théâtre 
indien une part d'originalité plus grande que certains savants allemands ne pa- 
raissent disposés à lui reconnaître. — Le bureau de la Société asiatique est ainsi 
composé : Président honoraire : M. Barthélémy Saint-Hilaire. Président : M. A. 
Régnier.^ Vice-présidents : MM. Defrémery et Barbier de Meynard. Secrétaire : 
M. Ernest Renan. Secrétaire-adjoint : M. Stanislas Guyard. 

— M. J. B. Mispoulet, avocat à la cour d'appel, docteur en droit, ancien élève de 
l'Ecole des Hautes Etudes, vient de publier le premier volume d'un ouvrage intitulé 
Les institutions politiques des Romains ou exposé historique des règles de la cons- 
titution de l'administration romaine depuis la fondation de Rome jusqu'au règne 
de Justinien. Ce premier volume (Paris, Pedone-Lauriel. In-8°, xi et 3go p.) a pour 
titre La constitution et renferme quatorze chapitres; [Les origines] Institutions pri- 
mitives ; — La constitution royale jusqu'au règne de Servius Tullius ; — La cons- 
titution servienne ; — [La République] Caractère du gouvernement consulaire. — 
Des magistratures en général; — De chaque magistrature en particulier; — Le 
sénat ; — Les comices; — [Du règne d'Auguste à celui de Dioclétien] La constitu- 
tion impériale ; — Les anciens pouvoirs de la République, magistratures, comices, 
sénat; — Attributions respectives des pouvoirs publics ; — Des nouvelles fonctions 
créées sous l'empire ; — [Du règne de Dioclétien à celui de Justinien] Le pouvoir 
impérial, les fonctionnaires ; — Les anciens pouvoirs. • Un de nos collaborateurs 
rendra plus amplement compte de ce volume. 

— Le tome premier du grand ouvrage de M. Madvig sur l'Etat romain, — ouvrage 
dont la Revue critique rendra compte très prochainement — vient de paraître dans 
une traduction française due à M. Charles Morel (L'état romain, sa constitution et 
son administration, par J. M. Madvig, traduit par Ch. Morel. Tome premier. Pa- 
ris, F. Vieweg. In-8°, ix et 296 p.) « C'est d'après le texte allemand, dit M. Ch. Mo- 
rel dans son avant-propos, que cette traduction a été faite, mais comme ce texte est 
malheureusement assez fautif et diffus, j'ai eu recours à l'édition danoise, surtout 
pour contrôler les renvois et les citations... je crois avoir rempli scrupuleusement 
ma tâche en m'appliquant à rendre toujours la pensée originale avec toute l'exacti- 
tude que comporte la diversité des langues. Je me suis efforcé de couper les périodes 
trop longues, farcies de relatifs et de corrélatifs. Dans l'original, les renvois, les ci- 
tations et souvent des explications d'une certaine étendue étaient intercalés dans le 
texte même, entre parenthèses, empêchant de suivre le texte général, tandis que 
d'autres remarques étaient placées au bas des pages. Jamais le public français n'eût 
admis une disposition pareille ; j'ai donc dû rejeter en notes tous ces renvois et n'ai 
laissé, dans le texte, entre parenthèses, que les termes techniques latins et grecs et 
certaines définitions importantes; parfois j'ai fait passer des notes dans le texte, 
certaines observations qui me paraissaient pouvoir se fondre dans l'exposé général. 
Je me suis permis d'ajouter de mon chef, entre crochets, quelques brèves annota- 
tions destinées soit à faire mieux comprendre la pensée de l'auteur, soit à relever 
de légères erreurs de détail qu'il me paraissait impossible de ne pas rectifier. » 

— M. Henri Chevreul poursuit la publication de ses Pièces sur la Ligue en Bour- 



g6 RKVUE C1UTJQUB 

gogne. Le nouveau volume qu'il vient de publier (Martin, {petit in-S°, xi et 70 p.) 
renferme : i° Vie et faits héroïques du mareschal d'Aumont, avec la quenouille des 
dames d'Autun (1 591) ; 2 La prinse de la ville d'Autun par le mareschal de Biron 
^ 1 595) ; 3° Réduction de la ville et du château de Beaune, le 5 février«(i595) par Le- 
maidon; 4 Discours sur le combat de Fontaine-Françoise (i5g5); 5° Lettre du roy 
à MM. du Parlement et de la Cour des comptes (i5g5). 

— M. E. Ducéré a fait tirer à part (bulletin de la Société des sciences, lettres et 
arts de Pau, 2 e série, tome X. Bayonne, Hourquet. In-8°, 169 p.) une étude sur 
Y armée des Pyrénées occidentales, éclaircissements historiques sur les campagnes 
de I7g3, 1794, i7g5. 

— M. F. Hervé-Bazin, professeur à l'Université catholique d'Angers, a publié les 
Mémoires et récits de François Chéron, son grand-père (Tardieu , in-12 , vin et 
280 p., 3 fr. 5o) Chéron, né en 1764, et mort en 1827, fut toute sa vie un roya- 
liste; membre du conseil secret de Louis XVI au 10 août, emprisonné par la Con- 
vention et sauvé de la mort par le 9 thermidor, combattant du i3 vendémiaire, il 
attaqua le Directoire dans un journal, la Défense, qui fut supprimé au 18 fruc- 
tidor. Sous la Restauration, de 1818 à 1825, Chéron fut commissaire du roi près 
le Théâtre-Français; aussi connut-il les principaux écrivains de l'époque, et l'on 
trouvera dans ses Mémoires un certain nombre de lettres inédites de Nodier, An- 
celot, Andrieux, Quatremère de Quincy, Parceval-Grandmaison, Victor Hugo, etc. 

— L'imprimerie nouvelle de Pithiviers va réimprimer à petit nombre, avec notes 
explicatives (deux vol. in-8% 3o fr.) Y Histoire générale des pays du Gastinois, Se- 
nonois et Hurpois, de dom Guillaume Morin. 

— Un Traité du blason en deux volumes in-4", ornés de plus de 3oo blasons co- 
loriés, doit paraître prochainement; l'auteur est M. le comte Amédée de Foras, déjà 
connu par un Armoriai de la Savoie. 

— L'Académie des sciences morales et politiques a, dans sa séance du 17 juin, dé- 
cerné le prix du budget {Histoire du pouvoir royal et des institutions françaises sous 
les premiers Capétiens jusqu'à Philippe-Auguste) à M. Achille Luchaire, professeur 
à la Faculté des lettres de Bordeaux. Ce prix, dont la valeur a été doublée, est de 
3,ooo fr. — L'autre prix du budget (Les origines et les caractères de la chevalerie 
et de la littérature chevaleresqui, n'a pas été décerné; le concours est prorogé pour 
1884. — La question suivante : <c Examiner quels furent les caractères distinctifs de 
la politique de Charles V,par quels moyens ce prince sut reconstituer la puissance 
royale et faire respecter son autorité sans recourir aux procédés de gouverne- 
ment qui étaient en usage sous ses prédécesseurs et qui se renouvelèrent après lui» 
est mise au concours pour l'année i885 (terme de rigueur, 3i décembre 1884). 

— L'Ecole libre des sciences politiques met tous les ans au concours entre ses 
anciens élèves diplômés une bourse de 4,000 fr. destinée à défrayer un voyage 
d'études à l'étranger. Le lauréat du dernier concours, qui a eu lieu le 24 juin, 
est M. Bedout, attaché au ministère des affaires étrangères; le travail couronné a 
pour titre « La jurisprudence des cours d'amirauté anglaise pendant la révolution et 
le premier empire ». 

— La Revue nouvelle d'Alsace-Lorraine paraîtra désormais une fois par mois, et 
non plus deux fois; la livraison sera augmentée d'une ou deux feuilles ; le prix sera 
abaissé (12 fr. 5o au lieu de 2b fr.). » 

ALLEMAGNE. — La première moitié des mémoires et communications lus au 
cinquième congrès des Orientalistes (Berlin, septembre 1881), vient d'être distri- 
buée. Ce volume contient les travaux de la section sémitique et de la section 
africaine. Nous y remarquons un article de M. Dieterici sur La prétendue théologie 



d'histoire et de littérature 97 

d'Aristote che% les Arabes; une notice de M. Golénischeff sur le travail de 
M. Stassof intitulé : « Remarques sur les Rous d'Ibn Fadhlân et d'autres auteurs 
arabes »; une étude de M. Spitta sur La géographie de Ptolémée cheç les Arabes; 
un rapport de*M. Guillen Roblçs, sur l'Etat actuel des études arabes en Espagne. 
Suivent plusieurs travaux signés Ethé, Christ. Ginsburg, A. Merx, Sp. Papageor- 
gios et Emil Kautzsch, et intitulés respectivement : Les tensons persans ; Les Alephs 
marqués du daguesch, dans le ms. de Karlsruhe ; Remarques sur la vocalisation 
des Targums; Hymnes remarquables en usage dans les synagogues de Corfou; 
Une inscription énigmatique du Nord de l'Afrique. M. Oppert expose ensuite les 
résultats des fouilles de M. de Sarzec en Chaldée. M. Paul Haupt publie une 
esquisse de la langue suméro-accadienne. M. Kessler cherche les origines du 
gnosticisme dans l'antique religion babylonienne. M. Sayce annonce qu'il prépare 
un mémoire étendu sur les inscriptions en langue inconnue du lac de Van : « De- 
« puis plusieurs années, dit-il, j'étudiais les inscriptions cunéiformes de Van dans 
« l'intention de les déchiffrer quand une brillante découverte de M. Stanislas 
« Guyard vint répandre des flots de lumière sur une partie de ces inscriptions et 
« m'encouragea à continuer mes recherches, qui ont eu pour résultat, je crois, une 
« complète interprétation de ces textes intéressants. La découverte de M. Guyard 
« consiste en ce qu'il a reconnu qu'une formule revenant fréquemment avec plus ou 
« moins de variantes à la fin de ces inscriptions est une formule imprécatoire ana- 
« logueà celle qui termine ordinairement les documents assyriens ». Après l'article 
de M. Sayce, le P. Strassmaier publie une longue série d'anciens contrats babylo- 
niens provenant de Warka. La section africaine est remplie par les travaux suivants : 
Naville, L'édition thébaine du Livre des Morts ; Maspero, Sur la cachette décou- 
verte à Dêr-el-Baharî en juillet 1881 ; Brugsch, L'ancien Tableau des Peuples en 
égyptien ; Révillout, Les monnaies égyptiennes; Lieblein, Sur des textes égyp- 
tiens datés; Golénischef, Sur un ancien compte égyptien (rappelant certains récits 
de l'Odyssée et des voyages Je Sindibâd le marin) ; Cust, Etat de la science sur les 
langues de l'Afrique. 

— Les Historische Studien publiées à la librairie Veit par les professeurs d'his- 
toire de l'Université de Leipzig, MM. W. Arndt, C. von Noorden, etc., et leurs élè- 
ves, viennent de s'augmenter de deux fascicules nouveaux; le III 8 , dû à M. Rich. 
Mùller, Er^bischof Aribo von Main% i02i-io3i , avec une introduction de M. R. 
Paul (In-8°, vi et 62 p. 1 mark 60), et le IV e , dû à M. Paul Meyer, Die Fortset^er 
Hermann's von Reichenau, ein Beitrag \ur Quellengeschichte des XI. Jahrhun- 
derts, avec une introduction de M..C, von Noorden (in-8°, ni et 5g p. 1 mark 60). 

— « L'université allemande de Dorpat à la lumière de l'histoire et du présent » 
(Die deutsche Universitœt Dorpat im Lichte der Gcschichte und der Gegenwart, 
eine historische Studie auf dem Gebiete œstlicher Culturkœmpfe) , tel est le titre 
d'un ouvrage dont la seconde édition vient de paraître à la librairie Brockhaus, de 
Leipzig; c'est, dit le prospectus, une « protestation énergique contre les actes de 
violence dont les slavophiles russes menacent le Deutschthum en Livonie et surtout 
l'Université de Dorpat ». 

— M. Karl Weinhold, professeur à l'Université de Breslau, dirige une nouvelle 
collection d'études relatives aux langues et littératures germaniques; cette collection, 
qui porte le titre de Germanistische Abhandlungen, sera consacrée à des recherches 
littéraires et grammaticales, à des publications de textes, à des travaux sur l'his- 
toire de la vie de la nation germanique à ses diverses époques; les fascicules de la 
collection paraîtront à intervalles indéterminés, chez l'éditeur W. Koebner, de Bres- 
lau. Les trois premiers fascicules des Germanistische Abhandlungen sont sur le point 



98 REVUE CRITIQUE 

d'être publiés; en voici les titres : I. Beitrœge pim Leben und Dichten Daniel Cas- 
pers von Lohenstein, par M. Conrad Mûller; II. Der Mantel, Stiick eines grœsseren 
Gedichtes Heinrichs vom Tùrlein, par M. Otto Warnatsch ; III. Untersuchungen ùber 
die Worlstellung im Allhochdeutschen, par M. Joseph Starker. 

— La « Société de philologie allemande », de Berlin, publie, tous les ans, depuis 
1879, à la librairie Calvary, une revue bibliographique des ouvrages relatifs à la 
philologie germanique. (Jahresbericht ùber die Erscheinungen auf dem Gebiete der 
germanischen Philologie) . Le troisième volume, consacré à l'année 1881, vient de 
paraître. 

— Il vient de paraître à la librairie Grieben (L. Fernau) à Leipzig, la treizième 
édition du Dictionnaire des synonymes de la langue allemande d'Eberhard (Johann 
August Ebehard's synonymisches Handwœrterbuch der deutschen Spraché). La 
douzième édition avait paru par les soins de Frédéric Ruckert; la treizième est pu- 
bliée, avec de nombreux remaniements, par MM. Otto Lyon et F. Wilbrandt. 

— La Société philosophique de Berlin, fondée en 1842, publiait depuis l'année 
1875 dans des fascicules paraissant à époques indéterminées, ses mémoires desti- 
nés au grand public; elle a publié ainsi jusqu'au commencement de cette année 
vingt-deux fascicules ou Hefte. Elle fera désormais paraître ses travaux sous le titre 
de Philosophische Vortrœge et s'efforcera de leur donner une forme plus accessi- 
ble au public; d'ailleurs elle ne publiera dans cette nouvelle série que des études re- 
latives aux questions d'un intérêt général. Il paraîtra à peu près six fascicules par 
an; les deux premiers seront, l'un, de M. Frederichs, ùber das realistische Princip 
der Autoritœt als der Grundlage des Rechts und der Moral, et l'autre de M. Mi- 
chelet, ùber die Philosophie von Herbert Spencer. Chaque fascicule coûtera 1 mark 
20 (à Halle, chez C. E. M. Pfeffer [R. Stricker). 

— La Faculté de théologie de l'Université de Gcettingue a mis au concours, pour 
l'année i883, le sujet suivant : Justus Gesenius und seine Verdienste uni die hanno- 
versche Landeskirche ; les travaux doivent être remis avant le i er janvier de l'année 
prochaine. 

— Le ministère prussien de l'instruction publique a donné, en date du 27 mai 
1882, un nouveau règlement des examens de sortie des gymnases. Ces examens 
équivalent à un baccalauréat double, à la fois ès-Iettres et ès-sciences; toutefois on 
n'y demande pas de chimie. Matières de l'examen écrit : composition allemande, b 
heures; latine, 5 heures; thème latin, 2 heures; version grecque, 3 heures; compo- 
sition mathématique, 5 heures; celle-ci comprend quatre problèmes (planimétrie, 
stéréométrie, trigonométrie, algèbre) dont l'un est en même temps un problème de 
physique; on admet les dictionnaires grec, latin, et la table de logarithmes. Matiè- 
res de l'examen oral : enseignement religieux, grec, latin, français, histoire et géo- 
graphie, mathématiques. Matières facultatives : hébreu (version et interrogation); 
dans certaines villes, polonais (thème) *. — Droits : 3o mark (fr. 37 5o). Séries : dix 
candidats au plus à la fois. Point de dispenses d'âge; nul élève absolument ne peut 
se présenter avant la classe Oberprima. En cas d'examen écrit excellent, dispense 
de l'examen oral (seulement à l'unanimité des voix). En cas de majorité de mauvai- 
ses notes, on ne peut déconseiller à l'élève l'examen oral ; on l'en exclut, si déjà 
l'autorité scolaire lui avait déconseillé l'examen écrit. Un candidat refusé ne peut se 
représenter que deux fois. — La commission d'examen siège dans l'établissement. 
Ses membres sont les maîtres de la plus haute classe et le directeur. Son président 

1 . Les candidats qui ont reçu l'instruction à domicile font, par surcroît, un thème grec et un thème 
français, el sont interrogés en littérature allemande et en physique. 



D'HISTOIRE ET DE LITTERATURE 99 

est le commissaire du roi, c'est-à-dire en général celui des membres du conseil sco- 
laire provincial à qui l'établissement ressortit en fait (en tout cas, il est désigné par 
ce conseil provincial). Le commissaire du roi est armé de pouvoirs à peu près dis- 
crétionnaires. — Le règlement s'écarte des prescriptions de i856 pour revenir à cel- 
les de 1834. En matière religieuse, il rétablit à côté du dogme l'histoire ecclésiasti- 
que. En allemand, à côté de la grammaire il fait de nouveau mention expresse de la 
littérature. En latin, il mentionne de nouveau la métrique; il permet de nouveau le 
dictionnaire latin, -allemand, tout en continuant d'exclure l'allemand-latin. En grec, 
il remet la version à la place du thème de règles. Dans l'interrogation d'histoire, il 
supprime une innovation de i836, la narration suivie. — Le thème français, jus- 
qu'ici exigé, est remplacé par l'interrogation orale. 

ANGLETERRE. — Les manuscrits judéo-persans récemment acquis par M. Neu- 
bauer et dont M. James Darmesteter a parlé dans le n" 23 de la Revue critique, ont 
été achetés par le British Muséum. 

— Le prochain volume (le XIV e ) de YEncyclopaedia britannica renfermera, entre 
autres articles importants : Keats et Landor, de M. Swinburne; Kurdistan, de 
sir H. C. Rawlinson ; La Fontaine, de M. George Saintsbury ; Landlord and tenant, 
de M. E. Robertson; Latin language, de M. Wilkins; Latium, de M. Bunbury; 
Lebanon, de M. Socin ; Leonardo, de M. Sidney Col vin; Leopardi, de M. Garnett; 
Lessing, de M. James Sime; Lévites, de M. Robertson Smith; Locke, de M. Fraser; 
London, de MM. Henderson et Wheatley. 

— Un comité dont font partie l'archevêque de Cantorbéry, l'évêque de Durham, le 
doyen de Westminster, etc., s'est formé pour aider à l'achèvement des fouilles entre- 
prises à Ephèse sur l'emplacement du temple de Diane sous la direction de M. J. T. 
Wood. 

— Les deux prochains volumes de la collection des « English men of letters » 
seront : Swift, de. M. Leslie Stephen et Sterne, de M. H. D. Traill. 

— M. Furnivall termine pour la New Shakspere Society l'édition de la seconde 
partie de YAnatomie of abuses de Phillip Stubbes. 

— On annonce la prochaine publication du Journal que tint M. Nassau W. Senior 
durant son séjour en Egypte dans l'hiver et au printemps de l'année i855-i856. 

— M. Eirikr Magnusson, de Cambridge, vient de terminer son édition de la Saga 
of Thomas à Becket, qui sera publiée dans les « Rolls Séries ». 

— Le Rev. W. Forbes Leith, de la Compagnie de Jésus, doit faire paraître dans 
quelque temps un travail sur les Ecossais au service de France (The scots men-at- 
arms in the service of France). 



SOCIETE NATIONALE DES ANTIQUAIRES DE FRANCE 



Séance du 12 juillet.. 

M. Ulysse Robert lit une note sur une commande de vitraux pour l'église de 
Loheac en Bretagne, faite en 14Q4 par Thomas de Riou, argentier d'Anne de Breta- 
gne, à un peintre verrier de Paris nommé Amé Pierre. Ces vitraux, au nombre 
de r3, à deux meneaux, devaient représenter « 78 histoires de la généalogie de 
M we Saincte Anne » ; le prix convenu, pour l'exéeulion et la pose, était de 3oo li- 
vres tournois. 

M. Prost communique la découverte, faite au Sablon près de Metz, d'un édifice 
romain octogone et de deux cippes dédiés à une déesse précédemment inconnue, 
Scovellauna. 



100 REVUE CRITIQUE D HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

M. Héron de Villefosse signale la trouvaille faite par M. A. Farges à Khenchela 
(province de Constantine), d'un plomb portant la légende Genio Tus-dritanoru(m) 
« au génie des habitants de Thysdrus » (Aujourd'hui El-Djem). Il informe ensuite 
la Société que des travaux sont en cours d'exécution au Louvre, sous la direction de 
M. Edmond Guillaume pour placer la Victoire montée sur la proue de galère qui lui 
servait de base, en haut du nouvel escalier de M. Lefuel. Des lettres d'appareil 
ont été découvertes sur les blocs dont la base était composée. 










ACADEMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES 



Séance du 21 juillet 1882. 

M. le secrétaire perpétuel donne lecture de son rapport trimestriel sur les travaux 
de l'Académie. Ce rapport sera imprimé. 

M. Ch. Nisard continue la lecture de son mémoire sur l'état incertain et précaire 
de la propriété littéraire vers le milieu du xv e siècle. 

M. Le Blant lit un mémoire intitulé : Les chrétiens dans la société païenne aux 
premiers âges de l'Eglise. Après avoir rappelé qu'en théorie le christianisme or- 
donnait à ses adeptes de s'isoler de la société païenne, de s'abstenir de tout com- 
merce, de toutes relations d'affaires ou d'amitié avec les païens, de ne pas prendre 
part à leurs assemblées ou cérémonies, M. Le Blant s'attache à montrer que ces 
prescriptions rigoureuses n'ont jamais été exécutées ni pu être exécutées à la lettre, 

3ue les chrétiens qui vécurent ainsi à part et s'abstinrent de toutes relations inter- 
ites avec les païens furent le petit nombre, qu'en général les chrétiens vécurent 
mêlés à la société païenne et de la même vie que les païens. Aussi Tertullien se 
plaint-il de ces relations, qui lui semblent un abandon de la foi. Il dénonce, par 
exemple, avec indignation le stratagème de quelques chrétiens, qui, obligés pour pas- 
ser un contrat dans les formes de prêter un serment au nom des dieux, juraient par 
écrit, disant que la loi chrétienne n'avait défendu que de prêter des serments, mais 
non d'en écrire. Le même auteur réprouve les chrétiens qui acceptaient des fonc- 
tions publiques. Il dit qu'il n'y verrait pas de mal, si l'on pouvait exercer ces fonc- 
tions sans offrir ni faire offrir des sacrifices, sans pourvoir à l'entretien des temples, 
sans consacrer son argent ou l'argent public aux besoins du culte païen ; mais tout 
cela lui paraît impossible. Or, il est certain qu'en fait les chrétiens acceptaient sou- 
vent des fonctions municipales (que d'ailleurs ils n'étaient pas toujours libres de re- 
fuser) ; on en a de nombreux exemples. On sait aussi qu'il y a eu dans les légions 
nombre de soldats chrétiens; or, les soldats ne pouvaient se dispenser de concourir 
ou au moins d'assister, dans bien des cas, aux cérémonies du paganisme. Il faut donc 
croire que les chrétiens du premier âge ont admis bien des compromis de conscience, 
des accommodements avec la discipline rigoureuse de l'antique Eglise, et que celle- 
ci n'a jamais été obéie à la lettre. 

M. Halévy continue sa lecture sur la prétendue langue sumérienne ou accadienne, 



des exemples d'écriture analogue employés dans d'autres pays. La numération écrite, 

f>ar exemple, est une écriture idéographique, par laquelle .on représente des mots de 
a langue parlée sans en figurer la prononciation. La syntaxe du sumérien, a-t-on 
dit, est quelquefois différente de celle de l'assyrien; mais de même la construction 
des nombres écrits en chiffres est différente de celle des nombres parlés, et cepen- 
dant les uns représentent les autres. Ainsi nous écrivons i3, c'est-à-dire, d'après les 
lois de la numération écrite, dix et trois, et nous prononçons treize, qui, étymolo- 
giquement, signifie irois et dix. Le Talmud, d'autre part, témoigne de l'emploi d'une 
langue conventionnelle, d'une sorte d'argot scolastique, à l'usage des docteurs juifs, 

3ui ressemble à l'assyrien hiératique des textes pseudo-sumériens. On trouve même 
ans l' Ancien-Testament des traces de ce langage artificiel. 

Julien Havet. 



Le Propriétaire-Gérant : ERNEST LEROUX. 



Le Puy, imprimerie Marchessou fils, boulevard Saint-Laurent, 23. 



REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

N» 32 — 7 Août — 1882 



Sommaires i56. Perrot et Chipiez, Histoire de l'art dans l'antiquité. — 157. 
Madvig, La constitution et l'administration de l'empire romain. — 1 58. Godefroy. 
Dictionnaire de l'ancienne langue française. — Chronique. — Académie des Ins- 
criptions. 



l56. — Histoire de l'Art dans l'antiquité, par MM. Georges Perrot et 
Charles Chipiez. Tome I er , 1' Egypte. Grand in 8° de Lxxvi-879 pages; 14 planches 
et 5g 1 figures. Paris, Hachette, 1882. 

Le grand ouvrage dont nous signalons aujourd'hui le premier volume 
aura ce mérite, entre plusieurs autres, de paraître à son heure. Il y a 
vingt ans encore, il eût été trop tôt pour l'entreprendre. Si le Manuel 
d'Otfried Mûller, excellent en son temps, ne suffit plus aujourd'hui, c'est 
qu'il a été composé avant les découvertes qui nous ont révélé l'art orien- 
tal. Le sol de l'Egypte, de l'Assyrie, de l'Asie Antérieure, de la Grèce elle- 
même, réserve sans doute aux futurs explorateurs plus d'une surprise, qui 
pourra modifier les idées et les théories actuellement en cours. Cepen- 
dant, on connaît un assez grand nombre de monuments de provenances 
et d'époques diverses, assez de résultats importants sont désormais ac- 
quis à la science, pour qu'on puisse aujourd'hui, sans courir le risque 
d'erreurs capitales, essayer de retracer l'histoire générale de l'art dans 
l'antiquité. Cette histoire n'a encore été traitée par personne d'une fa- 
çon complète. En Allemagne, le Manuel de Kûgler revu par Lubke, 
l'histoire plus développée des Arts plastiques de Cari Schnaase, n'ac- 
cordent pas à l'antiquité la place qu'elle mérite. Bernhard Stark, qui 
avait entrepris de refaire, sur un plan nouveau, le travail d'Otfried Mill- 
ier, arrêté par la mort, ne nous a laissé qu'une Introduction '. On peut 
dire que l'art grec lui-même a été étudié plutôt par parties que dans son 
ensemble. Nous possédons une bonne histoire de la sculpture grecque, 
celle d'Overbeck; nous ne possédons pas d'histoire complète de l'art 
grec 2 . Pour la Grèce, comme pour l'antiquité tout entière, l'ouvrage de 
MM. Perrot et Chipiez comblera donc une lacune. Le cadre en est 
nettement déterminé. De ce cadre sont exclus, pour de fort bonnes 

1. On sait que cette introduction a été publiée sous le titre, de Systematik und 
Geschichte der Archaeologie dev Kunst (Leipzig, Engelmann, 1880). Cf. Revue cri- 
tique 1879, n° 24, art. m. 

2. Nous n'oublions pas l'ouvrage de H. Brunn, Geschichte der griechischen Kùn- 
stler, mais cet ouvrage, d'ailleurs si important, est plutôt, comme l'indique son ti- 
tre, une histoire des artistes qu'une histoire de l'art lui-même. 

Nouvelle série, XIV. 6 



102 REVUE CRITIQUE 

raisons, l'art préhistorique et celui de l'extrême Orient. L'antiquité dont 
il y est question, c'est, outre l'antiquité classique proprement dite, celle 
qui a été en rapport direct ou indirect avec la Grèce. La Grèce formera 
donc « comme le centre et le cœur » de l'ouvrage. Ce que les auteurs 
se sont proposé, c'est avant tout d'écrire une histoire de l'art hellé- 
nique , mais une histoire de l'art hellénique qui a pour intro- 
duction nécessaire l'étude de l'art chez les peuples de l'Orient, pour 
épilogue non moins nécessaire, l'étude de l'art des peuples italiotes. 
Tel est, dans sa simplicité et dans son unité, le plan général de l'œu- 
vre. Pour l'exécution de ce plan, M. P. a jugé bon de s'adjoindre un 
collaborateur. Si l'on songe que ce collaborateur est M. Chipiez 1 , on es- 
timera que cette association ne peut avoir que d'heureux résultats. D'une 
part, en effet, la division du travail permet d'espérer l'achèvement rela- 
tivement prompt de l'ouvrage; de l'autre, on peut être assuré qu'aucune 
question technique n'aura été négligée, que l'architecture trop souvent 
sacrifiée, et pour cause, par les archéologues, occupera dans l'ensembie 
de cette histoire la place qui lui appartient, que tous les soins possibles 
seront donnés à la reproduction fidèle des monuments et à la bonne exé- 
cution des figures. 

Ce premier volume est consacré à l'histoire de l'art en Egypte. Quel- 
ques personnes eussent peut-être souhaité que cette histoire fût écrite par 
un égyptologue. Notre avis est qu'il ne faut pas se montrer sur ce point 
plus exigeant que les égyptologues eux-mêmes qui déjà se sont pronon- 
cés. G. Ebers, tout en formulant quelques objections de détail, s'est plu 
à reconnaître hautement 2 l'exactitude générale des informations recueil- 
lies par M. P., et leur parfait accord avec l'état actuel de la science. Il 
y a, dans un pareil témoignage, de quoi rassurer toutes les inquiétudes. 
On s'aperçoit bien vite d'ailleurs de la prudence qui a présidé à ces in- 
formations. Il est telles parties du sujet où il eût été périlleux de viser à 
l'originalité. M. P. s'est donc plusieurs fois borné à se faire le rappor- 
teur des travaux et des opinions des savants spéciaux. L'exposition des 
idées des Egyptiens sur l'autre vie — idées sans lesquelles on ne peut 
comprendre l'architecture funéraire — est en partie empruntée à M. Mas- 
pero 3 . La description du mastaba, ou de la plus ancienne tombe privée 
de l'Ancien Empire, est donnée presque textuellement d'après Manette, 
qui a ouvert le plus grand nombre de ces sépultures. On trouve ainsi, 
méthodiquement groupés et mis en œuvre, les renseignements les plus 
sûrs, puisés aux meilleures sources. 

i. M. C. est l'auteur d'une Histoire critique des origines et de la formation des 
ordres grecs, couronnée, en 1877* par l'Académie des Inscriptions (Cf. Rev. criti- 
que, 1876, II, p. 374). Aux Salons de 1878 et de 1879, les connaisseurs ont remar- 
qué ses Essais de restauration d'un temple grec hypaethre et des tours à étages de 
laChaldée. 

2. Dans le Centralblatt, n° du 4 mars 1882. 

3. M. P. nous avertit qu'il a beaucoup consulté et beaucoup fait causer M. Mas- 
pero, avant son départ pour le Caire. 



D'HISTOIRE ET DE LtITÉRATURE 103 

Ce n'est pas une histoire complète de Part égyptien, depuis ses ori- 
gines jusqu'à sa décadence, que les auteurs ont prétendu écrire. La série 
des monuments qu'ils ont Voulu étudier s'arrête à la conquête perse, 
c'est à dire au moment où l'art égyptien a accompli son évolution et 
épuisé sa force créatrice. A quoi bon parler longuement d'un art qui dé- 
sormais se répète et se copie lui-même? S'il esta peine question des mo- 
numents de l'Egypte ptolémaïque, en revanche une place très large est 
faite à ceux de l'Ancien Empire. Personne ne se plaindra de cette heu- 
reuse disproportion. L'art de l'Ancien Empire, cet art antérieur au rè» 
gne des conventions, qui a créé les types et façonné les moules dont se 
serviront les âges suivants, est de tous à la fois le plus intéressant et le 
moins connu. Les monuments qu'on en peut voir à Paris ou à Berlin 
sont fort peu nombreux; c'est en Egypte qu'il faut aller les étudier. 
Mais combien de personnes vont à Boulaq? 11 faut donc remercier 
MM. P. et C. du soin qu'ils ont pris de décrire, après les avoir fait des- 
siner, les figures les plus remarquables qui sont sorties de la nécropole 
de Memphis. La simple vue de ces figures fera tomber bien des préju- 
gés. Regardez le Scribe accroupi du Louvre (pi. x) et le ckeikh-el-beled 
(fig. 7) du musée de Boulaq. Si vous. croyiez encore à la raideur hiérati- 
que de l'art égyptien, vous n'y croirez plus. 

L'histoire de l'architecture occupe plus de cinq cents pages, ç'est-à-dire 
les deux tiers du volume. C'est que l'architecture est en Egypte l'art par 
excellence, dont la sculpture et la peinture ne sont que les humbles ser- 
vantes. Si le sculpteur travaille, c'est pour l'architecture. Les images 
qu'a créées son ciseau ne sont point faites pour le regard des vivants : 
enfermées dans l'épaisseur du massif de la tombe, dans le serdab muré 
pour l'éternité, elles sont uniquement destinées à remplir un office reli- 
gieux dans l'ensemble du monument construit et ordonné par l'archi- 
tecte. De même la peinture, qui d'ordinaire se borne à orner de ses tons 
vifs les parois du monument ou à compléter l'effet du modelé dans les 
statues et les bas-reliefs, la peinture n'est point, en Egypte, un art indé- 
pendant. On ne s'étonnera donc pas du large développement que M. P., 
grâce à la collaboration, ici très spéciale et très active, de M. C, a donné 
à l'histoire de l'architecture. La matière, d'ailleurs, est tellement riche, 
qu'il était impossible de l'épuiser. Il ne faut pas s'attendre à trouver 
dans ce chapitre une description détaillée de tous les grands monuments 
de l'Egypte. Les touristes, après l'avoir lu, auront encore besoin des 
Guides d'Isambert et de Baedeker; les architectes qui désireraient avoir 
les cotes des pyramides de Gizeh, ne seront point dispensés de recourir à 
Vyse et à Perring; d'une façon générale, toute personne qui sera cu- 
rieuse d'étudier le détail de ces questions, devra consulter le grand ou- 
vrage de Lepsius et celui de Prisse d'Avennes. Cette histoire de l'archi- 
tecture égyptienne se propose autre chose que d'être complète : elle vise 
surtout à présenter au lecteur des résultats généraux ; elle veut lui faire 
comprendre, par des exemples caractéristiques, ce qu'ont été, aux dif- 






-aril . 3b2jnsmunomiîbfi£i r 
io 4' noiîomeshfil éalrtrï ««von critjqok 

férentes époques, les deux monuments essentiels de l'Egypte : le tombeau 
et le temple. \ U g ^ 3£jb ^ noJ}eii 

Le chapitre sur l'architecture funéraire sera lu par tout le monde avec 
un grand intérêt : d'abord, parce qu'il n'exige, pour être compris, pres- 
que aucune connaissance technique ; ensuite, parce que la construction, 
si originale, de la tombe égyptienne, est éclairée d'une vive lumière par 
l'exposition des idées particulières aux Egyptiens sur l'existence des 
âmes après la mort. Ici encore, plus d'une idée fausse devra céder devant 
la réalité des faits. S'il y a dans le tombeau égyptien, sous le Moyen 
Empire comme sous l'Ancien et le Nouveau, des éléments toujours 
identiques (le puits et le caveau), rien de plus varié que les dispositions 
prises par les architectes, suivant les temps, suivant aussi la matière 
qu'ils emploient ou le roc qu'ils attaquent. Quant aux pyramides, il n'y 
en a pas deux qui se ressemblent exactement. La pyramide méridionale 
de Dachour, dont l'inclinaison change vers le milieu de sa hauteur, la 
pyramide à degrés de Sakkarah démontrent jusqu'à l'évidence que tous 
ces monuments « ne sont pas des épreuves d'un même modèle coulées 
dans des moules de différentes grandeurs. » Il faut donc se garder de 
prononcer le mot d'uniformité à propos de la tombe privée ou de la 
tombe royale égyptienne. Ce mot serait contraire à la vérité des choses. — 
Dans ce chapitre si intéressant, il n est qu'un point où l'esprit du lecteur 
reste dans le doute : c'est au sujet de la construction des pyramides. Le 
système qui considère toute pyramide de grande dimension comme ayant 
pour noyau une pyramide plus petite, et comme formée par la superpo- 
sition de plusieurs enveloppes pyramidales, système qui paraît être en 
faveur en Allemagne, est discuté ici et contesté. Les objections qui y sont 
faites paraissent très fortes; mais rien n'y est substitué'. Les auteurs 
laissent bien entendre que les tombes royales n'ont pas été toutes cons- 
truites d'après un système unique, mais ils oublient de nous dire quels 
étaient ces systèmes différents. S'il y a là une difficulté qui ne soit pas 
encore résolue, peut-être eût-il mieux valu ne pas soulever la question 
que la laisser en suspens. 

Il était plus facile de faire comprendre la tombe que le temple, qui est 
beaucoup moins simple. 'L'ordre adopté dans cette seconde étude est 
l'ordre même dans lequel les objets s'offraient aux regards des visiteurs. 
On trouvera donc décrits successivement les abords du monument (dro- 
nios, avenues de sphinx, etc.), puis les pylônes, puis le monument lui- 
même dans son ordonnance la plus générale. L'exemple choisi, pour 
rendre sensible cette ordonnance, est le temple de Khons à Karnak, qui 
a cet avantage d'être bien conservé et d'offrir réunis les traits principaux 
qui caractérisaient le temple égyptien. Les auteurs ne s'en tiennent point 



i. On nous dit bien (p. 202) que la pyramide est née du tertre, qu'elle est le ter- 
tre bâti. Mais on ne voit pas quels étaient les procédés employés pour cette bâ- 
tisse. 



d'histoire kt jûk littératurb io5 

cependant à cet exemple : ils entreprennent ensuite de nous expliquer, 
dans leur diversité et leur complication, les grands monuments de Thè- 
bes. Les figures prêtent ici le concours le plus utile à la description. Nous 
sommes hors d'état d'apprécier la valeur des vues perspectives et des res- 
taurations dues à M. G.; mais il nous sera permis de constater que, grâce 
à ces figures, la disposition des temples de Karnak, de Louqsor,du Ra- 
messéum, est rendue aussi claire que possible, et qu'on ne peut avoir lu 
attentivement ce chapitre, sans en emporter une idée nette des caractè- 
res dominants du temple égyptien. Quelques pages seulement sont con- 
sacrées à l'architecture civile et militaire dont il est resté peu de traces; 
après quoi, on arrive à l'étude de la construction, à celle des ordres et à 
l'analyse des formes secondaires. On remarquera surtout les développe- 
ments relatifs à la voûte, au pilier et à la colonne. Les origines de la co- 
lonne égyptienne ont déjà suscité plus d'une hypothèse. En général, on 
croit y reconnaître une copie de formes végétales : les colonnes à chapi- 
teaux campaniformes seraient une imitation du papyrus et de sa pani- 
cule; les colonnes à chapiteaux dit lotiformes, une imitation du lotus. 
Une comparaison soigneuse des soit-disant modèles avec les prétendues 
copies montre qu'il entre dans ces rapprochements une part de fantaisie, 
et nous ne sommes point surpris que MM. P. et C. écartent cette hypo- 
thèse. Us lui en substituent d'ailleurs une autre, voisine de celle-ci, mais 
plus modeste, en ce sens qu'elle ne prétend expliquer que le chapiteau 
tout seul et non la colonne, laquelle sans doute dérive simplement du pi- 
lier quadrangulaire. « 11 est possible que, les jours de fêtes, on ait entouré 
de branchages et de fleurs les soutiens de bois et de pierre qui portaient le 
plafond des portiques... Par le bas et par le haut, lotus et papyrus ve- 
naient s'attacher au pilier qu'ils tapissaient. Les feuilles radicales traî- 
naient à terre au pied du fût, tandis que les feuilles terminales et les 
fleurs s'étalaient en corbeilles sous l'architrave; elles élargissaient le cha- 
piteau, quand il en existait un; elles suppléaient à son absence, lorsqu'il 
faisait défaut... Pourquoi l'architecte, quand il éprouva le désir d'em- 
bellir et d'orner sa colonne de pierre, ne se serait-il pas inspiré de ce dé- 
cor ' ? » La conjecture est assurément séduisante et ne manque pas de 
vraisemblance ; mais n'est-il pas encore plus sage de dire que a dans les 
lointains de ce passé, entreprendre de suivre l'obscure genèse de chaque 
forme d'art, ce serait risquer de perdre bien du temps en conjectures 
douteuses ?»— Ce vaste chapitre de l'architecture, si instructif et si plein, 
ne nous paraît avoir qu'un léger défaut ; c'est qu'il empiète parfois sur 
celui de la sculpture. Je sais bien que c'eût été donner une idée incom- 
plète de la tombe et du temple que de passer sous silence les statues et 
les bas-reliefs qui y étaient enfermés ; mais ne pouvait-on se borner à 
les indiquer et en réserver pour plus tard la description? Il est nécessaire, 
en effet, d'y revenir, de les rappeler au lecteur qui n'en a plus qu'un sou- 

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i. Pag. 584. 

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lOÔ REVUE CRITIQUB 

venir éloigné; ce qui entraîne, au chapitre de la sculpture, des redites 
ou des renvois peu commodes '. 

La part, même ainsi limitée, faite à la sculpture, est encore assez 
large pour en mettre en relief tous les caractères essentiels. Quant à la 
statuaire, il y avait à distinguer entre les statues privées, les effigies roya- 
les et les images divines. Les premières, sous l'Ancien Empire, sont de 
véritables portraits, saisissants d'expression et de réalité : Râ-Hotep et 
Nefert (planche IX) sont des personnages vivants. Dans cet art que l'on 
a cru longtemps un art de convention, la ressemblance individuelle, dès 
une haute antiquité, a été poursuivie et saisie par les artistes. Gomment 
ne comprendrait-on pas mieux cette qualité de la statuaire de l'Ancien 
Empire, quand elle nous est présentée comme une conséquence des 
croyances funèbres des Egyptiens? Il fallait au double, au fantôme qui 
survit à la mort, un appui matériel, un corps de pierre qui remplaçât le 
corps de chair : ce corps nouveau devait reproduire fidèlement, minu- 
tieusement, tous les traits de son modèle; autrement, il n'eût pas rempli 
l'office qu'on attendait de lui. C'est à cette croyance que nous devons 
les chefs-d'œuvre de la sculpture égyptienne. Les effigies des rois, avant 
le règne des conventions, sont également des portraits. Les images de 
Chéphren sont très différentes de celles de ses successeurs, et Améno- 
phis III ne ressemble guère à Aménophis IV. Il faut aller voir au Lou- 
vre ce triste personnage 2 pour comprendre comment la fidélité de l'imi- 
tation devait être une loi qui s'imposait aux artistes. Mais cette fidélité, 
il n'était pas toujours facile d'y atteindre : beaucoup de ces statues roya- 
les devaient, en effet, être taillées dans le granit, dans le basalte ou dans 
la diorite. Après M. Soldi 3 , MM. P. et G. ont montré comment l'em- 
ploi des roches dures et l'imperfection des outils ont été pour la statuaire 
égyptienne des causes nécessaires d^nfériorité. Ils nous expliquent éga- 
lement les raisons diverses qui ont fait que les images divines ont moins 
bien inspiré les artistes égyptiens que les portraits privés et les effigies 
des rois. Une de ces raisons, c'est l'usage adopté de mêler, dans les re- 
présentations des dieux, les formes animales aux formes humaines. Gé- 
néralement, on explique ce fait en disant que les caractères spécifiques 
de l'animal étaient un procédé commode pour distinguer les uns des au- 
tres les personnages multiples du panthéon égyptien. M. P. en cher- 
che, plus justement, la raison dans ce culte fétichiste des animaux qui a 
dû être la plus ancienne religion de l'Egypte où il a toujours eu de pro- 
fondes racines dans les croyances populaires. 

i. Pages 698-699, on ne trouve pas moins de seize renvois à des figures déjà don- 
nées et précédemment décrites. On eût aimé d'en avoir ici quelques-unes en regard 
du texte. 

2. Cf. la notice consacrée par M. Maspero à la statuette d' Aménophis IV, dans la 
3 e livraison des Monuments de l'art antique publiés sous la direction de M. Rayet. 

3. La Sculpture égyptienne (Paris, Leroux, 1876). Cf. Rev. critique, n° du 4 no- 
vembre 1876. 



> d'histoire et de littérature 107 

En Egypte, le peintre n'est qu'un artisan chargé d'étendre la cou- 
leur par tons entiers et plats, dans le champ que lui a tracé le dessina- 
teur. La peinture égyptienne ne pouvait donc fournir matière à de longs 
développements. On s'étonnera cependant de ne pas trouver ici un plus 
grand nombre de planches en couleur. Les planches XIII et XIV, où l'on 
est revenu avec succès au procédé de Vaqua tinta, sont, il est vrai, deux 
brillants spécimens de l'ornementation polychrome de l'Ancien Empire. 
Mais, pour la figure, les planches font défaut. Cette lacune tient à un 
scrupule des auteurs qui, manquant d'études faites pour eux sur les ori- 
ginaux, n'ont pas. voulu emprunter à Champollion, à Lepsius ou à 
Prisse des copies dont ils n'auraient pu garantir la complète fidélité. La 
raison est excellente, mais il est permis de regretter que les mêmes ar- 
tistes qui ont relevé sur place les tons du tombeau de Phtah-Hotep, 
n'aient pas fait cela pour d'autres monuments. 

Cette observation nous amène à dire quelques mots des gravures qui, 
dans ce livre, sont autre chose encore et mieux qu'un ornement. Les 
figures sont comme les documents d'une histoire de l'art : il importe 
avant tout que ces documents soient transcrits exactement. Les auteurs 
et les éditeurs n'ont épargné aucun soin pour cet objet. On trouvera 
dans ce premier volume un grand nombre de monuments inédits, qui 
ont été dessinés au musée de Boulaq par deux artistes envoyés tout ex- 
près en Egypte; un autre artiste a été chargé de reproduire les monu- 
ments les plus importants du Louvre. Bien qu'il y ait dans ce volume 
plusieurs belles planches, il faut louer les auteurs d'avoir préféré au luxe 
qui éblouit l'exactitude qui instruit ', à la magnificence la sincérité, qui 
est la première qualité de toute reproduction artistique. C'est à ce be- 
soin d'exactitude que répondent les nombreuses gravures sur zinc et sur 
bois, placées en regard du texte qu'elles éclairent et qui en est, à son 
tour, le perpétuel commentaire. L'ensemble de cette illustration fait 
grand honneur à la direction générale de l'œuvre et aux- artistes qui ont 
prêté leur concours à M. Chipiez. On s'assurera facilement de leur mé- 
rite, en comparant les figures qu'ils ont exécutées à celles qui, dans le 
bel ouvrage d'Ebers, représentent les mêmes monuments \ 

Sous tous les rapports, cette histoire de l'art égyptien est donc de na- 
ture à satisfaire la critique. Seuls, les esprits rigoureux y découvriront 
quelques longueurs 3 . Mais ce livre n'a pas été écrit uniquement pour 



1. Pourquoi seulement la lithochromie a-t-elle donné une teinte uniforme au 
Scribe accroupi (pi. X) sans tenir compte du caleçon, qui se détache en blanc sur le 
brun roux du corps? 

2. Comparez, par exemple, la statue de Chéphren (Perrot, p. 678; Ebers, I, p. 172 
de la traduction française), le Scribe (Perrot, pi. X; Ebers, I, p. i53), le cheik-el-be- 
led (Perrot, p. 11 ; Ebers, II, p. 5i). Les gravures de l'ouvrage d'Ebers, d'ailleurs si 
remarquable au point de vue pittoresque, sont poussées au noir d'une façon désa- 
gréable. 

3. Ces longueurs, dont on ose à peine faire une critique, puisqu'elles se rattachent 



108 REVUE CRITIQUE 

eux. La plupart des lecteurs auxquels il s'adresse ne se plaindront pas, 
au contraire, de ces larges développements qui ont l'avantage de mettre 
les idées dans tout leur jour; ils ne résisteront pas à l'attrait de cette fa- 
cile et lumineuse exposition, qui sait être précise quand il le faut, mais 
qui, le plus souvent, se déroule avec l'ampleur et l'abondance d'un 
fleuve puissant. Ce premier volume annonce et promet une œuvre ca- 
pitale. Personne n'a été surpris d'apprendre qu'il paraît à Leipzig l une 
traduction allemande de l'Histoire de l'art dans V antiquité. Le succès 
de l'ouvrage est désormais assuré à l'étranger. Ce succès devra être en- 
core plus grand chez nous où, mieux que partout ailleurs, on apprécie 
les œuvres qui, à la solidité indiscutable de la science, joignent des qua- 
lités maîtresses d'ordre, de méthode et de goût, et qui sont douées, en 
outre, de ce charme souverain du style, qui semble n'être d'ailleurs que 
la parure indispensable d'une histoire de l'art. Tout le monde fera donc 
des vœux pour l'heureux et régulier achèvement de cette grande entre- 
prise, destinée à servir avec éclat, en tout pays, les intérêts de la science. 

P. Decharme. 



157. — J.-N. Madvig. Oie Verfassang and Verwaltung des rœmisclien 

stnats (traduit du danois). Tome I, Leipzig, Teubner. 1881, in-8° de xiv-5o,6 p. 
Prix : 12 mark. 

On ne saurait parler du livre de M. Madvig qu'avec un sentiment de 
profond respect. C'est presque l'œuvre la plus considérable d'un des 
hommes de notre siècle qui ont le plus aimé et le mieux connu le 
monde romain. A l'âge de vingt ans, il promettait de consacrer à l'anti- 
quité sa vie tout entière, et il a tenu parole : ni les devoirs de l'ensei- 
gnement, ni de hautes fonctions administratives ne l'ont détourné un ins- 
tant de ses chères études. Malade, âgé de quatre-vingts ans, aveugle, il 
les continue avec la même ardeur, la même tranquillité d'âme, aidé par 
ses enfants, qui sont pour lui des secrétaires admirables de dévouement. 

M. M. a d'abord été, il est encore avant tout un philologue. Ce- 
pendant, l'histoire des institutions romaines l'a attiré de très bonne heure. 
Son travail sur la condition des colonies 2 demeure le fondement de toute 
étude sur les origines du droit municipal romain. On connaît ses aper- 
çus sur les constitutions politiques de l'antiquité 3 . Ces dernières années, 
il s'est occupé des institutions militaires de la république i . Enfin ses 

à la manière propre de l'auteur, sont surtout sensibles dans les développements 
relatifs à la tombe du Nouvel Empire. 

1. A la librairie Brockhaus. 

2. De jure et conditione coloniarum popuîi romani (Opuscula philologica, I (1834), 
p. 208). 

3. Blick auf die Staatsverfassungen des Altertums, 1840. 

4. Die Befehlshaber und das Avancement in dem rœmischen Ileere (Kleine phil. 
Sclir., Leipzig, 1875); Remarques sur quelques officiers appelés praefecti dans les der- 
niers temps de la rép. rom. (Revue de philologie, 1878). 



I icq/jlq bJL i>, . 
dh.stouœ kx de littérature ^ 109 

Opuscula philologica et ses Emendationes Livianae sont remplis d'ob- 
servations sur des points de détail, qui ont un prix infini pour la con- 
naissance de l'histoire. En publiant un manuel des institutions romai- 
nes, M. M. est donc sur un domaine qui lui appartient : son livre est le 
résumé de recherches et de réflexions continuées pendant cinquante ans 
de lectures sans relâche et de critique ininterrompue. ( 9§bivjw>*| sb 

II. est visible toutefois que ce livre s'adresse plus particulièrement aux 
philologues. Il nous offre le tableau complet de.l'administration romaine : 
mais ce tableau est avant tout destiné à faciliter l'intelligence des textes 
classiques, la lecture des historiens et des écrivains de l'antiquité. Ce li- 
vre n'est point né, dit l'auteur dans sa préface (p. iv), du désir conçu un 
beau jour d'écrire un traité sur la constitution de Rome : il a son origine 
dans la pratique assidue des littératures anciennes, dans le besoin de ré- 
pandre un peu de lumière sur le monde qu'elles décrivent. Aussi, la par- 
tie essentielle de l'ouvrage est l'histoire politique de la Rome consulaire. 
M. M. ne traite la période monarchique que pendant le temps où les 
lettres conservent les vieilles traditions, où l'Etat maintient les formes 
républicaines. Pour tout ce qui concerne le troisième et le quatrième siè- 
cle, il ne nous donne qu'un résumé des plus rapides : car le monde anti- 
que, ses institutions comme sa littérature, finit après les Antonins (p^f 28). 
Dès le 111 e siècle, nous sommes en présence de principes nouveaux, 
diamétralement opposés à ceux dont avait jusque-là vécu le droit romain. 
M. M. s'est fidèlement tenu en deçà des limites qu'il s'était tracées et qui 
convenaient si bien au but immédiat de son ouvrage. Il est permis de le 
regretter. Sans doute le monde où vécurent et écrivirent Ammien Mar- 
cellin, Symmaque, Oaudien, s'éloigne étrangement de celui de César et 
de Tite-Live : mais il n'en diffère pas plus que le siècle d'Auguste ne 
diffère de la période royale et du temps des décemvirs; c'est encore un 
monde romain, il y a encore une littérature romaine. Les consuls ne 
ressemblent guère à ceux de l'ancienne Rome, mais il n'y a dans les 
pouvoirs des uns et des autres qu'une différence de degré et non de na- 
ture : ils jouissent encore au iv« siècle de ce droit d'affranchir, de 
cette juridiction volontaire, qui avait été le privilège des magistratures 
suprêmes. Il y a encore, au temps de Théodose, des préteurs chargés à 
Rome de la nomination des tuteurs comme il y en avait sous les Anto- 
nins. Le caractère antique de toutes les magistratures, de tous les pou- 
voirs, se conserva toujours avec cette merveilleuse persistance qui fait 
que la tradition se continue encore à la fin du iv° siècle, qui fait que, 
malgré tout, de Romulus à Constantin, l'histoire romaine a son unité. 
Si les préoccupations de M. M., si ses habitudes scientifiques l'ont 
amené à trop restreindre le cadre de son étude, à sacrifier quelques dé- 
tails d'administration et de droit public, il faut dire que son livre leur 
doit d'être composé avec une méthode d'une irréprochable perfection. 
Avant tout, M. M. a voulu que son ouvrage fût le résumé de tout ce 
que la lecture des écrivains anciens nous autorise à affirmer sur la cons- 



I 10 RKVUK CUITIQUfe. 

titution romaine; 11 a cherché à concilier les écrivains qui se combat- 
tent, mais dont les témoignages ne sont pas contradictoires : ceux qu'il 
est impossible d'accorder, il les cite côte à côte, et refuse absolument de 
se prononcer. Bien des questions, dans le droit public romain, n'offrent 
pas de solution certaine, et peut-être même sont à jamais insolubles. 
M. M. ne comble jamais les lacunes à l'aide d'hypothèses. 11 se borne à 
dire : Voilà ce que les écrivains naus apprennent : au-delà, nous ne sa- 
vons rien. Peu de livres'ont un pareil caractère de modestie et de sincé- 
rité. 

M. M., fait un usage constant des inscriptions : il rend souvent 
hommage aux admirables efforts et aux merveilleux résultats de la 
science épigraphique de notre siècle. On sent bien toutefois que le point 
de départ de ses recherches pour toutes les questions, même pour l'ad- 
ministration impériale, est la lecture et l'explication des textes écrits. 
L'épigraphie (à part les grandes inscriptions juridiques) nous fait con- 
naître surtout un mécanisme administratif. Mais il importe aussi de 
savoir ce que les contemporains ont pensé de ces institutions, l'idée 
qu'ils se sont faite du régime sous lequel ils vivaient : ce que nous ne 
trouvons que dans la littérature. En somme, la méthode de M. M. si on 
la compare à «celle des savants allemands, est moins objective que 
subjective ; elle se rapproche davantage de celle dont nous trouvons 
l'emploi le plus complet et le plus judicieux dans les Institutions politi- 
ques de M. Fustel de Coulanges. Il en résulte que M. M. évite avec le 
plus grand soin toute vue d'ensemble sur l'administration romaine qui 
ne se trouve pas nettement formulée dans les écrivains de l'antiquité. 
Sans cette précaution, on court inévitablement le risque d'élever de 
fantaisistes constructions, d'imaginer des théories diamétralement op- 
posées aux idées du monde ancien. Avec elle on renonce aux ingénieu- 
ses fictions, à ces hypothèses hardies qui, il iaut bien le dire, permettent 
quelquefois d'atteindre d'un seul coup la vérité tout entière. On ne trou- 
vera ni les unes ni les autres dans le livre de M. M., et il serait fâché lui- 
même qu'elles y fussent; mais on peut être assuré avec ce guide infailli- 
ble, de ne s'écarter jamais de la certitude. 

Ce que M. M. reproche surtout au Droit public de M. Mommsen, 
c'est de faire dériver les institutions romaines de concepts a priori, de 
principes bizarres ■ qu'il substitue aux sentiments, aux pensées des 
Romains eux-mêmes. Malgré cette accusation formelle, il est impossible 
de regarder l'ouvrage de M. M. comme la réfutation continuelle et 
voulue du traité de M. Mommsen. Que les deux livres, surtout pour ce 
qui concerne l'empire, se combattent, .non-seulement dans, l'idée géné- 
rale, mais encore dans les plus petites questions de détail, cela est 
certain. Mais c'est avant tout le résultat de points de départ opposés et 



i. Collégialité, Dyarchie. Voyez en particulier Staatsrecht, II (*• éd.).. pp. 725 
et io36. 



DHISIOlHhKI DK LUTKRaIUUK III 

de méthodes différentes. C'est n'avoir ni justice scientifique, ni respect 
moral, que de douter des nobles paroles par lesquelles M. M. va au- 
devant de cette accusation : «.Beaucoup croiront, dit-il, que j'ai voulu, 
de parti-pris, rabaisser le mérite de la science allemande; ce n'est 'point 
par des mots que je puis écarter ce reproche. J'ai toujours eu pour cette 
science une admiration ardente, quoique réfléchie : j'ai toujours été en 
même temps le zélé défenseur du droit et de l'honneur de ma patrie; 
mais, dans les choses de science, je ne pense pas à la nationalité, mais à 
la vérité. » Il ne nous appartient pas de commenter les paroles et les sen- 
timents de M. Madvig. 

La méthode de M. M. se retrouve enfin dans la composition de son 
livre. Quand on renonce à toute construction a priori, il n'y a qu'un 
seul ordre à suivre pour parler des institutions d'un peuple : l'ordre 
dans lequel elles se sont produites. C'est le seul, en effet, qui préserve de 
l'arbitraire: c'est, dans un livre de caractère aussi théorique, d'apparence 
aussi abstraite que doit l'être un manuel de droit public, c'est le seul 
ordre qui permette d'étudier, à côté de l'essence et du principe des 
institutions, leur origine et leur développement véritables, qui permette 
surtout de rattacher leur histoire à l'histoire générale des faits et de la 
civilisation. Commencer une étude sur la constitution romaine par des 
recherches sur les magistratures, sans parler du peuple et du sénat, c'est 
réserver pour la fin ce qui est à la fois le commencement chronologique 
et le fondement légal de cette constitution. On sait que le premier vo- 
lume des Antiquités romaines de MM. Mommsen et Marquardt, contre 
lesquels M. M. dirige ce reproche, traite de l'essence des magistratures, 
le second, des fonctions des différents magistrats : le troisième sera 
consacré au peuple et au sénat. Le livre de M. M. (et c'est ce qui lui 
donne sur l'ouvrage allemand, une incomparable supériorité de compo- 
sition et d'intérêt historique), commence ' par la définition du citoyen 
romain, par l'étude des droits et des devoirs qui s'attachent à ce titre, 
des conditions de ceux qui en sont privés, de la manière dont il s'obtient 
(ch. i) ; M. M. examine ensuite les différentes classes entre lesquelles se 
divise le corps des citoyens romains, et, en particulier, les classes des 
privilégiés, patriciens, sénateurs, nobles, chevaliers, tribuni aerarii 
(ch. n) ; puis vient l'étude de ce corps réuni en assemblées politiques et 
veillant aux destinées de la nation, du fonctionnement de ces diverses 
assemblées, comices curiates, centuriates, comices par tribus, des dispo- 
sitions enfin qui y étaient prises (ch. m); M. M. passe ensuite aux diffé- 
rents pouvoirs chargés du gouvernement de l'Etat, le sénat d'abord 



i. Le livre est précédé d'une courte introduction sur l'histoire générale de Rome, 
sur la littérature, les mœurs, la politique romaines, sur la topographie de la ville. 
D'ordinaire, tous les chapitres commencent par un aperçu des sources : par exem- 
ple, le chapitre sur les magistratures, par un examen des principaux traités que les 
Romains ont écrits sur la question. On ne saurai.! trop remercier M. M. de cette 
innovation. 



I 12 KKVLJK CRIT1QUK 

(ch. iv), puis la royauté et les magistratures (ch. v), enfin l'empire (ch. vi). 
Le premier volume se termine par un tableau de l'administration du 
bas empire tel que le présente la Notifia dignitatum. 

Il est impossible d'entrer, à propos de ce livre, dans une critique de 
détail. Il y échappe, non-seulement par sa nature de manuel, mais encore 
et surtout par la méthode de l'auteur, qui, s'arrétant là où commencent 
l'incertitude et l'hypothèse, ne s'écarte jamais de la stricte vérité. Il y a 
évidemment un nombre considérable de questions qui ont prêté et qui 
prêteront encore à d'éternelles discussions, et sur lesquelles les adversai- 
res de M. M. ne céderont probablement pas '. Il est parfaitement inutile 
de juger entre eux et lui, d'autant plus que M. M. se borne à émettre 
son opinion, et se refuse absolument à discuter, ce qui aurait en effet 
dénaturé le caractère de son manuel \ D'autres questions, dans le livre 
de M. M., sont fortement écourtées : mais il n'y a pas, à proprement 
parler, des lacunes 3 . Cependant l'excès de la concision entraîne quel- 
quefois l'auteur à donner le change sur sa véritable pensée : il dit, par 
exemple, que les fonctionnaires étaient divisés, dans le bas empire, en 
cinq classes, illustres, spectabiles, clarissimi, perfectissimi, egregii\ 
L'expression trahit évidemment M. Madvig. Le titre de clarissimus ne 
désigne pas une certaine classe de fonctionnaires : il est héréditaire 
comme la classe qu'il caractérise, noblesse de sang entièrement différente 
de la noblesse, purement temporaire et hiérarchique, des spectabiles et 
des illustres. 

Il est cependant une partie du livre de M. M. sur laquelle il importe 

i. M. M. n'admet pas qu'il y ait eu de différence entre les droits des anciens 
Latins et le jus Latii tel que le définissent Asconius, Strabon, Cicéron, Oppien 
(pp. 64-65); cf. au contraire Marquardt, Staatsr., I (188 1), p. 55. La loi de Malaca 
est pour lui la loi d'une cité' romaine, et non latine (p. 65), contre Mommsen, 
[Staatsreclit, pp. 363 sqq.). En revanche, Novum Comum reçut de César une colonie 
latine (p. 3o), cf. Mommsen, Corp. Inscr. Lat., V, p. 565, Imperium n'a jamais 
désigné que l'autorité supérieure (p. 345). cf. Mommsen, Staatsreclit, I (1876), p. 24. 

II n'y eut jamais qu'un seul empereur souverain [pontife jusque vers le milieu du 
m* siècle, dit M. Mommsen, Str., II (1877), p. io53 : quand il y avait deux empe- 
reurs, il y avait aussi deux pontijîces maximi, dit M. Madvig (p. 540). Ces quelques 
exemples sont pris au hasard entre mille. Cf. encore la question des comices curia- 
tes, p. 224, du rapport des préteurs avec les quaestiones perpetuae, pp. 388-3go, etc. 

2. M. M. ne se départit guère qu'une fois de sa réserve : c'est au sujet de la 
civitas sine suffragio. La cité sans suffrage n'est pas du tout une récompense, un 
privilège donné aux villes, comme l'a dit Aulu-Gelle (16, i3) : c'est au contraire la 
forme la plus étroite de la soumission. M. M. reprend, en la développant et en lui 
donnant une précision plus grande, la thèse qu'il avait soutenue dans ses Opuscula 
philologica (I, p, 3(38). Il est certainement dans le vrai contre Zumpt. De propaga- 
tione civitatis romanae {Studia romana, p. 366). 

3. En particulier, sur la juridiction consulaire, sous l'empire, p. 37g; sur celle 
des préteurs, p. 592, des tribuns, p. 479, sur les curae et les triumvirs deducendis 
coloniis, pp. 5o3-5o6, sur les chevaliers du temps de l'empire, pp. 179-180. 

4. P. 590. Voyez les inscriptions C. I. L., V, 1730, 1732, 1188, 1189, 1190; 
Orelli, 11 54; C. Théod., 11, 1,6. 



d'histOirk ET DR LITTERATURB ii3 

de s'arrêter plus longtemps, à cause de la curiosité extrême qu'elle a 
éveillée et de la polémique qu'elle suscitera : c 1 est celle où il expose ses 
idées sur le pouvoir impérial. Si Ton ne regarde que l'expression, elles 
sont diamétralement opposées à celles qui régnent aujourd'hui dans la 
science allemande et que M. Mommsen exposait si nettement, en 1875, 
dans les premières pages de son volume sur le principat '. « Le nouveau 
régime, disait-il, ne peut, dans le droit public, être désigné comme une 
monarchie, pas même comme une monarchie limitée. Le mot qui 
exprimerait de la façon la plus juste l'essence de cette merveilleuse insti- 
tution est celui de dyarchie, c'est-à-dire le partage de la souveraineté, 
fait une fois pour toutes, entre le sénat d'une part, et le prince de l'autre, 
ce dernier comme homme de confiance de l'assemblée... La souveraineté 
d'Auguste ne s'est point présentée comme mettant fin à la constitution 
républicaine, comme s'opposant à elle, mais bien plutôt comme la réa- 
lisation de cet état de choses et l'opposé du gouvernement exceptionnel 
qui depuis vingt-deux ans en suspendait le fonctionnement régulier. » 
Voici quelles sont, à peu près, les paroles de M. Madvig 2 : « L'empire 
est sorti d'un régime que les faits seuls avaient fondé : il est né de la 
nécessité d'une monarchie absolue, que tous jugeaient nécessaire et que 
l'habitude avait fait approuver ; et cette monarchie, pendant longtemps, 
se transmit comme telle, étrangère à toute théorie constitutionnelle... 
L'empereur est à l'origine le citoyen le plus considéré de l'Etat, auquel 
le peuple et le sénat ont conféré des pouvoirs extraordinaires, et, en 
particulier, toute la puissance militaire... Le sénat, avec les anciennes 
magistratures, devait représenter l'Etat : mais il manquait en réalité de 
tout fondement indépendant de force et d'autorité. » 

M. Mommsen, préoccupé avant tout de retrouver une théorie consti- 
tutionnelle, M. Madvig, s'inspirant des faits et de la pensée des écrivains, 
ont abouti à deux définitions de l'empire, qui semblent opposées, 
dyarchie et monarchie. Toutefois la pensée de M. M. n'est pas aussi 
éloignée de celle de M. Mommsen qu'il paraît au premier abord. 
Sur la question de savoir si l'empire a été absolu, en fait, dès l'origine, 
il est évident que M. Mommsen n'a jamais eu d'autre opinion que celle 
de M. Madvig. Le mot de dyarchie ne porte que sur le principe légal de 
la constitution impériale. Or, il ne serait pas difficile de prouver que l'un 
et l'autre sont d'accord là-dessus : l'empereur, selon M. Madvig tient ses 
droits du sénat, qui lui a conféré successivement tous les pouvoirs dont 
se compose sa souveraineté (p. 53o) ; pendant le règne de chaque prince, 
le sénat continue à représenter officiellement l'Etat, la république 
(p. 532), depuis que toute la puissance du peuple a passé entre ses 
mains; le sénat a ses provinces, son trésor, ses magistrats; à côté du 
gouvernement du prince, il y a un gouvernement du sénat (p. 5 61). Or, 

1. Staatsrecht, 11(1875), p. 709= (1877), p. 72b. 

2. I, pp. 53i-532. 



I 14 REVUE CRITIQUB 

M. Mommsen ne dit pas autre chose, et il a raison avec M. Madvig. 
Il est certain, toutefois, que l'expression dedyarchie peut prêter à des 
malentendus. Le mot de monarchie a sur lui au moins l'avantage de 
répondre aux idées et aux sentiments des écrivains de l'empire, même 
des contemporains d'Auguste. Si l'on entend, en effet, par dyarchie un 
gouvernement formé de deux pouvoirs égaux, d'origine différente, ayant 
chacun sa sphère d'action, et indépendants l'un de l'autre, tel n'était 
certainement pas le régime impérial. Le mot est juste quand il y a deux 
empereurs égaux en autorité par tout l'empire, en s'en partageant les 
provinces. Mais ici les deux pouvoirs entrent, pour ainsi dire, l'un dans 
l'autre. C'est du sénat que l'empereur reçoit ses pouvoirs, et l'empereur 
est le président du sénat, surveille le recrutement de l'assemblée ; il est 
le maître, quand il le veut, des provinces dites sénatoriales, et quand le 
sénat les gouverne, c'est de l'empereur qu'il les tient. Il y a deux pou- 
voirs, sans doute, mais, le sénat, pouvoir souverain, abdique sa sou- 
veraineté entre les mains de l'empereur. En droit, par conséquent, 
comme en fait, il n'y a qu'une monarchie : il n'y a pas plus de dyarchie 
qu'il n'y en avait lorsque, sous la royauté ou la république, tous les 
pouvoirs étaient délégués au roi ou aux consuls : « L'autorité impériale 
eut, dit M. Fustel deCoulanges ', la même source et le même principe 
que l'autorité des anciens consuls. Comme eux, les empereurs eurent 
dans les mains cette puissance absolue que l'esprit romain avait toujours 
accordée à la République. La seule différence fut qu'au lieu d'être 
partagée entre plusieurs magistrats, cette puissance appartint tout entière 
à un seul homme. Un chef unique remplaça plusieurs chefs, un seul 
maître plusieurs maîtres; à cela près le Droit public resta le même ». 
Dans cette théorie, les théories de M. Madvig et de M. Mommsen se 

confondent et s'accordent 2 . 

Camille Jullian. 



1 58. — Frédéric Godefroy. Dictionnaire de l'ancienne langue française 
et de tons ses dialectes du IX e au XV* siècle, composé d'après le dé- 
pouillement de tous les plus importants documents... publié sous les auspices du 
ministère de l'Instruction publique. Paris, Vieweg, 1880, gr. in-4 ; Tomel (iv- 
799 p. ; A. Castaigneux) et 4 fascicules du tome II parus (jusqu'au mot Cortoisie). 

L'immense répertoire dont M. Godefroy poursuit la publication avec 

1. Institutions politiques, 2, 1. M. Fustel croit que cette délégation de l'autorité se 
fit, dès le temps d'Auguste, par un acte formel, une loi régulière, ce que ne croient 
ni M. Madvig (pp. 53o-53i), ni M. Mommsen. 

2. Nons nous permettons de relever quelques fautes d'impression : p. 60, 1. 22 : 
eiver pour einer; p. 102, 1. 4. : Gerchlechtsnamen pour Geschlechtsnamen ; p. 240, 
1. 2 : eigentliahe pour eigentlicher ; p. 421, J 11, 1. 1 : Aedililtœt pour Aedilitaet; 
p. 5o3, 1. 18 : coustituendae pour constituendae ; p. 584, 1. 27 : Diomitian pour 
Diocletian. 



d'histoire et de LITTÉRATURE I I 5 

une louable activité doit avoir environ dix volumes ; il n'est donc pas 
trop tard, semble-t-il, pour en parler, puisque nous sommes à peine ar- 
rivés au milieu du tome II. Toutefois, une œuvre de ce genre peut se 
juger dès les premiers fascicules, et déjà des jugements aussi compétents 
que longuement motivés ont été portés par les savants les plus autori- 
sés. Je fais allusion notamment aux importants articles publiés par 
MM. Adolf Tobler ' et Arsène Darmesteter 2 . Après le dernier surtout, 
dont je partage la plupart des idées, il reste bien peu de chose à dire. Je 
n'ai donc qu'à me confiner dans le rôle modeste de rapporteur pour une 
partie de ma tâche. 

Le plus grand reproche que l'on puisse faire à la publication de M. G., 
c'est de ne pas répondre complètement au titre qu'il lui a donné de Dic- 
tionnaire de l'ancienne langue française du ixe au xv e siècle. L'au- 
teur a soin de nous en prévenir en ces termes : « Dans le Dictionnaire 
dont nous publions aujourd'hui le premier fascicule, nous ne présentons 
pas tous les mots français qui ont été usités durant les siècles que nous 
embrassons... Nous nous sommes résigné à commencer par un frag- 
ment... Ce fragment contient les mots de la langue du moyen-âge que la 
langue moderne n'a pas gardés. Lorsque nous enregistrerons des mots 
conservés, ce ne sera que pour certaines significations disparues. Il suit 
de là qu'il ne faut pas toujours s'attendre à trouver une classification sa- 
tisfaisante du sens des mots que nous citons, puisque tel sens ancien 
peut dériver d'une signification encore aujourd'hui vivante que nous 
supprimons systématiquement. » 

M. G. avait conçu d'abord, et en partie exécuté, un dictionnaire his- 
torique unique donnant à leur ordre alphabétique tous les mots de la 
langue française à toutes les époques, et permettant ainsi de suivre de 
siècle en siècle le développement de chacun d'entre eux et pour le sens et 
pour la forme. Des nécessités matérielles l'ont forcé à subdiviser en trois 
parties cette œuvre immense, et à publier successivement trois diction- 
naires au lieu d'un : i° dictionnaire des mots et des sens disparus (c'est 
celui qui s'imprime actuellement); 2° dictionnaire de la langue moderne, 
conçu au point de vue historique; 3* dictionnaire de la langue savante. 
Malheureusement ces trois dictionnaires partiels, en en supposant la pu- 
blication achevée, ne vaudront jamais le dictionnaire unique que l'au- 
teur nous avait fait espérer. En se résignant (avec quels regrets, on le 
devine) à modifier sa conception primitive, M. Godefroy n'avait qu'un 
parti à prendre, ainsi que M. Darmesteter l'a lumineusement démontré : 
donner dans un premier dictionnaire tous les mots connus de la langue 
depuis les origines jusqu'à la fin du xvi e siècle, dans l'autre tous les mots 
employés depuis cette époque jusqu'à nos jours. Quant à la langue sa- 
vante, aucune bonne raison ne justifie pour elle la constitution d'un ré- 



i. Zeitschriftfùr romanische Philologie, V, pp. 147-159. 
2. Romania, X, pp. 420-439. 



I l6 REVUE CRITIQUE 

pertoire spécial. La distinction entre les mots savants et les mots popu- 
laires est très réelle, et l'on doit savoir gré aux vulgarisateurs comme 
M. Brachet d'en avoir peu à peu répandu l'idée dans le grand public; 
mais que de questions délicates peuvent être soulevées à ce propos, dont 
peut-être M. G. lui-même ne se doute pas! Que de nuances, que de cou- 
ches chronologiques différentes peuvent s'observer dans ce qu'on croit a 
priori être des mots populaires ou des mots savants! Miracle paraîtra 
populaire à côté de tentacule, parce que l'accent tonique y est fidèle au 
latin; mais la comparaison de formes comme gouvernail, soupirail, où 
-aculum = ail, nous montre dans miracle un mot savant introduit dans 
la langue commune avant qu'on eût encore perdu le sens de l'accent la- 
tin. Humble ne sembie-t-il pas de formation toute populaire? Et pour- 
tant M. Gaston Paris a fait voir tout récemment qu'il n'en était pas 
ainsi. Il est donc bien imprudent, dans ces conditions, de vouloir consa- 
crer un lexique spécial à la langue savante, lorsqu'on peut légitimement 
s'épargner une tâche aussi difficile. 

En excluant de son dictionnaire actuel les mots et les sens qui ont 
survécu, M. G. a voulu « courir au plus pressé et donner la partie du 
dictionnaire qui pouvait être la plus utile aux étudiants » . Cette raison 
toute pratique ne suffirait peut-être pas à justifier une exclusion regret- 
table pour qui considère les choses à un point de vue plus élevé. Mais 
dans la pratique même, le système adopté est très défectueux. Supposez 
les trois dictionnaires publiés. Un étudiant encore inexpérimenté trouve 
dans un texte le mot tenoire ; il y a gros à parier qu'il n'y reconnaîtra 
pas une forme dialectale du mot actuel tonnerre. Il cherchera tenoire 
dans le premier dictionnaire, il le cherchera dans le second, dans le troi- 
sième, et vraisemblablement il ne le trouvera nulle part. 

J'insiste sur ce vice de constitution du Dictionnaire, parce que c'est, 
à mon sens, le reproche le plus grave qu'on puisse lui faire, parce que 
c'est là la source de la plupart des inconséquences, des bizarreries dont 
M . Darmesteter a cité de nombreux exemples et dont on pourrait facile- 
ment augmenter la liste. Un examen minutieux de chaque fascicule ré- 
vélerait, en outre, bien des imperfections de détail. Voici, par exemple, 
quelques observations que me suggère le dernier fascicule paru, après une 
lecture attentive des 45 premières pages seulement. 

Conmeslure, s, f. mélange : un ex. emprunté aux poésies de Frois- 
sart; or cet exemple est déjà cité au fasc. i3, sous la forme comelure et 
avec le sens de parure des cheveux, ornement de tête. L'article conmes- 
lure est donc à supprimer, car il n'y a pas de doute qu'il faille lire et in- 
terpréter comme l'a fait l'auteur au mot comelure. 

Conobrage, s. m. action de reconnaître : deux exemples empruntés à 
des chartes saintongeaises. Le mot est assez étrange; mais, en l'admettant 
pour authentique il faut le rattacher pour le sens à recouvrer et non à 
reconnaître. 

Conthoral, s. f. épouse : un ex. de 1406. Mot savant, que M. G. ne 

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P HISTOIRE ET DE LITTERATURE 117 

. jiinuq bnfi f 

peut admettre qu'en renonçant à son glossaire spécial de la langue sa- 
vante. uriBun si M aiîè •■ 

Contise, s. f., recette : un seul ex. où le mot est écrit quentyse. Il fal- 
lait le fondre dans l'article cointise. 

Conton, s. m., comte : un seul ex. où ce mot rime avec anchison ; il 
faut lire contor et anchisor.~ nm r ) 

Contracter 2. L'exemple emprunté aux Actes des Apôtres n'est qu'une 
mauvaise orthographe de contraster. 

Contraignance . Ce mot, comme ses congénères, d'après l'usage suivi 
en pareil cas par l'auteur, devrait être écrit, en tête de l'article, constrai- 
gnance, et placé dans l'ordre alphabétique réclamé par cette ortho- 
graphe. 

Contrajeter, v. a. et contrajetir, v. n. Deux exemples empruntés à un 
texte lorrain publié par M. Bonnardot. Or ces deux mots n'en font 
qu'un : la contraction de ier en ir dans les dialectes de Test est un fait 
bien connu, et il n'y a pas là une différence de conjugaison. En ou- 
tre,le texte auquel les exemples sont empruntés maintient l'a latin atone 
dans beaucoup de cas où le français le change en e. Il fallait donc faire 
un article unique et lui donner pour tête la forme normale contrejetier 
dont contrajeter et contrajetir ne sont que des variantes dialectales. 

Contraval. Forme dialectale pour contreval, ne voulait pas un article 
spécial. 

Contrerimoier, v. a. rimer. Définition insuffisante. 

Contresierer. Forme wallonne ; il fallait la ramener à la forme nor- 
male contreserer. 

Contretrover. Un seul ex. qui fait le vers faux; il faut lire controver. 

Contwnal. Trois ex. où l'on lit contumaus, ou contumaux ; ce sont 
des imitations directes du latin contumax; jamais la forme contumal n'a 
existé. 

Je pourrais poursuivre jusque la fin du fascicule, mais je préfère m'ar- 
rêter. Dans l'appréciation d'un ouvrage, on peut ne considérer que ce qu'il 
devrait être pour être parfait, et se montrer d'autant plus sévère que l'ou- 
vrage est plus éloigné de la perfection absolue : c'est cette idée élevée du rôle 
de la critique qui a inspiré les fondateurs de cette Revue et qui continue 
à animer sçs collaborateurs. A ce point de vue, le Dictionnaire de M. G. 
pourrait justifier un jugement assez sévère. Mais c'est un peu le cas de 
dire : Summum jus summa injuria. Devant une œuvre aussi considéra- 
ble, la critique deviendrait souverainement injuste si elle ne tenait 
compte des difficultés d'exécution que cette œuvre présentait, de la puis- 
sance et de l'intensité de travail qu'il a fallu pour la mener à bonne fin, 
et des services immenses que cette œuvre, tout imparfaite qu'elle est, est 
appelée à rendre à la science. Faire un bon dictionnaire est un idéal bien 
difficile à réaliser. Littré semble y avoir réussi pour la langue moderne : 
son œuvre est tellement au-dessus de ce que nous avions jusqu'alors, qu'on 
a pu le croire arrivé du premier coup à la perfection. Qu'il s'en faut ce- 



I l8 REVUE CRITIQUE 

pendant! Quand le dictionnaire préparé et annoncé depuis longtemps par 
M. A. Darmesteter aura enfin paru, on pourra s'en rendre compte par une 
comparaison minutieuse tout à l'avantage de ce dernier. Combien plus 
malaisé était un dictionnaire de l'ancienne langue ! M. G. y a consacré 
plus de trente ans de sa vie. Quand il a commencé ses dépouillements, 
bien peu de textes étaient publiés; il y en a davantage aujourd'hui, mais 
bien peu encore qui soient réellement des textes définitifs. Parmi les sa- 
vants français actuels qui se sont fait un nom dans la philologie du 
moyen-âge, plusieurs assurément auraient pu mieux faire que M. G. : 
mais l'auraient- ils voulu? Il est permis d'en douter. Tous, en tout cas, 
trouveront beaucoup à prendre parmi les immenses matériaux réunis 
dans ce Dictionnaire, et la publication ne peut qu'en être accueillie avec 
la plus vive reconnaissance par tous les amis de notre ancienne langue. 
C'est un merveilleux instrument de travail qui se trouve mis dès aujour- 
d'hui entre leurs mains, et l'année 1880, grâce à M. Godefroy, sera 
comme le commencement d'une ère nouvelle pour la philologie du 
vieux français. Il ne faudrait pas donner son dictionnaire comme un 
spécimen de notre science, mais il prouve au moins que le courage d'en- 
treprendre de longs travaux et la persévérance à les poursuivre sont des 
qualités qui ne nous font pas défaut. 

Antoine Thomas. 



CHRONIQUE 



ALLEMAGNE. — Le sixième fascicule de YHistoire de la littérature allemande 
de M. Wilhelm Scherer (Berlin, Weidmann. In-8°, pp. 385-464) vient de paraître; 
il renferme la fin du x e chapitre, intitulé « Les commencements de la littérature 
moderne (le théâtre), et la plus grande partie du xi c chapitre, qui a pour titre a le 
siècle de Frédéric le Grand » (Das Zeitalter Friedrichs des Grossen) et qui se sub- 
divise ainsi : Leipzig (Gottsched, Gellert, Rabener, Elie Schlegel, Weisse); Zurich 
et Berlin (Bodmer et Breitinger; Klopstock; Kleist; Wieland) ; Lessing. 

— Outre les six fascicules annoncés des Françœsische Studien (III e volume), que 
MM. Kœrting et Koschwitz publient à la librairie Henninger, de Heilbronn, pa- 
raîtront encore deux fascicules, l'un, de M. A. Rœsiger, Neu-Hengstett-Burset, 
Geschichte und Sprache einerWaldenserkolonie inWurttemberg, et l'autre, de M. J. 
Uthoff, Nivelle de la Chaussées Leben und Werke. 

— M. Adelbert de Keller nous envoie le rapport qu'il a fait récemment, en sa 
qualité de président du litterarischer Verein de Stuttgart, sur la fondation et l'heu- 
reux développement [de 1'associatiQ.n (Bericht ûber Entstehung und Fortgang des 
litterarischen Vereins in Stuttgart. Tûbingen. Fues, imprimeur, In-8°, 35 p.). 
Déjà en 1870 M. Adelbert de K. avait joint au centième volume publié par le littera- 
rischer Verein un mémoire relatif à l'activité scientifique de la société ; c'est ce mé- 
moire qu'il fait paraître aujourd'hui eh deuxième édition, mais en y ajoutant le 
compte-rendu de l'œuvre du Verein depuis 1870 jusqu'à cette année. M. Adelbert 
de K. fournit des détails intéressants sur la fondation et l'administration de l'associa- 



D HISTOIRE ET DE LITTERATURE IIO, 

tion qu'il préside; il donne la liste des membres du Verein et les statuts qui le ré- 
gissent, ainsi qu'une table très détaillée (et par ordre de matières et par ordre 
chronologique) des publications de la société. Le Verein est entré dans sa trente- 
cinquième année d'existence et a fait distribuer son ib-j m * volume. M. Adel- 
bert de K. joint à toutes ces informations la liste de ceux qui ont publié des 
textes anciens pour le Verein ; cette liste se compose de plus de soixante-dix 
noms; elle est suivie d'une autre table plus complète et plus minutieuse que les autres 
tables, et qui renferme les noms des auteurs, des éditeurs et des œuvres de la « Bi- 
bliothèque » du litterarischèr Verein. — M. Adelbert de K. nous en voudrait peut- 
être si nous n'ajoutions pas que nous avons trouvé dans ce mémoire une petite feuille, 
pleine d'esprit et d'humour, qu'il a pris la peine de faire imprimer tout exprès et 
qu'il a intitulée Mein Vorname, « mon prénom ». Il paraît que beaucoup de gens nom- 
ment M. de Keller a Adalbert » et non Adelbert; nous-mêmes dans le compte-rendu 
de l'édition du Faust de Widmann qu'a récemment publiée l'éminent érudit, nous 
avons laissé échapper un « Adalbert» qui a déplu à M. de Keller; nous lui en ex- 
primons ici tous nos regrets et lui promettons de ne plus commettre à l'avenir cette 
déplorable confusion, et pour mieux nous graver dans l'esprit la forme véritable de 
ce prénom et l'inculquer à nos collaborateurs et lecteurs, nous traduisons l'agréable 
et piquante note de M. de Keller. Le président du litterarischèr Verein de Stutfgart 
fait allusion à un passage de Goethe dans « Poésie et Vérité »; le nom propre d'un 
homme, dit Gcethe, n'est pas simplement un manteau qui flotte autour de sa per- 
sonne et qu'on peut, à la rigueur, secouer et tirailler; c'est un habit parfaitement 
juste, qui s'est développé sur l'homme tout entier, comme la peau, et que l'on ne 
peut ni érafler ni écorcher sans le blesser lui-même.« Pourquoi, poursuit M. de Keller, 
n'aurais-je pas le droit de réclamer contre l'atteinte si souvent portée à mon pré- 
nom? Mon père m'a baptisé Adelbert, et non Adalbert. Enfant de l'époque nouvelle, 
je porte un nom dont la forme appartient au xix me siècle; pourquoi le traduire en un 
nom du x« siècle? Dit-on aujourd'hui adal, nebal, sattal, sessal,wachtal, etc., comme 
il y a mille ans? Ou bien devons-nous dire désormais Adalheid et non « Adelheid » 
Adahulf et non « Adolf », Hiltimuat et non « Hellmuth », Hiru% et non « Hirsch, » 
Hagihar et non « Hecker », Chuonrat et non « Konrat », Berahtold et non « Ber- 
thold », Willahalm et non a Wilhelm », etc.? 

BELGIQUE, — La commission royale d'histoire a fait distribuer deux volumes in-4» ; 
i° Le tome I er des Relations politiques des Pays-Bas et de l'Angleterre sous le règne 
de Philippe II, édité par M. Kervyn he Lettenhove; ce volume renferme 41 3 lettres, 
écrites du 27 octobre i555 au 23 août i55q, et empruntées au Record Office, aux 
archives de Bruxelles, de Vienne et de Simancas, ainsi qu'une introduction de 34 pa- 
ges contenant un précis des faits les plus remarquables consignés dans ces lettres; 
2 le tome IV et dernier de la Collection des voyages des souverains des Pays-Bas, 
édité par M. Charles Piot. Ce tome comprend : I. Le Journal des voyages de Phi- 
lippe II de i554 à i56g, par Jean de Vandenesse, suivi de 3j3 lettres et autres pièces 
(juillet i553-nn décembre ibb^) relatives au mariage de Philippe avec Marie Tudor ; 
II. le Voyage de Y archiduc Albert en Espagne (i5g8), par Gilles du Faing; III. Ulti- 
néraire d'Antoine, duc de Brabant (1407-1415) ; IV. L'Itinéraire de Jean IV, duc de 
Brabant (1415-1427); V. L'Itinéraire de Philippe de Saint-Pol, duc de Brabant 
(1427-1430); en tête de ces textes M. Piot a placé une introduction de quarante pages 
où il insiste surtout sur les voyages de Philippe II et sur les négociations auxquelles 
donna lieu le mariage de ce prince avec la reine d'Angleterre; il a mis à la fin du 
volume une table alphabétique des noms de personnes et de lieux cités dans les qua- 
tre volumes de la publication, oitsbfldi «1 1 



120 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURB 

— M. Frédéric Fétis, conseiller à la cour d'appel de Bruxelles, a tout récemment 
publié le Catalogue des collections de poteries, faïences et porcelaines (moyen âge et 
temps modernes) du Musée royal d'antiquités et d'armures. 

— Parmi les questions mises au concours par la Société libre de VEmulation de 
Liège, nous remarquons les suivantes : Etat des établissements d'instruction publi- 
que à Liège depuis Charlemagne jusqu'à nos jours (1,000 fr.); — Histoire adminis- 
trative de la province de Liège depuis la première invasion française (i ,000 fr.) — 
Inventaire raisonné des objets d'art que renferment les monuments civils et religieux 
de Liège (600 fr.) ; — Histoire de l'industrie armurier e dans le pays de Liège 
(t,ooo fr.). 



ACADEMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES 



Séance du 28 juillet 1882. 

L'Académie, ayant à choisir un lecteur pour la séance publique de l'Institut, le 
25 octobre prochain, désigne M. Le Blant. Il lira le mémoire communiqué par lui 
à la dernière séance, qui porte pour titre les Chrétiens dans la société païenne aux 
premiers âges de l'Eglise. 

L'Académie se forme en comité secret. 

La séance étant redevenue publique, M. Ch. Nisard termine la lecture de son 
mémoire intitulé : De Vétat incertain et précaire de la propriété littéraire vers le 
■milieu du xvi" siècle. Dans la seconde partie de ce mémoire, M. Nisard raconte la 
spoliation dont fut victime SufFridus Petrus, natif de Frise, professeur de droit à 
Cologne, mort en i5gy. Il avait fait de longues études sur les œuvres de Gicéron et 
avait réuni les éléments d'un recueil de Castigations ou corrections au texte de cet 
auteur, d'après divers manuscrits. Il se proposait de publier ce travail ; mais, ne 
trouvant pas le temps de mettre le manuscrit au net pour l'impression, il le confia à 
un de ses élèves, Janus Wilhelms, de Lûbeck, qui avait entrepris des travaux sur 
le même sujet. Il fut convenu entre eux que Janus réunirait ses propres corrections 
à celles de son maître et formerait du tout un seul ouvrage, qui paraîtrait avec le 
nom des deux auteurs, et que les bénéfices, s'il y en avait à recueillir, seraient par- 
tagés par moitié. Janus n'eut pas le temps de faire cette publication ; il mourut peu 
de temps après, à Bourges ; ses manuscrits, enlevés par un Allemand, nommé 
Kockert, furent remis à ses héritiers à Lùbeck. Suffridus les réclama en vain, allé- 
guant que la majeure partie de ces manuscrits représentait son travail et non celui 
de Janus, que même les parties écrites de la main de Janus avaient été pour la 
plupart copiées par celui-ci sur les notes fournies par son maître. Les héritiers re- 
fusèrent de rien restituer et Suffridus mourut sans avoir réussi à se faire rendre 
justice. Les Castigations et celles de Janus ne furent publiées que longtemps après, 
par Gruter, en 1618; mais cet éditeur et ceux qui ont depuis consulté son livre ont 
attribué l'honneur de ces corrections presque entièrement à Janus; au contraire, 
selon M. Nisard, c'est Suffridus qui en a été, sinon le seul, au moins le principal 
auteur. 

M. Bergaigne commence la lecture d'un mémoire intitulé : les Inscriptions sanscri- 
tes du Cambodge ; examen d'un mémoire de M. Aymonier. Les inscriptions dont il 
entretient l'Académie ont été recueillies par M. Aymonier dans un premier voyage 
au Cambodge, avant la mission qui lui a été confiée récemment par le gouvernement. 
Les copies de ces textes ont été envoyées par M. Aymonier à la Société asiatique ; 
MM. Barth, Sénart et Bergaigne se sont partagé le soin dé les étudier. 

Ouvrages présentés : — par M. Jourdain : Gozzadini, Maria Teresa di Serego- 
Allighieri Go^çadini ; — par M. Egger, de la part de M. Guénin, sténographe révi- 
seur du sénat : Anderson (Th.), History of shorthand with a review of its présent 
condition and prospects in Europe and America; — par M. Delisle : Courajod, Quel- 
ques sculptures de la collection du cardinal de Richelieu, aujourd'hui au musée du 
Louvre; le même, Quelques sculptures viceniines, à propos du bas-relief donné au 
musée du Louvre par M. Ch. Timbal. 

Julien Havet. 

Le Propriétaire-Gérant : ERNEST LEROUX. 

Le Puy, imprimerie Marckcssou fils, boulevard Saint-Laurent, 23. 



REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

N° 33 ' - 14 Août - 1882 



Sommah-e s i5g. Le Banquet de Xenophon, p. p. Rettig. — 160. Neumann, His- 
toire romaine de Scipion Emilien à la mort de Sylla, p. p. Gothein. — Kluge, 
Dictionnaire étymologique de la langue allemande. ~- 161. Théâtre choisi de 
Rotrou, p. p. De Ronchaud. — i63. Lettres de l'abbé Galiani, p. p. Perey et 
Maugras, p. p. Asse. — 164. Strackerjan, Le pays et les gens d'Oldenbourg; De 
Dalwigk, Le théâtre d'Oldenbourg. — Chronique. — Société nationale des anti- 
quaires de France. — Académie des Inscriptions. 



i5g. — Xenophons Gastmaltl. Griechisch und deutsch herausgegeben von 
Ferdinand Rettig. Leipzig, W. Engelmann. [881. iv et 273 p. petit in-8°. 

Le présent volume se compose de 93 pages d'introduction, de 100 pa- 
ges de notes explicatives ; le texte grec, la traduction allemande et les 
notes critiques occupent 80 pages. On le voit, M. Rettig a mis beau- 
coup du sien dans ce livre, il a tenu à commenter son auteur de toutes 
les façons, en le traduisant, en exposant l'ensemble de la composition, 
en interprétant les menus détails de style et de langue. 

M. R. est de ceux dont on a dit qu'ils ne se contentent pas d'expli- 
quer leur auteur, mais qu'ils le sucent. Des différentes parties de son tra- 
vail, l'Introduction est, si je ne m'abuse, celle à laquelle l'auteur doit 
tenir le plus, et que le lecteur jugera la plus originale et la plus remar- 
quable. M. R. y fait l'analyse du Banquet de Xenophon de manière à 
faire comprendre l'à-propos et la convenance de tous les incidents qui 
s'y produisent, de toutes les paroles qui y sont prononcées ; il s'efforce 
de marquer la place et le rang que chaque détail occupe dans l'ensem- 
ble de l'ouvrage, de deviner les intentions de l'auteur, de subordonner 
tous les détails à une idée maîtresse, de montrer enfin que ce petit dialo- 
gue est l'œuvre d'un art consommé, aussi attachant par la variété des 
détails qu'admirable par l'unité de conception. On peut trouver que 
M. R. a parfois trop de sagacité, trop de finesse et surtout qu'il appuie 
un peu plus qu'il ne le faudrait : cette longue dissertation philosophi- 
que et esthétique me gâte un peu, je l'avoue, l'impression que laisse l'ou- 
vrage d'un laisser-aller si charmant : mais ceci est affaire de goût et 
d'appréciation personnelle; je rends, d'ailleurs, pleine justice à la péné- 
tration de l'auteur et je crois que l'on peut adopter la plupart de ses ju- 
gements et de ses vues. Il y a cependant un point sur lequel je me sépare 
décidément de lui. 

On se souvient d'un incident qui tient une grande place dans ce ban- 
quet : les convives conviennent de s'amuser eux-mêmes par un jeu de 
Nouvelle série, XIV. 7 



122 RKVUK CRITIQUE 

société; chacun dira quel est le bien qu'il est le plus fier de posséder. 
Cela se fait d'une manière piquante, paradoxale, moitié plaisante, moitié 
sérieuse. Socrate, qui parle en dernier lieu, se vante de posséder l'art de 
l'entremetteur ([j.acTpoxeta). Plus lard Socrate fait l'éloge d'Eros, le dieu 
qui préside en quelque sorte à la fête donnée par le riche Callias au bel 
Autolycos. Mais Socrate distingue deux Eros, l'un, l'amour sensuel, 
éhonté, il le condamne et le flétrit ; il exalte, au contraire, l'amour des 
belles âmes, qui rend meilleur et celui qui en est l'objet et celui qui le 
ressent. Ce discours de Socrate remplit le chapitre vin ; il l'emporte sur 
tous les autres, non seulement par son étendue, mais aussi par le sérieux 
soutenu du ton (Socrate s'accuse et s'excuse lui-même de ce sérieux au 
§ 41), et par la portée des idées. On y voit, en effet, cette épuration des 
égarements de la Grèce que l'on pourrait appeler amour socratique, si 
le grand philosophe, qui en fit une des pièces constitutives de son sys- 
tème, n'y avait à jamais attaché son nom. Tous les lecteurs non préve- 
nus, si on leur demandait quel est le morceau capital du Banquet de 
Xénophon, désigneraient, je crois, d'un commun accord, ce grand dis- 
cours de Socrate. M. R. regarde comme le morceau le plus important 
de tout l'ouvrage la fin du chapitre 11, les lignes dans lesquelles Socrate 
se vante d'être un excellent entremetteur. Ce n'est pas la première fois 
que M. R. émet cette idée paradoxale; on la contesta comme de raison, 
mais il y tient et il la défend avec d'autant plus d'ardeur, qu'elle lui ap- 
partient incontestablement en propre. 

Voici ses arguments : le morceau capital doit se trouver dans la partie 
centrale de l'ouvrage; or, ce centre, c'est le jeu de société auquel concou- 
rent tous les convives, et le point culminant de cette joute, ce sont les 
paroles prononcées par Socrate à la fin du quatrième chapitre. On voit 
que M. R. applique les principes de l'architecture à la structure d'un 
ouvrage littéraire. 

Ce n'est pas tout : M. R. a étudié le Banquet de Platon dont il a 
donné une édition avec le même soin que celui de Xénophon, et il fait 
une comparaison approfondie, détaillée, peut-être un peu trop minu- 
tieuse, des deux ouvrages. Or il trouve que le chapitre vin de Xénophon, 
le discours de Socrate sur l'amour répondent à ce que dit Alcibiade dans 
la fin du Banquet de Platon. D'un autre côté, les paroles placées dans 
la bouche de Socrate au quatrième chapitre de Xénophon, trouvent leur 
parallèle dans le grand discours de Socrate chez Platon. Mais ce der- 
nier discours étant évidemment le morceau capital du dialogue de Pla- 
ton, il s'en suit qu'il faut en dire autant de la partie correspondante du 
dialogue de Xénophon. Voilà où l'amour des constructions peut con- 
duire un bon esprit. 

Pour la constitution du texte, M. R. s'est servi, comme de raison, 
de l'édition de K. Schenkl, (Berlin 1866) et des Xenophontische Studien 
du même savant (Vienne, 1876). Cependant il a de nouveau collationné 
lui-même le manuscrit de notre Bibliothèque nationale, 1643, qu'il es- 



t> HISIOIKK Kl (>& LITTËHAfUftK 1 2ï 

s 

time Je meilleur de tous, quoi qu'en dise Schenkl. Quelques corrections 
évidentes ont été introduites dans le texte, comme au en. vi, § 2 : 
'AXÀ' dtpy.ct tcOto (conjecture de Cobet), pour àXkà ocy.et tguto. Malgré la 
judicieuse réserve que l'éditeur s'est imposée à cet égard, il est un pas- 
sage dans lequel je suis tenté de défendre contre lui la leçon des manus- 
crits. Au commencement du ch. vin, Socrate exalte les qualités contra- 
dictoires d'Éros, le plus ancien des dieux par Page et le plus jeune par la 
figure, v.a\ |#s*féftet toxvtoc «téxovcoç, tyw/Jfi o'àvGpwrau îopu(j.ivou. C'est 
ainsi que M. R. écrit avec Blomfield pour t<70u[/.évou, qu'il déclare 
inintelligible. Avais-je tort de comprendre cette leçon ? 11 me semblait 
qu'Éros y était représenté comme un dieu qui sait proportionner sa taille 
à l'âme humaine, se faire petit pour y entrer. Quoiqu'il en soit, lopupivoit 
ne saurait, je crois, se construire avec un simple datif, sans la préposition 
'ev.— Voici, au contraire, un passage que je voudrais corriger. On lit vi, 
9 : Tôïç xafft y.akoXq /.al xoXç, (âsT/uccoiç saaÇw owtcv, et on explique tgiç 
icSat xaXoïç, « à ceux qui sont beaux aux yeux de tout le monde. » J'ai- 
merais mieux toTç TrocYxdtXoiç. 

Je soumets ces observations à M. Rettig. Son édition du Banquet faite 
avec un soin scrupuleux, entourée d'explications abondantes et instruc- 
tives, inspirée par une vive admiration de l'auteur, se recommande à 
tous les amis de Xénophon. 

Henri Weil. 



160. — «ai»l Neumann. Geschichte Roms waehrend des Verfalles der Republik, 
vom Zeitalter des Scipio Aemilianus bis zu Sulla's Tode, aus seinem Nachlassc 
herausgegeben von D r E. Gotiiein. Breslau, Koebner, 1881,8° de vi-624 p. 12 
mark. 

Charles Neumann ' a été, pendant dix-sept ans (novembre 1 863-2 juil- 
let 1880, date de sa mort), un des savants les plus distingués, un des 
professeurs les plus écoutés de l'Université de Breslau. Il a peu écrit : 
des articles dans les recueils de Petermann (Neumann était un bon géo- 
graphe), un travail, sur le pays des Scythes et ses rapports avec le monde 
grec, dont le premier volume a paru en 1 855 et qui n'a pas été conti- 
nué 2 . Neumann se donnait tout entier à l'enseignement, ou il excellait; 
il a formé des élèves, et en particulier M. Gothein, l'éditeur de ce livre 
et l'auteur d'études sur l'histoire religieuse du xv e siècle; il a exercé sur 
l'Université de Breslau une véritable influence, dont les résultats se fe- 
ront longtemps sentir. 



1 . Voyez la longue et intéressante notice que lui a consacré M. Fartscb, ZcilscJirifi 
der Gcsellschafi fur Erdkundc, Berlin, t. XVII. 

a. Die Hellenen im Skythenlande, Beilrœgc ^ur allai Géographie. Ethnographie, 
etc. Vol. I, 8°, Berlin, i853. 



124 REVUE CRITIQUE 

A côté de ses travaux géographiques, Neumann faisait des cours sur 
l'histoire ancienne et, en particulier, sur l'histoire romaine. Dans cha- 
que semestre, il étudiait une période généralement très courte; par exem- 
ple, dans le semestre d'hiver 1869-1870, l'histoire de Rome depuis les 
Gracques jusqu'à Sylla. C'est ce dernier cours qui forme ce livre : si l'on 
songe aux dimensions considérables de l'ouvrage et à la correction 
avec laquelle il est imprimé, on reconnaîtra que Neumann fut 
vraiment aimé de ses élèves, on applaudira au sentiment qui a inspiré 
M. G. et ses collègues, on rendra pleine justice au zèle heureux qu'ils 
ont déployé pour honorer la mémoire de leur maître. 

Que M. G. nous permette cependant de croire et de dire, en toute 
franchise, que la science gagnera moins à la publication de ce livre que 
la mémoire de Neumann. Certes, les mérites de Neumann, comme his- 
torien, sont incontestables. La langue qu'il écrit est parfaite de netteté; 
les faits sont bien enchaînés et bien racontés; nous avons un tableau 
aussi complet que possible de l'histoire romaine pendant sa période la 
plus confuse; les causes de la chute de la république, dont l'étude forme 
le premier chapitre, sont exposées avec clarté, méthode et jugement. Je 
ne craindrais pas de comparer ce récit, pour sa richesse et son exactitude, 
à celui de Lenain de Tillemont, et c'est le plus grand éloge qu'on sau- 
rait faire à un historien. Eh bien! malgré tout, il ne semble pas que ce 
livre puisse être de quelque utilité vraiment scientifique, par la seule rai- 
son que les renvois aux textes manquent partout à peu près complètement. 
On ne saurait, sans doute, en vouloir trop aux éditeurs d'avoir négligé 
de les chercher et de les indiquer eux-mêmes; ils ont renoncé à une be- 
sogne aussi fastidieuse que longue, qui aurait demandé des années et 
n'aurait pu être faite que par un homme profondément versé dans l'his- 
toire romaine. Cette besogne indispensable n'ayant pas été faite, nous 
n'avons qu'un répertoire immense, sans indication de sources; nous 
sommes en présence d'une mine très précieuse, privés des moyens de 
l'exploiter. 

Neumann écrivait ses leçons avec un soin extrême, en arrêtait la forme 
dans les moindres détails. On le voit bien à la lecture de son livre; il est 
difficile de songer que ces pages n'étaient point destinées à l'impression. 
Or, devant ses auditeurs, Neumann négligeait complètement ce qu'il 
avait écrit. Les cas étaient extrêmement rares, dit son biographe, où, 
ayant à citer quelques textes, il montait en chaire et consultait ses no- 
tes. Le plus souvent, il se promenait devant les bancs de ses élèves, con- 
versant avec eux et répondant à leurs objections. Il en résulte que cet 
intérêt, cette vie que Neumann mettait dans ses conférences, font pres- 
que toujours défaut à ce livre. Le récit se poursuit d'une façon lente et 
monotone : rien ne réveille l'attention, ne repose l'esprit fatigué. On 
chercherait en vain quelque citation un peu étendue, quelque chose qui 
parlerait un peu à l'imagination. Les réflexions sont extrêmement rares, 
et c'est encore ce qu'il y a de plus fâcheux, car Neumann était un esprit 



d'hISTOIRIC ET DR UTTBRÀTUttft 125 

très clair, très judicieux. Ses considérations sur la portée de la réforme 
de Sylla, sur les différents « facteurs » de la révolution le montrent suf- 
fisamment et font regretter que les idées générales tiennent si peu de 
place dans son ouvrage. Encore une fois, cela se comprend, cela tient aux 
vices de la publication même : ce qui nous manque, c'est préci- 
sément ce qu'il y avait de meilleur dans les leçons de Neumann, ce qui 
aurait été pour nous de la plus grande utilité et ce qu'il était impossible 
de faire entrer dans ce livre. 

Néanmoins l'ouvrage ne peut pas être complètement inutile, surtout 
à ceux qui voudront approfondir cette période de l'histoire romaine. La 
lecture en sera toujours une excellente préparation, très complète et très 
solide, de toute étude sérieuse et scientifique, mais ce ne sera jamais 
qu'une préparation. Malgré les imperfections et les lacunes de ce livre, il 
faut remercier M. Gothein de ne pas avoir reculé devant la publica- 
tion. 

Camille Jullian. 



161. — F. Kluge. Etymologiselies'Wcerterlmcli tier cleutsclien Bpràché. 

Fasc. I Strasbourg, Trûbner, 1882. 64 pages in~4. e (sur deux colonnes). De aal à 
elf. Prix du fascicule : ï mark 5o. 

M. F. Kluge, déjà connu par quelques travaux estimés sur l'histoire 
des langues germaniques, s'est proposé de publier un « dictionnaire 
étymologique de la langue allemande » dont le premier fascicule vient 
de paraître. Cette œuvre s'adresse tant au public, qui n'a pas l'occasion 
de se mettre au courant des découvertes des savants, qu'aux savants eux- 
mêmes, et c'est pour cela que nous nous permettons tout d'abord l'ob- 
servation suivante. M. K. n'est pas toujours conséquent dans la suppo- 
sition des « racines » ; ainsi balance-t-il pour braten (rôtir) entre bhrêdh 
et bhrêt, pour bringen (apporter) entre bhrengh et bhrenk, pour Bïihel 
(colline) entre bhug et bhuk. Il pense pour le mot Dieb (voleur) à une ra- 
cine finissant par la ténue, ce qui ne l'empêche pas de regarder « dhubh » 
comme forme primitive du gothique dambs [sot, sourd, muet), et il s'a- 
vise même de séparer Bug (courbure) de biegen (courber) en faisant de 
l'un le représentant d'un prototype « bhâgh », de l'autre d'une racine 
« bhuk ». Nous avons examiné ailleurs ' les hypothèses relatives à la 
forme des racines indo-européennes, d'où sont venues les racines ger- 
maniques commençant et finissant par une moyenne, il n'y a donc pas 
lieu ici d'y revenir; nous nous contenterons de proposer une étymologie 
et une seule. Ne pourrait-on admettre une racine dhup (slav. dûpli , 
creux) pour expliquer la moyenne finale de dumb-?Cf. pour la relation 
des acceptions de ces mots l'allem. taube Nuss, noix creuse. 



i.D. Verschhisslauîe i. Indogerm. , Graz, 1881.) 



126 KKVUk CKITIQUh 

Nous espérons que l'auteur saura éviter dans les fascicules qui vont 
suivre l'inconséquence signalée, qui porte quelque préjudice à son tra- 
vail. Mais, à en juger par ce fascicule, l'ouvrage de M. K. rendra de 
très grands services, et l'on ne saurait trop le recommander à tous ceux 
qui s'intéressent à l'histoire des mots ; chaque article est traité avec une 
brièveté, une concision qui ne laisse pas soupçonner, au premier abord, 
les longues et patientes recherches auxquelles a dû se livrer M. Kluge ; 
mais, sous cette forme serrée, nette et qui n'est jamais obscure, chaque 
article renferme tout ce qu'il faut savoir et apprendra beaucoup, non- 
seulement aux « laïques », mais aux chercheurs mêmes et aux Fachge- 
nossen; l'auteur remonte aussi loin qu'on peut aller pour nous donner 
la forme et la signification du mot; il fait les rapprochements nécessai- 
res avec les langues classiques et indique les liens de parenté du terme 
allemand avec les autres langues germaniques, les langues romanes, et, 
le cas échéant, avec le sanscrit et le zend, les langues celtiques ou sla- 
ves '. Le présent fascicule s'arrête au mot elf; sept ou huit autres fasci- 
cules suffiront pour que l'ouvrage soit complet; en tout cas, la publica- 
tion en son entier ne coûtera que 12 marks ou i5 francs; ce prix assez 
modique contribuera à répandre un ouvrage que recommande déjà la 
science profonde et sagace de son auteur.' 

J. Kirste. 



162. — Théâtre choisi de .1. de Rotrou, avec une étude par L. de Ronchaud. 
Portrait gravé à l'eau-forte par Lalauze. Paris, Librairie des bibliophiles. Deux 
volumes in-8°, lv et 248 p., 260 p. Prix des deux volumes : i5 francs. 

Cette édition du théâtre choisi de Rotrou sera favorablement accueil- 

1. Une revue allemande a fort bien caractérisé ce mérite de M. Kluge parles mots 
« élégante brièveté » (élégante Kùr^e). Voici, au reste, deux articles de ce fascicule ; 
celui qui le commence et celui qui le termine, l'art, aal et l'art, elf. — Aal, m. aus 
gleichbedeut. mhd. ahd. al m.; gemeingerm. Benennung, got. *êls voraussetzend; 
vgl. anord. ail, angls. œl, engl. eel, ndl. aal, asaechs. *âl. Urverwandtschaft mit 
dem gleichbedeutenden lat. anguilla, wozu gr. 'é^y.z\uç gezogen wird, ist unmce- 
glich, weil die Laute der german. Worte zu sehr davon abweichen; selbst aus *an~ 
gla — kcennte kein ahd. al oder angls. œl hergeleitet werden. Auch giebt es keine 
Benennungen von Fischarten, die das germ. mit dem gr. lat. als Erbgut gemein 
hsette, s. Fisch. — Elf, Num, aus gleichbedeut. mhd. eilf, eilif, einlif, ahd. einlif, 
gemeingerm. Bezeichnung fur « elf », vgl. asaechs. êlleban (fur ên-liban), angls. 
andleofan, endleofan, (fur dnleofan), engl. eleven, anord. ellifu, got. ainlif : zusam- 
mcnsetzung aus got. ains, hd. ein und dem Elément — lif in zwœlf, got. twalif. 
Von den aussergerm. Sprachen besitzt nur das Lit. eine entsprechende Bildung, vgl. 
lit. vénohka « elf » twilika « zwœlf » ; das/ des deutschen Wortes ist Verschiebung 
aus fcwie in Wolf (X6x,oç). Die Bedeutung des zweiten Kompositionselementes, das 
im Germ. und Lit. nur in den Zahlen elf und pvœlf begegnet, ist unsicher; man 
deutet die dem Lit. und Germ. zu Grunde liegende Zusammensetzung aus der idg. 
Wz. lik « ûbrig sein » (s. leihen) oder aus der idg. Wz. lip (s. bleiben) und fasst 
e//als a eins darûber ». 



d'histoire et de littérature 127 

lie du public '. Quoique l'édition complète, donnée en cinq volumes 
par Viollet le Duc (1820-1822), ne soit pas devenue rare et se vende en- 
core à un prix raisonnable, les deux volumes que publie, avec son soin 
ordinaire, la Librairie des Bibliophiles, rendront service et à Rotrou, qui 
ne mérite pas de tomber entièrement dans l'oubli, et aux lettrés qui ne 
veulent pas affronter la grande édition de Viollet-le-Duc. L'étude de 
M. de Ronchaud est intéressante ; on y remarque surtout les compa- 
raisons qu'a faites le préfacier entre Rotrou, Molière et Racine. Mais 
peut être M. de R. est-il trop sévère pour certaines pièces de Rotrou; si 
« bizarres » et si « compliquées » qu'elles soient, il en est, même Diane, 
même les Occasions perdues, dont la lecture n'est pas si « ennuyeuse » 
et si « fade » que le déclare le critique. Pourquoi ne fait-il que men- 
tionner dans une note sèche le Cosroès (p. li)? M. de R. ne veut pas, 
dit-il, abuser des analyses; ne se serait-il pas fatigué à la fin de son tra- 
vail, et Cosroès ne méritait- il pas autant de lignes que V Hercule mou- 
rant? A quoi bon parler, des « fortes beautés » de cette pièce (p. 11) 
pour la laisser ensuite de côté? Enfin, qui nous dit, comme l'affirme 
hardiment M. de R. que Rotrou, s'il eût vécu jusqu'à quatre-vingts ans 
comme Corneille, n'eût pas eu les « retours généreux » de l'auteur de 
Nicomède et de Sertorius? (p. m). Le génie du poète, écrit M. de R., 
a été fécond de bonne heure et s'est un peu alangui par sa facilité même; 
cela est bientôt dit; mais Saint-Genest, Venceslas et Cosroès, les der- 
nières œuvres de Rotrou, sont précisément ses meilleures et prouvent 
que son talent dramatique croissait en vigueur avec les années. 11 est 
regrettable que M. de R. n'ait pas connu à temps les études de M. Léonce 
Person 2 ; il est vrai, on ne doit pas trop lui en vouloir d'ignorer que le 
Saint-Genest est une imitation du Fingido Verdadero de Lope de 
Vega; ce fait est également ignoré de Sainte-Beuve, de M. Jarry, etc. 
Mais pourquoi dire (p. xxvm) que Rotrou eut trois enfants, un fils et 
deux filles, lorsque l'Analyse des archives communales de la ville de 
Dreux, publiée en 1875 par M. Lucien Merlet, archiviste du département 
d'Eure-et-Loir, atteste que le poète a eu, non pas trois, mais quatre 
enfants ? Que signifie la note suivante (p. xxvn, à propos du buste de 
Caffieri) : « 11 s'agit de peintures prêtées par la famille à l'artiste sur la 
demande des comédiens français et par l'intermédiaire de M. Michel de 
Rotrou, maire de Montreuil en 1779 »? M. R. a mal lu l'article du 
Dictionnaire critique de Jal; M. Michel de Rotrou, ancien maire de 
Montreuilj chevalier de la Légion d'honneur, est né en 1797 (de là la 
confusion avec 1779) ; il est encore vivant; il a deux fils, dont l'un a été 
et dont l'autre est en ce moment officier de marine ; il descend en ligne 

1. Elle fait partie de la collection des Petits classiques qui comprend déjà les Con- 
tes de Boufflers, les Lettres de Voiture et les Œuvres choisies de Saint-Evremond ; 
l'éditeur annonce, pour paraître bientôt, les Œuvres choisies de Fontenelle. 

2. Notes critiques et biographiques sur Rotrou. Cerf. Ces Notes, qu'on ne trou- 
vera pas dans le commerce, ont été reproduites par M. Person à la suite d'un livre 
qu'il vient de publier sur Venceslas. 



128 RKVUE CRITIQUE 

directe de Pierre Rotrou de Saudreville, frère du poète ; il est donc plus 
rapproché de l'auteur du Venceslas et de Saint-Genest que M llc Léon- 
tine Lelièvre- Rotrou, que M. de R. cite dans une note de la page m 
comme la seule personne qui représente aujourd'hui la famille de Ro- 
trou (voir Person, Notes critiques, etc). Une faute plus grave, c'est de 
dire (note, p. vi-vi) que le sujet du Menteur est pris de la Sospechosa 
Verdad de Lope de Vega ; comme on peut s'en convaincre en lisant 
l'Examen du Menteur et la notice de l'édition Régnier, la pièce espa- 
gnole mentionnée par M. de R. est de Ruiz de Alarcon '. Néanmoins, 
il y a dans, la notice de M. de R. de bonnes analyses accompagnées de 
citations heureusement choisies, et des jugements qui témoignent d'un 
goût sûr et fin. Quoiqu'il n'ait pu profiter du travail de M. Person, 
M. de R. ne croit pas aux anecdotes légendaires, comme celle des fagots 
où le poète jetait son argent et. qui étaient, dit-il spirituellement, sa caisse 
d'épargne ; il n'admet pas que Rotrou fut sur le point d'être arrêté pour 
dettes au moment de la représentation du Venceslas; il doute que Ro- 
trou ait senti son génie, à l'âge de quinze ans, en lisant Sophocle. La 
préface de M. de R. est d'ailleurs écrite avec beaucoup d'agrément et de 
verve. Nous allions oublier de citer les pièces de Rotrou que M. de R. 
admet dans son édition ; elles sont au nombre de six ; dans le premier 
volume. Hercule mourant, Antigone, Le véritable Saint-Genest ; 
dans le second, Dom Bernard de Cabrére, Venceslas et Cosroès. Six 
pièces, c'est peu, et l'on pourrait chicaner encore l'éditeur sur le choix 
qu'il a fait; on regrettera au moins de ne pas trouver dans ce recueil si 
élégamment édité la charmante comédie de la Sœur et ces Sosies qui ont 
fourni à Molière tant de détails heureux et que M. de Ronchaud re- 
garde comme une « très bonne comédie, pleine de traits excellents » 
(p. xxx » 2 ). A. C. 



i63. — L'abbé Galiani. Correspondance avec M me d'Epinay, M me Necker. 
M me Geoffrin, Diderot, Grimm, d'Alembert. de Sartine, d'Holbach, etc. Nouvelle 
édition, ornée d'un portrait de Galiani, entièrement rétablie d'après les textes ori- 
ginaux, augmentée de tous les passages supprimés et d'un grand nombre de lettres 
inédites, avec une étude sur la vie et les œuvres de Galiani, par Lucien Perey et 
Gaston Maugras. Paris, C. Lévy, 1881, 2 vol. in-8° de lxxiv-543 p. et de 681 p. 

Lettres de l'abbé Gallnni à M me d'Epinay, Voltaire, Diderot, etc., etc., 
publiées d'après les éditions originales, augmentées des variantes, de nombreuses 
notes et d'un index, avec notice biographique, par Eugène Asse. Paris, Char- 
pentier, 1881, 2 vol. in-18 de vi-422 p. et Lxx-422 p. (La notice, brochée en tête 
du tome II, doit être reliée # en tête du tome I er ). 

La correspondance française de l'abbé Galiani a eu deux fois en ce 

1. P. li « Rotrou était à Paris, » dit M. de R., lorsque l'épidémie, dont il devait 
être victime, éclata à Dreux; M. Person a prouvé que Rotrou était à Dreux, lors- 
que se déclara la maladie. 

2. On nous dit que ces deux pièces se trouveront dans l'édition que M. Félix Hé- 
mon, l'auteur de Y Eloge de Rotrou récemment couronné par l'Académie, doit bien- 
tôt publier chez Laplace et Sanchez. 



HISTOIRE Kl DK LITTÉRATUKR I 2Q 

siècle une fortune singulière. Révélée au public en 1818 par les éditions 
simultanées, et toutes deux fort médiocres, de Barbier et de Serieys, elle 
a sollicité, en 1881, la curiosité d'érudits qui ont travaillé à l'insu les 
uns des autres et dont les publications n'ont ni les mêmes qualités, ni 
les mêmes défauts. N'est-il pas curieux que Galiani ait attendu plus de 
soixante ans un honneur dont il était assurément plus digne que bien 
d'autres épistolaires? Les imperfections choquantes des textes de 18 18 
éveillaient, en i85o, la sagacité toujours aiguisée de Sainte-Beuve : 
« Ces deux éditions, disait-il ', sont également défectueuses au point 
de compromettre l'agrément de la lecture. On ne saurait imaginer les 
inexactitudes de mots, les altérations de sens, les inepties, pour tout 
dire, qui se sont glissées dans le texte de l'une et de l'autre ; il serait dif- 
ficile de les distinguera cet égard ». Vers le même temps, MM. E. 
et J. de Goncourt réclamaient une édition plus complète et ajoutaient 
qu'après ce nouveau travail il y aurait « un remaniement dans l'ordre 
des épistolaires français et peut-être un changement de rang dans les 
premiers rangs \ » Cet appel ne devait être entendu qu'après un nouvel 
intervalle de trente ans. 

M. Perey et Maugras ont consacré plusieurs années à copier et à 
collationner,soit les lettres de l'abbé qu'ils avaient achetées en suivant 
assidûment les ventes, soit celles que les amateurs leur ont permis de 
collationner sur les autographes; M. P. a obtenu non sans peine, et grâce 
au concours de M. A. Geffroy, la communication de la correspondance 
diplomatique de Galiani avec son ministre Tanucci; les publications ré- 
centes dont l'abbé a été l'objet de la part de ses compatriotes ont été 
mises à profit et des documents inconnus, tels que le Journal, encore 
inédit, d'un voyage en Italie par M me Necker de Saussure, ont fourni 
un contingent notable de faits, de traits et d'anecdotes. Le principal 
résultat de ces efforts est la réunion de trente lettres inédites ou non re» 
cueillies, dont treize au numismate Joseph Pellerin (les originaux for- 
ment à la Bibliothèque nationale le n° 1074 des nouvelles acquisitions 
françaises); quatre à d'Alembert, dont trois déjà publiées par Ch. Pou- 
gens dans les Œuvres posthumes de d'Alembert (An VII, 1799, 2 vol. 
in- 18, tome I, pp. 404-414), et qui ne méritaient pas, par ce fait, l'épi- 
thète d'inédites 3 ; les autres ont été signalées ou communiquées par 

1. Causeries du lundi, t. II, p. 440. Voir aussi une note sur Galiani à propos du 
choix publié en 1866 par M. Paul Ristelhuber (Causeries, tome VIII, p. 545 . 
Sainte-Beuve rappelle, à ce propos, que la Revue critique du 6 octobre i865 avait 
dit un mot de ces Contes, lettres et pensées. 

2. UEclair, journal (1852) n os 6 et 7. Ces deux articles n'ont point été réimprimés. 

3. La lettre du 25 septembre 1775, dont l'original appartient actuellement à 
M. Minoret, a été publiée aussi comme inédite dans l'Amateur d'autographes de 
i865, p. 325, avec d'assez nombreuses fautes de lecture qui ont été rectifiées par 
MM. Perey et Maugras. La seule lettre à d'Alembert, qui fût véritablement inédite 
(collection Dubrunfaut), se trouve reproduite deux fois, p. xlvii de l'introduction et 
tome II, p. 645. 



l3û RKVCH, CRITIQUE 

M mc la comtesse d'Haussonville, M. le marquis de Fiers, M. Minoret, 
M. le comte A. de Gobineau, M. Rieu, duBritish Muséum, M. J. Grot, 
de Saint-Pétersbourg, MM. Puttick et Simpson, libraires à Londres, et 
M. Etienne Charavay. M. Dubrunfaut avait, en outre, permis à 
MM. P. et M. de conférer sur les autographes toutes les lettres de l'an- 
née 1771 qu'il avait acquises dans la vente du 2 février 1874. Enfin les 
éditeurs ont eut le bonheur de se procurer trois lettres adressées à Ga- 
liani par Diderot, par Grimm et par la reine Caroline (celle-ci a été 
retrouvée aux archives du Palais-Royal de Naples par M. A. Geffroy); 
ils ont, en outre, reproduit douze lettres de M mc d'Epinay à l'abbé, in- 
sérées par MM. Brunet et Parison à la fin des Mémoires mis au jour en 
1 8 1 8 ; Barbier n'en avait publié que quatre et Seriey s aucune. 

M. Asse a procédé tout autrement. Il ne semble pas s'être douté que 
les originaux mêmes de toute la correspondance de Galiani avec M me d'E- 
pinay, sans parler d'un certain nombre d'autres autographes, ont passé 
à diverses époques chez MM. Charavay. Après avoir comparé entre elles 
les éditions Barbier et Serieys, « nous arrivâmes, dit-il (Avertissement, 
p. m), à la conviction que si le véritable texte de Galiani n'existait pas 
plus dans l'une que dans l'autre prises séparément, il pouvait être établi, 
par leur minutieuse confrontation, et que ce qui manquait dans l'une 
pouvait être retrouvé dans l'autre ». De ce que Barbier reproche à 
Serieys d'avoir négligé parmi les suppressions nécessaires, « celles qui 
étaient impérieusement commandées par le bon goût et le respect pour 
les mœurs », M. A. conclut que le texte de Serieys est préférable, 
puisque les scrupules de son concurrent sont inconciliables « avec la 
fidélité rigoureuse qui est le premier devoir — c'est du moins ainsi qu'on 
le comprend aujourd'hui — d'un éditeur ». M. A. va plus loin, il 
accepte pour valable la défense de Serieys qui, soucieux de justifier l'au- 
thenticité des copies dont il s'était servi, prétendait les tenir de M me R..., 
fille de Lecourt de Villière, secrétaire de Grimm ; celui-ci les lui aurait 
confiées en quittant la France. J'ignore si cette explication parut suffi- 
sante aux lecteurs de 18 18, mais puisque M. A. fait à la nouvelle édition 
de la Correspondance littét aire l'honneur de la citer presque à chaque 
page, il a certainement jeté les yeux sur le Mémoire où Grimm célèbre 
les bienfaits de Catherine et il y aura vu que, menacé dans sa liberté et 
peut-être dans sa vie, par les dénonciations de la section du Mont-Blanc, 
il quitta brusquement Paris en février 1793, n'emportant que les lettres de 
l'impératrice *. Bientôt après sa maison fut mise au pillage et sa biblio- 
thèque transportée au dépôt littéraire de la rue Saint-Marc. Les a pape- 
rasses », selon l'expression de D. Poirier, y formaient à elles seules 
trente-quatre paquets et les lettres de Galiani y devaient tenir leur place, 
ainsi que les manuscrits et les papiers personnels de M me d'Epinay. Or, 
Serieys était, à cette époque, conservateur du dépôt littéraire delà rue de 

j. Cf. Corr. litt., tome 1, pp. 41-46, et tome XVI, p. 552. 



D HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE I 3 I 

Lille et il lui fut sans doute aisé de se procurer la copie de cette corres- 
pondance, comme il se procura celle des lettres du P. Pacciaudi à Caylus 
et du président de Brosses qu'il édita en 1799 et en 1802. Dans sa Lettre 
de V éditeur de la correspondance complète de l'abbé Galixni à l'éditeur 
de cette correspondance incomplète ', il accuse Barbier d'avoir sup- 
primé vingt-neuf lettres ; le terme n'est pas tout à fait exact et pour 
cause : s'il avait pu, en effet, retrouver seize lettres à M me de Belzunce, 
fille de M me d'Epinay (Barbier n'en a donné que deux), dont l'authenti- 
cité paraît incontestable, il y avait ajouté une lettre à Caraccioli qui 
nous inspire quelques doutes par la complaisance avec laquelle Galiani 
reproduit les éloges que Voltaire avait donnés aux Dialogues sur les blés 
(MM. P. et M. l'ont reproduite en y joignant un fragment de Caraccioli 
lui-même dont ils ne font pas connaître la provenance) ; une lettre à 
Ms r Sanseverino, archevêque de Païenne, dont MM. P. et M. n'ont pas 
tenu plus de compte que d'une lettre à l'abbé Le Batteux, toute relative 
à Horace, mais où Galiani attaque sans motif les ennemis de Voltaire 
et l'orthographe de celui-ci -, une à M me d'Epinay (14 novembre 1772), 
connue sous le nom de lettre aux p... (mutilée par MM. P. et M.) ; deux 
à M me Du Boccage que Serieys dit tenir de M me de Beauharnais, mais 
qu'il a dû complétera sa manière (ainsi que le remarquent MM. P. et M.) ; 
une à d'Alembert (28 novembre 1777), Q 111 provoque de leur part la 
même observation ; enfin quatre lettres à Voltaire, à Marmontel, à 
Raynal et à Thomas, rejetées avec raison par ces mêmes éditeurs : 
« La moindre connaissance du style de Galiani, disent-ils, prouve que 
ce sont là d'audacieux pastiches. D'abord les sujets de ces lettres sont 
tous empruntés à un fait ou à une anecdote tirés de la biographie de 
Diodati ou des mémoires du temps... Ensuite, aux lettres authentiques 
de Galiani l'éditeur ne met pas une seule note explicative ; au contraire, 
il les prodigue à chaque page lorsque la lettre est de sa composition et, 
pour donner encore plus de vraisemblance à sa supercherie, il feint soit 
une erreur de date, soit une erreur de fait et il s'empresse de mettre une 
note pour expliquer que l'abbé s'est trompé. Enfin, le ton qui règne dans 
ces lettres ne peut laisser le moindre doute sur leur auteur. Autant 
Galiani est aimable et poli, autant Serieys se montre grossier et trivial; 
en particulier la lettre à Raynâl n'est qu'un tissu d'injures. » 

M. A. s'est montré moins difficile; il accueille toutes ces pages sup- 
posées ou adultérées, sans émettre la moindre réserve ; il intervertit les 
rôles lorsqu'il reproche à l'édition Barbier « des fautes évidentes de lec- 
ture qui ne sont pas dans l'édition Serieys »; il se plaît même à repro- 

i. Par M. C. de S 4 M... (pseudonyme adopté par Serieys à cette occasion), Paris, 
J.-G. Dentu, imp. libr. 1818, in-8, 16 pp. Ce pamphlet, dont ne parlent point les 
nouveaux éditeurs, était distribué aux acheteurs de l'édition Dentu ; on le trouve 
souvent dans les ex. anciennement reliés. P. i3, Serieys y annonce la prochaine 
publication de la correspondance de l'abbé Conti « avec une dame aussi célèbre que 
M me d'Epinay, » Ce projet n'a pas eu de suite. 



l32 RKVUIC CKITIQUh 

duire comme des variantes des bévues que signalait en 1819 une note 
anonyme du Journal des savants, communiquée sans doute doute par 
Barbier à Daunou ï : d'Albant pour d'Albaret, Père pour Pe\ay, 
Sgnarra pour Ignarra, et celle-ci, plus surprenante que les autres : 
« Si je voulais me venger, écrit Galiani dans sa première lettre connue 
à M me d'Epinay (Paris, 2 février 1765), je vous retrancherais les dations 
des oranges de Malte »; MM. P. et M. ont lu et bien lu rations, mais 
M. A., par respect pour le texte de Serieys, n'a pas osé faire une correc- 
tion aussi élémentaire! 

Bien que déshonorée par de telles inadvertances et d'aussi méprisables 
subterfuges, l'édition Serieys avait sur celle de Barbier l'avantage d'of- 
frir un texte plus exact en ce qui touche non seulement les italianismes, 
mais encore les passages libres ou irrévérencieux. Il est fâcheux que 
MM. P. et M. aient obéi à des scrupules très discutables en pareil cas; 
lorsqu'ils se flattent d'avoir rétabli « les passages supprimés », on pour- 
rait leur répondre : « Beaucoup, soit, mais pas tous ». Il est assez scabreux, 
je le sais bien, de réclamer la restitution des polissonneries qui choquent 
à juste titre, mais sur cette question d'intégrité, il ne me semble pas qu'il 
puisse y avoir ici divergence d'opinions; l'éditeur ne doit jamais oublier 
qu'il est avant tout le très humble serviteur de l'auteur qu'il réimprime 
et il est tenu de ne point biffer ce qu'il n'oserait écrire lui-même. 

Toute cette question fort complexe de l'établissement du texte de Ga- 
liani méritait d'être étudiée, et les lecteurs de la Revue critique me par- 
donneront sans doute de m'y être arrêté un peu longuement. Il fallait 
bien suppléer à la brièveté ou même à l'absence d'indications qu'on était 
en droit d'exiger des nouveaux éditeurs. Il me reste à présenter quelques 
observations sur leurs commentaires : celui de MM. P. et M. a surtout 
été écrit en vue des gens du monde à qui l'on veut épargner la moindre 
recherche; celui de M. A. décèle sa parfaite connaissance des hommes 
et des choses du xvin siècle, et il y a fort à apprendre dans ses excel- 
lentes notules généalogiques, biographiques et bibliographiques. 

17 juillet 1769 (édition A, t. I, p. 3). Cette lettre a été insérée dans la 
Correspondance littéraire (janvier 1 77 1 ) par Grimm, qui promettait 
de la faire suivre d'autres pour remplacer celles de Voltaire à Damila- 
ville (mort en 1768 et non en 1778, comme un lapsus typographique le 
fait dire a M. Asse). « Il résulte delà, ajoute-t-il, que l'on pourrait espé- 
rer trouver dans les archives de Gotha et ailleurs des copies des lettres 
de Galiani adressées par Grimm à la suite des siennes ». Je suis en me- 
sure d'affirmer à M. A. que ces lettres n'existent point, du moins à 
Gotha, non plus que celle dont Galiani paraît si fier : « Le duc de Saxe 

1. Le Journal des savants a successivement annoncé l'édition Barbier (juin 1818, 
p. 377), signalé les balourdises de la publication concurrente (septembre »8i8, p. 56g) 
et donné un article de Daunou, fort sévère dans ses conclusions sur le caractère de 
Galiani lianvier 1819, p. 16.; les nouveaux éditeurs ont passé sous silence ces trois 
articles, dignes cependant d'attirer leur attention. 



d'histoire kt OK LITTÉRATURE 1^3 

Gotha, écrit-il le 2 3 avril 1774, a reçu de moi une réponse fort drôle : si 
j'avais un copiste français, je vous enverrais l'une et l'autre. » M. le D r 
Pertsch a bien voulu faire à cet égard des recherches restées absolument 
infructueuses. 

4 août 1770 (éd. A, p. 117, note 1). Gabriel-François Coyer était abbé 
et non religieux ; il n'a donc pas droit au qualificatif de Père. 

i3 décembre 1770 (éd. A., p. 179). M. A. a corrigé dans l'Appendice 
de son second volume une note inexacte sur les Annonces, Affiches et 
avis divers, connus sous le nom de Journal des provinces, mais il ne 
dit pas que l'« extrait », attribué par Galiani à d'Alembert, a paru dans le 
n° 46 (14 novembre 1 770) ; le 2 r août 1 77 1 , il est également fait allusion 
aux Dialogues sur les blés et à leur auteur, à propos de la Méthode pour 
recueillir les grains de Ducarne de Blangy. 

9 mars 1771 (éd. A., p. 216). M. A. suppose à tort que le Sermon 
prononcé par Grimm dans la « synagogue» d'Holbach a été mal classé 
par les éditeurs de la Correspondance littéraire. Ce sermon figure bien 
à la date de janvier 1770 dans le manuscrit et il n'a pu, en effet, être 
composé qu'à la fin de 1769, au retour du voyage de cinq mois que 
Grimm fit en Allemagne. M me d'Epinay n'en avait envoyé copie à Ga- 
liani que beaucoup plus tard, et cela n'a rien de surprenant, quand on 
songe à la lenteur des communications à cette époque. 

19 octobre 1771. M me d'Epinay à Galiani (éd. P. et M., t. I, p. 457; 
éd. A., t. I, p. 283). Dans l'édition P. et M., il faut lire Gilabeldé et 
non Gisabeldi. Tout le passage commençant par : « Feu M. l'abbé de 
Bragelongne, » jusqu'à : « Il est impossible qu'un rêve philosophique et 
métaphysique ne le soit pas [obscur] » se retrouve, sauf deux ou trois 
variantes, dans les Œuvres complètes de Diderot, t. IX, p. 464. M me dE- 
pinay, qui a soin de dire : « Je tiens ce conte de Diderot, » recopiait 
sans doute le manuscrit qu'elle avait sous les yeux et qui était destiné à 
la Correspondance littéraire rédigée par elle et par le philosophe pen- 
dant le voyage de Grimm en Angleterre l . M. A. dit avoir cherché inu- 
tilement les Eléments du système général du monde par M. de Laz- 
niez (Diderot l'appelle Lasnière). Je confesse qu'après de nombreuses 
investigations je n'ai pas été plus heureux, mais je serais tenté de croire 
que Diderot, assez coutumier du fait, a estropié le nom de l'auteur ou 
le titre du livre et peut-être tous les deux. 

i3 juin 1772 (éd. A., p. 35o). La note citée par M. A. n'est point 
de l'auteur de cet article, mais de M. Taschereau. Je n'ai pas eu l'hon- 
neur de connaître M. Hippolyte de La Porte, mort le 29 février i852. 



1. On peut faire la même observation au sujet de la Lettre de M. Raphaël le 
jeune dont parle M m <» d'Epinay dans sa lettre du b octobre 1771; l'extrait qu'elle 
en donne figure à peu près textuellement dans les Œuvres complètes de Diderot, 
t. XVII, p. 5oo, et dans la Correspondance littéraire, t. IX, p. 376; mais il est im- 
possible de déterminer qui des deux auteurs a fourni le canevas. 



.- 



1 34 REVUE CRITIQUE 

22 novembre 1772 (éd. P. et M., t. II, p. 1 39). La note sur le dessi 
nateur Huber. est insuffisante. Grimm a maintes fois parlé de lui en ter- 
mes qui font vivement regretter la dispersion de ces fameuses découpu- 
res. Quant aux tableaux « assez mauvais » dont parle la baronne 
d'Oberkirch dans ses Mémoires, ceux qui ont vu en 1878 le petit por- 
trait à l'huile de Voltaire (appartenant à M. d'Haussonville) ne seront 
pas tentés de ratifier ce jugement : c'est une peinture délicate, sobre et 
ferme qui rappelle presque l'école de Clouet. M. Desnoiresterres a pu- 
blié en fac similé dans V Iconographie voltairienne un dessin très large 
et très vigoureux d*un autre portrait, dessin faisant partie de la collec- 
tion de M. le comte Berolingein, à Spire. 

12 décembre 1772 (éd. P. et M., t. II, p. i5o; éd. A., t. I, p. 3o,8). 
A propos d'une des épitaphes de Piron, dont Galiani remercie M me d'E- 
pinay, MM . P. et M. citent celle qui commence par : 

J'achève ici -bas ma route; 
C'est un vrai casse-cou, etc. 

M. A. paraît avoir mieux choisi en indiquant celle-ci qui est beaucoup 
plus célèbre : 

Ci-gît... Qui? Quoi? "Ma foi, personne, rien; 
Un qui, vivant, ne fut ni valet ni maître, etc. 

23 janvier 1773 (éd. P. et M., t. II, p. 161 ; éd. A., t. II, p. 11, 
note 2). Aufresne n'est pas mort vers 1806, mais le 4 juillet 1804, à 
Saint-Pétersbourg (Cf. A. de Montet, Dictionnaire biographique des 
Genevois et des- Vaudois. Lausanne, G. Bridel, 1877, 2 vol. in-8). 
Même lettre. L'Honnête criminel de Fenouillot de Falbaire ne fut pas 
seulement joué en province, il fut représenté en 1778 sur le théâtre de 
Versailles, par ordre de la reine, alors qu'il était officiellement interdit à 
la Comédie-Française : singulière contradiction, dont la Partie de 
chasse de Henri IV de Collé offre un autre exemple. 

19 juin 1773 (éd. P. et M., t. II, p. 216; éd. A., t. II, p. 63). MM. P. 
et M. ne donnent aucun renseignement sur le portrait du marquis de 
Croismare reçu par Galiani ; M. A. suppose qu'il n'existe pas à la Bi- 
bliothèque nationale. Il figure, au cabinet des Estampes, dans l'œuvre 
de Cochin. C'est un médaillon de profil à gauche, gravé par Halm, avec 
cette inscription : M. A. N. de Croismare, marquis de Lasson, et cette 
devise : Nil dixit, nil egit ut alter, tamen omnia recte, devise que 
l'on peut, sans trop de présomption, attribuer à Grimm, puisqu'il ter- 
mine ainsi le portrait du marquis publié pour la première fois dans la 
nouvelle édition : « On peut écrire sur sa tombe qu'il n'a jamais rien 
fait ni rien dit comme un autre et qu'il a cependant toujours fait et dit 
au mieux. » (Cf. tome X, p. 5o.) 

9 juin 178 1 (éd. P. et M., t. II, p. 619). MM. P. et M. ont fait deux 
personnages de Daudet de Jossan, l'auteur, selon Meister, ou le réviseur, 
selon Barbier, de la Lettre de M. le marquis de Caraccioli à M. d'A- 
lembert (contre Necker). La note de M. A. est plus exacte (t. II, p. 369) 



d'histoire kt de littérature I 3 5 

sans être complète : cette lettre, attribuée à Beaumarchais par Métra et 
Bachaumont, a été réimprimée en 1828 par M. de Ghâteaugiron dans 
les Mélanges de la Société des bibliophiles français et tirée à part. 

M. A. a terminé son trayail par un très bon index alphabétique ; 
MM. P. et M. ont cru remplacer cet indispensable complément par des 
sommaires qui sont loin de rendre le même service. M. Asse a fait figu- 
rer en appendice les deux Mémoires à Sartine sur les monts de piété ou 
lombards, et sur les entrepôts de blé de Sicile, le Dialogue sur les 
femmes et la Dissertation sur le chœur et la musique des anciens. 
MM. Perey et Maugras n'ont reproduit que la première et la troisième 
de ces quatre pièces, mais ils promettent de publier les deux autres avec 
la Correspondance diplomatique inédite et les Commentaires sur Ho- 
race, dont ils possèdent le texte complet. Souhaitons qu'ils parviennent 
à recouvrer toutes les lettres adressées à Galiani par ses amis de France : 
ce jour-là seulement ils pourront considérer leur tâche comme accom- 
plie. 

Maurice Tourneux. 



164. — Von Land nnd Leuten, Bllder und Geschichten aus dem 

Herzogtum Oldenbnrg, von Ludwig Strackerjan. Oldenburg, Schulze. in-8°, 
xvhi et 169 p. 
Cbronlk des alten Theaters in Oldenburg (1S33 bis 1881), 

Festschrift zu der Erœffnung des neuerbauten Theaters am 8 October 1881 von 
Freiherr R. von Dalwigk. Oldenburg, Schulze. in-8°, iv et 23o p. 

Le premier de ces deux ouvrages, dont le titre peut être traduit ainsi 
« Le pays et les gens d'Oldenbourg », renferme d'agréables récits con- 
tés avec humour par feu Louis Strackerjan et relatifs aux mœurs du 
pays d'Oldenbourg; on" y trouvera de curieux détails sur la superstition 
des paysans, sur les légendes oldenbourgeoises, sur les devises et senten- 
ces gravées sur les maisons, et sur ce qu'en Allemagne on nomme la 
Culturgeschichte ; un des articles les plus attachants du recueil est 
consacré aux présages et aux pressentiments (Vorspuk); nous donnons 
en note les titres des morceaux qui composent le volume '. 

Le théâtre d'Oldenbourg est un des théâtres de VA llemagne qui mé- 
ritent une étude spéciale ; dans ces cinquante dernières années et surtout 



1. Erinnerung aus der Marsch. — Hûnensteine im Oldenburgischen. — Die 
Kirchhofslinde fit Oldenburg. — Eine Pastorei im Jahre ijoo. — Das Regenhleid, 
eine Geschichte aus dem Jahre 1708. — Die Lehre vom Essen im plattdeutschen 
Sprichwort. — Haussprùche im Oldenburgischen. — Strafrecht vor %wei hundert 
Jahren. — Edo Wimeken der aeltere, ein Geschichtsbild aus den friesischen 
Marschen. — Wie ist der Vorspuk %u erklœren? — Die Ochoter Lùnse. — Eine 
Herbstdeichschau. — Wetterstimmungen. — Die rœumliche 'Entwickelung der Siadt 
Oldenburg vor und nach dem Freibriefe von i345. — Wie' s der dite Lùning 
gemacht hat. — Die Zeitung an der Drehorgel. — Die Thorsperre in Oldenburg. 



f 36 KKVUK CK1T1QUK 

dans la période de i83o a i85o, il s'est acquis des titres à l'eslime des 
lettrés ; il a eu le souci du grand art, il n'a représenté relativement que 
très peu de pièces vulgaires et banales, il a joué pour la première fois 
YUriel Acosta de Gutzkovv, etc. M. de Dalwigk raconte l'histoire du 
théâtre d'Oldenbourg avec beaucoup de détail ; il suit l'ordre chronolo- 
gique; aussi, son récit a l'allure et la monotonie d'une chronique locale. 
Mais on sent qu'il est homme de goût et qu'il connaît bien les choses 
du théâtre; ses observations sur l'influence des grands mouvements 
littéraires, sur le rôle des personnages remarquables qui furent attachés 
au théâtre d'Oldenbourg, comme Adolphe Stahr, Julius Mosen (nommé 
« dramaturge » en 1844), Palleske, sont intéressantes '. 

C. 



CHRONIQUE 



ALLEMAGNE. — La collection des Deutsche Litteraturdènkmale ou écrits alle- 
mands du xvni e siècle, que publient les frères Henninger, de Heilbronn, et que dirige 
M. Seuffert, de Wûrzbourg, vient de s'augmenter d'un volume nouveau, YHermann, 
de vVieland. Sous presse sont les Frankfurter gelehrte An^eigen, de l'année 1772, 
plus tard paraîtront : de Bodmer, Charakter der deutschen Geschichte ; de Brentano, 
Gustav Wasa; de Frédéric II, De la littérature allemande ; de Hagedorn, Versuch 
einiger Gedichte ; de Klinger et Sarasin, Plimplamplasko ; de Klopstock, le Mcssias 
de 1748 et le recueil de 1771, Oden und Elegien; de Moritz, Anton Reiser; de Schil- 
ler, les Rœuber de 1781 et le Musenalmanach ; de A. W. Schlegel, Ueber Littera- 
tur,KunstundGeist des Zeitaliers ;de J. Elie Schlegel, Dramaturgische Schriften; 
de Thûmmel, Wilhelmine; de Wagner, die Kindermœrderinn ; de Wieland, Er- 
^œhlungen, Musarion, Oberon ; de Winckelmann, Gedanken ûber die Nachahmung 
der griechischen Werke, Sendschreiben ùber die Gedanken, Erlœuterung der Gedan- 
ken ; ajoutons-y le recueil de Herder, von deutscher Art und Kunst. 

ANGLETERRE.— Quoique Thackeray ait désiré qu'on ne fît jamais sa biogra- 
phie, M. R.-H. Shepherd prépare, en deux volumes, un ouvrage sur l'auteur de 
« Pendennis » et de « Vanity Fair, » sous le titre The life, letters and uncollected 
writings in prose and verse of W. Makepeace Trackeray. On voit, par le titre du 
livre, que la publication de M. Shepherd renfermera, outre la vie du célèbre roman- 
cier, ses lettres et ses écrits inédits. 

— La collection des Oriental séries de Trûbner s'accroîtra bientôt d'un volume 
nouveau, la Metrical Translation of Manu, de M. Burnell, qui devait paraître d'a- 
bord dans la collection des « sacred books of the East. » 

— M. Alois Brandl prépare un livre sur Coleridge. 

BELGIQUE. — Dans une séance de la Société d'entomologie (i er juillet), un des mem- 

1. On remarquera, p. 9, le prologue qui fut dit le i5 août 18 12 en l'honnenr de 
Napoléon I er au théâtre d'Oldenbourg : « laissez-le, ô dieux, affermir et achever notre 
bonheur... vois, son peuple fidèle loue en lui le sage, le héros et le père, et son 
trône repose sur des pieds de diamant. » — P. 5o, lire Lausanne et non « Lauranne ». 
— Le nom du célèbre dramaturge et romancier est Freytag et non Freitag. 



D'HISTOIRE ET DE LITTERATURE I 37 

bres, M. Van Segvelt, a parlé de la récente publication de M. Maspero, La trouvaille 
de Deir-el-Bahari, où il avait trouvé un fait intéressant la science entomologique.Un 
cercueil renfermait la momie d'Amenhotep I, enveloppée, selon l'usage de l'époque 
thébaine, des pieds à la tête, de guirlandes de fleurs rouges, jaunes et bleues; au 
moment de l'enterrement, une guêpe, attirée par les fleurs, entra dans le cercueil; 
elle s'y est conservée intacte et nous fournit l'exemple, probablement unique, d'une 
momie de guêpe; sa mort remonte à 3,55o ans, et c'est le seul insecte d'une si haute 
antiquité ayant date certaine. 

— Le Portugal, notes d'art et d'archéologie, tel est le titre d'un opuscule intéres- 
sant de M. Adolf de Ceuleneer (extr. du « Bulletin de l'académie d'archéologie de 
Belgique ». Anvers, 90 p.). Cet opuscule comprend trois parties : dans la première, 
M. de G. retrace les questions agitées au congrès international d'anthropologie et 
d'archéologie préhistoriques, de Lisbonne (1880); dans la deuxième, il étudie les 
a^ulejos ou carreaux émaillés; dans la troisième, il nous renseigne sur l'ancienne 
école de peinture en Portugal. 

— Le prix annuel de 25, 000 francs, institué par le Roi, sera décerné : en 1886, à 
l'ouvrage le mieux conçu pour développer chez la jeunesse belge, l'intelligence et le 
goût des littératures anciennes et modernes; — en 1887, à l'ouvrage qui démontrera 
le mieux de quelle manière la Belgique doit comprendre son rôle dans la grande fa- 
mille européenne; — en 1888, au meilleur livre sur l'enseignement des arts plasti- 
ques en Belgique et sur le moyen d'y développer l'art et de le porter à un niveau 
plus élevé. Ces concours sont exclusivement belges. 

— Dans la séance du 3 juillet de la commission royale d'histoire, M. Charles Piot. 
a lu deux notes importantes, la première sur la vaisselle et les bijoux de Philippe de 
Beau,_ et la seconde, sur le testament du comte Lamoral d'Egmont ; ce testament, 
jusqu'ici inconnu et dont M. Piot donne le texte complet, fut fait par Egmont, le 
21 juin i558, au moment où il se préparait à quitter Bruxelles pour se mettre à la 
tête de l'armée « du roy d'Espaigne et d'Engleterre, en ceste guerre d'entre luy et le 
roy de France ». L'acte contient nombre de détails intéressants sur les nombreux 
enfants du comte, sur ses biens et leur partage; on y voit l'affection tendre et pro- 
fonde qu'Egmont portait à sa femme Sophie de Bavière, alors enceinte, et que con- 
firme la lettre qu'il lui écrivit quelques heures avant de monter sur l'échafaud. 

— Les séances du 3o mai et du 26 juin de la Société d'Anthropologie ont été 
marquées par de curieuses communications et discussions. M. Houzé a lu une no- 
tice sur l'indice céphalique des Flamands et des Wallons, et M. Vanderkindere, 
un mémoire sur la question celtique; nous n'insistons pas, et renvoyons nos lec- 
teurs au numéro 14 (i5 juillet) de YAthenaeum belge, où ils trouveront le compte- 
rendu détaillé de ces deux séances. 

— La classe des lettres de l'Académie royale met au concours les questions sui- 
vantes : Concours annuel pour 1884. I. Règles de la poétique et de la versification 
suivies par les Rederykers au xv e et au xvr 3 siècle; II. Histoire du cartésianisme en 
Belgique; III, Caractères et tendances du roman historique depuis Walter Scott ; 
IV. Histoire des origines, des développements et du rôle des officiers fiscaux près 
les Conseils de justice, dans les anciens Pays-Bas, depuis le xv e siècle jusqu'à la 
fin du xvm e ; V. Etude historique, d'après les auteurs et les inscriptions, sur l'or- 
ganisation, les droits, les devoirs et l'influence des corporations d'ouvriers et d'ar- 
tistes, che\ les Grecs et les Romains, en comprenant dans cette étude les Grecs de 
l'Asie-Mineure, des Iles et de la Grande Grèce; VI. Histoire de la dette publique 
belge ; VII. Exposé comparatif, au point de vue économique, du système des an- 
ciens corps de métiers et des systèmes d'associations coopératives de production 



I 38 «KVUK CKllIQUh 

formulées dans les temps modernes. (Pour chacune de ces sepl questions, médaille 
d'or de «Soo francs}. — Prix Stassart : I. Apprécier l'influence exercée au xvt e siècle 
par les géographes belges, notamment par Mercator et Ortelius ; donner un exposé 
des travaux relatif s à la science géographique, qui ont été publiés aux Pays-Bas, et 
de ceux dont ces pays ont été l'objet, depuis V invention de V imprimerie et la décou- 
verte de V Amérique jusqu'à l'avènement des archiducs Albert et Isabelle. (Prix de 
3,ooo francs); II. Notice sur Simon Stévin (prix de 600 francs). — Prix de Saint- 
Génois : I. Quelle influence ont eue sur la littérature néerlandaise les réfugiés fran- 
çais qui se sont établis aux Pays-Bas après la révocation de l'édit de Nantes (Mé- 
moires à rédiger en flamand; prix de 450 fr.) — Prix Teirlinck : Histoire de la 
prose néerlandaise avant Marnix de Sainte- Aldegonde (1,000 fr.) 

— On trouvera dans la 2 e livraison du Bulletin Rubens des rapports adressés par 
M. Ruelens et datés de Carpentras, où cet érudit a dépouillé la collection Peiresc; 
on sait que M. Ruelens a été chargé de rechercher et de recueillir dans les biblio- 
thèques et dépôts d'archives de France les documents relatifs à Rubens. 

— Le conservateur du Musée Plantin, à Anvers, M. Max Rooses, vient de faire 
paraître (Gand, Hoste), un a nouveau livre d'esquisses » en langue flamande; on 
trouvera dans ce Nieuxv Schetsenboek une étude sur les Nibelungen comparés aux 
chants de YEdda; une histoire de la chanson politique et religieuse dans les Pays- 
Bas au xvi e siècle; deux monographies, l'une sur le poète dramatique Willem Ogier, 
et l'autre sur le jésuite Poiriers (les seuls écrivains remarquables en langue flamande 
au xvn e siècle); un essai sur la poésie flamande de i83o à 1880; un morceau très 
intéressant sur Henri Conscience, sa vie et ses œuvres. — Il y a quelque temps, 
M. Rooses avait publié un petit mémoire fort curieux sur Plantin et l'imprimerie 
plantinienne {Plantijn en de Plantijnsche drukkerij); M. Rooses a repris ce travail 
et lui a donné de plus grands développements, grâce aux documents sans nombre 
qu'il a trouvés dans le Musée Plantin; nous pouvons annoncer que son étude, re- 
maniée et considérablement augmentée, paraîtra assez prochainement, en langue fran- 
çaise, et sous le titre : Christophe Plantin, imprimeur anversois. Cette grande publi- 
cation sera ornée de cent planches phototypiques hors texte et de plusieurs centaines 
de planches dans le texte. 

DANEMARK. — M. Troels Lund travaille à une Histoire du Danemark et de la 
Norvège dans la seconde moitié duxvi* siècle, de i55o à i5q6; dans cette publica- 
tion (en langue danoise) il retrace d'abord la situation générale de la nation, puis 
l'histoire politique de la monarchie. Il a composé jusqu'à présent les quatre pre- 
miers livres de la première partie de cet ouvrage; chaque livre forme un volume; 
dans le premier volume, il décrit en traits généraux le pays et le peuple d'alors et 
montre en quoi ils différaient du peuple et du pays d'aujourd'hui; dans le deuxième 
et le troisième livre il expose la vie de chaque jour, le dehors et l'intérieur des mai- 
sons à la campagne et à. la ville, l'existence des seigneurs dans leurs châteaux, 
etc. ; dans le quatrième livre il traite des costumes de l'époque. Le deuxième et le 
troisième livre forment un ouvrage spécial qui vient d'être traduit en allemand sous 
la direction de l'auteur lui-même, et qui a pour titre : Das tœgliche Leben in Skan- 
dinavien wœhrcnd des- XVI. Jahrhunderts, eine cullurhistorische Siudic ùber die 
Entwickelung und Einrichtung der Wohnungen (Copenhague, Hœst et fils. In-8°, 
vi et 485 p. 9 mark.) 

ESPAGNE. — Une publication considérable, consacrée aux chants populaires de 
l'Espagne, paraîtra prochainement, à la librairie Francisco Alvarez, de Séville, sous 
le titre : Cantos popularcs espaholes, recogidos, ordenaJos i ilustrados por Fran- 



D HISTOIRE ET DE LlllKHAlUilh 1^9 

cisco Rodrigue^ Marin. L'ouvrage comprendra quatre volumes et renfermera près 
de 10,000 chants populaires. 

GRÈCE. — Un de nos correspondants nous écrit d'Athènes : deux importantes 
études archéologiques viennent de paraître : toute deux se rapportent à la topogra- 
phie du Pirée. L'une (qui a d'abord été publiée dans le Parnassos) est l'œuvre du 
professeur J. Gh. Dragatsis, et a pour litre : Ta Oéaxpa xou Iletpatûç -/.a! 6 y.o)çbç 
A'.ij/rjv. Grâce à cette monographie, la place des deux théâtres du Pirée est à jamais 
fixée, ainsi que celle du port appelé le xtoçoç Xtjrrçv ; le passage de Xénophon, Hellen., 
II, 4, 32, trouve une explication claire et satisfaisante. L'autre, de M. A. Mélétopoulos, 
Hîp! vqç, <7X,suo6y)X,y;<; tou <P£Xg)VOÇ, fixe l'emplacement du célèbre arsenal de Philon 
d'Eleusis. 

— Une Société historique et ethnologique de la Grèce s'est fondée récemment. Elle 
se propose de créer un musée renfermant toute sorte d'objets relatifs à l'histoire de 
la Grèce au moyen âge et dans les temps modernes. Les manuscrits et documents 
écrits formeront une dépendance à part du Musée sous le nom d'Archivé historique. 
C'est le même but que la Société Archéologique d'Athènes poursuit pour la Grèce 
classique. 

— L'ÎVOrjvaiov a cessé de paraître. 

RUSSIE.— Une nouvelle édition des Œuvres de Pouschkine doit paraître à Mos- 
cou, par les soins de M. Efremof ; elle comprendra sept volumes, dont l'un renfer- 
mera les lettres intimes du poète; on y trouvera deux portraits de Pouschkine, dont 
l'un, jusqu'ici inconnu et conservé maintenant au Musée de Moscou, est dû à Pousch- 
kine lui-même. 

SUISSE. — M. G. Meyer de Knonau vient de rééditer une des meilleures œuvres 
d'histoire du moyen âge, les Nihve casus monasterii Sancti Galli (Saint-Gall, Iluber. 
In-8°, lxii et 3gi p.). La Société historique de Saint-Gall avait déjà fait paraître en 
1862 une édition de cet ouvrage; mais cette édition n'avait ni commentaire ni index 
et le texte n'avait pas été établi avec toute la rigueur désirable. M. Meyer de Knonau 
a publié à nouveau ce texte avec la plus grande correction, en y ajoutant des notes 
nombreuses et une table des noms de lieux et de personnes; en appendice, on trouve 
un assez long exposé des rapports de l'évêque Eberhard II de Constance et de l'abbé 
Berthold de Saint-Gall de i52i à ibiq et une réimpression du Planctus beati Galli 
de 1252. 



SOCIÉTÉ NATIONALE DES ANTIQUAIRES DE FRANCE 



Séance du 1 g juillet 1882. 

M. d'Arbois de Jubainville signale l'existence, dans le nord de l'Irlande, de forts 
vitrifiés, semblables à ceux de France ou d'Ecosse. La construction doit vraisembla- 
ment en être attribuée aux Pietés, habitants primitifs de l'Ecosse, qui ont aussi oc- 
cupé la partie de l'Irlande où ces forts se trouvent. 

M. Schlumberger communique plusieurs sceaux inédits de fonctionnaires byzan- 
tins {stratèges ou gouverneurs, commerciaires ou directeurs des douanes) du thème 
de Khersois. Il montre également à la société plusieurs sceaux de fonctionnaires de 
la Bulgarie. Ce dernier pays, reconquis par l'empereur Basile, ne fut pas constitué 
en thème, et resta une sorte de province militaire, administrée par des ducs, des pré- 
teurs, et surtout des provéditeurs (iupovoY)Taï TiaGYjç BcuX^aptaç) sorte de commissai- 
res extraordinaires. 

M. Courajod lit, au nom de M. Mûntz, une note sur le premier architecte du 
palais pontifical d'Avignon. Il s'appelait Pierre Poisson ou Peysson (Magister Petrus 
Piscis ou Peysonnis) et était de Mirepoix. Dans les comptes conservés aux archi- 



I4O REVUE CRITIQUE D HlSTOiKE ET DE LITTÉRATURE 

ves secrètes du Vatican, on trouve plusieurs fois son nom depuis 1 335. L'année qui 
suivit l'avènement du fondateur de l'édifice, Benoit Xll, jusqu'en 1337, il dirigea no- 
tamment la construction de la chapelle et de la tour du palais, d'un cabinet de tra- 
vail pour le pape et d'une salle d'audience. 

M. Héron de Villefosse lit, au nom de M. Maxe-Verly, une note sur deux ins- 
criptions fausses attribuées à Nasium (Naix-en-Barrois). 



ACADEMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES 



Séance du 4 août 1882. 

Le prince S. Abamelek-Lazarew envoie des photographies et une copie des parties 
grecques de l'inscription bilingue découverte par lui à Palmyre, dont il a déjà fait 
parvenir à l'Académie un estampage malheureusement fort endommagé. 

M. Heuzey annonce par lettre des observations nouvelles qu'il vient de faire sur 
les monuments chaldéens trouvés par M. de Sarzec, dans les ruines de Tello, l'antique 
Sirtella. En enlevant l'efflorescence calcaire qui recouvrait un fragment de style très 
ancien, on y a reconnu la présence d'une inscription cunéiforme en caractères ar- 
chaïques; M. Heuzey y a lu le nom d'un souverain, qualifié, non comme dans les 
inscriptions déjà publiées, de gouverneur (patesi), mais de roi de Sirtella. Cette 
constatation l'a amené à étudier d'autres monuments analogues, et il y a rencontré des 
mentions semblables. Il a relevé, en tout, jusqu'ici les noms de quatre rois de Sir- 
tella, dont deux accompagnés d'indications généalogiques. Il faut donc admettre qu'à 
une époque très ancienne, antérieure à celle des textes précédemment étudiés, la ville 
de Sirtella formait un royaume indépendant, gouverné par ses propres souverains et 
non par des gouverneurs envoyés d ailleurs. M. Heuzey a trouvé aussi quatre ins- 
criptions qui mentionnent des gouverneurs ou, patesi, et donnent leurs noms et leur 
filiation. Celles-ci sont postérieures à celles des rois, mais antérieures à celles du 
patesi dont le nom a été lu Goudea, et sur lequel s'est portée principalement jusqu'ici 
l'attention des savants. 

Le prix Duchalais est décerné à M. Stanley Lane Poole, pour son volume intitulé : 
the Coins of the Moors of Africa and Spain, qui forme la 5 e partie du Catalogue of 
oriental coins in the British Muséum. 

M. Egger communique quelques observations sur une inscription funéraire d'A- 
thènes, qui vient d'être publiée par M. Koumanoudis, dans le dernier fascicule de 
1' 'AÔYjVaiOV. Cette inscription se compose d'une liste de soldats athéniens tués dans 
diverses guerres, pendant les trente ou quarante années qui précédèrent la guerre du 
Péloponèse; cette liste est suivie de deux distiques en l'honneur des morts. C'est un 
monument intéressant à beaucoup d'égards, et d'abord par sa date relativement an- 
cienne; la langue y présente des caractères d'archaïsme dignes d'attention, notamment 
dans les deux distiques. Il faut remarquer, en outre, parmi les noms propres, quel- 
ques composés formés pour rappeler le souvenir d'un succès militaire des Athéniens 
et tirés du nom d'une ville prise ou d'un pays conquis, comme chez les Romains les 
surnoms d'Africanus, Asiaticus, etc. Enfin, ce texte offre un nouveau témoignage de 
l'attention patriotique des Athéniens à perpétuer sur le marbre des tombeaux le nom 
des guerriers morts pour la patrie, tandis que dans les oraisons funèbres, au con- 
traire, l'usage voulait qu'on ne nommât pas les morts et qu'on honorât leur dévoû- 
ment par des éloges d un caractère tout à fait général. 

M. Weil donne une seconde lecture de son mémoire sur un papyrus grec qui con- 
tient des fragments des Oiseaux d'Aristophane. 

Ouvrages présentés : — par M. Alexandre Bertrand : Evans (John), les Ages de la 
pierre; le même, l'Age de bronze; — par M. Desjardins : Bulletin trimestriel des 
antiquités africaines recueillies par les soins de la Société de géographie et d'archéo- 
logie de la province d'Or an, et publiées sous la direction de MM. J. Poinssot etL. De- 
maeght, sous le patronage et avec la collaboration de MM. L. Renier, E. Renan, 
E. Desjardins, Ch. Tissot (de V Institut), Héron de Villefosse, Poulie, Cherbonneau, 
et de divers savants français et étrangers, I er fascicule, juillet 18H2; — par M. Geffroy: 
Ecole française de Rome, Mélanges d'archéologie et d'histoire, 1* année, fascicules 3 
et 4; — par M, Gaston Paris : Bladé (J.-F.), Poésies populaires de la Gascogne, 
t. III et IV; — par M. Delisle : Tamizey de Larroque, Entrée du roy Charles IX 
à Bordeaux; la Borderie (A. de), Diablintes, Curiosolites et Corisopites; Marre 
(Aristide), Problèmes numériques de Nicolas Chuquet. 

Julien Havet. 

Le Propriétaire-Gérant : ERNEST LEROUX. 
Le Puy, imprimerie Marchessou fils, boulevard Saint-Laurent, 23. 



REVUE CRITIQUE 
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

N° 34 - 21 Août - 1882 



Sommaire s i65. Socin, Les dialectes araraéens d'Ourmia à Mossoul. — 166. 
Warren, Manuscrits de Térence collationnés par Bentley. — 167. Archives de 
l'Orient latin, tome I.— 168. Pajol, Les guerres sous Louis XV, vol. I. — 16g. 
Les contes en vers d'Andrieux, p. p. Ristelhuber. — 170. Janssen, Frédéric 
Stolberg. — 171. Simson, Rapports de Napoléon III avec la France et l'Allemagne. 
— Chronique. 



l65. — Die neu-aramaeieclien Dialekte von Ui*miu bis Mosul, Texte 
und Uebersetzung herausgegeben von D r Albert Socin, Professor an der Universi- 
taet Tubingen. Laupp, Tubingen, 1882, xi et 224 p. in-4 . 

M. Socin poursuit sans relâche ses travaux sur les dialectes des pays 
environnant Mossoul. L'année dernière, il éditait, en collaboration avec 
M. Prym, un volume qui nous révélait le dialecte araméen du Tour 
'Abdin •. Cette année s'annonce encore plus fructueuse; outre ce livre-ci 
consacré à divers dialectes araméens, il a publié, dans le premier cahier 
de cette année du Journal oriental allemand, une première série de textes 
du dialecte arabe de Mossoul et de Mardin, lesquels, avec les Proverbes 
arabes 2 , doivent servir de matériaux pour des travaux ultérieurs de 
grammaire et de lexicographie. Il paraîtra aussi prochainement une im- 
portante collection de chants kurdes et des textes dans le dialecte turc du 
Kurdistan. 

Malgré la généralité de son titre, le présent livre n'a pas la prétention 
d'être complet ; cependant il forme, dans son ensemble, un recueil de pre- 
mière valeur pour l'étude des dialectes néo-syriaques. Le soin que M. S. 
a mis à rendre exactement la prononciation de ces dialectes, lui assure 
la reconnaissance des philologues. Il suit le système de transcription 
adopté précédemment pour le dialecte du Tour 'Abdin ; les diverses arti- 
culations et les nuances des voyelles y sont minutieusement notées au 
moyen de caractères latins munis de points et d'appendices diacritiques. 
Il est a désirer que cette excellente méthode serve de modèle pour les 
travaux de ce genre. 

Six dialectes sont représentés par des textes classés sous vingt-sept 
numéros : le dialecte d'Ourmia, n os I-XXII : le dialecte deSupurghan et 
le dialecte de Chosrowa, n° XXIII, 1 et 2; le dialecte de Dschelu, 



1. V. Revue critique, n L ' du i5 août 1881. 

2. Arabische Sprichwoerter und Redensarten. Tubingen, 1878. 

Nouvelle série, XIV. 



I42 REVUE CRITIQUB 

n° XXIV a b c; le dialecte FelliAi, n™ XXV et XXVI ; et le dialecte des 
Juifs de Zacho, n° XXVII a et b. 

£omme on le voit par cette classification, le dialecte d'Ourmia est de 
beaucoup le mieux partagé, sous le rapport du nombre des textes. Ceux-ci 
sont dus à la composition d'un certain Joseph Audischu ', natif de Mat- 
maryam, faubourg d'Ourmia. MM. Hoffmann et Socin, alors à Berlin, 
profitèrent de la présence d' Audischu dans cette ville pour les lui faire 
écrire et lire! C'est pendant la lecture qu'ils en fixèrent la transcription 
exacte au moyen de caractères latins et de signes spéciaux. 

Le style d' Audischu nous était déjà connu par plusieurs morceaux 
publiés en 1873 par M. Merx dans sa chrestomathie néo-syriaque [Neu- 
sjyrisches Lesebuch, pp. 1-28). Mais cette publication s'en tenait à l'ortho- 
graphe d' Audischu qui, se servant de caractères syriaques, tantôt recher- 
chait l'étymologie, tantôt imitait la prononciation, à moins qu'il ne se 
laissât aller à sa fantaisie. Son esprit peu cultivé ne lui permettait pas de 
suivre une orthographe régulière, comme celle que durent adopter les 
missionnaires protestants, qui, avaient d'autres soucis que de faire de la 
philologie. Il est singulier qu'ils marquent d'un point inférieur le waw 
du suffixe de la 3 e personne fém. sing. Audischu suit cette ponctuation 
vicieuse; heureusement, la prononciation figurée nous apprend que ce 
suffixe est et se distingue du masculin ou. 

Le principal intérêt de la nouvelle publication de M. S. ré- 
side donc dans sa méthode de transcription. Il aurait pu avantageusement 
laisser de côté la rédaction syriaque d' Audischu, qui accompagne le texte 
des treize premiers numéros ; en la conservant, il devait, il nous semble, 
la corriger et la ramener à la stricte étymologie. La prononciation étant 
assurée par la transcription en caractères latins, la rédaction syriaque ne 
devait plus servir que de commentaire facilitant l'intelligence des 
textes; telle est, par exemple, l'excellente rédaction arabe que M. S. 
a jointe à son édition des dialectes arabes de Mossoul et de Mardin, 
mentionnés plus haut. Le respect scrupuleux de l'éditeur pour son ma- 
nuscrit est très louable en ce qui concerne la transcription phonétique; 
c'est à la critique à rechercher si les inconséquences inhérentes à cette 
méthode sont dues à la mobilité du parler vulgaire ou à des lapsus très 
excusables de la part d'une oreille européenne, ou bien si elles trouvent 
leur justification dans des raisons grammaticales. Mais nous n'avions 
aucun intérêt à connaître l'orthographe d'Audischu et à savoir quelle 
valeur il donnait à telle ou telle consonne syriaque; citons, par exemple, 
tèt au lieu de taw dans sita « mesure » 54, 11; sâde au lieu de semkat 
dans sau et sawo « vieillard », 46, 5 et 12, comp. 46, 14; 'aïn explétif 
dans bd^û^e « spoliateurs », 48, 17, dans khlimi « gros » 5o, 7, et 
khulmânuitu «grosseur », 54, 12, comp. neu-syr. gr. p. 237, not. 1; 
en tête de ara « terre », 1 , 3; 54, 21, etc; sans compter les mots où il est 

1. Prononciation moderne du nom nestorien 'Abdischo, autrement dit 'Ebed-Iesu. 



d'histoire kt dk littérature 143 

transposé, comme marre, 12, 18, bibâya, 26, 16, marya, 40, 6, ma\\eta, 
49, 1 3, ma\diyanta, 5o, 2, ma\dih y 5o, 1 5 , et ceux où il fait défaut, comme 
towilun, 38, i3. La transcription phonétique enseigne suffisamment 
que ces emphatiques ont perdu de leur valeur et permutent souvent 
avec les consonnes simples correspondantes; l'orthographe d'Audischu ne 
nous apprend rien de plus, mais elle peut induire en erreur. Elle est, du 
reste, aussi négligée que son style : boud qouirawâti « tombeaux », 
p. 44, 21, mais plus exactement beit qoubrawâti, 46, i3; bat r dimmu, 
94, 21, pour bar dimmu; le lamed suivi du pronom suffixe de la 
3 e pers. sing. est écrit tantôt suivant l'orthographe du syriaque litté- 
raire leh masc, lah fém., tantôt comme le verbe substantif ilé, ilâ; dans 
ce dernier cas, l'écriture syriaque n'est pas toujours conforme à la pro- 
nonciation ; ainsi, p. 36, 3» on lit bayyêli au lieu de bayyâli; p. 40, 5, 
kha\yawêli2,\x lieu de khaiyawâli ; youme au lieu de youmdne, 46, 21. 
Ces observations, qu'il serait aisé de multiplier, montrent toute l'impor- 
tance qu'on doit attacher à la transcription phonétique de M. Socin. 

Le crochet doit être sous le h dans thilale, 35, 2, et briha, 107, i5 ; 
le second g de ligdâga 102, -6 est pour r. 

Supurghan et Chosrowa, au dialecte desquels est consacré le n°XXIII, 
sont situés : le premier, au nord-est d'Ourmia; le deuxième, au nord de 
la même ville, dans le district de Salamâs. Ce numéro est reproduit en deux 
leçons, l'une pour Supurghan, l'autre pour Chosrowa; il provient de la 
même source que les précédents. Il est malheureusement trop court pour 
donner une connaissance suffisante des particularités dialectales qui distin- 
guent ces idiomes. Au reste, Audischu paraît s'être complètement mépris 
en ce qui concerne le dialecte de Chosrowa qu'il assimile à tort à celui 
de Gawar. Les scrupules de M. S. étaient bien fondés, quand il disait 
dans sa préface, p. vin, que les données d'Audischu sur les dialectes de 
la Plaine et de la Montagne ne devaient pas être accueillies sans réserve. 
Un vénérable prêtre de la Mission de Paris, M. le P. Bedjan, dont la 
présence à Paris nous avait été signalée par M. S., a bien voulu nous 
donner quelques renseignements sur le dialecte de Chosrowa, son pays 
natal; nous les consignerons ici, à titre de contrôle : comme à Ourmia, 
les noms de nombre n'ont qu'une seule forme pour le masculin et le 
féminin; l'article indéfini « un », « une y> est khâ; les formes khê et 
kdhd d'Audischu sont d'autant plus erronées qu'il prend khê pour le 
féminin et kdhd pour le masculin, excepté dans khdâ schinna, 121, 17, 
où il est féminin. Khammisch « cinq », ischit « six », 1 2 1 , 1 5 et 16, sont 
également inusités; on dit, en tout cas, khammischta et ischta. Les dési- 
nences âya s'abrègent en â, comme rewâ « ivrogne » au lieu de rewâya, 
121, 9; bidd au lieu de bidâya « savoir », 122, 2. Le suffixe du pronom 
de la 3 e pers. mas. sing. est ou pour les substantifs et la plupart des pré- 
positions, on dit : idou « sa main » et non idi, 121, 14; qd'ou « à lui » 
et non qâti,. 121, 21. Le mot kya, 121, 21, est une interjection qui 
peut s'adressera une femme, mais non à un homme; cim « très », a\i\ïh 



144 REVUE CRITIQUK 

« mon ami », soyougli « mon cher », se disent à Ourmia, mais non à 
Chosrowa. Audischu connaissait le dialecte de Gawar, car sa famille 
était originaire de cet endroit ; ce morceau aurait peut-être été mieux 
intitulé : « Dialecte de Gawar ». 

Le n° XXIV, relatif au dialecte de Dschelu dans la Montagne, se com- 
pose de trois morceaux fournis par un habjtant peu lettré de ce pays à 
M. S., qui en fit la rencontre à Damas. Dans les dialogues, la troisième 
personne est employée pour la seconde; cet usage était digne d'être re- 
marqué; on le retrouve également dans d'autres passages, voy. note 18 ; 
si on n'y prenait garde, on pourrait être tenté de prendre le suffixe ou 
de la 3 e pers. pour celui de la seconde, oukh, en supposant la chute de 
la gutturale, chute qui existe effectivement dans da « une », 122, 18; 
123, 2, pour khda. Cette manière de parler, constatée chez des gens 
grossiers, est instructive au point de vue du développement du langage. 
On devrait peut-être lire : en la « sinon » au lieu de la, 122, 22, 
comp. 123, 12. Le suffixe du pronom de la 3 e pers. masc. sing. 
est prononcé tantôt ou, tantôt i : Ibïyù, 123, 1, ou Ibiyi, 123, 
14 « à sa maison ». Comme dans le dialecte arabe de Mossoul ', 
on trouve une forme étendue du pronom isolé, hinnêle « il est », 

123, 20, de hinnu? et ilê, ainsi que des suffixes : biyenih « en moi», 

124, 19; kislenih « chez moi », 124, 20, comp. binemude « avec quoi », 
124, 22, et Arab. Sprichwœrter, p. tx. Comme dans ce dialecte égale- 
ment, le conjonctif « que » est exprimé par le persan ta au lieu de Para- 
méen di ou qad : ta\ikh « que nous allions », 124, 3; tasqakh « que 
nous montions », 125, i5. 

Le n° XXV est un recueil important de chants en Fellihi. On appelle 
ainsi à Mossoul l'araméen parlé par les chrétiens de cette contrée. Ce 
terme est un peu vague, car, dans un sens plus général, il désigne les 
chrétiens aussi bien du Kurdistan que de TAzerbeighan. Ces Fellihis 
tiennent-ils leur nom des anciens Nabatéens, des Fellahs du Bet-Arbayé 
et de l'Adiabène? La solution de cette question, dans un sens affirmatif, 
jetterait un jour nouveau sur l'origine des dialectes araméens qui ont 
subsisté jusqu'à ce jour. 

Ce morceau et le suivant sont accompagnés de gloses arabes dans le 
dialecte de Mossoul, qui traduisent les passages les plus difficiles. 

Comme dans la Tour 'Abdin, a long oscille entre a et 0, et est pro- 
noncé quelquefois aie : vôlâ ou vâld « elle était », bôtre ou bâtre « après 
lui », mruloh « dites lui (à elle) », reschau « sa tête (à elle) », minnau 
« d'elle ». Le mot kimma ou kumma « bouche », comparé avec l'arabe 
tumma des gloses, pp. 1 38, 3 et i58, 17, offre un exemple de permuta- 
tion de t et Ar;la forme araméenne poumma est aussi usitée, 140, 21. On 
remarquera la double prononciation de la préposition ta « pour », sans 
■ 1 ■ . . ■ — ■ — » 

i. V. Zeitsch. der DMG, 1882, p. 1 1, 1. 8 et 11 et passim : hinu « lui », linu « à 
lui », etc. 



d'histoire et de littérature 145 

emphase, 142, 17; 21, 22; 143, 2, avec emphase i3o, 6; 1 35, 2 et i3, 
140, 5 et 6 ; de même à Zacho, p. 160, 3 et 7. La conjonction lad a pour 
que » ne présente qu'une forme, i32, 10; 1 35, 3, 4, 14, etc. 

Les noms de nombre « un » et « deux » ont un masculin et un fémi- 
nin; le féminin de deux titti ou titte, 1 38, 4; 142, i5; 143, 4, est plus 
près de l'arabe tintên des gloses, 1 38, 4, que du néo-syriaque de la 
Montagne tirte, r tombant moins facilement que w. 

P. 134, 2, lire menalmesa dans la glose arabe. 

Le n° XXVI, qui appartient au même dialecte, est une poésie religieuse 
d'un nommé Toma-es-Sindschari, d'un bourg aux environs de Dehok, 
au nord de Mossoul. La versification diffère de celle des chants du nu- 
méro précédent : ceux-ci se composent de quatre vers heptasyllabiques 
rimes; celle-là est divisée en strophes de trois vers rimes, coupés par une 
césure. Les vers sont formés de quatre pieds dissyllabiques ou trissylla- 
biques distingués par l'accent tonique; la césure est après le second pied. 
En outre, sans doute par analogie des chants kurdes, le premier vers de 
chaque strophe reprend, en partie, le dernier vers de la strophe précé- 
dente, dont il forme le refrain, mais de manière que la rime change. 
Comme le remarque M. S., cette poésie n'est pas exempte de l'influence 
du syriaque littéraire; l'auteur y fait usage d'une voyelle adjuvante dans 
mauvidyâne « confesseurs », 147, 21, comp. maudiyânouta « confes- 
sion », 147, 7. 

La permutation de n en / est remarquable dans takhmalta « pensée », 
takhmuîê.a penser », takhmali « ils pensent », i52, i5; 1 53, 19; i55, 7; 
1 56, 1; dans les autres dialectes, le radical takhmen, d'origine arabe, 
demeure intact. 

La particule de comparaison « comme » présente des formes variées : 
le simple kh, abrégé de akh, est le plus usuel, khvadja'e « comme sa 
douleur »,t5o, 7 ; khburqa « comme un éclair », 1 56, 7; une deuxième 
forme est khedegit ou khedegid, 144, 21 ; 1 55, 8 et 9, dans laquelle kh 
est composé avec le dconjonctif st eigit ou eigid « quand » « lorsque », 
154, 16; celui-ci est lui-même formé de eiga « alors », et d « que ». Ce 
composé autoriserait à chercher dans le syriaque littéraire kêmat un 
composé de k -\- êmatÇx). De même qu'à Ourmia on dit akh et makh, en 
préposant à ce dernier le mim de la préposition men, on prononce aussi 
dans ce dialecte-ci mukhedegid, 145, 20; 1 53, 1 et 2. A Zacho, on se 
sert, dans le même sens, de mukhwasid, 167, 6 et 21, lequel, abstraction 
faite du mim initial et du dâlat final, est l'ancien syriaque akhwât, le 
taw aspiré se prononçant s dans ce pays-là. 

Une autre particule intéressante est schud qui indique le volontatit : 
schud emha\li « qu'il se moque », 1 5 3, 4. M. le P. Bedjan a bien voulu 
nous donner, à ce sujet, les renseignements suivants : à Ourmia, on em- 
ploie dans ce sens l'impératif khousch suivi du d conjonctif : khousch 
dâ\el « qu'il aille », khousch dmâkhe « qu'il frappe » ; dans la Montagne, 
on se sert de schoud : schoud âçel « qu'il aille », schoud mâkhe 



I46 REVUE CRITIQUE 

« qu'il frappe » ; à Chosrowa, on abrège et on prononce scht ou sch : 
schtâ^el « qu'il aille », schmâkhe « qu'il frappe ». 

La coupe beid-isri, i52, 1 1 et 12, est meilleure que bei-disri, 1 58, 14. 

Les gloses arabes forment une utile contribution à la lexicographie 
du dialecte de Mossoul. On y trouve la forme, propre à ce dialecte, ako 
ou akosch '•« il y a », makosch « il n'y a pas », i5o, 7; i52, 12 et 1 58, 
x5 ; nous voyons dans cette location le néo-syriaque akhâ -f- (h)ou « ici 
est » ; le schin ajouté est fréquent en arabe vulgaire, surtout après une 
négation. Akosch traduit l'araméen it, au pluriel itin, qui se trouve aussi 
p. 5i, 10; itin répond au syriaque littéraire itaihoun. 

Le dernier numéro, XXVII a et b, représente le dialecte des Juifs de 
Zacho sur le Chabor oriental, un affluent du haut Tigre. Il ne faudrait 
pas y chercher un judéo-araméen analogue au fragment de targoum des 
Juifs de Salamas publié par M. le Rév. Albert Lœwy dans les Transac- 
tions of the society ofbiblical archœology, 1875, p. 98 et suiv. Ce dia- 
lecte ne diffère pas, au fond, de ceux dont il a été question plus haut et ne 
se sent nullement de l'influence judaïque; il se rapproche beaucoup de 
l'araméen du Tour 'Abdin. Il présente cependant plusieurs particula- 
rités : il prononce s le taw aspiré et \ le dalat aspiré, ex. : âse 
« qu'il vienne », kasvenno « j'écrirai », psikhle « il ouvrit », basre 
« après lui *,pâsu « sa figure », khdsi « ma sœur », susawdsa « che- 
vaux »; o\ « fais *-, u\le « il fit », kh\âra « aller çà et là »; mais bêt h a 
« maison », 160, 20, quoique bêsa soit plus fréquent; didukh « de toi », 
dide « de lui » did ou dit « afin que », 167, 4 et 9, bid a dans », bidi\u 
« dans leurs mains », 164, 8. Il tient donc le milieu entre les dialectes 
qui maintiennent ces consonnes aspirées et ceux qui les laissent tomber ; 
à Chosrowa, en effet, on dit : biya 2 « maison », pâha « figure », slouwa 
« prière », ddya « mère », pour bêt h a, pât h a, slout h a, dâd h a. 

L'*aïn est prononcé encore dans un certain nombre de mots : 'oriqlu 
« ils s'enfuirent », le'al « par dessus » ; il est pour hamza dans d'irru 
(ou durru, i63, 18) « ils tournèrent », comme dans le dialecte du Tour 
'Abdin. Comme dans ce dialecte également le démonstratif o maso, ei 
fém., an plur. com., est usité pour Particle déterminatif; le pronom est 
renforcé de la particule hâ : ôha « celui-ci », 164, 22; êha « celle-ci », 
i65, 3; âwa « celui-là », 162, 6, i3, \7\aya « celle-là », 164, 12. La 
même particule apparaît en tête de ahit, ahid ou ahèd « toi ». 

On devrait lire wo-khina au lieu de wo-kheta, 162, 6; \evirru t i65, 
7, est à séparer en deux mots : \e « aussi » et virru « ils passèrent ». 

Une traduction aussi littérale que le comporte ce genre de littérature 
facilite l'étude des textes. De nombreuses difficultés ont été surmontées 
avec une sûreté de jugement qui appelle la confiance du lecteur. Il reste 



1. Comp. Socin, Sprichwoerter , n os 82 et 484, et ZDMG, 1882, p. 8. 2 et p. 18, 16. 

2. Cette prononciation explique l'ancienne forme bê de bêt h « maison », ainsi que 
l'arabe bî'a « synagogue », « église ». 



D'HISTOIRK ET DR LITTRRATURB I47 

bien quelques passages douteux, notamment dans les chants fellihi, 
comme le remarque M. Socin. Nous avons noté la phrase suivante qui 
traduit Ja ligne 6 de la page 47 : « Da dies in spaeter Stunde geschieht, 
schrumpft jener vor Furcht zusammen », nous croyons qu'il serait plus 
exact de dire : « Dans cette heure d'angoisse, celui-ci devient plus sec 
qu'un vieillard sous l'empire de la crainte qui l'oppresse. » Rank, dans 
cet endroit, ne peut être que le persan randj « douleur ». Page 22 3, 1. 2, 

au lieu de : « So kehrten sie zurûck », il est plus conforme au texte 

de traduire : « Nous sommes revenus. » La forme schâté que M. S. ne 
s'explique pas, note 179, ne peut être que le participe dans le sens d'un 
volontatif : « Bois-la (la coupe). — Qu'il la boive et que bien lui fasse! 
dit-on d'elle (en montrant la coupe) ». Note 2i5, le mot hhudjâta est 
sans doute l'arabe hhidja « fourberie ». 

Les savantes et nombreuses notes que M. S. a jointes à la traduction 
n'ont généralement pas trait à la langue elle-même ; la publication de 
ces textes fait donc sentir encore plus vivement le manque d'un lexique 
néo-syriaque. Si M. S. accomplit le projet qu'il a conçu de combler cette 
lacune, il rendra à la science un service signalé. 

Au point de vue littéraire, ces divers morceaux n'offrent pas le même 
intérêt que les contes recueillis par MM. Prym et Socin dans le dialecte 
du Tour c Abdin. Il faut excepter cependant le n° XXVII a, où se trou- 
vent fondues ensemble deux légendes anciennes : la légende du diable 
qui, sous la forme d'une gazelle, entraîne à sa poursuite les chasseurs et 
les égare dans les forêts, et la légende de la fontaine enchantée qui mé- 
tamorphose les jeunes gens en femmes. La première est conservée par le 
Râmayana et le Talmud de Babylone dans deux passages judicieusement 
rapprochés par M. James Darmesteter dans la Revue des Etudes juives, 
188 1, t. I, pp. 3oo-3o2. La deuxième, qui nous est connue par le roman 
de Sindban ou les sept Sages, doit avoir avec la précédente une origine 
commune. L'enseignement des missionnaires n'est pas à méconnaître 
dans certains récits. Notre réputation de mangeurs de grenouilles, n° xix 
a, est d'importation anglaise ; sahs doute aussi la fable du berger men- 
teur, n° xvm d, et le dicton populaire : Quand il pleut par le soleil, le 
diable marie sa fille, mais, au lieu de noces de diables, ce sont des noces 
de loups, n° xvm a, le mot déva prêtant en néo-syriaque à ce double 
sens. 

Rubens Duval. 



166.- On Bentley's English Mas. of Terence. [Reprinted from The Ame- 
rican Journal Philology, Vol. III, No. 9] ; signé : Minton Warren. i3 p. in-8°. 

Indication de quelques inexactitudes dans la collection du Parisinus 
fournie par Auguste Fritsch à l'édition Umpfenbach. Identification des 
Regii de Bentley, collationnés par M. Warren au British Muséum. 



I48 REVUE CRITÏQUB 

Liste des manuscrits collationnés par Bentley, écrite deux fois de sa 
main (sous deux formes différentes) sur un Térence de 1686 conservé à 
Cambridge. 



167. — Archives de l'Orient latin, publiées sous les auspices de la Société 
de l'Orient latin. Tome I. Paris, Leroux 188 1, gr. in-8°, xvi-767-75 p. Prix : 
2 5 francs. 

La Société de l'Orient latin a pour objet la publication des nombreux 
documents historiques et géographiques, relatifs aux croisades, que 
l'Académie des Inscriptions n'a pas admis à figurer dans sa collection 
des Historiens des croisades. Ces textes sont innombrables et se trou- 
vent un peu partout; non-seulement les manuscrits qui les renferment 
ont subi les mêmes vicissitudes que tous ceux du moyen âge, transpor- 
tés du nord au sud de l'Europe suivant les hasards des enchères, 
mais encore les chrétiens du moyen âge ayant toujours regardé 
la Terre-Sainte comme leur patrimoine commun, les ouvrages relatifs 
aux Lieux saints ont été extrêmement répandus et en faveur chez tous 
les peuples de l'Europe. De là des difficultés extrêmes quand on veut 
retrouver les exemplaires manuscrits de ces documents, généralement 
peu étendus et qui ont d'autant plus facilement échappé à l'attention 
des bibliographes. Toutes les publications des textes du moyen âge ont 
eu à lutter contre les mêmes difficultés; pour les vaincre, on a généra- 
lement eu recours au même système : à côté de la série principale, on a 
créé un recueil annexe, publiant des articles de bibliographie des 
textes moins étendus, donnant le résultat des premières recherches. Tel 
a été le rôle de VArchiv, créé par G. Pertz et dont la publication est 
continuée par les directeurs actuels des Monumenta Germaniae ; tous 
ceux qui s'occupent de l'histoire du moyen âge savent ce que renferme 
ce recueil unique au monde. Les Archives de l'Orient latin sont conçues 
sur le même plan que VArchiv ; mais elles ne paraîtront pas à époques 
fixes comme le Neues Archiv; chaque volume formera un tout, dans 
lequel les matières seront classées méthodiquement et réparties en quatre 
grandes classes : A. Critique des sources; B. Inventaires et descriptions 
de manuscrits, bibliographie ; C. Documents (lettres, chartes, poèmes et 
documents divers) ; D. Mélanges historiques et archéologiques. Cette 
division méthodique a certains avantages ; elle donne au volume 
meilleure apparence; mais elle offre un inconvénient qui serait très 
grave dans un recueil périodique, qui l'est moins dans une publication 
comme celle qui nous occupe ; la préparation et la publication de 
chaque volume sera toujours très longue, car, avant d'imprimer une seule 
page, il faudra avoir le volume entier en manuscrit. A vrai dire, c'est la 
seule critique qu'on puisse faire à ce recueil ', qui présente en général le 

1. Sauf une autre toute matérielle; l'impression du volume est bien fine, et la 



D HISTOIRE ET DE LITTERATURE I49 

plus grand intérêt et auquel tous les savants de l'Europe qui s'occupent 
de l'histoire de l'Orient latin ont tenu à honneur de collaborer, si bien 
que, tout comme les croisades, les nouvelles Archives ont un vé- 
ritable caractère cosmopolite. Le meilleur moyen de donner au 
lecteur une idée exacte de l'intérêt que présente ce recueil est d'en re- 
produire la table, c'est ce que nous faisons plus bas; mais, parmi les 
articles et les textes qui y figurent, il faut mentionner avant tout 
l'Inventaire critique des lettres historiques des croisades de M. le 
comte Riant, l'un des meilleurs travaux de critique, dont les sources de 
l'histoire de l'Orient latin aient jamais été l'objet; les actes passés en 
Arménie par des Génois, publiés par M. le chevalier Desimoni; le 
procès- verbal du martyre de quatre frères mineurs en 1 391 , publié par 
M. 'Durrieu ; les fragments du Solymarius, de Gùnther de Pairis, re- 
trouvés à Cologne par M. Wattenbach ; l'article de M. Rôhricht sur la 
croisade du prince Edouard d'Angleterre, enfin les textes découverts par 
M. de Mas- Latrie aux archives de Venise. Mais cette énumération laisse 
de côté plus d'un article intéressant, plus d'un texte précieux ; la lecture 
de la table va en convaincre les lecteurs. 

A. Critique des sources. 

I. Inventaire critique des lettres historiques des croisades, par M. le 
comte Riant (pp. 1-224). Première partie jusqu'à l'an 1100. Sur ce très 
important travail, voir la. Revue critique, X, 302-307 (18 octobre 1880) 

II. La Descriptio Terrae Sanctae de Belardo d'Ascoli (1 1 12-1 120), 
par le D r Neumann (pp. 225-229). Curieuse analyse d'un opuscule 
conservé dans un ms. du Vatican (n. 11 10). 

III. Al-Harizi et ses pérégrinations en Terre-Sainte (vers 1217), par 
M. Moïse Schwab (pp. 231-244). Analyse des passages où ce poète parle 
de la Terre-Sainte. 

B. Inventaires et descriptions de manuscrits. Bibliographie. 

I. Inventaire sommaire des manuscrits de l'Eracles, par M. le comte 
Riant (pp. 247-2 56). Plus complet que toutes les bibliographies publiées 
jusqu'à ce jour. Voir aussi aux additions, pp. 716-718. 

IL Dépouillement des tomes XXII -XXI II de YOrbis Christianus de 
Henri de Suarez (Paris, B. N., mss. lat. 8983-8984. — Patriarcats de 
Constantinople et de Jérusalem, par M. le comte Riant (pp. 257-287). 
L'auteur a relevé dans cette compilation assez confuse la cote et la 
copie de i65 bulles des années 1 3 1 7-1 3y5; cinq qui paraissent inédites, 
ont été publiées en entier. 

III. Description du Liber Bellorum Domini (Rome, Vatican, Reg. 
Christ., 547), par MM. le comte Riant et Giorgi (pp. 289-322). Com- 
pilation indigeste, mais utile à consulter, de la fin du xiv c siècle. 



lecture en est, par suite, assez fatigante; sans compter que la correction des épreuves 
a du être par conséquent des plus laborieuses. Voir notamment le caractère le plus 
fin des pages 267 et suiv. 



I 50 REVUK CRITIQUE • 

IV. Description du manuscrit 20 H. 39 de la bibliothèque du prince 
de Metternich à Koenigswart (variantes d'Arculf), par le docteur Neu- 
mann (pp. 323-333). Ms. du xn e siècle, très important ; sera à employer 
pour une nouvelle édition d'Arculf. 

V. Description de deux manuscrits contenant la règle de la Militia 
passionis Jesu Christi de Philippe de Mézières, par M. A. Molinier 
(pp. 335-364 et p. 719). Analyse et extraits de deux mss. des biblio- 
thèques de l'Arsenal et de la Mazarine ; ce dernier avait déjà été signalé 
par l'abbé Lebeuf. 

VI. Inventaire d'une collection de photographies exécutées dans le 
cours d'un voyage en Orient (1 859-1 860), par M. Louis de Clercq 
(pp. 365-37i). Monuments et paysages, collection très-rare. 

C. Documents. 

1. Lettres. — 1. Lettre du clerc Nicétas à Constantin VII Porphyrogé- 
nètesur le feu sacré (comte Riant), pp. 375-382. — Lettre fausse publiée 
en 1787 par un certain Chrysanthe, kamarasi du S. Sépulcre. 

2. Six lettres relatives aux croisades (comte Riant), pp. 383-392, 
xn e , xm e et xv c siècles. Cinq étaient inédites; une seule avait été impri- 
mée en 1859, en Italie, dans un opuscule de la plus grande rareté. 

II. Chartes. — 1. Charte relative à Pierre l'Hermite (Léon Vieillard), 
pp. 393-4. Année 1 100. * 

2. Actes constatant la participation des Plaisançais à la première 
croisade (D. G. Tononi), pp. 395-401. Interrogatoires de 1 173 et 1174. 

3. Acte de soumission des barons du royaume de Jérusalem à Frédé- 
ric II (R. Rôhricht), pp. 402-403. D'après l'original, aujourd'hui au 
Musée britannique. Année 1241. 

4. Indulgences octroyées par Galerand, évêque de Beryte, ambassa- 
deur de Terre-Sainte en Angleterre (comte Riant), pp. 404-405. Charte 
du 5 novembre 1244 pour l'abbaye d'Oseney. 

5. Traité des Vénitiens avec l'émir d'Acre en 1304 (M. de Mas-La- 
trie), pp. 406-408. 

6. Trois chartes du xn e siècle, concernant l'ordre de Saint-Jean-de- 
Jérusalem (Delaville le Roulx), pp. 409-415. Deux de ces pièces sont 
tirées des archives de la Haute-Garonne; la troisième, des archives de 
Malte; cette dernière, dont un fac-similé accompagne le volume, pré- 
sente cette particularité de porter des souscriptions en grec et en 
latin. 

7. Privilèges octroyés à l'Ordre Teutonique (comte Riant), pp. 416- 
422. Six pièces, dont cinq se rapportent aux biens possédés en An- 
gleterre par l'Ordre Teutonique (1 235-1401). 

8. Titres de l'hôpital des Bretons d'Acre (Delaville le Roulx), pp. 423- 
433. Années 1 255-126 1 ; 8 actes dont 7 bulles des papes Alexandre IV 
et Urbain IV, et 1 de Gilles, archevêque de Tyr. En tête, une note très 
intéressante sur cet hôpital. 

9. Actes passés en 1271, 1274 et 1279 à L'Aïas (Petite- Arménie) et à 



u'HISTOrRK ET DR LITTÉRATURK I 5 I 

Beyrouth par devant des notaires génois (Ch er . Desimoni). pp. 434-534. 
En tête, préface très curieuse de l'éditeur sur les relations des Génois 
avec l'Arménie, l'intérêt que peuvent présenter les actes publiés et la 
valeur des monnaies citées dans ces documents. Ces dernières notes sont 
d'autant plus précieuses qu'on connaît la compétence de M. le chevalier 
Desimoni pour tout ce qui touche l'histoire monétaire des pays mé- 
diterranéens. Les actes sont au nombre de 79 et tirés tous des archives 
notariales de Gênes. 

10. Libre exercice du commerce octroyé à un pèlerin champenois 
(1 153). (A. de Barthélémy), pp. 535-536. Charte des archives de l'hôpi- 
tal de Châlons-sur-Marne. 

11. Charte de départ du dauphin Humbert II (J. Roman), pp. 537- 
538. Acte du 2 septembre 1 345, daté de la galée, qui transporta le dau- 
phin en Orient. 

12. Procès-verbal du martyre de quatre frères mineurs (1 391). 
(P. Durrieu), pp. 539-546. Tiré des archives du Vatican; très cu- 
rieux. 

III. Poèmes. — En tête, note de M. le comte Riant sur les poèmes 
existants, relatifs à l'histoire de l'Orient latin (pp. 547-55o et p. 720), 
et sur ceux qui, signalés par d'anciens auteurs, ont disparu depuis. 

1. Le Solymarius de Gunther de Pairis (W. Wattenbach), pp. 55 1- 
56i. M. Wattenbach a retrouvé à Cologne, à la Bibliothèque du gym- 
nase, dans des fragments de manuscrits, environ 240 vers du fameux 
Solymarius. L'éditeur a soumis ces fragments à M. Pannenborg, qui y 
a reconnu les expressions et tournures favorites de l'auteur du Ligu- 
rinus, expressions et tournures qu'il était seul à employer à son époque. 
Au point de vue littéraire, la découverte de M. Wattenbach est tout à 
fait importante; au point de vue historique, elle l'est moins, Gunther 
s'étant contenté de mettre en vers l'ouvrage de Robert le Moine. 

2. Achard d'Arrouaise, Poème sur le Templum Domini (marquis de 
Vogué), pp. 562-579. Poème latin, où l'on trouve quelques détails cu- 
rieux sur les querelles des Latins pendant leur domination à Jérusalem 
et sur le Templum Domini. 

3. Deux poésies latines relatives à la III e croisade (H. Hagenmeyer), 
pp. 58o-585. L'une, écrite vers 1187, est publiée d'après un ms.de 
la bibliothèque de Laon ; l'autre est donnée d'après un ms. de Saint- 
Gall. 

IV. Documents divers . — 1. Aboul Hassan Aly el Herewy. Indica- 
tions sur les lieux de pèlerinage (Charles Schefer), pp. 587-609. Voya- 
geur arabe du xn K siècle, mort en 1215 ; M. Schefer donne, d'après un 
manuscrit du xiu e siècle, la traduction des passages de son voyage rela- 
tifs à la Galilée, à la Palestine et aux côtes de Syrie. On y trouve beau- 
coup de renseignements qui concordent avec ceux que fournissent les 
relations des pèlerins chrétiens. 

2. Les Remembrances de la haute cour de Nicosie. Les Usages de 



l52 REVUE CRITIQUE 

Naxos (P. Viollet), pp. 610-614. D'après le ms. 5684 de la bibliothèque 
de sir Thomas Phillips, traduction italienne d'une partie des Remem- 
brances; et d'après le ms. 85 12 du British Muséum, traduction dans la 
même langue d'une partie des Usages. 

D. Mélanges historiques et archéologiques. 

I. Etudes sur les derniers temps du royaume de Jérusalem (Rôhricht), 
pp. 617-652. — A. La croisade du prince Edouard d'Angleterre (1270- 
1274) ; très intéressant; article fait en partie d'après des sources inédites. 
— B. Les batailles de Hims (1287 et 1299). Défaits la première fois, les 
Mongols y dispersèrent, en 1299, les troupes égyptiennes. 

II. Projets d'empoisonnement de Mahomet II et du pacha de Bosnie, 
accueillis par la république de Venise (De Mas-Latrie), pp. 65 3-66o. 
Textes authentiques tirés des archives de Venise, qui prouvent que le 
gouvernement de Venise employait sans le moindre scrupule les moyens 
les plus expéditifs de se débarrasser de ses ennemis. Ces textes et d'autres 
semblables semblent avoir été la source du faussaire, auteur des cé- 
lèbres statuts du conseil des Dix publiés par Daru, statuts dont l'au- 
thenticité est d'ailleurs inadmissible. 

III. Trois sceaux et deux monnaies de l'époque des croisades (G. 
Schlumberger), pp. 663-678. Sceau de plomb de Renaud de Châtillon, 
seigneur de Karak et Montréal; matrice de sceau de Gautier de Châtil- 
lon ; matrice de sceau d'un catholicos d'Arménie du xm e siècle ; monnaie 
de bronze de Girard , comte de Sagète ou Sidon ; monnaie d'or de 
Léon II, roi d'Arménie. Figures. — Article très intéressant, toutefois 
nous croyons que M. Schlumberger a tort d'admettre que les gra- 
veurs des sceaux représentant des monuments, châteaux ou églises ont 
toujours essayé de reproduire exactement le château ou l'église qu'ils 
avaient sous les yeux; l'étude attentive des sceaux du midi de la France 
dont il parle, l'amènerait, sans aucun doute, à des conclusions un peu 
différentes de celles qu'il exprime (pp. 667-8). 

IV. Bulles de hauts fonctionnaires byzantins d'ordre militaire, prin- 
cipalement de chefs des corps étrangers ou indigènes de la garde et de 
généralissimes des forces d'Occident en Orient (G. Schlumberger), 
pp. 679-696. Intéressant; quelques-unes de ces bulles, dont M. S. pu- 
blie le dessin, ont une certaine valeur artistique. 

V. Bulles byzantines relatives aux Varègues (D r A. Mordtmann), 
pp. 697-703. Description de 8 bulles, les seules qui soient actuellement 
connues. 

VI. Les Archives des établissements latins d'Orient, à propos d'une 
publication récente de l'Ecole française de Rome (comte Riant), pp. 705- 
710. Article déjà publié dans la Bibliothèque de V école des Chartes, 
et dans lequel M. Riant indique les lacunes à combler dans la série de 
ces archives, les pays où devront chercher les savants pour retrouver 
trace des collections perdues. M. Riant dit, en passant, quelques mots de 
la publication de M. F. Delaborde, les Chartes de Josaphat. 



d'histoire et dk LITTÉRATURE I 5 3 

Le volume renferme ensuite dix pages d'additions et de corrections et 
se termine par un index très copieux (pp. 723-767). Suit enfin, avec 
une pagination particulière, une copieuse bibliographie de l'Orient latin 
pour les années 1878, 1879 et 1880 [j5 pages à 2 colonnes). Elle se 
divise en trois parties : A. Livres et articles divers. B. Articles publiés 
dans les périodiques spéciaux. C. Cartes. La première partie est classée 
par ordre alphabétique ; à chaque ouvrage ou article sont indiqués les 
comptes-rendus qui en ont paru; le nombre des articles est de 71 1 , dans 
toutes les langues de l'Europe, mais principalement en allemand, an- 
glais et français. — Le dépouillement des périodiques spéciaux est moins 
intéressant; la plupart des articles qu'ils renferment ont peu de valeur 
et sont écrits dans un but d'édification et de propagande. Ainsi les 
n cs 928 à 1066, tirés de la Terre sainte, journal des lieux saints, n'ont 
à peu près aucun intérêt et la plupart sont des articles de polémique. 
Toutefois, sous peine d'être incomplets, les rédacteurs de cette biblio- 
graphie devaient dépouiller ces revues spéciales ; elles sont au nombre 
de 8, dont 3 en français, 4 en allemand et 1 en anglais; cette dernière 
est le Statements, la plus importante de toutes. Les cartes n'occupent 
que 24 numéros; la plupart viennent d'Allemagne. Cette bibliographie 
se termine par une table analytique, dans laquelle les ouvrages sont ran- 
gés sous un certain nombre de rubriques générales. 

A. Molinier. 

168. — L,e» guerres sous Louis X.V, par le comte Pajol, général de division. 
Tome I. 1715-1739. Paris. Firmin-Didot. In-8° vu et 652 p. 

Le général comte Pajol se propose de retracer le plus complètement 
possible, en sept volumes, l'histoire des guerres du règne de Louis XV. 
Le présent volume est consacré à la guerre d'Espagne et à celle de la 
guerre de la succession de Pologne ; les deux volumes suivants con- 
tiendront l'histoire de la guerre de la succession d'Autriche; le IV e et le 
V e , celle de la guerre de Sept Ans ; le VI e , celle de diverses expéditions 
(Minorque, Corse, Canada, Indes, débarquement du prétendant en 
Ecosse); le VII e , enfin, renfermera l'historique abrégé des corps de l'in- 
fanterie et de la cavalerie. 

L'expédition d'Espagne (17 18-1720), dirigée par le maréchal de 
Berwick, n'était connue jusqu'ici que dans ses grandes lignes; M. P. 
en fait une histoire minutieuse, il expose l'état de l'armée française au 
commencement de la campagne, en s'aidant surtout de la correspon- 
dance de Berwick au régent ; il raconte très amplement les opérations 
militaires en Espagne (prise de Fontarabie, de Saint-Sébastien et 
d'Urgel). 

Dans la période qui s'étend de la guerre d'Espagne à celle de la guerre 
de la succession de Pologne, ont lieu de nombreuses réformes (réorgani- 
sation de la maréchaussée et de l'artillerie, ordonnance du 27 février 



1 54 REVUE CRIMQDR 

1726 sur les milices, création de six compagnies de cadets, camps d'ins- 
tructions, rétablissement du service des étapes, etc.). 

La guerre de la succession de Pologne forme la plus grande partie du 
livre de M. Pajol. On regrettera qu'il n'ait pas cité, au moins au bas de 
la page, l'ouvrage de M. Rathery sur le comte de Plélo. Mais les campa- 
gnes d'Allemagne, sous Berwick, Asfeld et Coigny, celles d'Italie, sous 
Villars, Coigny, Broglie, Noailles, sont racontées avec une telle abon- 
dance de renseignements et un tel luxe de détails qu'il sera désormais im- 
possible à tout historien de cette guerre d'être plus complet que M. Pa- 
jol '.Grâce au grand nombre de documents qu'il a consultés, surtout aux 
archives du dépôt de la guerre, pièces officielles, dépêches confidentiel- 
les, avis secrets, ordres, notes d'avant-poste, M. P. a fait comme le jour- 
nal de la guerre de la succession ae Pologne ; il a tout recueilli, tout 
classé, mentionné les moindres faits de cette longue lutte, en les ap- 
puyant de citations copieuses et étendues; c'est une histoire toute mili- 
taire qu'il a voulu composer ; aussi ne tient-il aucun compte des anec- 
dotes de cour, des influences de salon ou de boudoir, des discussions 
philosophiques et religieuses de l'époque ; M. P. pense surtout, dit-il, à 
servir les intérêts de l'armée. 

Par là, son récit est fort monotone; ce n'est souvent qu'une liste des 
régiments qui prirent part aux opérations, une longue nomenclature 
des villes et des villages marqués par les mouvements de nos troupes ; et 
d'ailleurs, une guerre où il y eut tant de marches et de contre-marches, 
tant de petites surprises, tant de minces affaires d'avant-poste, n'offre 
pas au lecteur un bien vif intérêt. En Allemagne, l'armée française ne 
livra pas une seule grande bataille ; le seul fait éclatant est la prise de 
Philippsbourg. En Italie, il y eut deux batailles, mais aussi stériles que 
meurtrières : celles de Parme et de Guastalla. Toutefois 2 , on devra sa- 
voir le plus grand gré à M. le comte Pajol de ce travail si conscien- 
cieux ; on ne peut que le recommander chaudement à tous ceux qui 
étudient l'histoire de la guerre, et l'ouvrage, lorsqu'il sera terminé, ne 
devra manquer dans aucune de nos bibliothèques de régiment. A. C. 

1. Il faut cependant attendre le volume ou plutôt les volumes qui paraîtront dans 
la seconde série de la grande publication de la section historique des Archives de la 
guerre, d'Autriche (Feld^ùge des Prin^en Eugen von Savoyen). 

2. P. 141, le roi Frédéric-Guillaume, père de Frédéric II, ne fut jamais « l'arbitre 
de l'Europe ». — P. 162, la Saxe galante n'est pas un « livre assez rare »j toute la 
note consacrée à cet ouvrage est inutile et par trop naïve; M. P. avoue, qu'en le li- 
sant, il était bien loin de soupçonner que les vieux palais de Dresde et ses châteaux 
eussent abrité jadis tant de splendeurs et de galanteries. — P. ij5, qu'est-ce que le 
Knipaof, àDanzig? — P. 026, lire Kopfstùck (pièce de monnaie) et non « Kop- 
stuck ». — Pourquoi dire « Weissenburg » et non Wissembourg, « Lauterburg » et 
non Lauterbourg, « Freyburg » et non Fribourg, « Bitsch » et non Bitche ; dans 
ce cas, il faut écrire « Strassburg » et non Strasbourg. — P. 207, note, une mention 
comme celle-ci « Seckendorf's Lebensbeschreibung » est trop vague. — Le style est 
parfois négligé; « les princes... suivaient cette campagne comme instruction mili- 
taire » (p. 242). 



OHISTOIRE ET DE LITTERATURK I 5 5 

169. — Lei conte» en ver* d'Andrieux, suivis de lettres inédites, avec notice 
et notes, par P. Ristelhuber. Paris, Charavay. 1882, in-12, xxxv-227 p. 

Tout le monde connaît le Meunier sans souci ; les autres con- 
tes d'Andrieux sont fort oubliés aujourd'hui.. Ils ne valent pas celui-là, 
mais ils se font presque tous lire avec agrément. Le Procès du sénat de 
Capoue contient des traits excellents ; les vers du Doyen de Badajo^ 
ne valent pas mieux que la prose de Blanchard, mais conservent le sel 
de ce joli apologue; V Alchimiste et ses enfants, Une promenade de 
Fénelon, Cécile et Térence montrent le bon naturel du poète; la Bulle 
d'Alexandre VI \ médiocre imitation d'une plate nouvelle de Casti, ne 
rachète pas la crudité du fond par une suffisante légèreté de forme. Tel 
qu'il est, avec deux ou trois fleurs encore brillantes, quelques autres fa- 
nées et une poignée de brins d'herbe, le bouquet que nous offre M. Ris- 
telhuber conserve pour nous un peu de son parfum, qui n'a jamais été très 
pénétrant. Andrieux a lui-même, sous le voile de l'anonyme, jugé ses 
contes avec une parfaite justesse : « Ces pièces, dit-il, ont du naturel et 
de la gaieté, mais elles manquent de poésie... Il est bon d'être facile, 
mais il ne faut pas que cela aille jusqu'à la faiblesse ou à la négligence.» — 
La notice de l'éditeur est suffisante ; ses notes sont très sobres. Il a donné 
ailleurs, dans une intéressante brochure, l'étude des sources et de la part 
de vérité du Meunier sans souci [Une fable de Florian, étude de litté- 
rature comparée. Paris, Baur, 1881). — Les lettres publiées à la fin du 
volume, relatives aux efforts d'Andrieux, dans sa vieillesse, pour faire 
reprendre ses pièces de théâtre, n'ont aucun intérêt. 

W. 



170. — Friedrich L.eopold Graf zu Stolberg, sein Entwicklungggang 
nnd sein Wirken im Celste der Kirche, von Johannes Janssen. Ineinem 
Bande, zweite Auflage. Mit Stolberg's Bildniss. Freiburg im Breisgau, Herder. 
1882. In-8°, vi et 496 p. 5 mark. 

Comme l'indique le titre et comme le répète M. Janssen dans sa pré- 
face, cet ouvrage est la seconde édition, un peu abrégée, des deux volu- 
mes parus en 1877. Aussi conseillerons-nous à quiconque voudra con- 
naître Frédéric Stolberg et l'étudier à fond, de lire les deux volumes de 
1877 plutôt que le volume de 1882. M. J. a voulu faire un ouvrage dont 
le prix fût plus abordable; il a voulu surtout mettre dans un jour plus 
vif le « développement et l'activité de Stolberg sur le domaine religieux ». 
Toutefois, le nouveau livre de M. J . renferme quelques lettres inédites et 
des extraits de lettres qu'on ne trouve pas dans l'édition de 1877 ; le récit, 
en outre, est mieux ordonné ; il suit moins strictement l'ordre chronolo- 
gique; c'est ainsi que M. J. traite en une seule fois, et non à diverses re- 
prises, des relations amicales et quasi paternelles de Stolberg avec Werner 
de Haxthausen. Comme dans la première édition, M. J. laisse le plus sou- 



I 56 REVUE CRITIQUE 

vent la parole à Frédéric Stolberg; il reproduit les lettres du pieux écrivain, 
soit par extraits, soit en entier, en se contentant de faire en peu de mots 
les liaisons indispensables à l'intelligence du récit. Cette nouvelle édition 
aura certainement un grand succès dans le monde des lecteurs catholiques 
d'Allemagne; elle représente dans Frédéric Stolberg moins le poète et le 
traducteur que le protestant converti, le catholique fervent, l'ami delà 
princesse Galitzin; elle ne fait que citer en passant les titres littéraires 
de Stolberg et s'attache surtout, selon l'expression même de M. Janssen 
en tête de son volume, aux agissements du comte Frédéric a dans l'es- 
prit de l'église ». Une partie importante du livre et que nous recomman- 
dons particulièrement aux lecteurs français, est celle qui renferme les 
jugements de Stolberg sur la Révolution française, sur Bonaparte, sur 
les événements du premier Empire, enfin sur le mouvement national de 
1 8 1 3 et la guerre de 1 8 r 5. C. 



171. — Uebei* die Bezlehungen Kapoleons III z» Preussen und 

neutschlanri, oîn Vortrag, von Bernhard Simson, Professor in Freiburg im 
Breisgau. Freiburg i. B. u. Tûbingen, J. C.B. Mohr [Paul Siebeck]. 1882. In-8° 
62 p. 1 mark 20. 

On lira cet opuscule avec intérêt ; ce n'est, comme l'auteur nous l'ap- 
prend, qu'une conférence (faite sans doute devant le public de Fribourg 
en Brisgau), et M. Simson n'apporte aucun document inédit; il recon- 
naît lui-même qu'il court le danger de répéter bien des choses qui sont 
encore dans toutes les mémoires. Mais cette « esquisse », où M. S. a 
« mis en relief ce qui lui a paru le plus important et le plus frappant » 
est composée avec talent. M. S. nous expose d'abord les sympathies que 
Napoléon III avait pour l'Allemagne et la Prusse, depuis son séjour 
sur le lac de Constance et à Wurzbourg; puis, en tirant parti des ou- 
vrages de Martin (Vie du prince Albert), Geffcken (Histoire de la guerre 
d'Orient), Delord, etc., des études de MM. Rothan et de Sybel ', des 
écrits et dépêches de l'époque, il retrace les rapports de l'empereur avec 
le roi Guillaume et M. de Bismarck; tout cela est résumé avec clarté, et 
non sans élégance; c'est un abrégé de l'histoire diplomatique de la 
France et de l'Allemagne sous le second empire. M. Simson montre sur- 
tout que la cause principale de toutes les erreurs de la politique fran- 
çaise a été ce qu'il appelle die Unterschàtçung der Kraft Preussens, 
le trop peu de cas qu'on faisait en France des forces de la Prusse 2 . 

1 . Nous voulons parler de la belle étude de M. de Sybel sur Napoléon III dans le 
troisième volume de ses Kleine historische Schriften (Stuttgart, Cotta, 1880). 

2. Le prince Albert rapporte que Napoléon III lui récita « une poésie de Schiller 
sur les avantages de la guerre et de la paix pour l'humanité » ; M. Simson pense à 
un passage de la Fiancée de Messine; on peut citer aussi un passage des Piccolomini 
(I, IV). 



d'histoire et de littérature ID7 

CHRONIQUE 

FRANCE. — Aux deux premières parties de sa publication, Les arts à la cour des 
papes pendant le xv e et le xvi* siècle, documents inédits tirés des archives et des bi- 
bliothèques romaines, M. Eugène Mùntz vient d'ajouter une troisième partie. La pre- 
mière partie de ce considérable ouvrage était consacrée à Martin V et à Pie II (1417- 
1464Ï, et la deuxième à Paul II (1464-147 1); la troisième traite de Sixte IV et de 
Léon X (1471-15-.il) et se divise en deux sections, dont la première, relative au pon- 
tificat de Sixte IV (in-8% 3oo p. avec 2 gravures; XXVIII e fasc. de la « Bibliothèque 
des écoles françaises d'Athènes et de Rome »), fait l'objet de la présente note. Le 
volume s'ouvre par une Notice préliminaire sur Sixte IV (g août 1 471-18 août 1484); 
dans cette très intéressante notice, M. Muntz, après avoir finement marqué le carac- 
tère de François délia Rovere, expose les ressources matérielles dont le nouveau 
pontife disposait et comment il joua son rôle de Mécène. « Ce sera l'honneur des 
Médicis, dit l'auteur, d'avoir compris que le musée doit être le complément de la 
bibliothèque, et d'avoir assigné une place aux marbres à côté des manuscrits... Ils 
ont formé une collection d'antiques qui ne tarda pas à devenir la première de l'Ita- 
lie, et qui jeta un éclat incomparable sur leur palais de la Via Larga, véritable école 
de la Renaissance florentine. A Rome, pendant tout le xv e siècle, ces deux tendances 
paraissent inconciliables. Un pape se distingue-t-il par son amour pour la littérature 
antique, on peut affirmer d'avance qu'il négligera les monuments. S'attache-t-il, au 
contraire, aux monuments, c'est que la littérature n'a pas d'attraits pour lui. » 
M. M. montre que Sixte a ouvert le musée du Capitole au public, achevé la res- 
tauration de la statue de Marc-Aurèle, défendu l'exportation des marbres antiques, 
mais — c'est le revers de la médaille — qu'il a dispersé le musée du palais Saint- 
Marc, démoli une demi-douzaine de temples ou d'arcs de triomphe, autorisé ses ar- 
chitectes à prendre partout les matériaux nécessaires aux constructions nouvelles ; 
« comment justifier la conduite de Sixte vis-à-vis des ruines vénérables qui couvraient 
sa capitale ! Ses victimes sont innombrables, et le long martyrologe de Rome anti- 
que enregistre son règne comme un des plus néfastes » (p. i5). Il est vrai, ces « cri- 
mes » commis par Sixte- contre la Rome antique se rachètent par les services ren- 
dus à la Rome moderne; Sixte élève la Chapelle-Sixtine, Sainte-Marie-du Peuple, 
Sainte-Marie-de-la-Paix, l'hospice du Saint-Esprit; il restaure et embellit vingt ba- 
siliques; il reconstruit le pont du Janicule, rétablit les aqueducs de la fontaine Trevi, 
pave les rues boueuses, ouvre de nouvelles avenues, remplace les dédales de ruelles 
par de grandes artères régulières (le Corso, la Via Giulia, Ripetta, la Lungara), etc. 
M. M. admire cette œuvre en son ensemble, mais il fait des réserves sur les détails ; 
.les architectes de Sixte ne furent que des artistes laborieux sans originalité ni puis- 
sance créatrice. Il choisit mieux ses sculpteurs et ses peintres; ce furent les premiers 
de l'Italie; mais ils durent ne consacrer leur ciseau ou leur pinceau qu'à la glorifi- 
cation de la religion. Dans cet exposé sommaire, M. M. ne retrace pas seulement 
l'œuvre de Sixte; il étudie les auxiliaires du pontife, les Riario, les Basso, les délia 
Rovere, dont les fondations ont parfois rivalisé avec celles du pape, et surtout Guil- 
laume d'Estouteville, archevêque de Rouen, camerlingue de l'Eglise romaine, sur- 
intendant de l'édilité, que Fulvio nomme nummosissimus héros. Cette introduction 
de M. M. est suivie du chapitre premier, qui renferme des Notices sur les princi- 
paux artistes du règne de Sixte I V (pp. 66-1 11); les documents découverts par M. M. 
dans les archives du Vatican et du Campo Mario, ainsi que ceux que M. Milanesi a 
trouvés dans les archives de la Toscane, permettent de modifier sensiblement l'his- 



I 58 RSVUK CRITIQUE 

toire de l'architecture romaine; M. M. restreint le rôle de Baccio Pontelli; il juge 
problématique la participation de Giuliano da Majano aux travaux entrepris à Rome; 
il restitue à Giuliano da San Gallo l'influence qu'il a exercée sur le développement 
de l'architecture; il rend à Meo del Caprino et Giacomo da Pietrasanta les œuvres 
qu'on attribuait à d'autres, il appelle l'attention sur un artiste jusqu'ici entièiement 
inconnu, Giovannino de' Dolci, humble charpentier, élevé à la dignité de commis- 
saire des constructions pontificales, et qui fut l'architecte de la chapelle Sixtine; il 
donne la liste des sculpteurs et des peintres employés par Sixte; il publie le texte 
inédit des Statuts de la corporation des peintres de Rome inexactement traduits en 
italien par Missirini. Le n*, le m% le IV e et le v e chapitre traitent plus spécialement 
et avec le plus grand détail des travaux exécutés à Rome : if. Le palais et la basilique 
du Vatican (pp. iii-i5i); nr. Les églises (pp. i52-i68); iv. Les monuments antiques 
(pp. 168-178); v. Edifices civils divers, places et rues, ponts, portes et murs (pp. 178- 
207). On remarquera, dans le n' chapitre, les documents relatifs à la bibliothèque 
du Vatican et tirés des registres de Platina *; les pages sur la chapelle Sixtine, dont 
les travaux, d'après des passages de la chronique de Jacques de Volterra relevés pour 
la première fois par M. M., n'étaient pas encore assez avancés en 1481 pour qu'on 
pût y officier T etc. Le 111 e chapitre démontre, entre autres points nouveaux, que, con- 
tre l'opinion de Vasari, Giovannino de' Dolci a restauré la basilique des Saints-Apô- 
tres. Le chapitre iv reproduit des documents qui définissent l'attitude de Sixte IV 
vis-à-vis de l'art antique; l'un d'eux établit que, longtemps avant Alexandre VI, le 
Vatican communiquait avec le château Saint-Ange par un chemin couvert, qui per- 
mettait de se rendre de l'un à l'autre édifice sans être vu du dehors; on ne lit pas 
sans intérêt la liste des antiques que comprenait, à cette époque, le musée du Capi- 
tule. Dans le chapitre V, M. M. publie les documents concernant les grands travaux 
de voirie entrepris par Sixte V; ce pape réorganisa l'office des « magistri viarum ■ 
sous la présidence du cardinal d'Estouteville; dans la bulle de 1480, il posa avec 
une netteté incomparable les règles de l'expropriation pour cause d'utilité publique; 
il fit reconstruire le « Pons Quinti » qu'on appela depuis le Ponte Sisto, non point 
par Ponteili, comme le dit Vasari — que M. M. surprend si souvent en flagrant dé- 
lit d'erreur, — mais surtout par Niccolo de Narni. Le vi' chapitre de l'ouvrage 
(pp. 207-238) a pour titre : Travaux exécutés en dehors de Rome (Ancône, Assise, Cé- 
sène, Civita-Vecchia, Foligno, Forli, Ostie, Savone, ville natale de Sixte IV, etc.). 
Le vu' et dernier chapitre-(pp. 239-284) traite de l'orfèvrerie, de la tapisserie, de la 
broderie, des fêtes; il montre que Sixte, qui fit un instant mine d'austérité, « ne 
tarda pas à céder au courant et à rechercher cette magnificence qui paraissait insé- 
parable du pouvoir pontifical » ; il se termine par la reproduction de YEdit somp- 
tuaire de 1473 (pp. 280-284) où Sixte recommandait à ses sujets d'observer les rè- 
gles que lui-même ne pratiquait pas. Un appendice renferme des documents inédits 
sur les travaux et commandes du cardinal d'Estouteville (pp. 285-297) et le Testa- 
ment du cardinal François de Gonzague; un autre appendice, à la suite de la « No- 
tice préliminaire », contient quelques poésies d'Aurelio Brandolini de laudibus Sixti 
quarti et des documents sur les finances de Sixte IV (pp. 56-6i>). Ce nouvel ouvrage 
du bibliothécaire de notre Ecole des beaux-arts se recommande par les qualités dont 
témoignent déjà ses travaux précédents; les recherches de M. Mûntz sont menées 
non-seulement avec sagacité, mais avec un soin scrupuleux, une ardeur qui ne né- 

1. Dans l'inscription métrique de Platina sur la Bibliothèque (vers 4), M. M. met un point d'in- 
terrogation après moconide; ne peut-on lire Moeonide et traduire ainsi : Pisistrate (Cecropius 
lyrannus) ne peut se glorifier que d'avoir réuni les fragments dispersés d'Homère ? 



HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE I 5o. 

glige aucun document, aucun détail ; elles aboutissent à des résultats nouveaux pour 
l'histoire de l'art ; elles sont résumées dans un récit clair et net, où l'on trouve sou- 
vent de précieuses observations sur l'esprit de la fin du xv c siècle et de la Renaissance. 

— Deux nouvelles plaquettes de M. Albert Babeau sont consacrées, l'une à l'entrée 
de Henri IV à Troyes (Encore quelques mots sur Henri IV à Troyes, Troyes, Du- 
four-Bourquet. In-8°, 8 p., avec une planche lithographiée) ; elle donne la descrip- 
tion du vitrail de Linard Gontier représentant l'entrée du roi dans la cathédrale de 
Saint- Pierre ; l'autre, à Grosley magistrat (Ibid. In-8", i5 p.); M. Babeau nous 
montre Grosley, grand-maire de l'abbaye de Saint-Loup et bailli de la baronnie de 
Chappés et de Vauchassis. 

— M. Ph. Tamzey de LARROQUEa trouvé à la bibliothèque de Carpentras (recueil 
335 m) une plaquette extrêmement rare qui n'est pas mentionnée par les plus exacts 
bibliographes; c'est la relation de Y Entrée de Charles IX à Bordeaux, publiée a 
Paris en i565, M. T. de L. a jugé utile de réimprimer cet opuscule qui comblera 
les lacunes de Y Histoire de la ville de Bordeaux, de Dom Devienne. 11 a gardé la 
longue pièce de vers latins, intitulée Aquitania, qui suit cette relation, parce que 
« cette pièce, dédiée au chancelier de France, Michel de Lhospital, est charmante, 
et a pour auteur Stephanus Crusellus que rien n'empêche d'identifier avec Etienne 
de Ouseau le chroniqueur ». La réimpression faite par M. T. de L. et augmentée 
par lui d'un avertissement et d'un commentaire, est extraite de la Revue des biblio- 
philes (tirage à j5 exemplaires) et se vend à Bordeaux, chez P. Chollet. Nous y re- 
lèverons une note curieuse ; il est dit dans la relation que la livrée du roi était 
« blanc, pcrs et rouge ». « Pets, dit M. T. de L., signifie une sorte de couleur bleue. 
Voir le dictionnaire de Littré qui cite un passage d'un poète du xvi e siècle, Ma- 
chaut, où pers est synonyme d'azur. D'après le Dictionnaire de V Académie, pers dé- 
signerait une nuance entre le vert et le bleu. Le Dictionnaire de Richelet dans la 
définition du mot pers, écarte le vert et ne garde que le bleu. Le Dictionnaire de 
Trévoux explique le mot : « qui est de couleur bleue, ou tirant sur le bleu, cœru- 
leus ; Homère appelle souvent Minerve aux yeux pers, Minerva glaucopis. » On voit 
qu'en tout cela c'est le bleu qui domine. On est donc autorisé à dire que la livrée 
blanc, pers et rouge de Charles IX avait devancé notre drapeau tricolore » (p. 7). 
— M. T. de L. a trouvé encore à la bibliothèque de Carpentras quelques autres pla- 
quettes d'une insigne rareté, et il compte les publier successivement, pour la plus 
grande joie des curieux en général, et des curieux de h son cher Sud-Ouest, en par- 
ticulier ». Il en réunira quatre, nous dit-il, sous le titre de : Le duc de Rohan en 
Gascogne, et quatre autres sous le titre de : Le vice-amiral Barrault et les pirates 
de la Gironde. 

— Après l'histoire du Véritable Saint-Genest de Rotrou, M. Léonce Person nous 
donne une Histoire de Vences las (Cerf, in-8°, vin et 99 p.). Dans le premier cha- 
pitre de son ouvrage (pp.. 22-28) l'auteur montre ingénieusement comment le sujet 
de Venceslas s'accordait merveilleusement avec le génie de Rotrou et le tour parti- 
culier de ses idées ; Rotrou a aimé par-dessus tout les « intrigues, amenées par un 
déguisement des personnages, qui produit une erreur sur la personne ». Le chapi- 
tre 11 (pp. 29-48) étudie la pièce de Francisco de Rojas, No ay serpadre siendorey 
(«On ne peut être père et roi en même temps » ou, comme traduit Alph. Royer, « il 
n'y a pas à être père quand on est roi »); M. Person analyse très minutieusement 
la première et la deuxième journée de cette pièce espagnole qui inspira la tragédie 
de Rotrou ; il montre que le poète français s'est gardé des gongorismes de Rojas, 
mais il regrette qu'il n'ait pas profité des incidents et des péripéties que renferme 
la deuxième journée et qu'ilait refroidi sa pièce par l'inutile complication des amours 



IÔO REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE U1TERATURB 

de Théodore et du duc. Le m e chapitre (pp. 49-65) compare la troisième journée 
de la comédie espagnole et le iv e et lev e acte de Venceslas; le coup de théâtre est plus 
saisissant dans Rotrou que dans Rojas, grâce à l'incertitude qui règne, au moment du 
mariage et du meurtre, sur l'identité de la victime, et le caractère de Ladislas est tout- 
à-faitune création du poète français; « farouche et indompté, violent, hautain, contra- 
dicteur desautres et de soi-même, terrible en ses colères comme un comte de Gharolais, 
ou comme un duc de Bourgogne qui n'aurait pas eu son Beauvillier ou son Fénelon; 
donnant la mort lâchement et s'apprêtant à la recevoir bravement ; effrayant et me- 
naçant dans la mort même; dominé enfin par une de ces violentes passions qui peu- 
vent faire d'un homme un héros, quand elles n'en font point un criminel », tel est 
Ladislas (pp. 64-60). Le chapitre iv est consacré à Venceslas au xvu e et au xvin e siè- 
cle (pp. 66-78) ; M. Person donne les dates indiquées par les registres de La Grange; 
il rappelle la mort de Baron qui joua le rôle de Venceslas à l'âge de 76 ans, se 
trouva mal et « tomba au champ d'honneur comme Mondory, Montfleury et Molière » ; 
il raconte la querelle de l'Année littéraire et du Mercure de France, de Fréron et de 
Marmontel qui avait fort témérairement corrigé le texte primitif de Venceslas. Le 
chapitre v, Venceslas au Théâtre-Français sous le premier Empire (pp. 80-89) ex ~ 
pose les griefs du critique du Journal des Débats. Geoffroy, contre la pièce de Ro- 
trou; Geoffroy louait 1' « impétuosité sauvage » de Talma dans le rôle de Ladislas, 
mais il regrettait l'impunité et le couronnement du meurtrier et trouvait qu'il y a là 
une grande immoralité; M. Person justifie Rotrou; il fait sur le caractère de Ladis- 
las et le dénouement de la pièce des observations à la fois spirituelles et vraies. Le 
chapitre vi fpp. 90-95) a pour titre : Venceslas de no9»jours (représentation de 1842, 
inauguration de la statue de Rotrou à Dreux le 3o juin 1867, matinées littéraires de 
Ballande, 1873 et 1875). Le chapitre vu (pp. 96-99) traite des idées politiques dans 
Venceslas et dans les œuvres de Rotrou. — On trouvera à la fin du volume la repro- 
duction des Notes critiques et biographiques sur Rotrou (pp. 103-148) que M. Per- 
son avait récemment publiées, mais sans les mettre dans le commerce; l'auteur a 
profité des observations et rectifications que lui avaient adressées quelques critiques, 
entre autres M. Marty-Laveaux, dans notre recueil (3 juillet 1882); on sera heureux 
de relire dans cet appendice les faits rigoureusement exacts que M. Person est par- 
venu à établir; mais le modeste et consciencieux écrivain, un de ceux qui font le 
plus d'honneur à notre enseignement secondaire par leur studieuse ardeur et leur sa- 
voir, ne nous dit pas dans son Avant-propos qu'il a ajouté quelques points nou- 
veaux, comme l'étude sur le Manuscrit de Laurent Mahelot, machiniste et décora- 
teur du temps (pp. 120-124), comme les pages sur le nombre des pièces de Rotrou 
(pp. 124-133) et sur Rotrou d'après les lettres de Chapelain (pp. i33-i35), comme 
les réflexions sur les beaux vers de Rotrou et sur ce que M. Person appelle, selon le 
mot qu'un biographe applique à l'éloquence de Mazarin, la indoratura del suo bel 
dire (pp. 138-146) *. 

1 . Nous aurions aimé que M . Person citât ces mots de Voltaire : « La première scène et une par- 
tie du quatrième acte de Venceslas sont des chefs-d'œuvre » ^Ecrivains du siècle de Louis XIVJ. 



Erratum. — N° 32, art. de M. Jullian sur le livre de M. Madvig ; p. 1 12, note 4, lire C. I. L. 
VI, et non V. — p. 114, ligne 9, ou s'en partageant et non « en s'en partageant ». 

Le Propriétaire-Gérant : ERNEST LEROUX. 



Le Puy, imprimerie Marchessou fils, boulevard Saint-Laurent, 23. 



REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

N° 35 - 28 Août - 1882 



Sommaire x 172. Nelson et Maynë, La loi indoue.— 173. Arn. Schaefer, Sources 
de l'histoire romaine. — 174, Strauch, Marguerite Ebner et Henri de Nordlingen. 
— 175. Jadart, Jean de Gerson, son origine, son village natal et sa famille. — 
176, Schoell, Etudes sur Goethe. — Chronique. 



172. — J.-H. Nelson. A Prospectus of'tlie sclentiflc study ofthe Hindu 

Luw. London, Kegan Paul et Co, 1881. xiv-208 p. in-8°. 
John D. Mayne. — A. Treatise of Hindu Law and Usage. Madras, Hig- 

ginbotham et Co. London, Stevens and Haynes. 1878. xxxix-607 p. in-8°. 

Les deux ouvrages dont les titres précèdent, l'un tout récent, l'autre 
dont j'aurais dû rendre compte depuis longtemps déjà, sont d'un heu- 
reux augure pour l'avenir des études juridiques dans Flnde. Ils nous 
montrent, chacun à sa façon, ces études résolument engagées dans des 
voies nouvelles, et ils témoignent de l'intérêt croissant qu'elles rencon- 
trent dans les rangs de la magistrature anglo-indienne. M. Nelson est 
actuellement juge dans la présidence de Madras, et son livre, écrit au 
milieu du conflit des idées et sous l'impression des difficultés journaliè- 
res de la pratique, a quelque chose des allures d'un pamphlet. M. Mayne, 
qui a longtemps siégé à la haute cour de Madras, a réuni dans l'Inde les 
matériaux du sien, fruit d'une expérience plus mûre et d'une ardeur qui 
a eu le temps de se calmer. Mais, l'un et l'autre, ils conçoivent le droit 
de la même façon, ni comme une science abstraite et de pure spécula- 
tion, ni comme l'interprétation strictement professionnelle de prescrip- 
tions admises toutes faites, mais comme une branche de la critique his- 
torique. C'est à ce point de vue, le seul où je puisse me croire quelque 
compétence, que je vais essayer d'apprécier leurs ouvrages. 

Bien qu'il soit le plus récent, je commencerai par celui de M. N., 
parce qu'il se rattache par le lien le plus étroit à une précédente publi- 
cation du même auteur, dont j'ai rendu compte, il y a de cela quatre 
ans, dans la Revue K Dans ce premier écrit, M. N. établissait : que le 
terme de « Loi hindoue » n'est pas aussi facile à définir qu'on se Tima- 
gine d'ordinaire, et que c'est se méprendre sur la nature des livres juri- 
diques de l'Inde que de les assimiler à nos codes; que l'autorité an- 
glaise étend outre mesure l'empire de cette législation en l'appliquant 
indistinctement à des populations pour lesquelles elle n'est pas faite et 

1. A View ofthe Hindû Law as administered by the High Court of Judicature at 
Madras. Madras, 1877. Cf. Revue critique du 29 juin 1878. 

Nouvelle série, XIV. 9 



IÔ2 RKVUE CRITIQUE 

qu'elle-même n'a jamais prétendu soumettre à ses prescriptions ; que lui 
sacrifier notamment, dans la mesure qu'on le fait, la coutume non- 
écrite, c'est violer un de ses principes les plus évidents; qu'enfin, sur un 
certain nombre de points spécifiés, la jurisprudence des tribunaux an- 
glais, en particulier de ceux qui relèvent de Madras, est en contradiction 
directe avec l'esprit et avec la lettre de cette loi qu'elle prétend appli- 
quer. Dans mon compte-rendu, tout en me déclarant d'accord pour le 
fond avec M. N., tout en rendant hommage à la conviction résolue avec 
laquelle, à des erreurs autorisées de haut, il opposait des idées qui, pour 
n'être pas absolument neuves parmi les indianistes, l'étaient beaucoup 
au contraire venant d'un jurisconsulte, je dus exprimer maintes réser- 
ves sur des points où l'auteur me paraissait dépasser le but. J'essayai de 
faire voir qu'après tout, il restait bien quelque chose de ce hindu law 
dont M. N. faisait à peu près table rase, et qu'il y avait beaucoup à re- 
dire à sa façon de faire intervenir l'ethnographie dans la question. 1} y a 
♦certainement dans l'Inde des populations entières, se chiffrant par mil- 
lions, qui n'ont pas une goutte de sang aryen dans les veines, et qui n'en 
prétendent pas moins vivre conformément au dharma proclamé par les 
anciens sages; et, réciproquement, parmi les tribus brahmaniques les 
plus pures, il n'y en a peut-être pas une seule qui se conforme rigoureu- 
sement à la loi écrite. Comme le nouvel ouvrage de M. N. n'est que le 
développement de la même thèse, je ne rentrerai pas dans le débat. Je 
m'en tiendrai à ce qui est la partie neuve du livre, et, puisqu'il a bien 
voulu faire à mon article l'honneur de lui emprunter l'épigraphe du 
nouveau volume, je dirai, d'une façon générale, mais aussi nettement 
que je pourrai, en quoi nous sommes d'accord et en quoi nous diffé- 
rons. 

Les développements nouveaux peuvent se ranger sous deux rubri- 
ques : des aperçus historiques sur l'origine, sur la tradition et l'interpré- 
tation de la smvîti, et les vues personnelles de M. N. sur les mesures à 
prendre pour remédier à la façon fâcheuse dont la justice est adminis- 
trée à beaucoup d'Hindous. 

Il y a quantité d'observations justes et vraies dans la partie historique 
de ce travail. L'auteur montre fort bien tout ce qu'il y a d'incertain 
dans l'origine de ces livres, d'obscur dans leur transmission, de suspect 
dans beaucoup de leurs prétentions et de contradictoire dans certaines de 
leurs doctrines. Mais ici, comme dans le précédent volume, il lui arrive 
rarement de toucher le but sans aussitôt le dépasser. La moitié peut-être 
de toute son argumentation tend à prouver qu'il n'y a pas, qu'il n'y a 
jamais eu de loi hindoue, de sorte que le lecteur doit se demander par- 
fois à quoi peut servir l'étude scientifique de quelque chose qui n'existe 
pas. Heureusement M. N. ne s'est pas adressé la question a lui-même, 
sans quoi nous courions risque de n'avoir jamais son livre, et c'eût été 
dommage. Evidemment, il y a dans toute cette appréciation plus que de 
l'exagération. Si c'est se tromper que de mettre les castras sur la même 



d'histoire et de LITTÉRATURE 1 63 

1 igné que la loi des Douze Tables ou que le Code civil, c'est non moins 
se tromper que de vouloir les juger d'après la même mesure. Il faut les 
prendre pour ce qu'ils sont, une tradition écrite et cela à des époques et 
sous des influences bien diverses, non par des législateurs, mais par des 
lettrés sans relation, la plupart, avec l'autorité publique, mais qui, à 
part certaines doctrines touchant plutôt à des prétentions sociales qu'au 
droit civil proprement dit et où cette tradition est en dehors de la réa- 
lité, n'en travaillaient pas moins de bonne foi et ne s'inspiraient pas uni- 
quement de leur fantaisie. 

M. N. attache, et avec raison, une grande importance au fait attesté 
par des observateurs judicieux et bien informés qu'encore à une époque 
récente, aussi bien qu'au temps de Mégasthène, les habitants de diverses 
contrées de l'Inde n'avaient recours à aucune loi écrite pour régler leurs 
différends. Mais, quand il conclut de là qu'avant la publication de Wil- 
liam Jones on eût fort étonné un pandit de Madras en lui citant le code 
de Manu comme un livre faisant autorité en matière de droit, sa conclu- 
sion est sûrement erronée. Le pandit n'eût pas parlé sans doute du code 
comme le ferait un Anglais d'une loi votée par le Parlement, mais il y 
eût certainement reconnu une des nombreuses expressions du dharma 
éternel. 11 y a ainsi trop souvent chez M. N. des conséquences fausses 
déduites d'observations vraies. En général, c'est par le détail que pèche 
cette partie du livre. L'auteur a beaucoup lu ', il a réuni une infinité de 
faits et de témoignages, mais il les compte plutôt qu'il ne les pèse, et il 
lui arrive de s'en servir parfois sans les avoir bien compris. C'est ainsi 
qu'ayant vu chez M. Max Mûller que le code de Manu était basé sur un 
sûtra de Mânavas, ce qui, du reste, n'est pas le cas, il conteste la grande 
réputation du livre par la raison que cette école ne paraît pas avoir été 
bien répandue. Sûrement M. Max Mûller n'a pas prétendu dire que 1 
code actuel fût encore un livre propre aux Mânavas, ni que les Hindous, 
depuis des siècles, l'eussent considéré comme tel. Ailleurs c'est Yâjna- 
valkya dont le code ne saurait avoir été reçu comme loi dans le Sud, 
parce que Yâjnavalkya appartient au Yajus blanc, tandis que la presque 
totalité des brahmanes de ce pays suivent le Yajus noir. Entre le code et 
le Yajus blanc il n'y a pourtant pas d'autre rapport qu'un nom, le nom 
respecté d'un prophète du Veda, que l'auteur du castra a trouvé com- 
mode de mettre en tête de son livre apocryphe. Il y a plus : M. Weber 
ayant fait la remarque que le même Yâjnavalkya apparaissait dans certai- 
nes parties du Yajus blanc et surtout dans le Mahâbhârata avec les allures 
d'un docteur bouddhiste, cela suffit pour que le Yajus blanc soit véhé- 
mentement suspect d'être un Veda boudhique et que le code et, à la suite 
du code, la Mitdxard, qui en est une sorte de commentaire et de plus la 

i. On ne saurait trop reconnaître le zèle que M. N. a mis à ne négliger aucune 
source d'information. Il a été jusqu'à s'enquérir de ce que pensait sur ces matières 
notre propre magistrature coloniale. Comme on devait s'y attendre, il n'a rien 
trouvé. 



164 REVUE CRITIQUE 

bête noire de M. N., soient écartés comme livres sectaires et hérétiques. 
L'auteur en arrive ainsi à émettre de véritables énormités, à exclure, 
par exemple, du nombre des Hindous à la fois les Civaïtes et les Vish- 
nouites. 

Faut-il s'étonner qu'avec cette humeur-là M. N. soit sévère pour la 
plupart de ses devanciers? A l'entendre, tout ce qui a été fait depuis 
cent ans sur le droit hindou l'aurait été à rebours, et toute la littérature 
juridique anglo-indienne, à l'exception de quelques travaux des derniè- 
res années, ne serait autre chose qu'un malentendu. Je ne connais que 
très imparfaitement cette littérature en majeure partie spéciale et toute 
pratique. Mais je puis dire en toute assurance à M. N. qu'ici encore il ne 
lui suffit pas d'avoir raison : il faut, de plus, qu'il se mette dans son tort. 
Il y a là des travaux estimables, qu'on souffre de lui voir traiter avec au- 
tant de dédain. Ces travaux sont imparfaits et, dans l'état actuel des con- 
naissances, insuffisants. Mais quelle est donc la branche du savoir qui 
ait débuté par la critique? Docet diem dies est une vieille vérité faite 
pour donner une équitable confiance. Or M. N., non-seulement n'est pas 
toujours équitable, mais il lui arrive d'être souverainement injuste. Où 
a-t-il vu que William Jones et Golebrooke croyaient tout ce que leur di- 
saient leurs pandits? Colebrooke surtout, la prudence en personne, que 
la critique, depuis plus d'un demi-siècle, a peut-être pris en défaut sur 
cinq ou six points de détail, tandis qu'elle n'est pas encore parvenue à ré- 
soudre la moitié de ses doutes, et dont toutes les publications réunies ne 
contiennent pas autant d'erreurs matérielles que M. N. en a parfois mis 
dans une douzaine de pages. Je ne puis vraiment pardonner à l'auteur la 
légèreté avec laquelle il s'est attaqué à cette grande mémoire. Il lui re- 
proche d'avoir le premier parlé de différentes écoles du droit hindou. 
Mais est-ce la faute de Colebrooke, si, après lui, on a fait mauvais usage 
de son assertion ? et quel autre mot aurait-il bien pu employer pour dési- 
gner un fait vrai, à savoir que le dharma qui, pour les brahmanes, n'est 
pas seulement une pratique, mais qui est aussi un de leurs castras, de 
leurs disciplines, ne s'enseignait pas tout-à-fait de même dans les diverses 
régions de l'Inde? Il lui reproche jusqu'à sa défiance à l'égard de la mé- 
thode mîmâmsâ appliquée à la solution des questions de droit, et il ne 
se dit pas que Colebrooke ne faisait ainsi que professer par avance un 
de ses propres principes à lui, M. N., de ne pas essayer de réconcilier des 
textes contraires au nom d'un hindu law idéal, qui n'a probablement ja- 
mais existé. Mais il y a plus fort que cela. Colebrooke s'est exprimé avec 
son exactitude et sa circonspection habituelles sur l'auteur et sur l'âge 
probable de la Mitaxârâ. Il la place quelque temps après Dhâreçvara, qui 
est cité dans l'ouvrage, et, ce Dhâreçvara, il l'identifie, avec hésitation 
toutefois (aujourd'hui on n'hésite plus; c'est à peu près tout ce que 
nous avons gagné depuis), avec Bhoja, roi de Dhârâ au xi e siècle, prince 
nullement mythique, dont on a des œuvres authentiques et des ins- 
criptions. M. N. renverse tout cela et le remplace par la supposition 



d'histoire et de littérature i65 

original indeed et de plus trois ou quatre fois impossible, que ce Dhâ- 
reçvara pourrait bien être Dâra Shakoh, le frère d'Aurangzeb, et que 
la Mitâxarâ serait ainsi du xvir 3 ou du xvm e siècle '. Il pense montrer 
par là « how, if an attempt is to be made hereafter to study Hindû law 
methodically and scientifically, the unauthorized and scientifically va- 
lueless dicta of great men should be ruthlessly set aside and rendered 
harmless ». Tout indianiste q*ui a lu Colebrooke, lui répondra que si 
cet admirable chercheur n'avait rien trouvé de mieux à dire sur la Mi- 
tâxarâ, il n'eût pas écrit une ligne sur ce sujet. 

L'histoire de la littérature juridique de l'Inde tant indigène qu'euro- 
péenne, tout imparfaite, incertaine, pleine de lacunes qu'elle est, comme 
tout ce qui concerne le passé de ce singulier pays, n'est donc pas le chaos 
informe ni le tissu de contre-sens qu'elle paraît à l'imagination un peu 
échauffée de M. Nelson. Ce qui est vrai, c'est que l'Angleterre en s'enga- 
geant à respecter, dans la mesure du possible, cette tradition multiple et, 
en même temps, à l'appliquer à l'aide destitutions et de méthodes sans 
lesquelles la justice ne se conçoit pas dans notre Occident, a assumé une 
tâche difficile dès le début, et dont les complications sont devenues d'au- 
tant plus sensibles, qu'on a mieux appris à connaître les conditions pré- 
sentes et passées du pays. Ceci m'amène à considérer l'autre partie neuve 
du travail de M. N., les moyens qu'il propose pour sortir d'embarras. 

Ce n'est qu'en hésitant, toutefois, que je le suis sur ce terrain, car je 
ne me permets certainement pas d'avoir des idées arrêtées sur l'adminis- 
tration de la justice à Madras. Je ne puis m'empêcher pourtant de crain- 
dre qu'il ne se mêle quelque illusion à ces projets de réforme. M. N. 
n'est pas d'avis de remplacer la loi du pays par une législation nouvelle, 
faite de toute pièce par l'autorité britannique, et il raille avec beaucoup 
d'esprit ceux qui n'estiment rien de plus facile que de confectionner « un 
bon petit code » qui contenterait tout le monde. Le remède, pour lui, est 
dans l'étude méthodique, scientifique du droit écrit d'un côté, du droit 
coutumier de l'autre, dans la délimitation précise de leur autorité respec- 
tive, et dans la pleine reconnaissance de cette autorité non -seulement en 
principe, mais aussi dans la pratique. Ce sont là des conseils qui se recom- 
mandent eux-mêmes. Il est certain qu'en étudiant mieux, on saura davan- 
tage : il est non moins certain qu'en vertu de ses propres maximes et du 
consentement explicite du droit écrit, l'autorité anglaise est tenue de res- 
pecter ia coutume, et c'est un des grands mérites de M. N, de s'être fait le 
défenseur infatigable de cette dernière. Seulement, la question est de sa- 
voir ce qui peut résulter de là dans la pratique. Voici cent ans bientôt 
qu'on étudie le droit écrit et, d'après M. N . lui-même, on n'y a rien fait qui 



i. M. N. ne paraît pas être philologue. Cela semble ressortir du moins de ses 
transcriptions de Cera et Cola p. 6, gr'ihya 20 et 60, vinaçana 3i, çramana 34, çîlâ- 
ditya 35, et de ses étymologies : çûdra dérivé de svid, suer, 4; Maurya— Tartare 
de Merv, 32 et 91. 



floiîiaoqquiî bI inq soçiqmi 



l66 RiTVUE CRITIQUE 

vaille. Pense-t-il qu'on viendra plus vite et plus facilement à bout de la 
coutume ? Parmi les questions mêmes que M . N . demande à voir résolues 
au préalable et à bref délai, il y en a plusieurs qui sont actuellement in- 
solubles et qui le resteront peut-être longtemps encore. Que fera la jus- 
tice en attendant? et ses décisions ne seront-elles pas caduques d'avance, 
une fois qu'il sera bien établi quelles ne sont que des pis-aller provisoi- 
res ? Sur beaucoup de points, les autorités écrites sont vagues et obscures : 
elles font une large place au jugement selon l'équité, c'est-à-dire à l'arbi- 
traire : elles se contredisent elles-mêmes et entre elles, et c'est une grosse 
question que de savoir laquelle appliquer. Les mêmes difficultés ne se 
présenteront-elles pas et plus fortes encore, pour la coutume? On a fa- 
briqué des textes : on essaiera de fabriquer des coutumes, il n'en faut 
point douter. Il y a plus : la loi écrite prise en général et la coutume 
existent presque partout l'une à côté de l'autre, également respectées 
bien que très différentes, les indigènes ayant une façon d'arranger ces 
contradictions, dont un tribunal européen ne s'accommodera jamais. A 
la question quelle est votre loi, quelle est votre coutume? il y aura donc 
plus d'une réponse. D'une façon générale, on se réclamera à la fois, et de 
la loi des saints n'shis que savent les pandits et de la pratique des ancê- 
tres : dans les cas particuliers et, de ceux-ci, le forum officiel ne connaît 
que les plus gros, les plus embrouillés, les autres se décidant en dehors 
de lui, on se réclamera de l'une ou de l'autre selon l'intérêt du moment. 
Je vois bien que M. N. a prévu ces difficultés et pris des précautions en 
conséquence. Seulement, je me demande si elles seront efficaces. En tout 
cas, il y a là matière à des doutes assez graves, pour qu'on se souvienne 
de la maxime audiatur et pars altéra. Dans ses projets de réforme, 
M. N. fait la part assez large à l'action législative du gouvernement. Se- 
rait-ce un pressentiment que sa dernière ressource pour sortir d'embar- 
ras pourrait bien être de revenir à la confection de ce « petit code » dont 
il s'est moqué avec tant d'esprit? 

J'ai commencé ce compte-rendu avec l'intention de dire beaucoup de 
bien de ce livre et je m'aperçois, en finissant, que je n'ai guère fait que 
le critiquer. Mon opinion sur l'ouvrage n'a pourtant pas changé en che- 
min. Je le crois toujours encore juste et vrai dans le fond, en progrès 
quant à la Taçon d'envisager ces études, plein d'idées et surtout d'in- 
tentions excellentes, éminemment utile et malheureusement justifié en 
beaucoup de ses attaques. Si, malgré cela, mon temps s'est passé aie 
contredire, la faute en est à l'auteur d'aberd, qui a gâté ses meilleures 
raisons par sa verve intempérante et qui s'est aventuré sur le terrain de 
l'histoire générale et de l'histoire littéraire plus qu'il n'aurait dû. Elle est 
à moi ensuite et à ma compétence limitée. Malgré ses digressions en 
tous sens, le livre de M. N. n'en est pas moins un livre de droit, de droit 
pratique, et, de ce chef, le jugement de l'indianiste réduit à se pronon- 
cer sur des généralités dont il ne saurait toujours mesurer les redouta- 
bles conséquences, ne peut être que d'un faible poids. C'est aux hommes 



/ 

d'histoire et de Littérature 167 

de la partie, aux collègues de l'auteur qui, comme lui, sont aux prises 
chaque jour avec ces questions si complexes, de se prononcer sur cette 
partie du livre. Il est probable que, de ce côté, l'auteur a dû soulever plus 
d'une violente opposition. Il s'attaque à trop de choses pour ne pas ren- 
contrer beaucoup d'adversaires. Mais il est à espérer aussi qu'il y trou- 
vera des défenseurs. Même pour le profane, il est visible que sur bien 
des points il y a abus, que la loi qu'on applique n'est pas toujours celle 
à laquelle les parties auraient droit et que, dans cette application, la ju- 
risprudence n'est parfois conséquente, ni avec la loi, ni avec elle-même. 
Il est impossible de ne pas condamner avec l'auteur les envahissements 
progressifs de cejudge-made law, dont certaines exigences en matière de 
transmission des biens et de statut personnel sont vraiment iniques et de 
nature à porter de graves atteintes à la prospérité du pays. On lui par- 
donne alors ses vivacités, ses exagérations et sa trop grande facilité à 
faire, comme on dit, flèche de tout bois. Car ce livre écrit avec une opi- 
niâtre conviction ', est avant tout une œuvre de combat et c'est comme 
tel qu'il faut le juger, si on veut être équitable envers lui. 

Tout autre d'allure est l'ouvrage de M. Mayne. C'est aussi un livre 
de controverse et, comme M. N., Fauteur est convaincu de la nécessité 
d'importantes réformes. Mais la discussion chez lui est mesurée et sé- 
vère : il expose, il ne lutte pas. « Je me suis efforcé, dit-il dans sa Pré- 
face, de montrer non seulement ce que la loi hindoue est, mais com- 
ment. il s'est fait qu'elle soit devenue ce qu'elle est. » Et cette tâche si 
vaste, il l'a remplie en toute conscience. Il y a déployé un remarquable 
savoir, l'expérience d'une longue pratique, un jugement aussi bien en 
garde contre les nouveautés impatientes que contre les préjugés, une 
critique fine, vigilante et circonspecte. Peut-être lui arrive- t-il parfois de 
rester en deçà où M. N. se laisse emporter au delà. Peut-être aussi les 
parties du livre qui traitent du passé font-elles regretter cette précision, 
cette sûreté de main que la possession de la langue, et, par elle, la con- 
naissance de toutes les manifestations de l'esprit d'un peuple, peuvent 
seules donner à l'historien. Mais, tel qu'il est, son ouvrage constitue 
l'exposition la plus complète et la plus sûre que nous ayons de l'ensem- 
ble du droit écrit des Hindous. 

M. M. ramène les différentes appréciations dont ce droit a été ré- 
cemment l'objet, à trois variétés principales : l'opinion des archéologues 
à outrance, qui ne reconnaissent d'autorité qu'aux plus anciens textes ; 
l'école critique qui, dans ses conclusions extrêmes représentées par 
M. N. 2 , estime, en somme, que ce droit n'est valable que pour les seuls 
brahmanes; enfin l'opinion des partisans d'une réforme radicale qui 
veulent une législation nouvelle. Il s'écarte plus ou moins des uns et des 

1. M. N. a exposé les mêmes idées dans un article du journal de la Société asia- 
tique de Londres, XIII, p. 208 (1881). 

2. Il s'agit du premier ouvrage de M. Nelson. 



l68 REVUE CRITIQUE 

autres, des premiers, parce qu'ils ne tiennent aucun compte des change- 
ments que vingt siècles ont dû amener même en Orient; des derniers, 
parce qu'ils supposent les plus violents possibles et ne se doutent pas de 
la force des liens qui attachent un peuple à son passé. Peut-être M. M. 
n'a-t-il pas fait observer assez que la loi hindoue elle-même est beau- 
coup trop du parti des premiers, qu'elle est restée en somme la même 
pendant que tout changeait autour d'elle, et que les tribunaux britanni- 
ques, en l'appliquant comme elle ne l'avait jamais été, font en réalité de 
l'archéologie juridique sur une grande échelle. C'est un des points où, 
à notre avis, M. M. est resté en deçà. Enfin, il s'écarte des conclusions 
de M. N. en ce qu'elles lui paraissent avoir d'extrême. Sans méconnaître 
les caractères tout spéciaux du hindu law, qui en font quelque chose de 
bien différent de ce que nous appelons une législation, il part du fait 
que cette loi est acceptée en somme par la grande majorité de ces innom- 
brables populations ; que de l'Himalaya au cap Comorin elle a profondé- 
ment pénétré les mœurs et les usages, que beaucoup la pratiquent sans 
la reconnaître expressément, comme certaines classes de musulmans et 
de chrétiens indigènes, et qu'un nombre infiniment plus grand qui ne 
la pratique pas, ou presque pas, n'en croit pas moins vivre en confor- 
mité avec elle. Il estime d'ailleurs que l'action des brahmanes sur cette 
loi, du moins en ce qui concerne le droit écrit, n'a pas été aussi consi- 
dérable qu'on l'a parfois prétendu ; qu'elle est l'expression de coutumes 
et d'un état social qui a dû être sensiblement le même chez les diverses 
races et dans les différentes classes delà population. Ici encore il y a 
chez M. M. un peu d'optimisme. Il est certain que dans leurs sûtras, 
auxquels la littérature postérieure n'a rien ajouté d'essentiel, les brah- 
manes ne se sont guère occupés que d'eux-mêmes et que le peu qu'ils 
disent des autres classes n'est là que pour mémoire et doit être tenu pour 
suspect au premier chef. Il est non moins certain que le dharma reli- 
gieux des brahmanes a profondement influé sur la constitution de la 
famille, sur le mariage, sur la transmission des héritages, et qu'en ces 
matières, les tribunaux appliquent à certaines classes des prescriptions 
qui, à l'origine, n'étaient point faites pour elles et qui, maintenant en- 
core, ne leur conviennent qu'imparfaitement. Il s'est fait là, entre la loi 
écrite et l'usage, des compromis aussi nombreux que variables depuis 
la complète assimilation jusqu'à la complète indépendance, qui embar- 
rasseront longtemps encore la justice britannique. Rarement la loi des 
castras est parvenu à effacer complètement la coutume ; sur plusieurs 
points même elle l'a simplement et directement adoptée. Le régime delà 
famille à l'état d'union, par exemple, n'est probablement pas, ainsi que 
le fait observer M. M., d'origine brahmanique, car ce régime est con- 
traire aux principes du dharma, qui tend à multiplier les foyers indé- 
pendants, pour multiplier par là les devoirs du culte. Dans les cas, d'ail- 
leurs, où cette législation blesse absolument le sentiment de justice, il 
reste toujours à l'autorité publique la ressource d'intervenir, comme elle 



d'histoire et de littérature 169 

vient encore de le faire re'cemment en reconnaissant comme valable le 
mariage des veuves. 

M. M. expose l'ensemble de cette législation tant écrite que contu- 
mière (cette dernière partie est naturellement bien moins complète que 
la première) en 5 sections comprenant 21 chapitres. Dans la i c section, 
il traite des sources de la loi hindoue ; dans la 2 e , de la constitution de la 
famille ; dans la 3 e , de la propriété de la famille; dans la 4% du régime 
des successions; dans la 5 e et dernière, de la position légale de la 
femme. 

Dans le cours de ce long examen, M. M. a été amené plus d'une fois 
à toucher à des faits et à des théories fort en faveur, la polyandrie, la 
communauté des femmes, la gynécocratie, la propriété en commun du 
sol. Il l'a fait avec une prudence et une réserve qui nous paraissent ab- 
solument louables. Ces faits se rencontrent dans l'Inde aussi bien qu'ail- 
leurs, et distribués d'une façon qui ne correspond qu'imparfaitement 
aux divisions ethnographiques. M. M. n'a point voulu en tirer de con- 
clusions quant à l'état primitif des tribus aryennes. Depuis que ces peu- 
ples parlent leurs langues, le chef de famille, chez eux, est l'époux de sa 
femme et le maître de son enclos, et le fait de l'exploitation en commun 
des pâturages ou des terres inondables où se cultive le riz, n'est pas plus 
une preuve de l'existence chez eux d'un communisme primitif, que ne 
le sont chez nous nos sociétés par actions et nos compagnies de chemins 
de fer.. 

D'un bout à l'autre, l'exécution du livre est soignée jusque dans les 
moindres détails. Les fautes matérielles et les erreurs de rédaction y 
sont très rares. En un seul endroit, la vigilance de M. Mayne paraît s'ê- 
tre assoupie, p. 72, où il écrit : « Two persons are sapindas to each 
other, if their common ancestor, being a maie, is not farther removed 
from either of them than six degrees, or four degrees where the com- 
mon ancestor is a female. » La définition est fausse d'abord ; il s'agit du 
6 e ancêtre dans la ligne paternelle et du 4 e ancêtre dans la ligne mater- 
nelle. Elle est de plus impossible ; on ne peut descendre d'une femme 
sans descendre aussi d'un homme, dans l'Inde aussi bien qu'ailleurs, et, 
comme dans l'Inde la femme ne se remarie pas, les descendants de la 
même femme sont aussi les descendants du même homme. 

L'usage du livre est facilité par plusieurs index : une table des matiè- 
res, une liste alphabétique des cas décidés en justice et cités dans l'ou- 
vrage, enfin un index alphabétique très détaillé de tout le contenu. 

A. Barth. 



»y3. — Arnold Sch.eker. Ahi'is« «1er Quellcnkunde der grîecljfsclsen 

mitî rœiiiîsclien «G.oscîiïehSe ; 2 e Abth, : Die Période des rœmischen Reichs, 
Leipzig,. Teubner, 1881, in-8° de 200 p. 

Le livre de M, Arnold Schœier contient : i° la liste des écrivains la- 



I7O REVUE CRITIQUE 

tins ou grecs dont les ouvrages, conservés ou perdus, peuvent ou au- 
raient pu servir à la connaissance de l'histoire romaine; 2 la transcrip- 
tion ou le résumé des témoignages de l'antiquité sur ces écrivains; 3° la 
mention des principaux travaux modernes auxquels ils ont donné lieu 
et des meilleuies éditions de leurs ouvrages. C'est, comme l'indique le 
titre, le résumé de tout ce que nous savons sur les sources de l'histoire 
romaine. 

Le livre commence aux origines, il ne s'arrête qu'à la mort de Justi- 
nien. Son cadre embrasse donc la période du bas empire, qui s'étend 
depuis Constantin jusqu'à la dynastie thrace ; il sort, et de beaucoup, des 
limites que l'on assigne d'ordinaire aux travaux sur l'histoire romaine. 
M. S. a cru que le règne de Justinien appartenait à cette histoire, au 
même titre que celui d'Auguste. Il est assez difficile de penser autrement 
que lui. 

M. S. divise les quatorze siècles de l'histoire romaine en six périodes : 
la seconde guerre punique, le tribunat de Tibérius Gracchus, les règnes 
d'Auguste, d'Hadrien, de Théodose, la mort de Justinien sont les épo- 
ques qui en marquent la fin. Quoique les divisions en périodes soient 
en histoire une chose souvent arbitraire, plus souvent encore inutile, il 
faut reconnaître que celles que donne M. S. échappent à l'un et l'autre 
défaut. On pourrait le critiquer cependant d'avoir fait commencer à 
Théodose la dernière période de l'empire romain. En quoi cet empereur 
qui, malgré les surnoms dont on l'a gratifié, ne fut ni grand ni glo- 
rieux, et dont les qualités administratives sont au moins discutables, 
a-t-il transformé le gouvernement de l'état romain ? Le véritable organi- 
sateur au iv e siècle, celui qui donna à l'empire la forme qu'il devait con- 
server jusqu'à Héraclius et qui modifia le premier, d'une façon sérieuse, 
le régime fondé par Hadrien, fut Constantin. Les contemporains ne s'y 
sont point mépris : il faut s'en tenir à leur opinion ; dans des choses qui, 
comme celle-là, sont de pure appréciation, elle a plus de chances d'être 
la vraie. 

Les auteurs, grecs ou romains, sont énumérés suivant l'époque où ils 
ont écrit, et non pas suivant le temps dont ils ont raconté l'histoire ; à 
côté d'eux sont mentionnés les écrivains contemporains, biographes, 
orateurs ou poètes dont les ouvrages sont une source aussi abondante 
que les histoires proprement dites. Cet ordre a un très grand avantage: il 
nous offre un tableau complet de la littérature historique, et même delà 
littérature tout entière de chaque période. Mais est-ce bien pourtant l'u- 
tilité que devait avoir ce livre? Pour ce qui concerne l'historiographie 
romaine, nous avons, dans la Littérature de Teuffel, un tableau aussi 
complet; il est vrai que le livre de M. S. a le mérite de le présenter, en 
le résumant, d'une façon infiniment plus commode. Il ne fait souvent, 
malgré tout, que le répéter. Peut-être aurait-on pu comprendre autre- 
ment la disposition de ce livre; on aurait placé au début les ouvrages 
sur l'histoire romaine en général, écrits par l'antiquité, en commençant 



D'HISTOIRE ET DE LITTERATURE I7I 

par ceux dont les fragments embrassent la période de temps la plus 
vaste, par exemple par celui de Dion Cassais; puis, dans chaque pé- 
riode, on aurait énuméré les auteurs qui n'ont écrit que sur cette pé- 
riode, et, en même temps, les ouvrages contemporains qui, comme les 
lettres de Cicéron ou le panégyrique de Trajan, ont une importance 
historique considérable, sans être des livres d'histoire. Rien n'empêche- 
rait, à l'aide de renvois, de revenir sur les auteurs d 1 histoires générales 
qui ont insisté sur les événements de leur temps, comme Dion Cassius 
sur les règnes d'Héliogabale et de Caracalla. On peut regretter que 
M. S. ne nous ait point donné ce livre et qu'il se soit plutôt occupé des 
écrivains, en tant que sources de l'histoire romaine, que des sources mê- 
mes de cette histoire 1 . 

Ces réserves faites sur le plan de l'ouvrage, on rendra justice au soin 
avec lequel il a été composé, au nombre des matériaux qui s'y trouvent 
réunis, au discernement qui a présidé à leur choix. Il faut, en particu- 
lier, savoir un gré infini à M. S. d'avoir extrait la substance des innom- 
brables dissertations parues sur les autorités de Tite-Live et les premiers 
annalistes romains. M. S. a pris très rarement parti entre les opinions 
contraires qui se sont produites. Par exemple, Tite-Live a-t il consulté 
Polybe pour le- récit des campagnes d'Hannibal en Italie? Niebuhr, 
Nitzsch, M. Nissen, bien d'autres encore, ont affirmé que non. Lach- 
mann a prétendu le contraire; MM. Cari Peter et Wœlffiin ont vivement 
soutenu son opinion. Le débat court le risque de durer longtemps en- 
core, d'autant plus que M. O. Hirschfeld vient de lancer une troisième 
hypothèse, que Tite-Live aurait consulté simplement un abrégé de Po- 
lybe. Il est fort à craindre que nous ignorions toujours la vérité : 
M. S. nous indique au moins où d'autrts ont pensé qu'elle se rencon- 
trait. 

Il y a, dans le livre de M. S., un certain nombre d'omissions. Elles 
sont de deux sortes. Les unes concernent des auteurs ou des ouvrages 
de l'antiquité. Par exemple, il n'est point fait mention de l'écrit que 
Tibérius Gracchus composa et qui fut peut-être, sous forme de lettre, 
la justification de sa conduite politique. Ces lacunes, très rares pour la 
période républicaine,. sont assez fréquentes pour les siècles de l'empire. 
En particulier, M. S. n'a point tiré profit des autorités de toute sorte 
consultés par les écrivains de l'histoire auguste, et dont ils énumèrent 
toujours la liste avec une grande complaisance. Tantôt ce sont des his- 
toriens célèbres en leur temps et dont ils nous ont conservé le nom, le 

1. Une conséquence de l'ordre suivi par M. S. est que les subdivisions sont sou- 
vent assez factices. L'Histoire d'Alexandre, de Quinte-Curce, se trouve mentionnée 
avec la géographie de Strabon, le traité des aqueducs de Frontin, les Memorabilia 
de Valère Maxime sous le titre commun d' « Histoire générale et géographie. » 
Dans la période d'Hadrien à Théodose, la troisième subdivision est intitulée « Ecri- 
vains chrétiens et leurs adversaires » et renferme, à la suite d'Eusèbe et de Por- 
phyre, Iïs juristes romains, Gaius, Ulpien et les autres. 



172 REVUK CRITIQUE 

Grec Callicratès de Tyr, Graecorum longe doctissimus scriptor, dit 
Vopiscus, Théoclius, Fabius Céryllianus, Onésimus, Turdulus Gallica- 
nus, d'autres encore; leur nombre, qui est fort grand, révèle l'existence, 
au 111 e siècle, d'une littérature historique des plus riches, que les empe- 
reurs encourageaient en en réunissant soigneusement les publications 
dans les bibliothèques publiques, et dont nous ne possédons, dans l'his- 
toire auguste, qu'un informe résumé. Tantôt ce sont des pièces officiel- 
les, les éphémérides des empereurs, les actes du sénat et du peuple, les 
regesta des scribes, d'où Vopiscus et les autres prétendent avoir extrait 
les documents qu'ils insèrent dans leurs biographies. L'omission de l'his- 
toire en vers que Callistus consacra à Julien, dont il avait été l'ami et le 
protector, celle de la chronologie du moine Annien, contemporain des 
fils de Théodose, de l'Histoire chrétienne de l'ami de saint Jean Chry- 
sostome, Philippe de Sidè, l'absence d'une nomenclature complète des 
listes de province, sont des lacunes beaucoup moins regrettables. 

La seconde espèce d'omissions est relative aux travaux modernes. Le 
dépouillement fait par M. S. est certainement très riche. Pourquoi 
faut- il que nous ayons à lui reprocher de n'indiquer presque jamais les 
ouvrages de l'érudition française? Pourquoi le recueil des thèses n'a-t-il 
pas été consulté? Pourquoi nos bonnes éditions classiques ne sont-elles 
pas mentionnées? Des travaux comme ceux de M. Waddington sur 
iElius Aristide, de M. Fustel de Coulanges sur Polybe, de M. Vidal de 
la Blache sur Hérode Atticus ont une valeur historique au premier 
chef. Il n'est rien dit enfin des études sur les écrivains et les historiens 
de l'empire, que Lenain de Tillemont a placées à la fin de chaque « ar- 
ticle », dans son Histoire des empereurs. Personne ne contestera que, 
pour le nombre des textes comme pour la sûreté de la critique, ces 
études demeurent encore la base de tout travail sur les sources de l'his- 
toire de l'empire. M. S. ne pense-t-il pas., comme nous, qu'oublier Le- 
nain de Tillemont, c'est presque de l'ingratitude ? 

Nous n'oublierons pas le livre de M. Schaefer. Nous nous en servirons 
beaucoup et souvent. C'est un répertoire qui sera pour tout le monde 
d'une utilité considérable. II est fait avec cette conscience, et, disons le 
mot, ce désintéressement que laisse deviner le nom de M. Arnold Schae- 
fer. Nous accueillons la première édition de cet ouvrage avec une véri- 
table reconnaissance '. 

Camille Jullian. 



174. — RIargai*etim Ebnci- und Ileîm-lcli von IVœi*cIlingci>, ein Beitrag 
zur Geschichte der deutschen Mystik, von Philipp Strauch. Freiburg u. Tûbingen. 
Mohr. ln-8°, cvi et 414 p, 1 2 mark. 

iiip 

Ce volume, — dont l'élégante impression fait grand honneur à la li- 



1. Nous publierons prochainement un autre article, de M. Albert Martin, sur la 
partie de l'ouvrage de M. Arnold Schaefer, consacre'e à l'histoire grecque. (Réd.). 



d'histoire et de littérature 173 

brairie Mohr, — renferme le texte, publié pour la première fois dans 
son intégrité, des Révélations de la célèbre mystique Marguerite Ebner, 
et des Lettres de Henri de Nôrdlingen. M. Strauch, l'éditeur, publie : 
i° les Révélations d'après deux manuscrits, celui de Medingen, à la fois 
le meilleur et le plus ancien ( f 353), et celui de Mayhingen (1735}, qui 
tous deux ont la même Vorlage et reproduisent l'original rédigé par 
Henri de Nôrdlingen (p. xxvm); 2 les Lettres de Henri de Nôrdlingen, 
d'après le manuscrit du British Muséum déjà consulté par Heumann 
(p. xvii). M. S. donne d'ailleurs, dans son introduction, les renseigne- 
ments les plus minutieux et les plus complets sur les divers manuscrits 
dont il s'est servi : il ne se borne pas à l'exposé de Y Handschriften- 
verhiiltniss ; il étudie les rapports si intéressants de Marguerite Ebner 
et de Henri ; il décrit la vie, pleine d'extases et de visions, de Margue- 
rite; il raconte longuement l'existence de Henri, d'après sa correspon- 
dance, son séjour à Baie, ses courses vagabondes, la visite qu'il fit en 
1 35 1 à Christine Ebner et après laquelle on ne trouve plus trace de lui. 
On remarquera dans la savante introduction de M. S. les pages con- 
sacrées à cette correspondance de Henri de Nôrdlingen, qui est, à vrai 
dire, le premier recueil épistolaire, dans l'ordre des temps, de la littéra- 
ture allemande, et qui fournit d'abondantes et précieuses informations à 
l'historien du moyen âge (pp. lxii-lxviii, Culturgeschichtliches aus den 
Briefen). M. S. analyse, en outre, le style de Henri; les locutions 
qu'emploie volontiers ce tendre mystique, les diminutifs auxquels il re- 
court, les comparaisons dont il abonde, tout cela est indiqué avec finesse 
par le jeune professeur de Tiibingue ; enfin, un long chapitre, intitulé « De 
la langue » et qui témoigne d'un patient labeur, donne la liste des par- 
ticularités de langage, qui, dans les deux manuscrits de Medingen et de 
Mayhingen, s'écartent de l'usage du moyen-haut-allemand. Vient en- 
suite le texte des Révélations (pp. 1-161), et des Lettres (pp. 169-284), 
suivi de remarques (pp. 287-405) qui dénotent une profonde connais- 
sance de la littérature et de l'histoire de cette époque, et où l'éditeur a 
tantôt fixé avec précision la date des lettres, tantôt éclairé le texte par 
d'autres témoignages contemporains, par des explications des notes dif- 
ficiles et des phrases obscures, par une foule de notes instructives et de 
renseignements tirés d'écrits peu connus et peu accessibles. Aussi peut- 
on dire que M. Strauch, en publiant pour la première fois le texte cpm- 
plet des Révélations de Marguerite Ebner et des Lettres de Henri de 
Nôrdlingen avec autant de soin et d'exactitude, en donnant sur la vie 
et les œuvres de ces deux personnages tous les détails qu'il était possible 
de donner, en commentant leurs écrits avec une telle abondance et un 
tel luxe de notes et de remarques, a fait un travail fort remarquable et 
qui sera d'un grand profit et pour les théologiens et pour les philolo- 
gues et pour les historiens de la littérature médiévale. 



174 REVUE CRITIQUE 

175. — JTean de Gerson (1303-14L9O), recherches sur son origine, son vil- 
lage natal et sa famille, par Henri Jadart, juge suppléant au tribunal civil. Reims. 
Deligne et Renart. 1881. In-8°, vin et 280 pp. avec 12 planches hors texte et ins- 
criptions. (Extrait du tome LXVIII des Travaux de l'Académie de Reims, tiré à 
3oo exemplaires.) 

Ce livre d'un de nos plus consciencieux et infatigables travailleurs de 
la province s'ouvre par un chapitre renfermant un « aperçu de la vie et 
des œuvres de Gerson » (pp. 9-48). Ce chapitre ne contient rien de nou- 
veau; l'auteUr, selon sa propre expression, y fait œuvre de vulgarisation 
plutôt que d'érudition; il retrace brièvement le rôle littéraire, politique 
et religieux de Gerson, en prenant aux meilleurs biographes du chance- 
lier et à ses œuvres leurs traits les plus expressifs. Les trois chapitres qui 
suivent (11, ni, îv) sont plus importants; dans le n° chapitre, M. Jadart 
fait l'histoire du village de Gerson du ix e au xvn e siècle » (pp. 49-107) ; 
ce village, situé sur une colline à 3 kilom. O. de Réthel (et non à 7 kil. 
comme l'indique la Nouvelle géographie universelle de M. Elisée Re- 
clus) n'existe plus ; mais on sait qu'il fut « contigu et en quelque sorte 
juxtaposé à celui de Barby, le chef-lieu de la paroisse, avec lequel il se 
confondit dans la seconde moitié du xvn e siècle ». M. J. remarque néan- 
moins que le terroir survécut aux habitants et ne fut divisé qu'en 1791 ; 
les habitants furent même officiellement convoqués au tiers-état du bail- 
liage de Reims en 1 789 et défaut fut donné contre eux ; « chose singulière, 
Barby et Gerson, si rapprochés l'un de l'autre qu'ils se confondirent, dé- 
pendaient de deux ressorts différents, Barby de Vitry ou du Rethélois, 
et Gerson du Vermandois ou du Rémois » (p. 52). M. J. reproduit, d'a- 
près le Polyptyque de Saint-Remy publié par M. Guérard en i853, le 
dénombrement des manses et des familles de Gerson vers 845 ; il montre 
que Gerson figure dans la plupart des diplômes et bulles de la grande 
abbaye de Saint-Remy; il fait le tableau des misères qui accablèrent au 
xv c siècle les habitants du village et leur valurent un adoucissement de 
leurs redevances, etc. En 1 541, la population de Gerson ne comptait 
que trente-six feux, c'est-à-dire environ 1 5o habitants ; ce fut dans les 
guerres de la Fronde que le village disparut (sièges de Réthel, i652 et 
i653). — Le chapitre 111 est consacré à la famille de Gerson (pp. 109- 
170). On sait que Gerson nous a laissé sur ses parents quelques indica- 
tions, entre autres dans une épitre en vers (Arnulpho Charlier cui nup- 
sit Elisabeth olitn) et dans ses lettres à ses sœurs, et on lit encore sur la 
muraille de l'église de Barby l'épitaphe de sa mère Elisabeth la Charde- 
nière *i M. J. est même porté à attribuer au chancelier cette épitaphe 
conçue en vers rimes; il croit, au reste, qu'Elisabeth était « supérieure à 
sa condition par la noblesse et l'élévation de ses sentiments » (p. 11 6) et 
il reproduit (pp. 119-121) une lettre que cette excellente femme écrivit 
vers 1396 à ses enfants et que Paulin Paris regardait comme un « chef* 
, -— _ 

1. Epitaphe reproduite dans le livre de M. Jadart, p. ioq. 



D'HISTOIRE KT DK LITTÉRATURE I 7 1 

d'œuvre d'onction, de pureté, de bonté » '. Il nous apprend que le nom 
de Jean, que le fils aîné d'Arnaut le Charlier reçut au baptême, le plaçait 
sous le patronage des deux saints saint Jean-Baptiste et saint Jean l'E- 
vangéliste qui éiaient à l'église de Barby L'objet d'un culte spécial. Il nous 
donne nombre de renseignements sur les onze frères et sœurs de Gerson. 
— Le chapitre iv intitulé : Jean de Gerson et son pays natal (pp. 171- 
229), traite des épitaphes de Gerson et des pièces à sa mémoire 2 ; des 
relations de Gerson avec Reims et les Rémois ; de son éloge dans les 
historiens du pays; des monuments consacrés à son souvenir à Paris, à 
Lyon et à Barby. Le volume de M. J. se termine par des documents et 
pièces justificatives (pp. 209-272) : l'église de Barby et le monument de 
Gerson ; documents servant de pièces justificatives à l'histoire du village 
de Gerson; une œuvre française de Gerson, L'Abc des simples gens, 
suivi d'extraits de traités populaires du chancelier qui se trouvent à la 
Bibliothèque de Charleville; un éloge de Gerson dans un recueil manus- 
crit du xvii c siècle intitulé : De l'antiquité de la ville de Rethel ; une 
bibliographie gersonienne, imprimés, manuscrits, gravures et portraits. 
Nous en avons assez dit pour montrer que l'ouvrage de M. Jadart a été 
fait avec le plus grand soin et qu'il a coûté à son auteur beaucoup de 
temps et de patientes recherches; son livre est conçu sur le même plan 
que celui qu'il publiait naguère sur Mabillon, et il mérite les même élo- 
ges ; il tiendra un rang distingué .parmi les nombreux travaux qui ont 
déjà paru sur Gerson (le Répertoire des sources historiques du moyen 
âge en comptait soixante-neuf en 1878) et il fait honneur à l'Académie 
de Reims, qui a publié dans ses Mémoires le travail de M. Jadart, son 
secrétaire-archiviste. 



176. — Gœtlie in Hauptzûgen seines Leltens une! Wlrkeus, gesam- 
melte Abhandlungen von Adolf Scholl. Berlin, Wilhelm Hertz. 1882. In-8°, 
572 p. (avec un index). 

L'auteur de cet ouvrage, l'aimable et savant bibliothécaire de Wei- 
mar, Adolphe Scholl, ne lira pas les comptes-rendus du livre où il avait 
réuni ses études sur Gœthe; il est mort le 26 mai de cette année. Mais, 
pendant longtemps encore, son nom et ses travaux seront rappelés avec 
honneur par tous les amis de la littérature allemande et spécialement 
par les amis et admirateurs de Gœthe. Le volume que nous annonçons 

1. Les Manuscrits fr. de la Bibl. du Roi, t. VII, p. 410. 

2. Il faut dire que Wimpheling « relata » et non « composa » l'épitaphe en lan- 
gue vulgaire que M. Jadart reproduit p. 172. Le petit volume, dans lequel se trouve 
cette épitaphe. a paru certainement en i5o6, cp. Gh. Schmidt, Histoire littéraire de 
V Alsace à la fin du xv e et au commencement du xvi' siècle, index bibliographique, 
p. 325, n° 27. 



I76 REVUE CRITIQUE 

témoigne des studieuses recherches que Schôll avait consacrées, pendant 
une grande partie de sa vie, au plus illustre écrivain de l'Allemagne; il 
était passionné pour la gloire de Gœthe ; il trouvait que le public de son 
pays ne connaissait pas encore assez « et le poète et l'importance que 
son génie a et peut avoir en tout temps sur la culture et le perfectionne- 
ment de la nation allemande » (p. 2). Aussi ce volume s'ouvre par une 
critique, très juste à beaucoup d'égards, de l'ouvrage de Lewes ; Schôll 
est « offensé des jugements grossiers et vulgaires que cet Anglais porte 
sur les plus profondes poésies de Gœthe, avec l'air résolu d'un connais- 
seur » (p. 3) ; il reconnaît que Lewes a su ramasser çà et là des anecdotes, 
mais il lui semble que ce biographe tant admiré n'a pas dominé son su- 
jet et qu'il a commis vraiment trop de légèretés et d'erreurs. A la suite 
de cet article viennent d'autres études, dont voici les titres : Der junge 
Gœthe (ij4q-ijj8) ; — ■ Ueber Gœthe' s Geschwister; — Gœthe als 
Staats-itnd Geschaftsmann ; — Gœthes Verhiiltniss \um Theater; — 
Gœthes Tasso und Schillers Don Carlos; — Gœthe und die Wendung 
der modernen Kultur ; — Gœthe in seinen Zeiten ; — Ueber Gœthes 
Pandora, ihre Entstehung und Bedeuiung ; — Gœthe und die fran^ôs- 
ische Révolution ; — Dichter und Eroberer ; — Zu Gœthes Stella ; — 
Ein verlorenes Schauspiel von Gœthe ; — Ueber Gœthes : das Neueste 
von Plundersweilern ; — Sendbrief an Doktor Hir\el in Leipzig ; — 
Ueber Gœthe- Auto graphen. Huit de ces études n'avaient pas encore 
paru ; ce sont : « Le jeune Goethe »; «. Le Tasse de Gœthe et le don Car- 
los de Schiller » ; « Gœthe et la culture moderne » ; « Gœthe et son 
temps » ; « Gœthe et la Révolution française » ; « Stella » ; « Lettre à 
M. Hirzel », et « Les autographes de Gœthe ». Plus d'un passage dans 
ces différentes études appellerait la critique; c'est ainsi (pp. 5io-5n) 
qu'à propos du singulier factum de Frédéric II contre la littérature alle- 
mande de son époque, Schôll, citant les noms de ceux qui défendirent 
contre le roi gallophile la poésie et la langue de l'Allemagne, oublie de 
mentionner la réplique de M me de Gràvemeyer au ministre Hertzberg, 
et dans l'article intitulé « poète et conquérant », Schôll s'est trop com- 
plu à opposer Gœthe et Napoléon I er ; il n'avait pas besoin de nous rap- 
peler les débuts de Bonaparte ; s'il n'était pas remonté si haut, il n'au- 
rait pas dit que le jeune officier gagna le prix proposé par l'Académie de 
Lyon, alors que tout le monde sait que Bonaparte n'eut pas même l'ac- 
cessit. Mais ce volume de Schôll renferme tant de justes et ingénieux 
aperçus, tant de faits intéressants et puisés aux sources, que nous ne 
voulons pas insister davantage sur quelques fautes que l'auteur, du reste, 
ne pourra plus corriger, et, en regrettant la mort prématurée du con- 
sciencieux biographe de Gœthe, nous recommandons sincèrement à tous 

l'ouvrage où il a mis tant de science et de travail. 

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0'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURF. 177 

CHRONIQUE 



FRANCE.— Comme on le verra' sur la couverture de notre recueil, l'éditeur Ernest 
Leroux, après avoir terminé la publication de Y Histoire grecque de M. Ernest Curtius 
entreprend la publication d'une autre grande œuvre historique, qui forme la suite et 
le complément de l'ouvrage de M. Curtius : VHistoire de V Hellénisme, par M. J.-G. 
Droysen. Cette « Histoire de l'Hellénisme » est traduite sous la direction de M. A. 
Bouché-Leclercq. ; elle comprendra trois volumes; le premier, consacré à VHistoire 
<F Alexandre le Grand; le deuxième et le troisième volume, aux successeurs d'Alexan- 
dre. L'ouvrage paraît en 2 5 fascicules à i fr. 25. 

— M. le vicomte Ferdinand des Roberts, de l'Académie de Metz, vient de publier 
une notice sur un Vocabulaire messin du xvi e siècle, latin-français allemand qui fut 
imprimé en i5i5 à Metz par Gaspard Hochffeder et qui se trouve à la Bibliothèque 
municipale de Nancy; il décrit avec détail ce Vocabulaire, l'analyse et en donne de- 
curieux extraits. M. F. des Roberts prépare un ouvrage sur les Campagnes de Char- 
les IV, duc de Lorraine et de Bar, i634-i638, qui sera mis en vente chez Cham- 
pion. 

— L'Histoire des Etats généraux et des libertés publiques en Franche-Comté, par 
M. Ed. Clerc, qui avait paru de 1874 à 1878 dans les Mémoires de la Société d'é- 
mulation du Jura, vient d'être publiée en deux volumes (Besançon, Marion). 

L'année dernière s'est fondée une Société d'études des Hautes- Alpes, qui a 

pour but de « vulgariser tout ce que l'on sait sur les Hautes-Alpes, au point de vue 
historique, scientifique, artistique et littéraire. » Cette Société publie un Bulletin 
périodique dont les deux premiers fascicules (janvier à juin) renferment, entre au- 
tres articles, des études historiques de M. l'abbé P. Guillaume et de M. A. de Rochas, 
et une étude épigraphique de M. Florian Vallentin. 

— M. Henri Beaune, professeur à la Faculté libre de droit de Lyon, avait publié 
l'an dernier une Introduction à l'étude historique du droit coutumier français jusqu'à 
la rédaction officielle des coutumes. 11 va faire paraître un autre Volume sur l'Etat 
des personnes en France d'après les ordonnances et les coutumes jusqu'en 178g; 
deux autres volumes suivront, et seront consacrés à l'Etat des biens. 

— Un nouveau travail sur l'instruction primaire pendant la Révolution vient de 
paraître à Auxerre; il est dû à M. l'abbé Ricordeau, et a pour titre Histoire de 
l'instruction primaire en France et particulièrement dans le département de V Yonne 
de 17 go à l'an VIII (in-8°, 35 p.). Les éléments de ce travail ont été puisés, dit 
l'auteur, dans la série l des Archives départementales de l'Yonne. M. Ricordeau a 
retrouvé les rapports administratifs de l'an vi sur la situation scolaire de 20 cantons 
(le département se composant de 69 cantons); dans ces 25 cantons, 35 écoles publi- 
ques étaient en exercice. 

— Voici le résumé du rapport fait récemment par M. G. Perrot, au nom de la 
Commission des écoles d'Athènes et de Rome, sur les travaux de ces deux écoles 
pendant l'année 1881. École d'Athènes : M. Hauvette-Besnault a remis un mémoire 
sur les Archontes athéniens, dans lequel il étudie et critique le rôle et la compétence 
de cette magistrature au milieu du v e siècle. — M. Salomon Reinagh a continué les 
fouilles entreprises par l'Ecole en Asie-Mineure, dans la nécropole de Myrina, en 
Eolide, et les a étendues au cimetière de l'antique Cymé. Assisté de M. Pottier, 
M. Reinach ne s'est pas contenté de rapprocher les fragments des tombes et de re- 
composer des figures souvent brisées en plusieurs morceaux ; il a constaté comment 
ces charmantes figurines étaient disposées dans les sépultures et soumis les tombeaux 



1J& REVUE CRITIQUE 

grecs au système d'investigation régulière qu'on emploie pour les plus grossiers de 
nos tumuli. La manière des figurines découvertes par M. Reinach, dans la nécropole 
de Myrina, Jui paraît se rattacher de loin au style de Lysippe et particulièrement à 
l'école des sculpteurs de Pergame. L'atelier de Myrina, moins ancien que celui de 
Tanagra, toucherait donc à la décadence et aux premiers siècles de la conquête ro- 
maine. C'est au cycle de Bacchus, à celui d'Aphrodite et au mythe d'Hercule qu'ap- 
partiennent les petites images de Myrina, dont il a été possible de déterminer le sujet. 
— M. Clerc, auteur d'un travail intitulé : Mémoire sur les Ambassades «he^ les 
Grecs, a développé une partie du mémoire de M. E. Egger sur les « traités publics 
chez les Grecs et les Romains », en utilisant les textes épigraphiques que M. Egger 
ne pouvait avoir à sa disposition en 1866. — M. Bilco, dans un Mémoire .sur les 
jeux publics en Grèce, a heureusement complété une portion du consciencieux tra- 
vail de Meursius sur les fêtes et les jeux de la Grèce, travail devenu très incomplet 
par suite des découvertes ultérieures en épigraphie et en numismatique. — M. Ba- 
rilleau, agrégé des facultés de droit, a remis deux mémoires; l'un : Des sources 
de l'ancien droit grec (où l'on peut regretter l'omission des sources latines, et, en ce 
qui concerne les sources grecques, l'oubli des papyrus gréco-égyptiens, et du Lexi- 
con rhetoricum cantabrigiense, rédigé par Houtsma à Leyde en 1870); l'autre : Des 
constitutions de dot dans l'ancienne Grèce, qui est la première étude faite sur la ma- 
tière avec le secours des inscriptions. — A l'Ecole française de Rome, l'activité n'a 
pas été moindre, et les travaux ont offert plus de variété, comme il fallait s'y atten- 
dre, l'Ecole de Rome se recrutant à la fois parmi les élèves de l'Ecole normale, ceux 
de l'école des Hautes-Etudes et ceux de l'école des Chartes. M. Perrot remarque que, 
si les travaux sont variés, l'unité se retrouve dans la direction vraiment scientifique 
imprimée à l'école par son fondateur M. Albert Dumont, et continuée par M. Geffroy 
(Cp. Revue critique, n° 2 5, p. 455, la reproduction d'un art. de M. Perrot sur les 
Mélanges d'archéologie et d'histoire de l'Ecole de Rome). M. René de la Blanchère 
a poursuivi ses recherches sur les Terres pontines ; dès à présent, une conclusion se 
dégage de ces études, c'est que la conquête romaine, qui provoquait dans les pro- 
vinces éloignées de Rome, comme la Gaule transalpine, un merveilleux essor de po- 
pulation et de richesse, dépeuplait et appauvrissait les territoires plus rapprochés de 
la capitale. — M. Lacour-Gayet a dressé le tableau aussi complet que possible des 
membres de la famille des Antonins; il a étudié leurs noms et leurs titres, et, à 
propos du Temple d'Antonin et de Faustine au Forum, apprécié l'art romain à cette 
époque. — M. Albert Martin a entrepris une étude des Scoliastes d'Aristophane, 
dont il a rédigé deux chapitres : l. De la critique d'Aristophane avant Aristarque; 
II. Aristarque et sa critique d'Aristophane comparée à sa critique des poèmes homé- 
riques. — M. Ant. Thomas a envoyé deux mémoires : l'un est intitulé Francesco da 
Barberino, étude sur une source nouvelle de la littérature provençale, où M. Thomas 
fournit de curieux renseignements sur Raimond d'Anjou, Hugolin de Forcalquier et 
sa femme Blanchemain, trois poètes dont nous ne connaîtrions ni le nom ni les œu- 
vres sans Francesco da Barberino; l'autre a pour titre -.Nouvelles recherches sur 
l'Entrée en Espagne, chanson de geste f ranco-italienne ; M. Thomas y démontre que 
le poème appelé l'Ent-ée en Espagne ou la Prise de Pampelune, et dont le héros est 
Charlemagne, eut deux auteurs, l'un Padouan et l'autre Véronais, qui portaient tous 
deux le nom de Nicolas. — M. Camille Jullian a remis un mémoire sur les Domestici 
et les Protectores, troupes de garde des empereurs du 111 e au vn c siècle et envoyé une 
collation de plusieurs manuscrits de la Notitia Dignitatum. — M. Maurice Faucon a 
consacré son année au travail d'analyse et de copies partielles des Registres de Bo- 
niface VIII, conservés à l'Archive vaticane. — M. Vigneaux a envoyé une Etude 



d'histoire et de littérature 179 

historique et juridique sur le praefectus urbi, qui fut, avec le Préfet du prétoire, le 
principal agent d'Auguste et de ses successeurs, et une Notice sur trois manuscrits 
inédits delà Vaticane (recueils de consultations des jurisconsultes italiens du xiv c et 
du xv c siècle). — En terminant son rapport, M. Perrot regrette que l'étroit budget de 
l'école d'Athènes ne lui permette pas des découvertes comparables à celles des savants 
allemands qui ont rendu au jour les marbres d'Olympie et de Pergame. Les fouilles 
de Delphes pourraient donner d'importants résultats; un traité préparé par le direc- 
teur de l'école d'Athènes et par le ministre de France donnera bientôt à l'école la 
possession du village de Kastri qui recouvre les restes du temple d'Apollon et de 
ses dépendances. 

— Nous avons récemment annoncé que M. J. Schlumbbrger avait publié un Eloge 
de M. de Saulcy (Genève, Fick. In-8°, 56 p.). On y remarquera la bibliographie 
complète des ceuvresdu savant archéologue; cette bibliographie, classée par ordre de 
matières, comprend i63 art. de numismatique, 33 d'histoire et de voyages, 67 d'ar- 
chéologie, 56 de philologie et 3g de mélanges. 

— M. François Joseph Chabas, né le 2 janvier 1817 a Briançon, est mort à Ver- 
sailles le (j mai ; « il n'est pas un seul égyptologue a dit M. Révillout, qui n'ait 
fait ses premiers pas à l'aide des travaux de M. Chabas, et les plus illustres le recon- 
naissent ouvertement pour maître; il a, le premier, fixé d'une façon certaine les ba- 
ses scientifiques de la métrologie égyptienne ; indiqué, de main de maître, les 
grands jalons de l'histoire et de la chronologie; donné les premiers et jusqu'ici 
uniques matériaux concernant le droit criminel de l'époque pharaonique. » Il est 
impossible d'énumérer ici tous" les mémoires de M. Chabas; on en trouvera la liste 
dans le Polybiblion de juillet (pp. 70-73). 

— Nous avons encore à annoncer la mort de M. Olivier-Alexandre Barbier 
(20 juin i8o6-5 février i883), conservateur honoraire de la Bibliothèque nationale, 
collaborateur à la dernière édition du Manuel du libraire de Brunet;— de M. Charles- 
Alfred Bertauld (9 juin 1812-9 avril 1882), sénateur inamovible et procureur-géné- 
ral à la Cour de cassation, auteur d'une Philosophie politique de V histoire de France 
(1861) et de nombreux travaux juridiques; — de M. Norbert Bonafous (1809-jan- 
vier 1882), auteur d'une Etude sur l'Astrée et sur Honoré d'Urfé (1847); — de 
M. H. F. J. Cocherts (i cr décembre 1829-avril 1882), auteur de Notices et extraits des 
documents manuscrits conservés dans les dépôts publics de Prris et relatifs à l'his- 
toire de la Picardie (1804, et suiv.), d'une Table des art. du Journal des Savants, 
de 1816 à i858 (1860), d'un Dictionnaire des anciens noms des communes du dé- 
partement de Seine-et-Oise (1874), etc. etc.; —de M. l'abbé .Coffinet (27 mars 
1810-19 m a r s 1882), auteur de plusieurs travaux et mémoires archéologiques sur la 
ville de Troyes; — de deux libraires bien connus de tous les bibliophiles, MM. Fa- 
toux (3i octobre i83g-i6 juin 1882), l'associé de M. Morgand, et Adolphe Labitte; 
— de M. l'abbé Jacques Laffetay (i8io-i3 février 1882), auteur d'une Histoire du 
diocèse de Bayeux (i855); — de M. de Lamberterye (27 déc. 1800-1 nov. 1881), 
auteur d'Etudes sur le département du Lot (i856), remaniés dans une nouvelle édition 
en deux parties (1874-1880) ; — de M. Le Boucq de Ternas (1829-29 mai 1882), 
connu par ses études archéologiques et généalogiques sur la Flandre Wallonne. 

ALLEMAGNE. — La deuxième livraison du Dictionnaire étymologique de la 
langue allemande, de M. Fr. Kluge a paru (Strasbourg, Trûbner, pp. 65-128); 
elle va du mot elfenbein au mot hehlen et comprend, par conséquent, la fin de la lettre 
e, les lettres f et g, et le commencement de la lettre h. 

— Parmi les prochaines publications de la librairie Teubner, de Leipzig, nous 
signalerons les suivantes : Homeri Iliadis carmina, dejuncta, discreta, emendata, 



l80 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITrÉRATURE 

prolegomenis et apparatu critico instructa, éd. W. Christ ; Kunst und Gewerbe im 
homerischen Zeitalter, de M. Wolfgang Helbig ; la troisième édition de la Républi- 
que de Platon, de Stallbaum revue par M. Herm. Heller; la septième édition du 
Griechisch-deutsches Schulwœrterbuch de Benseler, revue et remaniée par M. Au- 
tenrieth ; le I er fascicule du II e vol. des Commentaires de Servius, par M. G. Thilo ; 
une édition des Aratea d'Avienus par M. A. Breysig, etc. Citons encore de M. Va- 
lentin Rose : Sorani Gynaeciorum vêtus translatio latina nunc primum édita cum 
additis graeci textus reliquiis a Diet^io repertis atque ad ipsum codicem Pari- 
siensem nunc recognitis. 

— M. E. Brentano, qui avait déjà publié deux ouvrages relatifs à l'emplacement de 
Troie et aux fouilles de M. Schliemann, Alt-llion im Dumbrekthal et Zur Lœsung 
der trojanischen Frage, vient de faire paraître à la librairie Henninger, de Heilbronn, 
un troisième ouvrage sur la « question troyenne » : Troia und Neu-Ilion (x et 
74 p. 2 mark). Nous comptons en parler plus amplement. 

— Le premier fascicule d'une revue consacrée à l'histoire de la province de Posen 
et intitulée Zeitschrifi fur Geschichte und Landeskunde der Provins Posen a paru 
chez l'éditeur bien connu de Breslau, W. Koebner. Cette revue est dirigée par 
M. Christ. Meyer, archiviste de la province, sous les auspices du ministère de 
l'instruction publique -, elle traitera de l'histoire « intérieure » de la Posnanie, des 
arts et des sciences, de la langue et des mœurs, du commerce et de l'industrie de la 
province. Voici le sommaire du premier fascicule : Zachert, Nachricht von der 
Stadt Meseritç I ; M. Bjer, Geschichte der lutherischen Gemeinde der Stadt Posen, 
et Johannes a Lasco ; Christ. Meyer, Die deutsche Bevœlkerung der Provins Po- 
sen gegenùber dem polnischen Auf stand im Jahre 1848 et Friedrich der Grosse 
und der Netçedistrict, I; viennent ensuite des « communications littéraires ». La 
revue paraît trois fois par an (abonnement annuel, 10 mark). 

— La collection des « classiques militaires d'Allemagne et de l'étranger » que 
publie M. G. de Marée (à Berlin, chez l'éditeur Wilhelmi) s'est augmentée de deux 
nouveaux fascicules, le XIV e et le XV e renfermant les Ecrits militaires {Militxrische 
Schriften) de l'archiduc Charles. Le baron de Waldst^etten a mis en tête de cette 
publication une notice sur la vie du célèbre général autrichien. On sait que l'archi- 
duc fut tenu à l'écart, à partir de 1809, et qu'il resta inactif durant trente-huit ans; 
il a, paraît-il, profité de ces loisirs, que lui faisait Metternich, pour composer des 
Mémoires ; ne serait-il pas temps de les publier? 

— L'ouvrage de M. Aug. Lehmann sur les fautes de langage que commettent ses 
compatriotes (Sprachliche Sùnden der Gegenwart. Brunswick, Wreden), vient d'a- 
voir une troisième édition. 

— Le Catalogue de la bibliothèque du Reichstag a paru, par les soins du biblio- 
thécaire, M. A. Potthast. (2 mark, à Berlin, chez Puttkammer et Mûhlbrecht.) 

ANGLETERRE. — M. Whitley Stokes prépare une édition du Psalter na Raan 
pour les « Anecdota Oxoniensia ». 

— La partie de la Picturesque Palestine relative à l'Egypte, a été confiée par les 
éditeurs Virtue, de Londres, à M. St. Lane-Poole; la « Picturesque Palestine » pa- 
raît avec la collaboration de MM. le colonel Wilson, le lieutenant Conder, le Prof. 
Palmer, Miss Rogers, etc. 

Le Propriétaire-Gérant : ERNEST LEROUX. 
Le Puy, imprimerie de Marchessou fils, boulevard Saint- Laurent, 23. 



REVUE CRITIQUE 
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

M» 36 —4 Septembre — 1882 



Sommaire : 177. Hauleu, Etudes sur Térence. — 178. Fabre, La jeunesse de 
Fléchier. — 179. Delahante, Une famille de finance au xvnr 3 siècle. — 180. 
Werner, L'Emilia Galotti de Lessing. — 181. Le Faust de Goethe, II, p. p. 
Schroer. — Chronique. 



177. — Terentinna. Quaestiones cum specimine lexici. Scripsit D p Edmundus 
Hauler. Vindobonae, apud Alfr. Hoelderum. 1882, 47 p. gr. in-8°. 

L'auteur examine le texte de quatre passages de Térence '. Ensuite il 
traite du vocatif des noms comme Chrêmes, et classe les mots employés 
par Térence qu'il suppose empruntés au grec. En troisième lieu, il 
étudie, dans Térence et d'autres auteurs, la figure qu'on pourrait appeler 
la rime étymologique, reppulit propulit, salipotenti multipotenti. Par- 
tout il montre une grande connaissance du sujet, et le lecteur trouvera 
son profit dans ces observations diverses. Mais ce qu'il y a de plus inté- 
ressant dans cette brochure, ce sont les Prolegomena ad lexicon Te- 
rentianum et les dix-huit colonnes (de a à acuo) du Spécimen lexici 
Terentiani. Il s'agit d'un index complet et raisonné de tous les mots 
contenus dcns Térence. Avant de le faire imprimer, l'auteur veut s'as- 
surer que son plan a l'approbation des érudits. 

L'index complet a déjà été fait, ce que M. Hauler paraît ne pas soup- 
çonner (il dit des index de Térence à lui connus : nonnullis enim locis me- 
morabilibus continentur). Cet index, depuis plus d'un demi-siècle, 
permet aux philologues de retrouver instantanément un passage quel- 
conque du poète; il se trouve dans le troisième volume du Térence de 
Lemaire (Paris, 1828). L'index viennois sera incontestablement très su- 
périeur, mais, en attendant, celui de Lemaire rend bien des services. 
M. Hauler, qui a déployé dans son travail un zèle et une patience dignes 
de tout éloge, ne reculera sans doute pas devant l'ennui d'un pointage 
comparatif qui le rassurera sur le danger d'avoir laissé échapper quelque 
erreur ou quelque omission. 

Gela dit, je n'ai qu'à louer sans réserves le soin et la précision de 
M. Hauler. Il indique scrupuleusement les leçons des manuscrits et les 
conjectures des philologues ; il marque d'un chiffre ' les mots qu'on ne 

I. Dans le premier (£««., 267) il propose de remplacer par huius ou eius stare le 
mot Thaidis, glose du pronom. L'essentiel de cette correction paraît bon; seulement 
l'ordre stare eius donne une coupe meilleure et explique mieux l'erreur du copiste, 
qui a pris ThAidl S de l'interligne pour une correction de sTAreeluS du texte. 

Nouvelle série, XIV. 10 



I 8 2 . RKVUK CHiriQUh 

rencontre pas avant Térence; un point d'interrogation signale les formes 
douteuses, et une étoile les formes supposées apocryphes • ; un trait ver- 
tical marque les fins de vers ; des points remplacent les mots dont l'au- 
teur a allégé ses citations 2 . Les exemples sont classés d'après le sens et la 
construction. A cet égard, l'index Hauler sera extrêmement précieux 
pour les recherches de syntaxe. 

L'index Lemaire restera plus commode pour les recherches de forme 
et de prosodie, parce que la classification y est morphologique, accipio 
d'abord, puis accipis, puis accipit, etc. M. Hauler a senti le besoin de 
donner quelque satisfaction au lecteur en ce qui touche les formes. En 
tête des principaux articles il cite et classe des particularités choisies 
d'orthographe ou de prononciation. Mais c'est là un maigre secours. Dans 
cette partie de son ouvrage, par lui considérée comme secondaire, il dé- 
signe les passages par de simples chiffres, sans en reproduire le texte. 
En outre, il n'a pas eu le moins du monde la prétention d'épuiser cet 
ordre de questions, de sorte qu'on est exposé à le trouver muet justement 
sur le point qu'on voudrait éclaircir. Puisque l'auteur demande avis à 
ses lecteurs, je n'hésite pas à dire qu'il devrait supprimer cette partie. 11 
y aura quelque jour un index morphologique et prosodique de Térence; 
il ne sera bon que si l'on n'y mêle pas la syntaxe. 

M. Hauler, au mot accido, indique, avec un signe de doute, que 
peut-être la syllabe det est longue dans le groupe de mots accidet animo. 
N'est-il pas clair que ceci concerne l'histoire de la conjugaison en géné- 
ral, non point le verbe accido en particulier, et que si accidet est long 
il en sera de même de incidet, afferet, perleget ? 

Quant aux particularités qui atteindraient le radical, comme l'abrège- 
ment de la seconde syllabe dans magistratus, fenestra, iuuentutem, je 
comprends qu'on en dresse un catalogue alphabétique : mais à quoi bon 
en noyer les articles dans un catalogue des significations et des régimes 3 ? 

Supposons donc l'index allégé de la partie morphologique, nous ne 
pourrons reprocher à l'auteur qu'un excès de conscience. Dans un vers 
de XHecyra tout le monde admet que le pluriel neutre acerba, en accord 
avec plura, et pris substantivement, est le sujet dresse. A quoi bon in- 
diquer sous acerbits, par quatorze sigles, quels manuscrits portent et 
quels éditeurs admettent acerba plura, on plura acerba, on plura ego 
acerba, ou ego plura esse acerba? Il suffisait de faire savoir, par un si- 
gne conventionnel quelconque, qu'ici le texte varie, sans toutefois que 
cette variation affecte le sens ou la construction du mot qui est le sujet 



i. Le même signe est apposé aux formes tirées des didascalies et des arguments, 
que l'auteur a dépouillés avec le même soin que le texte lui-même. 

2. La valeur conventionnelle attribuée au point en haut n'est pas expliquée à côté 
de celle des autres signes. 

3. Un détail superflu, à supprimer, est le signe de longue sur Ve d'accresco, et 
Yad'actus. La quantité de ces voyelles intéresse forthoépie latine en général; elle ne 
fait rien a Térence en particulier. 



JHISIOIKK Kl DK LITTÈUATURR 



i83 



de l'article. Que de peine économisée pour l'auteur! — et j'ajoute, pour 
le lecteur, qui ne se débrouille pas sans un effort cérébral dans cette al- 
gèbre inutile. 

La disposition typographique a quelque importance dans un index 
surchargé de signes et d'abréviations. Celle du spécimen ne permet pas 
une lecture assez rapide. Je soumets à M. Hauler l'idée des deux modi- 
fications suivantes : i° dans chaque citation de Térence, mettre en carac- 
tères gras le mot qui est le sujet de l'article (ce qui permet au lecteur 
de se faire lui-même, sans perte de temps, un classement morphologique) ; 
2° dans tout ce qui n'est pas de Térence, sans exception aucune, 
remplacer les lettres romaines par des lettres italiques ". 

Il ne me reste plus qu'à souhaiter à M. Hauler, et plus encore au pu- 
blic érudit, la prompte publication d"u nouvel index. 

Louis Havet. 



178. — l..n jeunesse de l^lécïiiei', par l'abbé A. Fabue, docteur ès-lettres , 
membre correspondant de l'Académie du Gard. Paris, Didier, 1882. 2 vol. in-8° 
de 1 11-396 et 412 p. — Prix : 12 francs. 

M. l'abbé Fabrc a publié, il y a dix ans, un volume consacré aux re- 
lations épistolaires de Fléchier avec les dames Des Houlières \ Les lec- 
teurs de ce charmant recueil exprimèrent le vœu que M. l'abbé F. n'en 
restât pas là. Je fus un de ceux qui insistèrent le plus vivement pour que 
l'habile éditeur continuât d'aussi attachantes études. Voici comment il 
nous présente (Avant-propos, p. 1) l'ouvrage qu'il nous devait : g Nous 
voudrions compléter ce que nous avons commencé autrefois; faire con- 
naître les travaux de Fléchier dans sa jeunesse, les amis qu'il a recher- 
chés, les réunions qu'il préféra, et au milieu desquelles, en quelque 
sorte, son talent se forma et prit peu à peu ces plis divers que l'élégant 
prélat garda jusqu'à la fin de sa noble carrière. 11 y a là des détails bien 
curieux, ignorés pour la plupart, à l'aide desquels on peut dessiner net- 
tement les traits de cette physionomie littéraire, l'une des plus fines, des 
plus déliées, des plus spirituelles de ce xvn e siècle, si fécond pourtant en 
excellents écrivains et en esprits originaux. » 

Comme biographie de Fléchier, le livre de M. l'abbé F. est plus exact, 



1. Pour l'art de se servir des ressources typographiques, il y a beaucoup à appren- 
dre de la Grammaire latine de MM. Guardia et Wierzeyski. On voit là comment de 
bons types de caractères gras permettent à,e. mettre autant de mots qu'on veut en 
relief sans salir l'aspect de la page.— Ceux que M. Hauler emploie pour la désignation 
des manuscrits attirent l'œil sur ce qu'il y a de moins imporlant. Ils conviendraient 
fort bien à l'apparatus d'une édition, ils conviennent mal à un index où des italiques 
ordinaires les remplaceraient avantageusement. 

2. De la correspondance de Fléchier avec M mc Des Houlières et sa fille. Didier, 
1872, 1 vol. in-8°. 



l8| RKVUE CftlTIQOR 

plus complet que tous les travaux antérieurs ', mais c'est surtout comme 
tableau du monde littéraire où vécut le futur évêque de Nîmes, que ce 
livre est particulièrement digne d'attention. On y trouve les renseigne- 
ments les plus intéressants sur tout l'entourage de Fléchier, notamment 
sur son oncle maternel Hercule Audiffret, supérieur-général de la Con- 
grégation de la doctrine chrétienne, prédicateur de quelque célébrité, sur 
son singulier professeur d'éloquence, Jean de Soudier de Richesource, 
celui que l'abbé d'Artigny appela si plaisamment un distillateur de 
galimatias ; sur le P. Senault, supérieur général de l'Oratoire, qui eut 
le futur évêque de Nîmes pour disciple avec Fromentières, le futur évê- 
que d'Aix, et Mascaron, le futur évêque d'Agen ; sur Conrart, un de ses 
meilleurs protecteurs; sur Chapelain, à qui Conrart Pavait recommandé, 
et dont il loua fort ingénieusement la Pucelle dans ses Mémoires sur 
les grands jours d'Auvergne ; sur Daniel Huet et sur le duc de Mon- 
tauzier, ses deux plus intimes amis; sur M. de Caumartin et sur la se- 
conde femme de ce magistrat (Catherine-Magdelaine de Verthamon, 
sœur de M me de Guitaut); sur Louis-Urbain de Caumartin, leur fils et 
son élève; sur ses amies qui, sans compter M me et M lle Deshoulières, sur 
lesquelles il était inutile de revenir, furent M lle de Scudéry, M lle Marie 
Dupré, appelée par Huet Virgo erudita, surnommée par tout le monde 
la Cartésienne, celle qui figure sous le nom de Diophanise dans le 
Grand Dictionnaire des Précieuses 2 , et M 1!e de La Vigne, « l'une des 
plus belles, des plus savantes et des plus spirituelles filles de l'Europe, » 
comme s'exprime Le Fort de la Morinière [Bibliothèque poétique, t. II, 
p. 414), la Nouvelle Melpomène, comme la surnommèrent ses contem- 
porains 3 . Ces deux dernières notices, qui remplissent, l'une les chapi- 

1. Ces travaux sont : la Notice de Ménard, au commencement du seul volume 
des Œuvres de Fléchier que le savant historien de Nîmes ait publié (Paris, 1743, 
in-4 ) ; le Discours sur la personne et les écrits de Fléchier, par Ducreux, en tête des 
Œuvres complètes (Nîmes, 1782, 10 vol. in-8°) ; YHistoire de Fléchier, évêque de 
Nîmes, d'après des documents originaux, par M. l'abbé A. Delacroix (Paris, i865, 
in-8°), Voir, sur ce dernier ouvrage, la Revue critique du 28 juillet 1866, pp. 57- 
61. Aux observations adressées là au biographe de Fléchier, il faut joindre les ob- 
servations que lui adresse M. l'abbé F. (t. I, pp. 1, 24, 43, 47, 57, 84, 146, i63 ; 
t. II, pp. 27, 117, 118, 277, 2q3). Constatons, pour ne prendre qu'un exemple, que 
tous les devanciers de M. l'abbé F. lui ont laissé le plaisir de découvrir, dans VHis- 
toire de la ville de Pentes par J.-J. Giberti, dont le manuscrit original est conservé à 
la Bibliothèque de Carpentras, l'indication précise du jour où Fléchier fut fait prêtre 
(26 mai 1657). 

2. Le dernier éditeur du recueil de Somaize, M. Ch. Livet, n'a pas reconnu l'amie 
de Fléchier, la correspondante de Bussy-Rabutin {Clef historique et anecdotique, t. II, 
p. 223). M. l'abbé F. n'a pu retrouver la date de la naissance et de la mort de cette 
nièce de Desmarest de Saint-Sorlin, mais aux biographes qui ont avancé qu'elle 
mourut « dans la dernière moitié du xvn e siècle, » il apprend que Fléchier lui écri- 
vait encore le 10 janvier 1707. 

3. M. l'abbé F. rectifie (t. II, p. 26) l'erreur commise par Vigneul-Marville, par 
Ch. Labitte, par la Nouvelle Biographie générale, etc., au sujet du berceau de M lle de 
la Vigne : elle naquit, en 1634, à Paris, et non à Vernon, en Normandie. Il rectifie 



OHlSTOIftS ET DK LITTBKATUftfc I 85 

très vin et ix, l'autre les chapitres x, xi et xn, sont les plus curieuses de 
tout l'ouvrage. 

Pour montrer combien la critique de M. l'abbé F. est à la fois sûre 
et fine, je reproduirai un passage où il s'élève (t. II, p. 117) contre une 
assertion que l'on retrouve partout : « On a dit que Fléchier avait été 
admis à l'hôtel de Rambouillet, et qu'il y reçut une empreinte que son 
talent conserva toujours. Sorti de l'hôtel de Rambouillet, écrit M. Ch. 
Labitte, il en a gardé les délicatesses en les épurant. Et, si nous en 
croyons le même critique, il paraîtrait que Conrart, son protecteur et 
son ami, le présenta à l'illustre marquise, et à celle qui devait être plus 
tard la duchesse de Montauzier. Depuis, on ne cesse de répéter toujours 
la même chose. Peu à peu cette opinion a prévalu, et on a fini par croire 
que Fléchier avait été parmi les habitués dessalons de la rue Saint-Tho- 
mas du Louvre '. Malgré toutes ces autorités, nous ne pouvons admet- 
tre que Fléchier ait assisté aux réunions de l'hôtel de Rambouillet. S'il 
y vint jamais, ce ne fut que fort tard, vers les dernières années de la 
vie de la marquise, à l'époque où, accablée par la vieillesse et les infir- 
mités, elle ne recevait plus chez elle que de rares visiteurs. Or, au mo- 
ment où les brillantes assemblées d'autrefois avaient cessé, alors que 
l'éloignement ou la mort avaient dispersé les amis les plus fidèles de la 
belle Arthénice, nous ne voyons pas quelle influence sérieuse le célèbre 
hôtel aurait pu exercer encore sur le talent de l'ancien doctrinaire \ » 

M. l'abbé F. ne discute ni moins finement, ni moins agréablement 
(t. Il, pp. 126- 127), -ce que l'on a raconté des visites de son héros à 
M me de Sévignéj « Sur la foi de Ménard, M. Delacroix, dans son esti- 
mable histoire de Fléchier, affirme que M me de Sévigné reçut chez elle 
l'auteur des Mémoires sur les grands jours. M me de Sévigné lui ouvrit 
aussi ses salons, nous dit-il. Il allait souvent la voir à Livry, où s'assem- 
blaient les beaux esprits du temps. Voilà un fait que nous voudrions 
bien admettre; mais est-il certain? Rien de plus charmant, sans doute, 
que de se représenter Fléchier et M me de Sévigné, deux personnes d'un 
esprit si distingué, si piquant et si fin, causant ensemble sous les om- 
brages de l'abbaye de Livry, à travers les allées de ce parc magnifique 
encore aujourd'hui, au milieu de quelques amis éclairés, venus de Pa- 
ris pour rendre visite à l'abbé de Coulanges et à son adorable nièce. 

plus loin (p. 101) une erreur des éditeurs des Lettres de M ma de Sévigné (collection 
des Grands écrivains de la France), qui ont attribué (t. III, p. 22 1) à M lle Dupré une 
épitre adressée, en 1673, à M Ue de la Vigne, par M Ue Descartes, la nièce du grand 
philosophe. M. l'abbé F. ne veut pas que l'on écrive Lavigne, mais bien La Vigne. 

i. Ch. Labitte, Revue des Deux-Mondes, 5 mars 1845; — Ménard, p. 12; — 
Ducreux, Œuvres complètes de Fléchier, vol. IV, p. xxx; — Biographie Didol, arti- 
cle : Fléchier ; — M. Ch. Livet, Dictionnaire des Précieuses, par Somaize, préface, 
p. x; — M. A. Delacroix, Histoire de Fléchier, pp. 3o et suiv. 

2. Rappelons que l'on a aussi redit souvent que Balzac fréquenta l'hôtel de Ram- 
bouillet, où pourtant il ne mit jamais les pieds, comme le prouve sa correspon- 
dance. 



I 86 KKVOK CRITIQCH 

Oui, notre imagination s'arrête volontiers devant un tableau bien fait 
pour la séduire, et il nous en coûte de rejeter une si délicieuse illusion. 
En effet, nous ne croyons pas que Fléchier ait eu des relations suivies 
avec M me de Sévigné, car nous n'avons trouvé aucun témoignage sé- 
rieux à ce sujet. Ce qui confirme encore nos doutes, c'est que, parmi les 
lettres de Fléchier, il n'y en a pas une seule adressée à M llie de Sévigné. 
D'autre part, si Fléchier a été admis, à Paris, chez M me de Sévigné, s'il 
est allé souvent la voir à Livry, est-il naturel que M me de Sévigné ne 
fasse jamais mention de ces visites à sa fille, à Bussy-Rabutin, ou à tout 
autre de ses correspondants ?. . . » 

Les Grands jours d'Auvergne ont fourni à M. l'abbé F. le sujet de 
trois chapitres qu'on lit avec grand plaisir, même après avoir lu Y Intro- 
duction de Sainte-Beuve aux Mémoires de Fléchier, introduction qui 
est un des plus savoureux de tous les morceaux que l'on doit à l'admi- 
rable critique '. Dans les deux derniers chapitres de l'ouvrage, le nou- 
veau biographe a jugé en Fléchier le poète français avec autant de sens 
et de goût qu'il avait précédemment jugé en lui le poète latin 2 . 

La Jeunesse de Fléchier est accompagnée d'un grand nombre de 
Pièces justificatives et de documents inédits 3 '. En voici l'énuméra- 
tion : Fléchier et sa famille; Deux lettres de l'homme d'affaires de 
la famille de Fléchier-, Extraits d'un passage des discours académi- 
ques et oratoires de Richesource ; Lettres inédites de Fléchier ; Let- 
tre de Chapelain à Fléchier ; Lettre du P. de la Rue à Huet ; Let- 
tre de Conrart au même ; Lettre de M me Dacier au même ; Lettres 
de Ménage au même ; Lettres de Montau\ier au mên^e ; Remarques 
sur le Térence, l'Horace et le Virgile de la collection ad usum 
Delphini ; Note sur M. de Brieux ; fragment de Y Auberge ou les bri- 
gands sans le savoir, comédie-vaudeville, par MM. Scribe et Delestre- 
Poirson 4 ; Note sur M^ Dupré ; Lettres de M me de la Fayette à 

i. M. l'abbé F. rend ainsi hommage (t. I, p. io5) à l'éclatant mérite de l'étude 
de Sainte-Beuve sur Fléchier avant l'épiscopat : « 11 était difficile de parler de l'évê- 
que de Nîmes avec plus de tact, de finesse et de mesure, que ne l'a fait le remarqua- 
ble auteur des Causeries du Lundi. » 

2. L'auteur avait spécialement traité ce dernier sujet dans sa thèse pour le docto- 
rat ès-lettres : Delatinis Flecherii carminibus (Paris, Didier, 1872). 

3. Il y a quelques autres documents dans le corps même de l'ouvrage, notamment 
des lettres d'Audiffret et de Godcau, tirées des papiers de Conrart (t. I, pp. 78-83;, des 
lettres de Montauzier, tirées des papiers de Huet (t. I, pp. 179-184). M. l'abbé F. a eu 
soin de déclarer qu'il n'entend pas garantir la virginité de toutes les pièces qu'il 
reproduit. Rien n'est plus sage qu'une telle précaution, car c'est surtout en fait de 
documents du xvir 3 siècle que l'on peut répéter le mot de La Bruyère, si modeste- 
ment cité par l'auteur (t. I, p. 1 10) : « Le plus beau et le meilleur est enlevé. » Les 
plus expérimentés s'y trompent et M. l'abbé F. a, par exemple, pu constater (t. I, 
p. 242) qu'une lettre de Fléchier à M lle de Scudéry, du 26 décembre 1 685 ou 16S6. 
a été citée à tort par feu Rathery comme inédite : elle avait été déjà publiée par Du- 
creux (t. X, p. 358). 

4. Il n'était peut-être pas indispensable de consacrer pages à cette citation. On 
trouverait encore quelques hors-d'œuvre dans le livre, comme là où l'auteur (t. I, 



O H.fSTOlKK ICI UK UTTKRATURK 1 87 

Huet ; Vers inédits de Fléchier ; Note sur la maison de Fléchier à 
Pernes ; Notes sur la famille de Caumartin ; Le Conseil d'Etat dans 
l'ancienne monarchie ; Notes sur deux vers de Boileau ; Note sur le 
Parlement de Paris; Notes sur MM. des Grands Jours ; Lettre de 
Fléchier à M. de B avilie. 

Soit par l'intérêt du récit, soit par la richesse des documents, les deux 
volumes de M. l'abbé Fabre méritent l'honneur d'être rapprochés des 
deux volumes de Victor Cousin sur la société française au xvn e siècle *-. 
Espérons que l'excellent critique nous donnera prochainement ce tra- 
vail sur Fléchier orateur qu'il nous promet dans son Avant-Propos et 
qui achèvera de nous faire connaître l'homme dont le talent fut assez 
grand pour que Fénelon, en apprenant sa mort, pût s'écrier : « Nous 
avons perdu notre maître! 2 » 

T. de L. 



p. 139) s'étend, à propos de la liaison du doux Fléchier avec Huet, le roi des opiniâ- 
tres, sur l'amitié de Brutus et de Cicéron. 

1. Le brillant écrivain n'aurait pas désavoué certaines pages de la Jeunesse de Flé- 
chier, surtout les pages vraiment éloquentes où M. l'abbé F. repousse les attaques 
dirigées contre le siècle de Louis XIV (pp. 332-335). 

2. Les taches sont rares dans le livre de M. l'abbé Fabre. Je voudrais effacer l'il- 
logique expression dans un but qui reparaît souvent et qui brille pour la première 
fois au bas de la page 12 (note 2) : « Dans un voyage que nous avons fait dans ce 
but à Narbonne... » Parmi les autres petites négligences, citons une malencontreuse 
répétition (p. 134) : « Nous croyons volontiers qu'avec le temps il s'établit, entre l'aca- 
démicien vieillissant [Chapelain] et l'auteur des Grands jours, une intimité véritable, 
qui paraît, d'ailleurs, assez bien établie. » Il y aurait une faute plus grave à relever 
(t. II, p. 356, note 2), si le : nous nous en rappelons bien, n'était pas une évidente 
faute d'impression. — Quand M. l'abbé F. dit (t. I, p. 2 3) que le véritable nom de 
Richesource était « J. Soudier Escuyer », il a l'air de croire que le mot Escuyer fai- 
sait partie du nom de l'homme au galimatias. Escuyer est le titre que prenait le 
marchand de leçons d'éloquence sur lequel je citerai une récente publication de 
M. Revillout, professeur à la Faculté des lettres de Montpellier, Un maître de con- 
férences au milieu du xvn e siècle. Jean de Soudier de Richesource (Montpellier, 1881, 
in-4 de 100 pages, publication à laquelle notre savant collaborateur M. Defrémery, 
en la présentant à l'Académie des Inscriptions (séance du 16 décembre 1881), a donné 
cet éloge: « Une des monographies les plus complètes, les plus piquantes et les plus 
exactes publiées depuis longtemps sur l'histoire littéraire du xvu e siècle. » — Il est 
incontestable queConrart ne savait ni le latin ni le grec. Ce n'est donc pas l'occa- 
sion de dire, comme le fait M. l'abbé F. (p. m) : « Nous voilà dans une grande per- 
plexité. » Aux preuves déjà données ici (Compte-rendu de l'ouvrage de MM. Ed. de 
Barthélémy et R. Kerviler, n° du 4 avril 188 1, p. 269), j'ajouterai cette cita- 
tion tirée par M. l'abbé F. des Mémoires de Huet: « Je fis en outre la connaissance 
de Valentin Conrart, « rare et singulier exemple d'une réputation littéraire acquise 
sans la moindre teinture de l'antiquité. » — Je crois pouvoir répondre à une question 
de M. l'abbé F. (p. i36) : oui, le manuscrit des douze derniers chants de la Pucelle 
conservé à la Bibliothèque nationale (F. F. n° i5oo2) est bien l'exemplaire qui, des 
mains de Fléchier, passa dans celles de Huet. — Je crois pouvoir aussi répondre à 
une autre question qu'il pose au sujet de M. Graindorge, nommé dans une lettre de 
Fléchier (p. 144) : Ce personnage est sans aucun doute André Graindorge, docteur 
en médecine, mort le i3 janvier 1676, l'auteur du Traité de l'origine des macreuses 



I 88 RRVtrtt CRITIQUE 

i^q. — Une famille de finance au X.V5II' siècle. Mémoires, correspondance 
et papiers de famille, réunis et mis en ordre par M. A. Delahante. Deuxième 
édition. Paris, Hetzel, 1881. 2 vol. in-8°. 

M. Delahante, en écrivant ce livre, travaillait seulement pour quel- 
ques parents et amis; plus tard il s'est décidé à publier à grand nombre 
l'ouvrage d'abord imprimé à peu d'exemplaires et on doit le féliciter 
sincèrement de cette résolution. Ce n'est pas que son œuvre soit irré- 
prochable ; loin de là. On y trouve beaucoup de longueurs et on y re- 
grette de nombreuses et importantes lacunes. M. D., en rééditant son 
premier travail, aurait pu supprimer avec avantage de longs passages, 
qui n'ont aucun intérêt pour les personnes étrangères à sa famille et au- 
rait facilement réduit en un seul ces deux gros volumes; son livre y 
aurait beaucoup gagné. En outre, M. D., comme la plupart des gens 
du monde, qui sur le tard se font historiens, n'est pas au courant de la 
science; il découvre longuement des choses connues depuis longtemps 
et il passe rapidement sur des faits qu'on serait curieux de connaître; 
en revanche, il n'omet rien de ce qu'il peut trouver sur ses ancêtres, 
quand bien même cela ne serait pas intéressant. Mais le sentiment, qui 
a mis la plume à la main de M. D., est trop respectable pour que nous 
insistions plus qu'il ne convient sur ses défauts de méthode, et que 
nous lui reprochions plus longtemps de s'être un peu trop attardé en 
chemin. D'ailleurs il est toujours important pour les historiens et pour 
les économistes de pouvoir suivre les progrès d'une famille considéra- 

et de divers autres ouvrages mentionnés dans les Mémoires de Huet et dans les Let- 
tres de Chapelain. — Une note bien sèche sur les frères de Boileau (pp. 187-188) 
aurait pu, du moins, renvoyer le lecteur à une étude très substantielle et très spiri- 
tuelle de M. Gaston Bizos, professeur de littérature française à la Faculté d'Aix : Les 
frères de Boileau-Despréaux (Aix, 1880, grand in-8° de 123 pages). — M. l'abbé F. 
se trompe en annonçant que le second volume des Lettres de Chapelain nous don- 
nera les lettres écrites de 1640 à 1674, époque de la mort de l'auteur. Il oublie que 
le recueil manuscrit légué par Sainte-Beuve à la Bibliothèque nationale est incomplet 
et que nous n'avons pas les lettres comprises entre 1640 et i65g. — Parlant des Let- 
tres de Montauzier à Huet, il en loue le ton poli, spirituel et enjoué, ajoutant : « le 
Misanthrope avait parfois de très agréables sourires.» Je ne pense pas que l'on puisse 
identifier Montauzier avec l'austère héros de Molière. — Enfin (p. 207), M. l'abbé F. 
nous montre Montauzier épousant Julie-Lucine d'Angennes le 16 juillet 164b. J'en 
appelle sur ce point de M. l'abbé F. à M. l'abbé F. lui-même qui, quelques pages 
avant, avait ainsi donné la véritable date (p. 191) : « On sait avec quelle constance 
Montausier aima M lle de Rambouillet. Venu à l'hôtel de Rambouillet vers i63i, il 
aima dès cette époque la fille de la célèbre marquise, et, toutefois, le mariage n'eut 
lieu que quatorze ans après, le i3 juillet 1645. Cette date est indiquée par M. Cousin 
(la Société française, vol. II, p. 4b; par M. Amédée Roux, p. 61). Ducreux, dans sa 
notice sur M me de Montausier et dans celle de M. de Montausier, fixe à tort le 16 juil- 
let {Œuvres complètes de Fléchier, vol. IV). Née en 1607, M Uo de Rambouillet avait 
38 ans, quand elle se maria; de son côté, Montausier en avait 35 : il était né en 
1610. Tallemant a donc raison de le dire : C'a été un mourant d'une constance qui 
a duré plus de i3 ans. Ce fut là une longue et rare fidélité, qui méritait bien d'ê- 
tre récompensée. » Cette dernière réflexion n'est-elle pas digne de l'abbé Fléchier ' 



D'HISTOIRE KT DR LITTERATURE 1 89 

ble à travers plusieurs générations, et les travaux de ce genre sont en- 
core trop rares pour que la critique ne tienne pas le plus grand compte 
de leurs efforts aux hommes qui s'imposent la besogne souvent aride 
de mettre en œuvre à l'usage du public leurs papiers de famille. 

Le véritable fondateur de la famille Delahante fut un modeste pra- 
ticien, qui vint fixer sa résidence à Crespy-en-Valois au commencement 
du xvme siècle. Fils d'un pauvre chirurgien de campagne, chargé de 
famille, il n'avait aucune fortune pour l'aider à ses débuts dans la vie, 
mais à force d'énergie et de travail, il parvint à se faire une bonne posi- 
tion. Notaire à Crespy en 1700, ensuite procureur au présidial, il était 
chargé de rendre la justice dans plusieurs seigneuries établies près de cette 
ville, et il fut en outre, pendant de longues années, directeur des fermes 
de l'apanage du duc d'Orléans pour le département du Valois. 

Ce cumul, dont M. D. s'étonne fort, n'était pas extraordinaire; tout 
au contraire, c'était la règle. Les gens de loi étaient fort nombreux dans 
les petites villes; mais les charges de judicature étaient encore beaucoup 
plus nombreuses. Par contre, elles ne rapportaient à leurs détenteurs que 
de maigres profits, du moins légalement, et pour vivre les malheureux 
praticiens se disputaient les procès et les justices; procureurs ou avocats 
à la ville, ils étaient juges dans un village et greffiers dans l'autre et 
malgré tout ils étaient, en général, fort besoigneux. On connaît les plain- 
tes qu'excitaient de tous côtés les juges de village et l'usage que la co- 
médie a fait de ce type; il faut convenir que la réputation détestable de 
ces officiers était souvent plus que justifiée. Tel n'était pas le cas du 
juge Delahante ; il était regardé par tout le monde comme un homme un 
peu rude et dur, mais fort honnête et, en mourant, il laissa à chacun de 
ses entants une modeste aisance. Un de ses fils entra dans les bureaux 
des Fermes-Générales ; l'aîné suivit la carrière paternelle ; gruyer et en- 
suite maître des eaux et forêts de Valois, il mourut très jeune, laissant 
un fils, qui fut adopté par son oncle paternel et devint son adjoint à la 
Ferme-Générale. 

La vie du fermier général Jacques Delahante et celle de son adjoint et 
neveu Etienne-Marie, tous deux parvenus à cette haute fonction après 
avoir été petits employés et après avoir franchi tous les degrés de l'échelle 
administrative tient la plus grande place dans l'histoire de leur famille 
et est de beaucoup la partie la plus curieuse de cet intéressant ouvrage. 
Cependant il ne faudrait pas y chercher une étude complète et exacte 
sur les Fermes-Générales au xvm e siècle: ainsi on n'y trouve rien sur 
les aides et sur le domaine; les renseignements sur le mécanisme de la 
perception des autres impôts indirects sont rares et tout à fait insuffi- 
sants et le tableau de l'administration des Fermes, tel que le trace M. D., 
est peu exact et très incomplet. Cependant le livre de M. D. est, par cer- 
tains côtés, supérieur au travail de Pierre Clément sur les derniers fer- 
miers générauxet est le meilleur ouvrage que nous ayons surcetteinstitu- 
tion. Mais le défaut le plus grave qu'on puisse lui reprocher, c'est d'avoir 



190 RKVUE CRITIQUE 

tenté une réhabilitation des fermiers généraux et de leur administration 
sans l'avoir appuyée sur des arguments sérieux et sur des faits nom- 
breux et précis. Parce que les fermiers généraux Jacques et Etienne De- 
lahante étaient des hommes fort compétents, arrivés à cette haute situa- 
tion par leur mérite et par leur travail, cela ne prouve nullement que la 
plupart de leurs collègues fussent dans le même cas. Encore aujourd'hui 
les grandes compagnies financières, que M. D. se plaît à comparer aux 
Fermes-Générales, choisissent parfois pour administrateurs des hommes 
peu riches, mais rompus aux affaires çt capables de faire aller la ma- 
chine, qui sans eux craquerait de tous côtés. Pour justifier son opinion, 
M. D. aurait dû nous montrer que la plupart des fermiers généraux 
étaient des hommes instruits de leurs métier et soucieux de leurs de- 
voirs. Afin de détruire la détestable réputation, qu'ils ont justement 
laissée, il aurait dû réfuter la mauvaise opinion que Turgot manifeste 
sur ces financiers dans sa lettre au roi à propos du bail de Laurent Da- 
vid. M. D. ne démontre pas plus clairement que la Ferme ne commet- 
tait pas, dans sa perception de l'impôt, les abus aussi nombreux que 
scandaleux, que les publicistes du siècle dernier et surtout les cours des 
aides, bien placées pour en juger, lui reprochaient si vivement; tout le 
monde connaît les célèbres remontrances rédigées par Malesherbes sur 
ce sujet de 1756 a 1770 et publiées en un volume in-4 en 1779. P arce 
que M . Delahante neveu réussit à augmenter le produit de la gabelle dans 
certaines provinces, par une meilleure organisation du service chargé 
de réprimer la fraude, cela n'est pas, comme le croit M. D. (II, 
pp. 99-102), une preuve péremptoire de l'indulgente administration des 
Fermes et cela ne suffit pas pour établir que les impôts indirects étaient 
perçus conformément aux lois et aux règlements sur la matière et sur- 
tout suivant les règles de l'équité et de la justice. 

Quoiqu'il en soit, le livre de M. D. rendra de grands services à tous 
ceux qui s'occupent de l'histoire de nos institutions financières; ils y 
trouveront des renseignements curieux sur l'impôt du tabac et, en parti- 
culier, sur la célèbre question du tabac râpé, dont M. Delahante aîné s'oc- 
cupa avec tant d'ardeur et de persévérance pendant tout le temps qu'il 
passa dans les conseils des Fermes-Générales. Enfin, malgré ses lacunes 
et ses longueurs, le livre est intéressant et se lit toujours avec plaisir. 
C'est plus qu'il n'en faut, et il serait fort à désirer que tous ceux qui 
ont entre les mains de curieux papiers de famille suivissent l'exemple 
d'intelligente piété filiale, donné par M. A. Delahante, et fissent profiter 
de leurs documents le public et les historiens. 

Jules Flammermont. 



d'histoire et de littérature 191 

180. — Leasings EmUIn Galotti, nebst einem Anhange : die dreiactige Bear- 
beitung, von Richard Maria Werner. Berlin, Hertz, in-8°, yb p. 

On ne pourra désormais parler de l'Emilie Galotti de Lessing, sans 
avoir lu l'opuscule de M. R. M. Werner. L'auteur analyse successive- 
ment avec une très grande finesse, parfois un peu subtilement, les per- 
sonnages d'Odoardo, d'Emilie, du prince, de Marinelli, etc. ; un chapitre 
spécial, intitulé Virginie, étudie minutieusement la grande scène en- 
tre le père et la fille. M. W. conclut qu'Emilie Galotti est presque 
sans défaut; il y a toutefois un défaut qu'il ne reconnaît pas assez et 
qu'un juge excellent, M. Bossert, a déjà remarqué; c'est la trop grande 
rapidité de l'action ; « elle est si rapide qu'elle laisse à peine au dialogue 
l'espace nécessaire pour se développer. Des scènes entières sont réduites 
à quelques lignes; et, si la pièce a un défaut qui lui nuise réellement, 
c'est son extrême concision ■ ». A cette suite d'analyses et d'ingénieuses 
considérations, M. W. ajoute, en appendice, un essai de « reconstruc- 
tion » de la première version ^Emilie Galotti; la pièce était originai- 
rement en trois actes; M. W. s'efforce de la rétablir et de la reconsti- 
tuer dans sa forme primitive; il a déployé dans cette tâche délicate 
beaucoup de sagacité; on remarquera surtout avec quelle habileté il a 
su retrouver la méthode même de Lessing, en s'aidant de la première 
esquisse de Nathan le Sage. Ce petit livre soulèvera certainement en 
Allemagne, parmi les acteurs et amateurs de théâtre, de vives discus- 
sions; tout le monde n'acceptera pas l'opinion de M. Werner sur le 
caractère de Hector de Gonzague, sur sa « démoniaque amabilité », sur 
sa « virilité imposante », etc.; mais, par cela même que l'opuscule est 
anregend et fait naître une controverse utile, il se recommande déjà à 
notre attention. • C. 



i8i, — Faust von Gœtlie. Mit Einleitung und fortlaufen der Erklaerung hrgg. 
von K. J. Schroer. Zweiter Theil. Heilbronn, Vcrlag von Gebr. Henninger. 1S81, 
in-12, ci, 441 pp. 

Dans sa préface M. K. J. Schroer parle des éloges que l'édition du 
« premier Faust » lui a valus, de la part des juges les plus compétents, 
comme Loeper, Bartsch, Fr. Th. Vischer. La publication de la seconde 
partie du chef-d'œuvre de Gœthe ne lui en méritera pas de moindres; il 
était difficile, en effet, d'aborder cette entreprise ardue après une prépara- 
tion plus complète ou avec une connaissance plus approfondie du sujet : 
intelligence et critique du texte, recherche minutieuse de la formation 
lente et tardive de cette œuvre si merveilleusement étrange, tout se réu- 
nit pour faire de l'édition du « second Faust » un modèle de ce que 
doit être la publication d'un texte moderne. 

1. Bossert. Gœthe, ses précurseurs et ses contemporains, p. 79 ; 2 e édition, Hachette. 



1U2 KKVCJE CRITIQUE 

Après un avant-propos où il relève un grand nombre de formes vi- 
cieuses, qui se sont glissées dans le texte de la seconde partie du Faust, 
M. K. J; S, retrace la genèse de cette dernière production de Gœthe et en 
suit avec un soin scrupuleux les phases diverses; puis, commentant scène 
par scène les cinq actes du drame, il nous montre à quelle occasion ou 
dans quelle circonstance chacune d'elles a été composée; je ne connais 
rien de plus instructif, de plus propre à donner une intelligence vérita- 
ble de l'œuvre du grand poète que cette étude simple et lumineuse; 
M. K. J. S. a rompu avec cette exégèse fantaisiste, qui, faisant violence 
au texte, voulait trouver dans le Faust un système philosophique tout 
fait; pour lui sans doute le héros de Gœthe est bien le représentant de 
l'homme moderne dans ses aspirations incessantes vers l'idéal, mais 
c'est aussi avant tout un fils de la nature, et si le symbole se mêle à son 
histoire, M. K. J. S. n'oublie pas que cette histoire, dans ses traits es- 
sentiels, a été d'abord fournie au poète par la légende du xvi c siècle; 
Gœthe l'a transformée, il est vrai, mais le plus souvent, M. K. J. S. le 
rappelle fort à propos, en y mêlant des épisodes empruntés à des poètes 
modernes, en particulier à Hans Sachs. C'est le mérite du savant 
éditeur d'avoir mis en évidence, mieux qu'on ne l'avait encore fait, 
tout ce que Gœthe doit à ce dernier; ainsi la scène de Méphistophélès à 
la cour de l'empereur, l'évocation d'Hélène, inconnue à l'ancienne lé- 
gende de Faust, sont tirées du poète nurembergeois. On voit par là 
combien les conceptions, les plus singulières en apparence, du drame de 
Gœthe s'expliquent sans peine, grâce au commentaire historique de 
M. K. J. Schrôer. Je me bornerai à en donaer encore un exemple. On sait 
combien est peu satisfaisant ce qu'on a dit de la nature des Mères que 
Faust va consulter au premier acte; pour M. K. J.S.,.ce nom mysté- 
rieux n'est autre que celui des déesses honorées à Engyion, au rap- 
port de Plutarque, nom dont Gœthe s'est emparé pour en faire celui des 
divinités qui révèlent à son héros le moyen d'évoquer de l'autre monde 
Paris et Hélène. 

C'est seulement après ce commentaire général de plus de cent pages 
que M. K. J. S. donne le texte du Faust; établi avec la critique la plus 
sévère, il est accompagné de notes substantielles qui éclaircissent chaque 
difficulté, chaque allusion obscure; — et l'on sait si l'œuvre de Gœthe en 
renferme, — chaque forme incertaine; M. K. J. S. y a fait preuve d'une 
érudition aussi étendue que sûre, en même temps qu'il y a mis toute sa 
connaissance intime de son poète favori; je doute aussi qu'on puisse 
ajouter beaucoup après lui à l'intelligence du second Faust. Une table 
alphabétique très complète permet de se reporter sans peine aux divers 
passages commentés ou étudiés de l'œuvre de Gœthe. Enfin, M. K. J. 
Schrôer a donné en appendice, ce qui n'est pas une des parties les moins 
précieuses ou utiles de son livre, une longue liste de lectures erronées, 
de fautes d'impression ou de leçons nouvelles du premier Faust; il ne 
pouvait plus dignement compléter son œuvre, et c'est là un nouveau 



d'histoire et de littérature 193 

titre de recommandation pour son édition du drame de Gœthe, auquel 
son nom restera désormais attaché, comme celui de tout éditeur con- 
sciencieux à l'ouvrage qu'il publie. 

J. 



CHRONIQUE 



FRANCE. — Le II e volume de l'Empire des tsars et des Russes, de M. Anatole 
Leroy-Beaulieu, doit prochainement paraître à la librairie Hachette. 

— La Nouvelle Revue a publié, dans sa livraison du i or août, quelques chapitres 
des Mémoires du baron de Vitrolles qui paraîtront bientôt chez Charpentier, — s'ils 
ne paraissent au moment où nous publions ces lignes. Ces mémoires seront utiles à 
l'historien de la Restauration, et l'on trouve dans les pages que donne la Nouvelle 
Revue d'intéressantes observations et de curieux détails sur Stadion, Metternich, etc. 

— Nous avons annoncé un volume de la Petite Bibliothèque messine, publié par 
M. E. de Bouteiller et intitulé Eloge de Met%, par Sigebert de Gembloux, poème 
latin traduit et annoté, suivi de quelques autres pièces sur le même sujet (Dumoulin. 
In-12% 148 pp. 5 fr. Tiré à 245 exempl.) Ce charmant volume, précédé d'une in- 
troduction et accompagné de notes instructives, renferme, outre l'Eloge de Metz 
(placé comme annexe à la suite de la Vie en vers de Thierry I, quoiqu'il ne semble 
pas en avoir fait primitivement partie), l'épitre à Villicus où Fortunat a chanté l'an- 
tique Divodurum et ses beaux environs, le poème latin du bénédictin don Bermudez 
Pierron, Templum Metensibus sacrum, et des vers français de Paul Ferry à 1' « illus- 
tre cité, sa douce patrie ». 

— Le tome VII de la Bibliothèque oratorienne publiée par le P. Ingold renferme 
un ouvrage inédit du P. Ch. de Condren, les Considérations sur les mystères de 
Jésus-Christ, selon que V Eglise les propose pendant le cours de Vannée. (Poussiel- 
gue. In-î8°, xxv-225 pp.), d'après un manuscrit de la bibliothèque Mazarine; on y 
trouve, dit l'introduction, cette profonde et sublime spiritualité qui a fait du P. de 
Condren l'une des plus grandes lumières de France, lumière à ce point éblouissante 
que sainte Chantai disait qu'il lui semblait que Dieu l'avait rendu capable d'instruire 
les anges. Le volume renferme, en outre, quelques fragments de l'Oraison funèbre 
du P. de Condren, prononcée par l'évêque de Saint-Brieuc, Etienne de Virazel, et 
quelques lettres inédites de ce second général de l'Oratoire. 

— M. le chanoine Callen, professeur à la Faculté de théologie de Bordeaux, en- 
treprend de donner, en deux volumes (Bordeaux, Feret) une nouvelle édition de 
l'ouvrage publié en 1668 par Lopès, chanoine et théologal de Saint-André, et inti- 
tulé L Eglise métropolitaine et primatiale de S, André de Bordeaux où il est traité 
de la noblesse, droits, honneurs et prééminences de cette Eglise, avec V histoire de ses 
archevêques et le pouillé des bénéfices du diocèse. Cet ouvrage, le plus important 
qui ait paru sur l'histoire ecclésiastique de Bordeaux, est divisé en trois parties, 
l'Eglise, les Archevêques, le Chapitre; il décrit la cathédrale, ses reliques,les 
œuvres d'art qu'elle contenait au temps de Lopès ; il renferme de courtes notices sur 
les archevêques jusqu'à Henri de Béthune, et les plus complètes informations sur la 
vie et les usages du chapitre; enfin, il donne une foule de pièces justificatives, bul- 
les, lettres patentes, arrêts du parlement, etc. La nouvelle édition de l'ouvrage de 
Lopès comprendra, outre des gravures, des fac-similés et une carte de l'ancien 



IQ4 KKVCE CRITIQUA 

diocèse de Bordeaux, une introduction sur la vie et l'œuvre du savant chanoine, des 
notes en grand nombre, et un supplément ou plutôt une continuation du livre à 
laquelle collaboreront plusieurs érudits, grands connaisseurs des archives de Bor- 
deaux et de la Gironde. 

— M. G. Hérelle a publié, il y a quelque temps, la Correspondance inédite 
(in-8°, 52 p.), d'un des plus ardents jansénistes, Dom Thierry de Viaixnes; agent dé- 
voué de son parti, dit M. H., fort bien renseigné sur les faits et gestes du clergé 
contemporain, en relations suivies et journalières avec plusieurs évêques, ami intime 
du célèbre auteur des Réflexions morales, homme de science et d'action tout à la 
fois, dom Thierry de Viaixnes parut à ses adversaires assez redoutable pour mériter 
leurs persécutions, fut emprisonné plusieurs fois et mourut en exil. La correspon- 
dance publiée par M. Hérelle comprend seize lettres adressées à l'abbé Longer de 
Saint Jean (1717-1721) et précédées d'un mémoire de dom Thierry au lieutenant du 
Roy de Vincennes. Il est surtout question dans ces lettres du P. Quesnel; Dom 
Thierry attaque les jésuites avec violence; « il faut, dit-il, accuser Molina, Suarez 
et leurs disciples de pélagianisme, et même de pire que pélagianisme pour les prin- 
cipes de morale; il faut convaincre les jésuites dans cette dénonciation, de corrompre 
toute la morale de l'Evangile, et de renverser les parties les plus essentielles de la 
discipline ». 

— Philomneste Junior, le fécond bibliographe, a publié récemment la Bibliomanie 
en 1881, bibliographie rétrospective des adjudications les plus remarquables faites 
cette année, et de la valeur primitive de ces ouvrages (Bruxelles, Gay et Douce. In-12 , 
6g p , 5 fr.). L'auteur s'occupe des ventes du marquis de Ganay, de M. Ambroise 
Firmin-Didot, de M. Collin, de M. Renard, du duc de Sunderland. 11 remarque que 
les livres qui ont atteint, dans ces ventes, les prix les plus élevés, sont les éditions 
originales de nos classiques, surtout de Corneille et de Molière, les livres illustrés par 
les artistes du siècle dernier, Eisen, Marillier, Moreau, etc., les reliures exécutées au 
xvin e siècle par Boyet, Padeloup et Derome, les volumes portant les insignes de 
quelques bibliophiles éminents, comme Longepierre et le comte d'Hoym. Il cite, 
parmi les volumes vendus à très haut prix, une Bible reliée par Le Gascon, un opus- 
cule de Dorât, les Rimes de Pernette du Guillet qui ont dépassé 5,ooo francs, le 
Dialogue des créatures de Colard Mansion, qui monta à i2,5oo francs, le Chevalier 
délibéré d'Olivier de la Marche (16,000 fr.), les Grandes chroniques des gestes des 
ducs et princes de Savoye, de Symphorien Champier (24,000 fr.). Il serait injuste 
d'oublier les notes, pleines d'intérêt et de savoir, du 'bibliographe; il nous promet, 
pour l'année prochaine, un volume du même genre : La BibUomanie en 1882. 

— L'éditeur Maurice Tardieu prépare la publication d'un Dictionnaire des ouvrages 
anonymes et pseudonymes publiés par des religieux de la Compagnie de Jésus, par 
le P. Carlos Sommervogel, Strasbourgeois; ce « Dictionnaire » sera un supplément 
de la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus. (Deux vol. in-8° : 3o fr.) 

— Le 14 juillet dernier a eu lieu à Chambéry l'inauguration du buste de Pierre 
Lanfrey; il est aussi question de donner à une des places de la ville le nom de 
Lanfrey. 

— M. Victor Smith, juge honoraire au Tribunal civil de Saint-Etienne, honora- 
blement connu par d'excellents travaux, presque tous publiés dans la Romania, sur 
la poésie populaire, est décédé le 3o juillet dernier. • 

ALLEMAGNE. — L'état de santé de M. Schliemann l'a forcé à quitter la Troade 
pour se rendre à Carlsbad; il assistera peut-être au prochain congrès anthropologique 
de Francfort-sur-le-Main et y fera d'importantes communications sur ses découvertes 
les plus récentes. On sait qu'il avait recommencé ses fouilles à Troie, le 1" mars de 



D'HISTOIRIi ET DE LITTÉRATUKR 195 

cette année, avec la collaboration de deux architectes allemands et i5o ouvriers. La 
couche énorme de décombres qu'il avait regardée, avec Burnouf et Virchow, comme 
appartenante une seule ville, contient, selon lui, les strata de deux villes différentes 
qui ont toutes deux été détruites par une catastrophe; les « squelettes » des maisons 
de la ville supérieure sont « lilliputiens » en comparaison de ceux de la ville infé- 
rieure; la ville supérieure ne s'étendait pas en dehors de la colline d'Hissarlik et ne 
l'occupait pas même entièrement, la ville inférieure n'avait sur la colline d'Hissarlik 
que son Acropole, et s'étendait sur le haut plateau au sud et à l'est. Les trois mon- 
ticules de briques, dans lesquels Burnouf croit reconnaître les restes du mur d'en- 
ceinte de la troisième ville, sont, d'après M. Schliemann, les ruines de deux bâtiments 
parallèles l'un à l'autre, et qui étaient probablement des temples, mais appartenant 
à deux époques différentes. M. Schliemann a trouvé dans ces bâtiments des clous de 
bronze, des fusaioles ornementées qu'il regarde comme des offrandes à Pallas Athéné, 
des idoles en marbre où l'on voit une tête de chouette gravée ou faiblement indiquée 
en noir, des frondes en hématite, des broches de bronze. M. Schliemann a découvert 
une grande partie de l'Acropole; tout lui prouve l'existence de la seconde ville basse 
(la première ville brûlée) à laquelle Hissarlik ne servait que de T£u,svoç *, toutefois, 
il n'a pas réussi à trouver des ruines de cette ville basse, et il est porté à croire 
qu'elles ont disparu. Il a fouillé le théâtre ide l'époque romaine) assez vaste pour 
contenir vingt mille spectateurs ; il y a trouvé les bâtisses de la scène, un grand four 
à chaux et des fragments de statues en très grand nombre. Tout le reste de l'Acro- 
pole est couvert de fondations d'édifices helléniques ou romains; mais M. Schlie- 
mann fait disparaître une grande partie de ces fondations en mettant à jour la Per- 
game de la seconde ville (la première ville brûlée) dans toute son étendue, avec son 
mur d'enceinte entier. « En voyant ce mur, écrit M. Schliemann, mur colossal dont 
les substructions n'ont pas moins de 8 mètres de haut, vous croirez facilement qu'il 
a été considéré à l'époque troyenne comme une grande merveille, telle qu'on a pu 
attribuer sa construction à Poséidon et à Apollon. » M. Schliemann- a exploré les 
tombeaux héroïques que la tradition regarde comme les tombeaux d'Achille et de 
Patrocle; il a trouvé des poteries archaïques helléniques remontant au-delà du 
ix 8 siècle avant J.-C. Il y a de même exploré, mais seulement à moitié, le vaste tu- 
mulus attribué à Protesilas (i25 m. de diamètre) et y a trouvé des tessons de poterie 
préhistorique, la plus ancienne qu'il ait jamais trouvée à Hissarlik, ainsi que des 
armes et des ustensiles en pierre; ces fouilles ont été malheureusement interrompues 
''par ordre du ministère de lajguerre de Turquie. « Le peu d'or découvert jusqu'à pré- 
sent, dit encore M. Schliemann, a été trouvé dans le plus grand temple de la deuxième 
ville, qui semble être, à tous égards, identique à la description qu'Homère nous fait 
de la Troie de Priam avec sa ville basse et sa Pergame ■ ». 

— M. Wendelin Fœrster vient de publier, à la librairie Henninger, de Heilbronn, 
le premier volume des Tragédies de Robert Garnier. (In-8°, xvm et 21 3 p. 3 mark 
60). Ce volume comprend les tragédies suivantes: Porcie (pp. 13-78); Cornêlie 
(pp. 79-146); Marc-Antoine (pp. 147-213) ; le texte de Garnier est reproduit d'après 
la première édition des œuvres complètes (Paris, 1 585)) ; mais l'éditeur a soin de 
donner les variantes de toutes les éditions précédentes. Le premier volume, que nous 
annonçons, renferme, outre les trois tragédies, une « introduction générale », une 
notice bibliographique, et la dédicace, en vers et en prose, au roi de France et de 
Pologne. Le deuxième volume renfermera Hippolyte et La Troade ; le troisième, 

1. Nous tirons ces renseignements d'une lettre de M. Schliemann au Secrétaire perpétuel de l'Aca- 
démie royale de Belgique; cette lettre est datée de Troie, 23 mai. 



I96 RKVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

Antigone et Les Juives ; le quatrième, Bradamante, avec une courte notice littéraire, 
historique et biographique, et un glossaire des mots qui manquent dans le dic- 
tionnaire de Sachs. 

— Le même érudit publie en même temps le V e volume de sa « Altfranzœsische 
Bibliothek» (Lyoner Y^opet, altfranzœsische Ueberset^ung des XIII. Jahrhunderts 
in der Mundart der Franche-Comté, mit dem kritischen Text des lateinischen Ori- 
ginals, sog. Anonymus Neveleti : Heilbronn, Henninger. In-8°, xuv et 166 p.) Il 
doit publier aussi la Chanson de Roland d'après les mss. de Châteauroux et de Ve- 
nise VII (VU" 16 vol.) et d'après les mss. de Paris, Lyon et Cambridge (VIli e vol.). Le 
VI e volume de la collection sera formé par le roman en ancien français Octavian, que 
publiera pour la première fois, d'après le ras. d'Oxford (Bodl. Hatton, 100) M. K. 
Vollmœller. Les autres volumes en préparation sont : Thomas Becket, de Garnier 
de Pont Sainte-Maxence; Jehan de Lanson; Jaufré; une Vie poitevine de Sainte - 
Catherine (Tours); le Planctus Maviae provençal (Bartsch, Grundriss, 20, 1 1, d'après 
les quatre mss. connus); Mystère d'Adam (Tours); Roman de Cristal; Nat de 
Mons ; Roman de Hom; Orthographia gallica; Roman du Castelain de Couci. 

■■— Parmi les prochaines publications de la librairie Deichert, d'Erlangen, on nous 
signale les suivantes : de M. W. G. Wilhelm Geiger, Ostiranische Cultur im Alter- 
{hum; — de M. Gust. Landgraf, Cicerd's Rede fur Sext. Roscius aus Ameria, mit 
den Testimonia veterum und dem Scholiasta Gronovianus. V e partie; — de M. K. 
Sittl, Die localen V erschiedenheiten der lateinischen Sprache mit besonderer Be- 
rùcksichtigung des afrikanischen Lateins ; — de M. Ad. Westermaver, Der Prota- 
goras des Plato |«r Einfùhrung in das Verstœndniss der platonischen Dialoge, 
erklœrt. 

— Il a paru un Annuaire théologique, Theologischer Jahresbericht, dirigé par 
M. B. Pûnjer, avec la collaboration de MM. Bassermann, Benrath, Bœhringer, etc.; 
il est consacré aux publications théologiques de l'année 1881. (Theologischer Jahres- 
bericht, enthaltend die Literatur des Jahres 1881. Leipzig, Barth. ln-8°, v et 38g p. 
8 mark.) Les auteurs du volume se sont efforcés d'être le plus courts possible; ils 
rendent compte dans ce volume, qui ne renferme pas 400 pages, de près de mille 
volumes ou dissertations. M. Ludemann traite des ouvrages qui ont pour sujet l'his- 
toire de l'Eglise jusqu'au concile de Nicée; M. Bcchringer passe en revue les publi- 
cations qui ont trait à l'histoire de l'Eglise depuis le concile de Nicée jusqu'à la Ré- 
forme; M. Benrath analyse et critique les œuvres qui traitent de la période de l'his- 
toire religieuse comprise entre les années i5i7et 1700, etc. Nous souhaitons bon 
succès à cette entreprise, et de longues années au theologischer Jahresbericht. 

SUISSE. — Les éditeurs Orell et Fûssli, de Zurich, font paraître, par fascicules, 
un recueil de poésies dans le dialecte suisse sous le titre Schwi^erdùtsch ; le pre- 
mier fascicule est consacré au canton de Zurich (aus dem Kanton Zurich). 

— La librairie Huber, de Frauenfeld, publiera prochainement le IV* volume de la 
Bibliothek œlterer Schriftwerke der deutschen Schwei^. Ce volume est un recueil 
de chants populaires suisses (Schwei^erische Volkslieder); l'éditeur est M. L. To- 
bler. Cette publication, qui renfermera un certain nombre de chants inédits, con- 
tiendra, en outre, une introduction où M. L. Toblef traitera de l'histoire des poésies 
populaires en Suisse, de ses sources, des recueils précédents de Volkslieder ; il don- 
nera une liste chronologique complète des chants populaires historiques, etc. — 
M. Bartsch doit publier dans cette collection une édition des Minnesinger suisses. 

Le Propriétaire-Gérant : ERNEST LEROUX. 

Le Puy, imprimerie Marchessou fils, boulevard Saint-Laurent, a 3. 



REVUE CRITIQUE 
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

N° 37 - 11 Septembre — 1882 



Sommaire s 182. Baunack, Le nom de Déméter. — i83. Sophus Mûller, 
L'ornementation dans le Nord. — 184. W. Meyer, Le ludus de Antichristo et la 
poésie latine rythmique. — i85. Person, Histoire du véritable Saint- Genest de 
Rotrou. — 186. Faust, fragment, de Gœthe, p. p. Seuffert. -- Variétés : Gazier, 
L'histoire de France du P. Loriquet. — Chronique. 



182. — Grammatieches. I. Einige sprachgeschichtliche wichtige Glossen des 
Hesychius. IL Ueber den Namen Aï)U,Y)TY]p und zur Bildung der griechischen Ei- 
gennamen ûberhaupt. 8 p. in-8°. Signé : J. Baunack. Extrait du Rheinisches Mu- 
séum, 1882. 

Ce petit article, à côté de détails qui s'adressent aux seuls linguistes, 
en contient un d'un intérêt plus général, l'étymologie de A^^xvjp. Ce 
mot ne vient pas de yv) ; c'est une syncope de StjjAOpnfjr^p, la mère du 
%r t \».oq (c'est-à-dire, au sens originel, la mère de la terre, du pays). 



l83. — Dyreornamentiken I Norden, dens Oprindelse, Udvlkling og 
Forhold til samtidige Htilar<er. En archaeologisk Undersœgelse af Sophus 
Mûller, dans Aarbœger for nordisk Oldk^ndiglied og Historié, udgiv ne 
af det K. nordiske Oldskrift-Selskab. 1880. p. i85-4.o5, avec 2 pi. et 81 fig. dans 
le texte. Kjœbenhavn, Gyldendaske Boghandel. In-8°, aussi à part. 
Die Tbler-Oi'iiamentik im Norden, Ursprung, £ni\vicklnng und 
Verha?-Itniss derselben zn gleichxeitlgen Stilarten. Archaeologische 
Umersuchung von D r Sophus Mûller, aus dem dœnischen ùbersetzt von 
J. Mestorf. Hamburg. Otto Meissner. 1881, vm-191 p. in-S° avec 2 pi. et 81 fig. 
dans le texte. 

Nous ignorons si les Scandinaves des temps païens ont jamais cultivé 
l'art pour lui-même, mais nous savons par de nombreuses trouvailles et 
par des descriptions et des allusions contenues dans les sagas et les poè- 
mes des skalds que, outre leurs riches et jolies parures, ils avaient de 
beaux édifices, ce qui implique la connaissance de l'architecture, et 
qu'ils pratiquaient la peinture et la sculpture. S'ils n'ont pas eu d'artistes 
proprement dits, ils avaient certainement d'habiles ouvriers qui appli- 
quaient l'art à l'industrie, et dont les travaux décoratifs sont pour nous 
les seuls spécimens de l'art Scandinave des temps préhistoriques. L'étude 
de l'ornementation chez les peuples du Nord a donc un intérêt spécial, 
qui justifie l'étendue du mémoire que lui a consacré M. S. Mûller, 
le nouveau secrétaire de la Société royale des antiquaires du Nord. Le 
Nouvelle série, XIV. 11 



I98 REVUE CRITIQUE 

savant archéologue a passé trois ans à en réunir les matériaux, qu'il a 
trouvés non-seulement dans le célèbre musée des antiquités septen- 
trionales de Copenhague, mais encore dans la plupart des grandes 
collections archéologiques et bibliographiques de l'Europe. L'examen 
critique qu'il fait des travaux de ses prédécesseurs, montre qu'il ne con- 
naît pas uniquement les objets et leurs décors, mais aussi les livres et 
mémoires Scandinaves, allemands, français, italiens, anglais, qui les 
concernent. Du point de vue où il s'est placé, il avait à saisir d'un même 
coup d'œil un vaste ensemble de faits disparates et incohérents; à voir 
le lien qui les unit ; à caractériser le style décoratif des diverses périodes 
préhistoriques, chez les Scandinaves et leurs voisins; à découvrir son 
origine; à montrer comment il s'est développé, soit en vertu de ses pro- 
pres forces, soit sous l'influence des civilisations étrangères. Voici la 
marche qu'a suivie l'auteur : après le compte-rendu sommaire des tra- 
vaux relatifs au sujet, il étudie l'ornementation chez les peuples germa- 
niques soumis à l'influence romaine, puis celle de la période des migra- 
tions, pour arriver à l'ornementation hiberno-scandinave qui l'arrête 
longtemps; il passe plus rapidement en revue celles de la période carlo- 
vingienne, des Byzantins, des Sassanides, des Arabes, des Finnois et 
des Slaves; enfin il donne ses conclusions dont voici le résumé : 

L'ornementation est le début de l'art; très simple dans l'âge de pierre, 
elle consiste en points et en lignes droites, ajoutons aussi en lignes bri- 
sées. A ces éléments les plus primitifs se joignent dans l'âge de bronze 
les lignes courbes, les cercles, les spirales, les bandelettes dont les extré- 
mités affectent volontiers la forme de têtes d'animaux. Le style décoratif 
ne reçut pas grand développement dans la première période européenne 
de Tàge de fer, représentée par les trouvailles de Hallstatt en Autriche 
et de la Têne en Suisse; bientôt il fut modifié par l'art classique qui 
empruntait ses motifs d'ornementation tout à la fois à la botanique et à 
la zoologie, et qui, à la faveur de la prépondérance romaine, les répan- 
dit dans toute l'Europe centrale et les propagea même jusqu'en Scandi- 
navie. Pourtant les peuples barbares ne purent s'assimiler tous les élé- 
ments décoratifs en usage chez les Grecs et les Romains; s'ils imitèrent 
grossièrement les figures d'animaux, ils laissèrent de côté la flore orne- 
mentale. Au temps des grandes migrations, les Germains avaient un art 
décoratif commun, qu'ils portèrent dans les différentes parties de l'em- 
pire romain où ils s'établirent, mais ils ne tardèrent pas à le modifier de 
nouveau sous l'influence tout à la fois de l'ancienne civilisation et de la 
nouvelle qui était animée de l'esprit chrétien. Les Scandinaves, au con- 
traire, qui n'avaient pas quitté leur patrie, conservèrent assez purement 
et développèrent le style pendant toute la longue période qui s'étend des 
grandes migrations terrestres des v e et vi c siècles jusqu'aux migrations 
maritimes des ix e et x° siècles. Etant alors entrés en relations suivies avec 
les Irlandais, ils adoptèrent les motifs d'ornementation que ce peuple 
avait portés à un haut degré de finesse et d'élégance, et les .gardèrent 



d'histoire et de littérature 199 

jusqu'à ce que l'art roman se fût imposé à toute l'Europe catholique. 

Il y a là une foule de questions fort délicates sur lesquelles M. S. M . est 
loin d'être d'accord avec ceux qui les avaient déjà traitées dans diverses 
contrées; nous ne répondons pas qu'à l'avenir ses émules les résoudront 
de la même façon que lui; car. malgré sa perspicacité, il n'a pas assez 
tenu compte de la disparité des matériaux qu'il compare. Il prétend, par 
exemple, que les fleurons et les autres motifs d'ornementation botani- 
que, à l'exception d'une espèce de feuilles à côtes, manquent totalement 
dans l'antiquité septentrionale, jusqu'aux derniers temps du paganisme. 
Cette assertion est beaucoup trop absolue, comme on peut s'en convain- 
cre en examinant les pendeloques barbares de la trouvaille de Brang- 
strup, taillées en forme de feuilles, pointues, arrondies, échancrées ou or- 
nées d'autres feuilles. Rappelons aussi trois garnitures en fer et trois 
bouterolles de fourreaux d'épées portant des fleurons et même des guir- 
landes de feuillage. Il est vrai que, dans l'état actuel de nos connaissan- 
ces, il n'y a pas beaucoup d'exemples de ce genre; mais il faut considé- 
rer que, parmi les antiquités préhistoriques qui nous sont parvenues, il 
en est très peu qui fussent propres à la décoration végétale, celle-ci de- 
mandant surtout des surfaces planes et un champ d'une certaine lar- 
geur; les poignées d'armes et d'outils, les parures, avec leurs surfaces 
bossuées et leurs extrémités aiguës, se prêtaient mieux à la décoration 
zoologique ; elles diffèrent d'ailleurs trop des feuilles d'un manuscrit 
pour qu'il soit permis de les comparer. C'est ce que M. S. M. a trop ou- 
blié. Si les Scandinaves des temps païens avaient été calligraphes comme 
les Gaëls chrétiens, ils nous auraient sans doute aussi laissé des manus- 
crits ornés de fleurons. De même, si nous avions les grandes tapisseries 
que brodaient les dames du Nord, il est probable que nous y trouverions 
des fleurons et des guirlandes, comme on en voit, en effet, sur le man- 
teau de Mammen en Jutland. 

D'autre part, M. S. M. prétend que les figures d'animaux dont sont 
ornés les bijoux, les bractéates, etc., n'ont rien de symbolique. Nous 
l'admettons volontiers; mais il nous semble aller trop loin, en affirmant 
qu'ils n'ont aucune signification. S'il en est ainsi pour la plupart des 
figures isolées, il doit en être autrement des scènes représentant tout à la 
fois des hommes, des quadrupèdes, des volatiles, des reptiles, et souvent 
accompagnées de légendes en runes anciennes. Sans doute il est aussi 
difficile d'interpréter celles-ci que d'expliquer celles-là; ce n'est pourtant 
pas impossible, comme M. Worsaae l'a prouvé par son mémoire sur les 
Empreintes des bractéates en or. Aux exemples apportés par l'illustre 
archéologue, nous en pourrions ajouter un autre : une médaille d'or, 
trouvée à Harlingen et conservée au musée de Leeuwarden en Frisa, 
porte d'un côté l'imitation barbare d'une monnaie de l'empereur Théo- 
dose, de l'autre une harpe avec deux personnages, dont le plus grand a 
les pieds dans la boîte de cet instrument et tend la main à une petite fille 
qui approche. On devine de suite qu'il s'agit là de Heimi qui va cacher 



200 REVUE CRITIQUK 

dans la boite de la harpe la petite Aslange, orpheline et fugitive. Cette 
conjecture est confirmée par l'inscription en runes anciennes, que 
MM. G. Stephens et Dietrich lisent Hama, forme anglo-saxonne du 
nom de Heimi. — Nous chicanerons encore notre auteur sur sa ten- 
dance à voir des bandelettes (ou des lanières de parchemin, auxquelles 
on aurait ajouté tête, queue, pieds) dans les serpents et les lézards enrou- 
lés et entrelacés qui portent des inscriptions runiques. Ce sont tout sim- 
plement des animaux fantastiques, comme les orfèvres et les sculpteurs 
aimaient à en représenter partout pendant l'âge de fer. 

Malgré les réserves que nous venons de faire, le mémoire de M. S. Mill- 
ier embrasse tant de faits, touche à tant de questions discutées, les traite 
d'une manière si indépendante et en donne quelques solutions si neuves, 
qu'il s'impose à l'attention de quiconque s'intéresse à l'archéologie et à 
l'histoire des arts décoratifs ; et, grâce à la traduction allemande de 
M 1Ie Mestorf, il est maintenant accessible à un plus grand nombre de 
lecteurs. La traductrice, qui a déjà mis à la portée de ses compatriotes 
tant de mémoires danois et suédois, ne sait pas seulement les langues 
Scandinaves; elle a aussi, comme conservateur de la collection d'anti- 
quités de Kiel, une grande expérience archéologique qui, à défaut d'au- 
tres titres suffirait à recommander sa traduction, intégrale et très fidèle. 
Seulement il est regrettable que l'orthographe des noms étrangers et des 
titres d'ouvrages ne soit pas toujours correcte, et surtout que les chif- 
fres des pages citées soient si souvent inexacts (Cfr., par exemple, pp. 25, 
•34, 42, 44). 

E. Beau vois. 



184. — Ludus de Anticliristo und ûber die lateinteelicn Rjthmen, 

von D r Wilhelm Meyer aus Steyer. Munich, Straub, 1882, in-8°, 192. p. (Extrait 
du premier cahier des Comptes-rendus des séances de la classe philosophico-phi- 
lologique de l'Académie royale des sciences de Bavière pour 1882). 

Le Ludus de Antichristo, drame en vers latins rythmiques composé en 
Allemagne un peu après le milieu du xn° siècle, a été publié déjà deux 
fois. Il a beaucoup attiré, dans ces dernières années, l'attention des cri- 
tiques, qui lui ont attribué une valeur supérieure à celle qu'il nous pa- 
raît posséder \ M. Meyer de Spire vient d'en donner une édition bien 
meilleure que celles de Pez et de Zeschwitz, et il y a joint une fort bonne 
introduction, où il montre dans quel rapport étroit est le drame avec le 
célèbre ouvrage d'Adson sur l'Antéchrist, lequel à son tour repose sur 

l'écrit attribué à Méthodius. 

j 

1. Le patriotisme allemand et la haine des Français qui animent la pièce sont as- 
surément dignes de remarque et lui donnent un intérêt qu'on rencontre rarement 
dans les ouvrages de ce genre; mais la construction du drame est purement mécani- 
que et le ssyle laisse à désirer comme élégance et clarté. 



d'histoire et DE. LITTERATURE 201 

La seconde partie du livre de M. M., la plus importante de beaucoup, 
n'a qu'un lien très faible avec la première. C'est un traité complet de la 
poésie latine rythmique, que nous n'avons pas le loisir d'étudier ici en 
détail, mais que nous signalons à nos lecteurs comme devant être doré- 
navant la base de toutes les études sur cet intéressant sujet. Après quel- 
ques mots, peut-être un peu rapides, sur les origines de cette poésie, 
M. M. traite d'abord des « Rythmes du vi e au xn e siècle » ; il trace les 
lois difficiles et jusqu'à lui à peine soupçonnées de la versification mal 
fixée de cette longue période, et donne ensuite, d'après toutes les sources 
connues, l'inventaire des pièces où chaque forme est employée. La se- 
conde période, xii e -xm e siècle, qu'on peut appeler période classique de 
la versification rythmique, est également étudiée avec un grand soin; 
l'auteur perfectionne et rectifie les règles qui avaient été données avant 
lui, et appuie ses théories par un grand nombre d'exemples. La tâche 
qu'il a entreprise ne pouvait être menée à bonne fin que par des lectures 
considérables jointes à une méthode rigoureuse et à une observation 
toujours en éveil; M. Meyer a réuni toutes ces conditions. Grâce à lui, 
des résultats définitifs sont acquis à la science. On pourra les présenter 
sous une forme plus facile, et peut-être parfois plus claire ; mais il est à 
croire qu'on ne trouvera pas beaucoup à y ajouter ou à y reprendre. 
Nous n'oserions pas en dire autant, dès aujourd'hui, de certaines vues 
générales de l'auteur, concernant les origines et le développement de la 
poésie latine rythmique; mais ceux mêmes qui n'interprètent pas tou- 
jours comme lui les faits qu'il a exposés, lui en devront le plus souvent 
la connaissance exacte et la véritable intelligence. 

G. P. 



■ 

1 85. — Histoire du véritable Saint-Genest de Rotrou , par Léonce 
Person, professeur au lycée Saint- Louis. Paris, Léopold Cerf, 1882, in-8% 
io3 pages. 

Il a été rendu compte ici tout dernièrement • d'un intéressant travail 
de M. L. Person sur Rotrou, dans lequel n'était qu'annoncée l'impor- 
tante découverte de l'original espagnol du Saint-Genest. Aujourd'hui 
M. Person nous offre une histoire complète de la célèbre tragédie de 
Rotrou; la partie la plus neuve et la plus curieuse de cette étude est 
l'analyse de la pièce de Lope de Vega qui a servi de modèle au poète 
français : après l'avoir lue, il n'est pas possible de mettre en doute la 
thèse soutenue par le professeur du lycée Saint- Louis, la démonstration 
est concluante et ne laisse rien à désirer. 

La comedia de Lope intitulée Lo fingido verdadero ou La vida 
y martirio de San Gines représentante, bien qu'elle ait été imprimée 

— 

1. Voir la Revue critique du 3 juillet. 



202 REVUE CRITIQUE 

du vivant de l'auteur dans un des volumes (Parte XVI) de la collection 
spéciale de ses oeuvres dramatiques, est une des plus oubliées, des plus 
ignorées du grand poète. Aucun des érudits qui, en Espagne, en France 
et en Allemagne, se sont occupés du théâtre de Lope ne semble l'avoir 
lue; aussi ne doit-on pas s'étonner que nul n'ait eu vent, jusqu'à 
M. P., des nombreux emprunts que lui a faits Rotrou : M. de Schack 
lui-même, qui eût été si heureux d'ajouter \t*Saint-Genest à sa liste de 
pièces prises aux Espagnols et gâtées par les Français, n'en dit mot. 
Comme le Fingido verdadero a été dédié par Lope à Tirso de Molina, 
le dernier éditeur ' d'un choix de comedias de ce poète a cité en passant 
le drame de Lope et reproduit quelques lignes de la dédicace; c'est de 
ce passage de l'éditeur espagnol que dérive directement une note de 
M. Alphonse Royer qui, au premier abord, semble avoir intrigué 
M. P. ; il peut être tranquille maintenant : Royer ne savait rien de plus 
que Hartzenbusch, qui lui-même ne savait rien. La pièce de Lope pour- 
tant n'est point de celles qui méritaient le plus de tomber dans l'oubli ; 
au point de vue exclusivement espagnol même, elle ne manque pas d'in- 
térêt. Ainsi il s'y trouve, au deuxième acte, un passage curieux pour 
l'histoire du théâtre espagnol au xvn e siècle : Dioclétien demande qu'on 
lui donne <s une pièce nouvelle qui ait de l'invention, quand bien même 
elle ne serait point assujettie aux règles, car en cela, dit-il, j'ai le goû 
espagnol », et Lope part de là pour faire quelques allusions (très voilées 
d'ailleurs) à des drames de l'époque. A la fin du troisième acte aussi, on 
ne lirait pas sans profit une scène où sont énumérés les principaux rôles 
de convention du théâtre espagnol. 

Pour donner du drame de Lope, mal écrit et plus mal imprimé, une 
version française parfaitement correcte et fidèle, une longue et solide 
préparation serait nécessaire. M. P., dont l'intention n'était que de 
traduire quelques passages pour fournir au lecteur le moyen de contrô- 
ler ce qu'il dit des rapports de la comedia espagnole avec le drame fran- 
çais, a pu, sans cette préparation spéciale, se tirer heureusement des 
principales difficultés. Je ne crois pas utile de repasser minutieusement sa 
traduction pour y noter çà et là quelques défauts ; je n'insisterai que 
sur deux ou trois passages. Auparavant je dois faire observer à l'auteur 
qu'il n'est pas suffisant de dire que Lo fingido verdadero « date pour 
le moins de l'année 1622 ». Non seulement la Parte XVI où a été in- 
séré ce drame, contient des pièces préliminaires datées de 1620, notam- 
ment l'approbation de Vicente Espinel, ce qui déjà prouve qu'il était 
terminé en cette année-là, mais le drame figure dans un supplément à 
la liste des comedias de Lope imprimé pour la première fois dans l'édi- 
tion de 16 18 du roman El peregrino en su patria; il en résulte donc 
incontestablement que notre pièce date, pour le moins, de l'année 16 18. 

1. D. Juan Eugenio Hartzenbusch, Comedias escogidas de Tirso de Afolina (Bibl. 
Rivadeneyra), p. xvn, note. 



d'histoire kt de LITTÉRATURE 203 

Au début du premier acte du Fingido verdadero se lisent ces vers : 
Ha^emos prueva Deste Frances emperador Romano. M. P. pense 
que le mot frances, appliqué ici à l'empereur Aurélien, est un terme de 
mépris, une injure. Cela n'est guère vraisemblable. Il faudrait supposer 
pour cela, au temps où Lope écrivait ^a pièce, une grande animosité des 
Espagnols contre leurs voisins ou de bien mauvaises relations entre les 
couronnes de France et d'Espagne. Or il se trouve que le commence- 
ment du xvn e siècle est précisément une époque de bons rapports entre 
les deux pays; les mariages espagnols venaient de resserrer les liens des 
deux familles régnantes, et, à supposer même que Lope eût eu le tempé- 
rament très anti-français (ce dont on ne sait rien), il n'aurait pas, si peu 
de temps après le mariage de l'héritier de Philippe III avec Elisabeth, 
fille de Henri IV, lancé sur la scène un outrage à la nation voisine. 
L'emploi de Frances s'explique, je crois, autrement. Aurélien appa- 
raît pour la première fois dans l'histoire comme tribun de la sixième lé- 
gion gallicane ; il fut décoré par Valérien du titre de restaurateur des 
Gaules; après avoir été élevé à l'empire, il reconquit la Gaule sur Té- 
tricus : en résumé, il eut, dans le cours de sa vie, beaucoup de points de 
contact avec le pays qui devint la France. Il se peut que, par suite d'une 
confusion, Aurélien ait été désigné dans quelque compilation de vies 
d'hommes illustres comme gaulois, et le poète espagnol, qui n'y regar- 
dait pas de fort près, en aura fait un Frances. En tout cas, cet adjectif, 
tel qu'il est employé dans le passage en question, ne saurait être pris en 
mauvaise part. 

La traduction du monologue de Gines (p. 40) laisse un peu à désirer. 
Je ne m'explique pas d'abord pourquoi M. P. l'a abrégé en omettant de 
traduire au début quelques vers dont le sens pourtant n'offre pas de dif- 
ficulté ; puis le passage qui commence dans le texte (p. 70) par Mas de- 
vome de enganar n'a pas été bien rendu : il est vrai de dire que la 
ponctuation de l'original est mauvaise. Voici, je crois, comment il con- 
viendrait de traduire littéralement : « Mais je dois me tromper, et pour 
ce qui est de demander le baptême, quand je serais le chrétien lui-même 
qui tente de se sauver, comment pourrais-je mieux entrer dans le rôle? 
Allons, je recommence : « Saints, demandez à Dieu, puisque je me dé- 
cide à l'être (saint) ', que je gagne le ciel, par votre intercession. » Mais 
que de chimères je me forge, poussé par le désir de réussir à jouer ce 
rôle de chrétien, comme me l'ordonne l'empereur » ! 

Lorsque Dioclétien commence à témoigner son mécontentement du 
désordre qui se produit sur la scène à la suite de l'improvisation de Gi- 
nes, il ne s'écrie point : « Avez-vous fait remarquer aux comédiens que 
je suis ici? » mais bien : « Avez-vous fait attention, comédiens, que 
c'est moi qui vous écoute ?» Et le même Dioclétien, en condamnant à 

1. Régulièrement lo dans serlo se rapporte à santo contenu dans santos; à la ri- 
gueur, on pourrait, comme l'a fait M. P., rapporter lo à cristiano. 



204 REVUE CRITIQUE 

mort Gines, ne lui dit point : « Je terminerai mon rôle, quand Lentulus 
et Sulpice auront arrêté et questionné tous ceux qui sont avec toi », 
mais : « Je terminerai mon rôle en faisant aussi prendre et interroger tes 
compagnons par Lentulus et Sulpice. » 

Tout cela n'a pas grande importance et n'empêche pas M. Person 
d'avoir parfaitement atteint son but. qui était surtout de commenter sa 
fort jolie trouvaille et de bien établir que le Saint-Genest ne doit plus 
désormais être tenu pour l'œuvre la plus originale de Rotrou, mais que 
cette tragédie procède, comme plusieurs autres pièces du rival de Cor- 
neille, de l'inépuisable répertoire de la comedia espagnole. 

Alfred Morel-Fatio. 



186. — Faust, ein Fragment, von Gœthe (Deutsche Litteraturdenkmale des XVIII. 
Jahrhunderts in Neudrucken herausgegeben von Bernhard Seuffert, v). Heil- 
bronn, Henninger. In-8°, xv et 89 p. 

Ce cinquième volume de la collection des Monuments de la littéra- 
ture allemande du xvm e siècle renferme le Faust de Gœthe, sous la 
première forme que connut le public, sous la forme du Fragment paru 
en 1790. M. Seuffert, le directeur de la collection, a publié ce Frag- 
ment avec le soin et l'exactitude qu'on lui connaît et en notant à la 
marge le chiffre des vers correspondants des éditions de Loeper et de 
Schrôer. Dans l'introduction, il donne l'indication très détaillée des 
diverses éditions du Fragment qui parurent presque en même temps, 
et insiste spécialement sur un point qu'il est, croyons-nous, le premier 
à découvrir. C'est la comparaison entre le Faust de Gœthe et le drame 
lyrique de Wieland, Die Wahl des Herkules ; l'Hercule de Wieland 
est une sorte de Faust, que tourmente, non pas la soif de la vérité, 
mais l'amour de la vertu; il brise les chaînes de l'amour; il s'efforce de 
ressembler aux dieux, etc. M. S. fait encore d'autres rapprochements 
entre le Faust et Musarion et montre qu'on peut tirer de la poésie de 
Wieland an Psyché d'utiles renseignements sur les parties du poème 
de Gœthe qui étaient terminées à la fin de l'année 1775. On sait que 
M. Seuffert prépare une Biographie de Wieland. 

C. 



VARIÉTÉS 



■ /Histoire de France du I»ère Loriquet. 

On s'occupe beaucoup, depuis quelque temps, du jésuite Loriquet, et 
la fameuse phrase qu'on lui attribue relativement au marquis de Bona- 
parte, généralissime des armées du roi Louis XVII I, donne encore lieu 



d'histoire et DE LITTÉRATURE 205 

à de nombreuses discussions. On trouve même des personnes qui croient 
se souvenir d'avoir lu, il y a 5o ou 60 ans, une histoire de France com- 
posée par l'abbé Loriquet, dans laquelle était la phrase en question ; 
mais on peut affirmer que la mémoire de ces personnes est infidèle. Les 
ouvrages A M D G. sont anonymes - , et un jésuite aussi arrogant que le 
P. Loriquet n'aurait jamais consenti, vers 1828 surtout, à se laisser ap- 
peler abbé. D'ailleurs Y Histoire de France de Loriquet existe; c'est un 
ouvrage en 2 vol. in- 12 de 400 et 378 pages publié à Lyon chez Ru- 
sand, et l'histoire de Napoléon s'y trouve racontée au chapitre Empire, 
de la page 3o8 à la page 378 du tome II l . Il est vrai que l'on n'en mon- 
tre pas la première édition, et ceux qui croient à l'existence de la phrase 
célèbre disent qu'elle se trouvait dans la première édition de l'histoire 
du P. Loriquet. Je crois pouvoir répondre en deux mots à Cette objec- 
tion, et clore le débat d'une manière définitive. 

L'Histoire de France A M D G. fait partie d'un Cours d'histoire 
en 7 volumes dont voici les titres : I. Tableau chronologique, 1 vol. — 
IL Histoire sainte, 1 vol. — III. Histoire ecclésiastique, 1 vol. — 
IV. Histoire ancienne, 1 vol. — V. Histoire romaine, 1 vol. — VI. 
Histoire de France, 2 vol. V Histoire ecclésiastique, dont j'ai sous 
les yeux la 5 e édition, n'a pas été, comme Y Histoire de France, « re- 
vue, corrigée et augmentée par l'auteur » ; elle est restée ce qu'elle était 
au début, en 18 16. Or, il est question dans cette Histoire ecclésiasti- 
que, pp. 108 et suivantes, du premier consul et de l'empereur Napoléon, 
qui se proposait, dit Loriquet, non pas a d'égorger, » mais « d'étouffer » 
le christianisme (p. 1 14). Voici même en quels termes Loriquet raconte 
les dernières années de l'empire : 

« D. Comment se termina cette longue oppression? 

« R. Elle se termina par une suite d'événements dans lesquels il n'est 
« pas possible de méconnaître la main de Dieu. 

« L'ambition aveugla Napoléon, et le conduisit jusqu'au fond de la 
« Russie, où sa réputation et sa puissance restèrent ensevelies avec plus 
« de 400,000 Français (18 12). De retour en France, il va trouver le 
d pape à Fontainebleau; car, depuis 4 mois, il y avait fait transférer cet 
« auguste captif. Ramené, ce semble, à la modération par ses revers, il 
« lui proposa un accommodement. Le pape déclare ne vouloir traiter 
« qu'à Rome, et entouré du sacré collège. Cette résolution l'étonné ; 
« mais bientôt la surprise fait place à la colère, puis à la fureur ; il éclate 
« en menaces, il outrage le pontife; il s'oublie jusqu'à lever la main sur 
« sa personne sacrée, jusqu'à le saisir par les cheveux. Peu après, il a 
« honte de son emportement, il revient à des procédés plus doux; il 
« flatte, il caresse, il promet; enfin, moitié ruse, moitié violence, il 
« amène son captif à signer un projet qui devait, moyennant certaines 

1. J'en ai sous les yeux deux exemplaires, l'un de 1824, l'autre de 1828; la pagi- 
nation est absolument la même, et tous deux portent le titre de 5 e édition. 



206 REVUE CRITIQUE 

« conditions, servir de base à un nouveau concordat. Dès que l'impos- 
er teur a cette pièce entre les mains, il la tronque, il la publie, contre la 
« foi donnée, il la présente à la France comme un concordat absolu, il 
« l'érigé en loi de l'état. Le pape se hâta de protester contre la perfidie ; 
« Napoléon en avait assez obtenu pour tromper ceux qui voulaient être 
« trompés (181 3). 

« Il s'applaudissait de son triomphe, et il était sur le bord de l'abîme. 
« L'Europe entière se ligue contre lui; tous ses alliés l'abandonnent à la 
« fois; il est chassé de l'Allemagne, de l'Espagne, de la Suisse ; ses en- 
« nemis le suivent, et sur ses pas pénètrent dans l'intérieur de la France. 
« Il pourrait encore les désarmer; on lui offre la paix, il la refuse : livré 
« à un esprit d'erreur et de vertige, il a tout perdu, jusqu'à ses talents 
« militaires. Semblable à une bête féroce entourée de chasseurs, il se dé- 
« bat quelque temps avec plus de fureur que d'intelligence. Enfin la 
« main de Dieu l'a frappé, il succombe : il se voit captif dans Fontaine- 
« bleau, dans ce même palais où il a enchaîné son bienfaiteur et son 
« père; il arrose des pleurs du désespoir ces mêmes lieux où il a fait coû- 
te 1er celles [sic) du vicaire de J.-C. Relégué dans une île écartée, il survit 
« à sa puissance, pour voir l'univers s'applaudir de sa chute, et se félici- 
« ter d'avoir enfin échappé à l'ennemi de Dieu et des hommes » (1814), 
etc. 

Il est évident que les deux ouvrages, l* Histoire ecclésiastique et 
l'Histoire de France, composés sur le même plan, faisant partie de la 
même collection et publiés à la même époque, racontent les événements 
d'une manière uniforme, et par suite que la première édition de l'His- 
toire de France parlait de Napoléon comme empereur des Français. 
La question est donc Jugée ; mais il n'en est pas moins vrai que le P. Lo- 
riquet a mérité le ridicule dont il est couvert par le cynisme avec lequel 
il a travesti l'histoire '. 

A. Gazier. 



CHRONIQUE 



ALLEMAGNE.— L'auteur du dictionnaire moyen-bas-allemand, M. A. Lûbben, a 
fait paraître une grammaire du moyen-bas-allemand (Mittelniederdeutsche Gram- 
matik. Leipzig, Weigel. In-8°, vm et 221 p. b' mark); cette grammaire est accom- 
pagnée d'une chrestomathie (pp. 1 35-200) soigneusement faite et dont plusieurs 
morceaux sont tirés des manuscrits, ainsi que d'un petit glossaire (pp. 2o3-22i). 

-■i La librairie Kûhl, de Berlin, publie une réimpression, soignée par M. Max von 
Waldberg, du roman de Lenz, der Waldbruder. 



1, On peut voir des extraits fidèles de V Histoire de France du P. Loriquet dans 
le Dictionnaire universel du xix* siècle de Pierre Larousse, tome VIII, p. 744. 



d'histoire et de littérature 207 

— Le III e fascicule du recueil trimestriel, YArchiv fur Litteraturgeschichte, qui 
paraît à la librairie Teubner, de Leipzig, sous la direction du bibliothécaire de 
Dresde, M. Fr. Schnorr von Carolsfeld, renferme quelques articles intéressants et 
curieux. M. Erich Schmidt contribue à ce fascicule par quelques glanures (Lese- 
frùchte) où l'on remarquera les notes sur «les paysages alpestres dans la littérature al- 
lemande »; il cite, parmi les poètes latins du xvi e siècle qui ont parlé des Alpes, non 
sans un certain sentiment de la nature, G. Sabinus, le gendre de Mélanchton (II e li- 
vre des Elégies, Poemata. Leipzig, i58i, p. 57), P. Lotichius qui célèbre, avant Hal- 
ler, la simplicité des mœurs suisses, Hans Sachs, Rompler de Lcewenhalt, Jacob 
Balde. — M. Wilhelm Schulze analyse une comédie scolaire, en latin, de l'année 
1485; elle a pour auteur un nommé Jean Kerckmeister et pour titre Codrus ; le hé- 
ros de la pièce, Codrus, est un partisan de la routine et de la vieille grammaire 
« mécanique »; quitté par ses élèves, qui adoptent avec enthousiasme les nouvelles 
doctrines de l'humanisme, Codrus se rend à Cologne pour y conquérir un grade aca- 
démique; il tombe entre les mains des étudiants qui le bernent, et lui décernent un 
grade illusoire. — M. Goedeke consacre trois pages au Trattfat^brief de Fischart. 
— M. Benno Meklenburg donne des renseignements détaillés sur une édition de 
1657, du Fveundin der Noth, de Balthazar Schupp, que M. W. Braune n'a pas con- 
nue. — M. Theod. Distel communique une lettre inédite de Leibnitz, écrite de Leip- 
zig le 26 mars 1666 au recteur de Zwickau, Daum (en latfn). — L'art, suivant, de 
M. Philippe Kohlmann, est peut-être le plus important du fascicule. Parmi les ju- 
gements fort singuliers que Frédéric II a portés dans son célèbre factum De la litté- 
ture allemande, se trouve l'éloge suivant d'un poète que le roi ne nomme pas : « J'a- 
jouteFai à ces messieurs, que je viens de nommer, un anonyme, dont j'ai vu les vers 
non rimes; leur cadence et leur harmonie résultait d'un mélange de dactyles et de 
spondées; ils étaient remplis de sens, et mon oreille a été flattée agréablement par 
des sons sonores, dont je n'aurais pas cru notre langue susceptible. J'ose présumer 
que ce genre de versification est peut-être celui qui est le plus convenable à notre 
idiome, et qu'il est de plus préférable à la rime; il est vraisemblable qu'on ferait des 
progrès, si on se donnait la peine de le perfectionner ». On a toujours cru jusqu'ici, 
sur la foi de Knebel, que cet anonyme était J. Nie. Gcetz (1721-1781), l'ami d'Uz et 
de Gleim et que le poème auquel Frédéric II faisait allusion est l'élégie de Gœtz in- 
titulée Die Mœdcheninsel. M. Kohlmann émet une autre hypothèse qui nous semble 
plus probante; la pièce de vers louée par le roi de Prusse serait un poème composé 
en 1751 par Christophe Frédéric de Derschau, président du gouvernement de la 
Frise orientale, en l'honneur de la Compagnie des Indes nouvellement érigée à Em- 
den (Aufdie \u Emden in Jahre ij5i errichtete Ostindische Handlungs-Compagnie). 
M. Kohlmann publie intégralement le texte de ce poème, qu'on trouve dans le re- 
cueil des poésies de Derschau, paru, sans nom d'auteur, à Aurich en 1772 sous le ti- 
tre « Andenken fur meine Freunde ». Le poème comprend 3i strophes, chaque stro- 
phe étant formée de trois hexamètres (avec la « Vorschlagssylbe » introduite par 
Kleist) et d'un dimètre catalectique; le vers, malgré quelque raideur, ne manque pas 
de souplesse et d'harmonie; le sujet et la façon dont il est traité, durent faire sur le 
roi une certaine impression. Frédéric H s'intéressait vivement à sa province 
de Frise acquise en 1744; il y vint deux fois, en 1761 et en 1755, et ce fut en 
1752, lorsque le premier navire de la Compagnie, le Kœnig von Preussen, partit 
d'Emden pour la Chine, que Derschau composa son poème. M. Kohlmann fait re- 
marquer que dans un journal de la Frise, les Mannigfaltigkeiten (n° 49, p. 391), 
Coner, d' Aurich, inséra en 1785 une note où il disait que les mots de Frédéric s'ap- 
pliquaient à un poème de 1731 en l'honneur de la Compagnie commerciale d'Em- 



208 RKVUK CRtTIQUK 

den. — Viennent ensuite des art. de M. Em. Grosse sur la critique du texte d'Emi- 
lia Galotti, de M. L. Hirzel sur un écrit oublié de Wieland (Plan einer Privatschule), 
de M. R. Kcehler sur une lettre inédite de Gœthe au poète italien Poerio et sur les 
notes de Poerio relatives à ses relations personnelles avec Goethe; de M. P. Hohl- 
feld sur les Mères dans la seconde partie de Faust (Goethe aurait suivi sur ce point 
l'auteur d'une « mathematische Philosophie » parue en 1811, J. J. Wagner); de 
M. Bernh. Seuffert sur Y Historischer Kalender de Gœschen. 

— Le huitième volume des « Campagnes du prince Eugène » {Feld^ûge des Prin- 
%en Eugen von Savoy en) vient de paraître. On sait qu'en 1871 le ministère de la 
guerre, en Autriche, résolut d'entreprendre une grande publication qui serait con- 
sacrée aux guerres de l'Autriche; le récit devait avoir pour base les documents des 
archives, et commencer à l'époque où le prince Eugène commandait en chef l'armée 
autrichienne. On divisa les campagnes dirigées par Eugène en deux séries; la pre- 
mière série comprenait les années 1697 et 1698 de la guerre contre les Turcs ainsi 
que les années 1 701-1707 de la guerre de la succession d'Espagne; la seconde série 
embrassait les années subséquentes de la guerre de la succession d'Espagne, la 
guerre contre les Turcs de 171 6 à 1718 et la guerre de la succession de Pologne 
(1 734-1 735). La section de l'histoire militaire (Abteilung fur Kriegsgeschichte) 
des archives de la guerre se mit à l'œuvre et publia successivement huit volumes. 
Le premier, paru en 1876 (Vienne, librairie de l'état-major ou Gerold ; in-8°, xvi et 
744 p. 3o mark) sert d'introduction aux volumes suivants; il décrit la situation gé- 
nérale de l'Europe dans la seconde moitié du xvn° siècle, expose les ressources de 
l'empereur, marque le caractère de Léopold I er et du prince Eugène ; on y trouve 
aussi un tableau géographique et statistique des états de l'Europe, une description 
détaillée des différents théâtres de la guerre, un aperçu général des forces et des 
moyens d'action de chacune des puissances qui prirent part à la lutte; on y voit 
quels étaient les principes de la tactique en usage, le système des fortifications, les 
monnaies, le prix de tous les objets servant à la guerre. Les divers chapitres de ce 
premier volume ont évidemment plusieurs auteurs, qui ne se nomment pas ; les 
volumes suivants ont chacun leur propre auteur. — Le deuxième volume, paru en 
1876 comme le premier (ix, 5i5 et io5 pp. 7 cartes et planches, 20 mark) est dû 
à M. le major von Angeli, et renferme les campagnes contre les Turcs en 1697 et 
en 1698 ainsi que la paix de Carlowitz (1699). — Le troisième volume, paru, comme 
le premier et le second, en 1876 (vu, 53 1 et 108 p., 6 cartes et planches, 20 mark), 
ainsi que le quatrième, paru en 1877 (x, 740 et 3o2 p., 10 cartes et planches, 
3o mark) ont pour auteur -le capitaine Wetzer et racontent, le troisième volume, 
l'année 1701 de la guerre de la succession d'Espagne, le quatrième, l'année 1702. — 
Le cinquième volume (1878, xxvn, 727 et 172 p., 6 cartes et planches, 3o mark) a 
été composé par M. le lieutenant en premier Danzer et concerne l'année 1703 de la 
même guerre; — l'année 1704 est traitée dans le sixième volume (1879, xxiir, 908 
et 3oo p., 8 cartes et planches, 3o mark) par M. le capitaine Ratzenhofer; — et 
l'année 1705, dans le septième volume (1881, xxx, 555 et 542 p. 6 cartes et plan- 
ches, 3o mark), par M. le lieutenant-colonel de Rechkron ; — enfin, le huitième vo- 
lume qui vient d'être publié, raconte les événements militaires de l'année 1706 
(xiv, 526 et 342 p., 7 cartes et planches, 3o mark) ; il a été commencé par le lieute- 
nant-colonel Mayerhofer von Grûnbuhl et, après la mort de ce dernier, continué 
et terminé par Je lieutenant-colonel Komers von Lindenbach. Il ne reste plus qu'à 
faire l'histoire de l'année 1707, pour achever la première série de la publication. 
Chaque volume forme un tout, et a été conçu à peu près sur le même plan; chacun 
commence par un exposé de la situation politique et militaire et des armements des 



D'HISTOIRK Kl DE UTTÉKATURK 209 

deux partis ; chacun raconte la guerre, non par ordre chronologique, mais selon les 
divers théâtres de la lutte; au bas des pages se trouvent de courtes notices sur les 
personnages les plus remarquables qui figurent dans le récit; à la fin du volume 
sont relégués les documents. Le critique de la Deutsche Litteratur^eitung qui doit 
être un homme du métier et qui, sous la signature l. f., fournit à la rubrique 
« Kriegswissenschaft » de la revue berlinoise d'excellents articles, fait un très grand 
éloge des volumes parus jusqu'ici des Campagnes du prince Eugène. Il signale tou- 
tefois quelques défauts; le point de vue autrichien domine trop dans la publication; 
il semblerait que l'intérêt personnel de la maison de Habsbourg n'ait jamais été un des 
mobiles de la politique autrichienne ; la caractéristique de Léopold I er aura surpris 
bien des Autrichiens ; la bataille de Luzzara est tout bonnement une « défaite » des 
Français, etc. En outre, la publication a trop la forme d'un monument élevé en 
l'honneur du prince Eugène; le style est trop souvent celui d'un panégyrique, et 
non d'une œuvre d'histoire; il n'eût pas fallu se laisser dominer à ce point par 1' a é- 
minente personnalité d'Eugène ». Mais le critique reconnaît que la publication con- 
sidérable, entreprise par le ministère de la guerre d'Autriche, a une grande valeur ; 
l'honneur de l'avoir conçue et lancée revient surtout à l'ancien ministre M. de 
Kuhn, et les officiers qui ont collaboré à ce grand ouvrage, méritent la reconnais- 
sance, non seulement des « cercles militaires », mais aussi des amis de l'histoire. 

— L'Université de Gœttingue a mis au concours pour l'année i883 les questions 
suivantes : i° Faculté de théologie : Exponatur celeberrima Luther i sententia, « ubi 
remissio peccatorum est, ibiest vita et salus », ita ut, quce ad illam illustrandam 
libri symbolici conferunt, comparentur ; 2 faculté de droit : Sinn und Umfang der 
Gleichstellung von lata culpa und dolus ïm rœmischen.Recht ; 3° faculté de philo- 
phie : Es soll durch eine sorgfœlhge Vergleichung der-Sprache des Mdlavikdgni- 
mitra und der ùbrigen dem Kdlidâsd ^ugeschriebenen Werke ge^eigt werden, ob 
oder in wie weit Zweifel an der Autorschaft des erstgenannten Werkes begrûndet 
sind. Les mémoires doivent être écrits dans la même langue que le texte du sujet 
proposé. 

ANGLETERRE. — Un nouvel ouvrage de M. Monier Williams paraîtra pro- 
chainement sous le titre : Religious thoughts in India. Cet ouvrage sera publié 
par l'éditeur Murray, en même temps qu'un volume de sir C. Alfred Lyall, intitulé 
Asiatic Studies, religious and social. 

— On annonce la prochaine publication d'une troisième édition de l'Introduction 
to the New Testament, de M. Scrivener. 

— M. Furnivall a mis sous presse, pour 1' « Early English Text Society », la pre- 
mière partie des Earliest english wills in the royal court of probaie, de 1387. 

— La première partie d'une histoire du Norfolk (Hisiory of Norfolk) par M. R.-H. 
Mason doit être bientôt publiée; elle renferme l'histoire du comté jusqu'à la fin du 
xvi e siècle. 

— Parmi d'autres ouvrages nouveaux qui paraîtront prochainement, nous pouvons 
citer encore la Short histOry of french literature de M. Saintsbury ; la Vie de lord 
Lawrence, de M. Bosworth Smith ; Sir William Hamilton (série des « philosophes 
classiques ») par M. J. Weitch; l'édition des œuvres de Lindesay commencée par 
M. Herrtage et qui sera achevée parle bibliothécaire de l'Université d'Edimbourg, 
M. J. Small ; la traduction des Lois de Manou, par M. George Bûhler (pour la 
collection des a Sacred books of the east »); une Grammaire anglaise, de 
M. Wrightson, de Cambridge. 

— D'intéressantes communications seront faites dans le mois de décembre à la 
Société philologique de Londres. Le prince Louis-Lucien Bonaparte lira deux mé- 



210 RKVUK CKlTlQUk 

moires : On initial mutations in the celtic, basque, sardinian and italian dialects et 
on the successors of the latin J ; M. Henry Sweet lira également deux mémoires • 
On the history of english sounds et on intonation in spoken english; M. Thomas 
Powell examinera les étymologies celtiques données par M. Skeat dans son Dic- 
tionnaire. On cite encore d'autres mémoires : de M. A. J. Ellis, The Dialects of the 
north of England and the Lowlands of Scotland ; de M. William Jones, On en- 
glish words in the Anglesea Dialect ; de M. Lach Szyrma, On the laws affecting 
the decay ani death of languages, as illustrated by the old cornish; de M. Post- 
gate, quelques étymologies grecques et latines, etc. 

— Nous avons annoncé la souscription publique en faveur des fouilles d'Ephèse. 
Le meeting qui a provoqué cette souscription a été tenu à Londres, le 24 juillet, sous 
la présidence du lord-maire ; M. Wood qui a dirigé les fouilles d'Ephèse pendant 
longtemps, pour le compte du gouvernement anglais, assistait à la réunion, et a pro- 
noncé un discours. Il a raconté les recherches auxquelles il s'était livré à Ephèse et 
qui avaient abouti, après six ans d'efforts, à la découverte de l'emplacement du temple 
de Diane. M. Wood croit qu'il est possible de retrouver d'autres restes de la frise 
sculptée et des colonnes dont on voit au British-Museum de si magnifiques spéci- 
mens. Il a terminé son discours en se mettant entièrement à la disposition du co- 
mité pour la continuation des travaux. M. Newton, un des conservateurs du British- 
Museum, a pris la parole après M. Wood pour appuyer le projet de souscription; il 
a rappelé les dépenses faites par l'Allemagne pour les fouilles d'Olympie; sur sa 
motion, l'assemblée a déclaré la souscription ouverte .--M. Wood ne demande, pour 
terminer les travaux et assurer à l'Angleterre la possession des trésors enfouis à 
Ephèse, que 1 25, 000 francs.- 

BELGIQUE. — M. Thonissen, professeur à l'Université de Louvain et membre de 
la chambre des représentants, a mis sous presse une édition revue et augmentée de 
son travail sur le droit pénal de la loi salique. Nous avons déjà reçu un exemplaire 
de la première édition; nous attendrons la publication de la deuxième édition, dont 
un exemplaire doit nous être adressé, pour rendre compte de ce livre important. 

— Parmi les plus récentes publications belges, nous signalerons l'étude de M. Eug. 
Hubert sur la condition des protestants en Belgique depuis Charles-Quint jusqu'à 
Joseph II et l'édit de tolérance de 1781, et deux travaux extraits des mémoires et 
des bulletins de l'Académie royale de Belgique, l'un, de M. Paul Henrard, Jules-Cé- 
sar et les Eburons; l'autre, de M. Alphonse Wauters, le premier fascicule des Re- 
cherches sur l'histoire de l'Ecole flamande de peinture dans la seconde moitié du 
xv e siècle. 

ESPAGNE. — On annonce de Compostelle à YAcademy que Don José Flores La- 
guna est parvenu à déchiffrer et à arranger la musique de l'Hymne des pèlerins fla- 
mands à Santiago, datant du xn° siècle; cette hymne sera chantée pour la première 
fois après plusieurs siècles, à la prochaine visite des pèlerins français. 

ETATS-UNIS. — Les éditeurs de Boston, Honghton, Mifflin et Co., publieront en 
automne un certain nombre d'ouvrages intéressants, parmi lesquels nous relevons : 
une nouvelle édition des œuvres de M. Oliver Wendell Holmes (en six ou huit volu- 
mes), revue par l'auteur; une nouvelle édition des Œuvres d'Hawthorne, en douze 
volumes, avec des introductions bibliographiques de M. Lathrop ; un recueil de 
M. Henry Watterston, intitulé Wit and humour of the South, from the various 
humourists of the last half century ; une Vie de Fenimore Cooper, par M. Louns- 
bury (fait partie de la collection des « American men of letters »; des vies de André 
Jackson, par M. G. Sunmer, de Randolph de Roanoke, par M. Henry Adams, de 
Thomas Jefferson, par M. Norse (font partie de la collection des « American sta- 



O HISTOIRK ET DE LITTÉRATURK 2 11 

tesmen ») ; une édition variorum des English and scotch ballads, en huit parties, 
par M. Child, d'Harvard Collège, etc. 

— Un ouvrage, en deux volumes, de M. W. R. Plum. sur La télégraphie militaire 
pendant la guerre civile des Etats- Unis doit paraître à Chicago, chez MM. Jansen, 
Macclurg et Co. 

— Les éditeurs Harpers, de New- York, ont publié un volume renfermant sur un 
côté de la page le texte anglais adopté par les réviseurs du Nouveau-Testament et 
sur l'autre côté, le texte grec établi par MM. Westcott et Hort ; M. Ph. Schaff a mis 
une introduction en tête du volume. 

se Dans la Princeton Reviexv recueil américain dont nous avons donné autrefois 
le sommaire, M. Mac Cosh parle de VEcole de philosophie de Concord, qui semble 
destinée à exercer une grande influence philosophique aux Etats-Unis. Concord est, 
comme on sait, un village de trois mille habitants, et une annexe de la « moderne 
Athènes », Boston. Le nom de ce village est associé à de grands noms, à ceux de 
Hawthorne, Margaret Fuller, Ripley, Alcott, Emerson. Le directeur de la revue, 
The journal of spéculative philosophy, M. W. T. Harris, a récemment quitté Saint- 
Louis pour Concord et deviendra, à ce que croit M. Mac Cosh, le leader de la nou- 
velle école. Cette école est platonicienne ; parmi ses membres, les uns adoptent le 
christianisme, comme l'ont fait au 11 e siècle quelques platoniciens, par tendance 
philosophique; les autres, au contraire, le combattent, comme faisaient les néo- 
platoniciens d'Alexandrie ; d'autres l'accommodent à leurs goûts et en font une religion 
universelle qui peut contenir toutes les autres par une interprétation suffisante; 
d'autres, comme les néo-platoniciens, croient aux influences surnaturelles et au spi- 
ritisme. — Nous avons autrefois annoncé le premier numéro d'une revue, The 
Platonist, qui paraissait à Saint- Louis; dans l'article de la « Princeton Review », 
M. Mac Cosh observe que le Platonist penche bien plus vers le néo-platonisme que 
vers la doctrine de Platon ; les plus récents numéros renfermaient des traductions de 
Proclus, de Jamblique et de Porphyre. — La Revue philosophique de M. Ribot doit, 
au reste, publier dans un de ses prochains numéros un art. d'un de ses collaborateurs 
qui a visité l'Ecole de Concord. 

ITALIE. — Le folk-lore est plus que jamais en honneur, en Italie; après les ou- 
vrages que nous ont déjà donnés MM. Comparetti et Pitre, ainsi que M. Gennaro 
Finamore qui a publié récemment le premier volume d'une collection de traditions 
populaires abruzzes, voici qu'on lui consacre une revue spéciale. Cette revue est 
YArchivio per lo studio délie tradi^ioni popolari, dirigée par MM. G. Pitre et Sa- 
lomone Marino; elle paraît tous les trimestres à Palerme chez l'éditeur L. Pedone- 
Lauriel (14 fr. par an pour tous les pays de l'Union postale). » Les récents progrès 
de la mythologie comparée — lisons-nous dans l'avis aux lecteurs du premier fas- 
cicule — et de la démo-psychologie (Demo-psicologia) , et l'intérêt croissant pour les 
traditions populaires font désormais sentir le besoin d'une re'/ue dans laquelle les 
érudits des diverses nations trouvent un moyen de communiquer ensemble et de 
faire connaître leurs études et leurs recherches. h'Archivio se propose de mettre en 
évidence les formes différentes de la littérature orale et les multiples manifestations 
de la vie physique et morale des peuples en général et du peuple italien en par- 
ticulier ; outre les articles originaux sur un sujet quelconque de la science que les 
Anglais nomment folk-lore, YArchivio accueillera des nouvelles, des légendes, des 
chants, des devinettes, des proverbes, etc. « Le premier fascicule s'ouvre par une 
lettre de M. Max Mûller à M. Pitre où le savant orientaliste et mythologue expose 
les difficultés de l'entreprise tentée par les deux directeurs ; viennent ensuite des 
art. de M. Salom. Marino, Coutumes des paysans siciliens; de M. Pitre, Nouvelles 



212 REVUE CRITIQUE D HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

populaires toscanes et les Ciarauli, croyances populaires siciliennes; de M. Rein- 
hold Koehler, Pourquoi les hommes ne savent plus quand ils doivent mourir; de 
M. Z. Consiglieri Pedroso, Un conte populaire de l'Inde portugaise; de M. Fina- 
more, Histoires populaires abru^es en vers; de M. Th. de Puymaigre, (en français), 
Veillées de villages, les Dayemans (c'étaient, dans l'ancien département de la Mo- 
selle, des espèces de colloques, plus ou moins rimes ou assonances, qui se pro- 
duisaient au retour des couairails ou veillées d'hiver ; on dayait surtout dans la 
soirée du samedi) ; de M. Ant. Gianandrea, Proverbes des Marches ; deM me Carolina 
Coronedi-Berti, Proverbes bolonais, relatifs à l'agriculture et à la météorologie; 
de M. Joachin Costa, un art. en espagnol, intitulé » Influencia del arbolado en la sa- 
biduria popular »; de M. Gius. Ferraro, la première partie d'un art. qui a pour titre 
« cinquanta giuochi fanciuileschi monferrini » ; — le second fascicule de 1' « Archi- 
vio » contient des articles tout aussi intéressants : de M. Salom. Marino, la suite de 
ses esquisses sur la vie privée des « contadini » siciliens; de M. Pitre, la suite de 
ses contes ou nouvelles populaires de Toscane, et un art. curieux sur les cris des 
marchands ambulants [le voci dei venditori ambulanti); de M. Finamore, la continua- 
tion de ses petits poèmes populaires des Abruzzes; de MM. P. Giorgi et Salom. Ma- 
rino, des chants enfantins et noëls de la Sicile (antica ninna-nanna siciliana del 
Santo. Natale) ; de M. Mango, des « poésies populaires enfantines de la Calabre » ; 
de M. G. Ferraro, la suite de ses « Cinquante jeux enfantins du Montferrat »; de 
M. R. Castelli, Un mythe moderne (légende du bandit Catinella de Mazzara, sur- 
nommé Salta-le-viti) ; de M. H. Ch. Coote, l'origine de Cendrillon (Cenerentola) ; de 
M. F. Liebrecht, Le conte de Satni-Khdmoïs ; de M. J. Leite de Vasconcellos, Cou- 
tumes et croyances du Portugal; de M. Rodriguez Marin, un jeu enfantin, nommé 
juego de las chinas. — Chacun de ces deux fascicules, — et il en sera ainsi des sui- 
vants — renferme des Miscellanées où les folkloristes trouveront plus d'un détail in- 
téressant : dans le I er fasc. « Remèdes et formules contre la jettatura (Sal. Marino); 
« Hérode et Hérodiade dans la tradition populaire catalane » (Pelay Briz), et dans le 
1P fasc. « Les Zingari en Sicile » (Sal. Marino), « Flamencos e Gachos » (Merucci), 
la légende de Caïn en Sicile » (Guastalla), etc. etc. Une revue bibliographique, très 
étendue, examine les plus récents ouvrages relatifs aux choses de « démopsycholo- 
gie » ou — s'il était possible de neutraliser ce mot — de démologie ; on y trouvera, 
pour ne parler que des ouvrages français, le compte-rendu des livres suivants : Sé- 
billot, La littérature orale de la Haute-Bretagne; Rolland, La faune populaire 
de la France; Th. de Puymaigre, Romanceiro, choix de vieux chants portugais 
et chants populaires recueillis dans le pays messin; Luzel, Légendes chrétiennes 
delà Basse-Bretagne ; Maspero, Les contes populaires de V Egypte ancienne. Cha- 
que fascicule de 1' « Archivio » se termine par un bulletin bibliographique, par la 
nomenclature des publications récentes et le sommaire des articles de revues relatifs 
au folk-lore, par une chronique ou suite de petites nouvelles (notifie varie). — On 
juge, par le résumé que nous venons de faire, de l'intérêt et de l'abondance des ren- 
seignements que renferme Y Archivio per lo studio délie tradi^ioni popolari; c'est 
une des revues spéciales les mieux composées et les mieux meublées d'articles, que 
nous connaissions; nous lui souhaitons grand succès et longue vie, et n'hésitons 
pas à croire qu'elle trouvera la « lieta et onesta accoglienza » la « buona riuscita » que 
lui mérite le zèle ardent et désintéressé de ses directeurs et de ses rédacteurs, qui 
comptent, comme dit M. Max Mùller, parmi « i migliori cultori del folk-lore » 

Le Propriétaire-Gérant : ERNEST LEROUX. 

Le Puy, imprimerie Marchessou fils, boulevard Saint- Laurent, 23. 



REVUE CRITIQUE 
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

No 38 — 18 Septembre — 1882 



eommnire s 187. O. Loth, Sur la vie et les œuvres d'Abdallah Ibn-ul-Mutazz. — 
188. Hultsch, L'Heraion de Samos et l'Artémision d'Ephèse. — 189. Wieland, 
Hermann, p. p. Muncker. — 190. Juste, L'élection de Léopold I er , d'après des 
documents inédits. — 191. Champion, Philosophie de l'histoire de France. — Va- 
riétés : L'Itinéraire de Theodosius. — Chronique. — Académie des Inscriptions. 



187. — Ueber Leben und Werkc de» «Abdallah Ibn ul Illu'tazz von Otto 
Loth. Stud. Lingg. Orientt. Leipzig, 1882. Hinrichs'sche Bucchandlung, pp. vi, 75. 

Il y a un an que M. Loth est mort dans toute la vigueur de sa matu- 
rité, en laissant quantité de notes et de matériaux qui, produits au jour, 
auraient fait honneur à leur auteur et rendu de grands services à la 
science. Il est pénible de songer à la masse de labeur humain, qui se 
perd ainsi pour la société, lorsqu'un travailleur intelligent descend subi- 
tement au tombeau sans avoir eu le temps de partager avec le public le 
fruit de ses études. En vain l'on cherche, au moyen des feuilles éparses, 
tracées par sa main, de renouer le fil de ses idées, de suivre le dédale de 
ses pensées : la mort a brisé le lien qui les rattachait ensemble. Cela est 
d'autant plus regrettable, que chaque savant travaille à sa manière et 
apprend à sa façon ; le cachet qu'il imprime à ses études est un chiffre 
dont lui seul a le secret. Et si l'on se prend à réfléchir au nombre de 
ceux qui ont amassé des trésors de science et ne laisseront à la postérité 
que quelques bribes de leur solide savoir, on ne peut se défendre d'un 
sentiment de profonde tristesse. Nous en avons un exemple sous les yeux : 
c'est Loth. Nous en connaissons d'autres qui se sont illustrés par plu- 
sieurs travaux, mais dont les cartons — et plus encore la mémoire — 
sont pleins de renseignements aussi exacts qu'utiles, de recherches pa- 
tientes et laborieuses, de rapprochements lumineux, d'investigations 
fécondes. Quand leur heure sera venue, la poésie orientale aura à dé- 
plorer la perte irréparable de ses meilleurs interprètes : j 1 ai nommé le 
D r Ahlwardt, professeur à Greifswald, et M. Sanior Sachs. Et personne ne 
saura recueillir leur héritage, personne ne sera à même de coordonner 
les résultats acquis au cours d'une longue vie bien employée A me- 
sure qu'on avance dans le chemin de la science, on découvre des hori- 
zons nouveaux, on se laisse entraîner par le charme de trouvailles inat- 
tendues et l'on arrive au bout de la carrière, riche d'expérience, content 
de la route parcourue, plein d'espoir dans l'avenir, puis vient un jour où 
le sang se glace dans les veines, et tout est perdu sans retour. Il en est 

Nouvelle série, XlV. la 



214 REVUE CRITIQUE 

de même de M. O. L., dont la Société orientale d'Allemagne entreprend 
à présent de rédiger les œuvres (avant-propos). 

. Elle a commencé par éditer sa première thèse, qu'il composa sous les 
yeux du professeur Fleischer à l'âge de vingt-deux ans, et à laquelle il 
mit sans cesse la main jusqu'à ce que la mort vînt le surprendre au mi- 
lieu de ses travaux. Les lecteurs de la Revue critique (n° du 7 juil. 82) 
savent déjà que le vénérable M. Fleischer a donné sa haute approbation 
à l'étude sur 'Abdallah Ibn ul-Mu'tazz. En effet, la vie de ce prince 
élégant ne laisse pas d'être un sujet intéressant pour un tableau de genre; 
et L. dépeint avec assez de verve la cour des Abbâsides, où la barbarie 
de l'Asie Centrale étendait ses ravages comme une lèpre hideuse sur la 
civilisation brillante des Arabes; où, d'une part, le despotisme des na- 
tions caduques avait subjugué les fils libres du désert; où, de l'autre, la 
mollesse d'une vie facile s'alliait à la rude violence des hommes élevés 
dans les camps; où l'élévation de l'esprit marchait de pair avec la bassesse 
du caractère. Au milieu des crimes et des débauches, du cliquetis des 
armes et du bruit des orgies, nous voyons se dresser la figure pure et 
délicate d ,( Abdallah lbn ul-Mu'tazz, qui paya de sa vie le privilège de la 
clémence. De la société galante, dans laquelle il passa ses meilleurs jours, 
nous passons dans son intimité, et nous voyons le fils des Khalifes polir 
des vers gracieux, conter fleurettes et anecdotes, enseigner l'art de bien 
parler aux gens de bon goût. Il se dégage de l'esquisse de L, un parfum de 
poésie et de sereine philosophie qui enivre le lecteur, et, lorsqu'il arrive 
au bout de l'opuscule, il est tenté de dire : « Déjà fini? » Toutefois, on 
nous permettra de regretter de ne pas trouver dans la thèse juvénile de 
L. l'exactitude magistrale, l'érudition merveilleuse qui frappent dans les 
ouvrages de M. Ahlwardt. Loin de nous l'idée de nous attaquer à un 
mort ; nous croyons pourtant qu'il serait bon de relever quelques points 
de détail, laissés dans l'ombre par Fauteur; si nous nous égarons dans 
cette voie, nous serons reconnaissant à celui qui voudra bien redresser 
nos erreurs. 

L. n'a pas profité des renseignements fournis par Maçoudi sur 'Abdal- 
lah Ibn ul-Mu'tazz; il y aurait rencontré des choses intéressantes. Ainsi, 
Maçoudi raconte au t. VIII de ses Prairies d'or, p. 41, qu'Ibn ul- 
Mu'tazz, exilé à la Mecque par le khalife Mouhtadi, ne rentra à Samarra 
qu'en 256, après l'avènement de Moutamid. Ceci eût renforcé les som- 
bres couleurs du tableau, tracé par L. à la p. 4 de son étude. 

Les éditeurs auraient pu supprimer ses conjectures touchant le Kitab 
uz-Zahrah (p. 41). En effet, il suffit d'ouvrir le t. VIII des Prairies 
d'or, à la p. 25o et à la p. 254, pour se convaincre que ce livre n'a pas 
été composé par Ibn ul-Mu'tazz, mais qu'il appartient en réalité au ju- 
risconsulte Abu Bekr Mohammed el-Isbahani. Hammer n'a pas remarqué 
que Maçoudi avait déjà terminé sa notice sur Ibn ul-Mu'tazz et passé à 
l'examen des vers d'un autre poète. 

Je ne sais ce qui offusque L. dans la date de l'assassinat du vizir el- 



d'histoire et de LITTÉRATURE 2 I 5 

' Abbas, telle qu'elle est donnée par Tabari (v. p. 29). Maçoudi (Pr. d'or, 
t. VIII, p. 249) n'en connaît pas d'autre, et cependant il s'est donné 
beaucoup de peine pour établir une chronologie exacte [ib. } t. IV, p. io5 ; 
t. IX, pp. 39 et 49) ; il n'est pas probable qu'il se soit trompé sur la date 
d'un événement qui s'est passé de son temps. D'ailleurs, je ne vois pas 
de contradiction entre les données de Tabari et de Maçoudi d'un côté, et 
celles d'Ibn ul-Athir de l'autre. Ibn ul-Athir place le meurtre le 20 rebi I, 
qui, en l'an de l'hégire 296, tomba un samedi. Tabari et Maçoudi disent 
qu'el-'Abbas fut tué le samedi, alors qu'il restait onze nuits du mois de 
rebi I. En ne perdant pas de vue que la nuit précède le jour, et en nous 
remettant en mémoire que le mois de rebi I est plein, nous défalquerons 
onze jours et nous trouverons qu'au vendredi soir, à l'entrée du samedi 
20, il restait onze nuits jusqu'à la fin du mois; c'est ainsi qu'il faut sup- 
puter ces nombres, comme il est facile de s'en convaincre d'après les 
dates données par Ibn Djaubaïr et par Maçoudi. 

Je note, en passant, que Maçoudi ne place pas l'usurpation d'Ibn ul- 
Mu'tazz immédiatement après l'assassinat d'el-' Abbas ' ; il la recule même 
de vingt années entières, comme on peut le voir au t. IX de ses Pr. d'or, 
p. 47. De ce dernier passage il est loisible d'inférer que les doutes sou- 
levés par L. au sujet de la durée du khalifat éphémère de notre poète, 
ne reposent sur aucun fondement, car Maçoudi lui assigne deux jours de 
règne jusqu'à sa déchéance ; or, le jour où a été promulguée sa déchéance 
ne saurait entrer en ligne de compte, à moins de supputer les heures de 
son règne. Mais je ne me charge pas d'accorder Ibn ul-Athir avec Tabari. 

J'ai vu plusieurs fois au Caucase des hommes danser le dastabend 
('Abd. Ibn ul-Mu'tazz, p. 70) sur les terrasses des maisons. On se prend 
par la main, on fait un cercle, un des danseurs entonne une chanson 
turque ou persane, qu'on répète en chœur en se balançant du haut du 
corps et en frappant la terre en cadence; la mesure comporte trois temps, 
comme notre polka; les danseurs font deux pas en avant, puis un en ar- 
rière, et tournent de cette façon, accélérant leur marche et précipitant 
leur chant, jusqu'à ce qu'ils arrivent à une espèce d'extase; leur visage 
grave s'épanouit, leurs yeux brillent, leurs jambes vacillent, leur voix 
s'éraille, et, exténués, à bout d'haleine, ils rompent à regret le cercle qui 
les retient dans son sein comme s'il avait été tracé par un magicien. 

Il me semble inutile de corriger (p. 10) awwalu-n-nâsi en awwalu 
insânin, quand nous voyons Moténabbi se permettre une licence dans 
le genre de kad%a-n-nâ$i et Abou'lala ne pas craindre de dire had\a-l- 
wara (Chresth. ar. de Sacy, t. III, pp. 44 et 91). De même, il n'est pas 

1 . M. B. de Meynard a eu tort de faire peser l'assassinat du vizir sur la conscience de 
Muktadir (Pr. d'or, t. VIII, p, 272); il faut lire Qutila au passif, ce que j'infère des 
paroles de Maçoudi plus haut (pp. 248-249), des versions citées par Loth dans sa 
brochure (p. 29) et du récit d'Ibn Etthiqthaqa (v. El-Fachri, éd. Ahlwardt, p. 3 11), 
qui emploie exactement la même tournure sans toutefois se ranger à l'opinion de 
Maçoudi concernant l'avènement au trône d'Ibn ul-Mu'tazz. 



2l6 RKVUK CRITIQUE 

avéré qu'il faille (p. 18) écrire ala tara par élif, lam, élif en substituant 
cet élif final au ya du ms. ; la correction pédante des grammairiens 
l'exige, mais les anciens mss. hébraeo-arabes les plus corrects ont sou- 
vent leya au lieu de l'élif, ce qui montre que, dès avant le xni e siècle, la 
prononciation permettait une transmutation pareille. A mon sens, il 
est fort intéressant de relever ces inexactitudes orthographiques, qui 
peuvent jeter une grande lumière sur l'histoire des transformations suc- 
cessives, par lesquelles a passé la langue arabe. 

Une inadvertance du correcteur a laissé, à la p. 58, tomber le teshdid 
du mot ^àdd, mordre (1. 7). Plus haut (5 e 1.) le mot tashawwafat n'a pas 
le sens que lui prête Loth : ce àngstlich emporschaute »; la liqueur géné- 
reuse monte dans le bocal et paraît aux yeux des convives, comme une 
femme, qui se montre dans ses plus beaux atours. L'expression (6 e 1.) 
watadayyaqat katadayyuqi-l- 1, adorai n'a pas non plus, je crois, été 
rendue avec une exactitude satisfaisante par l'expression « und Herzbe- 
klemmung empfand wie die Braut »: si je ne me trompe, le poète a voulu 
dire que le vin, versé par l'échanson, frappe les parois du verre et sem- 
ble y chercher un refuge, comme une chaste jeune fille se soustrait aux 
embrassements et se serre contre le mur dans sa timidité virginale. Loth 
aurait aussi mieux fait de ne pas rendre lnluin raxbin (p. 56) par « von 
frischen Perlen » ; ce n'est pas de la fraîcheur des perles qu'il s'agit, c'est 
de leur éclat ; ne disons-nous pas une pierre de la plus belle eau ? Ibn 
ul-Mu'tazz a en vue des perles de choix. 

11 ne nous reste qu'à faire remarquer que la note (p. 55) sur dabbaqa 
(dont le sens a été depuis recueilli par Lane dans son Dictionnaire) té- 
moigne une fois de plus de l'injuste oubli, auquel le dictionnaire de 
Biberstein-Kazimirski est condamné par les savants étrangers à la 
France : dépouillé de tout appareil scientifique et privé, par là, d'un ca- 
ractère de certitude absolue, il n'en est pas moins précieux à cause de sa 
plénitude relative et de son format commode pour les recherches ; on 
feint nonobstant d'en ignorer l'existence ; il faut espérer qu'on reconnaî- 
tra un jour les services rendus par cet ouvrage, à la fois modeste et 
utile. 

En finissant, nous croyons de notre devoir de signaler les passages 
des Prairies d'Or, où Maçoudi fait mention d" Abdallah Ibn ul-Mu'tazz : 

II, p. 147, où nous assistons à une polémique entre lui et un poète 
persan, au sujet de la préséance d'Isaac entre les enfants d'Abraham; il 
semble ressortir du texte : « il composa cette qasidah du vivant de son 
adversaire, or, celui-ci prolongea ses jours au-delà de l'an 3oo » — que 
Maçoudi tient à faire mourir Ibn ul-Mu'tazz au commencement du 
iv c siècle; autrement il aurait pu se contenter de la date du poème de 
son antagoniste (290 de l'hégire). La traduction des 3 vers laisse, je 
crois, quelque chose à désirer ; ne vaudrait-il pas mieux traduire ainsi 
le 2 e hémist. du 1" vers : « Quel est donc ce malheureux, dont on pou- 
vait verseï le sang impunément? » la fin du 2 e vers gagnerait en énergie, 



V>HIJ»IX)lKh Kl DK LIlTKRAlUKfe. 217 

si on le rendait de cette façon : a Et si vous êtes ses fils, eh bien ! 
quoi } ? » 

VI, i33. 'Abd. Ibn al-Mu't. y est cité comme arbitre des convenan- 
ces, et Maçoudi s'appuie sur deux de ses vers pour montrer comment 
on doit se tenir en bonne compagnie. 

VIII, 41. L'exil à la Mecque. 

249-254. Renvoi à l'Histoire moyenne pour les faits relatifs à notre 
poète. Puis vient une appréciation de son talent, qu'Ibn Khallikân n'a 
fait que copier mot pour mot (v. Loth,p. 5i). Nous lisons ensuite 
3o vers de la facture d'Ibn ul-Mu't. fort bien tournés et choisis dans des 
poésies de genres divers, entre autres deux pièces de circonstance en 
l'honneur du khalife Moutaded, qui peuvent servir d'illustration au 
récit de Loth (p. 7 de son opuscule); un distique à l'adresse de la fa- 
mille de Suleiman, qui fournit des variantes au texte adopté par Ibn 
Etthiqthaqa dans son El Fachri (éd. Ahlw. p. 3o3, Loth Abd. J. ul- 
M'ut., p. 6) : au lieu de « ils ont rabattu l'insolence delà fortune à mon 
égard », Maçoudi lit « ils ont enseigné à la fortune à se bien comporter 
envers moi » *; un extrait de l'ode à Ibn el Forât, à laquelle Loth fait 
allusion dans la note 74, p. 26, et de laquelle on serait en droit de con- 
clure qu'Ibn ul-Mu'tazz lui devait une certaine dose de reconnaissance. 

VIII, 3io. Maçoudi, pour donner la mesure du talent d'un poète 
qu'il estime, affirme qu'il n'est pas inférieur à Ibn ul-Mu'tazz. 

392-394. Poème culinaire d'Ibn ul-Mu'tazz en i5 vers, qui servit de 
menu au khalife Mostakrl. 

IX, 47. Maçoudi donne à Mouktadir 21 ans de règne sans trouble et 
fixe l'usurpation d'Ibn ul-Mu'tazz à l'an 3 16, après quoi il fait régner 
Mouktadir jusqu'en 319 ;on peut, à la rigueur, faire concorder ces don- 
nées avec la biographie d'Ibn el Forât, telle qu'elle est donnée par les 
Prairies d'Or, t. VIII, p. 272, mais elles sont en contradiction flagrante 
avec les autres sources; cf. Loth, pp. 29-37, et El-Fachri, pp. 3i2-3i3, 
d'après lequel Ibn-el-Forat serait mort déjà en 3 12 3 . Wallah 'a'iam. 

David Gûnzburg. 



188. Ilernlon und Artemblon, zwel Tempelbauten Ioniens ein Vor- 
trag von Friedrich Hultsch. Berlin, Weidmann, 1881. 8°, 52 p. 1 mark 5o. 

L'auteur de cette brochure en définit nettement le caractère : c'est une 
simple exposition, une conférence écrite pour une solennité scolaire et 

1. Il faut en dire autant du 6 e vers du poète persan, p. 147, 1. 3. 

2. Lisez humu sans waw (p. 252); p. 253, 3" v., corrigez : qad t^anndka 'id\a 
djarëita, etc. ; 7 e v. : muhakkamun. 

3. L'alphabet latin étant fort mal adapté à la prononciation orientale, nous 
avons préféré nous en tenir, quant à la transcription des noms propres, à l'ortho- 
graphe des éditeurs de chaque ouvrage. 



2l8 RKVUE CRITIQUH 

pour un public, familiarisé sans doute avec l'antiquité, mais non savant. 
Il s'agit seulement de faire connaître deux sanctuaires célèbres, celui de 
Héra à Samos et celui d'Artémis à Ephèse et de montrer par quelle mé- 
thode la science arrive à en restaurer le plan et l'aspect général. 

M. H. commence par dire quelques mots de l'état actuel des ruines. 
Celles de l'Héraion sont dans un état lamentable : une seule colonne 
restée debout en signale l'emplacement. M. Hultsch rend justice aux 
efforts de M. Paul Girard, qui en 187g, étant membre de l'école d'Athè- 
nes, entreprit des fouilles au pied de cette colonne, mais dut malheureu- 
sement s'arrêter, après quelques sondages, devant les revendications 
exorbitantes et obstinées des propriétaires du terrain, dont les fonds mis 
à sa disposition ne lui permettaient pas d'avoir raison. Il put cependant 
reconnaître certains détails des fondations, marquer la place de quelques 
colonnes et prendre plusieurs dimensions : si incomplètes que fussent 
encore ces données, M. H. a pu en tirer parti. 

L'Artemision d'Ephèseest mieux connu grâce aux descriptions plus ou 
moins précises d'Hérodote, de Philon, de Pline, grâce aux fouilles pa- 
tientes poursuivies par M. Wood de i863 à 1869, grâce enfin aux 
relevés faits en 1871 par MM. Curtius et Adler. 

Pour reconstituer dans leur ensemble l'Héraion et l'Artemision, il ne 
suffit pas de coordonner ces divers renseignements. Le plan des temples 
antiques était si savamment conçu, les rapports des différentes parties 
avec le tout étaient si réguliers que, pour comprendre toute l'harmonie 
de cette architecture, il est nécessaire de se faire une idée du système de 
mesures employé par les Grecs. M. H. résume à ce propos les études 
persévérantes par lesquelles il a réussi à retrouver les principes des 
mesures antiques et en particulier des mesures grecques. On connaît la 
compétence de l'auteur de la Métrologie grecque et latine. Appliquant 
ces principes aux sanctuaires de Samos et d'Ephèse, il en explique le 
plan, l'ordonnance générale, les proportions et termine par quelques 
mots sur la décoration des temples grecs où la sculpture et la peinture 
s'unissent à l'architecture pour en rehausser l'effet. 

Il est toujours intéressant de voir ainsi un homme de science essayer 
de faire connaître lui-même au public les résultats de ses recherches et 
ne pas laisser ce soin à des vulgarisateurs souvent maladroits. A ce point 
de vue, la brochure de M. H. mérite quelque attention. Elle est rapide- 
ment écrite et d'une lecture facile. J'ajoute qu'elle est pour tout le 
monde utile à consulter, grâce à la peine qu'a prise M. Hultsch d'y 
joindre un excellent appendice, riche de faits, d'observations et de notes 
bibliographiques. \ 

Jules Martha. 






D HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 21 9 

189. — Hermann, von C. M. Wieland. (Deutsche Litteraturdcnkmalc des 
XVIII. Jahrhunderts, in Neudrucken hrsg. v. Bernhard Seuffert). Heilbronn, 
Henninger. In-8°, xxx et 116 p. 1 mark 3o. 

Lorsqu'il étudiait à l'Université de Tubingue, Wieland avait envoyé à 
Bodmer un poème épique dont il était l'auteur et Arminius, le héros; 
Bodmer le félicita, mais Wieland savait bien que son œuvre avait des 
défauts ; il l'avait composée très vite; une foule de vers étaient négligés, 
et même faux ; il y avait dans le poème un nombre incroyable de lon- 
gueurs et de redites ; il eut le bon sens de mettre cet Hermann de côté 
et n'y pensa plus ( i j5 1 ). Près de quatre ans après, il y revint pourtant ; 
il se demandait comment un poète épique devait traiter le sujet d'Armi- 
nius ; il reprit tout un passage de sa première élucubration et le remania 
complètement. La même année (175 5) parut son « Ankundigung einer 
Dunciade fur die Deutschen » où il se moquait de Gottsched et du 
disciple chéri de Gottsched, Schônaich, l'auteur d'une épopée intitulée 
« Hermann oder das befreite Deutschland », parue en iy5i quelques 
mois après que Wieland avait envoyé son essai à Bodmer. A la suite de 
cette Ankundigung, Wieland publiait une dissertation, sous forme de 
conversation entre plusieurs amis, sur le plan d'une future épopée qui 
célébrait, comme le poème de Schônaich, la victoire d'Armin sur les 
Romains (de là le titre de cet appendice : Der verbesserte Hermann) ; 
le plan exposé par Wieland diffère totalement du plan adopté par lui 
dans le poème communiqué à Bodmer. On pouvait donc croire que 
Wieland n'abandonnerait pas ce sujet qui lui tenait à cœur, qu'il allait 
retoucher et refondre entièrement son premier travail, et que l'Allema- 
gne posséderait enfin une épopée nationale, bien supérieure à celle de 
Schônaich ; mais Wieland fut détourné par d'autres travaux, il laissa 
son manuscrit dans les mains de Bodmer et ne le revit plus. Toutefois, 
en 175 1 (i5 décembre), Bodmer avait déjà publié dans les Freimùtigen 
Nachrichten de Zurich, avec force louanges, le début du poème et un pas- 
sage sur l'amour d'Hermann pour Thusnelda. Mais l'épopée même de 
Wieland n'a jamais paru, et l'on croyait même que l'auteur l'avait dé- 
truite. Cependant le manuscrit existait encore ; Bodmer l'avait conservé 
dans ses papiers qui sont aujourd'hui à la Bibliothèque de la ville, à Zurich. 
M. Fr. Muncker, de Munich, reproduit ce manuscrit dans le volume 
dont nous rendons compte et qui est le sixième de la collection des mo- 
numents de la littérature allemande publiée par M. Seuffert; il donne 
dans le texte la forme définitive que le jeune poète avait adoptée, et au 
bas des pages les variantes, les termes et expressions corrigés par Wie- 
land et qu'on peut encore lire sur le manuscrit; il conserve l'orthogra- 
phe de l'auteur, quoique très indécise surtout dans les noms propres, et 
la ponctuation quoique souvent superflue; enfin, il a fait précéder le 
texte du poème des fragments déjà imprimés, soit par Bodmer, soit par 
Wieland dans le verbesserte Hermann. L'introduction est digne de 
grands éloges : elle renferme non-seulement l'histoire de cette épopée 



220 REVUK CRITlQUfc 

inédite de Wieland, dont les plus érudits connaissaient à peine le titre, 
mais une fort bonne appréciation de l'œuvre, de ses défauts, de son 
style, etc. ; M. Muncker montre que l'influence de Klopstock se fait 
sentir en de nombreux passages, dans le vers comme dans les expres- 
sions ; il indique les sources que Wieland a consultées et ses erreurs 
historiques et géographiques ; il insiste sur les ressemblances avec 
Lohenstein et prouve que Wieland a suivi de très près le romancier si- 
lésien (I er et IV e livre du Grossmutiger Feldherr Arminius) ; il marque 
au passage les imitations de Virgile. — Le prochain volume, ou plutôt 
les deux prochains volumes de la collection, renfermeront les « Annon- 
ces savantes de Francfort », de l'année 1772. 

A. G. 



igo. — L'élection de Léopold I er , d'après des documents inédits, par Th. 
Juste. Bruxelles, Muquardt. 1882. In-8°. 

Le nouveau livre de M. Juste est relatif aux négociations qui .eurent 
lieu en avril et en mai i83i, entre Londres et Bruxelles, au sujet de la 
candidature du prince Léopold de Saxe-Cobourg à la couronne de Bel- 
gique. Quatre membres du congrès, H. de Brouckere, H. Vilain XIII, 
F. de Mérode et l'abbé Defoere, auxquels se joignirent Jules Van Praet 
et Devaux, ce dernier, comme membre du conseil des ministres, allèrent 
s'aboucher avec le prince Leopold et plaider en même temps la cause de 
la Belgique auprès des représentants de la France et de l'Angleterre à la 
conférence. M. J. publie les rapports très étendus des commissaires bel- 
ges, en y ajoutant quelques lettres particulières, diverses lettres de Jules 
Van Praet et deux dépêches de Devaux. On saura gré à M. J. d'avoir 
recueilli et mis à la portée de tous ces documents inédits qui sont de 
grand intérêt; on lui reprochera, par contre, de ne pas indiquer l'origine 
de ces documents, l'endroit où l'on peut les retrouver. En lisant 
ces dépèches et lettres que publie M. Juste, on est frappé du ton 
plein de dignité ferme et d'élévation que les représentants de la Belgique 
prenaient dans la conférence ; ces commissaires, sans expérience politi- 
que, parlant au nom d'un état à peine formé et que menaçaient les en- 
nemis de l'intérieur et de l'extérieur, avaient foi dans la justice de leur 
cause et dans l'énergie du sentiment national. 



191. — Edme Champion. Philosophie de l'histoire de France. Paris, Char- 
pentier. In-8°, 3o5 p. 3 fr. 5o. 

M. Champion s'est proposé, dans cet ouvrage, de dire « quelles ré- 
flexions Jui suggèrent les annales de son pays relues à la lueur d'un jour 
nouveau » ; il tâche de « dégager de la masse confuse des faits les points 



J HISTOIKK KT L»K LITTÉKATURR 221 

saillants, les traits qui lui paraissent essentiels et caractéristiques » (p. 2). 
Ce n'est donc pas un livre d'e'rudition que nous avons là; l'ouvrage de 
M. C. est une suite de considérations et de raisonnements. L'auteur est 
républicain ; il a, dit-il, dans la mesure de ses forces, lutté dans l'ombre 
pour préparer l'avènement du régime actuel et il écrit maintenant au 
milieu des dangers de la victoire (p. 3). Il aurait voulu que la royauté 
fût abolie par la Constituante ; ce qui aurait évité le massacre du Champ- 
dé-Mars et les journées du 20 juin et du 10 août ; il n'excuse pas cette 
assemblée de n'avoir pas déposé Louis XVI à la fin de juin 179 1 (p. 3oo). 
Il est entièrement hostile à l'Eglise; il pense qu'il faut revenir aujour- 
d'hui « au jugement de Voltaire et des contemporains mieux informés 
et plus judicieux qu'on ne croit » (p. 1 53) ; dans un chapitre sur les hé- 
résies et les persécutions au moyen âge, il s'élève contre « le despotisme 
pieux » plus féroce et plus énervant que le despotisme odieux des Cé- 
sars, qui, « au nom de la divinité, s'en allait fouiller dans les conscien- 
ces et poursuivait à tout prix le triomphe d'un dogme incompréhensi- 
ble » (p. 139). Toutefois, il est tolérant; il pense avec Voltaire qu'il 
doit être permis de prier Dieu à sa mode comme de manger selon son 
goût, et que la conscience, comme l'estomac, doit avoir une liberté en- 
tière; « observez ce précepte en 89 , plus de constitution civile du clergé, 
pas de prêtres assermentés, pas de consciences froissées ; la résistance 
change aussitôt de caractère ; la guerre de Vendée, en admettant qu'il y 
aurait eu une Vendée, n'était plus la guerre religieuse que nous connais- 
sons » (p. 290). Les meilleurs chapitres de l'ouvrage sont consacrés à la 
Réforme, à l'établissement du pouvoir absolu, à Louis XIV, à la prépa- 
ration du xviu e siècle. On aura peine à croire que Louis XIV était, comme 
ledit M. C, dégagé des passions religieuses; en tout cas, on ne peut 
tirer cette conclusion des « excellentes relations » de ce prince avec Ge- 
nève, et « qui font penser à celles de François I er avec les protestants 
d'Allemagne » (p. 267). En résumé, le volume de M. Champion ren- 
ferme des vues intéressantes; c'est l'œuvre d'un homme à l'esprit vif et 
pénétrant, qui a beaucoup lu, beaucoup retenu et qui sait tirer des faits 
les idées qu'ils renferment ; le style est presque toujours sain, agréable 
et rapide. 



VARIÉTÉS 



B.'li inêi'ati-e de Théodoslns. 

Dans un des derniers numéros de la Revue critique (24 avril 1882), 
M. Molinier a parlé de l'édition du De situ Terrae Sanctae, qu'a donnée 
récemment M, le D r Gildemeister. Sans entrer dans la discussion qui s'est 
élevée entre ces deux savants au sujet de cet opuscule, je voudrais sou- 



2 22 hkvuk CRITIQlih 

mettre au jugement des hommes compétents quelques observations qui 
m'ont été suggérées par la lecture de l'itinéraire de Théodose. 

Je ne vois pas pourquoi le savant professeur de Bonn veut reconnaître 
sous le nom de Ramusa (p. 3o) la ville de Dagusa, Dacusa ou Dascusa 
(v. p. 29) ; bien loin d'être inconnue, la ville de Ramusa se trouvait dans 
le district d'Alep, à peu de distance de Kinesryn, suivant le témoignage 
du géographe arabe Yakut, et l'on peut trouver quelques renseignements 
à ce sujet dans la Chr. ar. de Sacy III, p. 1 1, 56, 5j, 

M. Molinier a déjà émis son opinion sur le peu de valeur que présente 
l'hypothèse de M. G. , touchant la patrie de notre Théodose :1a désignation 
de l'arianisme par « religio Wandalorum » lui semble, à bon droit, une 
raison peu concluante pour faire de Théodose un Africain (cf. De situ, 
p. 23). S'il m'était permis de hasarder une conjecture, je serais plutôt in- 
cliné à attribuer à notre auteur une origine arménienne. En effet, il est 
assez curieux que, dans les quelques pages de son petit traité, il ait trouvé 
moyen de citer par trois fois l'Arménie : p. 22, « inde jam est Arme- 
nia » ; p. 23, « de monte Armeniae exeunt flumina duo »; p. 27, « in 
sinistra Armenia prima et secunda Armenia et Persarmenia, quae Ar- 
meniae sub imperatore sunt ». On voit qu'il s'en occupe spécialement. 
De plus, à la p. 3o, nous rencontrons encore l'Arménien Abgar, dont 
l'histoire a été conservée par Eusèbe et amplifiée d'après les sources ar- 
méniennes par Moïse de Khorène. 

A la p., 22, M. G. suppose que Théodose a mis Cherson en Asie-Mi- 
neure. Est-ce parce qu'il parle tout de suite après de Sinope (de Chersona 
usque in Sinope) ? Mais le patriarche des chroniqueurs russes qui, lui, 
connaissait bien la position de Korsun (transcription russe du nom de 
Cherson), n'en agit pas autrement : « André, qui enseignait à -Sinope, 
étant arrivé à Korsun, apprit que l'embouchure du Dniepr n'en était pas 
éloignée, etc. » (Lietopis' po Lawrentiewskiemu spisku, Saint-Péters- 
bourg, 1872, p. 7). 

M. G. renvoie, à ce propos, le lecteur aux Actes apocryphes des Apô- 
tres, édités par Tischendorff (Leipzig, i85 j). Mais dans les Actes des 
saints André et Mathieu il n'est question que d'anthropophages sans 
indication de lieu; plus loin, dans les Actes de Mathieu, la ville des 
anthropophages où ce dernier reçut le martyr s'appelle Myrne [Acta ap. 
Ap., pp. 173 et 189). En comparant ce qui est dit à la p. 1 5 r avec le 
récit de la p. 166, on est amené à croire que l'auteur ou le rédacteur de 
ces Actes apocryphes identifiait dans sa pensée l'endroit où Mathieu avait 
été délivré par André et l'endroit où il confessa plus tard la foi. Quant à 
Théodose, il ne songe pas à Myrne : « De Chersona usque in Sinope, ubi 
dominus Andréas liberavit dominum Matthaeum evangelistam de car- 
cere. » Usait seulement que les habitants de cette Sinope étaient jadis 
anthropophages et avaient dans la suite changé de mœurs, si bien que 
« ut ad stratas sedeant peregrinis suscipiendis ». 

Or, Strabon savait par ouï-dire que les Scythes se nourrissaient de 



d'histoire et DE LITTÉRATURE 223 

chair humaine [Géogr., i. IV, ch. vi, éd. Didot, p. 167: 1. VII, ch. in, 
p. 248), du moins, ceux qui habitaient le littoral du Pont-Euxin (cf. 
la légende d'Iphigénie). Quoiqu'il en soit, Théodose avait en vue une 
ville de la Crimée ou du Caucase occidental, où l'existence de l'anthro- 
pophagie est attestée par le témoignage des annales géorgiennes, des 
chroniques arméniennes, et des auteurs qui ont fourni à Wakhoucht 
les matériaux de son travail '. Saint André a visité le Caucase, à en croire 
les traditions indigènes, qui le font voyager à Atsqour et Pitzounda 2 . 

En outre, Théodose prétend que Sinope se nommait autrefois Myrmi- 
ciona, qu'il est difficile de ne pas rapprocher de Myrmikion (prononcia- 
tion byzantine), de Strabon et des autres géographes grecs, qui s'avançait 
sur le Bosphore Cimmérien, et dont les ruines ont été reconnues par 
Dubois de Montpéreux, lors de son voyage autour du Caucase (t. V, 
pp. 36, io5, 137, 145, 23i; t. VI, p. 166). Du reste, Théodose n'a pas 
l'air de faire erreur et semble plutôt indiquer une autre Sinope que la 
colonie de Milet : « Quae Sinope illo tempore Myrmiciona dicebatur » ; 
par conséquent, c'est une ville qui peut tout au plus être cherchée en 
Crimée, près de Kercz, ou sur le littoral opposé. 

Il n'y a rien qui doive nous effaroucher dans les mots : « inde jam est 
Armenia », ou, selon une autre leçon : « via decurrit in Armeniam. » 
Strabon mettait en Arménie les sources du Kour et les défilés de l'Aragwa 
(1. XI, ch. m, p. 429). Dimichqi place même Tiflis dans la deuxième 
Arménie {Cosmographie, éd. Mehren, Saint-Pétersbourg, p. 189). 
D'ailleurs les nations caucasiennes reconnaissent entre elles une certaine 
communauté d'origine et se prétendent issues des frères cadets de Haïe, 
père des Arméniens ; les nations kartweliennes n'hésitent pas à affirmer 
que leur langue maternelle a été l'arménien jusqu'au temps où la fusion 
d'idiomes divers produisit la langue géorgienne {Hist. de la Géorgie, 
par Brosset). Il n'y a donc pas lieu de s'étonner si Théodose recule aussi 
loin les frontières de l'Arménie, surtout si, comme je le crois, il était de 
ce pays dont les natifs se distinguent par un patriotisme excessif. Dans 
ce cas, la réputation d'hospitalité qu'il fait aux arrière-neveux des an- 
thropophages n'est pas déplacée, car il n'y a certes pas de peuple qui 
puisse se vanter d'être plus hospitalier que les habitants du Caucase. 

David Gûnzburg. 



t. Voy. Histoire de la Géorgie, par Brosset, t. I de la i re partie, et la chron. armén. 
place'e en tête des Addit. et Eclaire. Voy. encore Géogr. de la Géorgie, par le Tsa- 
révitch Wakhoucht, éd. par Brosset, p. 9. 

2. Hist. de la Géogr., i re partie, t. 1, pp. 57 et 60 ; Dubois de Montpéreux, Voy. au- 
tour du Caucase, t. II, p. 335. 



224 RKVUB CRITIQUE 

CHRONIQUE 



FRANCE. — M. le comte de Charencey va publier à la librairie Ern. Leroux des 
Mélanges de philologie et de paléographie américaines ; ce volume se compose de 
mémoires détachés et ayant paru à des époques diverses, mais se rapportant tous à 
un seul et même sujet, la linguistique américaine et spécialement celle de la Nouvelle 
Espagne. Plusieurs des ouvrages consultés par M. de Charencey sont restés manus- 
crits et lui ont été communiqués par l'abbé Brasseur, de Bourbourg. Le livre se ter- 
minera par un exposé des recherches de l'auteur sur le déchiffrement des écritures 
dites calculiformes et propres au Yucatan et aux contrées avoisinantes. 

— L'auteur de la Ville et du Village sous l'ancien régime, M. Albert Babeau, pu- 
bliera, avant la fin de l'année, un ouvrage sur la Vie rurale dans V ancienne France, 

— Dans une brochure de 5o pages (Lons-le-Saulnier, Declume. In-8°), notre colla- 
borateur M. Ulysse Robert publie VEtat des monastères franc-comtois de l'ordre de 
Cluny aux xin c -xv e siècles ; les textes latins qu'il nous donne sont des procès-ver- 
baux de visites, tirés d'un volume de la Bibliothèque nationale (coll. de Bourgogne, 
tome LXXXII) ; ils ne témoignent guère en faveur des mœurs des clunistes dans les 
monastères de la Franche-Comté. M. U. Robert souhaite de voir prochainement 
réunir et publier tous les procès-verbaux de même sorte qui sont relatifs aux prieu- 
rés français de l'ordre de Cluny. Nous nous associons à ce souhait. 

— Les éditeurs Féchoz et Letouzey, de Paris (5, rue des Saints-Pères) préparent 
pour le « Dictionnaire des anonymes, » de Barbier et les « Supercheries littéraires 
dévoilées » de Quérard : I. Des additions et corrections qu'on pourra ajouter à la fin 
de chaque tome; IL Un Supplément en deux volumes; III. une Table générale. Ils 
font appel au concours de tous les bibliophiles et les prient de les aider par leurs in- 
formations dans la tâche qu'ils ont entreprise et que nous leur souhaitons de mener 
à bonne fin. 

— Une nouvelle édition du Glossarium de Du Cange, reproduisant la dernière 
édition donnée par la maison Didot avec les notes de Henschel, paraîtra chez l'édi- 
teur de Niort, L. Favre; elle comprendra dix volumes qui seront publiés en cent 
fascicules. 

— La i" livraison du tome premier de Y Histoire générale de la province de Quercy 
de G. Lacoste, publiée par les soins de MM. L. Combarieu et F. Cangardel, archiviste 
bibliothécaire, a paru à Cahors, chez Girma (In-8°, p. i à 40.) L'ouvrage formera 
huit volumes de 5oo pages chacun, paraissant en livraisons mensuelles pendant les 
années 1882, t883, 1884. Son prix sera de 18 francs, payables : 6 fr. par an. Les 
exemplaires de souscription sont tirés sur papier vergé teinté. 

— Deux volumes nouveaux des Mémoires-journaux de Pierre de l'Estoile, le vo- 
lume IX et le volume X, ont paru récemment à la Librairie des bibliophiles (In-8% 
438 et 427 pp.); ils comprennent la fin du Journal de Henri IV, de 1607 a 1610 ; 
le tome X est consacré presque entièrement à l'assassinat du Béarnais. 

— Dans la notice intitulée Quelques sculptures de la collection du cardinal de Ri- 
chelieu, aujourd'hui au musée du Louvre (Champion, in-8, 16 p.), et qui a été pré- 
sentée à l'Académie des Inscriptions par M. L. Delisle (séance du 28 juillet), M. L. 
Courajod détermine l'origine et examine la valeur critique de quatre des bustes les 
plus importants de nos collections : Jean de Bologne, Henri II, Charles IX et Henri III, 
qui ont fait partie de la galerie du cardinal. M. Courajod considère comme moderne 
la tête de Charles IX, qui a néanmoins depuis longtemps les préférences du public. 



0HIS1O1RKKÏ DK UTTKKATUKh 225 

— Le 3 e fascicule de la Revue d'histoire nobiliaire et d'archéologie héraldique ren- 
ferme des lettres inédites de Henri IV à son gentilhomme ordinaire Julien de Beau- 
repaire, sieur de Pierrefitte et gouverneur de Saint-Maixent; ces lettres, qui vont de 
i588 à i5go, sont publiées par le directeur du recueil, M. L. Sandret. 

— Le second volume des Mémoires sur la vie publique et privée de Claude Pellot, 
conseiller maître des requêtes, intendant et premier président du Parlement de Nor- 
mandie (16 ig-i683), publiés par M.. E. O'Reilly, conseiller à la cour d'appel de 
Rouen (Rouen, Cagniard; Paris, Champion. In-8°, 753 pp.) a paru; comme nous 
l'avions constaté, en parlant ici même du premier volume, ce livre donne de très 
instructifs renseignements sur l'administration et la justice en France au xvn" siècle ; 
Claude Pellot fut l'ami et le confident de Colbert, son parent par alliance, et c'est des 
lettres inédites de Pellot au grand ministre et au chancelier Séguier que M. 0*Reilly 
a tiré les matériaux de sa publication. 

— Dans le cahier de juin du Journal des savants (pp. 363-37o), M. Gaston Bois- 
sier parle du volume récemment publié par M. Aug. Louis Ménard, sous le titre 
d' Œuvres inédites de Bossuet. Le cours royal complet sur Juvenal. M. Boissier pense 
qu' « il suffit de parcourir le manuscrit de M. Ménard à certains endroits, pour qu'il 
soit impossible de croire qu'il puisse être la reproduction exacte des paroles de Bos- 
suet à son élève. Ce n'est pas ainsi que Bossuet formait le cœur et l'esprit du Dau- 
phin ». Il y a d'ailleurs dans le manuscrit des contre-sens « qu'il est bien difficile 
et très peu respectueux d'attribuer à Bossuet », et quant aux vers de la dixième sa- 
tire sur Annibal, dont la traduction paraît à M. Ménard le morceau le plus parfait de 
la langue française, « est-il possible d'attribuer à Bossuet de pareilles platitudes? » 
(Cp. Revue critique, n° 7, art. 43). 

— Le premier volume d'une Bibliographie des œuvres de Voltaire vient d'être 
publié par M. Georges Bengesco. 

— M. Léon Séché prépare un ouvrage où il se propose de raconterai' Histoire du 
jansénisme depuis la Révolution jusqu'à nos jours. L'introduction de cet ouvrage a 
paru dans la Paix (n°* des 18 et 19 août) sous le titre « Les derniers jansénistes »; 
cette étude montre, dit l'auteur, par des exemples tirés de nos jours, combien les 
grandes idées sont lentes à mourir une fois qu'elles sont entrées dans le cœur des 
femmes. 

— Parmi les nouvelles éditions de classiques français qu'ont fait éclore les nou- 
veaux programmes, nous signalons volontiers la bonne édition du Cinna de Cor- 
neille, récemment publiée chez Delagrave par M. Félix Hémon, professeur au lycée 
de Brest, lauréat de l'Académie française. Le texte est éclairé par d'utiles et solides 
réflexions soit littéraires, soit grammaticales; M. Hémon a « puisé à pleines 
mains » dans le Lexique de M. Marty-Laveaux et surtout dans le dictionnaire de 
Littré; l'introduction, d'un style élégant et aisé, renferme une histoire de la pièce, 
une étude des caractères, quelques pages fort intéressantes sur la façon dont Cor- 
neille a modifié les données de l'histoire, une notice sur la trop fameuse épître à 
Montoron. On ne peut que souhaiter de voir se multiplier des éditions de ce genre, 
qui, sans tomber dans le détail superflu, sont destinées par de savantes et ingé- 
nieuses notices, par un commentaire explicatif nourri, à donner à la jeunesse de 
nos écoles la véritable intelligence de nos grands écrivains. 

— M. le comte Th. de Puymaigre a commencé dans le Contemporain la publica- 
tion des Souvenirs de son père, le comte Alexandre de Puymaigre (1 789-1833); 
nous comptons que ces souvenirs paraîtront réunis en un volume. 

— L'ouvrage, couronné par la Société archéologique de l'Orléanais, de M lle A. de 
Foulques de Villaret, sur Y Instruction primaire avant 178 g à Orléans et dans 



22Ô RBVOh CRITIQOK 

les communes de V arrondissement , d'après des documents inédits, comprend deux 
parties : I. l'étude des établissements d'instruction qui existaient dans les vingt pa- 
roisses de la ville d'Orléans et les cinq paroisses de sa banlieue (avec une repro- 
duction d'un plan de la cité, datant de 1704). II. l'étude des écoles rurales (avec 
une carte scolaire de l'arrondissement d'Orléans). Le travail de M u * de Villaret 
est accompagné de vingt pièces justificatives. 

— Le combat du cap Ortegal, livré un mois après la bataille de Trafalgar (4 no- 
vembre i8o5) par la flotte hispano-française à la flotte anglaise, fut à la fois fu- 
neste et glorieux pour nos armes; le commodore sir John Stracham écrivait aux 
lords de l'Amirauté que les Français avaient combattu d'une manière admirable et 
ne s'étaient rendus que lorsqu'il était absolument impossible de manœuvrer leurs 
vaisseaux. M. GemjEhling a trouvé dans ses papiers de famille le récit détaillé de ce 
combat naval; c'est une lettre écrite par son père le I er décembre, de la cale d'un 
ponton anglais, à Plymouth; le père de M. Gemsehling, embarqué sur le Duguay- 
Trouin et qui avait déjà pris part à la bataille de Trafalgar, fut un des héros de la 
malheureuse quoique honorable affaire du cap Ortegal. M. Gemaehling fils a repro- 
duit le récit de son père, après en avoir contrôlé l'exactitude par une comparaison 
avec les rapports officiels déposés aux Archives du ministère de la marine {Combat 
du cap Ortegal, \3 brumaire an xiv [4 novembre i8o5], épilogue de la bataille 
de Trafalgar. Chaix. In-8°, 25 p. et 10 planches). 

— La librairie Hachette vient de publier sous le titre De Paris au Tibet les notes 
de voyage de Francis Garnier, le jeune explorateur et conquérant qui prit Hanoï et 
s'empara, dans une expédition presque fabuleuse, de tout le bas Tonkin en moins 
d'un mois. Ces notes avaient paru, sous le même titre, dans le journal le Temps, 
du 3o juillet 1873 au i3 mars 1874; elles comprennent quatre parties : De Paris à 
Shang-Haï (pp. 1-57); De Shang-Haï à Hankéou (pp. bg-83); De Shang-Hai à 
Pékin (pp. 85-155); Une excursion de trois mois au centre, de la Chine (pp. 157-286). 
On a joint à ces notes un mémoire adressé par Francis Garnier à la société de géo- 
graphie de Paris sur un Voyage dans la Chine centrale (vallée du Yang-T^u), 
pp. 289-361, et une étude, publiée pour la première fois dans le n° du g octobre 
1875 de la « Revue scientifique » sur Le rôle de la France dans V extrême Orient 
en Chine et en Indo-Chine (pp. 365~4i6). Le volume est précédé d'une notice sur 
Francis Garnier (pp. i-xxxv) ; cette notice est due à M. Léon Garnier qui annonce 
l'intention de faire paraître prochainement une étude complète et très développée 
sur la vie et les travaux du regretté lieutenant de vaisseau ; telle qu'elle est, on la lira 
avec intérêt, aussi bien que les impressions de voyage de Garnier dans ce monde 
oriental, dont — disait-il dans une lettre à M. Hébrard, — nous avons tenu jadis les 
destinées entre nos mains et où il dépend de nous de reprendre, Dieu aidant, une 
situation digne de la France. Garnier voudrait remplacer, s'il était possible, l'écriture 
hiéroglyphique des Chinois par les caractères latins; le temps que les Célestes em- 
ploient à n'apprendre qu'à lire imparfaitement serait gagné pour une foule de no- 
tions qui leur feraient voir le monde sous un jour tout nouveau et leur montreraient 
l'importance des relations avec les autres peuples; aucune révolution, sauf celle que 
l'imprimerie a opérée au xvi e siècle, ne serait comparable à celle-là. Garnier reconnaît 
le bien considérable que font les missions catholiques; mais il ne croit pas à la 
conversion des Chinois, parce que le Chinois n'a pas le sentiment religieux et n'est 
accessible qu'aux considérations d'intérêt matériel; il pense que les missionnaires 
ne domineront les populations chinoises que par leur supériorité scientifique. Les 
missionnaires, dit-il (p. 397), arrivent, armés d'un grand savoir théologique, mais 
ignorant l'histoire et les moeurs des peuples qu'ils vont évangéliser; ils sont à peine 



d'histoire et de littérature 227 

plus avancés en physique, en chimie, en cosmographie, en hygiène que les Chinois 
eux-mêmes ; absolument isolés, manquant de livres, ne recevant que les « Annales 
de la propagation de la foi » qui racontent leurs travaux, ils se chinoisent au bout 
de quinze ou vingt ans. Garnier propose de créer à Pékin et à Shang-Haï deux 
collèges où les jeunes missionnaires trouveraient tous les moyens d'étude aujourd'hui 
connus. Mais il exige des missions le respect absolu des lois et coutumes chinoises; 
la meilleure politique de la France à l'égard de la Chine, c'est de maintenir et d'a- 
méliorer les traités existants. On remarquera encore ce que dit Garnier de la création 
d'un corps de traducteurs interprètes, et de l'admission si désirable d'un grand 
nombre de Français dans les administrations générales de la Chine. En attendant, 
il faut mettre en relation directe la Cochinchine et le Céleste Empire par le grand 
fleuve du Tonkin, le Song-Coï qui descend de la province la plus méridionale de la 
Chine, le Yun-nan. 

— M. Dareste de la Chavanne (Antoine-Elisabeth-Cléophas), né à Paris le 25 oc- 
tobre 1820, est mort à Lucenay-les-Aix, dans la Nièvre, le 6 août. Professeur d'his- 
toire aux lycées de Versailles et de Rennes, puis au collège Stanislas, puis aux 
facultés de Grenoble et de Lyon, recteur de l'Académie de Nancy (1872), puis de 
celle de Lyon (1878), mis en disponibilité par décret du 8 décembre 1878, M. Da- 
reste de la Chavanne était l'auteur des ouvrages suivants : Eloge de Turgot (1846 ; 
Histoire de l'administration en F-ance depuis Philippe-Auguste (1848); Histoire 
des classes agricoles depuis saint Louis jusqu'à Louis XVI (i853); Histoire de 
France depuis ses origines jusqu'à nos jours (1865-1873, t. I-VIII) qui valut à son 
auteur le grand prix Gobert en 1868. Il était, depuis 187g, correspondant de l'Aca- 
démie des sciences morales et politiques. 

— Le général Ducrot, qui vient de mourir, avait publié La journée de Sedan (1871); 
De l'état-major et des différentes armes (même année); La vérité sur l'Algérie 
(même année) ; Quelques observations sur le système de défense de la France (même 
année); Guerre des frontières, Wissembourg , réponse à l'état-major allemand 
(1873); La défense de Paris (1875-78, en quatre vols.). 

— On trouvera dans le Polybiblion d'août (pp. 166-168) la liste complète des pu- 
blications du P. Jean-Xavier Gagarin, né à Moscou le I er août 18 14 et mort à Paris 
le 19 juillet de cette année. Secrétaire d'ambassade à Munich et à Paris — il connut 
dans cette dernière ville U.™ Swetchine et le P. de Ravignan — il entra en 1841 
dans la Compagnie de Jésus, fit son noviciat à Saint-Acheul, professa à Brugelette, 
à Vaugirard, etc. Nous relevons parmi ses ouvrages les suivants : Les jésuites de 
Russie, 1772-1785, et Religion et moeurs des Russes, anecdotes recueillies par le 
comte Joseph de Maistre et le P. Grivel (I er vol. de la Bibliothèque slave elzévi- 
rienne éditée par Ern. Leroux). 

— Notre collaborateur M. Charles Joret, professeur à la Faculté des lettres d'Aix, 
a été chargé d'une mission ethnographique en Danemark et en Norwège. 

— Une thèse française récemment soutenue devant la Faculté des lettres de Ren- 
nes par M. l'abbé Poulain a pour titre : Duguay- Trouin et Saint-Malo, la cité 
corsaire. 

— Les travaux de sculpture nécessaires pour la restauration de la salle du Jeu de 
paume à Versailles sont en bonne voie; M. L. Olivier Merson a été chargé de faire 
le tableau représentant, d'après David , la scène fameuse du Serment; la salle restaurée 
pourra être inaugurée le 20 juin 1 883. 

— L'agrandissement de la bibliothèque Carnavalet, projeté depuis longtemps, en- 
trera bientôt en voie d'exécution ; il consistera en un corps de bâtiment allant dç 



228 RKVUK f.U ITtQtftk » 

l'aile où est située la salle de lecture publique à la partie de l'édifice connue sous le 
nom de l'hôtel des Drapiers. Cette annexe comprendra, au rez-de-chaussée, une con- 
tinuation des pierres tombales, inscriptions ou autres se rattachant à l'histoire de 
Paris; au premier étage, une galerie de tableaux et de gravures du vieux Paris, qui 
encombrent en ce moment les salles de numismatique. Ces dernières salles seront 
mises en communication avec les autres parties du musée et ne seront ouvertes au 
public que le dimanche. Le musée Carnavalet s'enrichit, d'ailleurs, de nouveaux do- 
cuments. On a placé dans l'escalier qui conduit à la bibliothèque un immense plan 
de Paris, commencé en 1704 et achevé en 1749 (levé et dessiné par Louis Bretez, 
gravé par Claude Lucas et écrit par Aubin). La galerie consacrée à l'époque révolu- 
tionnaire renferme deux statuettes d'un artiste contemporain de cette période -. Apol- 
lon républicain, écrasant le fanatisme et l'ignorance; Jupiter républicain foudroyant 
la tyrannie. Signalons encore douze vues du cours de la Seine, signées du peintre 
Raguenet, et une esquisse peinte représentant l'apothéose de Marat et qui est attribuée 
au peintre David. 

ALLEMAGNE.— M. J. Dielitz publie à la librairie Starke, de Gœrlitz, le premier 
fascicule d'un Dictionnaire alphabétique des devises, cris de guerre, etc., du moyen 
âge et des temps modernes (Die Wahl-und Denkspriiche, Feldgeschreie, Losungen, 
Schlacht-und Volksrufe besonders des Mittelalters und der Neuçeit, gesammelt, 
alphabetisch geordnet und erlœutert. In-4 , 48 p., 2 mark 40). L'ouvrage compren- 
dra dix livraisons, 480 pages en tout. 

— Nous traduisons, à titre de curiosité, le compte-rendu du Deutsches Litteratur- 
blatt (n° 21, 19 août 1882) sur un opuscule de M. van Santen consacré à Wolfram 
d'Eschenbach; l'auteur de l'article, M. Henri Keck, directeur du Litteraturblatt, s'ex- 
prime ainsi : « Depuis les jours des romantiques les histoires de la littérature répè- 
tent toujours l'excessive louange de Wolfram et surtout de son P arrivai. L'auteur de 
ce livre, M. Van Santen, prétend, à notre avis, avec la plus entière raison, que 
Wolfram a été plutôt un traducteur qu'un poète original, et que dans ses vues mo- 
rales il ne s'élève nullement au-dessus de la frivolité welche de son époque. Nous 
saluons cet écrit avec joie, parce qu'il contribuera à décider la question, si la jeunesse 
de nos établissements d'instruction doit être introduite dans cette littérature du 
moyen âge qui, même en ses plus brillantes créations, respire, non l'esprit allemand, 
mais l'esprit welche, et par là cause un grand dommage au point de vue non seule- 
ment esthétique mais moral. » 

— La Gegenwart a publié (numéros 3o et 32) des extraits de lettres inédites d'A- 
lexandre de Humboldt à son ami W. G. Wegener; ces lettres sont datées de Berlin 
et deGœttingue où Alex, de Humboldt suivit les cours de l'Université (1788-1790); 
on y remarque déjà le savoir étendu et presque universel de Humboldt, des obser- 
vations profondes sur la botanique, une foule de détails sur la philologie ancienne, 
des portraits du monde universitaire de Francfort sur l'Oder et de Gœttingue, des es- 
quisses intéressantes de la société de Berlin. 

— La librairie Langenscheidt de Berlin a publié une treizième édition de l'excel- 
lent Dictionnaire des principales difficultés de la langue allemande de M. Daniel San- 
ders dont la Revue êritique a rendu compte en son temps. Cette nouvelle édition 
diffère surtout de la précédente par l'addition d'un Index complémentaire très dé- 
taillé et qui rendra les recherches plus faciles. 

— M. R. M. Werner doit publier prochainement la Correspondance de Nicolai et 
de Hamann. 

— Au i« r octobre YAllgemeine Zeitung aura quitté Augsbourg et se publiera désor- 
mais à Munich. 



D'HiSTOIKK Kl DK LITTÉRATURE 229 

ANGLETERRE. — M. Max Mûller doit publier, en un volume, les conférences 
qu'il a faites récemment à Cambridge, ainsi qu'une nouvelle édition de ses Hibbert 
Lectures et de son Introduction lo the science of religion. 

— Trois volumes nouveaux de la collection des « Sacred books of the east », diri- 
gée par M. Max Mûller, sont annoncés pour paraître prochainement : I. La seconde 
partie des « Sacred laws of Aryans », renfermant le Vasishtha et le Baudhâyana, 
p. p. G. Bûhler; II. La seconde partie des « Pahlavi Texts », renfermant le Dâ- 
ôistdni Dînîk et les « Epistles of Mànûskihar, p. p. E. W. West ; III. La seconde partie 
des « Pâli Texts », conclusion du Mahdvagga et partie du Kullavaga, p. p. Rhys 
Davids et Oldenberg. 

— La « Clarendon Press « doit publier bientôt un ouvrage de M. Monro, Gram- 
mar ofthe homeric dialect. 

— Sous le titre de Spinoza Essays paraîtra à la librairie Williams et Norgate, un 
volume renfermant des études de MM. Land, Van Vloten et Kuno Fischer, traduites, 
sous la direction de M. Knight, par M. Menzies, du hollandais, et par Miss F. 
Schmidt, de l'allemand. 

— M. Mac Crindle publie d'abord dans YIndian Antiquary, puis à part, une série 
de petits volumes sur l'Inde ancienne ; c'est ainsi qu'il a fait paraître en 1877, 
YAnciènt India as described by Megasthenes and Arrian, et en 1879 c The commerce 
and navigation of the Erythraean Sea », avec un appendice a Arrian' s account of 
the voyage of Nearkhos ». Un troisième volume a paru sous le titre « Ancient India 
as described by Ktesias the Knidian ». 

ITALIE. — M. C. Paoli nous envoie un article, tiré à part de 1' « Archivio storico 
italiano » et consacré à la mémoire de M. Ch. Fréd. Stumpf-Brentano et de notre re- 
gretté Charles Graux ; m una giovine e rigogliosa vita s' e spenta in Carlo Graux. La 
morte l'a a colto non ancora trentenne, nell' età ch' è più lieta di speranza e di la- 
voro, e ch' egli aveva già cosi bene impiegata, da lasciare dopo di se, nella scuola e 
nella scienza, frutti non dimenticabili d'operosità di dottrina e d' ingegno grandis- 
sime. Io conobbi il Graux fugacemente in Firenze, e ho ancora viva nella memoria 
quella sua fisonomia intelligente ed aperta e la squisitezza dei suoi modi... Di lui 
sertsse la Revue critique le seguenti nobili e degne parole, colle quali mi par bene 
di chiudere questo brève ricordo :La Francia in Carlo Graux ha perduto non sola- 
mente un sommo scienziato, ma un riformatore e ordinatore efficace délia sua cul- 
tura superiore; morendo a ventinove anni, egli ha lasciato un vuoto che non sarà 
facilmente riempito ». 

— Dans un mémoire extrait du journal musical Boccherini et intitulé « Pourquoj 
les Grecs anciens n'ont-ils pas fait de progrès en harmonie » {Perche i Greci anti- 
chi non progredirono nell' armonia. Florence, Guidi. In-8°, 71 p.), M. Baldassare 
Gamucgi a fait sur cette difficile question d'utiles et ingénieuses remarques; il in- 
siste particulièrement sur les rapports intimes de la musique grecque avec la danse, 
et la définit comme imitative et analytique, par opposition à la musique moderne 
qui serait expressive et synthétique; la conclusion du mémoire de M. B. Gamucci, 
c'est que « la musique des Grecs était en substance l'imitation artistique des inflexions 
de la voix et des mouvements rythmiques exprimant matériellement les diverses 
émotions de l'âme. » 

— La correspondance de Gino-Capponi doit prochainement paraître à Florence, 
chez Le Monnier, par les soins de MM. Carraresi et Guasti. 

— D'après certains journaux, la municipalité de Rome a décidé de rappeler par 
une plaque commémorative en marbre que Michel Montaigne a habité l'auberge 
delV Orso; une inscription sera gravée. sur cette plaque; en voici la traduction : 



2 3o 



RKVUE CKITIQUE 



« s. p. q. r. Dans cette ancienne auberge dell'Orso demeurait en l'an i58i le mora- 
liste français Michel Montaigne, auteur du livre des sages, qui a beaucoup contribué 
au progrès de la philosophie. Le Sénat de Rome lui avait conféré le droit de citoyen 
romain. » 



ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES 



Séance du 1 1 août 1882. 

M. Hussenet, médecin aide-major, écrit de l'île de Djerba : « Les fouilles exécutées 
par un détachement du 78 e de ligne, sous la direction de M. le lieutenant Le Hello, 
dans les ruines de l'ancienne Menina, ont fait découvrir une inscription funéraire 
chrétienne, provenant d'une basilique. » M. Hussenet adresse à l'Académie une co- 
pie et une description de ce monument. Le tombeau auquel appartient l'inscription 
est formé de belles dalles, dont une, de forme pyramidale tronquée, porte une croix 
latine et aux quatre angles un chrisme entre l'A et l'Q. L'inscription est en partie 
effacée. La défunte était une jeune fille, puella, nommée Egnatia. On distingue aussi les 
formules in pace et in mundo, celle-ci précède l'indication de la durée de la vie de la 
jeune fille, avec la date de la mort et celle de la sépulture. Les noms d'Egnatius et Egna- 
tia paraissent avoir été répandus dans cette contrée. Celui d'Egnatia se rencontre dans 
une autre inscription trouvée à Menina, par M. Pellissier, sur un piédestal de caryatide, 
celui d'Egnatius dans une inscription païenne de la vallée de la Medjerdah, décou- 
verte par M. Victor Guérin, etc. 

M. Bergaigne achève la lecture de son mémoire intitulé : les Inscriptions sanscrites 
du Cambodge, examen sommaire d un envoi de M. Aymonier, par MM . Barth, Ber- 
gaigne et Senart {rapport à M. le président de la Société asiatique). L'envoi de M. le 
capitaine Aymonier se compose des calques d'inscriptions qu'il avait recueillis pen- 
dant ses premiers voyages au Cambodge, avant la mission officielle dont il est ac- 
tuellement chargé. Cet envoi comprend cinquante-quatre numéros, formant ensem- 
ble une vingtaine d'inscriptions. Tous ces textes sont en vers sanscrits, parfois mêlés 
de quelques lignes de prose cambodgienne; la plupart sont très étendus; l'ensemble 
équivaut à un total de plus de quinze cents hexamètres. Tous sont inédits, sauf un 
seul fragment, qui était déjà connu, mais qui est aujourd'hui complété par la décou- 
verte des autres parties de l'inscription à laquelle il appartient. Les données de tout 
genre que renferment ces documents dépassent en importance celles de tous les tex- 
tes épigraphiques de Cambodge publiés jusqu'à ce jour. 

La plus ancienne inscription datée qui se trouve comprise dans l'envoi de M. Ay- 
monier est de l'an 589 de l'ère çaka ou 667 de notre ère. Elle fait connaître les noms 
et l'ordre de succession de cinq rois, Rudravarman, Bhavavarman, Mahendravarman, 
Içânavarman, et Iayavarman. Une autre inscription qui ne porte pas de date, est 
certainement plus ancienne encore; le roi sous lequel elle a été gravée était un fils 
du second des princes portés sur cette liste, Bhavavarman. Ces deux textes, intéres- 
sants par leur haute ancienneté, et dont l'écriture présente une grande ressemblance 
avec celle des plus anciennes pierres gravées du Dekkan, seront publiées par M. Barth 
dans le Journal asiatique. 

Les inscriptions qui viennent ensuite sont postérieures a celles-ci de plus de deux 
siècles. Elles font connaître les dates de l'avènement de deux rois, Indravarman, en 
797 çaka, ou 875 de notre ère, et Yaçovarman, son fils, en 81 1 çaka, 889 de notre 
ère. Ce dernier était déjà connu par une inscription de l'an 8i5çaka, découverte 
par le commandant Doudart de Lagrée et publiée par le lieutenant Garnier dans 
son Voyage d" 1 exploration en Indo-Chine. Les inscriptions d'Yaçovarman envoyées 
par M. Aymonier et trouvées par lui près d'Angkor présentent un double intérêt, 
paléographique et historique. On y rencontre à la fois deux genres d'écriture diffé- 
rents, l'écriture cambodgienne ordinaire, originaire de l'Inde méridionale, et un al- 
phabet hiératique qui paraît provenir de l'Inde du nord. Chaque texte est écrit 
deux fois, en caractères du Nord et en caractères du Sud, sur les deux faces de la 
même stèle. Ces textes doubles, dont l'un va être publié prochainement par M. Ber- 
gaigne, renferment des indications généalogiques qui permettent d'établir la succes- 
sion des prédécesseurs d'Indravarman. Le plus remarquable de ces princes est un 
Iayavarman, qu'on peut appeler, provisoirement, Iayavarman II, et qui fut le chef 
d'une branche nouvelle. Il descendait d'une famille de rois vassaux et changea son 
premier nom de Mahîpativarman en celui de Iayavarman quand il devint roi su- 
zerain. Son avènement paraît coïncider avec un changement de capitale. Iayavar- 
man II fixa sa résidence sur le mont Mahendra, près d'Angkor ou à Angkor même, 
et c'est probablement à lui qu'il faut attribuer le commencement des constructions 



d'histoire et DE LITTÉRATURE 23 I 

dont les ruines forment ce qu'on appelle aujourd'hui « le groupe d'Angkor ». Il dut 
régner vers le milieu du ix e siècle ; en effet, il eut pour gendre Indravarman dont 
le règne est compris entre les années 875 et 889 de notre ère. Indravarman ne suc- 
céda pas, du reste, immédiatement à son beau-pere; entre eux se placent trois rois, 
Iayavarman III, Rudravarman II et Prithivîndravarman. 

D'autres inscriptions, de date postérieure, permettent de dresser également la liste 
des successeurs des rois Indravarman et Yaçovarman, jusqu'à Harshavarman III, qui 
paraît avoir vécu au xu e siècle de notre ère. Des inscriptions des années 973 et 988 
de l'ère çaka (io5i et 1066) contiennent des récits en style épique, relatifs à des 
combats' livrés à un ennemi puissant, peut-être à un rebelle. C'est à peu près le seul 
renseignement que ces textes fournissent pour l'histoire politique, en dehors de la 
généalogie des rois et de la chronologie de leurs règnes. On y trouve plus de don- 
nées pour l'histoire religieuse. Autant qu'on peut en juger par les textes étudiés 
jusqu'ici, les premiers cultes transportés de l'Inde au Cambodge ont été celui de 
Çiva et des autres divinités brahmaniques. Le bouddhisme ne serait venu qu'après. 
Jusqu'à présent, le premier roi dont on ait des inscriptions bouddhiques est Ràjen- 
dravarman, qui commença de régner en 866 çaka (944 de notre ère). 



d'( 

santés est l'épitaphe d'un decurio praeposit 

M. Clermont-Ganneau communique quelques détails nouveaux sur les résultats 
de sa mission archéologique en Syrie et en Palestine. Aux environs de la ville de 
Gezer, il a trouvé, à plusieurs endroits, des pierres sur lesquelles était gravé, en hé- 
breu, le mot limite. Ces pierres servaient à indiquer le terme du chemin qu'il était 
permis de faire le jour du sabbat. Au mont Carmel, M. Clermont-Ganneau a relevé 
un fragment d'inscription votive, qui semble provenir d'un temple. 

M. Dieulafoy, ingénieur des ponts et chaussées, rend compte de quelques-uns des 
résultats d'une mission archéologique en Perse, qui lui avait été confiée par le gou- 
vernement, et dont l'objet était l'étude des monuments des dynasties achéménide et 
sassanide. Il s'occupe principalement de deux monuments situés dans la plaine du 
Polvar-Roud, au nord de Persépolis, auprès des villages actuels de Meched-Mouzzab 
et de Maderè-Soleïman. On a voulu voir dans ce lieu le site de l'antique Pasargade, 
où, selon la tradition, fut enseveli Cyrus. M. Dieulafoy combat cettte opinion et 
reconnaît dans la plaine du Polvar-Roud le lieu où Cyrus vainquit les troupes d'As- 
tyage son grand-pere, et où Cambyse, son père, fut tué et enseveli. Cyrus avait com- 
mencé en ce lieu la construction d'une ville dont il voulait faire sa capitale. M. Dieu- 
lafoy lui attribue l'un des deux édifices dont il entretient l'Académie, celui qui porte 
le nom de takht Maderè-Soleïman (trône de la mère de Soleïman). C'est un immense 
soubassement de pierres colossales, inachevé, qui rappelle les monuments grecs les 
plus anciens, tels que ceux de Ségeste ou de Sélinonte, et qui paraît avoir servi de 
modèle à la grande terrasse du palais de Persépolis. Quant à l'édifice de Meched- 
Mouzzab, tour carrée, toute semblable aux tombeaux lyciens, M. Dieulafoy pense 
que c'est la sculpture même de Cambyse. La capitale que Cyrus voulait fonder 
avait dû recevoir le nom de Parçakarta (ville des Perses), en grec Persépolis, titre ho- 
norifique qui appartenait à toutes les capitales et qui fut transporté plus tard à la 
ville fondée par Darius à trente kilomètres au sud de celle de son père. C'est ce nom 
de Parçakarta qui aura été confondu par les Grecs avec celui de Pasargade, et cette 
confusion a donné lieu à l'erreur signalée plus haut. 

Ouvrages présentés : — par M. P.-Ch. Robert : Aurès, étude sur le système mé- 
trique assyrien; — par M. Pavet de Courteille : Colonna-Ceccaldi (Georges), Monu- 
ments antiques de Chypre, de Syrie et d'Egypte; — par l'auteur : Desnoyers, Rap- 
port sur les travaux de la Société de l'histoire de France. 

Séance du 18 août 1882. 

M. de la Blanchère, professeur à l'école supérieure des lettres d'Alger, lit un mé- 
moire sur les Djedar, monuments qui se rencontrent, au nombre de dix, divisés en 
deux groupes, à la limite des hauts plateaux et du Tell, sur le Djebel Ladjdar et 
aux environs. Ce sont des pyramides quadrangulaires, reposant chacune sur un 
soubassement carré de pierre de taille. On y pénètre par une porte pratiquée dans 
la façade de chaque djeâar; on accédait à la porte par une avancée de laquelle on 
jetait un pont volant. A l'intérieur est un système assez compliqué de galeries et de 
chambres, celles-ci fermées par des pierres que l'on fait glisser ou rouler dans des 
rainures. Les dimensions sont variables; les pyramides les plus grandes sont hautes 
de 34 mètres et larges de 45. Les procédés de construction sont grossiers et révè- 
lent une époque de décadence. Dans quelques djedar, on a trouvé des débris enlevés 
à des monuments antiques, notamment un fragment d'une inscription où devait 
figurer le nom de Caracalla : ADIABENICVS-PARTHICVS-M. L'ornementation 
intérieure comprend des sculptures et des restes de peintures, d'une exécution très 
imparfaite; on y voit surtout des emblèmes chrétiens, analogues à ceux qu'on trouve 
dans les catacombes les plus récentes et sur les monuments des Ostrogoths et des 
Lombards en Italie. Le tout donne lieu de penser que les djedar ont dû être cons- 



232 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE J-IJTÉR^IURK 

truits du v e au vn & siècle de notre ère. M. de la Blanchère, en s'aidant de quelques 
données fournies par les historiens, y voit les tombeaux des princes d'une dynastie 
chrétienne indigène, qui se serait établie et aurait régni en Mauritanie,. à^la faveur 
du désordre général, pendant tout ou partie de l'intervalle compris entre la chute <Je 
la domination romaine et la conquête musulmane. 

M. " 
et 

M. de'Sarzec. Développant les points qu'il avait indiqi 
note envoyée précédemment à l'Académie, M. Heuzey s'attache à établir qu'avant 
l'époque du prince dont le nom a été lu Goudea, et qui gouvernait la ville de Sir- 
tella (Tello) en qualité de gouverneur, sans doute sous l'autorité et au nom d'un roi 
étranger et suzerain, il y a eu une dynastie autonome, dont les membres ont possédé 
cette ville en pleine souveraineté et ont pris le titre de roi et non celui de gouver- 
neur. Plusieurs inscriptions donnent les noms et les titres de ces rois et permettent 
de dresser (sauf l'incertitude qui règne toujours sur la véritable prononciation des 
noms écrits en caractères cunéiformes) une première liste généalogique de trois 
noms : i° Hal-Dou, père de roi, sinon roi lui-même; 2° Our-Nina, roi de Sirtella, 
fils de Hal-Dou; 3° Kour-Gal, roi de Sirtella, fils d'Our-Nina. Au temps du règne 
de celte antique dynastie correspond une période archaïque de l'art chaldeen. 
M. Heuzey met sous les yeux des membres de l'Académie divers monuments, sur 
lesquels on observe les caractères qui distinguent cet art primitif de celui des épo- 
ques postérieures. 

Séance du 25 août 1882. 

M. Pascal Duprat. au nom du comité de souscription formé pour l'érection d'une 
statue à Lakanal, informe par lettre l'Académie que la statue sera inaugurée à Foix 
(Ariège) le 7 septembre, et invite la compagnie à se faire représenter à cette solen- 
nité. 

M. Ferdinand Delaunay lit un mémoire de M. Romanet du Caillaud, avocat à la 
cour d'appel de Limoges, sur l'origine et la date de la loi romaine connue sous le 
nom de lex Julia Norbana. L'objet de cette loi était de rendre valables des affran- 
chissements irréguliers en la forme et qui étaient jusque-là dépourvus de toute va- 
leur légale; mais, en accordant la liberté aux esclaves affranchis d'une façon irrégu- 
lière, la nouvelle loi leur refusait la qualité de citoyen romain et créait pour eux une 
condition intermédiaire, analogue à celle des Latins des colonies, ce qui fit qu'on 
donna aux esclaves affranchis en vertu de cette loi le nom de latins juniens. Les 
auteurs qui nous font connaître l'objet et les prescriptions de la loi Junia Norbana 
n'en indiquent pas la date. Comme il était d'usage de donner aux lois le nom des 
magistrats qui les avaient proposées et que les lois étaient le plus souvent présentées 
par. les consuls, on a toujours pensé que, pour trouver la date de la loi, il fallait 
chercher une année où se rencontrassent, dans les fastes consulaires, les noms de 
Junius et de Norbanus. Jusqu'ici on hésitait entre deux dates, l'an 670 de Rome 
(82 avant notre ère), où l'on trouvait un consul G. Junius Norbanus, et l'an 771 de 
Rome (îq de notre ère), où l'un des deux consuls s'appelait M. Junius Silanus et 
l'autre L. Norbanus Flaccus. M. Romanet du Caillaud présente diverses objections 
contre ces deux solutions. La première, supposerait la loi antérieure à l'époque où 
Cicéron écrivit ses Topiques ; or, dans cet ouvrage, Cicéron énumère les formes par 
lesquelles on peut affranchir un esclave et n'indique que celles qui étaient en usage 
avant la loi Junia Norbana. L'autre hypothèse reculerait la réforme à une date bien 
tardive. M. Romanet du Caillaud émet une hypothèse nouvelle, qui consiste à ad- 
mettre que la loi a été faite en deux fois, qu'elle avait été votée d abord sur la pro- 
position d'un consul Junius et qu'elle fut revisée ou amendée plus tard sur la pro- 
fiosition d'un consul Norbanus. En l'an 728 de Rome (24 avant notre ère), les consuls 
urent l'empereur Auguste et M. Junius Silanus; l'année suivante (729-23) Auguste 
fut encore consul et eut pour collègue C. Norbanus Flaccus. M. Romanet du Cail- 
laud pense qu'Auguste fut le véritable auteur de la loi en question. En 728, il la fit 
présenter par son collègue le consul Junius; en 729, ayant reconnu la nécessité d'y 
faire quelques changements, il chargea son nouveau collègue, Norbanus, de les pro- 
poser. La loi, amendée, prit à la fois les noms du magistrat qui l'avait introduite le 
premier et de celui qui en avait présenté la rédaction définitive. 

M. Deloche donne une seconde lecture de son Mémoire sur les monnaies frappées 
en Gaule au nom de l'empereur Maurice Tibère. 

Ouvrages présentés ; — par l'auteur : Hauréau, les Mélanges poétiques d'Hilde- 
bert de Lavardin; — par M. Egger : Mélitopoulo, Etude sur une inscription décou- 
verte au Pirée; — par M. Delisle : Mûntz (Eug.) et Faucon (Maurice), Inventaire des 
objets précieux vendus à Avignon en i358 par le pape Innocent VI. 

Le Propriétaire-Gérant : ERNEST LEROUX. 

Le Puy, imprimerie Marchessou fils, boulevard Saint -Laurent, 23 

■ 



REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

N» 39 - 25 Septembre — 1882 



Sommaire s 192. D'Arnim, Les prologues d'Euripide. — 193. Alb. Martin, Le 
manuscrit d'Isocrate Urbinas cxi de la Vaticane. — 194. Héron de Villefosse et 
Thédenat, Cachets d'oculistes romains. — 195. Mary-Lafon, Histoire littéraire 
du midi de la France. — 196. Mangold, Histoire et critique du Tartufe. — 197. 
Le Reineke Fuchs de Gœthe, p. p. Bieling. — 198. Lodge, Histoire des colonies 
anglaises d'Amérique. — 199. Theal. Recueil de contes cafres. — Chronique. — 
Société des antiquaires de France. — Académie des Inscriptions. 



192. — J. d'Arnim. De prologorum Euripideorum nrte et interpolatione. 

Dissertatio inauguralis philologica. Greifswald, 1882. In-8°, 108 p. 

M . Jean d'Arnim a consacré sa thèse de doctorat à l'étude des prolo- 
gues d'Euripide, mais il n'a pas traité sous toutes ses faces ce sujet at- 
trayant. 

A la fin de sa dissertation, dans une vingtaine de pages d'un latin cor- 
rect, quoique un peu lourd, il esquisse, plutôt qu'il ne développe, les 
règles auxquelles Euripide s'est conformé dans les prologues. Ce résumé 
est généralement exact, et M. d'A. a bien vu que toutes ces règles se ra- 
mènent, en définitive, à une seule, celle-là même que le poète, dans les 
Grenouilles d'Aristophane, se vante d'avoir scrupuleusement suivie » : 

ETt' OÙ* £>vY)pOUV OTl TU/OIJ/.', OuS' £[J(.X£<jà)V £ÇUpOV, 

'aXV ou£i<*>v xpumcxa [ûv \i.oi to févoç six' av e56ùç 

tou o"pà[jiaT0ç.... 

Exs'.t' àxb twv TCpu)TO)v èxwv oùBsv xap^x.' av àp^ov 
aXk' ëXefsv Y) ^uvy) té jjloi yù SouXoç oùBèv ^ttov, 

X« o"£cx6ty)ç yjq xap6évoç y$ ^pauç av.... 
En d'autres termes, le prologue comprend deux parties : un long mo- 
nologue (icpooC|xiov) destiné à instruire le public des faits qui se sont pas- 
sés avant Faction et des circonstances dans lesquelles elle s'engage, et un 
dialogue qui nous montre sous leur vrai jour les sentiments dont sont 
animés les principaux acteurs, et met pour ainsi dire en présence les 
deux camps dont le conflit constitue l'intérêt dramatique de la pièce. 
Quant à la persona xpoXofiÇouGa, elle est toujours choisie dans le parti 
avec lequel le poète veut nous faire sympathiser; mais comme son ex- 
posé doit être impartial, ce n'est généralement pas le héros lui-même, 
surtout s'il est dominé par des passions vives. Quand la marche de l'in- 
trigue exige que les personnages soient dans l'ignorance de certains faits, 



1. Grenouilles, vv. 945-950. 

Nouvelle série, XIV. . i3 



234 RKVUK CRITIQUE 

Euripide, qui ne veut pas que le spectateur partage leur ignorance, 
charge du prologue un dieu dont le choix n'est jamais arbitraire. 

Cette analyse est judicieuse; mais M. d'A. aurait dû la pousser plus 
loin, et se demander pourquoi Euripide a jugé nécessaire de donner à 
ses expositions une précision presque fastidieuse qu'on ne trouve 
pas chez ses devanciers. Il ne suffit pas, pour rendre compte de cette dif- 
férence, d'opposer d'une façon générale l'art « réfléchi » d'Euripide, son 
inquiète soumission à des formules étroites, à l'art plus libre d'Eschyle 
et de Sophocle « ubi veluti flores in prato nascuntur. » En réalité, 
dans bon nombre de tragédies, le soin méticuleux d'Euripide s'explique 
par la nouveauté de l'intrigue ou par les modifications essentielles que, 
dans sa préoccupation de rajeunir des sujets rabattus, le poète a fait su- 
bir aux destinées et aux caractères consacrés des personnages. Il est évi- 
dent que, pour faire accepter au public des situations aussi bizarres que 
celles d'Electre ou d'Hélène dans les tragédies qui portent leur nom, des 
explications préliminaires assez détaillées étaient indispensables. Eschyle 
et Sophocle, qui ne s'éloignaient guère dans la donnée générale de leurs 
drames des récits des poètes épiques, familiers à leur auditoire, pouvaient 
entrer in médias res sans tant de précautions l . — Dans d'autres prolo- 
gues, on peut croire qu'Euripide a saisi une occasion commode de rap- 
peler des légendes qu'il savait devoir plaire aux Athéniens (Ion, Hippo- 
lyte, les Héraclides) ou encore d'exposer sur les exploits attribués aux 
héros et aux dieux des réflexions philosophiques . Aucune partie du drame 
n'offre, en effet, au poète l'occasion de s'expliquer aussi librement : le 
prologue lui tient lieu de parabase. 

Il n'aurait pas été hors de propos d'étudier, au point de vue du style 
et de la tournure de phrase, les prologues, et surtout la tirade initiale si 
caractéristique. La monotonie de ces débuts a excité la verve railleuse 
d'Aristophane 2 . M. d'A. s'est interdit cette étude intéressante, de même 
que toute appréciation littéraire « cum hœc et difficilior causa sit 
quant ut ab adolescente apte suscipiatur, et ut-pote magnam partent 
in proprio uniuscujusque sensu posita, philologici muneris fines trans- 
grediatur. » C'est pousser un peu loin la modestie, tant pour soi que 
pour la philologie. 

i. A cet égard, Euripide se trouvait un peu dans les conditions des poètes comi- 
ques. Voyez le joli morceau où Antiphane se plaint de l'avantage qu'ont sur ses 
pareils les poètes tragiques « qui. ne présentent jamais au public que des personna- 
ges dont il connaît l'histoire de longue date. » (Antiph., in com. Ilonjctç, éd. Didot, 
p. 3 9 2.) 

2. Disons, en passant, que M. d'A. pose en règle que, dans les pièces antérieures 
à l'expédition de Sicile, Euripide s'est astreint à désigner nommément la persona 
ftpoXof t'Çouaa dès les trois ou quatre premiers vers ; il se serait ensuite relâché 
de cette règle rigoureuse, et M. d'A. en conclut que le Phrixus appartient à la der- 
nière époque du poète. La chronologie des pièces d'Euripide ne me paraît pas assez 
certaine pour autoriser ces déductions; d'ailleurs, M. d'A. constate lui-même plusieurs 
dérogations à sa règle (Médée, les Héraclides). 



d'histoire et DE LITTÉRATURE 2 35 

La majeure partie de la dissertation, celle où l'auteur étudie indivi- 
duellement les divers prologues d'Euripide, est moins une œuvre origi- 
nale qu'un commentaire critique du récent ouvrage de M. Klinkenberg 
sur le même sujet l . M. d'A. suit pas à pas, en le rectifiant, le travail de 
son devancier dont il admire vivement- non seulement la conscience, mais 
encore le sens critique, acre judicium et magna diligentia. Je ne connais 
pas le livre de M. Klinkenberg; à en juger par les nombreuses citations 
de M. d'A., je ne puis m'associer à une appréciation aussi flatteuse. Si 
M. Klinkenberg témoigne parfois de savoir et de sagacité, bien plus sou- 
vent il cède à la manie d'effacer ce qu'il ne comprend pas à première 
vue ou qui ne cadre pas exactement avec les règles scolastiques et arbi- 
traires où il prétend enfermer son auteur. Il arrive ainsi à supprimer 
près de la moitié des vers des prologues qui nous sont restés 2 . 

Je me hâte de dire que M. d'A. ne cède pas, en général, au fnror hy- 
percriticus de son devancier. Il préfère la médecine à la chirurgie; et, 
là où il est arrêté, il aime mieux avouer son ignorance ou corriger le 
texte que raturer. D'ordinaire, ses conjectures se distinguent plutôt par 
le bon sens et une saine érudition que par un sentiment bien vif de la 
poésie euripidéenne, disons mieux, de la poésie tout court. Il en est peu 
qui emportent la conviction. Comme telle je citerai volontiers la leçon 
ècr^aXouaa au vers 35 d' Andromaque,> au lieu d'èy.jâaÀouca qui donnait un 
sens peu intelligible. La confusion des groupes EK et EIC n'a pas be- 
soin d'être justifiée. Au vers 18 d'Ion, la leçon Saxpuouca pour Kpéouca me 
sourirait fort, s'il ne fallait pas user avec beaucoup de ménagement de 
l'anapeste initial dans le trimètre, en dehors des noms propres. Citons 
encore cette variante des vers 29-31 d' Hippolyte, qui ont tant tourmenté 
les éditeurs : 

Kai rcptv [J.£V èXôsïv ty;os, *pjç TpoiÇyjviaç 
(TceTpav xap' aùxïjv IlaXXâSoç) xaTGtjnov 
6eaç rrçcSs vabv KuTiptBoç è^y-aôicaTO. 
La vulgate a irjvBs pp TpoiÇvjvtiJcv et au v. 3i rfqç frjaBe vabv. Les correc- 
tions de M. d'A. écartent ces répétitions insupportables, mais laissent 
subsister quelque, embarras dans la phrase 3 . 

Dans plus d'un passage, M. d'A. s'est laissé encore entraîner à des athé- 

1. De Euripideorum prol'ogorum arte et interpolatione. Bonn, 1881. 

2. Si encore M. Klinkenberg s'était bien pénétré du génie d'Euripide avant de 
fulminer ses doctes athétèses ! Dans le prologue d'Hippolyte, il retranche les vers 
7-8 où se trouve cette remarque si finement ironique dans la bouche du poète libre- 
penseur : 

"Evs<ru *j"àp By) /.àv Gewv Y^vet xéâs, 

ti|Mj)[j.£voi xatpouaiv àvôp&irwv 5«o. 
N'est-ce pas le cas de dire : ipsum Euripidem ex Euripide exsulare jubet? (comparez 
avec M. Weil, Bacch., v. 3-ii). 

3. La quantité un peu insolite de Qeaç est autorisée notamment par Androm., v. 20 
(vers retranché à tort par Arnim et Klinkenberg). 



\^ £ «iJUlAHHII!.! 30 ÏA M>lioï2IH'û 

236 REVUK CRITIQUE 

teses peu nécessaires ou a des corrections qui empirent Je texte. Ainsi, au 
vers 27 à'Oreste, il lit : 

'317 duci £w tout caseç ev xotvw cnwjceiv 

i- j 1 5 A/r • 1 1 ! » ' r . « u- -objnBrtoq 

au heu de ccaaçeç. Mais la vulgate s explique très bien, non pas par : 

« Se in publico causant necis Agamemnonis non pronuntiaturam », 

comme le veut M. KUnkenberg, mais par : « Linquo rem dubiam corn- 

muni judicio dijudicandam ». — Au vers 17 à'Iphigénie en Tauride : 

w tyjgB' àvactjcov 'EXXââoç aipct.ir^ioi.ç 
M. d'A. n'a pas vu que àviaceiv aTpaTYJYtaç est une locution poétique qui 
s'explique comme « dormez votre sommeil » '. Il a écrit : 

t ' ; 'fl73î 

w "frçç àviaawv EX^âBoç ffTpaiYJYia 
ce qui frise la platitude. — Dans la même tragédie, aux vers 35 suiv., 
j ai peine a croire qu'il aurait propose la faible conjecture : 

fchistv VOU.OKJI toi ai v aosxai Osa 

s'il avait connu la belle et certaine 2 correction de M. Weil : 

oOev vouotsi, toigiv -nosTa'. osa, 

Xpw[j.saO eoprTjç. 
Disons, en terminant, que M. d\Arnim mérite rarement des critiques 
de ce dernier genre. Ordinairement, il est bien au courant de la « litté- 
rature » de son sujet, et c'est pourquoi, alors même qu'on n'acceptera 
pas ses conjectures, on ne lira jamais sans profit les observations que lui 
suggèrent les difficultés nombreuses du texte 3 . 
-U03 233 Théodore Reinach. 

■■Jè B3b fi 

-GD3l.9up f r^ jnmeM .M a .atusl 

-33 ;DldB20a , 9 b ; 9b ivi38 j g3 « g 9]8 j 

38r '" d 183 li inBbnsq 

ig3. — I-e manuscrit disocrate Urbinas CXI de la Vaticanc. Descrip- 
tion et histoire. Recension du Panégyrique, par Albert Martin, membre de l'école 
française de Rome. Paris, Thorin, «881. Une brochure de 33 pp. 

I 3b U3ll 

Les collations bien faites sont rares; un grand nombre de celles qu'on 
trouve dans les éditions critiques un peu anciennes sont ou incomplètes 
ou remplies d'inexactitudes. Nous ne demandons pas que l'on présente 
toutes les variantes, sans exception, mais il serait à souhaiter que les 
leçons reproduites fussent toujours sûres pour pouvoir établir la filiation 
des variantes, et faire le classement des manuscrits. Ces deux bases de la 
critique verbale manqueront toujours de solidité tant que la plupart des 
collations qui existent n'auront pas étérevisées avec soin. 

_____ j 2311 pbjjp 

1. Comparez Odyssée Q, 3o wç oçsXsç ti-a^ç dbroVY)[Ji.svoç, ÎJOTSp otoaroireç: 

2. Je n'entends pas affirmer que le mot ^pâ)[j.su6a soit au-dessus de toute contes- 
tation, mais bien qu'"ApTS[J.lç est une glose qui a pris la place d'un verbe. 

3. Signalons, comme particulièrement intéressante, l'étude des passages suivants : 
Ion, v. 20-27 (plusieurs conjectures peu admissibles); Hélène, v. 33- 4 3; Bacch., 
v. 55 suiv.; Héracl., v. 3i-37 ; Hèc, v. 28 suiv. 



d'histujkk et db mttrkaturk 237 

„ •,.... , .. . dUs 

Certainement on ne reproduira jamais dans une édition cri- 
tique tous les détails que doit noter un collationneur ; il n'ôrt^ëêt ^*àâ 
moins nécessaire, chaque fois qu'on est en présence d'un manuscrit im- 
portant, d'en prendre une collation minutieuse. C'est ce que vient de 
faire M. Albert Martin pour le Panégyrique d'Isocrate, qui se trouve 
dans YUrbinas CXI; « en négligeant seulement quelques détails secon- 
daires de l'accentuation, delà ponctuation, etc. », et en insistant surtout 
sur la distinction des diverses mains qui, pour un certain nombre de 
leçons, n'avait jamais été faite. 

M. M., après une brève description qui porte sur le nombre des qua- 
ternions et des feuillets, donne du manuscrit une histoire succincte, 
à la fois très claire et très probante; puis il aborde la description pa- 
léographique qu'il fait bien complète, d'après la méthode inaugurée par 
Ch. Graux à l'école des Hautes-Etudes en 1877 '. A ce sujet, nous 
adresserons quelques critiques au travail, d'ailleurs très consciencieux, 
de M. Martin. P. 9 : il dit que dans les notes marginales, dont l'écriture 
est l'onciale, on rencontre deux fois l'abréviation de yjç; mais il n'en in- 
dique pas la forme qui, pourtant, aurait pu servir de preuve à son asser- 
tion, que ces notes sont dues à une main très ancienne. — Même page : 
« Les mots sont coupés selon la paléographie; ainsi l'a, l's, le a, le x, etc., 
sont presque toujours rattachés à la lettre suivante; l't, l'o, le p, l'u nele 
sont jamais. » Je serais bien étonné que ceci fût vrai pour l'u, et que 
cette lettre ne fût pas rattachée à la suivante dans aùxéç, U7:6, to6ç, etc. — 
P. 10: « L'encre est rousse ou noire; la distinction est très marquée; il y 
a des séries de feuillets tantôt avec l'une, tantôt avec l'autre de ces cou- 
leurs. » M. Martin paraît croire, si nous le comprenons bien, que le co- 
piste s'est servi de deux encres différentes. Ce n'est pas impossible; ce- 
pendant il est bon de se rappeler que la décoloration des encres à base 
de fer n'a pas lieu d'une manière uniforme dans les manuscrits. On voit 
quelquefois sur la même page des teintes bien tranchées sans qu'il y ait 
lieu de croire à l'emploi de deux encres. A certains feuillets l'encre est 
décolorée, à d'autres elle est bien conservée; quelquefois elle est devenue 
rousse au recto, tandis qu'au verso elle est restée presque noire, ou réci- 
proquement. — Un peu plus loin, page 28, en note, M. M. prévient 
qu'il compte comme une seule lettre la ligature et ; il a raison, car et 
n'occupe certainement que la place d'une lettre; seulement ei n'est pas 
une ligature, mais un sigle. Nous signalerons encore trois fautes d'im- 
pression : p. 32, irfa-pwcaGcttfcsv, (3ooXY)ôeT[;.£v ; p. 33, cpXeîaaioç. 

Dans la seconde partie de son travail, M. Martin, après avoir signalé 
quelques particularités paléographiques de YUrbinas, discute certains 

Trmrrr-r— ; 

-833nop atuo) -j! 

1. Cf. Rapport sur la section des sciences historiques et philologiques, 1877-78, 

pp. 6-7. — Quand M. Martin a fait imprimer son ouvrage, Gh. Graux vivait encore; 

aujourd'hui qu'il n'est plus, M. M. ne nous saura pas mauvais gré de rappeler ce 

que son travail doit à celui qui fut notre maître à tous deux. 



238 REVUE CRITIQUE 

passages du Panégyrique en comparant les leçons nouvelles fournies 
par sa collation avec les leçons vulgaires. Ces discussions sont conduites 
avec beaucoup de rigueur et de méthode. 

Alfred Jacob. 



194. — Cachets d'oculistes romains, par A. Héron de Villefosse et H. 
Thédenat. Tome I. Paris, 1882. ln-8°. 

MM. Héron de Villefosse et Thédenat qui, depuis quelques années, 
avaient publié, chacun de leur côté, des cachets inédits d'oculistes ro- 
mains, et qui possédaient les empreintes de plusieurs autres, ont pensé 
qu'il serait utile de se réunir afin de les faire connaître, ainsi que les 
textes et les observations qu'ils avaient recueillis en travaillant isolément. 
Ils nous en avertissent dans un court avant-propos et ajoutent qu'ils ne 
considèrent le travail qu'ils viennent de faire paraître que comme des 
notes. Ils auraient dû ajouter qu'elles ne sont pas moins étendues que 
variées, et que, pour être aussi nourries que les notes les plus savantes, 
elles n'en ont pas la sécheresse. Telle a été certainement la pensée de 
l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres quand elle a récompensé 
ce travail, tout récemment. 

Le tome premier, le seul qui ait encore paru, contient 18 cachets d'o- 
culistes, tous trouvés en France, à l'exception d'un seul dont la prove- 
nance est ignorée; ces cachets nous révèlent 17 noms d'oculistes, pour 
la plupart inconnus, ainsi qu'un certain nombre de maladies et de re- 
mèdes nouveaux dont, soit dit en passant, il est regrettable de ne pas 
trouver une liste dans les tables. C'est, sans doute, une omission volon- 
taire qui sera réparée dans le deuxième volume. 

Le grand mérite de ce livre consiste dans les mille détails qu'il ren- 
ferme; il nous est donc impossible ici de suivre les auteurs pas à pas : 
ce serait d'ailleurs plutôt l'affaire d'un médecin que d'un archéologue; 
nous nous contenterons de leur présenter trois observations : 

i° Afin, sans doute, d'éviter l'aridité, les auteurs ont cru devoir ajou- 
ter parfois de nouvelles observations lorsqu'ils rencontraient le nom 
d'une maladie ou d'un remède dont ils avaient déjà parlé : nous n'en ci- 
terons qu'un exemple, mais nous pourrions en signaler d'autres. On lit, 
page 91 : « Diasmyrnes. Grotefend a indiqué les principaux textes des 
médecins anciens, concernant le collyre diasmyrnes, nous n'avons pas 
à y revenir »; et page i65 : «Diasmyrnes. Nous avons déjà rencontré ce 
collyre sur le cachet de Poitiers : nous allons compléter ici les quelques 
lignes que nous lui avons consacrées à cette occasion. » Suivent six pa- 
ges de développements qui, nous semble-t*il, auraient été plus à leur 
place à la page 91 . Cette méthode n'est pas sans créer quelque embar- 
ras à celui qui voudra se servir, pour des recherches, de ce livre si 
utile. 



D HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 2^9 

2° Pp. 98 et suiv. Des trois hypothèses que proposent les auteurs pour 
expliquer le mot haipaston (collyre harpaston), il nous semble que la 
première seule est admissible, grammaticalement. 

On ne saurait, en effet, faire du mot àp7caax6v « un adjectif dérivé de 
harpax comme harmation de harma ». 'Apzcn.ci6q n'est pas un adjectif, 
mais le verbal en toç du verbe àpitâÇw. "ApicaÇ, au contraire, est un ad- 
jectif formé de la racine àpTcay, et qui signifie celui qui prend. Comment 
donc, avec un corps qui signifie preneur, l'am,bre ou tout autre, forme- 
rait un collyre qui signifierait pris? On comprend aussi très bien qu'on 
nomme harpax un emplâtre qui prend rapidement; on ne voit pas com- 
ment on pourrait appeler un collyre harpastos, parce qu'il aurait la 
propriété d'être mordant. Nous ferons, du reste, observer que àpjjuxTiov 
ne nous semble pas être ici un adjectif formé de ap^a, mais le diminutif 
de ce mot. C'est ainsi, d'ailleurs, qu'Aetius Ta compris puisqu'il dit : 
« àpixâiiov, id est currus», comme le constatent les auteurs eux-mêmes. 

3° P. 102. Que le collyre Foos soit le même que le collyre Fos, c'est, 
je crois, ce qui ne peut faire de doute pour personne. Mais les formes 
poétiques ou plutôt dialectales çawç et tpétoç n'ont peut-être pas besoin 
d'être invoquées à l'appui de ce fait. Foos ne serait-il pas la transcription 
pure et simple du grec çwç par un graveur qui aura voulu rendre sen- 
sible la longue « w « en répétant deux fois la brève « oo »? 

R. Cagnat. 



195. — Histoire littéraire du midi de I» France, par Mary Lafom. Paris, 
Reinwald, 1882, 8°, xiu-421 pages, Prix : 7 tr. 5o. 

On a dit souvent qu'il n'y avait si mauvais livre dont on ne pût tirer 
quelque profit. Nous croyons toutefois que le livre de M. Mary-Lafon 
devra être considéré comme l'une de ces exceptions dont on dit qu'elles 
confirment la règle, car nous ne voyons pas ce qu'on pourrait tirer d'un 
ouvrage où il n'y a pas un fait nouveau, pas une recherche originale, et 
dont on ne pourrait citer une page qui ne contînt quelque grosse bévue. 
Aussi voulons-nous simplement, en l'annonçant ici, mettre en garde les 
lecteurs qu'un titre prétentieux pourrait attirer. Dans cette prétendue 
Histoire littéraire du Midi de la France, 70 pages sont consacrées à la 
littérature latine jusqu'au x e siècle environ. Le lecteur se rendra suffi- 
samment compte de la portée et du style de ce chapitre, en jetant les 
yeux sur les premières lignes delà table analytique des matières : « Gaule 
« et Rome, p. 1. — Les Flatteurs du chef, p. 2. — Poésies gauloises, p. 3. 
« — Chants ibériens, p. 4 l . — L'oiseau joli chanteur, p. 5. — Le tour 

1. On voit que M. Mary-Lafon n'est guère au courant des travaux qui ont démon- 
tré le peu d'ancienneté des chants « ibériens » (cf. Revue critique, 1866, art. 199 
le compte-rendu de la dissertation de M. Bladé sur les chants héroïques des Bas- 
ques). Mais dé quoi est-il au courant ? 



24O REVUE CRITIQUE 

« delà terre, p. 8. — Rhéteurs massaliens,p. g. — La main impie, p. 12. 

« — Les champs bien aimés, p. i3. — Le Fils de l'Aude, p. 14 ' » 

Le reste du volume traite de la littérature (en fait, de la poésie seulement) 
en langue vulgaire, depuis les troubadours jusqu'aux felibres, qui sont 
assez maltraités. Mireio elle-même, la gracieuse et idéale création de 
Mistral, ne trouve pas grâce devant l 1 « historien » de notre littérature 
méridionale : « Quel intérêt — je vous le demande — peuvent inspirer 
« ce vannier pieds nus (le Vincent de Mireille), grossier comme ses cor- 
« beilles, et cette paysanne rougeaude, brûlés tous deux par le soleil, et 
« sentant l'ail et l'huile rance? » (p. 372). J'avoue que je ne m'étais ja- 
mais représenté Mireille rougeaude ni brûlée par le soleil, et j'aime 
mieux Vincent pieds nus qu'en bottines vernies, mais poursuivons. Les 
35o pages ou environ que l'auteur a consacrées à la poésie du midi, ne 
sont guère qu'une suite de citations médiocrement choisies, traduites le 
plus souvent en vers (et quels vers!) et accompagnées d'observations dont 
le lecteur peut déjà soupçonner la portée. Il n'y a dans tout cela aucun 
ordre quelconque. Du reste, tout classement, soit par matières, soit par 
ordre chronologique, était interdit à un homme qui ne sait de la littéra- 
ture provençale que le peu qu'on en savait il y a cinquante ans. Ainsi, 
M. M.-L. ne soupçonne même pas l'existence des poèmes de la Guerre 
de Navarre, de Guillaume de la Barre, de Daurel et Béton. Il ne connaît, 
pour Girart de Roussillon, que le ms. incomplet de la Bibliothèque na- 
tionale, et ignore, par conséquent, que le début de ce poème est publié et 
même traduit [Revue de Gascogne, 1869) depuis longtemps, d'après le 
ms. d'Oxford. Il en est encore à croire que Ferabras appartient en pro- 
pre à la littérature provençale. Aucun des nombreux travaux qui ont, 
par des voies diverses, mis hors de doute la date relativement récente 
des poèmes vaudois, n'est parvenu jusqu'à lui, et à ses yeux, comme 
pour Raynouard, la Nobla Leyc^on est un poème du xi e siècle. Il ignore 
ou feint d'ignorer l'existence de la nouvelle édition de la chanson de la 
Croisade albigeoise, qui a modifié considérablement les idées courantes 
sur ce poème historique, dont il ne dit rien de ce qu'il y avait à dire. Il ne 
sait rien de l'ancien théâtre religieux du Midi, rien des découvertes récen- 
tes (voy. Romania, VIII, 481-508) qui ont été faites sur la source de la 
vie de saint Honorât. Il cite (p. 235 et suiv.) comme étant du xv e siècle, 
des poésies. qui sont tirées des Leys d'amors, et par conséquent ne peu- 
vent être postérieures à la première moitié du xiv e siècle. Il parle du 
Breviari d'amor pour dire que Dante y a puisé l'idée de la Divine Co- 
médie. Quant aux fautes innombrables dont textes et traductions sont 
parsemés, je n'en dirai rien, ayant eu l'occasion, il y a une quinzaine 
d'années, de montrer ici-même 2 de quels contre-sens M. M.-L. est capa- 
ble quand il se mêle de traduire du provençal. En somme, il n'y a dans 



1. C'est P. T. Varro. 

2. Revue critique, 1868, II, pp. ï 36 et 3 19. 



d'histoire et de littérature 241 

cette mauvaise compilation pas un fait qui soit exact, pas une idée qui 
soit juste. Le pis est que l'auteur prétend donner comme une œuvre ori- 
ginale ce qui n'est en réalité, comme je viens de le dire, qu'une mauvaise 
compilation. Il affecte de citer (souvent peu exactement) les manuscrits, 
mais on ne voit pas qu'il en ait rien tiré qui ne se trouve dans les édi- 
r t?pns J .principalement dans Raynouard et Rochegude, qu'il se garde bien- 
u /èi??ifteF. lî ÊQin : s"'Raynouard, M. M.-L. ne parle que pour écrire cette 
"^fira^qu'f mérite une mention : « S'il eût possédé les moyens d'instruc- 
« lion indispensables pour expliquer la formation de la langue des trou- 
3 ' <f badours, je veux dire le grec, les idiomes germaniques et l'arabe, 
« M. Raynouard n'eût jamais connu de rival dans ce genre. » Si, pour 
être sans rival « dans ce genre », il faut savoir le grec, je crains bien que 
M. M.-L. reste notablement au dessous de Raynouard, qui du moins 
n'eût jamais tracé l'extravagant assemblage de lettres grecques qu'on 
peut voir au bas de la p. 2 de T « Histoire littéraire » de M. Mary- 
Lafon. 

« Le livre aujourd'hui publié date de longtemps, » nous dit l'auteur 
au début de la préface. « J'avais dix ans lorsque l'idée m'en vint. » Il y 
est resté beaucoup de la conception première. 

P. M. 

23b :on. 

IBVfîK ob 
>> IJJOQ 

196. — Mollèi-es Tartuffe, Geschlchte und Krltlk, von Wilhelm Mangold, 
Oppeln, Maske. 1881. In-8°, vi et 23ç p. 

Le travail de M. Mangold sur le Tartuffe est un des meilleurs tra- 
vaux qu'on ait publiés en Allemagne sur notre grand comique. M. M. 
a consulté toutes les études antérieures qui ont trait à son sujet, et nous 
ne croyons pas qu'il en ait négligé une seule, depuis la Critique du 
Tartuffe jusqu'au travail du Russe Wesselovsky, jusqu'à l'étude de 
M. Legouvé sur Scribe. M. M. connaîrbien la littérature du xvir 3 siè- 
cle, et il cite avec à-propos des passages tirés des auteurs de l'époque et 
qui éclairent d'une vive lumière certains de ses jugements. Dans un pre- 
mier chapitre, il expose très brièvement la vie de Molière, l'influence 
qu'a exercée Gassendi sur le grand comique (mais qui, à notre avis, ne 
ne s'est pas manifestée dans le Tartuffe), les vues de Molière sur la 
religion et la morale; il consacre quelques pages sur le clergé de l'épo- 
que, aux jésuites, aux jansénistes, etc. Dans le deuxième chapitre, M. M. 
expose le sujet du Tartuffe ; il rappelle les œuvres où l'hypocrite joue 
un rôle, celles auxquelles Molière a sans doute pris quelques traits, etc.; 
il insiste principalement sur le Montufar de Scarron, il énumère les di- 
verses allusions que Molière aurait faites à certains personnages de l'é- 
poque. Le 111 e chapitre, où M. M. s'est, avec raison, inspiré surtout de 
l'excellente notice de Despois-Mesnard, est consacré à l'histoire du Tar- 
tuffe (i re représentation des trois premiers actes, opinions pour et contre. 



242 REVUE CRITIQUE 

la pièce, première défense de la jouer, premier placet de Molière, lectu- 
res du Tartuffe dans des sociétés particulières; 2 e représentation chez 
Madame, 3° représentation au Raincy, Don Juan, 4 e représentation du 
Tartuffe et deuxième défense de le jouer, second placet de Molière, 
condamnation du Tartuffe par l'archevêque de Paris, Lettre sur l'Im- 
posteur, l'Amphitryon, etc.) ; toute cette histoire du Tartuffe est racon- 
tée par M. M. avec précision et clarté. Mais M. M. ne s'arrête pas au 
temps de Molière ; il pousse plus loin son enquête et fait l'histoire du 
Tartuffe jusqu'à nos jours; il traite d'abord de la polémique contre le 
Tartuffe et le théâtre en général (du P. Caffaro et de Bossuet jusqu'à 
MM. L. Veuillot et de La Pommeraye), puis des pièces inspirées par 
Tartuffe, de ses imitations, de ses traductions; les nombreuses informa- 
tions qu'il a recueillies témoignent d'une lecture étendue et de patientes 
recherches; aucun de nos moliéristes français, par exemple, n'a connu 
la pièce de M me Gottsched, Die Pietisterey im Fischbeinrocke oder 
die doctormàssige Frau (p. 1 52). Mais M. M. a-t-il connu ce que dit de 
cette pièce M. W. Greizenach dans son excellente brochure Zur Ent- 
stehungsgeschichte des modernen deutschen Lustspiels? (pp. 3o-32). Le 
iv e chapitre, qui est, avec le précédent, le plus remarquable de l'ouvrage, 
est intitulé Tartuffe au point de vue dramatique ; M. M. y examine 
successivement les caractères et l'action du Tartuffe ; on trouvera là de 
fines analyses et de pénétrantes observations. L'ouvrage se termine par un 
5 e et dernier chapitre qui a pour titre : « Critique éthique et esthétique ». 
On ne pourrait faire à M. M. que de légères chicanes. Par exemple, 
parmi les étymologies du nom de Tartuffe, il aurait pu citer, ne 
serait-ce que pour mémoire, l'étymologie proposée par Génin qui 
dérive tartuffe du mot tartufo « petit homme d'humeur fort mé- 
chante » (dans le Malmantile de Lippi). — Pp. 35-36. Il nous semble 
que les traits de ITpocrito de l'Aretin peuvent convenir au Tar- 
tuffe et que l'Ipocrito ressemble tout à fait à l'hypocrite de Molière (il est 
introduit dans une famille, séduit le chef de la maison, fait toutes les si- 
magrées de la dévotion, marche les yeux baissés et le paroissien sous le 
bras, déplore humblement ses péchés, loue les hypocrites, aime les bons 
repas, convoite la femme de son hôte, etc.). — P. 59. On trouvera assez 
étrange l'expression « un certain Gourville », ein gewisser Gourville, 
et nous ne croyons pas que le discours de Don Luis à Don Juan ren- 
ferme les allusions à la conduite privée de Louis XIV (p. 98), ni qu'il y 
ait là, ainsi que dit M. M., beaucoup de démocratie et comme la prépa- 
ration de la grande Révolution. C'est aller bien loin que de faire de Mo- 
lière le précurseur et le prophète de 1789. — P. 1 38, M. M. dit qu'il se- 
rait fatigant ( ermûdend) de suivre les pensées de Bossuet dans ses 
Maximes et réflexions sur la comédie; M. M. a certainement raison 
de désapprouver le zèle fougueux de Bossuet et la véritable furie de son 
attaque contre Molière; mais l'évêque a mis au service d'une mauvaise 
cause une vigoureuse éloquence. — P. 140. Quelques lignes plus loin, 



d'hISTOIKK K'I DK LlTTICKATURt 243 

M. M. déclare que la lettre de Rousseau à d'Alembert est « trop en- 
nuyeuse et trop sotte » (\u langweilig und \u albern) pour mériter une 
longue analyse; c'est méconnaître ce que la Lettre sur les spectacles 
renferme d'original ; il y a, dans cette protestation contre le théâtre, des 
traits éloquents, et quelques vérités exprimées avec l'éclat et l'énergie 
qui distinguent le style de Rousseau. — P. 146. Sur l'Onuphre de La 
Bruyère, il est permis de rappeler que wSainte-Beuve dit (P. L. II, 407) 
qu'Onuphre est une critique pointilleuse et un contre-pied du Tartuffe; 
Sainte-Beuve ajoute : « La Motte avait vu de même dans le portrait 
d'Onuphre un tableau de Y Hypocrite où La Bruyère commence par ef- 
facer un trait du Tartuffe, et ensuite en recouche un tout contraire ». — 
Le travail de M. M. est complet, exact, rempli de justes appréciations, 
de rapprochements intéressants et d'instructifs commentaires. L'auteur 
aurait pu être plus concis en certains endroits, par exemple dans le 
11 e chapitre et dans le dernier qui tourne trop à la dissertation ; quelques 
lecteurs difficiles trouveront même que M. Mangold abuse des citations; 
mais, par son ouvrage, il s'est placé au premier rang des moliéristes 
d'Allemagne, et cette étude sur le Tartuffe, solide, consciencieuse, écrite 
d'ailleurs avec agrément , mérite de ne point passer inaperçue en 
France. 

C. 



197. — Cœtlie's Reineke Fucbs nach dem ersten Druck von Jahre 1794 mit 
Proben der aelteren Thierepen hrsg. u. erlacntert von Alex. Bieling. Berlin, 
Wiedmann. 1882. In-8°, 226 p. 4 mark. 

M. Bieling a reproduit dans ce volume, avec la plus grande fidélité, la 
première édition du Reineke Fuchs de Goethe (pp. 29-156); il en a con- 
servé scrupuleusement l'orthographe et, autant que possible, la ponc- 
tuation ; naturellement, il a corrigé les fautes évidentes d'impression. Il 
a joint au texte une liste de ces fautes d'impression et des variantes de la 
dernière édition donnée par Gœthe en i83o [abweichende Lesarten, 
pp. 1 57-1 58), ainsi que des remarques {Erlàuterungen, pp. 159-206). 
Ces remarques, fort instructives, et renfermant soit des éclaircissements 
tirés de l'histoire du droit du moyen âge, soit des citations du Ro- 
man de Renart, de Reinaert, du Reinke Vos, etc., soit des expli- 
cations grammaticales et philologiques, auraient mieux été à leur place 
au bas des pages. Le volume — dont il sied de louer, en passant, l'a- 
gréable impression — se termine par des Proben aus denalteren Tier- 
epen (pp. 206-226) ; pour mieux montrer par un exemple l'affinité des 
plus importantes épopées animales, M. B. a cité le même passage 
(chez Gœthe, le commencement du IV e chant) traité dans le Reinhart 
moyen-haut allemand de Henri le glichesare (ancien texte et version 
postérieure), dans le Roman de Renart (extraits de Martin), dans le 



244 KKVUK CRIIIQUh 

r 

Reinaert, dans la traduction en distiques latins de Baudoin (hic vulpes 
HfiftiftjtÇPW 71, l eone et persuadet pulcre), dans la Reinaerts historié, 
dans Hendrik van Alkmaar, dans 1q- Reinke bas-allemand, dans la tra- 
duction allemande de i65o, dans la traduction en prose de Gottsched. 
Il ne nous reste plus à parler que de l'introduction, mise en tête du 
volume par M. B. (pp. 1-26); on ne la lira pas sans intérêt; on y 
remarquera surtout la liste des noms des animaux qui se trouvent dans 
le Reineke Fuchs, et leur signification étymologique (pp. 22-26) ; mais 
Eitelbauch ou Idelbach (dans Gottsched, Ydelbach) signifie-t-il « nichts 
als Bal g » et ne faut-il pas entendre « qui a toujours le ventre vide » ? 
(p. 24). L'introduction est d'ailleurs claire et précise; M. B. con- 
naît les travaux récents, surtout ceux de M. Voigt, sur la légende ani- 
male ; il examine et apprécie successivement YEcbasis captivi, Vlsen- 
grimus, le Reinardus vulpes, etc. ; il raconte l'histoire de la traduction 
de Gœthe qu'il nomme avec raison la plus « réussie » de toutes les tra- 
ductions et qui, malgré quelques erreurs communes à Gottsched et à 
Gœthe, a, grâce au vers hexamètre, rendu « chère au peuple allemand 
cette perle de la poésie populaire » (p. 21). On aurait voulu que cette 
introduction fût plus complète encore; M. Bieling ne fait guère que 
mentionner, sans plus de détails, la traduction de Gottsched et les gra- 
vures « spirituelles » d'Everdingen (p. 16) ; il nomme en passant Hack- 
mann, le professeur de Helmstaedt et l'éditeur de 171 1 (Wolfenbuttel), 
mais il oublie Heinecke ou Heineccius, l'auteur de YAntiquitatum.ro- 
manarum jurisprudentiam il lustrant ium syntagma, à qui Gœthe dé- 
cerne, en même temps qu'à Eberhard Otto, 1 épithète d'éle'gant (D. u. 
W. VI, p. 3 1 , Loeper) et qui fut, au xvme siècle, un des jurisconsultes 
qui appelèrent l'attention sur le Reineke ; il aurait pu encore citer, au 
xvi e siècle, Moscherosch(cp. Koberstein, II, p. 287, note 17). En somme, 
édition recommandable et utile, qui fera certainement son chemin dans 

les gymnases allemands. 

Mimn a o1qîuI 2 6iq B 

j3io:>n3 jîb! xuaim 

iulq ùup oibno Joaavfjl 

JEdma'i éuiÊb _ <l 

198. — A Short lii-ioi y of the english colonies in America, by Henry 
Cabot Lodge. New York, Harper and brothers. 1881. vi-56o p. in-8°. 

« L'histoire des treize colonies américaines est, avant tout, une his- 
toire fragmentaire et provinciale; elle n'acquiert pas l'importance ni la 
valeur d'une histoire nationale avant la réunion du Congrès qui eut lieu 
à New-York en 1765, au sujet de la loi sur le timbre. Quels étaient ces 
gens qui firent la guerre de l'Indépendance et fondèrent les Etats-Unis; 
quel était leur genre de vie, quels étaient leurs usages, leurs idées, leurs 
mœurs, toutes ces questions, lorsque je commençai l'étude de l'histoire 
d'Amérique, m'ont semblé présenter le plus profond intérêt; elles n'a- 
vaient pas encore été traitées d'une façon complète et résumée à la fois; 

isup aab anoiiuimni Ja aiusorn 



d'histoire et de littérature 245 

le présent volume est un essai tenté pour combler cette lacune. » 
Par ces lignes, qui sont les premières de la préface, M. Lodge indique 
fort bien le but qu'il s'est proposé, et, disons-le dès maintenant, qu'il 
a su atteindre. Le sujet n'était pas des plus aisés. Les documents sont 
beaucoup moins abondants qu'on ne pourrait croire. Ces colonies ont 
eu pour la plupart de fort médiocres débuts; on y gagnait sa vie comme 
on pouvait, et l'on n'y écrivait guère. En outre, chacune d'elles formait 
un état à part, avait son existence individuelle, et, pour décrire les diffé- 
rentes colonies en 1765, on ne pouvait échapper à la nécessité de faire 
leur histoire l'une après l'autre. C'est ce qu'a fait M. Lodge. Son livre 
se divise ainsi en deux parties, fort inégales d'ailleurs en étendue : 
i° L'histoire des treize colonies (p. 1 à 476) ; 2 La Révolution et la guerre 
de l'Indépendance (p. 476 à 52 1). 

Quant à l'histoire particulière de ces colonies, on eût désiré que l'au- 
teur indiquât l'ordre qu'il entendait suivre. Cependant il est assez facile 
de le deviner. M. L. répartit les treize colonies en trois groupes : i° cinq 
au sud : Virginie (depuis 1606), Maryland (i632), les deux Carolines 
(166 3) et la Géorgie (1732) ; 2 quatre au centre : Delaware et Pensyl- 
vanie ; New-Jersey et New- York; 3° la Nouvelle-Angleterre, qui a formé 
Massachusetts, Connecticut, Rhode Island et New-Hampshire. Pour 
chacune de ces colonies, l'auteur en trace l'histoire dans un pre- 
mier chapitre, puis, dans un second, il en décrit l'état social, intellectuel, 
moral, industriel et politique *. C'est cette seconde partie qu'il a traitée 
avec le plus de soin, et, quand même il n'en aurait pas prévenu le lecteur 
dans sa préface, on s'en apercevrait tout de suite en ouvrant le volume : 
tandis que pour l'histoire il ne donne aucune référence, pour les institu- 
tions, au contraire, il renvoie à de nombreux auteurs. Il avertit d'ailleurs 
qu'il s'en faut de beaucoup qu'il ait indiqué toutes ses sources; mais il 
a voulu multiplier ces indications pour être utile à ceux qui étudieraient 
après lui le même sujet. L'intention est excellente; l'auteur eût 
mieux fait encore, s'il avait donné avec plus de précision les titres des 
livres ou des documents auxquels il se réfère. Il est à craindre que plus 
d'un lecteur sur le vieux continent ne soit souvent dans l'embarras en 
présence de ces renvois trop laconiques. 

Le présent ouvrage abonde en faits intéressants, présentés avec exacti- 
tude et méthode; les idées générales y font un peu défaut, et l'on ne lit 
pas sans fatigue certains chapitres, surtout les chapitres proprement 
historiques, du livre; on se demande si M. L. n'aurait pas pu grouper 
avec plus d'art les diverses monographies qui le composent, pour faire 
mieux comprendre les grandes lois qui ont présidé au développement des 
colonies. Ce qui surtout ne ressort pas assez nettement, c'est la situation 
de ces colonies à l'égard de la métropole. Sans doute M. L. montre bien 

1. Il a eu l'heureuse idée de réunir en un seul chapitre tout ce qu'il avait à dire des 
mœurs et institutions des quatre colonies qui composent la « Nouvelle Angleterre ». 



246 REVUli CKITIQUh 

qu'elles furent lentes à se séparer de la mère patrie, et que le ministère 
anglais est responsable, par les lourdes fautes qu'il a commises, de la 
guerre de l'Indépendance (cf. p. 474); mais les erreurs du système co- 
lonial ont été une cause plus profonde encore de cette guerre. Il serait 
bon de relire après M. L., par exemple, la partie correspondante de la 
History ofthe english people de M. Green (t. IV, p. 241 et suiv.). 

Malgré ces desiderata, il y a beaucoup à prendre et à apprendre dans 
l'ouvrage de M. Lodge.Nousn'avonscertainement en France aucun livre 
qui nous renseigne aussi bien sur l'histoire de ces colonies, si humbles 
pendant un siècle et demi, si péniblement arrivées à l'indépendance, 
mais qui sont le' fondement, inébranlable à ce qu'il semble, de cet extra- 
ordinaire empire des Etats-Unis d'Amérique. Ajoutons qu'un copieux 
répertoire chronologique et un index très détaillé facilitent les recherches. 
C'est donc un réel service que le livre de M. Lodge est appelé à rendre 
aux historiens et aux politiques. 

Ch. B. 



199.— KafQp Folk-Lorc; or, a sélection from the traditional taies current among 
the people living on the eastern border of the Cape Colony, with copious explana- 
tory notes, by Geo. M 8 Call Theal. London, Swan Sonnenschein, i882,in-8°, 
xn-212 p. 

Les contes africains qu'on a recueillis jusqu'à présent sont intéressants 
à plusieurs points de vue. Le fond, à travers des altérations souvent ex- 
trêmes, se laisse plus d'une fois rapprocher de celui des contes indiens, 
et montre ainsi que les récits répandus chez les divers peuples du grand 
continent équatorial leur ont été apportés, au moins en partie, par les 
musulmans (en certains cas même par les Européens). Quelques traits, 
au contraire, sont absolument spéciaux et indiquent chez les populations 
africaines, avec une grande pauvreté d'imagination et une impuissance 
plastique à peu près complète, un curieux ensemble de croyances et une 
façon particulière de se représenter les rapports de l'homme avec la na- 
ture. Enfin la forme que revêtent les récits abonde en renseignements 
précieux sur les mœurs, les usages, les idées et les sentiments des tribus 
chez lesquelles on les recueille. Toutes les collections de ce genre, quand 
elles offrent, comme celle de M. Theal, des contes recueillis avec fidélité 
et très bien commentés, sont donc fort précieuses. M. Th. a rassemblé ses 
contes dans la tribu des Xosa ou Amaxosas, les plus méridionaux des Ca- 
fres établis entre la colonie du Cap et celle de Natal ; l'auteur, qui a vécu 
vingt ans en relations constantes avec eux, donne de leur manière de vi- 
vre un tableau concis,' mais suffisant à nous la faire comprendre. Il a 
entendu les contes qu'il publie de la bouche de plusieurs narrateurs, 
sans grandes variantes, ce qui prouve que l'incohérence, l'absence de 
motifs et de but, le défaut presque complet d'intérêt, au moins dans 



0' HISTOIRE KT DK LlTTRKAlUftfc 247 

l'ensemble, qui s'y font remarquer, ne sont pas accidentels ; on re- 
trouve, en effet, ces caractères dans d'autres contes africains. Le folk- 
lore proprement dit est joint aux contes sous forme de commentaire. 
Dans les contes le mythographe relève à chaque instant des traits qui lui 
sont connus d'ailleurs, mais il est rare qu'un récit tout entier soit assez 
homogène pour se comparer aux récits d'un autre peuple. L'histoire de 
Hlakanyana, « ce rusé petit gaillard », est une suite d'épisodes rappelant 
les aventures de Dâumling ou d'Hermès enfant. L'un de ces épisodes est 
une forme reconnaissable, quoique défigurée, d'un conte très répandu, 
le LXII e des Contes lorrains si savamment annotés par M. Cosquin, 
L'Homme au pois (voy. Romania, t. X, p. 578). Le dernier conte, le 
Lion et le Chacal, est supposé par M. T. être d'origine hottentotte : il 
a sans doute raison, car on en trouve des épisodes à peu près identiques 
dans les recueils hottentots de Krônlein et de Sanderson (voy. Bleek, 
Reineke Fuchs inAfrika, pp. 1 ss.); il est bon de noter qu'un trait de ce 
conte (que M. T. a cru malheureusement devoir abréger), — la sottise du 
lion qui, ayant saisi la queue du chacal, se laisse persuader que c'est une 
racine et la lâche, — se retrouve dans un conte recueilli oralement dans 
l'Inde (M. Frère, Old Deccan Days, p. 3io). On pourrait faire bien 
des rapprochements analogues; mais je signale particulièrement ce conte 
du Lion et du Chacal, parce que, à mon avis, dans sa forme indienne 
primitive, il est la source de toute la partie du cycle de Renart qui n'a 
pas son origine dans les fables ésopiques gréco-romaines. Une petite col- 
lection de proverbes et locutions figurées termine le volume de M. Theal, 
que nous recommandons à tous ceux qui s'occupent àtfolk-lore. 

G. P. 



CHRONIQUE 



FRANCE. — Nous avons reçu les deux premiers fascicules (janvier et février, 
mars et avril) du Bulletin de correspondance africaine, publié par l'Ecole supérieure 
des lettres d'Alger, avec ce sous-titre : Antiquités libyques, puniques, grecques et ro- 
maines. L'avant-propos, signé de M. Emile Masqueray, directeur de l'Ecole, est ainsi 
conçu : « Ce bulletin doit de paraître à la libéralité de M. Paul Bert, ministre de 
l'instruction publique, ardent ami de l'Algérie, et à l'initiative de M. Albert Dumont, 
directeur de l'enseignement supérieur, qui continue dans l'Ecole d'Alger son œuvre 
de Rome et d'Athènes. L'occupation de la Tunisie et la création rapide de tant de 
villages sur notre territoire civil ouvrent aux découvertes archéologiques une ère 
nouvelle, et ce n'est pas trop, pour en transmettre une part au monde savant, qu'une 
publication bi-mensuelle de deux feuilles environ, sœur de la Revue africaine, du 
Recueil de la Société archéologique de Constantine, ç,t du Bulletin de l'académie 
d'Hippone. La science et le dévouement de MM. Renier, Judas, Halévy, Faidherbe, 
Tissot, Poulie, Berbrugger, Delamare, Mac-Carthy, Reboud, Cahen, Cherbonneau, 



248 *RKVUIi CRITIQUE 

Letourneux, Féraud, nous ont frayé la voie : nous puiserons nos forces dans une com- 
munion constante d'idées et de sentiments avec les personnes qui nous favorisent de 
leur correspondance. D'ailleurs, l'indignation seule nous aurait poussés à recueillir, 
nous aussi, les épaves d'un naufrage dans lequel des villes entières disparaissent. On 
a fait de la chaux avec des statues de Caesarea; Naraggara, Thagora, Auzia, sont en- 
glouties dans des casernes; j'ai vu scier des marbres du temple d'Esculape à Lam- 
bèse; les collections locales sont au pillage; mais ce n'est pas le lieu de se répandre 
en plaintes stériles, et Tite Live nous avertit de faire taire nos regrets au moment 
où nous déployons notre voile avec l'aide des Dieux ». — Le premier fascicule du 
Bulletin de correspondance africaine renferme un article où M. Masqueray repro- 
duit quatre inscriptions inédites d'Auzia, détruites aujourd'hui, mais copiées à temps 
par M. Grenade Delaporte; la première est datée de l'an 2i3 de notre ère, la seconde 
de l'an 222, la troisième de l'an 241 ; dans le même art. M. Masqueray détermine, 
d'après une borne milliaire, le municipe de Rapidi et Labdia (pp. 7-22). M. R. de 
La Blanchère étudie, dans l'article suivant, divers antiques que renferme la cour du 
palais archiépiscopal d'Alger, et qui proviennent pour la plupart de St. Cyprien des 
Attaf, entre Duperré et Orléansville, c'est-à-dire du lieu où l'on suppose qu'était 
autrefois Tigava (pp. 23-27). M. Edouard Gat donne des inscriptions inédites ré- 
cemment trouvées dans les environs de Cherchell (pp. 28-07). M. Masqueray examine 
la stèle lybique de Souama, qu'il juge presque identique à la stèle d'Abizar déposée 
au musée d'Alger (pp. 38-41). — Le deuxième fascicule du Bulletin est rempli tout 
entier par un article de M. Masqueray sur les ruines d'El Meraba, dans le pays des 
Béni Ouelban; M. M. fait connaître le nom de la ville romaine dont il ne reste que 
la ruine d'El Meraba; ce serait Celtiane; il retrace quelques traits de l'histoire de 
cette cité d'après les inscriptions qu'il a découvertes ou relues; il pense que ce sont 
des Lollii qui ont, sinon fondé au moins considérablement accru cette ville de Cel- 
tiane, etc. — Chaque fascicule se termine par une Bibliographie; dans le premier, 
M. Masqueray consacre quelques lignes aux « Tables générales des vingt premiers 
volumes de la Société archéologique du département de Constantine », que vient de 
publier M. Poulie ; dans le second, il souhaite la bienvenue au « Bulletin trimes- 
triel des antiquités africaines » qui paraît par les soins de la Société de géographie et 
d'archéologie de la province d'Oran, sous la direction de MM. Poinssot et Demaeght. 
— Le prix de l'abonnement d'un an au Bulletin de correspondance africaine est, pour 
la France et l'Algérie, 20 francs; pour l'étranger, 2 5 francs; le prix de chaque fas- 
cicule, 4 ou 5 fr. (S'adresser à Paris, chez Baer ou Challamel, à Alger, chez Jourdan). 
— Un érudit qui connaît à fond les choses d'Algérie et qui signe El Z' Dam nous 
envoie une « étude critique » intitulée Geronimo surnommé le martyr du Fort des 
Vingt-Quatre Heures, a-t-il existé, ses restes ont-ils été découverts ? (Alger, Docks 
de l'imprimerie [Petit Colon]. 1882. ln-12 , 3cj p. tiré à cent exemplaires) ; nousen 
résumons les traits essentiels. En i853, lors de la démolition du Fort des Vingt- 
Quatre Heures, on trouva dans l'excavation d'un bloc des remparts un squelette hu- 
main; cette excavation n'était autre que le moule du corps même de la victime; un 
sculpteur en obtint facilement le relief, et le plâtre peut se voir aujourd'hui à la Bi- 
bliothèque-Musée d'Alger, sous l'inscription : Geronimo, plâtre original obtenu 
au moyen de l'empreinte laissée par son propre corps dans le bloc de pisé où il fut 
jeté vif par les Turcs d'Alger le 18 septembre i56q et retrouvé le 2 7 décembre 
18 53; quant au bloc et aux ossements, ils furent transportés dans la cathédrale 
d'Alger. Haëdo raconte, en effet, qu'un jeune Arabe, pris dans une razzia par les Es- 
pagnols d'Oran en 1548, devenu esclave, et baptisé sous le nom de Geronimo, puis 
évadé trois années après, et, à l'âge de 25 ans, revenu chez les Espagnols, qui lui firent 

I Ate'j û Jnarnatstiiqc! la sm 



Huprn i 

HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE i.uiru/'l ,XlJ..rn , 2 49 

bon accueil et le réconcilièrent avec l'Eglise, fut en i56g repris par ses anciens coreli- 
gionnaires, mené à Alger, sommé d'abjurer, et, sur son refus, empisé par ordre du 
pacha El Euldj-Ali, dans un des blocs du Fort des Vingt-Quatre Heures alors en 
construction. L'auteur de notre brochure, El Z' Dam, n'accorde pas confiance au ré- 
cit d'Haëdo ; car Haëdo a été plusieurs fois induit en erreur; il est improbable qu'un 
enfant, fait chrétien de force, ait reçu des impressions assez durables pour trahir les 
siens à l'âge de 25 ans et qu'Euldj-Ali, dont le caractère bienveillant est historique- 
ment connu, ait commis l'acte de cruauté qui lui est imputé; enfin, il est impossible 
qu'Euldj Ali ait fait emprisonner un captif dans les assises d'un fort déjà construit 
avant son arrivée à Alger. Si ce drame s'est passé, il faut en changer la date, la re- 
porter à l'année de l'hégire gjb, et substituera Euldj-Ali le féroce Mohammed ben 
Sala Reïs. Mais le squelette découvert le 27 décembre i853 et transporté à la cathé- 
drale d'Alger est-il celui de Geronimo? Non, car le corps a été retrouvé, non pas 
dans la face Nord du fort, comme le dit Haëdo, mais dans la face Ouest; le bloc, 
qui, selon Haëdo, se distingue entre les autres parce qu'il est tout en ruines, était en 
i853 encore assez solide pour qu'il fût nécessaire de le briser par la mine; enfin, le 
moulage de la Bibliothèque-Musée d'Alger ne donne pas les caractères physiques 
attribués par Haëdo au malheureux Geronimo. Il était impossible, ajoute El Z' Dam 
dans sa démonstration, de trouver les restes de Geronimo, car ils n'ont jamais été 
placés dans le Fort des Vingt-Quatre Heures; ce fort n'est plus le même que celui 
dont parle Haëdo ; il a été totalement reconstruit et il ne subsiste rien de l'ouvrage 
primitif (qu'on songe seulement aux six bombardements, 1682, i683, 1688, 1783, 
1784, 1816, que le fort eut à supporter, aux deux tremblements de terre de 17*6 et 
de 1755 et aux explosions de poudrières). M. Berbrugger, qui « ne savait pas se ré- 
signer à avoir tort », est responsable de l'erreur démontrée par El Z' Dam ; il avait 
publié en 1847 une étude sur Geronimo où il déclarait, malgré l'absence de tout in- 
dice, que les ossements du martyr se trouvaient dans la paroi nord du fort ; il savait 
pourtant que l'édifice était tout récent, que le supplice de l'emmurement était fré- 
quemment infligé et que la découverte de i853 ne prouvait rien en faveur de l'iden- 
tité de la victime; mais il ne voulait jamais retirer les conclusions prématurées, que 
sa vive imagination l'avait induit à présenter. « Ce petit travail, dit El Z' Dam en 
terminant, ne plaira pas à tout le monde, mais il y a longtemps que j'ai adopté 
comme règle de conduite la maxime d'El-Djilani : si tu crains les aboiements des 
chiens, ne te mets pas en route. » 

— Notre collaborateur M. Emile Châtelain a été chargé d'une mission en Italie à 
l'effet d'étudier dans les bibliothèques publiques les principaux manuscrits des au- 
teurs classiques latins et d'en faire exécuter des fac-similés photographiques, ainsi 
que de terminer la collation des manuscrits de Sidoine Apollinaire. 

ALLEMAGNE. — M. Schliemann a assisté au congrès anthropologique de Franc- 
fort sur le Main (lundi 14 août) et y a fait des communications intéressantes sur 
les feuilles qu'il a récemment entreprises en Troade ; nous renvoyons nos lecteurs 
aux pages 194-195 (n° 36) de notre recueil : ce que M. Schliemann a exposé au 
congrès de Francfort était déjà relaté dans sa lettre à l'Académie de Belgique que 
nous avons résumée. Dans ce même congrès, M. Virchow a entretenu le public de 
Darwin et de ses travaux sur l'anthropologie; — M lle Thorma, de Broos (Transylva- 
nie), a présenté à l'assemblée une collection d'objets de l'époque néolithique trouvés 
dans les environs de Broos ; certains objets sont ornés de signes qui se rencontrent 
également sur' des vases trouvés en Troade et à Chypre; — M. Gross a fait un rap- 
port sur les fouilles exécutées récemment dans les stations lacustres du lac de 
Bienne et spécialement à celle de Fénil; — M. Rau a lu un travail sur la charrue et 



25 O RKVUK CR1TIQUK 

son emploi dans les temps les plus reculés; — M. Neuburger a démontré les rela- 
tions qui existent entre l'étude des langues et l'anthropologie; — M. Mehlis a parlé 
des restes de constructions romaines trouvés sur l'Eisenberg, et M. Naue, d'un tu- 
mulus de l'âge de fer découvert près de Pullach; — M. Wilsen a lu une disserta- 
tion sur les Celtes et les Germains; — M. Sepp a cherché à prouver, en s'appuyant 
sur les mythes et les traditions, que la fondation de Francfort remonte bien avant 
l'époque carolingienne et que Francfort serait peut-être même la ville appelée Askis 
par Ptolémée; — M. Kollmann a traité des relations qui existent entre la race et la 
nation; — enfin, M. Virchow a parlé de l'anthropologie du Caucase. — Les mem- 
bres du congrès ont fait plusieurs excursions, à Bodenheim, près de Mayence, où 
ils ont vu des tombes franques qui remonteraient au vi e et au vn c siècle de notre 
ère, à Hombourg et au castel de Sarbourg, le Pompéi allemand; ils ont également 
visité le musée gallo-romain, installé au château de Mayence, par le professeur Lin- 
denschmit. La ville de Trêves a été désignée comme siège du congrès qui doit avoir 
lieu au mois d'août de l'année prochaine; M. Virchow a été nommé président, et 
MM. Lucae et Schaffhausen, vice-présidents du bureau pour l'année 1882-1883. 

— Parmi les ouvrages qui doivent prochainement paraître, nous citerons : de 
M. Brandl, un travail sur Coleridge, où sera surtout appréciée l'influence de Her- 
der et des Allemands sur l'écrivain anglais; de M. Oscar Brenner, Altnordische 
Grammaiik, Chrestomathie und Glossar (Leipzig, Weigel) ; de M. Breymann, une édi- 
tion critique du Faust et de V Edouard II de Marlowe (Munich, Oldenbourg); de 
M. W. Foerster, une édition de la traduction en ancien français (Franche-Comté) 
de Végèce par Prioraz de Besançon et une étude linguistique sur le même texte de 
M. Fr. Wendelborn (pour la société littéraire de Stuttgart-Tubingue) ; du P. Hœtzl, 
une édition des Sermons latins de Berthold de Ratisbonne; de M. Humbert, une 
étude sur Molière en Allemagne ; de M. Mahrenholtz, des Etudes sur Voltaire 
(Voltairestudien) ; de M. Schade, un travail complet sur YAblaut germanique et la 
conjugaison; de M. Ad. Schroeter, une étude sur les Nibelungen dans la poésie al- 
lemande; de M. Sittl, des recherches sur les différences locales du latin {Die loca- 
len Ver schiedenheiten der lateinischen Sprache) ; de M. Wœlfflin, la reproduction 
d'une conférence « Gemination in der lateinischen Sprache », etc. 

— M. Josef Haller, de Munich, prépare un grand ouvrage, en deux volumes, sur 
les proverbes espagnols (Ratisbonne, Manz). 

— L'éditeur M. W. Friedrich, de Leipzig, fait paraître une collection d'Histoires 
des littératures étrangères (Geschichte der Weltliieratur in Ein^eldarstellungen); les 
trois premiers volumes de cette collection vont paraître; le i er est consacré à la lit- 
térature française (M. Ed. Engel); le 2 e , à la littérature polonaise (M. H. Nitschmann); 
le 3 e , à la littérature italienne (M. C. M. Sauer); d'autres ouvrages sur les littératu- 
res anglaise, hongroise et espagnole sont en préparation ; chaque volume coûtera 
7 mark 5o. 

— Un troisième volume d'Essais de M. Hermann Grimm a paru chez Dûmmler, à 
Berlin. 

— A l'occasion du centième anniversaire de la naissance d'Esaias Tegnér (novem- 
bre), l'éditeur Senf, de Leipzig, fait paraître une monographie du grand poète, due 
à M. Jens Christensen et intitulée « Esaias Tegner, der Sœnger der Fritjofsage»; 
un autre éditeur, M. O. Leiner, annonce une traduction allemande, en sept volumes, 
d'un Choix des Œuvres de Tegner (I. La « Fritjofsage »; IL poèmes épiques, Axel, 
Gerda, Henri IV, etc.; III et IV, poésies lyriques; V-VII, œuvres en prose); cette 
traduction est due à M. Gottfr. v. Leinburg. 

--On nous dit que Ranke fera paraître avant Noël la troisième partie de sa Weltge 



d'histoire et DE LITTÉRATURE 25 I 

schichte. Ranke a deux secrétaires, dont l'un l'assiste le matin, et l'autre le soir et la 
nuit, car l'illustre historien, malgré ses 87 ans, travaille de 9 heures du matin à 
i heure de l'après-midi et de 8 heures du soir à 1 heure de la nuit. Pour se délasser, 
Ranke se promène l'après-midi, de 2 à 4 heures; il va ordinairement seul au Thier- 
garten. Après sa promenade, il consacre une heure à la conversation; ce n'est qu'à 
ce moment de la journée qu'il reçoit ses visiteurs; même Sybel, Duncker, Droysen, 
Mommsen ne sont admis qu'à cette heure-là. Ranke habite le second étage d'une 
maison de la Luisenstrasse depuis trente-neuf ans. 

— Le premier centenaire de la fondation du théâtre de Francfort sur le Main a été 
célébré par une représentation des deux parties du Faust de Goethe. 

— La section des langues germaniques et des langues romanes du Congrès des 
philologues qui aura lieu à Carlsruhe du 27 au 3o septembre, entendra les lectures 
suivantes : de M. Bartsch, sur la fondation de séminaires pour les langues germani- 
que et les langues romanes et sur la méthode des exercices critiques; de M. Bech- 
stein, sur Floia, le plus ancien poème macaronique de la littérature allemande ; de 
M. Kluge, sur l'étymologie; de M. Koch, sur les rapports de la littérature allemande 
et de la littérature anglaise au xvm" siècle; de M. Rieger, sur Max Klinger et son 
goldener Hahn; de M. Wûlcker, sur Luther et la chancellerie saxonne, etc. 

— Les Mitteilungen de Petermann donnent les chiffres suivants pour la popula- 
tion de l'Europe : Allemagne, 45,234,061 habitants; Autriche-Hongrie, 37,869,954; 
France : 37,321,186; Angleterre: 35,246,562; Russie: 81,598,569; Pays-Bas : 
4,060, 58o; Suisse: 2,846,102; Luxembourg: 209,570; Danemark: i,g6o,o3g; 
Suède : 4,565,668; Norvège : i,gi3,5oo; Espagne : 16, 333, 293; Portugal : 4,160, 3i5; 
Italie : 28,452,639; Roumanie : 5,376,000; Serbie: 1,700,21 1 ; Turquie : 5,3o5,5oo; 
Bulgarie: 1,998,983; Grèce : 1,979,423. La Chine a une population de 35o,ooo,ooo 
habitants; le Japon, 36,357,212; l'Inde anglaise, 248,833,564. 

AUTRICHE. — Les fascicules I et II des Mitteilungen ou « Communications » 
des archives de la guerre, d'Autriche (pp. 1-218. Vienne, Waldheim), renferment 
douze documents des années i63i-i635 provenant des papiers du comte Schlick, 
ennemi de Wallenstein et président depuis i632 du conseil de la guerre, et relatifs 
aux négociations du duc de Friedland avec la Saxe et le Brandebourg et aux événe- 
ments du banquet de Pilsen ; — des notes sur les armements de l'Autriche contre la 
Turquie en i683; — une correspondance curieuse de Frédéric-Guillaume I er avec le 
commandant de Komorn, chargé de lui procurer de beaux hommes pour sa « garde 
de géants » ; le roi de Prusse promet au commandant un ordre très' rare, dit-il, et 
qui n'est donné qu'aux étrangers qui ont enrôlé pour son compte des hommes de 
haute taille; — les lettres de Frédéric II à Fouqué, prises à Glatz (fin); — des do- 
cuments sur les négociations du colonel prussien Gcetzen avec Bubna en 1808 et sur 
les combats livrés dans le Tyrol en 1809; — le mémoire d'un diplomate anonyme 
sur la situation de l'Autriche en 1810, où l'on relèvera ces mots significatifs qui sont 
devenus le programme du gouvernement autrichien : « Verlegung des politischen 
Schwerpunktes der Monarchie nach Osten ». 



SOCIÉTÉ NATIONALE DES ANTIQUAIRES DE FRANCE 



Séance du 6 septembre. 

M. le Ministre de la Guerre, en réponse à une lettre du président, informe la So- 
ciété que la porte de Lille à Valenciennes n'est pas actuellement menacée, mais que 



252 REVUE CRITIQUE D*HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

la courtine intérieure doit seule être démolie, et les fossés remplis par mesure hy- 
giénique. 

M. Courajod remet sur le bureau un exemplaire -du catalogue de la collection 
Timbal récemment acquise par le Musée du Louvre, et depuis la veille, exposée dans 
les galeries. Il lit ensuite un travail sur les objets d'art recueillis par Alexandre Le- 
noir et dispersés un peu partout. Il signale particulièrement à l'attention un lion en 
marbre devant accompagner la statue de l'amiral Chabot, exposée depuis de lon- 
gues années dans une cour de l'école des Beaux-Arts, et émet le vœu que cette figure 
vienne retrouver le monument qu'elle accompagnait primitivement. 



ACADEMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES 



Séance du z er septembre 1882. 

M. Lenormant présente de la part de M. Marmier, capitaine d'état-major, des vues 
photographiques de deux monuments importants de la Pouille, qui n'avaient encore 
été ni reproduits ni même décrits nulle part. Ce sont la cathédrale de Siponte et 
celle de Termoli, Dans la cathédrale de Siponte, construite avant la conquête du pays 
par les Normands, à la fin du x e siècle Ou au commencement du xi* siècle, l'archi- 
tecture présente le plus curieux mélange des influences byzantine et arabe. La ca- 
thédrale de Termoli, au contraire, bâtie après la conquête, au commencement du 
xn e siècle, offre un magnifique spécimen d'une architecture inspirée de l'art roman 
français. Elle rappelle surtout les édifices romans bourguignons de la région d'Au- 
tun.Ce qui donne encore à cette église un intérêt particulier, c'est qu'elle porte sur 
la façade une inscription qui fait connaître le nom de l'architecte, Johannes Gri- 
maldi, et le pape sous le pontificat duquel l'édifice fut élevé, Pascal II (1099-1118). 

M. P.-Ch. Robert donne une seconde lecture de son mémoire sur Gondovald et le 
monnayage au nom de l'empereur Maurice Tibère dans la Gaule méridionale. 

M. Halévy lit un mémoire intitulé : V Immortalité de l'dme chc\ les Sémites. 
L'objet de ce mémoire est d'établir, contrairement à ce qu'ont affirmé plusieurs sa- 
vants, que les divers peuples sémitiques ont cru à une survivance de l'homme sous 
une autre forme après la mort, à une seconde existence dans un autre monde. A 
l'appui de son opinion, M. Halévy invoque en premier lieu des textes assyriens en 
caractères cunéiformes, où se trouvent de fréquentes allusions à la seconde existence 
et même des descriptions du pays des morts. On trouve, par exemple, dans ces textes 
un récit mythologique qui représente la déesse Astarté descendant aux enfers pour y 
chercher son amant Toumouz. Ailleurs il est question de la félicité dont jouit, dans 
l'éternité, un guerrier mort glorieusement sur le champ de bataille. On croyait aussi 
à une résurrection; certains dieux ont pour surnom : « Celui » ou « Celle qui fait 
revivre les morts. » Chez les Hébreux, on ne trouve pas de textes aussi explicites, 
mais il ne faut pas, dit M. Halévy, s'en étonner. Ce qui nous est parvenu de la lit- 
térature hébraïque ne représente pas toute la pensée de toute la nation [juive, mais 
seulement celle du parti monothéiste, qui cherchait à substituer aux cultes multi- 
ples du vieil Israël le culte d'un dieu unique. Les livres de la Bible sont des écrits 
f>olémiques; les croyances populaires des Juifs ne sont pas celles que ces livres déve- 
oppent, ce sont celles qu'ils combattent. Les ombres des morts, dans l'ancienne re- 
ligion polythéiste des Juifs, recevaient un culte; c'en était assez pour que les auteurs 
des livres saints considérassent cette idée des ombres, et des enfers, comme une 

f)réoccupation funeste, qu'il fallait chercher à éteindre et à faire tomber en oubli. De 
à leur silence presque absolu sur cette croyance. Ils n'ont pu pourtant en effacer 
toutes les traces, et M. Halévy relève et cite divers passages de l'Ancien Testament, 
qui mentionnent expressément, ordinairement pour les prohiber, les offrandes aux 
morts, la nécromancie, etc. Le plus remarquable de ces passages est le récit où l'on 
voit la pythonisse d'Endor évoquer l'ombre de Samuel. Les Hébreux ont cru, comme 
les Grecs, que l'homme ne mourait pas tout entier, qu'il subsistait de lui une om- 
bre; comme les Grecs aussi, ils ont assigné aux ombres un séjour particulier, ils ont 
cru à un monde ides enfers. Chez les Grecs, ce pays des morts se nommait Yhadès; 
en hébreu, c'est le schéol. C'est à tort qu'on a prétendu que le mot schéol signifiait 
simplement tombeau. Des expressions comme : « Il fut réuni à son peuple », qui 
reviennent souvent dans la Bible pour dire : «Il mourut», sont des allusions à ce 
séjour des ombres, où l'on croyait que le mourant allait rejoindre les siens, morts 
avant lui. 

Ouvrage présenté, de la part de l'auteur, par M. Alfred Maury : Chèvkemont 
(Alexandre), les Mouvements du sol sur les côtes occidentales de la France et parti- 
culièrement dans le golfe normanno-breton. Julien Havet. 

Le Propriétaire-Gérant : ERNEST LEROUX. 
Le Puy, imprimerie Marchessou fils, boulevard Saint-Laurent, 23 



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REVUE CRITIQUE ,*,, _ f , 

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D'HISTOIRE ET DE LITTERATURE 

na non nu n 



N° 40 - 2 Octobre — 1882 



Souimaii • s 2o». Collection de contes et de chansons populaires de la librairie 
Leroux : Legrand, Contes populaires grecs; De Puymaigre, Choix de vieux chants 
portugais; Dozon, Contes albanais; Rivière, Contes populaires de la Kabylie; 
Léger, Contes populaires slaves. — 201. Engelmann, L'Alcmène d'Euripide, — 
202. Arn. Schaefer, Sources de l'histoire grecque jusqu'à Polybe. — 2o3. Diez, 
Vies et œuvres des troubadours, 2 e édit. p. p. Bartsch. — 204. De Costa, Mé- 
moires sur Verraaano. — 2o5. Lettres de Charlotte de Kalb à Jean Paul Richler, 
p. p. Nerrlich. — Chronique. — Académie des Inscriptions. 



200. — Collection de contes et «le chanson» populaires. Paris, Ernest 
Leroux, 1881-2, in-18. Prix du volume : 5 francs. 
I. Recueil de contes populaires grecs traduits sur les textes originaux par Emileiorrr 

Legrand. xrx-274 p. 
IL Romanceiro. Choix de vieux chants portugais traduits et annotés par lb Jn g V 
comte de Puymaigr», Lx-280 p. inno) aiîuB-snu 

III. Contes albanais recueillis et traduits par Auguste Dozon, xxvn-264 p. 

IV. Recueil de contes populaires de la Kabylie du Djurdjura, recueillis et tra- 
duits par J. Rivière, vi-2 5o p. tiaoladlYJn ihbi no 

V. Recueil de contes populaires slaves, traduits sur les textes originaux par 

Louis Léger, xiv-266 p. 

garnis 

Les études de littérature populaire, presque inconnues en France, y 
jouissent maintenant d'une certaine faveur. Si le recueil que leur avait 
consacré, sous le nom de Mélusine, une initiative intelligente, mais ap- 
paremment prématurée, n'a pu prolonger son existence au-delà de sa 
première année, de nombreux symptômes annoncent en leur faveur 
un éveil de l'attention publique qui, il faut l'espérer, sera définitif. L'un 
de ces symptômes est la création de la collection que nous annonçons, 
qui a vu surgir à côté d'elle une rivale, conçue d^illeurs sur un plan un 
peu différent, dont nous parlerons prochainement aux lecteurs de la 
Revue. Le recueil commencé l'année dernière par M. Leroux, et qui 
compte déjà cinq volumes, n'embrasse pas le folk-lore dans toute son 
étendue; il se borne aux contes et aux chansons populaires. Il n'y a 
rien à objecter à cette restriction ; on eût même fort bien pu se 
borner à Tune des deux catégories, ou ouvrir pour chacune d'elles une 
collection séparée. Les contes dominent d^illeurs jusqu'à présent : 
quatre des cinq volumes publiés leur appartiennent en propre, ainsi que 
le sixième qui est annoncé [Contes indiens). C'est d'eux que je m'occu- 
perai principalement aussi, indiquant seulement le recueil des romances 
Nouvelle série, XIV. 14 



2 54 REVUE CRITIQUE 

portugaises ' traduites et annotées par M. le comte de Puymaigre ; on y 
retrouve le bon goût littéraire et l'érudition solide de l'auteur des ou- 
vrages que l'on connaît sur la littérature espagnole et sur les chansons 
populaires : les lecteurs français qu'attire une poésie d'un charme péné- 
trant et souvent un peu étrange et qui n'ont pas à leur disposition les 
différents romanceiros portugais liront ce joli volume avec autant de 
plaisir que de profit. 

Parmi les recueils de contes, deux surtout ont une haute valeur, celui 
de M. Dozon et celui de M. Rivière. Ils ont été recueillis de la bouche 
des Albanais a et des Kabyles et sont présentés pour la première fois au 
public européen 3 ; ils enrichissent précieusement le trésor déjà si grand 
des matériaux de la mythographie comparée.Ceuxàqui nous les devons 
ont de cette science une idée inégalement incomplète ; M. Dozon, grâce 
aux travaux de Hahn, en connaît les linéaments généraux, mais il n'en 
possède pas avec précision la méthode rigoureuse et les résultats désormais 
acquis. Il faut lui savoir gré des rapprochements qu'il donne avec les 
contes grecs et albanais de Hahn ; il a emprunté avec raison à ce savant 
l'observation que les contes se composent de traits qui se retrouvent 
isolés ou groupés de manières différentes, et, en signalant ces traits dans 
différents récits où ils sont épars, il facilite les recherches. Les contes en 
eux-mêmes ne sont pas mauvais, ils sont généralefnent d'une conserva- 
tion passable, d'ailleurs assez secs et sans grand charme. Ils paraissent 
(je suis en cela de l'avis de M. D.) être arrivés aux Chkipétars par l'in- 
termédiaire des Slaves et des Grecs : on n'^ trouve de national que le 
nom de koutchédra et de loubie donné aux lamies, qui tiennent presque 
toujours dans les contes la place du drakos grec ou de notre ogre. C'est 
là un fait qui se retrouve chez tous les peuples : en s'appropriant les 
contes merveilleux venus de l'Orient, chaque peuple européen a substi- 
tué aux êtres surnaturels qui y figuraient ceux que lui fournissait son 
propre folk-lore : il ne faut rien conclure de ces noms pour To- 
rigine des récits ; il y a; en réalité, très souvent désaccord ou au 
moins diversité de provenance et d'antiquité entre ces noms et les 
contes où ils figurent ; c'est une observation qu'il importe de faire et qui 
suffit à dissiper bien des rapprochements établis, d'ordinaire à tort, entre 
la mythologie et la mythographie, qui ont beaucoup moins de points de 
contact qu'on ne le croit. En général, les êtres qui figurent dans les 



i. M. de P. ne veut pas faire romance du féminin, et il en donne de bonnes 
raisons; mais outre que le mot romance au fém. est consacré (cf. Romania, I, 373), 
il faudrait pour traduire le roma nce des Espagnols et des Portugais dire en français 
un roman. 

i. Quelques-uns de ceux de M. Dozon ont été empruntés par lui à l'Abeille 
clikipe, journal albanais publié à Alexandrie. 

3. M. Dozon avait déjà imprimé le texte albanais de ses contes dans son Manuel 
de la langue chkipe (Paris, Leroux, 1878). 



d'histoire et de LITTÉRATURE 255 

contes ont peu d'importance mythographique;. ce sont les événements 
qui en ont un capital, et c'est surtout sur eux qu'il faut faire porter 
l'effort de la critique et de la comparaison. — Il y aurait naturellement 
bien des remarques à faire sur les contes albanais de M. Dozon, mais il 
serait difficile de trouver la mesure, et des remarques détachées seraient 
peu utiles. Je noterai seulement que le n° XVïII, appelé assez inexac- 
tement le Pêcheur, provient de la légende d'Alexandre (voy. Romania, 
XI), où un œil humain remplace la feuille; le Lion aux pièces d'or 
(XVII) est une altération fort maladroite du conte d'origine indienne, 
mais déjà connu de l'antiquité, que Senecé a mis en vers sous le nom du 
Serpent mangeur de kaïmak; enfin le n° XXI (Tosko et Mosko)me 
paraît particulièrement intéressant, parce qu'il ressemble, et en certains 
détails de fort près, au tableau français de Barat et Haimet. auquel je 
ne connais pas d'autre parallèle '» 

M. Rivière, qui a recueilli les cinquante-deux contes kabyles qui for- 
ment le quatrième volume de la collection, n'a pas des idées fort nettes 
sur la science à laquelle il apporte une si intéressante contribution. Il dit 
bien qu'il a « pour objet de fournir une nouvelle matière pour l'étude 
comparée des croyances et des traditions populaires » ; mais il ajoute 
qu'on lira « avec intérêt ces pages si originales, où un peuple illettré 
trace à notre curiosité le tableau vivant de ses qualités morales et sur- 
tout de ses vices ». D'après cette idée, il a groupé une grande partie des 
contes qu'il a recueillis sous différents chefs intitulés : Le vol, La ven- 
geance et la jalousie, Le mensonge, L'hospitalité et Vassistance pu- 
blique, etc., entendant que ces contes nous représentent fidèlement ces 
différents aspects de la vie kabyle. Mais la plupart d'entre eux, coïncidant 
parfois, jusque dans les détails, avec les contes d'autres peuples, ne sont 
visiblement pas nés chez les Kabyles et ne sauraient, par conséquent, 
offrir un tableau exact de leur manière de vivre. Par exemple, sur cinq 
contes consacrés au vol, le second, Ali g Icher, est une variante de 
Ddumling, fort curieuse du reste, car elle nous offre l'intermédiaire en- 
tre la version européenne et un conte recueilli chez un peuple africain 
du Sénégal 2 ; le 3 e , Les deux frères, est une variante de l'histoire de 
Rhampsinite 3 ; le 4 , le Juif infidèle, est un récit indien qui, sous le 
nom du Dépositaire infidèle, se retrouve dans La Fontaine; le 4 e , Ali 
et ou Ali, quoique plus original, n'est pas sans analogie avec des contes 
européens (cf. ci-dessus, texte et note); le premier seul, Thadhellala, 
paraît sortir de l'imagination kabyle ; mais, sous la forme où il a été re- 



1. On peut trouver quelques ressemblances, mais assez vagues, entre ce récit et le 
n*I,4 des Contes kabyles dont il est parlé ci-après. 

2. Voy. le conte teumé que j'ai reproduit dans Le petit Poucet et la grande Ourse, 
(Paris, 1873), à Y Appendice. 

3. J'ai fait, il y a longtemps, un travail étendu sur cette histoire, et j'espère, après 
l'avoir remanié, le publier prochainement. 



256 REVUE CRITIQUE 

cueilli, il est déplorablement incohérent. M. Rivière va certainement 
trop loin en disant que « beaucoup [des contes kabyles] sont aborigè- 
nes »; il ajoute d'ailleurs : « Une étude comparative nous permettrait 
de retrouver le fond d'un grand nombre d'autres dans le recueil des 
Mille et une nuits ou dans celui (?) des contes indiens ». Quant à la 
« forme nouvelle » qu'auraient revêtue ces contes empruntés, il ne faut 
pas non plus en exagérer l'importance, ni surtout l'originalité. Les con- 
tes qui forment le patrimoine commun de tant de peuples se sont assu- 
rément modifiés dans leurs pérégrinations, mais les raisons de ces- chan- 
gements doivent être cherchées presque toujours dans leur propre 
évolution, si l'on peut ainsi dire, et non dans l'influence des milieux où 
ils ont pénétré. Un conte à l'origine est un, logique et complet; en se 
transmettant de bouche en bouche, il a perdu certaines parties, altéré 
certains traits; souvent alors les conteurs ont comblé les lacunes, rétabli 
la suite du récit, inventé des motifs nouveaux à des épisodes qui n'en 
avaient plus ; mais tout ce travail est déterminé par l'état dans lequel ils 
avaient reçu le conte, et rarement il a été bien actif et bien personnel. 
Les différences de mœurs entre les peuples qui ont accueilli successive- 
ment les contes ont agi surtout négativement, c'est-à-dire qu'on a sup- 
primé les traits qu'on ne comprenait pas; rarement on les a remplacés 
par des traits correspondants dans les mœurs nationales ». Les contes des 
Kabyles confirment d'ordinaire ces observations générales : les contes que 
nous connaissons d'ailleurs se retrouvent chez eux mutilés, incomplets, 
décousus, mais non transformés et réellement assimilés. Au reste, il faut 
toujours considérer la forme des contes, dans les recueils du genre de ce- 
lui de M. Rivière, comme fortuite et individuelle ; les mêmes récits, si 
un autre conteur les avait faits au collecteur, seraient souvent meilleurs, 
plus complets, plus suivis (ou, au contraire, plus imparfaits). Ceux-ci ne 
sont pas, en général, remarquables comme forme, et souvent ils sont à peu 
près inintelligibles ; M. Rivière, et je l'en félicite, n'a pas voulu les amé- 
liorer ; il les a traduits avec une fidélité scrupuleuse qui donne une va- 
leur tout à fait scientifique à son recueil ; ajoutons qu'il a le mérite de 
nous offrir les premiers échantillons connus jusqu'ici de la littérature 
populaire kabyle. Au reste, si les contes qu'il nous donne n'ont pas l'in- 
térêt suivi et le charme de narration qu'on trouve dans beaucoup de 
contes européens, ils sont cependant bien supérieurs à la plupart des 
contes recueillis chez les peuples moins civilisés de l'Afrique 2 et plu- 
sieurs se lisent avec un vrai plaisir et offrent même des traits de naïveté 

i. Cela est pourtant arrivé; il y en a un exemple fort intéressant dans l'histoire 
du conte de Rhampsinite; mais, si je ne me trompe, on reconnaît là la main d'un 
lettré. 

2. Comme je l'ai déjà indiqué, les contes kabyles forment parfois la transition en- 
tre les premiers et les seconds; ils confirment l'hypothèse d'après laquelle ces con- 
tes recueillis chez les peuples divers de l'Afrique leur sont venus en bonne partie, 
sans doute assez récemment, par les musulmans. 



d'histoire kt de littérature 257 

et de poésie charmante. M. Rivière a joint à ses contes des fables ■ et des 
énigmes; ses remarques sur la vie kabyle présentent de l'intérêt : on voit 
qu'il connaît à fond le peuple dont il parle. « Nous eussions aimé, dit 
l'auteur dans la préface, à rencontrer de ces. légendes nationales où se 
trouve défigurée, mais reconnaissable sous bien des traits, l'histoire d'un 
peuple... Nos recherches ont été sans résultat... A l'égard des souvenirs et 
des monuments du passé le Kabyle est un être indifférent à l'excès ». M. 
Rivière aurait eu la même déception s'il avait fait la même quête dans 
n'importe quel pays. Je crois qu'on peut aujourd'hui le proclamer avec 
une assez grande assurance : il n'y a pas de tradition historique orale ; 
ce qui passe ou a passé pour tel est de la pure fiction. Il semble bien 
étrange, au premier abord, que des contes comme celui du trésor de 
Rhampsinite, par exemple, se racontent aujourd'hui encore avec une fi- 
délité admirable depuis la Sibérie jusqu'au Djurjura, depuis la Syrie 
jusqu'à l'Ecosse, et que ces peuples qui conservent avec tant de ténacité 
le récit d'inventions fictives oublient les événements historiques avec une 
rapidité telle qu'en deux ou trois générations on n'en retrouve le plus 
souvent aucune trace 2 . Ce contraste est, je crois, explicable et a sa rai- 
son d'être dans la nature même de l'esprit humain : ce n'est pas ici le 
lieu de l'exposer telle que je crois l'apercevoir ; je me borne à constater 
le fait. 

Le volume de M. E. Legrand ne contient, sauf cinq communiqués à 
l'auteur par un ami, et un dû à M. Jean Pio, que des contes déjà publiés ; 
trots l'ont été en français même par Buchon ; cinq sont tirés du pré- 
cieux recueil de M. Sakellarios, et étaient déjà connus par la traduction 
allemande de M. Liebrecht [Jahrb. fur rom. Literatur); quatre sont 
des contes grecs de la Terre d'Otrante recueillis par M. Morosi ; 
un, que M. L. regarde d'ailleurs comme apocryphe 3 , a été publié par 
un « albano-grec », nommé Molossos; enfin le dernier, qui roule sur 
le même sujet que la Manekine ou la Fille sans mains, a été emprunté 
au recueil de légendes pieuses du moine Agapios (xvn e siècle 4 ) ; les dix 

1. A vrai dire, plusieurs de ces fables n'en sont pas ; ainsi le n° 1, Le roi et le 
chacal, n'est qu'une ibrme très altérée du conte recueilli plus haut sous le titre de 
Le singe et le pécheur, et ces deux contes appartiennent au thème du Chat botté. Le 
n° 2, Le petit enfant, est une variante, très peu particulière, du thème de la Chanson 
du chevreau. 

2. A moins de circonstances exceptionnelles, comme un monument; encore le 
plus souvent lui attribue-t-on une destination tout autre que la vraie. Les lieux 
prennent souvent aussi des noms d'après les événements dont ils ont été le théâtre 
et rappellent ainsi ces événements à la mémoire. L'épopée ne contient d'élément 
historique que quand elle a pour base des chants composés au moment des faits. 

3. Peut-être M. L. va-t-il trop loin dans sa méfiance contre cette pièce, qui me 
paraît ne pas déceler la fabrication autantqu'il ledit, au moins pour le fond. 

4. M. L. pense que le récit d' Agapios provient de quelque imitation italienne du 
roman français de la Manekine; mais les différences sont très grandes, et le récit a 
existé dans d'innombrables versions. 



258 REVUE CRITIQUE , 

autres sont traduits d'après des versions publiées dans un journal littéraire 
grec. M. L. a fait précéder ces contes de quelques remarques, où il met 
surtout en relief les rapports qu'ils présentent avec divers récits de la my- 
thologie grecque. C'est un- point qui, même après les excellents travaux 
de M. Schmidt, demanderait à être soumis à une étude approfondie; on 
sait qu'il faut se méfier de plus d'un des textes qu'on allègue, et que des 
faussaires, soit par patriotisme, soit par dilettantisme, se sont parfois 
amusés à rapprocher des contes modernes de mythes anciens. Les contes 
grecs paraissent en réalité, au moins en grande partie, avoir une pro- 
venance slave; quelques souvenirs de l'ancienne religion hellénique, 
d'ailleurs assez défigurés (comme Charos, les Néraïdes, etc.), y apparais- 
sent accessoirement, et il n'est pas impossible que telle ou telle des aven- 
tures des dieux antiques, souvent si semblables à nos contes, ait vécu 
jusqu'à nos jours dans le souvenir des habitants de l'ancienne Grèce. 
Toutefois il est bien difficile, quand on arrive aux cas spéciaux, de l'affir- 
mer à coup sûr. Ainsi, sur le premier des contes qu'il a traduits, le Sei- 
gneur du monde souterrain, M. L. remarque : « On trouve dans ce 
récit certains traits qui rappellent la fable de l'Amour et Psyché, telle 
que la raconte Apulée, et les tentatives de séduction exercées par la reine 
remettent en mémoire l'histoire de Bellérophon ». Mais une femme qui 
se prend d'un amour coupable pour son serviteur, et, repoussée, l'accuse 
auprès de son mari, c'est un lieu commun qui se retrouve partout; et 
quant à la fable d'Apulée, il n'est même pas certain qu'elle soit grecque 
d'origine, et on lui trouve des pendants chez tous les peuples du monde. 
Les contes anecdotiques ont parfois la vie plus tenace que les autres : 
ainsi l'histoire de la fille qui allaite son père prisonnier se rencontre 
dans un texte byzantin comme rattachée à une énigme, et c'est ainsi 
qu'elle nous apparaît dans le septième conte de M. Legrand. Les contes 
grecs n'offrent d'ailleurs pas de traits bien distinctifs, sauf, en beaucoup 
de cas, quand les collecteurs ne les ont pas arrangés, une barbarie qui 
sans doute les rapproche souvent de la forme primitive, et notam- 
ment une férocité qui pourrait bien parfois leur appartenir en propre. 
Ainsi l'avant-dernier conte, la Princesse et sa Nourrice, fort curieux 
en ce qu'il a un dénouement à peu près identique à un épisode de Tris- 
tan, nous montre une princesse enfermée dans une tour, devenant grosse 
d'un passant, et, pour faire disparaître l'enfant qu'elle a mis au monde, 
le faisant cuire et le mangeant avec sa nourrice, qu'elle essaie ensuite de 
tuer pour cacher leur secret; le conteur ne semble d'ailleurs pas la blâ- 
mer et termine en disant que la princesse et la nourrice, réconciliées, vé- 
curent heureuses ensemble. Dans le poème breton, l'atrocité est beau- 
coup moins grande, et si Iseut veut également faire périr Brangain pour 
être sûre qu'elle ne la trahira pas, ce n'est pas un secret aussi horrible 
qu'elle partage avec elle. Comme on trouve dans le conte grec, à côté 
de ce festin révoltant, la substitution d'une suivante (différente de la 
nourrice) à la reine dans le lit du roi la première nuit de ses noces 



d'histoire et de littérature 259 

comme dans Tristan), il semble bien qu'on ait ici deux histoires sou- 
dées ensemble et originairement étrangères l'une à l'autre; le forgeron 
qui joue un rôle dans la première partie doit aussi avoir une raison 
d'être. — Sauf les contes publiés par Buchon, Sakellarios et Hahn, 
ceux qu'a traduits M. L. étaient pour ainsi dire inconnus aux sa- 
vants occidentaux, et on doit lui savoir beaucoup de gré de les 
avoir réunis ; mais combien plus précieuse que ce recueil sera 
la collection dont il parle dans la préface, la collection formée par 
lui-même en Grèce! « Nous avons en portefeuille, dit-il, plus de trois 
cents contes et légendes, qui présentent tous un vif intérêt tant sous 
le rapport philologique et littéraire qu'au point de vue de l'his- 
toire des croyances populaires ». Espérons que cette collection, accompa- 
gnée d'une traduction, ne tardera pas à être publiée; l'annonce qui en 
est faite éveillera certainement chez tous les mythographes le plus vif 
désir de la posséder. 

On peut considérer comme suffisamment accessibles aux travailleurs 
les recueils de contes écrits dans les langues romanes et germaniques, et, 
au moins au point de vue scientifique, il semble inutile de les traduire. 
Il n'en est pas de même des contes asiatiques, et, pour l'Europe, des 
contes écrits dans les langues celtiques, basque, finno-lapones, magyare, 
turque, grecque, albanaise, lithuanienne et même slaves. Dans un demi- 
siècle, les savants seront peut-être obligés de savoir au moins le russe, ce 
qui leur permettra de comprendre les autres langues slaves, comme au- 
jourd'hui ils sont obligés de savoir l'allemand, ce qui leur permet de lire 
plus ou moins aisément les livres écrits dans les autres idiomes germa- 
niques. Ceux qui s'occupent de littérature populaire, notamment, ne 
pourront absolument s'en passer, tant est riche et varié le trésor du folk- 
lore slave. Pour le moment, c'est un trésor fermé au moins pour le plus 
grand nombre d'entre eux, et ils sont fort reconnaissants à ceux qui en 
extraient quelque chose à leur intention. C'est ce qu'a voulu faire 
M. Léger dans son recueil de contes slaves, et il était plus capable que 
personne de bien s'acquitter de cette tâche. Il possède, en effet, tous les 
dialectes des diverses branches de la grande famille slave, et il a pu nous 
donner des contes traduits du serbe, du tchèque, du russe, du dalmate, 
du slovaque, du polonais, du bulgare, du croate et du petit-russien. En 
outre, il est au courant des études de mythographie et en état, par con- 
séquent, d'apprécier ce qui est intéressant et authentique. J'avoue que, 
étant données ces conditions favorables, j'attendais de M. Léger plus et 
mieux que n'apporte le volume qu'il nous a donné. On y sent trop une 
préoccupation qui se montre dans la plupart des travaux français consa- 
crés aufolk-lore, qui entrave leur succès loin de le favoriser, qui a, par 
exemple, contribué à empêcher la Mélnsine de prospérer, et qui se re- 
trouve dans la conception même de la collection dont je rends compte : 
je veux parler de l'idée de plaire au grand public en même temps qu'aux 



20O REVUE CRITIQUE 

savants. Cette confusion, qui produit presque toujours des œuvres gau- 
ches et bâtardes, n'est pas d'ailleurs propre à ce sujet; elle se retrouve en 
France dans beaucoup d'autres domaines, et elle y a partout de- fâchera 
ses conséquences. M. Léger, à mon sens, au lieu de faire un choix, né- 
cessairement bien restreint, dans les recueils de contes de neuf 'peuples 
slaves, aurait rendu un plus grand service en traduisant entièremerft'Çrip 
de ces recueils et en y joignant des notes comparatives renvoyëfit',"j)êu'£ 
chaque forme, aux contes parallèles contenus dans d'autres collections 
slaves. Au moins le savant français ou allemand qui travaillerait avec 
un tel livre saurait au juste ce qu'il a sous les yeux. En outre, les recueils 
slaves ont une valeur très inégale; les derniers recueils russes, surtout 
celui d'Afanasief, sont incomparablement les plus précieux et méri- 
taient une préférence presque exclusive. Les autres ont été formés à une 
époque où le point de vue purement scientifique n'avait pas prévalu, et 
souvent sous l'influence de préoccupations littéraires ou patriotiques 
qui en rendent la forme suspecte; quelques-uns ne méritent aucune 
confiance. M. Léger n'a pas appliqué à ces contes une critique assez sé- 
vère. Ainsi il nous apprend qu'il a supprimé « certains détails fantaisis- 
tes » ajoutés par le collecteur au conte dalmate de la Fille du Doge, 
conte croate ; mais le conte tout entier, s'il a quelque chose de populaire 
au fond, est tellement arrangé, moralisé, etc., qu'il ne méritait pas d'être 
traduit. Le berger et le dragon, conte slovaque, est aussi bien peu po- 
pulaire, au moins dans beaucoup de traits, et n'offre d'ailleurs guère 
d'intérêt : quoi de plus fade que de nous raconter une histoire fantasti- 
que pour terminer en nous apprenant que c'était simplement un rêve? 
Blanche-Neige, prétendu conte russe, est visiblement une fiction de let- 
tré. Plus d'un autre conte donnerait lieu à des observations analogues. 
A côté de cela, naturellement, beaucoup de contes excellents, empruntés 
surtout à Afanasief et à Roudjenko (petit-russien). Il me semble cepen- 
dant que le choix, là encore, puisqu'on voulait choisir, aurait pu être 
fait autrement. Il était inutile, par exemple, de resservir des contes tra- 
duits en anglais par M. Ralston et d'après lui en français par M. Brueyretyl 
et en éliminant les récits indiqués ci-dessus, on aurait eu de la place 
pour d'autres qui valent mieux. Je voudrais que M. Léger nous fit pro- 
fiter plus complètement de ses rares connaissances, et que, choisissant tel 
ou tel recueil russe ou petit-russien, il le traduisît soit en entier, soit au 
moins en indiquant les contes qu'il ne croirait pas devoir traduire. Il 
pourrait ainsi donner à la collection Leroux plus d'un volume, qui, 

I 

5TI525HJ 

i. N'ayant pas les ouvrages en question sous la main, je ne puis affirmer qUfcil 
mes souvenirs ne me trompent pas. Je remarque aussi que j'ai donne, dans Le petit: 
Poucet et la grande Ourse, la traduction du conte d'Afanasief sur ce sujet; il était 
inutile de le retraduire. Mais ce qui est plus grave, c'est que dans sa traduction f . 
M. Léger a omis, sans en prévenir, deux traits importants (le premier stfrtdu'r} : p^ra J r * 
l'étude mythographique du récit; il faut espérer que c'est, là uaifittl\is&W^ tOJjnwn 

tilnsîbi -t:»bIoW . stiùe aupfeiïj) 



d'histoire et de littérature 261 

moins agréable peut-être que le premier pour les gens du monde, serait 
assurément mieux accueilli par les mythograpb.es. 

Je souhaite, en terminant, que cette collection, qui contient déjà des 
choses si précieuses, se continue activement. Le champ est vaste, pres- 
que illimité. Les contes de tous les pays peuvent y entrer, et nos provin- 
ces en gardent encore assez d'inédits pour tenter plus d'un collecteur. 
Il faut aussi désirer que les volumes ne soient pas de simples recueils de 
matériaux. La France compte, dès aujourd'hui, des mythographes de 
premier ordre, comme M. Cosquin, capables de commenter avec toute 
la compétence voulue les contes qu'ils publient. Espérons que leur 
exemple sera suivi, et que ces études, trop abandonnées aux dilettantes, 
seront traitées de plus en plus fréquemment avec la méthode rigoureuse 
et les connaissances étendues qu'elles exigent. C'est par là qu'elles s'im- 
planteront solidement chez nous, et que les travaux français prendront 
un rang honorable à côté de ceux que l'on consacre à la mythographie, 
avec tant de science et de zèle, en Allemagne, en Russie, en Italie et en 



Portugal. 



G. P. 



201. — Richard Engelmann. Deiti-sege aeu Euripide». I. Alkmene. (Supplé- 
ment littéraire du programme du Friedrichs Gymnasium). Berlin, Weidmann. 
1882. In-4 20 p. 

Alcmène est une tragédie d'Euripide dont Stobée et d'autres compila- 
teurs nous ont conservé quelques fragments assez insignifiants. 

A défaut d'indications précises, le bon sens aurait dû faire présume 
qu'Euripide n'avait pu traiter dans le mythe d'Alcmène que le même 
épisode qui a fourni la matière de Y Amphitryon de Plaute et de Mo- 
lière. Alcmène, comme Léda, comme Sémélé, n'est célèbre que pour 
avoir plu un jour à Jupiter, et aucun autre incident dans cette vie assez 
obscure ne se prête aux exigences d'une action dramatique. D'ailleurs, 
si, dans les vers parvenus jusqu'à nous, rien n'imposait absolument une 
conjecture aussi naturelle, rien non plus ne venait la contredire. Mal- 
heureusement, cette fois, comme dans d'autres occasions, l'explication du 
bon sens était beaucoup trop simple pour contenter les philologues : 
aussi l'ont-ils rejetée presque unanimement pour y substituer les hypo- 
thèses les plus variées et les plus arbitraires. Jugeant que les complica- 
tions qui résultent de la visite nocturne de Jupiter, étaient plutôt du 
domaine de la comédie que de la tragédie, on s'est ingénié à découvrir 
quelque autre événement où Alcmène eût été mêlée, si peu que ce fût. 
Plusieurs, sous prétexte que le titre de notre tragédie est omis sur le 
marmor Albanum, ont imaginé qu'il faisait double emploi avec 
quelque autre : Welcker identifiait Alcmène avec le Rhadamanthe, dont 



C«? lOTrilHCl 

202 RKVUR CRITIQtJE 

J'inauthcntiatéest certaine; Hartung avec le Licymnios. Bref, la ques- 
tion, embrouillée comme à plaisir, en était venue à un tel rjbiBV'^o'bV- 
curité que Wagner, dans son édition des fragments d'Euripide; 'tôflïS?- 
sait ingénument qu'en l'absence d'une solution vraiment's J âii$£féa , nit l #/ ( ïl 
aimait mieux s'abstenir de toute explication. IJ;VJ; ai ^° 

Sur ces entrefaites, en 1837, Millingen publia, dans les Nouvelles 
Annales de l'Institut archéologique de Rome, un vase d'origine 'hi- 
canienne, rapporté d'Italie par le peintre Tresham, et appartenant ac- 
tuellement à une collection particulière à Castle- Howard en Angle- 
terre '. La face de ce vase qui nous intéresse représente une scène 
mythologique dont la lecture est rendue facile par les inscriptions pla- 
cées au-dessus des figures principales. Sur un bûcher, terminé à la par- 
tie supérieure en forme d'entablement dorique, est assise une femme ri- 
chement vêtue, que la légende appelle Alcmène. Un personnage barbu, 
Amphitryon, et un jeune homme désigné sous le nom d'Anténor, sont 
occupés à mettre le feu au bûcher à l'aide de brandons allumés. Mais 
deux carreaux de foudre viennent de tomber à leurs pieds, et, pendant 
qu'ils s'arrêtent effrayés, Jupiter apparaît dans les airs, le sceptre à la 
main et couronné de lauriers. En l'apercevant, Alcmène lève la main 
droite au ciel, avec une expression de stupeur et de joie. Sur Tordre du 
dieu, deux jeunes divinités (les Hyades) versent sur le bûcher l'eau conte- 
nue dans deux amphores, tandis qu'un arc-en-ciel, brillant à travers une 
épaisse tempête, annonce le rétablissement de la paix sur terre et dans 
l'atmosphère. Enfin, dans l'angle droit du Qso),gysÎov, la figure de l'Aurore 
(AQE) fait pendant à celle de Jupiter et complète la composition. Cette 
peinture, d'une exécution médiocre, mais qui paraît inspirée par un ori- 
ginal de valeur, est signée du nom d'un artiste inconnu, Python. 

Rien ne pouvait être plus clair que le sens de la peinture publiée par 
Millingen. L'attitude des principaux personnages, celle d'Alcmène en 
particulier, montrait à l'évidence qu'il s'agissait d'une exécution par le 
feu, et cette exécution, bien qu'aucun poète n'en fît mention, s'expli- 
quait à merveille : Amphitryon, convaincu de l'infidélité de sa femme, 
exaspéré par ses dénégations, l'a condamnée au dernier supplice, et c'est 
au moment où, de concert avec quelque parent d'Alcmène, il s'apprête 
à accomplir la sentence, que Jupiter survient pour lui donner la clé du 
mystère et lui révéler l'honneur auquel sa maison est appelée. 

Le croira-t-on ? Ici encore le parti pris et des scrupules érudits ont em- 
pêché les savants a'y voir clair, et leur ont fait substituer à une explica- 
tion qui crevait, pour ainsi dire, les yeux, l'interprétation la plus alam- 
, ■■■ — — 

1. Nouvelles Annales, tome I (i836- 1837), pp. 487 sq. I. a belle reproduction en 
couleurs forme la planche X des Monuments inédits publiés à la suite de ce recueil. 
Disons en passant que l'atlas de ces planches manque à la Bibliothèque nationale 
et dans les autres bibliothèques publiques de Paris. Nous l'avons trouvé à la biblio- 
thèque de l'Institut, relié à la suite des Momnncnii inediti des Annali delV InstiLUto 
archeologico. -( £ P> -H < is -> 



d'histoire; et de littérature 263 



os 



biquce qui fût possible. Millingen s'est souvenu que, d'après une 
tradition obscure rapportée par le mythographe Antoninus Liberalis, le 
corps d'Alcmène fut, après sa mort, enlevé au ciel par Jupiter, et rem- 
placép,.^^ son cercueil, par une grosse pierre. De là à un enlèvement 
opéré avant la crémation, il n'y avait qu'un pas; Millingen n'hésite pas 
^kfrABfhjUj, çt, voilà comment la peinture de Python se trouve baptisée 
r Apothéose d'Alcmène. Millingen accompagnait la description du mo- 
nument de rapprochements fort érudits où l'archéologie et la mytholo- 
gie avaient à glaner ; mais cet échafaudage de suppositions aurait dû s'é- 
crouler devant deux faits: i° la posture d'Alcmène dans la peinture 
n'est pas celle d'une morte ; 2 suivant la tradition constante des au- 
teurs anciens, Alcmène survécut à Amphitryon et épousa en secondes 
noces Rhadamanthe '. 

Il a fallu néanmoins attendre jusqu'en 1872 pour que l'on reconnût 
la fausseté de l'interprétation de Millingen. A cette époque, M. Engelmann 
publia dans les Annali delV Instituto une peinture assez rudimentaire, 
mais visiblement issue de la même origine que celle de Python. On y 
voyait un jeune homme — l'Anténor du vase de Millingen — s'élançant, 
un brandon à la main, vers une femme qui s'est réfugiée sur un autel et 
lève les bras au ciel dans une attitude de terreur. Deux divinités, apparais- 
sant dans un arc -en-ciel, versent des hydries pleines d'eau sur la flamme 
qui la menace 2 . En présence de ce monument, d'une signification en- 
core plus claire que le précédent, il n'était plus possible de soutenir que 
la scène commentée par Millingen se rattachât à une cérémonie funé- 
raire. M. Engelmann a eu le mérite de le démontrer le premier, mais il 
ne s'est pas contenté de ce résultat trop facile. Remontant à la source 
même de la légende figurée sur nos deux vases, il s'est demandé s'il ne 
fallait pas reconnaître dans cette variante du mythe d'Alcmène l'influence 
d'un poète tragique. Ce point de départ admis — et rien n'est moins té- 
méraire — il n'a pas eu de peine à conclure que l'auteur en question ne 
pouvait être qu'Euripide, seul assez populaire pour exercer une influence 
appréciable sur l'art du 111 e siècle, et que la composition de Python pou- 
vait être regardée comme une illustration d'Alcmène 3 . Ainsi disparais- 
saient du même coup la fantaisie archéologique de Millingen et les fan- 
taisies littéraires de Welcker et de Hartung. 

Cette partie de la thèse de M. E. ne va pas sans quelques difficultés. 
Je n'attache qu'une médiocre importance à celle qu'on pourrait tirer des 

— ; 

1. Voyez notamment les Héraclides d'Euripide. Si, dans l' Hercule furieux du 
même auteur, Alcmène ne figure pas auprès de son mari, il n'en résulte pas né- 
cessairement qu'elle soit morte, mais seulement qu'elle n'a pas suivi Amphitryon en 
todLÇEngelmann, p. 7, n. 4). 

2. Annali, 187a, pp. 5-i8 et iav. d'agg. A. L'original est à Londres. 
iH&lidlest juste d'ajouter que Millingen avait déjà émis, d'une façon très dubitative, 
il est vrai, l'idée d'une relation entre la peinture de Python et notre tragédie (loc. 
cit., p. 492). 



^^4 SHU1 RKVUE CRITIQ«¥2lH'a 

j.frqgm^qts 4e, la. tragédie : leur insignifiancfe^îQommode de toutesrles 
jf^pfétations, et, en effet, M. E. éprouve peu d'embarras» ià teSr.plfer 
au?; besoins de sa thèse. Mais on peut s'étonner qu'Euripide, si amateur 
qu'on le sache de coups de théâtre, de machinerie et de moyens violente, 
ait osé porter sur la scène un spectacle aussi atroce quccelnai^datisBp- 
plice d'Alcmène, ajoutons : aussi peu conforme à rindulgence>rre{liâci|ve 
des mœurs athéniennes pour la femme adultère. On peut s'étonnep^ussi 
de ne rencontrer chez les auteurs aucune allusion, même lointaine, là 
cette nouveauté: Aristophane aurait dû y trouver, ce semble, une ample 
matière à satire '. i ; i j L q avl ztnqas 23l 

Ces objections sont sérieuses et M. E., qui s'efforce de les écarter, n'en 
a pas méconnu la gravité. Sans entrer dans le détail d'une discussion un 
peu minutieuse, 'je dirai que toutes les difficultés, si réelles qu'elles 
soient, ne peuvent contrebalancer, à mon avis, la force de conviction 
presque irrésistible qui résulte du rapprochement de la peinture de Py- 
thon avec un passage, jusqu'à présent peu intelligible du Rudens de 
Plaute : 

Proh di immortales ! tempestatim quious modi 
Neptunus nobis nocte hac misit proxuma! „..^t/r 

Detexit ventus villam... Quid verbis opust? 
j-aup^Slg oii(yi>'.Non ventus fuit, verum Alcumena Euripidi % . 
n (}Cette tempête épouvantable, assez célèbre pour fournir au comique 
Romain une allusion comprise de son public, ne saurait être, comme le 
veut Welcker, un simple trait emprunté à un récit épisodique de la 
tflajissance d'Hercule. Il s'agit évidemment d'une tempête qui joue un 
rôle dans Faction de la pièce, et nous en avons précisément l'image 
dans la foudre, l'arc-en-ciel, le vent et la grêle (figd'réi^'p^^ ide^gros 
points) du vase de Millingen. 

Maintenant, cette tempête et la scène même du bûcher Se' pèftSSfëm- 
elles réellement sous les yeux du spectateur, ou se contentait-ôW'de faire 
entendre derrière le théâtre le mugissement de la foudre et du vent, et 
un messager venait-il ensuite raconter les détails de l'intervention mira- 
culeuse du deus ex machina? M. E. penche pour la première hypo- 

: 

i. Deux passages cités par M. E. (Lysist., 269; Thesmoph., 726) ne sont guère 
concluants. L'invention du bûcher peut paraître moins choquante quand on la rap- 
proche de la mort d'Evadné dans les Suppliantes et des vers bien connus de Y Her- 
cule furieux (vv. 240 sq.), mais je me refuse à voir autre chose qu'une coïncidence 
fortuite avec l'histoire de Crésus (Hérodote, I, 87) et l'épisode du siège de Platées 
(Thuc, II, 77) que rappelle M. Engelmann. De même, la grossesse apparente d'Alc- 
mène dans la peinture de Python, la ressemblance prétendue entre Jupiter et Am- 
phitryon (le dessin du profil dans la chromolithographie est tout à fait différent), la 
relation entre la couronne de lauriers du dieu et le torulus aureus qu'il porte dans 
la pièce de Plaute (Amph., v. 144), me paraissent autant de subtilités. En regardant 
trop longtemps un dessin, on finit par y découvrir toute sorte de finesses qui n'exis- 
tent que dans l'imagination, comme ces archéologues fatigués qui, voyageant en 
Grèce, aperçoivent une inscription dans chaque fissure d^ rp,ehfir B j ( p 2 ço ,yy ^o\ 

2. Rudens, vv. 1-4. nflBl Vj MofofcW zéiqs (.vil 'c 



d'histoire et DE LITTÉRATURE 2Ô5 

thèse; la seconde serait peut-être plus conforme au caractère général du 
théâtre grec et rendrait suffisamment compte du passage du Rudens ' . 
Maisi ce n'est là qu'un point secondaire : sur l'ensemble de la question, 
l'argumentation de M. E. me paraît décisive, et son ingénieuse trou- 
vaille bstidu. meilleur augure pour la suite des Etudes sur Euripide 

oxqittfiiL'nous promet. 

i82uDepuis Bœckh, il ne devrait plus être permis de contester l'utilité de 
l'alliance de la philologie et de l'archéologie figurée ; il me semble que des 
travaux comme celui de M. Engelmann sont de nature à en convaincre 
les esprits les plus rebelles 2 . 

Théodore Reinach. 

aiî floiaarJDaibsnjj'b lu ■ 

aalb'up ealbVi 

noiioivnoa ab sd* 

202. — Abrïsz «1er Quellcnknnde der Grlr clilschen und Rœmischen 
«icseliielite. Ersto Abteilung, «îrieeliisclie Gcachldite his auf 
R'olyklos, von Arnold Sch^efer. Troisième édition, Leipzig, Teubner. 1S82. 
1 ri p. in-8°. 

Nous sommes heureux d'annoncer cette troisième édition d'un travail 
si utile, si commode pour tous ceux qui s'occupent d'histoire grecque; 
la première édition est de mai 1867, la deuxième de janvier 1873. On 
voit que le succès a été rapide pour ces simples «feuilles », destinées 
seulement, dans la pensée de M. Schœfer. T à guider les étudiants. 

M, S. a classé les auteurs d'après l'ordre chronologique, il établit 
quatre périodes : i° depuis les temps les plus reculés jusqu'à Hérodote; 
2 de Périclès à Philippe de Macédoine ; 3° l'époque de la puissance 
macédonienne; 4 les derniers temps des états grecs, les Alexandrins. 
Chacune de ces divisions comprend des subdivisions dans lesquelles 
les auteurs sont rangés cette fois d'après le genre de leurs 
œuvres; ainsi, dans la troisième période, celle de la puissance macédo- 
nienne, sont indiqués par ordre : les histoires générales d'Ephore, de 
Théopompe, etc., — les mémoires concernant Alexandre et les Diado- 
ques, — les histoires qui forment la suite de celle d'Ephore, — les 
Atthides, — l'histoire sicilienne — enfin les œuvres d'auteurs qui, sans 
être proprement des historiens, n'en forment pas moins une des sources 
importantes pour l'histoire, les orateurs et les philosophes. 

1. Nous aurions donc ici une scène entièrement analogue à celle qui termine \'I~ 
phigénie à Aulis. C'est peut-être une preuve à ajouter à celles que Patin et M. Weil 
ont fait valoir en faveur de l'authenticité tant discutée de ce dernier morceau. Le 
dénouement d'Alcmènea pu inspirer Python fou l'original imité par Python) comme 
les vers 1 $49-1 55o A'Iphigênic ont inspiré Timanthe, sans que cependant la scène 
du sacrifice se passât sur le théâtre. 

2. Voyez un récent exemple des étroites relations de la poésie et de l'art antique 
au sujet du mythe d'Erichthonius {Ann. dell' Inst. 18 7 9 tav. d'agg. F comparé avec 
Ion, vv. 25 sq.). La théorie de ces rapports a été exposée par Robert {Phil. Unters., 
5 e liv.) après Welcker et Jahn. 



REVUE CRrTIQUBOTaiH'a 

La notice consacrée à chaque auteur comprend d'abord une bibliogra- 
phie indiquant les travaux les plus importants des savants modernes, les 
principales, éditions, les travaux spéciaux des anciens sur l'auteurjcp 
question. Après cette notice, M. S. donne des extraits empruntés isoit/à 
l'auteur lui-même, soit aux autres écrivains ; ces extraits constituent mos 
sources pour connaître la vie de l'auteur, ses ouvrages, sa manière 
d'écrire et de penser, la valeur qu'on lui attribuait, les jugements qu'on 
portait sur ses œuvres, etc. lùùvubn eînarn 

Comme le dit M. Scheefer, la nature du travail interdisait des citations et 
des indications trop nombreuses, il fallait se borner à donner seulement 
le plus important; nous croyons que M. S. l'a donné. Nous nous per- 
mettrons cependant d'indiquer quelques travaux qui auraient pu très 
bien figurer dans l'ouvrage de M. Schaefer, même tel qu'il l'entendait : 
dans la liste des recueils d'inscriptions, celui du British Muséum (The 
collection of ancient Greek inscriptions inthe British Muséum, pars I, 
Attica, Oxford, 1874) ; — article Xénophon, O. Riemann, Qiia rei 
criticœ tract andœ ratione Hellenicon Xenophontis t ex tus constituen- 
dus sit, Paris, 1879; — article tragédie, H. Weil De tragœdiarum 
grœcarum cum rébus publicis conjunctione, Paris, 1844; — article 
DurisdeSamos, Horstig, Qiiœstionum Duridearum pars I,Stolp, 1862; 
— J. G. Droysen, Zu Duris und Hieronymos, Hermès, XI, p. 458, 
H. Kalleuberg, Die Que II en fur die Nachrichten der alten Histori- 
ker uber die Diadochenkœmpfe bis \um Tode des Eumenes und der 
Olympias, Philologus, XXXVII, p. 193; — article Phylarchos, Paul 
Foucart, Mémoire sur un décret inédit de la ligue Arcadiennc en 
l'honneur de l'Athénien Phylarchos dans les Mémoires présentés par 
divers savants à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, pre- 
mière série, t. VIII, 1874, pp. 93-119; — article Callimaque, on aurait 
pu mentionner la grande édition de O. Schneider, 2 vol. Leipzig, 
1870-73, la question des llhav.eq est traitée t. II, p. 297 ; — à l'article 
Polémon, ajouter E. Egger, Polémon le voyageur archéologue, dans 
les Mémoires d'histoire ancienne et de philologie, Paris, 186 3, 
pp. i5-57; J :>au l Foucart, Renseignements nouveaux sur trois écrivains 
grecs du 11 e siècle avant notre ère. Polémon le Périégète, Hégésianax 
d 'Alexandrie de Troade, Philippos de Pergame, dans la Revue de 
Philologie, N. S., t. II, 1878, p. 214. 

Albert Martin. 

-no-j hvj?. h .v/auW. lonrus fi 

rn/fiTJ un 10 ' ub 

• aâii 3b saiCl 

ao3. — Ixbcn undi Warke der Troubadours; ein Beitrag zur nœliern 
KenntnissdesMittelallers, von Fr. Diez. Zweitevermehrtc Auflagc von K.Bartsch. 
Leipzig, Barth, 1882. In-8", xvi-5o6 p. Prix : 12 fr. 5o. 

an xoiCI z'iualIifi'Q .akt 

Les « Vies et œuvres des Troubadours » sont l'un des premiers ouvra- 
ges de Diez. L'édition originale, et unique jusqu'à la réimpression que 



n'HISTOHtE ET DR UTTKHATURR 

vient de nous donner M. Bartsch, est de 1820. Pourtant, entre tous les 
travaux consacrés aux études romanes par l'illustre professeur de Bonn, 
ipendant le cours d'une vie longue et laborieuse, il n'en est aucun qui ait 
aussi peu vieilli. Ainsi, la Grammaire des langues romanes, qui restera 
toujours l'œuvre capitale de Diez, exigerait maintenant une refonte com- 
plète, bien que la dernière édition revue par l'auteur date de dix ans à 
peine. C'est qu'en effet dans le domaine de la linguistique romane les élé- 
ments nouveaux d'informations se sont, depuis quelques années, accu- 
mulés dans des proportions formidables, en même temps que les méthodes 
d'études s'amélioraient de plus en plus. L'art de composer des biographies, 
au contraire, n'est pas susceptible de perfectionnements bien notables, 
et, en ce qui concerne les Troubadours, les sources dont on dispose au- 
jourd'hui ne sont pas très sensiblement plus nombreuses qu'en 1829. Aussi 
pouvais-je dire, il y a dix-huit ans, en parlant de la Poésie des Trou- 
badours de Diez (1826) et des Vies et œuvres des Troubadours, du même: 
« Ces deux ouvrages sont le fondement des études provençales, car la 
« publication du cours de Fauriel et celle de plusieurs volumes de ÏHis- 
« toire littéraire ne leur ont point fait perdre de leur nouveauté, et 
« maintenant encore ils sont, sur la plupart des points, au courant de 
« la science. Si on voulait en donner une nouvelle édition, il n'y aurait 
« point à les refondre : il suffirait d'en compléter certaines parties main- 
« tenant mieux connues, grâce à des publications récentes "... » 

Je ne voudrais plus actuellement mettre sur le même pied la Poésie 
des Troubadours et les Vies et œuvres des Troubadours. Le premier de 
ces deux ouvrages comprend un très grand nombre de matières. Il ne 
traite pas seulement de la poésie lyrique — ce qui est proprement la 
poésie des troubadours — il passe en revue tous les genres de la poésie 
provençale, et suit jusque dans les littératures étrangères l'influence 
exercée par chacun de ces genres. Or, dans certaines parties de ce vaste 
domaine, dans la poésie religieuse notamment et dans la poésie narrative, 
pour ne citer que deux genres, il a été fait bien des découvertes depuis 
1826, époque de la publication de la Poésie des Troubadours. On ne 
connaissait, en 1826, ni Flamenca, ni Blandin de Cornouailles, ni Fe- 
rabras, ni Daurel et Béton, ni le poème de la guerre de Navarre, pour 
ne citer que quelques titres. Du poème de la croisade albigeoise et d'au- 
tres ouvrages également importants on ne pouvait se former qu'une idée 
très insuffisante. Je crois donc que lorsque M. Bartsch rééditera, comme 
il annonce devoir le faire (p. xv) la Poésie des Troubadours, il sera con- 
duit, s'il veut faire une œuvre réellement utile, à ajouter au travail de 
Diez de très nombreux compléments. Au contraire, dans le domaine 
étroitement circonscrit des « Vies et œuvres », il ne s'est pas produit, 
depuis le temps de Raynouard, de découvertes d'une importance capi- 
tale. D'ailleurs Diez ne s'en était pas tenu aux textes édités dans le 
iju c muii .. - . . , 1 

1 . Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, 6 e série, I, 281 . ' 



2Ô8 REVUE CRITIQUE 

Choix des poésies originales des Troubadours ou dans le Parnasse 
occitanien de Rochegude, il avait copié à Paris beaucoup de pièces iné- 
dites ', dont il a donné, en original ou en traduction allemande, un as- 
sez grand nombre d'extraits dans son livre. En somme, il n'était pas be- 
soin de bien grands efforts pour remettre à peu près au courant de la 
science de 1882 le livre publié par Diez en 1829. M. Bartsch paraît 
avoir été du même avis. Il respecte scrupuleusement le texte original, ce 
dont on ne peut que le louer; il n'en retranche rien, sinon quelques 
citations de textes qui, maintenant, n'ont plus d'intérêt; il n'y ajoute 
que les notes les plus indispensables, qu'il place entre crochets. Ces no- 
tes rectifient brièvement les erreurs ou renvoient à des travaux dans les- 
quels telle ou telle partie du sujet se trouve avoir été traitée à nouveau. 
C'est une annotation très sobre, un peu maigre parfois. Elle se tient 
trop dans la dépendance des travaux publiés depuis Diez, sans même en 
tirer tout le parti possible. 11 y a dans le livre de Diez, si remarquable 
qu'il soit pour le temps où il a paru, un assez grand nombre de petites 
erreurs, surtout d'erreurs historiques, qui n'ont jamais été relevées, mais 
qu'il appartenait au nouvel éditeur de corriger. En un mot, on souhai- 
terait dans l'annotation un peu plus d'originalité. Malgré tout, cette 
nouvelle édition sera la bien venue, et si le commentaire pèche par ex- 
cès de sobriété, reconnaissons que, somme toute, la sobriété est une qua- 
lité, et une qualité qui se fait rare dans les études romanes, où on prend 
de plus en plus l'habitude de disserter à perte de vue sur des riens. 

P. M. 



204. — Verrazano tlie Expïorei-» being a V indication of bis Lettei- 

and Voyage 9 with an Examination of the Map of Hieronimo da Verrazano, and 
a Dissertation upon the Globe of Ulpius, to wich is prefixed a Bibliography of 
the subject, by B. F. De Costa. New-York. A. S Barnes and C°, 1880, vi-82 p. 
in-4 , avec 5 cartes et 2 portraits. 

Les sous-titres indiquent suffisamment le contenu de cet ouvrage où 
l'auteur de la Découverte de l'Amérique avant Chr. Colomb et des Scan- 
dinaves dans VEtat du Maine a réuni, après les avoir remaniés, quatre 
mémoires déjà publiés dans The Magasine of American History, dont 
il est devenu le directeur. Il ne faut donc pas s'attendre, d'après le titre 
général, à trouver dans ce recueil une biographie du grand navigateur; 
on a si peu de notions sur lui que le tout pourrait tenir en quelques pa- 
ges; M. de Costa y ajoute, dans sa préface, un document curieux qui a 
été découvert aux archives de Rouen par M. Gosselin et copié par l'ar- 
chiviste M. de Beaurepaire ; c'est un acte du 29 septembre 1 525, par 

1. Diez avait fait relier ces copies, qui formaient dans sa bibliothèque un assez gros 
volume in-4 . 



D*HrSTOn?E ET DE LITTÉRATURE 2Ô() 

lequel Zanobus de Rousselay, bourgeois et marchand, demeurant à 
Rotfffî& ^ortè'-baùtion^ôVir'messire Jehan de Verrassaiie', i 'à / ''refïèi cTér 
permettre à ce dernier de défendre dans un procès à' Im fa^ëHfë par 
Gûilkumé'Eynoult, dit Cornette, de Dieppe, pour le paiement de 95iV- J 
vtffcsI.tSéj renseignement joint à d'autres contribuera à jeter quelque jour 
sût 'Jèettë ); pbysionomie encore si obscure. Elle l'est à tel point que des 
savants profonds, comme MM. Henry C. Murphy et B. F. de C, l'en- 
visagent sous des aspects diamétralement opposés. Le premier prétend ' 
que Giovanni da Verrazano n'a pas fait les découvertes qu'on lui at- 
tribue; le second s'efforce de prouver, dans son premier chapitre, que 
la lettre publiée sous le nom de ce navigateur n'est pas une supercherie; 
les petites différences constatées entre le texte de Ramusio et celui de 
Garli tiennent, croit-il, à ce que ni l'un ni l'autre n'est l'original, mais 
que tous deux sont traduits du français, langue dans laquelle était 
écrite, selon l'espagnol Pinello (1629), ^ a relation traduite par Ramu- 
sio ; et, pour corroborer cette opinion, il soutient que Jehan Allefonsce, 
l'auteur d'une cosmographie inédite, terminée en 1 545, par Raulin Seca- 
lart, a connu le texte français de la lettre adressée de Dieppe à Fran- 
çois I er , par Verrazano, le 8 juillet 1524, quelques jours après son 
retour du nouveau monde ; le voyageur et le géographe emploient en 
effet les mêmes traits, et à peu près dans le même ordre, pour la descrip- 
tion de l'Amérique du Nord, quoique les expressions soient passablement 
différentes; en conséquence, on ne pourrait douter que celui-ci n'ait ern 1 - 1 
prunté ces traits à celui-là, s'il n'avait lui-même, en 1542, visité la côte 
septentrionale des Etats-Unis, en descendant jusqu'au 42 de L. N. ; il 
n'avait donc qu'à rapporter ce qu'il avait observé lui-même, sans se faire 
plagiaire de Verrazano, comme l'en accuse M. de Costa. 

Si nous ne partageons pas en ce point l'opinion du savant auteur, nous 
aimyfrs l à > 'ft?co l n , naîtTfe 1 cftre', dans le chapitre suivant, il a trouvé ou repro- 
duit d'excellents arguments pour prouver la véracité de la lettre contes- 
tée; il fait surtout valoir la conformité des descriptions de Verrazano 
avec celles données postérieurement par d'autres explorateurs et avec l'é- 
tat réel des lieux. Ici, la connaissance qu'il a du pays et son érudition 
bibliographique lui ont été d'un grand secours ; aussi, dans la plupart des 
cas, réfute-t-il solidement les objections de M. Murphy. Une des plus 
grandes difficultés de ce travail est l'absence d'indications précises dans 
la lettre de l'explorateur; il ne donne que fort rarement la latitude 
entre le 34 où il aborda dans la Caroline septentrionale et le 5o° où il 
cessa de côtoyer la Terre des Bretons pour regagner la France. Le li- 
bretto contenant le rapport scientifique, qui était joint à la lettre de 

b iop xifehua Jn 

-ici TBq ôiqc ~~~ ' r 

•yjgçDaçig tPyh^-fâWfàffi-Pf Verrazano ; a Chapter in the Early History of Mari- 
time Discovery in America, New-York, 1875, in-8°. Cet ouvrage n'est malheureuse- 
ment pas dans le commerce, et c'est regrettable, car la fausseté de la thèse qui y 
est soutenue n'empêche pas qu'il ne contienne beaucoup de bons renseignements. 



2JQ REVUK CRITIQUE 

Verrazano, a malheureusement disparu sans laisser de trace, si ce n'est 
dans la carte dressée en 029 par Hieronimo da Verrazano, le frère de 
Giovanni, d'après les données de ce dernier et d'après des cartes anté- 
rieures. Notre auteur loue fort cette mappemonde, si exacte pour 
l'époque qu'il fallut un siècle pour y apporter de sérieuses améliorations 
en ce qui concerne la côte nord-américaine, et il en conclut avec raison 
qu'elle doit être basée sur une réelle exploration de ces parages. Il en 
a donné une réduction et il a reproduit à une plus grande échelle, avec 
les noms, la côte nord-américaine. Ceux-ci sont parfois difficiles à lire 
et à interpréter ; il serait donc injuste de critiquer un premier essai 
de déchiffrement ; il vaut mieux que chacun apporte son contingent 
pour cette interprétation; pour notre part, nous choisirons, par exem- 
ple, entre les deux leçons données par M. de C. pour une même lé- 
gende en deux lignes, celle qui est la plus logique et nous lirons : 
terra onde ha mala gente (terre où il y a de mauvaises gens), au lieu de 
terra onde mue ha gente, où l'espagnol mucha se trouverait seul de cette 
langue entre trois mots italiens. La lettre de Giovanni da Verrazano et 
la cosmographie de Jehan Allefonsce placent, en effet, un peuple barbare 
et méchant dans les parages septentrionaux. Terra onde ne peut signi- 
fier terre profonde (deep land) et n'a aucun rapport avec Rio Hondo ou 
Fondo (rivière profonde) des cartographes espagnols, d'où viendrait le 
nom de la baie Fundy, selon une ingénieuse conjecture de notre auteur. 
M. de C. a aussi été le premier à faire remarquer que beaucoup de noms 
de la carte de H. da Verrazano sont, malgré leur forme italienne, em- 
pruntés à des localités françaises situées sur la route de Dieppe à la Ro- 
chelle, ports fréquentés par les deux frères Verrazano. 11 montre aussi 
que l'île Luisa, ainsi appelée d'après la régente, mère de François I er , 
est devenue, par suite d'une confusion entre la mère et la première 
femme de ce monarque ou bien par suite d'une mauvaise lecture, 
Claudia et même Brisa ou Briso ; en un mot, il a donné beaucoup de 
bonnes indications pour l'intelligence de la mappemonde en question. 
Mais le principal objet de ce troisième mémoire est de montrer l'in- 
fluence occulte ou avouée des Verrazani sur la cartographie du xvi e siècle 
et, par suite, de prouver la réalité du voyage de Giovanni da Verrazano. 
Le globe construit à Rome en 1 542, par un certain Euphrosynus Ulpius, 
pour le cardinal Marcellus Cervinus de Spanniochi (plus tard le pape 
Marcel II) est un des monuments géographiques où cette influence est 
le plus visible. Découvert en 1859 chez un marchand d'antiquités à 
Madrid, il n'a pas encore été totalement reproduit; M. de Costa en a 
publié l'hémisphère situé des deux côtés de la fameuse ligne de démarca- 
tion tracée par le pape Alexandre VI, et il l'a décrit dans son quatrième 
et dernier mémoire, où l'on trouve, comme ailleurs, des explications 
pleines de sagacité, avec des pages éloquentes sur les services rendus à la 
géographie par les Italiens et des paroles sympathiques pour l'œuvre 
d'exploration et de colonisation de la France. Malgré quelques incor- 



d'histoire et de littérature 271 

rcctions et des fautes d'impression, comme Nicolas Parrenat, lord Gran- 
ville (Perrenot, seigneur de Granvelle), l'ensemble de ces études élucide 
bien des questions relatives à la Verrazane, comme les étrangers eux- 
mêmes ont appelé la Nouvelle-France, et démontre que les doutes éle- 
vés dans ces dernières années sur l'authenticité de la lettre de Giovanni 
da Verrazano n'ont pas le moindre fondement. 

E. Beauvois. 



205. — ISi-iefe von Charlotte von Kalb an Jean Paul unil deasen 
Gattin, herausgegeben von Dr. Paul Nerrlich. Berlin, Weidmann. 1882. In-8°, 
x et 190 p. 4 mark. 

On trouvera dans ce volume les lettres écrites par Charlotte de Kalb 
la « Titanide », la Linda du Titan, à Jean Paul Richter et à la femme 
de celui-ci. Charlotte de Kalb, comme Emilie de Berlepsch, Joséphine 
de Sydow, Caroline de Feuchtersleben, la comtesse de Schlabrendorf, 
Caroline Mayer et tant d'autres femmes sentimentales dont M. Paul 
Nerrlich nous a parlé dans un précédent volume ', conçut pour Jean- 
Paul la plus vive passion ; un soir, après un souper chez Herder, elle 
déclara son amour à l'auteur d'Hesperus et lui proposa le mariage. Jean- 
Paul trouvait que M me de Kalb « avait deux grandes choses: de grands 
yeux, comme il n'en avait pas encore vu, et une grande âme » -, elle 
parlait, disait-il, avec le même accent que Herder dans ses Lettres sur 
l'humanité ; il admirait son éloquence et la flamme intérieure qui la 
brûlait; mais elle ne répondait pas à ses « rêves » ; il soupirait, écrit-il à 
son fidèle. Otto, après le repos, après l'idylle et la vie calme de Joditz; la 
passion orageuse et géniale de M me de Kalb l'effrayait. Il « dit non à 
cette âme si haute et si ardente. » Les lettres que publie M. N. et qui 
sont « peut-être les plus importants témoignages que nous possédons sur 
Charlotte », nous montrent d'abord le bonheur que M me de Kalb trou- 
vait dans son amour exalté pour cet être « immortel » (p. 9); mais le 
ton change, après le refus de Jean-Paul et son mariage avec Caroline 
Mayer ; le malheur fond sur M me de Kalb ; elle est ruinée ; elle devient 
presque aveugle; il faut qu'elle vive de son travail; elle fait de la bro- 
derie et des dentelles. Néanmoins elle est restée en correspondance avec 
Jean-Paul; le commerce de lettres, renoué en 1802 avec le célèbre ro- 
mancier et sa femme, — ce livre intéressant, dit M me de Kalb, dont elle 
n'a lu que le titre (p. 83), — dure, avec quelques interruptions, jusqu'en 
1821. M me de Kalb s'intéresse vivement aux œuvres de Jean-Paul ; elle 
lui demande conseil; elle lui confie ses plans d'avenir, ses spéculations 
désastreuses, ses soucis toujours croissants; elle lui parle de son 



1. Jean Paul und seine Zeitgenossen. Berlin, Weidmann, 1876. 



272 REVUE CRITIQUE 

entourage, des écrivains du temps, de la société de Berlin. La lec- 
ture de ses lettres offre donc un vif intérêt. Il est vrai que le style 
de M me de Kalb manque d'agrément et de grâce ; elle n'écrit pas simple- 
ment ; la plupart de ses lettres sont emphatiques, lourdes et obscures; 
mais, comme le fait observer M. N., elles renferment des pensées ingé- 
nieuses, des saillies spirituelles, des sentiments élevés qui com- 
pensent, à là rigueur, ces défauts. Les lettres de M ffie de Kalb ont été 
libéralement communiquées à M. N. par M. Ernest Fôrster, de Mu- 
nich; M. N. en a fixé la chronologie avec autant d'exactitude qu'il était 
possible; il a rétabli l'orthographe et la ponctuation, toutes deux fort 
capricieuses dans les lettres de Charlotte ; il a mis au bas des pages des 
notes concises qui nous renseignent sur les ouvrages ou les passages de 
Jean-Paul, sur les événements et les publications dont il est question 
dans la correspondance de la célèbre Titanide ; ajoutons que l'écriture 
de M me de Kalb est très difficile à lire, — indéchiffrable, disait Charlotte 
elle-même — ; il faut donc remercier M. Nerrlich d'avoir mené à bonne 
fin la publication de ce recueil; mais la tâche, si délicate qu'elle fût, ne 
pouvait qu'être bien remplie par l'homme d'Allemagne qui connaît le 
mieux Jean-Paul. 

A. C. 



CHRONIQUE 



FRAN.CE. — M. le marquis de Queux de Saint-Hilaire a publié dans la collection 
du « Cabinet du bibliophile » (Jouaust. In-8°, vu et 277 pp. 12 fr.) les Fables du très 
ancien Esope mises en rithmefrançoise par Gilles Corrozet, d'après un exemplaire de 
la première édition de 1542 (Bibliot. Nationale, n° Y, 6543, réserve). La seconde édi- 
tion date de deux ans plus tard (1544) et n'est pas la reproduction textuelle de celle de 
1542; Corrozet y a fait de nombreuses corrections, que M. de Queux de Saint-Hi- 
laire a relevées et reproduites à la fin du volume ; « ces corrections et ces variantes, 
qui changent souvent des vers entiers, sont assez généralement heureuses » ( Va- 
riantes, pp. 265-271); une troisième édition, imprimée à Lyon par Jean de Tournes 
en 1 583 — les deux premières ont été imprimées â Paris par Denis Janot, — contient 
vingt-trois fables de plus que les deux éditions précédentes, et reproduit, pour le 
reste, le texte de la première édition de 1542 ; elle renferme, en outre, une Vie d'E- 
sope extraicte de Volaterran et autres autheurs que l'éditeur actuel a réimprimée à 
la fin de sa publication (pp. s55-263). « L'intérêt de ces fables, dit M. de Queux de 
Saint-Hilaire dans sa préface, réside, dans la grande variété des rythmes employés 
par Corrozet et dans sa naïveté.... Quelquefois Corrozet se met en scène; il s'inté- 
resse à ses personnages ; il relie parfois entre elles deux ou trois fables qui se sui- 
vent dans son recueil, comme par exemple les fables 2, le loup et l'agneau, et 6, 
le loup et la grue, où c'est l'os de l'agneau qui est resté dans la gorge du loup et qui 
l'étrangle... » — L'éditeur espère que sa réimpression sera favorablement accueillie 
des amateurs; dans ce cas, elle « pourra servir de point de départ à un recueil eu- 



d'histoire et de littérature 273 

rieux des différents fabulistes qui ont été, au xvi° et au' xvn e siècle, les précurseurs 
et les contemporains de notre La Fontaine ». 

— M. Victor Jeanvrot, substitut du procureur général près la cour d'Angers, vient 
de publier une réédition d'un livre d'un des plus remarquables criminalistes du xvi e siè- 
cle, Pierre Ayrault, Ordre et instruction judiciaire ; Ayraultfait connaître dans cet ou- 
vrage l'organisation de la justice criminelle en France dans la seconde moitié du 
xvi e siècle; M. Jeanvrot a fait précéder cette réédition d'une étude sur l'histoire de 
l'ancienne procédure criminelle en France. (Paris, Cotillon. In-ib", 5 fr.) 

— L'avocat au parlement de Bretagne, Pierre Belardeau, sieur de la Grée, adressa 
à Henri IV un Bref discours des misères delà province de Bretagne, de la cause d'icelle 
et du remède que samajestê y a apporté par le moyen de la paix (Lyon. in-8°, 1598). 
La seconde édition de cet opuscule parut en 1617 à Paris, sous le titre de Polyarchie, 
c'est-à-dire tableau de la domination exercée par plusieurs. M. Olivier de Gourcuff 
a publié sur cette Polyarchie de Pierre Belardeau une « étude historique et litté- 
raire » (Nantes, Forest et Grimaud. In-8°, 28 p.), où il analyse l'œuvre de l'avocat 
breton, — mais sans mentionner la première édition de 1698. 

— L'évêque d'Autun, Ad. Perraud, membre de l'Académie française, vient de pu- 
blier le discours qu'il prononça, le il? décembre 1866, comme professeur en Sor- 
bonne, lors de la réintégration du chef du cardinal de Richelieu (seul reste authen- 
tique des dépouilles violées en 1793) dans son tombeau en l'église de la Sorbonne. 
Comme l'indique le titre de la brochure (Gervais. In-8°, 57 pp. 2 fr.), le P. Adolphe 
Perraud étudie surtout dans ce discours le cardinal de Richelieu comme évêque et 
théologien et protecteur des lettres. 

— René du Plessis de la Roche-Pichemer, marquis de Jarzé et baron du Plessis- 
Bourrée (1613-1672), l'imprudent amoureux d'Anne d'Autriche et le Fou des fous de 
la Fronde, vient de trouver un biographe en M. E. Pavie (notice gr. in-8° de 35 p. 
extraite delà Revue de l'Anjou). M. Pavie raconte la vie de Jarzé, ses belles actions 
militaires, sa conduite à Fribourg, où il combattait à côté de Condé, sa mort malheu- 
reuse au siège de Duisburg où il fut tué par une sentinelle française qui n'entendit 
pas sa réponse au qui-vive. On regrettera qu'il n'ait pas consulté les Notes du palais 
Ma%arin,de M. Léon de Laborde (p. i56), où il aurait trouvé de curieux détails sur 
la passion affichée par Jarzé pour la reine-mère. 

— Notre collaborateur M. Ph. Tamizey de Larroque doit publier prochainement 
le V e fascicule des Correspondants de Peiresc, renfermant des Lettres inédites de 
Claude de Saumaise; une Oraison funèbre de Gassendi; un recueil de Lettres iné- 
dites d'Adrien d'Aspremont, vicomte d'Orthe, gouverneur de Bayonne ; et dans la 
« collection des petits mémoires sur l'histoire de France » que fait paraître la librai- 
rie de la société bibliographique, une réimpression des Mémoires de Puységur. 

— Une traduction nouvelle des Pensées sur l'éducation de Locke a paru à la librai- 
rie Hachette; elle est due à M. Gabriel Compayré, qui y a joint des commentaires et 
une préface intéressante (33 pages); dans cette préface, M. Compayré fait une assez 
longue comparaison entre le traité de Locke et l'Essai sur l'éducation de Herbert 
Spencer, qu'il regarde comme « une refonte au goût du jour des idées de Locke ». 

— M. Charles Bémont a rédigé la Table générale des cinq premières années de la 
Revue historique (1876 a 1880 inclusivement); cette Table générale se vend à la 
librairie Germer-Baillière (une brochure grand in-8°, 3 fr. ; pour les abonnés de la 
Revue historique, 1 fr. 5o.) 

— Il paraît en Alsace une nouvelle revue, la Revue catholique d'Alsace, dirigée par 
M. l'abbé Delsor (Rixheim, Sutter). Les deux premiers numéros renferment les art. 
suivants : de M. Cetty, un tableau de la Famille ouvrière en Alsace; de M. Mury, 



•274 REVUE CKITiQUB 

le Journal de ce qui s'est passé à l'approche des Français à Vienne en iSo5, par 
l'abbé Gérard, grand-vicaire de Strasbourg (i 748-1 835) ; de M. Sigrist, une Histoire 
de l'abbaye de Marmoutier, etc. 

— Le catalogue du musée de sculpture du Louvre (bas-reliefs, cippes, autels, va- 
ses, sièges, etc., par M. Félix Ravaisson ; statues et bustes, par M. Charles Ravais- 
son) paraîtra probablement à la fin de cette année. Le catalogue des inscriptions la- 
tines, et celui des antiquités chrétiennes, rédigés tous deux par M. Ant. Héron de 
Villefosse, paraîtront, le premier en 1884, le second en i883. Le catalogue des 
terres cuites orientales, par M. Heuzey, doit également paraître sous peu. M. Revil- 
lout prépare un catalogue des manuscrits grecs, coptes, démotiques et orientaux, 
tracés sur papyrus ou sur lerre-cuite, que renferme la collection égyptienne* 

— Voici le programme du Congrès de la Sorbonne en i883, tel qu'il a été arrêté par 
le Ministre de l'Instruction publique pour la section d'histoire et de philologie et celle 
d'archéologie. Section d'histoire et de philologie. I. Quelle méthode faut-il suivre pour 
rechercher l'origine des noms de lieu en France ; valeur des résultats déjà obtenus dans 
cette recherche. IL A quelles époques, dans quelles provinces et sous quelles influences 
les villes neuves et les bastides ont-elles été fondées; III. Histoire des milices communales 
au moyen âge. (Date de leur organisation et de l'introduction du tiers-état dans les ar- 
mées royales; autorité de9 magistrats municipaux sur ces milices et conditions de 
leur recrutement; mode de convocation, nature et durée du service ; leur transformation 
au commencement du xiv* siècle, levées en masse ou appel de l'arrière-ban, substitution 
de l'impôt à la prestation des sergents; origine et organisation des confréries d'ar- 
chers et d'arbalétriers; institution, organisation, recrutement et rôle militaire des 
francs-archers de Charles VII à François I er , 1448-1521 ; conditions de la levée et de 
l'organisation des milices provinciales à partir de 1668 et leur rôle dans les guerres 
sous Louis XIV et Louis XV). IV. Pèlerinages (routes que suivaient ordinairement 
les pèlerins français quTse rendaient en Italie ou en Terre-Sainte). V. Signaler les 
documents antérieurs à la fin du xv e 9iècle qui peuvent faire connaître l'origine, le 
caractère, l'organisation et le but des confréries religieuses et des corporations indus- 
trielles. VI. Rédaction des coutumes (documents sur les assemblées qui ont procédé 
à cette rédaction et sur les débats des parlements à l'occasion de l'homologation des 
coutumes; rechercher les coutumes locales qui sont restées inédites). VIL Etats pro- 
vinciaux (documents inédits sur les élections des députés, l'étendue des mandats, 
les délibérations, les pouvoirs des députés et l'efficacité de leur action). VIII. Condi- 
tions de l'éligibilité et de Télectorat dans les communes, communautés et paroisses, 
soit à l'occasion des offices municipaux, soit pour la nomination des délégués chargés 
des cahiers des doléances). IX. Quelles additions les recherches poursuivies dans les 
archives et les bibliothèques locales permettent-elles de faire aux ouvrages généraux 
sur les origines et le développement de l'art dramatique en France jusqu'au xvi e siè- 
cle inclusivement i X. Signaler les documents importants pour l'histoire que renfer- 
ment les anciens greffes, les registres paroissiaux et les minutes des notaires. XI. His- 
toire des petites écoles avant 178g (sources manuscrites et imprimées, statistique 
aux différents siècles; origine, développement, nombre dans chaque diocèse et pa- 
roisse; recrutement et honoraires des maîtres et des maîtres-adjoints; condition ma- 
térielle, discipline, programme et fréquentation ; gratuité et fondations scolaires ; 
rapports entre la gratuité dans les petites écoles et la gratuité dans les universités; 
livres employés dans les petites écoles). XII. Quelles villes de France ont possédé des 
ateliers typographiques avant le milieu du xvi" siècle? Dans quelles circonstances ces 

ateliers ont-ils été établis et ont-ils fonctionné? Section d'archéologie. Signaler 

les documents épigraphiques de l'antiquité et du moyen âge en France et en Algérie, 



d'histoirk et dk LirrÉRATUHK 275 

récemment découverts, ou dont la lecture comporte des rectifications; II. Quels sont 
les monuments qui, par l'authenticité de leur date, peuvent être considérés comme 
des types certains de l'architecture en France, avant le milieu du xu" siècle? III. Etu- 
dier les caractères des diverses écoles d'architecture religieuse à l'époque romane, 
s'attacher à mettre en relief les éléments constitutifs des monuments, plan, voûtes, etc. 
IV. Quels sont les monuments dont la date, attestée par des documents historiques, 
peut servir à déterminer l'état précis de l'architecture militaire en France aux diffé- 
rents siècles du moyen âge? V. Signaler les œuvres de la sculpture française anté- 
rieures au xvi e siècle, qui se recommandent soit par la certitude de leur date, soit par 
des signatures d'artistes. VI. Signaler et décrire les peintures murales antérieures au 
xvi e siècle existant encore dans les édifices de la France. VII. Etudier les produits 
des principaux centres de fabrication de l'orfèvrerie en France pendant le moyen âge 
et signaler les caractères qui permettent de les distinguer. VIII. Quels sont les mo- 
numents aujourd'hui connus de l'émaillerie française antérieurs au xviu c siècle? 

— Nous apprenons avec un bien vif regret la mort de M. Bilco, ancien élève de 
l'Ecole normale, agrégé des lettres et membre de l'Ecole française d'Athènes. 11 était 
arrivé à Lamia le 7 septembre pour y faire des fouilles lorsqu'un accès de fièvre 
pernicieuse l'a soudainement enlevé à ses amis et à la science. M. Bilco n'avait pas 
vingt-quatre ans. 

ALLEMAGNE. — En Allemagne, comme en France, on se plaint que les élèves 
des lycées sont surchargés, ûberbiirdet ; la question de VUberb'ùvdung est à l'or- 
dre du jour; elle a fait l'objet de vives discussions dans les réunions de professeurs 
et de directeurs des gymnases; elle provoque de nombreux écrits de circonstance! 
(voir celui que publiait naguère sous le titre der Sprachunterricht viuss amkehren 
un pédagogue qui signe a Quousque tandem »; cp. Revue critique, n° 26, p. 5 18). 
Une nouvelle brochure sur la question vient de paraître sous le titre « Die Entlasi- 
ung der ùberbiirdeten Schuljugend der Mittelschulen » (Heilbronn, Henninger. In-8°, 
76 p. 1 mark) : elle a pour auteur M. Aug. Behaghel, professeur au « Realgymna- 
sium » de Mannheim. L'auteur imagine un dialogue entre deux personnages, dont 
l'un est attaché à l'ancienne méthode, et l'autre — c'est M. Behaghel lui-même — 
plaide la cause des réformes. En résumé, M, Behaghel voudrait diminuer considéra- 
blement le nombre des devoirs écrits, car « l'élève se voit forcé tout à fait inutile- 
ment et à même à son grand dommage, d'écrire et de transcrire une foule de cho- 
ses qui n'ont pas la moindre -valeur » (p. 3o); il désire que l'enseignement, quel 
qu'il soit, commence le plus lentement possible, im langsamsten Tempo (p. 44); ce 
n'est que plus tard, dans la quatrième ou la cinquième année, qu'on pourra se hâ- 
ter et marcher plus vite (p. 46); au lieu de traduire en une heure une trentaine de 
phrases, on ne devrait en traduire que dix ou six; il faut, en un mot, ne donner à 
l'élève que des connaissances solides et sûres, et ne pas l'accoutumer à n'apprendre 
que légèrement et à la surface (p. 55). M. Behaghel veut sacrifier Cornélius Nepos 
(il cite en passant le dur jugement de Teuffel) et donner à César une plus grande 
importance. Mais le point essentiel de son opuscule, et sur lequel il revient à tout 
instant avec insistance, c'est que, dan3 les premières années, l'élève ne fasse presque 
pas de devoirs écrits à la maison (Hausaufgaben); il s'élève avec force contre les 
griffonnages et barbouillages de papier (pvecklose Schreibereien) (p. 61) qui ont été 
jusqu'à présent à la mode; il demande que le maître soit moins prodigue de pen- 
sums et d'arrêts ; l'élève élevé d'après sa méthode entre en classe, après avoir joué 
la veille deux ou trois heures et avoir, en deux heures au plus, fait des devoirs 
assez faciles ; il ne craint pas d'être puni ; il a l'esprit rassis et clair; il est convaincu 
que s'il travaille consciencieusement pendant la classe, il n'aura pas besoin de grands 



276 RE^UE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

efforts pour contenter son maître et suivre le cours (pp. 65-66). La brochure de 
M. Behaghel renferme donc beaucoup de vues utiles (voir encore ce que dit l'auteur 
de la gymnastique, (pp. Ô7-68), et on lit avec intérêt cet opuscule d'ailleurs écrit 
avec vivacité, et où se glisse parfois plus d'un mot expressif; l'auteur, comme 
dit, n'hésite pas à employer un « krceftig Wortlein. » 



ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES 



Séance du 8 septembre 1882. 

M. Charles N isard est désigné pour faire une lecture au nom de l'Académie des 
inscriptions et belles-lettres, à la prochaine séance trimestrielle de l'Institut, le mer- 
credi 4 octobre. Il lira une partie de son mémoire sur l'état incertain et précaire de 
la propriété littéraire au xvi e siècle. 

M. Delaunay achève la seconde lecture du mémoire de M. P.-Ch. Robert sur l'ex- 
pédition de Gondovald et les monnaies frappées au nom de l'empereur Maurice Ti- 
bère dans plusieurs villes de la Gaule méridionale. 

M. Deloche présente quelques observations en réponse au mémoire de M. P.-Ch. 
Robert. L'objet du débat entre les deux académiciens est double. Il y a une ques- 
tion d'histoire et une question de numismatique. Il s'agit de savoir, d'une part, si 
l'expédition dirigée contre la monarchie franque, à la fin du vi e siècle, par l'aventu- 
rier Gondovald, était soutenue par l'empereur byzantin Maurice Tibère et tendait à 
rétablir l'autorité impériale sur la Gaule; d'autre part, si les pièces d'or qui nous sont 
parvenues en assez grand nombre et qui portent à la fois le nom de Maurice Tibère 
et l'indication d'un atelier monétaire des bords du Rhône doivent être considérées 
comme frappées par Gondovald, au nom de l'empereur, pendant sa courte domina- 
tion sur la contrée, et s'il faut y voir un acte d'allégeance à l'empire byzantin. A 
ces questions M. Robert répond non, M. Deloche oui. Contrairement à M. Robert, 
M. Deloche s'attache à établir : 

i° -Que Gondovald était soutenu par la cour de Byzance; on ne s'expliquerait pas 
autrement l'origine des subsides considérables qu'il eut à sa disposition au moment 
de son entreprise et qui dépassaient de beaucoup, sans nul doute, sa fortune per- 
sonnelle; 

2" Que Gondovald prétendait substituer son autorité à celle des rois mérovingiens 
et gouverner à leur place, qu'il a donc dû agir en maître dans les villes qu'il a occu- 
pées, qu'il est donc tout naturel qu'il y ait battu monnaie; ses prétentions à exercer 
le pouvoir à la place des rois sont nettement affirmées par Grégoire de Tours : « ille, 
dit-il, qui omnem principatum Galliarum se testabatur accipere » Hist. Franc, 
VIII, 2); 

3" Que seule l'occupation de la Provence par Gondovald, agissant au nom et comme 
lieutenant de l'empereur byzantin, permet d'expliquer qu'un si grand nombre de 
monnaies aient été frappées dans cette contrée au nom de Maurice Tibère. M. P.--C. 
Robert a allégué que souvent les rois mérovingiens avaient imité le type des mon- 
naies impériales, simplement parce que ce type était accrédité et qu'en l'imitant ils 
assuraient à leurs monnaies une circulation plus facile et plus étendue. Cette remar- 
que est juste, dit M. Deloche, mais elle ne fournit pas une explication suffisante en 
ce qui concerne les monnaies de Maurice Tibère. Cet empereur est arrivé au trône à 
une époque où la fabrication des monnaies mérovingiennes imitées du type impérial 
était déjà à peu près tombée en désuétude. On n'a qu'un très petit nombre de mon- 
naies frappées en Gaule au nom de Justin II, on n'en a pas du tout au nom de Tibère 
Constantin ; on en a un très grand nombre au nom de leur successeur Maurice. 
Cette recrudescence brusque est une anomalie qui ne peut s'expliquer que par des 
circonstances exceptionnelles; et ces circonstances exceptionnelles, on les trouve 
dans l'histoire de Gondovald, si on veut entendre^ cette histoire comme l'entend 
M. Deloche et comme l'ont entendue la plupart des érudits avant lui. 

Ouvrages présentés : — par M. Oppert : Hommel (Frit/), Sumir et Accad, traduit 
par Ernest Babelon ; — par M. Barbier de Meynard : Halévy (J.), Etude sur les 
inscriptions du Safa; — par M. Ravaisson : Musée du Louvre, catalogue de la col- 
lection Timbal (rédigé par MM. Tauzia, Gruyer, Saglio, Courajod et Emile Moli-njoq 
nier). 

Julien Havet. 

— — . — — —— — - — ■ . ■ ~~ <iJoii bI J3 

Le Puy, vnpnmerie de Marchessou fils, boulevard Saint- Laurent, 23. 

. 



REVUE CRITIQUE 
D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

N» 41 — 9 Octobre — 1882 



Sommaire s 206. Curtius et Adler, Olympie et les environs. — 207. Aristophane, 
Plutus, p. p. de Velsen; les Oiseaux, p. p. Blaydes. — 208. Ring, Etudes de 
vieux latin. — 20g. Storm, Philologie anglaise. — 210. Combes, L'entrevue de 
Bayonne. — 211. Servois, Notice biographique sur La Bruyère. — 212. Œuvres 
complètes de Des Forges Maillard, p. p. delà Borderie et R. Kerviler. — 2i3. 
Le docteur Faust, p. p. Engel. — Correspondance : Date de la naissance de Flé- 
chier. — Chronique. — Académie des Inscriptions. 



206. — Olympia und Umgegend, zwei Karten und ein Situationsplan ge- 
zeichnet von Kaupert und Dœrpfeld, herausgegebenvon E. Curtius und F. Adler, 
Berlin, Weidmann, 1882, 8°, 48 pages. 4 mark. 

Les résultats des fouilles entreprises à Olympie par le gouvernement 
allemand ont été publiés, année par année, dans un important ouvrage en 
cinq volumes, intitulé die Ausgrabungen \u Olympia, Uebersicht der 
Arbeiten und Funde von 1875-81. Un second ouvrage est annoncé 
où ces résultats, au lieu d'être présentés suivant la succession des décou- 
vertes, seront classés dans un ordre systématique, propre à mettre en 
lumière les faits nouveaux acquis à l'histoire de l'art et des institutions 
helléniques. En attendant, MM. Curtius et Adler ont cru qu'il serait 
intéressant d'offrir au public un plan de YAltis et deux cartes du pays 
environnant, d'après les levés et les dessins de MM. Kaupert et Dôrp- 
feld. Ces trois planches sont précédées d'un texte explicatif. 

Planche I. Carte d'ensemble de la région d' Olympie au 1/100000. 
Les données sont celles de la carte de l'Etat-major français; mais une 
coloration polychrome distingue nettement, à côté des localités moder- 
nes, les principaux points de la topographie antique. 

Cette carte a pour but de faire comprendre le caractère du pays et 
d'expliquer son histoire. La notice, due à la plume élégante de M. C, 
nous décrit rapidement cette contrée que les anciens appelaient Pisaiis, 
les deux grands fleuves, l'Alphée et le Kladeos, qui l'arrosent, leurs 
bords, riches d'alluvions, et toutes ces hauteurs, dont les pentes, cou- 
vertes de verdure, s'abaissent doucement vers la plaine. Cette contrée 
pittoresque et fertile, d'un abord assez facile du côté de la mer, et d'au- 
tre part ouverte, grâce aux vallées qui y débouchent, aux habitants de 
toutes les provinces du Péloponnèse, semblait préparée par la nature 
pour devenir le rendez-vous pacifique de la Grèce. 

Planche II. Olympie et ses environs immédiats, au i/i25ooo. La carte 
et la notice sont de M. Kaupert. Elles sont l'une et l'autre destinées à 
Nouvelle sûric, XIV. i5 



278 REVUE CRITIQUE 

faire connaître en détail la topographie de la région. Les niveaux sont 
indiqués par des courbes, la nature du terrain (vignes, bois, pâturages, 
grèves, sources) par des signes conventionnels et des teintes plates diver- 
sement colorées, les ruines antiques par des traits et des noms en rouge. 
M. K. signale l'action exercée par les deux fleuves, dont les alluvions 
combinées, en exhaussant le sol au confluent, ont fini par enfouir les 
monuments d'Olympie sous une couche de limon de cinq mètres en- 
viron. Ces alluvions considérables s'expliquent par la constitution géo- 
logique des montagnes voisines et, à ce propos, M. K. renvoie le lecteur 
à un article du docteur Biicking dans le Compte rendu mensuel de l'A- 
cadémie des sciences de Berlin (3 1 mars 188 1), Vorlœuftger Bericht 
uber die geologische Untersuchung von Olympia. 

Planche III. Olympie\ état du teraain après la 5 e et la 6 e campa- 
gne de fouilles, au 20 mars 188 1. par M. Dorpfeld. Echelle i/i5oo. 
Une coloration jaune clair distingue les parties du sol qui n'ont pas été 
fouillées de celles qui l'ont été : celles-ci sont laissées en blanc. Dans 
l'espace déblayé, il était impossible de toujours marquer l'âge relatif des 
nombreuses ruines découvertes; on s'est contenté des signes suivants: 
les constructions de la belle époque grecque sont en traits noirs, les mo- 
numents plus récents sont ou dessinés avec des hachures ou simplement 
tracés sans hachures, la place des murs byzantins sont marqués par une 
ligne en pointillé. Les différents niveaux ont été cotés par comparaison 
avec le bord supérieur du stylobate du temple de Zeus, et suivant que 
chacun d'eux est plus ou moins élevé que ce stylobate, le chiffre de la 
cote, écrit en bleu, est précédé du signe plus ou du signe moins. 

M . Adler, qui a rédigé la notice, y fait une courte description des ruines 
les plus importantes et cherche à orienter le lecteur au milieu de tous 
ces monuments. Il commence par les constructions situées à l'extérieur 
de l'enceinte sacrée de VAltis ou adossées au mur de cette enceinte 
même, le Gymnase avec les portiques et la palestre qui s'y ratta- 
chent, le Bouleutérion, le Léonidaion, le Stade, les Trésors, le Pry- 
tanée. Puis il nous conduit dans VAltis même, nous promène- dans 
cette Agora, autrefois pleine de statues dont les piédestaux seuls sub- 
sistent encore, et passe successivement en revue l'autel de Zeus, le Pé- 
lopion, le Métroon, YHéraion *, enfin le temple de Zeus. Il termine 
par quelques mots sur le système ingénieux de canalisation qui permet- 
tait, en utilisant les pentes, d'alimenter les nombreuses fontaines dont 
VAltis devait être pourvu, et d'ouvrir aussi à l'excès des eaux une issue 
vers le fleuve. Cette double catégorie de conduits est figurée sur la carte 
par des lignes bleues, tantôt simples tantôt doubles, suivant qu'il s'agit 
de ceux par où l'eau arrive ou de ceux par où l'eau s'en va. Toutes les 

L loqîu : ijnat 

I. Cest la qu a ete retrouve \ Hermès de Praxitèle, dont on peut voir le moulage 

expose au musée de sculpture comparée du Trocadero. 

r >ni -Jli-jb . 



D'HISTOIRE ET DE LITTERATURE ^79 

fois qu'il y a lieu, M. Adler prend soin de nous renvoyer, par des indi- 
cations précises, à la grande publication des Ausgrabungen. 

Pour ceux qui n'ont pas eu, comme nous, l'heureuse chance de visi- 
ter les travaux d'Olympie, et de prendre par eux-mêmes une impression 
du pays, cette brochure est un guide excellent, propre à donner de 
cette région et des fouilles importantes dont elle a été le théâtre, une 
idée juste et nette. 

Jules Martha. 



207. — Ai-istoplianis Plutus recensuit Adolphus von Velsen. Leipzig, Teubner, 
1881. Un vol. in-8° de vi-85 pages. 

Aristoplianls Comocdiœ. Annotatione critica, commentario exegetico, et scholiis 
graecis instruxit Fredericus H. M. Blaydes. PARS IV, AVES. Halis Saxonum, in 
Orphanotrophei libraria 1882. Un vol. in-8° de xX-5io pages. 

„ _ - 1 
Dans de précédents articles », nous avons indiqué quel était le carac- 
tère général des deux nouvelles éditions d'Aristophane, publiées à la fois 
par M. Ad. von Velsen et par M. Fr. H. M. Blaydes; nous n'avons au- 
jourd'hui qu'à examiner quelques points particuliers aux deux pièces qui 
viennent de paraître, le Plutus et les Oiseaux. 

Le texte du Plutus a été constitué par M. A. von V. à l'aide de qua- 
tre manuscrits : le Ravennas, le Venetus, l'Urbinas U et le Parisinus A. 
De toutes les pièces d'Aristophane, le Plutus est celle dont nous avons 
peut-être le plus de reproductions manuscrites; sans doute, beaucoup 
de ces mss. ne sont que la copie d'originaux que nous possédons encore ; 
il est donc nécessaire de laisser de côté ces non-valeurs ; mais peut-être 
M. V. est-il allé trop loin dans cette voie, et a-t-il négligé des té- 
moignages qui avaient de l'importance. Il n'eût pas été inutile de con- 
naître les leçons du Laurentianus 0, surtout celles de TAmbrosianus. M. 
Après ce que M . V. avait dit de ce dernier ms. dans la préface des Che- 
valiers et des Grenouilles 2 , on a peine à comprendre qu'un tel secours 
ait pu être négligé. Pour les quatre manuscrits dont M. V. nous donne 
les leçons, ils ont été été étudiés avec tout le soin désirable; l'apparat 
critique du Plutus est peut-être un peu restreint, mais il a été dressé 
avec la même précision, la même rigueur que l'apparat des pièces précé- 
demment publiées; voici les seules observations que nous avons à faire 

■ " \\h'l 

"aiiBO b1 i ~~ aTirïâv 

■ i. Revue critique, n 03 du 21. mars, du 9 mai 18S1, du 3 juillet 1SS2. 

2. « is liber diliyeniissime pictus, gravissimi in constituendis poeUe v,rbis est 
momenti : utpote qui genuinam Aristophanis manum saepe servaverit solus cun; 
Ravennate, interdum quamvis raro solus. » Préface des Chevaliers, p. vin. — « Hune 
codicem in Ranarum fabula certe e Ravennate non transcriptum esse docentj 
vv. 201, 208, 274, alii.» Préface des Grenquilles, p. vi. Faut-il conclure de ce dernier 
passage que, pour le Plutus, l'Ambrosianus dérive directement du Ravennas > Cela 
mentait bien la peine d être indiqué. 



i8s aaim nàrri j aa ts hhiotzih'ci 

280 - •vswtv^cps 'CCO ^^È-CRïfft^ Ï3 ^^ ?^6A 

-ih'io noiîBUJDrioq fil é y no noiïibà aîn^zèiq bI znsb jiaalsV .M 

-W §Bfeî feàte > ss - 4 u e nous avons examinés, ceux û^Çavenn^ft 
^^ep^g. j^nir Ie ms - de Raven ne, nous n'avons qu'un passage à si- 
gnaler : 421, le ms. a dbtoXÂXàTGv, M. V. donne dtaoXiàXaTiov, ce qui n'est 
probablement qu'une faute d'impression '. — Pour le ms. de Venise, les 
endroits où l't muet est omis n'ont pas toujours été exactement relevés. 
Ainsi : 6, sa, — 9, ôîc^twosî, — 19, çpàaY]ç, — 22, Xutîyjç, . Aux passages 
suivants : 4, y.£xrr,[j.év(»>. — 8, Xo^ta. — 40, xeôsy). Le point final peut-il 
être considéré comme représentant un t? C'est le cas pour le ms. de Ra- 
venne, mais nous ne croyons pas qu'il en soit ainsi pour le ms. de Ve- 
nise. '1 

Plusieurs des conjectures proposées par M. V. méritent d'être signa- 
lées : v. 49, « nescio an pro ^vôvat sçribendum sit cpàv ». Cela est très ac- 
ceptable, Yvwvai paraît bien n'être qu'une glose qui a fini par s'intro- 
duire dans le texte. — La conjecture piévc, v. i85, nous semble excel- 
lente; le Ravennas porte en cet endroit uivcv, les autres mss. p.évo?. Le 
sens que donne [j.cvct à la phrase est bien préférable, et on comprend qu'à 
côté de outoç èxtxaôiiftrat, ce mot ait pu être changé en jj.évov ou \j.ovoq. — 
^j^jg^a^çhe, la correction /wXcv au lieu de t^wAov, v. 267, nous plaît 
moins ; après l'énumération de toutes les misères de Plutus, le mot -/wXs; 
tp^aJLjt faible ; les premiers mots de la phrase oqjwc. os vt] tov cùpavov indi- 
.^u^n^uja. défaut moins visible que celui exprimé par le mot/wXcç; le 
n^$Ç.^^6v offre sans doute quelque difficulté; cf. cependant Cheva- 
liers, 964. — La correction du v. 422 est très ingénieuse; l'on écrivait 

M. V. corrigea d'abord 2 jxàv fàp en jj.ouvac, puis M. Alb. von Bamberg 3 
compléta la correction en mettant w ypqû au lieu de à/pi; on a donc : 

Le vers, ainsi corrigé, est certainement plus satisfaisant que la vul- 
gate ; je ne sais cependant s'il s'accorde 'bien avec le vers suivant. Le 
passage est si désespéré que peut-être vaut-il. mieux s'en tenir à ce que dit 
M. Meineke 4 : « Nihil de his omnibus mihi Aristophanes scripsisse vi- 
detur .praeter au o'eï Ttç; cetera quae frustra viri docti vel explicare vel 
emendare conati sunt (Velsenus wxpà [xaivàç sîvat) stulti interpolatorisma- 
nus adjecit, qui integrum trimetrum requireret ». — La correction de 
ir/vcov en icr/và, v. 544, est très plausible; les copistes ont pu ignorer 
qu'a était long devant p, ce qui les a amenés à corriger une leçon qu'ils 
croyaient fautive. — Au v. 704, M. V. a renoncé à une conjecture qu'il 
avait déjà faite et que Meineke avait approuvée : 

, 1 , 1 :v{07"; SiieVI .1 

1. Nous .profitons de l'occasion pour signaler d'autres fautes^ jle içe, §Ç$*Ç ^f^-fy 
ïhi'JÏÏzpoç, 477. tHtt a u lieu de oti. . : 'zz bv ,v(6o.'rh '00 bv 

2. Symbola philol. Bonn, 1864, p. 413. joJ eâiqA .« vàSi XUO 370 sdcsfl JUOT [YV 

3. Alb. von Bamberg, De Ravennate et Vaneio AristopkaniSieQ&iAHfh%#ty#B> 
i865, p. 4. 

4. Aug. Meineke, Vindiciarum Aristophanearum liber. Leipzig, i865, p. 212. 



d'histoire et de littérature 281 

Aùxc; &'!*/.sT\^y$ j^gy- .jjux <àf oùo' èfpévttffèv. g £ 

M. Velsen, dans la présente édition, est revenu à la ponctuation ordi- 
naire. — Parmi les autres conjectures dignes d'être sigrraîéei, ^^ $*- 
tcrons : 769, Y.pzûw au lieu de èya), — 839, oOv toiç cr/.îua^ftrç ilï "fiéu^tfb 
«ov :ûv cxsuaptov, etc. d , 1 *#: lakng 

es! ,381113/ sd .zm si uioS <. jnarndldBdoiq 

^feft Itt volume que nous donne M. Fr. H. M. Blaydes ; cette 
édition des Oiseaux a plus de 5oo pages in-8° très pleines et très serrées. 
La disposition est la même que dans les précédents volumes; il y a deux 
sortes de notes, les unes, critiques, au bas des pages, les autres, explica- . 
tives, à la fin du volume. 

Les notes critiques contiennent les leçons des manuscrits et un relevé 
des conjectures et des observations faites par les critiques sur les diffé- 
rents passages. M. B. dit qu'il a collationné Verbatim et accurate deux 
des mss. de Paris (les n os 2712 et 2715), et le Venetus 475. Pour le ms. 
de Ravenne, M. B. dit cette fois : « Passim, non tamen Verbatim con- 
tuli R. » Nous avons déjà eu l'occasion de montrer quelle valeur il fal- 
lait attacher aux collations de M. B.; nous ne reviendrons pas sur ce 
sujet. uo&b^ôp 

Le relevé des conjectures déjà faites sera très utile; il est malheureu- 
sement incomplet, surtout pour ce qui regarde les travaux publiés dans 
ces dernières années. Ainsi il semble que M. B. n'a pas connu le travail 
de O. Bachmann, Conjecturarum observationumque Aristophane arum 
spécimen I, Gôttingue, 1878. Des conjectures comme relles-ci, Oiseaux, 
208, ep,6a'.v£; r 169, xpoaOst au lieu de ècôeï; 122 3, oto(oicîiv au lieu de 
TOioiaiv, etc., méritaient d'être signalées. L'article publié par M. E. Pic- 
colomini dans la Rivista di Filologia, fasc. V, 1876, Osserva\ioni so- 
pra alcuni luoghi degli Uccelli di Aristofane, a aussi échappé à 
M. B.; il aurait pu y recueillir quelques corrections intéressantes. 

Quant aux corrections que l'éditeur propose lui-même, ceux qui con- 
naissent M. B. ne seront pas surpris d'apprendre qu'elles sont très 
nombreuses ; il semble cependant qu'il y a cette fois une certaine modé- 
ration. Le procédé est d'ailleurs le même : tel passage étant altéré, il s'a- 
git de deviner quand même quel est le mot qui pourrait bien aller ; c'est 
une vraie gageure; il est certain que plus on proposera de mots, plus on 
aura des chances de trouver le bon. C'est un peu comme à la loterie, 
plus on prend de billets, plus on a des chances pour gagner. Ainsi, au 
v. i5o, nous trouvons huit conjectures ' pour le même passage, nous en 

trouvons cinq au v. 177, etc. 

ip 3iù)Dd(i ut JnoiiiyoTD 

"TiïTîïïv'ïï 

1. Nous croyons devoir citer ce passage : « Ipse tentabam wç oùx, lÔwv, vel cca 
*fo3y. tBibv, vel où* eiffièùv (Aesch., II, 82), vel gçov f'towv, vel ocra \>:c\ sicrtocov, 
vel 5a' staiâwv, vel 6cr' OU/, è[AU>V aut èpeîv (modo non valens), vel denique ô^rf] ; 
Vï) TOÙç Oeoùç 5ti où/, lâibv ». Après toute cette série de vel, le mot denique, qui 
vient après le dernier, fait sérieusement plaisir. 

.^ q .cô8i 
.sis .q t 5d8i ,§isqbJ .tsdïi RMtb^H&A^oUitk ntu;u>s3]fcsiW ,34tenfoM gu/ 



282 RKVUi. CRITiQUiHIOTZIH'a 

-££t£s^8tême est d'autant plus fâcheux que M. B possède comme criti- 
que des qualités dont on ne peut pas ne pas tenir compte; beaucoup de 
ses observations sont très justes et très sensées. Il lui arrive assez sou- 
vent même de proposer des conjectures qui méritent d'être examinées ; 
nous en citerons quelques-unes : v. 159, écrire a-f^oiai au lieu de y.r f rc: 
Ta, — v. 281, la leçon du ms. est outoç jjiv !<rci, ce qui fait un vers faux ; 
il manque une syllabe. Brûnck avait ajouté àXV devant etneç, correction 
qui avait été généralement adoptée; celle que M. B. propose, oo7&(rô |xév 
èdti, est plus simple et paraît plus acceptable.— V. 283, y.aO' au lieu de 
y.࣠; la préposition è£ ne s'explique guère ici. 

Les notes explicatives, commentarius, forment la partie la plus déve- 
loppée du volume; elles comprennent les scolies dont M. B. corrige ou 
complète les explications. Ce commentaire est riche surtout en rappro- 
chements; il peut rendre des services aux critiques et aux grammairiens; 
à côté de telle expression du comique, sont citées les expressions 
analogues qui se trouvent dans les différents auteurs ; la liste des passa- 
ges ainsi cités est très complète ; elle indique chez M . B. une grande pra- 
tique de la littérature grecque. Pour ce qui touche à l'histoire, aux ins- 
titutions, en un mot aux antiquités proprement dites, le commentaire 
des Oiseaux, comme celui des autres comédies éditées par M. Blaydes, 
est insuffisant. 

noJ si gifirn << ; no Albert Martin. 

e-b limq Dnob _ 

Jn93ijjbè-j àtëh< 

-sb Z'uuu g geviiB'iub es! 

ïrj^J — Àltlateinisclie Studlen (Das Arvallied und die Salischen Fragmente. — 
Zur Semasiologie der indogermanischen Stammbildung. — Beitrtege zur Erklae- 
rung des Templum von Piacenza.) Von Dr. Michael Ring, Professor an der kœn. 
Akademie in Pressburg. Pressburg und Leipzig. Verlag von Sigmund Stejner. 

1882. 143 p. m-8°. 

- 

Une ou deux pages d'analyse renseignent mieux qu'une appréciation. 

Pour éclaircir le chant des Arvales et les fragments des chants des 
Saliens, M. Ring demande de la lumière au saturnien du bronze du lac 
Fucin, Doivom (h)dtôi (h)erpattîa pro Ifegiojnibus Martses. Dans 
Doivom hatoi herpattîa il y a deux datifs, et l'ensemble de la formule 
équivaut, sauf l'ampleur poétique, à l'ombrien Jovies hostatir. Hatôi 
est un datif comme trifô(i), analogue aux génétifs dotnôs, enôs. Hâtus 
signifie admission, de la racine indogermanique gha, désirer; les formes 
existantes indiquent un mot latin du type dheseve. 

Un surcroît de lumière se tire de l'inscription du vase à trois goulots 
de Dvenos. Le premier goulot demande : Qui (au féminin, car la mesure est 
qui) pourrait me présenter à Jupiter et aux deux Sat(urnes)? c'est-à-dire : 
aux trois Lares saturniens Jov(o)s (Satur), Satrius et Saturnus, lesquels 
sont entre eux comme père, premier fils et second fils d'après le principe 
de l'onomatologie sacrale, mais comme trois frères dans la pratique ri- 



d'histoire et DE LITTÉRATURE 283 

tuelle, parce que Mars Satur, dont Satrius et Saturnus sont des émana- 
tions, est, en qualité de « mouton », hors d'état d'avoir des descendants. 
— Le second goulot du vase répond au premier : Nulle vierge, si elle 
doit compter parmi les pures; mais le troisième fait une concession : 
A moins de se concilier Ops Toitesia. Une vierge ne peut entrer en 
contact avec les Lares châtrés, les moutons, car la communication avec 
des ! divinités infécondes pourrait la rendre inféconde, et l'infécondité de 
la femme témoigne contre sa pureté. 

Nous voici arrivés p. 4. L'explication du chant des Àrvales commence. 
Une altération de la prononciation latine a obscurci l'assonance d'aï- 
temei avec conctos, et le graveur de l'inscription ne se rendait plus 
compte que pleorls assone avec sins, etpleorês avec sers. Les variantes, 
dans la triple répétition de chaque ligne, sont d'ailleurs fondées en raison. 
A mesure qu'on récite, le ton monte, de sorte que luaerve devient 
luerve, sêmunis devient sîmunis, et alternei devient alternie. Le débit 
s'accélère en même temps, de sorte que de sali sta on passe à sdjisja. 
Sait est sd-sdî pour sâ-sdjé; dans la troisième ligne i est bref, c'est-à-dire 
que c'est un e relevé par le ton udâttara ; en phonétique latine, i exclut j, 
donc ji est non contracte, et sajisja (i long par position, parce que s = gg]) 
est le résultat d'une séparation des syllabes provoquée par la gradation 
udâttara, sd\dj*isd-jd, prononcez sddj-itf-jd, saj-is-jd. — M arma est 
le génitif du féminin Marmôr; on attendrait Marmâros, mais le ton 
plus élevé a produit une syncope de la finale; il faut donc partir de 
Marmdrs. Les voyelles longues avec un ton udâtta non brisé réduisent 
les duratives à la fin des syllabes, ïr a donc disparu dans Marmdrs de- 
vant s sourde, comme dans fa(r)stigium et te(r)stis m ; puis \'s est tombée 
à son tour. — L'enclitique serns est peut-être pour sersn(o)s, comme 
l'indiquerait Sarsina, Sassina. D'ailleurs s(v)êr% (pour svôrf), forme 
svarita de sfvje'ros, dont il nous faut partir, a pu facilement sigmatiser 
Ys du nominatif. — Comme les Lases sont deux personnes et Marmôr 
une, l'unité supérieure constituée par la réunion des Lases et de Marmôr, 
la triumpos, contient trois personnes, comme son nom le dit clairement, 
car triumpos équivaut à « unissant trois », et diffère, par l'accent et la 
signification, de Op(-Fa^oç — ipi-Fa^tpoç, « unis par trois, unis en tri- 
nité ». Dans le chant des Arvales triumpos est féminin, parce qu'il se 
rapporte à enô, grand' mère (la dea Dia) ; c'est donc un reste d'adjectifs 
italiques analogues aux adjectifs grecs en oç, ov 

Nous n'en sommes 'encore qu'à la p. 9, mais déjà le lecteur peut ss 
faire une idée de l'ouvrage. 

Louis Havet. 

Î83 31U83rfl BllBO,f 

isiib-É-îEa'-j^UcjsruO 

ebupzsl j2umu3c2 ïo zu'W: ■. i 

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-h supiJmq tsI zrifib zsiéiï *iô"tî orn 



284 REVUE CRITIQUE 

209. ■— Englische Philologie. Anleitung zum wissenschaftlichen Studium der 
englischen Sprache von Johan Storm, ord. Professor der romanischen und 
englischen Philologie an der Universitaet Christiania. Vom Verfasser fur das 
deutsche Publicum bearbeitet. I. Die lebende Sprache. Heilbronn. Verîag von 
Gebr. Henninger. 1881. In-8, xvi-468 p. 9 mark.jga'o giefli ; .rt .1 .M azoq 

\0liSJi avBqàa t>m 
« Je me propose, dans ce livre, de donner un guide (et une méthode) 
pour l'étude scientifique de l'anglais ; destiné avant tout aux philologues 
qui débutent, il pourra n'être pas inutile aussi à un cercle plus étendu 
de lecteurs. Le manque sensible d'un manuel bien fait et en rapport 
avec Pétat actuel de la science fera, je l'espère, qu'une pareille entreprise 
ne sera pas inutile, même en Allemagne. » La critique qu'il a faite des 
tentatives de ses précurseurs justifie pleinement l'espoir exprimé ici par 
M. J. Storm; mais si son livre peut et doit être le bienvenu même de 
l'autre côté des Vosges, à combien plus forte raison devrait-il l'être en 
France, où l'on a à peine l'idée d'une œuvre pareille, laquelle seule ce- 
pendant pourrait contribuer à fonder ce qui manque presque complète- 
ment chez nous, l'enseignement scientifique d'un idiome germanique ! 
En remaniant son livre pour le public allemand, tandis qu'il n'a point 
songé à le faire pour les lecteurs français, M. J. S. nous a-t-il cru inca- 
pables ou incurablement insoucieux d'atteindre à une connaissance ap- 
profondie ou rationnelle de l'anglais? A-t-il pensé que son appropriation 
ne rencontrerait pas assez de sympathie pour être tentée chez nous? C'est 
une question que je ne veux pas résoudre; mais, puisque la Philologie 
anglaise est écrite dans un idiome étranger, il me semble que c'est une 
raison de plus pour essayer d'en donner une idée aussi complète et exacte 
que possible aux lecteurs de la Revue. ,\ [ B rn ijovjs Jîfiifiq 

Après une courte introduction, où il expose le but de son ouvrage et 
les moyens d'arriver à une connaissance scientifique de l'anglais parlé, 
M. J. S. traite d'abord de la prononciation ; mais avant d'arriver à celle 
de la langue dont l'étude est l'objet spécial de son livre, il passe en re- 
vue, dans un chapitre substantiel et écrit avec une rare compétence, les 
travaux qui ont été faits dans ces derniers temps sur la phonétique géné- 
rale ; c'est un maître, un savant versé depuis de longues années dans 
l'étude des idiomes germaniques et romans qui juge ici ceux qui l'ont 
précédé; il y a profit aussi à lire la critique pénétrante qu'il a faite en 
particulier des ouvrages de Merkel, Brùcke, Sievers, Bell, Ellis, Sweet, 
etc., ces fondateurs de la théorie scientifique du langage parlé. Ce n'est 
pas d'ailleurs un simple jugement que M. J. S. se borne à porter sur ses 
devanciers; chemin faisant, il expose ses propres vues sur la matière, 
propose des corrections, et cette marche qu'il a suivie dans les différentes 
parties de son étude en double l'intérêt et la valeur. Je suis, en phoné- 
tique, d'accord avec M. J. S. sur presque tous les points; il en est deux 
ou trois cependant où je ne puis partager sa manière de voir. En ce qui 
concerne les nasales françaises,' par exemple, j'admets quel^de^^^oit 

a^bi ïis« H s>MÇ : Isa ascirlq 3lloD .£ 



MTTOIT' RD , £° S or 

d'histoire i<:t DE UTTKRATURK 2cO 

1* de pâte ■, l'o de | un o analogue à celui de V^3^%S^ le 
son ch de peuple et que 17 de in se rapproche de 1V/ ; toutefois, je ne 
pense pas que cet a, pas plus que l'o de on, soit aussi ouvert que le sup- 
pose M. J. S. ; mais c'est au sujet de la valeur même des nasales que je 
me sépare surtout du savant linguiste; il ne leur en accorde ou ne paraît 
leur en accorder, comme on le l'ait d'ordinaire d'ailleurs, qu'une seule; 
je ne puis me ranger à cette manière de voir; comment ne pas distinguer, 
en effet, entre Yan de dent (dan) et celui de dents (dân) entre l'on de son 
et celui de sons (son), entre 17 ou l'a de vin et celui de vingt. P. 38, 
M. J. S. dit que les nasales françaises deviennent dentales devant deux 
dentales, cela me paraît assez vraisemblable ; mais en note, il cite cette 
observation de M. L. Havet dans la Romania (VIII, 94), « après une 
voyelle nasale les muettes se changent purement et simplement en na- 
sales, » ce qui est également vrai et n'est qu'en apparence en opposition 
avec sa propre manière de voir; seulement M. J. S. ne me paraît pas 
avoir compris l'explication de M. L. Havet, quand il suppose qu'il pro- 
nonce vàn-do, tandis qu'il admet lui comme « très fréquente » la pro- 
nonciation veind-du' 2 ; cette dernière prononciation est, en effet, ordi- 
naire; quant à vân-do 3 , il est évident que ce n : est pas celle dont, parle 
M. L. Havet, mais bien vànn-deû;'û n'aurait point dit sans cela que les 
dentales se changent en nasales ; il y a là une simple assimilation,* en 
vertu de la loi de moindre effort; mais il n'y a point en cela, comme pa- 
raît le croire M. J. S. dans une note de la p. 428, de « différences dia- 
lectales » ; c'est tout simplement pour moi quelque chose d'analogue à 
la différence de prononciation entre quatre et quatte. Si M.Is. me 
paraît avoir mal interprété une explication fort claire cependant de M." L. 
Havet, son oreille l'a trompé aussi, je crois, quand il affirme que le T g« 
français est tout diffèrent du gn italien ou du h espagnol, et MM. G. 
Paris et A. Darmesteter seront sans doute un peu surpris d'apprendre 
que, au lieu d'un n mouillé, il faut entendre un n dans Espagne, tan- 
dis qu'ils doivent évidemment faire entendre le premier de ces sons dans 
Espana. Si nous n'avons pas ou n'avons plus d7 mouillé, nous avons 
toujours Yn mouillé, seulement quelques patois nasalisent les voyelles 
qui précèdent, ainsi dans le normand du Cotentin on dit singne 
à la place de signe. Dans le parler parisien, on tend plutôt à rem- 
placer gn par n simple; que de gens, par exemple, ne disent plus que 
Compiène et regardent comme fautive la prononciation Compiègne! 
P. 62, M. J. S., corrigeant une erreur de Ellis '<, dit que faire entendre 

1. Toutefois, dans certains patois, comme ceux du Bessin et du Cotentin, Va de an 
paraît être plutôt a que a. Quant à la prononciation an de an, elle n'est point rro- 
pre à la Picardie, c'est en particulier celle du Bocage normand. 
y x i!^h 2 1?.P représente deu ; mais Y eu de deux étant long, on comprend qu'il vaut 
mieux écrire dcû que do. 

3. Je doute qu'aucun Français, fût-il Suisse, puisse prononcer van-do ou ven-do, 
malgré ce qu'en dit, d'après M. J. S , M. Sievers. 

4. Cette phrase est : que je me repente, M. J. S. dit qu'il faut la prononcer kéj'tnë 



i 



286 REVUE CRITIQUE 

Ye finale de repente (r'penf) serait une prononciation méridionale; un 
méridional donne à Ye muet final le son ô — vit 6 (vite); — il n'en est 
pas de même sans doute en français, mais il nous est cependant impossi- 
ble de prononcer une muette ou une chuintante finale sans faire enten- 
dre, non le son o, il est vrai, mais une demi-muette; voilà ce' que 
M. J. S. n'a'pas vu et ce que souvent les étrangers ne comprennent 
pas '. Je ne m'explique pas non plus que M. J. S., qui distingue avec 
tant de raison Ye obscur allemand de Ye muet français, ne le distingue 
pas aussi bien de notre é fermé et paraisse (p. 66) donner raison aux 
linguistes qui les identifient; Yé fermé ne diffère pas moins que Ye muet 
de Ye obscur germanique, lequel n'est point d'ailleurs étranger aux 
idiomes français; j'en ai constaté la présence en particulier dans le pa- 
tois du Bessin, où je l'avais pris d'abord, il est vrai, pour un é fermé 2 „ 

Après la « phonétique générale », M. J. S. aborde la « prononciation 
anglaise » ; dans le chapitre consacré à ce sujet délicat, il suit la même 
méthode que dans son examen de la phonétique, et, tout en passant en 
revue les ouvrages de B. Schmitz, Ed. Màtzner, J. Walker, B.-H. 
Smart, P. -A. Nuttall, P. -H. Phelp, etc., il en prend occasion pour pro- 
poser sa propre manière de voir, et réformer ou compléter au besoin les 
théories de ces divers grammairiens. Enfin, il arrive (p. 129) aux dic- 
tionnaires. Ici sa critique prend de plus grandes proportions; ce n'est 
plus une appréciation succincte, c'est soit une discussion prolongée des 
sens donnés à quelques vocables rares un peu usités parles auteurs qu'il 
cite, soit une liste de mots curieux qu'ils ont oubliés; que de renseigne- 
ments précieux, par exemple, p. 152-164, sur ^ e " s l an S » et I e (( cant B > 
dont l'étude fait suite à l'examen des dictionnaires et en est comme le com- 
plément! M. J. S. y fait preuve non-seulement de la connaissance la plus 
approfondie de l'anglais, mais encore de la lecture la plus étendue. 
Après l'examen des dictionnaires vient celui des « livres de référence », 
des encyclopédies, etc., en un mot, de tous les moyens pratiques qui 
peuvent servir à apprendre l'anglais. Parler et lire sont les deux moyens 
les plus sûrs pour y arriver. De là les renseignements destinés à guider 
l'étudiant à cet égard. Dans une double étude nourrie de faits, remplie 
dHndications précieuses et de préceptes utiles, M. J. S. nous fait connaî- 
tre dans ses caractères généraux d'abord (pp. 206-259) la langue de la 
conversation, puis (pp. 259-299) l'idiome vulgaire. N'excluant aucun 
- 

r'pant', cela est exact, mais il serait tout aussi exact de prononcer Zr' je m' 
repant', et il va de soi que dans le style élevé il faudrait dire kè je vie râpant'. 

1. J'ai été longtemps, quand j'ai appris l'allemand, avant de pouvoir prononce'r un 
mot finisssant par une muette ou une chuintante, sans le terminer par un e mi- 
muet. I 1 

2. Je crois, au contraire, que l'e final Scandinave se rapproche beaucoup de notre 
e fermé. J'aurais aussi plus d'une observation à faire au sujet de la valeur de IV (p. 
98), je me bornerai à une remarque : IV des idiomes du sud de la Norvège et de la 
Suède me paraît dental, tandis que le nôtre est uvulairc. ^"- lËn! 



d'histoire et de littérature 287 

dialecte du champ de ses observations, il a accordé une grande place 
à l'anglais tel qu'on le parle en Amérique, et le paragraphe où il traite 
des américanismes (pp. 3oi-338) est certainement un des plus curieux 
-deisûCL livre. 

aupMaisfc (quels ouvrages doit lire celui qui veut apprendre à fond 
J d'anglais? On comprend l'importance de la question, et l'on ne doit 
pas être surpris que M. J. S. y réponde longuement. Les conseils qu'il 
donne sont excellents et la connaissance profonde de la littérature an- 
glaise dont ils témoignent leur donne une incontestable autorité. Parmi 
les pages qui traitent de ce sujet, quelques-unes des plus intéressantes 
sont, sans contredit, celles où M. J. S. compare la langue du xvnr 3 siècle 
à la langue actuelle; on est surpris des changements profonds qui se 
sont faits dans l'anglais en un si court espace de temps : quelle différence 
quand on passe, je ne dira; pas de Pope ou d'Addison, mais de Gold- 
smith même à Dickens ou àThackeray ! On lira avec autant de plaisir que 
de profit les pages consacrées à Shakespeare, en particulier les remarques 
ingénieuses qu'a suggérées à M. J. S. l'édition critique de Macbeth par 
Clarke et Wright. La source d'informations la plus précieuse avec Sha- 
kespeare pour pénétrer dans la connaissance intime de l'anglais, c'est la 
traduction de l'ancien et du nouveau testament, en particulier YAutho- 
ri^ed version of the bible ; M. J. S. ne pouvait manquer aussi d'en 
parler; il a fait plus, il a donné (p. 401) toute une série d'explications 
du plus grand intérêt sur des formes vieillies ou rares de cette traduction 
célèbre. 

Après la pratique, après les lectures, l'étude théorique et grammati- 
cale de la langue est destinée à en compléter et en assurer la connais- 
sance; c'est à l'examen des ouvrages qui en traitent qu'est consacré le 
dernier chapitre de M. J. S.; Mœtzner, Koch, Latham, Marsh, etc., 
pour ne parler que des auteurs les plus connus, y sont appréciés avec sa 
compétence habituelle, et cet examen rapide termine dignement cette 
vaste étude, si remplie de faits, si riche en aperçus nouveaux et où rien 
ne manque de ce qui peut conduire à une connaissance rationnelle de 
l'anglais parlé aujourd'hui '. Resterait à faire l'histoire de cet idiome si 
simple et à la fois si puissant ; c'est sans doute ce que tentera bientôt 
M. J. Storm, et s'il apporte, comme il n'en faut pas douter, dans cette 
entreprise nouvelle, la même sûreté et la même abondance d'informa- 
tions, une critique aussi pénétrante et aussi sûre, il peut être certain que 
la seconde partie de son œuvre ne sera pas accueillie avec moins de fa- 
veur que celle dont je viens d'essayer de donner une idée aux lecteurs 
de la Revue. C. J. 

, — | 

1. Ce dernier chapitre est suivi d'une double table, la première renfermant le nom 
de tous les auteurs et de tous les ouvrages cités dans la Philologie anglaise, l'autre 
qui donne une liste très complète de toutes les formes, de tous les mots curieux 
étudiés par l'auteur; on y trouvera, en s'y reportant, plus d'un vocable qui manque 
dans des dictionnaires anglais regardés comme complets. 



Amri -m'a 

l j?^8-t^rr ,. REVUE CRITIQUE 

•Bçttw-iiov trq b no Jnob asJ v ^ ^. . 

j q2Îto3£nil5é>i*i8evue de Bayonno de 1 JSOîS 'et la qjne3t&h* 9 âe 'Va^aW- 
«îM-tliélemy, d'après les archives de Simancas, par M. F. Combes, professeur 

de 



d'histoire à l'université de Bordeaux (sic). Paris, Fischbacher, 1882. gr. in-8° 

^ , , . »***> zitn 

On s est beaucoup occupe, en France et à l'étranger, du mémoire de 

l. Combes. Lu d'abord en avril 1881 par l'auteur, à la Sqrbûrme, 



8i/n 
Jn s'est beaucoup occupe, en France et à l'étranger, du mén 

M. 

devant les sociétés savantes réunies, ce mémoire fut très applaudi. On 
l'apprécia beaucoup aussi, quelques jours plus tard, à V Académie des 
sciences morales et politiques, où « le grand historien national », 
M. Henri Martin, en donna lecture. Divers critiques n'ont pas été moins 
favorables au travail du professeur d'histoire à la Faculté des lettres de 
Bordeaux que l'auditoire de la Sorbonne et de l'Institut : ils ont redit 
avec lui (p. 19) : « La vérité est faite, et iUn'y aura plus à y revenir... 
Les nuages sont dissipés; le sphinx n'a plus d'énigmes, il est vaincu et 
découvert. » Pour moi, tout en rendant hommage au mérite des recher- 
ches de M. C.,.je ne pensais pas qu'il eût répandu la plus éclatante lu- 
mière sur l'entrevue de Catherine de Médicis et de Charles IX avec le 
duc d'Albe et la cour d'Espagne. Il me semblait que ni dans l'argumen- 
tation, ni dans les Pièces justificatives ', rien n'est de nature à justifier 
les paroles attribuées (Avis de l'éditeur) à un de nos plus savants acadé- 
miciens, que mémoire et documents « lui paraissaient trancher définiti- 
o/Hj?«era^p,t tf idans le sens d'un concert ancien et d'une préméditation évi- 
vJ ubdeurtt^'ia; question toujours brûlante de la Saint-Barthélémy*. » La 
grande autorité des juges qui avaient approuvé les conclusions de M. C. 
me faisant douter de ma propre opinion, je crus devoir consulter un 
érudit profondément versé dans la connaissance des choses du, xvi e siè- 
cle, M. de La Ferrière. L'éditeur des Lettres de Catherine de Médi- 
cis 3 voulut bien m'apprendre que lui non plus n'avait pas été convaincu 
par la lecture des pièces trouvées à Simancas 4 . Bientôt diverses revues 

1. Ces pièces, qui remplissent plus de la. moitié de la brochure, sont au nombre 
de sept; chacune d'elles est accompagnée de la traduction française. La plus impor- 
tante des sept pièces est la lettre de Philippe II au cardinal Pacheco, datée du Bois 
de Ségovie, le 24 avril 1 56b. 

2. Ces paroles sont d'autant plus remarquables, qu'elles auraient été dites par un 
converti, car, il y a quelques années, le même critique avait vivement et solidement 
combattu, dans le Journal des savants, la thèse de la préméditation. 

Si II n'a pas été rendu compte ici du premier volume de ce recueil (1880). Répé- 
tons, du moins, ce qu'en a dit un digne émule de M. de La Ferrière, M. A. de Ru- 
ble (Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, t. I, 1881, préface, p. x, note. 1) : « Au 
moment où nous écrivons, M. le comte de La Ferrière publie le premier volume 
d'un ouvrage impatiemment attendu, la correspondance de Catherine de Médicis. 
Cet ouvrage, fruit de recherches immenses, poursuivies depuis près de vingt ans 
dans tous les dépôts scientifiques de l'Europe, sera l'œuvre capitale de notre temps 
sur 1 histoire du xvi e siècle. » 

4. Relevons, à ce propos, une erreur de M. Combes, li £ip|en1efp?^m i Philippe H 
comme le fondateur des archives de Simancas. Ce fut Charles-Quint qui les établit, 
comme M. Gachard l'a rappelé (Correspondance de Philippe ïl,\ T,' pv'%' 



d'histoire et de littérature 289 

allemandes, anglaises, belges, dans des articles dont on à pu voir l'ana- 
lyse (Périodiques), déclarèrent avec ensemble que les» documents pu- 
bliés par M. C. peuvent bien être intéressants, curieux, mais qu'ils ne 
prouvent nullement que Catherine de Médicis et le duc d'Albe se soient 
mis d'accord, en juin 1 565, à Bayonne, au sujet de regorgement des 
* iMsfâëtiôts. Comme on l'a fait justement remarquer, tout le système de 
n ^l 'C 1 / repose sur une phrase de la lettre écrite de Saint-Sébastien, le 
4* juillet 1 565, par don Fr. de Alava au ministre d'Etat Fr. de Eraso 
(p. 37) : « Y lo que anteveo que an de martillar estos eresiarcas », phrase 
dont M. C. donne cette traduction : Je prévois qu'on doit marteler 
ces hérésiarques. Mais la traduction est infidèle, et, tout au contraire, 
il faut lire : Je prévois que ces hérésiarques la martèleront, c'est-à- 
dire qu'ils mettront le martel en tête à la reine Catherine, et c'est pour 
cela que le bon Espagnol s'inquiète. Se serait-il donc inquiété du reste? 
Le contre-sens étant incontestable % l'édifice si ingénieusement dressé 
par M. Combes n'a plus de base et s'écroule lamentablement. 

De cette aventure, tirons deux leçons : la première, c'est qu'en ma- 
tière difficile, il ne faut pas se hâter de conclure; la seconde, c'est qu'il 
ne faut pas se hâter d'approuver des conclusions téméraires. 

V " n ' J " snab'-in 
ib tetai 

Bj. 211. — JVotiee biographique sur l,n Bruyère, par M. Gustave Servois. 

/ 3 gar^ .Hachette, 1882. In-8° de exc p. Complément du tome I er de l'édition du La 

Bruyère de la collection : Les grands écrivains de la France.: je 3K1-JR- 
uu isilulndo ïiovsb ° 

La Notice de M. G. Servois est tout un ouvrage. Cet ouvrage est di- 
visé en sept chapitres intitulés : La famille de la Bruyère et le peu 
que Ion sait de sa jeunesse; La Bruyère trésorier gênerai des fi- 
nances; La Bruyère dans la maison de Condé; Les Caractères; La 
Bruyère à l'Académie ; Les amies et les amis de la Bruyère; Les 
dernières années de la Bruyère. Les sept chapitres sont suivis d'un 
Tableau généalogique de la famille de la Bruyère et des Pièces jus- 
tificatives que voici : Acte de baptême de Jean de la Bruyère ; Ex- 
trait d'un Compte à l'amiable rendu [le 14 octobre \6y6}'par damoi- 
selle Elisabeth Hamonyn, veuve de M a Louis de la Bruyère, à Jean de 
laBruyère, etc. ; Vol commis dans la chambre de la Bruyère. Plainte 
et information; Chansons et épigrammes sur la réception de la 



la Bruyère; Acte de décès de la Bruyère. 



Bruyère à l'Académie française: Inventaires faits après la mort de 

ornul,. » u x 






H'hv 3D 2jm §ji -, 

naj ôiiofV aD'srei plaisamment (p. i5) : « Nous savons tous un peu l'espagnol. » Il n a 

pas été seul pourtant à trahir le texte de Fr. de Alava : il nomme le collaborateur 

','jiiid(i' a " a ' s dhe le complice) qui l'a aidé « avec son autorité dans tout ce qui concerne 

,'Jb)Ij C J# ^ttéràturé eVla' langue espagnole.» Ai-je besoin d'ajouter que ce philologue n'est 

point notre collaborateur M. A. Morel-Fatio ': 



29O REVUE CRITIQUE -»'<i 

On peut dire que tout ce qu'il était possible de trouver sur l'auteur 
des Caractères, M. S. l'a trouvé. « La vie de la Bruyère, » dit-il (p. xiip,° 
« s'est cachée aux yeux mêmes de ses contemporains, et les récits sém^- 1 
maires qu'ils nous ont laissés ne contiennent guère que des renseigne- 
ments vagues et indécis. » Le nouveau biographe rappelle que Sainte- 
Beuve a écrit en i836 (Portraits littéraires) : « On ne sait rien ou 
presque rien de la vie de la Bruyère... Tout le rayon du siècle est tombé 
juste sur chaque page du livre, et le visage de l'homme qui le tenait ou- 
vert à la main s'est dérobé. » Il ajoute (Ibid.) : « Depuis 18 36, 
MM. Walckenaer, Destailleur, Jal, Chatel, Edouard Fournier, d'autres 
encore, ont ajouté,. ceux-ci quelques lignes, ceux-là quelques pages à la 
biographie; mais, en dépit des recherches les plus persévérantes ou les 
plus ingénieuses, elle demeure bien pauvre et imparfaite sur divers 
points, et, tout naturellement, le roman s'y est parfois mêlé, comme par 
compensation. » 

Si M. S. n'a pu « combler toute lacune et dissiper toute obscurité, » 
il a, du moins, soumis à une révision bien nécessaire « les chapitres 
dont se compose aujourd'hui l'histoire traditionnelle de la Bruyère, » et, 
de plus, il a apporté, à son tour, « de nouveaux et authentiques rensei- 
gnements soit sur lui-même, soit sur sa famille, au milieu de laquelle 
se sont écoulés près des trois quarts de sa vie. » Personne ne reprochera 
sans doute à M. S. d'avoir trop « scrupuleusement recueilli de minimes 
détails, » car, comme il le dit bien (p. xm), « les minuties même ont 
ici leur prix : il est permis de ne les point négliger, lorsqu'il s'agit d'un 
philosophe qui, pour avoir été le plus pénétrant observateur et le péift^ * 
tre le plus illustre des mœurs de ses contemporains, n'en est pas moins 
le plus inconnu des grands écrivains de son époque. » 

Mentionnons rapidement quelques-unes des additions et rectifications 
introduites par l'habile chercheur dans la biographie de la Bruyère : « On 
l'a fait gentilhomme d'origine, et l'on s'est trompé. Il se considéra, selon 
l'usage, comme anobli par la charge de trésorier de France, qu'il acheta 
mais son père, Louis de la Bruyère, contrôleur général des rentes de 
l'hôtel-de-ville, était un bourgeois de Paris '. » — « Dans la Comédie de 
J. de la Bruyère, Ed. Fournier se montre disposé à croire que la Bruyère 
fit, en 1666 et en 1667, un voyage en Italie, et à lui attribuer une relation 
conservée au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale 
(F. F. n° 6o5i). Cette relation est signée l'abbé de la Bruière... J'ai 
lu quelque part, a écrit le P. Adry en parlant de la Bruyère, qu'il avait 

1. P. xm. Le trisaïeul paternel de l'auteur des Caractères, Jean de la Bruyère, 
était apothicaire dans la rue Saint-Denis. Cet apothicaire et son fils, Mathias de la 
Bruyère, lieutenant civil de la prévôté et vicomte de Paris, furent au nombre des 
plus ardents promoteurs de la Ligue, comme on peut le voir dans Palma Gayet, 
Pierre de l'Estoile, J. A. de Thou, etc. M. S. a retrouvé dans les dossiers de quelques 
études de notaires force renseignements sur la famille du moraliste. Toute cette 
partie de la Notice est des plus neuves. r.jhuua-jLl sab Jo yrJyuia bI w 



O'HISTOIKK Kl DK LITTÉRATURE 29 1 

été quelque temps ecclésiastique; nul autre renseignement ne confirme 
ce vague témoignage. La Bruyère eût-il été d'ailleurs ecclésiastique en 
1Ô66 et 1667, encore ne pourrait-on le considérer comme l'auteur de 
cet^e lettre -, la forme et le fond ne le permettraient pas. Elle n'est pas 
davantage de son frère, qui, en 1666, avait quatorze ans '. » — « Nous 
venons de montrer la Bruyère achetant son titre de trésorier; mais l'a- 
t-il vraiment payé de ses deniers? Racine obtint le sien de la protection 
de Colbert et de la libéralité du roi : ami de Bossuet, la Bruyère n'au- 
rait-il point dû à l'intervention de l'illustre évêque la concession gra- 
tuite de son office?... Nous trouvons ces conjectures dans la biographie 
la plus complète de la Bruyère [celle d'Ed. Fournier]. La Bruyère, à 
notre avis, est devenu trésorier à la suite d'un contrat avec un particu- 
lier qui ne lui fit aucun abandon du prix de la charge... 2 » — « C'est 
d'après ces deux portraits, de Saint-Simon et de l'abbé d'Olivet, que la 
postérité s'est représenté la Bruyère. Celui de l'abbé d'Olivet est un peu 
de convention : la Bruyère avait moins de sérénité. J'ose dire que la 
passion anima souvent ce philosophe, dont quelques critiques„se sont 
plu, un peu trop, croyons-nous, à adoucir la physionomie, et qui, pour 
être un sage, ne laissait pas de se montrer sensible aux blessures de l'a- 
mour-propre, et capable d'élans de généreuse indignation 3 . » 

Je pourrais citer bien d'autres passages d'un vif intérêt, mais j'aime 
mieux renvoyer le lecteur à la notice même. Chacun déclarera certaine- 
ment avec moi qu'elle abonde en particularités curieuses, recueillies avec 
autant de soin que de sagacité, et qu'elle est l'œuvre d'un homme dont 
l'érudition est des plus sûres 4 , dont le goût est des plus purs, et dont la 
plume est des plus fines 5 . 

T. de L-ooni zijlq 
■:>rmil,ruUivn t.o an, , 

nQ 

i. P. xxx, note 2. 

i'/p'.^'XLV. Conférez la note 1 de la page xlvi. Un peu plus loin, M. S. combat 
encore la parodoxale opinion de M. Ed. Fournier sur VArténice des Caractères 
(p. cxxxvi). Il nous annonce (p. cxxxvu) qu' « un érudit, familiarisé avec la société 
dans laquelle vécut la Bruyère, M. Allaire, doit nous révéler, dans une prochaine 
publication, le nom véritable d'Arténice, que l'on a eu tort, à son sentiment, de 
confondre avec Ricanète, et qui, à ses yeux, est la duchesse de Bourbon. » 

3. P. lxxxix. N'oublions pas de noter que M. S. a donné le premier (p. LXir), d'a- 
près les registres de comptes de la maison de Condé conservés aux archives du châ- 
teau de Chantilly, la date précise* de l'entrée de la Bruyère dans ses fonctions de 
professeur d'histoire du jeune duc de Bourbon (i5 août 1684) et le chiffre de son 
traitement (i,5oo livres). 

4. Je ne trouve à relever qu'un nom (p. cxli, note 1) qui n'est pas écrit comme 
l'écrivait celui qui le portait : l'abbé Le Clerc, ainsi que, plus tard, son homonyme, 
le savant doyen de la faculté des lettres de Paris, donnait deux syllabes à son nom, 
M. S. aurait pu compléter la note sur la Bibliothèque de Richelet, en consultant 
l'excellente monographie de M. l'abbé L.Bertrand : Vie, écrits et correspondance lit- 
téraire de Laurent Josse Le Clerc (Paris, 1878, in-8°, pp. 186 et suiv.). 

5. Avec la Xoticc on a distribué un Album où l'on remarque deux beaux portraits 
de la Bruyère et des fac-similés d'autographes. 



2 9%qqilidq èddB'i , ,. «EVUKCIUTIQUE 

212. — ■ Couvres nouvelles de Oe« Forges Maillard, publiées avec notes, 

introduction et étude biographique, par Arthur de la Borderie et René Kervile^.3^ 
• Tome II Lettres nouvelles. Nantes, Société des bibliophiles bretons et de l'histoire 

de Bretagne. 1882. In-8" de 2 3 7 p. 

MM. de la Borderie et Kerviler comptaient faire tenir les Œuvres 
nouvelles de Paul Des Forges Maillard dans un seul volume \ ce )8 vo r - n 
lume s'est trouvé rempli par les Œuvres en prose, c'est-à-dire par iei^ 
lettres seules. Les poésies qui, comme le rappellent les éditeurs, se cpfft 1 -^ 
posent pour la plupart de fines épigrammes, n'occuperont qu'une cin- 
quantaine de pages. Mais, ainsi qu'ils nous en avertissent, « l'étude bio-' 
graphique, bibliographique et littéraire servant d'introduction, ne peut 
avoir d'intérêt sans prendre quelque développement : la vie de notre au- 
teur, très peu connue, étant curieuse à examiner, à restituer dans le dé- 
tail, avec les nouveaux documents que nous avons rassemblés. » On a 
donc été obligé de scinder la publication en deux volumes. De même, 
j'examinerai en deux articles séparés l'édition de MM. de la B. et K., 
espérant bien que le tome i er ne tardera pas à suivre le tome II. 

Ce tome II est fort agréable à lire. Pas une des pièces dont il se com- 
pose ne figure dans les diverses éditions de la fausse M lle Malcrais de la 
Vigne imprimées jusqu'ici, et leur titre de Lettres nouvelles est des 
mieux justifié. De ces lettres, les unes sont entièrement inédites et ont 
été prises sur les autographes de l'auteur ' ; les autres, pour me servir 
des pittoresques expressions des éditeurs, « sont exhumées de divers re- 
cueils du temps, dont les collections sont rares, certains même à peu 
près inconnus et d'ailleurs dépourvus de tables : elles gisaient donc là, 
perdues dans la fosse commune. » MM. de la B. et K. ont cru devoir 
rectifier l'orthographe par trop bizarre de ces dernières lettres, orthogra- 
phe dont Des Forges Maillard n'est pas responsable, et ils ont eu, de 
plus, la chance d'y introduire assez souvent d'heureuses variantes, pri- 
ses sur des originaux ou sur d'excellentes copies anciennes. 

Le volume renferme 44 lettres , une lettre adressée de Marseille à 
M llG de Malcrais, le 12 août 1733, et 43 lettres écrites par elle, depuis 
le 3 janvier 1726 jusqu'au 3o avril 1766, la plupart du Croisic, quel- 
ques-unes de Paris, de Marseille, de Montbrison, de Nantes, de Belle- 
Isle-en-Mer, de Poitiers, des Sables-d'Olonne. Les correspondants sont 
le P. du Cerceau 2 , Voltaire, René Chevaye, le bibliophile de Nantes 3 , 

1. Les éditeurs ont scrupuleusement reproduit l'orthographe de leur auteur, con- 
formément au vœu qu'il avait exprimé dans une lettre du 3i mars 1749 (p. ig3) : 
« Je voudrois bien que l'on n'employât point l'ortographe moderne, qui réduit l'é- 
criture à l'usage de la prononciation, mais qu'on se servît de la mienne, autant 
qu'il ne me sera pas échapé de fautes contre le rituel ordinaire. Je n'aime point du 
tout la nouvelle ortographe; peut-être ai-je tort, mais chacun a sa marote. » 

2. Voir (p. 3) une gaie et aimable lettre du bon Père en réponse à des vœux de 
bonne année qui lui avaient été exprimés à la fois en prose et en vers par Des Fôt- 
ges Maillard. ^ ,,/' . 

3. Des Forges Maillard en parle ainsi (le 26 août 1744, p. io3j : « J'arrive de Uis- 



d'histoire et de littérature 293 

Titon du Tillet, le président Bouhier, M me de Hallay, l'abbé Philippe 

de Prétot, éditeur des Amusements du cœur et dé réipiïtyte'pïitodem 

de Robiën, fondateur de l'archéologie en Bretagne, le docteur 'BdhWriiy; 1 

enfin le directeur du Journal de Verdun. Les lettres de Des Forges 

Maillard-sont fort spirituelles, et il eût été vraiment dommage qu'elles 

n'eussent pas été recueillies et publiées avec autant de soin. A chaque 

page on trouve des traits ingénieux, et, ce qui vaut mieux encore, des 

particularités intéressantes. Ainsi, dans la lettre à unpoète qui avait été 

volé (juin 1732), au milieu de plaisanteries qui font penser au célèbre 

distique ? 
■oie? 30IJJ0 1 j> 1. . , _ . , . ., . 

L on vient de me voler — Que je plains ton malheur! 

Tous mes vers manuscrits — Que je plains le voleur ! 

b sijon tu . . 

on rencontre (p. 7) un éloge inattendu d'un savant ne, comme Des 

Forges Maillard, au Croisic, « M. Bouguer, ce mathématicien fameux 
« que FAcadémie des sciences, qui l'a couronné trois fois, a reçu au 
« nombre de ses membres... » À côté de cet éloge d'un « illustre ami > », 
citons (p. 8) une oraison funèbre d'un membre de l'Académie française, 
Houdart de la Motte, auquel l'auteur refuse avec raison le titre de poète. 
Indiquons en cette même lettre (p. 7) divers renseignements auto-bio- 
graphiques 2 . Les admirateurs de Montaigne liront avec plaisir (pp. i3- 
i5) une vive et moqueuse protestation de M 1]e de Malcrais contre le bi- 
zarre projet qu'avait quelqu'un de mettre les Essais en style moderne- 
Ce quelqu'un, d'après une note des éditeurs (p. i5), ne serait autre que 
l'abbé Trublet. L'idée était bien digne du ridicule compilateur que les 
plaisanteries de Voltaire ont rendu fameux. Parmi les personnages dont 
il est question dans les lettres suivantes, mentionnons (p. 20) le poète Se- 
necé, que Des Forges Maillard vit « presque centenaire » à Mâcon et qui, 
dans ce grand âge, conservait un esprit « encore assez agréable, » le pré- 
sident Bouhier (p. 20), « qui est maître de la plus belle bibliothèque que 
puisse avoir en propre un particulier 3 », Brossette, le commentateur de 
Boileau (p. 20), Titon du Tillet, « le patron des Muses françaises», 
(p. 3o) 4 , l'évêque de Nantes, Turpin de Crissé de Sanzay (p. 37), 
l'abbé d'Olivet, dont Des Forges Maillard raconte (pp. 44-45) un terri- 
ble accès de colère d'une façon d'autant plus plaisante, qu'il mêle à son 
récit un ironique éloge de « la douceur balsamique et melliflue du ca- 

son, où j'ai passé dix ou douze jours chez mon ancien ami, M. Chevaye, auditeur 
des Comptes, grand homme de lettres, grand homme d'esprit et grand homme de 
bien. Voilà, ce me semble, celui que l'on doit appeler le véritable Trismégiste. » 

1. Voir divers autres passages sur l'inventeur de l'héliomètre (pp. 29, 3o, etc.). 

2. Voir d'autres renseignements auto-biographiques, pp. }§, in, 2 4-'-! 4 (sur la 
métamorphose de l'auteur en demoiselle), pp. i5t-iô3 (sur son mariage), pp. i63- 
1 65 (encore sur son mariage), etc. 

3. Le nom du grand bibliophile revient souvent dans le volume. On regrette que 
les éditeurs n'aient pas joint à leur Table analytique une Table alphabétique des noms 
de personnes et de lieux:°' 1,< J " : 

■ài&biï§ti& 1 ? 1 *> s ^ r Titon du Tillet > PP- 6o > 6l > 88 > Io6 > ^-iç?»' etc - 



294 REVUE CRITIQUE ? alH a 

ractère de l'abbé », lequel, comme le remarquent les éditeurs (p. 47) 
« était connu pour l'un des plus grincheux personnages de France; et de 
Navarre, » Néricault des Touches (p. 1 17), de La Condamine (p. 168), 
Duclos (p. 170), l'abbé Desfontaines (p. 170), l'abbé Goujet (p. 177), etc. 
Il faut encore signaler une lettre sur Racan (pp. 1 27-1 35), lettre dont 
les éditeurs ont dit bien justement (p. 1 36 , note 9) que c'est « un excel- 
lent morceau de critique littéraire 1 ,» une lettre sur René Gentilhomme, 
sieur de TEspine, poète croisicais (pp. 172-188), une lettre sur un vers 
de Saint- Amant, où est aussi agréablement que paradoxalement défendu 
contre Boileau le vers fameux du Moïse sauve : 

Les poissons ébahis le regardent passer 2 , 
une lettre sur la fête du roi Grallon, à Quimper (pp. 21 i-2i3), une let- 
tre sur la rencontre du duc d'Aiguillon et d'un monstre marin au Croi- 
sic (pp. 214-219), enfin une lettre sur diverses singularités physiologi- 
ques (pp. 221-226). 

Il est inutile de déclarer que les notes, fort nombreuses, des éditeurs 
sont telles qu'on pouvait les attendre de deux des plus savants bibliophi- 
les et des meilleurs travailleurs de toute la Bretagne 3 . Le beau volume 
(papier vergé), si bien imprimé par MM. V. Forest et E. Grimaud, ren- 
ferme, sans parler de mille ornements d'un goût exquis, deux vues très 
habilement dessinées d'après nature par M. Kerviler, l'une du manoir 
de Brederac, à quatre lieues du Croisic, manoir que Des Forges Mail- 



■ 

1. Reproduisons cet hommage rendu par Des Forges Maillard en si bons termes 
à nos vieux poètes (p. 128) : « Tout ce qui nous reste de ces hommes immortels 
n'est point à négliger. On retrouve dans leurs moindres ouvrages les vestiges de la 
flamme divine dont ils étaient animés. » 

2. En revanche, Des Forges Maillard critique le vers de Racine : 

Le flot qui l'apporta recule épouvanté. 
« Jl ne paraît, » dit-il (p. 208), « guère raisonnable de personnifier un flot, et j'ad- 
mire l'imagination du poète qui inspire à la mer un effroi si prodigieux à l'aspect 
d'un monstre qu'elle avait nourri dans son sein et auquel elle devait être accoutu- 
mée. » A cette spirituelle critique, j'ajouterai cette judicieuse observation d'un marin 
qui me disait, un jour, au bord de l'Océan : Racine a-t-il donc oublié que le flot au- 
rait reculé tout naturellement, quand même il n'aurait pas apporté le monstre? 

3. Même si je m'arme de ma loupe la plus grossissante, je trouve tout au plus 
à relever en tant de notes deux légères inexactitudes. On lit (p. 35, note 8) : « Me- 
lon, ou plutôt Melun, était conseiller au parlement de Bordeaux. » L'auteur de l'Es- 
sai politique sur le commerce (1734, in-12) ne s'est jamais appelé Melun et n'a jamais 
été conseiller au parlement de Bordeaux. » Jean-François Melon fut inspecteur-gé- 
néral des fermes à Bordeaux, et plus tard, successivement premier commis du car- 
dinal Dubois, de Law, et secrétaire du Régent. On lit (p. 146, note 1): « L