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Full text of "Oeuvres complètes de M.T. Cicéron"

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ŒUVRES 

COMPLÈTES 

DE M. T. CICÉRON. 



OUVRAGES DE RHÉTORIQUE. 



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ŒUVRES 

COMPLÈTES 



DE M. T CICÉRON, 

TRADUITES EN FRANÇAIS, 
LE TEXTE EN REGARD. 



nb M profediM «âat , cai Cieero nid* pkcebit. 
QDivm.. lib. X, <kp, I. 



' <J 



TOME SECOND. 

PARIS, 

DE F.I. FOURJÏIER, LIBRAIRE, RUE POUPÉE, N».7. 



M. DCCC. XVI. 



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i.îi lind fcoiJ Je 



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INTRODUCTION. 



\JiT ouvragç, le premier essai de la jeunesse de 
Cicëron, et qui l'est aussi de la mienne , n'est qu'un 
extrait rapide des leçons de ses maîtres et des ou- 
vrages des rhéteurs grecs admis dans les écoles 
romaines. Il était divisé en 'six livres. Les quatre 
derniers sont perdus. Ceux qui restent , traitent de 
V Invention ou de la Recherche des Preuves, et de la 
Disposition, et renferment' une foule de lieux com- 
muns. Gicéron a laissé sur l'art oratoire > plusieurs 
ouvrages écrits avec autant d'agrément que de pro- 
fondeur ; mais dans cette ébauche imparfaite et 
grossière y échappée à sa jeunesse ^ , et je me sers 
ici de ses propres expressions, rien ne déguise l'ari- 
dité du précepte , et ne sauve de l'ennui des formes 
didactiques. Sa marche d'ailleurs n'est pas toujours 
assurée , et j'ai peut-être acquis , en le traduisant j 
le droit de le trouver quelquefois diffus. Un ou 
deux morceaux assez riches d'expressions et d'har- 
monie , surtout le préambule du premier Livre, ne 
me. paraissent pas justifier les éloges que Desmeu- 
niers donne au style en général, qu'il trouve soigné 
et très-brillant. 



*' Qum jmerU ma mdoleicentulis notis ex commentariolis nostris 
ek^ma 4»e rmdia excithnmt, etc. ( De Ont. Kb. I. N^. U. } 



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Cest lâf première ft^îsqiw t^t ceqm'^ôtisfrê^é 
de rinventioii parait en fràttçav^. La lÀatui^c dé^rba-- 
vrage, et siirtoat là ibutUàtiôa^ expIi^uefitàssëK 
celte indicé renée; car il ûte m^eak'pàs pérmîs 'de 
croire que tant 4'iiabiles éi laborieux tradiiclèIttM 
aient été rebutés p^ la difficulté. U me semble (>oùi^ 
tant q«e la curiosité seules te plaisir ^i^ùmf^tti 
Cicéron ^yec lui-même, de voir •« qu^avait- à jbiitl 
»rart orfftofire, après quarauta autiéies d'teirpërie»ce^ 
le génie le plus universel que Rome ^itf )efiftifD\tf ^ 
auraient dû encourager à cette pénible "entré^îéft 

Desmeuniers s'est cotkt^Mé dé traduire le préàtt^ 
bule de chaque Livre. Eu i8t3> M. Ahd'LcWqtieuéy 
ancien professetu* de rhétorique, publia ùùe trîi^ 
duction du premier Livre. Le second^ qu'il triîuVc 
plein de métaphysique , de rêpidtbftis et de iuh^têi', 
et qui ne présente, dit-il , t/u'mie explication JôH cUf- 
fuse et fort obscure de certaines règ^s éta^S )iatà^ 
premier, ne lui a pas paru. digne de »oii âttëntWau 
Par un contraste asseis remarquable, eesetdnd LiVfeT, 
qu'il traite avec tant de rigueur, eW prétisémtekft 

celur auquel Desmeuniers douiie là prél^sicë. ' ^" 

. • .1 ^7^ »'\* 'H 

TfoD nofttmm rater TOft unca» cempoiMere tkefe» < '..'«a 

Le travail dç Mr Abeï Lôùqueue, que j*;Mïffle 
permettrai pas de juger, n's^ pu me servii: : î.'a^îfts 
achevé ma traductioa toutft epûc^e quaQd ï^ $i§Of^ 
a paru.. Dep^î^ cç l^^p^r çiWe.^taifc %»%\è^ ^r^ -^Pftoa 



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ptirie6E||ûU&, îH je M «ayfli* pu ^*^le dût sitôt 
voirleîJQWt.Ettltfatqr^ pSf d'as$M pressantes solli- 
^îlaUOQA^.ifi^'ai ptt j p^Kg^jes d^ngevs du voisinage, 
iMl^î^K^^ ra^uî^ B^ui^tat d'associer «M>ii nom à 
Çi^}^44Unt4^|itAéK«|tews diatiognés. Trop heureux 
»,Mvf<3twW^d'awr i«Aflv4;|e ppemiei» ««le entre- 
pr4fift<9HV»'î«Mli^4?i% wait^Ayé le» plus kardis, 
p^tttjpii^âprvjxd'exw^t , 

. JP4M.,,Ui^iPUlNi;^» pfli?«l^«i4 didactique, je n'ai 

p9^^U.4eToir xn'msservir à cette fidéUtë rigoureuse 

q^if^çf ]t,ea 4jroitd*exigiâr d'un traducteur de Cicéron. 

Sfff^ doote, si pavais entrepris de faire passer en 

ûranç^j^gqqlqqps-iuies de ses immortelles harangues, 

ip^lgj^^Je dmJbJe dés^ vantée de la perfection du 

jupd^ef je^l4^ )^ ^riches^f de la Ipiogue , j'aurais essayé 

4e4!l^^ centre Jie x^)s^brç et Vbarmopie du latin, 

jd^^cq^i;ye;(^.9,utantvq,ue possible, Tordre dçs mots, 

j^\(qn(fpç^(^^vpbras^s^ de réunir en6n J'élégance à la 

p][pi^^y/èrp exactitude^ pour donner ^n lecteur fran- 

ç^^ imQ4dé6>. bien imparfaits il est vrai, du premier 

]^ilE|^4?.IWiPe. Mais ^aipepsé qu ici, .où la clarté 

doit ^g Jç^iforwûer n>érâtç ^ il suffî;^t de suivre la 

marche des idées, de n'en retrancher aucune, sans 

m'asireindre à coBiptar les mots. 

Au reste, je n'ai eu aucune espèce de secours: 

'HïrftKtéldâ'ibjet a re^bMé ëDiis ceux i qui j'ai demandé 

. '^dè^'^ôn^l^i etijei^ti'au¥ais osé. publier tm ouvrage 

^^flë'l'cètïty%W4ittti^?éVèf^« éelait^tt'avail pas revu, 

éëfis^Pk^'friài&ablb ëorbplaîsidbce de M. Levée, un 



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iv introductioh; 

des sayans qui enridiisfiem «ette coUectioD du frui^ 
de leurs TeiUea. U a reya ma traduction toute en- 
tière^ et }e dois a aa kmgaa expérience pk» d'une 
heureuse oorrectioii. U eat encore l'auteur des notes 
qui se trouvent à la fin de l'onyrage. Mes occu- 
pations journalières ne m'ont pas laissé la tempa 
nécessaire pour ce trayaiL Si cet ouvrage offire quel- 
que chose de passable, c'est à lui qu'en appartiendra 
^out riionneur, il n'y a de moi que les iautM< 



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DE 



L'INVENTION, 



TRADUCTION DE A. A. J. LIEZ. 



II. 



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DE INVENTIONE. 



LIBER PRIMUS. 

1. ^Mvz et multum hoc mecum cogitavi y bonine, an 
mali plus attulerit hominibus et civitalibus copia di-^ 
cendi , ac summum eloquentiœ sludium. Nam cum 
et nostrœ reipublicœ detrimenta considero, et maxi- 
marum civitatum veieres animo calamiiates colligo y 
non minimam video per diserti^simos homines in-^ 
vectam partem incommodorum.l Cum autem res ab 
nostra memona y propter yetustatem y remotas y ex 
lilterarum moûumentis repetere instituo ; multas ur- 
bes constitutas 9 plurimabella restincta, fîrraissimas 
socieiales^ sanctissimas amicilias intelligo cum animi 
ratione^ tum facilius eloquentia comparatas. Ac me 
quidem diu cogitantcm y ratio ipsa in banc potissi- 
mum senientiam ducit^ ut existimem^ sapienliam sine 
eloquentia parum prodesse civitatibus, eloquentiam 
vero sine sapientia nimium obesse plerumque^ pro- 
desse nunquam^Quare si quis, omissis rectissimis 
atque honestissimis studiis rationis et officii^ con^ 
sumit omnem operam in exercitatione dicendi , is 
inutilis sibi, perniciosus patriœ civis alitur; qui vero 
ita sese armât eloquentia , ut non oppugnare com- 
moda patriae , sed pro bis ' propugnare possit , is 

> Pognare. 



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DE L'INVENTION. 



LIVRE PREMIER. 

I. Ije talent de la parole et l'étude de Téloquence ont-ils 
été plus avantageux que iftisibles a l'hoBune et a la société? 
Voila une question dont Texamen m'a souvent occupé. Car, 
si je me rappelle les maux qui ont déchiré la patrie^ les 
catastrophes qui ont bouleversé autrefois les cités les plus 
florissantes, partout je vois la plus grande partie de ces 
malheurs causés par des hommes éloquens; mais quand je 
yeHXi ouvrant les annales de ThistcHre, remonter jusqu'aux 
époques les plus reculées, je v(»s la sagesse, et plus encore 
Péloquence, fonder des villes, éteindre les guerres, établir 
des alliances durables, et serrer les nœuds d'une sainte amitié. 
Ainsi, après un mûr examen, la raison me porte à croire 
. que la sagesse sans l'éloquence est peu utile aux états , mais 
que l'éloquence sans la sagesse n'est souvent que trop funeste, 
et ne peut jamais être utile. Aussi l'homme qui s'écartera des 
sentiers de l'honneur et de la vertu, cultiverait en vain l'élo- 
quence. La patrie nourrit en lui un citoyen inutile à lui- 
même, et dangereux pour elle-, mais s'armer de l'éloquence, 
non pour attaquer les intérêts de sa patrie, mais pour les 
défendre, c'est se rendre aussi utile k soi-même qu'a son pays, 
et mériter l'amow de ses concitoyens. 



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4 DE IISVENTIONE, LIBER I. 

mihi viret suis, et publicis rationibus ulilisslmus ^ 

alque aiuicissimus clvis fore videtur. 

Ac si volumus bujus rei, quae vocalur eloquentia^ 
sivestudii^ sivearlis, sive exercilalionis cujusdam, 
sive facultatis a natura profeclae considerare princi- 
pium ; reperiemus id ex honeslissimis causis natum , 
atque ' ab optiniis radionibus profectum* 

IL Nam fuit quoddam tei^pus, cum in agris ho^ 
mines passim bestiarum modo vagabantur, et sibi 
victu ' fero vitam propagabant; nec ratione aninii 
quidquam y sed pleraque viribus corppris adminis- 
trabant. Nondum divinœ religioois, non humani offi- 
cii ratio colebatur: nemo nuptias viderai légitimas: 
non certos quisquam ' adspexerat liberos : non , jus 
œquabile quid utilitatis haberet, acceperat. Ita prop- 
ter errorem atque inscientiam, caeca ac temeraria 
dominatrix animi cupiditas , ad ^ explendam viribus 
corporis abutebatur , perniciosissimis satellitibus. 
Quo tempore ^ quidam, 'magn us videlicet vir et sa- 
piens, cognovit, quac materia esset, et quanta ad 
maximas res opportunitas ^ in animis hominum , si 
quis eam posset ellcere, et prsecipîendo meliorem 
reddere : qui disperses homines in agris , et in tectis 
silvestribus abdilos > ratione quadam compulit unum 
in locum, et congregavit, et eos in unamquamque rem 
inducensutilem atque bonestam, primo propter in- 
solentiam reclamantes, deinde propter rationem atque 

" Abett ab, — * Fcrino. — ' Impcierat. —^ 4 Quidam magooi vir. — ^ fo 
animis «tset homianm. 



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I>E L'INVENTION, LIVRE L 5 

Maïs, voulea-vous remonter k Porigine de ce qu/oB appelle 
éloquence : soit que vous la regardiez comme un fruit de l'é- 
tude , un effet de Part ou de lliabitude , ou un talent naturel , 
vous trouverez qu'elle doit sa naissance aux motifs les plus 
louables et les plus honnêtes. 

II. n fut un temps où les hommes errant dans les campa- 
gnes comme les animaux, 'se nourrissaient comme eux. 
La force, plutôt que la raison, décidait de tout : ces sauvages 
n'avaient nulle idée de leurs devoirs envers la Divinité ni en- 
vers leurs semblables : point de mariage légal, point d'eufans 
dont on pût s'assurer d'être le père : on ne sentait pomt les 
avantages de l'équité. Au milieu des tény)res de l'erreur et de 
l'ignorance, les passions aveugles et brutales asservissaient 
Pâme, et abusaient, pour se satisfaire, des forces du corps ^ 
^ armes si pernicieuses. Sans doute , dans ce siècle de har<* 
barie, un homme s'est rencontré d'une sagesse et d'une vertu 
supérieures , qui reconnut combien Pesprit humain était propre 
aux plus grandes choses,, si l'on pouvait le développer et le 
perfectionner en l'éclairant. A sa voix , les hommes dispersés 
dans les champs , ou cachés dans le fond des forêts , se ras* 
semblent et se réunissent dans un même lieu. U inspire des 
goûts honnêtes et utiles à ces cœurs- farouches , qui veulent re- 
jeter d'abord un joug nouveau. pour eux, mais qui pourtant^ 
sensibles a Péloquence de la sagesse , devinrent enfin huimains 
et civilisés ; de féroces et de barbares qu'ils étaient auparavant^ 



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6 DE INVENTIONE, LIBER I. 

oralionem studiosius audienles, ex feris etimmani- 
ibus y mites reddidit et maDSuetos. Ac mihi quidem 
Tidetur hoc nec tacita^ nec inops dicendi sapientia 
perficere potuisse, ut homines a consuetudine subito 
converteret , et ad diversas vitae rationes traduceret. 
Age vero, urbibus constitutis, ut fidem colère, et 
jusiitiaiu retinere discereot, et aliis parère sua volun- 
tate consuescerent, ac non modo labores excipiendos 
communis commodi causa, sed etiam vitam amit- 
teudam existimarent : qui tandem fieri potuit , nisi 
homines ea, quae ratione invenissent, eloquentia 
persuadere potuissent ? Profecto nemo, nisi gravi ac 
suavi commotus oratione , cum viribus plurimum 
posset , ad jus voluisset sine vi descendere : ut inter 
quos posset excellere, cum iis se pateretur œquari, 
et sua voluntate a jucundi^sima consuetudine rece- 
deret, quae praeserlîm jam naturse vim obtineret 
propter vetustatem. Ac primo quidem sic et nata, ^ 
progressa longius eloquentia videtur ; et item postea 
maximis in rébus pacisetbellicum summis hominum 
utilitatibus esse versata. Postquam vero commoditas 
qusedam, prava virtutis imitatrix, sine ratione officii, 
dicendi copiam consecuta est; tum ingenio fréta 
malitia , pervertere urbcs , et vitas hominum labe- 
factare assuevit. 

m. Atque hujus quoque exordium mali, quoniam 
principium boni diximus^ explicemus. Verisimilli- 
mum mihi videtur, quodam temporc neque in pu- 
blicis rébus infantes et insipientes homines solitos 



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DE L'INVENTION, LIVRE I. 7 

Et ce n'était point une sagesse muette et sans éloqiience y 
qui pouvait opérer une révolution si grande et si prompte. 
Mais les villes tme fois établies, comment apprendre aux 
bommes a respecter les lois, a être fidèles a leur parole, à 
obéir volontairement aux autres, à sacrifier leur travail et 
même leur vie pour le bien public , si Téloquence n'était venue 
au secours de la sagesse? Tels furent l'origine et les progrès de 
1 éloquence, qui, dans la suite, décida de la paix et de la 
guerre, et rendit aux hommes les plus grands services. Mais 
quand une facilité dangereuse, cachée sous le masque du ta- 
lent, dédaignant les sentiers de la sagesse , se livra toute entière 
a l'étude de la parole , alors la perversité des orateurs abusa 
des dons de l'esprit pour bouleverser les villes, et faire le 
malheur de leurs concitoyens. 



III. Puisque nous avons développé la cause des bienfaits dt 
l'éloquence, tâchons d'expliquer les causes de sa dépravation» 
Il me semble naturel de croire que d'abord on n'abandonna 
Jïoînt l'administration des affaires à des hommes sans sagesse 



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8 DE INVENTIONE, LIBER I. 

esse versari y nec vero ad privatas causas magnos ac 
disertos homines accedere : sed cum a summis viris 
maximae res administrarentur ^ arbitror alios fuisse 
130U incallidos homines^ qui ad parvas coutroversias 
privatorum accédèrent. Quibus in conlroversiis cum 
sœpe a mendacio contra verum homines stare con- 
suescerent^ dicendi assiduitas aluit audaciam, ut 
Becessapio superiores illi propter injurias civium 
resistere audacibus^ etopitulari suisquisque neces- 
fiariis cogerentur. Itaque cum in dicendo sœpe par^ 
nonnunquam etiam superior visus esset is^ qui^ 
omisso studio sapientiae ^ nihil sibi praeter eloquen- 
tiamcomparasset, fiebat^ ut et multitudinis et suo 
judicio, dignus, qui rempublicam gereret, videretur. 
Hinc nimirum non injuria y cum ad gubernacula 
reipublicse temerarii aique audaces homines accesse-* 
tant, maxima ac miserrima naufragia fiebant. Quibus 
rébus tanium odii atque invidise suscepit eloquentia^ 
ut homines ingeniosissimi y quasi ex aliqua turbida 
tempestate in portum y sic ex seditiosa et tumultuosa 
vita se in studium aliquod traderent quietum. Quare 
mihi videtitur postea cetera studia recta atque ho- 
nesta, per otium concelebrata ab optimis, enituisse : 
hoc vero a plerisquc eorum desertum obsolevisse eo 
tempore , ;quo multo vehemenlius erat retinendum^ 
et studiosius adaugèndum. Nam quo indignius rem 
honestissimam et rectissimam violabat stultorum et 
iipproborum temeritas et audacia^ summo cum rei- 
publicae detrimento ; eo studiosius et illis resisteUfr* 
dum fuit^ et reipublicae coosulendum. 



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DE L'INVENTION, LIVRE I. <j 

et sans éloquence ^ et qutf ceux qui réunissaient ces deux avan- 
tages ne se livraient point a la discussion des intérêts parti- 
culiers; mais que, tandis que les hommes supérieurs s'occu- 
paient des affaires de' l'état, des hommes qui n'étaient point 
tout-à-fait dépourvus de talens, discutaient les intérêts des 
particuliers. Accoutumés, dans ces débats obscurs, a sou- 
tenir le mensonge contre la vérité, leur audace s'accnit par 
l'habitude de la parole, et bientôt il fallut que l'autorité s'oc- 
cupât de les contenir et de défendre les bons citoyens contre 
leurs entreprises. Aussi l'orateur, qui dédaignait l'étude de la 
sagesse pour se livrer tout entier a l'éloquence, paraissait 
souvent marcher le rival des autres, et quelquefois même s'é- 
lever au-dessus d'eux; et la midtitude séduite le jugeait, 
comme il le pensait lui-même, digne de gouverner la répu- 
blique. Dès-lors , il ne fallut pas s'étonner que , sous des chefs 
sans expérience et sans modération, la patrie éprouvât les 
plus affreuses calamités. Ces désordres jetèrent tant de défa- 
veut et d'odieux sur l'éloquence, que les hommes les plus 
favorisés de la nature , fuyant le tumulte et les orages du 
forum , se réfugièrent au sein des études paisibles comme dans 
un port assuré. C'est ce qui répandit tant d'éclat sur la mo- 
rale, a laquelle des hommes les plus distingués consacrèrent 
leurs loisirs ; et l'on renonça au talent de la parole , dans lé 
temps où il importait le plus d'en conserver et d'en augmenter 
la salutaire influence; car, plus l'audace et la témérité des 
méchans ou des imprudens profimaient un talent si noble et 



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lo DE INVENTIONE, LIBER I. 



IV. Quod nostrum illum non fugit Galonem, neque 
Lœlium y neque horum ' ( vere dicam ) y discipulum 
Africanum^ neque Gracchos Africani nepotes : qui-- 
bus in hominibus erat summa virtus^ et summa vir- 
tute ampliâcata auctoritas , et , quœ hls rébus orna- 
mento, et reipublicae prœsidio esset, eloquentia. 
Quare^ meo quidem animo, nihilo minus eloquentise 
studendum est, etsi ea quidam et privatim, et publiée 
perverse abutuntur : sed eo quidem vehementius; ne 
mali magno cum detrimento bonorum, et communi 
omnium pernicie, plurimum possint : cum praesertim 
hoc unum sit, quod ad omnes res et priva tas, et pu- 
blicas maxime pertineat; hoc tuta, hoc honesta, hoc 
illustris, hoc eodem vita jucunda fiât. Nam hinc ad 
rempublicam plurima commoda veniunt, si mode- 
ratrix omnium rerum praesto est sapientia. Hinc ad 
ipsos, qui eam adepti sunt, ]aus, honos, dignitas 
confluit : hinc amicis quoque eorum certissimum ac 
tutissimum prœsidium comparatur. Ac mihi quidem 
videntur homines,cum multis rébus humiliores et 
infîrmiores sint, bac re maxime bestiis prœstare, 
quod loqui possunt. Quare prœclarum mihi quiddam 
yidetur adeptus is, qui, qua re homines bestiis praes- 
tent, ea in re hominibus ipsis «antecellat. Hoc si forte 
non natura modo , neque exercitaiione conficitur , 
verum etiam artificio quodara coroparalur; non alie* 



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DE L'INVENTION, LIVRE I. n 

si juste j en le tournant contre la patrie , plus il &llait résbter 
fortement aux abus et défendre la république. 

IV. Voilà ce qui n'avait point échappé a Caton, a Lélius, 
à Scipion PAfrîcain, leur disciple ; aux Gracques, neveux de 
Scipion , tous hommes supérieiurs , dont le mérite éclatant 
augmentait l'autorité , et en qui Téloquence , qu'ils consacraient 
à la défense de la patrie ^ rehaussait les plus brillantes qua- 
lités. Aussi je suis persuadé que ,, bien loin de négliger l'étude 
de l'éloquence , a cause de l'abus criminel qu'cm em fait chaque 
Jour dans les affaires publiques et particulières, il faut s'y 
livrer avec plus de zèle, pour s'opposer au dangereux ascen- 
dant des orateurs pervers , surtout puisque l'éloquence est le 
principal ressort des affaires publiques et privées, puisqu'elle 
seule nous conduit avec honneur et sans danger dans les sen- 
tiers de la gloire et du bonheur. N'est-ce pas elle qui, dirigée 
par la sagesse, qui doit tout régler ici bas, rend les états flo- 
rissans? N'est-ce pas elle qui donne aux orateurs la gloire , les 
honneurs , les dignités ? N'est-ce pas elle enfin qui offre a leurs 
amis la protection la plus sûre? N'est-ce point la parole qui 
dcmne aux hommes si faibles et si misérables , une supériorité 
si marquée sur la brute? Aussi, qu'il est beau de s'élever au- 
dessus de l'homme, par ce qui l'élève lui-Qiéme au-dessus des 
animaux ! Si V(m ne doit pas l'éloquence seulement a la na- 
tiu:e et à l'exercice, mais aussi a l'étude de l'art oratoire, il 
ne sera peut-être pas inutile de mettre sous les yeux les pré- 
ceptes que nous ont laissés les rhéteurs. Mais avant de parler 



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VI DE INVENTIONE, LIBER I. 

num est videre, * quid dicant ii, qui quœdam* cjus 
rei praecepla nobis reliquerunt. Sed anlequam de. 
praeceptis oratoriis dicamus, videtur dicendum de 
génère ipsius artis, de officio, de fine, de niateria, 
de partibus. Nam his rébus cognilis , facilius et expe- 
ditîus uniuscujusqueanimus ipsam rationem, ac viam 
artis considerare poterit. 

V. Civllis quaedam ratio est, quae multis et magnls 
ex rébus constat. Ejus qasedam magna et ampla pars 
est, artificiosa eloquentia, quam rbetoricam vocant* 
Nam neque cum iis sentîmus , qui civilem scientiam 
eloquentia non putant indigere; et ab iis, qui eam 
putant omnem rhetorisvi etartificio contineri, ma- 
gnopere dissentimus. Quare banc oratoriam faculia- 
tem in eo génère ponemus, ut eam civilis sclentise 
partem esse dicamus. Officium autem ejus facultatis 
videtur esse, dicere apposite ad persûasionem : finis ^ 
persuadere dictione. Inter officium autem el finem 
hoc interest, quod in offîcio, quid fieri; in fine, quid 
officio conveniat, consideratur^ utmedici officium 
•dicimus esse, curare ad sanandum apposite; finem, 
sanare curatione. Ilem oratoris quid officium, et quid 
finem esse dicamus, intelligemus , cum id, quod fa- 
cere débet, officium esse dtcemus : illud, cujus causa 
facere débet, finem appellabimus. 

Materiam artis eam dicimus, in qua omnis ars, et 
ea facultas, quie conficitur ex arte, versatnr. Ut §i 
medicinse materiam dicamus morbos, ac vuUieraj^ 



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DE L'INVENTION, LIVRE I. . i3 

a«s préceptes oratoires, et pour readre plus facile a suivre la 
maîxihe que nous allons tracer, nous expliquerons d'abord ce 
que Tculent dire ces mots de genre, de devoir ^ de matière, 
et de ses parties. 



: V. La science du gouvernement se compose d'une foule 
de connaissances importantes , dont la principale est cette élo- 
quence artificielle qu'on nomme rhétorique. Car , sans être 
3e l'avis de ceux qui croient que l'éloquence est inutile pour 
gouverner un état, nous pensons encore moins que la science 
du gouvernement consiste toute entière dans le talent de 
l'orateur. Mais nous dirons que le talent oratoire fait partie 
de la science du gouvernement ; que le de^foir de l'orateur 
est de parler de manière a persuader ; que la fin du devoir 
est la persuasion. U y a cette différence entre la fin et le de-- 
voir de l'orateur , que le devoir indique le but , et que la fin 
le remplit. Le devoir du médecin est de soigner ses malades 
comme il convient pourries guérir , et la fin de la médecine 
est la guérison même des maladies. Ainsi , par le devoir de 
l'orateur , nous entendons ce qu'il doit faire , et par la fin , 
le but qu'il veut atteindre. 

On appelle matière de l'art la réunion des choses qui ap- 
partiennent, soit a l'étude, soit a la pratique d'un art en 
général. On dit, par exemple, que les maladies et les bles- 
sures sont la matière de la médecine , parce que la méde- 



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i4 DE INVENTIONE, LIBER I. 

quod in bis omnis medicina yersetur : item y quibtis 
in rebus versatur ars^ et facultas oratoria^ eas ' res 
materiam artis rhetoricœ nominamus. Has autem res, 
alii plures, alii pauciores existimaverunt. Nam Gor- 
gias Leontinus, antiquissimus fere rhetor, omnibus 
de rebus oratorem optime posse dicere existimavit. 
Hic infînitam^etimmensam huic artificio materiam 
subjicere videtur. Aristoteles autem y qui huic arti 
plurima adjumentaatque ornamenta subministravit^ 
jtribus in generibus rerum versari rhetoris offîcium 
putavit^ demonstrativo 9 deliberativo, judiciali. De- 
monstrativum est^ quod tribuitur in alicujùs certae 
personœ ]audem aut vitupéra tionem. Del iberativum^ * 
quod positum in disceptatione , et consultatione ci- 
vili^ habet in se sententiae dictionem. Judiciale, ^ 
quod positum in judicio, habet in se accusationem 
et defensionem^ aut petitionem et recusationem. Et^ 
quemadmodum nostra quidem fert cpinio^ oratoris 
ars y et facultas in hac materia tripartita versari existi- 
manda est. 

• 
VI. Nam Hermagoras quidem^ nec quid dicat^ 
attendere^ nec quid polliceatur, intelligere videtur; 
qui oratoris materiam in causam et in quœstionem 
dividat. Causam esse dicit rem^ quae habeat in se 
controversiam in dicendo positam cum personarum 
certarum interpositione ; quam nos quoque oratori 

» Al est rw. a — Est, quod. p— ' Est, quod. 



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DE L'INVENTION, LIVRE L ,5 

due est tout occupée de ce double objet. Nous dirons pareil- 
lement que tout ce qu'embrassent l'art et le talent de l'orateur 
est la matière de la rhétorique. Cependant les rhéteurs ont 
assigné des limites plus ou moins étendues a leur domaine. 
" Gorgias de Léontium , l'un des premiers qui enseignèrent les 
règles de l'éloquence, voulait que l'orateur fût capable de 
parler avec facilité sur tous les sujets qu'on lui proposerait. 
Aussi a-t-il prodigieusement reculé les bornes de la rhéto^ 
rique. Mais Aristote , ^ k qui nous devons tant de si bdles et 
si excellentes leçons, a jugé que le devoir du rhéteur em- 
brassait trois genres de causes : le démonstratif, le délibératif 
et le judiciaire. Le genre démonstratif a pour but l'éloge ou 
le blâme. Dans le genre délibératif, on se propose d'éclaircir 
un objet de discussion , une question de droit ; ensuite ou 
prononce. Le genre judiciaire est celui qui consiste à provo- 
quer un jugement &vorable , soit que l'orateur accuse ou qu'il 
défende, soit qu'il demande ou qu'il récuse. Nous croyons 
en effet que dans la division de ces trois genres se trouve 
renfermée toulje la matière delà rhétorique. 

VI. Hermagoras semble manquer d'attention, et ne pas 
réfléchir sur tout ce qu'il promet, quand il divise la matière 
de l'éloquence en cause j et en question. Il appelle cause un 
sujet de discussion entre différentes parties, sujet que nous 
avons aussi renfermé dans le domaine de l'orateur, par notre 
division des genres démonstratif, délibératif et judiciaire. Il 
appelle questiouj nn point de discussion sans l'intervention de 



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i6 DE INVÉNTIONE, LIBER I. 

dicimus esse attributam. Nam très ei partes^ qnaff 
ante diximus, suppouîmus^ judicialem ^ de^iherati- 
vam , demoDstraiivam. Qusestionem auiem eam ap-* 
pellat , quœ habeat in se coDtroversiam in dicendo 
positam^ sine certarum personarum imerpositione , 
ad hune modum : Ecqidd sit bonum prœter honestatem ? 
Verine sirU sensus? Quœ sit mundijorma? Quœ solis ma^ 
giiitudo? Quas qudestiones procul ab oratoris officio 
remotas^ facile omnes intelligere existimamus. Nam^ 
quibus in rébus summa ingénia philosophorum plu- 
rimo cum labore consumta intelligimus ^ eas, sicut 
aliquas parvas res^ oratori attribuerez magna amentia 
'videtur. Quodsi magnam inhis Hermagoras habuisset 
facultatem, studio et disciplina comparatam^ vide- 
retur fretus sua scientia, falsum quiddam constituisse 
de oratoris officio ^ et non quid ars^ sed quid ipse 
posset y exposuisse. Nunc vero ea vis est in homine ^ 
ut ei multo rhetoricam citius quis ademerit^ quam 
pbilosophiam concesserit. INeque eo dico> quod ejus 
ars^ quam edidit^ mihi mendosissime scripta videatur: 
nam satis in ea videtur ex antiquis artibns ingeniose 
et diligenter electas res coUocasse^ et nonnihil ipse 
quoque novi protulisse : verum oratori minimum est 
de arte loqui^ quod hic fecit : muho maximum ex 
arte dicere, quod eum minime poluisse^ omnes vide- 
mus. Quare materia quidem nobis rhetoricœ videtur 
ea^ quam Aristoteli visam esse diximus. 

VII. Partes autem haBSunt,quaspleriquedixerunt, 
inventio^ disposition elocutio, memoria,pronuntiaiio- 



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DE L'INVENTION, LIVRE I. 17 

parties, comme Est^U quelque autre bienque la verpû Faut* 
il s'en rapporter au témoignage des sens? Quelle, ^fit la 
fig;ure du monde ou la grosseur du soleil? questions y comme 
on le Toit sans peine, l)ien étrangères au devoir de Torateur. 
Car n'est-ce pas une folie que d^àttribuer a l'éloquence, 
comme des sujets peu importans, des quéSstions que le génie 
de nos philosophes les plus profonds, soutenu d'un travail 
infatigable, n'a pu encore éclaircir? Quand même Tétude et 
des coonaissances immenses auraient aplani, pour Herma- 
goras, toutes les difficultés, il n'en aurait pas moins, plein de 
confiance dans son érudition, ml dâBni le devoir de l'ora- 
teur, et tracé les Eiaites de ses connaissances et non pas 
celles de l'art. Néanmoins on lui refuserait aujourd'hui le 
titre de rhéteur, plutôt qu'où ue lui accorderait celui dé phi* 
losophe. Ce n'est pas que le traité qu'il a publié ne semble 
renfermer beaucoup d'erreurs^ c^u*, à ce qu'il recueille çbns 
les anciens, avec autant de goût que d'exactitude; >;îl <»élq 
souvent des observations neuves et originales ; mais , parler sui: 
Fart oratoire (et c'est ce qu'il fait) n'est rien pont l'orateur: 
il doit parler suivant les règles de l'airt, et c^st, nous le 
Toyons tous, ce que n'a point fait Herma^as. Ainsi,. nous 
adoptons l'opinion d'Aristote sur la matière de la rhétorique. 



VII. Les parues sont, comme on l'a si souvent répété, 
l'inyention, la disposition, Pélocution^ I9 mémoire et le débit. 
IL a 



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iB DE INVENTIONE, LIBER I. 

Inventio est excogilatio rerum verarum , aul verjsi'*- 
milinm, quae causamproba^îlem reddant: Dispositio 
est rerum inventarum in ordinem distributio ; £1ch 
cutio est idoneorum verborum^ et sententiarum ad 
inventionem accq^lmpdatio: Memoriaestfirmaammi 
rerum ac verborjun ad mventionem perceptio : Pro- 
nuDtîatio est, ex rerum et verborum dignitate^ vocls 
et corporis moderatio- Nunc his rébus breviter cons- 
titutis^ eas ratioues^ quibus osteudere possimus ge- 
nus 9 et officium^ et finem hujus artis^ aliud in tem- 
pus differemus. Nam et multorum verborum indigenii 
et .non tantopere ad ariU descriptipnem et prœcepta 
tradpnda pertinent* Emn autem^ qui ariem rheto- 
1*icam scribat^ de duabus reliquis rébus, de materîa 
artis, ac partibus scribere oportere existimamus. Ac 
mihi quidem videtur conjuncte agendum de materîa 
ac partibus. Quaré inventio, quœ princeps est om- 
nium partium, potissimum in omni causarum ge- 
tïete y qualis debeat eg$e y^ consideretur. 

.VIll. Omnis res, quap babet in se, posium in die- 
tio^e avi;t discepfatioi^ , aliquam controversiam , aut 
facti, aut nominis, aut generis, aut actionis conûnet 
quœstionem. Eam igitur quaestionem, ex qua causa 
nascitur, constitutionem appellamus. Gonstîtutio est 
prima confiictio causarum ex depulsione intentionis 
profecla,^ hoc modo : « Fecisti : non feci, aut jure 
« feci. » Cum facti controversia est, quoniam conjec- 
turis causa fîrmàlur , conslilutio conjecturalis appel- 
latur. Cum autem nominis, quia vis vocabuli defi- 



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DE L'INVENTION, LIVRE L ,9 

Jjirtveraion cherche des choses yndes ou vraisemblables en 
faveur de la cause. La disposition est l'art de les mettre en 
ordre. Uélocution rend les idées et les expressions convenables 
au sujet j la mémoire les retient d'une manière sûre et inalté- 
rable. Le débit règle le geste et la voix , et les proportionne 
au discours. Je remets à un autre temps ce que j'aurais a 
dire sur le genre et la fin de la rhétorique. J'aurais besoin 
de longs développemens qui n'appai tiennent pas si intimement 
a la définition et aux préceptes de Vart y et, pour faire un traité 
de rhétorique, il faut s'occuper de la matière de Tart et de 
ses différentes parties. Telle est mon opinion,, et il me semble 
convenable de traiter ces deux sujets a la fois. Comme Tin^ 
vention est la première de toutes ces parties, nous commcn- 
aerons par la considérer dans tous les genres de causes. 



Vm. Tout ce iqui offre quelque poktde discussion ^mx 
les faits ou sûr les' mots , renferme une question de 'flic, de 
nom^ de genre ou d'action. On appelle donc état de questfon 
ce qui fait naitre la cause. La question de fait résulte d*un 
conflit, dont le but est le rejet de l'intention ; « Voiis avèi, 
«c fait cette chose.. » — « Non , ou j'ai eu droit de la faire, n 
Discutes^ous les faits 7 icomme les conjectures appuient votre 
cause, c'est un état de question conjectural; le nom?. comme 
il faut définir les mots, c'est un état de définition. Quajod on 



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20 DE INVENTIONE, LIBER I. 

nienda verbîs est j constitutio defiDitiva nomiaatun 
Guni vero^ qualis sit res^ quœrilur^ quia et de yi^ et 
de génère negotii controversia est^ constitutio ge- 
neralis vocatur. At cum causa ex eo pendet y quod 
non aut is agere videtur , quem oportet , aut noû cum 
eo, quicum oportet, aut non apud quos, quo tempore, 
qua lege, quo crimine, qua pœna oportet, translativa 
dicitur constitutio; quia actio, translationis et corn- 
mutationis indigere videtur. Atque harum aliquam 
in omne causœ genus incidere necesse est. Nam in 
quam ' rem non inciderit, in ea nihil esse poterit 
controversiae. Quare eam ne causam quidem conyepit 
putari. 

Ac facti quidem controversia y in omnia tempora 
polest distribui. Nam quid factum sit, potest quaeri, 
hoc modo : « Occideritne Ajacem Ulysses? » Et quid 
fiât , hoc modo : « Bonone animo sint erga populum 
(( romanum Fregellani ? » Et quid futurum sit , hoc 
modo : « Si Garthaginem reliquerimus incolumem^ 
(f num quid sit itocommodi ad rempublicam perven* 
(c turum ? n Nominis controversia est, cum de facto 
convenit, et quaeritur, id quod factum est, quo no- 
mine appelletur- Quo in génère necesse est ( ideo 
nominis ) esse controversiam ( non quod de re ipsa 
non conveniat ) , non quod de facto non constet, sed 
quod id, quod factum sit, aliud alii videatur esse^ 
et idcirco alius alio nomine id appellet. Quare in 
hujusmodi generibus definienda res erit verbis , et 

■ Abcst rem. 



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DE L'INVENTION, LIVRE L ?t 

iiiscute sur la chose même , comme il s'agit d'en examiner 
le genre et la xiature , c'est un état de question général. Si le 
demandeur n'a pas droit d'intenter son aetion , si elle ne 
tombe pas sur le coupable ; si le tribunal , le temps, Ta loi, 
l'accusation , la peine font naître quelque opposition légale y 
.comnpie il faut que la cause soit changée et portée a un autre 
tribunal ^ on l'appelle état de lécusatioo. Toute cause doit 
offrir quelqu'une de ces questions, ou bien^il n'y a pas de point 
^e (Sscussio», et par conséquent pas de cause. 

La dî^ussion du fait peut se rapporter a tous tes temps : 
Au passé , « Ulysse a-t-il tué Ajax ? » Au présent, a Les habi- 
te tans de Frégeltes sont-ils bien disposés pour les Romains? » 
A Tavenir , u Si nous laissons subsi^r Cartbage , quel dom- 
(f mage en résultera-t-il ? » C'est une question de nom , quand ^ 
en conTcenant.du fait, on cherche quel nom lui donner. Si 
jl'on conteste sur k nom-, ce n'est pas qu'on ne soit d'accord siu* 
la chose , que le fait ne soit pas certain ^ maia comme diaeum 
le voit sous'un point de vue différent , chacun lui doAne UA 
nom diflérenu II' faut alors recourir a la définition, à une 
courte description. Par exemple : « On a dérobé des vases- 
« sacrés chez un particulier: le coupable est-il voleur ou sair 
c( crilége? » Dans ce cas il faut définir le vol, le sacrilège^ et 
montrer que les accusateurs ne donnent pas à ce délit le nom. 
qui luicoavicAt.^ 



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22 DE INVENTIONE, LIBER I. 

breviier déscribenda : ut , si quis sacrum ex priyato 
surripuerit^ utrum fur^ au sacrîlegus sit judicandus. 
jNam id cum quaerltur, necesse erit defînire utrum- 
que, quid sit fur, quid sacrilegus, et sua descriptione 
ostendere alîo noinlne illam rem, de qua agitur^ 
appellari oporleré, atque adversarii ' dicaut. 

IX. Generis est controversia , cum et quid factum 
sit , convenit , et quo id factum nomine appellari 
oporteat , constat : et tamen, quantum, et cujusmodî, 
et omnino quale sit, quaeritur, lioc modo : Justum^ 
au injustum : utile, an inutile ; etomnia, in quibus^ 
quale sit id, quod factum est , quaeritur , sine ulla 
uominis controversia. Huic gcneri Hermagoras par-^ 
tes quattuor supposuit , deliberativam , demonstra- 
tivam, juridicialem, negotialem.Quod ejus,ut nos pu- 
tamus , non médiocre peccatum , reprehendendum 
"videtur, verum brevi; • ne aut, sitacitipraeterierimus, 
sine causa non secuti eum putemur; aut, si diutius iù 
hoc consliterimus, moram atque impedimentum reli- 
quis pr^^eptis intulisse yideamur. Si deliberatio et 
d^monstratio gênera sunt causarum, non possunt recte 
parles alicujus geperis causœ putari. Eadem enim res 
alii genus esse, alii pars potest : eidem gcnus esse et pars 
non potest. Deliberatio autem, et dcmonstratio, gênera 
sunt causarum. Namaut nullum causœ genus est, aut 
judiciale solum, aut et judiciale, et demonstrativura, 
et deliberativum. Nullum dicere causse esse genus , 
cum causas esse multas dicat, et in eas praecepta det , 

' Dicimt. — >Nc,siaiU. 



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I>E L'INVENTION, L\YKE h a^ 



IX. . Si le fait. est cons^t^ si Ton est d'i^ccord sur le nom 
qu'on doit lui donner, et que néanmoins «m examine son 
étendue, sa- natmre, en un mot quel' il eat, s'il est juste ou 
injuste, utile ou nuisible , sans disputer sur le ncmi , c'est une 
question de genre. Hermagoras la sous-dirise en quatre esfièces : 
délibératîve, démonstrative, jurîdiciaire et matérielle. Cette 
erreur me parait assez grossière pour mériter d'être relevée , 
mais en peu de mots. La passeï* sous silence ^ serait laisser 
croire que je me suis écarté sans rsdson de l'opinion de ce 
rhéteur ; m'y arvéter tro^ long-temps, m'empêcherait de tracer 
la suite de «es préceptes. Si le délibéralif et le déflaonstraiif 
sont des genres de cause, on he peut sans erreur les regai>- 
der comme des espèces. La même chose peut bien être appelée 
genre par les uns, espèce par les autres ; mais elle ne saurait 
être genre et espèce a la fois. Or le délibératif et le démons- 
tratif sont des genres 5 car, ou il n'y a pas de genre , ou il 
n'y en a diantre que le judiciaire , ou bien il y a le déHbéra- 
tif , le démonstratif et le judiciaire. Avancer qu'il n'y a pas 
de genre de cause, mais qu'il y a différentes causes, et .don- 
ner des préceptes pour les traiter , est une folie. D*an autre 
côté, comment le genre judiciaire pourrait-il ei^ster seul,. 



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24 DE INVENTIONE, LIBER I. 

amenda est. Uoum autem judiciale solum esse qui po^ 
test 9 cum deliberatio et démonstration neque ipsae 
similes inter se sint, et ab judiciali génère plurimum 
dissideant^ et suunvquœque finem habeat, quo referri 
debeat? Relinquitur ergo^ ut omnia tria gênera sint 
causarum. Deliberatio igitur^ et demonstratio^non pos- 
sunt recte partes alicùjus generis causœ putari. Maie 
igitur eas gen^raKs constitutionis partes esse dixit. 

X. Quodsî generis caussB partes non possunt recte 
putari n multo minus recte partis causse partes puta- 
buntur. Pars autem causœ^ conslitutioestomnis.NoQ 
enim causa ad constitutionem ^ sed constitutio ad 
causam accommodatur. Sed demonslratio et delibe- 
ratio ^ generis causae partes non possunt recte putari , 
quod ipsa sùnt gênera. Multo igitur minus recte par- 
tis ejus^ quod hic dicit^ partes putabuntur. Deinde 
si constitutio y et ipsa , et pars constitutionis ejus 
quœlibet^ intentionis depulsio est; quas.intentionis 
depuUio non est , ea nec constitution nec pars cons* 
titutionis est. At si , quae intentionis depulsio non 
est, ea nec constitution nec pars constitutionis est; 
demonstratio et deliberatio , neque constitution nec 
pars constitutionis est. Si igitur constitutio j et ipsa, 
et pars ejus y intentionis depulsio est ; deliberatio 
et demonstratio y neque constitutio y neque pars 
constitutionis est. Placet autem ipsi, ' constituticH 
nem intentionis esse depulsionem. Placeat igitur 
oportetn demonstrationem et deliberationem * non 

» Abwi constitutionem. — Nec. » 



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DE L'INVENTION, LIVRE t. aS 

lorsque le dëliberatif et le démonstratif , si différens entre eux , 
ont encore moins de rapport avec le judiciaire y lorsque chacun 
d'eux a un but particulier ? Il y a donc trois genres de causes ; 
on ne peut donc considérer le démonstratif et le délibératif 
comme des espèces. Cest donc a tort qu'Hermagoras les a 
considérés comme des espèces de la question de genre. 

X. Que si l'on ne peut les considérer comme des es- 
pèces d'un genre de cause j on se trompe plus lourdement 
encore en les faisant espèces d'espèces. Car la question en- 
tière est une partie de la cause, puisque ce n'est {>as la cause 
qui s'applique a la question, mais la question a la cause. 
Mais si le délibératif et le démonstratif , parce qu'ils sont 
des genres, ne peuvent être considérés comme les espèces 
d'un genre de cause, encore moins doit-on les regarder comme 
des espèces d'espèces , ainsi que l'a fait Hermagoras. D'ail- 
leurs , si repousser une accusation constitue la question elle- 
même ou une partie de la question, ce qui n'y a pas de rap- 
port ne peut être ni la question ni une partie de la question. 
Si donc repousser une accusation constitue la question ou une 
parUe de la question, le délibératif et le démonstratif ne sont 
donc ni la question ni une partie de la question. Mais Her- 
magoras prétend que repousser une accusation constitue la 
question. Qu'il dise donc aussi que le délibératif et le dé- 
monstratif ne sont ni la question ni une partie de la question. 
^t soit qu'il appelle question la confirmation ou la réfutation 



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aC DE INVENTIONE, LIBER I. 

esse constitudoneiii^ nec partem constitutionis. Atgac" 
hoc eodem urgebitur^ sive cqastitutioaeiu y primam 
causae accusatoris confirmatioDem dixerit^ sive defen- 
soris primam deprecatiopem. Nam eum eadem omnia 
Incommoda sequentur. 

Deînde coDJectiiralis causa non potest simul ex 
eadem parte ^ eodem in génère et conjecturalis esse y 
et definitiva. Rursus nec defînitiva causa potest simul 
ex eadem parte ^ eodem in génère et definitiva esse y 
et translativa. £t omQino null» constitutio j nec par» 
constitutionis potest simul et suam habere y et alte- 
rius in se vim continere : ideo quod unaquâeque ex 
se y et ex sua natura simpliciter consideratur : altéra 
assumta^ numerus constitutionum duplicatur^ non 
vis constitutionis augetur. AX deliberativa causa simul 
ex eadem parte ^ eodem in génère et con jecturalem ^ 
et generalem , et definitivam , et translativam solet 
habere constituttonem y et unam aliquando^ et plure» 
nonnunquam. £rgo ipsa nec constitutio est^ nec pfirs 
constitutionb. Idem in demonslratione solet usu eve- 
nire. Gênera igitur^ ut ante diximus^ hœc causarum 
putanda sunt^ non partes alicujus constitutionis. 

XI. Haec ergo constitution quam generalem nomi- 
namus^ partes nobis videtur duas habere ^ juridicia- 
lem^ et negotialem. Juridicîalis est^ in qua aequi et 
iniqui natura, ' prœmii, aut pœnœ ratio quaeritur. 
Negotialis est, in qua, quid juris ex civiii more , et 
sequitate. sit, consideratur : cui dilîgentise praees&e 

' Aut prœmii. 



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DE L'INVENTION, LIVRE I. 27 

intentée, il se trouve toujours dsùais le mâme embarras , U 
reneoÀtre toujours les mêmes écueib. 

Ensuite y une cause de conjecture ne peut k la f<HS / sur le 
même point et dans le même genre j être une cause de con- 
jecture et de définition. Une cau$e de. définition ne peut, a 
la fois , sur le même point et dans le même genre , être une 
cause de définition et de récusation. Nulle question, enfin, 
nulle partie de que^on ne peut en contenir une autre , parce 
^ué chacune d'dles est prise en elle-même, et coiisîdérée iso- 
lément. Ajoutez-en une noutdle ', le nombre des questions 
est augmenté , mais la question n'a pas plus d'étendue. Ma» 
une cause délibérative renferme ordinairement sur le mêiiie 
point et dans le même genre une ou plusieurs questions de 
conjecture, de genre, de définition et de récusation. Elle 
n'^t donc ni la question elle-même, ni une partie de la ques- 
tion. Il en est de même pour lé démonstratif. H faut donc les 
-considéim eonmie ^des genres de cause j et non comme ;des 
espèces de question. 

XI. Ainsi, ce que nous appelons qu^oa de genre vepr 
ferme deux parties : la question juridieiàire qui définit le juste 
et l'injuste, qui décide si l'on mérite' peine ou récompense ; 
la question matérielle, où l'on examine tout ce qui appar- 
tient au droit civil et a l'équité. Cette dernière est du domaine 
des jurisconsultes. 



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i8 DE INVENTIONE, LIBER I. 

apud nos jurisconsulti existimantnr. Ac jnridicialis 
quidem ipsa in duas dlstribuitur partes , absolutam 
et assumtivam. Absoluta est, qoae ipsa in se conlinet 
juris et injuriae quœstionem. Assumtiva , quae ipsa ex 
se nihil firmi dat ad recusationem ; foris autem aliquid 
defensionis assumit. Ejus pa|ies sunt quattuor, con- 
<;essio9 remotio criminis, relatio criminis, comparatio« 
Ooncessio est, cum reus non id, quod factam est, 
défendit, sed ut ignoscatur, postulat. Haec in duas 
partes dividitur, purgationem et deprecationem. Pup- 
gatio est , cum factum conceditur, culpa removetur. 
Haec partes habet très, imprudentiam^ casum y necesr 
sitatem. Deprecatio est, cum et peccasse, et consulto 
peccasse reus se confitetur> et tamen, ut ignoscatur^ 
postulat : quod genus perraro potest accidere. Remo- 
tio criminis est, cum id crimen, quod infertur, ab se 
et ' ab sua culpa , vi et potestate in alium reus re- 
movere conatur. Id dupUciter fieri poterit, si aui 
causa, aut factum in aliuin transf<$retur. Causa transr 
fertur^ cum aliéna dicitur vi et potestate factum. Facr 
tum autem, cum alius aut debuisse, aut potuisse 
facere dicitur. Relatio criminis est , cum ideo jure 
factum dicitur, quod ' alîquis ante injuria lace&nerit. 
Gomparatio est , cum aliud aliquod ' alicujus factum 
rectum aut utile contenditur, quod ut fieret, illud, 
quod arguitur, dicitur esse commissum. 

In quarta constitutione, quam translativam nomi- 
namus, ejus constitutionis est contre versia , cum aut 

* A »ua. — » Aliiw. — ^ Abcst aUcujits. 



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DE L'INVENTION, LIVRE L 39 

La question juridiciaire se sous-diyise encore en absolue et 
accessoire : absolue , quand elle renferme en elle-même l'exa- 
men du juste et de l'injuste ; accessoire , si la défense faible 
par elte-méme acquiert du poids par des circonstances étran- 
gères au fond de la cause. Elle offre quatre chefs : Taveu du 
crime, le recours, la récrimination et la nécessité d'alter-* 
native. L'accusé, en avouant le crime, implore-t-il son par-* 
don , c'est l'aveu du crime. Alors il emploie le défaut d'inten* 
tion ou la dépré<^ti<m. Par le défaut d'intention, il convient 
du fait , sans s'avouer coupable , et rejette la fitute sur 
son imprudence , sur le hasard ou la nécessité. Par la dé- 
précation, l'accusé avoue qu'il a failli, et failli sciemment; 
maïs il demande qu'on ait pitié de lui. H est très-rare de 
pouvoir employer ce mpyen. Par le recours , on se disculpe 
en rejetant l'accusation sur un autre , en démontrant qu'elle ne 
saurait tomber sur nous , et l'on impute à autrui ou la cause 
«u le fait : la cause , quand nous avons obéi'k une puissance 
étrangère ; le fait, quand on dit qu'un autre a dû ou pu 
commettre la faute. Dans la récrimination on soutient qu'on 
a eu droit d'agir comme on a fait , parce qu'on a été pro- 
voqué. Si l'on montre qu'on avait pour but une action utile 
ou honorable , c'est la nécessité d'alternative. 

Dans la quatrième question, que nous appeloqs de récusa- 
tion , il s'agît dci connaître si l'accusateur a droit d'intenter 
^n action ; s'il l'a £ût devant le tribunal , suivant la loi , dans 
la forme et dans le temps convenables ; enfin, si quelque irré- 



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5o DE INVENTIONE, LIBER L 

quem^ aut quicnm^ aut quomodo^ aut apud quos^ 
aut quo jure y aut quo tempore agere oporteat, quœ* 
ritur^ aut omnino aliquid de commutatione^ aut in- 
firmatiooe actionis agitur. Hujus coustitutiouis Her- 
magoras inventor esse existimatur^ non quo non usi 
sint ea veteres oratores ssepe multi^ sed quia non 
animadverterint artis scriptores eam superiores , nec 
retulerint in numerum constitutionum. Post autem 
ab hoc inventam multi reprehenderunt^ quos non 
tam imprudentia falli putamus ( res enim perspicua 
est ) y quam invidia atque obtrectatiotie quadam im-* 
pediri. 

XIL Et constitutiones quidem ^ et earum partes 
exposuimus : eiempla autem eu jusque generis tune 
commodius exposituri videmur^ cum in unumquod- 
que eorum argumentorum copiam dabimus. Nam 
argumentandi ratio dilucidior erit^ cum et ad geùus^ 
et ad exemplum causaé statim potérit accommodari.- 

Gonstitutione caus» reperta y statim placet consi-* 
derare, utrum causa sit simplex^ an juncta; et si 
juncta erity utrum sit ex pluribus quaestionibus 
juncta^ an ex aliqua comparatione. Simplex est^ quae 
absolutam in se continet unam quaestionem y hoc 
modo : « Gorinthiis bellum indicamus y an non. » 
Conjuncta ex pluribus quaestionibus , in qua plura 
quaeruntur^ hoc pacto : « Utrum Garthago diruatur^ 
ce an Carlhagînîensibus reddatur, an eo colonia^edu- 
(f catur. » Ex cotUparatione^ in qua per contentionem^ 
utrum potiu8,:àut quid potbsimum sit^ qusrttur^ 



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DE L'INVENTION, LIVRE I. 5i 

Knlaiîté peut faire porter la cause devant un autre tribunal, 
ou annuler Faccu^ation. Hermagoras passe pour Tiurrenteur 
de cette ^lestion ; non ^'une foule d^orateurs ne s'en soient 
servis avant lui , mais parce qu'elle avait écha]^^ aux pre* 
miers rhéteurs , et qu'ils ne l'avaient point mise au nombre des 
questions. On a contesté depuis à Hermagoras Thonneur de 
cette découverte, moins par ignorance (la chose est assez évi- 
dente par elle-même ) que par jalousie et par envie de nuire. 



XIL Nous avons fait connaître et les questions et leurs dif- 
férentes parties. U nous sera plus facile de donner des exem- 
ples de chacune d'elles quand nous traiterons des argument 
qui leur conviennent. La marche du raisonnement ne sera- 
t-elle pas plus claire, quand on pourra l'appliquer sur4e- 
champ au genre et k la cause ? 

La question posée, il faut examiner si la cause est simple 
ou complexe. Complexe, elle peut se composer de plusieurs 
questions, ou renfermer une comparaison'. La cause simple 
ne contient qu'une seule question absolue ; par exemple : 
t( Déclarerons-nous la guerre aux G>rinthiens, ou non ? )> Dans 
la.caus^ complexe, composée de plusieurs questions, on a 
plusieurs points à examiner ; par exe^lple : u Faut-il détruire 
« Garthage, la rendre aux Carthaginois, ou bien y envoyer 
*i une colonie? » Dans la comparaisen, on discute de deux 



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52 DE INVENTIONE, LIBER f. 

ad hune modum : « Utrum exercitus in Macedot^îam 
(c contra Philippum mittatur^ qui sociis sit auxilîo; 
a an teneatur in Italia y ut quam maximse contra Han-> 
« nibal^ucopiœ sint. » Deinde conaiderandum est^ in 
ratione^^Plnscripto sit controversia. Nam scripticon- 
troversia est ea, quae ex scriptionis génère nascitur. 

XIII. Ejus autem gênera^ quœ sunt separata a 
constitutionibuSy quinque sunt. Nam cum verba ipsa 
videntur cum sententia scriptoris dissidere^ tum inler 
se duae leges^ aut plures discrepare^ tum id^ quod 
scriptum est y duas aut plures res significare : tum 
ex eo, quod scriptum est, aliud quoque^ quod non 
scriptum est^ inveniri : tum vis verbi^ quasi in défi- 
nitiva constitutione^ inquo posita sit^ quseri. Quare 
primum genus, de scripto et sententia ; secundum^ 
excontrariislegibus; tertium^ambiguum; quartum^ 
ratiocinativum ; quintum y definitivum nominamus. 
Ratio autem est^ cum omnis quœstio non in scrip- 
tione y sed in aliqua argumentatîone consistit. 

At tum considerato génère causae, et cognita cous- 
titutione , cunçi , simplexne , an conjuncta sit, in tel- 
lexeris y et scripù y an rationis babeat controversiam.^ 
videris; deinceps erit videndum, quae quœstio, quae 
ratio, quae judicatio , quod firmamentmu causœ sit : 
quae omnia a constitutione proficiscantur oportet. 
Quaestio est ea , quae ex conflictione causarum gîgtii-' 
tur controversia , hoc modo : « Non jure fecisti. » 
— w Jure feci. » Causarum autem haec est conâielio. 



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DE L'INVENTION, LIVRE I. 55 

partis quel est le plus avantsç^ux. n Doit -on envoyer une 
« année en Macédoine contre Philippe y pour défendre nos 
u alliés, ou la £ûre rester en Italie, pour opposer a Annibal 
t( des forces plus considérables ? » Examinez ensuite si la dis* 
cussion pcNTte sur le raisonnement ou sur le sens littéral , c'est- 
ii-dire sur ce qui est écrit. 

Xin. Ce dernier genre de cause se divise en cinq ^pèces, 
qu'il ne faut pas confondre avec les questions ; car, tantôt les 
expressions du législateur ne semblent pas d'accord avec son 
intention , tantôt deux ou plusieurs lois s<mt en contradiction , 
ou bien la loi a deux ou plusieurs sens diiEérens j ou l'on peut 
déduire du sens littéral de la loi ce qu'il n'exprime point ; ou 
enfin, comme dans la questrôn de définition, il fiiut trouver 
la valeur de chaque expression. Ainsi la première espèce s'oc- 
cupe du sens littéral de la loi et de l'intention du législateur^ 
la seconde, des lois contradictoires; la troisième, de termes 
ambigus; la quatrième^ de l'analogie j et la ciuquième, de 
la définition. 

Dans les causes de raiscmiement, la question ne porte pas 
sur le pomt littéral , maissur quelque point de raisonnement. 
Dès qu'on a examiné le genre de la cause , posé l'eut de la 
question , disûngué si elle est simple ou complexe , si elle porte 
sur le sens littéral ou sur un raisonnement , il faut trouver 
le point de discussion, la raison , le point a juger et la preuve 
fondamentale. Tout cela doit naître de l'é^t de 1% question. 
IL 3 



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54 DE lN^nE]ST]O^E, LIBER I. 

în qna conslîtutîo coDstai. Ex ea igiuir uascîtur coït- 
troversia y quam quaestionem dicimus , hoc modo ; 
u Jureoo fecerit. n Katio ' eêiy qu» cootinet causam^ 
qu0B si aublâta sit, nihll in causa cootroTersiaB,relm<- 
quetur, hoc mod4> » ut doceudi causa in facUi p et per- 
vulgato exemplo consistaraus : Ore3t!es si acçuselur 
mairlcidii | nisi hoc dicat , « Jure feci ; iUa enim 
« pat rem meum occiderat : » non habet defensionem. 
Qua sublata y omnis quoque controversia sublata sit. 
Ergo ejus causœ ratio est, « Quod illa Agamemnonem 
i< occiderit. » Judicatio est^ quae ex infirmatione, et 
con6rmatioQ« ration» nascitur ccmtroverna. Nam stt 
ea nobia expoaita ratio» quam paulWante exposuimus. 
« IUa enim 9 inquit» patrem ' meum occiderat. » ^^ 
« At non^ iuquit adversarius» abs te filio matrem 
« necari oportuit* Potuit enim sine tuo scelcre illius 
u faclum puniri. » 

XIV* Ex bac deductione nitlonis» illa summa nas* 
citar controversia , quam judicationem appellamus. 
Ea est hujusmodi : %< Rectumne fuerit» ab Oreste 
fc matrem oeeidi, cum illa Oreatta patrem occidtaaeu >i 
FirmamentuEQ eai firmiaaioMi af ^meotatio défense* 
ris,, et ^ appositissima ad judicationem : ut si veitt 
Orestes dicerc, «ejusmodi animum matris suae fuisse 
in. patrem ibum, in se ipsum ac sorores^ in regnum» 
in famam generis et familiœ, ut ab ea pœnas liberi sui 
potissimum petere dc4)ueriDt. » Et in ceteris quidem 
constiiutionibus ad hune modum judicationes repe^» 

*■ Est ta. — ' Abcii metim, — "^ Apti^ma. 



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DE UINVENTION, LIVRE T. ^, 

Le poâit de cliscu^sioa est- le débat produit parle choc des 
causes : Fous n'apiez point de droit de lefaifc. Je l'assois. 
Le choc des causes étaMit Pélat de la question. Cest donc 
de Pétat de la question que naissent ces débats que nous ap- 
pelons point de discussion : <c Avait-il droit de le faire? » 
Les raisons renferment la cause : ôtez-les, il n'y a plus de 
débat. Ainsi ,. pour nous en tenir k un exemplç £ftciie et oopnu ; 
Oreste est accusé d'avoir tué sa mère. S'il m répond point : 
ff J'en avais le èÊiAt^ parée qu'elle avnt tué mon père^ a 
il ne peut se défendre t alors* S n^ ^ point de débat. Sa raison 
sera donc qu'elle a tué Agamemnon. De l'attaque et de b 
.défense na)t le point à juger ; et pour continuer a nous servir 
de l'exemple d'Oreste : « Elle avait tué mon père, » dit-il j 
mais, répUque l'accusateur : u Eltaitrce à vous, son fils, de 
«f lui damier la mort? FaUait-il punir i|a crîmç par t» crime 7 » 

XIV. Le dévfloppemaait do raiBoos produit ce que nous 
appelons point i* juger .* u Oreste a-t-ll eu droit de tuer sa 
ce mère, parce qu'elle avait tué le père d'Oreste? )> ' 

La preuve fondamentale est le plus ferme rempart de l'ac- 
cusé ; ainsi Oreste peut dire : « Les sentimens de ma mère 
<( pow son époux, pour moi-même , pour mes sœurs, pour 
%i notre empire , pour la gloire de notre iàmille , étaient tels , 
ic .que ses enfoms ^^vaient plus que tout autre- le droit de la 
m pu2Ûc. » Telle est la manière de trouver dans tout .âta^^|}e 
fuestkAl le poûM k^ugec* Sléaomoins, dans la qu^i^tionde 
conjecture , comme il n'y a pas de niions , puîsqiaten^f'ac- 



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5« DE iNVENTrOJVE , LIBER L 

rîuntur : in coDJectarali autem conslitutione ^ qui^i 
ratio non est ( factum enim non concediiur ) non 
potest ex deductione rationis nasci judicalio. Quare 
necesse est eandem esse quaestionem et judicationçm: 
ut, « Factum est, • » — w Non est factum ; » — « Fac- 
« tumne sii? » Quot autem in causa constitutiones , 
aut earum partes erunt, totidem necesàe erit quœstio- 
nes, rationes, judicationes, firmamenta reperiri. 

His omnibus in causa repertis, ' tum denique sin^- 
gulœ partes totius causœ considerandse sunt. Nam 
non utquidque dicendum primum, ita primumani* 
madvertendum videtur : ideo quod illa , quae prima 
dicuntur, si vehemcnter velis congruere, et cohœ- 
rere cum causa , ex eis ducas oportet , quae post di- 
cenda sunt. Quare cum judicalio, et ea, quae ad 
judicationem oportet inveniri argumenta y diligenter 
erunt artificio reperta , cura et cogitâtione pertrac^ 
tata; tum denique ordinandae sunt ceterse partes ora- 
tionis. Hae partes sçx esse omnino nobis videntur; 
exordiurû, narratio, partitio, confîrmatio, reprehen- 
sio, conclusio. Nunc quoniam exordium princeps 
omnium esse débet, nos quoque primum in rationem 
èxbrdiendi praecepta dabimus. 

XV. Exordium est oratio animum auditoris idonee 
comparans ad reliquam dictionem : qtiod eveniet, si 
èum bencvôlum ^ àltentum , docilem fécerit. Quaré 
qui benè exordiri causam Toict, eùm necesse est 
genus suœ causée diKgenter ante cognosoere. Gênera 



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DE L'INVENTION, LIVRE I. 5; 

cordepas le Mt^ le point k juger ne peut Boâtre du déve- 
loppemeutdes ràisôi». Alors le point de discussion et le point 
a jttgcfr ne donnent nécessairement qu'un. Le fait existe ; il 
n'existe pas : existe-t^il? Autant il y a dans une cause d'états 
de questions, autant il doit nécessairement y avoir de points 
de discussion, de raisons^ de points a juger et de preuves 
fondamentales. 

. ICoutes^cei divisions étahlies, considérex isolément chacune 
des partie» de la cause , et n'allez point vous occuper d'a- 
bord de ce que vous devez dire en commençant. Voulez- 
vous que vos premiers mots se lient bien , et soient dans une 
Harmonie parfaite avec le fond de la cause? faites-les naître 
de ce qui doit suivre. Quand l'art , l'étude et la méditation 
TOUS auront montré le point a juger , et tous les raisonne- 
u) ens qui l'appuient , ordonnez les différentes parties de votre 
dî^cpurs, U y en a six , a ce qu'A nous semble : l'exorde , 
la narration 7 la division,- la confirmation, la réfutation et 
là péA)^ison. Nous traiterons d'abcwd de l'exorde , puisqu'il 
se présente le premier. 



XV. L'exorde prépare l'auditoire k entendre le reste du. 
discours. Il doit donc lui inspirer la bienveillance, l'attention 
et la. docilité. Aussi l'orateur, pour faire uaboa exorde, 
doit-il oonnaltre parfiiitement la nature de sa cause. Les causes^ 
peut honnêtes, extraordinaires, bassejj, douteuses on obs- 



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58 DE INVBNTIONE, UBER I. 

causarum suât quipque, honestum^ adtnirabik ^ ha- 
mile, aucep9^ obK:uruQi. HooeatumcimfQ^ gf»iài eftl> 
cui statini sine oratioQp nostra auditpm fayçlaaiinus ;: 
admirabile 9 a (juo alienaUis est animus eprum, qui 
audituri suut : kumile ^ quod negligitur ab aùditore, 
et non magnopere attendendum videtur : anceps^ in 
quo aut judicatio dubi'a est; aut causa ^ et honestatis^ 
et turpitudinis particeps, ut et benivolentiam pariât, 
et oiFensionem : obsciirum , in quo aut urdi éixdi-* 
tores 6ua^ autr diSIcilioribu^ ^^ eogoosoendùm ne**- 
gotiis causa impliciu ^U Quare quoniam tam dé- 
versa sunt gênera caus^rum, ejLordiri quoque 4Î3pari 
raiione in unoquoque génère nepesse est. Igitur exor- 
dium in duas partes dividitur, in principium et insi- 
uuationem. Principium est oratio, perspîûue et pro- 
tinus perficiens auditorem benivotiim, aut docilem, 
aut attentura* loêinuatio est oratio qUadam dissimula- 
tione et circuitione obacsire subiens auditorisanimum. 
In admirabili génère caus^p, h uoaonmiDO infeslà 
auditores erunt, grincipio benivoleqtiiiin coii4>arare 
licebit. Sin erunt vehementer abajienati, copfugere 
necesse erit ad insinuationem. Nam ab iratis si pers* 
picue pax et benivolentia petitur ; non modo ea non 
invenitur, sed augetur atque ipflammatur odiuDf. In 
humili autem génère causse y contemtionis toUendas 
causa, necesse erit attentnm efficere auditorem. An- 
oeps genus causae, si dubiam judîcationem habebit, 
ab ipsa judicatione exordiendum est. Sin autem par- 
tem turpitudinis et partem konestaiia habebili bem«. 



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DE L'INVENTION, LIVRE I. m, 

cures. HûDnêteSy qfxmà l'auditoire est de lui-même prévenu 
en notre faveur^ extraordinairosy ^and les esprits sont in* 
disposés ccmtre fons ; basses, si l'auditeur les dédaigne et 
n'y attache pas grand intérêt ; douteuses , si le pointa juger 
est incertain y ou si la cause , tout k la fois honnête et hon- 
teuse, prévient également pour et contre elle ; obscures , enfin , 
si elles se refusent k l'intelligence des auditeurs , ou si la 
multiplicité des ineidens y répand de la confusion. Ces genres 
de causes ù différeus denandeat donc des exordes différeus ; 
ainsi ooas distiiigiitfeM dan sottet d^couirdes : l'exordedirect) 
et l'exorde.par insinuation. Le premier eherche ouvertement 
a disposer l'auditoire k la bienveillance . k l'attention et k la do- 
cilité. Llnsihuation se cache avec adresse, et, par des détours 
obscurs , se glisse dans l'esprit de l'auditeur. 

Dans une cause extraordinaire, si les esprits ne sont pas 
trop iodJspcfiés contre vouS| tâches de vous les rendre favo» 
r^le» per l'^ocde divfct : bqU^ violenunent ammés , aje^ 
Meeufs k Kasinuaticm ; ear deauoider ouTerteanst k uQi bom^ 
ericore irrité son tttdulgence et son amitié, c'est le plus sAr 
moyen y non-seulement d'être refusé, mais de l'irriter encore 
et d'enflammer sa haine. Dans une cause basse , pour éloigner 
le mépris, il faut rendre l'auditeur attentif. La cause est-elle 
doutmise, si le point k juger est incertain, commencez par le 
point k juger : si elle est a U fois honnête et honteuse , pour 
vous cooeilier k bienveiUance^ m la mwtrez que sous le joup 
le plus avantageux. Lbkm une causé honnête, vous pou\:ez passer 



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4o DE INVENTIONE , UBER I. 

volenliam captare oportebit^ ut in genus hoDestum 
causa translata videatur. Gum autem erit bonestum 
causas genus^ vel prœteriri principium poterit^ vel ^ 
si commodum fuerit, aut a narra tione incipiemus^ 
aut a lege^ aut ab aliqua firmissima ratione nostrae 
dictionis : sin uti principio placebit^ benivolentise 
partibus utendum est^ ut id^ quod est^ augeatur. 

XVI. In obscuro causae génère , per principium 
dociles auditores eiBcere oportebit. Nunc, quoniam^ 
quas res exordio conficere oporteat, dictum est; re- 
liquum est, ut ostendatur, qoibus quseque res ratio* 
nibuft confici possit. 

Benivolentia quattuor ex locis comparatur : ab 
nostra, ab adversariorum^ ab judicum p§rsona, ab 
ipsa causa. Ab nostra^ si de nostris factis et officiis 
sîAe arrogantia dîcemus : si crimina illata, et aliquas 
minus honestas suspiciones injectas diluemus : si ^ 
quae incommoda accîderint, aut quae instent diflScuI- 
tates, proferemus : si prece, et obsecratione humili^ 
ac supplici utemur. Ab adversariorum autem y si eo» 
aut in odium, aut in invidiam^ aut in contemtionem 
adducemus. In odium adducentur, si quod eorum 
spurce, superbe 9 crudeliter, malitiose factum pro« 
feretur. In invidiam , si vis eorum , potentia, divitiœ^ 
cognatio^ pecuuiae proferentur, atque eorum usus 
arrogans et iniolerabilis ; ut bis rébus magis videan- 
tur, quam causae suae confidere: in contemtionem 
adducentur, si eorum inertia, negligentia, ignavia^ 
desidiosum studium^ et*luxuriosimi otium profère- 



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DE ^INVENTION, LIVRE I. 41 

i'exorde , et , si vous le juges a propos , oommeiicer par la nar- 
ration , par la citation de la loi, ou par quelle raison solide; 
ou, si vous voulez un préambule, employez les moyens de bien- 
veillance pour achever de gagner votre auditoire. 



XVI. Dans une cause obscure, que l'ei^orde direct rende 
d'abord les esprits dociles et attentifs. lHous avons montré quel 
est le but de l'exorde , enseignons maintenait les moyens d'en 
tissurer le succès. 

L'orateur a quatre moyens de captiver la bienveillance : il 
les puise dans sa propre personne, dans celle des adversaires, 
des juges, enfin dans la cause même. 

U parlera modestement de sa conduite et de sa fidélité a ses 
devoirs; il repoussera ka accusations, les honteux soupçons 
répandus sur aon compte ; il retracera les malheurs qu'il a 
éprouvés , ceux qui le menacent encore ; enfin , il aura recours 
aux prières et aux sujpplications ; il répandra sur ses adver- 
saires Penvie, là liaine et le mépris. Pour les rendre odieux, 
on cite des preuves de leur tiu*pitude, de leur orgueil, de 
leur cruauté, de leur méchanceté. Veut-il en faire un objet 
d'envie, qu'il vante leur puissance, leur fortune, leurs al- 
liances : ils en abusent insolemment , ils comptent bien plus sur 
tous ces moyens que sur la justice de leur cause. Rendex-les 
méprisables en dévoilant leur paresse, leur indolence, leurs 
frivoles occupations, leur molle et voluptueuse oisiveté. Pour 



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4a PE INVENTIONE , UBER I. 

tur* Ab audîtfOrum persooa beiûvokntu cuptabitur^ 
si Tes 9h bis (oHÏV^r, ss^pienter^ max^suete gestae pro- 
ferentur^ ut pe <}ua asseDtatio nimia significetur : et 
si de his^ quam honesta existimatio^ (juantaque eorum 
judicii et auctoritatis exspectatio sit^ ostendetur. Ab 
ipsis rébus, si nostram causam laudando extoUemus, 
adversariorum causam per cootemtioDem déprime- 
mas. Atteutos autém faciemus^ si demonslrabimus, 
ea , qu8B dicturi «rimus , magna ^ nova y ioeredibilia 
esse 9 aut ad omues^ aiu ad eos , qui audiunt $ aut ad 
aliquos illustres bomines y aut ad deos immortales , 
aut ad summam * rempublicam pertinere ; et si polli- 
cebimur^ nos brevi nostram causam demonstraturos^ 
atque exponemus judicationem y aut judicatioues y si 
plures erunt. Dociles auditores faciemus y si aperte 
et breviter summam causse exponemtts; boc est, în 
quo consistât controversia. Nam et cnm docilem velis 
faeere, aimul attentum faeiaa oporteb Nion is maxime 
doeUif eaty qui «Hettûa^iwe eai paratos audire. 

XyU. Nutic iosinnationes quetoadmodum t? actari 
conv^niat, deinceps dicendum videtur. Insinuaiioue 
igitur utendum est y cum admirabile genus causœ est, 
boc est, ut ante diximus, cum animus audiloris in- 
festus est. Id autem tribus ex causis fit maxime ; si 
aut inest in ipsa causa qnsedam tnrpitndo, aut ab iis, 
qui ante dixerunt , jam quiddam aiiditori persnasnm 
videtur, aut eo tempore loovs dicendî datur> cam '^m 
illi, qiioa audire oportei^ defessi mm a^^idicudo- Pïa» 

» RcipubUcvv 



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IkE'i/inVKNTKMff LIVRE I. 45 

mfiiUT.UbimirfpkiiMcbf p^M, H oia te nr I ttm un$ trop de 

snratiV^ils rifpàtiétotà i h noble estime et k Pattente du ^ n- 
hHe. enfin , là bstàséeU^-miàiè devient une source de bienveil- 
lance, lors^u'en la comUant d'éloges , on iait ressortir par le 
contras tç toui ce ^^léshonore celle des adversaires. 
. y q^le7*vou4 ^endrç )'audiieur attentif, ^axkwcez que vous 
a))f^ inqier m rajftt irand, neufi attw»4ÛmE^» qui inta- 
?A»99.tou*/lef 6¥Pfm.t9^/i9Êm awrikoâre en pBrtinaiktr, ou 
qiitUpM$::]iitos, ou lea, dieiuc immortels, ou la république. 
PrcMiettieî de déiieloppér bientôt votre cause , et d'abord faites 
connaître le point où té^ pointé a juger. Soyez clair et concis 
dans l'expose de la cause, c'est-a-dire du point de discussion, 
et vous rendrez vos, a^diteiu:? doaiks ; car je ne aéparç poipt 
la docilité de l'f tte^tii^^ puisque le plu« docile est celui qui 
promet |e pbuf li'^ttei^mv 

^ . ' . . . . • . 

X,VII. Coaun«iit iauV^ txpfi^ l'ffford^ p»r inawuaiioQ? 

èxtniordibaiFes>c^e»t-a<^Ure, comne nous l'avons arvanoé plua 
bawt , qèarid4'audit<6{re e« indisposé contre nous ; ce qui arrive 
quand la cause a qûètqtie cliose' debonteux , quand l'auditoire 
paraît déjà' cpnvajft^cu par ceux qui ont parlé, ou que sou 
attention parait fatiguéle ^ ci^rcopstance qui n'inspire pas moins 
de prévention que les dw^. f^uXres. 
Si la bassesse de la cause peut blesser l'auditoire , a la per- 



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44 DE invewtione; liber ï; 

ex hac quoqueire'iion miow^qtiafo ex-primis^ûabcrs^' 
ia ' oratore noanuDquam Mi|:aB6.fm4Hari$Qffe]idîtar. 
Si çausae turpitudo oo^tn^et pfiefD^^i^^inf ^nit prp eo 
homine^ io quo offenditur, aliuip bomipera^ qui di-* 
ligitur^ interponi oportet : aut pro re ; io qua pfTen- 
ditur^ aliam rem^quae probatur aut prore; homioem, 
aut pro homiue rem , ut ab eo y quod odit, ad id y qûod 
diligit^ auditoris animus traducatur, et dissimulàreid 
te defensurum, quod existimeris defensurus : deindie^ 
€um jam mitior factus erît «odiuiT^ ingredi pedeientim 
ia defeusionem > et diœre > ^a> quae f indigBcmtar 
adversarii ^ tibi quoque, indigna. videri : deiQd6(cum 
lenieris eum^ qui audiet)^ demoostrare, nihil eorum 
ad te pertinere^ et negare te quidquam de adveraariîs 
esse dicturum^ neque hoc, neque inud:ut neqùe 
aperte Isedas eos, qui diliguntur^ et tamen id obscure 
faciens, quoad possis , aliènes ab eis auditorum vo- 
luntatem : et aliquorum judictum simili de re , aut 
auctoritatem proferre imitalione dignam : deinde eau* 
dem y aut consimilem, aut majorem, aut minoreiir agi 
rem in prsesentia demonstrare. Sin oratio adTerdario*- 
rum fîdem videbitur auditoribus fecisse y ^ id quod 
ei, qui intelligit, quibus rebu^ fîdesfiat, facile erit 
cognitu; oportet aut de eo, quod adversarii sibi fir- 
missimum putarint, et maxime ii, qui audierint, 
probarint, primum te dicturum poiliceri, aut ab ad- 
versarii dicto exordiri , et ab eo potissimum , quod 
ille nuperrime dixerit : aut'dubitationeuti, quid prf- 

' Oratione. — ' Indîinianlur. — ' Abest id. 



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DE L'INVENTION , LIVRE L 45 

sonne ou a la cbg^ sur qui tombe le mépris , substituez une 
peisomie ou une ehoa^ qui intéresse; ou bien a la personne, 
substituet une <4iose^;ou b la cbose une personne pour ame- 
ner insensiblement l'auditeur de ce qui lui plait a ce qui le 
blesse. Dissimulez d'abord l'intention de défendre ce qu'on 
vous reproche ; et quand l'auditoire sera calmé j commencez 
insensiblement votre justification ; dites que vous partagez l'in- 
dignation de vos af^versaires, mais que vous n'avez rien fait de 
semblable à ce dont ils vous accusent. Protestez de vos égards 
pom: l^r personne \ et, sansbleascsr ouvertement des hommes 
environnés de la fafveur pubUque, t&cfaez, par des attaques 
indirectes, de la leur- eiJevèr. Vo^s pouvez enfin rapporter 
un jugement rendu dans une afTaire semblable, ou du moins 
analogue^ et montrer tous les rapports qu'il offre avec votre 
cause. 

, Le discours 4^ votre adversaire a-t-il persuadé l'auditoire 
(ce qu'avec quelque habitude de l'éloquenpe il est facile de con- 
naître ) 9 il faut pcomettre de détruire avant tout la preuve sur 
laquelle'S a le plias insistéet qui a fait le plus d'impression. On 
pourra tirer encore son exorde des paroles mêmes de l'adver- 
saire, surtout des dertûères, ou paraître embarrassé sur le choix 
Hes réfutations qui s'offrent de toutes parts.L'auditeur qui vous 
croyait vaincu et tenjassé ne peut se persuader que tant de con- 
fiance n'ait aucun foiflement , et s'accuse plutôt d'une folle cré- 
dulité. % l'attention est fatiguée, on prcmiettrade ne point plab» 
der oonune l'orateur qu'on vient d'ent«ndre. Quandle sujet le 



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/,6 DE INVENTIONE, LIBER ï. 

mum dicas, aut ciii potissimum loco réspondeas^ 
cum admiratione. Nam auditor cmu «ttin, quem ad- 
versarii perturbaium putani oraûone ^ yiàet anîmo 
firmisaimo contra dicere paratum ^ pleruBique ae po« 
tius temere assensbse^ quam illum sine causa confît 
dere arbitratur. Sin audîtoris studium defatigatio 
abalienayit a causa ^ te breyius ^ quam paratus fuerîs^ 
esse dîcturum , commodum est polliceri ; non imi- 
ta turum ad versarium. Sin res dabît^^on inutile est 
aib aliqua re nora aut ridicnla îûciperë : am et tem- 
pore quflB nata ait; qnoë genus^ ^repitum^ acda-* 
mationem : aut jam paraia^ quœ vel apologoin > Tel 
fabulam. Tel aliquam continuât irrisionem i aut ^ at 
rei dignitas adimet jocandi facultalem^ aljiquid triste, 
novum, horribile, statim non incommoduro est in- 
jicere. Nam ut cibi satietas, et fastidium aut subamara 
aliqua re relevatur, aut dulci mitigatur ; sic animus 
defessus audiendo, aut admiratîoné integratur, aut 
risu ■ novatur. 

XVIII. Ac aeparatim quidem y qnae de prineipio 
et inainuatione dicenda videbancur, Jbaeo* fere iwint^ 
l^unc quiddam breviter et communiter de utroque 
prsBcipiendum videiur* Exordium^ sententiarum et 
grayitatis plurimum débet babere^ et omnino omnia, 
quae pertinent ad dignitatem, in se continere, prop- 
terea quod id optime faciendum est , quod oratorem 
auditori maiime • commendet r splendoris^ ci fèstl- 
vitatia, et coneinnltudinis minimum^ proptérea quod 



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DE L'INVENTION, LIVRE L 4^ 

permet^ on ooittineiice par quelque chose de neuf ou de plai'i^ 
santy inspiré par les drconistances^ comme une exclamation ; 
ou médité, comme un apologue ou un conte. Si la grarité du 
sujet TOUS ôte cette ressource , frappez d'abord les esprits de 
tristesse y d'étonnement ou de terreur, ^ar si la douceur ou 
l'amertume des mets flatte ou pique un palais engourdi par 
le dégoât et la satiété^ la surprise ou la gaitie savent réveiller 
Vmeatàm déjà litiguét. 



XVill. TdfciiMM les rè|^ partiomlièita de r«ia^ 

et de llnsiBUfttîoÉ : celleiB quH Im reste k frac^ kur aont 
communes à tous deux. 

Le "but de Texorde est de donner une idée &voral)Ie de 
l'orateur : il 'sera donc plein de gravité, de noblesse , semé 
de sentences : rien de pompeux, de fleuri, d'afTecté : il sen- 
tirait Tari et le travail^ et c'est ôter au discours la persua- 
ann, et k Vorateiit toula coafiance. 

Voyons maintenant les défauts qu'on doit surtout éviter 



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48 BE INVEISTIONE, UBER I. 

ex bis suspicio quœdam apparationis atque ariificioaae 
diligejQtise nascitur : quae maxime oratîoni fidem, ora- 
tori adimit auctoritatem. Vitia vero haec sunt certis- 
sima exordiorum^ quae summopere vitare oportebit; 
Yu]gare^ commune^ commutabile^ longum^ sépara- 
tum , translatum^ contra praecepta. Vulgare est^ quod 
in plures causas potest accommodari^ ut convenire 
yideatur. Commune est , quod nibilo minus in hanc^ 
quam in contrariam partem causas > potest convenire» 
Gommutabile est^ quod ab adversario potest , leviter 
mutatum, ex contraria parte dici. Longum est, quod 
pluribus verbis, aut sententiis, ultra quam satis est, 
producitur. Separatum est, quod non ex ipsa causa 
ductum est, nec, sicut aHquod membrum, annexum 
orationi. Translatum est, quod aliud conficit, quam 
causae genus postulat : ut si quis ^pîlem faciat audi- 
torem, cum beniyolentiam causa ' desiderat : aut , si 
principio utatur, cum insinuationem res * postulat. 
Contra praecepta est, quod uibil eorum efficit, quo« 
tum causa de exordiis praecepta traduntur : hoc est, 
quod eum , qui audit, neque benivolum , neque al- 
tentum, neque docilem efficit : aut, quo profecto nihil 
j>ejus est, ut contra sit, facit. Ac de exordlo quidem 
âatis dictum est. 

XIX. Narratio est rerum gestarum, aut ut ges- 
tarum, expositio. Narrationum tria sunt gênera: 
unum genus est, in quo ipsa causa, et omnis ratio 
controversiae continetur : alterum , in quo digtessio 

* » Desidcrci. — « Postolet, 



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DE L'INVENTION, UVRE L 49 

iJansVexorde y il est défectueux , s'il s'applique indifféremment 
k plusieurs causes, ou si l'adversaire peut l'employer mot a 
mot ou avec de légers changemens. La diffusion dans le style 
ou dans les pensées est encore un défaut. Il doit naître de la 
cause même, et ne faire avec elle qu'un seul corps. Il doit 
surtout ne pas produire un effet différent de celui qu'exige 
le genre de la cause, ni rendre l'auditeur docile, quand il 
s'agit de se omcilier sa bienveillance ; ni être direct, quand 
l'insinuation est nécessaire. Enfin , il est opposé aux principes , 
s'il manque son but , et s'il ne rend l'auditeur, ni docile, ni 
bienveillant, ni attentif, ou , ce qui est pis encore , s'il l'indis-. 
pose contre nous. Mais c'en est assez sur l'exorde. 



XIX. La narration est l'exposé des faits ou de ce que Vctsy 
r^arde comme tels. H y a trois genres de narrations. Le pre- 
mier renferme la cause même et le point de discussion. Le 
second s'éloigne dusujet afiade l'agrandir, dcl'omer, d'y places 

II. 4 



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5o DE INVENTIONE, LïBEft ï. 

alîqua extra causam aut crîmÎDationis , aut similîiU' 
dlûis, aut délectation îs non alienae ab eo n«gotio, quo 
de agitur^ aut amplificatioais causa, interponitur^ 
Tertium genus est remotum a civUibos causU » quod 
delectalionâs causa > boq inulili cum exercitaiione ^ 
dioitur et scribitur. Ejus partes sunt duse, quarum 
altéra in n^otiis, altéra in personis maxime versatur. 
Ea, quae in negotiorum expositione posita est^ très 
babet partes > ^abulam, bistoriam, argumentum. Fa- 
bula est, in qua née verae, née verisimiles res conti- 
nentur : eu j usmodi est : 

Angues ix^entc» alites , juncti jugo. 

Historia est gesta res , ab œtatis nostrae memoria re« 
mota : quod genus, « Appius indixit Garthaginien- 
i< sibus bellum. » Argumentum est* ficta res , quae 
tamen fieri potuit. Huj usmodi apud Terentium : 

Nam is postquam excessit ex ephebis, Sosia. 

lUa autem narratio, quae versatur in personis, ejns- 
modi est, ut in ea simul cum rébus ipsis personarum 
sermones, et animi perspici possint, hoc modo : 

Yenit ad me saepe clamitans, Quid agb, Mitlo? 
Oip {MPrdis «idokscmtmi nofais? cur anat ? 
Pur pofcat? «iir tu bis rebiis smnnnn «iggeris? 
Vestitu «ûmio indulges, nimium ineptus es. 
Nimium ips6 duras est praeter œquumcpe etbonum. 
# 
Hoc ih getiefe narrationis multa inesse débet fes-* 



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DE L'INVENTION, LIVRE I. 5i 

quelques reproches, une similitude, sans toutefois s'écarter 
troploin. Le dernier, qiû n'a point de rapport au barreau, est un 
exerck» au5si agréahlequ'utile. La narration regarde les choses . 
ou les personnes. Celle qui s'occupe des choses est fondée sur 
la fable, l'histoire, ou sur des hypothèses. On appelle fable, 
ce qui n'est ni vrai ni vraisemblable , comme : 

Toi vu de grands serpens ailés réunis sous le joug. 

L'histoire embrasse les faits véritables , mais passes. Par exem- 
ple : « Appius déclara la guerre à Carthage, » L'hypo- 
thèse est une chose supposée^ maïs vraisemblable ; comme 
dansTérence: 

Sosie, aussitôt que mon fils fut sorti deVenfance. 

Dans la narration qui regarde les personnes, on doit trouver, 
avec les faits , le langage et lès passions des personnages : 

MoH frère vient $çu\fent chez moi, en décriant r Que 
faites'vous, Mitio? Pourquoi conduire ce jeune homme à sa 
perte? Pourquoi se lis^re^t-il à V amour? Pourquoi boit-il 
outre mesure? Pourquoi foumis^ez-^ous à ses folles dé- 
penses? Vous rhalfillez trop magnifiquement, vo\is êtes 
trop faible à son égard. Mon frère est phis ^éy ère que la 
' justice et le bien ne Fe^em. 

C'est là qu'on doit trouver de la variété^ une gaité piquante. 



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52 DE INVENTIONE, LIBEK I. 

tivitas^ confecla ex rerum varletale, aDÎmorum 
dissimilitudîne , gravilate, lenitate^ spe, metu^ sus- 
piciooe, desiderio^ dissimulatione ^ errorè^ miseri--* 
cordia, fortuDse commutatione^ insperato incom- 
modo^ subita lœtitia^ jucundo exîlu rerum. Verum 
haec ex his, quae postea de elocutione praecipienlur, 
ornamenta sumentur. Nunc de narratioDe ea, qu9e 
causœ continet expositionem, dicendum videtur. 

XX. Oportet igitur eam très habere res : ut brevis, 
ut aperta, ut probabilis sit. Brevis erit^ si^ unde ne-* 
cesse est, iode ioitium sumetur, et non ab ultimo re- 
petetur, et si cujus rel satis erit summam dixisse> 
ejus partes non dicentur. Nam saepe satls est, quod 
factum sit, dicere; non ut enarres, quemadmodum 
sit factum : et si non longius, quam quod scitu opus 
est, in narrando procedetur : et si nuUam in rem 
aliam transibitur : et si ita dicetur , ut nonnunquam 
ex eo, quod dictum sit, id, quod dictum non sit, in- 
telligatur : et si non modo id, quod obest, verum 
etiam id, quod nec obest, nec adjuvat, prœteribitur : 
et si semel ' unumquodque dicetur : et si non ab eo, 
in quo proxime desitum erit, deinceps incipietur. 
Ac multos imitatio brevitaiis decipit , ut , cum se 
brèves putent esse, longissimi sint : cum dent ope- 
ram, ut res multas breviter dicant, non ut omnino 
paucas res dicant, et non plures, quam necesse sit. 
Nam plerlsque breviter dicere videtur, qui ita dicit : 
« Accessi ad aedes, puerum evocavi : respondil : quoe- 



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DE L'INVENTION, LIVRE I. 55 

la peinture des passions et des onoavemens. du cœur, la sévé- 
rité, la douceur, la craÎBte, Tespoir, le soupçon , le désir, U 
feinte, f erreur, lacompasnon, des rérolutions, des changemens 
de fortune, des revers soudains, des succès inattendus. Mais 
c'est en traitant de Pélocution que noua enseignerons Part 
d'employer tous ces omemens. Occupons-nous maintenant de 
la narration, qui renferme l'exposition de la cause. 

XX. Brièveté, clarté, vraisemblance, voila les troiç quar 
lités de la narration. Elle a le mérite de la brièveté , si l'orateur 
commence a l'endroit essentiel, sans remonter trop haut; s'il 
De donne point de détails, quand il ne £iut que des résultats; 
car souvent il suffit d'énoncer un fait sans en dével(^p^ les 
circonstances; s^il s'arrête au moment de dire des choses inu- 
tiles ; s'il ne s'égare pas dans des digressions ; si , de ce qu'il 
dit, on peut conclure ce qu'il ne dît point; s'il écarte non- 
seulement tout oç qui lui est défavorable , mais encore tout 
ce qui ne lui est ni avantageux ni nuisil^le ; enfin , s'il ixe se 
répète jamais et ne revient jamais sur ses pas. Mais n'allez pas 
vous laisser tromper par ua air de concision. Que de geùs ne 
sont jamais plus longs que quand il^ se piquent de brièveté f 
Hs tâchent de dire beiauconp de choses en peu de mots , au lieu 
de se borner a un petit nombre de choses essentielles ; car sou- 
vent on regarde comme concision de s'exprimer ainsi r w J'ap- 
« proche de la maison^, j'appelle son esclave, il me répond; je 
<ç liji demande sou maître , U nï'as;5ure qu'il n'j est pas. i) Il esf 
impossible de dire plus de choses en moiiis de mots ; /xi^i^ 



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54 DE INVENTIONE , LIBER t. 

« sivi domiùum : dotm ncgavit esse. » Hic, tametsi 
tôt res brevius non potuit dioerc^ tameo, quia satîs 
fuit dixisse, « domi negavit esèe> » fit rerum Inulti- 
tudine lougus. Quare hoc quoque in génère vilanda 
est brevitatis imitatio^ et non miuus rerum non ne- 
cessariarum, quam verborum mullitudine superse-* 
dendum est. Aperta aulem narratio poterit esse^ si^ 
ut quidque primum gestum erit , ita primum eipo- 
iietur, et rerum ac temporum ordo servabiiur, ut ita 
narrentur, ut gestae res erunt, aut ut potuisse geri 
\idebuntur. Hic considerandum erit^ ne quid per** 
turbate y ne quid cbntorte dicatur , ne quam ia aliam 
rem transeatur , ne ab ultimo repetatur^ ne ad extre- 
mum prodeatur y ne quid , quod ad rem pertineat , 
prsetereatur : et omnino^ quœ praecepta de brevitate 
sunt y hoc quoque in génère sunt tonservanda. Nam 
saepe res parum est intellecta longitudine magis, 
quàm obscuritate narralionis. Ac VërbiS quoque dî*- 
lucidis utendum est*: quo de génère dicendum est in 
ptsëceptîs elocutionii. 

XXI. Probabilis erit narratio > si in ea videbuntur 
inesse ea, quae dolent appai^ere in veritate; si perso- 
narum dignitates servabuntur ; , si causse factorum 
exstabunt; si fuisse facultates faciundi videbuntur; 
si tempus idoneum; si spatii satis; si locus oppor- 
tunus ad eandem rem> qua de re narrabitur, fuisse 
ostendetur ; si res et ad eorum, qui agents naturam, 
et ad vulgi ' morem, et ad eornda^ qui • audient, opi- 

} nunjorein. •— • Audiuni. 



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SE L'INVENTION , UVRE I. 55 

ft'est encore être loQg, puisqu'il suffisait de dire u qu'il n'y 
4c était pa». » Fuyesdone cette préteiidue concision > et retr^^ 
dvto les oiroDOltancM inntibs avco autant dfe soin c[ue les mots 
parasites. 

La clarté consiste a exposer d'abord les premiers événe^ 
mens y a siùvre l'ordre des temps et des faits , à se conformer 
a la vérité ou a la vraisemblance. Il faut n'être ni confus ni 
entortillé; ne pokit divaguer; ne point remonter trop haut; 
nçpas ali^ trop Imn, et ne rien omettre d'e^sentiei^. E)nfin, je 
renvoie anx préoeptei» sur U hmy^té'y c^ soi»vem Vm eot 
iniiitelligiMe plutôt a force d'être long gu'k fovee «l^élre 
obscur. En parlant de l'éloeuticm, nous traiterons de la cbrté 
du style. 



XM' Ja mfmtm a de I^ yrais^nblaiioe, qua^ fUe office 
«dus les caraolivts de la vérké; quand elle observe ftdèlemcmt 
les coûvemnceâ ; quand eHe nkmtre les causes des événemens ^ 
quand die prcktve qu'on a pu faire ce dont II s'agît ; que lé 
temps était favorable , suffisant , le lieu commode ; enfin^ quand 
elle ne blesse point les mœurs connues des parties , l'opinion 
publique et les sentimens de l'auditoire. Voilà ce qui donna 
aux narrations un air de vérité. 



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56 DE INVENTIONE, LIBER I. 

nionem accommodabitur. Ac veri quidem similis ex 
his rationibus esse poterit. lUud autem prœterea coiif 
siderare oportebit^ ne aut, cum obsit narratio^ aat 
cum nibil prosit^ ' tamen interponatur ; aut non loco, 
aut Don^ quemadmodum causa postulat , narretur. 
Obest tuiu, cum ipsius.rei gestœ expositio magnam 
excipit offensionem, quam argumentando ^ et causam 
ageodo leniri oportebit. Quod cum accident , mem- 
bratim oportebit partes rei gestae dis^ergere in cau- 
sam , et a(ï unamquamque confestim rationem ac- 
commodare, ut vulneri prsesto medicamentum sit, 
et odium statim deCeùsio mitiget. Nihil prodesi nar- 
ratio tUQCy cum ^ aut ab adversariis re exposita^ nostra 
nihil interest y iterum aut alio modo narrare : aut cum 
abiis^ quiaudiunt, ita tenetur negotium ^ ut nostra 
nihil intersit eos alio pacto docere. Quod cum acci- 
derit, omnino narratione supersedendum est. Non 
loco dicitur, cum non in ea parte orationis coUo- 
catur y in qua res postulat : quo de génère agemus 
tum y cum de dispositione dicemus ; nam hoc ad dis- 
positionem pertinet. Non quemadmodum causa pos- 
tulat^ narratur 9 cum aut id , quod adversario prodest^ 
dilucide et ornate exponitur, aut id y quod îpsum ad* 
juvat^ obscure dicitur, et negligenter. Quare, ut hoc 
vitium vitetur, omnia torquenda sunt ad commodum. 
suae causae, contraria^ quae praeteriri poterunt, prae- 
tereundo ; quae illius erunt , leviter attingendo y sua 
diligenter et enodate narrando. Ac de narratione qui^ 

/ Tune. — ' Ahc^ auL 



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DE L'INVENTION, LIVRE I. 5f 

Ub autre jKHiit non moins impcurtant^ c^est de savoir sup- 
primer la narration quand elle est nuisible , ou seulement inu- 
tile^ la mettre a sa place et dans un jour favorable. Elle est 
nuisible, quand l'exposition du fait élève contre nous une 
prévention qu'il faut, dans le cours du plaidoyer, détruire 
par des raisonnemens. Dispersez alors votre narration partie 
par partie dans le discours y et appuyez chaque circonstance 
de tout ce qui peut la justifier : c'est donner le contre-poison 
avec le venin, et ramener les esprits au moment qu'ils s'éloi- 
gnent. N'avez-vous aucun intérêt a recommencer la narration 
de votre adversaire, même en d'autres termes, l'auditoire a- 
t-il si bien envisagé les faits, qu'il vous importe peu de les lui 
présenter sous un autre point de vue , alors la narration est 
inutile, et il faut la supprimer. Elle est déplacée, quand elle 
n'occupe pas la place qui lui convient. Mais ceci appartient 
à la distribution oratoire, et nous en parlerons en traitant 
cette partie. La narration n'est pas dans un jour favorable, 
quand elle expose avec clarté j quand elle embellit ce qui peut 
justifier notre adversaire , quand elle est obscure et négligée 
dans ce qui nous est avantageux. Pour éviter cet écueil, ra- 
menez tout a l'intérêt de votre cause ; supprimez, s'il est pos- 
sible, toutes les circonstances défavorables, ou du moins 
glissez légèrement dessus; mais développez avec soin, avec 
clarté tout ce qui peut vous servir. Passons maintenant a la 
division. 



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58 DE INVENT103NE, LIBER I. 

dem satis dictura TÎdetur : deniceps ad partitionem 

transeamus. 

XXIL Recte habita in causa partitio , illustrem et 
perspicuam totam efEcit oraiionem. Ëjus partes dua& 
sunty quarum utraque magnopere ad aperiendam 
causam^ et * ad constituendam pertinet controver- 
siam. Una pars est^ quœ^ quid cum adversariis con-» 
Teniat^ etqaid in controTersia relinquatur, ostenditr 
ex qua certum quiddam desigoatur auditorL in quo 
animumdebeat habere occupttum* Altéra est^ in qua 
rerum earum, de quibus erimus diciuri, breviter 
expositio ponitur distributa : ex qua conficitur^ ut 
certas animo res teneat auditor^ quibus dictis intel— 
ligat, fore peroratum. Nunc utroque génère partî- 
tionis quemadmodum conveniat uti y breviter dieen-- 
dum videtur. Quae partitio, quld conveniat, aut quid 
non conveniat, ostendit; hstc débet illud, quod con- 
venit, inclinare ad suae causas commodum, hoc modo: 
(( Interfectam matrem eêse a filio, convenit mihi cum 
i( adversariis. » Item contra : (c Intcrfectum esse a Gly- 
« tsemnestra Agamemnonem , convenit. » Nam hic 
uterque et id posuit, quod conveniebat, et tamen suse 
causée commodo consuluit. Deinde , quid contre- 
versiae sit, ponendum est in judicationis expositione: 
quse quemadmodum inveniretur, ante dictum est. 
Quâe autem partitio rerum distributam continet ex- 
posilionem, bac habere débet brevitatem, absolu* 
tionem, paucitatera. Brcvitas est, cum, nisi nocessa^ 

* Ab?st ad. 



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DE L'INVENTION, UVRE 1. Sg 



XXII. La division bi^ Mfe , rend tout le discours clair 
€t lumineux. On là distingue en deux parties, toutes deux 
nécessaires pour développer là Cause et étabBr le point de 
discussion. L'une expose ce en quoi nous ^oinntes d'âccprd 
avec l'adversaire, et ce que nous lui contestons; elle indique 
à Tauditeur ce qui doit fixer son attention. L'autre rend très- 
ibrièvtepieDt compte de ce fui va faire la matière du discours ; 
eUe- montre k Pai^teur la route qu'il va parcourir. Nous 
dirdns xtlâinténant éâ peu. &e iMts Odmmeât il fàwt les em- 
ployer : la ptfetiiière doit tôufner, eu faveur de la cauàe, ce 
dont on est tomté d'afedord avec l'adversaîte. Vous CônVéûez , 
par exemple, « qu'Oreste a tu4^^ mère ; mais Clytemnestre 
t( avait assassiné Âgamemnon. » C'est ainsi que chacun est 
tombé d'accord su^ un point, sans n^liger l'intérêt de sa cause. 
EltablisseBeamitèlepcHnt de discussion, en posant l'état de la 
question , et nous avons indiqué déjà la manière de le trouver. 

Les fcaractètts de la deuiiètne partie de la division soût la 
concision, l'exactitude et la justesse. Là coliciôibn û^admet 
aucun mot inutile , parce qu'il s'agit d'attacher l'auditeur , 
non par des omemeus étrangers , mais par le fond même et 
les parties de la cause. L'exactitude embrasse tous les genres 
que refltfermk k cause : l'éclieil le plus dangereux , c'est d'o*^ 
mettre quelque point esseidei ^ qu'on serait obligé ensuite 
de placer hors de la division. La justesse empêche de con- 



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6o DE INVENTiONE, LIBER I. 

rium y nullum assumitur verbum. Haec in hoc génère 
idcirco utilb est^ quod rébus ipsb, et partibus causae^ 
non verbis^ neque extraneis omamentis animas andi- 
toris tenendus est. Absolutio est , per quam omnia^ 
quae incidunt in causam, gênera, de quibus dicen— 
dum est , amplectimur. In qua partitione videndum 
est, ne aut aliquod genus utile relinquatur, aut sero 
extra partitionem, id quod vitiosissimum ac turpîs— 
simum est, inferatur. Paucitas in partitione servatur^ 
si gênera ipsa rerum ponuntur, neque ' permixte 
cum partibus implicantur. Nam genus est, quod 
plures partes amplectitur, ut animal. Pars est, quae 
subest generi, ut equus. Sed ssepe eadem res alii 
genus, alii pars est. Nam homo, animalis pars est; 
Thebani aut Trojani , genus. 

XXIII. Hœc ideo diligentius inducitur prœ»- 
criptio, ut aperte intellecta generali partitione, pau- 
citas generum in partitione servari possit. Nam qui 
ita partitur, «Ostendam, propter cupiditatem, et au- 
« daciam, et avaritiam adversariorum , omniaincomr 
« modaadrempublicamperveçisse;)) isnonintellexit, 
in partitione, exposito génère^ partem se generis ad* 
miscuisse. Nam genus est , omnium nimirura libî- 
dinum, cupiditas : ejus autem generis sine dubio pars 
est avaritia. 

Hoc igitur vitandum est, ne, cujus genus posueris, 
ejus secum aliquam, sicut diversam ac dissimilem, 
partem ponas in eadem partitione. Quodsi quod ia 

/ Permiite. 



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DE L'INVENTION, LIVRE I. 6i 

fondre les genres et les espèces. Le genre embrasse plusieurs 
espèces, comme animal : l'espèce est une partie du genre, 
comme cheval; mab souvent le même objet est a la fois genre 
et espèce : homme , par exemple , est espèce à^ animal ^ et 
genre par rapport aux Thébains ou aux Troyens. 



XXIII. Cette règle, en établissant une division claire et 
distincte des genres, aide beaucoup a la justesse. Car, s'ex** 
primer ainsi : u Je montrerai que les passions, l'audace, 
c( l'avarice de mes adversaires , sont la source de tous les maux 
t( de la république ; » c'est confondre le genre et les espèces. 
Passion est genre pour tous les désirs déréglés de l'àme, et 
l'avarice^t évidemment une de ses espèces. 

Evitez, surtout dans une division, de joindre au genre une 
de ses parties, comihe un genre différent. Que si le genre 
comprend plusieurs espèces, exposez-le simplement dans la 
division, et vous pourrez le développer a loisir, quand la 
marche de votre discours vous aura conduit à ce pcÂnt. La 



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62 DE INVENTIONE, UBER I. 

geous plures incident partes » id cum in prima par- 
titione causée erit simpliciter expositum^ distribuelur 
eo tempore commodissime^ cum ad ipsum ventum 
erit explicandum in causœ dictione post partitionem. 
Atque illud quoque pertinet ad paucitatem, ne aut 
plura^ quam sads est^ démons traturos nos dicamus^ 
hoc modo : ostendam, adversarios, quos arguimus^ 
et potuisse facere , et voluisse^ et fecisse. Nam fecisse 
ostendere satis est : aut, cum in causa partitio nulla 
sit y et ' cum quiddam simplex agatur , tamen utamur 
distributione :' id quod perraro potest accidere. Ac 
sunt alia quoque praecepta partitionum, quae ad hune 
usum oratorium non tantopere ^ pertineant : quae 
versantur in pbilosophia, ex quibus bœc ipsa trans- 
tulimus, quae convenire videbantur : quorum nihil 
in ceteris artibus inTeaiebaœus* Atque bis de parti- 
ùione prieoiqpiM , îu omm àU^À9^^ meminisse opor- 
tebit, m. et prima qua&que par$^ ut exposita est in 
partitioué , sic ordine (ransigatur : et omnibus expli- 
catis, peroratum sit; boc piodo, ut ne quid posterius 
praeter conclusionem iuferatur. Partitur apud Teren- 
tium breviter et commode senex in Andria, quae 
cognoscere libertum velit : « 

£^ pacto, et gnati vitami et cpnsilium menm 

Cognosces, et, ^d facere in bac re te velim. 
Itaque quemadmodum in partitione proposuit, ita 
narrât, primum gnati vitam : 

Nam is postquam excessit ex ephebis, Sosia, 

LJberius vivcndî fuit potestos. 
> Abest CUIR. — > Periineot. 



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DE L'INVENTION, LIVRE L 65 

justesse nous apprend encore k nom renfermer dans les bornes 
palpites; à ne pas dire, je prouverai que mes adversaires 
ont eu le pouvoir et la volonté de commettit ce délit, et qu'ils 
l'ont commis : il suffit de prouver qu'ik l'ont commis. La 
cause est-^lle assez simple pour œ p<ânt admettre de division , 
bornez- vous a la distribution des parties ; mais ce cas est ex-* 
trémement rare. Il est encore d'autres préceptes sur la divi- 
sion; préeep(esfiû n'ajiqpartieament pas pix>prement à l'art 
mtUMre, saais qui t'appliqueot aussi à la pliilosophîe , a qui 
nous wcms emprunté tout ce qu^eHe nous offirait d'utile ; se- 
cours que nous ne trouvions point aâleurs. Suives toujours, 
dans la marche du discours, l'ordre établi dans la division. 
Quand vous aurez tout développé, que votre discours soit 
terminé^ qu'il n'y ait plus rien a ajouter. Voyez, dans l'An- 
drienoe Ji& Térence, jQomoie .Simon ^taiblit en peu d.e mots 
sa division': 

^insi tu connaîtras la conduite de PamphUe, mes déS'» 
seins, et oe //ue /aUmds de ton zèle.. 

11 ne s'écarte point dans son récit de l'ordre établi dans si 
division, dans la conduite de son fils: 

M€nifib'qmt€w^uA k 'sa ^gtième année, tkffééJui- 
même, commençait àjré^uerttér les jeunes gens. 



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64 DE INVENTIONE, UBER I. 

Deinde suum consilium : 

Et nunc id operam do. 

' Deinde quid Sosiam vellt facere , îd quod poslre-' 
mum posuit in partitione^ postremum dicit: 

Nunc tuum est officium. 

Quemadmodum igitur hic et ad primam quamque 
partem primum accessit , et omnibus absolutis^ finem 
dicendi fecit, sic nobis placet^^etad singulas partes 
accedere y et omnibus absolutis ^ perorare. Nunc de 
confirmatione deinceps^ ita ut ordo ipse postulat^ 
praecipiendum videtur. 

XXIV. Gonfirmatio est, per quam argumentando, 
nostrœ causae fidem, et auctoritatem, et firmamentum 
adjungit oratio. Hujus partis certa sunt praecepta, 
quae in singula causarum gênera dividentur. Verum-f 
tamen non incommodum videtur y quandam silvam y 
atque materiam universam ante permistam y et con- 
fusam exponere omnium argumentationum : post au- 
tem tradere, quemadmodum unumquodque genus 
causœ, omnibus hinc argumeniandi rationibus tractis , 
confirmare oporteat. 

Omnes res argument Aido conjBrmantur, aut ex eo, 
quod personis, aut ex eo, quod qegotiis est attri- 
butum. Ac personis bas res âtlributas putamus, no- 
men, naturam, victum^ fortunam, habitum, affec- 

■ Posthzc. 



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DE L'INVENTION, LIVRE L 65 

Ensuite sûu dessein : 

Maintenant je voudrais 



U termine par la dernière partie de sa division , ce qu'il 
attend de Sosie : 

Ce que /attends aujourd'hui de toi,.,. 

Ainsi nous devons, k son exemple, traiter successivement 
et par ordre, chacun des points étabb's dans la division, et 
terminer quand ils sont .développés. Nous allons maintenant 
parler de la confirmation, puisque notre sujet nou^y conduit 
naturellement. 

XXIV. La confirmation persuade Pauditeur par le raison* 
nement, et fait triompher la cause. E^e a pour base des pria-' 
cipes certains, qu'on classe suivant les différens genres de 
cause. Cependant il n'y aura pas, ce me semble, d'inconvé- 
nient a exposer, d'abord pèle mêle et sans ordre, tout ce qui 
a rapport à ce sujet, et a montrer ensuite comment on doit 
tirer de cette espèce d'arsenal des raisonnemens pour chaque 
genre de cause. Ces raisonnemens naissent des choses ou des 
personnes. Le nom, la nature, le genre de vie> la fortune > 
l'habitude, les affections, les goûts', les desseins , la conduite, 
les événemens et le langage appartiennent mm personnes. ,Lç 
nom est le mot propre et habituel dent on se sert pour ap^ 
peler quelqu'un. Quant à la nature, il est plus dîf&ile de 

n. 5 



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66 DE INVENTIONE, LIBER I. 

tionem > studia y consilia ^ facia y casus y oratioiie&« 
Nomen est, quod unicuique personae ' attribultur, 
quo suc quœque proprio et certo vocabulo ^ appel- 
letur. Naturam ipsam defînire difficile est : partes 
autem ejus enumerare eas, quarum indigemus ad 
haDc praeceptionem , facilius est* Hae autem partiiu 
divino, partim mortali in génère versantur. Morta- 
lium autem pars in hominum, pars in bestiarum 
génère numeratur. Atque bominum genus et in sexu 
considéra tur, virile an muliebre sit; et In natione, 
patria, cognatione, œtate. Natione, Grajus an Bar- 
barus; patria, Atheniensis an Lacedaemonius ; co- 
gnatîone y qulbus majoribus y quibus consanguineis : 
œtate, puer an adolescens, natu grandior an senex. 
Praeterea commoda et incommoda considerantur ab 
uatura data animo aut corpori , boc modo : valens sut 
imbecillus; loilgus an brévis; formosus an deformis; 
velox an tardus sit; acutus an hebetior; memor an 
obliviosus : comis , officiosus , pudens , patiens an 
coBtra. Et omnino, quse a natura data animo et cor- 
pori (considerabuntur), in natura consideranda sunt. 
Nam quae industrîa comparantur, ad babitum perti- 
nent, de quo posterius dicendum est. 

XXV. In victu considerare oportet , apud quos , 
et quo tnore, et cujus arbitratu sit educatus, quos 
babnerit artitim liberalium magistros , quos vivendi 
prœceptores, quibus amicis utatur , quo in negotio , 
quaestu , artifîcio ait occupatus : quo modo rem fami*. 

« Daiur. -»- » Appcilatur. 



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DE L'INVENTION , LIVRE I. 67 

h définir que de faire rénumération des difiereDtf s parties 
qui lacomposent. 

Elle embrasse les dieux et les mortels : les hommes et les anî* 
maux composent les mortels. Dans les hommes, onccmsidère le 
sexe y masculin ou féminin ; la nation^ la patrie , la famille et 
l'âge : la nation , si l'accusé est Grec ou Barbare ; la patrie , d'A- 
thènes ou de Sparte; la famille ^ quels sont ses parens, ses 
aïeux ; l'âge , s'il est dans l'enfance, dans la jeunesse > dans l'ftg^ 
mûr ou dans la vieillesse. Ajoutez encore tous les avantages ou 
les dé&uts de l'àme et du corps ; la force , la faiblesse , la gran*- 
deur, la petitesse y la beauté , la laideur , la lenteur , la légèreté, 
I^pénétration, la mémoire, la douceur, l'empressement a obli- 
ger, la pudeur , la patience et les défauts opposés. En unjnot , 
considérez dans la nature tout ce que nous tenons de la nature ; 
car tout ce qu'on peut acquérir se rapporte a l'habitude, dont 
nous parlerons bientôt. 



XXV. Dans la conduite, considérez conunont, par qui > 
d'après quels principes un homme a été élevé, quek^ maîtres il 
a eus pour les »:ts et pour la morale , quelles sont ses liaisens , 
quelle est sa profession, son art, son commerce', comment {1 
gère ses affaires, enfin quel il est dans son intérieur. Dans 
la fortune , on cherche d'il est riche ou pauvre^ libre ou ^^ 



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G8 DE INVENTIONE , UBER I. 

]iarem administret, qua coDSuetudlne domestica sit. 
In forluna quœritur, servus sit, an liber; pecunio- 
sus, an tenub : pri valus, an cum potestate : si cum 
polestate, jure an injuria : felix, clarus, an contra : 
quales liberos habeat. Ac si de non vivo quaerétur, 
etiam quali morte sit affectus, erit considerandum. 
Habitum autem appellamus , animi aut corporis cons- 
tantem et absolutam aliqua in re perfectionem ; ut 
virtutis, aut artis perceptionem alicujus, aut quamvis 
scienûam : et item corporis aliquam commoditatem , 
non natura datam, sed studio industriaque partam. 
Aflectio est, animi aut corporis ex tempore, aliqua 
de causa, commutatio, ut laetitia, cupiditas, metus, 
molestia, morbus, débilitas, et alla, quae génère in 
eodem reperiuntur. Studium ' est animi assidua et 
vehemens ad aliquam rem applicata magna cum vo- 
luntate occupatio , ut philosophiae , * poëticae , geo- 
metriae, Utterarum : consilium est aliquîd faciendi, 
aut non faciendi ( vere ) excogitata ratio. Facta autem , 
et casus , et orationes tribus ex temporibus conside- 
rabuntur; quid fecerit, aut quid ipsi acciderit, aut 
quid dixerit; aut quid faciat, quid ipsi accidat, quid 
dicat; aut quid facturus sit, quid ipsi casurum sit, 
qua sit usurus oratione. Ac personis quidem hœc vi- 
dentur esse attributa. 

XXVI. Negotiis autem quae sunt attributa, partim 
sont continentia cum ipso negotio, partim in gestione 
negotii considerantur, partim adjuncta negotio sunt, 
» Amcm e^. — » Poeiicce. 



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i 



DE L'INVENTION, LIVRE I. 69 

dave y particulier ou non ; s'il doit son élévation a son mérite 
ou à l'intrigue ; s'il est environné de gloire, comblé des fa- 
veurs de la fortune, ou dans la honte et le malheur ; enfin 
quels sont ses enfans ; et s'il ne s'agit pas d'un homme vi- 
vant y on peut considérer quel a été son genre de mort. 

On appelle habitude , quelque perfection physique ou mo- 
rale, comme une vertu qui ne se dément point, une con- 
naissance approfondie d'un art ou d'une science, ou quel- 
que autre avantage corporel , que nous devons moins a la na- 
ture qu'a l'art ou a l'étude. Les affections sont les changemens 
soudains qu'éprouvent l'âme et le corps , comme la joie , le 
désir , la crainte , le chagrin , la maladie , l'abattement, etc. 
Le goût est une volonté fortement prononcée, une application 
continuelle et soutenue, à la philosophie, par exemple , a la 
poésie, a la géométrie, aux lettres. Le dessein est un plan 
médité de faire ou de ne pas faire telle ou telle chose. La 
conduite , les événemens et le discours peuvent être envisagés 
sous le triple rapport du passé , du présent et de l'avenir. Voila 
pour de qui concerne les personnes. 



XXVI. La substance même du fait, les accessoires, les cir* 
constances et les conséquences, voila ce qu'il faut considérer 
dans les choses. Lsl substance du fait constitue le fait en lui- 



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^o DE INVENTIONE , LIBER I. 

partîm gestum negotium consequuntur. Gontinenua 
cum ipso negotio sunt ea, quae semper affixa esse vi- 
deqtur ad rem y neque ab ea possunt separari. Ex bis 
prima est brevis complexio totius negotii ^ qus sum- 
mam continet facii, hoc modo : Parentis occisio, 
patrise proditio : deinde causa ejus summae^ per quam^ 
et quamobrem, et cujus rel causa factum sit, quae- 
ritur : deinde ante rem gestam quae facta sunt, conti- 
nenter usque ad ipsum negotium : deinde y in ipso 
gerendo negotio quid actum sit : deinde, quid postea 
factum sit. 

In gestione autem negotii, qui locus secundus erat 
de iis, quae negotiis attributa sunt, ' quœritur locus, 
tempus, occasio, modus, * facultates. Locus consi- 
déra tur, in quo res gesta sit , ex opportunitate , quam 
videatur habuisse ad negotium administrandum. Ea 
autem opportunitas quœritur ex magnitudine, inter- 
vallo, longinquitate, propinquitate , solitudine, ce«- 
lebritate, natura ipsius loci, et vicinitate toiius regio- 
nis. Ex bis etiam attributionibus : sacer an profanus^ 
publicus an privatus, alienus an ipsius, de quo agi- 
tur, locus sit an fuerit. Tempus ^ est, id quo nunc 
utimur ( nam ipsum quidem generaliter definire dif- 
ficile est), pars quaedam œternitatis, cum alicujus 
annui, menstrui, diurni, nocturnive spatii certa sîgni- 
ficationê. In hoc et quœ ^praeterierint, consideranturj 
et eorum ipsorum , qute propter vetustatem * obsole- 

» Qiiaeretor. — • FaculUtf. — ^ Aateni est. — 4 Prvtcrienint. — ^ Oh«ô- 

Icvciunt. 



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DE ^INVENTION, UVJRE I. 7, 

même -, elle en est inséparable. Elle caractérise d'abord le fait 
en peu d^ mots. Pair exemple : il s'agit d'un parricide, d'un 
erime de haute trahison. Elle cherche ensuite la cause , les 
notife et les moyens; elle reprend tout ce qui a précédé le 
fait, toutes les circonstances qui l'ont accompagné , et enfin 
tout ce qui l'a suivi. 

' Le Heu , le temps , ht manière , l'occasion , le pouvoir d'a- 
gir ; voila les accessoires. Pour le lieu, théâtre de l'action, on 
examine quelles facilités il offrait pour l'exécution ; s'il est 
isolé , fréquenté ou non-, quel est son voisinage, sa situation, 
son étendue : enfin, s'il est sacré ou profane , public ou privé; 

0'il appartient ou s'il a appartenu ou non à l'accusé. 

• 

Le temps , comme nous l'envisageons ici ( car il serait diffi- 
cile d'en donner une définition générale ) , est une partie de 
l'éternité désignée par les mots d'année, de mois, de jour et 
de nuit. Il embrasse b la fois et les événemens qui , perdus dans 
la nuit des siècles , nous semblent incroyables, et sont mis au 
rang des fables, et les événemens éloignés, qui, appuyés 
$ur le témoignage irrécusable de l'histoire , méritent notre 
croyance ; et les événemens récens dont chacun peut avoir 
connaissance, et ce qui a précédé immédiatement, le présent 
même, et l'avenir qui peut être plus ou moins éloigné. On coib- 
sidère encore ordinairement la durée du temps ; car souvent 
il est nécessaire de le comparer avec le fait, pour juger s'il a 



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72 DE INVENTIONE, LIBER I. 

verint^ ut incredibilia videantur^ et jam in fabxdarum 
i)umerum reponantur; et quœ jam diu gesta^ et a 
juemoria nostra remota, tamen faciant fidem, yere 
tradita esse y quod eoruçi monumenta certa in litteris 
exstent; et quae uuper gesla sint, quae scire plerique 
possint : et item quae instent in prsesentia, et quae 
maxime fiant ^ et quae consequantur. In quibus potest 
considerari^ quid ocyus^ et quid serius futurum sit« 
Et item communiter in tempore perspiciendo longin- 
quitas ejus est consideranda. Nam saepe oportet com* 
metiri cum tempore negotium, et videre, potueritne 
aut magnitudo uegotii aut multitudo rerum in eo 
transîgi tempore. Gonsideratur autem tempus et anni^ 
et mensîs^ et diei, et noctis, et vigilise^ et horae^ et 
in aliqua parte alicujus horum. 

XXVII. Occasio est pars temporis, habens in se 
alicujus rei idoneam faciendi aut non faciendi oppor« 
tunitatem. Quare cum tempore hoc diflert. Nam gé- 
nère quidem utrumque idem esse intelligitur : verum 
in tempore spatium quodammodo declaratur, quod 
in annis ^ aut in anno y aut in aliqua anni parte spec- 
tatur : in occasione y ad spatium temporis y faciendi 
quaedam opportunitas intelligitur adjuncta* Quare 
cum génère idem sit^ fit aliud^ quod parte quadam^ 
et specie^ ut diximus, différât. Haec distribuitur in 
tria gênera, publicum, commune , singulare. Publi- 
cum est^ quod eivitas universa aliqua de causa, fré- 
quentât, ut ludi, dies festus, bellum. Commune, 
quod accidit omnibus eodem fere tempore, ut messis^ 



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DE ^INVENTION, LIVRE I. 75 

pu sufSre k une si longue action ou k tant d'actions diffi^entes. 
On examine dam quelle année , quel mois , quel jour, a quelle 
heure l'action a été commise ^ si c'est le jour ou la nuit. 



XX VIL L'occasion est une partie du temps qui offre la fa- 
cilité de faire ou de ne pas faire une action ; c'est ce qui la 
distingue du temps, car il est facile de voir qu'ils ne font 
qu'un genre. Le temps est la durée qui embrasse ou plusieurs 
années ou une seule année, ou seulement une partie de l'année. 
L'occasion, à l'idée de durée , joint celle de moment favorable 
pour agir. Ce sont , comme nous l'avons dit , deux espèces du 
même genre ; l'occasion est publique, ou commune, ou par- 
ticulière: publique, quand elle rassemble toute une ville, 
comme des jeux, une fête, la guerre ; commune, quand il 
s'agit d'une chose qui arrive à tout le monde à peu près dans 
le même temps, comme la moisson, la vendange , l'été , l'hiver ; 



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74 DE INVENTIONE, UBER I. 

vindemia^ calor, frigus :t singulare autem est^ quoil 
aliqua de causa privatim solet alicui accidere^ u( 
nuptiae ^ sacrifîciûm ^ funus y convivium ^ somnus. 
Modus ' est^ in quo, quemadmodum y et quo anime 
factum sit, quaeritur. Ejus partes sunt, prudentia et 
imprudentia* Prudentîae ' ratio quseritur ex iis, quae 
clam^ palam, vi, persuasione fecerit : imprudentia 
autem in purgationem confertur^ cujus partes snnt 
inscientia, casus, nécessitas ^ et in affectiouem animi^ 
hoc est 9 molestiam^ iracundiam^ amorem^ et cetera^ 
quœ in simili génère versantur. Facultates sunt^ aut 
quibus facilius fit^ aut sine quibus aiiquîd confici 
non potest. 

XXVIII. Adjunctiim autem negotio id intelli- 
gitur^ quod majus^ et quod minus , et quod simife 
erit ei negotio y quo de agiti^r y et quod aeque ma- 
gnum , et quod contrarium ^ et quod dispars^tura^ et 
genus^ et pars^ et eventus. IVfajus et minus, el œque 
magnum, ex vi, et ex numéro ^ et ex figura negotii, 
sicut ex statura corporis, consideratur. Simile autem 
ex specie comparabili, ^ aut ex conferenda atque ^ as- 
simulanda natura judicatur. Gontrarium est, quod 
positum in génère diverse, ab eoden, cui contra-* 
rium esse dicitur, plurimum distat, ut frigus ealori , 
vit» mors. Disparatum autem est id, quod ab aliqua 
re per oppositionem negationis separattir, hoc modo : 
u sapere et non sapere.» Genus est, quod partes aliquaa 

■ Aatem est. — * AaUm ratio. » ^ 'GMoporabUc autem conferenda. •« 
^ A^^similaoda. 



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DE L'INVENTION, LIVRÉ L 75 

particulière , quand révénement ne ccmceme qu'un parti- 
culier j connue un mariage , un sacrifice , des funérailles , un 
festin. 

Xe mode traite de la manière et de l'intention ; il a pour 
principes la prudence et Pimprudence. La prudence s'appuie 
des actions publiques et privées , des voies de douceur ou de 
violence employées pour réussir. L'imprudence, compagne 
ordinaire des passions, la colère, la douleur, l'amour, s'em- 
ploient dans la justification. Elle a pour base l'ignorance, la 
fortune ou la nécessité. Les moyens empêchent ou facilitent 
l'exécution. 

XXVm. Par accessoires , on entend ce qui est plus gi*and, 
plus petit que le fait dont il s'agit, ce qui lui est pareil, 
égal , contraire , disparate ; enfin son genre , son espèce et son 
issue. La grandeur en plus ou en moins, et l'égalité , se ju- 
gent pour ainsi dire, par la force, l'ordre, et la figure de l'af- 
faire. C'est un corps dont on mesure la taille. 

Les points de comparaison établissent la similitude : on les 
trouve par le rapprodiement. Deux choses sont ccmtraires 
quand leurs gemres sont très-diffêrens ; comme le froid et la 
chaleur , la vie et la mort. Elles sont contradictoires , quand 
elles se nient par opposition : w.il est sage , il n'est pas sage. » 
Le genre embrasse plusieurs exemples , connue passion par 
exemple. L'espèce est une division du genre, comme l'amour, 
Tavarice. L'issue est la fin d'une action ^ on cherche quel en 



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j6 DE INVENTIONE, LIBER I. 

amplectitur^ ut cupiditas. Pars est, quae subest ge-» 
neri, ut amor^ avaritia. Eventus est alicujus exitus 
negotii, in quo quaeri solet, quid ex quaque re eve- 
nerit, eveniat, * eventurum sit. Quare hoc in genore, 
ut commodius, quid eventurum sit, an te animo col- 
ligi possit, quid quaque ex re soleat evenire, con- 
siderandum est, hoc modo.: Ex arrogantia odium, 
ex insolentia arrogantia. 

Quarta autem pars est ex iis, quas negotiis dice- 
bamus esse attributas, consecutio. In hac eae res 
quaeruntur, quœ gestum negotium consequuntur : 
primum, quod factum est, quo id nomine appel- 
lari conveniat : deinde, ejus facti qui sint principes et 
inventores, qui denique auctoritatis ejus et inven* 
tionis comprobatores atque œmuli : deinde , ecquae 
ea de re, aut ejus rei sit lex, consuetudo, actio, ju- 
dicium , scientia , artificium : deinde , natura ejus 
evenire vulgo soleat, an insolenter * et raro : postea, 
homines id sua auctoritate comprobare, an ofTendi 
in bis consueverint; et cetera, quae factum aliquod 
similiter confestim, aut ex intervallo soient consequi. 
Deinde postremo, attendendùm est, num quae res ex 
iis rébus, quae sunt positae in partibus honestatis, aut 
utilitatis, consequantur : de quibus in deliberativo 
génère causae distinctius erit dicendum. Ac negotiis 
quidem £^re res eae, quas commemoravimus, sunt 
attributœ. 

XXIX. Omnis autem argumentalio , quae ex iia 

' Evcaturumque — ' Ac 



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DE L'INVENTION, LIVRE L r^ 

a été , quel en est , quel en sera le résultat. Aussi , pour le trou* 
ver {dus facilement, faut-il considérer quel il est ordinaire- 
ment. La haine naît de l'arrogance , l'arrogance de l'orgueil. 

Les conséquences sont le quatrième point qu'il faut consi- 
dérer dans les choses. Elles comprennent tout ce qui dépend 
du faut : d'abord quel nom il faut lui donner ; quels en sont 
les chefs et les auteurs, les fauteurs et les complices ; quelle 
est son importance ; quelle est sur ce point la loi, la coutume , 
la formule d'accusation, les jugemens, ce qu'offirent la science 
et l'art ; ensuite quelle est sa nature, s'il est commun ou rare 
et extraordinaire ; s'il est soutenu par l'approbation générale^ 
ou s'il excite ordinairement la haine ; enfin tout ce qui a un 
rapport plus ou moins éloigné avec votre affaire. Examinez 
aussi tout ce qu'elle peut offrir d'honnête ou d'utile, ce que 
nous développerons en traitant du genre délibératif. Voila 
à peu près tout ce qui concerne les choses. 



XXIX. Tôutraisonnement tiré des lieux dont nous parlons, 
sera ou probable ou nécessaire; car, pour le définir en peu 



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^8 DE INVENTIONE , LIBER I. 

locis, quos commemoraviraus ) sumetur, aut proba-* 

bills, aut necessaria debebit esse. Etenim^ ut breviter 

describamus^ argUmentatio videtur esse inventum ex 

aliquo génère , rem aliquam aut probabiliter osten- 

densy aut necessarie demoostrans. Necessarîe démons-^ 

trantur ea, quœ aliter ac dicuntur, nec fieri, nec 

probari possunt, hoc modo : (( Si peperit, cum viro 

« concubuit. » Hoc genus argumentandi , quod in 

necessaria demonstratione versatur, maxime trac- 

tatur in dicendo, aut per complexionem ^ aut per 

enumerationem 9 aut per simplicem conclusionem. 

Complexio est, in qua^ utrum concesseris^ repre- 

henditur, ad hune modum : (c Si improbus est^ cur 

(( uteris ? sin probus , cur accusas ? » Enumeratio est , 

in qua, pluribus rébus expositis, et ceteris infirmatis, 

una reliqua necessario confirmatur, hoc pacto: « Ne- 

c( cesse est aut inimicitiarum causa ab hoc esse occi- 

(( sum y atit metus, aut spei, aut alicujus amici gratia^ 

<( aut^ si horum nihil est, ab hoc non esse occisum. 

« Nam sine causa maleficium susceptum esse non po- 

(( test. Sed neque inimicitiae fuerunt, nec metus idlus^ 

c( nec spes ex morte illius, alicujus commodi, neque 

(( ad amicum hujus aliquem mors *■ illius pertinebat. 

<f Relinquitur igitur, utab hoc non sit occisus.» Sim- 

plex autem conclusio ex necessaria consecutione con- 

ficitur, hoc moflo : « Si vos me istud eo tcmpore 

c< fecisse dicitis , ego autem eo ipso tempore trans 

K mare fui : relinquitur , ut id , quod dicitis , non 

' Kjos. 



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DE L'INVENTION, LIVRE I. r^ 

de mots y un raisonnement est ime preiiye qui rend un iait 
probable ou le démontre nécessairement. 11 est démontré né- 
cessairement quand il n'a pu arriver autrement qu'on le dit ; 
par exemple: u Si cette femme est enceinte, c'est qu'elle a 
i( eu commerce avec un homme. )> Cette manière de raisonner 
s'emploie surtout sous la forme de dilemme , d'énumération ou 
de simple conclusion. 

Le dilemme vous presse des deux côtés.: u Si cet homme 
« est un méchant, pourquoi en faire votre ami? S'il est 
« vertueux , pourquoi l'accuser? » L'énumération expose 
plusieurs choses qu'elle nie toutes ensuite; a l'exception 
d'une seule, dont elle démontre la nécessité. Par exemple : 
u U faut que l'accusé ait tué cet homme par haine, par 
tf crainte, par espérance, ou pour venger un ami; s'il n'est 
u animé par aucun de ces motifs, il ne l'a point tué ; car on 
i( ne commet point gratuitement un crime. Mais il n'était 
te point son ennenn, il n'avait rien à craindre de lui, rien 
« à espérer de sa mort, indifférente pour les amis del'ac- 
(i cusé. U ne reste donc rien a conclure, sinon qu'il ne l'a 
Ci pas tué. » 

La conclusion est une suite nécessaire de ce qu'on avance : 
<t  l'époque du délit dont vous m'accusez, j'avais passé la 
(t mer: donc, bien loin de l'avoir commis, je n'en avais pas 
\< même le pouvoir. » Mais prenez^garde ( car ce serait dou- 



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8o DE INVENTIONE , LIBER L 

«modo non fecerim^ sed ne potuerim quidem fa«« 
c< cere. » Atque hoc diligenter videre oporiebit, ne 
quo pacto genus hoc refelli possit^ ut ne confirmado 
modum in se argumentalionis solum habeat^ et quan- 
dam similitudinem necessariae conclusionis y verum 
ipsa argumentatio ex necessaria ratione consistât. 

Probabile autem est id, quod fere fieri solet^ aut 
quod in opinione positum est ^ aut quod habet in se 
ad haec quandam similitudinem y sive id faisum est, 
sive verum. In eo génère, quod fere solet fieri, pro- 
babile hujusmodi est : «Si mater est, diligit filium : si 
« avarus est, negligit jusjurandum. » In eo autem, 
quod in opinione positum est, hujusmodi sunt pro«- 
babilia : « Impiis apud inferos pœnas esse prœpara- 
« tas; eos, qui philosophiae dent operam, non arbi- 
({ trari deos esse. » 

XXX. Similitudo autem in contrariis et paribus , 
et in iîs rébus , quse sub eandem cadunt rationem , 
maxime speclatur. In contrariis, hoc modo : « Nam si 
(( iis, qui imprudentes laeserunt, ignosci convenit, 
<( iis, qui necessario profuerunt, haberi gratiam non 
« oportet. » Ex pari , sic : « Nam ut locus sine portu, 
(( navibus esse non potest tutus : sic animus sine fide, 
c< stabilis amicis non potest esse. » In iis rébus , quae 
sub eandem rationem cadunt , hoc modo probabile 
consideratur : a Nam si Rhodiis turpe non est porto- 
« rium locare , ne Hermacreonti quidem turpe est 
« conducere. » Hœc tum vera sunt, hoc pacto : « Quo- 
w niamcicatrixest, fuit vulnus;» tum verisiniilia, hoc 



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DE L'INVENTION, LIVRE L 8f 

lier des armes contre tous) que votre confirmation n'ait pas 
seulement la forme d'un raisonnement, une apparence de con- 
séquence nécessaire, mais que vos argumens soient bien en- 
chaînés et appuyés sur des raisons solides. 

Un fait vrai ou faux est probable , quand il est ou semble 
être conforme a l'usage et aux idées reçues. « Si elle est mère, 
ic elle aime son fils. » — u S'il est avare, il tient peu à sa pa- 
a rôle, » — « L'impiété est punie dans les enfers. » — w Les 
4c philosophes n'admettent point la pluralité des dieux. » 



XXX^ La âinnlitude s'établit entre des choses contraires, 
pareilles, ou qui ont k même principe. Exemple des contraires : 
« Si l'on doit pardonner une faute involontaire^ doit-on de la 
<( reconnaissance k un service forcé ? » De choses pareilles : a Si 
(t une côte sans port n'offre point d'asile aux vaisseaux, \m 
u cceur sans bonne foi n'offre point de sûreté à Tamitié. n 
Dans les choses qi^i ont le Ynéme principe, on établit ainsi la 
probabilité : « S'il n'y a point de honte pour. les. Rhodiens d'af- 
u fermer leur port, il n'y en a fàinX pour Hermacréon d'en 
V {tendre le bail. » Les probabilités sont plus ou moins fondées : 
« Une dcatHce est la preuve d'une blessure ; une chaussure 

n. 6 



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8a DE INVENTIONE, LIBER I. 

modo : « Si muluis erat in calceis pulvis^ ex ilioere 

(( eum venit^e oporlebat. n 

Omne auiem ( ^t pertas qu^sdaça ijfx partp^ d^stri- 
huamus ) probabilp , quod çumimr ad ^rgum^ala- 
tionem^ aut signum est, aut credibile, aut judicatum, 
«ut comparabile. Signum e«ï, quod ^^k «epsum ali- 
quem cadil, et quiddani sigqificat^ qfipd ex ipso 
profectum vidçti^r, quod aut ?nte fueril ^ aut in ipso 
negotio^ aut post sit consecutum , et tamen indiget 
testimonii et gravioris confirmationis; ut cruor, fuga, 
pallor^ pulvis , et quae his sunt similia. Credibile est, 
quod sine ullo teste, auditoris opinione firmatur, hoc 
modo : « Nemo est , qui non liberos suos incolumes 
« et beatos esse cupiat» » Judicatum est y res assen- 
sione , aut auctoritate, aut judicio alicujus, aut ali- 
quorum camprobata. Id tribus in generibus specta- 
tiir, religioso, commnni, approbato. Religiosum est, 
quod jur^^li legibu« judicarum : communiç est, quod 
omnes vulgo prab^ri^J, ^ ^ec^tj ^pt, hwjï^^roodi ; 
ut majoribus natu assurjgatpr, lit wpplfPVï» mise- 
reatur : approbatum est, quod hofuipes , çum dubium 
esset, qujle haberl oporleret, su? constîtuerunt auc- 
toritate : velut Gracchi patris factiim , quem populus 
romanus * eo, quod insciente collega in censura nihil 
egisset, post censuram consulem fecit. Comparabile 
autem est, quod in rébus diversis similfem alîquam 
rationem cjoptijoet. Ejus p»rt4SS sunt très : imago, cd- 
latio , ex^emplum. Imago est oratio demonstrans cor- 

> Ob id. 



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DE L'INVENTION, LIVRE L 85 

« poudreuse indique qu'on arrive de voyage, n Toute proba- 
bilité ( pour ne pas marcher au hasard ), ^'appuie sfir des si-* 
gnes, sur l'opinion , les préjugés, eu sur. une comparaison. 

On appelle signe tout indice tiré du fait même, qui tombe 
sous les seins, qni ^t pi;éçédé, accompagné ou suivi le fait, et 
qui néanmoins a besoin d'être con^rmé par quelque témoin- 
gnage plus s&r, comme le sang, la fuite, h pàlepjr, la ppus* 
sière. L'opinion, confonqie aux idées de l'auditoire, n'a pa4 
besoin de témoignage. « Il n'est personne qui ne souhaite à ses 
if enfans la santé et le bonheur. » Le préjugé est fondé sur le 
consentement, l'autorité ou le jugement d'une ou plusieurs 
persoQues. On peut l'envisager sous trois points 'de vue diffé- 
rens, de religion, d'^age pu d'approbation. Il est religieux, 
q[uand il est sanc^ifWié pfur ^'ai^torjùt^ 4fi^ Ipis ; vulgaire , quand 
il est conforme a la coutume et |41 sQ|[|tiii^n,t général , comme 
le respect pour la vieillesse , la pitié pour les supplians. La 
troisième espèce est l'autorisation que donne k ui^e chose d'a^ 
bord douteuse le consentement général : par exemple, le peu- 
ple romain nomçia consul, après sa censure, le père des 
Gracqttes,iqui, daflS cette dernière magistrature^ n'avait rien 
fait que 4^ <H>up^t ^yec spn co^fff^f, 

La comparaison établit qudques points de rapport entre 
des choses différentes. Elle emploie l'image , le parallèle et 
l'exemple. L'imajg^e démontre la ressemblance du corps ou de 
la nature. Le parallèle compare deux choses semblables. 



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84 DE INVENTIONE , LIBER ï. 

porum^ aut naturarum similitudinem : collatio est 
oratio> rem cum re ex similitudiue conferens. Exem- 
plum est^ quod rem auctoritate, aut casu alicujus 
hominis^ aut negotii confirmât^ aut infirmât. Horum. 
exempla et descriptiones in prœceptis elocutioois 
cognoscentur. Ac fons quidem confirmationîs ^ ut 
facultas tulity apertus est, nec minus dilucide^ quam 
rei natura ferebat^ demonstratus est. Quemadmodum 
autem quseque constitution et pars constitutionis^ et 
omnis controversia , sive in ratione , sive in scripte 
versetur, tractari debeat^ et quae in quasque argu- 
mentationes conveniant^ singillatim in secundo libro 
de unoquoque génère dicemus. In praesentia tantum- 
modo numéros, et modos, et partes argumentandi 
confuse et permixte dispersimus : post ' descripte et 
clecte in genus quodque causae , quid cuique con- 
veniat, ex hac copia digeremus. 

. Atque inveniri quidem omnis ex his locis argu- 
mentatio poterit : inventam exornari , et certas in 
partes distingui et suavissimum est, et summe neces* 
sarium, et ab artis scriptoribus maxime neglectum. 
Quare et de ea prœceplione nobis in hoc loco dicen- 
dum ' visum est, ut ad inventionem argumenti, ab- 
solutioquoque argumentandi adjungeretur. Et magna 
cum cura et diligentia locus hic omnis considerandus 
est, quod non solum rei magna militas est, sed prœ- 
cipiendi quoque summa difBcultas. 

XXXI. Omnis igitur argumeniatio aut per induc^ 

■ Dnsrcte. — * Abctt visum. 



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DE L'INVENTION, LIVRE h 86 

L'exemple soutient ou infirme le fait^ par le rapprochement 
d'un fait analogue. Nous donnerons des exemples et des dé- 
finitions de toutes ces règles, quand nous traiterons de l'élo- 
cution. Nous avons, autant que noua le permettaient nos 
faibles talens et la nature du sujet, indiqué les sources oii doit 
puiser l'orateur pour la confirmation. Quant a la manière de 
traiter chaque question, chaque partie de question, toute dis* 
cussion portant sur le raisonnement ou sur le sens littéral, et 
sur les argumens qui coniriennent k chacune , nous dévelop 
perons chacun de ces points en particulier dans notre second 
livre. Nous nous contentons mdntCBant d'indiquer confusément 
et sans ordre , le nombre , les fennes et les parties du raisonne- 
ment, puis nous choisirons ceux qui sont propres à chaque 
genre de cause. 

Voila les lieux dans lesquels on trouvera des argumens de 
toute espèce ; mais l'art de les embellir et de les diviser en cer- 
taines parties, art aussi agréable qu'utile, a été négligé entiè- 
rement par tous les rhéteurs. Nous allons donc en parler ici 
pour montrer à la fois la manière de trouver l'argument et 
la manière de le poser. L'importance et la difficulté de I3 
matière exigent iei le plus grand soin et la plus scrupuleuse 
exactitude. 

XXXL Dans Targumentation , on emploie Tinduction ou 
le raisonneme|at« L^induction, en nous faisant convenir dQ 



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W; DE INVENTIONE, LIBER I. 

lioueni tractanda est, aut per ratiocinaticmem. Indue- 
tio est (yratîo , qnaè refatis non dtibiis eaptat assensio* 
n^m ejnSy qaicitm insthota estzquibus assensicmibus 
facll, ut illi dubia quœdam res, propter similitudineiix 
earum rerum y quibus assensit^ probetur : vehit apud 
Socraticum iEschiDem demonstrat Socrates , cum 
XeoopboDtis uxore, et cum ipso Xenophoute Aspa- 
siam locutam: (c Die mihi, qnœso, Xenophontis uxor, 
c( si vicina tua melius hd>éat auruiA, quam tu habes, 
u utfum iIKus ati tuum malis ? lUiûs , inquit. Quid 
« si Yéstém / et ceféttim ôMàetim muliebrem ^etii 
ce roajoris habeat ^ qùam tu habcfs , tttumne an illius 
ic malis? lUius verô^ respondit. Ag^e, inquit^ si vi- 
ce rum illa meliorem habeat, quam tu habes, * vi- 
ce rumne tuum an illius malis? » Hie mulier erubuît. 
Aspasia autem eum ipso Xenophonte sermonem ins- 
tituit : (c Qu^eso, inquit, Xenopbon, si vieinus tuus 
ce èquum meliorem habeat , quam tuus est ; tuurane 
« equum malis, an illius? Illius, inquit. Quid si fun- 
ce dum meliorem tiabe^ , quâm tu habes , ùtrum 
ce tandetn iiindum habere nialis ? Ulum, inquîf, îne- 
ee liorem scîlicet. Quid ai uxorem melidrem habeat, 
t< quatn tti hàbés, ' utrâm mails? » Atque hi^ Xeno- 
(riton qfddqtJie ipse tacuit. Post Aspasia: ce Quo9iiam 
ce uterque vestrum, inquit, id milii solumnoa res- 
ee pondit, quod ego solum audire volueram, egomet 
ce dicam , quid uterque eogitet. Nam et tu mulier 
ce optimum virum mavis habère , el tU Xenopbon 

* Utxumne. — » Uirum illius. 



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OE L'INVENTION, UVRË 1. 87 

cboses iviàimes , tm de os av«ut le moyen de nous faire 
cdnVëiir dé cKtisé^ floUtètiâtés, lam ijaiàni àU rÉjpport avec 
lés pi^JtAkt^^. ij'èâi âlii5iqù'argdmëhtéS(Jci*àté (WEschine, 
quand II fait parler Âspasie avec la leinnie de Xénôphon et 
avec Xénophon lui-même. « Dites-moi, je vous prie, épouse 
<( de Xénôphon, ai votre voisine a deTor d'un titre au-dessus 
u du votf e , lequel |>réf%rei*ez^vous ? -^ Le àien. — Si ell6 a 
4c des ajiistemens, vne parirê phis ricbe que la rôtre, k* 
i* quèilè i^éftrèliSz-tlîifB 7 -^ La siétinè. -^ Si sion mati tant 
xt tiSexA que h VâiHi, ttqué |>référiâréE-V6tii? ri Gèûk femme 
rougit pour toute répoiise. 

Âspàéie ^'adressé ensuite a Aéîioplion : « xKtes-moî , je vous 
i< prie, si votre voisin a un chëtal meilleur que le vôtre , 
<c lequel préférereis-vbus ? — Le sien. — S'il a une terre d'ua 
n meilleur ];apport que la vôtre, laquelle préférerez-vous ? — 
« La sienne. — Et ^11 a line femme noteflieure que la TÔtre , 
<c laquelle préférerez-Toos? «1 X^oi^iw gatèà le iileiice. uPuii^ 
V ^M oh^^h àè V6its, reprit A^pàsié, n^a pas voulu me répondte 
tf iht h* seul pbihtquè je désirais savoir y je vais répondre |>oûr 
ti ^oiis. vous, vous désirez lé meilleur des époux, et vous, 
t( Xénopnon, la meilleure des femmes. Si vous ne réussisses 
« à devenir , Tun, Tbomme le plus parfait , et l'autre, la 
te fenune la plua aodomplie , tous rq[rettèi5ez toujours de 
« n'avoir point fait un meilleur choix. » Ainsi ,' en les faisant 
convenir de choses évidentes, elle a réussi à les faire conre- 



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88 DE INVENTIONE, LIBER I. 

(c uiorem habere lectissimam mnime vis. Qiiare f 
i( DÎ&i hoc perfeceritis, ut neque vir melior^ neque 
« fœniîna lectior in lerrîs sit, profecio id semper^ 
« quod optimum putabitis esse, multo maxime re- 
({ quiretis, ut et tu maritus sis quam optimae, et haec 
c< quam optimo viro uupta sit. » Hic cum rébus non 
dubiis esset assensum, factum est propter similitu- 
dinem, ut etiam iiiud, quod dubium videbatur, si 
quis separaiim quaereret, id pro certo, propter ra- 
tionem rogandi, cqncederetur. Hoc modo sermonis 
plurimum Socrates usus est, propterea quod nihil 
ipse afferre ad persuadendum volebat , sed ex eo , 
quod sibi ille dederat, quicum disputabat, aliquid 
conficere malebat, quod ille ex eo, quod jam con- 
cessi^set, necessario approbare deberet. 

XXXn. Hoc in génère prœcipiendum ndbis vi- 
detur, primum, ut illud, quod inducemus per si- 
inilitudinem, ejusmodi sit, ut sit necesse concedi. 
JVam ex quo poslulabimus nobis illud, quod dubium 
sit , concedi , dubium esse idipsum non oportebit. 
Deinde illud, eu jus confirmandi^ causa fiet induc- 
lio, videndum est,. ut simile iis rébus sit, quas res, 
quasi non dul>ias, ante induxerimus. Nam ante ali- 
quid nobis concessum esse^ nihil proderit, si ei dis- 
simile erit id , cujus causa illud concedi primum 
voluerimus : deinde non intelligât, quo spectent illaè 
primœ inductiones, et ad quem sint exitum perven- 
turae. Nam qui videt, si ei rei, * quam prima rogetur> 

«Qua. > 



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DE UINVENTION, LIVRE I. 89 

nir de choses douteuBes, quand elle les leur demandait iso^ 
lément 

C'était la manière de Socrate ; il cherchait moins à con-* 
Taincre son adversaire par ses propres raisons, qu'à tirer de 
ses propres aveux des circ<»stances dont il le forçait de con^ 
venir. 



XXXII. Lepremitp principe de cette manière de raisonner, 
ic'est qu'il doit être impossible de ne pas nous accorder la pre- 
mière parde de notre induction ; car ce qu'on établit pour 
faire convenir d'une chose douteuse, ne doit pas être douteux 
lui-même. Ensuite, la conséquence doit être semblable a ce 
que nous avons posé d'abord pour certain. Car a quoi peut 
tious servir ce qu'on nous accorde , s'il n'a point de rapport 
avec ce a quoi nous en voulons venir? Elnfin, il faut cacher 
6a marche, et ne pas laisser voir le but auquel on veut 
arriver. 

En effet celui qui voit, dès la première question , qu'en ac* 
cordant ce qu'on lui demande, il lui faudra nécessairement 



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90 DE INVENTIONEj LIBER I. 

recté arssefl^riti illam ^lioqtie rôm^ qct£b &ibi dispH- 
ceat^ esse necessario concedendam, plerumque aut 
non respondendo, aut maie respondendo loDgius pro- 
cedé^e it^Ogâdotieîli tiotl siiiic.Quàfe fàtldtle fogàtlonis 
imprudent ab éo, quod ebiitie^sit, ùd i^y qtrod non 
vult concedére ^ dedu^éfidné est. Exif^mum àtitem 
aut taceatur oportet^ aut concedatur, aut negetur. 
Si negabiiur y aut osteudenda est similitudo earum 
rerum y quœ ante concessae sunt y aut alia utendum 
induetione. Si concedetur, concludenda est argu- 
mentatio. Si tacebitur^ aut elicieuda est responsio; 
aut^ quoniam taciturnitas imitaturcoufessioDem^pro 
eo> ac si coucessum sit^ concludere oportebit argu- 
mentationem. Ita fit boc genus argumentandi tripar*- 
litum : prima pars ex similitudine constat una^ pluri- 
busye: altéra ex eo^ qilod odncedi Yolu&ius^ eu jus 
causa similitudines adhibitae suut : tertîi» et eoDclu<f* 
sione^ quœ aut confirmât concessionem^ aut, quid ex 
ea conficiatur^ ostendit. 

XXXllI. Sed quia non satis alicui videbitur dilu^ 
cide demonstratum , nisi quoa ex civili causarum 
génère fexêmplura sul))ècérîmus : vîdétur bujusmodi 
tlùotïtie tïtétidum eiempld, laàti qiib ptœcepiio ditfe- 
fAî; aut «litèr ho<s in MrtnOtfè^ aftqne iû dicèndor sit 
ntenduni : sed ut êorum Tohtntati eatiàfin , qaî^ quod 
aliquo in loco viderint, alio in loco, nisi demoostra^ 
tum est y nequeunt cognoscere. Ergo in bac causa ,. 
qwcè apttd Grœfedé est p^Hagàta,- ^fatid Èj)âminôtïdas, 
Thebanotum inbpérfltoir» ei^ qui ^i et kgè pttdix>t 



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DE UIPÏVENTION, LIVRE I. 91 

accorder ce dont il ne veut pad cmiTenir , TOfis empêchera par 
son silence, ou pa^ Utie mauvaise réponse, de pousser phis 
loin vos questions. D faut donc que ces! questions le condui- 
sent, sans qu'il s'en aperçoive, de ce qu'A Vous accorde 
à ce qu'il ne veut pas accorder : alors vous le réduisez au si- 
lence , ou a l'alternative de nier ou d'avouer< S'il nie , m6n« 
^rec-lui l'identité de ee qu'il accorde et de ce qu'ï n'accorde; 
pas, ou serves-TDUs d'une antre inductibn. S'il avoue, con- 
cluez. Garde^t^il lésQ&ée? otiah'àb&ih^'-liii Uâe répèiise^ ou, 
puisque le sSence ést un af eu , càùthxtttoiàmé sH txii&t avoué. 
Ainsi cet arg^untènt se divisé en trois parties. La pteûâhït se 
compd^ d'une ou plusieurs siitii£itii<les ; ïâ seconde diî point 
dont nous demandons la concession, et la troisième de la con- 
clusion qui oonfinne ta concession/ ou montre ce qu^ en 
peut déduire. 



XXXm. MA pem^-ètré ne tfMvehdrl-Oti péd otite dé^ 
monsti'atîon as^ daîre, si flous tle dôùnîétis ûfi éietapJë dé 
de l'induction appliquée à une cause civile ; non qtfil y aîf 
la moindre différence entre son usage dans la conversation et 
dans le discours , mais pour satisfaire ceux k qui un seul 
^emple ne saurait suffire. Prenons la cause d'Epaynnondas , 
cause si célèbre dans la Grèce. Ce général n'avait point remis 
4è commandement entre les mainâ du préteur nommé pour 
lui succéder 5 mais il l'avait retenu pendant quelques jours pour 



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$1 DE INVENTIONE, LIBER I. 

successèrat^ exercitum non tradidit^ et cum pa^cos 
ipse dies contra legem exercitum tenuisset y Lace— 
daemonios funditus vicit, poterit accusator argumen— 
tatione uti per inductionem, cum scriptdm legis con- 
tra sententiam defendat , ad hune modum : « Si , 
u judices^ id^ quod Epaminondas ait legis scriptorem 
(( sensisse^ adscribat ad legem ^ et addat exceptionenx 
a hanc : Extra qitan si quis REipuBLiCiE causa 
« EXERCITUM NON'TRADiDERiT, patiemini ? non opi- 
u nor. Quodsi vosmetipsi, quod a vestra religione et 
(c sapientia remotissimum est y istius honoris causa 
u hanc eandem exceptionem^ injussu populi, ad le— 
ce gem adscribi jubeati^^ populus thebanus id patîe- 
« turne fieri ? Profecto non patietur. Quod ergo ad— 
(c scribi ad legem nefas est^ id sequi y quasi adscriptum 
w sit, * rectum Tobis * videatur ? Novi veslram iniel- 
(( ligentiam^ non potest ita videri^ judices. Quodsi 
H litteris corrigi neque ab illo^ neque a vobis scrip~ 
(C toris Toluntas potest; videte ne mûlto indignius sit^ 
H id re et judicio vestro mutari y quod ne verbo 
M quidem commutari potest. » Aç de inductione 
quidem satis in prsesentia dictum videtur. Nunc dein- 
ceps ratiocinationis vim et naturam consideremus. 



XXXIV- Ratiocinatio est oratîo ex ipsa re probabile 
aliquid eliciens^ quod expositum et per se cognitum j^ 
«ua se vi et ratione confirmet. Hoc de génère qui diK)- 

» Rcctomnc. — » » Vidcmr. 



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. ' J 



DE L'INVENTION, LIVRE I. 9Î 

achever d'atattre la puissance de Lacédémone. L'accusateur 
peut employer l'induction pour défendre le sens littéral de la 
loi contre le sens c[u'on lui donnait. 

m 

i( Si Ton voulait, magistrats, ajouter au texte de la loi 
u cette exception, qu'Epaminondas soutient avoir été dans- 
(( l'intention du législateur , à moûts que V intérêt de la patrie 
te n'exige que le général ne remette point le commandement, 
<c lesouflririez-vous ? Je ne le pense pas. Que si yous-mêmes , 
« et cette pensée est bien loin de votre sagesse et de votre 
(( respect pour la loi, vou$ vouliez, par bonneur pour ce gé- 
« néral, ajouter, sans Tordre du peuple, cette exception k 
(( la loi, le peuple thébain le soufirirait-il? Non', sans doute. 
<c E^ quoi ! pensez-vous qu'il soit permis de regarder comme 
« inhérent à la loi ce que nous n'oserions y ajouter? Non , 
a magistrats, je connais trop votre prudence ; vous ne pouvez 
a penser ainsi. Et si le peuple, si vous-mêmes ne pouvez chan- 
« ger l'expression de la volonté du législateur , ne seriez- vous 
(( pas mille fois plus coupables de changer , par le fait et par 
t( votre jugement, une loi dont vous ne pouvez pas même 
K changer les termes? )> 

Mais c'est assez parler de l'induction; examinons mainte^ 
nant la force et la nature du raisonnement. 

XXXIV. Le raisonnement tire du fond même du sujet une 
proposition probable qui , une fois connue et développée , n^'a 
plus besoin de nouvelles preuves pour être confirmée. Le» 
rhéteurs qui ont parlé avec le plus de soin de cet argumeoti^ 



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94 DE INVENTîONE, LIBER I. 

gentius considj^andum putaverunt , cum idem asti 
diceadi sequerentur ^ paullulum in prœcipiendi ra- 
tione dissenserunt. Nam partim (juinque ejus partes 
esse dixerunt , partim non plus , quam in très partes 
posse distribui putayerunt. Eorum controversiam non 
incommodum videtur cum utrorumque ratione ex- 
ponere. Nam et breyis est^ et non ejusmodi, niai- 
teri prorsus nihil dicere putenlur , et locns hic nobis 
in dicendo miniçie negligendiaf videtur. 

Qui piita«t ip qpinque distribui partes oportere , 
ajunt, priq^W;a conyeqire exponere summam argu- 
mentationis 9 ad bunc modum: «Melius accurantur^ 
(c quae consilio gerunlur^ quamquœ sine consilio ad- 
a ministrantur .» Hanc primam partem numerant : eam 
deinceps rationibus variis^ et quam copiosissîmis 
verbis approbari putant oportere , hoc mcxlo : i< Do-^ 
« mus ea , qu9 ratione regitur , .omoitHis ^nstruclior 
(( est rébus y ei dpparaûpr ^ qi^m ea y quae temere et 
<( millo coqi^ilîp admiiiii^tratur. Exercitus is , cui prae- 
(( positus est sapiens et callidus imperator , omnibus 
« partibus commodius regitur y quam is y qui stul- 
({ titia et temeritate alicujus administra tur. Ëadem 
(c navigii ratio est. Nam navis optime cursum con- 
« ficit ea y quae scientissimo gubematore utitur. n 
Cum propositio sit hoc pacto approh^la , et du^e par- 
tes iransierint ratiocioationis y tertîa in paf te ajtmt y 
quod o^tiei^ene v^\^ , id ex y\ prqpositionis oportere 
assumerei boi^ ppctp : .t< Nihil autem omnium rerum 
(( melius y quam omnis mundu^ y administratur. j» 



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DE L'INVENTION, LIVRE L 95 

d^^ccord 3ur soa usage dans l'éloquence , ne le sont pas sur 
les préceptes qu% doBuent a ce sujet. Caf les uns le divisent 
en cinq parties ; les autres ne lui en donnent que trob. Il ne 
me semble pas inutile de faire connaître leur opinion et les 
raisons dont ils l'appuient. La digression sera courte. D'ailleurs, 
les \w^ et les autres ne manquent point <ile rai^ns; et o^f^t un 
poinjt 9^fs i mp ort/ipt en éloquence, pçHr m^t|^v qi^'pn ^'y 
arrête qndqiiefi ii^tam. 

Ceux qui lui douQent cinq parties veulent ^u'pn établisse 
d'abord la proposition^ |)ase du raisonneijaient. a Jjç$ clipses 
<( gouTpq^es «yec fpiimpp ^mt I^iep miçwi: conduites i^e 
u cé^ 9^ ]fk tp^if^f^ œ ^ irgiiTe ppint. » Cest la pre- 
mière partj^ : elle doit être so&tenue de différentes preuves 
et de riches expressions, a Une maison administrée avec sa* 
(c gesse est mieux montée et mieux approvisionnée qu'une 
(c maison en désordre et al)apdQnAée au hasard. Une armçe 
H dirigée par un général plein de sagesse et d'e^^périence a un 
« avantage immense sur une armée }iyr^ à Tic^rancç d'un 
« chef présomptueux. Q en est 4e T^JfO(^ pwr ^i^ vaisseau. 
« G^Uû jq[tti a k rnâkur piUte i/il hi plus henrenfe tra- 
it versée. » 

La B|aj^eure ainsi projivpç, il fjuj^ ^çr dç c^tte proposi- 
tion ce qoe vous jo^k^ déipontrer. « Or, rie^ n'est mieux 
conduit que rumvers. ^ Cfsi h troisième partie. La quatrième 
renferme les preuves de cette assomption. « Car le cours ré« 



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^6 DE INVENTIONE, LIBER I. 

Hujus assamtionis quarto in loco aliam porro indu-^ 
cunt approbationem y hoc modo : (c INam et signorum 
« ortus et obitus definitum quemdam ordinem ser-* 
«c Tant y et annuae commutationes^ non modo quadam 
c( ex necessitate semper eodem modo fiunt; verum 
« ad utilitates quoque rerum omnium lunt accom- 
(( modatœ y et diurnae nocturnaeque vicissitudines ^ 
« nulla in re unquam mutatœ quidquam necaerunt. 
i< Quae signo ' sunt omnia, non mediocri quodam con-* 
« silio naturammundi administrari.» Quintoinducunt 
loco complexionem eam, quae aut id infert solum^ quod 
ex omnibus partibus cogitur , hoc modo : « Gonsilîo 
(c igitur mundus administratur : » aut unum in locum 
cum conduxerit breviter propositionem et assumtio- 
nem y ' adjungit y quod e\ his conficiatur y ad hune 
modum : « Quodsi melius geruntur ea y quae consi-* 
« lio^ quam quae sine consilio administrantur : nihil 
a autem omnium rerum melius administratur, quam 
« omnis mundus ; consilio igitUr mundus adminis- 
« tratur. » Quinquepartilam igitur hoc pacto putant 
esse argumentationem. 

XXXV. Qui autem tripartitam esse dicunt , ii non 
aliter pu tant tractari oportere argumentationem y sed 
partitionem horum reprehendunt. Negant enim ne- 
que a propositione , neque ab assumtione approba- 
tiones earum separari oportere y neque propositionem 
absolutam, neque assumtionem sibi perfectam videri, 
quae approbatione confirmata non sit. Quare quas illi 

« Siat. «- > Id adjungit. ' 



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DE L'INVENTION, LIVRE L 97 

«c gulier des astresy leurs révolutions annuelles, asservies aune 
« loi inunuable et toujours dirigées vers le bien universel , la 
a succession constante des jours et des nuits n'ont jamais , 
u par leur dérangement , causé le plus léger désordre. Preuves 
<t évidentes qu'une sagesse supérieure préside a b marche de 
(( l'univers. » La cinquième partie est la conclusion qui ren- 
ferme simplement la conséquence des quatre autres parties , 
u Ainsi l'univers est gouverné avec sagesse , )> Ou qui résume 
en peu de mots la proposition et l'assomption , auxquelles 
elle ajoute la conséquence : u Les choses gouvernées avec pru^ 
«c dence sont bien mieux conduites que celles où la prudence 
(c ne se trouve pas : or , rien n'est mieux conduit que l'univers; 
(c dcmc l'univers est gouverné avec sagesse, n C^est ainsi qu'on 
donne cinq parties à cet ai^iunent. 



XXXV. Ceux^ au contraire, qui ne lui en donnent que 
trois , ne suivent point une marche différente dans leur argu- 
ment, mais seulement dans leur division. Ik ne veulent point 
qu'on sépare la proposition et l'assomption de leur preuve. 
Si on les sépare , ces deux parties , selon eux , seront incom- 
plètes. Ainsi , ce que les autres divisent en proposition et en 
preuve , ils le r^^dent comme une seule et même chose. 

II. 7 



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çfi DE INVENTIONE, LIBER I. 

duas partes ■ numerent, proposilionem etapproba- 
tioQcm^ sîbi unam parlem videri^ proposilionem : 
quœ Sii approbata non sit^ propositio non sit argu- 
nientatiouis. Item ^ quœ ab illis assumtîp y et assum- 
tionis approbatio * dicatur, eandem sibi assumtionem 
solam videri. Ita fît , ut eadem ratione argumentatio 
tractata , alîis tripartita y aliis quinquepartita videa- 
tur. Quare evenit y ut res non tam ad usum diceudi 
pertineat y quam ad rationem praeceptiouis^ Nobis 
autem comimodior illa partitio videtur esse y qus ia 
quiuque partes distributa est y quam omnes ab Aris* 
totele et Theophrasto profecti , maxime secuti sunt. 
Pïam quemadmodum illud superius genus argument 
tandi y quod per inductionem sumitur y maiime So- 
crates et Socratici tractaveruut : sic hoc y quod per 
ratiocinationem expolitur y summe est ab Aristotele^ 
atque a Peripateticis^ et Theophrasto frequentatum ; 
deinde a rhetoribus iis y qui elegautissimi atque ar- 
tificiosissimi putati suut. Quare autem nobis illa 
magis partitio probetur y dicendum videtur y ne te- 
mère secuti putemur : et breviter dicendum, ne in 
hujusmodi rebos diutius, quam ratio praccipiendi 
^ postulet y commoremur« 

XXXYI. Si quadam iu argumentatiooe salis est 
uti propositione , et non oportet adjungere approba- 
tionem proposition! ; quadam autem in argumenta- 
iione infirma est propositio , nlsi adjuncta sit appro- 
batio ; separatum quiddam est a prpposilione appro- 

» Numenmt. — » Diôtur. — - Pottulat. 



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DE L'INVENTION, LIVRE ï. 99 

Sans preuve, ce n'est plus une proposition. U en est de même 
pour Tassomption et la preuve, qu'ils appellent seulement 
assomption. C'est ainsi qu'ils divisent le même argument , 
les ims en trois , les autres en cinq parties : ^ussi la diiTérence 
çonsiste-t-elle moins dans la pratique que dans la théorie. 

La division en cinq parties, adoptée par les disciples d'A- 
ristote et de Théophraste , me semble préférable j bar , si Técole 
de Socrate avait adopté l'induction , Aristote , les péripaté* 
tidens et Théophraste donnaient la préférence au raisonne-* 
ment -, système suivi par les rhéteurs les plus subtils et les 
plus versés dans la connaissance de leur art ; mais il faut 
justifier cette prSférence , afin d'éviter le reproche d'une dé- 
férence aveugle pour l'Académie ] et c'est ce que nous allons 
£aire en peu de mots. 



XXXVl. S'il est des argumens où il suffit d'établir la 
proposition, sans qu'il soit nécessaire d'y joindre la preuve, 
il en est d'autres où la proposition n'a de force qu'autant 
qu'elle est soutenue par la preuve. La proposition et la 
preuve sont donc deux choses différentes -, car deux choses 



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loo DE INVENTIONE, LIBER I. 

baiio. Quod emm ^ et adjungi et separari ab aKquô 
potest, id non poiest idem esse^ quod est id^ ad 
quod adjungitur , et a quo separalur ; est autem 
quœdam argumentatio y in qua propositio non in- 
diget approbatione ; et quaedam , in qua nihil valet 
' sine approbatione^ ut ostendemus : separata est 
igitur a propositione approbatio. ' Ostendelur autem 
id 9 quod poUiciti sumus^ boc modo:Quœ propositio 
in se quiddam continet perspicuum , ^ et quod cons- 
tare inter omnes necesse est y banc velle approbare 
et firmare nihil attinet. Ëa est bujusmodi : « Si , quo 
u die ista cœdes Romœ facta est , ego Athenis eo die 
« fui y interesse in cœde non potui. » Hoc quia pers- 
picue verum est y nihil attinet approl^ri. Quare as- 
surai statim oportet y hoc modo : (c Fui autem Athe- 
(( nis eo die. » Hoc si non constat y indiget approba- 
tionis : qua inducta y complexio ^ consequetur. Est 
igitur quaedam propositio y quae non indiget appro- 
batione. Nam esse quandam^ quae indigeat^ quid 
attinet ostendere , quod cuivis facile perspicuum est? 
Quod si ita est y ex hoc y et ex eo y quod proposue- 
ramus y hoc conficitur y separatum ésse quiddam a 
propositione approbationem. Si autem ita est, falsum 
est non esse plus quam tripartitam argumentationem. 
Simili modo liquet y alteram quoque approbationem 
scparatam esse ab assumtione : ^ si quadam in argu- 
mentatione satis est uti assumtione y et non oportet 

. » Abett et, — ' Absqoe. — * Ostendemiu. — ^ Eo. — 5 Con8ci|uetur. 
Igitur in casde iotercMC noo potui. Est , etc. — ^ Nam û. 



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DE UINVENTION, LITRE I. loi 

c[u'oA peut lévaiii ou séparer a volonté , ne peuvent faire un' 
seul et même tout. Or , certaines propositions n'ont pas be- 
soin de preuves ; d'autres y comme nous le montrerons, ne 
sauraient s'en passer j donc la preuve n'est pas la même chose 
que la proposition. 

Une proposition évidente et dont tout le monde ne peut 
s'empêcher de convenir , n'a pas besoin de preuve. Par exemple : 
« Si j'étais à Athènes le jour que ce meurtre a été commis a 
c( Rome, je n'ai pu en être complice. » Voila qui estq;^id€nt, 
qui n'a pas besmn de preuve. Aussi peut-on ajouter de suite 
l'assomptiou : u Or, j'étais à Athènes ce jour-là. » Si ce fait 
n'est pas constant, il faut le prouver , et ensuite vient la con- 
clusion : « Donc je n'ai pu être complice^ de ce meurtre. » 
Ainsi il est des propositions qui n'ont pas besoin de preuve. 
Prouver que d'autres en ont besoin, serait inutile ; pourquoi 
prouver ce qui est évident? Ainsi l'on peut conclure de cet 
exemple et de notre proposition, que la proposition et la 
preuve sont deux choses différentes. Or, s'il en est ainsi , il est 
faux que cet argument n'ait que trois, parties. 

Nous verrons de même qu'il faut distinguer Tassomption 
de la preuve; car, s'il suffit quelquefois de poser l'assomp- 
tiou sans y joindre la preuve, si d'autres fois elle n'a de poids 
qu'autant que la preuve y est jointe, la preuve et Tassomp- 
tion sont des choses différentes : or , il est des argumens oii 
Tussomption n'a pas besoin de preuve, d'autres au contraire;, 



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loa DE INVENTIONE, UBER I. 

adjungere ^pprobationem aaaumtioni; quadamatit6Bi 
in argumemaûouQ ipârma est a^sumtio^ nisi adjunc^ 
sit approb^tio : ^epara^um quiddam est extra assum- 
tioDein approbatio. Est aiitem arguraentatio qu^dam^ 
in qua assumtio non iudiget approbatioais ; quaedani 
autem , in qua nihil valet sine approbatione , ut os- 
tendemus. Separata est igitur ab assumtioçe appro-. 
Batio. Ostendemus autem id y quod polliciti sumus ^ 
hoc modo : Quac perspicuam omnibus veritatem con- 
tinet assumtio^ nihil indiget approbationîs. Ea est 
hujusfnodi : « Si oportet sapere y dare operam philo- 
ce sophiœ convenit. » Hœc propositio indiget appro- 
hatîonis. Non enim perspicua est, neque constat inter 
omnes y proptenea quod multi nihil prod«sse philo- 
sopbiaipi) pleriqueetiam obesj»e arbitrantur. Assumtio 
perspicua est hœc : « Oportet autem sapere. » Hoç 
autem quia ipsum ex re perspicitur , et verum esse 
întelligUur , nihil attinet approbari. Quare statim 
concludenda est * argumèniatio. Est ergo assumtio 
qudcdam, quae approbatiouîs non indiget. Nam quan* 
dam indigène perspicuum est. Separata est igitur ab 
assumiione approbatio. Falsura ergo est, non esse 
plus quam tripartitara argumçptationem. 

XXXVII. Atque ex his illud jam perspicuum 
est, esse quandam argumentationem , in qua neque 
propositio , neque assumtio indigeat approbalionis y 
hujusmodi; ut certum quiddam, et brève, exempli 
causa, ponamus : « Si " sunimo opère sapientia petenda 

' ArguiQcauiio. Igitur darc operam pbîlo6ophUe oportet, — * Sammopere. 



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DE L'INVENTION, LIVRE I. ,o^ 

comine novs le maotreroQs , où die pe peut ^en passer ; donc 
il faut distinguer Tassomptiott de la preiire. 

Uo0 a$soiuptiou qui reuferme une mérité évidente , n'a pas 
besoin de preuve. Par exemple : Si la sagesse est nécessaire , 
il faut se Uvrer à V étude de la philosophie. Cette proposi- 
tion a besoin d'être prouvée, car elle n'est pas évidente, 
puisse bien des gens regardent la philosophie comme inu- 
tile^ quel^es^uns mêiue, comnie nuisible. Mais l'assomp- 
tiou est évidente ; Or l(i sagesse est nécessaire* Or une vé- 
rité évidente n'a pas besoin de preuve, ainsi Von peut ajouter 
de suite la coneluaion ; Donc il faut se livrer à t étude de la 
philosophie. Jl est ^lonc des assomptions qui n'ont pas besoin 
de preuve : démontrer que d'autres ne peuvent s'en passer , est 
inutile. L'assomption et la preuve ne sont donc pas une seule 
et même chose. U est donc faux que cet argument n'ait que 
trois parties. 



XXX VU. lyaprès ces principes, il est constant qu'il y a 
certains argumens dont ni la proposition ni l'assomption n'ont 
besoin de preuve. En voici un exemple aussi court qu'évident: 
«S'il faut rechercher avant tout la sagesse, il faut avant tout 
« éviter l'imprudence. Or , il faut rechercher avant tout la 



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,o4 DE INVENTIONE, LIBER I. 

r< est , * summo opère stultiUa Titanda est : sammo 
« autem opère sapientia petenda est : summo igitur 
c( opère stultitia vitanda est. » Hic et assumtio , et 
propositio perspicua est. Quare neiitra quoque in- 
diget approbatione. Ex ' hisce omnibus illud pers- 
picuum est y approbatiooem tum adjungi y tum non 
adjuDgi. Ex quo cognoscitur , neque in propositione, 
neque in assumtione contineri approbationem y sed 
utramque suo loco positam^ vim suam, tanquam 
certam et propriam , obtinere. Quod si ita est , com- 
mode partiti sunt illi y qui in quinque partes dis- 
Iribuerunt- argumentationem. 

Quinque sunt igitur partes ejus argumentationis , 
quae per ratiocinationem tractatur : Propositio y per 
quam locus is breviter exponitur y ex quo vis om- 
nis oportet emanet ratiocinationis : propositionis ap'- 
probatio , per quam id , quod breviter expositum 
est 9 raiionibus affirmatum , probabilius et apertius 
fit : assumtio y per quam id , quod ex propositioue 
,ad ostendendum pertinet , assumitur : assumtionis 
approbatio , per quam id , quod assumtum est , ra- 
iionibus firmatur : complexio y per quam id y quod 
conficitur ex omni argumentatione , breviter expo- 
nitur. Quae plurimas habet argumentatio partes , ea 
constat ex bis quinque partibus : secunda est qua- 
dripartita : tertia tripartita. Dein biparlita ; quod 
in controversia est. De una ^ quoque parte potesl 
alicui videre posse consisteçe. 

* Summopcre. — > Bis. >• ^ Qnaque. 



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DE L'INVENTION, LIVRE l. io5 

N sagesse ; donc 3 faut éviter avant tout l'imprudence, n Ici la 
proposition et l'assomption sont incontestables, aussi n'ont«elles 
pas besoin de preuve. Tous ces exemples nous montrent clai- 
rement que la preuve peut tantôt s'ajouter, tantôt se retran- 
cher. EUe n'est donc renfermée ni dans la proposition , ni dans 
l'assomption. Mais jchacune de ses parties a une place et un 
caractère particulier. Ainsi ceux qui divisent le raisoni^ement 
en cinq parties , on,t suivi la division la plus exacte. 

Le raisonnement a donc cinq parties : la proposition, qui 
expose en peu de mots la pensée, base de tout ra]^[ument ; la 
preuve de la proposition , qui l'appuie et lui donne plus de 
probabilité et d'évidence ; l'assomption, qui tire de la propo- 
sition ce qu'elle veut démontrer; la preuve de l'assomption*, 
qui la soutient et l'appuie ; enfin la conclusion, qui renferme 
en peu de mots la conséquence que l'on tire de tout l'argu- 
ment. L'ai^ument le plus compliqué se compose de ces cinq 
parties. Il en est aussi de quatre, de trois et de deux, 
quoiqu'on n'adopte pas généralement cette division. Quel- 
ques-uns même prétendent qu'un argument peut n'avoir qu'une 
seule partie. Nous donnerons donc quelques exemples des divi- 
sions reçues, et nous alléguerons plusieurs raisons en faveur 
des autres. 



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io6 DE INVENTIONE, LIBER L 

XXXVIIL Ëorum igitur, quae qonsum^ exempla 
pooemus : horum ^ quae dubia auot ^ ratiooes affere-* 
miis# Quioquepartita argumeolatio est hujusmodi : 
« Omnes leges y judices , ad commodum reipublicae 
« referre oportet , et eas ex utilitate comniuui , non 
a ex scriprione , quae in Ilueris est , interpreiari. Ea 
(( enim virtute et sapientia majores nostri fuerunt, ut 
« in legibus seribendis nihîl sibi aliud y nisi saiuiem 
(c atque utililatem reipublicse proponarent. Neque 
(( enim ipsi y quod obesset , scribere volebant : et y 
Xi si scripsi$86iit y cum essai intalleetum , repudiatum 
u iri legem intelligebant* Mamo eEiini- leges Itgum 
« causa salva^ e^se vult ^ sed reipublicsQ y quod ex 
« legibus omDes rempublicam optime putant adnai- 
« nistrari. Quam ob rem igitur leges servari oportet , 
(c ad eam causam script^ omnia interpretari convçnit : 
« hoc est , quoniam reipublicœ servimus , et reipu- 
w blicae commodo atque utilitate leges interpretemur. 
« Nam ut ex medicina nihil oportet putare proficisci y 
fr nisi quod ad corporis utilitatem spectet y quoniam 
cf ejus causa est instituta ; sic a legibus nihil conveoit 
u arbitrari y nisi quod reipublicae conducat , profi*^ 
i( cisci, quoniam ejus causa suot comparai^» Ergo 
(C in hoc quoque judicio desinite litteras legis per- 
« scrutari , et legem , ut aequum est , ex. utilitate rei- 
« publicae considerate* Quid enim magis utile The- 
« banis fuit, quam Lacœdemonios opprimi? Cui reî 
« magis EpamÎDondam , Thebanorum imperatorem, 
K quam vicloriœ Thebanorum , consulere dccult ? 



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DE L'INVENTION, LIVRE I. 107 

. XXXVIU* Voici UA rfusonnemeiit a cinq parties : (c Tout» 
M les lois , magistrats 9 doivent se rapporter k l'intérêt de la 
cf patrie ; c'est dans ce sens qu'il faut les entendre plutôt que 
«f dans le sens littéral ; car si nos sages et -vertueux ancêtres 
c( n'ont établi les lois que pour le salut et l'intérêt de la patrie, 
u jamais ils n'ont voulu y rien insérer qui dût lui être nui- 
« siblcj et quand ils l'auraient iait, la découverte de leur 
a erreur doit, daos leur intention, abroger la loi. Or ce n'est 
ce pas poiur la loi elle-m^e que la loi doit être inviolable , 
M mais pour la patrie , dont la sûreté repose sur les lois. C'est 
« d'après ce principe, qui rend les lois inviolables , qu'on doit 
« en interpréter le texte.Car si nous n'avons d'autre but que 
(( l'iutérêt de la patrie, cemêqie intérêt doit nous guider dans 
K l'interprétation des lois. En effet si la médecine ^'a d'autre 
a but que de reudre la santé , puisque tel çst le motif de son 
<( invention , les lois n'ont d'autre but que l'intérêt de la pa- 
a trie, puisque tel est le motif de leur établissement. » 

u Ce^4 donc de vous attacher ici au sens littéral de la toi ; 
((.que l'intérêt de la patrie soit, comme il est juste, le seul 
<c point de vue sous lequel vous l'envisagiez . Qu'y a-t-il de plus 
« utile pourThèbes que l'abaissement de Sparte? Epaminon* 
« das, général des T^ébains, ne devait-il pas avant tout leur 
« assurer la victoire? Que devait-il préférer k une gloire si 
u brillante , à un triomp|ie si beau, si éclatant? Ne devait-il 
tf pas suivre l'intention du législateur, plutôt que le texte de 



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loÔ DE INVENTIONE , LIBER r. 

H Quid hune tanta Thebanorum gloria y tam clara 
c( atque exornato tropaeo carius aut antiquius habere 
w convenu? Seripto videlieet legis omisso^ scriptoris 
c( sententiam considerare debebat. Atque hoc quidem 
(f satis considéra tu m est ^ nullam esse legem y nisî 
« rjeipublicse causa scriptam. Summam igitur amen- 
er tiam esse eiistimabat , quod scrîptum esset reipu- 
« blicae salutis causa ^ id non ex reipublicae sainte in^ 
(( terpretari. Quodsi leges omnes ad utilitatem reipu- 
« bllcœ referri convenit y hic autem saltiti relpublicae 
(( profuit ; profecto non potest eodem facto et com- 
(( munibus fortunis consuluisse^ et legibus non obr 
c( tempérasse. » 

XXXIX. Qualtuor autem partîbus constat argu- 
mentatio y cum aut proponimus y aut assumimus sine 
approbatione. Id facere oportet y cum aut propositio 
ex se intelligituf , aut assumtio perspicua est, et 
nullius approbationis indiget. Propositionis appro- 
batione prœterita y quattuor expartibus argumentalio 
tractatur ad hune modum : « Judices, qui ex lege ju- 
(c rati judicatis y legibus obtemperare debetis. Olv* 
ic temperare autem legibus non potestis y nisi id y 
u quod scriptum est in lege y sequamini. Quod enim 
« certius legis scriptor testimonium voluntatis suae 
« relinquere poiuit y quam y quod ipse magna cjim 
« cura atque diJigentia scripsit? Quod si litierae non 
u exstarent, magnopereeas requireremus , ut ex his 
u scriptoris voluntas cognoscereiur ; nec tamen Epa- 
te minondse permitteremus , ne si extra judiciuiu 



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DE L'INVENTION, LIVRE I. fog 

« la loi? Nous aurons suiBsamlnenl établi qu'aucune 1<h n'avait 
« d'autre but que l'intérêt de la patrie. Epaminondas regar- 
u daâx donc comme le comble de la démence de ne pas prendre 
H le salut de son pays pour règle dans l'interprétation d'une 
« loi établie pour le salut de la patrie. Que s'il faut rapporter 
fc toutes les lois a l'intérêt de la république y et si Epaminondas 
tt a été utile a la république, il n'a pu en même temps être 
a utile a la république et désobéir aux lois. » 



XXXLK. Le raisonnement n'a que quatre parties quand 
on retraocbe la preuve, soit de la proposition, soit de l'assomp- 
tion; et c'est ce qu'il faut faire quand la proposition est évi- 
dente T)u l'assomption assez claire pour n'avoir pas besoin 
d'être prouvée. Voici un temple d'un raisonnement à quatre 
parties, où la proposition n'a pas de preuve : ce Magistrats, 
f( qui devez votre pouvoir k la loi, votre premier devoir est 
<( de lui obéir. Or vous ne pouvez lui obéir , si vous vous écartez 
<c du sens littéral de la loi. Car comment le législateur a-t-il pu 
« manifester plus clairement sa volonté que par ce qu'il a écrit 
H avec soin, avec l'attention la plus scrupuleuse? Si ce texte 
(( ne subsistait pas^ nous ferions tous nos efforts pour le trou* 
« ver , afin de connaître la volonté du législateur; et quand 
et nous avons le texte 9e la loi sous les jeux, bien loin de 



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lig.Ji'l.^1J.^JJ 1^ 



110 DE INVENTfONE, LIBER I. 

cr quidem esset y ut is nobis sententiam legîs inier-* 
(c pretaretur y nedum hudc ' istum patiamur y cum 
(c praesto lex sit , non ex eo^ quod apertissime 6crip«« 
ce tum est^ sed ex eo^ quod suae causae convenu^ 
(c scriptoris voluntatem interpretari. Quodsi vos y ju- 
« dices , legibus obtemperare debetis , et id facere 
« non potestis y nîsi y quod scriptum est in lege , 
« sequamini y quid causse est y quin istum contra 
« legem fecisse judicetis ? y> Assumtionis autem ap- 
probatione prseterita y quadripartila sic fiet argumen- 
tatio : « Qui sœpenumero nos per fidem fefellerunt y 
« eorum orationi fidem habere non debemus. Si quid 
« enim perfidia illorum detrimenti acceperimus , 
«nemo'erit^ praeter nosmetipsos ^ quem jure ac- 
« cusarô poasimus. Ac primo quidem decipi incom^ 
(C modum est : iterum ^ stultum : tertio y turpe. Gar- 
ce tbaginienses autem persaepe jam nos fefellerunt. 
(( Summa igitur amentia est in eorum fide spem ha« 
(c bere , quorum perfidia toties deceptus sis. » Ulra- 
que approbatione prœterita tripartita fit^ boc paclo: 
cc.Aut metuamus Garthaginîenses oportet^ si inco- 
ce lutnes eos reliquerimus ; aut eorum urbem dirua- 
cc mus. Ac metuere quidem ncra oportet. Restât igi- 
ce tur y ut urbem diruamus. 9 

XL. Sunt autem y qui ' putent y nonnunquam 
posse complexione ^ supersederi y cum id perspi- 
cuum sit y quod conficûatur ex ratiocinatione. Quod 
sifiat^ bipartitam qtloque fieri argumenta tionem, hoc 

' Isiud. — a Puunt. — ^ El oportere supersederi. 



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DE L'INVENTION, LIVRE L m 

(i pennettre qu'Epaminondas rioterprète dans le sens àt sa 
K cause, plutôt que datiâ le sens Iktétal , uotis ne le soufTrirons 
u pas j quand il serait hors de l'atteinte de la loi. Que si , 
i( magistrats , \ous devez obéir a la loi , et si vous ne le pou- 
ce vez qu'en suivant le sens littéral de la loi y pourquoi ne pas 
« prononcer qu'il a enfreint la loi? » 

Voici un exetûple d'un raisonnement a quatre parties , où 
la preuve de l'assomption est supprimée. « Il faut se défier 
a de ceux qui nous ont souvent trompés. Car si leur perfidie 
u nous cause quelque tort , nous ne pourrons nous en prendre 
« qu'a tiousnnéBies. En effet y se laisser tromper une fois est 
(c un mstlbeut ; deux, une sottise ; il serait humiliaiit de l'être 
« trois fois. Ot les Carthaginois nous ont déjà souvent trotn- 
(ijûés. Le comble de la démence serdit donc de se fle^ à ces 
a^rfides , dont nous avons été si souvent le jouet. » 

Suppritiàe^rles deux preuves ^ votre rmaonnement n'a plus 
que trois parties, a U fktit craindre Carthage si nous la lais- 
t( sons subsister , ou il faut la détruire ^ or U né faut pas la 
« craindre, donc il faut la détruite. » 

XL. Quelques rhéteurs prétendent que Vùn peut, que 
l'on doit même quelquefois suppriinct la condusion , qiiatKÏ 
elle est évidente , ce qui réduit le raisonnement a deux parties. 
« Si elle es: mère, elle n'est point vierge. Or, elle est mère. » 
fl suffit, disent-ils 9 d'établir la proposition et'lassomption. 



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lia DE INVENTIONE, LIBEIl L 

modo : « Si peperit , virgo non est : peperit autem. « 
Hîc satis esse dicunt proponere et assumere : quoniam 
perspicuum sit ^ quod conficiatur , complexionis rem 
non indigere. Notis autem videtur et omnis ratioci- 
natio concludenda esse ; et îllud yltium y quod illis 
displicet , magnopere vitandum , ne , quod perspi- 
cuum sit y id in complexionem inferamus. Hoc au- 
tem fieri poterit^ si complexionum gênera intelli- 
gantur. Nam aut ita complectemur ^ ut in unum 
conducamus propositionem et' assumtionem , hoc 
modo : <c Quodsi leges omnes ad utilitatem reipu- 
« blicœ referri convenit^ hic autem saluti reipublicae 
« profuit; profecto non potest eodem facto , et saluti 
(c communi consuluisse y et legibus non obtempe-* 
« rasse. y> Aut ita ^ ut ex contrario sententia confi- 
ciatur , hoc modo : « Summa igitur amentia est , 
« in eorum fide spem habere^ quorum perfidia to4|fc 
ce deceptus sis. » Aut ita^utidsolum^ quodconficitur, 
inferatur , ad hune modum : « Urbem igitur dirua- 
€< mus. y> Aut 9 ut id^ quod eam rem, quae conficitur, 
sequatur 9 necesse est. Idest hujusmodi : « Si peperit^ 
(€ cum viro concubuit : peperit autem. y> Conficitur 
hoc : « Concubuit igitur cum yiro. » Hoc si noiis 
inferre , et inferas id , quod sequitur : fecit igitur 
incestum ; et concluseris argumentationem , et per- 
spicuam fugeris complexionem. Quare in longis 
argumentationibus y ex conductionibus y aut ex cou 
trario complecti oportet : in brevibus id solum y quod 
conficitur , exponere : in iis , in quibus exitus per- 



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DE L'INVENTION , LIVRE I. i ,5 

6aiis tirer la conséquence qui est assef claire. Pour moi, il 
^ me scïnble quetout raisonnement doit avoir une conséquence ; 
mais , et je suis en cela de leur avis , elle ne doit pas démontrer 
ce qui est déjà palpable. 
• 
Pour éviter ce.t écueîl, il faut connaître les différentes es- 
pèces de conclusions. Tantôt elles se forment de la réunion de 
la majeure et de U mineure. Par exemple : (c Toutes les lois 
« doivent avoir pourl)ut Tintérét de la patrie; or, l'açcu^é 
i( a sauvé la patrie. Certes il ne peut p^s à la fois avoir sauv4 
(c la patrie et désobéi aux lois. » Tantôt eHe se tire, des con- 
traires. V Le comble de la folie serait donc de se fier à ceux 
« qui nous ont trompés si souvent. » Ou bien Ton n'avar.ce 
que fa conséquence seule. « Donc U faut détruire Cartbage. )> 
On peut encore établir ce qui suit la conclusion : « Si elle est 
« mère, c'est qu'elle a eu commerce avec un homme; or 
<( elle est mère; la conclusion est : donc elle a eu commerce 
« avec un homme. >y Mais si vous dites :. « Donc elle a com-* 
« mis un inceste, )>- votre raisonnei^/ent est terminé, et vous 
évites une conclusion trop évidente. 

Ainsi , un raisonnement est-fl long', il fiiut conclure par la 
réunion des prémisses ou par les contraires; est-il court, exposez 
la conséquence. ^ Quand elle est trop .évidente, ne vous y 
arrêtez pas. Ceux qui ,préj(çpdçnt qu'un argument peut n'ar 
yoir qu'une seule,.]p^tie^ le pqj^ ainsi; i^ Puisqu'elle çst^ 
IL 8 



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, I j DE INVENTIONE , LIBER I. 

spicuns est, conseAitione uti. Si qui aatem ex tma quo^ 
que parte putabuntconstare argumentationem ^ pote« 
runtdicere, sœpe satis esse hoc modo argumentatio- 
nem facere : « Quoniam peperit^cum viro concubuit. n 
Nam hoc nullius neque approbationis, neque assum- 
tionis, yel ejusapproLationis, neque complexiouis in- 
digere. Sed nobis ambiguitate nominis videntur cr- 
rare* Nam argumenlatio nomine uno res duas siguifi- 
càt, ideo, quodetinventum laliquaminremprobabile^ 
aut necessarium , àrgumentatiovoeàtlEir, et ejus in* 
Tenti artificiosâ eïpolitio. "Quatldo igitur ptoferent 
aliqitid hujasiHOdi : (c t^onSam peperit^ cum viro 
u concubuit : » inveatum profèrent y non expolitio- 
nem. N03 autera de expolitionis partibus loquimur. 

XLI. Nihil igitur ad banc rem ratio illa pertî- 
nebit,: atque hac distinctione , alia quoque, quae 
\idebunlur offîcere huic partitioni , propulsabîmus ^ 
si qui àul a^s(umtionem alîquâùdotolliposse putent^ 
afut ptoposîtiotieîn. Qùte si -^uid haï)et prababile , 
aut tkieoessâri^lun , ^oquo Modo eommove» audi-- 
torem necesse est. Quod si s<^fn spectaretur, ac 
nihil y quo pacto tractaretur id 9 quod eicogitatum 
esset, referret : nequaquam tantum intèr summos 
pratores et médiocres interesse existimaretunYariere 
autem orationem magnopere oportebit. Nam om- 
nibus in rébus simîlitudo est satietatis mater. Id 
deri poterit, si non similiter semper ingrediamur 
in argumenlationéin. Nam prîilïïurii omnium gene^' 
ribus ipsis disânguere ^ùHtvtfak ôratlo&em > hoc est > 



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DdE L'INVENTION, LIVRE h u5 

« mère ^ elle a eu conmierce avec un l^oiume. h Cai; de cette 
naanicre U n'est besoin m de {nrepoûtûm, ni d'asaonqptkm, ni 
de preuves, m de oeoclusion. Maïs l'ambiguilé du mat ^rgu^ 
mentation y produit leur erreur ; car il signifie en même temps' 
et les raisons qui rendent une chose probable ou nécessaire, 
et l'art de les exposer. Ainsi, dire : «^ E^le est mçfe, donc 
« elle a eu commerce avec un homme, » c'est donner la 
raison, mais sans art; et nons ne i^çys occupons ici quQ 
de l'art. 



XLI. Cette objeodm est donc firivole, et la distinotSon qat* 
nous venons d'étabBr féftite tout oe qu'on pourrait dire contre 
notre division , en prétendant qu'on peut supprimer la pro-<^ 
|H>sition ou l'assomption. Les raisons qui la rendent probable 
ou nécessaire^ doivent faire impression sur l'auditoire. St , pour 
y parvenir, il suffisait dç les exposer , n'importe de quelle ipa- 
nière, la difiTérence qu'op établit entre les orateurs ^se^f^t^ 
ae. • ..:..• ':.: 



Mettez surtout de la variété dans votre style ; car Tun^ 
formité enfante le déj^o&t. Pour Iç prévenir, ne suive^ 
point toujours la méme.mardie , et d'abord varie? la forme, de^ 
vos argumena: tmfiojez t«n«5t Fiiiduetiw, miôt Vw^Ç^ 
men t a t ion. Que votre raisonnement même ne cosunenoeiias 



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ii6 DE î^^tENTIONE, UÉÉR V 

tum indue tione uti y tuili raliodinatiohdi Deîndé îd 
ipsa argamentaucne non semperia propositîoue incU 
pere^ .nectsemper quinque partîbus iabiiù^ «equ^ 
eadem ^4pne partidones expolire.: sed tum ab 
assumtîooe iaoipere licet , tum, ab approbatione al- 
terutra, tum ut raque , tum hoc, tum illo génère 
complexionîs uti. Id ut.perspiciatur, aut scribamus ^ 
aut in quolibet exemplo de iis , quœ proposita sunt ^ 
hoc idem exerceamUs y ut quam facile factu si t.' 

Ac de partibus quidem argumentationis satis nobis 
dictum videtur. lUud autem volumus intelligî, nos 
probe tenere , aliis quoque rationibus tractari argu- 
mentationes in philosophia multis et obscuris , de 
quibus certum est artificium constitutum. Verum 
illa Jidkns abborrere>ab usu oratorio videntur.* Quae 
peptuiere autem^ ad dicendun^^ pmamw ^ ea, .noir 
cpmmpd^^ quam .ceieros , attendisse, non ^i)ir- 
ijiamus; ' perquisitius et dîligentius conscrîpsisse 
pollicemur. Nunc, ut instituimus ' proficisci, ordine 
ad reliqua pergemus. 

XLll. Keprehensio est, per quam argumentando ad-* 
Versariorum connrmatio diiuilûr, aut înfirmatur (aut 
allevatur). Haec fonte inventionis eodem utetur,* quo 
utitur confirmatio , propterea quod , quibus ex locis 
aïiqua res confirmaîri potest , iisdem potest ex locis 
rofirmari. Nihil eùim conâiderandum e^t in bis om- 
nibus* in venlionlbu»', nisî id j'-quod' ffersonis, aufc 
negotiis attribatUm est. Qoafe invenûonem-, et ar««- 



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DE L'INVENTION, LITRE L 417 

toujours par^la proposition) w soit pas ton jours iHvisé ^en 
cinq parties; ne suivez pas a)ii3taiiiment le même plan dios 
votre division. Maii commenceztàmdt piBrl'assomt)tioti y tantât 
par une preuve ou par toutes les deuk. Employez tantôt une 
Conclusion , tantôt ime autre. Bien n'est plus facile ; et pour 
s'en convaincre , il suffit d'écrire ou de s'exercer sur quelques- 
uns des exemples que nous avons proposés. 

Nous avons ) ce me semble , assez développé les différentes 
parties du raisonnement. Nous n'ignorons pas que la méthode 
.philosophique est plus subtile et plus étendue; mais elle est 
létfangère a l'art oratoire. Nous ne prétendomipas avoir mieux 
traité que les autres, tout ce qui a rapport à l'éloquence ; ce- 
pendant nous y avons apporté plus de soin et d'exactitude^ 
"Maintenant, continuons notre route en suivant l'ordre que 
nous avons établi. 



: XLII. La réfutation détruit, ou, du moins, afbiblit par des 
ar^mens les assertions de l'adversaire. ElUe puise aux mêmes 
sources que k confirmation ; car les mêmes lieux qui servent à 
confirmer ime chose, peuvent servir aussi a l'infirmer. 11 ne 
faut donc encore ici considérer que les choses et les personnes; 
et l'on peut appliquer a cette partie de l'éloquence les pré- 
.cqptes que npus avons tracés sur la manière de trouver €;t 
d^tfièUr d^arguoi^nç. Néannio^, pour donner une th^éoria 



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,,8 DE INVENTÎONË, LIBER I. 

gumentâtioDum ei^ppliiiotiem y ex illis y quœ ame 
priaeoepia sunt^ kanc quoque in partem oraiion» 
^ranaferri oporticâ^it. VerunUameQ, ut quœd&m pra- 
ceptip detur kujus quoque partis, eiiponemus modoa 
reprehensiopis; quos qui observabunt, facillus ea ^ 
quae. contra dicentur, diluere aut infirmare poterunt. 

Omuis argumentatîo reprehenditur , si aut ex iis^ 
quae sumta suut y dod conceditur alîquod unum plu- 
rave: aut, his concessis, complexio coufici ex hia 
negatur : aut si genusipsumargumeutatipois vitiosum 
ostenditur : laut si contra fîrmam argumentationem ^ 
alia aeque lirmà, àut firmior ponitur. Et iis, quae 
sumtimur, attquid non conceditur, cum^iut id, quod 
Cfiedibile dicuni;, nc^gatur esse ejustntodi : aut quod 
oompa»<abtle pulant, dissimile os<»iiditur : aut }udi- 
catum aliam in partem traducitur, aut omnino ju- 
dicium improbatur : aut, quod signum esse adversarii 
dixerunt, id ejusmodi negetur esse, aut si complexio» 
aut ex una, aut ex utraque parte reprehenditur, aut 
si enumeratio falsa ostenditur, aut si simplex con- 
clusio faki alîqaid continere demonstratur* Nam 
omne, quod sumitur ad ergumentandum , sive pro 
probabili, sive pro necessario, necesse estsumatur 
ex his locis , ut ante ostendimus. 

XLIII. Quod pro credibili sumtum erit, id infir- 
mabitur , si aut perspicue falsum erit , hoc modo : 
« Nemo est , qui non pecunîam , quam sapientiam 
ce malit. » Aut ex contrario quoque trredibile ali- 
quid habebit, hoc modo: a Quis est, qui non of«^ 



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DE L'INTENTION, LIVRE L , 19 

sitt oe sulety mus dçre^bppcff^w les dif^érmies espèces de 
B^tttatioiis : suivez ces prmcipes, et tous détrukejE} ou vous al- 
fidbHres du moins sans pe&ie toutes les objections de vos ad- 
versaires. 

On réfute un raîsonneipeiit en n'accordant pas une ou 
ptusieiirs des oboses qu-on avance, e^. bien en niant la con- 
clusion qu'on en tire, ou en opposant a une raison solide une 
objection aussi forte, ou même plus solide encore. Voulez-vous 
ne pas accorder a votre adversaire ce qu'il avance , niçz que ce 
qu'il établit comme probable, ait la çioindrç vraisemblance; 
niez quç se$ comparaisons ofi^pt le ijnoindre i^port %vec le 
sujet : donne? un ai^tre sens ^\uf, jugeinei^ qu'i} c^t? ; rejetea ce 
qu'il rcig^u^ comme des signes ; attaquez sa conséquence sous 
un ou plusieurs rapports ; déipontrez que son énumér^tion 
est fausse; ou, s'il emploie une simple conclusion , qu'eUe 
manque de justesse. C'est la, comme nous l'avons enseigné 
ci-dessus, ce qui peut rendre im f^it probable ou nécessaire. 



XT i TH . Ou réfute une chose qu'qn ftous donj^e pçur pfqbs^r 
ble, soit quand elle est d'une fausseté évidente, comme : u S 
t< n'est personne qui ne préferel'aigent a la sagesse ; » soit quand 
le contraire est aussi probable : « Pour qui le devoir n'est-it 
« pas plus sacré que l'intérêt? w soit lorsqu'elle est tout-a-fait 



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,2o DE INVENTIONE, LIBER I. 

« ficii cupidior sit, quam pecaniœ? » Aut eritomnino 
ÎDcredibile^ (< Ut siquis^ quem coDstet esseavarumy 
« dicat, alicujus mediocris officii causa, se maximam 
« pecuniam negleiisse. « Aut si, quod in quibusdam 
rébus, aut hominibus accidit, id omnibus dicatur 
usu evenire , hoc pacto : « Qui paupçres sunt , iis 
u antiquior ofBcio pecunia est. » — « Qui locus de- 
ce sertus est , in eo cœdem factam esse oporteu » — 
c{ In loco celebri homo occidi qui potuit ? » Aut si 
id , quod raro fît, fieri omnino * negetur : ut • Curio 
pro Fulvio : « Nemo potest uno aspectu, neque prae- 
« leriens , in amorem incidere. » Quod autem pro 
signo sumeiur, id e\ iisdem locis , quibus confir- 
matur, infirniabitur. ]\am in signo ,' primum verum 
esse ostendi oportet : deinde ejus esse rei signum 
propi'îum, qua de re agitur, ut cruor^m caedis: 
deinde factum esse, quod non oportuerit; aut non 
façtuni, quod oportuerit : postremo scisse eum, de 
qua quaeritur, ejus rei legem et consuetudinem. Nam 
eœ res sunt signo altributœ : quas diligentius aperie-> 
mus, cum separatim de ipsa conjecturali constitu- 
tione dicemus. Ergo horum unumquodque in repre- 
hensione, aut non esse signo, aut parum magno esse, 
aut a se potins, quam âb adyersariis stare, aut om- 
nino falso dici , aut in aliam quoque suspicionem 
duci posse, demonstrabitur. 

XLiy. Cum autem pro comparabili aliquid iiv- 

* Ncgatur. — * Curioe. 



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DE L'INVENTION, UVRE I. m 

inoroyaUe; ptr excm^ : u Qu'un homme d^aIle avarice 

éc reoonnue a, sans motifs importans, négligé un gain consi- 

a dérable; » ou bien si l'on attribue a tous les hommes et a 

toutes les choses , ce qui n'est vrai que de quelques individus , 

comme : « Tous les pauvres préfèrent l'intérêt au devoir. » — 

M Ce lieu est désert ; c'est là qu'on a dû commettre le meurtre. 

c( Comment tuer un homme dans un lieu fréquenté? » ou ai 

l'on regarde comme impossible ce qui n'arrive que rarement; 

comme Curion, dans son discours pour-Fulvius : ce Une seule 

« entrevue y un coup d'ceil, ne suffisent pas pour inspirer de 

ce Pamour. » 

• * 

Pour les signes j les mêmes lieux qui servent a les établir, 

serviront à les attaquer. H faut d'abord en démontrer la vérité, 

puisqu'ils sont propres a la chose dont il s'agit^ comme, le 

sang est le signe d'un meurtre : ensuite prouver qu'on a fait ce 

qu'on ne devait pas faire, ou qu'on n'a pas fait ce qu'on devait 

faire ; que l'accusé était sur ce point pa^rfaitement instruit de 

la loi et de la coutume; eu* tout cela appartient aux signes. 

Nous en parlerons avec plus d'étendue quand nous traiterons 

iparticulièrement de la question de conjecturé. Il faut, dans 

la réfutation, démontrer que chacun de ces signes ne prouve 

rien; qu'il est peu important, qu'il fait plus pour nous que 

pour nos adversaires, qu'il est absolument faux : enfin, tachez 

de les rendre suspects en quelque point. 

" XLIV. Votre adversaire a-t-il établi une comparaison fil 

cherche entre les deux causes des rapports que vous devez 



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jaa DE INVENTIONS, USER L 

ducetur^ quoniam id per simitiiudliiiem^iBaxime trac- 
tiitur> in reprehendendo conyepiet^ simile id negare 
esse 9 quod conferetur ei> quicum conferetur. Id fieri 
poterit , si demonstrabitur diversum esse génère , 
natura, yi^ magnitudine , tempore, Ipco^ persona^ 
oplnione : ac si^ quo in numéro illud^ quod per simi- 
Ktudinem afferetur^ et quo in loco hoc genus, eu jus 
causa afferetur^ haberi conyeniat^ostendetur.Deinde^ 
quid res cum re différât^ demonstrabitur : ex quo do-* 
cebimus^ aliud de eo, quod eomparabitur , et de eo ^ 
quicum comparabitur , eiistimari oportere* Hujua 
facultatis maxime indigemus^ cum ea ipsa ^rgumen— 
lalio, quœ per induclionem tractatur, erit repre- 
hendenda. ' Sin judicatum aliquod inferetur^ quo- 
niam id ex bis locîs maxime firmatur : laude eorum^ 
qui judicarunt; similitudine ejus rei^ qua de agitur^ 
ad eam rem, qua de judicatum est, * et commemo- 
rando , non modo non esse reprehensum judicium , 
sed ab omnibus apprc^tum ; et dcmonstrando^ dif<* 
iicUius et majus fui^^ id judioatunt» quod affemtar^ 
quam id> quod instet : ex contrariis locis, si res a^^ 
yera, aut yerisimilis ^ permittat, iofirniari oportebit. 
Atque erit obseryandum diligenter , ne nihil ad id , 
quo de agatur, pertineat id, quod judicatum sit : et 
^ yidendum, ne ea res proferatur, in qua sit offensum , 
ut de ipso, qui judicarit^ judicium fieri videatur. 
Oportet autem animadyertere, ne , cvim aliter mulùi 
sine judicata, solitarium aliquod, aoi sapum judica- 

» Si — > Abost ût -^ ' Penniwel, — ^ VidcnAuntsi. 



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DE LINVENTION, LIVRE I. 12S 

détruire pour le réfuter. Vous réussires en montraiit des dif* 
f&enoes frRfq>âiites dans le genre et la nature , k forée et h 
grandeur, le temps et le Heu, les personnes et Topinion ; en 
appréciant 9 en remettant a sa place ce qu'on nous présente 
comme semblable. Faites ensuite ressortir les différences ; dé« 
montrez que Ton doit juger bien différemment ces deux causes^ 
C'est surtout pour réfuter une induction fue l'on doit em* 
flojer ces mofenav Si l'on vous oppoee quelque jugement, 
cùmmû on l'a^^miede Mogede ceux qui l'ont rendu, des rap- 
ports qui se trouvent entre les deux aflalres , de ^approbation 
générale dont il a été honoré, enfin de son importance et des 
difficultés qu'il présentait 9 h^en. supérieures à cdles qui se 
rencontrent dans Tafilkire dont il s'agit , en mt peut l'infirmer 
que par des lieux contraires , si la vérité ou du moins la vrai- 
semblance le permettent. Surtout ne dtez que des jugemens 
parfaitement sembla1>les a votre affaire, et prenez garde de ne 
rien vous permettre d'injurieux : on croirak que vous voulez 
juger les juges «ux-rmé^e^ 

N'allez pas, quand un^ranJ nombre de jugemens pronon- 
cent contre vous, «n choi^ un seul et qui Ae tombe que sur 
une espcoe vare f pour Je Jeur t^ppdsef^* il'-est ^ter vousHnème 
tout peîds il voire défetts^. Télie est la msunère de xopondre 
aux aiTHi^^ns qui établissent la probabHité. 



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124 Î>E INVKNTÏONE, LIBER 1. 

tum afferatur. Nam his rébus aui^orîtas jucKcatt 

maxime potest infirmari. Atque ea ' quidem, àuae 

quasi probabilia ' sumeotur^ ad hune m.oduai|en(^ri 

oportebit. 

XLV. Quae vero siculi necessaria iDducentur, ea 
si forte imitabuntur modo necessariam argumentation 
nem y neque erunt ejusmodi y sic reprehendentur. 
Primum completio, quae, utrum concesseris, débet 
toUere y si yera est y nunquam reprehendetur ; siu 
falsa, duobus modis y aut «onVerstiiOQe , aut alterins 
partis infirmatione. Conversiooe , hoc mpdo : . 

!Nam si veretur , qiiid eum accuses , qui est probus ? 
Sin inverecundum animi ingenium possidet , 
Quid eum accuses, qui id parvi auditu ^ existimet. 

Hic, sivevereri dixeris, sive qon vereri , ^ conce- 
dendum hoc putat, ut ^ neget esse acçusandum. Quod 
conversione sic reprehendetur : « Immo vero accu- 
« sandus est. Nam si veretur , accuses : non enîm 
(( parvi auditu aestimabit. Sin inverecundum animi 
(c ingenium possidet, tamen accuses. Non enim pro- 
« bus est. » Alterius autem partis infîrmatione , hoc 
modo reprehendetur: « Verum si veretur, accusa- 
« tione tua cori^ectus, ab errato recedet^ » Enumeratio 
vitiosa intelligitur, si aut pneterituo) quiddam di-. 
cemus, quod velimus concedere, aut infirmuuiali- 
quid annumeratum , quod aut contra dici possit ^ 

• Quidcm argumcma. — « Siimuninr. — ' ,4Ei(iinct. — ^ CoDciadcnduBU 
^ 5 ]N'rgcs. 



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DE L'INTENTION, LIVRE L t^S 



^ XLV. II n'est pas difficile de réfuter un allument qui n'a 
cpe la forme d'un raisonnement rigoureux , sans en avoir la 
justesse. Si le dilemme qui tous presse également des deux 
côtés , est vrai , n'y répondez pas. Elst - il faux , on le réfute 
par la rétorsion , ou en infirmant Tune des deux parties. Par 
exemple : 

Si ^est wi homme de bien, et s'il a de la pudeur, pour* 
quoi V accuser? S'il est insensible aux reproches , pour^ 
quoi accuser un homme qui fera la sourde oreille? 

Ainsi , vertueux ou non y l'on conclut qu'il ne faut pas l'accu- 
ser. Vous rétorquez l'argument en disant : (c C'est au contraire' 
V une raison pour l'accuser ; car s'il conserve encore quelque 
<c pudeur y acçusez-le : il ne méprisera point votre accusa- 
(c tiop. A-t-il perdu foute pudeur, accusez-le, puisqu'il n'est 
u pas vertueux. » Vous pouvez encore infirmer l'une' des deux 
proposîtioiks : « S'il a conservé quelque pudeur, l'accusation 
« pourra le ramener dans le sentier de la vertu. » 

Une énuiàératiôn est vicieuse quand vous pbuvez répondre 
qu'on a passé sur quelque chose que vous voulez accorder, ou 
q\L'on y a compris des raisons faibles ou que vous pouvez 
tourner contre votre adversaire , ou qu'il ne convient pas que 



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I î6 DE INVENTIONE , LIBER I. 

aut causa non sit^ qaare non honeste possîmus coQ- 
cedere. Praeieritur quiddam in ejusmodi enumera- 
tionibus: (c Quoniam habes istum equum^ aut emeris 
c( oportet^ aut hereditate possideas, aut munere ao 
€< ceperis^ aut domi tibi natus sît, aut^ si horum 
ir nihil est, surripueris necesse est : sed neque emisti, 
cr neque hereditate vernit , neque domi natus est, ne«- 
K que donatus est: necesse est ergo surripueris. n Hoc 
commode ' reprehendetur, si dici possit ex hostibuâ^ 
equus esse captus, cujus prœdœ sectio non venierit : 
quo illato , infirmatur enumeratio ; quoniam id sit 
inductum , quod prœterilum sit in enumeratione. 

XL VI. Altero autem modo reprehendetur, si aut 
contra aliquid dicitur:hoc est, si, exempli causa ^ 
ut in eodem versemur , poterit ostendi hereditate ve- 
nisse. Aut si eztremum illud non, erit turpe conce* 
dere : ut si quis , cum dixerint adversarii : « Aut 
<( insidias facere voluisti^ aut amico morem gessîsti, 
« aut cupiditate elatuses; amico se morem gessisse 
cf.fateatur. » Simplex autem conclusio * reprehtade- 
tur, si id, quod sequiiur, non tideaturnecessario cum 
eo, quod antecessit, coh^rerc. Nam hoc qoidem, 
cf Si spirttum ducit, vivit; Si dies esl, lucet; » ejus- 
modi est, ut cum priore necessario posterius cofaas- 
rere videatur, Hoc autem : « Si mater est^ diligit | » 
— « Si aliquando peccavit, numquam corrigetur ; >j 
sic conveniet reprehendi, ut demonstretur non neces- 
sario cum priore posterius cohaerere. Hoc genus , et 

■ Repr«Lcnditar« — > Reptehemliuir, 



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DÉ L'INVENTION, LIVRE h 127 

vous accordiez ; par exemj^e : « Puisque vous avez ce cheval ^ 
fc ou vous l'avez acheté , ou vous l'avez acquis par héritage , 
\< ou il Vous a été donné , ou il est né dans votre maison ; 
€( ou , si rien de tout cela n'est vrai, vous Pavez dérobé. Or, 
fc vous ne Tavez ni acheté ni acquis par héritage ; il n'est point 
(( né chez vous, on ne vous l'a point donné , donc vous l'avez 
c< dérobé, n 

Il est facile, de réfuter ce raisonaanent, si vous pouvea 
dire que œcbeval a été pris sur l'ennemi , et que vous l'avez 
reçu dans le partage du butin. Vous renversiez toute l'énumé- 
ration en rétaMisfant ce qu'ette avait omis. 

XLVI. Vous pouvez encore attaquer une des parties de 
rénumération , et prouver , pour nous en tenir a l'exemple 
déjà cité , que vous avez eu ce cheval par héritage ; ou , enfin^ 
convenir d'une diose qui n'a rien de honteux. Qu'un adver- 
saire vous dise : « Ou vouis méditiez une trahison, ou vous 
n étiez guidé par k cupidité ou «JfMer comptaîsance pour un 
<( ami. M PouM|HOi n'avoueriez^vous pas ^uie vous avez agi 
ji^r complàisaiice poiilr uù ami? 

On peut réfuter une conchisîon simple quand la consé- 
quence n'est pas la suite nécessaire des antécédens. Si vous 
dites : u Cet homme res^ûre , donc il vit. Le soleil brille, donc 
« il fait jour, » k tskffdti de i'antéi)édent et du oenséqu^it 
est senûUe. Mak si vous dites :« Elk est mère , doto eDe aine 
« aes cûùm. »--^ir Pttkqu'il u coHpik ^elques ftates, dmo 
« il est incorrigible, » ilsuffira, pgto v^fus réfuter, de montrer 



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,28 DE INVÈNTfdMfe, LftER I. 

cetera nec'essarià^ et ômismo oïiibîà al*gumeiitatîo, et 
ejas reprCfiétiSîlr iirfj6rÇtetf' qûandfnSS ^to-toïitrtiet^ 
-et kitwls fékm% quBiâ4>i«;^Aqptilftu»*:']p#tihéjus-tv«h^ 

aliquaf) ^jungîf!9S|it>ei^ÎHf^fep«tf«Mli\K 
poris^ ^ mdgP^rftt^uç ^<^il» .ciasitatiiyjiç Àffl^isfi^^ 
Quare il|a nobis alio-tempor^ atque ad aliud Insti^ 
tutum , si facuitas erit, explicabuutur. Nunc nis.prae- 
cepti^mbus rhetorum ad usum .oratonum cdntentos 
nos esse oporlebit. Cuni îgitur ex n'sVquae stimiiDtiir^ 
aUquidnontoncedîiur, sîfe'îtiflrfaiaWtùl^l'* »3u:i»i ;> 

XL Vil. Q4ium atiteni^ Ittsooncestts^; ciiià3ij^éA6 ex 
his non confieînir^ bœç eruptToossiderfiiiaswii 
aliudcopficiaiur, aliud diottUityboc inodo:â^ ^i^pt' 
alîquîs dîcat 3e profectum ^sœ, ^dçx^citim^^gpn* 
traque eum quis velit hac arjgum^l^tat^^e^i]y,i:^<c Si 
(c yenlsses ad exercitum , a tribunis militaribus yisu^ 
« esses ; non es autem ab bis visus ; non es igitur 
ff profectus ad exerciyam'. » Hic cum^ncfesséris 
propositionem et âs^tiiUtioticm^ 'cotnpleadty'eât'ln- 
firmanda. Aliud enim y quam cogebatur ^ illatum 
est. ' Ac nunc quidett ^ i|uo-(hciiial».r€s «ognosce- 
retur y perspicuo et^naadi ipitio piffaedi|i¥n.,posuimus 
exempluni :^sed $œpie ob^puriiu poiiUu^ v ttium pro 
vero probalur, cum aut parum pjçniiperis , * quid 
concesseris , aut atnbiguum ^ aliquid pro certo con- 
oesseris. Ambigoum si concesseris ex ea parte , quam 
ipse intellexeris^ Qai<i.pariefa si adveraariud ad«liwii 



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DE L'INVENTION, LIVRE L ,29 

^'îl n'y a pas de \l%imm aco c aB aâ re entre raotécédent et le 
conaéquentr La ifaéarie àa MMHMBcat cB^énécal et de la 
ré&Éilmi a tmm jèm et fnimàtm et d'étendhe f«e mm 
nthâmtàêÊÊÊftfm ici. Ihia tiBe «t ta M i Mt y'ea «epeut 
la j sâa dw )i tiMue antre partie de Part, et qu'elle exige 
seule «ne itmit partici£ère et m loag trtTaS. Aussi nous 
noua réacrvoBs de la déreh^ppcr ailleurs , siuos faibles talens 
noua le paraiettei^ BoraoaaHMwa anmteuaot aux préceptes 
que dôme la rhéterique sur l'âoqu^ace. Telle est la manière 
de réfuter notre adversaire en rnaut une de ses propositions. 

XLYII. Sî fûm les aœordes touiea deux y vous pouvez 
encore attaquer k opaséqueiioc, et la comparer avec les pré^ 
BÛaies. Vous dites , par exeo^, que « vous êtes parti pour 
(c l'araiée. » On vous répond par cet argument : « Si vous 
« étiei venu a l'armée, vous auriez été vu par les tribuns 
« militaires -, or ils ne vous ont point vu, donc vous n'êtes 
c( pas parti pour Tannée, n Ici on accorde la proposition et 
l'assomption; mais on attaque la conséquence , qui n'est pas 
exacte. ^ 

Pour nous rendre phia daùrt , nous avons chobi un exemple 
où ce dé&ut était saillant; mais souvent on se laisse vaincre 
par un raisonnement £iux, mais subtil, soit pai*ce qu'on 
oublie ce qu'on a aoc<»rdé , ou parce qu'on accorde une pro- 
position douteuse. Admettez^vous , dans le sens que vous lui 
donnez , une chose douteuse que votre adversaire , dans sa 
conclusion, envisage sous un autre point de vue? démontrez 

n. 9 



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l5o DE INVENTIONE/ LIBER 1. 

partem per complexionem velit accommodare ; dc- 
monstrare oportebii , non et co , jquod ipse conces* 
seris y sed ex eo y quod ille suniserk , confici com-' 
pleiionem^ ad hune modum: <c Si petumm indîgelîs f 
c< pecunîam non habetis : si pecuniam non babetis ^ 
c( paupereseslis : indigelis autem pecuniae; mercatura; 
« eniniy nisiitaesset, operam non daretîs : pauperes 
« igitiir estis. u Hoc sic reprehenditur y cum dicebas : 
u Si indigetis pecuniae , pecuniam non habeti»; » lioc 
intellîgebam , « Si propter inopiâm in egestate estis^ 
« pecuniam non babeiis; » et idcirco cofacedetam : 
tfkm autem boc ftumebas, « indigetis avtem pecu^ise^ » 
illud nccipieham^ c< yultia autenï peÉuniae plus ha* 
» bere. » Ëx quibus condessionibus non conficitur 
boc; (c pauperes igitur estis : » conficci'etur autem p 
si tibi primo quoque hoc concessissem , a qui pecu- 
« niam majorem vellet habere ^ eum pecumani non 
i( habere. » 

XLVIII. Saepè autem bblitùm pulantyquld Con- 
cesseris , ot idcirco id y quod non conficitur , quasi 
conficiatur , in conclusione infertur, hoc modo : «'Si 
« ad ilhim heredhaft vetviebât , vt^isimile est ab illo 
t( esse necâtunii » Deiwte boe apprôbant plurimis 
verbis : post assumuat y « ad illum autem beredius 
« veniebat. » Deinde infertur, a ille igitur occidît. » 
Id ex iis , quœ sumserant , non conficitur. Quare 
observare diligenter oportet, et quid sumatur , et 
quid ex bis conficiatur. 

Ipsum autem genus argumentationis^^itiosum bis 



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DE LINVEJVTION, LtVRE I. ,5i 

^'il ne tire point sa conséquence de ce que tous lui accor- 
dez, mais de ce qu'il établit. Ainsi: a Si vous avez be- 
« soin d'argent , vous n'en avez point ; si vous n'avez pas 
« d'argent, vous êtes pauvre : or vous, avez besoin d'ar- 
« gent, fi^tren^Qit yqiis, ix'ai^riez point embrassé le corn- 
« mecçf .^ijopo vou3lêM pauiffe^ ^ Il est &ciie de répondre, 
quand vdas «me' dites*: -et Sê^ip(tu$ tte» besoin ^'argent, vous 
M trài avet^ $^'. W'I^mei^aé : V;Si vousètfcs dâhs*un dé- 
tf nianiëii)i'«bs«ln, vous nfavez point d'argent, » et je vous 
FaoGotde. Quand vous ajoute2 : « Or vous avez besoin d'ar- 
« gent, » je c^omprends : « Vous voulez en avoir davantage ; » 
et de ces deux propositions que je vous accorde , il ne faut pas 
conclura, : « Donc V0V3 êtes pauvre » : conclusion oui serait 
justç , si j'étais deioieuré d'accord ,^ec vous que « celui qui 
<c veut auguester sonai;gent.n'a p^ d'argep^ » 

. XLVIU.' Souvent on suppose que vous aveu oublié ce que^ 
vous avee atccorâé , et Toa &it entrer dans Ja cpnclusîoii, oonunie. 
conséquence, ce qui ne l'est nullement; par exemple : « S^il 
i( avait des droits à sa succession, il est probable qu'il e^t son 
assassin. » L'on prouve longuegient la majeure; ensuite on 
ajoute : « Or il en avait; donc il est son assassin n , ce qui 
n'est nullement la cons^ence de xe qu'on a établi* Atissi 
faut-il donner la ^us gra&de atltnlioB et 9im préonaBes et 
« la conséquence. 

Qutmt au genre du raisonnement; on prouve qu'il est dé- 



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,3a DE INVENTIONE, LIBER I. 

de causîs ostendetur , si aut in ipso vitium erit y aiit 
si non ad id , quod insiituitur y accommodabitui** 
Atque in ipso vitium erit , si omnino totum falsum 
erit^ si commune y si yulgare, si leve^ si remotum y 
si mala definitio y si controversum y si perspicuum y 
si non concessum « si turpe y si offensum y si contra- 
rium^ si inconstans, si adyersum. Falsum est, in 
quo perspicue mendacium est y hoc médo : « Non 
c( potest esse sapiens, qui pecuniam negligit; ^ocrâtes 
(( autem pecuniam negligebat : non igiiur sapiens 
(c erat. » Commune est y quod nihilo magls'^iib ad- 
versarib , quam a nobis facit, hoc modo :.(( Idcirco> 
« judices y quia veram causam habebam, breyi pe- 
« roravi. » Y ulgare est y quod in alîam quoque rem 
non probabilem y $i nunc concessum sit y transferri , 
possit, hoc modo : (c Si veram causam non haberet, 
(f vobis se, judices, non com^isisset. » Levé est, 
quod aut post tempus dîcitùr , hoc modo : a Si in 
« mentem venisset, non eommisisset : » aut si per- 
spicue rem turpem levi tegere vult defensione , hoc 
modo : 

Cum te expetebant omnes , florentissimo 
Regno reliqui : nunc desertum ab omnibus ^ 
Sununo periculo y scia ut restituam ^ pitrd. 

XLIX. Remotum est, quod ukraquam ^atis est; 
petitur, hoc modo : « Quodsi non P. Scipio Gomeliam 
<r filiam Tib. Graccho coUocasset , atqi;Le ex ea duos 
« Gracchos procreasset , tant» sedittones natae aou 



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DE L'INVENTION, UVRE I. ,35 

-fectueux^ lorsqu^il renfenne qaelqué yice en lui*méme, ou 
^'il est mal appUqué. Le vice est en lai-même, s'il est abso- 
lument failx^ commun, vulgaire, futile, tiré de trop loin; 
si la définition n'est pas jus^e; s'il est litigieux , évident, con- 
testé y enfin, ^'il rçnfenne quelque cbose de honteux, d'of- 
fensant, de contraire ^ d'inephérent ou de contradictoire. U 
€st faux, qi|^ le ipensonge e§t grossier : u Celui qui méprise 
<f l'arg^ n'itf t.point sagR. Qr Socrate méprisait l'argent , donc 
ux il i^'étaitipoint sage; » eomiMn , quand il ne faiit pas nioins 
pour notre idversatre que pour nous : « Je suis bref, magis- 
c( trats, parce qttè ma cause est bonne; » vulgaire , quand 
ce qu'on âcéorde peut s'appliquer également a un sujet peu 
probable, comme : a Si sa cause n'était pas juste, magistrats, 
c( il ne ^s'abandonnerait pas a votre sagesse ; » futile, quand 
Teneur çs^dépl^ic^Rar ^empfe ; « Une l'iprait point fait, 
.« s'il y avait pensé, n L'^uvumieht est encoi]D vicieux si l'on 
s'efibrocf^ jeter im voik. transparent sur. une action dont 
la honte.est évidente. 

Pendant que chacun' vous recherchait as^ec ardeur, 
je vous ai laissé sur un trârèe trèsrflorissant ; maintenant 
'on vous abandonne; seule, malgré le péril, je me dispose 
à vousjr replacer, 

, XLIX. L'argume^tçit ùjcé da trop Win , quand on remonte 
flus haut H{u'il n^fatit. u Si P.fid^n n'eèt point donné sa 
« fille à Tibénus Gracdlius, si de oette union n'étaient point 
4c j^^ks deùi GWwjquer, jamais on U'âurait vu ces eruelle*. 



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i54 DE INVENTIONE, UBER I. 

(c essent ; quare hoc ineoinmodhim Scipioni adicri^ 
« Lendum videt^r^ » • Hvj^i^iiodi. eet iUa quoque 
conquesùo : 

Utinftm ne in nemore Pelio securibus 
Cscsa cecidiBset «bîegnt ad terram trabes ! 

LoDgius enim repetita est , quam res postulat>àt. Malà 
definitio est ^ eatVi aut communia describit , hoë 
modo :. (( Seditiosns cal ia^ qui malus atque iiiutiliB 
^ es|. cîvis. ^ Nam hoo ^en mâgis. aediûoai y quam 
ambitiosiy q}^m cjaluxaoiatorU^.qudin aUçujji^ ija^ 
probi honiinis yim describit. Aùt falsum quiddam 
dlclt 5 hoc pacto : « Sapieniia est pecuniae quaerendas 
« imelligentia. » Aut aliquid non grave^ nec magnum 
coDtineus , sic : (c Stultitia est iiumensae glorîae cupî* 
w ditas. ')/' Eî$t haec qUidem stultitia, sed ex parte 
quadam ^ ïnm ex otuni 'getiérê j (lefittiva. ^Gc^tif re^r^ 
8um est, in quo ad dubiumdtmonatrandum , dubia 
causa affertur • hoc modo ; 

Eho tu, Dii, quibus est potestas motus superuJuatqueia£siniiD, 
Pacem inter sese conciliant, conferuut concordiajaai. 

Perspicuum est, de quo non est conlrQversia :. ut, 
si quis, « cum Orestem accuset, planum faciat, ab 
« eo matrem esse occisam. » Non concessum est , 
cum id , quod augetur, in controversîa est, ut, 
« si quis , cum Ulyssem aocuset , îm hoc maxime 
« oommoretur : Indignum esse, ab bomiue ignavis«- 
fK simo virum fortissimura, Ajacem, necalum. » Turp^ 



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DE L'INVENTION, LIVRE I. i55 

,«( ^éditions; )> ce qui sejjpiAe accuser Sçipion des fautes de ses 
petits^s. Ces vers pèchent par le piême défaut : 

Plût aux Dieux que la cognée n'eût jamais abattu les 
pins du mont PéUon ! 

C'est reprendre les djioses de trop haut. La définition est dé- 
fectueuse^ quand elle peut s'appliquer a différens objets , 
coiwne : Ki Le séditieux est un citoyen nuisible et dange- 
j( reux; » ^ qui m désigne pas plutôf le séditieux que k 
,ci4f>iBniateur , ^^l^i^e^l^ 4)^ tout fu)U:e n^uvais citoyen; 
ou quand elle 4st fausse : « La sagesse esl lé talent de s'en*- 
4< ricbir; » ou quand elle n'a ni grandeur ni importanèe, 
comme : u La folie est une soif insatiable de gloire ; » car c'est 
définir une espèce de folie /et non pas la folie en elle-même. 
Quand on donne une preuve douteuse, l'argument est liti- 
gieux : 

Holà! Cresphonte, les Dieux dont la puissance Jaii 
mous^oir à son gré les cieux et les enfers , rétablissent 

entre eux la paix et la concorde. 

' » *. 

Ne saurait-on ie contester, il est trop évident. C'est, en 
accusant Oreste, démontrer qu'il a tué sa mère. II esl con- 
testé , quand on développe ce qu'il faudrait prouver, .comme : . 
« Sij^ en accusant Ulysse, gn s'arrête Içng-tcmp^ .à prouyer 
f qu'il est îodigae qu'un bé^os meure de la^ main du ^us 
et lâche des hommes*, » honteux, quand le lieu, le temps . 



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,56 DE INVENTIONE, LIBER I. 

est > quod aut eo loco y in quo dicitur; aut eo ho* 
mine 9 qui ' dicit; aut eo ftempore, que dicitur ; 
aut iîs, qui audiunt; aut ea ,re , qua de agitur ^ 
iodîgnum^ propter iobonestam reni,^ videlur. Of- 
fensum est y quod eoruro y qui audiunt y Toluntatem 
laedit : « ut ^ si quis apud équités romanos^ cupidos 
judicandi y Cœpionis legem judiciariam laudet. » 

L. Gontrarium est, quod'^sômi-a etr dittttir ^ qUœ ii, 
qui audiunt y feoerunt t mt', si quis apudAlesandrum 
Macedonem contra aUquem urbis expugtiatofem di- 
ceret , a nibij^^sse c^ude}i^s y quam urines dir^are ^ 
<c cum ipse Alezander Thebas diruisset» » Inconstans 
esjt y quod ab eodem de eadem re y diverse dicitur : 
ut, (r si quis, cutn dixerit, qui Tirtutem habeat^ 
i( eum nulliùs rei ad benë vivendum indîgeré ,''nè^et 
« poslèa sine bon a yaletudinè posse î)eûè tiveVèJ âkit 
<c se amîcb adesse prôpter benivolentîam j èpét^are 
« enim alic^uidcommodi ad s^ pervénturnnii/i m AâX 
versum est, quod ipsi ctUto'aliqtia ei^ p^rtjçll^fficit: 
ut (( si quis bof^^um vim^ et cpipias> et felicifatem au- 
« gea^, cum ^d pugnandum nylite,s adhortetur :, » 
si non ad id , c[uod instituitur , accommodabitur 
aliqua pars argumentationis , horum aliquo in^yitio 
reperiélur : si' plura pollicitus j^auciora detnonstra-^' 
bit ; aut , si , cum totum dëbebît ostcnHeré > dêpàti^ 
aliqua lôquattir', hôC'î«k)do: « Mûlieru«tt«gei|uàJa¥«-> 
« rum est;^nam ErîphyleaiiroriiipÊTttaih vcod^dkrp 
aut, si non id, quod accusakitur ^rdfffflMJlft ^i.ut^ « sî 

» Dicau . • f 



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DE L'INVENTKM^^ LIVRE I. 157 

lWte«rv'l'attifaQ»e(<H|vJli^fi|}| çn^IjiMHai^e.r^pttid nir la 
csmse qbelque cliiMnde^'âéfiboiMrantf 'offensant, quand il 
1>Iessé4^udltoirè^' coitâne (x û¥cÈk citait devant des chevaliers 
<( jaloux à!d siéger âùr un^tiriBunàl',' "^ la^lbï ^è* Céfâon ; sur les 
«iugemens. » 

* It. CondwM$riNHi» 1% ^ow4^t^ dQ fiàm qfii vous écoute , 
le rafconnediiënifflstjCQSîtr^im. Glest oe que .ferait uri orateur 
qlii / «t^riMSf «ïl^ ]^/éseti6ë ' â'iâ^3»ndbe Ir Gmid , desthicteur 
de TheKfe,^ *dirâît w qiie rieîi nVst plus affréta que de dé- 
\i triiîrè iine ville/ » X.'argument est peu d'accord avec lui- 
même, quand l'orateur se contredit : s'il prétend, par exemple, 
€( que la sagesse fait seule le bonheur, ».et ensuite « « qu'il n'y a 
fi^j^ d^ bf^ihe^rfan^ 1^ si^i^.^ ». qu quei m le sentiinentra- 
41 ni9Be|9up«èfi»4<^fqti wi^ démacçh^-qu'il Me croit p^ inutile 
«lû^fie» intérêts^ » Il est oppésé , s'il reaferme quelque chose 
de^ ndisible alaoausQ. a N'allei poift, eu exhortant votre 
«rantiSeau combat, exâg^^er la force, lemolnbre et le hon- 
te heur <les ennemis. »' Voici en qum pèehe un raisonnement 
dont qudque pqrtie est mal appliquée. Ou vous avez promis 
pliis c[]t|e Vf u# ne poij^yes, o^ vou^ ne parl^ que d'une partie , 
ipi^dil.|'agit4jM;ta^^^j^i^^.c3(eo)ple: te Les£^ames sont avares; 
tf^ car Eriphjle a vendu UDvie detsaçképoux. » Ou vous ne vcms 
justifiez point du crime dont t««'4o«b accise : « On vous 1^- 
w proche deii b'rfj^es et dés it'trîgues ; et vbus parlez de votre 
m courage. » Ainsi, « Amphion , dans Euripide et dand Pa- 



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i58 DE INVENTIONE , LIBER I. 

(f quis y cum ambitu» «ccusabitur 9 maou se foriem 
« esse defeodet : » ut «c Ampfaion ^pud Euripidem 1 
<< item apud Pacuvium^ qui vituperata mu'sica , sa-> 
« plentiaqi laudat : » aut si res ex bominis vitio 
vituperabitur , ut y « si quis doctrinam ex alicujus 
« docti vitiis reprehendat : » aut y si qui , cum ali- 
queni volet laudare, de felicitate ejus^ non de virtute 
dicac : aut, si qui rem cum re ita comparabit, ut 
^keram se non puteilaudare, nisi alteram vituperarit; 
aut si alteram ita laudet y ut alterius non fiiciat men- 
tionem : aut si, cumdeçerta requœretur, decommuni 
instituetur oratio : ut, « si quis , cum aliqui delibe- 
ce rent , bellum ' gérant , an non , pacem Jaudet 
u omnino, non illud bellum inutile esse demonstret : » 
aul, si raiio alicujus rei reddetur'falsa, hoc modo : 
ff Pecunia bonum em, , propterea quod M matiçie 
« vitam beatam * efficii; » aiM si in&ima y ut PLautus» 

Amicum castigare ob meritam noxiam, 
Immune est facinus ; verum în aetale utfle 
Et conducibik : nam ego amieum faodie meum 
G>ncastigabo pro commenta noaJa : 

aut eadem, hoc modo : k maximum malumest ayari-^ 
i< tia ; muhos enim magnis intommodis ^ affecit pe« 
u cuniae cupiditas •: y> aut p^rum idonea , hoc modo . 
K maximum bonum est ^nàciim ; plurimâe enîm 
u delectationes suut ia amiciûa. )x 
LI. Quartus modus erat repreben^ionis , per quem 

' «iuatur. ^ » Efficuit.'— ' i^Qtciu 



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DE L'INVENTION, LIVRE L lîg 

n cuvius, célèfire la sage$6e aux dépens de la mud^e. » Ou 
TOUS rejetez sur la chose les dë&uts de rhomme , comme « si 
<c l'on accusait la science des défauts des sayans ; » ou dans 
un éloge, vous parlez de la fortune et non des talens de votre 
héros ; ou , dans la comparaison de deux objets , vous ne 
croyez pas pouvoir louer l'un sans dénigrer l'autre , ou sans 
le passer sous silence. Ou si vous ^[uittez votre sujet pour 
vous jetçr daqs des lieux communs : « On délibère s'il faut 
^ ^ ou noo faire la guerre ; vous vous occupez de l'éloge de la 
* M paix , avant de montrer que la guerre est inutile ; » ou vous 
« donnez des raisons fausses ; par exemple : « L'argent est un 
'«bien, pai'cequ'fl nous rend heureux; » ou des raisons fai- 
bles, comme Plaute, quand il dit : 

.. tO^fft wte abûse ^freuse de reprcfndre un ami d'w^ 
^fixutekfu'il a cotmûse j mms (fest une, chose utUe et né- 
*cessaire , tjuand notre ami est déjà vieux* Ainsi je 
châtierai aujourd'hui mon ami y pour la faute qu'il a 

commise, 

i 

Ou qui n'ajoutait rien; par exemple : « L'avarice cause de 
u grandir wattt'^iliMittiiiei car l'amour de Paigent' le fette 
Vën-de gtàndsimàffiëtil^-, n ou peu eontenables : u L'amitié 
« est le plus' grand des' tiens; car elle offre ime foulé de 
« jouissances. » 

. lÂ^ Le quatrîèiide «iode 4e réfutation est d'opposer à un 
^raisonnement solide, un raisonneioent aussi fort ou même plus 



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f4o DE INVENTIONE, LIBER I. 

contra firmam argumentationem ^ œque firma aat 
firmior ponebatur. Hoc genus in delîberationibm 
nlaxime yersabilur y cum aliquid , quod contra di- 
catur , aequum esse concedimus y sed id y quod nos 
defendimus^ necessarium esse d^mon^tr^mus : aut 
cum id y quod illi défendant y utile esse fateamur ; 
quod nos dicamus, demonstremus esse honestum» 
Ac de reprehénsione hœc quidem existimavimus f sse 
dicenda. Deinceps nunc de conclusione pone^us. 

Hermagoras degressionem deinde, tum postremam 
conclusionem ponit. In bac autem degressione iUe 
putat oportere quandam inferri orationem y a causa '^ 
atque a judicdtione ipsa remotam y quâe àut siii lau- 
dem , aut adversarii vituper«ttîotiem coucineat y àtii 
in aliam! causam deducat^ e% qua cooficlat .ali-- 
quid 'confinaationis y «ut reprebeo^ionis y, non ar4> 
gumentando^ s^d augeadq per quapd^apipjifî- 
cationem. Hanc si quis partem putarit orationik , 
sequatur Hermagoram licebit. INam et augendi y et 
laudandi y et vîluperandi prsecepta a nobis partim 
dàtia sunt^ partim suo loco dabuntur. !Nbbi)i adtem 
ixbti^ïàéèty haiic t)fiirtem iiï iitfmef o rè pdtti ; '^tîbd^ de 
causa de^fédiv t^isi per lùcum«CRÙtfiniem<^:diisp)ioe»$ 
(|no de génère posterius est dicendum. Laudes autem 
et vituperaiîones non separatim placet tractari> sed 
in ipsis argumentationibus esse implicitas. Nunc de 
conclusione dicemus. 

LH. Cofaduite e5t ^t«is"ël déftttMfiteûl^ iWius 
oratiotiTS'? ba»c èdbe^i^patttcs' iAres«y «otkmecsitionem^ 



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DE UINVENTION, LIVRE L ,41 

tx^lide eocGte. On l'emploie surtout dans le genre délibératif : 
nous accordons que l'ayis contraire est juste ; mais nousprou- 
Tcms que le nôtre est nécessaire : nous avouons que ce qu'on 
propose est utile ; mais nous démontrons que notre avis est 
dicté par l'honneur. Voila ce que nous avions a dire de la réfu* 
tation. Passons maintenant a la péroraison. 

Avant la jpéroraison Hermagoras place la digression , et 
dans cette digression y étrangère au fond de la cause , il veut 
que l'orateur insère son éloge , blâme son adversaire ou traite 
quelque sujet qui lui fournisse^ plutôt par l'amplification que 
par le raispnneii|ienti^ de nouvelles armes pour attaquer ou se 
défendre*. «Si- l'jtm veut çonsidécer^la digression comme une 
partie du discours > on peut suivre le sentiment d'Hermagoras. 
Car dotis avomdomié on nous donnerons k lenr place des pré- 
ce^iès*{)ôur aknjplifier^ louer ou blâmer. Quant k nous, nous 
ne jugeons point convenable de la compter au nombre des 
parties du discours , parce qu'il ne faut jamais s'éloigner de sa 
ca^s;^^ qpe; d^ns 1^, lieux communs dont nous parlerons plus 
ta^d;d*Wlews^^*Jg««tl?. J^Ç^n^dp pa^ s^ foudrt 

AansikpiÉisoinMntni l ^^ê9tm d^no * 1a pé]:of aison. 

. ) '. ' M f • . t t .. t. ,,' .. 

Ln. LapéffMtisoa osmpRte.etNt^miaerie discours. Elle 
a trobparties : Ténumération^ Pindigaationet la plainte. L'é-> 



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14* DE INVENTIONE, LIBER I. 

indignotionem, conquestionem. Enumeratio est , per: 
quam res disperse et <lifiuse dîctte imum in locum* 
coguntur 9 et remiaisceDdi causa unum sob aspectuoi 
subjiciuntur. Hœc si semper eodem modo tractabitur^ 
perspicue ab omnibus arlificio quodam tractari inleU 
ligetur ; sin varie fiet y et banc suspicionem et satie- 
tatem vitare poterît. Quare tum oportebit ita facere ,' 
ut plerique faciunt propler facilitatem^ singillatim 
unamquamque rem attingere , et ita omnes transire 
breviter argumenta tiones : tum autem id , quod dif- 
ficillus est , dlcere , quas partes eiposueris in par- 
titione y de quibus te pollicitus sis dicturum , et 
reducere in memoriam y quibus r^tionibus unam-' 
quamqne partem confirmaris : tum ab iis y qui au^ 
diunt y quscrere y quid sit.^ quod sibi yeWe debeant 
demoDstrari 9 hoc modo : a Illud docuimus^ illud, 
plauum fecimus. » Ita simul et in memoriam redi- 
bit auditor y et ptitabit nihil esse praeterea y quod 
debeat desiderare. Alque în bis geueribus (iit ante 
dictum est) tum tuas argilmétitâttùnes transire se-^ 
paratim , tum id , quôd àtnifkfit^u^ est , euto tuisi 
éontraria^ conjungeref etcumtuam argumentationem 
dixeris y ^lum ^ cooitsa ei^t» qjaod affoirehittury qt^eiip-r 
admodum dîlueris y pstendere. Ua pçr brevem corn- 
parationem^ auditoris memoria et de confirmatione ^ 
et de reprehensione redintegrabitur. Atque hύ aliis 
actionis quoque modis variare oportebit. Nam cùm 
é\ tua persona enumei^arci posais ^ ut, qùid/et quo 
quidque.loco dixeris, admoueàs : tum Tero j>er>ouam 



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DE UINVENTION, UVkE I. 145 

taiiittéralion réunit et rassemble les faks él leà ratsoûs iSsper-» 
sées ddns le discours; elle les ittet sous un tnéme point de rue 
pour eb rappeler le souvenir. Si vous suivez toujours la même 
marche , il ne sera pas difficile de reconnaître l'art. Pour en 
effacer jusqu'aux moindres traces, pour prévenir le dégoût, 
employez la variété. Tantôt, et cette méthode, comme la plus 
facile , est la plu^ us&éè y récapttulet ea hB$ effleurant tous 
-vos râsonnéitieAs ; tantôt > et l'ofi r^ncoutne m plus de diiS- 
-cultés , vcms retracez votre division , et vous rappelez les li- 
sons dont vous avez appuyé chaque |)attie. L'orateut* quelque- 
ïois s'adresse a l'auditoire et lui demande ce qu'il veut qu'on 
lui démontre encore j et il ajoute : « Voilk ce que nous vous 
avons appns^ voilà ce que nous avons, prouvé. » Ainsi vous 
rafrstjcbissez la mémoii^e de, l'auditeur , et vous lui persuadez 
•qu'# ne doit^ T\en attendit de plus. , 

Ici vous pouvez, comme nous l'avon^dit plus haut,, rappeler 
"Tos raisonnemsns ^^part, ou^ ce qui exige plua de inàcai^ j 
joindre les ol^jc^ptions qvfaa wus a feitm ek ce que XAS y 
avea répondu. tAiosi > une courte comparaison rappelle à l'au^ 
iditoire et la ^nfimifition et la réfatûtiôtï. Vbus âutez encore 
ici recouW k^ Vanéte. Au Uéu de faire vouis-même l'énumé- 
ration, de rappeler ce que vous avez dit et en quel lieu vous 
l'avez dit, '^ous pouvez la placer dans la boucLe de quelque 
personnage ou de quelque objet inanimé que vous mettez en 
scène. Par exemple : u Si le législateur parabsait tout a co|ip 



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144 I>E INVENTIONE, UBER I. 

aut rem.aliquam inducere ^ et enumeratioDem ei 
totam attribuere. Personam hoc modo : « Nam si 
«r legis scriplor exsistat ^ et quaerat a vobis ^ quid 
(c dubitetis^ ' quid possitis dicere^ cum vobis hoc et 
hoc sit demonsiratum. » Atque hic^ ilem ut in nostra 
persoua , licebit alias singillatim transire omnes ar- 
gumentationes , alias ad partitiones siogula gênera 
referre y alias ab auditore y quid desideret y quaerere, 
alias hœc facere per compa|*ationem suarum et con- 
trariarum argumentationum. Bjes autem inducelur^ si 
alicui rei hujusmodi^ legi^ loco, urbi, monumento 
attribuetur oratio per enumerationem y hoc modo : 
(c Quid si Icges loqui possent? nonne hœc apud y 9s 
« quererentur? Quidnam amplius desideratis^ j udices^ 
« cum vobis hoc et hoc planum factum sit? » In hoc 
quoque génère omnibus eisdem modis uti licebit. 
Commune autem prœceptum hoc datur ad enume- 
rationem^ utexunaquaquéargumentatione^ quoniam 
totaiterum dici non potest^ id eligatur^ quod erit 
gravissimum^ et unumquodque quam brevissime 
transeatur ; ut memoria y non oratio renovata vi- 
deatur. 

LIIL Indigna tio est oratio^ per quam conficitur^ 
ut in aliquem bominem magnum odium^ aut in rem 
gravis ofTensio conciteiur. In hoc génère illud pri- 
mum intelligi volumus^ posse omnibus ex locis iis^ 
quos in confirmandi pracceptis posuimusy tractari 
indignationem. Nam ex iis rebns^ quee persénis atque 

' Quod. 



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DE UINVENTION, LIVRE f. ,45 

te et voua demandait: Pourquoi hésiitez-vous.encore ? qu'avez* 
cf votts à répoiidi?^iquaiMl*oa vous a démootré?..*. » Et vous 
poure?, arti&ài'bieiï*qlife^ vous pariiez en votre propre nom, 
tantjf^ passer' eii reVtte*t8mes vos'irai*)ns, tantôt rappeler la 
division , tantôt ièiiander a î^audîtoîre ce qu'il attend encore ,' 
ou comparer vos raisons auK oEjections de l'adversaire. 

Faites-vous parler une chose manimee ? alors c est une loi , 
ime ville ..quelque monument que vous chargez de l'énumé- 
ratîog;^(<,§}j la ,lyi pouvait, pajrlei} , pe vous dirait-elle pas , 
«.Qu!»tteî^z-i%9^ft^^iCîpr^, iq^t^^ , ,«ÏU^d on vous a dé- 
ce ml»ta|i que ?...*iN€«t vous Av^icÂloAiinêm^jresto Souà 

qael^WfonBei|bevduA piiéieotieB v«tra'4piimératioH; comme 
Toûi'ie''pôdtè«'^pohë* Vfe'tafeotottnei» en entier, oon- 
tenïe'i-vous de' i^ippelc?}? èto' )pé\x de Vndti ce qu'ils ont de plus 
soEde ; car il's'agit de rafraiclii: la mémoire, et non pas de 
recoifimencer le discpur^. 



o-,yi-Ji' ^iJi/îu .rj'j . , t, . 



LOI: LliAlgii^dittxciteiMCrelniiMOonMiirihodi ou 
noW^t'é^^ï'f'ty^'^^ f«'^- Oh peut la waitér suivant 



*Ujlll *>11ll.i A r4# \ . l 



tes' pnncipes que flous avons donnes pour la confirmation ; car 
elle se forme , comme lamplmcation, de tout ce qui a rapport 



elle se forme , comme Tamplihéafion 



dérer ce qui apparUent a l'indignation en particulier. 



nous allons consi- 
particulier 

n. 10 



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t:.0 DE INVENTIONE, LIBER L 

negoliis aitributœ sunt^ quaevift amplificationeft ei 
indignatione^ oa^ci po6»uiit : std tamen ea ^ quœ se* 
paratim de iodigoatioBe praecipi possunt^ coDside- 
remus. Primus locus sumitur ab auctorîtate^ quum 
coramemoramus y quantae curae reft ea fuerit ' diîs 
immortalibuSy aut eis^ quorum auctontas gravissima 
debeat esse« Qui locus sumetur ex sorûbiKs^ ex ora* 
culis, vatlbu3j o«teotw^ prodigiU, respousi», et si- 
inilibus rébus, ilem ex majoribus nostris^ rçgibus^ 
civilalibuSy gentibus, hotuinibus sapieDtissimis^ se-' 
ii^tu, j^opuloy legum scriptoribus. Secundus locus 
est, per qoem, illa re^ ad quos pertîneat > cum ampli- 
fioatione, per mdîgoatiouem^ Oftteûditur^ an ad om- 
oes.i * aixl'ad majorem partent ^ quod' atrocièsimum 
est; ^ aut ad superiores^ qualts sum îî, quorum ex 
auctprîtate iadigoalio sumitur^ quod iodi^îssonviin 
est; ^ aut ad pares auimo^ fortuna^ çorpore^ qupd 
iDiquissimum est; ^ aut ad inferiores^ quod super* 
bissimum est. Tertîus locus est, per quem,quaeriuius^ 
quidnam sit eventurum^ si idem ceteri faciaut : et 
simul ostendimusy huic si concessum sit^ multos 
œmulos ejusdem audaciâe futuros : ex quo^ quid mali 
sit eventurum^ demonstrabimus. Quartus locus est^ 
per quem demonstramus^ multos alacres exspectare, 
quid slatuatur^ ut ex eo^ quod uni coucessum sit^ 
sibi quoque tali de re quid liceat, intelligere possint. 
Quintus locus est^ per iquem ost^ndinius^ ceteras res 
perperam constitutas^ iutellecta véritate^ commutatas 

• Aui diif. — « An, — ' Ao, — 4 Aa. — 5 Ao. 



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DÉ riNVENTION, LIVRE î. 147 

Le preaiier lieu s'appuie sur l'amtente : on rappelle combieii 
ce èoïti i) s'i^t intéremait ks dieux iuHâortelé ou les ItMuttes, 
dcmt l'aufôrité est la plus l'esp^taMe. II ^tt^rasse la divina- 
tion, les oracles, les prodiges, etc., aussi Bien que Thistoire 
de nos ancêtres, des rois^ des cités, des nations, des sages, 
du sénat , du peuple et des législateur». Le $econd lieu montre, 
par rampUficatioa, que le délit attaqua la société entière ou la 
majeiue paitie de la sociéfé^ et c'est une atrocité ^ qu'elle, 
attaque par exemple , les SQpérie«rl , oeuit dpnt Fsutorité août) 
a fourni le premier lieu commim, et c'est une indignité ; les 
égaux en couwçè, en fortune, et c'est une injustice ; ou les 
inférieurs, et c'est le comble de rinhumanité'. Dans le troi- 
sième lieu on cherche ce qui pourrait arriver , si d'autres 
imitaient cet exemple ; on montre qu'il aurait la plus grande 
influence , et Ton en développe les funeste» conséquences. 

ht qbatmne Uea démontre que bien des gens attendent. 
avco împatttaoe la décision decctta a£Eaire, pour juger de ce 
qulb pourront se permettre en pareille oceasîon. 11.6 cin- 
quième , que , dan* d'autres cas, h vérité peut percer et dosi- 
per les ténèbres de Perretur , mais qu'ici, le jugement une fois 
prononcé , rien ne saurait le changer ; qu'on ne peut plus re- 
venir sur ses pas. Le sixième lieu prouve que le délit a été 
commis a dessein et de propos délibéré i on ajoute que si l'er* 
reur a quelquefois des droits k l'indulgence, il ne faut jamais 
pardonner une faute volontaire. Dans le septième lieu , l'hor- 



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i48 DE INVENTIONE, LIBER !. 

corrigi posse : hanc esse rem y qua& si sit semel judi— 
cata^ neque alio commutari judicioy neque ulla po-« 
testate corrigi possit. Sexlus locus est, per quem con- 
sullo et de industria factum esse demonstratur, et, 
illud adjuDgitur, voluntario maleficio veniam dari 
non oportere : imprudentiae concedi nonnumquam 
convenire. Septimus locus est, per quem indignamur, 
quod tœtrum, crudele, nefarium, tyrannicum fac-' 
tum esse dicamus, per vim, per manum opulentam^ 
qua& res ab legibus et ab sequabili jure remotis«- 
sima sit. 

LIV. Octayus locus est, per quem demonstramus^. 
non vulgare, neque factitatum esse, ne ab audacis-^ 
si mis quidem hominibus, id maleficium, de que 
agitur : atque id a feris quoque hominibus , et a bar- 
Baris gentibus, et immanibus bestiis remotum esse. 
Hœc erunt, quœ in parentes, liberos, con juges, con** 
sanguineos, supplices, crudeliter facta dicenlur; et 
deinceps si qua proferantur in majores natu^ in hos- 
pites, in yiciuQS, in amicos , in eos, qulbuscum vitaiu 
egeris, in eos, apud quos educatus sis, in eos, a qui- 
bus eruditus , in mortuos, in miseros et misericordia 
dignos, in homines claros, nobiles et honore usos^ 
in eos, qui neque laedere alium, nec se.defenderc 
' potuerint, ut in pueros, senes, mulieres : quibus 
omnibus acriter excitata indignation summum in 
eum , qui violarît horum aliquid , odium commo- 
vere poterit. INonus locus est, per quem cum aliis, 

• PotufniDt. 



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DE L'INVENTION, LIVRE I. 149 

l>eur, la cruauté, Tatrocité iaouïe d'im délit ea&nté par la 
-violence toute-puissante, d'un délit qui viole toutes les lois 
et réquité naturelle , enflamment le courroux de l'orateur. 



LIV. Le huitîèoie démontre qu'il ne s'agit point d'un 
crime vuljgaire , ni même d'un crime habituel aux plus grands 
scélérats y mais d'un forfait inconnu aux hommes leis plus cruels , 
aux nations les plus barbares, aux bêtes les plus féroces: telle 
est la cruauté envers nos parens, nos enfans, nos époux, nos 
alliés, envers des suppliana; au secoujl rang, on.plac)s le» 
violences egKfeats d/es vieillards., un hâte , un ami , m» voisin, 
tun cammmde, œus qui bous^m^ élevés, qui nous ont' ins- 
truits ; envers un mort, un malheureux digne de piti^ , ou un 
homme Illustre, revêtu d'honneurs et de dignités ; envers des 
gens qui ne peuvent ni attaquer ni se défendre , comme des 
enfans, des vieillards, des femmes. Toutes ces circonstances 
excitent la plus forte indignation contre le coupable. 

Le neuvièfme lieu , en comparant le délit en question avec 
d^utres délits reconnus comme tels , montre combien il esl 
plus atroce et[4us abominable encore.. Le dixième, en rassem- 



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,5o DE INVENTIONE, LIBER I. 

qu0è constat eue pecoaia^ hoc, quo de qu^estio est; 
comparatur; et iia par conienticmem, quanto atrociu» 
et in^dignius sit iliud^ quo de agitur^ osienditur. 
Decimus locus est^ per quem omnia^ quae in ne- 
gotio gerendo acta sunt , quaeque post negotium con- 
secuta sunt^ cum uniuscujusque indîgnatione et cri- 
minatîoue colligimus, et rem verbis quam maxime 
ante oculos ejus, apud quem dicitur^ ponimus, ut 
id^ quod indignum est, perinde illi videatur indig- 
num, ac si ipse interfuerît, ac praesens viderit« Unde- 
cimus locus est^ per quem ostendimus, ab eo factum^ 
a quo minime opprtuerit^ et a quo^ si alius f^ceret, 
proUiberi cpnvenii-ejt, Puodec^mus locus est, per 
quem indignamur^ quod nobis boc primis acciderit, 
nec alicui unquaai usu evenerit. Tertiusdecimus 
locus est 9 si cum injuria contumelia juncta démons- 
tratur , per quem locum in superbiam et arroganliam 
odium concitaiur. Quartusdecimus locus e^t, per 
quem pet^mus ab iis, qui audiunt^ ut ad suas res 
Ji^if^ igEij(|iri^# r^fe^9^ : ^i pd pi|éS^^c)s pneriioebii $ 
d^ J[|bejri$ 3uis CQg^ii^jil : ^i ad ip^l^es p de uxx>ribus : 
si ad senes^ de p^tribus aut parentiby^^ Quipt|jis« 
decimus locus est^ per quem dicimus^ inimicis quo* 
que et bostibus ea, quae nobis accideript^ indigna 
videri solere. Et indignatio quidem bis fere de locis 
gravissime sumetur. 

Ly. Çpfîqi^estionîs am^m hujuBmodi d^ rébus 
partes petere oportebit. Conquestio est oratîp,au- 
diiorum misericordiam captans. In bac primum ani- 



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DE L*INVENTION, LIVRE I. i5f 

Uant les cireomslQiieeft et k^ •uiie» de V^lîm, ^ofl^Wi^ 
tous les esprits, etptf le tidileau ibippant q»'it inel sous les 
yeux des juges y leur rend le crime aussi odieux q^ue s'ib Sa- 
vaient TU commettre sous leurs yeux. Dans le onzième, faites 
voir que le coupable devait, moins qu'un autre , commettre 
un pareil délit, qu'il éta^it même de son dçvQV de Vcmpê- 
cher. L'orateuir, daps le douxiràie,^ sS^digae d^iti^ h ja^-: 
nière victime d'un mu» iiisqu'^lors «neMni». 

Le treizième lieu, ^ fppnti^ que VoHfr^ ^e joint à h 
çrufituilé, rend fMijeia Torgneil et l'aivoigaiic^ du ^wpM>lf^ 
Par le quatiHr^ième , ]^Drâteur supplie m aiidilcurs de se 
mettre a sa place , de penser a leurs en&ns, s'il s'agit d\m 
enfant, k leurs épouses , s'il s'agit d'une femme , a leurs pères , 
si c'est d'un vieillard. E^fin il dira dans le quinzième que 
l'ennemi le plus iqiplacable serait révolté de ce que nous 
avons sou^t. 



LV. Tds sont a pe^ nrès les lieux les plus propres h 
exciter l'indigmitioii. ...... 

Dans la plainte, qui peut naître des mêmes causes qucl'i»- 



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iSa DE ÎNVENTIONE, UBER I. 

mum auditoris mitem et roisericordem conficere opoi^ 
tety quo facilius conquestione commoveri posait. Id 
locis communibus efficere oportebit, per quos for- 
tuQse vis in omnes^ et hominum infirmitasostendiiur: 
que oratione^habita graviter et sententiose^ maxime 
demittitur animus hominum ^ et ad misericordiam 
comparatur; cum in alieno malo suam infirmitatem 
considerabit. Deinde primus locus est misericordiae y 
per quem , quibus in bonis fuerint, et nunc quibus 
in malis sint , ostenditur. Secundus y qui in tempora 
tribuitur , per quem y quibus in malis fuerint, et sint 
et futuri sint, demonstratur. Tertius, j>er quem 
«numqnodque deploratur incommodum, ut in morte 
filii , pueritiœ delectatio , amor , spes , solatium, eda« 
catio, et, si qua simili in génère, quolibet de in- 
çammodo per conquestionem dici poterunt. Quartus^ 
per quem res turpes , et humiles , et illiberales pro- 
ferentur, et indignœ setate, génère , fortuna , pristino 
honore, beneficiis; quas passi perpessurive sint. Quin- 
tus est, per quem omnia ante oculos singillatim in-- 
commoda ponentur, ut videatur is, qui audit, videre, 
et re quoque ipsa, quasi adsit, non verbia solum, ad 
misericordiam ducatur. Sextus , per quem prêter 
spem in miseriis demonstratur esse; et, cum aliquid 
exspectaret, non modo id non ' adeptus esse, sed in 
sumraas miserias incidisse. Septimus, per quem ad 
ipsos, qui audiunt, similem casum convertimus, et 
petimus, ut de suis liberis, aut parentibus, autali-* 

' Adepium. 



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DE L'INVENTION, LIVRE L i55 

dignatkm y oa cherche a exciter la pitié de l'auditeur. H faut 
donc l'attendrir d^abord et le préparer a des émotions plus 
douces, si nous voulons le rendre sensible a nos plaintes» 
Pour y réussir ; développez des lieux communs sur la puis- 
sance irrésistible de la fortune et sur la faiblesse des mortels. 
Ces pensées, exprimées d'un style grave et sentencieux, font 
^ur les esprits une impression profonde , et les disposent a la 
compassion. Le malheur d'autrui leur rappelle leur propre 
fidblesse. 

Le premier lieu oppose notre proqiérité passée a notre mal- 
Jieur présent* Le second a rapport au temps , et raconte de 
quels maux nous avons été, nous sommes et nous serons les 
victimes. Le troisième appuie sur chacune des circonstances 
qui aggravent votre malheur. Vous perdez un fils , et vous rap- 
pelez les plaisirs innocens de son âge, son amour, vos espé- 
rances, le soin de son éducation. Ce sont ces détails qui 
rendent votre malheur plus touchant. Le quatrième lieu ùlt 
connaître les affronts, les humiliations, les traitemens désho- 
norons et indignes de notre &ge, de notre naissance, tle 
•notre fortune, de nos honneurs passés, de nos bienfaits , que 
'nous avons soufferts ou dont nous sommes menacés. Le cin- 
quième est le tableau de chacun de nos malheurs , tableau si 
vif et si animé, que l'auditeur semble les voir et se laisser at- 
tendrir moins par le récit que par la vue de nos disgrâces. Le 
sixième montre que nous sommes tombés dans le malheur au 



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i54 DE INVEMIONE , LIBER I. 

quoy qui illb carus dcbeat este, nos cum videant, re> 
cordentur. Oelavus > per quem aliquid dicitur esse 
factum y quod iion oportuerit, aut Qpn factum , quod 
oportuerit, hoc modo: a INod affui, non vidi, non 
u postremam ejus vocem audivi, non extremum ejus 
a spiritum excepi. » Item y « Ininiicorum in manibus 
(( mortuus est, hostili in terra turplter jacuil insepul- 
« tus, a feris diu vexa tus, communi quoque honore 
c( in morte caruit* » Nonus, per quem oratio ad mutas 
et expertes animi res refertur^: ut , si ad equum , do— 
mum, vestenVf sermonemalicujus accommodes, qui- 
tus animus eonim, qui audiunt et aliquem dilexerunt^ 
vehemeuier coounovetup. Dediims, per quem inopia, 
infirmitas , aoHtudo demopstr^tur. Undecimus, per 
quem aut liberorum, aut parentumj, aut sui corpori^ 
sepeliendi, aut alicujus ejusmodi rei commendatio 
fit. Duodecimus, per quem disjunctio deploratur ab 
aliquo, cum diducaris ab eo, quicum libentissime 
vixeris, ut a parente, filio, fratre, 'femiKari. Ter- 
tiuftdecimus , per quem cum hKAîgiiatiofie conque- 
rimuj, quod ab iig, a quibos- miuutttt coivfemat^ 
malc traetemur, propinquis> amiçifr^ quil>U# )>ene- 
fecenqi^Sj^ quQs adjutores fore putaverijpus, aut a 
quibug ipdignum ' sit, ut seryis, Ubefiis^^ çlientibus, 
supplici)>us. 



« Est.' 



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DE L'INVENTION, LIVRE L i55 

moment où nous nous y attendions le moins y et que nous 
avons été précipités dans cet abîme de maux, quand nous 
nous bercions d'un vain espoir de bonheur. Par le septième, 
l'orateur applique a l'auditeur sa propre infortune ; il le sup« 
plie de se rappeler , en le voyant, le souvenir do 9es enfans , 
de ses parens , de ceui^ i|ui doivent lui être chers. Dans le hui- 
tième, tv>us disons qu'on a fidt ce qu^on ne devait pas faire, 
ou qu'on n'a pas fait ce qu'on devait fkire; par exemple: 
u J'étais absent, je ne Pai pas vu , je n'ai point entendu ses 
c( dernières paroles , je n'ai point recueilli s^ derniers sou- 
ci pirs. )) Ou bien : a II est mort entre les mains des barbares , 
u il est .étend» çai^ sépulture $ur vnp terrp ennemis; loftç- 
(( tenps e^p<Mé ^ 1# vor^fé 4^ b^te^ saii^^fts, ^ ^ été 
<( privé des hcapeurs d^ lu sépuUur» , hwnaurs qi^^on pe 
tt reftise k pevsMine. » 

Le neuvième s'adresse k des choses muettes ou inanimées , 
a un cheval, une maiscm, un vêtement , artifice qui touche 
profondément l'auditeyr , en li^i rappelant des souvmr^ at- 
tendrissans. Le dixième expose nptre pauvreté | noti^ faiblesse, 
notre iseleme|ïj. Pan? Jç pu^me, m ftf^pmmw^^ a 1^ fciçn» 
veiltancè publique ses parens, ses ei^jsu^s, le çoii^ 4? s^ s^pi^lr 
ture, etc. Dans le douzième, on se plaint de l'éloiçnement de 
quelqu'un qui nous^t cher , d'un père , d'un fils , d'un frère , 
d'un serviteur fidèle. Dans le treizième, on mêle l'indignation 
k la plainte, en songeant que nous éprouvons ces indignes 
traitemens de ceux dont nous devrions le moins les attendre ; 



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\ 



i56 DE INVENTIONE, LIBER I. 



LVI. Quartusdecimusy qui per obsecrationem su- 
mitur : in quo orantur modo illi^ qui audiunt^ hu- 
mili et supplici oratione, ut misereantur. Quiptus- 
decimusy per quem oon nostras^ sed eorum, qui 
cari nobis debeut esse, fortunas conqueri nos de- 
monstramus. Sextusdecimus est , per quem animum 
nostrum in alios misericordem esse ostendimus. Et 
tamen amplum, et exce]sum, et patientem incom- 
modonim esse, et ftiturum ' esse, si quld acciderit^ 
demonstramuf . Nam sœpe virtus et magoificentîa, ii^ 
qua gravitas et auctorittt est , plus pro&<ât ad qii- 
sericordiam conunoyendxmi^ quam humilitas et obse;^ 
cratio. Gommotis autem animis, diutius in conques- 
tione morari non oportebit. Quemadmodum enina 
dixit rhetor Apollonius , lacryma nihil citius aresciu 
Sed ' quoniam et satls videmur de omnibus partibus 
orationrs ^ dixisse, et hujus voluminis mngnitudo 
longius processit; quae sequuntur deinceps, in se- 
cundo libro dicemus. 

■ Abest este. — * QcKmiaiii satU , ot TÎdemar. -^^ Diximus. 



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DE L'INVENTION , LIVRE I. • ,57 

par exemple , de la part de nos proches , de lios ands', de ceux 
que nous avons obligés ou dont nous attendions du secours ; 
de ceux enfin pour qui c'est le plus noir des crimes y d'un 
esclave , d'un affranchi , d'un client ou d'un suppliant. 

LVI. Le quatorzième lieu emploie l'obsécration. Par des 
prières y par un langage humble et suppliant , nous iipplor^ns 
la pitié des auditeurs. Dans le quinzième, nous nous plai- 
gnom moins de notre infcnrtune que de cdle des personnes 
qui nous sont chères. Dans le seizième , nous nous montrons 
sensibles pour les autres, mais supérieurs à tous les malheurs 
qui fondent sur nous; et cette fermeté ne se démentira ja- 
mais; car souvent le courage et la grandeur d'âme , quis'ex* 
prifiient avec noblesse et dignité, savent mieux uqus attendrir 
que l'humiliation et les prient* Mais les esprits une fois émus ; 
gardez-vous d'être prolixe dans vos pUintes ; car, cconmel't^ 
dit le rhéteur Apollonius , rien ne sèche plus vite que les 
larmes. Mais comme nous avons , a ce qu'il nous semble , 
assez développé toutes les parties du discours , et comme ce 
Livre nous parait assez long, nous réservons pcvr le second 
ce qui nous reste ^ dire* 



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DE INVENTIONE. 



LIBER SECUNDUS. 

I. CiiiCtàlif lATjfi quondam y cum flo^^reni omnibus 
copiis y et in Italia oum * primii beau nuiHereremur ^ 
templtim JunoBisy quod relî^oaisaimeeolebaDti egre« 
giis picturis locupletare voluerunt» Itaque Heracleo- 
tem ZeuxiB, qui tum louge céleris excellerepictoribus 
existimabatuty magno pretio conductum adhibueruut. 
Is et ceteras complures tabulas pinxît y quarum dod- 
nulla pars usque ad nostram memoriam propter fauî 
religionem remànsit; et, ut elcellentetn muliebris 
formée pulcfaritudîûefn muta in sese imago couticreret^ 
Helense se piogere simulacrnui ^elle dixit r quod 
Groloniat«9 qui eum muliçbri in corpor« pingendo 
plurimum aliis prœstare saepç accepissent , libenter 
audierunt : putaverunt enim , si , quo in geuene plu- 
rimum posset, in eo magnoperç.elaborasset, egregium 
sibi opus illo in fano relicturujn. Neque lum eos illa 
opinio fefellit. Nam Zeuxis illico quaesivit ab eis, 
quasnam virgines formosas baberent. llli autem statim 
hominem * deduxeruut in palœstram y atque ei pueros 
ostenderunt multos, magna preedilos diguitatè. £te-> 
nim quodam tempore Grotoniataef maltnntf oiïinibus 
corporum viribuset diguiftatifaus antestetvrunt, atque 

I In primii. — » Doseraot. 



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DE VINVENTION. 



LIVRE SECON». 

I. IjiAOTOiffS) «élèbre parson opilenoe^ et regurdëe eoniine 
une d^'pk» kMli^HSês yiDes dltalie , voulut ja£s orner de 
petfltures «tcèUeûtes le temple de Jtitaon , tô divinité tuté- 
laire.' On fit venir a grands frais d*Héraclée Zeuxis , le pre* 
mier peintre de son çiècle. Âpres avoir peint plusieurs ta- 
bleaux ^ ^ue le respect des peuples a conservéd jua^'à nous y 
Tartistf ^ ,g9ur donner la modèle d'une béante pacftdte y réso* 
lut^df^ii^ le jporuaîl* d'Hâène. Ge ptefel flatta 1m €roto-> 
nia«9ip9Ϋr«MitfttMMhi vanter letakot iiti|;iiUer de Zeuii^ 
pobr pfBindre hs fermes, et Hi posèrent que s^ voulait 
dévôtèjf^pet tous ses moyeni , dans un genre où fl excellait , 
il eniicliirâit leur temple d'un chef-d*oeuvre. 

Leur attente se fut {)6int trompé'é. D'abord Teuxis de- 
manda ^ts atvaient de belles lemmes. Ou le conduisit aussitôt 
dans le gymnase, où il vit des jeunes gens de la figure la 
plus noble 5 car il fut un temps où les Crotoniates se distin« 
guèrem par leiur ^^gMei^^^p^ Té^qg^^te pro|^tichi de leurg 
formes , et reaiporltrcnt^ i'^^kiantes vteloîrei dans ks jeus 
gymni<pies. Ceflime <fl Admirait te grfiœti et ta beauté de 
toute cette jeunesse : Nous avons leurs sœurs , lui dit-on ) ce 



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n 



,6a DE ïNVEimONE, UBER II. 

honestissimas ex gymnico certamine Wfetorias domum 
cum maxima laude retulerunt. Gum puerorum igUur 
formas et corpora magno hic opère miraretur : Ho« 
rum^ inquiunt * illi, sorores sunt apud nos rirgines: 
quare, qua sint illœ dignitate^ potes ex his suspicari. 
Prœbete igitur mihi, quaeso, inquit^ ex istis virgini- 
hus formosissimasy dum pingo id -, quod poULcItus 
sum Yobis , ut mutum in simulacrum ex animali 
exemplo veritas transferatur. * Tum Grotoniatœ , 
publico de consilio ^ virgines unum in locum con- 
duxerunt^ etpictori^ quas vellet, eligendi potestatem 
dederunt. lUe autem quinque delegit ;* qUarum Do- 
mina multi poetae mémorise tradîderunt y quod ejus 
essent judicio probatse , qui verissimum pulchritudi- 
nis habere judicium debuisset: neque enimrpmtavit^ 
omnia , quœ quaereret ad venust^tem^ uno incorpore 
se reperire posse; ideo quod nihil^ simpliciin génère^ 
omni ex parte perfectum natura expolivit : itaque , 
tanquam ceteris non.sit habitura quod largiatur, si 
uni cuncta concesserit, aliud alii commodi^ aliquo 
adj uncto incommodo , muneratur. 

II. Quèdquoniam nobis quoque ivolunutis accidit^ 
ut artem dicendi perscriberemus^ non unum aliquod 
proposuimus exemplum^ cujus omnes partes ^ 9^^~ 
cumque essent in génère, exprimendae nobis neces- 
sario videreniur : sed , omnibus unum in locum 
coactis scriptoribus , quod quisque çommodissime 
praecipere ridebatur, excerpatmuB, et ex variis inge- 

' Abç»i a£i. — ' T«nc. 



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DI L'IRVEUnON, LIVRE II. i6r 

ffê» vous voyez peut tous doiiBeriim idée de lems ohariBeL' 
QueToû toe donne les plus bettes pour Biodëes ! s'éorit Par^ 
liste, et Ton trouvera dans une image muette toute la vérité « 
de là nature. 

Alors un décret du peuple rassembla dans un même lieu 
toutes les jeunes filles, et donna au peintre la liberté de choi« 
w parmi elles. U en cboisit cinq. Les poètes se sont empressés 
de nous transmettre les noms de celles qui obtinrent le prix 
de la beauté, au jugement d'un artiste qui devait savoir si 
bien l'appccifeier. «Zeuxi^ ne crut dote . pas pouvoir trouver 
réunîesibns tam aéïk: femme «outss les petfiicdonaqii^il irmif 
laîtdonilèihii séft'fiélène. En effet, la qmuw ne prodtk rien/ 
de parfidt : d^'àébble craindre d^puisër ïés peHtetiotli etj 
les prodigiiant'a ùù seul individu, et 6iit tôùjduïs'aôhetet' 
ses Sauveurs par quel<jue disgrâce. 



II. Et nom aussi>4tfilile èteêén que nous arvons ibnné 
d'écrire ^urPélo^ébce, tkoustièiious sommes point assujettis 
à calquer servilement toUS les traits' (i^un modèle* t|tielcon^é ; 
mais nous avons réuni tous les écrivains pour puiser dans leurà 
ouvrages ce qu'ils renferment de plus parfait, pour en prendre 
en quelquç sjrtç b ^fj|jj^ ^Çar si, parmi les écrivains qui 
méritent d'être cites, il n'en est aucun qui n'offre quelque 

n. XX 



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,6a DE INVENTIONE, UBEH «. 

niift. exceUentissima qiueqne libaynnu*. Ex bis emrn p 
qui nùmioe et me«ioria digm atint ^ oec nihil optîme ^ 
nec omnia praedarissime quisquam dicere vobis vU 
debatur. Quapropter stultitia visa est, aut a bene 
inventisalicujusrecedere, si quo iû vitio ejus oflende- 
rcmur> aut ad yitîa.quoque ejus accedere, eu jus 
aIl(|^^uo bene praeeeptp duceremur. Quodsi in ceteris 
quoque studiis a multis eligere homiues coiomodia* 
simuib quodque y qilam sese uni alieuî eerto velleut 
addiceré y minus in arrogantia otfendérent; non tân- 
<opef fe in Yttiis ficfrsèverarent ; aKquanto levîus ex in- 
é^tttifa laborèretuu <Ao ai paf in* oo&îs bii)iiis^ arlis ^ 
atquë:ini lUapiètur», acientia fuiaiet ^ 'i^Eurtaaflle niagis 
hoû aiiè.iii geoene ofius n^^tnim^ q|ii|ai Ule io sxka 
pi^^^ra lipbilia eoiterei* Ex majore enim eopia nobis j 
quam illi, fuit ,exempIorum eligendi potestas. Ule 
una ex urbe, et ex eo numéro virginum y quse tum 
erant y eligere potuit : nobis omnium y quîcumque 
fuertint, ab ultimo principio bu jus prseceptionis usque 
ad boc tempus y expositis copiis y quodcumque pla- 
ceret y eligendi potestas fuit. 

. .. Ae vtttertt qnîdena seriplcirMi^tis ^ us^ue a prin- 
çife iUo atq^ iaventorç Tisia repetitos y unum in lo- 
cum canduxu Aristotelea, et uominatim cujusque 
prsecepta magna conquisita cura perspicue conscrip* 
ait 9 atque enod^tà diligenter exposuit: ' at tantum 
inventoribus îpsis suavîtitte et brevitate dicendi pracs- 
titity ut nemô illbrùm praecepta ex ipsorum lihnfi 



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DE ^INVENTION, LIVRE II. i65 

cbose d'excellent, il n'en est aucun aussi qUi véunisse tontes 
led puties. Ce seniit dcnc une folie <Ie rejetet* ce qu'il y a de 
bon, a (Ganse de quelques défauts , du de snirre dans ses erreurs 
récrîvàin dont nous avons reçti d'utiles préceptes. 

Mais si l'on voulait suivre cette tnarche daiis les alutres arts ; 
si, sruliéu dé i'en tenir opiniàtrénient k un âeul maître , on 
voulait prendre de chacun ce qu'il a de meilleur , on verrait 
parmi les hommes moins de présomption , de prévention et 
d'ignorance* Si j'a^v^ pour Téloçftfeiice le mên^e Xolmt que' 
2^euxiii pour ld;p<îi|ti^e, peul^tre .mon ôuvrago,sf^t-il. 
a^péiiev au ithfiffdfœuvM aoiti âe son pisceau; car i'di.'eu» 
o» pins grand ti(^bM^ de modèles. B ni»' pti <;hoisir îpie 
j^arrài les vierges d'ùtie seule ville ; et moi , j'avais k ma %s- 
^osîlidn tous les écrivàîris qui , ciepuîs Pongine dé Téloiquence' 
jusqu'à nos jours ^ ont donné des préceptes sur la rhétorique. 

Aristote rassetirMa tousses anciens lïiéteurs depuis Tisias , 
le premier invente*^ dé l'art, et réunit tous leurs yrééeptes 
dans un seul ouvrage. Il les développa avec tant Ae clétails et 
de netteté,^ l'élégance et la précision de son style lui donnent 
i^ne telle supériorité , qfxe personne n'étudie plus les pfemiers 
rhéteurs dans leura propres écrits, maia dans ce}i3& du^philo*- 
sophe qui les interprète avec tant de darié. .!: t^ 

'. Ce ^and homme nous fait connaître a la fois ^o$ dj^ipion 
et celle de ses prédécesseurs ; et quoique ses disciples^ à l'oiem- 



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i64 DE INVENTIONE, LIBER II. 

cognoscaty sed omDes, <{ui> quod illî prsecîpUm y 
yelint intelligere^ ad hunc^ quasi ad qucDdam multo 
commodiorem explicatorem , revertantur. Atque hic 
quidem ipse ^ et sese ipsum Dobis > et eos y qui ante 
se fueraut , in medio posuit , ut ' et ceteros y et 
seipsuuL per se cognosceremus : ab hoc aulem qui 
profecti sunt^ quanquam in maximi^ philosophiae 
partibus operae plurimum consumserunt ^ sicut et 
ipse y cujus instituta sequebantur y fecerat ; tamen 
permulta nobis prœcepta dicendi reliquerunt. Atque 
alii quoque alio ex foâfte praeceptorés dicendi ema- 
naverunt y qui item permultum ad dicendum y si 
quid ars proficit y opitulati suât : nam fuit tempore 
ecidem y quo Aristoteles y magous et nobilis rhetor 
Isocrates : cujus ipsius quam constet esse artem y non. 
inyenimus. Discipujorum autem atque eorum y qui 
protinus ab hac sunt disciplina profecti y multa de 
arte praecepta reperimus. 

m. Ex bis duabos diversis ûcuti familiis, quarum 
altéra cum versaretur in philosophia^ nonnullam rhe- 
toricœ quoque artis sibi curam assumebat, altéra 
vero omnis in dicendi erat studio et praeceptione oc- 
cupala ^ unùm quoddam est conâatum genns a pos- 
terioribus y qui ab utrisque ea y quœ commode dici 
Tidebantur^ in suas «artes contulerttnt : quos ipsos 
simuly atque illoasuperiores^ nos nobîs omnes^ quoad 
facultas tulit^ proposuimus y et ex nostro quoque 
nonnihil in commune contulimus. Quodsi ea^ quœ 

» Abcst çf. 



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DE ^INVENTION, UVRE IL ifiS 

pie de leur Biidtre , se soient pour k phipart enfimcés dans 
•la i^osoplub la plus abstraUe, ils ont néanmoins fourni 
beaucoup de secours a Pâoqnence. Des rhéteurs, sortis d'une 
autre éctAe, ont encore beaucoup contribué aux progrès 
de l'éloquence ^ si Part j contribue en quelque chose ; car 
Isocrate , rhéteur célèbre y était contemporain d'Aristote. Nous 
avons perdu ses lecçns ; mais ses disciples et ses imitateurs 
nous aat transmis une foule de préceptes. 



m. De ces deux écoles, l'une, livrée à la philosophie, euL- 
jdoyait quelques momens a l'étude de l'art oratoire , et l'autre 
s'appliquait toute entière a la théorie et à la pratique de l'élo* 
quenoe; elles ont donné naissance a une troisième qui a- em- 
pnmté des deux autres tous les secours qu'elles lui offraient. 
Pour moi, j'ai tâché de suivre en même temps , autant que je 
l'ai pu, et les anciens et les modernes, en mêlant quelquefois 

mes observations aux leurs. 

» 

Si le sujet que nous traitons mérite tout le soin que notis 
y avons apporté, cet ouvrage ne déplaira ni à son auteur ni 5* 



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i6tf DE IlfVENTïONE , LIBER II. 

in bis libris exppnontur ^ tantopere eligenda fuemnt ^ 
.qpaoto s^utlîo elecia suui^ profecto neique nos^ neque 
^dioç in4ustru& nostrm pœpitebit. Sin auiem ijsmere 
ali^uid alicujus prœterii^se ^ aut jxqn. s^tis eleganter 
secuti videbimur ^ docli ab aliqiio , facile et libenter 
senteotiam commutabîmus. INon enim parum cog- 
nosse y sed In parum cognito stulte et diu persévérasse 
turpe est : propterea qaod alterum communi homi- 
num infirmitati y alterum siogulari umuscujusque 
yilio est attrîbutum. Quare nos quidem sine uUa 
affirmatione, slmul quserefntes^ dubitanter ' unum- 
quodque dîcemus^ ne, dum parvulum hoc conse«- 
quimur y ut salis commode hœc perscripsisse videa- 
mur y illud amittamus y quod maximum est y ut ne 
cui rei temere atque arroganter asseuserimus. Verum 
hoc quidem nos y et in hoc tempore y et in omni yita 
studiose y quoad facultas feret , consequemur. Nunc 
autem y ne longius oratio progressa videatur y de 
l*eliquis , qusB prœcipienda videntur esse , dicemus. 
Igitur primus liber , expôsito génère hujus artis , 
etjûffioio, et fine, et materia^ et partibùà^ generà 
coDlrov^rsiaram y et inrentiones y el oonstitutiones > 
et ju4icati6nes contiaebat^ deipde pariea or^tioeîs^ 
et in eas omnies pmnia prsecepta. Quare çuqi i» iep ce«- 
te ris de rébus distinctius dictum sit^ disperse 9Ut^n^ 
de confirmatione et de reprehensione : punc certos 
confirmandi et repréhendendi in singula causarum 
gênera locos tradendos arbitramur. £t qtU^ i q^o 

» Uiiun]<]!it(lc|ue. 



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DE L'INVENTION , LIVRE II. 167 

ipcnmnc. ^s aï l'on bous fait remfMfuer (]udgiiea.Qfi^Hoii« 
ou qudqttes etreurs > nous nouft empresserons de bous corri- 
ger ; car ce qui ftit la lionte , ce n'est pas l'erreur , mais la sotte 
opiniâtreté avec laquelle on s'y attache. L'une tient a la fai- 
blesse humaine y l'autre est un vice de caractère. Ainsi > sans 
rien affirmer^ nous parlerons de chaque objet avec la circons- 
j^ÛQi^ du doute; et si nous perdons l'avantage assez mince 
dkpûssor pour avoir bien traité notre s«î^, oous évkeroos uf 
^oeil bien plus dangereux , la présomplioB et l'impudence : 
c'est un système que nous suivrons toujours y autant que pos- 
sible y dans tout le (Aurs de notre vie. Maintenant y pour re- 
venir a notre sujet , nous allons donner la suite des préceptes. 

Avec la définition de la nature de l'éloquence, de son de- 
voir, de sa fin et de sa matière, le premier Livre renfermait 
les difierens genres de causes , les questions , les points a ju« 
ger 'y enfin les parties d'up discours et des précej^tes sur cha« 
cii^e. Tous ces sujets 4ont traites avec assez de métl^iicie^ rom 
on pouiraM trouver un pe^ de c<HifBsion a l'artîc^ de la réf^ 
tatiôn et de la confinnation. Ndus allons donc donner , pour 
chaque genre de cause, des lieux certains de confinnation et 
de réfutation; et comme nous avons développé avec assez de 
soin, dans le premier Livre, la marçhe du raisonnement, 
nous nous contenterons d'exposer ici , ^vec simplicité et sans 
ornement , les raisons que chaque cause peut offrir. On pourra 
revoir ci-dessus la manière de les employer. Ainsi, ce qtle 



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,68 DE INVENTIONE, UBER IL 

pacto tractari ccMiveniret argmoentationea ^ in libro 
primo non indiligenter expositum est y hic tantuni 
ipsa inventa unamquamque in rem exponentur sim- 
pliciter, sine ulla exornatione^ ul ex hoc inventa ipsa^ 
ex superiore aulem expolitio inventorum petatnr. 
Quare hsec y quœ nunc praecipientur , ad confirma- 
tionis et reprehensionis partes referre oporlebit. 

IV. Omnis et demonstrativa , et deliberativa y et 
jndîcialis causa , necesse est in aliquo eomm^ quir 
ante exponia mnt y constitutionis génère y uno plur 
ribusve^ versetur. Hoc quanquam ita eat^ tamen 
cum communiter quaedam de omnibus prsecipi pos- 
sinty separatim quoque alise sunt eu jusque generis, 
et diversœ prseceptiones. Aliud enim laus aut vitu- 
peratio^ aliud sententiae dictio, allud accusatio, aut 
récusation conficere débet. In judiciis^ quid œquum 
sit^ quœritur; in demonstralionibus, quid honestum; 
in deliberationtbus, ut nos arbitramur , quid hones- 
tum sit, et quid utile. Nam ceteri utilitatis modo 
finem in suadendo let in dissuadendo exponi opor- 
tere arbitrati suntr Quorum igitur generum fines et 
exitus diversi sunt^ eorum praecepta eadem esse non 
possunt. IXeque nunc hoc dicimus, non easdem in- 
cidere constitutîones : verumtamen oratio quaedam 
ex ipso fine ' et ex génère causai nascitur, quae per* 
tineat ad vitae alicujus demonstrationem y aut ad sen- 
tentiae dictionem. Quare nunc in exponendis contro- 
versiis , in judiciali génère causarum et praeceptorum 

.' Abestef. 



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DS LINVENTION , UVRE IL 169 

«DUS ékns àirt te ntlMlie à k oonfinaition^et k la refit** 
taùoa. 



IV. ToalecM]fe> mâdéamstiràtive, ou délibérttive , ou 
î^iidkdaîre^ doit iiéeesarir^BMt se rapporter k us ou 
des genres de questions établis plus hauti Quoiqu'on puisse 
donner pour tous des principes généraux, chaque genre à 
néanmoins des règles particulières ; car on ne saurait employer 
la même méthode pour louer , blâmer y accuser , défendre ,* où 
pour énoncer une opinion. Dans le genre judiciaire y on cherche 
ht justice ; ddïis le démonstratif, l'honneur ; dans le délibératif , 
rhonneur et l'intérêt, du ïûkàds k nôtre avb; car d'autre$ 
veulent qu'en persuadant ou dissuadant, on n'ait d'autre but 
que rintérêt. 

Ainsi des genres qui ont un but différent , né peuvent avoir 
la même méthode : nous ne disons pas qu'ils ne peuvent offrir 
les mêmes questions ; car il peut entrer dans le genre do la 
cause de faire connaître la vie d'un homme ou d'énoncer 
.une opinion. Nous allons donc donner des préceptes sur l'ex- 
position des points 4e discussion et sur le goare judiciaire. 
On pourra aisémant les appliquer aux diSerens genres de 
causes qui offriront les mêmes difficultés. Nous traiteron tea- 
suite de chaque genre en particulier. 



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176 D£ IMVENIIOME, UBEJl IL 

versabimoF. ëx quo pkraque in cetera quoqiie caû-*' 
sarum gênera ^ simili implicata controversia ^ nuU» 
cum difficultate transferentur : post autem separatim 
de reliquis dicemos. 

Nunc ' ab conjecturali constitutione proficiscemur; 
cujijs exemplum sit hoc expositum : ce In îtinere qui- 
a dam proficiscentem ad mercatum quendam^ et se- 
c{ cum sjiquantum nummorum fefentem^ estconsecu- 
cc tus : cum boe^ ut fere fit , in via senaonem conitulit : 
u ex quo frtAqm est, ujt illud iter faimliari^ fyacwt^ 
f( sellent» Qnare , cum in eaii4epi taberpam deyertis- 
u sent y simul cœaare y et in codera loco somnom 
(( capere yoluerunt** Gœnati discubuerunt ibidem» 
i( Gai^po autem ( nam ita dicitur post inventum, cum 
« in alio malefîcio deprehensus esset ) cum illum 
ccalterum, videlicet qui nummos faàberet, animad* 
« yeriisset : noctu, postquam iilos * arctius, ut fit, ex 
a lassitudine dormire sensit, accessit ^ ejt akerius eo^ 
u rum, qui sine nummis erat, gladium prppfer appo- 
ir^^upi <e va^na edoxit, et illuip alterum occidit, 
it nummos abstulit, ^gladiun^ cruentatum in vaginam 
ir recondidit, ipse sese in lectum suum recepit* Die 
« autem > cujus gladio ocçisio erat facta , multo ante 
(c lucem surrexit, comitem ' suum inclamavit semel 
(c et sippius. Illum somno impeditum non respondere 
i{ existimavit : ipse glaéium , et cetera , quse secum 
K attukrat, sustmlit, solus profiectns est* Gaitpo nûjH 
« multo post concUmavit, h^mÎMm «esse Qjcçisum> 

'A. — * Aretins jam. — > ^ liliso râuB. 



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DE L'INVENTION, LIVRE II. ,71 

Commençons par un exemple de queetion 4e eonjcctore. 

« Uo Toyageur reneontre un marcfauid chargé de l'argent 

c( nécessaire a sou commerce : Qs lient bientôt conversation, 

« et une espèce d'intimité s'établit entre eux. Arrivés a Thô- 

<( tellerie, ils soupent ensemble et couchent dans la même 

<( chambre. L'hôte ( il en fit Taveu c^uapd il se vit eonyainc\i 

ic d'un autre orime), avait reniurqué celui qui portait de i'ar- 

i< gent. Au milieu da la nuit, quand U juge que la firtîgue les 

■M a plongés d^aa Un profond sommeil, M entre dans leiurcham- 

« Inre, tire Vépée du voyageur, égorge le marchand /s'empare 

M de son argent, remet l'épée sanglante dans le fourreau, et 

t( va se mettre au lit. 

« Cependant le voyageur, dont l'épée avait servi a com- 
te mettre le crime, s'éveille long-temp^ avant le jour, et ap- 
«. pelle a plusieurs reprises son compagnon de voyage. Comme 
« il ne répondait ppint, il le croit endormi, prend son épée, 
a son bagage, et se met seul m rowle. BientAt l'Mthtrfbte 
m s'écrie qu'on a assassiné un homma, et peniauit «tee qud- 
4c 'ques^uns de ses fa6tes le voyageur parti le premier. D l'at- 
te tdttt, l'arrête, tire son épée du fourreau , et la trouve en- 
« sanglantée. On ramène notre homme a la vîUç, on le met en 
^ justice. » F'ous Paviez tué? dit l'accusateur. Je ne l'ai pas 
tué y répond le défendeur. L'a-tnltuél voila ce qui forme 
le fond de l'affaire, et ce point a juger appartient w genre 
conjectural. 



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i^a DE INVENTIONE, LIBER U. 

(t et corn quibusdam deversoribus illum y qui ante 
« exierat, coitôequitUr* In îtiiiere hominem compre* 
(( hepdit^ gladium ejus e vagioa educit^ reperit cruen- 
« tum : homo in urbem ab illis deduciiur^ ac reus 
({ fit. » In bac intentio est criminis^ Occidisti? Depul- 
sio> Non occidi. Ex quibus constitutio est. Quœstio 
eadem in conjectural!^ quse judicatio^ Occiderime? 

V. Nunc exponemus locos^ quorum pars aliqua 
în omnem conjecturalem incidit controversiam. Hoc 
autem et in borum locorum expositione^ et in cete- 
rorum^ oportebit attendere^ non omnes in omnem 
causam convenire. Ut enim omne nomen ex aliqui- 
bus, non ex omnibus litteris scribitur : sic omnem in 
causam non omnis argumentorum copia , sed eorum 
necessaria pars aliqua conyeniet. Omnis igitur^ ex 
causa, ex persona^ ex facto ipso, conjectura ca- 
pienda est. * 

Causa distribuitur in impulsionem , et in ralioci- 
nationem. Impulsio cm, , quae sine cogitatione per . 
quandam affectionem animi ftcere aliquid bortavir, 
ut amor, iracundia, segritudo, vinolentia, et omnino 
omnia, in quibus animus ita videtur afiectus fuisse, 
ut rem perspicere cum consilio et cura non potuerit: 
et id, quod fecit, impetu qnodam animi potius, quam 
cogitatione fecerit. Ratiocinatio autem est diligens et 
considerata faciendi aliquid, aut non faciendi ex- 
cogitatio. Ea dicitur ■ interfuisse tum, cum aliquid 
faciendum, aut non faciendum, cerla de causa vitasse^ 

' Tum intcrfnïsse. 



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DE L'INVENTION, UVRE U. 175 



V. Noua attons maiûtenaat traiter des Ikux que peut offrir 
«ne qifêsti<m conjecturale, et nous feronis ici une remarque 
générale; c'est que tous ne s'emploient pas dans toutes les 
causes. Pour écrire un mot, on n'emploie que quelques lettres , 
élnon pas* l'alphabet entier. Ainsi, dans une cause, on ne se 
sert pas de toutes les espèces de raisonnemens , mais de ceux-là 
seuls qui sont nécessaires. Toute con)ecture doit se tirer du 
motif, de la personne^ ou du fiât même. 

■ On agit par passiiHi ou avec préméditation : par passion , 
^and nous sommes- emportés par quelque violaite affection 
de rame, comme l'amour, là colère, la douleur, l'ivresse,- et 
en général par tout ce qui peut ôter a l'âme le sang-froid et 
Fattention, et nous faire agir par emportement plutôt que par 
réflexion. 

On agit avec préméditation, quand on a mûrement exa- 
miné les raisons pour ou c<mtre. On emploie ce lieu, q^and 
votre conduite a des motifs certains 9 conmie l'amitié, la ven- 
geance, la crainte, lafloire, l'intérêt, en un mot, ce qui peut 



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1^4 DE INVENTIONE , LIBER II. 

aut secutus esse aaimus videtur, ut, si nmicitiœ quid 
causa factum dicetur, si ininuci ulciscendi, si metus, 
si gloriae, si pecuuiae, si denique, ut omnia geoe- 
ratim amplectamur, alicujus retinendi, augendi, adi<- 
pisceudive commodi, aut contra rejiciendi^ demi- 
nuendi/devitandive incommodi causa. Nam horum 
in genus alterutrum illa quoque incident, in quibus 
aut incommodum aliquod maforis vitaïKU incoinmodi 
causa, aut majoris adipiscendi comiuodi, su$pipitur.0 
aut comraodum aliquod maioris fdipiscendi corn- 
modi, aut majoris vitandi incommodi, praeteritur. . 

Hic tocus sicut aliquod iundan\entum Qst liujus 
constitutionis; nâm nihil fâctùm esse cuiquam pro- 
battrr , nisi aliquid , qnaf e fact'um ^it , ostenditur. 
Ërgo aectfsAtor^ eum alîqmdim|ntbionè ftctitoi èsde 
dicet, illum impetou, «t <j[;aàiidami cotQIkidtioâem 
animi, afiectionemque verbis et sententiis an^)lijScare 
debebît, et oMehdiei^, <piama tfs ateoi'i^ âit<^ quanta 
aniiiii perlurbatio éx iracuadia fiai, aïK es aliqua 
causa earum, quaîmpul&Qm.^iquem id fecisse dicei* 
Hic et exemplorum co^uneI^oralione , qui simili 
impuisu aliquid commiserint, et similitudinum cqI- 
lationé , et ipsius animi aflectionis explicatione , eu* 
randum est, ut non mirum videalur, si quod ad faci- 
nus tali perturbalione commotus animus accesserit. 

VI. Cum autem non impulsione, verum ratiocina- 
ttoné aliqaem commiàisse qtiîd dicèt, quid coitimôdi 
si€ secutiîs, aut quid iucôtiimodi! ftigefît/dèxftoûstfa"* 
bit, et id angebity quani maxime pocem, m y quotd 



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DE LWYEEmON, LIVBE U. 175 

eomtrter^ suemeotoy aoiaTMUtgea et en jijçiiter de ^kMitORux, 
M imeooitrwe ligner ) 4fM)Uroa émertmAjuipù peut 
nous nuire. Et 5clîlf que Vàn ak ^oulK^rt ^èlqu^dottiÉis^, ou 
ûëgiigé qudque avantagé pour en obtenir un jAtn grand , ou 
se ^rantir J^un plus grand mal, on retombe toujours dan^ 
l'un de ces deux motifs. 

Tel est le Beu qui sert cotumé dé fondement 2i ttà gentil de 
cause ; car' on ne prouvé jamais uh ^ait sans en développer les 
raisons. L'accusateur prétend-il que Paccusé a agi par passion y 
qu'il s.'étende sur la violence et l'activité des passions -y qu'il 
pr^uiVetfiieUe.estla puissance de l'amour ^ quel trouble porte 
4acgd Fnelacoièreoijile lentiineni qui a fiût agir l'accusé^ 
«oiiiy'^tdt&ei^eBijpkattdeicoinptraisoaai que le dévelop* 
ftitéià de la passion èlle-Aiêitae, jMroUltdt qu'il afcst pokt 
étonnant qneltiine, emportée par uneaffiéétSoàévioknce^ se 
aoit laissée aller au crime. 



VI. LWusé a-t-il agi avec préméditation , démontrez les 
dommages qu'il youblit éviter, les avanta{[es qu'il voulait ac- 
qmrir^amplifieiy autant qu'il seta: possible, pour déipontrer^ 
si vous le pouvez , jusqu'à l'évidence , que ]i^ccusé avait une 



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1^6 DE INTENTIONE, LIBER II. 

ejus fieri posait^ idonea quant maxime causa ad pee-« 
candum hortata videatur. Si gloriae. causa; quaniam 
gloriam consccuturam existiiiiarit.:.item si domiiia- 
tionis, si pecun^ae^ si amicitiae^ si inimicitiarum; et 
omnino quicquid erit^ quod causae fuisse dicet^ id 
summe augere debebit. Et hoc eum magnopere consi" 
derare oportebit, non quid in veritate modo^ verum 
etiam vehemeaUus , quid in opinioi^e. ejus , quem 
arguet^ Aierit. Nihil enim refert ^ non fuisse ^ aut non 
esse aliquid commodi^ aut incommodi^ si ostendi 
potest, ei yisum esse ^ qui arguatur. Nam opinio 
dupliciter fallit homines; cum aut res aliusmodi est^ 
ac putalur, aut non is eventus est, quem arbitrâti 
sunt. Res aliusmodi esttum^ cum aut id, quod bo-^ 
num est, m^lum pntant : aut contra, quod malam 
est, bonum:aut quod nec malum est, nec boaum> 
malui3çi, aut boumm : aut quod malum, aut bonum 
est, nec malum, nec bonum. Hoc intellectô, si quis 
negabit, ullam esse pecuniam, fratris aut amici vita, 
aut denique ' officio antiquiorem , aut suaviorem , 
non erit hoc accusatori negandum. Nam in eum 
culpa, et sunmium odium transferetur, qui id, quod 
tam vere et pie 4icetur , negabit. Verum illud dicen- 
dum erit, illi non esse ita visum : quod sumi oportet 
ex lis, quse ad personam pertinent, de quo post di- 
cendum est. 

VU. Eventus autem tum fallit, cum aliter accidit,* 
atque ii , qtii arguutiluf , arbitraci esse dâcuntur : 

* Oflkiotao. 



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\ 
DE L'INVENTION, LIVAE IL 177 

raison suffisante de se rendre crimineL Elst-ce l'amour de la 
gloire qui Ta fait agir ; montrez combien: il s'en promettait : 
est-ce l'ambition, Fintérêt, Pamitié,Iabaine; développez ces 
motifs, quels qu'ils soient. 

Surtout attachez-vous moins a la vérité qu'a Pintention de 
l'accusé. Qu'importe que l'avantage ou le dommage soit réel, 
si l'accuse en a juge ainsi? Car les hommes se trompent, 
ou sur la nature de la chose, ou sur l'événement. Sur ta na- 
turè de la chose, quand ils prpnent le np^pour le bien, ou 
le Uékifmui Sommai; pounjûen ouiqal.ce qwest indifférent, 
ôû< fâaf iifdffi^Bt'ce .<pÀ est bien ou* mal: ' 

uiiQuftl'W.di$e/k>nQi^ l!i«térftinadoitâu« ai plus cberni- 
plnfiMcréo^ la^^iedWi iiierev4l\ai'Qmi, ou que le devoir: 
H'ttKerpdnit k'flierr Vote WRisérà d€y»t^té8 si saintes, ce 
serldt*SrfttÉî reliure atSs^ coupable qu'odieux. Mais soutenez 
que vous n^en avez pas juge ainsi , et alors vous pourrez puiser 
votre défense dans les lieux qui appartiennent a la personne, 
et dont nous traiterons bientôt. 



>\tj[^ L%u;ysé>^.^ompe sur l'événement, quand il ne r^ 
popi j>aiA,à^Kn:( atti^t^.* Egaré par la ressemblance, par de 
faux soupçons^ par de fausses apparences, il a tué celui qu'il 



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,7» DE ÏNVENTIONE, LIBER If. 

ut, ' si qui dicatur alium occidisse, ac voluerity 
quod aut similitudloe y aut suspicione y aut démons- 
tratione falsa deceplus sit : aut eum uecaa&e, eu jus 
teslàmento non sit heres y quod ejus testam^nto se 
heredem arbitratus sit. Non enim ex eventu cogita- 
tiouem spectari o{K)rtere ; s^d qoa cogitatioiie et spe 
ad maleficium profectus sit > con$idçrar^ ; çt quo 
auimo quid quisque faciat | uon quo casu utatur , ad 
rem pertinere. In hoc autem loco , caput illud erit 
accusatori y si demonstrare poterit , alii nemini cau- 
sam fuisse faciendi : secundarium y si tantam , aut 
tam idoneam nemini. S(n fuisse aliis quoque causa 
faciendi vîdebitur; aat pocestas aliis defuisse démons* 
tranda est y aut facuhas y aut voluntas. Potestas , si 
aut neseisse, aut non affuisse, aut conficere «iliquid 
non potuisse dicetur. Facuhas , si ratio , ndjutores , 
sKJIjumeD^ta , et çelera y qu3e ad rem pertinebuBt y de-> 
fuisse alicui demonstrabuntur. Voluntas y si apimus 
a talibus factis 'vacuus , et inieger es^e dicetur. Pos- 
tremo , quas ad defensionem rationes reo dabimus^ 
iis accusator âd alios ex culpa eximendos abuietur. 
Yerum id brevi faciendum est y et in unum multa 
sunt conducenda^ ut ne alterius defendendi causa 
hune accusare y sed hujus accusandi causa defendere 
alterum videatur. 

VIII. Atque accusatori quidem hîîec fere sunt in 
causa fhcienda y et consideranda. Defensor autem ex 
c5ontrario primum impulsionem aut nullam fuisse 

' ' Si «pis. 



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DE L'INVENTION, LIVRE ir. ,.9 

ne voulait pas tuer ; ou bien U a tué un homme «)oBt il se 
croyait légatoirc, quoiqu'il ne le fût point; car 3 ne faut pas 
juger de l'intention par révénement, mais bien plutôt quelle 
intention y quelles espérances ont conduit au crime. Il s'agit 
moins du fait que du motif. 

L'accusateur doit, dans ce lieu, s'attacher surtout a dé^ 
montrer que personne , excepté l'accusé, n'avait intérêt a 
commettre ce délit, ou du menus n'en avait un si grand et si 
pressant ; ou si quelque autre semble avoir eu quelque iotéréf , il 
n'avait ni le pouvoir , ni ki mo}2)ens , ni la volonté : le pouvoir y 
il ignorait le Sût; il était absent; un obstacle insurmoBteble 
l'arrêtait : les moyens , il n'avait ni complices , ni rien de ce qui 
était nécessaire pour réussir : la volonté , son austère vertu 
se refuse a de pareilles actions. Enfin, tous les moyens que 
nous fournirons à l'aceusé pour sa défeute y l'accusateur pourra 
$'en servir à justifier les autres ; mais qu'il soit nerveux, cou- 
ck, Qt ne parais^ p9S accuser l'un pour défendre les au^es, 
mais Uen lea justifier pour accuser le coupabk. 



Vni. Tels sont, a peu près, les moyens de l'accusaleur. * I> 
dftndeur , de son côté, soutiendra d'abord que son client n'a 
point agi ^ passion ; ou , s'il est obligé d'en convenir, il tâ- 
chera d'affaiblir cet aveu , en montrant que cette passion n'avait 



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i8o DE INVENTIONE, LIBER il. 

dicei ^ aut ^ si fuisse concedet y extenualnt y et par- 
vulam quandam* fuisse deiiionslr;abit y aut non ex 
ea solere hujusmodi facta nasci docebit. Quo ' et erit 
in loco dembnstrandum y quae vis et natura ejus sit 
affectionis y qua impuisus ali(|uid reus commisisse 
dicetur : in quo et exempla , et similitudines erunt 
proferendae , et ipsa dilîgenter natura ejus affectionis 
quam lenissime quietissimam ad partem explicanda y 
ut et res ipsa a facto irudeli et turbtilento ad quoddani 
milius et tranquillius traducatnr y et oratio tamen sM 
animum ejus y qui audîet y et ad animi quendam 
intimum sensum accommodetur. Ratiocînatibnis au- 
tem suspiciones infirmabit^ si aul commodum nullùm 
fuisse 9 aut parvum y aut aliis magis fuisse, aut nihilo 
slbi maglsy quam aliis, aut incommodum sibi majus, 
quam commodum dicet : ut nequaquam fueril illius 
commodi y quod expetitum dicatur y magnitudo aut 
cum eo încommodo, quod accideril, aut cum illo 
periculo , quod subeatur , comparanda : qui omnes 
loci simillter ^ in incommodi quoque yitatione trac- 
tabuntur. Sinaccusator dixerit, eum id esse secutum, 
quod ei visum sit commodum, aut id fugissc, quod 
putarit esse incommodum , quanquam in falsa fuerit 
opinione : demonstrandum erit defensori , nemineni 
tanta esse stullitia , qui tali in re possit veritatem 
ignorare. Quod si id concedatur, illud non coucessum 
irl; ne dubitasse quidem hune, quid ejus juris es A, 
sed id, quod faisum fuerit, sine ulla dubitatione 

» Abcsl et. — > Abcti in. 



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DE L'INVENTION, LIVRE II. iSi 

point assez d'énergie pour produire de semblables effets. Il 
faut alors analyser la passion qui a dirigé l'accusé, en faire 
connaître la force, citer des exemples^ des comparaisons , 
montrer cette passion sous le point de vue le plus favorable , 
et dans ses effets les plus doux, pour passer insensiblement 
du trouble et de la barbarie du crime , a des objets plus doux 
.et plus tranquilles, sans révolter Tauditoire. 

L'orateur affaiblira le soupçon de préméditation en mon- 
trant q[u'on n'avait nul intérêt, qu'on en avait peu, que d'au^ 
très en avaient davantage ou autant, ou qu'il devait en revenir 
plus de mal que de bien ; en sorte qu'il n'y a ^^ucune corn* 
paraison a établir entre l'avantage qu'on s'en promettait , et les 
dommages qu'on a éprouvés, ou le danger auquel on s'exposait. 
On peut encore, dans tous ces lieux, se prévaloir du désir 
d'éviter quelque désavantage. 

■ Si l'accusateur prétend que l'accusé s*est trompé dans ce 
qu'il a cru favorable ou contraire a ses intérêts, le défendeur 
doit prouver qu'il n'est personne assez stupide pour s'y mé- 
prendre. Accordez-vous encore ce point, n'accordez pas au 
moins que l'accusé ait eu le moindre doute sur ce qui l'inté- 
ressait 'y mais qu'il a , sans balancer , jugé faux ce qui était faux , 
vrai ce qui était vrai : car le comble de la folie serait de s'ex- 
poser a un péril certain pour des espérances incertaines. 

L'accusateur, pour justifier les autres, se sert des lieux dvk 



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i8a DE ÏNVENTIONE , UBER II. 

pro falso , quod verum , pro yero probasse. Quod si 
dubitaverit , suuunœ fuisse amenlise y dubia spe inr 
pulsum^ certum in periculum se committere. Quem«>- 
admodum autem accusator y cum ab aliis culpam 
' demovebit y defensoris locis utetur : sic ils locis y 
qui accusatori dali sunt y uletur reus , cum in alios ab 
se crimen volet iransferre. 

IX. Ex persona autem conjectura capîetur y si eae 
res , quse personis attributae sunt y diligenter consi- 
derabuntur y quas omnes in primo libro exposuimus. 
Nam et de nomine nonnunquam aliquid suspicionis 
nascitur. Nomen autem cum dicimus , cognomeù 
quoque intelligatur oporiet* De hominis enim certo 
et proprio vocabulo agitur : ut si dicamus^ <r Idcirco 
(c aliquem Galdum vocari, quod temerario et repen- 
« tino consilio sit : » aut si , (c * Ëa re bominibuft 
(c Grsecis imperitis verba dédisse y quod Glodius^ aut 
t< Gaeeilius, aut Mucius^ vocarentur. » Et de natura 
Ucet aliquantulum ducere suspicionis. Omiiia enim 
haec y vir y an mulier ; hujus an illius civitatis sit ; 
quibus sit majoribus , quibus consanguineis y qua 
aetate^ quo animo, quo corpore^ quae naturae sunt 
atlributa^ ad aliquam conjectura m faciendam per-- 
tinebunt. Et ex victu miiltae trahuntur suspiciones^ 
oum y quemadododum y et apud quos ^ et a quibus 
educatus et ernditus sit^ quœritu)*) et quibuscum vi- 
vat y qua ratione vitas y quo more domestioo yivat* 
Et ex fortuna sœpe argumentatio nascitur y cum ser- 

« DimoTebit. — > *. £a de re. 



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DE L'INTENTION, LIVRE Jh i85 

^dérendear : aiatt Paocusé ae serviia de ceii& de l'àccusateut, 
rpour rejeter là AmM su» d'autres ^e loL 



IX« On lire las ooB}eoliure8 de It persomiei quand on-coa- 
fiidère âtcentivmefit tous le^ th^fi attiftués k la pérsMae , 
H que nous âYons développés dam le premier Livre : car on 
élëve quelquefois des doutes sur le noAi, et par le nom nous 
entendons aussi le surnom. En elïet, il s'agit du mot propre 
et particulier pour désigner quelqu'un : comme si l'on disait, 
(f Qu'un tel a été nommé Caldusj à cause de son emporte- 
cernent ou de aonin^tuosûé} » ou m qualea. Grecs ont donné 
« les noms de ClmiiuSy de CœaUku ou de iliiOliMf k des igoifh 
« rans. i> 

On peut former aussi quelques conjectures sur la nature ; 
car k sexe, la nation, les ancêtres, la famiUe, Tige, le 
.caractère, la c6nplexi(M(i (toutes choses qui forment ce qu'oft 
appelle la nature ) , peuvent donnée naticre a quelques loup- 
çons. On en tire encore beaucoup de la conduite, en exami- 
nant comment, chez qui, par qui on a été élevé et instruit; 
quelles sont les liaisons, le plan de vie.de l'accusé, même 
dans son intérieur. 

La fortuœ peut encore fournir dps arguviens : on considère 



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la^ DE INVENTIONE , UBER II. 

vus an liber 9 pecuniosus an pauper , nobilis an ign<v 
bilis y feli^ an infelix, privatus an in potestate sit> 
aut fuerit^aut futurus sit^ consideratur : aut denique 
aliquid eorum quaeritur, quœ fortunae esse attributa 
intelliguntur. Habitas autem , quoniam in aliqua 
perfecta ei constanti animi aut corporis absolutione 
consistit, quo in génère estvirtus, scientia^ et quœ 
contraria sunt; resipsa, causa posita, docebit^ ec- 
quid hic quoque locus suspicionis ostendat. Nam 
afiectionis quidem ratio perspicuam solet prœ se ge- 
rere conjecturam,, ut amor ^ iracundia , molestia : 
propterea quod et ipsorinn vis intelligitur , et quae 
res narum aliquam rem consequantur, faciles cognitu 
sunt. Studium autem quoniam est assiduaet vehemens 
ad aliquam rem applicata magna cum voluntate occu- 
phtio y facile ex eo ducetur argumentatio y qnam rés 
ipsa desiderabit in causa. Item ex consilio sumetur 
aliquid suspicionis. Nam consilium est, aliquid fa- 
ciendi non faciendive excogitata ratio. Jam facta , et 
casus y et orationes y quae sunt omnia ( ut in confirma- 
tionis praeceptis dictum est) in tria tempora dîstri- 
buta, facile erit videre, ecquidafferantadconjectuvam 
cônfirmandam suspicionis. 



X. Ac personis quidem res eae sunt attributse^ ex 
quibus omnibus unum in locum coactis^ accusatoris 
erit improbatione hominis uti. Nam causa facti parum 



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DE L'INVENTION, LIVRE IL i85 

adors siFaccusé est esclave au libre, riche ou pauvre, illustre 
ou inconnu, heureux ou malheureux; si c'est un simple par- 
ticulier, ou s'il a été, s'il est ou s'il sera revftu de quelque 
dignité. Enfin , on s'attache a tout ce qui a rapport a la fortune. 

Quant' a la manière d*être , qui consiste dans quelque perfec- 
tion physique ou morale , comme la science , la vertu , et même 
leurs contraires; le fait lui-même, quand l'état de la question 
est posé, montre quels soupçons peut faire naître ce lieu 
commun ; car il n'e^ pas difficile de former des conjectures 
sur les affections de l'âme, comme Famour^ la colère, le cha- 
grin. On ne saurait s'y tromper, puisqu'on en connaît par- 
'fàitement la nature et les effets. 

Le goût, qui n'est qu'une volonté fortement prononcée , 
tme application continuelle et soutenue à quelque objet , fournit 

-aisément des raisons favorables a la causé. Il en est de même 
de l'intention : c'est un plan médité pour faire ou ne pas faire 

'telle ou telle chose. Quant aux actions, aux événemens et aux 
discours, qui, comme nous l'avons 4it en traitant de la con- 
firmation, peuvent s'envisager sous trois points de vue, il 
est facile de trouver les conjectures qu'ik offrent pour con- 
firmer les soupçons. 

, X. Voilà tout ce qui a rapport aux pei:§onnes. En réunis- 

*sant tous ces lieux en un seul, l'accusateur, doit jeter de la 

défaveur sur l'accusé : car les causes du fait sont par elles- 



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i86 DE INVENTIOJVE, LIBER IL 

firmitudinishabet^ nisi animas ejus> quiinsimulatar^ 
in eam suspieloném adducâtur ^ ut a lali eulpa non 
videatur abfaorruisse. Ut enim animum alicujus in^- 
probare nihll atlinet, cum causa, quare peccaverit^ 
non ' intercessît : sic causam peccati intercedere levé 
est j si atiimus nulU minus bonestœ rationi affinis 
ostenditur. Quare vitam ejus , quem arguit , ex ante 
factis accusator improbare debebit y et ostendere y si 
quo in pari ante peccato convictus sit. Sed id non 
poterit; si quam in similem ante suspicionem venerit^ 
ac maxime y si fieri poterit y simiH aliquo in génère 
ejusdem modi causa aliquà eômmotum p^ccasse y ant 
in asque magna re y aut in «MJDre ^ ant in minore t ut 
si y quem pecunia dicat inductutn feoiase , posf it de^ 
monstrare aliqua in re ejus aliquod factum avarum. 
Item in omni causa naturam y aut victum y aut stu- 
dium y autfbrtunam> autaliquideorum y quas perso»» 
attribula aunt y ad eam causam y qna eommotnm péo- 
casse dicet , adjungere y alque ex dispari quoque 
génère culparum y si ex pari sumendi facultas n#n 
erit, improbare animum adversarii oportebit : « Ut 
« si avaritia inductum arguas fecisse y et avarum eum, 
« quemaccusesy demonstrare non possis; aliis affinem 
« essé viiiis doceas , et ex ea te non esse mirandum , 
« qui in illa re turpis y aut cupidttS y aut pétulant 
<c fuerit, bac quoque in re eum deliquisse. » Quantum 
mm de honestate et auctoritate ejus , qui arguitur , 
detractum est, tantumd^m de fiivcultate totius est de^ 

» Intercesscrit. - * * 



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DE L'INVEimON, LIVRE IL 187 

rinémes de peu dlmpoitaace, si Ton ne jette sur raccusé des 
soupçons qui rendent une telle conduite yraifteQd>bMe de ss 
part. En efiiet , s'il est înut3e dereprocker à un homme de nrau- 
vaises intentions, quand il n'a point eu occasion dé se rendre 
coupable , l'accusation n^a guère plus de fondement y si l'oc- 
casion du crime s'est présentée à un homme dont la vertu ne 
s'est jamais d^entie. Aussi l'accusateur doit-il a'attacfasr sur* 
tout à répandre de la défaveur sur la vie de celui qu'il accuse^ 
et; à montrer qu'il a déjà éié convaincu d"^ semblable délit* 
Gela n'estai pas possible , fkites Voilr qu'il a été déjà etposé à 
de semblables soupçons \ ou |Autôt; si tous te pouvez y dites que 
des motifi a peu près semblables l'ont rendu coupable d'une 
faute de même espèce, égale, ou plus grave ou plus légère: 
par exemple , si , en disant qu'il a été entraîné par la soif de 
Tor , vous prouvez qu'il a montré , dans certaine occasion, de 
Tavidité. 

On peut, dftnB quelque cause que ce aoit^ fortifier le motif 
qui fait agir l'accusé , psr ées oenjecttores drées de la nature , 
de la manière de vivre , des goûts , de la fortune ou de ^el- 
qu'un des Kenx qui appartiennent aux personnes, ou bien 
par des délits d'un genre différent ; si vous n'en trouvez 
point de semblables, élevez des préventions contre lui. Dites- 
Vous qu'il a été entraîné par la soif de l'or ; « si vous ne pou-; 
tf vez montrer qu'il est avare , prouvez qu'il est suj^ à d'autrea 
« défauts, et qu'il n'est point étonnant qu'un homme vil, em* 



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i88 IlE INVENTIONE, LIBER II. 

fensionis deminutum. Si nulli affinis poterit vîtia 
) eus ante admisso demonsirari ; loGus inducetur ille y 
per quem hortandi judices erunt , ut veterem famam 
liominis y nihil ad rem putent pertinere. ]Nam eum 
ante celasse y dudc manifesto teneri ; quare non 
oportere hanc rem en superiori vita spectari , sed su- 
periorem vitam ex'hac re improbarî , et aut potesta- 
tem ante peccandi non fiiisse , aut causam : aut y si 
haec dici non poterunt y dicendum erit illud extre- 
mum y non esse mirum y si nunc primum deli([uerit. 
IVam necesse est y eum y qui y élit peccare y aliquando 
primum delinquere. Sin vita ante acta ignorabitur y 
lioc loco praeterito, et cur praetereatur , demonstrato^ 
argumeutis aecusationemstatimconfirmare oportebit. 



XL Defensqr autem primum , si poterit , debebit 
vitam ejusy qui insimulabitur ^ quam honestissimam 
demonstrare. Id faciet y si osteodet aliqua ejus nota 
et communia officia : quod genus y in parentes y co« 
gnatosy amicos, affines, necessarios : etiam quae magis 
rara et eximia sunt y si ab eo eum magno aliquo la- 
bore , aut periculo , aut utraque re , eum necesse non 
esset , officii causa , aut in rempublicam , aut in pa- 
rentes, aut in aliquos eorum , qui modo exposîii 
sunt, * factum aliquid esse dîcet ; deinde si nihil 

* Fdcta. 



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DE L'INVENTION, UV^ II. 189 

(c porté 7 avide, se soit l'endu coupable d^un pareil délit, n 
Cai^ plus vous afTaiblissez sa réputation de vertu, plus vous 
rendes sa défense difficile* 

Si vous ne pouvez montrer que Taccusé soit sujet à aucua 
défaut, engagez les juges a n'avoir aucune considération pour 
la réputation dont il a joui jusqu'alors ; car il dissimulait au-^ 
para vaut , et vient de se montrer tel qu'il est. Sa vie antérieure 
ûe doit donc pas justifier son action ; mais son action doit 
déposer contre sa vie antérieure. U ne lui a manqué que le 
pouvoir ou l'occasion de faîlfir. Si ce moyenest impraticable , 
dites, pour dernière ressource, qu'il n'est point étonnant que 
ce soit la* première faute : il faut bien qu'un coupable ait com- 
mencé par quelque chose. Sa vie antérieure n'est-elle pas 
connue , supprimez ce lieu commun , en exposant vos raisons , 
et appuyez de suite votre accusation par des raisonnemens. 

XI. Quant a ce qifi concerne le défendeur , son premier de- 
voir est de montrer que jamais son client ne s'est écarté du 
sentier de la vertu i qu'il a rempli les devoirs commimset or- 
dinaires envers ses parens , ses proches , ses amis , ses alliés ; 
qu'il s'est distingué par des actions rares et éclatantes, en 
s'exposant , sans y être forcé , à de grandes fatigues , a de grands 
dangers , ou en bravant ce double obstacle , pour l'intérêt de 
la patrie ou de ceux auxquels il est uni par le sang ou par 
l'amitié ; ensuite , qu'il n'a jamais failli ^ que jamaisks passions 
n'ont pu l'écarter de son devoir. Si vous montrez qii'il n'a 



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1(^0 DE IjmENTïONE, LIBER II. 

deliquisse > nulla cupidîtate impeditum ab officio 
recessisse. Qaod eo confirmatius erit ^ si , cum potes- 
tas impune aliquid faciendi mîous boneste fuisse <ii« 
cetur y YoluDUs ei faciendi demonstrabitur abfuisse. 
Hoc aatem ipsum genus erit eo firmius , si eo ipso ia 
génère ^ quo arguetur y integer antea fuisse demons- 
trabitur : ut si 9 cum avaritiae causa fecisse arguatur , 
minime omuiin yiu pecuaisecupidus fuisse doceatur. 
Hic illa magua cum graviute inducetur indignatio ^ 
juncta conquestioni^ per quam miserum facinus esse, 
et indignum demonstrabitur y cum animus omni in 
yita fuerit a vitiis remotissimus^ eam causam, putare, 
quae bomines audaces in fraudem rapere soleat , cas-- 
tissimnm quoque hominem ad peccandum potuisse 
impellere : aut iniquum esse y et optimo cuique per- 
niciosissimum^ non vitam boneste actam tali in tem- 
pore quam plurimum prodesse y sed subiu ex crimi- 
natione y quœ confingi ' quamvis facile possit y non 
ex ante acta yita y qu« neque ad tempus fingi y neque 
ullo modo immutari posHt, Ak^ere judicium. Sin 
autçm in ame acta yita aliqusa turpitudines erunt ; 
aut falso venisse in eam existimationeo^dic^utur y aut 
ex aliquorum invidia^ aut obtrectatione ^ aut falsa 
opinioue , aut imprudentise y necessitudini y aut per- 
suasioni adolescentiae^ aut alicui non malitiosœ aninii 
affectioni attribuentur y aut dissimili in génère vitio- 
rum^ ut animus non omnino integer, sed a tali culpa 
remotus esse vîdeatur. Ac si nuUo modo vitae turpl- 



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DE LINVENTION, ^*VRE II. 191 

jamais eu la vcdoiMtf de faillir, quand il le pouYait impuué-^ 
talent , vous ajoutez un nouveau poids a cette défense. 

Votre justification sera plus évidente encore y si vous prou- 
vez qu'il a toujours été a Vabri du soupçon sur le genre de 
délit dont on l'accuse -, que Ton dopne Tavarice pour motif a 
un homme qui p'a jamais ^imé iVçent. Alors plaignez-vous 
avec uu ton d'indiguatio» çt de «cA^Ieçse; montres con4)iea 
il est injuste » oombien il est îoiiygM, de siq>poAar qu'un bowne 
vertueux ait pu se kdsBar aller au cnme, par les mêmes motifs 
qui guident ks faommes perters et audacieux ^ combien ce 
serait exposer les honnêtes gens que de n'avoir, dans de 
telles circonstances, aucun égard pour une vie consacrée toute 
entière à la vertu , en les jugeant sur ime accusation sou- 
daine> qu'il est si facile de supposer > plutôt que sur le.témoi-* 
gnage auae 4vîdeot quHrréprochable de leur vie paiisée. 

Sa vie passée oKre^t*^ qudques actioni bouteuses > ré« 
pondez qu'on s'est tMuipé, ea attribuez-les k l'envie, à la 
malveillance, k l^reur ou k ^imprudence, a la nécessité , a 
des conseils dangereux , à la jeunesse , ou a quelque passion 
qui n'ait rien de criminel, ou a im défaut différent de celui 
dont on accuse votre client, afin de le faire paraître, sinon 
innocent, du moios im^pable d'une pareille feute. $1 rien ne 
peut justifier la basciesse ou l'infamie de sa conduite, répon-> 
des qu'il ne s'agit point de ses mœurs et de sa conduite passée. 



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392 DE IN^IÇNTIONE, LIBER IL 

ludo f aut infamia leniri poterit oratlone ; negare 
oportebit de vita ejus et moribus quœri ^ sed de eo 
crimiDe y quo de arguatur : quare y ante factis omis— 
sis , illud , quod instet , agi oporlere. 

XIL Ex facto autem ipso suspicionea ducentur, si 
totius admlnistratio Degotii ex omnibus partibus 
pertenubitur : atque hae suspiciones partim ex nego- 
tio separatim y partim communiter ex personis atque . 
ex negotio proficiscedtur. Ex negotio duci poterunt , 
si eas res y quae negotiis attributae sunt y diligenter 
considerabimus. Ex iis igitur in banc constitutionem 
convenire videntur gênera eorum omnia.^ partes 
generum pleraeque. Videre igitur primum oportebit^ 
quae sint continentia cum ipso negotio y hoc est^ quas 
ab re separari non possunu Quo in loco satis erit di^ 
Kgenter considerare , quid sit ante rem factum , ex 
quo spes perficiendi nata^ et faciendi facultas quœsita 
yideatur ; quid in ipsa re gerenda ; quid postea con- 
secutum sit. Deinde ipsius est negotii gestio pertrac- 
tanda. Nam hoc genus earum rerum y quas negotio 
attributae sunt y secundo in lôco nobis est exposituxn'. 
Hoc ergo in génère spectabitur locus , tempus , oc- 
casio y facultas : quorum uniuscu jusque vis diligenter 
in confirmationis praeceptis explicata est. Quai'e^ ne 
aut hic non admonuisse , aut ne eadem iterum dîxisse 
\ideamur y breviter demonstrabimus y quid quaque 
in parte considerari oporteat. In loco igitur opportu- 
nitas y in tempore longinquitas , in occasione commo- 
ditas ad faciendum idonea^ in fiiculute copia et po- 



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DE L'INVENTION, LIVRE IL 19? 

mais imiquemeiit du délit doal on Paccuse , et dont il faut 
«'ooccqper sana rappeler le passée 



Xn. Pour tirer des soupçons de l'action même , il iaut en 
examiner la marche dans tous les points. Les uns naissent du 
fait en particulier ^ les autres du fait et de la personne. On 
les tire du fait, en examinant attentivement tout ce que nous 
ayons rapporté aux choses. Il est facile de voir que ce point 
emhrassetous les genres et 'presque toutes leurs espèces. 

Examinez d'abord les circonstances inhérentes au sujet , 
c'est-a-dire qui en sont inséparables; et ilsuiBt de considérer 
ce qui a précédé , ce qui a donné l'espoir de réussir, et les 
moyens d'exécuter, le fait lui-même et ses suites, puis l'exé- 
cution; car ce lieu commun est le second de ceux que nous 
attribuons aux choses. 

Il faut alors examiner le lieu, le temps, l'occasion, les 
moyens : nous avons développé tous ces points en traitant de 
la confirmation. Aussi , pour qu'on ne puisse pas nous reprocher 
de n'ça prâit parler ici , ou de nous répéter, nous allons mon* 
trer en peu de mots ce qui , dans chacun d'eux , doit fixer l'at- 
tention. Dans le Keu , c'est la commodité ; dans le temps , la 
durée ; dans l'occasion, l'opportunité ; dans le pouvoir, l'a- 
bondance et la disposition des moyens indispensables pour 
l'exécution , ou qui la facilitent. 

IL i3 



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194 DE INVKNTrONE, LIBEâ If, 

testas earum reriim j propter quas altquid faciKus fif^, 
aul sine quibus oiunino coofici non pciceat , coimd^- 
jranda est. Deinde videndum est^ quid adjuDctom sit 
negotio, hoc est^ quid majus, quid minus, quid œque 
magnum sit, quid aimile : ex quibus conjectura quae- 
dam ducitur, si, quemaduMMlum re> majoret ^ mi* 
nores, œque magnae similesque agi soleant, diligeuier 
cousiderabitur. Quo in génère éventas quoque vidèn^ 
dus erit, hoc est, quid ex unaquaque re soleat eve- 
nire, magnopere considerandumest; ut metus, lae- 
titîa , titubalio. Quarta autem pars erat ex iis , quaa 
negotiis dicebanaus esse attributas , coosecutio. lu ea 
quaeruntur ea, quœ gestum negotiumconfestim, aut 
ex intervallo consequuntur. In qua videbimus ecquœ 
consuetudo sit, ecquae actio, ecquod ejus rei artîfi- 
cium sit, aut usus, aut ' exercitatio, hominum aut 
approbatio , aut offensio ; ex quibus nonnumquam 
elicitur aliquid suspicîonis. 

XIII. Sunt autem aliquae suspiciones , quae com- 
muniter et ex negotiorum , et ex personarum attribu- 
lionibus sumuntur. Nam et ex fortuna , et ex nattu^ , 
et ex viotu, studio, fadts, casu, orationibvs, con- 
ailio, et ex babilii) anîmi, aut corpdrts pleraqu« per-^ 
tinent ad easdem res, quae rem credibilem, imt lu- 
credibilem facere possimt, et cum faoti su6picione 
junguntur. Maxime enim quseri oportet in bac cons- 
titutione , primum potueritne aliquid fieri : deinde 
ecquo ab alio potuerit : deinde facultas , de qua antc 

■ Eicffckatio hooiiniiio , aai. 



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DE LTNVENTION, LIVRE II. xgS 

Considéi^ ensuite les accessoires , c'est-a-dire ce qui est 
plus grand» moÂndiiB , égal ou aenJdable. On en peut tirer dea 
conjectures, en considérant avec attention la conduite dea 
choses plus grandes, moindres, ^ales ou semblables. Cest 
a ce lieu (ju'il faut rapporter le résultat, je veux dire ce que 
produit chaque chose ,-€omme la crainte , la joie , l'incertitude. 
Les conséc^uences étaient le quatrième lieu commun que nous 
avons attribué aux cho^s. Elles comprennent ce qui dépend di^ 
^t, iwoédîatement ou nm> Zl faut considérer quelle est la coù-r 
tune , la naiure du délit , la formule d'accusation , Tusage on 
-liiabitude , rimérèt ou la haine que l'action inspire, parcs 
que ces mojens peuvent quelquefois conduire a des con-^ 
Jectiu^. 



imi. lyautces soupçons naissent à la fois e^ des lieux at- 
tribués auiL choses, H des lieux attribués aw personne ; c^f 
tout ce qui eqnosrpe et la fortune, et la nature, et la ma* 
nière de vivre, les goûts, les actions, les événemena , les disi* 
cours, les intenticms, en^, le physique et le moral , (ont 
partie de tout ce qui contribue a rendre un fait probable ou 
non , et fortifient les soupçons. ^ 

On doit surtout examiner alors si le délit est possijde ; ear- 
suite, si tout autre que l'accusé peut en être l'auteur; puis 
on discute le pouvoir qu^ a eu de le commettre , et dont nous 



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if,6 DE INVENTIONE, LIBER II. 

dixîmus : deinde uirum id facinus sit^ quod pœDitere 
fuerit necesse : item quod spem celandi ' non baberct : 
deinde necessitudo ; in qua , num necesse fuerit id 
aut fieri y aut ita fieri y quœritur. Quorum pars, ad 
consilium pertinet^ quod personis attributum est^ 
ut in ea causa y quam exposuimus. Ante rem erit y 
quod in itinere se tam familiariler applicaverit y quod 
sermonis causam quoesierit, quod simul • deverterît, 
cœnarit. In re^ nox^ somnus. Post rem^ quod solus 
exierit y quod illum tam familiarem ^ comitem tam 
sequo animo réliquerit y quod cruentuin gladîum 
Labuerit. Horum pars ad consilium pertinet. Quœ- 
ritur enim, utrum videatur diligenter ratio faciendi 
esse habita et excogitata y an ita temere , ut non 
verisimile sit , quemquam tam temere ad maleficium 
accessisse. In quo quseritur ^ num quo alio modo com- 
modius potuerit fieri, vel a fortuna administrari. Nam 
sœpe , si pecunise 9 ^ si adjument'a , si adjutores de- 
sint y facultas fuisse faciendi non videtur. Hoc modo 
si diligenter attendamus , apta inter se e^se intelli- 
gimus hsec y quœ negotiis y * et illa y quœ personis sunt 
attributa* 

Hic neque facile est, neque necessarium distin- 
guerez ut in superioribus partibus, quo pacto quid- 
que accusatorem y et quomodo defensorem tractare 
*oporteat. Non nece$sarium, propterea quod, causa 
posita, quid in quamque conyeniat, res ipsa docebit 
eos, qui nop omnia hic se inventuros putabunt, sed 

> Abest non, — * Diverterit. — ^ ComitatiiiD. — ^ Abest si. 



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DE L'INVENTION, LIVRE II. 1^7 

Tfnons de parler ; si cette action était de nature k causer des 
remords, et en même temps, quel espoir on avait de la ca- 
cher ^ enfin la nécessité^ qui montre si le fait ou les suites étûent 
inén^ks. ' Presque tout ceci peut se rapporter k l'intention i 
que nous attribuons aux personnes , comme dans la cause que 
nous avons étiblie. Cet abord familier dans la route , la conver- 
sation engagée , le choix de la même auberge, le souper com- 
mun , voilk pour les antécédens ; la nuit et le sommeil , voila 
pour le &it. Son départ, seul, son indifiérence envers un 
homme qu'il accompagnait comme son ami, son épée ensan- 
glantée , voila pour les suites* * 

Une partie 3e rapporte a Pintentîon. On examine si l'accusé 
avait étudié avec soin et préparé toutes ses démarches , ou 
a'il a agi avec assez d'imprudence pour qu'on ne puisse y 
rien soupçonner de criminel. C'est alors que l'on considère 
5*îl ne pouvait point trouver quelque voie plus commode, si 
ce n'est point l'ouvrage du hasard. Car souvent, si l'argent, 
les secours et les complices viennent a manquer , on n'a plus 
de moyens d'exépution. C'est ici qu'avec un peu d'attentio»» 
on verra se réunir les lieux relatifs aux choses et aux personnes, 
Il serak aussi difficHe que superiu de tracer , ccmune nous 
l'avons fait' plus haut , a l'accusateur et au défendeur , la 
marche que chacun doit suivre. Superflu : la question une 
fois posée, on trouvera fecilement tout ce qui lui convient, 
SI , en ne croyant pas trouver ici tous les cas prévus et déve- 



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igS DE inVentione, liber It. 

(ad ea, ({aae prsecepta sunt, comparaiiooîs) modù 
tjuandam in commune mediocrem intellîgeniîam coib» 
fereet : non fkoUe autem ^ quod et jnfioitttm est tôt de 
rébus utramque in partem slngillatim de unaquaque 
ezpUcare^ et alias aliter hœc in utramque partem causae 
soient convenire. Quare considerare hae#, quae expo- 
suimus , oportebit. 

XlV. Facillus autem ad inventionem aninius in- 
tedety si gesli negotii et suam, et advefsarii narratio- 
teem saepe et diligenter pertractabit, et ' quod quaequt 
pars suspiciotiis habebit^elicieûs^ Gonsiderabit^ qaaré> 
qucTconsiliOy qua spe perficiendi quidque bctum sk: 
cur hoc modo potius y quam illo : cur ab hoc potius y 
qoam ab illo : cur nuUo adjutore^ aut cur hoc : cur 
nemo ait conscius^ aut cur sit| aut cur hicsit; cur hoc 
ante factum sit : cur hoc ante factum non ait : cur hoc 
in ipso negotio : cur hoc {K>st negotium : aut quid 
factum de industria^ aut quid rem ipsam consecutum 
sit : consietnft oratio aut cum re, aut ipsa secum : hoc 
bujusne rei sit signum^an illius, an ' ethujus etillius^ 
et iltrius potius : quid taclùm sit^ quod non oportuerit^ 
aflt non Tactuni , quod oportuerit. Cum atilinus hâc 
iiltetitiotle omués totius negotii parles consideirabit^ 
tum illi ipsi tn mediimi consenrati ioeî pn^œdent^ 
fie quibus ante dictum est : et tum et siilgulis^ ^ tum 
ex conjuDctis argumenta certa nascentur. Quorum ar- 
gumcntorum pars probabili, pars necessario in gc* 
nere versabitur. Accedunt autem ad con jecturam sœpe 

.» Quid. .— a Abc*l et. — 5 Cum. 



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DE L'IMYENTIOlf , LIVRE II. if)^^ 

JofiféS) Ml BMt oa jpeu du ai^ dan» l'étade des précités ^ 
et si l'M aqudque mtcttigeoce : dffîcîle; en effet, onn'mrftil 
jMêk fita dé dévek^per k pour et le contre snr chacun de 
ces nombrem: sujets , qui se modifient suivantlesciroonstances. 
II faut donc s'attacber a l'examen des points dont nous avons 
parlé. 

XIV. Pour rends« l^ventioii plus faeile , tevemÈ souTtot 
et avec bom sur la uarration de votre adversaire et sur la vôtre y 
et en formant toutes tes conjectures dont chaque point est 
susceptible, exanûnez pourquoi, dans quelle intention, avec 
quel espoir de réussite l'action a été commise ; pourquoi de 
telle manière plutôt que de telle autre ; pourqiu>i par celui-ci 
jplutôtqne par celui-là, pourquoi sans coniplioes^ ou avec 
t«lf et tels ; potirfvoi avec on sass confiicns, ou piécâtâncàt 
«vec œifcK'-lii ; pot^qiKti a«t«o& «u n'a^t-on pas fait telle chostf 
avant l'action ; pourquoi ceHe-ci pendant l'action même ; pour- 
quoi cdle^a après ; ce qu^on a fait a dessein^ ou ce qui était 
une suite naturelle de l'action ; si le discours est d'accord 
avec le sujet ou avec lui-même psi tel signe indique plutôt 
ceci que cela, ou l'un et l'autre, ou lequd des deux; cequ'on 
a fait d'inuiik, oe ^'on n'a pas fait de nécessaire. 

Apurés cet examea rigoureux de toutes les parties du ftdc , 
on déploiera les lieux communs dont nous avcms parlé , et 
qu'on tenait en réaer^. Tantôt dqnurés , tantôt réunis , iU 
fànriyjront ^ ai^mens ^Ldes, dont les uns établirf»tt k 



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aoo DE IWVENTIONE, LIBER IL 

qudestiODes, testimonial rumores : qtiœ contra onmia 
uterque simili via praeceptorunn torquere ad suse 
causse coinmodum debebit. Nam.etexqu^sdlonesus- 
piciones^ et ex testimonio^ et ex rumore aliquo pari 
ratione y ut ex causa ^ et ex persona ^ et ex facto duci 
oporlebit. 

Quaré nobis et ii videntur errare, qui hoc genus 
suspicionum y artificii non putant indigere, etii, qui 
aliter hoc de génère, ac de omni conjectura praeci- 
piendum putant. Omnis emm iisdem ex locis conjec- 
tura sumenda est : nam et ejus , qui in quaestione 
aliquid dixerit, et ejus, qui in testimonio, et ipsius 
rumoris causa et veritas ex iisdem attrib^tionibus 
reperietar. Omni autem in causa pars argumentorum 
est adjuncta ei causœ solum, quae- dicetur, et ab ipsa 
ila ducta , ut ab ea sépara tim in omnes ejusdem gène- 
tis causas transf^^rri non satis conuuode posait : pars 
autem est pervagatior, et aut in omnes ejusdem ge- 
neris, aut in plerasque causas accommodat^^ 



XV. Hdec ergo argumenta , quae transferrt in mili- 
tas causas possunt, locos communes nomioamus. Nam 
locus communis aut certae rei quandam continet am- 
plificationem : ut si quis hoc yelit ostendere, evtm y 
qui parentem necarit, maximosupplicioesse dignum ; 
quo loco, nisi perorata et probata causa, non e&t 
utendum : aut dubiœ, quae ex contrario quoque ha- 



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DE LINVENTION, LIVRE O- soi 

probabiUté, les autrea, la nécessité du âdt. Soarent les tor» 
tures ) les témoins j les bruits publics fortifient les conjectures^ ; 
et cbacune des deux parties doit^ par les mêmes moyens*, 
tâcher de les faire tourner a son avantage ; car on doit tirer 
des soupçons de la question , des témoins et des bruits pu- 
blics, comme de la cause , de la personne , et du £edl même. 

Aussi, suivant nous, on se tromperait également en pen- 
sant que cette espèce de soupçons n'a nullement besoin d'art, 
ou bien en donnant pour chacun d'eux une méthode particu* 
lière. En çfîet , on peut tirer des raines lieux toutes sortes de 
conjectures ; car on peut suivre la même marche pour vérifier 
les dépositions arrachées par la torture, celles des témoins,' 
les bruits publics, et pour remonter a leur source : et dans 
toute cause , lorsqu'une partie des argument tirés de la cause 
même lui sont inhérens, et ne peuvent facilement s'adapter a 
toutes les causes de la même espèce , l'autre partie s'appliquç 
d'ime manière plus vague a toutes celles de la même espèce , ou 
jnêmek la plupart des causes. 

X.V. Ces argomens , qui conviennent à un grand nombre de 
causes , ^ nous les appelons lieux communs ; car un lieu com- 
mun sert de développement a une chose douteuse ou certaine : 
certaine ; si vous voulez, par exemple, montrer qu'un par- 
ricide est digne des plus grands supplices, il faut, avant d'ap- 
puyer sur ce point, prouver le crime ; ou douteuse , quand le 



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301 OC IKYENTIONE, LIMER II. 

beat ^rdbaliiles râtîoitôt argumeoiatidi i ut Mftpicîo-' 
nibuftcredi oport^e^Ql contra^ siiapicicMiibus credi 
uoa oporlere« Ac pars locorum caoïnHiDium ' p«f 
indignationem 9 aut per conquestionem ioducitar, 
de quibus ante dictum est; pars per aliquam pro- 
babilem utraque ex parte rationem. Distinguitur au- 
tem oratio atque Ulustratur maiime^ raro inducendîs 
locis communibus^ et aliquo loco^ jam certioribus 
illis audltoribus y et argumentis confirmatîs. Nam et 
mm coDceditur commune quiddam dicere, cum dili- 
geûter aliquis proprius causse locus tractatûs est y et 
auditoris ànitnus aut retiovatur ad eâ> quds restirttt) 
aut omnibus jam dictis exsuscitatur. Omnîa enim 
ornamenta elocutionis, in quibus et su^TÎtatis et gra^ 
vitatis plurimum consistit, et omnia^ quœ in inven* 
tione * verborjim et sententiarum aliquid habeni 
dignitatis^ in communes locos conferuntur. Quare^ 
non ut causarum^ sic oratorum quoque multorum 
communes loci ^unt. Nam nisi ab iis^ qui multa 
èl^ercitatione magnam sibi rerborum et sententiarunl 
copiaiii comparaverint, traclati ûcm poteruot ornaie> 
et graviter^ quemadmodum natura ipsorum desiderat. 
Atque hoc ait nobis dîctum commmtiter de omni 
génère locorum commuuium. 

. XVI. Nuuc exponemus^ in oonjeuiàralem cods* 
titutionem qui loci communes incidere soleant : SUS7 
picionibus credi oportere^ et nonoportere : rurao- 
ribus credi oportere , et non oportere : testibus^ 

» Aut per. — a El verbonim. 



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DE LTNVEimOK , LIVRE H. %oi 

cxAtniHne éSte de» rasons égatraEiiDit probables; pat fsemple: 
II faut crdi^è Mt sMi^m > <m biâii 11 b6 faut pas y ctoite. 
ftanm les lieuï ^ïonmmns^ les uns s'etnjitoieiit poui* excitef 
Vindîgnatiou ou la compa^où , comme nous TaVoUs dit plus 
jbaut , les autres pour appuyer qtielcpie point qui offre des rai- 
sons pour et contre. 

Youle^irous mettre de Tordre et de la clarté dans un dis-» 
bôurs, employez rarement les Ketix commuiis, et seulement 
quand vous aurez gagné l'aiidîteur par de^ preuves plus Con- 
vaincantes. Car il n*est permis de parler en général, que lors- 
qu'on a développé quelque lieu propre a la cause, pour préparer 
Tauditoire a ce qui suit, ou pour le délasser, quand on a 
épuisé la matière* Tout ce qui donne de Tagrément et du 
foîda a lio.dîsûoursi de la dîgiiité austjle et aux pensées, ae 
rapports Av^ li«Bl cmnmuiiSi 

Aussi les lieux communs ne sont-ils pas plus le propre de 
tous les (Nrateurs que de toutes les causes ; car celui qui , par 
une longue habitude de la parole , n'aura pas amasse un grand 
fonds de pensées et d'expressions , ne pourra point leur donner 
les oniemefis et la foroe aécossaire». Cetle dis^rVatioii peut 
»'applîi^«r k UMS les lieux ootn«mk» (ta féttit^. 

XVI. â'agit-il d'une cause de conjecture , voici les lieux 
communs qu'elle offre ordinairement : les soupçons, les bruits 
publics, les témoins y les aveux anrackés par k torture (Selon 
k.uatttffe d« sujet) , méfient ou «e vémem pu mbtire con* 



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2o4 DE INVENTIONE, LIBER IL 

credî oporlere ^ et non oportere : quœstionibué credi 
oportere y et non oportere : vîtam anieactam spectari 
oportere ^ et non oportere : ejusdem es$e ^ qui in 
illa re peccarit y et hoc quoque admisisse y et non 
esse ejusdem : maxime spectari causam oportere y et 
non oportere. Atque hi quidem y et si qui ejusmodi 
ex proprio argumento communes locî nascentur y in 
contrarias partes deducentur. Gertus autem locus est 
accusatoris, per quem auget facti alrocitatem; et 
alter y per quem negat malorum misereri oportere : 
defensoris^ per quem calumnia accusatorum cum 
indignatione ostenditur ; et per quem cura conques- 
tione misericordia captatur. Hi , et ceteri omnes loci 
communes y ex iisdem praeceptis sumuntur y quibus 
ceterae argumentationes : sed illae tenuius y et acutîus y 
et subtilius tractantur ; hi autem gravius y et orna-^ 
tins y et cum yerbis y tum etiam sententiis excelleu- 
tibus. In illis enim finis est^ ut id, quod dicitur^ 
verum esse videatur : in his^ tametsi hoc quoque 
videri oportet y tamen finis est amplitudo. Nunc ad 
aliam constitutionem transeamus. 

XVIL Cum est nominis controyersia^ quia vis vo* 
cabuli definîenda verbis est, constitutio definitiva 
dicitur. Ejus generis exemplo nobis posita sit hâec 
causa : « G. Flaminius is y qui consul rempublicam 
w maie gessit bello Punico secundo^ cum tribunus 
« plebis esset , învito senatu , et omnino contra vo- 
ce luntatem omnium optimatom y per seditionem a4 



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DE LINVENTION , LIVRE IL ôo5 

fiance. Il ftut ayoir ou ne pas avoir égard k la conduite pas^ 
sée. Un homme déjà coupable de tel délit , est ou peut n'être 
pas capable de tel autre. H faut s'attacher surtout a la cause, 
ou ne point s'y arrêter. Ces lieux communs et tous les autres 
semblables y qui naissent du fond du sujet y peuvent s'employer 
pour et contre. 

Mais un lieu propre k l'accusateur est celui qui exagère 
i'atrocité du fait , et qui nous défend la pitié pour les méchaus. 
U appartient au défenseur d'exciter l'indignation en dévoilant 
la mauvaise foi de l'accusateur , et de chercher par ses plaintes 
a exciter la compassion. On suit , a l'égard de tes lieux com- 
muns et de tous les autres, |es mêmes règles que pour toutes 
les autres espèces de raisonnemens. Mais ceux-ci exigent plus 
d'art et de finesse , et en même temps plus de simplicité ; les 
autres plus de force , plus d'omemens , plus de pompe dans 
le style et dans les pensées. Car les uns n'ont d'autre but que 
de prouver; les autres, quoiqu'ils servent aussi k prouver, * 
ont pour but l'amplification. Passons maintenant a une autre 
question. 

XVn. La discussion porte-t-dle sur les mots : comme il 
faut les définir , la question s'appelle définitive. Prenons pour 
exemple la cause suivante : « Le consul C. Flaminius qui , pen- 
ii dant la seconde guerre punique , mit la république dans un 
c( si grand danger, était tribun du peuple, lorsque, malgré 
il le sénat , malgré l'opppsition de tous les patriciens , il porta 



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2o6 DE INTENTIONE , LIBER II; 

u populnm legtfin agraiiam ferebat. Htroc pater Mus 
coaciUum plebîs babeutem d^ ^mflQ éMu^dt t pi* -r 
Kces^itur majestaûs. » Intcwiio e^^ x< ]Vbîjeâtatei9 
(( mlnuisti ^ quod tribunupi ple})ijs de lepiplo de- 
ce duxisti. » Depulsio est, « Non minui majestatepi. » 
Quaestio est^ « Majestatemne minuerit. » Ratio : « In 
(( filium enim quam babebam poiestatem y ea usus 
4c sum* )^ R^tioais iQfîriBaûo ; h At emw » qui pMria 
(c potesiale y hoc est , privaUi (quadam )^ tribimiciasii 
c< (potestatem) , boc est, populi potestatem infirmât^ 
i< miouit is majestatem. » Judicatio est : « Minuatnç 
(( îs majestatem 9 qui in trîbuniciam potestatem patria 
« potestate utatur. » Ad banc judicationem argumen*- 
tationes omnes afferri oportebit. \ 

Ac ne quis forte erbîtrettir y nos noB ÎBteiKgefe ^ 
aliam quoque incidere constkulioneœ îb bane eau*- 
aam ; eam bos partern solam sBmim^is , m quam proEr^ 
cepta Bobis daoda siip^. Oœ^ibui autem partibus boc 
► ÎB libro explicatis , quivis omnï in causa y si dijigepter 
atteBdet, omnes videbit coBstitutiones , et earum par- 
tes , et controversias , si quae forte iB eas iBcident. 
Nam de omnibus perscribemus. Primus ergo accu- 
saU»risIocus«st^ejiji^llpmi#Â9| f»iîii#dieTiiqi]Lffrîmr, 
brevis, etapert^, et ex bomiijipm opimoBe definâtio^ 
boc modo : k Ma}estatem miBuere y est de dignitate ^ 
u autamplUudine, aut potçstate populi, aut eorum , 
« quibus populus potestatem dédit , aliquid dero- 
ce gare. » Hoc sic breviter expositum y pluribus verbis 
est et rationibus conflirmaBdum , et ita «se , ot dcs^ 



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»E UraVENnON, LITRE n. 007 

If le$ Rouillais a ^ aoukvei:^ tn Jl^Hf pvQfoMal la loi agnire* 
^c SonpèreTÎmran^okevdutainplc^fl présklaît l'aseei^^ 
t< du peuple, et fut accusé de lèse^majesté. » Voici l'accusation t 
ic Tous êtes coupable de lèse-majesté; vous avez arraché du tem-« 
<( pie un tribun du peupb* » La défense : — « Je ne suis point 
<( coupable de lèse-maje^té. » L^a question : — (c Est-U coû- 
te pable de lèse-maiesxé? » I^raisw : '^ << J'ai usé de l'auto^ 
(c rite qjoe Y^Ym sur noD &1&. » *^ La réfuftitîoii : « Càm 
M qui se fi/mt de l'autorité paternelle , e'est-a-dire d'une auto- 
« rite privée , contre la puissance tribunitienne , c'est-k-dire 
« contre Tautoritédu peuple, est coupable de lèse-majesté. « 
—Le point a juger : u Est-il coupable de lèse-majesté ^ celui 
« qui emploie contre un tribun l'autorité paternelle? » C'est 
à cela qu'il fi^t xappprter toM« >os raidonoemçns. 

Mais, qu'on n'aille pas s'imaginer que nous ne voyons 
pas d'autre quieçtion dans cette cause. Nous n'envisageou^ 
ici que le j^int qui opus oecupe. Maïs lorsque , dans ce Uvr^» 
nous aurons développé chaque partie, fl sera fiicile, avec «a 
peu d'attention, de trouver, âens quelque cause que ce aoit , 
toutes les questions, leurs parties et les points de discussion 
qui s'y rencontrent ; car nous n'en omettrons pas un seul. Le 
premier lieu de l'accusateur est donc la définition courte , 
claire et conforme a l'opinion générale , du mot dont on cherche 
la valeur; par exemple : « C'est se rendre coupable de lèse- 
« niajesté que d'attenter à la majesté , à la grandeur, à la 



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fto8 DE INTENTIONE, L!BER II. 

cripserîs^ ostendendnm. Postea ad id^ quod défi-- 
nieris^ factum ejus, qui acousabitur , adjungere opor- 
tebit^etexeo, quod ostenderi6.esse;.^Terbi>causa:, 
majestatem.miDuerçj docer^ > adversar^um^.majçsta- 
tem minuisse, et bunc locum totumcommuDÎ loco 
confirmare , per quem ipsius facti atrocitas y aut in-- 
diguitas, aut omiiiDO culpa cum indignatione aii- 
geatur. Post erit infîi*màiida advèi^feà'ffotifîtf dè^ci4p- 
tio. Ea autem infirmabka^ ,'' ^i^'fehià démëMîMUtitf ^ 
Hoc ex opiui^e jbopo^qqi^ gmni^r >if?WP 5i^»n- 
admodum , et quibus jxi rel^ffs hoççi^ij^j^,!^ 
dîne scribendi , aut sermocinandi. eo yerbo uti s<>- 
lèant, cousiderabitur. Item infirmabitur y si turpis^ 
aut inutilis esse' osteûdëltir ejiis deàcrtpfîôbis 'srppro- 
batio > et éi , epxBt iucôtnhiodàf '6dli^fculurii*'*sîï'/ éo 
coDcesso , ostendetur f ïd'iautefâ 'Mv'liftkièsiiMâ *6t 
utiUtatis/parûbuft âumfitur >. d0iqiiib^'iiio*deUbei)a« 
tlonis^pr^ceptis eippDCimus.i €( si çpjn: fl^^^K^n^ 
Xiostra adversariprum definitionem ,çpi)fi^reiu]if s^^, et 
Dostraip^ yeram y honestam ^ i|tilem esse demoustra- 
bimus; illorum, coutra. Quseremus autem' res ^ aut 
majorî y aut pari in uegôtio similes y ex qùibus af- 
firmetur nostra description ' '" 



XVIIL Jam si res plures erunt definiendae : ut y 
si quaeratur^ « Fur sit ^ au sacrilegus'^ qui *vasa 



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DE L'WVEimON , ItVUE II. 3109 

If piiifiiABise du peuple, ou de ceux que le peuple a revêtus de 
<c MU tulorité. M'Appuyez cette courte exposition de raisons 
4>ien développées; moBtrec -'en la justesse. U faut ensuite 
prouTer quelle s'applique parfaitement à ractîon de l'accusé, 
et que, suivant la définition que vous avez donnée du déUt, 
votre adversaire est coupable de lèse-ma)esté ; et vous vous ap^ 
puyeid'un lieu commun qui excite Tindignation de l'auditoire, 
en exagérant l'atrocité ou l'indignité de l'action. 

U hvLt ensuite réfuter la définition de l'adversaire : vous la 
teinterez en prouvant qu'elle est fausse. Vous vous appuyez 
de l'opinion générale, en considérant de quelle manière et 
dans quel sens on emploie ordinairement ce mot. Vous la ré- 
futerez encore, en montrant qu'il serait aussi honteux ,que 
dangereux de l'admettre ; en faisant voir quelles en seraient 
le» funestes conséquences ; et vous avez ici les lieux de l'hon- 
neur et de l'intérêt, que nous développerons en nous oecu<- 
pant des préceptes relatifs au genre délibératif. Vous pouvez 
ausd comparer votre définition a celle de votre adversaire ; 
montrer que la vôtre est vraie , honnête , utile , et que la sienne 
est tout le contraire. 

Cherchons ensuite des exemj^ supéckurs., inférieurs on. 
semblables a ceux de l'adversaire, pour étayer notr« défi-^ 
nition. 

XVIII. Âvez-vous plusieurs choses à définir, comme lors- 
qu'il s'agit de savoir te Si celui gui dérobe chez un particulier 



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î,o DE INVÉNÎIONE, tlËÈH I*. 

ff ex prhrato sacral iùrrtjyùétit; » er\i liféûdôm pld- 
ribus definitto&fbtiÉ; : déiisde «imili ràtioii^ «Msh 
tràetADda. Loous auteta cetoBamis m efttè mciK- 
tîam j qui non modo xermn ^ Tcrum etkm verlnx- 
rum potestatem sibi arrogare conetur ^ ut et faciat 
quod velit ^ et id ^ quod fecerît y quo vellt Domine 
appellet. Deinde defensorU pnàius locus est y item 
àomînîs Drévîs^ éi apérlà^ éi èx ôpîmoné nômînniA 
descriptio , h6c modo : t( Màjéàtàte^tii ttrrftiertf, èSt 
tf aliquid de republica ^ omn pOleatâlefQ noa hakéis , 
« administrare. )^ Deinde huîus confirmatio similibof 
et exemplis y et rationibus. Postea sui facii ab illade- 
finitîone separatio. Dein<Ie loctis communis y per 
queiii facti utilitas y àùt nonéstas adaiigetur. Deinde 
iequiiuf ^éyët^ariùmnt dëfitrîtiottiâ rè{ir^bëâ&lcr, ^u^ 
nèdèm ex )oàiA èâinibus y qti6s aeetltetôri pféëécri^^ 
simua > coi^ciiur : et cetera po«t eadem prtsiftr oAin^ 
mmiesfe lecum indaefcottir» Locvia aBOtèa cëmmunb 
erit defensoria is y per quem indignabilur y accusa-» 
torem sui pericuU oausa non re^ solum couyertere , 
yerum etiam verba commutare conari. Nam illi qui- 
dem comniunèft loci y qui aùt calumniœ accusatorum 
demonstrandœ y aut misericordise captandae y âùi lacii 
ùuitgsàDdx , ^wt à mîtericordia ^térrenb ^nm iu- 
HlBâtiir i. ec |»rÎ0ali mâgniiiufiné y noa ti< eàtta» 
génère^ ducuntur. Quare non in otnnem causaœ:, 
sed in omnecausaegenus incidunt.Eorum meniionem 
iii c6n jèctûAili constîtutidhé l^cihius. Inducliôtié ^ftu- 
tèm y tiiitk caiisà po&tùlabii y tîtemàr. 

* àmtaméoeota. 



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DE LTNVEWnON, LIVRE II. ait 

^ èm rBsn Murés, est toieor où atcrilége ; » eoiplojtt plu- 
memi cléiùikmis, «t sttitei <iisulfè k mêne^ ifiéthode. La 
pervei'sît^ <hi t(tïtpabky ^i, ûôti tbfiteùt de {^ «e ^i lui 
]^t, veut encore dénaturer tes mets , pour âonoler Ik ses ac- 
tions lé nom c^ui lui çotitient, vous offre un autre.lieu conunun. 
JLepreinîerli^dttdéfenseurestaussiladéfinitidiJcourte, claire 
elooiiibmei^ropîiiiôiii générale 'du mot; paî^exemple: a Cest 
m 86 nuêst coupable de lesè*ma)tsté quQ de se mêler d^ Vad* 
^ ifiiâÛtralkMldéfétAt, qùttùà on h'ea apasrtçule j|)oavoîr«)v 
Enstiite 6n app^ti^ èeftcf dé^tkfti de raisons et d'eienipleS; 
puis on prouvé CQUCibien^^tlèr contient p^tl au fftit dont if 
à'agit. Enfin, on insista sur l'iitilité, lliôniiêteté de l'action. 

La réfutation de Padtersaire se ti^ dè^ itiéihès Uëui ini€ 
ndv^ %yo^ia(^^é!f à rà^cusAtetir. Tout le reste est égafémeiàri 
semblable ^ excepté le lieu commua ; car .le défenseur doit s^in- 
digner que, pour le mettre en danger, l'accusateur ne ^ 
contente point de dénaturer les faits, et veuille encore ch^er 
les Biots : car les Ueux eoHimuns, )id montrent la perfidier de 
Vdcountettv qaiéxoiteiitk pitié, FindîgBiitJoa^ et çefix quinous 

toéUettf ^ fiàjfie oMtre k pitié ^ êê iixeùl âe k gwideifcr do 

i. ■ 

âànget et non du genre dé k c$ttse. At^i , ^ilè ùe s'èfTititt fMifnt 
dans toutes les causés, ils s'ofîrent dans dés càiisès de ioiitè 
espèce. Nous en avons parlé dans les causes de conjectures, 
et nous les OMttrons en avaot lorsqu'il sera iféfsçmir^^ 



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au DE INVENTIONE, LIBER H. 

XIX. Gum auiem actio translationis aut conimma^ 
tionis iodigere yidetur^ qupd non aut is agit ^ queni 
oportet^ aut cum eo^ quicum oportet^ aut apud quos^ 
qua lege, qua pœna ^ quo crimine, quo lempore 
oportet y constitutio translativa appellaiur. Hujus no- 
bis exempla permulta opus suni ^ si singula trànsla- 
tionum gênera quserainus: sed quia râlio prœcepto^ 
rum similis est y exemplorum muUitudine superse- 
dendum est. Atque in nostra quidem consuetodine 
multis de causis fit^ ut rariusincidant trapsiationes* 
Nadn et praetoriis exceptionibus multœ eicluduntur 
acliones^ et ita jus civile habemus constitutum y ut 
causa cadat is, qui non^ quen^admodum oportet , 
egerit. Quare in jure plerumque versantur. Ibi cnim 
et e^ceptiones postulantur, et quodammodo agendi 
potestas datur, et omnis conceptio privatorum Judi- 
ciorum constiti^tur. In ipsis autem judiciis rarius in<- 
ciduDt y et tamen si quando incidunt ^ ejusmodi sunt^ 
ui pèr se minus habeant firmitudinis^ confîmientur 
autem assumta alia aliquaconstitutione : ut in quodam 
judicioy le cumvenefîci cujusdam nomen esset delà- 
«r tum 9 et ^ quia parricidti causa subscripta esset y 
cr extra ordioem esset acceptum y cum in accusatione 
if alia qusedam crimina testibus et argumenlis confir- 
me msirentur^ parricidii autem solum mentio facta esset f 
« defençor in hoc ipsd multum oportet ' et diu cou- 
« sistat ^ cum de nece parentis nihil demonstratum 
« sit y indignum facinu6 esse y ea pœna afficere eum ^ 
• Ut. 



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DE L'INVENTION, UVRE !l. ^i5 

- XIX. Si l'accusateur n'a pas droit [d'intenter son action, si 
elle ne tombe pas sur le coupable, sî le tribunal , le tempa^ la 
loi , l'accusation , la peine , offrent quelque irrégularité ^ conuot 
il faut que la cause soit changée et portée devant un autre tri- 
bunal, on l'appelle question de récusation. Il est inutile de 
donner des exemples de chaque genre de récusation ; ils nous 
entraîneraient trop loin, d'autant plus qiie la méthode est 
ipujou^s la même. D'ailleurs, oet éta^ de question se présente 
rarement : car les préteurs ^ en rejettent un grand nombre ; et, 
•uiv&mt nos lois , on perd «i cause quand dkioe. suit pas tes 
fbrmes prescrites. \ 

- Aussi la plupart des récusations se font^dles devant le pré-^ 
leur ; car c'est k hii que s'adressent les demanda de fin de 
bon-recevoÎT ; c'est lui qui donne , en quelque sorte , le pouvoir 
d'intenter ûi^e action, et qui règle ta formulé k suivre dans les 
affaires particulières. Elles ont lieu rarement devant tes tri- 
Imuaux-, et même, quand. cela 9e rencontre, elles $ont ordi- 
pftireinent peu fondées., et. il suISt, pour y remédier, de 
changer l'état de la question. « Dans uns aocjasation d'empoi-^ 

V sonnement,'la'(9hise présentée comsM parricide et inscrite 
<c hors de sorf rang , les dépositions des téihoîns^ et les raî- 
t( sonnemens de l'accusateur chargent lé coupable de dîffé- 
« rens délits, et ne font que parler de parricide : il faut alors 

V que le défenseur insiste long- temps, sur ce point. Si l'on n'a 

V pas prouvé le meurtre du père, c'est une injustice criante 



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ai4 DE INVENTIONE, LIBER H. 

t( qtia parrkklfli aflSmoamr : id «utem , si ' damnelifr^ 
Mc fieri necesM ease > qnoniam et id eauaae suJbscrîpr 
« U191 , et ^% ea re nofx^p P^^K^ ordiîiem ^it acceptui^ 
K Ea iijUqr pcpna si pflfîiçi rejxj^ non oponçat, damnari 
« quoque non oporlere, quoniam ea pœna damnatio- 
(c nem necessario consèquaiur. » Hic defensor pœnse 
commuta tidnem' éx traii^Iativd geriere mducendô , 
iotam înfirraabît aectwatiowem. Vè^ùte'tdtoen ceierié 
quoqaè crithkiibiis d«fenéen!ië eoojeéturalîfooiisli^ 
tniione transklidnetn coofirmabit. . 

posîium sii hiijusmodi : « Gum ad y\m ^ciendani 
« quidam armati venissent^ armaii contra prsesto, fue- 
IV ruut , et euldam equtti ronuuM) quidam ew wcMtis 
f( r?i$is4eiui > ^adio p>anum pr^cu^it. AgU isVcuji 
<c jf;uanu$ prœcîsa e3t^ iojpriaruoi. !Po3tùIai! ^ quî- 
c< cum agitu/, a praetoreexceptiottem^ «itha ^Ajtf 

(( IN HEUnr CAPlTïS PRJBJVlHCMfll FIAT. HjC 18 y quî 

u agît , judicium purum postulat ; lUe ^ quicum agi- 
« tur ,' exceptionem addî , ait oportpre. i> -^ Quôes- 
tlocst^ « Sxcipiettdun sit ^ on non. w -r- Ratio; 
cr Non ewim opoctet^^ în recuperatork) jii4i^o^ ajtift 
« maleâcii , de ^m^ iiiief iicario* qm^fritijir , pr^^ 
(c judiçium fteri. » — IjLij^jiiatio raiipni^ji « ïîj^ispiodi 
(c sunt injuriée ^ ut de his indi^num ^i^ non primo 
« quoqi^e temporejn4icari. » — Judicatio^ (c Atro^ 
« citas injuriarum satisne CauSœ sit ^ quare^ dum de 
« ea judicetur ^ de aliquo majore maîeficio , de qua 

} Damiureiar. 



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DB ^.'«fVENWON, UyftE IL a, 5 

4r «et^pdbftekl'aèjimftéy jï«6t^u«tpdëleo6^dtiAmier, puisque 
« sa tondainhatibn^etitraiiiê nëcessairénient celte peine. » Le 
défenseur^ en demandant par la récusation le changement de 
la jpeipe , detniiry toute Tacçusation ^ il.fippuiera sa récusation 
JRf^^pÇ?jiw4e«,^ççtuçp,;^çjîpjVÎ^^^ 

le fait jutwac. u Ses giBi*«ttBés> vtnvs fMmr €omiÉè«tt« 
« ^d^ violence, Air«tit repomses par ffautres gens armés , 
« et uti chevàtier du n6nd>f e^ dé^ àgressourâ /eut la main cou- 
ff pee. "Le blessé intenté une accusation de voies de fait. 
<c.jC'açcusé demande au préteur ou'on ajoute cette restriction > 

. H Vm mf^ imf ymk^ HwuMit^tittpfe) li'Mckïsa oîgt 
tr j^j^n jr^jtfûtettttB iiestiMièa::Fâut4l sAntiue ou aod , la 
« Tèibiction?'^ Voflk la question. •*- « fl'nc ftrat point, dans 
1' W^H^WWi^/WT (WW»ffW;^.^ Pfîl^^ 4>l|oiid sur le 

« âé sintè^mi jugement, m il s'agi^ donc 4b débîdar « S^il y a 
tf des raisons âufisames, avant de prononcer sur ces voies 
*i de fait, pour proao&cer sur un crime plus grave, déjà 



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d i6 DE tfîf ÈNTïWM: , LiBÉrt Û. 

(V judicmm jcomparzttrttt sh -; praéjudic^ùk*: Atqùé 
ce exemplum quideiahoc est. » In omnî autem eansi 
ab utroque qusBri /Qpovietb\%*^iSL fqa»o 9 et ^per qàos y et 
quo modo , et q4io |Lemp<)r^apH9gi »>auti j^fUicafi » aut 
quid statui de ea rç^ cpnye^nialj Id .px^p^^^tî^iw jur^^ 
de qulbus post dicendum ^st , sùmi oportebit « et ra- 
tiocinari ^ quid m similibus rébus neri soleat y et 
videre, utrum mâTHlâ*^ afîud'agàtur, alïud simuletur^ 
an stultitia', ati ti^fcéssH'tfâîiife ;''qii6!i âlï6 tebdô a^ 
non possit ) an occasione ^g^ndi sic'nfjtldicitiM'attt 
aetio consiUuta^^ 4tt' necieti^è nUar r^r^ejosme^i'res 
agatur., Loçus «uteo^, i$inttimif)U ^o^toh^eum^ qw 
translatioDem.lnducet; fi^^ffet.)ia(}jicij^|^:.^ç p|[)ei;i;)pi3^ 
quia causae diffidal. A translations, jfUt^mj;^^Qç^^ 
fore perturbatlonem , si non ita res agantur . et io 
judicium veniant , quo pacio oporteat j hoc est , si 
aut cum eo agaliir', qùiciim non oporteat , aut alîa 
pœna, alio criniine,' alW lëm^oré": atqWe*'haric fa- 
tionem ad pertarbationém judîcidk-afai-briiltiimït péi^<^ 
tinwe. Très igitw «» 4:on»iiiuitoMa^9 (fMVfWMe*»o& 
habeiu^iad kiuto tuodiimuliwbfjijmttHirvilihtpct^g^^ 
ralem constitijitio^en^^ et, pactes, e^i^ /cçnj^s^^ftuv 

XXL Ciim et fkcto, et fiicti riôttiine cbriiïtedSO,* ne- 
que ulla aetionis ilkrtà'conifoverftia, vis^i&r^atut^^ et 
genus negotiiîpMuaqiurrilùr; coD8tîttttî|Diiem «gène* 
ralem appellamus. Hujus prinuia Qsse partea doaa 
nobis videri (Jîximua ^ n^otialei^t et ju];*idiciajen^ 

> Quid «Uud.. 



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DK LINVENTfON ,' MVHE IP. 217 

« porté 'datttit Ici )«g«s. » Les âein parties 'doivent, dans 
toute cause , chercher ykt cpri , avecr cpî , ' de qu^è manière et 
flans quel temps 9 faut îmentef''l'actJatt bu porter le jugement. 
' Voui devez iiJîâToîr iedôtirs au' drbit dotot nous parlerons 
plus bas^ et moAti^er , par Vos raîsonnemens, ce qu'il faut 
fiiire en pareille circonstance ^«i^tin^i^ff ^zf^ malice, on 
n'a pas fçijç^ti ttPfi chose, ep ^ ffVfi9f4% ujipi^^mçft ; j^i , pv fotr 
tîae Oft, pyr mécesciP^ -j . daa» J^iiDpijMitiljle fl^gk* ji^treiBent» 
<)tt{>ir' 0bQ&siott ,' 'éa^if J^tivi-Tietie^jÉiâk^' fkyUr le jugeméiit on 
)pourHVQbusationi^<ïu si IV^ii iï^k comùnâ' aucune erreur. T5A 
lieu cofnmun contre celui qui récuse; c'est qu'il cherche k 
^tri' fe jtigenieiît et la punition ^ parce qu*iï se défie de sa 
cause. Il peut se défendre en montrant que tout ordre serait 
Bouleversé ^ si Ton ne suit point , daj^is les procès et les juge- 
mens, la marche txacée par la loi ; si l'on soulïre qu'un homme , 
s^i <mpi|ii.4r^t^ jiltïe9te/uiie actiw smrflot/w xnaie ou diwia 
MiL«tefip$.ittég^;;H3fe e^eA^voidoir renotieer «ajoute jdttiec: 
Voîlai condmeion pem traiter ces tréfs qûè$fk)B9^ ^qvi ifént 
poàntdeipayïies: 'Examinons maiiltei^ant la'qùesâdn de geûrè 
et ses différentes parties/' 

. XXi; Le fait et le nom qu'on lui donne , une fois c<mvenus , 
^and la forme, de l'apcu^ation n'^lîre aucun poi9t de disçus* 
sion, on exmiiiife la valeur , la nature et Hespèce du fait : c'est 
ce qn'oy appelle ^u^^rion de genre. Nous la divisons d'abord , 
tomme nous Vavôns dit, en deux parties, matérielle tlpirir 

diciaire. EUe est matérielle ^ quand le point de discussion 



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2i8 m ifiyEmiOfiEf Mm;i^ «^ 

a Quidam pupUlumh^redeqo. Cecijtj pupillyf autem 
a aole mortuus e^t| qvam in suam.tutej^m ' yenisset. 
« De hereditate ea y quae pupiDo venit y inter eos ^ 
(c qui patris pupîlli heredes seeundi sunt y et inter 
« âgnatos pupHti controrersia est. Possessio beredum 
(T seoundorum «st. h I^^estieestagaritomiiB) « No^tra 
a pceanîaetïy dequa-iê^ oopsagi^aû «muis, leUAtxu 

^ ^d^is 9i9Cîw4i immmntR j>?fris ^um»^, » Q^^mh 

est , « XJtr^TUUf, sit? >> .|latip <çst^ << PjWer epii»iBj.siJ)ij 
« et filip jLesta^^enlum scripsit^ di^cn is pupillus ess^t• 
(( Quare, quae filii fuerunt^ testamento patris nostra 
« fiant necessé est. » Infirmatio est rationis^ « Iromo 
(c pacer slbi scripsit^ et secundum heredem non filio^ 
•r sed siW jusÂt lessê. QAare, prsetcrquam quod ip- 
« ciuB ^ ÛM^ tÊmmrnnu^ iiKo»'YMirttQii Mse non ^^pe^ 
H ie$U » .Jiiiîfiatiû> « PûMÎttie cpii^cpiam (k fiiii 
<r |^piltrç)lç#J^i:a»^«*»dfB^MP1»4i*ip#W 
(cfemiU^?^ Wftn filii qjaioqw çjwl? pii|^ ber^wJ^ 
<r sint? » Atque hoc non alienum ^est • qupd a4 multa 
pertineat y pe aut nusqu^m ^ aut u^quequ^qye (li- 
catur , hic admonere. ount causae y quae plares ha- 
Kent rationes in simplicl coustltutione : quod fit > 
cum id y quod factum est^ aût quod defendicur ^ 
plariktts^decausis reciuai> a^t ppofaalii]ie^v44€lÂ|>otçst^ 
^ inhac ipaa causa, âupponatur caiwilxlmr^îi^ii^ 



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DE LfNVEJWION, MVRE IL aiu 

^ Anewoé fo«r litRlîer imniile^r maet «ansiit d'avoif at-». 
« ^iiit ^ 'lûajorké. I>5 kéfkSeré sùbedluéft âf père ^ tes 
(I agnats du mineur se disputent la suecession. Les héritiers 
« substitués sont en possession^ » I^^ agnats les attaquent,' 
e^ djsant :, « Les bij^^ ^ur les^els çeli^ dont nous spnupes 

MMl^i(%qm ibîftfpMknnetit. » l^ôid là «Mon des Ikéntkrs ? 
ce Le^pëi^c «iVàit ton'téstàment pour lui et pour scm fils encore 
u mq^eur. Ainsi Iç testament du' père nous donne les biens 
« du nls. » On les réfute , en disant : a Le père n'A feit d'antre 

« 4!f«A^ 'biite qi^e «na ftt'îl.inrak bi'Mbne dai»4W IMt 
^ftfàiieià. M^fi^fagicie âé(M«r u « t'oa ftcit ^iMev fpar on 
<c^*ftl^lii(]|étu', et ^ lè^ seconds héi'Mecs dn père doivent hé- 
« îfcer iti&ssl'du^ram^^ * * 

' FÔiir nç poîni oublier ou répéter sans ce^^ une observa* 
tion générale, il me semble à pr^POS de dire ici qu'une ^es- 
Uoil SWgje.pçut pÇf^j^ j)lv^iei|rs f^î^W? différence? ; ce <^ui 

sieamiw^yens powr fuit^r ph imAc^ ff^hiUfii? ùkwxh 
causé qu'on d^fbid. Supposons foe les iiéritiers aUègMffnt 
pour raison que 4f dM oaa§eB oppœé^» ne pûiiveai: donner des 



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220 ]te INVENTIONE, LIBER II. 

haec ratio, (c Uniu^ enim pecuniae plures , dis»?^ 
(c milibus de cansis y heredes esse non possunt ^ 
H nec umquam faotum est , lU ejusdem pecunia^ 
« alius testamento y alius lege beres ' esset : » iiifirma- 
tio haec erit, « Non est una pecunia : propterea, quod 
u altéra jam erat pupilli adveuticia; cujus Iieres non y 
« * illo tempore^ testamenio quisquam scriptus erat y 
(< si quid pupille accLdîsset : et de, altéra y patris etiam 
K nunc mortui yoluntas plurimum valebai^ quas jam 
f{ morjtuopupillo suisheredibuaçoncèdebat. » Judi* 
cttiô est y « Uoane pecunia fuerit : » ac , si hac eruni 
usi infirmatione y a Po&se plures esse unitfs pecupise 
« heredes dissimilîbus de causis ; » de eo.ipso judi- 
catio nascitar y « Possintne ejjasdem' pçcuniae plures 
« dissî milibus generibus esse heredes. » 

XXn. Ërgo una in constitutione îûtellectum e^ y 
quomodo et rationes y et rationum infirma tioiifes y et 
prœterea judicationes plures fiant. Nunc hnjus ^e«» 
neris prascepla videamus. Utrisque y aat letiam QOipir 
huBy si plures ambigent, jus ex quibus rébus constat j 
est coDsiderandum. luitium ergo e)ns.ab natura duc- 
tum videtur : quidam kutem ex utilitatis ratioue aut 
perspicua nobis y aut obsouir^ y io con^uetudinem ve- 
nisse : post autem^ approbat$| quaedam^ aut a consue- 
tudine aut a vero utilia visa y legibus esse firmàtà : ac 
naturse quidem jus ^ esse y quod nobis non opinio^ sed 
quœdam inuata vis aflS&rat y m religiooem^ pietatem , 
gratiam^ vindicaiionem ^ obserVantiam ^ vecitaleau 



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DE UINVEOTION, LIVRE ir. 221 

« droits sur le même héritage, et qu'il n'arrive jamais que k 
4K loi et un testament nomment deux héritiers différens. » Oii 
peut leur répondre « que l'héritage n'est point un, puisqu'une 
w partie des biens était venue accidentellement au mineur, et 
« que, s'il lui venait quelquç chose, le testament n'en désigne 
<c point les héritiers; que,, pour le reste, la volonté du père 
ce mort, qui, au décès du mineur, les donnait à ses propres 
tt héritiers^ avait la plus graiide validité. *» — « L'héritage 
u est-il un ? » voilk le point à juger ; et si l'on accorde que u de» 
te causes opposées peuvent donner des droits à mi même hé- 
te ritage, » il faudra encore décider ee si des branches oppo- 
<e sees peuvent avofr les mêmes droits sur le même héritage, h 

, f 

XXII. Ainsi vous voyez , par une seule ^estioti , qu'il peut 
j avoir plusieurs raisons, plusieurs manièi*es de les réfuter , 
et plusieurs points a juger. Voyons maintenant les r^les k 
suivre a ce sujet. Dans toutes les parties, on doit examiaer ce 
qui constitue la justice. Elle est puisée dans la nature. L'uti- 
lité plus ou moins évidente de c^taines choses les a fait passer 
en usage : une fois, leur utilité démontrée par l'évidence ou 
par l'expérience, la loi les a confirmées. La justice naturelU 
n'est point fondée sur l'opinion, mais sur Un sentiment inné, 
•omme la reUgion, la piété , la reconnaissance, la vengeance, 
le respect ou la vérité. 

lia crainte des dieux et les cérémonies de leur culte consul 



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2^ a »E INVENTIONE, LIBER ÎL 

Religioii^> ekmy qude in metu et caeremonia déo-» 
ram Mt f âppelhtki : ptéctiem ^ ^nm etf^m patrîaiti ^ 
aut parente» j sut altos sanguine conjunctos ofiOcium 
conservare moneai : gratiam ^ quae in meœoria , et 
remuneratione officiorum ^ et ' honori» ^ et amicitla- 
runii observantiam teneat : yindicationen^^ per quam, 
yim y et contumeliam , defeiidenad y aut ulclsceiodo ^ 
propulsâmus a nobiè , e( à tia^tris ^ qui nobi^ e^se 
cari deberil , et pet qiiaih ptkétiià putAinn» : obser^ 
tantiam^'per qaam «taM^ arm safplMtia; aui hô-^ 
Bore y amt aliqiMi 4i§iÉitM» abtttMdeiiiaè temnur y et 
coliuius 3 Tematetti y per quam damna, operamj i^- 
qaid agiter y quam confirmaveriniufl ^ fiat^ aut factum 
aut futurum sit. Ac naturœ quidem jura minus ipsa 
quaeruntur ad hanc controversiam y quod neque m 
fioe éiflli ]iite f érsttotiir ^ m a t^lgsiri ini'ellï^ëûtia 
remotiora- suol t «d wnilitudineta yèro aliquàfin > aht 
ad rem aifipli£«Aildam M^pe sunt.infertfndau donsiw- 
tudinis autem jus ^ê putatur id^. qyo4»y4lun|^te 
omnium sine lege vetustas coipprobarit. In ^ ^ulem 
jura sunt qusedam ipsa jam certa propter yetustateni. 
uo in génère et alia sunt mulia , et eorum multo 
maxima pars^ quae prâeloreà edicéi^ecoi^suêf^ilnt.Qtiâe- 
dam autem généra' farii, 'jM certà, ainftiéittâiifii 
fcKita snm: quod gefiud,.pa«tiim) ptity ju^^^fittK 
Pa«tam est y quod inter aliqum ooilveiiit ^ <pc>d yufk 
ita jiistum putatur , ut * jure prasstafi di^¥r> Par^ 
quod in omnes aequabile est. Judicatum , de quo jam 

' Hf^nonuii. <— > Juri prastare. 



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i>E vmHirtiùii, livré iï. ^25 

tarât ta rèh'^ibh, Ld pièU éét lo imitÈètil (pA nous àtiaclie 
it la patrie, k dos pàreif^, k €<^fut ^id nôtts àp|>anlemie£(t par 
lé saiig. Là reconnaissance èoùsisté Aans les êgs^ds qu^inspirent 
le souTenir ies Bienfaits, des tiotineurs et de Pamitié, et le 
désir d'y répondre. La vengeance punit ou repousse la vio- 
lence y ou l'affront fait a nous ou a ceux çie nous devons 
chéffivé On enlead par le r€êf^,]e$ égat^dl <pte hmi» arans 
{xmr Fâ^^ > ttigeMij h» hoiu(tofs «a 1^ digftkétf. Par te 
^»ér»és éôta it^M3 ^iiéA^ dMè^ lè»^>Wéé, te j^féèént et 
ratèiiit , ftë d4tiii6ttto eé ^ué iMà àvM( âtÉmé. 

U est rtcre que, dans une cause ae cette espèce, oa ait re- 
çoit» aux droita niftureb, dont le droit oîtil s'beeiq^peù, et 
ifÊd ne smn pdîiit k la portée du ^g»e^ Gepcaiduit on pmt 
lès ëhïj^ô^ dans lai aiinmitiâè où dsbià f «npUficatiotl. Od 
appelle Jroiitcouftimier^tôUt ce qttè lé (éiap^ a côiisàcré, par lé 
consentement universel, sans l'autorisation cle la loi. La loi 
même contient plusieurs droits établis par le temps. La plu^ 
part, et beaucoup d'autres de la même espèce, sont ordinai- 
remeitt renfermés àhBB les édita des préteurs. D'autres espècea 
de àtBt, au aoBtnBre) sont fondées sur h oomtomè, oommo 
M ëetttm^ NgAlitéy \m |ég<«aèli8 antétlèut^; 

Un cofùrat est un traité entre dîfTérens individus, qu'on 
fq;arde comme si juste, qu'A est supérieur au droit. Végaliùé 
deane oa droit é§ai à tevst JJnjiêgnmM kntiriemr est la dé* 



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524 I>E TNVtNTlOfŒ, UBER «. 

ante sententia alicujus ^ aiat aliquorum constitutuia 
est. Jam jura légitima ex legibus cognosci oportebtt. 
His ergo ex partibus juris y quidquid aut ex ipsa re p 
aut ex simili, aut ex majore minoreve nasci videbitur^ 
altendere y atque elicere pertentancio unamquamque 
partem juris oportebit. Liocorum auWm communium^ 
quoniam (ut an te dictum est ) duo sont gênera y quo* 
rum alterum dubiœ rei y aherum certae continet am-^ 
plificationem y quid îpsa cauaa dei y et quid augeri 
per communem locupi posait et opprteat y considera- 
bitur. Nam certi^ qui in omnes incidant^ loci, prae- 
scribi non possunt : inplerisque fortasse ab auctoritato 
jurisconsultorum y et contra auctoritatem dioi opor- 
tebit. Attendendam est autem et in bac y et in omni- 
bus y num quos locos communes y praster eos , qao^ 
exposuimus^ ipsa res ostendat. Nunc juridiciale ge- 
nus et partes ejus consideremus. 

XXIII. JuridiciaJis est y in qua sequi et iniqui na- 
tura, et praemii aut pœnœ ratio quserltur. Hujus par- 
tes sunt duae, quarum aJteram absolutam, assumtivam 
alteram nominamus* Absoluta est, quœ ipsa in se y 
non ut negotialis implicite et abscoddite, sed patentius 
et expeditius recti et non recti qusestionem continet. 
£a est hujusmodi : « Cum Thebani Lacedannonios 
« bello su pe ravissent, et fere mos esset Qrajis, cum 
^( inier se bellum gèssissent, ui ii, qui vicissent, tro- 
i< pseum aliquod in finibus statuèrent , yictorise nrodo 
ce in praesentia declarandœ causa y non àt in perpe- 
<( tuum belli nomnoria mao^ei; «neuta itAtaenUU 



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BE L'INVENTION, LIVRE II. aaS 

hit connaître les droit§ l^itimes. U faut mettre à profit tout 
ce ^e ces différentes partie^, du droit pourront vous fournir , 
ou dans le* fait itième, ou dans une affaire semblable aussi im- 
portante, ou qui'rétàit moins. 11 faut aussi examiner et ana- 
lyser chaque partie du droit. Pour les lieux communs, qui 
forment, ccxmme nous l'avons dit plus haut, deux espèces, 
4<pjt j;jWf#S%PPP.lS5(9^P?Pl^??^^"^?S.* .çt l'autre les choses 
êV^j^m^ ^^^f ^^UJoH^n^ÛkS^At 4q secouD^iL^otre cause , 
«&:^^90Q5 paDitt»,|oet«[il&^m9s. àevtÉ développer en lieu 
cftAtiivÀ^'^H'M pMV «n^éiablil <{Ui}conviemient à tous les 
"SU^ct&V ittfis*if est' jfeu de éâtises'dan^ lesquelles on ne piusse 

attaquer ou oefendre raulorite des jurisconsultes. Examinez 
iumo f/ t^ , ,".♦• 'Il fit <•..((, *••'(•. 
surtout quels sont, outre ceux que nous avons mdiqués, les 
f 'ij}> ^èh'. .-Jv ''i •■ . . I A ' ■ . ^ 

^^ilSîHVBPP^ que vous offre la cause même. Passons inaia- 
tenant au genre juridici^ç et a ses différentes parties. 
v« XS^Iii Iji qnpfitioA )]arîdicii»re définit le juste et l'injuste y 
décidée 4Mn mérite peine ou Téeompense. Elle se. divise en 
quelstiM'îâS^ltJe et 'eu qtiestioil accessoire. Absolue, quand 
eîfe rénfeîîn'e eh elle-mêniè, non pas implicitement, comme la 



Question matérielle, mais d'une manière évidente, l'examen 



mesUon maten 

djiçîugçe^^ft de l'injuste. I^renons J'exemple suivant : m Les 
,^ T^é^ag^f fv^i^ev^ avaient élevé un tro- 

4i.pkéfïidîwr«iB,iôifi\ïint;ru3age des Grecs, qui, dans leurs 
^*fiierfe$>pârlîei|lièresviérigeaieiit un trophée sur les fron* 
«»tiè^,^rts là^^toîif^v moittopour perpétuer le souvenir 



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I 
226 DE INVENTIONE, UBER lï. 

ce tropaeum. Aocuftaolur^pud Amphictyonas^ idest^ 
(( apud commune Graectœ tottcilium* » Intemio est , 
« Non oporlun. » Depulsio est^ « Oportuît. >> 'Quœs- 
tio est , « Oportuerilne ?^) Ratio est, « Eam enim ex 
« bello gloriam virtute peperimus , ut ejus aeterna 
(( insignia posteris nostris relinquere veflemus. » In- 
firmatioest, ce Âttamën sternum inimîcitiarum mo- 
re numentum Grajos de'Grajis stataere non opor- 
ê( tel. » Judicalio est , w Cumsummâe virtutis iïele- 
«r brandi cau6a Graji de Grajis seitermim iniaûci-* 
(c liarom woimmeBiiuKi stauidrânt, rectene» an txmira 
i< fecerim. » Hanc ideo rationem subjecimns y ut hoc 
causas genus ipsum, dequoagimus, cognosceretur* 
Nam si eam supposuissemus, qua fortasse usi sunt i 
« Non enim juste, neque pie bellum gessistis; » in 
relationem crirainis delaberemur , de qua post lo- 
quemur. Utrumque auteiù causée genus in liane eau- 
sam ineideire perspteuutti ^st. lû traùt urgwneiita- 
tienes es iisdetn iocb aanvendae 8«pt, atopie itt oausam 
Hegotiatem > ^ua de anie dîoluin eH. Jbeeùs ^uteai 
communesete:^ causa ipsa^ si quidinerit indigna tionîs 
aut conquestionis, et ex juris ulililale, et natura mul- 
los et graves sumere licebit, et oportebit, si causse 
dignitas yidebitur postulare» 



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DE L'INVENTION, LIVRE II. ac^^ 

« de la guerre que pour constater leur victoire. » On les 
accufie au trOmnal des Amphictyons : c'était le conseil général 
de la Grèce. 

« Ils ne le devaient point , » disent les accusateurs. -«- « Nous 
« le pouvions, » répondent les accusés. — « Le pouvaient-ils ? » 
voila la question. Voici la raison des Thébains : <( La vie- 
€( toire que nous avoipus remportée est si glçriey^e, ^ue nous 
4c avooft voulu en laisser % nw descen^ans un nionumienf 
<c éternel. » On les réfute en disant « |qp«^ 1^9 <}rep$ n^ 4<¥ven( 
« poiméleverunttonumentélerneldesdisGordesdelaGrèce.» 
Le point a juger est de savoir w si des Grées qui, pour im* 
« mortaliser leurs exploits ,' élèvent un monument étemel 
<( des discordes de la G^'èce, font bien ou mal. » Nous ne 
donnons cette raison mie jpour faire bien connaître le gepre 
de cau^ qui nous occupe ; car si cous sépondipns, comme ils 
le fireut sans doulie : aVol;re gncorre é^iti^pie et criminelle , » 
€:e serait une sécrinuination, et nous n^en sopotes point eur 
core a ce sujet. U est évident que oes deux questions st 
rencontrent dans cette cause, et que, pour celle-ci, on puise 
des raisonnemens dans les mêmes lieux que pour une affaire 
de droit civil 

Quant ^nj. Ueux communs, la cauE^e ell%inême, si elle .est 
susceptiWe d'exciter la pitié ou l'indijwitiou, la Wtu.re et l'uti- 
Utjé du droit, vous en fbumirout up grc^d no^pi^îe d^ solides^ 
que vous pourrez, que vous devrez même employer , .^i la ^i<« 
gnîté du sujet vous semble l'exiger. 



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as8 DE INVENTIONE , LIBEft II. 

XXIV. Nunc assumlivam partem'juridîciaKscoit- 
sîderemus. Assûmûva igUur tUDc dicitury cum ip- 
sum ex se factum probari non potest j aliquo autem 
forisadjuDcto argumenta defienditur. £jus partes sunt 
quattuor : comparatio, relatio criminis, remotio 'cri- 
minis^ concéssio. Comparatio est, cum aliquod fac- 
tum, quod per se ipsum'ûon sttprobaibdum, et ex eo^ 
eu jus îd causa factum est ^ defetiditur.Eà* est faujus- 
modi: cr Quidam iraperartor, cum ab hotiibus cir*^ 
ce cumsîderetur, neque effugere. ulUy modorpossèt^ 
« depactus est cum eis , ut arma et tiup^ûpieuta 
« relinqueret, milites educeret : itaque fecit:armis 
H et impedimentis amissis , prœter spem milites con- 
i< servavit. Accusatui' majestatis. y> Incurrithuc defi- 
nitio. Sed nos hune locura, de quo agimus, con- 
siderehius. Intentio est , a Non oportuit arma et 
(r impedimenta relinquere. » Depalslo est, « Opor- 
i< luit, w Quaestio est, « Oportueritn^ ? » Ratio est, 
(c Milites enim omnes periissent. » Infirmatio est, aut 
conjecturalis, « Non periissent: » aut altéra conjec- 
turalis, << Non ideo fecisti. » Ëx quibus suùt ]udi^ 
cationes, « Periissentne ?» et, ce Ideone 'ftcerit ?- w 
aut haec comparativa, ctijus nunc indig^musy h At 
i< enim satius fuit ami ttere milites, quam arma et 
a impedimenta hostibus concéder^. » Ex qua judi- 
catio nascitur , « Cum omnes perituri milites essent, 
H nisi ad banc pactionem venissent , utrûm satius 
ff fuerit amittere milites , an ad banc conditionem 
« venire? » Hoc causae genus ex bis locis ' tractart 

» Tracuri conreoict. Oportcbit. 



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DE L'INVENTION , LIVRE II. 129 

XXIV. Examinons maintenant la question juridiciaire ac- 
cessoire. La question juridiciaire est accessoire, quand les 
preuves ou la défense , trop feibles par elles-mêmes , acquièrent 
'dû poids par 4cs*circonstances étrangère^. EUle oflre quatre 
. cTieis : l'alternative, la récrimination, le recours et la concession. 

L'alternative justifie, par les motifs, un fait condamnable en 
lui-même. Par ezèmjde : « Un général,, enfermé par l'ennemi , 
(( sans pouvoir s'échapper, obtient d'emmener ses soldats, a 
f( condition qu'il laissera ses armes et ses bagages. Le traité 
n s'exécute. H a perdu ses armes et son bagage , mais il a sauvé 
M sou armée contre toute attente. On l'accuse de lèse-majesté. » 
Ici s'offre une définition. Mais ne perdons point de vue l'objet 
qui nous occupe. 

(( Il ne devait pas abandonner ses armes et son bagage : » 

voila l'accusation. Le général répond a qu'il le devait. )) La 

question est : « Le devait-il? » Il donne pourraison « que tous 

1 
te ses soldats auraient été égorgés; » On le réftite par cette 

conjecture : « Ws n'auraient pas été égorgés j » ou par cette 

autre : «< Ce n'est pas la votre motif. » Alors s'ofTrenjt ces poîntf 

à juger : « Auraient-ik été égorgés > et est-ce la le motif de la 

« conduite de l'accusé? » ou cette alternative dont nous nous 

occupons : u Fallail-îl laisyr périr son armée, plutôt que de 

M livrer ses armes et ses bagages a l'endemi ? » D s'agit alors 

de décider « si, lorsqu'il faUait perdre son armée, ou sous- 

tt crire a ce traité, il valait mieux perdre son armée qiic de 



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a5o DE INVENTIONE , LIBER H. 

ôportebît j et adhibere ceterarum quoque constitu- 
tion um rationem atque praecepta^ ac maxime con- 
jecturis faciendis infirmare iUud^ quod cum eo^ quod 
crimini dabitur^ ii , qui accusabuntur, comparabunt. 
Idfiety si aut id, quod dicent defensores futurum 
fuisse, nisi id factum esset^ quo de facto judicium 
est y futurum fuisse îliîgàbitur : aut ëi alia ratione y 
et aliam ob causàniy ne dieet ae rèus fecisse, de* 
monstrabitur esse féctum. Ejus rei confirmation et 
item contraria de parte inûrmatio ex eonjecturali 
constitutione sumetur. Sin autem certo nomine ma- 
leficii vocabitur in judicium , sicut in hac causa (nam 
majesiatis arcessiiur ) , dcfînitione et deûnitionis prae* 
ceptis uti oportebit. 

XXV. Atque hoc quidem plerumque îd généré 
accidit^ ut ' et conjectura et definitione utendum 
sit. Sin aliud quoque aliquod genus incidet y ejus 
generis prœcepta licebit hue pari ratione transferre. 
Nam accusatori maxime est in hoc elaborandum y ut 
id ipsiim iactum y proplei' quod sibi reuS concedi 
putat ôporlere ^ quam plurimis infirmet ralionibus. 
Quôd facile esty si quam plurîmis coâstitutionibus 
' àggfeditur id improbare. Ipsa autem oomparatio, 
éépar at* a ceteris generibus contr overstarum , sic ex 
«Ua vi considerabitur, si illud^ quod comparabitur^ 
aut non honestum, aut non utile , aut non necessa- 
rium fuisse 9 aut non tantopere utile, aut non tan- 
topere bonestum , aut non tantopere • nccessarium 

' Abesl c/. «— . 3 AggnxlieUir. — • ' Nccetsariam fuiite. 



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DE L'INVENTION, LIVRE II. ali 

« la wnyer k <m ooi^dîtkm. » Tti^'^Mi la iw^pôère de traiter 
une cause de <iette espèce. 

On pent suivre ici la méthode et les préceptes tracés pour 
les autres questions^ et surtout réfuter, par des conjectures, 
Talternative cp'établit l'accusé. Vous y parviendrez, en niaol 
^ue ce çi'il .regarda. <;omïaci né&$s^e «e.sergdt point arrivé 
s'ilcP'^i {KWt a$i cqwue il a fait^ ou ea d^^om^anf tgae $^ 
ccdodaite â 0» d'autiCB. motifs que ceox qiii'il aTOue.' La dé- 
ferm'H'ht iN^flitatiofi se prennent (%fftement dans la cause ^ 
cotifccttirè 5 on bien, si Pon qualifie le délit, comme dans cet 
exemple où le génçral est accusé de lèse-majesté , il fout suivre 
les préceptes de la définition. 

• 'XXîV. Il anive souvent que Pon est obUgé d'employer à 
k fûi^l6»oon}eetupe6^ la dé(iiitioa. Si Pon rencontre encore 
quelque autrt ^taré , il finit également suivre les préceptes de 
ce genre. Puisque le llut principal de Paccusateur est de réunir 
Je plus de moyens qu'il pourra contre le fait dont Paccusé veut 
obtenir le pardpn, il y réussira en multipliant, le nombre des 
qwwtîpm-., . ... , 

^L^flftemâtiVe, dans les autres genres dé discussion, isotée 
de ces genres, peut être considérée en elle-même, et alors 
vous démontre? que le faft dont, il s'agit n'étalî ni utile , ni 
honnête, ni nécessaire, ou du moins ne Pétait pas à un si haut 
degré. Sache;^ ensuite distinguer le fait que vous imputez à 
Paccusé , de celui que le défendeiu* présente comme alterna- 



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nZ^ DE INVENTIONE, LIBER II. 

demonstrabilur'. Deinde oportel accusatorem^ illad^ 
quod ipse arguât , ab eo^ quod defensor comparai ^ 
separare. Id autem faciet^ si demonstrablt^ non ita 
fierî solere, neque oportere, neque esse rationem^ 
quare hoc propter hoc fiât, ut, propter salutem mi- 
litum, ea^ quœ salutis causa comparata sunt, hosti- 
bus iradanlur. Poslea comparare oportebit cum be- 
neficio maleficium, et omnino îd, quod arguitur, 
cum eo^ quod factum «ib defi^nsore * landatur, aut 
faciendum fuisse demonstrftbttur, eoatendere, et* hoc 
extenuando^ maleficii magnitudinem simul adaugere. 
Id fîeri poterit, si demonstrabilur^ honestiiis, utilius, 
magisnecessarium fuisse ' id, quodTitaritreus^quam 
illud, quod fecerit. Honesti autem et utUis et neces- 
sarii vis et natura in deliberationis pr^ceptis cogno»- 
cetur. Deinde oportqbit ipsam ilUm comparativam 
judicationem eiponere, tanquam causam délibéra-- 
tivam, et de ea ex deliberationis prœceptîs deinceps 
dicere. Sit enim hsec judicatio, quam ante exposui- 
mus. « Cum 6m nés perituri milites essent^ nisi ad 
(( banc pactioném Venislsent', utrum sattus fuerit pe- 
(c rire milites , an ad banc pactioném venire? » Hoc 
ex locis deliberationis 9 quasi aliquam in consulta-* 
tionem res veniat, tractari oportebit. 

XXVI. Defensor autem , quibùs tn Ibcis ab isic- 
cusatoré aliœ <ioostïtutiones erunt ikiduttae V ^ îi^ 
ipse quoque^ex îtsdem constitutionibus defeosionem 
compnrabit: ceteros autem omneslocos^ qui ad ipsam 

> Laudabiuir, — « lUucL 



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DE L'INVENTION,; LIVRE IL a5S 

tive, et dâiK»itrez que Puaage ne permet point d^en agir 
ainsi, et que nulle raison ne peut autoriser a livrer, pour le 
salut d'une armée, les armes qui font son salut. H faudra 
comparer ensuite les avantages et les inconvéniens, en oppo- 
sant ce que vous blâmez aux choses que le défenseur prétend 
qu'on a faites ^vec raison, ou qu'on aurait dû faire; et, pour 
afiCùblir ses mpyens et ajouter aux vôtres , prouvez qu'il a pris 
le plus mauvai3 parti , au lieu de prendre le plus honorable, 
le {dus utile et le plus nécessaire. 

Les règles de la délibération vous apprendront a connaître 
la nature et le pouvoir de Fhonneur , de l'intérêt et de la 
nécessité. Exposez cette cause d'alternative comme une cause 
délibéra tive , et suivez 'les règles du genre clélibératif; car, 
pour nous servir toujours du' même exemple : « Toute l'armée 
ce devait périr , si l'on n'avait signé ce traité ; valait-il mieux 
« la laisser périr que de le signer? » Quant au style , envisagez 
votre sujet comme une chose sur laquelle on vous demande 
votre avis, et sur laquelle vous avez k délibérer. 



XXVI. Les lieux dans lesquels l'accusateur a puisé les 
questions qu'il ramène a sa cause , fourniront aussi 4^ armes 
au défenseur pour réfuter ces mêmes questions, et il suivra 
une marche opposée a celle de son adversaire dans les lieux qui 
naîtront de l'alternative elle-même. 



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::^>4 DE INVENTIOKE, UBER II. 

compsratioDem pertinebaitty en .ccmtrario traelabit. 
' Loci coounuDes erunt^ «eouaaiom^ îd eum, qui 
cum de facto lurpi aliquo,. aut inuiiti, aui ^troq^ie 
fateatur , quaerat taixLea aliquam defeasionem y et 
facti inutililatem , aut turpîtudinem cum indigna— 
tione • proferre; defensoris, nulium factum inutile , 
neque turpe , neque item utile , neqae lionestum 
putari oportere, nisi, quo anirao, qucr twirpofe', 
qua de causa factum ait, inteUigatur rqni liMftiy ita 
communia est , ut benetradatus in ^hae caMs y ^Mgiftù 
ad persuadendum momenlo ftiiurua ^. ^t : et^aker 
locus, per quem magoa cum amj^ificatione, beneficii 
magnitiido ex utilitate y aut honestate y aut fac;i ne«- 
ceaaitudine ^ demonstratur,: et lertiuay per quem res 
expressa verbis, ante oculos eorum, qui audiûnt, po- 
nitur, ut ipsi se quoque idem facturos fuisse arbitren- 
tur y si sibi illa res y atque ea faciendi causa p^r idem 
tempus accidisset. 

Kelatio criminis est, cum reus id^ quodarguitur*, 
confessus, alterius se inductum peccato, jure fecissfe 
demonstrat. Ea est hujusmodi : a Horatius çccisis 
« tribus ^ Guriatibus, et duobus amissis fratribus y 
« domum se victor recepit. Is animadvertit sororem 
« suam de fratrum morte non laborantem : sponsi 
« autem ûomen appetlantcm îdeniidetn Ciirîatis ctim 
« gemitu et lamentatione. Indigne passuà^i rîfgîttëfli 
K oecidit* AceviMtur. » Imentio ^e»t , «^ lojtirU sW- 

* Loci ftutem. — * ï'rofcrrc. Defeiisoriî est. — '^ SIl. El. — ^ D».Taoni- 
tfalar, El. — ^ Ciuiatii». 



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DE L'INVENTION, LIVRE II. 255 

Les lieux ooimmuis seront , pour ^accusateur, d'exUer sob 
indignation contre la bassesse ou les inconvéniens d'une action 
que Taccusé avoue basse ou dangereuse, ou l'une et Fautre k 
la fois, en même temps qu^l veut la justifier. Le défendeiur 
répondra qu'on ne peut juger des avantages , des inconvé* 
niens, de la bassesse ou de la gloire d'une action, sans en con- 
naître la cause, le temps et l'intention. Ce lieu commun, bien 
développé ) est un des plus puissans moyens de persuasion. Le 
dévelof^peflieiil de l'îaipOftaïKe éa sendœ , qui se tire ordinai- 
rement de la néeesstté, de l'honneur ou de l'utilité de l'action , 
vous ofTre un second lieu commun. 

Un troisième met sous les yeux de Pauditoire une peinture 
animée, qui lui persuade que, dans les mêmes circonstances 
et avec les mêmes causes, il aurait agi comme vous. 

La récriminati<m a lieu , lorsqu'eir avouant le délit, on se jus- 
tifie en montrant qu'on a été entraîné a le commettre par la 
faute d'un autre. « Horao^, vainqueur des trœs Curiaces, 
« après !a mort de ses deux frères , rentre en triomphe dans la 
<c ville. Il voit que sa sœur, sans être affligée de la perte de 
« ses frères, prononce de temps en temps, avec des pleurs et 
<( des sanglots, le nom d'un des Curiaces, auquel elle était 
<c fiancée. Dans le transport de son indignation, il la tue. On 
«( le cite eu justice, n 

On l'aecuseï « d'avoir, ja» «q^ub dioil^ tmi ta sonur. » Il 
répond « qu'il en avait le droit. » C'est ce qu'il s'agît de dé- 
cider. Voici son motif: « Elle pleurait la mort d'un ennemi. 



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256 DE INVENTION*:, UBER IL 

N rorêm occidisti. y> Depulsio est ^ <r Jure ocçidr. » 
Quœstio e$t> (/ Jureoe occidenu » Haiio est^, « Illa 
u enimhostium.mortemlugej^at, fratrumoegligebat: 
« me et populum romanum vicisse moleste ferebat. » 
Infirmatio est y « Tamen a fratre indemnatam necari 
(( non oportult. » Ex qua judicatio fit : « Gum He- 
f< ratia fratrum mortem negligeret^ hôstitim lugeret y 
i< fratris et populi roiùatiî viétorid Hott'gatidercl , 
t< oportueritne eam a frati*e indevncMBtDfneeMrt? » 
- XX VII. 4Ioc m^^neve c^maesy j>rini«Lm si quid ex 
eeteris.dflbitur constituiîooibiis^ «ui^iopartebit^ sicut 
in <somparalâone prœoeptupi est : postea si qua facultas 
erit, per aliquamçonstitutionem îUum y in quem cri- 
men transfertur, defendere : deinde, levius ' esse, quod 
in alterum peccatum reus transférât, quam quod ipse 
susceperit : postea translationis partibus uti, et osten* 
dere a quo, etper quos , et quô modO'^ etquo tem- 
pore aut agi , aut judîcairi , aut sutni de «ea; re fconve-- 
nerit ; ac simul ostendere> non oportuisse ante sup-» 
plicium, quam judicium^, intecpaoerq. Tu|i^ leges 
quoque et judicia demoQistranda.sunt ^^ per quae po- 
tueritid peccatum, quod sponte sua reus punitus sit^ 
moribus et judicio vindicari. Deinde negare debebit, 
audiri oportere id, quod in eum criminis conferatur, 
de quo is ipse, qui conférât^ jtidldiiitii fieri noluerit : 
et id, quod judiôatum tioti AVy fvoiuttcîo haberi 
oportere r pôstea impudéiitîam.Hltecffonstrare.eorum , 
qui eum nunc apud judices accusent, quem sine Ju- 

^ • Ettc illud. , . . 



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DE L'INVENTION, UVRE tl. 257 

ce ftaUfi songer a celle de ses frèi*es ; elle. détestait ma \ictoirc 
ce et celle du peuple romainr. » Ou le réfute , en disant « que 
<c son irère ne devait pas nétHunoins la tuer, sans qu'elle fût 
c< condamnée. » Voici le point a juger : u Horatia ne songeait 
« p^nt à la mort de ses frères, pleurait celle des ennemis, 
c( n^ se réjouissait point de la victoire de son frère et du 
4c peup^r/)mai»:sca^,ffè|^e avait-il le droit de la tuer, sans 
« qll'<dfe)£ut|eondawi4^^)> >r 

XSVIF. >Diii»cogenmide cause, <ffi p^t> aiu^i que nous 
favons dit ^o^f yahernairfe \ enprunter aux autres questions 
ce quï^ confient à cette que noua discutons. Il faut ensuite 
trouver, s'il est possible, quelque question qui puisse servir 
à la fléfense de celui sur qui l'accusé rejette le crime. 
_, Qn monirie 4'^ord qu'il est moins grave que celui dont 
l'ecouséKQS^coufK^blç. Ensuite on prouve, par la récrimina^' 
ti^n,*^ paf ipiî, devant ^ • de qnelle manière, dans quel temps 
devait toe itttenté^lfactîoii) le jugepient rendu ou la décision 
9t cettt aÎGiire^pironotielie; w prouve surtout qu'il ne fallait 
pas qu^ la pih^tîoA devançât )é jdgeûient. Puis on développe 
le^ lois, et les jugcinens qûï '|)oûvaicnt punir légalement une 
faute. <i^pnt l'accusé s'est déclaré le vengeur de sa pleine auto- ' 
rita.rPites eusuitç. qt^'jpjf^ ne doit pas rejeter toute accusauon 
mur tth délildûntl'apcusateur lui-mêmç n'a pas voulu attendre 
lé fugement, etregardertcflpum np|\^y^u5;e.çui n'a pas été. 
Jngé: 

Appuyez sur l'impudence de ceux qui accusent devant les 



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aoS DE INVENTIONE , UBER IL 

dicibus ipsi condemnarint :€t de eo judicium faciant^ 
de quo jam ipsi aupplicium sufuaoripi. Posiea pertur- 
hationem judicii futuraiu dicemuÂ> et judices Ion- 
gius y quam potestatem habeant , progressuros , si 
simul et de reo^ et de eo^ quem reus arguât , judica- 
rint : deinde, hoc si constitutum sit^ ut peccata ho« 
mines peccatis, et injurias injuriis ulciscantur, quan- 
tum incommodonim consequatur : ac si idem facere 
ipse y qui nunc ' accuset, vokiisset, ne hoc quidem 
ipso quidqum» opaa fuiise jadioio : ai Fero céleri 
quoque iden ùaiam ytotmèinçy }udâciuin nullum fu-* 
turum. Postea ddi9WHA9trajbi]tur , joe ^ si judicio quidem 
illa damnata esset, in qviam id criroen ab reo confe- 
ratur y potuisse hune ipsum de illa supplicium su- 
mere : quare esse indignum y eum y qui ne de damnau 
quidem pœnas sumere potuisset, de ea supplicium 
sumsisse y quse ne adducta quidem sit in judicium. 
Deinde postulabit, m le^m y q«f lege fieoerit, profe«f 
rat. Deinde quemadaioduni in comparatione prâccî* 
piebamus, ut ilhui quod 'icomparabitur, extenuare^ 
tar ab acousatore quam maxime : sic in hoc génère 
oportebit illius culpam^ in quem crîmen trausferetur^ 
cum hujus maleficio, ^ui se jure fecisse dicat^ com- 
parare. Postea demonstrandum est^ non esse illud 
éjusmodi , ut ob id hoc fieri conveniret. Extrema est , 
ut in comparatione y assumtio judieationis , ec de 
ea per amplificationem ex deliben^nis pm^eptis 
dictio. 

■ Accn8«t. — » Gomparabatur. 



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DE L'INVENTION, LIVRE H. aSg 

juges y celui qu'ils ont «ux-mémes condamné sans l'entendre , 
ffai d0i|Eiandent hb' j^ufem^t contre celui qu'ils cmt déjà puni. 
ProuTez qu'il n'y aura plus d'dftfre dans les jugemens , que 
les juges dépasseront les bornes de leur pouvoir , s'ils pro- 
noncent a la fois sur l'accusé et sur celui qu'il accuse. Quels 
désordres ne produira point ce principe, une fois établi, de 
piifur-uiie Jftutjie p^ une^autre faute, uneinjustice par une in- 
j^i^Uof f!r Si^r^vïq^sat^u; a^^ût voulu suivre l'^eKemple de l'ac- 
c«9é,il n'ftQravt pas Iwsoim nonphis de jugement; et h cha«* 
eun en «glss«t-dcittè(iie,»îl n^-atirat^s detribunaux. Quand 
même Horatia , sur quM*àcctisé tejettc son crime , eût été con- 
damnée^ aurak-il dû la punir? Et s*îl ne Pa pas dû, quand 
elle eût été condamnable^ combien est-il coupable de l'avoir 
fait , sans qu'elle fût même -citée en justice ! Qu'il nous montre 
la loi qui le justifie. Nous avons 4ît, en parlant de l'akerna- 
4tye i que l'aocusatew iawX «mtre iloiis aes soins à atténuer 
ce qu'il den]ie'|NMr«lteivatiw. lifiniteatoreici cetnpMer la 
faute 'de celui sur qni iNm rejette l^ccusation, avec le trime 
de celui qui prétend avoir sirivi les règfleà delà justice. Démon- 
trez ensuite que ce n'est point ce qu'il fallait faire en pareille 
circonstance. Enfin, comme dans l'alternative, arrêtez-vous 
au point a jug^r > et dévebppez-U suivant les r^les du genre 
délibérati^ • » 



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24a DE INVENTIONE, LIBER IL 

XXVIII. Defensor autem , quae per alias consti-* 
tutiones inducentur, ex. iis loci^, qui traditi suut, 
infirmabît : ipsam autem relatiouem comprobaLit , 
primum augendo ejus, in quem refert crimen, culpam 
et audaciam^ et quam maxime per indignationem ^ si 
res ferety juncta conquestione, ante oculos ponendo. 
Postea levius démonstrando rêum puuitum, quam sit 
ille promeritus^ et suum supplicium cum illius inju- 
ria conferendo. Deinde oportebit eos locos , qui ita 
erunt ab accusatore tractati y ut refelli, et contrariaxn 
in partem converti possint^ quo in génère sunt trçs 
extremi , contrariis rationibus infîrmare. lUa autem 
acerrima accusatorum criminatio y per quam pertur- 
bationem fore omnium judiciorum demonstrant^ si 
de indemnato supplicii sumendi potestas data sit^ 
levabitur, primum si ejusmodi demonstrabitur inju- 
ria y Ut non modo viro bono, verum omnino homini 
Hbero videatur non fui$se toleranda : deinde ita pers- 
picua, ut ne ab ipso quidem, qui fecisset^ in dubium 
Yocaretur : deinde ejusmodi, ut in eam is maxime 
debuerit animadyertere y qui animadverterit ; ut non 
tam rectum y non tam fuerit honestum y in judicium 
illam rem pervenire y quam eo modo y atque ab eo 
^ yindicari y quomodo et a quo sit vindicata : postea 
kic rem fuisse apèrtam, ut judicium de ea re fieri 
nihil attinuerit. Atque hic demonstrandum est ra* 
tîonibus , et rébus similibus , permultas ita atro- 
ces y et perspicuas res esse, ut de his non modo non 

■ Vindicarc. 



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BE L'INVENTÎON, LIVRE II. a^i 

XXVIII. Le^àé^ndenr , «te son côté , rëfiitera , par les lieux 
que iïousr^6tisCêldiqt^;'le^int>yens tirés des autres ques- 
tions. U scKitiendrk ïà'coliipâfaisoû, d'aboAi, en exagérant le 
crime et l'audace de celui sur l^[uel il rejette le délit , en ex- 
citant y suivant son sujet, rindi|paation ou la, pitié par une 
peinture vive et animée j^ PVÎ^.^fiWW^f^t.kl^^^^ ^ ^^ châti- 
ment , il jn^ntr^f^ q^ Ja^|)|db:i^a/«té trop lé§ère« Quant aux 
autres lieux ^e;»li«caiHfetriir'«uM.trftîtâs dcnauoiiere qu'on 
puisse les rétorquée ét^leflitouxittr^eontre^liiî^et tels sont les 
trois derniers qiiii a^mjWj^^'iUîve», pour les réfuter, une 

n^arche contraire S là sîenàfe.''"' *" 

,., ••* *• i '• •'* •* • • 

Ca plus solide raison que ^accusateur ait à vous opposer, 
c'est le désordre général que causerait lé pouvoir de piinir un 
homme qui n'aurait point été condamné : répondez que le 

. -» y lit. ' ' 

crime était tel, qu'un homme, je ne dis pas vertueux « mais 
seulement un hommç libre, ncLdeyaitpoii^t le souffrir ^^ si 
évident, que le coupable mêqie n'osait e^^yqr de le. nier j tel 
^n, que celui qui l'a puni avait plus que tout autre Je droit 
de le faire; que la justice et l'honneur exigeaient plutôt qu'il 
fût puni comme il l'a été, et par celui qui devait le punir, que 
porté devant les tribunaux ; enfin, qu'il a été si public, qu'il 
n'était pas besoin de jugement. Ici vous prouverez, par des 
raisonnemens et des comparaisons, qu'il est une foule de crimes 
si atroces et si évidens, qu'il n'est pas nécessaire , pas màmc 

utile d'attendre que les juges aient pronoacé. L'accusateur 
II. i6 



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aia I>E INVENTIONE, LIBER II. 

necesse ^it, sed ne utile quidem, ' quam nio^ judicium 
fiai 9 ezspectare. Lqcu3 commun^ acc^j^dtoris \n emn^ 
qui cum id y quqd arguitur ^ negare pou po$sit , tamc;u 
aliquîd sibi spei coi|iparet ex judiciorum perturba- 
tiooe. Alque hic utilitatis judiciorum demonstratio ^ 
et de eo coiK{uestio ^ qui supplicium dederit indem- 
natus ; in ejus autem y qui siunserit , âudaciam et 
crudeliti^tem, indignatio. Ab defenapre, in ejus, quem 
ultus sit y audaciam sui conquettione ; rem non es 
PQipiQe ipsius pegotU i ^^à ej copsilio eju^ , qui 
fecerit , et causa y et tempore cousiderari oportere : 
quid mali futurum sit, aut ex iniuria, aut ex sce- 
lere alicujus y nisi tanta y et tam pet*spicua audacia 
ab eo y ad eu ju^ famapi y aut ad parentes y aut ad H- 
beros pertinuerit y aut ad aliquam rem , quam caram 
esse omnibus y ^ut peces^e est, , ai^t oportet esse ^ 
fuerit vindicata. 

XXIX. Remotio criminis est y cum ejus intentio 
fecti y quod ab adversario infertur y in alium y aut in 
aUud * demovetur. Id fit bipertilo. JVam tuqi causa y 
tum res ipsfi remayelur. Caus^ i^QOiiooia boq qqJùs 
ex^mplo sit :*« I^bodii quQsdafa legarunt Aibenash 
V Legati^ qq^§tQres sun^tum y quem oporteba^ dari, 
u non dederunt. Legati nrofecti non sui^t. Accusan- 
te tur. » Intentio est, « Proficisci oportuit. » Depulsio 
est, (( Non oportuît. » Quœstio.est, « Oportueritne. » 
Katio est , « Sumtus enim qui de pubbco dari solet , 
<c is ab quœstore non est datus. j» Infirmatio esl , ce Vos 

« Qain. — « Dinoretur. 



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DE L'INVENTION, LIVRE M. ^^5 

9ura ua Ueu conuaun €<Hitre raeoufié ^ui, ne pouvant mm le 
déUt qv'on hd hnpute, ose ft^der ^Iqtie ^érânee sur le 
renversement de toute justice. Il démontrera Putilité des trî* 
InnâUt; il pldndra le sort d'un malheureux exécuté sans 
avoir été condamné ; il exhalera son indignation contre Pau- 
dace et la cruauté de l'exécuteur. 

Le défeudeuv fera de même contre I^a^dacieux qix'il a puni. 
IL ne faut poiot ^ug^ l'i^aive suc le nein qu'oob lui donne , 
mab cemi^éfftr V iniemioii àm oetipable ^ les motîfe, le «eap» 
de Fexécotîon. QveU Vfïami «'^n&ûterak point Tinjusdee ow 
le eiime, A celui ^'on aftatpie dens son honneur ^ dans ses 
parenS; dans sbsr enfkns^ enfin dbns ce qui doit être cher k 
tous les hommes/ n'avait puni un attentat si âiormeet si 
évident ! 

X^IX. Le le^oitfis rejette sur ({uetque aut^e persouiie oa 
yja qudLqiiQ eI|ose l'accusaticm intentée contre nous.. Il ji en a* 
dei|< eqpàee» ; car- e^est tantôt la cause et tantêt k ikît qju'oi^ 
rejette. Pur exempte ; m Les BhodîetÉs ont nommé des députés* 
tt pour se rendre a Athènes j les questeurs ne leur ont point 
«c remis d'argent , et les députés ne sont point partis. » On les 
cite e« justice.. u Ils devai^snt partir, » voila l'accusation. Ils 
le, sepoui^semt j ea dis^ u ^'ils n'y; étaient p a& obligés, d La^ 
qttestioin est : u Y étaîe«vils obligés ? m^ Sa donnent pour tmoik 
fc ffàe ^6 questtitf ne leur » poiut peroia l'argent ^'iU àa^ 
« valent recevoir du trésor public^ n On les. réfute, en disant ; 



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ft44 DE IN VENTIONE, LIBER II. 

cr lamen id y quod publiée vobis daium erat negotii ^ 
« conficere oporiebat. n Judicatio est, « Gum ils, 
(( qui legati erant , sumtus y qui de publiée debeba- 
(c lur, non darelur, oportueritoe eoscoufieere nihilo- 
« minus legalionem. m Hoc in génère primum , sicut 
in ceterîs y si quid aut ex conjecturali y aut ex alia 
conslitulione sumi possit, videri oportebit. Deinde 
pleraque " et ex comparatione , et ex relatione crinii^ 
nis in banc quoque causam conyenire poterunt. Ac- 
cusator autem illum , ou jus eulpa id factiim reus 
dicet y primum defendet y si poterit : sin minus 
poterit, negabit, ad boc judieium, illius, sed bujus y 
quem ipse accuset y culpam pertinere. Postea dicet y 
suo quemque officio consulere x)portere : nec y si ille 
peceasset, hune oportuisse peccare : deinde si ille 
deliquerit, separatim illum, sicut hune, accusari 
oportere y et non cum hujus defensione conjungi il- 
Uus accusationem. Defensor auiem cum cetera, si 
qua ex aliis incident coQstitutionibus y pertractarit y 
de ipfia remotione sic argumentabiiur. Primum cujus 
acciderit culpa, demonstrabit : deinde, cum id aliéna 
culpa accidisset , ostendet se aut non potuisse , aut 
non debuisse id facere , quod accu$ator dicat Qpor- 
tuisse : quod non potuerit , ex utilitatis partibus , in 
quibus est necessitudinis vis ' implicata : quod non 
debuerit, ex boneslate considerabitur. De utroque 
distinctius in deliberativo génère dicetur. Deinde 
omnia facta esse ab reo , quse in ipsius ftierint potes- 

* Abcit et. — .-« Impliaiui demooitraljic. 



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DE LTNVENTION, LIVRE II. 245 

tt Tqôft B'eâ àenez pas moins remplir les fonctions dont Fétat 
fc vous avait chargés. » Il s'agit de décider f( si des députés 
€c qur ne reçoivent pas du trésor public leurs frais de voyage/ 
« n'en doivent pas moins remplir leur mission, n Examinez 
encore ici ce ^e vous fournît la cause de conjecture pu toute 
autre gestion. L'alternative et la récrimination vous offri- 
ront aussi des secours. . . . , 
L'accusateur justifiera , s'il le peut, celui sur jc[ui l'accusé 
rejette sa faute; sinon il affirmera qu'eUe e^tîpersomvsUe kï 
celui qu'il accuse. D'ailleurs, chacun doit remplir ses devoirs ;' 
et de cie que l'un est coupd)le, ce n'est pas une raison pour" 
les autres de le devenir. L'adversaire est-il coupable, accu-' 
sez-Ie à part comme je vous accuse , et ne confondez pas votre 
défense et son accusation. Quand le défendeur aura traité 
toutes les questions incidentes, voici la marche qu'il suivra^ 
pour le recours. D'abord, il démontrera quel est IccaupablB ;;: 
et outre que ce n'est point lui, qu'il n'a pas pu^ qu/il n'a diti 
agir comme le prétend l'accusateur. Il ne l'a pas pu, ce'qu'B' 
prouvera par les raisons d'intérêt ^i embrassent aussi la né- 
cessité. Il ne Pa pas dû, l'honneur s'y opposait. Nous déve- 
lopperons mieux ces deux motii^,. en traitant du çenre déli- 
bératîf. L'accusé a fait tout ce qui était en son pouvoir ^^t 
la faute toute entière retombe sur un autre. Mais en x^ha^jjeaat.. 
ce dernier, n'oubliez point de faire voir tout le. zèle et.tôttteJa 
bonne volonté de l'accuse; pranvof^le. p» l'enqmissttliMt > 
qu'on a toujours remarqué en lui , par ses discours , parises 



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246 DE mVBNnOMS, LIBER IL 

tate; quod miniu, quamco&venerit^faetiini sit^eolpa id 
{ilterîas accidisse. Deiade io alierius culpaexponenda 
demoDStraadiim e$t^ quantam yoluQtaûs et studii fue- 
rit in ipso : et id signis coofirmandum hujusmodi; ex 
cetera dilîgèntia^ ex ante factis^ aut dictis; atque hoc 
ipsi utile fuisse facere y inutile autem non facere y et 
cum cetera vita magîs hoc fuisse consentaneum^ quam 
quod propter alterius culpam non fecerit. 

XXX. Si autem n&h in hominem eenum y sed iu 
cem alÂquam cauaa dimotebiiur , «r ut îb kae eadem 
c( re, si qu;fl04tor mortuai eH^> et idoirco kgati» 
r< P^cunia data non esset; » accusatione alterius ^ et 
culpae depulsione demi a ceteris similiter uti locis 
oportebit 9. et ex concessionis partibus y quœ con- 
vénient y assumere : de quibus post nobis dicendum 
erit. Loci autem communes iidem utrisque fere y qui 
snpenoribus assumtivis y incident : hi tamen certis- 
simi : a^usatofis, facti indigbatio; defensoris^ cum 
ià aHo cu](pa sît , in ipao bo» sît^ ^ugplieto ' se affici 
HQQ oportere. . 

Ipaius autem rei fît ç^t)tf)tip > cum id y qued d«tiur 
crimini y pegat neque ad se ^ neque ad officium suum 
reus pertinuisse : nec • si quod in eo sit delictiun y 
sîoi attribui oportere. Id genus causae est hujusmodi : 
i<\rk eô feedere, quod factum est quondam cum 
(c SaAnîtibùs , quidaià adolescens nobilis porcam 
i< iQHtkiuît fxHm ivuferac6^s;^ FiÔMtére atitan ab se- 
<c QAtu im|un0bailo y et imperàtoM SamnitilM» ile- 

• Rccai. 



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DE LIRVENTION, LIVRE TT. ^47 

àctioiis posséiei. D^tiMcfutd , ûivik àuifti titile k ses intérêt d'en 
àgbr ainsi , c[tie dfl(tigereux de ne \t {ms ttire ; et cda s'accordait 
hieti mieux avec le resfe de sa vie, que de n'avoir {>as fait ce 
qu'il a fait par la faute d'autrui. « 



XXX. Si Vét tejette la liute, hM ittt on iKAume, mnisMr 
tme chose ; si , poumons servir du même exéfliple, « ht m'ôrt 
(f ia questeur a empêché de remettre Pargent aux députés , n 
en retranchant la récrimination, on peut se servir paiement 
des autres lieux communs , et prendre dans la concession 
( ou l'aveu du crime ) , dont nous traiteroo^plus bas y ce qu'elle 
ol&e de lavoriMc^ 

Les lieux communs scmt pour Pun et l'autre à peu près les 
mêmes que dans les précédentes questions accessoires. Quel- 
ques-uns néanmoins spnt particuliers a celle-ci , comme Tin- 
dignation pour l'accusateur ^ pour le défendeur , l'injustke 
qiè'â y auffflM k puair l'aoeusé d'une faute émt lâi autre eA 
e«upd)lc. 

Récuser le fait , c'est nier que l'action dont on nous ac- 
cuse dépendit de nôus^ çp aucune manière y et que ce n'est 
potal à noua qu'U fiitti altri])tier jcfs. ^'«Ue peut avoir de cri* 
wirnA. Prenons pewr exteffey c< la oayae du jeune petrideft 
H qui tint là victime , ^ lorsque l'on conclut autrefois un traité 



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248 BE INVENTIONE, UBER IL 

« dito y quidam in senatu eum quoque dicit , qui 
a porcam tenuerit y dedi oportere. » Inteutio est y 
(( Dedi oportet. » Depulsio est^ « Non oportet. » 
Qusestio est, « Oporteatne? » Ratio est, ce IN ou 
(c enim meum fuit officium, nec mea potestas, cum 
« et id setatis y et privatus essem , et esset summa 
« cum auclorîtate et potestate imperator , qui vide- 
ce ret y ut satis honestum fœdus feriretur. » Infir- 
matio est y i( «At enim quoniam tu particeps fiictus 
a es in turpissimo fcedere summse religionis y dedi 
a te convenit. » Judicatio est y ce Cum is y qui po- 
« testatis nihil habuerit y jussu imperatoris in foe* 
<( dere y et iu tanta religione interfuerit y ' dedendus 
« sit Iiostibus y necne ? » Hoc genus causas ' cum 
superiore hoc dffiTert y quod in illo concedit se reus 
oportuisse facere id y quod fieri dicat accusator opor- 
tuisse y sed alicui rei y aut homini causam attribuit , 
quae yoluntati suae fuerit impedimepto, sine con- 
cessionis partibus; nam earum major qusedam vis 
est; quod paullo post intelligetur : in hoc autem 
non accusare alterum, nec culpam inalium transferre 
débet, sed demonstrare, eam rem ^ nihil ad se, ^ ne- 
que ad potestatem, neque ad officium suum perti- 
nuisse aut pertinere. Atque in hoc génère hoc accidil 
novi, quod accusator quoque sœpè ex remotione 
criminationem confîcit. « XJty^A quis eum ^ accuset , 
ce qui , enm prieldr ebset > in expeditionem ad arma 
ce populum vpcarit ^ «oum coteitles jKlessent. >i Nam 

» Deckodusnc. — » A. — * lïec. — 4 Nec. — « Acciwat. 



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DE LTNVKNnON, LIVRE IL 249 

« aTec les Samnites. Lie séoat refusa de le ratifier ; on livra aux 
« ennemb Te général , et un sénateur fut d'avb qu'il fallait 
<c aussi livrer celui qui avait tenu la victime. » Le jeune homme 
allègue pour sa défense, u qu'il n'y a point de sa £aiute, puis- 
t( que son âge et sa condition privée ne lui donnaient aucun 
« pouvoir , surtout en présence d'un général qui , revêtu d'une 
f( magistrature et d'une autorité suprême, devait juger si le 
tt traité était honorable ou non. » On le réfute ainsi : u Puis- 
se que vous avei pri^ part aux cérémonies religieuses qui con- 
te sacrent un traité honteux , vous devez être livré. » — • Voici 
le pomt a juger. « Un particulier sans mille autorité qui y par 
(f l'ordre du général , prend part au traité et à des cérémonies 
« si augustes , doit-il être ou non livré aux ennemis ? » 

Ce qui distingue ces deux genres de cause, c'est que dans 
le premier, l'accusé accorde qu'il a dû faire ce dont on l'ac- 
cuse -, mab sans employer la concession , il en^attribue la cause 
a quelque chose ou a quelqu'un qui a. enchaîné sa volonté,,. 
Nous montrerons bientôt que la concession emploie des moyens 
plus victorieux. Dans le second , au contraire, U ne doit pas 
accuser un autre, mais démontrer queie fait n'était pas en 
son pouvoir, et ne le regardait nullement. Alors il arrive 
souvent que l'accusateur intente son accusation par le recours ; 
comme si , par exemple, m l'on mettait en justice un préteur 
R qui, en présence des consuls, aurait appelé le peuple aux 
« armes-, pour quelque expédition. » Car , de même que 
dans l'exemple précédent, l'accusé déclarait que le fait n'était 



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a5o DE INVENTIOlfE, UBER H. 

ut iu saperiore eiemplo reu* A suo ' oficto et a sua 
pot66late fedum * demoTcbat; sîo in hocabejustyfficio 
ac potestate ^ qui accusatur ^ ipse accusaior factuiA 
removendo^ liac ipsa radone confirmât accusationem. 
In bac ab utroque ex omnibus honestatis et utilitatis 
partibus y exemplis , signîs , ratiocinando y quid cu- 
jusque ofBcii, juris, potestatis sit, quœri oporie- 
bit y et fueritne el, quo de agitur^ id jurîs^ ofBcii^ 
potestatis attributum, necne. Locos autem communes 
ex ipsa re , ai qnid indignationis ac cmiquestionis 
babebtt^sarai oportebit. 

XXXL Concessîo est^perquam non factuia ip-^ 
som ' probatur ab reo : sed ut ignoscatur^ id petitur» 
Gujus partes sunt duae^ purgatio et deprecatio. Pur- 
gatio est, per quam ejus, qui accusatur, non factum 
ipsum, sed yoluntas defenditur. Ea habet partes tres^ 
imprudentiam, casum, necessitudinem. Imprudentia 
est, cum scisse aliquid is, qui arguittrr, negsiurt 
« Ut apud quosdam lex erat, ne q«i» Dbnds vitulum 
i( tmmobrel. NatiAœ quidam, cnm adversa tempestaiè 
(f in atto jâctarentttr, voverunt^si eo portu, quen 
(( conspiciebant, potitiessent,ei deo, qui ibi esset,^ 
if se yitulum immolaturos. Casu erat in eo porta 
« fanum Dianae ejus,cui yitulum immolari non li- 
ce cebat. Imprudentes legis, cum exissent, yituIùm 
ce immoîaverunt. Accusantur. w Intentîo est, « Vî- 
cf tnhim immôhstis ei deo , coi non licebM. » Depttf- 
sio e^ itt cùOfcemôvie ptoatta*. Ratio est^ « Nesoîm no» 



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DE L'INVENTION , LIVRÉ H. ^5t 

Hi^dleifieiit 4tê BOb r^Mërt; ate8Î,% raoôusdteur appuie ^ott 
^t aceusâticm , en démontta&tque le hit n'était point du tes- 
te sort de celui sur quix>nle rejette. » 

Chacune des deux parties doit chercher par rhonneur^ par 
l'intérêt , fx des exemples , des signes et des raisops , à étaUûr 
sfs devoîra, ses droits, son pouiroit, et moàtrer s'ib porteiu 
^u miQ- AwUMt dMtil s'agit. La sature dn fiai indiqueni 
k» fietx coaifliuM de l'ioAgnatkn ou du pathétiipie. 



XXXIi La concession a lieu lorsque l'accusé ^ sans justi- 
fier le fait , supplie qu'on lui pardonne. D emploie le défaut 
d'intention ou la déprécation. Parle défaut d'ii^tention , il 
ne cherche point a se justifier du fait , mais de l'intention; 
et alors il peut alléguer l'igODraiice > le hassurd on la aéoassité^ 
Par VîgntfTMtcey tmxwi mmt cfirïl w cooBaissaît pas tdle 
cm teUe chose. « tht pêupte ^vsk d^ndo d%AioIer des meaùt 
« k Diane. Des ttmtcfot^, pendant une tempête, firent voeu, 
f( sUs pouvaient entrer dans un port qu'ils apercevaient , d'un- 
« moler un veau à la divinité qu'on y adorait. Sur le port se 
(( trouvait par hasardle temple de cette Diane, a laquelle on ne 
(( pou^it immoler de veaux. Lesmatdots débarquent , etj Bt 
15 co nna issa nt pas la loi^ accoiapUasept hsaf vceu;; tm \fà «c^ 
u cuse. Voua a^rea imofié un veraa Diam; «e Msrifica élait 
«défendu. » -— « On, mais naUÈ t%tM«ioA9. » -^ « Quim- 
« porte; puisque vous avez enfirçiat la loi, elle vous eon- 



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a5îi DE INVENTIONE, LIBER H. 

a lîcere. » Infirmatio «Bt^ ce Tamen, quouiam fecisli 
(c quod non licebat y ex lege supplîcio dignus es. n 
Judicatio est^ « Gum id fecerit, quod non oportuerit, 
« et id non oportere nescierit , sitne supplicio di- 
« gnus ? » Gasus autem inferetur in concessionem , 
cum demonstrabltur aliqua fortunae vis voluntati ob^ 
stitisse^ut in hac: (( Cum Liacedœmoniis lex esset^ 
« ^ VLty hostias nisi ad sacrifîcium quoddam redemtor 
« praebuisset^ capitale esset^bostiasis^ qui redeme- 
« rat 9 cum sacrificii dies instaret, in urbem ex agro 
« cœpit agere. Tum subito* magnis commoûs tempes- 
ce tatibus fluvius Eurotas is^ qui propter Ijacedsemo- 
(c nem fluit, ita magnus et yehemens factus est^ ut 
ce eo traduci victimae nuUo modo possent. Redemtor^ 
ce sus Toluntatis ostendendae causa y bostias constituît 
ce omnes inlidore, ut, quitransflumènessent, videre 
H possent. Gum omnes studio ejus subitam fluminis 
fc magnitudinem scirent fuisse impedimento y tamen 
u quidam capitis arcessierunt. » Intentio est, c< Hos- 
cc tiae f quas debuisti ad sacrificium, prœsto non fue- 
ce runt. n Depulsio est , concessio. Ratio » « Flumeu 
ce enim subito aexreyit, et ea re traduci non potue- 
ce runt. » Infirmatio est, ce Tamen, quoniam, quod 
ce lex jubet, factum non est, supplicio dignus es* » 
Judicatio est, ce Gum in ea re redemtor contra legem 
ce * fecerit, qua in re studio ejus subi ta fluminis bb- 
u stiterit magnitudo> ««pj^icioiie dignus sit? 
XXXIL NecessUudo auten infertur ^ cum* n e^a^ 



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DE L'INVENTION, LIVRE II. 255 

« dinihe. » H s'agit de décider a si celui qui a enfreint une 
m défense qu'il ne connaissait pas, doit être puni. » ■ 

On allègue le hasard , quand on veut prouver que des évé- 

nemens imprévus se sont opposés à notre volonté. « A Lacé* 

(f démone, la loi condamnait a mort celui qui s'était chargé 

tt de fournir les victimes pour certains sacrifices , s'il manquait 

u a ses engagemens. A l'approche du jour de la filte, l'entre- 

il {^eneur se disposait à faire conduire les victimes k la ville , 

u quand tout à coup l'Eurotas, qui coule près de Sparte , 

« gonflé par des pluies extraordinaires , se déborda avec tant 

« de violence , qu'3 fut impossible de faire passer les victimes. 

a L'entrepreneur, pour prouver sa bonne volonté, range 

« toutes les victimes sur le rivage, de manière qu'on pouvait 

il les apercevoir de l'autre bord. Qiacun était convaincu que 

u le débordement du fleuve avait seul arrêté le zèle de cet 

<f honune : néanmoins , on le dte en justice. On l'accuse 

a d€ n'avoir pas fourni les victimes nécessaires au sacrifice. » 

Il enacim vient; mais il • ajoute : « Le débordement subit de 

« PEurotas m'a empêché de les conduire k la ville. » On 

bai répond : u Vous n'en avez pas moins manqué à ce que 

(t prescrit la loi *, vous méritez donc d'être puni. » Voici 

le point à juger : u L'entrepreneur a manqué à la loi j mais 

« le dél)ordeifient du fleuve a sçul arrêté so|i zèle ; doit-il être 

Il .pfuû? » 

. JLXiXII» Qn.jal)^;ue la nécessité, quand l'accusé montre 
qu'il n'a cédé qu'k l'asdendant irrésistible d'une force supé- 



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a54 DB INVENTIONI, UBER H. 

dam reus id, quod fecerît^ feebse defeodîiur, koe 
modo: a Lei»es4 apud Rbodîod» iit> «i qua roalvau 
r< in porm xi^tU cteprekensa ^îtj pukUcetur. Cxim 
c< magQa ÎD aUo tepi pestas essçt; visiTemotrum, iavili^ 
« nautîs^ Rhodiorum in portum navim coëgit. Quaes- 
H tor navim populi yocat. Nayis dominus pegat pu-^ 
w blicarl oportere. » Inienlio est^ « Rostrata navis in 
(( portu deprehensa est. » Depulsio est , concessio. 
Ratio y (c Yi et necesaario sumns in portum coacti# » 
Infinpatio esiy u Nav^m ex lege ^meik popult e$5e 
« Qporiet. H^ JiuUeaiio eat , cr Ctun roairatam Batvîra 
c( ix^ porta dt^prehensam 1^ p^^carit^ ciuaiqiî^ bsG 
(( nayis, ii^viUfi oa^utis y vi tempeatatia in portum con- 
« jecta sit; oporteatne eam pubticari. » H^^rum triiyn 
generum idcircounumin locum contulimus exempla, 
quod similis in ea prœceptio argumentorum traditur. 
IVam in his omnibus primum, si quid res ipsa dabil 
ftcukatis y conjeeturam induci ab aceusatoré bporte-^ 
bit, ut id 9 ^[uod volonute bctum negabîltf^ c<»o6qI|0 
factmn y ^iMpicione aliqua demoBatneiwr : d«i«dâ 
i]>ducere definj^tipnen?!, n^ef^i^ini^ y aiU e^m j. 
aut imprudentise ^ et, exempla a4 eanjk 4efiiMtiQii^^ 
lidjungere , in quibus impraidentia fuis^ vi.deatur y 
aut casus ^ aut necessitudo y et ab bis id y quod. reu^ 
inférât, sépara re ( id est, ostendere dissimile), 
quod levius, facilius, non ignorabile, non fortui- 
tum , non necessarium fuerit : postea demonstrare , 
potniase yîtaid ; el hao imicme iptwidMsi pétUiaife , 
ai boe , am itlué '^ £M>îi$3fi%'( «Ht^ Be sl« fie«iMM^ 

■ Fecbtet , aut nisi ftcisset. 



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DE t*lWVENTIOI», UVftE II. ^55 

rl^urè. <f '"^ Uoe loi des Rbodieo3 ordcvoniit d^ fidre vepdre u>m 
« Tftiiseau armé àHm épec«a qu^cn ttauvcrait dans leur port, 
te Uoe tempête faneuse »'élè?6 y et la vk^waqe èa ve^t oblige 
ce un Taisseau de relàdier malgré lui dans le port de Rhodes, 
«c Le questeur réclame ce TaisseaU , comme appartenant 
If au peuple. Le propriétaire s'oppose à la Tente. L'accusa- 
(( teur dit qu'ui^ vaisseau a éperon i été saisi daqs le port. » 
L'aocuçé en convient, pais il répond u ^'ily a été pou$siQ 
« malgré lui paf unf9 nécessité imimQoqtat>le. » Oa le réfute 
en disant, « qu'aux tarmet de Ifi )oî , k Taiss^u n'en appaN 
« tient pas nnâns au peuple. » Il s^agk de décider « », lors* 
t< que la loi ordonne de Tendre tout Taisseau armé d^ul épe- 
<c ron qu'on saisira dans le port , un vaisseau que les Tents y 
« ont poussé, malgré l'équipage, doit êt;^ Tendu. » 

Nous aTous réuni les exemples de ces trois genres, parce 
^e la marche du raisonnement est la même pour chacun d'ew^ i 
car, dans tovs troisi l'accusateur dqût, s'U e^t pcn^iUe, em- 
ployer des conjectures pour faire soupçonner l'accusé de n'a- 
Toir pas fait sans intention une action qu'il prétend indépen- 
dante de la Tolonté de cet accusé; qu'il définisse ensuite 
la nécessité, le hasard ou F%norance ; quHl appuie sa défi- 
nition d'exemples frappans, par l*un ou l'autre de ces trois 
incidens; qu'il les dislingue bien du fait dont il s'agit; 
qu'il montre la différence qui se. trouve enue eux ;. par exem- 
ple : l;ailaire çq çiestiop ^ bien moins importante, bie^ 
plus facile , et n'oifire aucun p?éMx;te d'ignomice, de hasard 



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556 DE INVENTIONE, LIBER II. 

prsecaveri : et definitionibus ostendere^ non hamt 
imprudentiam y aut casum , aut neeessitudinem y sed 
inerûam^ negUgeatiam , fatuitatem nominari opor- 
tere. Ac si qua necessitudo turpitudinçm videbitur 
habere y oportebit per loconim communium impli- 
cationem redarguentem demonstrare y quidyis per- 
peti^ mori denique. satins fuisse^ qnam ejusmodi 
necessitudinî obtemperare. Atque tum ex bis locis^ 
de quibus in negotiali parte dictuni est y juris et 
œqnitatb naturam oportebit quœrere > et ^ quasi 
in absoluta juridiciali^ per se hoc ipsum ab ré- 
bus omnibus separatim coi^iderare. Atque hoc in 
I0CO9 si facultas erit^ exemplis uti oportebit, qui- 
bus in simili excusatione non sit îgnotum : et con-« 
tentione y magis illis ignoscendum fuisse : et ex de- 
lîberationis partibus y turpe aut inutile esse concedi 
eam rem y quae ab adyersario commissa sit ; permag- 
num esse et magno futurum detrimento, si ea res ab 
iis y qui potestatem habent yindicandi y neglecta sit. 



XXXIII. Defensor autem conyersis omnibus 
bis partibus poterit uti. Maxime autem in volun- 
tate defendenda commorabitur , et in ea re adau- 
gendà y quse voluntati fuerit impedimento : et se 
plus, quam fecerit, facere non potuisse : et in 
omnibus rébus yoluntatem spectari oporiere : et se 
conyinci noB' posse, quod non absita culpa : et ex suo 
non^îixe oommuaem bominum infirmitatem posse 



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DE L'INVENTION, LIVRE II. aSy 

%n de nécessité. D'ailleurs il était facile de PéTiter ; il ne £d* 
lait que faire ou ne pas faire telle ou telle chose pour la pré-* 
voir et la prévenir ; et les définitions montreront qu'on ne 
doit point donner à une telle conduite les noms d'ignorance ^ 
de hasard ou de nécessité ^ mais l'appeler indolence , inatten- 
tion et sottise 

Cette nécessité entraîne-t-elle avec elle quelque chose de hon- 
teux y prouvez alors , par un enchahiement de lieux communs , 
qu'il valait mieux tout soufirir , même la mort , que de s'y sou- 
mettre. Etablissez ensuite y d'après les lieux dont nous avons 
parlé dans la cause matérielle y la nature du droit et de l'équité ; 
et, comme dans la question ]uridiciaire absolue, considérez le 
fah isolément et en lui-même. C'est alors qu'il faut , si vous le 
pouvez, prouver par des exemples que de pareilles excuses 
n'ont point été reçues; que cependant les circonstances leur 
donnaient un nouveau poids. Prouvez , par les parties de la 
délibération ■ ■, qu'il y aurait de la honte ou du danger a, par- 
donner une telle faute^ et que la négligence des magistrats, 
chargés de la punir, entraînerait les plus funestes c<Hiséquences. 

XXXm. Le défendeur peut rétorquer toutes ces parties 
contre son adversaire ; mais il s'occupera surtout de justifier 
l'intention et de développer les obstacles qu'il a rencontrés. 
II n'a pas été en son pouvoir d'en faire davantage : c est rin-> 
tention qu'il faut en tout considérer. On ne peut le convaincre 
d'être coupable : onieMdamne }4mc &Bk lui la- fiûbkase hu* 

manie. Quelle «di%mté«^fiMP "au iilioee^ 

IL 17 



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a58 DE INVENTIONE, LIBER II. 

damnari» Deinde nihil indiguius esse, quam eum, 
qui culpa careat , supplicio non carere. Loci autem 
communes accusatoris , unus in confessione , et aller, 
quanta potestas peccandi reiinquatur , si semel insti- 
tut um sit , ut non de facto , sed de facti causa quaera- 
tur : defensoris conquestio calamitatis ejus, quae non 
culpa , sed ^i majore quadam acciderit , et de for- 
tunae potestate,et hominum infirmitate, et uti suum 
animum , non eventum considèrent. In quibus om- 
nibus conquestionem suarum œrumnarum, et crude- 
litatis adversariorum indignationem inesse oportebit. 
Ac neminem mirari conveniet , si aut in his ^ aut in 
aliis exemplis scripti quoque controversiam adjunc- 
tam yidebit. Quo de génère post erit nobis separatim 
dicendum , propterea quod quaedam gênera causa- 
rum , simpliciter et éx sua vi considerantur : quaedam 
autem sibi aliud quoque aliquod controversise genus 
assumunt. Quare omnibus cognitis , non erit difficile 
in unamquamque causam transferre , quod ex co 
quoque génère convenîet : ut in bb eiemplis conces-^ 
sionis inest omnibus scripli controveraia ea , quas 
ex scripto et sententia nominatur : sed quia de cou* 
cessione loquebamur, in eam prsecepta dedimus. 
Alio autem loco de scripto et sententia dicemus. 
Nunc in alieram concessionispartem consideratîonem 
intendemus. 

XXXIV. Deprecatio est, in qua non defensio 
fadi , sed ignoseendi postulatio cominetur. Hoc ge- 
aus yix in judkio.prokari poteal, ideo quod concesso 



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DE L'INVENTION, LIVRE II. 259 

tirera des lieux communs, d'abord de Taveu de l'accusé, et 
de la licence qu'on laisse au crime , si Ton établit une fois 
qu'il faut juger non le fait, mais Tintention. Le défendeur 
se plaindra d'un malbeur causé, non par sa faute, mais par 
une force supérieure ; du pouvoir de la fortune et de la fai- 
blesse humaine : ce n'est pas l'événement, ce sont ses motifs 
qu'il faut considérer. Que le défendeur, en déplorant son in- 
fortune, excite l'indignation contre la cruauté de ses ennemis. 
Et qu'on ne s'étonne point ici de me voir mêler a cet exemple 
ou k d'autres la» discussion du sens littéral de la loi. Il nous 
fkudra plus bas traiter k part cette question ; car s'il est des 
causes qui veulent être considérées isolément et en elles^ 
mêmes , il en est d'autres qui offrent une cqmjdication de dif- 
férentes espèces de questions. 

Ainsi il ne sera point difficile d'ap|>liquer k cbaque cause 
les règles des genres qu'elle embrasse. Dans tous ces exemples 
de concession se trouve mêlée la question littérale , qui prend 
son nom de la lettre et de l'esprit : con^me nous, traitions, de 
la concession , no^s en avons donné les règl^; noi^s, traite- 
rons ailleurs de l'esprit et de la lettre. Voyons maintenant une 
luitre partie de la concession. 



XXXIV. Par la déprécation, l'otateur ne fcbérché poî|rt 
k se justifier, mais il supplie qu'on bai pardonne. Je ne suis 
point d'avis d'employer ce moyen devant les tribunaux \ car^ 



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îi6o DE INVENTIONE , LIBER If. 

peccaio , difficile est ab eo , qui peccatorum vindex 
esse débet ^ ut ignoscat^ impetrare. Quare parte ejus 
generis ^ cum causam non in eo constitueris y uti 
licebit. Ut si pro aliquo claro , aut forti \iro , eu jus 
in rempublieam multa sint bénéficia ^ dixeris; possis^ 
cum videaris non uti deprecatione y uti tamen , ad 
hune modum : « Quod si , judices^ hic pro suis bene- 
(( ficiis y pro suo studio y quod in vos habuit semper, 
(( tali suo tempore, multorum suorum recte factorum 
Il causa, uni delicto ut ignosceretis postuldret, tant 
« dignum vestra mansuetudine , quam virtute hujus 
(c esset, judices, a vobis hanc rem, hoc postulante, 
« impetrari. n Deinde augere bénéficia licebit, et ju- 
dices per locum communem ad ignoscendi voluntatem 
' deducere. Quare hoc genus, quamquam in judiciis 
non versatur, nisi quadam ex parte : tamen quia et 
pars ipsa ixiducenda nonnumquam est, et in senatu, 
aut ' in consilio saepe omni in génère tractanda , in 
id quoque praecepta ponemus. « Nam in senatu, et 
u in consilio de Syphace diu deliberatum est; et de 
« Q. Numitorio PuUo apud L. Opimium et ejus con- 
ti silium diu dictum est. Et nxagis in hoc quidem 
((ignoscendi; quam cognoscendi postulatio valuit.' 
« Nam seinper animo bono se in populum romanum 
« fuisse non tam facile probabat , cum conjecturali 
(c constitutione uterelur, quam ut, propter posterius 
(ibeneficium, sibi ignosceretur, cum deprecationis 
c< partes adjungeret. n 

• Dqoerc. — » Ab«( en. 



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DE UÏNVENTION, LIVRE lî. 261 

le crime une fois arvoué y il est difficile d'en obtenir le pardon 
de celui qui ddit le- punir. Voulez-vous employer ce moyen 
de défense y n'allez point en faire yotre argument principal. 
Mais si vous parlez pour un homme illustre par sa valeur ou 
par les services qu'il a rendus à l'état, vous pouvez avoir re- 
cours a la déprécation ^ sans paraUre en faille usage , comme 
dans cet exeittple : « Magistrats, si, en faveur des services de 
,« Taccusé', en £iveur de son dévouement pour vos intérêts ^ 
«( il venait aujourd'hui , pour prix de tant d'actions éclatantes , 
tf rédamer votre indulgence pour une seule faute, il serait 
« digne de votre clémence et de votre vertu d'accorder une 
V telle grâce a un tel suppliant. » Vous pouvez ensuite exa- 
gérer ses services,, et, par des lieux communs, disposer les 
juges a la clémence. 

Quoique ce moyen ne soit que rarement employé dans k& 
tribunaux , si ce n'est comme accessoire , néanmoins comme 
on est quelquefois obligé d'y avoir recoiu-s et de l'employer' 
dans toute la cause, devant le sénat ou les assemblées , nous 
en tracerons les règles, a Lorsque ïe sénat et rassemblée déU- 
« bérèrent sur le sort de Syphax , »» et le préteur L. Opimîus 
« sur celui de Q. Numitorius Pullus , la décision fut longue , 
if et le coupable réussit moins k se justifier qu'a obtenir son^ 
w pardon^ U ne fut pas aussi facile de prouter' par la question. 
Il de conjectiure, qu'il avait été toujours. dévoué aux intérétsî 
« de Rome , que d'obtenir par la déprécation le pardon de 
^ SI faute , en fewur de ses derniers services. j> 



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a62 DE INVENTIONE, LIBER II. 

. XXXV. Oportebit igilur eqm , qui sibi ul ignos* 
catur , poslulabit^ commemorare ^ si qua sua poteril 
bénéficia, et si poterit, osiendere, ea majora esse, 
quani haec , quae deliqueril, ut plus ab eo boni quam 
mali profeclum esse videatur : deinde majorum suo- 
runi bénéficia , si qua exstabunt , proferre : deinde 
osleûdere, non odio , neque crudelitate fecisse, quod 
fecerit, sed aut stukitia, aut impulsu alicujus, aut 
cliqua honesta, aut probabili causa : postea poUiceri, 
et confirmare, se et hoc peccatp doctun^^ et beneficio 
eorum y qui sibi i^^noverint , cQufiripatum , omoi 
lempore a tali ratione abfuturum : deinde spem ^os- 
tendere y aliquo se in loco y magno iis , qui sibi 
concesserint , usui futurum : postea, si facultas erit, 
se y aut consanguineum y aut jam a majoribus in- 
primis amicum esse demonstrabit; et anipiitudinem 
fuae voluntatis, et nobilitatem generis eorum y qui se 
salvum velint, et digniiatem ostendere y et cetera ea , 
quâe pcrsoni» ad hoqestatem et amplitudtttem 'sunt 
attribula, cum conquestione , sine aRrogaDtia^.m 
se esse demonstrabii, ul honorée potius cliqua, q^9^ 
tiUo supplicio dignus e^^e videa^iir : .d^indj^.cetçro^ 
proferre, qnibus majora delicla concessa sint. Ac 
multum proficiet, si se misericordem iu potestate, 
et propensum ad ignoscendum (\iisse ostendet. Atque 
ipsum illud peccatum erit extenuandum , ut quam 
minimum obfuisse videatur; et aût turpe, aut inutile 
demonslrandum , tali de homine supplioium sumere. 
Deinde locis communibus misericqrdiam captare 



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DE I/INVENTION, LIVRE II. a65 

XXXV. Demandez-Tous qu'on vous pardonne , rappeler 
les services que vous pouvez avoir rendus , montrez qu'ils sur- 
passent de beaucoup votre faute; qu'enfin, vous avez fait 
plus de bien que de mal. N'oubliez point non plus les service» 
de vos ancêtres. Prouvez que vous n'étiez guidé ni par la 
haine ni par la cruauté; mais que vous étiez égaré, séduit; 
que vous aviez des motifs honorables , ou qui , du moins , 
n'avaient rien de criminel. Promettez, jurez, qu'instruit par 
votre erreur même , affermi dans le chemin de la vertu par 
un pardon si généreux, on n'aura plus désormais rien de pa- 
reil à vous reprocher, et montrez l'espoir d'être quelque )ou^ 
utile k ceux qui vous auront pardonné. 

Rappelez encore, si vous le pouvez^ que les liens du sai^ 
et l'amitié de vos ancêtres vous unissent étroitement. Relevez 
votre dévouement, la haute naissance, la dignité de vos pro- 
tecteurs ; usez , en un mot , de tous les lieux relatifs a l'hon» 
neur et à l'amplification attribués aux personnes. Employez 
les prières, mais sàna hauteur, et prouvez qu'on vous doit 
des récompenses p)u0t que des chàtimens. Nommez ceux a qui 
€91 a pardonné des dâits plus graves. Un de vos moyens les 
phis victorieux sera de démontrer que lorsque vous étiez afmé 
de la puissance et de l'autorité, vous étiez bon et porté a -la 
clémence. Enfin, atténuez votre faute, rendez-la la plus lé- 
gère possible , et vous faites voir ainsi qu'il ne serait pas moins 
honteux qu'inutile de vous punir pour si peu de choseï 



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a64 I>E INTENTIONE , LIBER IL 

op'onebit ex iis prsceptis , quac^in [primo libro aunt 

exposita. 

XXXVI. Adversarius autem malefacta augebit : 
nihil imprudenter^ sed omnia ex crudelitate et ma- 
liiia facia dicet : ipsumîmmisericordem^ superbum 
fuisse: et 9 si poterit^ ostendet^ semper inimicum' 
fuisse 9 et amicum fieri nullo modo posse. Si béné- 
ficia proferet : aut allqua de causa facta^ non propter 
beoivoleniîam demonstrabit ; aut postea odium esse 
acre susceptum, aut i]la omnia maleficiis esse deleta: 
aut leviora beneficia> quam maleficia : aut^ cum be- 
neficiis honos habitus sit, pro maleficio pœnam sumi 
oportere. Deinde turpe esse, aut inutile , ignosci. 
Deinde, de quo ut polestas esset, sscpe optarint, in 
entn potestaie non uti y summam esse stultitiam : et 
cogitare oportere, quem animum in eum, yel quale 
odium habuerint. Locus autem communis erit;, in-* 
dignaiio maleficii , et alter, eorum misereK opoftere, 
qui propter fortunam, non propter malitiam in mi- 
seriis sint. Quoniam igitur in generali constitutione 
tamdiu propter ejus partium multitudinèm commo^ 
ramur, ne forte varietate et dissimilitudine rerum 
diductns alicujus animus in quemdam errorem defe- 
ratur : quid etiam nobis ex eo 'génère restet, et quare 
restet , admonendum videtur. Juridicialem causam 
esse dicebamus, in qua œqui et iniquinatura, praemii 
aut pœnae ratio quaereretur. Eas causas, in quibus 
de œquo et iniquo quœritur, exposuimus. Restât 
nunc , ut de prsemio et de pœna explicemus. 



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DE L'INVENTION, LIVRE II. 265 

Pour attendrir yos auditeurs , employez les moyens que 
nous ayons indiqués au premier Liyre. 

XXXVI. L'adversaire y de son côté , exagérera la faute : 
le coupable n'a rien fait par ignorance , mais il a agi par mé- 
chanceté , par cruauté , par orgueil , par inhumanité. H a 
toujours été , dira<t-il , mon ennemi ; il ne changera jamais de 
sentimens. Ces services qu'il rappelle , est-ce a sa bienveil- 
lance ou k des vues intéressées que je les dois ? Us ont été 
suivis de la haine, il les a effacés par tout le mal qu'il m'a 
fait ; ou ses services sont bien au-dessous des fautes qu'il à 
commises ^ ou bien ses services ont été récompensés î il faut 
punir ses fautes : le pardon serait aussi honteux qu'inutile. 

Quelle folie de ne point user de votre pouvoir sur celui 
que vous, avez désiré si souvent avoir entre vos mains ! Rap- 
pelez- YOttS qiads étaient pour lui vos sentimens , quelle était 
votre haine. L^indignatioai qu'insjâre le crime de l'accusé four- 
nit à l'orateur un lieu commun *, la pitié qu'excite le malheur 
dû a la fortune , et nod à sa propre faute, lui en fournira un 
second. 

La multitude des divisions de la question générale nous a 
forcés de noi^y arrêter aussi long-temps. Comme la différence et 
la variété des objets qu'elle embrasse pourraient nous conduire 
a quelque erreur, il me parait indispensable de prévenir mes 
lecteurs de ce qui me reste a dire sur ce genre de question, 
et de leur expliquer mes motifs. La question juridiciaire traite , 
avons-nous dit; de la nature du juste et de l'injuste , des chu- 



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zGG DE INVENTIONE , LIBER II, 



XXXVIL Sunt enim multae causas , quœ ex prae- 
mii alicujus petilione constant. Nam et apud judices 
de praemio saepe accusatorum quœritur^ et a senatu^ 
aut ' a consilio aliquod praemîum saepe petitur. Ao 
neminem conveniet arbitrari^ nos, cum aliquod 
eiemplum ponamus> quod in senatu agatur, ab ju- 
diciali génère exemplorum recedere. Quicquid enim 
de homine probando^ aut improbando dicitur, cum 
ad eam dictionem sententîarum quoque ratio accom- 
modelur, id non , * etsi per sententiae dictionem agi- 
tur^ deliberativum est : séd quia de homine statuitur, 
judiciale esthabendum. Omnino autem qui diligenter 
omnium causarum vimet naturam cognoyerit^ tum 
^ génère , tum elîam forma eas înlelligei dissidere. 
Ceteris autem partibus aptas inter se omnes^ et 
aliam in aliam implicatam videbit. Nunc de praemiis 
consideremus. « L. Licinius Grassus consul quosdam 
4C in citeriore Gallia^ nuUo illustri, neque certo 
ce duce, neque eo nomine y neque numéro praeditos^ 
« ut digni essenty qui hostes populi ^ rotnani dice- 
« rentur; quod tamen excursionibus et latrociniis 
(c infestam provinciam redd^rent, consectatus est , ei 
u confecit : Romam ^ redit : triumphum ab senatu 
<c postulat. A) Hic, ut et in deprecatione, nihil ad nos 

» Abest a. — » Si. — ^ Gcocrc prkno. — 4 Romani ciie. — ^ OtnliU. 



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DE L'INVENTION, LIVRE IL 267 

timens et des récompenses. Nous avons développé la première 
partie ; il faut donc maintenant parler des peines et des réconn 
penses. 

. XXXVII. Un iprand nombre de causes ont pour but k 
dflsiande d'une récompense ; car souvent les tribunaux s'oc- 
cupent des récompenses dues a l'accusateur 9 et l'on scWcite 
ces récompenses devant le sénat ou devant une assemblée. 
Qu^'àn n'aille pas croire qu'éb parlant d'affaires portées devant 
le sénat, nous sortions dû genre judiciaire. En effet , la louange 
et le l)lâme ,' quand il s'agit de porter ensuite un jugement , ne 
<wnl plus du genre délibéraûf , n^ajs bien du genre judiciaire , 
puisqu'il faut énpncer u^.avis et prononcer ^ur un citoyen^ 
Avec mie cofinaissaiicQ appm)A>tidie ào la mtof e d^ toutes ces 
causes^il est facile de voir qnt, tAalgré la différence de leur 
gétxté eVh vïirîéisé'd'e formes qu'dles présentent, elles n'en 
sont '^âs itioins liées entre elles par les rapports les plus in- 
times. Occupons-nous d'abord des récompenses, a Le consul 
u L. Licinius Grassus poursuit et parvient à détruire dans la 
u Gaule citérie^ire d^s brigands «jui, sous difféfens chefs in« 
u connus, déva6tM^t,lapiK>vinçe pav dea.coursas continuelles, 
it sans^eleur nombre«t leur nom permissent de lesconsidérer 
crdomme ennemis du* J)euple romain. Le consul, k son retour 
a a Rome, demanda au sénat les honneurs du triomphe. >^ 
Ici, comme dans la déprécation , il ne s'agit point d'établir le 
point a juger par des raisonnemens et des réfutations; car^ 



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268 DE INVENTIONE , LIBER II. 

attinet^ rationibùs et infirmationibus ratîonum sup» 
ponendis ^ ad judicationem perventre : propterea 
quod^ nisi alla quoque incidet constitution am pars 
coDStitutionis 9 simplex erit judicatio, et in quaes- 
tione ipsa continebitur. In deprecatione, hujusmodi r 
(( Oporteatne pœna affici ? » In bac , bujusmodi : 
« Oporteatne prsemium dari? » Nunc ad prftmii 
quaestionem appositos locos exponemus. 

XXXVIII. Ratio igitur çraemii quattuor est iu 
partes distributa; in bénéficia^ in hominem, in prse- 
mii genus , in facultates. Bénéficia ex sua vi , ex 
lempore, ex animo ejus, qui fecit, ex casuconsî- 
derantur. Ex sua yi quœrentur hoc modo : magna , 
an parya; facilia, an difficilia; singularia sint^ an 
vulgaria; yera^ an falsa quadam ex ' ratione hones- 
tentur : ex tempère autem , si* tum , cum indigere<- 
mus; cum ceteri non possent^ aut nollent opitulari ; 
si tum, cum spes deseruisset : ex animo , si non sui 
commodi causa, sed eo consilio fecit omnia, ut hoc 
confîcere posset : ex casu , si non fortuna , sed indus- 
tria factum yidebitur, aut si industrie fortuna obsli- 
tisse. In hominem autem; quibus rationibùs yixerit, 
quid sumtus in eam rem aut laboris insumserit; ec-* 
quid aliquando taie fecerit, num alieni laboris, aut 
deorum bonitatis praemiuni sibi postulet; nom ali-« 
quando ipse talem ob causam praemio aliquem affici 
negarit oportere; aut num jam satis pro eo, quod 
fecerit , honos habiius sît; aut num necesse fucrit eV 

• OiatioQc. 



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PE L'INVENTION, LIVRE, IL 269 

s'3 ne se présente point de question ni de partie de question 
inoidente, le point à juga: est simple et renfermé dans la de- 
mande elle-même. Dans la déprécation , on s'exprimerait ainsi : 
a Faut'il punir? » Ici on dira : u Faut-il récompenser? » 



XXXVIII. Pour traiter des lieux qui appartiennent a la 
question des récompenses, on la divise en quatre parties; les 
services , l'homme , le genre de récompense et les richesses. On 
considère les services en eux-mém^, relativement aux cir- 
constances , à l'intention du bienfaiteur et a la fortune. On les 
considère en eux-mêmes, en examinant s'ik sont importans 
ou non, faciles ou difficiles; rares ou conununs; ennoblis ou 
non par leur motif, relativement aux circonstances. On exa- 
mine si l'on nous a rendu des services quand nous en avions 
besoin ; quand les autres ne pouvaient ou ne voulaient nous 
les rendre ; quand nous avions perdu tout espoir. Pour ce qui 
regarde l'intention, on recherche si les services n'ont pas pour 
principe des vues intéressées, mais bien le désir sincère d'être 
utile. On examine aussi, quant a la fortune, si les services ne 
sont pomt dus au hasard , mais a une volonté bien décidée , 
ou si la fortune ne s'opposait point aux effets de cette bonne 
volonté. 

Quant a l'homme, on s'attache à découvrir sa conduite, ii 
connaître queb frais ou queb soins lui a coûtés cette action i 



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ïi70 DE INVENTIONE, LIBER II. 

face^e id> quod fecerit ; aut num hujusmodi sit fac- 
tum> ut, nisi fecisset^ supplicio dignus esset, non, 
quia fecerit y prsemio; autnumante tempas prâemium 
petat^ et spem incertain certo yenditet pretio ; aut 
num y quo supplicium aliquod vitet , eo prœmium 
postulet^ uti de se prsejudicium factum esse yideatur. 



XXXIX. In prsemii antem génère > qnid, et quan- 
tum^ et quamobrem postuletur^ et quo > et quanto 
quaeque res prœmio digna sit, considerabitur : deinde, 
apud majores quibus hominibus y et quibus de causis 
talis honos sit habitus> quaeretur : deinde^ ne is honos 
nimium pervagetur. Atque hic ejus^ qui contra ali- 
quem prœmium postulantem dicet y locus erit corn- 
munis ; prœmia yirtutis et officii sancta et casta esse 
oportere, neque ea aut cum improbis communicari, 
aut in mediocribus bbmtnibtis pervulgari : et lilter^ 
minus homioes ViKiltis «upidos fore^ yirtutJEs pi"^ 
mio peryulg^o; quae eqim rmra et ardua aunty ea ëx 
praemio pulcra et jucunda bominibus yideri : et t^r-. 
tius^ si existant^ qui apud majores nostros qb egre- 
giam yirtutem tali honore dignati sunt : nonne de sua 
gloria y cuin pari praemio taies bomines aflTici yideant^ 



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DE L'INVENTION, LIVRE IL ^71 

s'il en a déjà fait une semblable ; s'il ne réclame point le prix 
d'une action dont un autre est l'auteur , ou qui n'est due qu'aux 
dieux ; s'il n'a pas lui-même refusé d'accorder une récompense 
méritée par les mêmes moyens ; si l'honneur qu'il s'est acquit 
par ses senrices ne l'a point assez récompensé ; s'il n'a pas été 
forcé d'agir comme il a fait ^ ou si son action n'est point de 
nature a ne mériter aucune reconnaissance, quoiqu'il eût mé- 
rité d'être puni pour n'avoir pdat fkit cette action dont il se glo- 
rifie; enfin, s'il ne demande point tf'op tôt sa récompense, et 
ne vend point k un prix assuré des espérances incertaines ; ou 
s'il ne se hâte point de demander une récompense, pour se 
dérober a quelque peine par ce jugement anticipé. 

XXXIX. Pour le genre de récompense, on examine celle 
qu'on exige, l'action pour laquelle on la réclame, et le prix 
que mérite chaque action. On Ta chercher ensuite dans Tant!- 
^té , à quels hommes et a quelles actions on a accordé un 
pareil honneur, qu'on ne doit pas prodiguer. 

Celui qui s'oppose a ce qu'on accorde la récompense , a pour 
lieux communs, d'abord, que les récompenses de la vertu et 
du zèle, dans l'accomplissement de ses devoirs, sont sacrées, 
<j[u'on ne doit point les accorder au crime ni les prodiguer k la 
médiocrité -, ensuite , que les hoimuei deviendront moins éprit 
de la vertu, sî on les familiarise avec les récotopensdi, qui 
seules prêtent des charmes a des actions difficiles et pénibles 
eu elles-mêmes; enfin, que si, dans l'antiquité, on rencontré 
quelques grands hommes dont le mérite supérieur a été honoré 



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Î172 DE INVENnONK, LIBER IL 

' delibari putent? et eorum enumeratio , et cum ei$i 
quos contra dîcat^ comparatio* Ejus autem^ qui prae- 
jnium petet^ facti sui amplification et eorum ^ qui 
praemio affecti sunt^ cum suisfactiscontentio. Deiude 
ceteros a virtutls studio repulsumiri^ si ipse praemio 
non sit affectus. Facultates autem considerantur, cum 
aliquod pecuniarum praemium postulatur : in quo 
' utrum copia sit agri^ yectigalium^ pecunise^ an pe« 
nuria^ consideratur. Loci communes , Facultates 
augere^ non minuere oportere^ et Impudentem esse> 
qui pro beneficio non gratiam, verum mercedem 
postulet : contra autem de pecunia ratiocinari, sor- 
didum esse j» cum de gratia referenda deliberetur : et 
se non pretium pro facto , sed honorem (ita ut fac« 
titatum sit) pro beneficio postulare. Ac de consti- 
tutionibus quidem satis dictum . est : nunc de iis 
controversiis y quae in scripto versantur^ dicendum 
"videtur. 



XL. In scripto versatur controversia , cmn t% 
scriptionis ratione aliquiddubiinascitur.Id fit ex am- 
biguo y ex scripto et senientia^ ex contrariis legibus ^ 
ex ratiocinatione^ ex definitione. Ex ambiguo autem 
nascitur controversia ^ cum quid senserit acriptor, 

■ Dcliberare. -* * CopiauM. 



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DE L'INVENTION, LIVRE II. ^75 

d'une pareille distinction , le public croirait que Ton veut 
répandre des doutes sur la gloire des anciens, en accordant 
. la ïoéme récompense a des honunes teb que ceux qui la reçois 
vent aujourd'hui. L'orateur comptera ces héros ; il les opposera 
aux adversaires. Celui qui demande la récompense, dévelop- 
pera son action, et la comparera avec celles qu'on a honorées 
d'une récompense. N'est-ce pas, ajoutçra-t-il, décourager la 
vertu, que de me refuser le prix de mes efforts? 

On parle des richesses, quand il s'agit dHine récompense 
pécuniaire. Alors on examine si le pays qui l'accorde est riche 
ou non en propriétés, en revenus, en argent comptant : les 
lieux communs sont qu'il faut augmenter et non diminuer les 
richesses d'un état ; qu'il 7 a de l'impudence k ne point se 
contenter de la récompense, et k trafiquer de ses bienfaits. 
L'adversaire répondra qu'une basse avarice peut seule calculer, 
quand il s'agit d'être reconnaissant ; qu'il ne vend point ses 
services, mais qu'il rédame l'honneur qu'il a mérité. C'est 
stssez parler des questions : passons aux discussions qui portent 
sur le sens littéral. 

XL. Cette question; sur le sens littéral,, a lieu quand va^ 
tejÇ^ ^fifrPiVIflque cho^ ,(jkj4i\Ht^<ix ;. ce.qiii Tient de termes 
«ii^3igii§<y >dQ Jlkletti*e etde V^)^^ de la loi , de lois contraires , 
dtf yanalogi^tûide mots mal défitiîs. Lb question nsAt de l'am- 
higùïfé d«B tieïkaes'^ quW le texte offre'deux ou plusieurs sens 
qui empêchent de distinguer l'intention de celui qui a écrit. 
IL 18 



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^^4 I>E INVENTIONE, LIBER 11. 

obscurum est,quod scriplumduas pluresve ressignl- 
ficat, ad hune modum : w Paterfamilias, cum filiuin 
(( heredem faceret, vasorum argenteorum cenlum pou- 
« do uxori SU8B sic legavil : herks meus uxori me« 

H VASORUM ARGENTEORUM PONDO CENTUBîf ,QUA VO- 

« LET, D ATO. Post mortem ejus, vasa magnîfica et pre- 
« liose caelaia petit a filio raater. Ule se , (juae ipse 
« vellet, deLere dicit. » Prlmum , si fîeri poterit, de- 
moûstrandum est, non esse ambiguë scriptum ; prop- 
terea quod omnes in consuetudine seimonis sic uti 
' soleant eo verbo uno phxribusve ' in eani septeu- 
tiam, in quam is,quidicet, accipiendum esse dç- 
monstrabit. Deinde ex superiore ' et ex inferiore 
scriptura docendum, id, quod quœratur, fieri per- 
splcuum. Quare si ipsa separatim ex se verba consi- 
derentur, ômnia, aut pleraqiie, ambîgua visum irî. 
Quae autem ex omni consideratà ièriptura perspicua 
fiant, haec ambigua non oportere existimari* Deinde ^ 
quà 4n sèntenjtia scriptor fuerii^ ex cët^ris ejws scrip- 
ts, factis, dictis, an^mo, atque vita ejus sumi oporiebit, 
et eam ipsam scripturam, in qua inerit ilUid ambi- 
guum , de quo quseritur, totam omnibus ex partibus 
pertentare, si quid, ant ad id aj/t^^sittito sit, quod 
Hos interpretemur, aut ei, quod adversarips imelli^ 
gat , adTCT^emr. N#m facik^ quid verisimile sii emxk 
voluisse, qui scripsit, ex omni scriptura ^ et ex 
persona soriptoris, atque iis rébus, quaç personis 
attribut» sunt, çonsiderabitur. Deinde erit démons- 



Soient. -^ » In ca bcntenlia in qua. 



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DE L'INVENTION, LIVRE H. n^s 

Par exemple : (c Un père de famille , qui a fait son fils son hé- 
« ritîer, lègue cent livres de vaisselle d'argent à son épouse, 
(c en ces termes : Que mon ùiRiTiEH dokne a ma pem:«e 

W CENT LIVRES DE VAISSELLE d'aRGENT A SON CHOIX. Lc 

« père mort y la mère demande a son fils la vaisselle la plus 
il précieuse, les pièces les mieux travaillées. Le fils soutient 
m qu'il ne doit lui donner que celles qu'il voudra. » 

Démontrez d'abord , s'il est possible , qu'il n'y a point d'am- 
biguïté dans les termes, puisque, dans la conversation, on 
emploie ce mot ou cette expression dans le sens que vous lui 
donnez. Prouvez ensuite que ce qui précède et ce qui suit 
jette un jour nouveau sur l^endroit a juger. Si Ton considère 
chaque mot en particulier, tous, ou du moins le plus grand 
nombre, auront quelque chose tl'ambigu. Mais si le sens du 
texte, dans son ensemble, est clair, îl n'y a point d'ambi* 
guïté. D'ailleurs, les autres écrits, les actions, les paroles, 
l'esprit, la conduite enfin de celui qui a rédigé, pourront 
vous éclairer sur son intention. Etudiez encore avec soin l'écrit 
dont il s'agit; examinez-en toutes les parues, pour découvrir 
qudque chose de favorable au sens que vous lui donnez , ou 
qui détruise celui de votre adversaire: car il m'est pas difficile, 
d'après le sens général de l'écrit, le caractère de celui qui l'a 
fait, et d'après les différens chefs qui appartiennent k laf per- 
sonne, de trt)uver ce qu'il a dû vraisemblablement écrire. 

Montrez ensuite, quand le au jet h petnql, quje le- sens 



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Û76 DE INVENTIONE, LIBER II. 

trandum, si quid ex ipsare dabitur facultatis^ id,* 
quod adversarius intelligat^ multo minus commode 
fieri posse, quam id, quod nos accipîmus^ quod illîus 
rei neque administration neque exitus ullus exstct; 
nos^uod dicamus , facile et commode transigi posse. 
Ut in hac lege (nihil enim probibet fîctam exempli 
ioco ponere , quo faciliusresintelligalur), Meretrix 

CORONAMAUREAMNEHABETO.SlHABUERITyPUBLICA 

ESTO 9 contra eum y qui meretricem publicari dicat 
ex lege oportere, posset dici , « Neque administra- 
« tionem esse ullam publics meretricis^ neque exi- 
<( tum legis in meretrice publicanda. At in auro 
({ publicando et administrationem et exitum (aciiem 
K esse^ et incommodi nihil inesse. » 

XLI. Ac diligenter illud quoque attendere opor- 
tebit^ num^ illo probato, quod adversarius intel- 
Jigat^ utilior res^ aut honestior^ aut magis necessaria> 
a scriptore neglecta videatur. Id fiet, si id, quod 
nos demonstrabimus, honestum^ aut utile , aut ne- 
cessarium demonstrabimus : et, si id, quod ab adver- 
sariis dicetur, minime ejusmodi dicemus esse.Deinde 
si in lege erit ex ambiguo controversia, dare operam 
oportebtt , ut de eo , quod adversarius intelligat , alia 
in lege cautum esse doceatur* Permultum autem pro- 
ficiet^ illud demonstrare^ quemadmodum scripsisset^ 
si id, quod adversarius accipiat^ fieri ^ aut intelligi 
Yoluisset : ut in bac causa y in qua de vasi) argenteis 
quœritur, possit mulier dicere, « Nihil attinuisse' 
« adscribi y qu«e volet y si Iieredis yoluntati permit-* 



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DE L'INVENTION , LIVRE II. 277 

proposé par votre adversaire est bien moins avantageux que 
k vôtre; qu'il est inintelligible , et n'offrirait ancun résultat 
utile y tandis que le vôtre présente autant de facilité dans l'exé- 
cution que d'avantages dans le résultat. Supposons ( car rien 
ne nous empêche d'avoir recours a des suppositions, pour 
nous faire mieux comprendre)^ supposons qu'une loi porte : 
*^ Une goitetisane jxb peut avoir une couronne d'or ; en 
A-T-ELLE UNE , * Qu'oN LA VENDE. Ou pourrait répoiidre a celui 
qui voudrait y aux termes de la loi , faâre vendre la courtisane : 
ce Quel avantage pourrait-on retirer de la vente d'une courti- 
i( sane ? La vente de la couronne, au contraire, est aussi aisée 
c( qu'utile, et n'offre aucun inconvénient. » 

XLI. Examinez avec soin , tout en approuvant le sens de 
votre adversaire, si l'auteur de l'écrit n'a pas négligé quelque 
chose de plus utile , de plus honnête ou de plus nécessaire . 
Montrez que si le parti que vous proposez est dicté par 
l'honneur, il n'est pas moin^ conforme a nos intérêts et com- 
mandé par la nécessité , et qu'il n'en est pas de même de celui 
de la partie adverse 

Si la question naît de l'ambiguïté des termes, attachez-vous 
à montrer qu'une autre loi a réfuté l'opinion de votre adver- 
saire. D est encore important pour vous de faire voir quelles, 
expressions eût employées le rédacteur de l'écrit, s'il eût voulu/ 

* L'ambiguïté nah du mot publiea , ^ui peut se' rapporter à «orona et à 
meretrix. 



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27S DE INVENTIONE , LIBER II. 

c( teret. Eo enim non adscripto, nihil inesse dubi- 
a talionisy quiu hères, quae ipse vellet, darel. ' Amen- 
Cl ilam igitur fuisse , cum heredi vellet cavere^ id 
(( adscribere, quo non adscriplo, nihilominus heredi 
c{ caveretur. » Quare hoc génère magnopere talibus 
in causis uti oportebit : si hoc modo 9crîpsisset, isto 
verbo iisus non esset, non isto loco verbum istud 
collocasset. Nam ex his sententia scriptoris maxime 
perspicitur. Deinde quo tempore sciiptum sit, quae- 
rendum est y m y quid eum voluisse in ejusmodi tem-* 
pore verisimilesit, intelligalur. Post ex deliberationis 
partibus : quid utllius y et quid honestius y et illi ad 
scribendum, et his ad comprobandum sit, démons- 
traodum : et ex his, si quid amplificationis dabitur, 
communibus ' utrosqu^ locis uti oportebit. 



XLII. Ex scripto et sententia controyersia consis- 
tit : cum alter verbis ipsis, quae scripta sunt, utitur, 
aher ad id, quod scriptorem sensisse dicet, omnem 
adjungit dictionem. Scriptoris autem sententia ab eo, 
qui sententia se défende t, tum semper ad idem spec- 
tare, et idem velle demonstrabitur : tum autex facto, 
aut CK eventualiquo ad tempus id, quod instituit, 
accommodabitur. Semper ad idem spectare , hoc 
modo : « Paterfamihas cum liberorum nlhil haberet, 
a uxorem autem haberet, in testamento ita scripsit: 

-' • Ucnimqtie. 



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DE LINVENTION, LIVRE IL 2^9 

jparler dans le sem de votre adversaire. Dans la c^use çù il ei^t 
question de vaissctle; d'argent^ k.iaere ne peut-elle pas diï« 
que tt Le testateur n'aurait point ajouté -à Ain ôhcfU'^ s'il s'eii 
u fût rapporté a Phéritîer? Son silence eût indiqué que le 
« choix de la vaisselle était laissé à l'héritier. Quelle folie 
VL d'ajouter, pour la sûreté de l'héritier, un mot dont la sup- 
i( pression ne blesserait en rien ses intérêts ! » 

Dans de pareilles causés, servez- vous surtout de ce raison* 
nement : Si telle avait été son intention , il ne se serait poinl 
4iervi de ce mot, il jae l'aurait pas mis. a cette place ; car c'esl 
Tk surtout ce qui répand du jour sur la volonté du testateur. 
Examinez aussi dans quel temps 11 a écrit : les circonstances 
poiu'ront vous aider \ deviner son intention ; puis vous cher- 
cherez, en employant la délibération, ce que l'honneur et 
l'intérêt prescrivaient a Pun d'écrire , et aux autres d'entendre ; 
et pour amplifier, vous avez recours aux lieux communs. 

XLII. Quaad l'un s'attache k la lettre, que l'autre, au cour 
traire, ramkie toutes les expressions à l'intention qu'H sup- 
pose au testateur, la question naît alors de l'esprit et de la 
lettre. 

Celui qui s'attache a l'esprit, montrera , ou que le testateur 
n'a jamais eu qu'un seul but, qu'une seule volonté, soit 
par le fait, soft par quelque incident. Il adaptera le texte a U 
circonstance^ il prouvera que la volonté du testateur n'a jar 
mais changé. Voici un exemple applicable au cas dont il s'agit : 
« Un homme marié y mais sans enfans ^ a iài t son testament, en 



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a8o DE INVENTIONE , LIBER IL 

« Si MIHI riLlIJS GENITUS UNUS, PLURESVE, IS MlHt 

ce HERES ESTO. Deinde qcise dssc^^nt. t^ostca^ Si filius 

H ANTSMORITUR^^UAM IN TUTELAM 8UAM YENERIT^ 

c( TU MiHi^ dicebat ^ 5ECUNDUS hères ssto. Filius 
« non est natus. ^mbigunt agnati cum eo, qui est 
H heres^ si filius ante^ quam iu suam tutelam veniat^ 
« mortuus sit. » In hoc génère non potest hoc dici y 
ad tempus y aut ad eventum aliquem sententiam scrip- 
toris oportere accommodari^ proplerea, quod ea sola 
demonstratur y qua fretus ille y qui contra scriptum 
dicit^suam esse hereditatem défendit. Altemmau- 
tem genus est eorum , qui sententiam inducunt. In 
quo non simplex voluntas scriptoris ostenditur^ qus 
in omne tempus y et in omne factum idem yaleat : 
sed ex quodam facto y aut eventu ad tempus inter- 
pretanda dicitur. Ea partibus juridicialis assumtivae 
maxime sustinetur. INam tum inducitur comparatio^ 
ut « In eùm y qui, cum lex aperiri portas noctu veta- 
cr ret^ aperuit quodam in bello^ et auxilîa qusedam 
a in oppidum recepit y ne ab hostibos opprimereiitnr> 
c( si foris essent y quod prope muros hostes castra 
a haberent : » tum relatio crîminis^ ut « In eo ' milite, 
« qui y cum communis lex opmium hominem occi- 
« dere yetaret y tribunum (militum ) suum^ qui vim 
« slbi ' aiferre conaretur, occidit : » tum remotîocrî- 
minis^ ut « In eo, qui, cum lex, quibus diebus in lega- 
« tionem proficisceretur, prœstituerat, quia sumtum 
« quœstor non dédit, profectus non est : » tum con- 

i Abest miiite, — » > loferre. 



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DE L'INVENTION, LIVRE II. aSt 

« ces fermes : Si j'ai uh ou PLusisuas fils, ils hé&itb8x>bt 
f( DE MES BiEivs ; suiveiit les formules ordinaires. Puis il ajoute : 
a Si voif fils meurt avant sa majorité y vous serez mou 
te second héritier. Il n'eut pas de fils; les agnats demandent 
t( k Théritier si le fib est mort avant d'avoir atteint l'âge de 
V majorité. » 

On ne peut pas conseiller ici d^adapter la volonté du tes- 
tateur au tensips et aux circonstances ; car la seule circons* 
tance qu'on pourrait indiquer ferait toute la force de celui 
qui attaque le texte pour défendre ses droits k l'héritage, 
n est encore une manière de défendre l'intention. On ne sou- 
tient pas que la volonté du testateur ait été toujours la même, 
indépendante des événemens et dirigée vers le même but ; 
.mabque, d'après certains fidts, certains incidens, il faut 
l'interpréter suivant les circonstances ; et alors on puisera ses 
plus puissans moyens dans la cause juridiciaire accessoire. Tan- 
tôt on emploie l'alternative , comme le fit « Gdui qui , malgré la 
« loi , ouvrit de nuit les portes , pendant 'la guerre , pour 
<c recevoir des troupes qui eussent infailliblement été acca- 
« blées par l'ennemi campé sous les murs ; » tantôt la récri- 
mination, comme u Celui qui, malgré la loi générale qui dé- 
« fend l'homicide, a tué son tribun militaire, pour se dérobera 
« ses violences criminelles ; » tantôt le recours , comme ic Celui 
te qui, nommé ambassadeur, n'a pu partir au jour fixé par la 
« loi, faute d'avoir reçu de l'argent du questeur; » enfin, 
l'aveu du crime , pour s'excuser sur son ignorance ; comme 



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282 DE IWVENTIONE, LIBER JEI. 

ces^o pej purgationem , et per imprudentiam y ut 
H in viluli immojatione ; » ei per yim, ut « in navi 
a rostrata : m et per casum , ut w in Eurotae fluminis 
w magnitudine. » Quare aut ita sententla inducetur^ 
ut unum qulddam voluisse scriplor demonslretur : 
aut sic, ut in ejusmodi re et tempore, hoc voluisse 
doceatur. 

XLIII. Ergo is, qui scriptum défendit, his locis 
plerumqiie omnibus , majore autem parte semper 
poterit uti : Prim^m scriploris collaudationo, et loco 
commuai, nihil eos, qui judicent, nisi id, quod 
scriptum sit, speclare oporiere : et hoc eo magis, 
si legitimum scriptum proferetur, id est, aut lex 
îpsa, aut ex lege aliquid. Postea quod yehementissi- 
mum est, facti, aut intentionis adversariorum cum ipso 
scripto contentiotte, quid scriptum sit, quid factum, 
quid juratus judex : quem locum multis modis yar- 
riare oportebit. Tam ipsum secum admirantem, 
quidnam contra dici possit : tum ad judicis officium 
reyertentem, pt ab eo quaerentem, quid praeterea 
audire, aut exspect^re debeat : tum ipsum adver- 
sarium, quasi intentantis loco, producendo, hoc 
est, interrogando, utrum scriptum neget esse ea 
modo, an ab se contra factum esse, aut contra con- 
tendi neget : utrum negare ailsus sit , se dicere de* 
ftiturum* Si neutram neget^ et contra tamen dieatc 
nihil es^e, quohominem impudentiorem quisquan» 
se yisurum arbitrelur. In. hoc ita commorari con- 
veniet, quasi nihil praeterea diceadum sit, et qna^ 



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DE L'INVENTION, LIVRE IL a85 

(c dans le sacrifice du veau ; » sur tme force irrésbtii)le, comme 
a dans le vaisseau k éperon ; » sur le hasard y comme a dans 
u le débordement de l'Ënrotas. » Ainsi déyeloppes Pesprit du 
texte, de lianière a prouver que la volonté du testateur ou 
du législateur était une et invariable , ou qu'elle a été déter- 
minée par telle ou telle circonstance , tel ou tel événement. 
XLIIL Tous les lieux que nous allons indiquer , ou du 
moins le plus grand nombre y pourront servir a celui qui dé- 
fend la lettre. U commencera par l'éloge du législateur ou du 
testateur , et par un iieu commua sur la nécesaîté indispea^ 
fiable pour un juge, de s'en tenir à la lettre , surtout quand 
il s'agit du texte de la loi , et de tout ce qui s'y rapporte. 
Ensuite (et c'est surtout ici qu'il faut redoubler d'énergie), 
l'orateur doit comparer la conduite ou Pîntention de ses ad- 
versaires avec l'écrit lui-même , les définir l'un et l'autre , 

• 

rappeler aux juges leur .serment, et surtout varier les formes 
de SOU: éloquence. Tantdt il se deni^ade avec étmnemen^ a 
lui-mèoieeeqa'on peut répondre ; tantôt ii s'adresse encore aux 
juges. U semble les interroger sur ce qu'ils doivent encore at- 
tendre de lui ; enfin, s'adressant a son adversaire, qu'il pa- 
raît accuser a son tour, niez-vous, dira-t-il , que ce soit la 
le texte de la loi , et que vous ayez agi dans un sens contraire, 
ou que vous y portiez atteinte? osez nier l'un ou l'autre, et 
je ma tais. 

Accorde- t-il l'un et l'autre, sans se désister de ce qu'il 
avance, vous ne pouvez plus victorieusement prouver son 



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38 i DE INVENTIONE, LIBER II. 

contra dici nihil possit , saepe id y quod scriptam 
esti recitando; sœpe cum Bcripto factum adversarH 
conûigendo; atque interdum acriter ad judicem ipsura 
reverteado* Quo in loco judici demonslraDdnm est, 
quid juratus sit^ quid sequi debeat : duabus de causis 
judicem dubitare oportere ^ si aut scriptum sit obs- 
cure ^ aut neget aliquid adversarius. 



XLIV. Gufji et scriptum aperte sit^ et adversarius 
omnia confiteatur , tum judicem legi parère , non 
interpretari legem oportere. Hoc loco confirmâtes 
tum di]uere ea^ quae contra dici poterant, oportebit. 
Contra autem dicetur y si aut prorsus aliud sensisse 
scriptor y et scripsîsse aliud demonstrabîtur : ut in 
illa de testamento y quam posuimus y controversia y 
aut causa assumtiva inferetur y quamobrem scripte 
non potuerit, aut non oportuerit oblemperari. Si 
aliud sensisse scriptor ^ aliud scripsisse dicetur ^ is^ 
qui scripto utetur y hoc dicet y non oportere de ejus 
voluntate nos argumentari y qui , ne id facere pos- 
semus y ' indicium nobis reliquerit suœ voluntatis : 
multa incommoda consequi y si instiluatur , ut a 
scripto recedatur. Nam et eos^ qui aliquid scribant^ 
non existimaturos > id , quod scripserint y ratum fu- 
turum : et eos , qui judicent , certum , quod sequan- 
tur, nihil habituros^ si semel a scripto recedere 
consueverint. Quodsi voluntas scriptoris conseryanda 

> Jiulicûim. 



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DE L'INVENTION, LIVRE IL aSS 

impudence y qu'en tous arrêtant tout à coup, comme si vous 
n^s^iez plus rien a dire , comme si Ton n'avait rien à tou3 
répondre ; lisez souvent k haute voix l'écrit qui fait l'objet 
de la discussion; comparez avec cet écrit la conduite de votre 
adversaire ; adressez-vous quelquefois au juge avec vivacité ; 
rappelez-lui son serment , les règles qu'il doit suivre, en ajou* 
tant que l'obscurité du texte ou les dénégations de l'adver- 
saire pourraient seules le jeter dans l'incertitude. 

XLIV. Mais puisque le texte est formel, que votre adversaire 
convient de tous les faits , le devoir du juge est d'obéir à la 
loi, et non de l'interpréter. Ceci bien- établi, écartez toutes 
les objections qu'on pourrait vous faire. 

On vous réfutera en prouvant que les expressions du rédac- 
teur ne sont pas d'accord avec sa volonté , comme il est ar- 
rivé dans l'exemple du testament j ou par la question accès-» 
soire , pourquoi l'on n'a pas pu ou dû s'en tenir rigoureuse* 
ment au texte. 

Si l'on soutient que les expressions et l'intention du rédac^^ 
teur ne s'accordent pas, celui qui s'en tient à la lettre dira 
qu'il ne nous appartient pas de raisonner sur la volonté de 
celui qui , pour nous en empêcher , nous en a transnfts l'ex- 
pression. Que d'inconvéniens ne se présenteront pas, si l'on 
jDoet une fois en principe que l'on peut s'écarter de la lettre ! 
Ceux qui écrircmt leurs volontés , croiront qu'on ne les obser- 
vera pas , et les juges n'auront plus de règle sûre, une fois qu'ils 
seront habitués à s'éloigner du sens littéral. Vous voulez suivre 



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3t86 DE INVENTIONE, LIBER II. 

sit y se y non adversarios , a voluntate ejus slare. Nam 
multopropiusaccederead scriptoris Toluntatem eum^ 
qui ex ipsius eam liueris imerpretetur , qnam illnm ^ 
qui sententiam scriptoris non ex ipsius scripto sptec-< 
tety quod ille suœ voluntatis quasi imaginem relique-* 
rit y sed domesticis suspicionibus perscrutetur. Sin 
causam afferet is y qui a sententia stabit^ primum erit 
contra dicendum : quam absurdum y non negare con- 
tra legem fecisse y sed quare fccerit y causam aliquam 
invenire : deinde conversa omnia esse : anle solitos 
esse accusatores judicibus persuadére y affinem esse 
alicujus culpsd eum^ qui accusaretur; causam pro- 
ferre ^ quœ eum ad peccandum impulisset : nunc 
ipsum reum causani afferre y quare deliquerit. Deinde 
hanc inducere partitionem^ cujus in singulas partes 
multœ convenient argumentationes : primum nulla in 
lege ullam causam contra scriptum accipi convenlre : 
deinde si in ceteris legibus conveniat , hanc esse hu- 
jusmodi legeni^ ut in ea non oporteat : postremo si in 
hac quoque lege oporteat, hanc quidem causam ac- 
cipi minime oporlere. 

XLV. Prima pars bis fere locîs confîrmabilur : 
scrlptori neque ingenium , neque operam , neque 
ullam facultatem defuisse y quo minus posset apert^ 
perscribere id, quod cogitaret : non fuisse ei grave ^ 
Bec difficile 9 eam causam excipere, quai^ adversarii 
proférant, si quicquam excipiendum putassel ; con- 
suesse eos , qui leges scribant , excepiionibus uti. 



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DE L'INVENTION, LIVRE IL 287 

h volonté du rédacteur ; mais ce n'est pas moi qui m'en écarte ; 
c'est mon adversaire : car celui (fcd juge Piméntion d'un homme, 
d'après ses expressions, est bîen plus fidèle a ses volontés, que 
celui qui ne s'en rapporte point aux expressions que le rédac- 
teur nous a laissées comme le tableau fidèle de ses intentions, 
et qui prétendrait les deviner ou les interpréter mieux que 
tui-méme. 

Si celui qui s'attache a l'esjNrit , expose ses ndscms , répondes 
d'abord qu'il est absurde de convenir qu'on a enfreint la loi, 
et de chercher a justifier sa conduite. Dites ensuite que tout 
est bouleversé : autrefois c'était l'accusateur qui prouvait aux 
juges que l'accusé était coupable , qui établissait les motifs de 
son crime y aujourd'hui c'est l'accusé qui montre pourquoi il 
est coupable. Chaque partie de ta division suivai^Q lui four- 
nira une foule de raisonnemens. i"*. Aucune loi ne permet 
d'alléguer des raisons contre le texte dejaloi; a*", quand toutes 
tes autres loi^ le permettraient, celle dont il s'agit ferait seule 
exception; 3®. enfin, quand celte loi même le permettrait, 
dans une cause de cette nature , on ne devrait point le souffrir. 

XLV . Voici a peu près les moyens dont on peut appuyer 
la première partie. J^ rédacteur ne manquait ni de Tesprit, 
ni des lumières, ni des secours nécessaires pour exprimer sa 
volonté. S'il avait cru que le cas où se trouve votre adver- 
saire méritât quelque exception , rien n'était plus simple et 
plus facile que de l'exprimer. Lesr législateurs n'ont-ils pas 
Tusage de faire des exceptions? 



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jS» BE inventions, UBER II. 

Oeinde oportet recitare leges cum ex€epti<HiU)us 
scriptas y et maxime videre y si qua in ea ipsa lege , 
qua de agitur y sit exceptio aliquo in capite^ aut apud 
eundem legis scriptorem, quo magis eum probetor 
fuisse exceplurum, si quid excipiendum putaret : et 
ostendere y causam accipere y nibil aliud esse y nisi 
legem tollere : ideo quod y cum semel causa consi- 
deretur^ nibil attineateam ex lege considerare^ quippe 
quse in lege scripla non sit. Quod si sit institutum; 
omnibus causam dari et potestatem peccandi y cum 
intellexerint, vos ex ingenio ejus^ qui contra legem fe- 
cerit^ non ex lege^ in quam jurati sitis^ rem ju- 
dicare : deinde et ipsis judicibus judicandi^ et ceteris 
ciyibus viyendi rationes perturbatum iri^ si semel a 
legibus recessum sit : nam et judices neque quid se^ 
quantur^babituros^ siabeo^ quodscriptum sit^ re- 
cédant : neque y quo pacto aliis improbare possint p 
quod contra legem judicarint : et ceteros cives y quid 
)siganty ignoraturos y si ex suo quisque consilio^ et ex 
ea ratione y quae in mentem y aut in libitlinem' venerit y 
non ex communi praescripto civitatis unamquamque 
rem ' adcûinistrarit ; p^slea quœrere à judicibus ip- 
sis, quare in alienis detineantur negotiis : cur reipu- 
blicae munere impediantur, cum saepius * suis rébus 
et com modis servire possint : cur in ceria verba jurent : 
cur certotemporeconvéniantycertodiscedant : nibil 
quisqnam afferat causœ, quo mil)u4 freqîientër ope- 
ratn relpublicœ det, nisi qùae cau'^' iH iége ex<;ëpta 

* Adniinistrabir. — * SeriU luis rebok. 



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DE L'INVENTION , LIVRE II. 289 

Lises ensuite les lois qui portent des exceptions; examinez 
surtout si la loi dont il s'agit, n'en renferme aucune , ou si le 
législateur n'en a point fait ailleurs quelques autres ; ce qui 
prouvera qu'il ne les aurait point omises ici, s'il avait cru qu'elles 
fussent nécessaires. Prouvez ensuite qu'admettre ces raisons y 
c'est anéantir la loi, puisqu'on ne peut prendre ces exceptions 
en considération , d'après une loi qui n'en parle pas. Si l'on 
adoptait cette maxime y on offirirait à chacun les moyens et 
l'occasion de devenir criminel, puisque alors on jugerait les 
délits d'après lé caprice du coupable , et non d'après la loi 
que l'on a juré d'observer ; enfin , que s'écarter de la loi , c'est 
renverser les principes qui guident les magistrats dans leurs 
jugemeuS; et les citoyens dans leur conduite. 

En effet, qui pourra diriger les juges , s'ils s'écartent de la 
lettre? Comment pourront-ils condamner les autres, eux qui 
auront jugé contre la loi ? Et les citoyens sauront-ils ce qu'ila 
doivent faire, si chacun, sans respect pour les lois générales 
de l'état, ne suit dans sa conduite d'autre règle que son ca- 
price et sa volonté ? Demandez aux juges pourquoi ils s'inquiè- 
tent d'affaires étrangères; pourquoi ils s'occupent du bien 
de l'état , tandis qu'ils pourraient se livrer tout entiers à leurs 
intérêts et k leurs plaisirs; pourquoi ils emploient une for- 
mule de serment ; pourquoi ils s'assemblent et se séparent a 
des heures fixes et réglées ; pourquoi , s'ils se sont 4étournié& 
des affaires publiques, n'allèguent-ils d'autres causes qoe ^celles 

u. 19 



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2^0 DE INVENTIONE , LIBER H. 

sit : an se legibus obstrictos in tantis molestiis esse 
£equum censeaut, adversarios nostros leges negUgere 
concédant : deinde ilem quserere ab judicibus, si 
ejus rei causam, propter quam se reus contra legem 
fecisse dicat, exceptionem ipse in lege adscribat^ 
passurine sint: postea hoc, quod faciat, indignius 
et impudeniius esse , quam si adscribat : âge poiro, 
quid si ipsi velint judices adscribere : passurusne sit 
populus ? atque hoc essie indignius , quam rem verbo 
et litteris muiare non possint , eam re ipsa , et judicio 
maxime, commiUare : deinde indignum esse de lege 
aliquid derogari , aut legem abrogari , aut aliqua ex 
parte commutari, cura populo cognoscendi , et pro- 
bandi , aut improbandi potestas nulla fiât : hoc ipsîs 
judicibus invidiosissimum Aiturum : non htinc locum 
esse, neque hoc tempus legum corrigeudai^um : apud 
populum hoc, et per populum agi convenire :.quod si 
nunç id agant, velle se scire, qui lator sit, qui sint 
âccqptupi : se actiones videre et dissuadere yelle : 
quodsi haec cum summe înutilia, tum multo turpis- 
sima sint ; legem , cujuscemodi sit, in praesentia con-* 
servari ' ab judicibus , post , si displiceat , a populo 
corrîgi convenire : deinde, si scriptum non exstaret , 
mdgnopere quœreremus : qeque isti, ne si extra péri- 
culum quidem esset, crederemus. Nunc cum scrip- 
tum sit,L ai^entiam e;$s^, ejus, qui peccarit potius , 
quam legls ips^us verba cognpscere, U^i et hu jusmodi 
rationibus osienditur^ causam extra scriptum accipi 
non oportere. 



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DE L'INVENTION, LIVRE IL agi 

exceptées par la loi : est-il juste que la loi vous impose un 
joug si pesant dont vos adversaires savent s'affranchir ? 

Si le coupable, direz-vous encore , voulait ajouter à la loi 
l'exception qui peut justifier sa conduite, le souiTririez-vous ? 
N'est-il pas mille fois plus indigne et plus impudent d'en- 
freindre la loi, que d'y ajouter? Supposeras que votts<*mémes, ma* 
gîstrals, vous veuillez le faire, le peuple le souflfrira-t-il? Et 
u'est-il pas plus indigne de changer une loi par le fait même 
et par votre jugement, que d'en altérer le texte et les ex- 
pressions ? 

'^ Quelle indignité de déroger a la loi , de l'abroger, ou d'y 
faire le plus léger changement , sans que le peuple puisse en 
prendre connn^sfiftiice , l'approuver ou le rejeter ! Cette innor 
vation ne sera-t^Ue pas dangereuse pour les juges? Ce n'est 
ni le temps ni le Keu de corriger les lois ; c'est devant le peuple, 
c'est parle peuple qu'elles doivent l'être. Si l'on fait ces chan- 
gemens , dites que vous voulez savoir quel législateur s'en char- 
gera, quels citoyens les approuveront ; dites que vous prévoyez 
les suites de cette innovation , et que vous vous y opposez. 

Quand même ces dispositions seraient aussi honteuses qu'i- 
nutiles , les juges n'en doivent pas moins observer la loi , quelle 
qu'elle soit. S'ils y trouvent quelque chose a reprendre, c'est 
au peuple k la corriger. Enfin , si nous n'avions point le texte 
de la loi , nous mettrions tous nos soins a le découvrir ; nous 
n'y croirions pas, tant qu'il ne serait pas hors de toute at- 
teinte. Maintenant que nous l'avons, quelle folie d'en croire 



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292 DE INVENTIONE , LIBER II. 



XLVI. Secunda pars est^ in qua est ostendendum ^ 
si in ceteris legibus oporteat^ inhac non oportere* 
Hoc demonstrabitùr^ si lex aut ad res maxîmas^ 
utilissimas y honestissimas > religiosissimas videbi^ 
tur pertinere : aut inutile y aqt turpe y aut nefas esse 
tali in re non diligentissime legi oblemperare : aut 
ita lex diligenter perscripta demonstrabitur y ita 
cautum unaquaque de re y ita quod oportuerit y ex- 
ceptum y ut minime conveniat quidquam in tam 
diligenti scriptura praeteritum arbilrari. Terlîus lo- 
cus est ei y qui pro scripto dicet^ maxime necessarius^ 
per quem ostendat oportet y si conveniat causam con- 
tra scriptum accipi y eam tamen minime oporterç y 
quse ab adversariis afferatur. Qui locus idcirco est 
buic necessarius y quod semper is y qui contra scrip- 
tum dicit, œquitatis aliquid afTerat oportet. Nam 
summa impudentia ' sit , eum y qui contra ' quam 
quod scriptum sit , aliquid probare velit , non aequi- 
tatis praesidio id fàcere conari. Si quid igitur ex bac 
ipsa quippiam accusator deroget y omnibus partibu» 
}ustius et probabilius accusare videtur. INam superior 
oratio hoc omnis faciebat y uti judices y etiamsi nol- 
lent y necesse esset ; hœc autem y etiamsi necesse noa 

' Est. — 3 Abeit quam. 



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DE L'INVENTION, LIVRE II. 293 

plutôt le coupable que les paroles mêmes de la loi ! C'est par 
ces raisons et par d'autres semblables , qu'on prouve qu'il ne 
faut point admettre d'exceptions qui ne se trouvent pas dans 
la loi. 

XL VI. Dans la seconde partie, il faut montrer que^ quand 
même les autres lois seraient susceptibles d'exceptions, celle-ci 
ne salirait en admettre. Prouvez que cette loi embrasse les 
objets les plus utiles, les plus importans, les plus nobles et 
les plus sacrés ; qu'il serait honteux , inutile ou sacrilège de 
ne pas observer scrupuleusement la loi dans une semblable 
affaire , ou que la loi est si exacte , a si bien prévu tous les 
cas et toutes les exceptions possibles, qu'il est ridicule de sup- 
poser qu'on ait omis quelque chose dans une loi rédigée avec 
tant de soin. 

Enfin , celui qui défend la lettr« , a pour troisième lieu com- 
mun , et c'est le plus important , que s'il convient quelque- 
fois d'admettre des raison^ qui combattent le texte, il ne faut 
pas du moins s'arrêter a celles de son adversaire. Ce point 
est d'autant plus essentiel, que toujours celui qui attaque la 
lettre doit avoir pour lui les apparences de la justice» Ne se- 
rait-ce pas le comble de l'impudqice, que d'at^quer un texte 
sans s'appuyer sur l'équité? Si ^m l'a/ccusateur parvient à 
jeter des doutes sur ce point, a l'yard die l'acc^sé^ l'accusa- 
tion paraîtra bien plus juste et bien mieux fondéei Car tout 
ce qui précède ne tendait qu'à mettre les juges dîins ta néces^ 
site de ne rien faire contre le sens littéral 5 tandis que Viiano- 



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294 I>E INVEOTIONE, LIBER IL 

esset^ ut vellent contra judicare. Id autem fiet^ si , 
quibus ex locîs culpa demonstrabitur non esse in co^ 
qui comparatione 9 aut remotione^ aut relatione cri* 
minis y aut concessionis partibus se défendit (de 
quibus anle , ut potuimus, diligenter perscripsimus; 
de bis locis , quae res postulabit j ad causam adver- 
sariorum improbandam transferemus ) : aut causse et 
rationes aflferentur , quarc , et quo consilio îla sit in 
lege , aut in testamento scriptum ; ut sententîa quo* 
que, et voluntate scriptoris, non ipsa solum scripturae 
causa confirmatum esse videatur : aut aliis quoque , 
constitutionibus factum coarguetur. 



XL VII. Contra scriptum autem qui dicet, primum 
eum inducet locum y per quem œquitas causae de- 
monstretur : aut ostendet , quo animo, quo consilio , 
qua de causa fecerit : et , quamcunque causam assu- 
met, assùmtionis partibus se defendet, de quibus 
ante dictum est, Atque hoc in loco cum diutius com- 
moratus y sui facti rationem et œquitatem causae 
exornaverit, tum ex bis locis fere contra adversa- 
rios dicet oportere causas accipi. Demonstrabit , niJ- 
lam esse legem, quae aliquam rem inutilem, aut ini- 
quam fieri velit : omnia supplicia y quae a legibus 
profîciscantur y culpae ac malitiae yindicandae causa 
consiituta esse : scriptorem ipsum^ si existajt^ factuoà 



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DE L'INVENTION, LIVRE If. 295 

Tfttion pjroposée par les adTetsaires force le juge a prononcer 
contre le sens de la loi. Vous réussirez , en pareil cas , a per-^ 
suader, si, entre les lieuX propres k la cause, vous tournez 
contre l'adversaire ceux par lesquels il aura été démontré qu'on 
n'a rien a reprochera un honune qui, dans sa défense, a em- 
ployé la comparaison ou le désaveu, la justification ou la 
concession ( point que j'ai très-soigneusement développé ) ; 
vous réussirez, si vous allègues les causes et les motifs pour 
lesquels la loi ou un tesument renferme de telles disposi- 
tions, de sorte que vous insistiez plutôt sur la pensée et la 
volonté du rédacteur, que sur le motif même de l'écrit. Vous 
pourrez enfin employer d'autres argumens pour démontrer la 
mauvaise foi avec laquelle l'adversaire a interprété le sens lit- 
téral. 

XL VII. Celui qui attaque la lettre, établit d'abord l'équité 
de sa cause; il montre quelle à été son intention , ses motifs , 
l'esprit qui l'a dirigé; et, quelques raisons qu'il apporte, il 
suivra, dans sa défense, les principes que nous àvoiis donnés 
sur la question accessoire. Après avoir, en développant ces 
moyens, expose ses motifs, établi l'équité de sa cause, il exi- 
gera que ses adversaires l'attaquent avec des armes semblables 
à celles qu'il emploie p<Hir, sa défense ; H prouvera que la loi 
n'ordonne jamais rien d'injuste 0u d'inutile^ et que les peines 
qu'elle prononce ne doivent tomber que sur le crime ou la 
méchanceté; que le rédacteur, s'il existait encore, approuve- 
rait une telle action ; qu'il en aurait fait autant dans les mêmes 



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r^çfi DE INVENTÏONE, LIBER II. 

hoc probaturum : et idem ipsum y si ei talis res ac-^ 
cidissel , facturum fuisse : et ea re legis scriptcrem. 
cerlo ex ordine judîces, cerla œlale prseditos consii* 
misse , ut essent^ non qui scriptum suum recitarent , 
quod quivis puer facere posset , sed qui cogitationem 
assequi possent , et voluntatem interpretari : deinde 
illum scriptorem y si scripta sua stultls hominibus et. 
barbaris judicibus committeret ^ omnia summa dili— 
gentia perscriplurum fuisse: nunc vero, quod intel- 
ligerety quales viri judicaturi essent^ idcirco eum^ 
quae perspicua videreiesse, non adscripsîsse : neque 
enim vos scripti sui recilalores y sed voluntalis inter- 
prètes fore puiavit : postea quœrere ab adversariis y 
quid si hoc fecissem ? quid si hoc accidisset ? eorum 
aliquid y in quibus aut causa sit honestissima y aut 
necessitudo certissima ; tumne accusaretis ? Atqui 
hoc lex nusquam excepit: JNon ergo omnia scriptis , 
sed quaedam , quse perspicua ' sint , tacitîs excep- 
tionibus caveri : deinde nullam rem neque legibus^ 
neque scriptura ulla , denique ne in sermone quidem 
quotidiano atque imperiis domesticis recte posse ad- 
ministrari , si unusquisque velit verba spectare , et 
non ad voluntatem ejus, qui verba habuerit, ac- 
cède re. 

XL VIII. Deinde ex utilitatis et bonestatis partibus 
ostendçre , quam inutile , aut quam turpe sit id , 
quod adversarii dicant fieri oportuisse^ aut oportere: 
et id^ quod nos fecerimus^ aut postulemus^ quam 

» Sum. 



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DE L'INVENTION, LIVRE II. 297 

circonstances : Magistrats, dira-t-il, isi le législateur exige que 
les juges soient.pris dans un certain ordre de citoyens, qu'ils 
aient atteint un certain âge, ce n'est pas pour qu'ils puissent 
répéter ses paroles , ce que pourrait faire un enfant , mais pour 
être en état de deviner sa pensée et d'être les interprètes de 
sa -volonté. Si le rédacteur eût abandonné l'expression de sa 
volonté à des juges barbares et ignorans, il eût prévu tous les 
cas avec le plus grand soin ; mais, comme il connaissait ses 
juges, il n'a point païlé de ce qui lui semblait évident, per- 
suadé que vous ne vous contenteriez point de répéter ses pa« 
rôles, et que vous chercheriez plutôt a interpréter sa volonté. 
Ensuite, s'adressant a ses adversaires, qu'il leur demande: 
Si j'avais fait telle chose , si tel événement était arrivé ( et il 
ne s'agit ici que d'actions honnêtes ou d'une nécessité inévi- 
table), m'auriez -vous accusé? et cependant la loi ne parle 
point de cette exception. Elle ne les fait donc pas toutes ? U 
en est donc d'assez évidentes pour qu'elle n'en parle pas? 
Enfin, dans la conversation, dans l'administration de sa mai- 
son , aussi bien que dans la loi et dans un écrit , que de bévues 
ne commettrait-on pas, si l'on voulait s'en tenir a la lettre, 
sans se prêter a l'intention de celui qui a parlé ! 

XLVIII. Prouvez ensuite , par les lieux communs de l'hon- 
neur et de l'intérêt, combien ce que vous devez ou vous auriez 
dû faire, suivant vos adversaires, serait honteux ou inutile; 
combien, au contraire, ce que vous demandez ou ce que vous 



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298 DE INVENTIONE, LIBER II. 

utile y aut quam honestum sit : deinde leges nobis ca* 
ras esse non propter liiteras^ quae tenues et obscur» 
notae sint yoluntatis> sed propter earum rerum ^ qui- 
bus de scriptum est y utilitatem y et eorum y qui 
scripserint y sapientiam et dilîgentiam : poslea y quid 
sit lex y describere y ut ea videatur in sententiis , non 
in verbis consistere : et judex is videatur legi obtem- 
perare , qui sententiam ejus , non qui scrlpturam 
sequatur : deinde y quam indignum sit y eodem affici 
supplicio eum^qui propter aliquodscelusetaudaciam 
contra legem fecerit , et eum, qui bonesta , aut neces* 
saria de causa ^ non absenteniia^ sed ab liuerîs legîs 
recesserit : atque bis , et bujusmodi rationibus y et 
accipi causara^ et in bac lege accipi^ et eani causam y 
quam ipse aflFerat, oportere accipi demonstrabit. El 
quemadmodum ei dicebamus, qui a scriplo diceret^ 
hoc fore utîlissimum y si quid de sequitate ea , quae 
cum adversario staret, derogasset : sic huîc, qui 
contra scriptum dicet, plurimum proderit, et ipsa 
scriptura , aliquid ad suam causam convertere y aut 
ambiguë aliquid scriptum ostendere : deinde ex illo 
ambiguo eam partem y quœ sibi prosit^ defendere^ aut 
verbi dcfinitionem inducere , et illius verbi vim , quo 
urgeri videatur, ad suae causx commodum traducere^ 
aut ex scripto non scriptum aliquod inducere per ra- 
tiocinationem y de qua post dicemus. Qnacumqûe 
autem in re, quamvisleviterprobabili, scripto ipso 
se defenderit , etiam cum œquilate causa abundabit , 
necessario multum proficiet , ideo quod , si id , qua 



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DE L^INVENTION, LIVRE II. 293 

avez fait est utile et honorable. L'orateur fera aussi cette ré- 
flexion : ce qui nous est cher dans la loi, ce n'est point seule- 
ment les expressions , marques faibles et obscures de la volonté, 
mais l'importance du sujet, mais la sagesse et la prudence du 
législateur. Définissez ensuite la loi ; montrez qu'elle ne con- 
siste pas dans les mots, mais dans le sens, et que le juge qui 
s'attache a l'esprit et non a la lettre, n'en est pas moins fidèle 
à la loi. Quelle indignité de punir du même supplice le scélérat 
dont Paudace criminelle a enfreint la loi, et celui que des 
motifs honnêtes, ou une nécessité insurmontable , ont écarté, 
non pas du sens , mais de la lettre de la loi ! C'est par ces rai- 
sons et d'autres semblables, que l'orateur prouvera qu'on peut 
admettre des exceptions , les admettre pour la loi dont il s'agit , 
et admettre celle qu'il demande. 

Si rien n'est plus utile, pour celui qui défend la lettre, que 
de répandre du doute sur l'équité dont se pare son adversaire, 
il ne l'est pas moins , pour ce dernier , de montrer que le texte 
est pour lui, ou qu'il offre quelque ambiguïté-, de justifier 
lequel des deux sens est le plus avantageux a sa cause, ou de 
tourner en sa faveur, par la définition, l'expression la plus 
défavorable, ou enfin de tirer du texte, par induction, ce qui 
ne s'y trouve pas expressément. Nous parlerons plus bas de 
ce moyen de preuve. 

Lorsqu'on peut tirer de la lettre même im moyen de dé- 
fense , quelque faible qu'il soit , pourvu que la cause soit juste , 
ce moyen sera nécessairement très-avantageux, puisqu'en ren- 



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5oo DE INVENTIONE, LIBER H. 

nititur adversariorum causa ^ subduxerit^ omnem 
illam ejus vim et acrimoniam lenierit ac diluerit. 
Loci autem communes ' ceteri ex assumtionis parti- 
bus in utramque partem convenient. Praeterea ejus^ 
qui a scripto dicet^ leges ex se , non ex ejus^ qui con- 
tra commiserit^ utilitate spectari oportere^ et legibu» 
antiquius haberi nihil oportere. Contra scriptum, leges 
in consilioscriptoris, et utiliute communi, non in ver- 
bis consistere. Quam indignum sit^ œquitatem litterîs 
urgeri, quœ voluntateejus^ qui scripserit^ defendatur. 

XLIX. Ex contrariis autem legibus coptroversia 
nascitur, cum inter se duae videntur leges , aut plures 
discrepare y hoc modo : Lex est, qui tyrannum oc- 

CIDERIT , OLYMPIOWICARUM PRJEMIUM CAPITO , ET 
QUAM VOLET SIBI REM A MACISTRATU DEPOSCITO , 
ET MAGISTRATU8 El CONCEDITO- Et altéra IcX , TY- 
RANNO OCCISO y QUINQUE EJUS PROXIMOS COGNA- 

TiONE , MAGiSTRATUs NECATO. w Alcxaudrum , quî 
ff apud Pheraeos in Tbessalia tyrannidem occuparat , 
« uxor sua y cui Thebe nomen fuit y noctu y cum 
« simul cubaret, occidit. Haec lilium suum, quem 
H ex tyranno habebat, sibi * in praemii loco deposcît. 
ce Sunl, qui ex lege puerum occidi dicant oportere. » 
Kes in judicio est. In hoc génère utramque in partem 
iidem loci, atque eadem pr accepta convenieiit!,'ideo 
quod uterque suam legem coûfirmare, contrarÎMri'în- 
firmare debebit. Primum îgitur leges oportet conten- 
dere, consi4^rando, utra lex ad majores, hoc estj ad 



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DE LWVENTION, LIVRE II. 5oi 

versSint le point d'appui de l'adversaire, on ôte a ses moyens 
tout leur nerf et toute leur vivacité. Uun et l'autre pourront 
puiser leurs lieux communs dans la question accessoire. Celui 
qui défend la lettre pourra dire encore qu'il ne faut point in- 
terpréter la loi suivant l'intérêt du coupable ; que rien n'est 
plus sacré que la loi. Son adversaire répondra que la loi ne 
consiste point dans les mots , mais bien dans l'intention du 
législateur et dans l'intérêt général ; qu'il serait souveraine- 
ment injuste de se prévaloir des expressions du législateur 
contre l'équité dont il avait l'intention de prendre la défense. 
XLIX. -Quand deux ou plusieurs lois semblent Contradic- 
toires , le point de discussion naît de cette opposition ; par 
exemple, une loi porte : le mexjetrier d'un tteàn recevra 

LE PRIX DES JEUX OLYMPIQUES, ET LE MAGISTRAT LUI ACCORDERA. 

TOUT CE qu'il pourra DEMANDER. Une Rutrc loi ordonne, 

qu' APRES LA MORT d'uH TTRAH , LE MAGISTRAT PASSE MOURIR 

SES CINQ PLUS PROCHES PAREifS. <c Thébé, épouse d'Alexandre ; 
c( tyran de Phères, égorge son mari pendant son sommeil. '^ 
\t Elle demande pour récompense le fils qu'elle a eu du tyran. 
t( Quelques citoyens prétendent que la loi veut la mort de 
<c l'enfant. » L'affaire est portée au tribunal. Les mêmes lieux 
^ communs , les mêmes préceptes conviennent ici a chacune des 
deux parties, puisqu'il s'agit, pour l'une et pour l'autre, 
d'éta1>lir la loi favorable a sa cause, et. d'infirmer celle qui lui 
est contraii'e. 

il faut d'abord les comparer, examiner celle qui traite de 



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5o2 DE INVENTIONE, LIBER II. 

utîliores> ad honestiorcs ac magis necessarias resper^ 
tioeat : ex q uo conficitur, ut^ si leges duae^ aut si plares> 
aut, quoiquol erunt, consenrari non possint^quia 
discrepentinterse; ea maxime conservanda putetur , 
quae ad maximas tes pertinere yideatur : deinde utra 
lex posterius lata sit : nam postrema quaeque gravis— 
sima est : deinde ulra lex jubeat aliquid, utra permit^ 
tat : nam id^ quod imperatur, necessarium : illud ^ 
quod permittitur , voluntarium est : deinde in utra 
lege^ si non obtemperatum sit^ pœnaafficiatur^ aut 
in utra major pœna staïualur : nam maxime conser— 
vanda est ea y quae diligentissime sancia est : deinde 
utra lex jubeat^ utra vetet : nam sœpe ea, quae vetat , 
quasi cxceptione quadam corrigere videtur illam > 
quœ jubet : deinde utra lex de génère omni; utra de 
parte quadam ; utra communiter in plures ; utra îa 
aliquam certam rem scripta yideatur : nam quae ia 
partem aliquam , et quœ in certam quandam rem 
scripta est , promtius ad causam accedere videtur ^ 
et ad judicîiun magis pertinere : deinde, ex lege 
ulrum statim fieri necesse sit : utrum habeat aliquam 
moram et sustentationem : nam id y quod statim fa- 
ciendum sit, perfici prius oportet : deinde operanx 
dare , ut sua lex ipso scripto yideatur niti : contraria 
autem aut per ambiguum , aut per ratiocinationem , 
aut per definitionem iuduci; quo sanctius et firmiud 
id yideatur esse, quod apertîus ' scriptum sit:Dcindè 
suœ legis ad scriptum, ipsam sententidm quoque ad-» 
jungere, contrariam legem item ad aliam sententiàm 

' Descnpiom. 



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DE L'INVENTION, UVRE II. 3o5 

plus grands intérêts , je veux dire^ d'objets j^us utUes, plus 
honnêtes et plus nécessaires. On conclut alors- que si Von ne 
peut conserver deux ou plusieurs lois qui se contredisent, il 
faut donner la préférence a celle dont les dispositions em- 
brassent de plus grands intérêts. On recherche ensuite quelle 
est la loi la plus récente : c'est ordinairement la plus impor- 
tante. On distinguera la loi qui permet, et celle qui ordonne; 
car on est obligé de faire ce qui est ordonné expressément ; ou 
est plus libre à l'égard de ce qui. est permis; puis on examine 
la loi qui punit la désobéissance, ou celle qui la punit avec 
le plus -de sévérité. H faut conserver la loi qu'on a rédigée 
avec le plus de soin , ensuite conserver aussi celle qui or- 
donne, et celle qui défend; car la loi prohibitive ne semble, 
le plus souvent, qu'une exception de la loi impérative. Après 
quoi l'orateur s'arrête a la loi générale et a la loi particulière ; 
à celle qui s'applique a plusieurs circonstances ; a celle qui ne 
s'applique qu'à un seul cas. En effet, la. loi particulière et 
celle qui ne parle que d'un seul cas , tiennent de plus près à une 
cause, a un jugement; puis on examine celle qui ordonne 
sur-le-champ , et celle qui accorde quelques délais et quelques 
retards ; car il faut s'en tenir d'abord à ce qu'on nous ordonne 
sur-le-champ. 

Tâchez ensuite de paraître fidèle a la lettre de votre loi , 

". *' 1 '" ^ "'* . . , '. . 

tandisque votre adyerssdre est obligé d£ choisir entre un double 

sens , ou 4^ Recourir à l'analogie , a la définition. Une loi dont 

le scf» (^dWx 4 hien plus de poids et d'autorité. Montres en-* 



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5o4 DE ÏNVENTIONE, LIBER IL 

traducere, ut, si fieri poterit, ne discrepare quidem 
videantur inier se : postremo facere , si causa dabit 
facultatem , ut nostra ratione utraque lex conservarL 
videatur, ' adversariorum ratione, altéra sit neces-* 
sarîo negligenda. Locos autem communes , et quos 
ipsa causa det , videre oportebit , et ex utilitatis et 
honestatls amplissimis partlbus sumere , démons— 
trantem per amplificationem , ad utram potins legem 
accedere oporteat. 

L. Ex ratiocinatione nascitur controversia, cum 
ex eo , quod uspiam est , ad id , quod nusquam 
scriptum est, pervenitur , boc pacto : Lex est: Si 

FURIOSUS EST , ' AGNATORUM GENTILIUMQlfE IN 
EO PECUNIAQUE EJUS POTESTAS ESTO. Et IcX : Pa- 
TERFAMILIAS UTl SUPER FAM1LIA PECUNIAQUE SUA 
^ LEGAYERIT, ITA JUS ESTO. Et IcX : Si PATERFAMI- 
LIAS INTESTATO MORITUR , FAMILIA PECUNIAQUE 
EJUS * AGNATORUM GENTILIUMQUE ESTO- W Quidaiït 

(c judicatus est parentem occidisse. £i statim, quod 
« effugiendi potestas non fuit, ligneœ soleae in pedes 
(c inductae sunt : os autem obvolutum est folliculo et 
« praeligatum : deinde est in carcerem deductus, ut 
(( ibi esset tantisper, dum culeus, in quem conjectus 
w in proûuentem deferretur , compararetur. Inierea 
(( quidam ejus familiares in carcerem tabulas afTc^ 
« runt, et testes adducunt : beredes, quos ipse jubet, 
cr scribunt : tabulœ obsignantur. De illo post suppli-- 
(c cium sumitur. Inter eos, qui beredes in tabulis 
<< scripti sunt , et Inter agnatos , de hereditate contro- 

> El adtcnarionim. — > Agnatom. — ' Legasstt. — 4 Agnatum« 



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DE L'INVENTION, UVRE IL 3o5 

^te l'accord de la lettre et de l'esprit; essayez de ramener 
au sens de votre loi celle qu'înyoque votre adversaire , et de 
montrer qu'elles ne sont point contradictoires -, que, dans votre 
senS; on peut les conserver l'une et l'autre , tandis qu'en adop« 
tant celui de votre adversaire , il faut nécessairement ne point 
tenir compte de Tune des deux. Pour les lieux communs, 
la cause elle-même vous en fournira ^ et , en développait Ifis. 
lieux féconds de l'homieiir et de l'intérêt y vous montrerez a 

laquelle des deux lois on doit obéir de préférence. 
L. C'est une question d'analogie quand , de ce qui se trouve 

dans laloi , on déduit ce qui ne s'y trouve pas. La loi met vs 

FU&IEtJX ET TOUS SES BIEHS SOUS Là TUTELLE DE SES FARENS 
DU CÔTÉ PATERlfEL , ET DE SES PAREKS DU cÔtÉ MATERNEL. 

Une autre loi permet au père de- pami^lle de léguer a 

QUI IL VOUDRA SES ESCLAVES ET SES BIEHS. Elufill y UDO troi'' 

sième porte que Si un fèrepe famille meurt sajis tester y 

8E8 esclaves ET SES BIENS APPARTlEHlfEirT A SES AAttATS ET 
A SES COLLATÉRAUX. 

(( Un homme est condamné pour parricide ; aussitôt, pour 
« l'empêcher de fuir , on lui met des entraves , on lui enveloppe 
u la tête dans un sac de cuir, et on le mène en prison^ jus- 
ce qu'a ce qu'on ait achevé le sac où l'on doit l'enfermer pour 
(( le jeter dans la rivière^. Cependant quelques amis lui appor- 
H tisnt ies tablettes dans la prison , asiènent des témoins, et 
« éorivent les noms de ceux qu'il institue ses héritiers. Oa- 
<« «igné le testament, et le coupable est conduit au supplice. 
n. ao 



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5o6 DE INVENTIONE, LIBER II. 

a versia est. Hic ceru Lex, quœ testamenii faciendi 
(c ils 9 qui in eo Iocq sint^ adimat potestatem ^ nulja 
« profertur. Ex céleris legîlius, et quae dune ipsunx 
« supplicio hujûsmodi âfficîûnt, et qùœ^d testamenti 
« faciendipotestatem pertinent, per ràtiô<nilaïioneni 
i( veaiendum est ad ejusmodi ralionem, ut qusêratur^ 
« habtieriiDc testanienti fàrcièndrpotestatem. » Locos 
auc^w oon!Mnune& bod in génère argumentandi, hos, 
et huînamodi quosdanL esse arbitramur : primum , 
ejus scrîpU,. q^uod pr<^^«a, laudaiionem et confir- 
mauoneiVL: deinde eji^ rei , quade qwaeratur, cum 
eo, de quo censtat, colla tionem ejusQ^qdi^ uûd, de 
quo quaeritur, rei, de qua constet, simile esse videa- 
tur : postea admiratlonem ' per contentionem , qui 
fieri possît, ut, qui hoc œquum esse conceaat, illud 
lieget, q*uod aut aeqùîus, aiit eoHém sit in génère : 
dcfindé tdclteo hafc de re nihîl ésse scriptumVqtiod, 
cum de tUa estet scripiiuii , de iiac tffh^ qui scrilae-^ 
bat^ i;i^iewù)rmi chi^k^Ubirum arbicratua stt : postea 
multis in legibus mulla esse prseterita , quae idcirco 
praeterita nemo arbitretur; q^uod e% c^teris^ de qui- 
bus scriptum sit, intelligi possint : deiude aequitas reî 
demonstranda est , ut in juridiciali absoluta. Contra 
autem qui dicet , similîtudinem infirmare debebit : 
qnod fàciet, si demotistrabit , iHud, quod conferatur, 
ab ea, cm eoofèraiftur , dÎTerswm esse généré , natura , 
yi , nagnludine, iMapor», Ipeo, persona , opinione : 
sî,qi»^iii naoïereâUu^ qnod pw siimUtudinemâfier- 



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DE L'INVENTION, LIVRE II. 507 

« Les agnats disputent la succession à ceux que le testament a 
te nommésliéritiers. Majs ils ne peuvent produire aucune loi qui 
u dte formelfement à ceux qui sont en prison , le pouvoir de 
w tester. U faut donc, par analogie, chercher, et diaprés les lois 
« qui Pont condamné , et d'après celles qui prononcent sur les 
t( testamens, si le coupable avait, ou non, le pouvoir de 
a tester. » 

Voici a peu près les lieux communs qu'of&e ce genre de causei 
L'orateur conmience par louer et établir l'écrit qu'il produit ; 
il compare ensuite ce qui est douteux avec ce qui est certain , 
de manière a faire regarder ces objets comme absolument 
semblables. B s'étonae qu'en regardant l'un comme ^uste , on 
rejette Pautre qui l'est bien davanlage, ou, du mdns, qui 
l'est autant. % le législateur n'en foit pwU meaûoD ^ c'est 
qu'il a pensé qu'après ce qu'il avait écrit , le doute n'était 
plus permis. D'ailleurs , les lois ne sont-elles point remplies 
d'omissions auxquelles on ne s'arrête point , parce qu'on peut , 
d'après ce qui est écrit , suppléer ce qui manque? Établissez 
ensuite la justice de votre cause, comme dans la question ju* 
ridiciaire absolue. L'adversaire, de son côté , pour chercher 
k affaiblir les rapjjorts , prouvera tpB les deux termes com- 
parés diffèrent de geiuce, de nalure„ d'ess^icQ} d'étei^due^ 
qu'ils ne sont appUoabbs, ni pour le Iku , m pour la«perr 
sonne, ni pour l'opinion. L'orateur marquera la rang etk 
place qu'on doit assigner a chacun de ces termes ) enfei il en 



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3o8 DE INVENTIONE, LIBER H. 

tur, et quo in loco illud , éujus cauàâ afferlur, haberi 
conveniat, ostendétur : déitrde ,' quW res cfum re dif- 
férât ^depïonsirabitur,: ut non Wem vidéaèur deutra- 
que ewsùmari oportcm Ao ^9» ipsç.qw<»q\ie poierit 
ratiocinationibus uli , iisdijm miocinationibus , qui- 
bus anle dictum est, uletur : pi non poierit, negabit 
oportere quidquam , nisi quod scriptum sit , conside- 
rare rpericliuri omnia jura, si simililudines acci- 
pianiur : nibil esse paene, quod non alieri sitniJe esse 
videatur): multis dissimilibus rébus, ià unamquam- 
que rem tantum singulas essëleges: Omnia posseinter 
se vel slmilia vel dissimilia demonstrari. Loci com- 
munes a raliocinatione , oportere conjectura ex co , 
quod scriptum sit, ad id, quod non scriptuiri sU, 
pervenire : et neminem posse omnes res per scriptu- 
ram amplecti , sed eum commodissime scrlbere , qui 
curet, ut quœdam ex quibusdam intelliganlur : con- 
tra ratlocinationem, hujuscemodi : conjeciuram divi- 
nationem esse, et stulli scriptoris esse, non posse om- 
nibus de rébus cavere, quibus velit. 

Ll. Defînitio est, cum in scripto verbum hliquod 
est positum, cujus de vi qusBritur, hoc modo,: Lex, 

qui IN ADVIRSA TEMPESTATK NAVIM RBLIQUERINT, 
OMNlA AMITTUNTO ; EORU M NAVÏS ET ONKRA SUNTO, 

qtJi IN NAVi REMANSBRiNT. « Duo quidam, cum jam 
« in alto navigarent, et ' cum eoruin alterius navis , 
« alterius onus esset, nauftagum quendam nalanlem, 
« et manus ad se lendeniem animadverterunt : mise- 



• AbeUcam. 



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DE 3L*INVENTlON , LIVRE II. Sog 

fera sentk la .diffpïçnce,,et.,pro)iv^ra q}x'^n ne doit point 
ftyoir la minie. opiniQi^ de l)W>,et de l'aiitre, , 

Veut-41«i]ipèay6f Panalogi/Q^ qu'il. siq pfivye deoelles^ que 
noua yionons d^iiidiquer. S'ilnele peut^ilaiBnoera qu'on ^oit 
s'entehîr a ce qui est écrit; que toutes les lois seront expo- 
sées a des altérations, si Ton veut admettre les rapports pro- 
posés. On ne trouvera presque rien qui ne ressemble a quel- 
qjtjte autre chose.; dans cette variété, il y a des lob parti- 
cWiàf Ç8( pour chaque ohiet, fit l'on peut trouver partout dek 
rapport» et dos différences. Quant aux lieux communs desti- 
n€& ^ Aàblfr Paûalogîe, îk consistent à pisisser de conjecture 
en cônjefcCure', 'de ce qui est écrit a ce qui ne l'est f^f^V 
'n^est personne qui puisse toiit prévoir , tout embriasser ; 
et c est mettre dans la rédaction toute l'exactitude possible 
que de fa^re conclure une chose d^une autre. Poui* réfuter 
cett^ {H'ppp^itioiTt 9 on dira qu'il n'appartient qu'aux augurea 
de conjecturer , et qu'un étourdi peut seul ne pas prévoir 
toutes les choses qu'il doit éviter. 

LI. La définition a lieu quand fl se trouve dans le texte 
quelque mot dont on cherche la valeur. Par exemple : Là loi 

DÉPOUILLE CEUX QUI , DANS tJKE TEMPÊTE , ABANDONITENT 
X.EUIL VAISSEAU , ET DONNE LE BATIMENT ET SA CARGAISON A 

CEUX QUI ifE LE QUITTENT PAs« (( Dcux hommcs, dout l'un 
« était propriétaire du navire, et l'autre de sa cargaison, ren- 
tt contrèrent en pleine mer un malheureux naufragé qui , en 
u nageant j implorait kur secours. Touchés de compassion , 



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5ro DE INVENTIONE, LIBER II. 

« ricordia commoti , navim ad eum applicaverant ; 
fc hominem ad se sustulerunt. Postea aliquanto y ip-- 
(( SOS quoque tempestas vehementius jaclare cœpit j 
« usque adeo^ ut dominus navis^ cum idem guber- 
« nator esset^ in scapham confugeret^ et inde funiculo^ 
i< qui a puppi religatus scapham annexam irahebat , 
u navim y quoad posset y moderaretur ; ille autem y 
« cujus merces erant, in gladium ' ibidem incum- 
i< béret. Hic ille naufragus ad gubernaculum accès- 
« sit^ et navi^ quoad potuit, est opitulatua. Sedatis 
(Y auiem flnotibtis^ et tempestatie jam commucata, 
(c navis in portum ' pervehitur. Ille autem y qui in 
u gladium incubuerat y leviter saucius facile est ex 
« vulnere recréât us. Navim cum onere, horum trium 
i( suam quisque esse dicit. » Hic omnes scripto ad 
causam accedunt^ et ex nominis vi nascitur contro- 
versia. Nam et rellnquere navem y et remanere in 
navi y denique navis ipsa quid sit ^ defûnitionibus qu9e« 
ritur. lisdem autem ex U>cîs omaibas^ quîbos definî-> 
tiva constitutio y tractabiiur. 

Nunc, expositis iis argumentationibus , quse ia 
judiciale causarum genus accemmodantur ^ deinceps 
in deliberativum genus et demonstrativum y argumen- 
tandi locos et praecepta dabimus y non quo non in 
aliqua constitutione omnis semper causa verseiur; 
sed quia proprii ' tamen harum causarum quidam 
loci sunt, non a constitutione separati, sed «d fines 
horum generum accommodati. Nam plaoel, in judi- 

» In uati ibidem. — » Provchiiar. — ' Tantum. 



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DE LMNVENTION, LIVRE II. 5ii 

^ ils allèrent a Inî , «t Icprirent à bord. Bîenlôt la tempête 
fc devint si furieuse,* ^e le propriétaire du navire, qui était 
<c en même temps pilote , se jette dans l'esquif, et fait tous ses 
ce efforts pour diriger le vaisseau à Paide du câble qui Tattache 
(( à sa barque. Le ^propriétaire desmardiandises, qui n'avait 
Cl pas quitté le vais3eau ^ise.passe^fioa épée au travers du corps. 
Ai Celui que ik propœuire et le pilote ont eauvé , sVmpare 
(c du g^utemail, ^ tmplbie toub fi^ effi>rt3 a sauver le bà-* 
« dmetft. Enfin les flbts s'apaisent , le temps change , et 
« Vàn arrive au jport. La blessure de celui qui s'était percé 
if de son épéè n'était pas dangereuse ; il ^ut bientôt guéri. 
i< Chacun de ces trois hommes réclame le navire et sa car- 
et gaison ; chacun d^eux fonde ses prétentions sur le c&xte de 
<( la lêî. 4> La.eontestation naitdu aens^Wftttaohe am^ mets y 
il faut définir >ee qu'on attend par abandonmer le bâtiment , 66 
qu'on ânmid par y wSter; et 4îttfin , ce qu'on entend par lé 
irSitimftnt lui-même. On emploiera iti les mêmes lieux que pour 
la question de définition. 

Maintenant que nous avons exposé les règles du genre judi- 
ciaire, nous traiterons <les genres délibératif et démonstratif; 
non poB que toute .cause ^e se raittaohe nécessairement à 
qufikpie question; mais ces oaufies ont des lieux communs 
qui feur sont propres, «t qui, sans s'écarter de la question, 
l'appliquent au but de ces genres. 

On veut que le genre judiciaire ait pour but l'équité, c'est- 
à-dire une partie de l'honnêteté» Anstote donne pour but au dé- 



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ai 2 DE INVENTIONE, LIBER II. 

ciali génère fînem esse aequitatem, boc est, partent 
quandam honestatis. In deliberatiyo autem Aristoteli 
placet utîHtatem y nobis et honestatem y et utilitatem. 
* In demonslrativo , bonestalem. Quare in boc quo- 
que génère causae quaedam argumentationes corn- 
muniter y ac simililer tractabuntur : quaedam sépara- 
lius ad finem, quo reférri omnem ' orationem opor- 
tet y adjungentur. Atque uniuscujusque constitutionis 
exempluïn supponere non gravaremur y nisi illud 
videremus, quemadmodum res obscurae dicendo fiè- 
rent apertiores; sic res apertas^ obscuriores fieri ora- 
tioue. Nunc ad deliberationis prœcepta pergamus. 

LU. Rerum expetendàrum tria gênera sunt : par 
autem numerus vitandarum ex contraria parte. Nam 
est quiddam^ quod sua vi nos ^ allicit ad sescy non 
emolumento captans aliquo^ sed trabens sua dignî- 
tate: quod genus virtus, scientia, veritas est. Aliud 
autem non propter suam vim et naturam y sed pr.op- 
ter fructum y atque utilitatem^ petendum : quod genus 
pecunia est. Est porro quiddam ex borum partibus 
junctum y quod et sua vi y et dignitate nos inductos 
ducit, et prœ se quandam gerit utilitatem^ quo magis 
expetatur^ ut amicitia^ bona existimatio. Atque ex bis 
horum contraria facile, tacentibus nobis^intelligen- 
tur. Sed ut expeditius ratio tràdatur, ea, quae posui- 
mus, brevi nominabuiitur. Nam in primo génère quae 
sunt, bonesta appellabuntur. Quse autem in secundo ^ 
utilia. Hœc autem tertia , quia partem honestatis cqu^ 



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DE L'INVENTION, LIVRE H. 3i5 

libéfatif Tutile, et nous l'honnête et l\itile; au démonstratif, 
riionttête. Aussi ce dernier genre également des raisonne- 
mens généraux et communs , et d'autres qui s'appliquent plus 
particulièrement au fond de la cause. Nous n'hésiterions pas a 
donner un exemple de chaque question y si nous n'étions persua- 
dés que le discours qui répand du jour sur les objets obscurs , 
peut aussi rendre obscures des choses évidentes par elles-mêmes. 
Passons maintenant aux préceptes deia délibération. 



LII. Tous les motifs qui peuvent exciter ou réprimer les 
désirs de l'homme, se divisent en trois genres. L'un, par un 
pouvoir qui lui est propre, nous attire à lui, moins par l'at- 
trait des charmes qu'il nous offre , que par l'ascendant de sa 
dignité : telles sont la vertu, la science, la vérité. On désire 
les autres choses plutôt par intérêt et pour leur utilité que 
pour elles-mêmes : telles sont les richesses. D'autres enfin, qui 
participent des deux premières , nous séduisent par leur di* 
gnité naturelle et par une apparence d'utilité qui leur donne 
un nouveau prix; comme l'amitié, une bonne réputation. Notre 
silence n'empêchera point l'adversaire de se prévaloir de ces 
avantages. Pour abréger, nous allons de suite donner un nom 
à chacun de ces genres. Le premier s'appelle honnête ; le se- 
cond , utile j le troisième , qui a aussi pour principe Phonneur, 
bien supérieur a tout le reste, se compose également des deux 



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3i4 DE INVENTIONE, LIBER II. 

tinent^ et quia major est vis honestatis, îunctse res 
oronÎBO ex duplici génère inteUigemmr : sed in melio- 
rem partem vocabuli confcrantur, et h^nesta nomi* 
nentur. £x his illnd conficitur , ut appetendarum 
rerum partes siut, honestas et militas; vitaudarum^ 
turpitudo et inutilitas. His igitur duabus rébus dua& 
res grandes sunt attributae y necessitudo et affectio : 
quarum altéra ex vi, allera ex re et personis conside-^ 
ratur. De utraque post apéi^tîus perscribemus. Wunc 
honestatis rationes primttm explicemus. 

LUI. Quod aut totum y aut aliqua ex parte propter 
se petitur^ honestum nominabimus. Quare cum ejus 
duœ partes sint, quarum altéra simplex, altéra juncu 
sit^ simplicem prius consîderemus. Est igitur in eo 
génère omnes res una vi atque uno nomine arnplexa 
virtus. Nam virtus est enimi habft«tô nature modo^ 
xationi Gonsentaeeus. Quamobirem ommbus ejns par- 
tibus cognitîs, tota vis erit ^impliciô hoBestali* oonsi- 
derata. Habet igitur partes quattuor : prudentiam ^ 
justitiam^ fortitudinem ^ temperantiam. P^udèùiià' est 
rerum bonarum, et malarum ^ ' neutraramqtie sôien- 
tia. Partes ejus^ memoria, intelligeniia, provid^ntia» 
Memoria est, per quam animus i*epetit , iHa , qvt(B 
fuerunt. Intetligentia est, per qMtm ea pefipicit, qus 
sunt. Pr^vide^ntia est, per quam futuram afiq^iid 
videlur ante quam factum ait* Jusiiiîa est habitu* 
animi, comrauni utilitate conservau, suam cuique 
trîbuens dignitalem. Ejus initium est ab natura pro* 

' £l utrarumqtie. 



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DE L'INVENTION, LIVRE IL 5i5 

plumiers ; mais^ pour lui donner le nom le plos lionorable y 
nous Pappdlerons aussi honnête. Nous conclurons de Ik que 
Phonneur et l'intérêt sont les principes des choses désira- 
Lies, et que la honte et l'inutilité sont le principe de celles 
qu'on doit rejeter. A ces deux principes, il faut en ajouter 
deux autres non moins puissans, la nécessité et Paffection. 
Dans Tun, on considère la force ^ dans l'autre , les objets et 
les peçsoones : nous les dérelopperoas plus bas. Maintenant 
expliquons ee qui oonstitue l'honneur. 

Lni. Nous appellerons honnête , ce qu'en tout ou en partie 
on recherche pour soi-même. On divise en deux parties ce 
qui concerne l'honnêteté de nos actions : l'une embrasse seu- 
lement l'honnêteté; et l'autre , l'honnêteté et l'utilité. Occu- 
pons-nous d'abord de la première, qui comprend tout ce qui 
a rapport a l'honnêteté , sous le titre seul At vertu , et dans 
toute l'étendue de ce mot ; car la yertu "^ est une diq>osition 
naturelle de l'àmè, conforme a la raison. Si donc nous connais- 
sons la yertu dans toutes ses parties^ nous aurons une défini- 
ti(m complète de l'honnêteté simple. La rertua quatre parties : 
la prudence, la justice, le courage «t k tempérimoe. 

La prudence est la connaissance du bien et du mal. 'Elle 
se compose de la mémoire, de l'intelligence et de la prévoyance. 
La mémoire nous rappelle le passé ; l'intelligence examine le 
présent ; la prévoyance lit dans l'avenir \ la justice est une 

* Cette définition est loin d'être encte. La 'venn est une ditpotitioa habi- 
tuelle de ràmc qui porte à faire le bien et \k fuir le mal. 



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3i6 DE INVENHONE, L»ER IL 

fectum : deindeiqua&dam mteonsuetudineai ex uûli- 
tatis raiione ^venerunt : poster re& €;;,ab,^9tur;f ,pro- 
fQqffl^j çtal),consuetudme,probatas^ lejg,upa, n^tus et 
religio sanxit. Natura juse3t^quod non opinio genuit^ 
sed quœdam innata vis insérait^ ut religionem^ pie- 
tatem, gralîam^ vindîcalionem ^ observantîàm , vérî- 
tatem. Religio est, qusé^uperîorik cnjtridarhtiatilrae 
(quamHfiviïAm tiôicônt) cùrambaehemonidBKfuci^ailf^ri >c 
pielas» ^ <|)eiv qtiâm saiigtiiiie' tonfuiiciisiy if^Uri^^^lUie 
litemivoUiS officium cidUigen^ tribultur, cnUpt^^ Sf ^M3> 
ip ,qv^, 4^^icf.tiariM;a e% o^cÂÇrum filteri^s memoria 
' et jc(Çi][^u;qe)*?^ndi vojuntas continetur : * yipdicalio, 
per quam vis et injuria, et omnino omne, quoa obfu- 
turum est, defendendo, aut ulciscendo propulsatur: 
^ observantia , per quam homines aliqua dlgtiitate 
antécédentes, cultu quodam et honore digtiantxir : 
-*'n^eÉ4tai5 , pér quam immutata ea , qnae smA j aàit a»le 
foePttDtyafutftttuTasunt^ dîouatur.'' \ . t .r>i < 

LIV. Gbnècièttidine''|aft est, qiiod^aér' lei^tek* a 
oniura tratemm akitt etooKafUft fefÂttUsit^^.lit^Ii^- 
iiem: aui^ quid«orusci,,qu^ aniiç .di;«4YPiti^ I j^tï^a- 
tura profeQtuni^majus factum p.rç^pjçr|?onsuej^udipe^ 
videmus, aut quod in morem vetustas vulsi approba- 
tione perduxit : quod genus. pactum, par, judica- 
tum. Pactum est, quod inter aîiquôs cbiivenïi : par, 
quod in omnes aequabile est : judîfckélltii^ït^ qù'ô ali- 
cujus, aut aliquorum jam sententii^.ponstilutum est* 

* El altcritu rcmunerandi. — » Add. €st» — ' Add. '«t. — * Add. est. 



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DE L'INVENTION, UVKE II. 317 

disposûiôn'deri^De', ^i, sansbless^ l-iotérétlfénéral, rend 
à chacun ce'^' lui e^t dû. Elle a sa souree dam la nature; 
ensuite l'utiliièlBL fait de certaines choses autant de coutumes; 
enfin la'crainte des lois et Ik religion ont sanctionné Touvrage 
de la nature^ confirmé par l'habitude. 

La justic^.na^i^relle n'ç3t .point fondée sur l'opinipn ; nous 
la uouYoï^igrciYéedan» nos.. cœurs, c(uw2e lanoUgian^ la 
piélé^'k'Yecoimiisstneey la vengsaiœe ^^.lea égards etla vé* 
fitê:JA réK^hlioud énsèi^tâ moAière d'honorer une nature 
supérieure , qu*on appelle diurne. La piété est ^accomplisse* 
ment des dcYoirs envers nos parens et les bienfaiteurs de notre 
patrie. La reconnaissance est le souvenir de l'attachement d'un 
ami^ e^ fp désir de lui rendre service pour service. La ven- 
çemm r^pQus^ et punit la yio^j^ce , et tout ce <pû peut nous 
nvirei'Les ^^^ainls oonsistent d9Xi».la re&pect et les honneurs 
qu'on rend aux hommts supérieurs en dignité. La vérité est 
le récit non altéré d'un événement présent, passé ou fiitur. 

LI Vv }L.edioit coutunûer consiste , ou dans les notions natu- 
rdl«â ^ déV^oppées et fortifiée» par l'usage y comme la religion , 
ou'daïte lés^adtiôiià que notui inspire la nature > confirmées par 
rhai)ltuc^*,*^que le tem|>s et f approbation du peuple ont chan- 
gées, eh^coiftume , comme un contrat 5 l'égalité, un jugement 
antérieur. Uû contrat e$t un traitée entre un ou plusieurs in- , 
dividus. L'égalité donpe un. djroit égal a tous. Un jugement 

* Ûant W cas de l^tune à^iaue ", 00 couidâr^ comme cfa&cimeot infligé 
au crime, d*aprèf les lob. 



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5i8 DE INVENTIONE , LIBER If. 

Lege jus est, quod in eo scripte , quod populo expo- 
situm eât> ut ob&ervet, continetur. Fortitudo est 
considerata periculcu^um susceptio, etlaborum per- 
•pessip. Ejus partes> magnificentia, fidentia, patientia^ 
perseverantia. Magnificentia est rerum magnarum , 
et excelsarum cum animi ampla quadam et splendida 
propositione agitatio, atque administratio : fideutia 
est, per quam magais et houestis in rébus multum 
ipse atiimus iû se fiduciae œrta cum spe coUocavit : 
paiieutir est hotiestatb , aut utilitatis causa, rerum 
ardaapuia^ ao diâBeilUnu Toluutaria , ac diuturoa per- 
pessio : p^rse^rtfitia est in ratione bene considerau 
stabilîs et perpétua permansio. Temperantia est ra- 
tionis in libidinem, atque in alios non rectos impetus 
animi, firma et moderata dominatio. Ejus partes sunt, 
continentia, clementia, modestia. Contiuentia est, 
per quam cuprditas, consilit gnbernatione regitur : 
iïlementia, per quam animi temere in odium ali- 
cujus ' coaehati invectio,,cûmilâtere(inetur : modes- 
tia, per quam pudor honestus, * caram et stabilem 
comparât auctoritatem» Atque hœc omnia propter se 
solum , ut nihil adjungalur emolumeuti , petenda 
sunt> Quod ut demonstretur, neque ad boc nostrum 
institutum pertinet, et a brevitate praecipiendi remo* 
tum est. Fropter se autem yitanda sunt , non ea modo, 
quae bis contraria sunt, ut fbrtitudini ignavia, et 
justiti» injustitia : verum etîam iUa> quse propinqua 
videntur et finitima esse, absunt autem longissime : 

< InTCctionis condtaii , comiute relineatar. — * Claraoï. 



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DE L'INVENTION, UVRE H. 519 

antérieur est la décision déjà ren^u^ i>cur une ou plusieurs 
perspimes. Le^droît civil est renJCènBé dans ces écrits^ qu'oo 
expose M k. Yue du peaple , pour qu'il s'y eoiiibrme. 

"Le coufs^e brave les dangers et soutient les travaux , dont 
il connaît toute Tétendue. Il embrasse k magnificence, la fer- 
meté, la patience, la persévérance. La magnificence exécute 
avec éclat les nobles et vastes projets qu'elle a formés. La 
fermeté ^t une Juste confiance de l'Orne en ellq7méipe, dans 
l'ex^tioa^ df,prQ{q^,gr9«)dii et hcinond^l^a- La jMitifiiioe.(up- 
por^. YolçutairemeQt de longs «t péniJilfs-tiBvattj: , pour arri- 
ver a un^ but utile et honnête. La persévérance persiste xlans 
le patti qu^elle a enîbràssé après de mûres réflexions. 

La tempérance règle et dirige, d'une main ferme et sûre, 
toutes les passions et tous les désirs de l'àme. Elle comprend 
la modération, la clémence et la modestie. La modération 
assujettf^ ^s pf^icNis 4U jjon&,4^ la sag^ss^t La (^mence 
calme,. ^ la> douceiu^JL'einfKtfleEient que wm causait une 
insuUe. lia modestie donae kune honnête pndearun a^oen^ 
dant miycpif et^durablé. On doif rechercher toutes ces vertus 
pour elles-mêmes , et tôns aucune vue d1ntéi*ét; Le démontrer, 
aérait nous ébarter de notce plan et de la brièveté qui convient 

aux préceptes. 

• ' I- . '» . . ' 

On doit encore ^viter poux eux-ro^nes.,j nonrseulement les 
vices con^air^ à, œ^ yerlus, eomioe k làdbetéi opposée au 
courage, l'injustice a l'équité, mais encore ceux qui, tout en 
paraissant plus proches et plus voisins de k vertu , n'en sont 



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520 DE INVENTIONE, LIBER H. 

quodgenus^ fidentiae contrarium^ est difEdeBlia, et 
ea re vitium est : audacia non contrariuni , sed appo- 
situm est ac propioquuiUy et tamen vitium est. Sic 
unicuique virtuti finitimum vitium reperietur^ aut 
certo jam Domine appellatum ; ut audacia y quœ fiden- 
tise; pertinacia^ quae perseverantiœ finitima est; su- 
perstition quœ religioni propinqua est : aut sine uUo 
certo nomine. Quae omnia item uti contraria rerum 
bonarum^ in rébus vitandis reponemus. Ac de eo 
quidem génère honestatis^ quod omni ex parte prop- 
ter se petitur y satis dictum est. 

LY. Nunc de eo^ in quo utilitas quoque adjungi- 
tur, quod tamen honestum vocamus^ dicendum vide»- 
tur. Sunt igitur multa^ quae nos cum dignitate^ tum 
fructu quoque suo ducunt ' : quo in génère est gloria ^ 
dignitasy ampli tudo^ amicitia. Gloria est frequens de 
aliquo fama cum laude : dignitas , alicujus honesta , 
etcultUy et honore y etverecundia digna auctoritas^ 
amplitudoy potentiœ^ aut majestatis^ aut aliquarum 
copiarum magna abundauûa : amicitia^ voluntas erga; 
aliquem rerum bonarum^ illius ipsius causa ^ queni 
diligit^ cum ejus pari voluntate. Hic^ quia de civilibus 
causis loquimur n fructus ad amicitiam adjungimus , 
ut eorum quoque causa petenda videalur : ne forte ^ 
qui nos de omni amicitia dicere ^ existiment^ repre-» 
hendere incipiant. Quanquam sunt qui propter uti- 
Htatem modo petendam ' putent amicitiam : sunt qui 
propter se solum : sunt qui propter se ^ et utilitatem« ' 
. ^ Add. ads9. '^^ Eiifriimnf. — < ' Ptuutt. 



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DE L'INVENTION, LIVRE II. 5a i 

pis moiiis très-^loignés. La faiblesse, f9^ eiemple,' est op- 
posée k la fenneté, et c'est un vice^;L**idac^ ïA*'Itiî est pas 
opposée : elle se rapproche de la veîrtu j fet 'jfourlant elle -est 
un défaut *. Ainsi, Pon trouvera toujours un défaut,' désigne 
ou non par un mot particulier, voisin a'ime vertu, comme le 
sont l'audace de la fermeté , l'opiniâtreté de; la persévérance , la 
superstition de la religion. .Nous Iqs ■ mettons i aia3Î^e les vices 
contraires aux vertus , au nombre des cho^ a rviteFjËm voila 
asse^isur le genre d'hoimtâtefé qu'tm-rocbtfohepou^eUe-métae. ^ 

LV. Occupons-noua maintemat tlu genre '^i nous offre k 
la fois rbonnête et l'utile. 

n est bien des choses qui nous attirent , et p{\r leur éclat ,, et 
par les avantages qu'elles nous offrent^ comine la gbke, hà 
dignité, la grandeur, l'amitié. La gloire oocupe.soUvent, 'et 
d'une manière honorable , la Toix de la Renomitiée: La dignité 
donne une autorité fondée s\ir l'honneur ; elle nous c6n<^ilie les ' 
hommages et le respect. La grandeur est fondée sur la puis- 
sance, la majesté, ou d'immenses richesses. L'amitié est le 
désir d'être utile k celui qu'on aime, et le retour dont il 
nous paye. 

G>mme nous parlons ici des causes légales , nous ne séparons 
point de l'amitié les vues d'intérêt qui peuvent nous la £ure re- 
chercher : mais qu'on n'aille point nous blâmer et croirç .quet, 

t Aristote, de Mmb,, Ub. U. 

II. ai 



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5241 DE INVENTIONE, LIBER II. 

Quorum quid verissime constituatur^ alius locus erit 
ooqsideraudi. Nunc hoc sic ad u&um Osraioriuii^ reliur 
qu^iUF, utramqu^ propier rem amiciiiaoi es^e expe- 
tendaip. AniicUi^rum autem raûo> quoniam partini 
sui)^ religionibus junctae, partim non sunt, et quia 
partim vçteres sunt^ partim novae ^ partîm ab illorum^ 
partim ab nostro beneficio profectœ, partim utiliores^ 
partim minus utiles: ex cansarum dignitatibus , ex 
temporum opportunitatibus, ex officiis^ ex religio- 
nibus ^ ex vetiisiatibus habebitor. 



LVI. Utilitas autem aut in^ ceurporo posila ési^ aut 
in extpaneis rébus : quarum tamep rerum multo 
maxima para ad corporis ccmnM>|itU9i, revertîtur > ut 
in repiLibUca qu2|ç4am s^nt^ quaci ( n% çie dicam ) ad 
cqrpu;s pertiaeut çivitatis, ut agri, portus^^ pecunia^ 
classes, nautae^» milites, sociij quibus rébus inco- 
lumitatem ac libertatem retioent civitates : alia vero, 
quœ jam quiddam magis amplum, et minus necessa^ 
rium conficiuut, ut urbis egregia exornatio atque 
amplhudo, ut quaedam excellens pecunise, magui-* 
tudo, amicitûurum ac societatum multitudo. Quibus 
rébus non illud solum con6citur, ut salvœ et inco- 
lûmes, yerum etiam, ut amplœ atque potentes sint 
cîviutes. Quare utililatis duae partes videntur esse, 
incolumitas et potentia. Incolumitas est salutis. tma 



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DE I^'INVENTION, LIVRE II. 525 

Jûous parlons ie V^iùé «n.gméral. Au reste, les uns, <laiis 
ramiûéi m roieat que les ai^utageà qu'elk peut leur pro- 
curer; i'&utres k rec^ercfatul pour elle^Aième seulement; 
quelques-uns enfin, polir elle-même et pour ces avantages. 
Nous déciderons ailleurs quelle est la définition qui lui convient 
le mieux. Accordons à Torateur qu'on peut la rechercher pour 
les deux derniers motifs. 

L'amitié, tantôt consacrée par la rdigion, tantôt profane, 
tantôt fortifiée par une longue habkude , tantôt récente , 
ou fondée sur des services rendus , ou sur des services 
reçus, tantôt sur d'importans bienfaits, ou sur de légères 
obligations , doit être jugée d'après toutes ces considérations. 

LVI. L'intérêt est personnel , ou extérieur * ; cependant 
presque tout se rapporte au bien-être personne, comme. dans 
la république , où certaines choses constituent le corps de 
l'État, telles que le territoire, les ports, les richesses, les 
flottes, les matelots, les soldais, les alliés; enfin tout ce qui 
sert au maintieii de son indépendance et de sou intégrité. 
D'autres bgoX d\uie utilité plus vague et moins nécessaire, 
comme une ville vaste et magnifique , des richesses immenses , 
des alliances multipliées. 

Ooinme tous ces avantages ne servent pas seuls a main- 
tenir l'intégrité et l'indépendance des États , mais a les reodie^ 
vastes et puissans, on peut envisager deux choses dans rin-^ 
téfêt , la sûreté et la puissance. La sûreté nous protège et nous 

* Cen celui qm regarde letchoaes^ ne iK>otGoocernencpwâîrBctemett^^ 



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5M DE INVENTfONË, LÎÔEft ÎI. 

aiqueintegra conservatîo : poteniia est ad sua cotiser- 
yanda, et alterîus obtitiefida^ idoDearum rerum fa- 
cul tas. Atque m ils omnibuêy cfuse 0âite dicta sunt, 
quid difficulter fieri et quid fecile fieri possit^ oportet 
coDsiderare. Facile fieri id dicimus, quod sine magno^ 
aut sine ullo labore^ sumtu^ luolestia^ quam brevis- 
simo tempore confici potest. Difficile autem fieri y 
quod quamquam laboris, sumtus^ molestiae , -longin- 
quitatis indiget, atque aut omnes ^ aut plurimas^ aut 
maximas causas habet difficultatis^ tamen^ his sus- 
ceptis difficultatibus^ compleri, atque ad exitumper^ 
duci potest. 

Quoniam crgo de honestate^ et de utilitate dixi- 
mus^ nunc restât^ ut de iis rébus ^ quas his attributas 
esse dicebamus , necessitudine et afiectione^ per- 
scribamus. 

'LVII. Puto igitur esse banc necessitudinem ^ cui 
nulla vi resisti potest; quae neque mutari^ neque 
leniri potest. Atque ^ ut apertius boc sit^ exetoplis 
licet vim rei^ qualis et quanta sit^ cognoscamus. Uri 
posse flamma Ugneam materiam necesse est. Corpus 
mortale aliquo tempore interire necesse est; atque ita 
necesse^ ut yis postulat ea^ quam modo describe- 
bamus, necessitudinis ^ cui nulla vi resisti potest ^ 
qu» neque mutari^ neque leniri potest. Hujusmodi 
(necessitudines) cum in dicendi rationes incident, 
recte necessitudines appellabuntur : sin aliquœ res 
incident difficiles , in*illa superiori, possitne fieri , 
qusestione considerabimus. Atque etiam hoc mihi 



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DE LINVENTION , LIVRE H. 525 

défiend contre les ^dangers. La puissafice est le pouvoir de 
€(Mi$erver ses aTantages et. d'obtenir ceux des autres. U faut 
encore^ dans tout ce que nous afvcms dît y considérer le plus 
ou le moins de faoiKté. Céqui ne demande que peu ou point de 
peine, de frais , de fatigue et de temps, est facile. On regarde 
comme difficile ce qu'on ne peut adiever et conduire a sa fin , 
malgré la peine, les frais, les fatigues et le temps, en bravant 
toutes les difficultés qui s'opposent a Texécution d'une entre* 
prise. ^ 

Nous avons traité de l'hcmnête et de Tutile ; il nous reste 
apparier de la nécessité et des modifications que nous avons 
jointes k ces deux premiers mobiles. 



LVU. J'appelle nécessité, une force irrésistible qu'on ne 
peut ni changer ni adoucir. Des exemples sur son influence 
rendront notre définition plus claire. Le bois est uécessaire^ 
ment combustible. L'homme doit nécessairement mourir un 
four; aussi nécessairement que l'exige la force irrésistible de 
cette nécessité , que rien ne peut adoucir ni changer, et telle que 
nous la définissions tout a l'heure. Quand l'orateur rencontre 
de tels obstacles, il peut les appeler nécessités. S'il trouve 
des difficultés, nous considérerons, d'après la question pré- 
cédente , s'il est possible de les sunnonter. 

^11 me semble encore qu'il y a des nécessités accessoires , et 
d'autres simples et absolues. Car nous ne disons pas dans le^ 



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326 DE INVENTIQNE , LIBER H. 

videor videre , esse qnasdam cum adjunctione neces- 
situdines^ quasdam ûmplices et absoluus. Nam aliter 
diceré solemus^ ixoesse est €asilinense$ se dedere An-* 
nibali : aliter auteni:^ neo^sse est CaïfUmum ventre in 
Aimibalis potestatem. Ulic^ insuperiore^ adjunctio 
est baec , ' pisi si malunt famé perire : si enim id 
malunt^ non'uecesse : hoc ioferius non item, prop- 
terea quod, sive velint Casilioeoses se dedere, sive 
famem perpeti atque îta perire , necesse est Casi- 
lin.um venire in Annibalis potestatem. Quid igîtur 
perficére pôtest haec necessitudinis dfstributio ? Prope 
dioam, plurimum, cum is loous necessitudinis TÎ'* 
debitur incurrere. Nam cum Hmpleiierit necessitudo, 
nibil erit quod multa dicamus, cum eam nuUa ratione 
lenire possimus : cum autem ita necesse erit, ut ali- 
quid effugere, aut adipisci velimus, tum adjunctio 
illa quid habeat utilitatis, aut quid honestatis, erit 
considerandum. Nam si velis attendere (ita tatnen, 
ut id quseras, quod conveniat ad usum civiiatis)^ 
reperias nullam esse rem, quam facere necesse stty 
nisi propter aliquam causam, quam adjunctiooem 
nominamus : parriter autem esse multas res necessi- 
tudinis, adquas similis adjunctio non accedit. Quod 
genus, uthomùies mortales necesse est interire, sine ad- 
junctione : ut cibo lUantur, non necesse est, nisi cum illa 
exceptione:Eitra quam, si nolint famé perire. Ergo, 
nt dixi, illud, quod adjungitur, semper, cnjusraodî 
sit, erit considerandum. Nam omui tempore id per- 

■ I^isi maUm, 



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DE LtNVENTION, LIVRE U. 627 

même sens ; H 0ft nécèssmre que les Casiliniens se reit- 
dent à jém&aly et ilsst tiéoassMre que CétsUiman tombe 
au pouvoir d'ArmifnH. Dans te prtmici- cas , nous ajoih- 
tons : à moins qà^Us n'aiment tmeujc rnourit de faim. Cat 
s*îls aiment mieux prendre ce parti , il n'y a plus de né- 
cessité. 11 n'en est pas de même pour le second cas; car,' soit 
que les Casiliniens se rendent, soit qu'ils aiment mieux mourir 
de î'WAj il n'en est pas moins nécessaire ^e Casilinum tombe 
au pouvoir d'Amibal. Cette diitiiictioti de nécessité est-elle 
'àiiik? san^ ddute, surtout quand le prcfmier ctà s^ présente; 
eârr si la nécessité est simple et absolue, il n'j a presque rieù 
à dii'é , puisque rien ne peut en adoucir la rigueur. 

N'y a-t-il nécessité qUe pour éviter ou obtenir quelque 
chose ; considérons ce que cet accessoire ofûre d'honnête ou 
d'utile. En effet, si vous vouiez y prendre garde, pourvu 
néanmofais que vous 110 cherchiez qoe Tintait de l'Etat, vous 
ne tsémte^c aocttae action nécessaire , que pâfr tûie caus^ 
qne notts appeloùs accessoire ; tokis votis trouverez bien des 
<5hosés nécessaires sans cet accessoire. Par exemple : H est 
nécessaire queFhomme meure ^ il n'y a point d'accessoire. 
// n'est pas lèécessmre qu'il mange , excepté s'il ne veut pas 
mourir de faim. U faudra donc, comme nous l'avons dit, 
considérer toujours k nature des aoeessoires; car dans toutes 
les circonstances , il ifaut etposet la nécessité , ou d'après 
Thonnête, comme : cela est nécessaire, si nous voulons 
être fidèles à Fhonnéteté; ou d'après la sûreté : cela est né^ 



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528 DE INVENTIONE , LIBER H. 

tioeblt, ' ut (ad honestatem) boc moda exponenda 
necessltudo sit : iiece^se est^^ , si honeste'^volumus ^ vi- 
f^ere :, necesse e^tj si iiifolumes vdumus esse : necesse 
est ^y si sine incommodo volumus viyfere, 

LVIII. Ac summa qui.dem necessltudo videtur 
esse houestatîs : huic proxîma^ incolumitatis : tertia 
ac levissima^ commoditatîs : quœ cum 1ms nunquam 
poterit duabas contendere. Hasce autem interse saepe 
necesse est comparari, ut, quaiuquam praestet bo- 
nestas încolumitati , tamen^ utri potidsimum con- 
sulendum sit, deliberetur. Cujus rei certum quod- 
dam praescriplum videtur in perpetuum dari posae* 
]Vani, qua in re fieri poterit, ut, cum incolumitati 
consuluerimus , quod sit in praesentia de bonestate 
delibatum, virtute aliquando et industrie recupe* 
retur', incolumitatis ratio videbitur babenda : cum 
autem id non poterit , bonestatis. Ita in ejusmodi 
quoque r«, cum incolumitati videbimur consolere, 
vere poterimus dicere, nos bonestatis rationem ba- 
ber^, quoniam sine înéolumitate eam nullo tempore 
possumus adipisci. Qua in re vel concedere alteri^ 
vel ad conditionem alterius descendere, vel in prae- 
sentia quiescere, atque aliud tempus exspectare opor- 
tebit. In commoditatis vero ratione, modo illud at- 
tendatur, dignane causa videatur ea, quae ad utili* 
tatem pertinebit, quare aut de magnificentia , aut 
de bonestate quiddam derogetur. Atque in boc loco 

■ KM. auL — > Aài. kocfaciamus, — ' AdJ. aut ad Incolumitatcm hoc 
modo, -^ ^ Add, auî ad commoditatem hoc modo* 



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DE ^INVENTION, LIVRE IL 323 

cessairè, si nous WHilons êtr^en sûreté; ou d'après lebieib> 
être : cela est néoessoire , si nous voulons vii^re commo^ 
déthent. 

LVIII. La BécessHé la plus impérieuse est ceQe ^e prescrit 
rhounéteté ^ vient ensuite celle de la sûreté ; la troisième, et 
la moins importante, est celle du bien-être y qu'on ne peut nul- 
lement opposer aux deux autres. 

n est néanmcnns souvent indispensable de les comparer 
pour décider (quoique l'honneur doive toujours l'emporter) a 
qui l'on doit donner la préféi*ence. On peut établir sur ce point 
une règle générale. Quand, en s'ocaipant de sa sûreté , on 
espère recouvrer quelque jour, par ses talens et par son mérite, 
ce qu'on a sacrifié de l'honneur , il semble qu'on peut pré- 
férei* sa sûreté; sincm l'honneur dmt l'emporter. Ainsi, dans 
de telles circonstances , nous pouvotis dire encore que nous 
avons suivi l'honneur, puisqu'en sacrifiant notre sûreté, nous 
n'aurions pu le recouvrer. Il faut alors céder, se soumettre 
aux conditions qu'on impose , ou bien ne pas agir, et attendre 
un moment plus favorable. 

Pour le bien-être, il faut considérer si ce qu'exigent nos 
intérêts , mérite que l'on déroge k la magnificence ou k l'hon- 
neur. Le plus important, selon moi, c'est d'examiner si ce 
que nous voulons obtenir ou éviter, rend telle chose nécessaire, 
c'est-à-dire quel est l'accessoire, afin de se décider ensuite en 



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55o DE INVENTIONE, LIBER H. 

mshi capot ill«d videtnr esse^ ut qua&ramus, quid 
sit illud| quod si adiptsci, aut effugere velimus> 
aliqua res nobis sit necessaria, hoc est^ quse sit 
adjunctioy ut proinde^ uti quseque res erit, labo- 
remusy et gravissîmam qnaittque causam vehemen- 
tissime necessariam judioemus. 

Affectio est qufEdam ex tempo^e, aut ex uegolîorum 
eveutu aut admlnistratione , aut hominum studio^ 
conimutalîo rerum, ut uou taies , quales aote ha- 
hitae sint, aut plerumque haberi soleant^ habend» 
videantur esse : ut, « ad hostes trausîre turpe videtur 
« esse; at non illo aaimo, quo Ulysses trausuttet 
(( pecunîam in mare dejicere , inutile ; at non eo 
w consilio , quo Aristippus * dejecit. » Stint igîtur 
res quaedam ex tempore, et ex consilio^ non ek sua 
natura considerandse : quibus tn omfiibtid , quid tem- 
pera petaut^ «ut quid persoms dignum sk^ eonsi- 
derandum est, et non quid ^ sed quo qwdque a&tmo^ 
quicum^ quo tempore, quamdîu fiât, aitendendum 
est. His ex partibus ad Bententiam dicendam , locos 
sumi oportere arbitramur. 

LIX. Laudes autem, et vituperationes ex his locis 
sumentur, qui loci personîs sunt attribut!, de quibus 
ante dîctuni est. Sin distrîbutius tractare quis volet , 
partiatur in animum^ et corpus, et exlrarias res 
Hcebît. Aninii est vîrtus, eu jus de partîbus paullo 
ante dictum est : corporis, valetudo, dignitas, vires, 
v«K>citas : extrarisfe, houod, pecunia, affiaitas, genusj^ 

» Fccif. 



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DE L'INVENTION, LIVRE IL 55i 

conséquence , en regardant eomme plus nécessaire ce qui nous 
importe le plus. 

Par ces^ modifi<!ations , qb entend les t^hangemens causés 
par ks GÎrcoBsiances y les érénemens, la, manière d'agir ou les 
motifs , en sorte que les faits lœ sont plus tels qu'auparavant , 
ott tels qu'ils sont ordinairement, u U est lumteux de passar 
i( à l'ennemi ^ mais non pas quand c'^est dans le mênie dessein 
« qu'Ulysse. C'est une sottise de jeter son argent dans la mer ^ 
« mais non pas quand c'est pour le même motif qu'Aris- 
u.Uppe. )) H est donc des choses qu'il faut juger non en elles- 
snemes» mais d'après k temps et les motifs. Considérez alors 
ce qu'exigent le temps ou les personnes ; ne voui attaches 
point a l'action , mais aux motifs^ au temps , a la durée. Teb 
sont les lieux communs que l'on peut développer pour exposer 
son avis. 



LIX. La louange et le blâme se tirent des lieux que nous 
avons plus haut attribués aux personnes. Voulez-vous les trai* 
ter isolément y envisagez-les sous les rapports moraux , phy- 
siques et extérieurs. Le rapport moral; c'est la vertu dont 
nous avons parlé tout a l'heure. La santé , la majesté , la force y 
la légèreté^ appartiennent au physique j l'illustration , les ri- 
chesses^ la n aissanc e , les amis, la patrie, la puissance et tout 



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552 DE INVENTIONE, LIBER IL 

amîci» patria^ potenda^ et cetera^ quse simili esse 
ia génère intelligentur. Atque in his^ id^quod in. 
omnia valet ^ valere oportebit: contraria quoque^ qu» 
et qualia sint, intelligentur. Videre autem in lau— 
dando et in yituperando oportebit > non tam qu» 
in corpore, aut in extraneis rébus habuerit is, de 
quo agetur ^ qaam quo pacto his rébus usus sit. 
<f Nam fortunam quidem et laudare^ stultitia^ et 
« vituperare ^ superbia est : animi autem ^ et laus 
« bonesta ^ et vituperatio vebemens est. » Nunc que- 
niam omne in causse génus argumentandi ratio tra- 
dita est^ de Inventione^ prima ac maiima parte 
rhetoricae y satis dictum videtur. Quare ^ quontacn et 
una pars ad exitum hune ab superiore libro per- 
ducta est^ et hic liber non parum continet litterarum^ 
quae restant^ in reliquis dicemus. 



FINIS. 



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DE L'INVENTION, LIVRE H. 335 

ce ^i leur ressemble, forment les lieux extérieurs. Ce qui 
remporte sur tout doit encore l'emporter ici. U n'est pas dif- 
ficile de connaître les contraires. 

Pour louer ou blâmer, attachez-vous moins aux avantagea 
physiques et extérieurs qu'à la manière dont on en use. « Car 
4c louer quelqu'un de son bonheur, c'est une sottise; Ten blà- 
u mer, c'est un sot orgueil. » Quant à ce qui concerne le moral , 
on peut le louer ou le blâmer avec véhémence. Maintenant 
que nous avons tracé des préceptes pour tous les genres de 
cause , c'est avoir assez parlé de l'Invention, la première et 
la plus importante des parties de la rhétorique. Comme nous 
avons terminé cette partie , qui occupe déjà le Livre précédent , 
et que celui *ci est assez étendu , nous traiterons dans les Livres 
5uivans de ce qui nous reste a développer '*'. 

^ Les aatret Lhrres ne sont point panreons josqu'à nous. 



FIN. 



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REMARQUES 

SUR 

LE PREMIER LIVRE. 



ARGUMENT. 



CioÉROif trate y daw oe preiaier li?re , de L'utiKté et de Tabas 
de TEloqHeiMe dm» h conduite de la vie el dans celle des 
États. Il fait voir queUe en fut l'origine , et comment elle est 
insensiblement arrivée a la perfection , en se soumettant aux 
lumières de la raison et aux règles de l'art. Il parle ensuite du 
devoir de l'orateur, de la fin, de la matière et des parties 
de l'Eloquence, fui sont au nonbre de cinq, l'Invention > 
la Disposition, l'Elocution, la Mémoire et la Prononciation. 
Il s'étend beaucoup sur ce qui concerne l'Invention dans 
tout état de question, soit conjecturale, soit de définition , 
soit générale. U donne ensuite les règles d'après lesquelles 
on compose les Exordes, les Narrations, les Divisions, les 
G>nfirmations, les Réfutations et les Péroraisons ; il en fait 
voir aussi les qualités, les défauts et l'usage. 

' — n. Bestiarum modo vagabantMW^ etc. L'éloq«i«nce , consM^^ oomme 
nue fiicolté conuDane ra poète et à l'oraiear, a jeté, pumi les peoplet » 
lef premiert fondemens de U cmlisation. Telle était Popinioa des Grecs ^ 
de loos les poètes, de un» les philosophes, de tons les histoneos de 
r«Dtiqiiicé. y&fez Cicéroo, De Oratore, lib. I, N^ VIQ. Horace» 
An Poét. T. 391 . Virgile, Énéul, \iw. VOI. Diodor. de Sidl. , lir. I» 
p. I T , édition de WesMling , etc. ; VHistoire criiiqut de ^Éloquence 
ehet les Grecs ^ par BcHn de Ballo , tom. I, etc. 



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REMARQUES SUR LE LIVRE I. 555 

S .— V. Nam Gof^ioi Leontinus. Cicôron parle sourent dans tes ouvrages 
de cel orateur, somommé Leontiniis, parce qn'il était aé à Leonuuni , 
▼Uk de Sictte. U vvcat }iMqn*à Fàge de cent huit ans. B ne subsiste plus 
que deux fra§;iiiens des écrits dei Gorgias. 

^ — Idem, AristoUles autem , qui huic arti plurima adjumenta , atgue 
omamenta tuhmirùstrauUy etc. On trouve dans la rhétorique d^Aristote, 
de Tordre, de Inexactitude, et une gtande suite de principes et de raisonne- 
mciia bien Kés. Les préceptes que os riMkeor philosophe fournit sur le 
gBDve déiybéraiif, le demoastratif et ]ù judiciaire^ la peinlufe quMI fait 
àm oMMirs de chaque Age, de diacpic état, de chaipie eondition j la 
■■nihwi dont il «iphqac les noyens dVïxciter, on de calmer les passions ; 
les instructions qu'il donne par rapport aux preoMs, aux osra ct è i e s de 
la bonne élocutioo, au choix des mots, à la structure de la période, et 
à toute Féconomie du discours oratoire , montrent qu^ n'ignorait rien 
de ce qui est essentiel à féloquence , et qu'il en avait approfondi toutes 
les parues j mais en général sa diction a un air sec , triste et scolasiique. 
Cice'ron est à la vérité moins méthodique, mais il est plus poli , plus 
agréable , plus engageant^ il a renfermé dans ses Livres de rhétorique tout 
ce qu'Aristote avait de meilleur , et on peut dire qu'en suivant ses prin- 
cipes, il a ennobli et perfectionné sa doctrine, soit par le soin qu'il a 
pris de rectifier ce qu'il y avait de défectueux , soit par le poids et la 
force qu'il a donnés à ce qui avait besoin d'appui , soit par les charmes 
qu'il y a répandus, soit par les ressources qu'il a trouvées dans ^es ré- 
flexions et dans son expérience. 
{Préface de U traduction du Traité de VOrateur, par Tabbé Coliv.) 

4 — XXXVI. Si quadam in argumentaiione salis est uti propositione. 
Personne n'ignore que le syllogisme est composé de trois propositions^ 
savoir : la majeure. la mineure, et la conclusion qui doit suivra nécessaire- 
ment des deux premières , pour que le syllogisme soit en forme. L'ora- 
leur donne quelquefois cinq propositions au syllogisme, parce qu'à 
chacune des propositions ordinaires, il ajoute quelque preuve qui la con- 
firme. U le (ait, soit pour l'ornement, soit par U nécessité, quand la 
proposition ordinaire est douteuse. Cette espèce dé* syllogisme se nomme 
épichérème. En voici un exemple : 
|0. « Celui-là n'a pas violé les lois dont Faction avait pour but de sauver 

« U république, et qui Ta effectivement sauvée; 
a«. < Parce qne k fin pour Uqadle les lois ont été faites, est le salut de U 
« république; 



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556 REMARQUES SDR LE LIVRE L 

30. « Or, MUon a toqIo têxktet la ropubliqne, et l'a aaniée réeOemeoi 

« en tuant Qodtus; 
40. « En e&ty Clodiuf ^tait rennemi déclaré de la répnbyqoe, dont il 

« aurait canté la perle , s'il ii*eât été' taé^ 
50. < Donc BfOon n^a point violé les lois en tuant Qodiiif . » 
Sopprimei la seconde et la troisième proposition, et ce raisonnimenl 

oratoire n'est plus qo'on syllogisme ordinaire. 

5 mmm XL. Iniis^in qmbui exiuu penpkaau at , eonfaentioiM mi , etc* 
n aorait {alln franciser le mot eoruecuUo, pour tradobe ee pawage ploa 
littéralement. Le mot eonsecutio est eipliqaé plus baot par Pantenr da 
Traité de Tlnfention 9 oui uC id, 4ptod eam rem, qmm conficiiar, se- 



® — XLIX. Ccepionis legem jaSdariam, Q. Serrilias Ospion, consnl. 
Tan de Rome 648, poru nne loi (|oi abrogeait une disposition de la lot 
rendue par Ç. Gracchns , disposition qni accordait ans chevaliers romains 
le droit de joger. Par sa nonvelle loi, Coepion adjoignit les sénateurs ara 
cheraliers. 



FIN DBS KSlLiRQUES 5UK hE PIOOUEK UYKfi. 



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REMARQUES 

SUR 

LE SECOND LIVRE. 



ARGUMENT. 



Li'oMME Gcéron n'avait parlé ^ dans son premier Livre, que 
. d^une manière imparfaite et confuse, de ce qui concerne la 
Réfutation et la G)nfirmation, il indique, dans ce second 
Livre , les lieux communs propres à chaque genre de causes. 
C'est pourquoi il enseigne comment il faut traiter la Confir- 
mation et la Réfutation dans le genre judiciaire et dans la 
question de conjecture , et les lieux communs dont l'accu- 
sateur et l'accusé doivent fkire usage. Il applique les mêmes 
T^les k la question de défiinition , a l'état de cause qui exige 
on changement de juge : ensuite il passe à la question de 
droit civil et a la question jurididaire, aux différens sens 
d'une loi ou d'un écrit, aux argumens propres au geiure 
délibératif et au genre démonstratif. 

' — V. impulsif} est, ^ua sine cogiialione, etc. Cest ainsi que CicéroQ 
s^attadie à proorer, dau la MUonicnne, qoe son client n'a point dressé 
d'embûches à Clodins, et qne ce dernier en a dressé à Milon; que 
Miloa n'arait aocnn motif de haine contre Qodius, unriis qoe Clodiof 
CQ atait «n très-grave contre Taccnsë. 
« At Talmt odiom, Mikmis, iîecit iratus, fecit inimicns, fectt ottor io' 
« jnric , ponitor doloris soi. Qnid? si haec, non dico , majora foerent in 
« Clodio, qoam in Milone, sedin illo mazima , nnlla in hoc : quid Toltis 
« ampUos? Qoid enim odisiet Oodiam Mflo, segetem ftc materiao» im 



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538 RE51ARQUE8 8DRLELIVIUS.il 

«r gloriXf prapter boc ciWIe odium , qnoanmes îiDpro})osodiimi8?ine^ 
<t eraty at odûtec, primam defcnsorem salaôs me», deiiide ventorem 
«c fororis, domitocem «nuorom saorom, pottremo etiam aocosatoctni 
« Miiim. Reat enim MUonit, lege Ploôa, fait Clodiot, quoad TÎxit. 
a Quo tandem animo boc tjrannaoi tnliste credltis? Quantnm odiom 
«c iliios, el, m bomaie faquaco, qoam erian jtutom ? » 

( Cic. pro Miloncy N«. XIII.) 
« Mais, dira-c-oo, la haine a pr^ralaj riuimitië et Panimonté Tont tsk^ 
m tréaéj il Tonlait renger une injure , satisfaire son ressentîmeni. Eh ! 
« si ces motifs étaient plos faibles dans Mikm que dans Clodios ; qoe 
« dis-je? slls étaient trés-4lD(téiittii po«r cefci-d , et nuls poor raccasé, 
« ipie TonleB-TOUs de plus ? En eflet , poorquoi Milon , qui ne Yoyait 
a dans Clodios qu'un aliment toujours nooreau et une occasioa perpé- 
< toelle de gloire» Teât-tl hâS, sinon dé cette hame que lootdioyai 
« porte ans méefatai?€addto, éê titmuvitétVmklkm&thÊlUfÊéoo, 
« d'dMfdyOomMeiHldésprinfipainiBs««aMisdèaoarippal,«oniio 
« comme le plus redoBtableëcoeil de ses fnrenrs et de ses violenoea, en- 
te fin comme son iccosatear. Oir Olodins, en Tcrtn de la loi Ploda, fiit 
ir Ficctisé dé WAùù tafit qnll téent Ane ffaé èépit cn>jiet-«Me qne 
« c«i3rt«Miséài]lk^llmMlctteMdtMfailltfid*nfieaacdmtioo?Q«»rie 
4 baïae m deuil pas ranimât contra oehii qui Vf tenait? haine 
« aases natnvdle ei mène juste , quoique dans le plus injuste des 

ff bommel. 

( Thiàntium àt hUbé Aooi. ) 

* -^ Tttt. Dtfetïtarautah ex ûôPttraiio prùnwk iMpûirioimè mi mMan 
fàiiiedUetf Me. CestahMÎ qm CMran icbée le sepiodie d*«BCon- 
duile ndrewé à Mwéaa, pour lequel il plaidait. 
a Saltaiorem appdlat L. Murenam Cato. Maledictnm est , n vere objjcitnr, 
a Tebementis accusatons: sin falso , maledid convidatons. Quarè dîna 
« ista sis aoctoriute, non debes, M. Cato, ampère maledictnm ex 
« triTio , ant ex scurrarum aliquo convÎTio , neque temet-e cônsulem pop. 
« roB. saltatoremTocare : sed conspicere, qoibus pneterea Ttliis afl*eccnm 
c esse aecesse sit enm, cui Tere istud ob)id possit. Nemo enim feresaltaC 
« solxius, nisi forte insanit : neque in soliiodine, neqne in convîtio mo- 
m deraloatque hooesto^ tempeslÎTi conviTÎi , amœni loci , mollarom de- 
<c lidarom cornes cstextrema saltatio. Tu mibi arripis id, qaod neCesseest 
« omnium vitiorum esse postremam : rdinquis iila, quibos remotis boe 
<c Titium oomino esse non potest; nnOum tnrpe contitiam , nonamor, 
K non comissatio, non libido, non sumtos osteoditur j et, corn eanos 



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REMARQUES SUR LE LIVRE IL 53g 

« reperiaotar, qiue Tolapcatb nomen habent, qucqoe TÎtiota sqdC: in 

a qno ipcam luxariam reperire non potat, in eo te lunfaram loxuris re- 

« pertorum putM ? » 

( Cic. pro Murena , No. VI. ) 

« Cacoo appoUe L. Moite on danseiir. Le reproehe est TÎolent, s'il est 
« (bndé ; l'il ne Pesi pot y il érvieot ooe mjarieiMe ealomnie. Est-ce 
« & on iMOiiie comme tou», Catoo, de ramaaMr de pareUlei io|aret 
« dam les oaneiburs, de les dérober à qotlqae misérdble boaflbn , de 
« donner si légèremeoc Je nom de dmnmur à on consol romain , an 
« lien d'examiner de combieo d*aiit»es vices atraît néeesmiremenC sooillé 
« oehii qui mériterail oi pareil reproche ? Un bomme sobn ne danse 
« guère , tani qu'il est maltrç de sa raison , ni i|uaBd il est aeol , ni 
« dans la gaité d'un repas lionnéte et frugal; aux festins m^me es- 
te traordinaires, où Ton cherdie à réunir tous les plaisirs, la danse est 
« le dernier de tous. Vous l'accusez d'abord du vice le plus grossier, et 
« vous ne parlez point des autres sans lesquels celui-ci ne peut exister; 
«c TOUS ne rapportez ni repas honteux, ni galanterie, ni dissipation, ni 
« libertinage; et ne trodrant aucun des vices qui suivent la volupté^ vous 
« voulez , ob la débauche n'est pas , nous y faire voir son ombre* » 
( Traduction de MM. Gobrovlt. ) 

' «^ XnL Quorum pan ad oamsiUum pmtinat, 0io. C'est Piateoiion 
qui excuse ou qui aggrava PactÎDn, Mais oommcnt sonder les replis da 
cœur humain, sans s'exposer à on grand nombre de méprises, toutes les ' 
Ibis que Pintentiou n''c9t pas exprimée? Les honmies som natuceUement 
portés à penser <pie celui qoi a vooln l'action en a voulu aussi toutes les 
suites. Cette propeuieii est soavent un obstacle insonnontaUé qui s'op- 
pesem triompha de t*innecence etde U véite'. fi Caot être doaéde beau- 
coop de pénétration et de sagadté, pour jnger de ce que pensait Int^rieu- 
veiaent m aocnaé, an moment de commettre on délit, si œt accusé n'é- 
tait pas (JMailiarisé atec le crime. L'hommede bien , cfaar^ de prononcer 
SBT le sort d'un prévenu, ou d'éclairer la conscience des jdges, doit , avant 
d'examiner Pintentiony diuis Piatérét de Paccusé, du corps social et da 
genre humain, écarter les ptéjnges d'habitude, devenir étrangère ses 
propres passions, comme à celles des autres; et si , après le plus mûr exa- 
men, il n'est pas absolument content de loi-m^me, il ne doit, jamaÎA 
franchir au-delè du doute. Cest la voix de sa conscienœ qdi' lui di^- 
alors : Arrête , et crains de prononcer. Tu veux sauver Pionocence , prends 
garde délaisser échapper le coupable; tu désires punir un coupable, prends 
garde de frapper Pûmoccnt. Dans cette pénible alcenuttive, ne confoods 



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54o Rt:3*ARQUES SUR LE LIVRE IL 

jaoïais l'horreur qae le crime inspire , atec celui qu'on accuse de Varolr 
oomaw ; et si tu> dob ^re entratné par Terreur , la plut excusable sera 
lonioart celle qui absout, plutôt que ceUe qui condaniDe , celle qui 
cooserre, plntAc que celle qui détruit. Le repentir peut entrer dans 
r Ame du coupable que tu cooierrit , et tu ne rappeUeraa pas & la rie 
rinnoccot que le glaive des lois aura sacrifié. 
Jt suis persuade que fanteiir do traité de riufcntioB était , ainsi que toub 
las rbétenrs anciens , péictrë des principes que je Tiens d'exposer, el que 
las mojens multipliés qu*il indique à l'orateur , ne sont pomt , comme 
bien des gens se l'imaginent, de vaines et ridicules subtilités ; et, si je me 
trompe , il me semble ■ alors qoe les réflaxious que j'ai faites pcuTent 
devenir vraiment utiles. 

4 — XV. Hœc ergo argumenla^ quœ tranijeni in mulùu causas pos- 
suntf locos communes nominamus. En fiûsant une aussi longue énu— 
mération des lieux communs , Cioéroo n'avait certainement pas en 
Tue ces détails insignifians qui s'adaptent iinlifféremment à toutes les 
causes, et qui dès-lors n'appartiennent à aucune. 

^ — XDC. JVam et prœtoriis exceptionibus mulùB excluduntur aetiones . 
Le préteur de la ville ne rendait point de jugement, excepté dans les 
affaires importantes, mais il vous adressaitau tribunal dont vous rcssortiez^ 
en vous donnant la formule de l'accusation. 

6 .» XX. Non enim oporlet, in recuperaUtrio juâicio ^ etc. Le préteur 

déléguait quelquefois un juge qui , en vertu de sa commission , connaissaii 

des causes dans lesquelles il s'agissait du recouvrement et de la restitution 

des deniers et des efièu des particuliers. Ce joge était appelé Rssupe^ 

rotor ^ et le jugement qu'il rendait était nommé judiciumrecuperaiorium» 

, Ce passage donne ausai lien de croire qoe les récupérateurs prononçaient 

aussi sur les dommages et intérêts, puisque le dievalier qui a eu la main 

coupée, réclame un dédommagement. 

• 
7 -«-XXI. Çiii<2ampi^i^^iimWerfemyècit. Un citoyen conservait jusqu'à 

son dernier soupir, le droit de changer son lesument, qu'on pouvait, 

dans les cas déterminés par la loi , casser après la mort do te^uteur ; car les 

personnes qu'il y nommait pouvaient mourir avant lui, ou n'avoir pas la 

capacité requise. Diaprés ces con&idératioos , on permit de désigner des 

seconds et même des troisièmes berittcrs, qui se remplaçaient les on» les 

aiitr€i% 



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KEMIRQUES SUR LE LIVRE II. 541 

- * — ^ XXVII. Postea transhtionU partibus uii, etc. L^onteor ^re, par 
eieniple : <c Votre toaar cût-«Ue mérité b mon , aon frère ne derait pas la 
« doaner a^aat quVUe y eût été condamnée, ni troubler mal à propos 
« par on meurtre, la )oie de tonte une TÎUe. » 

9 ^ XXX. In eofiedere, quodfaetum est quonâam cum Samnitibus , 
quidam adoièscens nobiiis porcam stutinuitjustu imperatorît. Après 
avoir concîa no traité de paix , on immolait une traie. 

« Inter se potito certamine, reges 
« Armati Jotîs ante aram , paterasqae tenentet 
« Stabant, et caesa jongelMUit fœdera porca. 

(AEiTEiD.^.Vin, v. 639.) 

f^oyet Qointilien, ImUtaU. Orat, iib. \IB, et les commentaires de Servios 
et de Piérios sar les vers de Virgile <|ne )e viens de citer , etc. 

Piosienrs aoteors prétendent que Ton immolait nn porc, et non pas nne 
tmie. On peut aossi , poor avoir une {oste idée de la solennité qoi accom- 
pagnait les traités, coosolter encora Virgile , Énéid, liv. XII , depuis le 
vers 1 66 jusqu'au vers a 16. 

^^ — XXXII. Lex est apud Rhodhs^ ut, si qua rostrata inportu muds 
deprehensa sit, pubUcetur. Toute la difficulté roule sur le sens que l'on 
suppose que le l^islateur acucbait au mot deprehensa ; mais 3 est peu 
probable qu'un bomme sensé efit jamais prononcé la confiscation contre 
nn vaisseau jeté par b tempête dans le port de Rbodes. Fojrez ce que dit 
Aristote , dans le premier livre de sa Métorique, cbap. XIO , sur lin- 
tention du l^islaienr. 

■( ^ Idem, Et ex deUberationis partibus , etc. Personne n'ignore que lea 
trou genres de cansi^s et les trois genres de style se trouvent fort souvent 
réunis dans un seul et même discours. Vous pouvez louer, par exemple ^ 
ce qai est bonnéte , comme la vertu dont vous pouvei aussi prendre U 
défense contre ceux qui l'attaquent ou qui b persécutent $ vous pouvez, 
enfin la persuader à ceux qui hésitent on qui négligent de la pratiquer. U 
est aisé de voir ici combien les trois genres oratoires se rapprochent Fun 
de l'autre. En défendant un accusé, on a quelquefois occasion de (aire 
l'éloge de sa conduite présente ou antérieure, et cette partie de b défens» 
rentre nécessairement dans b genre démonstratif. 

*'' -^ XXXIV. Ifam in senatu , et in consilio de Sjrphace, Consultez les 
notes ih Ful%*. Ursinus , Ub, \, de Finihus. 



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543 REMARQUÉS SUR I« LIVRE H. 

iS — XL. Meretriac corwtmm aunamne hAeto. Si habuerit, jmhRea 
esta. HermogèfNt, qui cite le nèaie exomple, fut oonsittar Tambi- 
. gulté dam rtco6Dt : ET«<p«, XP^^* ^ <^*pM«9 Sil(Jl4€tA êTTtÊ. 
Meretrix eoronam aumam rifirat^ pubUcm esto, L'accntatenr pro- 
nonce le mot J'tlfJLù^Ut atec on accent lor la pénoltièine , et par cela 
même, il prétend que la coarUsane toit Tendue on qu'elle devienne k 
propriété de la répobtiqne. Le défen#ear met Tacoent fur rantépénnl- 
tième, et dit qa*il faut prononcer J^Iff^itf'lA , et par conséquent, que 
c*e»tlacoaronne,etnoapafla coartiMne^que la loi ordonne démettre 
«n vente. 

«4 .. XLV. Deinde inâignum esté th lege aiiquid derogmri, etc. Dero» 
gafB, c*est abolir une partie de loi par une h>i contraire ; ahrogare, c'eat 
amMUr une loi; exrogart, <^est déroger à une ancienne loi par une 
noinettt; oèno^wv, c'eat préaentcr une kt qui en abroge nae autre. 
^or«« Mv oes moift, lee jâm d t f uM t gree^um e( n m m w ê i de Sam, 
PUiâûHê y et les commentaires dont le P. Paeent a enrichi l'édition des 
LiiFresoraioiieB de Gcéron , orf mnm DeipkimL Pmriây 1669. 

■^ — XLIX. AUxmtânun^ qui apud PhërœoSf etc. Aloandre, Ijrande 
Plik« en Tbeiialif, dédata la guerre ans Macédoniens et fit PâopMaa 
-pnsonnier. Malgré lesprécantiona qn*il pieniit pour sa vie, il ibi tué pur 
Thébé sa lamme, ran 357 «tant J. C. 



VIK BEI JUKMAAQVSS BVK Ll SECOND UTIUC. 



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TABLE DES MATIÈRES. 



LIVRE PREMIER. 

I- jLjs tident de la parole et Téti^de de Téloquepce opt-ils été 

plus avantageux que nuisibles a l'homme et a la société? 
II. Origine et progrès de l'éloquence. 
lU. Causes de sa dépravation. Ambition des orateurs. 

IV. Ses bienfeiits. Union indispensable de la sagesse et de 
l'éloquence. 

V. De la rhétoriqye. Devoir et fin de l'orateur. Des trois 
genres de cause. 

VI. Opinion d'Hermagoras. Elle est combattue par Cicéron. 

VII. Des cinq parties de la rhétorique. De Hnventian, de la 
disposition, de Pélocution, de la mémoire et du débit. 

VIII. DifiGérens états de question, suivant la différence des 
causes. Questions de fait, de nom et de gène, etc. 

IX. Question de genre. Hermagoras la sous-divise en quatre 
espèces : délibérative, démonstrative^ jurididairt et maté- 
rielle. Son opinion est réfutée. Cicéroa n'admet que trois 
genres, le démonstratif, le délibératif et le judiciaire. 

X. Continuation du même sujet. Nature des trois genres de 
cause. 

XI. De la question juridiciaire absolue et accessoire. Elle 
offre quatre chefs : l'aveu du crime ^ le recours, la récri- 
mination , la nécessité d'alternative. La question commu-^ 
tative ou translative est une sorte de récusation. 

XII. La cause est simple ou complexe. Il faut examiner si 1» 
discussion porte sur le raisonnement ou sur le sens littéral^ 



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344 TABLE DES MATIÈRES. 

XIII. Du genre de cause fondé sur le sens littéral ^ et de celui 
fondé sur le raisonnement. Du pomt a juger. 

XIV. De la preuve fondamentale. Des parties du discours 
oratoire, qui sont, l'exorde, la narration, la dimion, la 
confirmation , la réfutation et la péroraison. 

XV. Les causes sont honnêtes, extraordinaires, basses, dou- 
teuses ou obscures. De Pexorde direct et de Pexorde par 
insinuation. 

XVI. Qcéron , après avoir montré quel est le but de Texorde, 
enseigne les moyens d'en assurer le succès. 

XVII. De Texorde par insinuation. Dans quelles circons- 
tances il faut l'employer. Qualités de l'exorde. 

XVIII. Règles communes a l'exorde direct et a l'exorde par 
insinuation. Défauts de l'exorde. 

XIX. De la narration. U y a trois genres de narrations. La 
narration regarde les choses ou les personnes. 

XX. Les trois qualités de la narration sont, la brièveté, la 
clarté , la vraisemblance. 

XXI. Eu quoi consiste la vraisemblance dans la narration. 
Défauts qui nuisent a la vraisemblance. 

XXII. De la division. Lorsqu'elle est bien faite, elle rend le 
discours clair et lumineux. De' la concision, de l'exactitude 
et de la justesse. 

XXIII. Continuation du même sujet. Défauts a éviter. 

XXIV. De la confirmation. Des argumens ; ils se tirent des 
qualités de la cause ou de celles des personnes. QuaUtés 
naturelles et acquises. Influence de la nature , de la com- 
plexion, du sexe, du caractère, de la patrie, de Tâge et de 

. la parenté. 

XXV. Qualités personnelles acquises et provenant de Tédu- 



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TABLE DES MATIÈRES. 345 

cation. Culture de Pesprit; liaisons, façon deviyre^ usages; 
mœurs, penchans, etc. Effets du hasard. 

XXVI. De la substance du fait. Le lieu, le temps, la ma- 
nière, Toccasion, le pouvoir d'agir, voila ce qa'on entend 
par accessoires. 

XXYII. De l'occasion. De l'intention. 

XXVIII. Des points de comparaison. Distinction du genre et 
de l'espèce. Des conséquences. 

XXIX. Du dilemme. De la conclusion. 

XXX. La similitude s^itablk entre des choses contraires , pa- 
reilles, ou qui ont le même principe. L'auteur en apporte 
des exemples. Observations touchant les sources, la forme 
et la grandeur des argumens. De l'image , du parallde ejt 
de l'exemple. 

XXXI. De la simple induction et du raisonnement composé. 
L'auteur cite un exemple de l'induction; c'est l'entretien 
d'Aspasie avec l'épouse d^ Xénophon, et Xénophon lui- 
même. 

XXXII. Continuation du même sujet. 
XXXin. De l'induction. Exemple de cet argument. 

XXXIV. Force et nature du raisonnement. Est-il composé 
de cinq parties ou de trois? Argumentation de cinq parties. 

XXXV. L^auteur cite à ce sujet l'opinion de Socrate, d'Aris- 
tote et de Théophraste. D adopte celle d'Aristote et de 
Théophraste. 

XXXVI. Argumens où la proposition n'a de force qu'autant 
qu'elle est soutenue par la preuve. U faut distinguer l'as-^ 

< somption de la preuve. 

XXXVII. U y a des argumens dont la proposition ni l'as- 
somption n'ont besoin de preuve. 



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346 TABLE DES MATIÈRES. 

XXXVUL Exemple iTon raiatnBeaent h cisf ptrties. 
XXXIX. Exemple d'an raiseimeiiieiit k ^tre parties , où 

la maleure^ ou. propositioii, n'a pas de peuve. Autre exem^ 

pleeà la preuTS dt Veèsamjplkm ou BÛneme esl supprimée. 
XL. Du raisonnement réduit a deux parties. Il faut éviter 

une conclusion trop éridente. Ambiguïté du mot argu* 

weotation expliquée. 
XLI. Nécessité pour l'orateur de varier la IWme de ses ai^g^u* 

mens. 
XLIl. De ]à réfutation; elle pi|ise a«K aiimes sources que la 

eottfijrmatioQ, 
XLUI. De la réfoutioB des signes. 

XLIV. Manière de réfuter les arguraens qui étabUssent la 

probabilité. 
XLV. Manière de rétorquer le dilenraie , et de réfuter une 

énumération quand elle est vicieuse. 
XLVI. Continuation du mêm« sujet. Réfutation d'une con* 

clusion simple, quand la conséquence n'est jpHi la suite né-» 

cessaire des antécédens. 
XLYII. L'orateur doit exam»er si la oeoclusiea ne dit paa 

plus que ne font les présûases. Supposition fausse. 
XLVni. Argumens vicieux. O)nséquenoe trop étendue. Ma- 
jeure Crasse. Preuves mal dioisies. Règles particulières. 
XLIX. ContinuatioQ du mène sujet. Exetdples assortis aux 

règles. 
L. Ra des èbservs^ns que peuvent eomporter les vices d'ut! 

argument. Règles générales. 
LI. Gboix de raisons égales en force , ou même supérieures a 

ceRes d'un adversaire. Sentiment d'Hennagoras toutbantlft 

digression, qu'il place avant la conclusion» 



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TABLE DES MATIÈRES. 547 

LU. De la péroraison et de ses parties. Des mouvemens ora* 

t<ûres. De Tindigiiation et de la plainte. Qualités de la ré* 

capitulation. 
Lin. Les mouYemens oratoires exigent, conmie les preuves, de 

l'art et de la mesure. Conunent l'orateur parvient a exciter 

l'indignation. 
LIV. Continuation du même sujet. 
LY. Quds soDt les moyens d'attendrir Tauditeur et de le 

rendre sensible a nos plaintes. 
LVI. De Tobsenration. Conduaion du prenier Livre. 

LIVRE IL 

I. Portrait d'Hélène par Zeuxis. 

II. Gcéron avoue ^'il a emprunté des anciens rhéteurs ce 
^'il a dit et ce çp'îl va dire touchant la rhétorique. Tisias 
premier inventeur de l'art. Aristote loué par Cicéron. 

in. L'auteur indique le plan qu'il a dessein de suivre, en 
profitant des lumières de ceux qui l'ont précédé* 

IV. .Chacun des trois genres d'éloqucMoe a un but diffctrent. 
Toute e^>èce de oause se rapp<»«eàriMide€es trtis genres. 
Exemple de la question de conjecture. 

V. Lieux communs de la questkn conjecturale. De la pas* 
sion et de la préméditation. 

VI. Ce que doit faire l'accusateur ,* quand Faccusé a agi avec 
préméditation. 

VII. Continuation du même sujet. 

VIII. Moyens que doit employer le défenseur pour justifier 
son client j accusé d'avoir agi avec préméditation. Objec-^ 
tiens de l'accusateur. 



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548 TABLE DES MATffiRES. 

IX. G>njectures tirées de la personne, du sexe , de la ngtion^' 
des ancêtres, de Fâge, de la complexion, de la conduite de 
Taccusé. 

X. Continuation du même sujet. Nouveaux moyens d'acour 
sation. 

XL Moyens de justification dont le défendeur doit se servir. 

Comment il peut affaiblir ou détruire les soupçons élevés 

contre son client. 
XIL Des circonstances inhérentes au sujet. U faut examiner 

le lieu, le temps, Poccasion, les moyens. 
XIU. Des choses qui rendent un fait probable ou non , et 

qui fortifient les soupçons. De Tintention. Défauts a éviter 

dans l'application de ces lieux communs. 

XIV. Pour rendre l'invention des preuves plus facile, l'ora* 
teur reviendra souvent sur sa propre narration et sur celle 
de l'adversaire. 

XV. De ce que l'auteur entend par lieux communs. Pour 
mettre de Tordre et de la clarté dans le discours, il faut 
employer rarement ces lieux communs. 

XVI. Lieux communs dans une cause conjecturale ; teb sont 
les siftipçons , les bruits publics , les témoins , les aveux, etc. 

XVII. De k question définitive. Définition d'un mot dont 
on cherche la valeur. 

XVIII. Continuation du même sujet. Réfutation de l'adveF- 
saire. 

XIX. Question de récusation. Exemple cité par l'auteur; 

XX. Autre exemple de récusation. Du jugement par corn-- 
mission, 

XXL Question de genre, matérielle et juridiciaire, 
XXII. Règles à suivre dans une cause, quand elle offre plu- 
sieurs points a juger. Du droit ciuil, du droit coutumier^ 
du contrat y de V égalité, dn jugement antérieur* 



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TABLE DES MATIÈRES. 549 

XXni. De la question absolue et de la question accessoire^ 

XXIV. De Talternative^ de la récrimination, du recours et 
de la concession. 

XXV. Continuation du même sujet. 

XXVI. Manière dont Taccusateur et le défendeur emploient 
ces lieux communs. Exemple. Horace, vainqueur des Cu- 
riaces , accusé pour avoir tué sa sœur Horatia. 

XXVII. Moyens de défense et d'accusation dans cette cause. 

XXVIII. Continuation du même sujet. 

XXIX. U y a deux espèces de recours : c'est tantôt la cause 
et tantôt îe fait qu'on rejette. 

XXX. Continuation <ili même sujet. Elxemples. 

XXXI. La concession a lieu lorsque l'accusé, sans justifier 
le fait, supplie qu'on lui pardonne. Exemples. 

XXXII. Argument tiré de la nécessité et de la force ma- 
jeure. Exemple. 

XXXin. Manière dont le défendeur rétorque les objections 
de son adversaire. 

XXXIV. De la déprécation. Elxemples. 

XXXV. Moyens du défendeur pour appuyer la déprécation. 

XXXVI. Objections de l'accusateur. 

XXXVII. Des peines et des récompenses. 

XXXVin. La question des récompenses se divise ext quatre 
parties, les services, Thomme, le genre de récompense et 
les richesses. 

XXXIX. Du prix que mérite chaque action. 

XL. Discussions sur le sens littéral d'une loi ou d'un écrit. 

XLL Ambiguïté des termes. Exemple. 

XLII. Intention du rédacteur ou du testateur. Exemple* 
Moyen de défendre l'intention. Exemples. 

XLIII. Continuation du même sujet. 



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55o TABLE DES MATIÈRES. 

XLIV. Continuation du même sujet. 

XLV. G>ntinuatioii du ttéme sujet. La loi ne doit que très-* 

rarement proposer d'exceptions. On ne peut déroger a la loi 

ni Fabroger. 
XLYL Continuation du même majet* Mojrena de celui qui 

défend la lettce. 
XLVn. Moyens de odiui qui attaque la lettre. 
XLVUI. EmploideslietixcommniisdellkoaMuretderin- 

térêt 
XLIX. P(»nt de discussion, lorsque deux ou plusieurs lois 

semblent contradictoires. Elxeinples. 
L. De la questîoB d^andogie. Esemptes. Lina conunuBs de 

ce genre. 
LI. De la définitioii 9 quand il se trouve dans le texte de la loi 

qudque mot dont on dierdie la valev. Elzemple. Des 

genres délibératif et démonstratif. OpiuioB d'Aristote. 
LU. Moti£i qui peutent exciter ou réprmer les désirs de 

l'homme. 
LUI. L'auteur définit ce qu'on entend par ces mois y honnête, 

vertuy etc. Définitions des yertus. 
LI V. En quoi consistent k droit eoutumier , Fégdité , le con- 
trat, le jugement antériev. Suite de la définition des Tertns. 
LV. De l'bonnéte et de l'utile réunis. De la gloire, de la di- 

gnilé, de la grandeur, de l'amitié. 
LVI. De l'intérêt personnel ou extérieur. 
LVU. Définition étendue de la néofssité« 
LVUI. Du bien-être. LesciroonslaBoes, lesi 

motifs de l'action changent la nature des fiolta. 
LIX. De la louange et du blâme. Conclusion. 

FIH DE Li. TABLE tZ t^IITYEKTIOK. 



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LES 

TROIS DIALOGUES 

DE L'ORATEUR, 

ADRESSÉS A QUINTUS FRÈRE DE aCÉRON. 
TRADUCTION DE J. B. LEVÉE. 



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INTRODUCTION. 



mJm tous les Ouvrages que Gicéron composa sur rëlo- 
quence> il n'en est point de plus beau que les Trois 
Diédogues de VOrateur. L'intérêt natt tout à la fois y 
et de l'importance du sujets et du mérite des inter-^ 
locuteurs. L'orateur romain avait passé sa vie au bar^ 
reau et dans l'administration des affaires de la répu<* 
blique^ lorsqu'il écrivit ces Dialogues. 

Quelle distance d'un traité de rhétorique y rédigé 
dans la forme usuelle et méthodique y et tel qu'un 
mattre le dicte à des écoliers y à cette conversation 
si noble et si imposante établie par Gicéron ! Qiielle 
manière plus heureuse de donner une grande idée de 
son art 9 que de représenter les premiers hommes de 
la république y des personnages consulaires y tels 
qu'Antoine et Grassus^ et son gendre Scévola, grand- 
pontife^ et la lumière du barreau pour la jurispru-^ 
dence y employant le loisir et le repos de k campa* 
gne pendant le peu de jours de liberté que leur laisse 
la solennité des jeux publics , à s'entretenir sur Télo^ 
quence^ en présence de deux jeunes gens de la plus 
grande espérance , Lucius Gotta et Servius Sulpiciuis^ 
qui pressent ces grands hommes de leur révéler leurs 
idées et leurs observations sur cet art> dont ils ont été 
depuis long-temps les modèles ! Tel est l'entretien 
que Gicéron suppose avoir eu lieu^ lorsqu'il éiaic 
II. a3 



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354 INTRODUCTION. 

à peine sorti de Tenfance^ environ cinquante ana 
avant le temps où il écrit, et lui avoir été rapporté 
par Cotla. C'est Tin effort de mémoire quHl prétend 
faire en faveur de $0^ frère Qifintus., qui lui avait 
demandé ses idées sut réipqjuèoice. W^j^st priojbable 
qu'en effet ,eette conversationn'était paa.toiut-à-fait 
une supposition; que Cotta ea avait parlé à Giçéron , 
et lui en ayait rapporté les principaux résiiliats ; que 
eelui-ciy dans, la suite j saisit l'occasion de travailler 
sur un fonds qui lui avait paru intéressant €t riche ^ 
et que le prince des orateurs romains, quelque droit 
que- lui donnassent la vieiUessie et}a gloire (lil avait 
alora soixanterun ans ) de dicter les Leçons de son 
expérience et les lois de son génie, aima tnieuiX se 
dévoiler au danger de s'ériger en légisibueuity^ et tprér 
féirft de se mettre àxouverx soud la. vieille i^uutori té 
de ide«ix mattres lîtosbeux, q«i: avaîieM- été. avalai lui 

les premiers organes de l'éloquence romaine.^ 

U est hi remarquer que Scévola, Fun des inter-* 
locuteurs du premier Dialogue, n'est point, presenjt 
ftu second ; et il parait que Gicéron l'a écarté à des- 
sein , parce qu'il ne convenait pas qu'on f tt un traité 
sur la plaisanterie , en présence d'un homme aussi 
grave qu'un grand*pontife. Ces sortes de bienséances 
sont soigneusement observées par les anciens; et 
Cicéron surtout, qui ne recommande rien tant à 
l'orateur que l'exacte observation des convenances 
de toute espèce , avait trop de délicatesse et de goût 
pour y manquer. 



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IHTRbDUCTIÔN. 355 

Telle est, sur cet ouvrage de Cicéron, Topiuion 
d^un bmiime qui mérita d'élre regardé comme un 
nouveau Quiutilien *, et dont je viens d'emprunter 
les propres eicpressions, et qui nous a laissé une très- 
judîcîénse analyse de ce Ti*aiié. "^ ' 

' Les Dialogues de POrateur furent traduits en fran- 
çais par Ca^y/ig/ie, en 1673 ; M. Desmeuniers en donna 
un^ nouvelle traduction en 1783. Je ne dissimule poîn t 
que Tune et l'autre m'ont été de quelque secours, en 
composant celle que j'offre aujourd'hui au public. 
J^i dû vaincre pins d'un obstacle, en traduisant les 
quatre Livres de la Rhétorique à Hérenniui. Séduit 
pavTiniérét que m'inspira, de tout temps, la lecture 
des crois Dialogues, j ai redoublé de zèle pourdon* 
ner b traduction de cet ouvrage admirable , espérant, 
je le dis^avec franchise, trouver dans mon travail une 
sorte' de récompeMe et un dédommagement de mes 
premiers efibrts. 

* Là Harpe , Court de Littérature éuiciénne et moderne y ton. 9 , 1 8 16 | 
pdg. ^ 1 1 e^ soir. ' ' 






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M. T. CICERONIS 

DIALOGI TftES 

DE ORATORE. ' 



ï>iÀÏ:.Ô(^tJS, SÈV LIBER PlOMUSl 

t. etc. — i^oGiTANTi mîlii sâepeoutrfcrô , A me* 
morîa vetera repetenti^ perteati fuisse^ Qùiûté'^ïra- 
ler, illi videri soient, qui in oplîma republica , cum 
et honoribus, et rerum gestarum gloria florerént, èum 
yb^ <^rsuiu tenere potueruut, ut vel in negotio sine 
periculap/vel in oÛA^ cmn digpitate es^e po3sem, Ac 
fiût ' quident , cum mibi quoque initium ,^^V^^^ 
ceadi, atqœ animum ad utrlusque nostrA;^ p;^^<4ara 
studia referendi , foré jusdum et prope .ab omjqilws 
concessum arbitrarer , si infinîtus forensiumi nerUni 
)àbor y et ambitionis occupatio , debursif hwaeicBdn , 
*etiam âetatiâ ûexxxy consiitîss^t. Quatt ig|^Hii«ci^ha- 
tionum et consilîorum ineotum', cum gr*^e^*«(Wnfinu- 
nium tèmporum , tum' varii* nostrî câids'^fôftnet'ttût. 
Nam , qui ïocus quieîis et tranquillitaiis pïemi^ftmis 

> Tempos illud , coiii. 



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=9» 



LES 

TROIS DIALOGUES 

^ ÎUÎEiL'ÔRâTEtJRj 

ADRESSÉS K QmiqT/S JE^RÈRE^DÇ aCÉRON. 



DJAILOGUE V w UYRB PREWW. 

ï. CIC. — JuoRSQTJE , livré souvent a mes }réflexioi](^^ ma 
mémoire se reporte sur les choses passées , mon cher ■ Quin» 
tus j ceux4^ me semblent vraiment heureux qui , nés sôus un 
hon gouvernement 7 parvenus au ccnnble des honneurs et de 
la gloire , peuvent sans crainte selivrer aux afiaires, ou vivre 
avec digiûté dans le repos. fut un temps où, après avoir 
vieiOI ^ dai» les honneurs, et devenu étrmiger aux ratiigiieft 
qu'U faut employer pour y parvenir , libre eafia de .mes occu- 
pations infimes au barseau et dans la magiatsature^ je me 
flattai de goûter, s^ns qu'oane désapprouvât, les donceuss 
de la refaite , et de me livrer a l'étude des lettrea quç nous 
diémscNOisi. Mûsla ^rigueur des circonstances^ etla suite de mes 
malheur» 4^trui^eiit mes espérances. Eji efTet» d^ le lieu 
qui paraissait m'qfi&ir le calme- et la tranquillité, se sont éle- 
vées .dfhoinri^^^f tempêtes , et je me suis vu environné de nom- 
breux, .^eils.^ fortune, toujours contrmre à mes vœux les 
plus ardens, ne nous a point permis de consacrei' nos loisirs 



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^ 



558 DE ORAXbKE,* LIBER T. 

fore videbalur , in eo maximae moles mole^mram , 
et turbul^ntissimse tempestates eistîtenmt.'Veqiie 
vero noLb cuplenllbus atque' exoptantious fVûcius 
oui datus est ad eas artes, quiLus a pueris dediti 
fuimus^ celebraiidae, '• întot nosque recolendas. Naîu 
prima œtat«. incidimus in ipsam perturbatîonem dis- 
ciplinae veteris : et consulatu deyenimus in mediupi 
rerum omnium certameu atque discripifîn ; let (fçc 
tempus omne post consulatum objecimjug 113 jQucÛ- 
Lus , qui , per nos a eommuni peste députai ^ in 
Bosmetipsos redundarunt. Sed tamen in his ukl asfie- 
ritaiibtts rerum y Tel «n^stiis temporu ^ obseq^ar 
studiis nostris > et ^ quantum mihi vel fraus inimklt)- 
rum y Tel causas amîcorum ^ yel respublica tribuet 
otii^ ad scribendum potissimum conferam. Tibi vero^ 
frater, neque hortanti deero» neque roganti. Nam 
neque auotoritate quispiam apud me plus yalere te 
potest y neque voiuntaie. 

II. Ac mihi repetenda est veteris cujtisdam 'memo-^ 
ri» non sane satis eiplicata re6ordalio;*sedi lit iyW- 
tror,'apta ad îd, quod requîrîs, ut cognoscàs^ i^uae 
viri omnium eloquentissimi , clarissimique senserSm 
de omni ratione dicendi. Vis enîm, ût mitii sœpe 
dixisti ; quoniam quae pueris^ aut adolescentulis ûp- 
bis ex commentariolis nostris inchoata ac rudia exci- 
derunt, yix bac «tate dign^^ et tioe ijtsu^ ^qi^efli^ ^^x 
cousis, quas dixii^us» wt unj^squa iç^pq^^vû «W9^ ; 
ftUquid iisdem de rébus poikiua a Mtbî«^rr«Qli<M4iie 



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DE L'ORATEUR, UVRE I. SSg 

à ces beaiix-arts qui, dc$ renfance , firent nos plus clières dé- 
lices- A peine eijtré dai^ la carrière de la vie, j? n^e Uouvaî 
au milieu^ des troubles politiques qui avaient cfaapgé la face 
de rÉtat ^ et je parvins à la dignité de consul , a travers les dan^ 
gers, quand les partis étaient encore aux prises; et, pendant 
le temps qui suivit mon consulat , les orages dont j'avais gai- 
ranti ma patrie, sont venus fondre sur ma tête. Mais cependant, 
malgré ces conjonctures pénibles et difficiles , je me livrerai 
au goût qui nous domine, et je consacrerai désormais a écrire 
les loisirs <}tre mè laisser<>nt encore les intérêts de Famitié y 
ceul de mcm pays , et les persécutions de mes implacables enoe* 
mis. ^ Mon frère, j'tîme a téàsr a vos instances et a vos ooa- 
seik^ personne n'a sur mai , ni plus d'empire y ni plus d'au- 



, .U^Ici,}edoJi$ me rappeler le. souvenir de certain eutretio» 
4|:i^p,DeU{.c(^u, et qui sera très-propce à vous satiafaire, 
,^n vQus. découvrant l'opinion que les hommes les plus élo- 
^^ens et les plus illustres avaient conçue de Part oratoire. 
Car vous voulez , comme vous me l'avez dit plus d'une fois , 
que je traite avec bieaucoup de soin et d'une manière plus appro- 
fondie ^ une matière qui fiit l'otjct de quelques essais échappés 
îi ina plume , dans mon enfance et dans ma jeunesse , ^^ et que 
vous croyez nidignes '3e mon âge et de l'expérience, que j'aî 
"icqlifefe ait l)arrean et dans les âffîairéé. Vous aVez coutume , 
-^MMiftets disQusfiîons partîciilièvas^ de ne point ètte* de mon 
avis, quand je prétends que l'éloquence des hommes les.plus 



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■-N 



56» DE.enA7)DIffl> JUBERTi 

{trpf^rm'-'t^eacfue tionBuiDiqiMrm} hsc Ghf"r«(tf4i3^iii 

tisfimohim itominiiiii artibtis ^ôqèeùââttl cbiiiîtién 
staluam ; lu autem illam àb èlegarrtïa docitrlntesegre- 
gatfdiihl ptiies, etib qùôdam ÎDgenii'aique ei^fercita- 
tiûD^s généré potieDdam. ' " ^ \ 

' ' Ac hiïhr (juîdem saepeuiimero m sumijnosliommçs 
ac sunimis ingeniis prœditbs intuenti^. (jua^ç]^(|)i^|ii 
ease yisiun est^ quid esset^ cur pl^r1e3.ia,q^;^}^>p^j^(Ç- 
.^)us^ ^uam in dicepdo admir^^Ues exsâûs^e^^J^AQ^^ 
quocumque te animo et cogilaUone co»¥fiiîtier«^> 
pprruuliQS excellente^ in quoque genecve TÎdehts ^ aop 
medioçrium artium y sed prope maximat unu: i^iam 
enlm est, qui^ si clarorum bominùm seîeDtifltU''re«- 
rum gesiarum vel . utilitaie Tel magnitadinfe mèliri 
Tclit , non atiteponat oratori imperaiorem ? Qtiis âiu- 
tem dubitet y quin belK duces praestantissitnos et bac 
una civilate pâene innumerabiles, in dicendo autepi 
excelleutes vix paucos proferre possimus? Jam veto, 
consilîo ,ac sapientia qui regere ac gubernare .rqmpu- 
blicam possent ^ multi nostra > pjiures patrùm niçpip^ 
ria, atque etiam màjorum exstiterunt , cu,ni,,l;>Qm 
perdlu null^ , vix auten^i singu^s ^tatibus .^inguli 
V^lerabil^s pralpre$ inye«ireiîiuit..APf. W i|ui§^, forte 
cum^aliis smdiis, qu^e, recandiûs in;,Airlîbua*>^ ft- 
que in quadam varielaie liiteraruoi verseotur y o^^ 
banc dicendiTalionem, quani cum imperatoris lande, 
aut cum boni senatoris prudentia coroparandam pu- 
tet; convertai animum ad ea ipsa arlium gênera^ 



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DE«Ii;0»ATEnili,'UinŒ'L 5«i 

ilugCftAn^il p^UrbaatUtconpBÔssMioB^tfbipMt^ 

mentdçlai^tjfTfeeti^çl'ea^ercice. . .,, -,, , • . ht .(fci/ 
En jetant les yeux sur les honnpçs dont^ le^^fi^^ fiW9iVe 
notre admiration , on est forcé de se deiQaadei: ppuf ^[^oijbqp^fifi 
grand nombre a excellé dans les autres partie^ jp|i^to^ c[ue 
dans l^art de tien dire : Car , de quelque côté <jue vous io^jf- 
nîéi Vos regarda et votre pensée , vous apercevez dans les arts 
Éèd-èedlfemént' ordinaires , maïs encore dans ïes ptus élevés., 
}sfëmeo\ip âé rtioAk]èé accomplis dans chaque genre. Et quel 
^esC'Whû qtii) nK^tiram k itiérîte de ces ^personna^ci^ illustres 
:fm VmiSté on par k gloire de kursprodtictions /ne^dftîpbrté 
iî ifpéfmr le guerrier k ^orateur ? Or, qui deute que Rotee ne 
coinpt^.à oUe- seule beaucoup d'habiles capilainès^ tandis 
q^'eUp pçi;f.à peine .citer quelques grands orateuis? De nos 
J0Ur$^. Qt .plus encore du iemfs dç nos pères et de nos. ancêures , 
combien n'y eut-il pas de citoyens capables de dir^er la ré- 
publique par leur prudence et par levr sagesse, tandis qu^, 
dcjpuis plusieurs siècles, chaque génération offre a peine quel- 
ques orateurs supportables ! Mais si Ton était tenté de com- 
parer l^elbqûencè aux autres talens qui dépendent des sciences 
Tes plus profondes et des diverses parties de la littérature , 
*|ilntôt qu'a k science militaire oui la politique , il suffira de 
'é'anpétér «ittêtitiVeinént ît té q^l'concerhe chaque genre de 
^fcfeèceytt èê considérer le nombre prodîfeîfent de béux qtd 
sfj soAt> 4iâttiigués , 'poùp Pôeosmate» su& peiae qtle ,' de ' tëui 
aç|Bps,^ilty<ulbÛQ»ptwd\»toiéur9.» i ' 



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562 I>£ ORATORE , LIBER I. 

circumspiciatque 9 qui ia ib floruerint, quamqu# 
multi : sic facUlime , quanta oratorum sit ^ semperque 
fuerit paucitas y judicabit. 

IIL INequeenimtefugit^ ' artium oqmiuin Jlaudata- 
ruin procrealricem quandam, et quaai pArant^meam^ 
quam 9iAo^o9/<ttr Graeci vocant^ ab hiwiuiibiis doctis^ 
slmis judicari: in qua difficile est emunerMre) quoi 
viri^ quanta scientia^ quantaque in saisstudiisva^ie- 
taie^ et copia Aierint, qui non una aliqua in re sépara- 
tini elaborarint, sed omnia^ quaecunque possent^ val 
ftcientiœ pervestigalione ^ vel disserendi ratione com^ 
prehenderinu Quis ignorât > ii > qui mathematici 
Tocantur y quanta in obscuritate reruqi y et quam 
recondita in arte et multiplici subtilique y yer^eniur ? 
qùo tamen in génère ita multi perfecti hamjin^ e^ii- 
terunty ut nemo fere studuisse eiscientias vehemen- 
tius videatur, quin, quod voluerit > conafKmtu^ sit. 
Quis musicif y quis buio studio litterarum^ quod pvo- 
fitenturii^ qui grammsticivocantur^ p^niaisr ^<de- 
didit, quin omnem illarum artium pâme iofinitam 
vim et materiam scientis cogitatione compfeliettde- 
rit? Vere mihi hoc videoi* esse dictnrus, ex ohinibus 
iis^ qui in harum artium studiis liberalissimis ^inl 
doctrinisque yersati,^ minimam copiam poëtarum 
egregiorum * exstitisse. Atque in hoc ipso numéro, 
in quo perraro exoritur aliquis excellens , si diligen- 
tar, et ex nosttorum^ et ex Graecorum copia. içoïppfH* 
ïar^ voles 9 mulco tamen pauciores' onM,pr€;s ,. .qHf^m 



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DE' L'CrflA'nttlR i MVKB I. 563 

"^ ^ 'ill. Sfûn^ trIgttopeÉ pasr i{ue Ift phik)sopU« est regarâéé par 
' «^tm t^ gettt M4tîCMti ) <»imM Usc^orte et le fri^^ 
âii9i 'il eià HUioik de oo9ipterooiabica ^le ^ produit d'bcwi- 
iiicp éjrnmmim < psr leur siiv^ ^ par la variété et Ifél^adue 4e 

|iH^^ ^l^çf^r^ j^rps^auX dam leur$ méditaiioms toutç$ le^ pro^- 

, ^pur3 de. la spieuce, toutes les difficultés de la dîalecti^e. 
Pfe sait-^)!! pas ^e les mathématiciens marchent environnés 
de ténèbres, dont ils ne peuvent dissiper Tobscurîté qu'a l'aide 
aune sagacité rare, et par de longs efforts? Cependant il a 
existé tant de mathématiciens habiles, qu'il seinble qu'avèC 
di'Wrdéûret delà persévérance, on fasse , quand on le veut, 
aâiJs Tes màAéniatîques , te plus rapides progrès. Que! "est 
éëhtîqUi , s1*tant forteineAt livré k l'étude de k Musique ^ et 
^ fo|^tAaiàii*e , *^a pits approfondi «ottt œ ^'eHes ofTreiit 

•dR[plQr diffiak,.^ n'y a fo» obliema la aupiérionté? Urne 
«ivdsle^^àidtMYriî, t|iifi,'pQrnî toMi ceux qui oate3{:GeUé 

ii4imit»iî$€Jmw iH d99ft l?t beauK-^ta^ las jfravds p^iea 
4fffyEn.fncpf^ <;eux fui «e présept^at en jdua petit uou^bre^ 
,Pfifjç. ^pttp foule çue je jparçours ^ il s'jbji élève quelques-uns 

^ au-de;s^us des autres ; mai3 si vous voulez examiner parmi 
nous et parmi les Grecs , vous ti'ouverez moins de bons ora- 
teurs que de bons poètes. Cela doit paraître d'autant plus 

* ff : 'finit • '-"Il ,« J*.'^ ^; \ '. * . -, ^ * 

surprenant, qu il faut étudier les autres arts dans des sources 

cacnees et peu connues ,' tandis que rélo(Juence est a la portée 

' ây toutléitooAde',' i^cllè etof^rutite tout dé nos tirages , de nos 

'^ëUr5,^dë'ïKHt^laiig)B^V ^t quàud c'est* un mérftJeiJotBr lès 

autres arts de s'élever aunlessus de ripteUjgence humaine et 



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564 * I>E ORATORE, LIBER I. 

poëtœ boni reperientur. Quod hoc etiam mirabilia» 
débet videri y quia ceterarutn artium studia fere re* 
conditis atque abditis e fontibus hàununtur : dicendî 
autem omnis ratio in medio posita , oommuni qiio- 
dam in usu, atque in hominum more et sermone 
versatur : ut in ceteris id maxime excellât, quod 
longissime sit ab imperitorum intelligentia sensuque 
disjunctum, in dicendo autem yitium vel maximum 
> sit a vulgari génère orationis atque a consuetudine 
communis scnsus abborrere. 

IV. Ac ne,illud quidem vere dici potest , aut plu- 
res ceteris artibus inservire, aut majore delectatione^ 
aut spe uberiore, aut prsemiis ad perdiscendum am- 
plioribus commoverî. Atque, ut omittam Graeciam^ 
quœ semper eloquentiae princeps esse voluit, atque 
illas omnium doctrmarum inventrices Athenas, in 
quibus summA dicendi vis et inventa est et perfecta : 
in haç ipsa civkate profecto nuUa umquam vehemen-- 
tius , quam eloquentiae studia viguerunt. {Nam postea- 
quam, imperîo omnium gentium conatitujto^ di^iv^nî^ 
tas pacis otium confirmavit, nemo fere laudi^cppifitis 
adolesoens non sibi ad dtceDdusi. studio omni eoiten- 
dum putavit. Ac primo quidem totius i*&tîom8ig^:i»rî^ 
qui neque exercitationis uUam viam , nequeialiqciiKl 
praeceptum artis esse arbitrarentur ^ tanuim^ qoMUfm 
ingenio et cogitatione poierant, consequebanlih'^Fost 
autem, auditis oratoribus grœcîs, cognitiîstjtleèorttm 
litteri^ , adhibitisque doctoribus, incredîbîli tîùddaajt 



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DE UORATEUR, LIVRE I. * 565 

chi vulgaire 9 «n regarde comme le plus grand des' défauts 
dans Torateur de ne p^s s'exjM^imer comme le commun des 
hgsmf^ a QoutttOie 4» le faire , et de manière a en êtrç en^ 



. . . . 1 . f I 



tiiy. On ne doit pas dire assurément cpe les autres arts ont 
pb» de: disciples, ni gue ces disciples sont excités par .un 
cjt^^inii(i9p)u4 puissant, par, des ^pérances plus belles, par de plus 
affygfe^^ç9iipipei[ises. S^ns parler de la Grèce, '^ui voulut tou* 
joi^^ doo^^er sur les autres dans Tempire de Télocpence , et 
d'Athènes, qui se regardait comme le berceau des beaux-arts , et 
où l'art de parler fut porté au plus haut degré ; dans Rome 
même , aucun art ne fut plus généralement cultivé , et ne 
parvînt à une supériorité plus marquée. Lorsc[ue nous eA- 
mes^ soùmîîs l'Univers ,'et qu'une paix duiiahfe'eut as^ut^ notre 
tranqAîlHté et notre repos , presqtife tous les jeunes genss^^ 
éffclWï là gloire cnirént devdr se Mvrer ardemment a Félo- 
^èfaéè; Igmrant d^abord Pàtt et la médiode, ne sovpeoimant 
pw-ttémequ'ilen ekistk, ils s'aba&doniièreni; à leur génie 
eiÀ( kur^ii]pAgkMiiioa./l4)rflqu^' eurent eps)uXe,çAt£;nd^,les 
fttlW»»îgf?<W h^ ftt CQWM Jlei¥î^,res5auxççs , ils prirent dçs pa^- 
.Jççç^-^^'pOprqèç^u» avpc ui^^ie.inçrojable de se distinguer 
4^,<^a^çfU[jfipfTe de rélj)qu,ççce. J^'importance^ le nombre et 

taient a acquérir, autant qu'il étaient en eux , indépendamment 
des talens naturels, Texpérience qui vaut mieux que lesmeil- 



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566 DE^ Omir&ÊiZ ^ EjaMBR I. 

eos biagnilùdo et Varietsfs^ miiltkttKloqiteia^Mntit^^' 
iw?re cârtisartim, tit ad- eam dôctriéâni , qtratiTHitf^' 
qtnsc^tie studio assecutils esset , adjungf^i^eitlr'^itrt 
frequens, qui omnium magîstrorum proÈCépta stipé^' 
raret. Eraut autem huic studio maxima^ queé nunc ' 
quoque suut^ exposita praetnia , vel acï gratiam, yel 
ad opes^ yel ad dignitatera. Iuge^ia vero (ut multis' 
rcbus possumus judicare) nostrorum hominum mul- 
tum ceteris ( hominibus ) omnium gentium prœstitc-» 
runt. Quibus de causis, quis non jure miretnr, ex 
omni memoria setatum y temporum y civitatum y tam 
exiguum oratorum numerum inveniri ? Sed nimirum 
majus est boc quiddam y quam bomines opinantor y 
et pluribus ex artibus studiisque collectum. 

V. Quis enim aliud y m maxima discentium nlaltî- 
dine, summa magistrorum copia , pr^estantissimis 
hominum ingeniis, infinita causamm varietàie > atn- 
plissimis eloquentiœ propositis prâemiis, esse cabsœ 
putet^ nisi rei quandam incredibilem magnitudînèmi^ 
ac difBcuItatem ? Est enim et scientia compreben-; 
denda rerum plurimarum^ sine qua verborum volu- 
bilitas inanîs y atque irridenda est : et ipsa oralio 
conformanda, non sohim elecûone^ $ed ei^aipi po^fhp / 
tructione verbonnu : et omnes animorm»i.B(ipf^» 
quos hominum generi rermn uatura .tfihutt» |^^f,i^ 
pemosoefidi; quod omnis vis mtioque ^<»en<ti>i ia: 
eorum^ qui audiunt, mentibus aui bedasidWyiiAt i 
exci tandis exprbmenda est. Acbedat cwiem cfporict 



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■^^ 



DE L'ORATEUE, LIVRE I. 3C7 

ieHres leçons. Pour prix 4e sw xèle, cm pbtj^ak alors , comme 
de nos jours, les Ihyeuni , laSrriohesses et les dignités. Les 
hommes de génie , chez If» Romains ( comme nqus.en pouvons 
juger dans beaucoup de c^q^ ) , Tont emporté sur tous ceux 
des autres nations. Combien donc nVt-on pas lieu d'être sur- 
prby qu'après tant de siècles, parmi tant de peuples et de 
cités , il se soit rencontré si peu d'hommes éloquens ? C'est 
que l'éloquence ofire bien plus de dilïïcultés qu'on ne le pense, 
et qu'elle se compose d'une réunion parfaite de talens et de 
connaissances. 



V^ QueUe. autr^ caiis? » malgré pette Uavàe immense de dis-* 
ciples et 4eixiaitM$ , malgré la diversité infinie des sujets , fej; 
les réconip^p^ les plus n^gnifiques> a pu s'opposer aux pro- 
grès, de l'éloquence , si ce n'est son incroyable étendue et la 
difHc^U^ d'j réussir? En effet, elle exige beaucoup de qua- 
lités sans lesquelles elle ne serait qu'un bavardage inutile et 
ridic^le; son mérite dépend non-seulement du choix, mais 
aussi de l'arrangement des mots , de Tétude approfondie des 
passions multipliées que la nature a mises dans lé cœui^ hu« 
maSlV iî^^ ^oi-ce que Porateur emploie pour les apaiser bvt 
les éxc^ër^dknk Vktàt de ses auditeurs : àjoilteil k ces laoyen^ 
fagMM^f e^lèt^^ehia^èè^âu stj^e, is sdence du nonde , k 
vivacité ietih>i»rièM|é4afiBVattaq^ et dons la défease^ uw 
à râck«s9eièiriHiM>aMUé*<Il>£tfit aussi pcsaédor l'ino^ijre pou« 
y puiser des exelspkft, it ét9^ versé dans la jnrisi]|cudenee. Que 



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i68 DE OEATOtlE, UBER t. 

lepos quidam faceliaeque ^ et eniditio libero SifÊâ f 
celeriusque et breyitas et respondendi et iaoeaaeiidi f 
subtilivennstate atque arbanitale coii)tttieta. Tenènda 
praeterea est omnis anliquitas exeitttAbHhn^ae tu : 
neque legum, aut juris civilis scieuiia'iàrëgll^iida est. 
Nam quid ego de actione ipsa pitira 'dicam ? quas 
motu corporis y qux gestu , quœ yùltu ^ quœ vocls 
çonformaiione ac varietate moderanda est : qose sola 
per se ipsa quanta sit, histrionum leyis ars et sceni^ 
déclarât : in qua cum omnes in oris ^ et Tocis y et mo« 
tus modéra tione élaborent y quis ignorât^ quam pauci 
sint y fuerintque , quos animo sequo spectare possi- 
mus? Quid dicam de thesauro rerum omnium ^ me« 
moria? quœ nisi custos inventis cogitatisque rebns 
et verbis adhibeatur, intelligiraus , omnia^ etiamsi 
praeclarissima fuerint ' in oratore, peritnra. Qnam- 
obrem mirari desînamus, quœ causa sit ekxpientittm 
paucilatis, cum ex iis rébus universis eloquentîa cons- 
tel 9 quibus in singulis elaborare permagnum est, 
hortemurque potius liberos nostros y ceterosque y 
quorum gloria nobîs et dignitas cara est, ut animo rei 
magnitudinem complecuntur, neque iis aut prœcep- 
tis, aut magistrîs, aut exercitati(Hiibus, quibus utuntur 
omnes, sed aliis quibusdam, se id, quod expetuntj^ 
consequi posse confidant. 

VL Ac mea quidem sententia nemo poterit esse 
omni lande cumulatus orator , nisi erit o mninm 
rerum magnarum atque artium scientiam coosecntus. 

■ lo oratofc peritnra. 



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D& iWftÀïEeit V SA^E l: 569 

BOUS ajoiis1ro|ivés^f}f{yp<^ Qu^ diflai-îe^içl^ làiD^aref 
dépositaire des tr&ors de iVspiit ?.^Gaj;i(UA^ ^c^A^aiP^nàOy 
de nos aea)uverte9 ,^ de pos exprçssyipn^ , ,^u<^ ^ççf^l; ^i^ 
efieMeJ'iyPeiis'ïès plus distin^és de Poratejir ? Ces$c(ijs .^lom» 
deWô/llls^Adhïïef c[u*u y ait si peu d'hommes élo^ens, jpfis-' 
qiréKRJ^éiiccéisfîgeunc universalité de connaissance^ dont; 
clu«miie< lleMbndt^ «ïi très-grand travail ; exhortons olutôt nos 
eBl«fi»*COîé*iB ^«fcUf doAft la gloire et Phonneur nous toù- 
chfnt ^e^prèft^ 4 m pénétrer de Pimportance et de Téten-' 
diie^^«ti if^l disitips^euf qùt ; sans des moyens plus puissans 
efififffe'rjgx^ Imitèt^e^^hm'weUtës et Tèxérdèe^ ils'ùô peu* 
Tei^(^^;f^eih4Aip^inmfiWi^ ' ** 



'V.f*ijiï 'ïTjV.*''^ '••' 


~^[(0-> r.iï t '■ V" ^' 


iro irnriP^^.H' 


, «jUpOl:»!'»^ 


v oailtiB ïM , 


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jijjanuj«:Ui' ;.p - 


JaiJJ^q^i> buiîj» 



IM' 



tlHb QaBf(Sfi|uriât èo^ tf«lM tnoi/tut bf ateur dt^îfij^^ sans 
^Wi^limlPUtfMqû^ir ^dvglaaid 4àil»lesàH!s'%tlkà6Jeucésr' 

tent se retroaver dans le discours ; sans quoi; dépourvu dt 

n. 24 



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3^0 DE ORÀTOaS, UBKR I. 

Etenlm ex rerum.cognitiône efflorescat et redandet 
oportet oratio : quse nisi subest, res ab oralore per- 
cepta et cognita y inanem quapdam habet elocudonem 
et psene paerilem. INeque vero ego hoc tantum onerîs 
împonam, no9tris prœsertim ^ oratoribus in bac tanta 
occupadoDe urbis^ ac vitse, nihil ut iis putem Hcere 
nescire : quamquam vis oratoris y professioque ipsa 
bene dicendi, boc suscipere ac polliceri videtur, ut 
omni de re, quaecunque sit proposila, ab eo ornate j 
copioseque dicatur. Sed quia non dubito^ quin boc 
plerisque immensum infinilumque videatur , et quod 
Graecos homines non solum ingenip et doctrina, ^à 
etiam otio studipque abundantes, paititionem quan-* 
dam artium fecisçe video , neque in universo génère 
singulos elabqrasse, aed aeposuissea ceteria dictior 
nibus eam partem dicendi^ quae in forensibua discep* 
tationibus judiciorum, autdeliberationum versaretar^ 
et id unum genus oratori reliquisse; non complectar 
in his libris amplius, quam quod buic generi, re 
quœsita, et multuni disputata, summorum bomînum 
prope consensu est tributum : repetamque^ non ab 
incunabulisnostrse veterispuerilisque doctrinae quen- 
dam ordinem prœceptorum, sed ea, quœ quondam 
accepi in nostrôrum bominum, eloquentissimorum , 
, et omni dignitate principum^ dbputatione esse ver- 
sa ta : non quod.iUa contemnam >^quse Grseci dicendi 
artifices et doctores reliquerunt ; sed ^ cum illa pa« 
teant^ in promtuque sint omnibus y neque ea inter* 
pr^tione mea aut ornatius explicari^ aul planio» 



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DE L'ORATEUR , LIVRE L 871 

solidité , le talent de Porateur se réduirait a un babil inutile et 
puéril. Je ne prétends pas cependant imposer a nos orateurs ^ 
distraita par tant d'affaires et de soins , Tobligation de ne rien 
ignorer, quoique ^ a dire vrai, la qualité d'orateur semble annon* 
cer et promettre les moyens de discourir aTec facilité et avec 
agrément sur un sujet donné. Mais je ne doute pas que la plu- 
part trouveront cette carrière trop immense à parcourir, et, 
puisque les Grecs, qui avaient autant de loisir que de savw 
et de génie , ont'assigné des bornes aux différens ai-ts, puisque y 
loin d'exiger qu'un seul homme excellât dans chaque genre , 
îb ont tracé les limites qui séparent les arts de l'éloquence , en 
laissant pour partage à l'orateur le barreau çt les délibéra- 
tions publiques ; je ne m'écarterai point , dans ces dialogues , de 
ces limites, que les meilleurs esprits n'ont posées qu'après 
de mûres réflexions et de graves diseussions. Je rapporterai , 
non pas cette suite de péqeptes que nos maîtres ncmsi ont 
donnés dans notre enfance, mais ce que m'ont appris sur l'art 
oratoire , les Romains les plus distingués par leur éloquence, 
par leur rang et leurs vertus. Ce n'est pas que je méprise ks 
Grecs ni la doctrine que les maîtres habiles nous ont trans- 
mise; cependant, comme leurs ouvrages sont connus de tout le 
jnonde, et que mes commentaires n'ajouteraient rien à la clarté 
ni au mérite de leurs écrivis, j'espère, mon cher Qiiintus, 
que vous me permettrez de préférer a l'autorité des Grecs celle 
de nos plus célèbres orateurs . 



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572 DE ORATORE , LIBER T. 

exprimi posslnt , dabîs faanc veDiam y mi frater , ut 
opinor y ut eorum y quibus summa dicendi laus ar 
Dostris bominibus conoesda est y auctontatem Graecis 
anteponam. 

. VIL Cum igitur vehementius iûveheretur in cau- 
sam principum constil Philîppus^ Drusique tribuna- 
tus y pro senatus aucioritate susceptus y infringî ^am 
debilitarique videreturj dici ' mihi memini^ ludorum 
romanorum diebus, L. Grassum^ quasi colligendi 
sui causa y se in Tusculanum contulisse : venissc eo- 
dem * socerum ejus^ qui fuisse Quintus M^cius dice- 
batur^ et M. Aotpnius, homo et consiliorum in 
republica socius y et summa cum Grasso familiari* 
tate conjunotus. Exierant autem cum ipso Grasso 
adolescentes ^ tluo, ^ Drusi maxime familiares^ et in 
quibus magnamtumspem majores natn dignitatis suse 
GoUocarant, G Cotta, qui tum tribunatum plebis 
petebat, et P. Sulpicius, qui deinceps eum magistra- 
tum petiturus putabatur. Hi primo die de temporibus 
illis y deque universa republica y quam ob causam 
vénérant y multuiu inter se usque ad extremum tcm-^ 
pus diei coUocuti sunt. Quo quidem in sermone mulu 
diyinitus a tribus illis consularibus Gotta deplorata et 
commemorata narrabat y ut nihil incidisset postea ci- 
vitati mali, quod non impendere illi tanto ante vidis* 
sent : eo autem omni sermone confecto y tantam in 
Grasso humanitatem fuisse , ut^ cum lauti accubuis- 

« Abett mihL — • Sooer cjos qai fuenit, Quintiu Mocius dicebalur. 
•^ ^ Abeti duo. — 4 Et Dmi. 



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DE UORATEUR , LIVRE I. 573 



VII. A Pépoque où le consul Philippe se déchainmt aveo 
violence contre les patriciens, et où le tribnn Dnisus, défen- 
^ur de l'autorité du sénat , semblait abattu et découragé , )e 
me. souviens que L. Crassus, voulant se recueillir, profitâmes 
îeux qui se célébraient à Rome pour aller a sa campagne de 
Tusculum. Il ^ vint accompagné de son beau- père Quintus 
Mucius Scévola, et de M. Antoine, son ami intime, qui par» 
tageait son opinion touchant les affaires de la république. 
Avec eux étaient aussi des jeunes gens étroitement unis a 
Drusus, et sur lesquels Antoine et Crassus, déjà avancés en 
&ge , fondaient de grandes espérances, pour [soutenir leurs 
prétentions contre la faction des chevaliers. Ces deux jeunes 
patriciens aspiraient l'\m et ' l'autre à la charge de tribun. 
CGottafabsollicitàit pour la prochaine élection, etP.SuIpidu^ 
ée proposait de se mettre bientôt sur les rangs. Le preniier 
* jour, on ne s'entretint que des circonstances et des affaires de' 
la république , caf c'était la le principal motif de cette réunion : 
la conversation dura jusqu'à la fin. de la [pumée. J'ai ouï di^e 
a 0>tta que ces trois illustres consulaires annoncèrent alors^ 
comme par inspiration, la tempête qui nous menaçait et lea 
malheurs qui , depuis , ont accablé notre patrie. Ces tristes 
réflexions durèrent jusqu'au souper.. ® Dès qu'on fut a table ^ 
Crassus, qui était doué de beaucoup H'esprit, tourna la con* 
versation vers des objets moins sérieux., et fit tant par le 
charme de ses plaisanteries et son intarissable gaité , que si 1» 
tonversation avait eu pendant le jour toute la gravité des dis-* 



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374 DE ORATORE , LIBER I. 

sent 9 tolleretur omnis illa superioris trisdtia sermo-^ 
Dis 9 eaque esset in homine jucunditas, et tantus in 
jocando lepos y ut dies inter eos curise fuisse videre- 
tur , convivium Tusculani. Postero autem die , cum 
illi majores natu satb quiessent, et in ambulationem 
yentum esset , dicebat tum y Scœvolam y duobus spa- 
tiis tribusve factis, dixisse : Gur non imitamur, Grasse, 
Socratem illum y qui est in Phaedro Platonis ? nam me 
h«c tua platanus admonuit, qus non minus ad opa« 
candum hune locum patulis est diffusa ramis y quam 
ilIa, cujus umbram secutus est.Socrates, quse mihi 
Videtur non tam ipsa aquula , quse describitur y quam 
Platonis oratione crevisse : et quod ille durissimis pe* 
dibus fecit , ut se abjiceret in herbam, atque ita i]la > 
quse philosophi divinitus ferunt esse dicta , ]oquere-> 
ttUr > id meis pedibus certe concedi est œquîus. Tum 
Grassum : Immo yero commodius etiam ; pulvinosque 
poposcisse y et omnes in iis sedibus y quse erant sub 
platano y consedisse dicebat. 

VIIL Ibi y ut ex pristino sermone rélaxareotur 
anîmi omnium , solcbat Gotta narrare-, Grassum ser- 
monem quendam de studio dicendi intulisse. Qui 
cum iia esset exorsus : 

GR. — Non sibi cohortandum Sulpicium et Got- 
tam y sed magis utrumque collaudandum videri y 
quod tantam jam essent facultatem adepti, ut non 
œcfualibus suis solum anteponerentur, sed cum ma- 
joribus natu compaiiarentur/ Neque vero mihi quid- 
quam, inquit, praestabilius videturj quam posse 



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DE L'ORATEUR , LIVRE I. 37$ 

€iissions du sénat, le repas eut tout Tenjouement qu'inspirait 
la campagne de Tusculum. 

Le lendemain, lorsque les trois plus âgés eurent pris asses 
de repoa, la société se réunit a la promenade. Après quelques 
tours dans les allées, Scévola dit a Crassus : Pourquoi ne pas 
imiter Socrate dont parle le Phèdre de Platon ? 7 Ce platanes 
m'en rappelle le souvenir, et ses rameaux qui s'étendent au 
loin n'offrent pas mwis d'ombrage que celui qui plaisait tant 
au philosophe. Le petit ruisseau dont le platane était arrosé , 
n'a pas sans doute autant contribué que le IKalogue de Platon ,' 
a lui donner de la célébrité. Vous me permettrez donc de 
suivre l'exemple de Socrate , qui s'asseyait sur l'herbe pendant 
tes sublimes entretiens, admirés par toute la Grèce-, car mes 
pieds ne soat pas , comme les siens , endurcis k la fatigue. 
Rien de plus juste , répondit Crassus ; je vem même que vous 
soyez assis plus commodément. U fit apporter des carreaux^ 
en les rangea sur les sièges dont l'arbre était envircmné , et 
chacun s'y plaça. 



YIU. Cotta avait coutume de nous répéter que Crassus ^ 
pour écarter alors de leur pensée le souvenir des affaires pu- 
bliques , leur parla de Téloquence en ces termes : 

CR. — ^ Sulpicius et Cotta n'ont plus besoin de mes exhor- 
tations ; je leur dois même des éloges y puisqu'ib surpassent 
en talens tous les j^Unes Romains, et qu'ils sasàt déjà comptés 
parmi les orateurs les plus consommés. Rica de plus beau y 
dît-il , que de captiver par son éloquence l'attention de 
toute une assemblée , d'enchanter les esprits , de s'en rendre 
maître, de les conduire a son gré. L'empire de l'éloquence 
n'a jamais été plus florissant que dans les répijd)liques et dans- 



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576 DE QRATOREf, UBER L 

dcendo tenere hominum ccetus , menies alllcere ^ 
voluntates impellere, quo velit:unde autem veUt^ 
deducere. Haec una re& in ornai libero populo, maxi- 
meque in pacatis traoquillisque civitatilms, prœcifHie 
semper floruit^ semperque dominata est. Quid enim 
est aut tam admirabile^ quam ex iofinita muIlitudiDe 
hominum exsistere Unum, qui id^ quod omnibus 
satura sit datum, vel solus, vel cum pancis facere 
possit? aut tam jucundum cognitu atque auditu , 
quam sapientibus sententiis gravibusque verbis or- 
nata oratio et polita ? aut tam potens y tamque magni- 
flcum y quam populi motus y judicum religiones , 
sénat us gravi ta tem, unius oratione converti? Qqid 
tam porro regium^ tam libérale, tam munificum , 
quam opem ferre supplicibus, excitare afflictos, dare 
salutem, liberare periculis , retinere homines.aQ 
civitate ? Quid autem tam necessariuro y quam tenere 
semper arma, quibus vel tectus ipse esse possis, 
vel provocare ' improbos , vel te ulcisci lacessitus ? 
Agevero, ne semper forum, subséllia, rostra, cu« 
riamque meditere , quid esse potest in otio aut ju- 
cundius y aut magis proprium humanitatis , quam 
sérmo facetus.ac nulla in re rudis ? Hoc enim uno 
prœstamus vel maxime feris, quod colloquimur inter 
nos 9 et quod exprimere dicèndo sensa possumus. 
Quamobrem quis hoc non jure miretur, summe- 
que in eo elaborandum esse arbitretur, ut, quo uno 
homines maxime besiiis pirœsteut, in hoc hominibus 

« Inlegcot, ,i 



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DE L'ORATEUR, LIVRE L $77 

les États qui jouissent de la paix et de la tranquillité. Quoi 
de [dus admirable qu'un mortel , au milieu de la multitude , 
qui semble jouir seul , ou avec quelques êtres privilégiés , du 
don de la parole, que la nature a accordé a tous les hoomies? 
Est-il un plaisir plus doux que de prononcer ou d'entendre 
un discours , où brillent k Tenvi la richesse de l'expression 
et la justesse des pensées? Elst-il rien de plus imposant que 
d'apaiser les séditions, de commander a la conscience des 
juges ,' de dicter les décrets du sénat? Quoi de plus sublime ; 
déplus généreux , de plus noble , que de protéger les faibles , 
de consoler les malheureux, de sauver l'innocence, d'écarter 
les dangers dont elle est menacée , de maintenir l'ordre dans 
l'État ? Quoi de plus utile que d'avoir des armes pour se dé* 
fendre contre. nos ennemis, pour attaquer les mécfaans, ou 
venger un outrage ? Mais, sans parler toujours du barreau , de 
la tribune aux harangues et du sénat : quoi de plus doux et 
déplus honnête, au sein de la retraite, qu'une conversation 
jpolie, élégante et pure? Parler avec nos semblables, leurcom* 
muniquer nos pensées , voila surtout ce qui nous met bien 
au-dessus des animaux. Combien donc ne doit-on pas s'effor- 
cer d'exceller sur les autres hommes, dans ce qui les met au* 
dessus de la brute! Je dirai plus : n'est-ce pas l'éloquence 
qui rassembla les peuples éps^rs , qui adoucit le caractère sau* 
vage des j^remiers humains , qui fonda les cités , qui leur 
donna des lois , qui traça les règles de la justice et de l'équité ? 
Mais , pour ne pas rappeler des bienfuts innombrables , je me 
contenterai de vous: dire que. l'orateur n'est pas seulement 
l'arbitre de son propre ^ort et de sa gloire , mais encore que 
le salut de la patrie, et de ses concitoyens est vraiment entre 
S£s mains. Livrez- vous donc, jeunes Romains, à l'étude de l'^* 



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578 DE ORATORE , LIBER l. 

îpsis antecellat ? Ut vero jam ad illa somma Tenîa^ 
mus; qnae vis alîa potuit aut disperses homme» 
uQum in locum congregare^ aut a fera agrestique 
vita ad hune humanum cultum civilemque deducere, 
aut 9 jam conslitutis civitatibus, I^g^&y judicia, jura 
describere ? Ac^ ne plura, quœ sunt pœne innume- 
rabilia> consecter^ comprehendam brevi; sic enîm 
statuo^ perfecti oratoris moderatioue et sapientîa non 
solum ipsius digniutem ^ sed et privatorum pluri- 
morum^ et uniyersœ reipublicse salutem maxime 
contineri. Quamobrem pergite, ut facitis^ adoles- 
centes : atque in id studium ^ in quo estis , incumbite^ 
utetTobis honoriy et amicis utilitati, et reipublici» 
emolumento esse possitis. 

IX. se. — Tum Scaevola comiter , ut solebat : Ce- 
tera , inquity assenlior Grasso^ ne aut de C Lœlii, 
soceri mei y aut de hujus y generi , aut arte , aut gloria 
detrabam : sed illa duo^ Grasse , vereor y ut tibi possim 
concedere; unum^ quod ab oratoribus civitates et 
' initio constitutasy et s^pe conseryatas esse dixisti^ 
alterum^ quod^ remoto foro^ cpncione^ judiciis^ se- 
natUy statuisti, oratorem in omni génère sermonis ei 
bumanitatis esse perfectum. Quis enim tibi hoc conr 
eesserit, aut initito genus bominEm ia m^ntibns ac 
silvis dissipatum, non prudeatium conûliis oom- 
pulsum potins, quamdisertorum oratione delinitum> 
se ôppidis mœnibusque sepsisse? aut vero reliquat 
utilitates, • aut in constituendis, aut conservandis 

* Ab initio. — « Aat inoitiieadb. 



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■ J 



DE UORATEDR, LIVRE I. 379 

loquence ; attachez-vous avec ar^ur k un art qui vous fournit 
les moyens de défendre vos amis, de servir l'Etat, et de vous 
couvrir de gloire. 



IX. se. — Soévoia reprit alors avec sa douceur accoutu- 
mée : Mon dessein n'est pas de rabaisser un art qui fit la gloire 
de Lélius, m(m beau-père , et de mon gendre Crassus ; mais 
je ne crois pas devoir convenir de ces deux points : Tun , que 
réloquence ait jeté les premiers fondemens des Etats ; l'autre, 
que , loin du barreau, de la tribune et du sénat, l'orateur se 
fasse encore admirer par son élocutioa. Qui peut en effet vous 
accorder que les premiers humains , errant dans les bois et 
les montagnes , n'ont pas cédé plutôt aux conseils de la raison 
qu'aux éharmes de l'éloquence, pour se réunir dans l'enceinte 
dés tilles I ou que lesf Sommes sages ontitioins contribué a la 
Ibndadon et a la conservation des Etats , que les hommes diserts 
et les orateurs? N'est-ce pas par une prudence et une sagesse 
profonde, plutôt que par son éloquence , qlie Romulus ras* 
sembla des pitres et des étnmgers , qu'il conclut les ttariagea 
avec les Sabins, et repoussa les ennemis de Rome naissante? 



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38o DE ORATORE, UBER I. 

civitatibns non a sapientibus et fortibus TiriS) sedt 
9 disertis et ornate dicentibus e^&e cônstitutas? An 
vero tibî Romulas ille aut pastores et convclias cou- 
gregasse^ aut Sabinorum connubîa conjunxîsse y aut 
finîtimorum vim repressîsse eloquentia Yiiletur , non 
consilio et sapientîa singulari? Qaid enim? in Numa 
Pompilio^ quid? in Ser. TuUo^ quid? in ceteris 
regibus 9 quorum multa sunteiimiaadconstîtuepdam 
rempublicam 9 num quod eloquentise vestigium ap- 
paret? Quid? exactis regibus (tametsi ipsapi exac- 
tionem mente ^ non lingua y perfectam L*.Bruii esse 
cernimus ) y sed deinceps omnia y nonne plena consi'* 
llorum, inania verborum TÎdemus? Ego vero si 
velim et nostrae civitatis exemplis uti^ et aKfffutn^ 
plura proferre possim détrimenca pubKcis fëbus y 
qùam adjumenta^ per'faomines «k>quentissimôs im^ 
portata : sed y ut reliqua praetermittàm y omnium mihi 
videor, exceptis^ Crasse, vobis duobus , eldqueatis- 
simos audisse Ti. et G. Sempronios, quorum pater, 
homo prudens et grayis, faaudquaquam eloquens, et 
saepe alias, et maxime censor, salutî reipublicae ' fuit. 
Atque is non accurata quadam orationis copia ^ sed 
nutu atque verbo libertinos in urbanas tribus trans* 
tulit;quod nisi fecisset, rempublicam, quam nunc. 
vix tenemus, jamdiu nuUam baberemus. Atveroejus 
filii diserti, et omnibus vel naturse, vel doctrinal 
praesidiis ad dicendum parati , cum civiftatem vel pa- 
terno consilio, vel avitis armis florenlîssimam acce- 



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DE L'ORATEUR, LIVRE L 58t 

Qné'dirai-je de Noma Pompilius , de Ser. Tullos, et des autrea 
jTois à qui nous devons des jmtituticms encQre admirées , quoi- 
qu'il Be subsiste aucune traoe de l'éloquence de ces législa- 
teurs? On sait de quelle manière L. Brutus chassa les tyrans ; 
cette expulsion fiit ToUTrage de son génie^ et non pas de ses ta- 
lens oratoires. Ne Yoit-on pas ensuite sa sagesse présider a tout , 
sans donner une seule preuve de son éloquence ? Mais , si je 
le voulais , je n'aurais besoin que des exemples puisés dans 
notre histoire ou dans celle des autres nations , pour démon- 
trer que les hommes éloquens ont été plus nuisibles qu'utiles 
aux Etats. Je ne citerai que les Gracques y les plus éloquens 
de tous ceux de nos compatriotes que j'aie entendus , excepté 
Antoine et tous , Crassus. Leur père , homme prudent et res^ 
pectaMe, sans être orateur, çervit utilement TEtat en mille 
rencontres, et surtout en sa qualité de censeur; par son auto- 
rité seule y il fitîncorporer les affranchis daois les tribus ; action 
qui saivv&i Rome , et sans laquelle la république ne subsiste- 
rait pl\]s. S^ deux fils, au contraire , dont la nature et l'art 
avaient. faU de si grands orateuj^s, n'ont-ils pas, à l'aide 
de cette même éloquence que yous appelez la maltresse des 
empires, causé les plus grands désordres, les plus afireusea 
calamités', dans une république que la prudence de leur père 
et le courage de leurs aïeux avaient élevée au plus haut deeté 
de splendeur 7 



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58a DE ORATORE, UBER I. 

pissent^ ista prœclara gubematrice^utais, civitaium , 

eloqueniia ^ rempublicam dissipaverunt. 

X. Quîd ? legea veteres, moresque ma jorum ; quid ? 
auspicia^ quibus el ego^ et tu^ Crasse ^ cum magna 
reipublicse salute prœsumus; quid ? religîones et cae- 
remonias; quid? hœc jura civilia, quœ jam pridem 
in nostra familiasine ullaeloqueutiaelaude Versautur; 
num aut inventa sunt^ aut cognita^ aut omnino ab 
oratorum génère tracta ta ? Equidem et Ser. Galbam^ 
memoria teneo^ divinum hominem in dicendo^ ^t 
M. ilUmilium Porcinam, et ' G. ipsum Garboof^U) 
quem tu adolescentulus perculisti , ign^rum legum » 
haesitantem in majorum institutis> rudem in jure 
civili : et haec aetas nostra, praeter (e^ Gras^, qui tuo 
magis studio y quam proprio munere aliquodiaer- 
torum 5 )us a nobis civile didicisti, qnod interdlim 
pudeat, juris ignara est. 

Quod vero in eitrema oratione , quasi tuo jure 
èumsisti, oratorem in omnid sermonis disputatione 
eopiosissime posse versari , id , nisi bic in tuo regno 
éssemus, non tulissem, multisque prœessem, qui 
aut interdicto tecum contenderent , aut te ex jure 
manu consertum vocarent, quod in aliénas posses^ 
siones tam temere irruisses. Agerentenim tecum lege 
primum Pjthagorei omnes atque Democritici, ' cete- 
rique, in suo génère, physici vindicarent, ornati 
homines in dicendo et graves , quibuscum tibi juste 
sacramentocontenderenoi) liceret. Urgerentpraeterea 

' Cn. îptnin. ^ * Ceteriqoe, in loo gencre pbjsici , TÎodîcarentqiie. 



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I>E L'ORATEUR , LIVRE L 58S 



X. Que dkai-^e de nos anti^es lois; des mœurs de UO0 
auoêtres , des auspices auxquds nous présidons , vous et moi ^ 
Crassus, pour le salut de Rome? que dirai -je de la reli-> 
gion et des cérémonies, du droit civil, dont notre famille ^ 
peu distinguée dans Mo^ence, tire toute sa gloire? ^t-oe 
entièrement aux orateurs que nous en devons la connaissance et 
Vorigine? s'en sont -ils vraiment occupés? Je me souviens 
même d'avoir vu Ser. Galba , qui s'exprimait divinement , et 
' M. £milin$ Porcina , et ce Cn. Carbon que vous eûtes la gloire 
de vaincre dans un de vos premiers plaidoyers : Carbon ignorait 
les Uns, les coutmnes de nos ietncêtres, le droit civil ; et; parmi le» 
orateurs de nos jours 5 excepté vous , qui avez appris de moi 
kt sdtiice des lois, ce qui, peat-étre , vous fait rougir , citez- 
m'eauQ seul^ stk uni habile jurisconsulte. 

9{aj& I ]irouA 1 prétende», m. concluant , qu^ n'est point dt 
fiujet qui n'appartienne k l'orateur j c'esit un droit que vou| 
yous rései^çz.,Sl^aou3 o^éticms pas ici dans votre domaine, je 
p'auf ai? p^s spuiTert c^tte uMirps^tion , ef je me serais mis à la 
tète d'une infinité de gens qui vous poursuivraient en justice , 
et qui ne vous laisseraient pas si témérairement envahir les pro- 
priétés d^autrui. Vous verriez d'abord s'élever contre vous , en 
vertu de la loi , tous les disciples de Py thagore et de Démo- 
crîte, et les physiciens, qui, chacun dans leur genre, ont énoncé 
leurs idées avec sublimité, vous demandant de quel droit 
vous osez les attaquer. Autour de vous se presseraient encore 
les sectes innombrables de philosophes, conduits par Socrate, 
^eur fondateur et leur père, unis pour vous convaioci'e que 
vous ignorez entièrement tout ce qui concerne la moralité de 
nos actions, la nature des passions^ le caractère des hommes, 



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584 DE ORATORE, LIBEft I. 

philosopborum grèges^ jam ab illo fonte, et capiie 
Socrate y nihil te de bonis rébus in vita ^ nibil de malis y 
nihil de animi permotionibus , nihil de hominum 
moribus y nihil de ratione vitœ didicisse y nihil omninà 
quœsisse, nibil scire convincerent : et cum universi 
in te impetum fecissent^i tum singulœ familise litem 
tibi kitenderent. Instaret Academia y quae y quidquid 
dixisses, id teipsum ' negarc cogeret. Stoici Tero 
nostri disputationum suarum^atque interrogationuni 
laqueis te irretitum tenerent. Peripatetici autem etiant 
haec ipsa, quœ propria oratorum * putares esse adju-» 
menta^ atque ornamenta dicendi^ ab se peti yincerent 
oportere : ac non solum meliora^ sed etiam mullo 
plura Aristotelem Theophrastumque de his rébus ^ 
quam omnes dicendi magistros, scripsisse ostende* 
rent. Missos facio mathematicos, grammaticos, mu- 
sicos, quorum artibus vestra ista dicendi vis ne 
minima quidem societate contingitur. Quamobrem 
ista tan ta 9 tamque multa, profitenda. Crasse, non 
censeo. Satis id est magnum, quod potes praestare, 
ut in judiciis ea causa, quamcumque tu dicis, melior 
et probabilior esse videatur : ut in concionlbus et 
sentendis dicendis ad persuadendum tua plurimum 
valeat oratio : denique ut prudentibus diserte , stultia^ 
etiam vere dicere videaris. Hoc amplius si quid po- 
teris, non id mihi videbitur orator , sed Grassus sua 
quadam propria , non communi oratorum facultate^ 
posse. 

* Scire neguret. — ^ Pqus cim. 



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DE 'L'ORATEUR, LIVRE I. 585 

la conduite de la vie; en un mot, que vous ne savez rien y 
absolument rien ; et y après vous avoir livré un assaut général , 
chacun des membres de cette redoutable fhmille vous attaque- 
rait en particulier. Viendrait ensuite l'Académie, qui vous 
forcerait de rétracter tout ce que vous auriez avancé. Les 
stoïcieDS ) a Taide de questions et d'argumens subtils y vous 
envelopperaient dans leurs filets. Les péripatéticiens voiis 
prouveraient qu'ils ïoumissent a l'orateur les ornemens dont 
il embellit ses discours, et vous démontreraient qu'Âristote 
ét*11iéopbraste ont plus écrit sur l'art de bien dire, et qu'ils 
y ont' mieux réussi que tous les rhéteurs de profession. Je 
laUsë'dé côtelés mathématiciens, les grammairiens, les mu- 
sibîeiis ,' 'doitt testaient n'a pas le moindre rapport avec celui de 
FoMteur.' Je peme donc, Crâssus, qu'il ne faut pas lui ac- 
corder un tihaÉip si taste : qu'il vous suffise de donner de la 
vnubeifiblaAce'^ toutes ks causes que vqjâs plaiderez; que, 
dadft l'assetÉUéetlu peuple ou au sénat, votre discours ait, 
le pouvoir* de*pefc*suader, et que les sages soient frappés de 
votre éloqucOKe > et les plus simples , de la justesse de vos 
raisonnemenst Etendre plus loin vos prétentions, ce n'est 
plus me donner une idée de l'orateur ; c'est faire le portrait 
de Crassus. 



IL a5 



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586 DE ORATORE, LIBER I. 

XI. GR* -— Tum ille y Non sum y inquit^ nescius ^ 
Scœvola, ista inter Grœcos dici et disceptari solere. 
Audivi enîm sùmmos homines^ cum quaestor ex 
Macedonia venissem Aihenas, florente Academia^ 
uttemporibusillisferebatur,qùodeam ' Cbarmadas^ 
et Glitomachus^ et iEscbînes obtinebant. Ërant etiam 
Metrodorus y qui cum illis una ipsum illum ' Gbar- 
madam diligentius audierat y hominem omnium in 
dicendo y ut ferebant^ acerrimum et copiosissimum. 
Yigebat auditM* Panœtii illius tui Mnesarchus; et 
peripatetici ^ GritolaiDiodorus.Multieranlpraeterea 
praeclari in pbilosophia et nobiles y a quibus omnibus 
una paeuQ ^ voce repelli oratorem a gubernaculis civi- 
tatum^ excludi ab omni doctrina rerumque majorum 
scientia^ ac tantum in judicia et conciuaculasy tam«* 
quam in aliquod plstrinum, detrudi et compingi 
videbam. Sed ego neque illis assentiebar, neque 
harum dispulaiionum inventori et princîpi longe 
omnium in dicendo gravissimo et éloquent! ssimo^ 
Platoniy eu jus tum Athenis cum ^ Gharmada dili- 
gentius legi Gorgiam : quo in libro ^ in boc maxime 
admirabar Plaionem y quod mibi in oratoribus irri- 
dendis ipse esse orator summus videbatur. Yerbi 
enim controvcrsia jam diu torquet Graeculos homines , 
contentionis cupidiores, quam yeritatis. Nam si quis 
hune sutuit esse oratorem ^ qui tantummodo in jure y 
aut in judiciis possit, aut apud popolum, aut in se- 

» Canieades. — » Carneadcm. — ' Critolaiu et Dtodonis. — 4 RepeUi Toce. 
— 5 Ganie«ie. — ^ Abeit i/r# 



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DE UORATEUR, LIVRE t 587 

XI. CR. — Je sais, dit Crassus à Scérola, que les Grec» 
éuient de votre sentiment. En e0et, en revenant de Macé* 
doine , où j'avais exei^cé la questure, je vis k Atliènes ceux qui 
rendaient alors ^Académie florissante , Charmadas y " Clitoma-* 
chus et Echine. J'y vis aussi Métrodore leur condisciple, qui 
passait pour Phomme du monde qui parlait le mieux, et 
Mnésarque, élève de votre JPanéyus; enfin les péripatéticiens 
Diodore et Critolaiis. Il s'y trouvait aussi beaucoup de philo- 
sophes renommés, qui, d'un commun accord, excluaient les 
orateurs du gouvernement des États , en disant qu'ils ignorent 
les usages de l'antiquité , les maximes de la politique , et quî 
les reléguaient et les renfermaient, pour ainsi dire, dans 
l'enceinte du barreau et de la tribune , en réduisant lews fonc-^ 
tions k une espèce de v^biage. Mais je n'étais ni de leur avis 
ai de celui de Plate» , le plus éloquent des philosophes , le 
plus sévère inventeur de tous ces systèmes. Pendant mon sé- 
jour k Athènes, je lus très^attenûvement, avec Charmadas, 
son Dialogue de Gorgias » ; je fus bien surpris d'y voir Platon 
se montrer le plus grand des orateurs, en se moquant de Part 
oratoire. Au reste, dans cette dispute de mots, nos petits 
Grecs 3'agitent plus pour faire, parade de leur esprit, que 
pour découvrir la vérité. 

Je veux que l'orateur ne puisse déployer ses talens qu'au 
sénat , k la tribune et au barreau : encore faut-il lui donner 
les moyensy^d'y réussir. Mais comment parlera-t-il ^vec succès , 
sans connaître k fond la politique, les intérêts des peuples, les 
lois, les usages, la jurisprudence, les passions humaines , et 
sans être bien versé dans ces différentes parties ? Qui pourra 
ne pas accorder une très-grande étendue de connaissances k 
celui qui embrasse ces nombreux détails , dont le plus petit 
contribue k nous éclairer dans toutes les causes ? Si vous dites 



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388 DE ORATORE , UBER !• 

natu copîose loqui , lameo huic ipsi mulu tribuat 
et concédât necesse est. Neque enim sine multa per-- 
tractatione omnium rerum publicarum^ neque sine 
legum,morum, juris scientia, neque naturahominum 
incognita^ ac moribus, in his ipsîs rébus satis callîde 
versari, et perile potest. Qui autem hœc cognoverit, 
sine quibus ne illa quMem minima in causis quis- 
quam recte tueri potest ^ qui^ huic abesse poteritde 
maximarum rerum scientia?Sin oratorisnihilyis esse^ 
nisi composite^ orna te ^ copiose eloqui: qusero^ id 
ipsum qui possit assequi sine ea scientia , quam ei 
non ' concedis? Dicendi enim virtus^ nisi ei^ qui 
dicity ea^ de quibus dicit , percepta sint, exstare non 
potest. Quamobrem^ si omate locutus est^ sicut 
fertur^ et mihi yidetur^ pbysicus illeDemocritus; ïxisl'- 
teries illa fuit physici^ de qua dixit : omatus vero ipse 
yerborum^oratorisputandusest. Et^ siPlatoderebus 
a civilibus controversiis remotissimis^ divinitus est 
locutus 9 quod ego cbncedo : si item Arîstoieles^ si 
Theopbrastus y si Garneades in rébus iis , de quibus 
disputaverunt y éloquentes^ et in dicendo suaves^ atque 
ornati fuerunt: sinthaeres^ de quibus disputant, in 
aliis quibusdam studiis : oratio quidem ipsa, propria 
est hujusunius rationis, de qua loquimur, et quae- 
rimus. Etenim videmus, iisdem de rébus Jejune quos- 
dam et exiliter y ut eum y quem acutissimum ferunt y 
Ghrysippum, disputa visse, neque ob eam rem philo- 
sophiae non satisfecisse, quod non habuerit banc 
dicendi in arte aliéna facultatem. 

■ Gonceditif. 



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I>E L'ORATEUR, LIVRE L 58f) 

que les fonctions de rorateiir se réduisent a- traiter un sujet 
d'ime manière élégante , précise et variée , je vous le demande ^ 
pourra-t'il les remplir sans les lumières que vous lui refusez? 
En effet, la justesse des mots dépend de celle des pensées; 
il faut avoir approfondi une matière , pour la revêtir des orne- 
mens convenables. Si Démocrite, comme on le dit, et comme 
[e le crois , a fait admirer la pompe de son style en parlant 
de la physique, la force du. raisonnement et des pensées ap- 
partient à la philosophie , et les omemens a Part oratoire. 
Si Platon, comme j'en conviens, a traité divinement des su- 
jets bien étrangers aux discussions politiques; si Arîstote, 
si Théophraste et Garnéades ont mis de l'éloquence et de la 
grâce dans leurs dissertations , l'objet de ces dissertations ap- 
partenait a la philosophie , aux sciences mathématiques : mais , 
pour embellir leur sujet , ils ont emprunté le langage des^ 
orateurs. Chrysippe , dont on vante la pénétration, a parlé 
des mêmes objets avec sécheresse et sans intérêt; et si l'oa 
ne peut le regarder comme orateur, dans une partie étran^ 
gère a sa profession, il n'en fut pas moins un grand phi*^ 
losophe. 



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590 DÉ ORATORE , LIBER I. 

XIL Quid ergo interest ? aut qui discernes eorum ^ 
ques DominaTi y ubertatem in dlcendo y et cojAam y 
ab eorum exilitate^ qui bac dicendi varieiaie , et ele- 
gantia non ntunlur? Unum erit profecto, quod ii, 
qui bene dicunt^ ' afferant proprium; compositam 
orationem y et ornatam y et artificio quodam y et e^po- 
litione distinctam. Hœc autem oratio y si res non subest 
ab oratore percepta et cognita; aut nulla sit necesse 
est 9 aut omnium irrisione ludatur. Quid est enim 
tam furiosum^ quam verborum^ yel optimorum atque 
omatissimorum^ sonitus inanis, nuUa sub|ecla 9tn.^ 
tentia ^ nec scîentia? Quicquiderit îgitur qnacumque 
ex arte^ quocumque de génère y idorator, si tanqnam 
clîentis causam^ didîcerit^ dicetmeKas et omatins^ 
quam ille ipse ejus rei invenior y atque artifêx. Nam 
si quis-erit^ qui hoc dicat^ esse quasdam oratorùm 
proprias septentias^ atque causas , et certarum rerum 
forensibus câncellis circumscriptam scientiam; fate- 
bor equidem in bis magis assidue versari banc nostram 
dictionem : sed tamen in bis ipsis rébus permulta sunt^ 
quœ isti magistri^ qui rbetorici vocantur^ nec tra* 
dunt^ nec tenent. Quis enim nescit^ maximam yim 
exsistere oratoris in bominum mentibus vel ad iram^ 
aut ad odium^ aut dolorem incitandis^ yelabbisce 
iisdempermotionibusadlenitatem^misericordiamque 
revocandis ? * quare y nisi qui naturas bominum ^ vim« 
que omnem bumanitatis, causasque eas> quibus 
mentes aut incitantur> aut reflectuntur> peuitus pers- 

■ AiTerunt. — * Qua. 



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DE L'ORATEUR, LITRE I. 591 

XII. Gmnnetit donc marquer cette différence ? Comment 
distinguer ceux que je tiens de nommer, et dont le style est 
riche et pompeux , d'avec ceux dont j'ai blâmé la sécheresse 
et la froideur , et qui ne connaissent aiicune des ressources de 
réioquence? Ceux qui parlent bien , réclameront certainement 
un avantage qui leur est propre, celui de Téléganoe, de la 
richesse, de la perfection et de l'artifice de la diction. J'avoue 
que le discours le mieux écrit est ridicule , s'il ne porte pas 
sur des idées justes, et si l'écrivain n'a pas médité son sujet. 
En effet, quoi de plus déraisonnable, de plus insensé, qu'un 
amas de termes pompeux et vainement sonores, bien choisis, 
bien disposés, mais dépourvus de pensées et d'érudition ? A 
quelque science, a quelque genre qu^un orateur se soit livré, 
comme il le ferait k la cause d'un client, il en parlera mieux 
et plus éloquemment que l'inventeur ou les maitres de l'art. 
Si Ton veut absolument que certaines matières^ certaines 
causes soient du ress(»rt de l'orateur, et que son talent soit 
resserré dans les limites du barreau , du sénat et de la tribune, 
j'en conviendrai ; mais il n'en devra pas moins avoir des con- 
naissances que les rhéteurs n'enseignent point , et que peut- 
être ils ignorent. Ne sait-on pas que le talent de l'orateur 
consiste surtout k toucher l'âme de ses auditeurs, k leur ins- 
pirer l'indignation , l'amour ou la colère , a les porter a la clé- 
mence et k la pitié? Or, s'il n'a pas étudié parfaitement 1^ 
passions de l'homme , et les moyens puissans qui peuvent les 
exciter ou les apaiser, il ne produira jamais ces grands ef- 
fets. Ce qui r^arde les passions est du ressort des plnlo- 
sophes, et je ne conseille pomt k l'orateur de leur dispotar 
cette prérogative; mais s'il leur abandonne la théorie, a. lui 
seul appartient l'art d'en fidre l'application k l'éloquence. Le 
propre de l'orateur, comme je l'ai dit souvent, est de parler 



...„Goo<.e 



591 DE ORATORE, LIBER I. 

pexerit^ dicendo^ quod volet, perficere non poterie. 
Atqui totas hic locus philosophorum proprias vide-- 
tur f neque orator, me auctore , unquam repugnabit: 
sed, cum illis cognitionem rerum concesserit, quod 
in ea solum illi voluerlnt elaborare; tractationem 
orationîs, quœ sine illa scientia nulla est, sibi assu- 
met; hoc euim est proprium oratoris , quod sœpe jam 
dixi, oratio gravis, et ornata, et hominum sensibus 
ac mentibus accommodata. 

XIII. Quibus de rébus Aristotelem et Theophras- 
tum^scripsisse fateor. Sed vide, ne hoc. Ses vola, 
totum sit a me. Nam ego, qu^B sunt oratori cum illis 
communia , non mutuor ab illis : isti quse de his rébus 
disputant, oratorum esseconcedunt. Itaqueceterosli* 
bros, artis isti suœ nomine, bos rhetoricos et inscribunt^ 
et appellant. Etenim cum illi in dicendo inciderint 
loci (quod persâepe evenit) ut de diis immortalibus, 
de pietate, de concordia, de amicitia, de communi 
civium, de hominum, de gentium jure, de aequitate, 
de temperàntia , de magnitudine animi, de omni vir- 
tutis génère sit dicendum, clamabunt, credo, omm'a 
gymnasia, atque omnes philosophorum scholae, sua 
baecesse omnia propria; nihil omnino ad oratorem 
perlinere. Quibus ego, ut de his rébus omnibus in 
angulis , consumendi otii causa, disserant, cumcon- 
cessero, illud tamen oratori tribuam et dabo, ut 
eadem , de quibus illi tenui quodam exsanguique sei> 
mone disputant, hiccumomnigravitateet jucunditate 
explicet. Haec ego cum îpsis philosophis lum Athenis 



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DE UORATEUR, LIVRE I. Sgî 

CLvec noblesse et avec élégance^ d'une manière analogue au 
sujet, et qui soit a la portée de Tauditeur. 



Xin. J'avoue qu'Aristote et Théophrastc ont écrit siur ces 
matières. Mais prenez garde, Scévola, que cette remarque 
ne me soit favorable ; car je ne leur conteste point ce qu'il y 
a de commun entre eux et l'orateur; mais ils avouent alors 
qu'ils entrent sur son domaine. En effet, ils donnent a leurs 
ouvrages , sur ce qui le concerne , le nom de Libres de Rhé^ 
torique. S'il arrive donc aux orateurs ( ce qui est très-com- 
mun), déparier des dieux immortels, de la religion, de la 
concorde, de Tamltié, du droit des gens, du droit des nations 
en particulier, et des hommes en général, de la justice, de la 
générosité, de la tempérance et des autres vertus; les Âcadé^ 
mies et les Ecoles des philosophes s'écrieront que tout cela 
leur appartient exclusivement. Quand je leur aurai accordé , 
pour amuser leur oisiveté , de discourir en secret sur ces ob- 
jets importans , dans un style sec et aride , j'accorderai, à juste 
titre, k l'orateur, le droit d'en parler avec éloquence. Voila ce 
que je soutenais k Athènes devant les philosophes. Notre ami 
Marcellus, qui serait sans doute présent k notre entretien, si 
ses fonctions d'édile ne l'obligeaient aujourd'hui de présider 
aux jeux, me priait de leur répondre ; et je crus devoir me 
rendre aux sollicitations d'un jeune patricien, brûlant du désir 



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594 DE ORATORE, LIBER I. 

disserebam. Gogebat enim me M. Marcellas hic 
noster 9 qui nuDC sedUis curnlis est, et profecto, nisi 
ludos nuDc faceret, huic Dostro sermoni interesset; 
ac jam tum erat adolescentulus bis studiis mirifice 
deditus. Jam vero de legibus instituendis, de bello ^ 
de pace^ de sociis, de vectigalibus, de jure ' civili 
generatim in ordines aetatesque descripto , . dicaat 
yel Graeci) si volunt, Lycurgum, aut Solonem 
( quamquam illos quidem censemus in numéro elo— 
quentium reponenàps) scissemelius^quam Hjpe- 
ridem^ aut Demostbenem y perfectos jam homines in 
dicendo^ et perpoiitos : vel nostros decemviros, qui 
XII tabulas perscripserunt, quos necesse est fuisse 
prudentes , anteponaùt * in hoc génère et Ser. Galbœ , 
et socero tuo G. Lœlio, quos constat dicendi gloria 
praestitisse. Numquam enim negabo, esse quasdam 
artes proprias eorum , qui in his cognoscendis atque 
tractandis studium suum omne posuerunt : sed ora- 
torem plénum atque perfectum esse eum dicam , qui 
de omnibus rébus possit varie copioseque dicere. 

XIV. Etenim sœpe in iis causii, quas omnespro- 
pria^ esseoratorum confitentur^estaliquid^quod non 
ex usu forensi y quem solum oratoribus conceditis, sed 
ex obscuriore aliqua scientia sit promendum ^ atque 
sumendum. Qnsero enim, num possit aut contra îm<- 
peratorem y aut pro imperatore dici y sine rei militaris 
usu, aut sœpeetiam sine regionum terrestrium aut 
maritimarum scientia: num apudpopulum deleglbuA 

» Ci^iam. — » Abett in. — ' Cl asfumcodiun. 



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DE L'ORATEUR, LIVRE 1. SgS 

de s'instruire. Quant a ce qui concerne l'établisseAient des lois y 
la guerre, k pdx, les alliances, les impôts, les droits des dif- 
férens ordres de citoyens , selon Page, les Grecs diront, s'ils 
le veulent, que Lycuiigue et Solon (qui d'tôUeurs me sem- 
blent devoir être nm au nombre des hommes éloquens), 
remportaient sur Hypérides et Démosthènes , dont l'éloquence 
est si parfaite; ils mettront même encore Ser. Galba et C. 
Lélius, votre beau-père, si célèbre par le talent de la parole, 
au-dessous des décemvirs qui composèrent la loi des Douze 
Tables, et qui furent incontestablement doués d'une baute 
sagesse. Je ne nierai jamais que certains arts sont devenus la 
propriété de ceux qui les ont étudiés et pratiqués toute leur 
'vie ; itiais je ne cesserai de dire qu'un parfait orateur doit être 
en état de parler sur tout d'une manière intéressante et variée. 



XIV. D'ailleurs , dans les causes mêmes qui , d'un oonaen* 
Umeai unanime , sont du ressort de l'éloquence, il y a quelque 
chose que l'usage du barreau, ou vous reléguez l'orateur, ne 
lui apprendra jamais, s'il n'a pas recours aux sciences les plus, 
étrangères a sa profession. Je vous le demande, en effet, 
peut-on parler contre un général, ou en sa faveur, saaaa con- 
naître l'art militaire, et souvent même les lieux et les mers 
où les actions se sont passées? Comment, dans les assemblées 
du peuple, donner son avis pour ou contre une loi, ou au 
sénat, sur les différens points de l'administration de la repu- 



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f: 



596 DE ORATORE, LIBER I. 

jubendls y aut vetandis : num in senatu de omni rei— 
publicœ génère ( dici ) sine summa rerum ciTÎliviiu. 
cognitione^ et prudentia : nunt^dinoveri possit oratio 
ad sensus animorum alquenaorotus vel inflammandos y 
vel edam exstinguendos (quod unum in oratore do- 
minatur ), sine diligentissima pervestigaiione earum 
omnium rationum y quae de naturis humani generis 
ac moribus a philosopbis explicantur. Atque haud 
scio^ an minus hoc vobis sim probaturus : equidem 
non dubitabo^ quod sentio^ dicere. Pbysica ' ista 
ipsa y et mathematica, et quœ paullo ante ceterarum 
artium proprîa posuisti, scientiae sunt eorun^, qui 
illa profitentur. lUustrare autem oratione si quis nùlf 
ipsas artes velit y ad oratoris ei confugiendum est facïJ^ 
tatem. Neque enim y si Philonem illum architectun» 
qui Alheniensibusarmamentarium fecit^ constat ^per-^ 
diserte populo rationem operis sui reddidisse, exis- 
timandum est^ architecti potins artificio disertum, 
quam oratoris , fuisse. Nec y si huic M. Antonio pro 
Hermodoro fuisset de navalium opère dicendum, non^ 
cum ab illo causam didicisset, ipse ornate de alieno 
artificio copioseque dixisset ? Neque vero Asclepiades 
is y quo nos medico amicoque usi sumus, tum y cum 
eloquentia vincebat ceteros medicos y in eo ipso y quod 
ornate dicebat^ medicinae facultate utebatur, non elo- 
quentiœ. Atque illud est probabilius y neque tamen 
verum , quod Socrates dicere solebat , o'mnes in eo , 
quod scirent) satis esse éloquentes : illud verius ^ 

' Is:a ipto, qnx pauUo «nte, et mvtbetu^iica «t oeieratam (triiiuii. 



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DE L'ORATEUR, LIVRE L 397 

btiqae , si Fon ignore la politique ? Comment composer un 
discours capable d'enflammer ou d'éteindre dans les âmes Tar- 
deur des passions ( et c'est en cela que consiste la puissance 
de l'orateur ), sans avoir profondément médité tout ce qu'en* 4^ 
seigne la philosophie sur le caractère et les mœurs des hommes ? V^ 
J'ignore si vous approuverez ma pensée , mais je n'hésiterai 
pas a vous la développer. La physique, les mathématiques et 
les autres branches que vous avez indiquées , il n'y a qu'un 
moment, sont l'apanage de ceux qui les cultivent; mais si 
quelqu'un veut embellir ces sciences par les charmes de la 
diction , ne devra-t-il pas recourir a la science de l'orateur ? 
Si, comme on le rapporte, l'architecte Philon, qui construisit 
l^senal d'Athènes, rendit compte de ses travaux au peuple 
d'une manière éloquente , il puisa dans l'art oratoire , plutôt 
^e dans l'architecture, les beautés de son discours. Si An* 
toine, que voila, avait à plaider pour Hermodore sur ce qui 
oonceme la construcjtion nautique, après avoir bien étudié la 
cause avec lui, ne parlerait-il pas avec succès d'un art étranger 
a l'oralÊur ? Asclépiades, »• notre ami , notre médecin , parlait 
avec éloquence sur la médecine, et l'emportait sur tous ses 
c(ffîrères; c'est qu'il n'était pas moins grand orateur qu'habile 
méG^^. Socrate avait coutume de dire^ avec plus de vrai- 
semblance que de vérité , qu'on parle bien des choses qu'on sait 
parfaitement; mais on peut afi&rmer qu'un homme parle tou- 
jours mal des choses qu'il ignore, et qu'il ne parle jamais 
bien de celles qu'il sait , s'il ne connaît pas l'art et les res- 
sources de l'élocution. 



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SgÔ BE ORATORE, LIBER I. 

neque quemquam in eo disertum esse posse,quo<l 
nesciat^ neque ^ si id oplime sciât , ignarusque sit 
faciiuidas ac poliendae orationis, diserte id ipsum 
posse^ de quo sciât ^ dicere. 

XV. Quam ob rem , si quis UDiversam et propriam 
oratoris vim definire^ complectique vult, is orator erit y 
mea senieotTa y hoc tam grayi dignus Domine y qui , 
quaecumqùe resinciderit^ quae sitdictione explicanda^ 
prudenter y et composite y et ornaie y et memoriter 
dicat, cum quadam etiam actionis dignitate. Sin cui- 
piam nimis infînitum yidetur^ quod ita posm, qua- 
vunu/ue de rcy licet hinc y quantum cuique videbitur y 
circumcidat atque. amputet : tamen illud tenebo ^ si ^ 
quœ ceteris in artibus aut studiis sita sunt y orator 
ignoret , tantumque ea teneat y quœ sint in discep- 
tationibuS) ' atque in usu forensi; tamen bis de rébus 
ipsis si sit ei dicendum y cumcognoveritabiis, qui te- 
nent) quse sint in quaque re, muho oratorem melius, 
quam ipsos illos^ quorum eœ sunt artes, esse dictu-# 
rum. Ita si de re militari dicendum huic erit Sulpicio^ 
quaeret a G. Mario affini nostro^ et^ cum acceperit y 
ita pronunliabit) ut ipsiC Mario paene hic melius , 
quam ipse , * illa scire videatur : sin de jure civili ; te- 
cumcommunicabit^tequebofuinemprudentissimum, 
et peritissimum in iis ipsis rébus y quas abs le didico- 
rit^ dicendi arie superabit : sin ^ quœ res incident ^ 
in qua de natura^ de vitiis hominum^ de cupi- 
dilatibus^ de modo^ de continentia^ de dolore, de 

• Aat. — « nu. — 2 Qua. 



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DE L'ORATEUR, LIVRE L Sijp 



XY. C'est^urquoi, si qpidtqu'un veut définir Poratetir dans 
l'acception la plus étendue y il dira , selon moi , que , pour être 
digne d'un si beau nom, il faut pouToir parier sur tous les 
sujets avec sagesse, avec éloquence et avec justesse , et avoir 
^tme mémoire sûre, et de la dignité dans l'action. Si on me 
reproche d'offrir ua champ trop vaste a l'orateur , en disant 
qu'il doit parler sur tous les sujets, je permets à chacun d'en 
retrancher et de le circonscrire comme il voudra ; je soutiens 
<:ependantque, s'il s'agit de faire un discours sur les arts étran- 
gers au baneau , k la tribune et au sénat, les orateurs, après 
avoir consulté les hommes instruits, en parleront mieux que 
personne. Ainsi, que Sulpicius ait k pailer de la guerre, il 
im consulter C. Marins , notre allié -, et Ifarius entendant 
après cela scm discours, l'orateur lui paraîtra posséder mieux 
que lui Vart militaire. Qu'il ai( a traiter un point de droit civil , 
il s'en çi^tretiend^ra ayec vous, et quand il aura embelli par 
les grâces du style le^ choses que vous Ifû aurez enseignées, 
il passera pour un jipîsccHisulte plus habile que son maître. 
S'il tombe sur un sujet relatif aux caractères , aux défauts , 
aux passions des honunes , à la tempérance, a la chasteté , a 
la douleur ou a la mort, s'il ne connaît pas bien ces objets , 
que néanmoins tout orateur doit connaître , il prendra des le- 
çons de Sextus Pompée , très-versé dans la philosophie , et il 
en parlera mieux que lui. Puisque les trois divisicms princi- 
pales de la philosophie embrassent les secrets de la nature, 
les subtilités du raisonnement et la morale , nous dispenserons 
les orateurs des deux premières, pour ménager leur paresse*, 



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4oo m: oratore, liber I. 

morte dicendum sit, forsitan^ si ei sit visom (eisi 
hsec quidem nosse débet orator)^ cum Sex. Pompejo^ 
erudito horaine îd philosophie y * communicarit : hoc 
profecto efficiet, ut quamcunque rem a quoque cog- 
norit, de ea miillo dicatorDatîiis, quam illeipse^ unde 
cognoril. 8ed si me audierit, quoniam philosophia 
in très partes est ^ tribu ta ^ in naturœ obscuritatem y 
in disserendi subtilitatem^ in vitam atque mores; duo 
illa relinquaraus, ^ atque largiamur inertiae nostrae : 
tertium vero, quod semper oratoris fuit, nîsi tenebl- 
mus, nihil oratori, in quo magnus esse possit, relin- 
quemus. Quare hic locus de vita et moribus totus est 
oratori perdiscendus : cetera si non didicerit^ tamen 
poterit, si quando opus erit, omare dicendo, si modo 
erunt ad eum delata , et tradita. 
,, XY L Etesiw #i constat inter doctos , bbminem 
ignarum astrologiœ , ^ Aratum oraatissimis atque 
optimis Tersibus de cœlo stellisque'dixisse : si de 
rébus rustieis hominem ab agro remotissimum , Ni* 
candrum Golophonium , poëtica quadam facultate > 
non rustica, scripsisse prœclare: quid est, cnr non 
orator de rébus iis eloquentissime dicat, quas ad 
certam causam tempusdue cognorit ? Est enim fini*- 
timus oratori poëta, i^umerîs adstrîctiorjJaulp^verbo- 
rum autçm^licentia^ liber^or, myltis,yjîro ornandi 
genéribusspcius, aç^paepe p^r,; ijQ Iipc quidem cierte 
prope idçm,, nuUis ut ,ternxinis. cirçymscribat aut 

« CamnimiaibU. Hoc. — ' Distrîbuta. — ^ ïâ<pc* — 4 Onu a. opi. r. 
ArainiD* 



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DE L'OIUTEUR, LIVRE I. 401 

jBâis ne les dispensons pas de la troisième j dont la connais^ 
sfa)ce est indispensable au véritable orateur. Quaut aux opé^ 
rations et aux secrets de la nature et a la dialectique , il peut 
s'en instruire au besoin, et en pai4er ensuite d'une manière 
éloquente et agréable. 



XVL Si kssavans s'accordent à dire qu'Aratus y qui ne cou» 
naissait pas l'astronomie, a fait un très-beau poëme sur le ciel 
et les étoiles ; si Nicandre , qui était fort étranger à l'agricul- 
ture y et qui vivait éloigné des champs, a composé en vers 
des géorgiques admirables , où rien n'est villageois que la ma- 
tière , pourquoi l'orateur n'aurait-il pas , comme les poètes , 
le talent d'embellir des sujets dont il n'avait pas aupara- 
vant la moindre idée, et qu'il étudie au moment de la com- 
position ? Le poète a beaucoup de rapport avec l'orateur ; si 
la mesure du vers le gêne un peu plus , on lui laisse un peu 
plus de liberté dans le choix des expressions. L'un et l'autre 
emploient à peu près lesi mêmes omemens, au point que cha- 
cun peut marquer a son gré les limites de son domaine, et 
qu'ils ont un droit égal de s'en écarter autant qu'ils le veulent. 
Au reste , Scévola, pourquoi avez- vous refusé, si je n'eusse 
II. 26 



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4oi DE ORATORÊ, UBËR T. 

defiDÎat jus ^uum , que minus ei liceat eadem ilîa 
facultate et copia vagari , cpia \elit. Namqne illnd 
quare y Scaevola y negasli te fuisse laturum , nisi ia 
meo regno esses y quod in omni génère sermonis y ià 
omni parte humanilatis dixerim oratorem perfectum 
es&e debere ? Numquam mehercule hoc dicerem , si 
eum y quem fingo y meipsum esse arbitrarer. Sed y ut 
solebat C. Lucilius saepe dicere, homo tibi subiratus, 
mihi propter eam ipsam causam minus y quam yole- 
bat^ familîaris, sed tamen et doctus^ et perurbanus : 
sic sentio y neminem esse ki oratorum numéro haben- 
dum^ qui non sit omnibus iis artibus^ quas sunt li- 
bero dignœ y per poli tus : quibus ipsis y si in dicendo 
non utimur^ tamen apparet, atque exstat, utrum 
simus earum rudes ^ an didicerimus. Ut, qui pila lu- 
d%uit > tton utumur in ipsa iusione artificîo proprio 
palaestrde y sed indicat ipse motus y didicerintne pa-* 
laestram, an nesciant : et qui aliquid finguut, etsi tum 
pictura nihil utuntur y tamen y utrum sciant pingere, 
an nesciant 9 non obscurum est : sic in orationibus 
hisce ipsis judiciorum^ concionum^ senaïus^ etiamsi 
^ proprie ceterae non adhibentur ftftesi tamen facile 
declaratur^ utrtun is^ qui dicat^ tantummodo in hoc 
declamatorio sit opère jactatus, an ad dicendum om** 
nibus ingenuis artibus insiruct^is aeoesserit. 

XVIL SG. *^ Tum ridens Scaevola : Non ludabor, 
iaquit, tecum^ Grasse^ amplitis. Id enim ipsum, quod 
contra me locutHs ^s, artîficio quodam es coasecutus^ 

« ProprÙB — adhibeantar. 



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DE L'ORATEDR, LIVRE 1. 40Î 

pas été Hir mon terrain , de OMiYemr avec moi que, dans 
toate espioe de discours, l'orateur parfait doit cosnaltre tout 
ce qui constitue i'éruditioii ? Jamais ^ eu Tenté , je n'eus la pré- 
tention d'être ce modèle dont je veux donner l'idée ; mais je 
partage Popinion de G Lucilius y qui avait un peu d'aigreur 
contre vous y et qui y pour cela y me fréquentait moins qu'il ne 
le désirait. Cet homme, d'ailleurs très-savant et de bonne société, 
disait ordinairement que, pour être mis au nombre des ora- 
teurs, il faut être versé dans les beaux-arts, et que, si on n'a 
pas occasion de les montrer dans le discours , on aperçoive et 
que Ton reconnaisse si nous les ignorons ou si nous les avons 
cultivés. De même que les joueurs de paume , sans employer 
tous les mouvemens de k gymnastique, aiuioncent par leur 
dénaardie s'ils sont habitués aux exercices de la lutte, et que 
«eux qui façoanent un vase , use sti^ue , montrent s'Ss ont 
«ppris à dessinerou k peindre ; deBiéme attSii, lorsqu'un ora* 
jteur pidle au barreau, a la tribune ou au çâiat, sans avoir 
besoin d'étaler son érudition , on juge facilement si ce n'es^ 
cpi'un dédamateur , ou un homme véritablement instruit. 



XVII. se. -r- Sorv«la 4it dors ep souriant k QmmuB : Je 
ne lutterai ptt» davanM^ avec vous. Je ne sais par quel arti- 
fice , après m'avoir accordé qu'il ne &llait pas laisser tant de 
prérc^atives k l'orateur , vous les avez toutes établies. Lors- 



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4o4 DE ORATORE, LIBER î. 

ut et mibi, quae ego velletn y non esse oratoris, tonce* 
deres: et ea ipsa nescîa quomodo rursus detorqueres, 
atque oratori proprîa traderes. Haec , <;um ego praeior 
Rhodum venissem-, et cum summo illo doctore istîus 
discIpUnae Apôllonio, êa, quae a Paoeetio acceperam, 
contulissem : irrisit ille quidem, ut solebat, philoso- 
phiam atque couiemsit y multaque non tam graviter 
dlxit^ quam facete. Tuaautem fuit oratio ejusmodi^ 
non ut ullam artem doctrinaniye contemneres^ sed ut 
omnes comités ac mini^tiias or^tofis.esse diceres.Quas 
ego, si quis sit unus complexu^iooines^ ideiiH|ue si ad 
cas ' facultatem istam ornatîssimœ opaûcmîts adjunxe- 
rit; non possum diéere y eumtioa' egregiunLqtiaodâm 
hominem atque admirandum fore : sied'wr,^*^ (flii 'esi-' 
set, aut si etiam umquaki^fuisset y fltit^'t^ro ^^ esse 
posset , tu esses unus profecto; qui et nieo judi^o> et 
omnium , vix ullém cetéris ot*atoribuà (^pité hbr^m 
dixerim) laudem reliquîsti. Verum si tibi ipsl'nihît 
deest, quod in (brensibus rébus ciyilibusque verse- 
tur, quin scias, neque eam tamen scient iam,, quam 
adjungis oratori, complexus es; videamus^ ne^plusei 
tribuas , quam res et vérités ipsa concédât. ^. 

CR. — Hic Crassus , Mémento , ioqRt ^ . ix^ ipipa 
de mea^ aed de oratoria feicultale dipjssçi. Q^ii^^/enim 
nosaut didicimusy aut scii^e potuia^u&ii jqui.^tÇfad 
^gendum, quamad oogDOsceodiÉm Y«QiipEius»ir.fqiips 
in foro, quos iti Umbilione^ quoo in^r^ul^iîcat^rquos 
in amicorum negotiis , res ipsa ante confina , quam 

* FactUutet. — > $i «juû. 



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DE L'ORATEUR, LtVRE I. ^oS 

fue j'étais préteur a RLodes, je voulus répéter au célèbre 
rhéteur ApeUoûius les leçons que m'avait données Panétius^ 
il se moqua de moi , et, xigiéprisaj^t la philosophie , selon sa cou- 
tume y il en parla avec plus d'enjouement que de solidité. Vous 
employez les mêmes armes , non pour attaquer les arts et les 
sciences , mais pour les assu j ettir k servir de cortège a l'orateur . 
Celui qui réunirait a tant de connaissances le talent de bien 
dire et de bien écrire , serait , je l'avoue y un homme admirable j 
mais s'il en fut jamais de tel, ou même s'il peut y en avoir , 
c'est vous , Crassus , vous qui , n'en déplaise aux autres ora- 
teurs , ne laissez presque plus de gloire k acquérir : si donc, 
vous k qui rien ne manque pour exceller dans le barreau , 
et dans les délibérations du sénat y vous n'avez point embrassé 
celte étendue de doctriaeque vous assignez a l'orateur, voyons 
si l'idée que vous en avez ne va pas plus loin que \à vçrité. 

CR. — Souvenez-vous, dit Crasses, que je n'ai point eu 
dessein de parlfEur d^ moi, ma^if du parfait orateur. Eln eCTet, 
que pouvai&rje ^voir appjris, que pouvajs-je savoir, moi qui 
me suis livré a la pratique de l'art oratoire avant d'en avoir 
étudié la théorie ? moi qui ai paru a la tribune et au barreau , 
sollicité et rempli des charges, pris les intérêts de mes amis et 
ceux de la république ; moi qui suis parvenu k un certain âge 
avant d'avoir soupçonné même l'importance de chacun de ces 
objets? Si vous avez de l'estime pour un homme qui , en lui 
supposant le talent et le mérite que vous daignez lui accorder , 
n*a pas eu du moins assez de loisir pour s'instruire , ni ce 
zèle infatigable qui veut tout savoir, que ne devez- vous pas 
attendre dNin orateur qui, doné d'un rare génie, réunirait 
encore ces n<Hnbreuses connaissances? N'obtiendrait-il p^les 
plus brillans succès? 



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4o6 DE ORATORE , LIBER I. 

possemus aliquid de rébus untb suspicari? Quod si 
tibi untum in nobis videtur esse , quibus etiamsi 
ÎDgeniiiiD 9 ut tu.putasy nen maxime defuit, doctrina 
certe, et otium^ et hercule etiam studium illud 
disceudi acerrimum defuit : quid censés, si ad alicn- 
jus ingenium vel niajus illa, quâe ego non aitîgi^ 
accesserÎQt? qualem illum, et quantum oraiorem 
futurum? 

XVIII. ANT. — Tum Antonius ; Probas mihi , 
inquit y ista ^ Grasse , quœ dicis : nec dubho > quia 
multo locupletior iu dicendo futurus sit, si quis om-- 
nium rerum atque artium ratioiiem naturamque com*^ 
prebenderil. Sed prîmum id difficile est factu , prse^ 
sertim in hao nostra viu, nostrisque occupationibus : 
deinde illud eiiam verendum est, ne abstrahamur ab 
bac exercitatione , et consnetndine dicendi populari^ 
et forensi; Aliud enim mihi quoddam genus orationis 
esse videtur eorum hominum , de qnibus pauUo anic 
dixlstî , qùaînvis illi ornate et graviter , aui de nattira 
rerum , aut de bumanis rébus loquantur. Nitidum 
quoddam genus est verborum et laetum , sed palaes* 
trae magis et qlei, quam hujus civilis turbae ac fori. 
Namque egomet, qui sero, àc leviter gra^cas littetiis 
a^îgissem | tameu cum procônsule in Ciliciam pro- 
Ikisçei^s Athenas venissem^, complures tum ibi dies 
sttfû propter i^vi^pdi difficûltatem cowmoratus; 
aed^Gum.quotidie nMOum haberem boimues doc--* 
tissimos , eos fere ipsos , qui abs te modo sunt 
nominaii, cumque hoc , nescio quomodo , apud eos 



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M^fJi^ ^JLm 



DE L'OiUTEUR, UVRE |. 407 



XVIII. AWT. — Vous prouves très-hieu ce que vous avaur 
ces, dit Antoine a Crassus^; et je ue. doute pçint qu'un homne 
universel , tel ^e vous le supposez j ne composât uu discours 
plein d'abondance et de richesse. Mais d'abord , c'est une chose 
difficile a exécuter, pour nous surtout, qui sommes accablés 
du poids des affaires. ÎD'aîUeurs, U serait a craindre que tant 
de recherdhfes et d'érudîtioi^ ne &sént perdre à forateur la 
mam'èrë qm conviéilt aux j^làidoyeiis et aux harangues. • En 
eiret',^fe styfe de ceux dont vous venez de faire Mege traite 
avec élégance et areé dignité de la natme et de la morale. 
C'est nh gespe «Pélocution agréablf- ei flemrl y mais qui conviait 
pk» k l'aeadéniie^'au tumulte du forum ouaufraceadta ti^ 
bwÈma/ Moirméme , j« meHvrai fort lard et auperficielWp^iH 
k l'étude des auleura grecq ; WWl lorsque }e ftis envoyé pro- 
cQQsui en Qlicie y le mauvais temps m'empeclûmt de c*nti- 
n^ef le trajet , je m'arrêtai plusieurs jo«rs a Athènes ; je passai 
tous mes instaxis avec les savans distingués que vous ave? uoni- 
mçs au commencement de cet ei^tretien; et comme le bruit se 
répandait , parmi eux , qu'a Rome vous et moi nous parlions 
dans les causes les plus célèbres, chacun d'euioivoulut, autant 
qu'il le pouvait , discourir sur lès fonctions de Porateur et sur 
Téloquence. Mnésarque et plusieurs autres disaient que nos 



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4o8 DE ORATORE, LIBER I. 

ÎDcrebuisset y me in causis majoribus^ sicuti te^ salere 
versari^ pro se quisque ut poteral, de officio e% ra— 
tione oratoris disputabal. Horamalii, siout isteipse 
M nesarchus 9 hos^ quos nos oratores vocaremus^ 
nilill esse dicebat^ nisi quosdam operario^^ litigua 
céleri et exercitata; oralorem aulemymsi qm^sapiens 
esset y esse neminem : atque ipsam eloqaentiam, quod 
ex bene dicendi scienlia constaret^ unam quandam 
esse virlutem^ et, qui unam virtutem babéret, omnes 
habere , " easque esse inter se œquales et parés : ita , 
qui esset eloquens , eum virtutes omnes babere,at<][ue 
esse sapientcm. Sed haec erat spinosa quœd^ip et 
exilis oratio, longeque a nostris sensibu3 ab||CMr^#bat« 
' Charmadas veromuUo uberius .îUcj^K^sd^ rehus 
loquebatur : non quo aperiret sententiam suam; faic 
enipi mos erat patrius Academiœ , adversari semper 
omnibus in disputando; sed ^ cum maxime tamen 
hoc significabat, eos> qui rhetores nominarentur, et 
q«i dicendi prœcepta ti*aderent) nihil plane tenere, 
neque posse quemquam facultatem assequi dicendi ^ 
niri qui philosophorum inventa didicisset. 

XIX. Disputabant contira diserti *hcNaûiic(s;^ Altlic«- 
nienses, et in repuhlîca causisqueTeiisati, tnqoibns 
èrat eliàm is^quinuper Remise fuit, Menedi^muS^'li^C)^ 
pés meus; quiicukndiceretessequandAm^H^ûd^, 
quae yersaretnr in perspî<;ieddis<^tibiiibnscdtii;lii!tien- 
darum et regendfarnm rerum publicarum i èxcftàba- 
tur homo promtus ab bomine al>undanlî doctrlna, et 

* Eaàqtic ipsas. — > > Carneadcs* -* ^ Toid mtxiaie. 



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mm 



DE UOR ATEUR , LIVRE I. ^ 40^ 
prét^dus orateurs 90tit des artisans y dont la langue est agile 
et exercée ; ^'il n^y a d'orateur que le sage ; que réloquence y 
qui nous apprend a bien parler , est une vertu ; que les ver- 
tus sont, égales entre elles ; que si on en possède une , on les 
possède toutes ; qu'ainsi l'homme éloquent a toutes les vertus^ 
et que, par conséquent, c'est un sage. Leur langage était sec 
et rude, et bien éloigné de nos usages et du bon goût. Mais 
Charmadas ■■ parlait sur les mêmes objets avec plus d'élégance 
et d'une mam'ère plus profonde , sans néanmoins découvrir 
spi façon de penser , suivant l'usage de Platon et de TAcadé- 
inie , qui se platt à combattre tous les systèmes ; mais il donnait 
cependant a entendre que les rhéteurs qui $e mêlent de donner 
des règles sur l'art de bien dire , sont des ignorans , et que , si 
un orateur né^ige de s'instruire a l'école des philosophes , 
il ne parviendra jamais à la véritable éloquence. 






•u-v. 



XIX. Quelques Âthémehs assez éloquéns, verses dans Tad- 
inimstration del'Etat et dans le barreau, soutenaient l'opinion 
contraire, «etipamii' eux y Ménédèine, celui même que vous 
avez vu ^Rome , et qui logeait chez moi. U disait qu'il y avait 
une certaine prudence dans la conduite des affaires, qu'il re- 
gardait comme l'apanage de l'orateur. La vivacité de son 
esprit semblait excitée par l'éloquence et l'érudition de l'anta- 
goniste avec lequel il se mesurait. Giarmadas prétendait que 
la politique s'apprend dans les écrits des philosophes j qu'on 



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4io DE ORATORE, LIBER I. 

quadam mcredibiH varîitlafte rerma el copia* Omne» 
enim partes Uliusipsiusprudenlbe petoidasessea phi* 
losophia ' dicebat y neque e^y qate statuerentur îa re-^ 
publica de dits immortalibna^de disciplina )uvemutta^ 
de justida^ de patientia, de temperamia^ de modo 
reruiu omnium y ceteraque y sine cpiibiis ciyitates aut 
esse^ aut bene moratae esse non possent^ usquam in 
eorum inveniri libellis. Quodsi tantam vim rerum 
maximarum arte sua rhetorici illi dociores comptée- 
terentur : quaer€j>at> cur de proœmiis, et de epilogis^ 
et de hujo&modi nugis (aie enim appellabat) referii 
essent eorum libri : de civitatibus instilufindis , de 
scribendis legibus^ de a^uitMe^ de jasûtia ^ da fide^ 
de frangendis cupiditatibus^ de coofofnMndia ho-^ 
minum moribus y littera in eorum librts nulla inve- 
niretur. Ipsa vero prsecepta sic iUudere sokbat y ut 
ostenderet^ non modo eos illius expertes esse pru- 
dentiœ^ quamsibi asciscerent, sed ne banc quidem 
ipsam dicendi rafionem ac vîam nosse. Caput ehim 
esse arbitrabatur oratoris^ ut etipsis^ apud quos âge* 
ret, talis, qualem se ipse optaret, videretur ; id neri 
vitae dignitate y de qua nihil rbetorici i|sli dqctores in 
prœceptis suis reliquissent : el mi eorum 9 quji,W¥iji^ 
rent y sic afficerentur animi y ut eos affici TeUel^ WI^W ; 
quod it^m fîeri nullo modo posi^ > nisi oognoscerei 
is, qui diceret) quot modis bominuim meotea^et 
quibus rébus ^ et quo génère orationia intjuamque 
partem moverentur : baec autem esse penîlus în nàedia 

■ Docehai. 



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^ ^Arf>:3 



DE LX)RATEUR, UYRE I. 4ii 

me stttYMt trouTer dam ceux dos rbéteun des règles touchant 
le culte* des- dieux > l'éduoatiou de* la ieunesae» la justice, la 
coDstanoe^ la Mupéraaoe , . les lois et la police , toutes choses 
^aus les^?l^ les.républi^es ne peuvent être bien gouver- 
^ées)i^^^^ lafiçiepQe.des rhéteiu*s embrassait une si grande 
quantité 4'oh)^,t^ j ^ leur demandait pourquoi leurs livres 
étaient remplis de préceptes sur Texorde et la péroraison , et 
sur d'autres bag;atelles semblables ( c'est le nom dont il se ser- 
vait) , au lieu d^enseîgner Tart de gouverner les Etats, de 
leur donner des lois, celui de faire aimer Téquité, la jiistice, 
la bonne foi,' de maîtriser lespassions , et dérégler les mœurs. 
Il aVaii coatirmie dé se moquer des rhéteurs et de leurs leçons , 
âb p<ffttt*dfe'pïrottver ,* nofi'^seulement qu'As n'enleudent rien 
a la '|)éfiliqtMf lû aux partie» «attribuent, mais encore 

qirik igàorcHt ks^fmtabfes monade parler avec succès» Car il 
croyaitt^titie but'priiicipal d'un orateur est de se montrer aux 
yeux diQ sfes. auditeurs tel qu'il veut paraître ; et qu'on ne 
peut y réussir sans b pirobité , dont les rhéteurs n'ont rien dit 
dans J^urs écrits. U croyait paiement impossible k l'orateur 



nt impoc 



de diriger a s^n çré l'esprit des audit J^WLe leur faire parta- 
ger les sénlimens qu'il éprouve, s'il ignore les moyens et le 
genre de ^tvle propre à exciter les passions , s'il n'a pas essayé de 
pénétrer dans la profondeur de Ta philosophie , dont ces rhé- 
teurs n'ont pas même les preAiîères notions. Ménédème tâchait 
rfé^rfifirtiér son advctsaSre paûr dès exemples, plutdt que par des 
ràitohbèiuëttâr; il éédamAit'lef ptus beëfux passages de Démos- 
lfc%aMV«||(disaiM7^qu«'<Mrt«r««eur c^ntiiiMJt «ôus lae moyens 
i^Mi)inrrlesi^fiigcsr«t9e( poofiAe ;< moyens qu'on dit af^r^ 
tefpri«3tf)umeimtiat)irphilosoplûai 



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4ii BE ORATORE, LIBER I. 

philosophia retrusaatqueabdita; quœ isd rbetore&ne. 
primoribus quldem labris attigissent. Ea Menedemus 
cxemplis magis y quam arguiuentis y conabatur refel- 
lere : memoriter enim multa es orationibus Demos- 
thenîs prœclare scripta pronuntians, ' dicebat^ iltuni 
in animis yel judicum, vel populi y in omnem partem 
dïcendo permovendis, non fuisse ignarum, quibus 
ea rebus consequeretur , quœ negaret iUe sine philo- 
sophia quemquam scire posse. 

XX. Huic ille respondebat, non se negare^ De* 
xnosthenem summam prudentiam, summaznque vim 
habuisse dicendi : sed sive ille hoc ingenio poluisset, 
sive , id quod constaret y Platonis studiosus audiendi 
fuisset; non, quid ille potuisset, sed quid isli doce- 
rent y esse quœrendum. Sœpe etiam in eam partem 
ferebatur oratione, ut bmnino disputarec, nullam 
artem esse dicendi : idque cum arguinentis docuerat^ 
quod ita nati essomus, ut et blandiri y et suppliciler 
insinuare iis y a^PpKS esset petendum y et adversa- 
rios minaciler terrere possemus, et rem ge^tamexpo- 
nere, et id, qiàod imend^re^us , <x>nfirmare 5 et id, 
quod contra dicereiur , refieUere, ei.^d.eilremum 
deprecari aliquid, et «onquwiri; quîbus in^ rebus 
omnis oratorum yersaveturiac^ktiKs^t et q^Mnl ooosue* 
tudo, exercitiitîoque et imèUig<elûdî'prudtiltiaiftaciie<* 
ret, et eloquendi celériiâtenï incitaret : tilm etiam 
exemplorum copia nitebatur. Nam prîmum, quasi 
dedita opéra, nemitiem scriptorem artis ne medio-^ 

* Doccbat. 



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DE L'ORATEUR, LIVRE L 4j5 



XX. Cbarmadas ne contestait ni les lumières ni Téloquence 
«dinij;able..de Dânosthènes, sans exaxûner, disait-il, si cet 
oratj^iff , l^^ cl^t a son gépie; .ou aux leçons de Platon^ dont il 
fi^ ^ç^fl^^iplei il ajoutait aussi ^'il n'était pas question des 
tale^ dç P^mosthènes^ ^is des préceptes des rhéteurs. Sou- 
vent même^ dans la discussion, il s'emportait au point de 
soutenir qu'il n'y a point d'art de parler ; que la nature seule 
apprend a solliciter une grâce d'un ton suppliant, a nous in- 
sinuer clfans l'esprit de ceux dont nous la réclamons, à effrayer 
nos aÂTersàires par un ton menaçant, à fournir des preuves 
à Pâppid de nôtVi'ôi^înion, a réfuter ïes avis contraires, k 
emjflôyéf Vhfih , é'tiàe nmnièr^ pressante , ou les plaintes , ou 
1» «prière; 'Il â'éfélidàii fAsphM'Iom le powoir de l'orateur^ 
4|t;piétGiidaii^è*4')uetRttMk et l'eaureice donnent ensuite la 
«t9aâte^.l»pmdb^eet4a.^H3Shén€CQS8aire», et il s'appuyait 
s}tf«îi»M fo)d^id''«x^i9|^ki^.l$'iliiiU'L'eD ccpive^ de tous les 
rhé$Ô^*feljto|Wi^^^I^îÇ^V^^owt.^ Ti|W!^q«i.ont écrit 
JifRiPr^WW «Wi^'VînPrîifpîyg,, pas m.pe.^ut doué d'une 
,é]^çyi|ien(f^j9f||i^re^..t^ citer un nombre 

prodigieux d'orateurs célèbres , qui ne se mirent jamais en 
peine d'apprendre ces règles ; et il me comptait parmi eux , 



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4i4 DE ORATOÎIB, UBER t. 

criter quidern dlsertum fuisse dicebat, cum repetereC 
tisque a Corace y nescîo quo , et Tisia ^ quos arlîs 
illius invenlores et principes fuisse constaret : elo- 
quentissimos autem bomines ^ qui ista nec didicissen t y 
nec omnino ' scire curassent y innumerabilesquosdam 
nominabat : in quibus eliam (sive ille îrridens y sive 
quod ita putaret y atque ila audisset ) y me in illp nu— 
mero^qui illa non didicissem ettamen (ut ipse dice— 
bat ) possem aliquid iu dicendo, proferebat. Quorum 
illi alierum facile assemiebar y oibil me didiciste; ia 
allero autem me illttdi ab eo , am^tuim ipsum errare 
arbiirabar. Artem verô negabat €sse uUam , nisi quae 
cognitis y penitusque perspectia , et in unum exitum 
spectantîbus y et numquam iàllentibus rébus conti- 
Beretur. Hœc autem omnia, quae tractarentur ab ora- 
toribus, dubia esse et incerta : çum et dicerentur ab 
lis, qui ea omnia non plane tenerent, et audirentur 
ab lis 9 quibus non scientia esset iradenda y sed exigui 
temporis aut falsa, aut certe obscura opinio. Quid 
multa ? sic mibi tum persuadere yidebatiur y neque 
artificium uUum esse dicendi^ neque quemquam 
pofise y msiy qui illa y quae a dociîsaimifi homt&ibtts 
in philosophia dicerentur > cognosaei y aot eallide «ut 
copioaedicere. * In quibus dicereOharmadaasolebat, 
ingenium tuum y Grasse, vehementer admirana, me 
sibi perfacilem in audiendo y te perpugnacem in dis^ 
putaudo esse visum. 

XXI. Tumque ego, hac eademopinioneadductus, 

» ScÎMc. — > Quibu» diccrc Carncadcf . 



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DE L^ORATEDR, LIVRE I. 4,5 

soit poar me flatter, soit avec sincérité , soit enfin qu'on lui 
eût donné de moi cette opinion. Je répondu que j'étais d'accord 
avec lui sur l'un deces points, c'est-à«dire^ que je n'avais pas 
appris la rhétorique ; mais que , pour l'autre , il se trompait. Il 
ajoutait que les r^les d'un art doivent être certaines , évi- 
dentes et invariables, et ne contenir aucime erreur ; que tout 
est incertain en matière d'éloquence; que les orateurs ne pos- 
sèdent pas entièrement les sujets dont ils parlent ; que leur but 
n'est point d'en instruire a fond leurs auditeurs , mais de leur en 
donner des idées superficielles, et quelquefois même des idées 
fausses. Que dirai-je de plus? Il parvint, pour ainsi dire, a 
me convaincre que l'éloquei^e n'est pas un art, et qu'il est 
impossible de parler convenablement et avec abondance, sans 
avoir étudié les plus habiles philosophes. Dans ces entretiens , 
mon cher €rassus, Oiarmadas, admiiutair sincère de vos ta- 
kns, se plaisait a m'asaiirer que je paraibnis un disciple docile, 
et TOUS un adversaire très^pctasant. 



XXI. Amené alors à penser comme lui, je ne pus m^em-^ 
pêcher d'écrire, dans un petit ouvrage devenu public malgré 



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4i6 DE ORATORE, LJBER I. 

^ripsî eliam illud quodam în libeHo^ qui me îm- 
prudeoie et iiivito excidit, et penreDÎt in roanus 
faominum , disertos me cognosse DotmuUos y elo- 
quentem adbuc neminem : quod eum statuebam di- 
sertum y qui posset satis acute^ atqae dilucide, apud 
médiocres honiînes y ex communi quadam opinione^ 
dicere : eloquentem vero y qui mirabilius et magnifi- 
centîus augere posset atque ornare^ quae vellef, 
omnesque omnium rerum , quae ad dicendum periî- 
nerent^ fontes animo ac memoria contineret. Id si 
est difficile nobis^ qui ante y quam ad discendum in- 
gressi sumus^ obruimur ambitione et foro; sit tamen 
in re positum atque natura. Ego enim^ quantum 
auguror conjectura ^ quantaque ingénia in no^rîs 
hominibus esse video^ non despero^ fore aliquem 
aliqnandoy qui et studio aeriore , quam nos snmus 
atque fuimus y et otio ac facultate discendi majore ac 
maturiore y et labore aique industrîa superiore^ cum 
se ad audiendum y legendum y scribendumque dedi- 
derit, exsîstat talis orator^ qualem quœrimus : qui 
jure n^n solum disertus y sed etiam cloquens dici 
possit: qui tamen ^ mea sententia^ aut hic est jam 
Grassus y aut, si quis pari fuerit ingenio, pluraque 
quam hic, et audierit^ et lectitarit, et scripserit, 
paullum huic aliquid poterit addere. 

SULP. — Hoc loco Sulpicius , Insperanti mihi , 
inquit y et Gottae, sed valde optanti utrique nostrum, 
cecidit, ut in istum sermonem. Crasse, delabere- 
mini.* Nobis enim hue venientibus jucnndum satis 



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DE L'ORATEUR , LIVRE L 4,7 

moi, ^e je connaissais des hommes diserts, mais pas un d'é- 
loquent; et j'accordais le titre de disert à celui qui s'exprime 
avec assez de netteté et d'esprit pour satisfaire le commun 
des bomlnesV j'appelais éloquent celui qui ennoblit tout par la 
magnificence d^s*expi:essions et la beauté des mouvemens, et 
dont le génie et la mémoire sont pour lui des sources inépui- 
sables , où il trouve tout ce qu'il veut. 

Il nous est difficile dériver a ce degré de perfection, 
puisque, avant de nous être livrés à l'étude, tous nos instans 
entêté consacrés ^ux affaires du barreau, et a briguer les em- 
plois; mais cette pfrfection n'est pas au-dessus des forces 
humaines et dij^ippuvoir de la nature. 
• Pour moij autai^ que je puis en juger par les heureuses 
dispositioife de mes concitoyens, je ne désespère pas de voir 
naître un homme qui, trouvant plus de loisirs, livré plus ar- 
demment, que nous a l'étude des lettres, joignant une plus 
grande habitude a im plus grand travail , et après avoir beai»^ 
coup lu, beaucoup entendu, beaucoup écrit, ne deviçppe 
non-seulement disert, mais éloquent, et tel que nous le de-^. 
mandons ; et cet orateur parfait, ce sera Crassus lub-méme , ou 
bien un Romain doué du même talent, plus libre d'enteniiire 
les grands orateurs, de s'appliquer à la lecture ou de sç^ livrer 
a la composition. 

SULP. — Cotta et moi, nous désirions vivement vous .en- 
tendre sur celte matière, mais nous n'osions l'espérer. Il nous 
semblait, en venant 'ici, que ce serait déjà pour noiîs un 
grand plaisir de profiter de votre conversation toujours ins- 
tmetive , et d'en recueillir les fruits dans notre mémoire ; mais 
nous sommes au tomble du bonheur, puisque vous daigne;^ 
uous initier aujourd'hui dans les secrets de l'art, et nous ré- 
véler les mystères de l'éloquence. Dès ma plus tendre enfance , 
II. 17 



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4t8 DE ORATORE, UBER I. 

fore yideba tur, si y cum vos de rebas aliis loqueremînî^ 
lameo dos aliquid ex sermone yestromemoria dignum 
excîpere possemus ; ut yero penitus in eatn ipsam 
totius hujus vel sludii y vel artificii y vel facuhatis dis- 
putaiionem psene iotimam yeDÎreiis, yix oplandum 
nobis videbatur. Ego enim y qui ab ineonte aetate in- 
census essem studio utriusque vestrûm , Grassi vero 
etiam amore y cum ab eo nusquam discederem y ver- 
buni ex eo numquam elicere potui de yi ac raiîone 
diceudi, cum et per memetipsum egissem, et pcr 
Drusum saepe tentassem : quo in geuere tu y Autoni 
( vere loquar) numquam mihi percauctauti y aul qi]x-< 
renti aliquid ^ defuisti^ et persspe me, qusc solere» 
in dicendo observare y docuisti. Nunc quoniara ntier* 
que yestràm patefecît earum rerum ipsaram aditum, 
qnas qusrimus y et quoniam princeps Grassus ejus 
sermonis ordiendi fuit y date nobis banc yeniam, ut ea, 
qufie sentitis de omoi génère dicendi , subtiliter per- 
sequamîni. Quod quîdem sî erit a yobis impetratum, 
magnam habebo y Crasse y buic palaestrae, et Tuscu- 
lano tuo gratiam, et longe Academi» illiacLyceo 
tuum hoc suburbanum gymnasium anieponam. 

XXII. CR. — Tum ille , Immo yero , inquit , Sul- 
pici y rogemus Antonium y qui et potest facere * idy 
quod requiris y et consueyity ut te audio dicere» Nam 
me quidem y * fateor, semper a génère hoc toto ser- 
monis refugisse, et tibi cupienti atqne' iostanti ssepis* 
sime negasse, ' ut tute paullo ante dixisti. Quod ego 

• Abm ut, ^* Ahea^fcteor, -^ ' Abctl ut. 



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DE L'ORATEUR, LIVRE L 4,9 

je vous recherchais ardemment l'iiu et l'autre \ vous connaissez 
combien j'aime Crassus ; je m'en éloigne rarement ; et jamais 
je n'ai p« lui arracher une parole touchant Téloquence ; mes 
instances^ à cet égard, et les sollicitations de Drusus, ont été 
inutiles : pour vous, Antoine ( et je rends hommage a la vé- 
rité ), vous m'avez traité avec moins de rigueur, et très sou- 
vent vous m'avez fait part de vos observations journalières. 
Maintenant , comme chacun de vous a commencé a nous ins- 
truire sur ce que nous désirions savoir, continuez un sujet 
«ntamé par Crassus ; dites-nous , je vous en prie , votre opi- 
nion sur toute$ les parties de l'art oratoire. Si vous doignea 
condescendre a mes vosux, je ne perdrai jamais le souvenir 
des jardins dd CSasnis et du séjpur de Tusculum, et je préfé- 
irerai toujours ce gyaintse voiçm de Aomey a TAiC^émie ^ 
PJafon et au Lycée d'Aristote. 



XXII, CR, -^ Ne vaudrait-il pu», mieux, S^lpi<»u^, s'a- 
dresser à Aptoine, qui, de vot^re propre aveu, est en état 
de vous satis&ire, et ne hait pas cea sortes d'entretien^? J^ 
conviens que je ne les aime guèf^ , et vçns avez eu raisoq 
de vous plaindre de mes refus continuels. Cependant, ce 
n'était ni par orgueil, ni par un excès d'impolitesse j votre 
zèle pour l'éloquence est très-louable ; et je l'aurais d'autant 



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420 DE ORATORE, LIBER I. 

non superbia , neque infaumanitate Èiciebam y neque 
quo tuo studio rectîssîmo atque optimo non obsequi 
vellem, praeseriim cum te unum ex otnnibus ad 
dicendum maxime natum y aptumque cognossem , 
sed mehercule islius disputationis insolenlia^ atque 
earum rerum, quae quasi traduntur in arte, inscilia. 

COTT. — Tum Colta, Quoniam id, quod diffi- 
clllimum nobis videbatur^ ut omnino de bis rébus ^ 
Crasse y loquerere y 'assecuti sumus : de relique jam, 
Dostra culpa fuerit^ si te y nisi omnia y quse perci^* 
tati erimus, explicaris, dimiserimus. 

GR. — De bis 9 credo 9 rébus y iuqmt Grassus y ut 
in cretionibus scribi solet, ^^uibus sciait, poteroqui. 

GOTT. — Tum ille, Namque quod tu non poteris^ 
aut nescies, quis nostrûm tam impudens est^ qui se 
scire aut posse postulet ? 

GR. — Jam vero y ista conditione y dum mihi liceat 
negare, posse quod non potero> et fateri, nescire 
quod nesciam y licet, inquit Grassus ^yestro arbitratu 
percunctemini. 

SULP. — Atque, inquit Sulpicius^ hoc primum 
ex te , de quo modo Antonius exposuit , quid sentias, 
quœrimus : existimesne artem aliquam esse dicendi? 

GR. — Quid ? mihi nunc vo6 , inquit Grassas y 
tatiquam alicui Graeculo otioso et loquaci , et for- 
tasse docto, atque erudito, qusestiunculam , ile qua 
meo arbilratu loquar, ponitis? Quando enim me isu 
curasse, aut cogitasse arbitramini , et non semper 
irrisisse potins eorum homiuumimpudentiam, qui 



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DE L'ORATEUR, LIVRE I. 4ai 

fim secondé , que vous êtes né pour' j exceller ; mou excuse 
-est vraimeut daus le peu d'habitude que j'ai de traiter cette 
matière^ et dans une ignorance presqu'absolue dés règles de 
l'art. 



GOTT. — -. Puisque nous sommes panrenna , malgré ces 
difficultés, à yaincre votre répugnance , Grassus, nous ne 
pourrions nous pardonner a nous-mêmes de vous avoir quitté , 
sans que vous ayez éclairci nos doutes. 

. CR. — Oui, mais vous n'exigerez de moi , comme le disent 
pos jurisconsultes, ■* que ce que je sais et ce que je puis. 

COTT. — Quel komme aura k prétention de savoir oe 
que vous ignorez, et de pouvoir ce qui vous est impossible? 

CR. — Puisque vous me laissez le choix de vous répondre 
^ mon gré , j'e ne S€tis pas, ou je ne suis point en état de 
vous satisfaire , proposez-nuH vos questions. 

SULP. — Je commencerai par un chapitre dont Antcûne 
vient de parler : crojez-vous que l'éloquence soit véritable* 
ment un art? 

' CR. — 'Quoi donc? vous me traites comme un de ces Grecs 
4>tsifs et babillards , mais quelquefois savans , k qui l'on pro-^ 
pose une question frivole pour les faite purfer. Croyes^vous 
que j'esûme de semblables bagatelles^ et que }e ne me sois pas 
toujours moqué de ces effrontés qui, pour avoir été sur les, 
bancs de l'école , demandent , au milieu d'une assemblée nom^ 



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411 DE ORATORE, UBER I. 

cum in schola assedissent, ex mag;iia hominam fre-r 
quentia dicere jubercnt , si quis quid quœreret ? 
Quod primum ferunt Leonlitium fectsse Gorgiam : 
qui permagnum quiddamsuscipereacprofiteri vide^ 
halur, cum se ad omuia , de quibus quisque audire 
vellet , esse paraium deDuntiarei. Postea vero Tulgo 
hoc Aicere cœperunt^ hodîeque fiiciont^ ut nuUa sii 
resy nequetanta^ laeque tam improvisa ^ neque tam 
nova^ de qua se non omnia^ quae dici possunt, pro«- 
iiteaniur esse dicluros. Quod si te, Cotta, arbitra rer , 
aut te y Sulpici, de iis rébus audire velle , adduxissem 
hue Gfa&cum aliquem, qui ' vos istiusmodi dispu- 
taiionibus delectaret : quod ne nunc quidem difficile 
faciueat. Est etrim apud M^ Pisonem^adolesceutem 
jam huic studio deditum, sumtiio hominem îngenio, 
nostrique cupidissimum , peripateticus Staseas, homo' 
nobis sane familiaris, et, ut inter homines peritos 
constare video , in ilto suo génère omnium princeps. 
XXIII. SCiEV. — Quem tu, inquit, mihi, Mu- 
cius, Staseam, quem peripateticum narras? gerendus 
est tibi mos àdolescentibus, Grasse : qui ûon Graeci 
alicujus quotidiaoam loquacitatem aine Usu, neque 
ex schoHs cantilenam requirunt , sed ex homine 
omDium éapientissimo a^ue eloquenûbùmo, atque 
^x eo^ qui non in libellât, sed in maximis oausis, 
€t in hoc domieilio unperii et glori», ait consiiio 
linguaque p^lttuf^ps, eu jus vestigia persequi ôapiunt, 
ejus senti^t^itiSm sciscitantun Equidem te cum in 

' Noi. ' '^' 



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DE L'ORATEUR, LIVRE I. 4^5 

breuse , qu'on leur propose uu sujet 7 Gorgias le Léontin 
s'avisa, dit-on, le premier de ce bel expédiait, et s'imagina 
pMser pour un grand homme, en offrant de parier, sans pré- 
paraticm, sur toutes sortes de matières. Cette manie gagna 
bientdt , '^ et règne encore aujourd'hui : des bavards présomp-» 
tueux se vantent de traiter a fond les cas imprévus, les ma- 
tières les plus neuves et les plus importantes. Si j'avais cru 
Cotta ou Sulpicius jaloux d'entendre de pareilles choses^ 
j'aurais amené , pour vous amuser, un de ces docteurs grecs, 
et rien n'était pjus aisé. Le jeune M. Piscm , mon intime ami , 
doué d'un excellent esprit , se livre avec tant d^ardeur a la 
philosophie, qu'il a maintenant chez lui le péripatéticien 
Staséas , '♦ que nous connaissons particulièrement, et que les 
Bommes hthiles regardent comme le premier des rhéteurs. 
J'aurais pu l'amener ici. 



XXm. SCÉV . -** Que nou$ paries-voiw la de Staséas et 
de péripaté&cien? C'est k voua, Crassus, à satisfaire cea 
jeunes gen3 ; ils ne cherchent point a entendre une leçon de 
l'école, ou le caquet inutile d'un sophiste grec; ils veulent 
s'instruire avec l'homme du monde le plus éloquent et le plu$ 
sage; ib veulent marcher sur les traces d'un orateiur, qui^ 
loin de se borner a composer des bagatelles, a mérité, par ses 
succès dans les causes les plus importantes^ par ses lumi^e^ 
et par ses talens, de tenir le premier rai^ dans cette capitale 
la maltresse du monde. Vos talens oratoires m'ont paru tou- 
jours admirables 4 mab je ne crois* pas que vous ayez moins^ de 
bonté que d'élo£[uen£e, et vous ne pouvez plus résister a l'emr 



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1(24 PE ORATORE , USER I. 

dicendo semper putavi deum^ tum yero iibi*nun^ 
qqam eloqiienlîœ majorem trîbui laudem y quam, 
humaDitatis : qua* nunc te uti vel maxime decet , 
neque defugere eam disputa tionem^ ad quanoî te dao 
esoelletitis ingenîi adolescentes cupiunt accedere. 

CR. — Ego vero, inquit, istis obsequi studeo , 
neque graVabor breviter meo more , quid quaque 
de re sentîam^ dîcere. Ac primum illud (quoniam 
auctoritatem tuam négligerez Scaevola^ fas mibi esse 
' non puto) respondeo^ mibi dicendi adt nuUam ar- 
tem^ aut perienuem videri, sed omnem esse Ç09- 
tentionem inter homines doctos in verbi cootroversui 
positam. Nam si ars ita definitur ^ ut paullo ant« 
exposuit Antonius, ex rébus penitus perspeetis^ pla* 
neque cognitis^ atque ab opinîonis arbitrio sejunctis, 
scienliaque comprehensis; non mibi videtur arsora- 
toris esse ulla. Sunt enim varia y et ad vulgarem po- 
pularemque sensum accommodata omnia gênera bu* 
jus forensis nostrae dictionis. Sin autem ea y 'quae 
observata sunt in usu ac l'atione diciendi y hsec ab 
hoiHinibus callidis ac peritis animadversa ac notata^ 
Terbis designata^ generibus illustrata^ partibus dis- 
tributa sunt (id quod fieri potuisse video) : non 
intelllgo^ quainobrem non, si minus illa subtili défi- 
nitibne^ at bac vulgari opinione, ars esse videatur. 
Sed sive est ars, sive arlis quœdam similitudo, non 
est quidem ea negligenda : verum intelligendum est^^ 
alia quaedam ad consequendam eloquentiam esse 
majora. 



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J^ 



DIE L'ORATEDR, LIVRE L 4a5 

ptessemétÊÉ de âe«x jeuiieB' Romains ^ aimoiicent les plus 
beixr^ises liispcsHions. 



' cm. — Ek bcen^.il faut les eontieaiter; «lais, selon ma 
.coutume y je développerai mon opinion très-brièvement. Et 
d'abord ( puisque les paroles de Scévola sont sacrées pour 
moi ) y je réponds que l'éloquence ne me parait point 
véritablement un art, ou que cet art est peu de chose. D'ail- 
leurs, toute la contestation roide sur les mots. Si les arts, 
comme le disait tout-a-rheure Antoine, sont fondés sur des 
principes sûrs,évidens et infaillibles, il me semble que la 
profession des orateurs n'est pas un art. Dans tout ce que 
nous disons au barreau, nos principes varient et sont ordi* 
nairement subordonnés aiix sentimens et au goût du peuple. 
Mais si les observations qu^on a faites dans la théorie et la 
pratique de l'éloquence, ont été recueillies par des esprits 
justes et exercés, si elles ont été rédigées et classées ensuite 
selon le genre et l'espèce ( et c'est ce que je crois avoir été 
fait ) , ces observations, selon moi , suffiront peut-être pour 
constituer un art, si ce a'est a la rigueur, du moins d'après 
l'opinion générale. Mais que ce soit un art ou quelque chose 
qui en approche, peu nous importe, pourvu qu'on en con- 
naisse les règles, sans négliger surtout d'autres moyens indis- 
pensables pour parvenir à l'éloquence. 



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426 DE ORATORE , USER L 

XXIV. ANT. — Tum Anumiu» TeheoMBier se 
assentire Grasso dixit^ quod neque ita amplecteretwr 
artem y ut ii solerent y qui omnem vlm dicendi io 
arte ponerent, neque rursum eam totam, sicut pie— 
rique phîlosophi facerent^ repudiaret. Sedexistimo » 
inquit, gratum te his, Crasae, factnrum, si isla ex-^ 
posueris^ quœ pu tas ad dieendum plus^ quam ipsam 
artem posse prodesse. 

GR. — Dicam equidem y quoniam insthui^ pelam- 
que a vobis^ inquit, ne has meas ineptias efleratîs: 
quamquam moderabor ipse^ ne^ ut quidam magistcr 
atque artifex, sed quasi unus e togatorum numéro^ 
atque ex forensi usu homo mediocris^ neque om- 
nino rudis^ yidear, non ipse aliquid a me pronsisse^ 
sed fortuito in sermonem yestrum incidisse. £qai-i> 
dem^ cum peterem ' magiftratum^ solebam in pren*- 
sando dimittere a me Scœvdbm y cumei ita dîcerem ^ 
me velle esse ineptum : id erat petere blandius : quod 
nisi inepte fieret, bene non posset fieri. Hune autem 
esse unum hominem ex omnibus y quo prsesente ego 
ineptus esse minime vellem : quem quidem nunc 
mearum ineptiarum testem et spectatorem fortuna 
constituit. Nam quid est ineptius^ quam de dicendo 
dlcere^ * cum ipsum dicere nunquam sitnon înep-* 
tiun, nisi cum est nec^ssarium ? 

SCiEV. — Perge vero. Grasse ^ inquit Mucius.^ 
Istam enim culpam y quam vereris^ ego praestabo. 
XXV. GR. — Sic igitur ^ , inquit Grassus , sen-- 

» MogifiratiM. — • H îpeum. — ' Cmmo, inqoU Crawas» BaU ' 



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DE L'ORATEUR , LIVRE L 437 

XXIV. ANT. — Crassus , je suis bien de votre sentiment : 
vous n^imitez pas ceux qui renferment l'art de parler dans les 
seuls principes de la rhétorique , ni ces philosophes qui dé- 
daignent les règles, comme absolument inutiles. Vous nous 
obligerez beaucoup y en nous disant quels sont les moyens les 
phis propres a fooner un bon orateur. 

CR. — Je répondrai , puisque je Paî promis ; mais ne di- 
vulguez pas, s'il vous platt, les bagatelles que je vais débiter. 
Cependant je m^ conduirai de manière a ne point m'exprimer 
comme un rh^enr de profession, mais comme un sénateur 
çpai y sans ignorer entièrement ce, qui concerne l'usage du bar- 
reau , ne possède pas sur cet obj^t des ccmnaissances pro- 
fondes, et n'en parle que par Jbasard , et pour vous plaire. 
Lorsque je faisais ma cour au peuple , afin d'obtenir ses suf- 
frages pour les magistratures, j'avais coutume de me débar- 
rasser de Scévola, en lui disant que j'allais embrasser l'un, 
sourire a l'autre , demander humblement des voix , en im mot , 
faire des bassesses indignes de mon rang ; qu'il était lé seul 
homme devant lequel je ne voulais point avoir a rougir de 
mes sottises ; le hasard le contraint aujourd'hui d'en devenir 
encore le témoin. Eh efièt, est-<il rien de plus ridicule que 
de discourir sûr la théorie du langage, et de parier, lorsque 
cela n'est pas d>solument oéoessnre ? 



SCÊV. — Continuez , Crassus , je me charge de la faute , 
81 c'en est une. 

XSy. CR. — Jepense d'abord que la nature et le génie con- 



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428 DE ORATORE , UMR I. 

tio^ iiaturam primumy atque iiigeilium ad dîeevdaiit 
yim afferre maximam : neque vero islis y de quibits 
paullo ante dixit Antonras , scriptoribus artis , ra* 
tionem dicendi et yiam , sed naturam defuisse. Nam 
et animî atqne ingeoii celeres quidam motas esse 
debeot, qui et ad excogîtandum acuti , et ad expli«- 
candum oroandumque sîut uberes y et ad memoriam 
. firmi atque diuturni. Et si quis est ^ qui hsee putei arte 
accipi posse y quod falsum est ( prœcJare enim se res 
habeat y si hsec accendi y aut cominoyeri arte possint: 
inseri quidem y et donari ab arte non possunt onmia ; 
sunt enim illa dona natucae ) : quid de ilHs dicet^ qujt 
certe cum ipso hominenascuntur? lingu» séloUioy 
-Tocis sonus^ latera, vires ^ conformatio quaedam et 
figura totius oris et corporis ? Neque haec ita dico y 
utarsaliquidlimarenonpossit (neque enimignoro^ 
et quae bona siut^ fieri meliora posse doctrina, et 
quae non optima y aliquo modo acui tamen et corrîgi 
posse ) : sed sunt quidam aut ita lingua haesitantes y 
aut ita voce absoni y aut ita vultu y motuque corporis 
vastiatqt^agrestesy'ut, etiamsi ingeniis atque arte 
valeant^ tamen in oratorum aumeram venîre non 
possînt. Sunt autem quidam V ita. in iiadem rébus 
habiles 9 ita naturse muneribus omati ^ ut non nati^ 
sed ab aliquo deo ficti esse videantur. Magnum 
quoddam est onus atque munus^ suscipere, atque 
profiteri y se esse^ omnibus silentibus y unum maximis 
de rébus y magno in conventu hominum y audiendunu 

' lu natqrae mancdbai m Imà^m tthoêTuniiÊimi Un ooMli» . . ' 



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DE L^ORATEUft, LIVRE I. 429 

tWibmént puissasmient a l'éloquence ; en effet , ces rhéteurs dont 
parlak Antoine, n'ignoraient point les préceptes de Part, mais 
Us manquaient de génie. On exige dans l'orateur une âme 
prompte a s'émouvoir, un esprit fécond, une imagination vive 
et brillante, une conception rapide, et une mémoire sûre et 
fidèle. Ces qualités sont un présent de la nature , et tout ce 
qu'on doit attendre de l'art , c'est d'en augmenter l'éiiergîe. 
Mais quand il pourrait les donner , combien d'autres avantages , 
tels que la flexibilité de l'organe, le son de la voix, les pou- 
mons, la force du corps , le jeu de la physionomie, le main- 
tien et les mouvemens de l'otateur, sont dus uniquement à la 
nature ? L'art , j'en conviens , peut y ajouter ; car je n'ignore 
point que les leçons perfectionnent les bonnes qualités, et 
conigent les mauvaises *, mais il y a dés hionoimes dont la langue 
est si eiid)arra88ée9 la voix si. discordante, ou les traits si 
désagréables et ,1e geste si grossier, qu'aviec les dons les p\us 
précieux de la nature et les dïbrts les .plus constans, ils ne 
peuvent \9mfis s'élever au rang des orateurs ; d'autres , au 
contraire, sont nés si heureusement, qu'un dieu semble les 
avoir formés pour l'éloquence. C'est une grande et belle fonc- 
tion , mais un pénible fardeau , de prononcer un discours sur 
les objets les plus importans, et de pailler seul, au milieu d'une 
assemblée nombreuse qui se tait pour nous écouter. On est bien 
plus frappé des défauts que des bonnes qualités de celui qui 
parle , au point d^oublier ce qui est digne d'éloges , pour s'at- 
tacher a des iînperfections passagères. Je ne prétends point' 
détourner de la carrière les jeunes gens k qui la nature a refusé" 
quelques-unes de ces faveurs. C. Célius, qui était k peu prèa 
de mon âge, et d'one famiUe obsciire, ne s'est-il pas élevé» 
aux hottieurs, à f<»roe de travail, et quoiqu'il n'eût qu'unét 



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4^0 I>£ ORATOflE, L1BË& L 

Adest enlm fere nemo , quin acutius atque amus 
yhia in dicente^ quam. recta videat: iu> quicqukl 
est^ in quo offendiiur^ id etiam illa , quœ laudanda 
sunt, obruit. Pieque haec in eam sententiamdispulOy 
ut homines adolescentes^ si quid naturalefbrtenonha- 
beant^ omninoadicendi studio deterre^m.Quisenim 
non' videt^G. Cœlio ^ sequali meo, magnô honori 
fuisse^ homini novo^ illam ipsam^ quamcunque asse- 
qui potuerity in dicendo mediocritatem? Quis ves- 
trum * sequalem^Q.Varium, vasttun hominem atque 
fœdum^non intelligit, iUaipsa fecultate^quaniconque 
habet j magnam esse in ciyiute gratiam conseoutum ? 
XXYL Sed quia de oratore quaerinms, fin^^endus 
est nobis oratione nostra, detraclis omnibus vitiis^ 
orator y atque omni laude ^ cumulatus. Neque enim y 
si multitudo litium, si yarietas causamm^ si hœe 
turba^ et barbaria forensis dat locum yel yitiosissimis 
oratoribus y idcirco nos boc y quod quaerimusy omit- 
temus. Itaque in iis artibus y in quibus non utititas 
quaeritur necessaria y sed animi libéra quœdam oblec- 
tatio^ quam diligenter^ et quam prope fastidiose 
judicamus? NuUae enim lites^ neque controversiae 
sunt y quse cogant bomines y sicut in foro non bonos 
oratores y item in theatro actores malos perpeti. Est 
igitur oratori diligenter providendom ^ non uti illis 
satîsfaciat 9 quibus necesse est; sed ut iis adnûrabilîs 
esse yideatm*^ quibus libère Uccat judicare» Ac, 
si qu^Htis y plaoe , quid sAitiam y enuntiabo apud 

* Vidett. ^'AE^wOeoiiiMaBi. — ^ Çqrmilandm. 



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^ 



DE UORATECR, LIVRE I. 45 1 

cloqueneemédiocre? Y arius , malgré sa laideur et son air lourd, 
ne jouit-il pas aujourd'hui dans Rome du crédit et de l'auto- 
rilé d'un liabile iurateur ? 



XXYI. Mais comme il est ici question d'un véritable ora- 
teur, il faut le peindre dans sa perfeoticm , exempt de déûiuts. 
Si le grand nombre de proob, si la diTersité des causes, si 
le tumuheet la barbarie du forum mxv^ obligent a supportée 
de très-mauvais orateurs, nous ne devons pas pour cela nous 
écarter de notre but. Dans les arts qui ne sont point indis- 
pensables , mais de pur agrément , on se montre fort exigeant ; 
ne juge-t-on pas même avec beaucoup de rigueur?'par exemple : 
OQ refuse de supporter au théâtre de mauvais acteurs , mais 
on a plus d'indulgence pour un homme qui plaide ou qui 
harangue sans esprit. L'orateur doit donc mettre tous ses soins 
pour plaire, non-seulement a ceux qui ont recours k son mi- 
nistère , mais encore il doit aussi se faire admirer de ceux qui , 
n'ayant aucun intérêt k k cause dont il est'diargé, le jugent 
librement. Voulez-vous connaître mon opinion? Je révélerai 
k mes meilleurs amis un secret que j'ai toi^ours tenu caché* 
Mous voyons des orateurs s'oqprimer avec beaucoup d'élégance 
et de facilité; cependant s'ils prononcent un discours sans 



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43a DE ORATORE , LIBER I. 

homines familiarissimos^ quod adhuc semper tacui^ 
et tacendum pulavi. Mîhi etiam, quique opiiue 
dicunt y quique id facillime atque omatissime facere 
possunt^ tameiiy nisi timide ad dicendum accedunt , 
et in * exordienda oratioue perturbantur^ pœne impa» 
dentés videntur : tametsi id accidere non potest. Ut 
enim quisque optime dicit, ita maxime dicendi difi* 
cultatem y yariosque eventus orationis y exspectatio— 
nemque bominum pertimescit. Qui vero nibiJ potest 
dignum re^ dignum nomine oratoris^ dignum bomi- 
num auribus efBcere atque edere^ is mibi^ etiamsi 
commovetur in dicendo^ tamei^ impudens yidetur. 
Non enim pudendo y sed.non faqiendo id> quod noa 
decet^ impudentias nomen effugere dabemus. Quem 
vero non pudet(idiquod in plerisque video) bunc 
ego non reprehensione solum y sed etiam pœna dig- 
num puto. Equidem et in vobis animadvertere soleo , 
et in me ipso saepissinle experior^ ut exalbescam in 
principiis dicendi^ et tota mente ^ atque omnibus 
artubuscontremiscam. Adolescçntulusvero sic inilio 
accusationis exanimatus sum, ut boc summum bene- 
ficium Q. Maximo debuerim y quo4,CQjQtinuo.consi- 
lium dimiserit^ simul ac me fractum ac debilitatum 
metuyiderit. 

Hic omnes assensi , siguificare inier sese^ etcoUoqui 
cœperunt : jtdt erUm mirifiçus qiUdapt in Crassp pudor , 
4/ui tamen jwn modo non obesset ejus orationi , sed etiam 
probiiatis commendatione prodesseU 

' Ordiendâ. ' 



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DE UOItATEUR , LIVRE I. 455 

crdiAle, ou «ans être tnniblés pendant leur exorde , je suis 
t«ulé 4e. les regarder comme des effrontés. A la Tenté, il me 
$enible impossiJ^le de ne j>aséprQUv?r-GeUj8 appréhepsion ; car 
plus on est élo€[uent , plus on connaît la difficulté de l'art, et 
plus on est inquiet sur Teffet qu'on produira. Mais celui qui 
ne peut rien faire ni rien dire qui soit digne du sujet, de l'o^ 
rateur et de l'auditoire, n'est a mes yeux qu'un impudent , 
lors même qu'il éprouve Pémotion dont je parle. Ce n'est pas 
la crainte que nous avons en faisant mal , mais celle qui nous 
empêché de malfaire, qu'on doit appeler modestie. Ceux qui 
n'éprouvent aucun embarras ( et j'en connais beaucoup ) , sont 
les plus blâmables ; outre le mépris, on devrait , k mon avis , 
Jeur infliger une peise. Je le remarque scnvent, vous jpftlis?- 
sez, ainsi que moi , et vous tremblez de tous vos meiaa^res 
pcgodantl'exorde.Dans ina première jeunesse, je f^ $iQfrrayé 
encommençant mon plaidoyer^ que Q. Maximus , s'aperçevant 
de mon trouble , renvoya la cause à un autre jour , et , .de 
ma. vie , je n'oublierai cette faveur. 

Ici les auditeurs de Crassus V applaudirent et se parlè^ 
rent tout bas l'un à Vautre; car rien n'égalait sa pudeur 
et sa modestie, qui d'ailleurs ne nuisaient pas à son élo" 
quence, et devenaient un nouveau témoignage de son inté- 
grité, Antoine dit alors .• 



IL a8 



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4->4 DE ORATORE , UBEH I. 

XXVII. ANT. ^Tiini Amonius , Smpe , ut dîcts , 
înquit^ animadvcrti, Crasse, et te, etceteros summoa 
oratdres, quamquam tibi par, mea sententia, nemo 
nniquam fuit, in dicendi etordîo permoveri. Cujus 
quidemrei cum cansam quaererem, quidnam essct, 
cur, utînqucK[ueoratoreplurlmum csset, itaniaxiruc 
is pertimescerct , bas causas inveniebam duas : uuaiu , 
quod intelligerent ii, quos usus ac natura docuissct , 
nooDumquau) summis oratoribus non sati^ ex seu- 
tentia eventum dicendi proeedere : ii^ non injuria y 
quotiesciHique dicereni, id, quod aliquando posset 
accidere , ne tum accidoret, timere. Altéra est b«c^ 
de qua queri s«pe soleo; oeieraTiiin lunnUses artium 
spectati et probati , si quando aliquid raînns bene 
fecernnt, quam soient, autnoluîsse, aut yaleiudîiM 
impediti non potuisse consequi, id quod scirent , 
putaniur : noluit, inquiunt, hodie agere Koscius; 
aul, crudior fuit : oratoris peccatum,.si quod est 
aniraadversum y siukiiise peccatum yidetur. Stultitia 
autem excusationem non babet : quia nemo videtur y 
aut quia crudus fuerit , aut quod ita maluerit , stultûs 
fuisse. Quo etiam gravius judicium in dicendo subi- 
mus. Quoties enim dicimus , toties de nobis judicatQr: 
et, qui semel in gestu peccavit, non continuo exis- 
timatur nescire gestum; cujus autem in dicendo 
aliquid reprehensum est, aut œterna in eo, aut certe 
diuturna valet opinio tarditatis. 

XXVIII. niud vero, quod atedictum est, esse 
permulta, quse orator nisi a natura baberet, non 



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DE L'ORATEUR, LIVRE L 435 

XXVU. ANT- — J'ai souvent observé , comme vous , 
Crassus , que les grands orateurs, dont aucun, selon moi , ne 
vous égale , ne commencent jamais un discours sans éprouver 
de rémotion et de Tembarras. En examinant pourquoi les 
hommes les plus éloquens sont les plus émus, je croîs en avoir 
découvert deux raisons. D'abord ils savent que les orateurs 
les plus habiles et les pi us expérimentés, ne réussissent pas tou- 
l'ours SI parler comme ils le désireraient, et par cela même , ils 
ne parlent jamais sans redouter alors un de ces accîdens qui ne 
sont pas sans exemple parmi les orateurs. Ensuite , et je blâme 
^etie injustice, ceux qui exoeHeni dans les autres arts , ont- 
Hs un joar moins desnocès que de <xmt«iiie , on les accuse de 
{lég^ligeiice, on bien on s'imagine qn'une indisposition les em-» 
pé^fae de développer kvrs talens. Roscius , . dit-on , n'» pas jiait 
aujourd'hui tous ses efforts , ou son estomac était un peu 
dhargé. Surprendron l'orateur en défaut, on le taxe d'ig-» 
norance, on le traite sans pitié; personne ne présume 
qu'un homme dise des sottises de pfopos délibéré , ou parce 
qu'il est malade. Nous subissons donc un jugement bien ri- 
goureux , dès que nous paraissons en public ; toutes les fois 
que nous ouvrons la bouche , on, prononce contre nous un 
nouvel arrêt ; et quoiqu'un seul mauvais geste ne suffise point 
pour décrier un acteur, une seule f«rte dans un disoonrs est 
une tache étemelle , ou , du moins , tres^diffieile à effacer. 



XXVIIL Vous avez dit que les conseils d'un maître ne 
peuvent suppléer a certaines qualités , si on ne les a point 



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4^6 bE ORATORE, LIBER I. 

multum a magislro adjuvarelur: valde libi assenlior , 
inque eo vel maxime probavi summum ilJum doclo- 
rem, Alabandeusem Apollomum,qui,cum mercede 
doceret, tatncn non patiebatur , eos, quos judîcabat 
non posse omtores evadere , operain apud sese per- 
dere y dimittebatque : et ad ' quam quemque artem 
putabat esse aptum , ad eam impellere atque horiari 
solebat. Satls est enim ceterîs artificiis percîplendis , 
untummodd simîlem esse hominis ; et id , quod ira- 
datur y vel etiam inculcetur, sî quis ferle 6Ît tardior , 
posse percipere anîmo , et memoria costodire. Non 
quaeritur mobîlitas lioguse , non oeleritas Terborum , 
non denique ea y quae nobis non possnmns fingere y 
fatcies y vultus> sonus. In bratore antem acumen dia*- 
lecticorum, sentent!» pbilosophomm , yerba prope 
poëtarmn , memoria jurisconsultorum , vox iragoe- 
dorum , gesius paene summorutn actorum est requi- 
rendus. Quamobrem nihil in hominlim génère rarîus 
perfeclo oratore inveniri potest. Qnae ehim singula- 
rum rerum artifices singula si mediocriter adepli 
sunt, probantur, ea, nisi omnia summa sunt in ora- 
tore , probari non possunt. . ^ 

CR. — Tum Grassus , Atqui vide , inquit , in 
artificio perquam tenni et levi , q^^nto plu&adbibea- 
fur diligentise , qnam in bac re , quam constat e9se 
màximam. Saepe enim soleo audire ^Roscinmi, cum 
itadicat, se adhnc reperire discipulum, quemquî- 
dem probaret, potuisse neminem : non quo non essent 

1 QnaiDcaQcpie artem. 



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DE L'ORATEUR , UVRE I. 457 

reçues de la nature. Je suis de votre avis, et j'approuve beau* 
coup la conduite du rhéteur Apollonius "^ qui , se faisant payer 
8e& leçons, renvoyait néanmoins ceux qu'il jugeait incapable^ 
de devenir orateurs, afin de ne pas leur faire perdre de temps ; 
îl les exhortait a se livrer à d'autres arts , s'il les croyait propres 
a* y réussir. En effet , il suffit pour cela d'avoir un esprit or- 
dinaire. Lorsqu'un élève a la conception lente , on lui répète 
plusieurs fois les' mêmes choses , et s'il parvient a les saisir, 
a les gra^rdans sa mémoire, il' acquiert des talens comme 
«elui qui a beaucoup d'esprit. On n'exi^^ pas de lui la flexi- 
bilité daitt l'o^ane V ia piicAi^tude duos Pexprèsnon, ni ces 
autres qualités qui nesaiisaient dépendre jda noilsHmémes, 
leUea qu'une' phpîanomi^,, m» figure, et un. son de voix 
agréables.. , 

Mai^Tônvieut trouver dans l'orateur la subiîl&é des dîalec- 
'tîcietts; la^^'ofbndeur des philosophes, presque Télocutîon 
figurée de^ poètes, la mémoire dès jurisconsultes, la, voix d«s 
acteurs tragiques^ elle geste des meilleurs comédiens. Bien 
^^est donc plus difficSe à, xenconirer !dans:la nature qu'un par- 
fait orateur. Oo se (ait estimer dans Les arts avec un talent 
médiocre dans chaque partie ; mais ^ pour se faire admirer , un 
orateur doit réunir toutes les qualités dans un d^é émînent. 

CR. — Voyez avec combien plus de soin on s'applique 
aux arts inférieurs, qu^a celui de l'éloquence , le premier, le 
ptus préeieux de tous les arts. J'entends souvent répéter k 
'B.oscius qu'il n'a point encore trouvé d^vc dont il soit satîs- 
Aiit. IHusieiurs de ceux qui viennent prendre ses leçons ne 
aaaaquentpaa detaient; audii il ne pem les souffrir, s'il^f- 

' * Apollonius (TAlabanda , vîlle dt Carîc, qn'îl île faai pa» tonfondrc arec 
AfioMomoa MoIoQ. • 



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458 DE ORATORE, UBEK 1. 

quidam probabîles, sed quîa^ si aliquid modo e&B^ 
. vîlii, id ferre ipse non posset. Nihil est enim tam in- 
signe, nec tam ad diuturnilaiem memorias stabile , 
quam id, in quo aliquid offenderis. Itaque ut ad 
banc similitudinem hujus bistrionis^ oratoriam lau- 
dem dirigamuspi videtisne, quam. nihil ab eo^ nisi 
perfecto, nihil ni$i cum summa venustate fiât? nihil 
ni^i iia ^ ut deccat^ et uiï omnes moveat atque delec- 
tet? Itaque hoc jaradiu est coafiecuttt»^ ut, in qao 
quiâque artifieio e&eeUerec, îs in suorg^fiere Roacîas 
diceretûr. Haoc ef& absdfoiîttien perfisBtîûDeviqw 
in oratore dMidtrans, a qoa ipse ksàgt abum , &€i# 
impudeuter : mibi enim volo ignosci, ceteris ipsenoft 
iguosco. Nam «[ui non potest^ qui vitiose fàcit, quem 
deniqne non decet^ hune (ut A^Uonias jubebac ) 
«d id, qiuod fiicefe p0ssit> detvudeiidiim piMi. 

XXIX. SULP. — Nom tm igitar, m^BÔt Snlpi- 
oius, me , aut hune Cottam, jns^cdTiiev aiit nemr mili^ 
ta rem jubés discere? nan> qnis ad istâ snmma^ atqu^ 
in onmi génère pertecta, potest pert^nîre?* 

CR — Tnm ilfc. Ego vero, înquit , quodin Tobis 
egregiam quandam ac prsclaram indolem ad diç^n- 
dum esse cognovi, idcirco hsec exposui omnia : nec 
xoagis ad eosi deterrendos ^ qui non poasenty quam ad 
vos, qui possetts, exacoendoa accomaipdaTi ora« 
tîonem meam ; «t qjMmqiiam ûi Ht^^que vettràn 
isummum eaae iBgem«mratu4mn»i|i«e pfldlrâfMYt^ tameft 
haec> quse snnt in specie posita^ de quilms plora 
fortasse dixi^ quam soient Grsci dicere, în te, Sul* 



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DK L'ORATEUR , LIVRE L 459 

€Mt €tt* tnx k nnoiiMlre déiaut. En efflst, ce qui choque est 
toujouM oe qui fra]ppe le ptua tôt, et ce qu'on oublie le plus 
tard. Pour appliquer aux progrès de Télo^ence lea principes de 
cet acteur y n'observez- vous pas qu'il ne fait rien que dans la 
plus grande perfection et avec beaucoup de grâce? ïl'admirez- 
vous pas ses mouvemens et Tenchantement qu'il produit sur 
les spectateurs? C'est pourquoi ^ depuis fort long-temps, on 
donne le nom de Koscius a quiconque excelle dans sa profes- 
sion. IVf ais ne suis-je pas bien efironté d'exiger d'un orateiur déà 
cfuàlités eittraordinair^ qiie je ne possède point? Je demandé 
grâce pour moi, et je ^uis sans indulgence potir les autres ; 
ca^ fe partage Fopinrdn (f Apollonius , et je dis qu'il faut écar^ 
ter dti santittfaii^ de l'étdquence lltomme s^ié g(iât, sans ta^ 
Inès, l'homme inotfjjliMe d'obeei^er les bieittéanoeB. 



XJÛX. ^LP. ^-^ Quoi dofic r nous ec^naciMes-vous^ à 
Gotta et k m»i y de suivre 1» caorrière du barreau , ou d*em* 
bffaasèr la profession militaire? Car est-il possible d'atteiâ^ 
dre en tout genre à ce degré de perfection que vous exigez 
d'un orateur? 

CR. —^ Comme j'ai reconnu en vous des dispositions très- 
heureuses et très-brillantes pour l'éloquence, je vous ai dit 
mon secret, sans avoir l'intention de décourager xieux qui 
n'ont pas , comme vous , des talens , mais pour exciter votre 
ardeur. Vous avez l'un et l'autre du génie, du zèle pour lé 
travail ; et quant aux qualités ei^térieures , sur lesquelles j^ai 
insisté plus que les Grecs n'ont coutume de le fSeôre , Sulpicras , 
vous avez quelque chose de divin. Je n'ai vu personne qui eût 
un maintien pïus décent, des gestes plus nobles, plus natu- 



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44o I>E ORATORE , LIBER I. 

picî^ divina sont. Ego enim nemkiein y necmotn cor^ 
poris, neque ipso habiiu atqiMe forma apiiorem^ nec 
voce pieniorem y aat suaviorem mihi videor audisse^ 
quœ quîbus a natura minora data sunt , tamen illod 
assequi possunt^ ut iis^ quae habeant^ modice et 
scienterulantur,ctutnededeceat. Id eoimestmaiciine 
vitandum , et de hoc uno minime est facile pràecipere, 
non mihi modo, qui sicut utius paterfamilias ^ his 
de rébus loquor, sed etiam ipsi illi Roscio;queDi 
sœpe audio dicere^ caput e§çe artis^ deçere: quod 
tamen unum id esse,, quod tradiarte non possit. S^d^ 
si placet, sermonemaliotransferan^us^ et oostrp more 
aliquandoy non rhetorioo^ foquamur. • • 

COT. — Minime vero , inquît Cotta : nune ^tùt 
te jam exoremus necesse est^ quoniam rétines Uds 
in hoc studio y nec ad aliam dimittis ai^tem y ut nobis 
explices^ quidquid est istud y qilod tu in diceâdbt^ po- 
tes: neque enim sumus nimis avidî : ista toamediocri 
eloquenlia contënti sumus^ idque êx'te quseriflios 
(ut ne plus nos assequamur y quam quantulom tu in 
dicendo assecutus es ) , quoniam y quœ a natura ezpe- 
tenda sunt^ ea dicis non nimis déesse nobis ^ V^^^ 
praelerea esse assuméndum pules ? 

XXX. CR. — Tum Grassus arridèBS> Q«id censés^ 
inquit^ Cotta ^ nisi studium> et ardorem quendam 
amoris ? sine quo cum in vita mhil quidquam egre- 
gium^ tum carte hoc^^ quod tu expeti^^ nemo um-^ 
quam assequetur. Neque vero. vos ad eam rem video 
esse cohoriandos : quos, cum mihi quoque sitb mo« 



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DE UORATfena, LIVRE I. 44^ 

ireb, uM wix tout à la Mb plus douce €t plus finfte. rOmi 
qui ne éwt pafl^oués^'de oea- a^aRlf^gts dans un d^ré ai émi- 
jymtj peuvent euiployer leurs moyens avec intelligeuce et 
avec adcesee, et de naiiière m ne pas déplaire a un auditoire :pe 
qu'on ne saurait trop 8oigneu;sement éviter ^ mais il est difficile 
d'étabKr des règles sur ce point. J'y serais fort embarrassé j 
moi y qui vous parle comme un père parle a ses enfans. Roscius 
lui-même, qui dit souvent que la bienséance est la qualité 
la plus importante et la seule que Tart ne puisse enseigner, 
ne serait pas moins embarrassé que moi. Mais il est temps de 
changer de conversation. Permettez-moi donc de ne plus par- 
ler de la rhétorique. 

COT. — Non, Grassos ; pvisqu'aulieu.de nous conseiller 
de suivre une.autrf profession, vous bous engagez k persister 
di^als Tétude de l'éloquence, daignez nous découvrir la mé- 
tfaiode dont yo]is faites, usage. Nos prétentions ne sont pas 
excessives ; et nous bornons notre ambition k ne point aller 
au-delk de cette médiocrité où vous êtes parvenu ; et comme 
Vous nous avez dit que la nature nous a accordé quelques 
dispositions, refuseriez* vous de nous apprendre le moyen de 
les perfectionner ? ' • — . 



XXX. C3^. — « Quel moyen imaginez^vous donc , mon ober 
Cotttft, ai !ce n'est un zèle ardent>« un c^taii enthousiasme?* 
Sons oda.^ tous:m ferez non de grand dans la vie , et vous ne 
palrviendrez jamais k la gloire k laquelle vous aspirez. Mais, 
a cet égard, voi|s n^avez pas besoin d'être excité ; votre epi- 
prcssemcnt k me questionner, dont je me plains, annonce 



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442 DB ORATOKE, UBER I. 

leiU y ohnis etum flagrare nieUi^o ciqiidkale« SéA 
profecto atudîa m\hû proium p6rv«iii««di aliquoy. 
nisi illud y tfuodeOy qnô nHeiidà$^ ferat deducatque^ 
cognons. Qaâre, quonkrm milii tevîas qaoddam ontisr 
impoDÎlis, ûeque ex nie de orâforî^ dfte^ $ed de hâc 
mea y quantulacunque est^ fatcullale quaerilîs, eipo- 
nam vobis quandam^ non aut perreconditam , aut 
valde diâicUem^ aut magnifîcam^ aut gravem ra- 
tionem consuetudinis meae^ qua quondam solitus 
5um uti^ cum mihi in isto studio, yersari adolescemi 
licebat. 

SULP. — Tum Sulpicius^ O diem , Gotta^ nobis,. 
rnquit^ optirttmf ! qnod ettim neque precibuf^ un- 
quam y nec insididnda, tlec srpecdland^afsse^ftit pottii y 
ut y quid Grassos ageret^ medhandi aut diéendi 
causa y non modo videre mîfai^ séà ex e/iis scfiptoré 
et lectore Diphilo suspicari liceret ; id spero nos esse 
adeptos y omniaque jam ex ipso y quœ diu cupîmus ^ 
cognituros. 

XXXI. GR.— Tum Grassus^ Atquî arbitror^ Snh 
pici y cum»audieris^ non tam te faœc bdmiratiiram , 
quœ dixero^ quam existimaturum^ tum> cum eaau- 
dire cupiebas^causailiy curcuperes^non fuisse. Kifail 
enimi dk^am recQndttuni ^ nîlnlr etM^eclatioii^'testra 
'digtmm y litbii aw i»Midîtan >P>obi0 ^ Mit cai^nacnl 
Bôvutn. Naw i^ttcipM ilhid^ qwoé Mt bomoe kt^ 
genuo UberaKtefqtte edufcato di^fiimik^ B<»inegab<l 
me isu omnium communia étcotttrita prœcepta didi-» 
cisse : prîmum^ oratoris officium e&sey dicere adi 



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DE VORATEUR, LIVRE I. 4iï 

MBHs iMre pos^km {mmut V^AoqMMew ÂiBunoltiit le désit 
chuTffer estisttdk^ A'Vea neeoDBalt pas- ledMBÎa^oondhût 
au but. Au resta, puisque Twa ne yi'impeses peîot ime tâche 
«i|*46fl0ii9 de «^ fofces^ et que^ sus nue demander tes règles 
de l'art aratoire, voua voulez savoir quelle est ma méthode 
particulière, je vous dirai celle que je suivais autrefois dans 
ma jeumesse, lorsque j'avais le loisir d'étudier ; mais n'attendez 
pas de moi une théorie mystérieuse, magnifique ou impo- 
sante. 

- i SULP. — CaflUiy qaeœ jour est beiifeiiz pôit wma l JE'ai 
mmfkfé, sans sweccs,. jteqa'k pvéaent, les prîèMBet l'artifice; 
l'aï vainevanl épié les ocoasioM dâ aurprofidi^ Crasatfr dana 
£^ méditatioiM , d'appreadvci da lui-qi&ne ou de Diphile , jbou 
^rétaire, les règles qu'iis'-est formées sur l'éloquence : enfin , 
|ips souhaits sont accomplis ^ il va^ je l'espère-,, nous instruire 
de ce que nous désirons savoir. 



• • XXXI. CR. ^ J*ai hién peur, SicilpicM», qu'apiès m'ffvm 
.eiUiAdm, vous mt wojm pa» dansi Fadmiratmr; vois asKs 
peut-^lre surpris d'avoir eu tam d'asq[Nreflaemeiit pour si pem 
Idêchose* Eoefifet, feneyous dirai riendeanj^érieux, rien 
tpn, rép(M^e a yotçe atteste >- riaa de nouveau xâ d'extraor7 
dinajre. Je vous avp^ue^rai d'abord avec fr^diis^ , et en homme 
d'honneur , que j'ai meublé ma mémoire des préceptes les plus 
communs et les plus rebattus. Essayons de vous les retracer. 
l-e devoir de l'orateur est dé parler d'une manière propre a 
persuader. Le discours à pour objet une question indéfinie, 
sans désignation de personnes ni de temps, ou une question 



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DE ORATORE, UBER I. 
perBuadendum aécommodbite : deînde y esse omneni 
orationem aut de infinitae reiqiiœstione^ sine desîgrah 
tione personarum et temporum ; aut de re certîs în 
personis ac temporibus locata. Id utraqtte autem re 
quidquidm coutroversîam venîat, in eoquaeri solere^ 
autfactumne sit^aut^ si est factiiin^ qaale sit, aut 
eiiamquonomiDe vocetur^ aut ^ quod DonnuBi ad- 
dunt^ reclene factum esse videatur. Exsîstere autem 
controverslas etiam^ ex scripti interpretatioDe ^ in 
quo ast ambiguë quîd sît scnpium y aut contrarie y aut 
ita^ ut a seatentia ^crîptum dissideat : his autan 
omnibus pariibus subjecta quœdam essè arguoDenta 
proprîa. Sed causfaram y quae sint a communi quaes- 
tione sejnnctae y partim în judiciis versari y partim in 
deliberationîbus : esse etiam geuus (ertiam, quod in 
laudandisautvituperandis bominibus ponerelur:cer- 
tosque esse locos^ quibus in judiciis uteremur, in 
quibus aequitas ' qusereretur : alios in deKberationibus^ 
qui omnes ad utilitatem dirigerentur eorum, quibus 
consUium daremus : «Ho» iiemiii Jaudatâonibus ^ in 
quibus ad personarum digmtatem omnia referreutur. 
Oimque esset omnia oratorU rô ao facultas îa quinque 
partes di$tributa> ut debemt reperire primum y quid 
diceret : deinde inventa non solum ordine y sed etiam 
momento quodam atque judiciô dispensare atque 
componere : lum ea denique vestire atque omare ora* 
tione: post memoria sepire : ad extremum agere cum 
digniute ac venustate. Etiam illa coguoram y et acce* 



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DE L'ORÀTiStm, LIVRE I. 445 

paitknilière) àéttmàoée par k temps et Ua pencMines. Dans 
ks de«x geom idé çuAstîon > et dam tcwl ce qui devient tùbt 
lîère k eontfarerse, en a coutume d'ex^miiier si le fait est ar^ 
rivé ', s'il est arrivé; quelle est sa uatarç, ,ou quel nom il &ut 
lui donner y ou enfin , s'il est juste ou injuste. Les discussions 
roulent souvent sur l'interprétation des lois et des actes , ou 
sur l'ambiguïté des termes, ou sur une contradiction , ou sur 
l'opposition entre le sens Kttéral et l'intention du rédacteur. 
Dans qhacun de ces difierens cas, on emploie des argumens 
particuliers. Mais dans les causes qui n'appartiennent pas k la 
Question générale, on distingue deux genres, le judiciaire et 
le déllbératif ; on en ajoute un troiâème * , de^né a la louange 
dés boinmés vertueux et k la censtire des méchans. On a re- 
eou/s à certaine heox communs pour le genre judiciaire , dont 
te bût est de découvrir ce qui' est équitable; d'autres lieux 
eommtms servent daàs les délibérations où. il est question de 
l'utilité des conseils que nous donnons ; d'autres aussi sont, 
en usage dans le troisième genre, où tout se rapporte a la, 
louange et au mérite, ou a l'indignité de ceux qui en sont 
l'objet. Le talent et le pouvoir de l'orateur embrassent cinq 
parties. Il doit premièrement imaginer ce qu'il convient de 
dire, ensuite disposer ses idées, non -seulement en ordre, 
mais aussi les distribuer sagement et avec goût, les embellir 
et les revêtir des omemens dé l'élocutîon , les imprimer for- 
tement dans sa mémoire,' et' les débiter dtme manière noble 
et agréaïlé. Je connaissais et j'avafis appris aussi , qu'avant 
tout, on doit se concilier ht bienveillante des auditeurs, ra* 
contèr'énsUite léfkit , exposer l'état de la question , développer 
etâppuyor sestneuyens, téfoter cieux de Ifadveraaire; et, vers 

■* Le genre démonstratif. 



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446 PB OKATOIŒ, UBE^H I. 

peram y anieqoaiii dere éscwemvàyiméoCfmcûimiàoB 
eorum esse aninos^ <fû«udiremt;:deÎBile rem de- 
moDStrandam : pôstea controTersianiGODStitueiidam: 
tum id^ quod ûos înteoderemus ^ conûrmandum: 
post^ quœ contra dicerentur, refellenda : ettrcma 
autem oralîone^ ea> quae proDobis essent^ amplificanda 
et augenda ; quœque essent pro adversariis^ iufir- 
maDda atque Crangenda. 

XXXII. Audieram etiam quae de oraiionîs ipsius 
oroaneiitia traderentur; in qua prscipîtur primum ^ 
ut pure et latine loquamur : deinde ut plane et dilu-> 
cîde : tum ul oniate : poat ad rerum dî^nitaiem apt« 
el quMÎ décore : siugulanunque rerum prssc^ta 
oognoram« Quinetiam^ quœ manîme proprta essepi 
naiurae, tamen hîa ipsia artem adhiberi videram: nsm 
de actioue et de memoriaqueedam brevîa^ sed magna 
cum exercitatîone prdecepta gustaram. In his enim 
fere rébus omnis istorum artificum doctrîna versatur^ 
quam ego si nihil dlcam adjuvare y mentiar. HabeC 
enim quasdam quasi ad commonendom oratorem^ 
quoquidque référât, et quo intuens, ab eo, quod- 
çunque sibi proposuerit , minus aberret. Vorum ego 
banc irim intel%o eaae in prœceptîs omnibus, non 
ut ea aecuti oratores , eloquenliae laudem sint adepti , 
sed, quœ sua sponte homines éloquentes facerent, 
ea quoadani observasse , a<que id ejgisae : sic esse non 
eloquentiam exartificio,^6ed attificium ex eloquentia 
natum : quod tamen , ut ante dixi , non ejicio : est 
enim etiamsi minus necessarium ad bene dicendum. 



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DE LTMCJITEBR, LIVRE I. 447 

la ftiduiibeûiiu'S) amplifier et exa^rer ce-^ «st pour mms^ 



XXXII. On m'cTok également enseigné les moyens d'or- 
nei un .di«C9ur$ ; ces mojiene consi$tciftl à parler pureœanl 
notre langue , '9 cluHw les tenpes prppre^., des expiiessioQS 
c^îres , vn style riche ^t analogue au sujet. Les règks a ob- 
server sur chacun de ces objets m'étaient hî^Q connues. Je 
savais même ^e, dans les choses (jui dépendent le plus de la 
nature, l'art est pourtant d'un grand secours. J'avais goûté, 
en les mettant souvent en pratique, les préceptes qu'on a ima- 
ginés sur la mémoire et la prononciation. La doctrine des rhé-^ 
teurs se borne a peu près a ces différens points ; j'aurais tort 
de dire qu'elle est inutile : car elle montre a Porateur quel doit 
être son but; elle le guide, et Perapêche de s'en détourner: 
Mais je sens néanmoins que les règles n^ont pas formé les pre- 
miers -orateurs. On a établi les préceptes d's^rès les beautés 
observées dans les ouviages dea hommes ékcpieDs ; ainsi Fé-* 
loquence n'est point née de rai:t, mais l'art est^né da l'élo^ 
quence. Cependaitf , qupJQue V^% ne soit pœ iibsolvûnent 
nécessaire pour parler avec succès, )^ suis loin, comme |q 
vous l'ai dit, de le condamner. S'il n'est pas^ indispensable, 
un homme instruit ne dédaignera pas d'en connaître la théorie. 
C'est une étude a laquelle il est bon de vous livrer, quoique 
vous soyez même avancés depuis long-temps dans la carrière ; 
mais il importe a ceux qui se proposent de la parcourir, de 



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448 SE. CUbVTOUf bUBBc I. 

qusdam suscipienda vobiêesi :qtiaiiHjaHBiPMflpiîAiak 
jampridem eslls in cursu : sed * ii , qui ipgredit^iUur 
iù stadium, qitîque ea , quae agenda &unt ^ foro, 
tamquam in acie^ possupt etiam nunc ex«rcitatione 
quasi ludicra praediscere ac n^editari. 

SULP. — Hanc ipsam » inquit Sulpioiji^^ xkOê^ 
yolumus : attamen i&ta ^ qiui? abs te Jbr^viiaf ik aïoe 
decursa sunt^ audire capimus y Jfuamqtiain sunt iio- 
bis quoque non înaudita. Verom illa mox : nunc , de 
ipsa eiercitatione quid sentias y qiis&rimua. 

XXXIII. CR. ~ Equtdeia probo laia j^Oh-âsAis 
iuquit y qu» voa fkcere soleii», m, caufta altqiM pbsiîh 
ooDêimili eausarum earum, quae in (bromtleftnintnr^ 
dKoatis qQam maxime ad verilatcm accommodât^ : sed 
plerique in hoc vocem modo y neque eam scfenter y et 
vires exercent suas y et linguse celeritatem incitant y 
verborumque frequentia delectantur. In quo faille 
eos y quod audierunt y dicendo homiof s y ut dicai^f > 
efficere solere. Vere enim ejtidmyillud(Ucit|ir^ PH^?^ 
vER&x picxax y [HOmin^s , i^shtiuui. piQBNiM>.tHiM^ 
ciixivx GON5ci(iui. Qttamobr€iatoi«iiaip»««m«ft<rt 
utionibus^ etsi «tile #6t , aÛMà wbiJQ gjgpo^Jîttfr^ 
tamen iUud tatiUu& ^ swaa^ H^^ *^ MigtuiMiM)^^ 
paratius a«{Ue ttOcttradtw dîeeit^.' CaffOTMfMbfWSC'/ 
quod (ut vere (iîcami) m fa iim è Atinïte^ \S^^fSM 
raagni laboris, quem ptérkpie fttgrtnûb'V^uâfiffl*'^)»'^ 
rimum scribcre. Stilus OPTiints , et pHiESTANTis- 



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DE L'ORATEUR , LIVRE I. 449 

s'exercer, par êes ééchmtîong sionilées , omx condMtB ^ se 
livrent « 



SULP. — Voila ce cjue nous youloss apprendre de yotre 
bouche. Nous désirons entendre plus en détail ce que vous 
nous avez dit rapidement sur l'art oratmre, quoique nous 
l'ayons appris d'aifleurs. Nous y reviendrons bientôt. Ensei- 
gnez-nous maintenant ce que tous pensez sur ces sortes d'exer- 
cices , nous vous en prions arec instance. 



XXXIII. CR. -^ J'approuve beafucoup Tusage où voué 
êtes de sufqpoaar luie cause k peu près (semtJable k celks dont 
on &'occnfe au barroau, et de la traiter avec soin, comtte si 
elle était yéritable. Mais il est des gens fui crient k |>l^inf 
gorge sans donner d'inflexions a leur voix, sans ménqgjei? 
leurs poumons : ils pensent avoir réussi , quand ib ont dé- 
clamé avec volubilité , et sont an delà véritablement dupe^ des 
apparences: On a certainement raison de dire, k^' en parlant 
nuit, on prend de mauvaises habitudes dont il est impos- 
sible de se corriger y S'il est quelquefois utile , dans ces de- 
danatioAs ," de discourif sans être* préparé,* ri^ l'est-!! pas 
davantage de prendre du'tempsr poitr 'méditer soh rflifet et dire 
de^^Wattes dieaea T La meilleure iâétboée'(^(;e(lé pourtant 
qw'oA MÛt lejMotriB , poors'épargtier un peu *it travail ) , ett 
dléatix^hnÊÊMMùf^ Jka p ha m e ssê le mèoiête dféhçmermse' h 
meiUeurjH leptus^ sûÊt^ Biw de phii «yidenti si un distiMira 
biei) pqu^ , bien, ^lédilf , ||'^pQ|;ta s)ir .ua di^caura iapro- 
visé, un discours où l'on^ reconnaît l'habitude d'écrire et un 
style châtié, l'emporterait encore plus sur un discours médité*^ 
II. 20 



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45o DE:OIl^T^l^^,^fRÇiH,, 

juria^ N9iu^/»i ^ubitam et fortuUra» oraûoMMi cMMf 
metiuitia €tl x^iuatÂo facile ^ tîocîl ; banc îpaam. prcH- 
fecto assldBa' ao diligens scriplura superabît* ' Obi-» 
tteé entni'y Bire af tis sWqt loci , sive ingenii cnjnsclain 
atque prudenûae , qui modo insuut in eâ re, de 
c[ua scribimus^ anquirentibas flobis, omnique acie 
ingenii conlemplamibus bsteodunt se et occurruDt : 
omnesque sententise , verbaque onibia y quœ sunt 
cujusque gcneris maiLime iRustria ^ sub acumen stili 
subeant et succédant necesse est : tum ipsa çollo- 
catio conrQrmatipque verborum perficitur iqi ;^qû- 
bendo^Don poëtico^ sed quodam oralorip luucu^c^ft 
modo. Haec sunt ^ quaç daoKires et admîrfi|lîoDep ifi 
boni« oratwibua efficlunt, ueque ea q^isquamy niai 
diu muUumqae •oriptitàrii y eiiaxusi rebefifeeûtissuue 
se in bis subilia dictîonibus exerouerit^ conse^elurr 
et qui a scribeudi coûsiaistudîne ad dicendum 'Venit , 
banc aflert facultatem , ut , etiam subito si dicat , ïà-^ 
men illa y quœ dicanlur y similia scriptorum esse vi- 
deantur ; atque etiam , si quando in dicendo scriptum 
atiulerit aliquid^ cum ab eo discesaerit^ reiiqua si- 
milis oratio consequetur. Ut concitato navigio y cum 
rémiges inbibuerunt, retinet tamen ipsa navis motum 
et cursum suum y intermisso impetu pukuqœ rem^- 
rum : sic in oratioae perpétua ^ cum scripta defictunt^ 
parem tamen obcinet oratio reiiqua cursum y scripto- 
rum similitudine et yi concitata. 

* OasDcf coim sitc. 



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DE'L'»ftATBOh,lilVR f. 4^1 

TcHiteskisf ressoiuéces de Y%rî^ de Veefdt el du ]\îgMkài',lt$ 
lÎM» coni«iuii09 ptofnè au sujet, 6e prés^teat eu écrWaot 
a l'ofatettr , paioe ^u'aiors U prend «otji de les clieruker* Ia» 
penide3 les pkd justes ^ le^ expreasioBE 3es plus heereuêes, 
se placent natureUeniem soit3 saplmoe» GependauttOOia 1^. 
^oin de combiuaisoi^ pour douoer #ux gériod^ k.wtmbre ^\ 
l'harmonie qui conviennent ,. non pas a la^ poésie, npais à Vé- 
locjnence. C'est ainsi qiie les bons orateurs excitent les applau- 
disseinens et Tadmiration. En vain se seraient-ils mille fois 
exercés a ces déclamations improvisées, ils ne produiront 
jamais de grands effets sans avoir contracté tliabitûde d'é- 
crire. Celui' qui se présente au barreau avec cette benréusc 
babkude; a: plusieurs avantages. Lo^s tàéme qù^il'parlë'k 
riffliproviste , ïoà discours offre la j tufiesfce d'un dikcM» écrit ) 
et s'H lui pkh aussi d'ajouter quelque tbesë a ce qulf a éérit y 
l'aisance de* ^a iNiDiieui me pèmel pas d'y remarquer uoe^dS^' 
fiireMoe; Aksî ifa'tfne galàre, où l'on ecâste è^^naàti vegud 
euQore. pai suite de l'impulsion qu'elle a.rtçue^ ie discours. 
conUuue a marcher avec jrapidité , en vertu du .mouven^nl 
qui9 le style lui a imprimé. j- 



1 ' ' 






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■V..v:>«- 



453 DE;(MUTOiILÊ, IJWH t-. 

XXXIV.. Iio^qiK)tidîaDi8 auliem*oogiiaii}^nUfii^2qti i< 
dem aiibi •adoiesc^itiilw ppopooere solebatii tttann 
exercitatk)«i€m maliifle, qua O. Carbonem yiwstr«itt 
illùiii ' iriîmfcum , soKtnm esse titi sciébfthi^ ut aut 
versîBtis pt^oposrti^ quam maxime graVibris, aut ora- 
tlone alîqua lecta ad ecim ûnem , quem memôrîà'pos- 
sem compreliendere , eani rem ipsam , quàm legis- 
sem , verbis aliis quam maxime possem Içclis , pro^ 
nuQliarem. Sed post animadverii^ hoc esse ip bo^c 
vitii , quod ea verba , quae maxime cujuscjue rei pro- 
pria f quaeque essent orpatissima , atque.opU^ia |.oc;- 
cup^^set» aut^^noius, si ad ejus versuB me e^erx^eçem, 
aM Graocbus , si ejas cnaiionem xaitû.lqrte. pi^i^pcn- 
suîssem. Ita , si iisdem veribis uteror ^ lûhil prockssc)^ 
si aliis, etiaiD obesse, cnm minusi idoneis^atî^^onsues- 
cerem. Poslea'mihi placuit i eoque soni usus addies»- 
cens , ut summoi'um oratorum grâecas otdriônese'i- 
plicarem. Qiiibus leclis boc asseqiiebaV ,' ut , cum bai, 
quae legerem grœce, latine redderem , ' non sbliiin 
oplimis yerbîs uterer , et tamen usiiatis , Sed etiaViû 
exprimerem quaedam verba iniitando y quae nova ïios- 
tris essent,' dummodo essent idonea. Jam vocis^ 
et spiritus^ et totius corporis, et îpslus linguae môtus 
et exercitationes , non tam artis indigent , quam là^ 
bons ; quibus in rebus babenda est ratio diligenter y 
quos imitemur , quorum similes velîmus esse. Id- 
tuendi nobis sunt non solum oralores^ sed eliaip 
actores ^ ne mala consuetudine ad aliquam defo^oçii- 
tatem pravitatemque veniamua^ Ëxercenda f;st ^iî^au 



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i.:^ ' . '"w i^ii^im j^mi.^ ' 



DE l'ORATBPR', LWHB I. 455 

. XXXIV; Piâ^ suite de «lee^inédboliMrjMi^ me 

détetsûnaîy dans ma première jenneBee-, k't^^v fd^mi exer* 
cioe fpEajtîqué.pw.C. Carbon ^ deyenu depuis aim evgoemi., Je 
Usais (MitentiveinentuB passage en vers, ou en prp^, ,çty Içraf^ue 
j'en étais bien pénétré, je m'efforçais^ de l'ç;Kpriiner ^ (J'au- 
tres termes; mais je m'aperçus que Gracchus, dans ses dis- 
cours, et Ennius , dans ses poésies , avaieat choisi les expres- 
sions les plus élégantes et les meilleures. Je raantjuais mon 
but feri employant les mêmes mois, et il était dangereux d*en 
cnerclier d'autres , puisque je ne pouvafs en trouver que de 
moÎÉâ expressifs. Je pris ensuite plaisir a traduire / ipffe lies 
avoi^ lues avec soin , les plus belles haj^angnesr de» omtéursr 
l^è^s ; et de travail me fut tttîle: Je prenais rhabitu^e'dé'nke 
s^ti^ir'déè termes le^ ph» noMes, ei FatudogiO'de' 1- original 
in'in5»|)iral et ine fournissait d)es expresstomafaeuieusea^^oi- 
€[u'eUes fifiKnt noutelleB dans notre langue. Tout ce qiû re-< 
garde la voix, k force des poumons , le geste , la tèluhilité, 
dépend, moins de l'art que de l'exercice. Il importe ^p c^oiâiir 
prudemment les modèles que l'on se prajose d'imiter. Nan^ 
seulement il ne faut point perdre de vue îps graijids orateurs , 
maïs on doit en outre étudier la manière de déclamer tks 
bons jeteurs, afin de ne pas contracter d'UaLîludesvid^uses. 



La mémoire a besoin aussi d'être exercée, en apprenant 
p^r coeur, le plus qu'il est possible, nos ouvrages et ceux des 
autres. J^ ne blâme point , dans, ce genre d'exercice , l\isage 
d^ emplacemens et des images destinés a mieux imprimer le 
soiivenîr des objets. Quand l'orateur s'est accoutume, en 
particulier, a parier avec dignité, "H doit lûônUiér idh élo- 
^ncé fein grand jour, se familiariser avec le bruit; se pré- 
$^^n^r ail bourreau comme s'il entrait dans ua c^iamp de 



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4/54 DE OIUT(ÏRE f ISBEk I. 

ttU 9cri(uis et aKeûb. Atqueîn ea «crcilâliooe non 
sane Aiihl )Slsplicet âdhtberc , si consttèris', eiîarA îs- 
lamlocofum simulacrorutnque ralîôtiem, quae în arte 
Iradilur.EducendaHeînde dlctio est ex Kac doniestîca 
eîercitatione et umbratiU j médium in agmen , in 
pulverem, in clamorem , in castra ^ alque in aciem 
forensem. Subeundus usus omnium y et periclitandae 
Tires ingenii ; et illa commentatio inclusa in veritatis 
lucem proferenda est. Legendi etiam poëtae , cognes- 
cenda historia ^ omnium bonarum artium scriplores 
ac doctores et legendt , et pervolutandi , et exefcflta- 
tlonis caHsa laudandi , interpretandi , corrîgendi*, 
Tituperandi , refellendî ; disputandumque de onini 
re in contrarias partes , et , quicquîd erît în quaque 
rc, quod probabîle vîderi possit, eliciendum atquë 
dicendum. Perdiscendum jus civile,, cognoscenda^ 
leges j percipienda omnis antiquitas > ^enatoria cour 
suetudo, disciplina relpublicae, juraspcioruixi^, ftç^ 
dera , pacliones , causa imperii*cQgposcQa4#ai a»l;.lî*- 
bai^^^îamex omni génère urbanitatis facetiarum 
qtmMHipos : quo^ tanquam sale^ perspergatur om- 
nis oratîo. EfFudi vobis omnia ^ quœ sentiebam , quac 
fprtasse y quemcunquc patremfamilias arripnissetis 
ex aliquo cîrculo ^ eadem vobis percunctanlibus res— 
pondisseu 

- -XXXV. Hûsc cuÉn Crassus dirissety $ileiaium est 
eonsecutwn. Sed quam/fuam saiis us, éfui aderaiWy aâ id, 
quod arat proposttum , dietum videhatiir y tamen sentie^ 



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wm 



DE tXJRATHO»,' LWHB I. 4&5 

baUaiM., rpoilf étudier Ifiiufi .j^cjiuvçif^ço^, IK>Ur. y. d^loy^ 

tous les bons auteurs, les lo^er, les Manier, les corriger ou 
les interpréter ; chercher a soutenir indifTeremment les deux 
partis <ian$ la dispute , et a dire tout ce qu'un sujet parait 
ôilfrîr dé yraisemblable. ' ' ' ^ . j .■"•,!••». j .. 

ul.L..,' ;.• '.*•,. • • - 1 ' . • •» ' -^ .j'i'vi •* 

I ' . . . i . ^ 1 ' t.' t 1 ; I • .,( I., . . ' ' ' . 1 . * : 'n 'I 
MJ 1 , • . ' t - ''■•'":;..- 

, ^.fa.Ht a^issî aypir It çonoaissance du droit qi^, fp des 
lois^ posséder ranti^té; ne rien ignorer de ce ^i regarde 
la discipline romaine, les usages du sénat , les droits des al- 
liés, les traités publics, les conventions, les intérêts de l'em- 
pire; il faut recueillir ce qui donne des grâces a Pesprit, 
prendre un ton dWbanité et d'enjouement qui se répande 
siir tout le discours. Je vous âî dît avec efTusioû ce que je 
ihh ] vàiis en auriez appris autant en questionnant un de -ces 
bons pèteé defimiDe, qui s'amusent k catiier eàseidile àtos 
kiu-smoAiiGMdekîfiir. , 



iPtXy. ^près que Crassus eut ainsi parlé, il sejptun 
grajid silence ; et quoiqu'il eût répandu aux questions qufonr 



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45G D£ €)i^TQRS| UAEfi k 

ratum, . ,> r ^ ■ i" 

SCiEV. — Tum Scœvoh > Quid e»t , Cottdi, .in- 
quit , quid ucetis ? nihiliK^ yobîs m mcmteib veoic^ 
quod praetcrea a Crasso requîralis ? 

COT. — ImniQÎ^ m^hcrcule, ûiquit^ îpsiim.at- 
tendo. Tantus enlm cursus verboruac|iî4)^9 f( s^c ^%o* 
lavit oratio , utejus vimalque îxicitaiîoBeia fMdsi^esie^ 
rim y vestigia iugressumque vis viderim> eitâmqouii 
in aliquam kKmpLeiem ac referlàm domnm veuîreiii , 
non explîcata Teste y neque proposito ërgento , nt* 
que tabuKs et signis«propaIam collocatîs^ ^éâ Kîs oihti- 
nibus multis maguificîsqué rebus consiru'clîs ac *'<•€- 
conditis : sic modo în oratione Grassi divîtias âtqxiîe 
ornamenta ejus ingenll per quœdam involucra atque 
iniegumenta perspexi : sed ea cum coutemplari cupe; 
rem , vix aspiciendi potestas fuit- Ita neque hoç pos* 
sum dicere , me omnino ignorare , quid possideih: >. 
neque plane nosse y ac vidisse. ^ 

SCiEV. — Quin tu igitur facis idem, inquitScap- 
Yola^ quod feeeres^ si in aliquam domum, pletiann 
omanientorum 9 • villamye renisses? Si ea seposîta , 
ut dicis , essent, ^ tu valde spectandi cupîdus esses ; 
non dtibiiares rogare dominum, ut profei'ri jùberë't, 
praefeertim si * esses familiaris : simîlUer nunc ^ peies 
a Crasso y ut eam coplam ornamentorum suorum y 
quam cpnstructam uno in loco, quasi per transen- 

* Rccondlih. Sîc. — » Villamqne. — ' Tu<ju^. — * Ewet. — ^ Peds. 



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DE LiOllUrtORv UimE L 457 

étendu davantage. ScévoU dit alors a Cot|a: * >>^v> 

-SÔfeV; ^ Gmamit ; voé* gai^déz \t sflciicÇ? N^a^cz-vous 
pkuntieiikdcinaïadfrkCrâisittf ^ • ' i tfi • ^ 

Oyr. -i— Fbrt bien ! Je songe 'aux questions que* je clois 
hiî ffeîi'e. II yieoi de parler aTec tant d'flâsaïM;^ son discours a 
tant^ bsipidité, que je n'ai pu «n suivre Isu^arcbe ; \ peiiie^ 
din0 le cheiniQ qu'il a parcouru , af-fe reconnu sêâ traces ; et , 
comme aï j'éta» entré daoas une maison magnifique, doiit les 
flMublfis^ les tableaux^ leaslatues et l'argenterie auraient été 
0âu;vect3 et cachés, il' m'a été irapoesibUrde contami^ dans 
tout leur éclat les richesaea.et ks ttésocs renfermés ds^is.T^- 
loqupnte con^fersatioA ,de, Crassuç. Il hs ^ se^emçpt l^^ 
paraître au traym d'un voile ^ sans me permç^tre .de les, ad- 
mirer , et même de les regarder ; et si je me suis aperçu des 
richesses qu'il possède ; je ne puis dire que j'en connais toute 
l'étendue. 



SCÉV. — Que ne faites-vous donc ce que vous feriez dims 
un palais ou dans une maison de campagne richement décorée ? 
Si, comme vous le dites ^ tout était caché, et si vous étiez 
bien curieux de voir ces meubles magnifiques, craindriez- 
vous d'engager le mattre du logis a les découvrir, surtout s'il 
était votre ami ? Ainsi , *priez Crassus d'étaler a nos jeux les 
richesses que nous avons seulement entrevues, et de les ran- 
ger par ordre , afin que; nous les admirions plus k notre aise. 



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458 DE ORATOKE, UBER i. 

nam prastereuDtes strictim aspeximus, in lucem pro— 

ferat , et suo quidque ' in loco coUocet. 

COT. — •Ego vero, iDquît Coda , a le pcto i Sdâe- 
vola ( me enim^ et hune Sulpieium impeldit pndor 
ab homine omnium gravissimo, qui genus hujus- 
mbâi disputationis semper contemserit y hxc , quse 
isti, forsitan puerorum elementa videantur^ exqui- 
rere ). Sed ti -ji Qc nobîs da , Scaevola , et perfice , ut 
Grassus hxc^ quse coarctavit et peranguste refersit 
in oratione sua y dilatet nobis atque explicet. 

SCiEV. -*- £§o melieroiile y inquit Moeiog ^t wien 
vestra magis face causa ydlebaiB, quam tteaa. ]9^eq^e 
enim tantopere haiM: a GrasM dîspautioiiett tiefsidfe^ 
rabam, quantopere ejus in causas oratifone defe^eto^ : 
Bunc vero. Crasse , mea quoque etiam causa rogo, 
ut quoniam tantum habemus otii y quantum pindiu 
nobis non contingit, ne graveris exaedifi'care îd opus ^ 
qnod instituisti. Formam enim totius negotii opinione 
majorem, melioremque video; quam vebementet* 
probo. 

XXXyi. ÇR. — Enimvero, ^nquit Cra$9i)$^ ;pEii- 
rari satis mnoiqucOy etiam te hato^ Sea:voIa^ deakiet 
rare y quse^oeque ego teneo^ uti ii ^ qoî doçent ; iiecpie 
sum ejus generis ^ ut , si optime ttenereoi > digoa 
esseot ista sapientia ac luis auribtts. 
. SCiEV* — * Ain tu? inquit ille. Si ^e isi^jeppi- 
mnnib^s etpen^gaiis yii buic aetot^ a,iidien4i«i>^ P^* 
tas 9 etiamne ilU négligera po^ramw^ quse tiiioraM>r^ 

> Abesi //i.'— » An hi, iw|niiî?fc, âj% • ; ' > 



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DE U©RATE1>R , LIVRE I. 4^9 

>,€0T. -^ Nous n'oseMitf , ni Sulf^cius, laî moi, lui de- 
mâpder .cette gvàca^Le re$|»ect que Crassus nous inspire, 
Qou» empêche de l'importuner. D'aUleurs, il a toujour» dé- 
d^çpc ççs $orV^ d'entrietiçus» et ne consentira peut-être pas 
à nou$. rappeler les preoûères leçons de notre en£mce. SoUi* 
citez poi»r nous, Scévola, çt déterminez Crassus a nous dévC' 
lojpper amplement un sujet qu*il a trop resserré. 

•SCÉVv — Je souhaitais vraiment, plus encore pour vous 
i|Mp'*pour moi/ de le toît entrer dans de plus grands détaik. 
CSàraije désirais ardeoinieiit entendre Crassus dans cette dis* 
cvW90t9 4'^^^^ ^^^^ P^^^ ^^ plaisir «n assistant a ses éb- 
queos. plgii^rcKs. Cependant, Crassus , puiaqii^ ^^^^ ayons 
f}^ jois^i jeiyous prie, cAuion n^my comme au nom de ces 
jei}][^es gens , d'adiever l'édifice dont vous nous avez com- 
muniqué le plan. J'en suis enchanté , et |e ne croyais pas 
qu'il fût possible d'en concevoir un ni meilleur ni plus vaste. 

' 'XX5P?I; CR: -^ En vérfté , Seérok , jte ne puis as^ez ad- 
idMr "^tre >emprefteme»t« le ne suis pas instruit comme un 
»b^t€«r , de profession $ et quand je posséderais toutes ses 
poa n rifisg m o^.j . goot-dfaa dignes de Tattèntioa d'un liomme 
aussi éclairé que voua? . 

' SOÉV'. — si vous pensez que les premiers élémens ^e la 
tti&orii^ù'e ïriéïftènt a 'peîne l'attention de ces jeunes gens, 
^jfensez'JvOus amài q^'Fëfefteur puisse négliger ^e *^î regarde 
les caractères, la morale, la philosophie, l'art d'exciter et de 



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46o DE ORÀTOIŒ» LiBEt h 

cognoscenda esse dîxistl, de nanitris homîimtai, d^ 
moribusy de rationibus iis, qnîbushomintnû meutes 
et incitarentur et reprimerentur, de historia^ de aa- 
tiquitate, de administratîoDe reipubiicae, denlque 
de Dostro ipso jure civîli? Hanc eniià ego omnem 
soîentiam y et copîam rerum y in tua prudentia scie- 
bam inesse : in oratoris yero instrumento tam lautam 
supeUectilem numquam videram. 

CR. — Pôtes îgitur, inqtiit Grassns ( ut alîa cihiit- 
tam innamerabîlia et immensa y et ad ipsum tuum 
jus civile veniam);^ oratores putarc eos, quosmnl- 
tas horas exspeclavit ;p cum in campumproperai^etg 
et ridenii et ^tomachans Scœvola , cum Hyjp^US 
maxima ^oce, plorimis yerbîs^ a M. Cr^iSiiH) p^lpre 
contenderet, ut ei, quem defendebat^ caosa cadfçtm 
liceret y Cn. autem Octavius y homo consul^ri^^ .^cM 
minus longa oratîone recoiaret^ ne sdversarmaieafttsa 
caderet y ac ne is , pro quo ipse drceret y turpî tiitd«{ 
judicio ^' atqae onrni molesda, stuldâo adveriami^ 
lîberaretur? Ego vero istos^ inquit ( |[iiéiiii^''éntttf 
mihi narrare Mucium ) y non modo oratoris liomtiie^ 
sed ne ibro quidem dignos putarim. Atquî non dé- 
fait illis patronis, inquit Grassus, eloquentia, nequé 
dicendi ratip aut copia • sed luris civilis prudéntia^ 
quod alter plus , lege agendo, petebaf, quàm quan^ 
iom lex in XII Tabulis permiseratj quod çum|mi- 
petrasset^ causa caderet : aller iniquum^p^i^ts^^iiyjij 
secum a^i^ quam quod erat m acUone^ 9^^t^^^^^^* 
bat^ si ita esset actum^ lltem adversarium perdilurum^ 



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DE L'ORATEUR, LIVRE L 461 

calinei>)fis passions, l'histoire, Pantiquité, l'administration de 
1a répubiiqvfiy enfin le* droit civil, objets sur lesquels, vous 
ex%e;;'^qu'il soit instruit? Je savais que vous possédiez ces 
coiydaissances variées.^ mai^ j'ignorais que les ressources de 
l'orateur fussent aussi ^pi^ibreuses. 



, ÇR. -^^ Pour ne pomt piller ici d'une infinité d'autfts 
connaissances, celle du droit civil, dans laquelle vous excellez, 
eaf, indispensable. Pouvez-vous donner le ncran d'orateur a ces 
ignorans , dont la sottise occupa et fit rire de bon cœur, pen- 
dant pi liseurs heures ^ Scévola '^, l'un de vos ancêtres, quoi- 
qu'il fAt pressé de se rendre aux comices, et qu'il fût indigné 
dé' Pîgnoraiice de ces avocats,, surtout de celle d'Hypséùs '^ 
et ^ Cn. Gctavius, dont l'un, plaidant devant le préteur 
M.Cfa^tte', contre un tuteur, s'exposait, par son bavardage J 
«''ped! te la 'cause* «7 du pupille; tx l'autre, parlant pouf te 
tuit«ttr; îayevtissait Hjpséus d'une erreur, au lieu d'en pto^ 
pt^Ti, poud empêcher eon cKeal d^ètrecendanaé comme ayant 
i^al.,adqu«Mstcé les biens d'un pupille? Xjoîb de les mettt« au 
nqf^ff^ ,<jlje$ xifrajteurs (et .je xoe souviens qi^ejMuôus. ScévoU 
était du même nvJsJj ib me ^mbleut uidigiies d'eiilrer au 
barreau. Cepenfiajil ils m mapqiiaîent ni de facilité ni d elo7 
quenoci mnk il$ ignoraient le droit civil, puisque lepremiei"^ 
dans une cause qu*ù intentait d'après la loi des Douze Tables, 
Jcjoabdîut plus qu^ la loi ne perraeKaîl,.s'çjpo*ant ainsi k 
perdre sa cause ^ et que le sccoiid trouvait injuste qu'on lui 
vlémiiiïlïât pttts' ^è là loi n'accordait, et iié sdrigêÂit fm 
qWl'î>W'cè¥ffi fleméiidy , l'SdveAari'e perdàît ià caà^. ;**'- 



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462 DE ORÀTdRS, UKEk t. 

XXXVIL Quîd? bispftuei8<d»dbiisy 6oûàèiÉ&bis 
in tribtnialiQ. Pompeii, prartoristtf^Bi^&iiiiliitfW 
nostri y scdentibus y homo et lilittiÊro xlisèrtofrihn 
postulabat y Qt illi y uttde petereiur, TetUs atqKtt^' 
usiuta excepiio daretur, cujù^ #ectrpri£ m£S ruis-^ 
SKT? quod petitoris causa coroparatum esse, non 
intellîgebat : ut sî ille infitiator probasset judlcî ^ 
ante petîtam esse pecunîain, quam esset Qoepta de- 
l^ri y petitor rursus cum peterei^ eic^^ooe ciç)t\-- 
deretur y quod ka rssin judicium ante a ysicisset. 
Quîd ergo boc fieri turpius, atit dîci pôtést, quSjai etim, 
qui banc persouam susceperit y ut amicûrum cotltro- 
versias causasque tueatur, laboranûbus succurrâl^ 
œgris medeatur, aflllctos excitet, bunc in mînimls^ 
tenuissimisque rébus ila labi ^ ut aliis miserapdus^ 
aliis irridendus esse yideatur?£quideip prçDÎuqujupjt 
noslrum^ P. Cr^ssunii illun^ diviieiii^^ çui^,..QOultis 
alii^ rébus elegani^m bominei^ et orDq^muj ,\ mpf 
pcaB€ipui9 io boç rer€o4lwiet3»udfia4)A9i pMf^;>i4t|p4^f 
cum P^^c^volae fratar esset #otitjtts ei^pensape dktre^ 
necpie illum in jure ctrUi salts ( iUî trii) hce^efùêsc^i 
uisi dicendi copiam 4is«iinMi«set ( cpiMidi^fctûieMi hiir^ 
qui mecum Cos. fuil, fiUus ,^j,us^. est copsecatua^: 
neque se ante causas amicorum tractareatqne aaer^ 
cœpisse, quam jus civile dîdiçisset.^ Qui^^^pi;p iffp 
M. Gato? nonne et eloqueqtia taqta fui^ qpJL^pt^fn 
illa tempora^ atque illa aeta^ in baç.^ciy^tai^ 4?irre/ 
maximam poluit^ et juris câvîlts omuiiftip periûssîn . 
• Ahest mm. ' * ' ., • ■ .«-K Jii':f 



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DJE L'ORATEUR, .LIVRE h ^65 

,3!^3^YII» It'ayQM^aouA pus été témoins ^ il y a peu de 
)pu^ij4^V$PÇ ^M»H|Bfi|>areîI^7 Taii()i» que sous servions d'as- 
^ s^;;^^^:^^:; M^J^Xv^ ^im Q. Pompée ^ prêteur de la ville, im 
hç^if^ef ^gux, passa pour aypii; du talem, vint demander le 
pai^)pentd'unç^Qpjae,^ui n'était pas encore due : '^ si le débi* 
leur eût prouvé ensuite ^'on Tavait traduit en justice pour 
une somme dont Péchéance n'était pas arrivée, le créancier 
aurait été condamné a une forte amende , et il aurait perdu a 
jamais lé droit de réclamer sa créance, parce que la chose 
àufiûé été' jûgéè 'auparavant. • ; 

Q^o^ <de. plus honteux j(J^ de sje^ jc^rg^ d.'^ )e défensfeur 
et l'i^jj^i des, citoyens* le protecteur des faibles pppçiméa, le 
vengeur de Tinnocençe ^ et de commettre ^ dans les choses les 
plus simples^ des fautes capables d'exiditer la compassion ou 
le mépris? Le riche P. Crassus, notre parent, distingué par 
réclat de sa fortune , par l'étendue et la variété de ses connais* 
sâhces} à mérité les pîuè grands éloges, en répétant toujours 
a So'n ffèré a'doptlf P. ^évola, que, pour réussir dans le 
drtlt civil, 'Il fflfeit se UVrer k l^éfoquence ( c^^t a quoi son 
tii\ tti^àti^b tôUègue dans le consulat , et qte vous toyez 
iciVid*è6k»<xgiêi8(ittQ6m â{»(4îqué>; que pour Im, Crâ5su5, il 
ne) aSsiaf tifoim ckâfgé 4es ÎAtéfêlS ik set amis , et nie s'était 
pjrât'iiiratréftuthaiv)eauiAv»iilid'avcâr étwdjé nos lois. 

iVfâîs que dîrai-je de M. Caton? Ne réunissait-il pas, au 
plus Wut àfecré , toute l'éroiuence et l'instruction sur le droit 
civii^, ijù^lFfitt possible cl'âVolr' de son temps ? Jléproùve une 
sortfe'Sé^lontè'a^pà^lelr davantage sur cet objet détant un 
hcJArtàè ^'j^fefcîtoîre'l que ^è' regarde comme le premier des 
orafeuri^ «f qlé â' «iHijotlRS mépriié Fétucksde k jurôpru* 
dcnce. Mais puisque vous voulez savoir«mon opinion , je ne 



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464 DE f^^^QNL, l4Mat I. 

mus ? yereci\Qdiu%ha^€ re.j 
adest y'iT in dicendo somnius^^ 
torem maiime admiror; fed tamett iéem koe aempci 
jus civile contemsit. Verum, qwcNÛam «enteMÎje 
atque opiniouis meae Toloistis esse parddpesj nihil 
occultabo, et quoad potero^ Yobis expouam, qnid 
de quaque re sentiam. 

siugularîs ei divisa vis iogeiûi.videUir j 
scieotia jurisnudala ùl, poste se htike estscît i 
pmdeiiti^ ^ tneii sHpte defaodcre. Q«ssMbréiii Aie 
DoMsOTt'eBoeptns: celOTOs vero non dnbitalMi |Jilh>mu 
inerti» condemnare sententis inea , post eâain im- 
pndentise. r9am volitare in foro, haerere in jure ac 
praetorum tribunalibus^ jiidicîa privais magnaruni 
rerum obire^ in quibus sâepe non de facto, sed de 
xquilate ac jure certetur^ jactare se in ca^isis cmium- 
viralibus, in quibus usAcapiopuin ^ imMi^Tip^^ jgakf 
tiliutum, agnationum» idlayionum^ c^fçxuj/ilmfjjf^ 
num , nexqrum , nouoicipiQrmyi^ j 
stiUicidiofum, teêi^uïtMUèwumfVfUma^^^miii 
rum y , .ceteffsniwque tmswm 
verseniur^ cum obuûso , qoîd .smmm^ i 
quare deaique eivis ^ am peipgnimsyi-semiS^SM 
liber quispism sit, ignorel. iiisî|[m Mi^ îi^- 
denuae. Illa reroderidend» arrOgftMisesi,^iiÀfi»o* 
ribusnavigiis rudem esse se tonfileri; < ^uiAt| 1HMfapes^ 
aut eiiam i9iaîor4S«t pibfiCTiarf A\dkwiC*^A^ ^BÙbi 

> Causât tncri. — > AlyfC : <mC r«finM>. — * Aa -* an. — ^ 1 



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•"^ DE ttÀflÂTÉCTl, UVRE I. 465 

^pl clMl^^tliii^t^ te^AegtilMr » je aietUÂ même tout ea usage 






• OmSXVffi; Aiitoiâe ^t doué d'une sagacité iacroyable et 
fttÊtfm^Êhllte i il peot , saas ia seience du droit civil , défen- 
de» «veeiSMoès toutes les causes, car sa sagesse {Mrofeude lui 
suffit^ Fmi^ona-dfiuc peur lui seul une exception. Mais je ne 
cr^^iu^f ai. pas d'accusé, et de coudamner la présomptkm et la 
t^9^ri^, de. ceux ^ui négligent ce genre d'étude. Vm effet , 
n'est-rce pas le comble de Timpudence, que d'allca' et i*enir 
^ans le forum, de se présenter tous les jours derant les tribu- 
naui^ des préteurs, d'y parler dans les causes les plus imjpor- 
tantes, où souvent il s'agit, non pas de questions de fait, mais 
de questions de droit ; de traiter devant les ceùtumvirs , des 
*j)pft56rîptîons,'3es tutelles, des droitsrde parenté, desallu- 
YÎotis', 'dès attértisseméns , desobl^ations, des servitudes, des 
mUM « Ého jlè ms v des â^é^ts jours ^ des gouttières, des tes- 
tattléiftëÉIkuléd, et<!MBé ftmltitude d'autres objets, sans con- 
aataie ksrlèiâi^^aMitt'AcNre ptiopriété; noH^quaBtéd'étianger 
OU; lès idtoyé&^fl'lieaMie libre oi\d^«iclaTeA]'est un orgudl 
liittruif ^jt'ayotter inpapol^e de conduise use uoeelle , et de 
voidûH <Mrvir 4ea;g»liytes a eiuq rangs de raïaQs, et méiâe 
cnçorej^plt^gi^lid^^ Yvui» qui ne pouvez passer la moindre 
^?^?in^ltffJff?in^?Ytj^/?ÏVV^"'^ laisser surprendre^ vous qui 

* ^»^ R irtK ^ofiirfià UJàHàpidkV'aAcimi no» oftWes sdbt peu acécmtnmcés ; 

II. 3o 



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466 D£ ORATOtUE v 'UDBR iL 

cacBi^ii ciren]o'iieeipiaT«' adTtepsarvi sUfmiatÂiKieiila y 
ouni ofasigaestubellas clienti^ttii, CfaibusiD-tâb^His 
id sit ieriptum , fjao i!le capîatur } tgo tibi' ililëm 
caùéam majorem conimittendatïi piitèmt fciliui'Mfer- 
ciiIcïsjV^uî diioruni scalmorûtn uaVlctilam ib p'ôrlu 
evérterîi, in Euxino Ponlo ArgorlautaVum naveni 
{jûbernarît. Quîd? si ne pàrvœ'cjuideni'caûsae sunt , 
»ed saepe maximoe , in quîbûs certatur de jure cîvilj ; 
\ (|uod tandem os est illius patroni^ qui ad eas cau^s 

sine ùJla scientia juris audet acccde^e?Q^8p potuit 
igitur esse causa major/ quam illius miUtis?de cuîus 
morte c:qii; domum falsus ab exercitu uxiptius ye-r 
ui8s«t> et pater ejus, re crédita , testamentum mur 
tasset, et quem ei vîsum e$ftet^ fecis»el hercjdein, 
essetque ipse mortuus : res delata est ad centumviros, 
cum miles domum revenisset, egissetque iege in 
hereditatem paterjiiam ( testamenio exberes filius ). 
Nempe iaea causa quaesitum est de jure civUi, posseùie 
patertiorum bonoriwt exheres esse filius , 4fuem pater teS' 
tamento neque heredem, neque exheredewi scripsisset 
nominatim ? 

, XXXlX. Ouid? qua d4i rc imer Marçelh)^ et 
Clatidlospatricios cèntumviri judicartmt, cmi^M^- 
celli ab iiberit filio stirpe^ Claudii patricil'eJHsdeili 
' hominis bereditatem , gente ad se redmai dîcé^entJ; 
'nonne in èa causa ftiit ôràtorîbus de t$tb^>^!^v^ »c 
gêntîlîtatîs jure dicendum? Qnid? quibtf'hëni*' îk 
centumvirali judicîo certàttifti' es^' a6fcé]frl<^/*îtti 



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signfa.fiBttb.bcaîter «o contrat qm veafenne de» dUposMom 
.cootfM^'tusiâléi^itsde/voS'CliâQs, cKiesrmQÎ si je puis vous 
coi^r une cause impocUute? CemiQs, ilyaudi^ait mejûx laisser, 
au milieu du PoiM^Euxin» U coi^dvjJ» du i^ç^sea^ d^ Argo- 
nautes à celui dout Vig^orauqç aurais fiiit périr, y^e ^barque 
dans le port. Comment? si , non*$eulement dans les moindres 
affaires, mais encore dans les plus difficiles, ij se présente des 
questions àe droit civil, île quel front un avocat ose-t-îl s'en 
charger, sans connaître les lois ? Que dirà-t-il si onlui confie une 
affaire semblable a ceîle dont je vais parler? Un père apprend 
la mort de son fils qui se trouvait sous les dfapîea'iÉfL. )La nou- 
velle était âfusse ; le père institue un autre hëritîer , et Vifeaft 
kttomir. lie fils réékâne là sueoesiiM. Gatmaeià^^êàiiei eeile 
({ttêHidli? &ttjap peut^a- être pripé des bie^ patemèlt», 
uat9>étfe hammàmem ^eMbérédé pmr le te9t$méBt\de iwou 
ffère? > 



XXXIX. ComMettt te eenttimtîrfe ^niwîfe jugé Abus la 
dB\ke mwê WMdreeAu&jet les Ckuficis^ derato0|)auiMBiiel^ 
4}uiîp«tfiD<iBRiitil^/uB8fetks aH^e^^armr^idihiuib VJUm- 
tifeéteû^fedlaffiMoridl'? >!^Ea f^niH^â^a JMa«<^|i|#^fi|l^W^t 

droit d:#|«tfi, jl*>-fti^(paa fff^^ ,^flH^r,,çffppJçfgf^^,?;es 
deux d\9sfflfSi^it?.?.JS;^^^^ V:ai^ uiff^, ^ç,,^^^ 

épineuse devant les mêmes centumvirs ? Un étranger exilé avait 



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468 DE ORÀTOnE , /UftER I. 

Romom ÎD ex«Uîuiïi vesisset^ oui Aomae- exsulare 
jus es^t, si se ad aliqfiem quasi palrmiuili apj^icft- 
vissetj intestâttKfue esset •mortnust * ...• noiineia 
ea causa jus ap^^Iit^ationis, obscurum saneet îgodtum^ 
patefaclum in judîcio aiqiie illuslraium est a pbtrono^ 
Quid ? nuper, cura ejjo C. Sergii Auraïae contra hune 
nostrum Anionium judicio privato causam défen- 
derem; noone omnis nostra in jure versaia defençio 
est? Cum enim Marius Gratidianus aedes Auratae 
vecidi^îssçt.^ ueque, servire quandam earum aedium 
ip^riem, in mancipii lege dixisset; defeod^bamuç , 
qui4quid iui^set incommadi in^m^g^Kîipip^id siy^- 
.ditor aoiseeti^ neque deolarasseit^. prâ^stare 4eberç. 
Qqo quîdem in génère familiari$ nofllwJMi.iiBuGcur- 
lejus, homo neque meo judîcio stultus^ et snovoide 
sapiens^ et a juris studio non abhorren», skitili in re 
quodam modo nuper erravit-Nam cumttde^L. Fafio^ 
venderet, in mancipio lumina, uti tum esseb^, ila 
recepit. Fufius autem , siniul atque âedificatî cdepttkm 
est in quadam parte urbis, quae modo ex illîs ksdibus 
conspici posset^egit statim cum Bucculejo'^ q^oq, 
çuip^lljnque particule cœli officeretur , quamvis esset 
,prONeul», mutari lumina putabat. Quîd vero? claris- 
^imaM^Xurii causa M. que Goponii] nt^p^f ,f p^^ 
ceotumviros^^quo concursu hon)inum^ç|^^ç;^.çpQp- 
tatione defensa est? cum Q. Sç^vok^ s^q^i&^f^fjfipU 
lega meuft^ homo omnium et dbciplÎDA juris ç»rUis 
eruditissimus^ et ingenio prjidentiaquaiMutissunus^ 

* Dcest aliquid. 



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■i 



DE L'ORATHUR, LIVRE !. 4G9 

ofcoisi^Rtyme porn^le Meu de s«u «sil. Il y itotirut san»^£ûfe de 

testaiHBUt. Il.s^était attaché à un ûk^yen qui lui servait^ pour 

U aitisi dire^ de patron i ce dernier féclama la succ€$sion. Mais 

'\ ne fut-Jl. pas ol^ligé d'éclaircir , da^ sa défense y un droit 

l \ obscur et inconnu jusqu'alors ? La c^use de C, Sei^us Âurata , 

^ l V^^ y^ plaidée dernièrement contre Antoine , ne roiJait-elle 

IJl pas sur un point de droit ? Marias Gratidianus avait vendu 

If une maison a Sergius y sans faire mention , dans le contrat de 

r • vente, d'une servitude dont elle était chargée j je soutins que 

^ fc vendeur était tenu de cette servitude , pour ne Savoir pas 

\i déclarée, jpuîsqu^il en avait connaissance. Nôtre ami M. Buc- 

. i i culéiûs , homme' à tnon' avi^ assez faistniit , et qui fee croit Ibw 

^c hahllè, ^tst m^prb dans nn cas a peu près semblâUtt^'^oî^ 

/ i! qu'il afîr étudié le droit. U vendit une moifion a L* Fufius ^ •♦ tu- 

;| f lui garantBsant le jour et la vue, par le contrat de vente. 

: ;• f ttfiiis lui-même ayant bàtî, quelque ten^ps. ^près, dans ime 

K: partie de la ville éloignée de Tendroit où la maison vendue 

était située, mais que Von apercevait de cette maison, il ap-. 

pela Bucculéius en justice,, et prétejidit que le nouveau bâti- 

'i metitl^ii cachait une petite partie de l'horizon, et changeait le 

J point de vue. Qu'est-il besoin de parler de cette cause de 

^ M. Curius et de M. Coponius, »' plaîdée, ces jours derniers , 

, :l devant les ccntumvirs , de cette cause qui attira un si grand 

concours , et quî piqua si vivement la curiosité T Q. Scévola , 

mon collègue, mon contemporain, Vhomme du monde qui 

sait* te iriîèilt le* droit civil ; quî a te plus de sagacifé et d¥- 

lo^é^iJeV^Abiït lè^e fest te plus correct et le plos ^ttr;*en 

Uû jÀ^ity'kp l^ils^ttnd 'oratetur entre 1^ jurtseonsiilt«8> «et le 

jAutf gratid'jurifioomiilte eture te& orateurs y le plus haht(^ en 

inatiève^ testmneniaîre , soutenait qu'un homme insiimé pour 

héritier au défaut dun enfant né posthtune, ou né et mort 



1 



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470 DE ORATORE, WBER t 

et oi^atiôae iri)oi»me lirbains atqtie subtiKÀ/fft(j[tie y uc 
ego solèb dicere, juris perîtorum eloqueDtisdmuS ^ 
eloquentiiim jjuris peritissimus . èx scripto testamen- 
toriim jura defenderet, negaretque, nisî postumus 
ç^ natus^ et^ aqtequam îa suam tutelam venisset ^ 
moriuus esset, bçretïeni eum esse posse, j^ui esset 
secundum poslumum y et natum, et mortuup^i^li^rcîs 
inslitulus : ego.voluotatemdefenderem; hac eumtum. 
mente fuisse ^ qui testamentum fecisset^ ut, si filius 
nou essety qui in tutelam ' venisset : M. Gurius esset 
here^ Nu m de«titil uierque nostrum in en causa > m 
aucloritatibus, in exemplis, in testamentorum for- 
raulis^ hoc est, in medio jure civilî versari? 

XL. Omilto jam plura exempla causaram âm^s- 
simarum, quse sunt innumerabilia : capltTs bostri 
sœpe potest accldere, ut causae verseotur in juré. 
Etenim sic C Mancinum , noBilissimum aique ^op- 
tin^uiÀ virum, ac conçularem, eum cum prQ^ieir 
invidiam Numantini fcçderia paterpatr|i,tus ex^^^. G. 
Mumantinip dedidi^aet, eumque ilUpjQii.jrwcpi^q(t^ 
pos^teaque Mancinus dpmuai revenis^elit, x^^^ue in 
senatm» ifitrotre dubitassei; P^ AutiUuSy WLfiKus^ 
ttribunu» plebis, de sepatu jussit edaiei , quod «Hun 
elvem n^garet esse; quia m^moria aie l»a^lpf«dli- 
tum y quem pater suiis aui poptilua vettdbdifo!ié«^Ii«t 
pàt^rpairattts dedidisset / ei nullum e^M' pôsd^i- 
ûium. ^uàm possunius repérire ex dttitaibus'Vèbtis 
cwilibus causani conteniionemque nikjorcm , quam 



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suççj^^i^y^P\û^i|ç cet bOT^ï^e^jivait été désigné pour tuteur 
postériej[|rem(]it k la mort du pupille. Je préteodis que Vm- 
tention du testateur avait été d'instituer M. Çurius pour hé- 
litier, quand même il ne naîtrait pas de posthume. Ne fômes- 
hôUs pas obligés d'alléguer Tun et iWtre des autorités, et 
d'épuiser les preuves tirées des maximes lés phi^ încoûimés dfe 
la Jurisprudence ? -^ ..... - 



. ^' Je pf^sesoHS ^çac^ un grand nombre d'a^tfesic^llse8 
^embl^le$ et trèa-imports^tf s , et je me borne aux exemples 
que j'ai cités. Une afiaire capitale >* où il s'agit de notre état, 
dépend souvent de la jurisprudence. Eix voici la preuve. 
C. Mancînus, •* personnage consulaire, très-recommandable par 
sa naissance et ses rares qualités, fut condamné , en vertu d'un 
senafus-^ÀnsuIte j a être livré par le chef des féciales * ** au pou* 
vtitf "dèiplTWmantilïS, en punition d'un traité qlill avait fifit 
àVe^'^es'âemiers, et qiïi ne fut pas ratifié parle sénat. Mais 
Ih Ntmiàntins n'ajkùi p^ voliki reoeTdir Mmicibus , il revint 
là'Roiàe. Gomme il se ^dîspesait/a prendre pkee au sénat, le 
4iA]MwoiP,.'Aiitië<u,fils^M.>Iuiordoi^ lortir : on^Hitiot 
fi|rM99€knà^ c|vie « d'api^ une aaciçttne tEa4hîon , tout homm* 
yt\Bàtk par soapic^om: par le peuple, oUiUirré par le éludes 
&d9kSf :^ piç^ SCS drpit* de citoyen, et ne pc^f être ré- 
,^l^li en son premier état. La liberté, les prérogatives, L'exisr- 

* Par qÀ hëram d'arnm. Foyes ks^notet sur le mot paierpatratjus. 



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472 DE ORATORE, LIBER I. 

de ordine , de civitate , de libertaie , de capiteboininis 
consularis ; praesertim cumiiâ)C non ÎÉk crkuine alî— 
qiio, quod ille posset infitiarii sed inxWUr jure oai^- 
sislerci? SiBoilique irt génère, inferiorc ordîue, si 
quis apnd ttos servîsseï e% populo fœdéhtlb, aeseqite 
lil)erasset, ac postea doninm rcvctiisset ; quaesutim est 
apiul majores nosiros , num is ad suos posdimVûio 
rediisset , cl aralslssel hanc civiutem. Quid? lie lî- 
Leriaie, quo judiciuni gravius esse nullum potest; 
nouue ex jure civili potest esse couienlio , cum quae- 
rltur, is^qui doniini voluniale census sit, coniinuone, 
an ubi lusLrum conditum , liber sit ? Quid | quod uaa^ 
memoria palrum, venit,utpater(àmilisis» qui es^Hts- 
pania Komam venisset, cum uxorem prpegpantem 
in proirincia reliquisset, Romaeque alteramdiAxisaec y 
neque nuDtium priori remisisdet, mortausque esset 
iniestato^et exutraquefilius natus esset; mediocriâoe 
res iu conlroversiam adducta est ? cum qùa^rerélùr 
de dnobus civium capitibus, et de pucro, qui ex 
posteriore uatus erat, et de ejus matre; quae, si 
judicaretur, certis quibusdam verbijs, non oovis 
nuptiis , ficri cum*5uperiore divortium, iij conçu- 
biuaî locum duceretur. H^c igftur^ et hprutp similia 
jura su^ civitatis iguoranten^j ereotm^ et, ç^f^iipi^ 
alacri et prompto ore ao vultu^ hue atquQ,iUuç;iii- 
tuentem , vagafi magna cumoaterva toto.fbro^^iff:*" 
sidium cHentibus, atque opam amii$ii»^ «icprope 
cunelig GiyU>u9 Luceol iogenii* et consilti aiti popri*^ 
gentem atque tendeuiem> aonneiaiprimis flagitîosum 
putandum est ? 



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DE DORATEÛR; UtVRÊ I. 4:5 

tence tMlt êfnti per^bildg«' tkdsiubBM «takvit compromis ; 
peut-^l'y avoir èe causes ](rfds importantes-, 'surtout, puisqu'il 
ne s^egissait pas de ptôuver^ua déKt*doBle|ix;,i nfaôs ie cob- 
naltrele» disposilÎM&ide Iftiloiy c^quîi^uppfM^uti >arat€;ur 
veiaéjftns le droit civil?, 11. s'éleya^fc^liwf^ v^ auurç ques- 
tion du même; genrÇf.iPiaisçl'ua ordre ^infé^jieur. U^i homme 
ayant reçu le jour chezi nos alliés, étai^t devenu esclave parmi 
nous. Il.recouvfa sa liberté, et s'en retourna dans sa patrie : 
on demandait s'il pouvait être rétabli dans sa qualité de ci- 
toyen , par le droit de retour qui le ramenait parmi ses com- 
patriotes. Est-il question dé la liberté , la discussion n'est-elle 
pas presque toujours fondée sur un point de droit? Par 
exemple : •* Un esclave qui , de Taf eu dé son maître , a dit son 
nom et Tétat de ses biens lors Al dénoinbi-ement dias censeurs , 
est-il'llbre dès ce moment, ou ne Fési-8l* qu% ISnktrfiit otflesl 
lustfatione som achevées? Que <Knai^e d'une KfTare dont &M 
smcétres'fîifCDt téaiDÎBs ? (la père dei£ûuUe ,'rei^enu de FEs^ 
pagae , oit il arait-laissésa £Bmaieieûofinie,'ooiitnieta a Rome 
uo nouveau marâge, sans avoir^ répudié .sa preU|Jè^e femme,: 
il mourut sanç tester, en lais$ai)t un fils .de ch^cuue,,]l|e.ca$ 
était grave j il fallait décider di^ sort de lasecoifde, épouse, ^t. 
de son fils : la mère allait papser pour concubine, et l'enfant 
pour bâtard, si Ton jugeait que des secondes noces ne rom-' 
peut point le premier mariage , et qu'il faut , pour le dîssoucîre , 
employer les termes et les ÎFormali tés du divorcé. '^ N'est-il donc 
pas honteux,* quand on ignore ainsi les d/oîls de ses conci- 
toyen^ et les; tais dc^ 's6n* pays, de' se présenter dans la place 
pubUque, la* tête' haute ;'a*utt tfîf leiteet |*e!* d'eflfHjnterie, 
suivi tfune fimle de cliémy contient ça et la, au' milieu du 
barreau , comme pour offrir k tout le monde sa* {f rotectton , 
sc$ conseils et les lumières de son génie ? 



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474 DE ORATQRE, MBER I. 

XXiL El quoiûam de Uopu^ou^a flixi^caft^§epui& 
eiiam segniùem howrâum Mfm iuMUMO*. 'N.WK » 
esset islâ cognilio juris Wûê^fM M^ dàftciiÎ8| .4aii»eir 
ntilitatîs magiitlii4odebei^tboi»hi^»adsa«pModtijQ 
discendi laborem niipetl|^re« Seé ^ o dii imttiéftaJes^ 
non dicercm bo<; ^ audrenté ScttVôk , tikt ipse «Hcj^r^ 
soleret^ nulltus artîs facilîorem sîbî cogtiltlofticttf vi- 
deri. Quod quîdem ceriis de causis a plêri^u^ alfler 
existimatur : priroum, quîa vèteres îllî, qui bùic'scîèn- 
tbe prsefuerunty bbtineodœ atque au^eUclœ poleotîas 
$Ude causa ^ perv^ulgari artem suam noiuerùnt : deiode, 
posteaquame$t ediium^ exposilîs aCn.FIavippnmum 
actionibua^ nulU fuerum | qui Ula arûfiçiçse digesi^ 
generatim compoMrenU INibll çft ^nup^ qftq^ fd 
ariem redigi powit, nUi iUe prias « qw U|^ i^^fi^» 
quorum «tmii. ioslûiitte vull| tuibMA»UfMi>'#i9H^^^n»^ 
ui ex iis rebnsy qoaram an n€Ddfi«i ât^airtem effioesse 
posait. Hoc video y dum breriier Tofuerini dicere , 
dictum a me esse paullo obscurius : sed experiar , el 
dioam ^ si poiero y planius» • I t [ t / 

XLII.Omnia fere^quae sunt couclusa mfi!!C,,arti^ 
bus, dispersa et. disfiipata quqodam fucruiat ;< ut ia 
musicis^iiumeri, etvoceis^ et modi; ingeomeiria^ 
liueamenta^.ibrmœ, intervaHa^ 'magniiadîatBBf > m 
astfologia, cœli conversio > orius> obitus y «utotusque 
Isiderutn; in gralniuaticis , poëtarum pirllraéhlii6> 
bistoriarum cognitio , yerborum iurerpretai^ ; pro- 
nuntiândi quidam sonus; là bac deniqtié inid Vailone 
diceDdi^ excogiiare|, oroare^,dîsponerc, juerùînïsse^^ 



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DE LïJRATÉOll, LIVRE I. 478 

XLB'PûîSqué J^ Aéhnèqtié ces împûdfeûS, châtions avec 
b lÀéme sévérité leur iHdolènoe et lewr paresse. En ^fki, si 
la ^ieàce^^ ^<At est imotose et? ^ttf&^ik^ la grandeur da 
son.èdlkéidttt nouspotlen a l-atudiNf ^ sHmnvMadre les obs- 
VM^iiy Mail 9 à dkux iipli^oH^ | |)4Q)e^g^jjL9rw,bif9i déparier 
d'ob^^cle^ m^féscflçç,4e,^yplîiî, qui dit lui-xnêmç qu'il 
n'jjT a^poi^t.d'art dont la connaissance lui semble plus facile a 
acquérir /j^ la vérité, bien des personnes n'en ont pas M même 
idée q|ie ^jc^yplji. J'en dirai la raison. Les anciens, qui possé- 
daient la jurisprudence^ en ont fait un mystère, pour aug- 
menter leur crédit ou pour en obtenir. Les premiers traités 
j[)ubtiés sur cette matière, tels que ceux de Cn. Flavius sur leè^' 
actions 'j àoht généralement dépourvus d'ordre et de rtiélhbdéi 
Përsonhe n'a voulu sé cifaat^^ de Ite retoùdiôir. Pour têàixitt 
êti ait âts dbservatioBS, c'est' pett de cènnattire bien le stljc^ 
fjii^àh 'tràjte, il fiivt avoir le «Icift de conpoëer «ne tbéotietf 
Je tâlaperoois qu'en^ voulant être pffécîs, jt deviens obacuri} 
mais yé vais essayer de m'expriara: pks oiaireaiem* 



XLII. Presque toutes les parties dont les arts se composeilt 
atij(mrd%tEi , étaient autrtAMépofieaet diipcraées ; tebétaknt, 
par exemple, dans la mmi^ue, t^ meauiee, les. %omBt tt k$ 
pwdea^daii^bgfeiMtine>le^lîga6B, les.fi0«M»|k$e9piM?»» 
les dimy rinMB.» ^em l'a^iroagime » les iiiau3ieinQn»>dfi« cîeif^i 
)/9lfay^çÀ;le^QQU(jtfi} ^ litres,, etli^mrs réyi4uûon$ vdan^Ja 
liu«ç?W*rfîj l^jPçfiW^l'Jji^oir^, kv^Wfir,^! JjtianuQnifi.jiJe^ 
mqts; epfi^, dan^. l'art df. pai^er^ l'^yçptioA, ^ di^jpç^^tion 
d^es parties^, l'élocution, la mémoire ^ la pr9nonciation: mais 
on manquait de préceptes , et les règles étaient inconnues où 
dissenunees de tous cotes. Il a donc fallu emprunter une me* 



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4j6 DE ORATORE, LtBEK I. 

agere; ignota quondam omnibus , et diffusa tarte' Vide- 
bantur. Adhibita est igitur ars qua^dam ex'trrasecus 
ex aiio génère quodam , quod sibi toium phîlosopbi 
assumunt^ quse rem dissolutam divulsamque conglu- 
tinaret, et ratione quadam constringeret. Sitergo in 
jure civili finis hic , légitimée alque usitatae in rébus 
causîsquis civium aequabilitatis conserv^itio. Tum 
sunt nolanda gênera , et ad oertum oumerum pwci- 
tatemque revocanda. Genus autem est id y quod sui 
similes cammunione <^uadam, specie autem dîffe*-^ 
•rentes y duas aut plures complectitur partes» Patn:es 
autem sunt^ quse generibus iis, ex quibas ^^Hàtom, 
sttbjiciunttir; omniaque y' quse sunt vel geoeram vel 
partum nomina y definitionibùs y quam yiôx bàbèàtit y 
est exprimendum. Est enim definitio, earumrerum y 
quee sunt ejus rei prapriae, quam definire volumus, 
brevis, et circumscripta quaedam explicatio. Hisce ego 
rébus exemplaadjungerem , nisi, apud quos baec ha- 
beretur oralio, cernerem : nunc compleçtar quod pro- 
posui^ brevL.Si^ealm autmibi iacerelicuerii.quod 
jamdiu cogita, aut aUu& quispiimi y aut , me impedil^o^ 
occuparit^autmortooeffecerit, utprimum omn^fus 
civile in gênera digérât y qua^perpa^Lca sunt; ^déindfe 
eorum genertim qtiasi quaedam metebra dbperliat; 
ttim propriam tujusc^ue vim definitione decbr^pet*- 
fectam artem juris cirilis habebitis, inag^â taiaîgnith , 
atque uberem , quam difficUém atque obèétitàm. 
Atque interea tamen, dum baec , quae dispersa sunt , 
coguniur, vel passim licet carpentém et colligentem 
undique^ repleri justa juris civllîs scienlia. 



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DE L'OAATEUJtt, LIVRE t. ^77 

tbode d'un genre étranger à ces différens arts, et que les phi- 
losophes s!attrihuent toute entière : afin de pouvoir mettre de 
la liaison, de l'ensemble dans ces connaissances, d'abord vagues 
et indéterminées. 

Ainsi, dans le droit civil, posons premièrement l'équité 
pour fin, et distinguons ensuite des genres, en les réduisant 
a lin petit nombre. J'appelle genre ce qui renferme en soi deux 
on plusieurs parties semblables entre elles , sous un certain 
point de vue général, et qui difTerènt par quelque chose de 
particulier. Ces parties, que j'appelle espèces, sont subordon- 
nées au genre dont dles émanent. Exîlairdssons ensuite , par 
dea defiottions, lea genres et les espèces. La définition est 
ufUi explication concise et néanmoins complète de tout ce qui 
c9aTieAt ai^ choses que nous voulons définir. 

Je donnerais ici des exemples, si je ne parlais a des per- 
sonnes qvi n'en ont pas besoin pour me comprendre. J'en re- 
viens maintenant a mon premier dessein. Soit que je travaille 
moi-ipême a réduire en art la jurisprudence , comme j'ai résolu 
depuis long-temps de le faire, dès que j'en aurai le loisir, 
soit îqu^tm autre l'entreprenne pendant nia vie ou après ma 
îuôrt, ^ nous divisons le droit en un petit nombre de genres, 
t« chacun de ces genres en différentes espèces; en'y ajoutant 
des: définitions exactes,- nous aurons sur le droit une théorie 
très^éteiidlie, lrè0r^eoonde,'mab claire et factlea apprendi^i 
ËfT^anendant:, ii,fam.s'inairi^ire, comme .on peut, du droit 
GÎiil, «tf;as^mbler d^ richesses éparses de tous côxés^, pour 
eaifimii^une ample moî^^op. 



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473 DE ORÀTOnB; LSEE 1. 

XLIIL Nonae.videtif y «im*iflin «wnanwfa ^ Admi-^ 
nem acuciasimo oPMiwim ingepit>y tad* mkiime^ etw wft 
artibuseruduMti, G« Am^éfùtmy ^ AiMtiWViVk^, 
semperquc vrxit, ita tétf^he jèd dvile , ttt tiiy*ci4iri 
ab hoc discessrritb , ncnïo de iîs , ïjm péritissîmi 
sunt, ameponaïur? Omnia eniin '^unt pôsîtà anté 
oculos • collocata îîi usu qubtîdiano , in coDcr'essïone 
hommum atque m foro : neque lU mukrs Iittens aut 
Yoluminibus raagDis contiDentur ; eaaçm, enîrti sunt 
elau primum a pluribus : deinde^ pauf;is>ierbi^,GQx;^7]^ 
mutaii^i^ etia^a ab iisdem scripitrlbu^^.^cfip^^iiiAnt 
$«ipius» Accodit v^ro^ua feelliu» periçîpi oQgAfPSM^MfW 
jufteiiriie {KMiii (qtiod iai«utee.pieriq«ie »ri i it ima to gï)4. 
mira quaedam. in €Qgmoaoeméo swMrvk^ji et^kcyiftq»» 
Nam, sive quem aHena studia deieotattt^: phEXrntfia 
est y et vn i^mtù yure ciyiK ^ e( iù poatt fiiim ^É i Kbi<sV 
et iti XI l Tâîïtilîs, aniiqnitaiîs eflSgirs, qritta et irét^- 
bortim ptidda veiastai cognosciinr , et àdôbùtim gè-' 

nera quaedam majorum consuctudinem yitàrnquè' de^ 

, . - . . .-.*.•... \'i :>h n^^^K-ii uh 

clarant : sive quis civilem scientiamconl^pletur ^ 

quam Scaevola non putat oratons esse propriam , sed 

cujusdam ex alio génère prudep^t^jç^ jj^|^ kffi^^ 

descriptif omcibuL» civita^is iAtilitatilH|s f^ç jp^f;!!)^^;^ j^ 

XIl TabuliS; ootttinfiri/ vid«^it ; isi^iq^^HMil^^Afir 

prions et gloriittsa ffejlotopbî» fdekétefc^^dîf tijimW 

diK:;iui») f kosoe "^ kafatbit faoêts ^eaotpîiini {di^pntsti>«t 

num suarum , qui jare ciTiiiiaptegilioiitéi ÛMMJlirî:: 

Ex his enim éi dîgnit$tig9ii mâVftiie' et^péfènfdttk ^e*^' 

« VidebUi»'. — ' âabcû 



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DE L'(MIATBUR, LIVRE I. 4jç^ 

iXLIlI.iBis QottuâMOE^vtqs pagCj'Aculéony qmfnX tou- 

iii^i^»;hpm¥^.4e4wi¥)||^A'^lim»7 in^dpm versé dm» les 
«l^y.ne.goi^e-triljp^J.^ spwp^du droh si parfaitement, 
qu'on.Q^'pfi^p^t^Vfç perppoffç fiu.r.4ç?sus ^e lui? En matière de 
droit , W, Ç^j:}se?^ spçt ^ ff^yg e^^l j|irç , pl^pi^e^ sous nos yeux : 
on Tapprend'tous les jours, et dans la conversation et au bar- 
reau : il n'est pa? nécessaire^ pour en connaître les règles, de 
lire lîu grand nombre âe volumes; plusieurs 'auteurs en ont 
parle ; liiiis 1&' clîsent tous a peu près la même chose ; souvent 
mêttiè*leur^ Triiîtes oftre'ntk peine entre eux quélcjues légers 
changétrièbs ôeriôtis.'O^ailIéûrà (te que bien des gens ont 
peiê^ k'ètMfv )y l'kgi^meht €t leVïh^mé dé éette étude en 
d i aiiiitiftBBt fcémeoftp ks^jKfflgritfe. EliefftI, ptrttrièfs Attraits 
répâ^if^^Mir- ks arts, en tst-itde cottparabk» k temx que 
nous^eflliei^fk jud^rudence-^ ]» Kvrco-dtti poatiies, les 
Douza T#A9»i^ ^ oè q/^ux qui aimest k s 'inQtruijre Ireuvent de» 
lumi^nestSMir X'anUq^itf ^^w^ Ulaugu^^ les mcçu|s et ià ma* 
nière 4c vi^re de nos aj^cêtres? Si vous s^vez du goût pour la 
poljtique et Tai^mini^i^tiQn (qui , selon Skévola , ne; sont pas 
du resspirt de rorateur), ne les retrouvez-vous pas dans les 
Douze rames dont je viens de parler ? Si la philosophie , si 
puissante et si fîère , a des cliarmes pour vous , je le dirai har- 
dimeiii, ses plus savantèscontroverses ont pour objet les lois 
et lé drbJt tiT^/CTestéri dffet lesïoîi qtii nriùs inspirent l'a- 
fflcfti*ïléf te'i^ù, puî^'ôn y Voit les aciîbtB justes ^ lîtifcs; 
fadftèr^^'^orî^ifê^inént néct>mp«nié^ , et M crftMes et Iti 
iBauvdsajfeiT'piiiiis 'pip >l'4ttiendev Fîgtiotihiie ^^la prise», lei 
chAtfaMniff)'<eiiletfti^fèQvt.ilUles omu apprenaent^ non par 
la T0îe J^llte49ft(^ltscii89i«psyimAÎs<paC'lfur autorité, k moh 
dérer nos désirs, a dompter nos passions , a veiller sur nos 



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ribus^praerniis, * spleodore decortftiir; "'^ififlU fUT 
homiDum, atqoe fraudet, damais, ignominuf, irin- 
culis y verberibus y exsiliîs , morte rnukaotur ; et 
docemur non infinitisy concerutîonumc[ue plenis dîs- 
putatîonibus, sed auctorîtate, nmuque legum domi- 
tas habcre libidines, coercere omoes cupidilateS) uos- 
tra tueri^ ab alîenis mentes, oculos, manusabslinere. 

-fmkii nivàfitwSSl Tttlwilici¥rt. lîÛUus ^ 4ii4^tf l^glM^ 
-femei 46^ oèpki *vi4etit , «t «iclwîttbft!f0«ifcf ^loM 
^tviioiiis u4^eru(c'' «upeMireu AoJ^. -sii — |i ■ J i himJ 
tmrihnlr'diebét, nMtrK patrîa dde««|t| ««BijÛPMittifài 
V^t vis; irc tâttta imCDra , ùt lthaéaib4lkMF|4MbMff4- 
rlmi^ saidlis, tattquatu' difdalum'/^rfffiïvif ;^1tf^Befl^ 
tîsslmus vîr iramoKâlîlali' atitepoÂefeV f cpo^^MttôÂ 
tandem inflamniàti esse débemus In >|umc>3i^pa^ 
tnam^ diuae una m omnibus terris domusest rirmus* 
jimj)pru^ digniuiis? Gujus P^^^n^^i.^^^^j^Jl^i^ 
.<|isi:ipUTO^ ooueswç dçb^t; YeJ^^uJa P^^JfffPjipJffl^^ 
..^HïwyMP^osirûip, v4^qmi^;.tao^;«apii^t4ftlMi^ 
ffiire firasMocodo pulMd* « cis^^^ri^^Mu»^ dték'^ ^ 
attntis ^pibcia^itt^pem comi^afMidii#iP«broî|)|i[|fi# ftwp 
';iHalii M c^goîÛQfW jons ilaNîtiw > ctoënlnyttjunit 
tftiod^ qtiai^mtri ^r«>riiétifat»k*u4ittlij>k 
'tetëîris g^niibos, tlim ftfeilH^è 4!^t«Iiil^ 
'ittefiiÀi; ty-ctirgé , «t 1lrafcbiiéi^«*'Stf»aè*3rtail* 

» Alquc spleodore. * 



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ftf^fMehf'k ût'ffâteijiitLtpet, t ne pu Hièm mim tifltt 



• • '•(•»»•■' »'H "J •«. r , *f ' - ' ' *i ■» .' • 
• * - • rf *• *,. 'i t'i ;" ) . - I » '• 
^f . • . M.- ...-:. .. • . 

XMt. QUittd }è detrtds>Xièi«i^ tm ùMrimm généfil, je 
t]it«loe^f^>eioe;0<ri/jepr«Aife}epttlt Livre de» XII 
TiMes k teiis les voImm àm j^WleflK^pket ; "K est fim in^P^ 
eaal, flMMlc : c^cn la «witte «ttk priDctpe 4«Mt kâi. Si 
iimi%*€kan9ao«» la jMtiM, $i tellia-aoQl.lamtaïae ei U fwof 

p^jTft^piiai^iIvrk mifl^^ rocbar.d'Ita^e, guel/mowr 
i|e,f(^<ms7)\<>Q^ I)«3 avoir pow Rfti^^ la capitale du moude, 
k séjour de la yertu y de la grandeur, de la majesté? Ke de- 
vrons-nous pas étudier avec empressement Te^rit de sa cons- 
titution , ses coutumes et sa discipKne, ou parce que Rome 
est notre patrie, notre mère commune , ou îwirce ^u^elle a 
monM 'Sautant 'dé sagesse dans ses lois, qiie dé courage et 
d'hâ^B&fil^ ËUaI 'iei bonites ? Tous rètîitrez dussi de la cou- 
AatsftnWAf Mdi*6it tinfe^findt sWafectiofif; tons "jttmytm 
dé^ VétiuMës ' fôutêMmeek-, en' Mqvérant Kmine coAvîction 
^4i mig m^i de bot akvx |m> supérieufe-^à oclkide* iMtet 
Itii i<iÉi|i itniiuM ^ «nttonui vo«s.>cqaMnaiM#ioîa au lois 
da tfidmiq d» .Dfttttu <ot à^,hjcwm^^ ^.i^ fm^ ^^i^mf 

( et je le répète souvent en conversation ) que la législation 
Il 3i 



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48i ©^ ^O^ATQPP,, HgEÇ t 

sii.pmne ju^e^ivite, prêter hoc^ostrum^iiiqo^cUum^ 
ac pœne ridi«iilttBi:cdft quoMBulta Mle«4n aenqaai- 
bu8 quotîdianis dicere y cum hominum nostrorum 
prudentiam céleris omoibas^ et maxime Graecis^ 
antepono. His ego de causis dixeram y Scsevola , iis y 
qui perjfccti oratores esse vellent y juris civilis cog- 
nilionem e$SQ oecessariam. 

fldereedttUiaddiMti^ l■ÛAistro•a0^fraBbeBÉc;IIÎndtetâa 
•ff«t0nlMi»9 (iiy qui «pdd itfos ^(kyfàirikà'^étBltiimrr 
sié, %ti ttô^(t« dtitftlé cottttii , MipKsstoius i^ttft^ë 
ci 'clârîssimusvirjttt ilfe,'qtd pfdptefî'îïâïié^ftirfï 
civilis scîeniîam sic appellatus WVuîuiiio pôéïli^ést : ' 

Egf e^ iordiius faèno /cttua £tras Sctli»Ti ^'^ *' ^' ^ 

Multûpie preeterctty c|[ui ^ cum ingeaio aibi ( auoiMtf^ 
digoitateiit reperissem^ perfeceruiat^ otnr mspon^» 
dèude ' de jtirê^ auctoriiaie plus etiam> qMtf)Bi|H^ 
ingetiio^ valèrenti Sepectuti vero celebraildat èi bt*^ 
paud^ quod bouësdus poiest esse perfiigmm , quà^ 
jûris iDtorpre^ûo?Equideéa mihiboc sùbsidiuqi^|^ipf 
ai^' adolescedua cômpat*avi« uoii solum adlca^sarum 
usum ' forensium: sed etiam ad decul alqiie orna— 
meu^um.seiieetiiiisi ut^ çui^ "*^r^*ï??,(^^8^/^!^ 
]%vçL tçny^.^yeuu^) 4eficerçi cœpissjçnty^^ ' j;j|t|,^fjK^^ 



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DÉ t^OftATrtJh ,' tiVftE f . 46ï 



t,f .1. •»' ».'. ji"« 



'••■<'..'•■.••.'•. : ' • ^ ' ^- . . « i ; ,» ' 1 ' '- j^ 

' XliV. Maîfe , d^ôrd j lie saiiron pas coiùliién elle pjwure 
àcéta qûî'^'^ aîétmgiierit, dlionnears , ie grîèës ëide crédit? 
Que dbe2 WQf^eèy d^ IktoPtn^ âvili^ , «éd^ par une c^ 
tive^fiéccpqKine^ prèfent k>im orateur leur ininiit^te' er Iç 
secftW9. dt IqwTÇ liunièw W le drtfl pubUc , il ,«'w ,^;pwt 
aû\3i p;u:iDi n^^ y ^s personnages les plu^ illustres et le^ pl^ 
^nalifiés s'appli^ent. a la juriapni^ence , et c'est ppur cda 
qu'ufl. poète célèbre s'écria en parb^t d'^lîus Sei^tii? ; 

Homme pl^inr de sagesse ef d'un smis-mêPi^piX^i^! * 

PhiWQr» autres hiim|p«« âkstire^ ai^^t ne^, pur lfU( 
(léi^k^yiieifrMida.aupmailitéf ils en oqt encore acquis du» 
van^^'^ea. exerçant la prpfeseiori de iuriâcouâuUes ^ enéchà'^ 
ritmi )içui^ concîtoyen$.pw d'util ts cousdls- Pour Uouorer^ 
ppui^ exnbellir sa \ieillesse, est- il rien de plus louable q^e de 
s'occuper^. dans le silence de la retraite, k interpréter les loisî 
C'esi une ressource que je me suis préparée dèa ma jcuiiessç j 
non* seulement pour en faire usage au barreau ^ inais encore 
pour ta gi|>ifé et rdrneriient de mes dernière» atiiiéci, afin 
que W'iiD^'ferfees, 'quî'èoiùiii^iceut à s'allîiiblîr; V^iatëM ^ 



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494 DE OKJIT0BB ; UBER t: 

prsedérîti^ i quani honoribusi let'r^ipnUieae'ttKiMirik- 
bus périfàncttitn* setiempbfe^è stio jwre'^dicél'ë tdetn, 
quod apud Etinium dîcdt illé Pytfrïas Apollo^' ^è eà'sê 
euuiy unde aibi^ si non populi et regesj.a^ omises 
sui cives o^Q^ilium expçiunt;^ ^ , . , ^ 

Suarum rcrum incertî : quod ego mea ope ex 
Incertis certos , compotesque cousui 
. DimitDOyUCnerefrteuiere tr$^:lei^tmchidsii,, .-. , .., ,( « 

Est enim sine dubio domus juriscoosulti (oUus ora'-^ 
culum civitaiis. Teslis est hujusce Q. MàcliSânua 
et yesiibulum , quod io ejus iDflrmissioia ysiJI^^Jia jp^'Çyi 
affectaque jam aetate, luaxima quotidie frequefi^^^iÇ^ 
vium^acsummorum homÎDum splendore celebratur. 
XLVI. Jam vero tlla non ioogaiit oratîMeMdesi- 
dcranty quamobrem existîmem puUicaqtiûquéfDfrà ,; 
quœ sunt propria civitatis atque imperiî y lùnï tiàEëtfil- 
menta reruîn gestaruui, et vetuitatis èiefïifellfiî ôV^W- 
tori nota esse clebere. INam ut m rerum priyatarani 
causis aique judiciis deproi^icnda sœpe oràtio i$t ex 
jure ciyili^ et idqirco^ ut ante ammus^ oratori ju-t 
risclviiissQÎentia necessaria est: sic in cousis pimlîci^ 
juflicipr.um;^ ^opcioi>m«^^çena^^$, oIn|^j^^^^^(çt^ 
tHlwta^.m/fiAor^ vet,p^fb^çi j'uc^ ,^^ffffff^x»^^f^ 

«Mifteiîi^ ^. iU tioiiatoribii»^^ HqAiit iv^rsmunr. <itofif^pluitT 
biicry s«ilp|ècibt esse d^heDp^J(imï*)emmîSÊKmAcÈa9i 



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DE XWRATROft i OVilK i. 4«$ 

çpjQSj4ter, jp ^yxjfi du^pinf Tprade de me§ çQpçivoyens^^ 

• Phi* d^utUès ronsetlsl comme un guide JJdèlky^^' ♦ ^ * ' 
J'éclaire y je soutiens leur mî^n (jui-èhàiicèlè^, •*/.•* .1 

. £t des lois , CÊ^ec eux y perçant V obscurité , i,* 

J'expose ma prudence H leur témérité. ^ ^ r 

Oui, sans doute', tu) juKsconsuIte'bakile est Peiracie de toute 
une république. J'en atteste Muciu^ Scévola, qui est ici pré- 
sent; .quoîquç cl'une santé ftibîe et d'un âge très-avance, ses 
portiques sont remplis cKaque jour d'une multitude 8è*ït6- 
ftffiïbë^'et noè citoyens lés plus' ffistînguë^ tietiheîdi èttfSrflt fë 
ecinstiHet-:*'»' ' *'•—*'• *' '' '^^.,n^ , • , . . •. -,. 

ççpç^tçç j^jj^|, le ,4rçijt, public ,et Jes iplçxptf 4« j^^^^X^, 1^ 
ç]|çfl^5Çpiçj[^^uçveftu$,daB5 Teppi^^ Rjop^ et clfçz ^§ j^t 

lorsqu'il plaide en faveur des partictiliers , quand il traite une 
cause publique, quand ^1 parle a la tribune et au sénat, la 
connaissance de Fantiquite, des anctens^ usages, du droit pu- 
fcnc^ des principes Se râdiiimistratîon , lui devient indispen- 
sable; 7e^iîêparté*pas îcfd'un pratîa'en diicâîneùr ae'pfofS^n^ 
Miià ^^éfc1to«atMlfM«si^dé;'a%il itiéëUhAt WifcàtV^iift Shik 
étktTOr aocoitipn*,^fcf ^^l^^ë¥ dthns^son-àft',' 'et téflèifMff i?WV^ 
âiÉMaeèStt^\iëftii^mMe<,'q#U^i&Ue btbii'ré^^ éM lé^iidif 

MB«^B5t)CfiU)i9fiMti«/jf)ra{ii:e<iaitoQa^ tabâ^ifavTagft-jdM 



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hoc É€rioûtï^ iH>Hro eoùqéiHitHft ^ séd-'ëfiià v4Mt» > 
/[lit prîmtim sW q«s atti^ animés, tcftrjnà' diiVti'1^9a 
natar^magtidm'bomiDifacuI^teiii Saret/iaitt^ èk^ 
iléus ^* puiabâtur ," ut él'îpsurii, qubA* eràt fiomims 
proprium,!i;ioii partum per nos ^ sed divîmiui^ âdt nos 
delatuiQ viderelur : deind^ > quipossu.j qqq îam. ca- 
^uceo^ qudm. Qomipe omtori^ ornatus^ î^jt^lumi^y 
,^el iater hq^tium lela^ veraeri ; tumj i^q]^ K(i^¥^ 
iVandemque. soceutU posait diœndo ^ujijiççr^.odio 
<ûvlttm| aupplîcioqu^consiriogere ; idieo^^e ipipoii 
iprfeaîdlio inieioceatiaib j^dioiorum p#«ii Ub^rtre : 
îdeniifiie laQgaeaAem labenteinque popitliiBi aadr ad 
decus «Ycttare , aut ab «rfore d^iMe^ ^ tint itAà»^ 
mare in improbos, ant incitstum in boQM^-'Mki— 
gare : qui denique, quemcumquein animn tibmdntim. 
moium res et causa postulet^ eum dicëttdb tèf etcl«- 
tarc possit. Tel sedare. Hanc vim ai quis existimaty 
aut ab lis, qui de dicendi ratione scripserunt, expo- 
sitamesse, aut a me posse exponi tam breri, vehe- 
ménter errât : neque solum inscientiam meam , sed 
ne rerum quidem magnitudinem perSpicit. Equidem 
vobis, quoniamilayoluislis, fontes^ unde hauriretis ^ 
• aiqi^e itii]i|ra ipsa , ita putavi esse demonstranda ; 
non ut ipse dux esaem (quod et iuânitiim est ^ et 
non neceasarium), aed ul coaimoilstrareoi taDivna 
viaiB, &c> ut fieri solet , digitum ad fontes inéenderea». 
i XUliU.MOMV. « Myû reuk y mjitiuMiMias ^ 
•alia np«R|ii64ibs<e Tideturistofram-ltMffîs^ êî ntodo 



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k^e^iffs.de, sop^éoie, assure le triomphe <jk |'ljjmpG^ice ac- 
cusée, maîtrise i^np nation entière ^ la fait sortir de sa léthar- 
gie /relève son courage ai)attu, et la rend k rUdnneur^; qui 
réclaîrè et I^enflamme contre les mechahs, qui Tintefesise ep 
faveur àeVhbinme de Bîén, qui excite et calme a Son grè, 
^aifà ^'iàu5e le (demande /l'es passions de §ès auditeurs. Sî 
qiélqu\m d'enfilré Vous s^îiilâgîné qtie les Hiétéùr^, qui oiit 
*éerft sùrTtot dé paiicr, ont développé ces $e»refa, ou qtié 
^Wi9éé éfM de le Mreai si p^u ^ mêk y A m aonlge {niûit 
^k> id*B igadiftin» lÀ'k ^éteHdufe UaiB^fit.v^^ 

^(PWf r ^ iE;,!^ {^ du vou^ ft^r.lft rcMH qiâriroi»^ j,amdipt, ,psâ& 

. pjru ^pp ^ ,eï njêw^ inulj^ )- , , , . , . , , ., 

, J' iîî*jé » /.?<•!, . '. ;;> ,'.. . . \i . .>i i y, .-.''- »; ''-•• 
- vq/j , 11/ il .:'.'-' ' i:) •;'...' . .. -r:i:j '.* •^■,* . ii . m^^ 

b )?. ^ fnî--.'<i I - ; • '. ■ ' . ' u ■ ."-'tfy^^M- 

^^ï^ /.-■^.' ^; ' ,.-. ^ . , ■. . .,'■ ■ -•- •;' . ' ■ 

u". r-'-j" (.'': "»fi %•.' '-/'.: . 'lit. ■.;.#' ç, ' , •tii,.';.:^ . =• '- 

• XLWI; îSÇÉV, -^ Voua iBiï^âvefr dit isèe^^Utà nid/pour 
èsuitef lVràdiw>deceF;if imesîgerisj^ .Vife-almeet^vérifablemcnt 
leur profession : cl comme Socratc avait coutume de dire qu'il 



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mimATfmimjmjnii 

•Wl ttMdÂQM'5 «te^cfiMll^l^ 

^s Miis MMt «Mcimtm^otionaaiMMsttii âé^iaditiM 

M'pèrtttrfsuïrf'è^rfa, ut tiîhî! ihMénibùf^^nih^titL 

sic ego intelligo, si ;n haec, quœ patefecit oraiibne 
sua Crassus , intrare volueritis ; facillime vos ad ea , 
qu» cupiiîs, perveuturos ab hoc aditu, januaque 
patefacta* 

i SUfcP. — Nobw t%fO, iikqttkStil^MSÏUs, lê^^Saii 
p«r^tâ ^erque jucunda : -&eâ panèa etfisdhVeqttfri^ 
BittîT , ittprimisqueea , quâe valdebretiiera tèyCÀiàëJ 
de Ipsa ane percursa sunt ^ cum îUa te et uoÀVoiitèm- 
nete, et didîcîsse confitérere. Ea si paiiHo jaiîus dîxe« 
ris, explerîs omuem exspectationem di^iurm desi- 
derii nostri. Naqi uunc, quibus studendum fiebu^ 
essci, accepimus, quod ipsum est ^iV^OQi^n^f^.Wif.^ 
sed vias earum rcrum rationemque cupimus cog- 
noscere. 

CR- — Quîd st , inquît Crassus , qnoniam ego ^ 
quo facîlins vos apud me tenerem /veslrœ ppiiusob- 
secutus sum voluntatl, quam aui consuetud^ii(^,^^jjji 
Ijaturœ meae , peûmus ab Antonio > m pa , g^ffi,cpBr 
tijiet , ueque adhuc proiuli? , rex quibw uftm^ lÂlijLf 
lum sibi excidisse jamdudum; questus es« i /^içfit 
nobis^ et îlla dicendi mysteria enuntiet. . 

SULP. — Ut vidçJLw» «tfiHit SjiIj)i<iiuj,,JVaï« Ajtt 



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D£ i»sBUTiHie;i iJime i. 

W# Ç<^i 5P^i4>i^PHÎ tMn^sjf i;éJqffiWnfiÇwrTOH?iyf tri 
riverez, tf^-fectoïieçj^y^,^^ S^^^^^^^ T^ÇWï^ff 

vous ouvrir* ■ i • - » 

^;.jLji<i'-/ l»ii*ilU^. ■ , -Jj:'. .';.Mv > ■•'*■' Mil , ciifi^frK ) 4;i£2 

Çuçjflpfeichqsç de p],u^ îïf)u? ,v9pdrians wîflV)^i^.fra«W*t 
connaître en ^é^il 96$. jrèg^^ doçit vous ayfp p^l|^ trop^hriçi^ 
vement, et oue^ de votre ^veu^ vous ne dédaignez point, c[}iç 
vous fivez même étudiées. Nous vous prions de mettre le comble 
a nos désirs. Nous savons a quel genre d'études il faut nou^ 
BVrcr ; c'iest déjà beaucoup r mais* nous l)rulons aapprênàro 
ké^ifaoyeiri'dy parvenir a éloquence. ' ' ' * 

CR. -—Mais, si, pour :irpus garder plu^ lopg-temp^ cliea 
mqi, l^ai répondu a vos premières questions., et, si, pour 
yous sàtîsraîre , j'ai traité des objets qui ne me scmt point fa* 
mJHets, ' je m'adresse maintenant a Antoine. H a composé un 
petft'oûvitelge sur l'éloquence, qu'il il6us di*at tàhtôt iité 
dévt^ ^bKc malgré lui. Je le supplie dé dons décôùvrlrlëf 
inystfetieïnet 1«8 secrets de l'ait. ' 

SULP, — Très-vblontîers. Les sentimens d'Antoine' seront 
aoséi k» Vàtrei: Jeii^â ituraifi' douter. J - i i 



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490 IWî lejBATOlW/fcWBft I. 

tonio dicéûté f étiàm quid tu " seotias , iflteUigeniu^. 

îM liôbîS V Adfiîitt i fcfotàMBtfs M ^ aftàffs , ot^iWàh 
liorUM àSîcÂe^cenlîdm' sltiicliîè fhip6iiiiùr ,' ti€ feifib^ 
nas 9 quid iis de rébus ^ qins a te quaeri vides ^ 
sentias. 

* TSdLYIU.ANT^ -^ DepreheBraim c^uidfemrAie^ 
inqtih 'Amooîus ^ plaoe* video nique sentie, tion bom- 
lâmquode» mqQÎromHr'sitâey qu)Di^iiiti«Mttig9aru« 
at<}ite iDsoIèns, séd quity quodio causi» vaille fbgei^ 
fioleù > tïeti^ 5 Crusse , ^cc^eMtant , kl fbe -ûttiki'fcti 
fitâfè tton fiiiutim. Verùm bôd ingtediàr kâ ék ^ Mké 
vuTtis ^ audacias ^ quod idem mifii fl^èfô lisii e^î^ 
vemurjim iq b^c disputa tione ^ qpo(i îb dïcendo sq— 
Iç]^) ut Qulla exspectetur ornaù oratip.'JN^eque.eDiqx 
sum de apiiç diçturus ^ ^uam pumqy^çpf di<^^^ s^<l 
de me» çftp^ue^idiDe -^ ip^i^e iUa^;qu^V?^WQei(^ 

dœiriiui iradîuiy «cKliur^r«m!(um,)Ciii}aiuM(iM^ 
tata :.quiû si vobis., iunniiiibtts emditissiaiifi yt notai 
probabuntur > v«siram ioiqtiiMéiii a€lKiitfdi<f;^fmreiL 
me ea qu^sierilis , quâc ego nescirem : itiedin facîlt^ 
latem laudatote y cum vobis , uoti tneo judicio y sed 
vesii-o studio indactus ^ non gravaie respondero. 

CR. — Tum Crassus^ P^rge modo, inquit. An- 
touî. 15}ullùm est eiiim penculum , lié qmî'tif cîo- 
quare , nisi ita prudenler , ut Demmem nostrum pœ- 
nîteat ad himc te sermonem itnpulisse. 



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0E LM)RATnm / lilTKE I. 4fH 

^ t^m^hffy^ ^m ^igà^i^ pwr W!tt« TÎciUwei, > vouf prie 4e 



»o- 



, )JLL¥Illj>AMï. NMk Je sqn-jpr») fêlé fois Hm'^ V>A ine 
49MMde,,M»<8eiilfitaieiit ^ délûl» qut |'i0M»re| %t doot y» 
^'aifsÎDA iQMituiBe. de. m'ooeuper^ »«it oo. n'ob%a «acer» )i 

^4!!4^^4f^^^ ^^<^^? PP)).^* J!a}>ûtdfrai dppcJU^pi^slicp 

lY^ d'^^t^t gli)^ d'assurance , que tou» n'exi(;erez pas de 

jnpi, ie respère^. dans cette discussion, un s^le plus brillant 

que ^iâns mps plaidoyers. Je ne vous parlerai point de IWt 

aes rhéteurs, je ne Taî point appris, mais de la méthode que 

j'ai adoptée.' Je ne dois qu'a mon expérience et a là pratique 

'fcs prtnbîpes contéiiùs dans le petit ôUVfagc dont vons fûp- 

{telfe *é '^ouTèmr , et je l'ai coinpoié pour soulager m iriénrôfrc^. 

^ jëiwtkmtettte'pas deaihommet^HiMi ëdàitéâ^e^ôos Pêties\ 

éfti^eif >ttm^ <« pTMdM k vous^nifaies , et "ont «en^ compta 

ȎftnmpBfǏle( Je*fw eM^cr, tMlgtimoD UttuffistAoey de 

;iptlhiifdre«s ▼«• tvAfehaiioiit. 

h'i^* , -M . . 

O'; /*>ik . I , . * . , . . . 

-m/. ^ ^ . ^ 1 , [. . . • ...... - 1 

CI^.--rJ^«ssiu:ez-vou3|. Antoine : «tries en mi^t^. Pei> 
^(?ime d'i^])tre nous nf se rc|peatira de ^vous avoir si viyemeut 
pressé. 



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<«». 



^ 



4^ JIEfORiirrcmE^ tlBEH It'^ 

<> APil^ ^jfigcyiverK)!, ki^i<i ^ pe¥^rii r et nt-fabia^n , 

o^ortteffe fcëkiHèo^ tàE y ïj^Wîlitta îAt' i dTt^o dKpiîrtb-^^^ 
tu<^ V'éic^Tafaiiiùi^, tfë vagafi *ët?'èVi^afe tii)gîi(*u^''oI4tr6';^ 
si iï^^'âuiiDtèr se dissenserint / non idem esse Ulud ^ 
quo de âgîtur , * intelligant. Nan^i , si Torte quaerere*— 
tUf > quœ es»|çt ars impfratpris^ con$ut)^i»^p,^^jpu-j 
4iiPW priwipïç^ j quia^»3et inip^ï;«tQr ; qi^ ç^i^j^ ç^ljÇj^ 
c^sj^ifuMf^adii^iaistraïQr qj^^daxfi lle^i gç^rf^i.^ ^MWi 
a^^i;igç4r4^U9 flee^^i^rcHUi dei^i($ui«|d^4^m«Lit)Waf^ 
s)gi;ipriiqi oolWionUHis^ deoppîdorum oppUgiii)3twii*!. 
l>nl> Ae4i<Mauiimia>'dQiiitidii8faeiemU«aÉ«tv8fî6cané^ 
d0, ivdlit{tkÂs rtjas^ qu» essdm ^ropriaa^beUi^^chiiiilMx 
traàdi r qninnim qui esaent «viitBQ «t 5c4eiAi*«Mêém{M!^ 
tes, eo6 tesse iftiperatore8ilièereiii;.uteref^^eéteiî/^^ - 
Africaiiof am et Maiimoruni ; "^Epamfn^ddil^ atqiïâ 
Hannibalem, atque cjus^genéris tomitiësi1(fotàïtiai%l{n 
Sin auieni quaereremus y quis esset îs , qui ad rempu* 
Uicam moderandam usum^^et scic^tiaoi, et sludium 
suum cootulisset > definirem bac modo ; qui, quibus 
rébus utilitas reipublicœ paraeetui^augereturqne, te* 
neret, iiique iitcretur ; fauticYeipiîblie^k féfdtof^ ^ 
et consilii publici anctotem esse habéndatti^ j#k/éR-^* 
caremque P. Lentulum, priiicîpem iMM^i"]^^ ï!? 
Graccbùni patrcm , et Q./Meiellum ^^ léi^^^.^Av 
tiuin> et G. Liaelium , et innuineralnrés'aiiâs cnmei 
nostra civitate y tum ex ceterls. Siii autem quaerere- 
tur y quisnam jurisconaullus vere nominareiur ; eant 

> Iniclligcnt. 



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deyoiq d'un générai chargé^ de conduiFç une guerre impor7 
tante^ j'examinerms d'abord ce mii regfirde l'organisation d'une 
armée, ies'canipemens, les manœuvres, le choc des troujpes. 
les' batailles ^ le àiêge des villes, les àpprovisionnemens ,'^ lés 
jiïégcs ^*ôÀ 'doit téiidré et ceux qû'ÎIimportè'd'(Bvîter| e& un' 
lébt;* eef'^ttî œhceirne PàiitiSiustratîôû iet Wk' mïlîtâli'e!'ïe 
i^K^B^t^k éhstSaté \é6lù^ Û^AikMii géhéral ^ c^lûî ^ fétiiuV 
îr ti»i^M»â<taoiira{fe'tdaeei <ïbB ceàiiàisàfedtik^, éffè'ât^air 
penbflttodUtfrferSèlpionsy leiFdntts^^|ii^fflûa(>fld«iB>à Âtt^ 
llyMlrSfiMtlf^UÉslî<m d';an4«miie ^ÈJM ^ se é^tlM m 
g^p^Wïl^m^ ^ Jat «épiiHÎ^ 

"-^) ^ OUîV^jin • : o.. .i'j'?'ît;i^'/» •- •!.' -' i'' - ■ '•'.. ' î-^i 

^ î^ V<B»>4w*iftaW^)'^JW le.îitrAdc jUFWTr 

Gopg^ltp^ içHf^l^ jffi 4RVW ' ♦^'^BBçUe^ WP?c<?«sulte ce^u^ 

desav^c^îîf^^ p<del^4iriÇfri e^^e citerai^ 

Sex. .fflms^M. Mwiiiins. r. Mucius. , . .. ^. 



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.,i^ DE ORàTM»; UÊttU 4j ^ 

dieerem^ qui legam> et coMVMidim» ^us, qira 
privati ÎD cÎTiuit utf raatur ^ et ad raipoodendimi , ec 
ad ■ ioribendam ^ ec ad cavcfidiim y pericus eaaec : et 
er eo génère Sex. .Alium > * AT Manilitun ^ P. M u« 
cium nominarem. 

XLIX. Atqûe ^ ut jum ad 'leviot^ «rttiiii/st&^la 
Teniam y si musieus^ si graminaticùs y si pôêiia''4&àei^- 
tur y possim similiter expitcare y quïd eùéiîM ^i^ 
que profiteatur, et quo non amplius ab quoque' su 
posmlaudum- Pbîlosopbi deniquc ipsijas^ àxn de siia,. 
vi ac sapi^Dtia uuu$ omuia f9^e profiiQtur^^lamçii 
quœ4»m 4ea|Driptio, « Uj qni 9i1|4«M PPVRJJWni'Çiq^l^ 
dmoarum 8tq[ue bminmuroin yiDti>,i|^iifai^iQimi$^. 
que noaae^ et oniotm. beat ¥Î«#i)di ratoQMmiiVinifiK 
et persequiy aouûoe boe «ppieMQUur.. OrHOWfmiMfM^: 
te«n , quoQMimde e<>qpMriuua^ eqvidenii aoaifâcM 
oiindem y qoem Grassua ; qui niki Ttsnà^eftpikBesi 
omntnin rerum atque arûuin aciemiMn tomprêb^il^' 
dere udo oraioris officio ae nomiue : atque ettUi ptitô'^ 
esse y qui yerbis ad audieudum jucundU et senteutiis 
ad probandum accommodatis uti possit îo causïs^^ 
rènsibus atque comniufiibas. Hune ego appeiftp o|^aj* 
torem y eumque esse prœlerea instk>uctij^ l^^^îl Çf r 
açtionc;^ et lepore qûodam tpIcu Cra^w? .TlSWfffifeîi 
npster visus. est oratoris fequltatem t^^|ilJ|)|^i,9itSi^ 
tel^niais y afsdr îogejaii sut ^ûbus > iiAii»^^iM^pi?i|«» 
dj^sfiribere^ Naao et idvitaAuj» tegetidiiciiba'i ttraMrl 
guli^emaQolabsODtevma «ua tradtdii : àfi 411Q îpèrjmAiil 



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^ 



* , ii5i*i>*i*»iiiOvitifîi 1j> -? « 'iî.i.'. :î?-^j * ;: vit i t jt'/j m 

tendue de sa prpfessiop. Eçfip, '9 l'çjjar^ du pÎHlQi|Çfihe, ^ui 
semble y lui i^eul; embrasser et exi^çer tç^^f^ les ajutre^ pro; 
fessions^ je ïe' définirais d'une manière plus précise^ et je di- 
rais qull* étiidîè la nature et les principes de toutes les sciences 
diWûis^r%tlmamésV qu'il se livre a la théorie et à la pratique 
d^Kte64*îflS: Pbtfr enSeniFy Pôràteur, qui fait le principal 
okj^^ftiiifttffeeùbrètîën", fénè péiise pas/commè Crassus, que 
le'tilr^ H'4l«:V&ii(9ViMs ïKt^é^ néte^lrèment 

des «teooiMSBii «wv«r«di«i; it^tÂt, flMoti mei', h l'ora-^ 
tenr^'drpOwcttn^avbArnMi^ t U tribiuie^ s'ei^rtfMr <hiM 
WktH^tf^miAtitik fààm^ faMéeaw J^engt de |^ im èei 

Au reste, notre ami Crassus u a pas défini 1 orateur d apr^ 
le^Dornes de Parti mais d'après l'étendue prodigieuse de ses 
talëps. En effiêt^ &a cru dTevoirlui conner le ^ouveràement 
dès Étâts^.l!^m*à paru, Sflc^Vola'; qiie voiis ne pouvez point 
fifireSfefc^lffle^îOTicèsêiori i*<!!ras6ttS/ rôus dbïit te sénat a soù^ 
v^*8d*pt^î'àVJ*'8tff^Iés''âfï»fes1^ grttei', <juoiqtïé 

vetf!^^«5âl(^Jd^<^^d?iïée^«lMië^ àf^W- 

df jiMrprii|ifpigp, qalsftltnéiife,dn'atti4m^dkj^ii>faBt!iian^ 

gne voisine ; savait que Crassus veut lui ravif sa gl^irp^etySon 



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4<j6 M OftATME, un» L 

mîriHii yïêum eu , SciCTok p le hoc iUi 
cum usfimme ûhi teDatp*^ l^mdMr 
diceoti^maximû M 4e rebiM %mmmm^ ML-^ 
ro» y qneqn n0ù looft^ rari» ap^dae^ fma—dîoy w 
regendm rmpMicm aciemît^înMM , si aodîerit , haœ 
•uctorilâtem graTÎtalîs et codsîIîî sut Tindtcari « le , 
Crasse^ quod etin or »torK% propriain esne diC9f ; ^itii « 
credo 9 hue Tfoiat^ et Ii^nc loqiiucmtem 0O8tr»m 
viiltu ipfto aspectuque eonterreat: qui quamqaaoi rtr 
indiceuflo miDimecouteiQoenduft, pradcutia Liiairi! 
rerum magwrum npgîs y quam dicetidi arle , uî^lur 
?Iequt ▼erOy piquât uu umque potoal , auij^Jacwi^ 
)ii ppblici aoclor nç senator bouufi, ob eun^î^wai 
cauaam oraior eH; aut hic diaeitnaaaqoê aJqquflm^^ 
est idem iu procuratione cÎTÎtaiiiaegrigMa^ ^w 
scientiamvdicendi copia est coDaeci||Uts. Molliigi 
ter se distant ists Alcultatef ^ Imifeque awM diverse , 
atque sejunctae^ neque eadem raiiôneacTÎa BL Gcto, 
P. Africanus , Q. Metellns^ C iLaeliua^ qm oomes 
éloquentes fuerunt , orationem suam et reipoUiae 
digoitatem exornabant. 

L. Neque enim est interdictum aut SkjtrwifL qa- 
tura y aut a lege alîqua atque oore • ui s^o^g^a Ïèq- 
minibus., lie amplius^ quw^, *^^il4P9 t^i^^iulK^ 
liceat. Quare noa^ etsi cloquciniajM myift AQf^niê fe- 
rides 9 idemqiie ia en ciTtUte pluriuMe mumm prin* 
ceps eieMUii pablici Aiit y ideûto e}Mdefli 
atque artîa utrecpe faeidtaa 

* ** AtiqiiMii MÎefUiam 



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Dfe t*dkkTlûR;li^^ t. 497 

èh ^i«l*'Èfoi*f«n'Hnpo«BrtH[é,"é^* d»tfft'sell\}é'ëei rêgaras, 

smL h ^fuat d* «\ mtr çpit «nr- k otlnit^âc, )a-)p«i^lè.v., - 

LTiommç qui réunit le double ayautage d'être un sénateui 
habire et uo ^rand homme d'Etat, n'«st pas pour cela ua bon 
orateur. Si ce personn^e disert, éloquent même , se distingue 
'daiâé^1*lichiiInistte{io& dé la repuUiqùd, c'esi^quHa V^is* 
éni ^ Hvrant « Y^oquénce , d^titres connaisèancesi Les t^ns 
dé fixii «t de f antre n^ stfODpês taàb^ he». ^tètem pér la 
dtifiMieé''^^tes( sépara; M; Catoir, P. édpicm fàfrrô^, 
Qj Ijf iritui /Q. jUtt»,' htMÉttes vistimeftt ^Uferô, ti}eiiiM 
fLqfÊÔmt^^^ lfi| MéMBS. mxijem fvmt gonvfrber l-ËlAiev 

."»M?n'» ijtp , . .*■' • ï * . " ... /., *'. 

" t.. Xâ natuVe, la loi ou la coutume, ne défendent pas a 
chaqiîe'Kôniine/'èn'pai'Uctdièr, de s^appliquer a un seul art. 
PSk^ftfl^'lè^^u^ grtmd orateur de «ôû ifiècle'i goUtcrua qua-^ 
râ^%M^.|i^llië :* on m dcft pas ra conclure t[ue. le talent 
A^ f y^ ^i iwi aluw '4n btltct de l'oralettr acmr une s€«te éf 
siàMMÉko) 4ti'^P.«CliaBÉku fut^ot-ateiir^etluriàcMNrftei ik 
•» f^»l<|)^pi^î)f bCï«fiteifft»lV»<è»'Wlof«^ la ^xfpi^ 
prudence. Quand on excelle dans un art, et ju'on en appifend 

11. 32 



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493 DE ORATORE, LIBER I. 

P. Crassus idem fuit eloquens , et juris perîtus , ol> 
eam causam inest ia fôculiate dicendi juris civilîs 
scientia. Nam si quisque y ut in aliqua arte et facultate 
excellens^ aliam quoqueartem sibi assumserit^ ' ita 
pcrficiet, ut, quod prœterea scîet, id ejus, in quo 
excellât y pars quœdam esse videatur: licet ista ratione 
dicamus, pila bene, et duodecim scriptis ludere, 
proprium esse juris civilis , quoniam utrunique eo-> 
i:um P. Mucius optime fecerit; eademque ratione 
dicântur y et quos <^vsiiiAç Graeci Dominant y iidem 
poëtœ y quoniam Empedocles physicus egregiuna 
poëma fecerit. At hoc ne philoso^hi quidem ipsi, qui 
omnia y sicut propria , sna esse y atque a se possideri 
Tolunt, dicere audeni, geometriam, aut^musicam 3 
philosophi esse y quia Platonem omnes in illis artibus 
prœstantissimum fuisse fateantur. Ac , si jam placet, 
omnes arles oratori subjungere , tolerabUius est , sic 
potîus dicere , ut , quoniam dicendi facultas non de- 
beat esse jejuna atque nuda y sed aspersa atque dis* 
tincta multarum rerum jucunda quadam varietate, sit 
boni oratoris mulla auribus accepisse, multa vîdisse, 
multa;animo et cogitatione y multa. etiam.'legendo per* 
currisse : neque ea y ut sua y possedisse ; sed y ut 
aliéna y libasse. Fateor enim y callidum quendam 
hune, et nulla in re tironem ac rudem, nec pe— 
regrinum alque hospiiem in agendo esse debere. 

LI. Neque vero istîs tragœdiis tuis , quibus , uti 
philosophi maxime soient, Crasse, perturber, qiuod 

« Is pcrf. 



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DE UORATEUR , LIVRE I. 499 

un second , il ne s'ensuit pas que ce dernier fasse partie de 
celui qu'cm savait déjà ; ou bien nous auri(»is iwon de dire, 
que le jeu de paume et celui des dames appartiennent au 
droit civil) puisque le jurisconsulte P^ Mucius Scévola devint 
habile dans ces deux espèces de jeux *7 : il faudrait dire aussi 
que la poésie et la physique ne forment qu'une seule et même 
partie, parce que le physicien Elmpédocles a composé un 
poëme excellent. Mais les philosophes eux-mêmes , qui pré- 
tendent se mêler de tous les arts, comme s'ils formaient leur 
apanage, n'osent pas y comprendre la géométrie et la mu- 
sique , quoique , d^m consentement unanûne , Platon fût ha- 
bile dans l'une et dans l'autre. Associez, si vous le voulez,' 
tous les arts a l'éloquence, j'y consens .^ puisque k "style de 
l'orateur ne doit avoir ni sécheresse m sténiité, et qu'il doit 
y régner use agréable variété; ce qui demande une «ertame. 
étendue de eonnaissances. Le bon orateur est donc obligé d'a-t 
voir beaucoup appris, d'avoir beaucoup vu et beaucoup mé-. 
dite ; enfin , d'avoir lu beaucoup. Mais,, loin de s'approprier les 
objets étrangers a son art, il doit seulement les effleurer. Je 
conviens , en effet, qu'un homme éclairé , et qui n'est pas sans 
expérience, ne se trouve jamais, quand il s'agit des sciences et 
des arts, comme un voyageur égaré dans un pays inconnu. 



LI. Au reste, Crassus, je n'ai point été ébranlé par ce 
morceau pathétique où vous souteniez , k l'exemple des philo- 
sophes, que l'orateur , dont le principal talent est d'émouvoir 



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5oo DE ORATORE, LIBER I. 

ista dixîsii , Deminem passe eoram menies y qui aa^ 
dirent 9 aat înflammare dicendo , aut inflammatas 
resÛDgaere y cum eo maiîme vis oratoria magnita- 
doque cernatur y nlsi qui rerutn omniam nalurarm y 
mores hominum atque raliones penitus perspeierit : 
in qiio philosophîa sît oralorî necessarîd perciplenda : 
quo in studio homÎDum quoque iDgenlosissîmorum 
otiosissimorumque totas œlaies vîdemus esse contri- 
las ; quorum ego copiam magnitudÎDemque cognitio- 
nis alque artis non modo non coutemuo y sed etlam 
vehementer admiror: uobls lamen^ qui in hoc populo 
jbroque vensamur, satîs e^i, ea de morib^s homioiuu 
et «cire y ^ dicere y qusa non abhorrent ab homiauijB. 
moribiisw Quis enim «nquam orator magnua , et gra- 
TÎs y cum iratum adTerêario judicem faeere yellei , 
haesitavit ob eam causani y qnod nesciret^ ^fmdesaet 
iracuudia y fervome mentis y. an cupidîlas pnmendi 
doloris ? Quis , cum ceteroS animorum motus aut 
judicibus y aut populo dicendo miscere atque agitare 
vellet, ea dixit^ quae a phllosopbis dici soient? qui 
partim omnino motus negant in animis ullos esse de- 
bere, quique eos in judicum mentibus concitent^ 
scelus eos nefarium facere; partim ^ qui lolerabillores 
volunt esse , et ad veritatem vitae propius accedere , 
permediocres ac potius levés motus debere jesse dj- 
cunt. Orator autem omnia. haec y qua^ pnitaptjijur in 
communi yitse consuetudine , mala ac mol^ta^ et 
iugienda y multo majora et aeerbior^ ^verbôs facil : 
itemque ea y quae vulgo expetenda atque optabilia 



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DE i;ORATEUR, LIVRE I. Jiot 

ou de calmer les' passions^ ne peut y léussîr sans comialtre 
a fond les secrets de la nature, le caractère des honiunes , et la 
différence des mœurs et des esprit^ ; ce qui çxige qçcesjsaire- 
ment le secours de la plulosophie, a. l'étude de laquelle nous 
voyons des hpinpies de génie, ayant quelques loisirs», se livrer 
toute leur vie. Loin de mépriser l'étendue 4e leurs lumières , 
et leur zèle infatigable, je les admire de tout mon cœur : pour 
nous , dont les intérêts du peuple et ceux de nos cliens de- 
mandent tous les soins, qu'il nous suffise de savoir, sur la 
morale et les passions , ce que Texpérience joumaBère nous 
apprend. Quel est donc l'orateur habile et recommandabie , 
qui , voulant exèiter Hncïlgnatîbn dans Pâme d*un jug« , ait été 
embarrassé', parce qu'il ne savait pas si la coÙre est une ar- 
deur tiolente ou un mouvement de vengeanœ? Quel esto^lui 
qtii , pdur réveiller les autres pâsnons au barreau ou à la tri* 
bunëy en parte datns ses discours^ comme on le fait dans lea 
ouvrages ^ philosophie? Patmi lea phUosophes, les uns font 
un coîme d'émouvoir ainsi l'âme des juge? , et les moins sévères^ 
ou les |>lus tolérans , ne permettfsnt pas d'exciter ces passions 
av^ trop de violence. Tout ce qui est mal, tout ce qu'il faut 
éviter, suivant l'opinion commune, devient ei^ore plus odieux 
sous les pinceaux de l'orateur ; il exagère de même la beauté 
des choses que nous aimons et que nous désirons ; mais, loin 
de vouloir passer pour un homme trop sage parmi des fous 
qui se moqueraient de lui comme d'un extravagant, il cherche 
)k déployer ses talens et son esprit, sans affecter une supério- 
rité qui blesserait l'amour propre de ses auditeurs. Mais il> 
s'insinue tellement dons le cceur humain *, il commaade tetie- 
ment aux' passions ; il manie les esprits avec tant d^adresse, 
qu'il n'a pas besoin de recourir à la méthode des philosophes , 
ai d'examiner, dans son discours, si le souverain bien dépend 



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5o* DE ORATORE, LIBER I. 

videntur ^ dicendo amplificat atque ornai : neque vult 
lia sapiens intcr stultos videri, uli, qui audiant, aut 
illuni ineptum ' et Grœculum puient^ aut etiamsi 
valde probent ÎDgenîum oratoris , sapientiam admi- 
rentur y se esse stultos moleste ferant ; sed ita pera- 
grat per animos liominum , ita sensus mentesque per- 
tractat^ ut non desideret philosophorum descriptiones, 
neque exquirat oratione , summum illud bonum in 
animone sit y an in corpore : virtute an voluptate de- 
fiuiatur : an hadc inter se jungi copularique possint : 
an vero , ut quibu$dam visum^ nihil certum sclri ^ 
nihii plane cognosoi et percipi possit : quarum rerum 
fateor magoam multiplicemque ease disciplidam y et 
multas^ copiosas^ variaique rationes; sed alttid quid- 
dam 9 longe aliud^ Crasse ^ quaerimus. Acqto bo— 
minenobis opus est, et natura usuque callido, qui 
sagaciter pervestiget , quid sui cives y iique bomines , 
quibus aliquid dicendo persuadere velit y cogitent , 
sentiant , opinentur , exspectent. 

LU. Teneat'oportet venas eu jusque generîs , œta- 
tis , ordinis , et eorum , apud quos aliquid aget , aut 
eritacturusy meiïtes, sensusquedegustet: pbilosopho- 
rum 9Utem libros reservet sibi ad hujuscemodi Tus- 
culani requiem atque otium ^ ne , si quando ei dicen* 
dum erit de justitia et fide , mutuetur a Platone; qui, 
cumj haec exprimenda verbis arbitraretur y novancx 
quandam finiit in libris civitatem : usque eo illa y quas 
dicenda de justitia putabat y a vitœ consuetudine y et 

• Aui Gr. 



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DE UORATEim, LIVRE I. 5o5 

Jie l'àme ou du corps *, si la volupté ou la vertu rendent Thomme 
heureux; si elles peuvent s'allier, ou si elles sont incompa- 
tibles; s'il y a quelque chose de certain, et si l'on peut avoir 
des idées claires et précises. J'avoue que les règles, sur toutes 
ces matières, sont très-étendues , très-divq^sifiées et très-inté- 
ressantes. Mais, Crassus^ ce n'est point Ik ce que nous cher- 
chons ; nous demandons un homme plein de sagacité , d'expé- 
rience et d'adresse, capable d'examiner les opinions, les sen- 
timens de ses concitoyens ou de ceux qu'il veut persuader, de 
répondre a leur attente et de se conforitier a leur goût. 



UI. Il est tenu de connaître a fond les inclinations di- 
verses que produisent la naissance , Tige et la dignité des 
auditeurs, de sonder leur àme, d'y découvrir leurs plus se-^ 
crêtes pensées. Quant aux systèmes des philosophes, que 
l'orateur les réserve pour ses méditations particulières , et pour 
un délassement tel que celui que nous prenons a Tusculum : 
s'il veut parler de la justice et de la bonne foi, il se gardera 
d'imiter Platon, qui, croyant reconnaître l'impossibiUté de 
concilier son opinion avec le caractère et la dépravation de sou 
siècle, établit des principes uniquement applicables a une ré- 
publique imaginaire. Si les peuples et les républiques approu- 



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5o4 DE ORATORE, LIBER I. 

a civilâtum moribas abhorrebanu Quodsi ea proba— 
rentur in populîs aU}ue ia cWitaùbus ; quîs tîbî , 
Grasse 9 coocessisset , clarissimo yiro , etanpUssimo 
principi civilatis, ut illa diceres in maxînia coociooe 
tuorum civium ^ qnae dinisti ? eripite nos ex mtsb- 

RllS , ERlPlTE NOS EX FAUClUtTS ïORUM , <^trORtJM^ 
CRUDELITASNOSTRO SANGUIN^ NON POTESTÉXPLERi: 
NOLITE SINERE NOS CUÎQUAM SERYIRE , Nisi VOBIS 
UNIVERSIS, QUIBUS^ETPOSSUMUSETDEBEMUS.ÔmîttO 

mîserias , în quîbus^ ut illi ajunt^ Yir fortis esse non 
polesl; omillo yàuce5, ex qliibus te eripi vis^, ne judi- 
cio iniquo exsorbealur sanguis tuas : qiiod SApîeati 
Degant accîdere posse : servire vero non moda te^ $ed 
universum senatum, cujus tum causam agebas^ausn» 
es dicere»? Potesine virtus. Crasse , serrire, islis auc- 
toribusy quorum tu praecepta oratoris facultate tom- 
plecteris ? quae cl seniper , et sola libéra est , quaeque, 
eliamsî corpora capta sint armls^ aut constricta vinca* 
lis 9 tameu snnm jus^ atque omnium rerum impuni— 
tam libertatem tenere debeat. Quœ vero addidisti , non 
modo senatum servire posse populo , sed etiam deber^, 
quis hoc philosopbus tam mollis, tam languidas, tam. 
enervatus, tam omnîa ad voluptalem corporis dolo- 
remque referens, probare possct? Senatum servire 
populo, cui populus ipse moderandi et regendi soi 
potestatem, quasi quasdam habenas, tradidlsset? 

LUI. Itaque hœc cum a te divinitqsi ego dieu ar- 
bilrarer, P. Rutilius Rufi\s, homo docttts^ el philo- 
sopliix dediius , non modo parum commode , sed 



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DE L'ORATEUR, LIVRE I. 5o5 

vaîent les maximes de la philosojphie , comment , Crassus^ 
vous Phomme le phis recommandable et le plus illustre de 
Rqme^ aunez-vous été accueilli , quand vous disiez au milieu- 
d'un ptQuple ooBiibreux : *^ u AfTranchissez-nous de, tant de 
(c misères ;.arraçhez-nous a la voracité de ces monstres altérés 
«c de uptre sapg^ ne souiîrez pasçpie nous dépendions de per- 
ce sopné^ si ce n'est de vous, par qui nous sommes et nous 
« pouvons tout ? )) Je vous passe cette expression misères , 
quoique, suivant les philosophes, il n'y en ait point vérita- 
blement pour l'homme vertueux ; je passe encore le mot vora- 
cité j quoiqu'une injustice ne fasse pas rigoureusement de mal 
au sage. Mais , comment avez-vous osé ^rler de votre dé- 
pendance et de celle du sénat, dont vous souteniez alors les 
prérogatives? Crasstis, j'en prends pour garans les philosophes 
dont vous associez les principes k ceux de l'éloquence ; la vertu 
n'est-elle pas toujours indépendante? Chargée de chaînes, au 
fond des cachots, au sein de la captivité, ne conserve -t-elle 
pas ious ses droits ? Vous osâtes même ajouter que le sénat 
est soumis au peuple , que cette soumission est un devoir. Le 
philosophe le plus mou , le plus faihle , le plus énervé , le plus 
disposé a flaire consister le bpnheur dans les plaisirs des sens, 
aurait-il pu ne pas vous désapprouver? Le sénat, a qui le 
peuple a remis le pouvoir de le diriger, doit-il être assujetti 
a ce même peuple ? 



LIIL Aussi , landië qiie j'admirais ce passage , qui me sem- 
blait divin, P. Rutilius Rufus, homme savant et dévoué a la 
philosophie, non-seulement vous désapprouvait, mais encore 



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5o6 DE ORATORE , LIBER I. 

etiam turpiler et flagîtiose dieu esse dicebat. Idem» 
qne Servium Galbani ^ quem hominem probe ' cojii- 
meminisse se a jebat^ pergraviler reprehenderc solebat^ 
quodis^ L. Scribonio quœstioDem in eum ferente^ 
populi misericordiam concitasset ^ cum M. Gato ^ 
Galbae gravis atqiie acer inimicus , aspere apu^ popu- 
lum romanum et vebemenier esset locutus : quam 
orationem in Originibus suis exposuit ipse. Repre- 
bendebat igitur Galbam Rutilius y quod is G. Sulpitii 
Galli y propinqui sui y Q. pupillam filium ipse paene 
in humeros suot extulisset^ qui patris clarissimi re- 
cordatione et memoria fletum populo moveret^ et 
duos filios suos paryos tutelœ populi commendasset y 
ac se y tanquam in procinctu lestameBtnm ûiceret , 
sine libra atque tabulis^ populiïm romaoum tniorem 
înstituere dixisset illorum orbitati. Itaquecum et invi- 
dia etodio populi tum (jàlba premeretur^ bis quoque 
eum tragœdiis liberatum ferebat ; quod item apud 
Gatonem scriptu'm esse video, nisi pueris et lacrymis 
usus esset, pœnas eum daturum fuisse. Haec Kutillus 
valde vituperabat, et huic humilitati , dicebat, vel 
exsilium fuisse , vel mortem anteponendam. Neque 
vero hoc solum dixit, sed ipse et sensit, et fecit. Nam 
cum esset ille vir exemplum, ut scitis, innocentiae; 
cumque illo nemo neque întegrior esset in civitate, 
neque sanctior, non modo supplex judicibus esse no- 
luit, sed De ornatius quidem, aut liberiUs causam dici 
suam, quam simples • ratio veritatîs ferebat. fauUum 

• Nossc cl commcminisac. — ' Oraiio. 



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DE L'ORATEUR, LIVRE I. 507 

il y trouvait quelque chose d'avilissant , et vous en faisait un 
crime. Ce même Rutilius, se souvenant d'avoir entendu Ser- 
vius Galba , qui répondait a une accusation intentée coutre 
lui par L. Scribonius, le blâmait fortement d'avoir imploré 
la commisération du peuple, après le discours éloquent et 
véhément que M. Gaton, l'ennemi le plus redoutable de 
Galba , venait d'adresser au peuple romain. Le discours de 
Caton se trouve encore dans ses Origines. Rutilius reprochait 
donc a Galba d'avoir pris entre ses bras le fils de G. Sulpi- 
cius Gallus son parent, afin d'énK)uvoir le peuple par le sou- 
venir du père , et de lui arracher des larmes a la vue de l'enfant; 
il lui reprochait d'avoir recommandé ses deux fils a la protec- 
tion publiqfte , comme s'il eût fait un testament militaire , et 
nommé l'Etat tuteur de ces «orphelins. Malgré la haine de la 
nation, que Galba avait encourue, ce tableau touchant le dé* 
it>ba au dernier supplice. 

Il me semble encore lire , dans cet ouvrage , que si l'accusé 
n'eût pas eu recours a ces enfans et aux larmes, il aurait été 
condamné. Rutilius disait qu'il vaut mieux souffrir l'exil et la 
mort, que de s'avilir par une bassesse. Non-seulement il tint 
ce langage, mab même, dans sa propre cause, il ne s'écarta 
point de ces principes austères. Cet homme, vous ne l'ignorez 
pas, le modèle de l'innocence, de la vertu el de l'intégrité, 
loin de paraître en suppliant devant ses juges, ne permit pas 
k ses défenseurs d'user d'aucun ornement oratoire , ni d'em- 
ployer d'autres moyens que le simple langage de la vérité. U 
confia une partie de sa défense a Cotta, dont l'éloquence vous 
est connue ) et Q. Mucius, chargé de l'autre partie du plai- 
doyer, s'exprima, selon sa coutume, avec simplicité, sans 
pompe et sans apprêts, mais d'une manière claire et précise. 
Eh quoi ! Crassus, si vous eussiez alors porté la parole, vous 



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5o8 DE ORATORE , LIBER I. 

huic Gottœ tribuît parlium y dlsertîssimo adolescentî^ 
sororis suae filio. Dmt item causam illam quadam ex 
parle Q. Mucius, more suo, nuUo apparaiu, pure et 
dilucîde. * Quod si lu tune , Crasse , dixisses , qui 
subsidium oratori ex illis dispulatiouibus , quibus 
philosophi utuntur y ad dicendi copiam ^ peieDdum 
esse pauUo ante dicebas; et^ si tibi proP. Ruùlio nou 
philosophorum more, sedtmo licuissetdic6P«?qiiaii^ 
vis scelerati illi fuissent , sicuti fiierunt , pestiferi 
cives, supplicioque digni ; tamen omnem eorqm im- 
portunitatem ex intimis mentibus evelUsset vis ora« 
tionis tuœ : nunc talis vir amissus est, duùi causa lia 
dicitur, ut si in illa comm^otitia Platonis civïtate res 
ageretur. Nemo ingemuit, nerao inclamavit palrono- 
rum, nihil cuiquam doluit, nemo est questus, nemo 
rempublicam imploravii , nemo supplicavit. Quid 
multa? pedem nemo in illo judiclo supplosit, credo, 

ne sioicis renuntiarelur. 

: . j /r f. 

Liy. Imitatus est homo romanus et consuliris 

• . ' ' ' ■■;-'' ' *n ' 

velerem illum Socratem^ qui , quum omnium^ sa- 

pientissimus esset^ sanctissimeque vixisset, jlta in ju- 

dicio capitis pro ^e ipse dixit^ ut U09 s^upplex , i^^ 

reus y 3ed magister y aut dominu^ vidieremir cmq y^^ 

cum. Quinetiam, quum ei scriptam orationdm dîser* 

tissimus orator Ly sias attuHsael^ q>aamy si ei videretur, 

edisceret, ut ea pro se in judicio uieretur, non îdvî- 

tus legit , et commode scriptam essè dixit : w Sed , 

« inquit, ut, si mihi calceos sicyonios alluîisses, nou 

» Qald si lu muic. 



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DE L'ORATEUR , LIVRE L 5og 

qui voulez que l'orateur emploie dans ses dkiscours la méthode 
des philosophes y n'auriez-vous pas pris , dans la cause de 
P. Rutilius, le ton d'un orateur , plutôt que celui d'un philo- 
sophe? La force de votre éloquence aurait confondu des scélé- 
rats, des hommes pernicieux; elle aurait déraciné l'opinion 
que leurs calomnies avaient fait naître dans tous les esprits. 
Maintenant le plus vertueux des Romains a succomba, parce 
qu'en aiplaidé pour hii, comme on l'aurait fait dans la répu- 
Lliquie^iriii^inaire de Platon. Personne ne poussa des gémisse- 
iDfiQS ; av^i^ des orateurs ne fit entendre de plaintes ; aucun 
ne témpigpa sa douleur ; personne n'implora la république ; 
personne ife supplia pour obtenir la grâce de l'accusé. Que 
dirai-je de plus? Personne n'ùSà même frapper du pied, sans 
doute pour ne point déplaire aux stoïciens. 



L^V. Un Romain ; le consulaire Rutilius, imita Socrate, 
le plus vertueux personnage de l'antiquité, le plus sage des 
mortels, qui, se voyant cité devant les tribunaux pour un 
crime cajpital , s'y présenta , non comme un suppliant et un 
accusé^ mais comhiè un maître, comme un souverain qui 
reÀtfîti dottne^ des ïecotà i ses juges. Il fit plus encore : Lysias , 
oràteli^ti*d*aî>Ue , litf pWieirta une àpolbgie^, fessi^atit de lui 
pcfrsàade^del'âpprtîûdwe partiœur, s'il jtigeait a propos de 
rempk)jiep «pomr Ba 'défesse^ iSocnitë la lut ^vee complaisance , 
et l'approuva .:io Mai9,'^^il) oonutue je ne porleraispas de 
tt chaussure )brodée %. quaod elle cfmvieodrait a mes pieds, 

' L'oiiginaldû; Comme je ne porterab pas de chaussure à la syçioniennc. 



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5»o DE ORATORE, LIBER I. 

H uterer^ quamyisessent habiles et apti ad pedem^ quia 
(( nonessent viriles ; sic illam oratioDem disertam sibi 
f< et oratoriam videri y forteiû et virilem non vide ri. » 
Ergo ille quoque daiuDatus est : oeque solum primis 
sententiis^ quibus tantum statuebant judices, dam- 
narent^ an absolverent^ sed etiam illis^ quasitcrum 
legîbus ferre debebant. Eratenim Athenis, reo dam- 
na to y si fraus capitalis non esset y qaasi pcenœ aesti- 
œatio : ' et sententia cum jndicibus daretur, interro- 
gabmtur reus, quam quasi œstimatiooemcommeruisse 
se maxime conûteretur : quod corn interrogatus Se- 
crates esset y respondit y sese meruisse y ut amplissi- 
mis honoribus et praemiis decoraretur , et ei victus 
qiiotidianus in Prytaneo publiée praeberetur ; qui 
honos apud Grsecos maximus * babetur. Cujus res- 
ponso sic judices exarserunt, ut capitîs hominem 
innocentissimum condemnarent. Qui quidem si abso- 
lutus esset; quod meherculcy eliamsi nihil ad nos 
pertrnet^ tamen propter ejus ingenii magnitudinem 
vellem : quonam modo istos philosopfaos ferre posse- 
mus^ qui nunc^ cum ille damnatus est, nuUam allam 
ob culpam y nisi propter dicendi inscieDÛam y tamen 
a se oporlere dicunt peti praecepta dicendi? Quîbus- 
cum ego non pugno y utrum sit melius y aut verius : 
tantum dico, et aliud illud esse y atque hoc y et hoc 
sine illo summum esse posse. 

LV. Nam quod juâ qivile. Crasse, tam vehementer 
amplexus es; video, quidegeris. Tum, quum dice- 

• Hxscnt, — aHttbfreUïr. 



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DE L'ORATEUR, LIVRE I. Sri 

ft parce que cet ornement ne sied qu'a des femmes; de même 
« je ne ferai point usage de votre discours ^ quoiqu'il me pa- 
u raisse très-éloquent > parce qu'il ne coBvient point a la gran- 
u deur d'âme et a la fermeté d'un sage. » Aussi fut-il condamné, , 
non-seulement par la première sentence dans laquelle les juges 
décidaient si l'accusé était innocent ou coupable , mais même 
par la seconde sentence qui fixait la nature du châtiment. 
Vous savez, en effet , que les lois d'Athènes, s'il ne s'agis- 
sait pas d'un crime capital , labsaient au coupable le choix 
de la peine qu'il devait souffrir. Les juges, avant de pronon- 
cer, ordonnèrent au condamné de déclarer la peine dont il 
se croyait digne ; Socrate répondit qu'il méritait les plus 
grands honneurs et les plus grandes réconqpenses; qu'on de- 
vait le nourrit dans le Prjrtanée y aux dépensdu public ; ce qui 
était une marque de la plus haute distinctioîk qu'il fût possible, 
de recevoir chez les Grecs. Les jugées fureat tellement irrités 
de sa réponse, qu'ils condamnèrent a mort le^ plus innocent 
des hommes. Quoiqufil semble que uous ne devions y prendre 
aucun intérêt, je voudrais, en vérité, que Socrate eût été 
absous , a cause de l'étendue de son génie et de son mérite ; 
mais quand cela serait arrivé, comment souffrir ces philo- 
sophes, qui, ayant vu Socrate payer de sa vie son opiniâtreté 
à ne pas recourir a l'éloquence, veulent néanmoins qu'on 
fasse des ouvrages d'après leurs principes? Je n'examine pas 
s'il a pris le bon ou le mauvais parti ; mais j'en conclus que 
la philosophie et l'éloquence diffèrent entre elles, et qu'elles 
peuvent être séparées l'une de l'autre. 

LV.' Je vois, Oassus, pourcpoi vous avez endbrassé si 
vivement la cause du droit civil ; je le voyais même pendant 
que vous parliez. Vous avez voulu plaire à Scévola , dont la 



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Cl» DE ORâjraKK^TUK» i;a 

haut 'Vid^lMm^ JÊrmtmmiêÊmtiÀmWÊr^ i 

cùmthm sidères , terfcoHitai ^ém'éôitltSMÊtf^S^ eP 
ot^asliV l)èlii(fc quocf in éa 'tu plus operae lat^risQue 
consûmseras • eu m eius studii tibi ei boriator eLmar- 
gisier essetdomi^ veritus esy pisi i&iam ariei RQia t^QjMr- 
exa^^'gerassesj^ ne operam perdidisses. Çe^egp q 
isla qi^Ideu]^ arie pugno. Su Mi^e^m^^ 
illai}! esse vU. Ew^pim aine coQU-ove^ ] 
et, l^ie^j^t j Qi ad muUoa ^rUfltf*^^« i 
uore aewper fuUt #«^ cia? ijiipit jctf€^ ti -t 
hodie pcttâunt^: aeà vide, Gratae^ àey 
nlieno oroata velis omare jmm crvîln oc i wid iflif^ 
c|ACN|ue eam concesso et tradilo ^poBes uttfoilk''6èùt^l9és^ 
Nam, si îta dîceres, qui nirîsconsàîtus essîeti^esse 
eum oralorem , ilemque qui esset orator , juris eun-, 
Jem esse consultum : praeclaras duas artês çonstmie^ 
rcs , atque inter se pares^ et ejusdem sOcias ^^Su^y^îft*A 
Nunc vero^ jurisconsultum sine hac etojj^pML^^ |^ 
quaquaerimus, faterisesseposse^ fuisseiqii)e ]^jfp|||§f|j;2» 
oralorem negas^ nisi illam sciegtiaq» ^(^^IghW^^M^^^ 
pos^;,l|4 ^ esttib^ juriacpQwtkw èfêfi Vf^^ mkàhmim 
legulejus quidam i^êplvks et lnii|lT(Tu ywii a^MiiÉfcn— | 
canior formularum, auceps syllabarum : aed qaû 
saepe ulitur orator subsidio juris in causis^ idcirco is^ 
tam juris scientiam cloquentiae tanquam anciUulam 
pedisequamque adjunxisti. 

I Dedidisd. — > Acqae mcomiutam et inc. -* ^ £c tibf. 



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HE L'OftATEUR, LIVRE I. 5j5 

l3^ lii j^^flaift iik Bé^y0<»^ «I ^'U m mardie pas ac« 
éiomfêffi <fe Vauki^l dfli fligui:^»» vous nvet voula l'enrichir 
«I Porner tox^rkeficidc fil pooipe de irotr^ âo^^ice. D'ail- 
hmt roQ^ V^ei cfaei tous uainallrt de JHtîf{wtMkiice') im 
guide ifjd aottteniit hffdi^r avec laqwUè vont tout 4tii Ép« 
flii{iié il etm él«dt'; et vous exagères les aVfiMgM ^oë en 
Htifti,' îièM k craime d^èàe accote d^aTQÛ 
An rÉiè, |a ne tait poiat ea guerre ateè la )«impnHfoaee t 
ètrtlii toi Mtat|[ et pMTak qu'il votit plaira. En élfet, ies 
émtatfii$mUBtikiniàn ; an grand nombre de peraoon^toiit 
k Ira nuiatenir; <tie ftrt toujours liaaor4e .dans 
l/«l) iia nos loiirs ) nos {^ iU«5U«s dtoyens ktcuhèpent : 
aM^iiijyaiiaatÉrdey Crattus, eâk la revêtant xi'une parure étra»- 
gj^e, de la 4épouiiter de ca ^i &it son {dus bel orneinent. 
& Vf u$ diliea «pH Cuit être jurisconsulte pour mériter le nom 
d*(»*ateur , et (orateur pour mériter celui de jurisconsulte^ voua 
mettriec les deux ans de niveau ; mab vous avouez que, sant 
l'âoquence, oo ne peut être jurisconsulte , et qu'on ne peut 
ètite orateur sana la jurisprodenee : dans ce cas, que rette* 
t-4 an jimcoBtutae*? U ae sera plus qu'un petit légiste fia et 
«aaé/UEne espèce dî'lraisaîtr'-pmeur, un répétiteur de droit, 
^NMaiitilalmHales; an «eoseur vétilleux, sans cesse ^ l'affût 
4fa eyftt.MMaif ^BaitcodmQe l'orateur a souvent besoin ^lu 
(•MMBadete jar^jiudiiKe, voas eu avez tait une petite suir 
vtMU-dMîaia à, mii.ippiMafii t'éUqueace. 



II. »3 



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5,4 l!)H?'6H.^^k',' tIBHÂ i: * 

il vï. Quod veroVmpùdeniiam aJlimraiùs'e^ eorun 
pairpuorum^^ <^ui aut^ .can^ parva nescirent • magna 
pjrofitçrepmr j a^iU ça ^ quae ipa^ima essepé in lurfe cl- 
y^lij tr9jc]UM:.e^wderejpl;i^ cay^s^ P^ii^ ea liescjrçnt, 
um:^j|U30^uç didici«s^l; utriu^ue rei fÀ;ÇÎl)s ^^i 
prQ«aUi.ckf#ii$ia Nam neq^^ îUp(l,,^^.j^aiipjip4uiD^ 
<}tiv> quîbittjvtrbis coëiDÙf» fiait, ii«f4^ ^nf^pdlW 
éjii8 mttlieri»^'i|oœ ooëmûonem fecow^<02mfai9h|>«»tt 
* liefetide^â r neo ^ si jMrvi ii«vig^ etnagid éUàem M 
iti ^ûbèrflatMlô M^ientid; îdcinoo qtiif, ^utt^ij^vy^bis 
créïuhi teîerî oporteat, ties<îiâC^ îdefai' h^^eÎBCUiiâai 
familiâe causara agere ûon posât N ^Mn; dfiréâ^j^ 
inâi cenlùmvirales causai în jure poéîtals pPôfiBÎJtî': 
quœ taDdem èarum causa fui't, quae ûli^'hoiiiftSé'âA- 
quenli, juris imperito^ non omatissime potuerît dîcl? 
^uibus quidem in causî§ omnibus, sîcut ialTpsa IVf. 
Çnrii y quœ alis te nuper jCsl diqu ,. et l]a C. Hosuliî 
JMiipcuù.çQUtroversia, aiquein eppuçr^, <j^^i^çj,^t 
$0m Aatiua erat uxor^ , n^in rezos^so naalio ;$ijipef:^9^^ 
fuit înter peritîssîmos horoJioes gomnui di^ j»^(Ç[^^ 
«msio^Qattraigitar^ quîdadîuverît'o^lorj^iarhM 
ëatbîs jtiris scî«ntia > «om-hid jtiriscoDsidtiis snpérklr 
fuerît diseessurus , <|tfi éwetDon suo anrfioio^'ind 
dlîenO) hoc est; ïio& JùrW scic^ia ^ sed^'^OqMffettfeî) 
susteiitatus. Equidem hoc ssepe ^atfdivt yéùito JédifiW^ 
tcm P. Crassus peieret, edmque iii^j6i^4ïét!il,^'t^t& 
consularis^ Ser. Galba assectàreiùr^ qbôNiGîrassfÊlïaitt 
Ç. filio suo despondisset. àccessisse ad Criâ^m Coà- 

» Dcfewfcw. Nfc. 



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LVI. Vous pve2 paru surpris de i'iiii|mdei}ce de cc&,(|rà- 
leurs, qui traitent de grands obiets, sans même cofmattrè^es 
plué peliis; ^ui osent agitei^ dans Icfurs discours les questions^ 
tes pfu9 nùportantes du droit civil, ^ns TaVoir ]iïûkîs étttdiéi 
fl 'est tres-aisé de les {ustlfier. fi û'èst ]^itit iBitiràbtàiniiie 
qa'uhaVôcatV ignorant ijuels âqivent être pirtô^i^t lès^ 
terines d^ i^ontrat de tnarnig^ ; $6it en état dé défmàêe^ln 
éa^i^ d'ilnc feiÉmequi à sig^é dé eontrH« Geluâ^ noi^ ^^ut* 
vott0^)'^[tn^ne saitpai mattoeumet une petiot >na9tlle,^ n?e^ 
})«s oapàbb âc^inenoeuTrer.itn Tsîsaeau : cek peul é|ce^iidais 
U'ô'e&est'pas ^ jBeme id v Ai celm qui ne ,ço«inait pa^^ious 
lai Afvmfi,Amt il- laut se «entir pour £aâre un partf^ge 4e hkns 
é^pjii\^i)gxs^^y pefirt c^éndant plaider avec succès unç cause 
dç.fpRjagey.yous noUs ayez objecté que les causes les plus 
mt^^eiff^^^ portées devant (es centumvirs, sont fondées sur 
le droit civil. 0t, en est-il une qu'un homme éloquent nt 
gi^isse tnôiter, 'sans être habile jurisconsulte ? Dansloutes c^ 
catAses y çotnme jdaàs celle de M. Curius, que vous avez plaidéé 
depuis peu ; dans Taflaire de C. Hostilius 9fancitt«s, ou dû 
Fenf^t né d'u^e seconde 'femin«^, ^vant que le père de l'eu* 
fdnt eût tépudif lar première, n'y avait-il pas la plui^^Mide 
division entre les savans, qui tous citaient des lois? A quoi 
<tobe / jevous le deroadde, pouvait servir a l'eraieur laoaioEkec 
ÛBt droit, puisque-, en oqtte occasion » le. jurisconsulte pro- 
fond, seoondé, non par ses propres moyens, mais par ceu|: 
d^aiutrui., Çil9st4i<4ire, soutepu^ non par la connaissance <)u 
d^olt? i^^i.p^r rélc)>qi^nce,,,dut le céder a l'orateur? J'ai 
^(ivent jçntepdu dire guTa l'époque où P. Crassus soïïîcitait 
rpt^té, Ser^ Galta, pliis âgé que lui,' et comme lùî"peî> 
SQOnaga consulte , ne le quittait jainais , parce que k mtèlde 
Crassus était promise au fils de Galba. Un paysan àbprda 



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eQ verum, aaa^gis ^ qiWD> ^4 «uw^ frein a^çoiii^j^^SiiiBi 
i^tuU$$et4 iiteitf»>tri4tem GaUKi^v^U^^ii)#imiMr9p^ 
pdluvît^ quâeÛYÎtque^ qàatle rb ad Grassim^rMal»' 
aeié Bi!^ua m dudivk^ tommoiumcfuem vidilMMBài*- 
b^hl/Bu'spenso, inqiiit, aoimo'et dCCfàpbtWOraamiâ 
ïftiVèspbndissè video :*deiride ipsum Ci^àitfm*h/ftWi 
préhefadit,' et, heus lu, încjinï, qmd'tiH în mehféni 
venît lia respondere? Tùm ïïle fîdenterihomopér^- 
tissimus , confirniare, ila se rem habere, ut re^pQijais- 
set; née dubiuni es;se posse. Galba ^utem alIudeDS 
varie^ et coplose, mul,us sunijitu4^i;ïps j^^prr^Ç^ Wf^ 
que pfo.aequiute.çopu-aiî^ d^çp ;,a^ije jj/j^g^^ q^ 
diâserendo par ^$e nq^ po^çt (qi\a p a^^f))ji^,jCfjafe 
Wft ia B^niero diâortorum.^ .spd puTi^^fibif lUiIjUi 
i^Qda)> ad audores co&fiEigiase ,.et ùl,(qilod ip^et4îv 
oeret, etîaP» Maoii^ fi^mft«in lîbrîsyetiaSelt^i^ËKi 
commentariis scriptum ^romlîsae, BZVÊmewtiO^èèà^ 
sîsse, Galbae disputationem sibi probàbilem et prope 
veraifi videri. 

* LVII. Attamea, qijae causai €unteju$iiiodî.|fi|t de 
earum jure dubium esse non possit, ooioîf^ îa \^^^ 
c^uju vocari non soient. Num quU ^i^i l^^^l^oDWtay 
qiiod pa^lerfamilias ame feck, quatti,eL<^Ua& natal» 
\éssl3t, hfireditatem petit? neno : quia'é0iiii{;4$,iflgï«j 
DOMM^ndç rumpi MstamentniQ. Ërgo îtf fep(^g«tt«Nf'fÀE-i 
rie jiidida^iialla suni, lieet îgitaï- 4#j^âi?^dm6ï4 



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DFE t^RÀTËuk , tiVRÉ I. S/y 

ôbn ïftti^'àUf ùrié'affaircf : cdui-Krr-fit m» iepimt ^tAiécciil* 
fbriâci^^iis lois^-anix démd da cKtint.tLe p^yâSài^^ rétirtiit 
ibrttr&te; 0&U>ày ^ P^pe/cut , ki defiionda, eh l'^jiiéhéit 
pur.sim imn^ Je sujet de sdii'ciqigpii^: le pftjtsmr^ccntaLfioq 
aflaire et b dédaîoi^ de Gcassusv Je 'vois^sfécria Giilkai que 
Cl A9Si^ é)a^ diâM'ait et pi^éoccupé , .lor^^'U a idéç^f^e i^eu^ 
pi^jçf^^p^uite il^^ftppcVftMi de Cmfus, et^Je^pr^aaat.ii^ 
V maii^, il lui dit^j^Çomn^ent ayez-;Toy^.pii fwe une p^eUle 
réponse? Crassus, qvC} sayaît trèa-hien la iuris|>rudçpce, se 
toit approuver que son opinion é^t fondée , et même incon- 
test^lle: Galba soutint la sâeniie , pour ainsi dire , en se jouant ; 
â* eut recours' à Tahalogie , et prît éloqueimnëntHe part} de 
I^équîïi tàhtte la rigueur du droit. Crassus, quJ parlait ti^ 
Weri, lobaîi qui nkvait pas Ife taterit ai Galba, Voyant cfâ?if iiè* 
pouvait 'dé' itiesnijer iarèe son adversaire, eut rboobrs aux au^ 
Ukitêi , ét&t i^'il avait tiré soai k:vfe des ouTwges-de P. Hiiâitt 
soÀ frères ^djE^ Cèmmentait^es de Sexius ^JSha^ : eepei|4cM A 
fiilittpar allouer qvie le «entîmeiKt de QaU^ était j^usjn^teiOti 
^'îljjr^ouKwiyait^ ;.^r . . ,. 



.:;LVII. lie» affaires o4 la loi pro^oace cWreraent/'né âe- 
vièmisttr guère la matière d'uh procès. Vit-on jamais réclamer 
ii(9e mcsce^êim en vertu: d'ttatestanent ftit par un In^^me qui 
abitf^a'amtipoînt ée fi|s.? Non t parce que le testament n'tBp 
pcÛQt aj^pUoable à, celui qui usât depuis ce testament, il o'Of 
^4<>i^^PÛ>t db cBMses de ce genreé Ua orateur n'est pàdcriiiigé 
dc^ccomatUi^pett^ partie dii droit sur.laqudî^ pnje^, dispute 
point, et chacun conviendra que c'est là plus étendue. JLes 
plus habiles jurisconsultes a'étant pas d'accord sûr le reste , il 



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5i8 DÇ ORÀTORE, LIBER I. 

^îldsufl'éf^e|*erit i'ip^e (ms qraiOT^siaëeTÛftrvioilmsque 
^orVjtkëbîti Nifel ih&ï'b (téttà. Veoia' kajuAi otttml vAri 
iïi4erPnT[,'ScsèroIafe),tu'HbettÎ8, iiût pite«<e)ptifS'|ècM3Cfri 
tuïjCausam MJ Curii dèf^ndistî. Hfctitte' itH|Mii^ti 
patrocinium aégùUâ(u> et defensionein të^tsMiéÛffô-' 
rum , ac voltmtatis morluorum? Ac mea quidiâiii ^ëh- 
^çatj[|^ ( Crequeni enim te audivi , atque affuii )^ '^itno 
D^on<p^pariem sementiarum sale luo^ etleppre. et 
.ppUt^^mis faceliU peUexîsti y c^m et Ulud mmiun 
a miBAu^ Uluderea^ «t^MimirarerQ ingemiffii pc^pïaé^ 
:f«ii4Mi€OgûaMet> iimû prias optrtprç^qi^p.,em5iri: 
eùku|fue multftoollîgeres, * et ex legilHis etei|^|^i^?|tç^ 
«Oii£|tfIU$,'Ot ek vtAa ac sérinone <^mjaitiai^.jap&l9^Qi^o 
acute^ sed ctiam ridicule ae-fodetè;'iibi^iiiQr]»à^D^tt 

' Vernséqneremur, eonfiéi nil posset. itaqûcKhilaibatis 
plénum judicium ac lœtîtiae ftiit : in^uiy'^fild< €(i)i 
juris cîvilis exercitaito prdftiéWti ithti îtrtfëfii^,"*- 
cendi vis egrègii , suminrf fès«^îiat^ëPM«tfd^ 
çQDJuncia profuit. Ifnseïlïe'IVÏuous païeW^ 

^ tepsor^ et quasi patrimomi propucriator sui« quia m 
:]Ua caujsdj cuni contra te diceret, attulit, qupa dèjure 
<uvn^ 4epraiBplum viderctijr , qu^iUj l^eça^r^tay^ 

' qul4 pitefccit dicwdo> q^4 fWjiii'?^efSîli?pfiJ^^^ 



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DE L'ORATEOR» LIVRE I. 5îiq 

n est pas aimcuc a 1 orateur de trouver des autorités pour se 
défenar^; kè'^qùeVe'éSl^'q^'rfûlés^^^^ 
'd'es'traïts^qïï^il ikncérâa^ed 'foute HVfgtmiï' âé iérfétoidètiie. 
Wais^^teïassïii^rràiaftSAïaW'^^^ 
^ y} Ân^ai défefiSè «ï 'M; CUi*^ V "^«i îcilte«ditNmTlîler 
'1é§^étf^t^e«nEJl1esr4^îsk)ûs^dèfTOtreroiicte?;îfe.f^ 
^«r|Jôiri^éqxike'«t le) respect qu'oir &'pf>iir Ite .testai^ep^^çf:^ 
\dmmmB^hn\h'^dfé:fÀwje^ t^mymdin p)^tç^ les 

iA^;qi*^ïTH«HôipajrWte8 d^m çf^te i^ffairej où^ ^o^ moi; vos 
i ;|ljf;|qopff .étaieQ^. pleii^ de ^ i^ d^ j*aisboii«>fVotre enjouement 
^^^Ju!i^^ r^t^Mlitpire , surtout quand, ppur vous mocpier de la 
^li^jjlitp^e nos jyirisçoftsultesj vous dîtes que cette maxime 3e 
. Sç^vola* il faut naître a\^aiit de mourir j était v^a^ufent aa- 
^ ^irable. En citant une multitude d'expressions tirées des lois, 
des sénàtus<:onsuîtes, et du langage ordina/relious Wtéô^^t- 
server^ d une manière ingénieuse et plaisante, que siroil sui- 
' vai't'Ie sens'littéràl et non p^3 l'intentiori, il en réstiltteraîtles 
phiS gràiicls abus, t'affliire ftit agréable et divertissante ; et si 
^é'né yth pas ï quoi vt)us servit a^Mrs la tonnaissance du droit , 
<^'f6 stii5bi«^ki.qAe jenefîis pa& mkfàasit^sçfé de votre éllDiqiieûce, 
>><^K^defc>giAces'ettâelft}>eàutédé votarest]^;^ '. , ; . 
• UHtMBtiiisnlqi«>iiêne,,fi!i telles partisan d^ U .j^ispmdeace, 
i qu'it^odrcomiae sqd Iwêrit^ige çt son p^trimp^', Te^^ut-îl 
,^ dnûticivil d^n^ la^çai)^ qu'il plaida eonue yous? Quelle 
..^4Wi^t^^*'^<>¥3^<^er ? Que dit->il, qui ne fût coîiau de 
•t^4f^ ^fi^ucade? Tout so|t p^idfjgrer.xoula, sur la n^ce^ité d^ 
6*eQ tenir. aux écrits. Les jeunes gens qui déclaÉEient chez leurs 
maîtrça^ ne suivit j^as une méthode différente; l'un p^fend le 
l DaVti de i^equité et de la Justice naturelle, etTatitré céhri du 
sens 11 ttera^.' oins kbauié'd^ soldaft'> sîv^US |iv5e2*^idé 
jpoid'^liMîéi",'^^ pottrfe ijoldat ittémej VéttS'attiiieiy'je le 



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lius? nemp^.^u6 emnji^.QraÛQ y«rs(|i^ife3A ii^^ep,^ «i 

V9k Uqc geujere |meri ^pudixiaffisuos* eiW^itUnt^ €M^ 
00»^ $^m,.ui' ejiMflMDdi ^«^619 atliaa «ïèrifttum ^^^lÈts 
«equiutten» dBfisDdefedocéiitQr. fit èfedo hilBa mSlx^ 
iii'Osuû ^ û tn lut iier6<kài ^ atrt militem dèfbifdiBses, 
ad Hofirtittanâs le acÛ60«s 'y adû^ad tù^tn Vitn èV'ôra- 
tôTÎilm'ftctihatém côiiluKsses. Tu vero , vèï si testa- 
Ttietïtûm défêttderes. sic avères, ut orpbe bmnmm 
leslamemorum jus m eo judicio posituo^ videretni; ; 
vel si causa ha agei*€s milltis^ patrem èjus^ i^t i^l|ej|^^ 
diccndo a mortuis excitasses : statuisses a^ç oç^ljgtsi* 
compTexus esset filium^ fleusque euxu cenUimvixis 
commendasset : lapides mehercule omnes flere ac la- 
mentari coëgisset, ut totum illud^ uti lincua nuw- 
cuPASSET, non in XII Tal)uli$, quas tu omnibus 
I>ibUothecis antepouis , sedin magistri cariaÎBe scrip- 
tum videretur. 

LVIl I,. Nam /quod ioer^iam-aecus^ ad^ifeicétthim, 

qaae^ifuam «ii ËusiUs ^ Uli vÂdedbftt^ .(fuî epaa artWIi^^ 
TX)^f(f^ûa., quasi difiietUima! sii> iu sttbnùti'ambolant^ 
deiiide etiam ta ipse videriâ ^ quidam artetti ikU^ 
esse dicis^'quatt» oonûectis «idlmé artem ôtiïtoiW^tiil^ii 
e^e-, séd aliqùatfdo , si qriis aliam arlèw ânïiiiérft, 
lit hatic''anem cfflcere pt>sih , tiini esse' iflâni artcm 
futuram : deindc, quôd sit plé'ûrfdelèctàticïtiîsjViua 
tibi remittunt omnes isum voXuptateiB^ et fia secarere 
patiunttir ; nec quisquam esit èorum, qûî,' iîfaïi sît 



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DE fe^ÔhîiTééK; tlVRÈ I. 5ai 

du pèjr^ ; ,ypïi4, l^^priw^I^çwnté #1^ j6HX.4c|*«tt^|flWrfl^lctoip 
brassMU s^n fids; r.arro3ipit jle sçsjteipj^ fit\f jr^ç^nqiW^t 
au}L centumvirs ; vous auriez^, je Jç croj/s ^ aJXçpflri (fo^e les 
rochers 7, arraché des pleurs aux êtres insensibles^ eufin, voua 
iBuriez persuadé que cette sentence ^ Réglèz-^ous sur les ter- 
tnes d'un acte, ne se trouvait pas dans la loi des Douze 
"TAles/ supérieure, selon vous, à toutes les bibliothèques du 

iâètide^, teai& parmi les aphoHsme^ d'un professeur en droit: *^ 

t ...... - . . .' . ' ''^ 



LtVàÉK^Vctas accttsez'depafesse et de négligence nos jeunes 
gOBfir, <pi6«'ejqfirenijefit p4ë ce« art , ddrit la coiltii&satacle votiî 
paxatt.si'&eile. Panprewis pour jtigesiios juriseon^les, si 
fiera de{)O60édar*u«e.sciciioe sidîffidle : je vous' en preBfdfttis' 
a,téi[uun> Hiom q^\w>làf^dmez à l'instant que œttfl jurispru^ 
dence^ ^f iadle.k. apprendre j n'e^pa&encoi^ séduite en apt;* 
mais gu^;ç|à Taide de.)a dialeq^u^, ou pQ^rra en donner .les 
rèçles ; vous ajoutez ju'ellç est Remplie d'attraits; tout le ino^(]^ 

^ Le mot Mnoftwn^^ % ^^tfifft^.m, on d^ termiB dans. kaqvvU kl ioi 
Hoiià'ia de f unis , était couçue, ou plutôt, comme semble TeRtendre Cicéroo, 
de«enMkteÉ>fiMitikiléÉ uàtàêi ààékiééHâtità «ffttoes et djRMlès'té^itÙète:<iii â(i 
u^bue CCS ^f^ales ^ tm iuôlç^osuUe nomme Mostii^ Vyjiff lerJYotef^ • . t 

♦^ Ccst^ditci en favcôc de rhériâcr coUaiéral. ;^o;-e« le !No. XXXVUL 



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5a2 DE,Qft4T9W;^,l^^^. 

ttOBCrOf mn itiqanBtt ûmopta moêS9^jàÉéim^>m»b'Vh 
éési M^etes légM ml ' ifm gog^ctqiitp ^ooniwpwî t|#, 
aàt hbVis li^lbus'ësse sttlîAlil!«i<?^Qiiott ▼jqErorivifte'Wi- 
i^os fiii'ë^èitîlt fierl pntas '/'qttbt t^gtftu»«t fownpi 
prdposita sinVvirtutibtis etânppli^ti viti^ ?^li%l0fi 
puuLam , virtutem homibîbus (ai thodé'tt'aé('i^2«fol9& 
possii) insutuendoet persûa^fêù^O) ûoti faïitiifïi^ è%'¥i^ 
ac metu tradi. ]Vam ipsutn quidem illua ^ efilitâ?Siiie 
cogaitione juriS) c^n^ïn silbellum^ cayere.* niàmm ^ 
6cirç pps^Upiu^» Deme aulem ipso« cui uni tucooce- 
dis^ aiy BÎBe uJU jurU ^iemi?, V^me^ çai|M^j^tfsu- 



posaîa y iibi lioc » Crasse ^ re»popde9^iiei^Uip ^e 
nmquam jus civile didicàase, neque.^^^pmAfuiâ 01^^- 
sU^ quas in jure posaem defendei^e,^ uf|»<|ii;(qf,];»{^fv('^ 
^cientiatu desiderasse. Alhid est eoim j.easttarÀfi&eipi 
cttjusdam getieris aique arlis^ aliud wéoanipiqtaûta 
et Yulgari homÎTitttii conâueciK^ïie Beeib6htteKiyià& 
rudem. Gui nostmm non lien i^dgift'tit)i(lt>s^dlMM 
aut res rusticas vel fr uctus causa , Vèl'déléëlSà^tflliit) 
inviscre? tamen nemo tam sine oCiilli, t!àFm'sS'iii6^(*Ûie 
vivit*y.uty quid sîl sem^nti^ ac méssîs, qmd'lf'i^lilSiPtni 
putalio ac yitium , qup temppre anni | aut mio inooo 
ea fiant 9 omoîno nesciat. ]VMm igitUTj .si.cui funoas 
in»piciendus> vuf. si manqamlujxi alij^i^^iiy!; 
de agmaOuini^ aul WfjwanduiP tiJÛc^o«M Vf^fejft^^ 



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rte t'O^BfAjtèïl • • ITVRE I. SA 

"vous al^aiiâbniîéi^à ce plafea* ; iiotié dtàdûs tmeutf litcf feTeu^ar 

^i^k^ VéJ^ete^cnts |)i»<qiii?)les.BaGi9Biies loi» ftonttom^é^es^i). ^- 
smjtodtiy ou que klm k>is tn^vdlas les ont abolies 2 Qu^pt a ce 
'•^enrof siavezKSt^ ^e 1^ lois r^ud^n^ les hxmunes ix^eUleurs, 
* 9^Xiff»%^ ^ cilles et des récompenses décernées a là vertu 
-^l^^:>iiçf^ j'^ai tpujours penié qiie la vertu ( si on peut l'ins- 
pirg* s^,l^)nMnes), 3'inspire parla persuasion et la bonne 
. édnc^jipn, plutôt, cpe par la crainte , les menaces et la vio- 
lence. On n^a pas besoin d'être jurîsconsuhe pour savoir quTl 
"^est honnête de s'abstenir du mal. Vous 'ave2 eu^ Ta boiité de 
<:çnvemr que, sans aucune connaissàiice du droit ^ je sfuis'ie 
séiii qurpuisseplàidèi' tD^tktes dorteé de id^ûses tfe v^jÉsavotte, 
CïtassîU^^b jéneFàrfaiûâB appm, etque^ dhn&oo» oamcs 
^Uë Jel^piàii/^léfhidi^ laï Wf^aA d'i^ires ks loi^» }€ qW jt- 
n^ eUi&^ de me re^târ de non ignoraocev II y a.bien, fie 
'tà>dâïXfmde'«Dtm;pofl6éder'.un i^t a i^nd ,, qn jjgçore? ce que 
'l'iisâgaipiDrnikUerteti'hlLbi^ud^dujQionde nous en apprennent. 
^]N^a^aM«i9to4pa%fiOHyi0]|t^,vi^^ nos campagnes et nos dç- 
^ lïlfj^^,^f)itppu^.kp^^s^ç qpe ngus y trouvons , soit pour 
. pyi(^i|:]V|9il^;iptçe bien,? Cependant, personne d'entre nous 
^^^'l^jtj^çfpj, «J^çuçvn.de bon sens, pour n'avoir pas examiné 
^^^nuuiière d'ensemencer les terres, le temps de la moisson, 
celui d'ésKmcferles arl)res et de taàler les vimes. Si mielcni'un 
de: noos .doit .visiter ses terres, ou doilner des ordf'ès a un'nr- 
mi^, «era^-t-flV>)iti^é'dé'ri4 Hu{iàrmirt YAgricûkath^^êe 

W^^^ li^it'èiVÔ,'^WbeiAW aux amiiminsft qM 
j'ai acquises au barreau, dans les affaires et dans un^^^rand 



V 



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ea4 lï>E ôhkTÔAÉt^lfek Y} 

iiitfm'mlelngetïna côrttenti essé possumus? Çur i^ygo 
Hun Hdem itl '|ùre civîli, praesertim, cuipi in^^p^s^^ 
et iti négoîîis ^ et în ïbro conteramur • .salis Loslruefi 
esse possumus ad hoc Q\inUi%s^\ ^ jxe m WgU*^ p^(riii 
peregrîni aicjneadv^nae essç yidçami,ir 2 Açi^^y^i^ dû 
causa ari(j,ua ad jpos ^^^lala pb^uripç». dUffîcHk>u^r«lo^^ 
si\y cuupi hpc Sqaevol^qiQmQmaiccnre;; quaapcfimtiivpst 
ÇQiffîa,^ quormxi neg/oùum e»ty coà^ttjûk ad*^iM)à"%t 
c^qui^M dj&leruiit« A19 ¥ero fti4e-re tpsay^i ék 'fiâf^ 
lmstt4:ui&>m ram.prœsemeiii' ftotl vebïoiulsy^i^e'tit^ 
]Hl]«9ii^ ^^ pw^pipûonikùscûDtrbvet^h estf^îidâWd^^ 
res et saepe difficiles necessarîo perdii^iiiW» : 's^ le- 
ges nobis , aut si hominum peritorum respoosa cog- 
noscenda sunt y veremur ^ ne ea , si ab adolescentia 
juri civili minus studuerimus ^ non queamus cog* 
no8<5ere. 

1 tljlX. Nibilbé igîhir* pWdèst "Ôratorî luris civiiis 
dciétftia? Non possùm negaré proaess'e ullam scién? 
tiam. ei praesertim. cuius eloquentia copia rerum 
debeat esse ornala : sed mulu^^t raa^n^^,^^^»^^^ 
UUntea, quae sunt oratori peçesç^r^^^^^uj^jjp^ 
triam in plura studia distr^^i^i^e ri)o|^ Q^\$^9gpt »\ 
o^ps esse prafpri^ in boç ,<V^)W^ fflQM^«îWl^«ft»l 
Rx>sçii gçsiuin et ^yenu^ta^eioi?. tam^atiïeQiaBaitiaflni 
flludiiosis djiaendi AdMJiesaeKiftH)ii0^>Tim j^mitdâBeii^l 
bistrîoimm naore «l^boraftt. <^d}6sr><^ralim mM^ ^ 
i^mtmBA ^ ^tftm wr ? taraeoy* «i* J|if«Wi\îl' î^i»i^ 



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■ "*r'- ■!.''■: i'„l - „k«v.»« J>..n.» «fToI^. »!>.„. . ~,t :i j 




u 

fcbUJê\imsséiit'pftsle'soin, et nous appçrtent toujours les avis 
flé-tiài fiî^31è?èriVîuîis<K)nsuttci!'^S'iI*s*agît d'^^^ de 

«ik î^ feut^-egte Ifèlfeâîiés'/'saiis qùé fes* juges aient ies- 
ç^MkhrisUf'tèr^ïfenfct, ôu')\4gejr dfe là'Ieïïéûv'd'IiH contrat et des 
#xqiptittM| ^^oir oppbgt^, BOtW ' tt)taitnes'' fcilî^s* tf ëtûdîer ' de$ 
f^t^<^i9)[il}r«ftiiïl^e«<9pi%tex :>8Î «ous ^Ydhs à^fofoiiditlèy 
Iqî^iqt^ ^ci^jjl^ 4€Sc]Bgivte$tkt phis éçkdtté^ ddul^OQ^* 
n9i^.^^e,^e ^qVi'V^M: /Bg^l^èut noua instniire nir le»- koisr o»^ 
-K^^^f^çgu^^u^^ a'ay,9i^pa3 ^n VtKV^^Wbdeim appreiwbi 



>^'Hl'»->^*)L«? 



...r.v 



. .][j,i;^^. Est-il fJjMD^ #fiijyft^tiir^pif,dle8^v6if lie. droit? Je 

ne puis le nl^r^ il n est ^iuci]nc M^ieuce qtti.n^.iÇ(mtrii^i|^k;I» 

ricnessé au discours j mais les choges 4^^!9ï^!9^^?^^^ ^^ 

1 orateur, saut d eteudues . si ditTu iles et si multiuUées, gue 

ié^nè VÔUdraïs pas le \oir CTiiploytu' 5<in temps à tîint d'études 
\, I, \ , .|. i.Vi-s:^. "^^ iU .ïrr.T • V '?',' * '- " * 

dïfKrttit^. Qui peut mer combien seraient utiles a Torateur 

f» iâ^iitteii, W gesic et les grâces de'Koscîusr* Cependant, 

feiW^m^^ôtëéïBeiUWiL jéùrië^ getis' de's'àppïVcjueV a la'àê-* 

ckfmsÛDiiia^eo^liUU^âe^soin qiie'les acietjfeJ^Est-S riéii "Ûit 

l'(^i(ti|^'m«4<)i^n)peitoiiQeé.'èxq9en^d^ nûê ' i fmêÉ kà^ibhft^^ 
^'jffiH^ lÇ&jÇâff^>6t l^ftactfum tragiques, qui ^édafâent'i^s 
pendant plusieurs aimées , et qui, le jour où Hs doitl^ot 



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£b6 DEOaATORBi.'UBKR h '\ 

cVibante^ seûsrttf exiékatft^'dâëAetoquè, caM èg*€fi«tâtt, 
sedentes ab acuiissimo sono usque ad gravi^ltcibM 
sopum recipiunt y et quasi quodam modo coUlgUBf. 
Hoc nos si facere yelimus , anle condeiuDentur îi y 
quorum causàb recepérimus , quam toties y cj[fa^l&s 
perscribitur y paeatiem y aut muaiocteitt citaHtïius. 
Quodsi in geatu y qui mùltum oratorem adjuvat', èl 
in yotey qus nna maxime eloquentiam Vel cdmtnen- 
iu y vel sustinet « elaborare nobis non licçt : ac JJin- 
tum m utroque assequi pos^umus y quantuiii «m haç 
acie quotidiani muneris^ apaûi nobi$ ds^^^.^i^^n^ 
minus est ad juris civilis perdiscendi (fC(ÇfxfMfiffffpfL, 
descendendum? quod et Qwx^vi^^tiiq piçrcipj^^Bi^^^, 
trina potest y et banc habet ab illis rébus dissimiliiu— 
dinein y quod TOYéi gestû^ subite sumi , et aliunde 

quatinria repéiAë^l a pèrtâa.| j^ de Ëbiis -di^roiBi 
potest. Itaque iHi disi^ti^taikî hdminés nfiniatresiifti*^ 
benl iri causiè jtiris peritos Voimf ip9Î tfiftlt *^ imiMlîw^ 
sîmi, etquilut aBsîepaùnoàrt'édrrttiâi^it^^^^ 
malici Vocantur, în quo nostrf oînïthi^) ittiëii^ liïAd]^ 
quod ^tarissimoruiji Iiominum auciôrWâlèr4èi^^*w 
j^ura lecla essè voluerunt* Sed" tameri î^qn mgissetl^i^' 
Or9ecos4U>muieS) si ita a6cesseessearbitratiesfte«t^ 



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é%^'f)ffitt}ffp j^rjpppr.s^orlifter dans la déclamatiop^i ^^ç»f\t 
l'^loqi^epçe, ûrjÇ les ;{k)iis gmid^ avantages et une partie de s^[ 
gloire^ noui^nedeypps y coDsacTor que le temps que nous 
laisseat nos occujpations jpumalîëres : combien moins devons- 
nous donner de momens à l'étude du droit ? En eflet, on l'ettidii 



i 



iÛ 



sans maîti'ei ^^> po^r ^^^^ dire, sommaîreraeiit, D*allleurs, on 
ne pcuiy aix'!)ésoin« emprunter la voix tel le geste d%n autre ^ 
tandis 'qtié;, dans plnsf d*ùne ocmsirtn , nli h recours sut un 
pokÂf*-ffr(iit^âùt livres et aux jurîse/)1i$tiltêg'. 

'^*ÈMâ'^!s'6n%mts ^i Jtabifes) si i^et^ idâhl 4â |firb|prtt»^ 
litùmffjbt tôué tent^^ûràm ^ A n'y t qu'tt&în^fliity ki titr^ 
^îimodasukes ^ a BËÎfem 'fai^cMifti «iiipiis 
^ffi^Qiti» t.t^i.J^.^j^ie^t^.leius JuMàni;». fiîea pUvi 
s^^je^^igiip^^ lej^^^q? i^UiWias Bito^ns s'açpliçç^^f 

¥g?f i§ei^^ ^T?î. î^f, ^^m^^, ^>Kf ^^PF, i?^.^^, ^"'P^.^t ,lt 
ficçours del^pr^îaens. 



* Ces praticiens qui éclairaient ainsi les orateart , avaient , selon toute appa-* 
r^Qce , ime oeruioe insinsction ; mais ih n'édôent pas en grand bcmnauri 



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5^8 DB QBATOilE» UKK I. 

oirAlorem ^liuiii erudire ia }wre ci^Ui » lien «. png- 

maticaiii adjaiorem dire. 

«Kûftri ^om oîfilia #ciamî»: fioMoee 'etÎMm^ii(Hpî«e 
magoitudine. Sed nos^ non qmd nohia «lik^fiafim 
quid oratori Beceaterinm jit^ jcpiimmiM» (^iMUqwnb 
quoniam mnlu ad oraioria simiKtndimiin ihiwici#t* 
lîfice sùmîmtiavsolet idem Boêeiaa^*diiit ewi||n$» <fto 
phis siU setatis-aecederet^ ee>tatdioMaeiUeîdBMQM«« 
dos 9 et oantùs retnissiores «Mef (iwgm'iMI, Q ie ml ai 
iHc 9 adstrictns cerU quadam iiop ifeTf6 ffhà»<MteAWeh- 
tione etpedum^ tamen allqaîd ad rèqttiéiti tflMbUà- 
tîs excogifat , quanto facilius nos non liilàïë'iicléSilêf 
sed totos mutare poasumus? Neque enimlipc te. 
Grasse 9 fallit, quam multa suit, çtqu^ yaria ge- 
nera dicendi ^^^t qoed haud aciani , ao, tii^ iiriiaus 
osteoderis, qui jamdiu miillo dicia reaÙMÎM. et 1b-- 
mus y quam solebas : neque aainata ty^c tiHM» tua 
gravisaiiui «sn;poiûs lenitas , qjuam tUa iiMriM^TÎft.€t 
contemio probatur : multique oratorea flMVtlHt^'ttt 
iUum Scipionem audioma, et La^iuinij qui dmiùa 
aeriuoQe confioô'ent pàuilo iDieoiiore^ iiuinquîitti ^ 
iil'3er. Galba, iakeribus, aut clamore^cootcndereat. 
Quodsi jam hoc facere ndfi potcfis^ aui tiol^g ; ve* 
rerîs, ne tua domus^ talis et ^In^ei eivi»^ sî a Itit- 
giosts •hbminibué non cohinv^ a ceteri» tleseratiir ? 
Ëquidem tattmn abaiim a}i bu setitemàai ut ooe 
fiiodoiion arbitrer snhwdîipei winintianjn^ jii| 
qui coQfultitpi Teniant^ q^ultitudiiie \ 



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DÉ L'ClRATEUH, UVRE I. Sag 



'1.X' "^cm nous avet dit encore que la ecMMÔâMnce du drmt 
tmftiitÊileBiMBbadBifèlte àtà^UoMmtàltffmait sur la fin de 
fctifs îovnr. Hme a'agît pas id d'esmmer ce qui nous en 
iitiks, iinâaceqittartBéDessaireklWalciir. Rosdmydtéaofu- 
iwiit dam'4)at'eatrietîett, dit qn'em aTaaçant m âge, fl aura 
i«pid«iaUtttirle|eadelalâl8%^'> et décianera ses vers d'une 
laiBvàra.plus doiice.et plut lente. Si, malgré la contrainte e\ 
la^iOMre dea ven^ Ro^ctus songe a ce qui peut le soulager un 
peu dam ses dernières années , ne nous est-il pas facile d'adou- 
cir, notre Voix ^ et même d'en changer les inflexions , plutôt 
que de renoncer au barreau? 

Tous savea , Qrassus , combien ilya.de diÉR^^ntes manières 
de pr<moncer tm dîaconrs : je crois même que , le premier , 
vous nousenarei^domiélaprettTe; car, depuis quelque temps, 
votre déclamrtieii est j^uski^ et j^us douée , et le ton calme 
AgiSToque votttpMactt a'excite pas moins notre admiration 
que la véhèMaeeet la fecce qui vcnis méAtèrent tant de fois 
nos avSpages. Plusieurs orateurs , tek que Scipion et Lélius , 
^t]i}f«at toujours nn tm modéré , et ne s'abandonnèrent jamais 
^ ces cris ridicules , a ces éclats de ▼<nx qu'on reprochait h 
Ser. Galba. % tous ne pouviea suivre sa méthode , ou si 
elle n'est pas de ^pMre fjtAl , penses-vous qmt la demeure dHia 
grandhomme, d'un citoyen tel qae tous, sera déserte et abtt* 
dooiiée, parce que tes plaideurs de profession ne la rempliront 
pas ? Loin de partager votre sentiment , je ne fende point la 
consolaticin de mes vieux ans sur une foule de cliens qui vien- 
Araieni me consister. J W yî ic inêttie a cette iolîtade que voma 

"" ^cyt^ min Tipiet sur le prenicr Dûlogoe. 

IL 34 



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55o DE ÛÊtkTÙKE , LIBER t: 

sed unqiiam porimn alîquem, exspe<flem isum^ qiMmi 
tu limes y solitudiuem. Subsidium enlm belïksîm tiwi 
«xistinio esse aenectuti y otium. 

Relîqua veto edamsi adjuvant^ bistoritm dico, 
ei prudentiam juris publici^ et aotiquitatis itçr, et 
exemplorum copiam^ si quando opus erit^ a \iro 
optimo, et istis rébus ipstructissimo, familiari : 
LoDgîuo mutuabor. Neque repugnabo^ qtm 
( id quod oumIo horUius es) omiûa hguu y ooamA 
audia»! f in oaxni recto studio atque buaBnuka^ ▼er- 
fenmr : aed mebereule non iu mukum spaliî mïbi 
yidetnr 9 si modo ea fecere et persequi volem, qnm 
a te 9 Crasse y prsecepta sQnt:qui mibi prope etiam. 
nimis duras leges imponere yisus es huic aetad ; sed 
famcu ad id^ quod cupiunt^ adîpisceudum prope 
ùecessarias. Nam et subitae ad propositas causas ezer- 
cîtalioues y et accuratœ y et meditatâe commeniaûoae^ 
ac stilus ille tuua^ quem tu vere dixisti perfèctorem 
diçendi esse ac magistrum , multi sudûrit| efL^ et 
iUa oratiooi^ su» cum scripûa alieuîa CiPipaMii^ 
tt.d^.abeao scripta subiUy ^ul hnàmnâi^ mL lîm 
peraodà , W ocmprebasdi , ¥«L oiMIflnéi 4aMmt^ 

memorîara^ Tel ad imitanikim. '••' «-^^rv- 

LiXl. lllud vero fuit horribile^ qftod odi^ércule 
vereor^ ne majorem vim ad deterrendum ïtaDUerit^ 
quam ad cohortaudum. Vôluistî eulm m suo jj&nere 
unumquemque uostrùm quasi quendam esse Ros- 
cium; dixistique^ n6a tam ea^ qoat reçu essent. 



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DE JL*<WATM», UVRP I. $5i 

I ^^Sifi^'^f^^ )A^ 9efft4fi igue, dfus la viiBiUeifç, rien n'est 

si doux jp^ If repos* ^ 

Quant aux autres conuaissances^ telles <{ue Tliistoire, les 

» principes de l'administration et de la politique ; quant à Van- 

r tiquité et aux nombreux exemptes dont tous avez parlé , je 

puis m'adresser , s'il le faut , à mon ami Longin ^ , l^omme le 

iplus ârudit et le phis complaisant. JVn conviens aVec vous ; les 

I jeiittes gens dorvent beaucoup Ere, prendre des leçônâ mr 

Wbx ee qui concerne les arts let les science» ; mais en vérité*, 

1 Crassus , je ne' crois pn qu'il leur reste asseï de temps pouf 

m Uyttt à tmt d^exerobci divers ; vi«s fesr impjMez^ um 

tâcba trcyp pénible, et vous m'avei paru tpop iixigerde aq^ 

^ ÎWlle8^pw•CependaDt je n'en regarde pas moins ces o^nnaisr 

aaiices CûBUoe indispensables , s'ils veulent atteindre à la pec? 

iectioiL 

. Vous leur a^es parlé de discours improvisés , d'ouvrages 
composés dans le silence de la méditation , et vous nous avea 
dit que la plume est le nieilleur maître d'éloquence , c'est-à- 
dire qu'ils doivent beaucoup écrire , et s'accdutumer a com- 
parer leurs compositions avec celles des autres , à reconnaître 
6ur4e*^iamp.ce qu'il y a de bon et dé mauvais dans une ba- 
, tm^tieott dans un pTmdoyer , à louer^ a critiquer tour k touf ', 

, h KUteaif leur c^nnion, ii réfuter celle des autres: mais tout 

, pela n!exi§&*t4l*pai ua grand tncvaii, une mémoire prodB^ 

I t'huât; etkBJmneogoaaaofi^ikca^paUes d'en supporter les 

I fiaîgvesyOad'ensttnnonterkidîSicnllÀ? 

LXI. Mais une cbose as^a vraiment efirayé , et je. la crois 

I plus pcopve a nous décourager qu'a exciter notre émulation. 

Vous voulez que cbaeun de noua , dans son genre , soit un nou- 

^eau Rosdus, et vous ajoutez qu'on &Lt bien moins d'atten- 

* Cicéron vcal parler ici de C Cwwoa iiODginas. , . ^ 



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532 DE ORATOnE , MPJER I. 

probariy quam quœ prava (5aDt).fa6:tidÀîf> i 
cere : quod ego non lam fa$tidîo9<9 ipnébis^ipiaiD i«r 
bîairioDÎbus > ispectari pulo* Itaque noé rmfccM^sœfM^ 
aueDlissime audirî video : tenet enim m»^ ipsk âti^tie 
causa : ai iEsopuM, si paulhim îrrautèHt, etpfodi. 
A quibns eoiiAi iiikil prœter volupfarem anritrm quae-^ 
riiurj in iis offiettditur, simul alqtie imminuitiir ali« 
quid de Tolupiate> In eloquentia' autem tiiulta sunt^* 
quae teneant, quae si omnia summa non sunjL (et 
pleraque tamen magna suDt ) , necesse est y ea ipsa ^ 
quae sunt^ mirabitia videri. , , 

Ërgo^ ut ad primum ' illud revertar^ sit^qn^^, 
Dobisis^ qui> ut Crassus descripsit^ accçip^if^pda;^ 
ad persuadendum possit dicere* Is aut^m concl^d^- 
tur in ea^ quae sunt in usn civi^tiMH ¥ulgfiri.9(C ùà^ 
rensi, recpLOtisque ceteris at;udiis^ qupmijiîs jm ^oîiie 
ampla atque praed^ira^ in hoc uno opère, m'iw ^^ 
caiii> noctes et dies urgeaturr: imiteturqveilium ,'ctti 
sine dubio sosuna vis dicendi ooùcdditur'^ Aâienlbtt^^ 
semDenumhenem, ip quo tantum studiuni Afi^^ 
tamusqne labor dicitnr, ut primum impedimenta 
naturse, diligentia industriaqué ^ superârèt : cuinque 
iCàbalbus esset. ùt eius ipsius arlis. cm stuidlereU 
primam htteram non posset dicere^ perf^^it.medi*^ 
tandp f nt nemo planius eo locutu^ PHH^i^^t^i^^^^ 
cum spiritus ejus esset angustior^ ta^Uif^tfiftfjiîfflqji^. 
anima in dicendo est assecutus^ yij , ly^nfiftiyiîf^in. . 
tione verborum (id quod ejus scripta decbrant) 

» niae. — * Sont. — ^ Sopervît. ^4 *>* * * 



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DE L*OR\TEim , LTVtlE I. 55Î 

I $mï 9Wi^diati$ qu'aux défhuts : si Pon vous en croit , on est 
i encore' {Jfas difficile pour nous que pour les acteurs. Je m'aper- 
■ çois oependant tous h» jouf s qn^on nous éoMte avec la pins 
I grande atteptLm , parce ^'on s'occupe de Itf couse , «ans songer 
F si p^otre yoix est plus ou moins enrouée. Mais dès qu'Esope ^ ^< 
a la VOIX xauque , im ne peut plus le aouflHr. Auasitôl: que ^V 
reille'est blessée , on ne pardonne rien à «eux^que l'on vient. 
I entendre pour le plaisir de roreiUe. Mais il y a dans Ifâpr 
[ quence de^ choses qui nous attachent : si tout n'est pas égale- 
I nierit bon , du moins on nous tient compte de ce qu'il y a de 
I Men. 

I Pour en revenir donc a Tobjet le plus important de ce^te 

I d&cùssîon, donnons, avec Crassns, le nom d'orateur a celui 
I qui, par son éloquence^ est en état de persuader; mais que 
se^ 'éttides se bornent a ce qui concerne la tribune et le bar- 
reau , k ce qui regSTile les délibérations du sénat , les intérêts 
des citoyens; qu'il renonce «nx autres connaissances , malgré 
leur, noblesse et- kur utilité ; qu'U travaille jour et nuit a son 
art,. etqu'iLimiler«rateur d'Athènes, Démosthènes, ce grand 
homifiç <%9e de servir de modëe ; hii dont le aèle et le traifail 
surçiQi^tèreQl les obstacles que lui opposait la nature* On- dit 
qij^'il bégayait si fôrt^ qu'il pouvait à peine prononcer la pre^ 
tnière lettre de son art; il vint a bout de délier sa langue^ 
et personne ne parlait plus distinctement que lui. Il avait la res- , 
pirationfaijble; par des soins continuels, sa voix acquit beau- 
coup de force et dPétendue, au point de Pélever a son gré, et ^ 
At Pàbaisaer'deux foi^ éans la inéme période, comme il l'an^ 
noiitë Mi^tnéme dans seê IScnis. On rapporte aussi que , tenant 
de petitl^ oéillotilldàiissà botiche, il prononçait .tout d'une' 

"^ Gâèbct«cteiic 



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554 DE ORATORE, LIBER 1/ 

binse ei conlentioties vocis et remissionés coôtïWe-^ 
rentur : qui etiam ( ut memoriae prodltum est) con-^ 
jectis in os calculis^ summa voce versus multos uno 
spiritu pronuotiarecoDsuescebatj neque isço^sisteùs 
in I0CO9 ^d inambulans, atque adsceii^^ ingrediens 
arduo. Hisce ego cohortationibus» Gras^^^ ad fXMr 
dium et ad laborem incitandos fwfene$ .yebepi|«lilQC 
asseniior : cetera ^ quœ coUegisti ex vanîa ^idîtecaiy 
studiis etartibusy tametsi ipse es omnia consecutus^ 
tamen ab oratoris proprio officio atque munere se- 
f uscla €8se arbitrer* 

LXII. Hsec cum Antonius JUxisset , satie éuoitàre 
msuf est Sulpicius , et Cotia , utrius oratio propiùs ad 
veritatem viderctur accedere. 

CR.tf — Tum Grassus : Operarium nobls quendam^ 
Antoni , oratorem facis j atque haud seio , an aliter 
sentias y et utare tua illa mirlfica ad refellenduni 
consuetudine, qua tibi nemo umquam prdestitit: 
eu jus quidem ipsius facultatis exercîtatÎQ^ oratorum 
propria est^ sed jam in pbilosophor.um copsuetudine 
versatur^ maximeque eA*unt, qui de. omni re propo- 
sita in utramque partem soient copiosissim^.diceraw 
Verum ego non solum arbitrabar^ hit |ira$serti;ni 
audientibus^ a me informari oportere^^quaUs >psse 
posset is^ qui hàbitaret in snbselliis^ ■e<)ile><pttd- 
quam amplius afferret, qilam qliod cailsak^tmiMie- 
cessitas postularet : sed majùs quiddam Videl»aift>'Oum 
censebam^ oratorem , praesertim în noittà i^ubftca, 
nuUius ornamenti expertem esse opbrtéi^e.^Tttïùton, 



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DE UOl^LTEUR, LIVRE î. 555 

haleine , et d'un ton élevé , une longue tirade de vtts , non pas 
en ^ tejiuupt an même endroit, mais en se promenant dâxs 
dcB chemios pénibles, et même en gravissaM dis lîeua e»« 
otrpes. 

Voila, Crassus^ par quelles exliortâtionftil fittitMSj^repi^au;^ 
jeunes gènâ Tateour du traviiU qmA « aHt9< é(uditi<)p. VP^. 
mense que prions avez eu le coucage d'acquécir, ^ ^étudiant 
iou^lè!}*Atts, je de ia-ovois pim nécoss^fd a Torateur, et je ne 
la confimdnû jamais avec l'éloquence. 



UiJl- Après qu'Antoine eut cessé de pctrîer, Okdpioia» 
^t Cotta ne savaient si son opimon approcfufit plus 4ié la 
vraisemblance ifue celle de Crassus, et restaient iMcis^ 
Crassus dit alors : 

CR. — Antoine , vous faites de l'orateur une espèce d\)u- 
,vrier qui vit au jour la journée \ je ne sais ce que vous pensez 
a cet égard ; vous avez sans doute voulu nous ofiHr une nou- 
velle preuve du talent merveilleux avec lequel vous réfutez 
tout ce qull vous plaît. C'est un moyen propre aux orateurs, 
et dépuis peu fort usité parmi les philosophes , surtout parmi 
les Siieptiques, qui, prenant également le pour et le contre, 
parlent âVéc succès sur tous les sujets qu'on leur propose. Je 
'necrojtiis pas, surtout en m'adressant a des auditeurs tels 
' que tfÀU0^-voiift donner l'idée d'un orateur tel que pourrait 
étP^ cthi dont les takas se réduisent a parler au barreau , et 
-qui ne' doit j aptporter d'autres connaissances que celles qu'il 
feut avoir pour composer un plaidoyer ; mais je me faisais une 
idée plus grande de l'orateur, surtout dans notre république , 
où celui, qui se destine à l'art de parler, doit réunir en sa 



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556 DE OBATOW;, JUÇp^ J, 

qaoDiam exignis quibusdam fii^iKos )t9^tqp^iOi;MJMi# 
munus circumdedisii , hop facUiu» ftobis^BfyMm^ em 9 
quœ abs te de officub priecepÛAqiieoiialorîft iJiMâsifta 
sunt : sed opinor^ secuodum bunc dîeM. Sftd^> em^mk- 
multa a nobis hodie di<ta wmi» Bfvao-et SeKroJâ y 
quooiam in Tuseulaimm ire constkiait^ pMlltim 
requiescet, dum se câlor fl*«iigat ; et noè îpsta y quo- 
niam id temporis ^st^ Taletudim dèmcrs^'opéram. 
Plaçait sic omnibas. Tùm Scaevola :*Sane, ïnquit , 
vellem îion constituùsem , in Tusculanùm me hodie ven^ 
turum esse, Lœlio : lS>enter audirem Antomum : et^ 
cum exsurgeret , simul arridens^ Nequeepin^ ioqait^ 
tam mihi molestas fuit, quodjus nostrum wile perv^Uit ^ 
quam/ucundus , qyod se id nescire cotifessus est. 



EXPLICIT LIBJi^& PXIIKOS. 



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DÉ L'ORATEUR, tïVRE I. 557 

pf ficrsôtme^^tdût' ce \jiii 'feit Porticment de réloqtience. Puîscpie 
Il wtts migm k-'Vmieût dés ^ômb si étroites ^ il tous sera 
I tièséfiB«î}t dembUB^cK^ tes devdirs'qtte tous lui imposez, et 
I IttpBéceptCErilofll il be àf^k î>as' i'ksiitier : mm ce sera pour un 
^ aulii^fwrH ilestmn^ derûftir.'Mftktetlàiit; {fûisqtie Scévola 
I 4éHreffJj|f]r «taiiimiMm deeamp^pe^ laissonÉ-le prendre ua 
I p<^^ rq^eA^smondaoi Ijue It chikur se passe. Pour nous, 
I T(ric[Vjl?fili;re^d,'#ef ^ Ménageons notre santé. 

Tout \i mon^e gpûta cçt a^is. rScévoU dit alocs : Je ^au- 
\ -drais en vérité ji avoir pas promis à LéUus de me rendre 
\ €Uiprès de lui* ^ j'entendrais Amoine bien volontiers. Il se 
leva et dit en souriant ; Le mépris gu^U affecte pour notre 
I droà ciuily m'a fait moins de peine, que Vayeu de son 

^ ignorance ne m'a causé de plaisir. 
i ' - > ■ 
*" A U maison de cttsptgne de Scérola, sitii^ k Toscnlmn, mais dans nne 
antre partie que celle où te trooTait la maÎMo de GraMiu. 



FI9 tXJ P'RfiHIEK LIVEE. 



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Gooâle 



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