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Full text of "Oeuvres complètes de M. de Voltaire."

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7/P 



O E U V R E S 

COMPLETES 



D E 



M. DE ^OLTAIRE. 

TOME QUARANTE. DEUXIEME. 



AUX DEUX-PONTS, 
Che» SANSOM et compaohib» 

» 7 9 «• 



PL 



PHILOSOPHIE 

DE NEWTON. 



Tome 41. Pkyjiqut , frc. Tome h A 



AVERTISSEMENT 

DESÊDITEURS. 



\^jE volume renferme les principaux ouvrages 
de M. de Voltaire fur la phyfique. On y trou- 
vera : 

i°. Ses • Elémens de la phiiofpphie de 
Newton. 

a°. Une réponfe aux critiques de cet 
ouvrage. 

3°. Une differtation fur le feu , qui a con r 
couru en 1738 pour le prix propofé par 
J 'académie des fciences de Bflris. 

4 Q . Un mémoire fur les forces vives, pré- 
fenté à la même académie. 

j°. Des réflexions fur deux ouvrages de 
Mme la marquife du- Châtelet* Ses inftitutions 
de phyfique , & une differtation fur le feu 
qui avait concouru avec celle de M. de 
Voltaire. 

Ces ouvages font foivis de plufieurs mor- 
ceaux d'hiftoire naturelle , une Defcription 
■d'un nègre blinc , une Differtation fur les 
êhangemens. arrivés au globe , un Recueil de 
'différentes, observations , intitulé Singularités 

A a 



4 AVERTISSEMENT 

4c la nature , & des Lettres d'un capucin 6 
d'un carme à l'occafion des expériences de 
M. Spalan\ani fur les limaçons. 

Lorfque M. dç Voltaire compofa fes Eté- 
mens de la philofophie newtQniçnne, prefque 
tous les favans français étaient cartéfiens : 
Maupertuis & Clair au t , tous deux géomètre? 
de l'académie des fciences , mais alors très- 
jeunes f étaient prefque lçs feuls newtoniens 
connus du public. 

La prévention pour le cartéfianifme était 
au point que le chancelier tiAgueflcau reftila 
jun privilège à M. de Voltaire. Quarante ans 
auparavant , la philofophie de Descartes était 
profcrite dans les écples de Paris ; & l'exem- 
ple de ce qui était arrivé n'avait point fufll 
pour apprendre que c'était en vain qu'on 
s'oppofait aux progrès de la raifon > & que 
pour juger Newton comme Defcartes , il au- 
rait fallu du moins fe mettre en état de les 
entendre. 

L'ouvrage de M. de Voltaire fut utile ; il 
contribua à rendre la philofophie de Newton 
suffi intelligible qu'elle' peut l'être pour ceux 
'gui ne font pas géomètres. 
u f\ n'eut garde de chercher à relever ces 



DES ÉDITEUR S- % 

élémens par des orrtemens étrangers ; feule- 
ment il y répandit des réflexions d'une philo- 
fophie juffe & ^modérée } préfentées d'unç 

anière piquante, caractère commun à tous 
fes ouvrages. 

Il s'éleva toujours contre cet abus de la 
plaifanterie dans les difcuflîfcns de phyfique. 
L'ingénieux FonteneUe en avait^ donné l'exem- 

î ; Plucke & Caftel en faifaiept fentir. l'abus* 
Quelque temps après M, de Voltaire fut obligé 
te s'élever également contre un autre défaut 
plus grand peut-être : la manie d'écrire fur 
les feiences en profe poétique. Cet abus eft 

us dangereux. Les mauvaifes plaifanteries de 
Caftel ou de Pluche ne peuvent qu'amiifer les 
:olléges & y perpétuer quelques préjugés : 
'abus de l'éloquence au contraire peut fuf- 
>endre les progrès de la philofophie. 

Trois philofophes partageaient alors en 
iurope l'honneur d'y avoir rappelé les 
umières , De/cartes , Newton & Leibnit^ ; 
a ceux qui n'avaient point approfondi les 
ciences plaçaient Mallebranche prefque fur 
i même ligne. 

De/cartes fut un très -grand géomètre, 
/idée fi heureufe & fi vafle d'appliquer aux 

A} 



t AVERTISSEMENT 

queffions géométriques l'analyfe générale des 
quantités changea la face des mathématiques ; 
& cette gloire il ne la partagea avec auci 
des géomètres de fon temps , qui cependant I 
fut très-fécond en hommes doués d'un grand 
génie pour les mathématiques , tels que 
Cavalleri , Pafcal , Fermât & Wallis. 

Quand même De/cartes devrait à Snellius 
la connaiflance de la loi fondamentale de la 
dioptrique , ce qui n'eft rien moins que prouvé , 
cette découverte était reftée absolument fté- 
rile entre les mains de Snellius ; & Dtfcartes i 
en tira la théorie des lunettes : on lui doit 
celle des miroirs & des verres dont les fur- 
faces feraient formées par des arcs de feftions 
coniques. Il découvrit indépendamment de 
Galilée les lois générales du mouvement , & 
Jes développa mieux que lui : il fe trompa 
fur celles du choc des corps ; mais il a ima- 
giné le premier de les chercher ; & il - a 
montré quels principes on devait employer 
dans cette recherche. On lui doit fur^tout 
d'avoir banni de la phyfique tout ce qui ne 
pouvait fe ramener à des caufes mécaniques 
ou calculables , & de la philofophie Fufage 
de l'autorité. 



DES ÉDITEURS, ? 

Newton a l'honneur unique jufqu'kl d'avoir 
découvert une des lois générales de la nature ; 
& quoique les recherches de Galilée fur le 
mouvement uniformément accéléré, celles da 
Huyghens fur les forces centrales dans le 
cercle , & fur- tout la théorie des développées 4 
qui permettait de confidérer les élémens de* 
courbes comme des arcs de cercle , lui euf-± 
fent ouvert le chemin , cette découverte doit 
mettre fa gloire au-deffus de celle des philo- 
fophes ou des géomètres, qui mème^auraien* r 
eu un génie égal au fien. Régler n'avait 
trouvé que les lois du mouvement. & des 
corps célefles ; & Newton trouva la lorgéné- 
rale de la nature dont les règles dépendent. 
La découverte du calcul différentiel le place 
au premier rang des géomètres de fon fiècle ; 
& fes découvertes fur la lumière , à la tête 
de ceux qui ont cherché dans l'expérience le 
moyen de connaître les lois des phénomènes. 
Leibniti a difpuré à Newton la gloire d'avoir 
trouvé le calcul différentiel ; & en examinant 
les pièces de ce grand procès , on ne peut 
fans injuflice refufer à Leibniti au moins une 
égalité toute entière, Obfervons que ces 
deux grands gommes fe contentèrent de l'é- 

A4 



1 AVERTISSEMENT 

galité , (e rendirent juftice , & que la difpute 
qm s'éleva entr'eux fut l'ouvrage du zèle de 
leurs difciples. Le calcul des quantités expo- 
nentielles , la méthode de différencier fous le 
figne , plufieurs autres découvertes trouvées 
dans les lettres de Leibnit\ , & auxquelles il 
Jfemblait attacher peu d'importance , prouvent 
que , comme géomètre , il ne cédait pas en 
génie à Newton lui-même* Les idées fur la 
géométrie des fituations , fes effais fur le jeu 
de folitaire font leV premiers traits d'une 
Jsience nouvelle qui peut être très - utile , 
mais qui nja fait encore que peu de progrès, 
quoique de favans géomètres s'en foient 
occupés. Il fit peu en phyfique , quoi- 
qu'il fût tous les faits connus de fon temps , 
& même toutes les opinions des phyficiens , 
parce qu'il ne fongea point à faire des expé- 
riences nouvelles. Il eft le premier qui ait 
imaginé une théorie générale de la terre for- 
mée d'après les faits obfervés , & non d'après 
des dogmes de théologie ; & cet eflai eft 
fort fupérîeur à tout ce que l'on a fait depuis 
en ce genre. 

Son génie embraffa toute l'étendue des 
connaiffances humaines ; la métaphyfique l'en- 



DES ÉBI.TEVRS. f 

tratna ; il crut pouvoir afligner les principes 
de convenance qui avaient préfidé à la 
conftruâion de l'univers. Selon lui , dieu , 
par fon effence même , eft néceflité à 
ne point agir fans une raifon fuffifante ; à 
conferver dans la nature la loi de conti- 
nuité , à ne point produire deux êtres rigou- 
reufement femblables , parce qu'il n'y aurait 
point de raifon de leur exiftence : puifqu'ii 
eft fouverainement bon K l'univers doit être 
le meilleur des univers poffibles ; fouveraine- 
ment fage , il règle cet univers par les lois 
les plus fimples. Si tous les phénomènes peu- 
vent fe concevoir , en ne fuppofant que des 
fubftance? fimples » il ne faut pas en fuppofer 
de compofées , ni par conséquent d'étendues , 
fufceptibles d'une divifion indéfinie. Or , des 
êtres fimples , pourvu qu'on leur fuppofe 
une fonîe adlive , font fufceptibles de pro- 
duire tous les phénomènes de l'étendue , 
tous ceux que préfentent les corps en mou- 
vement. 

Quelques êtres fimples ont des idées , telles 
font les âmes humaines ; tous feront donc 
fufceptibles d'en avoir ; mais leurs idées feront 
diftin&es ou confufes , félon l'ordre que ces 



fô AVERTISSEMENT 

êtres occupent dans l'univers. L'ame de Newton, 
l'élément d'un bloc de marbre , font des fubC 
tances de la même nature ; Tune a des idées 
fublimes t l'autre n'en a que des confufes. 

Cet élément placé dans un autre lieu, par 
la fuite des temps, peut devenir une amerai- 
fonnable. Ce n'eft point en vertu de fa nature 
que l'ame agit fur les monades qui compofent 
le corps , & celles-ci fur l'ame ; rnais ei 
vertu des lois éternelles , l'ame doit avoir 
certaines idées , les monades du corps cer* 
tains mouvemens. Ces deux fuites de phéno- 
mènes peuvent être indépendantes Tune de 
l'autre : elles le font donc , jmifqu'une dé- 
pendance réelle eft inutile à Tordre de 
l'univers. 

Ces idées font grandes & vafles ; oa ne 
peut qu*admirer le génie qui en a conçu 
l'ordre & l'enfemble ; mais il faut avouer 
qu'elles font dénuées de preuves , que nous 
ne connaiffons rien dans la nature , fmo.n la 
fuite des faits qu'elle nous préfente ; Se ces 
faits font en trop petit nombre , pour < 
nous puiffions deviner le fyflème général de 
l'univers. Du moment où nous fortons de nos 
idées abflraites & des vérités de définition 9 



DES ÉDITEURS. XI 

pour examiner le tableau que préfenfe la fuc* 
ceflïon de nos idées , ce qui eft pour* nous 
l'univers , nous pouvons y trouver avec plus 
ou moins de probabilité un ordre confiant 
dans chaque partie , mais nous ne pouvons 
en faifir l'enfemble ; & jamais , quelques pro- 
grès que nous faffions , nous ne le connaî- 
trons tout entier, 

I*ibnit\ fut encore un pubîicîfte profond , 
un fevant jurifconfulte , un érudit du premier 
ordre. Il embrafla tout dans les feiences 
hiftoriqiieS ; politiques , comme dans la mé- 
taphyfique &. dans les feiences naturelles ; 
par-tout il porte le mêmeefprîr, s'attachant 
à chercher des vérités générales , foumettant 
à un ordre fyftématiqtië les objets les "plus 
dépendans de l'opinion , & qui femblent s'y 
refufer le plus. 

Mallclrancke ne fut qu'un difciple dt 
Vefcarttt , fupérieur à fon maître , lorfqu'fl 
explique les erreurs des (ens & de Pimagma- 
tiôn , modèle plus parfait d'urt flyle noble t 
(impie, animé par le*feul amour de la vérité^ 
fans d'autres ornemens que la grandeur ou 
la fineffe des idées» Ce ftyle , la feule élo- 
quence qui convienne aux feiences , k des 



tl AVERTISSEMENT 

ouvrages faits pour éclairer les hommes , Se 
non pour draufer la multitude, était celui de 
Bacon x . de De/cartes / de Leibnit[. Mais 
Mallebranche écrivant dans fa langue natu- 
relle, & lorfque la langue & le goût» étaient 
perfectionnés , peut feul , parmi les écrivains 
du fiècle dernier , être regardé comme un 
modèle : c'eft-là aujourd'hui prefque tout foa 
mérite ; & la France plus éclairée ne le place 
plus à côté de Defiartcs , de Leibniti & de 
Newton. 

- Après ces grands - hommes , on admirait 
Kepler | qui découvrit les lois du mouvement 
des planètes : Galilée , qui calcula les lois 
de la chute des corps & celles de leur 
modVement dans la parabole , perfectionna 
les lunettes , découvrit les fatellites dé 
Jupiter & les phafes de Vénus , établit le 
véritable fyftème des corps céleftes fur des 
fondemens inébranlables , & fut perfécuté par 
des théologiens, ignorans , & par les jéfuites, 
qui ne lui pardonnaient pas d'être un meilleur 
aftronome que les profefleurs du grand jesus : 
Huygkens enfin -, à qui Ton doit la théorie 
des forces centrales , qui conduifit à la mé- 
thode de calculer le mouvement dans les 



DES EDITEURS. îj 

courbes ; la découverte des centres d'ofciU 
lation ; la théorie de d'art de mefurer le 
temps , la découverte de l'anneau de Saturne 
Se celle des lois du choc des corps. Il fut 
l'homme de fon fiècle qui , par la force & le 
genre de fon génie , approcha 4e plus près 
de Newton dont il a été le précurseur. 

M. de Voltaire rend ici juftice à tous ces 
hommes» iHuftres ; il refpeâe le génie de 
Defiartes & de Leibnit% , le bien que Dèfcarte* 
a fait aux hommes , le fervice qu'il a rendu , 
en délivrant l'efprit humain du joug de l'au- 
torité , comme Newton & Locke le guérirent 
de la manie des fyflèmes ; mais il fp permit 
d'attaquer Defiartes & Leibniti y & il y avait 
du courage dans un temps où la France était 
cartéfienne , où les idées de Leibniti régnaient 
en Allemagne & dans le Nord. i 

On doit regarder cet ouvrage comme un 
expofé des principales découvertes de Newton 9 
trèsrclair & très-fuffifant pour ceux qui ne 
veulent pas fuivre des démonftrations & des 
détails d'expériences. 

Lorfqu'il parut , il était utile aux favans 
même ; il n'exiftait encore nulle part /in tablesu 
auffi précis dç ces découvertes importantes , 



*4 AVE RTISSEMENT 

la plupart des phyficiens les combattaient fai 
les connaître. M. de Voltaire a contribua 
peut-être plus que perfonne , à la chute ( 
çartéfianifme dans les écoles , en renda 
populaires les vérités nouvelles qui avaie 
détruit les erreurs de Defcartes : & quai 
l'Auteur d'AIzire daignait faire un livre éL 
menraire de phyfique , il avait droit à 
reconnaiffance de fon pays qu'il éclairait , 
celle des favans qui ne devaient voir dai 
cet ouvrage qu'un hommage rendu aux fcienc 
& à leur utilité par le premier homme < 
la littérature. 

La réponfe à quelques objections faites cont 
i* ouvrage précédent , prouve combien alors 
philofophie de Newton était peu connue , 
par conféquent combien l'entreprife de M. < 
Voltaire était utile. Nous remarquerons qi 
/dans la vieilleiïe de M. 4e Voltaire & après 
mort on a répété les mêmes objections : ta 
il eft vrai qu'il n'avait plus alors pour ennei 
^que des hommes bien au-deffous de leur fiècle 

La differtation fur la nature & la propagatic 
*îu feu conçouuut pour le prix de l'académ 
4es fcienccs en 1738. 
; Trois -pièces furent ^^ttronaées ; Tune éta 



DES ^T) I TE UR S, T| 

de M, Léonard Euîtr , célèbre dès- lors comme 
l'un des plus grands géomètres de l'Europe. 
Il établit que le feu eft un fluide très-élafti- 
que contenu dans les corps* Le mouvement ou 
l'adion de ce fluide rompt les obftacles qui 
dans les corps 4'oppofent à fon explofion , & 
ils brûlent : fi ce mouvement ne fait qu'agiter 
les parties de ces corps , fans développer le 
feu qu'ils contiennent , ces corps s'échauffent., 
mais ils ne brûlent pas. 

M. Euhr joignit à fa pièce la formule de la 
vîteffe du fon > que Newton avait cherchée en 
vain ; «& cette addition étrangère , mais fort 
Supérieure à l'ouvrage même , parait avoir 
décidé les juges du prix. 

Les deux autres pièces , Tune du jéfuite 
Loxérdndt de Fiefi , & l'autre de M. le comte 
de Créqui - Canaples , font d'un genre diffé- 
rent ; l'une explique tout par les petits 
tourbillons de Mallebrancke ,' l'autre par deux 
courans contraires d'un fluide éthéré ; l'hon- 
neur que reçurent ces pièces prouve com- 
bien la véritable phyfique , celle qui s'oc- 
cupe des faits & non des bypothèfes , celte 
qui cherche des vérités & -non des fyftè- 
wes , était alors peu connue , même dan$ 



tt AVE R T I S S E M E N T 

l'académie des fciences. Un refle de cartéfia* 
nifme 9 qu'on trouvait dans un ouvrage 9 pa- 
raiffait prefqu'un mérite qu'il fallait encourager. 
Cette fageffe avec laquelle Newton s'était con- 
sente de donner une loi générale qu'il avait 
découverte , fans chercher la caufe première 
de cette loi , que ni l'étude des phénomènes » 
ni le calcul ne pouvaient lui révéler , cette 
fageffe ramenait , difait-on , dans la phyfique 
les qualités occultes des anciens , comme s'il 
n'était pas plus philofophique d'ignorer la caufe 
d'un fait , que de créer pour l'expliquer f des 
tourbillons, des courans & des fluides. 

Les pièces de M«»« du Châtelet & de M. de 
Voltaire font les feules où l'on trouve des 
recherches de phyfique & des faits précis & 
bien diicutés. Les juges des prix , en leur accor- 
dant cet éloge , déclarèrent qu'ils ne pouvaient 
approuver l'idée qu'on y donnait de la nature 
du feu : déclaration qu'ils auraient dû faire avec 
encore plus de raifon pour deux au mou&des 
ouvrages couronnés. L'académie, à la demande- 
des deux auteurs , fit imprimer ces pièces dans 
le recueil des prix à la fuite de celles qui 
avaient partagé fes fufirages. ' 

pjvdoit remarquer fiir~tout~dans l'ouvrage 
, * - • de 



DES EDITEURS. 17 

3e M™ du Châtclet , Tidée que la lumière & 
la chaleur ont pour caufe un même élément, 
lumineux lorf qu'il fe meut en ligne droite , 
échauffant quand fes particules ont un mou- 
vement irrégulier : il échauffe fans éclairer 3 
lorfqu'un trop petit nombre de fes rayons part 
de chaque point en ligne droite pour donner 
la fenfation de lumière ; il luit fans échSuffer , 
lorfque les rayons en ligne droite , en affez 
grand nombre pour donner la fenfation de 
lumière , ne font pas affez nombreux pour 
produire celle de chaleur ; c'eft ainfi que l'air 
produit du fon ou du vent , fuivant la nature 
du mouvement qui lui eft imprimé. 

On trouve aufiï dans la même pièce l'opinion 
que les rayons différemment colorés ne donnent 
pas un égal degré de chaleur ; Mme du Châtelet 
annonce ce phénomène que M. l'abbé Rochon 
a prouvé depuis par des expériences fuivies. 

M™ du Châtelet admettait enfin l'exiftence 
«Tun feu central ; opinion fufceptible d'être 
prouvée par des obfervations & des expérien- 
ces , mais que dans ces derniers temps un affez 
grand nombre de phyficiens ont mieux aimé 
admettre qu'examiner , parce qu'il eft très- 
commode , quand on fait un fyftème , d'avoir 
Tome 4a. Phyf, &c, Tome I $ B 



i8 AVERTISSEMENT 

une fi grande maffe de chaleur à fa difpofitjon. 
La pièce de M, de Voltaire efi la feulé" qui 
contienne quelques expériences nouvelles ; if 
y règne cette philofophie modefte , qui' craint 
d'affirmer quelque chofe au-delà de ce qu'ap- 
prennent les fens & le calcul ; les erreurs font 
celles de la phyfique du temps où elle a été 
écrite ; & si! nous était permis d'avoir une 
opinion , nous oferions dire que fi Ton met à 
part la formule de la vftefte du fon , qui fait le 
principal mérite de la dhTertation de M. Euler % 
l'ouvrage de M. de Voltaire devait remporter 
fur fes concurrens , & que le plus grand défaut 
de fa pièce fut de Ravoir pas afiez refpeflé 
le cartéfianifme , & la méthode d'expliquer qui 
était alors encore à ta mode parmi fes juges. 

La differtation fur les forces vives fut pr& 
fentée à l'académie des fciences en 1742 1 cette 
compagnie en fît réloge dans fon hifloire ^ elle 
n'était pas alors dans l'ufage de faire imprimer 
Jes ouvrages qui lui étaient préfentés par <Fàui 
très que par fes membres. 

M. de Voltaire y foutient Topinion générale 
des Français & des Anglais , contre celle* des 
favans de l'Allemagne & du Nord. On comr 
mençait à fe douter alors que cette mefuxe de* 



DES ÉDITEURS. ï? 

forces , qui partageait tous les favans de l'Eu- 
rope , était non une queflion de géométrie ou 
de mécanique , mais une difpute de métaphy- 
fique , & prefque une difpute de mots. 

M. A'AUmbert eft le premier qui Tait dit hau- 
tement : des philofophes l'avaient foupçonné ; 
mais pour fe faire écouter des combattans , il 
fallait un phîlofophe qui fût en même-temps 
un grand géomètre. 

Mme du Ckâttlet était en France à la tête des 
leibnitziens ; l'amitié n'empêcha point M. de 
Voltaire de combattre publiquement fon opi- 
nion ; & cette oppoûtion n'altéra point leur 
amitié. 

L'ouvrage qui fuit efl un extrait ou plutôt 
une critique des inftitutions phyfiques de cette 
femme célèbre ; c'eft un modèle de la manière 
dont on doit combattre les ouvrages de ceux 

e l'on eftime ; les opinions y font attaquées 
fans i nagement , mais l'auteur qui les foutien* 
y refpe&é. Il ferait difficile que l'amour* 

>pre le plus délicat fut bleffé d'une parfcill* 
critique. 

L'extrait de la pièce fur le feu eft plus un 
&>ge qu'une critique, Les opinions de M<&rdti 



I 



ao AVERTISSEMENT 

ChâteUt s'éloignaient moins de celles de M, de 
Voltaire. . 

La differtation fur les changemens arriva 
dans le globe parut fans nom d'auteur , & l'on 
ignora long-temps qu'elle fût de M. de Voltaire. 
M. de Buffan ne le favait pas , lorfqu'il en parla 
dans le premier volume de l'Hiftoire naturelle 
avec peu de ménagement. M. de Voltaire , que 
les injures des naruraliftes ne ramenèrent point, 
perfifta dans fon opinion. Au refte, il ne faut 
pas croire que les vérités d'hiftoire naturelle 
que M. de Voltaire a combattues dans cet 
ouvrage , fuflent aufli bien prouvées dans le 
temps où il s'occupait de ces objets , qu'elles 
l'ont été de nos jours. 

On donnait gravement les coquilles foffiles 
pour "des preuves , des médailles du déluge de 
Noé ; ceux qui étaient moins théologiens les 
fèfaient fervir de bafe à des fyftèmes dénués 
de probabilité , contredits par les faits , ou 
contraires aux lois de la mécanique. Depuis 
& avant Thaïes , on a expliqué de mille façons 
différentes la formation d'un univers dont on 
connaît à peine une petite partie. 

Bacon , Newton , Galilée , Boyle , qui nous 
ont guéris de la fureur des fyftèmes en phyfi- 



•DES EDITEURS. a* 

que , ne l'ont point diminuée en hifloire na- 
turelle. Les hommes renonceront difficilement 
au plaifir de créer un monde. Il fuffit d'avoir 
de l'imagination & une connaiffance vague des 
phénomènes que Ton veut expliquer ; on «ft 
difpenfé de ces travaux minutieux & pénibles 
qu'exigent les ôbfervations , de ces longs cal- 
culs , de ces méditations profondes que deman- 
dent les recherches mathématiques. On bannit 
ces reftridions , ces petits doutes qui impor- 
tunent , qui gâtent la rondeur des phrafes Jes 
mieux arrangées : & fi le fyflème réuffit , fi 
l'on en impofe à la multitude , fi l'on a le 
bonheur de n'être qu'oublié des hommes vrai- 
ment éclairés , on a pris encore un bon parti 
pour fa gloire. Newton furvécut près de qua- 
rante ans à la publication du livre des princi- 
pes ; & Newton mourant ne comptait pas 
vingt difciples hors de l'Angleterre : il n'était 
pour le refle de l'Europe qu'un grand géo- 
mètre. Un fyftème abfurde , mais irapofant , 
a prefqu'autant de partifans que de leâeurs. 
Les gens oififs aiment à croire , à faifir des 
réfultats bien prononcés ; le doute , les ref- 
rriaions les fatiguent ; l'étude les dégoûte* 
Quoi ! il faudra plufieurs années d'un travail 



M. AVERTISSEMENT 

aflïdu pour fe mettre en état de comprendre 
deux cents pages d'algèbre , qui apprendront 
feulement comment Taxe de la terre fe neuf 
dans les cieux ; tandis qu'en cinquante page* 
bien commodes à lire , on peut favoir , fans 
la moindre peine, quand & comment la terre, 
les planètes , les comètes , &c. &c. ont été 
formées. 

M. de Voltaire attaqua la manie dés fyf. 
tèmes ; & c'eft un fervice important qu'il a 
rendu aux feiences. Cet efprit de fyftème 
nuit à leurs progrès , en préfentant à la jeu- 
neffe des routes faufles où elle s'égare » en 
enlevant aux vrais favaro une partie de la 
gloire qui doit, être réfervée aux travaux 
ntiles 8c folides. Prétendre qu'il a répandu le 
goût des feiences , c'eft dire , que la princefle 
de Clives , & les anecdotes de la cour dé 
Philippe - Augufie ont encouragé l'étude de 
fhiftorce ; c'eft confondre la connaiffance des 
feiences avec l'habitude de prononcer des 
mots feientifiques , l'amour de la vérité avec 
la paflion des fables , 8c le goût dfe l'inftruc- 
tion avec la vanité de paraître inftruit. Cette 
manie des fyftèmes nuit enfin au progrès de 
{a raiïon en général , qu'elle corrompt t en 



DES ÉDITEURS. aj 

apprenant aux hommes à fer contenter de mots f 
à prendre des hypothèfes pour des décou- 
vertes y des phrafes pour des preuves , & des 
rêves pour des vérités. 
* Les ouvrages où M. de Voltaire s'éleva, 
contre cette philofophie font donc utiles , 
malgré quelques erreurs : car tes erreurs par- 
ticulières font peu dangereufes , & ce font 
feulement les feuffes méthodes qui font funefles* 



É PI T R E 

> DÉDICATOIRE . . 
A M AD A ME 
LA MARQUISE DU CHATELET, 

de l'édition de 174$. 



jyr a d a m s 



JLjorsque je mis pour la première fois 
votre nom refpe&able à la tète de ces élémeps 
de philofophie , je m'inftruifais avec vous. (*) 
Mais vous avez pris depuis un vol que je*he 
peux plus fuivre. Je me trouve à préfent dans 
le cas d'un grammairien qui aurait préfenté 
un effai de rhétorique ou à Démofthène ou à 
Cicéron. J'offre de fimplçs élémens à celle qui 
a pénétré toutes les profondeurs de la géo-, 
métrie tranfcendante , & qui feule parmi 
nous a traduit & commenté le grand Newton* 
Ce philofophe recueillit pendant fa vie 

<*) Voyez l'épttre XXXII à Madame <U Chtotlct % dam 
|e volume à'Épitrcs* 

iOU|J 



ÉPÎTRE DÉDICATOIRE,&c. %f 

oute la gloire qu'il méritait ; il n'excita point 
'envie , parce qu'il ne put avoir de rival. 
ie monde Tavant fut fon difcipie ; le reft© 
admira fans ofer prétendre à le concevoir, 
«lais l'honneur que vous lui faites aujour- 
l'hui eft fans doute le pJus grand qu'il ait 
amais reçu. Je ne fais qui des deux je) 
lois admirer davantage , ou Newton , l'inven- 
eur du cakul de l'infini , qui découvrit de 
louvelles lois de la nature , & qui anatomifa 
a lumière , ou vous , Madame , qui , au 
xrilieu des diflipations attachées à votre état , 
poffédez fi bien tout ce qu'il a inventé. Ceux 
q&i vous voient à la cour ne vous pren- 
draient affurément pas pour un commentateur • 
3e philofophie; & les favans, qui font allez 
Tavans pour lire , fe douteront encore moins 
jue vous defcendiez aux amufemens de ce 
monde , avec la même facilité que vous vous 
élevez aux vérités les plus fublimes. Ce na- 
turel & cette fimplicité , toujours fi eflima- 
bles, mais fi rares avec des talens & avec 
la fcience* feront au moins qu'on vous par- 
donnera votre mérite. C'eft en général tout 
ce qu'on peut efpérer des perfonnes avec 
lefquelles on paffe la vie ; mais le petit* 
Xûttu 4*« Phyf* &c t Tome L , C 



o£ EPITRE DÉDICATOIRE, &c. 

nombre d'efprits fupérieurs qui fe font appli- 
qués aux mêmes études que vous , aura pour 
vous la plus grande vénération , & la poflé- 
rité vous regardera avec étonnement. Je ne 
fuis pas furpris que des perfonnes de votre 
fexe aient régné glorieufement fur de grands 
empires. Une femme avec un bon confeil 
peut gouverner comme Augufle ; mais péné-, 
tirer par un travail infatigable dans des vérités 
dpnt l'approche intimide la plupart des hora-, 
mes ; approfondir dans fçs heures de loifir ce 
que des philofophes les plus instruits étudient 
fans relâche, c'eft ce qui n*a été donné qu*^ 
Vpus, Madame ; & c'eft un exemple qui fer? biç* 
f çu imité , &c. 



É L É M E N S 

DE PHILOSOPHIE 
DE NEWTON; 

DIVISÉS EN TROIS PARTIES.: 

PREMIÈRE PARTIE. 

CHAPITRE PREMIER.' 

- D E D I E V. 

Raiforts que tous les efprits ne goûtent pasl 
Raifons des matérialiftes \ 

jyi ewtov était intimement perfuadé de 
Fe^iflence d'un Dieu , & il entendait par ce 
mot , non-feulement un être infini i tout- 
puiflant , éternel & créateur , mais un maître 
qui a mis une relation entre lui & (es créa- 
tures : car fans cette relation , la connailfance 
d'un Dieu n^eft qu'une idée ftérile qui femble- 
rait inviter au crime, par Pefpoir de l'impu- 
nité , tout raifonneur né pervers. 

Aufli ce grand philofophe fait une remarque 
fmgulière à la fin de fes principes : c'eft qu'on 
ne. dit point, mon éternel , mon infini , parce 
que ces attributs n'ont rien de relatif à notre 
nature ; mais on dit , & on doit dire , mon 
dieu ; & parla il faut enteAdre le maître & 
le confervareur de notre vie , l'objet de nos 

C % 



&S D E D I E tf. 

penfées. Je me fouviens que dans plufî 
conférences que j'eus en 1716 avec le do( 
Clarkc 9 jamais ce philofophe ne pronoi 
le nom de dieu qu'avec un air de reçue 
ment & de refped très - remarquable. J< 
avouai l'impreflion que cela fefait fur moi 
il me dit que c'était de Newton qu'il 5 
pris infenfiblement cette coutume -, laqi 
doit être en effet celle de tous les hom 

Toute la philofophie de Newton cor 
liéceffairement à la connaiffance d'un 
iuprême , qui a tout créé , tout arrangi 
brement. Car fi te monde eft fini , s'il y 
vide , la matière n'exifte donc pas nécelï 
ment $ elle a donc reçu Texiftence c 
caufe libre. Si 15 matière gravite , co 
Êela eft démontré , elle ne paraît pas gra 
de fa natpre > ainfi qu'elle eft étendue t 
nature : elle a donc reçu de ï>ifu la 
vitation (1). Si les planètes tournent ei 
fens plutôt qu'en un autre , dans un ef 
pon réfiftant , la main de leur créateur a < 
dirigé leur cours en ce fens avec une lit 
abfolue. 

Il s'en faut bien que les prétendus prin< 
phyfiques de Dtfcartts conduifent ainfi l'è 

( 1 ) Ce rationnement n'eft pat rigoureu* ; il eft 
ble que la gravitation foit eflentielle à la mati 
comme l'impénétrabilité , quoique cette propriété . 
Taie nous frappe moins , & ait été obfervée plus 
L'équation qui a lien entre l'ordonnée d'une pai 
& Ton aire , eft aufl* eflentielle à cette courbe q 
Relation avec la fout - tangente , quoique l'on ait < 
la parabole & cette féconde propriété long- temps 
f|e connaîti. e la premjtie. 



DE DIEU* Sfl 

& 1a connâiffance de fon créateur. A dieu 
ne plaife que , par une calomnie horrible * 
j'accufe ce grand homme d'avoir méconnut 
la fuprêrae intelligence à laquelle il devait 
tant > & qui l'avait élevé au-deffus de prefque 
tous les hommes de fon fiècle. Je dis feule- 
ment que l'abus qu'il a fait quelquefois de 
fon efprit * a conduit fes difciples à âe^ pré-* 
cipices dont le maître était fort éloigné ; je 
dis que le fyftènie caftéfien a produit celui 
de Spinofa ; je dis que j'ai connu beaucoup 
de personnes que le cartéfianifme a condaites 
à n'admettre d'autre Dieu que l'immenfité des 
chofes , & que je n'ai vu au contraire aucun 
«ewtonien qui ne fût théifte dans le fens la 
plus rigoufeu*. 

Dès qu'on s'eft perfuadé f avec Defcartes i 
qu'il eft impoffible que le monde foit fini f 
que le mouvement eft toujours dans la même 
quantité ; dès qu'on ofe dire : Donnez -moi 
du mouvement 8c de la matière , & je vais 
faire un monde ; alors , il le faut avouer , 
ces idées femblent exclure , par des consé- 
quences trop jufles , l'idée d'un être feu! 
infini , feul auteur du mouvement , feul auteur 
de l'organifation des fubftances- 

Plufieurs perfonnes s'étonneront ici peut- 
être que , de toutes les preuves de l'exiftencç 
d'un Dieu , celle des caufes finales fût la plus 
forte aux yeux de Ntwton. Le deffein , ou 
plutôt , les deifeins variés à l'infini qui écla- 
tent dans les plus vafles & les plus petites 
parties de l'univers , font une démonftration 
qui , à force d'être fenfible , en eft prefque 
méprifée par quelques philofophes ; mais enfin 



3* I> E D I E U. 

Newton penfait que ces rapports infinis , qu'il 
apercevait plus qu'un autre , étaient l'ouvrage 
d'un artifan infiniment habile (i). 

Il ne goûtait pas beaucoup la grande preuve 
qui fe tire de la fucceiTion des êtres. On àk 
communément que fi les hommes, les animaux, 
les végétaux , tout ce qui compofe le monde, 
était éternel , on ferait forcé d'admettre une 
fuite de générations fans caufe. Ces êtres , dit- 
on , n'auraient point d'origine de leur exif- 
tence : ils n'en auraient point- d'extérieure , 
puisqu'ils font fuppofés remonter de généra- 
lion en génération , fans commencement : ils 
n'en auraient point d'intérieure, puifqu'aucuo 
d'eux n'exifterait par foi - même. Ainfi tout 
ferait effet , & rien ne ferait caufe. 

Il trouvait que cet argument n'était fondé 
que fur l'équivoque de générations & d'êtres 
formés les uns par les autres ; car les athées » 
qui admettent le plein , répondent qu'à pro- 
prement parler , il n'y a point de générations* 

Ça) Cette preuve eft regardée par tons 1er rhéifes 
éclairés comme la feule qui ne foit pat an - détînt de 
l'intelligence humaine ; & la difficulté entr'enx 6c let 
athées fe réduit à fa voir jufqu'a quel point de probabi- 
lité on peut porter la preuve qu'il eaifte dant l'univers 
un ordre qui indique qu'il ait pour auteur un être in- 
telligent. M. de Voltaire croyait , avec Fénelon & Nicole, 
que cette probabilité était équivalente à la certitude ; 
d'autres la trouvent fi faible qu'ils croient devoir refter 
dans le doute ; d'autres enfin ont cru crue cette proba- 
bilité était en faveur d'une caufe aveugle. Ce qui doit 
confoler ceux que ces contradictions affligent , c eft que 
tous ces philofophes conviennent de la même morale f 
& prouvent également bien qu'il ne peut y avoir dt 
bonheur pour l'homme que dans la pratique ngoiucui* 
«te ks devoir»* 



& é i) i s fr. $t 

fl h*y à point d'êtres produits , il n'y a poirit 
plufieurs fubftances. IAinivers eft un tout , 
exiftant néceffairement , qui fe développe fans 
ceffe; c'eft un même être, dont la nature eft 
d'être immuable dans fa fubftance , & éternel- 
lement varié dans fes modifications : ainfi l'ar- 
gument , tiré feulement des êtres qui fe fucf- 
cèdent , prouverait peut-être peu contre l'a- 
thée qui nierait la pluralité des êtres. 

Les athées appelleraient à leur fecours ces 
anciens axiomes , que rien ne naît de rieri ', 
qu*une fubftance n'en peut produire une autre, 
que tout eft éternel & néçeffaireé 

La matière eft néceflaire , difent-its , puifr- 
qu'elle exifte; le mouvement eft néceflaire , 
& rien n'eft en repos ; & le mouvement eft 
fi néceflaire qu'il ne fe perd jamais de forces 
motrices dans la nature. 

Ce qui eft aujourd'hui était hier ; donc il 
était avant-hier , & ainfi en remontant fans 
cefle. Il n'y a perfdnne d'aflez hardi pour dire 
que les chofes retourneront à rien ; comment 
peut -on être affez hardi pour dire qu'elles 
viennent de rien 7 

Il ne faut pas moins que tout le livre de 
Clarke pour répondre à ces objections. 
- En un mot , je ne fais s'il y a une preuve 
métaphyfique plus frappante , & qui parle plu* 
fortement à Phomme , que cet ordre admirable 
qui règne dans le monde ; & fi jamais il y â 
eu un plus bel argument que ce verfet : Cali 
enarrant gloriam DeL Aufli vous voyez que 
Newton n'en apporte point d'autre à la fin 
de fon optique & de fes principes. 11 ne 
trouvait point de raifonnement plus conva 

* 4 



3& , 9 E D I B V. 

canr & plus beau en faveur de la Divinité 

Î|ue celui de Platon » qui fait dire à un de 
es interlocuteurs : Vous jugez que j'ai une 
ame intelligente , parce que vous apercevez de 
l'ordre dans mes paroles & dans mes allions ; 
jugez donc,, eri voyant Tordre de ce monde f 
qu'il y a une ame fouverainement intelligente» 
S'il eft' prouvé qu'il exifte un être éternel t 
infini , tout-puiiïant , il n'eft pas prouvé de 
même que cet être foit infiniment bienfefant , 
dans le fens que nous donnons à ce terme. 

Ceft-là le grand refuge de l'athée : Si 
j'admets un Dieu , dit - il , ce Dieu doit être 
la bonté même : qui m'a donné l'être me doit 
le bien être : or , je ne vois dans le genre- 
humain que défordre & calamité : la néceffité 
4,'une matière éternelle me répugne moins 
qu'un créateur qui traite fi mal les créatures^ 
On ne peut fatisfaire , continue-t-il , à mes 
juftes plaintes & à mes doutes cruels , en me 
difant qu'un premier homme , compofé d'un 
corps Se d'une ame , irrita le créateur , & 
que le genre-humain en porte la peine : car 
premièrement , fi nos corps viennent de ce 
premier homme , nos âmes n'en viennent 
point ; & quand mêmes elles en pourraient ve- 
nir , la punition du père dans tous les enfans * 
paraît la plus horrible de toutes les injuftices. 
Secondement , il semble évident que les Amé- 
ricains & les peuples de l'ancien monde , les 
Uègres & les Lapons ne foxit. point descendus 
du même homme. La conftitution intérieure 
des Nègres en eft une déraonftratioa palpable ; 
nulle railbn ne peut donc apaifer les mur- 
mures qui s'élèvent dans mon cœur contra 



» E I> I E V. f$ 

les maux dont ce globe eft inondé. Je fuis 
donc forcé de réjeter l'idée d'un être fu- 
prême , d'un créateur que je concevrais infini- 
ment bon , & qui aurait fait des maux infinis ; 
j'aime* mieux admettre la néceflîré de la ma- 
tière y & des générations & des viciflitudea 
éternelles , qu'un Dieu qu( aurait fait libre- 
ment des malheureux. 

On répond à cet athée : Le mot de bon , de 
bien» être , eft équivoque. Ce qui eft mauvais 
par rapport à vous eft • bon dans l'arrange- 
ment général. L'idée d'un être infini , tout- 
puiflant , tout-intelligent & préfent par-tout , 
ne révolte point votre raifon. Nieriez - vous 
un Dieu * parce que vous aurez eu un accès de 
fièvre? Il vous devait le bien-être , dites- 
vous : quelle raifon avez - vous de penfer 
ainfi? Pourquoi vous devait-il ce bien-être? 
quel traité avait - il avec vous î II ne vous 
manque donc que d'être toujours heureux 
dans la vie pour reconnaître un Dieu ? Voufc 
qui ne pouvez être parfait en rien , pourquoi 
prétendriez- vous être parfaitement heureux ? 
Mais je fuppofe que dans un bonheur continu» 
de cent années , vous ayez un mal de tête \ 
ce moment de peine vous fera - 1 - il nier ur* 
créateur ? Il n'y a pas d'apparence. Or , fi un 
quart - d'heure de fouffrance ne vous arrête 
pas , pourquoi deux heures , pourquoi un 
jour , pourquoi une année de tourmens vous 
feront-ils rejeter l'idée d'un artifan fuprême 
& univerfet r 

Il eft prouvé qu'il y a plus de bien que 
de mal dans ce monde , puifqu'en effet peu 
d'hommes (buhaitent la mort; vous avez doue 



34 D E D I E U. I 

tort de porter des plaintes , au nom du genre- 
humain , & plus grand tort encore de renier 
votre fouverain , fous prétexte que quelque* 
uns de fes fujets font malheureux. 

On aime à murmurer : il y a du. phaiûr à 
fe plaindre ; mais il y en a plus à vivre- On 
fe plaît à ne jeter la vue que fur le mal & à 
l'exagérer. Lifez les hiftoires , nous dit-on i 
ce n'eft qu'un tiffu de crimes & de malheurs. 
D'accord ; mais les h Moires ne font que le 
tableau des grands événemens. On ne coq* 
ferve que la mémoire des tempêtes ; on oe 
prend point garde au calme. On ne fonge 
pas que depuis cent ans il n'y ait pas eu une 
iédition dans Pékin , dans Rome , dans Ve- 
nife , dans Paris , dans Londres ; qu'en gé* 
néral il y a plus d'années tranquilles dans 
. toutes les grandes villes que d'années orageu- 
fes ; qu'il y a plus de jours innocens & 
fereins , que de jours marqués par de grands 
crimes & par de grands défaftres. 

Lorfque vous avez examiné lts rapports 
qui fe trouvent dans les refforts d'un animal, 
& les defleins qui éclatent de toutes parts 
dans la manière dont cet animal reçoit la vie, 
dont il la foutienr, & dont il la donne» vous 
reconnaiftez fans peine cet artifan fouverain* 
Changerez- vous de fentimenr , parce que les 
loups mangent les moutons , & que les arai- 
gnées prennent des mouches ? Ne voyez-vous 
pas au contraire que ces générations conti- 
nuelles , toujours dévorées & toujours repro- 
duites , entrent dans le plan de l'univers ? 
J'y v is de l'habileté & de la puiflaoce , ré- 
pondez-vous, & je n'y vois point de bonté. 



DE DIEU, 3J 

Mais quoi ! lorfque dans une ménagerie vous 
élevez des animaux que vous égorgez , vous 
ne voulez pas qu'on vous appelle méchant; & 
vous accufez de cruauté le maîf e de tous les 
animaux , qui les a faits pour être mangés 
dans leur temps ? Enfin , fi vous pouvez être 
heureux dans toute l'éternité , quelques douw 
leurs dans cet inftant paffager , qu'on nomme 
la vie 9 valent-elles la peine qu'on, en parle ? 
Et fi cette éternité eft votre partage , con- 
tentez-vous de cette vie, puifque vous 
l'aimez. 

Vous ne trouvez pas que le créateur foit 
bon , parce qu'il y a du mal fur la terre# 
Mais la néceflité , qui tiendrait lieu d'iîn être 
fuprême , ferait - elle quelque cbofe de meil- 
leur? Dans le fyftême qui admet un Dieu , 
on n'a que des difficultés à furmonter , & 
dans tous les autres fyftèmes on a des abfur dites 
à dévorer. 

La philofophie nous montre Sien qu'il y a 
un Dieu ; mais elle eft impuiflante à nous 
apprendre ce qu'il eft , ce qu'il r ait , comment 
& pourquoi il le fait ; s'il eft dans le temps f 
s'il eft dans l'espice , s'il a commandé unç 
fois, ou s'il agit toujours , & s'il eîl dans la 
matière , s'il n'y eft pas , &c. &c. Jl faudrait 
Être lui-même pour le (avoir. 



%& ESPACE £ T D Û R i £, 

CHAPITRE II. 

»£ L'ESPACE ET DE LA ©URÉE COMME 
PROPRIÉTÉS DE DIEU. 

Sentiment de Leibnit[. Sentiment & raifon de 
Newton. Matière infinie impojfible. Éplcuri 
devait admettre un Dieu créateur & gou- 
verneur. Propriétés de Vefpace pur & de 
la durée* 



N, 



Et? toit regarde Tefpace & la durée cotti 
deux êtres , dont l'exiftence fuit nécelTairemeoi 
de dieu même ; car l'être infini eft en tout 
lieu , donc tout lieu exifte : l'être éternel dure 
de toute éternité , donc une éternelle durée efi 
réelle* 

Il étoïf échappé à Newton de dire à la fin* 
de fes queftions d'optique ; Ces phénomènes de 
la nature ne font-ils pas voir qu'il y or un être 
incorporel , vivant , intelligent , préfent par- 
tout , qui dans Vefpace infini , comme dans fin 
fenforium , voit , difeerne & comprend tout de 
la manière la phi s intime & la plus parfaite ? 

Le célèbre philofophe Leibnit[ , qui avait 
auparavant reconnu avec Newton la réalité de 
l'efpace pur & de la durée , mais qui depuis 
long-temps n'était plus d'aucun avis de Newton 9 
& qui s'était mis en Allemagne à la tète d'une 
école oppofée , attaqua ces expreffions du phi- 
lofophe anglais , dans une lettre qu'il écrivit 
en 171; à la feue reine d'Angleterre, épouft 



EST ACE ET D TJ R £ Eè $J> 

de George IL Cette princefle , digne d'être en 
commerce avec Leïbnit\ & Newton > engagea 
une difpute réglée par lettres enfre les deux 
parties. Mais Newton , ennemi de toute difpute, 
& avare de fon temps , laiffa le doéîeur Clarke 
fon uifciple en phyfique , & pour le moins foii 
égal en métaphyfique , entrer pour lui dans la 
lice. La difpute roula fur prefque toutes les 
idées métaphyfiques de Newton ; & c'eft peut- 
Être le plus beau monument que nous ayons 
des combats littéraires. 

Clarke commença par juftifier la comparai* 
fon prife du fenforium , dont Newton s'était 
fervi ; il établit que nul être ne peut agir » 
connaître , voir où il n'eft pas ; or, dieu agif* 
fant , voyant par-tout , agit & voit dans tous 
les points de l'efpace , qui en ce fens feul peut 
être corifidéré comme fon fenforium , attendu 
rimpoflibilité où l'on eft en toute langue de 
s'exprimer quand on ofe parlée de die u. 
Leibniti foutient que l'efpace n'eft rien > finon 
Ja relation que nous concevons entre les êtres 
çoexiftans , rien , finon Tordre des corps , leur 
arrangement , leurs diftances > &c. Clarhe t 
après Newton , foutient que fi l'efpace n'eft 
pas réel , il s'enfuit une abfurdité ; car fi pieu 
avait mis la terre , la lune & le foleil à la place 
où font les étoiles fixes , pourvu que la terre , 
la lune & le foleil * fuffent entr'eux dans le 
même ordre où ils font , il fuivrait de là que 
la terre , la lune' & le foleil feraient dans le 
même lieu où ils font aujourd'hui : ce qui eft 
une contradiction dans les termes. 

Il faut , félon Newton , penfer de la dun 
f pmmç de l'efpace , que ç/eft juie chofe très* 



}J ESPACE ET DURÉE. 

réelle ; car fi la durée n était qu'un ordre de 
fucceifion entre les créatures , il s'enfuivrait 

Sue ce qui fe fefait aujourd'hui , & ce qui fe 
t il y a des miHiers d'années , feraient réelle- 
ment faits dans le même inftant : ce qui eft 
encore contradictoire. Enfin , Tefpace & la durée 
font des quantités ; c'eft donc quelque chofe 
de très-pofaif. 

21 eft bon de faire attention à cet ancien 
argument , auquel oo n'a jamais répondu : 
Qu'un homme aux bornes de l'unrvers étende 
fon bras , ce bras doit être dans l'efpace pur ; 
car il n'eft pas dans le rien ; & l'on répond 
qu'il eft encore dans la matière ; le monde 
en ce cas eft donc réellement infini ; le monde 
eft donc dieu en ce Cens, 

L'efpace pur $ le vide exifte donc , ajofli-bien 
que la matière , & -rî exifte même néceflaire- 
tnent : au lieu que la matière , feion Clarkt , 
n'exifte que par la libre volonté du créateur. 

Mais , dit-on , vous admettez un efpace im- 
menfe , infini ; pourquoi n'en ferez- vous pas 
autant de la matière , comme tant d'anciens 
jmilofophes ? Clarke répond : L'efpace exifte 
méceflairement , parce que dieu exifte tié- 
ceflairement ; il eft immenfe ; il eft , comme 
la durée , un mode , une propriété infinie 
d'un être néceffaire infini. La matière n'eft 
rien de tout cela', elle. n'exifte point nécefTai- 
rement : & û cette fubftance était infinie 9 
elle ferait , ou une propriété eflentieile de 
dieu , ou dieu même : or , elle n'eft ni 
Pun ni l'autre ; elle n'eft donc pas infinie f 
& ae faurait l'être. 

On peut répondre à Clarke : La matière 



ESPACE ET DURÉE. 39 

Lifte néceflairement , fans être pour cela infi- 
nie , fans être dieu ; elle exifte , parce 
qu'elle exifte ; elle eft éternelle , parce qu'elle 
exifte aujourd'hui. Il n'appartient pas à un phi- 
lpibphe d'admettre ce qu il ne peut concevoir. 
Or vous ne pouvez concevoir la matière ni 
créée,ni anéantie : elle peut très-bien être éter- 
nelle par fa nature ; & dieu peut très- bien, 
par fa nature , avoir le pouvoir immenfe de 
la modifier , & non pas celui de la tirer du 
néant ; car tirer Terre du néant eft une con- 
tradiction : mais il n'y a point de contradiction 
a croire la matière néceffaire §c éternelle , & 
dieu néceffaire & éternel. Si l'efpace exifte 
par néceifité , la matière exifte de même par 
néceflïté. Vous devriez donc admettre trois 
êtres ; l'efpace dont l'exiftence ferait réelle , 
quand même il n'y aurait ni matière ni dieu ; 
la matière , qui , ne pouvant avoir été formée 
de xien , eft nécessairement dans l'efpace ; & 
dieu, fans lequel la matière ne pourrait 
htre organifée & animée. 

Newton lui-même , à là fin de fon optique , 
femblé prévenir ces difficultés. Il foutient 
que l'efpace eft une fuite néceffaire de l'exif- 
tence de dieu. Dieu n'eft , à proprement 
parler , ni dans l'efpace , ni dans un lieu ; mais 
dieu étant néceflairement par-tout , cqnfli- 
tue par cela feul l'efpace • immenfe & le lieu. 
De même, la durée , la permanence éternelle 
eft une fuite indifpenfable de l'exiftence de 
dieu. Il n'eft ni dans la durée infinie , ni 
dans un temps ; mais exiftant éternellement 9 
il conftitue par là l'éternité & le temps. Voilà 
Cpmme Newton s'explique ; mais il n'a point. 



s 



40 ESPACE ET DURÉE. 

du tout réfolu le problème ; il fëmHe qu'il 
n'ait ofé convenir que dieu eft dans l'efpace j 
il a crainr les difputes. 

L'efpace immenfe,, étendu , inféparable, peut 
être conçu en plufieurs portions : par exemple, 
l'efpace où eft Sxtturne n'eft pas l'efpace où eft 
Jupittr ; mais on ne peut féparer ces parties 
conçues ; on ne peur mettre Tune à la place 
de l'autre , comme on peut mettre un corpi 
à la place d'un autre* De même la durée in* 
finie , inféparable & fans parties , peut être con- 
çue en plufieurs portions , fans que jamais on 
>uiffe concevoir une portion de durée mife à 
a place d'une autre. Les êtres exiftent dans 
une certaine portion de la durée > qu'on nomme 
temps , & peuvent exifter dans tout autre temps; 
mais une partie conçue de la durée , un temps 
quelconque ne peut être ailleurs qu'où il eft; 
le paffé ne peut être avenir. 

L'efpace & la durée font donc, felon Newton , 
deux attributs nèceffaires , immuables , de l'être 
«éternel & immenfe. Dieu feul peut connaître 
tout l'efpace ; djeu feul peut connaître toute 
la durée. Nous mefurons quelques parties im- 
proprement dites tfë l'efpace i par le moyen 
des corps étendus <{Ue nous touchons. Nous 
mefurons des parties improprement dites de h 
durée , par le moyen des mouvement que nous 
apercevons. 

On n'entre point ici dans le détail des pren- 
nes phyfiques réfervées pour d'autres chapitres; 
i\ fuffit de remarquer qu'en tout ce qui re- 
garde l'efpace , la durée , les bornes du monde, 
Jiewton luivait les anciennes opinions de Dé* 
mncrite % i'Epiçurc & d'ime foule à» pbUefophes, 

ceâiâées 



LIBERTÉ I>E 1*1 Etf. 4%' 

reftifiées par notre célèbre Gajfendi. Newton 
a dit plufieurs fois à quelques français qui vivent 
encore , qu'il regardait Gajfendi comme un efprit 
très-jufte & très-fage , & qu'il fefait gloire d'être 
entièrement de fon avis dans toutes les chofes' 
dont on vieot de parler, 

C HA PITRE III. 

DE "LA LIBERTÉ DANS DIEU , ET DU GRAN1* 
PRINCIPE DS LA RAISON SUFFISANTE. 

Principes de Leibn\t\ , pouffes peut-être trop 
loin. Ses raifonnemens féduifans. Réponfe. 
'Nouvelles inflances contre le principe des 
indifcernafrlcs, ! 

JL V ewt%v foutenait que dieu infiniment 
libre , comme infiniment puiïïant , a fait beau- 
coup de diofes qui n'ont d'autre raifon de leur 
ex-iflence que fa feule volonté. Par exemple , 
*|ue les planètes fe meuvent d'Occident en 
Orient plutôt qu'autreme.-.r ; qu'il y, ait un tel 
sombre d'animaux , d'étoiles , de mondes , plu- 
tôt qu'un autre ; que l'univers fini foit dan* 
un tel on tel point de l'efpace , &c. la volonté 
de l'être fuprêrae en eft ia feule raifon. 

Le célèbre -Leibmti prérendâit le contraire ,' 
& fe rbndait fur un ancien axiome employé 
autrefois par Archimède : Rien ne fe fait fan.9 
caufe ou fans raifon fuffifttnte , difait-il , < 
pieu a 'fait en tout le meilleur, parce q 
Jojd* qi t Phyf &c> Tome h I> 



4% XIBBRTÉ DEDIE U. 

$'il ne l'avait pas fait comme le meilleur 5 il 
ri'eût pas eu raifon de le faire. Mais il n'y i 
point de meilleur dans les chofes indifférentes} 
difaiçnt les newtoniens : mais il n'y a point 
de chofes indifférentes , répondent les leibnif- 
ziens. Votre idée mène à la fatalité abfolue i 
difait Clarke , vous faites de dieu un être 
qui agit par néceftïté , & par conféquent un 
être purement palfif : ce n'eft plus dieu. Votre 
Dieu , répondait Leibn'u\ t eft un ouvrier ca- 
pricieux , qui fe détermine fans raifon fuffi- 
fante. La* volonté de dieu eft la raifon , 
répondait l'anglais. Leibnit\ infiftait & fefait 
des attaques très-fortes en cette manière. 

Nous ne connaiffons point deux corps entiè- 
rement femblables dans la nature , & il ne peut 
en être ; car s'ils étaient femblables , premiè- 
rement cela marquerait dans dieu tout-piiïf- 
fant & tout-fécond un manque de fécondité 
& de puilfance. En fécond lieu , il n'y aurait 
nulle raifon pourquoi l'un ferait à cette place 
plutôt que l'autre. 

Les newtoniens répondaient : Premièrement, 
il eft faux que plufieurs êtres femblables mar- 
quent de la ftérilité dans la puiflance du créa- 
teur ; car fi les élémens des chofes doivent 
être absolument femblables pour produire des 
effets femblables ; G", par exemple, les élémens 
des rayons éternellement rouges de lumière , 
doivent être les mêmes pour donner ces rayons 
rouges ; fi les élémens de l'eau doivent être 
les nrêines v pour former l'eau: cette parfaite 
teffemblance ,, cette identité, loin de dérogera 
i grondeur de dieu , m 'eft un des plus beau* 
témoignages de £a puiftance & de £a fageift*. 



'lIIE&Ti DE DIEU,' 43 

Si j'ofais ajouter ici quelque ehofe aux argu*- 
tiens d'un Clarkc & d'un Newton , & prendre 
a liberté de difputer contre un Leibnit^ , je 
lirais qu'il n'y a qu'un être infiniment puiffant 
fui puiffe faire des chofes parfaitement fem- 
>lables. Quelque peine que prenne un homme 
. faire de tels ouvrages , i. ne pourra jamais 
f parvenir , parce que fa vue ne fera jamais 
iffez fine pour difcerner les inégalités des deux 
rorps ; il faut donc voir jufque dans l'infinie 
>etitefTe ,• pour faire toutes les parries d'un 
:orps femblables à celles d'un autre. C'eft donc 
e partage unique de l'être infini. 

Secondement , peuvent dire encore les new- 
oniens , nous combattons Leibnici par fes pro- 
bes armes. Si les élémens des chofes font tous 
IifTérens , fi les premières parties d'un rayon 
ouge ne font pas entièrement femblables , il 
*y a point alors de raifon furfifante pourquoi 
es parties différentes font toujours un effet 
ivariable. 

Fm troifième lieu r pourra fenf dire Tes riew- 
sniens , fi vous demandez la raifon fuffifante 
ourquoi cet atome A eft dans un- lieu y & cet 
forne 3 , entièrement femblable , efî dans un» 
utre lieu , la raifon en eft dans le mouve- 
ienr qui les pouffe ; & û vous demandez: 
uelle eft la raifon de ce mouvement % oa 
ous êtes, forcé de dire que ce mouvement 
M nécéffaire , ou bien: vous devez avouer que- 
nEXT Fa commencé. Si vous demandez enhnt 
ourquoi DIEU Ta commencé , quelle autre 
îifon fuffifante en poimz-vous trouver ,. finom 
u'il fallait que dieu ordonnât ce mouvement, 
our exécuter tes ouvrages qu'avair projeté* 

D a. 



44 LIBERTÉ DE L'HOMME. 

fa fageffe ? Mais pourquoi ce mouvement J 
droite plutôt qu'à gauche , vers l'Occident 
plutôt que vers l'Orient , en ce point de la 
durée plutôt qu*en un autre point? Ne faut-il 
pas alors recourir à la volonté du créateur 1 
Mais y a-t-il une liberté d'indifférence ? c'eft 
ce qu'on laiffe à examiner à tout lefteur fage, 
& il examinera long- temps avant de pouvou 
juger. 

CHAPITRE IV. 

1E LA LIBERTE DANS L'HOMMK 

Excellent ouvrage contre la liberté :. fi bon f 
que le doâeur Clarke y répondit par du 
injures. Liberté d'indifférence. Liberté ik 
fpontanéité. Privation de liberté y ckoje très» 
êommune. Objections puisantes, contre k 
liberté. 

y E t o N Newton & Clvke , l'être infiniment 
Jibre a communiqué à l'homme, fa créature, une 
portion limitée de cette Kbjerté ; & on n'entend 
pas ici par liberté , la Cmpfe puiffance d*&p-, 
pliquer fa penfée à tel ou tel objet , & de 
commencer le mouvement. On n'entend pas, 
feulement la faculté de rouloir , niais >çelle de 
vouloir très»-librement, avec une volonté pleine 
& efficace , & de vouloir môme quelquefois 
fsfts, autre raifon que là volontés II n'y a an* 
tua homme fur la terje erni ne croie feotfc 



LIBERTÉ DE L*HOMHI. éff 

quelquefois qu'il poffède cette liberté, Plufieurs 
philofof,hes penfert d'une manière oppofée: ils-* 
croient que toutes nos aftjons font néceïïîtées y 
& que nous n'avons d'autre liberté que celle 
de porter quelquefois de bon gré les fers- 
auxquels la fatalité nous attache. 

De tous les philofophes qui ont écrit hardi- 
ment contre la liberté , celui qui fans contre- 
dit l'a fait avec plus de méthode , de force 
& de clarté , c'eft Colîins , magrflrat de Lon- 
dres , auteur du livre de la liberté de penfer r 
& de plufieurs autres ouvrages auiïi hardis que 
philofophiques. 

Clarke , qui étoit entièrement dans le fenti- 
ment de Newton fur la liberté , & qui d'ailleurs 
en foutenait les droits autant en théologien; 
d'une feéte fingulière qu'en philofophe , répon- 
dit vivement à Collins , & mêla tant d'aigreur 
à fes raifons qu'il fit croire qu'eu moins il? 
fentait toute la force de fon ennemi. Il lut 
i eproche de confondre toutes les idées , parce: 

Îue Collins appelle l'homme un Agent nécejfiiire,* 
tarke dit qu'en ce cas l'homme n'eft point 
agent ; mais qui ne voit que c'eft-Ià une vraie 
chicane ? Collins appelle agent hécejjaire tout 
ce qui produit -des effets néceffaires. Qu'oit. 
l'appelle agent ou patient , qu'importe ? le )>oinfr 
eft de favoir sll eft déterminé néceffairement. 

Il femble que fi l'on peut trouver un feut 
cas où l'homme foit véritablement libre d'une- 
liberté d'indifférence f cela feul fuffit pour dé- 
cider la queftion. Or , quel cas prendrons- nous r 
finon celui où l'on: voudra éprouver notre* 
liberté ? Par exemple , on me propofe de me- 
touroec a> droite ou à gauche > ou. de fkitf 



DOUTES SUÉ. LA LIBERTÉ, J* 

CHAPITRE V. 

Doutes fur In liberté qu'on nomme d'indif- 
férence* 



,L, 



fE* plantes font 4e* fttres organifés 
jdansJefquels tout fefait néceffairement. Quel- 
ques plantes tiennent au règne animal , & font 
£a effet des animaux attachés à la terre. 

a. Ces animaux plantes qui ont des racines* 
des feuilles & du fentiment , auraient-ils une 
liberté ? il n'y a pas grande apparence. 

3. Les animaux n*ont-iîs pas un fentiment, 
tati inûinû , une 'raifon commencée , une me- 
fure é*klées & de mémoire ? Qu*eft-ce au fond 
que cet infUnft ? n'efl-il pas un de ces refforte 
fecrets que nous ne connaîtrons jamais? Oa 
se peut rien connaître que par l'analyfe , ou 
par une fuite de ce qu'on appelle les premier? 
principes 2 or , quelle analyfe ou quelle fyn- 
*hèfe peut nous faire connaître la nature dp 
Tinflinà ? Nous voyons feulement que cet inf- 
îinâk *ft toujours néceffairement accompagné 
d'idées- Un ver à foie a la perception de la 
feuille qui le nourrit , la perdrix du ver qu'elle 
cherche & qu'elle avale , lé renard de la per- 
drix qu'il mange, le loup du renard qu'il dé- 
vore, fl n'eu pas vraifemblable que ces êtres 
•pofsèdent ce qu'on appelle la liberté. On peut, 
donc ayoir des idées fans être libre. 

4. Les iiotnmes reçoivent & combinent de* 
idées dans leur fommeil. On ne peut pas dire 
qu'ils fbâent libres alors. N'eft-ce pas uœ 

£ a 



tfk DOUTES ' SUi Ï.À ' LIBERTÉ! 

nouvelle preuve qu'on peut avoir des idétt 
fans erre libre ? 

5. L'homme a par-deflus les animaux le don 
*Tune mémoire plus vafte. Cette mémoire eft 
Tunique fource de toutes les penfées. Cette 
fource commune aux animaux & aux hommes 
pourrait elle produire la liberté ? Des idées 
réfléchies dans un cerveau feraient- elles abfo- 
lument d'une autre nature que des idées non 
réfléchies dans un autre cerveau ? 

6. Les hommes ne font-ils pas tous déter- 
minés par leur inftintt ? & n'eft-ce pas la raifon 
pourquoi ils ne changent jamais de caractère? 
Cet inflinft n'eft-il pas ce qu'on appelle U 
naturel ? 

7. Si on était libre , quel eft l'homme qui 
ne changeât fon naturel ? Mais a-Non jamais 
vu fur la terre un homme fe donner feule* 
ment un goût? A-t-on jamais vu un homme, 
né avec de Taverfion pour danfer, fe donner 
du goût pour la danfe , un homme fé dentaire 
& pareffeux rechercher le mouvement? & l'âge 
& les alimens ne diminuent-ils pas les paflxons 
que la raifon croit avoir domptées î 

8. La volonté n'eft-elle pas toujours la fuite 
des dernières idées qu'on a reçues? -Ces idées 
étant nécelfaires , la volonté ne Teft-elle pas 
suffi ? 

9. La liberté eft- elle autre chofe que le 
pouvoir d'agir , ou de n'agir pas ? & Loch 
n'a-t-il'pas eu raifon d'appelé* la liberté puif* 
fance ? 

10. Le loup a la perception de quelques 
moutons pailfans dans une campagne ; fon inf- 
finft le porte à les dévorer ; les chiens l'en 



JKHJTES • ST>R LA .• 1IBERÎ& J$ 

tmpêchent. Un conquérant a la perception 
d'une province que fon inftindt Je porte à en- 
vahir; il trouve des fortereffes & des armées 
quj lui barrent le paffage. Y a-t-il une grande 
différence entre ce loup & ce prince? 
,-. ïi. Cet univers ne paraît-il pas affujetti dans 
toutes fes. parties à des lois immuables? Si un 
homme pouvait diriger à fon gré fa volonté > 
n'eft-il pas clair qu'il pourrait alors dérangea 
ces lois immuables ?' 

. :ia'. Par quel privilège l'homme ne ferait-il 
pas fournis à la même néceffité que les aftres* 
les animaux, les: plantes,. & tqut le refîe d« 
la nature ? 

...13*. A-Koh . raîfon dédire que'dans.le ,fyf-* 
tème de cette fatalité univerielle , les peine* 
& les récompenses feraient inutiles & abfurdes Z 
Weft-ce pas plutôt évidemment dans le fyf- 
tème de la liberté que paraît l'inutilité & l'abfur-» 
dite .des peines & des. récompenses ?. En effet « 
ii un voleur de grand chemin pofsède une 
Volonté libre » fe déterminant uniquement par 
elle-même , la crainte du fupplice peut fort 
bien ne le pas déterminer à renoncer au bri- 
gandage ; mais fi les caufes phyfiques* agiffent 
Uniquement , ii l'afpecl: de la potence & de la 
roue fait une imprefîion néceffaire & violente i 
elle corrige alors nécessairement le fcélérat, 
témoin du fupplice d'un autre fcélérat. 
; ' 14. Pour favoir fi l'ame eft libre, ne fau- 
drait-il pas favoir ce que c'eft que l'ame ? Y 
a-r-il un homme qui puiffe fe vanter que fa 
raifon feule lui démontre là fpiritualiré , l'im- 
mortalité de cette ame ? Prefque tous les phy- 
£çieas conviennent que Je. principe du fentimçnt 

Ej 



14 DOUTES ' SVK ZÂ LIBERTÉ. 

cft à l'endroit où les nerfs fe réunifient dans 
le cerveau. Mais cer endroit n'eft pas un point 
mathématique. L'origine de chaque nerf eft 
étendue. Il y a là un timbré fur lequel frap- 

Fent ks cinq organes de nos fens. Quel* eft 
homme qui concevra que ce timbre ne tienne 
point de place? Ne fommes-nous pas. des au- 
tomates nés pour vouloir toujours r pour faire 
quelquefois ce que nous voulons , & quelque- 
fois k contraire ? Des étoiles au centre de 
la terre , hors de nous & dans nous , route 
iubftance nous eft iaconnue. Nous ne voyons 
que des apparences : bous femmes dans ur» 
fonge. 

15. Que dans ce fonge on croie hr volonté 
libre ou efclave , la fange organifée dont nou* 
foromes pétris , douée d'une faculté immortelle 
" eu pérîfiabk ; qu'on penfe comme Epicure ou 
comme S ocrât e , les roues qui font mouvoir 
la machine de l'univers, feront toujours les 
mêmes. (3) 

($) Quoique paiti qne Pou prenne far cette» qeetfiost 
tpineuiè , il eft irapofiible de ne pas convenir que , dans le* 
aitions qu'on appelle libres , l'homme a la confeience des 
Biotifs qui le font agir. Il peut donc connaître quelles, 
allions font conformes à la joflice , à l'intérêt général des. 
nommes , & le* motifs qu'il peut avoir de faire ces aâion* »- 
& d'éviter celles qui y (ont contraires* Ces motifs agif» 
feot fur lui : il y a donc une morale. L'efpoir des ré* 
compenfes, la crainte des peines font an nombre de cet. 
motifs ; ce* Centime**, peuvent donc être utiles ; les peines. 
& les récempenfes peuvent doue étve juftes. S'il a oésU 
à on motif injufte ,. il en fera fâché , lorsque ce motif 
cefftra d'agir avec la même force > ii fe repentira donc y 
il anra des remords. U croira qu'averti par £6n expérience ». 
ce motif n'enta pins le pouvoir de l'entraîner une autre- 
fois ; U & otoflKttift ctaïc de ut fini tetombti. Ainsi > 



DE tA RElIÔION «TATUttUé. f $ 
CHAPITRE" VI. 

Î>E LA RELIGION NATURELLE. 

$Leproche de Leibnit^ à Newton , peu fondé* 
Réfutation d'un fehtimeht de Locke, Le bieit 
de la fociêtii Religion naturelle. Humanité* 



L. 



iKiBKtJt , dans fâ difptite avec tfewtori. 4 
Ju! reproche de donner de dieu des idée* 
fort baffes, & d'anéantir la religion naturelle* 
Il prétendait que Newton fefait Dieu corpo* 
fel , & cette imputation , comme nous l'avons 
tru t était fondée fur ce mot fenforium , or* 
gane. Il ajoutait que le Dieu de Newton 
avait fait de ce monde une fort mauvaife ma* 
thine qui a befoin d'être décraflée , ( c'eft le 
mot dont fe fert Leibnit^. ) Newton avait dit r 
manum emendatricemdefiderarei. Ce reproche 
eft fondé fur ce que Newton dit qu'avec lé 
temps les mouvemens diminueront , les irré- 
gularités des planètes augmenteront, & l'uni- 
vers périra , ou fera remis en ordre par fou 
teur. 



•nelque fyftèrae que l'on prenne fur la liberté, fans excepter 
fe fatalifme le plus a b foin , les confêquences morales feront 
les mêmes. En effet , fuivant le fatalifme , tout homme 
(tait prédéterminé à faire tontes les allions qu'il a faites ; 

u lorfcju'il fe détermine , il ignore à laquelle des deux 
.* uons qu'il ié propofe, il doit fe déterminer; il fait feule* 
-ment que c'eft à celle pour laquelle il croira voir d*f 

«ife pins puiflans. 

E4 



$6 DE LA RELIGION NATURELLE» 

Il eft trop clair, par l'expérience, que DIE! 
a fair des machines pour être détruites. ^Nou 
fommes l'ouvrage de fa fageffe , & nous pé 
jiflbns ; pourquoi n'en ferait-il pas de mêm 
du monde ? Leibnit[ veut que ce monde foi 
parfait ; mais fi dieu ne l'a formé que pou 
durer un certain temps, fa perfection ne con 
fifte alors à ne durer que jufqu'à l'inftant fix 
pour fa diffolution. 

Quant à la religion naturelle , jamais homm 
n'en a été plus partifan que* Newton , fi c 
n'eft Leibnit[ lui-même , fon rival en fcienc 
& en vertu. J'entends par reHgioo naturelle 
les. principes de morale communs au genre 
humain. Newton n'admettait , à la vérité , au 
«une notion innée avec nous , ni idées , n 
fentimens, ni principes* Il était perfuadé, ave 
» Locke 9 que toutes les^ idées nous viennent pa 
les fens , à mefure que les fens fe développent 
mais il croyait que dieu ayant donné le 
mêmes fens à tous les hommes , il en réfult< 
chez eux les mêmes befoins , les mêmes feu 
timens > par conféquent les mêmes notion 

{jrofîières , qui font par-tout le fondement d< 
a fociété. 11 eft confiant que diiu a donn« 
aux abeilles & aux fourmis quelque chof< 
pour les faire vivre en commun , qu'il n'; 
donné ni aux loups ni aux faucons ; il eft cer 
tain , puifque tous, les hommes vivent en fo< 
ciété , qu'il y a dans leur être un lien fecre 
par lequel dieu a voulu les attacher les un: 
aux autres. Or, fi à un certain âge les idées 
venues par les mêmes fens à des nommes toui 
organifés de la même manière , ne leur don- 
naient pas peu à peu les mêmes principes né- 



»B LA RELIGION NATURELLE. fj 

affaires à toute fociété , il eft encore très-» 
ûr. que ces fociétés ne fubfifteraieut pas* 
/oilà pourquoi de Siam jufqu'au Mexique , lar 
mérité , la reconnailïance , l'amitié , &e. font 
;n honneur. 

J'ai toujours été étonné que le fage Locke ' y - 
Jans le commencement de fon traité de l'En- 
tendement humain , en réfutant fi bien lt$ 
tdée^-innées , ait prétendu qu'il n'y a aucune 
notion du bien & du mal qui foit commune 
à tous les hommes. Je crois qu'il eft tombé 
là dans une erreur. Il fe fonde fur des rela- 
tions de voyageurs , qui difent que dans cer- 
tains pays la coutume eft de manger fes en- 
fans , & de manger aufli les mères , quand 
elles ne peuvent plus enfanter ; que dans 
d'autres, on honore du nom de faints certains 
enthoufiaftes , qui fe fervent d aneffes au lieu de 
femmes; mais un homme comme le fage Loekc 
De devait - il pas tenir ces voyageurs pour 
fufpe&s ? Rien n'eft fi commun parmi eux que 
de mal voir 9 de mal rapporter ce qu'on à. 
vu , de prendre , fur - tout dans une nation 
dont on ignore la langue 9 l'abus d'une loi 
pour la loi même ; & enfin de juger des 
mœurs de tout un peuple par un fart particu- 
lier dont on ignore encore les circonftances. 

Qu'un Perfan palïe à Lisbonne > à Madrid j 
nu à Goa , le jour d'un Auto-da-fè,, il croira 9 
non fans apparence de raifon , que les chré- 
tiens facrifierit des hommes à die 04 qu'il hfe 
les alroanachs qu'on débite dans toute TEu- 
rope au petit peuple , il penfera que nous 
croyons tous aux effets de la lune, & cepen- 
iant nous_on, rions,, loin d y croire. Àinfi 



5$ DE tA HEttGION KAÏtJKBLtÊ. 

tout voyageur qui me dira , par exemple, 
des fauvages mangent leur père & leur n 
par piété , me permettra de lui répondre qi 
premier lieu le fait eft fort douteux ; fecor 
inent , fi cela eft vrai , loin de détruire 1': 
du retpeâ qu'on doit à fes parens * c'eft ] 
bablement une façon barbare de marque 
tendrefte i Un abus horrible de la loi n: 
relie; car apparemment qu'on ne tue fon ] 
& fa mère par devoir , que pour les déliv 
Ou des incommodités de la vieillefîe , ou 
fureurs de l'ennemi ; & fi alors on lui de 
tin tombeau dans le fein filial , au lieu d 
laiffer manger par des vainqueurs , cette c 
fume , toute e Croyable qu'elle eft à l'im 
nation , vient pourtant nécefiairement d 
bonté du cœur. La loi naturelle n'eft a 
thofe que cette loi gu'on connaît dans 
l'univers : Fais ce que tu voudrais que Vo 
fit ; or , le barbare qui tue fon père pow 
fauver de fon ennemi , & qui l'enfevelit ■ 
fon fein, de peur qu'il n'ait fon ennemi j 
tombeau , fouhaite que fon fils le traite 
même en cas pareil. Cette loi de traiter 
prochain comme foi-même découle nature 
ment des notions les plus groftîères, & fe 
entendre tôt ou tard au cœur de tous 
hommes ; car ayant tous la même raifon 
faut bien que tôt ou tard les fruits de 
arbre (e reffemblent , & ils fe reffemblent 
effet , en ce que dans toute fociété on apr, 
du nom de vertu ce qu'on croit utile à la 
ciété. 

Qu'on me trouve un pays , une compai 
de dix perfonnes fur la terre , où Von n efl 



1>S ZÂ RIIIGIOW KATtTRELtB. Jj 

pas ce qui fera utile au bien commun , & alors 
je conviendrai qu'il n'y a point de règle na* 
turelle. Cette règle varie à l'infini (ans doute % 
mais qu'en conclure, finon qu'elle exifte ? La ma- 
tière reçoit par-tout des formes différentes r mai» 
elle retient par- tout fa nature On a beau nous 
dire 9 par exemple, qu'à Lacédémone le larcin 
était ordonné ; ce n'eft-là qu'un abus des mots, 
La même chofe que nous appelons larcin n'était 
point commandée à Lacédémone ; mais dans 
une ville où tout était en commun , la per- 
mifiîon qu'on donnait de prendre habilement 
ce qne des particuliers s'appropriaient contrer 
la lot » était une manière de punir l'efprir de 
propriété défendu chez- ces peuples. Le tien 
tï U mien était un crime , dont ce que nous 
appelons larcin était la punition ; & chez eux 
& chez nous il y avait de la règle , pour la- 

eîlle pieu nous a faits , comme il a fait les 
nuis pour vivre enfembtev 
r Newton penfait donc que cette difpofitiom 
aue nous avons à vivre en fociété , eft le 
rondement de la loi naturelle. 

Il y a fur- tout dans l'homme une difpofi- 

fil à la compaffion , auflî généralement ré* 

aue que nos autres inftindts. Newton avait 

irivé ce fentiment d'humanité » & il féten- 

: jufqu'aux animaux : il était fortement 

convaincu y avec Locke ; que dieu a donné 

aux animaux (qui femblent n'être que matière > 

ane mefure d'idées , & les mêmes fenrknens; 

à nous. Il ne pouvait penfer que Ditu» 

ne fait rien en vain , eût donné aux bêtes 

les organes de fentiment, afin qu'elles n*euX» 

t point 4e fentiment* 



ÏO BÉ* l'-AM* ET DES IDÉES. 

Il trouvait une contradiction bien affreufe à 
croire que les bêtes /entent , & à les faire 
fouffrir. Sa morale s'accordait en ce point avec 
fa philofophie ; il ne cédait qu'avec répugnance 
à Tufage barbare de nous nourrir* du rang & 
de la chair des erres fcmblables à nous , que 
nous careifons tous les jours ; & il ne permit 
jamais dans fa maifon qu'on les fît mourir par 
des morts lentes 6c recherchées , pour en ren- 
dre la nourriture plus délicieufe. 

Cette compaflion qu'il avait pour les ani- 
maux fe tournait en vraie charité pour les 
hommes. En effet fans l'humanité, vertu qui 
comprend toutes les vertus , on ne mériterait 
guère le nom de philofophe. 

CHAPITRE VIL 

Î)E l'aME , ET DE LA MANIÈRE DONT- BlXf 
EST UNIE AU CORPS, ET DONT £LL£ A 

: SES IDÉES. 

Quatre opinions fur la formation des idées : 

' celle des anciens matérialises % celle de 

Malîebranche , celle de Leibnit\. Opinion de 

y V Leibniti combattue. . 

XV éwto y était perfuadé , comme prefque 
tous les- bons philosophes , que l'ame. eft une 
iubftance incompréhendble ; & plufieurs per- 
iounes , qui ont beaucoup vécu avecvioci* 



»B t*AMÈ Et DES IDÉES* 6t 

t affuré que Newton avait avoué à Locke, 
tous n'avons pas ajje\ de connaiffance de 
xture pour ofer prononcer qu'il foit impofi* 

à DIEU d'ajouter le don de la penfée à 
tre étendu quelconque. La grande difficulté 
lutôt de favoir comment un être , quel 

foit , peut penfer , que de favofr comment 
atière peut devenir penfante. La penfée , 
ï vrai , femble n'avoir rien de commun 
les attributs que nous' connaiffons dans 
ï étendu qu'on appelle corps ; mais con- 
Jns-nous toutes les propriétés des corps? 

une chofe qui paraît bien hardie que de 

à dieu : Vous avez pu donner le mou- 

»nt , la- gravitation , la végétation , la vie 

être , & vous ne pouvez lui donner la 

tel 

îtift qui difent que , fi la matière pouvait 
voir le don de la penfée , l'ame-ne ferait 
mmortelle , raifonnent-ils bien conféquem- 
t ? Eft-iJ plus difficile à dieu de conferver 
de faire ? De plus , fi un atome infécable 

éternellement , pourquoi le don de penfer 
ni ne durera- t-il pas comme lui? Si je ne 
rompe, ceux qui refufent à dieu le pou- 

de joindre des idées à la matière , font 
r y és de dire que ce 'qu'on appelle tfprit eft 
:rre dont l'effence eft de penfer , à l'exclu- 

de tout être étendu. Or , s'il eft de la 
; "de J'efprit de penfer .effentielleraent , il 
e» dOrrç nécessairement ; 8r ikpenfe- toujours, 
me -tout trfangle a néteffafiremerit •& tôu- 
s trolls angles y indépendamment de dieu. 
i ! <Jès que dieu crée quelque chofe qui 

pas matière , il- faut absolument que çç 



4l DE L*AME ET DES IDÉES. 

quelque chofe penfe ? Faibles & hardis coma» 
nous fommes . favons-nous fi dieu n'a pas 
formé des millions d'êtres , qui n'ont -ni les 
propriétés de l'efprit , ni celles de la matière 
à nous connues ? Nous fommes dans le cas 
d'un pâtre , qui n'ayant jamais vu que des 
bœufs , dirait : Si dieu veut faire à* autres 
animaux , .1 faut qu'ils aient des cornes & 
qu'ils ruminent. Qu'on juge donc.ee qui eft 
plus refpe&ueux pour la Divinité , ou d'affir- 
mer qu'il y a des êtres qui ont (ans lui l'attribut 
divin de la penfée , ou de foupçonner que 
dieu peut accorder cet attribut à l'être qu'il 
daigne choilir. On voit , par ce) a feul , com- 
bien font injuftes ceux qui ont voulu faire à 
Locke un crime de ce fentiment, & combat- 
tre , par une malignité cruelle f avec les ar* 
mes de la religion , une idée purement phi- 
losophique. 

Au refte, Newton était bien loin de hafarder 
une définition de l'ame , comme tant d'autres 
ont ofé le faire ; il croyait qu'il était poflible 
qu'il y eût des millions d'autres fub fiance* 
penfantes , dont la nature pouvait être abfo- 
lument différente de la nature de notre ame. 
Ainfi la divifion que quelques-uns ont faite de 
toute la nature en corps & en efprit , parait 
la définition d'un fourd & d'un aveugle, qui* 
en définiffant les fens , ne foupçonneraient m 
la vue ni 4'ouïe. De quel droit, en. effet* 
pourrait -on d*re que. dieu n'a* -pas rempli 
l'efpace immenfe d'une infinité de fubAaacef 
qui n'ont rien de commun avec nous ? 

Newton ne s'était point fait de fyftème fur 
ia manière doot l'ame eft unie au corps 9 fe 



91 l'ame et des idées. 6) 

la formation des idées. Ennemi des fyftè- 
; , il ne jugeait de rien que par analyfe ; 
lorfque ce flambeau lui manquait , il favait 
arrêter. 

Il y a eu jufqu'ici dans le monde quatre 
unions fur la formation des idées : la prem- 
ière eft celle de prefque toutes les anciennes 
irions , qui , n'imaginant rien au-delà de la 
atière , ont regardé nos idées dans notre en» 
ndement comme l'impreflion du cachet fur 
cire. Cette opinion confule était plutôt un 
ftind gro'fier qu'un raifonuement. Les philo* 
pbes , qui ont voulu enfuite prouver que la 
irière penfe par elle-même , ont erré bien 
antage ; car le vulgaire fe trompait fans 
•nner , & ceux-ci erraient par principes : 
d'eux n'a pu jamais rien trouver dans 
itière qui pût prouver qu'elle a l'intelU- 
nce par elle-même. Locke parait le feul qui 
été la contradiction entre la matière & 1» 
£e , en recourant tout d'un coup au créa* 
r < toute penfée & de toute matière , & 
i anr modeftement : Celui qui peut tout ne 
— il pas faire penfer un être matériel , un, 
, un élément de la matière î II s'en eft 
in a cette poffihilité en homme fage. Affirmer 
la matière penfe en effet, parce que dieu 
lui communiquer ce don , (èrait le comble 
témérité ; mais affirmer le contraire eft- 
ins hardi ? 
te fécond fentiment & le plus généralement 
, eft celui qui , étabïiflant l'ame 2k le corps 
deux êtres qui n'ont rien de commun , 
; cependant que dieu les x a créés pour 
i un fur l'autre. La feule preuve qu'on ait 



64 *>e l'ami et des idées, 

de cette a&ion , eft l'expérience que chacua 
croit en avoir. Nous éprouvons que notre 
corps tantôt obéit à notre volonté , tantôt la 
maîtrife ; nous imaginons qu'ils agiffent l'un 
fur l'autre réellement , parce que nous le Ten- 
tons , & il nous eft impoifible de poulïer la 
recherche plus loin. On fait à ce fyftème une 
objection qui paraît fans réplique ; c'eft que fi 
un objet extérieur , par exemple , communique 
un ébranlement à nos nerfs , ce mouvement 
va à notre ame , ou n'y va pas : s'il y va, 
il lui communique du mouvement , ce qui fup- 
poferait l'ame corporelle; s'il n'y va point, 
en ce cas il n'y a plus d'a&ion. Tout ce qu'on 
peut répondre à cela , c'eft que cette action 
eft du nombre des chofes dont le mécanifme 
fera toujours ignoré : trifte manière de con- 
clure , mais prefque la feule qui conviennnc 
à l'homme en plus d'un point de métaphyfique. 
Le troiiième fyftème eft celui des caufes 
occafionnelles de Defcartes , poulie encore ] 
loin par Mallebr anche. Il commence par fup- 
pofer que l'ame ne peut avoir aucune influence 
for Je corps , & dès-là il s'avance trop.; car 
de ce que l'injSuence de l'ame fur le corps ne 
peut être conçue, il ne s'enfuit point du tbut 
qu'elle foit impoifible ; il fuppofe enfuite que 
ia matière , comme caufe occaiionnelle , .raie 
impreifion fur notre corps , & qu'alors diku 
produit une idée dans notre ame ; que réci- 
proquement l'homme produit un acte de vo- 
lonté , & dieu agit immédiatement fur le 
corps en conféquence de cette volonté : ainfi, 
l'homme n'agit & ne penfe que dans DifcU; 
ce qui ne peut , me femble , recevoir un fens 

clair | 



DE l'ame et -des idées. 6$ 

clair , qu'en difant que Dr u feul agit & penfe 
pour nous. On eft accablé fous le poids des 
difficultés qui naifîent de. cette hypothèfe : car , 
comment dans ce fyftème l'homme peut-il vou- 
loir lui-même, & ne peut- il paspenfer lui- 
même ? Si dieu ne nous a pas donné la faculté 
de produire du mouvement & des idées ; fi c'eft 
lui feul «ni agit & penfe , c'eft lui feul qui 
veut. Non- feulement nous ne fommes plus 
libres , mais nous ne fommes rien , ou bien 
nous fommes des modifications de dieu môme. 
Jri ce cas , il n'y a plus une ame , une intel- 
ligence dans l'homme, & ce n'efl pas la peine 
'd'expliquer l'union du corps & de l'ame , puif- 
"qu'eîle n'exifte pas , & que dieu feul exifte* 

Le quatrième fentiment eft celui de l'har- 
monie préétablie de Leibnit[. Dans fon hypo- 
thèfe , l'ame n'a aucun commerce avec fort 
•■corps ; ce font deux horloges que dieu 'a 
•faites , qui ont chacune un reflorf , & qui 
"Vont 'un certain temps d'arts une correfpon- 
'dance parfaire ; l'une montre les heures , l'autre 
fon ne. L'horloge qui montre l'heure ne la 
montre pas parce que l'autre fonne ; mais 
Drfcu a établi leur mouvement de façon qife 
f aiguille & la fonnerie fe rapportent contini'cl- 
ïémehf. Ainfi , l'ame de Virgile prodtrifaït 
ÏEnéide t & fa main' écrivait jt'Knéide , fan* 
que cette main obéît éh aùcûrié : façon à Tin-- 
ttention dé" l'auteur ; mais 'Df Eu avait régie 
de tout temps que Famé de Virgile ferait de» 
▼ers , & qu'une main attachée au corps de 
Virgile les mettrait par écrit. Sans parler de^ 
Textrême embarras qu'on a encore à concilier 
•fe ■ liberté avec? cette 1 harmonie ^réétaWie > ît 

îtmc 41. Phyf. &c. Tonte J r 1? 



i 



£6 DE l'ame et ses idées* 

a une objettion bien forte à faire , c'eft < 
, feloa Leibnit\ % rien ne fe fait fans un 
raifon fuffifante » prife du fond des chofes 
quelle raifon a eu i> eu d'unir enfemble deu 
êtres incommenfurabies , deux êtres aufli hé 
férogènes» auffi infiniment différens que 1'; 
& le corps , & dont l'un n'influe en rien i 
Tautre ? Autant valait placer mon «aine d 
Saturne que dans mou corps. L'union de 1 
& du corps , eft ici une chofe très-fupernue 
mais le refle du fyftème de Leibniti eft bic 

5 lus extraordinaire ; oo en peut voir les fo 
emens dans le Supplément aux aêes de Leipfia 
tome VII ; & on peu confulter les comn 
taires que piufieurs allemands en ont faits 
jlement avec une méthode toute géométrique. 
Selon Leibnitx , il y a quatre fortes d'être 
fimples., qu'il nomme monades, comme i I 
verra au chapitre IX. On ne parle ici que 
l'efpèce de monade qu'on, appelle notre am 
L*ame r dit-il, eft une concentration ,. .un. m 
roir vivant de tout l'univers, qui a en foi tout! 
tes idées. confiufes de toutes les modificatû 
de ce monde , préfentes > paffées & future 
Newton, , Locke 6t CLarfo , quand* il* entendi 
rent parler d'une telle opinion , marquerai 
pour elle un aufli grand, mépris que & jteibi 
s'en avait pas été l'auteur ; mais puifque a 
très-grands philofophes allemands fe font 
gloire d'expliquer ce qu'aucun anglais n'a 
-\ oulu. entendre , je fuis, obligé d'expofer ave 
clarté cette hypothèfe du fameux Lcibnit^ 
devenue pour moi plus refpe&able depuis q 
\&ss en avez fait l'objet de vos recherche* 
Ttttt être fiœgle h créé* dit- il x ed tu 



be l'ami Et ms idées. 6y 

m changement , fans quoi il ferait dieu. 
X'ame eft un être fimple , créé ; elle ne peut 
donc refler dans un même état : mais les corps 
étant compofés ne peuvent faire aucune alté- 
ration dans un être fimple ; il faut donc que 
fes changemens prennent leur fource dans fa 
propre nature. Ses changemens font donc des 
idées fucceflives des chofes de cet univers ; 
elle en a quelques-unes de claires ; mais toutes 
les chofes de cet univers, dit Lelbnit[ 9 font 
tellement dépendantes Tune de l'autre , telle - 
sent liées entr'elles à jamais , que (i l'ame a 
vue idée claire d'une de ces chofes , elle a 
néceffairement des idées confufes & obfcures 
de tout le refte. On pourrait , pour éclaircir 
cette opinion , apporter l'exemple d'un homme 
qui a une idée claire d'un jeu ; il a en même • 
temps plufieurs idées confufes de plufieurs com- 
binaisons de ce jeu. Un homme qui a actuel- 
lement une idée claire d'un triangle , a une 
idée de plufieurs propriétés du triangle , lef- 

S'riles peuvent fe préfenter à leur tour phia 
irement à fon efprit. Voilà en quel fens la 
monade de l'homme eft un miroir vivant de 
cet univers* 

II eft aifé de répondre â une fel!e hypo^ 
ftrèfe, que fi dieu a fait de Pâme un miroir» 
9 en a fait un miroir bien terne , & que fi ort 
ft'a^d'autres raifons pour avancer des fuppo- 
fitkms fi étranges , que cette liaifon prétendue 
indifpenfable de toures. les chofes de ce monde , 
on bâtit cet édifice hardi fur des foflfcîjniens 
qu'on n'aperçoit guère ; car quand nous avons 
Me idée claire du triangle f c'eft que nous 
liras un* comwûflance dés propriétés effieûr* 

¥% 



éS feE L*AMK ET DES IDÉE*. 

tielles du triang.e ; & fi les idées de te 
ces propriétés ne s'offrent pas tout d'un < 
lumineufement à notre efprit , elles y font 
fermées dans, cette idée claire , parce qu' 
ont un rapport néceflaire l'une avec Ta 
Mais tout l'affembl'age de l'univers eft-il 
ce cas ? Si vous ôtez une propriété au triar 
tous lui ôtez tout ; mais fi vous ôtez ù l'un 
un grain de fable , le refte fera- 1- il tout eba 
Si de cent millions d'êtres qui fe fuivent 
à deux , tes deux premiers changent ent 
de place, les autres en changent-ils née 
rement , ne confer vent- ils pas entr'eu 
' mêmes rapports ? De plus , les idées d'un hc 
ont-elles entr'elles la même chaîne qu'on 

fiofe dans les chofes de ce monde ? Q 
iaifon , quel milieu néceflaire y a-Nil 
J'idée de la nuit & des objets inconnus q 
vois en m'éveillant ? Quelle chaîne y i 
entre la mort paffagère de l'ame dans un 
fbnd-fômmeil , ou dans un évanouiffemen 
les idées que Ton reçoit ea repremn 
cfprits ? 

Tout être dans cet univers tient à llin 
fans doute ; mais toute action de tout 
n'eft pas caufe des événemens du rnond* 
mère de Brutus en accouchant de lui ftii 
des caufes de la mort de Céfàr~; mais q 
air craché à droite ou à gauche , cela n'a 
fait à Rome. Il y a des événemens qui 
effet & cau-e à la fois*. II y a mille ad 
qui ne font que des effets fans fuite. Les 
d'un mouln. tournerrt & font brifer le 
qui nourrit l'homme ; voilà un effet qi 
caufe : un peu de pouiïière s'en écatte 3 



PRINCIPES DE LA MATIÈRE. 6f 

on effet qui ne produit rien. Une pierre jetée 
dans la mer BaîtiqueN rie produir aucun évé- 
nement dans la mer des Indes. Il y a mille 
effets qui s'anéantiffent comme le mouvement* 
dans les fluides. 

Quand même il ferait pofïibîe que dieu 
CÛt fait tout ce qy\e s Leibnit{ imagine , faudrait-il 
te croire fur- une fimpîe pofïibilité ? Qu'à-t-if 
prouvé par tous, ces nouveaux efforts ? qu'il" 
avait un très-grand génie : mais s'efi-il éclairé 9 
& a-t-iî éclairé les autres ? Ch fe étrange r 
bous ne fav.ons pas comment la terre produit 
un brin d'herbe, comment une femme fait un 
enfant , & on croit fa voir comment nous fefon# 
ûùs idées l 

Si on veut favoir ce que Newton penfafr 
fer rame &' fur la manière dont elle opère , 
& lequel â? tous ces fentimens il embraffait , 
je répondrai qu'il n'en fuivait aucun. Que fa- 
vait donc fur cette matière- celui qui avaft 
fourmis l'infini au calcul , .& qui avait décou~ 
xert les lois de la pefanteur ? il favait douter* 

CHAPITRE VII L. 

!>£S PREMIERS PRINCIPES DJi LA ftSATIÈRB. 

- • ' ■ ' i ■ ■ ' 

Examen de la matière premier** x Méprifs ck* 
Newton, II n'y a point de tranj mutations: 
%£r habits*. Newton admet des atome-s. 



XL ne s'agit pas ici d'examiner quel fyflème 
était plus ridicule , ou celui qui fefait Teaa. 
principe dfc tout r ou celui lui attribuait tout 



70 PRINCIPES DE lit MATIÈRE, 

au feu , ou celui qui fuppofe des dés mis fans 
intervalle les uns auprès des autres , & tour- 
«ans je ne fais comment fur eux-mêmes. 

Le fyflème le plus plaufible a toujours été 
qu'il y a une matière première indifférente à 
tout , uniforme & capable de toutes ]ps for- 
mes , laquelle différemment combinée conftitue 
cet univers. Les élémens de cette matière font 
les mêmes : elle fe modifie félon les difTérens 
moules où elle paffe , comme un métal en fu- 
fion devient tantôt une urne , tantôt un* 
ftatue ; c'était l'opinion de De/cartes , & elle 
s'accorde très-bien avec îa chimère de fes trok 
^lémens. Newton p en fait en ce point fur fo 
inatière comme De/carte j; mais H était arrivé 
à cette conclufion par une autre voie. Comme 
il ne formait prefque jamais de jugement qui 
ne fût fondé , ou fur l'évidence mathématique* 
•ou fur l'expérience, il crut avoir l'expérience 
pour lui dans cet examen. L r illuftre Rebert 
Boy le , le fondateur de la phyfique en An- 
gleterre , avait long-temps tenu de l'eau danf 
une cornue à un feu égal ; le chrmifle qui 
travaillait avjec lui , crut que 1 eau s'était enfin* 
changée en terre ; le fait était faux , comme 
l'a depuis prouvé Boerhaave , phyficien aufl» 
*xaét que médecin habile ; l'eau s'était éva- 
porée, & îa terre qui avait paru en fa place 
«venait d r ai!lews. ( 4 ) 

( 4 ) Cette con*er6on de i'eatr en terre eff encore wûm 
qaeftien , quoique l'opinion de Boerhaave Toit la plot vrai- 
fcmblablc. Au refte , ce ce ferait pas une vraie tianiuiarJK 
lion : l'eau eft une efpèce de terre fufible à très-petit degrf 
de chaleur , & cette terre pourrait perdre cette propriérf 
p* la 4*£tffc©ft dan* le» vaiifauub cloj v ùfo en & ceag 



PRINCIPES M 1A MATIÈRE, 7T 

À quel point faut-il fe défier de l'expérience, 
fuifque celle-ci trompa Boy le & Newton? Ces 
grands pbiiofophes n'ont pas fait difficulté de 
croire que puifque les parties primitives de 
L'eau fe changeaient en parties primitives de 
terre , les élémens des chofes ne font que la 
Blême* matière différemment arrangée. Si une 
fauffe expérience n'avait pas conduit Newton 
à cette coactufion , il eft à croire qu'il eût 
taifonné tout autrement. Je fupplie qu'on life 
avec attention ce qui fuit. 

La feule manière qui! appartienne à Fhomme 
.de raifonner fur ïes objets , c'eff l*analyfe» 
Partir tout d'un coup des premiers principe* 
s'appartient qu'à pieu ; & fi Ton peut fans. 
Mafphème corn arer dieu à un architecte, Se 
ï univers à un édifice r quer eft lie Voyageur 
qui 9 en voyant une partie de l'extérieur d un 
•&fimenf , ofera tout d'un coup imaginer tout 
Fartîfke du dedans ? Voilà pourtant ce qu'Ont 
ofé faire prefque tous les philôfophes avec 
»ille fois plus de témérité. Examinons donc 
cet édifice autant que nous le pouvons: que 
trouvons- nous autour de nous? des animaux t . 
des végétaux , des minéraux , fous le genre 
desquels je comprends- tous les fels , foufres r 
fcc. du limon , du fable , de l'eau , du feu r 
de l'air , & rien autre chofe, du moins jufqu'à: 
fréfent. 

Avant que d'examiner feulement fi ces corp* 
àmt des. mixtes, ou non , je me, demande à mo*~ 



llMit avec It feu libre qui paffc à tiare» lea Taifftamt „ 
fck en. veiOL d'm soutcUo tanbmaifoii de U* fp«Bi«t> 



71 PRIVCIPtfS ©E LA MATIÈRE. 

jcêine s'il eft poflîble qu'une matière prête! 
uniforme , qui n'eft eia elîe-mcme rien de 
ce qui eft , produife cependant tout ce qu 

I. Qu'eft-ce qu'une matière première, qui 
rien des chofes de ce monde , & qui les 
duit toutes ? C'eft une chofe dont je ne 
avoir aucune idée , & que par conséquent j 
dois point admettre. Il eft bien vrai que j 
puis me former en général l'idée d'une fubft 
étendue , impénétrable & figufable ,' fans 
terminer ma penfée à du fable ou à du lin 
ou à de Tor , &c. mais cependant ou < 
matière eft réellement quelqu'une de ces ï 
fes , ou elle n'eft rien du tout. De mêru 
puis penfer à un. triangle en général , 
m'arrêrer au triangle éqiiilatéral , au fcal< 
à rifofcèle , &c. mais il faut pourtant q 
triangle qui exifte foit \\m de ceux-là. € 
idée. feulé 1 bien pefée fûifit peut-être pour 
îruire l'opinion .cFune matière première. 

a. Si la matière quelconque raife en n 
vement fuffifait pour produire ce que i 
voyons fur la terre , il n'y aurait aucune 
fon pour laquelle de la pouflière bien ren 
dans un tonneau ne pourrait produire 
hommes & des arbres , ni pourquoi un ch 
femé de blé ne pourrait pas produire des 
leines & des écreviftès au Heu de/frbni 
C'.eft en vain qu'on répondrait que les rno 
& les filières qui Reçoivent les femerices 
oppofent ; car ït en faudra toujours reven 
cette queftion, pourquoi ces moules, ces f 
res font«-elles fi invariablement, déterminé 
Or 4<fi -aucun mouvement, auctuvart ne ■] 
faire veni* des £c2Iba$ au lieu de blé t 



FRVÎCIFES DE T.À MÀTIÈRS. 7J 

un champ , ni des neffles au lieu d'un agneau 
4ans le ventre d'une brebis^ ni des rotes an 
haut d'un chêne., ni des foies dans une ruche 
*d'abeîlles., &c. fi toutes les efpèces font snv<:- 
Tiablemerrt les mêmes , ne dois- je pas croire 
«d'abord,, avec quelque raifon , que toutes les 
^èfpèces ont été déterminées, par l le maître du 
'-monde-; qu'il y a autant £e deflfëins d.fïérens 
iqu'il *y a d'eipèces -différentes , & que de la 
«natière & du mouvement il ne naîtrait qu'uni 
«chaos éternel fans ces defféins ? 
■ Toutes les -expériences me .confirment dans 
ce fen riment. Si- j'examine d'un côté un homme 
& un ver à foie , & de l'autre un oifeau & un 
-poiffon , je les vois 4ous formés dès le com- 
mencement des choïes; je ne vojs en eux qu'un 
-développement. Celui de l'homme & celui de 
•Tinfe&e ont quelques rapports & quelques 
«différences $ celui <lu poiffon & celui de t'oi- 
4eau en ont d'autres \ nous fommes un ver 
avant que d'être reçus dans la mafrice de notre 
«aère 4 nous devenons chryfalides , nymphes 
4ans l'utérus, lorfque nous fommes dans cette 
enveloppe qu'on nomme coiffe ; (5) nous en 
fortons avec des bras, des jambes, comme le 
ver devenu moucheron fort de fon tombeau 
avec des ailes & des pieds ; nous vivons quel- 

Îjues jours comme lui , & notre corps fe dif— 
but enfuite comme le fien. Parmi les reptiles 
les uns font ovipares , les autres vivipares ; 
Chez les poiffons la femelle eft féconde fans 

C 5 ) M. de Voltaire fuit ici le fyftème des vers fpsr- 
miatiqaes. Voyw les notes fur Pam.lc génération daus 
le Diàionnairt philo fophique. 

Tome 4a, Pkyf, 6'c, Tome I* G 



74 PRINCIPES DE LA MATIERE. 

Jes approches du mâle qui ne fait que paffer 
fur les œufs dépofés pour les faire éçlore, 
JLes pucerons , les huîtres , &c. produifeat 
leurs femblables eux feuis , & fans le mélange 
^le deux fexes. Les polypes ont en eux de. 
quoi faire renaître leurs têtes quand on les 
leur a cpupées. Il revient des pattes aux écre r 
viffes. Les végétaux , les minéraux fe forment 
tout différemment. Chaque genre d'être eft un 
monde à part ; & bien lqin qu'une ' matière 
aveugle produite tout par le firaple mouve- 
ment , il eft bien vraifembjable que dieu 9 
formé une infinité d'êtres avec des moyenf 
infinis , parce qu'il eft infini lui-même. 

Voilà d'abord ce que je foupçonne en con- 
fidérant la nature : mais fi j'entre dans le dé- 
tail , fi je fais des expériences de chaque 
chofe , voici ce qui en refaite. Je vois des 
mixtes , tels que les végétaux & les animaux, 
que je décompofe , & dont je tire quelques 
élémens grofliers , Tefprit , le phlegme , Iç 
foufre, le fel , la tête-morte. Je vois ^'autres 
corps , tels que des métaux , des minéraux j 
dont je ne puis jamais tirer autre chofe que 
leurs propres parties plus atténuées. Jamais de 
l'or pur n'a pu donner que de l'or ; jamais 
avec du mercure pur on n'a pu avoir que du 
mercure. Du fable , de la boue (impie 9 de 
l'eau firaple n'ont pu erre changés en aucune 
autre efpèce d'êtres. Que puis-je en conclure, 
jfinon que les végétaux & les animaux font 
çompofés dans ces autres êtres primitifs qui 
ne fe décompofent jamais? Ces êtres primi- 
tifs inaltérables font les éléraens des corps ; 
l'homme & le moucheron font dqnc un conv* 



PRINCIPES DE LA MATIÈRE. J$ 

otê des parties minérales de fange , de fable % 
e feu , d'air , d'eau , de foufre , de fel ; ( 6 > 

tputes ces parties primitives , indécompofat- 
ies à jamais , font des élémens dont chacun 

fa nature propre & invariable. 

Pour ofer auarer le contraire , il faudrait 

oir vu des tranfmutations ; mais quelqu'un 
n a-t-il jamais découvert par le fecours de 
a chimie ? La pierre philofophale n'eft - elle 
«s regardée comme impoffible par tous les 
ifprits fages ? Eft-il plus poflîble , dans l'état 
wéfent de ce monde , que du fel foit changé 
m foufre , de l'eau en terre, de l'air en feu, 
me de faire de l'or avec de la poudre de 

>jedion ? 

Quand les hommes ont cru aux tranfmuta- 
iorrs proprement dites , n'ont - ils point en 
:ela été trompés par l'apparence , comme ceux 
jui ont cru que le foleil marchait? Car à voir 
lu blé & de l'eau fe convertir dans les corps 
tnimains en fang & en chair , qui n'aurait cru 
les tranfmutations ? Cependant tout cela eft- 
il autre chofe que des fels , des foufres , de 
la fange , &c. différemment arrangés dans le 
aie & dans notre corps ? Plus j'y fais réflexion f 
plus une métamorphofe prife à la rigueur me 
femble n'être autre chofe qu'une contradiction 
dans les termes. Pour que les parties primi- 
tives de fel fe changent en parties primitives 
d'or , il faut , je crois , deux chofes , anéantir 
ces élémens de fel , & créer des élémens de 
l'or : voilà au fond ce que c'eft que ces pré- 



(6) M. de Voltaire emploie ici le langage des cniatUfal 
du tesps où il a écrit. 

Ci 



7< PRINCIPES DE LA MATIÈRE. 

tendues métamorphofes d'une matière homo- 
gène & uniforme 9 admife jufqu'ici par tant d< 
philofophes ; & voici nia preuve. 

Il eft impoflible de concevoir I'immutabilin 
des efpèces 9 fans qu'elles foient composées d< 
principes inaltérables. Four que ces principes 
ces premières parties confirmantes ne changeni 

Îioint , il faut qu'elles foient parfaitement fo- 
ides , & par conséquent toujours de la m* 
figure ; fi elles font telles , elles ne peuv 
pas devenir d'autres élémens , car il faud 
qu'elles reçurent d'autres figures ; donc il 
impoflible que , dans la conftitution préfeou 
de cet univers , l'élément qui fert à Faire it 
fel foit changé en l'élément du mercure, h 
ne fais comment Newton , qui admettait des 
atomes , n'en avait pas tiré cette indudion $ 
naturelle. Il reconnaîtrait de vrais atonies 9 de* 
corps indivifibles , comme Gajjendi ; mais il 
était arrivé à cette affertion par fè*s mathé- 
matiques ; en même temps il croyait que ces 
atomes , ces élémens indivifés , fe changeai 
continuellement les uns en les autres. Newton 
était homme : il pouvait fe tromper comme 
nous. 

On demandera ici fans doute comment 
germes des chofes étant durs & indivifés » 
peuvent s'accroître & s'étendre ; ils ne tf s'a&- 
croiffent probablement que par aflemblagé , par 
contiguïté ; plufieurs atomes d'eau forment une 
goutte , & ainfi du refte. 

Il reftera à favoir comment cette contiguïté 
$*opère , comment les parties des corps font 
liées entre elles. Peut-être eft- ce un des fe- 
jfrets du Créateur , lequel fera inconnu à j*- 



tKttitlteS I5E IA M'ATlÈttE. $j 

tuais aux bommes. Pour favoir comment les 
parties .Conftituantés de l'or forment un mor- 
ceau d'or , il femble qu'il faudrait voir ces 
garties. ' % 

S'il était permis de dire que Tattraftion eft 
probablement caufe de cette adhéfiort & de 
cette contiguïté de la matière , c'eil ce qu'on 
^pourrait avancer de plus vraifemblable : cir 
en vérité , s'il eft démontré , comme nous le 
perrons , que' toutes les parties de la matière 
éravitent les unes fur les autres, quelle qu'en 
toit là caufe, peut -on rien penfer de plu* 
naturel , finon que les corps qui fe touchent 
en plus de points , font les plus unis edfemble 
par la force de cette gravitation ? Mais ce n'eft 
pas ici le lieu d'entrer dans ce détail phyft- 

V e - (7) 

. (7) Si cette queftion d'une matière première n'eft pat 
infoloble pour l'efpèce humaine , elle l'efl certainement: 
ftoar les philofophes de notre fiècle« Les chimiftes font 
obligés de reconnaître dans les corps un très* grand nombre 
d'épié m en s , les uns fi ai pies & inaltérables dans nos ex- 
périences , les autres compofés & deftruclibles , mais donf 
les principes font encore pen connus. C'eft à bien re- 
connaître les principes (impies i a analyser les principe* 
■ompofés , à tâcher de réduire les premiers à un moindre 
■ombre , à chercher à deviner le fecret de la eombinaifoa . 
les autres > dont la natnre s'eft réfervé jnfqu'ici les* 
doyens , que s'applique fur-font ta chimie théorique g 
levais que cette lcience s'eft fourrrife comme les antres 
■ la marche analytique ; mais il y a loin de ce que nous 
lirons à la connaiftance d'une matière première, ou même 
fun petit aombie de principes primitifs , ftmples & i»; 
Vêsiables* 



ai 



Q8 des monades. 

CHAPITRE IX. 

*E LA NATURE D E S ÉLÈMENS DE 
(A MATIÈRE , OU DES MONADES. 

Sentiment de Newton. Sentiment de Leibnitç. 

ui Fon a jamais dû. dire, audax Japetigenus, 
c'eft dans la recherche que les hommes ont 
ofé faire de ces premiers élémens , qui femblent 
*tre placés à une diAance infinie de la fphèrt 
de nos connaiflances. Peut-être n-'y a-t-il rien 
ée plus modefle que l'opinion de Newton, 
qui s'eft borné à croire que les élémens de 
matière font de la matière , c'eft- à-dire , un 
être étendu & impénétrable» dans la nature 
intime duquel Pentendement ne peut fouiller; 
que dieu peut le divifer à l'infini , comme il 
peut l'anéantir , mais qull ne le fait pourtant 
pas , & qu'il tient fes parties étendues & in- 
fécables pour fervir de bafe à toutes les pro- 
ductions de l'univers. 

Peut-être * d'un autre côté , n'y a-t-il rie» 
• de plus hardi que î'efibr qu'a pris Leibnit\ en 
partant de fon principe de la raifon fuffifante^ 
pour pénétrer , s'il fe peut , jufque dans le fein, 
des caufes , & dans la nature inexplicable de 
ces élémens. Tout corps, dit-il, eft compofé 
de, parties étendues : mais ces parties éten- 
dues , de quoi font-elles comportes ? Elles font 
actuellement , continue-t-il , divifibles & divi- 
sées à l'infini r vous ne trouvez donc jamais 



DÈS MONADES. ?0 

de l'étendue. Or, dire que l'étendue efl 
•aifon fuffifante de l'étendue , c'eft faire un 
Je vicieux , . c'eft ne rien dire ; il faut donc 
jver la raifon , la caufe des êtres étendus * 
s des êtres qui ne le font pas , dans des 
?s fimples , dans des monades : la matière 
i donc rien qu'un affemblage d'êtres (impies* 

a vu au chapitre de Yame , que , felori 
bnin , chaque être fimple eft fujet au chan-* 
îent ; mais fes altérations % les détermina- 
is fucceflives qu'il reçoit , ne peuvent venir* 
dehors, par la raifon que Cet être eft fim-»' 
, intangible * & n'occupe point de place $ 
'jfonc la fourde de tous fes changemens en 
même à l'occafion des objets extérieurs ; 
donc des idées : mais il a un rapport nécef- 
e avec toutes les parties de l'univers ; il 
onc des idées relatives à tout l'univers. Les 
liens dù*"pkis vil excrément onr donc uri 
obre infini d'idées. Leurs idées , à la vérité, 
font pas bien claires ; elles n'ont pas Vap- 
ieption , comme dit Leibnit\ ; elles n'ont paf 
elles le témoignage intime de leurs penfées ; 
s elles ont dés perceptions confufes du pré- 
t , du paffé & de l'avenir. Il admet quatre 
èces de monades : I. les élémens de la ma- 
e qui n'ont aucune penfée claire ; i. les 
iodes des bêtes qui ont quelques idées claires 
mçune diftinfte ; 3. les monades des efprit* 
s, qui ont des idées confufes, des claires, 
. diftinftes j 4. enfin la monade de dieu , 

n'a que des idées adéquates. 
-es philofophes anglais , je l'ai déj à dit , 
ne refpe&ent point les noms , ont répondu 
out cela en riant \ mais il ne m'en: permis 

G 4 



Sa D E S M O K A DE f* 

de réfuter Ltibn\t\ qu'en raifonnant. II m# 
fembîe que je prendrais la liberté de dire à 
ceux qui ont accrédité de telles- opinions : Tout 
le monde convient avec vous du principe de 
la raifon fuffifante ; mais en tirez- vous ici une 
conféquence bien jufte ? I. Vous admettez la; 
matière actuellement divifible à l'infini ; la plus 
petite partie n'eft donc pas- poflible à trouver» 
Il n'y en a- point qui n'ait des côtés , qui n'oc- 
cupe un lieu, qui n'ak une figure ; comment 
donc vouiez-vous qu'elle ne foit formée que: 
d'êtres fans figure , fans lieu & fans côtés l 
Ke heurtez- vous pas le grand principe de 1* 
contradiâion- en voulant fuivre celui de la: 
raifon fujpfante V 

%. Eft-il bien fuffifamment raifonnable qu'ut* 
compofé n'ait rien de femblable à ce qui- 1er 
corapofe ? Que dis - je , rien de fembfebîe ? iE 
y a. l'infini, entre un être (impie & un être 
étendu ; & vous voulez que: l'un fort fait de. 
£ autre! Celui- qui dirsut que- plufieurs élément 
de fer forment de l'or , que- les- parties cons- 
tituantes du fucre font* de la coloquinte ,dirait-û\ 
quelque chofe de plus révoltam ? 

3. Pouvez- vous bien avancer qu'une goutte- 
d'urine foit une infinité- de. monades. ,. & que: 
chacune d'elles ait les idées , quoiqu'obfcures ,. 
de 1- univers entier - f & cela parce qtie , félon» 
vous , tout eft plein , parce que dans le plein: 
tout eft lié , parce que tout étant lié enfemble^ 
& une monade ayant néceffeirement des idées * 
elle ne peut avoir une perception, qui ne. tienne! 
à tout ce qui eft dans le monde ? 

Voilà pourtant les chofes qu'on- a cru e*» 
cliquer par lemmes ,. théorèmes 6c corollaire^ 



1TE LÀ FORCE ACtUTEV Si 
(Ju'a-t-on' prouvé par-là ? ce que Cicéron à 
dit , qu'H n'y a rien de û étrange qui ne foie 
Soutenu par lefs philosophes. O métaphyfique b 
■ou s fomaes aufli avancés que du temps de» 
premiers, druides* 

CHAPITRE X r 

VE EÀ FOUCE ACTIYE , QUI MET TOU* tW 
MOUVEMENT PANS l/UNIVEÈS, 

Stly a toujours mime quantité de forces dan» 
le monde. Examen de la force. Manière de 
calculer la force. Conclujion des deux partis* 

3 E fuppofe d'aborJ que Ton convient que fa* 
ttttière ne peut avoir Je mouvement par elle*- 
«ème v il faut donc qu'elle le reçoive d'ailleurs r 
mai» elle ne peut le recevoir d'une autre ma- 
tière , car ce ferait une contradiction ; il faut 
donc qu'une caufe immatérielle produife le: 
mouvement. Dieu eft cette caufe immatérielle r- 
Sc . un doit ici bien prendre ' garde que cet 
axiome vulgaire , qu'il ne faut point recourir» 
ï dieu en philofophie ,. n'efr bon que dans- 
l*s chofes que Ton doit expliquer par les caufes^ 
prochaines phyfique*. Par exemple , je- veux. 
Expliquer pourquoi un poids dé quatre livres» 
îft contre-pefé par un poids d'une livre : fi 
jt dis que djeu l'a, ainfi. réglé , je fuis un* 
ignorant ; mais je fatisfais à la queftion 9 fi je 
lis. que ç'efl parce que le poids d'une. \mm 



8l i>E tA ton CE ACTIVE, 

eft quatre fois autant éloigné du point d'appui 
que le poids de quatre livres. Il n'en efl pas 
de même des premiers principes des chofes; 
c'eft alors que ne pas recourir à djeu , eft 
d'un ignorant : car , ou il n'y a point de dieu * 
ou il n'y a de premiers principes que dans 

DIEU. 

C'eft lui qui a imprimé aux planètes la force 
avec laquelle elles vont d'Occident en Orient; 
é'eft lui qui fait mouvoir ces planètes , & le 
foleil fur leurs axes. 11 à imprimé une loi à tous 
les corps , par laquelle ils tendent tous éga- 
lement à leur centre- Enfin, il a formé des 
animaux auxquels il a donné une force activé, 
avec laquelle ils font naître du mouvement. 
% La grande queftion eft de favoir fi cette 
force donnée de dieu pour commencer le 
mouvement , eft toujours la même dans la 
nature. 

De/carte* , fans faire mention de la forcé 9 
avançait fans preuve qu'il y a toujours quantité 
égale de mouvement ; mais les premiers, géo- 
mètres , qui trouvèrent les lois du choc des 
corps , trouvèrent que cette opinion était une 
erreur. 

Bernouilli , difciple de Ltibnit\ en métaphy-* 
fique , trouva que fi la quantité de mouvement 
n'était pas toujours la même , la fomme des 
forces eft une quantité confiante ; mais pour 
cela il fallait changer la manière ordinaire 
d'eftimer cette force : au Heu donc que ilfer- 
ftnne , Defcartes , Newton , Mariotte , Vari- 
gnon , &c. ont toujours , après Archimldt , 
mefuré le mouvement d'un corps en multi- 
pliant fa malle par fa vf telle , les Ltihnit\ t les 



DE LA FORCE ACTIVE, 8j 

Utrnouilli, les Rerman , les Poleni , les s'Gra- 
vtfandt , les Wolf \ &c. ont multiplié la maiïe 
par le quarré de fa vftefle. 

Cette difpute^ qui efl le fcandale de la géo- 
métrie , a partagé l'Europe ; mais enfin il me 
fembîe qu'on reconnaît que C'eft au fond une 
difpute de mots. Il eft impoffible que ces grands 
philofophes , quoique diamétralement oppofés ? 
fe trompent dans leurs calculs \ ils font éga- 
lement juftes ; les effets mécaniques répondent 
également à l'une & à l'autre manière de comp- 
ter. Il y a donc indubitablement un fens dans 
lequel ils ont tous raffon. Or, ce point où il$ 
ont rai Ton > efl: celui qui doit les réunir, & 
le voici , comme le dodteur Ctarkc Ta indiqué 
le premier , quoiqu'un peu durement. 

Si vous coniidérez le temps dans lequel un 
mobile agit contre des obftacles qui retardent 
fon mouvement , la force qu'il aura écartée 
avant d'arriver au point de repos fera comme 
le quarré de fa vîrefle par fa maife. Pourquoi T 
parce que le temps pendant lequel il aura agi 
fera proportionnel à cette vîtefïe initiale. Mats: 
cette durée de l'aftion du corps eft l'effet de 
fa force ; elle doit donc entrer dans la roefure 
de cetre force. En ce cas les leibnitxiens n'ont 
pas tort. Mais aufli les cartéfiens- & les newto»- 
niecs réunis ont grande raifon, quand ris con- 
fidèreht te chofe dans un autre fens ; car ils 
difent : En temps égal, un corps de quatre, 
fivres , avec -un degré de vîteffe , agit préci- 
sément comme un poids d'une livre avec quatre 
degrés de vîterTê. Il ne faut pas confidérer ce 
qui arrive à des mobiles dans des temps iné- 
gaux , mais dans des temps égaux j & voilà 



*4 DB 1A follCE ACTIVA. 

la fource du mal-entendu. Donc la nouvelle 
manière d'envifager les forces eft vraie en uti 
fens , & fâuffe en un autre ; donc elle ne fert 
qu'à compliquer, qu'à embrouiller une idée 
fimple ; donc il faut s'en tenir à l'ancienne 
règle. Newton n'adopta point cette nouvelle 
fnefure des forces propofée par Zeibnit^ Quant 
aux principes de la confervatlon des forces 
vives , il vivait encore quand Bernouilli la fit 
connaître; mais il ne refiait plus rien de lui 
que ce qu'il avait de commun avec les autres 
hommes. 11 ne put donc avoir une opinion fui 
Cet objef. (8) 

Voilà Ce qu'a penfé Newton fur la plupart 
des quefhons qui tiennent à la métaphyfique, 
C'efl: à vous à juger entre lui & Leibnit^, 

Je vais palier à fes découvertes en phyfi- 
que* 

(8) Le principe de ta con&rvatîon des farces Yivcf 
a lieu en général dans la nature , toutes les fois qu'on 
fappofera que les changemens ie feront par degrés infcn- 
fibles , c'eft à-dire, tant que ta loi de continuité y eu 
ebfervée. Il en eu de même du principe de la conferva- 
tion d'a&ioto. Celni de la moindre a Ai on eir vrai anffi 
en général , dans ce Cens que le mouvement eft déterminé 
parles même» équations générales qu'on aarait trouvées, 
en fuppefanr que l'aftion efr un minimum ; mais cela ne 
fit fît pas pour que l'action foit réellement nar minimum p 
elle peut être un maximum f on n'être ni l'un ai l'autre r 
quoique C9s équations aient lieu. L'accord de ces équa* 
fions avec la nature , prouve feulement que , dans les 
changemens infiniment petits , qui ont lieu dans no tempt 
infiniment petit , ta quantité d'action refîe la même. 

Au reffe , ce ferait en vain qu'on croirait voir des eauft» 
finales dans ces différentes lois £ elles ne font, comme 
l'a démontré M. d'Alembert, que la conféquence nécc£* 
ttixe de* principe» eifeaiiels & mathématique* 4» me»] 



1TATURK DE LA LUMIÈRE. $$ 

SECONDE PARTIR 

CHAPITRE PREMIER. 

HEMIÈRES RECHERCHES SUR. 
LA LUMIÈRE,; ET COMMENT 
ELLE VIENT A NOUS. ERREURS 
J)£ DESCARTES A CE SUJET, 

Définition Jinguliire par tes péripatéticiens* 
L'efprit Jyftématique a égaré De/cartes. Son 
fyfième. Faux. Du mouvement progrejfif de 
la lumen. Erreur du Spe&acle de la nature. 
Démonstration du mouvement de la lumière f 
par Ro'émer. Expérience de Roëmer conteftée 
(r combattue mal à propos. Preuves de la 
Recouverte de Ro'émer par les découvertes de 
Brailey, Hifioire de ces découvertes, Expli- 
cation & conclufion. 

JLiES Grecs, & enfuite tous les peuples bar- 
bares qui ont appris d'eux à raifonner & à fe 
tromper , ont dit de fiècle en fiècle : « La 
» lumière eu un accident , & cet accident eft 

Tement. La découverte de ces principes , qu'il a étendus 
aux corps folides , flexibles & fluides , en trouvant] ea 
même temps le nouveau calcul qui était néceflaire pour 
y appliquer l'analyfe mathématique» doit être regardée 
comme le plus grand effort que 1'efprit humain ait fait 
liant ce fiècle. 



t£ WÀTT7RE DE LA LUMIÈRE. 
t> l'a&e du tranfparent , en tant que tranfpa- 
*» rent ; îes couleurs font ce qui meut les corps 
» tranfparens. Les corps lumineux & colorés 
»> ont des qualités femblables à celles qu'ils 
» excitent en nous , par la grande raifon que 
» rien ne donne ce qu'il n'a pas. Rnfin , la 
t» lumière & les couleurs font un mélange dit 
r> chaud , du froid , du fec & de l'humide ; car 
«> l'humide , le fec , le froid & le chaud étaat 
» les principes de tout , il faut bien que les 
t» % leurs en foi en t un corapofé. >» 

Ceft cet abfurde galimatias que des maîtres 
«rienorance , payés par le public , ont fait 
refpefter à la crédulité humaine pendant tant 
d'années : c'eft ainfi qu'on a raifooné prefaue 
fur tout jufqu'au temps des Galilée & des Def- 
tarteu Long-temps même après eux, ce jar- 
gon qui déshonore l'entendement humain , a 
fublifté dans plufieurs écoles. J'ofe dire que la 
raifon de l'homme , ainfi obfcurcie , eft bien 
au-deflbus de ces connaifTances fi bornées, 
mais fi fûres , que nous appelons injiinâ dans 
lès brutes. Ainli , nous ne pouvons trop nous 
féliciter d'être nés dans un temps , & chez 
un peuple où l'on comr.ence à ouvrir les yeux, 
& à jouir du plus bel apanage de l'humanité , 
l'ufage de la raifon. 

Tous les prétendus philofophes ayant donc 
deviné au hafard , à travers le voile qui cou- 
vrait la nature , Defcartes eft venu , qui a 
levé un coin de ce grand voile. Il a dit : « La 
» lumière eft une matière fine & déliée y qui 
n eft répandue par-tout, & qui frappe nos 
«i yeux. Les couleurs font les fenfations que 
* dieu excite en nous , félon les divers inou- 



HATURE DB LA LUKlhl, 9f 
» vetnens qui portent cette matière à nos 
» "organes. » Jufque-là Defcarus a eu raifon ; 
il fallait , ou qu'il s'en tînt là , ou qu'en allant 
plus loin , l'expérience fi)t fo:i guide.- Mais il 
était poiï'édé de l'envie d établir un fyftème* 
Cette pafïion fit dans ce grand-homme ce que 
font les pafljons dans tous les hommes ; elles 
}es entraînent au-delà de leurs principes. 

Il avait poié pour premier fondement de la 
bTiilofophie , qu'il ne fallait rien croire fan$ 
évidence ; & cependant , au mépris de l'a propre, 
règle , il imagine trois élémens formés des 
cubes prétendus ? qu'il fuppole avoir été faits 
par le créateur , & s'être brilés en tournant 
fur eux-mêmes , lorfqu'ils fortirent des mains 
de DIEU. 

De ces prétendus dés brifés , atténués égaA- 
leraent de tous côtés, & enfin arrondis en 
boules , il lui plaît de faire la lumière qu'il 
répand gratuitement dans l'univers. 

Plus ce fyftème était ingénieusement ima r 
giné , plus vous fent'ez. qu'il était indigne d'un 
philofophe ; & puifque rien de tout cela n'eft 
prouvé , autant valait adopter le froid , le 
phaud, le fec & l'humide. Erreur pour erreur, 
qu'importe laquelle domine ? 

Selon Defcartes , la lumière ne vient point 
à nos yeux du loleil ; mais c'eft une matière 
$lobuleufe répandue par- tout, que le folerl 
pouffe , & qui preflfe nos yeux comme un bâton 

Eouffé par un bout preïle à l'inftant à l'autre 
out. 11 était tellement perfuadé de ce fyftème 
que , dans fa dix-feptième lettre du troiiième 
tome , il dit & répète pofitivement : J'avoue 
que je ne fais rien en ghilofophie , fi la lumière 



ti VATtJHE DE IA XUMl4H.K, 

du foleil n'eft pas tranfmifc à nos yeux tn u% 
infiant. 

En effet , il faut avouer que tout grand gé- 
nie qu'il irait , il favart encore peu de chofi 
en vraie philofophie.: il lui manquait l'expé- 
rience du fiècle qui l'a fuivi. Ce fiècle eft au- 
tant fupérieur à Defcancs , que Dçfcartn 
Tétait à l'antiquité. 

I. Si la lumière était un fluide toujours 
pandu dans Tair, nous verrions clair la nuit, 
puifque le foleil fous Thémifphèce pouffe: 
toujours ce fluide de la lumière en tout fe 
& que Vimpreflion en viendrait à .nos yeux . 
la lumière circulerait comme le fon ; n< 
verrions un oVjet au-delà d'une «montag , 
enfin nt)us n'aurions jamais un fi beau joui 
que dans une éclipfe centrale du foleil ; cai 
la lune, en paifant entre nous & cet a(tre ; 
prefferait (au moins fdon Defcartcs) les glo- 
bules de la lumière , & ne ferait qu'augmenta 
leur a&ion. 

a. Les rayons qu'on détourne par un prifine 
& qu'on force de prendre un nouveau chemin 
démontrent que la lumière fe meut effectivement 
& n'eft pas un amas de globule^ fimplem 
preffés. La lumière fuit trois chemins différer! 
«n entrant dans un prifme ; fes trois routé 
dans l'air , dans le prifme & au fortir 
prifme , font différentes ; bien plus , elle ac- 
célère fon mouvement dans le corps du prifme 
N'eft-il donc pas un peu étrange de dire qu'ut 
corps qui change vifiblement trois fois à 
place , & qui augmente fon mouvement , n< 
le remue point ? & cependant il vient de parafai 

ui 



-ÊtAlÏJRE tiE LA LUMIÈRE» Jty 

«n livre dans lequel on ofe dire que là prô-* 
greflion dç la lumière eft une abfurdité. 

3. Si ïa "lumière était un amas de globules,» 
un fluide éxiftant dans l'air. & b en tout lieu» 
qn petit trou qu'on pratique dans- une chambre 
©bfcure, devrait l'illuminer route entière; car. 
la lumière , pouffée alors en tout fens dans ce 
petit trou , agirait en tout fens-, comme des* 
Boules d'ivoire rangées en rond ou en quarré- 
s'écarteraient toute*-, fi une feule d'elles étaiD 
fortement preffée : mais il arrive tout le con- 
traire ; la lumière reçue par un petit orifice * 
lequel nfe làifle paffer qu'un petit cône de 
rayons , n'éclaire qu'un petit efpace de l'en-- 
droit qu'elle frappe; 

4. On fait que la lumière , qùf érnane du' 
foleil jufqu'à nous, traverfe à peu près en huit 
minutes ce chemin imoienfe , qu'un boulet der 

' canon confervant fa vîteffe ne ferait pas en* 
*ingt-cinq années; 

L'auteur du Spectacle de la nature, ouvrage* 
très-eflimable , eft tombé ici dans une méprifer 

Îui peut égarer les commençans, pour lefquels» 
m livre eft< fait. Il dit que la lumière viens 
en fept- minutes- des* étoiles , filon" Newton ; iU 
a pf is les étoiles pour le foleih ta lumière? 
émane des étoiles les plus prochaines en (\x~ 
mois , félon un certain calcul- fondé fur des* 
Irypothèfes très -précaires: Ce n l eft" point/ 
Vewton , c'eft Huyghens* &' Ùaftfoekert qufc 
ont fait cette fuppofition; II' dit encore , pou»' 
prouver que DÏEd créa la lumière avant» le f 
foleil , que ta lumière ejt répandue par toute' 
fit nature , & qu'elle ft fait fin tir quand les* 
mflrès lumineux la pouffent / mais il eft démontra 
Tonte 43.. Phyf. Src. Tome h, I£. 



fO NÀTTTRE 0ff LA EUH ri RE» 

qu'elle arrive des étoiles fixe» en un temps 
très - long r or , fi elle fait ce chemin , elle 
n'était donc point répandue auparavant. Il eft 
bon de fe précautionner contre ce» erreurs que 
l'on répète tous le$ jours dans beaucoup de 
Iivj-es qui font l'écho les uns des autres. 

Voici en peu de mots la fubftance de la 
«lémonftration fenfible de> Ro'èmer , que la lu- 
mière emploie fept à huit minutes dans fi 
chemin du foleil à la terre. *" 

On obferve de la terre en C ce fatellîte de 
Jupiter , (figure i* *) qui s'écKpfe régulière- 
ment une fois en quarante -deux heures il 
demie. Si la terre était immobile , robfervateut 
«n C verrait , en trente fois quarante - deui 
heures & demie , trente émerfions- de ce fe- 
tellite ; mais au bout de ce temps * la terre fi 
trouve en D y alors PoWervateur ne voir plus 
cette émerfion précifément au bout de trentt 
fois quarante - deux heures & demie; mais i 
faut ajouter le temps que la lumière met à fi 
mouvoir de- C en D , & ce temps eft affe: 
long pour être obfervé avec précifion. Mai 
cet efpace C P eft encore moins grand qui 
Vefpace G H dans ce cercle qui- repréfente t 
grand orbe que décrit la terre ' y le foleil < 
au milieu ; la lumière r en venant du fa tell ir 
de Jupiter , traverfe C D en dix minutes ,. I 
G H en quinze ou feize minutes. Le foleil el 
entre G & E^ donc la lumière vient du foie 
en fept ou huit minutes. 

Cette belle obfervation &t long-temps, cou 

(•*:) Voyez les planches k 1* fin àe ce volume y 
f guxet x f 0A *- Doméretée» coa/oiméntiit au. teste* 



NATURE DE 1A ï'V'ttlïILt. Çf 
éc ; enfin on a été forcé de convenir de 
périence , & le préjugé a tâché d'éluder 
périence. Elle prouve tour au plus , dit— 
, que la matière de la lumière e xi fiant dans 
pace , & contiguë du foleil à nos yeux ,. 
: fept à huit minutes à nous tranfmettre 
preflion du foleil ; mais ne devait -on pas 
qu'une telle réponfe , faite au hafard , 
rredit manifeftement tous les principes mé- 
iques ? Defcartes favait bien , & il avait 
que fi la matière lumineufe était , comme 
long bâton , preffée par le foleil à un bout,. 
refiion s'en communiquerait à l'inflant à 
rre bout. Donc fi un fatellite de Jupiter' 
Hait une prétendue matière lumineufe con- 
rée comme un fil de globules , roide y 
iu jufqu'à* nos yeux , nous ne verrions 
it rémerfion de ce fatellite après plufieurs* 
ures , mai* dans l'inflant de l'émerfioa 
ne. Si pour dernier fubterfuge on fe re- 
iche à dire que la matière luicineufe doit' 
î regardée , non comme un corps roide , 
s comme un fluide , on retombe alors dans? 
•eur indigne de tout physicien , laquelle 
lofe l'ignorance de l'avion des fluides ; car 
ïùWe agirait en tout fensy & il n'y aurait 
ife , comme on Ta dit> de nuit,* ni d'é- 
fe* Le mouvement fe/ait bien autrement- 
dans ce fluide , & il faudrait des (iècles y 
îeu de fept minutes , cour nous faire feiw 
ia lumière du foleil. 

a découverte de Aôemer prouvait donc- 
niteftablemeht la propagation de la pro- 
fion de la' lumière. Si l'ancien préjugé te 
H tacore contre Une telle vérité , qu'il 



Jl NATURE DE LA LU»Tï S Re- 
cède du moins aux nouvelles découvertes dfe 
M. Bradley , qui: la confirme d'une manière fc 
admirable. L'expérience de Brajjey eft peut- 
être le plus bel effort qu'on, ait fait en aflro- 
nomieé 

On fait que cent quatre-vingt-dix million* 
de nos lieues., que parcourt au moins la terre: 
dans fon année-, ne font qu'Un point par rap- 
port à la. diftance des étoiles fixes à la terre- 
la vue ne fauroit- apercevoir fi au bout- 
diamètre de cet orbite immenfe une étoile a. 
changé de place à- notre égard. Il eft pourtant 
bien certain qu'après fix mois il y a- entre 
nous & une étoile fituée près du pôle* environ* 
foixante-fix millions de lieues de différence; & 
ce chemin , qp'un. boulet de canon ne ferait 
pas en cinquante ans. en confervant fa vîreffe, 
au anéanti dans la prodigieufe diftance de 
notre globe à la plus prochaine étoile. Car 
lorfque l'angle vifuel devient d'une certaine: 
petiteflet ,. il n'e/l plus mefurable , il devient 
nul'. 

Trouver h fecret de mefùrer cet angle , em 
connaître la différence ,. lorfque la terre eft an 
Cancer , & lorfqu'elle eft au Capricorne , avoir 
par ce moyen ce qu'on appelle la parallaxe 
des. étoiles fixes ,. eft un problème infoluble,. 
en n'employant que les inftrumens connu* 
jbfqn'icj. Le fameux Hoocke f . fi connu par fe 
micrographie, entreprit de le réfoudre ; il ftt 
iiiiyi de l'aflronome FUimjletd , qui avait- donné 
la, pofition de trois" mille étoiles-; enfuite le 
chevalier Molineux -,. avec l-'aide du célèbre 
mécanicien: Graham r inventa* une* machiner 
|out (erYir à Cfeîte ogération i il. «'égargna 



W AT V RE DE LA CU2VTIËRE. JfJ 

si peines, ni temps, ni dépenfes : enfin le: 
Codeur BradUy mit la dernière main à ce- 
grand ouvrage. 

La- machine qu'on employa fut appelée té~ 
Itfcopt paraîlaâique. On en peut voir la def— 
cription dans l'excellent traité d'optique de M.. 
Smith, Une longue lunette fufpendue, perpen*- 
diculaire à l'horizon , était tellement difpofée 
qu'on pouvait avec facilita diriger Taxe de la 
vifion dan» le plan du méridien ,. (bit un peu» 
plus au- nord*, foit un peu plus au fud , Se 
connaître par le moyen d'une roue & d'ùnu 
indice avec la plus grande exactitude , de 
combien on avait. porté l'inflrument au fud ou. 
au nord». On obferva- plufieurs étoiles avec ce- 
télefeope , & entr'autres. on y fuivit une 
étoile du Dragon pendant une année entière* 

Que devait -iL arriver de cette recherche* 
afïîdue ? Certainement fi la terre depuis le 
commencement de l'été jufqu'au commence— 
aient de. l'hiver*, avait changé de place,, fi elle 
s'était portée à cas foixante - fix, millions de- 
lieue» , le rayon de lumière , qui avait été- 
dardé fix mois- auparavant dans l'axe de vifion 
de ce. téJefcope, devait s'en être détourné ^ 
il fallait donc changer là direction de ce tube: 
pour recevoir ce rayon ^ & on favait par le 
moyen de la roue & de l'indice , quelle quan* 
rite de mouvement on lui avait donné, & par* 
une conféquence infaillible,. de combien l'étoile?: 
était plus feptentrionale. ou glus! méridionale» 
que fix mois auparavant. 

Ces admirable» opérations commencèrent 1 le 
£ décembre 171}. La terre alors Rapprochai r. 
eu fulflice 4-biy w h il £3jfti#air YjAifeuiblablr 



94 ftÀTUfct m t'A i tntfii ré. 
que fi l'étoile pouvait donner dès le mois d 
décembre quelque marque d'aberration , ell 
paraîtrait jeter fa lumière plus vers le Nord 
puifque la terre *ers le falftice d'hiver allai 
alors au Midi. Mais dés le 17 décembre l'é- 
toile obfervée parut être avancée dans te mé 
ridien vers le fud. Or. fut fort étonné. ( 9 
On avait précifément le contraire de ce qu'oi 
efpérait ; mais par la fuite condanre des ob- 
fervations , on eut plus qu'on n'aurait jamai 
ofé efpérer. On eut une nouvelle preuve di 
mouvement annuel de la terre , & de la pro 
grefiion de la lumière , on connut la nutatioi 
de l'axe de la terre. ( Voyez le chap. IV. ) 

Si la terre tourne dans fon orbite autou: 
eu foleil , & que ia lumière foit inftantanée 
il eff clair que l'étoile obfervée doit paraîtn 
aller toujours un peu vers le Nord, quand I; 
ferre marche vers le côré oppofé ; mais fi h 
lumière eft envoyée de cette étoile , s'il lu 
faut un certain temps pour arriver , il faui 
comparer ce temps avec la vftefle dont mar 
che la terre ; il n'y a plus qu'à calculer/ Par- 
là on vît que la vitefle de la lumière de cetfi 
étoile était dix mille deux cents fois - plus 

(9) Picard > long * temps auparavant,- en chercha 
de même la parallaxe du grand oibe , tibova aufîi da«a 
l'iroile polaire un monvement apparent en Cens contraire 
dr celui que la parallaxe aurait dû caufer. Roëmer qui , 
en cheictaDt la même parallaxe , obferva auffi cas mou- 
*emens der étoiles , n'imagina point de les expliquer 
par le mouvement progreffif de la lumière qu'il avail 
«técotnrerf,. Il neVag^îïait oepenfa&t que de cette reauarqne 
Coït -ample. Si le, temps que la lumière % met à traverfe* 
?Qrbite terredre*, retarde l'apparition -d'un phénomène} 
i dott iflflner également far lé feetf apparent de» étoile*. 



V 



pfompte que le moyen mouvement de la terre* 
On \it par des observations fur d'autres étoi- 
les , que non - feulement la lumière fe meut 
avec une énorme vîteffe , mais qu'elle fe meut 
toujours uniformément , quoiqu'elle vienne* 
d'éroîles fixes , placées à des diftances très— 
inégales. On vit qne la lumière de chaque- 
étoile parcourt en même temps Tefpace déter- 
miné par Roëmer, c'eft-à-dire , environ trente- 
trois millions de lieues en près de huit mU 
nutes. 

Maintenant je fupplie tout lefteur attentif 
& qui aime la vérité, de confidérer que Ci 
la lumière nous arrive du foleil uniformément 
en près de huit minutes , elle arrive de cette 
étoife du Dragon en fix années & plus d'un 
nois : car il faut fuppofer cette étoile au moins 
quatre cents mille fois plus éloignée que le 
foleil , finon la parallaxe eût été fenfible , 8c 

Îue fi les étoiles fix fois moins grandes font 
x fois plus éloignées de nous , elles nous 
envoient leurs rayons en plus de trente - fix 
années & demie. Or , le cours de ces rayons 
tft toujours uniforme. Qu'on juge maintenant 
fi cette marche uniforme eft compatible avec 
une prétendue matière répandue par - tout. 
Qu'on fe demande à foi- même ,. fi cette ma- 
tière ne dérangerait pas un peu cette progref- 
fion uniforme des rayons ; & enfin , quand on 
Sra le chapitre des tourbillons , qu'on fe fou- 
Vienne de cette étendue énorme que franchit 
la lumière en tant d'années \ qu'on juge de 
bonne foi fi un plein abfolu ne s*oppoferair 
pas à fon paflage ; qu'on voie enîin dans: 
combien «Terreurs ce fyfl&ae a dû anùâfoe* 



f6 SATURE D t LA LUMIÈRE, 

Vefcartes. Il n'avait fait aucune expérience 
il imaginait , il n'examinait point ce monde 
il en créait un. Newton , au contraire f Roc- 
mer , Bradley , &c. n'ont fait que des expé- 
riences r & n'ont jugé que d'après Tes faits. 

Ces vérités font aujourd'hui reconnues : elle: 
furent toutes combattues en 1738 , lorfque l'au- 
teur publia en France ces élémens de Newton 
C'eft ainfi que le vrai eft toujours reçu p 
ceux qui font élevés dans Terreur. 

CHAPITRE IL 

SYSTÈME ^MAELEJjRAtfCHE AUSSI EKROffi 
QUE <£l*Éuf DE DESXARTES ; NATURE DI 
LA LUMIÈRE ;, SES ROUTES ; SA RAPIDITE 

Erreur du père' MallebrancKe, Définition' de h 
matière de la lumière. Feu & lumière' fontli 
même être. Rapidité de la lumière. Pethejfi 
de fes atome*. Frogreffiow de la lumière 
Preuve de Vimpoffibilitê du plein: Obftïnation 
êontre ces vérités. Abus de- la faintevécritufl 
êontre ces vérités** 



JLifi père Mallebranctie y qui 'en efcamiriîfol 
lés erreurs des fens ne fut pas-exempt de celle! 
que là fubtilité du génie peut caufer , adopti 
6ns preuve les- trois élémèns de Defcarte* , 
mai* il. changea beaucoup, de chofes à ci 

obât< 



NATURE DE LA LUMIÈRE* 97 
jrâteau enchanté , & fefant moins d'expérien- 
5es encore que Defcartes, il* fit comme lui un 
yftènie. 
Des vibrations du corps lumineux impri- 
fiit , félon lui , des fecouifes à de petits tour- 
nions mous , capables de comprefïion , & tous 
:ompofés de matière fubtile. Mais l\ on avait 
femandé à Mallebranche comment ces petits 
tourbillons* mous auraient trajiums à nos yeux: 
a lumière ; comment Pa&ion du foleil pour-. 
rait paiier en un inftant à travers tant de petits* 
:orps comprimés les uns par les autres , Se 
dont un très-petit nombre fuffirait pour amortir 
:ette a&ion ; comment ces tourbillons mous ne- 
feraient point mêlés en tournant les uns fur. 
les autres ; comment ces tourbillons mont- 
reraient élaftiques ; enfin pourquoi il fuppofait 
îles tourbillons : qu'aurait répondu le pèrô. 
Mallebranche ? Sur quel fondement poiait - il 
cet édifice imaginaire ? Faut-il que des hom- 
mes , qui ne parlaient que de vérité , n'aient 
jamais écrit que des romans ? 

Qu'eft-ce donc enfin que la matière de. la 
lumière ? C'eji le feu lui-même , lequel brûle 
à une petite diftarice lorfque fes parties font 
moins ténues , ou plus rapides, ou plus réu- 
nies , & qui éclaire doucement nos yeux , 
quand il agit de plus loin, quand fes particules 
font plus fines , moins rapides & moins réu- 
nies. Ainfi , une bougie allumée brûlerait l'œil 
qui ne ferait qu'à quelques lignes d'elle , 6c 
éclaire l'œil qui en eA à quelques pouces ;. 
sûnfi les rayons du foleil épars dans l'efpace 
ie l'air illuminent les objets , & réunis dans 
un verre ardent f fondent le plomb & l'or. 
Tome 41, Phyf, &c. Tome I. I 



$9 NATURE DE LA LUMIÈRE. 

Si on demande ce que c'eft que le fei 
répondrai que c'eft un élément que je ne 
"nais que par fes effets ; & je dirai ici , ce 
par- tout ailleurs , que l'homme n'eft poin 
pour connaître la nature intime des chc 
qu'il peut feulement calculer , mefurer , 
& expérimenter. 

Le feu n'éclaire pas toujours , & la lur 
ne brille pas toujours ; mais il n'y a que 1 
ment du feu qui puhTe éclairer & brôlei 
feu qui n'eft pas développé , foit dans 
barre de fer , foit dans du bois , ne peut 
voyer des rayons de la furface de ce boi< 
de ce fer , par conféquent il ne peut êtr< 
jnineux ; il ne le devient que quand cette 
face eft embrafée. 

Les rayons de la pleine-lune ne dor 
aucune chaleur fenfible au foyer d'un i 
ardent , quoiqu'ils donnent une allez gr 
lumière. La raifon en eft palpable. Les d< 
de chaleur font toujours en proportion < 
denfité des rayons ; or , il eft prouvé qi 
foleil , à pareille hauteur , darde quatre- v 
dix mille fois plus de rayons que la pic 
lune nous en réfléchit fur l'horizon : ainfi , 
tque les rayons de la lune , au foyer d'un ^ 
ardent , puffent donner feulement autan 
chaleur que les rayons du foleil en donner; 
fur un terrain de pareille grandeur qu< 
verre , il faudrait qu'il y eût à ce foyer qu; 
vingt -dix mille fois plus de rayons qu'il 
en a. 

Ceux qui ont voulu faire deux êtres c 
jfumière & du feu , fe font donc trompés 
fe fondant fur ce que tout feu n'éclaire 



n'apure de la LUMIÈRE. Jf 

&• toute lumière n'échauffe pas : c^eft comme 
fi on fefait deux êtres de chaque chofe qui . 
peut fervir à deux ufagerf. ■ ■ • 

Ce feu eft dardé en tout fens du point 
rayonnant ; <:'eft ce qui fait qu'il eft aperçu 
de tous les côtés : il faut donc toujours le 
corifidérer avec les géomètres comme des ligne» 
partant du centre à la circonférence. Ainfi f 
tout faifceau , tout amas , tout trait- de rayons , 
venant du foleil ou d'un feu quelconque , doit 
être confidéré comme wt cône dont la bafe 
eft fur notre prunelle , & dont la pointe eft r 
dans le feu qui le darde. 

Cette matière de feu s'élance du foleil juf- 
qu'à nous , & jufqu'à Saturne , &c. avec une 
rapidité qui épouvante l'imagination^ Lé calcui 
apprend que , fi le foleil èft à vingt -quatre 
mille demi-diamètres de la terre j il s'enfuit 
que la lumière parcourt de cet aftre à, nous , 
en nombre rond , raille millions de pieds par 
féconde. Or un boulet d'une livre de balle , 
pouffé par une demi- livre de poudre , ne fait 
en une féconde que fix cents pieds ; ainfi donc , 
la rapidité d'un rayon du foleil eft , en nom- 
bre rond , fcize cents foixante 'mille 'fix cents 
fois plus forte que celle d'un boulet de canon ; 
il eft done confiant que fi un atome de lu- 
mière était feulement la" feize cent millième 
parrie à peu près d'une livre', il en réfulteraït 
nécessairement que les rayoris.de lumière fe- 
raient l'effet du canon ; & ne fuffent-ils que 
mille milliars plus petifs encore , un feul mo- 
ment d'émanation de lumière détruirait tout 
oe qui végète fur la furface de la terre. Da 
qtreHe inconcevable 1 Jetitefiè fautai donc que 

I X 



I04 I> E LA RÉFLEXION 

CHAPITRE III. 
Xa propriété que la lumière A DE S! 

•RÉFLÉCHIR % N'ÉTAIT PAS VÉRITABLE- 
MENT CONNUE ; ELLE N'EST POINT RÉ.- 
FLÉCHIE PAR LES PARTIES SOUDES Dïî 
CORPS , COMME ON LE CROYAIT. 

JLucun corps uni. Lumière non réfléchie par te. 
parties folides. Expériences décijives. Corn.- 
ment & en quel fens la lumière rejaillit di 
vide même, Comment on en fait Vexpêr\ence 

1 Conclujion de cette expérience, Plus les pore; 

» 'forJ pet ts , plus la luniicre pajfc* Mauvaifc; 
objtcl.ons contre ses vérités* 



XjLtant fu ce que c'eft que la lumière, 
d'où elle nous vient , comment & en que 
temps. elle arrive à nous , voyons fes propriété 
& fes effets ignorés jufqu'à nos jours. Le preî 
mier de fes effets eft qu'elle femble rejaillir d< 
la furface folkle de tous les objets r pour ei 
apporter les images dans nos yeux. 

Tous les hommes , tous les philofophes , S 
les De/cartes & les Mallebr anche , & ceux qui 
fe font éloignés le plus des penfées vulgaires : 
ont également cru qu'en effet ce font les fur- 
faces folides des corps qui nous renvoient Us 



» E LA LUMIÈRE. lÔf 

rayons. Plus une furface eft unie & folide , 
plus elle fait , dit-on , rejaillir de lumière ; 
plus un corps a de pores larges & droits y 
plus 41 tranfmet de rayons à travers fa fub£- 
tance. Ainfi le miroir po!i, dont le fond eft 
couvert d'une furface de vif-argent , nous ren- 
voie tous les rayons ; ainfi ce même miroir 
fans vif-argent, ayant des pores droits & lar- 
ges , & en grand nombre , laiffe pafl'er une 
grande partie des rayons. Plus un corps a de 
pores larges & droits , plus il eft diaphanes tel 
eft, difait-on, le diamant, telle eft l'eau elle- 
même : voilà les idées généralement- reçues t 
& que perfonne ne révoquait en doute. Ce- 
pendant routes ces idées font entièrement 
fauffes ; tant ce qui eft vraifemblable eft fou- 
vent ce qui eft le plus éloigné de la vérité. 
Les philofophes fe font jetés en cela dan» 
l'erreur , de la même manière qne le vulgaire 
■y eft tout porté, quand il penfe que. le iolefl 
n'eft pas plus graçd qu'il Je paraît aux yeux; 
Voici en quoi confiftait cette erreur des philo^ 
fophes. 

Il n'y a aucun corps dont nous puiflions 
Unir véritablement la furface : cependant beau- 
coup de furfaces nous paraiffent unies & d'un 
poli parfait. Pourquoi voyons-nous uni & égal 
ce qui ne l'eft pas ? La fuperficie la plus éga!£ 
n'eft , par rapport aux petits corps qui coro- 
potent la lumière , qu'un amas de montagnes ? 
de cavités , d'intervalles , de même que la 
pointe de l'aiguille la plus fine eft hériftée en 
. effet d'éminences & d'afpérités que le microf- 
cope découvre. Tous les faifeeaux des rayons 
de lumière .qui tomberaient fur ces inégalité* 



ïo6 DE LA RÉFLEXION 

fe réfléchiraient fefôn qu'ils y feraient tombés; 
donc étant inégalement tombés , ils ne fe ré- 
fléchiraient jamais régulièrement ; donc on ne 
pourrait jamais fe voir dans une glace. De 
plus , le verre a probablement mille fois plus 
de pores que de matière ; cependant chaque 
point de la furface renvoie des rayons ; donc 
ils ne font point renvoyés par le verre. 

La lumière qui nous apporte notre image 
de deffus un miroir ne vient donc point cer- 
tainement des parties folides de la fuperficie 
de ce miroir ; elle ne vient point non plus àts 
parties folides de mercure & d'étain étendues 
derrière cette glace. Ces parties ne font pas 
plus planes , pas plus unies que la glace même* 
Xes parties folides de l'étain & du mercure 
font incomparablement plus grandes, plus lar- 
ges que les parties folides continuantes de h 
Jumière ; donc fi les petites particules de la- 
inière tombent fur ces greffes parties de mer- 
cure , elles s'éparpilleront de tous côtés comme 
.des grains de plomb rombans fur des plâtras. 
Quel pouvoir inconnu fait donc rejaillir vert 
nous la lumière régulièrement? Il parait déjà 
que ce ne font pas les corps qui nous la ren- 
voient ainfi. Ce qui femblait le plus connu, 
le plus inconteftable chez les hommes, devient. 
un myftère plus grand que ne Tétait autrefois 
la pefanteur de l'air. Examinons ce problème 
de la nature , notre étonnement redoublera. 
On ne peut s'inflruire ici qu'avec furprife. 

Expofez dans une chambre obfcure ce priftflc 
A B (figure a) aux rayons du foleil , de fa- 
çon que les traits de lumière parvenus à fa 
fuperficie B , faffent un angle de plus, de qua* 



» E LA I U M I È R K. I07 

legrés avec la perpendicule P. La plu- 
e ces rayons alors ne pénètrent plus 
air au - delà de B ;» ils rentrent tous 
e criftal à Tinftant même qu'ils en for- 
ils reviennent comme vous voyez , en 
une courbure fnfenfible. 
ainement ce n'eft pas la furface folide 
r qui les a repouffés dans ce verre ; 
rs de ces rayons entraient dans l'air 
trant , quand ils tombaient moins obli- 
ît ; pourquoi donc à une obliquité de 
te degrés dix - neuf minutes , la plus 

partie de ces rayons n'y pafle-t-elle 
Trouvent-ils à ce degré plus de réfi£- 

plus de matière dans cet air , qu'ils 
ouvent dans ce criftal qu'ils avaient 
r ? Trouvent-ils plus de parties folides 
air à quarante degrés & un tiers qu'à 
e? Tair eft à peu près deux mille qua- 
ts fois plus rare y moins pefaht , moins 
ue le cri fiai ; donc ces rayons devaient 
lans l'air avec deux mille quatre cents 
s de facilité qu'ils n'ont pénétré l'épaif- 

criftal. Cependant malgré cette pro- 
: apparence de facilité , ils font te- 
; ils le font donc par une force qui eft 
i mille quatre cents fois plus puhTante 
r ; ils ne font donc point repouffés par 
les rayons , encore une fois , ne font 
n'nt réfléchis à nos yeux par les partie* 
des corps. La lumière rejaillit fi peu 
es parties folides des corps , que c'efï 

du vuide qu'elle rejaillit quelquefois : 
mérite une grande attention^. 

venez de voir que la lumière > tosu 



bant à un angle de'quaranre degrés dix 
minutes fur du criflal , rejaillit prefque 
entière de delïus l'air qu'elle rencontre 
fur face ultérieure de ce criîlal ; que fi 
roière y roir.be 'à un angle moindre d'une 
minute, il en patte encore moins hors elè 
fur face dans l'air. 

Newton a a^ùié que fi Ton trouvait 
crer d'ôter l'air de défions ce morce 
ciifral , alors il ne pafïeiaif plus de ra 
& que toute la lumière le réfléchirait, j 
fait l'expérience; je fis enchâlVer un exe 
prifme dans le milieu d'une platine de ci 
'j'appliquai cette platine au haut d'un réc 
cuverr , pofé fur la machine pneumatiqi; 
fis porter la machine da,ns ma chambre 
cure. Là recevant la lumière par un m 
le prifme , & la fefant tomber à l'angle ri 
je pompai Pair très - long * temps ; cet 
étaient préfens virent qu'à mëfure qu'on 
paît l'air ■> il parfait moins de lumière d 
récipient, & qu'enfin il n'en parla prefqu 
du tout. C'était un fpeclacle très-a^réat 
voir cette lumière fe réfléchir par le pr 
toute entière au plancher. 

L'expérience démontre donc que la lu 
«n ce cas rejaillit du vide ; mais on fai 
ce vide ne peut avoir d'avion. Que pe 
donc conclure de cette expérience ? deu* 
fes (rès-parpablès; la 'première , que kLfi 
des folides ne renvoie pas la lumière ; 1 
condé , qu'il y a dans les corps folides un 
voit inconnu qui agit fur la lumière ; & 
cette féconde propriété que nous exanxin 
à fa place,- ' ■ ■' ■'-■■ 



.■BB-IA LUMIÈRE. TOf : 

fil ne s'agit que de prouver ici que la lumière 
e nous eft point réfléchie par Iqs parties fo- 
lies. Voici encore une preuve de cette vérité. 
out corps opaque , réduit en lames minces , 
iffe palier à travers fa fubftar^e des rayons 
jine certaine efpèce , & réfléchit les autres 
lyons ; or , fi la lumière était renvoyée par . 
is corps , tous les rayons qui tombent égale- 
nt fur ces lames , feraient réfléchis fur ces ■• 
s. Enfin , nous verrons que jamais fi étpn- 
: paradoxe n'a été prouvé en plus de ma- . 
ieres. Commençons donc par nous familiariser 
vec ces vérités. 

I. Cette lumière , qu'on croit réfléchie par 
I- furface folide des corps , rejaillit en effet 
|ps avoir touché à cette furface. 
. a. La lumière n'eft point renvoyée de der- 
îfere un miroir par la furface folide du vif- 
rgent ; mais elle eft renvoyée du fein des 
es du miroir > & des pores du vif-argent 
me. 

3. Il ne faut point , comme on Ta penfé 

llqu'à préfent , que les pores de ce vif-argent 

îient très-petits pour réfléchir la lumière j au 

pntraire , il faut qu'ils foient larges. 

Ce fera encore un nouveau fujet de fur- 

fe pour ceux qui n'ont pas étudié cette phi— 

jiophie , d'entendre dire que le fecret de 

endre un corps opaque eft fouvent d'élargir 

î pores , & que le moyen de le rendre 

rpniparent eft de les étrécir. L'ordre de la 

ure paraîtra tout changé en apparence : ce 

1 femblait devoir faire l'opacité eft précifé-. 

ît ce qui opérera la tranfparence ; & ce 

1 paraiffiit rendre lçs corps tranfparens fera 



ItO DE LA RÉFLEXION, &C. 

ce qui les rendra Opaques. Cependant rien n'e 
iî vrai , & l'expérience la plus groflière le dé 
montre. Un papier fec , dont les pores for 
très-larges , eft opaque ; nul rayon de luraièi 
ne le traverfe : étréciflez ces pores en l'imbi 
bant ou d'eau ou d'huile , il devient tranfpa 
rent ; la même chofe arrive au linge , au fe 

Il eft bon d'apprendre au public qu'un hon 
qui a écrit depuis peu contre ces vérités , ave 
beaucoup plus de hauteur & de mépris que d 
connaiftance , a voulu railler Newton fur ce 
découvertes. Si le ficret , dit-il, de ïendrt u 
eorps tranfpare.it ejt d'étrécir fis pores , 
faudra donc rendre les fenêtres plus petitt 
pour avoir plus de paradant fa chambre , 6ï 
Je réponds qu'il eft bien indécent de faire I 
plaifant quand on prétend parler en philofo 
phe ; & que tourner Newton en lidicule e 
une entçepnfe trop forte : je réponds fur-toi 
que ce mauvais plaifant devait longer qu'il e 
vrai que de larges ouvertures, dont le je 
ferait intercepté,' ne rendraient pas de lumière 
& qu'un corps mince f percé d'une infinité i 
petits trous expofés au foleil , ' nous éclair 
beaucoup. Le papier huilé , le linge mouillé 
par exemple , font des corps minces , dor 
l'huile ou Peau ont rétréci & re&ifié les po 
res , & la lumière patte à travers de ces pore 
rendus plus droits ; mais elle ne paffera pc 
à travers les plus grands cribles qui fe croi 
feront & qui intercepteront les rayons, 
faudrait , avant que de prendre le ton rail!* 
être bien fur qu'on a raifon. 

Les mauvais raifonnemens & les mauvaifi 
rflaifanteries qu'on a faits ea France coati 



» S S MIROIRS. Ilf 

les admirables découvertes de Newton feraient 

la honte d.e<la nation , fi ceux qui les ont faits 

étaient pas l'opprobre de la philofophie. 

Revenons & réfumons qu'il y a donc de$ 

principes ignorés qui opèrent ces merveilles ,* 

}ui font rejaillir la lumière avant qu'elle ait 

toaché une furface , qui la renvoient des pores 

i corps tranfparent, qui la ramènent du mi- 

a même du vide. Nous fommes invincible* 

ot obligés d'admettre ces faits , quelle cju' en 

ÏÏe être la caufe. 

CHAPITRÉ IV, 

iS MIROIRS , DES TÉLESCOPES : pES RÀI-v 
SONS QUE LES MATHÉMATIQUES DONNENT 
pES MYSTÈRES DE LA VISION j QUE CES 
. HAISONS NE SONT POINT SUFFISANTES. 

Miroir plan» Miroir convexe. Miroir concave* 
Explications géométriques de la vijion. Nul- 
rapport immédiat entre les règles 4 y °P tl< l u * 
& nos fenjlitions. Exemple en preuve, 

JLj E S rayons qu'une puiffance jufqu'à no$ 
jours inconnue fait rejaillir à nos yeux de 
deflus la furface d'un miroir , fans toucher à 
cette furface, & des pores de ce miroir fans 
toucher aux parties folides ; ces rayons , dis- 
, retournent à vos yeux dans le même fens 
j'ils font arrivés à ce miroirr Si c'eft votr$ 



1* a DES MIROIRS. 

vifage que vous regardez , les rayons parti! 
de vor-e vifage parallèlement & en perpendi- 
culaire fur le miroir, y retournent de même 
qu'une balle qui rebondit perpendicuiairemen 
fur le plancher. 

Si vous regardez dans ce miroir rrij (figun 
3 ) un objet qui eft à côté de vous , comrai 
A , il arrive aux rayons partis de cet obje 
la même chofe qu'à une balle qui rebondirai 
^n B f où eft votre œil. C'eft ce qu'on appeik 
l'angle d'incidence égal à l'angle de réflexii 
La ligne A C eft la ligne d'incidence; la li 
C B eft la ligne de réflexion. On fait afiez 
& le feul énoncé le démontre , que ces ligne! 
forment des angles égaux fur la furface de h 
place ; maintenant pourquoi ne vois-je l'objei 
ni en A , où il eft , ni dans C , d'où viennent 
à mes yeux les rayons , mais en. D , derrière 
le miroir môme ? 

La géométrie vous dira : ( figure 4 ) Ctt 
que l'angle d'incidence eft égal à l'angle dt 
réflexion ;■ c'eft que votre œil en B rapporte 
l'objet en D ; c'eft que les objets ne peuvenl 
agir fur vous qu'en ligne droite , & que 1s 
ligne droite continuée dans votre' œil B , juf 
que derrière le miroir en D , eft auiïi longue 
que la ligne A C & la ligne C B prifes en- 
femble. Enfin , elle vous dira encore : Voui 
ne voyez jamais les objets que du point où 
les rayons commencent à diverger. "Soit ce 
miroir m i. Les faifeeaux des rayons qui par- 
tent de chaque point de l'objet A, commen- 
cent à diverger dès l'inftant qu'ils partent de 
l'objet; ils arrivent fur la furface du miroir i 
(à chacun de ces rayons . tombe , s '.écarte & 

fe 



ÔES MIROIRS. XÏJ 

fe réfléchit vers l'oeil. Cet œil les rapporte 
aux points D D au bout des lignes droites , 
où ces mômes rayons fe rencontreraient ; mais 
en fe rencontrant aux points D D , ces rayons 
feraient la même chofe qu'aux points A A : 
ils commenceraient à diverger ; donc vous 
voyez l'objet A A aux points I) D. 
\ Ces angles & ces lignes fervent fans doute 
"à vous donner une intelligence de cet artifice 
"de la nature ; mais il s'en faut beaucoup qu'elle « 
puiffe vous apprendre là raifon phyfique effi- 
ciente , pourquoi votre ame rapporte fans 
lufiter l'objet au - delà dû miroir à la rçC-me 
diftance qu'il eft au -deçà. Ces lignes vous 
représentent ce qui arrive , mais elles ne vous 
apprennent point pourquoi cela arrive. ( 10 ) 
Si vous voulez favoir comment un miroir 
convexe diminue les objets , & comment un 
miroir concave les augmente , ces lignes d'in- 
cidence & de réflexion vous en rendront la 
même raifon. 

On vous dit : Ce cône de rayon qui diverge 

des points A A (figure 5 ) & qui tombe fur ce 

" niiroir convexe , y fait dés angles d'incidence 

"égnux aux angles de réflexion, dont les lignes 

vont dans votre œil. Or, ces angles font plus 

(10) Cette explication montre que nous voyons l'objet 
AA , préc if-.' nient connue nous verrions un objet femblablo 
plifté en DD , s'il n'y avait point de miroir. Nou« t© 
rapportons donc à ce point , parce que l'impreflïon eft Ta 
même que fi nous l'y voyions réellement. Ce feerc* iug«~ 
meut de l't-mc , qni nous fait conclure le lieu à&s objet* 
de 1'impre.Ûioa qu'ils font fur nos fcns , a été formai d'après* 
la vifion diiccie , & c'eit par conf«lquent comme u, cil«p 
'Tétait toujours, que nous devons juger* • 

. Tq me 41, Phyf, fier, Tome h % 



114 DES M I a O I R S. 

Petits que s'ils paient tombés fur une ft 
place ; donc s'ils font fuppofés palfer ei 
ils y convergeront bien plutôt; donc P 
qui ferait en BB ferait plus petit. Or , < 
œil rapporte l'objet en BB , aux points 
les rayons commenceraient à diverger ; 
l'objet doit vous paraître plus petit, ce 
il l'eft en effet dans cette figure. Par la i 
raifon cju'il paraît plus petit, il vous j 
plus près , puifqu'en effet les points oh i 
•tiraient les rayons B B , fent plus près du n 
que ne le font les rayons A A. 

Par la raifon des contraires , vous < 
voir les objets plus grands & plus éloignés 
un miroir concave , en plaçant l'objet 
près du miroir. ( fig. 6. } Car les cône 
rayons A A venant à diverger fur le n 
aux points où ces rayons tombent , si 
réfléchiffaient à travers ce miroir , Hs i 
réuniraient qu'en BB ; donc c'eft en BB 
vous les voyez. Or , BB eft plus grand & 
éloigné du miroir que n'eft A A ; dono 
Verrez l'objet plus grand & plus loin. 

Voilà , en général , ce qui fé paffe dan 
rayons réfléchis à vos yeux ; & ce feul ] 
cipe , que l'angle d'incfdence eft toujours 
à l'angle de réflexion , eft le premier fc 
ment de tous les myftères de la catoptr 
Maintenant il s'agit de favoir commen 
lunettes augmentent ces grandeurs , & raj 
chent ces diftances; enfin, pourquoi les o 
fe peignant renverfés dans vos yeux , 
les v^yez cependant comme ils font. 

A l'égard des grandeurs &: des diftan 
voici ce que les. mathématiques vous en apj 



t> é s ufiAorfts; ïiî 

dront. Plus un objet fera dans votre œil un 
grand angle , plus l'objet vous paraîtra grand : 
rien n'eft plus (impie. Cette ligne H K que vous 
voyez à cent pas , tracer un angle dans l'œil 
•A ( figure 7. ). A deux cents pas , elle trace 
un angle la moitié plus petit dans l'œil D. Or , 
l'angle qui fe forme dans votre rétine , & dont 
Votre rétine eft la bafe , eft comme l'angle 
dont l'objet eft la bafe. Ce font des arçgleft 
oppofés au fommet \ donc par les premières 
notions des élémens de la géométrie , ils font 
égaux ; donc ti l'angle formé dans 4'œil A eft 
double de l'angle formé dans l'œil B , cet objet 
doit paraître une fois plus grand à l'œil A qu'à 
l'œil B. 

Maintenant pour que l'œil étant en B voie 
l'objet aufii grand que le voit l'œil en A , il 
faut faire en forte que cet œil B reçoive un 
angle aufli grand que celui de l'œil A , qui eft 
Hne fois plus près. Les verres d'un télefcope 
feront cet effet. ( figure 8. ) Ne mettons ici 
qu'un feul verre I, pour plus grande facilité, 
& fuppofons qu'il produira l'effet de plufieurs 
terres combinés. L'objet HK envoie fes rayon* 
à ce verre, Ils fe réunifient à quelque diftance 
du verre. Concevons un verre taillé , de forte 
que fes rayons fe croifent pour aller former 
dans l'œil en C un angle auflî grand que- celui 
de l'œil en A ( figure 7 ) ; alors l'œil , nou$ 
dit-on , juge par cet angle. Il voit donc alor» 
J* objet de la même grandeur que le voit l'œil 
en A. Mais en A il le voit à cent pas der 
diftance : donc en C , recevant le même angle , 
il le verra encore comme à cent pas de dif- 
tance » mais feulement moins éclairé - parc* 



Ji6 dïî ïïir ont j; 

que la même quantité de lumière agit d'art 
l'œil fur un plu^ grand efpace. Les ligne 

ronftuces marquent ici l'angle fous feque 
objet aurait été vu- s'il n'y avait pa-s eu d 
verre interpofé. Tout l'effet des verres d 
lunettes multipliés , des microfcopes & de 
tc'Mcopes divers, qui agrandirent les objets 
coniifte donc à faire voir les chofes fous U! 
flr.s grand angle. 

L'objet AB ( figure 9 ) eft vu par le moyei 
tic ce verre foiré l'angle DCD , qui eft biei 
jW grand <jue l'angle ACB. 

Vous demandez -encore aux règles d'optique 
pourquoi vous voyez les objets dans letr 
iittiarion , quoiqu'ils fe peignent renverfés fu- 
notre rétine ? Le rayon qui pirt de la têt< 
<ïe cet homme A ( figure (o ) vient au poiri 
inférieur de- votre rétine A , (es pieds B fori 
vus par les rayons BB au point fupérieur 
votre rétine B r ainft cet homme eft peiRt r< 
ïement la t£re en bas & les pieds en haut ai 
fond de vos yeux. Pourquoi donc ne voyez- 
vous pas cet homme renverfé , mais droit 8 
îel qu'il eft ? 

Pour réfoudre cette queftion , on fe fert d( 
la côroparaifon de l'aveugle qui tient-des bâton! 
crcîfés avec lefquds il devine très - bien \i 
pofitioo?. des- objets. Car T h point qui eft i 
gauche étant fenti pat la main droite à raidi 
«ju bâton , il le juge auflîtôt à gauche ; & k 
point que fa main gauche a fénti par' l'entre- 
Dlife de l'autre baron , il le- juge à droit-e faw 
fe tromper. Tous les maîtres. cEoptiquô nou! 
clifcnt donc que là partie inférieure, de J-'œil 
ïapporçe tout d'un coup, fa Tentation à 1% partit 



DES MIROIRS. - II7 

Tupérieure de l'objet , & que la partie, fupé- 
Tieure de la tétine rapporte aufîi naturellement 
la fenfâtion à la partie inférieure ; ainfi on YQÎt 
l'objet dans fa fituation véritable. ( 1 1 ) 

Mais quand vous aurez connu parfaitement 
tous ces angles , & toutes ces lignes mathé- 
matiques, par lefqueîles on fuit le chemin de- 
là lumière ju'fqu'au fond de Tœil , ne croyez; 
!>as pour cela favoir comment vous apercevez 
es grandeurs, les diftances, les fituations des 
xhofes Les proportions géométriques de ces 
angles & de ces lignes font jnfies , il eft vrai ; 
mais il nV a pas plus de rapport entre elles 
& nos fenfations qu'entre le fon que nous 
entendons , & la grandeur , la diflance , îa 
fituation de la chofe entendue. Par le fon 
mon oreille eft frappée; j'entends des tons, 
& rien * de plus. Par îa vue mon œil eft 
ébranlé ; je vois des couleurs , & rien de 
plus. Non - feulement les proportions de ces 
angles & de ces lignes ne peuvent en aucune 
manière être la caufe immédiate du jugement 
que je forme des objets , mais en plufieurs 
cas ces proportions ne s'accordent point du. 
tout avec la façon dont nous voyons les objets* 
Par exemple , un homme vu à quatre pas , 8c 

(il) M. l'abbé Rochon a prouvé rijoureufcment par 
Pexpcii-.'i'.ce , que , fuivant la conj^-fture ingynicufc de 
M» à J AU :nbtrt , nous voyons les objets .dans la diicflioa» 
de la perpendiculaire m<née de l'objet au fond de l'œil ; 
d'où il refaite que nous devons lapportcr en Haut l'objet 
dont l'image eft tra;ée dans le bas de l'oeil, & en bas 
celai dont l'image eft uacée dans le haut de l'œil. Le- 
jugement de l'âme n'eft dosrc pas néceff-ire pour redreflW 
Iles images des objets, quoiqu'il pui>>; l'être pour nous ap« 
prendre à Us rappoitex en géuéi«l k un lieu de i'cfpacç»> 



ttt 8 Ê S M I *. O I * *• s 

à huit pas , eft vu de même grandeur. Cepen- 
dant l'image de. cet homme à quatre pas eft T 
à très-peu de chofe près r double dans votre 
œil de celle qu'il y trace à huit pas. Les an- 
gles font différens , & vous voyez l'objet 
toujours également grand ; donc il eft évi- 
dent , par ce feul exemple choifi entre plu- 
sieurs , que ces angles & ces lignes ne font 
point du tout la caufe immédiate de la ma- 
nière dont nous voyons. 

Avant donc que de continuer les recherches 
que nous avons commencées fur la lumière & 
fur lés lois mécaniques de la nature , vous 
m'ordonnez de dire ici comment le* idées des 
diftances , des grandeurs , des fituations , des 
objets, font reçues dans notre ame. Cet exameii 
nous fournira quelque çhofe de nouveau & de 
vrai, c'eft la feule excufe d'un livre. 



m$ INSTANCES IT GRAN^BintS. 1*) 
CHAPITRE V. 

SOMMENT «TOUS CONNAISSONS IS» 
DISTANCES, LES ^RARPEUR^, 
L£S FIGURES, LES SITUATIONS. 

Ce* angles , nr fcj lignes optiques ne peuvent 
nous faire connaître les diftances. Exemple 
en preuve. Ces lignes optiques ne font con- 
naître ni les grandeurs ni Us figures. Exemple 
en preuve. Preuve par l'expérience de l'aveugle 
né, guéri par Chefelden. Comment nous c on- 
naijfons les diftances & les grandeurs. Exem- 
ple. Nous apprenons à voir comme à lire* La 
vue ne peut faire connaître l'étendue. 



V^ommençons par la drftance. II ert cîaiV 
qu'elle ne peut être aperçue immédiatement 
par elle - même ; car la diftance n'eft qu'une 
ligne de l'objet à nous : cette ligne fe termine 
à un point ; nous ne fentons donc que ce 
int, & (bit que l'objet exifte à mille l'eues y 
ou qu'il (oit à un pied , ce point eft toujours 
te même. Nous n'avons donc aucun moyen; 
immédiat pour apercevoir tout d*un coup Sa 
dïflance , comme nous en avons pour fentir 
par l'attouchement (i un corps e(t dur ou 
mou ; par le goût s'il eft doux ou amer ; par 
l'ouïe , û de deux fons l'un eft grave & i'aut* cr 



tlO DES DïStAttCES ET ÔHANPEtJi 

cigu. Car., qu'on y prenne bien gar 

parties d'an' corps , qui cèdent à mon 

font la plus prochaine caufe de ma f 

de moflefl'e ; & les vibrations de l'air ,. 

par le corps fonore , font la plus pi 

caufe de ma fenfation du fon. Or , 

puis avoir ainfi immédiatement une 

diftance , il faut donc que je connnif 

diftance par le moyen d'une autre idé 

médiaire \ mais il faut au moins que 

çoive cette idée intermédiaire : car u 

'que je n'aurai point ne fervira certa 

pas à m'en faire avoir une autre. On di 

telle maifon eft à 'un mille d'une telle 

mais fi je ne fais pas où eft cette rivi 

"ne fais certainement pas où eft cette 

•Un corps cède aifément à l'imprefïion 

onain ;. je .conduis immédiatement fa r 

Un autre réfifte , je fens immédiate i 

dureté. Il faudrait donc que je fentiffe 

gles formés dans mon œil , p.our en c 

..immédiatement les di.flances des objet 

la plupart des hommes ne fa vent pas 

fi ces angles, eiîflent ; donc il eft évîci 

ces angles né peuvent, être la caufe fin 

de ce que vous . cônhaiflez les diftance 

Celui ,qui , .pour" la première fois c!e 

"entendrait le bruit du canon', ou !e f< 

concert , ne pourrait juger fi on tire ce 

ou fi on exécute ce concert > à une 1 

à trente pas. Il n'y a que l'expérier 

pulfle l'accoutumer à juger de la^difta 

eft entre lui' & l'endroit d'où part ce 

Xes vibrations , les ondulations de l'a 

*tent* un fon à fes oreilles \ ou plutô 



MS DISTANCES ET GRANDEURS. III 

âme ; mais ce bruit n'avertit pas plus fon am'e 
de l'endroit où le bruit commence , qu'il ne 
lui apprend la forme du canon ou des inftru- 
roens de mufique. C'eft la même chofe préci- 
fément par rapport aux rayons de lumière 
qui partent d'un objet ; ils ne nous appren- 
nent point du tout où eft cet objet. 

Ils ne nous font pas connaître davantage 
les grandeurs , ni même les figures. Je vois 
de loin une petite tour ronde. J'avance , 
j'aperçois & je touche un grand bâtiment 
quadrangulaire. Certainement ce que je vois 
St ce que je touche n'eft pas ce que je voyais^ 
Ce petit objet rond , qui était dans mes yeux t 
n'eft point ce bâtiment quarré. Autre chofe 
eûr donc , par rapport à nous , l'objet raefu- 
rable & taogible , autre chofe eft l'objet vi- 
lible. J'entends de ma chambre le bruit d'un 
carroffe : j'ouvre la fenêtre & je le vois ; je 
defcends , & j'entre dedans. Or j ce carofle 
que j'ai entendu , ce carofle que j'ai vu , ce 
carotte que j'ai touché, font trois objets abfo- 
fument divers de trois de mes fens , qui n'ont 
aucun rapport immédiat les uns avec les autres* 

Il y a bien plus : il eft démontré , comme 
je l'ai dit , qu'il fe forme dans mon œil un 
angle une fois plus grand , ou , pour parler 
avec plus de précifion, que le diamètre appa- 
rent eft double , quand je vois un homme à 
quatre pieds de moi , que quand je vois le 
même homme à huit pieds de moi. Cependant 
Je vois toujours cet homme de la même gran- 
deur. Comment mon fentiment contredit -il 
ainfi le mécanifme de mes organes ? L'objet 
eft réellement une fois plus petit dans mes 

Tome 42. Phyf. &c, Tome I. L 



iaa DES DISTANCES ET GRANDEURS. 

yeux , & je le vois une fois plus grand. C'eft 
en vain qu'on veut expliquer ce myftère par 
le chemin , ou par la forme que prend le 
criftallin dans nos yeux. Quelque fuppoiition 
que l'on fade , l'angle fous lequel je vois un 
homme à quatre pieds de moi , eft toujours 
double de l'angle fous lequel je le vois à 
huit pieds ; & la géométrie ne réfoudra jamais 
ce problème ; la phyuque y„eft également 
impuiltante ; car vous avez beau fuppofer que 
l'œil prend une nouvelle conformation , que 
Je criftallin s'avance, que l'angle s'agrandit; 
tout cela s'opérera également pour l'objet qui 
eft à huit pas , & pour l'objet qui eft à quatre. 
JLa proportion fera toujours la même : fi vous 
/ voyez l'objet à huit pas , fous un angle de 
moitié plus grand , vous voyez auffi l'objet à 
quatre pas , fous un angle de moitié plus 
grand ou environ. Donc ni la géométrie ni la 
phyfique ne peuvent expliquer cette difficulté. 
Ces lignes & ces angles géométriques ne font 
pas plus réellement la caufe de ce que nous 
voyons les objets à leur place , que de ce que 
nous les voyons de telle grandeur , & à telle 
diftance. L'ame ne confidère pas fi telle" partie 
va fe peindre au bas de l'œil ; elle ne rap- 
porte rien à des lignes qu'elle ne voit point. 
L'œil fe baiflé feulement pour voir ce qui eft 
près de la terre , & fe relève pour voir ce qui 
eft au-deffus de la terre. Tout cela ne pouvait 
être éclairci , & mis hors de toute conteftatioQ 
que par quelque aveugle-né à qui on aurait 
donné le fens de la vue. Car fi cet aveugle, 
au moment qu'il eût ouvert les yeux , eût 
jugé des djftances , des grand. urs & des fitua- 



DES DISTANCES ET CRANDETT1S, I1J 

fions , il eût été vrai que les angles optiques , 
/ormes tout d'un coup dans fa rérine , euflent 
été les caufes immédiates de fes fentimens. Au(S 
le docteur Barclay aflurait , après M. Locke ^ 
{ & allant même en cela plus loin que Locke ) 
que ni fituation , ni grandeur , ni diftance , ni 
figure ne ferait aucunement difcernée par cet 
aveugle , dont les yeux recevraient tout d'un 
coup la lumière. 

Mais où trouver l'aveugle , dont dépendait 
la décifion indubitable de cette queflion ? Enfin 
en '72-9 y M. Chefelden , un de ces fameux 
chirurgiens qui joignent l'adreiTe de la main 
aux plus grandes lumières de l'efprit , ayant 
imaginé qu'on pouvait donner la vue à un 
-aveugle- né , en lui abahTant ce qu'on appelle 
:4es catara&es , qu'il foupçonnait formées dans 
^fesryeux prefque au moment de fa nai (lance , 
A .-p^opofa, l'opération. L'aveugle eut de la 
.peine -à y confentir. Il ne concevait pas trop 
Mue le fens de la vue pût beaucoup augmenter 
jes plaifirs; Sans l'enviée qu'on lui infpira d'ap- 
prçndreà lire & à écrire , il n'eût point défiré 
de voir. Il vérifiait , par cette indifférence , 
.qu'il tfi impoffibU d'être malheureux par la pri- 
vation des biens dont on n'a pas d'idée : vérité 
bien importante. Quoi qu'il en foit, l'opération 
fut faite & réunit. Ce jeune homme d'environ 
quatorze ans vit la lumière pour la première 
fois. Son expérience confirma tout ce que 
L*,ckc & Barclay avaient fi bien prévu. Il ne 
diftingua de long-temps ni grandeurs , ni fituà- 
tions , ni figures même. Un objet d'un pouce » 
mis devant fqn.reil,& qui lui caphoit une 
wifon , lui paraiffait auffi grand guç.la raaifon. 

L'a 



Î14 DES DISTANCES ET GRANDEURS. 

Tout ce qu'il voyait lui femblait d'abord être 
fur fes yeux , & les toucher comme les objets 
du tact touchent la peau. Il ne pouvait dif* 
tinguer d'abord ce qu'il avait jugé rond a 
l'aide de fes mains , d'avec ce qu'il avait jugé 
angulaire ; ni difcerner avec fes yeux fi ce que 
■fes mains avaient fenti être en haut ou en bas, 
était en effet en haut ou en bas. Il était fi 
loin de connaître les grandeurs , qu'après avoir 
enfin conçu par la vue , que fa matfon était 
plus grande que fa chambre , il ne concevait 
pas comment la vue pouvait donner immédiate- 
ment cette idée. Ce ne fut qu'au bout de deux 
mois d'expérience qu'il put apercevoir que les 
tableaux rçpréfentafent des corps -folides ; & 
lorfqu'après ce long tâtonnement d'un fens nou- 
veau en lui , il eut fenti que des corps, & 
non des furfaces feules étaient peints dans les 
tableaux , il y porta la main , & fut étonné de 
ne point trouver avec fes mains ces corps for» 
lides dont il commençait à apercevoir les repré- 
sentations. Il demandait quel étoif le trompeur 
du fens du toucher ou du fens de la vue. 

Ce fut donc une décifion irrévocable, que 
la manière dont nous voyons les chofes n'eft 
point du tout la fuite immédiate des angles 
formés dans nos yeux. Car ces angles marné- 
matiques étaient dans les yeux de cet honnne 
comme dans les nôtres ; & ne lui fervaient de 
rien fans le fecours de l'expérience & des 
autres fens. 

Comment nous repréfentons-nous donc les 
grandeurs & les di fiances ? De la même façoo j 
c'ait nous imaginons les paflions ded hommes, 
par lejs couleurs qu'elles peignent fur leurs v*- j 



PES DISTANCES ET GRANDEURS. Ilf 

iages , & par l'altéra tion qu'elles portent clans 
Jeurs traits. Il n'y a perfonne qui ne life tout 
d'un coup i fur le front <Tun autre , la dou- 
leur ou la colère. C'eft la langue que la nature 
parle à tous les yeux ; mais l'expérience feule 
apprend ce langage. AuÏÏi l'expérience feule 
nous apprend que quand un objet eft trop loin , 
nous le voyons confufément & faiblement. 
De- là nous forn.ons des idées , qui enfuit» 
accompagnent toujours la fenfation de la vue. 
Ainfi tout homme qui , à dix pas , aura vu foa 
cheval haut de cinq pieds , s'il voit , quelques 
minutes après , ce cheval gros comme un mou- 
ton , fon ame 3 par un jugement involontaire t 
conclut à l'inftant que ce cheval eft très-loin. 

Il eft bien vrai que , quand je vois mon 
cheval de la groffeur d'un mouton , il fe forme 
ts dans mon oeil une peinture plus petite , 
i angle plus aigu ; mais c'eft-là ce qui accoro- 
gne , non ce qui caufe mon fentime/H. De 
me il fe fait un autre ébranlement dans mon 
cerveau , quand 'je vois un homme rougir de 
honte , que quand je le vois rougir de colère j 
mais ces différentes impreflions ne m'appren- 
draient rien de ce qui fe patte dans l'ame de cet 
homme , fans l'expérience dont la voix feule fe 
[ait entendre. , 

Loin que cet angle foit la caufe immédiate 
Je ce que je juge qu'un grand cheval eft très- 
loin , quand je vois ce cheval fort petit , il 
irrive au contraire » à tous les momens , que 
je vois ce même cheval également grand , à 
iix pas , à vingt , à trente , à quarante pas , 
luoique l'angle , c'eft-à-dire le diamètre appa- 
rent , à dix pas foit double , triple , quadruple. 

L 3 



Jl6 &.ZS DISTANCES ET GRANDEURS. 

Je regarde de fort loin , par un petit troir i 
un homme pofté fur un toit , le lointain & le 
peu de rayons m'empêchent d'abord de diftin- 
guer fi c'eft un homme : l'objet me paraît très- 
petit , je crois voir une ftatue de deux pieds 
tout au plus : l'objet fe remue , je juge que 
c'eft un homme ; & dès ce même inftant cet 
homme me paraît de la grandeur ordinaire. D'oh 
viennent ces deux jugemens ii différens ? Quand 
j'ai cru voir une fîatue , je l'ai imaginée de 
deux pieds , parce que je la voyais fous un tel 
angle : nulle expérience ne pliait mon arne i 
démentir les traits imprimés dans ma rétine ; 
mais dès que j'ai jugé que c'était un homme, 
la liaifon mife par l'expérience dans mon cer- 
veau entre l'idée d'un homme & ridée de la 
hauteur de cinq à fix pieds , me force , fans 
que j'y penfe , à imaginer , par un jugement 
foudain , que je vois un homme dételle hauteur, 
& à voir une telle hauteur en effet ( ia )„. 

Il faut abfolument conclure de tout ceci que 
les diftanccs , les grandeurs , les foliations ne 
font pas , à proprement parler , des chofes 
vilibles , c'eft-à-dire , ne font pas les objets 

(12) Si vans examinez un objet avec on în {froment 
qui en donne deux images à très-peu près égales , & qat 
▼ods les placiez dan? une même ligne horizontale , v«J 
îes verrez toutes deux également éloignées ; fi vous kl 
placr-z dans une mtme ligne verticale', l'objet £jpéricor 
paicîtxa plus éloigné que l'autre , précifërnent comme deux 
objets placés fur un plan incliné, l'un en bas plus près 
de nous , l'autre en haut & plus loin. Nous plaçons par 
conféquent ces deux images dans l'efpace , comme deiï 
objets lét.ls, qui-feraitnt la même impreffion fur nos yeux, 
y feraient placés. Cette ingëaieufc ojfviYatua cft duc* 
Ml. i'atué licch.tu 



DÈS DISTANCES Et GRANDEURS. î±f 

propres & immédiats de la vue. L'objet propre 
k immédiat de la vue n.'eft autre chofe que 
la* lumière colorée ; tout le refte , nous ne te 
Tentons qu'à la longue & par expérience. Nous 
apprenons à voir , précifément comme noué 
apprenons à parler & à lire. La différence eft 
que l'art de voir efl plus facile , &<jue la natuie 
efl également à tous notre maître. 

Les jugemens foudains , prefque uniformes, 
que toutes nos âmes, à un. certain âge,«por- 
tent des diflances , des grandeurs , des fitua- 
tions , nous font penfer qu'il n'y a qu'à ouvrir 
les yeux, pour voir de la manière dont nous 
Voyons. On fe trompe ; il y faut le fecours des 
autres fens. Si les hommes n'avaient que le fèns 
de la vue , ils n'auraient ^ircun moyen pour 
connaître l'étendue en longueur , largeur & 
profondeur ; & un pur efprit ne la connaîtrait 
pas peut-être, à moins que djeu ne la lui 
révélât. Jl efl très-difficile de féparer dans notre 
entendement l'extenfion d'un objet d'avec les 
couleurs de cet objet. Nous ne voyons jamais 
rien que d'étendu , & de-là nous fommes tous 
portés à croire que nous voyons en effet l'éten- 
due. Nous ne pouvons guère diftinguer dans 
notre ame ce jaune que nous voyons dans un 
louis d'or , d'avec ce louis d'or dont nous 
"voyons le jaune. C'eft comme , lorfque nous 
entendons prononcer ce mot louis d'or , nous 
ne pouvons nous empêcher d'attacher malgré 
nous l'idée de cette monnaie au fo« que nous 
entendons prononcer. (13) 

(13) Il eft trè?-vraifcmblablc qu'un ôtre borné au fens 
4e la vue parviendrait d'aboid à voir les objets comme 



10.8 DES DISTANCES ET GRANDEURS. 

Si tous les hommes parlaient la même langue, 
nous ferions toujours prêts à croire qu'il y 
aurait une connexion nécetTaire entre les mots 
& les idées. Or tous les hommes ont ici le 
même langage , en fait d'imagination. La nature 
leur dit à tous : Quand vous aurez vu des cou- 
leurs pendant un certain temps , votre imagi- 
nation vous représentera à tous de la même 
façon les corps auxquels ces couleurs femblent 
attachées. Ce jugement prompt & involontaire 
que vous formerez , vous fera utile dans le 
cours de votrer vie ; car s'il fallait attendre , 
pour eftimer les diftances , les grandeurs , les 
Situations de tout ce qui vous environne , que 
vous euffiez examiné des angles &'des rayons 
vifuels , vous feriez morts avant de favoir û 

places fur un mérna plan , mais avec l'étendue & les coa- 
touis qu'ils ont fur ce plan , puifque c'eft-la'le feu! moyea 
d'ordonner cntr'clles les Tentations fucceifives qu'il éprea- 
verait : es tableau ne lui paraîtrait pas dtftinâ au premier 
inftant , mais il apprendrait par l'habitude à difHngoer les 
objets & à les placer. Par la même raifon , du moment où 
il aura une idée de l'efpace & du mouvement rapportés à. 
ce plan, pourquoi, en ordonnant Tes fenfations fucceffives» 
en voyant le môme objet devenir plus vifible , occuper 
plus d'efpace fur ce plan , & conviir fucce Hivernent d'autres 
objets , ou bien occuper moins d'efpace , faire nne in- 
prefiioa moins fotte , & découvrir peu à peu de nouveaax 
objets , ne pourrait-il pas fe former une idée de l'efpace 
en tout Cens , & y ordonner tout les objets qui frappent 
fus regards : fans doute fes idées d'étendue, de di fiance, 
de feraient pas rigoureufement les mêmes que les nôtres , 
puifque le fer. s du toucher n'aurait pas contribué à les 
former : fans doute f-s jugemens fur le lieu, la forme, 
la diftance , feraient fouvent pins erioués que les nôtres , 
parce qu'il n'aurait pu les rectifier par le toucher. Mais 
il eft très probable que c'eft à quoi fe bornerait toute 
la différence entre lui & nous. » 



DES DISTANCES ET GRANDEURS. XI) 

les chofes dont vous avez befoin font à dix* 
pas de vo^s ou à cent millions de lieues , & 
fi elles (bot de la grolfeur d'un ciron ou d'une 
montagne , il vaudrait beaucoup mieux pour 
vous être nés aveugles. 

Nous avons donc très - grand tort quand 
nous difons que nos fens nous trompent. 
Chacun de nos fens fait la fonction à laquelle 
la nature Ta deftiné. Ils s'aident mutuellement 

Kur envoyer à notre ame , par les mains de 
xpérience , la mefure des connaiflances que 
notre être comporte. Nous demandons à nos 
fens ce 'qu'ils ne font point faits pour nous 
donner. Nous voudrions que nos yeux nous 
fiffent connaître la folidité , la grandeur , la 
diftance , &c. mais il faut que le toucher 
s'accorde en cela avec la vue ; & que l'expé- 
rience les féconde. Si le père M&lUbr anche 
avait envifagé la nature par ce côté , il eût 
attribué peut-être moins d'erreurs à nos fens» 
qui font les fources de toutes nos idées. 

Il ne faut pas fans doute étendre à tous les 
cas cet:e efpèce de roétaphyfique que nous 
venons de voir. Nous ne devons l'appeler au 
fecours que quand les mathématiques nous font 
infuffifantes ; & c'eft encore une légère erreur 
qu'il faut reconnaître dans le père Mallebran- 
che : il attribue , par exemple , à la feule 
imagination des hommes des effets dont les 
règles d'optique rendent raifon du moins en 
partie. Il croit que fi les aftres nous paraiffent 

[>lus grands à l'horizon qu'au méridien , c'eft à 
'imagination feule qu'il faut s'en prendre. 
Nous allons , dans le chapitre fuivant , expli- 



X30 DES DISTANCES ET GRANDEURS. 

quer ce phénomène , qui depuis cent ans a 
exercé tant de philosophes. 

CHAPITRE VI. 

Pourquoi le folell 6* la lune paraijfent plut 
grands à l'horion qu'au méridien. 



v. 



a i i î s fut le premier qui crut que II 
longue interpofition des terres , & même de! 
'nuages , fait paraître le foleil & la lune plus 
grands à l'horizon qu'au méridien. Mallebrancht 
fortifia cette opinion de toutes les preuves que 
lui fournit la fpgaciré de fon génie. Régis eut 
avec lui une difpute célèbre fur ce phéno- 
mène ; il l'attribuait aux réfraclions qui fe 
font dans les vapeurs de la terre ; & il fe 
trompait , car les réfraétions font précisément 
l'effet contraire à celui que Régis leur attri- 
buait ; mais le père Mallebranche ne fe trom- 
pait pas moins , en foutenant que l'imagina- 
tion , frappée de la longue étendue i'.cs terres 
& des nuages à notre horizon , fe repréfenre 
le même afire plus grand au bout de ces 
terres & de ces nuées , que lorfqu'érant par- 
venu à fon plus haut point , il eft vu. fans 
aucune interpofition. 

Les plus fimples expériences démentent le 
fyfième de Mallebranche. J'eus , il y a quel- 
ques années , la curiofué d'examiner de fuite 
ce phénomène. Je fis faire des tuyaux de 
carton de fept à huit pieds de long , d'un 
demi-pied de diamètre ; je fis regarder le fo- 



DIS DISTANCES ET GRANDEURS. I3I 
leil à l'horizon par plufieurs enfans , dont 
l'imagination n'était point du tout accoutumée 
à juger de la grandeur de l'aflre par l'étendue 
qui paraît entre l'aftre & les yeux. Ils ne 
voyaient pas même ni le terrain ni les nuages. 
.Le tube ne leur lai liait que la vue du foleil , 
& tous le virent beaucoup plus grand qu'à 
midi. Cette expérience & plusieurs autres me 
déterminaient à imaginer une autre caufe ; & 
j'avais déjà le malheur de faire un fyflème , 
lorfque la folution mathématique de ce pro- 
blème par M. Smith me tomba entre les mains, 
& m'épargna les erreurs d'une hypothèfe. Voici 
cette explication , qui mérite d'être étudiée» 

Il faut d'abord établir que , fuivant les règle* 
de l'optique , le ciel nous doit paraître une 
.voûte furbaiffée. En voici une preuve fami- 
lière*. Notre vue s'étend diflinclement jufqu'au 
.point où les objets font dans notre œil un 
angle de la huit millième partie d'un pouce au 
moins , félon les observations de Hoocke. 

Un homme O P , (figure 11 ) haut de cinq 
pieds , regarde l'objet A B , aufïi haut de cinq 

! âeds , & diftant de vingt-cinq mille pieds , il 
# e voit fous l'angle A O B ; mais cet angle 
A O B n'étant pas dans l'œil de la huit mil- 
lième partie d'un pouce , il ne le diftingue 
pas ; mais s'il regarde l'objet C, l'angle eft 
encore plus petit. Il le voit comme fi cet 
objet était en A D ; ainfi tout ce qui eft 
derrière C devient encore moins diftincî v les 
maifons , les nuages qui feront derrière C , 
doivent paraître rafer l'horizon vers C ; toits 
les nuages baiflent donc pour nous à l'horizon 
.à .la diftance de Yinjjt-cinq mille pieds , c'efl- 



13* I>ES DISTANCES ET GRANDEURS 

à - dire , à environ une lieue de trois 
pas & deux tiers, & ils s'abaiftent par d 
par conséquent tous les nuages qui s'é 
€n S (figure la ) à environ trois qua 
lieue de hauteur , doivent nous paraîtr 
notre horizon. Ainfi, au lieu de voir h 
ges gg auflî hauts que le nuage n , nous i 
les nuages gg toucher .la terre , & le 
n élevé environ à trois quarts de liei 
deffus de notre tête; nous ne devon 
Voir le ciel ni comme un plafond , ni - 
un cintre circulaire , mais comme une 
furbaifîée , dont Je grand diamètre B B 
viron fix fois plus grand que le petit 

Nous voyons donc Je ciel en cette n 
B A B , & quand le foleil ou la lune f 
B à l'horizon , ils nous parauTent plus 
gnés ( à nous qui fommes en D ) d'ei 
un tiers que quand ces aftres font en, / 
nous devons les voir fous les angles qui 
dront à nos yeux de B & de A, Il refit 
à examiner ces angles, (figure 13.) Il 
rait d'abord qu'ils devraient être plus 
quand l'objet eft plus éloigné , & plus \ 
quand il eft* plus proche.; mais c'eft ic 
le contraire. L'aftre réel , Tartre tanj 
roule en B D R E ; mais l'aftre appare 
dans la courbe B A C E , & les angles i 
par l'objet réel fe rapportent à l'objet 
rent. On ne voit les corps placés en D 
que comme des corps qui , placés en A 
C , ne produiraient dans l'œil que le 
angle ; on ne les voit donc qu'auffi j 
que les A & C. L'aftre au méridien 
■difque comme 3 , & à l'horizon à peu 



DES DISTANCES ET GRANDEURS, ift 

emme 9 ; car les diamètres de l'aftre paraiffent 
mme fes diftances apparentes ; or , la diftance 
parente de l'aftre eft environ 9 à l'horizon* 
3 au méridien ; ainli eft fa grandeur appa- 
rue. 

Cette vérité fe confirme par une autre ex- 

ience d'un genre femblable. Regardez deux 

»s diftantes entre elles réellement d'un 

a ie de degré ; elles vou$ N paraiffent beau- 

t plus éloignées à l'horizon , & beaucoup 

* .rapprochées yers' Je méridien. Ces deux 

liles toujours également diftantes font vue* 

1 à la diftance C JE vers l'horizon , 

. urc 14) beaucoup plus grande que la dif- 

e F A au méridien* Vous voyez que cette 

:e apparente vient précifément par la 

r rarfon que je viens de rapporter. 

r voici donc» félon cette règle & félon les 

rations qui la confirment , les proportions 

Prandeurs & des diftapees apparentes du 
8c de la lune. 
a l'horizon ces aflres font vus de la gran- 
deur IOOb 

A quinze degrés au - deffus , de la 

grandeur 68, 

A. trent$ degrés , de la grandeur . . ja 
A quatre - vingt - dix degrés , de la 

grandeur . . . .. , . . . . 3°» 

T De même deux étoiles 1 quelconques, qui 

confervént toujours entre elles leur même 

diftance , paraiffent à l'horizon éloignées Tune 

fe l'autre comme 100 9 & au méridien' comme 

o : ce qui eft toujours , comme vous voyez 9 

proportion d'environ 9 à 3. 

Cette théorie eft encore confirmée par unç 



134 DES DISTANCES ET GRANDEURS. 

autre obfervation. La lune paraît cônfidéra- 
blement plus grande en certains temps de 
Tannée qu'en d'autres; le foleil paraît auffi 
p4us grand en hiver qu'en été ; & les diffé- 
rences de cette grandeur apparente étant plus 
(enfibles vers l'horizon qu'au méridien , elles 
font plus aifément remarquées. La raifon de 
cette augmentation de grandeur » c'eft que 
quand le diamètre de la lune & du foleil parait 
plus grand, ces aftres font en effet plus près 
de nous ; le foleileft plus près- de la terre A 
hiver qu'en été d'environ douze cents mille 
lieues; a in fi en .hiver il paraît plus grand; 
mais cette largeur" de fon difque eft un peu 
diminuée par les réfra&ions de l'air épiais* 
Lorfque la lurre en été eft dans r fon périgée, 
elle paraît fous un plus' grand diamètre ; & h 
largeur de fon difque à l'horizon eft: encore 
moins diminuée en été qu'en hiver , parc» 
flue l'air dans» l'été, eft pics fubtil & plus rare. 
Ce phénomène eft donc -plus: du: retfori-de 
la géomérrie:& de'i'apriÇae'qaeriAfe/tetoïirtcA* 
«e l'avait cru :•& le doéleuc S mita a** la gloire 
d'avoir enfin trouvé la folurion complète A'un 
problème fur lequel, les plus, grands génies 
avaient fait des fyftèmei inutile»; ÇT4 ) . * 

• *."* . •• "iJsb/f;»^ 

( 14 ) ..Cette foluiip* de Smith, rejr jea$ e*a&emenKà celle 
clu père Tifallehraache % ptùfque dans " les' deux opinions 



nous ne voyons les aftres'phïs grands'^ - f'horizon , qw ' 
parce que nous les jugeons plu* éloignés. Ces deax ptà- 
Jofophes'ne diffèrent qua- dans la .maaiyàre d'expliquer, 
pourquoi nous, jugeons plus éloignés les aftres. ïla^és î 
l'horizon : mais ils fe rapprochent encore beaucoup. AïàU? 
branche paraît regarder comme la caufe'fmnièMhre de "te 
•jvgeraeat le* obj*ts kterpofés dam le ^a»t iU JfWfaoju 



DE L'ATTRACflON. I3J 

CHAPITRE VII. 

ce la cause qui fait briser les rayons 
de la lumière en passant d'une 
substance dans une autre : que 
cette Cause est une loi générale 
de la rature , inconnue avant 
j*e\vton ; que l'inflexion de la lu- 
mière est encore un effet de cette 

CAUSE, &C. 

Ce que c'eft que réfraction. Proportion des ré- 
fractions trouvée par Snelliu. Ce que c'efl 
qite fimis de réfradiou Grande découverte de 
rfewton. Lumière brifée avant d entrer dans 
les corps. Examen de Vattraâion. Il faut 
examiner V attraction , avant que de fe révolter 
contre ce mot, Inipuljïon 6i attraction égale" 
ment certaines 6* inconnue?. En quoi V at- 
traction eft une qualité occulte. Preuves de 
V attraction. Inflexion de la lumière auprès 
des corps qui l attirent. 



N, 



6 us avons déjà vq l'artifice prefque în- 
cooipréhenfible de la réflexion de la lu 1 ière 
que i'impuliion connue ne peut eau fer. Celui 

Selon Smith , ces objets interpofés nous ont accoutumés 
à juger la voûte du ciel comme fi elle était fujbaiflfée , 
& cette apparence eft la caufe immédiate du jugement qirt 
mous, formons lui la grandeur des aihes. 



%l6 D I t'ATTRACTXOV. 

de la réfra&ion, dont nous allons reprendra 
l'examen , n'eft pas moins furprenant. 

Commençons par nous bien affermir daûs 
une idée nette de la chofe qu'il faut explique*. 
Souvenons-nous bien que quand la lumière 
tombe d'une fubftance plus rare, plus légère, 
comme l'air, dans une fubftance plus pelante, 
plus denfe , comme l'eau , & qui» femble lui 
devoir réfifter davantage , la lumière alors 
quitte fon chemin , & fe brife en s'approchant 
-d'une perpendicule qu'on élèverait fur la for- 
face de cette eau. 

Pour avoir une idée bien nette de cette 
vérité , ( figure 15) regardez ce rayon qui 
tombe de l'air dans ce criftal. Vous favex 
comme il fe brife. Ce rayon A E fait un angle 
avec cette perpendiculaire B E , en tombant 
fur la fur face de ce criftal. Ce même rayon, 
réfradté dans ce criftal, fait un autre angle 
avec cette même perpendiculaire qui règle (a 
réfra&ion. Il fallut mefurer cette incidence le 
ce brifement de la lumière, Il femble que ce 
foit une chofe fort aifée ; cependant le géo- 
mètre arabe Alha\tn Vitellio , Kepler même , 
y échouèrent. Snellius Villebrod eft le pre- 
mier, au rapport d'Huygkens , témoin oculaire, 
qui trouva cette proportion confiante , dans 
laquelle la lumière fe rompt dans des milieux 
donnés. Il fe fervit des fécantes. Defcartes fe 
fervir enfuite des finus : ce qui eft précifément 
la même proportion , le même théorème , fous 
d'autres noms. Cette proportion eft très-aifée 
à entendre de ceux qui font le plus étrangers 
dans la géométrie. 

Plus la ligne AB, que vous voyez, 

grande » 



»B l'attraction. 137 

grande, plus la ligne CD fera grande auflï. 
Cette ligne A B eft ce qu'on appelle finus 
d'incidence. Cette ligne CD eft le finus de la 
réfra&ion, Ce n'eft pas ici le lieu d'expliquer 
en général ce que c'eft qu'un finus. Ceux qui 
ont étudié la géométrie le favent aifez. Les 
autres pourraient être un peu embarraffés de 
la définition. Il fuffit de bien favoir que ces 
deux finus , de quelque grandeur qu'ils foient f 
font toujours en proportion dans un milieu 
donné. Or , cette proportion eft différente , 
quand la réfra&ion fe fait dans un milieu diffé- 
rent. La lumière qui tombe obliquement de 
l'air dans du criftal , s'y brife de façon qus 
le finus de réfra&ion C D eft au finus d'inci- 
dence A B , comme x à 3; qui ne veut dire 
lutre chofe finon que cette ligne A B eft un 
tiers plus grande dans l'air , en ce cas , que 
la ligne CD dans ce criftal. Dans l'eau, cette 
proportion eft de 3 à 4. Ainfi il eft palpable 
que , dans tous les cas, dans toutes les obli- 
quités d'incidence poifible, la force réfringents 
du criftal eft à celle de l'eau comme 9 eft à 8 ; 
il s'agit non- feulement de favoir la caufe de 
la rétra&fon , mais celle de toutes ces réfrac- 
tions différentes. C'eft -là que les philofophes 
ont tous fait des hypothèfes , & fe font trompés. 

Enfin, Newton feula trouvé la véritable raifon 
qu'on cherchait. Sa découverte mérite apure- 
ment l'attention de tous les fiècles» Car il ne 
s'agit pas ici feulement d'une propriéré parti- 
culière à la lumière , quoique ce fût déjà beau- 
coup ; nous verrons que cette propriété appar- 
tient à tous les corps de la nature Confierez 
que les rayons de la lumière (ont en mouve-* 

Tome 42, Phyfi &c, Totn, J. M 



T}8 DÇ L*ÀTTRÀCTIOW. 

ment , que s'ils fe détournent en changeant 
leur courfe , ce doit erre par quelque loi pri- 
mitive , & qu'il ne doit arriver à la lumière 
que ce qui arriverait à tous les corps de même 
petiteffe que la lumière , toutes chofes d'ailleurs 
égales. 

Qu'une balle de plomb A (figure 16 ) foit 
pouffée obliquement de Pair dans Peau , il arri- 
vera d'abord le contraire de ce qui efl arrivé 
à ce rayon de lumière ; car ee rayon délié 
parte dans des pores , & cette balle , dont la 
fu perfide eft large , rencontre la fuperficie de 
l fc eau qui lui réftfte. Cette balle s'éloigne 
donc d'abord de la perpendiculaire B ; à "U 
vérité le mouvement oblique qu'on lui avait 
imprimé- diminue peu à peu , & la forte pefan-* 
teur l'entraînant toujours également , elle finit 
par fe rapprocher de la direcl-ion perpendicu-* 
faire. Elle retarde , comme on fait , fa- chute 
dans Peau , parce que l'eau lui réfifte ; maia 
wn rayon de lumière y augmente au contraire 
'ia célérité , parce que Peau ne réfifte pas au* 
rayons qui ia pénètrent. 

Jl y a donc une force , teHe qu'elle foit % 
qui agit entre les corps & la lumière. 

Que ce! te attra&ion , que cette tendance 
exifte , nous n'en pouvons douter : car nous 
avons vu la lumière > attirée par le verre , y 
centrer fans toucher à rien ; or , cette forcé 
«*git nécessairement en ligne droite, c'eftà-dire, 
dans la ligne tirée de chaque molécule à chaque 
joint du corps qui exerce cette force ; car 
puisqu'elle exifte , elle efl dans toutes les parties 
eu. corps qui l'exerce. Les parties de la fuper- 
lUtetfw awtec w$s quelconque égrouYeal 



DE L* ATÎRACÎION. l}f 

donc ce pouvoir avant qu'il pénètre l'intérieur 
de la fubftance du co.rps attirant , avant qu'il 
parvienne au point où il eft dirigé. ( figure 17 ) 
Ainfi dès que ce rayon efl arrivé près de la 
fuperficie du criflal , ou de l'eau , il prend 
déjà un peu en cette manière le chemin de la 
perpendiculaire. 

Il Te brife déjà un peu en C avant que d'entrer : 
plus il entre , plus il fe brife ; parce que plus 
il approche , plus il efl attiré. Il y a encore 
une raifon importante pour laquelle le rayon 
s'infléchit néceffairement par une courbure in- 
fenfible , avant que de pénétrer en ligne droite 
dans le criflal. C'efl parce qu'il n'y a point 
d'angle rigoureux dans la nature , qu'un mou- 
vement continu ne peut changer de diiedion 
qu'en paffant par tous les degrés poflîbïes de 
changement.; il ne peut donc de la U^ùe droite 
palier tout d'un coup en une autre ligne droite, 
fans tracer une petite courbe qui joigne ces 
deux lignes enfemble. Ainfi les principes dô 
continuité établis par Leibniti & l'attraction 
de Newton fe réunifient dans ce phénomène. 
Ce rayon ne tombe donc pas tout-à-fait per- 
pendiculairement , & ne fuit pas fa première 
ligne droite oblique eh traverfanr cette eau 
ou ce verre ; mais il fuit une ligne courbe , 
qui defeend d'autant' plus vite que Katfracliorl 
de cette eau on de ce criflal efl plus forte. 
Donc- loin que l'eau rompe les rayons def lu- 
mière en leur renflant , comme 00 le croyait , 
elle les rompt en effet , parce qu'elle ne rétifle 
pas , & au contraire , parce qu'elle les attire. 
Il faut donc dire que les rayons fe brifent 
¥ej£ U perpendiculaire , non pas quand* ils* 

M x 



140 DÇ L' ATTRACTION. 

paffent d'un milieu plus renflant , mais quand 
ils paifent d'un milieu moins attirant dans un 
milieu plus attirant. Obfervez qu'il ne faut 
jamais entendre par ce mot attirant que le 
point vers lequel fe dirige une force reconnue , 
une propriété incontestable de la matière , 
laquelle propriété eft très-fenfible entre la lu- 
mière & les corps. Que l'on confidère que depuis 
l'an 1671 , que Newton fit voir cette attra&ion, 
aucun philofophe n'a pu imaginer une raifon 
plaufible de ce brifement de la lumière. 

Les uns vous difent : le criftal réfracte les 
rayons de lumière , parce qu'il leur réfifle : 
mais s'il leur réfifte , pourquoi ces rayons y 
entrent-ils plus facilement & avec plus de vî- 
teffe ? Les autres imaginent une matière datfs 
le criftal , qui ouvré de tous côtés des che- 
mins plus faciles : mais fi ces chemins font fi 
faciles de tous côtés , pourquoi la lumière n'y 
entre-t-elle pas fans fe détourner ? Ceux-ci 
inventent des atmofphères , ceux-là des tour- 
billons ; tous leurs fyftèmes croulent par quelque 
endroit ; il faut donc , je crois , s'en tenir aux 
découvertes de Newton , à cette attraction vi- 
fible dont ni lui , ni aucun philofophe , n'ont 
pu trouver la raifon. 

Vous favez que beaucoup de gens , autant 
attachés à la philofophie , ou plutôt au nom 
de De/cartes ,* qu'ils l'étoient auparavant au 
nom d'Ariflote , fe font foulevés contre l'at- 
tra&ion. Les uns n'ont pas voulu l'étudier ; 
les autres l'ont méprifée , & l'ont xnfultée , 
après l'avoir à peine examinée : mais je prie 
le lecteur de faire les trois réflexions fuivantes. 

1. Qu'entendons-nous par attraction ? rien 



D * L* ATTRACTION. I4I 

autre chofe qu'une force par laquelle un corps 
s'approche d'un autre , fans que Ton voie , fans 
que l'on connaiffe aucune autre force qui le 
pouffe. 

a. Cette propriété de, la matière eft établie 
par les meilleurs philofophes en Angleterre , en 
Allemagne , en Hollande & même dans plu- 
fieurs uni ver fit es d'Italie , où des lois un peu 
rigoureufes ferment quelquefois l'accès à la vé- 
rité. Le confentement de tant de favans hommes 
n'eft-il pas une raifon puiffante pour examiner 
au moins fi cette force exifte ou non ? 

3. L'on devrait fonger que l'on ne connaît 
pas -plus la caufe de l'impulfion que de l'attrac- 
tion. On n'a pas même plus d'idée de l'une de ces 
forces que de l'autre ; car il n*y a perfonne 
qui puifte concevoir pourquoi un corps a le 
pouvoir d'en remuer un autre de fa place. 
Nous ne concevons pas non plus , il eft vrai , 
comment un corps en attire un autre , ni com- 
ment les parties de la matière gravitent mu- 
tuellement , comme il fera prouvé. Aufïi ne 
dit- on pas que Newton fe foit vanté de con- 
naître la raifon de cette attraction. Il a prouvé 
Amplement qu'elle exifte ; il a vu dans la ma- 
tière des phénomènes conftans une propriété 
uriverfelle. Si un homme trouvait un nouveau 
métal dans la terre , ce métal exifterait-il moins f 
parce que Ton ne cormaîtraît pas les premiers 
principes dont il ferait formé ? 

On dit fouvent que Tattradion eft une qua- 
lité occulte. Si l'on entend par ce mot un prin- 
cipe réel dont on ne peut rendre raifon , tout 
J'univers eft dans ce cas. Nous ne favons ni 
comment il y a du mouvement , ni comment 



141 de l'attraction. 

il fe communique , ni comment les corps i 

élafliques, ni comment nous penfons, ni o 

ment nous vivons , ni comment ni pourc 

quelque chofe exifte ; tout eft qualité occt 

Si Ton entend j:ar ce mot une* expreflion 

l'ancienne école , un mot fans idée , que 1 

confidère feulement que c'eft par les plus 

biimes & les plus exacles démonflratioris i 

thématiques que Newton a fait voir aux homi 

ce principe qu'on s'efforce de traiter de chiœc 

Nous avons vu que les raVons réfléchis d 

miroir ne fauroient venir à nous de fa fur fa 

"Nous avons expérimenté que les rayons tra 

mis dans du verre à certain angle, revient: 

au lieu de pafler dans l'air ; & s'il y a 

vide derrière ce verre , les rayons qui étai 

tranfmis auparavant reviennent de ce vid 

nous. Certainement il n'y a point là d'jmpuli 

connue. Il faut de toute nécefïité admettre 

autre pouvoir ; il faut bien auffi avouer q 

y a dans la réfra&ion quelque choie tju 

n'entendait pas jufqu'à préfent. Or , quelle f 

cette pui (Tance qui rompra ce rayon de 

mière dans ce bafiin d'eau ? Il eft démon 

( comme nous- le dirons au chapitre fuivan 

que ce qu'on avait cru jufqti'à piélenr 

fimple rayon de lumière , t?- un faiîceau 

plufieurs rayons qui fe réfractent tous diffère 

ment. Si de ces traits dé lumière contenus d: 

ce rayon , l'un fe réfracïe , par exempïe , 

quatre mefures de la perpendiculaire , J'au 

fe rompra a- trois mefures. Il eft démon r/é q 

les plus réfrangibles , c'eft-à-dire , par exemp] 

ceux qui en fe brifant au fortir d'un verre 

6c en prenant daû*l'fck une &?weUe-d»?âi0J 



DE V A T T R A C T I O K. T43 

s'approchent moins de la perpendiculaire à ce 
verre , font auiïi ceux qui fe réfléchiflent te 
plus aifément , le plus vite. Il y a donc déjà 
bien de l'apparence que ce fera la même loi 
qui fera réfléchir la lumière , & qui la fera 
réfracler. 

Enfin , fi nous trouvons encore quelque nou- 
velle propriété de la lumière qui paraifle devofr 
fon origine ^ la force de TattradHon , ne de- 
vons-nous pas conclure que tant d^efTets appar- 
tiennent à la même caufe T' Voici cette nou- 
velle propriété qui fut découverte par le père 
Grimatdi jéfuite, vers Tan t66o , & fur laquelle 
Newton a pouffé l'examen jufqu'au point d'e 
inefurer Tombre d'un cheveu • à des diflances 
«liérentes. Cette propriété eft l'inflexion de 
la lumière. Non- feulement les rayons fe brifent 
en paffant dans le milieu dont la rcaffe les. 
attire , mais d'autres rayons , qui paffent dans. 
Tair auprès des bords de ce corps attirant , 
s'approchent fenflblemenr de ce corps, & fè 
détournent vifiblement de leur chemin. 

Mettez ( figure 18 ) dans un endroit obfcur 
cette lame d'acier ou de verre amincr, qi>i 
finit en pointe ; expofe/.-la auprès d'un petit- 
trou par lequel la ïqmière paffe ; que cette 
luraièie vienne rafer la pointe de ce métal ; 
vous verrez les rayons le courber auprès en 
lelle manière que le rayon- qui s'approchera 
le plus de cette pointe fe courbera davantage , 
il celui qui en fera le plus éloigné fe courbera 
■joins à proportion» N'eft-il pas de la- plus 

frande vraisemblance que le même pouvoir qui 
rife ces rayons y quand ils font dans ce mi- 
JLçu à Içsl face à fe d^LQUxaer ; «pana iU foû* 



144 se l'attraction. 

{>rès de ce milieu ? Voilà donc la réfraflion, 
a tranfparence , la réflexion affujettie* à de 
nouvelles lois. Voilà une inflexion de la lu- 
mière, qui dépend évidemment de l'attraclion, 
Cert un nouvel univers qui fe préfente aux 
yeux de ceux qui veulent voir. 

Nous montrerons bientôt qu'il y a une attrac- 
tion évidente entre le foleil & les planètes, 
une tendance mutuelle de tous les corps les 
uns vers les autres. Mais nous af ertiflbns en- 
core ici d'avance que cette attraction», qui 
fait graviter les planètes fur notre foleil, 
n'agit point du tout dans les mêmes rapports 
que l'attraclion des petits corps qui fe touchent. 
Ce font même probablement des attrapions île 
genres abfolument différens. Ce font de nou- 
velles & différentes propriétés de la lumière 
& des corps que Newton a découvertes. Il ne 
s'agit pas ici de leur caufe , mais fimplement 
de leurs effets ignorés jufqu'à nos jours. Qu'on 
ne croie point que la lumière eft infléchie fers 
le criflal & dans le criflal , fuivant le même 
rapport , par exemple , que Mars eft attiré 
par le foleil. ( 15 ) 

(if) Jufqn'ici l'on n'a pu rien découvrir for les loif 
de l'attiaftion à de très-petites distances. C'eft dans l'exa- 
men des phénomènes de la criitallifalion , qne l'on pt)nrra 
trouver un jour ces lois ; mais jofcju'ici ces phénomènes 
n'ont pas même è*è fuffifamment obfervés , ponr qn^ot 
ptiiffe connaître la manière dont s'exécute cette opération* 
M. l'abbé Haut vient de donner far la formation des 
criftaux plufieurs mémoires qui ont répanda nn grand jont 
fur cette matière importante. Cependant on eft peut-être 
encore bien éloigné d'en favoir afïez ponr pouvoir y 
appliquer le calcul , & connaître les lois de la force 
pitraâive. qui piéûde à la criftallifation. 

CHAPITRE 



DE LA RÉFRANGIBILITÉ, I4J 

CHAPITRE VIII. 

ÎUITE DES MERVEILLES DE LÀ RÉFRAG* 
TION DE LA LUMIÈRE. QU'UN SEUL RAYOtf 
DE LA LUMIÈRE CONTIENT EN SOI TOU«* 
TES LES COULEURS POSSIBLES. CE QUE* 
C'EST QUE LA RÉFRANGIBILITÉ. DÉCOU- 
VERTES NOUVELLES. 

Imagination de Defcartesfur les couleurs. Erreur 1 
de Mallebr anche. Expérience & démon flrat ion 
de Newton. Anjtomie de la lumière. Couleurs 
dans les rayons primitifs. Vaines objeâions 
contre ces découvertes. Critiques encore plus 
vaines. Expérience importante* 

ç 

cJÎ vous demandez, aux philofophes ce qui 
produit les couleurs , De/cartes vous répondra 
que les globules de fes élémens font uéterminés 
à tournoyer fur eux-mêmes , outre leur tendance 
du mouvement en ligne droite , & que ce font 
tes differens tournoiemens qui font les différentes 
touleurs. Mais fes élémens , fes globules , fon 
tournoiement , ont-ils même befbin de la pierre 
de touche de l'expérience , pour que le faux 
s'en fatte fentir ? Une foule de démonftrations 
anéantit ces chimères. 

Mallebrancke vient à Ton tour , & vous dit i 
Il eft vrai que Def cartes s'eft trompé : fon tour< 

Tomtçi. Phyf, &'c, Tome I. N 



J4$ DJE tA RÉFRANfilBIIITÊ; 
noiement de globules n'eft pas foutenable y mais 
ce ne font p as des globules de lumière ; ce font 
Je petits tourbillons tournoyans de matière fub* 
tile , capables de comprejjion , qui font la caufe 
des couleurs'; & les couleurs confident , comme 
les forts , dans les vibrations de prejfion. Ef il 
ajoure : Il me paraît impofjible de découvrir par 
aucun moyen les rapports exacts <]& ces vibra» 
tions , c'eft-à-dire , des couleurs. Vous remar- 

Jnjere? qu'il parlait ainfi dans l'académie des 
ciences en 1699 , & que l'on avait déjà dé- 
couvert ces proportions en 1675 ; non pas 
proportions de vibration de petits tourbillons 
qui n'exiftent point , mais proportions de la 
réfrangibilité des rayons qui contiennent les 
couleurs , comme nous le dirons bientôt. Ce 
- qu'il croyait impoflible était déjà démontré aux 
yeux , reconnu vrai par les fens : ce qui aurait 
bien déplu au père Mallebranche. 

D'autres philofophes , fentant le faible de ces 
fuppofitions, vous difent au moins avec plus 
de vraifemblance. Les couleurs viennent du plus 
ou du moins de rayons réfléchis des corps cor 
loris. Le blanc eft celui qui en réfléchit davan? 
tage ; le noir eft celui qui en réfléchit le moins. 
Ces couleurs les plus brillantes feront donc 
celles qui vous apporteront plus de rayons. Le 
rpuge , par exemple , qui fatigue un peu la vue % 
doit être compofé de plus de rayons que le yerjl 

Î\ui la repofe davantage. Cette bypothèfe ( déjà 
ufpe&e , puifqu'elle eft hypothèfe ) pe paraît 
qu'une erreur groflière, des qu'on 4 feule- 

Sent confidéré un tableau à un jpur faible, 
enfuite à un grand jpur. Car on voit tou- 
jours Jes mêmes couleurs. Pu blanc <jui n'ety 



M LA RÉFRAN GIB I 1 1 T 4. 147 

îlairé que d'une bougie eft toujours blanc , 

le verd éclairé de mille bougies fera tou- 
urs verd. 

Adreffez-vous enfin à Newton. Il vous dira : 
e m'en croyez pas : n'en croyez que vos 
»ux & les mathématiques ; mettez-vous dans 
ie chambre tout-à-fait abfcure , où le jour 
entre que par un trou extrêmement petit; 

rayon de la lumière viendra fur du papier 
>us donner la couleur de la blancheur. F.x- 
>fez tranfverfalement à un rayon de lumière 
ï prifme de verre , {Figure 19 ) enfuite mettez 
une diftance de feize ou dix-fept pieds une 
uille de papier P P vis-à-vis ce prifme, Vous 
vez que la lumière fe brife en entrant de 
lir dans ce prifme ; vous favez qu'elle fe 

Te en fens contraire, en fortant de ce prif- 
dans l'air. Si elle ne fe brifait pas ainfi , 
ie irait de ce trou tomber fur le plancher 
» la chambre Z. Mais comme il faut que la 
imière en s'échappant s'éloigne de la ligne Z , 
;tre lumière ira donc frapper le» papier. C'eft 

que fe voit tout le fecret de la lumière & 
*s couleurs. Ce rayon qui eft tombé fur ce 
riûne n'eft pas , comme on croyait , un fim- 
e rayon ; c'eft un faifceau de (ept principaux 
ifceaux de rayons , dont chacun porte en foi 
le couleur primitive , primordiale qui lui eft 
ropre. Des mélanges de ces fept rayons naif- 
nt toutes les couleurs de la nature ; & les 

t , réunis enfemble , réfléchis enfemble de 
is un objet , forment la blancheur. 

/vpprofondiffez cet artifice admirable. Nous 
/ions déjà infinué que les rayons de la lit- 
ière ne fe réfraâent pas , ne fe brifent paç 

N x 



I48 DE LA RÉFRANGIBILITÉ. 

tpus également ; ce qui fe paffe ici en eft sut 
yeux une démonftration évidente. Ces fept 
rayons de lumière , échappés du corps de ce 
rayon qui s'eft anatomifé au fortir du prifme , 
viennent fe placer chacun dans leur ordre fur 
ce papier blanc , chaque rayon occupant une 
portion du fpeétre. Le rayon qui a le moins 
de force pour fuivre fon chemin , le moins de 
roideur , le moins de fubftance , s'écarte plus 
dans l'air de la perpendiculaire du prifme. Celui 
qui eft plus fort, {figure ao) le plus denfe, 
le plus vigoureux , s'en écarte le moins. Voyez- 
vous ces fept rayons qui viennent fe brifer les 
uns au-deffus des autres ? Chacun d'eux peint 
fur ce papier la couleur primitive qu'il porte 
en lui-même. Le premier rayon qui s'écarte 
le moins de cette perpendiculaire du prifme 
eft une couleur de feu, le fécond orangé, 
le troifième jaune , le quatrième verd , le cin- 
quième bleu , le fixième pourpre ; enfin celui 
qui s'écarte davantage de la perpendiculaire, 
& qui s'éiève^le dernier au-deffus des autres, 
eft le violer. Un feulfaifceau de lumière , qui 
auparavant fefait la couleur blanche , eft donc 
un compofé de fept faifceaux qui ont chacun 
leur couleur. L'affemblage de fept rayons pri- 
mordiaux fait, donc le blanc. 

Si vous en doutez encore, prenez un des 
verres lenticulaires de lunette , qui raffemblent 
tous les rayons à leur foyer : expofez ce verre 
au trou par lequel entre la lumière : vous ne 
verrez jamais à ce foyer # qu'un rond de blaiH 
cheur. Expofez ce même verre au poinj où 
jl pourra raffembler tous les fept rayon» partis 
tiu prifme; il réunit, comme vous, le voyez 1 



DE LA RÉFRANGIBILITÉ. I49 

ces fept rayons dans fon foyer, {figure ai ) 
la couleur de ces fept rayons réunis eu blan- 
che : donc il eft démontré que la cduleur de 
tous les rayons réunis eft la blancheur. Le 
noir par conféquent fera le corps qui ne réflé- 
chira point de rayons. Car lorfqu'à l'aide du 
prifme vous avez féparé un de ces rayons pri- 
mitifs , expofez-le à un miroir , à un verre 
ardent , à un autre prifme , jamais il ne chan- 
gera de couleur , jamais il ne fe féparera en 
d'autres rayons. Porter en foi une telle cou- 
leur eft fon elîence ; rien ne.peut plus l'altérer; 
& pour furabondance de preuves , prenez des 
fils de foie de différentes couleurs ; expofez un 
fi] d.« foie bleue , par exemple , au rayon rouge » 
cette foie deviendra rouge. Mettez- la au rayon 
jaune , elle deviendra jaune ; ainfi du refle. 
Enfin ni réfraction , ni réflexion , ni aucun 
moyen imaginable ne peut changer ce rayon 
primitif, femblable à l'or que le creufet a éprou- 
vé , & encore plus inaltérable. 
. Cette propriété de la lumière , cette inégalité 
dans les réfractions de (es rayons , eft appelée 
par Newton réfrangibilité. On s'eft d'abord ré- 
volté contre le fait , & on l'a nié long-temys , 
{>arce que M. Mariotte avait manqué en France 
es expériences de Newton, On aima mieux 
dire que Newton s'était vanté d'avoir vu ce 
qu'il n'avait point vu , que de penler que 
Mariotte ne s'y était pas bien pris pourvoir, 
& qu'il n'avait pas été affez heureux dans le 
choix des prifmes qu'il employa. Enfuite même 
lorfque ces expériences ont été bien faites , 
Se que la vérité s'eft montrée à nos yeux , le 
préjugé, a fubûfié encore au point que , dans 

N 3 



IJO # DE LA RÉFRANGIB TLITi; 

jdufieurs journaux & dans plufieurs livres faiff 
depuis l'année 1730 , on nie hardiment ces 
mêmes expériences , que cependant on fait 
dans toute l'Europe. Ceft ainfi qu'après la dé- 
couverte de la circulation du fang , on foute- 
jiait encore des thèfes contre cette vérité , & 
qu'on voulait même rendre ridicules ceux qui 
expliquaient la découverte nouvelle, en les 
appelant circulatcurs. Enfin quand on a été 
obligé de céder à l'évidence , on ne s'eft pas 
rendu encore : on a vu le fait, & on a chi- 
cané fur l'expreflion ; on s'eft révolté contre 
le tern.-e de réfrangibilité auffi-bien que con- 
tre celui d'attratfion , de gravitation. Eh l 
qu'importe le terme, pourvu qu'il indique 'une 
vérité ? Quand Ckriftopke Colomb découvrit 
l'île Hifpaniola , ne pouvait-il pas lui impofer 
le nom qu'il voulait? Fît n'appartient-il pas aux 
inventeurs de nommer ce qu'ils créent ou ce 
qu'ils découvrent ? On s'eft écrié ; on a écrit 
contre ces mots que Newton emploie avec la pré* 
caution la plus fage pour prévenir des erreurs, 
Jl appelle ces rayons rouges , jaunes , 8rc. 
des rayons rubrifiques , jcruiifiques , c'eft-à- 
dire excitans la fenfation de rouge , de jaune. 
Il voulait par-là .fermer la bouche à quicon- 
que aurait l'ignorance ou la mauvaife foi de 
lui imputer qu'il croyait, comme Ariftote , que 
les couleurs font dans les chofes mêmes , dans 
ces rayons jaunes & rouges , & non dans notre 
ame. Il avait raifon de craindre cette aceufa- 
tion. J'ai trouvé des hommes , d'ailleurs refpec-» 
tables, qui m'ont afluré que Newton étant 
péripatéticien , il penfait que les rayons font 
colorés ea effet eux-mêmes , comme on pea* 



ÔÈ tA lÊFItANGÎ^ÎtlTl. îjt 

fait autrefois que le feu était chaud ; mais ces 
mêmes critiques m'ont affuré auflî que Newton 
était athée. Jl eft vrai qu'ils n'avaient pas lit 
fon livre , mais ils en avaient entendu parlet 
à des gens qui avaient écrit contre fes expé- 
riences fans les avoir vues. Ce qu'on écrivit 
d'abord de plus doux contre Newton , c'eft 
que fon fyflème eft une hypothèfe ; mais qu'eft- 
te qu'une hypothèfe ? une fuppofition. En 
vérité , peut-on appeler du nom de fuppofition 
des faits tant de fois démontrés. Efl-ce parce 
qu'on eft né en France qu'on rougit de rece- 
voir la vérité des mains d'un Anglais ? cefen- 
timent ferait bien indigne d'un philofophe. Il 
û'y a , pour quiconque penfe , ni Français % 
toi Anglais : celui qui nous inftruit eft notra 
compatriote. 

La réftangibilité & la réflexion dépendent 
évidemment de la même caufe. Cette réfran- 
gibiliré que nous venons de voir , étant atta- 
chée à la réfraction , doit avoir fa fource dans 
le même principe. La même caufe doit pré- 
fider au jeu de tous ces reflbrts : c'eft-là Tordra 
de la nature. Tous les végétaux fe nourrhTent 
par les mêmes lois ; tous les animaux ont le» 
mêmes principes de vie. Quelque chofe qui 
arrive aux corps en mouvement , les lois du 
mouvement font invariables. Nous avons déjà 
vu que la réflexion , la réfraftion , l'inflexion 
de la lumière font les effets d'un pouvoir qui 
n'eft point Timpulfion ( au moins connue : ) ce 
même pouvoir fe fait fentir dans la réfrangi- 
bilité ; ces rayons , qui s'écartent à des dis- 
tances diffch entes , nous avertiffent que le mi- 
lieu da&s lequel ils paffent agit fur eux inéga^ 

» 4 



JJ1 DK LA RÉFRANGIBILITÉ, 

Jement. Un faifceau de rayons eft attiré dans 
le verre ; mais ce faifceau de rayons eft com- 
pofé de fubftances différentes* Ces rnaffes font 
donc inégalement attirées ; fi cela eft , elles 
doivent donc fe réfléchir de ce prifme dans 
le môme ordre qu'elles s'y font réfradfées ; le 
rayon le plus réflexible doit être le plus réfran- 
gible. . 

Ce prifme a envoyé fur ce papier ces fept 
couleurs : tournez ce prifme fur lui-même dans 
le fens ABC, {figure ai) vous aurez bien- 
tôt cet angle > félon lequel toute lumière fe 
réfléchira de dedans ce prifme au-dehors f au 
lieu de paffer fur ce papier. Si tôt que vous 
commencez à approcher de cet angle , voilà 
tout d'un coup le rayon viojet qui fe détache 
de ce papier , & que vous voyez fe porter au 

))lafond de la chambre. Après le violet vient 
e pourpre , le bleu ; enfin le rouge quitte le 
cernièr ce papier, où ii eft peint, pour venir s 
à fon tour fe réfléchir fur le plafond. Donc 
tout rayon eft plus réflexible à mefure qu'il 
eft plus réfrangible : donc la même caufe opère 
la réflexion & la réfrangibilité. 

Or la partie folide du verre ne fait ni cette 
réfrangibilité , ni cette réflexion ; & , encore 
une fois , ces propriétés ont leur naiffance dans 
une autre caufe que dans Timpulfion connue 
fur la terre. Il n'y a rien à dire contre ces 
expériences ; il faut s'y foumettre , quelque 
rebelle que Ton foit à l!évidence ( 16 )• 

( 16) Va faifceau lumineux, quelque petit qu'il foit, 
eft compofé d'une infinité de rayons différemment téfrangi* 
bief. Sans cela, en employant un prifme dont l'aogui 



DE LA RÉFRANGIBILITÉ. IJ3 

ferait plus grand , oa aurait fept cercles fé parés , & non, 
une image continue dont les côtés font fcnfîblement des 
lignes droites. 

Il eft vrai que ce fpeftre continu fétnble n'offrir que 
fept couleurs dillincres ; le partage d'une couleur à l'autre 
n'eft nuancé que fur un très-petit efpace , tandis que la 
couleur paraft pure fur une plus grande étendue du fpeftxe. 
On pourrait dcjnc foupçonner que la fenfation de la 
couleur dépend d'une propriété des rayons , différente 
de leur degré de réfrangibilité, teuton paraît avoir crn 
qu'il n'y avait réellement que fept rayons; il femble Couvent» 
raifonner dans cette fuppofitfon j Tes premiers difcii. «s 
l'ont entendu dans ce fens : cependant comme il avait 
fenti dans cette opinion des difficultés infurmootables 9 
il ne s'eft jamais expliqué fur cet objet d'une manière 
précife. 

Plufieurs auteurs n'ont admis que quatre couleurs ; ils 
fupprimaieut les trois, couleurs intermédiaires , pourpre , 
rerd & orangé , comme produites par le mélange des 
deux couleurs voi fines ; ils étaient confirmés dans leur 
Opinion par des expériences où on ne voit réellement que 
quatre couleurs ; mais cette (jpinion eft peu fondée : le 
bleu & le jaune font à la vérité du verd ; mais û vous 
regardez fur un carton , à travers un piifme , le verd forme 
par l'union des rayons jaunes & bleus , les deux Couleurs 
ie féparent ; au lieu que fi vous regardez fur ce même 
carton l'image éclairée par les rayons verds du priûne » 
Tous alongerez l'image , mais elle reftera verte. 

Le prifme ne donne quatre couleurs feulement que 
lorfque la lumière eft faible , ou trop peu étendue par 
le prifme ; & fi elle était encore plus faible , il l'image 
était moins étendue , on ne verrait qu'un fpe&re d'un 
blanc fale ou rougeâtre. Ce 11 ainfi que la lumière d'uue 
étoile paraît à travers un prifme. Si vous armez le prifme 
d'une forte lunette , alors le fpeftre de l'étoile vous 
montrera diftinfteraenr jufqu'à quatre couleurs , rouge t 
jaune , bleu & violet ; avec une lunette plus faible , le 
jaune & le bleu difparaiiîent , & l'on voit du verd à la 
place. On doit à M. l'abbé Rochon ces expériences fur 
la lumière des étoiles , qui prouvent que cette lumière 
eft de môme nature que celle du foleil , que celle des 
corps terreftres embrafés. 

Non-feulement la xéfiaftion eft différente dans les difféV 



ÎJ4 A* tA RÉFRANéïBÏIIf Ê. 
rens milieux , mais la différence de réfraagibilité des difTt 
jens rayons n'efl point proportionnelle dans ces milieux 
à là réfrartion. Il en ré fui te que Ton peut, en combinant 
différens milieux , former des prifmes où. les rayons fe 
*éfr3ftent fans fe féparer , & détruire les couleurs dans 
les lunettes en employant des lentilles compofées de plu- 
fienrs verres de différente nature. Cette idée que Ton doit 
à M. Euler a produit les lunettes acromatiques que plu Ce art 
artiftes habiles ont portées à un très-grand degré de per* 
fe&îon. M. l'abbé Rochon a trouvé , en appliquant les 
lunettes aux prifmes , des moyens de mefurer avec une 
f~aude précilîon le rapport de la force réfraftive àet 
différons milieux , avec leur force difpeifive , précifion 
néceffaire pour la théorie des lunettes & pour leur coof- 
rruAion. 

Il y a des fubfîances qui ont «ne double- réfraction j 
en ibrte que les objets qu'on regarde à travers un prifme 
formé de ces fubitaaces paraît double. Tel eft le enflai dé 
roche, le criftal d'Iflande ; & ces fubftances ont vrai* 
femblablement cette propriété , parce qu'elles font com- 
pofées de lame* -hétérogènes placées les unes fur lel 
autres ; du moins on produit le môme phénomène arec 
des verres artificiels aiùfi difpofés. Cette double réfraftio* 
â été employée avec beaucoup de fuccès par M. l'abbé 
Rochon , à la mefure des petits angles. L'infrrument qu'il 
a inventé pour cet objet eft très-ingénieux , & donne cet 
me fur es avec la plus grande précilion. Il peut fervir aoffi 
à mefurer des diftances fans avoir bfefoia d'employer des 
bafes d'une grande étendue* 



vê l'arc-en-ciei, IJJ 
CHAPITRE IX. 

>3 L'ARC-EN-CIEL. QUE CE METEORE EST 
UNE SUITE NÉCESSAIRE DES LOIS DE LA 
B.ÉFRANG1BIL1TÉ. 

icanifme de Vare-en-ciel inconnu a toute l'an* 
tiquité. Ignorance à* Albert le grand. L*ar- 
ckevêque Antonio de Dominis eft le premier 
qui ait expliqué V arc- en-ciel. Sun expérience 9 
imitée par Defcartes. La réfrangibilité unique 
raifon de l'arc-en-ciel. Explication de ce phé- 
nomène. Les deux arc s- en- ciel. Ce phénomène 
su toujours en demi-cercle. 



Li 'arc- en-ciel, on Irfs , eff une fuite né- 
efîaire des propriétés de la lumière que nous 
enons d'obferver* 

Nous n'avons rien dans Tes écrits des Grec$* 
i des Romains > ni des Arabes, qui puiffe? 
aire penfer ^qu'ils connuflent les raifons de ce* 
hénomène. Lucrèce n'en dit rien ; & par toutes 
2S abfurdirés qu'il^jlébite au nom à'Épicure 
iir la lumière & fur la vilion , il paraît que 
3n fiècle , fi poli d'ailleurs , était plongé dans 
ne profonde ignorance en fait de phyfique. 
)n favait qu'il faut qu'une nuée épaifte , fe 
éfolvant en pluie , (bit expofée aux rayons du 
oleil , & que nos yeuxfe trouvent entre l'aifce 



Xtf DB L* ARC -EN-CIEL. 

& la nuée , pour voir ce qu'on appelait l'Iris, 
mille trahit varies adv.erfo foie colores ; mais 
voilà tout ce qu'o i favait : perfonne n'imagi- 
nait ni pourquoi une nuée donne des couleurs, 
ni comment la nature & l'ordre des couleurs 
font déterminés , ni pourquoi il y a deux arcs- 
en ciel l'un fur l'autre , ni pourquoi on voit 
toujours ces phénomènes fous la figure d'ua 
demi- cercle. 

Albert , qu'on a furhommé le frand , parce 
qu'il vivait dans un fiècle où les hommes étaient 
bien petits , imagina que les couleurs de Tarc- 
en-ciel venaient d'une rofée qui eft entre nous 
& la nuée, & que ces couleurs reçues fur la 
nuée nous éraient envoyées par elle. Vous 
remarquerez encore jque cet Albert le grand 
croyait, avec toute l'école, que la lumière 
était un accident. 

Enfin Je célèbre Antonio de Do mini s arche- 
vêque de Spalatro en Dalmatie , chaffé de fon 
évêchéparl'inquifition ,. écrivit vers l'an 1590, 
fon petit traité De radiis Lucis & de Iride , 
qui ne fut imprimé à Venife que vingt ans 
après. ( 17 ) Il fut le premier qui fit voir que 

( 17 ) Antnnio de Dominls fut une de* plus illuftres 
*îcYimes de l'inquifition romaine. Il renonça à fon arche- 
vêché , & fe retira yers 1603 en Angleterre , ©à il publia 
l'hifloire du Concile de Trente de l'ra-Paolo fon ami. 
Il l'occupa du projet de réconcilier les communions chré- 
tiennes , projet qui fut celui d'un frand nombre d'efpiits 
fages & amis de la paix , dans un fiècle où. les principes 
de la tolérance étaient inconnus. On trouva moyen de 
l'engager en 161 2 à retourner en Italie, en lui pro- 
mettant qu'on fe contenterait de la rétractation de quel- 
Îues proportions foi-difant hérétiques , qu'on l'aecafait 
'avoir foutenues. Mais peu de temps après cetio-rétracla* 



»E L V A R C- E N-t CI E L-. ï$7 

les rayons du foleil , réfléchis de l'intérieur 
même des gouttes de pluie , formaient cette, 
inture qui paraît en arc , & qui femblait un 
Iracle inexplicable ; il rendit Je miracle na- 
rurel , ou plutôt il l'expliqua par de nouveaux 
odiges de la nature. Sa découverte était d'au- 
tant plus fingulière, qu'il n'avait d'ailleurs que 
des notions très-fduues de la manière dont fe 
(ait la vifion. Il allure dans fon livre que les 
images des objets font dans la prunelle , & 
qu'il ne fe fait point de réfradtion dans nos 

teux : chofe affez fingulière pour un bon phi-« 
)fophe ! Il avait découvert* lesJréfraâions alors 
inconnues dans les gouttes de l'arc en- ciel , 
fe il niait celles qui fe font dans les humeurs 
de l'œil , qui commençaient à être démontrées : 
mais laiflbns fes erreurs pour examiner la vé- 
rité qu'il a trouvée. 
U vit , avec une fagacité alors bien pei» 

lion , on lui fuppofa d'antres crimes. Il fut mis au château 
St-Angt , où il mourut en 1625, âgé de 64 ans. Les 
iaquifiteurs eurent la barbarie de le faire déterrer & de 
brûler fon cadavre. Outre fon ouvrage fur l'optique , il 
avait fait un livre intitulé ; De Republic a Chriftiana , qui 
fat brûl«t avec lui. Ce livre fut condamné par la Sorbonne 9 
parce qu'il contenait des principes de tolérance & de» 
maximes favorables à l'indépendance des princes fécvliers* 
Tra-Faolo , plus fa ge que 1 archevêque de Spalatro, refta*. 
toute fa vie à Vernie , où il n'avait du moins à craindre 
oue les affaflïns. Peu de temps après , l'illuftre Galilée , 
I honneur de l'Italie, fut forcé de demander pardon d'avoir 
découvert de nouvelles preuves du mouvement de la terre 9 
&ç traîné en prifon à l'âge de plus de foixante & dix ans 9 
par ordre des mê.nes inquifiteurs. 

Ne fjyons donc pas étonnés fi on ne trauve pas on 
feul Romain parmi les hommes illuftres en tont genr» 
•ui , dans ces derniers £ècles , ont fait homme ur i l'IÔUa, 



*JS DE I*ARC-ÊH-CIEL. 

commune , que chaque rangée , chaque bande 
de gouttes de pluie qui forme l'arc-en-ciel , 
devait renvoyer des rayons de lumière fous 
differens angles ; il vit que la différence de ces 
angles devait faire celle des couleurs ; il fut 
wefurer la grandeur de ces angles : il prît une 
boule d'un criftal bien tranfparent , qu'il remplit 
d'eau ; H la fufpendit à une certaine hauteur 
expofée aux rayons du foleil. De/carte* , qui 
a fuivi Antonio de Dominis , qui Ta reâiné 
& furpaffé en quelque chofe , & qui aurait du 
le citer , fit aufii la même expérience. Quand 
cette boule eft fufpendue à une hauteur telle 
que le rayon de lumière qui donne du foleil 
for la boule faffe , avec le rayon allant de la 
boule à Poe il , un angle de quarante-deux de- 
grés deux ou trois minutes , cette boule donne 
toujours une couleur rouge. Quand cette boule 
tû fufpendue un peu plus bas , & que ces 
angles font plus petits , les autres couleurs de 
rarc-en^-ciel parahTent fucceflîvement ; de fa- 
çon que le plus grand angle , en ce cas , fait 
le rouge , & que le plus petit angle de qua- 
rante degrés dix-fept minutes forme le violet. 
C'eft là le fondement de la connahTance de 
Tarc-en-ciel ; mais ce n'en eft encore que le 
fondement, 

La réfrangibilité feule rend raifon de ce phé- 
nomène fi ordinaire , fi peu connu , & dont 
très-peu de commençans ont une idée nette : 
tâchons de rendre la chofe fenfible à tout le 
inonde. Sufpendons une boule de criftai pleine 
d'eau expofée au foleil ; plaçons-nous entre le 
foleil & elle : pourquoi cette boule m'envoie- 
fr-elle des couleurs? & pourquoi certaines cou- 



DE l'ARC-IR-CIIt; IJJ 

leurs ? Des r.iaffes de lumière , des millions 
de faifceaux , tombent du ciel fur cette boule : 
dans chacun de ces faifceaux il y a des traits 
primitifs , des rayons homogènes , plufieurs 
rouges, plufieurs jaunes, plufieurs verds, &c. ; 
tous le brifent à leur incidence dans la boule ; 
chacun deux fe brife différemment & félon 
l'efpèce dont il eft , & félon l'endroit dans 
lequel -il entre. Vous favez déjà que les rayons 
rouges font les moins réfrangibles ; les rayons 
rouges d'un certain faifeeau déterminé iront 
donc fe réunir dans un certain point déterminé 
au fond de la boule , tandis que les rayons 
bleus & pourpres du même faifeeau iront ail- 
leurs. Ces rayons rouges fortiront aufli de la 
boule en un endroit , & les verds , les bleus , 
les pourpres en un autre endroit. Ce n'eft pas 
affez ; il faut examiner les points où tombent 
ces rayons rouges en entrant dans cette boule, 
Qc en fortant pour venir à votre œil. 

Pour donner à ceci tout le degré de clarté 
néceflaire , concevons cette boule telle qu'elle 
eft en effet , un affemblage d'une inanité de 
furfaces planes : car le cercle étant compofé 
d'une infinité de droites infiniment petites , k| 
fphère n'eft dans fa circonférence qu'une infi- 
Dite de furfaces. {figure %$ ) Des rayons rouges 
ABC viennent parallèles du foleil fur ces trois 
petites furfaces. N'eft-il pas vrai que chacun 
fe brife félon fon degré d'incidence ? N'eft-il 
pas manifefte que le rayon rtfuge A tombe 
plus obliquement fur fa petite fur face que le 
rayon rouge B ne tombe fur la fienne ? Ainfi 
tous deux viennent au point R par différens 
chemins. Le rayon rouge Ç , tombant fur fa 



\Go DE l'arc-en-ciel. 

petite furface encore moins obliquement , fc 
rompt bien moins , & arrive aufli au point R 
en ne fe briCant que très-peu. J'ai donc déjà 
trois rayons rouges , c*eft-à-dire trois faifcèaux 
de rayons rouges qui aboutiflent au même point 
R. A ce point R chacun fait un angle de ré- 
flexion égal à Ton angle d'incidence ; chacun fe 
brife à Ion émergence dé la boule , en s'éloi- 
gnant de la perpendiculaire de la nouvelle pe- 
tite furface qu'il rencontre, de même, que 
chacun s'eft rompu à fon incidence en s' appro- 
chant de fa perpendicule ; donc tous reviennent 
parallèles , donc tous entrent dars l'œil. S'il 
y a une quantité fuffifante de ces trois homo- 
gènes rouges pour ébranler le nerf optique, 
il eft inconteftable que vous ne devez avoir 
que la fenfation de rouge. Ce fout ces rayons 
ABC, qu'on nomme rayons vijîbles , rtyons 
efficaces de cette goutte , car chaque goutte a 
fes rayons vifibles pour l'œil qui fe trouve dans 
la direction de ces riyons rouges parallèles , 
& il faut , pour que cela ait lieu , que l'angle 
que forment les lignes menées du foleil & de 
l'œil au globule , forment un angle de 41 de- 
grés a minutes. 

Il y a des milliers d'autres rayons, rouges 
qui , venant fur d'autres petites furfaces de la 
boule , plus haut & plus bas , n'abouriffent 
point en R , ou qui , tombés en ces mettes 
furfaces à une autre obliquité , n'aboutiflent. 
point non plus en R ; ceux-là font perdus pour 
vous ; ils viendront à un autre œil placé plus 
haut ou plus bas. 

Des milliers de rayons orangés , verds , bleus, 
violets ! font venus à la vérité avec les rouges 

vifibles 



DE t'ARC-ÊN-CIEL l6l 

ûfihles'fur ces fur fa ces ABC; mais vous ne 
lourrez les recevoir : vous en favez la raifon ; 
:'eft qu'ils font tous plus réfrangibles que les 
ouges ; c'eft qu'en entrant tous au môme poinr r 
;bacun prend dans la boule un chemin diffé- 
ent ; tous rompus davantage , ils viennent au- 
leflbus du point R ; ils le rompent aufli plus 
jue les rouges en fortant de la boule. Ce mûme 

Souvoir , qui les approchait plus de la perpen- 
icule à chaque furface dans l'intérieur de la 
boule , les en écarte donc davantage à leur re- 
tour dans l'air : ils reviennent donc tous au- 
deflbus de votre œil ; mais bai (Te z la boule » 
vous rendez l'angle plus petit. Que cet angïç 
foît de quaranfe degrés ou environ dix-fept 
minutes, vous ne recevez que les objets 
violets. 

Il n'y a perfonne qui d'après ce principe ne 
conçoive très-aifément l'artifice de l'arc-en- 
çiel ; imaginez plufieurs rangées , plufieurs 
bandes de gouttes de pluie , chaque goutte fait 
précifément le même effet que cette boule. 

Jetez les yeux fur cet arc , & , pour éviter 
la confufion , ne confidérez que trois rangées 
de gouttes de pluie , trois bandes colorées. Il 
efl vifible que l'angle POLeft plus petit quq 
l'angle V O L , & que l'angle ROLeftle plus 
grand des trois. ( figure 24 ) Ce plus grand 
angle des tiois eft donc celui des rayons pri- 
mitifs rouges ; cet autre mitoyen eft celui des 
primitifs verds ; ce plus petit P O L eft celui des 
primitifs pourpres. Donc vous devez voir l'iris 
fouge dans fon bord extérieur , verte dans for* 
milieu , pourpre & violette dans fa bande in-» 
férieure. Remarquez feulement que la dernier* 
Tomc'qi, Phyj. frc, Tome I ê O 



couche violette eft toujours teinte de la co 
blanchâtre de la nue dans- laquelle ell 
perd. 

Vous concevez donc aifément que vol 
voyez ces gouttes que fous les rayons 
caces parvenus à' vos yeux après une réfl 
& deux réfra&ions , & parvenus fous de 
gles déterminés. Que votre cfcil chang 
place , qu'au lieu d'être en O il fort c 
ce ne font plus les mêmes rayons- que 
voyez : la bande qui vous donnait du i 
vous donne alors de l'orangé ou du i 
ainfi du refte , & à chaque mouvement d< 
vous voyez une iris nouvelle. 

Ce premier arc- en-ciel bien conçu-, 
aurez aifément l'intelligence du fecond ; 
Ton voit d'ordinaire qui erobraflfe ce pre: 
& qu'on appelle le faux arc-cn-ciel , 
que fes couleurs font moins vives, & qi 
font dans un ordre renverfé. Pour que 
puifliez voir deux arcs-en-ciel , il" fuffit c 
- nuée foit affez étendue & affez épaiffe 
arc , qui fe peint ati-deiïus du premier I 
l'embraffe , eft formé de même par des r; 
que lé foleil darde dans ces gouttes de i 
qui s'y rompent , qui s'y réfléchi lient de 
que chaque rangée de gouttes vous e: 
aufli des rayons primitifs : cette goutl 
rayon rouge , cette autre goutte un i 
videt. Mais tout fe fait dans ce gran< 
d'une manière oppofée à ce qui fe paffe 
le petit y pourquoi cela ? c'efr que votre 
«jui reçoit les rayons efficaces du peti 
venus du foleil dans la partie fupérieur 

fcQuttss ^ reçoit ^ji compara tes ravot 



'*£ t'A R C- EN- CI fi t. l6j 

grand arc venus par la partie baffe des gouttes; 

Vous apercevez que les gouttes d'eau du 
petit arc reçoivent les rayons du foleil par la 
partie fupérieure , par le haut de chaque 
goutte; (figure 25) les gouttes du grand arc- 
en-ciel au contraire reçoivent les rayons qui 
parviennent par leur partie baffe. Rien ne vous 
fera , je crois , plus facile que de concevoir 
comment les rayons fe réfléchiffent deux fois 
dans les gouttes de ce grand arc-en-ciel , & 
comment ces rayons , deux fois réfra&és & 
deux fois réfléchis , .vous donnent une iris 
dans un ordre oppofé à la première , & plus v 
affaiblie de couleur. Vous venez de voir que 
les rayons entrent ainfi dans la petite partie 
baffe des gouttes d'eau de cette iris exté- 
rieure. 

Une maffe de rayons fe préfeqte à la furface 
de la goutte en G ; (figure z6 ) là une partie 
de ces rayons fe réfra&e en dedans , & unô 
autre s'éparpille en dehors ; voilà déjà une 
perte de rayons pour l'œil. La partie réfraclée 
parvient en H ; une moitié de cette partie? 
s'échappe dans l'air en fortant de la goutte * 
& eft encore perdue pour vous. Le peu qu£ 
s'eft confervé dans Ja goutte s'en va en K ; 
là une partie s'échappe encore : troifième di- 
minution. Ce qui en eft refté en K s'en? va etiL 
M , & à cette émergence en M une partie? 
s'éparpille encore : quatrième diminution* ; & 
ce qui en refte parvient enfin- dans- la ligne? 
M N. Voilà donc dans cette goutte auranr de? 
fétraéiiotTS que dans les gouttes du- petit arc $ 
nais il y a 9 comme vous voyez , deux réfie-* 
ataft a» Uçu- d'une dans ce grand arc- tf ùt 



ï64 i>e l'arc-en-ciel. 
perd donc le double de la lumière dans ce 
grand arc , où la lumière fe réfléchit deux 
fois ; & il s'en perd la moitié moins dans le 
petit arc intérieur où les gouttes n'éprouvent 
qu'une réflexion. Il eft donc clair que l'arc- 
en-ciel extérieur doit toujours être environ 
de moitié plus faible en couleur que le petit 
arc intérieur. Il eft aufli démontré , par ce 
double chemin que font les rayons , qu'ils 
doivent parvenir à vos yeux dans un fens 
oppofé à celui du premier arc, car votre œil 
eft placé en O. (figure 27.) Dans cette place 
O , il reçoit les rayons les moins réfrangibles 
de la première bande extérieure du petit arc, 
& il doit recevoir les plus réfrangibles de la 
première bande extérieure de ce fécond arc; 
ces plus réfrangibles font les violets. Voici 
donc les deux arcs-en-ciel ici dans leur ordre, 
en ne mettant que trois couleurs pour éviter 
la confufion. 

Il ne refte plus qu'à voir pourquoi ces cou- 
leurs font toujours aperçues fous une figure 
circulaire. Confidérez cette ligne OZ, qui 
paffe par votre œil & par le foleil. Soient 
conçues fe mouvoir ces deux boules toujours 
à égale diftance de votre œil ; de même 
l'angle compris entre les lignes menées au 
foleil & à votre œil foit invariable , elles 
décriront des bafes de cônes (figure a8 ) dont 
la pointe fera toujours dans votre œil. Con- 
cevez que le rayon de cette goutte d'eau R , 
venant à votre œil O , tourne autour de pettt 
ligne O Z , comme autour d'un axe , fefant 
toujours , par exemple , un angle Z O R de 
qaamnte-deux degrés deux minutes $ ju.efl clair 



BE L'A RC - EN- C ÏEIm! l6| 

que cette goutte décrira un cercle qui vous 
paraîtra rouge. Que cette autre goutte V foiç 
conçue tourner de même , fefant toujours un 
autre angle V O Z , de quarante degrés dix- 
fept minutes , elle formera un cercle violet : 
toutes les gouttes qui feront^ dans ce plan 
formeront donc un cercle violet , & les 
gouttes qui font dans le plan de la goutte R 
Feront un cercle rouge. Vous verrez donc cette 
iris comme un cercle ; mais vous ne voyez 
pas tout un cercle , parce que la terre le 
coupe ; vous ne voyez qu'un arc , une portion 
de cercle. 

La plupart de ces vérités ne purent encore 
être aperçues ni par Antonio de Dominis , ni 
par De/cartes : ils ne pouvaient favoir pour- 
quoi ces différens angles donnaient différentes 
couleurs; mais c'était beaucoup d'avoir trouvé 
l'art. Les finelTes de l'art font rarement dues 
aux premiers inventeurs. Ne pouvant donc 
deviner que les couleurs dépendaient de la 
léfrangibilité des rayons , que chaque rayon 
contenait ..en foi une couleur primitive , que 
la différente attraction de ces rayons fefait 
leur réfrangibilité, & opérait ces écartemens» 
qui font les différens angles, De/cartes s'aban- 
donna à fon efprit d'invention pour expliquer 
les couleurs de Tarc-en-ciel. Il employa le 
tournoiement imaginaire de ces globules & cette 
tendance au tournoiement : preuve de génie * 
mais preuve d'erreur. Ceft ainfi que pour ex- 
pliquer la fyftole & la diajiôlc du cœur , il 
imagina un mouvement & une conformation* 
dans ce vifcère , dont tous les anatomiftes ont 
reconnu la fauffeté. Defcartts aurait été W 



166 DE LA CAUSE DÈS COULltTRS, 

plus grand philofophe de la terre s'il 
moins inventé. y 



C HA PITRE X. 

NOUVELLES DÉCOUVERTES SUR LA CA 
DES COULEURS , QUI CONFIRMENT 
DOCTRINE PRÉCÉDENTE. DÉMONST1 
TION , QUE LES COULEURS SONT OC 
SIONNÉES PAR L'ÉPAISSEUR DES PARI 
QUI COMPOSENT LES CORPS , SANS < 
LA LUMIÈRE SOIT RÉFLÉCHIE DE 
PARTIES. 

Connaijfance plus approfondie de la forma 
des couleurs. Grandes vérités tirées d 
expérience commune. Expérience de New 
Les couleurs dépendent de Vépaiffeur 
parties des corps , fans que ces parties 
fléchijfent elles-mêmes la lumière. Tous 
€orps font tranfparens. Preuve que les c 
leurs dépendent des épaijfeurs , fans que 
parties folides renvoient en effet la lumi 

jf A R tout ce qui a été dît jufqu'à préfe 
il refaite donc que toutes les couleurs n 
viennent du mélange des fept couleurs prii 
tfiates que l'arc-en-ciel & le prifme nous ] 



« ©£ tA CAtXSfc'TbES COULEURS". 1&J 

tes corps les plus ; "jropres à réfléchir des? 
rayons rouges , & dont les parties abforbent 
:>u laiflfent paffer les autres rayons , feront 
•ouges , & afnfi du refte. Cela ne veut pas 
lire que les parties de ces corps réfléchifient 
;n effet les rayons rouges , mais qu'il y a uns 
pouvoir , une force jufqu'ici inconnue , qui 
réfléchit ces rayons d'auprès des furfaces & 
iu fein des pores des corps. 

Les couleurs font donc dans les rayons du 
foleil , & rejaillirent à nous d'auprès des fur- 
faces & des pores , & du vide. Cherchons & 
Îréfent en quoi confifle le pouvoir apparent 
es corps de nous réfléchir ces couleurs , ce 
jui fait que l'écarlate paraît rouge , que les 
nés font verds , qu'un ciel pur eft bleu ; car 
lire que ceîa vient de la différence de leurs 
parties , c'eft dire une chofe vague qui n'ap- 
prend rien du tout. 

Un divertiffement d'enfant , qui femble 
l'avoir rien en foi que de méprifable , donne 
l M. Newton la première idée de ces nou- 
velles vérités que nous allons expliquer. Tout 
loit être pour un philofophe un fujet de mé- 
litation , & rien n'eft petit à fes yeux. Il 
'aperçut que dans ces bouteilles de favon que 
bnt les enfans , les couleurs changent de 
noment en moment , en comptant du haut de 
a boule , à mefure que l'épaiffeur de cette- 
k)uJe diminue , jufqu'â ce qu'enfin la pefan— 
eur de l'eau* & du favon, qui tombe toujours 
u fond , rompe l'équilibre de cette fphère 
égère & la fefle évanouir; Il en- préfuma qu« 

; couleurs pourraient bien dépendre de l'é^- 



ï68 DE LA CAUSB DES COULEURS. 

des corps , & pour s'en affurer il fit les ex- 
périences fuivantes. 

Que deux criftaux fe touchent en un point : 
il n'importe qu'ils foient tous deux convexes, 
il fuffit que le premier le foie , & qu'il (bit 
pofé fur l'autre. Qu'on mette de l'eau entre 
ces deux verres pour rendre plus fenfible 
l'expérience qui fe fait aufli dans l'air : qu'on 
preife un peu ces verres l'un contre l'autre , 
une petite tache rfoire tranfparente paraît au 
point de contact des deux verres : de ce point 
entouré d'un peu d'eau fe forment des anneaux 
colorés dans le même ordre & de la même 
manière que dans la bouteille de favon : enfin 
en mefurant le diamètre de ces anneaux & de 
la convexité du verre , Newton détermina les 
différentes épaiffeurs des parties d'eau qui 
donnaient ces différentes couleurs ; il calcula 
l'épahTeur néceffaire à l'eau pour réfléchir les 
rayons blancs : cette épaiiïeur eft" d'environ" 
quatre parties d'un pouce divifé en un million, 
c'eft-à-dire quatre millionièmes d'un pouce ; 
le bleu qzur & les couleurs tirant fur le violet 
dépendent d'une épaifleur beaucoup moindre. 
Ainfi les vapeurs les plus petites qui s'élèvent 
de la terre , & qui colorent l'air fans nuage , 
étant d'une très- mince lurface , produifent ce 
bleu céJefte qui charme la vue. 

D'autres expériences auffi fines ont encore 
appuyé cette découverte que c'eft à l'épaiffeur 
des furfaces que font attachées les couleurs. 
Le môme corps , qui était verd quand il était 
Un peu épais , eft devenu bleu, quand il a été 
affez mince pour ne réfléchir que les rayons 
bleus (k pour tailler palier les autres. Ces vé- 
rités 



M LA CAUSE DES COULEURS, ï6) 

îtés d* une recherche fi délicate , & qui fèm- 
>laient fe dérober à la vue humaine , méritent 
>ien d'être fuivies de près ; cette partie de 
a philofophie eft un microfeope avec lequel 
îotre efprit découvre des grandeurs infiniment 
>etites. 

Tous les corps font tranfparens ; il n'y a 
ju'à les rendre aviez minces pour que le» 
rayons , ne trouvant qu'une lame , qu'une 
Feuille à traverfer , paflfent à travers cette 
lame. Ainfi quand l'or en feuilles eft expofé k 
an trou dans une chambre obfcure , il renvoie 
par fa furface 'des rayons jaunes qui ne peu- 
vent fe tranfmettre à travers fa fubftance , & 
il tranfmet dans la chambre obfcure des rayons 
verds ; de forte que Por produit alors une 
couleur verte : nouvelle confirmation que les 
couleurs dépendent des différentes épaiffeurs» 
Une preuve encore plus forte , c'eft que dans 
l'expérience de ce verre convexe-plan' , four- 
chant en un point un verre convexe , l'eaa 
n'eft pas le feul élément qui , dans les épaif- 
feurs diverfes , donne diverfes couleurs , l'air 
fait le même effet ; feulement les anneaux co- 
lorés qu'il produit entre les deux verres , ont 
plus- de diamètre que ceux de l'eau. Il y a donc 
une proportion feercte établie par la nature 
entre la force des parties confti tuantes de tous 
les corps , & les rayons primitifs qui colorent 
les corps ; les lames les plus minces donneront 
les couleurs' plus faibles ; & pour donner le 
«oir , il faudra juftement la même epaiifeur f 
«ou plutôt la même ténuité , la même m'incite 
-qu'en a la petite partie fupérieure de la boule 
de Cavon , dans laquelle on apercevait un petit 
Tome 41, Phyf. fre, Tome I. P 



170 ACTION DES CORPS. 

fjoint'noir, ou bien la même ténuité qu'en a 
e point de concaft du verre convexe & du 
verre plat , lequel contact produit^ auffi une 
tache noire. 

Mais , encore une fois{ qu'on ne croie pas 
que les corps renvoient la lumière par leurs 
parties folides , fur ce que les couleurs dépen- 
dent de l'épaifleur des parties. Il y a un pou- 
voir attaché à cette épaiffeur, un pouvoir qui 
agit auprès de la furface : mais ce n'eft point 
du tout la furface folide qui repouiîé , qui 
réfléchit. Il me femble que le Ie<fkur doit être 
venu au point où rien ne doit plus le fur- 
prendre : mais ce qu'il vient de voir mène 
encore plus loin qu'on ne penfe % & tant de 
fingula rites ne font , pour ainfi dire , que les 
frontières d'un nouveau monde. 

CHAPITRE XL 

Sotte de ces d:' couvertes, action mu- 
tuelle »ES CORPS SUR LA LUMIÈRE. 

Expérience très-Jîngulière, Conséquences de ces 
expériences. Action mutuelle des corps fur la 
lumière. Toute cette théorie de la lumière A 
rapport avec la théorie de l'univers La ma- ! 
tière a pi. s de propriété qu'on ne ptnje. I 

JLjA réflexion de la lumière, fon inflexion» 
fa réfraction, fa réfrangibtlité font connues; 
l'origine des couleurs elt découverte y.Si l'é- '*. 

Î>aifleur même des corps nécefl'aires pour occa- 
ionner certaines couleurs eft déterminée. 



SUR LA I V M I i R E. 1JX 
Ceft une propriété démontrée àl'efprit & aux 
yeux que les furfaces folides ne font point ce 
qui réfléchit les rayons ; car fi les furfaces fo- 
lides réfléchiraient en effet, 1°. le point o\x 
deux verres convexes fe touchent réfléchirait, , 
•& ne ferait point obfcur. 1°. Chaque partie 
folide qui vous donnerait une feuie efpèce de 
rayons , devrait auffi vous renvoyer toutes 
les efpèces de rayons. 3 9 . Lés parties folides 
.ne tranfmetrraient point la lumière en un en- 
droit , & ne là réfléchiraient pas en un autre 
endroit ; car étant toutes folides , toutes réflé- 
chiraient. 4 .' Si les parties folides réfléchif- 
faient la lumière , il ferait impoffible de fe voir 
dans un miroir , comme nous l'avons dit : 
puifque le miroir étant fillonné & raboteux f 
il ne pourrait renvoyer la lumière d'une ma- 
nière régulière. Il eft donc indubitable qu'il 
y a un pouvoir agiiïant fur les corps fans tou- 
cher aux corps , & que ce pouvoir agit entre 
le^ corps & la lumière. Enfin , loin que la 
lumière rebondilfe fur les corps mêmes , & 
revienne à nous , il faut croire que la plus 
grande partie des rayons , qui va choquer des 
parties folides , y refle , s'y perd , s'y éteint. 
Nous ne poufferons pas plus loin cette intro- 
duction fur la lumière ; peut-être en avons- 
nous trop dit dans de fimples éiéraens ; mais 
la pliipait de ces vérités étaient nouvelles pour 
bien c!es lecteurs , lorfque nous avons publié 
cet ouvrage. Avant que de paflèr à l'autre 

f>artie de la phi!o(ophie , fouvenons-nous que 
a théorie de la lumière a quelque chofe de 
.commun avec la théorie de l'univers , dans 
laquelle nous allons entrer. Cette théorie eft 

P 2 



17* ACTION DES COUPS 

qu'il y a une etpèce d'attraclion marquée entre 
les corps & la lumière , comme nous en allons 
obferver une entre tous les globes de l'univers, 
Ces attractions fe manifelient par différens 
effets ; mais c'eft toujours une tendance des 
corps les uns vers les autres , découverte à 
l'aide de l'expérience & de la géométrie. 

Ces découvertes doivent au moins fervîr à 
nous rendre extrêmement circonfpe&s dans nos 
décidons fur la nature & Teffence des choies. 
Songeons que nous ne connaiflons rien du 
tout q-.ie par l'expérience. Sans le toucher nous 
n'aurions point d'idée de l'étendue des corps; 
fans les yeux , nous n'aurions pu deviner la 
lumière ; fi nous n'avions jamais éprouvé de 
mouvement , nous n'aurions jamais cru la 
ti.re mobile : un très-petit nombre de 1 
que Djeu nous a donnés , fert à nous décou- 
vrir un très-petit nombre de propriétés de la 
matière. Le raifonnement fupplée aux feos 
qui nous manquent , & nous apprend encore 
que la matière a d'autres attributs , comme 
l'attra&ion , la gravitation ; elle en a proba- 
blement beaucoup d'autres qui tiennent à h 
nature, & dont peut-être un jour la philofo- 
phie donnera quelques idées aux hommes. . 

Pour moi j'avoue que plus j'y réfléchis , plus 
je fuis furpris qu'on craigne de reconnaître 
Un nouveau principe , une nouvelle propriété 
dans la matière. Elle en a peut-être à l'infini; 
rien ne fe reflemble dans la nature. 11 efl très» 
probable que le Créateur a fait l'eau , le feu, 
l'air , la terre , les végétaux , les minéraux , 
Jes animaux , &c. fur des principes & des plans 
fous différens. 11 eft étrange qu'on fe rerçlte 



" $ U R LA LUMIÈRE- tf} 

ôntre de nouvelles richeffes qu'on nous pré- 
ente ; car n'eft-ce pas enrichir l'homme que 
découvrir de nouvelles qualités de la ma- 
içre dont il eft formé ? 

LETTRE DE L'AUTEUR. 

2ui peut ferviv de conclujion à la théorie de là 
lumière* 



i 



'aurais eu l'honneur de vous répondre 
>îutôr , Monfieur , fans les maladies conri- 
îuelles qui exercent plus ma patience que 
Newton n'exerce mon efprit. Je crois que vos 
toutes , Monfieur , lui en auraient fait naître, 
/ouo dires que c'eft dommage qu'il ne fe (bit 
>as expliqué plus clairement fur la raifon qui. 
iair que la force attractive devient fouvenf 
répulfive , & fur la force par laquelle les 
•ayons de lumière font darefés avec une fi pro- 
ligieufe célérité ; & j'oferais ajouter que c'eft 
iominage qu'il n'ait pu favoir la caufe de ces 
phénomènes. Newton , le premier des hommes, 
l'était qu'un homme ; & les premiers refibrtS) 
jue la nature emploie ne font pas à notre 
>ortée , quand ils ne font pas fournis au cal- 
:uî. On a beau fupputer la force des mufcles , 
outes les mathématiques feront impuiflantes 
1 nous apprendre pourquoi ces mufcles agif- 
ent à l'ordre de notre volonté. Toutes les 
:onnaitrances que nous avons des planètes ne 
30us apprendront jamais pourquoi elles tour- 
ttuit de l'Occident à l'Orient plutôt qu'au 

P3 



-*74 LETTRE DE L*AUTEtJR. 
contraire. Newton, pour avoir anatomifé îa 
lumière , n'en a pas découvert la nature inti- 
me. Il favait bien qu'il y a dans le feu élé- 
mentaire des propriétés , qui ne font point 
dans les autres élémens. 

Il parcourt foixante & 8ix millions de lieues 
en un quart- d'heure. Il ne paraît pas tendre 
•vers un centre comme les corps ; mais il fe 
répand uniformément & également en tous 
fens , au contraire des autres élémens. Soa 
attraction vers les objets qu'il touche , & fur 
la furface defquels il rejaillit, n'a nulle pro- 
portion avec la gravitation univerfelle de la 
matière. 

Il q'eft pas même prouvé que les rayons 
du feu élémentaire ne fe pénètrent pas les uns 
les autres. Ceft pourquoi Newton 9 frappé de 
toutes ces fmgularités , femble toujours douter 
fi la lumière eft un corps. Pour moi , Mon- 
iteur , fi j'ofe hafarder mes doutes , je vous 
avoue que je ne crois pas impoflîble que 1er 
feu élémentaire foit un être à part , qui anime 
la nature , & qui tient le milieu entre les 
corps & quelque autre être que nous-ne con- 
ïiaifîbns pas : de même que certaines plantes 
organifées fervent de paffage du règne végé- 
tal au règne animal. Tout tend à nous faire 
croire qu'il y a une chaîne d'êtres qui s'élè- 
vent par degrés. Nous ne connahTons qu'ira- 
* parfaitement quelques animaux de cette chaîne 
immenfe :,.& nous autres p:tits hommes, avec 
nos petits yeux & notre petite cervelle, nous 
difiinguons hardiment toute la nature en ma- • 
tière & efprit , en y comprenant dieu , ne 
fâchant pas d'ailleurs un mot de. ce que c'eft 



Ot LA PESANTEUR. ' 1J$ 

fa Fond que l'efprit & la matière. Je vous 
ïxpofe mes doutes , Monfieur, avec la même 
îranchife que vous m'avez communiqué les 
nôtres. Je vous félicite de culriver la philo- 
fbphie , qui doit nous apprendre à douter fur 
rout ce qui n'efr pas du reffort des mathéma- 
tiques & de l'expérience, &c. 

TROISIÈME PARTIE, 

CHAPITRE PREMIER, 

PREMIÈRES IDÉES TOUCHANT LA PESAN^ 
TEVR ET LES LOIS 1>E L'ATTRACTION ! 
QUE. LA MATIÈRE SUBTILE , LES TOUR- 

;. BALLONS, ET LE PLEIN DOIVENT ÊTRE 
REJETES. 

Attra3ion. Expérience qui démontre le vide & 
les effets de la gravitation. La pefanteur agit 
en raifon des majfes, D'oii vient ce pouvoir 
de pefanteur. Il ne peut venir d'une préten—, 
due matière fubtile. Pourquoi un corps pèfe 

. plus qu'un autre. Le fyjlème de Defcartcs ne 
peut en rendre raifon. 



u. 



N lecleur fage , qui aura vu avec atten- 
tion ces merveilles de la lumière , : convaincu 
far . Inexpérience qu'aucune impulfion connue 

*4 



Ij6 DE LA PESANTEUR. 

ne les opère , fera fans doute impatient d'ob- 
ferver cette puiiïjnce nouvelle dont nous avons 
parié fous le nom d'ûttraâion , qui agît fur 
tous les autres corps plus fenfiblement & d'une 
autre façon que le corps fur la lumière. Que 
les noms , encore une fois , ne nous effarou- 
chent point ; examinons fimpîement les faits. 

Je me fer virai toujours indifféremment des 
termes $ attraction <N de gravitation en parlant 
des corps , foit qu'ils tendent fenfiblement les 
uns vers les autres , foit qu'ils tournent dans 
cies orbes «mnienfes autour d'un centre, com- 
mun , foit qu'ils tombent fur -la -terre J , foit 
qu'ils s'unifient pour compofer des corps foli- 
des, foit qu'ils s'arron-Jiflent en gouttes pour 
former des liquides. Entrons en matière. 

Tous les corps connus pèfent , & il y a 
long-temps que la légèreté abfolue a été" comp- 
tée parmi les erreurs reconnues -d'Ariftiue-tiL 
«le fes fe&ateurs. 

Depuis que la fameufe machine pneumatique 
a été inventée, on a été plus à portée de 
connaître la pefanteur des corps ; car lorfqu'iîs 
tombent dans l'air , les parties de l'air retar- 
dent fenfiblement la chute de ceux qui ont 
beaucoup de furface & peu de maiTe ; mais 
dans cette machine privée d'air t les corps 
abandonnés à la force , quelle qu'elle foit , 
qui les précipitent fans obftacle , tombent félon 
tout leur poids. 

La machine pneumatique , inventée par Otto 
Vuerike , fu^ientôt perfectionnée par Boylc ; 
on fît enfuite des récipiens de verre beaucoup 
plus longs , qui furent entièrement purgés 

ur. Dans un de ces longs récipiens coxopofé 



» E LA PESANTEUR, \jj 

«le quatre tubes , le tout enfemble ayant huit 
pieds de hauteur , on fufpendit en haut , par 
un reflbrt , des pièces d'or , des morceaux de 
papier , des plumes ; il s'agiflait de favoir ce 

Îui arriverait , quand on détendrait le reflort. 
es bons philofophes prévoyaient que tour 
cela tomberait en même temps : le plus grand 
nombre afi'urait que les plus malfifs tomberaient 
bien plus vite que les autres : ce grand nom- 
bre , qui fe trompe prefque toujours , fut bien, 
étonné quand il vit , dans toutes les expé- 
riences , l'or , le plomb , le papier & la plu- 
me tomber également vite , & arriver au fond 
du récipient en même temps. 

Ceux qui tenaient encore pour le plein de 
Defcartes , pour les prérendus effets de la ma- 
tière fubtile , ne pouvaient rendre aucune bonne 
raifon de ce fait ; car les faits étaient leuri 
écueils. Si tout était plein , quand on leur 
accorderait qu'il pût y avoir alors du mou- 
vement, (ce qui eft absolument impofïibje) au 
moins cette prétendue matière fubtile rem- 
plirait exactement tout le récipient : elle y 
ferait en auffi grande quantité que de l'eau 
ou du mercure qu'on y aurait mis : elle 
s'oppoferait au moins à cette defeente fi rapide 
des corps : elle réfuterait à ce large morceau 
de papier , félon la furface de ce papier " t 
& laifterait tomber la balle d'or ou de plomb 
beaucoup plus vire. Mais ces chutes fe font 
au même inftant ; donc il n'y a rien dans le 
récipient qui rentre ; donc cett£ prétendue 
matière fubtile ne peut faire aucun effet fen- 
fible dans ce récipient ; donc il y a une autre 
fer ce qui fait la pefanteur. Eu vain dirait- oa 



t>8 »£ LA 2ÈSÀNTET7R. 

qu'il eft poffible qu'il refte une matière fubtile 
dans ce récipient t puifque la lumière le pé- 
nètre : il y a bien de la différence. La lumière 
qui eft dans ce vafe de verre , n'en occupe 
Certainement pas la cent millième partie ; mais, 
félon les cartéfie; s , il faut. que leur matière 
imaginaire rempkffe bien plus exactement le 
récipient , que fi je le fuppofais rempli d'or ; 
car il y a beaucoup de vide dans l'or , & ils 
n'en admettenr point dans leur matière fubtile. 

Or , par cette expérience la pièce d'or , qui 
pèfe cent mille fois plus que le morceau de 
papier , eft defcendue auffi vite que le papier; 
donc la force qui l'a fait defcendre a agi cent 
mille fois plus fur elle que fur le papier ; de 
même qu'il faudra cent fois plus de force à 
mon bras pour remuer cent livres que pour 
femuer une livre ; donc cette puiffance , qui 
opère la gravitation , agit en raifor^ directe de 
la maffe des corps. Elle agit en effet tellement 
félon la maffe des corps, non félon les fur- 
faces , qu'un morceau d'or réduit en poudre 
defcend dans la machine pneumatique auffi vîte 
que la même quantité d'or étendue en feuille. 
La figure des corps ne change ici en rien leur 
gravité ; ce pouvoir de gravitation agit donc 
fur la nature interne des corps , & non en rai- 
fon des fuperficies. 

On n'a jamais pu répondre à ces vérités pref- 
fantes que par une fuppohtion auffi chimérique 
que les tourbillons. On fuppofe que la matière 
fubtile prétondue, qui remplit tout le récipient, 
ne pèfe point : étrange idée , qui devient ab- 
furde ici. Car il ne s'agit pas dans le cas pré- 
fent d'une matière qui ne pèfe pas , mais d'une 



DE LA PESANTEUR. 1J$ 

matière qui ne réfifte pas. Toute matière ré- 
fifte par fa force d'inertie ; donc fi le récipient 
était plein , la matière quelconque qui le rem- 
plirait réiifterait infiniment : cela paraît démon- 
tré en rigueur. 

Ce pouvoir ne réfide point dans la prétendue 
matière fubtile dont nous parlerons au chapitre 
fuivant : cette matière ferait un fluide. Tout 
fluide agit fur les folides en raifon de leurs fuper- 
ficies 4 ainfi le vaiffeau préfentant moins de 
furface par fa proue , fend la mer qui réfif- 
terait à fes flancs. Or , quand la fup^ rficie d'un 
corps eft le quarré de fon diamètre , la folî- 
dité de ce corps eft le cube de ce même dia- 
mètre : le même pouvoir ne peut agir à la 
fois en raifon du cube & du quarré : donc la 
pefanteur , la gravitation n'eft point l'effet de 
ce fluide. De plus , .il eft impoffible que cette 
prétendue matière fubtile ait d'un côté affez 
de force pour précipiter un corps de cinquante- 
quatre mille pieds de haut en une minute , 
( car telle eft la chute des corps ) & que de 
l'autre elle foit aiïez impuiflfante , pour ne 
pouvoir empêcher le pendule du bois le plus 
léger de remonter de vibration en vibration 
dans la machine pneumatique , dont cette ma- 
tière imaginaire eft fuppofée remplir exactement 
tout l'efpjce. Je ne craindrai donc point d'af- 
firmer que , fi l'on découvrait jamais une im- 
pulfion quf fût la caufé de la pefanteur des 
corps vers un centre , en un mot la caufe de 
la gravitation , de Pattraclion univerfelle , cette 
impulfion ferait d'une toute autre nature que 
celle qui nous eft connue. 

Voilà donc une première vérité déjà indi- 



l8o DE LA PESANTEUR* 

quée ailleurs , & prouvée ici : il y a un 
pouvoir qui fait graviter tous les corps en 
raifon direfte de leur mafle. 

Si Ton cherche actuellement pourquoi un 
corps eft plus pefant qu'un autre , on en trou- 
vera aifément l'unique raifon : on jugera que 
ce corps doit avoir plus de mafle , plus dé 
matière fous une même étendue ; ainfi l'or pèfe 
plus que le bois , parce qu'il y a dans l'or 
bien plus de matière & moins de vide que dans 
le bois. 

Defcartes & fes feclateurs ( s'il en peut avoir 
encore ) foutiennent qu'un corps eft plus pe- 
fant qu'un autre fans avoir plus de matière : 
non contens de cette idée , ils la foutiennent 
par une autre suffi peu vraie : ils admetient 
un grand tourbillon de matière iubtile autout 
de notre globe ; & c'eft ce grand tourbillon , 
difent-ils , qui en circulant chaflè tous les, 
corps vers le centre de la terre , ic Jeur fait 
éprouver ce que nous appelons pefanteur. Il 
eft vrai qu'ils n'ont donné aucune preuve de 
cette affertion : il n'y a pa? la moindre expé- 
rience , pas la moindre analogie dans les chofes 
que nous connaîtrons ua peu , qui puiiïe fonder 
une prétbmption légère en faveur de ce tour, 
bilîon de matière (ubtile ; ainfi de cela feul 
que ce fyftème eft une pure hypothèfe , il doit 
Être rejeté. C'eft cepeudant par cela feul qu'il 
a été accrédité. On concevait ce tourbillon 
fans effort ; on donnait une explication vague 
des chofes en prononçant ce mot de matière 
fubtile : & quand les philofophes fentaient les 
contradictions & les abfurdités attachées à ce 



DE LA PESANTEUR. I&£ 

roman philofophique , ils fongeaient à le cor- 
riger plurôr qu'à l'abandonner. 

Huygkens & r.mr d'autres y ont fait mille 
corrections % dont ils avouaient eux-mêmes 
rinfuffifance ; mais que metrrons-nous à la 
place des tourbillons & de la matière fubtile ? 
Ce^ raifonnement trop ordinaire eft celui qui 
affermit le plus les hommes dans l'erreur & 
dans le mauvais parti. Il faut abandonner ce 
que l'on voit faux Se infoutenable , auffi-bien 
quand on n'a rien à lui fubftitner , que quand 
on aurait les démon Gracions à'Euclide à mettre 
à la place. Une erreur n'eft ni plus ni moins 
erreur , foit qu'on la remplace ou non par des 
vérités.: devrais- je admettre l'horreur du vide 
dans une polnpe , parce que je ne faurais pas 
encore par quel mécanifme l'eau monte dans 
cette pompe ? 

Commençons donc , avant d'aller plus loin f 
par prouver que les tourbillons de matière fub- 
tile n'exiftent pas ; que le plein n'eft pas moins 
chimérique ; qu'arnfi tout ce fyftème , fondé 
fur ces imaginations , n'eft qu'un roman ingé- 
nieux fans vraifemblance. Voyons ce que c'eft 
que ces tourbillons imaginaires f & examinons 
fnfuite fi le phiti eft poffible. 



l8l TOURBILLONS IMPOSSIBLES. 

CHAPITRE IL 

QUE LFS TOURBILLONS DE DESCARTES ET 
LE PLEIN SONT IMPOSSIBLES , ET QUE 
PAR CONSÉQUENT IL Y A UNE AUTRE 
CAU*E DE LA PESANTEUR. 

Preuves de Vimpojfibilité des tourbillons. Preuves 
contre le plein. 



D. 



^EscjiRThs fuppofe un amas immenfede 
particules infentibles , qui emporte la ferre 
d'un mouvement rapide d'Occident en Orient, 
& qui d'un pôle à l'autre fe meut parallèle- 
ment à Téquateur ; ce tourbillon qui s'étend 
au-delà de la lune , & qui entraîne la lune 
dans (on cours , eft lui-même enchâffé dans 
un autre tourbillon plus vatle N encore , qui 
touche à un autre tourbillon fans fe confondre 
avec lui , &c. 

I. Si cela était , le tourbillon qui eft fup- 
pofe fe mouvoir autour de la terre d'Occident 
en Orient , devrait chalfer les corps fur la 
terre d'Occident en Orient : or , les corps en 
tombant décrivent tous une ligne , qui étant 
prolongée paflérait à peu près par le centre 
de la terre ; donc ce tourbillon n'exifte pas. 

IL Si les cercles de ce prétendu .tourbillon 
fe mouvaient & agiraient parallèlement à Téqua- 
teur , tons les corps devraient tomber chacun 
perpendiculairement fous le cercle de cette ma- 



TOURBILLONS IMPOSSIBLES. ïS§ 

tîère fubtile auquel il répond : un corps en A 
près du pôle 1 J devrait , félon \efcartes , tom- 
ber en R : mais il tombe à peu près félon la 
ligne A 8 , {figure 29 ; ce qui fait une diffé- 
rence d'environ quatorze cenrs lieues ; car on 
peut compter quatorze cents lieues communes 
de *rdnce du point R 'à l'équateur de la 
terre B ; donc ce tourbillon n'exifte pas. 

III. Si pour foutemr ce roman de tourbil- 
lons on fe plaît encore à fuppofer qu'un fluide 
qui tourbillonne ne tourne point fur fon axe ; 
fi on imagine qu'il peur tourner dans des cercles 
qui tous auront pour centre le centre du tour- 
billon même : il n'y a qu'à faire l'expérience 
d'une gourte d'huile, ou d'une grolïe bulle d'air 
enfermée dans une boule de criftnl pleine d'eau ; 
faites tourner la boule fur fon axe , vous 
verrez cette huile ou cet air s'arranger en cy- 
lindre au milieu de la boule , & faire un axe 
d'un pôle à l'autre ; car toute expérience y 
comme tout rayonnement , ruine les tourbillons. 

IV. Si ce tourbillon de matière autour de la 
terre , & ces autres prétendus tourbillons au- 
tour de Jupiter & de Saturne , &c. exilaient 9 
tous ces tourbillons immenfes de matière fub- 
tile , roulant fi rapidement dans des directions 
différentes , ne pourraient jamais laiffer venir 
à nous , en ligne droite , un rayon de lumière 
dardé d'une étoile. Il eft prouvé que ces rayons 
arrivent en très- peu de temps par rapport au 
chemin immenfe qu'ils font ; donc ces tourbil- 
lons n'exiflent pas. 

V. Si ces tourbillons emportaient les pla- 
nètes d'Occident en Orient t les comètes qui 
traverfent ea tous fen$ ces effaces d'Orient 



1*4 TOURBILLONS TMPOSSTBTES. 

en Occident , & du Nord au Sud , ne les 
pourraient jamais traverfer ; & quand aucune 
comète n'aurait été en eiFet du Nord au Sud, 
ni d'Orient en Occident, on ne gagnerait rien 
par cette évafion : car 0:1 fait que quand une 
comète fe trouve dans la région de Mars , de 
Jupiter , de Saturne \ elle va incomparablement 
plus vîie que Mars , que Jupiter , que Saturne; 
donc elle ne peut être emportée parla môme 
couche du fluide , qui eft fuppofé emporter 
ces planètes ; donc ces tourbillons n'exiftent 
pas. 

VI. Si ces fluides exiflaient , un petit efpace 
de temps fuffirait pour détruire tout mouve- 
ment dans ces aftres. Newton a démontré que 
tout corps qui fe meut uniformément dans un 
fluide de même denfité , perd la moitié de fon 
mouvement après avoir parcouru trois de fes 
diamètres. Cela eft fans aucune réplique". 

VII. Suppofé encore , ce qui eft impoflible , 
que ces planètes puflent être mues dans ces 
tourbillons imaginaires , elles ne pourraient fe 
mouvoir que circulairement , puifque ces tour- 
billons à égales diftances du centre feraient 
également denfes : mais les planètes fe meuvent 
dans des ellipfes ; donc elles ne peuvent être 
portées par des tourbillons ; donc , &c. 

VIII. La terre a fon orbite qu'elle parcourt 
entre celui de Venus & celui de Mars : tous 
ces orbites font elliptiques & ont le folei! pour 
centre : ôr quand Mart & Vertus & la Terre 
font 4)lus près l'un de l'autre , alors la matière 
du torrent prétendu j qui emporte la terre ^ 
ferait beaucoup plus reflerrée : cette matière 
liibtile devrait précipiter fon cours , comme un 

fleuve 



TOURBILLONS IMPOSSIBLES. IÏJ 

fleuve rétréci dans (es bords , ou coulant fous 
les arches d'un pont : alors ce fluide devrait 
emporter la terre d'une rapidité bien plus grande 
qu'en toute autre pofition ; mais au contraire » 
c r eft dans ce temps-là même que le mouve- 
ment de la terre eft-plus ralenti. 

IX. Parmi des démonftrations plus recher- 
chées , qui anéantiffent les tourbillons , nous- 
choifirons celle-ci. Par une des grandes lois 
de Kepler , toute pfnnète décrit des aires égales? 
en temps égaux : par nne autre loi non moins 
fûre , chaque planète fait fa révolution autour 
du foleil en telle forte que fi , par exemple , 
fa moyenne diftance du foleil eit dix , prenez 
le cube de ce nombre , ce qui fera mille , & le 
temps de la révolution de cette planète aurour 
du. foleil fera proportionnel à la racine quan ée 
de ce nombre mille". Or , s'il y avait des couches 
de matière qui portaient des planètes , ces 
couches ne pourraient fuivre ces lois ; car il 
faudrait que les vîtefles de ces torrens fuïïènt 
à la fois réciproquement proportionnelles à leurs 
diiiances du foîeil , 8c aux racines quarrées de 
ces diftanres , ce qui eft incompatible. 

X. Pour comble enfin , tout le monde voit 
ce qui arriverait à deux fluides circula n s l'un 5 
dans l'autre : ils fe confondraient nécefïuire- 
ment, & formeraient le chaos au lieu- de le 
débrouiller. Cela feul aurait jeté fur le fyfième 
cartéfien un ridicule qui l'eût accablé , fi le' 
goût de la nouveauté, & le peu d'ufage ou. 
Ton était alors d'examiner, n'avaient pré valu. > 

Il faut prouver à préfenf que îe plein dans- 
lequel ces tourbillons font fuppofés fe mouvoir >,- 
eft Tsfà impoiïible que ces tourbillons. 

lamé 41. tkyj\ &c r Tome I r ■ Q 



lS6 TOURBILLONS IMPOSSIBLES. 

1. Un feul rayon de lumière, qui ne pèfe 
pas à beaucoup près la cent millième partie 
d'un grain , ou plutôt qui ne pèfe point du 
tout , aurait à déranger tout l'univers , s'il avait 
à s'ouvrir un chemin jufqu'à nous à travers un 
efpace immenfe , dont chaque point réfiflerait 
par lui-même , & par toute la ligne dont il 
ferait preflfé. 

2. Soient <ces deux corps durs AB, ils fe 
Touchent par une furface , & font fuppofés 
entourés d'un fluide qui les prefle de tous côtés; 
or , quand on les fépare , il eft clair que la 
prétendue matière fubtile arrive plutôt au point 
A , où on les fépare , qu'au point B. (figure 30) 
Donc il y a un moment où B fera vide ; 
donc môme dans le fyflème de la matière fub- 
tile il y a du vide , c'eft-à-dire de l'efpace. 

3. S'il n'y avait point de vide & d*efpace t 
il n'y aurait point de mouvement , même dans 
le fyflème de Defcanes. Il fuppofe que dieu 
créa l'univers plein & confiftant en petits cubes : 
foit donc un nombre donné de cubes repré- 
fentant l'univers , fans qu'il y ait entr'eux le 
rooinbre intervalle : il eft évident qu'il faut 
qu'un d'eux forte de la place qu'il occupait ; 
car (i chacun refte dans fa place , il n'y a point 
de mouvement , puifque le mouvement confifte 
à fortir de fa place , à pafîer d'un point de lef- 
pace dans un autre point de l'efpace : or y qui 
xie voit que l'un de ces cubes ce peut quitter 
fa place fans la laifler vide à i'inflant qu'il en 
fort ? car il eft clair que ce cube , en tournant 
4ur tui-rcême > doit préfenter fon angle au cube 
«jui le touche , avant que l'angle foit brifé» 
I)quç alors il y a de l'efface entre ces deu* 



TOVRBILtONS IMPOSSIBLES*. . 187 

cubes ; donc dans le fyflème de Dcfcartes môme,, 
il ne peur y avoir de mouvement fans vide» 
Le plein eft donc une chimère ; donc il y a 
du vide; donc rien ne fe peut faire dans 1$ 
nature fans vide ; donc la pefanteur n'eft pas 
l'edet d'un prétendu tourbillon imaginé dans 
le plein. ( 1% ) 

Nous venons de nous apercevoir, par l'ex- 
périence dans la machine pneumatique , qu'il 
faut qu'il y ait une force qui fafl'e defcendre 
les corps vers le centre de la terre , c'eft-à- 
dire , qui leur donne la pefanteur , & que cette 
force doit agir en raifon de la malle des 
corps ; il faut maintenant voir quels font les 
effets de cette force ; car fi nous en décou- 
vrons les effets , il tft évident quelle exifte. 
N'allons donc point d'abord imaginer des 
caufes & faire des hypothèfes , c'eft le sûr 
moyen de s'égarer : fuivons pas à pas ce qui 
fe pafiTe réellement dans la nature ; nous fom- 
mes des voyageurs arrivés à l'embouchure d'un 
fleuve , il faut le remonter avant d'imaginer 
ou eft fa fource, 

(îS) On ne peut regarder comme abfolument rïgoo 
iciife la démonftratiou de riinpcflibilité du plein , parce 
<jue le mouvement ferait trcs-poflible dans un fluide indéfini 
expanfible, dont la d enfilé varierait fuivant nue certaine 
loi , pnifque le poids , l'a&ion , la réfiftanec d'une colonne 
infime d'an tel fluide pourraient tut exprimés par une 
quantité finie. Il eft donc irapoftble de lien fbvoir de précis 
fur cette queftion , tant <j'jc nous ne connaîtrons pas la 
■atore des fluides expanTiblcs , & la caufe de l'expanfi* 
biiké. On peut dire feulement qu'il nous eft impolfible de 
concevoir comment la mêa:e fnbfljnce peut occuper na 
efpace double de celai qu'elle occupait , fans rju'il J# 
feuae bj» e^acc vide eatxe fes punies. 



lS8 GRAVITATION DÉCOUVERTE. 

CHAPITRE II L 

CRAVfTATION DÉMONTRÉE PAR LA DÉCOU- 
VERTE DE NEWTON. HISTOIRE DE CETTE 
DÉCOUVERTE. QUE LA LUNE PARCOURT 
SON ORBITE PAR LA FORCE DE CETTI 
GRAVITATION. 

Viftoire de la découverte de ta gravitation 
Procédé de Newton. Théorie tirée de ce. 
découvertes, La même caufe qui fait tombe 
tes corps fur la terre , dirige la lune autou. 
de la terre, 



X o u T corps defeend d'environ quïhz 
pieds dans la première féconde , en quelqu 
endroit de la terre qu'il foit placé. Not 
voyons que la chute des corps s'àccélèr 
en retombant fur notre globe ; ils tendent toi 
évidemment en retombant* à peu près vers 1 
centre de ce globe ; n'y a-t-il point queîqt 
puifTance qui / l'es attire vers ce centre? I 
cette puiffance n'àugmente-t-elle pas fa for< 
à mefure que ce centre eft plus près ? Dé 
Copernic avait eu quelque faible ltieur de cet 
idée. Kepler l'avait embraffée , mais 6ns mè 
thode. Le chancelier Bacon dit forraellemei 
c;u'il eft probable qu'il y ait une attraction d 
cor£5, au centre de ia. texre & de ce cent 



GRAVITATION DÉCOUVERTE. iJTy 

anx corps. Il propofait dans fon excellent li- 
vre , Nbvum fcientiarium organum , qu'on fît 
des expériences avec des pendules fur les plus- 
hautes tours & aux profondeurs les plus gran- 
des ; car , difait-il , fi les mêmes pendules font 
de plus rapides vibrations au fond d'un puits- 
que fur une tour , il faut conclure que la pe- 
fanteur , qui eft le principe de. ces vibrations Y 
fera beaucoup plus forte au centre de la terre 
dont ce- puits eft plus proche. Il effaya auflï 
de faire defcendre des mobiles de différentes 
élévations , & d'obferver s'ils defcendraient dé* 
• moins de quinze pieds dans la première fé- 
conde ; mais il ne parut jamais de variation» 
dans les expériences , les hauteurs & les pro- 
fondeurs où on les fefait étant trop petites ;- 
on reftait donc dans l'incertitude, & l'idée dé* 
. cette force agiffante du centre de la terre de- 
meurait un foupçon vague. 

■Dcfcartes en eut connaiflance : il en parle- 
même en traitant de la pefanteur ; mais les 
expériences qui devaient éclaircir cette grande 
queftion manquaient encore. Le fyftème des: 
tourbillons entraînait ce génie fublime & vafte y 
ri voulait , en créant fon univers , donner la> 
dire&ion de tout à la matière fubtile : il la 1 
fît la difpenfatrice de tout mouvement & de* 
ttrnte pefanteur: petit à petit l'Europe adopta' 
fon fyftème , malgré les proteftations de Gaf- 
fe n dï , qui fut moins fuivi , parce qu'il était 
moins hardi. 

Un jour en Tannée t666 , Newton retiré à* 
Ta campagne , & voyant tomber des fruits d'un* 
arbre , à ce que m'a conté fa nièce , ( M^ 
Conduit) fe laiHa alla à uns méditation grQ- 



I90 GRAVITATION DÉCOUVERTE. 

fonde fur la caufe qui entraîne ainfi tous fei 
corps dans une ligne , qui , fi elle était pro- 
longée , paiîerait à peu près par le centre de 
la terre. (19) Quelle eft, fe demandait-il à lui- 
même , cette force qui ne peut venir de tous 
ces tourbillons imaginaires démontrés (i faux? 
elle agit fur tojiis les corps à proportion de 
leurs maires , & non de leurs furfaces ; elle 
agirait fur le fruit qui vient de tomber de cet 
arbre , fût-il élevé de trois mille toifes , fût- 
il élevé de dix mille. Si cela eft , cette force 
doit agir de lVndroir où eft le globe de la 
lune jufqu'au centre de la terre; s'il eft ainfi, 
ce pouvoir , quel qu'il foit , peut donc être 
le même que celui qui fait tendre les planètes 
vers le foleil , & que celui qui fait graviter 
les fatellites de Jupiter fur Jupiter, Or , il eft 
démontré, par toutes les inductions tirées des 
lois de Kepler , que toutes ces planètes fecon- 
daires pèfent vers là planète foyer de leurs 
orbites , d'autant plus qu'elles en font plus 
près , & d'autant moins qu'elles en font plus 
éloignées. Un corps placé où eft la lune 
qui circule autour de la terre , & un corps 
placé près de la terre , doivent donc tous 
deux pefer fur la terre précilément fuivant 
une certaine loi exprimée par une certaine 
quantité dépendantes de leurs diftances. 
Donc pour être affuré fi c'eft la même caufe 

( 19 ) Un étranger demandait un four à Newton comment 
il avait découvert les lois du fy/tèine du monde. En y 
jpenfunt fans cejj'c , répondit-il. C'eft le feciet de toute» 
les grandes découvertes : le génie dans les feiences no 
Aépoad que de l'inteuûté & de la durée do l'aUenÙQA d**t 
U léte 4 *u homme eu fulceptibkr 



-GRAVITATION DÉCOUVERTE. I9I 

qui retient les planètes dans leurs orbites, \t 
qui fait tomber ici les corps graves , il ne 
faut plus que des mefures ; il ne faut plus 
qu'examiner quel efpace parcourt un corps 
grave en tombant fur la terre , en un temps 
donné , & quel efpace parcourrait un corps 
placé dans la région de la lune en^un temps 
donné. La lune elle-même eft ce corps qui 
peut être confidéré comme tombant réellement 
vers la terre de tour l'efpace qui l'éloigné à 
chaque inftant de la tangente de fon orbite. 
Mais ce n'eft pas ici une hypothefe qu'on 
ajufle comme on peut à un fyflèrce ; ce n'efl 
point un calcul où l'on doive fe contenter 
de l'a peu près. Il faut commencer par con- 
naître au jufte la diftance de la lune à la terre , 
& pour la connaître il eft néceiîaire d'avoir 
la mefure 'de notre globe. 

C'eil ainfi que raifonna Newton ; mais il 
s'en tint , pour la mefure de la terre , à l'ef- 
îime fautive des pilotes qui comptaient foixante 
milles d'Angleterre, c'eft-à-diré , vingt lieues 
de France, pour un degré de latitude, -au 
lieu qu'il fallait compter (oixante & dix milles. 
Il y avait à la vérité une mefure de la terre 
plus jufte. Snellius avait donné cette mefure 
au commencement du dix-feptième fiècle , & 
Norvood mathématicien anglais avait en 163.6 
mefure afTez exaclement un degré du méri- 
dien ; il l'avait trouvé , comme il doit être , 
d'environ foixante & dix milles. Mais cette 
opération faite trente ans auparavant était 
ignorée de 'Newton , ainfi que celle de Snellius * 
Les guerres civiles , qui avaient affligé l'An- 
&Wterre > toujours aui& funeflçs au* fçieoces: 



191 GRAVITATION DÉCOUVERTE, 

qu'à l'État , avaient enfeveli dans l'oibfi 
feule mefure jufte qu'on eût de la terre ; & c 
s'en tenait à cette eflime vague des pilote 
Par ce compte la lune était trop rappioch* 
de la terre , & les rapports trouvés p 
Newton ne donnaient aucune proportion 
avec la raifon inverfe des diftances , ni av< 
celle de leurs quarrés. Il ne crut pas qu'il 1 
fût permis de rien fuppîéer, & d'accommod 
la nature à fes idées ; il voulait accommod 
fes idées à la nature : il abandonna donc cet 
belle découverte , que l'analogie avec les ai 
très aftres rendait fi vraifemblable, & à laquel 
il manquait fi peu pour être démontrée : boni 
foi bien rare , & qui feule doit donner 
grand poids à fes opinions. 

"Enfin fur des mefures plus exaétes prifes e 
France plufieurs fois , & dont nous parîeroni 
il trouva la dérr.onftration de fa théorie. I 
degré de la terre fut évalué à vingt- cinq < 
nos lieues ; la lune fe trouva à foixante dera 
diamètres de la terre , & Newton reprit ait 
le fil de fa démon M rat ion. 

La pefanteur fur notre globe eft en raife 
réciproque des quarrés des diflances des cor] 
pefans au centre de la terre, c'eft-à-dire, qi 
le corps qui pèfe cent livres à un diamètre < 
la terre , ne pèfera qu'une feule Jivre s'il e 
éloigné de dix diamètres. 

La force qui fait la pefanteur ne âépet 
point des tourbillons de la matière fubrile 
dont l'exiflence eft démontrée fauffe. Cet 
force , quelle qu'elle foif , agit fur tous 1 
corps ; nofi félon- leurs fur faces , mais fek 
leurs raafles. Si elle agit à une difiance ,. el 

43 



GRAVTÏÀITON DÉCOUVERTE. IÇJ 

doit agir à toutes les diflances; fi elle agit ea 
raifon inverfe du quarré de ces diflances, elle 
doit toujours agir fuivant cette proportion fur 
les corps connus , quand ils ne font pas au 
point de contaft ; je veux dire , le plus près 
qu'il eft pofïible d'être , fans être unis. Si f 
fuivant cette proportion , cette force fait par- 
courir fur notre globe cinquante-quatre mille 
pieds en foixante fécondes , un corps qui fera 
environ à foixante rayons du centre de hr 
terre , devra en foixante fécondes tomber feu- 
lement de quinze pieds de Paris ou environ. 

La lune dans fon moyen mouvement efl 
éloignée du centre de la terre d'environ 
foixante rayons du globe de la terre : or , 
par les mefures prifes en France, on connaît 
combien de pieds contient l'orbite que décrit 
la lune ; on fait par-là que dans fon moyen, 
mouvement elle décrit cent quatre - vingt- fept 
mille neuf cents foixante & un pieds de Paris 
en une minute, {figure 31) La lune, dans 
fon moyen mouvement , efl- tombée de A en 
B; elle a donc obéi à la force de projedtilé 
qui la pouffe dans la tangente A C ; & à la 
force qui la ferait defcendre fuivant la ligne 
A D , égale à b C : ôtez la force qui la di- 
rige de A enC, reftera une force qui pourra 
être évaluée par la ligne CB; cette ligne GB 
eft égale à ligne A D : mais il efl démontré 

!jue la courbe A B , valant cent quatre-vingt- 
èpt mille neuf cents foixante & un pieds , la 
ligne A D ou C H en vaudra feulement quinze; 
donc , que la lune foit tombée en A ou en 
D , c'eft ici la même chofe , elle aurait par- 
couru quinze pieds en une minute de C en B; 
Tome 41» Phjf. &c. Tome J, R 



I<;4 GRAVITATION DÉCOUVERTS* 

donc elle aurait parcouru quinze pieds aufli 
de A en D, en une minute. Mais parcourant 
cet efpace en une minute , elle fait précisé- 
ment trois mille iix cents fois moins de che- 
min qu'un mobile n'en ferait ici fur la terre : 
trois mille fix' cents eft jufte le quarré de fa 
diftance ; donc la gravitation , qui agit ainfi 
fur tous les corps , agit aufli entre la terre Se 
la lune , précisément dans ce rapport de la 
îaifon inverfe du quarré des diftances. 

Mais fi cette puiflance qui anime les corps 
dirige la lune dans fon orbite > elle doit aufli 
diriger la terte dans le fien ; Se l'effet qu'elle 
opère fur la planète de la lune , elle doit 
l'opérer fur la planète de la terre. Car ce 
pouvoir eft par-tout le même : toutes les au- 
tres planètes doivent lui être foumifes ; le 
foleil doit aufli éprouver fa loi : & s'il a'y a 
a\ucun mouvement des planètes les unes à l'é» 
gard des autres , qui ne foit l'effet néceflaire 
de cette puiflance , il faut avouer alors que 
toute la nature la démontre : c'eft ce que 
gpus allons obferver plus amplement. 



PLANÈTES ATTIRÉES. 1$ J 
CHAPITRE IV. 

QUE LA GRAVITATION ET L'ATTRACTIotf 
DIRIGENT TOUTES LES PLANÈTES DANS~ 
XRDR COURS. 

Comment on doit entendre la théorie de la pe~ 
fanteur che\ De/car tes. Ce que c'eft que la, 
foret centrifuge, & la force centripète. Cette? 
démonflration prouve, que le foleïl eft le cen^ 

. tre de V univers , & non la terre. C'eft pottt 
les raifons précédentes que nous avons plus 

" d r été que d'hiver. 

if RESqite toute la théorie de la pefanreur 
chez Defcartes eft fondée fur cette loi de 1» 
nature t que tout corps qui fe meut en ligne 
courbe r tend à s'éloigner de fon centre ert 
une ligne droite qui toucherait la courbe en 
un point. Telle eft la fronde qui s'échappe de 
la main , &c. Tous les corps en tournant 
avec la terre font ainû un effort pour s'éloi- 
gner du centre ; mais la matière fubtile , fefant . 
un bien plus grand effort , repouffe , difait- 
on , tous les autres corps. 

Il eft aifé de voir que ce n'était point à 
la matière 'fubtile à faire ce plus grand effort, 
& à s'éloigner du centre du tourbillon prétendu 
plutôt que les autres corps ; au contraire c'était 
fa natures (fuppofé qu'elle exiftât ) palier au> 



l$6 PLANÈTES ATTIRÉES. 

centre de fon mouvement , & de laiffer aller 
à la circonférence tous les corps qui auraient 
eu plus de maffe. C'eft en effet ce qui arrive 
fiir une table qui tourne en rond , lorfque 
dans un tube pratiqué dans cette table , on a 
mêlé plufieurs poudres & plufieurs liqueurs de 
pefanteurs fpécifiques différentes ; tout ce qui 
a plus de maffe s'éloigne du centre , tout ce 
gui a moins de maffe s'en approche. Telle eft 
la loi de la nature ; & lorfque Defèartes * 
fait circuler à la circonférence fa prétendue 
matière fubtile , il a commencé par violer cette 
loi des forces centrifuges qu'il pofait pour fon 
premier principe. Il a eu beau imaginer que 
pieu avait créé des dés tournans les uns fur 
lies autres , que la raclure de ces dés qui fe- 
fait fa matière fubtile , Réchappant de tous 
les côtés , acquérait par-là plus de vîteffe ; 
que le centre d'un tourbillon s'encroûtait, 
&e. : il s'en fallait bien que ces imaginations 
reclifiaffent cette erreur. 

Sans perdre plus de temps à combattre ces 
êtres de raifon , fuivons les lois de la méca- 
nique qui opère dans la nature. Un Corps qui 
fe meut circula irement prend , à chaque point 
de la courbe qu'il décrit , une direction qui 
J'éloignerait du cercle , en lui fefant fuivre une 
ligne droite. 

Cela eft vrai : mais il faut prendre garde 
que ce corps ne s'éloignerait ainfi du centre 
que par cet autre grand principe ; que tout 
corps étant indifférent de lui-même au repos 
& au mouvement , & ayant cette inertie qui 
eft un attribut de la matière, fuit néceffaire* 
ment la li^ne dans laquelle il eft mu, Or , 



Planètes Attirée £. iq? 
tout corps qui tourne autour <Tun centre , fuit 
à chaque inftant une ligne droite infiniment 
petite , qui deviendrait une droite infiniment 
longue , s'il ne rencontrait point d'obftacîe. 
Le réfultat de ce principe, réduit* à fa jufté 
valeur , n'eft donc autre chofe , finon qu'un 
corps qui fuit une ligne droite rnivra toujours 
une ligne droite ; donc il faut une autre force 
pour lui faire décrire une courbe ; donc cette 
autre force par laquelle il décrit la courbe, le 
ferait tomber au centre à chaque infiant , en 
x cas que ce mouvement de projeftHe en ligne 
droite ceffât. 

A la vérité (fig. 31) de moment en moment 
ce corps irait en A , en B , en C , s'il s'échap*» 
pait. Mais aiifli de moment en moment il retom- 
berait de A , de B , de C , au centre ; parce 
que fon mouvement efi compofé de'deux fortes 
de mouvemens , du mouvement de projeftile 
en ligne droite , & du mouvement imprimé 
aufli en ligne droite par la force centripète , 
force par laquelle il irait au centre. Ainfi de 
cela même que le corps décrirait ces tan- 
gentes , A, B , C, il eft démontré qu'il y a 
un pouvoir qui le retire de ces tangentes à 
rinftant même qu'il les commence. Il faut donc 
abfolument confidérer tout corps fe mouvant 
dans une courbe , comme mu par deux puif- 
fances , dont l'une eft celle qui ferait parcourir 
des tangentes , & qu'on nomme la force cen- 
trifuge , ou plutôt la force d'inertie , d'ina&i- 
vité , par laquelle un corps fuit toujours une 
droite s'il n'en eft empêché ; & l'autre force . 
qui retire le corps vers le centre , laquelle 
on nomme la force centripète , & qui eft la 
véritable force, R 3 



29* PLANÈTES ATTUiSS. 

De l'établiffement de cette force centripète J 
il réfulte d'abord cette démonftration , que 
tout mobile qui fe meut dans un cercle , ou 
dans une ellipfe , ou dans une courbe quel- 
conque , fe meut autour d'un centre auquel il 
tend. Il fuit encore que ce mobile , quelques 
portions de courbe qu'il parcoure , décrira 
dans fes plus grands arcs & dans fes plus petits 
arcs , des aires égales en temps égaux. Si , par 
exemple , un mobile en une minute borde l'ef- 
pace A C B {figure 33) qui contiendra cent 
milles d'aire t il doit border en deux minutes 
un autre efpace B C D de deux cents milles* 

£*rre loi inviolablement obfervée par tou- 
'** nlanètes, * inconnue à toute Tanti- 

quité; fut découverte H Y » . ?* «f « ot <*" 
quante ans par Kepler , qu'l 2 mérité le ^ 
de le'giflaieur en afironomie, malgré tei- rîTCUIÎ' 
philosophiques. Il ne pouvait ftvoir en ore lit 
..rar'fcn.de cette rè^le à laquelle les corps célef- 
-^fës fon* aiïujettis. c 'l 'extrême fagacité de KepleP- 
trouva reflet dont le génie de Newton a trouvé 
la caufe. 

Je vais donner la fubftance de la démonfira- 
tion de Newton : elle fera aifément comprife 
par tout lefteur attentif ; car les hommes ont 
une géométrie naturelle dans l'efprit , qui leur 
fait faifir les rapports , quand ils ne font pas 
trop compliqués* 

Que le corps A (figure 34) (bit mu en B 
en un efpace de temps très-petit ; au bout 
d'un pareil efpace , un mouvement également 
continué (car il n'y a ici nulle accélération , ) le 
ferait venir en C ; mais en B , il trouve une 
force qui le pouffe dans la ligne B H S i il 



PLANÈTES ATtï&ÊÉS. 199 

ié fuit donc ni ce chemin B H S , ni ce che- 
nin ABC; tirez ce parallélogramme CDBH, 
ilors le mobile étant mu par la force B C , 
\à par la force B H, s'en va félon la diago- 
idle B D ; or , cette ligne B D , & cette li-i 

ie B A , conçues infiniment petites , font les 
laiiïances d'une courbe , &c. donc ce corps 
e doit mouvoir dans une "courbe. 

Il doit border des efpacés égaux en temps 
Égaux ; car l'efpace du triangle SBAcft égal 
t Fefpace du triangle SBI), puifque le trian- 
te SB-A eft égal au triangle S B C , ces 
•riangles ayant le fommet commun S , & les 
lafes égales AB, BC, & que le triangle 
i B Celi égal au triangle S B D , ces trian- 
tes .ayant la bafe commune B S, & leurs 
ommets D C fur une même ligne C D paral- 
èle à la bafe B S ; dope ces aires font égales , 

ne tout corps quua reçu un mouvement de 
tjeâion , & qui eft attiré par un centre fixe , 

crit des aires proportionnelles su temps ; 8c 
réciproquement tout corps qui parcourt des 

res égales en temps égaux dans une courbe ^ 

ut être regardé comme attiré par une force 
rers le centre de ces aires ; donc les planètes 
tendent vers le foleil , & non autour de la 
erre , puifqu'en prenant la terre pour centre , 
eurs aires font inégales par rapport aux temps : 
5c qu'en prenant le foleil pour centre , ces 
rires fe trouvent toujours proportionnelles aux 
etnps ; fi vous en exceptez les petits déran- 
;emens caufés par la gravitation même des 
►lanètes. Enfin , Newton a prouvé que fi la 
ourbe décrite autour du centre dans cette 
lypothèfe eft une eliipfe , la force attracliye 



2LOO PLANÈTES ATTIRÉES. 

eft en raifon inverfe du quarré des diftance*. 

Pour bien entendre encore ce cfue c'eft que 
ces aires proportionnelles aux temps, & pour 
voir d'un coup d'œil l'avantage que vous tirez 
de cette connaiiïance , regardez la terre em- 
portée dans fon ellipfe autour du Soleil S fon 
centre, (figure 3$ ) Quand elle va de B en D, 
elle balaye un auffi grand efpace que quand 
elle parcourt ce «grand arc H K : le fe&eur 
H K regagne en largeur ce que le fe&eur B D 
a en longueur. Pour faire Taire de ces fecleurs 
égale en temps égaux , il faut que le corps 
vers H K aille plus vite que vers B D. Ainfi 
la t^rre , & toute planète , fe meut plus vite 
dans fon périhélie , qui eft la courbe la plus 
voifine^u foleil S , que dans fon aphélie , qui eft 
la courbe la plus éloignée de ce même foyer S* 

On connaît donc quel eft le centre d'une 
planète, & quelle figure elle décrit dans fon 
orbite , par les aires qu'elfe parcourt ; on con- 
naît que toute planète , lorfqu'elle eft plus 
éloignée du centre de fon mouvement, gravite 
moins vers ce centre. Ainfi la terre étant plus 
près du foleil d'un trentième & plus, c'eft-à- 
dire de douze cents mille lieues , pendant, notre 
hiver que pendant notre été , eft plus attirée 
aufïi en hiver ; ainfi elle va plus vîte alors 
par la raifon de fa courbe ; ainfi nous avons 
huit jours & demi d'été plus que d'hiver , & 
le foleil paraît dans les lignes feptentrionaux 
huit jours & demi de plus que dans les méri- * 
dionaux. Puis donc que toute planète fuit f 
par rapport au foleil foyer de fon orbite , cette 
loi de gravitation que la lune éprouve par. 
rapport à la terre , & à laquelle tous les corps 



LOIS DE KEPLER. 101 

font fournis en tombant fur la terre s il eft 
démontré que cette gravitation, cette attrac- 
tion agit fur tous les corps que nous con- 
naîtrons. 

Mais une autre puiffante démonftration de 
cette vérité eft la loi que fuivent refpeâivement 
toutes les planètes dans leurs cours & dans 
leurs diftances : c'eft ce qu'il faut bien exa- 
miner. 

CHAPITRE V. 

DÉMONSTRATION DES LOIS DE LA GRAVI- 
TATION TIRÉE DES RÈGLES DE KEPLER f 
QU'UNE DE CES LOIS DF KEPLER DÉMON- 
TRE LE MOUVEMENT DE LA TERRE. 

Grande règle de Kepler. FauJJes raifons de cette 
loi admirable* Raifon véritable de cette loi 9 
trouvée par Newton. Récapitulation des preu- 
ves de la gravitation. Ces découvertes de Ke- 
pler & de Newton fervent -à démontrer que c'eft 
la terre qui tourne autour du foleil. Démonf- 
tration du mouvement de la terre tirée des,. 
mêmes lois. 



K 



epzer trouva encore cette admirable 

règle , dont je vais donner un exemple avant 

que de donner la définition , pour rendre la 

:hofe plus fenfible & plus aifée. 

Jupiter a quatre fatellites qui tournent au- 



2.01 LOIS DE KBPL SU. 

tour de lui : le plus proche eft éloigné de 
deux diamètres de Jupiter & cinq fixièmes, & 
il fait (on tour en quarante-deux heures ; le 
dernier tourne autour de Jupiter en quatre 
Cents deux heures ; je veux favoir à quelle 
diftance ce dernier farellite eft du centre de 
Jupiter, Pour y parvenir je fais cette règle. 
Comme le quarré de quarante-deux heures, 
révolution du premier lateliite , eft au quarré 
de quatre cents deux heures , révolution du 
dernier ; air.ii le cube de deux diamètres & 
cinq fixièmes eft à un quatrième terme. Ce 
quatrième terme étant trouvé, j'en extrais la 
racine cube ; cette racine cube fe trouve 
douze & deux tiers : ainfi je dis que le qua- 
trième fatellite eft éloigné du centre de Jupiter 
de douze diamètres de Jupiter & deux tiers. 
Je fais la même règle pour toutes les planètes 
qui tournent autour du foîeil. Je dis- : Venue 
tourne en deux cents vingt-quatre jours, & 
la terre en trois cents foixante-cinq ; la terre 
eft à trente millions de lieues du foleil , a 
combien de lieues fera Vénus ? Je dis : comme 
le quarré de Tannée de la terre eft au quarré 
de Tannée de Vénus , ainfi le cube de la 
diftance moyenne de la terre eft à un qua- 
trième terme , dont la racine cubique fera 
environ vingt & un millions fept cents mille 
lieues , qui font la diflance moyenne de Vénus 
au foleil ; j'en dis autant de" la terre & de 
Saturne , &c. 

Cette loi eft donc que le quarré d'une 
révolution d'une planète eft toujours au 
quarré des révolutions des autres planètes, , 
comme le cube de fa diftance eft au cube 



10IJ DE KEPtËR, ftOJ 

i diflances des autres au centre commun* 
Kepler , qui trouva cette proportion , était 
n loin d'en trouver la raifon. Moins boni 
lofophe qu'aftronome admirable , il dit , au; 
itrième livre de (on épitome* que le foleil 
me ame, non pas une ame intelligente * 
mum , mais une ame végétante , àgiifante % 
mam : qu'en tournant fur lui-même il attire 
>i les planètes ; mais que les planètes ne tom- 
t pas dans le foleil , parce qu'elles font une 
olution fur leur axe. En fefant cette révolu-* 
i y dit-il , elles préfenrent au foleil tantôt ua 
k ami, tantôt un côté ennemi y le côté am^ 
tiré , & le côté ennemi eft repouffé : ce qui 
auît. le cours annuel dés planètes dans le* 
rfes. 

[ faut avouer, pour l'humiliation de la phi- 
•phie , que c'eft de ce raifpnnement fi peu 
ofophique , qu'il avait conclu que le foleil, 
ait tourner fur fon axe ; l'erreur le con~ 
it par hafard à la vérité ; il devina la rota-* 
i du foleil fur lui-même plus de quinze ans) 
nt que les yeux de Galilée la recoanuffent 
aide de télefeopes. 
lepler ajoute dans fon même épitome , page 

, que la mafie du foleil, la maffe de tout 
1er , & la maffe des fphères des étoiles}- 
& , font parfaitement égales ; & que ce font- 

trois fymboles de la Très Sainte- Trinité. 
,e lecleur qui , en lifant ces élémens , aura 
de fi grandes rêveries , à côté de fi fubli- 
; vérités , dans un auffi grand- homme que 
fier , ne doit point en être furpris ; on peut 
» un génie en fait de calcul & d'obferva- 
is > & fe fervir mal quelquefois (te fa raifoa 



404 LOIS DE KEPLER. 
pour 1e refte ; il y a tels efprîts qui ont be- 
ïbin de s'appuyer fur la géométrie , & qui 
tombent quand ils veulent marcher feuls. Il 
n'eft donc pas étonnant que Kepler , en dé- 
couvrant ces lois de l'aftronomie , n'ait pas 
connu la raifon de ces lois ( 20). 

Cette raifon eft que la force centripète eft 

f>récifément en proportion inverfe du quarré de 
a diftmce du centre du mouvement vers lequel 
ces forces font dirigées : en effet,. fi la loi de 
la gravitation eft telle , il en réfulte que tout 
corps qui approche trois fois plus du centre 
de fon mouvement , gravite neuf fois davan- 
tage ; que s'il s'éloigne trois fois plus , il gra- 
vitera neuf fois moins ; & que s'il s'éloigne 
cent fois plus , il gravitera dix mille fois moins* 
Un corps fe mouvant circulairement autour 
d'un centre, pèfe donc en raifon inverfe du 
quarré de fa diftance a du elle au centre , comme 
suffi en raifon directe de fa mafle. Or , il eft 
démontré que c'eft la gravitation qui le 
tourner autour de ce centre , puifque , (ans 
cette gravitation il s'en éloignerait en décri- 
vant une tangente. Cette gravitation agira donc 

( 20 ) On n'avait aucune idée du temps de Kepler des 
Méthodes de calculer le mouvement dans les lignes conrbef. 
Il fuppofa que les planètes décrivaient des eîlipfes anteer 
du foleil , parce qu'étant attirées par cet aftre , elles 
avaient un mouvement de piogreffion. Il l'appela mouve- 
ment animal, parce qu'il ne favait pas qu'on corps qoi 
ne rencontre point d'obftacle continue de fe mouvoir in- 
définiment en ligne droite ; il croyait que , dans ce cas y 
il fallait de temps en temps une force nouvelle , 6c il 
fuppofait cette force r en dente dans les planètes mêmes. 
Cette féconde hypothèfe n'eft pas ridicule comme celle 
lies côtéj amis ôc ennemis. 



IOIS DE KEPLER. 10 j 

us fortement fur un mobile qui tournera plus 
te autour de ce centre ; & plus .ce mobile 
ra éloigné, plus il tournera lentement; car 
>rs il pèlera bien moins , & le rapport entre 
vîteffe moyenne de ces corps ou le temps 
leurs' révolutions périodiques , fera tel que 
; quarrés de ces temps feront toujours pro- 
rtionnels au cube des diftances moyennes. 
Voilà donc cette loi de la gravitation , en 
fon du quarré des diflances , démontrée : 
1°. Par la vîteffe avec laquelle la lune décrit 
i orbite , comparée à fon éloignement de 
terre fon centre : 

l?. Par le chemin de chaque planète autour 
-foleil dans une ellipfe : 
\°. Par la comparaifon des diflances & dès 
ouations de toutes les planètes autour de 

centre commun. 
i ne fera pas inutile de remarquer que cette 
règle de Kepler , qui fert à confirmer 
découverte de Newton touchant la gravi- 
ion , confirme aufli le fyftème de Copernic 
le mouvement de la terre. On peut dire 

Kepler , par cette feule règle , a démontré 
qu'on avait trouvé avant lui , & a ouvert 
sherain aux vérités qu'on devait découvrir 
jour. 

îar , d'un côté , il eft démontré que fi la 
des forces centripètes n'avait pas lieu , la 
le de Kepler ferait impoflible ; de l'autre , 
(l démontré que , fuivant cette même règle f 
» foleil tournait autour de la terre , il fau- 
ît dire i Comme la révolution de la lune 
our de la terre en un mois eft à la révo- 
oo prétendue du foleil autou* dç la tçrrç 



4.06 LOIS DE KEPLB*.. 

en un an , ainfi la racine quarrée du cube 
la diftance de la lune à la terre , eft à la raci 
quarrée du cube de la diftance du foleil à 
terre. Par ce calcul , on trouverait que le : 
leil n'eft qu'à cinq cents dix mille lieues 
nous ; mais il eft prouvé qu'il en eft au mo 
à eaviron trente millions de lieues : ainfi do 
ïe mouvement de la terre a été démontré 
rigueur par Kepler. Voict encore une démo 
tration bien (impie tirée des mêmes théorème 

Si la terre était le centre du mouvenx 
du foleil ,.. comme elle l'eft du mouvement 
la lune , Ja révolution du foleil ferait de qua 
cents foixante & quinze ans 9 au' lieu d'il 
année : car l'éloignement moyen où le fol 
eft de la terre, eft à l'éloignement moyen 
la lune eft de la terre , comme trois cei 
trente- fept eft à un. Or , le cube de la d 
fiance de la lune eft un ; le cube de la dtffar 
du foleil trente - huin millions deux ■ cei 
foixante & douze mille fept cents- cinquanl 
trois : achevez la règle , 6c dites : Comme 
cube un eft à ce nombre cube trente - 
million.? deux cents- foixante 8c doiue mi 
fept cents cinquante-trois, ainfi le quarré 
vingt-huit, qui eft la révolution périodique 
la lune , eft à un quatrième nombre : vt 
trouverez que le foleil mettrait quatre cei 
foixante & quinze ans , au lieu d'une année , 
tourner autour de la terre. Il eft donc c 
montré que c'eft la terre qui tourne* 

Il femble d'autant plus à propos de plac 
ici ces démonftrations , qu.'il y a encore c 
hommes deftinés à in ft ru ire les aufïeW en<Itali< 
ça Efpagft*, & même en France, quidoureo 



lOIS DE KSPLE1, 40?} 

i affeftent de douter du mouvement de 
re. 

îft donc prouvé , par la loi de Kepler 
r celle de Newton , que chaque planète 
é vers le foleil , centre de l'orbite qu'elles 
ent. Ces lois s'accoropliffent dans les 
tes de Jupiter par rapport à Jupiter leur 
» ; dans les lunes de Saturne par rapport 
urne ; dans la nôtre par rapport à nous: 
» ces planètes fecondaipes , qui roulent 
r de leur planète centrale , gravitent aufli 
leur planète centrale vers le foleil ; ainft 
, entraînée autour de la terre par la 

centripète , eft en nume temps attirée 
\ foleil , autour duquel elle fart aufïï fa 
ition. Il n'y a aucune variété dans le cours 

lune , dans fes diftances de la terre , 
a figure de fon orbite , tantôt approchant 
Uipfe , tantôt du cercle , &c. qui ne foit 
iite.de la gravitation , en raifoa des chaa- 
is de fa diftance à la terre » & de fa 
ce au foleil. ' 

ïlle ne parcourt pas exa&ement dans folk 
r des aires égales en temps égaux .* 
lewton a calculé tous, les cas où cette.; 
ité fe trouve : tousr dépendent d> l'at- 
>n du foleil ; il attire ces deux globes et* 
, direfte de leurs mânes , 8c en raifoh 
5e du ouarré de leurs. diftances. Nous allon* 

Sue la moindre variation de la. lune efl 
}t néceflau-e de ces pouvoir* combinés. 



io8 EFFETS DE LA GRAVITATION 

CHAPITRE VI. 

NOUVELLES PREUVES DE L'ATTRACTION; 
QUE LES INÉGALITÉS DU MOUVEMENT 
DE L'ORBITE DÉ LA LUNE SONT NÉCES- 
SAIREMENT LES EFFETS DE L* AT- 
TRACTION. 

Exemple en preuve. Inégalités du cours de ta 

lune , toutes caufées par l'attraction. Déiuc* 

tion de ces vérités. La gravitation nefi 

; point l'effet du cours de* aftres , mais leur 

* cours eft V effet de la gravitation^ Cette gr&- 
, vit at ion , cette attraâion peut être un pre- 

• mier principe établi dans la nature» 

JL-i A lune n'a qu'un fçul mouvement égal ; 
c'-eft fa rotation autour d'elle-même fur fou 
axe, & c'eft le feul dont nous ne nous aper- 
cevons pas : c',eft ce mouvement qui nous pré- 
fente toujours, à peu près le même difque de 
la lune ; de forte qu'en tournant réellement fur 
elle-même , elle paraît ne point tourner du 
tout , & avoir feulement un petit mouvement 
de balancement , de vibration qu'elle n'a point, 
& que toute l'antiquité lui attribuait. ( Voyez 
le chapitre X , fur la caufe de la libration de 
la lune. ) Tous fes autres mouvemens autour 
de la terre font inégaux , & doivent l'être fi 

la 



BANS LA LUNE. 2o? 

règle de la gravitation eft vraie. La lune 
ns Ton cours d'un mois eft néceffairement plus: 
es du foleil dans un certain point ,& dans un 
rtain temps de fon cours : or , dans ce pohtf 8ç 
ns ce temps, fa maffe demeure la même ; fa dif- 
ice étant feulement changée , l'attraction du 
[eil doit changer en raifon renverfée çki quarré 

cette diftance ; le cours de la lune doit donc 
anger , elle doit donc jaller plus •vite errtertainr 
nps que l'attraction feule de la terre ne la ferait 
er : or , par l'attraction de la terre elle aurait 
rcouru des aires égales en temps égaux + 
mme vous l'avez déjà obfervé au chapitre 
atrième ; ces aires doivent donc de. enir iné- 
les par l'effet de l'attraction du foleil. 
On ne peut s'empêcher d'admirer avec quelle 
;acité Newton a démêlé toutes ces inégali- 
; , & réglé la marche de cette planète qui 
tait dérobé^ à toutes les recherches des aflro- 
mes ; c'eft là fur-tout qu'on peut dire': 

Nec propiùs fax eft mortali attingere Divos*. 

Entre les exemples qu'on peut choifir , pre- 
ns celui-ci : Soit 4'» l a lune :.(.,/?£«/•* 36) 
, B , N , Q , l'orbite dé la lune : S , le foleil : 
, l'endroit où la lune fe trouve dans fort 
rnier quartier. Elle eft alors manifeftement 
la même diftance du foleil qu'eft > la terre, 
différence de l'obliquité de la ligne de di- 
[tion de la lune au foleil étant comptée pour 
n , la gravitation de la terre & de la lune. 
rs le foleil eft donc la même. Cependant la 
re avance dans fa route annuelle de T en 
& la lune dans fon cours d'un mois avance 
*Z : or, en Z, il eft manifefte qu'elle eft 
Tonte 42. Phyf* &c, Tome L S 



1IO EFFETS PE LA GRAVITATION 

plus attirée par le foieil S , dont elle fe trouve 
plus proche que la terre \ fon mouvement fera 
donc accéléré de Z vers N ; l'orbite qu'elle dé« 
crit fera donc changée ; mais comment fera- 
t-elle changée ? en s'aplatiffant un peu , en 
devenant plus approchante d'une droite depuis 
Z vers N ; ainfi donc de moment en moment 
la gravitation change le cours & la forme de 
l'ellipfe dans laquelle fe meut cette planète. 
Par la même raifon la lune doit retarder fon 
cours , & changer encore la figure de l'orbite 
qu'elle décrit , lorfqu'elle repaffe de la conjonc- 
tion N à fon premier quartier Q ; car puifque 
clans fon dernier quartier elle accélérerait fon 
cours en aplatifiant fa courbe vers fa con- 
jonction N , elle doit retarder ce même cours 
en remontant de la conjonction vers fon pre- 
mier quartier. Mais lorfque la lune remonte 
de ce premier quartier vers fon plein A , elle 
eft alors plus loin du foieil qui l'attire d'au- 
tant moins , qu'elle gravite plus vers la terre. 
Alors la lune accélérant fon mouvement , la 
courbe qu'elle décrit s'aplatit encore un peu 
comme dans la conjonction ; & c'eft-là Tunique 
raifon pour laquelle la lune efl plus loin de 
nous dans fes quartiers que dans £a conjonction 
& dans fon oppofition. La courbe qu'elle dé- 
crit eft une efpèce d'ovale approchant du 
cercle. 

Ainfi donc le foieil dont elle s'approche ou 
«'éloigne à chaque inftant , doit à chaque inflant 
varier le cours de cette planète. 

Elle a fon apogée & fon périgée , fa plus 

grande & fa plus petite diflance de la terre ; 

jnais les points , les places de cet apogée & de 



■ BAHS t A L17NË. ÛII 

ce périgée , doivent changer. Elle a fes noeuds, 
c*eft-à-dire , les points oit l'orbite qu'elle par- 
court rencontre précifément l'orbite de la 
terre ; mais ces nœuds , ces points d' interjec- 
tion doivent toujours changer auflî. Kile a foti 
équateur incliné à l'équateur de la terre ; mais 
cet équateur , tantôt plus , tantôt moins attiré , 
doit changer fon inclinaifon. 
. Elle fuit la terre malgré toutes ces variétés ; 
•Ile l'accompagne dans fa courfe annuelle; mais 
la terre dans cette courfe fe trouve d'un mil- 
lion de lieues plus voifine du foleil en hiver 
qu'en été. Qu'arrive-Nil alors indépendam- 
ment de toutes ces autres variations ? L'at- 
traclion de la terre agit plus pleinement fur la 
tune en été : alors la lune achève fon cours 
d'un mois un peu plus vite ; mais en hiver , 
au contraire «, la terre elle-même plus attirée 
par le foleil , & allant plus rapidement qu'en 
été , laifte- ralentir le cours de la lune : & les 
mois d'hiver de la lune font un peu plu$ longs 
que les mois d'été. Ce peu que nous en difons 
fuffira pour donner une idée générale de ces 
changemens. 

Si quelqu'un fefait ici la difficulté que j'ai 
Entendu propofer quelquefois , comment la 
tune , étant plus attirée par le foleil , ne tombe 
pas alors dans cette aftre ? il n'a d'abord qu'à' 
confidérer que la force de la gravitation , qui.' 
iirige la lune autour de la terre , eft feule- 
ment diminuée ici par l'union du foleil. 

De ces inégalités du cours de la lune , 
eau fées par l'attraction , vous conclurez avec 
raifon que deux planètes quelconques , afîez 
voifines , allez grottes pour agir Tune fur l'autre 

S % 



2.12 EFFETS DE IA GRAVITATION 

fenfiblement , ne pourront jamais tourner dans 
àes cercles autour du foleil , ni même dans des 
ellipfes abfolument régulières. Ainfi les courbes 
que décrivent Jupiter & Saturne éprouvent , 
par exemple , des variations fenfibles , quand 
ces a (Ires font en conjonction , quand , étant 
le plus près l'un de l'autre qu'il eft poffible , 
& le plus loin du foleil , leur aétion mutuelle 
augmente , & celle du foleil fur eux diminue. 

Cette gravitation , augmentée & affaiblie 
félon les diftances , affignait donc nécessaire- 
ment une figure elliptique irrégulière au che- 
min de la plupart des planètes ; ain(i la loi 
de la gravitation n'eft point l'effet du cours 
des affres , mais l'orbite qu'ils décrivent eft 
l'effet de là gravitation. Si cette gravitation 
c'était pas comme elle eft en raifon inverfe 
des quarrés des diftances , l'univers ne pourrait 
fublîfter dans Tordre où il eft. 

Si les fatellites de Jupiter t& de Saturne font 
leur révolution dans des courbes , qui font 
plus approchantes du cercle , c'eft qu'étant trèv- 
proches. des grofles planètes , qui font leur 
centre , & très-loin du foleil , l'adion du foleil 
ne peut changer le cours de ces fateUites , 
comme elle change le cours de notre lune ; il eft , 
donc prouvé que la gravitation dont le nom 
feul femblait un fi étrange paradoxe , eft une 
loi néceiiaire dans la conftitution du inonde : 
tant ce qui eft peu vraifemblable eft vrai quel- 
quefois. 4| 

Il n'y pas à préfent de bon phyficien qui ne 
reconnaiffe* la règle de Kepler , & la néceflité 
d'admettre une, gravitation telle que Newton 
Va prouvée ; mais il y a encore des philofophes 



DANS LA LUNE. 11} 

.attachés à leurs tourbillons de matière fubtile 9 
qui voudraient concilier ces tourbillons imagi- 
naires avec ces vérités démontrées. Nous avons 
déjà vu combien ces tourbillons font inadmif- 
"fibles ; mais cette gravitation même ne fournit- 
elle pas une nouvelle démonflration contr'eux ? 
car fuppofé que ces tourbillous exiftaffent , ils 
ne pourraient tourner autour d'un centre que 
par les lois de la gravitation même ; il fau- 
drait donc recourir à cette gravitation , comme 
a la caufe de ces tourbillons ; & non pas aux 
tourbillons prétendus, comme à, la caufe de 
la gravitation. 

Si étant forcé enfin d'aba # ndonner ces tour- 
billons imaginaires , on fe réduit à dire que 
cette gravitation , cette attradion dépend de 
quelqu'autre caufe inconnue , de quelqu'aulre 

Î propriété fecrète de la matière f cela peut être 
ans doute ; mais cette autre propriété fera 
elle-même l'effet d'une autre propriété , ou bienr 
fera une caufe primordiale , un principe établi 
par l'auteur de la nature : or , pourquoi Pat- 
Çraâion de là matière ne fera-t-elle pas elle- 
même ce premier principe ? Newton , à la fin 
de fon optique , dit que peut-être cette attrac- 
tion eft l'effet d'un efptit extrêmement élaftique 
& rare répandu dans la nature ;. mais alors- 
d'où viendrait cette élafticité ? ne. ferait-elle 
pas aufli difficile à comprendre que kr^gravi- 
tation , Pattra&ion , la force centripète ? Cette 
force ra'eft démontrée ; cet efprit élaftique eft 
à peine fonpçonné ; je m'en tiens-la , & je ne- 
puis admettre un principe dont je n'ai pas la 
moindre preuve , pour expliquer une chofe 



114 QUE TOUT GRAVIT F, 

vraie & incompréhenfible , dont toute la na- 
ture me démontre l'exiftence ( ai ). 

CHAPITRE VII. 

NOUVELLES PREUVES ET NOUVEAUX EF- 
FETS DE LA GRAVITATION : QUE CB 
POUVOIR EST DANS CHAQUE PARTIE DB 
LA MATIÈRE : DÉCOUVERTES DÉPEN- 
DANTES DE CE PRINCIPE. 

Remarque générale' & importante fur le principe 
de Vattraâion. La gravitation , Vattraâion 
efl dans toutes les parties de la matière éga- 
lement. Calcul hardi &' admirable de Newton, 

XXecueillons de toutes ces notions que b 
force centripète , l'attradrion , la gravitation 
eft le principe indubitable & du cours des pla- 
nètes , & de la chute de tous les corps , & 
de cette pefanteur que nous éprouvons dan* 
Jes corps. Cette force centripète fait graviter 
le foleiJ vers le centre des planètes comme les 

(11) On appelle perturbations d'une planète les chai- 
gemens que l'attraftion des corps célefles caoiè danf 
l'orbite que cette planète aurait décrite , fi elle n'avait 
è\é attirée que par le foie il ou la planète principale. 
Newton ne put donner une méthode fuffifamaient exacte 
de calculer ces perturbations. Cette méthode n'a été 
trouvée qu'environ foixante ans après la publication d» 
livre des principes par trois grands géomètres 4b CPHÛ" 
pum ; MM. à'Ahmbcrt, Euler' & Cbirault. 



QUE TOUT GRAVITE. lï$ 
nètes gravitent vers le foleil , & attire la 
re vers la lune comme la lune vers la terre^ 
le des lois primitives du mouvement eft en- 
-e une nouvelle démonftration de cette vé« 
§ : cette loi eft que la réattion eft égale à 
Slion ;.ainfi le foleil gravite fur les planètes t 
planètes gravitent fur lui ; & nous verrons, 
commencement du chapitre fuivant de quelle 
oière cette grande loi s'exécute dans notre 
[vers. Or , cette gravitation agiflant nécef- 
rement en raifort directe de la maffe , & le 
eil étant environ quatre cent foixante-quatre 
s plus gros que toutes les planètes mifes 
Temble , ( fans compter les fatellites de Ju- 
•r r l'anneau & les lunes de Saturne ) il faur 
» le foleil foit leur centre de gravitation : 
fi il faut qu'elles tournent toutes autour 'du' 
eil. 

Remarquons toujours foigneufement que 
and nous difons que le pouvoir de la gra- 
ation qui agit en raifon direâe des majjes 9 
us entendons toujours que ce pouvoir de 
gravitstfion agit d'autant plus fur un corps 
e ce corps a plus de parties ; & nous l'avons 
montré en fefant voir qu'un brin de paille 
fcend aufli vite dans la machine purgée d'air 
'une livre d'or. Nous l'avons dit , ( en fe- 
it abftra&ion de la petite réfiftance de l'air ) 
'une balle de plomb , par exemple , tombe 

quinze pieds fur la terre en une féconde ; 
us avons démontré que cette même balle 
libérait de quinze pieds en une minute , fi 
e était à foixante rayons de la terre comme 
: la lune i donc le pouvoir de la terre fur 

lûùe eft au pouvoir qu'elle aurait fur une 



ai6 QUE TOUT GRAVITE. 

balle (Je plomb tranfportée à l'élévation de h 
lune , comme le corps folide de la lune ferait 
avec le corps folide de cette petite balle. C'eft 
en cette proportion que le foleil agit fur toutes 
les planètes ; il attire Jupiter & Saturne , & les 
fatellites de Jupiter & de Saturne , en raifon 
directe de la matière folide qui eft dans les 
fatellites de Jupiter & de Saturne t & de celle 
qui eft dans Saturne & dans Jupiter. 

De-là il découle une vérité inconteflable , 
que cette gravitation n'eft pas feulement dans 
la m a (Te totale de chaque planète , mais dans 
chaque partie de cette m a (Te , & qu'ainfi il n'y 
a pas un atome de matière dans l'univers qui 
ne foit revêtu de cette propriété. 
. Nous choifirons ici la manière la plus firople 
dont Newton a démontré que cette gravitation 
eft également dans chaque atome. Si toutes les 
parties d'un globe n'avaient pas également cette 
propriété , s'il y en avait de plus faible£&de 
plus fortes , la planète en tournant fur elle- 
même préfenterait néceflairement des côtés 
plus faibles , & enfuite des côtés plus forts à 
pareille diftance : ainfi les mêmes corps dans 
toutes les occafions poffibles éprouvant tantôt 
un degré de gravitation , tantôt un autre à 
pareille diftance , la loi de la raifon inverfe 
des quarrés des diftances & la loi de Kep-er t 
feraient toujours interverties : or , elles ne le 
font pas ; donc il n'y a dans toutes les planètes 
aucune partie moins gravitante qu'une autre. 
En voici encore une démonflratïon. S'il y avait 
des corps en qui cette propriété fûf différente , 
il y aurait des corps qui tomberaient plus len- 
tement & d'autres plus vite dans la machine 

du 



QUE TOUT GRAVITE. %lf 

lu vide : or r tous les corps tombent dans le 
£me temps , tous les pendules mêmes font 
la us Pair dé pareilles vibrations à égale lon- 
gueur ; les pendules d'or f d'argent , de fer ,* 
le bois d'érable , de verre , font leurs vibr- 
ions en temps égaux ; donc tous les corps ont 
:ette propriété de la gravitation préci Cément 
lans le même degré , c'eft-à-dire , pr'éciféme'rtt 
:omme leurs mafles ; dé forte que la gravita- 
tion agit comme cent fur cent atomes , 8c 
:orame dix fur dix atomes. 

De vérité en vérité on s'élève infenfible- 
nent à des connaiflances qui femblaient être 
tiors de la fphère de l'efprit humain. Newton 
i ofé calculer , à l'aide des feules lois de la 
avitation , quelle doit être la pefanteur des 
:orps dans d'autres globes que le nôtre : ce 
jue "doit p'efer dans Saturne , dans le foleil r 
le même corps que nous appelons ici une livre $ 
5c comme ces différentes pefanteurs dépendent 
direclemcnr de la maffe des globes , il a fallu 
calculer quelle doit être la mafle de ces aftr'es. 
Qu'on dife après cela que ta gravitation , l'at- 
tradtion eft une qualité occulte ; qu'on ofe ap- 
peler de ce nom une loi univerfelle 9 qui 
conduit à de (i étonnantes découvertes» 



Tome 42. Phyf. &c. Tome L 



£18 THÉORIE DU MONDE. 

CHAPITRE. V I IL 

THÉORIE DE NOTRE MONDE PLANÉTAIRE, 

J)émonflration du mouvement de la terre autour 
du foleil ^ tirée de la gravitation» Grôffeur du 
foleil. Il tourne fur lui-même autour du cen» 
tre commun du monde planétaire* Il ckangt 

. toujours de place» Sa denjité. En quelle pro* • 
portion Us corps tombent fur le foUiU Ida 
4e Newtohfur la denjité du corps de Mer* 
cure, Prédiâion de Copernic fur les phafit 
de Vénus, 



LE SOLEIL. 



L 



E foleil eft au centre de notre monde pis- 
nétaire , & doit y être néceifaireraent. Ce n'eft 
pas que le point du milieu du foleil foit pré- 
cisément le centre de l'univers ; mais ce poiot 
central, vers lequel notre univers gravite,. 
eft néçefiairement dans le corps de cet aftre, 
& toutes les planètes , ayant reçu une fois le 
mouvement de projeftilé , doivent toutes tour- 
ner autour de ce point , qui eft dans le foleil. 
En voici la preuve. 

Soient ces deux globes A. & B , le plus ' 
grand repréfentant le foleil , {figure 37 ) le 
plus petit repréfentant une planète quelconque* 



THÉORIE DIT MOXDË. *ty 

S'ils font abandonnés l'un & l'autre à la loi 
la gravitation, & libres de tout autre mou* 
renient , ils feront attirés en raifon directe de 
leurs mafles : ils feront déterminés en ligne 
perpendiculaire l'un vers l'autre ; & A , plu* 
îros un million de fois que B , fe jettera vers 
fui un million de fois plus vite que 1* globe 
B n'ira vers A. Mais qu'ils aient l'un & l'au- 
tre un mouvement de projectile en raifon de 
leurs mafles, la planète en BC, le foleil en 
A D , alors la planète obéit à deux mouve«- 
mens , elle fuit la ligne B C , & gravite en 
en môme temps vers le foleil fuivant la ligne 
B A ; elle parcourra donc la ligne courbe B F ; 
le foleil de même fuivra la ligne A* ; 8c 
gravitant l'un vers l'autre , ils tourneront au- 
tour d'un centre commun. Mais le foleil fui*-« 
paffant un million de fois la terre en grofleur * f 
& la courbe A E, qu'il décrit , étant un mil- 
lion de fois plus petite que celle que décrit 
la terre , ce centre commun eft-nécefiairement 
prefqu'au milieu du foleil. 

Il efl démontré encore par-là que la terre 
8c les planètes tournent autour de cet aftre ; 
8c cette démonftration efr d'autant plus belle 
& plus puiffante qu'elle eft indépendante de 
toute obfervation , & fondée fur la mécanique 
primordiale du monde. ■ "* 

Si l'on fait le diamètre du foleil égal accent 
diamètres de la terre , & fi par conféquent it 
furpafle un million de fois la terre en grofleur, 
il eu quatre cents foixante-quatre fois; plus 
gros que toutes les planètes enfemble » en ne 
comptant ni les fatellites de Jupittr^ ni l'an- 
«ç*U de Saturne, il gravite vetf les planètes, 



fl.10 THÉORIE DU MONDE. 

& les fait graviter toutes vers lui ; c'eft cette 
gravitation qui les fait circuler en les retirant 
de la tangente , & lattrattion que le foîeil 
exerce fur elles furpaffe celle qu'elles exercent 
fur lui * autant qu'il les furpaffe en quantité 
de matière. Ne perdez jamais de vue que cette 
attraction réciproque n'eft autre chofe que la 
loi des mobiles gravitant tous , & tournant 
tous vers un centre commun. 

Le foleil tourne fur lui-même en vingt-cinq 
jours & demi ; fon point du milieu eft toujours 
un peu éloigné de ce centre commun de gra- 
vité , & le corps du foleil s'en éloigne i 
proportion que plufieurs planètes en conjonc- 
tion l'attirent vers elles ; mais quand toutes les 
planètes fe trouveraient d'un côté & le foleil 
d'un autre , le centre commun de gravité du 
monde planétaire fortirait à peine du foleil» 
& leurs forces réunies pourraient à peine dé- 
ranger & remuer le foleil d'un diamètre entier, 
Il change donc réellement de place à tout 
moment , à mefure qu'il eft plus tfu moins 
■attiré par les planètes ; & ce petit approche- 
ment du foleil rétablit le dérangement que les 
planètes opèrent le^' unes fur les autres : ainfi 
le dérangement continuel de cet aftre entre- 
tient l'ordre de la nature. 

Quoiqu'il furpaffe un million de fois la terre 
en groffèur , il n'a pas un million plus de 
matière. S'il était en elfet un million de fois 
plus folide 9 plus plein que la terre , l'ordre du 
monde' ne ferait pas tel qu'il eft : car les révo- 
lutions .des planètes , & leurs diftances à leur 
centre dépendant de leur gravitation , &leur 
, gravitation dépend en raifon dire&e.dejia qiWr 



THÉORIE DU MOND&; %%% 

tiré de la matière du globe où efl leur centre ; 
donc fi le foleil furpaffait à un tel excès notre 
terre & notre lune en matière folide ^ ces 
planètes feraient beaucoup plus attirées , 6c 
leurs ellipfes très- dérangées. 

Mais la. matière du foleil ne peut être comme 
fa gtoffeur ; car ce globe étant tout en feu % 
la raréfaclion eft nécciïairement fort grande , 
& Ja matière eft d'autant moindre que la raré- 
faction eft plus forte. Par les lois de la gravi- 
tation il paraît que le foleil n'a que deux cents 

iqudnte mille fois plus de matière : or, lé 

leil un million plus gros n'étant que Je quart 

d'un million plus matériel / la terre. un million 
de fois plus petite aura donc à proportion 
quatre fois plus de matière '-que le' foleil , 6c 
fera, quatre fois pîu.s denfe. . : 

: Le. même corps en ce cas* qui pèfefur ht 
forface de. la terre comme. une. livre , pèferait 
fur la furface du foleil comme vingt-trois. L&, 
même corps qui tombe ici de. quinze pieds 
dans la première féconde tombera d'environ 
trois cents quinze pieds fur la furface du folfcil, 
toutes chofes d'ailleurs égales. (2.2,) . ; 

Le foleil perd toujours , félon Newton 1% un 
peu de fa fubftance , & ferait dans la fuite des 
fiècles réduit à rien , fi les comètes ,,qni tom- 
bent de temps en temps dans fa fphère j ne 
fervaient à réparer fes pertes : car tout ^al- 
tère & fe répare dans l'univers. 

(11) Ces déterminations font celles que l'on trouva 
ïans le c principes rofctkéinatiqLes. Des cbfenrations plus 
îxaft -s o:it appris depuis qu'il fallait faire quelques chan- 
«emens dans les élémens adopté i par Newton^ &*J>W 
aofc&cueat dans ces différent îéfultiUs. . . 

T 3 



îll THÉORIE T>V MONDE. 

MERCURE, 

Depuis le foleil jufqu/à onze ou douze mil- 
lions de nos lieues ou environ , il ne paraît 
aucun globe. A onze ou douze millions de 
nos lieues du foleil eft Mercure dans fa moyenne 
diftance. Ceft la plus excentrique de toutes 
les planètes : elle tourne dans une ellipfe qui 
la met dans fon périhélie environ d'un tiers 
plus près que dans fon aphélie. 

Mercure eft à peu près, vingt- fept fois plus 
petit que la terre ; il tourne autour du foleil, 
en quatre-vingt-huit jours, ce qui fait fon 
année. 

Sa révolution fur lui-môme , qui fait fon 
jonr , eft inconnue ; on ne peut aflîgner ni 
fa pefanteur ni fa d en 11 ré. On fait feulement 
que fi Mercure eft précifément une terre comme 
îa nôtre , il faut que la matière de ce globe 
foit environ huit rois plus denfe que celle du 
nôtre t pour que tout n'y foit pas dans un 
degré d'effervefcence , qui tuerait en un inf- 
tant des animaux de notre efpèce , & qui 
ferait évaporer toute matière de la confiftance 
des eaux de notre globe. 

Voici la preuve de cette aîVertion. Mercure 
reçoit environ fept fois plus de lumière que 
nous , à rai fon du quarré des diftances , parce 
qu'il eft environ deux fois Se deux tiers plus 
près du centre de la lumière & de la chaleur; 
donc il eft fept fois plus échauffé , toutes cho- 
fes égales. Or, fur notre terre la grande cha- 
leur de l'été , étant augmentée environ fept à 
kuit fois , fait incontinent bouillir l'eau à gros 



* UEO ME DU Al ONDE* 11) 

bouillons ; donc il faudrait que tout fut en* 
viron iept fois plus denfe qu'il n'eft f pour 
réfifter à fept ou huit fois plus de chaleur que 
le plus brûlant été n'en donne dans nos cli-* 
mats ; donc Mercure doit erre au moins fept 
fois plus denfe que notre terre , pour que les 
les mêmes chofes qui font dans notre terre 
puiflent fubfifter dans le globe de Mercure , tou- 
tes chofes égales. Au refte, li Mercure reçoit 
environ fept fois plus de rayons que notre 
globe , parce qu'il eft environ deux fois Se 
deux tiers plus près du foleil , par la même 
raiion le foleil paraît , de Mercure , environ 
fept fois plus grand que de notre terre* 

VÉNUS. 

Après Mercure eft Vénus , à vingt & un ou 
Vingt-deux millions de lieues du foleil dans 
fa diftance moyenne ; elle eft groffe comme 
la terre ; fon année eft de deux cents vingt- 
quatre jours. On ne fait pas encore ce que 
c'eft que fon jour, c'eft-à-dire, fa révolution, 
fur elle-même. De très - grands aftronomes 
croient ce jour de vingt-cinq heures ; d'autres 
le croient de vingt-cinq de nos jours. On n'a 
pas pu encore faire d'obfervations allez sûre9 
pour fa voir de quel côté eft l'erreur ; mais 
:ette erreur en tout cas ne peut être qu'une 
néprife des yeux , une erreur d'obfervation , 
k non de raifonnemeat. 

L'ellipfe que Vénus parcourt dans fon année 
;ft moins excentrique que celle de Mercure ; 
[figure 38 ) on peut fe former quelque idée 
lu chemin de ces deux planètes autour du 
bleil par cette figure. 

T4 



224 THÉORIE DU MONDE. 

Il n'eft pas hors de propos de remarquer 
ici que Vénus & Mercure ont par rapport à 
jîous des phafes différentes, ainfi que la lune. 
On reprochait autrefois à Copernic que dans 
fon fyftème ces phafes devaient paraître, & 
on concluait que fon fyftème était faux , parce 
qu'on ne les apercevait pas. Si Vénus & Mer- 
cure , lui difaît-on , tournent autour du foleil, 
& que nous tournions dans un plus grand cer- 
cle y nous devons voir Mercure & Vénus , 
tantôt pleins , tantôt en croiffant , &c ; mais 
c'eft ce que nous ne voyons jamais. Ceft 
pourtant qui arrive , leur difaît Copernic , & 
c'eft ce que vous verrez , fi vous trouvez ja- 
mais un moyen de perfedionner vôtre vue. 
L'invention des télelcopes , & les obferyations 
àe Galilée , fervirent bientôt à accomplir la 
prédiction de Copernic. Au refte , on ne peut 
rien afligner encore fur la maffe de Vénus f 
& fur la pefanteur des corps dans cette pla- 
nète. (13) 

( 23 ) Ce n'eft que par îe calcul des perturbations , 00 
par le mouvement des axes des planètes , ( voyez chapitra 
premier ) que l'on peut connaître les maffe s des planètes. 
Par exemple , pour connaître celle de Venus , il faudrait 
après avoir conclu la proportion de la maPW.de la lune il 
celle du foleil , de la connaiiTance de leur action fat 
le mouvement de la terre , chercher l'altération produite 
par Vénus dans l'orbite terrefhe ; & conn ai fiant celle 
que donnent les phénomènes , on aurait la malTe de Vénus % 
en la fuppofant telle qu'elle doit être pour produire cette 
altération. 

Cette maffe une fois trouvée , en comparant l'obfer- 
vation à la théorie pour un infiant donné y la tLéoiie 
donnerait les tables des perturbations caufées par VCnus f 
& l'accord de ces tables avec les obfervagons prouverait 
la vérité de la lot générale du fyftème du monde. 



DE LA FIGURE DE LA TERRE, lljl 

CHAPITRE IX. 

Théorie de la terre : examen d* fa figure. 



r 



E m'étendrai davantage fur la théorie tfe la 
erre. D'abord j'examinerai fa figure , qui ré- 
ulte nécessairement ^es lois dej'attradlion & 
le. la rotation de ce globe fur fon axe. Je 
erai voir les mouvemens qu'e.Ue a , & je fini? 
ai cette théorie de notre globe par les preu» 
'es les plus évidentes de Ja çaufe des marées ^ 
ihénomène inexplicable jufqu'à Newton , & 
levenu* le plus beau témoignage des vérités 
[u'il a enfeignées. Je commence par la forme 
le notre globe, ..-•-. 

: ■ i 

DE LA FIGURE DE LA TjtffcE. ' ; 

Hftoire des opinions fur la figure dé' ta terri * 
/Découverte de Richer & fus fuites. Théorie 
de Huygkens. Celle de Newton. Difputes eh 
France fur la figure de la te re. ' t \ 



Ljes premiers aftronomès en Afie & en 
Egypte s'aperçurent bientôt , par la projecliori 
le l'ombre de la terre dans les éclipfes de 
une, que la terre eft ronde ; les Hébreux , 
[iii étaient de fort mauvais pJiyficiens , l'ima- 
ginèrent plate : ils fe figuraient le ciel comme 
in demi-cintre couvrant la ferre -, dont il* ne 



%l6 PE tA FIGURE DE XA TERRÉ, 

connaiifdienr ni la figure ni la grandeur, mais 
dont ils efpér.ienr être rôt ou tard les maî- 
tres. -Cette imagination d'une terre étroite & 
plate a long-remps prévalu parmi les chrétiens; 
chez beaucoup de docteurs au quinzième fiècle , 
il était affez reçu que la terre était plate & 
longue d'Orient en. Occident, & fort étroite 
du Nord au Sud. Un évêque d'Avila , qui 
écrivit en ce temps-là , traite l'opinion contraire 
d'héréde & d'abfurdité ; enfin la rai Ton , & 
le voyage de Chriflophe Colomb , rendirent à 
la terre fon ancienne forme fphérique. Alors 
on pafla d'une extrémité à l'autre ; on crut 
la terre une fphère parfaite , comme on avait 
cru que les planètes fefaient leurs révolutions 
dans un vrai cercle. 

Cependant dès qu'on commença à bien favoir 
que notre globe tourne fur lui-même en vingt- 
quatre heures, on aurait pu juger de cela (eut 
qu'une forme, véritablement ronde ne faurait 
lui appartenir. Non-feulement la force cen- 
trifuge élève confidérablement les eaux dans 
la région de l'équateur, par le mouvementée 
la rotation en vingt-quatre heures ; mais elles 
y font encore élevées d'environ vingt -cinq 
pieds deux fois par jour par les marées \ il 
ferait donc impofîible que les terres vers l'équa- 
teur ne fuflent perpétuellement inondées : or t 
elles ne le font pas ; donc la région de l'équa- 
teur eft beaucoup plus élevée à proportion que 
le reffe de la terre -, donc la terre eft un fphé- 
roïde élevé à l'équateur , & ne peut être une 
fphère parfaite. Cette preuve fi fimple avait 
échappé aux plus grands génies , parce qu'un 
préjugé univerfel permet rarement l'examen, 



DE LA FIGURE DE IA TERHE. WJ 

On fait qu'en 167a, Richer dans un voyage 
à la Caïenne près de la ligne , entrepris par 
l'ordre de Louis Xi V ^ fous les aufpices de 
Colbcrt , le père de tous les arts \ Richer , dis- 
je , parmi beaucoup d'obfervations , trouva que 
le pendule de fon horloge ne fefait plus fes 
ofcillatrons , fes vibrations auflî fréquentes que 
dans la latitude de Paris, & qu'il fallait ab- 
folument raccourcir le pendule d'une ligne & 
de plus d'un quart. La phyfique & la géométrie 
n'étaient pas alors, à beaucoup près , fi cul- 
tivées qu'elles le font aujourd'hui : quel homme 
eût pu croire que de cette remarque fi petite 
en apparence , & que d'une ligne de plus ou 
de moins puflent fortir les plus grandes vérités 
phyliques ? On trouva d'abord qu'il fallait né-^ 
ceHairement que la pefanteur (dt moindre fous 
l'équateur que dans notre latitude, puifque la 
feule peianteur fait l'ofcillation d'un pendule* 
Par conféquent, puifquç la pefanteur des corps 
eft d'autant moins forte que ces corps font 
plus éloignés du. centre de la terre, il fallait 
absolument que la région de l'équateur fût 
beaucoup plus élevée que la nôtre , plus éloi- 
gnée du centre : ainfi la terre ne pouvait être 
une vraie fphère. 

Beaucoup de philofophes firent , à propos 
je ces découvertes , ce que font tous les hom- 
mes quand il faut changer fon opinion ; on 
iifputa fur l'expérience de Richer; on pré- 
tendit que nos pendules ne fefaient leurs 
vibrations moins promptes vers l'équateur,, 
]iie parce que la chaleur alongeait ce métal ; 
jiais on vit que la chaleur du plus grand été 
'alonge d'une ligne fur trente pieds de Ion- 



*afc DE LA FIGURE DE tA TERRE, 
gueur ; & il s'agifïait ici d'une ligne & un 
quart , d'une ligne. & demie , ou même de deux 
lignes , fur une verge- de fer longue de trois 
pieds huit lignes. 

Quelques années après , mefïîeurs Varin , 
Deskayes , Feuilléc , Couplet répétèrent vers 
réqunteur la môme expérience du pendule ; il 
le fallut toujours raccourcir, quoique la cha- 
leur fût très- fouvent moins grande fous la ligne 
môme qu'à quinze ou vingt degrés fie l'équa- 
teur." Cette expérience a éié confirmée de nou- 
veau par les académiciens que Louis XV a 
envoyés au Pérou , qui ont été obligés vers 
Quito , fur des montagnes oh il gelait , de rac- 
courcir le pendule à fécondes d'environ deux 
lignés, (a) 

^ A peu près au même temps , les académi- 
ciens qui ont été mefurêr un arc du méridien 
au Nord , ont trouvé qu'à Pello , par-delà le 
cercle polaire , il faut «longer le pendule pour 
avoir tes mômes ofcillations qu'à Paris ; par 
conféqiient la pëfanfeur eft plus grande au 
cercle polaire que dans les climats de la France, 
comme elle eft plus grande dans nos climars 
que vers l'équatenr. Si la pefanreur eft plus 
grande au Mord , le Nord eft donc plus" près 
du centre de la terre que: l'équateur ; la terre 
eft' donc aplatie vers les "pôles. 

Jamais l'expérience & le raisonnement ne 
concoururent avec tant d'accord à prouver une 
vérité. Le célèbre Huyghens , par le calcul des 
forces centrifuges , avait prouvé que la pefan- 
teur , quand bien même elle ferait confiante, 

(a) Ceci était ic:h tu 1736. 



DE LA FIGURE DE LA TERRE. &2f 

paraîtrait moins grande à l'équateur qu'aux 
régions polaires , & que par conféquent les 
vibrations devaient être plus courtes. Et pour 
que la longueur obfervée de ces vibrations 
pût s'expliquer par l'effet de la force centri- 
fuge , il fallait fuppofer la terre aplatie. Huy- 
ghcns croyait que cette force inhérente aux 
corps qui les détermine vers le centre du globe, 
cette gravité primitive eft par-fout la même. 
Il n'avait pas encore vu les découvertes de 
Newton; il ne confidérait donc la diminution 
de la pefanteur que par la théorie des forces 
centrifuges. L'effet des forces centrifuges di* 
minue la gravité primitive fous l'équateur. 
Plus les cercles dans lefquels cette force cen- 
trifuge s'exerce deviennent petits, plus cette 
force cède à celle de la gravité : aiafi fous lé 
pôle même, la force centrifuge qui eft nulle % 
doit laifler à la gravité primitive toute fon 
action. Mais ce principe d'une gravité toujours 
égale , tombe en ruine par la découverte que 
Newtoi a faite , & dont nous avons tant 
parlé dans cet ouvrage , qu'un corps trans- 
porté, par exemple, à dix diamètres du centre 
de la terre , pèfe cent fois moins qu'à un 
diamètre, 

C'eft donc par les lois de la gravitation 
combinées avec celles de la force centrifuge, 
qu'on fait voir véritablement quelle figure la 
terre doit avoir. Newton & Grégori ont été 
fi fûrs de cette théorie, qu'ils rj'ont pas hélité 
d'avancer que les expériences fur la pefanteur 
étaient plus fûres pour faire connaître U 



f\Q nS LA FIGURE DS LA ÏERRI. 

figure de la terre , qu'aucune mefure géogra- 
phique. (14) 

Louis XIV avait fignalé fon règne par cette 
méridienne qui traverfe la France ; l'illuftre 
Dominique Cajflni l'avait commencée avec fon 
fils ; il avait en 1701 tiré du pied des Pyrénées 
à l'obfervatoire une ligne aufli droite qu'on 
le pouvait, à travers les obftacles prefque in- 
furmontabîes que les hauteurs des montagnes, 
les changemens de la réfradion dans l'air, & 
les altérations des inftrumens oppofaient fans 
ceffe à cette vafle & délicate entreprife ; il 
avait donc en 1701 mefuré fix degrés dix- 
huit minutes de cette mérid' ?nfte. Mais de 
quelque endroit que vînt Terreur , il avait 
trouvé les degrés vers Paris , c'eft-à-dire vers 
le Nord , plus petits que ceux qui allaient 
aux Pyrénées vers le Midi ; cette mefure dé- 
mentait & celle de Norvood & la nouvelle 
théorie de la terre aplatie aux pôles. Cepen- 
dant cette nouvelle théorie commençait à 
être tellement reçue , que le fecrétaire de 
l'académie n'héfita point dans fon hiftoire de 
1.701 , à dire que les mefures nouvelles prifes 
en France prouvaient que la terre eft nu 
fphéroïde dont les pôles font aplatis* Les me- 
sures de Dominique Cofflni entraînaient à la 
vérité une conclufion toute contraire ; mais 
comme la figure de la terre ne fefait pas 
encore en France une queftion , perfonne ne 
releva po.ur lors cette concluûon faufle. Les 

(24) Cela ne peut être dit aue dans l'hypsithefe 4* 
la terre homogène , ayant une figure régulière , & ren- 
iement pour de grandes mefures , les variations de U 
pe&Atem étant i&fea&bles à de petites, diftancet. 



DE IA TIGURE DE tA TERRE. 1$t 

legrés du méridien de Gollioure à Paris paf- 
èrent pour exactement mefurés ; & le pôle f 
[ui par ces mefures devait nécessairement être 
longé , paffa pour aplati. 

Un ingénieur nommé M. des Rouba's 9 
tonné de la concludon ,. démontra que par les 
îefures. prifes en France , la terre devait être 
n fphéroïde oblong , dont le méridien qui va 
*un pôle à l'autre eft plus long que l'équa- 
eur, & dont les pôles fontalongés. (b) Maïs 
e tous les phyficiens à qui il adrefia fa dif- 
ïrtation , aucun ne voulut la faire imprimer, 
ce qu'il femblait que l'académie eût pro- 
>ncé , & qu'il paraiifait trop hardi à un par- 
iculier de réclamer. Quelque temps après-, 
'erreur de 1701 fut reconnue; on fe dédit, 
l la terre fut alongée par une jufte conclu- 
on tirée d'un faux principe. La méridienne 
at continuée fur ce principe de Paris à Dun- 
erque ; on trouva toujours les degrés du 
ïéridien plus petits en allant vers le Nord, 
'.nviron ce temps- là , des mathématiciens qui 
îfaienr les mêmes opérations à la Chine , ru- 
ent étonnés de voir de la différence: entré 
surs degrés , qu'ils penfaienr devoir être 
gaux , & de les trouver après plusieurs vér- 
ifications plus petits vers le Nprd que vers 
î Midi. C'était encore une puiffante raifon 
our croire le fphéroïde oblong , que cet acc- 
ord des mathématiciens de France & ceux 
e la Chine. On fit plus encore en France, 
n raefura des parallèles à l'équateur. Il' eft 
ifé de comprendre que fur un fphéroïdt 

(fc) Son m4m*ix»<eft dam lo Jwâil littéraux 



*3* BB LA FIGURE DE LA TERRH, 

oblon^ nos degrés de longitude doiveni 
plus petits que . fur une lphère. M. de ( 
trouva le paialièle qui patte par Saint- 
plus couïî de mille trente-iept toifes , 
n'aurai; du être dans i'hjpothèfe d'une 
fphérique. Ce degré était donc incompai 
ment plus court qu'il n'eût 'été fur un fph< 
à pôles aplatis. 

Toi.res ces fuufTes mefures prouvèrent 
avait trouvé les degrés comme on avait 
les trouver : elles renversèrent pour un 
en France la démonftration de Newt 
à'jiuyghcns ; & on ne douta pas que les pô 
luttent d'une figure toute oppofée à celle 
on les avait crus d'abord. 

Eniîa les nouveaux académiciens qui al! 
au cercle polaire en 17,6 , ayant vu par d'i 
mefures que le degré était dans ces c 
beaucoup plus long qu'en Frar-ce , on 
entr'eux & meilleurs Cajji'd. Mais bientôt 
.on ne douta plus ; eu les moitiés aftrot 
qui revenaient du pôle»examiiièrent enec 
degré meCuré en 1677 P ar Picard au ne 
Paris ; ils vérifièrent que ce dégçé eft de 
vingt-trois toifes plus long que Picar 
•l'avait déterminé. Si donc Picard , ave 
•précautions , avait fait fon degré de cent 
trois toifes trop court , il était très-11 
qu'on eût enfuite trouvé les degrés v< 
Midi .plus longs qu'ils ne devaient être. 
la première erreur de Picard , qui ferv 
-jfondement aux'.thefures de la méridienne 
^àitauffi d'exoafe aux erreurs preique 
tables que de très-bons aftronomes avaû 
commettre dao$ ce grand: oavwgç, .U? 

. dérai< 



DE IA FIGtJ&E DE LA ÏEftllE. 2#J 

:iens , revenus du pôle , avaient peur, 
Jans cette difpute la théorie &. la pra^ 
. L'une & l'autre furent confirmées par 
/eu que fit en 1740 à 1'acar.émie Je petir- 
e l'illufhe Cajfini , héritier du mérite de 
ère & de fon grand-père. Il venait d'ache- 
a mefure d'un parallèle à lequateur ; il 
a qu'enfin cette mefure prife avec tout le 
qu'exigeait la dilpute , donnait la terre 
ie. Cet aveu courageux doit terminer la 
îlle honora Wement pour tous les partis. 
r oit par tant de. méfurss différentes coni- 
il eft aifé de fe tromper. L'cpaiiïenr d'un 
su fur notre planète répond dans le ciel 
» millions de lieues. Newton était bien 
afiuré de raplatiflément du pôle par.fes 
nflrandns', qu'on ne peut Terre" de' la 
:ité de cet aplatifTerocnt avec le feconrs 
leilîetus quarts de cerefe. 
i refle la dinérence de la fphère au fphé- 
ne donne point, une circonférence pln$- 
le ou plus petite : car un cercle. changé 
paie n'augmente ni ne diminue de fuper- 
Quant à 1b différence d'un âxèr àfîl'àotrfe f 
'êftpas de fept lieues : différence, iémehfe 
.ceux qui prennent pfcrfi ,".ratfi§ |jufènfi$[£ 
£eux qui ne coniidèrent lès uiefures^Aï 
; terreftre que par les ufages miles qui 
•fuirent. Il n'y a aucun géograjïrrrVjtrî jfàt 
une carte faire apercevoir cette. différence,', 
cun pilote qui pût jamais. rfa vois s'il fair 
fur un fphéroïde 00 (brune fphèrei 
entre les mèfures quf fefiiferit ■ le rprié- 
obieng ,& eetles- qui le fdTaîenf aplati 9 
me 41, Fhyf, &c % Torn*!, V 



2,34 DE L A PÉRIODE. 

la différence était d'environ cent lieues » & 
alors elle in ter e liait la navigation, (ij ) 

CHAPITRE X. 

DÉ LA PÉRIODE DE VINGT -CINQ MIIII 
NEUF CENTS VINGT ANNÉES > CAUSÉS 
PAR L'aTTRACIION. 

Mal-entendu général dans le langage de Vaflro- 
nomie. Hijloire de la découverte de cette pé- 
riode ; peu favorable à la chronologie de 
Newton. Explication donnée par des Grecs, 
Recherches fur la caufe de cette période* 

Î5 i la figure de la terre eft un effet de 1» 
gravitation , eje l'artradion , ce principe puif- 
fant d&ila nature eft aufïï la caul'e de tous les 
mouveaiens de la terre dans fa courfe annuelle» 

. (ii) J\ eft bon de remarquer que û l'obier ration & 
)a théoûe. s'accordent à montrer que 1» terre efl aplatit 
yers les pôîës , )*ôu ne peut rien prononcer encore avec 
•IcacTnude fur là quantité de Ton aplatirTeinenr, qu'il ta 
impemble d'accorder même & Us me fui et des degrés eunt 
elles 6c les refultats des expériences for les pendues*, 
fans luppofer à la terre une foi me irrégulière. Cenx q*£ 
o\ firer aient d'ôtie éclairés fur cette grande' quëâioh , dét- 
ient lire les différens mémoires qne M. d'Membtrt t> 
donnés fur cet' objet. On y verra qne la qneftioa tft 
.beaucoup pins- compliquée qne la plupart des géomètres 
ae l'avaient penCé ; & on y trouvera en mime tenrat 
fc ïes principes néceffahes pour la réfondre , & de» rei 
que» utiles pour éviter de fe Ioiffsr entraînée à des < 
tittJttûni. incertaines & trop piécigiïées- 



1)Ë LA PÉRIODE. djj 

Elle a dans cette courfe un mouvement doot 
la période s'accomplit en près de vingt-fix 
mille ans : c'eft cette période qu'on appelle 
la préceffion des équinoxcs ; mais pour expli- 
quer ce mouvement & fa caufe, il faut re- 
prendre les chofes d'un peu plus loin. 

Le langage vulgaire en fait d'aftronomie n'eft 
qu'une contre-vérité perpétuelle. On dit que 
les étoiles font leur révolution fur Péquateur , 
que le foleil chaque jour tourne avec elles 
autour de la terre d'Orient en Occident , que 
cependant les étoiles , par un autre mouve- 
ment oppofé an foleil , tournent lentement 
d'Occident en Orient ; que les planètes lont 
flationnaiies & rétrogrades. Rien de tout cela 
n'eft vrai ; on fait que toutes ces apparences 
font caufées par le mouvement de la terre. 
Mais on s'exprime toujours comme fi laterre 
était immobile , & on retient le langage vul- 
gaire , parce que le langage de la vérité dé r 
mentirait trop nos yeux & les préjugés reçus , 
plus trompeurs encore que la vue. 

Mais jamais les agronomes ne s'expriment 
.d'une manière moins conforme à la vérité* 
■que quand ils difent dans tous les almannchs : 
JLt foleil entre au printemps dans un tel degré 
du bélier ; Vite commence avec lefigne du can- 
ter ; V automne avec la balance. Il y a long- 
temps que tous ces fignes ont de nouvelles 
places dans le ciel , par rapport à nos faifons ; 
& «il ferait temps de changer la manière de 
•parler , qu'il faudra bien changer un jour : car 
«a* effet notre printemps commence quand le 
foleil fe lève avec le taureau , notre été avec 
Je lion, notre automate avec le fcorpîon , notre 

Y a 



%-$6 IïE LA PÉRIODE. 

hiver avec le verfeau ; ou pour parler pîu$. 

exa&ement , nos faifons commencent quand la 

terre dans fa route annuelle eft dans les fignes 

oppofés à ces fignes qui fe lèvent avec le 

foleil. 

Hipparque fut le premier qui chez les Grecs 
s'aperçut que le .foleil ne fe levait plus su 
printemps dans les fignes » ù il s'était levé 
autrefois. Cet aflronome vivait environ foixan- 
te ans avant notre ère vulgaire ; une telle 
découverte faite li tard , & qui devait avoir 
été faite beaucoup plus tôt , prouve que les 
Grecs n'avaient pas fait de grands progrès en 
aftronomie. On compîe , ( mais c'eft un feut 
auteur qui le dit au deuxième fiècle , ) qu'au 
temps du voyage des Argonautes l'agronome 
Ckiron fixa le commencement du printemps-, 
c'eft-à-dire , le point ou Vécîiptique de la 
jerre coupait l'equateur , au premier degré du 
jbélier. Jl efi confiant que plus de cinq cents 
années après , Met on & Eut'témon obfervèrent 
<qi:e le foleil au commencement de l'été en- 
ïrair dans le huitième degré du cancer ; par 
conféquent l'équir.oxe du printemps n'était 
plus au premier degré du bélier, & le foleil 
«tait avancé de fept degrés vers 1 Orient depuis 
3'expédition des Argonautes. C'eft fur ces obfer- 
vations faites cinq cents ans après par Métob 
& Euâémon , un an avant là guerre du Pélo*- 
ponèfe , que Newton a fondé en patrie fi» 
iyfîème de la réformation de toute la chro- 
nologie ; Ce c'eft fur quoi je ne puis tp'empèV 
cher de foumettre ici mes fcrupules aux W» 
icières des gens éclairés. : 

XI me paraît enje fi M&8* S: EuSémati euffeaj 



•DE LA FÉRÏOD8, Vpf 

k roitvé une différence aufiS palpaWe que celte 
le fept degrés , entre le lieu du foleii au 
empsr-de Chiron , & celai du temps ou ils 
avaient , ifs n'auraient pu s*empêcber de dé- 
rouvrir cette précefîîon des équinoxes , & la 
►érîode qui en refaite. Il n'y avait qu'à faite 
me (impie règle de trois , & dire Si îe foleii 
ivatice environ de fept degrés en cinq cents & 
[ueîques années* en "combien d'années achèverl- 
-îl le cercle entier ? La période était .tontte 
rouvée. Cependant on n'en connut rien jufi- 
ju'au temps d'Hipparque. Ce filence me fait 
Toire que Chiron n*en avait point tant fu que 
'on dit : & que ce n!eft qu'après coup que 
'on crut qu'il avait fixé l'équrnoxe du prîn- 
emps au* premier degré du bélier. On- s'ima*- 
jina qu'il l'avait fait parce qu'il Pavait dft 
aire. Ptelomée n'en dit rien dans fon Alma- 
-efle : & cette confidération pourrait , à moh 
vis , ébranler un peu la chronologfe de Newton. 
Ce ne fut point par les obfervations de 
ïkiron 9 mais par celles ù'Arifiille & de l'étoit 
emparées avec les fiennes propres , qu'Hip*. 
arque commença à foupçQnner une viciflitude 
,ouvelle dans le cours du foîeil. PtolonUe % 
lus de deux cents cinquante ans aprfs Tlïp- 
ârque, s'aflurâ du fait , mai& :,i coririïfémênr. 
)n croyait cfue cette- r*évoUmbn étair d'un 
egré en cent années ; & c'eft d'après ce faux 
alcul que l'on composait la grande année du 
londe de trente-iix mille années. Mais ce 
aouvement n'eft réellement que d'un 'degré- 
>u environ en foixante & douze ans ,' & la 
lériode n'eft que de vingt-cinq mille neuf cerrt* 
ingt années, tekm les fùp?utaÛQ9?'lc9 tfm 



I38 » 1 LA PÉRIODE. 

reçues. Les Grecs , qui n'avaient point de no- 
tion de l'ancien fyftème connu autrefois dans 
l'Afie & renouvelé par. Copernic * étaient bien 
loin de foupçonner que cette période, appar- 
tenait à la terre. Ils imaginaient je pe fais 
quel premier mobile qui entraînait toutes les 
étoiles , les planètes , le foleil, en vingt- qua- 
tre heures , autour de la terre : en fuite un 
ciel de cri (rai qui tournait lentement en trente- 
fix mille ans d'Occident en Orient > & qui refait, 
je ne fais comment f rétrograder les &oil& 
aalgré ce premier mobile ; toutes les autres 
planètes, & le foie il lui-même, fefaient leur 
révolution annuelle , chacun dans fon ciel de 
criftal ; & cela s'apelairde la philofopbie. (16) 
Enfin on reconnut dans Je iiècle paffé qye 
cette préceifcon des équinoxes # cette longue 
période, ne vient que d'un mouvement de 
la terre , dont l'équateur d'année en année 
coupe l'écliprique en des points différent , 
comme on va l'expliquer. 

Avant que d*expo r er ce mouvement , 8c d'en 
faire voir la caute , qu'il me foie encore per- 
mis de rechercher quelle pourrait être la rai* 
fon de cette péiiode. ; 

Quelque audace qu'il y ait à déterminer les 
raifons du Créateur , on femble du moins «xcu- 

(26) Ptntètrc ferait il plus juft* de regarder toufcft 
édifice des fp.bères cé.efte* , comme des bjrjorbèies imsgl* 
Bées par les astronomes , non pour expliquer- U ata^remeêt 
réel des aftres , mais r>9ur calculer L-ur mouvement ap- 
parent , & il eft certain que , dans on temps %h l'aDaiyft 
algébrique était inconnue , Vs ne pbtrvaient CsW&r B* 
iwyen plot: £f»ple le pi «s ingénicu** . : 



DE LA PÉRIODE, t$f 

"able d'ofer dire qu'on devine l'utilité des au- 
res mouvemens de notre globe. 

S'il parcourt d'année en année , dans foa 
grand orbe , environ cent quatre-vingt-dix- 
îuit raillions de lieues au moins autour dur 
bleil , cette courfe nous amène les faifons, 
j'il tourne en vingt-quatre heures fur îui- 
nêmé , la diftribution des jours & des nuits 
>ft probablement un des objets de cette rota- 
ion ordonnée par ta maître de la nature. Il 
ne paraît qu'il y a encore une autre raifon 
ïéceffaire de ce mouvement journalier , c'eft 
rue fi la terre ne tournait pas fur elle-même, 
•lie n'aurait aucune force centrifuge ; toutes Tes 
parties prefTées vers le centre par la force cen- 
rlpète , acquerraient une adhéfion , une dureté 
nvincible , qui rendrait notre globe $érile* 

En un mot , on comprend aifément l'utilité 
le tous les mouvemens de la terre ; mais pour 
:e mouvement du pôle en vingt-cinq mille neuf 
:ents vingt années je n'y découvre aucun ufage 
ènfrble : il arrive de ce mouvement que notre 
»toîle polaire ne fera plus un jour notre étoile 
>oîaire , & il eft prouvé qu'elle ne l'a pas 
oujours été ; Téquinoxe & les foUtices chan- 
gent , le foleil n'eft plus à notre égard dans 
e bélier à l'équinoxe du printemps , quoi qu'en 
lifent tous les almanacbs ; il e(t dans le tau- 
eau , & avec le temps il fera dans le ver- 
eau. Mais qu'importe ? ce changement ne 

oduit ni faifons nouvelles , ni diftrrbutioa 

elle de chaleur & de lumière : tout refte 

la nature fenfiblement égal. Quelle eft 

ic la caufe de cette période i? vingt- çin$ 



14<> *>E LA PÉRIODE. 

mille neuf cents vingt années , fi longue , & 
en m orne temps (i inutile en apparence ? 

Dans toutes les machines composées que 
nous voyons, il y a toujours quelque effet 
qui par fui- même ne produit pas l'utilité qu'on 
retire de la machine , mais qui eft une fuite 
nécefl'aire de (a compofition ; par exemple, 
dans un moulin à eau , il fe perd une grande 
partie de l'eau qui tombe fur les auges ; cette 
eau que le mouvement de la roue éparpille 
de tous côtés ne fert en rien à la machine , 
mais c'eft un e et indifpenfable du mouvement 
de la roue. Le bruit que fait un marteau n'a 
rien de commun avec les corps que le marteau 
façonne fur l'enclume ; mais il eft impoffibie 
que l'ébranlement defM'.enclumè. n'accompagne 

Î>as cette adion t JLa vapeur qui s'exhale d'une 
iqueur que nous fefons bouillir ,' en Tort nécef- 
fairément , fans contribuer en .rien à Tnfags 
que nous fefons de cette liqueur; & celui qui 
juge que tous ces effets font néceflaires , quoi- 
qu'ils ne foient fouVent d'aucune utilité fen- 
fible, en juge bien. •-': 

S'il nous ëft permis de comparer u ri' moment 
les œuvres de dieu à nos faibles ou vraies i 
on peut dire que dans cette machins nnmenfe 
il a arrangé les chofes de façon que pluiieurs 
effets s'enfuivent indifpenfablement ,. fans être 
pourtant,d'aucune utilité pour nous* Cette pé- 
riode de vingt-cinq mille neuf cents vingt années 
paraît tout-à- fait dans ce cas ; elle «Û un effet 
néceflaire de l'attraâion du foleii & de taluoe. 
Pour fe faire une idée nette* «de* bè ÉéonTe- 
ment périodique de vingt- cinq taiUe;neuf-cfefit» 

JÛ0&t dûs> concevra? f&Q&i*'tm&(figaie 

39) 



DE LA PÉRIODE. %^X 

39) portée annuellement fut fon grand axe 
A B , parallèle à lui-même autour du foleil. 
Cet axe porté d'Occident en Orient femblé 
toujours dirigé vers cette étoile polaire ; la 
terre dans la moitié de fa courfe annuelle , 
c'elt- à-dire , fi l'on veut , du printemps à l'au- 
tomne , a fait environ quatre-vingt-dix-huit 
millions de lieues ; mais cet efpace n'eft rien 
par rapport à l'extrême éloignement de cette 
étoile , qu'elle regarderait toujours également, 
fi cet axe de la terre était toujours dans le 
même fens A B que vous le voyez. Mais cet 
axe ne perfifte pas dans cette pofition ; & au 
bout d'un très-grand nombre d'années , cet axe 
conçu fur cette ligne de Técliptique n'eft plus • 
dans la fituation A B. Il ne garde plus fon 
mouvement de parallélifme ; il n'eft" plus dirigé 
vers cette étoile polaire. Cette différente di- 
* reclion neftprefque rien par rapport à l'immenfe 
étendue des cieux ; mais c'eft beaucoup par 
rapport au mouvement de notre pôle. 

Imaginez donc ce petit globe de la terre 
fefant fa très-petite révolution d'environ .cent 
quatre-vingt-dix-huit millions de lieues , qui 
n'eft qu'un point dans l'efpace immenfe rempli 
d'étoiles fixes. Son pôle qui répond à cettft 
étoile polaire en P, (figure 40) au btout de 
foixante & douze ans fera éloigné d'un degré. 
Dans fix mille cinq cents ans Ce pôle reg^r-, 
dera l'étoile T , & au bout d'ehArirôn tnei>,e 
mille ans répondra à l'étoile qui eft çn,.^ ; ^ 
ftfcceffivement notre axe Z ix'a en / ^iJfi^puV- 
nera en P , de façon qu'au bout de vingjrfiajï 
mille neuf cents vingt ans , ou à pe#-pilè&i> 
Tome 4.1, Fhyf% &ç, Tome I* , % '.. t V 



*4* DE LA PÉRIODf. 

nous aurons la même étoile polaire qu'au- 
jourd'hui. 

Après avoir expofé la figure de cette révo- 
lution de notre axe , il fera aifé d'en connaî- 
tre la raifon phyfique. Souvenons-nous qu'en 
parlant des inégalités du cours de la lune , 
plewton a démontré qu'elles dépendent routes 
de l'attra&ion du foleil & de celle de la terre 
combinées enfemble. C'eft cette attraction , 
cette gravitation , qui change continuellement 
la pofition de la lune , comme on Ta déjà vu 
au chapitre VI ; réciproquement l'attraction 
du foleil & celle dfe la lune agiffant fur la 
terre , changent continuellement la pofition 
de notre globe. Ne perdons pas de vue que 
la terre eft beaucoup plus haute à l'équateur 
que vers les pôles. Imaginez {figure 41) la 
terre T , la lune en L 9 le foleil en S. Si la 
terre & la lune tournaient toujours dans le 
plan de l'équateur, il eft confiant que cette 
élévation des terres D E , ferait.toujours éga- 
lement attirée ; mais quand la terre n'eft pas 
dans les équinoxes , cette partie élevée E, 
par exemple , eft attirée par le foleil & par 
la lune , que je fuppofe en cette fi tuât ion. Alors 
il arrive ce qui doit arriver à une boule qui , 
chargée inégalement, roulerait fur un plan; 
elle, vacillerait , elle inclinerait. Concevez 
cette partie D tombée vers E par l'attraction 
du foleil ; elle, ne peut aller de D en E , qu'en 
même temps le pôle terreftre P ne change de 
fituàTion:« & f n aille.de P en Z; mais ce pôle 
ne |>eur tomber /de P en Z , que l'équateur 
de la. terre ne réponde à une autre partie du 
ciel qui. celle à qui il répondait auparavant. 



DE LA PÉRIODE. I4J 

ainfi les points de l'équinoxe & du folfticë 
répondent fucceflîvement , au bout de foixante 
|t douze ans , à un degré différent dans le 
ciel ; ainfi l'^quinoxe arrivait autrefois , quand 
le foleii paraiffait être dans le premier point 
du bélier , c'eft- à-dire , quand la terye entrait 
réellement dans la balance , figne oppofé au 
bélier , & ce même équinoxe arrive de nos 
jours quand le foleii paraît être dans le tau- 
reau , c'eft-à-dire , quand la terre eu dans le 
(corpion , ligne oppofée au taureau. Par-là 
toutes les conftellations ont changé de place: 
le taureau fe trouve où était le bélier , les . 
gémeaux font où était le taureau. 

Cette gravitation , qui eft Tunique caufe de, 
la révolution de vingt-cinq mille neuf cents 
vingt ans dans notre globe , eft ziufti la caufe 
3e Ta révolution lunaire de dix-neuf ans f 
qu'on appelle le cycle lunaire , & de la révo- 
lution des apfides de la lune en neuf ans» 
H arrive à laJune tournant autour de la terre , 
précisément la même chofe qu'à cette éléva- 
tion de notre globe vers Téquateur 5 de forte 
ju*on peut conlidérer la -lune comme fi c'était 
ane élévation , un anneau tenant à la terre ; 
k on peut pareillement confidérer cette émi- 
îence de l'équateur, comme un anneau de 
riufieurs lunes. 

On fent bien que le foleii doit avoir plus 
le part que la lune k ce mouvement de U 
terre , qui fait la préceffion des équinoxes. 
L'aftion du foleii eft à celle de la lune ea 
se cas précisément comme celle de la lune 

Xa 



244 DE L A PERIODE» 

eft à celle du foleil dans les marées* (17) 
Le le&eur foupçonne fans doute que puifque 
les mers fe "foulèvent à l'équateur , le foleil & 
la lune , qui agifTent fur cet équateur , agiffent 
plus fenfiblement fur les marées. Le foleil con- 
tribue comme trois à peu près à ce mouvement 
de la préceflion des équinoxes , & la lune comme 
un. Dans les marées , au contraire , le foleil 
n'agit que comme un , & la lune comme trois : 
calcul étonnant réfervé à notre fiècle , & ac- 
cord parfait des lois de la gravitation que toute 
la nature confpire à démontrer. 

( 27 ) C'eft M. à'Alembert qui le premier a ré fol a pu 
une méthode certaine le problème de la préceflion des 
équinoxes, c'efr- à-dire f qmi a déterminé les mouvement 
que l'art raftion du foleil & celle de la lune caufent dans 
l'axe de la terre. 

Mais outre cette grande révolution qui canïe la pré- 
ceflion des équinoxes , l'axe de la terre a nn antre mouve- 
ment qu'on nomme nutaùon ; ce mouvement dont fia ré* 
solution eft la même , quant à la durée , que celle des 
nœuds de la lune > dfrpend principalement de I'attraâioa 
de cette planète. M. d'Âlembert a employé ce phénomène 
obfervé par Bradley, & dont il a le premier développé 
la caufe , à déterminer avec plus de précifion qu'on n'avait 
pu faire encore , la matâe de la lune , c'eft-à-dire f le 
rapport de fa force attractive avec celle du foleil. I/at- 
tjaÀion du foleil & de la terre produit nn mouvement 
dans Taxe de la lune, & ce mouvement eft la caafe di 
phénomène appelé libration dt la lunt». , •: . 

Ce phénomène fe calcule par les mêmes principes , 
de manière que l'on doit à M. à'Alcmbtrt la découverte 
des lois des phénomènes céleftet caufcs par la figure des 
a fiscs , comse on a du à Newton celle dw phénomènes 
çaufés par leurj forces attractives , fappoféei réunies à 
{pur centre. 



DES MARÉES. %tf 

CHAPITRE XL 

BU FLUX ET DU REFLUX ; QUE CE *HÉ-* 
WOMÈNE EST UNE SUITE NÉCESSAIRE 
DE LA GRAVITATION. 

Le s~pr étendus tourbillens ne peuvent être la 
caufe des marées : preuve. La gravitation 
efi la feule caufe évidente des marées. 

O ries tourbillons de matière fubtile ont ja- 
mais eu quelque air de vraifemblance en leur 
faveur , c'eft dans le flux & reflux de l'Océan. 
Que les eaux s'enfoncent fous les tropiques f 
quand elles s'élèvent vers les pôles., c'eft que 
l'air , dit-on , les preffe fous les «tropiques. 
Mais pourquoi l'air y preffe-t-il plus qu'ail- 
leurs f c'eft qu'il eft lui - même plus preffé ; 
c'eft que le chemin de la matière fubtile eft 
rétréci par le paflage de la lune. Le comble 
à cette vraifemblance était encore que les ma- 
rées font plus hautes à la nouvelle & pleine 
lune qu'aux quadratures , & qu'enfin le retour 
des marées à chaque méridien fuit à peu prè$ 
le retour de la lune à chaque méridien. Ce 
qui paraît fi vraifemblable eft pourtant en eftec 
très - impoflible. On a déjà fait voir que ce 
tourbillon de. matière fubtile ne peut fubhfter ; 
mais quand même* il exifterait malgré toutes 
les contradi&ions qui TanéantifTent, il ne pour- 
rait en aucune manière caufer les marées. 

*3 



1^6 DES MARÉES* 

i # . Dans la fuppofition de ce prétendu tour- 
billon de matière fubtile , toutes les lignes 
prêteraient vers le centre de notre globe éga- 
lement : ainfi la lune devrait preffer également 
dans fes quartiers , & dans fon plein f fuppofé 
qu'elle pTeflût ; ainfi il n'y aurait point de marée. 

a°. Par une auffi forte raifon , aucun corps 
entraîné par un iluide quelconque , ne peut 
certainement preffer ce fluide plus que ne ferait 
un pareil volume de ce fluide ; un corps en 
équilibre dans l'eau tient lieu d'un pareil vo- 
lume d'eau. Qu'on mette dans un vivier cent 
pieds cubiques d'eau de plus , ou bien cent 
poiffons nageans er;tre deux eaux - 9 chacun d'un 
pred cubique ; ou qu'on mette un feul poiffon 
avec quatre - vingt - dix - neuf pieds d'eau de 
plus dans le vivier , cela eft abfolument égal ; 
le fond du vivier n'en fera ni plus ni moins 
chargé daus aucun de ces cas : ainfi, qu'il y 
«ût une lune au-deffus de nos mers , ou cent 
lunes , cela eft abfolument égal dans le fyftèrae 
imaginaire des tourbillons & du plein ; aucune 
de ces lunes ne doit être confidérée que commç 
une égale quantité de matière fluide, 

3°, Le flux arrive dans la circonférence de 
l'Océan fous un même méridien et même temps 
dans les points oppofés ; la mer {figure 42, ) s'en- 
fonce à la fois en A & en B. Or , fuppofé que 
la lune pût preffer le prétendu torrent de 'matière 
fubtile fur l'océan A, les eaux alors s'élèveraient 
en B » au lieu de s'enfoncer ; car la pefanteur 
vers le centre dans ce fyftème eft l'effet de la 
prétendue matière fubtile. Or , ce fluide imagi- 
naire , preffant en A les eaux fur la terre , doit 
élever les eaux fur lefquelles elle preffe moins ; 



DES MARÉES. ItfJ 

mais fur quelles eaux preffera-t-elle- moin? 
que fur B ? _ 

4°. Si cette preffion chimérique avait lieu , 
l'air preffé fous les tropiques ne ferait- t-il pas 
alors monter le mercure dans le baromètre ? 
Mais au contraire , le mercure eft toujours 
un peu plus bas dans la zone torride que vers 
les pôles. Ce qui paraiifait fi vraifemblable de- 
vient donc irapofïible à l'examen. 

La gravitation , ce principe fi reconnu , fi 
démontré , cette force fi inhérente dans tous 
les corps , fe déploie ici d'une manière bien 
fenfible : elle eft la caufe évidente de toutes 
les marées ; ceci fera bien facile à comprendre. 
La terre tourne fur elle-même ; les eaux qui 
l'entourent tournent avec elles ; le grand cercle 
de tout fphéroïde tournant fur fon axe eft celui 
• qui a le plus de mouvement ; la force cen-> 
trifuge augmente à mefure que ce cercle eft 
grand. Ce cercle A ( figure 43 ) éprouve plus 
de force centrifuge, que les cercles B ; les eaux 
de la mer s'élèvent donc vers l'équateur par 
cette feule force, centrifuge ; & non-feulemenç 
les eaux , mais les terres qui font vers l'équa- 
teur , font élevées auffi néceffairement. 

Cette forte centrifuge emporterait toutes les 
parties de la terre & de la mer , fi la force 
centripète fon antagonifte ne les attirait vers 
le centrp de la terre : or , toute mer qui eft 
au-delà des tropiques vers les pôles , ayant 
moins de force centrifuge , parce qu'elle tourne 
dans un bien plus petit cercle , elle obéit da- 
vantage à la force centripète ; elle gravite donc 
plus vers la terre ; elle prefle cette mer océane 
qui s'étend vers l'équateur , Se contribue en- 



14$ DES MARÉES. 

core un peu , par cette preflîon , à l'élévation 
de la mer fous la ligne. Voilà l'état où eft 
l'Océan , par la feule combinaifon des forces 
centrales. Maintenant , que doit-il arriver par 
l'attra&ion de la lune & du foleil ? Cette élé- 
vation confiante des eaux entre les tropiques 
doit encore augmenter , fi cette élévation fe 
trouve vis-à-vis quelque globe qui l'attire. Or , 
la région des tropiques de notre terre eft tou- 
jours fous le foleil & fous la lune : donc l'élé- 
vation du, foleil & de la lune doit faire quelque 
effet fur ces tropiques. 

i. Si le foleil & la lune exercent une aftioa 
fur ces eaux qui font en ces régions , cette 
adtion doit être plus grande dans le temps où 
la lune fe trouve plus vis-à-vis du foleil , 
c'eft-à-dire , en oppofition & en conjonction f 
en pleine & nouvelle lune que dans les quar- . 
tiers ; car dans les quartiers , étant plus oblique 
au foleil , elle doit agir d'un côté , quand le 
foleil agit de l'autre ; leurs aclions doivent fe 
nuire , & l'une doit diminuer l'autre : au (fi les 
marées font-elles plus hautes dans les fyzygies 
que dans les quadratures. 

i. La lune étant nouvelle , fe trouvant du 
même côté que le foleil , doit agir d'autant 
plus fur la terre , qu'elle l'attire à peu près 
dans le même fens que le foleil l'attire. Les 
marées doivent donc être un peu plus fortes, 
toutes chofes égales , dans la conjonction que 
dans l'oppofition , dans la nouvelle lune que 
dans la pleine ; & c'eft ce que l'on éprouve. 

3. Les plus hautes marées de l'année doivent 
arriver aux équinoxes. Tirez (figure 44 ) une 
ligne du foleil paffant près de la lune L , 6c 



DES MARÉES. &49 

arrivant fur l'équateur de la terre. L'équateur 
A Q eft attiré prefque dans le même ligne par 
ces globes ; les eaux doivent s'élever plus qu'en 
tout autre temps ; & comme elles ne peuvent 
s'élever que par degrés , leur plus grande élé- 
vation n'eft pas précisément au moment de 1 equi- 
noxe , mais un jour ou deux après en D Z. 

4. Si par ces lois les marées de la nouvelle 
lune à l'équinoxe font les plus hautes de l'année, 
les marées dans les quadratures après l'équi- 
noxe doivent être les plus baffes de l'année ; 
car le foleil eft encore à peu près fur l'équa- 
leur ; mais la lune s'en trouve alors fort loin , 
comme vous le voyez; car la lune L , {figure 
4J ) en huit jours fera vers R. Alors il ar- 
rive à l'Océan la même chofe qu'à un poids 
tiré par deux pui (Tances a giflant perpendicu- 
lairement à la fois fur lui , & qui n'agiffent 
plus qu'obliquement : ces deux ptuffances n'ont 
plus la même force ; le foleil n'ajoute plus à 
la lune le pouvoir qt.'il y ajoutait , quand la 
lune , la terre & le foleil étaient prefque dans 
la même perpendiculaire. 

5, Par les mêmes lois nous devons avoir 
des marées plus fortes immédiatement avant 
l'équinoxe du printemps qu'après , & au con-^ 
traire plus fortes immédiatement après l'équi- 
noxe d'automne qu'avant ; car fi l'aclion du 
foleil aux équinoxes ajoute à l'a&ion de la 
lune , le foleil doit d'autant plus ajouter d'ac- 
tion que nous ferons plus près de lui : or f • 
nous (bonnes plus près du foleil avant le vingt 
& un mars à l'équinoxe qu'après , & nous 
fommes au contraire plus près du foleil ap^ès 
le vingt & un Septembre qu'avant ce temps ; 



i 



&;o ©ES M A R i Ê s. 

donc les plus hautes marées , année commune , 
doivent arriver avant l'équinoxe du printemps, j 
& après celui d'automne , comme l'expérience ! 
le confirme. 

Ayant prouvé que le foleil confpire avec 
la lune aux élévations de la mer , il faut fa- 
voir quelle quantité de concours il y apporte. 
Newton & d'autres ont calculé que l'élévation 
moyenne dans le milieu de l'Océan eft douze 
pieds ; le foleil en élève deux & un quart , 
& là lune huit & trois quarts. 

Au refte , ces marées de la mer océane 
femblent être , aufïî bien que la préceflion des 
équinoxes , & que la période de la terre en 
vingt-cinq mille neuf cents ans , un effet né- 
ceflaire dçs lois de la gravitation , fans que 
la caufe finale en puifi'e être affignéë ; car 
de dire , avec tant d'auteurs , que dieu nous 
donne les marées pour la commodité de notre 
commerce , c'eft oublier que les hommes ne 
commercent au loin par l'Océan que depuis 
deux cents cinquante ans : c'eft hafarder beau- 
coup encore , que de dire que le flux & le 
reflux rendent les ports plus avantageux^ 8c 
quand il ferait vrai que les marées de l'Océan 
fu fient utiles au commerce , doit-on dire que 
dieu les envoie dans cette vue ? Combien la 
terre & les mers ont- elles fubfifté do fiècles 
avant que nous fiffions fervir la navigation à 
nos nouveaux befoins ? « Quoi , difajt un 
» philofophe ingénieux , parce qu'au bout d'un 
ii nombre prodigieux d'années 9 les beficles 
j> ont été enfin inventées 9 doit-on dire que 
» dieu a fait nos nez pour porter des Ju- 
» nettes ? » Les mêmes auteurs affurent auffi 



* B S M A H È E S. ljî 

que te flux & le reflux fout ordonnés de PiEtr f 
de peur que la mer ne croupifle & ne fe cor- 
rompe : ils oublient encore que la Méditerranée 
ne croupit point , quoiqu'elle n'ait point de 
marée. Quand on ofe affigner ainfi les raifons 
de tout ce que dieu a fait , on tombe dans 
d'étranges erreurs. Ceux qui fe bornent à cal- 
culer , à pèfer , à mefurer ,. fe trompent fou-? 
venft eux-mêmes : que fera-ce de ceux. qui ne 
^veulent que deviner ? 

On ne pouffera pas ici plus loin les re- 
cherches fur la gravitation. ( a8j Cette doc- 
trine était encore toute nouvelle en France , 
quand l'auteur Texpofa en 1736. Elle ne l'eft 

«lus ; il faut fe conformer au temps. Plus les 
ommes font devenus éclairés , moins il faut 
écrire. 

•- 

C H A P I T R E X I I. ' 
CONCLUSION. 



C 



fONCLUONS en prenant ici la fubftance de 

tout ce que nous avons dit dans cet ouvrage : 

i° Qu'il y a un pouvoir a&if , qui imprime 

Il tous les corps une tendance les uns vers les 

autres. 

► ( 28 ) Obfervoni ici qne l'on doit encore à Ncutom 
d'avoir prouvé que les comités (ont 4 es planètes qui dé- 
crivent autour du foleil des ellipfes aflez alongées pour 
être, confondues avec de? paraboles dans toute l'étendue 
•a les comètes font vifibles. Ainfi , une feule apparition 
ne fuffit peint pour déterminer l'orbite entière & pré- 
dire le retour d'nne comète qai n'a été vue qu'tme foie» 



a5& CONCLUSION. 

a°. Que par rapport aux globes céleftes , 
ce pouvoir agit en raifon renverfée des quarrés 
des diftances au centre du mouvement , & en 
raifon direfte des maffes ; & on appelle ce 
pouvoir attraâion par rapport au centre , & 
gravitation par rapport aux corps qui gravitent 
vers ce centre. 

3 Q . Que ce même pouvoir fait defcendre 
les mobiles fur notre terre , en tendant vers 
le centre. 

4°. Que la même caufe agit entre la lu- 
mière & les corps , comme nous l'avons vu , 
fans qu'on fâche en quelle proportion. 

A l'égard de la caufe de ce pouvoir , fi 
inutilement recherchée & par Newton & par 
tous ceux qui l'ont fuivi , que peut-on faire 
de mieux que de traduire ici ç£ que Newton 
dit à la dernière page de fes Principes ? Voici 
comme il s'explique en phyficien aunTfublime 
qu'il eft géomètre profond. «* J'ai jufqu'ici 
» montré la force de la gravitation par les 
» phénomènes céleftes & par ceux de la mer; 
h mais je n'en ai nulle part afligné la caufe» 

H aile y , difciple de Newton, a calculé l'orbite de quelques 
comètes , dont la période était à peu prêt connu* , parti 
qu'elles avaient étévnes deux fois , & a effayé d'en détermi- 
ner le retour , en ayant égard aux perturbations caufées par 
les planètes près defjuelles partent les comètes. Une de ces 

Îlanètes devait reparaître en 1759 ; elle a répara réell- 
ement à tiès-peu près à l'époque oh elle devait paraître 
d'après les calculs de Tes perturbations faits par M. Clai- . 
rault , fuivant une méthode beaucoup plus certaine que 
celle dont H&Iley avait pu fe fervir. On en attend une 
autre vers 1789* La période de la première comète, eft 
d'environ foixante & feize ans , & celle de la fécond* 
d'environ cent trente. 



CONCLUSION. If} 

ette force vient du pouvoir qui pénètre 
1 centre du foleil & des planètes , fans 
en perdre de fon activité , & qui agit , non 
is félon la quantité des fuperficies des par- 
suies de matière , comme font les caufes 
écaniques , mais félon la quantité de ma- 
bre folide ; & fon attion s'étend à des dif- 
nces immenfes , diminuant toujours exac- 
ment félon le quarré des diftances , &c. » 
: dire bien nettement , bien expreffément , 
l'attradion eft un principe qui n'eft point 
inique. Et quelques lignés après il dit s 
ne fais point d'hypothèfes , hypothefes 
n fingo. Car ce qui ne fe déduit point des 
lénomènes eft une hypothèfe ; & les hypo- 
èfes , foit métaphyiiques , foit phyfiques , 
it des fuppofitions de qualités occultes , 
it des fuppofitions de mécaniques , n'ont 
int lieu dans la philofophie expérîmen- 
e. » 

ne dis pas que ce principe de la gravita-* 
foit le foui reffort de la phyfique ; il y a 
ablement bien d'autres fecrets que nous 
>ns point arrachés à la nature , & qui conf- 
t avec la gravitation à entretenir l'ordre 
univers. La gravitation, par exemple, ne 
raifon ni de la rotation des planètes fur 

propres centres , ni de la détermination 
urs orbes en un fens plutôt qu'en un 

, ni des effets furprènans de l'élafticité* 
électricité , du magnétifme. Il viendra un 
s peut -être où l'on aura un amas afle» 
1 d'expériences pour reconnaître quelques 
s principes cachés. Tout nous avertit que 
irière a beaucoup plus de propriétés que 



fc?4 CONCLUSION. 

nous n'en connaiflbns. Nous ne fommes en- 
core qu'au bord d'un océan immenfe. Que de 
chofes reftent à découvrir ! mais aufli gue de 
chofes font à jamais hors de la fphère de nos 
connaiffances ! 



Fin de la, Philofqphic de Newtom. 



DEFENSE 

DU 

NEWTONIÀNISME. 

1 7 3 9-* 



RÉPONSE 

AUX OBJECTIONS PRINCIPALES QU'ON A 
FAITES EN FRANCE CONTRE LA PHILO- 
SOPHIE DE NEWTON. 

JLiES Elémens de Newton furent donnés au 
public , parce qu'il femblait utile de mettre le 
public au fait de ces nouvelles vérités , dont 
tout le monde parlait à Paris comme d'uA 
monde inconnu. M. Algarotti travaillait en 
même temps à faire gourer cette philofophie à 
fes compatriotes , & ornait par les agrémens 
de fon efprit des vérités qui ne femblaient fou- 
mifes qu'au calcul. Ces vérités pénétraient 
dans l'académie des fciences, malgré le goût 
dominant de la philofophie cartéfienne ; elles y 
furent d'abord proposées par un grand mathé- 
maticien , (i) qui depuis, par fes mefurès prifes 
fous le cercle polaire , a reconnu & déterminé la 
figure que Newton & Huygens avaient aflûgnée 
i la terre. D'autres géomètres phyficiens , Se 
fur- tout celui qui a traduit la ftarique des vé- 
gétaux , (ij & qui enchérit encore fuf ces ex- 
périences étonnantes, embrallaient avec cou- 
Ci ) M. de Maupertui9 ; il a trouvé le moyen d'oc- 
:uper le public de lui feul , & de faire oublier Ces com* 
jagnons de voyage. 

( a ) M. de Bu fort ; il a eu depuis avec M. Clair ault 
me difpute fur la nature de» forces attra&ives , drfpute 
>ù tout l'avantage a été pour le grand géomètre. 

Tom. 41. Phyf. &c. Tom . I, Y 



&;8 © i F % n s Ê 

rage cette phyfique admirable , qui n'eft fondé 1 
que fur les faits & fur le calcul qui rejett 
toute hypothèfe , & qui par conséquent eft 1 
feule phyfique véritable. 

L'auteur des Élémens tâcha de mettre ce 
vérités nouvelles à la portée des efprits le 
moins exercés dans ces matières ; & quoiqu 
fon ouvrage ait été imprimé avec beaucc 
de fautes , & que l'impatience des libraires n 
lui eût pas donné le temps de l'achever, il n' 
pas laiffé pourtant d'être de quelque utilit* 
On n'a pas reproché le défaut de clarté à c 
livre, 

Cependant il faut bien qu'il foit plus diffici 
à entendre qu'on ne croyait , puifque tous cei 
qui ont écrit contre les vérités dont il éta 
l'interprète , lui ont reproché des chofes q 
apurement ne fe trouvent ni dans fon livre 
ni dans aucun difcipîe de Newton. 
Tauffe L'un s'imagine, par exemple,que dans un ver 
Wée de ardent , le milieu doit attirer plus que les bord 

crîti- UrS & 3 ue ce ^ P ar cetre ra ^ on <l ue î es rayons < 

flues. lumière, félon Newton , fe rafî'embîent î 

foyer du verre ; & il perd bien du temps & < 

la peine pour réfuter ce qui n"a jamais été d 

Autre Un autre croit que chez Newton la lumiè 

wéprife ne vient du foleil fur la terre , que parce qi 

fur la lu j a terre l'attire de trente -trois millions < 

* ière - lieues. 

Antre H y en a qui , ayant tu par hafard ces mot 

sial - en ls lumière fe réfléchit du fein du vide , ont cri 

tendu fui fans faire attention à ce qui précède & à 

U vide. q U j f u j t t q U *on attribuait au vide une aclion f 

k matière , & là-deiTus Us ont triomphé , & : 



. » V H ÊWTON lAN IS 3*TEr Iff 

\t débité ou des injures , ou des plaifanteries , 
i des argumens également inviles. 
Si ces meilleurs , par exemple , au lieu de 
ier contre ce qu'ils n'avaient pas allez exa- 
né -, s'étaient voulu informer de Kérat de la 
eftion , voici ce qu'on leur aurait répondu. 
Newton a découvert entre la lumière & les Ex 
rps une adioh dont on n'avait pas d'idée. Il c J tio 
t voir , par exemple , que la même lumière {JjJ^ 
lique , qui ne fe tranfmet point à travers un ^ zl€ 
iftal , s'y tranfmet dès qu'on met de l'eau fous ce, 
crifral ; il a affuré que fi on trouvait le fecret 
pomper l'air fous ce criftal dans la machine 
vide , ce même rayon oblique , qui paiïait 
îfque tout entier du verre dans l'eau appliquée 
;e criftal , ne paierait point du tout dans ce 
le. L'auteur des Elémens de Newton eft peur- 
e le premier en France qui en air fait l'expé- 
nce , & de- là il a conclu avec grande raifon y 
il y a une afHon inconnue du criftal & de 
lu fur la lumière f aftion d'une efpèce nou- 
!le , a&ion dont aucun philofophe n'a pu ren- . 
? raifon par les mécaniques ordinaires , a&ion 
» Ton nomme attraâion , propter egeftatem 
%ua & rerum novitatem ; en attendant que 
EU nous en révèle la caufe. 
L'auteur des Klémens , en paclanf de ce phé- 
nène , s'eft fervf de cette expreffion très- 
içaife , que la lumière rejaillit sdu fein du 
f , à peu près comme il a dit en vers : 

Valois fe réveilla du fein de fon iviefle . . * # 
Gouverner Ton pays du fein d*s voluptés « . • # 

1 n'y a perfonne qui ne fâche ce que valent 
expreftions \ ejles font fi claires qa'on peut 

Y % 



a60 DÉFENSE 

s'en fervir en profe comme en poëfie , pour 

qu'on n'affe&e pas de les employer fréquer 

ment , & qu'on évite la profe poétique av 

autant de foin que le ftyle familier & plaifat 

On fait bien que ni Pivreffe , ni les volupté 

ni le vide n'ont un fein qui agiffe réellemen 

& tout ce qu'un le.&eur qui ne veut point cl 

caner devait comprendre , c'eft que la lumiè 

qui rejaillit du vide en rejaillit parce que 

corps voifin exerce une force quelconque 1 

elle. 

Éclair- Quelques-uns plus injuMes encore, prena 

cifft ment Facceflbire pour le principal , comme il arri 

fumnfait prefque toujours , ont fait femblant de cro: 

uè$ - ira- q Ue p auteur f e vantait d'avoir trouvé la trife 

d'opaque tion de ^ an e P 31 " la rè g ,e & * e compas ; & 
& fur la lieu d'examiner avec lui une queition d'optiq 
trifeaion très-importante , ils ont laiffé là cette quefli 
cie l'an- ^ont il s'a giflait , & l'ont harcelé fur la prête 
* e * due trife&ion de l'angle , dont il ne s'agit po: 
du tout. 

Voici , encore une fois , le problème que pi 

Î>ofait l'auteur : Vous regardez à la fois de 
tommes ou plufieurs hommes , de même tail 
dont le premier e(r à un pied de vous , & 
dernier à quatre : le premier trace fur vo 
rétine un angle quatre fois plus grand que 
dernier : la grandeur des images dépend de 
grandeur des angles , & cependant ces de 
hommes vous paraiflent d'égale hauteur : 
dis que ce phénomène journalier ne peut ê 
expliqué par aucun- changement dans Toeil 
dans le criflallin > comme l'on prétendu preft 
tous les opticiens ; je dis que fi l'œil prend i 
nouvelle conformation , il la prend égalçmj 



DU NEWTONIANISME. %6t 

pour l'homme qui eft diftant d'un pied , & pour 
celui -qui eft à quatre pieds : je dis que les 
voyant tous deux à la fois , fi l'angle fous 
lequel vous le voyez s'agrandit ou diminue , il 
s'agrandit ou diminue également pour tous 
deux ; je dis donc que ce problème eft info- 
luble aux "règles de l'optique. 

Perfonne n'a répondu , & l'on ofe dire que 
perfonne ne pourra répondre à cet argument, 

Qu # a-t-on donc fait ? on a prétendu jeter 
un ridicule fur l'expreiïion ; les cenfeurs Ont 
dit qu'il n'était pas absolument vrai qu'un 
homme diftanr de trente pieds , trace dans 
votre rétine un angle précisément trente fois 
plus petit qu'à un pied- : non , cela n'eft pas 
abfolument vrai , fans doute , on le fait bien t 
mais i°. la différence eft fi petite qu'elle ne 
change en rien l'état de la queftion ; quand cet 
angle ne ferait que vîngt-fix ou vingt-fept 
fois plus petit, le phénomène & la difficulté 
ne fubfiftent-ils pas ? Ce cas eft précifément 
le même que celui de deux hommes qui par- 
tiraient au même moment de Paris , & qui 
iraient d'un pas égal l'un à Saint-Denis , l'autre 
à Orléans : (i quelqu'un vous dit qu'il faut 
trente fois plus de temps à l'un qifà l'autre , 
ferez- vous bien tenu à prétendre que fa pro- 
portion eft ridicule fous prétexte qu'il s'en 
faut quelques pas qu'il n'y ^ait une lieue com- 
plète de Paris à Saint-Denis ? D'ailleurs ces 
critiques ne favaient pas que par angle l'on 
n'entend ici que les diamètres apparens , qui 
font* réellement en raifon réciproque des diC- 
Unces, 



l6l S É F E W S £ 

Accofa- La plupart des obje&ions que l'on a faites 
tion per- contre les Elémens de Newton font dans ce 

&7 n C, uf- 8 out » k ceux ^ ue * a P an *î° n de critiquer do- 
te. n,U mnie 9 n'ayant pas de meilleures raifons à dire, 
ont eu recours aux injures félon l'ufage : ils 
ont voulu faire un crime à l'auteur d'avoir 
enfeigné des vérités découvertes en 'Angle- 
terre ; ils lui ont reproché l'efprir de parti , à 
lui qui n'a jamais été d'aucun parti ; ils ont 
prétendu que c'eft être mauvais français , que 
de n'être pas cartéfien. Quelle révolution dans 
les opinions des hommes ! La philofophie de 
Vefcartes fut profcrite en France , tandis qu'elle 
avait l'apparence de la vérité & que fes hy- 
pothèfes ingénieufes n'étaient point démenties 
par l'expérience ; & aujourd'hui que nos yeux 
nous démontrent (es erreurs , il ne fera pas 
permis de les abandonner. 

Quoi ! les noms de Dcfcartes & de Newton 
deviendront des mots de ralliement ! & on fe 
paflionnera toujours quand il ne fout que.s'inf- 
truire ! Qu'importent les noms ! qu'importent 
les lieux où les vérités ont été découvertes l 
II ne s'agit ici que d'expériences & de calculs , . 
& non de chefs de parti. 

Je rends autant de juftice à De/cartes que fes 
fe&ateurs ; je l'ai toujours regardé comme le 
premier génie de fon fiècle : mais autre chofe 
eft d'admirer , autre chofe eft de croire. Je l'ai 
déjà dit , Ari ote qui réunifiait à la fois les 
mérites d'Euclide , de Platon , de Quintilien 9 
de Pline ; Ariftote qui , par l'affemblage de tant 
de talens , était en ce fens au-deffus de Defcar- 
tes & même_de Newton , eft pourtant un auteur 
dont il ne faut pas lire la philofophie» 



I> TJ NEWT01TTANTSMS# *£j 
Veut-on fe faire une idée très- jufte de lac 
/fique de Defcartes , qu'on life ce qu'en dit 
:élèbre Boerhaave qui vient de mourir : voici 
urne il s'explique dans une de fes harangues» 
* Si de la géométrie de Defcartes vous 
>affez à la phyfique , à peine croirez-vous 
:jue ces ouvrages foient du mêmç homme \ 
irous ferez épouvanté qu'un fi grand mathé- 
maticien (bit tombé dans un fi grand nombre 
d'erreurs ; vous chercherez Defcartes dans 
Defcartes ; vous lui reprocherez tout ce qu'il 
•eprochait aux périparéticiens , c'eft-à-dire ¥ 
jue rien ne pçut s'expliquer par fes princi- 
pes. »> 

Voilà comme penfent , malgré eux , des livres 
Defcartes , ceux- là même qui fe difent car- 
iens ; aucun ne peut fuivre fon fy (terne fur 
lumière , que toutes les expériences ont 
né ;fes lois du mouvement furent démontrées 
iffes par Waren & par Huyghens , &c. Sa 
fcription anatomique de l'ho/rime eft con- 
lire à ce que l'anatomie nous apprend ; de tous 
lix qui ont adopté fon roman contradictoire 
s tourbillons t il n'y en a aucun qui n'en ait 
t un autre roman. On profcrit donc tous fes 
gmes en dérail , & cependant o» fe dit en- 
re cartéfien : c'eft comme fi on avait dé- 
uillé un roi de toutes (e$ provinces Tune après 
utre , & qu'on fe dît encore fon fujeîr 
L'auteur du nouveau livre intitulé : Réfuta* 
n des Élémens de Newton , a ramaflé toutes 
s fuifles accufarions , il er* a compofé un? 
>fume ; il a fait comme tous les critiques ^ qu» 
ntant la faibteffe de leurs raifons, s'acharnent 
rendre leur advçrfcire odkux > il aie courage 



*&4 D É F E N S B 

de dire, page iai , que l'auteur des Élémens 
a péché contre fa patrie. Mais en quoi celui 
qu'il attaque a-t-il commis ce grand crime 
envers fa patrie ? en difant que Snellius hol- 
landais , a le premier trouvé la raifon confiante 
des finus d'incidence aux angles de réfraction. 
Voilà ce que l'auteur de la réfutation tranf- 
forme judjcieufement & avec charité en crime 
d'État. 
Éclair- Le critique , devenu ainfi délateur , accufe 
cîffement au hafard M. de Voltaire d'avoir trouvé ce 
fur D'fr fait dans Vojflus , & il ajoute que le théoremt 
tmSntb dont Vo ffi us P arle e ^ contraire à celui de 
lius. Defcartef. 

Mais M. de Voltaire protefle qu'il n'a point 
lu VoJJîus , & que le fait fe trouve .dans Hay- 
ghens , contemporain & difciple de Defcartts, 
pages a & 3 de fa Dioptrique. Si d'ailleurs 
on veut fa voir l'hiftoire de cette découverte! 
la voici **La mefure des réfractions fut tentée 
d'abord pn l'arabe Alha\en^ puis par ViteÙion^ 
enfuire par Kepler , qui échouèrent tous 4 Snel- 
lius Villebrode trouva enfin la proportion des 
fécantes , & Defcartes finit par celle des finus, 
ce qui e(T le même théorème que celui des 
fécantes , comme on peut le voir dans l'excel- 
lente phyfique de M. Mujchembroeck, page 18$. 
Cartefius , dit-il , adhibuit finâs ufus inventiont 
Snellii , &c. L'auteur des élémens n'a tait en 
cela que dire (implement la vérité : eft-ce êtrt 
mauvais citoyen que de rendre juftice aux 
étrangers? y a-t-il donc des étrangers pour 
un philofophe ? ( 3 ) 

( 1 ) On ne peut guère fe diipenfet de croire , fur h 

Après | 



DU NEWfONIANISMÈ, atfj 

• Après avoir traité M, de Voltaire de traître 
à la patrie pour avoir loué un Hollandais , il 
te tourne de fon mieux en ridicule fur ce 
même fujet , tant rebattu de l'attraction de la 
rumière ; il a cru voir que Newton & fes dif- 
CÈples penfent que la terre attire la lumière du 
corps même du foleil. Eft-il poffible , encore 
une fois , qu'on entende fi fort à rebours l'état 
de la tjueftion ? Et eft-il poflîble qu'on puifle 
nous attribuer une opinion digne tout au plus 
dç Cyrano de Bergerac ? 

• Voici ce qui a doané lieu probablement à ftïè>rir 
cette étrange mëprife. des tri 

L'auteur des elémens ayant fouvent à parler tiq^ 
dans fon livre de la raifon # inverfe du quarré fnT V at 
des diftanccs , avait jugé à propos d'expliquer j e a ]«Tu 
ce que c'eft , en parlant de la lumière , parce m i&«. 
qu'en effet l'intenfité de la lumière eft préci* 
fément en cette proportion ; mars il avertit 
expreflément , page 88 , édition de Londres , 
que l'attra&ion de la lumière & des corps , & 
l'attraftion dfes planètes & du foleil , qu'on 
nomme gravitation , font différentes. 

De ce que Newton a découvert deux phé- 
nomènes admirables , il ne s'enfuit pas que ces 
phénomènes obéiiTent aux mêmes lois. 

Il faut bien fe mettre dans la tête que Newton 
a trouvé que les corps & les rayons de lu* 
t » '. 

parole de Huyghens & de Voffius > que cette proportion 
se fe trouve dans le manufcrit de Sntllius ; & il eft 
certain qu'elle donne celle de De/cartes : mais le philo- 
fophe français connaiffait-il la découverte de SneAins ? 
*oilà toute la queftion , & il n'eu pas vraifemblabîe que 
Defcartts ait connn ni le manufcrit de SntUius , ni cette 
proportion ea particulier. 

Tom, 42, P<yf* &c, Tom % I, Z k 



0.66 DÉFENSE 

raière a gifle rit les uns fur les autres à des dit* 
tances très-petites , & que les planètes agiffent 
mutuellement les unes fur les autres à des dis- 
tances très-grandes. L'adion du foleil fur Sa* 
turne , fur Jupiter t fur la Terre , eft auffi diffé- 
rente de l'adion d'un criftal auprès duquel & dans 
lequel un rayon s'infléchit , que ce rayon di&ere 
en grolfeur du globe de Saturne. Confondre 
l'attraction de la lumière avec celle des pla-* 
nètes , c'eft n'avoir pas la plus légèçe idée de» 
découvertes de Newton. 

L empreffement ou l'efprit de peut! qui a 
porté tant de perfonnes à critiquer la philofo- 
phie de Newton avant de l'avoir étudiée , les 
a jetées ici dans une étrange cootradiâion. 

D'un côté ils s'imaginent que la terre attire, 
félon Newton , la lumière de la fuMHmce du 
foleil 9 ce qui eft ridicule. De l'autre ils ne 

Feuvent concevoir comment Newton admet 
éraiftîon de la lumière , de la fubftance même 
du foleil , ce qui eft pourtant fort aifé à 
comprendre. 
Décoa- Le grand Newton était convaincu » & M» 
verte de Bradley a prouvé auffi depuis , que la lumiète 
H. Brad- nous e ft d ar dée du foleil & des étoiles. La 
P^ogtef- découverte connue de M. Bradley , qui dé* 
fioa delà montre k la fois le mouvement de la terre 
lumière. & la progreflion de la lumière , nous fou voir 
que cette progreffion eft uniformément la même; 
qu'elle n'eft point retardée dans fon cours ; 
qu'elle parcourt également environ trente*trois 
millions de lieues par fept minutes , dans un 
cours uniforme de plus de fix ans ; qu'ainfi il 
n'y a depuis les étoiles jufqu'à notre atmof* 
pbère aucune matière réfiftante ; car s'il y ea 



DU N E WTON I A NI.SM E. %fy 

avait , cette lumière ferait retardée ; & pas 
conféquent la lumière nous eft dardée de 1? 
fubftance des étoiles à travers un milieu non 
rélîftant. Il refté à voir à ceux qui raifonnent 
de bonne foi , s'il eft pofïible qu'un rayon de 
lumière vienne à nous pendant lix ans fans fç. 
déranger , ,& fans retarder fa courfe à travers 
un plein abfolu ? Newton ni aucun de fes dif- 
ciples n'ont donc , encore une fois , jamais 
imaginé que cette lumière du foJeil & des étoiles 
nous vînt par attraction ; ils enfeignent tous 
qu'elle .eft dardée de la fubftance du globe lu- 
mineux. 

Il eft très-aifé de concevoir comment le fo- £, j, 
leil nous envoie fes rayons fi rapidement : il mière 
fout fonger feulement ce que c'eft qu'un tel w™» 
globe enflammé , qui tourne fur fon axe quatre fo ^ il * 
fois plus rapidement que la terre. 

L'auteur de la réfutation prétendue a donc un 
très-grand tort : premièrement , d'avoir cru qu'il 
s'agiife d'attra&ion dans l'émiflion des rayons du» - 
foleil ; fecondement , d'avoir cru que la lumière 
ne peut émaner du foleil ; mais il a beaucoup 
plus de tort encore d'ofer appeler énorme ab~, 
furditi ce que les Newton , les Keil , les 
Mufchembroeck , les s'Gravefande , &c. & de 
très-grands phildfophes français croient fi bien 
prouvé. Ce ferait affurément le comble de l'in- 
décence de traiter ainii de pareils hommes 9 
ouand même on aurait raifon contre eux. Que 
fera- ce donc lorfqu'on fe trompe fi vifiblement ? 

On ne peut s'empêcher ici de faire voir 
combien Pefprit de fyflème & de parti perver- 
tir les idées les plus naturelles des hommes : 
«juel eft celui qui t en voyant au milieu de 



l6S DÉFENSE 

la nuit éclairer tout d'un coup une lieue de 
pays , ne foupçonnera pas que ce flambeau qui 
fe confume envoie des parties de flamme à 
une lieue à l'entour ? N'y a-t-il pas (Tes corps 
odoriférans qui , fans diminuer fenfiblement de 
|eur poids , envoient en un inftant des cor- 
pufcules à plus d'une lieue à la ronde ? La 
rnème chofe arrive à la lumière , & il n*eft pas 
$'un philofophe de *fe révolter contre la rapi- 
dité de fon cours , & contre la petiteffe de les 
parties ; car rien en foi n'eft ni petit , ni 
prompt , & il fe peut faire qu'il y ait des êtres 
un million de fois plus déliés & plus agiles. 

a pefan- L'auteur de la réfutation n'eft ni plus exaft 
«r n'cft ni plus équitable , quand il reproche à M. de 
jint *f- Voltaire & à ceux qu'il appelle Newtoniens , 
miellé à d» avo i r dit que la pefanteur eft efientielle à la 
, matlè ~ matière j il eft tout aufli faux qu'ils aient 
'' avancé cette erreur , qu'il eft faux qu'ils aient 

dit que la terre attire la lumière $ U diftance 

du foleil. 

L'auteur des Elémens a dit à la vérité ? avec 
tous les bons philofophes , que la pefanteur * 
% la tendance vers un centre , la gravitation eft 
une qualité de toute la matière connue, laquelle 
J'ui eft donnée de dieu , & qui lui eft inhé- 
rente : le terme d'inhérent eft bien éloigné de 
lignifier ejfentiel $ il fignifte" ce qui eft attaché 
intérieurement, comme adhéflon fignifte ce qui 
eft attaché extérieurement ; Peflence d'une 
chofe eft la propriété fans laquelle on fte peut 
\\ concevoir , mais on peut très-bien conce* 
voir la matière fans pefanteur : il faudrait tou- 
j6iir$ ço;::n.;nccr par convenir de* )a valem 



ÔtT NEWTÔNÎAttlSME. *6$ 

des termes ; cette méthode abrégerait bien 
des difputes. 

Voici une difcuflîon d'un détail plus utile * 
& qui peut conduire à des vérités nouvelles. 

L'auteur de la réfutation s'étonne que l'au- 
teur des Elémens air dit , que Ja lumière de-* 
crit une petite courbe en pénétrant le criftal. 

Nous ne l'en croirons pas , dit-il , fur ta L « 
parole ; non , ce n'eft pas à ma parole qu'il ren . 
faut croire , pourrait-il répondre , mais c'eft "^ 
à la nature , & l'examen de la nature nous en 
apprend qu'il ne peut y avoir ni réflexion' , g"* 1 
ni réfra&ion fans une petite courbure ; ce fe- fi ?' 
roit une grande erreur de penfer qu'une boule ^ 
quelconque pût fe réfléchir par des lignes droî- tant 
tes qui formeraient un angle abfolument en 
pointe : il faut qu'au point d'incidence l'angle 
fe courbe un peu , ( fig. 46. ) fans quoi il y 
auroit un faut , un changement d'état fans rai- 
fin fuffifantt : ce qui eft impolfible. Tour fe 
fait par gradation , comme l'a très-bien te* 
marqué le célèbre Leibnit\ , & c'eft en confé* 
quence de ce principe invariable de la nature , 
qu'il n'y a aucun paffage fubit dans aucun cas ; 
la chaîne de la nature n'eft jamais caffée. Ainft 
un rayon ni ne fe réfléchit , ni ne fe réfracle 
tout d'un coup d'une ligne droite dans une 
autre ligne droite ; & la phyfique de Newton, 
s'acorde en ce point à merveille avec la mé- 
tapbyfique de Leibnit\. Cette attion du verre 
qui détourne le rayon incident de la ligne 
droite , eft la machine que la nature emploie 
ici pour obéir à ce grand principe général. 

Voici comment fe forme néceffairement cette 
courbe imperceptible, Qu'un corps rond & fe. 

*3 



517° DÉFENSE 

reffort tombe fur ce plan DD, ( fig. 47 ) 

fuivant la* direction AB, fou mouvement eft 

' compofé de îa ligne horizontale A F & de la 

}>erpendicuteire A G , la feule fuivant laquelle 
e corps fe précipite en bas. Or t lorfque ce 
corps à refîbrt eR en B , il perd dans Tinflant 
de la compreflion une quantité de fa vîteffe 
proportionnelle à cette comprefïion ; mais cette 
vîteffe ne peut être perdue que dans la direc- 
tion de la ligne de chute A G , & non dans 
la direction horizontale A F , fuivant laquelle 
le corps ne fe comprime pas. Donc ce corps 
avance un peu dans cette direction horizon- 
tale en B C ; & cet efpace B C devient la 
naiflance d'une courbe. Il en eft de même de 
Fadion que le corps réfringent exerce fur fe 
rayon de lumière : il commence à fe courber 
en approchant de fa furface. 

Ce principe eft fenfible aux yen* dans FiA- 
flexion de la lumière auprès des corps : il ne 
faut pas croire, par exemple, que quand ht* 
lumière s'infléchit auprès d'une lame d'acier 
dans une chambre obfcure , elle forme un an» 
gle abfolu ; elle fe courbe & fe plie vifiWe- 
ment en cette forte, {fig. 48. ) 

Natura eftfibi conforta ; & c'eft parla même 
raifon que la lumière , en paffant de l'air dans 
l'eau , décrit une petite courbe A B , en cette 
manière, {fig. 49.) Et cette petite courbe eft 
renfermée dans les limites de l'attraâton du 
verre , limites imperceptibles , & qui font bien 
différentes de celles d'une attraction préten- 
due entre la terre & un rayon lumineux par* 
tant du foleil. 



On a fait encore une méprife Tion moins ?**! 
fingulière. L'auteur des Élémens avance après ^ prl 
Newton , & fondé fur l'extrême porofité des quatu 
corps , qu'un rayon de foleil de trente-trois ** ** 
minions de nos lieues n'a pas probablement mi * rl 
Un pied de matière folide mife bout à bout. 

Nous ne favons pas fi c'efi d'un pied linéaire 
ou d'un pied cubique qu'il parle , difènt quel- 
ques cenfeurs ; & fur cette incertitude l'auteuf 
de la réfutation fait fon calcul fur un pied 
cubique : il évalue le poids d'un rayon du fo- 
leil à mille livres pefant , & il conclut que led 
feuls rayons qui tombent fur la terre en ua 
jour , montent à cent quarante- quatre mille 
fois mille millions de livres. Mais on pouvait 
^'épargner ce calcul ; il n'y avait qu'à çonful- 
ter le premier boft livre de phyfique ou le 
?on feus, & on aurait vu qu'il ne s'agit ici 

de pied purement linéaire , ni ie pied eu- 
uque , mais d'un pied en lo'ngueur , dont ua 
rai* de lumière fait la groffeur. 

Il eft très- fur qu'il y a peu de matière pro<* 
ire dans tous les corps de l'univers ; il eft fûf 
pie tous les corps les plus déliés font ceux 

i en ont le moins ; que la lumière eft des 
sres fenfibles Le plus délié , ie plus rare ; & 
[u'ainfi les prétendus aillions des millions de 
hrres que le foleil nous envoie par jour , peu* 
r ent aifément fe réduire à deux ou trois on-» 
es , tout au plus. Voilà où conduit Péquivo- 
ue du mot linéaire , & voilà qui prouve qu'il 
nuirait au moins avoir des idées nettes des 
bofes pour critiquer avec tant de hauteur Si 
e mépris* 

*4 ' 



47* DÉFENSE 

a lamiè- L'auteur des Eléœens a dît que dans le fyf- 
a'eft tème de De/cartes nous devrions voir clair la 

médias nuit ' Cela eft très - vra *> & cela eft démontré 
ii/udi- P ar * es '°i s d QS flûtes : fi la lumière était un 
■m-»»- fluide répandu dans Pefpace , & toujours exif- 
ant des tant , s'il n'attendait que d'être preffé pour 
>tQi. a gj r ^ -^ a g| ra i t çn tQUS f ens ^s qu'il ferait 

preffé. Et non- feulement le foïçil fous l'ho- 
rizon poufferait la lumière à nos yeux , comme 
le fon fait le tour d'une montagne pour venir 
à nos oreilles ; mais nous ne verrions jamais 
fi clair qiie dans, une éclipfe centrale du iolei! j 
car fi la lune en paflant fous le fcrfeif preffé 
fatmofphère , elle preffé la prétendue matière 
himineufe , & cette** matière lumîneufe , phis 
preffée qu'elle n'était , doit agir davantage. 

L'auteur de la réfutation & ptufieurs autres 
Oppofènt à cette vérité des hypothèfes ; îfs 
fuppofent qu'il faut raifonner de la lumière 
comme du fon : mais ce n'eft pas ici qu'il ed 
permis de dire que la nature agît toujours de 
la même manière. La nature n'eft uniforme que 
dans les mêmes cas , & ici tes cas font abfb- 
himent différens. Si la lumière nous venait 
comme le fon , elle nous viendrait à traveri 
une muraille ; le fon eft l'effet des vibration» 
de l'air , qui eft un élément > & la lumière 
eft l'effet d'un autre élément, 
m* f y f- Il ne reftait à l'auteur de la réfutation après 
mj fur tant de malentendus , tant de fauffes impu- 
luauè- tat j ons tant ^ fauffes crkiques & de repro-* 
cbes in}uftes , qu'à ofer donner un • petit fyf- 
tème pour expliquer les eSets de la nature 
que Newton a découverts y 8c c' eft ce c^u'o* 
n'a pas manqué de faire.» 



DU NEWTONIANISMB. *7J 

Newton nous apprend , par exemple , & les 

plus obftinés font forcés enfin d'en convenir , 

que la lumière ne rejaillit point des parties 

folides des corps. 

Au lieu de fe contenter d'une vérité nou- 
velle que Newton a démontrée , & qu'on ne 
peut nier , on imagine une hypothèfe : on feint 
un petit vernis de matière lumineufe répandue 
dans les pores & fur les fur faces des corps ; 
on penfe qu'à la faveur de ce petit vernis > de 
* cette prétendue atmofphère , on pourra expli- 
quer pourquoi la lumière fe réfléchit unifor- 
mément fur une glace toujours inégale : cette 
atmofphère , dit-on , remplit les finuofités & 
les afpérités de cette glace. Mais n'eft-il pas 
évident que votre vernis d'atraofphère lumi- 
neufe , que vous fuppofez s'attacher intime- 
pient à cette glace , doit fe conformer à fa 
figure , & que û cette glace eft raboteufe * 
votre vernis doit l'être aufTiî 

Vous avez beau foutenir cette hypothèfe, Bn 
par des exemples ; vous avez beau alléguer J^® 1 
que tout a fon atmofphère; qu'un vaiffeau a p i°fi e 
la fienne , & que c'eft cette atmofphère qui, philo; 
fait qu'une balle tombant du haut du mât du>P he » 
vaifleau vient frapper le pied du mât , en dé-, J* f ji 
qrivant une parabole. Vous avez lu , il e(i m e #f y 
vrai , cet exemple dans plufieurs auteurs , qui re . 
rapportent ce fait à Timpreflion de l'atmof— 
phère ; mais malheureufement tous ces auteurs- 
là fe font trompés , & voici en quoi confifle 
leur erreur & la vôtre. 

Qu'un oifeau , planant fur le mât d'un vaif- 
feau qui vogue à pleines voiles , laifle tomber 
du. haut du, mât un corps pe&nt , U s'ea f^-. 



174 d ê f ! ir s t 

dra beaucoup que ce corps tombe au pied <ro 
mât , ni qu'il décrive une parabole ; il tom- 
bera , ou fur la poupe , ou derrière la poupe 
dans la mer en ligne droite :• pourquoi ? parce 
que le mouvement de la parabole étant le ré- 
fulrat d'une force perpendiculaire fur l'horizon 
avec une vîreffe de projedrion parallèle à l'ho» 
rizon , il n'y a point ici de vîfeffe de projec- 
tion , mais feulement une force perpendicu- 
laire , par conséquent point de parabole. 

Que! fera donc le cas où ce corps décrira 
une parabole 7 ce fera lorfqu'3 participera 2 
h fois au mouvement horizontal du vaiffeau , 
& au mouvement de gravité qui l'entraînera 
du haut dn mât. 

Soit le varffeau A , (fig. jo) voguant de 
A en B , le mât C C , le corps I> attaché sa 
mât par une corde que l'on coupe ; le corps i 
le mouvement en ?> D Comme îe vaifTea» 9 & 
le mouvement en D C par la gravitation : ùr f 
de ces deux mouvemens fe compofe fa parabole 
DPB, & quand te mât efi en B , le corps f 
eft auffi ; donc l'air Se l'armofphère n'ont au- 
cune part à ce phénomène . ils ne pourraient 
que le troubler. Ceft uniquement par la même 
raifon qu'un cavalier jetant en l'air une orange 
perpendiculairement , la retient dans fa main 
en courant au galop : mais n une autre nain 
lui jette cette orange tandis qu'il court , elle 
retombe loin derrière le cavalier. C'eft encore 
la même raifon qui (ait retomber à peu près & 
plomb une pierre qu'on a jetée perpendiculai- 
rement à l'horizon , malgré la rotation de- la 
terre ; & l'atntofphère n'a pas plus de part * 
tout cela que celle d'un, homme qui fe promène 



DU N E VTTONI A H I S M E. 275 

n a aux moucherons qui voltigent autour 
lui. 

2e petit fyftème des effets prétendus d'une H *« 
îofphère doit fervir au moins à mettre fur faB . r l a r 

r . , , mais tat- 

rs gardes tous ceux qui, n'étant point en- redefy ^, 
e guéris de la maladie des hypothèfes , en ume. 
entent tous les jours pour rendre raifon , 
e qu'ils croient , des découvertes de Newton» 
grand- homme pendant foinante ans de re- 
belles , de calculs & d'expériences , a été 
igé de fe contenter du fimple fait qu'il a 
:ouvert. Jamais il n'a fait d'hypothèfe pour 
tiquer la caufe de Fattraéfrion des planète* 
de celle de la lumière ; i! a démontra que 
te gravitation exifte , qu'uo corps grave ne 
ombe fur la terre que par ht même force 
itrrpète qui retient les aftrês dans leur or> 
; , & qu'aucun tourbillon de matière fab- 
, grafid ou petft , »e petit être ht citote 
cette force centripète. Qu'où «'en tienne 
, & qu'on n'imagine pas pouvoir faire par 
roman , te que Ntwtm. n'a pu faire par 
mathématiques. 

Jn de ceux qui onr écrit le ph» modéré- Newton 
it contre Newton , eft l'eftirtiable auteur »*• P««t 
Spectacle de la nature & de V&jhire du <*'/f {J^* 
s il s'en faut bien qu'H lui art rendu fuftice. y "*** 
tippofe dans fts objections que Newton z 
, comme les autres philofophes , la témérité 
laginer un fyftème pour expliquer la forma* 
i de l'univers , ce qui eft affurément fe 
tre-pied des procédé* de Newton. Hipothe~ 
non fingo , &c. dtt Newton à la fin de fes 
teipes mathématiques ; & avec cela on lui 
roche encore ce qu'il nie fi formellement. 



±j6 DÉFENSE 

L'auteur de YHiftoire du ciel fuppofe , «prés 
beaucoup de perfonnes , & beaucoup d'autres 
fuppofent après lui , que les newtoniens regar- 
dent Tattraèion comme un principe qui a donné 
l'être à des comètes , aux planètes un rang 
dans le [odiaque , un cortège plus ou moins 
grand de fatellites. Mais c'eft encore une im- 
putation que ni Newton , ni aucun de fes dis- 
ciples n'ont jamais méritée. Ils ont tous dit 
formellement le contraire ; ils avouent tous que 
la matière n'a rien par elle-même , & que te 
mouvement , la force d'inertie , la pefanteur, 
le relfort , la végétation , &c. tout eft donné 
par l'Être fouverain. 
Vraie Par quelle injuftice peut-on foupçonner que 
pliilofo- celui qui a découvert tant de fecrets du Ciéa- 
phie de teur ^ j nc0 nnus au refte des hommes , ait nié 
Aernor*. ]' a £j on fe dieu la plus connue & la plus fen- 
fible aux moindres efprits. Il n'y a point de 
philofopbie qui mette plus l'homme fous h 
main de dieu que celle de Newton. Cette phi- 
lofopbie la feule géométrique , & la feule mo- 
dérée , nous apprend les lois les plu* exades 
du mouvement , la théorie des fluides 8r du 
fon ; elle anatomife la lumière ; elle découvre 
la pefanteur réelle des aftres les uns fur les 
autres ; elle ne dit point que cette pefanteur» 
cette gravitation dont elle calcule les lois 8e 
les effets , foit la même chpfe que la force par 
laquelle la lumière fe détourne de fa route , 
& accélère fon mouvement dans des milieux 
différens -, elle eft bien loin de confondre les 
miracles de la réflexion & de la réfi action de 
la lumière avec ceux de la pefanteur des corps 
graves \ mais ayaat démontré que le foleil pèle* 



DU ^NEWTONIAKISME, 177 

far la terre , & la terre fur lui , elle démontre 
que ce pouvoir eft dans les moindres parties 
de la matière , par cela même qu'elle eft dans 
le tout ; elle avoue en fui te que nul mécanifme 
ne rend raifon de ces profondeufs , & elle 
adore la fageffe éternelle qui en eft le feul 
principe. 

Elle ne dit point ( comme on le lui reproche) 
que l'attradion univerfelle eft la caufe de l'élec- 
tricité & du magnétifme , elle eft bien loin d'une 
telle abfurdité ; mais elle dit : attendez pour 
juger de la caufe du magnétifme & de l'élec- 
tricité que vous ayez aflez d'expériences. Il 
n'eft pas encore prouvé qu'il y ait' une vertu 
magnétique. On eft fur les voies de la matière 
électrique ; mais pour la gravitation & Te cours 
des planètes , il eft prouvé qu'aucun fluide n'en 
eft la caufe , & que nous devons nous en tenir 
à une loi particulière du Créateur : car recou- 
rir à dieu eft d'un ignorant , quand il 
s'agit de calculer ce qui eft à notre portée ; 
mais quand on touche aux premiers principes , 
recourir à dieu , eft d'un fage. 

L'auteur de YHifioire du ciel renouvelle en- Figure 
core une méprife aflez confidJrable , où plu- la ien 
Heurs favans font tombés. Ils croient que New- 
ton attribue l'élévation de l'équateur au pou- 
voir feul de l'attraclion de la terre. 

Ni Newton , ni fes feérateurs ne s'expriment 

nfi. Ils avouent tous que l'élévation néceflaire 
ae l'équateur vient & doit venir de l'efibrt de 
ha force centrifuge , qui eft plus grande dans 
le grand cercle d'une fphère que dans les petits, 
gc qui eft nulle au point des pôles de la fphère. 

L'attraftion , la gravitation , la pefanteur eft 



•Ljl » £ F E £ S X 

moins forte fous l'équateur , parce que cet 
équateur eft plus élevé ; mais il n'eft pas plus 
élevé , parce que l'attradioa y efi moins force. 
Ou nous demande dans un Livre férieux, (*) 
fi ce n'eji pa> l'attraJion qui a mis en faillie 
le devant du globe de l'œil , qui a élancé au 
milieu du vif âge de V homme ce morceau de 
cartilages qu'on appelle le ne\. Nous répondrons 
qu'une telle raillerie .n'eft ni une bonne rai- 
fort , ni un bon mot ; & quand même la rail- 
lerie ferait fine , elle ne conviendrait point 
dans ufi Mvre où il ne faut que chercher la 
vérité , & ferait très-mal appliquée à un homme 
comme Newton , & aux illuftres géomètres qui 
l'étudient. D'ailleurs nous félicitons le faee au- 
teur du Speâacle de la nature , & de Vaifioire 
du ciel , de tomber moins qu'un autre dans le 
défaut de vouloir être plaitant ; cette affecta- 
tion trop répandue de traiter des matières fé- 
rieuÇes d'un ftyle gai & familier rendrait , à la 
longue , la philofophie ridicule fans la rendre 
plus facile. 
ft ., On reproche encore à "Newton qu'il admet 

tanalé- d es qualités immatérielles de la matière. Mais 
rUUtt. que ceux qui font un tel reproche 3 confultent 
leurs propres principes : ils verront que beau- 
coup d'attributs primordiaux de cet être fi peu 
connu qu on nomme matière , font tous imma- 
tériels ; c'eft-à-dire , que ces attributs font 
des effets de la volonté libre de l'Être fu- 
prèrae : û la matière a du mouvement , (î elle 
peut le communiquer , û elle gravite, fi les 

( * ) C'cft h propos de l'explicttioa de l'aura» d« Sa^ 
teme de M. de MauptrtëU* 



aon ae vitu , auui oien que la racuire que 
ma volonté a reçue de remuer mon bras. Toutç 
matière qui agit nous montre un être imma- 
tériel qui agit fur elle. Rien n'eft plus certain 
que ce font les vrais fentimens de Ntwton, 

Ces réflexions que Ton donne au public ont 
déjà fait impreflion fur quelques efprits , & on 
efpère qu'enfin les préjugés de quelques autre* 
céderont à des chofes fi fublimcs & fi r,3ifon-» 
nables, dont l'auteur des Éléaieua n'a été qu* 
Je faible interprète. 



TABLE 

DES MATIÈRES 

Contenues dans ce volume. 

Avertissement des éditeurs; page 3 

Eficre dédicatoire , à madame la marquife du 
C hâte Ut. * 24 

4 
ÉLÉMENS DE PHILOSOPHIE DE NEWTON. 

PREMIÈRE PARTIE. 

Chapitre 1er, De dieu. Raiforts que toits 
les efprits ne goûtent pas. Rat* 
fûns des matérialifies* ' ij 

C H A P. 1 1. De Tefpace & de la durée 
comme propriétés de dieu. 
Sentiment de Lcibnit\. Senti* 
liment & rai/on s de Newton. 
Matière infinie impojjible. Epi' 
cure devait admettre un Dieu 
créateur & gouverneur. Pro- 
priétés de Vefpacepur & de la 
durée. 36 

€ H A P. 1 1 1. De la liberté dans dieu , & 
du grand principe de la rai* 
fon fuffifante. Principes de 

Leibnlti 



TABLE DES MATURES, 2.8* 

» Leibnit^ pouffes peut - être 

trop loin, Ses raifonnemens 
féduifans. Réponfe. Nouvelles 
infiances contre le principe 
des indifcernables, 41 

1P. IV. De la liberté dans l'homme. 
Excellent ouvrage contre la 
liberté ; fi bon que le doBeur 
Clarke y .répondit par des in.- 
jures. Liberté d'indîfftrertclf. 
Liberté de fpontanéité. Pri- 
vation de liberté , chofe très* 
commune. Objections puiffan- 
tes contre ta liberté, 44 

K P. V. Doutes fur la liberté qu'on' 
nomme d'indifférence. J,l 

P. V I. De la religion naturelle. Re- 
proche de Leibnit{ à Newtqp* 
Peu fondé. Réfutation d'un, 
/intiment de Locke. Le bien,- 
de la fociété. Religion natu* 
relie. Humanité', JJ. 

P. VII. De Tame& de la manière dont 
elle eft unie au corps, & dont 
elle a Tes idées. Quatre opi- 
nions fur la formation des 
idées. Celles des anciens ma- 
ter m lifte s. Celle de Ma lie - 
branche. Celle de Leibnit^ ~ 
combattue, 60 

P. VIII. Des premiers principes de Ja> 
matière. Examen de la ma-- 
, 4a. Pliyfïbc, Tint, t, A a> 



48* * M » t S 

itère première* Méprife èe 

; Newton. Il n'y a point de 

tranfmutations . véritables. 

Newton admet des atomes. 6} 

C H M P* IX. Be la nature des élémens de 
la matière , ou des monades. 
Sentiment de Newton. Senti* 
ment de Lcibnit\. J& 

Csi F. X. De la force aérive qui met tout 
eu mouvement dans L'uni- 
vers. S'il y a toujours même 
quantité de force dans le mon* 
de. Examen de la forcé. Ma* 
nière de calculer la force* 
Conclufian des deux pmrtis. 8t 

SECONDE PARTIE. 

Cm&£iXl.£ If** Premières recherchas* fur h 
lumière , & comment elle 
vient à nous. Erreurs de 
Eefcartcs à ce fujet. Défini* 
tion fingulière par les péripa- 
téticiens. Veforiï Jyflémari- 
aue a égaré Véfcartes.. Son 
Jyftème. Faux. Du mouve- 
ment progrejjîf de la lumière* 
Erreur obi Spe&acle de 1* 
nature. Démonftration du> 
mouvement de la lumière » 
par Roemer. Expérience de 
Ro mer conieftée & jcombattuê 
mal-à-propos. Preuve de l* 
èkouw.UéU Brimer gpr. k> 



DES fcllfïllï, ftf} 

découvertes de Bradley. Hif- 
toirede ces découvertes. Ex- 
plication & conclufion. 8j 

A *. II* Syflème d* Mallebranche aufli 
erroné que celui de Defcartes. 
Nature de la lumière , fès 
routes ,, fa rapidité. Erreur du 
pire Mallebranche. Définition: 
de la matière de la lumière. 
Feu & lumière font le même 
être. Rapidité de l* lumière. 
Petiteffe de fis atomes. Pro- 
grejfîon de la lumière. Preuve 
de Vimpojpbilité du plein» 
Obfiination contre ces vérités* 
Abus de la fainte Écriture 
contre ces vérités. <)& 

A *. III. La propriété que la lumière » 
de fe réfléchir n'était point 
véritablement connue ; elle 
n'eft point réfléchie par le» 
parties fbfides des corps, 
comme on le croyait. Aucun, 
corps uni. Lumière non réflé~ 
chie par les parties fol ides. 
Expériences décifives* Com- 
ment & en quel fins la lumière: 
rejaillit du vide même. Com- 
ment oh en fait l'expérience* 
Conclufion de cette expérien- 
ce. Peu s hs porcs font petits t 
plus la lumière pajjè. Mau~ 
+aifcs obftâions contre ces 
■vérité*. 1*4 



*&4 T A B L H 

CilAP, IV* Des nuroir.§ , des télefcopes;; 
des raifons que les marhéroa- 
tkjue$ v doonent des myflère» 
de la vifion i que ces raifoos. 
ne font, point fnfKfantei 
Miroir plan. Mi air convexe* 
Miroir concave. Explications 
■ géométriques de la vifion. Nul 
rapport immédiat entre les 
règles d'optique & nos fenfa- 
ilons. Exemple en preuve, III 

€ ¥ A T, "V. Comment nous connoiffons ■ 
les diflances , les grandeurs , 
les figures , les fituations. 
Les angles ni les lignes opti- 
ques ne peuvent nous faire 
connaître les diftances* Exem* 
pie en preuve. Ces lignes opti- 
ques ne font connaître nL le* 
grandeurs ni les figures. Exem- 
ple en preuve. Preux t par 
V expérience de l'aveugle - né 
guéri par Chefelden. Comment 
nous connaijfons les di fiances, 
& Ujs grandeurs. Exemple, 
$ows apprenons 4 v-oin comme, 
à lire, La vue ne peut faire 
connaître L'étendue, 119. 

Ch a. p.. VI. Pourquoi le foleil & la lune 
paraitfent plus grands à lho- 
rizon quîau, méridien ? 136 

Ca.A.2. V 1 1. De la ca.ufe- qui fait brifer les 
rayoqs de lumière, en paffant. 
4'uqe iubflance dans une au- 
tXQ;.luetette. caufe «Q.um 



DES MATIÈRES. l9f 

loi générale de la nature f 
* inconnue avant Newton; que 

l'inflexion de la lumière eft 
encore un effet de cette czv* 
fe, &c. Ce que c'efl que réfrac- 
tion. Proportion des réfrac- 
tions trouvée par Snellius. C* 
que c'eft que finus de réfrac- 
tion. Grande découverte de 
Newton. Lumière br fée avant 
que d* entrer dans les corps. 
Examen de Vattra3ion.il faut 
examiner Vattradion avant 
que de fe révolter contre ce 
mot. Impulfion & attraâion 
également certaines & incon- 
nues. En quoi Vattradion eft 
une qualité occulte. Preuves 
de Vattradion. Inflexion de la 
lumière auprès des corps qui. 
V attirent. 139 

P, VIII. Suite des merveilles de la ré- 
fraction de la lumière. Qu'un, 
feul rayon de la lumière con- 
tient en foi.toutes les couleurs, 
poflibles. Ce que c'eft^ que la 
réfrangibilifé. Découvertes 
nouvelles; t Imagination de 
Defcartes fur les couleurs.. 
Erreur de Mallcbranche, Ex- 
périence & démonftration dé 
Newtoiu Anatomie de la lu- 
mière. , Couleurs dans les 
ir . nsyoqs pnmitifs. Vaines o'- 
jeâiofu centre ces découvertes: 



%16 TABLE 

Critiques encore plus vaines. 
Expériences importantes. 14 J 

C H A P. J X. De l'arc-eo-ciel ; que ce mé- 
téore eft une fuite néceflaire 
des lois de ta réfrangibilité. 
Mécaniftne de Varc- en-ciel , 
inconnu à tçute l'antiquité* 
Ignorance d'Albert le grand. 
It' archevêque Antonio de Do* 
minis efi le premier qui ait 
expliqué Varc- en -ciel. Son 
expérience. Imitée par Def- 
carte*. La réfrangibilité t 
unique raifon de V arc~en-cicl. 
Explication de ce phénomène. 
les deux arcs en-ciel. Ce phé- 
nomène va toujours en demi- 
ttrcltr 15 J 

(8 m A F« X. WouveHes découvertes fur la 
caufe des couleurs , qui con-* 
firraenrta do&rmeprécëden~ 
te Bémonftrariofl que les 
couleur» font occasionnées 
fwt FépaHfeur des parties qui 
compotehc îes corps , fans que 
la lumière -foit réfléchie de ces» 
parties. Connaiffance plus 
approfondie de la formation 
des couleurs. Grandes vérités' 
firces d'un* expérience com- 
mune. Expérience de Newton* 
les couleurs dépendent de Té- 
f argent 4es*parries des corps- * 
-■' ■ Jktu tjtce &9 parties réfiioAip. 



DES M A T / È ft B S, ifcf 

fent elles-mêmes la lumière. 
Tous les corps forte tranfpa- 
rens. Preuve que les couleurs 
dépendent des épaifleurs , fanç 
que les parties fo-lides ren- 
voient en effet la lumière. 166 

A F. XI. Suite de ces découvertes, 
A ai on muluelle des corps fur 
la lumière. Expériences très- 
fingulitres, Conféquenees do- 
ses expériences» Action mu* 
tuelle des corps fur la lumière 
Toute cette théorie de la lu- 
mière a rapport avec la théorie 
de V univers. La matière a. 
plus de propriétés qu'on ne 
penfe. 1JO 

tre de Fauteur , qui peut firvir de conclufion 
à la théorie de U lumière.. 17$ 



ÏROISliMB *ART 



I E. 



àpitre I* r . Premières idées touchant lg 
pefanteur & les lois -de' Pat- 
traclion. Que la matière fub- 
tile , les tourbillons & le plein 
doivent être rèjetés. Attrac- 
tion, Expérience qui démont te 
le vide G iês effets, de la gravi- 
tation» L: pefanteur agit em 
raifim-des maffe*. D'où viens 
ce pouvoir de pefanteur ? U ne 
ftut venir 1 d'une prétendue 
mature fuitilc* Pourquoi um 



&8S TABLE 

corps pèfe plus qu'un autre ? 
Lefyftème de De/cartes ne peut 
en rendre raifon. 175 

C H A F. IL Que les tourbillons de Defcar- 
tes & le plein font impofli- 
bles , & que par conféquént 
il y a une autre caufe de ta 
pefanteur. Preuve de Vimpof 
fibilité des tourbillons .Preu- 
ves contre le plein. 182 

C H A P. III. Gravitation démontrée par k 
découverte de Newton. Hif- 
toire de cette découverte. 
Que la lune parcourt fon or- 
bite par la force de cette gra- 
vitation, Hiftoire de la décou- 
verte de la gravitation. Pro- 
cédé de Newton. Théorie 
tirée de ces découvertes. La 
même caufe qui fait tomber 
tes corps fiir la terre , dirige 
la lune autour de la terre. l£3 

ChIF. IV. Que la gravitation & l'attrac- 
tion dirigent toutes les pla- 
nètes dans leur cours. Com- 
ment on doit entendre la 
théorie de li pefanteur che\ 
Defcartes. Cequec'efi que la 
force centrifuge & la force 
centripète. Cette démon fira- 
tion prouve que lejbleil eft le 
centre de Vunivers , & non la 

j ierrc* ?C*efi pour les raifon* 

procèdent cq 



DES MA T*I È-R^E S. 

. » . , précédentes q\tç 'noirs . avons 
plus d'été que d'hiver. 19 J 

k -p. V. Démonflration des lois de la 
gravitation , tirée des règles 
de Kepler ; qu'une de ces lois 
de Kepler démontre le mou- 
vement de la terre. Grande 
règle de Kepler. F&uffes rai- 
fans de cette loi admirable* 
Raifon véritable de cette loi , 
trouvée par Newton. Récapi- 
tulation des preuves de la gra- 
vitation. Ces découvertes de 
Kepler & de Newton fervent 
à démontrer que c'eft la terre 
qui "tourne autour du foleil. 
ï)émonflràtion du mouvement 
de la ter te tirée des mêmes 
lois. aoi 

^p; V I. Nouvelles«preuves de l'attrac- 
tion. Que les inégalités du 
mouvement de l'orbite de la 
lune font ^néceflairement les 
effets de l'attraction. Exemple 
en preuve, inégalités du cours 
de la lune , toutes caufées 
par UattraÔion. iDéduction de 
ces vérités, La gravitation 
n'cft point V effet du cours des 
, *tftres\ 9 mais leur cours eji 
l'effet de la. gravitation . Cette 
gravitation , cette attraction 
*peut être *un premier principe 
. établi dans la nature. 008 

ne 41, Phyf. Sv.' Tome /. B b 



%]6 T A * t -£ 

C h A P. VIL Nouvelles preuves & nouveau* 
effets de la gravitation. Que 
ce pouvoir eu dans chaque 
partie de la matière. Décou- 
vertes dépendantes de ce prin- 
cipe. Remarque générale & 
importante fur le principe de 
Vattraâion. La gravitation t 
Vattraâion effl dans toutes Us 
parties de la matière égale- 
ment. Calcul hardi & admi- 
rable de Newton» 214 

C H A P. VIII. Théorie'de notre monde plané- 
taire. Démonftration du mou- 
vement de la terre autour du 
foie il , tirée de la gravita- 
tion* Grojfeur du foleil. 11 
tourne fur lui-même autour 
du centre commun du monde 
planétaire. Il change toujours 
de place. Sa denjlté. En quelle 
proportion les corps tombent 
fur le folcH. Idée de Newton 
fur la denfité du corps de 
Mercure, Prédiâion de Co- 
pernic fur Us phafes de Vé- 
nus. 218. 

Cil A P. IX, Théorie de la terre; examen 
de fa figure. aaj 

Hiftoire des opinions fur la 
figure de la terre. Découverte 
de Ricker , &fes fuites. Théo- 
rie d'Huyghens. Celle de 
Newton. Difputes en France 
fur la figure de la terre, jbid* 



DES M À * f È R E s. i^r 

C ft AT, X. De la période de vingt - cinq 
mille neuf cents vingt an- 
nées , caufée par Pattraftion. 
., ■ Mui-entendu général dans le 
langage de Vaflronomie. Hif* 
toire de la découverte de 
cette période. Peu favorable 
à la chronologie de Newton, 
Explication donnée par des 
grecs. Recherches fur la caufe 
de cette période. 234 

C h A T. X I. Du flux & du reflux. Que ce 
phénomène eft une fuite né- 
ceffaire de la gravitation. Les 
prétendus tourbillons ne peu* 
Vent être la caufe des marées. 
Preuve. La gravitation eft la 
feule caufe évidente des ma* 
rées. 045 

Cha?, XI I. Conclufion. a jr 

DÉFENSE DU KEWTONIANISME. ajf 

Réponfe aux objeâions principales qu*on a faites 
en France contre la philofo- 
phie de Newton. 2.J7 



Fin de la Table des mariera*. 



UNIVEMirrOFMICHiaAN ' 




3 9015 03450 8344 



952,259