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Full text of "Œuvres complètes de M. le C[om]te de Buffon .."

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oM 



■o^%. 



HISTOIRE 

NATURELLE, 

GÉNÉRALE ET PARTICULIERE. 



Tome 1. 



o 



I 



ŒUVRES 

COMPLÈTES 

D E 

M. LE C7E DE BUFFON, 

Intendant du Jardin du Roî , de l* Académie 
Franc oife , de celle des Sciences, è^c. 

mmmÊmÊmammÊmmmÊmmmwmÊmmmmmmwmmmÊÊmmmmmmtmmmmmmÊmmmmmmamam 

Tome Premier. 
Théorie de la Terre. 




A PARIS, 

DE L»I M PRIME RIE ROYALE. 



M. DCCLXXIV 



AD.siyîsî-5'57"^ 



TABLE 



\i j^ yâ^..yfi y^^ -^^i y^ lo^ 3p^ 3»^ i«t *;.>- ■>!.^ ^ i'-^ 5l,^^^ * ^ 

AU ROI. 



IRE, 

L'Hïfloïn iif les monumem 
îmmortaliferont les qualités hé- 
roïques , if les vertus pacifiques 
que [Univers admire dans la per- 
fonne de Votre MAJESTÉ. : 
Cet ouvrage qui contient l'hif 
îoire de la Nature , entrepris 
par vos ordres , coTifacrera à la 
poflérïté votre goût pour les 



Sciences , èf la protection éclch 
tante dont vous les honore-^. 
Senfible à toutes les fortes de 
gloire y grand en tout, excellent 
en vous-même , S IRE ., vous fere-^^ 
à jamais l'exemple des Héros 
if le modèle des Rois. 

Nous fommes avec un très- 
profond refpeél ^ 

SIRE, 

De Votre Majeste\ 



Les très-Iiumbîes , très-obcifTans (5c très* 
fidèles lujets &i ferviteurs , 
B U F F o N , Intendant de votre Jardin ÔlQS 

Plantes , 
Daubenton, Garde & Démonflrateiir de 
votre Cabinet d'Hidoire Naturelle. 



TABLE 

De ce qui eft contenu dans ce 
Volume. 

Premier Discours. De la manière 
d'étudier & de traiter l'Hifloire 
Naturelle ......... Page 2 

Second Discours. Hifloire ér 
théorie de la Terre o a 

Preuves de la Théorie de 
la Terre. 

Article I. De la formation des 

Planètes. ... i g c 
Art. il Du Syflème de M. 

Whijlon . . . . ^^r 
Art. Iir. Du fyftème de M, 

Burnet , , . . 262 
Art. IV. Du fy/lème de M. 

Woodward. . x6j 



ArticleV. Expofitiofi de (Quelques 

autres Syjlèmes. 2.y <y 

Art. V I. Géogrûphîe, ... 2(^7 

Art» VII. Sur la produâïon des 
coucher ou lits de 
terre 334. 

Art. VIII. Sur les coquilles & les 
mitres produâions de 
la mer , qu'on trouve 
dans l intérieur de 
la terre ..... 388 




HISTOIRE 



HISTOIRE 

NATURELLE. 

Premier Dijcoiirs. 



Tom L 



JRes ardua vetuflis novitateni dare, novis 
auSîoritatem , obfoletis nitorem, obfcuris Iiicem , 
faftiditis gratiam , dubiis fidan, omnibus vero 
naturam,if naturœ'fuœ vmnia. Plin. in Praef, 
ad Vefpaf. 



5 

HISTOIRE 

NATURELLE- 
PREMIER DISCOURS. 

De la manière d'étudier & de traiter 
ïHîJloire Naturelle, 

L'H I s TO ï R E Naturelle prifè dans 
toute ion étendue , eîl une Hiiloire 
immenfe, elle cmbrafie tous les objets 
que nous préfente l'Univers. Ccttemul- 
tiîude prodigieufe de Quadrupèdes, 
d'Oifeaux, de Poiiïons, d'ïnfècies, de 
Plantes, de Minéraux, &.c. ofîre à la 
curiofité de l'efprit humain un vafle 
fpec^acle dont l'enfemble eft fi o-rand, 
qu'il paroît & qu'il eil: en effet inépui- 
iabie dans ies détails. Une feule partie 
de i'Hifloire Naturelle, comme l'Hif- 
toire des Infedes, ou i'HiUoire des 

Ai; 



'4 Manière de traiter 

Epiantes j fuffit pour occuper plufieurs 
{lonimes ; &l ies plus habiles Gbierva^ 
teurs n'ont donne, après un travail de 
pjufieurs années , que d^s ébauches aflez 
imparfaites des objets trop muitipliés 
que préfentent ces branches particulières 
de î'Hilloire Naturelle, auxquelles ils 
s'itoient uniquement attachés : cepenr 
dant ils ont fiiit tout ce qu'ils pouvoient 
£iire, & bien loin de s'i^n prendre aux 
Obiervateurs du peu d'avancement de 
ïa Science, on ne fauroit trop louer 
ïeur alîjduité au travail & leur patience, 
on ne peut même leur réfuter des qua- 
lités plus élevées; car il y a une elpèce 
de force de génie & de courage d'ef- 
prit à pouvoir envifager, iims s'étonner, 
îa Nature dans la multitude imiom- 
brable de fes procludions , & à fe croire 
capable de ïçs comprendre &. de ies 
comparer; il y a une efpèce de goût à 
les aimer, plus grand que le goût qui 
n'a pour but que des objets particu- 
liers, & Ton peut dire que l'amour de 
i étude de la Nature- fuppofe dans l'ef- 
prit deux qualités qui paroiffent oppo- 
'jg^s, les graiid^es 3aies d'ui; génie .ardenf 



ïHijloire Naturelle. J 

qui èmbralTe tout d'un coup d'œil, <& 
les petites attentions d'un inflind 1er- 
borieux qui ne s'attache qu'à un feul 
point. 

Le premier obftacle qui fe préfème 
dans l'étude de l'Hiitoire Naturelle , 
vient de cette grande multitude d'objets; 
mais la variété de ces mêmes objets, & 
la difficulté de ralTembier les produc- 
tions diverfes des difFérens climats, for- 
ment un autre obflacle à l'avancement 
de nos connoifTances , qui paroît invin-- 
cible , & qu'en effet le travail feul ne 
peut furmonter; ce n'efi: qu'à force 
de temps, de foins, de dépenfes, & 
fouvent par des hafards heureux, qu'on 
peut (è procurer àts individus bien 
confèrvés de chaque efpèce d'animaux, 
de plantes ou de minéraux , & former 
une colleélion bien rangée de tous les 
ouvrages de fa Nature. 

Mais îorfqu'on eil parvenu à rafiem- 
bler des échantillons de tout ce qui 
peuple l'Univers, lorfqu'après bien des 
peines on a mis dans un même lieu des 
modèles de tout ce qui ie trouve ré* 
pandu avec profulion fur la terre, ^ 

A lij 



é Manicrt de muter 

qu'on jette pour la première fois ïcs 
-yeux fur ce magaiin rempli de choies 
diveries, nouvtiies & étrangères, la 
première leniation qui en réiliite, eft 
im étonnemenî mêlé d'admiration, & 
îa première réflexion qui fuit , eft un 
retour humiliant Ibr nous-mêmes. On 
ne s'im.agine pas qu'on puifle avec ie 
temps parvenir au point de reconnoître 
tous ces différens objets, qu'on puiiïe 
parvenir non - feulem^ent à ies recon- 
noître par la forme, mais encore à fa- 
voir tout ce qui a rapport à la naif- 
ilmce, la produClicn, i'organiiaiion , 
îcs u la cres , en un mot à i'hiftoire de 
chaque choie en paniculier : cepen- 
dant, en fe familiarilànt avec ces mêmes 
objets, en les voyam fouvent , & , pour 
ainfi dire, fans oefiein, ils forment peu 
à peu des iiuprefllons durables, qui 
Bicii-tôt fe lient dans notre efprit par 
des rapports fixes & invariables ; & de- 
là nous nous élevons à des vues plus 
générales , par lefquelles nous pouvons 
embrafTer à la fois piufeurs objets dif- 
férens ; & c'eft alors qu'on eft en état 
d'étudier avec ordre, de réfléchir avec 



rHifloire NûîHvelIe» '^ j 

fi'iîit, &. de fe frayer des routes pour 
arriver à des découvertes utiies. 

On doit donc commencer par voir 
beaucoup &. revoir fouvent; queique 
néceiïaire que l'attention foit à tout, 
ici on peut s'en difpenfer d\ibord : je 
veux parier de cette attention fcrupu- 
leufe, toujours utile lorfqu'on fait beau- 
coup, &. fouvent nuifible à ceux qui 
commencent à s'infiruire. L'elTentiel 
eil: de leur meubler la tête d'idées &: 
de faits, de les empêcher, s'il eil po(^ 
fible, i!!itï\ tirer trop tôt des raifonne- 
mens & des rapports ; car il arrive tou- 
jours que par l'ignorance de certains 
fiits, & par la trop petite quantité d'i- 
dées, ils épuifent leur efprit en faufTes 
combinaifons , & fe chargent la mé- 
moire de conféquences vagues & de 
réiùltats contraires à la vérité, lefquels 
forment dans la fuite des préjugés qui 
s'effacent difficilement. 

C'efl: pour cela que j*ai dit qu'il £iî- 
loit commencer par voir beaucoup, il 
faut aufli voir prefque fins dellein , parce 
que fi vous avez réfolu de ne confi- 
dérer les choies que dans vuic certaine 

A iiij 



8 Manière de traiter 

vue, dans un certain ordre, dans un cer- 
tain fyftème , eiifîiez-vous pris le meil- 
leur chemin, vous n'arriverez jamais à 
la même étendue de connoiiïîuices à 
laquelle vous pourrez pre'tendre, fi 
vous laiiïez dans lès commencemens 
votre efprit marcher de lui-même , (è 
reconnoître, s'afTurer fans fecours, & 
former fèul la première chaîne qui re- 
preTente l'ordre de les idées. 

Ceci efl: vrai ians exception, pour 
toutes les perfonnes dont i'efprit eft 
fait & !e raifonnement forme'; les jeunes 
gens au contraire doivent être guide's 
plus tét & confeillés à propos, il faut 
même les encourager par ce qu'il y a 
de plus piquant dans la fcience , en leur 
faifant remarquer les chofes les plus fui- 
gulières, mais fans leur en donner d'ex- 
plications pre'cifes ; le myfière à cet âge 
excite la curiofité , au lieu que dans 
i'âge mûr, il n'infpire que le de'goûî; 
ies enflms fè lalTent aife'ment des chofes 
qu'ils ont déjà vues , ils revoient avec 
indifférence, à moins qu'on ne leur pré- 
fente les mêmes objets fous d'autres 
points de vue 3 (3c au li^u de leur répéter 



î'Hijïûîre Naîureïïe» ^ 

fiinplement ce qu'on leur a déjà dit, 
il vaut mieux y ajouter des circonf^ 
tances, même étrangères ou inutiles; 
on perd moins à les tromper qu'à les 
déoroûter. 

Lori qu'après avoir vu & revu pîu- 
fleurs fois les chofes , ils commenceront 
à (e les repréfenter en gros , que d'eux* 
mêmes ils fe feront des divi fions , qu'ils 
commenceront à apercevoir des diftinc^ 
tions générales, le goût de la fcienc^ 
pourra naître, & il fmdra l'aider. Cs 
goût il ncceifaire à tom, mais en même 
temps fi rare, ne (è donne point par les 
préceptes; en vain l'éducation voudroiî 
y fuppléer, en vain les pères contrai- 
gnent-ils leurs enfins, ils ne les amè- 
neront jamais qu'à ce point commun k 
tous les hommes, à ce degré d'intellii- 
gence & de mémoire qui fuffit à h 
Ibciété ou aux affaires ordinaires; mars 
c'eil à la Nature à qui l'on doit cette 
première éuncelle de crénie, ce germe 
de goût dont nous parions , qui ie dé- 
veloppe enfuiie plus ou moins , fuj^ 
vant les différentes circondanccs & te 
différens objets, 

A T 



:i d Âidiilère de îraner 

Auffi doit-on prefenter à i'efprit Jes 
jeunes gens des cholb de toute elpèce , 
Aç:% études de tout genre, des objets 
de toutes ibrtes , afin de reconnoîtrc le 
genre auquel leur cfprit fe porte avec 
plus de force , ou le livre avec plus de 
plaifir: l'Hilloire Naturelle doit leur 
être préientée à Ton tour, & précilé- 
nient dans ce temps où la raifon com- 
nience à fe développer; dans cet âge 
oii ils pourroient commencer à croiie 
qu'ils favent déjà beaucoup ; rien n'efl 
plus capable de rabaifler leur amour 
propre, & de leur faire fentir combien 
il y a de chofes qu'ils ignorent ; & 
indépendamment de ce premier effet 
qui ne peut qu'être utile, une étude 
înênie légère de l'Hiftoire Naturelle 
élèvera leurs idées, & leur donnera des 
connoiiîiinces d'une infinité de chofes 
que le commun des hommes ignore, 
& qui fe retrouvent fouvent dans l'u- 
fage de la vie. 

Mais revenons à l'homme qui veut 
s'appliquer férieufement à l'étude de la 
Nature, & reprenons-le au point où 
nous l'avons laifîe , à ce point où il 



l'HïJlolre Ndîurelle, 1 1; 
commence à généraliier Tes ide'es, & à 
fe former une met ode d'arranoement 
ôi des fyftcmes d'explication ; c'ell alors 
qu'il doit confuitcr ies gens inllruits, 
iire les bons Auteurs, examJner leurs 
différentes méthodes, & emprunter des 
iumières de tous côtés , m.ais coirime 
il arrive ordinairement c|ii'on fe prend 
alors d'affedron & de goût pour cer- 
tains auteurs, pour une certaine mé- 
thode, & que fouvent, fans un exa- 
men aiïez miûr, on fe livre à un fyf- 
tème quelquefois mal fondé, il eft bon 
que nous donnions ici cjuelques no- 
tions préliminaires fur les méthodes 
qu'on a imaginées pour faciliter l'in- 
telligence de l'Hifîoire Naturelle : ces 
méthodes font très -utiles, lorsqu'on 
ne ies emploie qu'avec les reflridions 
convenables; elles abrègent le travail, 
elles aident la mémoire, & elles offrent 
à l'efprit une fuite d'idées, à la vérité 
compofées d'objets différens entr'eux^ 
mais qui ne iaiffcnt pas d'avoir des rap- 
ports communs, & ces rapports for- 
ment des im.preiïions plus fortes que 
ne pourroitnt faire des objets détachas- 

A vj 



î 2 Manière de traiter 

qui n'auroient aucune relation. Yoliiî 
la principale utilité des méthodes, mais 
i'inconvénient eft de vouloir trop aion- 
ger ou trop refTerrer la chaîne , de vou- 
loir foumettre à des loix arbitraires les 
ioix de la Nature , de vouloir la divi- 
ier dans des points où elle eft indivi- 
jfible , & de vouloir mefurer les forces 
par notre foibîe imagination. Un autre 
inconvénient quin'eft pas moins grand, 
& qui eft le contraire du premier, c'eft 
de s'afTujettir à des méthodes trop par- 
ticulières , de vouloir juger du tout par 
une feule partie , de réduire la Nature à 
de petits fyftèmies qui lui font étrangers, 
& de les ouvrages immenfes en former 
arbitrairement autant d'afTemblages dé- 
tachés ; enfin de rendre , en multipliant 
les noms & les repréfentaticns , la langue 
de la fcience plus difficile que la fcience 
elle-m.êmie. 

.Nous fcynmes naturellement portés 
à imaginer en tout une efpèce d'ordre 
& d'uniformité, & quand on n'examine 
que légèrement les ouvrages de la Na- 
ture , il paroît à cette première vue 
qu'elle a toujours travailié fur un mêm^^ 



ïHïfloire Naîmelk. l 3 

plan : comiTie nous ne connoiiïons noivs- 
înêmes qu'une voie pour arriver à un 
Lut, nous nous perfuadons que la Na- 
ture fait & opère tout par les mêmes 
moyens &: par des opérations lem- 
Llablesi cette manière de penier a fait 
imaginer une infinité de faux rapports 
entre les produdions naturelles, les 
plantes ont été comparées aux ani- 
maux , on a cru voir végéter les \xî\- 
néraux, leur organifation ii différente, 
& leur mécanique fi peu reffembknte 
ont été fouvent réduites à la même forme. 
Le moule commun de toutes ces choies 
fi difîemblabies entr'elles, eil: moins 
dans la Nature que dans i'efprit étroit 
de ceux qui l'ont mal connue , & qui 
favent auffl peu juger de la force d'une 
vérité, que des juftes limites d'une ana- 
logie comparée. En effet, doit -on, 
parce que le fang circule , affurer que 
la sève circule aufîi î doit-on conclure 
de la végétation connue des plantes a 
une pareille végétation dans les minér- 
raux , du mouvement du ftmg à celui 
de la sève, de celui de la sève au mou- 
rement du fuc pétrifiant î a'sfl-ce pas 



^î4 'Manière Je traiter 

porter dans la réalité des ouvrages du 
Créateur, les abfl: radions de notre ef- 
prit borné, & ne lui accorder, pour 
ainfi dire, c|u'autant d'idées que nous 
en avons! Cependant on a dit, & on 
dit tous ies jours des chofes aufîi peu 
fondées, & on bâtit dts fyftèmes lur 
des faits incertains, dont l'examen n'a 
janiais été fiit, & qui ne fervent qu'à 
montrer ie penchtint qu'ont les hommes 
à vouloir trouver de la refîemblance 
dans les objets les plus différens , de la 
régularité où il ne règne que de ia va-^ 
riété, (Se de l'ordre dans les chofes cju'iis 
n'aperçoivent f[ue confufément. 

Car lorfque, (ans s'arrêter à des con- 
noiffmces fuperficielles dont les réful- 
tats ne peuvent nous donner que des 
idées incomplètes des produdions &: 
des opérations de la Nature, nous vou- 
lons pénétrer plus avant & examiner 
avec des yeux plus attentifs la forme 
& la conduite de fes ouvrages, on elt 
auiîi furpris de la variété du deilein ^ 
que de la multiplicité des moyens d'exé- 
cunon. Le nombre des produdions de 
h Nature, quoique prodigieux, ne fils 



TlJîjîoire Naturelle. I 5 

riîgrs^ que la jmus J^ji^J'^'^ï'^ic <Je notre 
etonnement, ia mécanique,- Ton art, 
{^s reffoûrcés, les déiorcîres même, 
emportent toute notre admiration ; trop 
petit pour cette immenfité , accabié par 
îe nombre des merveilles, Tefprit hu- 
main fuccombe : il iemble que tout ce 
qui peut être, eft ; la main du Créateur 
Ke paroît pas s'être ouverte pour don- 
ner i'être à un certain nombre déter- 
miné d'efpèces ; mais il fembîe qu'elle 
ait jeté tout-à-ia-fois un monde d'êtres 
relatifs & non relatifs; une infinité de 
combinaifons harmoniques & contrai- 
res, & une perpétuité de deflrudions 
& de renouvelleniens. Quelle idée de 
pui/Tance ce fpeélacle ne nous offre-t-il 
•pas ! Quel fentiment de refpeél cette 
vue de l'Univers ne nous infpire-t-elie 
pas pour fon Auteur! Que feroit-ce ii 
îa foible lumière c[ui nous guide, deve- 
noit aflez vive pour nous fiire aper- 
cevoir l'ordre général des caufes &i de 
la dépendance des effets \ mais l'eiprit 
le plus vafie, & le génie le plus puif- 
fant, ne s'élèvera jamais à ce haut point 
4e ccnnoiflance : les premières caiiiès 



i6 Manière de îraiîcr 

nous feront à jamais cachées , les réiiiï- 
tats généraux de ces caufes nous feront 
aufîi difficiles à connoître que les caufes 
mêmes; tout ce qui nous eft pofTible, 
c'efl: d'apercevoir quelques effets parti- 
culiers, de les comparer, de les com- 
biner, & enfin d'y reconnoître plutôt 
un ordre relatif à notre propre nature , 
que convenable à i'exiilence des chofes 
que nous confidérons. 

Mais puifque c'eil: la fexiîe voie qui 
nous foit ouverte, puifque nous n'a- 
vons pas d'autres moyens pour arriver à 
la connoilîànce des chofes naturelles, 
ii faut aller iufqu'où cette route peut 
nous conduire, il faut raffembler tous 
les objets, les comparer, les étudier, & 
tirer de leurs rapports combinés toutes 
les lumières qui peuvent nous aider à 
les apercevoir nettement & à les mieux 
connoître. 

La première vérité qui ibrt de cet 
examen férieux de la Nature, efl: une 
vérité peut-être humiliante pour l'hom- 
me ; c'eft qu'il doit ie ranger lui-même 
dans la claiïe des animaux, auxquels il 
reffemble par tout ce qu'il a de matérid^ 



THïjloire 'Naturelle. Jj 

Se même leur inflinél lui paroîtra peut- 
être plus fur que in raifon, & ieurindui^ 
trie plus admirable que l'es arts. Par- 
courant enfuite fuccefîlvemeiit & par 
ordre' les difFcrens objets qui compofent 
l'Univers, & le menant à la tête de tous 
les êtres crée's, il verra avec étonnement 
qu'on peut defcendre par des degrés 
prefqu'infenfibles, de la créature la plus 
parfaite jufqu'à la matière la plus infor- 
me, de l'animal le mieux organifé juf- 
qu'au minéral le plus brut; il recon- 
noîtra que ces nuances imperceptibles 
font le grand œuvre de la Nature; il 
les trouvera ces nuances , non-feulement 
dans les grandeurs & dans les formes, 
mais dans les mouvemens, dans les géné- 
rations, dans les fucceffions de toute 
elpèce. 

En approfondiffant cette idée , oit 
voit clairement qu'il eft impoflible de 
donner un fyftème général, une mé- 
thode parfaite , non - feulement pour 
l'Hiftoire Naturelle entière, mais même 
pour une feule de fes branches , car pour 
faire un fyftème, un arrano-ement, en un 
mot une méthode générale, il faut que 



'î 8 Ma f Itère de traiter 

tout y foit comj;ris; il fliut divifer ce 
tout en différentes ciafies, partager ces 
claflcs en genres , fous-divifer ces genres 
en eipèccsj & tout cela fuivant un ordre 
dans lequel il entre nécciîaircment de 
l'arbitraire. Mais ia Nature marche par 
des gradations inconnues, & par conie- 
quent elle ne peut pas fe prêter totale- 
ment à ces divifions, puiiqu'eile pafle 
d'une efpèce à une autre efpèce, &. iou- 
Yeni d'un genre à un autre genre , par des 
nuances imperceptibles ; de fone qu'il 
fe trouve un grand nombre d'efpèces 
moyennes & d'objets mi- partis qu'on 
ne iàit où placer, & qui dérangent né- 
ccfTairement le projet du ryflème géné- 
ral : cette vérité eft trop importante pour 
que je ne l'appuie pas de tout ce qui 
peut la rendre claire & évidente. 

Prenons pour exemple la Botanique, 
cette belle partie del'Hiftoire Naturelle, 
qui par Ton utilité a mérité de tout temps 
d'être la plus culdvée, & rappelons à 
î'examen les principes de toutes les mé- 
thodes que les Botanides nous ont don- 
nées ; nous verrons avec quelque furprilè 
qu'ils ont eu tous en vue de comprendrç 



VHipoîre Naturelle» i 9 

cîans leurs mcthodes génenleinent toutes 
Jes efDcces de piantes, &. qu'aucun d'eux 
n'a parfaitement réulli ; il fe trouve tou- 
jours dans chacune de ces méthodes un 
certain nombre de plantes anomales dont 
ï'eipèce eli moyenne entre deux genres, 
& fur laquelle il ne leur a pas été pofîible 
de prononcer jufle , parce qu'il n'y a pas 
plus de railon de rapporter cette efpèce 
à l'un plutôt qu'à l'autre de ces deux- 
genres: en effet, le propofer de faire 
une méthode parfiite , c'efl: fe propofer 
un travail impolTible ; il faudroit un 
ouvrage qui repréfentât exad:ement tous 
ceux de la Nature, & au contraire tous 
les jours il arrive qu'avec toutes les mé- 
thodes connues, & avec tous les lècours 
qu'on peut tirer de la Botanique la plus 
éclairée , on trouve des efpèces qui ne 
peuvent le rapporter à aucun des genres 
compris dans ces méthodes : ainli l'expé- 
rience eft d'accord avec ia raifon fur 
ce point, & l'on doit être convaincu 
qu'on ne peut pas fiire une méthode 
générale & parfaite en Botanique. Ce- 
pendant il lemble que la recherche de 
cette niéihcde générale foit une efpèce 



% o Manière àè traiter 

de pierre phiiofophale pour les Botà- 
iiiftes , qu'ils ont tous cherchée avec des- 
peines & des travaux infinis ; tel a pafTé 
quarante ans, tel autre en a pafTë cin- 
quante à faire Ton Tyllème, & il eft 
arrivé en Botanicjue ce qui ell arrivé 
en Chimie, c'efl qu'en cherchant la 
pierre philofophaie que l'on n'a pas 
trouvée, on a trouvé une infinité de 
chofes utiles ; & de même en voulant 
£ire une méthode générale & parfaite 
en Botanique, on a plus étudié & mieux 
connu les plantes & leurs ufages : tant i-I 
efl vrai qu'il faut un but imaginaire aux 
hommes pour les foutenir dans leurs 
travaux , & que s'ils étoient perfuadéîs 
qu'ils ne feront que ce qu'en effet ils 
peuvent fiire, ils ne feroient rien dy 
tout.- 

Cette prétentbn qu'ont les Botaniftes-, 
d'établir dès fyltèmes généraux, parfaits 
& méthodiques, efl donc peu fondée ;• 
aufîî leurs travaux n'ont pu abouùr qu'à 
nous donner des méthodes défecflueufes, 
kfquelîes ont été fuccefîivement dé- 
truites les unes par les autres , & ont fubi 
k fort commun, à tous les fyftèmes 



fHïfloire Naturelle. 1 1 

fondés fur des principes arbitraires ; & 

ce qui a ie plus contribué à renverfèr ^ 

les unes de ces méthodes par ies autres, 

c'eft la liberté que les Botaniltes fe font 

donnée de choifir arbitrairement une 

leule partie dans les plantes , pour en 

faire le caradère fpécifique; les uns 

ont établi leur méthode fur la figure des 

feuilles, les autres fur leur pofition, 

d'autres (\iï ia forme des fleurs , d'autres 

fur le nombre de leurs pétales , d'autres (w£^^ *\ fC 

enfin fur ie nombre des étamîncs ; je ne ^^unJ. 

finirois pas fi je voulois rapporter -eii 

détail toutes ies méthodes qui ont été 

i^naginées, mais je ne veux parler ici 

que de ceiles qui ont été reçues avec 

applaiidiiîement , <5c qui ont été fuivies 

chacune à ieur tour, fans que l'on ait 

fait affez d'attention à cette erreur de 

principe qui leureft commune à toutes, 

êc qui confiile à vouioir juger d'un tout, 

tk: de ia combinailon de plufieurs touts , 

par une feule partie , & par la comparai- 

ion des différences de cette feuie partie : 

car vouloir juger de ia différence des 

piantes, uniquement par celie de ieurs 

feujlies ou de leurs fleurs , c'eft coming 



% 2 Manière de traiter 

fi Oïl vouloit connoître la différence des 
animaux par la différence de leurs peaux 
ou par ceiie des parties de la génération t 
& qui ne voit que cette façon de con- 
noître n'efl pas une fcience, & c{ue ce 
ii'efl tout au plus qu'uue convention, 
une langue arbitraire , un moyen de 
s'entendre, mais dont il ne peut réfuker 
aucune connoifîltnce réelle î 

Me feroit - il permis de dire ce que 
, je penfe fur l'origine de ces différentes 
méthodes , & fur les caufes qui les ont 
multipliées au point qu'adueilement Ja 
Botanique elle-même cit plus aifee àjip- 
prendre que la nomenclature, qui n'en 
eft que la langue î Me feroit-il permis 
de dire qu'mi homme auroit plutôt fait 
de graver dans la mémoire les figures de 
toutes les plantes, & d'en avoir des idées 
nettes, ccquieft la vraie Botanique, que 
de retenir tous les noms que les diffé- 
rentes méthodes donnent à ces plantes, 
& que par confequent la langue efl de- 
venue plus difficile que la fcienceî voici, 
ce me fèmble, comment cela eft arrivé. 
On a d'abord divifé les végétaux fuivant 
ieurs différentes grandeurs, on a dît, iï 



THïfloire Naturelle, 2 3' 

y a de grands arbres, de peiits arbres, 
des arbriiîeaux, des fous-arbiifTeaux, de 
grandes plantes, de petites plantes & des 
herbes. Voilà le fondement d'une mé- 
thode que l'on divife & fous-divilè en- 
fuite par d'autres relations de grandeurs 
& de formes , pour donner à chaque 
efpèce un caradèfe particulier. Après la 
méthode faite fur ce plan , il eft venu des 
gens qui ont examiné cette didributioii 
& qui ont dit : mais cette méthode fon- 
dée iur la grandeur relative des végétaux 
ne peut pas fe foutenir , car il y a dans une 
feule efpèce comme dans celle du chêne, 
des grandeurs fi différentes, qu'il y a diQ.s 
efpèces de chêne qui s'élèvent à cent 
pieds de hauteur , & d'autres efpèces de 
chêne qui ne s'élèvent jamais à plus de 
deux pieds ; il en eft de même , propor- 
tion gardée, des châtaigniers , des pins, 
<les aloès , & d'une infinité d'autres ef- 
pèces déplantes. On ne doit donc pas, 
a-t-on dit, déterminer les genres des 
plantes par leur grandeur, puifque ce 
ligne eft équivoque & incertain, & l'on 
a abandonné avec raifon cette méthode. 
D'autres font venus enfuite, qui, croyant 



':2.4' 'Mdînère de tmlter 
faire mieux , ont dit : il faut pour con- 
noître les plantes , s'attacher aux parties 
les plus apparentes , &: comme les feuiiies 
font ce qu'il y a de plus apparent , il feut 
arranger ies plantes par la forme , la gran- 
deur & la pofition des feuilles. Sur ce 
projet, on a fait une autre méthode, on 
l'a luivie pendant quelque temps , mais 
enfuite on a reconnu que les feuilles de 
prelque toutes les plantes varient prodi- 
gieufement félonies diffe'rens âges & les 
diiFérens terreins, que leur forme n'efl 
pas plus confiante que leur grandeur, 
que leur pofition eft encore plus incer- 
taine ; on a donc été aufîi peu content 
de cette méthode que de la précédente. 
Enfin quelqu'un a imagûié>ii&-vj^ crois 
que c'eft Gefner, q^'è^'le Créateur avoit 
mis dans la fructification des plantes un. 
certain nombre de caradères différens <&: 
invariables , & que c'étbit de ce point 
dont il falloit partir, pour faire une mé- 
thode, & comme cette idée s'efl: trouvée 
vraie jufqu'à un certain point , en forte 
que les parties dé la génération des 
plantes fe font trouvées avoir quelques 
différences plus confiantes que tojutes 

les 



l'Hifloire Naturelle^ '±f 

΀s autres parties de la plante , prifes 
féparément , on a vu tout d'un coup 
s'élever plufjeurs méthodes de Botani- 
que , toutes fondées à peu près fur ce 
même principe ; parmi ces méthodes , 
-eelle de M. de Tournefort efl la plus 
remarquable , la plus ingénieufe & la 
plus complète. Cet illuftre Botanifte a 
iènti les défauts d'un fyltème qui feroit 
purement arbitraire ; en homme d'elprit 
il a évité les abfurdités qui fe trouvent 
dans ia plupart des autres méthodes de 
fes contemporains , & il a fait fes dil- 
tributions & fes exceptions avec une 
fciencc «Se une adrefle infinies ; il avoit , 
en un mot , mis la Botanique au point de 
fe paJTer de toutes les autres méthodes, 
'& il l'avoit rendue fufceptible d'un 
certain degré de perfecflion ; mais il s'eft 
élevé un autre Méthodifte qui , après 
avoir loué fon fyftème , a tâché de le 
détruire pour établir le fien , & qui 
-ayant adopté avec M. de Tournefort les 
caractères tirés de la frucflification , a 
employé toutes les parties de la généra- 
tion des plantes , & fur -tout les éta- 
inines, pour en faire la diftribution de 
Tome IJ B 



\ 



'x() Manière Je tvditer 

iês genres ; & niépriiànt la ilige nttew- 
îion de M. de Tournefort à ne pas forcer 
ia Nature au point de confondre , en 
'jvertu de ion fyilènic , les objets les plus 
.différens , comme |es arbres avec les 
herbes, a mis enfemble & dans les mêmes 
claffes le mûrier & l'ortie, la tulipe & 
l'tpine-vineîie , l'orme & la carotte, la 
rôle & la iraiie , le chêne & la pimpre^- 
riclle. N'eiUcc pas le jouer de ia Nature 
<& de ceux c(ui l'etudiem \ & listout cela 
n'etoit pas donné avec une certaine aprr 
parence d'ordre myflerieux , &: enver- 
loppe de grec & d'érudition Botanique, 
auroit-on t^nt tardé à faire apercevoir 
le ridicule d'une pareille méthode , ou 
plutôt à montrer la .confufion qui rciufte 
d'un aflcmbiiige fi bizarre l Mais ce n'eft 
pas tout, & je vais infiiler , parce qu'il 
eil juilede conlerver à M. dç. Tournefort 
la gloire c[u'iL a méritée par un travail 
fcp.té oc fjivi , ov parce qu'il ne fmt pas 
que les gens qui ont appris la Botanique 
par h méthodiç de Tournefort, perdent 
leur temp3 ^i énidier .cette nouvelle ii^é- 
îhode ou tout ed changé jufqu'uiïx noms 
ë'^-.m:i furnoms des plantes, Je dis donc 



rHijlvire Naturelle. 27 

que cette nouvelle me'thode qui rafî'em- 
ble dans iu même clafîe des genres de 
plantes entièrement diilemblables , a en- 
core indépendamment de ces diiparates, 
des défauts efîentieîs , & des inconvé- 
iiiens plus grande que toutes les mé- 
thodes qui ont précédé. Comme les 
caractères des genres font pris de parties 
preiqu'infiniment petites , il faut aller le 
microfcope à ia main, pour reconnoitre 
un arbre ou une plante ; la grandeur^ 
ia figure , ie port extérieur , les teuiiles , 
toutes les jrarties apparentes ne fervent 
plus à rien, il n'y a que les étamines , 
& fi Ton ne peut pas voir les étamines , 
on ne lait rien, on n'a rien vu. Ce grand 
«Trbre que vous apercevez , n'eft peut- 
être qu'une pimprenelle , îl fiuu compter 
ies, étamines pour favoir ce que c'efi:, oc 
comme Tes étamines font touvcnt li pe- 
tites qu'elles échappent à l'oeil fnnplc 
ou à ia loupe , il fmt un microfcope ; 
mais malheureufement encore pour ie 
fyilème , il y a des plantes c|ui n'ont 
point d'étamines, il y a des plantes dont 
îe nombre des étamines varie, & voilà 
la méthode en défaut comme les autres , 

Bij 



;2,g Aldiiière Je traiter 

îîialgré îa loupe & le microfcope ^û), 

Après cette exporitioii fincère doi 
fondemens fur lefquels on a bâti les dif^ 
férens fyftèiiies de Botanique , il eft aile 
de voir que le grand défaut de tout ceci 
efl: Viïy^ erreur de Métaphyfique dans le 
principe même de ces méthodes. Cette 
erreur confifte à méconnoître la marche 
de la Nature , c\m fe fait toujours par 
nuances , & à vouloir juger d'un tout par 
une feule de fes parties : erreur bien évi^ 
/dente , 6c qu'il eft étonnant de retrouver 
par-tout ; car prefque tous les Nomen- 
dclateurs n'ont employé qu'une partie , 
comme les dents , les ongles ou ergots , 
pour ranger les animaux ; les feuilles ou 
les fîeurs pour diflribuer les plantes, an 
iieu de fe lervir de toutes les parties , & 
de chercher les différences ou les reffem- 



(a) Hoc ver à fy/iiwa , Linnai fcîllcet , jam cogmiîs 
vîantarum methodis lovgè vihus if wferius non folùm, 
J(d iX 'mfiipiY n'unis coaâum , lulmcimi & fnllax , imà 
iuforium deprehenderim ; & quidem in lanrùrn , ut von 
foIum quoad d'fpolitionem ne dcnominationem plantanm 
gnormes covfifioftes pofi fe trahct , fed & m non ple- 
naria doârituz Botanica folidoYis o/'fcuratw iy penur- 
Intio huk fiKYit înetuendch Vanifoq, Botan. fpec.in^eii 
^^fuîaîum à SiegfifLe.ck. Feiropoli ^ '74^> 



l'Hifloire Naî II relie. 29? 

fclances dans i'individu tout entier. C'efl 
renoncer volontairement au plus grand 
nombre des avantages que la Nature nous 
offre pour la connoître, que de refufer de 
fè fervir de toutes les parties des objets 
que nous confidérons ; & quand même 
on feroit afluré de trouver dans quelques 
parties priies féparément , des caractères 
conftans & invariables , il ne f^iudroit pas 
pour cela réduire la connoilîîmce des 
productions naturelles à celle de ces 
parties confiantes qui ne donnent que' 
des idées particulières & très-imparfaites 
du tout, & il me paroît que le feuî moyerï 
de faire une méthode inflrudive & natu- 
relle, c'eft de mettre eniembleles chofes 
qui fe rcflembient, & de féparer celles 
^ui diffèrent les unes des autres. Si les 
Hidividus ent une reffemblance parfiite, 
ou des différences fi pentes qu'on ne 
puiffe les apercevoir qu'avec peine , ces 
individus feront de la même efpèce ; fi les, 
différences commencent à être fenfibles j 
& qu'en même temps il y ait toujours 
beaucoup plus de reffemblance que de 
différence, les individus feront une autre 
efjpèce , mais du même genre que les^ 

B iij 



30 Manière de traher 

premiers ; & fi ces difFérenccs font encore 
plus marquées , lliiis cependant excéder 
les reflemblances , aiors les individus lè- 
pont non-feulement d'une autre efpèce , 
mais mênie d'un autre genre que ies pre- 
miers & les leconds , & ce|)cndant ils 
feront encore de la même cia(îe, parce 
qu'ils fe relTemblent plus qu'ils ne diffè- 
rent ; mais fi au contraire le nombre des 
différences excède celui des reflemblan- 
ces , alors les individus ne font pas même 
de la même clafle. Voilà l'ordre métho- 
dique que l'on doit fuivre dans l'arran- 
gement ô.Q^ produclions naturelles \ bien 
entendu que les reflemblances & \qs 
différences feront prifes non-ieuleinent 
d'une partie, mais du tout enfemble, & 
que cette méthode d'infpedion fe por- 
tera fur la forme , fur la grandeur , fur 
le port extérieur , fur les différentes 
parties , fur leur noiubre , fur leur pofi • 
tion , fur la fubilance même de la chofe, 
& qu'on fe fervira de ces élcmens en 
petit ou en grand nombre , à mefure 
qu'on en aura befoin ; de forte que fi un 
individu , de quelque nature (ju'il foit , 
eli d'uiic figure allez fingulicre pour 



€tre toujours reconnu :iu premier coup 
d'œil , on ne lui donnera qu'un nom ; 
mais n cet individu a de comnuui avec 
Ui\ autre la figure , & qu'il en diffère 
conlîpj.nment par ia grandeur, ia cou- 
ieiir, ia lubllance, ou par quelqu'autre 
qualité très-fenfibfe , alors on lui don- 
nera le même nom , en y ajoutant un 
adjcdif pour marquer cette différence ; 
ÔL ain/i de iuite, en mettant autant d'ad- 
jeclils qu'il y a de diifcrcnces , on fera 
lûr d'exprimer tous les attributs difTcrens 
de chaque efpèce , & on ne craindra 
pas de tomber dans les inconyéni^ns dQS 
méthodes trop pardculicres dont nous 
venons de parler, &l fur kic[uclles je me 
iliis beaucoup étendu , parce cjue c'eft 
un défaut commun à toutes les méthodes 
de Botanique 2i d'H iiloire Naïuieile , 
ÔL que les fyflèmes qui ont été faits pour 
les animaux, font encore plus défeclueux 
que les méthodes de Botanicjue ; car, 
comme nous l'avons déjà infinué , on 
a voulu jjrononcer fur la refîemblance 
& la diiîérence des animaux , en 
n'employant que le nombre des doigts 
ou ergots ; des dents & dQs nvamelles; 

Biiij 



32 Mamère de traker 

projet qui reflembie beaucoup à ceîuî- 

des étamines, & qui ell en effet du même 

Auteur. 

II réfuite de tout ce que nous venons 
d'expofer, qu'il y a dans l'étude de l'Hif- 
îoire Naturelle , deux e'cueils également 
dangereux , le premier , de n'avoir au- 
cune méthode , & le fécond , de vouloir, 
tout rapporter à vm fyftème particulien. 
Dans le grand nombre de gens qui s'ap- 
pliquent maintenant à cette fcience , on 
pourroit trouver des exemples frappans. 
de ces deux manières fi oppofees , & 
cependant toutes deux viciei^fes : la plu- 
part de ceux qui , fans aucune étude 
précédente de i'Hiiloire Naturelle , veu- 
lent avoir des cabinets de ce genre , font 
de ces perfbnnes aifées, peu occupées , 
qui cherchent à s'amufer , & regardent 
comme un mérite d'être mifes au rang 
des curieux ; ces gens-ià commencent 
par acheter , fans choix, tout ce qui leur 
frappe les yeux; ils ont l'air de defirer 
avec paffion les chofes qu'on leur dit 
être rares & extraordinaires , ils les efli- 
ment au prix qu'ils les ont acquifes , ifs 
arrangent le tout avec complaifance , ou 



THifohe Naturelle. 33 

fentaflent avec confurion, & finifTent 
bientôt par fe dégoûter : d'autres au 
contraire , & ce font les plus favans , 
après s'être rempli la tête de noms , de 
phrafes, de méthodes particulières, \?ien- 
nent à en adopter qtieiqu'une , ou s'oc- 
cupent à en faire une nouvelle , & tra- 
vaillant ainfi toute leur vie fur une même 
ligne & dans une faufle direction , & 
voulant tout ramener à leur point de vue 
particulier , ils Te rétrécifîent l'efprit , 
cefTent de voir les objets tels qu'ils font , 
& finiffem par embarrafler la fcience, (Se 
la charger du poids étranger de toutes 
kurs idées. 

On ne doit donc pas regarder les mé- 
thodes que les Auteurs nous ont données 
ilir l'Hilloire Naturelle en général, ou 
fur quelques-unes de Tes parties , comme 
les fondemens de la icience, & on ne doit 
s'en fervir que comme de fignes dont ou 
efl: convenu pour s'entendie. En effet, 
ce ne font que des rapports arbitraires ëL 
des points de vue différens fous lefqucls 
on a confidéré les objets de la Nature,. 
& en ne faifant ura2:e des méthodes que 
dans C€t efprit , on peut en tirer quelque 



5 4- Manière de traiter 
îulilté ; car quoique cela ne pnroifîe pas 
ion ne'cefî^iîrc , cependant il pourroit 
être bon qu'on lut toutes les elpèces de 
plantes dont les feuilles fe rellemblenr, 
toutes celles dont les fleurs font fem- 
bîables , toutes celles qui nourrirent de 
certaines efpèces d'iniecles , toutes celles 
e|ui ont un certain nombre d'étamines y 
toutes celles qui ont de certaines glandes 
excrétoires ; & de même dans les ani- 
maux y tous ceux qui ont un certain^ 
nombre de mamelles , tous ceux qui 
ont un certain nombre de doigts. Cha- 
cune de ces méthodes n'eli, à parler vrai,, 
'<ju'un Didionnaire oit l'on trouve les 
noms rano;és dans un ordre relatifs cette 
idée , & par confè^qucnt aufii arbitraire 
que l'ordre alphabétique ; mais l'avantage 
qu'on en pourroit tircrj c'efl qu'en com- 
parant tous ces réfultats , on ie retrouve- 
foit enfin à la vraie méthode y qui efl: b 
deicription complète &. l'hiftoire exadc 
de chaque chofe en particulier. 

C'eil ici le principal but qu'on doive 
fe propofer : on peut fe fervir d'une me- 
îhode déjà faite comme d'une commo- 
éxié pour étudier ^ on doit ia regardât 



rMijii 



iîjîoîrc Naturelké 3 Jl 

Comme une faciliié pour s'entendre ; 
mais le ieul & le vrai moyen d'avancer 
la fcience , efl: de travailler à la deicrip^ 
lion & à {'hiltoire des diiiérentes choies 
qui en font l'objet* 

Les cho^s par rapport à nous ne font 
rien en elles-mêmes, elles ne font encore 
rien lorlqu 'elles ont un nom , mais éAcs 
commencent à cxiiler pour nous ioriCjue 
nous leur connoiflons des rapports , des 
propriétés ; ce n'eit mcme ciue par ces 
rapports que nous pouvons leur donner 
une définition : or la dcimition telle qu'on 
la peut fltire par une pbrafe , n'elt encore 
f[ue la reprérentaiion très - imparfaite de 
la chofe , & nous ne pouvons jamais bien 
définir une chofe fins ta décrire exacte- 
ment. C'eli cette difficiilté de faire une 
lionne définition , que l'on retrouve à 
tout moment dans toutes les méthode^ , 
dans tous les abréo-cs ciu'on a tâché de 
frûre pour ioulager k mémoire ; autii 
doit-on dire cjue dans les choies natu- 
relles il n'y a rien de bien défini que ce 
qui ell exademem décrit : or pour de- 
crire exa<5lement , il f iut avoir vu , revu r 
ej;aminé, comparé la chofe c|ifon veu§. 

B vj 



36 Manière de traiter 

décrire , & tout cela iàns préjugé , fans 
idée de fyflèine , fans quoi la delbription 
n*a plus le caradtère de la vérité , qui eft 
le leul qu'elle puifle comporter. Le llyïe 
même de la defcription doit être fimple ^ 
net & mefuré , il n'eft pas fufceptible 
d'élévation, d'agrémens , encore moins, 
d'écarts , de ptaifanterie ou d'équivo- 
que , le feul ornement qu'on puifTe lui 
donner , c'eft de la noblefle dans l'ex- 
prefTion , du choix & de la propriété 
dans les termes. 

Dans le grand nombre d'Auteurs qui 
ont écrit furrHilloire Naturelle , il y en 
a fort peu qui aient bien décrit. Repré- 
senter naïvement & nettement les chofes^ 
iàns les changer ni les diminuer , & fans^ 
y rien ajouter de Ton imagination , eft; 
un talent d'autant plus louable qu'il eft: 
moins brillant , & qu'il ne peut être fenti 
que d'un petit nombre de perfonnes 
capables d'une certaine attention nécef- 
fuire pour fuivre les chofes jufque dans 
ies petits détails : rien n'eft plus commun 
que des ouvrages embarrafTés d'une 
nombreufe & sèche nomenclature , de 
. -iwthodes ennwyeufes & peu iiaturelle&> 



rFTifloîre Naturelle 37- 

dont les Auteurs croient fe faire un mé- 
rite ; rien, de fi rare que de trouver de 
i'exacHiitude dans les defcriptions , de la 
nouveauté dans les faits , de la finefTe 
dans les obfervations. 

Aidrovande, le plus laborieux & îe 
plus (avant de tous les NaturaliRes , a 
iaiiïe, après un travail de foixante ans^. 
des volumes immenfes fur l'Hiiloire Na- 
turelle , qui ont été imprimés fuccefîive- 
Jiient, & la plupart après fa mort : on les 
réduiroit à la dixième partie fi on en 
ôtoit toutes les inutilités & toutes les 
chofes étrangères à Ion fiajet ; à cette pro- 
lixité près, qui, je l'avoue, ^{x acca- 
blante , fes livres doivent être regardés 
comme ce qu'il y a de mieux fur la tota- 
lité de l'Hiftoire Naturelle ; le plan de. 
ion ouvrage eft bon , fes diftributioris 
font fenlees, (€:s divifions bien marquées, 
fes defcriptions affez exades, monotones, 
à la vérité , mais fidèles : i'hifiorique 
efl: moins bon , fouvent il efl: mêlé de 
fcbuleux , & l'Auteur y laifie voir trop 
de penchant à la crédulité. 

J'ai été frappé en parcourant cet Au=^ 
î§ur^ d'un défaut ou d'un excès qu'ont 



'5§ Afdmere de trait ef 

retrouva prelque dans tous les livres faits 
il y a cent ou deux ccnis ans, & que les 
Savans d' A lieinagiie ont encore aujour- 
d'hui ; c'ed: de ceue quantité d'érudition 
inutile dont ils groiliffent à deOein leurs 
ouvrages , en ibrte que le fujct qu'ils 
traitent , efl: noyé dans une quantité de 
matières étrangères llir iefquelles ils rai- 
fonncnt avec tant de complaiiance & s'é- 
tendent avec fi peu de nienageinent pour 
ies iedeurs , qu'ils femblent avoir oublié 
ce qu'ils avoient à vous dire , pour ne 
vous raconter que ce qu'ont dit les au- 
tres. Je me repréfente un homme comme 
Aîdrovaffde , ayant une fois conçu le 
defîèin de fiire un corps complet d'Hif- 
toire Naturelle , je le vois dans fa biblio- 
thèque lire fucceffivement ies Anciens, 
les Modernes, ies PhilofopheSjîes Théo- 
iogiens, les Jurifconfultes, les HiilorienSy 
les Voyageurs, les Poëtes, & lire fans^ 
imtre but que de fiifir tous les jnots y 
touies les ]:)hrafes qui de près ou de loin. 
ant rapport à fon objet ; je le vois co~ 
p'cr & faire copier toîues ces remarques" 
^' les ranger par lettres i^îphabétiques ^ & 
iipiès avoir rempli plufieurs porie-fcuiik^ 



rHijJc 



^iJIoJre Naturelle, ^p 

de notes de toute efpèce , prifes fouvent 
h'As examen 6l (îms choix , co-nimencer à 
rniv ailler un (tijct particulier, ôl ne vou- 
loir rien perdre de tout ce qu'il a ramafTé ; 
en forte qu'à l'occafion de l'Hiiloirc 
Naturelle du coq ou du bœuf, il yot>s- 
raconte tout ce qui a jamais été dit des 
coqs ou des bœufs, tout ce c[ucles An- 
ciens en ont pcnié , tout ce qu'on a ima- 
gine de leurs vertus , de leur Gara<ftère , 
de lânr courage , toutes les chofes aux- 
quelfes on a voulu les ejuployer , tous- 
ks contes que les bonnes femmes en ont 
faits , tous les miracles qu'on leur a fait 
£iire dans certaines rergions , tous les 
fujeis de luj^erilidon qu'ils ont fournis j 
îoutes les comparaiibns c[ue les Poètes 
en ont tirées , tous les attributs qiie cer- 
tains peuples leur ont accordés, toutes 
les repréièntations qu'on en fût dans îes^ 
hiéroglyphes, dans les armoiries , en un 
mot'toutes les ififloj^-es «8t toutes les fables- 
dont on s'eft jamais avilé au fujet des coqs-- 
ou des bœufs. Qu'on juge après cela de 
la portion d'Hilioire Naturelle qu'on 
doit s'^attendre à trouver dans ce fatras, 
d'irx^ritures ; & fi en clîet l'Auteur ne 



'/^o Mamere de Uéiiter 

l'eût pas mife dans des articles féparés 
des autres , elle n'aurou pas été trou- 
vable , ou du moins elle n'auroit pas 
valu la peine d'y être cherchée. 

On s'efi: tout-à-fait corrigé de ce dé- 
faut dans ce fiècle ; l'ordre & la précifion 
avec laquelle on écrit maintenant, ont 
rendu les Sciences plus agréables, plus 
aifées , & je fuis periuadé que cette dif- 
férence de ftyle contribue peut-être au- 
tant à leur avancement que refprijt de 
recherche qui règne aujourd'hui ; car nos 
prédéceiïeurs cherchoient comme nous,, 
mais ils ramaffoient tout ce qui fe préfen- 
toit , au lieu que nous rejetons ce qui 
nous paroît avoir peu de valeur , & que 
nous préférons un petit ouvrage bien 
raifonné à un gros volume bien lavant ; 
ieulement il ell à craindre que venant à 
mépriier l'érudition , nous ne venions 
aufîi à imaginer que l'efprit peut Jiip- *• 
pléer à tout , & qu| ^la^cSeience- îi'eft 
qu'un vain nom. 

Les gens fenfés cependant fentiront 
toujours que la feule & vraie fcience eft. 
la connoifllmce des fiits , l'efprit ne peut 
pas y fuppléer , & les faits font dans ks^ 



ïHtjlohe Naturelle. 41' 

Sciences ce qu'efl l'expérience dans fa- 
vie cWilc. On poiirroit donc divifeir- 
toutes les Sciences en deux clafles prin- 
cipales , qui conîiendroient tout ce qu'il 
convient à l'homme de favoir ; la pre- 
mière eit l'Hiftoire Civile, & la feconde,- 
l'Hiftoire Naturelle, toutes deux fonde'es 
fur des faits qu'il eft fouvent important 
& toujours agréable de connoître : la- 
première eft l'étude des hommes d'Etat y 
k féconde cil celle des Phiiofophes ; & 
quoique l'utilité de celle-ci ne foit peut- 
être pas aufÎJ prochaine que celle de l'au- 
tre , on peut cependant aflurer que l'Hif- 
toire Naturelle ejft la fource des autres 
fciencesphyfiques& la mère de tous les 
arts : combien de remèdes excellens la 
Médecine n'a-t-elle pas tiré de certaines 
producftions de la Nature jufqu'alors in- 
connues ! combien de richefles les arts 
H'ont-ils pas trouvé dans plufieurs ma- 
tières autrefois méprifées ! Il y a plus y 
c'eit que toutes ks idées des arts ont 
leurs modèles dans les produdions de 
La Nature: Dieu a créé , & l'homme 
imite ; toutes les inventions des hom- 
y^Qs , foit pour la néceffité , foit pour Is 



'Jfi Mdmere de traiter 

coiiimocliié , ne lont que cîes imitations 
niiez grofîièies de ce que la Nature 
exécute avec la dernière perfedion. 

Mais lans inlilter plus long- temps fur 
î'utiiité qu'on doit tirer de i'Hiftoire 
Naturelle , loit j>ar rapport aux autres 
fciences , foit par rapport aux arts, re- 
venons à notre objet principal , à la 
manière de l'étudier (Se de la traiier. La 
defcription cxacT:e & i'hiiioire fidèle de 
chaque choie ell, comme nous l'avons 
dit, le feui but cpi'on doive le propofer 
d'abord. Dans la defcription \o\\ doit 
fiiire entrer la forme , la grandeur , le 
poids j les cotîleurs , les fituations de 
repos & de mouvemens , laipofuion des 
parties, leurs rapports, leur figure, leur 
adion & toutes les fonctions extérieures : 
fi l'on peut joindre à tout cela i'expoii- 
îlon des parties intérieures , la defcription 
n'en fera cpe plus complète ; leuiement 
on doit prendre garde de tomber dans 
de trop petits détails , ou de s'appef uitir 
fur la defcription de quelque partie peu 
importante , ce de traiter trop légère- 
ment les chofes efîentieiles & princi]:)a{es. 
L'hiRoire doit fuiyrc la defcription , ^ 



THïfloire Natiiveîk. 43^ 

èiOW. uniquement rouler fur les rapports 
que les choies naturciics ont entr'eiles 
& avec nous; rhifloîre d'un animal doit 
être non pas l'hifloire de l'individu , 
mais celle de i'efpèce entière de ces ani- 
maux ; elle doit comprendre leur géné- 
ration , le temps de la pregnation , celui 
de l'accouchement, le nombre des pe- 
tits , les foins des pères & des mères , 
leur efpèce d'éducation , leur inftincfl , 
les lieux de leur habitation , leur nour- 
riture , la manière dont ils fe la pro- 
curent , leurs mœiu's , leurs rufes , leur 
chiifle, eniuite les lervices qu'ils peu- 
vent nous rendre , & toiles les utilités 
ou les conuuodités que nous pouvons 
en tirer ; & iorfque dans l'intérieur du 
corps de l'animal iî y a des choies re- 
marquables, foit par !a conformation, 
foit pour les ufigcs qu'on en peut faire , 
on doit les ajouter ou à la delcription 
ou à l'hifloire ; mais ce leroit un objet 
étranger à rHiftoire Naturelle, que d'en- 
trer dans un examien anatom'que trop 
circonftancié, ou du moins ce n'cfl: pas 
Ton objet principal , & il faut réferver 
ces détails pour fervir de mémoires fur 
l'anatomie comparée. 



44 Manière de traiter 

Ce plan général doit être fuivi & rem- 
pli avec toute l'exaditude pofTible , & 
pour ne pas tomber dans une répétitioiir 
trop fréquente du même ordre, pour 
éviter la monotonie du ftyle , il faut va- 
rier la forme des defcriptions & changer 
k fil de l'hifloire , félon qu^^on le jugera 
jîéceiTaire; de même pour rendre les def- 
criptions moins sèches, y mêler quelques 
faitis , quelques comparaifons , quelques 
r-éfîexions fur les ufages des différentes 
parties , en un mot , faire en forte qu'on 
puifîe vous lire fans ennui auiîi-bien que 
fans contention. 

A l'égarcfflfe l'ordre général & de la- 
méthode de diflribution des difîérens lu- 
jets de l'Hiftoire Naturelle, onpoiirroit 
dire qu'il eft purement arbitraire , & dès- 
k)rs on eft affez le maître de choifir celui 
qu'on regarde comme le plus commode 
ou le plus communément reçu ; mais 
avant que de donner les raifons qui pour- 
roient déterminer à adopter un ordre plu- 
tôt qu'un autre , il efi: nécefîaire de faire 
encore quelques réflexions, par lefquelles 
novis tâcherons de faire fentir ce qu'il peut 
y avoir de réel dans les diviiioos que l'oa 



ïHijîoire Naturelle. 45 

a faites des procludions naturelles. 

Pour le reconnoître il faut nous de'- 
faire un inftant de tous nos préjuge's , 
& même nous dépouiller de nos idées. 
Imaginons un homme qui a en effet tout 
publié ou qui s'éveille tout neuf pour 
les objets qui l'environnent ; plaçons cet 
homme dans une campagne où les ani- 
maux, Les oilèaux, les poifîons, les plantes , 
ies pierres fe préfèntent fucceirivement 
à fes yeux. Dans les premiers inftans cet 
homme ne diftinguera rien & confondra 
tout ; mais laiflons fes idées' s'affermir 
peu à peu par des fenf nions réitérées des 
mêmes objets ; bientôt il fe formera une 
idée générale de ia inatière animée, il fa 
diftinguera aifément de la matière inani- 
mée , & peu de temps après il diftin- 
guera très-bien la matière animée de la 
fîiatière végétative , & naturellement il 
jarrivera à cette première grande divifion» 
Animal , Végétal & ATinéral; & comme 
il aura pris en même temps une idée nette 
;de ces grands objets fi différens, la Terre, 
i'y4/r& KEau , il viendra en peu de temps 
à fe former une idée particulière des ani- 
maux qui habitent la terre , de ceux qui 



I' 



'4^ Manière Retraiter 

demeurent dans l'eau , & de ceux qui s'é- 
ièvent dans l'air , & par conféquent il le 
iêra aiféniçnt à lui-même cette ièconde 
divifîon , Animaux çuadrup}deSj Oifeaux, 
Poiffons ; il en eft de même dans le règne 
végétal , des arbres & des plantes , il les 
diiiingûera très- bien , foit parleur gran- 
deur , ibit par leur iubftance , i^jit par 
leur fio-ure. Voilà ce que la fimple ini^ 
pedion doit nécefîairement lui donner , 
Sl ce qu'avec un€ très-lcgère attention 
il ne peut manquer de reconnoître ; c'efl: 
îà aulîi ce que nous devons regarder 
comme réel , & ce que nous devons rel- 
peder comme une divifîon donnée par 
Ja Nature même. Enfuite mettons -nous 
h. la place de cet homme, ou iuppofons 
qu'il ait acquis autant de connoiflanccs , 
ÔL qu'il ait autant d'expérience que nous 
en avons , il viendra à juger les objets* 
de l'Hilloire Naturelle par les rapports 
qu'ils auront avec lui; ceux qui lui feront 
les plus nécedaires , les plus utiles , tien- 
dront le premier rang , par exemple , il 
donnera la préférence dans l'ordre des 
animaux au cheval , au chien , au bœuf, 
^c, ôi il connoitra toujours mieux ceux 



ïHïÇioht Naturelle. 47 

q\iî ÎLii feront les plus flimilicrs ; enfuite 
il s'occupera de ceux qui , lans être fa- 
miliers , ne laiiï'ent pas que d'habiter l'es 
mêmes lieux, les mêmes climats, commç 
les cerfs , les lièvres , & tous les animaux: 
llmvages , & ce ne lera qu'après toutes 
ces connoiiïances acquiles que fi curio- 
fité le portera à rccherCiSer ce que peu^ 
vent être les animaux des climats étran- 
gers , comme les éîéphans , les droma- 
daires , 6-;c. 11 en fera de même pour les 
poiflons, pour les oiieaux , pour les in- 
ièdes , pour les coquillages, pour les 
plantes j pour les minéraux , & pour 
toutes les autres produdions de la Na- 
ture; il les étudiçra à proportion de l'u- 
tilité qti'il en pourra tirer , il les confi- 
dérera à ii^efure c[u'ils fe -préfenteront 
plus fmfilièrement , &, il les rangera dans 
là tête relativeiiient à cet ordre de les 
çonnoilTîmces , parce que c'eil en eiïet 
i'ordre félon lequel ij les a acquifes , ôl 
félon lequel il lui importe de les con- 
fexver. 

Cet ordre Iç plus naturel de tous , eft 
celui que nous avons cru devoir fuivre. 
Notre méthode de diilribuiion n'cit pas 



48 Mamère de îraiter 

plus myflérieufe que ce qu'on vient de 
voir , nous partons des divifions gév\é- 
l'aies telles qu'on vknt de les indiquer , 
& que perfonne ne peut contefter, cn- 
fuiie nous prenons les objets qui nous 
înte'reiïènt le plus par fes rapports qu'ils 
-ont avec nous , de-Ià nous pafTons peu 
à peu juiqu'à ceux qui font les plus éloi- 
gnés , & qui nous font étrangers , & nous 
croyons que cette façon fimple & natu- 
relle de confidérer les chofes, eft préfé- 
rable aux méthodes les plus recherchées 
& les plus conipofees , parce qu'il n'y en 
a pas une , & de celles qui font faites , 
èi de toutes celles que l'on peut faire , 
où il n'y ait plus d'arbitraire que dans 
celle-ci , & qu'à tout prendre il nous eft 
plus facile , plus agréable & plus utile de 
confidérer les choies par rapport à nous, 
que fous un autre point de vue. 

Je prévois qu'on pourra nous faire 
deux objections , ia première , c'efl que 
ces grandes divifions que nous regar- 
dons comme réelles , ne font peut - être 
pas exades ; que, par exemple, nous ne 
ïommes pas lurs qu'on puifîe tirer une 
ligne defeparation entre le règne animal 

^ le 



PHifiolre Naturelle^ '4 c) 

& le règne végétal , ou bien entre le 
règne végétal & ie minéral , &l que dans 
la Nature il peut fe trouver des choies 
qui participent également des propriétés 
<ie l'un & de l'autre, iefquelles par con- 
féquent ne peuvent entrer ni dans l'une 
iii dans l'autre de ces divifions. 

A cela je réponds que s'il exifle des 
chofes qui foient exadement moitié ani- 
mal & moitié plante , ou moitié plante 
& moitié minéral , 6^c. elles nous font 
encore inconnues ; en forte que dans le 
fait la divifion eft entière & exacfle , & 
l'on fent bien que plus \^s divifions fe- 
ront générales , moins il y aura de rifque 
de rencontrer des objets mi -partis qui 
participeroient de la nature des deux 
chofes comprifes dans ces divifions, en 
forte que cette même objedion que nous 
avons employée avec avantage contre kâ 
diftributions particulières , ne peut avoir 
lieu lorfqu'iî s'agira de divifions aufîl gé- 
nérales que l'eft celle-ci, fur-tout fi Tou 
ne rend pas ces divifions exclufives, & 
fi l'on ne prétend pas y comprendre (ans 
exception , non-feulement tous les êtres 
connus, mais encore tous ceux qu'on 
Tome L C 



[j^ 'Mamère de traiter 

pourroît découvrir à l'avenir. D ailîcurJ, 
Ti l'on y fait attention , l'on verra bien 
que nos ide'es généraics n'étant compo- 
{ees que d'idées particulières , elles font 
relatives à une échelle continue d'objets 
de laquelle nous n'apercevons nettement 
que les milieux , & dont les deux extré- 
ïiiités fuient & échappent toujours de 
plus en plus à nos confidérations , de 
forte qwe nous ne nous attachons jarnais 
qu'au gros des choies, & queparconfé- 
quent on ne doit pas croire que no$ 
idées, quelque générales qu'elles puif- 
iênt être , comprennent les idées parti- 
culières de toutes les choies exiftantes 6c 
pofTibles. 

La féconde objection qu'on nous fera 
iàns doute , c'eft qu'en luivant dans notre 
ouvrage l'ordre que nous avons indiqué , 
nous tomberons dans l'inconvénient de 
mettre enfemble dts objets très-difFé^ 
rens ; par exemple dans l'hifloire des ani- 
maux , fi nous commençons par ceux qui 
nous font les plus utiles, les plus familiers, 
nous ferons obligés de donner l'hifloire 
du chien après ou avant celle du chcvai , 
ce qui ne paroît pas naturel ; parce que 



fHïjloire Naturelle» 5 r] 

Ces animaux font fi differens à tous autres 
égards, qu'ils ne paroifTent point du tout 
faits pour être mis Ci près l'un de l'autre 
dans un traite d'Hiiloire Naturelle ; & 
on ajoutera peut-être qu'il auroit mieux 
valu fuivrela méthode ancienne deladi- 
vifion des animaux en Sel'/pedes, Pieds^ 
Fourchus & Fiffipedes, ou la méthode 
nouvelle de la divifion des animaux par 
les dents & les mamelles , &c. 

Cette objecflion, qui d'abord pourroit 
paroître Ipécieufe , s'évanouira dès qu'on 
l'aura examine'e. Ne vaut-il pas mieux 
ranger, non-feulement dans un traité 
d'Hiitoire Naturelle, m:h même dans 
un tableau ou par-tout ailleurs, les objets 
dans l'ordre & dans la pofition où ils fe 
trouvent ordinairement , que de les for- 
cer à (è trouver enfemble en vertu d'une 
fuppofition ! Ne vaut-il pas mieux fliire 
fuîvre le cheval qui eit folipède , par le 
chien qui cO: fifîjpède , & qui a coutume 
de le fuivre en effet , que par un zèbre 
qui nous eft peu connu , & qui n'a peut- 
être d'autre rapport avec le cheval que 
d'être folipèdcî D 'ailleurs, n'y a-t-il pas le 
même inconvéniem pour les différences 

C ij 



5_2 Jïiduiere Je traiter 

dans cet arrangement que dans ie notre ! 
un lion , parce qu'il eil fiffipède , reflcni- 
bie-t-il à un rat qui eft auffi fifîjpède , 
plus qu'un cheval ne rcflemble à un 
chien î un éléphant folipèderenemble-t-il 
plus à un âne iolipède auffi , qu'à un cerf 
qui eft pied-fourchu î & fi on veut fe 
fervir de la nouvelle méthode dans la- 
quelle les.. dents & les mamelles font les 
caractères fpéciuques, & fur leiquels 
font fondées les divifions & les diflribu- 
tions,trouvera-t-on qu'un lion reflemblc 
plus à une chauve-fouris, qu'un cheva! 
ne reffemble à un chien î ou bien , pour 
faire notre comparaifon encore plus exac- 
tement, un cheval reffemble- t-il plus à un 
cochon qu'à un chien , ou un chien ref- 
femble-t-il plus à une taupe qu'à un che- 
val (b)\ Etpuifqu'il y a autant d'inconvc- 
jiiens & des différences aufii grandes dans 
ces méthodes d'arrangement que dans ia 
nôtre , & que d'ailleurs ces m.éthodes 
n'ont pas les mêmes avantages , & qu'elles 
font beaucoup plus éloignées de la façon 
ordinaire & naturelle de considérer les 
choies , nous croyons avoir eu des raifons 

(h) Voyez Linn.^/jyA nat>p. ^ îX fuiv. 



tHipîre Ndîurelk 53 

fuitirantes pour lui donner la préférence, 
& ne fuivre dans nos dillributions que 
i'ordre des rapports que les chofes nous 
ont paru avoir avec nous-mêmes. 

Nous n'examinerons pas en détail 
toutes ies méthodes artificieiies que l'on 
a données pour ia divifion des animaux 5 
elles font toutes plus ou moins fujettes 
aux inconvéniens dont nous avons parlé 
au fujet des méthodes de Botanique, & 
il nous paroît que l'examen d'une leuîe 
de ces méthodes lufnt pour faire décou- 
vrir ies défauts des autres; ainfi nous 
nous bornerons ici à examiner celle de 
M. Linnaeus qui efl la plus nouvelle, afin 
qu'on ioit en état de juger fi nous avons 
eu raifon de la rejeter , & de nous attacher 
feulement à l'ordre naturel dans lequel 
tous les hommes ont coutume de voir & 
de confidérer les chofes, 

M. Linnxus divife tous les animaux 
en fix clafTes, favoir, les Quadrupèdes, 
les Oifeauxp les Amphibies, \qs Poiffons, 
les Jnfeâes & les Vers. Cette première 
divifion ed, comme l'on voit, très-arbi- 
traire & fort incomplète, car elle ne 
Xious donne aucune idée de certains 

Cii; 



54 Manière de îraher 
genres d'animaux , qui font cepcndnnt 
îrès-confidérables & très-étendus, les 
ierpens, par exemple, les coquillages, 
les cruftacccs, & il paroît au premier 
coup d'ceil qu'ils ont été oubliés; car 
on n'imagine pas d'abord que les ierpens 
foient des amphibies, les cruftacces des 
inleifles, & les coquillages des vers. Au 
îieu de ne faire que fix clafles, fi cet au- 
teur en eût fait douze ou davantao-e , & 
qu'il eût dit les quadrupèdes , les oileaux , 
les repaies, les amphibies, les poifTons 
cétacées, les poiilons ovipares, les poif- 
fons mous, les cruftacées, les coqiiil- 
iages, les inledes déterre^ les infcc^les 
de mer , les iniedies d'eau douce , &c. ii 
eût parié plus clairement, & fes divi- 
fions eullem été plus vraies & moins ar- 
bitraires; car en général, plus on augmen- 
tera le nombre des divifions des produc- 
tions naturelles , plus on approchera du 
vrai , puifqu'il n'exille réellement dans la 
Nature que des individus ; & que les 
genres, les ordres & les clafles n'exiflent 
que dans notre imagination. 

Si l'on examine les caractères géné- 
raux qu'il emploie, & la manière dont 



l'Hifloire Naturelle. 5 5^ 

2 fait Tes divifions particniières , on y 
trouvera encore des défîuns bien plus 
cfTemieis; par exemple, un caradère gé- 
néral comme celui pris des mamelles 
pour la divifion dès quadrupèdes, de- 
vroit au moins appartenir à tousi les qua- 
drupèdes , cependant depuis Ariftote 011 
iait queie cheval n'a point de mamelles. 

Il divife la clafFe des quadrupèdes en 
cinq ordres , le premier Anthropomorphd , 
ie fécond Ferœ^ le troifième G lire s , le 
quatrième Jumenla , & le cinquième 
Pecora ; & ces cinq ordres renferment, 
félon lui, tous les animaux quadrupèdes. 
On va voir par rexpofidon & rénumé- 
ration même de ces cinq ordres , que 
cette divifion eft non-feulement arbi- 
traire , mais encore très-mal imaginée ; 
car cet Auteur met dans le premier ordre 
l'homme, le finge, le parefTeux & le 
ie'zard e'caîlleux. 11 faut bien avoir la ma- 
nie de fiiire des claiïes, pour mettre en- 
fèmbîe des êtres auili différens que Thom- 
me & le parefTeux , ou le finge &. le lézard 
ccailieux. PafTons au fécond ordre qu'il 
appelle Ferœ, les bêtes féroces ; ii com- 
mence Qïï e^et par ie lion , le tigre , mais 

C iii; 



5 6 ^/lanière de îraiter 
il continue par le chat, la belette, îa 
ioiitre, le veau-marin, ieciiien, l'ours, 
îe blaireau , & il finit par le hérifTon , la 
taupe & îa chauve- fouris. Auroit-oa 
jamais cru que le nom de Fnœ en latin , 
bêles fauv âges ou féroces en francois , eut 
pu être donné à la chauve- fouris, à la 
îaupe , au hérifîbn ; que les animaux do- 
ineiîiques, comme le chien ôl le chat , 
fuflent des bêtes fauvagesî & n'y a-t-i£ 
pas à cela une auiîi grande équivoque 
de bon fens que de mois î Mais voyons 
ïe troifième ordre G lires, les loirs, ces 
]oirs de M. Linnoeus , font le porc-épic^ 
le lièvre, l'écureuil, le caftor & les rats;, 
l'avoue que dans tout cela je ne vois 
«qu'une efpèce de rats qui foit en effet 
un loir. Le quatrièm.e ordre e(l celui des 
Jmnenîa ou bêtes de famme, ces bêtes 
de fomme (ont l'éléphant, l'hippopo- 
tame , la niufaraigne , le cheval & le co- 
chon ; autre aflembiage , comme on voit» 
qui eft aufil gratuit & auiïi bizarre que (i 
l'Auteur eût travaillé dans le defTein de 
le rendre tel. Enfin le cinquième ordre 
Pecora ou le bétail, comprend le cha- 
iîieau , le cerf, le bouc , le bélier <$c fc 



tHijïoire Naturelle. 57 

^œuf; mais quelle différence n'y a-t-iï 
pas entre un chameau & un béiier, ou 
entre un cerf & un bouc î & quelle rai- 
Çon peut-on avoir pour prétendre que 
ce foit des animaux du même ordre, fi 
ce n'eft que voulant abfoiument faire des 
ordres, & n'en faire qu'un petit nombre , 
il f\ut bien y recevoir des bêtes de toute 
efpèceî Enfuite en examinant les der- 
nières divifions des animaux en efpèces 
particulières , on trouve que le ioup- 
cervier n'eft qu'une efpèce de chat, ie 
renard & le loup une efpèce de chien, la 
civette une efpèce de biaireau, le cochon 
d'inde une eipèce de lièvre , le rat d'eau 
une efpèce de caftor , le rhinocéros une 
efpèce d'éléphant, l'âne une efpèce de 
cheval , &c. & tout cela parce qu'il y a 
quelques petits rapports entre le nom- 
bre des mamelles ôl des dents de ces ani- 
maux , ou quelque reffemblance légère 
dans la orme de leurs cornes. 

Voilà pourtant, &l fm> y rien omettre^ 
à quoi le réduit ce ly lème delà Nature 
pou. 'es an' maux quadrupèdes. Ne ieroit- 
il pis plus fimpl<", pfs n urel & plus 
vrai de dire qu'un âne cil un âne , & un 

C V 



^58 jMamère Se irmtef 

chat un chat , que de vouloir , fans /avoir 
pourquoi , qu'un âne loiî un cheval^ & 
un chat un ioup-cervierî 

On peut juger par cet échantillon de 
tout le relie du tyliènie. Leslerpens., 
félon cet Auteur, lont des amphibies , 
les écrevifies font des infecftes , <S^ non- 
feulement des inlèdes, mais des infedes 
du même ordre que les poux & les puces; 
& tous les coquillages , les cruftacées & 
les poiflons mous iont des vers ; les huî- 
tres , les moules , les ourfins , les étoiles 
de mer, les sèches, &c. ne font, félon 
cet Auteur que des vers. En fmt-il da- 
vaniage pour f lire (entir combien toutes 
ces diviiions font arbitraires, & cette 
méthode mal fondée î 

On reproche aux Anciens de n'avoir 
pas fiit des méthodes, & les modernes fe 
croient fort au-de(fus d'eux parce qu'ils 
ont fait un grand nombre de ces arran- 
gemens méthodic|ues & de ces diction- 
naires doni nous venons de parler, ils fe 
fcnt perfuadés que cela feul fufïit pour 
prouver que les Anciens n'avoient pas à 
beaucoup près autant de connoiflances 
€ft HiJiloire Naturelle que nous en avons : 



rHiJloke Naturelle. 55) 

cependant c eft tout le contraire, & nous 
aurons dans la fuite de cet ouvrage mille 
occafions de prouver que les Anciens 
étoient beaucoup plus avancés &: plus 
inilruits que nous ne le fonimes, je ne 
dis pas en Phyfique, mais dans l'Hiftoire 
Naturelle des animaux & des minéraux , 
& que les faits de cette Hilloire leur 
étoient bien plus fiimiîiers qu'à nous qui 
aurions dû profiter de leurs découvertes 
& de leurs remarques. En attendant 
qu'on en voie des exemples en détail , 
nous nous contenterons d'indiquer ici 
les raifons générales qui fuffiroient pour 
le fiiire penier, quand même on n'en 
auroii pas des preuves particulières. 

La langue grecque efl: une des plus 
nn-ciennes , & celle dont on a fiiit le plus 
iong-temps ulage : avant & depuis Ho- 
mère on a écrit & parlé grec jufqu'au 
treize ou quatorzième fiècle, & aduel- 
îement encore le grec corrompu par les 
idiomes étrangers ne diffère pas autant 
du grec ancien , que l'italien diffère du 
îatin. Cette langue, qu'on doit regar^ 
der comme la plus parfaite & ia plus 
abondante de toutes , étoit dès le temps 

C y) 



éo Manière de traiter 

d'Homère portée à un grand point de 
perfection, ce cjui Tuppcfe nécefiaire- 
ment une ancienneté confidérable avant 
ie fiècle niênie de ce grand Poëie; car 
l'on pourroit eftimer l'ancienneté ou la 
nouveauté d'une langue par la quantité 
plus ou moins grande des mots, & la 
variété plus ou moins nuancée des conf^ 
trudions : or nous avons dans cette lan- 
gue Les noms d'une très-grande quantité 
de chofes qui n'ont aucun nom en latin 
ou en François ; les animaux les plus rares^ 
certaines el'pèces d'oiieaux ou de poif- 
fons, ou de minéraux qu'on' ne ren- 
contre que très-difficilement, très-rare- 
ment , ont des no!ns & des noms conP 
tans dans cette langue: preuve évidente 
que ces objets de l'Hifloire Naturelle 
étoient connus , & que les Grecs non- 
feulement les connoifioient, mais même 
qu'ils en avoicnt une idée précife qu'ils 
ne pou voient avoir acquife que par une 
étude de ces mêmes objets , étude qui 
fuppofe nécefiîtirement des obier valions 
& des remarques ; ils ont même des noms 
pour les variétés, & ce que nous ne 
pouvons repréfenter que par une phrafè^ 



rHijloh-i Ndtiirelle. 6t 

fè nomme dans cette langue par un feuî 
fubftamif. Cette abondance de motSy 
cette richeiïe d expredions nettes & pré- 
cifes , ne Tuppolent-elies pas h même 
abondance d'idées & de connoifTances î 
Ne voit-on pas que des gens qui avoient 
nommé beaucoup plus de choies que 
nous , en connoiffoient par conféquent 
beaucoup plus l & cependant ils n'a- 
voient pas fliit, comme nous, des mé- 
thodes & des arrangemens arbitraires; 
ils penfoient que la vraie fcience eft ia 
connoiiïance des faits, que pour l'ac- 
quérir il falloit le familiarifer avec les 
productions de la Nature , donner des 
noms à toutes , afin de les fitire recon- 
noître , de pouvoir s'en entretenir , de 
fe reprélenter plus fouvent les idées des 
choies rares & fingulières , & de multi- 
plier ainfï des connoiiîanccs qui fans cela 
ie leroient peut-être évanouies , rien n'é- 
tant plus fujet à l'oubli que ce qui n'a 
point de nom. Tout ce qui n'ed pas d'un 
ulage commun ne Te foutient que parle 
fecours des repréfentatîons. 

D'ailleurs les Anciens qui ont écrit fur 
i'Hifk>ire Naturelle étoient de grands 



62 Afû/iiere Je traiter 

hommes, & qui ne s'étoient pas bornés à 
cette leule étude : ils avoient l'elprit élevé, 
des connoifîànces variées, approfondies, 
& des vues générales; & s'il nous paroît 
au premier coup d'œil qu'il leur manquât 
un peu d'exaditude dans de certains dé- 
tails , il eft aile de reconnoître en les 
iiiant avec réflexion, qu'ils ne penioient 
pas que les petites choies méritafTent une 
attention aulîî grande que celle qu'on 
ieur a donnée dans ces derniers temps ; 
& quelque reproche que les Modernes 
puiîîent fiiire aux Anciens, il me paroît 
qu'Aridote, Théophrafle & Pline qui 
ont été les premiers Naturalifles , font 
auffi les plus grands à certains égards. 
L'hiiloire des animaux d'Ariftote efl: 
peut-être encore aujourd'hui ce que 
nous avons de mieux fait en ce genre , 
& il i'croit fort à defirer qu'il nous eût 
îailîé quelque choie d'aulîi complet iUr 
ics végétaux & fur les minéraux , mais les 
deux livres des plantes que quelques A u- 
teurs lui attribuent, ne relTemblent pas à 
fes autres ouvrages , & ne font pas en efîèt 
de lui fc), II eil vrai que la Botanique 

(cj Voyez le Commentai rç de Scaliger» 



l'HijIoke Naturene. 6 y 

n'étoit ras fort en honneur Je fon temps; 
les Grecs, & nième les Romaini» ne la 
regardoient pas comme une Icience qui 
eût exifter par elle-même , & qui dût 
faire une objet à piirt, ils ne la conlîdé^ 
roient que relativement à l'Agriculture, 
au Jardinage, à la Médecine & aux A rts; 
& quoique Théophrafle, diiciple d'A- 
riOote , connût plus de cinq cents genres 
de plantes , & que Piine en cite plus de 
mille , ils n'en parlent que pour nous en 
apprendre la culture , ou pour nous dire 
que les unes entrent duns la compofitiofl 
des drogues, que les autres font d'ulage 
pour les arts, que d'autres fervent à orner 
nos jardins, &c. en un mot, ils ne les 
confidèrent que par l'utilité qu'on en 
peut tirer , & ils ne fe font pas attachés 
à les décrire exaélement. 

L'hifloire des animaux leur étoit mieux 
connue que celle des plantes. Alexandre 
donna des ordres & fit des dépenfcs très- 
confidérablcs pour rallembler des ani- 
maux & en fiiire venir de tous les pays, 
& il mit Ariftoteen état de les bien ob- 
ferver ; il paroû par Ion ouvrage qu'il 
les coniioifloit peut-être mieux, & fous 



6-\. Aveline re de traiter 

des vues plus générales qu'on ne les 
connoît aujourd'hui. Enfin, quoique les 
Modernes aient ajouté leurs découvertes 
à celles des Anciens , je ne vois pas 
que nous ayons fur l'Hiftoire Natu- 
relle beaucoup d'ouvrages modernes 
qu'on puiiTe mettre au-dcifus d'Ariftote 
& de Pline; mais comme la prévention 
naturelle qu'on a pour ion fiècle, pour- 
roit perfuader que ce que je viens de 
dire, efl avancé témérairement, je vais 
fliire en peu de mots rexpofnion du plan 
de leurs ouvrages. 

Ariftote commence Ton hifloire des 
animaux par établir des différences & 
des refTe m b lances générales entre les 
difFérens genres d'animaux ; au lieu de 
les divifer par de petits caracflères parti- 
culiers, comme l'ont fait les Modernes, 
il rapporte hifloriquement tous les taits 
& toutes les ob fer valions qui portent 
fur des rapports généraux & Ibr Aqs 
caractères lènfibles; il tire ces caracflères 
de la forme, de la couleur, de la gran- 
deur & de toutes les qualités extérieures 
de l'animal entier , (Se aufîl du nombre 
& de la pofition de les parties, de la 



THijIolre Naturelle. 6 5 

«::iandeur, du mouvement, de la forme 
f Je Tes membres , des rapports fejriblables 
ou difîerens qui le trouvent dans ces 
jiiémes parties comparées, & il donne 
par-tout des exemples pour fefèiire mieux 
entendre: il confidère aufli les diffé- 
rences des animaux par leur façon de 
wre , leurs allions & ieurs mœurs, 
leurs habitations, &c. II parle des parties 
qui font communes & effentielies aux 
animaux , & de celles qui peuvent man- 
quer & qui manquent en effet à piufieurs 
! efpèces d'animaux : le fens du toucher, 
dit-il, efl la feule chofe qu'on doive 
regarder comme nécefîiiire , Sl qui ne 
doit manquer à aucun animai ; & comme 
ce fens eli: commun à tous ies animaux, 
il n'eft pas poffibie de donner un nom h 
la partie de leur corps , dans laquelle 
réfide la faculté de fentir. Les parties ies 
plus effentielies font celles par lefquelles 
l'animal prend fa nourriture , celles qui 
reçoivent & digèrent cette nourriture , 
ÔL celles par où il en rend le fuperiîu. 
11 examine enfuite les variétés de la gé- 
Ciération des animaux, celles de leurs 
weinbres ôl de leurs différentes parties 



66 Mamêre de tràter 

qui fervent à leurs mouvemcns & à leurs 
ibndions naturelles. Ces obrervations 
générales & préliminaires font un tableau 
dont toutes les parties font intéreflantes, 
& ce grand Phiiofoplie dit aufli qu'il les 
a prélentées fous cet afped, pour donner 
un avant-goût de ce qui doit fuivre & 
faire naître l'attention qu'exige l'hiiloirc 
particulière de chaque animai, ou plutôt 
de chaque cho(e. 

ïl commence par l'homme & il le 
décrit le premier , plutôt parce qu'il eft 
Ranimai le mieux connu, que parce qu'il 
efl: le plus parfait; & pour rendre fa 
defcription moins sèche & plus piquante , 
ii tâche de tirer des connoiiTanccs mo-^ 
raies en parcourant les rappons phyfî- 
ques du corps humain , il indique les 
caradères des hommes par les traits de 
leur vifage: fe bien connoître en phy- 
fîonomie, feroit en effet une fciencebien 
utile à celui qui i'auroit acquiie , mais 
peut-OH la drer defHifloire Naturelle î 
Il décrit donc l'homme par toutes {t% 
parties extérieures & intérieures , & cette 
defcription eft la feule qui ibit entière : 
au lieu de décrire chaque animai en 



ïHijloire Naturelle. 6j 

jiartîculier , il les fiiit connoître tous par 
les rapports que toutes les panies de leur 
corps ont avec celle du corps de Thom- 
îne : lorfqu'il décrit , par exemple , la 
tête humaine, il compare avec elle la 
tête de différentes elpèces d'animaux-, 
il en eft de même de toutes les autres 
parties ; à la defcription du poumon de 
■ Fhomme, il rapporte hiiioriquement 
tout ce qu'on la voit des poumons des 
animaux , & il fait l'hiftoire de ceux qui 
en manquent; de même à l'occaiion 
des parties de la génération , il rapporte 
toutes les variétés des animaux dans la 
manière de s'accoupler , d'engep.drer , de 
porter & d'accoucher, «Slc. à l'occafion 
du fang il fait l'hiftoire des animaux 
qui en font privés, & fuivant ainfi 
ce plan de comparaifon , dans lequel , 
comme l'on voit, l'homme fert de mo- 
dèle, & ne donnant que les différen- 
ces qu'il y a des animaux à l'homme, & 
de chaque partie des animaux à chaque 
partie de l'homme , il retranche à deiTein 
toute defcription particulière , il évite 
par-là toute répétition , il accumule les 
faits, & il n'écrit pas un mot qui foit 



oo Mdinère de traiîef 
inutife; aufli a-t-ii compris dans un petit 
voiume un nombre prefqu'infrni de 
diiîërens foits, & je ne crois pas qu'ii 
foit pofTjble de réduire à de moindres 
termes tout ce qu'il avoit à dire fur cette 
matière , qui paroit il peu fufceptible de 
cette précifion , qu'il {û\qiI un génie 
comme le fien pour y conferver en 
Jnême temps de Tordre & de la netteté. 
Cet ouvrage d'Ariftote s'ed préfenté à 
ines yeux comme une table de matières, 
qu'on auroit extraite avec le plus grand 
foin de plufieurs milliers de volumes 
remplis de defcriptions & d'obfervations 
de toute efpèce , c efl l'abrégé le plus 
fr'vant qui ait jamais été fait, fi la 
ÏQi^wc^ e(t en effet l'hiftoire des faits : 
6i quand même on fuppoferoit qu'A- 
riilote auroit tiré de tous les livres de fon 
temps ce qu'ii a mis dans le fien , le plan 
de l'ouvrage , fi diflribution, le choix A^s 
exemples , la judeiïe des comparaifons , 
une certaine tournure dans les idées , que 
j'appellerois volontiers le caraètère philo- 
fophique, ne laiiTent pas douter un inllant 
qu'il ne fût lui-même bien plus riche 
que ceux dont il auroit emprunté. 



l'Hiftolre Naturelle» 6c) 

Pline a travaillé fur un pian bien plus 
grand , & peut-être trop vafle , il a voulu 
tout embraffer, &:il femble avoir mefuré 
la Nature &: l'avoir trouvée trop petite 
encore pour l'étendue de Ion efprit : fou 
Hifloire Naturelle comprend, indépen- 
damment de l'hiftoire des animaux , des 
plantes & des minéraux , l'hiftoire du ciel 
&L de la terre , la médecine, le commerce, 
ia navigation, l'hiftoire des arts libéraux 
& mécaniques , l'origine dcs> udiges , 
enfin toutes les fciences naturelles &: tous 
! les arts humains ; & ce qu'il y a d'éton- 
j nant, c'eft que dans chaque partie Pline 
eft également grand, l'élévation des idées, 
ia nobleiïe du ftyle relèvent encore fix 
profonde érudition ; non- feulement il 
iavoit tout ce qu'on pouvoit favoir de 
■ fon temps , mais il avoit cette flicilité de 
' pcnfer en grand qui multiplie la fcience, 
. il avoit cette fineffe de réflexion , de la- 
I quelle dépendent l'élégance & le goût , 
& il communique à fcs ledeurs une cer- 
taine liberté d'cfprit, une hardiefTe de 
penfer qui eft le c^erme delà Philofophie. 
Son ouvrage , tout aufîi varié que la Na- 
ture, la peint toujours en beau, c'eft, fi. 



yo Manière de traher 
Ton veut , une compilation Je tout ce 
qui avoit été écrit avant lui , une copie 
de tout ce qui avoit été fait d'excellent 
& d'utile à favoir ; mais cette copie a 
de fi grands traits, cette compilation 
contieiu des chofes raOembiées d'une 
manière fi neuve, qu'elle eft préférable à 
la plupart des ouvrages originaux qui 
traitent des mêmes matières. 

Nous avons dit que l'hiftoire fidèle & 
ïa defcription exade de chaque chofe 
étoient les deux feuls objets que l'on 
devoit fc propofer d'abord dans l'étude 
de l'Hiftoire Naturelle. Les Anciens 
ont bien rempli le premier, & font peut- 
être autant au-deiïus des Modernes par 
cette première partie , que ceux-ci font 
au-deffus d'eux par la féconde ; car les 
Anciens ont très-bien traité l'hiftorique 
de la vie & des moeurs des animaux , de 
la culture & des ufiges des plantes, des 
propriétés &: de l'emploi des minéraux, 
& en même temps ils femblent avoir 
néaligé à deflein la defcription de cha- 
que chofe: ce n'eft pas qu'ils ne fuflent 
très-capables de la bien faire, mais ils 
dédaignoient apparemment d'écrire des 



l'Hifloire Naturelle, jt 

chofes qu'ils regardoient comme inutiles, 

èi cette façon de penfèr tenoit à quelque 

choie de général & n'étoit pas aufîi dé- 

. raifonnabie qu'on pourroit le croire ; <& 

|mênie ils ne pouvoient guère penferau- 

■i trement. Preiuièrement ils cherchoient à 

être courts & à ne mettre dans leurs ou- 

vrages que [qs faits eiïentiels & utiles, 

parce qu'ils n'avoicmpas,comme nous,la 

facilité de multiplier les livres, & de les 

I groifir impunément. En fécond lieu ils 

tpufi^oient toutes les fciences du côté de 

l'utilité & donnoient beaucoup moins 

; que nous à la vaine curiofué ; tout ce 

I qui n'étoit pas intérefTant pour la fociété 

! pour la famé, pour hs arts, étoit négligé) 

ils rapportoient tout à l'homme morll,' 

& ils ne croyoient pas que ks chofes qui 

n'avoient point d'ufige, fuffent dignes 

de l'occuper ; un infede inutile dont nos 

Obfervatcurs admirent les manœuvres , 

une herbe fans vertu dont nos Botaniftes 

obfervent les étamines, n'étoient pour 

eux qu'un infede ou une herbe: on peut 

citer pour exemple le 27/ livre de Pline, 

Religua herbarum gênera, où il met en- 

kmble toutes les herbes dont il ne fait 



7 2 Manière de traiter 

pas grand cas , qu'il le contente de nom- 
mer par lettres alphabétiques , en indi- 
quant leulement quelqu'un de leurs 
caradères généraux & de leurs uiages 
pour la Médecine. Tout cela venoit du 
peu de goût que les Anciens avoient 
pour la Phyfique, ou, pour parler plus 
exadeinent , comme ils n'a voient aucune 
idée de ce que nous appelons Phyfique 
particulière & expérimentale, ils ne 
penfoient pas que l'on pût tirer aucun 
avantacre de l'examen icrupuleux & de 
ia delcripticn exade de toutes les parties 
d'une plante ou d'un petit animal, &ils 
ne voyoient pas les rapports que cela 
pouvoit avoir avec lexplication àç.s 
phénomènes de la Nature. 

Cependant cet objet eft le plus im- 
portant, & il ne faut pas s'imaginer, 
même aujourd'hu' , que dans l'étude de 
l'Hifloire Naturelle on doive le borner 
uniquement à faire des defcriptions 
cxaéles & à s'aflurer feulement des faits 
particuliers; c'cft à la vérité, &: comme 
nous l'avons dit, le but efîentiel qu'on 
doit fe propofer d'abord; mais il fiut 
tâcher de s'élever à quelque chofe de 

plus 



VHîJloîre Naturelle. 73" 

J)îus grand & plus digne encore de nous, 
occuper, c'efl: de combiner les obierva- 
tions, de généralifer les fîiits, de les lier 
enfembie par la force des analogies, &: 
de tâcher d'arriver à ce haut degré de 
connoilîiinces où nous pouvons juger 
que les effets particuliers dépendent 
d'effets plus généraux, où nous pou- 
Tons comj)arer la Nature avec elle-même 
dans Tes grandes opérations , & d'où 
nous pouvons enfin nous ouvrir des 
routes pour perfèélionner les différentes 
parties delà Phyfique. Une grande mé- 
jnoire , de l'affiduité & de l'attention ixxÇ- 
fifent pour arriver au premier but, mais 
il fîuit ici quelqtie choie de plus, il faut 
des vues générales , un coup d'œil ferme 
& un railbnnement formé plus encore 
par la réfîexion que par l'étude ; il faut 
enfin cette qualité d'efprit qui nous fût 
làifir les rapports éloignés, les rafîem- 
bler & en former un corps d'idées rai- 
ibnnées, après en avoir apprécié au jufle 
les vraifemblances, & en avoir pefé le* 
probabilités. 

C'elt ici où Ton a befoin de méthode 
pour conduire fon efprit, non pas de 

Tome L Ù 



74 Manière de traiter ~ 
ccik dont nous avons parlé , qui ne feiî 
qu'à arranger arbitrairement dcS mots^ 
inais de cette méthode qui foutient l'or- 
dre même des chofes, qui guide notre 
raifonnement , qui éclaire nos vues, les 
étend & nous empêche de nous égarer. 

Les plus grands Philofophes ont fenti 
ia nécefîité de cette méthode; & même 
ils ont voulu nous en donner des prin- 
cipes & des efîais ; mais les uns ne nous 
ont laiflTé que l'hifloire de leur penfées^ 
^ les autres la fable de leur imagina-^ 
don ; & fi quelques-uns lie font élevés 
à ce haut point de métaphyfique d'où 
l'on p.eut voir les principes, les rap- 
ports & l'enfembie des Sciences, aucua 
ne nous a fur cela communiqué fes 
•idées , aucun ne nous a donné des con- 
feils, & la méthode de bien conduire 
fou jelprit dans les Sciences eft; encore 
à trouver : au défaut de préceptes on a 
fubftitué des exemples , au lieu de prin- 
cipes on a employé des définitions, au 
.iieu de fiits avérés , des fuppofitions 
hafirdées. 

Dans ce fièclemême où les Sciences 
•paroifrent être çuidvées avec foin^ \^ 



THiJlolre Naturelle. j^ 

fxo\s qu'il eft aifé de s'apercevoir que 
ia Philofophie eil négligée, & peut-être 
plus que dans aucun autre fi'ècle ; les 
arts qu'on veut appeler fcieiuifiques , 
ont pris fa place ; les méthodes de Cal- 
cul ^ de Géométrie, celles de Bota- 
nique & d'Hiftoire Naturelle, les for- 
.muks , en un mot , & les dictionnaires 
occupent prefque toiu le monde; on 
s'imagine fa voir davantage , parce qu'on 
a augmenté le nombre des expreiîions 
fymboliques & des phrafes favantes, & 
on ne fait point attention que tous ces 
xirts ne font que des échafaudages pour 
arriver à la fcience , & non pas la fcience 
elle-même, qu'il ne faut s'en fervir que 
ïorfqu'on ne peut s'en paiïer, & qu'on 
doit toujours fe défier qu'ils ne viennent 
à nous manquer lorfque nous voudrons 
. ies appliquer à l'édifice. 

La vérité, cet être métaphyfique dont 
,;tout le monde croit avoir une idée claire, 
me paroît confondue dans un fi grand 
nombre d'objets étrangers auxquels on 
donne fon nom , que je ne fuis pas fur- 
pris qu'on ait de la peine à la recon- 
. uoître. Les préjugés & les fauffes appli- 

D i; 



j6 Manière de traiter 

cations fe font muhipîiées à médire que j 
nos hypothèfes ont cté plus ^lavantes, 1 
pius abflraites & plus perfedionnées ; 
il efl: donc plus difficile que jamais de 
ïeconnoître ce que nous pouvons favoir, 
& de le diftinguer nettement de ce que 
nous devons ignorer. Les réflexions iui- 
vantes ferviront au moins d'avis fur ce 
ilijet important. 

Le mot de vérité ne fait naître qu'une 
idée vague , il n'a jamais eu de défini- 
tion préciie, & la définition elle-même 
priie dans un fens général & abfolu , 
h'eft qu'une abftradion qui n'exifie 
qu'en venu de quelque riippofnion ; 
ûu lieu de chercher à faire une défini- 
tion de la vérité, cherchons donc à faire 
une énumération , voyons de près ce 
qu'on appelle communément vérités, & 
tâchons de nous en former des idées 
nettes. 

II y a plufieurs eij:)èces de vérités, & 
on a coutume de mettre dans le premier 
ordre les vérités mathématiques, ce ne 
font cependant que à(t>> vérités de défi- 
nition ; ces définitions portent iur <\%% 
fûppofitions fimpîeSj mais abflraites, ^ 



VHijIolre NûiiireHe^ Jf 

toutes les vérités en ce genre ne font 
que des conféquences compolées , mais 
toujours abftraites, de ces définitions» 
Nous avons fiiit les fuppofitions , nous 
les avons combinées de toutes les fli* 
çons, ce corps de combinaifons efl: là 
fcience mathématique ; ii n'y a donc 
rien dans cette fcience que ce que nous 
y avons mis, & les vérités qu'on en tire 
ne peuvent être que des expreiîions dif- 
férentes fous lefquelies fe pré (entent les 
fuppofitions que nous avons employées; 
ainfi les vérités mathématiques ne font 
que les répétitions exades des défini- 
tions ou fuppofitions. La dernière con- 
féquence n'efl vraie que parce qu'elle efl 
identique avec celle qui la précède , & 
que celle-ci i'efl avec la précédente, & 
ainfi de fuite en remontant jufqu'à fa 
première fuppofnion ; & comme les de% 
finitions font les feuls principes fur lef^ 
quels tout eft établi , & qu'elles font arbi-^ 
traires & relatives, toutes les conféquen- 
ces qu'on en peut tirer font également 
arbitraires & relatives. Ce qu'on appelle 
vérités mathématiques fe réduit donc à 
des identités d'idées &n'a aucune réalité: 

D ii; 



7 8 Manière de traiter 

nous fuppofons, nous raifcnnons fur 
nos Tuppoiitions , nous en tirons des 
conféquences , nous concluons, la con- 
clufion ou dernière conféquence ell une 
propofition vraie, relativement à notre 
fuppofition , mais cette vérité n'eft pas 
plus réelle que la fuppofition elle-même. 
Ce n'eft point ici le iieu de nous étendre 
fur les ufàges des fciences mathéma- 
tiques , non plus que fur l'abus qu'on 
en peut faire , il nous fuffit d'avoir prouvé 
que les vérités mathématiques ne font 
que des vérités de définition , ou , fi l'on 
Veut des expreiïions différentes de fa 
même chofe , & qu'elles ne font vérités 
que relativement à ces mêm.es définitions 
que nous avons faites ; c'eft par cette 
raifon qu'elles ont l'avantage d'être tou- 
jours exaéîes & démonftratives , mais 
iibftraites , intellecftuelîes & arbitraires. 

Les vérités phyfiques, au contraire, 
iie font nullement arbitraires & ne dé-^ 
pendent point de nous , au lieu d'être 
fondées fur dQS (lippofîtions que nous 
ayons faites , elles ne font appuyées que 
jfur des faits ; une fuite de faits fembla- 
î)les f ou ^ fi l'on veut ^ une répétition 



THîjIoire Natiireik;^ 7^ 

flcqueaté & une fuccefîion non inter^ 
rompue des mêmes evènemens , fait 
i'eflence delà vérité phyfique ; ce qu'on- 
■appelle vérité phyfique n'elt donc qu'une 
probabilité, mais une probabilité li grande 
qu'elle équivaut à une certitude. En. 
Mathématique on fuppofe , en Phy- 
fique on pofe <& on établit ; là ce font 
des définitions y ici ce font des fiits ; 
on va de définitions en définitions dans 
ks fciences abflraites , on marche d'ob- 
fervations en obfervations dans les fcicn- 
xes réelles ; dans les premières on arrive 
à l'évidence, dans les dernières à la cer- 
-tiîude. Le mot de vérité comprend l'une 
& l'autre , & répond par conféquent à 
deux idées différentes, la fi^nification 
^ft vague k. compofée , il n eioit donc 
pas poffible de la définir généralement; 
il faljoit , comme nous venons de le faire, 
en diftinguer les genres "afin de s'en 
former une idée nette. 

Je ne parlerai pas des autres ordres 
de vérités; celles de la Morale, par 
Texempïé, qui font en parties réelles & 
^n partie arbitraires , demanderoient une 
longue difpuffion qui nous éloigne roi t de 

D iiij 



8o Marne re Je îrmîer 

notre but, & cela d'autant plus qu'elles 
n'ont pour objet & pour fin que d^s 
convenances & des probabilités. 

L'évidence mathématique & la cer- 
titude ph y fi que font donc les deux feuls 
points fous lelquels nous devons con- 
fidérer la vérité ; dhs qu'elle s'éloignera 
de l'une ou de l'autre , ce n'efl: plus que 
vraifemblance & probabilité. Examinons 
donc ce que nous pouvons favoir de 
Icience évidente ou certaine, après quoi 
nous verrons ce que nous ne pouvons 
connoître que par conjedure , & enfin 
ce c[ue nous devons ignorer. 

Nous fltvons ou nous pouvons fa- 
voir de fcience évidente toutes les pro-t 
priéiés ou plutôt tous les rapports des 
jiombfes, des lignes , des furfaces & de 
toutes les autres quantités abllraites; nous 
pourrons les favoir d'une manière plus 
complète à mefure que nous nous exer- 
cerons à ré foudre de nouvelles qucliions, 
& d'une manière plus fûre à mefure que 
nous rechercherons les caufes des diffi- 
cultés. Comme nous fommes les créa-^ 
teurs de cette fcience; & qu'elle ne 
comprend abfolument rien que ce quç 



THijlou'e Naturelle, §t 

nous avons nous-mêmes imaginé, il ne 
peut y avoir ni obfcurités ni paradoxes 
qui foient re'els ou impofTibles, & on 
en trouvera toujours la folution en exa- 
minant avec loin les principes fuppoiés > 
& en fuivant toutes les démarches qu'on 
a faites pour y arriver: comme les corn- 
binaifons de ces principes & des façons 
de les employer font innombrables , il 
y a dans les M atliématiques un cbamp 
d'une immenle étendue de connoifilmces 
acquifes & à acquérir , que nous ferons 
toujours !es niai très de cultiver quand 
nous voudrons, & dans lequel nous re- 
cueilierons toujours la même abondance 
de vérités. 

Mais ces vérités auroient été perpé- 
tueliementde pure fpéculation , de (impie 
curiofué & d'entière inutilité, fi on nV 
voit pas trouvé les moyens de les afTocier 
aux vérités phyfiques ; avant que de 
confidérer les avantages de cette union, 
voyons ce que nous pouvons eipérer de 
favoir en ce genre. 

Les phénomènes qui s^offrent tous> 
\t$ jours à nos yeux , qui le iuccèdcnt 
êi. fe répètent fans interruption & dan* 

D y 



§2 Manière de traiter 

tous les cas , font le fondement de nos 
connoifTances phyfiques. H fuffit qu'une 
choie arrive toujours de la même façon 
•pour qu'elle faffe une certitude ou une 
vérité pour nous, tous les faits de la 
[Nature que nous avons obfervés, ou 
que nous pourrons ob fer ver , font autant 
■de vérités ; ainfi nous pouvons en aug- 
menter ie nombre autant qu'il nous 
plaira, en multipliant nos obfervations;. 
notre' fcience n'ed ici bornée que par 
ies limites de l'Univers. 
/ Mais lorfqu'après avoir bien conflatë 
ïes fiits par des obfervations réitérées ^ 
lorfqu'après avoir établi de nouvelles 
vérités par des expériences exacfles , nous 
voulons chercher ies raifons de ces 
mêmes faits, les caufes de ces effets j- 
nous nous trouvons arrêtés tout-à-coup, 
réduits à tâcher de déduire les effets, 
d'efîèts plus généraux , & obligés d'a- 
vouer que les caufes nous font & nous 
feront perpétuellement inconnues, parce 
que nos fens étant eux-mêmes les efîèts 
de caufes que nous ne connoifîons point, 
ils ne peuvent nous donner des idées 
^ue des effets, & jamais des caufes; A 



THiflolre Natiireïïe. 8 3 

faudra donc nous réduire à appeler caufe 
un effet général , & renoncer à lavoir 
au-delà. 

Ces effets généraux font pour nous 
ks vraies loix de ia Nature; tous les phé- 
nomènes que nous reconnoîtrons tenir 
à ces loix & en dépendre , leront autant 
de faits expliqués , autant de vérités 
comprifes ; ceux que nous ne pourrons 
y rapporter, feront de fimples fiits qu'il 
faut mettre en réferve, en attendant 
qu'un j:4us grand nombre d'obfervations- 
& vuie plus longue expérience nous- 
apprennent d'autres faits & nous décou- 
•vrent la caufe phyfique, c'efl:-à-dire>.. 
i'eiîèt général dont ces effets particu- 
liers dérivent. C'eft ici où l'union des^ 
■deuxfciences Mathématique & Phyfique 
peut donner de grands avantages , l'une 
donne le combien, & l'autre le com- 
ment des chofes; & comme il s'agit icï 
de combiner & d'eftimer des probabilités 
pour juger fi un effet dépend plutôt 
d'une caufe que d'une autre, lorfque 
vous avez imaginé par la phyfique ie- 
comment,, c'ell-à-dire, lorfque vous 
av€z vu qu'un -tel effet pou rroiî hhm 



§4 Manière Je traiter 
dépendre de lelie caufe, vous appliquez 
en faire le calcul pour vous afîurer du 
combien de cet effet combiné avec là 
.Cîiuiè, & fi vous trouvez que le réfultat 
s'accorde avec ics obfervaiions , la pro- 
babilité que vous avez deviné jufle, 
augmente fi fort qu'elle devient une 
certitude, au lieu que fans ce fecours 
die feroit demeurée fimple probabilité. 

II eft vrai que ceue union des Ma- 
thématiques & de la Phyfique ne peut 
fe fiire que pour un très-petit nombre 
^€ fujets; il faut pour cela que les phé- 
iïomènes que nous cherchons à expli- 
quer, foient fufceptibles d'être confi- 
dérés d'une manière abftraite , & que de 
îeur nature ils foient dénués de prefquc 
toutes qualités phyfiques, car pour peu 
qu'ils foient compofés, le calcul ne 
peut plus s'y appliquer, La plus belle 
^L îa plus heureufe application qu'on en 
îiiî jamais faite , eft au fyftème du monde; 
^L il faut avouer que fi Newton ne nous 
eût donné que les idées phyfiques de 
fon fyftème, fans les avoir appuyées fur 
desévaluations préci(ès& mathématiques, 
^lies n'auroient pas eu à beaucoup près 



THîJloirè Naturelle. 85 

la même force ; mais on doit fentir en 
même temps qu'il y a très-peu de fujcts 
aufîi fimples, c'eft-à-dire, aufîi dc'nués 
deTjualiiés phyfiques que l'efl: celui-ci; 
car la diftance des planètes efl fi grande 
qu'on peut les eonfidèrer les unes à 
l'égard des autres comme n'e'tant que 
des points : on peut en même temps , 
flins fe tromper , fiiire abflradion de 
toutes les qualités phyfiques des pla- 
nètes, & ne confidérer que leur force 
d'attracflion; leurs mouvemens font d'ail- 
leurs les plus réguliers que nous con- 
noiflions, & n'éprouvent aucun retarde- 
ment par laréfillance : tout cela concourt 
à rendre l'explication du fyflème &a 
monde un problème de mathématique, 
auquel il ne falloit qu'une idée phyfique 
heureufement conçue pour le réaliler, 
& cette idée efi: d'avoir penfé que la 
force qui fait tomber les graves à îa 
furface de la terre, pourroit bien être 
la même que celle qui retient la lune 
dans fon orbite. 

Mais , }e le répète , il y a bien peu de 
fil jets en phyfique où l'on puifle appli- 
-quer aujQi avantage ufement les kiencfô 



Î6 Mcw} ère de traiter" 

abllraites, & je ne vois guère qu5 
r Agronomie & l'Optique auxquelles 
elles puiflent être d'une grande utilité ; 
i'Aftronomie par les raiibns que nous 
venons d'expoier, &. l'Optique parce que 
ia lumière étant un corps prefqu'infi- 
îiinient petit dont les effets s'opèrent en 
ligne droite avec une vîteiïe prefque 
infinie, iès propriétés font prcTque ma- 
thématiques, ce qui fait qu'on peut y 
appliquer avec quelque fuccès le calcul 
ÔL les mefures géométriques. Je ne par- 
ierai pas des Mécaniques, parce que 
ja Mécanique rationnelle efl: elle-même 
une fcience mathématique & abftraite ^ 
de laquelle la Mécanique-pratique ou 
l'art de faire & de compofer les ma- 
chines, n'emprunte qu'un feul principe 
par lequel on peut juger tous les effets 
en failant abdradion des frottemens 
& des autres qualités phyfiques. Aufîi 
fn'a-t-il toiijours paru qu'il y avoit une 
cfpèce d'abus dans ia manière dont on 
profeffe la Phyfique expérimentale, 
l'objet de cette Science n'étant point 
^lu tout celui qu'on lui prête. La 
4«iiw)niilration des effets mécaniques,; 



FHipoire NaîureSe. &7 

xroinme dé la puifTance des leviers , des^ 
poulies , de l'équilibre des lolides &l des 
fluides, de l'effet des plans inclinés, de 
celui des forces centrifuges , &c. appar- 
tenant entièrement aux Mathématiques,. 
& pouvant être faifie par les yeux de 
i'efprit avec la dernière évidence , il me- 
paroît fuperflu de la repréfenter à ceux 
du corps ; le vrai but efl: au contraire 
de faire des expériences fur toutes les 
chofes que nous ne pouvons pas me- 
ilirer par le calcul, fur tous les effets 
dont nous ne connoiffons pas encore les 
caufes , & iur toutes les propriétés dont 
310US ignorons les circonftances , cela 
feul peut nous conduire à de nouvelles 
découvertes , au lieu que la démonftra- 
lion des effets mathéjiiatiques ne nous 
apprendra jamais que ce que nous fa- 
vons déjà. 

Mais cet abus n'efl: rien en compa- 
raifon des inconvéniens où l'on tombe 
lorfqu'on veut appliquer la Géométrie 
èi le calcul à des fujets de Phyfique trop 
compliqués, à des objets dont nous ne 
connoiffons pas affezies propriétés pour 
jpouvoir les mefurery o.a eft obligé dai^ 



8 8 Mcimère de îrdiîer 

tous ces cas de fliire des fupporitions 
toujours contraires à la Nature, de dé- 
pouiller le fujet de la plupart de Tes qua- 
lités, d'en faire un être abftrait qui ne 
refTemble plus à l'être réel, &: lorfqu'on 
a beaucoup railonné & calculé lur les 
rapports & les propriétés de cet être 
abllrait, & qu'on efl: arrivé à une con- 
clu fion toute aufTi abftraite , on croit 
avoir trouvé quelque choie de réel, <Sc 
on tranfporte ce rélliltat idéal dans le 
fujet réel, ce qui produit une infinité 
de fiu(îes conféquences & d'erreurs. 

C'efl ici le point le plus délicat & le 
plus important de l'étude des Iciences: 
lavoir bien diftinguer ce qu'il y a de 
réel dans un fujet de ce que nous y 
mettons d'arbitraire en le confidérant , 
reconnoître clairement les propriétés qui 
]ui appartiennent & celles que nous lui' 
prêtons , me paroît être le fondement de 
ia vraie méthode de conduire fon elprit 
dans les fciences ; & fi on ne perdoit 
jamais de vue ce principe , on ne feroit 
pas une faufie démarche, on éviteroit 
de tomber dans ces erreurs lavantes, 
cju'on reçoit fouvem covrane des vérités ^ 



rHifoire Naturelle. 89 

en verroit difparoître les paradoxes, les 
quellions infolubles des fciences ab(^ 
traites, on reconnoîtroit les préjugés & 
les incertitudes que nous portons nous- 
mêmes dans les fciences réelles , on vien- 
droit alors à s'entendre fur la Métaphy- 
fique des fciences, on cefferoit de dii- 
puter, & on fe réuniroit pour marcher 
dans la même route à la fuite de l'expé- 
rience, & arriver enfin à la connoifTance 
de toutes les vérités qui font du refîort 
de l'efprit humain. 

Lorfque les fujcts font trop compli- 
qués pour qu'on puifle y appliquer avec 
avantage le calcul & les meflires , comme 
le font prefqiie tous ceux de l'Hiftoire 
Naturelle & de la Phyfique particulière, 
il me paroît que la vraie méthode de 
conduire /on efprit dans ces recherches 
c'eft d'avoir recours aux obfervations , 
de {qs> raflembler, d'en fliire de nou- 
velles, & en aflez grand nombre pour 
nous afîurer de la vérité des faits princi- 
paux , & de n'employer la méthode 
mathématique que pour eflimer les prct- 
babilités des conféquences qu'on peut 
tirer de ces faiu; fur-tout il faut tacher 



C) o Manière de traiter, &'c> 

de ies généralifer & de pjien diftingucf 
ceux c[ui font eiïentiels de ceux qui ne^ 
font q'.i'acceiToires au fujet que nous 
confîdérons, il faut enfuite les lier en^ 
iemble par les analogies, confirmer ou 
de'truire certains points équivoques, par 
le moyen des expériences, former fon- 
pian d'explication fur la combinaifon 
de tous ces rapports, & les préienier 
dans l'ordre le plus naturel. Cet ordre' 
peut fe prendre de deux façons, la pre- 
mière eH: de remonter des effets parti-- 
Guliers à des effets plus généraux, & 
i'autre de defccndre du général au par- 
ticulier : toutes deux font bonnes , & le 
choix de l'une ou de l'autre dépend 
plutôt du génie de l'Auteur que de fa» 
nature des chofes, qui toutes peuvent 
être également bien traitées par l'une ou 
i'autre de èes manières. Nous allons- 
donner des efiais de cette métliode dans 
îes difcours fuivans, de la THÉORIE 
DE LA Terre, de la Formation 
DES Planètes , & de la Généra^ 
ïiON DES Animaux. 



HISTOIRE 

NATURELLE. 



Second Difcotirs, 



Vidi ego y qucd fuerat qucndam foUdiJJima 
tel/us , 

Ejfe fretiim ; vidï fraStas ex œquore terras; 

Et prccul à pelago conchœ )acin:re mar'uiœ ^ 

Et vêtus inventa ejl in mcntihus anchcra 
fummis ; 

Quodque fuit campus , vallem decurfus 

aquarum 
Fecit f (tf eluvie mons ej] deduéîus in trquor, 

Ovid. Méiam. iîb. 15. 




LJGem4^ iU /a. /la/ure ilûnsia Ciy/ià'/n/fli/f.m tA- /Th 



^5 



fflioiwoiom.^. 



Ihistoire 

NATURELLE- 



SECOND DISCOURS. 

Hijloîre & Théorie de la Terre. 

IL n'ed ici queflion ni de la figure de 
ia Terre (a) , ni de Ion inou veinent, 
îii des rapports qu'elle peut avoir à 
l'ext'irieur avec les autres parties de 
i'Univers ; c'eft là conftitution inté- 
rieure , la forme & fa matière que nous 
nous propofons d'examiner. L'hilloire 
générale de la Terre doit précéder l'hil- 
toire particulière de les productions , & 
les détails des faits fincfuliers de la vie & 
des moeurs dts animaux ou de la culture 
f3c de la végétation des plantes, appar- 

fa) Voyez ci-après les Preuves dç la théorie de 
ia Terre, art, L 



'ç4 Hijlolre Naturelle, 

îîennent peut - être moins à l'Hidoirç 
Naturelle que les réfultats généraux àts 
obfervations qu'on a faites îur les difFé- 
jentes madères qui compo(ent le globe' 
terreftre , fur les éminences , les profon- 
deurs & les inégalités de fa forme, fur 
le mouvement d^s mers , fur la di- 
jedion des montagnes, fur la pofition 
des carrières , fur la rapidité &: les effets 
des courans de la mer, &c. Ceci eft la 
Nature en grand , & ce font - là fes 
principales opérations , elles influent fur 
toutes ks autres, & la théorie de ces 
effets efl: une première fcience de la- 
quelle dépend l'intelligence des phé- j 
nomènes particuliers , aufli - bien que 
ia connoifîîuice exa<5lc des fubflances 
îerreflres ; & quand même on voudroit 
donner à cette partie des fciences na- 
turelles le nom de Phyfiqiie, toute phy- 
fique où l'on n'admet, point de fyfl:èmes.i 
n'efl-elle pas l'Hiftoire de la Nature î 

Dans des fujets d'une vafte étendue 
dont les rapports font difficiles à rappro- 
cher, où les faits font inconnus en partie, 
& pour le relie incertains , il eft plus aifé 
d'imaginer un fyftème que de donnée 



Théorie de la Terre. -95 

tine théorie ; auffi {a tliéorie de la terre 
n'a-t-eile jamais"^ été traitée que d'une 
rnanière v?^ue & hypothétique. Je ne 
parlerai donc que légèrement des idées 
Singulières de quelques Auteurs qui ont 
^ccrit fur cette matière. ^ 

L'un (b) plus ingénieux que raîfon- yfhi^fiy^^ 
nable , A Aronome convaincu du fyftème 
de Newton , fcnvifageanttous les évènc^ 
mens poiîibies du cours & de la direc- 
tion des aftres , explique , à l'aide d'ua 
calcul mathématique , par la queue d'une 
comète , tous les changemens qui font 
arrivés au globe terreftre. 

Un autre ^c^, Théologien hétérodoxe, '^/x^'/i. ^ 
fa tête échauffée de vifions poétiques , 
croit avoir vu créer l'Univers, ofant 
prendre le ftyle prophétique, après nous . 
Avoir dit ce qu'étoitla terre au fortir du 
néant , ce que le déluge y a changé, ce 
qu'elle a été & ce qu'elle ed ; il nous 
-prédit ce qu'elle fera , même après la 
deftrudion du genre humain. 

(h) Whi^Qn. Voyez les preuves de la théorie 
/ie la Terre , art, 1 1, 

(c) Burnet. Voyez les preuves de la théorie df^ 
jta Terre, ^/, Il h i 



p6 Hiffokc Naturelle* 

n^^^ I .V Un troifième fd), à la vérité meiffeur 
ri j^dfii caret , ^ \ ^\ 

obiervateur que ks deux premiers, maiî 

tout auffi peu réglé dans les idées , ex- 
plique par un abyme immenfe d'un li- 
quide contenu dans les entrailles du 
globe, les principaux phénomènes de la 
terre, laquelle, félon lui, n'eft qu'une 
croûte fuperficieile & fort mince qui fert 
d'enveloppe au fluide qu'elle renferme. 

Toutes ces hypothèles faites au hafird, 
& qui ne portent que iur des fbndemens 
ruineux , n'ont point éclairci les idées 
& ont confondu les fiits , on a mêlé la 
fable à la Phyfique, aulîi ces fyflcmcs 
n'ont été reçus que de ceux qui reçoi- 
vent tout aveuglément , incapables qu'ils 
font de diflinguer \q.^ nuances du vrai- 
iemblable , & plus flattés du merveilleux 
que frappés du vrai. 

Ce que nous avons à dire au fujet de 
la terre , fera lans doute moins extraor- 
dinaire , (Se pourra paroître commun ea 
comparaiion des grands fyftèmes dont 
nous venons de parler; mais on doit fe 
ibuvenir qu'un Hiftorien ed: fiit pour 
décrire & non pour inventer , qu'il ne 

(d) Woodward. Voyez lej preuves, art, J V, 

doit 



Théorie de la Terre, ()y 

doit fe permettre aucune fuppofition , 
& qu'il ne faut faire uiage de Ion ima- 
gination que pour combiner les obfer- 
varions , généralifer les fîiits , & en for- 
mer un enfembie qui prëfente à i'efprit 
un ordre méthodique d'idées claires & 
de rapports fuivis &: vraifemblables ; je 
dis vraifemblables , car il ne faut pas 
efpérer qu'on puiffe donner des démonf- 
trations exactes fur cette matière , elles 
n'ont lieu que dans les fciences ma- 
thématiques, & nos connoilFances en 
Phyfique & en Hiftoire Naturelle dé- 
pendent de l'expérience & fe bornent à 
des inductions. 

Commençons donc par nous repré- 
fcnter ce que l'expérience de tous les 
temps & ce que nos propres obfèrvations 
nous apprennent au fujet de la terre. Ce 
globe immenle nous offre à la furface., 
des hauteurs , des profondeurs, des plai- 
nes, des mers, des marais, dQs fleuves, 
des cavernes, des gouffres , des volcans, 
& à la première infpedion nous ne dé- 
couvrons en tout cela aucune régularité, 
aucun ordre. Si nous pénétrons dans foa 
intérieur, noas y trouverons des métaux. 

Tome I, JE» 



■() 8 'Hifolre Nûtîirelk: 

des minéraux , des pierres, des bîtumeSj^ 
des fables , des terres , des eaux & des 
madères de toute elpèce , placées comniq 
au hafard & ians aucune règle apparente ; \ 
en examinant avec pius d'attention, noua | 
voyons des montagnes afTaifTées (ej , des \ 
rochers fendus &. brifés , des contrées 
englouties , des îles nouvelles , des ter--* 
reins fubmergés, des cavernes comblées ; 
nous trouvons des matières pefmtes fou- 
vent polées fur des matières légères , des 
corps durs , environnés de fubdances 
molles, des chofcs sèches, humides", 
chaudes , froides, folides , friables , toutes 
mêlées & dans une efpèce de confufioa 
qui ne nous préfente d'autre image que 
celle d'un amas de débris & d'un monde 
en ruinç. 

Cependant nous habitons ces ruines 
avec une emière fécurité ; les générations 
d'hommes , d'animaux , de plantes (e 
fuccèdcnt Ians interruption , la terre 
fournit abondamment à leur lubfillance ; 

(e) Vuîe Senec. (jim^. Uh, VT, cap. 2 1 . Strab. 
Geograplu Iil\ I. Orol". lilu II, cap, i S. Plin. Uh. Il, 
tap, ip. Hift, de i'Acid, des 5c. année lyçSt 



TJîéone de h Terre. ' ^^ 

ïa mer a des iimites & des loix , iès 
mouvemens y fom afîujettis , l'air a Tes 
courans réglés /J^, les faifons ont leurs 
retours périodiques & certains , h ver- 
dure n'a jamais manqué de fuccéder 
îiux friniats ; tout nous paroit être dans 
J'ordre ; la terre qui tout-à-i'heure n'é- 
toiî qu'un cahos , eft un féjour délicieux 

où rèornent le calme &: l'harmonie , où 
^ . . . - 

tout eil animé & conduit avec une puii- 

fance & une intelligence. qui nous rem- 

piiilent d'admiration & nous éièvent 

jufqu'au Créateur. 

Ne nous preiïons donc pas de pro- 
noncer fur l'irrégularité que nous voyons 
à ïa furface de la terre , & fur le défcrdre 
apparent qui ie trouve dans fon intérieur, 
xar nous en reconnoîtrons bientôt l'u- 
tilité , & même la nécellité ; & en y failànt 
pîus d'attention nous y trouverons peut- 
être un ordre que nous ne foupçonnions 
pas , ÔL des rapports généraux que nous 
ai'apercevions pas au premier coup 
d'oeil. A la vérité nos connoi (lances à 
cet égard feront toujours bornées : nous 
lie connoifTons point encore la fur fa ce 

{fj Voyez !es preuves , art, XÎV, 

£i) 



fïôo 'Eîjîohe Naturelle: 

entière fg) du globe , nous ignorons en 
partie ce qui le trouve au fond des mers ; 
il y en a dont nous n'avons pu fonder les 
profondeurs : nous ne pouvons pénétrer 
que dans l'ëcorce de la terre , & les plus 
grandes cavités (h)^\es mines (î) les plus 
profondes ne defcendent pas à la huit 
millième partie de fon diamètre ; nous ne 
pouvons donc juger que de la couche 
extérieure & prelque fuperficielle , l'in- 
térieur de la mafie nous eft entièrement 
inconnu ; on fait que , volume pour 
volume , la Terre pèie quatre fois plus 
que le Soleil; on a aufîi le rapport de 
fa pefanteur avec les autres planètes , mais 
ce n'eft qu'une eilimation relative, l'unité 
de mefure nous manque , le poids réel de 
ïa matière nous étant inconnu , en forte 
que l'intérieur de la terre pourroit être 
ou vide ou rempli d'une matière mille 
fois plus pelante que l'or , & nous 
n'avons aucun moyen de le recon- 
noître; à peine pouvons-nous former 

(g) Voyez les preuves , art. VJ, 

(h) Voy. TrmJ. Phil. Abrig\ vol. TI , p. 3 2 3; 

(ij Voyez Boyk's Works , vol. Jll, p, 23a, 



Théorie de la Terre. i o r 

far cela quelques conjedures (k) raifon- 
nahies. 

li fcUit donc nous borner à examiner 
& à décrire la furfiice de la terre & la 
petite e'paiiïeur intérieure dans laquelle 
nous avons pénétré. La première choie 
qui fe préiente, c'eft l'immenie quantité 
d'eau qui couvre la plus grande partie 
du globe ; ces eaux occupent toujours 
les parties les plusbafîes, eiles font aufli 
toujours de niveau , & elles tendent p'er- 
pétuellement à l'équilibre & au repos : 
cependant nous les voyons agitées (l) par 
une forte puiflance , qui s'oppofant à ia 
tranquillité de cet élément, lui imprime 
un mouvement périodique & réglé , fou- 
lève & abaiiïe alternativement les fîots , 
& fîiit un balancement de la maffe totale 
des mers en les remuant jufqu'à la plus 

; grande profondeur. Nous favons que 
ce mouvement efl: de tous les temps , & 
qu'il durera autant que la lune & le 

.ioleil qui en font les caufes. 

Confidérantenfuite le fond de la mer, 

(k) Voyez les preuves, art. h 

(l) Voyez les preuycs, an, Xll. 

E iij 



Î02 HiJIoire Naîurelle: 

îiaus y remarquons autant d'inégaïités fm) 
que fur la furface de ia terre ; nous y 
trouvons des hauteurs (n), des vallées , des 
plaines , des profondeurs , des rochers , 
des terreins de toute efpèce ; nous 
voyons que toutes les îles ne font que les 
iommets de vades montagnes foj, dont 
ie pied <Sc les racines font couvertes de 
î'élément liquide ; nous y trouvons 
d'autres fommets de montagnes qui font 
prefqu'à fleur d'eau, nous y remarquons 
des courans rapides (p) qui femblent le 
jTouflraire au mouvement générai : on les 
voit (q) fe porter quelquefois conflam- 
lîient dans la même diredion, quelque- 
fois rétrograder & ne jamais excéder 
leurs limites, qui paroifîent aufîî inva- 
riables que celles qui bornent bs efforts 
des fleuves de la terre. Là font ces con- 
trées orageufcs ou les vents en fureui: 

(m) Voyez les preuves, an. JiJII, 

(n) Voyez la Carte diefTée en 1737 par Mi 
Buache, àts profondeurs de l'Océan entre l'Afrique 
& l'Amérique, 

(0) Voyez Varen, Geogr, gen. page 2 l 'S. 

(p) Voyez les preuves , an, XIll, 

(q) Voyez Varen. page j^o. \oyt% auffi ie| 
Voyages de Tyrard , i^'-'gs jjZa 



Théorie Je la Terre, 103 

|)ïc'cipltciit la tempête , 011 la mer & le 
ciel également agites fe choquent & fè 
confondent : ici font des niouvemens 
intedins , des bouillonnemens (rj , Aqs 
trombes (f) ôl des agiLadons extraordi- 
naires cauiees par des volcans dont fa 
bouche fubmergée vomit le feu du feiii 
des ondes, & pouffe jufqu'aux nues une 
épaiffe vapeur mêlée d'eau, de foufre 
ôc de bitume. Plus loin je vois ces 
gouffres ftj dont on n'ofc approcher , 
qui femblent attirer les vailTeaux pour les 
engloutir : au-delà j'aperçois ces vaPtes 
plaines toujours calmes & tranquilles fuj, 
mais tout auffi dangereules , où les vents 
n'ont jamais exercé leur empire , 011 i'art 
du Nautonier devient inutile^ où il faut 
reRer &. périr : enfin portant les yeux 
jufqu'aux extrémités du globe, je vois 
ces glaces énormes (WJ qui fe détachent 

(^rj Voyez les Voyages de Shaw, tame II ^ 

(f) Vo)'ez les preuves, an. JÏVI, 

(t) Le Maieiirooni dans îa mer de Norvège. 

(n) Les calmes & les tornados de la mer Éilûo:; 
|)ique. 

(x] Voyez ks preuves, «;/. Vl àr X, 

Eiiij; 



iTo4 HiJIôhê Naturelle: 

des continens des pôles , & viennent 
comme des montagnes flottantes voya- 
ger ^ fe fondre jui'qué dans les régions 
tempe' ré es. fy). 

Yoiîà les principaux objets que nous 
offre le vafte empire de la mer ; des 
milliers d'habiians de différentes efpè- 
ces en peuplent toute l'étendue , les 
uns couverts d'écailies légères en tra- 
verfènt avec rapidité les diBérens pays , 
d'autres chargés d'une épaifle coquille 
fe traînent pefamment & marquent avec 
lenteur leur route fur le iable ; d'autres 
à qui la Nature a donné des nageoires 
en forme d'ailes , s'en fervent pour s'é- 
ïcver & fe foutenir dai^ les airs ; d'autres 
enfin à qui tout mouvement a été rcfufé, 
croiiïent & vivent attachés aux rochers ; 
tous trouvent dans cet élément leur pâ- 
ture. Le fond de la mer produit abon- 
damment des plantes , des moufles & 
des végétations encore plus fingulières , 
-îe terrein de la mer eft de fible , de gra- 
vier , fouvent de vafe , quelquefois de 
terre ferme , de coquillages , de rochers, 

(y) Voyez la Carte de l'expédition de M. Bouvet^ 
dreirée par M. Buache en j 73 9. 



Théorie de h Terre. 105 

&: pnr - tout ii reiTeinbie à la terre que 
nous habitons. 

Voyageons maintenant fur la partie 
sèche du globe , quelle difîérence pro- 
digieufe entre les climats ! quelle varie'té 
de terreins ! quelle inégalité de niveau 1 
mais obiervons exactement , & nous re- 
connoîtrons que les grandes chaînes (-^ 
de montagnes ie trouvent plus voifines 
de l'équateur que des pôles ; que dans 
l'ancien continent û\qs s'étendent d'o- 
rient en occident beaucoup plus que du 
nord au fud , & que dans le nouveau 
monde elles s'étendent au contraire du 
nord au fud beaucoup plus que d'orient 
en occident ; mais ce qu'il y a de très- 
remarquable, c'ell que la forme de qq.s 
montagnes & leurs contours qui paroi f- 
fènt ablolument irréguliers (a) , ont ce- 
pendant des directions fui vies & corref^ 
pondantes entr'eiles (b) , en forte que les 
angles faillans d'une mpntagne fe trou- 
vent toujours oppofés aux angles rentrans 
de la montagne voifme qui en eft léparée 

(l) Voyez les preu\es, arr, IX. 
{a) 'No-^tTL les preuves , art,^ IX if XIL 
fij Voyez I^çtlres phil» de Bourguet, page j Siii 

£ Y 



{jo6 Hijlo'tre Naîwelle: 
par un vallon ou par une profondeur. 
J'obferve auiïi que les collines oppofées 
ont toujours à très-peu près la même 
îiauteur , & qu'en général les montagnes 
occupent le milieu des continens &: par- 
tagent dans la plus grande longueur 
les îles 5 les promontoires & les autres 
terres avancées (c): je fuis de même la 
diredion des plus grands fleuves , & je 
vois qu'elle efl: toujours prefque per- 
pendiculaire à la côte de la mer dans 
laquelle ils ont leur embouchure , & que 
dans la plus grande partie de leur cours 
iis vont à peu près (d) comme les chaînes 
de montagnes dont ils prennent leur 
fource & leur direction. Examinant 
enfuite les riva ores de la mer, je trouve 
qu'elle efl ordinairement bornée par des 
îochers, des marbres & d'autres pierres 
dures , ou bien par des terres & des 
febles qu'elle a elle-même accumulés 
ou que les fleuves ont amenés , & je 
remarque que les côtes voifines & qui 
lie font réparées que par un bras ou par 
un petit trajet de mer, font coinpofées 

(c) Vide Varemi Geogr. pag. 69, 

(d) Voyez les preuves , arti X^ 



Tlîéone de la Terre^ 107 

fies mêmes matières, <Sc que les lits de 
terre font les mêmes de l'un & de l'atitre 
côté ^^y^; je vois que les volcans (f) fe 
trouvent tous dans les hautes montacrnes, 
qu'il y en a un grand nombre dont les 
feux font entièrement éteints , que quel- 
ques-uns de ces volcans ont des corrcf^ 
pondances fouterraines ("g) , & que leurs 
explofions fe font quelquefois en même 
temps. J'aperçois une correfpondance 
femblable entre certains lacs & les mers 
voilines ; ici font des fleuves & des 
torrens (h) qui fe perdent tout- à-coup & 
paroifîent fe précipiter dans les entrailles 
de la terre, là eft une mer intérieure où 
fe rendent cent rivières qui y portent de 
toutes parts une énorme quantité d'eau, 
fans jamais augmenter ce lac immenfe , 
qui femble rendre par des voies fouter- 
raines tout ce qu'il reçoit par fes bords, 
& chemin faifant je reconnois aifément 
les pays anciennement habités , je les 
dillingue de ces contrées nouvelles où 

'(e) Voyez les preuves , art. Vil, 

(f) Voyez les preuves , art, XVI. 

(g) Vide Kh'chtr Alund, jiihter, in praj^ 
^h) Voyez. Yann^ Ceogr. page 43. 

ii vj 



[10 D Hîjloire Naturelle» 

îe terrein paroît encore tout brut, oBI 
ïes fleuves font remplis de catarad:es , 
où les terres font en partie fubniergées , 
lîiarécageufes ou trop arides , où ia dif- 
tribution des eaux eft irréguiière, où <\t% 
bois incultes couvrent toute la furfiice 
des terreins qui peuvent produire. 

Entrant dans un plus grand détail, je 
vois que la première couche (i) qui enve- 
loppe le globe, efl: par-tout d'une même 
fub (tance ; que cette fub (tance qui fert 
à fiùre croître & à nourrir les végétaux 
& les animaux , n'efl eilc - même qu'un 
compolé de parties animales & végétales 
détruites, ou piutôt réduites en petites 
parties , dans lefquelles l'ancienne orga- 
niduibn n'cfl: pas lenfible. Pénétrant 
phis avant , je trouve la vraie terre , je 
vois des couches de fable , de pierres à 
chaux , ■ d'argile , de coquillages , de 
marbre, de gravier, de craie , de plâtre, 
&c. & ^ remarque que ces couches (k) 
font toujours pofées parallèlement \^ 
unes (iir les autres (l) , ôl que chaque 

^1) Voyez les pretlVes , ûri, VU 

(h) Voyez idem. 

(IJ Vj)>;ez Voodiyajrci , pnge ^r ^ i?'c^^ 



Thème de h Terre. \ oc^ 
tceuche a ia même épaiiïeur dans toute 
fon étendue : je vois que dans les collines 
voifines les mêmes matières fe trouvent 
au même niveau , quoique les collines 
ibient féparées par des intervalles pro- 
fonds & confidérables. J'obferve que 
dans tous les lits de terre ^mj^ & même 
dans les couches plusfolides, comme dans 
ies rochers , dans les carrières de mar- 
bres & de pierres^ il y a des fentes , que 
ces fentes (ont perpendiculaires à l'ho- 
rizon , & que dans les plus grandes 
comme dans les plus petites profon- 
deurs , c'efi: une efpèce de règle que ia 
Nature fuit conflamment. Je vois de 
plus que dans l'intérieur de la terre , fur 
ia cime des monts ^nj & dans les lieux 
les plus éloignés de la mer, on trouve 
des coquilles , des fquelettes de poif- 
ifons de mer , des plantes marines , &c. 
qui font entièrement femblabies aux co- 
quilles , aux poifTons, aux plantes a(^tuel- 
lement vivantes dans la mer, & qui en 
: effet font abfolument les mêmes. Je re- 
marque que ces coquilles pétrifiées font 

/'.'/y' Voyez ies preuves ; aru VIII 
■'J Voyçz idem, 



fl I ô" H'ijlolre Naturelle: 

en prodigieufc quantité, qu'on en trouvé' 
dans une infinité d'endroits , qu'elles 
font renfermées dans l'intérieur des ro- 
chers & des autres mafles de marbre <Sc 
de pierre dure , aufli-bien que dans les 
craies & dans les terres ; & que non-feu- 
lement elles font renfermées dans toutes . 
ces matières, mais qu'elles y font incor- 
porées , pétrifiées &: remplies de la fubl- 
cance même qui les environne : enfin je 
îne trouve convaincu par des obferva- 
tions réitérées , que les marbres , les 
pierres , les craies , les marnes, les argiles, 
les fables & prelque toutes les matières 
îerreflres font remplies de coquilles (o) 
& d'autres débris de la mer, & cela par 
toute la terre & dans tous les lieux où 
i'on a pu faire des obfervations exad;es. 

Tout cela pofé , raifonnons. 

Les changemens qui font arrivés au 
globe terrefire depuis deux & même 
trois mille ans , font fort peu confidé- 
Tables en comparaifon des révolutions > 
qui ont dû le faire dans les premiers 

fo) Voyez Stenon, Woodward, Ray, Bourguet, 
Scheuchzsr, les Tranf, phii, les Mém, de TAcadg 



T'Iieone Je la Terre: 1 1 T 

Icmps après la création ; car il ell aifô 
de démontrer que comme toutes les 
matières terreftres n'ont acquis de la fo- 
' îidité que par l'ad;ion continuée de la 
gravité &. des autres forces qui rappro- 
chent & réunifient les particules de la 
' matière, ia furface de ia terre devoit être 
au commencement beaucoup moins fo- 
" iide qu'elle ne Veiï devenue dans la fuite , 
' & que par conféquent les mêmes caufes 
qui ne produifent aujourd'hui que des 
changemens prefqu'infenfibles dans i'ef- 
!pace de plufieurs fiècles, dévoient caufer 
alors de très - grandes révolutions dans 
un petit nombre d'années : en effet , \l 
paroît certain que la terre aduellem^ent 
.sèche & habitée, a été autrefois fous 
j les eaux de la mer , & que ces eaux 
Ictoient fupérieures aux fommets des 
plus hautes montagnes, puifqu'on trouve 
: îiir ces montagnes & jufque fur leurs 
I fommets des produdlions marines & des 
' coquilles , qui , comparées avec les co- 
quillages vivans font les mêmes, & qu'on 
ne peut douter de leur parfaite reffem- 
blance ni de l'identité de leurs efpèces. 
Il paroît aufli que ks çaux de la mer OAt; 



tîi Hiflmre Naturelle; 

féjourné quelque temps fur cette terre l 
puifqu'on trouve en plufieurs endroits 
des bancs de coquilies fi prodigieux & 
fi e'tendus qu'il n'efl: pas pofîibie qu'une 
au lîi grande fp) multitude d'animaux ait 
été' tout-à-la-fois vivante en même temps: 
cela (emble prouver aufîi que quoique 
îes matières qui compofent la furface 
de la terre fuiîent alors dans un état de 
niolleffe qui les rendoit fufceptibles d'être 
aifément divifées, remuées & tranfpor- 
tées par [es eaux , ces mouvemens ne fe 
font pas faits tout-à-coup , mais fuccef- 
fivement & par degrés ; & comme on 
trouve quelquefois des productions de 
la mer à mille & douze cents pieds de 
profondeur , il paroît que cette épaif- 
feur de terre ou de pierre étant fi confi- 
dérable , il a fallu des années pour la 
produire : car quand on voudroit fup- 
polêr que dans le déluge univerfel tous 
îes coquillages eufTent été enlevés du 
fond àcs mers & tranfportés fur toutes 
îes parties de ia terre , outre que cette 
fuppofïtion feroit difficile à établir (qj, à 

(p) Voyt-L les preuves , art, VUL 
(q) Voyez }e* preuves ^ art^ K 



Théorie de la Terre. 1 13 
cft clair que comme on trouve ces co- 
quilles incorporées &l pétrifiées dans les 
marbres & dans les rochers des plus hautes 
montao-nes , il fîiudroit donc fuppofer 
que ces marbres & ces rochers eu lient 
été tous formés en même temps <& pré- 
cifément dans l'inftant du déluge , & 
qu'avant cette grande révolution il n'y 
avoit fur le globe terreftre ni montagnes, 
ni marbres, ni rochers, ni craies, ni au- 
cune autre madère fembîable à celles que 
nous connoiflons , qui prefque toutes 
contiennent des coquilles & d'autres 
débris des produ(51ions de la mer. D'ail- 
leurs la furface de la terre devoit avoir 
acquis au temps du déluge un degré 
confîdcrable de folidité , puilcjue la gra- 
vité avoit agi fur les matières qui la corn- 
pofent , pendant plus de feize fiècîes, & 
par conléquent il ne paroît pas pofîlble 
■que les eaux du déluge aient pu boule- 
verfer les terres à la furface du globe 
jufqu'à d'auffi grandes profondeurs dans 
le peu de temps que dura l'inondation 
univerfelle. 

Mais fans infifter plus long-temps fur 
ce point qui fera difcuté dans la fuite , 



1Î4 Hijlolre Naturelle. 
je m'en tiendrai maintenant aux oî^itr-* 
vations qui font confiantes , & aux fliiis 
qui font certains. On ne peut douter 
c[ue ies eaux de ia mer n'aient iejourné 
iur la furface de ia terre que nous iia- 
bitons , & que par confequent cette 
même furface de notre continent n'ait 
été pendant ([ueique temps ie fond d'une 
mer, dans laquelle tout fe pafTqit comme 
tout fè paffe adueilement dans ia mer 
d'aujourd'hui ; d'ailleurs les couches des 
différentes matières qui compofent la 
terre, étant, comme nous l'avons remar* 
que (r), pofées parallèlement & de ni- 
veau , il effc clair que cette pofition efli 
i'ouvrage des eaux qui ont amafTé & ac-* 
cumulé peu à peu ces matières & leur onti 
donné la même fituation que l'eau prend 
toujours elle-même , c'elt-à-dire , cette 
fituation horizontale , que nous obfer- 
Yons prefque par - tout ; car dans lesn 
plaines les couches font exa<ftement ho-^ 
rizontaies , & il n'y a que dans les mon- 
tagnes où elles foient inclinées , comme 
ayant été formées par des fédimens dé- 
pofés fur une bafe inclinée , c'eft-à-dire; 
(rj Voyez les preuves ^ an^ yil^ 



Théorie de h Terre. 115 

fur un terrein penchant : or je dis que 
ces couches ont été fonnées peu à peu, 
& non pas tout d un coup par quelque 
révolution que ce foit, parce que nous 
trouvons ibuvent des couches de ma- 
tière plus pefànte , polées fur àcs cou- 
ches de matière beaucoup plus légère ; 
ce qui ne pourroit être , fi , comme le 
veulent quelques Auteurs , toutes ces 
matières dilTouies (f) &. mêlées en même 
îemps dans l'eau , fe fufîent enfuite pré- 
cipitées au fond de cet élément, parce 
qu'alors elles eufîent produit une toute 
autre compofition c]ue celle qui exifte ; 
îes matières les plus pefantes feroient 
descendues les premières ôc au plus bas ; 
& chacune ie feroit arrangée fuivant (a 
gravité Ipécifique , dans un ordre rela- 
tif à leur pefanteur particulière , &. nous 
ne trouverions pas des rochers maffifs fur 
des arènes légères , non plus que des 
charbons de terre fous des argiles, des 
glaifes fous des marbres , Ôl des métaux 
fur des fables. 

Une chofe à laquelle nous devons 
f ncore faire attention , & qui confirme 
(fj Voyez les preuves, art, IJ^^ 



î I 6 Hïjloire Naturelle, 

ce que nous venons de dire fur îa for- 
mation des couches par le mouvement 
& par le fédimem des eaux, c'eil que 
toutes les autres caufes de révoiuiion ou 
de changement fur le globe ne peuvent 
produire les mêmes effets. Les monta- 
gnes les plus éieve'es font compofees 
de couches parallèles tout de même que 
les plaines les plus baffes , & par con- 
fcquent on ne peut pas attribuer l'ori- 
gine & la formation des montagnes à 
des fecoufles , à des trembîemens de 
terre , non plus qu'à des volcans ; <Sc 
nous avons des preuves que s'il fe forme 
quelquefois (t) de petites éminences par 
ces mouvemens convulfifs de la terre , 
ces éminences ne font pas compofees 
de couches parallèles ; que les matières 
de Ces éminences n'ont intérieurement 
aucune liaifon , aucune pofition régu- 
lière , & qu'enfin ces petites collines 
formées par les volcans ne préientent 
aux yeux que le défordre d'un tas de 
matière rejetée confufémem ; mais cette 
efpèce d^organifation de la terre que nous 
découvrons par -tout , cette fituation 
(t) Voyez les preuves, an^ XV ÎU 



Théorie de la Terre, \\j 

horizontale & parallèle àts couches , ne 
peuvent venir que d'une caufe conl- 
xwMQ ôc d'un mouvement régie & tou- 
jours dirige' de la même ilicon. 

Nous Ibmmes donc afTurés par des 
obfervations exades, réitérées & fondées 
lur des fliits incontefhibles, que la partie 
sèche du globe que nous bahitons a été 
long-temps fous les eaux de la mer ; par 
conléquent cette mêuie terre a éprouvé 
pendant tout ce temps les mêmes mou- 
veinens , les mêmes changemens qu'é- 
prouvent adluellement les terres cou- 
vertes par la mer. Il paroît que notre terre 
a été un fond de mer; pour trouver donc 
ce qui s'eft paiïé autrefois fur cette terre, 
voyons ce qui le pafîe aujourd'hui fur le 
fond de la mer, & de-là nous tirerons 
des indudions raifonnables fur la forme 
extérieure & la compofition intérieure 
^es terres que nous habitons. 

Souvenons-nous donc que la mer a 
de tout temps , & depuis la création , un 
mouvement de fîux & de reflux caufé 
principalement par la lune ; que ce mou- 
vement qui dans vingt -quatre heures 
Élit deux fois élever & baiffer les eaux , 



^I I 8 'Hifîoh-e 'Naturelk: 

s'exerce avec plus de force fous l'equil* 
teiir que dans les autres climats. Sou- 
Yenons-nous aufTi que la terre a un 
mou veinent rapide fur Ton axe, & par 
conlec[uent une force centrifuge plus 
grande à l'equateur que dans toutes les 
autres parties du globe ; que cela {^v\ , 
indépendamment des obfervations ac- 
tuelles (Se des mefures , nous prouve 
qu'elle n'eil pas ^parfaitement Iphérique, 
mais qu'elle eft plus élevée ious l'equa- 
teur que fur les pôles; & concluons de 
ces premières oblervaiions , que c[uand 
même on fuppoferoit que la terre e(t 
fortie des mains du Créateur parfiite- 
ment ronde en tout lens ( fuppolition 
gratuite & qui marqueroit bien le cercle 
étroit de nos idées ) , fon mouvement , 
diurne & celui du flux & du reflux au- 1 
roient élevé peu à peu les parties de 
l'equateur, en y amenant fucceffivement 
ics limons , les terres , les coquillages , 
<Scc. Ainfi les plus grandes inégalités du 
globe doivent iè trouver & le trouvent 
en effet voifines de l'equateur; & comme 
ce mouvement de flux & de reflux fii) fq, 
(il) Voyez les preuves, art^ Xîl» 



Théone cle h Terre, \ ïp 

fc,'.i par des alternatives journalières ôz 
YcpéiéQS ians interruption ; il cil fort 
iic rurel d'imaginer qu'à chaque fois les 
eaax emportent d'un endroit à l'autre 
une petite quantité de matière , laquelle 
tonihéSenfuite comm.e un fédiment au 
■ 'id de l'eau , &. forme ces couches 

.illèies ik horizontales qu'on trouve 
i^.ir-tout ; car la totalité du mouvement 
des eaux dans le nux &: le reflux étant 
liorizontaîe , les matières entraînées ont 
îiccellaircnient fuivi la même direction 
&: fe font toutes arrangées parallèlement 
é. de niveau. 

Mais , dira-t-on , comme îe mouve- 
ment du fîux & reflux ePc un balancement; 
égal des eaux, une efpèce d'ofciilation 
régulière , on ne voit pas pourquoi 
tout ne feroit pas compenfé , & pour- 
quoi les matières apportées par le flux 
ne leroient pas remportées par le reflux, 
êi. dès-lors la caufc de la formation des 
couches difparoît, & le fond de la mer 
doit toujours reucr le menie , le fîux 
détruifant les efîèts du reflux, & l'un & 
i'autre ne pouvant caufèr aucun mou^ 
venient, aucune altération fenfible dan$ 



12Ô Hïjloire Naturelle» 

le fond de la mer, & encore moins ei\ 
changer la forme primitive en y produi- 
{àntdes hauteurs & des inécxalités. 

o 

A cela je réponds que le balancement 
des eaux n'eft point égal , puifqu'ij pro- 
duit un mouvement continuel delà mer 
de l'orient vers l'occident , que de plus 
i'agitation cauféc par les vents s'oppofè 
à l'égalité du flux & du reflux , & que 
de tous les mouvemens dont la mer eft 
fufceptible, il réfultera toujours des tranf- 
ports de terre & des dépôts de matières 
dans de certains endroits ; que ces amas 
de matières feront compofés de couches 
parallèles & horizontales , les combi- 
nailons quelconques des mouvemens de 
îa mer tendant toujours à remuer les 
terres & à les mettre de niveau les unes 
fur les autres dans les lieux où elles tom- 
bent en forme de fédiment ; mais de 
plus il efl aifé de répondre à cette ob- 
jedion par un fait , c'efl que dans toutes 
ies extrémités de la mer où l'on obfèrve 
îe flux & le reflux , dans toutes les côtes 
qui la bornent, on voit que le flux amène 
une infinité de choies que le reflux ne 
jremporte pas, qu'il y a des terreins que 

fa mer 



Théorie de h Terre. i 2 f 

îa mer couvre infenfiblement (x), ôc 
d'autres qu'elle laifTe à découvert après 
y avoir apporté des terres , des {ables , 
des coquilles, &c. qu'elle dépofe, & qui 
prennent naturellement une lituation ho- 
rizontale , & que ces matières accumulées 
par la fuite des temps & élevées juf^ 
qu'à un certain point , fe trouvent peu 
à peu hors d'atteinte aux eaux , refient 
enfuite pour toujours dans J'état de 
terre sèche, & font partie des continens 
terreftres. 

Mais pour ne îaifler aucun doute (ûr 
ce point important, examinons de près 
ia polîibilité ou i'impofïibilité de la for- 
mation d'une montagne dans le fond de 
îa mer par le mouvement ôi par le fé- 
diment des eaux. Perfonne ne peut nier 
que fur une côte contre laquelle la mer 
agit avec violence dans le temps qu'elle 
eft agitée par le flux , fès efforts réité- 
rés ne produi(ent quelque changement, 
& que les eaux n'emportent à chaque 
fois une petite portion de la terre de la 
côte , & quand même elle feroit bornée 
de rochers , on fait que l'eau ufè peu à 
/xj Voyez les preuves, art, XIX» 

Tome I. f 



fi 2 2 Hijioire Naturelle: 

peu ces rochers (y), & que par confe-* 
quent elle en emporte de petites parties 
à chaque fois que la vague iè retire après 
s'être brilée : ces particules de pierre ou 
de terre , feront néceilîiirement tranlpor^ 
tées par les eaux jufqu'à une certaine 
diflance & dans certains endroits où 
îe mouvement de l'eau (è trouvant ra- 
knti , abandonnera ces particules à leur 
propre pefanteur , & alors elles Te pré- 
cipiteront au fond de l'eau en forme de 
fédiment, & là elles formeront une pre-^ 
r.iière couche horizontale ou hiclinée , 
fuivant la pofition de la furfàce du ter^ 
rein fur laquelle tombe cette première 
couche, laquelle fera bientôt couverte 
& furmontée d'une autre couche (em- 
Hable & produite par la même caule , &: 
înienfiblement il 1^ formera dans cet 
endroit un dépôt confidérable de ma-r 
tière , dont les couches feront pofées pa- 
rallèlement les unes fur les autres. Cet 
amas augmentera toujours par les noii^ 
veaux fédimens que les eaux y tranf- 
porteront , & peu à peu par fuccefîion 
de temps il fe formera une élévation , 
(jij \'ûyez les Voyages de Shaw, lome II, page ô'pt 



Théorie de la Terre. i 2 ^ 

ime montagne dans k fond de In mer , 
qui lera entièrement lemblable aux cmi- 
nences & aux montagnes que nous con- 
noiffons fur la terre, tant pour ia corn- 
pofition intérieure que pour la forme 
extérieure. S'il fe trouve des coquilles 
dans cet endroit du fond de la mer, où 
nous fuppofons que fe fiit notre dépôt , 
les fédimens couvriront c^s coquilles &: 
les rempliront , elles feront incorporées 
dans les couches de cette matière dépo- 
lie , & elles feront partie des mafies for- 
r.îées par ces dépôts , on les y trouvera 
dans la fituation qu'elles auront acquife 
en y tombant, ou dans l'état où elles, 
auront été failles ; car dans cett-e opé- 
ration celles qui fe jleront trouvées au 
fond de la mer lorfque les premières, 
couches fe feront dépofées , fe trouve- 
ront dans la couche la plus balle , & 
celles qui feront tombées depuis dans 
ce même endroit, fe trouveront dans les 
couches plus élevées. 

Tout de même, lorfque le fond de la 
mer fera remué par l'agitation des eaux , 
il fe fera nécefïïiirement àç.h tranfports 
de terre ? dç vafe , de coquilles & d'autres 

Fi; 



fi 24 fJiJloire Naturelle, 
matières dans de certains endroits o\i 
elles fe dépoferont en forme de fédU 
mens : or nous fomnies aflurés par les 
piongeurs (tJ , qu'aux plus grandes pro- 
fondeurs où iis puiflent defcendre , qui 
font de vingt brafles , le fond de la 
mer efl remué au point que i'eau le 
mêle avec la terre , qu'elle devient trou- 
ble , & que la vafe - &. les coquillages 
font emportés par le mouvement des 
eaux à des diftances confidérables : par 
conféquent , dans tous les endroits de la 
mer où l'on a pu de 1 cendre , il fe fait 
des tranfports de terre & de coquilles 
qui vont tomber quelque part, & former, 
en (e dépofant , des couches parallèles 
& des éminences qui font compofées 
comme nos montagnes le font ; ainfi le 
flux & le reflux , les vents , les courans 
& tous les mouvcmens des eaux pro- 
duiront des inégalités dans le fond de 
la mer , parce que toutes q^% caufcs dé- 
tachent du fond & à^s côtés de la mer , 
des matières qui fe précipitent enfuite 
en forme de fédimeus. 

Au refte , il ne faut pas croire que ces 
(-Q Voyez Boyk's Works, vol, III, p, ajz. 



Théorie de la Terre, 125' 

tmnfports de matières ne puiiïênt pas (e 
fuie à des dilances confidérables , puif- 
quc nous voyons tous ies jours des grai- 
nes ik d'autres produélions des Indes 
orientales & occidentales arriver fur nos 
côtes (a); à ia vérité elles iont fpécifi- 
quementplus légères que l'eau, au lieu 
que les matières dont nous parlons font 
plus pefantes , mais comme elles font 
réduites en poudre impalpable , elles fe 
iouuendrom afiez long-temps dans l'eau 
pour être tranfportées à de grandes dif- 
tances. 

Ceux qui prétendent que la mer n'efl 
pas remuée à de grandes profondeurs , 
ne font pas attention que le flux & le 
reflux ébranlent & agitent à la fois toute 
ia mafîe des mers , & que dans un globe 
qui feroit entièrement liquide il y auroit 
de l'agitation & du mouvement jufqu'au 
centre ; que la force qui produit celui 
du flux & du reflux , ^^i une force pé- 
nétrante qui agit fjr toutes les parties 
proportionnellement à leurs mafles ; 
qu'on pourroit mêm»e mefurer «Se déter- 

(a) P'rticiiiièremerît fur les côtes d'ÉcofFe & 
d'Irlande. Voyez E^a/i Difcourjes. 

F iij 



120 Hifloire Naturelle. 

miner par le caîcui la quantité de cette 
adion fur un liquide à différentes pro- 
fondeurs , & qu'enfin ce point ne peut 
être conteftë qu'en fe refuiant à Tévi- 
dence du raifonnement &l à la certitude 
des obfervations. 

Je puis donc fuppofer légitime- 
ment que le iïux & le reflux , les vents 
& toutes les autres caufes qui peuvent 
agiter la mer , doivent produire par le 
mouvement des eaux , d^s éminences & 
des inégalités dans Je fond de la mer , 
qui feront toujours compofées de cou- 
ches horizontales, ou également incli- 
nées ; ces éminences pourroni avec le. 
temps augmenter confidérablement , & 
devenir des collines qui dans une lon- 
gue étendue de terrein , fe trouveront , 
comme les ondes qi-ù les auront pro- 
duites , dirigées du même fens , & for- 
meront peu à peu une chaîne de mon- 
tagnes. Ces hauteurs une fois formées, 
feront obdacle à l'uniformité du mou- 
vement des eaux , <Sc il en réfultera des 
mouvemens particuliers dans le mou- 
vement général de la mer : entre deux^ 
hauteurs voifuies il fe formera aéceffai- 



Tlîécàe de la Terre: \ 27 

rcmént un courant (b) qui fuivra leur 
direclion commune , & coulera comme 
coulent les fleuves de la terre , en for- 
mant un canal dont les angles feront 
alternativement oppofés dans toute l'é- 
tendue de ion cours. Ces hauteurs for- 
mées au - delTus de la iurface du fond 
pourront augmenter encore de plus en 
plus; car les eau>c qui n'auront cjue le 
mouvement du fîux dépoieront fur la 
cime le iédiment ordinaire , & celles qui 
obéiront au courant entraîneront au loin 
les parties qui le feroient dépofées entre 
deux, & en même temps elles creufè- 
ront un vallon au pied de ces monta- 
gnes, dont tous les angles le trouveront 
correfpondans , & par l'effet de ces deux 
mouvemens & de ces dépôts le fond 
de la mer aura bientôt été fillonné , 
traverfé de collines & de chaînes de 
jnontagnes , & femé d'inégalités telles 
que nous les y trouvons aujourd'hui. 
Peu à peu les matières molles dont les 
éminences étoient d'abord compofces , 
fe feront durcies par leur propre poids , 
les imes formées de parties purement 
(h) \'oyez les preuves^ an, XUL 

Fiii; 



1 2 8 Hîjlotre Naturelle. 

argileufes auront produit ces collines 
de giaife qu'on trouve en tant d'endroits, 
d'autres compofées de parties fablon- 
jieufes & crillallines ont fiùt ces énor- 
jnes amas de rochers & de cailloux d'où 
i'on tire le criftai & les pierres pré- 
cieufès ; d'autres faites de parties pier- 
reules mêlées de coquilles , ont formé 
ces lits de pierre & de marbres où nous 
retrouvons ces coquilles aujourd'hui ; 
d'autres enfin compofées d'une matière 
encore plus coquilleufe & plus terredre 
ont produit les marnes , les craies & les 
terres : toutes font pofées par lits , toutes 
contiennent des fu]3llance-s hétérogènes, 
îes débris des produélions marines s'y 
trouvent en abondance & à peu près 
fuivant le rapport de leur pefanteur, les 
coquilles les plus légères font dans les- 
craies , les plus pcfantes dans les argiles 
& dans les pierres , Ôl elles font remplies 
de la matière même des pierres & dts 
terres oti elles font renfermées ; preuve 
înconteflabîe qu'elles ont été tranfpor- 
tées avec fa matière qui les environne 
& qui les remplit , & que cette matière 
étoit réduite en particules impalpables ; 



Théorie de la Terre. i "K^^ 

enfin toutes ces matières dont la fitua- 
tion s'ed établie par ie niveau des eaux 
de la mer , conlervent encore aujour- 
d'hui leur première pofition. 

On pourra nous dire que la plupart 
éts, collines & des montagnes dont le 
fommet eft de rocher , de pierre ou de 
marbre, ont pour baie des matières plus 
légères ; que ce font ordinairement ou 
des monticules de gîaiie ferme <3c fo- 
Xiàç: , OU des couches de iabîe qu'on 
retrouve dans les plaines voifines jus- 
qu'à une diitance affez grande , & on 
nous demandera comment il eit arrivé 
c|ue ces marbres & ces rochei*s fe foient 
trouvés au - delTus de ces fables & de 
ces glaiiês. Il me paroît que cela peut 
s'expliquer afîez naturellement ; i'eau 
aura d'abord tranfporté la glaife ou le 
lable qui faiioit la première couche des 
côtes ou du fond de la mer, ce qui aura 
produit au bas une éminence compofée 
de tout ce lable ou de toute cette glaiie 
raffemblée ; après cela les m.atières plus 
fermes & pins pefantes , qui fe feront 
trouvées au - defibus , auront été atta- 
quées & iranfpoiiées par les eaux en 

F Y 



[ï 3 o Hïfîoire Naturelle, 

pouffière impalpable au-delTus de cette 
éniinence de glaile ou de labié, & cette 
pouiîiçre de pierre aura formé les ro- 
chers & les carrières que nous trouvons 
siu-defllis des collines. On peut croire 
qu'étant les plus pe fiâtes , ces matières 
étoieni autrefois au-déflous des autres , 
& qu'ejjes font, aujourd'hui au-defîus, 
parce qu'elles ont été enlevées & tranf- 
portées les dernières par le mouvement 
des eaux. 

Pour confirmer ce que nous avons 
dit , examinons encore plus en détail la 
jfituadon des matières qui compofent 
cette première épaifîeur du globe ler- 
reflre, la feule que nous connoiflions, 
Les carrières font compofées de diffé- 
rens lits ou couches prefque toutes ho- 
TÎzontales ou inclinées fuivant la même 
pente , celles qui pofent fur des glaifes 
ou fur des baies d'autres matières folides , 
font fenfîblement de niveau , fur - tout 
dans les plaines. Les carrières où l'on 
trouve les cailloux & les grès difperfés , 
ont à la vérité wnç: pofuion moins ré- 
gulière , cependant l'uniformité de la 
Nature iie laiiTe pas de s'y recoanoître: 



Tlîéorie Je la Terre: 131: 
tAr îa pofitioii horizontale ou toujours 
vAlement peach:inte des couches ie 
^,Live dans les carrières de roc vit & 
dans celles des grès en grande mafie , 
elle n'eil ah.érée <3c imerronipue que 
dans les carrières de cailloux & de grès 
en petite mafie dont nous ferons voir 
que la formation eft poilérieure à celle 
de toutes les auires matières; car le roc 
•vif, le lablc vitrifiable , les argiles , les 
marbres , les pierres calcinables , les 
craies, les marnes , font touies difpofées 
par couches parallèles toujours horizon- 
tales , ou également inclinées. On re- 
connoît aifément dans ces dernières ma- 
tières la première formation , car les 
couches font exadlement horizontales & 
fort minces, & elles font arrangées les 
ime^ fur les autres comme les feulHcts 
d'un livre ; les couches de fable , d'ar- 
gile. molle, de glaife dure, de craie , de 
cociuilles , font auffi toutes ou horizon- 
tales ou inclinées fuivant la même p&me: 
le:> épaifieurs des couches font toujours 
les mêines dans toute leur étendue , qui 
fouvent occupe un efpace de plufieurs 
lieues, & que i'oa pourruit fuivre bien 

f VT 



•I 3 2 Hîfloîre Naturelle. 

plus îoîn fi l'on obfervoit exadement. 
Enfin toutes les matières qui compofent 
îa première épaifTeur du globe , font 
dirpofées de cette fliçon , & quelque part 
qu'on fouille, on trouvera des couches, 
& on fe convaincra par Tes yeux de la 
vérité de ce qui vient d'être dit. 

Il faut excepter à certains égards les 
couches de fable ou de gravier entraîné 
du fommet des montagnes par la pente 
dç.s eaux ; ces veines de fable fe trouvent 
quelquefois dans les plaines où elles s'é- 
tendent même aiïez confidérablement , 
elles font ordinairement pofées fous la 
première couche de îa terre labourable , 
ÔL dans les lieux plats elles font de ni- 
veau comme les couches plus anciennes 
& plus intérieures ; mais au pied & fur 
la croupe des montagnes , ces couches de 
feble font fort inclinées , & elles fui vent 
ïe penchant de la hauteur fur laquelle 
elles ont coulé : les rivières & les ruif- 
féaux ont formé ces couches , &: en 
changeant fou vent de lit dans les plaines, 
ils ont entraîné & dépofé par -tout ces 
fables & ces graviers. Un petit ruijfTeau 
coulant des hauteurs voifmes fuffit, avec 



Théorie de la Terre. l 3 J 

îe temps, pour étendre une couche de 
iable ou de gravier fur toute la luper- 
ficie d'un vallon , quelque (pacieux 
qu'il ioit , & j'ai fouvent oblervc dans 
une campagne environnée de collines 
dont la balè efl de glalfe aulFi-bien que 
la première couche de la plaine, qu'au- 
deîius d'un ruifîeau qui y coule , la glaife 
fe trouve immédiatement fous la terre 
labourable , & qu'au-deflous du ruifTeau 
il y a une épaiiïeur d'environ un^pied 
de Iable fur la glaife, qui s'étend à une 
diftance confidérable. Ces couches pro- 
duites par les rivières & par les autres 
eaux courantes , ne font pas de l'an- 
cienne formation , elles le reconnoiiTent 
aifément à la différence de leur épaifl'eur, 
qui varie &: n'efl pas la même par-tout 
comme celles des couches anciennes, à 
leurs interruptions fréquentes , &. enfin 
à la matière même qu'il eil aifé de juger 
& qu'on reconnoît avoir été lavée, rou- 
lée &. arrondie. On peut dire la même 
chofe des couches de tourbes & de vé- 
gétaux pourris qui fe trouvent au-defîous 
de la première couche de terre dans \ts 
l-erreins marécageux; ces couches ne font 



fr34 HiiJoire Naturelle: 
pas aiicfCiines , & elles ont été produites 
par l'eataireàieni iuccefîif des arbres & 
des plantes qui peu à peu ont combîé 
ces marais, il en cil: encore de même 
de ces couches limonneufès que l'inon- 
dation des fleuves a produites dans diiîe-* 
rens pays ; tous ces terrains ont été nou- 
vellement formés par les eaux courantes 
ou llagnantes , &. ils ne lui vent pas h 
pente égale ou le niveau aulîi exacte- 
ment que les couches anciennement 
produites par le mouvement régulier des 
ondes de la mer. Dans les couches que 
ies rivières ont formées , on trouve des 
coquilles fliiviatiles , mais il y en a peu 
de marines , & le peu qu'on y en trouve , 
eft briié , déplacé , ilolé ; au lieu que 
dan.-» ies couches anciennes ies coquilles 
marines fe trouvent en quantité , il n'y 
en a point de fluviatiles, & ces coquilles 
de mer y font bien conlervées & toutes 
placées de la même manière , comme 
ayant été tranfportées & pofecs en même 
te.nps par la mêine caule ; & en e^tet, 
pourquoi ne trouve-t- on pas les ma- 
tières entaiTécs irréo-ul'èrement , au lieu 
I ^ 

de ies trouver par couches î pourquoi 



Théorie âe la Terre. 135^ 

les marbres , les pierres dures , ïes craies, 
ies argiles , les plâires , les marnes , &c, 
ne lonr - ils pas dirperfés ou joims par 
couches irrégulières ou verticales î pour- 
quoi ies choies pelantes ne font-elîes 
pas toujours au-defTous des plus légères \ 
11 efl: ailé d'apercevoir que cette unifor-- 
mité de la Nature , cette efpèce d'orga- 
iiilation de ia terre, cette jondion des 
différentes matières par couches paral- 
lèles & par lits, lans égard à leur pelan- 
teur , n'ont pu être produi'tes que par 
une caufe auiïi ruilTante &: auffi conf- 
iante que celle de l'agitation des eaux 
de kl mer , ioit par le mouvement réglé 
des ven-s, ibit par celui du fîux &. du 
reflux, &.C. 

Ces caidcs agilTent avec plus de force 
Ibus i'équateur que dans les autres cli- 
mats , car [es vents y font plus conflans 
&: les marées plus violentes que par-tout 
ailleurs ; auiïi les plus grandes chaînes de 
montagnes font voidnes de l'Equateur : 
ies montagnes de l'Afrique & du Pérou 
font ks plus hautes qu'on connoifle , & 
après avoir traverié des cominens entiersj, 
elles s'étcudent encore à des dUlaiice^ 



1^6 Hi flaire Naturelle. 

très-conficlérabies fous les eaux de la mer 
occane. Les montagnes de l'Europe & 
de i'Afie qui s'étendent depuis l'Efpagne 
jufqu'à la Chine , ne font pas aufîi éle- 
vées que celles de l'Amérique méridio- 
nale & de l'Afrique. Les montagnes du 
nord ne font , au rapport des Voya- 
geurs, que des collines en comparaifon 
de celles des pays méridionaux ; d'ail- 
leurs le nombre des îles cft fort peu 
confidérable dans les mers feptentrio- 
naîes , tandis qu'il y en a une quantité 
prodigieufè dans la zone torride ; & 
comiîic une île n'eft: qu'un foni met de 
montagne, il eft clair que la furface de 
ia terre a beaucoup plus d'inégalités vers 
l'équateur que vers le nord. 

Le mouvement général du flux &: du 
reflux a donc produit les plus grandes 
montagnes qui fe trouvent dirigées d'oc- 
cident en orient dans l'ancien continent, 
& du nord au fud dans le nouveau , 
dont les chaînes font d'une étendue très- 
confidérable , mais il faut attribuer aux 
mouvemens particuliers des courans , 
des vents & des autres apfîtations irrétru- 
iières de ia mer , l'origine de toutes les 



Théorie de la Terre. 137 

autres montagnes ; elles ont vraifen.- 
blableinent été produites par la corn- 
binailon de tous ces inouveinens , dont 
on voit bien que ies effets doivent être 
variés à l'infini , puifque les vents , fa 
pofition différente des fies & des côtes 
ont altéré de tous les temps & dans tous 
ies fens poilibles la diredion du flux & 
du reflux des eaux ; ainii il n efl pc int 
étonnant qu'on trouve fur le globe ( e; 
éminences confidérables dont ie cours 
efl dirigé vers différentes plages : il iufïit 
pour notre objet d'avoir démontré que 
ies montagnes n'ont point été placées 
au hafard , & qu'elles n'ont point été 
produites par des tremblemens de terre 
ou par d'autres caufès accidentelles , 
mais qu'elles font un effet rciultant de 
l'ordre général de ia Nature , auffi-bien 
que i'efpèce d'organifation qui leur eft 
propre & la pofition des matières qui 
ia compofent. 

Mais comment efl- H arrivé qvie cette 
terre que nous- habi ons , que nos an- 
cêtres ont habitée comme nous, qui de 
temps immémorial efl un continent fec , 
fenne & éloigné des mers , ayant été 



^138 Hiflokc Naturelle. 

îiuîrefois un fond de mer, foit acflueîle- 
inent lupérieur à loutes les eaux & en 
foit fi didindemeiit iépurëe ' pourquoi 
ies eaux de la mer n'ont-elies pas relié 
iur ccLie terre , [juirqu'elles y ont ié- 
jounié fi ioiig-iemps \ quel accident , 
queiie cauie a pu produire ce ciiange- 
nientd.insle globe! e(l-iî même poltible 
d'en concevoir une aflez puifÏÏmte pour 
opérer un tel effet î 

Ces queftions font difnciies à réfou- 
drc , mais les faits étant certains , la 
manière dont ifs font arrivés peut de- 
meurer inconnue fins préjudicier au 
jugement que nous devons en porter ; 
cependant fi nous voulons y réfléchir , 
nous trouverons par indu(flion des rai- 
{bnstrès-pfaufibîes de ces changemens/Vy', 
Nous voyons tous ies jours la mer ga- 
gner du terrein dans de certaines côtes 
& en perdre dans d'au res ; nous fa- 
voris que l'Océan a un mouvement 
générai & continuel d'orient en occi- 
dent , nous en endons de loin les efforts 
terribles que la mer fiit contre les baf^ 
{ç.s terres & contre les rochers cjui la 
(c) Voyez les preuves , art* XIX* 



Thème de la Terre. 13P 
bornent, nous connoiflons des provinces 
ciuieres où on ell: obligé de lui oppoicr 
des digues que rinduftrie humaine a 
};icn de la peine à foutenir contre la fu- 
reur des flots , nous avons des exemples 
de pays récemment iiibmergés , & de 
débordemens réguliers; l'Hiitoire nous 
parle d'inondations encore plus grandes 
ai de déluges : tout cela ne doit -il pas 
nous porter à croire qu'il eft en eftet 
nrrivé de grandes révolutions fur la fur- 
fàce de la terre , & que la mer a pu 
quitter & laifler à découvert la plus 
grande partie des terres qu'elle occu- 
poit autrefois î Par exemple , fi nous 
nous prêtons un inftant à iuppofer qii^e 
i'ancien & le nouveau monde ne fû- 
foient autrefois qu'un feul continent , 
& que par un violent tremblement de 
terre le terrein de l'ancienne Atlantique 
de Platon le foit affiiifîee , la mer aura 
iiéceflairement coulé de tous côtés pour 
former l'Océan Atlantique, & par con- 
féquent aura laiiïe à découvert de vaftcs 
continens qui font peut-être ceux que 
nous habitons ; ce changement a donc 
pu fe luire tout ~ à - coup par l'afFaiiîe- 



140 HiJIoire Naturelle» 
ment de quelque vafte caverne dans 
l'intérieur du globe , & produire par 
conféquent un déluge univerfel ; ou.. 
bien ce changement ne s'eft pas fait tout- 
à-coup , & il a fàilu peut-être beaucoup 
de temps, mais enfin il s'eft fait, & je 
crois même qu'il s'eft fait natureliemeni ; 
car pour juger de ce qui cft arrivé & 
ïnême de ce qui arrivera, nous n'avons 
qu'à examiner ce qui arrive. Il eft cer- 
tain par les obfervations réitérées de 
tous les voyageurs /d), que l'Océan a un 
mouvement coniiant d'orient en occi- 
chent ; ce niouvement fe fait ientir non- 
feulement entre les tropiques , comme 
celui du vent d'eft , mais encore dans 
toute i'éîendue dts zones tempérées & 
froides où l'on a navigué : il fuit de cette 
obfervation qui eft conftante , que la 
mer Pacifique fait un eftbrt continuel 
contre les côtes de la Tanarie , de la 
Chine &. de l'Inde ; que l'Océan In- 
dien fiit effort contre la côte orientale 
de l'Afrique , & que l'Océan Atlantique 
agit de même contre toutes les côtes 
orientales de l'Amérique; ainfi la mer. 

(dj Voyez Varcrt, Gco^r, gcn. pag. 119. 



Tkécr'ie de h Terre, 141' 

â dû & doit toujours gagner du terreiri 
fur les côtes orientales , & en perdre fur 
ies côtes occidentales. Cela feui fuffiroit 
pour prouver la poflibilité de ce chan- 
gement de terre en mer & de mer e^i 
terre ; & fi en effet il s'efl: opéré par ce 
mouvement <S^% eaux d'orient en occi- 
dent , comme il y a grande apparence , 
ne peut -on pas conjedurer très-vrai- 
femblablement que le pays le plus ancien 
du monde efl: i'Afie & tout le continent 
orientai î que l'Europe au contraire & 
une partie de l'Afrique , & fur-tout les 
côtes occidentales de ces continens , 
comme l'Angleterre, la France , i'Ef- 
-pagne, la Mauritanie, &c. font des terres 
plus nouvelles î L'hifloire paroît s'ac- 
corder ici avec la Phyfique , & confir- 
mer cette conjedure qui n'eft pas fans 
fondement. 

Mais il y a bien d'autres caufcs qui 
concourent avec le mouvement conti- 
nuel de la mer d'orient en occident 
pour produire l'effet dont nous parlons. 
Combien n'y a-t-il pas de terres plus 
baffes que le niveau de la mer & qui 
ne font défendues que par un ifthmc , 



^1^2 HiJîoJre TSIaturelk: 

lîii banc de rochers , ou par éQS> (ïiax^t^ 
encore plus foibles \ l'etfort des eaux 
de'truira peu à peu ces barrières , cc 
dès-lors ces pays feront lubmergcs. De 
plus , ne lait-on pas que les montagnes 
s'abaiffent continuellement ( e) par les 
pluies qui en détachent les terres & les 
entraînent dans les vallées ! ne lait - on 
pas que les ruifîeaux roulent les terres 
des plaines & des montagnes dans les 
fîeuves , qui portent à leur tour cette 
terre fuperfîue dans la mer î ainfi peu à 
peu le fond des mers (è remplit , la fur- 
fiice des continens s'abai(îe & fè met de 
niveau, & il ne fiuit que du temps pour 
^.ÇL la mer prenne fuccefîivement la 
place de ia terre. 

Je ne parle point de ces cau(es éloi- 
gnées qu'on prévoit moins qu'on ne 
ies devine, de ces fècouiïes delà Nature 
cfont le moindre effet feroit fa catallro- 
phe du monde ; le choc ou l'approche 
d'une comète , l'abfence de la lune , Ja 
prélence d'une nouvelle planète , &c, 
îbnt des fuppofuions fur lefquelles il efl 

(e) Voyez Ray' s Dijcourfcs , page 226, Plot^ 
Bijl. Naî. ifc, ' ' 



ThéoAe de la Terre. \^f 

aîfé de donner carrière à {ou imagina- 
tion; de pareilles caufes produiient tout 
ce qu'on veut , & d'une feule de ces hy- 
pothèies on va tirer mille romans phy- 
fiques que leurs Auteurs appelleront 
Théorie de la Terre. Comme hilloriens, 
nous nous refufons à ces vaines fpe'cu- 
lations , elles roulent fur des pofîjbilite's 
qui , pour le réduire à l'ade , fuppofent 
un bouieverfement de l'Univers , dans 
iequel notre globe, comme un point 
de matière abandonnée , échappe à nos 
yeux & n'eft plus un objet digne de nos 
recrards ; pour les fixer il faut le prendre 
tel qu'il eil: , en bien obferver toutes les 
parties , & par des indudions conclure 
du préfent au pafîé ; d'ailleurs des caufes 
dont l'effet eft rare , violent & fubit , 
.ne doivent pas nous toucher , elles ne 
le trouvent pas dans la marche ordinaire 
de la Nature , mais des efiets qui arri- 
vent tous les jours, des mouvemens qui 
fe fuçcèdent & le renouvellent fans in- 
terruption , des opérations confiantes & 
toujours réitérées, ce lont-là nos caufes 
^ nos raifons. 

Ajoutons - y des exemples , comb i- 



'î44 H'iflohe Namrelle, 
nous la cauie générale avec les caufès 
particulières, & donnons des faits dont 
ie détail rendra fenfibles les difFérens 
chancremens qui font arrivés fur le 
globe , foit par l'irruption de l'Océan 
dans les terres , foit par l'abandon de ces 
mêmes terres , lorfqu'elles fe font trou- 
vées trop élevées. 

La plus grande irruption de i' Océan 
dans les terres (f) efl celle qui a produit- 
la mer Méditerranée (g); entre deux 
promontoires avancés (hj, l'Océan coule 
avec une très-grande rapidité par un 
paiïàge étroit , & forme enfuite une 
valte mer, qui couvre un efpace , le- 
quel, fans y comprendre la mer Noire, 
efl environ fept fois grand comme ia 
France. Ce mouvement de l'Océan par 
le détroit de Gibraltar eft contraire à 
tous les autres mouvemens de la mer 
dans tous les détroits qui joignent 
l'Océan à l'Océan; car le mouvement 
général de la mer eft d'orient en occi- 
dent, & celui-ci fèul eft d'occident en 

(f) Voyez les preuves , art. XI iT XIX, 

(g) Voyez Ray s Difcmrfes , page 209. 

(h) Voyez Tranjf, PhiU drigd. vol. II , pge i Rçj 

orient ^ 



théorie de la Terre. 1 4 J 

©rient, ce qui prouve que la mer Mé- 
diterranée n'eft point un golfe ancien 
de l'Océan, mais qu'elle a été formée 
par une irruption des eaux , produite par 
quelques cauies accidentelles, comme 
feroit un trcmblemicnt de terre, lequel 
auroit affaiffé les terres à fendroit à\X 
détroit, ou un violent effort de l'Océaii 
caufé par ies vents, qui auroit rompu 
la digue entre les promontoires de Qi- 
I)raltar & de Ceuta. Cette opinion efl 
appuyée du témoignage des Anciens //^^ 
qui ont écrit que la mer Méditerranée 
n'exifioit point autrefois, & elle elî , 
comme on voit, confirmée par FHif- 
toire Naturelle, & par les observations 
qu'on a fiites fur la nature des terres à 
la côte d'Afrique & à celle d'Efpagne 
où l'on trouve les mêmes lits de pierre , 
ies mêmes couches de terres en deçà & 
au-deià du détroit, à peu près comme 
dans de certaines vallées où les deux col- 
lines qui les fur montent fe trouvent être 
compofées des mêmes matières & au 
même niveau. 

L'Océan s'étant'donc ouvert cettQ 

(î) Diodore de Sicile, Strabon. 



1^6 Hifloire Naturelle. 

porte , a d'abord coulé par le détroit 
avec une rapidité beaucoup plus (grande 
qu'il ne coule aujourd'hui , & il a inondé 
le continent qui joignoit l'Europe à 
l'Afrique; les eaux ont couvert toutes 
ies baiîes terres dont nous n'apercevons 
aujourd'hui que les éminences & les 
fomniets dans l'Italie, & dans les îles dç 
Sicile, de Malte, de Gorfe, de Sar^, 
daigne, de Chipre, de Rhodes & de 
l'Archipel. 

Je n'ai pas compris la mer Noire dans 
cette irruption de l'Océan, parce qu'il 
paroît que la quantité d'eau qu'elle re- 
çoit du Danube, du Niéper, du Don 
& de piufieurs autres fleuves qui y en- 
trent, efl plus que fuffiduite pour la for- 
mer, & que d'ailleurs elle coule (k) avec 
une très-grande rapidité parle Bofphore 
dans la mer Méditerranée. On pourroit 
même préiumer que la mer Noire & la 
mer Cafpienne ne fail oient autrefois que 
d«gux grands lacs qui peut-être étoient 
joints par un détroit de communication, 
ou bien par un marais ou un petit laç 
qui réunifl oient les eaux du Don & du 

(hj Voyez Tranf. Phil.Abrig'd. Vol. II; page 2 89, 



Théorie de h Terre, 1 47' 

Volga auprès de Tria , où ces deux 
fleuves font fort voifins l'un de l'autre , 
& l'on peut croire que ces deux iners 
ou ces deux lacs étoient autrefois d'une 
bien plus grande étendue qu'ifs ne ibnt 
aujourd'hui : peu à peu ces grands fleu- 
ves, qui ont leur embouchure dans la 
mer Noire & dans ia mer Calpienne, 
^auront amené une aflez grande quantité 
"de terre pour fermer la communication, 
remplir le détroit & féparer ces deux 
lacs; cir on (ait qu'avec le temps les 
grands fleuves reHipliflent les mers & 
forment des continens nouveaux , comme 
la province de l'embouchure du fleuve 
Jauneà la Chine, la Louifiancà l'embou- 
chure du Mifljfllpi, & la partie fepten- 
trionale de l'Egypte qui doit fon ori- 
gine (l) & fon exiflence aux inondations 
du Nil (m), La rapidité de ce fleuve ea 
traîne les terres de fintérieur de l'Afri- 
que , & il les dépofe enfuite dans les dé- 
bordemens en fi grande quantité , qu'on 
peut fouiller juiqu'à cinquante pieds 

(l) Voy. les Voyages de Shaw, vol. Il, p^g^i /^S 
jufquà la y âge i 88. 

(m) Voyez les preuves, an, XIX. 

Gij 



'14S hîjlohe Nûîureïïe. 

dans l'épaiileur de ce limon dépofé pnr 
îcs inondations du Nil ; de même les 
terreins de la province de lu rivière 
Jaune & de Iîi Louifiane ne fe font for- 
me's que par le limon des fleuves. 

Au relie , la mer Cafpienne eft acflueP 
îement un vrai lac qui n'a aucune com- 
iiiunication avec les autres mers , pas 
même avec le lac Aral qui paroit en 
avoir fliit partie , & qui n'en efl féparé 
que par un vafle pays de fable, dans le- 
quel on ne trouve ni fleuves , ni rivières , 
^i aucuji canal par lequel la mer Cas- 
pienne, puifTe verfer (es eaux. Cette mer 
n'a donc aucune communication exté- 
rieure avec les autres mers , & je ne fais 
fi l'on efl: bien fondé à foupçonner 
qu'elle en a d'inte'rieure avec la mer 
Noire ou avec le golfe Perfique. II 
eu vrai que la mer Çaipienne reçoit le 
Volga ÔL pluficurs autres fleuves qui 
fembient lui fournir plus d'eî^u que l'é- 
vapcration n'en peut enlever, mais in- 
dépendamment de la difficulté de cette 
(eflimation , il paroïtquc li elle avoît com- 
Biunication avec l'une ou l'autre de ces 
^rs , on y auroit reconnu uii couraa| 



Théorie de la Terre, 1491 

rapide & coudant qui entraîncroît touf 
vers cette ouverture qui lerviroit de dë-= 
charge à les eaux , & je ne fâche pas 
qu'on ait jamais rien obfervé de fem- 
blabie lur cette mer; des Voyageurs 
exads, fur le témoignage defqueis on 
peut compter , nous alfurent le contraire, 
& par conféquent ii eil nécefîliire que 
1 evaporation enlève de ia mer Caipienne 
une quantité d'eau égaie à celle qu'elle 
reçoit^ 

On pourroit encore conjecPcurer avec 
quelque vrailembiance, que ia mer Noire 
fera un jour féparée de ia Méditerra- 
née, & que le Boipiiore fe remplira iorl- 
que les grands fleuves qui ont leurs em^ 
boucliures dans ie Pont-Euxin , auront 
amené ime afTez grande quantité de terre 
pour fermer ie détroit ; ce qui peut arri-' 
ver avec le temps , & par la diminution 
fucceflive des fleuves , dont ia quantité 
des eaux diminue à mefure que les mon- 
tagnes & les pays élevés dont ils tirent 
leurs fources , s'abaiflent par le dépouil- 
lement des terres que les pluies entrai-^ 
lient & que les vents enlèvent. 

La mer Cafpienne (Se la mer Noire 

G ii] 



'I 5 o FTîfloke NatiireUe» 

doivent donc être regardées pîutot 
comme des lacs que comme des mers 
ou des goifès de i' Océan; car elles 
reiïemblent à d'autres lacs qui reçoi- 
vent tm grand nombre de fleuves & 
qui ne rendent rien par les voies exté- 
rieures, comin\e la mer Morte , plufieurs 
lacs en Afrique, &:c. D'ailleurs les eaux 
de ces deux jçners ne font pas à beaucoup 
prèsauffifaiées que celles de la Méditer- 
ranée ou de l'Océan; & tous les voya- 
geurs afiurent que la navigation efl: très- 
diiïicile fur la mer Noire & (ur la mer 
Cafpienne, à caufe de leur peu de pro- 
fondeur & de la quantité d'écueils & de 
bas-fonds qui s'y rencontrent, en forte 
qu'elles ne peuvent porter que de petits 
A^aiiïeaux (n); ce qui prouve encore 
qu'elles ne doivent pas être regardées 
comme des golfes de l'Océan, mais- 
comme des amas d'eau fermés par les 
grands fleuves dans l'intérieur des terres. 
Il arriveroit peut-être une irruption 
confidérable de l'Océan dans les terres, 
fi oncoupoiti'ifthme qui fépare l'Afrique 

(n) Voyez les voyages de Pietro délia Vaile^ 
vol 111, jyage z^6^ 



Théorie 'de la Terre. i 5 t 
de î'Afie, comme les Rois dTgypte , 
& depuis ies Califes en ont eu le projet ; 
& ie ne lai fi le canal de communi- 
cation quon a prétendu reconnoitre 
entre ces deux mers, eft aiïez bien 
conftaté, car la mer Rouge doit être plus 
élevée que la mer Méditerranée; cette 
mer étroite eft un bras de l'Océan qui 
dans toute Ton étendue ne reçoit aucun 
fleuve du côté de l'Egypte, & fort peu 
de l'autre coté : elle ne fera donc pas 
fujète à diminuer comme les mers ou es 
lacs qui reçoivent en même temps les 
terres & les eaux que les fleuves y ame^ 
nent, & qui fe remplifTent peu à peu. 
L'Océan fournit à la mer Rouge toutes 
feseaux, &le mouvement du flux & du 
reflux y eft extrêmement fenfible; amii 
e'ie participe immédiatement aux grands 
mouvemens de l'Océan. Mais la mer 
Méditerranée efl plus bafi'e que l'Océan, 
puifque les eaux y coulent avec une très- 
p-rande rapidité par le détroit de Gibral- 
far: d'ailleurs elle reçoit le Nil qui coule 
parallèlement à la côte occidentale de h 
mer Rouge & quitraverfe l'Egypte dans 
toute fa longueur, dont le terrem eit 

G iiij 



I 5 2 Hïfloire Naturelle. 
par lui-même extrêinement bas ; aînfi lî 
eil très-vrailemblabîe que fa mer Rouge 
^'à plus élevée que la Méditerranée, & 
que ù on otoit la barrière en coupant 
i^illhme de Suez, il senfuivroit une 
grande inondation & vaiq augmentation 
confidérable de ia mer Méditerranée, à 
inojns qu'on ne retint les eaux par des 
dîgues & des éclufes de diflance en dif^ 
tance , comme il eil à préflimer qu'on 
i a {m autrefois , fi i'^mcien canat de 
communication a exiilé. 

Mais fims nous arrêter plus lono-- 
temps à des ccnjedures qui , quoique 
fondées, pourroient paroître trop ha- 
iardées, ^fur-tout à ceux qui ne juaenî 
t^es pollibilirés que par les évènenTens 
aduels, nous pouvons donner des exem- 
ples récens & des fiits certains , liir le 
^^hangemcnt de mer en terre fo) &. de 
terre en mer. A Y enife le fond de la mçr 
Adriatique s'élève tous les jours, & il y 
a déjà long-temps que les lagunes & la 
yûk feroient partie du conttiient, fi on 
n avoit pas un très-grand Ibin de net- 
toyer & vider les canaux : il en clt de 
("oj Vo) ez les prouves, «r/. A'IX. 



Théorie de la Terre. 153 

même de la plupart des ports , à^s petites 
baies & des embouchures de toiues les 
rivières. Y^n Hollande , le fond de la 
mer s'élève aufli en plufieurs endroits , 
car le petit golfe de Zuyderzee & îc 
détroit du Texel ne peuvent plus rece- 
voir de vaiiïeaux aufii grands qu'autre- 
fois. On trouve à i embouchure de pret^ 
que tous les fleuves, des îles, des labiés, 
des terres amoncele'es & amenées par les 
eaux , & il n'eft pas douteux que la mcv 
ne le remplifîe dans tous les endroits où 
elle reçoit de grandes rivières. Le Rhin 
fe perd dans les labiés qu'il a lui-même 
îiccumuîés; le Danube, le Nil & tous 
îes grands fleuves ayant entraîné beau- 
coup de teiTern, n'arrivent plus à la mer 
par un ieul canal, mais ils ont plufieurs 
bouches dont les intervalles ne font rem- 
plis que des iables ou du limon qu'ils 
ont chariés. Tous les jours on defsèche 
des marais, on cukive des terres aban- 
données par la mer, on navige iur des 
pays fubmergés; enfin nous- voyons fous 
nos yeux d'affez grands changemens de 
terres en eau & d'eau en terres, pour être 
afî Lires que cei changemens fe font faits j. 

G V 



î 5 4 Hijloîre Naturelle, 

fe font & le feront , en forte qu'avec îe 
temps les golfes deviendront des conti- 
ncns , les ilthmes feront un jour d^s 
détroits, les marais deviendront des terres 
arides, & les fommetsdenos montagnes 
les écueiis de la mer. 

Les eaux ont donc couvert & peuvent 
encore couvrir fuccelTivement toutes 
les panies des continens terreftres , & 
dès-lors on doit ceffer d'être étonne de 
trouver par-tout des produdions ma- 
rines & une compofition dans l'intérieur 
qui ne peut être que l'ouvrage des eaux. 
Nous avons vu comment fe font formées 
les couches horizontales de la terre , mais 
nous n'avons encore rien dit des fentes 
perpendiculaires qu'on remarque dans 
ies rochers , dans les carrières , dans les 
argiles , &:c. & qui fe trouvent aufîl 
généralement fp) que les couches hori- 
zontales dans tomes les matières qui 
compofent le globe ; ces fentes perpen- 
diculaires font à la vérité beaucoup plus 
éloignées les unes des autres que les 
couches horizontales , & plus les matières 
font molles, plus ces fentes paroiffeiit être 

(pj Voyez les preuves , art, JCVIU 



Théorie de la Terre, i j 5 
éloignées les unes des autres. II eft fort 
ordinaire dans les carrières de marbre ou 
de pierre dure, de trouver des fentes 
i^erpendiculaires, éloignées feulement de 
quelques pieds ; fi la mafle des rochers 
eil fort grande , on les trouve éloignées 
de quelques toifes , quelquefois elles 
defcendent depuis le fommet des rochers 
jufqu'à leur bafe, fouvent' elles fe ter- 
minent à un lit inférieur du rocher , mais 
elles font toujours perpendiculaires aux 
couches horizontales dans toutes les ma- 
tières calcinabies , comme les craies , les 
marnes, les pierres, les marbres, &c. 
au lieu qu elles font plus obliques & plus 
irrégulièrement pofées dans les matières 
vitriîiables, dans les carrières de grès & 
les rochers de caillou , où elles font in- 
térieurement garnies de pointes de crif- 
tal, & de minéraux de toute efpèce ; & 
dans les carrières de marbre & de p'erre 
calcînable , elles font remplies de fjoar, 
de gypfe , de gravier & d'un fible ter- 
reux , qui eil bon pour bâtir, & qui 
contient beaucoup de chaux; dans les 
argiles, dans les craies, dans les marnes 
& dans toutes ki autres efpèces de terre , 

G vj ' 



'i')6 Hîjîoke Naturelle. 
a l'exception des tufs , on trouve cey 
tentes perpendiculaires, ou vides, ou 
remplies de quelques matières que l'eair 
y a conduites. 

Il me iemble qu'on ne doit pas aller 
chercher loin la caulè & l'origine de ces 
fentes perpendiculaires ; coinmc toutes 
les matières ont été aoîenées & dépofées 
par les eaux, il cfl naturel de penfer 
qu'elles étoient détrempées & qu'elles 
contenoient d'abord une grande quan- 
tité d'eau , peu à peu elles fe font dur- 
cies & reiîuyées, & en iedefféchant elles 
ent dimmué de volume, ce qui les a 
fm lendre de diliance en d^mct , elles 
-^ni dû le fendre perpendiculairement 
tarce que l'action de la peiànteur des 
parties les unes fur lus autres , eft nulle 
«îans cette dueclîon , & qif au contraire 
m\i^ efl tout-à-fiit oppoiée à cette difrup- 
rwnd^nsh fituation horizontale ,. ce qui 
® fait que la diininution de volume n'a 
|)u avoir d'effets fenfibles que dans la 
direclion verticale. Je dis que c'eft h 
dimmuûon du volume par le deiïéchel 
Kient qui feule a produit ces fentes per- 
pendiculaires , &que ce iVeiî pas4 cw 



Théoùe de h Terre. l^f 
Contenue dans l'inténeur de ces matières; 
qui a cherché des iffues & qui a formai 



CCS 



... fentes; car j'ai fouvent obierve que 
ies deux parois de ces fentes le re^ 
pondent dans toute leur hauteur aulif 
exactement que deux morceaux de bois 
qu'on viendroit de fendre; îeuï inté- 
rieur eft rude , & ne paroit pas avoir 
cffuyé le frottement des eaux qui au- 
roient à la longue poli & uie les lur- 
faces; ahifi ces fentes le font fûtes ou 
tout-à-coup ou peu à peu par le délie- 
chement , comme nous voyons les ger- 
çures le faire dans les bois , & la plus 
orande partie de l'eau s'cll évaporée par 
fes pores. Mais nous ferons voir dans 
notre difcours fur les minéraux, qu li 
refte encore de ceue eau primitive dans 
ks pierres & dans plufieurs autres ma^ 
tières , & qu'elle fert à la produdion des 
eriftaux 'dts minéraux & de plufieurs 
autres fubftances terreflres. 

L'ouverture de ces fentes perpencR- 
culaires varie beaucoup pour la gran- 
deur, quelques-unes n'ont qu'un demi- 
pouce , un pouce , d'autres ont un pied ^ 
dtux pieds , il y en a qui ont quelque o^ 



i 5 8 Hïfioire Naturelle, 
plufieurs toiles, & ces dernières forment 
entre les deux parties du rocher ces pré- 
cipices qu'on rencontre fi fouvent d.ns 
i^s Alpes & dans toutes ies hautes mon- 
tagnes. On voit bien que celles dont l'ou- 
verture efl petite, ont été produites par 
le leuldefTéchement, mais celles qui pré- 
lentent une ouverture de quelques pieds 
de largeur ne fe font pas augmentées à 
ce point, par cette feule caufe, c'eflauffi 
parce que la bafequi porte le rocher ou 
les terres fupérieures , s'efl affaiffée un 
peu plus d'un côté que de l'autre, & 
un petit affiiilTement dans la bafe mr 
exemple, une ligne ou deux, fuffit pour 
produire dans une hauteur confidérable 
des ouvertures de pîufieurs pieds, &: 
même de piufieurs toifes : quelquefois 
aulli \qs rochers coulent un peu fur leur 
baie de glaife ou de fable , & les fentes 
perpendiculaires deviennent plus grandes 
par ce mouvement. Je ne parle pas en- 
core de ces la t-ges ouvertures, de ces 
énormes coupures qu'on trouve dans les 
rochers & dans les montagnes; elles 
ont été produites par de grands affai/Te- 
iuens, comme feroit celui d'une caverne 



Théorie de la Terre', 155 

mtérieure qui ne pouvant plus foutcnir 
ie pokls dont elle efl: chargée , s'affiiifTe 
&: laifle un intervalle confidérable entre 
les terres fupéneures. Ces intervalles fpnt 
différens des fentes perpendiculaires , ils 
paroiflènt être des portes ouvertes par 
les mains de la Nature pour la commu- 
nication des nations. C'eft de cette fiiçon 
que (è prélentent les portes qu'on trouve 
dans les -chaînes de monta ornes & les ou- 
vertures des détroits de la mer , comme 
les Thermopyles, les portes du Caucafe, 
des Cordillères , &c. la porte du détroit 
de Gibraltar entre les monts Calpe & 
Abyla, la porte de l'HelIelpont, &:c. 
Ces ouvertures n'ont point été formées 
par la fimple féparation des matières , 
comme les fentes dont nous venons de 
parler (q)^ mais par l'affaifTement & la 
deftrudion d'une partie même d^s terres, 
qui a été engloutie ou renverfée. 

Ces grands affailTemens , qtioique 
produits par des caufes accidentelles & 
fecondaires (r) , ne laiiïent pas de tenir 
une des premières places, entre les pria- 

(q) Voyez les preuves, art, XV IL 

(r) Voyez iàm^ 



'l6o Hifloire^K!aîurene. 
cipaux fliits de i'hiftoire de la Terre, & 
lis n'ont pas peu contribué à chanoer 
ia£ice du globe. La plupart iont ca^Ii- 
i^s par des feux intérieurs, dontl'explc^ 
iion fait les trembieniens de terre & les 
volcans, rien n'eit comparable à ia force 
de ces matières enflammées & reffcrrées 
(f) A'àmX^ fcin de la terre, on a vu des- 
villes entières englouties, des provinces 
i^ouleverlées, des montagnes renverfces 
par leur elFort ; mais quelque grande que 
ioit cette violence , cS. quelc|ue prodigieux 
que nous en paroilîent les effets, îl ne 
f|iut pas croire que ces feux viennent 
d un feu central , comme quelques Au- 
teurs l'ont écrit, ni même qu'ils viennent 
dune grande profondeur, comme c'eft 
i opinion commune; car l'air ^?i abfo- 
ïunient nécefî^iire à leur embrafement , 
au moins pour l'entretenir. On peur 
s aiTurer en examinant les mcHières oui 
iortent d^s volcans dans les plus vio- 
lentes irruptions , que le foyer de \x 
matière enflammée nV-il pas à une grande 

7n^ FU Abn^,, Voi. \\, p. 3 c, ;. R^^^ -, ^.,,,,.,. 
pag. 272.^ fc^ ^ 4' i 



*Tlicor\e de la Terre, l6t 

profondeur , Si que ce font des matières 
feinbla}3les à celles qu'on trouve fur la 
croupe de ia montagne , qui ne font dé- 
figurées que par ia calcinaiion & la fonte 
des parties métalliques qui y font mêlées; 
& pour fe convaincre que ces matièr^àr 
jetées par les volcans ne viennent pas 
d'une grande profondeur, il n'y a cjii'à 
fiiire attention à la hauteur de ia mon- 
tagne , & juger de la force immenfe qui 
feroit néceflaire pour pouffer des pierres 
Si des minéraux à une demi-lieue de hau- 
teur; car l'Etna, i'Hécla &. plufieurs 
autres volcans ont au moins cette éléva- 
tion au- de (fus des plaines. Or on fait 
que l'action du feu le fait en tout fens ; 
die ne pourroit donc pas s'exercer en 
haut avec une force capable de lancer de 
groffes pierres à une demi-lieue en hau- 
teur, ians réagir avec la même force en 
bas &: vers les côtés , cette réaclion auroiî 
bientôt détruit &l percé la montagne de 
tous côtés, parce que les matières qui la 
compolent ne font pas plus dures cjue 
celles qui font lancées ; & comment 
imaginer que la cavité qui fert de tuyau 
OU de canon pour conduire ces matières 



I 62 HïjîoWe Naturelle, 
j^rqu'à l'embouchure du voican , pui/Te 
réfifter à une fi grande violence î d'ail- 
leurs fi cette cavité defcendoit fort bas , 
comme l'orifice extérieur n'efl pas fort 
grand, il feroit comme impoflible qu'il 
en fortît à la fois une auffi grande quan- 
tité de matières enflammées & liquides , 
parce qu'elles fe choqueroi-ent entr'elles 
& contre les parois du tuyau, & qu'en 
parcourant un efpace auffi long, elles 
s'éteindrolent & fe darciroient. On voit 
fouvent couler du fommet du volcan , 
dans les plaines, des ruiiïeaux de bitume 
& de foufi-e fondu qui viennent de l'in- 
térieur, & qui font jetés au dehors avec 
ies pierres &les minéraux. Eft-il naturel 
d'imaginer que des matières ù peu fo- 
iides , & dont la maffe donne fi peu de 
prife à une violente adion , puiiïent 
être lancées d'tme grande profondeur! 
Toutes les obfervations qu'on fera fur ce 
fujet, prouveront que le feu des volcans 
n'en pas éloigné du fommet de la mon- 
tagne, & qu'il s'en faut bien qu'il ne 
defcende au niveau des plaines (tj. 
Cela n'empêche pas cependant que 
(t) Voyez Borelli, de Incendiïs y£tm, iTc. 



Théorie de la Terre. 163 

fon n(5i:ion ne fe faffe feniir dans ces 
piaines par des (ecouiïes & des tremble- 
mens de terre qui s'étendent queiquefois 
à une très -grande dillance, qu'il ne 
puifTe y avoir des voies fouterraines par 
où la flamme & la fumée peuvent fe 
communiquer d'un volcan à un autre (u)^ 
Si que dans ce cas ils ne puiflent agir & 
s'enflammer prefqu'en même temps; 
mais c'efl du foyer de i'embrafement 
dont nous parions , il ne peut être qu'à 
une petite diflance de la bouche du vol- 
can , ÔL il n'eft pas nécefîaire pour pro- 
duire un tremblement de terre dans la 
plaine , que ce foyer foit au-deflous du 
"niveau de la plaine , ni qu'il y ait des 
cavités intérieures remplies du même 
feu ; car une violente explofion , telle 
qu'efl celle du volcan , peut , comme 
celle d'uii magafm à poudre, donner 
une fecoufle affez violente pour qu'elle 
produife par fa réadion un tremblement 
de terre. 

Je ne prétends pas dire pour cela qu'il 
n'y ait des tremblemens de terre produits 
immédiatement par des feux fouterrains , 

fuj Voyez Traîi/, PhiL Ahrî^'dy voi. H; p. 3 9s* 



^l ^4 Hipolre Naturelle, 
mais il y en a qui viennent de la feuîe cy- 
ploiion des volcans (x). Ce qui confirme 
tout ce que je viens d^lv^ncer à ce iujet 
ceft qu'il elt très-rare de trouver dtl 
volcans dans les plaines , ils font au con- 
traire tous dans les pkis hautes monta- 
gnes, & ont tous leur bouche au fom- 
niet: fi le feu intérieur qui les confume 
s etendoit jufque deffous ks plaines, né 
le verroit-on pas dans le teinps de ces 
violentes éruptions s'échapper & s ou- 
vrir un paffiige au travers du terreiji des 
plaines ; & dans le temps de la première 
éruption ; ces feux n'auroient -^ ils pis 
puuôt percé dans les plaines <Si au pied 
des montagnes où ils n'iiufoient trouve 
qu unefoibleréfiiiance, en comparairon 
iie ceLe qu^'ls ont dû éprouver ^ s'il eil 
vrai qu'ils aient ouvert & tendu une mon- 
tagne d'une demi-lieue de hauteur pour 
trouver une iiïue. 

^ Ce qui fiit que les volcans font tou- 
jours dans les montagnes, c'efl que les 
mméraux, les pyrites & les foufres fe 
trouvent en j)lus grande quantité & plus 
a découvert dans les montagnes que daiia 
(xj Woycz les preuves , an, X^I, 



Théorie de la Terre. ï 6f 

îes plaines, & que ces lieux élevés re- 
cevant plus ailement & en plus grande 
abondance les pluies & les autres impre(^ 
fions de l'air , ces matières minérales qui 
y font expofées , fe mettent en fermen- 
tation 6l s'échauffent jufqu'au point de 
s'enflammer. 

Enfin on a fouvent oblervé qu'après 
de violentes éruptions pendant ieiquelles 
le volcan rejette une très-grande quan- 
tité de matières , le fommet de la mon- 
tagne s'aifiille & diminue à peu près de 
la même quantité qu'il ieroit néccffûre 
qu'il diminuât pour fournir les matières 
répétées; autre preuve qu'elles ne vien- 
nent pas de la profondeur intérieure dti 
pied de la montagne , mais de la partie 
voifine du fommet, & du lommet même. 

Les tremblemens de terre ont donc 
produit dans pluficurs endroits des af- 
faifîemens confidérables , & ont fait 
quelques-unes dçs grandes léparaticns 
qu'on trouve dans les chaînes des mon- 
tagnes : toutes les autres ont été pro- 
duites en même temps que les montagnes 
jnêm.es par le mouvement des courans 
de la mer ; ôl par-tout où il n'y a pas 



i66 HïfJohe Naturelle. 

eu de bouleverfement , on trouve les 
couches horizontales &. les angles cor- 
refpondans des montagnes ^y*. Les vol- 
cans ont aulTi formé des cavernes &: des 
excavations fouterraines qu'il eli ailé de 
diflinguer de celles qui ont été formées 
par les eaux , qui ayant entraîné de l'in- 
térieur des montagnes les fibles & les 
autres matières diviiees , n'ont iaiiïe que 
les pierres & les rochers qui contenoient 
ces fables, & ont ainfi formé les ca- 
vernes que l'on remarque dans les lieux 
élevés : car celles qu'on trouve dans 
les plaines ne font ordinairement que des 
carrières anciennes ou des mines de fel 
& des autres minéraux, comme la carrière 
de Maftricht & les mines de Poîoone , 
&c. qui font dans les plaines ; mais les 
cavernes naturelles appartiennent aux 
montagnes, & elles reçoivent les eaux 
du fommet & des environs, qui y tom- 
bent comme dans des réfervoirs, d'où 
elles coulent enfuite fur la furface de 
ïa terre lorfqu'elïes trouvent une ifTue. 
C'eit à ces cavités que l'on doit attri- 
buer l'origine des fontaines abondantes 
(y) Voyez les preuveS| aru XVII^ 



Théorie de la Terre. i 6j 

êc des grofles fources , & lorfqu'une ca- 
verne s'afFaifle & le comble , il s'enfuit 
ordinairement une inondation ^^y. 

On voit par tout ce que nous venons 
de dire, combien les feux fouterrains 
contribuent à changer la lurface & l'in- 
térieur du globe : cette caulc ell: allez 
puiffante pour produire d'aulîi grands 
effets, mais on ne croiroit pas que les 
vents puiïent caufer des altérations ("û^ 
fenfibles fur la terre ; la mer paroit être 
ieur empire, & après le fïux & le reflux , 
rien n'agit avec plus de puiflance fur cet 
élément ; même le flux & le reflux mar- 
chent d'un pas uniforme , & leurs effets 
s'opèrent d'une manière égale & qu'on 
prévoit, m.ais les vents impétueux agil- 
fent , pour ainfi dire , par caprice , ils le 
précipitent avec fureur & agitent la mer 
avec une telle violence , qu'en un inllant 
cette plaine calme & tranquille , devient 
hérifTée de vagues hautes comme des 
montagnes, qui viennent fe brifer con- 
tre les rochers ôl contre les côtes. Les 
vents chtingent donc à tout moment la 

^^^ Voyez Tratif. Phil, Ahr, Vol. II, pag. 522, 
(a) ^o'j^L les preuves, an, XV, 



ï68 Hijfolre Natîfrelk. 

face mobile de la mer : mais la face de % 
terre c|ui nous paroît fi folide , ne de- 
vroit-elle' pas être à l'abri d'mi pareil 
effet l On fait cependant que les vents 
élèvent des montagnes de fàbie dans 
l'Arabie & dans l'Afrique, qu'ils en cou- 
vrent \qs plaines , & c|ue fouvent ils 
tranfportent ces f ibles à de grandes fb) 
diflances &; julqu'à plufieurs lieues dans 
la mer , où ils les amoncèlent en fi 
grande quantité qu'ils y ont formé des 
bancs, des dunes & des îles. On lait 
que les ouragans lont le fîéau des An- 
tilles, de Madagalcar & de beaucoup 
d'autres pays, où ils agiiîent avec tant de 
fureur c|u'ils enlèvent quelquefois les ar- 
bres, les plantes, les animaux avec toute 
la terre cultivée; ils font remonter & tarir 
les rivières , ils en produifent de nou- 
velles, ils renverfenî les montagnes &: les 
rochers , ils font des trous & des gouffres 
dans la terre, & changent entièrement 
la furfice des malheureufes contrées où 
ils fe forment. Heureuiement il n'y a 
que peu de climats expofés â la fureur 

(h) Woy. Bellarmin. de AJcen. viemisinDemi. Varen» 
Çeogr, gen, p. z^i , Yojagcé Pjrard, 1. 1, p. 470. 

impétueufc 



Théorie de la Terre» 1 6^ 

Tmpétueufe de ces terribles agitations de 
i^iir. 

Mais ce qui produit les changemens 
les plus grands & les plus généraux fur 
ia furface de la terre , ce font les eaux du 
ciel , les fleuves , les rivières, les torrens. 
Leur première origine vient des vapeurs 
que le foleil élève au-deiïus de la ïurfacc 
des mers, & que les vents tran(portent 
dans tous les climats de la terre ; ces va- 
peurs foutenues dans les airs & pouflees 
au orré du vent, s'attachent aux ibmmets 
des montagnes qu'elles rencontrent , & 
s'y accumulent en ii grande quantité , 
qu'elles y forment continuellement ôqs 
nuages & retombent ince(îîimment en 
forme de pluie , de rofée , de brouillard 
ou de neio-e. Toutes ces eaux font d'à- 

o 

bord defcendues dans les plaines fc) fuis 
tenir de route fixe , mais peu à peu elles 
ont creufé leur lit, & cherchant par leur 
pente naturelle les endroits les plus bas 
de la montagne & les terreins les plus 
£iciles à diviièr ou à pénétrer , elles ont 
entraîné les terres & les fibles , elles ont 
formé des ravines profondes en coulant 
(c) Voyez les preuves, art, X CT XV Hh 

Tome L H 



liyo Hîjloîre Naturelle, 

avec rapidité clans ies plaines, elles fè' 
iont ouvert des chemins jufqu'à la mer, 
qui reçoit autant d'eau par les bords 
qu'elle en perd par l'évaporation; &: de 
inême que les canaux & les ravines que 
les fleuves ontcreulés, ont des finuo- 
iités & des contours dont ies ano"Ies font 
correlpondans entr'eux , en iorte que 
l'un des bords formant un anoxie iaiiiant 
dans les terres, le bord oppoië fiiit tou- 
jours un angie rentrant, les montagnes 
& les collines qu'on doit regarder comme 
îes bords des valltes qui ies féparent , ont 
auiîi des finuolués correfpondantes de 
ïa même fliçon , ce qui fembie démon- 
trer que ies vallées ont été les canaux 
des courans de la mer ^ qui les ont creu- 
fés peu à peu & de la même manière 
que les fleuves ont creufé leur lit dans 
îes terres. 

Les eaux qui roulent fur la furfàce de 
ia terre &: qui y entretiennent la ver- 
dure & la fertilité j ne font peut-être 
que la plus petite partie de celles que les 
vapeurs produifent ; car il y a des veines 
d'eau qui coulent & de l'humidité qui 
fe filtre à de grandes profondeurs dans 



Thcorie Ae h Terre, 171: 

riiitérieui: de la terre. Dans cfc certains 
lieux, ea quelque endroit qu'on fouille, 
on e(l fur de fiiirc un puits & de trouver 
de l'eau; dans d'autres on n'en trouve 
])oint du tout; dans prclque tous les 
valions & les plaines baffes on ne manque 
guère de trouver de l'eau à une profon- 
deur médiocre; au contraire, dans tous 
les lieux élevés & dans toutes les plaines 
en montagne, on ne peut en tirer du feia 
de la terre , & il f lut ramafTer les eaux du 
ciel. Il y a des pays d'une vafic étendue 
où l'on n'a jamais pu faire un puits & où 
toutes les eaux qui fervent à abreuver les 
habitans (Scies animaux font contenues 
dans des mares &des citernes. En Orient, 
fur-tout dans l'Arabie, dans l'Egypte, 
dans la Perfè, &c. les puits font extrê- 
mement rares aufli-bien que les fources 
d'eau douce , & ces peuples ont été 
obligés de faire de grands réiervoirs 
pour recueillir les eaux des pluies & des 
neiges : ces ouvrages fiits pour la né- 
ceiîité publique , font peut-être les plus 
beaux & les plus magnifiques monumens 
des Orientaux; il y a des réfervoirs qui 
ont jufqu'à deux lieues de furfice . &.qui 

Hij 



\ljz 'Hifîohe Naturelle. 
jfèrvent à arrofer &: à abreuver une pro^ 
viiice entière , au moyen des laignées & 
écs petits ruifTeaux qu'on en dérive de 
tous côtes. Dans d'autres pays au con- 
traire , comme dans les plaines où cou- 
lent les grands fleuves de la terre , on ne 
peut pas fouiller un peu profondément 
ians trouver de l'eau , &l dans un camp 
fitué aux environs d'une rivière , fouvent 
chaque tente a fon puits au moyen de 
quelques coups de pioche. 

Cette quantité d'eau qu'on trouve 
par-tout dans les lieux bas , vient des 
terres liipérieures & des collines voifines, 
au moins pour la plus grande partie, 
cardans le temps des pluies & de la fonte 
des neiges, une partie des eaux coule fur 
3a furface de la terre , & le refîe pénètre 
dani. l'intérieur à travers les petites fentes 
des terres & des rochers; & cette eau 
fourcille en différens endroits lorfqu'elle 
trouve des iffues , ou bien elle ie filtre 
dans les fables , & lorfqu'elle vient à trou- 
ver un fond de glaife ou de terre ferme 
& folide, elle forme des lacs, des ruif- 
feaux , & peut-être des fleuves fouter- 
itains dont k cours & l'embouchure iiou^ 



TluGrie de la Terre, 173 

font inconnus, mais Jont cependant par 
ies loix de la Nature ie mouvement ne 
peut fe fiiire qu'en allant d'un lieu plus 
élevé dans un lieu plus bas, & par con- 
icquent ces eaux Ibuterraines doivent 
tomber dans la mer ou (e raflembler dans 
quelque lieu bas de la terre , foit à la 
ilirfàce , foit dans l'intérieur du globe ; 
car nous connoKTons fur la terre quel- 
ques lacs , dans iefquels il n'entre & deP 
quels il ne fort aucune rivière , & il y 
en a un nombre beaucoup plus grand 
qui ne recevant aucune rivière coniidé- 
rabîe, font les fources des plus grands 
fleuves de la terre, comme les lacs du 
fleuve Saint- Laurent, le lac Chiamé , 
d'où fbrtent deux grandes rivières qui 
arrofent les royaumes d'Afem & de Pégu, 
les lacs d'Afîiniboïis en Amérique, ceux 
d'Ozera en Mofcovie, celui qui donne 
naiiTance au fleuve Bocr celui dont fort 

o 

la grande rivière Irtis, &:c. & une infinité 
d'autres qui femblent être les réfervoirs 
(d) d'où la Nature verle de tous côtés les 
eaux qu'elle diftribue fur la furfiice de 
la terre. On voit bien que ces lacs ne 
(d). Voyez les preuves , art, XL 

H iij 



Î74 Hipoire Naturelle. 
peuvent être produits que par les eaux 
des terres fuperieures qui couient par de 
petits canaux louterrains en ie filtrant à 
travers les graviers & les iabies, & vien- 
nent toutes Te raffeinbler dans les lieux 
les plus bas où ie trouvent ces grands 
iimas d'eau. Au refte il ne faut pas croire, 
comme quelques gens l'ont avancé, qu'il 
fe trouve des lacs au ionimet des plus 
hautes montagnes; car ceux qu'on trouve 
dans les Alpes & dans les autres lieux 
hauts , font tous furmontés par des terres 
heaucoup plus hautes, & font au pied 
d'autres montagnes peut-être plus élevées 
«que les premières, ils tirent leur origine 
des eaux qui coulent à l'exteTieur ou fe 
filtrent dans rintérieur de ces montagnes, 
tout de même que les eaux des vallons & 
des plaines tirent leur fource des collines 
voiiines &l des terres plus éloignées qui 
les lurmontent. 

Il doit donc fe trouver, & il fe trouve 
^UQ-^Qi dans l'intérieur de la terre, des 
îacs & des eaux répandues , lur-tout au- 
deiïbus des plaines (e) & des grandes 
vallées ; car les montagnes , les collines tk. 

(ej Voyez les preiivo- , aru XV 111^ 



Théorie de la Terre, 175 

toutes les hauteurs qui flinnontent les 
terres bafTes , font découvertes tout autour 
& préfentent dans ieur penchant une 
coupe ou perpendiculaire ou inclinée , 
dans l'étendue de laquelle les eaux qui 
toinbent fur ie fommet de ia montagne 
ik ftir les plaines élevées, après avoir pé- 
nétré dans les terres, ne peuvent man- 
quer de irouver ifîiie &: de fortir de plu- 
fieurs endroits en forme de fources & de 
fontaines , <5c par conféquent il n'y aura 
que peu ou point d'eau ious les monta- 
gnes. Dans les plaines au contraire, comme 
i'eau qui le filtre dans les terres ne peiit 
trouver d'iiïue, il y aura des amas d'eau 
fcuterrains dans les cavités de la terre, & 
Vl^& grande quantité d'eau qui fuintera à 
travers les fentes des crlaifes & des terres 
fermes, ou cjui fe trouvera difperfée & 
dîviiée dans les ^raviers & dans les fables. 
C'eil: cette eaû qu'on trouve par-tout 
dans les lieux bas ; pour l'ordinaire le 
foLid d'un pivits n'efi: autre chofe qu'un 
pe it baflin dans lequel les eaux qui 
fij'ntent des terres voifines, fe ralfem- 
bîent en tombant d'abord goutte à 
goutte^ ckenluiîe erf filets d'eau continu^ 

■ H iii; 



jy6 Hiflolre Naturelle* 

lorfqiie les raines font ouvertes aux eduy 
ks plus éloignées ; en forte qu'il efl: vrai 
de dire que quoique dans les plaines 
hafles , on trouve de l'eau par- tout , on 
ne pourroit cependant y fliire qu'un cer- 
tain nombre de puits, proportionnés à 
ia quantité d'eau difperfée , ou plutôt à 
l'étendue, des terres plus élevées d'où ces 
eaux tirent leur (ource. 

Dans ia plupart des plaines, il n'eft 
pas nécefTaire de creufer jufqu'au niveau 
de la rivière pour avoir de l'eau, on 
la trouve ordinairement à une moindre 
profondeur, & il n'y a pas d'apparence 
que l'eau des fleuves & des rivières 
s'étendent loin en fe filtrant à travers les 
terres ; on ne doit pas non plus leur 
attribuer l'oricrine de toutes les eaux 
qu'on trouve au-defTous de leur niveau 
dans l'intérieur de la terre , car dans les 
îorrens , dans les rivières qui tariffent , 
dans celles dont on détourne le 
cours , on ne trouve pas , en fouillant 
dans leur lit , plus d'eau qu'on n'eu 
trouve dans les terres voifines , il ne 
faut qu'une langue de terre de cinq ou 
fix pieds d'épailfeur pour contenir l'eau 



Théorie de la Terre'. 177 
&^ l'empêcher de s'échapper, & j'ai fou- 
vent obfervé que les bords des ruil- 
feaux & à&s mares ne font pas fenfi- 
blement humides à fix pouces de dif^ 
tance. II eft vrai que l'étendue de la 
fihradon eft plus ou moins grande 
félon que le terrein eft plus ou moins 
pénétrabïe ; mais fi l'on examine les 
ravines qui fe forment dans les terres 
& même dans les fables , on reconnoîtra 
que l'eau paffe toute dans le petit 
elpace qu'elle fe creuie elle-même, & 
qu'à peine les bords font mouillés à 
quelques pouces de diflance dans ces 
fables : dans les terres végétales même , 
OÙ la fïltration doit être beaucoup plus 
grande que dans les fables & dans les 
autres terres , puifqu'elie efl; aidée de 
la force du tuyau capillaire, on ne 
s'aperçoit pas qu'elle s'étende fort loin. 
Dans un jardin onarro(è abondamment 
& on inonde y pour ainfi dire, une 
planche, fans que les planches voifines 
s'en refTentent confidéi-ablcment : j'ai re- 
marqué en examinant de gros monceaux 
de ter ie de jardin de huit ou dix pieds 

H y 



il/S Hijloïre Naturelle. 

d'épaifieur , qui n'avoieiit pas été remués 

depuis quelques années & dont le fommet 

étoit à peu près de niveau , que l'eau 

des piuies n'a jamais pénétré à plus de 

trois ou quatre pieds de profondeur; 

en foîte qu'en remuant cette terre au 

printemps après un hiver fort humide ,, 

j'ai trouvé la terre de l'intérieur de ces 

morceaux aulîî sèche que quand on 

i'avoit amoncelée. J'ai fliit la même 

obfervation fur des terres accumulées 

depuis près de d-eux cents ans ; au-defîous 

de trois ou quatre pieds de profondeur 

3a terre étoit aufli sèche que la pouffièrey 

ainfi l'eau ne fe communique ni ne 

s'étend pas aulTi loin qu'on le croit 

par la feule filtration : cette voie n'en 

fournit dans l'intérieur de la terre que 

h. plus petite partie ; mais depuis la 

furfàce jufqu'à de grandes profondeurs 

l'eau defcend par fon propre poids : elle 

pénètre par des conduits naturels ou par 

de petites routes qu'elle s'ell: ouvertes 

elle-mêi^ne , elle fuit les racines des ar- 

fcres , les >fentes des rochers, les interftices 

des terres , & fe divife & s'étend d^ 



Théorie Je la Terre. 'i/c^ 

i^ous côtés en Une infinité de petits ra- 
meaux & de filets toujours en defcendant , 
jufqu'à ce qu'elle trouve une iiïue après 
avoir rencontré la glaife ou un autre 
terrein folide fur lequel elle s'eft raf- 
lenibléc. 

Il feroit fort difficile de ftire une 
évaluation un peu julte de la quantité 
des eaU'X fouterraines qui n'ont point 
d'iffue apparente Cf). Bien des gens ont 
prétendu qu'elle furpaîloit de beaucoup 
celle de toutes les eaux qui font à ia fur- 
fâce de ia terre, & lans parier de ceux qui 
ont avancé que rintérieur du globe éroit 
nbfolument rempli d'eau, il y en a qui 
croient qu'il y a une infinité de fleuves , 
de ruifieaux , de lacs dans la profondeur 
de la terre : m.ais cette opinion , quoicjue 
commune , ne me parou pas fondée , & je 
crois que la quantité des eaux louterraines 
CTui n'ont point d'ifîue à la furface du 
globe , n'eft pas confidérable ; car s'il 
y avoit un fi grand nombre de rivières 
fouterraines , pourquoi ne verrions-nous 

//; Vc-ez ks preuves, <2rr. :i, XI ^^ ^Vllh ' 



I 8 o EîJIolre Naturelle. ' 

pas à la furflice de la terre les embou- 
chures de quelques-unes de ces rivières, 
& par conféquent des fources grofles 
comme des fleuves! D'ailleurs les rivières 
& toutes les eaux courantes produifent 
des changemens trés-confidérables à ia 
furface de la terre ; elles entraînent les 
terres , creufent les rochers , déplacent 
tout ce qui s'oppofe à leur pafTage : 
il en feroit de même des fleuves fouter- 
jrains , ils produiroient des aïte'rations 
fenfibles dans l'intérieur du globe ; mais 
on n'y a point obiervé de ces change- 
mens produits par le mouvement é^s 
eaux , rien n'eft déplacé ; les couches 
parallèles & horizontales fubfiflent par- 
tout , les différentes matières gardent 
par-tout leur pofition primitive , & ce 
ja'efl: qu'en fort peu d'endroits qu'on a 
obfervé quelques veines d'eau fouier- 
ïaines un peu confidérables. Ainfi l'eau 
ne travaille point en grand dans l'inté- 
rieur de la terre, mais elle y fait bien 
de f ouvra cre en petit : comme elle effc 
divifée en une infinité de filets , qu'elle 
cft retenue par autant dobftacles, ^ 



Théorie de la Terre, i 8 il 
enfin qu'elle ell difperfée prefqiie par- 
tout, elle concourt immédiatement à la 
formation de plufieurs fubflances ter- 
reftres qu'il faut diftinguer avec foin 
des matières anciennes , & qui en effet 
en diffèrent totalement par leur forme 
de par leur organiiation. 

Ce font donc les eaux rafîemblées 
dans ia vafte étendue des mers, qui, par 
le mouvement continuel du flux & du 
reflux, ont produit les montagnes, les 
vallées & les autres inégalités de la terre ; 
ce font les courans de la mer qui ont 
creufé les vallons & élevé les collines en 
leur donncnit des diredions corre(j3on- 
dantes ; ce font ces mêmes eaux de la 
mer, qui en tranfportant les terres, les 
ont difpofées les unes flir les autres par 
lits horizontaux , & ce font les eaux du 
ciel qui peu à peu détruifent l'ouvrage de 
h. mer, qui rabaifîent continuellement 
ia hauteur des montagnes, qui comblent 
les vallées, les bouches des fleuves & 
les golfes , & c[ui ramenant tout au ni- 
veau , rendront un jour cette terre à la 
ïiier, qui s'en emparera fucceffiyement;» 



\1%1 HïJIolre Naturelle, Vrc: 
eil laiiïant à découvert de iiouveauTC 
continens entrecoupés de vallons & de 
nioniagnes , & tout ièmblables à ceux; 
que nous habitons aujourd'hui. 

A Montbard k ^ Oéîobre 1744» 







PREUVES 

DELA 

THÉORIE 

DE LA TERRE, 



Ficitque cadend» 

Undique ne caderet, 

^ Maniî, 



TOTTU I. 



T. 18 s. 







-±=^0: 




f/^%u p'bj /a£^/J /uj^Jkm.^ 



i85 

PREUVES 

DE LA 

THÉORIE DE LA TERRE, 
ARTICLE L 

De la formation des Planètes, 

NOTRE objet étant l'Hidoire Na- 
turelle , nous nous difpenienons 
volontiers de parler d'Aftronoinie ; mais 
ia Phyfique de la tjerre tient à la Phy- 
fique célelle , & d'ailleurs nous croyons 
que pour une plus grande intelligence 
de ce qui a été dit, il eft néceflaire de 
donner quelques idées générales fur ia 
formation , le mouvement & ia figure de 
la Terre & des Planètes. 

La Terre eft un globe d'environ trois 
mille lieues de diamètre , elle eft ftiuéc 
à trente millions de lieues du Soleil, 
autour duquel elle fait la révoludon en 
trois cents foixante-cinq jours. Ce mou- 
vement de révolution eil le réiuitat de 



1 

'î8^ H'phe Natwe/ie. \ 

deux forces , l'une qu'on peut fe repre- t 
fenter comme une im.puiiion de droite \ 
à gauche , ou de gauche à droite , & 
i'autre cojiime une attraction du haut en 
bas, ou du bas en haut vers un centre. 
La direction de ces deux forces oc leurs 
quantités font combinées & propor- 
tionnées de fiçon qu'il en ré fuite un 
mouvement prefque uniforme dans vd\Q 
eliipfe fort approchante d'un cercle. Sem- 
blable aux autres planètes, la terre eft 
opaque, elle fait ombre, elle reçoit & 
réfléchit la lumière du foleil , & elle 
tourne autour de cet aflre fuivant les 
loix qui conviennent à fa diliance & à 
{'à denfité reiaîi\ e ; elle tourne aufîi fur 
elle-même en vingt-quatre heures , & ' 
Taxe autour duquel le fiit ce mouvement | 
de rotation , eft incliné de foixante-fix 
degrés & demi fur le plan de forbiie 
de (a révolution. Sa figure eft celle d'un 
iphéroïde dont les d'^wx axes diftèrent 
d'environ une cent foixanie & quin- 
zième partie , & le plus petit axe eft- celui 
autour duquel le fait la rotation. 

Ce font-là les principaux phénomènes 
de la terre , ce font-ià les réfultats des 



Théorie de la Terre, î 8/ 
, omaJes découvertes que l'on a fiiîte5 
par le moyen de la Géométrie, de 
l'Allronomie& delà Navigation, Nous 
n'entrerons point ici^ dans ie détail 
i qu'elles exigent pour être démontrées, 
& nous n'exajnineroDS pas comment on 
ed venu au point de s'afîurer de la vérité 
de tous ces faits, ce feroit répéter ce 
qui a été dit; nous ferons feulement 
quelques remarques qui pourront lervir 
à éclaircir ce qui eil encore douteux ou 
contefté ,& en même temps nous donne- 
rons nos .idées au fajet de la formation 
des planètes , & des différens états par où 
il elt poffible qu'elles aient paffé avant 
que d'être parvenues à i'état où nous les 
voyons aujourd'hui. On trouvera dans 
la fuite de cet ouvrage des extraits de 
tant de fyilèmes & de lant-d'hypothèfes 
fur la formation du globe terreilre, iur 
les différens états par où il a pafie & 
fur les changemens qu'il a fubis , qu'on 
ne peut pas trouver mauvais que nous 
joio-nons ici nos conjedures à celles 
des Philofophes qui ont écrit fur ces 
matières; &: fur -tout lorfqu'on verra 
que nous ne les donnons en effet que 



"^i88 Hïjloire Naturelles 

pour de fimples conjcL^ures , auxquelles 
nous prétendons feulement affigner un 
plus grand degré de probabilité qu'à 
toutes celles qu'on a fiites lur le inêiue 
lujet; nous nous refufons d'autant moins 
à publier ce que nous avons penfé lur 
cette matière , que nous efpérons par-là 
mettre le lecfteur plus en état de pronon- 
cer fur la grande difîercnce qu'il y a entre 
une hypothèie où il n'entre que des 
poffibilités , & une théorie fondée fur 
des fiits , entre un fyftème tel que nous 
allons en donner un dans cet article far 
îa formation & le premier état de la terre, 
iSi une hiftoire phyfique de fon état 
îiduel , telle que nous venons delà donner 
dans le difcours précédent» 

Galilée ayant trouvé la loi de ïa chute 
des corps, & Kepler ayant obfervé que 
les aires que les planètes principales 
décrivent autour du foleil , & celles que 
les fttellites décrivent autour de leur 
planète principale , font proportionnelles 
aux temps, & que les temps des révo- 
iutions des planètes & des fatellites font 
propornonnels aux racines quarrées des 
cubes de leurs diftances au foleii ou à 



Théorie de h Terre, i8^ 

îeurs planètes principales , Newton trou- 
va que la force qui fait tomber les gra- 
ves îur ia lurfice de ki terre, s étend 
jufqu'à ia lune & la retient dans fou 
orbite ; que cette force diminue en 
même proportion que le quarré de ia 
diRance augmente , que par conféquent 
la lune ell attirée par ia terre , c|ue ia 
i terre & toutes les planètes ibnt attirées 
I par le foleil , & qu'en général tous les 
i corps qui décrivent autour d'un centre 
i ou d'un foyer des aires proj^ortionnelles 
I au temps , font attirés vers ce point, 
I Cette force que nous connoifTons fous 
ie nom de pefanteur, eft donc généra- 
iement répandue dans toute la matière : 
les planètes, les comètes, le ioleil, la 
terre, tout eft fujet à fes loix , & elle fert 
de fondement à i'Iiarmonie de l'Univers; 
: îious n'avons rien de mieux prouvé en 
\ Phyfique que l'exiflence actuelle & indi- 
viduelle de cette force dans les planètes, 
I dans le foleil , dans la terre & dans toute 
ia matière que nous touchons ou que 
nous apercevons. Toutes les obferva- 
îions ont confirmé l'effet aduel de cette 
force, & ie calcul en a déterminé la 



'ïpo Hiflehe Naturelle: 

qtianiité &. les rapports; l'exaditude cfeS 
Géomètres &: ia vioilance des Allro- 
nomes atteignent a perne a la precilion 
de cette mécanique célefle, & à la re'gu- 
kfité de Tes effets. 

Cette eau le ^^éneraîe étant connue , on 
en déduiroit aiiëment les phénomènes , 
il l'aélion des forces qui les produilent, 
n'étoit pas trop combinée ; mais qu'on 
iè repréfente un moment le fyflème du 
monde lous ce point de vue , & on 
i^ntira quel cahos on a eu à débrouiller. 
Les planètes principales font attirées 
par le fokil, le foleil efl attiré par les 
planètes, les lateilites font aufîi attirés 
par leur planète principale, chac[ue 
planète ed attirée par toutes les autres , 
ëi qWq les attire aufîi : toutes ces a<fl:ions 
&. réadions varient fuivant les mafîès & 
ks diftances , elles produifent des iné- 
galités, des irrégularités ; comment com- 
biner &: évaluer une fi grande quantité 
de rapports î Paroit-il po(îible au milieu 
de tant d'objets , de. fuivre un objet 
particulier l Cependant on a furmontc 
ces difficultés, le calcul a coîifirmé ce 
que ia raifon avoit foupçonné ; chaquçt 



TJiéone de la Terre] i p f 
obfcrvation e(t devenue une nouvelle 
(Jénioniiraiion, & l'ordre fyllématique 
de l'Univers ell à découvert aux yeux 
de tous ceux qui flivent reconnoître la 
vérité'. 

\j]\^ feule chofe arrête , & efl en efîèt 
ndépendante de cette The'orie , c'efl la 
force d'impulfion ,ron voit évidemment 
que Qé\Q d'attraction nrant toujours les 
planètes vers le ibleil, elles tomberoient 
en ligne perpendiculiiire fur cet aflre, 
fi elles n'en étoient éloignées par une 
autre force, qui ne peut être qu'une 
impuifion en ligne droite, dont ït'^^i 
s'excrcerolt dans la tangente de l'orbitej 
fi la force d'attraélion ceiToit un infîant. 
Celte force d'impulfion a certainement 
été communiquée aux afl:re$ en général 
par la main de Dieu, lorfqu'elle'donna 
fe branle à l'Univers ; mais comme on 
doit , autant qu'on peut , en Phyfique 
s*abllenir d'avoir recours aux caufes qui 
font hors de la Nature, il irje paroît 
"que dans le fyftème folaire on peut 
rendre raifon de cette force d'impuifioa 
d'une manière afTez vrailemblable , <$c 
qu'on peut eu trouver une caufe doiU 



'I92 Hifloire Naturelle, 

i'effet s'accorde avec les règles de l'X 

o 

Me'caniqiie , & qui d'ailleurs ne s'é- 
loigne pas des idées qu'on doit avoir 
au liijet des changemens & des révolu- 
tions qui peuvent 6t doivent arriver dans 
l'Univers. 

La vafle étendue du fyftème folaire, 
ou, ce qui. revient au même, la Iphère 
<fe J'attradion du foleil ne fe borne pas 
à l'Orbe des planètes, même les plus 
éloignées , mais elle s'étend à une diflance 
indérinie , toujours en décroiflant , dans 
la même raifon que le quarré de la 
diftance augmente : il eft démontré que 
ies comètes qui fe perdent à nos yeux 
dans la profondeur du ciel, obéifTent à 
cette force , & que leur mouvement, 
comme celtd des planètes , dépend de 
î'attradion du loleil. Tous ces aftres 
dont les routes font fi différentes , décri- 
vent autour du foleil , des aires propor- 
tionnelles au temps , les planètes dans 
des ellipfes plus ou moins approchantes 
d'un cercle , & les comètes dans des 
ellipfes fort alongées. Les comètes & 
les planètes fe meuvent donc en vertu 
de deux forces , Tune d'atira(flion & ' 

l'autre 



Tliéarie de la Terre. 1^3 

Fautr€ d'iinpulfion , qui agifîant à la 
fois & à tout indnnt , les obligent à 
décrire c^s courbes; mais il fliut remar- 
quer que ics comètes parcourent le fy(- 
tème folaire dans toutes fortes de direc- 
tions. & que les inclinaifons des plans 
de leurs orbites font fort différentes 
entrelles , en forte que , quoique fu jettes, 
comme les planètes , à la même force 
d'attradion , les comètes n'ont rien de 
commun dans leur mouvement d'iin- 
pulfion, elles paroiiïent à cet égard 
abfolument indépendantes les unes des 
autres. Les planètes , au contraire , tour- 
nent toutes dans le même fêns autour 
du foleii, & prefque dans le même 
plan , n'y ayant que lept degrés & demi 
d'inclinaifon entre les plans les plus 
éloignés de leurs orbites : cette confor- 
mité de pofition & de diredion dans 
le mouvement des planètes, fuppofe 
iiéceflairement quelque chofe de corn- 
niun dans leur mouvement d'impulfion , 
& doit faire loupçonner qu'il leur a été 
communiqué par une feule &. même 
caufe. 

Ne peut-on pas imagînerav€C queîqiic 
Tom£ I, 1 



' î ^ 4 Hîfloh'c NaîunUe, 
forte de vraifembiance , qu'une comète 
tombai^t fur la fur face du loleil , aura 
déplacé cet aftre , &: qu'elle en aura fé- 
paré quelques petites parties auxquelles 
elle aura communiqué un mouvement 
d'impulfion dans le même fens & par 
wn même choc, en forte que les pla- 
nètes auroient autrefois appartenu au 
corps du foleil , & qu'elles en auroient 
été détachées par une force impuifive 
commune à toutes , qu'elles confervent 
encore aujourd'hui ! 

Cela me paroît au moins auffi probable 
que l'opinion de M. Leibnitz, qui pré- 
tend que les planètes & la terre ont été 
des foleils , & je crois que fon fyflème 
dont on trouvera le précis à l'article cin- 
quième , auroit acquis un grand degré de 
généralité & un peu plus de probabilité , 
s'il fe fût élevé à cette idée. C'eft ici le cas 
de crdre avec lui que la chofe arriva 
dans ie temps que Moyfe dit que Dieu 
fépara la lumière des ténèbres; car , félon 
Leibnitz, la lumière fut féparée des té- 
nèbres lorfc^ue les planètes s'éteignirent. 
Mais ici fa féparation efl phyfique & 
réelle, puirque la matière op«que qui 



Théorie de h Terre, ^ ï p 5 

compofe le corps des planètes , fut 
réellement leparée de la matière lumi- 
neufè qui compolè le foleil. 

Cette idée fur la caufe du mouvement 
d'impulfion des planètes paroîtra moins 
hafardée lorfqu'on rafièmblera toutes ies 
analogies qui y ont rapport, & qu'on 
voudra ie donner la peine àiç.ïv efîimer 
ies probabilités. La première eft cette 
diredion commune de leur mouvement 
d'impulfion qui fait que les fix planètes 
vont toutes d'occident en orient : il y 
a déjà 64 à parier contre un, qu'elles 
ïi'auroient pas eu ce mouvement dans 
ie même fens, fi la même caufe ne l'avoit 
pas produit, ce qu'il eft aifé de prouver 
par la dodrine des hafards. 

Cette probabilité augmentera pro- 
"digieufèment par la féconde analogie , 
qui eft que rinciinaiibn des orbites n'ex- 
cède pas 7 degrés & demi; car en com- 
parant les efpaces , on trouve qu'il y a 
24 contre un pour que les deux planètes 
(e trouvent dans des plans plus éloignés , 

& par conféquent 24 ou 7692624 à 
parier contre un , que ce ii eft pas par 



1 p 6 Hifloire Nul ur elle, 
Lafard qu'elles le trouvent toutes '(îx 
ainfi placées & renfermées dans i'efpace 
de 7 degrcs & demi, ou, ce qui revient 
au même, il y a cette probabilité qu'elles 
ont quelque chofe de commun dans 
le mouvement qui leur a donné cette 
.pcfuion. Mais que peut-ii y avoir de 
commun dans l'imprefîion d'un mouve- 
ment d'impulfion , fi ce n'efl: la force 
& la diredion des corps qui le com- 
muniquent î on peut donc concLur-e 
avec une très - grande vraifembîance 
que les planètes ont reçu leur mouve- 
ment d'impulfion par un feul coup. 
Ceue probabilité, qui équivaut prefque 
2i une certitude, étant acquiie , je cher- 
che quel corps en mouvejnent a pu faire 
ce choc & produire cet effet , & je ne 
vois que les comètes capables de com- 
muniquer un auffî grand mouvement 
â d'aufîi vaftes corps. 

Pour peu qu'on examine le cours 
des comètes, on fe perfuadera aifément 
qu'il eft prefque néceflairc qu'il en 
tombe quelqtiefois dans le foleil. Celle 
de I 68 G en approcha de fi près, qu*à 
ion périhélie elle n'en étoit pas éloignée 



I 



Théorie de h Terre. 1517 
de h fixicme partie du diamètre folaire, 
«Se fi elle revient, comme il y a appa- 
rence, en l'année 2:155, elle pourroit 
bien tomber cette fois dans le tbieil; 
cela dépend des rencontres qu'elle aura 
faites Cur fa route , & du retardement 
([u'clle a fouffert en pafîant dans l'atmo- 
i]>hère du foleii. Voy, Newton, j / édition, 
page ^2^, 

Nous pouvons donc prélumer avec 
le Phiiofophe que nous venons de citer, 
qu'il tombe quelquefois des comètes fur 
le foleil ; mais cette chute peut fe f lire 
de différentes façons : fi elles y tombent 
â-plomb , ou même dans une diredion 
qui ne foit pas fort oblique, elles de- 
meureront dans le foleil, &. ferviront 
d'aliment au feu qui conlume cet aftre, 
& le mouvement d'impulfion qu'elles 
nuront perdu & communiqué au foleil, 
ne produira d'autre efïet que celui de 
le déplacer plus ou juoins , félon que 
la maffe de la comète fera plus ou 
moins confidérable ; mais fi la chute 
>de la comète fe fait dans une direc^lion 
fort oblique , ce fqui doit arriver plus 
fou vent de cette fiçoa que de l'autre,. 

1 ii; 



fî p 8 Hijroire Naîtirelk: 

alors la comète ne fera que rafer la furfacc 
du foieii au la filïonner à une petite 
profondeur , & dans ce cas elle pourra 
en fortir & en chafler quelques parties de 
niatière, auxquelles elle communiquera 
lui mouvement commun d'impuifion, 
& ces parties poufTées hors du corps du 
foleiî, &: la comète elle-même, pourront 
devenir alors des planètes qui tourneront 
autour de cet allre dans le même fens 
ÔL dans le même pian. On pourroit peut- 
être calculer quelle m.aflej quelle vïtcffe 
& quelle direclion dcvroit avoir une 
comète pour faire fortir du foleil une 
quantité de matière égale à celle que con- 
tiennent les fix planètes & leurs latellites ; 
mais cette recherche ieroit ici hors de 
ià place, il fuffira d'obferver que toutes 
les planètes avec les faiellites ne font pas 
îa 6 50.""^ partie de la maffe du folelL 
Voyei Newton, page 40 J , parce que îa 
denfité des grofies plnnètes , Saturne di. 
Jupiter, eft moindre que celle du foleil , 
^ que quoique la terre foit quatre fois , 
& la lune près de cinq fois plus dénie que 
îe foleil, elles ne font cependant que 
comme des atomes en comparaifoa de 
la maffe de cet allre.. 



Théorie de la Terre ^ i q 9 

J'avoue que quelque peu confidéra- 
ble que foit une fix cent clnquantièjne 
partie d'un tout, il paroît au premier 
coup d'œil qu'il faudroit, pour i'eparer 
cette partie du corps dufoieiijUne très- 
puiflante comète : mais fi on f:\it réfle- 
xion à la vîtefTe prodigieufe des comètes 
dans leur périhélie , vïtefie d'autant plus 
grande que leur route eft plus droite , 
&L qu'elles approchent du ibleil de plus 
près ; fi d'ailleurs on fait attention à la 
denfîté, à \\ fixité , <Sc à la folidité de la 
matière dont elfes doivent être compo- 
fées , pour IbuiîrJr, fans être détruites, 
la chaleur inconcevable qu'elles éprou- 
vent auprès du foleil , & fi on fe fou vient 
en même temps qu'elles préfentent aux 
yeux des obfervateurs un noyau vif & 
folide, qui réfléchit fortement la lumière 
du foleil à travers i'atmofphère immenfe 
de la corn è le qui enveloppe & doit 
olifcurcir ce noyau, on ne pourra guère 
douter c[ue les comètes ne foient com- 
pofées d'une matière très-folide & très- 
é^\\(^ , «Si qu'elles ne contiennent fous 
un petit volume une grande quantité de 
miitière \ que par conféquent une comète 

1 iii; 



:2 Hïjhire Naturelle, 

lie puilTe avoir afîez de mafîe <5c de vî- 
\^& }30ur déplacer le loleil , & donner 
wn mouvement de projecftile à une quan- 
tité' de matière aufîi confidérabie que 
i'eft la 6 ^ o.""" partie de la mafle de cet 
aftre. Ceci s'accorde parfaitement avec 
ce cjue l'on lait au tujet de la denfité 
des planètes ; on croit qu'elle e(t d'au- 
tant moindre que les planètes font plus 
éloignées du ioleil & qu'elles ont moins 
de chaleiu* àfupportcr, en forte que Sa- 
turne eft moins d^rSo. que Jupiter , & 
Jupiter beaucoup moins dénie que la 
terre: & en effet, fila denfité des planètes 
étoit, cotnme le prétend Newton, pro- 
])ortionneiie à la quantité de chaleur 
qu'elles ont à fupporter , Mercure feroit 
fept fois plvis denfe que la terre, «Se vingt- 
huit fois plus denfe que le foleil , la co- 
mète de 1680 feroit 2 8 mille fois plus 
àç.\-\ÇQ que la terre , ou i i 2 mille fois plus 
denfe que le ioleil, & en la fuppofmt 
grofîe comme la terre, elle contiendroit 
ious ce volume une quantité de matière 
égale à peu près à la neuvième partie de 
ia mafTe du foleil , ou , en ne lui donnani 
que la cendème parue de la groffeur de 



Théorie de h Terre, 10 l 
la"terre, fa niafle feroit encore ég<lle à la 
5>oo.'"'' partie du foleil ; d'où il eft aifé 
de conclure qu'une telle mafle qui ne 
fait qu'une petite comète , pourroit lepa- 
rer &poufîèr hors du foleil une ^oo.""^ 
ou une 650.""^ partie de fi ma(îe , fur-tout 
fi l'on fait attention à l'immenle vitejfè 
acquife avec iaqueiie les comètes (e meu- 
vent lorfqu'eiles paiïent dans le voifinage 
de cet aftre. 

Une autre analogie, & qui mérite 
quelqu'attention , c'efl: la conformité 
entre la denfité de la matière des pla- 
nètes & la denfité de la matière du foleil^ 
Nous connoiffons fur la furfice de la 
terre des matières 14 ou 15 mille fois 
plus denfes les unes que les autres, les 
denfités de l'or & de l'air font à peu près 
dans ce rapport; mais l'intérieur de la 
terre & le corps des planètes font com- 
pofés de parties plus fimilaires & dont 
la denfité comparée varie beaucoup 
moins, & la conformité deladenfité de 
la matière des planètes & de la denfité 
de la matière du foleil eft telle, que fur 
650 parties qui compofent la totalité de 
la matière des planètes , il y en a plus 

1 Y 



2.01 Hiflotre Naîureïïe', 

de 640 qui font prefque de la même 
denfité que la matière du foleil , & qu'il 
n'y a pas dix parties iur ces 650 qui' 
foient d'une plus grande denfné; car 
Saturne & Jupiier iontà peu près de la 
même denfité que le Tolcii , & la quan- 
tité de matière que ces deux planètes, 
contiennent, efl: au moins 64 fois plus; 
grande que la quantité de matière des 
quatre planètes inférieures, Mars, la 
Terre, Vénus & Mercure. On doit 
donc dire que la matière dont (ont com- 
pofées les planètes en général , efl: à peu. 
près la même que celle du foleil , & que, 
par conféquent cette matière peut eii 
avoir été féparée. 

Mais, dira- 1- on, ii îa comète en) 
tombant obliquement fur le foleil, en a 
filionné la furface & en a fait lortir la- 
madère qui compofe les planètes, il pa- 
roît que toutes \^s planètes , au lieu de 
décrire des cercles dont le foleil efl le 
centre, auroient au contraire à chaque 
révolution rafé la furface du foleil, & fe- 
roient revenues au même point d'où ç)Xç.s 
etoient parties, comme feroit tout pro^ 
jediie qu'ûnianceroit avec aiïèz de force 



Tliéorie Je la Terre. 2 OJ' 

dW point de la furface de la terre, pour 
l'obliger à tourner perpétuelknient; car 
H eit aife de démontrer que ce corps 
reviendroit à chaque révolution au point 
d'où il auroit été lancé, & dès-lors on ne 
peut pas attribuer à rinipuifion d'une 
comète la projection des planètes hors 
du foleil, puifque leur mouvement autour 
de cet aiireeft différent de ce qu'il feroit 
dans cette hypothèle. 

À cela je réponds que la matière qur 
compofe les planètes n'efî: pas fortie de 
cetaftre en globes tout formés, auxquels 
la coiiiète auroit communiqué ion mou- 
vement d'impuifion , mais que cette ma- 
tière efl: fonie fous la forme d'un tor- 
rent dont le mouvement ùqs parties an- 
térieures a dû être accéléré par celui des 
parties poftérieures; que d'ailleurs l'at- 
tradion àç.s parties antérieures a dû aufîi 
ficcélérer le mouvement des parties pos- 
térieures, & que cette accélération de 
mouvement, produite par l'une ou l'autre' 
de ces caufes, & peut-être par toutes 
ies deux , a pu être telle qu'elle aura 
changé la première dire^ion du mou- 
vement d'impulfion , & qu'il a pu en 

1 vj 



20^ Hijîoîre Naturelle. 

réiulter un mouvement tel que nous l'oL- 
iervons aujourd'hui dans les planètes , 
fur-tout en fuppofant que le choc de la 
comète a déplacé le foleii; car pour 
donner un exemple qui rendra ceci plus 
lenfible , fuppofons qu'on tirât du haut 
d'une montagne une balle de mou(quet, 
ÔL que la force de la poudre fût affez 
grande pour la pouffer au-delà du demi- 
diamètre de la terre , il ell: certain que 
cette balle tourneroit autour du o^lobe & 
reviendroit à chaque révolution pafier 
au point d'où elle auroit été tirée ; mais 
f\ au lieu d'une balle de moufquet nous 
fuppofons qu'on ait tiré une fufée vo- 
lante où fadion du feu leroit durable 
& accéléreroit beaucoup le mouvement 
«fijupùlfion, cette fufée ou plutôt le 
cartouche qui la contient , ne revien- 
droit pas au même point , comme la 
halle de moufquet, mais décriroit un 
orbe dont le pério-ée feroit d'autant plus 
éloigné de la terre, que la force d'accé- 
iération auroit été plus grande & auroit 
changé davantage la première dired:ion ^ 
toutes chofes étant fuppofées égales d'ail- 
leurs. Ainfi ; pourvu qu'il y ait eu de 



toutes chofes étant ruppofées écrafes d'aile 
leurs. Ainfi , pourvu qu'il y ait eu de 



Thème de Jû Terre. 205 
l'accclératioa clans le mouvement cl'im- 
pulfion communiqué au torrent de ma- 
tière par la chute de la comète , il eft 
très-poflible que les planètes qui fe font 
formées, dans ce torrent, aient acquis le 
mouvement que nous leur connoiflons 
dans des cercles & des ellipfes dont ie 
foleii eft le centre & ie foyer. 

La manière dont fe font les grandes 
éruptions des volcans , peut nous donner 
une idée de cette accélération de mou- 
vement dans le torrent dont nous par- 
ions. On a obfervé que quand le Véfuve 
commence à mugir & à rejeter les ma- 
tières dont il eft embrafé , le premier 
tourbillon qu'il v@mit, n'a qu'un certain 
deo-ré de vîtefîe , mais cette vîteffe eft 
bien-tôt accélérée par l'impulfion d'un 
{Qcoïià tourbillon qui fuccède au pre- 
mier , puis par l'adion d'un troifième , 
& ainfi de fuite , les ondes pefantes de 
bitume , de foufre , de cendre , de métal 
fondu , paroiffcnt des nuages maffifs , &: 
quoiqu'ils fe fuccèdent toujours à peu 
près dans la même direction y ils ne laif- 
fent pas de changer beaucoup celle du 
premier tourbillon; & de le poufTer 



10 6 Hïfloke Naîureïïe, 

ailleurs & plus loin qu'ii ne feroîl parvenir 
tout leui. 

D'alîieurs, ne peut-on pas répondre 
à ceueobjedion , que le fo'eil ayant e'té 
frappé par îa comète , & ayant reçu une 
partie <Je fon mouvement d'impulfion, il 
aura lui-même éprouvé un mouvement 
qui l'aura déplacé , & que quoique ce 
mouvement du foieiï foit maintenant 
trop peu fenfîbîe pour que dans de petits- 
intervailes de temps les Aftronomes aient 
pu l'apercevoir, ii (è peut cependant 
que ce mouvement exifte encore, & que 
ie foieiï le meuve lentement vers diffé- 
rentes parties de l'Univers, en décrivant 
une courbe autour du centre de o-ravité 
de tout le fyRème \ & fî cela efl, c^omme 
je le prélume, on voit bien que ies 
planètes, au lieu de revenir auprès du 
foleil à chaque révolution , auront au 
eoiîtrnire décrit des orbites dont \z% 
points des périhélies , font d'autant plus 
éloignés de cet aflre, qu'il seft plus 
éloigné lui-même du lieu qu'il oCGupoit 
anciennement. 

Je iens bien qu'on pourra me dire 
que fi i'accéléruïion du raouvement fè 



'^"•^ùv 



^V'/ir, 



Carte du 

^01 ^ T. AU CONTINEN 

JV/v/ .,v//-///.._ ,//■.///,/■ /v/.A/.w/- .Lwù-ZntA 
M'imuluRui. Je IaPlaUi///.'vy//'</« •> 
JAi Ju Lac des Assiiiiljoïls 
/>/rl,;r(»-.c:7/.- iiv J„yAr</{■3L'^DEB^F^X)î«- 
/'.// /,• S' Robert .IcVauoonclv. 
FiL< Je . n: Robert Oay .„■/ Ju Rcy . 
'7*9 




io6 Hïffoire Ndtureïïe, 

ailleurs «Se plus loin qu'ii ne feroîtparven 
tout feui. 



Théorie de ta Terre* loj 

ait dnns la même dire<^ion, cela ne 
:hange pas ie point du périhélie qui 
\tïà toujours à la lurfàcê du Ibleii : mais 
loit-on croire que dans un torrent dont 
=s parties fe font fuccédées , il n'y a eU' 
ucun changement de diredionî il eft 
u contraire très-probable qu'ii y a eu urt 
fiez grand changement de direction ^ 
our donner aux planètes ife mouvement 
u'eilcs ont. 

On pourra mè dire aufîi que fi lè 
>ieil a été déplacé par le choc de la- 
omète , il a dû îë mouvoir un formé'- 
lent , & que dès-lors ce mouvement 
ant commun à tout le fyftème, il n'a 
û rien changer ; mais ie Ibieii ne pou^ 
oit-il pas avoir avant le choc un mou* 
ement autour du centre de c^ravité du 
(lème cométaire, auquel jnouvement 
rimiiif ie choc de la comète aura ajoiut 
le augmentation ou une diminution! 
cela iufîiroit encore pour rendre raifoa 
1 mouvement actuel des planètes. 

Enfin fi l'on ne veut admettre aucune 
? ces fupporitions , ne peui-on pas pré- 
mer , lans choquer la vraifembiance, 
ae dans ie choc de la comète contre k. 



'^ o 8 Htflohe NaîiireÏÏe: 

foleil il y a eu vine force élaftique quî 
aura élevé le torrent au-defîus de la fur- 
face du foleil , au lieu de le pouffer di- 
redemeiit î ce qui feul peut fuffire pour 
écarter le point du périhélie & donner 
aux planètes le mouvement qu'elles ont 
coniervé ; & cette fuppoiition n'efl pas 
dénuée de vrailembiance , car la matière 
du foleil peut bien être fort élaftique, 
puifque la feule partie de cette matière 
que nous eonnoiffons , qui eft la lu- 
mière , femble par fes effets être parfais 
tement éliftique. J'avoue que je ne puis 
pas dire fi c'eft par l'une ou par l'autre 
àts raifons que je viens de rapporter, 
que la diredion du premier mouvement 
d'impulfion des planètes a changé , mais 
ces raifons fuffifent au moins pour fiire 
voir que ce changement eft pofîible, 
& même probable, & cela fufïit aufû 
à mon objet. 

Alais fans in fi fier davantage fur \qs 

o 

objedions qu on pourroit fiire , non 
plus que fur les preuves que pourroient 
fournir les analogies en faveur de mon 
hypothèfe , fuivons-en l'objet & tirons 
ëes indudions ; voyons donc ce ^ui a 



Théorie Je la Terre. ^o<) 
pu arriver lorfque les planètes , & fur- 
tout la terre , ont reçu ce mouvement 
ci'imjHilfion , & dans quel état elles fe 
font trouvées après avoir été féparées 
de la maiTe du foleil. La comète ayant 
par un feul coup communiqué un mou- 
vement de projedile à mie quantité de 
, matière égaie à la 6 5 o.""' partie de la 
'mafle du foleil, les particules les moins 
■ denfes fe feront fé]^arées des plus denfes, 
& auront formé par leur attradion mu- 
tuelle des globes de différente denfité ; 
Saturne , compofé des parties les plus 
i groffes & les plus légères , fe fera le plus 
éloigné du foleil; enfuite Jupiter qui 
eft plus ilçi\(e que Saturne , fe fera moins 
éloigné , & ainfi de fuite. Les planètes les 
plus grofies & les moins denfes font les 
plus éloignées, parce qu'elles ont reçu 
un mouvement d'impulfion plus fort 
que les plus petites <Sc les plus denfes ; car 
ia force d'impulfion fe communiquant 
par les furfaces, le même coup aura fait 
mouvoir les parties les plus groffes & 
les plus légères de la matière du foleil , 
a ec plus"de vîteffe que les parties les 
plus petites & les plus mafTives ; il fe fen 



^ I o Hiflotre Nûîurelle. 
donc £iit une fcparatîon d^s parties 
denlçs de differcns degrés, en forte que 
la denfité de la matière du foleil étant 
égale à i oo, ceile de Saturne eil égale j 
^ 6y, celle de Jupiter — 94!, celle de ' 
Mars =: 200, celle de la Terre rr 400, 
celle de Vénus =r 800, & celle de Mer-: 
cure —2800. Mais la force d'attradioiî:' 
île (e communiquant pas , comme celle- 
ci liîipufjon , par hi furf ice , ôl agifïïmt au 
contraire fur toutes les parties de la mafle , 
elfe aura retenu les portions de matière 
les plus denfes, & c'efl pour cette raifoii 
qiie les planètes les plus denfes font les 
plus voiijnes du foleil , & qu'elles tour- 
nent autour de cet adre avec plus de ra- ' 
pidité que ks planètes les moins denfes, 
qui iontaufli les plus éloignées. 

Les deux grofîes pîanèies, Jupiter <Sc 
5aturne, qui font , comme l'on fût, les 
parties principales du fyflème folaire , 
ont conserve ce rapport entre leur denfité 
& leur luouvement d'impulfion, dans 
une proportion fi iufte qu'on doit en 
ene frappé ; la denfité de Saturne eH à 
ceLe de Jupiter comme 6y à 94! , & 
kuïs vheQh font à peu près comme 88f 



Théorie de la Terre, 2 î 1 
3 ï20 ~ , ou comme ôy à 9of^; il efi: 
rare que de pures conjeclures on puifle 
tirer des rapports auiil exacts. Il eft vrai 
qu'en luivant ce rapport entre ia vîtefîe 
& la denfité des planètes , la denfité de 
ia terre ne devroit être que comme 
206 ^ , au lieu qu'elle efl: comme 400, 
de -la on peut conjedurer que notre 
globe étoit d'abord une fois moins 
denfê qu'il ne Teft aujourd'hui. A l'égard 
des autres planètes, Mars, Vénus & 
Mercure , comme leur denfité n'efl 
connue que par conjeclure, nous ne 
pouvons lavoir û cela détruiroit ou con- 
firmeroiî notre opinion fur le rapport de 
la vîteffe & de la dcnfité des planètes en 
général. Lefentiinentde Newton efl que 
la denfité ell d'autant plus grande que la 
chaleur à laquelle la planète efl expofée , 
efl plus grande , & c'ed fur cette idée 
que nous venons de dire que Mars eft 
une fois moins denfe que laTerre, Vénus 
une fois plus denfe, Mercure fept fois 
plus dénie, & la comète de i 680 , 28 
mille fois plus denfe que la Terre; maisf- 
eette proportion entre la denfité des pla- 
nètes & la chaleur qu'elles ont à fupporter 



:2 1 2 Hïjloire Naturelle. 

ne peut pas lubrifier lorfqu'on fliit atten- 
tion à Saturne & à Jupiter qui font les 
principaux objets que nous ne devons 
jamais perdre de vue dans le fyftème fo- 
laire ; car félon ce rapport entre la denfitié 
& la chaleur, il fe trouve que la denfité 
de Saturne feroit environ comme 4 -^, &. 
celle de Jupiter comme 14^, au lieu de 
6y & de p4^, différence trop grande 
pour que le rapport entre ia denfité & 
la. chaleur que les planètes ont à fuj)- 
porter , puifîe être admis ; ainfi malgré 
la confiance que méritent les conjedures 
de Newton , je crois que la denfité des 
planètes a plus de rapport avec leur vî~ 
tefle qu'avec le degré de chaleur qu'elles 
ont à fijpporter. Ceci n'efl qu'une caule 
iinnie , & l'autre ell: un rapport phy- 
fique dont l'exaélitude eff fingulière 
dans les deux groffes planètes; il eft 
cependant vrai que la denfité de la terre 
au lieu d'être 206 1 fè trouve être 400, 
& que par conféquent il faut que le globe 
terreflre fè foit coïKlenfe dans cette raifon 
de 20^1 à 400. 

M ais la condenfuion ou la co^lion des 
planètes ii'a-t-elle pas quelque rapport 



théorie de la Terre, 1 1 3 

avec la quantité de la chaleur du foîeil 
dans chaque planète î & dès-lors Saturne 
qui eft fort éloigné de cet aftre n'aura 
foufîèrt que peu ou point de conden- 
lation , Jupiter fera condenfé de 90 ~k 
^4 ^ ; or la chaleur du foIeil dans Ju- 
piter étant à celle du foleil fur la terre , 
comme 14-^ font à 400 , les conden- 
iîitions ont dû fè faire dans la même pro- 
portion, de forte que Jupiter s'étant 
condenfé depo~à ^j^-^lz terre auroit 
.dû Çq. condenfer en même proportion de 
2 0(5 I à 2. 1 5 Y^ç-^ , fi elle eût été placée 
dans l'orbite de Jupiter, ou elle n auroit 
dû recevoir du foleil qu'une chaleur 
égale à celle que reçoit cette planète : 
•mais La terre fe trouvant beaucoup plus 
;près de cet afire, & recevant une chaleur 
dont le rapport à celle que reçoit Jupiter 
eft de 40 Q à i^ ~ , il faut multiplier la 
quantité de la condenlatîon qu'elle auroit 
€ue dans l'orbe de Jupiter par le rapport 
de 400 à 147I, ce qui donne à peu 
près 234 j, pour la quantité dont Li 
terre a dû fe condenfer. Sa denfité étoit 
2o<5|, en y ajoutant la quantité de 
>CQndenfation l'on trouve pour fa denfité 



2 14 Hljloîre Naturelle, 

âduelle 44.0 |, ce qui approche afîez 
de ia cleniité 400, déterminée par la pa- 
rallaxe de la lune. A a refte , je ne pré- 
, tends pas donner ici des rapports exaéls, 
mais ieulcment des approximations 
pour faire voir que les denfités des pla- 
nètes ont beaucoup de rapport avec leur 
vîtefle dans leurs orbites. 

La comète ayant donc par fa chute 
oblique fillonné la (urfiice du foleil, aura 
poufîe hors du corps de cet aftre une 
partie de matière égale à la 650.""" partie 
de fa maiïe totale: cette matière qu'on 
doit confidérer dans un état de fluidité. , 
ou plutôt de liquéfadion , aura d'abord 
formé un torrent , les parties les plus 
^roiïes & les moins denfes auront été 
poufTées au plus loin, & les parties les 
"plus petites & les plus denfes n'ayant reçu 
que la même impulfion , ne le leront pas 
{\ fort éloi ornées, la force d'attraâ:ion du 
foleil les aura retenues ; toutes, les parties 
détachées par la comète & poufTées les 
unes par les autres auront été contraintes 
de circuler autour de cet aftre, & ea 
même temps l'attradlion mutuelle des 
parties de ia matière en aura formé des 



Théorie de la Terre. 215 

gîobes à difFérenies diftaiices, dont les 
plus voifins du foieil auront nécelTai- 
rement confervé plus de rap.idite' pour 
tourner en fuite perpétuellement autour 
de cet aftre. 

Mais , dira-t-on une féconde fois , fi: 
îa matière qui compofc les planètes a 
été réparée du corps du foleii , ies pla- 
nètes devroient être comme. le foïeil, 
brûlantes & lumineufes, & non pas 
froides & opaques comme elles le font : 
rien ne reiïemble moins à ce globe de , 4,.- 
feu qii'un globe de terre & d'eau , &: à ^ 1 

en juger par comparailon, la matière de ' 

la terre &: des planètes efctout-à-fiit 
différente de celle du foieil. 

À cela on peut répondre que dans la 
féparation qui s'eft faite des particules 
plus ou moins denfes, la matière a changé 
de forme , &: que la lumière ou le feu fe 
font éteints par cette féparation eau fée . . 

par le mouvement d'impulfion. D'ail-yi '^^ c&umML 
leurs, ne peut-on pas foupçonner que ^ a>^t «^ ^ <*^ 
fi le foieil ou une étoile brûlante & lumi- ^^^ 
neufe par elle-même (e mouvoit avec 
autant de vîteffe que fe meuvent les pla- 
nètes ; ie feu s'cteindroit peut-être , & 



2 I 6 Hîjloire Naturelle, 

que c'ell par cette raifon que toutes ks 
étoiles lumineufes font fixes & ne chan- 
gent pas de lieu , & que ces étoiles que 
l'on appelle nouvelles, qui ont proba- 
blement changé de lieu , le font éteintes 
aux yeux même des oblervateurs î Ceci 
fe confirme par ce qu'on a obiervé furleis 
comètes , elles doivent brûler jufcjw'au 
centre lorfqu'elles paflent à leur péri- 
hélie ; cependant elles ne deviennent pas 
lumîneulés par elles - mêmes , on voit 
feulement qu'elles exhalent des vapeurs 
brûlantes dont elles laiffent en chemin 
une partie confidérable. 

J'avoue que fi le feu peut çxifl^r dans 
un milieu où il n'y a point ou très-peu 
de réfiflance , il pourroit aufll fouffrir un 
très-grand mouvement fans s'éteindre; 
j'avotie aufFi cjue ce que je viens de dire 
ne doit s'entendre que des étoiles qui 
dilparcifîént pour toujours, &: que celles 
qui ont des retours périodiques, & 
qui le montrent & difparoiffent alter- 
nativement lans changer de lieu , font 
fort différentes de celles dont je parle : 
les phénomènes de ces aftres finguliers 
ont été expliqués d'une manière très- 

fatis>fiûfante 



Théone de la Terre'» 217^ 

iLitisfaKante par M. de Maupertuis dans 
Ton Difcours fur fa figure des Ailres, <Sc 
je fuis convaincu qu'en partant des faits 
qui nous font connus , ii n'elt pas pof. 
fible de mieux deviner qu'il l'a fait; mais 
les e'toiles qui ont paru & enfuite difparii c/ tir^ I 

pour toujours, {q. {qwx. vrai(emblable-' * . A 
ment éteintes , foit par ta vîtefTe de leur **^*'*"**'*^ 1 
mouvement, foit par quelqu'autre caufe, nf^mJi J^ itm H j 
& nous n'avons point d'exemple dans la ^,>jC>gâ>i 
Nature qu'un aftre lumineux tourne au^ ^y_^ y * 
tour d'un autre alire : de vingt-huit ou . ^jt- ^ 
.trente comètes «Se de treize planètes qut^^ 
compofènt notre fyiième, & qui fe i«M-^ •'«^ **' ï 
meuvent autour du foieil avec plus oii^»4M,Mi#<ùCi4? 
moins de rapidité, il n'y en a pas une 
.de Itimineuiè par elle-même. 

On pourroit répondre encore que le 
feu ne peut pas fubrifteraufîi long-temp* 
dans les petites que dans les grandes 
maffes , &: qu'au fortir du foleil les pla- 
nètes ont du brûler pendant quelque 
temps, mais qu'elles fe font éteintes faute 
de matières combuRibles, comme le 
foleil s'éteindraprobablementpar la même 
raifon , mais dans des âges futurs & aufli 
éloignés des temps auxquels les planètes 

Tome I, JK. 



2 \ S hijlairc Naturelle, 
fe font éteintes , que fli grofleur Tefl Je 
celle des planètes : quoi qu'il en (oit, la 
réparation des parties plus ou moins 
dénies, quis'eft hiite néceiïairementdans 
le temps que la comète a pouflé hors du 
)i^ A: foleil la matière des planètes , me paroît 
__ fuffiiante pour rendre raiibn de cette 

i* V extmcnon de leurs feux. 
^ '^^■«^ \^';x terre &. les planètes au fortir du 
^î^^VYv t foleii étoient donc brûlantes ik. dans uii 
'Wf A,.. ;t.«, état de liquéiàdion totale, cet état de 
^/., ^.' iiquéfadion n'a duré qu'autant que la 
, violence de la chaleur qui Tavoit pro- 
*'^" duit; peu à peu les planètes fe font re^ 
y -^^.^ ^ froidie?, &: c'eil dans le temps de cet 
état de fluidité caufé par ie feu, qu'elles 
auront pris leur figure, & que leur mou^ 
veinent de rotation aura fait élever Its^ 
parties de l'équateur en abaiflant les 
pôles. Cette figure qui s'accorde fi bien 
avec les loix de l'H ydroftatique , fuppo(e 
jiéceflairement f[ue la terre & les pla- 
nètes aient été dans un état de fluidité , 
& Je fuis ici de l'avis de M. Leibnitz * ; 
cette fluidité étoit une liquéfidion caufée 
par la violence delà chaleur, l'intérieur 
* Prop'giXû, iiu[ G, C» L» 4id, Er, Lipf an. i 6q z . 



Théone Je la Terre. 2. i ^ 

de îa terre doit être une matière vîîrifïce 
dont les fables , les grès, le roc vif, les 
granités , & peut-être les argiles , lont 
des fragmens Se des fcories. 

On peut donc croire avec quelque 
vraileinbiance, que les planètes ont 
appartenu au loieii , qu'elles ont été 
fépartes par un leul coup qui leur a 
donne un mouvement d'impulfion dans 
ie même fcns & dans le même plan , & 
que leur pofition à différentes dillances 
du foleil ne vient que de leurs différentes 
denfités. Il refte maintenant à expliquer 
par la même théorie le mouvement de 
rotation des planètes â<. la formation des 
flrteliites ; mais ceci, loin d'ajouter des 
difficultés ou des impolllbilités à notre 
hypothèiè, fèmble au contraire la con- 
firmer. 

Car le mouvement de rotation dépend 
uniquement de l'obliquité du coup, & 
il ert néceflaire qu'une impulficn , dès 
qu'elle eft oblique à la furface d'un corps 
dorme à ce corps un mouvement de 
rotadon ; ce mouvement de rotation iera 
égal ÔL toujours le même, fi le corps qui 
k reçoit eil homogène, ôl il fera inégal 



[2.2 6 'Htfloîre l^atureÙe': 

fi le corps eft compofe de parties hété- 
rogènes ou de différente denfité , & de-Ià 
on doit conclure que dans chaque pla- 
nète la matière eft homogène , puifque 
leur mouvement de rotation eft égal ; 
autre preuve de ia féparation des parties 
denfes & moins denfes lorfqu'elles fe font 
formées- 
Mais l'obliquité du coup a pu être 
telle qu'il fe fera féparé du corps de la 
planète principale de petites parties de 
matière qui auront conCèrvé la même 
diredion de mouvement que la planète 
même, ces parties fe feront réunies, 
fuivant leurs denfités, à différentes dis- 
tances de la planète par la force de leur 
attracflion mutuelle ; & en même temps 
elles auront fuivi néceflàirement la pla- 
nète dans fon cours autour du foleil en 
tournant elle-même autour de la pla- 
nète, à peu près dans le plan de fon 
orbite. On voit bien que ces petites par- 
ties que la grande obliquité du coup 
aura fcparces , font les fatellitcs ; ainfi la 
formation , la pofitioii & la direétion 
des mouvemens des fatellites s'accordent 
parfaitement avec la théorie -, car ils oiU 



Théorie de h Terre, 2 1 1 

tous la même diredion de mouvement 
dans des cercles concentriques autour de 
leur planète principale, leur mouvement 
efl: dans le même plan , & ce plan eft 
celui de l'orbite de la planète : tous ces 
cfes qui leur font communs & qui dé- 
pendent de leur mouvement d'impul- 
fion , ne peuvent venir que d'une caufe 
comiTume , c'e(l-à-dire , d'une impulfion 
commune de mouvement , qui leur a e'té 
comnumtquée par un feul & même coup 
donné fous une certaine obliquité. 

Ce que nous venons de dire fur la 
caufè du mouvement de rotation & de 
ia formation des fatellites, acquerra plus 
de vraifemblance , fi nous faiions atten- 
tion à toutes les circonftances des phé- 
nomènes. Les planètes qui tournent le 
plus vite fur leur axe , font celles qui ont 
des flitellites ; la Terre tourne plus vue 
que Mars dans le rapport d'environ 24 a 
I 5 , la Terre a un fatellite & Mars n'en 
a point ; Juj^iter fur-tout , dont la rapi- 
dité autour de fon axe eft 5 ou 600 fois 
plus grande que celle de ia terre, a quatre 
fatellites , & il y a grande apparence que 
Saturne qui en a cinq & un anneau 

K iij 



^2 2 Hifloirc Naturelle. 

tourne encore beaucoup plus vite que 
Jupiter. 

On peut même conjccflurer avec quel- 
que fondement, que i'anceaii de Saturne 
ell parallèle à i'<. quaieur de cette planète, 
en forte que le plan de l'équateur de 
i'aniieau.&. celui Je l'équateur de Saturne 
font à peu près les mêmes; car en fup- 
pofmt , (iiivant la théorie précédente , 
que l'obliquité du coup par lequel Sa- 
turne a é\e mis en mouvement, ait été 
fort grande , la vîtelTe autour de Taxe 
qui aura réluké de ce coup oblique, 
aura pu d'abord êire telle que la force 
centrifuge excédoii celle de la gravité, 
& ii le iera détaché de l'équateur & des 
parties voifines de l'équateur de la pla^ 
lîète, une quantité conddt'rable de ma- 
tière , qui aura néceihiirement pris la 
iigure d'un anneau, dont le plan doit 
être à peu près le même que celui de 
l'équateur de la planète ; «& cette partie 
de matière qui forme l'anneau , ayant été 
détachée de la planète dans le voifinage 
de l'équateur, Saturne en a été abaifle 
d'autant fous l'équateur , ce qui fut que 
malgré la grande rapidité que nous lui 



Théorie de la Terre* 12 y 

îup{*)orons autour de fon axe , les dia- 
mètres de cette planète peuvent n'être 
pas aufîi inégaux que ceux de Ju]:>iter , 
qui difîèrent de plus d'une onzième 
partie. 

Quelque grande que foit à mes yeuK 
îa vraiieiublance de ce que j'ai d t juf- 
qu'ici lur ia formation des planètes & de 
ieurs latell tes, comme chacun a la me- 
fare , fur-tout pour edimerdcs probabi- 
iitèsde cette nature, & que cette nieiure 
dépend de la puilîance qu'a felprit pour 
combiner des rapports plus ou moins 
éloignés , je ne prétends pas contraindre 
ceux qui n'en voudront rien croire. J'ai 
cru feulement devoir femer ces idées , 
pa.ce qu'elles m'ont paru railonnables, 
ÔL propres à éclaircir une matière fur 
laquelle on n'a jamais rien écrit, quel- 
qu'imporiant qu'en foit le fujet , puiique 
ie mouvement d'impulfion des planètes 
entre au moins pour moitié dans la corn- 
pofuion du iyîième de l'Univers, que 
i'attia(5tion ieule ne peut expliquer. J'a- 
jouterai feulement pour ceux qui vou- 
droientnier la poflibilité de mon îyftème, 
k5 quellions fui vantes. 

K iii; 



^24 Hîjloire Naturelle. 

i.*" N'eft-il pas naturel d'imaginer 
qu'un corps qui eft en mouvement, ait 
reçu ce mouvement par le choc d'un 
autre corps î 

2, ." N 'eil-il pas irès-probabie que plu- 
fieurs corps qui ont ia même diredion 
dans leur mouvement, ont reçu cette 
diredion par un fcul ou par pîufieurs 
coups dirigés dans le même fens î 

3 ." N'elt-ilpas tout-à-fait vraifemîjlabïe 
qiie plufieurs corps ayant la même direc- 
tion dans leur mouvement &: leur pofition 
clans un même plan , n'ont pas reçu cette 
diredion dans le même fens &: cette pofi- 
tion dans le même plan parplufieurscoups^ 
mais par un feul <& même coup ! 

4." N'eft-il pas très-probable qu'en 
même temps qu'un corps reçoit un mou- 
yement d'impulfion , il le reçoive obli- 
quement, & que par conféquent il foit 
obligé de tourner fur lui-même , d'autant 
plus vite que l'obliquité du coup aura été 
plus grande ! ii ces quelîions neparoifTent 
pas déraifonnables , le fyftème dont nous 
\enons de donner une ébauche, cefTera 
de paroître une abfurdité. 

Paflous maintenant à quelque cjioie. 



Théorie de la Terre, 225' 

qui nous touche de plus près , & exaini- 
iT-ons la figure de la terre lur laquelle Oii 
a tait tant de recherches & de fi grandes 
obiervaiions. La terre étant, comme i[ 
paroît par l'e'galitë de Ton mouvement: 
diurne & la conltance de i'inciinaiion (\z 
fon axe, compofée de parties homo- 
gènes , & toutes Tes parties s'atiirant en 
railon de leurs mafTes, elle auroit pris 
néceffairement la figure d'un globe par- 
faitement rphérique, fi le mouvement 
d'impulfion eût été donné dans une ^i- 
reélion perpendiculaire à la iurface ; mais 
ce coup ayant été donné obliquement, 
îa terre a tourné fur fon axe dans le 
mêm.e temps qu'elle a pris fîi forme , & 
de la combinaifon de ce mouvement de 
rotation & de celui de i'attracftion des 
parties il a réfulté une figure fphcroïde 
plus élevée fous le grand cercle de ro- 
tation , & plus abaiffée aux deux extré- 
mités de l'axe, & cela parce que l'action 
de la force centrifuge provenant du mxou- 
vemicnt de rotation, diminue i'aclicn de 
îa gravité; ainfi ïa terre étant homogène, 
&: ayant pris fa confi (lance en même 
temps qu'elle a reçu fon mouvement de 

K v 



2i6 H'îjloire Nûîurelle. 

rotation , elie a du prendre une figure 
fphéroïde dont les deux axes dilîèrent 
d'une 2 3 o.""" partie. Ceci peut le démon- 
trer à la rigueur oc ne dépend point des 
hypoihèle- qu'on voudroii fiiire lur la 
diretftion delà pelanieur, car il n'eM pas 
permis de faire des h y pot h è les contraires 
à des vérités établies, ou qu'on peut 
établir : or les loix de la pelanteur nous 
font connues, nous ne pouvor.s douter 
que les corps ne pèlent les uns fur les 
autres en railbn dire<51:e de leurs mafles, <& 
inverle du quarre de leurs diftance ; de 
même nous ne pouvons pas douter que 
l'adion générale d'une malî'e quelconque 
ne foit compoiée de toutes les adlions 
particulières des parues de cette mafîe , 
ainfi il n'y a point d'hypothèfe à faire 
fur la diredion de la pelanteur , chaque 
partie de matière s'attire mutuellement 
en raifon d-reèle de la maffe &. inverie 
du cjuarre de la diilance , & de toutes 
ces attradions il réfulte une fphère lors- 
qu'il n'y a point de rotation , & il en 
réfulte un Iphéroïde lorfqu'il y a rotation. 
Ce fphéroïde ell plus ou moins accourci 
aux deux extrémités de i'axe de rotation^ 



Scorie de la Terre. ^ ^ 7j 
fi proportion de fa vîtcfie de ce mouvc- 
inent , & ia terre a }:)ris en vertu de la 
VÎtefre de rotation (Se de l'attradion mu- 
tuelle de toutes les parties, la ligure d'un 
fpheroïde dont les deux axes font entr'eux 
comme 229 à 2 3 o. 

Ainfi par l'a coiillitution originaire, par 
ïow homoo^énéiié , & indéne»; dam ment 
de toute liypothèie fur la dirediondela 
peianteur , la terre a pris cette figure dans 
le temps de la formation , &: elie ell , en 
vertu des loix de la Mécanique, élevée 
nécefTairement d'environ fix lieues & 
deiîiie à chaque extrémité du diamètre de 
i'équaieur de plus que Tous les pôles. 

Je vais in fi fier fur cet article, parce qu'ii 
y a encore des Géomètres qui croient que 
ia figure delà terre dépend dans la théorie, 
du iyflème de phiioiophie qu'on em- 
brafie , <Sc de ht direction qu'on iuppofe à 
ia peianteur. La première choie que nous 
ayons à démontrer , c'ell i'atiradion mu- 
tuelle de toutes les parties de la matière, 
& la lecondc rhom.og-. néité du globe 
tcrrelbe; fi nous fltiions voir cldreiuent 
que cci deux faits ne peuvent j as être ré- 
voqués en doute , il n'y aura plus aucune 



2.1 s 'Hijlolre NaîiireVe: 

hypothèfe à faire fur la diredlion de îà 
pelanteur ; la terre aura eu nécefîairement 
îa figure déterminée par Newton, & toutes 
les autres figures qu'on voudroit lui don- 
ner en vertu des tourbillons ou des autres 
hypothèfes , ne pourront iubfiller. 

On ne peut pas douter, à moins qu'on 
île doute de tout , que ce ne foit la force 
d€ la gravité qui retient les planètes dans 
leurs orbites; les fatellites de Saturne 
gravitent vers Saturne , ceux de Jupiter 
yers Jupiter, îa Lune vers la Terre, & Sa- 
turne, Jupiter, Alars, la Terre, Vénus 6c 
Mercure gravitent vers le Soleil: de même 
Saturne & Jupiter gravitent vers leurs 
fàteflites , îa Terre gravite vers la Lune , 
& le Soleil gravite vers les planètes , la 
gravité eft donc générale & mutuelle 
dans toutes \ts plsnèies, car i'adion d'une 
force ne peut pas s'exercer fins qu'il y ait 
réaélion , toutes les planètes agifi"ent donc 
mutuellement les unes fur les autres : cette 
attratflion mutuelle fert de fondement aux 
îoix de leur mouvement, &: elle efl: dé- 
montrée par les phénomènes. Lorfque 
Saturne & Jupiter font en conjonc^lion, ils 
stgiflent l'un fur i'autrc; & cette attradiou 



Théorie de la Terre , '21^ 

produit une irrégularité dans leur mou- 
vement autour du Soleil ; il eu eft de 
même de la Terre ôl de la Lune, elles 
agiiïent mutuellement l'une fur l'autre, 
mais les irrégularités du mouvement de la 
Lune viennent de l'attradion du Soleil, eu 
forte que le Soleil , la Terre & la Lune , 
agiffent mutuellement ies uns fur les 
autres. Or cette attradion mutuelle que les 
planètes, exercent les unes fur les autres, 
eft proportionnelle à leur quantité de ma- 
tière lorfque les diftances font égales , ôc 
la même force de gravité qui fait tomber 
îes graves fur la furface de la Terre, &. qui 
s'étend jufqu'àla Lune , eft aufll propor- 
tionnelle à la quantité de matière; donc la 
gravité totale d'une planète eft compofée 
de la gravité de chacune des parues qui 
îa compoiènt ; donc toutes les parties de 
la madère, foit dans la terre , foit dans ks 
planètes , gravitent les unes fur les autres; 
donc toutes les parties de la matière s'at- 
tirent mutuellement : & cela étant une 
fois prouvé , la terre par fon mouvement 
de rotation a dû néceffairement prendre 
ïa figure d'un fphéroïde dont les axes 
font entr'eux comme 22^ à 2.30, & ia 



!â3ô' Hîjîohe Naturelle. 

d[ire(51ion de la pefanteur eft nécefîîiirc*» 
ment pcrpendicuiaire à ia furface de ce 
fphéroïde ; par conféquent il n'y a point 
d'hypotlièle à faire fur la diredion de la 
pelanteur, à moins qu'on ne nie l'attrac- 
tion mutuelie & générale des partie de 
îa matière, mais on vient 'de voir que 
Tattraiflion mutuelie efl: démontrée par 
îes obfervations , & les expériences àts 
pendules prouvent qu'elle efi générale 
dans Toutes les parties delà matière , donc 
on ne peut pas faire de nouvelles hypo- 
thèfès lur la direcflion de la pefanteur , (ans 
aller contre l'expérience & la railon. 

Venons maintenant à rhomogéneité 
du globe terrefire; j'avoue que fi l'on 
fupp jie que le globe foit plus dénie 
dans cer: aines parties que dans d'autres , 
îa diieélion de ia peïân eur doit être dif- 
férente de celle que nous venons d'af- 
figner, qu'elle fera différente fuivant les 
différentes fuppofitions qu'on fera, & 
que la fgiirede la terre deviendra dif- 
férente aulîi en vertu des mêmes fjp- 
poîiàons. Mai qiîdle raifon a-t-on pour 
croire que cela foit ainfi î Pourquoi 
Teut-on, par exemple, que les parties 



Tliéone Ae la Terre. 1 3 t'' 

voifmes du centre , foient plus dciifes que 
ce les qui en iont pius éloignées î toutes 
les part eu es quicompolent le globe ne 
le lont-elfes pas raftemblées par leur at- 
tra^ion mutuelle \ dès-lors chaque parti- 
cule eft un centre, &. il n'y a pas de raiiori 
pour croire que le.-» parties qui font 
au:our du centre de grandeur du globe , 
foient plus denfes que ce les qui font 
autour d'un autre point ; mais d'ailleurs 
fi une partie confidérable du globe étoit 
plus denfe qu'une autre p^rJe, i'axe de 
rotation le trouveroit plus près des parties 
denfes, & il en réfuUeroit une ineg lire 
dans la révolution diurne , en lorte qu'à 
la furface de la tene nous remarquerions 
de rinégi'Jité dans le mouvement ap- 
parent des fixei , elles nous paroit oient 
le mouvoir beaucoup plus vî e ou be:iu- 
coup plus Icnfetnenc uu zénith qu'à l'ho- 
rizon , lelon que nous ferions polés fuï 
les parties dénies ou iégè:ei du globe: 
cet axe dt la terre ne pafî^tnt plus par 
le cent e de granieurdu globe, ch nge- 
roic auili très-lènfb'enient de pofui n ;• 
m is tout ceL; n'arr e })..s, on iiic ;ui con- 
traire que le mouvemeiit diurne de iâ^ 



X-^z 'Hijloke Naturelle, 

terre eft égal & uniforme , on fait qu*l 
toutes les parties de la furfàce de la terre 
ies étoiles paroiiïent fe mouvoir avec la 
inême vîteiïe à toutes ies hauteurs, & s'il 
y a une nutation dans l'axe, elle efl: afïez 
infènfible pour avoir échappé aux obler- 
vateurs ; on doit donc conclure que^ le 
globe efl homogène ou prefque homo- 
gène dans toutes Tes parties. 

Si la terre étoit un globe creux & vide 
dont la croûte n'auroit, par exemple, que 
deux ou trois lieues d'épaiiïeur , il en ré- 
fulteroit i .^ que les montagnes feroient 
dans ce cas des parties fi coiiridérables 
de l'épaifTeur totale de la croûte qu'il y 
auroit une grande irrégularité dans les 
Biouvemens de la terre par l'attradion de 
!a lune & du foieil ; car quand les parties 
les plus élevées du globe, comme les 
Cordillères, auroient la lune au méri- 
dien, l'attradion feroit beaucoup plus 
forte fur le globe entier que quand les 
parties les plus baffes auroient de même 
cet aftre au méridien. 2.'' L 'attraction 
des moniagnes feroit beaucoup plus con- 
fidérabie qu'elle ne l'efl en comparai- 
ion de l'attradion totale du globe, & les 



Théorie âe la Terre. % 3 3 

expériences faites à la montagne deChim- 
boraçoau Pérou ,donneroientdans ce cas 
plus de degrés qu'elles n'ont donné de 
fécondes pour ladéviaiion du fil à-plonib. 
3,'' La pedinteur des corps feroit plus 
grande au-de/Tus d'une haute montagne , 
comme le Pic de Ténérifle, qu'au niveau 
de la mer, en forte qu'on fe ièntiroit 
confidérablement plus pefint & qu'on 
mar cheroit plus difficilement dans les lieux 
élevés que dans les lieux bas. Cesconfidé- 
raiions & quelques autres qu'on pourroit 
y ajouter , doivent nous faire croire que 
l'intérieur du globe n'efl pas vide & c|u'il 
eft rempli d'une matière aflez denfe. 

D'autre côté, fi au-defîous de deux ou 
trois lieues , la terre étoit remplie d'une 
matière beaucoup plus denfe qu'aucune 
des matières que nous connoifTons , il 
arriveroit néceflairement que toutes les 
fois c[u'on dcicendroit à des profondeurs 
Hiême médiocres , on pèferoit fenfible- 
ment beaucoup plus, les pendules s'ac- 
célérer oient beaucoup plus qu'ils ne s'ac- 
célèrenî en effet lorfqu'on les tranfporte 
d'un lieu élevé dans vui lieu bas ; ainfi 
nous pouvons préfumer que i'imérieux 



':2-34 Hipohe Nûîurelie. 
de la terre eft rempli d'une matière a petî 
près femblable à celle qui compofe la 
furface. Ce qui peut achever de nous 
déterminer en faveur de ce (entinient , 
c'ell" que dans ie temps de la première 
formation du globe, lorlqu'ii a pris la 
forme d'un fj^hcroïde aplati fous les 
pôles , la matière qui le compofe, éioit 
en fufion, & par confequent homo- 
gène , & à peu près e'gnlement denfe d;ins 
toutes fes parties , aulfi-bien à la furfice 
qu'à l'intérieur. Depuis ce temps, la ma- 
tière de ia fuiface, quoique la même, 
a été remuée 6i travaillée par les caufes 
extérieures , ce qui a produit des ma- 
tières de différentes denfnés; mais on 
doit remarquer que les madères qui, 
comme l'or & {es métaux , font les plus 
dénies , font aulTi celles qu'on trouve le 
plus rarement , & qu'en confécjuence de 
î'adiion des eau lès extérieures, la plus 
grande partie de la matière qui compote 
ie glo]:îe à la furface , n'a pas fubi de 
très-grands changemens par rapport à la 
denfité , & les matières les plus coiw- 
munes, comme le fable & la orlaife , ne dif^ 
fèreiit pas beaucoup eu dea.fité; eu iorts 



Tiléone de h Terre, 2^^ , 

qu'il y a tout lieu de conje^fturer avec 

gnmde vraifeniblance , queji^^kur ^trt tij^n- ^ 

<:}e la terr e ell rempli d 'une m^^^^itri- P,i^*_ /;( * ^ « j 

ri(^e donf'là dêniite,'e{i à peu prés ia Vy !"/**] 
iTi'eme que celle du llible , <& que par ^^ ^^^J^ • 
confequent le globe terreftre en général 
peut être regardé comme homogène. 

li refle une relTource à ceux qui veu- 
ient abfolumcnt faire des ruj)poli ions, 
c'efl: de dire que le globe eit comporé 
de couches concenrriques de différentes 
denfités, car dans ce cas le mouvement 
diurne fera éaal , & l'inclinaifon de l'axe 
confiante, comme dans le cas de l'homo- 
généité. Je l'avoue , mais je dem nde en , * 
jnême temps s'il y a aucune railon de ^**^ ^««**«/ft^ 
croire que ces couches de diiférenîes«/^'»«<** T*^*^ 
denfités exiftent, fi ce n'eu pas vouloir «>^ dtmiiiiu 
que les ouvrages de la Nature s'ajuftent j MrvwnJ 
à nos idées abltraites , & fi l'on doi. ad- ,. . * 
mettre en Phyfique une fuppofuion qui*'^^*^^'^'^*^*^ 
n'eft fondée fur aucune obfervation , '^^^ tf'*^, ^ 
aucune andogie , & qui ne s'accorde 
avec aucune des indudions que nous 
pouvons tirer d'ailleurs. 

Il paroît donc que la terre a pris, 
eii vertu de i'attraâion mutuelle de feg 



2^6 Hîflolre 'Naturelle, 

parties & de Ton mouvement de rotation , 
r'* •>■<. -^t* Ici,j^|^||ft|^n fphéroïde dont îes deux 
>% ^^, axes^Hilmit d'une 220.""* P'^niejJ 
paroi c que c éit-ia i;i n^ure primitive - 
" » quelie a priie neceliaïrement dans le 
temps de ion état de fluidité ou de il- 
quéfàélion ; il paroi t qu'en vertu àç.s 
loix de ia gravité & de h force centri- 
fuge, elle ne peut avoir d'autre figure , 
que du moment même de fa formation 
if y a eu cette différence entre les deux 
diamètres , d^ fix iieues & demie d'éiéva- 
tron de plus fous l'équateur que fous les 
pôles, &i que par conféquent toutes les 
, ..^hypothèfes par lefqueiles on peuttrou- 
****'"* ver plus ou moins de différence font 
-• ••'^ -^es fi(flions auxquelles il ne faut faire 
^*».* -», aucune attention. 
,^»r .-V..,- Mais, dira-t-on , fi la théorie efl 
vraie, fi le rapport de 22a à 230 efl 
le vrai rapport des axes, pourquoi les 
*-^ - ,.-♦ Mathématiciens envoyés en Lapponie& 
au Pérou , s'accordent-ii's à donner le 
rapport de 1 74 à i 7 5 î d'où peut venir 
cette différence de ia pratique à la théo- 
rie î &, fans fiire tort au raifonnement 
qu'on vient de faire pour démontrer h 



Théorie de la Terre* 2 3 7 

théorie , n'eft-il pas plus raifonnable de 
-donner la préférence à la pratique & aux 
mefures, îur-tout quand on Mpeut pas 
douter qu'elles n'aient été prîtes par les 
plus habiles Mathématiciens de l'Europe 
(M, de Mmperîuis , figure de la Terre) 
& avec toutes les précautions nécefîaires 
pour en conftater le réfultat \ 

À ceLi je réponds que je n'ai garde 
de donner atteinte aux ob fer vations faites 
fous î'équateur & au cercle polaire , que 
je n'ai aucun doute fur leur exaélitude , 
.& que la terre peut bien être réelienient 
élevée d'une 17 5."'^ partie de plus fous 
I'équateur f|ue fous les pôles ; mais en 
même temps , je maintiens la théorie, & 
je vois clairement que ces deux réfultats 
peuvent le concilier. Cette différence 
des deux réfultats de la théorie & des 
mefures , efl d'environ quatre lieues dans 
les deux axes, en forte que les parties 
fous I'équateur font élevées de deux 
lieues de plus c(u 'elles ne doivent l'être 
fuivantla théorie : cette hauteur de deux 
lieues répond aflez jufte aux plus grandes 
inégalités de la furfice du globe , elles 
proviennent du mouvement de la mer 



1 

l'jS Hiflotre Naturelle; 
ÔL de i'adioii des fluides à la furface de 
îa terre. Je m'explique, il me piroît 
que dji"^e temps qtie la terre s'eît for- 
mée , elle a iiëcefTairement dû prendre, 
en vertu de i'i.ttnîdion mutuelle de Tes 
parties & de l'adion de la force centri- 
fuge , la figure d'un fphéroïde dont les 
axes diffèient d'une 230."''' p:.rtie ; \x 
terre ancienne & originaire a eu necei- 
f lirement cette figure qu'elle a prife lorl- 
qu'elîe étoit fluide ou plutôt liquéfiée 
par le feu , mais lorlqu'après la forma 
tion & ion refroidiflement , les vapeurs 
qui étoient étendues & raréfiées, comme 
FxOus voyons ratmofphère & la queue 
d'une comète , le furent condenlées , elles 
tCHibèrent fur la iurface de la terre & 
formèrent l'air & l'eau ; & lorique ces 
eaux qui étoient à la furface, furent agi- 
tées par le mouvement du flux & reflux , 
ks matières furent entraînées peu à peu 
des pôles vers l'équateur, en forte qu'il 
efl: pcffible que les parties clés pôles iè 
foient abaiflees d'environ une lieue , & 
que les parties de l'équateur fe foient 
élevées de la même quantité. Cela ne 
s'cfl: pas fait tout-à-coup, mais peu à peu 



Théone de la Terre. 2 j ff 
&. dans la fuccefîion des temps; la terre 
étant à i'exîérieur expolte aux vents, à 
l'adion de l'air & du ioleiifRoutes ces 
cailles ir régulières ont concouru avec 
îe fîux Si le reflux pour fillonner û\ fur- 
fîice , y creufer des profondeurs, y élever 
des montagnes, ce qui a produit des 
inéoraittés , des îrréoruiariiés dans cette 
couche de terre remuée , dont cepen- 
dant la plus grande épaifîeur ne peut 
être que d'une lieue fous l'cquateur; 
cette inégalité de deux lieues ell: peut- 
être la plus grande qui puilTe être à h 
iiirface de la terre , car les plus hautes 
montagnes n'ont guère qu'une lieue de 
hauteur, & les plus grandes profondeurs 
de la mer n'ont peut-être pas une lieue, 
La théorie efl: donc vraie, &. la pratique 
peut l'être aufî] ; h terre a du d'abord 
n'être élevée fjus l'équatcur que d'envi- 
ron fix lieues & demie de -plus qu'au 
pôle , Se enfuite par les changemens qui 
font arrive's à fi riirface , e'ie a pu s'é- 
lever davantage. L'Hilloire Naturelle 
confirme merveilieulement cette opinion, 
& nous avons prouvé dans le diicours 
précédent, que c'eftie fîux ôc le reflux êc 



2^6 Hîflohe Naturelle: 

ies autres mouvemens des eaux qui on? 
produit les montagnes & toutes les ine'- 
galités deWfurface du globe ; que ccno. 
même furface a iubi des changemens 
très-confidérables , & qu'à de grandes 
profondeurs comme fur les plus grandes 
hauteurs, on trouve des os, des coquilles 
& d'autres dépouilles d'animaux habitans' 
des mers & de la furface de la terre. 

On petit conjedurer par ce qui vient 
d'être dit, que pour trouver la terre 
ancienne & les matières qui n'ont jamais 
été remuées, il fmdroit creuiêr dans les 
climats voifins des pôles , oii ia couche 
de terre remuée doit être plus mince que 
dans les climats méridionaux. 

Au relie , fi l'on examine de près les 
mefures par lefquelles on a déterminé 
la figure de la terre , on verra bien qu'il 
entre de l'hypothétique dans cette déter- 
mination , car elle fuppofe que la terre 
a une figure courbe régulière , au lieu 
qu'on peut penier que la furface du 
globe ayant été altérée par une grande 
quantité de caufes combinées à l'infini, 
elle n'a peut-être aucune figuré régu- 
lière ; & dès-lors la terre j^ourroit biei:ï 

n'être 



Théorie de la Terre, 241 

n'être en effet aplatie que d'une 230.""*^ 
partie , comme le dit Newton , & comme 
la théorie le demande. D 'ailleurs , 011 
fait bien que quoiqu'on ait exad:ement 
la longueur du Degré au cercie polaire 
^ à i'équatcur , on n'a pas aufli exacfle- 
ment la longueur du Degré en France, 
& que l'on n'a pas vérifié ia mefure de 
M. Picard. Ajoutez à cela que la dimi- 
iiution &: l'augmicntation du pendule ne 
peuvent pas s'accorder avec le réiultat 
des meiures , & qu'au contraire elles s'ac- 
cordent à très-peu près 2ivec la théorie 
de Newton ; en voilà plus qu'il n'en 
flmt pour qu'on puifTe croire que la 
terre n'eit réellement aplatie que d'une 
23 o.""^ partie, & que s'il y a quelque 
différence , elle ne peut venir que des 
inégalités que les eaux & les autres caules 
extérieures ont produites à la lurface ; & 
ces inégalités étant, feîon toutes les appa- 
rences , plus irrégulières que régulières , 
on ne doit pas faire d'hypothèfe fur cela, 
ni fuppofer, comme on l'a fait , que les 
méridiens font des ellipfes ou d'autres 
courbes régulières ; d'où l'on voit que 
quand onmefureroit fuccelîivement plu- 
Tome /. L 



242. Htflolre Naturelle.' 
fleurs Degrés de la terre dans tous les 
fèns, on ne ieroit pas encore aiîuré j^ar- 
ià de la quantité d'aplatifi'emcnt qu'elle 
peut avoir de moins ou de plus que de 
a 230. partie. 

Ne doit-on pas conjeiflurer aufll que 
il l'iticlinaiion de l'axe de* la terre ;i 
changé , ce ne peut être qu'en vertu des 
chaiîgeniens arrivés à la lurface, puilquc 
tout le reile du globe eil: hoiucgène; 
que par coniéqucnt, cette variation eil 
trop peu lenfibie pour être aperçue par 
les Ailronoines, & qu'à moins cjue lu 
terre ne ioit rencontrée par qiîelque 
coiuète , ou dérangée par c|uefqii'autre 
cauie extérieure, ion axe demeurera per- 
pétuellement incliné comtne il i'ei'i au- 
jourd'hui, & comme il l'a toujours été ! 
1^ £t afin de n'omettre aucune des 
conjeélures qui me paroiflent raiion- 
nabies , ne peut-on pas dire que comme 
les montagnes & les inégalités qui loiit à 
la Turface de la terre, ont été formées par 
l'a<fliondu flux & reflux, les mon.timnes 
& les inégalités que nous remarquons 
à fa ilirfiice de la iunc , ont été produites 
par une caiiic iemblabie ; qu'elles font 



ThSone de la Terr^, 243 

Tîeavjcoiip pWs élevées que cclîcs de h 
terre , parce que le fîux ik reflux y eîl 
beaucoup plus fort , puifqu'ici c'efl la 
lune , & là c'eft la terre qui le caufe , 
dont la maffc étant beaucoup plus ccn- 
fîdérable que celle de la lune , devrolt 
produire deseffets beaucoup plus grands 
fi la lune avoit, comme la terre, v.n 
mouvement de rotation rapide par lequel 
elle nous préfèmeroit fucceflivemient 
toutes les parties de fa furface ; mais 
comme la lune préfente toujours la mem.e 
face à la terre, le flux & le reflux ne peu- 
vent s'exercer dans cette planète qu'en 
vertu de ion mouvement de iibration 
par lequel elle nous découvre alternati- 
vement un fegment de fa furftce, ce qui 
doit produire une efpèce de fîux & de 
reflux fort diiiérent de celui de 1105 
mers , & dont les edèts doivent être 
beaucoup moins confidérables qu'ils ne 
le feroient, fi ce mouvement avoit pour 
caufe une révolution de cette planète 
autour de Ion axe , aulîi prompte que 
l'eiî: la rotation du globe terrelb'e. 

J'aurois pu faire un livre gros comme 
celui de Burnet ou de Whiflon , fï j'cu& 

L ij 



^44 fîtflotre Naturelle. 
voulu délayer les idées qui compofent 
le fyftème qu'on vient de voir , ^ en 
leur donnant i'air géométrique, coinjne 
l'a fait ce dernier Auteur, je leur eufTe 
en même temps donné du poids; mais 
je penfe que des hypothèfes, quelque 
vraifemblables qu'elles foient, ne doivent 
point être traitées avec cet appareil .quj 
dent un peu de la charlatanerie. 

A Buffon le 2 q Septembre j y ^^ . 




Tfiéorîe Je la Terre, "2 4 5^ 

PREUVES 

DE LA 

THÉORIE DELA TERRE. 
A R T I C L E 1 1. 

Du Syfthne de AL Wlùpn. 

A ncw Theory of the Earth , by Wiii. Whiftonp 
Lvndon , lyoS» 

CET Auteur commence fon traite de 
ia Théorie de la Terre par une 
difTertation fur ia création du monde ; iï 
prétend qu'on a toujours mal entendu le 
texte de la Qç,Tih{Q^ qu'on s'eft trop atta- 
ché à ia iettre & au iens qui ie prélente 
à ia première vue, Hms fliire attention 
à ce que la Nature , îa raiibn, ia Philofo- 
phie , & même ia décence exigeoient de 
i'Écrivain pour traiter dignement cette 
matière. îi dit que ies noticns^-qû'on a 
communément de i'ouvrap^e des fix jours, 
Ibnt aÎDibîament taufies , & que ia del- 
crijuionde Moyfe n'eii pas une mrrauoa 

L iij 



2 4-6 mpotre Naturelle: 
exade & philofophiqiie de {a création 
de l'Univers entier <& de i origine de 
tomes choies, mais Mie rcpréientation 
iîiiiorique de la formation du fenl globe 
terrefire. La terre , félon lui, exidoit 
auparavant dans le cahos, ^ elle a reçu 
dans le temps mcniionnépar Moyfe la 
fonrié, laiïiuation & la confiHance né- 
ceiiaires pour pouvoir être habitée par le 
genre humain. Nous n'entrerons point 
émsÏQ détail de fes preuves à cet égard , 
^ nous -n'entreprendrons pas d'en f lire 
îa réfutation; lexpcfition que nousvc- 
lions de faire , fuffit pour démontrer la 
cciîtrariété de ion opinion avec la foî^ 
& par conféquent i 'in lufâ lance ck fes 
preuves: au reftc, il traite cette matière eii 
l'héologien controveifiiie plutôt qu'en 
Ph iiofophe éclairé. 

Pariant de ces fmx principes , il pafTe 
à des fuppofitions ingénieufes, & qui, 
Cjuoiqu extraordinaires , ne lailTent pas 
d'avoir un degré de vraifemblance lori- 
qu on veut fe livrer avec lui à î'enthou- 
fiafme du fyilème: il dit que l'ancien 
cahos, iorigine de notre terre, a été 
i'atinof])hère d'une comète ; que le mou- 



Théorie de la Terrer 247 
veillent annuel de la terre a commencé 
dans le temps qu'elle a pris une nouvel.e 
forme , mais que Ton mouvement diurne 
n'a commencé qu'au temps delà ointe 
du premier homme : nue le cerc.e de 
l^écliptique coupolt alors le tropique ou 
C'incer au point du paradis terreitre a Sa 
floniière d'Aayrie, du côté du nord^ 
ouell; qu'avant le déluge Tannée com- 
mcnroit à l'équinoxe d'automne ; que les 
orbiics originaires àti planèies, & iur- 
îout l'orbite de k terre, étoienî avant 
ie déluge des cercles parlaits ; que e 
d-luc^e a commencé le 18,' jour de 
Nov'embre del'année 2365 delapériode 
Julienne , c'eft-à-dire , 2 3 49 f 7 ^^ 
i'ere chrétienne; que l'année iolaire & 
Tannée kmaire éioient les mêmes avant 
le deluae, & qu'elles contenoient juite 
.60 jo^jrs; qu'une comète defcendant 
dans ie plan de l'écliptique vers Ton péri- 
hélie . a pafie tout auprès du globe de 
la terre le jour même que le déluge a 
commencé; qa'il y a une grande cha- 
leur dans l'intérieur du globe terreitre, 
(nji ie répand conrtammenî du^ centre 
à la circonférence ; que la conuitutiou 

L iiij' 



i4§ Hifloire Naturelle. 
intérieure & toialede la terre eft comme 
cel.ed unœuf.ancienemblémedu dobc • 
que es montagnes font les pardes les 
plus kgeres de Ja terre, &c. Enfuite il 
attribue an déluge univerfei toutes les 
altérations & tous les changemens arrivé* 
a ia lurflice & >, l'intérieur du ^lobe 
Il adopte aveuglément les hypotiiçfes de' 
Voodwm-d, & fe fert Indiiîinflement 
<ie toutes les obfervations de cet Auteur 
au fujetde l'état préfem du globe; mais 
i! y ajoute beaucoup lorfqu'ii vient à 
înmer de l'état futur dé la terre : félon lui 
^tle périra par le feu, & f, deftruc^ion 
lera précédée de tremblemens épou- 
v;uitables, de tonnerres & de météores 
effroyables le foleil & la iune auront 
iafpea hideux, les deux paroîtront 
s écrouler, l'incendie fera général fur 
la terre; mais lorfque Je feu aura dé- 
vore tout ce qu'elle contient d'impur , 
lorfquclie fera vitrifiée & tranfparente 
comme le criiïal, les Saints & les Bien- 
heureux viendront en prendre poiïéirion 
pour 1 hajjiter jufqu'au temps du iuo-e- 
meiit dernier. '^ 

Toutes ces hypothèfes-^emblem au 



Théorie de h Terre. 249 
premier coup d œil , être autant d'afTer- 
fions téméraires, pour ne pas dire extra- 
vacrantes; cependant l' Auteur ies a ma-- 
nic^-s avec tant d'adrelTe , & les a réunies 
avec tant de force , qu'elles cefTent de 
paroître abfolument chimériques : il met 
dans ibn fujet autam d'elprit & de 
fcience qu'il peut en comporter , & on 
fera touiours étonné que d'un mélange 
d'idées auin bizarres & aufTi peu faites 
pour aller enfemble , on ait pu urer un 
fyrtèmeéblouiffam; cen'eft pas même 
aux efprits vulgaires , c'eft aux yeux à^^. 
Savans qu'il paroîtra tel , parce que les 
Savans font déconcertés plus ailement 
que le vulgaire par l'étalage de l'érudi- 
tion, & par la force & la nouveamé des 
. idées. Notre Auteur étoit un Aftronome 
célèbre, accoutumé à voir le ciel en 
raccourci , à mefurer les mouvemens des 
afti-es,à compafferles efpaces descieux, 
il n'a jamais pu fe perfuader que ce petit 
arain de fable , ceue terre que nous ha- 
bitons, ait attiré l'attention du Créateur 
au poim de l'occuper plus long-temps 
que le Ciel & l'Univers entier, dont a. 
\afte étendue contient d&s millions de 

L V 



250 Hifloh-e ISlaUircIle. 
miliions de foleils & de terres. Il pré- 
tend donc que Moyfe ne nous a pas 

donne lh,fto.re de la première création, 
mais leukment le détail de la nouvelle 
lorn.e que la terre a prife, lorlque la 
ma,n du 1 ou(-puiff,nt la tirée dt. non.- 
J^re des comètes pour la fiire planète, 
ou, ce qui revient au même, lorlque 
dun inonde en défordre & d'un cahos 
■ "Uforme ,1 en a ftit une hai^itaiion tran- 
quille & un (ejour agréable; les comètes 
ipnt en effet luj êtes à des vicilDiudes 
tçrribles a caufe de l'excentricité de leurs 
orbites; tantôt, coMime dans celle de 
<68o, ,1 y 11,!, n,i,i^ fois plus chaud 
cfuaum,l,eu d'un brafier ardent, tatitôt 
U y fut mille fois plus froid que dans la 
glace, & çhes ne peuvent guère être 
habitées que par d'étranges Créatures, 
ou pour trancher court, elles foiit in- 
l)abitees. 

, ^^'P^-'W.'^es au contraire font des lieux 
oe repo ou la diftaiice au foleil ne variant 
PAS beaucoup , la température relie à peu 
p.es In i„eme, & pe,,^et aux efpèces de 
piaaies & d aniinaux, de croîax, de durer 
« de œu'iiplier. 



Ihecrie cu la Terre, 1 5 * 
' Au cominenccment, Dieu créa donc 
î-Univers, mais, Icloii notre Auteur, 
in lerrc confondue avec les autres aRres 
errans , n'étoit alors qu'une comète inha- 
bitable, loufFrant aiternaiivement Texcè 
du froid & du chaud, dans iaquelle ies 
matières fe liquéfiant, fe vitrifiant, fe 
glaçant tour à tour , formoient un cahos , 
un abyme enveloppé d'épaiffes ténèbres, 
ér îenelmv annt Ju/jcr fiiiem ûhyjji. Ce 
cahos étoit l'aimofj)hère de la comète 
qu'il faut le repréfeuier comme un corps 
coinpofé de matières hétérogènes, dont 
ie centre étoit occupé par un noyau 
fphérique , folide & chaud , d'environ 
deux mille lieues de diamètre, autour 
duquel s'étcndoit une très-grande cir- 
conférence d'un fluide épais, mêlé d'une 
matière informe , confufe , telle qu'étoit 
l'ancien cahos , rudis indigepacjue moles. 
Cette vafte atmofphèrc ne contenoit que 
fort peu de parties sèches , folides ou 
terreftres , encore moins de particules 
aqueufes ou aériennes , mais une grande 
quantité de matières fluides , dénies & 
pefantes, mêlées, agitées &l confondues 
enfembie. Teik éioic la terre la veille des 

Lvj 



:2 5 2. HiJIoire NdtureJk. 

fîx jours; mais dès le lendemain , c'eft-a- 
dire , dès ie premier jour de la création 
îorfque l'orbite excentrique de la comète 
eût été chanote en une ellijjfe prefque 
circulaire, chaque cho(e prit la place, 
& ies corps s'arrangèrent fuivant la loi 
de ieur gravité rpéciiique, les fluides 
pefans deicendirent au plus bas, & aban- 
donnèrcntaux parties tcrreftres , aqucuîes 
& aériennes la région fupérieure; celles- 
ci deicendirent auiîi dans ieur ordre de 
peianteur , d'abord la terre , enfuitc l'eau, 
ÔL enfin l'air; & cette iphère d'un cahos 
immenle le réduitit à un globe d'un vo- 
lume médiocre , au centre duquel eft le 
noyau folide qui conferve encore au- 
jourd'hui la chaleur que le foleil lui a 
autrefois communiquée lorlqu'il étoit 
noyau de comète. Cette chaleur peut 
Lien durer depuis fix mille ans , jpjif- 
qu'il en faudroit cinquante mille à la 
comète de 1680 pour fe refroidir, & 
qu'elle a éprouvé en pafîlmt à fou 
périhélie , une chaleur deux mille fois 
plus grande que celle d*un fer rouge. 
A utour de ce noyau loiide & brûlant qui 
occupe le centre de la terre , fe trouva 



Théorie de la Terre. 2 ^ "^ 

le fluide clenle &; peflmt qui cJefceiidit ie 
premier , <Sc c'eft ce fluide qui forme ie 
grand abyme fur lequel la terre porteroit 
comme le liège fur ie vit-argent; mais 
camme les parties terreftres étoient mê- 
lées de l)eaucoup d'eau, eiles ont en 
deicendimt entraîné une partie de cette 
eau qui n'a pu remonter lorfque ia terre 
a été conloiidée, & cette eau forme une 
couche concentrique au fluide pefmt 
qui enveloppe ie noyau , de forte que 
ie grand abyme efl com.poié de deux 
orbes concentriques , dont ie plus inté- 
rieur ell un fluide pelant, & le fupé- 
rieur ell: de l'eau ; c'efl proprement cette 
couche d'eau qui fert de fondement à ia 
terre , & c'efi: de cet arrangement admi- 
rable de l'atmofphcre de la comète que 
dépendent la théorie de ia terre & l'ex- 
plication des phénomènes. 

Car on fent bien c[ue quand i'atmo- 
fphère de la comète fut une fois débar- 
raflee de toutes ces matières folides & 
terreflres, il ne refta plus que la matière 
légère de l'air, à travers laquelle les 
rayons du foleil paflerent librement, 
ce qui tout d'un coup produifit la 



a 5 4 Hijfloire Naturelle . 

lumière, ^at /ux. On voit bien que îes 
colonnes qui coinpo(enti*orbe de la terre, 
s'etant formées avec tant de précipita- 
tion, elies fe font trouvées de différentes 
denfités, & que par conféquent les plus 
pefantes ont enfoncé davantage dans ce 
fluide fouterrain , tandis que les plus 
iégcres, ne fe font enfoncées qu'à une 
moindre profondeur, & c'eft ce qui a 
produit fur ia furfice de la terre des 
vallées & des montagnes : ces inégalités 
étoient, avant le déluge, difperfees & 
fituées autrement qu'elles ne le iont au- 
jourd'hui ; au lieu de la vafle vallée qui 
contient l'Océan, il y avoit far toute ia 
furfKc du globe plufieurs petites cavités 
féparées qui contenoient chacune une 
partie de cette eau , & ftifoient autant de 
petites mers particulières , les montagnes 
étoient aufîi peu divifées & ne formoient 
pas des chaînes comme elles en forment 
aujourd'hui. Cependant la terre étoit 
mille fois plus peuplée , & par confé- 
quent milie fois plus fertile qu'elle ne 
l'efl , ia vie des hommes & des animaux 
étoit dix fois plus longue , & tout cela 
parce que ia chaleur intérieure de ia 



TIléone de la Terre. 255 

terre qui provient du noyau central, 
étoit alors clans toute (a force ; & que 
ce plus grand degré de chaleur failoit 
éclore <S^ germer un plus grand nombre 
d'animaux & de plantes, & leur donnoit 
ie degré de vigueur nécediiire pour 
durer {)lus long-temps & fe multiplier 
plus abondamment ; mais cette même 
chaleur, en augmentant les forces du 
corps, porta malheureufement à la tête 
des hommes & des animaux , elle aug- 
menta les pafîlons , elle ôta la fagefTe aux 
animaux & l'innocence à l'homme: tout, 
à l'exception des poifTons qui habitent 
un élément froid, le refTentit des effets 
de cette chaleur du noyau , enfin tout 
devint criminel & mérita la mo.t: elle 
nrriva, cette mort univerfelle, un mercredi 
:2 8 novembre, par un déluge affreux 
de quarante jours &: de quarante nuits, 
& ce déluge fut caufé par la queue d'une 
îiutre comète qui rencontra la terre en 
revenant de fon périhélie. 

La queue d'une comète eft la panie 
la plus légère de fon atmofphère , c'eft 
un brouillard tranfparent, une vapeur 
fubtile que l'ardeur du foleil fait fortir 



12 5 6 Hiflolre Naturelle. 
du corps & de l'atmofphère de la comète; 
cette vapeur coiiipofée de particules 
aqueuîes & aériennes extrêmement raré- 
fiées, fuit la comète lorfqu'elle delcend 
i Ton périhélie, & ia précède lorlqu'eile 
remonte, en forte qu'elle e(l toujours 
fituée du côté oppofé au loleil , comme 
fi elle cherchoit à ie mettre à i'ombre & 
à éviter la trop grande ardeur de cet 
aftre. La colonne qui forme cette vapeur 
efl fouvent d'une longueur immenfe, 
& plus une comète approche du foieil , 
plus la queue efl longue & étendue ; de 
forte qu'elle occupe fouvent des eipaces 
très-grands , & comme plùfieurs comètes 
defcendent au-defîous de i'orbe annuel 
de ia terre , il n'ell pas furprenant que 
ïa terre fe trouve quelquefois enveloppée 
de la vapeur de cette queue; c'efl pré- 
ci fément ce qui efl: arrivé dans le temps 
du déluge , il n'a fallu que deux heures 
de féjour dans cette queue de comète 
pour faire tomber autant d'eau qu'il y 
en a dans la mer; enfin cette queue étoit 
ies cataratftes du ciel , ù^ cataradœ cœlï 
éipertœ fiint. En effet, le globe terrcftre 
ayant une fois rencontré ia queue de la 



Théorie de la Terre. 257 

comète, il doit, en y failant fa route ^ 
s'approprier une partie de la matière 
qu'elle contient ; tout ce qui fe trouverai 
dans la fphère de l'attradion du globe 
doit tomber fur la terre, &i tomber en 
forme de pluie , puiique cette queue eft. 
en partie com.poiée de vapeurs aqucufes. 
Voilà donc une pluie du ciel qu^oii 
peut fîiire aulTi abondante qu'on voudra, 
& un déluge univerfei dont les eaux 
furpafîeront aifément les plus hautes 
montagnes. Cependant notre Auteur 
! qui, dans cet endroit, ne veut pas s'éloi- 
I gner de la lettre du livre facré , ne donne 
I pas pour caufe/ unique du déluge cette 
pluie tirée de fi loin , il prend de l'eau 
I par-tout où il y en a ; le grand abyme, 
i comme nous avons vu, en contient une 
i bonne quantité, la terre à l'approche de 
j k comète , aura fans doute éprouvé la 
I force de fon attradion , les liquides con- 
tenus dans le grand abyme auront été 
agités par un mouvement de flux &. de 
reflux fi violent, que la croûte fuper- 
ficielle n'aura pu réAfler, elle fe fera 
fendue en divers endroits , & les eaux 
de l'intérieur fe feront répandues fur la 



2.58 Hifîoke Naturelle, 

(urface , & ruptï funt fontes ahyjf!. 

Mais que fiiire de ces eaux que fa 
queue de la comète & ie grand abyine 
ont fournies fi libéralement î notre Au- 
teur n'en cil point cmbarraffé. Dès que 
la terre, en coniinuant la route , Te fut 
éloignée de la comète , l'eltct de fon 
flîtradion, le mouvement de fîux 6: de 
reflux, cefili dans le grand al) y me, & 
dès-lors les eaux fupérieures s'y préci- 
pitèrent avec violence par les mêmes 
voies qu'elles en étoien: îbrties, le grand 
îibyme abforba toutes les eaux fupcrliues, 
éL fe trouva d'une capacité aOez grande 
pour recevoir non-feulement les eaux 
qu'il a voit déjà contenues . meus encore 
toutes celles que la queue de la comète 
avoit laiffées, parce que dans ie tem[)S 
de fon agitation 6c de la rupture de la 
croûte, il avoit agrandi i'efpace en 
]>oufftnt de tous côtés la terre qui l'en- 
vironnoit ; ce fut auiîi dans ce temps 
que la figure de la terre qui jufque-ià 
avoit été i{>hériqrte , devint elliptique , 
tant par l'cfFct de la force centrifuge eau- 
fée par Ion mouvement diurne, que par 
! adion de la comète, ôl cela parce que 



Théorie de h Terre, 259 
a terre en parcourant la queue dé la 
:omète, fe trouva pofee de façon qu'elle 
jrciemoJt les parties de l'equateur à cet 
iHre , & que la force de l'attraclion de 
■X comète concourant avec la force cen- 
riUio-e de la terre, fit élever les parties 
je i'éc[uateur avec d'autant plus de ficiiité 
que la croûte étoit rompue &: divifée 
?a une infinité d'endroits, & que l'action 
du flux & du reflur de l'abyme poufToit 
plus violemment que par- tout ailleurs 
le^ parties fous l'equateur. 

Voilà donc l'hilloire de la création, 
[es caufes du déluge univerfcl , celles de la 
lono-ueur de la vie des premiers hommes , 
& celles de la figure de la tçrre ; tout cela 
fenible n'avoir rien coûté à notre auteur, 
iTsais l'arche de Noé paroît l'inquiéter 
Ijeaucoup : comment imaginer en effet 
qu'au milieu d'un défordre aulFi aflreux , 
îiu milieu de la confufion de la queue 
d une comète avec le grand abyme , au 
îiiHieu des ruines de l'orbe terreftre , & 
d uis ces terribles momens où non- feu- 
le luent leà élémens de la terre étoient 
confondus, mais où il arrivoit encore 
du ciel & du tartare de nouveaux élémens 



l6ù " Hîjîoire Naturelle. 

pour augmenter le cahos, eoinment inia-- 
giner que l'arche voguât tranquiliement 
avec fa nombreufc cargaifon fur h cime' 
des fîois î Ici notre auteur rame & fliit de 
grands efforts pour arriver & pour don-- 
lier une railbn pliyTique de ia coiifcrva- 
tion de l'arche ; mais comme il m'a paru 
qu'elle étoit infuffirante , mal imaginée 
& peu orthodoxe , je ne la rapporterai 
point ; il me fiiffira de faire (en tir com- 
bien il efl: dur pour un homme qui a' 
expliqué de fi grandes chofes fans avoir] 
recours à une puilTance furnatureile ou 
au miracle , d'être arrêté par une cir-- 
conftance particulière : aufîi notre auteur 
aime mieux rifquer de (e noyer avec 
l'arche , que d'attribuer, comme il le 
devoit , à la bonté immédiate du Tout-- 
puiiTant la confervation de ce précieux^ 
vaiiïeau. 

Je ne ferai qu'une remarque fur ce 
fyflème dont je viens de faire une expo- 
fition fidèle, c'efl que toutes les fois 
qu'on fera affez téméraire pour vouloir 
expliquer par d^i raiforts phyfiques {qs 
vérités tbéoiogiques, qu'on fe permet-tra 
d'interpréter dans des vues puremem 



Théorie de la Terre.. 2 6 1 
lumainesle texte divin des livres facres , 
5c que l'on voudra raifonner fur ies vo- 
ontés du Très-haut & iur l'exécution de 
[es décrets, on tombera néceiïaireinent 
dans les ténèbres & dans le cahos où eft 
:ombé l'auteur de ce fyftènie , qui ce- 
pendant a été reçu avec grand appiau- 
didement. II ne doutoit ni de la vérité 
du déluge , ni de l'authenticité des livres 
ilicrés ; mais comme il s'en étoit beau- 
coup moins occupé que de Phyfique & 
d'Aftronomie, il a pris les pafTages de 
l'Écriture (aime pour des faits de Phy- 
fique & pour des réfukats d'obfervations 
aftronomiques , & il a fi étrangement 
mêlé la fcience divine avec nos fciences 
humaines , qu'il en a réfulté la chofe du 
monde la plus extraordinaire , qui eft le 
fyftème que nous venons d'expofer, 




G^ HiO.oire Naturelle. 



PREUVES 

DELA 

THÉORIE DE LÀ TERRE. 
ARTICLE III. 

Du fyfthne de M. Biirnet. 

Thomas Burnet. TeUuris Theoriafdcra , orbis nrfîri 
origimm iX nnilariûms gencrahs, quns end jaiv jvlut, 
ûui u'imjuhiiuïus cji cowpiedcns. Londini, 1681. 

CET auteur eft le premier qui ait traite 
cette matière généralement & d'une 
manière lyflématique; il avait beaucoup 
ci'ejprit &l étoit homme de Belies-letires : 
ion ouvrage a une grande réputation, 
& il a été critiqué par queic[ues Savans, 
entr'autres par M. Keill , qui épluchant 
celte matière en Géomètre, a démontré 
les erreurs de Burnet dans un traité qui 
a pour titre : Examlnatïon of tlie Thcory 
of ihe Earth. L.ondon , ly^^, 2' édit» 
Ce même M. Keill a aufîi réfuté îe fyi- 
tème de Whilton , mais il traite ce dernier 



Théorie cle la Terre. 26^ 

auteur b'en différemment du premier, il 

(èutble niêiiQc qu'il ell de Ton avis daiis 
plu fleurs cas , & il regarde comme une 
choîe fort probable ie déluge caulé par 
la queue d'uue comète. Mais pour revenir 
à Burnet, (uii livre e(t élégamment écrit, 
ij iàit peindre & prcfenter avec force 
de grandes images , & meure fous les 
yeux des iccnes uirignifiques. Scn pian 
eit \a(le , mais l'exécution manque fiuue 
de moyens, fon raifonncmcnt ed petit, 
ies preuves font foibles & ià confiance 
eit il grande qu'il la fait pcrdrç à fou 
icdeur. 

U commence par nous dire qu'avant 
îe déluge , la terre a'\'cit une fornie très- 
diirérenie de ceiie cjue nous loi voyons 
aujourd'hui. C'ctoit d'abord une mafle 
fluide , un cahos compote de matières de 
toutes elpèces & de toutes fortes de fi- 
gures , les plus pelantes defcendirent vers 
le centre & formèrent au milieu du globe 
un corps dur & folide, autour duquel 
les eaux plus légères le raffemblèrent & 
enveloppèrent dé tous cotés ie "globe in- 
térieur ; l'air & toutes les liqueurs plus 
icgères que l'eau la iurmontèrent & 



z64' Hîfîohe Naturelk» 
i'enveloppèrent aufîi dans toute la cîf-' 
conférence : ainfi entre l'orbe de i'air <Sfc 
celui de l'eau , il le forma un orbe d'huiie 
.& de liqueur grafle plus légère q.uç 
i'eau ; m^is comme i'air étoit encore fort 
impur & qu'il contenoit une très- 
grande quantité de petites particules de 
matière terreftre , peu à peu ces partie 
«ules defceiidirent , lombèrent fur la 
couche d'huile, & formèrent un orbe 
terreflre mêlé de limon & d'huile , & ce 
fut-ià la première terre habitable & le 
premier féjour de l'hoinme. C 'étoit un 
excellent terrein , une terre légère, grafle, 
j& faite exprès pour fe prêter à la foi- 
bleflc des pjemiers germes,. La furfàcc 
du globe terreHre étoit donc dans ces 
premiers temps égale , uniforme , conti- 
nue , fans montagnes , fans mers & fans 
inégalités ; mais la terre ne demeura 
qu'environ feize fiècles dans cet état, 
car la chaleur du foleil defl"échant peu à 
peu cette croûte limonneufe, la fit fendre 
d'abord à la furface, bientôt ces fentes 
pénétrèrent plus avant &: s'augmenter 
rent fi confidérablement avec le temps, 
qu'enfin û\^^ s'ouvrirent en entier ; dans 



Théorie de h Terre, 2^5 

un inftant toute ia terre s'e'crouia & 
tomba par morceaux dans i'abyme d'eau 
qu'elle contenoit, voilà comme fe fit le 
déluge univerfel. 

Mais toutes ces mafles de terre, en 
tombant dans l'abyme, entraînèrent une 
grande quantité d'air, & elles (è heur- 
tèrent, fe choquèrent, fe divisèrent, s'ac- 
cumulèrent fi irrégulièrement , qu'elles 
lailsèrent entr'elles de grandes cavités 
remplies d'air; les eaux s'ouvrirent peu 
à peu les chemins de ces cavités, & 
à melure qu'elles les rempiifl oient, la 
lurface de la terre le découvroit dans les 
parties les plus élevées, enfin il ne relia 
de l'eau que dans les parties les plus 
baffes, c'eil- à-dire, dansîes val] es vallées 
qui coniiennent la mer ; ainfi noire 
océan cd: une partie de l'ancien abyme, 
le refte eft entré dans les cavités inté- 
rieures avec lefquelies communique l'o- 
céan. Les îles & les écueils font les 
petits fragmeas, les continens font lèf 
grandes malîès de l'ancienne croûte ; & 
comme la rupture & la chute de cet:è 
croûte le font fûtes avec confufion, il 
n'eil pas étonnant de trouver fur la terre 

Tome L M 



^GG Hifloire NaîîtreM 

des ëminences, des profondeurs , des 
plaines & des iiiégaiités de toute efpèce. 
Cet échantillon du fyftème de Burnet 
fuffit pour en donner une idée ; c'eft un 
roman bien écrit , & un livre qu'on peut 
lire pour s'amufer, mais qu'on ne doit 
pas confulter pour s'inftruire. L'auteur 
ignoroit les principaux phénomènes de 
ia terre, & n'étoit nullement informé 
des obfervations : il a tout tiré de fou 
imagination qui , comme l'on fait , fert 
volontiers aux dépens de la vérité. 




''^IP' 



Théorie de la Terre, 2 67 

PREUVES 

DE LA 

THÉORIE DE LA TERRE. 
ARTICLE IV. 

Du fyjlhne de M. Woodward. 

Jean Woodward. An E/fay towards the Natural 
Hiftory of the Eauh , &c. 

ON peut dire de cet Auteur qu'il a 
voulu élever un monument im- 
■inQ.n.(Q fur une bafe moins folide que le 
fable mouvant, & bâtirl'édifice du monde 
avec de la poufTière ; car il prétend que 
dans le temps du déluge il s eft fait une 
difToiution totale de la terre : la première 
idée qui (e préfente après avoir lû fon 
livre , c'efl: que cette difToiution s'efl: faite 

tpar les eaux du grand abyme , qui fe font 
répandues fur la furface de la terre , <Se 
qui ont délayé &l réduit en pâte les 
pierres, les rochers, les marbres, les 
iiaétauxj &c. Il prét-end que l'abyme 011 
Mi; 



z6S HîJIoire Naturelle; 

cette eau étoit renfermée , s'ouvrit tout 
d'un coup à ia voix de Dieu, &: répan- 
dit fur la furface de îa terre la quantité 
énorme d'eau qui étoit néceflaire pour 
ia couvrir & furmonter de beaucoup les 
plus hautes montagnes, & que Dieu fuf^ 
pendit la caufedela cohéfion des corps, 
ce qui réduifit tout en pouffière, &c. 
il ne fait pas attention que par ces flip- 
pofiiions il ajoute au niiracle du déluge 
univerfcl d'autres miracles , ou tout au 
moins des impofîlbilités phyfiques qui 
ne s'accordent ni avec la lettre de îa 
fàinte Ecriture , ni avec les princijjes 
inathématiques de la philofophie natu- 
relle. Alais comme cet auteur a le mérite 
d'avoir rafiemblé plufieurs obfervaiions 
importantes , & qu'il connoifloit mieux 
C[ue ceux qui ont écrit avant lui , les ma- 
tières dont le globe efl compofé , foii 
fyftème , quoique mal conçu & mai 
digéré , n'a pas jaifié d'éblouir les gens 
leduits par la vérité de quelques fûts 
pariiculiers, & peu difficiles fur ia vrai- 
iêmblance des conféquences générales. 
Nous avens donc cru devoir préfenter 
l'Ui extrait de cet ouvrage , dans lequel , 



Théorie de h Terre, l6<) 

eri rendant juftice au mérite de l'auteur 
& à l'exaditude de lès obfervations j noua 
mettrons le ledeur en état de juger de 
l'infuffiilince de Ton fyrtèine & de la 
faufîeté de quelques-unes de iès remar- 
ques. M. Voodvvard dit avoir reconnu 
par (es yeux que toutes les matières quf 
compofcnt la terre en Angleterre, de- 
puis fa furface jufqu'aux endroits les ]:)lu3 
profonds où il eft defcendu, étoient dif- 
pofées par couches , & que dans un 
grand nombre de ces couches il y a ûqs 
coquilles & d'autres producn:ions marines; 
en fuite il ajoute que par fes correlpon- 
dans & par fes amis il s'eit aiïuré que 
dans tous les autres pays la terre elt 
compofée de même , & qu'on y trouve 
des coquilles, non-feulement dans les 
plaines & en quelques endroits, mais 
encore fur les plus hautes montagnes, 
dans les carrières les plus profondes & 
en une infinité d'endroits : il a vu que 
ces couches étoient horizontales & po- 
fées les unes fur les autres, comme le 
feroient des matières tranfporiées pai- les 
eaux &: dépofées en forme de fédiment. 
'Ces remarques générales qui font très- 

M iij 



%yo Hipolre Naturelle^ 

vraies, font fuivies d'obfervations partie 
cuiières , par Icfquelles il fait voir évi- 
demment que les foffiks qu'on trouve 
incorporés dans les couches , font de 
vraies coquilles & de vraies productions 
marines , & non pas des minéraux , des 
corps finguliers, des jeux de la Nature, 
&c. A ces obfervations, quoiqu'en partie 
faites avant lui , qu'il a raflembiées & 
prouvées, il en ajoute d'autres qui font 
moins exacfles ; il affure que toutes les ma^ 
tières des différentes couches font pofées 
les unes iur les autres dans l'ordre de 
îeur pefameur fpécifique, en forte cjue 
ks plus pefmtes font au-delîous;. & les 
plus légères au-deiïus. Ce fait général 
îî'eil point vrai, on doit arrêter ici l'au- 
teur , & lui montrer les rochers que 
nous voyons tous les jours au - deiïus 
des gîaifes , des fables , des charbons de 
terre , dts bitumes , & qui certainement 
font plus peftns fpécifiquement que 
toutes ces matières ; car en effet , ù par 
toute la terre on trouvoit d'abord les 
couches de bitume, enfuite celles de 
craie, puis celles de marne, enfuite celles 
de glailè, celles de labié j celles de pierxQ,^ 



Théorie de la Terre, ijl 

celîes de inarbre , & enfin les métaux ,- 
en forte que ia compofitioa de la terre 
'iuivit exadement & par-tout ia loi de 
îa pelanteur , & que les inatières fuirent 
toutes placées dans l'ordre de leur gra- 
vité fpécifique , il y auroit apparence 
qu'elles le feroient toutes précipitées en 
même temps , & voilà ce que notre au- 
teur aflure avec confiance , malgré l'évi- 
dence du contraire ; car fans être obier- 
vateur , il ne faut qu'avoir des yeux pour 
^tre affuré que l'on trouve des matières 
pelantes très-fouvent pofées fur des ma- 
tières légères, & que par conféqu<int ces 
-fédiinens ne fe font pas précipités tous 
en même temps , mais qu'au contraire ife 
ont été amenés & dépofés fucceffivement 
par les eaux. Comme c'eft-là k fonde^ 
ment de fon fyflème , &. qu'if porte ma-^ 
iiifeilement à faux , nous ne le fuivrons 
plus loin que pour faire voir combien un 
principe erroné peut produire de fauiïes 
combinailons & de mauvaiies confé- 
quences. Toutes les matières, dit notre 
auteur, qui compofent la terre, depuis 
les lommets des plus hautes montagnes 
jufqu'aux plus grandes profonde uc^ 

M iiij 



njx Hijlone "Naturelle'» 

des mines & des carrières, font difpofees 
par couches, fuivant leur pelanteur ipé- 
ciiTque ; donc, conclut-il, toute la ma- 
tière qui compoie le globe a été difioutc 
& s'eiï précipitée en même temps. Mais 
clans qiîelie matière &: en quel temps 
a-t-eilecié didoute ! dans l'eau & dans le 
temps du déluge. Mais il n'y a pas allez 
d'eau lur \q. giobe pour que cela le puiile, 
puilqu'il y a plus de terre que d'eau , 
& que le fond de la n^er e(l de terre î hé 
}3ien , nous dit-il, il y a de beau plus qu'il 
n'en faut au centre de la terre , il ne s'agit 
que de la faire monter, de lui donner 
tout enièmble la vertu d'un dilToIvant 
imiverlêl & la qualité d'un remède préler- 
vatif pour les coquilles qui feules n'ont 
pas été di (Toutes , tandis que les marbres 
& les rochers l'ont été ; de trouver en- 
iuite le moyen de ftire rentrer cette eau 
diins l'abyme , &: de faire cadrer tout cela 
avec l'hiftoire du déluge : voilà le fyf- 
tème, de la vérité duquel l'auteur ne 
trouve pas le moyen de pouvoir douter ; 
car quand on lui oppofe que l'eau ne 
peut point difî'oudre les inarbres, les 
pierres , les métaux ; fur-tout en quarante 



Théorie de la Terre, ^ly^ 

Jours qu'a duré le déluge, ii répond fim- 
pieniem que cependant cela eft arrivé ; 
quand on lui demande quelle étoit donc 
Ja vertu de cette eau de l'abyme , pour 
difioudre toute la terre &. conferver ea 
même temps les coquilles, il dit qu'il 
n'a jamais prétendu que cette eau fut un 
di/îoivant, mais qu'il cil clair, par les 
fîiits, que la terre a été dilToute, & que les 
coquilles ont été préfèrvées ; en^a lorf- 
qu'on le preiîe & qu'on lui fait voir évi- 
demment que s'il n'a aucune raifon à 
donner de ces phénomènes, (an fyftème 
n'explique rien , il dit qu'il n'y a qu'à 
imaginer que dans le temps du déluge la 
force de la gravité & de la cohérence de 
ia madère a ceiïe tout-à-coup ; & qu'au 
moyen de cette fuppofition dont l'eiTet 
eft fort aifé à concevoir, on explique 
d'une manière ftiisfaifante la difloîution 
de l'ancien monde. Mais, lui dit-on , 
il la force qui tient unies les panies de la 
mdtière a ccffé ^ pourquoi les coquiileS' 
n'ont-elles pas été diffoutes comme tout 
le refte î Ici il fait un difcours fur l'orga- 
nifation des coquilles & des os des ani- 
inaiàx , par lequel il prétend prouver quer 



a 74 Hipoîre Naturelle» 
kur texture étant fibreufe & différente 
de celle des minéraux, leur force de 
cohéfion efl: auffi d'unautre genre; après 
tout il n'y a, dit-il, qu'à fuppofer que 
îa force de la gravité & de la cohérence 
n'a pas cefTé entièrement, mais feulement 
qu'elle a été diminuée aiïez pour défunir 
toutes les parties des minéraux , mais pas 
affez pour défunir celles des animaux» 
A tout ceci on ne peut pas s'empêcher 
de reconnoître que notre auteur n'étoit 
pas aufîi bon Phyficien qu'il étoit bon 
Obfervateur, & je ne crois pas qu'il foit 
lîécefîîûre que nous réfutions férieufe- 
ment des opinions fans fondement , fur- 
tout lorfqu'elles ont été imaginées contre 
les règles de la vraifemblance, & qu'on 
n'en a tiré que des conféquences QOïi^ 
traires aux loix de la Mécanique»- 




o 



Théorie de la Terre. 275 

PREUVES 

DE LA 

THÉORIE DE LA TERRE. 
ARTICLE V. 

Expoftwn de quelques autres 
Syftcmes. 
N voit bien que les trois hypo- 
thèi^^s dont nous venons de parler, 
ont" beaucoup de chofes communes; 
dies s'accordent toutes en ce point, 
nue dans le temps du déluge la terre a 
change de forme, tant à l'extérieur qu a 
l'hirérieur: ainfi tous ces fpéculatifs 
B'ont pas fait attention que la terre avant 
le déluge étant habitée par les mêmes 
cfpèces d'hommes & d'animaux, devoit 
êire néceflTairement teik , à très - peu 
près , qu'elle eft aujourd'hui , & qu'en 
effet les livres faints nous apprennent 
qu'avant le déluge il y avoit fur la terre 
des fleuves, des mers, des montagnes, 
xies forêts & des plantes ; que ces fleuves 

M vj 



'ij6 Hïflotre Ndîwclk, 

& ces montagnes étoient, pour la pîit- 
part , les mêmes , puifque le Tigre & 
l'Eufrate etoient les fleuves du Paradis 
terrellre ; que la montagne d'A rnaénie, 
fur laquelle l'Arche s'arrêta, éroit une 
-des plus hautes montagnes du monde au 
temps du déluge, connue elle l'eft en- 
core aujourdliui ; que les mêmes plantes 
& les Uiêmes animaux qui exiitent , q\\Ç- 
toient alors, pu il qu'il y cil parlé du 
ier]:ieni , du coiLeau , & que la colombe 
rapporta une branche d'olivier ; car 
quoique M. de Toumefort prétende 
qu'il n'y a point d'oliviers à plus de 
400 lieues du mont Ararath, <& qu'if 
fiifle lurcela d'aiîezmauvaiiebplaifanieries 
{Voyage du Levant . vol. H, page ^ j 6), 
il eit cependant certain qu'il y en avoit 
en ce lieu dans le temps du délup-e , 
puiique le livre facré nous en aflure, 
& il n'eîî pas étonnant que dans «n 
elpace de 4000 ans les oliviers aient 
été détruits dans ces cantons & (è ioient 
multipliés dans d'autres; c'ert donc ? tort 
&: contre la lettre de la fainte Écriture que 
ces A^uteurs ont fuppofé que la terre étoit, 
avant ie déluge , totalement diiféreii,te de 



Théorie Ae fa Terre. IJJ 

ce qu'elle eil aujourd'hui, &l cette coiv 
tradiclion de leurs hypothèles avec le 
texte fàcre', auffi-bieii que leur oppo- 
sition avec les vérités phyiiques, doit 
faire rejeter leurs lyiièmes , quand même 
ils iëroient d'accord avec quelcjues phé- 
nomènes , mais il s'en faut bien que cela 
foit ainii. Burnet qui a écrit le premier, 
n'avoit pour fonder fon fyftème ni ob- 
fervations ni faits. Woodward n'a donnié 
qu'un eflai , où il promet beaucoup plus 
qu'il ne peut tenir, fon livre ell ua 
projet dont on n'a pas vu L'exécution. 
On voit feule îiient qu'il emploie deux 
oblervations gc'nérales ; la première ,, 
que la terre eit par- tout compolee de 
matières qui autrefois ont été dans un 
état de molie/Ie Ôl de fluidité, qui ont 
été tran (portées par les eaux . & qui fe 
font dépofées par couches kori/ontales;. 
la féconde , qu'il y a de.> produdions 
jTiitrines dans l'intérieur de la terre en une 
infinité d'endroits. Pour rendre raifon 
de ces faits, il a recours au déluge uni- 
yerfel, ou plutôt il paroît ne les donneu 
que comme preuves du déluge , mais \l 
tombe, auiîi-bien que Burnet, dam. des 



'278 HîJIoîre 'Naturelle. 

eontradiclions évidentes ; car iî n'eft pas 
permis de fuppoler avec eux qu'avant le 
déluge il n'y avoit point de montagnes , 
puilqu'ilefl: ditprécilément & très-claire- 
ment que les eaux furpafsèrent de i 5. 
coudées les plus hautes montagnes ; d'au- 
tre côté il n'efl: pas dit que ces eaux aient 
tdétruit & diiTous ces montagnes , au cort- 
traire ces montagnes font reftées en place, 
& l'arche s'eft arrêtée fur celle que les 
«aux ont laiiTée la première à découvert, 
ï) 'ailleurs, comment peut-on s'imaginer 
•que pendant le peu de temps qu'a duré 
le déluge , les eaux aient pu difToudre les 
anontagnes & toute la terre \ n'eft-ce pas 
une abiurditéde dire qu'en quarante jours 
i'eau a dilîous tous les marbres , tous les 
rochers , toutes les pierres , tous les mi- 
néraux ! n'eft-ce pas une contradiction 
nianifefte que d'admettre cette difîolu- 
tion totale , & en même temps de dire 
que les coquilles & les produdions ma- 
rines ont été préfervées, & que tout ayant 
été détruit & difTous , elles feules ont été 
confervées, de forte qu'on les retrouve 
aujourd'hui entières &les mêmes qu'elles 
ëioicnt avant le déluge \ je ne craindrai 



Théorie de h Terre. a/r^ 

donc pas de dire qu'avec d'excellentes 
oblèrvations , Woodward n'a fait qu'un 
fort mauvais fyfhème. Whiilon qui eft 
venu le dernier a be;uicoup enchéri fur 
les deux autres , mais en donnant une 
vafte carrière à fon imagination, au moins 
n'eft-il pas tombé en contradiction ; ii 
dit des chofes fort peu croyables , mais 
du moins elles ne font ni abfolument 
ni évidemment impoffibles. Comme on 
Ignore ce qu'il y a au centre & dans l'in- 
térieur de la terre, il a cru pouvoir fup- 
pofé que cet intérieur étoit occupé par 
un noyau foiide , environné d'un fîuide 
pefant & enfuite d'^au fur laquelle la 
croûte extérieure du globe étoit foute- 
nue , & dans laquelle les différentes parties^ 
de cette croûte (e font enfoncées plu^ 
ou moins , à proportion de leur pefan— 
teur ou de leur légèreté relative ; ce qui 
a produit les montagnes «Se les inégalités 
de Ja furface de la terre. Il faut avouer 
que cet Aftronome a fait ici une faute de 
mécanique ; il n'a pas fongé que la terre 
dans cette hypothèfe doit fûre voûte de 
tous côtés, que par conféquent éXç. ne 
peut être portée fur i'cau qu «lie comieiït 



uSo HiJIpire Naturelle, 

& encore moins y enfoncer : à cela près , 
je ne Hiche pas qu'il y ait d'autres erreurs 
de phy fique dans cefyitème. II y en a un 
grand nombre , quanta la métaphyfique 
& à la théologie; mais enfin on ne peut 
pas nier abfolument que la terre rencon- 
trant ia queue d'une comète , lorfque 
celle-ci s'approche de fon périhélie , ne 
puifTe être inondée, fur-tout iorfqu'on 
aura accordé à l'auteur que la queue 
d'une comète peut contenir des vapeurs 
aqueules. On ne peut nier non plus, 
comme une impoiîibîlité abfolue , que 
ia queue d'une comète en revenant du 
périhélie ne puifTe brûler la terre, fi on 
îuppofe avec l'auteur, que la comète ait 
pailé fort près du loleil , & qu'elle ait 
été prodigieufèment échauffée pendant 
fon pailiige ; il en eft: de même du reile 
de ce fyllème : mais quoiqu'il n'y ait pas 
d'iinpolîibilité abfolue , il y a fi peu de 
probabilité à chaque choie prile fépa.- 
rément , qu'il en réfulte une impoillbi- 
iité pour lè tout pris enfemblc. 

Les trois fyftèmes dont nous venons 
de parler, ne font pas les feuls ouvrages 
qui aient été faits fur la théorie de ia 



Théorie Ae h Terre. 2 8 ï' 

terre. Il a paru en i 729 un mémoire de 
M. Bourguet, imprimé à Amfierdarrg3^<^^*u/C; 
avec les fettres phiiofophiques lur ia for- 
mation des Tels, &c. dans lequel ii donne 
un échantillon du fylUnie qu'il médi- 
toit, mais qu'il n'a pas propolé , ayant 
été prévenu par la mort. Il faut rendre 
juflice à cet auteur, peribnne n'a mieux 
rafTemblé les phénomènes &. les faits, 
on lui doit même cette belle & grande 
obfervation qui eft une des clefs de la 
théorie de la terre , je veux parler de la 
correfpondance des angles des monta- 
gnes. Il préfente tout ce qui a rapport 
à ces matières dans un grand ordre ; mais 
avec tous ces avantages , ii paroît qu'il 
n'auroit pas mieux réulfi que les autres 
à faire une hilloire phyfique & raifon- 
née des changemens arrivés au globe, 
& qu'il étoit bien éloigné d'avoir trouvé 
les vraies caufes des efiets qu'il rapporte; 
pour s'en convaincre , il ne faut que jeter 
ies yeux fur les proportions qu'il déduit 
des phénomènes , & qui doivent fervir 
de fondement à fa théorie , Voye^^ page 
211. Il dit que le globe a pris fa 
forme dans un même temps , & non pas 



jx 8 2 Hijfoîre Naturelle. 

fucceflivement ; que la forme & ïa dif- 
ypofition du globe fuppofent nécefTaire- 
-mem qu'il a été dans un état de fluidité , 
-Cjue Fétat préient de la terre eft très-dif- 
férent de celui dans lequel elle a été pen- 
dant plufîeurs ficelés après la première 
formation; que l.i madère du globe étoit 
<iès le commencement moins denfe 
<}u'elîe ne l'a été depuis qu'il a changé 
de fice; que la condeniation des parties 
folides du globe diminua fenfiblement 
avec fa vélocité du globe mêm.e , de forte 
qu'après avoir fait un certain nombre 
<ie révolutions fur fon axe & autour dm 
fcleil , il (e trouva tout-à-coup dans ui^i 
ctat de d'iToluiion qui détruifit fi pre- 
mière ftrudlure ; que cela arriva veî^s^ 
Téquinoxe du printemps; que dans k 
temps de cette diiTolution les coquilles 
s'introduîfirent dans les madères dif- 
foutcs ; qu'après cette diflolution la terre 
a pris la forme que nous lui voyons , & 
qu'aufînôt le feu s'y ell mis , la confume 
peu à peu & va toujours en augn^entant, 
de forte qu'elle fera détruite un jour pat 
iine explofion terrible , accompagnée 
'di'juii incendie général , qui augmentera 



Théorie de h Terre. i S J 
ratmofphère du gîobe & en diminuera 
îe diamèire, & qu'alors la terre, au lieu 
de couches de iîible ou de terre , n'aura 
que des couches de métal & de minéral 
I calciné, & des montagnes compofées 
i d'amalgames de différens métaux. En 
voilà aflez pour faire voir quel étoit le 
fyftème que l'auteur méditoit. Deviner 
de cette façon le paiTé, vouloir prédire 
Tavenir , &: encore deviner & prédire à 
peu près comme les autres ont prédit & 
deviné , ne me paroit pas être un effort^ 
aulîl cet auteur avoit beaucoup plus de 
Gonnoifiances &: d'érudition que de vues 
{aines & générales, &: il m'a paru man- 
quer de cette partie fi néceffaire aux 
phyficiens, de cette métaphyfique qui 
raiïemble les idées particulières, qui les 
îend plus générales , & qui élève l'efprit 
au point où il doit être pour voir l'en- 
chaînement des caufes & des effets. y , ,/ 
Le fameux Leibnitz donna en 1683^ UiA^f^-^U^ 
dans les A des de Leipfic , pagt 4 0, un 
projet de fyftème bien différent , fous le 
titre de Proîogœa. La terre , félon Bour- 
guet & tous les autres , doit finir par k 
ièu j kloïi Leibaiu , elle a coinnieac^ 



i84 Hlfloire Naînrelje. 
par-là , & a fouffcrt beaucoup plus de 
changeinens & de révolutions qu'on ne 
l'imagine. La plus grande partie de fa 
matière terreftre a été enibrafee par un 
feu violent dans îe temps que Moyfe diî 
que la lumière fut léparée des ténèbres. 
Les planètes, aufli-bien que la terre, 
etolent autrefois des étoiles fixes & lu- 
mineules par elles-mêmes. Après avoir 
brûlé long-temps , il prétend qu'elles (c 
font éteintes faute de matière combuf- 
tiblc, & qu'elles font devenues des corps 
opaques. Le feu a produit par la fonte 
des matières une croûte vitrifiée, & la 
baie de toute la matière qui compole 
Je globe terreflreeft: du verre , dont les 
iiibles ne font que des fragmens ; les 
autres efpèces de terres fe font formées du 
mélange de ce lable avec des Tels fixes ôc 
de l'eau , & quand la croûte fut refroidie, 
les parties humides qui s'étoient élevées 
en fomie de vapeurs , retombèrent <5c 
formèrent les mers. Elles enveloppèrent 
d'abord toute la fi.irHtce du globe, & 
furmontèrent même les endroits les plus 
élevés qui forment aujourd'hui les con- 
tiiiens & les îles. Selon cet auteur, l?s 



Théorie Je h Terre. 285" 
coquilles &: les autres débris cfe la mer 
qu'on trouve par-tout, prouvent que la 
liera couvert toute la terre ; 6c la grande 
quantité de lels fixes, de labiés & d'autres 
uaùères fondues &; calcinée.^ qui^ font 
crilermées dans les entrailles de la terre, 
trouvent que l'incendie a e'té général , 
5: qu'il a précédé l'exiAence des mers. 
Quoique ces penlées foient dénuées de 
preuves , elles font élevées , &. on fent 
Ditn qu'elles font le produit des médi- 
ations d'un grand génie. Les idées ont 
ic la liaifon , les hypothèfes ne font pas 
ibiolument impoflibles, & les conlé- 
]uenccs qu'on en peut tirer ne font 
xis contradidoires ; mais le grand déftut 
le cette théorie, ç'efl qu'elle ne s'ap- 
)Iique point à l'état préfent de la terre ,\ 
:'cil le pafîé qii'elle explique , & ce paffé 
îft fi ancien & nous a laifîé fi peu de 
relliges qu'on peut en dire tout ce 
]u'on voudra, &: qu'à proportion qu'un 
lomme aura plus d'efprit , il en pourra 
lire des chofes qui auront l'air plus 
.raifcmblable. Aiïurer, comme l'affure 
vVillhon , que la terre a été comète, ou 
:>rétendre avec Leibaitz qu'elle a cic 



:i%6 HiJIoJre Naturelle. 

foleil, c'eft dire des chofès également 
poffibles ou impofTibîes , &'îiux quelles 
il feroit fuperfîu d'appliquer les règles 
des probabilités : dire que la mer a autre- 
fois couvert toute la terre , qu'elle a eii- 
* veloppé le globe tout entier, & que c'e(V 

' par cette raifon qu'on trouve des co- 

quilles par-tout, c'eft ne pas £aire at- 
tention à une choie très-efîëntielle, qui» 
ed l'unité du temps de la création ; car fi 
cela étoit , il fàudroit néceflairement dire 
que les coquillages & les autres animaux 
habitans des mers , dont on trouve les 
dépouilles dans l'intérieur de la terre, 
ont exiflé les premiers, & long-temps 
avant l'homme & les animaux terreRres: 
^ or indépendamment du témoignage des 

'h* f'to^ùn^f^ livres fàcrés , n'a-t-on pas railon de croire 
iii» ^ ouM^^ ^"^ toutes les efpèces d'animaux & de 
C J Ti^nw^ végétaux font à peu près aullj anciennes 
^<cfrv**< . 1^^ xwies que les autres! 

fil M. Scheuchzer dans une difTertatioii 

jùtu**, . ^^v| ^ j^jj-g^j^g ^ l'Académie des Sciences 

en I 708, attribue , comme Woodv^^ard , 
îe changement ou plutôt la féconde for- 
mation de la furfacc du globe, au dé- 
Juge univerfel ; 5c pour expliquer celle 



Théorie de la Terre. 1 87 

des montagnes , il dit qu'après îe déluge^ 
Dieu voulant faire rentrer les eaux dans 
les réfervoirs fouterrains, avoit brifë 6c 
déplacé de fà main toute - puiflante ua 
grand nombre de lits auparavant hori- 
zontaux , & les avoit élevés fur la fur- 
face du globe ; toute fa difîertation a 
été faite pour appuyer cette opinion» 
CoiTime ii falloit que ces hauteurs ou 
éminencesfufîent d'une confiftan ce fort 
folide , M. Scheuchzer remarque que 
Dieu ne les tira que des lieux où il y 
avoit beaucoup de pierres , de-là vient , 
dit-il, que les pays, comme la Suiffe , 
où il y en a une grande quantité , lont 
montagneux ; & qu'au contraire ceux 
qui, comme fa Flandre, l'Allemagne, 
ia Hongrie, la Pologne, n'ont que du 
fable ou de l'argrile, même à une affez 
grande profondeur, font prefqu 'entière- 
ment fins m_ontagnes. Voye^ l'Hifi. de 
IfAcad. I y 8 , page ^ 2, 

Cet auteur a eu plus qu'aucun autre le 
défaut de vouloir mêler la phyfique avec 
ia théologie , &: quoiqu'il nous ait donné 
quelques bonnes obfervations , la partie 
fyftémadque de fes ouvrages eft; encote 



^88 Hifloh-e Ndîiirclk, 
plus mauvaifc que celle de tous ceux 
qui l'ont précédé , il a même fait fur ce 
ibjet des déclamations & des plailante- 
ries ridicules. Voyez la plainte des poil- 
Ibns , Pifc'mm querelœ , &c. fans ]:»arler 
de fon gros livre en plufieurs voluines 
in-foiio, intitulé, Phyficafacra, OM\'ràae 
puérile, & qui paroît fait moins pour 
occuper les hommes , que pour amuier 
les enfans par les gravures & les images 
qu'on y a entailées à delfein &. lans 
néceiHté. 

Stenon 5c quelques autres après lui, 
ont attribué la caufe des inégalités de la 
furfice de la terre à des inondations par- 
ticulier res , à des tremblemens de terre , à 
des fecouffes , deséboulemens , &c. mais 
les elfets de ces caules fécondai res n'ont 
pu produire que c[uelques légers chan- 
gemens. Nous admeuons ces mêmes 
cau:es après la caufe première qui eif le 
mouvement du flux & reflux , & le mou- 
vement de la mer d'orient en occident; 
au relie , Stenon ni les autres n'ont pas 
donné de théorie, ni même de flfits gé- 
néraux fur cette matière. Voyez la Diu. 

de Solido intrafolidum , &c* 

Ray 



Théorie de la Terre* aSjf' 
Ray prétend que toutes les montagnes.!^^ 
ont été produites par des tremblemens de 
terre , & il a flnt un traité pour le prou- 
ver; nous ferons voir à l'article des 
volcans , combien peu cette opinion efl: 
fondée. 

Nous ne pouvons nous difpenfêr d'ob- 
{èrver que la plupart des auteurs dont 
nous venons de parler, comme Burnet, 
Whifton & Woodward, ont fait une faute 
qui nous paroît mériter d'être relevée , 
c*efl: d'avoir regardé le déluge comme 
poflible par Tadion des caules naturelles, 
au lieu c[ue l'Écriture fainte nous le pré- 
fente comme produit par la volonté im- 
médiate de Dieu; il n'y a aucune caufcS^ afti^^C 
naturelle qui puifîe produire fur la furfacc ^/ y , . 
entière de la terre la quantité d'eau qu'i!^^?5r ***'a*^ 
a fillu pour couvrir les plus hautes mon-/i*-^*>**^***^j 
ta ornes ; & quand même on pourroit ima- -^ ^ ^ 

giner une caute proportionnée a cet ertet , ^^^ 

ît feroit encore impofiible de trouver**"**^ ^. 
quelqu'autre caufe capable de faire ôiC-f^^^^^, 
paroître les eaux; car en accordant à*,^^^^^*"**T 
Whifton que ceseaux font venues de la z,^,^^,./^*^. V 
queue d'une comète , on doit lui nier qu'if^^^^^ ç ,^- 
en foit venu du grand abyme & qu'elles y 

Tome I. N ^^ ^Nx^u^ 



^po Hi flaire Naturelle. 

.- (oient toutes rentrées , puifque le grandf 
abyme étant, lelon lui, environné Qç. 
prefié de tous côte'spar la croûte ou i'orbe 
terreilre , il ell impoflible que l'attraciioa 
de la comète ait pu caufer aux fluides 
contenus dans l'intérieur de cet orbe , le 
moindre mouvement; par conféqucnt 
îe grand abyme n'aura pas éprouve, 
coMime il le dit, un fîux & reflux vio- 
lent ; dès-lors il n'en fera pas forti & il 
n'y lerapas entré une feule goutte d'eau, 
& à moins de luppoier que l'eau tombée 
de la comète a été détruite par miracle, 
elle feroit encore aujourd'hui fur la fur- 
face de la terre , couvrant les fommets 
^des plus hautes montagnes. Rien ne ca- 
^^radérife mieux un miracle que l'impof- 
fibilité d'en expliquer l'effet par les caufes 
naturelles ; nos auteurs ont fait de vains 
euorls pour rendre raifon du déluge , 
leurs erreurs de Phyfique au fnjet des 
caufes fécondes qu'ils emploient, prou- 
vent la vérité du fait tel c{u'il eft rapporté 
dans l'Écriture fiinte , & démontrent 
qu'il n'a pu être opéré que par la caui'e 
première, par la volonté de Dieu. 

D'ailleurs il efl aile de fe convaincre 



Théorie de la Terre, l<)t 

tjlie ce n'eit ni dans un feul & même 
temps, ni par refFet du déluge que ki 
iiier a laiiïé à découvert ies continens 
que nous habitons ; car il eft certain , par 
le témoignage des livres fàcrés , que ie 
Paradis terrefire etoit en Aile; & que 
i'Afie éîoit un continent habité avant ie 
déluge ; par coniéquentcen'efi: pas dans 
ce temps que les mers ont couvert cette 
partie conîidérabie du globe. La terre 
éioit donc avant le déluge telle à peu 
près qu'elle eft aujourd'hui; & cette 
énorme quantité d'eau que la Juftice 
divine fit tomber fur la terre pour punir 
l'homme coupable , donna en Ci^èt la 
mort à totites^Ies créatures; mais elle ne** 
produifit aucun changement à la furFacc 
de la terre , éX^ ne déiruifit pas même ies 
plantes , puifque la colombe rapporta 
une branche d'olivier. 

Pourquoi donc imaginer , comme 
Vont fait la plupart de nos Naturaliftes, 
que cette eau changea totalement la 
furface du globe jufqu'à mille & deux 
mille pieds de profondeur \ pourquoi 
veulent-ils que ce foit le déluge qui ait 
apporté fur la terre les coquilles qu'o» 

N \] 



i^2 Hijloire Naturelle^ 
trouve à fept ou huit cents pieds dans ïcs 
rochers & dans ks marbres \ pourquoi 
dire que c'eft dans ce temps que le font 
formées les montagnes & les collines î 
& comment peut-on fè figurer qu'il foit 
pofîible que ces eaux aient amené des 
mafîes & des bancs de coquilles de cent 
iieues de longueur î Je ne crois pas 
qu'on puiHe perfifler dans cette opinion , 
à moins qu'on n'admette dans le déluge 
un double miracle , le premier pour 
l'augmentation des eaux , & le fécond 
pour le tranfport des coquilles ; mais 
comme il n'y a que le premier qui foit 
rapporté dans l'Ecriture làinte, je ne 
vois pas qu'il foit néceflaire de faire un 
article de foi du (econd. 

D'autre côté, fi les eaux du déluge, 
après avoir féjourné au-deffus des plus 
hautes montagnes , fe fuffent enfuite re- 
tirées tout-à-coup , elles auroient amené 
une fi grande quantité de limon & d'im- 
mondices que les terres n'auroient point 
été labourables ni propres à recevoir des 
arbres & des vignes que plufieurs fiècles 
après cette inondation , comme l'on fiit 
que dans le déluge qui arriva en Grèce, 



Théorie de la Tene* 2^3 

le pays fubmergé fut totalement aban- 
«Jonné & ne put recevoir aucune cul- 
ture que plus de trois fiècles après cette 
inondation. Voyez Aâa erudit. Lipf» 
anno j 6 p j , pag, 100. Auffi doit-on 
regarder ie déluge univerfel comme un 
moyen furnaturei dont s'efl: fervi la 
Toute-puiffance divine pour ie châti- 
ment des hommes, & non comme uit 
effet naturel dans lequel tout fe feroit 
palTé félon les ioix de la Phyfique. Le 
déluge univerfel eft: donc un miracle 
dans fi caufe & dans (es effets ; on voit 
clairement par le texte de l'Ecriture fainte 
qu'il a fervi uniquement pour détruire 
l'homme & les animaux, & qu'il n'a 
changé en aucune fiçon la terre, puif- 
qu'après la retraite des eaux , les mon- 
tagnes , & même les arbres, étoient à leur 
place , & que lafurface de la terre étoit 
propre à recevoir la culture & à pro- 
duire des vignes & des fruits. Comment 
toute la race des poiffons, qui n'entra 
pas dans l'arche, auroit-elle pu être 
coafervée, fi la terre eût été diffoute dans 
l'eau , ou feulement fi les eaux cufîent j^ 
Clé aflez agitées pour tranfporter les dYloCJ^'t' 

OL / aù^ ii^ y^ ^ (^^ryo-^ er^ 



2 9 4 Hïflotre Naîureïïê, ' 
coquiiles des Indes en Europe ^c^ 
^ Cependant cette %polnion ', que : 
celt ledduge univerfel qui atranfporté i 
ies coqutlfes de la mer dans tous les cli- 
niats de la terre, efî devenue l'opinion 
ou plutôt la fuperdition du commun des 
T^aturalifres. "Woodward, Scheuchzer & 
quelques autres appellent ces coquilles 
pétrifiées les reftes du déluge, ils les 
regardent comme les médailles & \^s 
monumens que Dieu nous a iaiiiés de 
ce terrible événement, afin qu'il ne 
s efiaçat jamais de la mémoire du prenre 
humain, enfin ils ont adopté cette hy- 
pothèfe avec tant de refpee^ , pour ne pas 
dire d aveuglement, qu'ils ne paroiiïenî 
s être occupés qu'à chercher les moyens 
de concilier l'Ecriture ûinte avec leur 
opinion, & qu'au lieu de fe fervir de 
leurs obfervations & à'^n tirer des lu- 
mières, ils fe font enveloppés dans kg 
iiuaaes d'une théologie phyfique, dont 
ioblcurité & la petitefTe dérogent à 
la clarté & à la dignité de la religion, 
& ne hiifTent apercevoir aux incrédules 
qu'un mélange ridicule d'idées humaines 
^ de faits diyiiis, Prcteiidre ea effeî 



\ 



Théorie delà Terre-, 295 
expliquer le déluge univerfel & Tes caufes 
phyfiques, vouloir nous apprendre le 
détail de ce qui s'eft paffé dans le temps 
de cette grande révolution , deviner quels 
en ont éié les effets, ajouter des fiiirs à 
ceux du livre facré , tirer des conté- 
quences de ces faits, n'eft-ce pas v ou- 
îoir mefurerîa puiiïance du Très-haut î 
' Les merveilles que fa main bienfiifame 
opère dans la Nature dune manière 
uniforme & régulière , font incompré- 
henfibles, & à plus forte raifonïes coups 
d'éclat; les miracles , doivent nous tenif 
dans le fiifiiïement & dans le filence. 

Mais, diront-ils , le déluge univerfel 
étant un fait certain , n'e(l-il pas permis 
de raifonner fur les conféquences de ce 
fait! à la bonne heure, mais il faut que 
vous commenciez par convenir que le 
déluge univerfel n'a pu s'opérer par les 
puiflances phyfiques, il faut que vous 
je reconiioilfiez comme un effet immé-- 
diat de la volonté du Tout-puiffant, il 
faut que vous vous borniez à en lavoir 
feulement ce que les livres facrés nous 
en apprennent , avouer en même temps 
qu'il ne vous eft pas permis d'en favoir 
^ N iiiij 



^5?<î Hip'tre Naturelle. 
davantage & fur-tou. ne pas mêFerune 
mn„va,|e phy/îque avec la pureté du 
livre famt. Ces précautions qu'exige le 
relped que nous devons aux décrefs de 
JJieu, étant prifes, que refte-t-il à exa- 
inmer au fuje. du déluge ! Eft-il dit dan. 
Ecriture Ca.nte que le d.luge ait formé 
les montagnes! il e!t dit le contraire: 
elt-il du que les eaux fulTent dans une 
ag.tat.on allez gr.nde pour enlever du 
tond des mers les coquilles & les tranf- 
porter par toute la terre î Non , l'Arche 
voguoit tranquillement furies floîs ■ ell-if 
dit que la terre fouffi-it une dflbiution 
totale; point du tout; lerécit dc'Hifto- 

NaturaLftes eft compofé & fabuleux. 




Tfiéorie de la Terre. -2-97 



PREUVES 

DE LA 

THÉORIE DELA TERRE, 

ARTICLE VI. 

GÉO GR APHIE. 

LA furflice de ïaTerren'efl pas, comme 
celle de Jupiter , divifée par bandes 
alternatives & parallèles à l'équateur , au 
comr ire el e eit di\ liée d'un pôle à l'autre 
par deux bandes de lerre & deux bandes 
de mer; la première &: principale bande 
eft l'ancien continent, dontlapiiis grande 
longueur (è trouve être en diagonale 
avec l'équateur , & qu'on doit meiurer 
en commençant au nord de la Tartarie 
ia pliis orientale, de-là à La terre qui 
avoifine Je golfe Linchidolin, où les 
Molcovites vont pêcher des baleines, 
de-là à Toboisk ; de Tobolsk à ia mer 
Cafp'enne , de la mer Cafpienne à ia 
Mecque^ de la Mecque à ia partie occi- 

N V 



2()S MiJIorre Naturelle . 

dentale du pays habité par le peuple de 
Galles en Afrique, eniliite au Monoe- 
mugi , au M onomotapa, & enfin au cap 
de Bonne-efpérance. Cette ligne, qui 
eft îa plus grande longueur de l'ancien 
continent, efl: d'environ 3600 lieues^ 
elle n'eft interrompue que par la mer 
Cafpienne & par la mer rouge, dont les 
largeurs ne font pas confidérabies , & 
on ne doit pas avoir égard à ces petites 
interruptions lorfque l'on confidère ,. 
comme nouslefaifonsjla furface du globe 
diviiée feulement en quatre parties. 

Cette plus grande longueur fe trouve 
en mefurant le continent en diagonale ; 
car~fi on le mefure au contraire fuivant 
les méridiens , on verra qu'il n'y a que 
^500 lieues depuis le cap nord de Lap- 
ponie jufqu'au cap de Bonne-efpcrance, 
& qu'on traverfe la mer Baltique dans 
fa longueur , & la mer Méditerranée dans 
toute fa largeur , ce qui fait une bien 
moindre longueur & de plus grandes in- 
terruptions que par la première route. 
A' l'égaid de toutes les autres diftances 
qu'on pourroiî mefurer dans l'ancien con- 
tinent fou5 les ipêmes méridiens, on les 



Théorie Ae la Terre, ^^p 

\ trouvera encore beaucoup plus petites 
que celle-ci , n'y ayant , par exemple , 
que } 800 lieues depuis la pointe méri- 
dionnie de l'île de Ceylan jufqu'à la cote 
feptentrionale de la nouvelle Zemble^ 
De même, fi on mefure le continent pa- 
rallèlement à l'cquateur , on trouvera que 
ia plus grande longueur laas interrup- 
tion fe trouve depuis la côte occidentale 
de l'Afrique àTrefluia , jufqu'à Ningpo 
fur la côte orientale de la Chine, & qu'elle 
cft environ de 2 8 o o lieues ; qu'une autre 
longueur fans interruption peut fe mefj- 
xer depuis la pointe de la Bretagne à Breft 
jufqu'à la côte de la Tartarie Chinoife y 
& qu'elle e(t environ de 2300 lieues; 
qu'en mefurant depuis Bergen en Nor-' 
vège jufqu'à la côte de Kamtfchatka, if 
n'y a plus que i 800 lieues. Toutes ces 
lignes ont , comme l'on voit , beaucoup 
moins de longueur que la première , ainfi 
la plus grande étendue de l'ancien con- 
tinent e(t en effet depuis le cap oriental ' 
de la Tartarie la plus feptentrionale juf- 
qu'à u cap de Bonne-efpérance, c'e(i-à-^, 
dire , de 3600 lieues Voye^ la première, 
Carîe^ de Ccogrfphlc. 



300 Hijloîre Naturelle . 

Cette ligne peut être regardée comme 
le milieu de la bande de terre qui com- 
pofe l'ancien continent , car en melurant 
l'étendue de la furface du terrein des deux 
côtés de cette ligne, je trouve qu'il y a 
dans la partie qui efl à gauche 247 1 0^2^ 
lieues quarrées , & qlie dans la partie 
qui eft à droite de cette ligne , il y a 
^2469687 lieues quarrées, ce qui efl une 
égalité fingulière, & qui doit fliire préfu- 

iner avec une très-ofrande vraiieniblance, 

o ... 

que cette ligne eft le vrai milieu de l'an- 
cien continent , en même temps qu'elle 
en efl: la plus grande longueur. 

L'ancien continent a donc en tout 
environ 4940780 lieues carrées, ce qui 
ne fîiit pas une cinquième partie de la 
ïurfitce totale du globe ; & on peut regar- 
der ce continenr comme une large bande 
de terre inclinée à i'équateur d'environ 
30 degrés. 

A l'égard du nouveau continent, on 
peut le regarder aufîi comme une bande 
de terre, dont la plus grande longueur 
doit être prife depuis l'embouchure du 
fleuve de la Plata jufqu'à cette contrée 
jïiarécageufc qui s'étend au-delà du lac 



Théorie de la Terre, 3 o r 

des Afiiniboïls, cette route va de lem- 
bouchure du fleuve de la Piata au lac 
Caracares , de-là elle paiïe chez les Ma- 
taguais^ chez les Chiriguanes, eiifuite à 
Pocona, à Zongo, de Zongo chez les 
Zamas, les Marianas , les Moruas, de-Ià 
à S/ Fc & à Cartagcne , puis par le golfe 
du Mexique, à la Jamaïque, à Cuba, 
tout le long de la péninfule de la Floride, 
chez les Apalaches , les Chicachas , de-là 
au fort Saint-Louis ou Creve-cœur , au 
fort le Sueur , & enfin chez les peuples 
qui habitent au-delà dulacdesAlîiniboïls, 
où l'étendue des terres n'a pas encore e'té 
reconnue. Voye:^ la féconde Carte de 

.^Géographie. 

jf_ Cette ligne quin'eA interrompue que 
par le golfe du Mexique , qu'on doit re- 
garder comme une mer méditerranée, 
peut avoir environ deux mille cinq cents 
iieues de longueur , & elle partage le nou- 
veau continent en deux parties égales, 
dont celle qui eft à gauaLe a ic6(^zo6^ 
lieues quarrées de furf^ , & celle qui eft 
à droite en a 1070926-^; cette ligne 
qui fat le milieu delà bande du nouveau 
conuneat, eft aulîi iuciijiée à l'équateur 



'30 2 Hîfîotre Nûîiireîk. 

d'environ 3 o degrés , mais en fens op-' 
pofé , en forte que ceiîe de l'ancien con- 
tinent s'ëtendant du nord-efi: au fud-oued,. 
celle du nouveau s'étend du nord-ouefl: 
au fud-efl: ; & toutes ces terres eniemble, 
tant de l'ancien que du nouveau con- 
tinent , font environ 7080993 lieues 
quarrécs , ce qui n'eflipas , à beaucoup 
près , ie tiers de la furface totale du globe ' 
qui en contient vingt-cinq millions. 

On doit remarquer que ces deux lignes 
qui traver fent les continens dans leurs plus 
grandes longueurs , ôl qui les partagent 
chacun en deux parties égales , aboutif- ' 
ient toutes les deux au même degré de 
latitude feptentrionale & auftrale. On' 
peut auiïi ob fer ver que les deux coiiîi- 
néns font des avances oppofées & qui fè 
regardent , fa voir, le^ côtes de l'Afrique 
depuis les îles Canaries, jufqu'aux côtes* 
de la Guinée , & celles de l'Amérique* 
depuis la Guiane jufqu'à rembouchure* 
de Rio- Janeiro. % 

Il paroît donc que les terres les plus 
anciennes du globe (ont les pays qui font 
aux deux côtés de ces lignes à un€ diA' 
tance' médiocre , par exemple'; à'aoo on** 



Théorie Je la Terreé ^ùj 

3250 lieues de chaque côté, & en fui- 
Vaut ceue idée qui elt fondée fur les ob- 
fervations que nous venons de rapporter, 
nous trouverons dans l'ancien continent 
que les terres les plus anciennes de l'A- 
frique font celles qui s'étendent depuis le 
cap de Bonne-efpérance jufqu'à la mer 
rouge & jufqu'à l'Egypte , fur une lar- 
geur d'environ 500 lieues, & que par 
conféquent toutes les côtes occidentales 
de l'Afrique, depuis la Guinée jufqu'au 
détroit de Gibraltar , font des terres plus 
nouvelles. De même nous reconnoîtrons' 
qu'en A fie, fi on fuit la ligne fur la mêine 
largeur , les terres les plus anciennes 
font l'Arabie heureufe & déferte, la Perfe 
& la Géorgie ; la Turcomanie & une par- 
tie de la Tartarie indépendante , la Cir- 
caffie & une partie de la Molcovie , &c, 
que par conféquent l'Europe efl: plus 
nouvelle , & peut-être auffi la Chine & ' 
ïa partie orientale de la Tartarie : dans le ' 
nouveau continent , nous trouverons que ' 
ia terre Magellanique , la partie orientale 
du Brefil, du pays des Amazones, delà' 
Guime & du Canada font des p. y s nou-- 
veaux en comparaifon du Tucuman ; d&' 



'304 HiJIoke Naturelle, 
Pérou , de la Terre ferme & des îles du 
golfe du Mexique , de la Floride , du 
Milîiffipi & du Mexique. On peut en- 
core ajouter à ces obfervationsdeux faits 
qui font alTcz remarquables , le vieux & 
ie nouveau continent font prefque oppo- 
fés l'un à l'autre ; l'ancien efl plus étendu 
au nord de l'équateur, qu'au fud, au con- 
traire le nouveau l'eu: plus au fud qu'au 
nord de l'équateur; le centre de l'ancien 
continent elt à i 6 ou 1 8 degrés de lati- 
tude nord , & le centre du nouveau eft à 
I 6 ou 18 derrrés de latitude fud, en forte 
qu'ils femblent faits pour fe contre-ba- 
lancer. II y a encore un rapport fingu- 
iier entre les deux continens , quoiqu'il 
nieparoiffe plus accidentel que ceux dont 
je viens de parler, c'ell que les deux 
continens feroient chacun partagés en 
deux parties qui feroient toutes quatre 
environnées de la mer de tous côtés ians 
deux petits ilthmes , celui de Suez & 
celui de Panama. 

Voilà ce que l'inipec^ion attend ve du 
globe peut nous fournir de plus générai 
iwx la divifion de la terre. Nous nous abf- 
ïkadrons défaire fur cela des hypothèfès 



Théorie de la Teire. 305 

& de halarder des raifonnemens qui 
pourroient nous conduire à de fîiufîes 
conféquences , mais comme perfonne 
n'avoir conridëré Ibus ce point de vue la 
divifion du globe , j'ai cru devoir com- 
muniquer ces remarques. Il ed: afTez fin- 
gulier cjue la ligne qui tait la plus grande 
longueur des contiiiens terreftres , les 
partage en deux parties égales ; il ne l'eft 
pas moins que ces deux lignes commen- 
cent & finiflent aux mêmes degrés de 
latitude , & qu'elles foient toutes deux 
inclinées de même à i'équateur. Ces rap- 
ports peuvent tenir à cjueique ch Je de 
général que l'on découvrira peut-être, 
& que nous ignorons. Nous verrons dans 
la fuite à examiner plus en détail les iné- 
galités de la figure des continens ; il nous 
fuffit d'obferver ici que les pays les plus 
anciens doivent être les plus voiiins de 
ces lignes > &. en même temps les plus 
élevés , & que lesterresplus nouvelles en 
doivent être les plus éloignées, & en 
même temps les plus bafîcs. Ainfi en 
Amérique la terre des Amazones , la 
Guiane & le Canada feront les parties les 
plus nouvelles; en jetant les yeux fur la 



'30 6 Hijloire Naturelle. 

carte de ce pays , on voit que les enux J 
font répandues de tous côte's, qu'il y a ua 
grand nombre de iacs &l de très-grands 
fleuves , ce qui indique encore que ces 
terres font nouvelles: au contraire le Tu- 
cuman , le Pérou & le Mexique font des 
pays très-éievés, fort montueux , & voi- 
fins de la ligne qui partage le continent , 
ce qui femble prouver qu'ils font plus 
anciens que ceux dont nous venons de 
parler. De même toute l'Afrique ell: très- 
montueufe, & cette partie du monde eft 
fort ancienne: il n'y a guère que l'Egypte, 
la Barbarie & les côtes occidentales de 
l'Afrique jufcju'au Sénégal, qu'on puiffe 
regarder comme de nouvelles terres. 
L'Afie eft auffi une terre ancienne, <Sc 
peut-être la plus ancienne de toutes, 
fur- tout l'Arabie, la Perfe & la Tartarie; 
mais les inégalités de cette vafte partie du 
monde demandent, aufli-bien que celles 
de l'Europe,' un détail que nous ren- 
voyons à un autre aYticle. On pourroit 
dire en général que l'Europe ell un pays 
nouveau , la tradition fur la migration 
des peuples & fur l'origine des arts & des 
fciences paroît l'indiquer, il n'y a pas 



Théorie de la Terre. 307 

îong-temps qu'elle e'toit encore remplie 
de marais & couverte de forêts , au lieu 
que dans les pays très - anciennement 
habités il y a peu de bois , peia d'eau , 
point de marais , beaucoup de landes & 
de bruyères , une grande quantité de 
montagnes dont les lommets font fecs 
& (lériîes ; car les hommes détruifent les 
bois, contraignent les eaux , relîerrent les 
fleuves, defsèchent les marais, «Se avec 
le temps ils donnent à la terre vme face 
toute différente de celle Aç,^ pays inha- 
bités ou nouvellement peuplés. 

Les Anciens ne connoifToient qu'une 
très-petite partie du globe; l'Amérique 
entière, les terres arctiques , la terre Auf- 
traie &. Magellanique, une grande partie 
de l'intérieur de l'Afrique, leur étoient 
entièrement inconnues, ils ne favoient 
pas que la Zone torride étoit habitée > 
quoiqu'ils eulTent navigé tout autour de 
l'Afrique, car il y a 2200 ans que Neco 
loi d'Egypte donna des vaiiîeauxà i^Q% 
Phéniciens qui partirent de la mer rouge , 
côtoyèrent l'Afrique , doublèrent le cap 
de Bonne-efpérance , & ayant employé 
deux ans à faire ce voyage , ils entrèrent 



'30 8 Hftoke Naturelle. 

la troifième année dans le détroit de Gi- 
braltar. Voye:^ Hérodote, lib. IV. Cepen- 
dant les Anciens ne connoifîoient pas la 
propriété qu'a l'aimant de fe diriger vers 
les pôles du monde , quoiqu'ils connuf- 
ient celle qu'il a d'attirer le fer; ils igno- 
roient la caufe générale du flux & du 
reflux de la mer , ils n'étoient pas lûrs que 
i'océan environnât le globe lans inter- 
ruption : quelques-un 1 à la vérité l'ont 
foupçonné , mais avec fi peu de fonde- 
ment qu'aucun n'a ofé dire ni même Goa- 
jcCiurer qu'il étoit poflible de faire le 
tour du monde. Magellan a été le pre- 
mier qui l'ait fîiit en l'année i 5 1 9 dans 
i efpace de i i 24 jours. François Drake 
a été le fécond en 1 5,77 , & il l'a fiit en 
1 5 6 jours. Eniiiite Thomas Cavendish 
a fait ce grand voyage en y-yy jours 
dans l'année 1 586 , ces fameux Voya- 
geurs ont été les premiers qui aient dé- 
montré phyfiquement la fphéricité & 
J'éiendue delà circonférence de la terre; 
car les Anciens étoient aufli fort éloignés 
d'avoir une jude mefure de cette circon- 
férence du globe, quoiqu'ils y euflent 
beaucoup travaillé. Les vents généraux 



Théorie Je la Terre. 309» 
& réglés , & lufage qu on en peut faire 
pour les voyages de long cours leur 
étoient auffi ablolument inconnus ; ainfi 
on ne doit pas être furpris du peu de 
progrès qu'ilsontfliit dans la Géographie, 
puilqu'aujourd'hui , malgré toutes k$ 
connoifTances que Ion a acquifes par le 
fêcours des fciences mathématiques & par 
les découvertes des Navigateurs, il refle 
encore bien des chofes à trouver & de 
vafles contrées à découvrir. Prefque toute s 
les terres qui font du côté du pôle an- 
tarctique nous font inconnues , on fiit 
feulement qu'il y en a , & qu'elles font 
féparées de tous les autres continens par 
l'océan ; il refle auiïî beaucoup de pays 
à découvrir du côté du pôle arclûque , 
& Ton ert: obligé d'avouer avec quelque 
efpèce de regret, que depuis plus d'un 
fiècle l'ardeur pour découvrir de nou- 
velles terres s'eft extrêmement ralentie ; 
on a préféré , & peut-être avec raifon , 
l'utilité qu'on a trouvée à faire valoir 
celles qu'on connoiffbit , à la gloire d ea 
conquérir de nouvelles. 

Cependant la découverte de ces 
terres auftrales feroit un grand objet dç 



3 I o Hîfloire Naîurellci 

ciiriofité , &. pourroit être utile ; on n'a 
reconnu de ce côté - là que quelques 
côtes , & il efi: fâcheux que les Naviga- 
teurs qui ont voulu tenter cette décou- 
verte en diiîérens temps , aient prei que 
toujours été arrêtés par des glaces qui 
les ont empêchés de prendre terre. La 
brume,, qui efl fort confidérabie dans 
ces parages , efi: encore un obflacle : 
cependant malgré ces inconvénicns , il 
efl: à croire qu'en ]:>artant du cap de 
Bonne- efpérance en différentes faiions , 
on pourroit enfin reconnoître une partie 
de ces terres , lefqueiies jufqu'ici font un 
monde à part. 

Il y auroit encore un autre moyen qui 
peut-être réuffiroit mieux ; comme les 
glaces & les brumes paroiffent avoir ar- 
rêté tous les Navigateurs qui ont entre- 
pris la découverte des terres auflrales par 
l'océan atlantique , &: que les glaces le j 
font prélentées dans l'été de ces climats 
aufîi-bien que dans les autres faifons , ne 
pourroit-on pas ie promettre un meil- 
leur fuccès en changeant de route ! II 
me femble qu'on pourroit tenter d'arri- 
ver à ces terres parla mer pacifique, en 



Théorie de h Terre. :? r { 
partant de Baldivîa ou d'un autre 'port 
de la cote de Chili, & -travernuit cette 
mer^ fous le 50."" degré de latitude lud. 
Il n'y a aucune apparence que cette na- 
vigadon, qui n'a jamais été faite, 'fôt 
périlleufe , & il eft probable qu'on trou- 
veroit dans cette traverite de nouvelles 
terres; car ce qui nous refle à connoitre 
xdu côté du pôle auftral ed fi confidé- 
rable, qu'on peut flms Te troinj^er' l'éva- 
luer à plus d'un quart de la fuperficie 
du gloire, en forte qu'il peut y avoir 
dans ces climats un continent- terre/Ire 
auffi grand que l'Europe, l'A fie, & 
1 Afrique prifcs toutes trois enfemble. 

Comme nous ne connoiffons point 
du tout cette partie du globe , nous ne 
.pouvons pas lavoir au jufle la propor- 
tion qui eil entre la furface de la [erre 
!& celle de la mer; feulement, autant 
qu'on en peut juger par l'infpedion.de 
;Ce qui ell connu, \\ paroît qu'il y a plus 
de mer que de terre. 

Si l'on veut avoir une idée de la quan- 
tité énorme d'eau que contiennent \ts 
mers, on peut fuppofer une profondeur 
fPiiiinune & générale à l'océan , & en ne 



'3 ï a Hifloire Naturelle» 

îa faiiaiit que de deux cents toifes ou cf^ 
la dixième partie d'une lieue , on verra 
qu'il y a afîez d'eau pour couvrir le globe 
entier d'une hauteur de fix cents pieds 
d'eau , & fi on veut réduire cette eau 
dans une feule mafle, on trouvera qu'elle 
fait un globe de plus de foixante lieues 
de diamètre. 

Les Navigateurs prétendent que îe 
continent de^ terres auftrales eft beau- 
coup plus froid que celui du pôle arc- 
tique, mais il n'y a aucune apparence que 
celte opinion (bit fondée, & probable- 
ment elle n'a été adoptée des Voyageurs, 
que parce qu'ils ont trouvé des glaces à 
une latitude où l'on n*en trouve prcfque 
jamais dans nos mers feptentrionales , 
mais cela peut venir de quelques eau (es 
particulières. On ne trouve plus déglaces 
dès iemois d'Avril en deçà des 67 & 68 
degrés de latitude (eptentrionaie , cSc les 
Sauvages de i'Acadie & du Canada 
difent que quand elles ne font pas toutes 
fondues dans ce mois-là, c'eft une marque 
que le relie de l'année fera froid & plu- 
vieux. En 1725 il n'y eut, pour ainfi 
dire, point d'été, & il plut prcfque 
continuellement; 



Théorie de la Terre* 313 

ôondnuellement; aufîi non-feuîement les 
glaces des mers lèptentrionales n'étoieut 
pas fondues au mois d'avril au 67."*' 
degré , mais même on en trouva au i 'y 
juin vers le 41 ou 42.'"'' degî*é. Voyei^ 
l'Hifi. dd r Acad. année i y2 j , 

On trouve une grande quantité' de ces 
glaces flottantes dans la mer du nord ^ 
lur-tout à quelque diftance des terres ; 
elles viennent de la mer de Tartarie dans 
celle de la nouvelle Zemble & dans les 
autres endroits de la mer glaciale. J'ai 
été afTuré par des gens dignes de foi , 
qu'un Capitaine Angloîs , nommé Mon- 
fon , au lieu de chercher un pafîage entre 
les terres du nord pour aller à la Chine , 
iivoit dirigé fa route droit au pôle & 
eu avoit approché julqu'à deux degrés : 
que dans cette route il avoit trouvé une 
haute mer fins aucune glace , ce qui 
prouve que les glaces (e forment auprès 
des terres , & jamais en pleine mer ; car 
quand même on voudroit fuppofer , 
contre toute apparence , qu'il pourroit 
fiiire alTez froid au pôle pour que la fuper- 
ficie de la mer fût glacée , on ne conce- 
vroit pas mieux comment ces énormes 
Tome I. O 



i 



3 1 4 hîfloîrc Naturelle» 

gbxes qui flottent, pourroient fe former 
il elles ne trou voient pas un point d'appui 
contre les terres, d'où enfuite elles fè dé- 
tachent par la chaleur du foleil. Les deux 
vaiiïeaux que la Compagnie des Indes 
iCnvoya en 1739 ^ ^'^ découverte des 
terres auitrales , trouvèrent des glaces à 
une latitude de 47 ou 48 degrés, mais 
ces glaces n'étoient pas fort éloignées 
.des terres , puifqu'ils les reconnurent 1 
fans cependant pouvoir y aborder. Voye-^ 
fur cela la carte de M. Baache, i j^ g^ 
Ces glaces doivent venir des terres inteV 
rieures & voifines du pôle auilral , & 011 
peut conjedurer qu'elles luivent le cours 
de plu fleurs grands fîeuyes dont ces terres 
inconnues font arrofées , de même que 
îe fleuve Oby, le Jénifca &: les autres 
grandes rivières qui tombent dans les 
mers du nord , entraînent les glaces qui 
bouchent pendant la plus grande partie 
de l'année le détroit de V^aio-ats , & 
rendent inabordable la mer de Tartarie 
par cette route , tandis qu'au-delà de 1$ 
nouvelle Zemble & plus près des pôles 
où il y a peu de fleuves & de terres , les 
glaces font moins comniiines & }a mer 



Théorie de la Terre, 3 r 5 

^fl plus navigable; en forte que fi 011 
vouloit encore tenter le voyage de fa 
Chine & du Japon par les mers du nord , 
il faudroit peut - être , pour s'éloigner 
le plus des terres & des glaces, diriger 
fa route droit au pôle , & chercher les 
plus hautes mers , où certainement il n'y 
a que peu ou point de glaces ; car on 
fait que l'eau (aîee peut finis fe geler de- 
venir beaucoup plus froide que l'eau 
douce glacée ; & par conféquentle froid 
•excefTif du pôle peut bien rendre l'eau 
de la mer plus froide que la glace , fins 
que pour cela la furface de la mer fe gèfe, 
d'autant plus qu'à 80 ou 82 degrés , la 
furfice de la mer , quoique mêlée de 
beaucoup de neige & d'eau douce , n'eft 
glacée qu'auprès des côtes. En recueil- 
lant les témoignages des Voyageurs flir 
îe paffage de l'Europe à la Chine par la 
mer du nord , il paroît qu'il exifle , & 
que s'il a été fi iouvent tenté inutilement, 
<:'efl parce qu'on a toujours craint de 
s^éloigner des terres &: de s'approcher du 
pôle, les Voyageurs l'ont peut-être 
Kgardé comme un écueil. 

Cependant Guillaume Barents qui 

Oij 



3 ï 5 Hijloire Naturelle» 
avoit échoue, comme bien d autres, dans 
Ton voyage du nord , ne doutoit pas 
qu'il n'y eût un pafînge , & que s'ij fe fût 
plus éloigné des terres, il n'eût trouvé 
une mer libre &: liins glaces. Des voya- 
geurs Molcovites envoyés par le Czar 
pour reconnoître les mers du Nord ,, rap- 
portèrent que ia nouvelle Zemble n'eft 
point tine île , mais une terre ferme du 
.continent de la Tartarie , & qu'au nord 
de ia nouvelle Zemble c'eft une mer 
libre & ouverte. Un voyageur Hollan- 
,dois nous alTure que la mer jette de temps 
«n temps fur la côte de Corée & du 
Japon , des baleines qui ont fur le dos des 
harpons Anglois& Hollandois.Unautre 
Hollandois a prétendu avoir été jufque 
fous le pôle , & afTuroit qu'il y faifbit 
;iufn chaud qu'il fait à A mfterdairi en été. 
XJn Angioisnommé Goulden , qui avoit 
fait plus de trente voyages en Groenland, 
rapporta au roi Charles II , que deux 
..vaifleaux Hollandois avec leiquels il 
faifoit voile, n'ayant point trouvé de 
baleinjÊS à la côte de V\\q d'Edges, réfo- 
|iîrent d'aller plus ;iu nord , ik qii'étant 
|de jp.çtour m bp|.u de quinze jours , ces 



Théorie de la Terre» J î / 

Hoîlandois lui dirent qu'ils avoient été 
jufqu'au Sp**"*" degré de latitude j c'ell- 
à-dire , à un degré du pôle , &: que là ils 
n'avoient point trovivé de glaces , mais 
une mer libre & ouverte , fort profonde 
& fembiable à celle de \\ baie de Bifcaye, 
& qu'ils lui montrèrent quatre journaux 
des deux vaifTeaux , qui atteftoicnt la 
même chofe & s'accordoient à fort peu 
de chofe près. Enfin il eft rapporté dans 
ks Tranfadions philofophiques , que 
deux Navigateurs qui avoient entrepris 
d€ découvrir ce padïtge, firent une route 
de 300 iieues à l'orient de la nouvelle 
Zemble, mais qu'étant de retour, la 
Compagnie des Indes qui avoit intérêt 
que ce pafîage y^ fut pas découvert^ 
empêcha ces Navigateurs de retourner, 
Voye-^ le recueil des voyages du Nord , 
p, 2 0. Mais la Compagnie des Indes de 
Hollande crut au contraire qu'il étoitde 
(on intérêt de trouver ce pafîàge ; l'ayant 
tenté inutilement du côté de l'Europe ,' 
elle le fit chercher du côté du Japon , 
^ elle auroit apparemment réufîi, Il 
l'empereur du Japon n'eût pas interdit 
aux étrangers toute navigation du côté 



'3 1 8 Hijîoire 'Naturelle. 

des terres de JeiTo. Ce pafTage ne peut 
donc fe trouver qu'en allant droit au 
pôle au-dçlà de Spitzberg , ou bien en 
iuivant le milieu de la haute mer, entre 
îa nouvelle Zembie & Spitzberg , fous 
ie y^/"^ degré de latitude : fi cette mer 
a une largeur confidérable , on ne doit 
pas craindre de la trouver glacée a cette 
latitude , «Se pas même fous le pôle , par 
les raifons que nous avons alléguées;, 
en effet, iln'y a pas d'exemple qu'on? 
ait trouvé la iurface de la mer, glacée au 
larofe & à une diftance confidérable des 
côtes , le feul exemple d'une mer tota- 
lement gbcée e(l celui de la mer noire y 
elle eft étroite 6c peu falée, & elle reçoit, 
une très-grande quantité de fleuves qui 
viennent des terres feptentrionales & qui 
y apportent des glaces , aufîi elle gèle 
quelquefois au point que fa furface eft 
entièrement glacée , même à une pro- 
fondeur confidérable, &, fi on en croit 
les Hiiioriens , elle gela du temps de- 
l'empereur Copronyme , de trente cou- ' 
dées d'épaifleur , fans compter vingt 
coudées de neige qu'il y avoit par-deffus 
h glace. Ce fut me paroît exagéré, mais 



Thème de la Terre, 3 ï 9 
ïl efl (Tir qu'elle gèle prefque tous le* 
hivers ; tandis que les hautes mers qui 
font de mille lieues plus près du pôle ^ 
ne cèlent pas , ce qui ne peut venir que 
de la différence de la.dilure & du peu de 
glaces qu'elles reçoivent par les fleuveSy 
en coiuparaiion de la quantité énorme 
de glaçons qu'ils tranfportent dans la 
mer noire. 

: Ces glaces , que l'on regarde comme 
des barrières qui s'oppofent à la naviga- 
tion vers les pôles & à la découverte des 
lerres aullrales, prouvent feulement qu'if 
y a de très-grands fleuves dans le voifi- 
nage des climats où on les a rencontrées ,= 
par conféquent elles nous indiquent auffi 
qu'il y a de vaftes coniinens d'où ces 
fleuves tirent leur origine, & on ne doit 
pas fe décourager à la vue de ces obfta- 
eles; car fi l'on y fai[ attention, l'on 
reconnoîtra aifément que ces glaces ne 
doivent être que dans de certains en- 
droits particuliers ; qu'il cd; preique 
impofnble que dans le cercle entier que 
nous pouvons imaginer terminer* les 
terres auftraies du coté de i'équateur , il 
y ait par-tout de grands fleuves qui- 

O iiij 



3 2© Hlfloire "Nàturehi 

chariem des glaces, & quepar confequcnt 
il y a grande apparence qu'on reuiîiroit 
en dirigeant fa rouie vers qwelqu'autre. 
point de ce cerck. D'aiiieurs la defcriij*- 
tion que nous ont donnée Dampier & 
quelques autres voyageurs, du terrein de 
la nouvelle Hollande, nous peut faire 
Soupçonner que cette partie du globe qui 
avoifine les terres auli raies , & qui peut- 
ctre en fait partie , eft un pays moins 
ancien cjue le refle de ce continent 
inconnu. La nouvelle Hollande efl une 
terre bafîe , fans eaux , fins montagnes > 
peu habitte, dont les naturels font fau- 
vages & fans indudrie; tout cela con- 
court à nous faire penfer qu'ils pour- 
ïoient être dans ce continent à peu près 
ce que les Sauvages des Amazones ou (\}x 
Pcraguai font en Amérique. On a trouvé 
é&% hommes policés , des empires & des 
lois au Pérou , au Mexic[ue , c'eil-à- 
dire , dans les contrées de l'Amérique les 
plus élevées, &par conféquent les plus 
anciennes ; les Sauvages au contraire le 
font trouvés dans les contrées les plus 
baffes <St les plus nouvelles; ainfi on 
peut préfimier que dans l'intérieur dei 



Théorie de h Terre, 321 

fermes auftrales on trouveroit aiilîi des* 
hommes réunis en fociété dans les con- 
trées élevées j d'où ces grands fleuves 
qui amènent à ia mer ces glaces prodi- 
gieulès tirent ieur fource. 

L'intérieur de l'Afrique nous ell in^ 
connu, prefqu'autant qu'ii i'étoit aujc 
Anciens, ils avoient, comme nous, fait 
ij tour de cette prefqu'iie par mer, mais- 
à la vcrrité ils ne nous avoient laifîe ni 
cartes, ni defci-iption de ces côtes. Piinc 
nous dit qu'on avoit, dès le temps d'A- 
lexandre, fait le tour de l'Afrique, qu'on 
av'oit reconnu dans la mer d'Arabie de» 
débris de vailîeaux E(|:)agnois. & que 
Hannon Général Carthaginois av^oit fait 
ie. voyage dépuis. Gades jui»qu'à la mer 
d'Arabie ,- qa'il avoit même donné par 
écrit la relation de ce voyage. Outre 
cela , dit - il , Cornélius. Nepos nous 
appreiKl que de fon temps un ccrt.iiii 
Exidoxe perfécuté par le. roi Lathurus, 
fut obligé de: s'enEiir \ qu'étant parti du' 
golfe. Arabique , il étott arrivé. à Gades^ 
& qu'avant ce temps on commerçoit 
d'Efpagne en Ethiopie par la mer. Voyer 
Plm, HiJ. Nat, tom, I.yl'é. ^. Cepen^ 



I 



3 22 Hijloire Naturelle. 

dant, malgré ces témoignages des An-» 
ciens , on s'étoit perfuadé qu'ils n'avoient 
jamaisdoublé le cap de Bonne-eipérance, 
& l'on a regardé comme une découverte 
nouvelle cette route que les Portugais 
ont prife les premiers pour aller aux 
grandes Indes: on ne fera peut-être pas 
fâché de voir ce qu'on en croyoit dans 
Je neuvième fiècle] 

ce On a découvert de notre temps. 
33 une chofe toute nouvelle, & qui étoit 
53 inconnue autrefois à ceux qui ont vécu 
:>3 avant nous. Perfonne ne croyoit que 
D5 la mer qui s'étend depuis les Indes juf-^ 
3» qu'à la Chine, eût communication. 
33 avec la mer de Syrie , 6c on ne pou- 
33 voit ie mettre cela dans l'efprit. Voici 
33 ce qui efl: arrivé de notre temps , félon 
33 ce c[ue nous en avons appris : on. a.. 
33 trouvé dans la mer de Roum ou médi- 
33 terranée les débris d'un vaiiïeau Arabe- 
33 que la tempête avoit brifé, & tous ceux 
33 qui le montoient étant péris , les flots 
33- l'ayant mis en pièces, elles furent por- 
33 tées par le vent & parla vague jufque 
33 dans la mer des Cozars , & de-là au ca- 
->3 nal de la mer méditerranéen d'où elles 



Théorie (le la Terre. 3 2" 3' 

furent enfin jetées fur la côte de Syrie, ce 
Cela fait voir que ia mer environne ce 
tout le pays de la Chine & de Cila , ce 
l'extrémité du Turqueftan & le pays ce 
des Cozars , qu'enfuite elle coule par ce 
îe détroit jufqu'à ce qu'elle baio«-ne la ce 
côte de Syrie. La preuve eft tirée de ce 
la conftrudion du vai(îeau dont nous ce 
venons de parler , car il n'y a que les ce 
vaifTeaux de Siraf , dont la fabriqué efl: ce 
telle que les bordages ne font point ce 
eîoués, mais joints enfemble d'une ce 
manière particulière, de même que s'ils c< 
étoient cou fus, au lieu que ceux de ce- 
tous les vaifTeaux de la mer méditerra- ce- 
née &: de la côte de Syrie , font cloués, ce 
& ne font pas joints de cette manière. 33^ 
Voye-^ les anciennes relations des voyages- 
faits par terre a la Chine , p- J 3 & y 4- 

Voici ce qu'ajoute le Tradudleur de 
cette ancienne relation. 

ce Abuziel remarque comme une chofe- 
nouvelle & fort extraordinaire , qu'un «- 
yaifleau fut porté de la mer des Indes ce' 
for les côtes de Syrie. Pour trou- ce 
ver le paiïage dans la mer méditerra- ce- 
îiée ; ii fuppofe qu'il y a une grande <c^ 

O vj; 



^24 Hljîone Nalureïïè, 
3j étendue de mer au-defliis delà Chine,. 
» qui a communication avec la mer des. 
:>3 Cozars y c'efl-à-dire , de M-ofcovie.. 
:» La mer cjui eii au-delà du cap des C cii- 
» rans étoit entièrement inconnue aux 
53 Arabes à caufe du péril extrême de la 
Dj navigation , ôl le continent étoit habité 
>î par des peuples fi barbares, qu'il ii étoit. 
>> pas facile de les loumetire , ni même; 
33 de les civililer par le commerce. Les, 
•» Portugais ne trouvèrent depuis le cxip 
-33 de Bonne - elpérance julqu'à Soffala. 
03 aucuns Maures établis, comme: ils en 
33 trouvèrent depuis dans toutes les villes. 
33 mariu"mes jufqu'à la Chine. Cette ville 
33 étoit la derniers que connoiiîoient \q^ 
33 Géographes,, mais ils ne pouvoient 
:» dire fi lamer avoitcommunication.par 
3û rextrémitéderAfrlc[ue avec la mer. de 
3>- Barbarie , & ils le contentoient de la 
33 décrire jufqu'à la cote de 2.inge qui e/l 
33 celle de la Cafrerie , c'eft pourquoi 
33. nous ne pouvons doutei^ que la pre— , 
minière découverte du pafîïige de cette 
33 mer par le cap de Bonne-eipéi^ance 
53. lirait été faite par. les Eiuropéens tous la. 
3» conduite de Vafco de Gaaia, Quaii» 



Théorie cTtrla Terrev 3^2-5^ 

moins cjuelques années avant qu'il ce 
doublât le cap , s'il eft vrai qu'il fe foit ce 
trouvé des cartes marines plus ancien:- « 
nés que cette navigation^ où le cap ce 
étjQÏt marqué fous le nom de Front eira ce 
da Afriqua, Antoine Galvan téuioi- cc 
giie llir le rapport de Francifco de ce 
Soufa Tavares , qu'en 1528 l'Inflmt ce 
Don. Fernand lui fit voir, une (embla- co 
He carte qui fe trouvoit dans ie monaf- ce 
tère d'Acoboca, &.qui. étoit tàiteJL y^-ce 
a voit L 20. ans, peut-être fur cetis qu'on ce 
dit être, à Venilè dans le tréfor de S/ ce 
Marc^ & qu^on.croit.avcir été copiée, ce 
fur celle de Marc Paolo, qui marque ce 
aufîi la pointe de l'Afrique, félon le ce 
téinoignage de Ramufio, &c ^^.-L'igno- 
rance de. ces.fiècles,au fujet dela.naviga^ 
lion autour de l'Afrique parDÎtra peut- 
être, mains fingulière que le fiiencc de 
l'éditeur de cette ancienne, relation au 
fujet des partages d'Héiodote , de Pline , 
&.C. que nous avons cités, & q,ui prou- 
vent que les Anciens ayoiem fiait le tour 
dg, i' Afrique. 

Quoi qu'il en (bit,. les cotes de l'A- 
frique nous, fom aducllçmem \i)sm 



^z6 Hiflotre Natîirelk^ 

connues, mais quelques tentatives qu'on- 
ait faites pour pénétrer dans l'intérieur du 
pays , on n'a pu parvenir à le connoître 
afTez pour en donner des relations exac- 
tes. II ieroit cependant fort à fouhaiter 
que par le Sénégal ou par quelqu'autre 
fieuve on pût remonter bien avant dans 
les terres & s'y établir , on y trouveroit , 
félon toutes les apparences , un pays aufli 
riche en mines précieufes que l'eft le 
Pérou ou le Brefil , car on fait que les 
fleuves de l'Afrique charient beaucoup 
d'or, & comme ce continent efl: un pays 
de montagnes très-élevées , & que d'ail- 
iieurs il eft fitué fous l'équateur , il n'eft 
pas douteux qu'il ne contienne, aufîi-bien 
que l'Amérique , les mines de métaux 
les plus pefans, & les pierres les plus 
compactes & les plus dures. 

La vafle étendue de la Tartarie fepten- 
îrionale & orientale n'a été reconnue que 
dans ces derniers temps. Si les cartes des 
Mofcovites font julles , on connoît à 
préfent les côtes de toute cette partie de 
l'A fie, &: il paroît que depuis la pointe 
de la Tartarie orientale jufqu'à TAmé- 
rjque feptentrionale, il n'y a guère qu'un 



Tlîéone de la Terre. 3 27»- 
efpace de quatre ou cinq cents lieues ; ont 
a même prétendu tout nouvellement que 
ce trajet étoit bien plus court ; car dans 
la gazette d'Amfterdam du 24. janvier 
I 747, il ed: dit à l'article de Péterfbourg, 
que M. S tôlier avoir découvert au-delà 
de Kamtfchatka une des îles de l'Amé- 
rique feptentrionale, & qu'il avoit dé- 
montré qu'on pouvoit y aller dès terres^ 
de l'empire de Rufîie par un petit trajet»- 
Des Jéfuites & d'autres MifTionnaires ont 
auiïi prétendu avoir reconnu en Tar- 
tarie des Sauvages qu'ils avoient caté— 
chifés en Amérique , ce qui fuppoferoit, 
en effet que le trajet feroit encore bien.; 
plus court. Voye-^ F Hijîoire de la nouvelle 
France, par k P. Charlevoix , tome 111 , 
pages ^ & s J ' Cet Auteur prétend; 
même que les deux continens de l'ancien 
& du nouveau monde fe joignent parle 
nord^ôc il dit que les dernières naviga- 
tions des Japonnois donnent lieu de 
juo-er que le trajet dont nous avons parlé,, 
neft qu'une baie, au-defTus de laquelle 
on peut paffer par terre d'Afie en Amé- 
rique; mais cela demande confirmation,, 
carjufqu'à préfem on a cru avec quelque 



'Î^S Hiflolre Naîurefîe. ' 
f^^rte de vrailèinblaiice, que fe coml> 
nent du pôleardique eli feparé en eiuier 
de^ autres comineas , aulil-bien que 
celui du poJe aiiiardique. 

L'afîroiiomie & l'art de la navigation. 
lo4it portés à un fi hnut point de perfec- 
tion , qu'an peut raifonnablement efpérer 
G avoir un jour une connoifTaiice exade 
delà lurfhce entièredu globe. Les Anciens 
n'en connoiflLient qu une afTez petite 
partie , parce que n'ayant pas la bouITolc , 
tls n'ofoieju ie hafarder dmis les hautes, 
mers. Je (îiis bien que quelques gens ont. 
prétendu (|ueies Arabes avoient inventé 
laboufFoIe,. 6c s'en étoicm fervis long^- 
tenips avant nous pour voyager fur fa^ 
rner d^s Indes & commercer fufqu'à la ^ 
Chine (Voy^i V Abrégé de rHiJîoire des^ 
^arraiins, de Btrgeron,page i ipj, mais 
cette opinion. m'a toujours paru dénuée 
de toute vraiièmbian^e ; car il n'y a au- 
cun mot dans le^ langues aiabe, turque 
ou perfànnequi puilfe fignifier la bouf- 
lole , ils fe fervem du mot. Italien /^^^/^; 
ils ne (avem pas même encore aujour- 
^fbui faire des bouffoies ni aimanter, les 
^guilies, 6i ïh achetteiit des E^ropëens^ 



Tlieme de la Terre. 5 25^ 
celles dont ils le fervent. Ce que dit le 
Père Martini au fujet de cette invention, 
ne nie paroît guère mieux fondé , il pré- 
tend que les Chinois connoifToient ia. 
bouffole depuis plus de trois nfilie ans 
(Voyei Hijt, Sinica , page 1 a6); mais 
fi cela efl: , comment elt-ii arrivé qu'ils 
en aient fliit fi peu d'uiage î pourquoi 
prenoicnt-ils dans leurs voyages à la Co- 
chinchine une route beaucoup plus lon- 
gue qu'il n'étoit nécelîaire ! pourquoi (c 
bornoient-ils à faire toujours les mêmes 
voyages dont les plus grands étoient à 
Java & à Sumatra! & pourquoi nau- 
roient-îls pas découvert avam les Euro- 
péens une infinité d'iks abondâmes <Sc 
de terres fertiles dont ils font voifins , 
s'ils avoicnt eu fart de naviguer en pleine 
mer î car peu d'années après la décoiw 
verte de cette merveilleuiè propriété de 
l'iûmant , les Portugais firent de très- 
grands voyages , ils doublèrent le cap de 
Bonne-efj^érance, ils traversèrent les mers 
de l'Afrique <& des Indes , <^ tandis qu'ils 
dirigeoient toutes leurs vues du côté de 
l'orient & du midi, Chriftophe Colomb 
K)ui»a les fieunes vers l'occideat^ 



k 



jljo Hifloire Nûtureik, 

Pour peu qu'on .y fît attention , A 
ctoit fort aifé de deviner qu'il y avoit des 
cfpaces iiTimeilfes vers l'occident; car eil 
comparant la partie connue- du globe , 
par exemple, la diftance de l'Efpagne à 
la Chine, & fùfant attention au mouve- 
ment de révolution ou de la terre ou du 
ciel, il étoit aifé de voir qu'il relloit à 
de'couvrlr une bien plus grande étendue 
vers l'occident que celle qu'on connoii- 
foit vers l'orient. Ce n'eft donc pas par 
k défaut des connoiffances aflronomi- 
ques que les Anciens n'ont pas trouvé le 
nouveau monde, mais unicjuement par 
le défaut de la boufTole : les pafl^iges de 
Platon & d'Ariilote, où ils parlent de 
terres fort éloignées au-delà des colon- 
nes d'Hercule, femblent indiquer que 
quelques Navigateurs avoient été pouflcs 
par la tempête jufqu'en Amérique, d'oii 
ils n'étoient revenus qu'avec des peines 
infinies ; ôi on peut conjedurer que 
quand même les Anciens auroient été 
perfuadés de l'exiflence de ce continent 
par la relation de ces Navigateurs , ils 
n'auroient pas même penfé qu'il fut pof- 
£bJe de s'y frayer des routes j n'ayant 



f 

I 

! Théorie de la Terre. yyt 

mcun guide, aucune connoifTance de 
boufToIe. 

J'avoue qu'il n'eft pas abfolument im- 
poflible de voyager dans les hautes mers 
làns bouffole, ^ que des gens bien dé- 
terminés auroient pu entreprendre d'aller 
hercher le nouveau monde en fe con- 
duifant feulement par les étoiles voifines 
du pôle. L'aflrolabefur-toutétant connu 
des Anciens , il poiivoit leur venir dans 
l'efpritde partir de France ou d'Efpagne 
& de faire route vers l'occident, en laif- 
fant toujours l'étoile polaire à droite , & 
en prenant fouvent hauteur pour fe con- 
duire à peu près fous le même parallèle ; 
c'eft fans doute de cette façon que les 
Carthaginois dont parle Ariftote, trou- 
vèrent le moyen de revenir de ces terres 
éloignées, en laifTant . l'étoile polaire à 
gauche, mais on doit convenir qu'un 
pareil voyage ne pouvoit être regardé 
que comme une entreprife téméraire , &. 
que par confequent nous ne devons pas. 
être étonnés que les Anciens n'en aient 
pas même conçu le projet. 

On a voit déjà découvert du temps 
de Chriftopbç Colomb les Açores,les, 



i 

532 Hifhhe Naturelle* 

Canaries , Aladère : on avoit remarque 
que loriqiie les vents d'oueft avoient 
régné long-temps, la mer atnenoit fur 
les côtes de ces îles des morceaux de 
bois étrangers , des cannes d'une elpèce 
inconnue, & même des corps morts 
qu'on reconnolfroit à plufietirs lignes 
n'être ni Européens ni Afriquains. 
(Voyej^ r H'ijhire de Saint - Dombigue r 
parle P. CharUvoix r tome 1 , page 66 
df fi^v.) Colomb iiii-mênTc remarqtia 
que du coté de l'ouell: il venoit certains 
vents qui neduroicnt que quelques jours-, 
& qu'il ie perfuada être des vents de terre 
cependant,, quoiqu'il eût furies Anciens 
tous ces avantages , èi la boufToie , les^ 
difficultés qui reiloient à vaincre étoiem 
encore u grandes , qu'il n*y avoit que le 
fuccès qui pût juiiitier rentreprife; car 
luppofons pour un inftant que le con- 
tinent du nouveau monde eût été plus 
éloigné ,. par exemple , à mille ou quinze 
cents lieues plus loin qu'il n'eft en effet y 
cbofe que Colomb ne pouvoit ni (avoir 
ni prévoir, il n'y fer oit pas arrivé, & 
peut-être ce grand pays feroit-il encore 
Âitoiiiiii. Cette conjedure efl d'autam 



TJieone ^e la Terre. 3 ^^ 

rnîeux fondée que Colomb , quoique le 
)lus habile Navigateur de fon fiècle , fut 
àifi de frayeur & d etonnement dans fon 
iécond voyage au nouveau monde ; car 
comme la première fois il n'avoit trouvé 
que des îles , il dirigea fa route plus au 
midi pour tâcher de de'couvrir une terre 
ferme, &l il fut arrêté par les courans, 
dont l'étendue confidérabie &. la direc- 
tion toujours oppofée à ia route , l'obli- 
gèrent à retourner pour chercher terre 
l'occident : il s'imaginoit que ce qui 
J'avoit empêché d'avancer du côté du 
midi n'étoit pas des courans , mais que 
la mer ajloit en s'élevant vers le ciel , & 
<}ue peut-être l'un & l'autre fetouchoîent 
du côté du midi : tant il eft vrai que dans 
les trop grandes entreprifes la plus j)etitc 
çirçonflance malheurcufe peut tourner k 
>ete ^ abattre le courage. 



'5 3 4 Hifloire Natureïïel 

!!■■ Il f ■ "■■ ■■■ IMinBllMI ■Illllll II ■ II II WI II M I I I— ■»«— ■ 

PREUVES 

DE LA 

THÉORIE DE LA TERRL 

ARTICLE VII. 

'Sur la produdioji des couches oii 
lits de terre. 

No U s avons fait voir dans l'article 
premier, qu'en vertu de l'attradion 
démontrée mutuelle entre les parties de la 
înatière & en vertu de îa force centrifug€ 
qui réfulte du mouvement de rotation fuï 
fon axe , la terre a néceffairement pris la 
forme d'un fphéroïde dont ies diamètres 
«iiffèrent d'une 2 3 o.""" partie, & que ce 
lie peut être que par ks changemens 
arrivés à la furface & caufés par les mou- 
vemensde l'air & des eaux , que cette dif- 
férence a pu devenir plus grande, comme 
on prétend le conclure par les mefures 
prifes à l'Equateur & au Cercle polaire. 
Cette figure de la terre qui s'accorde fï 
bien avec les loix de l'hydroftatique & 
avec notre théorie , fuppofe que le globe 



Théorie de la Terre, 335 

« été dans un état de liquéfàétion dans le 
temps qu'il a pris fa forme , & nous avons 
prouvé que le mouvement de proje<^io]i 
.& c^Iui de rotation ont été imprimés en 
ïTiême temps par une même impulfion. 
On fe perluadera facilement que la terre 
A été dans un état de liquéfacSlion produite 
par le feu, lorfqu'on fera attention à la 
nature des matières que renferme le globe, 
dont la plus grande partie , comme les 
fables & les glailes, font àats matières 
vitrifiées ou vitrifiables , & lorfque d'un 
autre côté on réfléchira iur l'impodibilité 
.qu'il y a que la terre ait jamais pu fe trou- 
ver dans un état de fluidité produite par 
les eaux, puiiqu'il y a infininient plus 
de terre que d'eau , & f{ue d'ailleurs l'eau 
2i'a pas la puifTance de difToudre les fables, 
îes pierres & les autres matières dont la 
terre eli compofée. 

Je vois donc que la terre n'a pu 
prendre fa figure que dans le temps où 
die a été liquéfiée par le feu , & en fui- 
vant notre hypothèie je conçois qu'au 
fortir du foleil la terre n'avoit d'autre 
forme que celle d'un torrent de matières 
.fondues &. de vapeurs enflammées ; que 



3 3 ^ Hiflolre Naturelle. 
ce torrent fe raflembk par î-attni^ioîl 
îiiutuelle des parties , ^ devint un globe 
auquel le mouvement de rotation donna la 
ligure d'un fpfeéroïde , & lorique la terre 
fut refroidie , les vapeurs qui s'e'toient 
•d abord étendues , comme nous voyons 
^s'étendre les queues dei comètes , fè con- 
densèrent peu à ])eu^ tombèrent en eau 
fur la iurfice du globe , & déposèrent en 
Blême temps un limon mêlé de matières 
fulfureufes & iîïlines , dont une partie 
s'eft glidée par le mouvement des eaux 
dans les (entes perpendiculaires où elle a 
produit les métaux & les minéraux , & k 
relie ell: demeuré à iafurface de la terre & 
a produit cette terre rougeâtre qui forme 
la première couche de ia terre & qui, fui- 
vant les différens lieux, efl: plus ou moins 
mêlée de particules animales ou végétales 
réduites en petites molécules dans lef- 
quelles l'organilation nVft plus lenfible. 

A infi dans le premier état de la terre, le 
globe étoit, à l'intérieur , compoi^ d'une 
matière vitrifiée, comme je crois qu'il 
i'eft encore aujourd'hui; au-deffus de 
jcette matière vitrifiée fe font trouvées les 
.parties que le feu aura le plus divifées , 

comme 



Théorie Be la Terre» 537 

comme les fables, qui ne font que des 
fragmens de verre ; & au-defTus de ces 
fables les parties les plus légères, les 
pierres ponces, les écumes & les fcories 
de la matière vitrifiée ont furnagé & ont 
formé les glaifes & les argiles: le tout 
étoit recouvert d'une couche d'eau (a) 
<Je 5 ou Ôoo pieds d'épaifîeur, qui fut 
produite par la condenfation des vapeurs 
lorfque le globe commença à fe refroi- 
dir ; cette eau dépofa par-tout une cou- 
che limonneufè mêlée de toutes les ma- 
tières qui peuvent fe fublimer & s'exhaler 
par la violence du feu^ & l'air fut formé 
des vapeurs les plus fubtiles qui fe déga- 
gèrent des eaux par leur légèreté , & les 
furmontèrent. 

TeJ étoit l'état du globe lorfque 

(a) Cette opinion , queîa terre a été entièrement 
couverte d'eau , eft celle de quelques Philofophes 
anciens , <Sc même de la plupart àçs Pères de i'É- 
glife: in mundi frimordio aqua in ommm teiram Jîag^ 
nahat , dit S.* Jean-Damafcène, liv. II, chap. 9. 
'Terra erat invïf.biUs , quia exundabat aqua iT operiebat 
ttrram , dit S.' Ambroife, liv. I , Hexam. chap. 8, 
^ubmevfa tellus cùm effet , faciem ejiis wundtitne aqua, 
non erat adfyedabilis , dit S.^ Bafile , Homélie 2, 
Voyez auiïi S.' Auguftin, livre I de la Genèfe, 
chap. 13. 

Tome L P 



'358 FTîflolre Natureîle. 

raclion du flux & reflux , celle ^t% vents 
& de la chaleur du loleii coinmencèrent 
à iilte'rer la Turfàce de la terre. Le mou- 
vement diump & celui du flux & reflux 
iéi^vèrent d'aboxd les eaux fous les cli- 
mats jne'ridionaux , ces eaux entraînè- 
rent & portèrent vers i'équateur le Unii^i, 
les ^ài^ç-s^ les iabics, & en cïevaat les 
parties de l'équateur , elles ahaifsèrent 
peut-être peu h. peu celles des pôles .de 
cette difFe;:ence d'environ deux lieues, 
dont nous avons parlé, car les eaux bri- 
sèrent bientôt & réduifirent en poyflière 
les pierres ponces ^ les autres parties 
fpongienfes de la matière vitrifiée qui 
étoient à la furfàce, elles creusèrent des 
profondeurs & élevèrent des hauteurs 
qni dans la fuite font d^evenues des con- 
tinens, & elles produifirent toutes les 
inégalités que nous remarquons à la fup- 
iitce d€ la terr^ , & qui ibnt plus confl- 
.dérables vers Téquaieur que par-tout 
ailleurs : car les plus hautes montagnes 
font entre les tropiques & .dans le mi- 
ficu des zones tejnpérées, & les plus 
hx^ts font au cercle polaire & au-delà , 
puifque i*oKi a erKre les tropiques les 



Théorie {Je la Terre, 330 
Cordillères & prefque toutes les rnontr.- 
gnes du Mexique (& du Brefil, les mcn- 
tagiies de l'Afrique , lavoir le grand & le 
peut Atlas , les monts de la Lune , <Scc. 
& que d'ailleurs les terres qui font entre 
les tropiques lont les plus inégales de tout 
le globe aulfi-bien que les mers , puif- 
qu'il le trouve entre les tropiques beau- 
coup plus d'îles que par-tout ailleurs ; 
ce qui fliit voir évidemment que les plus 
grandes inégalités de la lerre le trouvent 
en effet dans^ le voifinage de l'équateur. 

Quelque indépendante que Ibit ma 
théorie de cette hypothèfe fur ce qui s'ell 
pufTé dans le temps de ce premier état 
du globe, j'ai été \Àtx\. aife d'y remonter 
dans cet article , afin de fliire voir la liai- 
Ton & la pollibilité du fyftème que j'ai 
propofé , & dont j'ai donné le précis 
dans l'article premier ; on doit leuiement 
remarquer que ma théorie , qui fait le 
texte de cet ouvrage ne part pas de fi 
loin , que je prends la terre dans un 
état à peu près (emblabîe à celui où nous 
la voyons, & que je ne me lèrs d'au- 
cune des fuppoiitions qu'on efl obligé 
d'employer iorfqu'on veut raifonncr fm 

Pi; 



■j4<3 Hipoire Naîurellep 
î'ëtat parfé du globe terreftre; wm$ 
.comme je donne ici une nouvelle idéie 
au fujet du limon des eaux qui, fcloii 
iTîoi, a forme la première couche de 
îerre qui enveloppe le globe , il me pa- 
i'oît necefîaire de donner aufll les raifons 
fur lefquelies je fonde ceue opinion. Les 
vapeurs qui s'élèvent dans l'air, produi- 
sent les pluies , les rolces, les feux aëriens ^ 
îes tonnerres , & les autres météores : ces 
vapeurs font donc mêie'es de particules 
aqueuies , aériennes , luifureuiès , ter- 
reflres , &c. & ce font ces particules 
folides & terreftres qui forinent le limon 
dont nous voulons parler. Lorfqu'on 
laiffe dépoièr de l'eau de pluie , il fe 
forme un fèdiment au fond ; lorfqu 'après 
avoir ramafîe une aiïez grande quantité 
4e rofe'e , on la laiiïe dépofer &: fe cor- 
rompre, elle produit une efpèce de li- 
îuon qui tombe au fond du vafe ; ce 
limon e(t même fort abondant, & la rofée 
£11 produit beaucoup plus que l'eau de 
pluie; ileft gras, onilueux & rougeâtre. 

La première couche qui enveloppe 
le globe de la terre .eft coinpofée de ce 
Jiinouroêléavec des parties de végétauaL 



Théorie de la Terre, 345^ 

ou d'animaux détruits, ou bien avco 
des particules pierreufes ou fablonneufes: 
on peut remarquer prefque par-tout que 
ia terre labourable eil rougeâtre & mêlée 
plus ou moins de ces différentes ma- 
tières ; ies particules de lable ou de pierre- 
cfu'on y trouve, lont de deux efpèces, 
ks unes grolTières & mafîives , les autres^ 
plus fines & quelquefois impalpables; 
les plus groffes viennent de la couché 
inférieure dont on les dc^ache en labou- 
rant & en travaillant ia terre , ou bien le 
limon fupérieur en fe gliffant & en péné- 
trant dans la couche inférieure Cfui efl de 
fable ou d'autres matières divifées , formé 
ce^ terres qu'on appelle des fables gras f 
les autres parties pierreuies qui font plus 
fines, viennent de l'air, tombent comme" 
ks rofées & les pluies , & ie mêlent inti- 
mement au limon ; c'elt proprement lé 
)?éfidu de la pouffjcre que l'air tranfporte,. 
c|ue les vents enlèvent continuellement 
de la furface de la terre , &: qui retombe 
enfuite après s'être imbibée de Thumi- 
dité de l'air. Lorfque le limon domine, 
qu'il fe trouve en grande quantité, <St 
«[u'au contraire ks parties pierreufes 6c 

Piij, 



/342. HiJIohe Naturelle. 

iàblonneufes font en petit nombre , !a 
lerre eft roiigeâtre, pétriiîîible & très- 
fertile : fi elle efl en même temps mêlée 
d'une quantité' confidérable de végétaux 
ou d'animaux détruits , la terre elt noi- 
râtre, & fouvent elle eft encore plus fer- 
tile que la première; mais fi le limon 
n'eft qu'en petite quantité, auffi - bien 
que les parties végétales ou animales , 
dors h terre efl blanche & flériie, & 
iorfqueîes parties fablonneufes, pierreufes 
ou crétacées qui compofent ces terres 
itériles ôl dénuées deJimon, font mêlées 
d'une af΀z grande quantité de parties 
de véofétaux ou d'animaux détruits, elles 
loranent les terres noires & légères qui 
n'ont aucune iiaifon & peu de fertilité ; 
en forte que , fuivant les différentes corn- 
i)inaifons de ces trois différentes ma- 
tières , du limon , des parties d'animaux 
&i de végétaux, & des particules de fab!e 
& de pierre , les terres font plus ou 
moins fécondes &. différemment colo- 
riées. Nous expliquerons en détail dans 
notre difcours fur les végétaux, tout ce 
qui a rapport à la nature & à la qualité 
de3 différenies terres ^ nniis ici nous 



Théork Je la Terre. 34^ 
n'avons d*autre but que celui de faire 
entendre comment s'eft formée cette 
première couche qui enveloppe le globe 
& qui provient du limon des eaux. 

Pour fixer les idées , prenons le pre- 
mier terrein qui fe pré fente , & dans le- 
quel on a creufé aflez profondément,- p^r 
exemple, le terrein de Mariy-ia-viile 
Gilles puits font très-profonds; c'eft un 
pays élevé, mais plat & ferdie, dont les 
couches de terre font arrangées horizon- 
talement. J'ai fait venir des échantillons • 
de toutes ces couches que M., Dalibard, 
habile Botanilie & verfé d'ailleurs dans 
toutes les parties des Sciences, a bien 
voulu nùre prendre fous fes yeux, & après 
avoir éprouve toutes ces matières à l'eau- 
forte , j'en ai drefle la table fuivante. 

JE TA T des dïfférens lits de terre qui fe 
troment a Marly -la -ville , jufquà cent 
pieds de profondeur (b)» 

h 
Terre franche rougeâtre , mêlée de beaucoup 

de limon, d'une très-petite quantité de friblc 

(b) La fouille a été faite pour un puits dans un ter- 
ïsiji uui appartient aftuellemem à M. de Pommcry, 

P iiij 



^344 HiJIolre Nûîurelle.^ 

vitrifiable , & d'une quantité un peu plu^ 

confidérable de fable calcinable, 

que j'appelle gravier. . , . , . .... i ^p'"''- qp'*"*' 

I I. 

Terre franche ou limon mêlé 
de plus de gravier <Sc d'un peu 
plus de fable vitrlfiable. . , ..... 2^ ,6. 

I I I. 

Limon mêlé de fable vîtri- 
fiabîe en alTez grande quantité , 
<5c qui ne faîfoit que très -peu 
<3'effervefcence avec reau-fortt. , 3 », 

IV. 

Marne dure qui faîfoit une 
grande effervefcence avec Teau» 
forte 2. 

V. 

Pierre marneufe aiïez dure ,7 4> . 

V I. 

Marne en poudre, mêlée de 
fable vitrifiable. , ,' , 5. 

VII. 

Sable très-fin vitrifiabîe. , . . , i , 6« 



Profondeur , ,. 3 if««i*- 



Théorie de la Terre, 3 4 5 

Ci-contre 3 i'''*^"' 0''°""'- 

VIII. 

Marne en terre , mêlée d'un 
»eu de fable vltrifiable 3. 6* 

I X. 
Marne dure, dans laquelle on 
rouve du vrai caillou qui eU de 
a pierre à fulil parfaite.. , . , . 3. 6» 

X. 

Gravier ou poufîière de marne. !. 
X I. 

Eglantine, pierre de la dureté 
du grain du marbre , 6c qui 
eft fonnante. , . , . . , i. 6. 

XII. 
Gravier marneux i. 6» 

XIII. 

Marne en pierre dure , dont 
îe grain eft fort fin. ....... , i. 6. 

XIV. 

Marne en pierre, dont le grain 
n'elt pas fi fin. ,,.,.. F. 6» 

XV. 

Marne encore plus grenue 



Profondeur. â^s'^"^' o'"^"^ 



34^ Hifloïre Naturelle. 

De l'autre pan ^<y'''''' o^*^** 

& plus groflîère, ., , , 2, 6» 

X V L 

Sable vitrifiable très-fin, m^Ié 'j 

€Îc coquilles de mer foiTiIes, qui 
n'ont aucune adhérence avec le 
fable , & qui ont encore leurs 
couleurs & leurs vernis natureJs. i. 

XVII. 

Gravier très - mer>u ou p.ouP 
£ère fine de marne 2^ 

X V I I !.. 

Marne en pierre dure. .,»... 3:. ^ 

X I X. 
Marne en poudre aOez gro(^ 
iiQîc r. ^» 

X X. 

Pierre dure & calcinabîe 
comme le marbre , !•• 

XXL 

Sû)\t gris vrtrifiable, mêî'é 
àt coquilles foffilcs , & fur- 
lout de beaucoup d'huîtres & ? 

de /pondiies, qui u'ont aucune 

Proibadeur .,*,•.., jt****^ qp*""«^ 



1 Théorie de h Terre. 347 
Ci-contre 57^*"' O'''^-"' 
(îhércnce avec le fable, <Sc qui 
ne font nullement pétrifiées. .. ^« 

: X X 1 L 

Sable blanc, vîtrifiable , mêlé 
de^niêmei coquilles « t» 

XXIII. 

Sable rayé de rouge & d€ 
blanc , virrifi.ible , & mêlé des 
mêmes coquilles. ..,.,».... i» 

XXIV. 

Sabîe plus gros , mais tou* 
jours vitrifiable , & mêlé des 
mêmes coquilles . . ^ . ► f . 

X X V. 

Sable gris y fin , vitrifiable , 
& niêlé des mêmes coquilles., , S. 4y 

XXVI. 

Sable gras , très-fin , où U 
n'y a plus que quelques co- 
quilles , .#»♦ 3 0. 

XXVII. 



Profondeur. v^^""' 6^^' 

F V7 



1 

348 Hifloire Naturelle: 

De l'autre part. ..... 'j^^^^'- ô'^'**' 

XXVIII, 

Sable viîrifiahîe , rayé de 
rouge (Se de blanc. ......... 4.-» 

XXIX. 

Sable blanc vîtrifiable, . , , , 3. 6. 

XXX. 

Sable vîtrifiable , rougeâtre. . 15. 

Profondeur où l'on a? ^^^p;,^,, 
ceffé de creufer, , ..... \ 



J'ai dit que j 'a vois éprouvé toutes ces 
matières à l'eau-forte ; parce que quand 
i'infpedion & la coiuparailon des ma- 
tières avec d'autres qu'on connoît , ne 
fuffiient pas pour qu'on loit en état de 
les dénommer & de les ranger dans la 
clafîe à laquelle elles appartiennent, & 
qu'on a peine à le décider par la fiinple 
obfervation, il n'y a pas de moyen plus 
prompt, il peut-être plus (ur , que 
d'éprouver avec l'eau-forte les matières 
terreules ou lapidifiques ; celles que \es 
cfprits acides dilToIvent fur le champ avec 
chaleur & ébuiiition , Ibat ordinairement 



Théorie de h Terre • 349/ 
caîcinables, celles au contraire qui réfif-- 
tent à ces efprits & fur lelquels ils ne font 
nucune iinprefîion , font vitriliahles. 

On voit par cette énumération , quç 
îe terrein de Marly-la-ville a été autre- 
fois un fond de mer qui s'eft élevé au 
moins de 75 pieds, puisqu'on trouve 
des coquilles à cette profondeur de 75 
* pieds. Ces coquilles ont été tranfponees 
par le mouvement des eaux en même 
temps que ie fable où on les trouve , & 
le tout eli tombé en forme de fédimens 
qui fè font arrangés de niveau & qui 
ont produit les différentes couches de 
làt:Ie gris, bkmc, rayé de blanc & de 
rouge , &c. dont l'épaifleur totale eil de- 
15 ou 18 pieds; toutes les autres cou- 
ches fupérieures jufqu'à la première ont 
été de même transportées par le mou- 
vement des eaux de la mer , & dépofées 
en forme de fédimens , comme on ne 
peut en douter , tant à caufe de la litua- 
îion horizontale des couches , qu'à caufè. 
des difîérens lits de fable mêlé de co- 
quilles, & de ceux de marne , c|ui ne 
font que dés débris ou plutôt des détri- 
xiiens de coquilles; la dernière couche^ 



3 5 o Hîflohr Nûtîirelle. 
elle-même a été formée prefqu'cn entier 
par le limon dont nous avons parlé , qui 
s'efl: mêlé avec une partie de la marne qui 
étoit à la furface. 

J'ai choifi cet exemple comme îe plus 
défavantagcux à notre explication, parce 
qu'il paroît d'abord fort difficile de con- 
cevoir que le limon de l'air & celui des 
pluies &L des rolees aient pu produire 
une couche de terre franche épaifîe de 
I 3 pieds ; mais on doit oblerver d'abord 
qu'il efl très-rare de trouver, fur-tout 
dans les pays un peu élevés , une épaif- 
fêur de terre labourable aufîi coniidé- 
table ; ordinairement les terres ont trois 
ou c[uatre pieds, & fouvent elles n'ont 
piis un pied d'épaifleur. Dans les plaines 
environnées de collines, cette épaifleur 
de bonne terre ed: plus grande , parce 
que les pluies détachent les terres de ces 
collines & les entra'inent dans les vallées , 
mais en ne fuppofmt ici rien de tout 
cela , je vois que les dernières couches 
formées par les eaux de la nier fom des 
lits de marne fort épais: il eil naturel 
d imaginer que cette marne avoit au 
commencement une épaiffeur enccjrc 



Tfieone de la Terre. 3 5 1 

'^\x% grande , & que des i 3 pieds qur 
compoient l'épaifîeiirdeia couche iupt;- 
TÎeure, il y en avoii plufieurs de marne 
lorfque la mer a abandonné ce pays <Sc 
a laifle le terrein à découvert. Cette 
marne expofée à l'air fe fera fondue 
par les pluies, i'adion de l'air & de la 
chaleur du foleil y aura produit des 
gerçures , de petites fentes , & elle aura 
été altérée par toutes ces cauiès exté- 
rieures au point de devenir une matière 
divifée & réduite en pouffière à la fur- 
ftce, comme nous voyons la marne que 
nous tirons de la carrière tomber en 
poudre iorfqu'on ia laifle expofée aux 
injures de l'air r la mer n'aura pas quitté 
ce terrein fi brufquement qu'elle ne l'ait 
encore recouvert quelquefois, foit par 
les alternatives du mouvement des ma- 
rées , foit par l'élévation extraordinaire 
des eaux dans les gros temps , & elle 
aura m^lé avec cette couche de marne, 
de la va(e , de la boue & d'autres ma- 
tières limonneufes ; lorfque le terrein fe 
fera enfin trouvé to«t à- fait élevé au- 
deflus des eaux, les plantes auront cora- 
nmtcé à y croître , ^ c efi alors que k 



^^2 Hijloire Nûîurcîle, . 

limon des pluies & des rofees aura peu 'à; 
peu coloré & pénétré cette terre , & lui 
aura donné un premier degré de fertilité 
que les hommes auront bientôt aug- 
mentée par la culture , en travaillant & 
dividuit lafurface, & donnant ai nfi au 
limon des roiées & des pluies la facilité 
de pénétrer plus avant , ce qui à la fin 
aura produit cette couche de terre franche 
de I 3 pieds d'épaifîeur. 

Je n examinerai point ici fi la couleur 
rougeâire des terres végétales, qui eft 
aufli celle du limon, de la rofce & des 
pluies, ne vient pas du fer qui y eft 
contenu; ce point, qui ne laide pas 
d'être important , fera difcuté dans notre 
difcours lur les minéraux: il nous fuffit 
d'avoir expofé notre façon de concevoir 
la forinatioii de la couche fuperficielle 
de la terre , & nous allons prouver par 
d'autres exejuples que la formation des- 
couches intérieures ne peut être que 
iiQUvrnge des eaux. 

La iarfice du globe , dit Woodward, 
cette couche extérieure fur laquelle les 
hommes ^ les animaux marchent, qui 
fejrt de ma^ufin pour la fonnaiion deS; 



Théorie de la Terre é 5 5: 3' 

végétaux & des animaux , efl: , pour ia 
p!us grande partie coinpofée de matière 
végétale ou animale , qui efl dans un 
mouvement & dans un changement con^ 
tinuel. Tous les animaux &. les végétaux, 
qui ont exifté depuis la création du 
monde , ont toujours tiré fucceffivement 
de cette couche ia matière qui a com-^ 
pofé leur corps , & ils lui ont rendu 
îi leur mort cette matière empruntée 5, 
elle y refle , toujours prête à être reprife 
de nouveau & à fervir pour former 
d*autres corps de îa même efpèce fuccel^ 
fivement fans jamais difcontinuer ; car. 
la matière qui compoie un corps, efl 
propre & naturellement difpofée pour' 
en former lui autre de cette efpèce, 
Voye-^ Effaî fur l'Hlfloire Naturelle , éTc,^ 
pûge 1^6. Dans les pays inhabités, dans 
les lieux où on ne coupe pas les bois, 
où les animaux ne broutent pas les plantes, 
cette couche de terre végétale s'augmente 
afîéz cpnfidérabîement avec le temps ; 
dans. tous les bois, & même dans ceux 
qu'on coupe, il y a une couche de 
terreau de 6 ou 8 pouces d'épc^fî'eur ,, 
qui n'a été formée que par les feuilles .,. 



'3 54 I^ijloire Naturelle. 
îes j^etites branches & les écorces qui 
fe Ibnt pourries; j'ai foUvent obiervé 
fur un ancien grand chemin fiiit , diu 
on, du leiups des Romains, qui tra- 
verfe ia Bourgogne dans une longue 
étendue deterrein, c|u'il s'eft formé liif 
ies pierres dont ce grand chemin efl 
conllruit, une couche de terre noire de 
plus d'un pied d'cpaideur qui nourrit 
a(^ueliement des arbres d'une hraiieur 
îiiïez confidérablc , & cette couche n'eft 
compofée que d'un terreau noir forme 
par les feuilles, les écorces & les bois 
pourris. CoJiime les végétaux tirent 
pour leur noum'ture beaucoup j:*ius de 
îiibflance de l'air & de l'eau, qu'ils n'en 
tirent de la terre, il arrive qu'en pcur- 
riflànt ils rendent à la terre plus citi'ils 
n'en ont tiré ; d'ailleurs une forêt déter- 
mine les eaux de la pluie en arrêtant 
tes vapeurs , ainfi dans un bois qu'on 
conferveroit bien long -temps fans y 
loucher, la couche de terre qui fert 
à la végétation augmenteroit confidé- 
rablement ; mais les animaux rendant 
moins à la terre qu'ils n'en tirent, & 
ks hommes fiiifaiit des confommations 



Théorie de h Terre. 355 

énormes de bois & de plantes pour le 
feu & pour d'autres ufages, il s'enfuit 
que la couche de terre végétale d'un 
pays habité doit toujours diminuer & 
devenir enfin comme le terrein de i'A- 
rabie pétrée, & comme celui de tant 
d'autres provinces de l'orient » qui eft 
en efîèt ie climat le plus anciennement 
habité, où l'on ne trouve que du fei & 
des fables ; car le Tel fixe des plantes & 
des animaux refle , tandis que toutes les 
autres parties le volaiililent. 

Aj)rès avoir parié de cette couche de 
terre extérieure que nous cultivons , il 
faut examiner la pofition & la formation 
des couches intérieures. La terre , dit 
Woodward, paroît , en quelqu'endrok 
qu'on la creufe , compofée de couches 
placées l'une fur l'autre, comme autant 
de fédimens qui feroient tombés iuccei^ 
fivement au fond de l'eau ; les couches 
qui font les plus enfoncées , font ordi- 
nairement les \)\\xs épaiffes, & celles qui 
font fur celles-ci Ibnt les plus minces 
par degré julqu'à la furface. On trouve 
des coquilles de mer, des dents & des os 
de poilîgns dans ces dilîercnies couche^; 



3 5^ Hijloîre Naturelle. 
M s'en trouve non-feiilement dans Tes- 
couches molles , comme dans la craie , 
i'argile & la manie , mais même dans' 
les couches les plus folides & les plus 
dures , comme dans celles de pierre, 
de marbre , &c. Ces productions ma- 
rines font incorporées avec la tàqïvq , 
& lorfqu'on la rompt & qu'on en fépare 
k coquille , on obferve toujours que la 
pierre a reçu l'empreinte ou la forme 
de la furface avec tant d'cxaiflitude , 
qu'on voit que toutes ies parties étoient 
exactement contiguës & appliquées à^ 
la coquille, ce Je me fuis afTuré , dit cet 
sauteur, qu'en France, en Flandre,- 
>3 en Hollande, en Efpagne, en Italie, 
>3 en Allemagne, en Danemarck, en 
» Norvège & en Suède , îa pierre & les- 
55 autres lubflances tcrreflres font diipo- 
53 fées par couches de même qu'en An- 
35 gîeierre ; que ces couches font divifées- 
» par des fentes parcilièles ; qu'il y a au- 
33 dedans des pierres (Se d'autres fubf- 
33 tances tcrreftres & compactes ,_ une 
>5 grande quantité de coquillages , de 
>:> d'autres productions de la mer dil'po- 
^ fées de la même manière que dans 



Thème de la Terre. 357' 

;€ette île ^y. J'ai appris que ces couches ce 
iè trouvoient de même en Barbarie , ce 
.en Egypte, en Guinée & dans les <c 
autres parties de l'Afrique , dans l'A- ce 
jabie, la Syrie , ia Perfe , le Malabar, ce 
la Chine & les autres provinces de ce 
l'A fie , à la Jamaïque, aux Barbades, « 
r€n Virginie, dans la nouvelle Angle- ce 
terre , au Brefii , au Pérou & dans les ce 
,autres parties de l'Amérique 3?. Effaifur 
r H'ijloïre Naturelle de la Terre, pages ^, 

Cet auteur ne dit pas comment & 
par qui il a appris que les couches de 
la terre au Pérou contenoient des co- 
quilles , cependant comme en générai 
{çs obfervations font cxades , je ne doute 
pas qu'ii n'ait été bien informé , & c'eft 
.ce qui me perfuade qu'on doit trouver 
.des coquilles au Pérou dans les couches 
de terre , comme on en trouve par-tout 
ailleurs; je fais cette remarque à i'occa- 
fion d'un doute qu'on a formé depuis 
peu fur cela, & dont je parlerai tout-à-^ 
i'heure. 

Dans une fouille que i'on ^i à 

(f). En- Angleterre. 



"5 5 8 Hifloke Naturelle: 
A mflerdam pour faire un puits , on creuf^ 
jufqu'à 232 pieds de profondeur , & 
on trouva les couches de terre fuivantes, 

7 pieds de terre végétale ou terre de 
jardin , ^ pieds de tourbe , p pieds de 
glailè molle , 8 pieds d'arène , 4 de 
terre , 1 o d'argile , 4 de terre , i o pieds 
d'arène, fur iaquelk on a coutume 
d'appuyer les pilotis qui foutiennent les 
jnaiibns d'Amilerdam ; enfuite 2 pieds 
d'argile ^ 4 de iablon blanc , 5 de terre 
sèche , I de terre molle , 1 4 d'arène, 

8 d'argile mêlée d'arène , 4 d'arène 
mêlée de coquilles , enluite une épaif- 
feur de 1 00 &. 2 pieds de glaife, & 
enfin 3 i pieds de fable, où l'on cefla 
de creufer. Voye^ Varenii Geogr. gêner aU 
pnge ^6, 

Il eft rare qu'on fouille auiïi profon- 
dément fans trouver de l'eau , & ce fiit 
cil remarquable en plufieurs chofes : 
j/' il fait voir que l'eau de la mer ne 
communique ]>as dans l'intérieur de la 
ïerre par voie de filtration ou de lliîla- 
tion , comme on le croit vulgairement: 
2.° nous voyons qu'on trouve des co- 
quilles à 100 pieds au-deflbus de la 



Théorie r}€ la Terre» 35^ 

fw-ffâce de la lerre dans un pays cxtrê- 
menieat bas , «Se que par conféquent le 
terreîn de la Hollande a été élevé de 
100 pieds par les iédimens de la mer; 
3." on peut en tirer une induction que 
cette couche de glaiiè épaifTe de 102 
pieds, & la coucne de lable qui efl 
au-defTous, dans laquelle on a fouillé à 
3 I pieds, & dont l'épaifTeur entière efl 
inconnue, ne Ibnt peut-être pas fort 
éloignées de la première couché de la 
vraie terre ancienne & originaire, telle 
qu'elle étoit dans le temps de (Ii première 
formation & avant que le mouvement 
des eaux eût changé ia furface. Nous 
avons dit dans l'article premier, que fi 
['on vouloit trouver la terre ancienne, 
il f ludroit creuler dans les pays du nord 
plutôt que vers féquateur , dans les 
plaines bafîês plutôt que dans les mon- 
tagnes ou dans les terres élevées. Ces 
conditions fe trouvent à peu près raffein- 
blées ici ; feulement il auroit été à fbu- 
haltcr qu'on eût continué cette fouille à 
une plus grande profondeiir, 6c que 
'auteur nous eût appris s'il n'y avoit 
pas de coquilles ou d'autres produdions 



3^0 Hijloire Naturelle. 

vîTiariiies dans cette couche de glaife de 
I02 pieds d'épaiiïeur & dans celle de 
>fable qui étoit au-deflous. Cet exemple 
confirme ce que nous avons dit , lavoir, 
que plus on fouille dans l'intérieur de la 
terre, pliis on trouve les couches épaiffes, 
ce qui s'explique fort naturellement dans 
notre théorie. 

Non-feulement la terre efl compofée 
de couches parallèles & horizontales dans 
les plaines & dans les collines, mais les 
montagnes même font en général com- 
pofées de la même façon : on peut dire 
que ces couches y font plus apparentes 
que dans les plaines , parce que les 
plaines font ordinairement recouvertes 
d'une quantité affez confidérable de fable 
ÔL de terre , c[ue les eaux y ont amenés, 
& pour trouver les anciennes couches 
il fmt creuler plus profondément dans 
Its plahies que dans les montagnes. 

J'ai fouvent obfervé que lorfqu'une 
montagne eft égale & que Ion fommet 
efl: de niveau, les couclies ou lits de 
pierre qui la compofent, font aufli de 
iiiveau ; mais li le fommet de la mon- 
lagne n'eft pas poie horizontalement, ôc 

i'ii 



Théorie de la Terre. 3^1 

%''\ penche vers l'orient ou vers tout 
filtre côte , les couches de pierre pen- 
chent aufli du même côié. J 'a vois ouï 
dire à pkifieurs perfonnes que pour l'or- 
dinaire les bancs ou lits des carrières 
penchent un peu du côté du levant , 
mais ayant obfervé moi-même toutes les 
carrières & toutes les chanies de rochers 
qui le font préfentces à mes yeux , j'ai 
reconnu que cette opinion ed: faufîè, 
& que les couches ou bancs de pierre 
ne penchent du côté du levant ([ue lorf- 
que le fommet de la colline penche de 
ce même côté ; & qu'au contraire fi le 
fommet s'abaiiTe du côté du nord , du 
midi, du couchant ou de tout autre 
côté, les lits de pierre penchent aufîj du 
côté du nord, du midi, du couchant, 
&c. Lorfcju'on tire les pierres &: les 
marbres des carrières , on a grand foin 
de les leparer fuivant leur pofnion na- 
turelle , & on ne pourroit pas même les 
avoir en grand volume fi on vouloit les 
couper dans un autre (èns ; lorfqu'on 
ies emploie , il faut pour que la maçon- 
nerie foit bonne & pour que les pierres 
jdurent long - temps , ies pofer fur leur 
T\)me L Q 



'3^2 Hifloire Nûturelle, 

lit de carrière, c'eil aiiifi que les ouvriers 
appellent la couche horizontale : fi dans 
ia maçonnerie les* pierres étoient polees 
fur un autre fens , elles fe fendroient & 
ne réfifteroient pas aufîi long-temps au 
poids dont elles font chargées. On voit 
bien que ceci confirme que les pierres 
le font forme'es par couches parallèles & 
horizontales , qui le font fuccefTivemcnt 
accumitlées les unes fur les autres, &i que 
ces couches ont compofé des malîès 
dont la réfiJdance eft plus grande dans 
ce iens que dans tout autre. 

Au refle, chaque couche, foit qu'elle 
foit horizontale ou inclinée, a dans toute 
fon étendue une épaiffeur égale, c'efl-- 
à-dire , chaque lit d'une matière quel- 
conque, pris à part, a une épaiffeur 
égale dans toute fon étendue ; j^ar exem- 
ple , lorfque dans une carrière le lit de 
pierre dure a 3 pieds d'épaifî«ur en un 
endroit , il a ces 3 pieds d'épailTeur par- 
tout ; s'il a fix pieds d 'épaiffeur en un 
endroit, il en a 6 par-tout. Dans les 
carrières autour de Paris le lit de boime 
pierre n'efl pas épais , & il n*a guère que 
a8 à2o pouces d'épaifieur par-tout; 



Théorie de la Terre. 3 6-^ 
dans d'autres carrières, comme en Bour- 
gogne, la pierre a beaucoup plus d'épai{^ ' 
leur; il en elt de même des marbres, ceux 
dont le liteO: le plus épais, font les marbres ' 
blancs & noirs , ceux de couleur font or- 
dinairement plus minces, & je connois 
des lits d'une pierre fort dure & dont les 
payfans fe fervent en Bourgogne pour 
couvrir leurs maifons , qui n'ont qu'un 
pouce d'épaifleur. Les épaifîeurs des dif^ 
fercns lits font donc différentes, mais 
chaque lit conferve la même épaiffeur 
dans toute fon étendue : en général, on 
peut dire que i'épaifleur des couches 
horizontales eil tellement variée , qu'elle 
va depuis uv\Q ligne & moins encore , 
jufqu'à I, 10, 20, 30 & 100 pieds 
d'epaiffeur \ les carrières anciennes & 
nouvelles qui Ibnt creufees horizontale- 
ment ; les boyaux des mines , & les cou- 
pes à plomb, en long & en travers , de 
^pluficurs montagnes, prouvent qu'il y 
s des couches qui ont beaucoup d'éten- 
due en tout fens. ce II eil bien prouvé , 
dit rhiftorien de l'Académie, que ce 
toutes les pierres ont été une pâte ce 
molle , «Se comme il y a des carrières « 

Qi; 



^6 4' HiJIoire Nûtiirel/e. 
33 prefque par-tont, la furtace dch terre 
53 a donc été dans tous ces lieux , du 
D3 moins jufqu'à une certaine profon- 
DO deur, une vafe & une bourbe ; les co^ 
35 quillages qui fe trouvent dans prel que 
30 toutes les carrières, prouvent que cette 
33 vafe etoit une terre détrempée par l'eau 
33 de la mer, & par conféquent la mer 
33 a couvert tous ces lieux-là , & elle n'a 
33 pu les couvrir lans couvrir au(li tout 
33 ce qui étoit de niveau ou plus bas, 
3> & elle n'a pu couvrir tous les lieux 
33 où il y a des carrières & tous ceux qui 
33 font de niveau ou plus bas, lans çou- 
33 vrir toute la furface du globe terreflre. 
53 Ici l'on ne confidère point encore les 
35 montagnes que la mer auroit dû cou- 
33 vrir aulîj , puifqu'il s'y trouve toujours 
» des carrières &. louvent des coquil- 
33 îages ; û on les (lipporoit fermées, le 
33 raifonnement que nous f liions en de- 
33 viendroit beaucoup plus fort. 
53 La mer , continue - t - il , couvroit 
35 donc toute la terre, & de-ià vient que 
33 tous les bancs ou lits de pierre qui 
?:> font dans les plaijics, font horizontaux 
5> ÔL parallèles entr'cux , les poiiîons 



Théorie de la Terre. 365 
auront été les plus anciens habitans ce 
du globe, qui ne pouvoir encore avoir ce 
ni animaux terreftres, ni oileaux. Mais ce 
comment la mer s'eft-elle retirée dans ce 
les grands creux , dans les vafles baffins ce 
qu'elle occupe préientementî Ce qui ce 
le préfente le plus naturellement ài'ei- £c 
prit, c'eft que le globe de la terre, du ce 
moins jufqu'à une certaine profondeur, ce 
n'étoit pas folide par-tout, mais entre- ce 
mêlé de quelques grajids creux dont ce 
ies voûtes le font foutenues pendant un ce 
temps, m/ais enfin font venues à fon- ce 
dre fubitement ; alors les eaux feront ce 
tombées dans ces creux , les auront ce 
remplis, &: auroht laide à découvert ce 
une partie de la farn\ce de la terre qui ce 
iéra devenue une habitation convena- ce 
ble aux animaux terre (Ires & aux oi- ce 
féaux : les coquillages des carrières s'ac- ce 
cordent fort avec cette idée , car outre «: 
qu'il n'a pu fe conferyer jufqu'à pré- ce 
ient dans les terres que des parties ce 
pierreufes des poifîons , on fait qu'or- ce 
dinairement les coqtiillages s'amaffent <e 
en grand nombre dans certains en- ce 
droits de la mer, où ils font comme ac 

Qiij 



^66 HiJIoire Naturelle. 

•y> immobiles 6c forment àt% efpèces Je 
r> rochers ; & ils ^l'auront pu fuivre ics 
:>3 eaux qui les auront flibiiement -aban- 
yy donntes ; c'eft par cette dernière raifcn 
» que l'on trouve infiniment plus deco- 
3:) c|uiliages que d'arêtes ou d'empreintes 
33 d'autres poiflons , ci cela même prouve 
>:• une chute foudiiiiie de la mer daiis 
35 Tes badins. Dans le même temps que 
y> les vouîcs que nous Tupp-ofons, ont 
» fondu, il eft fort poffibie que d'autres 
■x> parties de la furface du globe fe foient 
yi é\Q\iç.%^ & par la mcmecaufe, ce feront 
33 là les montagnes qui le leront placées 
•»> fur cette (urfice avec des carrières déjà 
33 toutes formées ; mais les lits de ces car- 
j3 rières n'ont pas pu conlerver la di- 
33 redion horizontale qu'ils avoient au- 
33 para vaut , à moins que les maffes des 
33 montagnes ne fe fuffent élevées pré- 
3> cifémcnt lelon un axe perpendiculaire 
33 à la furface de la terre , ce qui n'a pu 
33 être que très-rare : aufîi comme nous 
33 l'avons déjà obfervé en 1708, (pûge 
-i-y ^ & fijv.) les lits des carrières des 
33 montagnes font toujours inclinés à 
v> riiorizon; mais parallèles enir'eux ^ 



Théorie de h Terre. 3^7 

cîir ils n'ont pas changé de pofition les ce 
uns à i'éo-ard des autres, mais leulement ce 
à l'égard de la furface de la terre, j? Voye:^ 
les Mcm. de i'Acad. année i ji 6 , page 
j \^ &fuiv. de l'Hifloire. 

Ces couches parallèles , ces iits de 
terre ou de pierre qui ont été formés 
par les fédimçns des eaux delà mer, 
s'étendent fouvent à des diflances très- 
confidérables , & même on trouve dans 
îes collines féparées par un vallon les 
mêmes lits, les mêmes matières, au même 
niveau. Cette obfervation que j'ai fîiite , 
s'accorde parfaitement avec celle de l'é- 
galité de la hauteur des collines oppo- 
fées dont je parlerai tout-à-l'heure ; on 
pourra s'afTurer aifément de la vérité 
de ces fîtits , car dans tous les vallons 
étroits , où l'on découvre des rochers j 
on verra que les mêmes lits de pierre ou 
de marbre fe trouvent des deux côtés à 
la même hauteur. Dans une campagne 
que j'habite (buvent &. où j'ai beaucoup 
examiné les rochers & les carrières , j'ai 
trouvé une carrière de marbre qui s'é- 
tend à plus de douze lieues enlongueur^ 
& dont h largeur eft fort confidérable, 



368 Hîj%îre Naturelle; 
quoique je n'aie pas pu m'aifurer pré- 
çirénient de cette étendue en largeur. 
J'ai* fou vent obferVé que ce Ik de marbre 
a la iriênie épaiiTeur par-tout , & dans 
des collines féparées de cette carrière 
par un vallon de 1 00 pieds de profon- 
deur & d'un quart de iieue de largeur, 
î'ai trouvé le même lit de marbre à la 
même hauteur : je fuis perfuadé qu'il 
en efl de même de toutes les carrières 
de pierre ou de marbre où l'on trouve 
des coquilles ; car cette obfervation n'a 
pas lieu dans les carrières de grès. Nous 
donnerons dms la fuite les raifons de 
cette différence, & nous dirons pour- 
quoi le grès n*c(t pas difpofé , comme 
les autres matières, par lits horizontaux, 
^ qu'il efl: en blocs irréguliers pour la 
forme & pour la pofition. 

On a de même obfervé que les lits 
de terre font les mêmes des deux côtés 
des détroits de la mer , & cette obferva- 
tion, qui efl importante, peut nous con- 
duire à reconnoître les terres & les îles 
qui ont été féparées du continent ; elle 
prouve, par exemple, que l'Angleterre 
a été féparéedela ÎVançe, l'Elpagne i% 



Théane de la Ttrre* jij^ 
rAfrique , la Sicile de l'Italie, & il ferait 
à loLihaiter qu'on eût fliit la même obler- 
vatioii dans tous les détroits; je fuis per- 
/uadc qu'on la trouveroit vraie prefque 
par- tout, &pour commencer par le plus 
long détroit que nous connoiffions, qwi 
eft c€iui de Magellan, nous ne (avons 
pas fi \qs mêmes lits de pierre (c trouvent 
à la même hauteur des deux côtés , mais 
nous voyons à l'infpedion des cartes 
particulières de ce détroit., que les deux 
côtes élevées qui le bornent, forment à 
peu près comme les montagnes de Li 
terre , des angles correfpondans , & que 
-les angles fiillans (ont oppofés aux angles 
rentrans dans les détours de ce détroit , 
ce qui prouve que la terre de Feu doit 
être regardée comme une pîirtie du con- 
tinent de l'Amérique ; il en eft de même 
du éétroit de Forbisher , l'iie de Fril- 
lande paroît avoir été féparée du conti- 
îient du Groenland. 

Les îles Maldives ne font Réparées les 

unes des autres que par de |>etits trajets 

de mer, de chaque côté deiquels le 

trouvent de> bancs & des rochers cona- 

. poJjes éè h mèm^ iiiatiè*e ; toutes ces 

Q V 



'37^ Hipoke Naîureik. 

îles qui , prifes enfemble , ont près de 
2.0 lieues de longueur, ne formoieni 
autrefois qu'une même terre, elles ibnt 
divifées en treize provinces que l'on ap- 
pelle Aîûllons, Chaque A tollon contient 
un grand nombre de petites îles dont la 
plupart font tantôt fubmerge'e?, & tantôt 
à découvert ; mais ce qu'il y a de remar- 
quable, c'efl: que ces treize Atollons font 
chacun environnés d'une chaîne de ro- 
chers de même nature de pierre, & qu'ii 
n*y a que trois ou quatre ouvertures 
dangereufes par où on peut entrer dans 
chaque A tollon ; ils font tous pofés de 
fuite & bout à bout, & il paroît évi !em- 
ment que ces îles étoient autrefois une 
iongue montagne couronnée de rochers. 
Voye^ Voyages de Franc, Pyrard, vol. 1, 
Paris , I y 1 p , page i o S , &c, 

Pluficurs auteurs, comme Verftegnn , 
Twine , Sommer , & fur-toiu Campbell 
dans fa defcription de l'Angleterre , au 
chapitre delà province de Kent, don- 
nent des raifcns très-fortes , pour prou- 
ver que l'Angleterre étoit autrefois jointe 
à ia France , & qu'elle en a été féparée 
par un coup de mer qui s'étant ouvert 



Théorie Je la Terre» ^Ji 

cette porte, a laiflé à de'couvert une 
grande quantité déterres bafles & inaré- 
cageufes tout le iong des côtes méridio- 
nales de l'Angleterre. Le Dodeur Waliis 
fait valoir comme une preuve de ce fait, 
ia conformité de l'ancien fancraore des 
Gallois & des Bretons , & il ajoute plu- 
fieurs obfervations que nous rapporte- 
rons dans les articles fui vans. 

Si l'on confidère, en voyngeant , la 
forme de> terreins , la poliîion des mon- 
tagnes & les finuofités des rivières, on 
s'apercevra qu'ordinairement les collines 
oppofécs foni non-feuleinent compofécs 
des mêmes matières , au même niveau, 
mais même qu'elles font à peu près 
également élevées : j'ai obier vé cette 
égalité de hauteur dans les endroits où 
j'ai voy^'gé ; &i je fai toujours trouvé 
la même, à irès-pcu près, des deux 
côtés, fur-tout d.iiis les valions ferrés, 
& qui n'oiit tout au plus qu'un quart 
ou un tiers de lieue de larocur; car 
d^nsles grandes vdlées qui ont bcau- 
-ccup plus de largeur, il cd allez dilliciie 
de fuger exaèleinent de la hauteur des 
coiiiiie^ <Sv de leur égaliiéj parce qu'il y a 

Q v; 



37^ Hiflolre Ndînrelk» 

erreur d'optique & erreur de jugement; 
en regardant une plaine ou tout autre 
tenein de niveau \ qui s'étend fort au 
îoin, il paroît s'élever, & au contraire 
en voyant de loin des coltines, elles 
paroifleni s'abaifîcr : ce n'ell: pas ici le 
iieu de donner la raiCon mathéinatique 
de cette différence. D'autre côté, il eft 
fort difficile de juger par le fiinple coup 
<l'œil où (e trouve le milieu d'une grande 
Tallée, à moins qu'il n'y ak une rivière; 
ïiu lieu que dans \&s vallons lerrés le 
rapport des yeux efl: moins équivoque 
& le jugement plus cenain. Cette partie 
de la Bourgogne qui elt comprile entre 
Auxerte , Dijon, Autun & Bar-fur- 
Seine , oc dont une étendue confidérable 
s'appelle k bailliage de la Montagne, 
cft un des endroits les plus élevés de la 
France; d'un côté delà plupart de ces 
montagnes qui ne font que du fécond 
ordre, & qu'on ne doit regarder que 
comme des collines élevées , les eaux 
coulent vers l'océan , & de l'autre vers 
!a méditerranée; il y a des points de 
partage , comme à Sombernon, Pouifli 
%n Auxois, &c. où on peut tourner kç 



Théorie de la Terre. 373' 

eaux indifféremment vers l'océan ou 
vers la méditerranée : ce pays élevé eft 
entre-coupé de plufiewrs petits vallons 
allez ferrés, &. prefque tous arrolés de 
gros ruiffeaux ou de petites rivières. J'ai 
mille & mille fois oblervé la correl[)on- 
dance des angles de ces collines & leur 
égalité de hauteur, & je puis aflurer que 
j'ai trouvé par-tout les angles faillans 
oppofés aux angles rentrans, & les hau- 
teurs à peu près égales des deux côtés» 
Plus on avance dans le pays élevé où 
font les points de partage dont nous 
venons de parler, plus les montagnes 
ont de hauteur ; mais cette hauteur efl 
toujours la même des deux côtés des 
vallons, & les collines s'élèvent ou s'a- 
baiffent également : en ie plaçant à 
l'extrémité des vallons dans le milieu 
de la largeur, j'ai toujours vu que le 
J^afTin du vallon étoit environné & lur- 
monté de collines dont la hauteur étoit 
égale , j'ai fîtit la même obièrvation darrs 
plu fleurs autres provinces de France, 
C'efl: ccitc égalité de hauteurs dans les 
collines qui fait les plaines en monta- 
gnes , ces pliiines , forment , pour aiafi 



^374 Hijlohe Naturelle. 
dire , des pays élevés au-delTus d'autres 
pays; mais les hautes montagnes . ne 
paroiiïent pas êti^e fi égales en hauteur, 
elles fe terminent la plupart en pointes 
& en pics irréguliers ; & j'ai vu en 
traverflmt piufieurs fois les Alpes & 
i'Apennin, que les angles font en effet 
correfpondans, mais qu'il eft prefque 
impolfible de juger à l'œil de l'égalité ou 
de l'inégalité de hauteur des montagnes 
oppofées , parce que leur fommet fe perd 
dans les brouillards & ditns les nues. 

Les différentes couches dont la terre 
eft compofée, ne font pas dilpofées, 
fuivant l'ordre de leur pelanteur fpéci- 
jfique , fouv ent on trouve des couches 
de matières pefuites pofées fur des cou- 
ches de matières plus légères; pour s'en 
affurer , il ne faut qu'examiner la nature 
des terres fur leiquelles portent les 
rochers, &: on verra que c'cd ordinai- 
rement fur des glaifes ou iur des iables 
qui font fpécifiquement moins pelans 
que la matière du rocher. Dans les 
collines & dans les autres j)ciiLes élé- 
vations , on reconnoii facilement la ba'e 
fur laquelle portent les rochers; mais 



Théorie de la Terre* 375 

1Ï n'en eft pas de même des grandes 
montaornes, non-feulement le Ibmmet 
eu de rocher, mais ces rochers portent 
fur d'autres rochers, il y a montagnes 
fur montagnes & rochers fur rochers, 
à des hauteurs fi confidérables & dans 
une Çi grande étendue de terrein , qu'on 
lie peut guère s'affurer s'il y a de la terre 
dcffous, & de quelle nature eft cette 
terre. On voit des rochers coupés à pic 
qui ont plufieurs centaines de pieds de 
hauteurs , ces rochers portent fur d'autres 
qui peut-être n'en ont pas moins , cepen- 
dant ne peut- on pas conclure du petit 
au grand î & puifque les rochers des 
petites montagnes dont on voit ta ba(e, 
portent fur' des terres moins pelantes & 
moins folides que la pierre , ne peut-on 
pas croire que la bafe des hautes mon- 
tagnes eft aufti de terre \ Aw refte tout 
ce que j'ai à prouver ici , c'eft qu'il a 
pu arriver naturellement, par le mou- 
vement des eaux , qu'il le {(Ài accu mu ié 
des matières plus peiiuites au-dcflus des 
plus légères; & que fi cela le trouve en 
effet dans la plupart des collines , il eR 
probable que cela eft arrivé cçmnie je 



37^ f^lffoire Naturelle. 
l'explique dans le texte. Mafs quand 
même on voudroit fe refuler à mes 
raiions , en m'oBjedant que je ne fuis 
pas bien fonde à fuppoler qu'avant la 
formation des montagnes , les matières 
les plus pelantes étoient au-delTous des 
moins pe Tantes , je répondrai que je 
îi'aflure rien de général à cet écrard , 
J)arce qu'il y a piufieurs manières dont 
cet effet a pu lé produire, foit que les 
matières pelantes fuflent au-deiïous ou 
au-deiïus, ou placées indifféremment, 
comme nous ks voyons aujourd'hui ; 
car pour concevoir comment la mer 
ayant d'abord foriné une montagne de 
glaife l'a enfuite couronnée de rochers, 
il fufïit de fiire attention que les fédi- 
mens peuvent venir fuccefll veinent de 
différens endroits , & qu'ils peuvent être 
de matières différentes, en forte que 
dans un endroit de la mer oij les eaux 
auront dépofé d'abord piufieurs fédi- 
mens de giai(è, il peut très- bien arriver; 
que tout d'un coup au lieu de giail-eles 
eaux apportent des fédimens pierreux 
& cela parce qu'elles auront enlevé du 
fond, .Qw détaché «des côtes .w>wtc ia 



Théorie de la Terre, '^yj 

glaife : & qu'eiifuite elles auront attaque 
les rochers , ou bien parce que les pre- 
miers fédimens venoient d'un endroit, 
& les féconds d'un autre. Au relie, cela 
s'accorde parfiiitement avec les oblerva- 
tions , par lerqueiles on reconnoît que 
les lits de terre, de pierre, de gravier, 
de fiible , &c. ne fuivent aucune règle 
dans leur arrangement, ou du moins 
le trouvent placés indifféremment & 
comme au hafard les uns au-defîus des 
autres. 

Cependant ce hafard même doit avoir 
des règles qu'on ne peut connoître 
qu'en eftimant la valeur des probabilités 
& la vraifemblance des conjectures. 
Nous avons vu qu'en fuivant notre h y- 
pothèie fur la formation du globe, l'in- 
térieur de la terre doit être d'une matière 
vitrifiée, fembiable à nos fables vitri- 
fiables- qui ne font c|ue des fragmens de 
verre, & dont les glaifes font peut-être 
les fcories ou les parties décompofées ; 
dans cette fuppofiiion, la terre doit être 
compoiée dans le centre , & prefque 
jufqu'à la circonférence extérieure , de 
verre ou d'une matière vitrifiée c]\À eu 



378 Hiflolre Naturelle. 

occupe prefque tout l'intérieur, & nti- 
deffus de cette matière on doit trouver 
les fables , lès glaîfes & les autres fcories 
de cette matière vitrifiée. Ainfi en con- 
fidèraht la terre dans Ton premier état, 
c'étoit d'abord un noyau de verre ou 
de matière vitrifiée , qui eft ou malllve 
comme le verre , ou divifée comme le 
fable , parce que cela dépend du degré 
de l'ftélivité du feu qu'elle aura éprouvé ; 
au-deffus de cette matière étoient ies 
fables, & enfin les glaifès; le limon des 
eaux & de l'air a produit l'enveloppe 
extérieure qui efl: plus ou moins épaiiïe 
iliivant la fituation du terrein , plus ou 
moins colorée fuivant les diffère ns mié- 
ianges du limon , des fables <Sc des parfics 
d'animaux ou de végétaux détruits , & 
plus ou moins féconde fuivant l'abon- 
dance ou la difette de ces mêmes parties. 
Pour faire voir que cette fuppofition, 
au fujet de la formation des fibles ô^ 
des glailes , n'efi: pas aufîi gratuite qu'on 
pourroit l'imaginer, nous avons cru 
devoir ajouter à ce que nous venons 
de dire, quelques lemarques particu^ 
lières. 



Théorie de la Tene. '^,79 
Je conçois donc que la terre dans le 
premier état étoit un globe, ou piiiîôt 
un iphéroïde de matière vitrifiée, de 
verre, fi l'on veut, très- compare , 
couvert d'une croûte légère & friable , 
formée par les fcories de la matière en 
fufion , d'une véritable pierre ponce: le 
mouvement & l'agitation des eaux & 
de l'air brisèrent bien-tôt &: réduifirent 
en pouffjère cette croûte de verre fpon- 
gieufe , cette pierre ponce qui étoit à In 
furface; de - là les fables qui, en s'u- 
niffant, produifirent eniuite les grès & 
Je roc vif, ou, ce qui eft la mène 
chofe, les cailloux en grande maffe , 
qui doivent , aufîi-bien que les cailloux 
en petite maiïe , leur dureté , leur cou-^ 
leur ou leur tranfparence & la variété 
de leurs accidens , aux différens degrés 
de pureté & à la ftneflc du grain des 
fibles qui font entrés dans leur corn- 
pofition. 

Ces mêmes fables dont les parties 
conftituantess'uniiïent par le moyen du 
feu , s'afllir.iient & deviennent un corps 
dur très-denfe, & d'autant plus tranl- 
pareat que le lable eft plus homogène, 



380 Hi flaire Naturelle* 

expofés au contraire long-temps à V^àr^ 
le décompolent par la déllinion & l'ex- 
foliation des petites lames dont ils font 
formés , ils commencent à devenir terre ^ 
& c'efl ainfi qu'ils ont pu former les 
glaifes & les argiles. Cette poufîJèrej 
tantôt d'un jaune brillant, tantôt iem- 
blable à des paillettes d'argent dont ou 
le lert pour fécher l'écriture, n'eft autre 
chofe qu'un fable très-pur, en quelque 
façon pourri , prelque réduit en les 
principes, ôi qui tend à une décompo- 
fition parf lite : avec le temps ces pail- 
lettes iè feroient atténuées & divifées au 
point qu'elles n'auroient plus eu affez 
d'épailTeur & de lurface pour réfléchir 
fa lumière , & elles auroient acquis toutes 
les propriétés des gîailes : qu'on regarde 
au grand jour un morceau d'argile , en 
y apercevra une grande quantité de 
ces pailleues talc[ueuies, qui n'ont pas 
encore enuèrement perdu leurforme. Le 
fible peut donc avec le temps produire 
l'argile, & celle-ci en fedivifant acquiert 
de même les propriétés d'un véritable 
limon , matière vitrifiable comme l'argile 
à. qui efl du même genre. 



Théorie de la Terre, :> § t 

Cette théorie eft: conforme à çc qui 
fê palîe tous les jour^ lous nos yeux ; 
qu'on Live du iable iortant de fa minière , 
i'eau ie chargera d'une afTez grande quan- 
tité de terre noire , dufliie , grafle , de 
l'eritable argile. Dans les villes où les 
rues (ont pavées de grès, les boues font 
toujours noires & trcs-grafies , &l é^iÇé- 
chées elles forment une terre de la même 
nature que l'argile. Qu'on détrempe «Se 
qu'on lave de même de l'argile prile 
dans un terrein où il n'y a ni grès ni 
cailloux, ii le précipitera toujours au 
fond de l'eau une afîez grande quantité ' * 

de labîe vitriliable. 

Mais ce qui prouve parfiitement que Q^ixkM ^t^Jh, 
le Hible, & même le caillou & le verre, a 

ex i (lent dans l'argile & n'y font que 
déguilés, c'eft que le feu en réunifiant 
les parties de celle-ci, que l'aélion de 
l'air &: des autres éiémens avoit peut- 
être divifées, lui rend fa première forme. 
Qu'on mette de l'argiie dans un four- 
neau de réverbère échauffé au degré 
de la calcination ,, elle le couvrira au 
dehors d'un émail très-dur: fi à l'intérieur 
elle a'efl pas encoi^ vitrifiée, elle aura 



3^^ ////?^/V^ Naturelle, 
cependant acquis une très-grande duret<^, 
elle réridera à la lime & au burin; elle 
étjnceiera fous le hiarteau , elle aura enfin 
toutes les propriétés du caillou ; un degré 
de chaleur de plus la fera couler &. la 
convertira en un véritable verre. 

L'ai-gile & le ilible font donc des ma- 
tières parfiitement analogues & du même 
genre , ù l'argile en fe condenllint peut 
devenir du caillou , du verre , pourquoi 
îc fahie en fe divifint ne pourroit-il pas 
devenir de l'argile î Le verre paroît être 
ÉÉ if^ J^ la véritable terre élémentaire , & tous les 
i f* ^nixtes .un verre déguifé ; les métaux , les 

r»*^^*^ ^'ininéraux , les fels , &c. ne font qu une 
terre vitreilible ; la })ierre ordinaire, les 
autres matières qui lui font analogues , &: 
-les coquilles des teftacécs, des crufiacées, 
&c. font les feules fubflances qu'aucun 
ao-ent connu n'a pu jufqu'à pré fent vitri- 
fier, &L les feules qui femblent faire une 
claffe à part. Le feu en réunifiant les par- 
ties divifées des premières , en fait une 
matière homogène , dure & traiifparente 
^\\i\ certain degré, fans aucune diminu- 
tion de pefanteur, & à laquelle il n'eft 
plus capable de cauler aucune altération; 



Théorie de h Terre', 383' 

celles-ci au contraire, dms iefquelies ii 
entre une plus graïude quantité de prin- 
cipes aélifs & volatils, & qui fe calcinent, 
perdent au feu plus du tiers de leur poids, 
& reprennent fiinplement la forme de 
terre, fans autre altéradon que la de'funioii 
de leurs principes : ces matières excep- 
tées, qui ne font pas en grand nombre, 
& dont les combinaifons ne produifent 
pas .de grandes variétés dans la Nature, 
toutes .les autres fubftances, & particu- 
lièrement f argile , peuvent être conver- 
ties en verre , & ne font eflentiellement 
par conféquent qu'un verre décompofé. 
Si le feu fiit changer promptement de 
forme à ces fubllances , en les vitrifiant , 
fe verre , lui-même , l'oit qu'il ait la na- 
ture de verre, ou bien celle de lable ou 
de caillou , fe change naturellement en 
argile, mais par un progrès lep.t & in- 
fenfible. 

Dans les terreins où le caillou ordi- 
naire ed la pierre dominante , les campa- 
gnes en font ordinairem.ent jonchées; &. fi 
le lieu efl inculte & que ces cailloux aient 
été long-temps expofés à l'air fans avoir 
été remués, leur fuperficie fupérieure efl 



384 Hijhire Nûîurellc. 
toujours très-blanche , tandis que le coté 
oppofé qui touche inimcdiatement à la 
terre , ell: rrès-brwn & conferve la cou- 
leur naturelle : fi on caffe pluficurs de ces 
cailloux , on r^connoîtra que la blan- 
cheur n'eft pas feulement au dehors, 
mais qu'elle pénètre dans l'intérieur plus 
ou moins profondément , & y forme une 
efpèce de bande qui n'a dans de certains 
cailloux que très-peu d'épaiiîeur, mais 
qui dans d'autres occupe pi-efque toute 
celle du caillou ; cette partie blanche efh. 
un peu grenue, entièrement opaque, 
aufli tendra que la pierre, & elle s'attache 
à la langue comme les bols, tandis que 
k relie du caillou efl: ii/fe & poli , qu'il 
n^ani fil ni grain, & cju'il a conferve fa 
couleur naturelle , fa tranfparence & fà 
même dureté; fi on met dans un four- 
neau ce même caillou à moitié décom- 
pofé ,, fli partie blanche deviendra d'un 
rouge couleur de tuile , & fa partie brune 
d'un très-beau blanc. Qu'on ne dil'e 
point avec un de nos plus célèbres Na- 
luraliftes, que ces pierres font des cail- 
loux imparfaits de difîerens âges , qui 
n'ont pas encore acquis leur perfedion ; 

cax^ 



Théorie de la Terre. 385 

cair pourquoi feroient-ils tous imparfaits ^ 
pourquoi le feroient-iis tous du même 
côtéjd: ducôté qui eft expofé à l'air î H 
111c fembie qu'il ci\ aile de le convaincre 
que ce (ont au contraire des cailloux 
alierés, décompofés, qui tendent à re- 
prendre la forme & les propriétés de 
i argile & du bol dont ils ont été formés. 
Si c'eil conjedurer que de raifonner 
ainfi , qu'on expole en plein air le caillou 
le plus caillou (comme parle ce fameux 
Naturalifte) , le plus dur & le plus noir, 
en moins d'une année il changera de 
couleur à la (urfàce , 6l fi on a la patience 
de lliivre cette expérience, on lui verra 
perdre infenfiblement & par degrés fà 
dureté, fa tranlparence & les autres ca- 
radères fpéciliques , & approcher de 
plus en plus chaque jour de la nature 
de l'argile. 

Ce qui arrive au caillou, arrive au 
ia])ie ; chaque grain de iable peut être 
conlidéré comme un petit caillou , & 
chaque caillou comme un amas de grains 
de faille extrêmement fins & exadement 
engrenés. L'exemple du premier degré 
de décompofuion du (able iè trouve 

Tome L R 



3 8 6 Hijloke Nnrureik. 

dans cette poudre brîllanie, mais opaque^ , 
micû , dont nous venons de parler, &j 
dont i'arglie & J'ardoife font toujours ; 
parienîées; ies cailloux entièrement trani- 
parens , les quart-^, produiicnt, en fc dé- 
compoiant, des talcs gras & doux au 
toucher, auiîi pétrifiables & ducn:iles que 
}a glaiie, & vitrifiabics comme eife , tels 
que ceux de Venile & de Molcovie; & 
il me paroît que le talc eft un terme 
moyen entre le verre ou le caillou trani- 
parent & l'argile , au lieu que le caillou 
grofiler & impur, en (e décompodint, 
paUe à l'araile ians intermède. 

Notre verre faclice éprouve aufTi la 
même altération , il fe décompoie à l'air - 
ÔL ie pourrit en quelque façon en féjour- 
liant dans les terres; d'abord là fuper- 
fîcie s"infe , s'écaille, s'exfolie, & en le 
nianianî on s'aperçoit qu'il s'en détache 
des paillettes brillantes ; mais lorique 
fa décompofinon efl plus avancée , il 
s'écrale entre les doigts & fe réduit en 
})Oudre talqueufe très-blanche & très- 
line, i'Art a même imité la Nature pour 
la décompofition du verre ôl du caillou, 
EJl eùam certa melhodus folius aqiuv 



Tfieone de h Terre, 387 

tommimis opefd'ices & atenam in \quorem 
vifcofum , etnndtmque in fal v'iride c cuver- 
îendi , &" hoc in okum rubicundum , &c> 
Sûlius igniî éf aquœ ope fpeciali expert- 
mento duriffimos qitofque lapïdts in mucorem 
rcfolvo, qui diftillatus fubtilem fpiritum ex- 
fûbct â^ oleum nidlïs laudlbus ptœdicabile. 
Voyez Bêcher, Phyf. fubter. 

Nous traiterons ces matières encore 
plus à fond dans notre difcours fur \qs 
iiiine'raiîx , & nous nous contenterons 
d'ajouter ici , que les différentes couches 
qui couvrent le giobe terreflre, étant 
encore aclueiiement ou de matières que 
nous pouvons confidérer comme vitri- 
fiées, ou de matières analogues au verre, 
qui en ont les propriétés les plus eiïen- 
tielies, & qui toutes font viirefcibles ; & 
que d'ailleurs, comme il efl: évident que 
de la décompofuion du caillou & du 
verre qui fe f:\it chaque jour fous nos 
yeux , il réfulte une véritable terre argi- 
ieufe, cen'efl donc pas une fuppofition 
précaire ou gratuite, que d'avancer, 
comme je l'ai fait , que les glaifes , les 
argiles & les fibîes ont été formés par 
ies icories & les écumes vitrifiées du 

Rij 



'388 Hipire Naturelle. 

globe terreilre , fur - tout lorfqu'on y 
joim les preuves a priori , que nous 
avons données p^our faire voir qu'il a 
été dans un état de liquéflidion caufée 
par le feu. 



PREUVES 

DE LA 

THÉORIE DE LA TERRE, 
ARTICLE VIIL 

Sur les Coquilles & les autres pro- 
diiâwns de la mer, quon trouve 
daiis ï intérieur de la terre. 

J'ai fouvent examiné des carrières du 
haut en bas , dont les bancs étoient 
rempi'is de coc[uiIles, j'ai vu des collines 
entières qui en font compofées, à&s 
chaînes de rochers qui en contiennent 
une grande quantité dans toute leur 
étendue. Le volume de ces produdions 



Théorie Ae h Terre. 385? 

de îa mer efl: étonnant , & ïe nombre de 
ces dép oui lies d'animaux marins eft fi 
prodigieux , qu'il n'eft guère poUlble 
d'imaginer qu'iipuiiï'e y en avoir davan- 
tage dans ia mer \ c'cft en confidcrant 
cette multitude innombrable de coquilles 
& d'autres productions marines, qu*on 
ne peut pas douter que notre terre 
n'ait été pendant un très-Iong-témps 
un fon-d de mer peuplé d'autant de 
coquilia ges que l'eftaiflueiiement l'océan: 
la quantité en eft immenfe, & naturel- 
iement on n'imagineroit pas qu'il y eût 
dans la mer une multitude aufli grande 
de ces animaux; ce n'eft que par celle 
des coquilles fofîjles & pétrifiées , qu'on 
trouve fur la terre , que nous pouvons 
en avoir une idée. En effet, il ne flmt- 
pas croire , comme fe l'imaginent tous 
îes gens qui veulent raifonner fur cela 
fans avoir rien vu , qu'on ne trouve 
ces coquilles que par hafàrd, qu'elles^ 
font diiperfées çà & là, ou tout au 
plus par petits tas , comme des co- 
cjuilles d'huîtres jetées à la porte ; c'efl 
par montagnes qu'on les trouve, c'eft 
par bancs de 1 00 6c 200 lieues de 

R iij 



3 p o Hiflotre NdtiircJle, 

longueur; c'cii: par collines & pap-pro- 
vinces qu'ii faut les toiier, fouvent dans 
une L'paiffeur de 5 $> ou 60 pieds , & c'efl 
d'après ces faits qu'il faut raifonner. 

Nous ne pouvons donner fur ce fujet 
un exemple plus frappant que celui des 
coquilles de louraine; voici ce qu'en dit 
l'Hidorien de l'Académie, année i y 2 o, 
page j & fu'iv. ce Dans tous les fièciès 
yy aOez peu éclairés & a(iez dépourvus 
D) du Q^éiXQ. d'obfervation & de recher- 
D5 cheb, pour croire que tout ce qu'on 
» appelle aujourd'hui ^/Vr^^j-^^^^r/^i, & 
53 les coquillap-es même trouvés dans la 
:>^ terre , é oient des jeux de la Nature^ 
>3 ou quelques petits accidens particu- 
>D liers ; le ha'làrd a dii mettre au jour une 
53 intinité de ces fortes de curiofités que 
>:> les Philofophes même, fi c'étoient des 
y> Philofophes , ne regardoient qu'avec 
25 une furprife ignorante ou une légère 
a> attention , & tout cela périfToit fans 
iD auciui fruit pour le progrès des con- 
>> noillances. Un Potier de terre qui ne 
i> favoit ni latin ni grec, fut le premier (d) 

(d) Je ne puis m'empecher d'obferver que fe 
femiment de Palifiy a voit été celui des Anciens ; 



Théorie de la Terre. 391 
v^^isk fin au XVI / ficcie qui oCi dire « 
dans Paris, & à la face de tous ies « 
Dodeurs, que ies coquilies foilues ce 
€toientde véritables coquilles dépotées ce 
autrefois par ia mer dans les lieux ou ce 
elles fe trouvoient alors ; que des ani- ce 
maux, «& fur-tout des poiHons , avoient ce 
<ionné aux pierres figurées toutes leurs ce 
•<llfférentes figures. &c. & il défia ce 
hardiment toute i'écoie d'AriUote ce 
d'auaquer fes preuves; c'elt Bernard ce 
PaliîTy , Saintongeois , aulTi grand te 
Phyficien que laNature feule enpuiffe ce 
former un; cependant fon fyftème a ce 
dormi près de cent ans, & le nom ce 
même Je l'auteur eft prefque mort, ce 
Enfin ies idées de Paiifly fe lont ce 
réveillées dans lelprit de plufieurs ce 
Savans , elles ont fait la fortune qu elles ce 
méritoient, on a profité de toutes les ce 
coquilles, de toutes les pierres figu- ce 
récs que la terre a fournies, peut-être ce 

Conchuks, avenus, huccinns , caknlos varié hfâos 
flrmrimfolo, quibiijdam eîiam in numtilms repcrirt, 
cenum f.gmm maris alluvione evs coopmos locos volunt 
HcroÂus, Flato, Simho , Semcn Temlhmm . 
ry ardus, Ovidim, iX aiii. Vide Daufqui , lerra 



39 2 Hifoire Naturelle. 

» (êufement font-elles devenues aujour- 
>- cl hui trop commufîes , & les confé- 
« quences qu'on en tire, font en danger 
^' cl être bientôt trop inconteftafcles. 
» Maigre cela, ce doit être encore une 
» chofe étonnante que le fujet des obfer- 
» vations préièntesde M. de Reaumur 

«. . ne malTe de 130 millions 680 nulle 
=' toifes citbiques, enfo.ne fous tejre, qui 
>> n eifqu unamasdecoquillesoudefcL 

- n-.ens de coquilles, uns nul mélan ce de 
« matière étrangère, ni pierre, ni t?rre, 

- n, labJe ; jamais jufqu'à préfent les 
-' coquilles fofides n'ont paru en cette 
-> «îorme quantité, & jamais , quoiqu'en 
=» une quantité beaucoup moinb're, elle? 
» n ont paru iTans mélange. C'eft en 
» rourauie que fe irouve ce prodigieux 
- amas à plus de 3 6 lieixs de la mer- on 
» 1 y connoît.parce queles payions de ce 
« canton fe fervent de ces coquilles qu'ils 

» «!'-entde terre, comme de marne, pour 
» fen.I,ferlei,rs campagnes, qui fans cela 
'' (eroientabfolument lîériles. Nous laif- 
" ions expliqueràM . de Reaumur, com- 
» ment ce moyen alTez particulier, & ea 
« apparence aiTez bizarre, leur ïcuffit; 



Théone de la Terre: '3 9 3^ 
nous nous renfermons dans ia fmgii- c< 
iarité de ce grand tas de coquilles. ^c 

Ce qu'on tire de terre , & qui ordi- ce 
naireinent n'y eft pas à plus de 8 ou 9 ce 
pieds de profondeur, ce ne font que ce 
d€ petits fragmens de coquilles, très- ce 
reconnoifTabies pour en être des frag- ce 
jîiens; car ils ont les cannelures très- ce 
bienmarquées,feulewient ont-ils perdu ce 
leur luifaAt&leur vernis, comme prei- ce 
que tous les coquillages qu'on trouve ce 
en terre , qui doivent y avoir été long- ce 
te:nps enfouis. Les plus petits fragmens ce 
qui ne font que de la poufTière , font ce 
encore reconnoiffables pour être des ce 
fragmens de coquilles, parce qu'ils ce 
Aoni parfaitement de la même matière ce 
que les autres, quelquefois il le trouve ce 
de. coquilles entières. On reconnoît ce 
les efpèces , tant des coquilles enîiè;es ce 
que des fragmens un peu gros, quel- ce 
qaes-uncs de ces efpèces font connues ce 
furies côtes de Poitou, d'autres appar- ce 
tiennent à des côtes éloignées. Il y a ce 
iufqu'à des fragmensdeplaniesmarines ce 
pierreuies , telles que des madrépores, ce 

de> champignons de mer, ac toute « 



5p4 f^'îjîohe Naturelle. 
» cette matière s'appeile dans le pays du 
>3 falim. 

■y> Le canton , qui , en quelqu'endroit 
33 qu'on le fouille, fournit û\x falun , a 
■>:> bien neuf lieues carrées de furface. 
» On ne perce jamais la minière de fa- 
■» lun ou falunière au-delà de 20 pieds , 
33 M. de Reaumur en rapporte les rai- 
y> (ons, qui ne font prilesque de la corn- 
as modité des laboureurs & de l'épargne 
33 des frais; ainfi les fiiunières peuvent 
3D avoir une profondeur beaucoup plus 
33 grande que celle qu'on leur connoît : 
33 cependant nous n'avons fait le calcul 
33 des I 30680000 toifes cubiques, que 
33 fur le pied de i 8 pieds de profondeur, 
-j3 <& non pas de 20, & nous n'avons 
33 mis la lieue qu'à 2200 toifes ; tout a 
33 donc été évalué fort bas, & peut-être 
33 l'amas de coqui les eft-il de beaucoup 
33 plus grand que nous ne l'avons pofé; 
33 qu'il Ibit il ulement double , combien la 
33 merveille augmente-t-elle î 
33 Dans les fiits de Phy fique, de petites 
33 circonllances que la plupart des gens 
33 ne s'avii'eroient pas de remarquer , 
» tirent quelquefois à ccnléquence & 



Théorie de la Terre. 395 
donnent des lumières. M.deReaumur ce 
a oblervé que tous les fVagmens de ce 
coquil es font dans leur tas pôles tur ce 
ie plat &. horizontalement ; & de-la il a ce 
conclu que cette infinité de fragmens ne ce 

font pas venus de ce cftie dans le tas ce 
formé d'abord de coquilles entières, les ce 
fupérieuresauroient par leur poids bnle ce 
les inférieures, car de cette manière*! « 
fe feroit ftit des écroule mens qui au- <e 
roient donné auxfragmens une inhniie ce 

de pofitions différentes. Il fltut que la ce 
mer ait apporté dans ce lieu-là toutes ce 
ces coquilles , foit entières, foit quel- ce 
ques-unes déjà briiees, & comme elle ce 
les apportoit flottantes, elles etoient ee 
pofées fur le plat & horizontalement; ce 
après qu'elles ont été. toutes dépotées ce 
nu rendez-vous commun, l'extrême ce 
lon^tieur du temps en aura brifé & ce- 
prefque calciné la plus grande partie ce 
fins déranger leur pofnion. ^ «< 

Il paroît aiïez par-là qu'elles n'ont ce 
pu être apportées que fuccelli vement , c< 
&i en effet comment la mer voitureroit- cc- 
el!e totu-à- la-fois une fi prodigleuie ce 
cuantité de coquilles ; & toutes dan^ «c- 
^ R. vi 



'39^ Hipolre Naturelle. 
^^ une pofïîion horizoriîaîe î elles ont dû 
3> i'aiïembler dans un même lieu , & par 
:» conféquent ce IJeu a été le fond d'un 
^^ golfe ou une elpèce de baiïin. 
^^ Toutes ces réflexions j)rouvent que 
^> quoiqu'il ait dû refier, & qu'il refte 
:>5 effedivement fur la terre beaucoup de 
^> vcdiges du déluge univeriel raj)porré 
^^ par 1 Ecriture fiinte, ce n'efl point ce 
:>^ déhgQ qui a produit l'amas des co- 
» quilles de Touraine , peut-être n'y en 
3> a-t-il d'aufli grands ainas dans aucun 
:>:> endroit du fond de la mer ; mais enfin 
>^ ledeluge ne les en auroit pas arrachées , 
^' & s'il l'avoit fait , ç'auroit été avec une 
^' impétuofjîé & une violence qui n'au- 
3> roit pas permis à toutes ces coquilles 
^' <J^^voir une même pofuion ; éhs ont 
^> dû être apportées & dépofées douce- 
^^ ment, lentcuiem, & par conféquent 
55 en un temps beaucoup plus long 
^ qu'une année. 

» Il fmt donc, ou qu'avant, ou qu'a- 
3> près le ûélugt la furflice de la terre ait 
55 été, du moins en quelques endroits, 
» bien différemment dilpofée de ce 
55 qu'elle efi aujourd'hui j que ks mers 



Théorie âe h Terre. ^^7 

Sl îes GontineiiS y aient eu un autre ce 
allongement , & qu'enfin il y ait eu un «c 
grand golfe au milieu de la Touraine. ce 
Les changemens qui nous font connus ce 
depuis le temps des hiiloires ou des ce 
fiibksqui ont quelque choie d'hiftori- ce 
€jue , font à la vérité peu conildérables , ce 
mais ils nous donnent lieu d'imaginer ce 
aifément ceux que des temps plus longs ce 
pourroiem amener. M. de Reaumur ce 
imnaine comment le golfe de Tou- ce 
raine tenoit à l'océan, & quel étoit le te 
courant qui y charioit les coquilles, ce 
mais cen'ertquunefimpîeconjeaui-e ce 
donnée pour tenir lieu du véritable fliit <c 
inconnu , qui fera toujours quelque ce 
chofe d'approchant. Pour parler liire- «c 
ment fur cette matière , il taudroit avoir ce 
des efpèces de cartes géographiques ce 
drefTées félon toutes les niiniè esde co- ce 
quillages enfouis enterre; quelle quan- ce 
tité d'obfervaiions ne ftudrcit-i' pas , ce 
& quel temps pour les avoir! Qui fait ce 
cependant filesSciencesn'iront pas im ce 
jour jufque là, du moins en partie ! 3, 

Ceue quantité fi confdérab'e de 
coquilles nous étonaeia m<^iiis li nous 



'598 H}j%ire Naîiirelle. 

fiiifons attention à quelques circonflances 
qu'il e(l bon de ne pas omettre, la pre* 
inièreefi que les coquillages le niuitipiient 
prodigleulement , <5c qu'ils croiilent en 
fort peu de temps, l'abondance d'indi- 
■vidus dans chaque efpèce prouve leur 
fécondité , ^n a un exemple de cette 
grande multiplication dans les huîtres : 
on enlève quelquefois dans un feul jour 
un volume de ces coquillages de plu- 
fieurs toiles de groiïeur , on diminue 
confidérablement en aflez peu de temps 
ks rochers dont on les fépare , <Sc il femble 
qu'on épuife les autres endroits où on les 
pêche ; cependant l'année iuivante on en 
retrouve autant qu'il y en avoit aupara- 
vant, on ne s'aperçoit pas que la quantité 
d'huîtres foit diminuée, Ôc je ne lâche 
pas qu'on ait jamais épuiié les endroits 
où elles viennent naiurellement. Une 
féconde attention qu'il faut faire, c'efl 
que les coquilles font d'une fubftance 
analogue à la pierre , qu'elles fe con- 
fervent trcs-lcng-temps dans les matières 
molles , qu'elles le pétrifient aifément 
dans les matières dures , & que ces pro- 
ductions marines ôl ces coquilles que nous 



Théorie de la Terre. 399 
trouvons fur la terre, étant les dépouilles 
de plufieurs fiècles, elles ont du former 
un volume fort confidérable. 

Il y a, comme l'on voit, une prodi- 
o-ieufe quantité de coquilles bien confer- 
Yées dans les marbres, dans les pierres à 
chaux , dans les craies , dans les marnes, 
&LC. on les trouve , comme je viens de 
. ie dire , par collines & par montagnes , 
elles font fouvent plus de la moitié du 
volume des matières oi^i elles font con- 
tenues ; elles paroifTent la plupart bien 
confervées d'autres font en fragmens, 
mais aflez gros pour qu'on puifle recon- 
noître à l'œil l'efpèce de coquille à la- 
quelle ces fragment appartiennent , & 
c'eft là où fe bornent les obfervations & 
les connoiiïances que l'infpe^ion P^ut 
nous donner. Mais je vais plus loin, je ^A^^*— ^ 
prétends que les coquilles font l'inter- >^,4;.j^<U/^ 
mède que la Nature emploie pour former ^ /.^.^jC^ju 
h plupart des pierres ; je prétends que ^ j^ 
les craies, les marnes & les pierres à chaux ^ 
ne font compofées que de poufilèrc & de f^ éu'Uy.^ 



détrimens de coquilles, que par conte- ^ 

quent la quantité de coquilles dérruiies:^^ ^Ls.9^ 



^^ q^M*^ 



eft encore infiniment plus confidérable ^J^ ^.^^-^ , 



'400 HiJIotre Naturelle. 

que celle des coquilles confervées: on 
verra dans le difcours fur les minéraux les 
preuves que j'en donnerai, je méconten- 
terai d'indiquer ici le point de vue fous 
iequel il faut confide'rer les couches dont 
le globe eflcompofé. La première couche 
extérieure eft formée du limon de l'air, 
du fédiment des pluies , des rofées , <St 
des parties végétales ou animales , réduites 
en particules dans le(quelies l'ancienne 
organifation n'eft pas fenfible; les couches 
intérieures de craie , de marne , de pierre 
à chaux , de marbre , font compofées 
de détriinens de coquilles & d'autres 
productions marines , melccs avec des 
fr.îgînens de coquilles ou avec des co- 
quilles entières , mais les labiés vitri- 
fiables & l'argile (mil les matières dont 
Irintérieur du globe efl compofé; elles 
ont été vitrifiées dans le temps que le 
globe a pris la forme , laquelle luppole 
néceiïaircment que la m.atière a é é toute 
en fufion. Le granité , le roc vif, les 
cailloux & les grès e:i grande malle, les 
ardoifes , les charbons de terre doivent 
leuï origine au fible & à l'argile , & ils 
jfoat aufil diipofés par couches , mais ka 



Théorie de la Te ire. 40 l 

tufs , les grès & les cailloux qui ne font 
pas en grande mafîe, les criftaux , les 
métaux , les pyiLes , la plupart des 
minéraux , les loufres , &c. font des 
matières dent la formation eit nouvelle 
en comparaifon des marbres, des pierres 
calcinables , des craies , des marnes , &. 
de tomes les autres m.atières qui font 
difpofées par couches horizontales, & 
qui contiennent des cocjuiiles & d'autres 
débris des productions de la mer. 

Comme les dénominations dont je 
viens de m^e fervir , pourroient parcitre 
obfcures ou équivoques, je crois qu'il cfl 
néccfiairede les expliquer. J'entends par 
ie moi d'argile, non-feulement les argiles 
blanches, jaunes, mais aufîi les gbifes 
bleues , molles , dures, feuilletées, &c. 
que je regarde comme des fcories de 
verre, ou comme du verre décompofé. 
Par le mot de fable , j'entends toujours 
le fable vitrifiable , & non- feulement je 
comprends lous cette dénomination le 
fable fin qui produit les grès & que je 
regarde comme de la pouiîière de verre, 
ou plutôt de pierre ponce, mais auffi le 
fabie qui provient du grès ufé & détruit 



40 2 HîJIoire Naturelle, 

par ic froncment, &. encore le fable gros 
coiDine du menu gravier, qui provient 
du granité & du foc vif, qui eil aip^re , 
anguleux, rougeâtrc, & qu'on trouve 
aflèz communément dans le lit des ruif- 
feaux & des rivières qui tirent imme'dia- 
tement leurs eaux des hautes montapfnes, 
ou de collines qui fontcompoféesde roc 
vif ou de granité. La rivière d'Armanfoii 
qui paiïe à Sèmur en Auxois, où toutes 
îes pierres iont de roc vif, charie une 
grande quantité de ce fable , qui ell oxos 
ÔL fort aigre ; il efl de la même nature que 
îe roc vif ^ & il n'en ed en eiiet que le 
débris , comme le crravier calcinable n'efl 
que le d^ibris de la pierre de taille ou dii 
moellon. Au refle , le roc vif & le granité 
font une feule & même fubftance , mais 
■j'ai cru devoir employer les deux déno- 
minations, parce qu'il y a bien des gens 
c[uî en font deux matières différentes : 
il en eft de même des cailloux & des crrès 

o 

en grande malîe, je les regarde comme 
des efpèces de rocs vifs ou de granités, 
& je les appelle cailloux en grande maffe , 
parce qu'ils font difpofés, comme la 
pierre calcinable ; par coucheS; & pour 



Théorie de la Terre. 40 3 
îes diftinguerdcs cailloux & des grès que 
j'appelle en petites majfes , qui ioiit les 
cailloux ronds & les grès que l'on trouve 
à la chajfe, comme difeiit les ouvriers , 
c'eft-à-dire , les c^rès dont les bancs n'ont 
pas de fuite & nelbrment pas de ca-rières 
continues & qui aient une certaine éten- 
due ; ces o-rès & ces cailloux font d'une 
formation plus nouvelle , & n'ont pas 
la même ori<,nne que les cailloux & les 
grès en grande mafîe , qui font difpofés 
par couches. J'entends par la dénomina- */> 1^ 
lion à 'ardoîfe , non-feulement l'ardoife^6«^, 
bleue, que tout le monde ccnnoît, mais 
îes ardoifes blanches, griiès, rougeâtres 
& tous les fchits; ces matières fe trouvent 
ordinairement au-deflbus de l'argiie 
feuilletée, & femblent n'être en eiïet que 
de l'araile, dont les différentes petites 
couches ont pris corps en fe deffçchant , 
cequiaproduitlesdélits qui s'y trouvent. 
Le charbon de terre, la houille, le 
jais font des matières qui appartiennent 
auiïi à i'arcrile, & qu'on trouve fous 
l'argile feuilletée ou fous l'ardoife. Par 
le mot de tuf, j'entends non-feulement 
k tuf ordinaire qui paroît troué , 6c pou^ 



4^4 Hïfloire Naturelle. 
ainfi dire, organifé, mais encore toutes 
les couches de pierres qui fe font faites par 
Je dépôt des eaux courantes , toutes ies 
Italadites, toutes les incruftations, toutes 
les efpèces de pierres fondantes; il n'eft 
pas douteux que ces matières ne foient 
nouvelles & qu e les ne prennent tous 
les jours de l'accroifTement. Le tuf n'eft 
qu'un amas de pierres iapidifiques, dans 
iefquellcs on n'aperçoit aucune couche 
diftinde ; cette matière eft difpofée ordi- 
k ^^ nairement en petits cylindres creux , 
. *>* ^ irrégulièrement grouppcs & forjyaés par 
des eaux gouttières au pied des montagnes 
ou lur la pente des collines , qui contien- 
nent des lits de marne ou de pierre tendre 
& calcinable; la mafTe totale de cts 
cylindres, qui font un (\ç:s caradères 
fpécifîques de cette efpèce de tuf, eft 
toujours ou oblique ou verticale, félon 
ia diredion des filets d'eau qui les forment ; 
CCS fortes de carrières parafiîes n'ont 
aucune fuite, leur étendue efl très-bornée 
en coinparaifon des carrières ordinaires, 
& e le eft proportionnée à la hauteur des 
montagnes qui leur fourniffent la matière 
de leur accroiiïèment. Le tuf recevant 



Théorie delà Terre, 405' 

chaque jour de nouveaux iijcs lapidi- 
fiques, ces peiites colonnes cylindriques 
qui laifloient entr'elles beaucoup d'in- 
tervalle , fe confondent à la fin , &: avec 
le temps , le tout devient compade; mais 
cette matière n'acquiert jamais la dureté 
delà pierre, c'eft alors ce qu'Agricola 
nommew^r^^ tofaceajijlulofa. On trouve 
ordinairement dans ce tuf quantité d'im- 
prefîions de feuilles d'arbres & de plantes- 
de l'efpèce de celles que le terrein des- 
environs produit, on y trouve aufli aflez 
fouvent des coquilles terreftres très-bien 
confervées , mais jamais de coquilles de 
mer. Le tuf eft donc certainement une 
matière nouvelle, qui doit être mile dans 
la claffe des llaladites , des pierres fon- 
dantes, des incrurtations, &:c. toutes ces 
matières nouvelles font des efpèces de 
pierres parafites qui fe forment aux de'- 
pens des autres , mais qui n'arrivent 
jamais à la vraie pétrification. 

Le criltal , toutes les pierres pré- 
cieules , toutes celles qui ont une figure 
régulière , mêrhe les cailloux en petites 
maffes qui font formés par couches con- 
centriques , foit que ces fortes de pierres 



4o6 Hiflolre I\dî!irelle: 
fe trouvent dans les fentes perpendicu- 
laires des rochers, ou par-tout ailleurs, 
ne font que des^exudations des cailloux 
en crrande malTe , des fucs concrets de 
ces mêmes matières , des pierres parafites 
nouvelles , de vraies ftaiadites de caillou 
ou de roc vif. 

On ne trouve jam.ais de coquilles ni 
dans ie roc vif ou grani e , ni dans le grès, 
au moins je n y en ai jamais vu, quoiqu'on 
en trouve , & même aflez fouvent , dans 
ic fable vitriliabie duquel ces matières 
tirent leur origine; ce qui femble prouver 
que le fable ne peut s'unir pour former 
du grès ou du roc vif, que quand il efl: 
]Uîr ; & que s'il eft mêlé de fubflances 
d'un autre genre , comme font les co- 
quilles, ce mélange de parties qui lui 
font hétérogènes, en empêche la réu- 
nion. J'ai obfervé , dans le deffein de 
m'en ailurer, ces petites pelotes qui fe 
forment fouvent dans les couches de fa- 
ble mêlé de coquilles , & je n'y ai jamais 
trouvé aucune coquille, ces pelotes font 
un véritable grès , ce font des concré- 
tions qui fe forment dans le fible aux 
endroits où il n'eft pas mêlé de matières 



Théorie de h Terre, 407 

ïictc'roo-ènes qui s'oppoient à la forma- 
tion des bancs ou d'autres mafîes plus 
grandes que ces pelotes. 

Nous avons dit qu'on a trouvé à 
Amilerdam , qui eft un pays dont le 
terrein eft fort bas , des cocjuilles de nier 
à I 00 pieds de profondeur fous terre , & 
à Marly-la-vilîe à (ix lieues de Paris , à 
7 ) pieds : on en trouve de même au fond 
des mines <& dans des bancs de rochers 
au-defTous d'une hauteur de pierre de 5 o, 
100 , 200 <5c jufqu'à nfille pieds d'é-» 
paifTeur, comme il eit ailé de le remar- 
quer dans les Alpes & dans les Pyrénées; 
il n'y a qu'à examiner de j)rès les rochers 
coupes à plomb, & on voit que dans les 
lits inférieurs il y a des coquilles & d'autres 
produéiions mannes : mais pour aller par 
ordre, on en trouve fur les montagnes 
d'Efpagne, far les Pyrénées, fur les 
montaijrnes de France , fur celles d'Ai>- 
gîeterre , dans toutes les carrières de 
marbre en Flandre, dans les monta ornes de 
Gueldres, dans toutes les collines autour 
de Paris , dans toutes celles de Bour- 
gogne & de Champagne , en un mot dans 
tous les endroits où le fond du terrein 



4o8 Hiflûîre Naturelle. 

n'eR pas de grès ou de tuf; <Sc dans îa 
plupart des lieux dont nous venons de 
parler, ii y a prefque dans toutes les 
pierres plus de coquilles que d'autres ma- 
tières. J'entends ici par coquilles, non- 
leulement les dépouilles dts coquillages, 
mais celles des cru (lacées , comme tayes 
& pointes d'ourfin , & aufîi toutes \t% 
productions des iniedtes de mer, comme 
îes madrépore 5 , les coraux , les aftroïtes , 
&c. Je puis aflurer, &: on s'en convain- 
cra par lès yeux quand on le voudra , 
que dans la plupart des pierres calcinables 
& des marbres il y a une fi grande quan- 
tité de ces productions marines , qu'elles 
paroiiTent turpaiïèr en volume la matière 
qui les réunit. 

Mais fuivons; on trouve ces produc- 
tions marines dans les Alpes , même au- 
deflus des plus hautes montagnes , par 
exemple , au-defTus du mont Cénis; on 
en trouve dans les montagnes de Gènes^ 
dans les Apennins & dans la plupart des 
carrières de pierre ou de marbre en Italie. 
On en voit dans les pierres dont font bâtis 
les plus anciens édifices des Romains, 
il y en a dans les montagnes du Tirol & 

dani 



Théorie de la Terre. 4^9 

dans le centre de l'Italie, au fommet du 
mont Paterne , près de Boulogne, dans 
ies mêmes endroits qui produilent cette 
pierre lumineule qu'on appelle h pierre 
de Boulogne; on en trouve dans des 
collines de la Fouille , dans celles de la 
Calabre , en plufieurs endroits de l'Alle- 
magne & de la Hongrie, & généralement 
dans tous les lieux élevés de l'Europe. 
Voy. fur cela Stenon, Ray, Woodward, &€» 
En A fie & en Afrique , les voyageurs 
en ont remarqué en plufieurs endroits , 
par exemple, fur la montagne de Caftra- 
van au-deiïus de Barut il y a un lit de 
pierre blanche, mince comme de l'ar- 
doife , dont chaque feuille contient un 
grand nombre & une grande diverfité de 
poirfons, ils font la plupart fort plats 
& fort comprimés , comme efl: la fougère 
ibfîile, & ils font cependant fi bien con- 
lervés , qu'on y remarque parfaitement 
jufqu'aux moindres traits àç.s nageoires, 
des écailles <Sc de toutes les parties qui 
diftinguent chaque efpèce de poifTon. 
On trouve de même beaucoup d'ourfns 
de mer & de coquilles pétrifiées entre 
Suez & le Caire , & fur toutes ies collines 
ToiM L S 



4TÔ Hifloire Naturelle. 

& les hauteurs de la Barbarie, la plupart 
font exadement conformes aux elpèces 
qu'on prend aduellement dans la 'mer 
rouge. Voye-7^ les voyages de Shaw, volume 
/^^ pdges y & S j.. Dans notre Eu- 
rope , on trouve des poiffons pétrifiés en 
Suille, en Allemagne, dans la carrière 
d'Onincrcn, &c. 

La longue chaîne de montagnes, dit 
'. /M. Bourguet, qui s'étend d'occident en 
'^(4^**-**î orient , depuis le fond du Portugal ju(- 
qu'aux parties les plus orientales de la 
Chine, celles qui s'étendent collatérale- 
ment du côté du nord & du midi, les 
montagnes d'Afrique & d'Amérique qui 
nous ibnt connues, les vallées & les 
plaines de l'Europe, renferment toutes 
des couches de terre & de pierres qui 
font remplies de coquillages , & de-là 
on peut conclure pour les autres parties 
du inonde qui nous font inconnues. 

Les îles de l'Europe , celles de f Afie 
& de l'Amérique où les Européens ont 
eu occafion de creuier, foit dans les 
montagnes , foit dans les plaines , four- 
niflent aufFi des coquilles, ce qui fait 
voir qu'elles ont cela de commun avec 



Tliéone de la Terre, '41 fl 
îes coiitiiiens qui les avoilliieut. Vvyet 
Lettres phïlofoph, fur la formation des fis , 
page 2 j. 

En voilà afîez pour prouver qu'en 
effet on trouve des coquilles de mer , des 
poilToiis pétrifiés & d'autres productions 
marines prefque dans tous le:» lieux où 
on a voulu les chercher , & qu'elle:, y font 
en prodigieule quantité. 

ce II eit vrai, dit un auteur Anglois, 
/ Tancred RobmfonJ qu'il y a eu quel- c< 
ques coquilles de mer diiperfées çà ai ce 
ià fur la lerre par les armées , par les ce 
habitans des villes & des vill ges, & ce 
que la Loubère rapporte d ns Ton ce 
voyage de Siam , que les finges au cap ce 
de Bonne-efp rance s'amulènt conti- ce 
nueliement à tranlporter des coquilles ce 
du rivage de la merau-defîus des mon- ce 
tagne.s , mais cela ne peut pas réfoudre ce 
la queilion pourquoi ces coquilles font ce 
difperfées dans tous les climats de la ce 
terre, & jufque dans l'intérieur des plus ce 
hautes montagnes , où elles font pofées ce 
parfit , comme elles le font dans le fond ce 
de la mer ^^. 

En lifaat une lettre Italienne fur les 

Si; 



4î2 Hîpoire Naturelle: 

changcmens arrivés au g'obe terreflre, 
imprimée à Paris cette année (1746), 
je m'attcndois à y trouver ce fait rap- 
porté par la Loubère , il s'accorde par- 
faitement avec les idées de l'auteur : les 
poilîons pétrifiés ne font , à fon avis , 
que des poilTons rares , rejetés de la table 
des Romains , parce qu'ils n'étoient pas 
frais ; & à l'égard des coquilles , ce font, 
dit-il , les pèlerins de Syrie qui ont rap- 
porté dans le temps des croifades celles 
des mers du Levant qu'on trouve aduel- 
lement pétrifiées en France, en Italie, 
& dans les autres États de la chrétienté ; 
pourquoi n'a-t-il pas ajouté que ce font 
ies fmgcs qui ont tranlporté les coquilles 
au fommet des hautes montagnes &. dans 
tous les lieux où les hommes ne peuvent 
habiter! cela n'eût rien gâté & eût rendu 
fon explication encore plus vraifem- 
blable. Comment fe peut-il que des 
perfonnes éclairées & qui fe piquent 
înême de phiiofophie, aient encore des 
Idées aulTi fauffes fur ce fujet ! Nous ne 
BOUS contenterons donc pas d'avoir dit 
qu'on trouve des coquilles pétrifiées dans 
prefque tous les endroits de la terre où 



Théorie de la Terre. 4 î 3 

Ton a fouillé, & d'avoir rapporté les 
témoignages des auteurs d'Hiftoire Na- 
turelle ; comme on pourroit les loup- 
çonner d'apercevoir, en vue de quelques 
fyllèmes , des coquilles où il n'y en a 
point , nous croyons devoir encore citer 
les Voyageurs qui en ont remarqué par 
hafar J , & dont les yeux moins exercés 
n'ont pu reconnoître que les coquilles 
entières & bien confervées; leur témoi- 
gnage fera peut-être d'une plus grande 
autorité auprès des gens qui ne font pas 
à portée de s'afîurer par eux-mêmes de 
îa vérité des faits , & de ceux qui ne con- 
noilTent ni les coquilles ni les pétrifica- 
tions, & qui n'étant pas en état d'en faiie 
la comparaiibn , pourroient douter que 
ies pétrifications fuflent en effet de vraies 
coquilles, & que ces coquilles fe trou- 
valTent entaffées par millions dans tous les 
climats de la terre. 

Tout le monde peut voir par (es yeux 
les bancs de coquilles qui font dans les 
collines des environs de Paris , fur-tout 
dans les carrières de pierre, comme à la 
Chauffée près de Sève, à Iffy, à Paffy 6t 
ailleurs. On trouve à Yilleïs-cotterêt^ 

S iij 



414 Hifloire Naturelle. 
une grande quantité de pierres lenticu- 
laires, ies rochers en font même entière- 
ment formés , & eîlcs y font mêlées fans 
aucun ordre avec une efpèce de mortier 
^pierreux qui les tient toutes liées en- 
fèmble. A Chaumont on trouve une fi 
grande quantité de coquilles pétrifiées, 
que toutes ies collines qui ne laiflent pas 
d'être aiïez élevées , ne paroiflent être 
compoiees d'autre chofe; il en efl: de 
même à Courlrgncn près de Reims, 
où le banc de coquilles a près de quatre 
lieues de largeur fur plufieurs de lon- 
gueur. Je cite ces endroits , parce qu'ils 
font ftmeux , & que les coc|uiiles y frap- 
pent les yeux de tout le monde. 

A l'égard des pays étrangers , voici ce 
que les Voyageurs ont obiervé. 

ce En Syrie, en Phénicie, la pierre vive 
55 qui fert de bafe aux rochers du voifi- 
53 naoe de Latikea, efl furmontée d'une 
•>:> eipèce de craie molle, & c'eft peut- 
D> être de-Ià que la ville a pris fon nom de 
53 Promontoire -blûnc . La Nakoura, nom-. 
33 mée anciennement Scala Tyriormn, ou 
53 \ Échelle des 7 y riens , efl à peu près 
>3 de la même nature , & l'on y trouve 



Théorie de ' h Terre. 4 1 j 

encore , en y creulunt , quantité de ce 
toutes fortes de coraux , de coquilles. 3> 
Voye7^ les Voyages de Shmv. 

ce On ne trouve fur le mont Sinaï que 
peu de coquilles foffiles & d'autres ce 
leinbîables marques du déluge, à moins c^ 
qu'on ne veuille mettre de ce nombre c« 
k Tamarin fofîile des montap^nes voi- ce 
iines de 5inai, peut-être que la matière ce 
première dont leurs marbres Te font ce 
formés , a voit une vertu corrofive &: ce 
peu propre à les conferver ; mais à Co- ce 
iondei , où le roc approche davantage ce 
de la nature de nos pierres de taille , je ce 
trouvai piufieurs coquilles de moules ce 
& quelques pétoncles, comme aulîi ce 
un hérilîon de mer fort fnigulier , de ce 
i'efpèce de ceux qu'on appel iej|^^/^7^7^ ce 
mais plus rond & plus uni ; les ruines ce 
du petit village d'Ain el Moufa, & ce 
piufieurs canaux qui fervoient à y con- ce 
duire dei'eau^ fourniflent des coquil- ce 
lagesfofîiles. Les vieux murs de Suez ce 
& ce qui nous rede encore de fon an- ce 
cien port ont été conftruits des mêmes ce 
matériaux qui lemblent tous avoir été ce 
tirés d'un même endroit. Entre Suez & c« 

S iiij 



4 î 6 Hïflotre Naturelle, 
» le Caire, ainfi que fur toutes les moi>- 
D5 tagnes , hauteurs & collines de la Lybie 
3> qui ne font pas couvertes de fiible , on 
:» trouve grande quantité d'hériiïons de 
33 mer , comme aufîi des coquilles bi- 
3> valves & de celles qui fe terminent en 
33 pointe , dont ia plupart font exade- 
35 ment conformes aux efpèces qu'on 
33 prend encore aujourd'hui dans la mer 
X) rouge. Idem , tome II, page S ^. Les 
33 labiés mouvans qui font dans le voi- 
33 finage de Ras Sem dans le royaume 
33 de Barca, couvrent beaucoup de pal- 
» miers d'hériffons de mer &: d'autres pé- 
33 trifications que l'on y trouve commu- 
•» nément lans cela. Ras Sem fignifie la 
33 tête du poifTon & efl: ce qu'on appelle 
33 le village pétrifié , où l'on prétend qu'on 
33 trouve des hommiCs, des femmes 6c 
3> des enfms en diverfes poflurei» & atti- 
33 tu des , qui avec leur bétail ^ leurs ali- 
33 mens , leurs meubles ont été convertis 
33 en pierre ; mais à la rélerve de ces fortes 
35 de monumens du déluo-e, dont il ell: 
» ici quedion , & qui ne font pas parti- 
33 culiers en cet endroit , tout ce qu'on en 
3? ditp font de vains contes d fable toute 



Théorie Je ïd Terre. 417 
pure, ainfi que je i'ai appris non-feu- ce 
lenient par M. ie Maire, qui dans Je ce 
temps qu'il étoit Conful à Tripoli y ce 
envoya plufieurs perlbnnes pour en ce 
prendre connoiflance , mais auffi par ce 
des gens graves, de beaucoup d'efprit, ce 
qui ont été eux-mêmes fur les lieux, ce 
On trouve devant les pyramides cer- ce 
tains morceaux de pierres taillées par ce 
îe cifeau de l'ouvrier, & parmi ces ce 
pierres on voit des rognures qui ont ce 
la figure ôc la grofleur de lentilles , ce 
quelques-unes même reflemblent à des ce 
grains d'orge à moitié pelés ; or on ce 
prétend que ce font des reRes dt cq ce 
que les ouvriers mangeoient, qui le c< 
font pétrifiés , ce qui ne me paroît pas ce 
vraifemblahle , &c. >^ Idem. Ces len- 
tilles & ces grains d'orge font des pétri- 
fications de coquilles connues par tous 
ks Naturaliftes tous le nom de piem 

lentîculûire. 

« On trouve diverfes fortes de ces 
coquillages dont nous avons parlé, aux ce 
€nvirons°de Maftrcicht, fur-tout vers ce 
îe vilbge de Zichenou Ticlicn , & à et 
la petite montagne appelée des Huns* cf 

S T 



4 ï 8 Hïfloire Naturelle. 

Voye^ le voyage de Aliffon , tome IIJ], 
page I op. 

ce Aux environs^de Sienne je n'ai pas 
53 manqué de trouver auprès de Ceraldo, 
55 félon l'avis que vous m'en avez donné , 
>» plufieurs montagnes de fable toutes 
33 farcies de diver(es coquilles. Le Monter 
D3 mariô , à un mille de Rome, en eft 
33 tout rempli ; j'en ai remarqué dans les 
33 Alpes , j'en ai vu en France & ailleurs». 
33 Glé.irius, Stenon , Cambden, Speed 
33 & (juantité d'autres Auteurs tant an- 
■x> ciens que modernes , nous rapportent 
îe même phénomène. 3^ Idem , tome II, 
page ^12. 

35 L'île de Gerigo étoit ancienne- 
33 ment appelée Porphyr'is, à caufe de la 
quantité de porphyre qui s'en tiroit. 33 
Voyage de Thevemî , tome J , page ^y. 
Or on fait que le porphyre ed compofé 
de pointes d'ourfin réunies par un ci- 
irrent pierreux & très-dur. 

« Vis-à-vis le village d'Inchené & fur 
>3 îe bord oriental du Nil, je trouvai des 
>3 plantes pétrifiées qui croilTent natureî- 
>3 iement dans un elpace de terre qui a 
^ environ deux ikuçs de longueur fur une 



Théorie de la Terre. 419 

krccuf très-mediocie, c'eft «'« P™- « 
dudiondes plus finguiières de h Na- « 
ture; ces plantes relfemblent alTez au « 
corail blanc qu'on trouve dans la mer « 
rouge. » Voyage de Paul Lucas , tome 11, 

pages ^ 8 Ù" S^ '• , •■ i„o 

ce On trouve fur le mont Lioan des 
pétrifications de plufieurs elpèces, & « 
entr'autres des pierres plates ou ion « 
trouve desfqueiettes de poilTons bien « 
confervés & bien entiers ,& auffi des « 
châtaignes de la mer rouge avec ^des « 
petits biiiflons de corail de la même ce 
mer.» Idem, tome l II, page 326. ■ 
« Sur le mont-Carmel, nous trou- 
vâmes grande quantitéde pierres qui, « 
à ce qu'on prétend , ontlafigured o- « 
lives/de melons, de pêcbes& d autres « 
fruits, que l'on vend d'ordinaire aux « 
pèlerins , non-feulement comme de « 
fimples curiofués, mais auff. conmie « 
des remèdes comre divers maux. Les « 
olives qui font les lapides Juddici qu on ce 
trouve dans les bouticpes des L-ro- ce 
pu'ftes, ont toujours été regardées ce 
comme un fpécificiue pour la pierre & ce. 
la caravelle. « Vojage de Slum^, tome U, 
"^ S vj 



42a Hîjlolré Naîiireïïe. 

page yo. Ces lapides Juddicï font des 
pointes d'ourfins. 

ce M ►la Roche,iMédecin, me donna 
y> de ces olives pétrifiées , dites lapis Ju» 
y* ddicus, qui croifient en quantité dans 
:» ces montagnes , où l'on trouve , à ce 
33 qu'on m'a dit, d'autres pierres qui 
33 repréfentent parfaitement au dedans 
des natures d'hommes & de femmes. » 
Voyage de Ad^oncoî^ys , première parties, 
pnge ^ ^4. Ceci ell riiyftero lit lies* 

ce Y^w allant de Smirne àTauris, iorf- 
35 que nous fumes à Tocat , les chaleurs 
>3 étant fort grandes , nous laiiTames 
33 le chemin ordinaire du côté du nord , 
33 pour prendre par les montagnes où ii 
:» y a toujours de l'ombrage & de la fraî- 
33 cheur. En bien des endroits nous 
33 trouvâmes de la neige & quantité de 
33 très- belle ofeilie ; & lur le haut de 
33 quelques-unes de ces montagnes on 
33 trouve des coquilles comme fur le bord 
33 de la mer , ce qui eft aflez extraordi- 
naire. 33 Tavernier, 

Voici ce que dit Olearius au fujetdes 
coquilles pétrifiées qu'il a remarquées en 
Vttiï& & dans les rochers des montagacs 



Tkme de ta Terre, ^^i 
où font tail'és les fépulcres , près dii 
village de Pyrmaraiis. 

ce Nous fumes trois qui montâmes 
jufque fur le haut du roc par des préci- ce 
picesefFroyabies, nous entr'aidant les ce 
uns les autres; nous y trouvâmes quatre ce 
grandes chambres , & au dedans plu- c< 
lieurs niches taillées dans le roc pour « 
fervir de lit ; mais ce qui nous iurpnt ce 
k plus , ce fut cjue nous trouvâmes ce 
dans cette voûte fur le haut de la mon- c< 
tagne , des coquilles de moules , & en ce 
quelques endroiis en fi grande quan- c< 
tité , qu'il lembloit que toute cette ce 
roche ne fCit compolee que de fab'e & c« 
de coquilles. En revenant de Perfe, ce 
nous vîmes le long de la mtr Cafpie ce 
plu fleurs de ces montagnes de co- c« 

quilles. » . . j^a 

Je pourrois joindre a ce qui vient d erre 
rapporté, beaucoup d'autres citations, 
que je fupprime , pour ne pas ennuyer 
ceux qui n'ont pas befoin de preuves 
furabondantes , & qui fe font aflurés , 
comme moi , par leurs yeux , de l'exif- 
tence de ces coquilles dans tous les lieux 
©ù on a voulu les chercher. 



42 2 Hîjïaire Natureïïe.- , 

On trouve en France, non- feulement 
ies coquilles de nos côtes, niais encore 
à^^ coquilles c[u'oi> n'a jamais vues dans 
nos mers. Il y a même des Naturalilles 
qui prétendent que la quantité de ces 
coquilles étrangères pétrifiées , eft beau- 
coup plus grande, que celles des coquilles 
de notre climat, mais je crois cette 
opinion mial fondée; car indépendam- 
ment des coquillages c|ui habitent le 
fond de la mer & de ceux qui font diffi^ 
ciles à pêcher, & que par conléquent 
on peut regarder comme inconnus ou 
même étrangers, quoiqu'ils paillent être 
nés dans nos mers , je vois en gros qu'en 
comparant les pétrifications avec les ana- 
logues vivans , il y en a plus de nos côtes 
que d'autres; par exemple, tous les 
peignes , la plupart à^s pétoncles , les 
moules , les huîtres , les glands de mer, 
la plupart des buccins, ies oreilles de 
nier, les patelles, les coeurs de bœuf, les 
nautilles , les ourfins à gros tubercules &: 
à grolles pointes , les ourfins châtaignes 
de mer , les étoiles , les dentales , les 
tubuliies , les adroites , les cervaux , les 
coraux, les madrépores , &c. qu'on 



Théorie de la Terre. • 42 j 
trouve pétrifiés en tant d'endroits, font 
GCitainenient des produdions de nos 
mers; & quoiqu'on trouve en grande 
quantité les cornes d'amnion, les pierres 
îenticuiaires , les pierres judaïques; ies 
coiumnites, les vertèbres de grandes- 
étoiles & plufîeurs autres pétrincauons, 
comme les grolTes vis, le buccin appelé 
abajour, les labots, &c. dont l'analogue 
vivant eO: étranger ou inconnu , je luis 
convaincu par mes obiervations , que le 
nombre de ces efpèceseft petit en com- 
paraifon de celui des coquilles pétrifiées 
de nos côtes ; d'ailleurs , ce qui fiût le 
fond de nos marbres & de preique toutes 
nos pierres à chaux & à bâtir , iont des 
madrépores, des adroites , & toutes ces 
autres produdions formées par les in- 
fectes de la mer & qu'on appeloit autre- 
fois plantes warlnes ; les coquilles , qud-* 
que abondantes qu'elles foient , ne font 
qu'un petit volume en comparaiton de 
ces produdions , qui toutes font origi-- 
naires de nos mers , & fur-tout de ia 
méditerranée. 

La mer rouge eft de toutes les mers 
edk qui produit le plus abondamment 



4^4 Htjloîre NaîiireUe, 
des coraux , des madrépores & des plantes 
marines ; il n'y a peut-être point d'en- 
droit qui ea fburr>ifle une plus grande 
variété que le port de Tor; dans un 
temps calme il le prélente aux yeux une 
fi grande quantité de ces plantes, que le 
fond de la mer, refTemble à une forêt, il 
y a dti madrépores branchus qui ont 
jufqu'à 8 & I G pieds de hauteur : on en 
trouve beaucoup dans la mer niéditer- 
ranée , à Marfeille , près des côtes d'Italie 
& de Sicile : il y en a aufTi en quantité 
dans la plupart de^ golfes de l'océan , 
autour des îles, fur les bancs, dans tous 
les climats tempérés où la mer n'a qu'une 
profondeur médiocre. 

M. Peyfîonel avoit obfervé & re- 
connu le premier que les coraux , les ma- 
drépores , &c. dévoient Inir origine à des 
animaux , & n'étoient point des plantes , 
comme on le croyoit & comme leur 
forme & leur accroiffement paroiiïoient 
l'indiquer : on a voulu long-temps dou- 
ter de il vérité de l'oblervation de M. 
Peyffonel , quelques Naturaliftes trop 
prévenus de leurs propres opinions , 
i'om même rejetée d'abord avec uii* 



Théorie de la Terre. 425 
efpèce de dédain ; cependant ils ont été 
obligés de reconnoîne depuis peu la 
découverte de M. Peyflonel, & tout le 
inonde eft enfin conveim que ces pré- 
tendues plantes marines ne font autre 
chofe que des ruches, ou plutôt des 
loges de pents animaux qui relîemblent 
aux poiiïons des coquilles en ce qu'ils 
forment comme eux , une grande quan- 
tité de fubftance pierreufe, dans laquelle 
ils habitent, comme les poifions dans 
leurs coquilles ; ainfi les plantes marines 
que d'abord l'on avoit miles au rang 
des minéraux , ont enfuite paiïe dans 
la claiïe des végétaux, & font enfin 
demeurées pour toujours dans celle des 
animaux. 

II y a des coquillages qui habitent le 
fond des hautes mers , & qui ne font 
jamais jetés fur les rivages; les Auteurs 
les appellent Pela^'m , pour les diftin- 
guer des autres qu'ils appellent Litlotûles, 
lleil à croire que les cornes d'ammon & 
quek|ues autres efpèces qu'on trouve 
pétrifiées, & dont on n'a pas encore 
trouvé les analogues vivans , demeurent 
toujours dans le fond des hautes mers , & 



4-2^ Hifloire Naturelle. 

qu'ils ont été remplis du fédiment pier- 
reux dans le lieu même où ils étoient ; il 
peut le faire aufîi qu'il y ait eu de certains 
animaux dont i'elpèce a péri, ces co^ 
quillages pourroient être du nombrci les 
os folilies extraordinaires qu'on trouve 
en Sibérie, au Canada^ en Irlande &. dans 
plufieurs autres endroits , femblent con-^ 
firmer cette conjedure , car jufqu'ici or 
ne connoît pas d'animai à qui on puifîe 
attribuer ces os, qui pour la plupart, 
font d'une grandeur & d'une grofîeur 
demefurée. 

On trouve ces coquilles depuis le haut 
|ufqu'au fond des carrières, on les voit 
aulli dans des puits beaucoup plus pro- 
fonds : il y en a au fond des mines de 
Hongrie. Voye^^ Woodward. 

On en trouve à 200 bra/Tes, e'eft-à- 
dire , à mille pieds de profondeur dans 
des rochers qui bordent l'île de Caldé 
&: dans la province de Pembrock en 
Angleterre. Voye^^ Ray' s IMfcourfis » 
page lyS, 

Non- feulement on trouve à de grandes 
profondeurs & auydedus des plus hautes 
montagnes des coquilles pétrifiées , mais 



Théorie de la Terre. 427 
on en trouve aufTi qui n'ont point 
changé de nature, qui ont encore le 
luilam , les couleurs & la légèreté des 
coquilles de la mer, on trouve des gloi- 
fopètres & d'autres dents de poifTons dans 
leurs mâchoires, & il ne fiiut pour fe 
convaincre entièrement fur ce fujet , que 
regarder la coquille de mer & celle de 
ten-e , & les comparer : il n'y ^a peribnne 
qui, après un examen, même léger j. 
puifîe douter un inftant que ces coquilles 
fofTiles & pétrifiées ne foient pas les 
niêmes que celles de la mer, on y re- 
marque les plus petites articulations, & 
même les perles que l'animal vivant pro- 
duit; on rem.arqueque les dents de poil- 
fon font polies &: uiees à l'extrémité , & 
qu'elles ont fervi pendant le temps que 
i'animal étoit vivant. 

On trouve auffi prefque par-tout dans 
la terre, des coquillages de la même 
efpèce, dont les' uns font petits, les 
autres gros , les uns jeunes , les ^autres 
vieux ; quelques-uns imparfaits, d'autres 
entièrement parfaits ; on en voit même de 
petits & de jeunes attachés aux gros. 

Le poifTon à coquille appelé Purpura 



'428 Hïjloire Naturelle, 

a une langue fort longue dont l'extrémité 
ell oiïcuie & pointue , elle lui iert coiniue 
de tarrière pour p^ercer les coquilles des 
autres poiflons , & pour fe nourrir de 
ieur chair, on trouve communément 
dans les terres des coquilles qui font 
percées de cette fiiçon ; ce qui ell: une 
preuve incontellable qu'elles rcnfer- 
jnoient autrefois des poiilons vivam, & 
que ces poifîons habitoient dans des en- 
droits où il y avoit aulîi des coquillages 
de pourpre qui s'en étoient nourris. Voye-^ 
Woodwnrd, pages 2^6 & ^00» 

Les obélifques de Saint Pierre de 
Rome , de Saint-Jean-de-Latran , de la 
place Navone, viennent, à ce qu'on 
prétend , des pyramides d'Egypte , elles 
font dé granité rouge , lequel efî une 
efpèce de roc vif, ou de grès fort dur : 
cette matière, comme je l'ai dit, ne con- 
tient point de coquilles , mais les anciens 
marbres Africains & Égyptiens , & les 
porphyres que l'on a tirés , dit-on , du 
Temple de Saiomon & des Pal.is des 
Rois d'Egypte, & que l'on a employés 
à Rome en difïérens endroits , font rem- 
plis de coquilles. Le porphyre rouge eil 



Théorie de la Terre. 42^ 

compofé d'un nombre infini de pointes 
de i'efpèce d'ouriin que nous appelons 
châtaigne de mer ; eiies lont pofées afîez 
près les unes des autres, & forment tous les 
petits points blancs qui font dans ce por- 
phyie : chacun de ces points blancs laifTe 
voir encore dans Ton mileu un petit 
point noir qui eft la iei5lion du conduit 
longitudinal de la pointe de l'ourfin. II 
y a en Bourgogne , dans un lieu appelé 
Ficin , à trois lieues de Dijon, une pierre 
rouge tout-à-fait femblable au porphyre 
par fa conipofition , & qui n'en difîère 
que par la dureté , n'ayant que celle du 
marbre , qui n'efi: pas à beaucoup près fi 
grande que celle du porphyre ; elle efl: de 
même entièrement compolèe de pointes 
d'ourfins , &. e'ie efl: très-confidérable par 
l'étendue de fon lit de carrière & par Ion 
épaifTeur ; on en a fait de très-beaux ou- 
vrages dans cette province, & notamment 
les gridins du piédeflal de la figure 
équen:rede Louis le Grand qu'on a élevée 
au milieu de la place royale à Diion. 
Cette pierre n'cfl: pas la feule de cette 
efpèce que je connoiiïe ; ii y a dans la 
Hnêaie province de Bourgogne, près de 



430 HiJIoke Naturelle. 
îa ville de Montbart, une carrière confi- 
dérable de pierre compolee comme le 
porphyre, mais dont la dureté eft en- 
core moindre que celle du marbre ; ce 
porphyre tendre eft compofé comme le 
porphyre dur, & il contient même une 
plus grande quantité de pointes d'ourfins 
& beaucoup moins de matière rouge* 
Voilà donc les mêmes pointes d'ourfins 
que l'on trouve dans le porphyre ancien 
d'Egypte & dans les nouveaux porphyres 
de Bourgogne , qui ne diffèrent des an- 
ciens que par le degré de dureté & par le 
nombre plus ou moins grand àt^ pointes 
d'ourfins qu'ils contiennent. 

A l'écrard de ce que les Curieux ap- 
pellent du porphyre vert, je crois que 
c'efl plutôt un granité qu'un porphyre, 
il n'efl: pas compofé de pointes d'ourfins, 
comme le porphyre rouge, & fa fubftance 
me paroît iembl.ble à celle du gn.n te 
cominim. En Tofcane,dans les pierres 
dont étoient bâtis les anciens murs de 
ia ville de Volatera , il y a une grande 
quantité de coquillages, & cette muraille 
étoit faite il y a deux mille cinq cents 
ans. Voyez Stcnonin Prodromo dijf, de 



Théorie de la Terre, 43 r' 

Sohdo intrafolïdum , page 6 ^ . La plupart 
des marbres antiques, les porphyres & 
ks autres pierres cjes plus anciens monu- 
mens contiennent donc des coquilles, 
des peintes d'ourfins, & d'autres débris 
des productions marines , comme ies 
marbres que nous tirons aujourd'hui de 
nos carrières ; ainfi on ne peut pas 
douter , indépendamment même du té- 
moignage facré de l'Écriture fiiinte, 
qu'avant le déluge la terre n'ait été com- 
pofée des mêmes matières dont elle l'eft 
aujourd'hui. 

Par tout ce que nous venons de dire, 
on peut être afTuré qu'on trouve des 
coquilles pétrifiées en Europe, en A fie, 
& en Afrique dans tous les lieux oîà le 
haiard a conduit des obiervateurs; on ea 
trouve auffi en Amérique, au Brefd , 
dans le Tucuman , dans les terres Ma- 
gellaniques , & en fi grande quantité 
dans ies îles Antilles, qu'au-defious de 
ia terre labourable , le fond , que les 
habitans appellent la chaux , n'eil: autre 
choie qu'un compofé de coquilles , de 
madrépores , d'aftroïtes & d'autres pro^ 
dudions de la mer. Ces obfervatbns qui 



43^ Hi/Ioke Naturelle: 

font certaines , m'auroient fliit penfei' 
qu'il y a de même des coquilles &. d'autres 
produdion marines pétrifiées dans ia 
plu> orande partie du co:-tinentde l'Amé- 
rique , & fur tout dans les montagnes , 
comme i'afîure Woodward; cependant 
M. de la Condamine qui a demeuré 
pendant plufieurs années au Pérou, 
m'a affuré qu'il n'en avoit pas vu dins 
les Cordillères, qu'il en avoit cherché 
inutilement, & qu'il ne croyoit pas 
qu'il y en eût. Cette exception fèroit 
fmgulière,&: les coniéqucnces qu'on en 
pourroit tirer le feroient encore plus; 
mais j'av'oue que , malgré le témoignage 
de ce célèbre obfervateur , je doute en- 
core à cet égard, & que je fuis très-porté 
à croire qu'il y a dans les montagnes du 
Pérou, comme par-tout ailleurs, des co- 
quilles & d'autres pétrifications marines, 
mais qu elles ne fe font pas offertes à (es 
yeux. On fiit qu'en matière de témoi- 
gnages, deux témoins pofuifs qui affu- 
rent avoir vu , fufifiient pour faire preuve 
complète , tandis que mille & dix mille 
témoins négatifs , & qui affurent feule- 
ment n'avoir pas vu, ne peuvent que fiire 

naître 



Tfieone de la Terre. 43 ^' 

tïîi.ître un doute léger; c'eil; pour cetie 

raiion , & parce que la force de l'aaalogie 

m'y .contraint, que je perfiite à croire 

qu'on trouvera des coquilles fur les 

montagnes du Pérou , coniine on eu 

trouve prefque par-tout ailleurs , fur-tout >i^«^ y Ma 

ïi on les cherche fur la croupe de la ^«^^v#i ÙJt^ 

montagne & non pas «au fomniet. J.*Vi^^ '^^ 

Les montagnes les plus élevées (o\Vi*t>^ 
ordinairement compoféesau fommet,de 
roc vif, de granité , de grès & d'autres 
matières vitrifiables qui ne contiennent 
que peu ou point de coquilles. Toutes 
ces matières le font formées dans les 
couches du ftbie de la mer qui recou- 
vroient le deffus de C€S montagnes ; 
iorfque la mer a laifle à découvert ces 
fommets de montagnes , les labiés ont 
coulé dans les plaines , où ils ont été 
entraînés par la chute des eaux des pluies , 
&c. de forte qu'il n'efl demeuré au-deflus 
des montagnes que les rochers qui s'é- 
toient formés dans l'intérieur de ces 
couches de fible. A 200, 300 ou 400 
toiles plus bas que le fom^met de ces 
montagnes, on trouve iouvent àiQ.s 
matières toutes différentes de celles du 

Tome L T 



434* Hîflohâ Naturelle, 
fommet, c'e(l-à- dire, des pierres, des 
marbres & d'autres matières calcinables , 
iefquelles font difpofées par couches 
parallèles , & contiennent toutes des co- 
quilles & d'autres productions marines ; 
ainfi il n'efi: pas étonnant que M. de la 
Condamine n'ait pas trouvé de coquilles 
fur ces montaaries , fur - tout s'il les a 
cherchées dans les lieux les plus élevés 
& dims les parties de ces montagnes qui 
lont compolées de roc vif, de grès ou 
de fable vitrifiable ; mais au-deflous de 
ces couches de fible & de ces rochers 
qui font le fommet , il doit y avoir dans 
ies Cordillères, comme dans toutes les 
autres montagnes, des couches horizon- 
tales de pierres, de marbres, de terres, &c. 
où il fe trouvera des coquilles ; car dans 
tous les pays du monde où l'on a fait des 
obfervaiions , on en a toujours trouvé 
dans ces couches. 

Mais fuppoions un inftant que ce fiiit 
foit vrai , ik qu'en effet il n'y ait aucune 
produdion marine dans les montagnes 
du Pérou , tout ce qu'on en conclura ne 
iêra nullement contraire à notre théorie, 
ÔL ii pourroit bien le faire , abfolumeni 



Théorie àe la Terre, 435' 

parîant , qu'il y ait fur le globe des parties 
qui n'aient jamais été fous les eaux de la 
mer , & fur-tout des parties auffi élevées 
que le font les Cordillères, mais en ce 
cas , il y auroit de belles obfervations à 
fiiire fur ces montagnes ; car elles ne 
feroîent pas compofées de couches pa-» 
rallèies entr'elles comme toutes les 
autres le font ; les matières feroîent aulîx 
fort différentes de celles que nous con* 
noiflons, il n'y auroit point de fentes 
perpendiculaires , la compofition des ro- 
chers & des pierres ne refîèmblcroit point 
du tout à la compofition des rochers 
& des pierres des autres pays, & enfin 
nous trouverions dans ces montagnes 
Tancienne flrudure de la terre telle 
qu'elle étoit originairement & avant que 
d'être changée & altérée par le mouve- 
ment des eaux ; nous verrions dans ces 
climats le premier état du globe , les 
matières anciennes dont il étoit compole , 
la fornîe , la liaifon & l'arrangement 
naturel de la terre , &c. mais c'eft: trop 
efpérer , & fur des fondemens trop 
légers , & je penfe qu'il faut nous borner 
à croire qu'on y trouvera des coquilles ^ 

T ij 



^3<5 Hîpolre Naturelle; 

comme on en trouve par-tout aiïïeurSv 
A l'égard de la manière dont ces co- 
quilles font difpoféfes & pbcces dans les 
couches de terre ou de pierre , voici ce 
qu'en dit Woodward. ce Tous les coquil- 
53 lages qui fe trouvent dans une infinité 
53 de couches cie terres & de bancs de 
35 rochers , fur les plus hautes montagnes 
33 & dans les carrières & les mines les plus 
33 profondes, dans les cailloux de cor- 
33 naline , de calcédoine, ôcc. Sl dans les 
33 mafTes de ibufre, de marcafîjtes & d'au- 
33 très matières minérales & métalliques , 
33 font remplis de la matière même qui 
33 formg les bancs ou les couches , ou les 
33 mafîes qui les renferment , & jamais 
d'aucune matière hétérogène , 3^ page 
^ 6 , ù' ailleurs, « La pefanteur fpéci- 
35 fique des différentes efpèces de fables 
3J ne diffère que très-peu , étant généra- 
33 lement par rapport à feau , comme 2 |- 
33 ou 2 -^ à j > &: les coquilles de pé- 
33 tondes qui font à peu près de la même 
33 pefanteur , s'y trouvent ordinairement 
33 renfermées mi grand nombre , tandis 
X» qu'on a de la peine à y trouver des 
53 écailles d'huîtres, dont la pefintei;r 



Théorie de la Te ire. 4B7i 
^lecifique n'efi: environ que comme a 
^ j à I ; de hérilTons de mer , dont la ce 
pefanteur n'ell que comme 2 ou 2. -^ ce 
à I , ou d'autres efpèces de coquilles ce 
plus légères; mais au contraire dans ce 
ia craie qui efl: plus légère que la ce 
pierre , n'étant à la pefanteur de l'eau ce 
que comme environ 2 -^ à i , on ne ce 
trouve que des coquilles de hérifTons ce 
de mer & d'autres efpèces de coquilles c< 
plus légères. 33 Voye-^pages i j & i 8 , 

Il fiiut obfervcr que ce que dit ici 
^¥oodward ne doit pas être regardé 
comme règle générale , car on trouve des 
coquilles plus légères & plus pefantes 
dans les mêmes matières, par exemple, 
éts pétoncles , à^s huîtres & des ourfms 
dans les mêmes pierres & dans les mêmes 
terres , &: même on peut voir aii cabinet 
du Roi un pétoncle pétrifié en cornaline 
& des ourfms pétrifiés en agate, ainfi 
Ja différence de la pefanteur fpécifique 
des coquilles n'a pas influé , autant que le 
prétend Woodward , fur le lieu de leur 
pofition dans les couches de terre ; & la 
vraie raifon pourquoi les coquilles d'our^ 
fins & d'autres auHi légères fe trou veut 

Tiij 



438 Hijloite Naturelle* 

pluà ahondamment dans ies craies , c*eft 
que h craie n'ell qu^un détriment de 
coquilles , ^ que ctlles des ourfms étant 
pius légères , moins epaiffei & plus 
friables que les autres , elles auront été 
nifement réduites en poufîière 64 en craie, 
en forte qu'il ne fe trouve des couches 
de craie que dans les endroits oii il y 
avoit anciennement fous les eaux de lu 
mer une grande abondance de ces co- 
quilles légères, dont les débris ont forqié 
ia craie dans laquelle nous trouvons celles 
qui ayant réliilé au choc <St aux frotte- 
inens , fe font conlervées toutes entières , 
oa du moins en parties aflez grandes 
pour que nous puilfions les reconnoître. 
Nouà traiierons ceci plus à fond dans 
notre difcours fur les minéraux , conten- 
ions-nous feulement d'avertir ici qu'il 
iàut encore donner une modification aux 
cxprciTions de Woodward : il paroît dire 
qu'on trouve àt% coquilles dans les caiU 
ioux , dans les cornalines , dans les cal- 
cédoines , dans les mines , dans les maffes 
de ioufre, auin fou vent <3c en au(fi orand 
nombre que dans les autres matières , au 
lieu que lu vérité eit qu'elles font très- 



Théorie de la Terre, 439 

rares A:^\\% toutes les matières vitrifîables 
ou purement inflammables , & qu'au 
conifiiire elles font en proclîgieufe abon- 
dance clans les craies, dans les marnes, 
dans les mar!)res & dans les pierres , en 
forte que nous ne prétendons pas dire 
ici qu'abfolument les coquilles les plus 
légères font dans les matières légères, & 
ks plus pefantes, dans celles qui Ibnt aufïï 
îes plus pefàntes , mais feulement qu'en 
général cela fe trouve plus fouvent aiiifi 
qu'autrement. A la vérité elles font toutes 
également remplies de la fubftance même 
qui les environne , aufTi-bien celles qu'on 
trouve dans les couches horizontales , que 
celles qu'on trouve en plus petit nombre 
dans les matières cpi occupent les fentes 
perpendiculaires, parce qu'en effet les 
unes & \^% autres ont été également 
formées par les eaux , quoiqu'en diffé- 
rens temps & de dilîérentes façons ; 
les couches horizontales de pierre, de 
marbre, &c. ayant été formées parles 
grands mouvenicnsdes ondes de la mer, 
ik les cailloux, les cornalines, les cal- 
cédoines & toutes les matières qui font 
dans les fentes perpendiculaires, ayant 

T iii) 



44® Hijloîre JNatureJk. 
€té produites par fe mouvement partîcu-' 
ikr d'une petite quantité d'eau chargée 
de différens iljcs 'lapidifiques, métal- 
liques , &c, &. dans les deux cas ces ma- 
tières étoient réduites en poudre fine & 
impalpable qui a rempli l'intérieur des 
coquilles fi pleinement & fi abfolument ^ 
qu'elle n'y a pas laifié le moindre vide ^ 
& qu'elle s'en eft fait autant de moules, 
à peu près connne on voit un cachet fe 
mouler fur le tripoli. 

Il y a donc dans les pierres, dans les 
marbres, &c. une multitude très-grande 
de coquilles qui font entières , belles & 
il peu altérées , qu'on peut ailément les 
comparer avec les coquilles qu'on con- 
ièrve dans les cabinets ou qu'on trouve 
iiir les rivages de la mer ; elles ont pré- 
cifément la même figure &. la même gran- 
deur , elles font de la même fubftance & 
leur tifîu efl: le même ; la matière parti- 
culière qui les compole , eft la même , 
elle efl dilpofée & arrangée de la même 
manière, la direction de leurs fibres & 
deb lignes fpirales eft la même , la com- 
pofition des petites lames formées par les 
fibres cil la même dans les unes & kj 



Théorie de la Terre. 44 tl 
ïimres , on voit dans le même endroit 
ies vertiges ou infcrtions des tendons 
par le moyen defquels l'animal étoit 
attaché & joint à fa coquille , on y voit 
les mêmes tubercules , les mêmes /Wfj^ 
ies mêmes cannelures ; enfin tout eft 
fembiable , foit au dedans , foit au de- 
hors de la coquille , dans fa cavité ou 
fur fa convexité , dans fa fubdance ou 
fur la iuperficie ; d'ailleurs ces coquil- 
îaf^es fofiiles font fujets aux mêmes acci- 
deiis ordinaires que les coquillages- de la 
mer, par exemple, ils font attachés les 
plus peiits aux plus gros j ils ont des 
conduits vermiculaires, on y trouve des 
perles & d'autres chofcs femblables qui 
ont été produites par l'animai lorfqu'il 
habitoit la coquille , leur gravité fpéci- 
fique ert exadement la même que celle 
de leur efpèce qu'on trouve adueilement 
dans la mer ; & par la chimie , on y 
trouve ies mêmes chofes, en un mot ils 
refTemblentexademem à ceux de la mer. 
Voyei Woodwardr page 1 ^, 

J'ai foiîvent obier vé moi-m.cme- avec 
une eipèce d'étonnement , comme je l'ai 
déjà dii^ des montagnes entières, d^è 

T V 



44 2 Hîjloïre Naturelle, 

chaînes de rochers , des bancs énormes 
de carrières tout compofés de coquilles 
& d'autres débris de^produdions marines 
qui y font en fi grande quantité , qu'il 
n'y a pas à beaucoup près autant de 
volume dans la matière qui les lie. 

J'ai vu des champs labourés dans lef- 
quels toutes les pierres étoient des pé- 
toncles pctrifiés , en forte qu'en fermant 
ies yeux & ramaffant au hafard on pou^ 
voit parier de ramafler un pétoncle : j'en 
ai vu d'entièrement couverts de cornes 
d'amnion, d'autres dont toutes les pierres 
étoient des coeurs de bœufs pétrifiés ; & 
pius on examinera la terre , plus on fera 
convaincu que ie nombre de ces pétrifi- 
cations eft infini, & on en conclura qu'il 
eil impoiîible que tous les animaux qui 
habitoient ces coquilles , aient exiftc dans 
ie même temps. 

J'ai même fiit une obfervation en 
cherchant ces coquilles, qui peut être 
de quelque milite, c'eft que dans tous les 
pays où l'on trouve dans les champs & 
dans les terres labourables un très-grand 
nombre de ces coquilles pétrifiées, 
€0!iiine pétoncles, cœurs de bœufs, &c« 



Théorie de la Terre. 443 
entières, bien confervees, & totalement 
réparées , on pem être afluré que ia pierre 
de ces pays e(l géli(fe : ces coquilles ne 
s'en font réparées en fi grand nombre que 
par l'adion de la gelée, qui détruit la 
pierre & laifle fablillcr plus long-temps 
la coquille pétriiiée. t r /ri 

Cette immenfe quantité de lollUes 
marins que l'on trouve en tant d'endroits , 
prouve qu'ils n'y om pas été tranCportes 
par un déluge ; car on obierve plufieurs 
milliers de gros rochers & des carrières 
dans tous les pays où il y a des marbres 
& de la pierre à chaux , qui (ont toutes 
remplies de vertèbres d'étoiles de mer, 
de pointes d'ourfins , de coquillages <Sc 
d'autres débris de produélions mannes. 
Or fi ces coquilles c[u'on trouve par-tout 
eufTent été amenées iùr la terre sèche par 
un déluge ou par une inondation , la plus 
p-rande partie feroit demeurée lur la lur- 
^ice de la terre , ou du moins elles ne 
feroient pas enterrées à une grande pro- 
fondeur , & on ne les trouvercit pas 
dans les marbres les | lus lolides à lept 
ou huit cents pieds de profondeur. 
Dans tomes les curiièies , ces coc[uil[es 

T vj 



jj.^^ Hifloire Nûtureïïe, 
font partie de la pierre à l'intérieur , Se 
on en voit quelquefois à l'extérieur qui 
font recouvertes de ftaladites qui, comme 
l'on (iiit, ne font pas des matières aufîr 
anciennes que la pierre qui contient les 
coquilles ; une féconde preuve que cela 
n'eft point arrivé par un déluge , c'eft 
que les os , les cornes , les ergots , ïts 
'ongles , &c. ne Te trouvent que très-rare- 
ment , & peut-être point du tout, ren- 
fermés dans les marbres & dans les autres 
pierres dures, tandis que fi c'étoit l'effet 
d'un déluge où tout auroit péri, on y 
devroit trouver les rcftes des animaux de 
3a terre aiiffi-bien que ceux des mcrs^ 
Voye:^ Ray s D'ifcourfes , page ij8 if 
fui van tes. 

C'eft , comme nous l'avons dit , une 
fuppofnion bien gratuite , que de pré- 
tendre que toute la terre a été difloute 
dans l'eau au temps du déluge ; & on ne 
peut donner quelque fondement à cette 
idée , qu'en luppoiant un iecond mi- 
racle qui auroit donné à l'eau la pro- 
priété d'un difîolvant univerfel , miracle 
dont il n'ell fait aucune mention dans 
FEcriture fume ; d'iiiileurs ^ ce qui 



Théorie de h Terre* ^445 

anéantit la fuppofîiion & la rend même- 
contradidoire , c cO: que toutes les ma- 
tières ayant été did'outes dans l'eau , ies 
coquilles ne l'ont pas été, puifque nous 
ies trouvons entières &: bien confervées 
dans toutes lesmafTes qu'on prétend avoir 
été difToutes , cela prouve évidemmeni 
qu'il n'y a jamais eu de telle diilolution , 
& que l'arrangement des couches hori- 
zontales «& parallèles ne s'eft pas fait en 
un inftant , mais par ies fédimens qui le 
font amoncelés peu à peu , & qui ont 
enfin produit des hauteurs confidérabies 
par la lucceffion des temps ; car il eft 
évident pour tous les gens qui fe donne- 
ront la peine d'obferver, que l'arrange- 
ment de toutes les matières qui com- 
pofcnt le globe , efi l'ouvrage des eaux ;■ 
il n'eft donc queftion que de favoir fi 
cet arrangement a été fait dans le même 
temps : or nous avons prouvé qu'il n'a 
pas pu fe faire dans le même temps , 
puifque les matières ne gardent pas 
l'ordre delà pelanteur fpécifique & qu'il 
n'y a pas eu de diffolution générale de 
toutes les matières : donc cet arrancremient 
a été produit par les. eaux ou plutôt par 



44^ Hijlohe Naturelle. 
les fédimens qu'elles ont dcpofe's dans îa 
lucceffioii des temps: toute autre revo- 
limon , tout autre mouvement , toute 
autre caulè auroit produit un arran- 
gement très-différent; d'aiiieurs un ac- 
cident particulier , une révolution ou 
un bouleverfement n'auroit pas produit 
un. pareil effet dans le globe tout entier, 
&: il l'arrangement des terres & des 
couches avoit pour caufe des révolutions 
particulières & accidentelles , on trouve- 
roit les pierres & les terres diipolées diffé- 
remment en différens pays , au lieu qu'on 
les trouva par-tout dilj:)olées de même 
par couches parallèles, horizontales, ou 
également inclinées. 

Voici ce que dit à ce fiijet l'Hiflorien 
<Je l'Académie , année i yi S , page ^ 
& fu'iv, 

c< Des vefliges très-anciens & en tres- 
sa grand nombre d'inondations qui ont 
5J dû être très- étendues fe), & la manière 
3> dont on eft obligé de concevoir que 
53 les montagnes fe font formées (f)i 

(t) Voye2 \t% Mémoires fage 2 S y, 
(f) Voyez l'Hift.de 1703, jhtge 22; de 170^, 
y^gij^; àciyoB,jhi^e^^; & 4e 171 6, page S, b'c» 



T/iéorîe de la Terre, 447 
prouvant aiïez qu'il eft arrive autrefois ce 
à la lurtace de la terre de grandes révo- ce 
iutions. A utant qu'on en a pucreulèr, ce 
on n'a prelque vu que des ruines , des ce 
débris , de vaftes décombres entafies ce 
pêle-mêle , & qui par une longue luite ce 
de fiècles le lont incorporés eniemble ce 
& unis en une lèule malTe le j:)lus qu'il ce 
a été poffible ; s'il y a dans le globe ce 
de la terre quelque efpèce d'organila- ce 
tion régulière , elle eit plus profonde, ce 
& par conléquent nous iera toujours ce 
inconnue, & toutes nos recherches ie ce 
termineront à fouiller dans les ruines ce 
de la croûte extérieure , elles donne- ce 
ront encore afîez d'occupadcn aux ce 
Philolbphes. ce 

M . de Juflleu a trouvé aux environs ce 
de Saint-Chaumont dans le Lyon- ce 
nois , une grande quantité de pierres ce 
écailleufes ou feuilletées , don prcfque ce 
tous les feuillets portoient iur leur ce 
fuperficie l'empreinte ou d'un bout de ce 
tiore , ou d'une feuille , ou d'un frag- ce 
meut de feuille de quelque plante ; les ce 
repréfentations de feuilles étoient tou- cç 
jours exademcnt éicndues, comme fi ce 



^44-8 Hifloire Naturelle. 
•^ on avoit colle les feuilles fur les pîerfési 
■*> avec la main , ce qui prouve qu'elles 
hr> avoient été apportées par de l'eau qui les 
•^ avoit tenues en cet état ; elles étoient 
55 en différentes fituations , & quelquefois 
o) deux ou trois fe croiioient. 
'55 On imagine bien qu'une feuille 
*33 dépofée par l'eau fur une vale molle, 
'^ & couverte enfuite d'une autre va(e 
T> pareille , imprime lur l'une l'image de 
33 l'une de fes deux fur faces & fur 
35 l'autre l'image d'e^ l'autre furface , de 
35 forte que ces deux lames d-e'vafe étanî 
35 durcies »8c pétrifiées, elles porteront 
35 chacune l'empreinte d'une face diffé- 
35 rente : mais ce qu'on aurort cru devoir 
35 être, n'ell pas, les deux lames ont 
35 l'empreinte de la même face de la 
35 feuille , l'une en relief, & l'autre 'en 
35 creux. M. de Juflieu a oblervé dans 
35 toutes ces pierres figurées de Saint- 
35 Chaumontce phénomène qui efl: affez 
35 bizarre ; nous lui en laiffons l'expîi- 
35 cation pour pafîer à ce que ces fortes 
35 d'obtervations ont de plus général <& 
35 de plus intéreilant. 
i* Toutes les plantes gravées dans les 



Théorie de h Terre. 449 
pierres de Saint-Chaiiinont font des ce 
plantes étrangères, non-leulement elles ce 
ne retrouvent ni dans le Lyonnois , ni <« 
dans le refte de la France, mais elles ne ce 
font que dans les Indes orientales & dans te 
les climats chauds de l'Amérique , ce ce 
ibnt la plupart des plantes capillaires , «c 
& fouvent enpardculier des fougères, c< 
leur tiffu dur & ferré les a rendu plus ce 
propres à fe graver & à le conferver ce 
dans les moules autant de temps qu'il a ce 
fallu. Quelques feuilles de plantes des ce 
Indes imprimées dans des pierres d'Aï- ce 
femagne , ont paru étonnantes à M. ce 
Léibnitz (g) , voici la même merveille ce 
infiniment multipliée ; il fenible mêine ce 
qu'il y ait à cela une certaine afîe^lation ce 
de la Nature , dans toutes les pierres ce 
de Saint-Chaumont on ne trouve pas ce 
une feule plante du pays. ce 

Il eft certain par les coquillages des ce 
carrières & des montagnes , que ce ce 
pays, ainfi que beaucoup d'autres, a ce 
dû autrefois être couvert par l'eau de la ce 
mer; mais comment la mer d'Ame- c< 

Ù). Voyez i'Hifî, de 170^; J^^g^ ^ ^ S^^H 



'450 HiJIoire Nawrelk, 
3> riquc ou celle des Indes orlentaks y 
3> eft-elie venue ! 

3s On peut , pour fluisfliire à plufieurs 
» phénomènes , fuppofer fi\ ec aflez de 
3s vraifemblance que la mer a couvert 
3î tout le globe de la terre , mnis alors il. 
^ n'y avoit point de plantes terreftrcs , & 
33 cen'eft qu'après ce temps-là, & lorf- 
3' qu'une j^artie du globe a éié decou- 
33 verte , qu'il s'cft j3U fliire les grandes 
33 inondations qui ont tranfporte des 
33 plantes d'un pays dans d'autres fort 
33 éloignes. 

35 M, de Jufîjeu croit que comme le 
33 lit de la mer hauiTe toujours par les 
33 terres , le limon , les fables que les 
>î rivières y charienr incefîîimment , des 
33 mers renfermées d'abord entre certaines 
3> digues naturelles, font venues ri les 
33 furmonter & fe font répandues au loin ; 
33 que les digues aient elles-mêmes été 
« minées par les eaux 64 s'y foient ren- 
33 verfées , ce fera encore le même effet 
33 pourvu qu'on les fuppofc d'une gran- 
-ï5 deur énorme. Dans les premiers temps 
55 de h formation de la terre , rien n'avoit 
5> encore pris une forme réglée & ari ctée, 



Théorie de la Terre • 451 

il a pu ie faire alors des révolutions ce 
prodigleufes 6t fubites dont nous ne ce 
voyons plus d'exemples , parce que ce 
tout eft venu à peu près à un état de ».t 
confiflance, qui n*e(t j)ouriant pastel «. 
que les changeinens lents ai j)eu confia c« 
dèrables qui arrivent , ne nous donnent «.c 
lieu d'en imaginer comme j^oiïjblei tt 
d'autres de même efpèce , mais plus ce 
griuids & plus prompts. .x 

Par quelqu'une de ces grandes v, 
révolutions, la mer à^i> Indes , Ibit <.«; 
orientales , foit occidentales , aura été ce 
pouflee jufqu'en Europe, & y aura ce 
apporté des plantes étrangères flot- «.e 
lautes fur les eaux , elle les avoit arra- ce 
chécs en chemin de les alloit dépo^r et 
doucement dans les lieux où l'eau t« 
n'étoit qu'en peùte quantité & pou voit ^% 
s'évaporer w. 

Fl N du ptmkr Volume* 



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