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Full text of "Oeuvres de François de La Mothe Le Vayer"

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OEUVJIES 

DÉ FRANÇOIS 

DE LA MOTHE 

LE VAYER, 

COlSrSEILLÎR D'ETAT,&c 
Kouvdle Edition revue & augmentée. 
Tome FIL Partie t. 




'^'^^m^ 



aoec PrioUèges. 



imprimé à Pfo^cn> 

& fe trouve à Dresde 

chez M I CH E L G R O E L L. 

MDCCLVnt '7 



». :* _ , ' '0 



innnntmnnnni 



AVERTISSEMENT. 

^^To» fiMiffins enfin de retepUt nôtre engagé^ 
-'•^ 'menty en damant Jant ce Jetnier Tomep 
lajidte des Lettres de nôtre Auteur. . CtMme 
elles font dans le même genre queAes jnrëcfdaïtes^ 
nous ne pouvons que nous en rapporter aux Ré-- 
mmrques que nous ai;ons inférées dans la premier 
re Partie de ces Compùfitions^ oilfouventfa ma^ / 
tiere^ qmiq^ilevfê ^ fi altère enrienlafimptid* 
t€^ ou même la na'iveti du Style epiftolaire. 

Comme toutes ces Lettrer^ loin dtitre des 
fixions ou des produSitms du caprice SAuteur^ 
ont Aé réellement écrites à diverfesperfonneSy il ' 
pourrait fe trouver des Critiques qui demande, 
roienty pourquoi tùiifiy voit pas 1er ntnns àices' , 
perfinnesy ce qui ne laijfiroit pas de répandre 
un certain jwyjùr ces mêmes Lettrés. A cet- . 
te diffiailfé il nousftiffit de répondre^ dl" après . 



AVER TISSÉ MENT. 

f Auteur même y que s" il eut mis à la tête de cha. 
cune de f es Lettres les noms desperfonnes diftinr 
gui es ou par leur rang^ ou par leur mérite y 
• auxquelles elles étaient adrejjèes^ U ftaifroitpas 
manqué y de façon ou d'autre^ et en naître tSt ou 
tard ^Ique germe Je jaloupey puisqu'il 9^étolt 
pas praSicable quil eût pu les louer (m en pro- 
portion y ou au gré de cbacun^ ^, comme une 
réplique dans ce goût de la part deJAuteurfe 
trouve des phis peremptoiresy nous nous gardons 
d^y rien ajouter. - Nous nous flattons au refte^ 
que tout le&eur impartial ntms Jour a quelque 
gré de s Joins que f\ous nousfonimes donnés pour 
rendre cette Edition des Oeuvrer du célèbre La 
Mothe le Foyer autant correEle qujont pu leper* 
mettre les circonfiances dû tems. 










DE 

LA RETRAITE DE LA COUR. 

LETTRE XCIV. 
MONSIEUR, 



il J 'i^ ^^^^ avouô^ que la PhiIo(bphid 
9IJ£caufe quelquefois ^es emporcemens 
^^^^ d'efprit^ & des bouleverfemens de 
cervelle, qui font faire d'étranges équipées* 
Ses Néophytes fur tout y font fujets, qui n'bnc 
pas encore TcAoniac allez fort, pour digérer 
îès maximes, dont les fumées leur troublent 
Fimagination, & les renîdent femblables à ces 
jeunes oifons> à qui la tète tourne après avoir 
mangé de la Cigu& Mais que vous aies fu^ 



a LETTRE XCIV. 

jet là deffus^de condanner cette retraite de la 
Cour,' & ce retour dans la vie Phtlofophique 
& privée de vôtre ami, qui cherche le port 
après 'avoir éprouvé la tempête , c'eft ce que 
^je ne puis vous accorder. Quoi ? il ne iëra 
jamais permis de quitter un chemin dapgcareux 
& qui déplaît, pour fuivre un fentier agréa- 
ble, parce qu'une infinité de peribnnes, qui 
s'étoient engagées dans lè premier, y conti- 
nuent leur route, s'opiniâtrant à n'en point 
ibrtir? Il n'y aura plus de moien de fe mettre 
en liberté, après avoir éprouvé la rigueur de 
la fervitude, & 3e dire Crates.Cratetem maim- 
fmttity à caufe qu'il y a de certains change- 
mens qui témoignent quelque légèreté? Et 
fans parler des Diocletieqs, ni des Âlphon- 
fes, il fera licite à une Reine fpirituelie, à' 
une Héroïne du Nort, d'abandonner un Sce- 
ptre & de renoncer à uneCouronne pour con- 
tenter plus commodément les curiofités (lu- 
dieufes, aumêmetems, qu'on condannera 
d'inconftance celui, qui fe veut dépêtrer de 
je ne fai quels attadiemens de Cour, & s'é- 
loigner de la Sicile comme Platon, pour fe 
jetter ians le repos de l'Académie ? Car de 
dir^ comme vous faites, qu'on peut philo- 
fopher par tout , & qu'il n'y a point de lieu^ 
où \m efprit bien-&it ne trouve fon repos. 



DE LA RETRAITE DE LACOIJR. 3, 

& ne puiflfe établir une cfpece dé (blitudé; 
c'cft prononcer quelque chofe de véritablei 
mais ce n'eft rien avancer contre ladlion que 
vous, reprenés. Bien qu'on puiffe par abs* 
trai%oii d'efprit converler folitairement a^ 
vcc foi même dans le fort d^nc preffe, & au 
milieu des plus grandes aiiemblées > fi ed-il 
vrai pourtant, que cet entretien îhterieur eft 
bien plus commode & plus avantageux aux 
ames^ qui s'y plaifent, dans un lieu de repos 
& qui ne reçoit point de difbracflion. > Vou- 
lés vous fàvoir quels fontles^plus grands Phi- 
lofophes, que j'aie reconnus à la Cour^ & 
ou fe terminent leurs plus fortes reiblutions? 
Souvenés- vous de ces anciens Etpiftiques, qui ^^•** 
mettoient le foûvprain bien dans l'E^erance,*^^/ 
ËiDS laqudle la vie leur fembloit intolérable» 
vous en prradrès par là une idée la plys jude 
que vous iauriés concevoir. £p effet ce font 
ces/Vrfffli&iiffxdesEfpagnoIs, ces Antipe- 
lagiens de Cour , qui attendent tout de la Ch:a- 
ce^ dont iè forme le plus confidérable des 
corps, qui la compolent, & de qui vous ap- , 
prendrés a mettre la dernière félicité dans une ^ 
chimère de l'avenir, ou de biens futurs, Qu'ils 
ne ie laflent jamais d'eiperer. S'ils philofo* 
^ent bien ou mal, je ni'en rapporte au pro- ' 

vert)e de Salomoti, «^^ qua(&ffertur^ (^Ugit 

AJj 



4 LE T T R E XCIV. 

ûnimam ; & à ce raifbnnement de Seneque ^ 

qu'une diole abfente ne peut pas faire un bien^ 

qui pour être véritable doit être préfent, ^> 

fyilt.19* nefcit hoc ipfo non ejfe honum id quod futur um 

. efiy quinfutumm tft. Cependant vous rie 

pouvés fouffnr qu on ait abandonné une il 

perilleufe demeure, ni qu'on ait renoncé à 

de fi mauvaifes maximes. En vérité je vous 

^ croiois plus éloigné ou de Terreur, ou de 

rinjuftice. 

Vôtre ami, dites -vous, n'étoit pas encore 
dans un âge, qui l'obligeât de quitter, avec 
le fervice de laCour, les avantages, qu'il 
s'en pouvoit promettre. Vous euffiés donc 
voulu, qu'il eût atteqdu la dernière heure de 
fa vie, pour commencer à vivre fans vous 
ibuvenir du mot de Laberius, 

Nil turphii quant vivere incipiens fenex* 
Ne favés* vous pas bien, que ce dedin eft fi 
QmmiL prompt, qu'à peine donne-t-il le loiftr de 
dtd. Iq reconnoitré, non àecedit fuprema vita , fed 
corruit , l'ombre de la mort nous furprenant 
alors tout à coup , comme celle des lon- 
gues nuits couvre d'obfcurité prefqu'en un 
inftant ceux , qui vivent foiis l'un ou fous 
Fautré Pôle) puifque nous fommes à prefent 
iiflfurés, qu'ils ne font pas enrierement dé- 
pourvus d'habitans. En vérité c'eft le plus 



> 



DE LA RETRAITE DE LA COUR, ç 

hoQCeiK reptodié, t]u'on puiffe^fifire à uq 
homme de fa forte y de dire de lui , Jènejcit, 
b'fi nejck; comme ceft au contraire le té- 
moignage d'une vertu cohibmmée; deqult^ 
ter raâion avec quelque relie de vigueur y&c ^ ^ . 
avant qu'elle nous abandonne y optimus vir- 
tuiis finis, efi ottteqiuam deficias\ d^Jmert. Si 
nous avions le privilège des Serpens, & des - ' 
poiffons Pagui'es^ qui quittent, dit Eïien,^;J;; 
les premiers avec leur peau , les féconds a- m. ^.M 
vec leurs écailles, toutes les incomnoodités^ ^*4^ 
de la vieillefle , je vous avoué, que je confen- ' 
mois peutètre à cette continuation obftinée 
de lërvitude, que vous impofés à vos amis. 
Mais quoi, la Namre ne noU$ a pas fait tant 
de grâce, s'il y en a' dans la continuation 
d'une mifere, & cette Venus Ambologere 
nousmanque, qui retardoit, finousencroions 
Faufimias, la caducité des Lacedémoniass. ^- f • 

Sales oçcidere £?* redire pojjunt^ 

Nobis cumfimel occhlit Irevis lux^ CatulL 

Nox eftperpetun un a àormienâa^ 

Quittes donc cette dureté trop audere , & 
qui, fous une apparence de bonne volonté, 
a plus de rigueur que les loix mêmes faites 
pour la contrainte de nôtre liberté. Lex à Seu. 1 1. 
^quinquagefimo armo militem non cogiiy àfexa-^^^^^* 

A ii] 



, 6 LETTRE XCIV. 

gefimpSenatarâmnoncitaf; difficilm hommes 
itfe atkan impétrant quam a lege. 

Mais avoucs-le frafichement , vous vous 
êtes laiflfé emporter cette fois à Tophiioa po- 
pulaire , & le jugement indifcret de la raujd- 
tude vous a empêché de vous fervir du vôtre 
à la décharge de vôtre ami. Ceft ainfi que 
les préventions Ibnt puiflfantes fur les efprits 
mêmes les plus éclairés, & qui d ailleurs ont 
le plus d'inclination pour k belle Philofophie. 
La feule conifidération du recouvrement de 
la liberté, ne devoit elle paâ être fufiîlànte 
pour vous faire approuver fon aâion ? Car 
quelques douceurs qu'on reifente quelc^ue* 
fois dans fa perte, ce ne font que des amertu- 
mes à un efprit généreux, rien ne la pou- 
vant recompenfer. Les Egyptiens avoient 
beau rendre mille honneurs à ]pur Apis, le 

Plmar. m crever de bonne chère, & lui rcnouvelier mô- 
*•'"' me fes voluptés par de nouvelles noces, il 
ne laKToit pas de leur témoigner avec mille 
gambades, que la privauon de fa liberté lui 
étoit infupportable. Et pour moi je foulcri- 
rois toujours à ce que dit le Loup famélique 
de TApologue.au Chien d'attache, qui regor- 
geoit d'embonpoint, 

^y Regnarenolo^ liber ut non fim mihL 

' ^' Vous me répondrés peutêtrc, fi vous êtes 



DE LA JŒTRAITE DE LA COUR. 7 

en humeur de défendre le fentiment du vul* 
gairé, que l'un étoit un veau, & que le fécond 
nétottnon plus qu'une bête. Mais revenés 
un peu à vous 9 & conlidérés (î une vie pafTée 
dans la plus profonde tranquillité des Kvres^ 
ne devoit pas vous Faire plaindre celui > dont 
nous parions , fur tout dans l'arriére (aiibn , 
ou iLlè trouve parmi les dnresxhaines & les 
pelantes contraintes de la Cour; ' 

lieu quam miferum eftfervire diJcerCy ubifit 
âoSus dominarier ! 
pour lui appliquer encore ce mot de Labe* 
nus qui lui convient fi bien. 

Afin de vous remettre un peu dans le train 
d'une Philofophie , que vous préfériés autre- 
fois, tant pour le divertiflement, que pour 
Tufage, à toute autre; je veux vous com- 
muniquer ce que mes dernières leéhires 
m'ont fait remarquer en faveur de la fufpen- 
fiCHi d'efprit , qui nous devroi,t tous empê- 
dier de condanner témérairement & trop à 
la hâte, ce qu'une infinité d'autres perfohnes 
fort fenfées approuvent, par un raifonne^- 
ment, qu'ils penfent valoir bien le nôtre. 
R^aflânc depuis peu fur l'Hifloire de Maffée, 
îepnsplaifir avoir ce qu'il rapporte des Ja- 
ponois, pour prouver, que par une certaine 
Êçon de parler ils peuvent ^être nommés nos Ii(. »- 

A «Il 



$ l,E.TTliE xçrv. 

Antipodes. moraiur. Ils vont tous, dit*il, 
tête nuâ hommes & femmes, & au lieu, que 
nous taluons ceux, que nous voulons hono- 
rer en nous découvrant la tête, ils mettent à 
^lêraie fin Iç pied hors de leurs fandales par 
refpeâ, Nous nous levons pour recevoir 
lios amis avec civilité; eux, fç tiennent aâis 
poiir ççla , ce qu'ils appellent s'humilier, 
'Le noir leur eft, comme à beaucoup d'autres 
peuples, une couleur derejouKIance; le blanc 
au contraire leur fert 9u deuîl , lors qu'il 
yçulent témoigner, qu'ils fotit dans Taffliâi- 
on. Auffi mettent ils la beauté de leurs 
dents à être fort noires, prenant plus de foin 
de fe les rçndre telles par artifice que les plus 
i^urieux d'entre nous n'en ont pour les avoir 
blanches. Leur Odorat fuit prefque généra- 
lement tout ce qui plait au nôtre, . & c'eft 
peutêtre cç qui efl caufe , qu'au lieu que nos 
médecines font fi puantes & fi ameres , les 
leurs paroilTent très agréables -^ & fentent, 
comme jl l'aflure , fort bon. Leur Goût 
n'eft pasl moins différent du nôtre à l'égard 
4es viandes & du breuvage , ne buvant ja- 
inais que chaud , ce qu'on dit qui les exemte 
de la Goutte , & de la Qravelle. Pour ce 
qui efl de l'Ouïe , il aiTure , que nous ne 
pourriQQs p9s ibui&ir leurs mufiqueS) Se que 



DE LA ÏŒTRAITE DE LA COUR- 9 

nous prendrioiis pour jdes dUTonances , ce 
qui oofDpole leucs plus agréables Tympho-^ 
nies. La plupart de leurs adtions ne diff^ene 
pas moins des nôtres , ce qui témoigne un 
principe de railbnnement fort contraire à ce^ 
lui dont nous nous fervons. Ils montent à 
dieval prenant ion côté droit, tout au re^ 
bours de nous , qui prefque toujours choiliG 
Ions \p gauche. Nous nous iâifons (buverït 
tirer du làng , ou par neceffité , " ou par pré^ 
caution ; eux croient cela (i fort contre na<i 
ture qu'ils ne le pratiquent jamais. Nous no 
préfentons guères aux malade^ que des alti ^ 
mens bien cuits , & peu falés ; leur métho^ 
de eft de les leur donner crus , avec chois 
des plus acres. , & dàs plus làlés. Les pou- . 
lecs & autres volatiles de Ëicile digeilion font ' 
aufli la plus ordinaire nourriture de nos infir- 
mes; ils préfcri vent aux leurs Tufage des 
poîâbns^ des huîtres, & des autres coquit 
lages. Enfin il femble , que Dieu & la l4tu^ 
re le (oient plus à rendre cette partie du mon* 
de> quliahitent les Japonois, fi différente 
en toutes choies de la nôtre , que comme 
Maffée avoit d|éja remarqué un peu aupara- 
vant ; les Plantes mêmes y font d'un tempé- 
rament Ç\ éloigné de celui des Européennes, 
qu'on y voit un arbre anonyme, ou pour le 

A V 



lo LETTRE XCIV. 

y moins qu'il tie nomme point , è qui la pluie 
eA mortelle y & que la moindre humidité 
fiit^'deflecher; le fëul remède pour Tcmpê- 
cher de périr étant d'expofer fa racine au So* 
leil y Se Taiant ainfi delTechée de l'enterrer 
dans une nouvelIe^ fofle pleine de gravier 
bien fec , ou même de l'escorcer du fer ^ ce 
^ qui le fait reverdir. 

Sans mentir ce font de merveilleules an- 
tithefes & qui font, que la raifon des hom* 
mes, dont plufiéurs croient Tunifôrmité^ 
reçoitpar leur antipathie, & par leur diffé- 
rente conftitution de grandes diverfttés. 
Voici d'autres obfervations , qui tendent à 
- même fin , & qui pour être prifes ailleurs^ 
ou poijir être fondées fur d'autres autorités^ 
ne prouvent pas moins que les remarques de 
MafiFée , la variété & V inhabilité du raifon- 
nt;ment humain. Les Chinois voifins des 
Japûnois ne fe trouvent jamais ^ quand ils 
font feAin à leurs amis , au banquet qu'ils 

Martim. leur ont préparé. Les Tartares, qui les 
confinent, portent à la vérité Iç cimeterre au 
côté gauche comme nous 1 epée , mais la 
pointe en eA devant, & la poignée derrière 
le dos , de forte qu'ils le tirent du fourreau 
en paflant la main droite parderriere. Ces 

XlF.ns. deux Nations fe font fouvent des guerres 



DE LA RETRAITE DE LA œUR. ii 

mortelles pour leurs cheveux y que lesl^ar* 

tares veulent contraindre les Qiinois de cou^ 

per. La plus grande de toutes les infamies 

chez les Turcs , & qui furpafTe celle du 

(buët, c'eft de couper à quelqu'un la croupiCf 

re de fbn che vaL Leurs Fauconniers portent 

<»:dinairement l'oifeau fur le poii^ droite 

contre la coutume des nôtres. Et les mè- L ?. e. tf. 

mes Turcs , dit Homius , conviennent en ^J^_ 

cela avec les Américains y que pour bien té; Im 

moi gner leur joie à la venuË de quelque ami^ 

ils fe tirent, du fàng de plufieurs parties de 

kur corps. Ces derniers ne fe moquent • ils 

pas de nos promenades , audi bien que les 

Moièovites & affez d autres , comme de là 

plus haute fottife^ que Thomme puiflte faire, 

ce qui eft fort outrageux au Péripatetifme ? 

£t n'improuvent-ils pas nôtre Ëiçon de ramer, ' 

& de montrer le dos au lieu où nous voulons 

aborder y aiant quant à eux le nés toujours 

tourné vers le devant de leurs Pirogues oU 

vaiiTeaux ? Nous attribuons avec juÀice le 

malheur de Juifs , & leur perfecution univer- 

felle y à celle dont ils ont ufé envers nôtre 

Seigneur. Un Religieux Carme dans fon It}- L t. <. t. 

neraire Oriental obferve, qu'ils rejettent ar 

vec blafpheme cela fur lui , parce qu'étant 

de leur Nation il a oféfe dire Dieu. Lemè* 



L. 

c 



18 LETTRE XCIV. 

me vous fera voir, comme les Caffiresd'Afri* 

aue montent fur un arbre leurs pères , quand 
s font vieux ) qu'ils font tomber après ea 
îe fecoflant pour les dévorer , avec cette rail- 
lerie^ que ce font des fruits mûrs , qu'il 
efi tems de mai^er. Le Jefuite Jarric rappor- 
te à peu près la même chofe des habitans 
'• '*-/'• de. risie du More , qui eft des Moluques , & 
ou quelqu'un voulant Eure bonne d^re à. les 
amis emprunte fouvent le père de fon voifia 
pour le leur (aire manger; à la charge de 
l'accommoder d^ (ien à la pareille. « En vé- 
rité la Sceptique eil excellente à nous Êiire 
remarquer les inconcevables bizarreries de 
Telprit humain , pour ne nous y fier jamais, 
& pour tenir toutes nos certitudes du CieL 
Cependant quoique vous foies très inftruic 
de tous les moins de fon Epoque » je veux 
dire de toutes les régies y dont elle le fert> 
«pour établir ikrfulpendon d'efprit , vous ne 
JaiflTés pas de prononcer définitivement con* 
tre vôtre ami fans Toulr , & par un* préjugé 
populaire , qui Tobligeoit à ne pas renoncei: 
comme il a fait à de fi grands avantages , 
qu'il fe pouvoit promettre de la Cour. Je 
n ai plus que deux mots à vous dire là defilis * 
jjj^ ^ ^ L'un , que Pétrarque met Ladance Firmiei i 
rtmd. entre ceux , que la pauvreté a pu incbnuno- 



DE LA RETRAITE DE LA COUR. 13 

dcr , nonobAant qu'il eût été préœpteur de «^- f^\ 
Crifpus fils de Ccmftantin. L'autre, que^*'''^' 
toute coocrainte donne de l'affliélion en quei« 
que lieu qu'on fe trouve , félon le vers d'Eve- 
nus , que nous aurions perdu \ fi Ariftote 
n'avott pris la peine ^e le fauver du naufrage^ j Mtt^f. 
queks autres ont fait, ^V-/- 

Uâf yctp' dvayKcCjov ir(dYfi avuipov ê^ 

Omnis enim necejjhria res y triftis eft. 

Mais defirés-vous confioitrc jufqu'où iiettô 
maxime s'étend ? Si les plus belles études, 
ou l'eTprit s'entretient Ç\ douœment y ne font 
accompagnées de toute liberté , elles l'affli- 
gent plus y qu'elles ne le recréent. C'cft iifr 
cela qu'eft fondé le jugement, que fait Apu- imFUr. 
lced'Arion& d'Orphée^ qu'il appelle niile- 
rablcs, nonôbfknt la gloire du dernier , d'a- 
voirrradufenfiblesàËi voix jufqu'aux bois & 
aux rochers , & malgré, celle du premier de 
s'être vu porté par des'^Dauphins, quilefaû* 
verent du naufiPage, charmés par la mélodie 
defeschanibns. Saraifoneft, que l'un & 
l'autre n'emploièrent que par néceffîté Tex^ 
celleoce de leur chant , & dans une contraia^ 
te , qui n'eft )amais exemtede quelque forte 
âe mortification , ambo ^m/èrrimi cantons^ 
ymrnnjpante adiaudem , fednecejfario ad fa-. 



» 



14 LETTRE XCIV. 

"lutem nitehantur. Vous favcs bien fans moi 
firire rapplicadon de cette mythologie , Se 
fiins qu if foit befoin y que je rende pour cela 
cette lettre plus longue. 



DE 

LA FIDELITE ROiMAINE: 

LETTRE XCV. 

MONSIEUR, 

rneTut jamais que la raifon d'Etat, quiêft' 
celle de l'intérêt, ne l'emponât fur toute 
forte d'autres conlîderations. Les Nations 
en général ont fans doute convenu de ée 
principe politique, & s'il y a eu quelque di£^ 
férence entre elles à cet égard, ce n'a é^ que 
(eloiî le plus & le moins. S'il ne vaut mieux 
dire , que la di veHité de leur procédure- n'a 
paru, qu'autant qu'ily en a eu quelques unes, 
qui ont fcû mieux couvrir leur jeu que les 
fiutres, & que les plus adroites ont emploie 



DE LA FIDELITE' ROMAINE. ly 

plus d'art à déguifer lïniuftice de leurs a^ 
âions intereflees. Cependant les Romains 
ont voulu prendre cet avantage^ d^avoir éc^ . 
de tous les peuples de la terre les plus fidelesi 
& les plus religieux obfervateurs de réquité. 
Ceft ce qui fit dire à PomJ>ée, & depuis à . 
Trajan, que TEmpire Romain n'étoitlioiité, 
que par la Juflice ; ' les mers , les fleuves ^ & 
les montagnes étant autrement de trop (bi« 
blés bornes^ pour arrêter Ton étendue. Et^ 
c'eft ce qui a fait écrire fi hardiment à Aulu* 
Gelle, que le peuple de Rome n'avoit cultivé ^•''•^;'' 
aucune verm à l'égal de la Foi , (Minium vir^ 
tutum maxime fidem coluit populus Romatius^ 
tam privatim quam publiée^ fie clartjfimos vu 
ros hûftihus trodiderunt y &c. Sans mentir, 
leur Hiftoire eft pleine de beaucoup d'exem- 
ples , qui peuvent faire voir, <^u'ils n'ont pas 
toujours manqué de relpedl^our une Divini* Cie.j. de 
té y que Caton difoit avoir eu fa place dans^*^^*^ 
le Capitole auprès de Jupiter , ' afin de témoi- 
gner par là fon importance i & que Ton fait, 
qui étoit (acrée même entre les Pirates. Mais 
ils n'ont pu s'empêcher de prononcer par la 
bouche de leurs principaux Hifloriens , quoi- 
qu'avec inventive contre les autres Nations, ' 
la maxime qui étoit en cela le fondement de 
toute leur Politique. LaFoi, ditTite-Live,2}^^j./. 



16 LETTRE XCV. 

fbigneùfement gardée en des choies de peu 
^d'importance^ fe prépare les voies > &.eftle 
moien le plus prdpre, qu'on puîfle tenir, 
pour tromper après très utilement aux cho- 
ies de la plus haute importance : frausfiJem 
in parvk fibi prêeftruit y ut cum opéra pretiwn 
fit cum mer cède magna fallût. Et parce qu'il 
me ibuvient d'avoir déjà rapporté ce [mifiige 
dans rOpufcule du M enfonge, que vous avés 
TÛ^ )e m'abftiendrai de toute autre redite, 
vous fiippliant feulement de vous fouvenir 
des tours de foupleife, quej'yairepréfentés, 
& que ceux , dont nous parlons, ont fouvent 
emploies , pour interpréter à leur avantage, 
ce outils avoient fîrauduleuièment promis 
' ddns leurs Traités. Vous verres finiplement 
ici les exemples, que ma mémoire me pour- 
ra fournir, pour prouver b peu de cas, 
qu'ont fait les^Rbmains de garder Içpr foi, 
^ aurait de fois, qu'il aété queftion d'^^gran- 
dir leur Empire. 

L^iflbns à part le meurtre de Remus ; le 
raviiTement des Sabine^ y la calomnie de Tar- 
quin contre Tumus Herdooius, dont il cor* 
^^^ rompit les ferviteurs, qui cachèrent des armes 
parmi ion bagage ; & tout ce qui peut montrer, 
que l'injuflice & l'infidélité ont jette les pre- 
miers fondemens de la Monarchie Rooudne. 

Et 



\ 



DE LA FIDELJTEr ROMAINE. I7 

Etpaioe que ni les Carthaginois ^ ni les Gad« 
lois, ni les Macédoniens, ûl les Perfes, qui 
nous pouvoient le mieux inflruire là dcffus^ 
oe nous ont rien laifTé par écrit ; l'Uiftoire 
Punique de Philimis^ous manquant^ qui 
démentoit, dicPoIybci laLati1ie> &quiiu-- 
fbfioit par tout le bon droit de Carthagej 
ocMitentons-nousde ce que les Romains mê^ 
mes, ou ceux, qui les ont le plus favorifés, 
oot été contrains d'avouer, & commençons 
par Sailufle , qui a le premier rang entre eux* 
Dans ce peu qui nous refte de lui, la lettre 
de Mithfidate, pour porter Arface à prendre 
Ion parti , n'eft pas peu confidérable* 11 lui 
(ait voir par une infinité d'exemples ^ cômmâ 
la feule ambition de dominer, jointe à une 
extrême avarice, donne lieu à toutes les 
guerres des Romains: Il lui montre par l'ex-» 
emple de Perfes^ dernier Roi de Macédoine^ 
comme ik fe moquent de toute religion , & 
far tout de la fi» donnée , l'aiant f^it tuer en<< 
dormi, à caufe qu'ils lui avoient promis de 
ne lui (aire aucun mal de ion vivant, iîir ce 
ridicule prétexte, que le fommeil eil quelque 
diofe de moten entre la mon & la vie, a/mJ 
SamatAracas Deot acceptum^ m fiietn \ c alliai 
&* repertares perfidiay quJMpa&o vit a m Je Je* 
rantf. in/amnis occidîn : Et pout ConcluTlQH 



î 



ig . LETTRE XCV. 

il Taffure qu'ils ne cefferont jamflis'd'oppii- 
mer toutes les Nations , fdns leur garder au- 
cune parole, lors au ils croiront pouvoir 
s'enrichir de leurs dépouilles : Aamani mth 
mnes arma Aahentj acerrffma in eos quibus viéfis 
Jpplia maxumajiint ^ audendo^ ^faUendpy îf 
jO^C^r^^iZ/ï^jr^^/?/y^r«7iî. Et certes, ce Roi du 
faéii^y Pont; au(& bien que Poriena, quil'étoitde 
Tofiratie, & tous ceux, qui ont eu affisdre à 
eux, reconnurent bien par la voie deà 
aflaflins , jufqu'où s'étendoit la juftice & la fi- 
délité Latine. Car on ne peut pas dire , que 
cela fe fit par des particuliers , iàns que les 
Romains l'approuvaflent, puifque nous lifpns 
I^a.Jicdàns Tite Live, & dans Denis d'Halicarnaf- 
^ .fe, queMudiisCodrus, depuis iurnommé 
Scevola, communiqua fon.aflaffînat, avant 

Sue de le tenter , à leur Sénat , qui le trouva 
on; & qu'au lieu d'être puni à (on retour^ 
il en fiit recpmpenfé. A la vérité Flaminius 
reçût du blâme , fi nous en croions Âf^ien 
d€ heJBis Alexandrin, d'avoir &it empoilbnner Annir 
^' bal par Pmfias, fans Tordre duimème Sénat; 
niais ce fut, dit -il, parce que ce Général 
' n'étoit plus à craindre après la defiruétion de 
Carthage; nous apprenant ailleurs, qu'il fiic 
di hilSi longtems contraint de dianger tous les jours 
^nu. d'habit & de perruque', patoiâânt tantôt 



DE LA nDELlTE' ROMAINE. 19 



vicil& tantôt jeune, nonp^s, comme il a- 
joute, pourfe rendre admirable, mais fans 
doute pour éviter les afTaflins, qu'il fa voit lui 
être préparés* Car tous moiens étoient bons 
& légitimes aux Romains, quand il étoit 
quefHon , de fe dé&ire d'un ennemi tant foie 
peu redoutable, puifque le même Auteur ^e^UIr 
nous aflfure, qu'ils firent affaffiner Viriatus''^* 
pendant qu'il dormoit, aiant corrompu ceux^ 
qui éroient à lui , & qui furent les exécuteurs 
d'une fi détefhble aoion. Ils fe délivrèrent ^ ^ ^ ^ 
de la même façon de Sertorius, qui fe défioit btlkch. 
fipeudePerpennafonmeurtrier^ qu'il lenom^ . 
moit entre fes héritiers par le tefbment> 
trouvé parmi fes papiers après fa mort. 
Ceux, qui tomboient entre leurs mains, fe 
pouvoient fi peu fier aux paroles de bon trai- 
tement, que jufqu'aux femmes elles étoient ^ 
contraintes de fe faire mourir elles-mêmes^ 
ou par le fer, comme Ckopatre, ou par le 
poifon j comme cette déplorable Sophonisbè» 
Ptolomée, RoideCyprc, leur alUé apprenant^ 
que par la feule confidération de fes richefles, 
l'on avoit confifqué à Rome fon Roiaume^ 
s'empoifonna de même, connoiiTiinc'bien, 
qu'il n'y avoit point de quartier pour lui à 
efperer, & néanmoins ce fut Portius Cato^ 
cenu pour le plus vertueux & le plus homme 

Bij 



20 LETTRE XCV. 

de bien de cette ville > qui remplit le fifc de 
fk République d'un tréibr fi injuftement ac« 
quis; ce qu'on peut voir en termes exprès 
dans le petit Florus^ qui eft contraint de 
l|. <.^* l'avouer. Divitiarum Ptolemœi tant a erat 
famajnecfayhyUtviâorgentiumpopuluSytb^ 
dare régna confuetus^ P. Clodio Trihuno dit- 
. ^^> fi^^ vivique régis, confifcationem mandave- 
rit. Et ille quidem ad rei famam veneno fatu 
prjûecepit £^r. Rufus Fcftus le confirme aufli 
nettement dans Ton ïiiAoire abrégée: Cato 
Cyprias opes Romam navibus avexk: ita jus 
ejus ii\fuUe, avarius magis quam juftius JUmus^ 
a^equutu L'isle de Crète ou Candie n'âvoic 
pas été conquife un peu auparavant par uq 
meilleur moti^ Creticum hlkm^ comme 

c.^7. porte le texte du même Florus^y? vera vohi- 

mus nofcere^ nos fecimus fola vincendi nohilem 

infulam cupiditate. C'eft être aufli efinemi de 

-la vérité, qu'ignorant de l'antiquité, dit Vel- 

l 2. leiusPatercuIus, d'intputer aux Athéniens la 
, àeftrutîiion de leur ville, raite4)ar Sylhi , vû^ 
que de tout tems la foi Attique paflbit parmi 
les. Romains pour une foi inviolable, les 
' Athéniens ne leur aiant jamais manqué de fi- 
délité. Aufli peut -on voir dans Paufanias, 
^ dans Suidas, &dansEuflathiuS) comme un 
témoin Athénien ctoit pris proverbialement 



DE LA FIDELITE' ROMAINE, «i 

pour un témoin incomiprible , à càuft de cet- 
te même fidélité. Céfar 'fît une querelle 
d'AHeroaii aux Âllemans mèmes^ par Taveu 
de Dion CafTius y quand il fit fommer Ariovî- I3S' 
Aus leur f rince, & ami des Romains, de le 
venir trouver, fe doutant bien, qu'un fi fti- 
perbe commandement ne pouvant être foi/P- 
fert par un Seigneur du courage de celui - là, 
il y auroit lieu de fe brouiller & d'en venir 
aux mains. C'efl pourquoi Suctpne a re- ^ 
marqué dans la vie de ce premier Empereur, 
que Caton opina fouvent dans le Senat^ qu'on 
le devoit livrer aux A^llemans^ comme celui, - 
qui leur avait injuAement fait la guerre. Cé- 
toic un fentiment d équité, qui n'avoit garde \ 
d'être fui vi , & auquel audl Qaton ne le por- 
toit, que par une animofité particulière. 
Quant à nos Gaules , dont enfin Céfai' fc ren- 
dit le:maitre, fi nous avions des commentai- 
res d'Ambiorix, ou dlnduciomarus, do 
Verdngentorix; ou de Divitiacus, comme 
nous avons ceux de Céfar, il ne faut point 
douter, que les premiers ne fe trouvalTent 
fort contraires à ceux-ci, & que la fimplicité 
de nos vieux Gaulois ne s'y ^t manifefte^ 
ment contrainte de céder plutôt à la finefle 
qu'à la valeur des Romains. Tant y a que 
par le propre texte de Céfar l'on pratiqua 



as LETTRE XCV. 

contre eux cèqui Ta fouvent été ailleins, en les 
divifam, ^afTiftant lé plus foible partie , afin de 
P*îrh les fubjuguer tous deux, Ainfi pour opprimer 
Tugf mieux les Carthaginois ils prirent la defenfe 
de Mafiniflfa, & donnèrent toujours le tort 
à ceux-là dans tous les difféirens qu^ils^a* 
voient contre cet Africain, bien que ce fut 
JoJ^Ant. contre touçe juftice. Aiafi Pompée le pré- 
luâ 1 1^ valut des animofitès qu'il trouva entre Hirca- 
^*'* nus&AriAobuluSj pour fubjuguer la Judée. 
Et ainfi Paulànias Ëiit voir dans Ton feptiéme 
^liyre^ comme ces mêmes Romains réparè- 
rent les Achaiens, auparavant unis en un 
corps, & ne ruinèrent les Grecs que par les 
^ querelles qu'ils excitèrent artificieuièment 
entre eux. Depuis peu les Eipagnols fous 
François Piçarre conquirent de même le Pé- 
rou, en fecourant l'un des deux frères, qui 
A^ê, fe difputoient le Roiaume; conime (bus Fer- 
dinand Cortez ils fe rendirent maitres de ce- 
lui du Mexique, par l'alliance de ceux de 
' Tlafcala , voifms & ennemis mortels des Me- 
xicainSt M^is quoique dans les premiers 
exemples il parcdiTe peu de cette fidélité Ro- 
maine tant vantée, fi n'ont -ils rien qui lui 
foit formellement contraire, comme le traite- 
ment, que les Romains opt fait à ceux, qui 
4 ie ibnt fiés en eux> les rendant arbitres de 



I 



DE LA FIDELITE ROMAINE. 2} 

leurs difiérens. Titc- Li ve reconnoit , que /. j. i. i, 
les Aridniens Se les Ardeates s'étant fournis à 
leur jugement, danslaconteftation, oiiils 
étoienctouchant la propriété de quelques ter- ^^ 
res» le peuple Romain par Ton arbitrage les 
pk fruflra tous deux , & le les adjugea 11 im- 
pudemment, que le Sénat fit mine d'en être 
(âcfaé^ & d*en avoir honte. Ciceron rappor luieoff: 
te un trait pareil de L. Fabius Labeo, lors 
qu'il fut pris pour arbitre ^ntre ceux de No- 
ie & de Nàples fur un pareil différend, attri- 
buant aux Romains ce qui étdit en difpute^ 
bien qu'ils n'y euffent jamais rien prétendu. 
Certes ce fut une tromperie effrontée plutôt 
qu'un jugement, comme l'avoue ce grand \ 

Orateur, decià^rehocquUemnonjudicttretfi. 
C'eft (ans doute d'eux qu'Edouard Premier 
Roid'Ângleterre avoir appris cette belle Jurif' 
prudence, quand établi juge entre Robert 
Bruife & Jean fialiol, qui fe rapportèrent à 
lui de leurs droits fur rEcoflfe , il^ne voulut 
prononcer qu'en faveur de celui quile recôn- 
noitroit pour fuperieur; cequiaiervidepuis 
de fondement aux Ânglois pour prétendre 
une injufte domination fur les EcofTois. 
Pour revenir aux Romains, Polybe tout leuc 
grand amr qu'il e(l,> ne laiffe pas de faire voir 
tant par Texe/nple d'Attalus frère dEumenes ^ 

B iiij 



84 LETTRE XCV; 

£<c.(^. Roi de Pergame, que par celui des Ptolo 
^'^iv mécs, comme portant toujours les cadets 
^■"^* contre les aines, ils n'ont janiais ceffé d'ex- 
citer de la divifion dans toutes -les familles 
des Rojs leurs voifins, afin de les perdre. Ils 
arrêtèrent Demetrius fils du Roi de %rie S% 
leucus contre toute judice, ne devant plus 
fervir d'otage fous le règne de fon frerc 
li ctàj. Antiochus ; après la mort duquel mâme 
&"«• ils b retinrent encore, jufqu'âceque, ufant 
du confeil de Polybe, il fe £iuva d'Italie, fous 
le prétexté d'une chafle, qui lui donna le 
jnoien de s'embarquer à Oftie. Ce ne fut 
donc paéfans sujet, que le Roi de Macédoine 
^ Philippe fît cette gcnéreufè repartie au Con- 

^ fui Quintius, qu'encore qu'il ne craignit rien 
que les Pieux immortels, il s'empêcheroit 
bien pourtant dé fe fier aux Romains, du fe- 
Dec,^ Ion les termes de Tite-Live, neminem equu 
''^' ?• ' iem timeo prêter Deos immortahs , non omni- 
um autem credo fidei^ Car quand ils ont quel- 
quefois fait parade de juflice & de fidélité, 
ca été & pour gagner créance, comme nous 
Favons déjà dit , & parce qu'alors l'infidélité 
ne pouvoit pas leur être utile. Ilsne préfça^ 
tèrent la liberté aux Cappadociens, l'aiant ô* 
tée déjà à tant d'autres Nations , qu'en haine 
de Mithridatei &pour lui &ire outrage. 



DE LA FlDELltE' ROMAINE, r 3f 

comme il le dit lui • même dans Juftîn. Ca* JL js. c. y, 
ton d»os ce fentiment déclara que lesM^ce- ' 
doniéns étoient libres, ne pouvant pas les 
affendr en ce tems- là j & depuis iTEmperfeur 
Hadrien dilbit avoir fuivi, Ton ejcemple, 
quand il abandonna tout ce qui étoit au delà "^ 
du Tigris & de TEuphrate, Hadrianus omnia 
trans Eaphratem ac Tigrim reliquit^ exémplô^ . 
utdicehatj Catonis^ qui Macedonas'liheroS 
promtstiavît quia teneri non poterant , ce que- 
Spartieû n'a pu diffimuler. Mais quand àeinHai. 
telles confidérations ceffoient , & que Tocca- 
fion fc prèfentoit de bien faire fes affaires^ 
lesRomains ne manquoient jamais de faifons 
colorées ou de prétextes, pour prendre les 
armes, & pour opprimer. les plus foibles. 
Comme venus d'une Louve, Luporum qni^ 
mos inexplebilesfanguinis nique imper ii hahuere^ 
s'il étoit permis d-uicr des termes odieux» de 
Mithridate, qui fô voient dans TAbbreviateurLjf. cj/. 
de'Troge Pompée. Le feul exemple de la- 
guerre d'Efdavônie, ajouté aux précedens, 
le montre évidemment. Ils prirent, dit Po-Brc. Ug^ 
lybe, pour un fujet fpecieux d^ttaqiier les^"J' 
Eiclavons , Vinjure faite à leurs Ambafliadeur?, 
bien qu en effet ce fiit par maxime d'Etat, &c 
que la véritable cau(è de cette expédition 
vint du deflein d'exercer leurs foldats^ ^ 

' B v 



X€ LETTftE XCV. 







d'emploier leur milice. KPctoît • ce pas avec 
la même pcniëe qu'ils envolèrent d'autres 
Âmbai|adeurs aux Etolieils leur dénoncer, 
qu ils cefTaflent d'opprimer par gamiibns les 
Ac<4maniensy qui iëuls autrefois n'avoiçnc 
point donné de fecours aux Grecs contre 1^ 
Troiens auteurs de l'origine Romaine; Cela ne 

, L 2t.c.u[Q peut lire dans Juftin lànsavoirenvîederire. 
Or ne croies pas , que je vous aie fiiit tou- 
tes ces .remarques, pour convaincre les Ro- 
mains d'une infidélité qui leur fût particulie* 
re. Je fai bien , que toutes les Nations en 
ont uTé, & qu'il n'y a point eu d'Etats puil^ 
Fmfftm. farts, qur n'siieùt fouvent emploie les mêmes 
'• maximes qu'eux, pour arriver à leur gran- 
deur. Philippe père d'Alexandre le Grand 
n'obferva jamais aucune parole, ni aucun trai- 
té, quand il crût, qutc le manquement de 
foi lui pouvoit être utile. Et ce Spartiate 
eft loué d'avoir, reparti à ceux^ qui lui o£^ 
froient telle aflurance, qu'il voudroit de leur 

• DU: Chr: amitié, unam effi fidem^ ut fi nocere velmt^ 
^^' ^'mnpojfint^ ùmnem aliamflultam ejfeîf itifir- 
mam , qu'en vain ils lui faifoient cette propo- 
fition , ne fe pouvant confier qu'en l'état , ou 
il les vouloit voir de ne lui pouvoir nuire* 
Mais je ne puis foufirir , que lès Romains 
imputent aux autres comme un grand crimes 



DE LA FIDELITE' ÈQM/^NE. 37 

ce qu'ils ont pratiqué plus hardim^t quo 
perlbooe; ni qu'ils ùSenh des proverbes de 
b Foi Gieque, de la Punique, & de la Gau- 
loife, injurieux à des Nations^ qui Tont plus . 
réiigieufementobfervée qu'eux, félon leurs 
propres hidoires. Horace n'at-il pas dit, 

InveniorParthismendaciory £.3.J^. 

quoique le menibnge n'ait jamais été fi abo* 
miné, ni fi sévèrement puni qu'en Perle; Et 
ne peut on pas Foûcenir que Tinvecilive de 
Ciceron dans une de Tes Oraiibns contre le 
peu de fidélité & de religion des Gaulois, eft 
k choie du monde là plus impudente, &la 
mcMQS iupponable? Ç\ Ton n'a ^rd à fil 
qualité d Orateur , & à la neceffité d'ern^ 
pMer comme Avocat toute forte de 
moiens pour M. Tonceins fa partie, con«> 
tre ceux de nôtre Nation , qui étoient fes ac* 
cuiàteuis. Car quoique l'irréligion, dont il 
nous charge, & l'athâfme même, foient 
fin décelables, le parjure ou le faux fer« 
ment, quil nous impute, Teft en un fens 
encore davantage, puifque l'athée ne croit 
pas offenfer Dieu n'en reconnoiffant point] 
là, où celui, qui prend le Ciel à témoin 
fiiuflêment, & le nom de EMeu en vain, (e 
nioque de l'un & de l'autre, & leur fait inju^ 
re autant qu'il eft en iàpuilbnce. C'eftpour 



as LETTRE XCV: 

cela que les Payens obligeoiènt fur tout fes 
jeunes gens, qui vouloient juifer par le 
grand Hercule, qu'on dit n'avoir jamais^fait 
qu'un &ul fermenc en fa vie , de fortir de la 
tnaifon auparavant, afin de leur donner le 
tems, d'examiner leur confcience, & de 
penfer à eux fur une aâîon fi importante, qui 
le pafToit à la vue du Ciel^^ dio. Si eft- ce 
que leur Théologie profane portoit, que 
leurs Dieux mêmes fe parjuroient quelque- 
fois; mais à làyérité, quand ils avoient faui^ 
(c leur grand feraient fur le Styx , Hefiode 
afllire en £â^ Théogonie qu'ils étoîent un an 
fens boire Nedar, ni manger Ambrofic, 
outre que de neuf autres années après, ils 
n'écoient admis au Confeil public, ni iiux 
banques de TOlympc. . > _ 

11 eft confiant, que toutes les Religions^ 
& par cônfequent toutes les Nations, ont 
côndanné l'infidélité & le parjure; quoiqu'on 
puiflfe dire d'ailleurs , qu'il n'y eût jamais de 
Souveraineté, foit Populaire, foit Ariftocrati- 
que, foit Monarchique, qui ne fe foit fou- 
vent éloignée des loix de la probité & de la 
fîhcerité , quand il a écé qucilion de l'intérêt 
d'Etat , de fa confervation , ou de fon accroii- 
fement. L'on peut même foûtenir^ que 
comme la domination Romaine a été la plus 



\ 



DE LA FIDELITE' ROMAINE. 49 

étei^iiéde toutes Celles, qui font venues 4 
DÔtreoonnoiflance, aufiin'y enat^Hpoint 
ca, qui le Toit donné plus de licence qu'elle 
à cet égard, par FopprefTion injufte de tous 
fesYoiTins^ de même qu'on peut alfurer, que » 

le plus gros Brochet eft fans doute celui ^ qui 
a le plus dévoré de menus poifTons. Les ^j^'^ 
Romains non plus que les Spartiates ne te- pMifanias 
connoiiïbient rien in juAe de ce qui étoit utile ^^* 4- 
à leur aggrandiffement. Les obligations^ 
qu'ils avoient à Mafmina Roi de Numi(lie^ 
auteur de la 4éiâit6d'Â0nibal> delaprifede 
Syphax, & de la deârucHîon de Carthage, no 
les empêcha pas de faire une gtterre fi mor* 
telle à fon petit fils , que la mémoire de Taieul 
ne put jamais obtenir d'eux la grâce d'exem-* 
ter celui* ci d'être trainé'en prifon y & mené 
hoateufement en triomphe. Quiconque é« 
toit foible auprès d'eux, tôt ou tard avoit 
tort, s'il ne fe foûmettoit à le^r puidancr, 
comme fix Rois le firent cti.leur donnant 
leurs Etats, qu'ils pou voAnt garder. Etils 
difoieat que le meilleur de tous les augures 
étoit de combattre pouf fon pals, de même 
qu'ils tênoient , que tout ce qui fe faifoit con- 
tre la République, fe faifoit contre les aufpir 
ces, félon le, mot de Fabius Maximus dans 
Ciceron* Mais que leur peut- on imputer 5J;|; * 



30 tETTREXCV. 

là defltiS) qui ne leur foit prefque commun 
avec tout ce quMl y a eu de Souverains dans 
le monde. La grandeur d'un Prince, à le 
* bien prendre, qu'eft-ce autre cholè que la 
ruine ou la diminution dé ceux, qui le confi- 
nent? Et fa force peut^elle être,comprife au- 
trement, que par la foibleffe des autres? 
Éii vérité , de même qu'on ne reproche point 
à un Aigle ou à un Lion leurs rapines, ni 
cette fierté, qu^ils exercent fur toute forte 
de proie j les conquêtes des plus puilfans Mo- 
narques, ni celles deâ autres Etats, ne les 
ont jamais diffamés, humainement pariant, 
& leurs plus injufles invafions ont toujours 
fervi de matière à leur renommée auffi bien 
qu'à leurs viâoires. Et puis ne tient- on pas 
qu'une ufurpation fe convertit aiièment en 
jufte propriété, par l'agrément des peuples, 
qui ne manque guéres; comme une femme 
ravie devient légitime par fon confentemcnt 
pofterieur? Cefl ce qui 9 fait prononcer à 
Uh 4. ie ^^^^^ Auguftin ce mot hardi , remcffa jujiitia 
Ctv.Dô quiifunt régna y ni fi magna htrocinia; quia 
^V' 4* €^ ipfa latrocinia quidfunt nifi parva régna? 
Cependant n* eft ce pas chercher dans le Chri- 
ftianifme même une Republique de Platoh, 
que d'y vouloir trouver des Souverainetés, 
' qui ne fe laiifent jamais aller aux maximes 



DE LA HDELITE' ROMAINE. 31 

dIEtat, que pradquoient les Romains^ & 
âvaoc eux les Grecs> les.Perfes, &lesMacé- 
ckxiieiis. Les plus réiigieufès (ont celles, 
qui font mine de haïr le parjure , & l'infidé- 
lité^ quoiqu'elles Ibient bien aifes d'en profi- 
ter. Elles font toutes comroe les Lacédemo- 
nieos, qui condamnèrent bien leur Capitaine 
Phebîdas d'avoir occupé la forterefle Cadmée 
o nnre le traité» qu'ils avoienc fait avec les 
Thebains, mats qui la retinrent néanmoins 
iàns la vouloir rendre. Les Romains dirent 
aux a(&£&ns de Viriatus> qui demandoient 
leur recompenfe promife^ qu'ils haifToient 
trop les traitres pour leur rien donner^ jouli^ 
fànt cependant du fruit de la trahifbn. Ils 
tucreDtpre(que toute lagamifondesBrutiens, 
qui leur livra Tarente, pour &ire paroitre U 
même averfion, félon, qu'on le peut voir 
àaosTite-Live^ adproditionisfamamy ut viDec.3J.j. 
potm atftie armis captum Tarentumvideretur^ 
ixtmgvgndam. Et nôtre grand Clovis paia 
en cuivre doré ceux, qui lui livrèrent Ragna- Greg. Tn^ 
odre Roi de Cambrai, leur proteftant, quand ^^'^- ^^ 
ils fe plaigoèrent du fiiux aloi, qu'il les obli^ '"*' ^'' . 
geoit fort de les laifler vivre après une fi vi« 
laine aâion, dont pourtant il étoit biçn aife 
^ recueillir le profit. Vous lavés bien» , 
qu'il ieroitâle de joindre aflez d'autres exen> 



3» LET.«CV.DELAnDEL.RpMAINE. 

pies à ceux-ci, mais il s'en pôurrok rrouveti 
d'odieux, & puifque ie vous aï fufHfamnlend 
prouvé, ce me iëmble, que les Romains onc 
eu tort de s'attribuer, en diffament les autre$ 
Nations, une fidélité Se une prud hômmî^ 
qu'ils n'ont point eue, j'aime mieux fiiiir ici 
par la raillerie de Renier, 

LesQrands^ les Vignes y les Amans y 
Trompent toujours de leurs fermens. 
Sou#enés-vous aufli de ce que maincenoit 
J-^J^Pilus diïns les livres delà République de Ci- 
tap.2u ceron, qu'elle ne pouvoit être bien régie ians 
beaucoup d'injuftice; ce que juftifie le mot 
commun, fummum jus fape Jkmma injuria. 
Et voies un endroit fingulier pour ceci dans 
le fécond livre de Denis d'Halicamaife, oii 
il le plaint de ce que les Romains n'avoient 
fiul égard â la confecration des Dieux Ter* 
niinaux faite par Numa, nonobAant laquelle 
ils ne pouvoient mettre de bornes ni de ter- 
mes à leur domination. Si ne (ut- elle jamais 
fi étendue, qu'ils le le font imaginé, fe nom- 
mant les Seigneurs de toute la terré , dont ib 
n'ont^ jamais polTedé la trentième partie au 
I. r. Key^. compte de Bodin. 

Orhtmjam totum viffor Ronumus hahehat. 
dk le Satynque/ ce qu'il faut conjoindre aux 
termes altiers, dont Ciceroa abufç dans fa 

troifiéme 



Gstîfifunrey ou il ibâtient qx le 
Cid feol doBoe dé limites à TEmpiie Rc^ 
msàny fimtsiaiperiivefiriy QuiriteSy mmterra 
Jid ctm T^pMtms tiTWUiiûtttWTm C^eft cODB 
grand Oiatciir & trcs oiauvais Géqgra^ie. 

DE 

LA MALADIE DU ROL 

LETTRE XCVi 

MONSIEUR, 

¥7ii me demandant des nouvelles du réùh 
JQl UifSmentdelaiaméduRoi^ vousme 
voulés engager dans àe& quêAîons Galéni* 
queS) ou jenedefu-epcnDCencrer: mecon« 
tentant de vous dire ) que tout ce qui s'éenc 
au dcÊivantage de la Médecine par ceux> qui 
ont ^àtâdie de la décrier, lerefute^ ou 
dumc^eAfort balancé par une infinité d'é» 
loges*, que d'autres lui donnent Car vous 
p(HivÀ vous ibuvenir comme cet Oiafieur 
Romûi b préfere à toutes les autres applica* 

TmiVÎLPên.1. C 



g4 LETTRE XCVI. 

I , 

tioos de nôtre efprit» qninefbnt, iiifigé* 
aértdemeaciiéoe(rair^9 ni fi abiblument ud- 
Qmma. les, comme elle. Sit PkUofoptàariifiamma^ 
did.24f. iuipaucQS pertmet. Sit elofuentia tfs adtmira^ 
hilis^ ntm pkiribus prodift ^ quamnocet. Sola 
eft Medicinûy ^à opus eft omaibus. Et à l'é- 
1 1: Cf. gard du paflage de Pline, dont vous ptarlcs^ 
qui femble aflurer, que les Romains furent 
fix cens ans depuis la fividation de leur ville 
(ans fefervir de Médecins, il peut être main- 
,,g temi&uxpar ce que témoigne Denis dHali- 
camafle d une pefte arrivée à Rome trois 
cens ans feulement ^rçs que Romidus l'eût 
fondée, qui fut ft grande, que tous les efcla- 
ves , & bien la moitié des dtoiens y mouru- 
rent, les Médecins ni les amis fçcourabies» 
' ne pouvant fufHre à l'afTiflance de taint de ma- 
lades, necmedicis/uffidentUrnSy necémteftico- 
rum atque amicorum mtnifterHs. La ville de 
Rome n'étoit donc pas fiins Médecins des ce 
tems- là« 

iMais dé&ites- vous de la mauvaiie opi mon> 
que vous avés prilè de l'air de Fontaine- 
bleau, qui n'a rien de malfaifiint comme 
voifslepréfuppoiës, fur tout en cette faifon 
de l'Automne & après les grandes chaleurs, 
fes fablons, ni fes lodiers ne pouvam pas 
le gâter par de mauvailes exhakûfonsi^ non 



DB LA MALADIE DU ROL |f 

plus que tés eaipt très pures par de daoge» 
reufes vapeurs. La malignité de fes bro^« 
lais eft une chofe tout à fait imaginaire* 
je fois même de ro|»mon du Père Mathurin^ - 
qui nous a donné lliiftoire de cette Roiale 
maifon ; que le chaud de l'Été y eft fi agréa* 
blemenc tempéré par la fiaicheur de tant de 
faaoûiies^ & par le couvert de tant d'arbres^ 
9i'0B oe peut alors élire une demeure ou 
plusiàme, oupluspIaiiànte« Et certes^ A- 
poUoD, qui eft le Soleil 9 & (on fils Eiculape^ 
qui eft VAir> fi nous en croions un œrtaia 
Sidonien dans Paufânias, favorifànt ce lieu 
oQomic ib 1^9 il ne (àuroit être mal fain^ 
comme vous vous Têtes figuré, puifque ce 
ibnt les Dieux de la Médecine, c'eft à dire 
les auteurs principaux de nôtre fànté, quand 
Us fint tek que ikxis venons de le préfup^ . 
polèr. 

Vous âes d'opinion qu'on ne devrcdt paier 
les MédÀans qu'après leurs cures, & leloa 
qu'dlcs leurs auroient bien fûoqidéj afin de 
ks rendre plus foigneux par là, Se plus at- 
tendft à k guériibn de leurs malades. EnLi.nlâf. 
vérité Behn a écrit, que cela Ce pratiquoit ^^'^ 
defbiitemsenSyrie, où les Médecins four- 
njfibîeac de plus les dr(^e$ néceflâirea^ 
bien quik a'ea (aflêoc p«és qu'après awiff ^ 

Cij 



^6 LETTRE XCVt 

funnônté rinfumité^de leurs pâdens. Cre- 

tophle Borri , fi l'on petit citer cet Auteur^ 

' ^ nonobftant Tes impoilures » a dit Je même de 

d.>«ç^la Cochinchine. Et le Pere'Alexaodre de 

f^^^^i' Rhodes nous le vient de confirmer) aioû* 

tant qu'au même lieu un jeune homme eft 

plus haut taxé pour fa guériibn , qu'un vieil- 

^ lard, pmrce que le premier fè doit (ervir plus 

long tems de fa fanté que l'autre. . Maispre* 

nés garde fi ce procédé efl accompagné d'aC- 

. fez de juftice pour être imité , & fi l'équité 

peut fQuffrir, qu'un homme donneXon tems, 

fes foins^v êc fa peine^ non feulemctit (ans 

^ falalre , mais même avec la perte 4e: Ton bien. 

Confidérés d'ailleurs les inconveniens d une^ 

/^e coutume. Qui ièra le Médecin /qui 

voudra s'ingérer dans une entreprit, qu'il 

ne croira pas lui devoir reûflir? ou s*il y eft 

contraint par les loix du païs, 4^ de là profeG 

fion; qui ne hazarde tout pour fordr prom- 

tèment d une affaire fi ruineufè, que lui pa- 

roit la cur^d'une longues maladie >. dont le 

mauvais fuccès lui doit être tellement préju* 

diciable? Certainement il y a quelque choie 

de dur> & de périlleux» dans wp ték prati* 

que. 

Le témoignage du P. de Rhodes me remet 
(Bfunéaioire ce que î'ai£)rc conTidéré dans (a 



DE LA MALADIE DU tOt. 37 

Relation touchant le '|)ouIs 4es malades, & 
quelques autres particularités/ qui ^'obfer- 
vent par les Médecins de cette même Provîn- 
ce ou Roiaunfe de Cochinphine. Il remar* 
que, qu'ils font & Médecins & Apoticaires, 
comme ils étoiemt autrefois par tout, &que 
leurs médecines ne font ni fi chères, ni fi fa- 
cheufes à prendre que lès nôtres. Il alTure, 
qu ils ne purgent point aux fièvres intermit- 
tentes, (e contentant de donner des médica- 
mens, qui corrigent le tempérament des hu- 
meurs (ans évacuation extraordinaire. Il 
dit, que, de certaines &milles font en poftei^ 
fion d'enfeigner cet art de père en fils;, aiant 
des livres fecrets pour celr, qu'ils confervent 
fort ibigneufement fans les communiquer. 
Et il nous apprend, qu'ils divifent le pouls en 
crois parties, dont la première répond à la tâ« 
te, lafeconde à l'eilomac,' & la troifiéme 
au ventre, touchant pour cela toûiours avec 
trois doigts ce même poids. Nos livres 
vous pouvoîent'avohr enfeigné, qu'on a di* 
Aingué parmi n0us| vingt elpeces de pouls 
fimples , qui (e peuvent mèleir les uns avec 
les autres; & beaucoup d'autres diofes dont 
l'Ecole s'entredeot fur ce fujet. Mais peut* 
être n'aviés- vous jamais ouï parler de cette 
diviûon ternaire^ pratiquée avec trois doigts 



- 1 



as LETTRE XCVt ' 

pour prendfe mdteadon de ces tfois parties 
4u corps humaio; laquelle à la vérité je ne 
voudrois pas vous, cautionner pour irrepro- 
chable anacomiquement parlant. Tant y a 
que Herrera avçc aiTez d'autres confiraient 
prefque tout cela en parlant de la Médecine 
des Chinois. Il dit que ceux qui l'exercent 
parmi eux, ne cofiTidérent guères les excre- 
mens des malades, s'acrêtant au mouvement 
du pouls, dont ils veconnoiflent Soixante & 
4ix agitations différentes; qu'ils le tarent en 
plufteurs endroits ; & que faignant fort peu, 
leurs drogues & breuvs^es font quafi tou- 
jours pour exciter la Tueur, parcequ'ilsn'em* 
ploient les reqiédes purgatiè qu'à Textrémi- 
té. Joignes à cela ce que j'ai lu dans la (e- 
coude partie de lliifkàre des Incas, qu'au 
Pérou au lieu d'obferver je pouls au poignet, 
ils le tâtoient au haut du nés aflez prës des 
fourcils, comme ils le pratiquèrent fur leur 
Rd Atahuallpa , ^uand il fut malade. Je fai 
bien que Jœla choque fort Hippocrate & Ga- 
lieu; mais fi la praaque en eft véritable & 
heureufe, pourquoi reglerofts-nous le fens 
4es autres par le nAtre , & leurs connoiflàpces 
par celles, que nous avons prifes jufqu'id; 
Ileftconftant, que le Leehin Rsiffi, oupre- 
oiier Médecin du Grand Seigneur, n'esuni* 



BEIA MALADIE DITROL 39 

ne jsanafe le pods.des Snkanes^ qu'jdies 
n'aient le viûge ooaveit, & le bras envelo 
pé d'un creipe délié: Qui eft le Médecin qui 
voudroic parmi nous pratiquer une (i (crupur 
leufe cérémonie? Et qui pourroit iè vanter 
d*avoir aiTez de difeemement pour y bien 
reuffir en s'y (bûmettant? Il ne faut point 
douter, qu'on n'ait été autrefois plus exaâ, 
que Ton n'eft à obierver le battement des ar* 
teres5 puifque Pline nous a lailTé par écrite 
quHerophile (ut (i curieux & fi admirable en <-"•«• ?^ 
ce point, qu'on n'abandonna (a doârine qu'à 
caufe de ùl trop grande fubtilité. Mais pour 
revenir au P. de Rhodes , il ajoute , que ces 
Médecins Orientaux n'auroient nul crédit, (k 
d^abord fur ce mouvement du pouls ils ne de- 
vinoieot d'eux mêmes tous les acddens fur-, 
venus au malade/ ce qu'il reflent pour lors, 
& ce qui lui doit arriver enfuite. 

pour nous fervir id de ce vers comme a fidt . 
Macrobe en (èmblable ocqifion, expliquant l u Sàmr. 
les termes' d'Hippocrate , qui exige de fon ^^' 
Médecin cette eipece de divination. Avouons 
quecdafuppofé pour confiant, nôtre Méde- 
cine eft fort éloignée deila perfeétion de celle 
du Levant. 

, C iii) 



ép LETTR E XCVi; 

' K'eft-^ce point, que dans cette profefiion^ 
de ifiême qu'en la plupart des audres, l'opi- 
nion de tout (avoir (ait , que nous ne Çxvons 
pas aflez, parce que^rélumant^ que nous 
n'ignorons rien , quand nous Ibmmes arrivés 
à la connoiflance de nos pères, nous ne cher- 
chons plus au delà, comme Ji la hfoture a- 
voit les mêmes bornes, ' que nous donnons à 
nôtre efprit, & comme (ira<n:ion de celui -ci 
(Contrainte & limitée de la forte , terminoit 
toiis les effets de cette même Nature. Voi- 
là ce qui expofe la Médecine, ^a um Artù 
umltnperatorUnisfuoqueiu^raty aux attein- 
tes de ceux,* qui ont voulu déclamer contre 
i^ t. h ^llç. Pline après l'avoir fi haut élevéç par 
•^^'^•'vce bel éloge, reproche ailleurs à fes'profct 

' ieurs , qu'ils fe jouent impudemment de nos 
vies dont ils trafiquent , ammafque nofiras ne- 
gotiamur; ceux d'entre eux, qui parlent le 
mieux, le plus commodément, ou le plus 
agréablement, fe rendant auflî-tôt les arbi- 
tres de nos DeAinées, ut quifjue inter iftos 
loquendo polleat^ imper atorem ilBco vita mftra 
neçifjue fierL Ce n'eft p>is né<)nmoins qu'ils 
n'exerça0ent de Ton tems leur méder en 
Grec, comme aujourd'hui parmi noifs en 
' L^tin, & tpôme eh Arabe dans leurs ordon- 
nances, autoritas^ àit^ù^ mn efk aliter qium 



DE LA MALADIE DU ROU. 41 * 

Graeeretâ traJSfimtihis; les malades du GMps . 
aianr pour la plupart cette mfirmité fpvîtuel* 
le y de iè promettre davantage, des chofe% 
qu'ils n'entendeiu pas, tnims credunt qua ad 
falutemjiiom pertinent ^ fiinteUigunt. Enfin 
il leur impute, qu'ils font tout leur appren* 
tiilàgeànosdépeqs, àifcunt periadis nofhrisy 
& ex p é rimen t a per martes agunt; ce qui doit 
pafler pour de pures 'invedtives contre une 
fcience, qui prend £oti origine du Ciel dans 
k Sainte Ecriture, & dont Içs proTefTeurs 
dcMvent être honorés par des préceptes pris 
du même Iku» Afais il feroit à foûhaiter, fi 
|e ne me trompe, quHls ne fe préfcrivifTent 
pas des termes, fdit dans leur théorie, foit 
dans leur pratique ordinaire, fi peu analo* 
gués à la Nature, je veux dire qui Ji'ont pas 
aflez de rapport à tous les effets. Ils néiè 
vendent pas réduits, comme ils font foa- 
vent, i la néceifité d'acculer nos Deftinées^ 
& de prendre le Ciel à garand du mauvais 
fuccès de leurs cunes; ce que Quintilien ap 
pdle fort bien , anguftias five artis fiue met»- ^/. f • 
tis Anmamey ad invidiam referre Fatomm^ 
Et néanmoins il n'y a rien de plus préjudida- . 
ble à leur profeffion, qui devient de nulle 
confidéradon par là, comme ne donnant que 
de vaines elpeancéSj félon l'induétion de ce 

C V 



4» Lfe ;r T RE XCVI. 

inème Orateur, Fato vivimusy langtÊemurj 
convakfcmms y morimur. Medicina fidd pra* 
ftas^ ttifiutjuxtatemmoàefperetf 

Pour en parler franchement^ la plApart 
d'eux promettent trop, & tiennent trop peu. 
Car fi la Médecine n eft rien (elon Plaron & 
Galien même y qu'un art de conjeâure, 
9^X^^ re;^ & fi cette conjeâure ne peut 
être prilè pour autre chofe, que pour une 
connoiflimce imparfaite, & moienne entre 
le favoir & l'ignorer; pourquoi ne tempe- 
rent- ils pas tous leurs dogmes d'un grain de 
Sceptique, & pourquoi ne fubfiituent-ils pas 
des doutes ingénus ii raiibnnables, en la 
place de tant d'aflertions trompeufes», & de 
. tant d'axiomes oonteftés dans leurs propres 
Ecoles. Quanti moi, je pénfe que l'Epoque 
y peut être admife làns leur faire de préjudi- 
oe ; & l'eAime que je fais delà modeAe réce* 
auè de cette feâe, me (ait croire aisément, 
que le Médecin Uraiiius Epheâique ouPyrr- 
L%ih^^ honien, comme le décrit Âgatfaias, n'étoit 
point il ignorant, qu'il le repréiente, vu fur 
tout le grand état, quefitdeluiColroësRoi 
de Perfe, qui ne manquoit pas vrai-iemblà- 
blement d'exellens Médecins. L'on pourroit 
âonc foupçonner, que ceux de Ton métier le 
«décrièrent, comme â arrive. toujours,, quand 



DE LA MALADIE DUKOL 4$ . 

quel^hin (e (ëpare é'uae câlxile piii01uite^ 
Êofia îe vous puis dire confidemmént^ qut 
h fiifpenfion d'efpric, dont je ne m'ècarto 
que mal volontiers, ne m'a pas âé tout à 
fikit inutile dans la conduite de œ peu, que 
j'aide lamé. 

NecloftÊor Aac, guia fit ma/or p r uAutia OM. t. ifc 
notis. F^m^eLf 

Sidjkm quam medfco, nùtior ipfi mUi. 
Je laide ce propos, fujet à diverfes r^ar^ 
des, pour reprendre celui de laguérifbndu 
Roi, dont vous defirés être informé. Il re- 
cueillera du moins cet avantage dç fii oudii» 
die, que la (anté ne lui fera plus un bien in- 
connu, & presque infipide, conune il eft ^ji^m .; 
ceux, qui ne font jamais perdu. De plus,^^^^^^!»!^. 
vou^ £ivés, que comme le déregleqienc 
d'une horloge n'eft pas moins félon nature, 
que la jqne& & Ton biep - aller ; les inaladies 
ne (ont pas moins phyftques non plus> ni 
moins du cours ordinaire de cette même na- 
ture, que nos meilleures & plus rohuftes di£^ 
pofitions. Je vous parlerois du profit fpiri- 
tuel, qui (ë tire quelquefois des faifirmit^ 
coipoielles: Nuperm^ cujusâamamicilangiimi; 
eàmmiàiy dit Pline le Jeune dans une de les 1.7. 9* s«^ 
épitres, optimos effe nos dum infirmifmims; 
Mais Sa Majefté a toujours l'ame dans uneû . 



44 LE TT R E XCVn. . . 

^ar&ite afiiette, qu'on feixric faute de lui en 
ibûhaicer la continuation par des voies (i pe- 
rfUetUes. Ce qu^elle pourra remarquer dans 
le rétabliflement de là bonne dirpoûtion, c'eft 
qu'elle n'eft pas moins nécâTaire à goûter 
toutes les autres fatisfadions de la vie^ corn* 
fiie dans un port afTur^ que la tranquillité de 
Tahr, & la bonace des mers, à la naiflance 
Li^ des Aidons. Vous n'ignorés pas, que Plu- 
^^ tarque, qui efl un bon garand, s'eftîervide 
cette comparaiibn. * 



W^IEI* 



DE 

LA MORT DES AMIS. 

LETTRE XCVIL 

MONSl E URy 

Je vous ai autrefois écrit la mort du P. Ba* 
ranzani,' de M. de Chantecler , du P. Mér- 
lënne, de Meffieurs f eramus, Naudé^ Guyet^ 
& quelques autres amis, fi nous en avops eu 
d'aïUTi intimes queceux-d; }e vousannonce 



DE LA MOKT DES AMIS, ^f ^ 

cdledeALGaflendi, qui vous touchera £inf 
doute mitaot que foo mérite étoh grand; Se 
que vos inclinations ont toujours eu de rap* 
pmfluxrteimes. Il n'y a rien de plus fimdè 
dans b Phyl^ue que d^imer ce qui poci$ reC^ 
fembky parce que c'eil en quelque Ûçoa 
s'aimer foi-m&ne, ce qui xû aufii naturel 
que la haine des contraires. La Tympathie 
de Pythiasavec Damon, de Scipion avec Le* 
lius, part du même principe, qui met cette 
grande avorfion entré Therlke Se Uiyffe ou 
Achille , dont Homère a ait la phiS/grander 
difiEunation du premier. Quand je me re« 
préfente rétroîte union 'de vos Vies, & que- 
pour paider comme Pindare, Orion n'eft pas^^"^* Od^ 
plus inféparable des Pléiades, que vous Té-^* * 
tics de œ dier ami, autant de fois, que la 
fortune vous reûnilToittous deux en mémo 
lieu , je conçois aisément l'extrême déplaifir, 
que vous recevrés de fa perte. Les langueurs 
ncaonûmis, où je Tai- vu autant que la fuito 
de la Cour me l'a^pû penriettre, & les infir* 
mités de fin arrierefai(btt> vous doivent fai« 
re croire comme à moi, qtie le Ciel ne lui «^ 
pas tant ôié la vie pour le priver d'un bien^ ' 
qu'il lui a donné la mort pour le gratifier de 
ce qtn lui était le plus nécedaire. Ne penfét * 
pas que je me veiûUe jetter par-là daas ce Ueu- 



ifi . LETTRE XCVIL 

commnii) quelatnoiteftpréfi^bleàlavie, 
comme Midas l'apprit du bon homme Si- 
lène ; ni que je pràende vous jullîfier par- 
ia un (entiment tiré de Dion Chryioftome, 
OrAa^ que les plu$ (âges des hommes furent ceux, 
qui naquirent en Colchos des demi de ce 
ftmeux Drag09> parce ou'ils s'entretuè- 
rent tous le même jour de lei^ produâion. 
Mon intention ell de vous dire fimplement^ 
qu'eu ^lard au point ftcheux ou la mauvaife 
Qonftitution de oehii^ dont je vous parle^ Ta- 
voit réduit , nous ne fautions regreter fa per- 
te, fiins envjer en quelque façon Xa félicité. 
S'affliger en jeraUable renconoe du trépas 
d'un ami > c'eft être auffi injufto & ridicule 
que* ceux qui fe plaignent de la chute des 
feulHes d'Automne, à caufe qu'elles leur 
ont été agr^bles l'Eté. QuidlucidiÊttSùUi^ 
hk deficiit^ dit Salomon dans (on Ecdefiafti- 
que: CependiEuit n6tre Etre bien confideré 
n'efl rien , & celui de ce bel aifais femt>le re- 
garder l'Eternité. Mais comme il n'y a point 
de teraies affi» cheti& pour exprimer le 
neâncdektvie} je n'en trouve point d'alfez 
relevés pour vous &ire entendre avec oom- 
bien de feraieté ce grand homme Ta quittée; 
ce que je fai bien, que vous apprendras fi>rt 



^DB LA MORT DES AMIS. 47 

iKgminsefieùiÊtemtèsmmu: c'eft peu dCMt.^ 
G^^feà la vérité de perdre k vîe> quin'eft^"'^ 
rieo y nuis c'eft beaucoup pourtant, vu uôcro 
finUeiXboidiiiaire) de k perdre avec tant dd 
relblution. 

Permettes* tnoi de vous dire maintenant 
que s'il y avoit lieu de contrôler nos Defii» 
nées, étant {dus avancé dans Fage^ que n'étoil 
celoi^ qui iKMis vient de quitter/ f aurais ap» 
paremment plus de fiijet que vous d'accufet 
ieSort, quimereferve, vraifemUablement 
coomie le plus coupable, à être exécuté fe» 
Ion k r^ueur des loix le dernier. Bon Dieu- 
à combien de difgraces eft fujette une vi^ 
qui s'avance inièniiblement juTqiies dans k 
cadudtél 

Hm pum mtka pœnkemk tncumat m^LâhirkL 
vmtidiul 
Mds acquieiçons doucement aux ordonnant 
ces du Cvâi & confidérons vous & moi dana 
cereooontie, que nos ferions tort à nôtre a* 
mi de k plaindre comme Ton &it ceux, qui 
deibeodent tout entiers dans le fepulcre, &. 
qui ne ki&nt autre chofe d'eux, que les 09 
êc k cendre de leurs odavres. Certainèmenc 
fonoomficéldnre, fes ouvn^^es conlacrés à 
l'immortalité, & (k rcponmiée fi glorieuiè^ 
demandent que nous le traitions d'une.futre 



> 48 , ^ LETTRE XCVIll 

fiiçon. Je vous veux dire au fujet de fes ex* 
cefleut^s comportions une choie, qui pour 
me toucher feul > ne laiflera pas dé faire con- 
fioitœ Ton équanimité par tout. Vous n'i- 
gnorés pa% qu'il m'a voulu nommer en divers 
Heux.de fes écrits , & vous^ poUvés vous fou- 
venir, que dans fon commentaire fur le dixiè- 
me livre de Diogene Laërce , qui contient la 
vie d'Ëpicure, il combat la doârine de ce 
Philoibphe touchmt la mortalité de l'ame 
liumaine, comme il fait toujours ce q^i eft 
contraire aux bonnes moeurs & à la Religion. 
JLà il parle dans la page 5 57. de^ huit railbns 
qui fe peuvent tirer des Uvres de Pkcon en 
faveur de la bonne o{^nion, & de trente^trois 
oue j'ai réduites en forme de Syllogilnbes 
danlmon Traité de l'Immortalité de l'ame. 
Mais parce qu'au lieu de trente trois il ne 
m'en attribue par inadvertante quer vint- 
trois, je hiixiis un jour en riant, qu'il m'avoit 
fouflrait dix ai^umens> dont j'avois grand 
fiijet de me plaindre: Il n'étpit pas mnemi 
dés railleries, & il reçût très bien le repro* 
die, que je lui Mois dans cette %ui:e,* 
mais il m'a(]|ura néanmoins fort ferieufementi 
qu'à la première occafion, ou dans une réim- 
pre£Bon de fon Hvre, s'il S'en fidfoit, il ne 
maiifl]ueroitpas de conter cet endroit^ me 

priant, 



DE LA MORT DES AMIS. 49 

priant d'excufer (a bévud En vérité la bon- 
té de (on naturd Se l'ianocence de fks mœurs 
ne font pas exprimables, &nousn'enfàiAions 
Goolorver ni un trop tendre ni trop exaâ fou» 
venir. 

La coutume de la plupart des peuples 
d'Amérique eft d'enterrer avec leurs morts 
tout ce qui leur appanenoit^ non pas, coni- 
me qudques-uns l'ont écrit, à deffein, qu'ils 
s'en fervent en l'autre monde, mais afin 
qq'il ne refie rieta d'eux, qui puifle donner . ' 
la moindre penfée aux vlvans de la perte 
qu'ils ont fiûte. Il n'eft pas même permis 
de nommer un défunt parmi les Sauvageé de 
notre nouvelle France,^ qui prennent à inju« 
re, qu'cMi les fktk par là fouvenir de leur dif^ 
grâce, &qu'on rcnouveUe par ce mbien leur 
douleur, accufant ceux, qui le font, félon 
leurs termes ordinaires, de n'avoir point d'eî^ 
priL Si le leur néanmoins avpit quelque 
teinture de la bonne Morale, ils (àqroien^. 
qu*oo peuts'entreteniragréablementfur le fu* 
Jet des amis, qui ne font plus, qu'il n'y a 
lien de plus doux, que de fe repréfenter leur 
ooovcrfàfion, & que pour nôtre pro|ire fatis* 
£M9ion nous devons les enfeveUr, s'il faut 
ain&dire, dans nôtre mémoire. L'abfencç^ 
qui f^^pare ceux qui vivent^ deceiixquine 



YO LETTRE XCVII. 

vivent plus, n'a rien de pénibfe^ comparée 

aux joies qui refultetit d un fi charmant fou- 

venir, outre qu'elle eft pour un fi petit eipac^ 

de tems> qu'elle ne mérite pretque pas d'être 

confiderée. Les jeux funèbres des aaciens 

. ne furent • ils pas in Aituès là deflus ? putfi]ue 

^ Eufpne. les Ifthmiques, les Olympiques, les Né-» 

fd L* méens, & les Pythiques, ne le célebraîetic 

Ciem. A^ qu'en ocnnmémoratîon des hommes de vertu, 

Ux. ^nt la fin étoit honorée par de telles rèjoulG 

(ances». En e^et le tombeau eft celui , qui 

nous met à couvert de toutesies disgrâces de 

k vie; intxpugnabïlu arxfepulctum eft: & 

pourquoi s'affliger de voir un ami dans un 

lieu de fi grand repos? Si les larmes accom* 

gagnent quelquefois les obièques de (on 

€orps> les contentemens, dont nouscroionsy 

que jouît Ton ame glorieuie, nous obligent 

enfuite'à la joie. Mais c'eA en dire trpp à un 

homme comme vous, qui conpoit mieux que 

pecfonne les remèdes propres à toutes les in* 

tlutar. it difpofitions de refprit. Un Rhéteur de Co- 

w. RW. jjjj(]^ y afficha autrefois, qu'il diOribuott des 

médecines verbales contre toute {kx%(^ d'aG 

fliâions. Vous n'àvés pas fa vanité, mais |e 

fuisafiuré, que vous fériés mieujr que hii ce 

qu'il promettoit. 

Je yeux ajouter id un petit apcMe, toii^ 



DE LA MORT DES AMIS, y i 

diftnt ce plâifànt perfbnnage, qui taxe de Pé- 
danterie caxx^ qui exâminept les chofes aca* 
demiquement^ ou fans rien décider ^ ce qu'il 
appelle n'être ni dehors ni dedans; Se qui à 
dû dire une grande injure de nommer un 
honune doâe ignorant. Vous avés raifon 
de fixitenir qu'il connoit mal le cara<f))ére 
du Pédant, peutêtre parce qu'il ne fe cûnnoit 
pas lui - même y comme étant une chofe trop . 
difficile. Ileflcenain^ que celui, qui mé- 
rite ce dtre, fait prolêffion de ne douter de 
rien, & alTure toutes chofes voulant être crô> 
parce que aiant accoutumé de parler, foit à 
des enfans, fbit à des personnes idiotes ou 
peu éclairées, il n'a jamais reçu de contr^di- 
éHon. Mais il me femble , que vous avés pris 
avec un peu trop de chaleur & de dépit (on 
inpotinence , qui ne ^eut faire tant de tort à 
poibnne qu'à lui-m^e. A la vérité fans 
s'être beaucoup chargé de Latin, commes 
vous dites. Montagne & Charon le dévoient 
avoir mieux infh*ûit. Car pour les livres du 
Cacdinal Cuia de la doâé ignorance, appa* 
remment il n*en a jamais oifl parler. Us lui 
etiiSmt appris^ que la fcience humaine ne 
s'élève jamais plus haut, que quand elle don^ 
ne fufqu'à la connpiflance de fes doutes par 
les nùfons, qu'allé a de douter. Tant y a 

D ij 



it LET.XCVn.DÉLAMORT DES AMIS. 

qif à fon compte Socrate devoit être un franc 
Pédant) avec (on Génie négatif & prohibitif 
feulement > dont iès difciples ont tant écrite 
puifqu'il n'afluroit jamais den, formant féor 
îemept des doutes ingénieux^ fur tout ce que 
les D<^natiques do fon tems avançoient a* 
vec le plus de r^folution. Cette grande in- 
jure de Pédant regardoit fort encore ce père 
commun de tous les Philofbphes> jiutant de 
fois y qu'il proferoit (on mot ordinaire, hoc 
uaum fcio , qnod ni/dl fcio. Moqués - vous, 
£ins vous (acher, de femblables baffelTes d'e^ 
prit; & fi une louable pieté vous fiiit pardon- 
ner aux plus coupables, quia nef cùaa fuidfêh 
cttoity ufés d une indulgence plus aifée enveis 
ceux, qui ne (àvent ce qu'ils difent. Quelle 
apparence ya-t-il d'examiner à la rigueur 
4in ouvrage, où l'Auteur aiant emploie tous 
les bons mots, à peine ne trouvera -f on une 
douzaine âûpz paflables pour devoir être un 
peu confiderés, 

Apparent rari nantes in gurgit^ vaftq. 
Sans mentir, c'eft une chofe étrange, que 
des perfonnes de fon talent, connu par les 
maximes, qu'il veut faire palTer pour bon- 
nes, aiment mieux dire des bagatelles de 
leur cru, que de bonnes chofes après d'autres. 



!K S^ ^ c» 

^^ ^^ ^¥v y ^ 

DU SOUVEJSfIR, 

L E T T RE XCVIU 

MONSIEUR, 

Nous apprenons de Seneque qu'Epicùre 
ie plaignoit hautement de l'ingratitude 
de ceux/ qui ne repaffoient jamais dansJeur 
mémoire les plaifirs, dont Ils avoient autre- 
ibis joul^ ce qu'ils devroient faire non feule- 
ment par reconnoi(&nce d'une faveur reçue, 
mais encore pour en recuçillir une nouvelle 
& très folide volupté. Car félon ce Grec 
Tattente des contentemens futurs, donne trop 
d'ioquiemde, à caufè de leur incertitude; & 
l'impatience de les voir arriver travaille fou- 
vent plus l'efprit, que leur poiTeiFton ne le 
contente. Quand ils font préfens, outre qu'ils^ 
paflfent comme un éclair, & que le fentiment 
n'en peut être que momentanée, -puifque le 
tems qu'on nomme préfent, ne çeut être 
con^ que comme un inAant; on ne iàuroit 
nier encore, que leur jouIiTance nefoit toû* 
jours acGomps^ée de quelque dégoût, & 

D iiî 



f4 LETTRE XCVIII. 

qu'il ne forte alors comme du 'ifiilieu de k 
volupté je ne fai quelle -efpece de douleur, 
qyi en efl inséparable ; 
ÏMerp. '^ — vuiAodip fonte leporum , 

Surgir atnari ûliquid^ quod ïn ipfis flprihu 

Il concluoit de là , qu'il tfy a que le fbuvenir 
des joies pa(fées d'où nous aions le moien de 
drer une entière & véritable fatisfadion, rien 
ne s'y pouvant plus oppofer, puisqu'elle dé- 
pend abfolument de nous , ' & que la Fortune 
même avec fà toute- puifl&nce eft incapable 
de la détruire. En effet cette avçugle Déefle 
nous ôte quelquefois de la main ce que nous 
tenions le plus aiTuréi & le plus affrandii de 
. (àjurisdiftion; ^ 

Hor^f. ^u/tà cadmt inter çaUcemfupremaque la- 

Ira. 

Ath^t^ Et c'eft pour cela , qu'un de ces iUuflrés Gou- 
lus ou {^afafites difoit autrefois,- qu'il ne con- 
noi0bit point d'autre fouverain bien, que ce- 
lijd d'avoir dans la bouche quelque friand mor- 
ceau, panse qu'il ne cfoioit pas qu'on pût 
)e lui ôter, qI que rien le dût empêcher de 
ravaler. 

Tout cela rend la penfée d'Epicure fort 
foûtenable, à l'égard des plaifirs, qu'on efl 
capable fiQnfeMleiQÇQC de rçi)oi|vçller^ mais 



DU SOUVENIR, ff 

•ufli de furifier^ & peutêtre d'augmenter, 
par cette st&on de nôtre ame y qui nous re- 
preièiiie les chofes paflees hors de tout trou- 
Ue, & plus parfaites^ que nous ne les. avons 
autrefois repenties. Je crois pourtant ^ qu\>ii 
pourroit porter encore plus loin la plainte de 
ce grand partifan de la volupté; puiique ce 
n'eft pas en conûdéradpn des feuls contente* 
mens reçus, que la mémoire nous rend lo 
boa office, dont nous venons d(5 parler; & 
qu'à >moa fens nous lui lommes beaucoup 
plus redevables de faire changer de nature 
aux emiuis, que nous avons foufferts, parut) 
ibuvenir, qui du moins nous chatouille, 
s'il ne nous oblige davantage, après en avoir 
ôté tout ce qu'ils ont eu autrefois de piquant. 
Car il n'eft pas plus naturel à l'Abeille de con- 
vertir en douceur ramerturtic du Thîm , ni - 
au feu de changer les cailloux en cryflal de 
Muran, & en pierres précieufes, qu à nôtre 
reminifcence, û l'on peut ufer de ce mot, ' 
de rendre nos plus grandes adverfités agréa- 
blés, par cette opération merveilleufe, que 
nous éprouvons tous les jours. Âu0i eft-ce 
des travaux endurés, & des fouffrances, qui 
nous ont le plus affligés, que le Poète a fi 
hardiment prononcé, 

iJm memimfft jMahit. !^'^ 

lU) 



ftf LETTRE XCVIII. 

plus j^avpce dans Tâge^ plus je trouve de réar 
lit^dans feette dodhine : Et jamais je n'ai taut 
ibuhaité la mémoire d'un Juriiconfultë, ou 
d'un Héros de Roman, qu'aujourd'hui, qiio 
par le fréquent ufage d'une révuê générale de 
tout ce qui m'eft arrivé depuis tant d'années^ 
je fat donne mille fatisfaélions inconceva- 
bles à l'égard de tous «les accidens de ma vie 
de quelque nature qu'ils foiënt. Je &i bien^ 
qu'iiyadesperfonpes, qui en uTent tout au* 
trement, & qui ne font jamais de réflexion 
fur leurs aétions précédentes, que pour ie 
coatriAer, fi elles ont eu quelque mauvais fuc- 
ces. C'ed ce qui fit dire à un ancien, qui 
étoit de cette malheureufe humeur, qu'il 
mettoit fa mémôireentre les plus grands oiaux 
de fa vie. Mais ce fentiment, qui cftje plus 
ordinaire pajrmi ie peuple, fe trouve fort éloi- 
gné de celui des véritables Fhilofophes, qui 
ont accoutumé leur raifon à fe rendre mai- 
trèfle des chofes paflees, à tirer profit de tout, 
& à fairp cette excellente transmutation, 
dont nous parlons „ du mal en bien. 

Si je confonds quelquefois les mots de mé- 
moire, de reminifcence, & du fbuvenir, 
c'efl que l'ufagç of^aire le permet ainfi, 
qui a laiflé aux Latins ceux de recordation^ 
& de recorder, dont autrefois Ton fe ièrvoir^ 



) 



Du SOUVENIR. ^7 

aiatit leur fondement fur Tancienne opinion^ 
que les principales opérations de nôtre ame 
(e paffi>îent au cœur. Car nous difons enco- 
re Gdoa cette doârine , fa voir par cœur , Si 
ledter par cœur, ou de mémoire, ce que 
nous pouvons prononcer fans lire, & fans 
fuggeàion. Les Records dâs'Sergens ont 
encore cette noble'origine, mais qui s'accor- 
de très mal avec la bonne Philoibphie. Et 
certes, Toubli d'un amant en quelque cho(è; 
qui rc^ardoit ià maitreffe , fut fort gentiment 
excufée, fur ce que ià mémoire ne Ic^eoit 
pas comme elle dans fon cœtir. Or cette * 
mémoire étant une des plus importantes fa- 
cukcs de l'ame, fe diflingue du fouvenir, qui 
eft cùmme l'aide de la mênae puiflance: Et 
k Ibuvenîr fë confond avec la fouvenance, 
comme n'étant qu'une même chbfe, rendue 
par une figure, qui fe peut auffi bien nom- 
ma GaBici/me y queHeUeniJkeyOaGreciJme, 
pui^u'il nous eft atifli naturel qu'aux Grecs 
d'eaqdoier l'infinitif avec l'article pour^expri- 
mer un iiibftantif. Quant à la reminiiceoce, /. ie 
.Ariftote la diftingue fi exprefTément de la^'-^*^ 
mémoire, qu'il attribué cette dernière mê- 
me aux anioiaux fans raifon, refervant la re- . 
minifixnce à fhomme feul, conune celle, 
qui Ce £8dt par une efpece de difcours ou de 

D v 



fS LETTRE XCVIII. 

(yllogifine. Ced pourquoi il ajoûfee quç les 
perlonncis d'un efprit pcfant ont ordinaire- 
ment plus de mcnioire, .& celles > qui l'ont 
prompt & éveillé plus de reminiicence: Non 
mJem memoria pracellunt, &" remmi/centia; 
fed magna ex parte qui tarda hehetique fitnt in 
genioy memorwfiores fuut ; qui céleri ac dacili. 
reminifcentiores. D'où vieùt, que tant de 
gens sVccufent fouvent de peu de mépipire. 
pour chercher leur avantage du côté du ju 
gesient. Notés aufll, que cette reminiicen- 
ce d'Atiftote eft fort différente de celle de 
Platon, toute occupée à, remettre refprit 
dans les connoiflânces, qu'il avoit avant que 
4'informer le corps, & que le premier a éta- 
bli deux fortes de mémqire, Tune fenfitive 
ou animale, félon nôtre précèdent difcours, 
& l'autre mtelleâuelle ou raifonnable, qui 
convient à la reminifcence, quoiqu'il les ren- 
de toutes deux dépendantes du tempérament 
du cerveau. Mais l'on n'eft pas obligé de 
' parler toujours avec tant d'exaétitude, ni 
d'eipploier fi préciiément les termes, dont 
nous ufons, quand le langage commun en 
difpenlè. Se qu'on fait profeffion de s'en fer- 
vir indifféremment, comme je le fitis id 
Or pour rendre plus utile, &plusagréable 
iout enfemble, la fouvenance des dtioCss paf 



DU SOUVEMIR. ^9 

fêes j il ËKUt connoitrcf l'art d'en bien ufer , & 
(àvdt y procéder avec cet ordre, que les Sa* 
ges ont nommé Tame de l'Univers, & de 
tout ce qu'il contient. . Clément Alexandrin ^ ^ ^^^ 
tire même l'origine du mot Grec, quifigni-îj|]^i/^. 
fie Dieu , de l'ordre excellent, de la belle po- 
fition, & de l'admirable conduite dont il fe ^ ' 
fet en toutes chofes, ©eog yrapot t^v Qmv. 
Certes il n'eft pas des méditations PhiloTophi* 
ques, tdles, qû'eft celle dont nous parlons, 
comme de ces agréables révéri^ss d'amour, 
où l'ou permet à l'efprit de fuivre tout be qui 
lui plaît, le laiûant aller fur fa foi , & lui ac- 
cordant de fiiire des équippéçs jufques dans le 
vuide, fans en tirer jamais autre profit que . 
celui d'undivèrtiflementilluroire. Laraifon, 
qui nous doit obliger, au fu|et que je traite, 
i mieux qccùper nôtre acuité mémorative, 
& à pratiquer plus avantageufement cet en* 
cretîea intérieur, qui nous donne une fi dou< 
ce OQUverËition avec nous mêmes, dontper- 
ionne ne peut nous priver; c'efl que félon 
Tobfavation d'Ariilote nous ne faurions ja-^^* j 
mais jious bien prévaloir des chofes, quç 
90US avons conçues fans ordre, ni les tirer 
avec^aifirde nôtre mémoire, fieHesyfqnt 
eqtr^, & fi nous les y tenons placées avec 
oQofiiiîoQ, C'eil pourquoi, ajoute cçm^ 



60 LETTRE XCVÎIL 

tredeTEcole, les Mathémariques,' qui ont 
leurs parties li bien réglées & avec tant de rap- 
port entre elles > (ecohfervçntbeaucXHipiiii- 
eux dans nôtre fou venir, que les autres fdeo* 
ces qui n'y entrent pas avec tant de méthode. 
Si nous voulons donc recueillir quelque (hiit 
denosadionspaffées, par des réflexions &des 
yjuës réitérées,' dqnt Pythagore & Tes dîici- 
ples uibient fi heureufenient: Si nous dev- 
rons retirer, non feulement des plaifurs, qui 
nous ont été chers , mais encore de nos plus 
grandes ad verfités, lesconfolations, <fùt la 
mémoire d'Epicure lui foumiflbit: Il faut ob- 
ferver tout l'ordre , qui fe peKt pratiquer <]aiis 
cette forte de Aamiliesy vty bâtir jamais, com- 
me l'on dit, de châteaux en Efpagne, coo* 
gédier toutes ces vaines ^chatôudleufes peu- 
fées y qui fe détruifent les unes les autres^ & 
conduire cet examen de confcience, s'il faut 
ainfi parler, < de telle façon, que le tems, le 
lieu, k matière, ou les perfonnes, lei^eglent 
(ans faillies & fans extravagance. Car, pour 
le dire encore un coup, il faut laifTer aiut 
charmantes rêveries d'un amant, ces ^re- 
mens d'eiprit qui luiparoilTent ft tendres, pui(^ 
que ceux, quilesdécriventlemiçux, avouent^ 
quela raifony dlféduite, &fbn ufàgeprefque 
entièrement fu^endu? La Philofophie eft 



BU SOUVENIR. 61 

c rop im péiie u fe^ &nes'éIoigQepasafler^u(è« 
lieux, pourfouffirirfes interrègnes d'une paC' 
ikm, fur la partie principale de nôtr» ame# 
L'on a nommé Ephemerides Pythâgorique$, 
ksréca^tulationsjouraaliereS) dontcegrand 
ami de la [retraite & du fileoce a donné le» 
premia:s leçons. Mais parce que (es conver* 
ikdoasabflraites, dont nous/parlons, s'éten* 
dent (iir tout le cours de la vie, dont Ton (b 
rend un agréable compte à foi* même , elles 
ont plus de rapport à uneconfeffion générale, 
(pour emploier encore ce terme de religion) 
qu'à ce que la Morale de Seneque & dePy tha* 
gore a (i vertùeuTement enieigné pour un 
u(àge quotidien. 

j'avoue, que tout le monde n'eft pasprûpri 
à s^entretenir agréablement de la forte, & à 
fe fournir à foi - même une compagnie préfet 
lable à mille autres, puifqu'elle ne manquo 
jamais, & qu'il ne s'en tcouve point, qui 
prenne fi aifément nôtre humeur , en s'y ac- 
commodam, ni qui ufe de tant decompla|« 
iànoe qu'elle en 9 pour nous. Ceux, que 
n'^ouvent rien de plus ennemi, que leur 
propre génie, qui ne rencontrent en eux mê- 
mes que de quoi fe coûtriftér,^ & qui ne fë rer 
tirent jamais de la moindre folitude , qu'a^ 
vec des chagrins, qui leur i^tërcnt vifible* 



6A LETTRE XCVIIL 

ment le corps & refprît^ n'ont garde de ttou- 
ver leur compte dans la pratique de ce que 
nous dilbns. Mais il n'en efl pas de même 
des âmes nées à la contemplation j & pour 
dire un mot fans vanité de ma propreindiiîa- 
tion, je vous puis affurer avec cette franchi- 
fe qui nous lie d'une fi étroite amitié, que je 
ne penfe pas m'être jamais retiré de ces pro- 
menades folitaires dont vous m'avès (buvent 
feit des reproches, qu'avec beaucoup plus de 
gaieté que je n'en avois en les commençant; 
& que je n'ai point trouvé de plus grande 
coniblation aux dégoûts inévitables de la vie, 
que dans les rétraites intérieures & profon* 
aes> où dégagé de la prefTe^ron a moien do 
foûmettre à Dieu & à la raifon les plus vio- 
lentes paflions. . Ûr outre ce remède à tpute 
forte d'affliâions, que j'y ai toujours rencoîi* 
tré', vous y établifles bien plus folidement la 
(atisfaâion , où vous pouvés être des choies 
du monde & du traitement de la Fortune. 
Car c^éft là que chacun peut infiniment con- 
tribuer à Ton bonheur; par une certaine mé- 
thode de multiplier les [Jaifirs, en donnant 
un prix eittraordinaire aux moindres faveurs 
du CieL C'eft encore au même lieu^ ou 
l'on fe prépare contre les plus dangereuTes 
embûches de cette même Fortune. U e(l 




DU SOUVENIR. ^3 



de fes cardTes, & 4e Tes plus belles 
nkes, comme de cdles d'une usité 
Te. Leteim plus coloré qu'à Tordi- 
mire, & le Yifiige meàleur que de OGutume» 
Ibtt quelquefoisau dire des Médédns des pré* 
lâges d'une mabdie produûûe^ ce qu'en 
mo&paitîculjerfaiibuveiit éprouvé. SipU- 
fàarsliqms^ îf fpeeiojkr ^ & coloraticrfèOa 
eft^ fi^feSa habere bmajim deiet: fme fmm 
%i^H- èi toJkm hahitu fubfifiere ^ neque ultri 
progreA po£imt^ fere rétro y quafi rum fWB- 
Jamrevobnmtftry félon le texte de Cornélius/^ a. f. a. 
CelliKy pris d'Un des premiers dphoriimes 
dliippocrate. Les fiivûciUes traitemens de 
la Fortune nous doivent être encore plus fu£^ 
peéb> &nous£uretoi]|oursapprehenderquel* 
qu'un de iès grands revers 9 à quoi ne iè trou- 
vent îamais préparés ceux^ qui ne confidé- 
rant que le prtlènt, font auÔi ék»gnés des 
penfiSes du fotur, que des réflexions fur le 
paflë^ parce que leur humeur où leur mau* 
valè ifàlitution les rend ennemis dfe la con^ 
temphtion, qu'ils nomment une pure excnh 
vagance, ou Teifet d'uneblzarre mélancholie« 

Quoiqull en foit y l'on ne faûroit nier que i 

llwhîmde àcouverfer avec foi -même par le j 

Cbuvenir du cours de nôtre vie, félon les ! 

biens de les maux, que nous y avons éprou* 



€4 LETTRE XCVIIL 

vés; ne foit une des plus courtes Vcms pour 
arriver à la félicité, puifqu'iln'y ariea^ qui 
nous approche davant^ige de la Divinité. En 
e&tÂriftote n a jamais penfé plus dignement 
de. Dieu, que quand il Ta mis dans une plé- 
nitude de toutes choTes, qu'il trouve en lui- 
même & fans aucune dépendance d'ailleurs; 
ce qu'il a repréfenté par le feul mot de autar- 
qme qu'il lui attribue, & dont il fait le louve* 
rajn bien. Or quel moien avons - nous d'ac- 
quérir, autant que nôtre humanité le (buffine^ 
cette indépendîuice d'autrai, & cette pleine 
fuflîlance , qui nous foit propre , fi c^ n'eft 
par l'heureux iouvenir dont nous parlons, 
qui dépend abfolument de nous, & qiii non 
content de nous mettre en pofTeflion de tous 
les biens de la vie,, que nous y avons ocperi- 
mentes, a même l'induflrie de niétamorpho- 
iër nos maux paffés en de véritables fàtisfà- 
ddons d'efprit? Nous avons déjà expliqué 
comme ces chofes fe font, & nous ne pou- 
vons pas douter de leur fuccès après la fincere 
protedarion d'Epicure à foncher Idomenée» 
qu'encore qu'il fût dans l'agonie d'une mort 
ttès douloureuïe, comme étant caufée par 
la fuppreffion d'urine, & par Tinâammation 
de fes entrailles, il ne laiflbit pas pourtant 
defetcouverdansuneailiettqd'ametrésdouc^ 

& 



DU SOUVENIR. tff 

& dans une joie très accompUe^ qqe lui doi>- 
noit Tagréable mémoire de tant de belles 
penfêes ou il s'étoit entretend toute fa vie, & 
de ce QQibbre confidérable de chofes nouvel- 
ksy âont il avoit le premier enrichi la Fhflor 
(bphie* Si ce grand ami de la volupté a pu fè 
cràfder) Se taème fe réjouir de la fortèi 
dans les relfentiinens d'une néphrétique^ qui 
fôta de ce monde peu dlieures après > alTu^ 
lant^ que le fouvenir de Tes avions » & de 
fes omtemplations Philolbphiques, compen^ 
foit avec plaiTir toutes fes fouffrances; quo 
ne devons -nous point attendre de nos méd^ 
tadonsraiibnnables^ bien réglées, dans uà 
meilleur & moins déplorable état, comm0 
celuioû nous les pratiquons d'ordinaire; 
. En vérité il n*y a que répreuve feufe^ qui 
nous puiÛe apprendre, quelles font les dou* 
ceuis de repaàer fur l'innocence de nôtre 
enfiinoes fiur TinAitution de nôtre jeuneflei 
fur le progrés de nôtre raifon; fur la premier 
re afqplicacion de nos (oins aux^aâions de k 
vie civile; fur le contemement ou le dégoût 
que nous y avons trouvé; iiir les notables & 
périodiques changeojens qui nous Ibnt arri« 
vés, juiqu'à ce que nous foiooji parvenus 
dans un âge plus .avancé; fiir les coups do 
Fortune bons ou mauvais, que nous avons 
TmeVlLPên.L E. 



W LETTRE XCVML 

teffentis; fur les emportcmens à^ttprk que 
tout le mon^de foufFre, & les déreglemcns de 
nôtre volonté fi difficiles à domter; fur la 
condition, dans laquelle nôtre propre choix^ 
Ou celui de nos parens^ nous a &k vivre; 
bref fur tout ce que nôtre imagination nous 
peut repréfentér/dans une vieiUefle qui Ta 
encore affez vive , & la mémoire aflfea^ entiè- 
re, pour y &ire toutes les reflexions pofli- 
blés. Car tenés pour très confiant > que 
tous ces articles différens font autant de Ibur- 
ces inépuifàbles de penfées, & de fentimens 
qui nailTent en foule dans un efprit accoutu- 
mé au difcours intérieur, & à la méditation. 
Nôtre feule inflruélion, par e'iremple, ne 
nous doit elle pas fournir un entretien auffi u- 
tile qu'agréable, de tout ce que nous avons 

, appris de ceux , qui ont eu la charge de nous 
élever, pour y remarquer non feulement ce 
que nous leur devons, comme a ait Marc 
Antonin au premier livre de fa propre vie, 
mais encore leurs &utes, & leur mauvaifë 
conduite , qui caufe de fi dangereufes confe- 
quences? Ajoutés à cela le firuît de vos étu- 
des particulières, fi elles ont été aflez'heu- 
reufes pour inventer quelque chcfe, par un 
travail, qui vous (bit propre, & par une ap- 

, plicatiôn d'efptit, où vous n'aies été primé 



DU SOUVENÎR.j ' tf7 

de perfbnaè. Sans mendr les tranfpotts de 
)oie, qui naiflent de là^ font inconcevables 
à ceux j. qui n'en ont jamais été chatouillés 
& le moindre des chapitres^ que'nous avons 
touchés eft capable feparément, de nous oc- 
cuper Tame avec douceur ) autant de tems^ 
que nous en pourrons accorder à cet exerd* 
€eoontemplati£ 

Que fi fortant de nôtre petit monde ^portft: 
tif, nous voulons avoir quelque attention à 
tout ce que le grand nous fera voir de con(i- 
dcrable, foit par le fouveçjr de |ce que ïious 
y aurons obfervé, au cas que nous nous 
Ibions plus aux voiages, foit quç nous defe- 
fions aux relations des autres , qui ont voulu 
que le public profitât de leurs travaux; ç'efl 
où Iji feule mémoilre nous produim tant de 
fujets d'admiration ) que nôtre fatisfadioq 
ne pourra être troublée y (i ce4i'eft par la trop 
grsHide multtmde d'objecs divertiflans. Quel 
plaifir de juger des différentes pAûJès de la 
Nature, &dc;s divers vilàges, qu'elle prend 
dans toutes les parties du Monde^ par des ca- 
prices, (fae la feule longueur ou variété du 
rems peut ^xcufer! De comparer l'ancienne 
Egypte, lors qu'elle endoârinoit la Grece^ 
Se qu'elle étoit l'Ecole commune desPyttei- 
gores, des Platons, & de tous ces renom^ 

E ij 



6% LETTRE XCVIII. 

• mes Sages, ou Philofophes; avec l'Egypte 
des derniers fiécles , pleine d'ignorance & de 
barbarie! -De confidérer le même change- 
ment à regard de la vieille Grèce, où cette 
fuperbe Corinthe n'a pas préiëntemeot vint 
maiibns, & ou la (kvante & populeufe Adic- 
nés ne compte pas aujourd'hui trois à quatre 
mille chetié habitans, n'y reftant que quel- 
ques ruines du Lycée, & deux colomncs, 
qui marquent avec un tas de pierres , la place 
où fut autrefois r Académie! Certes il eddif 
ficile d'obferver ces chofes, £àns élever fon 
ame au deflus de tout ce qui eft pendable; 
comme Ton ne peut lire fans quelque indi- 

Du Lûhr. gnation d^ns un voiage récent, qu'une vieille 
fenmie fait prcfentement fon poulailler de 
rétude de'Demofthene. Cela nous porte 
enfuite à refpeâer & ià, & dans tout ce que 
contient ce vafle Uni vçrs , la générale Ddti- 
née, ' qui ne peut être autre, que l'impéné- 
trable volonté de Dieu. Auffi a voit^ on fur- 
nommé aux lieux dont nous venons de par- 

Fmftttt. ler le grand Jupiter Mœragetey ou, Cmdu- 
cteur des Parques^ comme celui, qui diipofe 
de tout ce que nôtre feul défaut de lumdere, 
& la pure foiblefTe de nôtre efprit a fiyt appel- 
1er Fatalité, Deftin, ou Neceflité éteradU^ 
abfblûë, & invincible. 



h 8^ 



DU SOUVENIR. 69 

Il y a deux choies à obferver dans ce^ rêve* 
ries morales & Audieuiès, où nous exerçons, 
nôtre fouvenir, qui ne Ib peuvent omettre . ' \ 
làos perdre le prinicipal fruit de toutes nos 
méditations. La première , de recueillir foi- ' 
gneuTement fur des tablettes oaautrement de 
certaines penfées, qui nous viennent quel- 
quefois dans cette abftradion, fi nous pe vou* 
Ions pas les perdre, les jugeant dignes de 
quelque confidération; parce qua peiné. & 
rarement fe prérententelles une féconde fois » 

à nâtie imagination. Les Arabes ont un pro* 
verbe, qui porte, qu'à faute d'être foigneux 
d'avoir toujours fur foi ce qu'il faut pour une 
il importante récolte,- Ton ne fauroit jamais ' 
po&der, ni fe fervir à propos d'un bon mot. 
Les termes dont ils ufent portent dans Ipur 
traduâion, ^ui mn hahet in manica (dbuniySm.fyf. 
nm baUt in corde verhum. Et c'eft ce qui ob- 
ligea œt Hafan, dont ils prifent tant la doârr* 
ne, à donner un écu d'or d'un bout de plu- 
me, pour écrire promtement une fentence, ^ 
qu'il aaignoit d'oublier. Car tout le monde 
n'a pas le privilège de ces magiilrats de Gui- 
de, appelles par aritiphrafey^c»;7^oi2f^, àcau-f/u^^r. 
fe de leur excellente mémoire. Et pluiieurs ?«. Gr<f c. 
même font fi infortunés en cette partie, qu'el* 
lelew manque au befoin, comme au Loiip 

E iij 



70 LETTRE XCyiII. 

Ccrvicr, s'il eft vrai, que dans fa plus grande 
Ëiim il perde le fouvenir de fa proie, comme 
on Ta écrit, pour peu qu'en le retournant il la 
perde devué. Tant y a, que les moins oublieux, 
& ceux que la Nature a le plus obligés en cela, 
ne laiffent pas d'avoir fou vent befbin de ccfe- 
cours. La féconde chofe, que je crois aufli 
fort ncceflaire , furtout à ceux de nôtre génie, 
c*eft de finir tçûjours nos homélies^ de quel- 
que (brtequ elles (oient, par cette commune 
réflexion Sceptique, que toutes nos lumières 
ne font que ténèbres , & nos plus fortes ccm- 
Doiffances, que des titres certains de nôtre 
ignorance. Lés vérités contantes n'ont nul- 
le proportion avec la foible portée de nôtre 
efprit, & nos plus fecrets entretiens ne man- 
queront jamms de nous faire appercevoir, 
s'ils font accompagnés d'ingénuité, que li 
DeitiocrUe a eu raifon de dire de fon tems, 
que cette vérité, que tant de Philofophes 
dierchent, étoit cachée au fond d'un puits, 
rAlléman a ajouté depuis de fort bonne grâ- 
ce dans une de fes proverbes, que par mal- 
heur encore la corde nécefloire pour dépen- 
dre dans ce puits s'étoit rompue. 

L'excellente defcription que fait cette 
incomparable pcrfonne, ('^) qui eft nôtre 
adniiration commune, des belles léve* 

O Midalaine ScuderL . 



DU SOUVENIR. 71 

des d'un amant, & de fes transTports d'et 
prit od elle lid permet de prendre fi agréa- 
Uemeot l'elTor, eft en partie caufe du fujet 
de cette lettre. Afaîs tenés pour aflfuré , que 
œn'efi pas Incrément ni fans y penièr que je 
viens de la mettre hors de toute comparaifon. 
f ai vu tout ce que la Grèce nous a lailTé dans 
œ geore d'écrire qu'elle nommoit Eroti^e. 
Clko^on & Leudppé d'Achiiles Statius, li^ 
mené & liineDias.d'Euflathius , Théagene & 
Chaiîdeed'Héliodore, Rhodandie & Dofi* 
des de Théodore Prodrome, aufli-bien que, 
Daphfiis&ChloéduSophifteLongus, avec 
Thoogeoe Se Charide qu on donne a un Athé- 
nagoras, (mt été autrefois les divertilTemens 
de ma jeuneflc. Je me fou viens même de 
rentrait que nou^ a donné Photius dans ià Bi- 
bliothèque, tant des amours de Rhodanes&de 
Sinonis, décrites par Jamblique, que de cel- 
les de Cfoias & de Dercyllide que rappprtoit 
Aotonius Diogenes ; mais en vérité je ferois 
cooideoce de mettre tous ces ouvrages, 
quelquemèritequ'iUaient, àlcgatld'uneCle- 
lie, ou d'un Artamene. Ce n'eft pas que 
les Grecs n'aient été des Fdntres merveilleux 
àbieoic|>réfenter les mœurs , & à tirer en per- 
feâion la figure des eiprits, dont ils expo- 
fent toutes les paf&ons d'une façon fi nsâve, 

E m) 



) 



7» .LETTREXCVlïLDU SOUVENIR. 

que jamais les Ladns n*y ont pu arriver/ AvT- 
- fi n'avons- nous rien dé ceux-^ci en ce fitle ni 
fur cette madère, oui approche de ce qu'ont 
fkit les autres. Apres avoir rendu néanmoins 
aux premiers ce qui leur eft légitimement dû, 
je ne ferai pas difficulté d'ajouter, que les 
deux ouvrages de nôtre langue dont je viens 
de parler, ont non feulement les grâces Grec- 
' ques, qui régnent dans toute leur contextu- 
re, mais de plus une gentille(re& une pointe 
d'efprit, qui leur donne un avantage nom- 
pareil, fur tout dans ces entretiens miracu- 
leux des hiftoires particulières qu'on y voit. 
EnBn je fuis perfuadé, que ni les anciens 
Grecs ou Ladns, ni les modernes Italiens, 
Ânglois, ou François, n'ont rien produit en 
ce particulier caraâère, qui leur puiflfe être 
raifonnablement comparé. Mon intendon 
n'eftpasdepréjudicierparlàbuàla charmante 
Âftrée d'Urfé; ou aux trois belles Aroadies 
de Sennazare , de Sidney , & de Lope ; ou à 
la célébfeCaiïandre, fi heureufe au choix de 
fa fcéne. Se fi remplie de beaux évenemens; 
B ont plus qu'à quelques autres pièces de ^è- 
me nature, &c qui fontauffi de très haut prix. 
Une diofe ne perd rien de fa grandeur, ^ur 
en avoir quelqu'une au defTus de foi. 
Uhmns. , Non eft pufillum fi ^dmaximo eft minus. 



^ M( ^ 73 

â n'y a point de bien qui n'ait (on mieux ^ Se 
quelque chofe encore au delà où àejuperlatif. 
La fignificadon néanmoins de ce dernier tei^ 
me, toute exquife qu'elle eft> n'ôte rien i 
cdle des deux aubes. 



D E 

LA SCIENCE QUI EST 
EN DIEU. 

LETTRE XCIX. 



MONSIEUR, 

\ • 

\ 

Bien que quelques-uns aient défini k Philo* 
ibphie une icience qui apprend à coa- 
noîcreDieu, je tombe pourtant d'accord avec 
vous, que la glbire d'un Chrétien ne oonfiAe 
pas tant à être bien fondé enraifon, qu'à fe 
tenir ferme Se bien confirmé dans Ta Foi. 
Mémento Ckriftiane^ quodnonvoceris rationoi^ 
Us y feifideUs^ dit pour cela Saint Augufiin« 
Mais encore ne faut^il pas traiter û injurieu'^ 

E V 



V , 



\ 



74 LE TT RÈ XCIX. 

Cernant cette même ràibn que d'autre ont 
fait, paruneïélepeutêtreinconfidérç; pui(r 
que la tenant de Dieu au(fi bien que la vraie 
Religion, nous femmes obligés de les res* 
peâer toutes deux con^me fiUes du Ciel. 
I. A/tf/jû C'eft ce qui fait prononcer à Laâance Firmi- 
Reiigioni ^^ ç^^^ belle fentence, que le fommairede 
toute nôtre intelligence doit aboutir à ce point, 
jde ne penfer jamais, que là Religion foit con- 
traire à la fageflfe ou à la raifon, ni qu'il y 
ait de- véritable fageffe fans laRéligion; utne- 
quertUgioiMa/bufapientia/ufcipienâapt^ ne- 
que uUa fine reÛgiMefTobandafapientia, Tant 
y a , que nôtre Philofophe n'a pas été tel, 
' qu'on vous Via dit dans cetteconfeeence, dont 
vous voulés être informé , n'aiant pas fi peu 
refpeélé les autels , qu'on lui puiffe abfolu- 
ment imputer à crime tous les propos, qu'il 
tint avec une liberté, qui accompagne fou* 
vent ceux de fa profeffion. En effet, outre 
qu^tl eft reconnu pour ne manquer pas de 
2éle dans une véritable dévotion, Ton peut 
^ foûtenirenfaâveur, que comme tout men- 
ibnge proféré ne rend pas un homtmemeoteur, 
quand il croit dire la vérité, toutehéréfie non 
plus ne fait pas hérétiques ceux, quifemblent 
y adhérer lors qu'ils penfent fiiivre de bons 
ftatunjsnS) n'y aiant £ue Topintâtreté coatr* 



DE LA SCIENCE QUI EST EN DIEU. 7f 

les v^és Catholiques, qui les pujfle coo» 
vaincre d'être tek Je I^ifl^ donc à Meflieurs 
de Sorboone l'earamea des penfées, dont il 
s'expliqua, pour en retrancher ce qu'ils juge* 
root de qiœlqu^ préjudice à la Fpi, & dans 
le leul deflein de oomenter ^^ôtre cunoEté, 
)e ferai cet effort fur ma mauvaife mémoicie, 
de vous rapporter (bmmaircment, mais avec 
le plus de fidélité, qu'il me ièra poffible, ce* 
que }'en ai pu retenir. 

Le thème fur lequel fes antagoniftes & lui 
«'exercèrent le plus, fut celui de Ta fdence. 
ou cooQoiilânce que Dieu a des chofes:* 
quoique tous s'accordaffenten ce point qu'el- 
k devoit être infime, comme le font tous le^ 
attributs de la divinité. Dieu voit tout, Dieu 
eft tout efprit & tout Oreille, dit mèn» la 
FoêfiePayenne. 

àwûKML 

TetMs namque videt^ tutus mens^ tatus îf 
audit. 
Paolanias affure, que les Grecs ne donnèrent 
trois yeux à une fiatuë de Jupiter que pour 
manpier (à connoiflance de toutt;e qui fepaf^ 
le dms ion Roiaume &-dans celui de fes Aeax 
fieres, c^eA à dire au Ciel, fur Terre, èc 
auxR nfe rs ; ce qui peut enoote être rapporté 



} 



7« LETTRE XCIX. 

aux trois temsdifférens, lepalTé, lepréfeat, 
& le futur, qui lui font également connus. 
Et c'eft pour cela (jue Mercure Tnimc^;ifie a 
nommé Dieu un cercle intelligible, pu une 
iphere d'intelligence, dont le centre étoit par 
tout, & la circonférence en nul endroit, d'au- 
tant qu'elle n'a point de limites. Mais parce 
quelapuilTancedecemêmeDieu, touteéten- 
due qu'elle eft, n'empêche pas que l'Ecole 
n'avoue qu'il y a des chofes, qu'il nepeutpa^ 
fiiire, comme par exemple du pafTé le futur, 
fiquidem potentia ad prceteritum etiam Deo de- 
negatur: nôtre Fhilofophefoûtint, qu'on pou* 
voit maintenir Ëins impieté, qu'il fe trouvoit 
de même beaucoup de chofes, qui n'étoienc 
point foûmifes à la connoiflance de Dieu; 
telles que font les aâions, qui peuvent être 
ou n'être pas , comme dépendantes de nôtre 
ïrfl^nc- Arbitre; l'Eglife aiant déterminé au 
Concile de Conftance, qu'il y a des chofes 
contingentes, &ç tellement libreâ:, qu'elles 
peuvent auffitôt arriver, que ne pas arriver. 
Car puifqu'on reconooit , que ce n'eft pas 
«n défaut de puifTance enDieude ne pouvoir 
empêcher que le paffé. n'ait été, toute Pim- 
puiffance fe trouvant au iujet^ qui envel(^pe 
une répugnance de contradiâion, pouruièr 
4çt9mesGlaf&ques; l'on doit dire demême 



DELASCjm^EÇJJIESTEHDIEU 77 

que ce n'eft pas une ignorance en Dieu de ne 
pas connoicre les chofes contingentes & dé- 
pendantes de nôtre volonté indéterminée;^ 
dautant que le défaut dépend de leur nature, 
qui reiifte à cette connoiflançe par une invici- 
bleconttadiétion, utfe hatet res ad ejfe y ita 
fe habet ad cogn<sfci. 

Les connoill^nces de Dieu (ont toujours 
vraies ^ & la fcience néce(&ire aufli bien qu'é* 
temdle; de forte;, que fi Dieu (àyoit, que 
je duffe faire une chofe, qui dépend abfolu* 
ment de ma volonté 9 il s'enfuivroit qu'avant 
que de m^ détermine^ il feroit tellement né- 
ceffidre, que je la fifle, qu'il ne me feroit pas 
poflibk d'çn uier autrement. Or cela ruine 
de Ibrte nôtre Franc- Arbitre^ qui confifté à 
pouvdrfiure^ ou ne pas faire ^ Agir^ pu ne 
pas agir j qu'on peut dire, quWec fa perte il 
n'y auroit plus en nous ni bonté ni malicemo* 
raie, ni vice ni vertu , qu'on nous pût impu- 
ter^ nemo peccat in eo quod vkare non potefty 
dijt fcfrt bien Sainr Auguftin. Ajoutés à cela, '• * **• 
que contre toutes les règles du bon raifoùne- '^ ' 
ment, deux propofitions contraires feroient 
vraies en même tems. Tune aflfurant la né* 
ce0ité de nôtre openition future, & l'autre 
ibûtenant la franchife de nôtre volonté pour 
ners'y.pas porter fi bon ne lui femble. 



78 LETTRE XCIX 

Ileft certain, & cela fut tans coitteftâtion^ 
que tous les Atçîbuts de Dieu, comme le 
fontceuxdelaiciènce, de la volonté, & de 
' la puifliainçe, font des choies (i parfaitement 
unies en lui à caufe de (a fîmplicité, qu'on 
peut dire, qu'ils font fa divinité même; o'y 
aiant que la foibleflfe de nôtre efprit, qui nous 
oblige à les concevoir divcrfement, par une 
diftinâion nommée virmelle, cXI à dire, 
qui les £iit différer en vertu feulement. Mais 
u Êiut'aufli demeurer d'accord, que lapuif^ 
iance du même Dieu s'étendrôit bien plus 
loin, (i die n'étoit limitée par (à volonté, 
qu'il pourroit ^nner l'être à beaucoup plus 
de choies, qu'il n'en veut produire; ' que les 
Mondes (broient auffi infinis , que Metrodo- 
re les concevoir, s'il ne les eût voulu réduire 
à Tunité; & par confequent, qu'il peut en de 
certains cas ce qu'il ne veut pas. L'on doit 
dire le même au fujet de fa fcience, qu'elle 
n'eft bornée, que par (à feule volonté, quia 
été de tout tems de créer un animal librs 
dans fes aébons , & joûiilànt d'un Franc- Ar- 
bitre, afin que par là ufant de mouvemens 
propres, & aiant part à Thonpeur d'une fitin- 
te vie, il pût efperer la certitude ou les au- 
tres oéatures ne peuvent arriver. 

Or ficette exception mife à la fdenoé Di- 



DE LA SCIENCE Qp! EST EN DIEU 79 

vine, des aâioQS humaines, qu'on nomme 
contii^ntes, pa^ce qu'elles peuvent être ou 
n'être pas , ne marque nul iSefaut en elle > qui 
ne làifle pas d'être infinie^ puifque'elle em* 
braffe tout ce qui peut être connu, & la re^ 
pugnance de la part du fotet, qui ne peut re- 
cevoir cette contraâion, que nous avons déjà 
dite d'être néceflaire & de ne. l'être pas au 
même tems: Il sVnfuit, qu'il n'y &ur6it avoir 
d'impietéà ioutenir , que Dieu ne fait pas dé- 
terminémcnt quelles feront les aâions d'un 
homme confidéré comme agent lil^re; non 
plus qu'à dire, que le même Dieu ne peut 
pas les chofes qui font contre toute railfon^ 
& contre fa nature, comme de pécher, de 
s'anéantir, ou de fe détruire foi même , par*' 
ce qu'en l'un & en l'autre cas, il voùdroit & 
nevoudroitpas, il feroit £>ieu , &nelefe? 
roîtpas? ce qui implique, enveloppe, ou 
enferre une contradidion, qu'on ne fauroifi 
pfx»ioncer fans blafpheme. 

Ceft affez Ëdre pour rendre fur te fujet à 
Dieu ce qui lui.eft dû, d'a0urer, qu'il (ait 
tout ce qu'il veut fàvoir, & qu'il comprend 
tout ce qui peut être (çï. Que (i fa préfcien- 
ce ne s'étend pas jufques fur des effets dépen* 
dans de nôtre volonté,, parce qu'ils font in* 
certains » & peuvent auiBtôt ne point arriver^ 



r 



«o LETTRE XCIX. 

i ' ^ , . • 

qu'autrement) Ton ne peyt pas imputer cela 
à un manquement de lumière, ou de capaci- 
té dans l'eiprit Divin, mais feulement au de- 
Êiut de ce qui eft alors expofé à (a prévcûan* 
ce. En effet il n'y a point d'impuiffance àne 
Pm/wm- pouvoir pas ce qui ^ ii^pcfTible. Ce que 
r" ^ lA ^^^ °^ ^^^^ points n'eft indubitablement pas 
^^. y&k état d'être vu. Et les objets dont nous 
praielt. parlous qu'il n'envjiàge pas comme certains^ 
^'^' parce qu'il les a rendus muables ou condn- 
gens, &parconrequentnon-néce(Iaires; ne 
prouvent autre chofe finon, qu'ils ne font pas 
capables d'être repréfentèsnéœi&irement^ ce 
qui eA caufe, qu'à ne les regarde que comme 
contingensy c'eft à dire indifférens aux deux 

rirties de la contradiâion, à l'ouï, & au non, 
l'être, & au non être. 
On voulut paier nôtre Philofophe des 
deux fortes à/^ connoiflance que les Théolo- 
giens ont acoûtumé d'attribuer fur cela à la 
Divinité , celle Je vifion au de im't, Se celle Je 
fimple intelligence : en lui repréfentant ce que 
Saint Thomas, a dit dans la queftion quacor- 
xiéme de la première partie de fa Somme. 
Nous lui proposâmes de même la diftinélioa 
des deux néceffités> dont l'une eft abfolue & 
le dit dans l'Ecole çonfequentis ; l'autre hypo- 
thétique ou oondîtionnçUe, quis'appdlecm» 
* Je^nnetùt* 



DELASQENCEXÎPIESTENDIEU. gi 

co9^èf$Êatiiée. Et il ne dnt pds à lui paraphrafèr 
les cormeis de Saint Auguflin, que nous ne ^^1^^'^ 
lemink^is à la raifon: Jutftra non iàeo funt^^^^^ 
quia a Deo prafcnmtur; fed idchrco pr^ciun'fitpcr J^. 
fter, ^na fiitura fuat i tâchant par là de lui^***^ 
fidre leconnoitre en Dieu une fcience certair ^^ 
ne des chofes qui dépendent de nôtre volon- 
té^ fims préjudicier au Franc- Arbitre. C^l- , 
le apparence, lui remontra quelqu'un , d'at- 
tribuer moins de connoidance à Dieu, que 
Viigtle n'en donne à fooProtée? quand il af- 
fiiredeluiy ' 

■ ■ ■ novitnamijue atmia Fates ><3fMf. 
Ç^fUt/btt^putfiierint^piefàMventurattahm 
Le Cygne & le Corbeau furent confa'- 
crés à Phœbus par les Payens, pour dire 
qu il iavoit tout ce que les jours & les nuits 
peuvent produire; outre que le Trépied fer- 
yant à fes Oracks mpntroit^i qu'ils s'éten* 
doieot iur les trois tems, le préfent, le fu«. 
tur, & le paisé, ^fa tripos trim eurfus pra^ 
fagia poBieetur y hoc eft^ ExtafUiSy Inftantis^ 
b'Raptiy felon les termes de Martianus Ca* 
peIladansfonnêuviéme& dernier livre, qui 
eft celui de la Mufique. Mais il fe tint inè* 
branlablement ferme dans fa doârine Péripol* 
tétique , quç les propofitions ^e futuro in 
mâtma cùMingemi , ne pouvoienc être dé- 

TêmyU,Pan.l F ' 



/ > 



«A LETJTRE XCIX. 

termiûéaient vraies, d'autant, qu'il finit né* 
cddairemeot qu'une chofe pour êtœ oontia- 
gente foit de telle nature, qu'elle puifle être 
ou n'être pas. Uprotefta,. qu'il lui étoitim- 
poflible de comprendre, ce que c'ètoît qu'une 
. certitude contingente; & nomma ua firanc 
galimathias de dire, qu'une chofe (bit io&il- 
u c. 7. & lible , mais non pas néce0aire , ajoutant ce 
'^•V- mot de Pomponace au fujet des néceffités 
confequentia^ tum cmfequèntis ^ dont il ferait 
le , hoc utinam tam hem inteUigtritut , qHam 
h eue involvitur^ videnturque pot tus effe iBufith 
. ms ifta quam refponjiones. Et ailleurs: po- 
tiUsfunt ver h y ^furfura^ quam r es ^ îs^ve- 
TH farina. Lsi comparaifon de ceux, qui 
prédifent le malheur d'un homme courant 
vers le précipice, fans y rien contribuer, le 
fit plutôt rire, que rendre; parce que leur 
- prédiction au lieu d'être abfoluô ccmtient cet* 
te tacitd condition, au cas que cet homme 
ne s'arrête .ou ne fe détourne point du préci- 
pice, ce qui empêcheroit (ans doute, qu'il 
n'y tombât. Ainfi le plus que cette funilitude 
attribuëàDieu,c'eftuneprenotionoupre(ci(»b 
cehypothetiquedesaâionshumaines,queper« 
fonne ne lui difpute, mais non pas une déter- 
mihée connoi^nce, puifque nôtre volonté 
étant libre, peut changer à tout moment. 



DE LA SCIENCE QUI EST ERDIEU. S) 

Cdl ce qui rend nôtre mauvfds Démon fi 
porté il nous tenter & à nous fedtiire; iqudi 
vraifcmbhblement il ne s'attacheroit jamaiSi 
iinrant comme il eft, s*il ne nous connoilToit 
pas capables d'^rlibi^ent, &fin6tredan^ 
nation ou nôtre faluc étoient déterminés ab« 
folumear parles notions, quiibnt en Dieu, vû^ 
qui! ne pounxMt pas douter, ' qu'en ce cas là 
toutes fes peines feraient inutiles. Mais no 
peut-op pas même dire, que toutes les ex* 
homnons, que Dieu nous fait pour fuivre 
le bien , & toutes fes menaces pour nous dé« 
tourner du vice, fembleroient des chofes ri- 
dicutes, ce qui ne peut être imaginé (ans cri* 
me, fi au mime tems, qu'il nous les 6dî, il 
ikvcMt avec certitude; que ce doit être en 
vain, & que nous exécuterons in&illible- 
ment le contraire de ce qu'il nous confeille. 

Quant aux paf^es de l'Ecriture Saiiite, 
qm lèmblent ajuger à Dieu une connoiflan^ 
ce certaine des chofes fiitures, quoique dé* 
pendantes de notre frandie volonté; il s*en 
démâa, en foutenânt, qu'ils étoiefjt pleins 
défigures, & de façons de parler accommo- 
dées i nôtre capacité. Ainfi quand Dieu fit 
£ivoir en paroles expreffis à Ezechie qu'il 
mourroic, ce qui n'arriva pas; Saint Thomas ^ ^^ 
dit, qu'dUes (edoi vent interpréter du cours ««.ij^. 

FM 



14 . t E T T R E XCIX. 

ordfiumlB de la nattire> félon lequel et Roi 
devoit moupr, de forte ^ que ce qui £emble 
dit là déterminément , ne l'eft que condido- 
neUei;nent; non plus qup quand Jooas alTura 
les Nioivites ^ qu'ils n Woien t plus, que qua- 
rante jours, après lefquels lelir ville fèroit dé* 
truite. Car quoi que la menace flkabfoluë 
dans (es termes , il y avoir une condition fouT 
entendue , s'ils ne fiiifojçnc la pénitence, qui 
dépendait d'eux, v& qui les préferva de cette 
calamité. Les lieux du nouveau ToAament 
qu^cHi peut rapporter fur le même fuîet, fe 
doivent expliquer de même. Et l'on ne (au- 
roit, ajoûtoit- il , concevoir la faute de Saint 
f ierrcs'il ne lui étoit pas poifibie de ne point 
renier fon Maître, lors qu'il lui dit, que 
dans le |our il commettroit cette infidélité 
jusqu'à trois fois; ou il faut fouièmendre, 
s'il demeurùit dans la foiblelTe d'ame ou il é- 
toit, & que Dieu comme fcrutateur des 
cœurs y obfervoit alorç., Car préfuppofanc 
que Saint Pierre n'eût pas commis ce crime, 
puifqœ félon l'axiome Philofophiquef^/^ 
fi in aâu'pofito miUwà fequitur incwmnoàum^ 
qui ne voit pk)int, que ledefautdefuccés dans 
cette prédiâion pouvoir recevoir Ib même 
interprétation, qu'on donhe aux textes pré- 
cédens du vieil Tefiament? C'eft la même 



DE LA SCIENCE QUI B5T EN DIEU. 89 

dnfe de la promefle (knple du Paradis au 
boti Larron^ qui cootenoit cette hypodiefe 
fi>u(eiitecida€> en perfcverant dans la recon* 
DCMffimce de fon Créateur, & dans The^eufa 
diTpofiiîon d'e(prit odil étoiti pour ne rien 
dire de ce que pouvoir contribuer fur ce der* . 
nier exemple une grâce extraordinaire. 

A toutes les raifons du paganifhie^ en fii^ 
veurdu Dèflin, il répliqua^ qu'Ariftote n'en 
avoic reconnu la néceffité qu'à Tégard dts 
dioCesomverrdles, & non pas des (ingulie* 
Tes,, qui dépendent d'un principe libre , tel 
qu'eft nôtre vobntd Mais qu'à prendre a* 
vec Boeoe& Saint Ai^ftin, ce Fatum y ou 
cette DcftiMéy pour la volcxité de Diel:^ 
qu'il a eu6 de toute éternité, il s'en ftloit tant» 
qu'dle hiî rendit toutes chofes connues égale* 
ment, que fi cela étoit, le même Ddtin, 
quieft Dieu, feroit contraire à lui m&ne, & 
fil wdoQté diverfe, puifque de tout tems (a 
refokitioiia été, comme nous l'avobs déjà 
exposé , de ccé^t un animal libre dans Ces o 
penuions, & pofTedant un franc-arbitre qu'il a 
toujours coniervé, quoiqu altéré parle péi- 
dié du premier des hommes. . 

Apres tout il minnënt, qu'encore qu'il f 
cât quelques difficultés dans fon opfniott, 
dqptmhtiniaçmreneiepûirentpasbien dér 

F iij 



. «tf LETTRE XCIX^ ; ' 

' mêler, tl4ui reftoit cette ûtisâfflioii,' & mè* 
, ' me cet avantage^ defuivreravisdenosplus 
grands ThéologrenSy qui font contraints d'a- 
vouer, qu^en toutes cbofes il &ut toujours fe 
ranger aux penfëes les plus féantes à4a gran- 
deur de nôtre Ci^éateur: Et que puifque ion 
lentiment n'ôtoit rien à la fcieiice de Dicu^ 
de tout ce qui pouvoit être Tçû par les loix, 
qu'il s'eft prélcrit à lui même; mettant au 
contraire un parfait & raifonnable accord en- 
. crefa puiflance, fon favoir & fa vobntè; il 

^ ne croiôit pas, que rien pût l'obliger à s'en 
d^rdr. Surquoi tout le monde lui avoua^ 
qu'il valoit mieux, fouveot confeffer ingénu- 
ment fon ignorance, fur tout en de lëmbla^ 
blés iiijets , que de fe laiifer emporter par la 
diflficulté de quelque^ argumens à une créanr 

Pwfl Sf jce peu honorable à la Majedé Divine. Nous 
devons alors imiter ceiix d'Elide & les Athé- 
niens qui facrifioient au Dieu Inconnu, c'eft 
à dire, fi je ne tne trcxnpe, au. vrai Dieu, 
que perlonne ne iàuroit ni compeudre, ni 
eonnottre; en (bûmettantliui^blement nôtre 
efprit^ ^ tous fes raifonnemens, à celui, 
qui a cela de commun avec le Soleil, qu'ou- 
tre qu'il ne fe découvre que par fa propre lu- 
mière, &par la clarté, qu'il nous commu- | 
nique, il nous éblpûit-, & nous aveugle^ fi 



/ 

\ 



DELASCIENqiQyilSTENDiEU. S? 

nous penfims le oontempler trop fimnenr^ 
êc flvcctéménté. 

Sans meotiry il y a nulle fois plus de di- 
flance enfre Dieu & rentendement humain, 
qall nrs'en trouve entre cet^Aflre du jour & 
leiiibou> àlavuëduquelAriAote, Tundes 
plus dairvoians des^ hommes, a û fouvent 
cooqiaié toutes nos connoiffances. Ce fut 
pourauoi cet ancien, qu'on nommpit il me 
lenibfe Simonide, & qu'on voulut ei^^aget 
au diicours 4e la nature Divine, demanda 
«oujouis de nouveaux délais -fans- s'y pouvoii" 
lamais idbudre. Mais pour peu , qu'il nous 
laife voir fim image^, comme un Parelie 
dans la nuft, Se quelque petite idée, qu'il don* 
ne de lui même à nôtre eTprit , nous ne ûiu- 
lions ni trop les refpeâer, ni trop les dti? 
mer. Clément Alexandrin ait là deflus une 
faypodidè au quatrième livre de Tes Tapifle- 
ries, dont je iiiîs bien aile de vousiàîre fou* 
vemr. il fuppofe que fi Ton donnoit au choix 
de qudqu'un de pofleder la connoiflance de 
Dieu, ou la béatitude étemelle, comiiie des 
biens diffoens; il feroit obligé d'élire la pre^ 
miere, comme de beaucoup préférable à 
l'autre. Sans contefter là deffus, puifquç 
ce (ont deux cholè» inféparables, . ajoutons 
ièuleoiçnt, que quelques-uns n'ont pas laii^ 

F ui| 



S8 LETTRE XCXX. 

sédç ardre, qu'il vaudrott mieux èdre privé 
tout à fait de cette connoiflfance, que de Ta- 
. Voir fautive & injurieufe à la Divinité. Plu* 
fr. diU tarquetàchâ de rendre probable ce fentiment 
^''^^ par cette comparaifon , qui ne le juflifie pour- 
tant pas tout à fait dans la vraie Religion. 
Tyrefias, dit-il^ étoit véritablement bien mal- 
heureux, de ne voir ni Tes amis, ni fes en- 
fyns'j à caufe de Ton aveugldnent Mais il 
fiiut avouer ^ qu'Athamas & Agave étoient 
bien plus hiiierables, de prendre les leurs 
pour des Tigres & des Lions, & Hercules 
encore de déchirer les Tiens , que fon imagi- 
nation bleflfée lui repréientoit pour les enne- 
mis. Sa redUiftion eft , qu'il voudroit miçux 
^ ne reconnoitre point de Dieux du tout ^com- 
me Ton parloit de fon tems , que de les outra* 
ger par des penfées inciignei d'eux, ou de fe 
les figurer d'unç nature maligne, & qui fe 
plait à nous affliger , félon la fàuflfe perfuafion 
des fuperftideux. Cela fe rapport^ fort à 
la lëntencç d un Philolbphe libertin , nuiis ju- 
tHég. diçieux en CQ point, mpiusnon^itoUUtm^ 
^^- *» tudims Deos^ fed qui Dm opiniones nudtkudi- 
v^ ffis applicat. Lç plus fur parti que la créature 
puiffe. prendre pour ne tomber d^os aucun 
4e ces inçonveoiens, c'eft de parler de ion 

Cr49t«ur çomsm ks Pores 49 TEglifo ont 



DE LA SCIENCE QUI ÎESf EN DIEU^ g9 

toftjours Eût du vrai Pieu. Itsontdit> qu'il 
fe troiivoit dans toutes chofes fans inclufion^ 
& au ddioFS de toutes fanç exclufion : Qu'il 
étoît plus haut que le Ciel, plus profond que 
TEnfeT) plus étendu, que la Terre, Se plu$ 
. difiîis que la Mer: Bref, qu'il eft par tout^ 
& qu'il n'eften pas 'un endroit, onmia in om- ^ 
«(«rfeloa Saint Paul, parce qu'il ne peut è^f* «^ <>- 
trc éloigné ou abiènt d'aucune place , ni com- ^*^* ^ ''* , 
pris ou contenu en aucun lieu. Cc»nmetous 
les oombres le trouvent dans l'unité, & toih ^ ' 
tes les l%nes dans le centre; toutes chofes 
fom en Dieu , & il n'y en a pas une, oii il ne ^ 
fe rencontre ; ce qui vz contre le fens d'Em* 
pedode, qui crût, devenir Dieu, fi Ton ne 
le trouvoit nulle part. 

ÇluofugisEnceladef jMfcunqueafpukvii 
oraSy 

Sut lùoefemper tris. 
Lelktt pourunt quelque fpacieux que n^tt^^^^î* 
imagîiiation le pui0e faire , n'égalera jamais /s^^'^, ^^ 
ion famnenfité;' non pljus que le tems.fonc u. 
Etcnûié; l'efpritiâSagefre; la vertu fa Bgn* 
té; ni l'ouvrage fa Puiffance;^ pour parler 
encore comme fait un de nos Doâeurs. 

Quelqu'un de la compagnie lui ajouta en- 
core par forme d'avis & de conclufion , qu'il 
étoU vrai , que comme le concours de Dieu 

Fv 



90 LETTRE XGIX. 

2X Tk. r. AUX cauTes feoondes ne détruit pas leur natu* 
P 9^' ^- re , & n'empêche pas y que les effets ne (oient 
naturels lors qu'ils on( des caufes naturelles: 
la vue & la connoiflance de Dieu n'ôtoit pas 
non plus la liberté aux actions de nôtre vo- 
lonté , ni la contingence aux contingentes: 
parce que, fo^tdansfonconcours, (bit dans 
fa préfcience^ il n'altère point les caufes fé- 
condes ^Jèd eo modo É^ pravidet , €^ concutrit^ 
quoagunt. Qu'il faloit pourtant prendre gar- 
de foigneufement^ de ne tomber pas dans le 
reprodie^ qu'on a fait à Ciceron, d'avoir 
mieux aimé blelTcr la Providence de Dveu, 
que le franc- arbitre des hommes: ^vtho- 
^1^ ^' mines f aceret liheros^ feciffefacrilegosy comme 
*''* en parle Saint Âuguftin. Car puifque toute 
l^glife a toujours tenu, qu'on ne pouvoit 
nier fans une efpece d'impiété, que la préfcien- 
ce de Dieu ne s'étendit fur toutes les chofcs 
futures, qui lui font préfèdtes de toute éter- 
nité; il n'étQit pas permis de douter, qu'il 
ne prévit les. nécefTaires comme nécefTaircs, 
& les contingente; comme contingentes, 
quelque répugnance d'ame qu'on pût fentir 
làdeffus. Sans mentir, il peut y avoir bien 
de la témérité à combattre un lëndment fi 
univerfel , & le plus fur efl d'humilier fbn ef 
^t encepoint^ & de l'arrêter fur la déter* 



DELASOENC&QyiESTENDIÉU. fi 

» ■ ' . ' 

m ii i a rioii de Juilin, grand Martyr & gra11d9a.fl.tfi 
Philofophe, qui porte, que cette préTdeocef^f 
divine n'eft pas la caufe des chofes futures» 
mais qœce fiint^les, qui font la préfoeuce 
eaDiea, fiios pcéjudicier à nôtre liberté. v 

Ceft tout ce que vous faurés d'une con* 
feienoe qui eut au moins cela de bon, qu« 
danis des ientimens différens Ton^n'oiOt ja- 
mais une parole contraire à la civilité, ni qui 
petttofiEn)ferper(bone. Vous jugés alTez {Mûr 
li, que cet homme vain & impormn tout en- 
Cbmble, que vous connoiflés fi bien, ne s'y 
trouva pas, qui s'attribue fortement ce que 
Ciceron donne à Cameade^ de n'avoir jamais 
difputc de tien fans obtenir la viâoire, nàU 
lam unfuam rem àrfendiffe quam non proharit^ 
mt^mnéfpÊgm^quiimn&nevtrterit. Envé* 
lité , outre le défiiut de charité, il y a bien 
de la fiMblefTe à ne pouvoir fouffiir la moin* 
drecontradiâion, ni le moindre mot, quicho* 
qu^ qu'on ne s'irrite au dernier point : 

^— Turgefcit vitrea Inlis^ Pfrffii^. 

FiatàiiTy Arcadie peeuaria ruJere iicas^ 
Et il me femble que c'eA une grande honte 
aux perfûnnes de nôtre profeffion, qu« les 
honmies d'épée fe battent prefque toujours 
en & gardant beaucoup de refpeâ les unsaux 
autns; qu'ils s'ôtent la vie ^ gens dix»» 



99 LE T T R E C. 

ôeur^ £aiis ie dire le moindre, aiitnge; & 
que les hommes de lettres , fouvent même 
ceux, qui fe piquent le. plus d'être Fhilofo- 
phes, ne comeftenc jamais lan$ s'inîtarier. 
Bon Dieu, qu'il eft peu de (kvans Se fiiges 
tout enfemble ! Et que Platon eût grande rai- 
{^- i^ ion de récrire à Dion, que ropinitereté fa- 
cfoeuTe étant haie d'un chacun, devoit finie 
h demeure dans la folimde; 9 oa£a/^&a èfnfiua 
a^ivoatoç èçtv pervicada Jàistudifus efi contwker- 
natif. 

M VAINE PRESOMPTION. 

L E T T R E c 

MONSIEUR^ 

Un ancien difoit, ou'il étoit Cort difficile 
qu'on s'abftint décrire de Ton tems quel- 
que fatyré, vu ce qui s'y pafiToii^tous les jours^ 
& il i^oble qu'on pourroit foûteotr à^mèr 



DE LA VAINE PREfSOMPTION, 93 

me, qu'i! eft comme impoiïible à ceux, qui 
j irokfit toutes les fortes vanités du grand mok> 
-de, d'êtreaiTe^reteaus^ pour n'ufer cbntm 
: elles d'aucune inveâivc . Mais je ne fiiîs paf 
de cet avis> & je penfe que hors ceux, qtii 
moQteot expreflement en chaire pour deda^ 
merfur.œfujet, (futmedidnammorihsfa^ 
ciant^ comme parle Tertullien, les autres 
peuveot bien, fans approuver en cela ce qui 
ne leur plait pas , vivre à leur mode , & Iai0 
fer fiijre les autres comme ils rentendentt 
puifqu'ik n'ont point de furisdi<ftion for euxj 
Outre qu'il y a^ beaucoup de témérité poUf 
un particulier^ de voubir reformer le monde; 
il lui eft fi aMe de fe taire, & de porter le 
doigt fiir cette partie oii toutes les f^iituêe 
d'ifarpûcratemettoientleiien^ qu'en vérité 
c'eftpreique toujours par inipuiffance d'efprit^ 
qu'on le dîfpenfe d'en uièr autrement. Lo 
fileoce fixirnit tant d'agréables entreti^^ à , 
ceux, qui en favcnt bien ufer, qu'il n'y a 
guëres que les inconfidérés, qui le rompenc 
pour dire des vérités importunes, outre qu'el^ 
les font prefqiie toujours inutiles. L'Eccle-' 
fiaflique dit fort bien , qu'ils ont le cœur fem*' 
Uabk à un vailTeau percé, qui ne peut rete-*' c it 
nir aucune liqueur ; corfatui quafi vas cotera- ^^^^ . 
. Aes; & en effet le mot du Spartiate De;marà^4^j9àr. 



96 . L E T T R E G. , 

peiibnnes s'impofent pour V^yoit; & il re- 
noncera toujours à toute la gloire, que peut 
produire la plus haute feveur, finecij^efitfu^ 
perbis ûffidere liminibus ^^ acfuperciUumgrave^ 
£r contumeliofam etiam humamtatem pati^ 
pour ufer encore des propres termes de Sene- 
que. Mais tout excmt d'ambition, qu'eft 
l'homnle fage, il iie méprifera jamais une 
honnête réputation, & bien Icmi de négliger 
ce qui la lui peut conferver, il perdra la vie 
comme THermine, plutôt que de fe dif&i- 
mer, & que dïntereffer notablement (on 
honneur. 

Cela préfuppofé.de la forte, & que le mé- 
pris de ce même honneur «caulè fouvept celui 
des vertus, parce qu'il eA prefque toujours 
leur recompenfe, & que ce font elles, qui 
compoiènt cette voie ladée toute brillante de 
leur éclata & parjaquelle les plps grands hé^ 
ras font enfin parvenus à l'immortalité: fai- 
fons maintenant quelques réflexions fur ce 
vice oigueilleux, qui détrôna les premiers 
Monarques dû Capitole, & que les Roniains 
ne purent fouffrir même en la perfonne de 
leurs JRois, Juperbiam Romani ne in Rege 
fmdtm ferre pétuermrt^ (Ut le plus éloquent 
d*entre eux. 

. Mapremiefepenféçmeporteàremarquer^ 

qu'il 



DE LA VAINE PRETSÛMPTION. 97 

qalà n'y a point ordinaireinent de gens pîus 

mdigiies d'être eftimés & honorés, que ces 

prèfomtueux , ^ui afFeâent infolemment une 

gloixt^ qu'ils avoucjroieat eux n^èmes ne pas 

mériter^ s'illeurreftoit quelque ibrte de pu* "^ 

deiir. Mais comme un vaiiTeau plein de vent 

ne peut recevoir les bonnef liqueurs, leur ei^ 

prit rempli de vanité ne fôuflire aucune tdn*- 

ture de Morale, ^ la modération qu'elle en« 

Ceigne avec la connoif&nee de foimème, eft 

la dioi&du monde, qu'ils abhorrent le plus. 

L'homme vertueux repréiëme excellemment 

le revers de cette médaille, il diminue toû« 

jours plutôt, qu'il n'augmente ce qui peut. 

être dit en la recommandation, ô yap hria/^ 

K^ 0sjasrTwrfMç èçof, comme en patte Ari- 

ftote. Et parce qu'il tient pour une maxime 

afiurée, que faire de bonnes aétions pour en^ 

recudlBr de la gloire^ c'eft être plutôt ambi- 

tieux que vertueux , fui virtutemfyam puil> Sm.^di9^ 

carivmty nonmtutilaboratjèdgloria^ il cft 

fi éloigné d'agir par un motif de vanité , qu'il 

r^ette ou met au rabais toutes les louanges, 

que kd peut attirer ion' mérite* A la fiiçon 

de cet oifeau. Merq>s inconnu en FrancCj 

qui cft vraifemblablement l'Apiafler des La^ 

tins, &qu'£liena(&ireneyolarversleCiey.i.c.^ 

qu'au rebours dç tous les autres oifibaux, 

TêmVHPênX O 



98 L E T T-R E C 

•iant la tête bafirée vers la terre; fi oeliii, 
qui pôfTede une folide vertu , s'élève fiprt haut 
par fon moien , rhumilité dont il abonde , lui 
fyk tenir la tète coUd)ée, quoiqu'il ne vc»e 
prefquerien ici bas, qu'il n'ait droit de mépriier 
commeétantaudeflousdelui. Maisneprenés 
pas (à grande modcitie pour une humilitiévd'ab- 
jeâion &defoible{re, telle qu'eft celle du Ro- 
£eau: C'eft une humilité de conndflànce^ de 
poids^ &deforce^ femblable à celle des Palmes 
recourbées parla valeur & la peiànteurdelcurs 
fruits. En effet la fàjgefle^ qui fert de cou- 
ronne à toutes les vertus morales, chérit ft 
uniquement l'humilité, que fa pente natu- 
relle eft vers les lieux t»is; d'où vient la bd- 
le penfée des Arabes, que je vois traduite en 
ces termes, SapUntia fe habet adjuperhosy 
ut a^a adaltiora loca. Cela veut dire qu'il 
n e(l point plus contre nature de voir remon- 
ter les eaux, ce qu'dles ne font jamais, que 
par une grande contrainte; qu'il efl merveil- 
leux & prefque impoflible , qu'une véritable 
fag^e accompagne les hctomes fuperbes & 
fierânent orgueilleux. Mais ceux, qui la 
poifedent, ne perdent rien pour cela de ce 
qui leur efl dû, tant s'en faut, ils TcfatienneDC 
plus fadlement par leur humilité , & (i & é- 
vitent l'envie , qui eft pcefque inTepacahle des 



DE LA VAINE PJŒ'SOMPTION. 99 

âogos^ qu'on leur donne. C'e(l ce que l^a- 
cite témoigne de. fon beau père Agricole 
par ces paroles 9 qui nous expriment rafliec- 
te modérée de (pn efprit^ ita virtutein agen* 
io^ vtrecuttdia in fradicando^ ^xtra invidiam^ 
nec extra gloriion erat. 

Voulés-vous bien reconnoftre l'imperti- 
neace de ces ambitieux ridicules ^ cçnfidé- 
résy comme,, pour une vie gloriéufe, ce 
ieurfemb]e> & purement imaginaire, ils en 
perdent une eflfentielle, comme , pour poir 
feder un rang pénible,^ ou une autorité, donc 
ils abufent & qui les^ confume^ ils abandon* 
neot avec le repos tout ce qu'une vie bien con* 
duite a de plus charmant & de plus (blide; 
enfin comnrie ils iè donnent quelquefois mil» 
le maux pour acquérir des titres ^ qui rendent ^ 
un jour leur épitaphe un peu plus magnifia 
qœ» Laiorant, ditexcellethmentSeneque^^e hrev. 
in titKkmJèpulcrij €?* r/f tmus ab iUis numere- ^* ^* '^* 
tur ammsy omnes mnosjuos conttrtîit. L'en^ 
dnxt où fl parle de la forte efl Ti exprés çdn* 
tre ce que nous avons tous les joui^ devant 
les ytuir> H il décric fi bien la miferable con« 
duite deceux, dont nous parlons, que je ne 
puiffm'entpêcher de vous le rapporter 9 à la 
chargequé je ferai diipenfé de vous en faire à 
OKHi cwiînuce une paiaphrafe Françoife, 

/ G ii 



ïoa 1 E T T R E C. 

- • ' ^ 

jOmnhm quiâem occupatcrim conditiç^ m^tra 

efty eùTum tamen mferrima , qui ne fuis quidem 

oeupaticnihuslaborant. : 'AiaJimum àormiunt 

fomnumy ad alienum ambulant gradum^ aia- 

> lienum comedunt appetitum : Anunr/y îf o- 

V àiffiy res omnium liberrimaSy jubentur,^ Ht 

fivelmtfcirequambrevisipforumvitafity co- 

gite^ ex, quota parte fua fit. Ce font les 

firuics ordinaires d'une ambition déréglée* 

Cependant la plupart du monde eft trom- 
pé par l'éclat d'un grandeur imaginaire, & 
par les apparences trompeufes d'une felidté, 
dont ces perfonnes ne jouiront jamais. Ce 
font des temples d' Egypte fort magnifiques 
À bien travaillés au dehors, mais remplis au 
dedans de chats, de ferpens, & de crocodi- 
les. Ce font des monumens ou fepulcres, 
dont l'ornement & la peinture charme d'a- 
bord nôtre vue, quoique ce ne foit qu'infe- 
dtion au fond , & que leur intérieur foit plcfin 
Jr imc. ^ç pourriture. Et fi nous en cixMons Lucien, 
^^ nous les comparerons encore à des livres 
bien dorés & fort curieufement reliés, à l'ou- 
verture defquek on ne trpûve que des Thye* 
(les, desOedipes, &desTerées, agités par 
" ces furies, que le théâtre de Tancienne Tra- 
gédie nous repréfentoit. J'appeUe aiofi les 
{>ai&OQS, qui travaillent une ame préibmp* 



DE LA VAINE PRE'SOMPTION. loi 

toeufe, d'autant plus à plaindre, qu'diemet 
Ton bien dans Ton propre malheur, fa joie 
dans çequi la devroic affliger , & fouvent fon 
ambition dans la plus bafle infamie. En effet 
il fe trouve de ces Thrafons, dont nous ps»:- 
lonS| qui tirent avantage de tout, & qui 
s'cQoounigent même par les outrages qu'ils 
reçoivent, lèmblables à la toupie des en&ns, 
que Tefcouigée relevé, & qui s'anime &.{c 
tedrefle par les coups de fouât Pour le 
moins qu'ils (è (buviennent, . qu'ils n'ont pas 
moins d'envieux^ que d'admirateurs, quamstn.iUmi' 
magma mhrantiumy tam magnus mvidentiumtttbm: 
jnpuhisift; qu^lsconfidcrent, que Dieu ne ^''* 
fe plait pas moins-à déprimer les chofes hau* ^ 
tes, qu'à élever lesplusSaffes&lesplushum- . 
blés, eiaxanft los adarvts y alcanfe los mulû' 
dmret; & qu'ils me permettent que je dife à 
Vun d'eux, que vous connoiflés bien ^ Cette 
laiUerie d'un ancien^' 

- — puteum piito te quoque Quînti; 
iV«Di quanto (dtior es y tam mage ûfpiceriSi 

G lu 



lo» L E T T R E CI. 

DE 

LA VIE SOLITAIRE. 

L E T T R E CL 



MONSIEUR, 



Q: 



ue vous êtes injufte de vouloir obliger 
vôtre ami à des chofes que vous ne fau- 
ries raifbnnablement defirer de lui! H vous 
fi déjà écrit, qu'après avoir donné à la Cour 
par des refpedls , qui ne nous font pas incon- 
nus, toutletertîs, quevousTy avésvû, 

^^^.A . Imalidus vires ultra fortemquefmeSfa; 

^' . il eft refolu de prendre pour )ui le furplus de 
ce peu de jours, qui lui reftcnt, & de les 
paffer, fi faire ,fe peut, en lieu, bii nec Pe- 

Cic.ep.u. lopidan^mfa&a nequefamam audiat. Quand 

AnicHmi ^^ r^il^ons feroient moins fortes & moins ac- 
compagnées de juHice, encore auriés^vous 
dû en faveur d'une retraite fi Philofophique 
complaire à la refdlution d'un ami, accom- 
pagner de vœux favorables fon deflbin, & 
dire au moins à fa déchaige, 

éd. y. amat bonus otia Daphnù. 

MaiSj qu'au lieu de cela , vou^ le perfifcutiés 



DE LA VIE SOLITAIRE. 103 



infianceSy dont l'on fe ièrvirok 
poor caflammer le courage d'un leune hom* 
me, qui commence fk carrière; que vous 
lui wuBiés ftire jnendre, tout caduc qu'il 
cft, de jeunes & nouvelles efperances, & 
qaevousoriesdifeàagepeiibnnedefa for* 
tB> qu'il Eut planter pour les Corneille^ 
ou pour là pofterit^ 

iffireD^AmpyroSy carpent tmipoma «^ ffJL/. 

cfeftoe que )e neme fdfe jamais imaginé de 
vou^ & j'ai bien de la peine a leconnoitre 
là dedans toioe vôtre équité, & vôtre diicré- 
rioo' ordinaire. £ft-il pt^ble, que vous 
n'aies poinc penfeeàmieuxemploierlacoii* 
fidcration des dcfcendans, qu'au fiijcc qui fë 
préfisnte^ &quevoiiso'aièspojntvûcomnieil 
cft ai£cniaillant de vous repardnrtoutoequiiè 
dk du Nfpoii/mey qui eft un mot fi odieux 
dans h Morale? £n éSet il arrive Couvent^ 
qoe les pbs grmds ioîns^ qxie nous em- 
plûtoDsen&veurdeceux, quiviennentaprés 
DOiB, reu^entfimal, qu'ils fimt la caufe 
vîfiUe & la ^us prochaine de leuis dâ»u- 
cfaes, & par elles de toutes leurs infintunes. 
Pô» ce qui touche l'etpoir des grâces, que 
▼oasvooléS) qu'il attende dans une Êiîibn fi 
avmncée, qu'eft k fiemu je vous prie de 

G iiij 



104 LETTRE CL , 

me dire, pourquoi vous le deftinés au même 
fupplide y que le Poète dut fouffrir là bas aux 
^ames condannées à expier tous les crimes 
qu'elles ont comfnis, d'être expofées à des 
vents, qui^es tiennent fufpenduês en l'air, 
€e qu'il égale ^ux peines du feu/ & de l'eau, 
dont autres font tourmentées ? 
f*^f _ alia panâunhir inanes 

Sufpenf£ ad vefftos ; dûs fuh gurgitê vafto 
- InfeQum eluiturfceluSy aut exuritur ^e. 
M'eftrce pas la figure de ceux, qui fui vent 
leselperancestrompeufes, & qui fe repaif* 
fent des fottcs vanités de la Cour? 

Il fe plaint de ce que vous lui voulés fiiirc 
peur enifuite de tout ce qu'on peiit attribuer 
de mauvais à la folitude d'une rétraite. Com- 
me fi là fienne devoit être des reprouvées , & 
telle qu'on dépeint celle d'un Timon, d-'un 
Ajax, ou de quelqu'autre aufii incapable de 
méditer que ce dernier. Sacha, queledO' 
fert ou l'Aigle fe plait, ne témoigne pas 
hloins l'excellence dç fa nature, que la com- 
pagnie dont les Etouméaux ne fe peuvent 
pafler eft une marque de leur foiUefle. Vous 
l'avertiiTés pourtant, qu'une trop fombre& 
trop profonde quiétude , iiir tout après l'éclat 
^ le tracas du grand monde , n'eft pas moins 
' à craindre^ qu'une ombre trop épaifle aux 



DE LA VIE SOLITAIRE. lOf 

chofes^ qui fimt accoutumées au grand air, . 

nocent èi^frugihis umhra, Vhrg,Ha. 

Vous lui dites > que comme Julius Firmicus '*' 
aflure par les rcgîesr de rAArologie judidairei 

Sie les Signes , qu'elle appelle folitaires y font 
ns efficace, • & ne contribuent que fort peu 
dediofe, ouriendutout, aubiendellJBiverst 
câix qui vivent feuls & hori4e commerce do 
oompagnies^doîvàitêtrereputésauffiinutilËS^ 
queoes Affares dans la fodetédes hommes, où 
ils ne (ont plus con(idérés> que comme des 
membresféparés, denuluûge, &quifecor- ' 
rompentd'euxmèmes. Etc'eft fur cela, que 
vousluifaitesvaloirl'opmion populaire, que 
ceux,quifeplaifent à planter, prolongent leurs, 
îouis dsms cet exercice ou ils profitent au piï* 
Uic ; ce qui peutètre fondé fur la créancedes 
anciens, que les Dieux Te hâtoient d'ôter du 
monde ceux, qui n'y étoient plus propres à 
rien. Mais que vous êtes loin de vôtre com- 
pte dans ces ridicules obfervations, & que 
vous vous fouvraés peu de ce que nous vous !, 
avons fi fouvent foûtenu,' qu'il n'y a poin^ i 
de perfonnes, qui profitent plus aux autres^ 
& ^ contribuent davantage au bien de ta 
communauté, que ceux, qui préfcrivent au 
refie des^ommos ce qu'ils doivent ejcecuter» ; 
& quiméritept par là, d'être refpeâés d'un 

Gv 



ïOtf L BTT R E' CL 

. chacun, comme les Précepteurs de tout le 
genre humain ! De même qu'il y a des efprits, 
qui fe trouvent accompagnes par tout^ & 
que lliermkage même où la plus grande iblî- 
^ tude n'exemtepas de difhraâton{ p«ce que 
lHnx}uietude de leurs penfées, & le trouble 
de leur imagination , ne les abandonnent ja- 
. mais; Il s'en rencontre d'autres de meillciûre 
trempe , qui font heureufement dés homélies 
dans les plus grandes afifembiéeS) quelacon- 
fufion des lieux & des perfonnes n'empêche 
pas, d'entrer en retraite, '& qui fe condiment 
librement à un exfl volontaire dans leur pro- 
l$b.4.Je pre pdls, Âppien s'étant par conlequent trom- 
helk du. ^ à leur égard, & au fens^, que nous Tex- 
pbquons, quand il a crû, qu'un Sicius étoit 
le premier, & le feul, qui avoit trouvé pen- 
dant les fureurs du Triumvirat le bannifle- 
ment dans fa patricf. Après tout vous aies 
obligé de mieux interpréter l'aîfHon, oiî fè 
veut porter vôtre ami, ^ de préfuçpder) 
<qu?il devoir avoir de puif&ns moti& pour ce- 
la, puifqu'il vous avoit déclaré Textrémite 
ide fa fouffiancc, & fa dernière relbludon, 
en ces termes que vous rapportés en les con- 
dannant^ 
ykg.ed. I Certum eft mfylvisy inter Jpebeà ferarum \ 



DE LA VIE SOLITAIRE. 107 

Pouvés-Yôus croire, qu'un, honime îde Ion 
génie parle de la forte, qu'après avoir pefé 
toates dioùsj & mûrement délibéré avant 
que de fe déterminer ^ 

Je veux en fa faveur vous confier là deffus 

une penlëe^ qui me fervit d'entretrien dans 

une promenade de la Fe^e durant cette der« 

niere campagne. . J'y confidérois lesdifféren- 

tes vies^ félon les diverfes conditions des 

hommes, & commençant par ceux des 

chan^, jemerq)réfentois, comme la con« 

veriadon des perfonnes ruftiques, qu'cm ap* 

pelk»t autrefois Ruftres^ donnoit bientôt un 

certain dégoût d'eux, non feulement à caufe 

de leur groflkr entretien, mai^ bien plus^ 

parce qu on y reconnoijûToit fouvent dans uta 

mêmefujet cette groffiereté accompagnée de 

beaucoup de malice. Fafiant de là aux Geft> 

tilshommps de campagne , je faifois reflexion 

fur cette violence & cette brutalité, dont ils 

font prefq[ue tous profeflion, jugeant, que 

ce font chofos, qui ne peuvent plaire qu^à 

cetBT, qui^ont l'efprit auffi tyran & aufli dé* 

pourvu de connoiflânce, qu'eft ordinaire* 

ment le l^r. . Je regardois enfuite conune 

ces mêmes Gentilshommes ont ofé nonob» 

ftant œk nommer vilains les Bourgeois ou 

citadins, auffi bien que les vilageoiS) &«o 



lOg L E T T R E CL 

cuferde yflenie les habitans des viles les 
plus polies^ mettant les uns & les autres dans 
•une même catégorie: Tant chacun prife (k 
Ciçon de vivre, adea umctàque flercusfoum he- 
se olety & tant nous fommes tous endins à 
méprifer celle des autres. D'un autre cote 
je me mis à rêver fuc ce que le fejour des vil- 
les a fidt nommer aux Grecs ajluce , aux La- 
tins urbamtéy & à nous cwUîtiy l'entretien 
plus fubdl mais prefque toujours inteielTé 
de ceux, qui les habitent, & qui ne vifent, 
qu'à s'ôter Jes uns aux autres le paia de la 
maia Ceft ce qui nous porte bientôt à les 
. haïr d'une animofité Timonioioe, conûdé- 
rant, qu'ils ont converti les mdlleures poli- 
ces, inventées ce femble pour lé bi^ des 
hommes, à leur deftmdlion & à leur mifere; 
ce que mon efprit fè prouvoit à lui même par 
indudion & par une longue énumeration de 
plufieurs exemples. Mais quand je vins i 
examiner là^vie des Courtiiàns, ou de ceux^ 
qui penfent compofer ce qu'on nomme le 
grand monde, je ne pus m'empècher de con- 
clure, que c'étoitc^ede toutes, quiâoitla 
plus capable de ietter un efprit dairvoiant & 
Philofophique dans une pârËiite miÊmdin}' 
pie, ou totale averûon du genre humain; 
parce qu'il n'y voit prelquë rien, qUi ne dio- 



DE LA VIE SOLBTAIRE 109 

que ià rdiibn, &oùibuventlafolie> rinju* 
ftice, ou quelque violente cabale, ' ne rem-* 
porte ior l'intégrité^ furlebonfens, &fur 
k plus haute vertu. Souvenés* vous là del^ 
fus de ce qu'a écrit Joannes Saresberienûs^ 
Evèque de Chartres, êc difciple de Saint 
Thomas de Cantorbery, dqntilnousaau^i 
donne la vie, dans^fon traité^ Jem^citna- 
&mj après avoir perdu une douzaine de fea 
meilleures années parmi les Courtiià&s de 
fontems; Je n'empêche pas pourtant, que 
vous ne fiiffiés paffer toutes ces chofes pour 
ks vifioûs d'unatrabiHaire, pourvu que vous 
m'avouDlés, qu'onnefauroitgucreslesenvifar 
ger del'œil dont vôtre ami peutlesavoirregar^ 
dées auffi bien que moi , Êins préférer un de* 
fert pro^ à la contetpplation > à tout ce qui 
(ait rechercher aux autres la vie adliveavec 
tant d'emprefiement. 

Afin que vous ne penfiés pas , que j'agifTe 
comme partifan de celui, que vous âvés ren- 
du votre adverlàire, ou que je {prenne cett9 
occalkn de contredire vos fentimensi con* 
ère la profeffion que je Eus de n'en époufer 
aucun determinénient, & fans cette fufpciif 
(ion Sceptique j dont je vous ai fouvent ai&ir 
téy que^nemedepartoispasvolontiersp Jq 
vousavooêV qu'à mettre TaâioQdc nôtre fi^ 



UO LETTRE CL 

siù commun à la balance , & à la confidérer 
nuëment , elle peut recevoir di vcrfes interpré- 
tations, tenant du problème qu'on.eoyilage 
différemment > & qui a Tes raifons de part & 
d'autre. Mais pourquoi dans cette indiffé- 
rence choquer fi rudeihent un homipe^ dont 
vous Eûtes cas, outre que vous l'aimés? Se 
pourquoi le contriftdr par une improbadon fi 
rigoureufe & fi fieu appropriée, foit à ipn â- 
ge> (bit à £a condition? (^e favés-vous, 
S'iln'a point befoin du privilège, que le Poè- 
te accorde même à un cheval, qui a bien 
fervi, & dont il recommande qu'on reipede 
Varriere-faiibn? 

Virg, i. ' Hum quoque uH aut morbo gravis ^ autjûm 

Gtorg. fegmor annis 

Déficit y abde dmnoy nec turjn ignqfif fe- 

^ Tant y a , qu'il a voulu fe mettre en Id>erté^ 
cervicemjugo tritamfubducere^ placidmfque 
mortaUtatem exuere, & jouïr enfin de ce re- 
pos Phibfophique, auffi ennemi de Paâion 
que de la fervitude. Ce d'eft pas^ que je ne 
croie, qu'il pourra trouver dans (à retraite, 
& pMfâii fa plus grande quiétude, qudquo 
forte de dégoûts, capables de le m'CMtifier^ 
$'il n'y porte une par&ite & inébranlable tran- 
quillitéd'efprit^ MaisencecaB{à^qu'épfx>» 



DE LA VIE SOLITAIRE, m 

vera-t-il de contraire à hôtre humanité? Y 
a*t-il rien déplus conforme à nôtre nature» 
que d'aimer le changement, & de Te plaire à . 
k diverfité? Tout ce qui a le [dus contenté 
en une fài£bn^ vient à déplaire en une autres 
& il n^y a point de tranlmUtation fi facile , ni 
ûocdinaifedanslaPhyfique; qu'eftceUedes 
contentemens & des dép]airu:s dans Ja Mora- 
le. L'on quitte la ville pour les champs^ & 
les diamps nous font bientôt regretter la vie 
politique Se la converfadon civile. 

lam iteque Hama^yadez rwrfiis nec carmèna Virg. ni 

nohis '•• 

Jpfapiacenty ip/arurfiisa^ciâite^lua. 
En «Qfet tom le monde piefque eA de lliu^ 
meur deGallus à cet égard, «Sccequenenoiis 
Êdt pas fidre la pa0ion d'amour comme à lui, 
nous l'exécutons par quelque autre efpecc 
d'inquiétude, qui nous domme. Reconnoif* 
foDS donc ingénument nôtre inévitable foî- 
blefie, & foions plus iodulgens envers nos 
amii, fi nous voulons^ qi^ leur tour ils te 
ibienten nôtre endroit. . 

n me prend envie de voio ajouter enooic 
ici un petit corollaire de la fâqon, que ie peut 
drefler nôtre iacoapand>leJ^K)que, où elle 
vDittr^féTentera, comme M n'y a rien de li 
léméiaîre, que de prendre avec lœDogm»^ 



Xiz \ L E f T R E CL 

dques les vraifemblances pour des vérités. 
Ces dernières font une compofition, dont 
nous goûtons fi peu, quelque defir que nous en 
aions, qu'on peutdire des plus paffionnés pour 
elles, telsqu'ontétélesPl>ilofophes, qu'ilsref^ 
femblenc tous au Renard d'Efope, quand ne 
pouvant donner jufqu'à la liqueur que la Grue 
avoitrenfermée dans un vafe à cou étroit, il 
le contentoit dé je lécher par dehois. Auffi 
voions -nous les plus iavans d'entre eux^ qui 

* n'ont appelle leurs plus grandes connoii&nces 
Ô^e des conjeâures. Us ont été (i irrefolus 

' par tout, qu'ils ont douté fi ce qu'on nom- 
me mourir, n'éioit point un conunencenient 
de vivre, & que n^tre vie fût nôtre véritable 
trépas. SelonDemocriteiln'y apasmème 
fouvent dé certaines niarques de nôtre mort 
rordinaire ,, témoin celui qu'AIclepiade empê- 
cha d'être porté en terre ou au bûcher > Mui 
J:^Jf;;J *rétabUffant r^^ de la vie. rirjfn^e mgni 
nominis Demacritury ' nefinita quidem vitafor 
tis^ certas notas effe propofuity ijudus me£ci 
credièijpmt; tant s'en faut, dit là deflus Cc»:- 
:nelius CelTus l'Hippocrate Latin, que la Mé- 
decine nous donne des lignes afTuréç d'une 
mort future & inévitable, puifqu'elle n en a 
pas de celle, qui eft déjà arrivée. Les autres 
parties de la FhibfiDphie ne ibnt pas mdns 

Gonjeâu- 



DE LA VIE SOLITAIRE. 113 

coQjeâurales^ que la Médecine^ ^ bfen que 
l^rs pcofelTeurs ne les reconnoilTent pas tel- 
les avec la mâme ingénuité, qu'ont eue Ga<> 
lien & Hippocrate. Le même CeUîis remar- 
que la grandeur du génie de ce dernier, dans 
fes retraâations au fMJetdes futures de la tè- 
te avec des termes fi jnftruAifs, que je ne 
puis m'empêcher de vous les rapporter id. 
Afuturisfe deceptum ejfe^ Hippocrates mem(h i g* e. 4. 
riaprodiditj more fcilicet magnorum virorum^ 
^ fiduciam magnarum rerum habentium. Nam 
leviamgenia^ quia nihil habent^ nihil fibi Je- 
trahunt. Magnoingenio^ multaque nihilamù 
nui habkuro^ convenit etiam fimplex veri er^ ' 
Tùfis confeffio. Ceft donc le propre des fa* 
vans d'avouer leur' ignoi^nce, quinepâroît 
nulle part fi à découvert que dans la Morale^ 
od les Sceptiquefs emploient principalement 
Xtxst àcatatepfie y fi vous n'aimés mieux, que ^ 

je dife leur incomprehenfibillté. Le moièn 
d accorder tant de façons de faire différentes) ' 
toutes efiimées & foûteoués opiniâtrement 
parœux, qui les pratiquent Je viens d'ap- ^ 
prendre du voiage d'Olearius > qu'en Mofco^ 
vie le métier de Bourreau , qui s'achète > ferc 
de paâàge comme fort lucratif à beaucoup 
d*autre$ où Ton parvient enfuite fans aucuiie 
note d'infamie* Ceux de ce paîs^là qu'il dit 



i4 LETTRE CI. 

très bons Arjthmériciens, oiu leur |et ,' Se 
font tous leurs comptes avec des hoiaux de 
prunes, qu'ils portent dans une petite bourfe 
fur eux pour cela. Et véritableoient le mot 
de calcul, acalcuUs^ a fon origine de ce que 
fans plumis, ni jettons,, on fupputoit tout autre- 
fois.avec de petites pierres. Comme l'on peut 
voir dans TH i ftoire des Incas , que les Çeruvi- 
y ens, quiexceUoientencetart, ufoientauflide 
cailloux^ . ou de grains de Mays^ outre qu'ils 
' l'exerçoient miraculeufement en fe forvant de 
fils, & de fifcelles de diverfes couleurs, où 
les nœuds diiférens marquoient tantôt la 
, multiplication^ tantôt la divifion de leurs 
QuipoS'i c'eft à dire comptes, avec toutes les 
fraâions dont nôtre Algèbre fe puifle vanter. 
Mais je vous veux dire avant que de finir, 
iffMbi^fr. cet autre mot de Morale, pris d'un Itinerai- 
/ re , qui rapporte te que pratiquoicnt les Guel- 
p^es & les Gibelins diirant leurs plus grandes 
animofités, chacun s'opiniâtrant pour fa fa- 
^on de faire au péril de fa vie. Le Guelphe 
mettoit à tal>le le couteau, la cuillère, & 
la fourchete en long au côté droit de Tafliet- 
te; le Gibelin ne les plaçoit ni à droite, ni 
<à gauche, mais en travers. Le Guelphe en- 
«amoit toujours ion pain par le côté; le Gi- 
belin par le deflfus^ ou par le delTous. Le 



DE LA VIE SOLITAIRE. ^ iif 

Guelphe coupoit Torange en (bldl par fk Iar« 

' geur ; le Gibelin en long: Au contraire des 

poaiines& des poires, que Iç Guelphe coupoic 

ealoog; & le Gibelin en travers. Enfin tous 

ceux^ qui écoiept de la fac^on des Guelpheâ 

portoient la plume au chapeau ou bonnet du 

coœdroit, & les autres qui fuivoient celle des 

Gibelins l'étaloient du gauche: Quoique les 

feounes Guelphes tout au rebours portafTenc 

le bouquet ou la guirlande à gauche > & les 

Gibdines au côté droit. En vérité toutes les 

nations i<Kit pleines de femblables bizarreries, 

dont l'inventaire feroit trop long à drefler. 

£x OQmme Ton fè perfecute au fait des coûtu* 

mes à la Guelphe & â la Gibeline,* il n'y a pas - 

moins de conteflation au £u^ de toutes les 

fciences. ^ Les Mathématiciens s'entredéchi? 

rent, & ceux qui fontprofibffîon de la Phy(i< 

que ont des principes fi différens, comme 

fondés fur des expériences fi contraires, que 

les plus clairvoians font contraints d*en rire 

Sc^tiquement. Le plàiûr efl de voir, que 

ceux, qui ont le moins pénétré dedans. Se 

qui n'en parlent que fur le rapport d'autnu, 

font ordinairement les plus opiniâtres & Jes 

plus animés à la dilpute; quoiqu'ils combat- 

tsQt conoume les Andabates aveuglément, Se 

qulls n's^âent que comme ces Crieurs pu* 



. 4ï« L E T T R E CI. 

' blicS) qui difent toutes lés marquer, des cho 
fes perddi^> bien qu'ils né les aient jamais 
vues. Aixffi peut - on comparer toutes leurs 
conteftations à des vagues", pouffécs avec im^ 
petuofité les unes contre les autres^ & dont 
il ne fort qu'une écume inutile. ; Ceft ici 
qu'on peut faire valoir Texcellent chapitre ^^ 
faho (;%'editisy & montrer quHeraclite a eu 
Dio;. raifon de nommer l'opinion la plus grande de 
Laert.iu toutcs Ics maladies, k^xivocovfacrum mor- 
^^^^ hum. Il VLy a point de plus dangereufe Epi- 
lepfie que celle-là. Mais pour n'être pas 
plus long^ je finirai par deux petites» obferva- 
' tions qui regardent ce chapitre. La premiè- 
re fera , que contre ce que tant de perfonnes 
ont crû, & écrit, que les Pçches étoient une 
eipece de poifon en Perfe ( d'cHi pourtant el- 
• les nous font venues ) , elles s'y mangent or- 
dlnairement comme un fruit fort agréable. 
Le voiage Oriental d'un P. Carme y qui les y 
a trouvées excellentes, me vient de l'appren- 
h 7. CIO. dre aînfi. La féconde obfervation concei:ne 
les hommes d'Afrique nommés Pfylles , dont 
tant d'iJiAoriens & de Philofophes ont parle, 
. commue de gens qui feuls pouvoient guérir 

de la morfure des ferpens de cette contrée, 
oii ils font très dangereux. Effacés cela de 
vôtre créance, & tenés pour beaucoup de 



DE LA VIE SOLITAIRE. 117 

frailemblance ce qu'en dit le même Celfus^ 
dcMit je vous parlojs tantôt, quiafîure, que /.^.c. 37. 
tous les hommes font capables de faire c^deremel 
que fàiibient ces Ffylles, pourvu qu'ils l'en- 
treprennent avec la même hardietfe, qu'ils 
zvoieoî. Neque Herctdisy dit il ^/dentiûm . 
fraeipÊiam hahent hi ^i PJyUi nommantur , fed 
mtàaciam nju ipfo confirmatam. £t un peu a- 
prës^ Ergoqmfqtdsex$mplumPfyUiJicutmid 
vubms exfiixerit y ^ ipfe tutus erit y ^ tutum 
kommem praftabit. Je fuis homme de parole> 
qui ne psiflerai pas le terme 3^ que je me fuis 
prcfoit. 

DU CULTE DIVIN. 

LETTRE Cil. 



MONSIEUR, 

1)ouroe que nous pouvons réconnoihe par 
JT les (èules forc^ de la Nature, qu'il y a 
un Dieu , Saint Thomas a fort bien détermi- 
ne que nôtre croiance furce point n'eftpasun 
attiae de la Foi, qui regarde feuleoient les 

H iij 



118 LETTRE Clt 

chofes non apparentes, & jamaislôs vérités 
éclatantes, & qui font, comme celle -ci, no- 
toires à tout le monde. En effet , tous les 
hommes ont un feptiment naturel de (quelque 
O^. „, Divinité, & Dion Chryfoftomc, qui étend 
cette connoiflance jufqu'au refte des Ani- 
maux, veut que les Plantes mêmes en (oient 
{)articipantes. C'eft fur cela que font fondés 
es Vers de Xenophane, rapportés par Clé- 
ment Alexandrin, qui alTurent, que fi les Bâ- 
A- r- tes poffcdoient l'Art de la Peinture, chacu- 
Sfrom. ^^ d'elles reprefenteroit un Dieu de la forme, 
qu'elle poflede , comme nous lui avons attri- 
LU. Giralhuéh nôtre. A caufe que les Lacedémoniens 
sjmt0g.u étoient guerriers, ils donhoient des armes 
pVefquc à tous leurs Dieux, & Venus a voit 
chç? çux le même habillement de tête, ^ que 
Falias. Les Phéniciens, qui s'occupoient au 
trafic, les peignoient avec dés coffres forts, 
& des tables de compte , comme s'ils fe fuflent 
plus à l'exercice de la Banque. Et cette pen- 
^ fée favorable aux Animaux , eft encore ce qui 
a fait foûtenir ailleurs à ce même Patriarche 
^do. Gin. d'Alexandrie , que les oifeaux ni les po jffons 
n'étoiçnt point idolâtres , parce qu'ils n'ado- 
rojent que la Divinité du Ciel S'il fc trou- 
voit donc quelqu'un , qui n'en reconnût point 
du tout, il feroit fans doute, ilansunaveu* 



DU CULTE DIVINi âij 

glement, qUi paffercdt toute forte de bruta- 
lité. Et la réflexion d'EuIebe fur le quatriè- 
me duq)itre de la Gènelè fe peut dire à ce 
propos, Enos y étant nommé poiff le premier 
des hommes, ,qui invoqua le nom du Tout- 
poii&nt; parce, ditcePcre, qu'en Hébreu f'^^ff^- 
Eoos fignifie un véritable homme, & qu'il '^'^' ' 
cft certain que ceux, qui ne reconnoiflent 
point de Dieu, n'ont rien d'humain, puiiqu'ils 
font même au deflbus de la fiête dans un de^ 
gré oondannè de toute la Nature. 

Mais encore que ce fentiment de TExi- 
flenoe d'un Dieu, procède dune lumière, 
qui éclaire tout le genre humain, & qui eft 
donnée, aufli bien que celle du Soleil, dés 
rentrée du monde à tous ceux , que la Na- 
ture y produit; ce n'eft pas à dire qu'ils le 
connoiÔent tous comme il faut. Il n'y a que ' 
k vraie Religion qui nous l'enièignc, & qui 
nous révèle ce myftere, nous prélcrivant |e 
culte, qui lui eft dû. L'efprrt des hommes 
eft capable de toute forte d'extravagance fur 
cefujet, s'ilnefefoûmçtàièsordonnancesl 
Et ans parler des Héréfics , que la Synago- 
gue n'a pu empêcher non plus que l'Eglife, 
le Pi^aniiine & l'Idolâtrie font voir avec hor- 
reur des exemples de cela , qui peuvent con- 
vaincre les plus arrogans de la foible0e de 

H iiij 



120 .l-ET^T-RE CIL 

nôtre emendentent^ ^\ ne fait céder avec hu- 
milité, fon railbnnement aux loix, qui font 
venues du Ciel. Quel miferable aveugle- 
ment fut celui des Egyptiens , de faire leurs 
Dieu* Tutelaires des Animaux les plus cou- 
temtibles ? Et quelle honte aux Grecs d'avoir 
fait régner jufques fur leur Olympe, & dans 
leur Entpyrée, tes plus fales & Tes plus def- 

. ' ordonnées palfTions de nôtre humanité? 
Neptune tranTporté d'un amour inceAueux 
pour Céres, prend là forme d'un cheval & la 
faillit, parce qu'elle s'étoit cachée ibus la fi- 

Paufi:f, gryrç4'une cavale. Jupiter s'eAmétamorpho- 

fé en toute ibrte d'animaux pour contenter 

\ fes lubricités, & des appétits même, que la 

Ueml-f. j^^ture abhorfe. Enfin la Théologie des 
Qçntils a été d profane, . que de lui attribuer' 
d'avoir engendré un Génie Androgyaè. Si 
le nouveau monde n'a pas été trouvé dans 
Vinç fi grande dépravation, il étoft néanmoins 
à cet égard dans une pitoiable état. Les 
. moins dçvoiés y prenoient la créature{x>ur le 
Créateur, & comme ceux du Pérou ado- 
tbient le Soleil ^ les Chincas foûtenoient que 

Sfj ^^ ^Vihç^ qu'ils rçndoient à la Mer étoit bien 

f";? ' ' plus juftç, puifqu'ellç les noUrriflbit de fes 
poinbns, ^ leur donnoit des têtes de Sardi- 
nes pour fiumer leurs terres^ au lieu que le 



DU CULTE DIVIN. lai 

I 

Soleil ne Êdfoit que les incommoder. CeR^^ 
oonobAant la diftance du lieu^ & du tems> 
avoir dcmoé dans la penfée de ces Grecs, qui 
proceftoieot de tepir pour Dieu tout ce qui 
les alimentoit, & qui ont couché cet article 
entre leurs plus notâmes fentences, 
Toyop^rpé^ovjùtf, rôt eyœ Kpivoi) Qsav. 
Namquodalitmey id ego jtuUco Deum. 
Mais comme l'amour du bien a fait des Divi- 
nités, la crainte du mal en a établi d'autres. 
Le Diable fous le nom d'Arimanes en Peric, 
de Maboya aux Isles de l'Amérique, de Ma* 
nitou en Canada, & fous celui de Camaté 
vers le Cap Vert , a eu fes iàcrificateurs. Et . 
nous apprenons de Polybe, que DicearchuS £. '7. 
Admirai de Philippe dernier Roi de Macedoi; 
ne^ éleva deux Autels, l'un â Ploipieté, & 
Taiitre à l'InjuAice; pour ne rien dire de tous 
les Vtj9v€s des Romains. J'ajouterai même, 
que la calamité fait plus de fuperftitieux, que 
le Bonheur de reconnoiflans. Tous, les mi- 
ièraUes recourent aux Autels, quels qu'ils 
ibtent, & il femble , dilbit un Ancien, qu'on 
ne (bit bien foigneux de fervir les Dieux^ ' 
que quand on les croit couroucés. ^ Hoc con- 
ditio hamanavelpejdtfmimhahet^ quodfortuna 
fuos miferos fscit y ^ Juperftitiofos facitn Dh Seu. in 
ligeutius Du coluntur ii^atù Enfin L'on peut ^^"' 

H V 



X20 LETTRE CIL 

'Conclure de tout ce que nous venons de re^ 
' préfenter, que la Nature corrompue dépran 
, ' ve nos âmes à un tel point, qu'encore que 
nous Recevions ^(Tez de lumière en naifllanc 
pour reconnoitre une Divinité > nous ne che- 
minerons jamais fûrcment dans les voies de 
l'adoration qui liii efl due, fi elles ne nous 
font révélées d'enhaut, & que la vraie Réli- 
^gion pe nous les enfeigne. 

Il faut a vouer pourtant , qu'entre les Payens 
mêmel'on en remarque, , qui nefc (bncpaséga- 
, résfi lourdement que les autres. Bei|ucoupde 
Philofophesontfoûtenu, ens'éloignantdel'I- 
dolâtrie, qu'on ne pouvoitl^itimement attri- 
buer aucune figure à Dieu, puifque toute figure 
étoit finie, &queDieuétoitnécefIairemehtin> 
fini. Ilsoritenfeignédemêmcqu'étantlepre- 
mier Principe, fon Eflence ne pou voit être de- 
. \ montrée, puifque les^ Principesfont indemon- 
fkables; outre que n'aiant ni genre, ni diffé- 
rence, il fetrouvoit hors des termes de toute 
. démonfbation. Et c'efl pour cela que félon 
Qraf.fa. Tobfervationde DionChryfoflome, Iphitus, 
. Lycurgus, Ai ces premiers Législateurs des 
Eliens, ne voulurent jamais ériger de flatuë 
à Dieu; parce qu'ils étoient très perfuadés, 
qu'on ne fauroit en nulle façon le bien repié- 
iènter. Mais pour un très petit nombre de 



DU CULTE DIVIN. * I2j 

ces efprits illuminés une infinité d'autres Ct 
(ont perdus mifcrablemetit, & fe perdem en- 
core tous les jours par' le défaut d'un guide 
certain. Les uns ont fait autant de Dieux, 
que la vue peut^ avoir d'objets, & vous avés 
pu remarquer dans là Relation d'Olearius, 
que les Tartares Ceremifles adorent )ufqu*au* 
iourdliuy tout ce qu'ils fe ibnt repréfenté la 
nuitenibnge, un cheval, ouunev^iche; le 
feu , ou Teau ; trouvant la Divinité par tout 
Les autres au contndre, n'ont pu la recon* ' ! 
noitre où elle p^roît le plus manifeilemenr, 
ni avouer avec gratitude fa bonté, au mi* 
lieu de fes plus grands bienfaits. ' Les Gen* 
tils de la teinée ibûtenoient il n'y a pas long- 
teras aux Hollandois, qu'ils s'empêcheroientG^t^r. 
bien de cœire, .que ceux de leur pais tînffent^p^* 
de la main de Dieu , ce qu'ils poflfedoient de é. i u. 
biens. Nous n'avons nôtre or, difoient-ils,' 
qu en fouillant dans la terre, & en la creu&nt 
avec une très grande peine. Nous ferions fai^ 
poiflbn fî nous ne vaquions à la pèche, même . 
au péril de nos vies. Et les fruits, que nouspof- 
fedonsnenousviennent qu'en cultivant les ar- 
bres, & en labourant lés champs, ce qui nous eft 
d'un travail infini- Quelle apparence y a t il 
donc, de vouloir que toutes ces chofes qui coa- 
ftituentnosrichefiîes, foient autant depré&nS) 



184 ' L ETTR E CIL 

que Dieu nous envoie, qui, comme td les 
doit donner gratuitement C'eft ainfi que le 
faifonnement humain s'abufe^ s'il n'eft foû- 
tenu d,'enhaut, & qu*il tombe «ifément en dé- 
liré, û la vraie Religion ne l'en prèferve. 

En effet , Ton peut dire qu'au fujet, dont 
nous parlons, iln'y ariendeplusfoible, & 
de plus infolent tout enfemble, que nôtre 
raiibn abandonnée à fa propre conduite. 
Quelque lumière qu'elle ait en foi, le Prince 
des Ténèbres Ta bien -tôt offuTquée, il le 
flambeau de la GracesCefle de réclairer. J'ai 
lu autrefois avec averfion , & horreur, dans 
l'Itinéraire Hierofolymitain du Prince Polo- 
nois Radzivil, qu'un Prêtre nadf^p Païenne^ 
& Curé de Lombardie, après avoir dit une 
meffe de Saint Efprit dans Tripoly, afTu* 
ira, qu'il avoit eu une révélation de fe«£ûre 
Turc, Se prit le Turban fur cette trompeufë 
Se mifèrable imagination. Combien de fiiux 
Meffies avant & depuis le véritable! Combien 
de Paracletsde^s Mânes &Montanus^ juf- 
qu'à George deDelpht , & à Jacques Naylor, 
qui vient d'être reprimé comme Chef des 
Quakers, ou Trembleurs d'Angleterre, tou- 
jours ferrile en femblablës Vifionaires! Auili 
ne fiiut-il qu'ofer en cela, ce quefontaîiément 
œux, qui ont la cervelle troublée, pour trou- 



JDU CULTE DiyiN. 125; 

ver dès Sei^teurs. . Les fanfles Rétigions ér 
tabUes par^ des InipofteurSy fe maintiennénti 
ea mectaot toujours Dieu de leur côté, par 
les mêmes chofes apparemment, dont il fa- 
vorife la tienne, qui feule mérite ce nom. 
La phiie y que les Juifs obtinrent par les prie- 
resdu Prophète EUe fous le Roi Achab, après 
cette grande lèchereffe, qui fut en Syrie TeP 
pace d'une année entière, eft attribuée par 
l'HiAorien Mènander aux Supplicatiom ^ ou Àmiq}- 
Proeèifions, que«t faire le Roi de Thyr ftho- J*^* ^^ 
bal. £tJofephe,quia fait cette obfervation, /,^^'7^, , , 
dit ailleurs, que la mort d'Antiochus Epipha- ^ 
ne, confidérée par Polybe comme due à la 
feule volonté de piller le Temple, qu'avoit 
Dkne dans I9 ville d'Elymals en Ferfe, fut 
bien plût6t la punition du (àccagement & delà 
pTO&nation de celui de Jerufalem. L'on peut 
Jdre cent remarques iemblables, où Tefprit 
feperd, s'il n*a que fes propres forces, par- 
ce que ne pouvant difcerner le vrai du aux, 
il tombe dans Tirréligion, ou dans une in- 
dSfiérence, qui n'eft pas fort éloignée de l'A- 
theifme. Ainfi les Gardiens, qui habitent 
des montagnes fituées entre TArmenie & la ' 
Meibpotamie, ont un culte divin, qui parti- 
cipe du Chriftianifme, & âf Mahometifmc. 
L'on écrit la même chofe ides Brufiens de Sy- Br^^». H 



ia« LETTRE. CIL 

ta diu. dts tje, qu'on trouve vers le pied du Mont-Libîin« 

g;*^"Ces Circaffienç ^uine vontàrÊglife, qu'à 

l'âge de foixante ans , lors qu'ils ne peuvent 

Slus^brigandei', ne valent guères mieux. Et 
iverfes Relations alTurent, que les Mordui- 
tès, voifins des Tartares Precopites & des 
Molcovites, font profeflion dune religion, 
qui y mêlée de trois Sedes , leur permet 
4'être circoncis, de recevoir le Batême, & 
tout enfemble d'adorer les Idoles. Le culte 
du vrai Pieu ne fouffre pawette profone bi* 
garrure. Il s'ed déclaré jaloux de Thonneur, 
que nous ne devons déférer qu'à lui feul. En 
effet, Ion peuple élu a été fi fcrupuleux en 
, cela, qu'il n'étoit pas permis à un Juif, il 
nousencrôionsMofesMaimonides, de s'ar- 
racher une épine du pied devant une Idole^ 
ni de ramalTer quelque chofe tombée devant 
elle, parce que' ces aâions ne fepeuvent fai- 
re qu'en s'inclinant , qui peut être pris pour 
une efpece d'adoration* 

Certes l'homme, quelque dilcemement 
qu'il ait, ne peut éviter un tournoiement de 
^ête perpétuel, autant de fois, qu'il contem- 
\ plera cette grande diverfité de Religions, é- 
panduës^par tout le monde; s'il ne s'attache 
fortement à la vraie, par le moien de la Foi, 
qui rend inébranlables en leur créance ceux, 



nu CULTE DIVIN. 127 

qui fe font rendes dignes de recevoir ce don 
du CieK Voies dans Boëce la grande perple- 
xîtéd'efprit de ce Philofophe, aidé des feu- J,J.f ^^''• 
les forces de la Nature, quand il fe demande 
àluimême. SiquidemDeus eft^ undemalaP 
Btma vero unie fi non efi? Le Fidèle ne héfite 
point Hir de iëmblables interrogations, & aux 
choies même les plus obfcures^ i| conduit 
lavie» & ménage fonraifonnement par cette 
pieufe maxime, que s'il n'eft pas parmis tth 
tre les Philofophes, & fur tout entre les Ma- 
thcnoaddens, de mettre en difpute les prin- 
cipes de leurs Idences , beaucoup moins doit- 
il permettre à fon ame d'êti*e irrélbluë, & de . 
former des doutes fur les points elTentids de 
fa Religion. Le Chriftîanifme, dit fort bien 
Eufebe, ûe fe règle ni par Eudide, nipar A-^^' **^ 
riftote, Théophrafte, ouGalicn: Ladôftri-^''^'^'^" 
ne du Ciel eft différente de celle de la terre : 
Et la gtoire aufli-bien que le falut d'un Ca- ^ 
thdique, ne dépend pas, félon Saint Au- 
gu(lin> de biea railbnner, nouus de bien croi- 
re« S'il vous femble , que je vous aie entre- 
tenu un peu trop Théo)ogalement, & que je 
me fois approché trop prés des autels pour 
un homme de ma prôfeiTion, fouyenésyous^ 
que Boëce Patricien & Confulaire dont je 



128 LETT. CIL DU CULTE DIVIN. . 

viens de vous rapporter un petit texte, ^'a 
^oint été repris^ pour avoir pafTé plus avant 
que moi, fans être Ecclefiaflique, &qu'0- 
rigene fort jeune, & avant que d'avoir reçu 
la dignité Sacerdotale, interprétoit l'Ecriture 
Sainte à la prière de plufieurs Evêques. Eu- 

c4i.x/x.fet>e qui nous apprend çncofe cela au (bdé- 
^ , icte livre de Ton HiDoire , nomme divers au- 
tres Laïques, qui fe font mêlés de même 
d'expliquer nos livres facrés: Et ne doutés 
pas, queiibefoinétoit, je ne puiffe vous en 
cotter afTez d'autres dans tous les fiécles, le 

, nôtre compris , qui s'oppoferoient à vôtre re- 

proche: Nm guis dicatl fed quid dicaty at- 
tende. 







BE 



10^ ^ )06 129 

DE 

QyEL9yES coMPpsraoNs. 

LETTRE CIIL 

MONSIEUR, 

Je ne (àurois approuver que vqus écrivit 
contre ceux 9 qui.ne (ont plus. La pierre 
du Tombeau doit être une borne, qui arrê- 
te les plus grandes animoûtés j & les porter 
au dclà^ c'efl Ëiire comme ces Caribes & ces 
LeArigons, qui dévorent les cadavres de Içurs 
enttetiii& Je veux, que vous aies raiibn de 
reprendre jufqu'audtre du livre, qui vous dé* 
plaît (i fort, & que vous y aies fubtilemetit 
remarqué mille fautes de jugement. Siferés* . 
vous toujours obligé de reconnoitre qu'il ef) 
très -élégamment écrit, & qu'il feroit impor* 
fible de dire plus agréablement les chofes, 
dont ion auteur s'eft voulu expliquer; encore 
que traltaot ion fiiiet, vous en euITiés, peut- 
ên-e fubftitué d'autres meilleures, & plus à 
propos. Pour moi j'uTe de cette méthode 
dans toutes mes ledures, que tâchant à profit 



130 LETTRE CIIL ^ ^ 

'ter de ce qui m'y agrée, fexçufe le refte 
fans aYcrfion. ' 11 faut donner beaucoup de 
chofes à l'humanité, & être plein d'indulgen- 
ce envers les autres, fi nous vpulons qu'on 
en ait pour nous,, comme nous en avons 
tous befoin dans ce que nous donnons au 
(>ublic. En vérité je ^n'impute même £bu- 
vent le dég^oût, que je prens de certains li- 
vres, & pour n'entendre pas afTezflefens de 
quelques-uns^ jem'impofelaloi, àl'exem* 
pie de Ciceron, de ne les négliger pas ab£> 
lument. Ce grand homme remercie Âtticus 
de lui avoir envoie une compoiidon de Sera* 
pion, encore qu'il n'en eût pas compris la 
/. a. ^ f plus grande partie , ex qua quidem é^o ( quoi 
inter ûos liceatdicere) miUefimamparUmvixm' 
telligo. Il avoit appris fans doute cette mo- 
dération de Socrate, qui rendant Un ouvrage 
^âufïï oblcur à celui , qui l'avoit ûUigé d^en 
faire la le^re, dit avec courtoifie, qull y 
avoit remarqué de belles chofes, & qu'à 
croioit aifément qu'une infinité d'autres ne 
rétoitot pas moins , encore qu'il ne les eût pas 
bien eiitendués. Mais pourquoi vous amule- 
ries- vous à une meflcante Critique, vous, 
qui nous pouvés donner tant de bonnes & 
• utiles choies, autant de fois que vous pren* 
dfés la peine de les coucher fur le papier. 



DE QUELQUES COMPOSITIONS. 131' 

Infne Daphnipyros^ c arpent tua poma ne- Firg. 
potes. ^^'9^ 

Nous en avons déjà reçu de Vous qui fervent 
de caution fuffifante, & qui valent un favora* 
ble pafTeport pour tout ce qui fortira de vo- 
tre pliime. 

Ce que je viens de me promettre de Tutilî- 
té de vos veilles quand vous voudrés les com- 
muniquer à la pofterité, me feit fouvcnir de 
cet autre miferable libelle, que vous avés en- 
core fi fort à contrecœur , & dont vous pro- 
noncés fi bien que l'Auteur, foit qu'il parle, 
foit qu'il écrive, montre qu'il ne fait pbur 
tout métier que celui de faire rire, non plus 
que ce Philippus dans Iç convive de Xeno- 
phon. En effet, je n'ai rien vu de moins fe- 
rieux it y a long- tems, ni de plus éloigné de 
la belle Ëiçon de s'exprimer. L'on pourroit 
néanmoins nommer quelques Ecrivains , qui 
nous ont donné depuis peu des pièces auffi 
dignes de mépris, mais il ne faut pasi rafrâi* 
chir la mémoire de ceux, qui n'en riiéritent 
point Ce que celui-ci a de meilleur, parce 
quil n'eft pas de lui , ne laiffe pas de dégoû- 
ter, à cau(e de fa mauvaife manière de débi* 
ter ce qu'il tient des autres. Il les tranfcrit 
plûtôc qu'il n'écrit, & fa plume eft funple- 
ment un canal, qui vomit la liqueur telle qu'il 

I ïi - 



1.3a LBTTRE CIII. 

l'a reçue, fans lui rien communiquer du lien 
que fon impertinente application , accompa- 
gnée de quelque méchante pointe. Componi- 
vientififattijhno Ubidini Jel gehio mm parti del 
wgegno. Sipecca cofiy nonfifcrive. Je oc 
blâme ni les citations , ni Tadreffe à fe préva- 
loir des penlces de ceux , qui nous ont précc- 

Tfic^of' dé. Il y a plus de deux mille ans que le plus 
^^^' ancien des Orateurs Grecs a déclaré, que 
c'étoit la plus coune voie pour reûifir dans 
. toute Ibrte de Compofitions; ce qui doit ê- 
tre bien plus véritable aujourd'hui^ que nous 
avons recueilli > comme par droit de fucccf- 
lion , les fentimens de tant de grands perlbn- 
nages^ qui ont été depuis lui. Comme tous 
lei animaux ne ruminent pas , tous les elprics 
ne font pas capables d'une profonde médita- 
tion, fans quoi ils ne peuvent rien produire 
de^ leur chef; & peu de perfonnes peuvent i- 
miter l'Aigle, s'il eft vrai , qu'il ne (e nour- 
riiTe que de fa propre proie; fans jamais tou* 
cher à celle des autres. Mais encore £nit-il 
contribuer quelque chofe du (ien, ^ oflaî- 
fonner ce qu'on tient d autrui de telle forte, 
qu'on lui donne une grâce, qui ait quelque 
air de la nouveauté. Autrement c'eft être 
voleur, & Plagiaire de dérober comme £ut 

Dig.lfi. celui-ci; Furtijpecies efi de aliéna largiriy dit 



DE QUELQUES COMPOSITIONS. 135; 

la Loi^ & Ton peut foûtenir d'un livre tel que de dçU 
le fien , qqe c'ell Tolivrage de fes mains plû- ***'*^- 
tôt que celui de Ton eiprir. 

Cependant il trouve ^ dites- vous, des élo* 
gçs, &des approbateurs. , Vous me nom- ^ 
mes ceux 9 qui le louent de la promtitude 
dont il a Ait cet écrit: comme file prix de 
nos oompofitions étoit de ceux> qui fe ga- , 

gnent à la courfe. Et vous vous fSchés , qu'on 
veuîlle faire' pafler lin fi malheureux coup 
d'eflai , pour un coup de maitre : fans fonger, 
qu'il le peut être, le prenant pour celufd'ua 
maitre Fou. Tout de bon appailës-vous,/ 
& vous fouveoés que les grenouilles mêmes 
chantent, agréablement pour quelques-uns. 
Je Tai déjà remarqué de celui , qui dans Pe-f- ^i- 
trarque ne pouvoit fouffrir le chant du Rofll- 
gnol, s'allant loger au pied d'un marajs , pour 
y entendre la mélodie de ces charmantes gre- 
nouilles. Etilmeibuvient, que l'Orateur 
Romain dans une de fes Epitres^ dit à Ton st- 
miAtticus^ qu'il appréhende la pluie, iede* 
vant mettre en chemin, parce que les gré- 
noidlles du lieu où il étoit , (kilbient paroitre , 
leur éloquence, ou, pour mieux rendre fes 
termçs, ce qu'elles favoient de Rhétorique, 
Rûfue enim ,' ^it - il , ^vjro^vww. Il faut don- ^' '^* ^^•'^* . 
ner à vôtre humeur cette petite raillerie. Je 

I jij 



t34 LETTRE CIIL 

veux voys ajouter au fujet de la ditig^ence 
tant vantée de cet Auteur ridicule , qu'encore 
que le POétèStace, & quelques autres^ aient 
voulu tirer vanité du peu de tems qu'ils a* 
voient donné à faire leurs pièces : Et quoique 
les œuvres du Toutpuiflant ibient aufli piOD> 
tes queià parole, dixit^ ^faQafunt: Sied- 
. ce que je n'aî jamais vu prilèr Uti livré judicieu- 
fement fur cette feule confidération; ni par 
une raifon contraire mefeftimer TEneide, à 
caufe du long-teqis qu'emploia Virgile à la 
perfectionner, bien qu'il n'y ait pas mis la 
4emiere main. A la vérité il fe trouve des 
perfonnes fi lentes dans toutes ieurs edtre- 
prifesliteraires, (bit par la pélànteur de leur 
naturel, foit par la difgrace d& leur génie, 
qui ne demeure jamais (atisfiiit, qu'on ne 
fauroit trop condànner leur procédé, ni trop 
plaindre ceux, qui efperent quelque comen- 
tement de \i fin des veilles continuelles de 
ces gens là. Thomas Halëlbach Bavarois^ 
& ProfefTeur en Théologie dans rUniverfité 
de Vienne, èioit un de ces miiërables Len* 
tules, qui aiant entrepris de dreffer & diéler 
à fes écoliers un commentaire fur le Prophè- 
te Efaïe, emploia vint -deux années ians 
pouvoir en achever ce qui l'egardcMt feule- 
ment le ^emier chapitre, qu'il laî0a nupar- 



I 



DE QUELQUES fcOMPOSmONS. 13 y 

Eût parla mort 9 la Parque vraijfemblablement 
s'étant lafTée de fes remife^, & impadentée 
d'attendre fi long-tems. 

Pour ce qui touche rinfolence de cet autre 
Dogmatique^ dont vous vous plaignes aufli, 
faitû avec indignation, comme vous, ce gros 
volume^d'aflertions, & je Tai fait avec d'au- 
tant ]^us d'ennui ^ qu'on le peut comparer à 
cette ville d'Arçadie fi vafiè & fi dépeuplée, 
qu'elle fk dire autrefois, magna Civitas^ ma- 
gna Solitudo. L'on y voit beaucoup de dif- 
cours magiflralement étendus, & peu pu 
point dé chofes;» qui méritent Tattcntion^d'un 
Lciâeur tant fôit peu*ferieux. Vous avés 
fujet de demander fi ce bel Auteur prétend ê- 
tre un Prince, pour obliger tout le monde à 
recevoir avec ibumifllon & en forme deloix, 
l)cs fentimehs qu'il établit. C'eft un Diâa- 
teur perpétuel , qui ne croit pas qu'on doive 
révoquer en doqte la moindre de Tes piropo- 
fidoos, ni s'oppofer auxaxionies qu'il publie, 
pour impertinens qu'ils foient. Mais il n'eft 
pasfeul) qui ufe de ce procédé tyrannique. 
Prenés*y garde, vous ne verres guères de 
ceux y qui/ont profeflion de mettre la main à 
k plume , qui ne prétendent la manier com- 
me un Sceptre pour dominer par tout Sans 
mentir )c fiiurois volontiers du plus fuffiiant 

1 iiij 



I3<î LETTRE CIII. 

d'entre eux îufqu'où va fa penfée, & je lui 
ferois de bon cœur cette deniande avec toute 
forte de douceur & d'ingenuit^: Prét^idés- 
vous que vos livres ne puiffent jamais être lus 
.par un plus habile homme que vous? & fi 
vous n'avés pas le front de l'avouer^ com- 
ment avés-vous raflurance pour ne pas dire 
Timpudence, de débiter avec tant d'affirma- 
tion des chofes\lont vous fercs peut- être ju- 
flement repris par ceux, qui les favent mieux 
que vous ? Il faut rire néanmoins iàns fe Hkiier, 
del'opiniâtretédecesgenslà. S'ils avoient vô- 
tre modération^ &s'ilsfeGivoientprévaloirde 
lafufpenfiondevôtreScepdque, ilyauroit vé- 
ritablement plus de repos dans la Republique li* 
teiraire^ &lepublicenprofiteroitde beaucoup: 
mais vous y perdriés dans vôtre pardculier, 
puifque vôd:e fa voir profond & modede n'au- 
roit plus l'avantage^ qu'il pofledefurlefuperfir 
del&lepédanteique. Fourme conjowr là def 
fus avec vous , je vous communiquerai une pe- 
tfte réflexion , que je fis ces jours en faveur de 
l'Epoque, & od me porta quelque leékire de 
diverdlTement N'e(l-ce pas une choie fur- 
prenante, que le Sdeil adoré par tant de peu- 
ples, qui donne la vie à tout ce qui la pofle- 
de, Siiiîf homo générant hominem; & que la 
plupart des Philofphes ont ofé nommer le 



DE QUELQUES COMPOSITIONS, 137 

Dîca vifible de la Nature ; foit confidéré par ' 
I d'autres > qui croient apirès Metrodore finfi- 
I nité ou du moins la pluralité des Mondes^ 
comme le centre & la plus balTe partie de 
l'Univers? mais n'y at-il pas encore plus de* 
quoi s'étonner, qu'ik ofent même y établir 
un Enfer, & un Purgatoire, dont le feu ne 
ferve pas moins à purger les âmes à la façon 
de ces toiles de lin incombuftibles, que par 
accident à échauffer la terre, & à nous y vi- 
vifier; D|euieplaifantainfi, difent-ils, àti* 
rer le bien du mal , & à faire fcrvir uhe mè^ 
me caufe à des effets différens. Si on leur 
' objedé, que le même Dieu a mis Ton Taber- 
nacle dans ce bel AAtë, ils répondent qu'il 
eft vrai, non feulement, parcç qu'il eft par 
tout, mais encore éminemment, à caufe 
de la Juilice qu'il y exerce. J'avois bien oui 
parier de ces peuples de l'Amérique, qui fe 
promettent d'aller après leur mort dans un0 
de ces brillantes étoiles, s'y figuranrdes 
diamps Elifées , ou ils recevront toute forte 
de contentemens. Mais de faire du Soleil 
un Enfer, ou feulement un Purgatoire, c'efl 
ce qui peut paffer pour un caprice merveil- 
leux, au cas qu'un doive s'émervidllér dçs 
I bizarreries de l'efprit humain. , 

Iv 



138 LETTRE CIV. 

DES AFFLICTIONS. 

LETTRE CIV. 



MONSIEUR, 

Le (adieux accident furvenùà vôtire^mi ne 
m^étonne pas tant^ quoique j'en aie beau* 
coup de reflentiment , que je fuis iurpris de 
la façon, dont vous dites, qu'un homme tel 
que M a reçu ce coup de Fortune, qui le 
rend preique inconfolable. Cependant je ne 
juge pas comme vous de la pe&nteur de ce 
même coup, vous croies, qu'elle eft tdle, 

Î[u'il n'a pu lui refifler, & je penfe que la feu- 
e deliçatelTe de fcm efprit, nourri dans le 
plaifur, & nouveau aux traverfes de la vie, l'a 
fait .fuccomber fous un poids, qui n a rien 
«d'extraordinaire, ni de fi fort infupportable. 
JTofe même vous foûtenir, pour en avoir vu 
rfsxperience, qu'un fécond coup le pourroit 
mettre en meilleur état, comme une vague 
redrefle quelquefois un vaifTeau que les pré* 
cedentes avoient prefqiie fubmergé^ ou le 
jette heureufément dans le port. Les der- 



DES AFFLICTIONS. 139 

ûieres peHècutionsdekFortunédonnent fou* 
vent des refbludÔQS, qni tiennent lieu de 
oonfolation, & qui approchent même de la 
gaieté. Et comme le bois du véritable Sy* 
cornent ( car le nôtre n'cfl pas celui de Théo- 
phrafte) feche & perd fqn humidité dansîeau; MatkM. 
il Te trouve de^ perfonnes , que les dèplaifirs 
extrêmes, & les difgraces réitérées tempe* 
reot; qui s'accoutument à ce qu'ils jugeoicjnt 
d'abord intolérable ^ &qui trouvent même 
quelque efpece de joie ou de fatisfac^on, 
dans une affiétte d'ame, qui leur faitmépri- 
1er ce qu*ils apprehendoient trop aupara* 
vaoL Je ne m'étonnerois pas de voir arriver 
)e ne fai quoi de ;tel dans Tefprit de vôtre ami; 
(es femblables font toûjpurs dans le plus haut "" 
des plaifirs^ ou au plus basdes mortifications; • 
ic ik paflent d'une extrémité à l'autre û fubi* 
timeot, qu'on les peut comparer à ces hiron- 
delles, qui rampant prefque contre terre, s'é- 
lèvent en un inflant au delTus des maifons. 
Enfinjesdegoûtsdelavie^ & ces troublesqui 
femblent s'oppofer à fon aife & à (à ferenité, 
ont quelquefois des e&ts fi contraires » qu'ils 
agiflent tout autrement. Flacpurt parle dam 
ià Relation de Madagafcaf d'une cheneviere 
qui y croit , dont la fumée au lieu d'(4)icurdr 
le ccrvM», rend Te^nt plus gai, eaôceb 



140 LETTRE CIV. 

tridefle, & donne même à ceux, quikre- 
\ çoivenç des fonges trèsagréables. C'eft à peu 

près la même chofe de certaines noires va- 
peurs, que caufe quelquefois le chagrin d'un 
t&cheux événement, elles fe circulent, &fè 
dariiient avec le tems par la méditation^ 
d'où procède enfin une refolution ferme 
V contre tout ce qui peut arriver, accompagnée 
toujours d'une douce & agréable tranquillité. 
O que c'eft Touvent un grand malheur de 
n'en point reflentir! il n'y a rien qui jette plu- 
tôt nos âmes dans une infenfible léthargie. 
Les animaux pris à la cbafle, & les poiiTons, 
qui ont été péchés durant la tourmente, (ont 
i de beaucoup plus agréable nourriture; ce 
que Galien attribue après Hippocrate à Tagi- 
fae^âà$m. nation, qui rend leurs chairs plus folides &de 
e. 2f. meilleur fuc. Le Médecin Xenocràte foûte^ 
^'J^^^noit même, quç vers la queuô des derniers 
jfaV * fe trouvoit la meilleure partie qu'ils euffent, 
à caufe qu'elle étoit plus exercée que les au- 
tres. La condition des hommes eft prefque 
pareille. Ils ont befoin d un peu d'agitation 
dans leur vie, ÀdequelquefecouffedelaFor- 
tune pour exercer leur induftrie, & pour faire 
valoir leur raifon. Sans cela elle ne fe recon- 
noit pas, & cette partie fuperieure perd l'u- 
fiigè des plus éclatantes vertus. . En effet il 



DES AFFLICTIONS. 141 

n'y a fou vent, rjen de pUis groflîcr, ni de 
moins fpirituelou de moins vertueux, que 
ceux 9 qui tt'ont jamais, ou fort peu, é-^ 
prouvé de traverfeS) farce que Tindoléncis 
les a rendus conui^e ftupides, & s'ils ont eu 
quelque pointe d'efprit naturelle, faute d'em- 
ploi ou d'oppofitiony elle is'eft^ entièrement 
étnouSée. 

Tant y aque jene blâme pas vôtf&ami 4'a- 
voir reâenti foti infortune, je trouve feule- 
ment à redire dans Texcés de fon refienti- 
ment, où il peut y avoir trop de delicatelTe. 
L'impai&biUté des Stoïciens n'eA pas dtout à 
fait à mon goût, & je iuis en cela de Topi^ 
nion, dont s'eyplique le Philofophe Tau- 
rus d^ns Aulu -Gelle , qu'il y a des occafions 
où la Nature contraint nôtre raifon de ploier, 
parce que nous la tenons d'elle. Non fane 
pateficogivirfapienSy cumefirationisokwef^à(e 
locus: cum veto Natura cogit^ ratio quoque a 
natura data cogitur. Si la force d'efprit, ou. 
cette grandeur de courage , qu'on exalte tant, 
eft bien définie, une fcience des chofes tolc- 
rables, & de celles, qui ne le font pas, il pa^ 
itnt aflez par ia définition , qu'il y en a d'au-^ 
cunement intolérables, qui fe font refTentir 
par les plus fages, ou qui ne doivent pas ê- 
dre mifeSf oonune fidfoit le Portique, au 



' * î4« LETTRE CIV. 

rang des indifférentes. Ce n'eft pas être cou- 
rageuse de éombattreDieu, & la Nature 
donc il eft TAuteur; c^edimc Gigafitomackiey 

, & une fureur toute pure. Fortitndo non efi 
êa qude contra Naturam monfiri vice nititur^ 
uhra^e modum ejus egreditur^ mttjiupore am- 
mi y ,aut inwfanitûtey aut quadam m^era €^ 
mcejfària in perpetiendis doloribus exercitatnh 
ne. Mais à la vérité il y a des degrés de reC* 
fentiment Uon peut être touché d'un dé- 
plaifir , fans fe defefpçrer , & fonffirir de gran- 
des douleurs dans l'une ou Tautre partie^ qui 
nous compofent, fans être impatient tout à 
fait fans être inconlblable , comme le Philo- 

, élete des Tragédies, & fans jetter comme 
lui des ans j qui fcandalifent le théâtre. Fhe- 
bus (è plaint & foûpire à la mort de Corohis 
dans la Métamorphofe; il ne s'abandonne pas 
néanmoins juf qu'à des pleurs indignes de (à 
Divinité, 

Omi. t. neque enim cœlejli tingi 

Mnêm. Ora Bcet laerymis. 

Cela veut dire dans nôtre Morale, qu'encore 
que les AfHiâions & les revers de Fortune fé 
fiifient toujours fentir; des hommes de coeur 
^urtant, & jd'une raifbn confirmée, les fo^f' 
firent {^atiemment^ & ne s'irritent pas oomme 



DES AFFLICTIONS. 143 

les autres, contre desjévenemens, qui oçdC 
pu être évités. 

Certes Ton n'a pas feint ians fujet, que 
Promethée avoit détrempé avec des larmes Ig 
pouiliere dont il vouloit former Thomme. Il 
femble, que nouii tenions tous de ce prind* 
pe. En effet, peut- on dire que cet homme 
lâche Êire naturellement quelque autre cho* 
fe que pleurer & Te plaindre? La Nature ne 
lui a enfeigné ni à fe faire entendre par la pa« 
rôle, comme les autres animaux le fond 
chacun à fa mode/ ni à cheminer, ni à fe 
nourrir; il ne ù^t par fon moien que jetter 
en venant au monde des larmes & des cris^ 
pour marque de ce qu'il fouffre, & pour prc- 
làge de ce qu'il doit endurer le refie de fà vie. 
Mais je quitte celieu commun, pour vousûi-v 
re obferver , comme encore que le chagrin 
Se les fonds aient le pouvoir de changer en 
gris la perruque la plus noire, ou la plus 
blonde; la joie ni le contentement ne fàu* 
roient opérer au rebours , ni rendre noirs ou 
châtains des cheveux blancs ; ce qui montre 
que la douleur & le déplaifir font bien plus fe- 
k)n Nature, que toutes les fatisfââions qu'on 
puîlTe recevoir ou efperen II y a bien plus^ 
fcion cette même pente ou propenfion de la 
Nature, les plus grandes douceurs de la vie 



144 LETTRE CIV. 



fe convèrtiffent bientôt eh amertume;^ & le 
Sage feul peut tirer quelque fatisfaâioQ de ce 
qu'il fouÉre, faifant fortir le baume ou la 
gomme de Ton incifiOQ^ comme d'une plante 
refmeuiè. L'on fait des cannes de fucre de 
^ très fort vinaigre, ceque Jean de Lery écrit 
avoir éprouvé; mids vous ne ferés jamais re- 
prendre à ce vinaigre la douceur qui l'a pro- 
duit. Tant il eft vrai, que les délices dont 
nous avons quelque ufage: abouciflent par 
une voie plus courte, plus facile, & plus na- 
turelle, à ce qui eft pémble & douloureux^ 
que les fâcheries ne fè changent en chdès 

' plaifantes , fi la Philofophie n'y emploie tou- 
te fou induftriâ. Aufli voions-nous bien 
plus de Tantales, qui tombent de la plus 
haute félicité dans le malheur, qye d'autres, 
qui éprouvent une fortune oppofée à la ften- 
ne* Jettes les yeux fur ce jeune Seigneur que 

. vous connoiffiés fi particulièrement, l'on ne 
vit jamais une faveur naiiOGinte pouflfée par un 
v6nt plus agréable^ Il n'envifageoit rien que 
de riant autour de lui, il pouvoittlire en fe 
félicitant luimême comme ce Pafleur, 

Virg. ecL ^Pfi ^^^^^ ^^^^ adfidera jaBant 

f. Jntonfi montes^ 

Cependant il fe fendit en un inftant précipité 
dans la dernière mifere^ fi la chute dans une 

diigrace, 



DES AFFLICTIONS/ 14^ ^ 

diigrace^ & l'élévation fur un éçha|fauC /peu- 
vent palTer enfemble pour un précipice. 

Ne penfës pas que je fois inhumain jufqu'à 
ce point, de vous abandonner fur un fi fâ- 
cheux fpeâade; je v^ ux avant que de finir, 
vous propofer quelque fujet, qui recrée vô- 
tre imagination en la divertiflant. Et parce 
que je connais par vos demandes réitérées, le 
pLiifir que vous donnent les'petites obièrva- 
dons que je fîiis en faveur de la Sceptique fur 
les voiages de long cpurs; je vous en com- 
muniquerai deux ou trois, que j'ai exprès 
ooaunifes à ma ^mémoire pour vous fatisfai- 
re. Ne vous aurois-je jamais écrit comme 
les Topinambous ne croient pas pouvoir ren- 
dre un plus fort témoignage de joie, quand Itaniê 
ils reçoivent leurs hôtes, ou bons afdis chez ^^^^ 
eux, que de pleurer abondamment; ces lar- 
mes de joie ont quelque rapport i nôtre dif- 
cours précèdent Le même recueil, qui o/io.^e 
m'apprend cela, me £iit voir des hommes ^^^• 
vers le détroit de Magclan, qui portent tous 
de longs cheveux , & leurs femmes au contrai- 
re qui mettent leur commodité, &, leur bien- A^. Or, 
(èance à fe rafer toute la tête. Les Cavaliers de^**^' ^' 
la Cour Africaine du Roi deBènin ne crdiroient ' 
pas être d'aflez bonne grâce à cheval, fi leurs 
deux jambes ne pendoient d'utf côté, com» 

Tom€Vn,Panl K 



J4fi LETTRE CV. 

k me }a plupart: des femmes les poned( dans 

B.eiit. l'Europe. Les Payens de la côte de Guinée 
ne peuvent fbuf&ir qu on crache à terre, te- 
nant parmi eux cette aâion fort, condannable, 
SÊMUii , &, portant malheur. Et joignant les B^ 
Brune, yaumes d'Agola, & de Congo, il y a peine 
de mort établie contre tous ceux, qui (ont (i 
hardis, ou fi malheureux, que de voir boi- 
re le Roi de Loanda, fiins que fes propres en- 
fans foient exceptésde la rigueur de cetteLoi. 
Bon. Dieu^ que l'homme eft un animal bizar- 
re dans toutes fes &ntaifies! 

DES 

f 

HOMMES DE LETTRES. 

LETTRE CV. 

MONSIEUR, 

Celui qui vous a dit, qu'un homme de vô- 
tre mérite trouvera plus de favepr & 
d'appui) auprès des gêné d'épée^ qu'il n'ea 
doit attendre des iK>mmes de Lettres, ne 



DES HOMMES DE LETTRES, 147 

s'eft peutètre pas tant éloigné de Vu&gà ordi* 
oaire, que vous Je préfupporés. Je ne fai fi 
c'eft par jaloufie ou autrement que ces der* 
niôrs (ont fi retenus à recommander ceux de 
leur profefRon; mais tenés pour aflfuré^ 
qu'un Cavalier parlera toujours plus à l'avan- 
tage d'une perlbnne d'étude comme vous> 
que ne feront vos femblables^ qui de leur 
c6cé diftribuent plus librement les éloges dûs 
lia valeur militaire^ que ne font jamais ceux^ 
qui exercent Je métier des armes. Voulés- 
vous (avoir jurqu'oû va cettç humeur lire* 
raire? confidérés l'Empereur Adrien, qui 
dans ioQ thrône Impérial enviant la gloire du 
favoir à tous ceux^ qu'on honoroit pour ce- 
la de ion tems^ perfecute les PhiloTophes 
Phavorin, &DenysMjlefien, encore' que le 
premier lui cédât fbuvent en confidération 
des trente Légions qu'il commandoit. Sa 
jaloufie s'étendoit même fur le.pafTé , par* 
laot fiMTt mal, t^nt de Platon, que d'Homère^ 
& préfisrant à celui-ci un Antimachus^ qu'on 
ne coanoiflbit prefque pas alors; comme 
Téloquence de Caton, , à celle de Ciceron; 
la Poefie d'Ennius, à celle de Virgile; & le 
(Hle de CœUus, à, celui de Salluile. Car puiT- 
qu'on ne peut nier, qu'il n'eût une fdence 
trcs étendue, l'on ne £iuroit l'acculer d'avoir 

. Kij 



148 L e T T R E CV. ^ 

été porté iii motif de ces autres Princes igno- 
rans , qui ont perfecuté les Mufes , parce qu'ils 
n'avôient jamais eu de commerce avec aies. 
L'Empereur Licinius nommoit les Lettres le 
polfon des Efprits, & la pefte de tous les E- 
tats; niais ceux, qui nous apprennent cela 
de lui, nous font voir auffl Ton incapacité, 
telle au'il ne pou voit pas foufcrire Tes Edits, 
ni feulement écrire Ton nom. Lors que cet 
autre Empereur Baflianus Caracalla tâchoit 
défaire périr toutes les œuvres d'Ari{k>te, il 
couvroit Ton extravagance du prétexte, que 
ce Phildbphe étoit accufé de la mort d'Ale- 
xandre le Qrand, dontilfaitbitlëfinge, s'i- 
maginant qu'il pafleroit pour fa véritable co* 
pie. Ce n'eA pas grande merveille que des 
perfonnes fi mal élevées, ou d'un naturel fi 
péryers, tombent dans de femblables bruta* 
Ijtés. Qui non inteUigunt art es ^ non mêran- 
tut artifices^ Et parmi les Grands, qui ne 
favent rien, il n'y a pour le plus que ceusr, 
qui font des aâions dignes de mémoire , qui 
ÊivQrifent les gens capables de les communi- 
quer à la pofterité. Ce qui m'étonne, & me 
donne tout enlèmble de l'indignation, c'eft 
d'apprisndre que les perfonnes, qui ont paflé 
^pute leur vie à manier des livres, & dans la 
pouifierè de l'Ecole, aient de l'averfion pour 



^ 



PES HOMMES DE LETTRES. 149 

ceux, qui ontacquis de la réputation )& que 
bien loin de les affifter, ils les empêchent de 
s'élever, & les oppriment s'ils peuvent, 
Noos en avons un exemple moderne au(B il- 
luflre que celui d'Adrien, en ce Pontife, qui 
étoît le ibdéme du même nom, &qui avoit 
été Précepteur de Charles Quint Tous les 
lavans de (on tems le promirent de l\ivance- 
ment , à fon avènement au Pontificat, à eau- 
(equ'il devoitaux Lettres fon exaltation, & 
ce qu'il avoit de bonne fcxtune. Cependant 
ils demeurèrent fort, étonnés, voiant, qu'il é* 
toit plein de mauvaifc volonté contre tous 
ceux, oui fe plaifoient â la belle literamre, 
les appellant T^rentianosy & les traitant de 
telle (orte, qu'on croit, qu*il eût rendu les 
Lettres tout â fait barbares, s'il ne lût mort 
dans la féconde année de fa fupréme dignité. 
Paul Jove dit gentiment^ qu'il' ufoit de ce 
nulbvais traitement contre les plus beaux Es- 
prits de Ion (iéde, avec le même fens, & le 
même jugement , dont il préferoit la Merlu* 7^ */^ 
dié de fes Pals- Bas à toute autre viande, & 
aux mdDeùrs PoilTons qui (e mangeaient en ^ 
Italie. Je (ai bien , qu'il peut y avoir de l'e^^- 
ces dans l'amour de ces anciens Auteurs 
Grecs & Latins. L'on ne fauroit excufer 
fimpieté d'Ange Politien) s'il eft vrai qu'il 



- \ 



iço L ]E T TR E CV. 

préférât en tous feus les Odes .de Pindare aux 
Pfeaumes de David. La feule comparaiibo 
des choies facrées aux profanes eft toujours 
bdieufe. Et fi Pierre Bràibe faiibit difficulcé 
de lire la Bible, ou de dire fon Bréviaire» 
Gommeon le lui a reproché^ de crainte de ga* 
terfortflile, &decorromprefa belle Latinité; 
il a été fans doute touché d*une apprdieniion 
Gondannable. Mais autre chofe dl de lepri- 
merje mal quand il paroit, & de perfecuter 
par une pure jalouûe le véritable & innocent 
mérite. Si l'abus des meilleures chofes les 
fiûibit condanner & rejetter^ que demeure- 
foiMl de bon & de précieux dans^le monde? 
Etnéanmoins Platine nous repréfente le Pape 
Paul Deuxième encore plus animé contre les 
hommes ftudieux, que ne Tétoit Adrien Si- 
xième^ quand il affure, qu'il déclara héreti' 
Suesceux» quiprononceroientlemord'Aca' 
emie, ou qui feroient cas des Lettres hu- 
^maines^ parce que c'étoit aflez de (avoir lire 
&, écrire. Véritsiblement cela fuffit pour les 
Lettres de Change, dont Ton (ait quelquefois 
plus de compte en beaucoup de lieux ^ que 
de toutes celles desGrecs &, des Ladns. Je 
penfe pourtant que c'eft id une des inveâi- 
vts dont Top bllnie Pbtine avec rat(bo. 
Je quitte ce propos pour répondre aux 



DES HOMMES DE LETTRES. içi 

plaint»que vous me fiiites de oet ladverfiiire 
qui vous a (i fortement attaqué fur vôtre vie 
conteœpltf tive. Tout fo^ difcours , tel que 
vous me le mppcMtés , eft pris du fécond li- 
vre des grandes Morales d'Ariftote, où ce 
Philofophe forme auquinziéme chapitre cet- 
te objeâk» contre U Divinité. Que peut 
ÊûreDieu avec toute ioxiAvtarquii ou pleine 
iuffifànce de toutes <dx)res, puilqu'on ne dçtÉ 
pas préfuppofer qu'il dorme; car fi Ton ré- 
pond qu'il contemple , Ton demandera ce q|i'il 
peut contempler, par ce que (i c'étoit quel- 
que chofe, qui fût hors.de lui, elle feroit 
plus par&ite & plus confidérable que luimô- 
me, ce qui implique & envelope une contrà- 
di^dn manifeifte, d'autant qu'il CeroitDieut 
& ne le feroit pas, fe trouvant ailleurs fJus 
de^perfeâîon qu'en lui. Que fi Ton veut, 
qi^ le contemple foimênie,*i'on tombe> dit- 
H, ^ttisiuie autre abfurditémerveilleufe, d'at- 
tribuer à Dieu ce que nous blâmerions en un 
hoimne làge, n'y aiant point d'aâion, qui 
demie (Jus de la folicj nue de paflfer tout foik , 
trais d|ans une perpétuelle contemplation de 
foimêoie., En vérité AriAoïe ne donne poiât 
de fohition à cette inilanoe ^qu'ildéclare voi»- 
loir abandonner pour pafTer oube; mais il 
înûmiâ pourtant, qu'il itut faice.gnode.dîr 

K iiij 



1^8 LETTRE CV. 

ftinclîoQ entre Dieu, & ITiommc, ce qttî peut 
aucunement tenir lieu 4e réponfé. Au fiir- 
plus, que de femblables propos, ni de telles 
perfonnes que celles, qui vous les ont tenus, 
ne vous jettent pas dans le mépris de la vie 
méditative, & gardés- vous bien de prendre 
là deffus de Taverfion de ce que vous coofel^ 
fés, qui vous fournit les p|usdouces& les plus 
charmantes heures, que vous paffiés. Quand 
vous trouveriés à la Cour toute la fortune^ 
que vous y voulés: venir chercher, & que je 
vous y fodiaite, je ne TéAimerois rien fî elle 
vous faifoit per^ l'habitude, que vous avés 
contraâée de converier heureufemenc avec 
vous même. Pour moi, en quelque lieu 
que la Cour aille, • & en quelque endroit que 
. )ê me rencontre, j'y trouve tdiijours mon 7V- 
tmmumy ou ma petite fblitude, & au pis al- 
ler, les rideaux avec le ciel de mon lit me 
Torment un hermitage, qui me contente d'au- 
tant plus, que n'étant connu de perfonne, per* 
fonne au/fi ne me l'envie. C'eft dans cette 
agréable retraite, qu'on pafle en un inftant êc 
iânsperilduLevantauCouchant, &d'un Pôle 
à l'autre; n'y aiant rien de caché fur la Map- 
pemo;ide, qu'on ne découvre avec plaifir. 
Je traverfe même de ce lieu là tous les Ele- 
mens, & oonuao fi les portes de l'Empiiée 



DES HOMMES DE LETTRES. i ^ ) 

I 

sbavroientenma&veur, j'y contemple Dieu, 
ic œ qui l*eiiviroime> de* toute la {<xcq qu'il i 
me donne. 

r, foœniaMunài Lu&m. 

Difceditnt^ totwn video fer inane genres^ '^ , 
Apparet Divum mmen^ fedefque quiet ûi. 
Vou^kîés-vous bien renoncer, pour quoi que 
oefut, àdefemblablesiatis&âions? 

Je vous exhorte encore à n'abandonner ja« 
mais les doutes paifibles & refpeâueux de 
l'Epoque, pour toutes les affirmations hardies 
des dc^matiques. Continuék à douter avec 
cette retenue, & cette grâce ) dont je vous 
ai oui dire autrefois que pour ne rien aflurer, 
vous ne vouliés pas mènie donner affurance 
de vos doutes. Vous ne trouvères ici que* 
desafierteur% qui font profeiTion de ne quit- 
ter jamais une propofidon avancée , fi ce n'eft 
qù'dle choque leurs intérêts. Mais (buve- 
nés vous de ce' qu'il reconnu Âriftote, que 
beaucoup de gens retiennent avec plus de coq- 
flaoce & d'opiniâtreté leurs opinions, que 
d'autres ne font ce qu'ils conhoilTent par les 
règles de la fdence; fi tant eft qu'il y en ait. 
Ce ne fera^pas feulement aH fujet que PUnea 
pris des eaux glacéos, que vous pourrés pro- 
noncer fon mot notable y jNitùl homm fic^^^-^^^ 
fueàtaiiioèM terum nature f lacet. Vous '^' ^' ^ 

K V 



154 LETTRE C V. 

I 

verres cette nature coQtrôléeprerquefui^tout^ 
\ & Je.pourrois vous le prouver par une induct 
ûoâ tout à (âitfceptique, iifétdisdiluineurà 
exaggererleschofesodieufes. /lâiinemieux 
pour vous paicr le tribut ^ tjue vous cxi- 
giés de moi> finir cette Lettre par quelques 
petites obfervations, qui ne fbpt pas moins 
de TEpoque^ mais où perfonne n'aura Cuiet 
de Ce dire intere(fé« 
Prap.Eu. ^^ ^'^^ P^^ ieulement en Canada y & par- 
1 4. €. iQ. mi les Hurons , que les femmes feules culti- 
vent la to're : Eufi^rapporte ilir la foi d'un 
Barda(àne Syrien> ique cel^ des Gelons, peu- 
pies de l'ancienne Médie, y ^rcent de mê- 
ine tout le labourage, ayec cette pardculari- 
téy que leurs maris ne ibngent œpendamqu à 
ie farder^ & à fe parfumer, dans une luxe 
d'habits d'autant plus honteux félon nos 
mœurs, que leurs femmes vivent avec toute 
ibrt£ de fijugalii^* Jean Léon rapporte auflî 
i^^ dans (on Afrique, qu'à TefTec ville du Numi- 
4ie> il n'y a que les femmes qui éhi(Uent, & 
qui s'adonnent à la vacation des Lettres» com- 
me félon Sophocle les hommes feuls filaient 
JnOei^e autrefois en Egypte dans leurs maifbns > peu* 
^ ^ dant que les femmes travaiUoient auxi^kts 
de dehors. Dans la plupart des i^es bien 
polMeS) & pareiçuUerement dans Cooilaa- 



V 



DES HOMMES DE LETTRES, iff 

mople, il n*eft pas permis d'aller la nuit (ans 
faimiere: A ^arte Ton en ufoit tout au re- Pl^^^^^- n^ 
bourSy car perfonne n'eût oféeb porter^ Si^P^^* 
chacun rctournoit chez (ci après le fouper à 
tâtons > afin quQn s'accoutumât à n'avoir 
point de peur parmi les ténèbres. La pluie 
nous fait ordinairement rentrer dans le logis^ 
& diâEnrer nos voîages: Les Turcs la.preui» ^ 
ncot à bon augure ii elle les furprend en Ibr* 
tfto(> & cheminent alors plus volontiers, par* 
ce qu'elle leur eft uii fi^e d'abondance. Fl»« 
court met dans fa Relation , qu'il n'efi pas per«^ 
mis dans 1 Isie de Madagascar aux hommes 
de petite nailSmce , ou de baiOTe condition > dy 
£ûre le métier de Boucher, encoupantkgor^ 
ge aux bêtes, qu'on doit manger, cette aâon 
étancfetbrvee^uxplusilluftresdupa&. Lft 
Sodooaie y eft par la grâce de Pieuinconmié i 
mais d'un aunre côté, par une étrange alxmii* 
natkm k beAialité y eft toute commune St 
foiiffiarft. L'on y mange toujours la cire a^ 
veclemiel, &lecuirdesBQeu&; desMoi^ 
tons, &. des Chevreuils, avec leur diair# 
Quand les vçrs à foie font en fève, Usyfont 
trouvés de fiMtbcMi goût; comme aux Topî» 
nambous le$ Serpens Se les Crapaux au rapt 
port de Jean de Lery. Ces choies font aiEn 
données de nos coutumes; envokide(^ 



1^6 LEt^.CV.pESHOMM.DELETTRES. 

étranges encore félon nos mqeurs. Les fcnn-| 
mes de la même Isle*de Saint Laurent, que 
habitent vers 1^ baie d'Antongil, accouchant 
le Mardi, le Jeudi, où le Saniedi, jettent 
leurs enfans , & les abandonnent dans les bois. 
Le diicours d'un voiage Eut aux Indes Orien- 
tales porte, que dans une ville maritime de 
k Chine, quand un père a trop d'enBins, il 
lui eft permis de noier fes filles après un cri 
public d€ fon deflein, au cas qu'il né fe pré- 
fente perfonne, qui les veuille nourrir. Les 
femmes de Tlsle Formofe, qui eftfbrt prodie 
de là) & où préfentemeAt les Hollandois font 
habitués, fè font communément avorter é- 
tant jeunes, parce qu'elles croient, quec'eft 
ane infamie d'avoir des entâns avant fâgè de 
trente ans. Et le même écrit confirme ce 
^e vous a vés pu lire dans beaucoup d'autres, 
que les Chinois, non contens de jouer leurs 
fèmmes & leurs enfans pour un certain nom- 
bre d'années, fe jouent encore aflez (buvent 
eux mêmes, tant ils fe lailTcnt transporter à 
la furieufe pafiion du jeu. Certes Ton trou- 
ve véritable tous les jours de plus en plus nô- 
tre vieil Proverbe, qu'une bobine parue du 
monde ne (ait pas comme l'autre vie. Ajou- 
tons à cela, que chacun croit fa façon de vi* 
vre la meilleure , furquoi vous pourrés £âre 
telles réflexions qu'il vous plaira. 



^ ^ 3K 'Î7 , 

DES OfiACLÈS. 

LETTRE CVI. 

» 

MONSIEUR, 

Vôtre compliment n'eft pas^peutêtre le 
frfus obligeant du monde, ^quand vous 
m'invita à vous é^re mon opinion tou^ 
chant les Oracles des Anciens, m'a^urant^ 
que vous la recevrés ellemême comme un 
Orade. Car fi je fuis du fentiment d'Arii^ 
te, & de beaucoup d'autres, quidésletems 
du plus grand crédit des Oracles les ont foup- 
<;oiuiés dTimpofture, & parlé des Sibylles, qui 
en piOQobçoient la plus grande partie^ com- 
me de femmes fahatiques & furieulès, vous 
voies' bien ce que je puis me promettre en 
bonne Logique de vôtre approbation, & ii 
Êdlant paflbr ce que je vous écrirai pour un . 
Oracle, cen'eft pas le mettreau rang des pures, 
rêveries, ou même des plus grandes fourbe- 
fies. Pour vous contenter néanmoins je î^ 
rai de vôtre queftîon le lujet de cetjte Lettre, 
^ & jcfvous dirai d'abord, qua lé mot d'Oracl<> 



•ifS . LETTRE ÇVI. 

n'étant pas Grec, maïs Latin, ne peut ètn 
inieux.expliqué qqe par TinterprératioD qu'ei 
donne -Ciccronj qui en feit le langage des 
iêT9fU. Dieux, Oracùla ex eo ipfo appellatafunty quot 
eft in his Deonm oratio^, c'eft un diîcoun 
' inftruâif & prophétique que les Romains ont 

refpeâé comme forti de la propre' bouche 
des Dieux. Et Ton peut juger combien les 
Grecs leur ont déféré, par le feul titre d'un 
livre de Porphyre dté par Euiëbe & par 
Théodoret, de philôfophin ex Oraculis^ De 
k philofophie qui ië pouvoit tirer des Ora- 
cles. IleJft vrai, que%urément les Edits 

. des Empereurs ont été nommés des Oracles. 
Les Arrêts même des Cours Souveraines 
s'appellent par ceux, qui en veulent esçri- 
iner la dignité , des Oracles de Themis* £t 
Ton voit dans le chapitre feiziéme du Levid- 
que, & en d'autres endroits du Texte (àcré^ 
que ce terme d'Oracle eft pris pour le propre 
lieu ou l'on prie, & qu'il y eft emploie com- 
me Synonyme en la place de cçl ui d'Oratoire. 
Je ne penfe pas devoir fuivre d'autre métho* 

^ de en ceci, que de confidérer les Oracles 
dans leur commencement, & dans leurfin, 

V pour les reconnoitre mieux dans leuts pro- 
grès, & durant ce long-tems qu'ils om été 
feipeâés de toute Ifi terre». 



DES ORACLES. 1^9 

L'âodennétè deç Oracles cft fort manife- 
ife, par ce que dît Plutarque.au traité de 
ceux 9 que la Pythie avoit prononcés, ou il 
«flure, que depuis trois mille ans cette Prâ- 
trèfle ou Religieufe d'Apolbn en rendoit à 
ceuX) qui la confultoient dans Delphe, (ans 
que perfonne l'eût pu convaincre d'avoir 
dooné de Êiufles réponfes. Or comme Plu- 
carque écrivoit du fiéde de Trajan y ces trois 
mille ans dont il parle traverfent en remon- 
tant non tbulément tout le tems hiftorique 
des Gentââ , écoulé jufqu'i lui, mais encore le 
fabuleux^ &donnent jufques dans celui, que 
le doâe Varron nommoit ténébreux & in.*^''^«- 
connu. Auffi liions -nous au 2.'chapitrc de 
SçMxïj que cette Sibylle Delphique a voit pn> 
pheti£é avant le fiécle des évenemens qui 
rendkeot Troye fi mémorable, atrte Troja^ 
na tem/way remarquant, qu*Homcre s'étoit 
plû dqHiis à mettre dans (à Poëfie beaucoup 
de vos, qu'il tenoit d'elle, fans que Solin. 
difè pourtant de combien d*années elle avoit ' 
prâ:edé une fi notable Epoque. Cefipeut- : 
êtrela Sibylle Daphné fille de Tirefias, qui 
pafla fim père en l'art de deviner, & a qui 
Diodore Sicilien confirme, qu'Homère efl£.^.C^<^ 
redevable de plufieurs endroits dont il a or- ^'^^ 
oé &s Poèmes. Strabon néanmoins la nom* 



ï60 LETTRE C VI. 

X. f. Geo. me Phemonoé^ . & veut, qu'eUe f&t appelle 
Pythie à caufedesqueflions^ qu'on lui fid(bii 
parcp que ;n^£S-a^(igmfie interroger. Et i 
L.to.m Faufaniasenétûitcrû, elle s'appelleroit Hc 
'^ ^* Kophile, qui prédifit rembrafedient dlliuic 
ou même Lamia fille de Neptune > qu'il fiu 
la plus ancienneté toutes. Quoiqu'il ei 
foit, k première découverte de cet Oracle d< 
V Delphe , éA dûë félon Diodore à un troupeai 
de chèvres^ qui paifTant autour d'une ouver 
ture de terre, furentvûês par celui, quile^ 
conduiloit/e démener, & jetter des^cris du 
tout extraordinaires, autant de fois > qu'elles 
^ s^approchoient de ce trou. Le Pafteur vou- 
lant donc reconnoitre en vifitant le lieu ce 
< qu'il pouVoit y gvoir, & furpris aufficÔt par 
Texhalaifon, qui en ibrtoit, prononça des 
-- prophéties qui fë trouvèrent véritables. Cela 
fû dans toute la contrée, une infinité de 
perfonnes, carieufes de l'avenir, fe tranfpor- 
- toient en cet endroit, & s'entredonnoient des 
répbniës fur leurs demandes. Mais Cômmej 
Vouverture de la fbflfe étoit perilleufe, & qu^ 
beaucoup de perfonnes agitées de fureur f\ 
tomboient fans être jamais revues; rons'aviûj 
<1 accommoder le lieu en forte, que par M 
moien d'une efpece de trépied. Ton pouvon 
fans courir fortune de tomba: dans cet ab^ 



DES ORACLES. î6t 

me, recevoir la vapeur, quiTâifoitdeviAen 
Il ajoute qu'on choifit alors des filles en Thon- ' 

neur de Diane > pour prononcer les Oracles 
defoofrerè, îufiiu^àce qu'un Echecrates de 
ThefEilie épris de la beauté d'une, eût Tinfo* 
knce de. la ravir; ce qui fit qu'on n'en (îeftina 
plusàcetofHce^ quLne fuITent âgées de plus 
de cinquante ans. Plutarquc n'a pas depuis 
expliqué cela û particulièrement; mais il 
nous apprend , que ce Payeur , qui le premier 
par un pur hafard dit tranlporté de cette fu* 
reurApollinaire& Prophétique, fenommoic 
Coretas. Or l'on peut s'étonner, que FO- 
rade d'Apollon ait paffé pour le plus ancien 
paraûlesPayens, conune il étoit fans doute 
le plus célèbre & le plus refpeâé par toutes 
les nations de la terre. Car l'on envoioit des 
plus ébign^ parties du monde & des plus 
HicoonueS) conuneétoientlés Septentriona* , 
les, les offitandes Se les prémices, que la de* 
votiota du tems fiufoit confacrer à ce Dieu. 
Pauûmiasdit, queles Hyperboréens les fai-'-'"^^' 
ibient tenir aux Arimafpes : ceux - et aux Isle- 
dons^ qui les commettoient aux ^ScytKeS) 
pour âtre portées à Sinope, ' d'où les Grecs 
les tranTmettoient aux Prafiens, & les Athé- 
niens étoient chaigés de les tranlporter. de 
ce dernier lieu à Dde. £t quoique l'Isle de , 



- I 
I 

I 



162 LETTRÉ CVI. 

ï)ele , . ilIuAre par la nailïance d*ApolloD y Gtki 
alTez éloignée dé Delphe qui étoit dans 1^ 
Phocide au milieu de la Grèce ^ & même d^ 
tout le monde; con^e Strabon témdgii^ 
au neuvième livre de (à Géographie^ qu'ox^l 
le croioit alors. Si eft- ce que TOracIe de cel 
dernier lieu étant le plus autorifé^ &y pour-j 
uTer des termes de cet Auteur > le moins 
trompeur de tous; il ne faut pas dduter , qu il i 
ne fût condilté de tous endroits; ce que la 
folie contre&ite de Bmtus, & le bâton rem- 
pli d'or, qu'il y porta, juilifiedutemS) que j 
Rçme étoit foûmife à la Roiauté. Cepen- 
dant il efl confiant, que Themis fœur des 
Titans fut celle , qui donna les premiers On- 

LyÉibl clesauGentili£tne^ & Diodore le prouve par 
le propre mot, dont on fe fervoit quand A- 
pollon rendôit quelque Oracle, ce qui s'ap- 
pelloit ôff/if £U£;y, c'cft a dire faire la fohâion 
de Themis , qui étoit la première inventrice 
de cette forte de Divination. Et néanmoins 
i^fchyle ne lui donne au commencement de , 
ces Eumenides que le fécond rang de Prophe- i 
tie, ajUgeant le premier à la Terre, qu'il 
nomme pour cela TrpoTQfmmv yoûtov, primi- 
vatem Terram. Quoiqu'il en foft,. nous ver- 
rons incontinent,- que ce n'étoit pas (ans ray- 

, flere, qu'on atttibuoit à cette fille du Ciel 



DES ORACLES. 1^3 

OQ de Uranus, & de la Terre, Porîgine de 
iêmblables prophéties, qui dépendôient des 
exhalatfoas, que le Soleil attiroic de quelques 
cavités propres à les engendrer. Mais il y a 
pourtàoc fujet de s'émerveiller , que les Ora- 
cles de Jupiter, tels qu'ctoient ceux de Tro- 
phonîus , de Dodone , & de Rammon , n*eu& 
ient pas tant de crédit que celui de DeJphe, 
& que le plus grand des Dieux ne cohfervât ^ 
pas ici fon avantage. Cac ni en durée, ni 
en e{Hme, ils n'ont jamais égalé àe dernier. 
Et cela feprouve, outre Je confentcment de 
la plupart des Auteurs, qui en ont parlé, par 
ce que rapporte Xénophon de Agefipolis,/*f ft(/f- 
qui après avoir conTulté Jupiter Olympien, 
& reçu fa réponfe, fut à Delphe trouver A- 
poIloQ, lui demandant comme à un juge de 
dernier refïbrt, s'|l étoit du même avis que 
Ion Père. Ariftote attribue cette djpece de 
raillerie dévote, à un Hegefippus au fécond ^ ' 
livre de fes Rhétoriques. Il ne faut pas ou* «• ^h 
blier , que Hérodote donne l'Orade de Do- 
done pour le plus ancien, qu'eulTent les/.^ . 
Grecs; ce qui ne s'accorde pas avec les auto- 
rité précédentes. 

La fin étant relative au commenceiâént, 
nous paiTerons commodément de Tun à l'au- 
tre; pour dire ^'abord^ que fi Porigine des 

Lij 



1^4 



LETTRE CVI. 



' Oracles n'efl) pas bien certaine quant au 
tems y celui de leur cefïation n'eft guère plus 
*■/• * W- affuré* En effet , nous liions dans Ciceron^ 
^^ qui écrivoit avant l'Empire d'Auguftc, que 
depuis un long tems l'Oracle de Delphen'é- 
tpit plus ce qu'il avoit été, de forte qu'il n'y 
avoit rien alors de' plus méprifé que ce qui 
venoit de ce lieu là. Et parce qu'on attri- 
buoit cette différence & ce defiiut à des eau* 
fes naturelles, qui font tarir quelquefois les 
rivières , & qui par caduciténeproduiffentpas 
toujours les mêmes effets. C'eft parler, dit- 
il, delà force des Oracles, de même que 
l'on feroit de la génerofité de quelque vin, 

Sue l'âge auroit diminuée, comme fila nature I 
es Dieux , qui les rendoient , étoit fujette à 
de femblablçs imbécillités, ^ autem vêtu- 1 
ftas eft , qtue vim dwinam cot^icere poffit ? Plu* 
^^*^'tarque qui a fait un traité de leur ceflaticxi, | 
rqconnoit néanmoins, que fous Trajan deux 
ou trois fubfifloient encore, mais qu'à la vé* 
rite tous les autres avoient manqué. Il com- 
pare le changement de vers en proie, qui a* 
voit précédé leur fin, à celui, qui étoit arrb 
vè dans l'Aflronomie & dans la Hiilofophie, 
dont les premiers Profeffeurs, Orphée, He- 
fiodc, Parmenide, Xenophane, Empedocl^ 
& Thaïes^ s'expliquoient tous en vers, ceu:i^ 



mik 



DES^ ORACLES. iSç 

qui les ont firivis s'ctanr coote nic s de h profe» 
(ans qu'on puiiTe au préjudice des uns, doo- 
ner la préfercoce aux autres. A!.ds il laâ 
diverfès caufes de raDéandfTementlublcqueQt 
des Oracles, qui avoîenc prelque tous cefië. 
L une cR 1 abfeoce pour toûiours du Génie 
du lieu, qui quelquefois s eloignoit feulement 
pour un cems, & puis y retoumoit. Car 
on a vu des Oracles devenus muets, qui 
ont après repris la parole, & donné des pré- 
didlioDS comme avant Ainii celui des 
Brancfaides abandomié par ApoUoo du tems 
de Xentes, fe remit en vogue fous celui 
d'Alexandre le Grand, fi Ton en peut croire 
ce Caniilhene, de l'autorité de qui Strabon fb 
icrt pour cela. Et l'on ne doit pas s étonner 7- ^t^ 
de femblable chofe parmi les Paycns, puilque 
nous voions dans les Livres fidnts, que le vé- 
ritable Efprit de Prophétie étoit ambulatoire, 
n'accompagnant pas toujours ceux, qui en a* 
voient le don; ce que je me fouviens d'avoir 
vu ob(èrvé par Card9n au premier livre dcia 
S.?gefle, ou il étend ces intermifTions jufqu* 
aux plus facrces perfonnes de la nouvelle 
Loi. Quoiqu'il en (bit, pour nous arrêter 
2j Paganiime, Servius aiTure, qu'Apollon • 
?.z readpîc Gss Oracles à Dele que durant iix 
.:ois de l'Eté, paûant de là à Patharc ville 

L uj 



I6tf ' LETTRE CVI. 

deLycie^ où il en proiionçoit d'iiutres pen- 
dant les fix reftans del'Hyver. Ceft quand 
il imerprete ces vers du quatrième livre de 
FEneïde, 

Qualis fjfi hyhemam L^am Xant/ùque 

fluenta 
Deferitydc DelummatemdminviJ^ ApoUo. 
Plutarquefuppofe aufll que les Génies n'étant 

'pas de leur nature immortels^ leuf* fin étoit 
celle des Oracles où ils préfidoient^ & qui 
mouroient avec eux. La raiibn fur laqueDe 
il appuie le plus de leur nianquement> c'eft 
le défaut du fujet, & rabfenGC de rcxhalaiTon, 
qui caufbit renthoufiafjiie dont ik dépen- 
doient, parce que cette fumée, venant à tarir, 
& la caufe principale cédant, 1 effet ne pou* 
voit plus reùilin II en eA, dit* il, comme 
des carrières, qui s'épuifent, & il en donne 
pour exemple celle de Caryflie, qui depuis 
peu n'avoit plus de marbre, ni de ce lin nom- 

> méafiefte^ ou incombuflible, parce que le 
feu nettoioit fans brûler les ouvrages^ qu'on 
en faifoit. Or cet épuKement dé vapeur 
prophétique arrivoit non Seulement par le 
cours des années, qui la confumoient, mais 
encore par de grandes pluies, par de violens 
tonneres, & fur tout par des écrpulemens k 
trembkmens die terres La pefîe de plus a 



DES ORACLES; 167 

cnifé quelquefois le même événement; car . 
l'Oracle de Tjfefias s'abolit dans Orehomene 
après une grande contagion. L'on peut ajoûr 
ter aux nifons phyfiqués^ rapportées pai| 
Platarque iiir ce fitjet, celle des A Ares, qui 
doaojenc & ôtent psrr de particulières influeni^ 
ces k diipofition & le.temperamcnc propre à . 
la Divination. En effet l'Hidoire des Arabes, 
que nous a fournie le Marom'te Abraham E« 
dielite, atcHbué à de certaines conftellations 
le don de Prophétie, & la cohncMiTance de 
FaveDir, qui fe perd par cohfequent autant de 
fois qu'elles paîfent. Mais à parler fmcére* 
ment, les témoignages , que cette Hiftoire 
produit iur cela, font fi extraordinaires, & 
les exemples fi peu croiables, qu'ils ne fau- . 
soient perfuader que des perfonnes très cre« 
dnl«; non plus que l'autorité des Dpéleurs 
Arabes, qu'elle cite y obliger qui quecc foit 
à les croire, fi on ne veut déférer aveuglé* 
meiit à tout ce qui eA écrite Seneqde croit, ^- f«. N«. 
que la crainte, qu'impriment les guerres ^'^^r 
dans noç efprits,. jointe aux terreurs, que 
donne la Râigionfuperftitieufe, fait ces es- 
prits &nadques, qui (b mêlent de deviner 
raveoir; tnde inter hella err avère lymphatici^ 
nec lifipuim.fdiira exempla vaticinanÈium inve- 
nies y fuamubiformido mentes religionemioÊtii 

L iiij 



ici LETTRE GVL 

» • . 

percuffit' Orileft du cours ordinaire délai 
mture de fiiire oefTer les effets , quand leurs 
caufes manquant, & il femble^ qu'on pour* 
foic mettre ici en coafidéradoQ> que les O 
racles, dont nous parlons, périrent tous a* 

. vec leur grand Pan, à ce qu'on dit , au tems 

qu'Âugufte établit une paix, qui fut prefque 

univeifeUe dans tout îancien monde. Mais 

$t.Gfûg. Straboo touche line raifbn morale, qui ne 

, me paroit pas moins conTidérablé que toutes 
les précédentes. CcR au fujet de TOracle 
d'Hammon , qu'il croit avoir été abaudomié 
& décrédité aufli biep que les autres, parce 
que les Romains dans leur grande puiûance 
fe contentant des livres qu'un de leurs Rois 
acheta (i chèrement de la Sibylle de Son 
tems, & ne faifant eut que de leurs Augures, 
& de leurs HaruTpices, ceux-ci oblo^ant 
feulement les entrailles des bètes^ ùtmBéeSy 
& les premiers le vol des oifeaux , le oumger 

. de certains poulets, & le fon avec les autres 
drconftances du Tonnere : ils méprilëreot 
tous ces Oracles de la Grèce, & du refte 

^ des^ Provinces (bùmifës K leur tlominadoo, 

'qui les négUgérent aufli à l'exemple de leur 

Maitres, Ainfi l'utilité céjQ[ànt, dautantque 

perfonne quafi n'y envoioit, & qu'ils n'c^ 

toient plus fréquentes conune. auparavant, le 



DES ORACLES. 169 

Génie de ces endroits difpanit) ou pour 

mieux dire, ceux, qui profitoîencde la cré« 

dulité des fiiperftitieux quittèrent un métier^ 

qui ne leur valoit plus ce (}u'il avoit accou* 

rumé. Caf les pi^fens n'étant plus envoies» 

les H&atombes^& autres Sacrifices ne fë fiô* 

fant plus, & les profits que ces lieux de Di^ 

irinadon tiroient des Etrangers, qui les firé* 

quemoîent manquant, ce n'eft pas merveille 

que fekm le train le plus commun des chofes 

du monde, tous ces myfieres d'Oiades & 

de prophéties aient auûi cefle. L'on peut 

fe fyavemT fur cda du furnom d'Apollon 

TŒpidiaÇy ou Lucriùy quod oraada ad btcrum 

dont. Et du reproche , que b\t Créon à Ti- ^^ 

refias dansFÂntigone de Sophocle. Symag. 7. 

To ^wnam yap' Ttaiv ^iKdpyDpGv yhfoçy 

Votes cnmes captant pecuniamy 

Tous ceux, qui font le métier de deviner, 

ou de prophetiCer, aiment l'argent Aux 

premiers tems Ton ne canonifoit perfonne, 

que par Favis des Oracles; ce que Diodore 

fidt vcMr en divers lieux au fujet de rApotheo*^'7*^'*- 

le dllépheflion & de Ptolomée. Mais Ar^ 

rien eft encore plus exprés là deflus, quand 

il rapporte, que Calliltiiene reprenoit Ana-r 

xardius d'avoir dit, qu^on devoit adorer A^ 

lexandre dés fon vivant^ puifqu'il étoit cér* 

' ' L v I • 



' 170 LETTRE CVL 

tain , qu'il le feroit après (a mort; Hercule 
mètne^ repartit Cdbflhene, ne reçût l'ado- 
ration des hommes qu'après avoir cefTé de 
vivre , â^fi ce ne fut que depuis que l'Oracle 
Pelphique l'eût ordonné. Or la relation au 
nombre des Dieux > qui fe iaifoit des Empe- 
reurs Romains, ne dépendoit nullement des 
Oracles /oe qui les rendit > fant doute ^. de 
beaucoup moindre confidération par toute la 
t^é, dont ces mêmes Romains avoient fiûc 
prefquç une feule Monarchie. 

Voions maintenant ce qu'on peut r^îfoa- 
^ aablemerit penfer de la réputation, qu'ont 
eue ces Oracles, tandis qu'ils ont été en vi* 
gucur. Déjà ^on ne fauroit nier, qu'une 
partie des plus grands Fecfonnages, qui fuf- 
fent parmi les Ethniques, ne s'eb ibient mo- 
qués, encore qu'il y en eût d'autres, tek que 
Xenophon Se fes fdmblables, qui leur por- 
toienttoutlerefpedl, que la Religion, qu'ils 
profèflbient,. ordonnoit. Socrate les com- 
paroit aux vins nouveaux dans la- foule qui 
fetrouvôitàconfulterceux, qutétoientfnd* 
chement établis. Diogene diibit gentiment, 
qu'il Êiloit fe connoitrefoi morne avant que 
de vouloir prendre connoiflânce de. l'avenir, 
fuivant l'infcription mife exprès pour cela fur 
Orëi.iê. le ftonti^ice du Ternie; ajpâtant dans Dion 



I DES ORACLES; 171 

Chryfoftome, que ceux, qui ont de Yctpnt 
k peuvent tort bien pafler des Oracles. O- 
icfte €e plaignoît dans les Tragédies^ que le 
Dieu , qui rendoit ces Oracles , lui avoit çcé 
tuteur, de tuer fa mère. Sur l'Iphigenie^ 
qu'on vouloit fiicrifier dans Âulis, Euripide 
eût dire hardimenc au fils de Theds, en Cù 
mocquant de Calchas, que le meilleur de ' 
tous les Prc^hetes étoit celui , qui parmi une 
infiaité de menfonges prononçoit quelque* 
fois quelque vérité : 

qms enim èft vir Vates? 

Js qmpaucavera^ multaverofalfadktt. 
Dsçhyd^ le Granûnairien interrogea la Py* 
tliie, pour fe mocquer d elle, s'il retrouvo- 
rott {on cheval, encore qu'il n'en eût point 
perdu; il eft vrai qu'on veut que la réponfe HeJych.Il' 
duDieu> qu'il le recrotiveroit bientôt, Teiif- JJ}^ 
fit en vengeant cette raiHerie, AttaUis aiant 1.1. c.>. 
&t mourir Daphidas.peu après en, un lieu, 
qu'on nommoit le Cheval. Généralement 
tous ceux, qui tâchoient de corroippre la 
Sibylle par aigent ou autrement, montroient 
bien Je peu d'état qu'Us Ëûfoient des Oracles, ^ 9- 
qu'dle prononi^it. ^ Or encore que Paufa- 
niar ait avancé' cette propofttipn , qu'excepte 
Cléomene, perfonne n'avoit tenté de la fub- 
orner de la forte; û éft-il confiant» qu& 



17^ LETTRE CVI. 

beaucoup d'autres l'ont fait comme lui. Hè- 
bTtrpf rodote récrit de la faâion contraire aux Kfl- 
ftratides, qui obtinrent par ,argent^ que les 
Lacedemoniens reçurent commandemque>r- 
près d'Apollon , de délivrer la ville d'Athènes 
du joug que ces Ufurpateurs lui avoieat im* 
^ pofé. Lyfandre pour ôter le Sceptre de 
Sparte de la famille des Héraclides, emploia 
la même vpie de corruption, pour avoir les 
Oracles de Delphe, de Dodone, & d'Am* 
mon, favorables à (on deflfein. Il eft vrai^ 
que Diodore écrit, qu'il n'en pût venir à 
bout, mais cela n'empêche pas, qu'on ne voie 
par là le mépris que faifoit Lyiàndre de tous 
l^'f ces lieux prophétiques. Alcibiade fut plus 
heureux que lui, car P|utarque avoué, qufe 
pour (aire agréer à Tes Citoiens l'entreprilb de 
Sicile, il obtint par Tes préfens les léponies 
qu'il voulut de Jupiter Ammon. Et Demo- 
(Ihene crioit publiquement > que la Sibylle 
Pàiiippi/aity pour dire que l'or du Roi Phi- 
lippe faifoit proférer à cette Fanatique tout 
PrM/ea. ce qu'il defiroit. Mais l'opinion d'Ariftotc 
jQ.qu.i.. ^^ JjIçjj piyg ^y mépris de tous les Oracles, 

' quand il enfeigne, que la feule humeur me- 
lancholique, ou le tempérament atrabiliaire, 
caufoit r^thoufia(me des ^byllés^ & de 
tous ceux, qui fe difoient infpîrés divinement 



DE^ ORACLES^ 175 

pour fevder les choies futures. Void le 
Littin de (on texte au lieu du Grec, que vous 
pourrés voir dans ToriginaL Morlns vefania 
iwifticoatury aut inftin&u lymphatico infèrue* 

omaes qui dwmo fpiraculo inftigari credmtury 
cumfcÙicet idnon merbo y fidruaurali intempé- 
rie oeciMt. M or eus dois Syracufanus Poëta 
etiéuupré^antioreraty dum mente aUeuaretur. 
Or parce oue le plus révéré de tous les O* 
racles ^it celui de Delphe, &qu*à propre* 
mène parler félon PauÊmias, il n'y avoit que 
foa Apollon de vraiement &tidique> Amphia- l 7. 
laus fe contentant d'interpréter les fbngcs; 
Ceies de &ire voir dans un miroir Tévene- 
ment des maladies; Hercule d'enibigner par 
la chance de quatre dés qu'on jettoiti ce qui 
devok arriver, & ainfi de quelques autres: 
Ne Eut- il pas avouer, que tant^e peuples 
qui de tems en tems pillèrent ce riche Temple 
dcDelpbe, montrèrent bien le mépris qu'ils 
faifi)ient de Ta Sainteté d^ lieu. Le même L t$. 
Pauiànias nomme ailleurs entre fes Sacrilè- 
ges un infulaire d'Éubée, Ja Nation des Fhie- 
gies, Pyrrhus fils d'Achille, Xerxes, les 
Phocéens, nos vieux Gaulois, & enfin Né- 
ron, qu'il accujTe d'y avoir volé cinq cens fia- 
cucs de cuivre: Xiphilin ajoute, qu'il diAri« 



17+ 



LETTRE CVI. 



' ) 



bua aux foldats tout le territoire de Cyr- 
rhée, qui étoit du domaine d'Apollon, outre 
qu'il comblai defola le propre endroit, dbd 
fortôient les Oracles, fâifant égorger des 

Ex Dion, hommes fur la bouche de l'Antre propheti- 

'^ ^3* que. Certesl'on ne fauroit nier que toutes ces 
^aétions d'apparente impieté, n'eufTent pour 

! fondement Timpofture crue & reconnue de ce 

^ui fe palToit dans ce Temple Delphique , le 
premier de tous en crédit parmi les Grecs, & 
les autres Nations, qui avoient quelque com* 
merce avec eux. Les uns, dit Plutarque, 
(e font raillés de la fimplicité des Grades, 
qui s'y rendoient, les autres de leur obfcuri- 
tt, quifitfurnommerPhœbusAo^/oç, c'eft 
à dire oblique & tortu , comme Jupiter Am- 
mon fut peint avec des^ dornes de Bélier, le 

' tout à caufc des détours pleins de perplexité, 

que reçoivent les réponfes des Dieux. La 
bouffonnerie même s'y mêloit quelquefois de 
leur part, témoin ce funple homme, qui 
aiant demandé , comment il pouvoir devenir 
riche, eût pour réponfe, Si tu peux polfe- 
der tout ce qui eft entre Sicyone & Corinthe; 
ce qu'Athénée donne pour un jeu du fils de 
Latone. Sur une autre queflion , touchant 
la meilleure Religion, TOracle répondit, La 
plus ancienqe ; Et interrogé enfuite quelle é* 



I,y, 



DES ORACLES. I7f 

m la plus andenne^ il repartit la meilleure» 
[les DoricDS reçurent un autre Oracle, qui 
ioir ordcmnoit de prendre pour Admirai un 
faûmme à trois yeux; ils en choifirent pour 
cekua, qu'ils trouvèrent monté fur un Mu- 
let bof^goe. Ces repohfès/ qui provoquent 
à rire^ne paitidpent gucres de laDivinité, St 
Icmhkmr fort mal propres à fe faire relpeâen 
La {implicite mépri£ible des autres > pa- 
roifint tant au fens groffier Se peu raifonna* 
ble, qu'aux termes impropres, & contre la 
quanfttc^ lors aue la Sibylle parloit en vers; 
comme fi Apollon maitre du Pamafle, n'eût 
pas ccé û bon Poète qu'Homère, ou Hefio* 
de. Quelques-uns ont rejette cela fur ri>- 
gnorance de la Sibylle, parce que l'eiprit pro« 
phétîque s'accpnmiode comme le vin , & a- 
^t fidon les moeurs & le tempérament des 
perCbmes, qu'il agite. Ainfi dans la vérita- 
ble Pko^ietie, Efaîe Courtifan, &£zechiel 
(àvam en Mathématique, fe font tout autre* 
ment expliqués qu'Anlos, Se Jeremie, qui 
avoîent été noinris au village. La Sibylle, 
feloQ ce fendment, étoit comm/b un inflru- 
ment qui fonne mal, quand il eA en Mau- 
vais oidre, & c'eft pourquoi elle refuibit (bu* 
vent de monter fur le tr^ed , de forte, que 
la dernière décedée du tems que^Plutarque ér 



175 . L E T T R E CVI. 

envoie, aiàiit été forcée de s'abandonner con 
trp fon gré à refprit de Divination > tomba i 
terre toute hors d'elle > Se mourut peu de 
Jours après. Le texte de Porphyre , que cite 
Eufçbe au cinquième chapitre du fixiéme li< 
vre de fa Préparation Evangelique, porte, 
qu'Apollon même voiant les caufes fécondes 
mal difpofées à la divination, avoit fouvent 
menacé ceux , qui le prcfloient de leur répon- 
dre, qu'il ne leur diroit que des nmenfonges. 
La Philofophie de Pomponace eft conforme 
à cela, quaod il veut, qu'Elifi^ n'ait pu exer- 
cer fa prophétie devant le Roi, qu'il n*eût 
mis auparavapt fa main fur le PJàlterium, 
pour acquérir la dernière difpofition rcquife 
à la Prophétie, nifiprius mami hnpofitafuper 
Dehicê. P/aiteriumy ut deveniret ad tdtimafif difpofilith 
c.i3.cr^ nem. Quamvis etiim Elifcsus ex natura ejj^ 
^^* '* votes y mm deducehatur tamen ad oBum iBum^ 
nifiex iUa tmmediata difpofitione^ Et perindt 
ejivelutiali^ hommes y qui etfijint a nature, 
frmi ad aSus veuereosi tamen piufquam aS 
îBos affus devemanty pert^yffant mamiUas , o* 
Jbulanturque y ut fjnritus tf fynguis calefiant^i 
&* m ukima dt/po/ttione fiant ad taies aQns.\ 
'Je trouve ia coiçparaifon trop libre pour è* 
tre traduite. Tant y a que Strabon aj^reod, 
que quand la Sibylle ne prononçait fes Ora* 

des 



r 



DES ORACLES. ' 177 



des qu*«n profe , il y avoit des Poé'tes y Mi- 
oiftres du Temple Delphique^ qui les met-^-.®«4»'- 
toient en vers. £t c'étoit eux vraifembla- 
blement^ qui cdmpofoient ces vers Âcrofti- 
cheSy dont parle Ciceron, qui n'avoient vkn^^JX* 
du tianlport prophétique, Se qui étôient,*^ - 
comme il dit^ attenti ammij non furentis. 
Car la Divination des Latins eA nommée 
pmnvdlj par les Grecs^ de la manie ou fureur 
donc die étoit toujours accompagnée. - Cet- 
te étymologie me dit fouvenir de la bizarre 
penfée d'Hefychius Illuftrius, qui a donné ^<^0^« 
le nom appellatif de Sibylle pour être pur La- *^'* 
cin, & non Grec; chofe fi abiurde^ qu'elle 
ne mérite pas à*ètre particulièrement refutée« 
Mais pour revenir à nôtre théme^ les Ora* 
clés, tant du côté de la fentence, que de 
Texpreifion, étoientfouvelQttels, qu'on n'y « 
trouvdt rien , que le Dieu de l'une & de l'au- 
tre âoquence pût avouer, pour ne rien di- 
re des autres. Encore arrivoit-il quelque- 
fois que la Sibylle les écrivant fur des feuîl* 
les de Palmier^ nui étoient alors en ulàgé 
pour cela , le vent les difperibit de forte y que 
quand elle Se fon Douon euffent eu defiein ' 
de €c moquer de la crédulité des hommes de 
ce tems lâ^ ils ne ponvoient pas le faire plus 
vifiUement. Le troifiéme Se le fix;jéme Li- 

T0m€VaFm.l M 



178 -LETTRE CVL 

.vre de TEnelde, font voir ce que je dis^ Si 
la crainte d'Eaée 9 d'être traité de même. Se 
de tomber dans cet acddeht, n'a point d^au- 
tre fondement, 

— "foliis tantum ne car mina manda ^ 
Ne turbot a volent rapidis ludibria ventis. 
Cétoit en effet fe jouer des hommes, com- 
me le vent Eût des moindres choies > qu'il a- 

: Quant aux obfcurités pleines d'équivoques 
& d'amphibologies, cène fëroit jamais Êiit, 
(H'onvouloitrapporter toutescelles, quifont 
venues jufqu'à nous. Vous en pouvés voir 
une partie dans le cinquième livre de la Pré- 
paration EvangeHque d'Eufebe, & Ton peut 
dire en général après Ciceron de, cette ibrte 
d'Oracles , dont Çhryfippe avoit compofé un 
gros volume, .qu'il en eût fidu d'autres, pour 
les (aire entendre, Interpres ApoUims egebat 
interprète y if fors ipfa referenda erat ad fortes. 
Ce Dieu l'avoué à Crœfus dans Hérodote, 
rejettant le malheur de ce Roifi dévot envers 
lui, fur l'ihexorable Deftin, & fur ce qu'il 
n'avoit pas renvoie à l'Orade pour lavoir le- 
quel des deux Empires, de Cyrus, ou du 
fien, feroit ruiné, après qu'il aurdt traver* 
fé le fleuve d'Halis. Cyrus fot depuis trompé 
de même dans Lefbos par TOrade d'Or- 



DES OEACLES, 179 * 

phêe, quiliddit, comme Philoftrate le rap- 
porte, Mea^ SCyre, tua; ce qu'il prit pour 
une promefle des conquêtes qu'il devoit faire 
dans l'Europe, & Ton voulut depuis, qu'Or- £*^^ 
phce 1 eut averti , qu il auroit comme lui la 
tête coupée par une femme. Sur le repro- 
che, que firent les Héraclidcs à la Pythie, de 
s'être mal trouves, d'avoir deferé à la pro- 
mefle d'Apollon , portant leur retour s'ils at- 
tendaient le troifiéme fruits elle leur répli- 
qua, qu'ils avoient mal pris ce troifiéme fruit, 
qui s'entendoit de leur race , ou famille ^ & 
non pas des fruits, que la terre produit. A- 
poUodore le conte ainfi fur la fin de fon (è- 
cond Livre de l'Origine des Dieux. L'Ora- 
cle de Bâtis avoit alTuré Cambyfè, qu'il 
mourroft en Çcbatane, il s'imagina que ce 
feroit de vieillefle, en fa capitale de Medie^ 
& fa blefliire auffi bien que fa mort, fut en 
un chetif lieu de Syrie nommé Ecbatanè. 
Cet exemple eft encore d'Hérodote avec le 
fuivant. Cleomene fe fàifoit fort fur la ré- . 
ponfe â^Apollon qu'il prendroit la ville d'Ar- 
gos, & il ne fut maitre que du Bois Argus 
qu'il fit brûler. Appien dit du même lieuj 
que Seleucus aiant été averti par une prophé- 
tie, qu'il perdroit la vie en Argos , fuioîr tou- 
tes les villes de cenop , & fut enfin tué par 

Mil , 



180 LETTRE GVE 

derrière de la main de cePtolcHnéeCeraiimts. 
qui s'étoît réfugié vers lui, auprès d'un Axx- 
tel qui portoit le nom d'ÂrgcÀ. Dans le 
Debilh même livre d'Âppien Annibal déferant à un 
*^* ^ Oracle, qui lui avoit été rendu en ces ter- 
mes traduits du Grec, 

^ Annihaliscineres terra Ubyffàtegety 
fe promettoît de ne trouver Ùl dernière defti- 
née qu'en Afrique j & il fut empoifonné par 
' Prufias en<:ette partie de la Bithynie, qu*ar- 

i.20.£ii.rofe le âeuve LibyfTus. Dijpdore Siciliea 
rapporte deux Oracles conformes aux préce- 
dens^ & rendus à deux frères Satyrus^ & £u- 
melus. Le premier Oracle donnoit avis à 
Satyrus, ut a vmJculofiM caverety à qucM o- 
beiffant il fe gardoit non feulement de toute 
Ibrtede^cats, mais encore des hommes, qui 
en portcMent le nom, fans pouvoir^ter une 
bleflfure au mufcle du bras dont il mourut. 
Eumelus fe fondant fur un autre Oracle qu'il 
avoit reçu, de prendre garde à une maàbn 
portative ou fôûtenue, n'entroit jamais dans 
un logis, dont il n^eut fait vtfiter 1^ toit &les | 
fondemèns; ce qui ne Tempècha pas d*être 
' blelTé mortellement par un pavillon, qui 
couvrait (on chariot La' perte des Mefle* 
niens avoit été obfcurement prédite à Ddphe' 
fur réquivoque du mot r^yèç qui figoifi^ 



BES OUACLES. tgf 

k bouc, & branche de figuier (auvage, ce^ 
que Bâufiinias expHque dans fon quatrième 
livre. Au huidén^e le Trépied au même 
lieu av<^c Eut emefldre à Epaminondas, qu'il 
devost craindre la mer, à ce qu^il luifembloit, 
(bus le terme ir^yùç, ce qui lui faifoit évi« 
ter toute forte d'embarquement; mais il (b 
trouva > que l'Oracle vouloit parler d'un bois- 
tailliS) appelle P///7^»^, où ce grand Capitai* 
ne fut tué. La ville Libethra, dans le neu^ 
viéme livre du n^ême Auteur, fut renverf^, 
noapasi^fisr, Ou par un Pourceau; comme 
ils avoient pris l'Oracle de Bacchus en Thra- 
ce^ dont ils ièmoquoient, mais par le âeii* 
veSWX) qui defcendant en' forme de Torrent 
du Mont Olympe,' l'inonda toute en une ' 
nuit, auflitôt que les olTemens d'OrpHée eut* 
reot vu k Soleil Les Athéniens aiant > 
cœur les affidres de Sicile, furent confeillés 
par le même Dieu, fi nous en croions Dion 
Chryfoftome, de conjoindre la Sicile à leur 
ville, & il fe trouva après le^mauvais fuccès 
de leurs entreprifes fur cette Isle , que la Si- Oroi. r;. 
bylle avcMt voulu parler d'un petit tertre fort 
proche d'Athènes appelle Sicile, ^ref Ly(an- 
(ke devant mourir par un Serpent, il fe trou* 
ve que celui , qui le tue, en avpit un peint 
fur fon boudier. Et fi l'Orade dit aux De-Ptutêr. 

M iij 



18» LETTRE CVI. , 

liens, qu'une Cçrneille leur montrera un 
certain lieu, il arrive que c'eft une femme 
nommée Cornçille ou Coronis. Vous pou- 
vés voir dans Tite Live , comme Jupiter de 
Dodone aiant averti Alexandre Roi d'Epire^ 

toee.1. LS' Caveret Acherufiam aquamy Pandofiamque ur-^ 
bem^ <pa(Ia, pour éviter ces lieux de Grèce, 
exprès en Italie, ou il ne laifllà pas aeprouver 
ce dont le Deflin l'avoit menacé. Quaof à 
rOracle rendu à Pyrrhus, 

Aio te Macida Ramanos vincere poffèy 
qui étoit auffi ambigu, Ciceron açcufe^n- 

2:deDi' nius de l'avoir fuppofé, & le prouve tant 

«««• parce que du tems de ce Roi Apollon de Del- 
phe ne faifoit plus de vers, qu'à caufe qu'il 
n'a jamais parlé Latin. Je n'ai rien à dire 
contre cela , mais je (ai bien , qu'on lit 
dansPaufanias, qu'un barbare ou étranger, 
cnvoiéparMardonius, aiant interrogé l'Ora- 
cle de Thebes en fa langue, cet Oracle ne 
lui répondit pas en Grec, mais en Dialedle 

inBctot. ou langage barbare, comme l'étoit aux 
Grecs tout autre que le leur. Quoiqu'il en 
foit, le même Dieu de Delphe avertit Néron 
avecTobrcurité, dont nous parlons, qu'il fc 
prit garde de l'année ibixante- treizième, le 
trompant de l'efperance de vivre jufqùes là, 
au l|eude lui révéler nettement, que Galba 



DES ORACLES. jgj 



mgé de (bixante* treize ans^ feroit bientôt fon 
wccefleur. Suétone nous apprend cela , & i» Nfrb« 
Âmmien Marcdlin , qu'un Oracle femblàble "^' ♦*• 
mcoa^ l'Empereur Valens de fà fin^ qui Tat- 
tendoit auprès de Mimante, ce qu'il inter- 
pretoic d'une célèbre Montagne d'Aile por-. 
tant ce nom^ au lieu qu'aiant été tué en Eu- 
rope, il retrouva que dans le champ, oiiil 
avQît reçu la nîort parjfes ennemis, l'on vo- 
ioit le ièpulcre d'un certain ^^antus. 
Mais rOrade rapporté par Athénée , & ion I. g- Dei- 
fuccés fidt voir, comme les hommes contrî-i^-^ 
Imoient beaucoup à fe tromper eux mêmes, 
en fiûfànt reufTir dé femblables prophéties. 
CetOraderenduàPhalantus, portoit, qu'il 
ne pourrait être chaflfé de Tlslè de Rhodes, 
qu'il ne vit voler des Corbeaux blancs, & 
n'apperçût des poifibns nager d^ns fa Tafie. 
Cela lui donnoit avec raifon toute afTurance. 
Néanmoins Iphiclus, qui lui (àifoit la guer« 
re, averti des cette réponfe Delphique, le 
fubîugua, s'étant avisé de faire lâcher des ' 
Corbeaux blanchis avec de la chaux , & ver- 
1er ckndefiinement de petits poilTons dans 
l'eau, qu'il devoît boire. En vérité l'hom- ' 
me eft on ingénieux animal àXe tromper lui- 
même, fur tout quand c'eft en faveur dt 
quelque fuperftition. 

M ini 



Ig4 ï. E T T R B CVL 

Vdlà plus d'eacemples que je ne m*ètots 
propofé de vous rapporter de Toblcttrité ca< 
, pdâife des Grades^ >& des fubdles répofifes 
d'un Diea^ qui ne biaife pas tant dans ion 
9 Zodiaque, qu il fidfoit dans cette forte de ré- 
vélation des cfaofes futures. Mais le nom* 
bre ètbit bien plus grand defes prophéties, 
où Ton^ li'entendoit rien du tout, & qui 
n'eurent auflijaaiais aucun fuocès, quelque 
fine interprétation, qu'on leur pût donner. 
Le bon pour cette fuperftitîon étoit, qu'on 
n'en tenoit aucun r^trè, que par rd|>eâ 
perfonne n'ofoit convaincre la Sibylle de 
menibnge, ce que Plutarque a pris à ion a- 
v^ntage, & qu'en plus de deux mille ans l'on n'a 
obfervç qu un certain petit nombred'Onides 
à qui l'on ait pu appliquer de ces ii^;eiueufès 
& furprenantes explications. Us ont^été 
quelquefois il étranges Ik fi extravagans, 
qu'ils remplilToient d'indignation, & met- 
toientaudefefpoirceux, qui les recevoîent, 
fans que le mcxide pour cela s^en deiabusa^ 
tant les hommes font naturellement portés à 
. s'entretromper, prindpalement fi le prétex- 
te d'une fauiTe Religion a gagné leurs e- 
fprits. Strabon nous fournit une preuve il- 
lufire de cda, qu'il dit tenir de lliiflorien 
f. Giêp. EphoruS) dont nous avons perdu tous les ou* 



• DES ORACLES. igf 

vn^es. Les Bœodens étant allés préndn * 
Tivis du premier de tous les Dieux à Dodo^ ^ 
oe^ ion Oracle leur prédit, qu'ils fe pou- 
vaient promettre,' que leurs affaires iroient 
fort bien, s'ikfaifoient des aidions d'impiété. 
Cela les mit fi fort faprs d'eux mêmes , qu'ils 
pnreot la Sibylle, & la jettèrent dans le feu, 
diiànt qu'ils le dévoient faire ainfi, foitjgoji^t! 
la punir, foit pour obâr à fes ordres en fe 
montrant impies. Il n'en fut autre chofe, fi« 
non que depuis les trois filles ^ qui fervoient 
de trucfaementà cet Oracle, .n-'en prononcè- 
rent plus aux Bœotiens^ ea abandonnant la 
diaige aux hommes du Temple, qui avoient 
laide une telle aùxon impunie. Vous pour^ 
ries prafer, que cette hiAoire feroit contrai- 
re à ce qu on écrit, que des Colombes per« 
chées fur un chêne, rendoient les Oracles de 
Dodoné. Mais vous vous fouviendrés que 
ces trois filles, dont nous venons de parler, . 
étoient les Figeons prophétiques, mnPadfin. 
n'aiâQit donné lieu à la Fqbiè , qui les (àifoit '- 7« 
fi bien parler, fmon l'équivoque du mot 
ràkeia^BÇy quifignifie en langue Thcflalique, 
& Colombe^ & Prophète ou Divinatrice. 

Avant que de former aucun jugement fur 
tout ce que nous avons cohfidéré jufqu'ici , 
je vous prierai d'obferver encore, qu'outre 

M v 



Ifi6 LETTRE CVL 

tous les Oracles étaUis en de certains heaXy 
il y a eu d'autres divinations , qui s'exerçoient 
par tout comme celle qui dépendoit du vol 
deis oifëaux, appellée Augurale; une autre 
qui . conr)dâx)it les entrailles des animaux, 
qu'on nommoit Harufpicine, ou E^pidne, 
& je ne fai combien encore , dont ces femmes 
Allep[iandes peuvent faire un exemple 9 qui, 
InCaf.2: au rapport de Plutarque & de Clément Aie* 
^^' xandrin, prédifoient par le bruit du a)urs 
des rivières, & paf le fon que rendoit le 
L. 41. mouvement des eaux. L'Oracle du Nym- 
pheum proche d'ApoUonia, dont parle Edon 
Caflius, qui dépendoit de l'Encens « qu'on 
jettoit fur le feu, eft encore du nombre, & 
toutes CCS fartes y^ntiatifue^ PraneJiifia^^Hih 
, îBcricay & autres femblables. Or tous ces 
uiàgesoufciences, comme vous voudrés les 
nommer, n'avoient rien de plus folide, de 
plus certain, ou de moins méprifable, que 
ce qui partoit du Trépied Delphique. ^lan* 
nibal le fût fort bien dire au Roi Prufias, 
quand il lui reprocha, qu'ilajoûtoit^us de 
foi à un morceau de chair de Veau, qu'à un 
Capitaine expérimenté, voiant que contre 
fon avis il s'arrêtoit à quelque prèfage fa* 
dieux d'une vidime. Ejt Alexandre ne laiila 
pas de combattreles Scythes avec un heureux 



DES ORACLES. 187 

fucces , fe moquant de l'Art ou Ariftandre ë- 
toit il célèbre^ par leqjuel il ràvertilToît que 
les facrifices ne promettoient rien de bon: 
cela eft pris de Y Hiftoire d'Ariea Ca^a 
s'étonook^ que ces Augures, qu'il connoif- 
foit pour être de leur Corps^ &cesHarufpi- 
ces, iepuffent empêcher de rire en ferencon- 
trant^ vu que chacun d'eux fa voit les fourbe* 
ries de fon cônipagnon, & la vanité de leur 
conunune profeiTion. Et Ton peut juger ce 
qu'en penfoient les plus honnêtes gens 3 non* 
obftant la fuperflition populaire, quand En- 
nius ne fit pas difficulté d'écrire ces vers cités 
par Ciceron^ 

Nom ijlis qui linguam avium mteUigunt^ ^\ * ^' 
Pbifjue ex aliéna jecorefapiunt quam exfuoy 
Afûgis audienàum quam aufiuttandum ccnfcc. 
Cefeid exemple de Diodore Sicilien fuffira^j^^^' 
pour faire voir l'adreffe à tromper qu'ils a- ^^' 
voient tous. Les Harufjpices-du Roi des Ma- 
menins pour l'encourager , l'alTufèrent, qu'il 
coucheroit dans le camp de fes ennemis j 1^ , 
fe trouva,. qu'ils avoient bien deviné, çgr 
aiâQt été &it prifonnier, ilymoumt. Dio-^-^^- 
dore avoit déjà dit, qu'Arnilcar-n'attaqua Sy- 
racolè, ou il demeura aufTi prifonnier, que 
lur une pareille prédiâion, qu'il devoit le 
jour de cette attaque fouper dans la viHe^ 



I8g LETTRE CVt 

Ceft ainfi qu'en nos jours uo Doc de Sa^oi^ 
jentrepric contre ,nous, aiant appris par un 
Afiroîogue que bientôt il n'y aivoic plus de 
Roi en France; ce qui fiit vru, parce qu'j] 
en fortit pour Palier mettre à la raifoQ. Il 
faut ajouter, qu'il y a eu partni les œciem 
un certain don de Prophétie 9 qu'on â cru at* 
taché à des peribnnes particulières, & qui 
n'ètoit pas de meilleur aloi , que le précedenr^ 
Clément Algcandrin nonrnie près de quatre- 
vint de ces Prophètes, tels que Tirefias, 
Amphiaraus, & Ariftée, avapt que de ve- 
nir aux véritables des jui& , dont trente-cinq, 
outre cinq femmes, ont précédé nôtre Sei- 
gncur, & beaucoup d'autres ont été depuis. 
£,,, • Mais (on premier nombre, que vous pou- 
' vés vérifier dansièsTapilTeries, n'eftpascom- 
^ plet; car il y en a eu une iniSnité d'autres, 
. qui ont voulu exercer ce métiw de diarlata- 
nerie dans toutes les parties du vieil Se du nou- 
veau mondé. Les exemples en font dans 
toutes les Hiftoires anciennes & modernes. 
Une relation de Madagafcar , qui vient d'être 
, imprimée, porte, que Ces habitans croieot, 
qu'il y a eu quatre mille quatre cens quaian* 
te- quatre Prophètes, nombre ou ils doivent 
entendre quelque myflere caché. Et (ouve- 
nés* vous de cette femme Dfuide, qui dans 



DES ORACLES. . igp 

VopiicuspromettantrEiDpJreàDiocledenen* 
ox^Joldat^ cumAprumoccidiffèt^ fuccaiifè,quV« m»e. 
il tua le Fréfeâ du Frëtoire, qui fe nommcùt 
Aper. Procope parle d'un ai^tre Préfeft fous ^^ 2- * • 
Juftmien, qui crût toujours dans £es plus**^^*^^ 
grandes miferes, qq'il deviendroit Empe- 
reur , parce qu'on lui avoit prédit; fe Augur 

fti héMtum fuandoffie indiiturum^ ce qui ne. 
reOilit pourtant que quand le faifant Moine, 
on lui donna f habit d'uA de cette .proiSbAion 
tfini^ïÈommoxtAuguftus. Or parce que ce 
Patriarche d'Alexandrie > que je yien^ de ci- 
ter^ met entre les Pfèudoprc^hetes payens 
Epimenide de Crète; je vous prie de vous / 
ibuvenir, que c'eft le feul dont AriAote fem- 
ble a{^rouv^ les prédirions; à caufe que 
ne s'étendant jamais fur les diofes futures, &^ Rhtt$r, 
ne parlant que des paflees qu'il dévelopoit^* '7« 
des plus grandes difficultés, il.ne fâifbit rien 
de iiimatard, qutiniam prateritum fcientia^ 
comprekenâifatijl. Il eftten]^ de fe recueillir^ 
& de finir cette lettre par un petit Epilogue. ' 

Encore que tous les évenemëns, que nous 
avons remarqué avoir quelque conformité a- 
vec les Oracles de la GentîUté, dépendent 
prefque tous d*uae interprétation capdeufe, 

. ccmune aiant été conçus en te]:pies équivo- 
ques^ & plus proprés à tromper ceux, qui 



I90 LETTRE CVL 

les^confultoient , qu'à les înftruîre de ce qu'ils 
défiroientfavoir: Sieft-cequ'oonepourrok 
. pas fur cette ûmple confidécation les rejetter 
abfolumetat comme convaÎDcus d^impofturei 
parce que lès Prophéties même de l'ancienne 
loi , que nous fommes obligés de révérer, a- 
voient auffi leurs obfcurités. Un peu avant 
Samuel fous Heli, le troifiéme chapitre du 
premier livre des Rois porte que » diehus 
Ii&.f tJ4. mis non erat vifio manifefta ; & l'on voit dans 
, Efdras, queDieunevouIoitpas^ queMoyfe 
: révélât iiàifféremment tout ce qu'il lui fai- 
{oitTaVoir, tuec m palam faciès verha^ îfhdc 
ahfcondes. Il arrivoit même quelquefois, que 
ces Prophéties fe choquoient en apparence 
les unes les autres^ quoique toutes diâées 
par le même Elprit de vérité^ qui n'a riea 
i .de plus contraire que la tromperie^ & le 
menfonge. En efïèt, félon l'obfervation de 
Jofcjrfie, celles que Jeremiedebitoit dans Je- 
rufalem fembloient en' contredire d'autres, 
que Jezeciel ou Ezechiel profcroit dans fia- 
it. A%n. by lone. Le premier difoit, que Sedekias fe- 
^i c. w. jq|( mené captif en cette ville -là: Et Jezeciel 
; '■ ' . afTuroit , que ce Roi ne la verroit jamais. 
Cependant l'événement les accorda, Nabu- 
chodonofor fiiîfant crever les yeux à'^edekie 
avant que l'y emmener captif. Les prédi- 



DES ORACLES. 191 

âions de Jonas touchant mnive, celles dl- 
faîe au Roi Ezechie fur fa mbrt, & quelques 
autres ont befoin d'être interprétées par les ' 
Scholaftiques.' D'ailleurs, tout ce que les^ 
Orades payens avoient de mauvais^ n'a pas , 
empêché bjcaucoup des premiers Pères de 
rEglifedes'enfervircontre les Infidèles, pour 
établir des vérités Chrétiennes. Ils ont pro- 
duit les vers actoftiches d'une des Sibylles, 
dont les premières lettres portoientle nom 
du vrai Meflie. Saint Jérôme a fi bien pen- 
ie de ces filles , & die leurs prédiétions, qù'û 
a ârit, qu'elles avoient re^û. du Ciel le don 
de Prophétie en reconipenfe de leur virgini* 
te. Le Père Ambrofien CoUus n'a pas fkitDtanm. 
difficulté depuis peu, de bien efperer du fa- ''^^' 
lut de quelques-unes, & d'en placer deuk ou 
trois des dix dans la celeAe JeruÊdenu Et . 
Ton a écrit, que la plus ancienne de toutes 
entra dans lArche de Noé lors du déluge u- 
Diverfel^ & qu'dle fut mariée à un des en* 
fans de ce Patriarche, fùrquoi je vous ren* 
voie au fécond Dialogue des Poètes de Li- - 
lius Gyiàidus. L'Eglife même femble âppa<» P^i* 7#* 
rio* le Prophète Roial avec laSiby lie, quwd 
eDe chante tous les^ jours tefte David ctm Su 
bfia. Il y a néanmoins dequoi s'en étonner 
4 autant plus^ que nous lifons dans le Levi- 



- J9a L ET T R È CVI. 

f.3i. tique une condannation très exprd& de 
mort, contre tous ceux que l'efprit rydioni- 
que ou de divination poffedera , vir five wm- 
• Ùer^ in, quibus Pythonicus vel dwinatioms fue- 

rit^iràus, morte moriafttUTy lapidibus ob- 
tkent'eosy fanguii eorumfitfuperîttos. Car 
x'eft ce même efprit , ^ qui ' animoit.la Sibylle 
dans Tes réponfes , & qui lui &irQit donner le 
(umom de Pythie, comme ^Apdlon avoit 
celui de Pythien. i 

Pour venir donc à la conclufton, que 
Vous attendes ;| il né faut pas douter, que 
les Pères de l'Eglife n'afent été portés -d'un 
grand zélé pour la Religion, lors qu'ils fe 
font fervis du témoignage des Sibylles contre 
les Gentils, en un tems , où ils ^voient le 

' grand crédit, que leurs prédirions avoient 
dans tout le Paganifme. L'ufiige de l'Eglife 

' lesa^imités, parce qu'elle ne fait pas profef- 
fion, ni le Siaint Efprit qui Tantme, de nous 
inftruire toujours de toutes les vérités phyfi- 
qucs, comme elle fiiit fans faillir de toutes 
celles, qui (ont neceflàires au ialut. C*eft 
ce qui a ait Bomnier à Cafaubon après beau- 
/ coup d'autres , cette conduite des Pères une 
fraude pieufè ,| dans les animadverQons con- 
tre Baronius, (que vous pourrés voir là def- 
fuà. Celapréfuppofé, il faut premièrement 

demeurer 



f 
DEâ ORACLES» 193. . 

demeurer d'âcoord» que dans la PhiIofi>ph]6 
Pérîpîttédque Ton n'admet aucun £fprk> ^I^^^ 
moa, ou Génie, hors ce pedt nombre d'Iiv» 
tell^;eiioes, ^ttadiées au mouvement des 
Cieux* Il n'eft^pas moins confiant, que tous 
ces Enthoufiafines de Sibylles, & toutes ces 
divinations d'Augures & d'Hamlpices, n'y 
peuvent paffer que pour de pures fourberie^ 
ou pour des manies & des renverfemens d*es^ 
prit, qui n*ont eu fucoés dans leurs prophe- ^ 
des, qu'autant que le hazard Ta permis, ou 
que la^ crédulité des hommes fe l'eft aifément 
peifiiad£ ^ Car nôtre humanité a une pro« 
penfkm naturelle,- pour le rq^eter encore ic^ ^\ - 
à efpeicr toûjoui^ ce qu'on fe promet de l'a- / 
venir. Et c'eft ce qui a fiût, qu'Ariflotea^^^«- 
nommé l'art de deviner r^ fiavra^, unc'**^'^'\ 
fdencedperante^ haç^lisf^ iJ^içat^. Tant ^ <^ 
y a qu'elle eft toujours accompagnéede ma* ; 
nie&defbreur, à quoi ce Fhilofophe rap- 
porte les infpiratioAs des Sibylles, & tous les 
Oiades, qu'elles ou d'autres rendoieiit,&a3fi» 
cooune vous Fifvés vu par le texte de Tes pio^ <*- 
bleuies, que je vous aidqadtè. Etnotésque 
le tems auqud il endiibitfilihrementfonavi^ 
ctoitkplus fournis de «)usà cette fortedefu- 
perftitioou MaisparcequenôoePhilofophiQ 
Chiâknne reçoit âujQii biea que oeUe des 



V.I* 



194 LETTRE CVt ^ 

. luifs^ & la Platonique ) de bons & de>iiiau- 
vais Démons , dont les rcponfes & les opéra- 
tions ne peuvent être stbfolument xiiées fims 
offenfer la Religion, & Sautant qu'il n'y a 
point d'inconvénient enfuite, de penfer que 
Dieu oblige quelquefois leperedumenfon* 
ge à proférer de certaines vérités > telles, qu'il 
eh peut être forti de la bouche des Sibylles, 
&, de plufiçUrs Eiiergumenes; nous ne au- 
rions être déterniinément de Topinioa d'An- 
ilote, quoique parlant humainemenr, elle 
paroiffe la plus vraSfemblable. Car tant de 
iburberies, reconnues dans toutes les efpeces 
^e Divinations, ne montrent- elles pas pref* 
que évidemment le peu de réalité , qui devoit 
y être? N'avons-nous pas vu dans Torigiae 
des Oracles, que Texhalaifon ou la vapeur 
qui Ëùfoit l'EnthoufiaTme, n'agiffoit pas 
moins fur une chèvre, ou fur une brebis, que 
fur les hommes, pu fur les femmes, qu*eOe 
touchoit; N'e(l-ce pas une preuve évidente 
«d'une opération purement naturdle, &doDt 
auffi Apollon étoit feul reconnu le vrai père, 
comme celui qui excite, élevé &^ tempère 
ces exhalaifons , félon les différens d<^;rés de 
fa chaleur, & félon que fon adlion eft ou 
^lus; où moins violente. Qu*y a-t-il en 
tout cela, dont la Phyfique feule ne puifle 



DES ORACLES. 19^ 

' ' •' . 

rendre la même raifbh> qu'elle ûitdes fu* 

mcesduvin, quand elles noUs entêtent? Et 
pourquoi s'imaginer , comme en parle Cice- 
roa^ ut ea quafapiens non videat, ea vident 
infama; Î3^ is quihumams fmfta amferit^ Mvù 
msaffecutus/it? Sans mentir^ ifn'ydguères 
d apparence^ que Dieu fe Ont expliqué plus 
daitenient de la venue' du Meffie dans le 
Temple de Delphe, de Cumes , ou d'Ephefe^ 
que dans celui de Jerufalem ; & que les Gen- 
db en iîifllent par ce moien de plus certaines 
nouvdles, que les Juife qui n'apprenoient 
rien de fi précis dans la Synagogue , que ce 
que révèlent les vers adx)fliches de la Sibylle. 
La Pfédiétion étojit un art de charlataneije 
parmi les Payens, comme elle l'eft encore 
aujounfhui dans toutes les Provinces de l'A- 
mérique, & parmi nous mêmes à l'égard de 
beaucoup de crédules. Pline, entre mille 
autres, Ta remarqué en ces termes, Halica-Ltt.cp. 
cabi raàèeem Mbwtt^ qiàjtmt vatidnandi c/il^ 
kntes^ quodfurerey ai confytmmdas fuperftu 
tûmes ^ afpicife vdunt. Tant de fauffes pof 
feffioQS de perfonnes, qu'on exorcife, & 
dont nous voions tous les jourit qu'on abufe. 
impudemment, outre le peuple, Jcs plus 
firoples de quelque condition qu'ils foient, 
nous doivent rendre fufpeâ tout ce q^ a été 

N ij 



J9S LETTRE CVI. DES ORACLES. 

écrit âes Sibylles, & de tant de myfterieux 
, Oracles, (]u'onteulcs*aaciens^ Jedénspour 
moi, que leurs plus grands PropheteS) Hani» 
ipices, ou Augures, ont été les plus a^;us 
d'efprit à conjeâurer Favenir,, & à tirer fine- 
ment de quelques anteoedens de.vniiTembla- 
blés confequences & je crois dans ce fens lo 
mot d'Euripiide pour le plus certain de tous 
leurs Oracles: 

Ménur dpiçoiroçur siKa^ii uahju^y 
Oftimus h eft vatis probe qm amjieit^ 
Mais ne vous attendes pas, que je oontefte j 
là deflus, non plus que fur aflez d'aucces ma- 
dères, dont l'on difpute aujourd'hui avec 
ti^t de chaleur^ & où je crds que la Foi n'eft 
pas moins udle à la tranquillité de Tame^ que 
néceflaire au Çdut Vous £ivés> que je fiûs 
t)rofefIion de ^uter de bien des choies, qui 
Obnt connues à beaucoup d'autres plus làvans 
que mdi, & que je ne trouve point de plus 
beau vers de Pétrarque, ou du moins qui tou- 
che davantage mon eiprit dans fil fignifica- 
don, que celui-ci, 

Che non mm quefaper^ ^Aùnar^dagrada. 



3K 3K ÎK 197 

DES - 

COMPOSITIONS STU; 

DIÈUSES. 

LETTRE CVIL 



MONSIEUR^ 

Je veux bien rire avec vous de cet hotnmei 
qui parle fi plaiûmmenc de fes Compoû- 
dOQS) qu*il appelle fes veilles, fans doute^ 
parce qu'il lésa écrites de nuit à ta chandele. 
IjiCim$mquidemredoUnty fed non plane Ar- 
pinatiwi. £a vérité ceux y ,qui Font contraint 
demettie lamain à la plume, comme il ledit,' 
ont grand tort; ils dévoient confidérer que 
Dieu ne iè (èrt plus guéres d'une mâchoire 
d'Ane, pour &ire obtenir aux fiens de gran- 
des yiâoires. Raillerie à part, le commen- 
cement de ion livre mérite quelqueattention ; 
mais Ton n'en peut pas avoir long tems, fans 
un grand ^oût> & quiconque approdie de 
hÛD, nefauroits'empècherdedirecomm» 
IcPoctedcScylla: 

N iij \ 



198 LETTRE CVIL 

Prima iomims fades y îf fndcropeBdre mgà 
Pute tenus ^ ,poftremammani corporePr^. 
'L'on aurpit tort pourtant d'accufer Tautoir 
de cet ouvrage d'être infipide; car pour évi- 
ter ce reproche, il y a mis quelquefois tant 
de fel^ & fi mal difHbué, qu'il eft difficile^ 
qu'uti^goût raifonnable s'y pUilTe accommo- 
der. Ce de&ut procède indubitablement 
' des fréquens larcins, que vous y avés obser- 
vés, ou il s'eft voulu attribuer groflieremeat 
& de mauvaife foi ce qu'il tient des autres» 
fans jamais nommer penonne. Il les entaf- 
le comme Tiens fans jugement , & avec fi 

{)eu d'adreflfe , qu'on remarqi^e toujours^ avec 
t vol qu*il fait, fon ingratitude, & la mau- 
vaife intention qu'il a, de fe parer du biea 
d'autrui fans reconnoiffance. Cda m*a fsk 
conlidérer tout fon écrit comme tin grand 
' Chêne tortu tout couvert de Guy, & qui n'a 
de verdi^e en hy ver que celle qu'il emprun- 
te de cettç demiç plante qui- lui dl étraui- 
gçrej 
^f * ^t Qualefoletfyluis Irumali tempore vifam 
^t Fronde virere nova^ ^od nm fua femnnt 

. ' arhos^. 
Mus recevons pour bonne fon excufè^ d'a- 
voir été trop hâté par ceux, qui lui ont £iit 
précipiter ia CompofmoPi & qui font cauiè. 



DES COMPOSITIONS STUDIEUSES, 199 

qu'il npus Ta donoée telle ^ qu'on voit Içs 
eaux rapides des torrens, qiji ne font ni pu^ 
res^ ni agréables a boire. 

Vous &nés bien injufte de perfiftcr là def- 
fus dans la mauvaiife reibliitlon) où Vous 
m'aiTurés, que vous vous confirmés tous les 
jours de plus en plus , de ne faire jamais part 
au public du fruit de vos études. Four moi - 
|e dens avec un ancien, que ceux; qui ne 
oxnmuniquent ainfi jamais ce qu'ils favent, 
refiemblent aux Figuiers fauvages, quinaif* 
fent parmi des ruines, ou fur des rochers 
inaoceffiUes^ dont les figues'ne fervent dé 
pâture qu'aux Geais & aux Corbeaux. Il 
faut rendre, quand on le peut, à la piofleritéle 
même bienËdt qu'on a reçu de Tes devan- 
ciers, opcrtet invicem lampadatraàere ^ coiQ- 
me au branle de la Torche, & il y a de Tin- 
gratimde à vouloir tenir fous le boi(feau vos 
lumières, après avoir étç fi utilement éclairé 
par ceux, 'qui vous ont précédé. Sériés- Fif iu 
vous bien touché de la même confidération, ^^^ * 
qu*0Q attribue au feu Cardinal de Berule^ qui ^ ^' 
fit d'id)ord difficulté de mettre la main à la ^ 
plume/urce qu'il n'avoit point appris^ que le 
Fils de Dieu eût janmis rien écrit , que deUx . 
fois au fujet de la femme adultère, ou S. Jean 
enfeigoe dans fon Evangile, qu'avant & après 

• N iiij 



aoo LETTRE CyiL 

& réponie aux JuiÊ> il tiaçadu bout au 
doigt quelques lettres fur la terre, dontpour- 
tant lafignificatiop qous eft demeurée incoii* 
nue. J'ai beaucoup de peine à croire, qu'u- 
ne fi dévote penfée vous occupe Fefprit, vu 
qu'au même tems , que vous me dedar^ vô- 
tre réfolution, vous ne laifles pas de me 
convier à entreprendre quelque chc^e de 
plus longue haleine que ne font ces pedcs 
Traités, qui me fervent depuis qudque tons 
de diverti0ement 

Ma réponfe n^aura rien de cequifelito^ 
dinaireoient en faveur des moindres ouvrages, 
& je m'empêcherai bien de comparer les 
miens à celui des Abçilles, pour me promet- 
tre quelque chofe, avec lePo^e Latin, de 
mes petits travaux, 

y^* i* Jn tetm labor eft, at tennis mngîoria. 

^^^f * Je laifle aux autres l'honneur des grandes en- 
treprifes, & je fuivrai volontiers le OHifeiii 

Su'il donne ailleurs au fujet de l'agiicadture, 
e pré^f le labotnra^e d'un champ médio- 
cre à des terres d'une fivafte étendue, quel- 
les ne fe pofledent guères, vqu'avec des foim 
infinis, ians être quelqueéns de beaucoup de 
rapport. 

Exigmmcokto. 



DES COMPOSITIONS STUOTEUSES. aoi 

A vous eo parler famemen(^> il n'y a rien^é^^ 
fentement de moins à mon goût, quand je 
jouirds de cette pleine liberté d*agir comme 
autrefois, à aia fiinta^ie, que des attache- 
mens d'efprit^ qui tiennent les années entiè- 
res dans la conduite d'un ouvrage, où il faut 
penfer pur^ & nuit, parce qu'il nereçoit point 
d'importante diikaâion, qui ne lui Toit fo^ 
préjudiciable. Qu'il y a bien phis de plaifir 
à fe recréer tantôt liu: un fujet, tantôt fur un 
autre: n'jattacher fon imagination à rien qui 
luid^laifë, ni. qui la puilTe feulement &ti- 
guer, & tenir fon ame par ce moioi dans un 
état capa)>le de joiàr des pliK grandes dou- 
ceurs de la viç, qui font fims difficulté les 
fpirituelles, prifes de la forte. En effet mon 
génie fe reûite fi fort des chofes indétermi- 
nées, €Hi même trop étendues, que comme 
les lodgups lieuôs du Languedoc lui font in- 
fuppornbles, il prend un plaifir nompareii, 
je ne dirai pas aux petites de la Rivière de Loi- 
re, mais aux moindres milles de l'Italie, qui 
dcnmoieot autrefois de fi fiéquens & de fi 9r 
gréables repofoirs, 

j9t€rv0Ua wafejUUprefiar^ vidêtut^ 
Qui mtat iq/criptus miUia crebra lapism 
Je puis leur comparer les pauCes ihidieufes, 
que me dfMuwnt les occupation^ libres, cour- 

N V 



ao2 LETTRE CVn. 

.tes, & détachées, où je me fuis porté àc^s 
peu. 

Au furplus ne prenés pas la peiae de me 
tailler de la belbgnç comme vous faîtes, en 
me touchant tant de fujets, que vous m'ex- 
hortés de traiter félon ma petite induftrie. 
Outre que chacun choifit à (on g^ré ceux, où 
il fe veut appliquer; je vous puis afTurer, que 
j'en ai dix fois plus de prémédités dans moa 
efprit, que je n'en achèverai vraifefnblabl^ 
merit de ma vie. 

Firg. SemiputûtamMfronJqftfviHsmulmoeJi. 

fchg. 2. Et tenés pour certain ,que mes heures de loi- 
fir ne feront jamais abandonnées à une pure 
fainéantîfe. Nôtre Minerve chérit fort le re- 
X . pos & les vacations,* elle fut pour cela nom- 
mée la.Dee(reA^i7r2/xr/7 par les Romains'; mais 
elle a une averfion , qui ne fe peut exprimer 
de ces oifivetés honteufès & reprochables, 
qu'elle nomme la felicité de gens qui dorment, 
le f)laifu; d'un Ours, confiné dans f« caverne, 
& le bonheur, que donnent tous les Cime* 
tieres. Si ma plume d'ailleurs ne vous fads* 
fait pas fouvent en beaucoup de chofes, fou- 
venéS'Vous, que j'ai cela de commun avec 
le Grammairien'^Ariftarque, de ne pouvoir 
pas écrire à mon contentement tout ce que je 
voudrois & de ne vouloir pas âufli aflfez de 



> 



DES COMPOSITIONS STUDIEUSES, ao J 

fois le dire félon x)ue je le pourrais ce me 
femble, n'étant retenu pafr une infiiiité de 
conlideFations. 

Ceft tout ce que vous aurés de mois pour 
réponfe à toutes vos foUicitations^ fmon qu'à 
vôtre dânande, comme quoi je ipe plais en- 
core aux doutes & aux irréfoludons de la 
Sceptique, je vous, communiquerai lefujee, 
que j'eushier à là réception d*une lettre d'Ale- 
xandrie d'Egypte de les faire valoir. Vous 
avés lu affez fouvent^ qu'il y a une infinité de 
lieux ou Ton abandonne impîtoiablement les 
malades^ fi Ton ne les tranfporte avec encore 
plus d'inhumanité en des lieux deferts, ou ils 
ne peuvent être fecounis de perfbnne. Les 
Nègres de la Guinée en ufent tous les jours 
de la forte, files Relations, que nous en a- 
vons, doivent être* crues. Celles de la nou* 
velJe France difent la même choledes peuples 
naturels de Canada. Et l'on pourroit rap- 
pocfeer alTez d'autres lieux, où l'on n'a pas 
plus de charité pour ceux , qui font tombés 
dans quelque (âcheufe infimiité de maladie. 
Contre cela le Médecin de nos amis, quiefl^ 
préientement au Caire m'a écrit, que n'aiant 
pu éviter la pefie, qui a été très grande cette 
année par tout le pals que le Nil arrofe, il eût 
cette confolation dans Kofette, qu'il ne fut 



ao4 let'tr E. CVII. 

pas moins viuté pour cela par tous ceuxdefa 
coimoidance, ni OEioids fecouiu par deuxfer- 
^ viteurs Nègres Tes dome(tiques.~ - Il remar* 
^ue dms' r» lettre, toute rouge du vinaigre 
purgatif de Marfeille, que n'aiant.paspû adie^ 
ver de prendre le bouUlon , qu'ils lui «voient 
appohé. Us ne firent nulle difficulté d'avaHcr 
le refie; & en eflPet, il eft guéri de Cbû mal 
avec leur affiftance, Jointe à celle de fesamis, 
&iireportoitfibien, lors qu'ilm!ccrivittout 
cela, qu'il n'attendoic que la chute de cette 
Rofée, qu'on nomme en Egypte, la Goûte, 
pour aller au Caire , ou il doit être prélêote- 
ment Vous n'igûorés pas que cette Goutte 
ou Rofée ne vient là qu'environ le Solfiiœ 
d'Eté, Se que la pefte y commence pr^que 
coÛKHirsenMars, de forte que ceux du ^ 
en font affligés jufques vers nôtre Saint lean, 
pendant trois ou quatre mois. Car laconca- 
gion , qui cefie ordinairement ailleurs par le 
fioid, efl appaifée par le chaud en cette con- 
trée, comme l'a fort bien obfervé le Prince 
Radzivil entre autres, dans la defcripi^on du 
voioge qu'il y fit. Et ce qui eft fort à noter, 
de l'heure que cette Ëivorable Rofée, qu'on 
attend avec impatience , y eft fende , & qu'el- 
le y a tempéré l'air, perfonne ne prend plus 
kpefie, & tous ceux, qui en étQient firapés 



' DES COMPOSITIONS STUDIEUSES. 20Ç 

f 

eagiietiSkûty par le copfentement d'un très 
grsDod nombre d'Auteurs> que )e vous cite- 
rois^ fi bdbin étoit Tant y a que cette 
coutume des Egyptiens envers leurs maludes 
les plus ddelpàrés & pour qui l'on a le plus à 
craindre, comparée à celle des Nègres^, des 
Canadoîs, & à la nôtre même, peut feire 
voir fixptiquement nonfeuletnentladiverfité 
des mœurs & de TuCige des Nations, mais 
encore^ par une fuite ^éceflkire, combien le 
ndTannement des hommes eft différent, diii- 
cun croiant avoir le meilleur, qu'il feroit 
bien (ààié de quitter pour fuivre celui des au« 
très. Je vous kiiTerai examiner ce qui (e 
peut dkè en fiiteur des deuxpartis, & fttre 
réflexion en même tems fur ce que les Egy^ 
ptiensont toujours paffé parmi les Grecs &les 
Latins qu'ik ont inilruits, pour des plus po* 
lis^ des plus avifés^ Se des plus fàvans peu-* 
pies de la terre, il en &ut^eutêtre rabats 
tre quelque diofe prefentement 



-^sr^^ 



M 






205 . LETTRE CVni. 



DERNIERS PROPOS 
d'un ami. 

lettre cviil 



MONSIEUR, 

Peft vrai, que j'ai vu finir une trcs belle 
carrière^ à celui, dont vous délires fi ar* 
demment de connoitre les derniers fend- 
mens. Comme Ton mal n'étoit pas de ceux, 
qui caufent des tranfports d'humeurs* au cer- 
veau, parce qu'elles {è déchaigeolem infè- 
' rieurêmcnt, il eût jufqu'à l'extrémité le rai- 
fonnement fort piu:, & la parole même, 
quoique foible, alTés libre & alTez intelligible 
pour expliquer à fes amis les penlées qu'il 
vouloît leur communiquer. , Vous (avés, 
qu'il étoit un de ces vieux & rares Courtiftns, 
qui par une bonté de nature, ians (e kifler 
corrompre l'efprit, fe retirent avec tranquil- 
lité du Palais dès Princes, renonçant aux vai- 
nes efperances, qu'on y prend, & que tant 
d'autres ne peuvent jamais abandonner. Tant 
y a que me voiant avec deux auo^ de fès meil- 



DERNIERS PROPOS mJN AMI. 207 

leurs amis y qui compadlTant à fbn mal , pb- 
rendons le dernier aâe de la Comédie^ fe- 
ba qu'il avoit lui même accoutumé de nom- 
mer ce qui (è pafle dans le monde y il nous 
tint è peu près ce la^ge. 

Je né penfe pas avoir fi mal joûé le per- 
forniage^ dont je fuis prêt de m'acquiter, que 
vous puiilfiés condanner là deflus ma mémoi-' 
re, mettre en oubli nôtre amitié réciproque^ 
ni voir mal volontiers^ que je forte des fouf^ 
frances inévitables de cette vie^ pour aller au 
repos que nous efperons de touver en Taùtre, 
f éprouve, grâces à Dieu, ce palTage de Tu- 
ne à l'autre plus douloureux qu'étonnant, & 
tant s'en fiiut, qu'il me fadie de me voir arri- 
vé au point, où je fuis, qu'en vérité je fe- 
rais Inen fadiè de fiiire nin pas ^en arrière, 
quand j'en aurois le |X)uvûir ; & je meurs dans 
cette créance, qui ne m'a point quitté depuis 
longtems, que perfbnne n'accepteroit jamais 
la vie, fih choix de la recevoir , ou non , é- 
toit libre & avec cônhoilTance. Virgile a 
parlé plus en Poète, qu'en Philofophe, quand 
il a tait, que les plus malheureux regrètcnt 
la vie après l'avoir perdue.. 

— ' Quam vitteia athere in alto ^.JEa^ 

Nunc tfpauperiemy &* duras perf erre lalores ! 
Et je le trouve bien plus raiibnnable un peu 



208 LETTRE CVIIL 

«prés, lors qu'il Êdt boire des emix d'oubliant 
ee aux ames.qui doivent revenir au monde, 
afin qu'elles neie fouviennent plus des miie^ 
tes qu'il &ut y (bufirir. 

Scilicet mmemoret Sapera ut coiwexa re^ 

vifanty 
Rurjus £^ inclinant in cor par a veUe revertil 
Certes SapHon conduit mal, que la mor^ 
fut un notai, puifque les Dieux ne mouroienc 
point. Celle qui finit tant de calamités, ne 
doit pàâer que pour un bien. Et la plainte 
d'Inachus,Tur perte de £1 fille, de ne pou* 
voir terminer fk douleur en ceffiint d'être, 
me femble bbaucoup mieux fimdée. . 
^J^^lJ^* Necfimre licet timtos mUd morU iohres^ 

Sed nocet effe Deum^ fraclusofHt jama 

letlâ 
^emum noftros indus exten£tm avum. 
Nôtre Anpi eût une petite défaillance là def- 
fu&, qui lui ferma la bouche, & comme 
nous nous r^rdions avec admirationi de 
voir que (à mémoire lui foumiffoit enocM^ 
tant de vers fims héfitery il repnt la parole, 
& nous tint ce difcours. 

Vous lavés, que jefuisplusquefeptui^^enaîr 
re, ce que je ne puis eonfidérôr (ans être coa- 
traintdedireauffibienqueSimonUe,qu'eQCO- 
re que j'aie été longtems fur tme, foin^* 

, - moins 



DERNIERS PROPOS D'UN AMI. ao9 

moins fort peu vécu. Car pour parler franche- 
inentàdesAmistelsquevous> je ne crois pas 
devoir mettre au rang des jours de ma vie> 
ceux que f ai paffés dans l'importun tracas de 
la Cour» Ce ned pas que la nôtre ne fott - . 
peutètre la moins facheufe, & la plus inno- 
cente de toutes, où l'on a du moins ce con* 
tentement de voir des Rois ^ qui ne fe croient 
élevés dans le thrône^ que pour découvrir dd 
plus Idn les pécei&tés de leurs peuples. 
Mais il y a d'ailleurs tant de mortification 
quelquefois à recevoir dans une, fervitudCi 
qui n'a rien de plus ennemi^ que le raifonne- 
ment, qu'on peut faire (on compte, qu'en- 
tre les grandes Mailbns ou Palais des Princes, 
& ce qu'on nonmie à Paris les Petites. Mai- 
fons, il ne fe trouve pas ibuvent une parf^* 
te ^érence. Cependant je me (buviens 
d'avoir lu dans une Relation ) que les Perfes FrVrro 
nomment la demeure de leur Souverain,*"*^"*'* 
Doulét Chané, qui fignifie maifon de pro* 
iperitè. Sans mentir quelques-uns y acquiè- 
rent d'immenfès richei&s, c'cA le lieu où fe 
diflribuent les premières Dignités, & le fcul 
endroit, où fe font ces grandes & prodigieu- 
Tes fortunes. Si faut-il avouer pourtant, que 
les véritabjes biens &/hQnneurs n'entrant ja- 
mais dans l'Epargne, jii ^ans les Parties Ça- 
TmiVn.Pan.L O 



aïo LETTRE CVIIL. 

fuelles des RoiS) fls ne fiiaroieot auffi diflri- 
buer la Probité, ni les autres vertus , &que 
pouvant gratifier de leurs trâbrs, qui bon 
leur femble y il n'eft pas en leur pouvoir 
de faire par leurs feules libéralités un véri- 
table homme de bien & d'honneur , quoi- 
. qu'ilslecomblentdebiens&d'hpnneur& Je 
ne me pas néanmoins qu'on ne puifle avec 
prudence donner quelques années à la Cour, 
pour mettre les autres à couvert de beaucoup 
d'inconveniens. Aridippe difdt d'une Coup 
ti&ne^ que l'entrée chez elle n'avoit tien de 
repréhenfible, mais qu'il étoit honteux de 
n'en pouvoir fortir. Cela fe peut ibûtenir 
avec bien plus de railbn d'un Louvre> où 
l'on voit (bu vent des perfonnes, qiû s'arrê- 
tent judideufeqient; comme il y a des mo- 
mens , fur tout à l'égard de caxx, qui appro- 
chent de h cadudté, qu'on n'y iauroit être 
fans quelque reproche. Si vous ne le rece- 
vés des autres^ ce qui ne manque gucres, 
vous vous le ferés indubitaUement à vous- 
même , dans le fècret du cœur & de la con- 
Icience. Il faut que je vous dife fur cela, 
que j'ai eu pitié une infinité de fois du bon- 
homme de Guitault, qui dans une décrépim- 
de, accompagnée^ de to^ forte d'infirmi- 
tés, ne pouvojt abandonner un pofte chez la 



DERNIERS PROPOS D'UN AML sir 

Rdne Mère, avaocs^eux à la vérité, mais 
tout à fait contraire au repos, dont il avoit 
belbîfu Vous Êivés, que je n'en ai pas ufé 
de même, dont je loue Dieu, protdhnta* 
vec vérité, que j'ai plus rédré de fiitisfiiâion 
d'une des heures de ma retraite, que de tour 
ces celles, que je fiicrifiai par vos avis au la> 
vice de la Cour. Auffi ieroit-il beaucoup 
plus mâféant à des hommes de ma profeC- 
£ioii> & de mon génie, de croupir dans un\ 
lieu, qui n'a plus rien de Ibrtable à leur ar- 
riere-iaison, qu'à des cavaliers, & à des gens 
de main, qui ntmt jamais fait de réflexion 
fur ce qui eft le plus imjportant dans la vie^ 
ni fïï ce que la folioide a de doux. Se qui 
doit être préfirrê à tout ce que les Cours peu- 
vent avoir dé plailànt ou d'avantageux. Je 
fuis bien aife, qu'il me refte aflez.d'haleine 
pour vous cpnununiquer deux ou trois A- 
phoriimes, quip^urront être d'ulàge à ceux 
de vos amis, qui veulent fidre fortune au;c 
Ueux, dont nous parlons. 

Jje premier regarde la perfbnne du Souve* 
raio j & de ceux qui peuvent le j^us auprès 
de lui, qu'on ne doit jamais aborder du'a- 
grfedilement & avec complailance, après a- 
voir reconnu leur génie. Ceft un criiaediez 
k:Mog<d d'entrer dans £ais Cçur vêtu de bleu, 

O ij 



■ ai4 * LE T T RE Cyilï. 

parce que le^puïlsV porte avec cette cou^ 
leur; & l'on n'pferoit y prononcer la rudq 
parole de mort, qui porte refprit a de tro]^ 
facheufes imaginations^ Il faut être foupla 
& ravoir gauchir auprès des Toutpuiflàns, ei^ 
iècondant leurs fentimcns, parce que les 
voiesobliques leur plaifént, &qu11sfontbienJ 
ùfes d'imiter le Soleil dans Ton Zodiaque, oi^ 
il va toujours eii biaifant Les agrémens Coat^ 
ft néceflaires en ce pais là; que felon 1^ 
penfifc de Cornélius Celfus, l'on a nomme 
I.).e.>^]a jfluniiTe non feulement mothim arfuattiml 
mais auffi morhum Eegiam, à caufe qu*eUe 
ne fe guérit que par le jeu , le luxe récréatif^ 
&les p^ecems, fiirquoi font fondés les vei^ 
' ' deSerenusSammonicus: 

Regius efi verofignatus nomhte murhtSy 
, MoUiter hic fuoniam celfa curât» in attla. 

Sans cette douce fiçon d'agir qu'on ped 
nommer une molle flexibilité, H eft prdque 
impoffible, qu'un CourtiiÀn arrive au but 
qu'il s'eft propofé. 

Je vous donne pour un fécond Âphoilfiiiej 
qu'outre toutes les bonnes qualités, qu^^ 
^t avoir pour reûffir auprès des Gninds| 
quand il eft befoin d'agir ^^celle de la foufifrad 
ce eft (i abfolùment neceflaire, qœ Êns ell^ 
l'on ne fe doit jamais.rien promettre d'eux^ 



DERNIERS PROPOS D'UN AMI. ai 3 

C'eft ce qui fit prononcer ce beau mot à un > 
Favori d'Efpagne^ aafuie( d'un Gentilhom- 
me y qu'on lui recommandoit par mille bel- 
les diofes, qu'il^ favoit &ire: Tout ce que 
vous me dites de )ui n'efl pas aflfez pour ta 
Cour } il Ëiut favoir ce qu'il peut foufïnr. Al 
avott certes nufon, & fi lès RomaiQs (e font 
vantés i boa droit de favoir endurer, les cho- 
fesQcheufes, aulTi bien qu'exécuter les pé- 
nibles, agere&^pati, Romanumejè; iWpeut 
aflurer que fans cette vertu Romaine, un 
Prétendant ne fe doit rien promettre des Prin« 
ces, comme il peut tout efperer par fon . / 
moien. L'on vit en Hollande un Dogue 
fiâre fortune, félon (à condition de Matin, 
auprès du Prince d'Oranges, pour s'êtfe o-; 
piûtâtré à le fuivre , quoiqu'on le maltraitât 
loDgtems pour l'en empêcher. 

Il ne fiiut pas s'ima^er M pouvoir fervir 
agréablement deux maitrel^ même tems, - 
lur tout s'ib (ont en compétence d'autorité. 
Cent Gueux s'enveloppent enfemble dans u« 
ne natte fans fe quérelleç, Celon la penfêe 
d un Auteur Arabe , & deux hommes Ibnt in- ^^ ''*• 
fociablesdans le plus grand Etat de la terre, '"^^ ^^ * 
s'ilsfont rivaux de puiflance, & qu'ils yifent 
f un & l'autre à la première Faveur. Prenés 

O iij 



ai4 LETT.CVm.I)ERN.PROP.DTJï^AMl 

donc! attache d'un côté, ft vous ne voulés é 
tre rebutés de tous les deux» 

Mais, qu'on fe garde fur tout de paroitrc 
trop curieux des fecrèts du Cabinet, &decc 
qui touche le gouvernement, pour parlei 
comme les Italiens. L'on (e doit contenta 
de voir, pour ajufter (à conduite, l'heure que 
marque le Qusidran; fans avoir la curioiitc 
de confidérer tous les reflforts du dedans, & 
fims vouloir raifonner fur tous les mouve- 
.mens de l'horloge. Ceux qui pèchent en ce- 
la , ùe peuvent que difficilement éviter le pé- 
ril, ou du moins, de paflibr fouvent pour ri* 
dicules. 

Voilàfidelementtout ce que me peut four- 
nir ma petite mémoire des dçrniers Propos 
de nôtre conunun Amt, dont vous avés défi* 
ré, que je vousMe part. Il me parût difpo- 
fé à nous en ds9 davantage, mais (a foiblef- 
fe, & l'arrivéAdu Médecin, qui reconnut 
l'extrémité oirw étoit, nous firent quitter 
toutes autres penfèes pour prendre celles de 
laPieté. 




^0^^' 



DE 

LA CHICANE ET DES 
LOUANGES,. 

LETTRE CIX. 



MONSl E UR, 

Quoique les meilleures chofes fe corrom* 
peut par le mauvais ufage^ ce n'eft pas à 
diie^ <{u'elles foient condann^bles en ejles 
mêmes. Les Polices^ qui ont été inventées 
pour le bien des hommes, tournent fouvent 
a leur defiivantage, & néanmoins ils ne fau- 
roient s'en pafier ^ quelques rigoureufes qu'el- 
les deviennent La Loi ^ Tatiie de la vie 
dvile^ qui n'a point pourtant dé plus grand 
ennemi qu'elle, quand elle eft mal priie, 
comme il arrive ibuvent, mkilmimisferriO'Qs^' 
portet m civitate, quam «A lex decipiat: Et ^ 
la contrariété des Ordonnances & des Arrêts 
fait parfois plus Ibufïrir les peuples, qu'ils 
ne fefoient s'ils ne cdnnoiflbient point d'autre 
loi que celle de la Nature: nom qufd interefi 

O iiij 



Ht6 LETTRE CIX. - 

mUd^finty ani9icert(el€ges? Cependant tout 
nôtre Droit François eft rempli de miHe anti- 
nomies, ^ le Magiftrat, qui fe dit aa defifus 
de la loi, & qui Tinteiprcte œmme il veut, 
âbulë d'une chofe^très bonne en loi, & fait 
que nous fouffrons de ce qui devrolt caufer 
nôtre principale félicité. Pour iaifler nK>ins 
de lieu à cet abus , les Chinois ne permet- 
tent jamais à perfonne d'exercer une charge 
de Judicature dans foh paîs. Le l^urc a fa 
Jurifprudence exemte de toutes nos focinali- 
tés, la plupart captieufès, & retranche teUe- 
ment le nombre de ceux qui font profeflion 
de cette fcience, que dans toute la vafte éten- 
due de l'Empire Ottoman^ il n'y a pas tant 
dé gens de JuAice, que cbin; la feule ville de 
Paris, fi nous en ctoions une Relation mo- 
^oia^^deme. En vérité je refpe(H:e, autant que ie 
Lêur- dois, les hommes de la robe , mais Je vous| 
/^ confefTe, que les abus, qui s'y comuiettenr, 
ont beaucoup fortifié Taverfion naturelle que 
j'ai toujours eue de m'y attacher. L'objet 
4^ occupations d'un Palais de Chicane, m'a 
toujours fait cabrer refprit, quelque honneur 
qui m'y parût joint, ou quelque utilité que 
f y Ivifle annexée. Et je ne penfe pas, que 
^lui dé perfonne ait jamais plusfouffert, que 
le mien y autant de fois que j'ai été oontrain^ 



DE LA CHICANE ET DES &c ary 

d'capiedidre quelque notioaconfuie. Je ne 
vous veux rien celer là deffus du plus inte* 
rieur de mon ame, 

Secreti laquimur^ tiH mmc hortente Ca-ftr[Jêi,^. 
tmtna 

Excutienda dfimus pracordia. 
L'ignorance même de ce que ce métier a 
de plus fin 9 m'a toujours plu, & l'inclination 
que j'avois étant jeune pour la Phjloibphie, 
me âifoit tirer quelque vanité de n'entendre 
rien aux affaires de Thémis. £n effet l'ef- 
prit de Socrate ne m'a jamais pam plus grand 
ni plus relevé^ que quand je vois cet hom- 
me admirable dans le .Gorgias de Platon ^ qui 
ne peut recueillir les luffniges de ,fa .Triou, 
ni beaucoup mdns les rapporter dans la for- 
me lequife. Il étoit pourtant obligé de le 
Élite ) parce que cette même Tribu prélidoit 
alors à fon tour; mais il avoua ingénument^ 
que ion peu d'intelligence en de ièmblables 
marierez le raidit prefque ridicule. Il le pût 
être au peuple d'Athènes: mais je tiens pour 
aiTuré^ que Socrate n'eût pas voulu être plus 
(avant pour lui complaire, & qu'il prenoit 
de £ûQ côté grand plaifir à ignorer ce qui é^ 
toit indigne de ùl connoiffance. 

Il faut, que je vous faffe part, dans lamé- 
me confiance, de l'interprétation^ que j'ai 

O V 



%iS . LETTRE CIX. 

toujours donnée à ces termes, dont^ufeVjr- 
. gile pour repréreoter le bonheur d'un^hom- 
me des champs. 

Necferreajway 

i.Ge9rg.^ InfanumfUê forum ^ aut populi tahdarta 
vUit. 
L'exp&cadon ordinaire fait prendreybrMo in- 
Jimum pour litHms fremensj à caufe de ce 
bruit importun, & de ce bourdonnement 
dont Ton eft étourdi aux lieux oii lesmifera* 
blés plaideurs ont accoutumé de (e trouver. 

. , Mais îe fiiis perfuadé, que le^Poëte s'eft fer- 
vi du mot infamm^' pour faire comprendire, 
que cette grande multitude de perfbnnes 
; qu'on y voit, eft principalement conqK>fée 
de gens fi mal avifes & fi fous, qu*ils oonlii- 
ment là malheureufement & leur bien, & 
leur vie. Ceux mêmes qui profitent est la 
ruine des autres, dans Texercice d'un métier 
fi ennemi du repos, ne me paroiflent guéres 
moins â plaindre pat beaucoup de droonflan- 
ces, que je ue veux point ici exagérer. 
. Vous ùivi^^ que fur la demande de l'Empe- 
reur Hadrien, qui funt qui faut agrotm*^ £« 
^\&ieti^Té^ï^tyquialieMmgotiacu^ On 
leur applique cette invedive de Seneque, pri- 
fe du fécond livre de la Colère, chapitre le- 
ptiéme^ Inter iftos quos tigatos vides ^ fotUa 



DEr LA CHICANE ET DES &c. ai? 

fix efi^ alterm akerius exitium levi compefh^ 
dioducûur: Et VOUS n'ignorés pas, qu'on a 
voulu rendre un Avocat d'autant plus tné*^ 
chant homme, qu'il étoit excellent dans fa . 
profeffion, toute portée à gagner l'efprit des 
Juges, & à obtenir d'eux par fon éloquence 
&par(bnartifice, céquieilavantageuxàccux, 
dont il plaide la caufe; .non enim minus maie 
facit qui orMùmey quam quipretiojudicematr- 
rumpit. t'ant y a que la plus fine Chicane 
eft prefque toujours accompagnée de tant de 
tromperie, qu'elle a donné lieu à ce Penta- 
mètre d'une des vieilles Epigrammes recueil- 
lies fi foigneufement par Pierre Pithoul 

Nm fine fraude forumy non fine mure penus.f^- ^^* 

Enfih tout ce que vous entendes murmura: ^*''^' 

dansune grande Sale du Palais, fe divife corn- 

modonent, ô)mme la Crotohede Pétrone, en 

demr genres deperibnnes, namautcaptantury 

eutoiptsnt. EtfinousencroionslemèmeSe- 

Deqoe, quejeviensdedter, ilaflTureauchapi- 

trefisfaor, qu'ilsontencorequelqaecbofede 

pbs odieux : ^am ^ animaUbus mutisdiffe^ 

, ^pi0d iila mimfuefcmit aUntihf ^ homm 

^roàùs ip/of^ a quikm eft ntarka^ dep^ifatur. 

1 Mak quitôfK yn p^ qui ûcm trop de la 

V otir, éWûm un mx 




«20 LETTRE CIX. 

ceux 9 que vous dites fi bien > qui s'admirent 
avec raifon les uns les autres ( fmtuum Muli 
fcahunt) puilquec'eille propre de Tigncxance 
d'engendrer l'adhiiration. 

Ma première maxime a toujours été fiir 
cette matière, de m'abflenir autant que je 
pourrois des louanges, qui lemblent en exi* 
ger d'autres, quand çlles fe donnent auxper- 
. ionnéj vivantes. L^on peut voir dans uiœ des 
/.^f. ai Epitres de Ciceron comme Ton defleio étoit 
-^^^•y'^d'obferyerexaâement cette règle, afTuninc 
Atcicus, qu'il n'eût jamais mis Varron entre 
les peribnnages de Tes Dialogues Philofophi- 
ques, fi le même Varron ne l'eût ardenmient 
défiré, parce qu'il étoit refolu, de (e taire 
l^Mifam. des perfonnes vivantes, pour ôter tout (bup- 
5P.n. ç|QQ qu'il rechçrc^t leur approbation, ou 
qu'il mendiât leurs louanges par l'honneur 
qull leur déferoit. Ce n'eft pas que Ciceron 
- n'aimât ces mêmes louanges autant qu'hom- 
me de Ton fiecle; ce qui paroit dans toutes 
lès œuvres, & particulièrement dans une autre 
Lettre, qu'il écrit à Luceius, pour l'obliger 
à faire llliftoire de ïovl ConfiUat; lui prote- 
Aant, que s'il ne s'y applique, & qu'il ne re- 
. çoive de lui les éloges qu'il en attend, il fe 
determinoit à fuivre l'exemple de ceux, qui 
, ont mis par écrit leurs propres actionis. Mais 



DE LA CHICANE ETUDES &c. 221 

noilobftant cet appedt extrême d'être lou^ 
dont ce grand génie étoit travaillé^ il eût été 
bieri.fâché, qu'on eût pu croire^ qu'il don* 
noit de l'encens à ceux de fob tems, pour en 
recevoir de leur main, ou pour les engager 
dans la defenfe & dans relÛme de fes ouvra- 
ges. Je oie fuis expUqué d'un fentimeht ap* 
prochant de celui-là dans la preiiiiere de mes 
Lettres, où je rends rai(bn dç ce qui m'empê* 
che d'y mettre les noms de ceux , à qui elles 
pouvoient être adreffées. 1^ effet cela no 
peut guéres fe pratiquer, fans tomber encore 
dans aflez d'autres inoonveniens. Il eft diffi* 
dle^ que les amis ne prennent delà jaloufie 
les uns des autres, ne ][K)uvant pas être tous 
également prifés. Et l'humeur ambitieule 
de la plupart n'eft jamais contente, fi l'on ne 
leur donne de ce C7r^^/, ScdoccDiviny que^ 
nous voions tous les jours fi indignement 
profiinés en de femblables occafions. Cepen- 
dant r.«^^|pofA^^, ilmeièmble, doit être re^ 
fervée pour ceux, qui ne font plus. Je dis, 
il y a peu , à un homme qui me prdOToit d'en 
paranympber lîn autre, que je n'eflimois pas 
moins qu'il pouvoit faire, le mot de!s Italiens^ 
dame h morto. Et certainement l'on ne dc-^ 
vroit facrifier aux Héros mêmes, lelon l'an- 
cienneioi, qu'après le Soleil couché, com- 



ipi LETTRE ÇIX. 

tnequidiroit, quand leur vertu ne pent plus 
produire la moindre ombre d'envie. 

^ , LefecondÂphorirmequeleaoistrèsifnpor- 
tant au fujet des louanges^ va à n'en donner 
jamais d'^ceflives , ou qui ne ibient propor- 
tionnées au mérite de ceux, à qui eUes font 
attribuées. Ceft une grande fiiute, & que les 
meilleurs ouvriers évitent fbigneu(èmeot, 
d'élever fur de grandes bafes de fort petites 
Statues. Et l'on peut encore reprocher à la 
plupart de ceux ^ qui font fi prodigues des 
plushautstitresdlionneur^ qu'âsGommettent 
la même impertinence, que Dion ChcyibÀo* 

Orai.}u me impute aux Rhodiens, de pofer. indiffé- 
remment toute forte de têtes fur des corps 
de' marbre, dont ils avoient ôté les ancien- 
nes, & qu'ils tenoieht prêtes pour cela, com- 
me les Ecrivains, dont nous parions^ ont 
des Eloges préparés, qu'ils font fervir fiins 
difcemement à toute forte dé fujets. Cepen* 
dant il n'y a rien de plus infupportable que 
cette miferable proflîmtion: Et fi un ancien 
vouloit mal^u Jupiter d'Homère, à caufe 
qu'il âvorifoit hs Barbares; il eft prefque 
impoflible qu'on n'ait à cràtre-ccjeur ceux, 
qui louent fi mal à propos, & qu'on ne leur 
en iàche très mauvais gré. ' La louange fe 
peuedire une eQ)ece d'émail^ qui ne dott è- 



DE LA CHICANE ET DES &c 223 

cre coudié, . que fiir ks ^us nobles métaux; 
les Maîtres s'empêchent bien de Temploier à 
parer du cuivre, ou du laiton, s'ils n'ont 
quelque deflein particulier. Que )e trouve 
laifonnable la Lettre de recommandation, 
quécrivk Platon à Denys le Tynai de Sicile, 
ea &veur d'un certain Helicon Cyzicenien! 
Il lui fit oonnoitre beaucoup de tares qualités Ptejr. 
quiétoientencetAmi, mais après tout, lui 
ajouta-t-il, c'ieft un homme, par confèquent 
(bîecàfiulKr, & conmie tel encore aqiablc . 
déchaîner. Vous en connoiffiés Un décédé ' 
depuis peu, qui eût pris à injure d'être re- 
commsnidé de la £içùn, Se qui Te fut offenfé 
d'être aiiôement loue, qu'avec les termes fu- 
perbttifs, bien qu'on ne pût rien prononcer 
de lui, qui fiit plus à fon avant^e que ce 
qu'a dit Saint AuguftinifeCiceron, lingucnajXmftff^ 
fere mmus mrantuty pe&us non item. Ne ^' ^* 
pen£és pas néanmoins fur tout cela, que je 
prétende vous donner une entière averfion ^ 
de ce que l'on peut confidérer comme failànt 
une partie des recompen£», qui font dues à 
vôtre vertu. J'avouâ que vous fériés bien 
malheureux, & bien ennemi de vous-même, 
fi vous avjésàcontre^cœur les louanges, au f ' 
même tenu, que vous fiiites cent choies, qui 
vous les atdrentde tous côtés. Mais. je fe^ 



2?4 



L E T T R Ç ex. 



rai bien aife^ que vous ne croies pas d'abord 
tout ce qui pburroit fe dire à vôtre avantage, 
& que vous ufiés de la modération duPafteur 
Lyddas, ' 
yir^.eclf. -^ — Me quoque dicunt 

Fatem paftores y fed nm ego credulus illis. 
Si je vous connoîs bien , vous n'improuverè 
pas le confeil que je me mêle de vous donner 
avec mcxi ordinaire franchife. 

DE 

' LA CENSURE DES LIVRES. 



LETTRE ex. 



A MONSIEUR, 

Je fuis comme vous, il y a des doutes de 
certaines perfonnes , que je préfère au la- 
voir de beaucoup d'autres. Car éncorej 
qu il folt vrai , que le Hibou n'apperçoit paj 
tout ce que Woit l'Aigle ; ce n'eft pas « 
dire pourtant^ que tous ceux, qui aoieot 
avoir la vue aufR perçante que ce derniet] 
aientravantage^ qu'ils prétendent, dedifcer 

ner 



DE LA CENSURE DES UVfŒS. 22S 

ner les cfaofes mieux que perfonne. Cepen- 
dant c'eft le de&ut ordinaire delà plupart des 
hommes (à vans, non feulement d&préferer 
leurs lumières & leurs connoifTances à toutes 
celles des autres^ mais encore d'être fiere- 
menc^perfuadès^ que rien n'échape leur vu^ 
& que ce qu'ils ne découvrent pas-n'eft con- 
nu de qui que ce foit. Que voulés-vous, 
chacun a ùm foible; Achille mêmeétoit vul- 
neraUe par le talon' ^ &c'e(îunènéceffîté<ux ^ 
plus psfffâits d'être reconnus honimes par ' 
quelque défaut Mais bien que cette vanité 
commune âuxDogma tiques loi t fort condan- 
nable> j'ai remarqué une injuftice dans beau* 
coup d'ei^rits de la, plus haute dalTe, dont 
je n'ai pas moins d'averfion. C'eft que s^ils 
entreprennent de réfuter quelque ouvrage^ 
non oûQtens d'y reprendre ce qui peut raifoii- 
nablement recevoir la corredion , ils le cen- 
furencfurtout, & veulent que fon Auteur ait 
commis autant de fautes que fon livre a de 
paroles^ & fiût autant d'hérefies ou d'imper- 
tinences > qu'il a débité de penféês. Ainfi 
quand Jule Scaliger (è mitiécrireconà'eCar- 
dâo^ il le voulut contredire généralement en 
foutes dx)feS) & il ne laif& aucune àe fes 
fubtifités qu'il ne tachât de rendre ridicule. 
Ilfuffifoit) qùb Cardan eût parlé de la beauté 

TfmVILVml P 



i26 LETTRE CX* 



./ 



B(m.i3ià\x Perroquet & de foa rare plumagei poui 
fairefoûteniràLefcale, qu'il écoitundesplu^ 
laids oifcaux, qu'on peut regardai &pre^ 
que daûs toutes fes Exercitations Toa voit rq 

tJh. i. de gner le même génie de contradiction. Si efl 

P*^'*'^; ce que, comme a fort bien obfervé Voflius 
encore quqScabger eut peutetre plus ae«>n< 
Doilîance des Lettres humaines que fon An^ 
tt^onifte: il faut avouer néanmoins, que ce 
dernier avoit d'ailleurs pénétré beaucoii^ pi us 
jBv^nt que Scaliger dans mille curiofi^ de Ja 
^ Phyfique, & qu'il pofledoit une toute autre 

A./^c.r;.GOtinoi0ance que lui des Mathématiques. Le 
même Voflius fe plaint judideufementenco 
* . re^ qu'un fi grand perf onnage que Lefcale 
parût conune furieux contre la r4>utation d* 
£rarme> fi recofiimandable dans la belle li* 
terature, & qu'il ne lai& p^s de louer après 
fa mort Je vous donnerai enfuite l'exemple 
' d'un pareil traitement, qu'a reçu duP.Petau» 
Jofeph Lefcale, comme fi le filseât dépor- 
ter k peine de l'injuftè procédure de celui, de 
qui il tenoit l'inftimtion &. h vie. Le P. Pe- 
' tau rempli d'une érudition trcsétendue, prit 
à tâche d'examiner le grand travail de Joieph 
fur la corrediqu des tems, de Emenàitime 
Temponm. Il l'aTait avec beaucoup d^exa- 
âitude, & il y a remarqué (ans doute des 



DE LA CENSURE DES LIVRES. 247 

botes de confidératioiL MaisFonne fiiuroit 
lier j qifsl ne s'y (bit porté avec cette animcK 
itéy dont nous nous plaignons, &()u'il n'ait 
rotdu faire paflfer pour erronées des opinions 
résToûtenables, dans le deflein qu'il avoitdb 
ui donner le démenti fur tout, & de décre- 
licèr entièrement (on ouvrage. Ma mémoi- 
re me foumiroit un bon nombre d'autres ex- 
emples, «mais ils pourroient, comme plus 
receos> être plus odieux, que ceux-ci, & 
rous Êivés^afler, iilescpntdlationsliteraires# 
(è paifent aujourd'hui avec plus de douceur & 
d'équisé entre plofieurs perfonnes qui fe mê- 
lent d'écrire. 

Que dirons-nous de beaucoup de gens, qui 
ne peuvent fouffrir dans un livre ce qui eft 
au deflîis de leur portée ,& qui très ignorans' 
coadannent abfblument tout cequ'ik n'enten* 
dent pas? croiant par ce moien couvrir leur 
incapacité, fiure les entendus, &paiTârpour 
plus baUles, qu'i^ ne font. Je veux à ce , 
propos vous fidre un petit récit, de ce que 
i'excdlett Bibliothécaire Gabriel Naude me , 
communiqua par forme de divertiffement au 
retour du fécond de fes voiages dltalie. Un 
Inquifiteur de ce palS- là vouloit, qu^il corri- 
geât dans un ouvrage pour lequel il lui demain 
doit le privilège accoutumé, ces paroles, Fir^ 

. P ii 



22^ LETTHK ex. 

gofata eft^y aianjt mis en insurge, commepour 
fonder ùl correâion , prapi^iolueretica y nom 
non ^atur Fatum. En un autre endroit (ur 
ces termes , hoc detrukit fidem Cafetano , il a- 
▼oitapoftilédemème, Aéec propofitmfcmJa'^ 
lùfa^ nom Cajetanus mortuus tft in fiàe^ Et 
quand Uiit imprimer uneaùtrefoisleDifirours 
de la petite Republique de Saint MUirtin qu il 
m'a dédié, parce que dans l'Epitre, qu'il m'a- 
dreflfe^ il parloit des études que )'avois fiutes 

• en ma |eunefle improbo iabore^ il voulut ab- 
solument qu'ildiangeat ces mots^ qui bffen- 
feient, diToit-il, fou Âmi;^ quoiqu'il le fie 
a0îjrer par un des plus grands Himaniftes de 
Fadouât quc^ cette fiiçon de parler Latine fc 

* prenoit en bonne part. Il me rapporta bico 
d'autres traits femUaUeS) dont je ne me fou- 
viens pas; ce peu fufik> pour vous fidrea* 
vouer > que vraifraoLblablrâipnt depiœ l'cta- 
Uiffement de l'Inquifidon^ elle n'a pais eu un 
Ôffider auifi impertinent que oelui là; & 
pour vous prouver aufTi ce que j'avois avancé, 
que les plus incapables font qudquefins Itf 
plus hardis à condanner cequ'ilsiiecompren* 
nentpas. Le petit vers de Laberius, 

' Cfuodmfcias darnnareyfummaeftUmerkas^ 
ks rendroit'un peu plus fiiges s'ils ccoieat 
capables de le devenir. 



SE LA OENSURE DES LIVRES. 82f 

Certes les Ctofures (ans fondeinûtit de tel- 
les perfbnnes, nous doivent rendre fort fb- 
fpeâes toutes celles, qui fe font de même, 
de qudquo part qu'elles viennent lors qu'on 
ne leur voit rendre nulle raifon de ce qu'elles 
hn^ouvent. Car ce n'èft pas aflez d'accur 
fer vaguement & en gros un ouvrage d'avoir 
de gnnds défiiuts^ il eft befoin de Tpecifier, 
& de convaincre d'oreur ceux qui les vou- 
draient défendre. La civilité même femUe 
requérir^ & peutétre l'humanité > qu'en les 
fidfiint ronarquer ^ nous prenions la peine de 
les cttiîger, & de mettre en leur place ce 
que nous croions qui vaudroit mieux. Si 
nous nous contentons de montrer une ftute, 
uns l'ôter en forte qu'elle ne paroifle plus, 
nous ne ferons que comme ces glaces ordi<- 
naires de Venife, qui font voir (implement 
les tadies du viiÀge qu'elles y laifTent Au 
lieu que nous devons imiter autant qu'il fe 
peut tes miroir; naturels d'une eau claire & 
tranquille, qui nous fiiifant obferverce qui 
nous mefiiet^ ou nous rend difformes,, nous 
offre encore au même tems; le remède, & 
nous fournit dequoi nous nettoier. Mais je 
vois peu de gens qui en ufent de la &çon; 
Ton iè contente fouvent de dire avec un dé- 
goût âûueux, qu'un livre déplait fans pon- 

. P iij 



a30. LETTRE CSL, 

voir diré^pourqùoi , & nôtre io juftice eft fi 
grande que nous défendons ce^ ji^ieaieiis te* 
méndres avec plus d^piniâonecé, que fi nous 
Ué avions fiuts avec oonnoillance. Poknr le 
flioîns ferès- vous contraint de OMifeAcr, que 
k Sceptique a cela de bon> qu'elle ne déter- 
mine rien de la forte, & que non contente, 
de prôpofer nuâment fes doutes, elle expli* 
que toujours fes raifons de douter, touteprè- 
te à les abandonner) fi on lui en fiut voir de 
plus vndfemUables. «^ Quand elle ne reçoit 
pas pour confiante l'opinion de ceux, qui 
font perfuadés, que la plume de TAigle 
confume, à caufe de (k fuperiorité fur tous 
ks volatiles, & par quelque antipathie, cel* ' 
les des autres oifeaux; c'eft, qu'elle trouve 
«utant Sf plus d'apparence à* s'imaginer, que 
cela peut venir de ce que ces dernières com- 
me pliK humides fe corrompent & s'ancao- 
tilTent plutôt Elle dit la même chofe des 

rux de Loup étendons fur un Tambour, 
des cordes qu'on fidt de (on boiau, qui 
conune plus (eches&pliis fortes, rcfixmeot 
mieux Içs unes & les autres, & fe coniçrvent 
plus longtems que celles des brebis^ em- 
ploiées au même ufage , ians qu'il foit appa- 
renmieot befoin d'avoir recours fur de fem- 
bitiblcs cbofcs 9W( ^ualltà occultes^ qui 



DE tA CENSURE DES UVRES, 831 

eompofent pèutêtte la plus impure partie de 
nôtre Philofophie. Mais il n'eft pas heure 
àc s'embarquer fur ce vaAe Ocem, ôiûlTons 
plutôt par cette reflexion :> que comme le_ ju^ 
gement des hommes, foit fur les Livres^ 
Ibit (ur d*âurresfujets, a toujours été parta- 
gé ; il ne fera jamais aufli que leurs opinions 
ne foient différentes, & qu'il ne s'cxciie en- 
tre eux mille débats contentieux à cet égard. 
Les anciens ont eu raifon dé repréfenter leqr 
Pallas armée; cette Divinité, qui gouverne 
félon eux TEmpire des fiivans, leur infpire 
avec des penfées oppofées, des humeurs plus 
belliqueufes, que Mars n'en donne à fcs guer- 
riers au milieu de 1^ Thrace. Et jç vous prie 
de vous (buvenir là deffus, que la dodrine 
des Chaldéens^emandoit pour le thème d'un 
excellent Fhilofophe, un afpeA trigonal en- 
tre ce Dieu des combats, & Mercure; ca 
qui peur faire voir félon eux, que tous le9 
difcours & tous les railbnnemens des hom- 
mes de cette profbifioo, feront prefque tou- 
jours accompagnés de beaucoup decontefta* 
tion, & d'une extrême animofité. 

P iiij 



aja LETTRE CXL 

DES BIENFAITS^ 

LETTRE CXI. 

MONSIEUR, 

Nous fommes d'accord fur ce points que 
comme la focieté civile ne fublUle, que 
par les devoirs, que fe reodent ceux ^ qui la 
comporent, & fur tout par les Bienfaits dout 
ils s'entregratifient^ elle n'a rien auifi qui lui 
foit plus contraire > que l'ingratitude > qu'on 
peut dire le plus aétif de tous les diÛblvafis 
qufla peuvent ruiner. C'eA ce qui attirePac- 
clamation de tous les hommes contre les in: 
grats^ abominés par tout comme coupables 
du plus grand de tous les crimes. Mais je 
pourrois vous contredite fur ce que vousajoû* 
tés, que ce confentement univerfel eft caufe, 
que les loix n'ont point établi de peine., qui 
regarde l'iQgratitude, non plus que contrele 
parricide, pour ne pas préiuppofer des cho- 
(es fi déteftablçs, & qu'une voix fecrette de 
toute la Natute femble alTez cbndanner. En 
effet l'on vous nommera les Perfes ^ les Atfae- 



DES BIENFAITS; ^«35 

fliens, & les Medes, ou les Macédonien^ 
qui ont reçu danf leurs Tribunaux de JuAîce, 
Taâion contre les ingrats. Les Romains, & 
les Maifeillois avoient audi autrefois des pei- 
nes établies contre 4csAfFtanchis &lesLiber« 
tins, qui uibient de méconnoiffance vers leuf 
anâens Maitres ou Patrons. Et l'on voit, 
que les Hébreux lapidoient un fils convaincu 
d avoir paie d'ingratitude ceux qui lui.avoient 
donné la vie. Nôtre grand différend néan* 
moins feroit à l'égard de ëe^que vous foftihai» 
tés 9 qu'il y eût dans un fiecle tel que le nô- 
tre, une peine certaine & capitale établie 
pour ce vice, qui n'u tantôt plus de bornes à 
cauie de Ton impunité. Hé quoi! vôudriés^ 
vous dépeupler le Monde? Et ne confidé- 
rés-vous pas d'ailleurs, qu'il n'y appoint de 
priions affez fpacieufes, pour referrerla mul- 
titude de ceux, qu'on accuferoit, ai beau- 
coup moins de Palais capables de recevoir le 
nombre infini de Parties ou de Plaideurs, 
que cette forte d'aAion produirait. Tenés 
pourafTuré, que l'Aréopage des Athéniens, 
& le Sanhédrin des Juifs , fc^roient trop petits^ 
& que ni le lieu où les Romains agitaient 
leurs çaufès appellées Centmkviraks y ni ce- 
ui des Amphiâyons, où tous les peuples de 
a Grèce avoient leur rendes «vous, nefuffi^ 

P V ' 



ft34 LETTRE CXI. 

FcAéot pas à ce giiand concours d'aodiiâteins 
, & d'aocul^ le vous dirai bien plus, c'eft 
que (i le nombre des ingrats cfoit reoooau 
fiufli grand qu!il eft, par le moien d'une a- 
âion de Droit rèçûâ, & des pourfiikcs judi- 
ciaires qu'elle pnxiuiroit, perfonoe nauroit 
plus de honte 'de Têtre avec tant d'autres. 
Qui eft-ce qui rougit pour mentir, la diolè 
du moQdeia plus contraire à la Hiprcme Vé- 
rité, qui edEMeu, depuis qu'on s'eftperfua- 
de, que les plus fuAes font fujets au menfoo- 
ge? U en eft ainfi de la plupart & des plus 
grands de nos défauts y qu'il eft utile de tenir 
caches, autant que faire fe peut Si le nom- 
bre des Impies & Libertins étoit cotanu, tfi 
doutés point, qu'il ne crût de beaucoup, & 
qu'une infinité<le gens ne fuflent feduits par 
leur mauvais exemple. Et fi toutes les fem- 
mes favoient^* combien il y en a d'adultères 
& de débauchées , ne comprenés- vous pas, 
qu'une infinité d'entre elles pourroient perdre 
cette pudeur, qui aide tant à les tenir dans le 
devoir? Figui^-vous à peu près la même 
choCe^dèceux, qui appréhendent (i fort de 
paffer pour ingrats^ lahontedeparoitreteb, 
ne les redendroitplus s'ik connoilToient tous 
kurcompajg^nons; ilsfecacheroientdaosla 
preflê de leurs femblables; &lanotonetéde 



DBS BIENFAITS. ^ »3f 

tant de complices les multiplieroit vraiTem* 
Uablemeiità Tinfim. Ajoutes à cela, qaç |a 
reconaoiflaiice d'un Bien&k étant litn» &i 
fans oontiainte, elle en efi fans doutç plus , 
hoanète, & paroit beaucoup davantage que , 
û die pouvoit être exigée par la rigueur des 
Loix y àe forte y qu'elles ne fauroiént être étar 
blîes iàos donner grand &jet de plainte aux 
hommes reconnoiflans. 

Or quoique rien ne puilTe couvrir Tinfà^ 
miedeTingratitude, &^de cette (y;(5a|o«-ia des 
Grecs, dont l'on veut que les premiers Ro- 
mains ne connurent pas feulement le nom, 
celui de ingrathudo n'étant nullement Ladn 
en cefens;.fi faut-il avouer, que la mauvai-* 
fe fiK^n de placer un Bienfait, oblige quel* 
quefi>is des âmes, qui ne font pas d'elles ce- 
rnes tout à fait méconnoiâantes, à le de* 
venir, & à tomber dans cet énorme vice, 
qu'elles font les premières à condanner. Car 
il y a de certaines méfures à tenir, ncm feu^ 
lemeitt par ceux^ qui reçoivent, une gratifia 
cation, mais encore du tôté de ceux, qu|la 
font. ^ CefUe fondeoient de ce que dit Ana- Htrùll^. 
charfis au Roi des Scythes à fon retour de 
Grèce, qu'il n'y avoit vu que les Lacedémoi 
niens foils qui fçulTent la belle maftiere de 
donner & de recevoir avec jugement. Vous 



ais LETTRE cxi;: 

m'obUgerés dfe m'apprcndre là deffus^' pour* 
quoi ces mêmes Lacedémoniens ne- connoiP 
ta.f. fbient que deux, Grâces, comme nous Tap- 
prenons de Pauianiâs, au lieu des ttois ordi- 
naires y OU même des quatre à qui quelques- 
. uns ont âcrifié. N'eft • ce point, que l'or 
n'étant pas de mife dans Sparte du tems de ce 
Fhibrophe, Tes liabitans n*oblîgeoient jamais 
pour en profiter comme les autres Grecs, 
Hiais purement pour faire des-adions d'hon- 
neur, ou de juilice. Leurs Bienfints n'étoient 
jamais intereffés; noneralacharita hropehfa^ 
comme on parle à Rome, & ce motif ordi* 
naire de la plupart des hommes ne les tou- 
chant point, ils prirent fiijet de retrancher 
une des Grâces, que les autres cultivoient. 
Tant y a qu'attendant que vous m'en appre^ 
niés la vraie caufe, je vous dirai ce que je 
penfe, qui doi t être obfervé, (ck delà part 
de la perfonne, qui (ait une grâce, fait du 
côté de celle, qui la reçoit. 

À l'égard du Bienfaiteur; il doit fur tout 
fe (buvenir, que ces Grâces, dont nous ve- 
. Bons de parler, ont reçu leur nom ài^ Chari- 
tés obro Tijç x^^S ^^ ^ gaieté qui les doit tou- 
jours accompagner; & que felonlaportéede 
nôtre langue encore^ elles ne peuvent paiTer 
pour Grâces, û elles ne font fidtes de bonne 



DES .ÏIENFAÏTS. 237 

grâce. Le Saint Elprit même nous Ta ain(t 
enfeigné, quand il a prononcé par la bouche ' \ 
de Saint Paul, que Dieu fe pkifoit à voir 
donner avec allegrefle; âilarem Jatorem diU-i. ai Cor. 
git Deus; ou par forme de précepte ,dan^^^- 
rjBcdeûaAique^ in tmniàato îalamnfacvuU ^'^^' 
tum tmtm. Sans mentir ^ il y a des perfonne^ 
qui obligent d une fi noiauvaifcf façon ^ qu'on 
dtroitprefque, qu'ils jettent le pain à la tête 
de ceui^à quiils le donnent; & je parle ainfi^ 
mefouvenant, que de tels Bienfaits, accom- 
pagnés de dureté> & qui mortifient celui, 
3Û les reçoit, ont été notâmes panes lapidofi^ 
n'y a point* de gratification, que je n'aie à 
contrecœur, dit un ancien, fi celui, qui me 
la Êdt^ n'a autant de IbJh de ma pudeur, que 
de nui pauvreté, ou du moins que de mon 
befoia En effet, il y a des faveurs désobli- 
geantes, & félon les termes d'Aufone, faut, 
gratùe quadam ingrata^ dont l'on ne fe (bu- 
vient jamais, qu'avec dégoût, Aquilaiffent 
toujours un reffentiment poignant, par la / . 
Ëiutedecbux, qùinefaventpaslesdiftribuer 
comme il fiiut La grande règle pour cela 
eft d'ezcercer toujours une libéralité envers . 
les autres, du même air ) dont nous yoùdri<^ . 

ons, qu'on nous. la fit; fie demus quomodê 
veUemiis acdpere. Les premiers Grecs , qui 



ajg L E T t R E CXI. 

rcpréfentcrent ces mêmes Grâces vétùës, êc 
noQ pas dans la nudité^ od depuis elles ont 
étémifes, faifoient fans doute une belle leçon 
à ceux, qui diftribuenc quelque Bienfidt; 
leurenfeignancparlà, qu'ils doivent le tenir 
auffi couvcrt>& caché, que la nature ) dont 
ileft, le peut permettre, 

Il ny a rien de plus contraire à cette rè- 
gle, que de promettre & de faire eîperer 
longtems avant que de donner. J'ai appris ce 
mot en Efpagne. las gracias pierJe^ quien 
pramete^ yfe detiene. Quand mêmes ces 
belles promelTes ne férQient pas vaines à la 
s fin, ni femblables, comme elles font fou* 
vèqt, à ces oeufs qui ne produifent rien, ova 
fuhentanea; le retardement de Te^cccution 
cft toujours pris pour quelque forte de répu- 
gnance à les accomplir, qui diu diftulit ^ diu 
noluit. Cela cft fi vrai, que plufieurs ont 
pris pour une eipece de Bienfait^ d'en avoir 
^ été refuies de bonne heure, 

Ifllerius. Pars hneficii efi y quod petitur fi cita ntges. 

L'excellence donc d'une grâce cônfifte à pa* 
roitre tout d'un coup, à peu :près> comme 
l'on croit, qu'à la naiflfance du Monde lesar* 
bres fortirent & parurent en un iofknt tout 
chargés de fruits j ou comme un peu après 



. V 



DES BIENFAITS. aa» , 

dans le fiécle d'or là terre prpduifoit d'elle 
même fans en être ibilicitée, 

Omnia liberius nuUo pofcenteferehat. ^? '• 
Rien ne s'achète fi chèrement à Tcgard de ^ '^' 
beaucoup de perfbnnes, que par de çongoes 
prières & fouviit reïterées; de forte que 
c'eft leur donner jtrop tard , que de leur doi>- 
net aprés.qu'ils ont demandé, fero beneficium^^ ^ i^- 
dédit, fmnganti dédit. Et Seneque, de qui"*^: ^' '* 
je tiens cette maxime^ crpit, qu'on s'adref- 
feroit à Dieu mième moins librement, , fi les 
prières, que nous lui JËuTons n'ctoient récri- 
tes, & s'il fidoit, que chacun fit tout haut 
les voeux, qu'il lui adrefTe pour fes néceflités. 
Cdui, qui reçoit un Bien&it, quoiqu'il 
ne joue pas le principal perfonnage, n'étant 
quë patient^ & que content de l'utilité de 
TaâioQ, toute l'honnêteté femble r^rder 
Ton hienâiteur; ne laiffe pas néanmoins d'ê* 
treoUigé à beaucoup de circonAances & de 
cooditions, qu'il ne peu( omettre fans faillir. 
Car comme il y a des honunes, qui pren- 
nent à toutes mains, & dont l'avidité ne peut 
^janudsaflbuvie; il s'en trouve d'autres 
d'une humeur fifaufteré,' qu'ils ne veulent ' 

rien accepter, où s'ils le font, c'efl toujours 
^ tànoignant l'averfion qu'ils ont à fe fentir 
i«dcvablcs d'un bienfait. Antipater avoit é- ^^^^; 



- 240 LETTRE CXL. 

prbuvélesuns& les autres, lors qu'il te plaiJ 
gnoit de deux amis ^ qu'il avoit dans Athe^ 
nçs, à l'un defqueis il ne pquvoit rien &ire 
prendre, ni contenter l'autre de prélèns. l| 
y a un milieu entre ces deux extrémités y quj 
doit ici , auffi bien que danSie refte de la Mo^ 
raie, être fuivi. Souvenés<vous, que le^ 
Grecs difoient proverbialement de ces pre^ 
^ mîers infaliables , que leur Isingue étoit toute 
Dorique, parce qu'ils ne paribient que de 
wn^irU donner, & que dans le même fens ils les 
«A«f «mit. Dommoient encore Etoliens, fur une autre 
allufion, dont je ne daignerois vous impor- 
tuner. Mais pardeflus tous ceux de cette 
Nation, les Athéniens ont étédi£bmé$ de cet- 
te honteufe proftitution à demander inceiTam- 
ment, d'où eft venue cette commune nAlc- 
tiCy j4tticusmorie92sporrzgitmMum. Nous 
n'en voions que trop parmi nous, qui font 
profeflion de cette Cljirotnantie, & qui ne 
jugent du coeur d^ perfonnes que par la 
main y qui leur donne. Les uns demandent 
baÏÏement, quoique lans pudeur; les autres 
le font avec plus d'adreffe , mai$ avec la me- 
, me importunité, emploiant en un befoin le 
fate benper voi des Italiens, qui n'eftbon que 
dans les termes de la Religion. Je n'approu* 
ve, ni Tinfolence^ qvii tient de l'effronterie 

dans 



DES BIENFAITS. 241 , - 

dans h recherche d'une faveur, ni la trop 
grande doiidicé, 

fui timJe rogat - Sèn.m 

Docet negare^ ^Vf* 

dit le Tragique ; Diogene pour être plus har- 
di, & pour s'accoutumer au refus, deman- 
doit aux Statues, & vous favés qu'Augufle 
fe nx)qua de celui , qîn le fuppliant d'une 
grâce, lui en préfentoit la requête en trem- 
blfltt, & (don ion terme, ^fi Eléphanto 
^ipem. Mais il y a un air d'honnêteté qui eft 
merveilleuièment puiâânt â iàire agréer de 
Cbmblables prières. Les Egyptiens vraifem- 
bkblcmentn'euflenc jamais prêté aux En&nt 
dlfirad leurs vafés d'or & d'argent , veftenique 
pbirimamj étant en défiance de leur part, & 
oroiant, que ces Hébreux étoient caule de 
beauooi]çdemaux, qu'ils avoient (buffertsi 
Dieu pour cela confera cet air d'agrément à 
ion peuple^ Dwmmu autem dédit gratiam pc-^^^^^^ 
puhcorÉam^Egyptiis^ ut commodarent eis; & 
les Ifira^tes firent leurs demandes de fi bon- 
ne grade, qu'il n y avoit pas mden de les 
reniier. 

L'humeur difficOe .de ceux , qui refufent 
des BienÊdts , fèmble avoir quelque choie de 
frius noble, à caij^ que le même tempera- 
meDC, qni&it les Lil^ux enclins à donner, ^^l^\ r. 



. / 



24» LETTRE CXL 

(Sdtencd^e^ cefemble, que ceux-ci haîCfen 
à recevoir. Us difent que c'eft fe mettre ai 
. . deflbus de beaucoup de Bêtes ^ qui éviten 
les appas, de fe laiffer captiver par des Bienfaits 
puifqu^iln'yenapoint, quin'eogagenr, &:qu< 
félonie proverbe Arabique, celui qui apporte 
emporte. Sur ce prétexte ils feroieot telle 
ment périr, s'ils en étoient crûs> la plus c 
datante des Vertus, que le McMide ne ccm- 
noitroit plus la Libéralité. La raifon veut au 
contraire , que nous prenions plaiftr quelque- 
fois à fervir de fujet à nos amis pour Texer- 
cér, & s'ils le veulent ainfi,. leur laiiTer mê- 
me réitérer une aâion à laquelle nous ne 
pouvons nous oppofer, fans donner à con- 
noitre, que la première nous a déjà fait Ibuf- 
"'^J:* frir, qid nova Mcipere non vult^ acceptés off en- 
^f'^' dHùr. Ceft quelquefois être indvil & in- 
grat tout enfemble, de ne recevoir pas aufll 
volontiers un préfent, qu'il nous eft offert.' 

Voilà tout ce que vous aurés pour répon- 
fe à voç plaintes, contre ceux, qui ne font 
gflez recûnnoiiTans des Bien&its reçus. Vous 
lavés, que j'ai ttaité ailleurs cette autdere 
alTez amplement, & cette Lettre fervira s'il 
vous, plait d'un Corollaire à nôtre Opufcule 
dfii ringratitude. Qui n'approuverait ce que 
vous dites^ que la Liberâîité efl une Vertu 



DES BIENFAITS. ; «43 



,• 



Roiale? Elle Teft tellement^ que quelqu'un 
a ofé dire 9 que c'étoit enti:ep]:endre fur la 
charge des Grands Princes > de leur &ire des 
préfèos/ .Mais à ce compte la témérité de 
ceux qui donnent feibit encore plus* grande, 
n'y aiant rien de (i propre à Dieu ) que d'être 
Bienfâifant & de diftribuer des grâces. Les 
Rois ne font en cela que fés Imitateurs, & 
(ans la Libersdité l'on ne iaurpit bien recon- 
noitre en eux l'Image parfaite de la Divinité. 
C'eft lV)rdinaire de confidérerlà deftus conv 
raele Ciel jette (esinfiuences, &faitdegouter , 
la pluie fîir la terre même des impies. Mais 
l'Evangile nous fait voir un exemple bien 
plus précis de la bonté de Dieu , & de la pro- 
fufion de fes grâces. Il ne pût refufer à uife jj**»*- '• 
Légion de Diables la prière qu'ils lui firent, £^^|/* 
de lesenvoier au fortir du corps d'un ou de ' 
deuxpoffedés d'où il les chalToit, dans celui 
de bien deux mille pourceaux, qui n'étoient 
pas fort éloignés. Concluons donc qu'on 
ne {àoroit trop efUmer une Vertu fi agréable 
à Dieu & aux hommes ;. ni par confequént, 
avoir trop d'averfion pour ceux, qui la mal- 
traitent par letn: ingratitude. S'il y a eu des 
Nations, qui ont puni de mort le dénj d'un 
dépôt de foi inutile; Etfi les loix Romaines / 
veulent, qu'il foit fidèlement refiitué mêfn^ 



244 



LETTRE^ CXI. 



Dtmir. 

4iufc. 



<fl| 




à un voleur: Avec quelle religion ne devons- 
nous point rendre un bienfait, dont nous a- 
vons profité 9 du moins par la gratitude in- 
térieure d'une ame reconnoiflante? Cepen- 
dant il cft des hommes d'un naturel fi dépra- 
vé, que non contens d'être méconnoîffans, 
ils rendent prefque toujours le mal pour le 
bien. Ils rejettent, . troublent, & battent 
Teau, qui les porte; & femblables à ces Plan- 
tes /qu'on voit brûler la tetre, qui les nour- 
rit, il n'y a forte de mauvais offices, dont ils 
ne paient leurs Bienfaiteurs. Certes rhom- 
me peut être nommé un dangereux animal 
quand il eft tel que ceux-ci. Ariflote a écrit 
que la ThefTalié nourriffoit un Serpent appel- 
lé Sacré, qui tuë tous les autres par fon ieul 
attouchement: foferois dire, qu'il y a des 
perfonnes, qu'on ne doit pas moins appre- 
liender, & que la compagnie de ceux, dont 
nous nous plaignons, a quelque chofe d'au/Ti 
périlleux. 



«i 






, 3J^ 3K 306 «4 j 

DES EUNUQOJES. . 

LETTRE CXII. 

MONSIEUR, 

Je ne me pas que le mot d'Eunuque y oudoi^, 
Châtré 9 ne foit fouvent un terme de dif- 
fàmatioa^ & je (ai bien, que dans Tandenne 
Loi y celui > qui étoit reconnu pour tel, nfo- 
foit entrer dans le Temple^ NonmtrahitEunu-Biut.c 
ckus&c. Comme dans le Lévitique il eftdefen-^^- 
du d'offiir à Dieu aucun animal intcreffé en 
cette partie : Omne animal quod uel contritis, cap. Z2, 
veltufis^c Les hommes ainfi mutilés etoient 
de fi mauvais augure, même parmi les 
Fayens , que Lucien alTure en plus d'un lieu, & ffi^ 
qu'ils ËÎilbient par leur rencontre rebroulTer^J^ , 
diemin à beaucoup de perfonnes, qui ai- 
moient mieux rentrer chez elles , que de paC^ 
fer outre. Et Ton fait, que Theodofe le Jeu- 
ne fit un Edit, qui defendoit, qu'aucun Eu- &fi2flf. 
nuque ne fût du nombre des Faàîciens, pour ^ *'*^* ' 
de^norer cet Antiochus,' qu'il contraignit ''' 
par là de fe renfermer dans un Cloitre. Maù 



a4« LETTRE CXII. . 

|e (bûtîens que ce défaut de virilité n'eft pas é^ 
gaiement honteux par tout> puîCqu'au con- 
traire il rend confidérables en plufteurs Iteu^ 
des gens^ qui fans cela ne Iclèroient nulle 

• ment. Et fem'oppofe fur tout îkpette maxi- 
me, que vous avés voulu établir à ce propos^ 
qu'ordinairement I9 ftérilité du corps étoit 
fuivie de celle de l'efprit. 

Déjà vous n'ignorés pas, qu'outre Tcty^ 
molpgie Grecque, qui nomme Eunuque ce- 
lui , qui a la garde du lit/ èxmjv è)^sij il y en 
a une autre; qui veut, qu'il foit ainft appel- 

/lé à caufe de fon bon efprit, irofd ro êv vovv^ 
i)^€iVy fans, parler de celle du vieil Vocabu- 
laire, qui tire ridiculement cç mot de llieu* 
reufe viéloire qu'obtiennent ]e$ Châtrés fur 
leurs paffions. Si eft-ce que fi nos Camps 
d'armée , : Cajira , font bien dits félon Ifidore 
^e la Chàdeté^ ^uafi cafta ^ parce que les 
Romains en banniffoient les femmes débau- 
chées ^ le mot de CÀT^^, & celui de^^f^r^^ 
font (1 voifms, qu'il ne faut pas s'étonner que 
de leur allufion l'on en ait fait une autre ety- 
mologîe. Tanty a qu'on voit par là, que 
les noms^ d'Eunuques i& de Châtrés, n'ont 
pas été fi injurieux envei^s touf le monde, 
que vous le préfuppofiés. Ajoûfés à cela ce 
que twt d'Hiftoires nous apprennent, qu'en 



DES EUNUQ^U_ES. 3^ 

• . ' ^ 

Pcrfe> en Méfopotainie, en Egypte, & en 
une infinité d'autres lieux , les Eunuques ont 
execcé les premières chaigeç, & reçu des 
hocmeurs qui ne cedoîent qu^à ceux, quLé- 
toioit rendus au Souverain. Encore aujourd' 
hui la même chofe peut être confidérée par 
tous les pais^du Levant, & Ton ne fauroit 
nier qu'à la Porte du Grand Seigneur i&. dans 
cette vaftÈ étendue dë> ion Empire, par les 
trois pardes de l'ancien Monde, le^ Eunu^ 
ques n'y poiTedent une autorité, qui voit 
,prefi{ue toutes les autres au delTous d'elle. 
Cek fait, que de tout tçms leur nom a fou* 
vem paâè pour un titre de Dignité, foit de 
premier Miniftre, foit dcpremiejGentilhom* 
niede.la Chambrej dequoi ce Putiphar, dont- 
parleot les Saintes Lettres, & qui étoit marie 
auffi Um que Plénipotentiaire fous Pharaon, 
pounoit rendre un ftiffifant témoignage. Ne 
vous fouvicnt-il point avec combien de grâ- 
ce HcUodore dit, que les Eunuques des Rois 
dePerfe ctoient leurs yeux & leurs orefllcs, 
pour iOûse compreadre l'autorité des pre- 
miersj&lagrandeconfiancequ'avoientcneux 
ces Monarques. Elle ètoh fondée à fon a* 
vis ^fu^ ce qu'il les CQofidéroient comme 
n'aiant ni femme, nienfans, qui puflent oc- 
cupée leurs affeélîonis, 4e forte, que octant 
/' ,Q^iiij 



348 LE T T R E CXII. ' 

point divetdes, ils pouvoient les donner e: 
deres au bien de rStat^ & emploier tous leuj 
iûins à la confervadon de ceux, qui ie rép< 
foient fur eux de fa conduite, & preique d 
y toutes chofes; ce que je me fou viens n'avoj 
pas été traduit par Amiot fort exactement £à 
ieBetto Ion le Gréa A la vérité les Romains oc 
Alex, toûjouis eu en horreur ces demi-hommes^ 45 
abonûtlè la caftration dont Céfar parle en ce 
termes dans Oppius^ au fujet d'une inânin 
de perfonnes à qui le Roi Phamaces avoti 
fait perdre la virilité, fuùd quidemjkpplichim 
^avilis morte cives Romani ducunt; Et pour- 
tant un peu après, du tems des Antonins, 
Plâurianus fit châtrer tous ceux, quidevoienc 
fervir à la maifon de Plaudlla fa fiUe, que 
Caracalla avoit époulee, fans épaigncr les 
hommes non plus que les jeunes garçons; ce 
, qui fe lit dans les Recueils de Confiandn Por- 
ph^rç^enete fur Dion. Quoiqu'il en ibit, 
les autres Nadons n'ont pas été en cela du 
même fendment, quVvoient les Romains, 
ièlon que Tacite Ta reconnu pariant d'un £u* 
nuque fort puiiTant parmr les Parthes. Noêê 
t. Anne. JefpeBum ii apud Bar bans ^ ultroqiu poteth 
tiam hahet ; Ceft ainfi que tout le mobde ap- 
pelle Barbares ceux, dont il n'entend pas Je 
langage,^ n'approuve paslemçpurs. Tanty 



DES EUNUQJJES. 249 

(({u'Ariflote ne mépnfa pas Hermias fur ce 
mut corporel, puifqu'au contraire nousap- 
venons, qu'il lui fit des (acnfices comme à 
m Dieu. 

Ce Philoiophe peut être allégué bien plus 
brtonent en faveur de ceux ^ dont nous par- 
ons, puiiqu'il alTure au dernier chapitre de 
îbn neuvième livre dePHiftoire des Animatûr^ 
)ue tous ceux, qu'on châtre de bonne heure 
deviennent, & plus grands, & plus agréa- 
bles qu'ils n'euflent été; Omuia animalia fiuhCcit. 
àoB crefcufd caftrentur y majorai elègantiora 
^uam incaftrata evaàunt* Il a voit dè)a parti* 
culierraoent remarqué, prenant Homère à 
garand, que les Sangliers châtres augmen- 
toientde ftamre, de forces, & de ferôcitét 
Et l'on ne fMiroit nier, qu^à l'égard des hom- 
mesoQ ne les ait fou vent mutilé, tantôt pour 
leur rendre la'^voix plus agréable , & tantôt 
pour donner plus d'éclat & de durée à ce que 
la Nature leur avoit déjà donné de beauté. 
Man eif h r um negotiatores forma fuerorum vi- /• '«A 
rititate ixcyh lenocinantur y dit Quintilien, a-^"*, 
joutant fort bien contre cette dannable cou- 
tume, Nunquam tamen hoc continget malis 
morihisregmmiy ut fiquapretiofafecity fece^ 
rit îf hoM. En effet, l'amdUr de beaucoup 
de fianmes pour des Eunuques eft fi ordinal- 



^ 35» LETTRE CXIL 

ge qu'ils ont, de refifler feuls aux exhahifons 
lulphurées de cette Hierapolis Afiatique , qui 
' tùë toute forte d'animaux, s'ils ne 1^ châ- 

trés , conune l'on peut voir dans Dion Caflius* 

^ ^- Narfes fit bien lavoir à l'Impefatrice Sophie, 
qu'ils ne perdent pas non plus avec la viiilit4 
Tufage des plus grandes aâions. 

Vous auriés tort pourtant, de preodit 
tout cela (i {erieufement, que vous m'jmipu- 
tafBés de faire une vertu de ce qui ne peut 
paflter raifonnablement que pour un d^ut. 
Mais encore £iloit-il dire quelque chofe pour 
confoler ceux, qui font tombés dans cette 
dilgrace. Cela n'empêche pas, que jc oe 
les coilfidére comme n'étant plus ni hommes 

hiBifiu. ni'femmes, de même, dit Lucien, que les 

Corneilles ne font ni Colombes ni Coroeaux; 

. Nec idferro fpeciofiim fieri putako , felon b 

12/^ '' ^ penfée de Quintilien , quodfi nafceretur mat 
flrum erat. Je (ai affez, que les Loix Inipe- 
riâles, (& cèllede Nervaentre autres dcmtpar- 

L. Q. le Dion) auffi bien que les Canons Sacrés, par- 
lent du châtrement comme d'un crime, qui 
efl une eQ>ece d'homicide, Eumtclùsmokmi' 
cidiumcammittifancientes. Juftinienonloooft 

Kwd. la peine du Talion, ou delà pareille, contre 

1^. ceux qui font fouffrircette efpecede n^rtyre; 
ce qui eft conforme aufentîmeiit dû Foàe 
qui a ditj 



DES EUNUQUES. i^ 

Qui prmuf /mtris gemtaiia memha recidit^ Ovid.'?. 

fouinera ftuefecit dehuit ipfepati. ^^ ^* ?• 
l^Eglile a pour cela oondanné 'celui d'Ort- 
ie, qui exécuta fur lui ce qu^on dit du Ca- 
^r & du Bievre. Jugés là deflus de l'aétion 
jieoet autre, quifechâtrafeulementpour faire 
dépit à fâ femme. L'Hiftoire EcclefiaAique 
de Socratcs nous apprend , qu'un Leontius , l. x c it. 
depuis Evêqued'Antioche, Rit dégradé n'é- 
tant que (impie Prêfre, pour s'être châtré a- 
fin de vivre fiimilierement & fans fîrandale 
avec Eufldia. Et il n'y a pas plus d'un de- 
mi -fiecle, qu'Âmbrofius Mondes de Gor- 
- doue, fiit châtré par les Dominicains, pour 

avoir iërvi contre luimème à l'exemple d'O- 7}f»n. ^ 
I rigene, prenant trop à la lettre la béatitude *'•''•'•*'• 
I piomife à ceux, qui fe châtrent, propter rc- 
\ gmmcœlortim. En effet, un zélé inconfidé* 
té a porté dans toutes lesRéligions beaucoup 
de perfbnnes aie mutiler de la forte. Eufe- 
benous enfeignedans&PréparaponEvangeli" 
que, ccmuneleshabitahsdes Provinces de Sy- 
rie&d'Ofroen^ pratiquoient celafiordinaire-^ ^<^ '•• 
ment en l'honneur de la Mère des Dieux «uf ^^^' , 
fi bien que fes GaUi de Pfarygie, qu'enfin le 
f Roi Abgarus fut contraint de faire ceffer cet- 
te coutume, né le pouvant autrement, en 
* Gdfimt couper les mdns à tous ceux qui s'é- 



af4 



LETTRE CXII. 



toient fait ôter ce qui les rendotent homm^ 
Chacun Cdt ce que fit volontairement fur k 
même ce monftre d'Heliogabale par un ^ 
principe. Véritablement c'eft une grande d 
pravation de combattre la Nature dans fa prii 

^ cipiale fiu;^ qui efi à nôtre égard de porpetuc 

l'Efpecé par le.moien' de.s Individus, qu'ell 
a crées pour cela capables d'engendrer. 
pendant ils ne le font plu$ par une operado 
fi violente; & cette même Nature énervée^ 
languilTante s'étonne; dit Pétrone, qu'd 
4'empêched'agirielonfes intentions, &d'aj 
river à fon but, ' I 

In Sa$yr^ Qu<eritfe Naturn^ nec invertit, 

oC'eA ce qui a donné quelquefois de fi grand 
reflentimens à ces Illuftres Eunuques , quoi 
avoit rendu tels des leur bas âge (ans leur coq 
femement. Hermotime, qui étoit de 

Lih. #. nombre , & des plus puiflans auprès de Xer 
xés, contraintdans Hérodote celui, quiTi 
voit ainfi expofé à cette taille , d'en faire au 
tant à quatre fils qu'il avoit, les obUgeant en 
fuite de traiter leur père ^e même. , Un 6a 
\fcha fous les Ottomans, faifoitfde dépit tran 
cher la tête à des^ efclavés, ou à des prifon 
mers, autant ^e fois qu'il relTentoit les ineom< 
moditès de ce retramrhement. Et Halis por 
tant le même titre, fe mocqua du Courier 



17. hifi. 



DES EUNUQUES. ©^^ 

in hii anoonçoit fcomAeune (bitmauvaire 
ouvellc, h prife de la ville de Strigonie par 
s Chrétiens, Fan mil cinq cens cinquante- 
X ; lui difànt qu'il avcdt bien fait une autre 
erte , lors qu'on ]ui avoit enlevé la plus im- 
ortfinte pièce qu'il eût. Pour Sinan Bafcha 
l ne pouvoit pas s'en p]:endre à peiibnne, ni 
ittribuer cette diigrace qu'à une pure infor- 
une, puifque Paul Jove nous apprend que 
X ûit une Truye qui le châtra; comme il 
iormottà l'ombre dès là plus tendre jeunefle. 
Peutêtre voudriés-vûus que j'allongeafle 
un peu cette Lettre, en vous parlant de la ca- 
(Vradon des femmes, puilqu'elle fe pratique 
fur leur (èxe, auffi bien que fur le nôtre , par 
les Egyptiens, les Juifs, TesPerfes, &lesA- 
byffins. L'on veut, qu'il y en ait de deux fa- 
çons, quand on leur ôte les mammelles, & 
quand on leur rétranche cette hyperfarcofe^ 
ou cxcroilEuice des Nymphes. Jean Leoniib.^ 
dît qu'il y a pour cela des femmes, qui vont^*^^* 
criant parles mes du Caire, & dont l'office 
cft de couper cette crê^e aux filles , félon qu'il 
étroitement enjoint' par la Loi de Maho* 
Dec Belon écrit néanmoins, qu'il n'y aLj.crp. 
^ acres que les Perficnnes fiir^ùui cela s'excr- 
te, & que c'eft eii cette confidération, qu'el- 
entmt dans les Mofquées, ce qui n'eft 



2^6 LETTRE CXn. DES EUNUQUES. 

pas permis aux Turques. Cette opération 
fiiit fans doute , pour s'oppofei; au crime di 
Tribades: qui font ce qu'Ariftote & AthenJ 

^.ieMjf. attribuent auffi aux Colombes. Cumfefe fi 

^7,19x4. «^fe^7«^«»f , «»^^ wa hypenemia^fubventane 
five irrita. Maiâ ce retranchement qui fe faj 

AAt^. eft plutôt une etpece de Circoncifion, qu'u 
'^* véritable châtrement puifque celles qui j 
fouf&ent n'en font pas moins propres a la gt 
nération. Car l'on abufe du mot, qui a m^ 
me été tranfporté aux plantes, qu'on pei 
bien châtrer , puifque Palladius attribua aux P{ 
ftachiers des accouplemens de mâle à J(emell< 

Anmia. Tant y a que comme l'on impute à Semirs 

^^ mis, d'avoir la première fait ôter aux hon; 
mes ce qui les. diftinguoit de fon icxe; ui 

i2.DffiÎp. Roi de Lydie que l'Hiflorien Xanthus appel 

le Gyges dans Hefychius Illuftrius, & <\\xh 

\ thepée nomme Ândramytis, fut auffi le pn 

L. j.cjilt. mier qui s'avifa de châtrer des femmes. E 
' je finirai par cette remarque dfe Pline, que 1 
Ton châtre un Rat, il fait fuïr tous les autre 
qui abandonnent leur fejour ordinaire. 







DVN\ 




3K 3K- )R 2f7 

D'UNE DISPUTE. 

LETTRE CXIH, 



MONSIEUR, 

C) que yous m'écrives eft, très vrai , qu'il 
y a une (cience Polémique Se guerrière^ 
ou Ton n'emploie que la langue pour toutes 
armes, & ouïes rufès & la mine hardie triom^ 
pheot quelquefois contre toute raiibn. Cela 
s'eftvûdansladifpute, dont le brait eft allé 
}u(qu'àvous, vous pouvant aflurer, que ja* 
mais combat de cette nature ne fut plus opi- 
niâtre, bien qu'il ne s'y tirât que des coups 
de canon (ans boulet) propres à étonner pat 
leur fiin, mais iàns effet. Le commence- 
ment fut comme une petite efcarmouchei 
Se une l^ere velitation; auffi fe pafla - t-;elle 
entre deux jeunes hommes y dont l'un prefle 
par im argument, qu'il ne pouvôit foudr^ 
le contenta de répondre avec affcz de louable 
ingénuité > que fdon Ariftofe même l'on ne ^ 
devoir pas abandonner une bonne opinion^ f^^^^f^ 
encore qu'on ne pût pas répondre fur le r'^^'^*^^ 



2^8 LETTRE CXIII. 

champ à de certaines obje^ons, qui (urprc 
ncnt. Je me fouvfns alors de ce que j'avc 
lu depuis peu d'un Philolbphe Arabe de trci 
grande réputation, qui ufoit affezfouvent < 
Semisa. cetf e reperde ; Je n*ai point pour Theure jw 
.*''• fente de réponfe à vous donner^ quaùd j'ai 
rai davantage penfé à vos raifons, peutêt^ 
que je pourrai vous fàtisfdire. Il fàitt ûvouctj 
que de femblables retenues me plaiTent , iu2 
tout, quand il eft queftion, comme alors^ 
de défendre des propofitions hardies & em- 
brouillées. En effet les Paradoxes, félon 
moi, ne (ont bons, que pour le Cabinet. Ce 
ibntdes médailles, qui n*ont pas cours par* 
mi le peuple, & qui ne fe débitent guères 
dans k^ grandes affembléés, où Ton ne re- 
çoit pour bonne monnoie que les (^wions 
communes, & les fentimens vulgaires. Vous 
jugés bien, que je pouiToisici ftire valoir la 
Sceptique; . mais il vaut mieux vous conten- 
ter, puifque vous me demandés autre diofe. 
Apres un fi paifible procédé , nous famcs 
^ ' étonnés de^ voir fe préfenter fur ks rangs va- 
tre inflexible Se inébranlable Milon, fe plai- 
gnant, qu'on abandonnoit la meilleure eau- 
fe du monde. Repente enimfe^ tmupÊomfer- 
pem ètatibulis ^ oêuUs tminentilms^ mflàtocol' 
/p, tumidis cervicihks^ mhdit. £t comme 



\ 



D'UNE DISPUTE. 3^9 

Tautre côté avoïc entre Ces SecH^teurs un auffi 
hardi champion que lui, qui entra auilien li- 
ce pour &ire tête à tous venans ,ronvit auflitôt 
deux partis formés, n'y aiant prefque perfonne) 
qui ^emeurSt neutre depuis cela. Repré* 
ienc^-vous donc, qu'il fe fit en un inftant là 
plus tumultueufe conte Aation, qu'on fepuif- 
ie imaginer, & véritablement je fuis perfua*. 
déy que jamais Zenon Eleate, ni Euclide de 
NIégare, qu'on nous donne pour Fondateurs 
de kSeâeEriftique, oucontentieufe, n'ont 
difputé avec tant d'ardeur, ni tant d'opiniâ- 
treté,. Le bon eft, que l'un & l'autre Te- 
nait ne (bngeapt prefque plus qu'à fe dire les 
plus outrageufes & vilaines paroles, dont ils 
fepouvoient avifer, auroient bientôt perdu la 
ITrtmiontane. Car ils fe failbient des deman- 
des de (i peu de rapport à la queAion'propo- 
(ce, & elles étoient fuivies de réponfes fiab- 
furdes, qu'on voioit manifeftement, qu'ils 
ne fe fouvenoient plus du thème, qui les a* 
voie mis fi fort à l'eflbn Certes Ton peut di- 
re d'eux fans in jùitice, le mot que Lucien at- 
tribué à DemonaAe, Horum alter hircum 
mulgere^ alter cribrum Jùppmere videbatur. 
Enâi chacun fe voulut mêler d'en dire ion a- 
vis avec la même violence des premiers , & , 
s'ôtaot la parole le$ uns aux autres, l'on eût 



260 î. E T T R K C Xïlï. 

pu croire, que c*ctoît d'eiK, que FEcclefu 

Câp.}. fte avôit écrit, MunJum traiiàit SJpupatici 

eorum. Il arriva là deflus ce qu'ohvous 

rapporté ^ que fur le démenti donné brufqud 

ment par un échauffé, qui, manquant d 

raifons, proteftoit nésuimoins comme lel 

' bons Chicaneurs, qu'il en fi3umiroit entera 

& lieu , il lui fut repartie par unibufiHer, foii 

ac.e/!.ff;r.d'impulfion^ ibit d'application, (^hoc quU 

l-h^^tt^interfit^ fituos digitos noviy certè haies /tà^ 

Ju(fum ) qui mit les chofes à la dernière con- 

fufion. Je ne pus m'empècher de rire, quand 

j'ouïs prononcer par cet homme de maiO; 

ybrf^JEcjé' E0(nampoftfiacTU ^et^jummvoce lacejfas. 

Car il étoit difficfle de rien dire dans le pats 

Latin de plus approprié à l'aéUon. 

Or pour vous contenter, j'achèverai mon 
récit, par ce que nous obfervaaies nôtre A- 
mi commun & moi , qui dés le commence- 
ment de la mêlée nous étions mis un peu à 
l'écart. Nous remarquâmes dans le progrès, 
comme des chofes de néant fembloîent deve- 
nir importantes par la chaleur, dont elles i- 
toîent débitées, & que félon les termes de 
7. Sa$ur. Macrobe, Etiam ex jocis feriafacit violentiâ 
i.uh. loquendL Nous primes garde , quelesphis 
malfbndés en raifoo parloieùt toujours leplus 
haut , nous foUvenant de la maxime de Quîn- 



D'UNE DISPUTE. 26t 

dlieD, Neeeffe eft content iofius lofuariSy quod 
^M^are nmpt^: €f ajBUrmationenyfumitex 
homÊmey qukqidd non hahet ex verH(àLe. En 
effet |e crois, que c'eût çté un moindre œira^ 
de de Ëiire parler des muets > que de faire 
Caire, ou feulement de modérer ces gens -ci, 
Quelques uns nous divertirent grandement, 
que nous confidérions fe piquer davantage 
du iilence de leurs adversaires, -s'ils man- 
quoient à leur répondre, que de toutes les 
inîures, qu'ils extorquoient fouvent d'eux à 
la fin, MtdUrummorey quaconvit^um quamfi* 
lentnm mabnt. Il y en eut un entre autres, 
quenous vous nommerons de bouciie, qui 
ié porta toujours contre les opinions reçues, 
ne fe laiÛànt jamais aller au courant des au* 
très; nous dîmes de lui, que s'il tomboit 
dans la ri^ere, il faudroit l'aller chercher 
côntremont , & bien loin au d^effus de fa chd- 
te. Mais rien ne nous fcmbla plus plaifant,^ 
que l'artifice de beaucoup qui fe trouvant ré* 
duiis à Textréoiité , & ne fâchant que répon- 
dre, jetioient da la pouflîere aux yeux, em- 
brouillant les chofes, & les portant dans des 
obCburités telles, qu'on n'y connoiiToit non. 
Ils meftoient en p^tique la rufe , dont fe fer- 
vk Cacus contre Hercule, ne lui pouvant 
plus réfiften 



. a6i L Ç T T R"E CXlIt 

FaucHmsingentemfumum^ fmrabiU HBu^ 
t ^Bi. Evomit, imohif^e Jamum caligme cmaty 
ProfpeShtm eripiens ocuUs. 
Enfin nous admirâmes l'impadenoe, jointe à 
k (hipidité de ceux , qui ne comprenant rien 
à ce qui fe difoit, ou ii mal, qu'ils en deve- 
Qoient ridicules, ne laiflbient pas de trouved 
des Ântagoniftes. Nous remarquions pour^ 
tant, que ces derniers, qui s'efforçoient de 
rendre des ftupides capables de raiibn, é- 
toîenc les plus mal avifcs, de vouloir contre 
le précepte de Py thagore écrire fur de la nei- 
ge, qu, comme il Tinterprétoit, entrepren- 
dre Tinflruâion de gens fi grofliers, qu'ils ne 
peuvent tirer aucun profit de ce qu'en vain 
f on tâche de leur fiûre comprendre. 

Quand vous ne (auriés pas leprindpdfujct 
de lagran4e conteflation, je ne vousenman- 
derois rien, parce qu'il y avoit je ne fid quoi 
de fcandaleux, ou pour le moins d'an peu 
chatQiulleux dans la politique. Mais je vous 
dirai bien, que par incident l'on parla des no- 
donscommunes, & de ces jugemens du peu- 
ple, qu'il fonde bien plus fur le rappot des 
îèns, que fur la raifon. Cet article pafTa le 
plus doucement de tous par l'autorité d*Ha- 
race, que tous ces gens refpeâoient fort, 
ip, h l ^ Jtaerdum vulgus reOum vidct, tft ubipeccat. 



D'UNE piSPUTH. i63 

Ce ne fiit néemmoins qu'âpres qu'un AArblo- 
gue fe fut plairainioeRt|;endarmé^ fur la vraie 
caufe qui Eût, que les fens l'emportent fi fou- ^- f • ^fi^- 
vent conore la rsufoo, foûtenam après Ptolot^i^'*' 
mée, q[u'ilavoit toujours en bouche, que la ' 
Lune édfoit ceby paixe qu'elle domine les 
fens y & qu'elle a bien plus d'efficace 4juè Mer- 
cure , , qui préfide fur nôtre raifpm II y eût 
un petit homme, qui voulut s'élever làdefTus 
contre la Judiciaire, dont il étoit prêt de 
montrer la vanité; mais il fut contraint de 
diijparoitre, parce que Ptolomée avoitlàtrop 
de Pardfans, ou de gens, qui faifoient mine 
de Tètre, poor acquérir la réputation de Sa- 
vans. Kous l'ouïmes, qui murmuroit, en 
fortant, de l'injuftice, qu'on lui rendoit; & 
comme le foufflet, qui mit tout en defordre , 
fui vit incominent , nous primes aufïi bien que 
lui congé de la compagnie; mais en cela dif^ 
férement, queneus avions plus d'envie de ri* 
rc, que de nous fâcher. 

/ • 

3G 3^ 3 G 



R ni] 



^54 LETTRE CXIV. 
D'UNE 

LAIDE DEVENUE BELLE. 

LETTRE CXIV. 



L 



MONSIEUR, 

e changement de cette femm^^ ' que vous 
nommés merveilleux, pour être dev^ 
nuè fi belle de laide qu'elle vcus paroilfoit 
auparavant^ n'eft pas une chi>(è nouvelle, 
encore que ie la reconnoiflfe peur très confr 

^1- dérable. Paufanias écrit, qu'Arifton Roidc 
Sparte, épôufa lia plus laide <!^ dUgraciée de 
toutes' les filles de Lacedemone, qui parut 
depuis, étant femme, d'une beauté fi excel- 
lente & fî raviflante, qu'oc tenoît, quç de- 
puis celle-qui fut cauTe dei'embralemenc de 
Troye, la Grèce n'avoit rien vu dans foafexe 
^èfi accompli. Elle avoit époufé en premier 

» res noces un Agctus, au rapport d'Hcrcdotei 

qui attribue ce prpdigieux changement à une 
efpece de mjracle, fa nourrice aiant été foi- 
gneufe de la porter, lors qu'elle étoit enco- 
re petite tous les matins, au Temple d'He- 



D'UNE LAIDE DEVENUE BELtE.'â^ç' ; 

me, qu'elle invoquoit en (a Ëiveur. Tacî- 
cditaofli, que Livia femme de Drufus, &4^^m. 
œur de Germanicus, fut en Ci jeuneÛe fort 
e&gréable Qiais qu'un peu après elle paffoit 
kns Rome pour la pliis belle de Ton tems, 
Forma hdtio atatis tndecora , mqx pulchritu^ 
hnepractUebat, Etjepenfe, quejepourrois 
iamerlepion à ces HiAoriens, par des éve* 
démens à peu prés femblables à ceux, qu'ils 
rapportent, fi je ne craignois d'offqnfer des 
peiîbnnes, qui ne peuvent fouffrir, qu'on 
dife d'elles, que jamais elles aient été laides. 
Mais prénés garde, que cette Beauté, que 
vous prifés tant, ne Ibit de celles, où TArt 
furaionte la Nature, & qu'on peut nommer 
de be8\ux menfonges. Pour moi j'ai l'aver^ ' 
fion pour ces faufles beautés, comme pour 
la faulTc monnoie; &, (ans être Hçrétique 
IcoQomaque , je fuis en ceci très ennemi ^ 
des Images. Les femmes; qui ne font a- 
gréables que par artifice, n'ont garde de fai- 
re comme Venus, qui fut la première des 
trois Déeffes à fe dépouiller devant Paris. £l* 
les fe cachent au contraire fous du blanc & 
du rouge emprunté, pour néanmoifis fe faire 
voir, & tout ce que le meilleur Peiiitre peut 
feire en les repréfentant, c'eft de tirer une 
cc^ie de kur vifage fur iine autre peinture 
^ R V 



i 



atf« LETTRE CXIV. 

He pouvant pas aUer après le naturel. Cran* 
bien eh connraffons* nous ^ qui A'aiaot app^ 
remment que vint ans de jour, fe trouvent 
en avoir quarante & cinquante la nuit. A la 
vérité elles remportent cet avantage de fe 
pouvoir vanter, que fans être redevables à 
la Nature comme d'autres, leurs bonnes gra- 
ee font Touvrage de leurs mains. 

Or s'il fe peut, qu'on voit de laides beau- 
tés, à quoi fe rapporte le mot mKK(Xf<r)^poç, 
Ton ne mentira pas d'ajouter, qu'il y en a ' 
aufRjdetrèsdangereufes. Les plus agréables 
couleurs du monde, mêlées d'or & d'acKur, re- 
Iui(ent quelquefois fur la peau d*un Serpent: 
Et l'Aconit fi fort à craindre, fleurit plus a- 
gréablemént, que beaucoup de plantes très | 
utiles.^ Il fort des yeux d'une belle femme I 
de certains raions, qui comme ceux de la | 
Lune font une infinité de fous, & de mala- 1 
des. * Ou, pour mieux dire, elle n'a point 
de partiel fur elle, jufqu'au moindre de fes ' 
cheveux , qui n'aient d'âffez puiflans charmes i 
pour captiver le plus fage des hommes. C eft 
ce qui faifbit écrire à Mufée, repréfentantla 
beauté de celle, qui obligeoitftfouvent Lean- i 
dre â trayerfer l'Hellefpont, que tout le corps 
de cette û\\e étoit fu rempli de différentes | 
8^^**^^^ qu'apparemment ceux^ quiravoiene 



i 



D'UNE LAIDE DEVENUE BELLE. 267 

pr&!edé s'étoieat trompés en les reduif^nt 
au ncxnh^ de trois. Et fur ce même fonde- 
ment y Âriftenete décrivant les perfeélions de £. /. ^jt. 
Cydippe maitrefle d'Âcôntius; ajOTùre^ que 
fes yeux feuls non pontens des trois Grâces 
d^lefiode, eti ont cent, qui ne les abandon- 
nent point Quoiqu'il en foit, l'on ne fau^ 
roit nier, que tout ce que la force la plus ab- 
foluC; oulaRhétorique la plusperfuafive, peu- 
vent obtenir fur nous avec beaucoup de pei- 
ne & de refiflance, le fexe, qui a la beauté 
en partage, ne, nous le faflfe exécuter d'un n 
(èulcUnd'œil fans aucune répugnance. Jeme^ 
veux taire lâdeflfus deSalomon&defesfem- . « 
blablcs, pour vous rapporter feulement ce 
ui empèdia le grand^bduifleur Mahomet d'al- 
er en Perfe, aiant avoué, que Tappréhen- 
fion lèule des femmes de ce pa!s là étoit cau- 
fe, qu'd s'abflenoit d'un tel yoiage, parce 
qu^elles étoient fi pleines d'attraits, que les 
Anges mêmes en pou voient devenir amou- 
reux, & s'aflujettir à elles. Les Théâtres ont 
été de tout tems occupés à repréfenter cette 
abfolnë puiflance des belles fur nos volontés^ 
Se Tunique exemple de Cleopatre fuffira pour 
nous fiure comprendre, jufqu'oû elle s'év 
tend, puifque l'Hifloire nous aflfure, que 
phiûeurs de fes Amans adietolent librement 



?. 



tes LETTRE CXIV. 

une nuit d*élle au prix de leur propre vie: 
Cleopatratant<ehbidinisfuit^ ut fape proftite' 
rit; tanta ptikhritudinis y ut multi noÉfem iUi- 
msy morte emerint* Ceft le texte d'Aurelius 
Viâor- ' 

. Ce, que je viens de dire à l'avantage des 
femmes de Perfe, m'oblige à remarquer, 
, qu'adez d'autres contrées que laleury (e van- 
tent d'avoir les plusi>elles du monde. La Chi- 
ne attribua ce grand avantagea celles de la vil- 

/ le de Nancheu qui eft de la province de Nao- 

r. f^ ^ quin : De même dit le Père Alvaro . Semedo, 
que les plus agréables Portugaifës^ont ordi- 

T>u Loir, nairement de la ville de Guiniaranez. Des Rela- 
tion modernes donnent leprix, dont nous 
parlons^ auxThebaihes, & d'autres aux lo- 
^- fulaires de Chio. Les; plus rares beautés du 

^ ^' ^- 74' Serrail de Conftantinople , viennent de Cir- 
çaffiQ & de Géorgie vers Tandenne Colchidc, 
& fi ce que Belon écrit eft véritable, que dans 
tout l'Etat du Grand Seigneur, les femmes 
(e peignent de jaune les cuifTes, Se ce qui efl 
au defliis jufqu'au nombril, elles ajoutent eg- 
core cet artifice au naturel/ Surquoi l'on peut 
obferver, que cette beauté, qui caufe Fa- 
mour, Se qui excite en nous de fi^ violentes 
pafl^ons, n'eA pas uniforme^ ni regardée 
d'un même oeil par tout. La jaunilTe des 



DUNE LAIDE DEVENUE BELLE. 259 

Turques Vraifemblablement ne nous plairok j> Ganz. 
pas ; non plus que les taches des Irlaidoifes i 
qui pafTent chez elles pour d'autant phis bel- 
les , qu'elles ont fur la peau davantage de cas 
marqueteries à b fiiçon des Truittes. ' Ceft Orat. i^ 
ainfi que les femmes de Thrace fe couvroient, 
dutetœdeDionChryibftome^ d'un nombre 
deSdgoiates, ou Balafïres, proportionné au 
defu-^ qu'elles avoient de faire paroitre leur 
nobleflfe^ Se (ans doute d'augmenter par là 
leur beauté. L'on auroit peine à le crok^ , ^ 
fi les volages de long cûurs ne nous avoient ^ 
Ëtit voir des perfonnes avec des vifages trbués 
& découpés par taillades, exprès pouren^ugf- 
menter les grâces. Le nés camus des Mores, ^' f* 
auili bien que des femmes de Tartarie, fé- 
lon Rubruquis , les fidt eftimer plus aimables, 
& la noifceur des Ethiopiennes, de rpemc^^ '*«>'• 
que de celles de Groenland, puifque nous ap- Q^auiin. 
prenons, que nonobftant fon voifinage àwL.^. 
Pôle, il y nait des Nègres comme en Guinée, 
a fes charmes auiTi pûii&ns que la blancheur 
parmi nous, & la couleur olivâtre en beau- 
coup de lieux. ' Car je ne fui$ pas 4e l'opini* 
on de Fauianias, que la Venus Noire, ou 
Meleoide, d'Arcadie n'eftt ce furnom, qu'à 
caufé que les ténèbres de la nûitfemblen^de- " 
llinées aux plaifu*s, qui fe prennent avec les i 



270 LETTRE CXIV. 

femmes. Je penfe que la principale raifoo 
de cent appellation fe doit tirer de ce que les 
plus poires ou bazannées ont leurs attraits, & 
ce qui les (ait rechercher^ de même que les, 
plus blanches^ ou les plus ven^eilles, n'y 
aiaot point de couleurs, que Cupidon n em- 
ploie pour faire voir fa toute-puiflànce. £01 
vérité l'Italien a fort bien dit, que tout! cequi 
plait efl toujours beau, ou plus gendmeot 
encore, mnèhello^lcKèiello^ wuiûuelck] 
place. Toute la di verfité , qui s'y trouve dé- 
pend du lieu, du tems, & des peribnocs^ 
ce que vous favés que j'ai aflez amplemeQt& 
Icepdquement fidt voir ailleurs. 

L'on pourroit douter là deffuç, que la 
Bçauté fût quelque diofe de réel, & de cer- 
tain , puifque ni la proportion àes membreS) 
ni leur couleur, qui compofent ùl definidoo, 
n'ont rien d'arrêté. Ufembleque, coniidc- 
réedelaâçon, elle ne foit qu'un pur ouvra- 
ge de nôtre imaginatiqp, fujette à mille va- 
riétés par les drconAances, que nous venons 
de toucher. Mais donnons lui toute l'exi- 
Aence, que fes plus gtands admirateurs lui 
attribuent , ils feront contraints d'avoucTi 
qu'elle eft fujette à de telleis diâGérences, 
qu'on ne la reconnoit pas d'un lieu à i'autr^ 
ni fouvent en elle même. £Ue fe contente 



D'UNE LAJDE DEVENUE BELLE. 271 

uelquefois d'éclairer un peucommela Lune 
ins échauffer, en d'autres rencontres elle é* 
louît & embrafe coitanie un Soleil ardent. 
^oiqu'il en foit, fans rien exagérer davan- 
age, celle, dont vous parlés, mérite d'être. 
egardée d'un oeil tel que le vôtre. Vous y 
erres bientôt une autre changement fort op^ 
K>Ieàcdui, qui vous a donné ta;it d'étonné- 
DcnL C'eftceljLii qu'un peu d'années vous 
eront remarquer; celui, qui fàifoit pleurer 
^elenc à (on miroir, & le même, qui l'o^ 
)ljgeoit à noitamer le Tems fon trotfiéme, 
[>u quatrième raviflfeur, car le nombre n'en 
^ pas bien confiant. Etrange forte de rapt, 
où l'on vQJj^Helene enleyée à Hélène mê- 
me; & csM que les trois parties du Mon- 
de, quifiûfeient fon tout alors, reconnurent 
pour la plus belle de fon fiécle, chercher fon 
vilàge àms une.glace de miroir, qui ne lui ^ - 
repréfente plus rien que d'affreux. Cette pe- 
tite moralité me fera finir par une autre qui 
touche l'obligation, qu'ont les belles perfon- 
œsfi fusettes au dhangement, que nous ve- 
nons de coirfidérer, aie parer de la Vertu, qui ' 
œchange point. Sileursbonnesgracesdetous 
tttés follidtées y trouvent de la répugnance^ 

( Ufejl cum forma magna puâidtùe ) p^ 2^^^ 
Hir. beauté , qui confiAe en proportion , bien 



a?» 



LETTRE CXIV. 



grte am. 



que fes méfures foient différentes, a par a 
rapport, & par cet ordre, autant de coovo 
nance avec la Vertu, que de contrariété avec 
le vice dëreglé & defordonné en toutes fes 
parties. Et la faleté de celui-ci leur donne 
ra étant vertueufes, la même averl'jooi 
qu'on prend des boues & des ordures, lors 
qu'on a 4e beaux habits. Le pi us licenricui 
des Poètes a été contraint de reconnoitre lo 
bligation qu'ont les femmes d'aimer la Venu 
qui cft de leur fexe. 

Ovil jJe Ipfa quoque &* cuitu eft^ &' nomme femm 
Virtus. 
Car pour les hommes, comme ils font tort 
à feit méprifiibles, s'ils ne fondrais de w 

A vîro te Divinité, qui tient d'eux le nom quelle 
porte, ce leur eft d'ailleurs une grande hon- 
te, fi hors de k bonne mine, ils recher- 
_chent quelque recommandation dans labe» 
té. La petite taille, jointe à la laideur à 
Bertrand du Guefclin , ne rempêchërent pa 
d'être Connétable de France, & ne le fircBl 
jamais moins eftîmer. L'on a dit au conirt 
re en (a faveur, que la Nature iembloit U 
voir rendu tel, de crainte, qu'il eut queiqt* 
diofe de commun avec les femmes. Et si 
eût confumé toutes les matiqées à & coi^ 
d'une perruque, lui qui n'ctoit pas ni z<M 



virtas. 



À. 




D'UNE LAIDE DEVENUE BELLE. 273 

il n'eût jamais mérité la lampe inexringuibli^ ' 
m la iepulture, que le Roi foii- maitre lui fit 
donner à Tes pieds dans S. Denis. Un Ca- - 
valier fe trompe fort, s'il croit par des aju- 
démens efféminés, fefiure regarder plus fii- 
rorablement des Dames. Venus leur ap* 
prend à mettre leur grandes affedtions en.. 
des pcrfonnes Martiales. Et Tart niême d'ai- 
mer leur enleigne à méprifer ceux > qui a£fe- , r 
tient une trop curieufe mignardife. 

SeJ vkiite viros cukumfbrmamque profeffos^ OoU. j. 
Quiquefuàspottunt in ftatione comas. * «'• 
Seneque le plaignait de fon tems, que les^^^ 
femmes avoicnt entrepris fur le métier des 
hommes, Aîieo perverfum commenta genus 
impuJiciti^^ viras inemt. Il aoit que c'eft^W» 
ce qui les rcndoit ibjetes aux Goute^, & à 
laPekde, comm^ noxxs y^ia faminam èxue- ^ 
nint j damnatiB funt morbis virilibus. La 
chaoce a bien tourné depuis , ce font aujourd* 
hiii les hommes, qui conteftent aux femmes 
ce qu'elles ont de plus recherché dans leurs 
parures, & de plus mol dans leurs /Compor- 
temens. 



m 



oif.titxt-îr 



TtmtVJLFm.L 



S 



• 




274 LETTRE CXV 

DU REClt D'UN OUVRAG 

LETTRE CXV. 

MONSIEUR, . 

II cft vrai que je me fuis inopinément tn» 
vc à la Icdlurc de Iccrit, dont Ton vousi 
parlé. Ce divertifTcmcnt n'eft pas des plu 
àmongrt, parce que j'appréhende toûjaï 
qu'on ne m'imporc en prononçant avec frc] 
d'affeibtioii, & d'einphalb, ce qu'on veu 
feire'paffer pour cxccllentj ou avec trop « 
négligence , & quelquefois de malignité, a 
^u'on defii c expofcr au mépris. Car vou 
n'ignorés pas le tort, que peut faire à un 
Ouvrage cette deniicrc malice, & le julte 
fujet, qu'eût Plîiloxenc, de cafter le tnvà 
de ces Podcrs, qui recitoient mal fes ver^ 
^ leur proteftant, qu'il traiteroit auOi defav^n- 
tageufemcnt leur marchandilè, qu'ils &i 
foient lafienne. Jevous parle librement deb 
forte, comme à celui, qui s'efl rencontra à; 
des récits de l'une & de l'autre ùqon, d'où 
vous m'avouïés au fortii- n'avoir pas tin; 



/ 



DU RECIT 0'UN OUVRAGE. 



' ade 



27y 



fatisfaâion. En effet le ion, rqui 
1 is firape l'oreille n'eft pas le plus confidé- 
|l&, pour bien juger d'une compofition, 
. jKerieur, qui touche l'ame, eft bien plus 
(portant, comme celui, qui fait inieux 
^tir Tharmonie de cette cotnpofition dans 
^ilencc qu'avec la voix, de quelque ma- 
jore qu'elle foit emploiée. Les prononcia* 
ins pompeufes & cmpoulées font bonnes 
Mil le théâtre, & pour les perfonnes, quife 
^^ lient d'un ton mélodieux , & d'une adîion, 
^Vi le Tait bien accompagner. Des autres, 
î veulent pénétrer plus avant ne s'arrêtent 
là , & fàvcnt mieux tirer l'agrément & le 
fit d'une pièce d'étude, par la lefture 
iuecte, ou l'on n'emploie que la vue, que 
r tout ce que la vive voix peut avoir d'arti- 
fice & de charmes. ^ Tant y a que Pécrit qui 
îious fut recité, regardant la Morale, je ne 
jugeai pas qu'il eût cette force, que demap- 
dok Ariilon en tous ceux de cette nature 
quand il difoit, qu'un bain, & un difcours 
noral n'étôient ûc nulle confidération, fi 
1 Lia & l'autre ne nous nettoioient & ne nous 
purgeoîent. Pour ce qui concerne iTilocu- 
tiûo, elle me parut afTez pafTable, mais non 
pas telle, que Quelques uns Tont publiée. 
In tout cas c'eft la dernière chofe à quoi l'on 

-S ij 



.^ 



:\ 



> J 






ijS ' L E T T RE CXV. 

devroit prendre garde , il me femble , dans , 
produdlibns dé cette nature; de même, 
encore un ancien, qu'on ne s'attache guc.^ 
à obferver la beauté delà coupe, qu'apc^ 
avoir bien goûté ce qui ctoit dedans, & 
tout le plaifir que le boire peut donner. . 
plupart du monde &it fon capital de ce q 
ne doit .être que l'accefloirc. L'on négli 
la penfée, pour donner toute fon attentif- 
au choix des termes, & à la belle manier* 
de s'expliquer; diramùs ut mtmerus periaà 
cmftet, non curamus ut Jenfus ; pîerique m 
cejfaria deferunt^ àumfpecinfafeBantur. 9 
par un foin impertinent l'on tombe dans le 
defeut du Rhéteur Mufa, dont Sencque dit 
encore multum hahuit ingenii, nihil corJu,^ 
qu'il faifoit paroitre aflez de pointe d'elprit, 
nwis nul jugement. Certes la Grèce, de' 
qui nous tenons toutes les fciences , & pani- 
culieren»ent l'Eloquence, donnoit bien une 
autre leçon par ce, tableau célèbre, qu'elle 
nomma HenaatAeàe y où Pallas & Mercurt 
mdiflblublement joints & compliqués, ea- 
leignoient, que l'éloquence Alafagcfle, la 
belle expreffion & la bonne penfée, ne fc 
doiveht jamais féparer: Et les Egyptiens eu- 
rent vraifemblablement le m<^me fentiment, 
quand ils conûcrèrent au Dieu Harpocratele 



Dû RECIT D'UN OUVRAGE. «77 

écher^quîrepréfcntelalangueparfesfeiùlles^ 
: le cœur par fon fruit; pour donner à en- 
mdre , qu'il ûut fe taire , ou quand on par- 
; y né dire jamais rien que de bien médité^ 
: qui forte du cœur, d'où félon eux par* 
>ient toutes les bonnes penfees. 

Cette pièce ne laifla pas de trouver y fuî- 
anc la coutume^ un fort grand applaudiflfe- 
Qcnt^ I] y eût néanmoins quelques - uns des 
uditeurs, qui pour faire les fuffifans voulu* 
ent reprendre des cHo(es, dont la corredHon: 
toit à mon fens injulle & impertinente. Ils 
rouvoient 4 redire fur un petit jeu des mots 
iffez naturel^ & qui n'étoit point trop reqher- 
:hé, préfuppofant, que toute allufion de 
paroles étoit vicieufedansun difcours ferieux. 
|e ne pus m'empêcher, de leur maintenir, 
\uc la maxime étoit faufle, jprife fi gépéra- 
lement, n'y aiant que Texcés ou la mauvaife 
application de cette figure^ qu'on doive con- 
danner. Je leur fis voir , que Platon & Ari- 
(bte , non plus qu'affez d'autres des plus 
grands Auteurs, que nous aions, n'avoient 
pas fait difficul^ d'en ufer dans les plus itn- 
portantes matières qu'ils euffent traitées. Et 
parce que je Êivois^ qu'ils avoient Virgile en 
ïingulicre vénération, & que je connoilTois 

S iij 



/, 



». 



f' 
it 



â78 



L E T T R E CXV. 




leur portée, je leur dtai ce vers du prcmia 

livre de l'Enéide: | 

Haud aliter puppef^e tu^j puhefque tuo' 



TUtM» 



que ce Poctp , fi exadl en toutes fcs dicïoas 
fait prononcer à Venus parlant à fon fils Ence 
de chofes très ferieufes. Si cft- ce que perJ 
fonne ne s'cft avifé d'accufer Virgile d'avoir 
fait de' ces deux mots puppes & puùes uo jeu, 
qui feroit d'autant plus ridicule, û ce quils 
a\rançoient ctoit récevablc , que la pocfiedoic 
être en cela bien plus retenue que la proie- 
irncfaut pas laiffer d'avouer pourtant, noa 
feulement que cette figure trop fréquente^ ou 
recherchée avec trop de loin , eft à blainerî 
mais qu'il n'y en a point même dans toutrâfO 
des Rhéteurs que le mauvais emploi ne ren- 
de condanhables. Les figures font des cou^ 
leurs d'oraifon, qui entretic dans la Rhétori- 
que, comme la Chromatique dans la Mufi* 
que, qui la rend quelquefois plus douce^ & 
plus agréable, & qui trop repétée ramollit, 
& la fait méprifer. C'eft pourquoi Ton peut 
foûtenir d'un difcoursexcelTif en figures, de 
quelque namre qu'elles foicnt, que pour è 
tre trop fardé il en eft laid, <Sc dire à ccuïi 
qui en abiifent, le mot adrcffé à ce )cu|ie 
Pafteur: ^ 4 



A- 



r, 



DU RECIT D'UN dUVRAGE. 879 

nmiitim né creJe colorL yirgtd.2. 

Mais nous devons aufR tenir pour conAant^ 
qu'il n'y a point de figure d'oraifonr, qui foit 
abloknncnt à rejetter , puifqu'elles n*ont été 
OLites inventées que pour embellir roraifon, 
*:<: pour faire on des grands omemens de Té- 
loqiience. Qui cfoirôit que la Redondance^ , 
oulePlconafme, fuffent recevables ? Ilfem- ' * 
ble qull n y ait point de fuperfluité, qu'on 
doive Ibu ffrir , fi ce n'eft quelquefois celle de 
la table. Cependant cette figuré a bonne grâ- 
ce^ quand TOrateur la fait bien emploier.. 
L'obicurité eft un vice d autant plus grand, 
qu on ne parle que pour fe faire entendre ; Et 
néanmoins cette même obfcuritê, qui acT 
compagne la Réticence, devient recomman- 
dabJe, lors qu'on veut donner de la crainte,. ^ . 
pource que toutes chofes paroifient plus .' 

grandes, & plus ^tonnantes dans les ténè- 
bres, qu'elles ne font en plein jour. Et 11- 
diodfme qu'on doit fi peu mettre en ufagc, ' 
& qui eft fi voii in du vice, dit Seneq\ie, ne 
iflc pas d être par lui placé entre les vertus, 
>nt les Rhéteurs prennent quelquefois plai-P^f»'"- ' 
de rendre leur difcours plus agréable :^'^^^' 
diotifinus efi inter Oratorias virtutesy res qua 
tro froçciUt. Tant il eft vrai, qu'il n'y a , 
>int de il bafTe figure, nidefi décriée, qui 

S iiij 



i< 



280 



LETTRE CXV. 



ne puiâe en de certains endroits relever uni 
pièce d'éloquence. 

Si vous mè demandés , quel profit je tiraj 
d'une déclamation > que je voulus bien de^ 
fendre de là forte? jevous repondrai franches 
mçBty que je rfy apris rien autre choie, qu'4 
^ prendîre patience, durant un très fterilc, trci 
deibrdonnéÀ très ennuieux reci t. Je regrets 
'^ tai fort de ne pouvoir dormir, comme 1 oo, 

fait quelquefois au Sermon j car j'euffe pal 
- prendre un peu de ce doux repos ians beau- 
coup hazarder, la pièce, quon lifoit n'aiane 
rien de ce qu'oii a dit des Oraiibns de Sève 
, rus Caffius, qui ne permettoient pas la mom- 
dre diftradtion à fes Auditeurs ^ Ians un nota 
ble dommage^ & tans faire de grandes pertes^ 
Stme. m ddeà nihilerat in quo audit or fine àamno aïiqmi 
Ftffttt. ageret. Mais la plus inlupportable choie de 
tout ce que j'eus à fouftrir, ce fut le flus de 
bouche dun homme > qui me vint aborder 
au fortir , comme pour &ire les honneurs de 
la maifon. Sans mentir je ci ois que cctoit 
de cette forte d'Hirondelles , que Pythagore 
vouloit parler, quand il dcfendoit à fes difci- 
pies d*en recevoir fous le toit de leurs logis. 
Une perfonne qui en fut importunée comme 
moi, me dit de bonne grâce, lors que nous 
fumes délivrés de cet importun j Voilà un 



Uh.i. 



DU RECIT D'UN OUVRAÇaE. agi 

homme^ qui fait fort bien parler, c'dldom* 
mage, qu'il ne fâche aufli bien écouter, & 
fe taire. En vérité la bouche ne lui avoit 
point fermé ^depuis fon abord, fans permet- 
tre qu'il ùmit de la nôtre la moindre réponfede 
celles , que nous eûme^ntention de lui faire. 
EAilpoflible, cher ami, que la chofe du mon- 
de y qui devroit être le plusen nôtre puifSince, 

Quis minor efi autetn quam tacuiffe lahor ? ^'^' 
foit néanmoins la plus difficile de toutes à re-^"*' ^ 
primer. le parle de la langue, quelaNatu* 
re lèmble avoir fi biep renfermée par tant de 
fones tours, & de murailfes, que nos dents 
& nos lèvres forment comme pour la gai'der^ 
À qui cependant échape fi fouvent aux plus 
c^jfcrets, qu'on a fidt une vertu héroïque de 
fe lavoir taire. 

Proximus iUe Dèo efi quifcit ratione tacere. 
11 ne faut pas chercher parmi les Orateurs ce 
demi- Dieu, leur excellence efi toute dans 
la parole & dans le difcours: Il n y a que la 
Philofophie, qui nous apprenne le fdence, 
tel qull &ut le pratiquer, & fon Sage feul a 
cet avantage de favoir fe taire à propos. C'eft 7- ^ 
ce que Macrobe a exprimé en ces termes, ' 

(' au i ujet 4'une fi louable tadtumitè, H<bc efi 
uuâ de virtutibus PhilofopUa^ qiàactim Orator 
non éditer qunm orando frobetur ^ Philofi^hus 

S v 



et. 



:/ 



282 



LETTRE CXV. 



W 



non minus tacendopro tempor^y quam hqutnâo 
philnfophatur. Voici une leçon- importante^ 
<)ue donne fur cela le digne Précepteur de 
Traa. de Trajan : Comme Socrate confèilloit de s'ab- 
gorr. ilenir des viandes &des boiflbns , qui provo- 
quent à eh ufer fans fairn^ fans foifr^ il Eut 
de même contre l'intempérance de la langue. 
& contre le vice de trop parler, éviter les propos 
. I où prefque tous hommes ne fe plaiient que 
trop- Avec ce régime un Cavalier fe rendra 
plus modéré quand Ton fera fur le propos 
des combats, & des exploits militaires. Ce- 
^ lui, qui a mis fon plaiôr à voiager, & qui 
s'eft acquis l'avantage d'avoir vu plus de Na- 
tions & de pais que beaucoup d'autres^ s'era- 
pâchera d'importuner les compagnies de 
tou3 les périls, qu'il a courus foit par mer, 
ibit par terre, ^décent remarques, qui ne 
plaifentpasà'touUcmonde. Ne vous foii- 
vient-il pas de celui qui fàifbit abandonner 
le Cabinet de Meffieurs du Puy, autant de 
fois qu'en fa préfence l'on tomboit fur le pro 
pos des grands chemins ; parce qu'ouËre la le- 
(Hure qu'il, avoit faite du traité de Nicolas 
Berger touchant cettemadere, il avoit eu loin 
. deconfidcrerendiverfesProvincesderEurope 
les reftes de ces anciennes voies mi ! Jtaires des 
Romains. Pcrfonne tfignoroit, que ce ne 



^ ^ 



283 



fliflent les plus illoftres marques qui nous re- 
Aent de la grandeur de leur Empire^ & l'on^ 
ne méprifoitpas auiTi les obfervations de cet 
homme. Mais il les repetoit fi fouvenc^ & 
il le &i(bit toujours avec une prolixité fi en- 
nuieuie; qu'il obligea fouvent les plus mode- 
Aes, & les plus civils à le laifler feul. 

PARATJ.ET.es mSTORIQUES. 

LETTRE CXVI. 

MONSIEUR, 

CMi'eft pas fans fujet que je fonge à la re- 
traite. Mon humeur m'y porte , mon 
âge s'y accorde^ & la condition du tems, ce 
qui comprend beaucoup de circonAances, 
n'y répugne pas. Que je m'ioiagine, fmon 
depldûr, pour le moins de coniblation, fi ^ 
l'un peut être ians l'autre, dans ce Temple Tem^ 
du Repos ^ où je me propo(e de paffer le re- pi"™ . 
fte de mes jours, puifque les Romains lui^^"*^ 
en édifièrent autrefois comme à une très im- 
portante Divinité. 11 me femble que Plutar- 



384 



LETTRE CXVI. 



\\ * 






Plancio. 



que nomme cela quelque part , fe dreffer à fol 
même une guirlande ou couronne de tran qiiîf 
lité , TÎjç ctropa^iaç ceavrcZ ç^avov yrKt/M 
Et certes c'eft couronner fa vie, de la fïm 
ainfi, & triompher du monde en dépit il 
, l'Envie, etiamfi invidia htentem imeniT-, 
comme parle Quintilien. Mais ne croiet p ; 
que je veuille abufer d'un repos tout à fait o 
fif, & plongé dans unie honteufe faméantifc; 
Oras. prtotium fueum nun^am erit oUofum^ non plus 
Que celui de Ciceronj & puifque nous ne 
tommes ici bas que pour Ta^fiion, qui dàcr 
mine tous les Etres, que Dieu a produits, -i- 
giffons courageufcment par cette paitie, qu^ 
la vieilleffe n'intereffé point, & qui feule, 
çonime inmiortdle, peut donner à nôoc 
nom quelque immortalité. Nous aurons al- 
féz de tems pour nous repolèr, quand la Par 
que l'ordonnera. 

l/mga quiefcendi temporafata dabunt. 
Et lors que ce Pluton furaqmmé j4geflMi^ 
nous aura fait cheminer où vont tous les peu 
pies, ouqiiecet Or eus Quietalis^ pris pour 
le minifh^ de la volonté divine, nous auri 
aiis au lieu du dernier repos, nouslegoûterons 
tous à loifir, & fans que perfonne y puilTe 
apporter d'interruption. 
<^ependant je veux vous Citisfidre, autant 



Ovid.7.' 
amù,L^é 



! 



PARALLELES HISTORIQUES. 28r 

que je pourrai^ fur le fujet^ qui vous donne, 
à ce que vous me témoignés par toutes vos 
queitioDS^ tant d'inquiétude. Premièrement 
tenés pckir un aphorifme très confiant dans 
toute l'étendue de la Théologie^ quePhumili- .; 
té & le profond refpeél, que nous aurons^our 
les chofes divines y feront toujours plus agréa- 
bles à Dieu^ que toutes les pointes d'efprit> 
qui nous portent i examiner avec une trop 
curieufe recherche ce qui concerne la Réli* 
gion. Ce même Dieu nous auroit révélé ^ , 
lans doute beaucoup plus de myfteres, qu'il 
n'a feit, s'il avoit voulu, que nous çn prit 
fions connoil&nce. Et quand je me fouviens 
de ce Jupiter révéré par les Grecs auprès de 
Sparte fous le nom de Scotite, ou d'obfcur; ^^^^ 
je ne puis aflez admirer l'infolence de beau- ^^* 
coup de Chrétiens, qui ofeht prononcer mil- 
le particularités du Ciel, qu'il a voulu nous 
tenir cachéesy comnie s'ils en avoicnt pris '; 
depuis peu une plus par&ite connoilTance 
que les autres , & qu'on ne leur pût pas dire 
raifonnablement, quis nqvit fenfus Domini^ • 
ont quis amjiliarius ejus ? Spuvenés-vous, je 
vousfupplie, de la pieufe môdeflie de Simo- ' 
nide, i|ui nai^t demandé au Roi Hieron 
qu'un }our ; pour traiter devant lui de l'eiTen- 
ce divine, M en demanda deux, & puis trois 



V 






M 



f 



28<5 



LETTRE CXVL 



Hieodùr. 

Ihar. 

fabul. 



en fuite, protcftant que plus il y penfoit, 
plus il trouvoit de difficultés à s acquitter as 
fa promeffe. Pour moi ie ne doute poitfj 
que cette humble profeflion d ignorance n'aii 
été beaucoup plus agréable su ibuverain 
tout Payen qu'étoit Simonide, que l'infoîeoj 
d'un Eunomius, & de cette elpece d'Arri 
fesfedateurs, qui fe vantoicnt de connoitrc 
Dieu aufli exaftement qu'il ie pouvoit com- 
prendre l^i-même. Ceux, qui préllimenl 
de pénétret jufqu aux plus fccrets confeils de 
h Divinité, d'approfondir les plus cachés 
myfteres de nôtre Reb'gion , & de rendre rai- 
ion par ce moien, fans jamais fe mèprcndrei 
detoutcequeleCréateurdu monde peut opé- 
rer dans toute retendue de fa grâce ordinaire 
ou extraordinaire, nefontpis fort éloignes 
de la préfomtion ni de Timpieté de ces Hàt* 
tiques. 1 

Ce propos me jette infenfiblement daftf 
run de vos doutes , s'il cft penii is de tirer qud-, 
ques parallèles entre le Paganilme^ & le Chri^! 
Âianifme, en comparant de certaines chol^ 
qui fe pratiquent dans la. vraie Religion, avec 
ce qui étoît en ufage, oU qui s'obferve enco* 
re parmi les Idolâtres* Je tombe d'accord, 
qu'il faut être fort reteriu en cela, pour oc, 
pas tranfporter indifcretement dans Jeruû- 



F 



PARALLELES HISTORIQUES. 287 

lem les ordures Se les fiiperftitions d'Egypte. » 
Mats je foûtiens, fjue jamais les Pères de TE- 
lltle n'ont fait difficulté en quelque fiécle 
que c'ait étéj de montrer, coinine le Diable a 
toûjoujrs tâché de s attribuer le culte^ qiii 
n cft dû qu'à Dieu j ufant de mille fin^eries, 
pour imiter dans toutes les fâufles Religions, ' 
ce qu enleignc la bonne dans fa Liturgie, «& ' \. 
ce qu elle prcicrit au fujet de fes cérémonies. «^ 
Ccft furquoi je me fuis déjà expliqué affez au 
long au Traite de la Vertu des Payens, &^wi^' 
daas une Lettre qui confidére quelques rap* 
ports de ruiftoirc pro&ne àrla lainte. Pour ; ' 
JUS complaire j'en dirai encore ici quelque 
lofe , fans répéter ce que vous aurés pu 
)jr dans l'un ou 1 autre de ces deux endroits. 
Déjà Ton ne liuroit nier, qu'on n'ait ob- 
ré parmi les Gentils les mêmes laçrificeS; 
les mêmes aufterités, que la Synagogue 
préfcrivoit aux Juifs;- ce qui fe peut dire en- 
core de la plûpat t des Sacremens de l'Eglife 
L'on a trouvé la Cii-concifion en ufage dans - ^ 
beaucoup de Frovônces de TAmerique. L'en^ 
ncmi du genre humain^y eft fait & ailleurs 
de faux martyrs , auffi zélés en appareiicc que 
ceux , qui méritent de porter un nom fi glo- 
eux. Et comme le nouveau monde avoit i^ 
vS Prêtres èc fcs Sacrificateurs, auffi bien 



288 



LETTRE CXVL 



que fes Veftalcs & fes Réiigieufes : Les Ch 
nois à Fautre bout de la terre ont encore ai 
jourd'hui des^perfonnes de l'un & de ïmxx 
fexe condcrées au culte de leurs Pagodes; t 
Ton y voit des Monafteres fait d'homme 
ibit de femmes , peu diflféren s , au rapport à 
Perejarric., deceuxduChriftianiime. Mai 
ce que Fauteur des Paralipomcncs à la don 

4Jijf.c^f. 7iéme partie de TAmerique, & le Père Je 
feph Âcofta recitent des Mexicains , eft li ei 
près fur cefujet, qu'il ne peut pas letre da 
vantage. Ils' font voir comme le Demoi 
Vitzlipuzli fit des Mexicains Ion peuple élài 
Pexcniple des liraâlites, les conduifânt cnri 
rbn l'an de £tlut huit cens vint^ des pardâ 
du Nort dans celle qu'on nomme à préfent la 
nouvelle Efpagne, qu'il leur promit comnn 
. un lieu de délices des le commencemcm ii 
leur expédition. Il faifoi t porter la niche oïl 
il repofoit fur 4in brancart , comme autrefoiî 
FArche d'alliance, par quatre des principa 
d'entre eux à qui il reveloit ce qui leur pou 
voit arriver , leur préfci vant ce qu'ils devoicoi 
faire. U fit auffi mourir ceux y qui parurcm 
N . refi'aâaires à fes ordres, à rcxemple deDa- 
dîan, Coré Se Abiron. Bref il paroit maDifeftc- 
ment, difefnt-ils, qu'il prit plaifir à faire le 

* fuige du vrai Dieu^ copiant tout ce qui fe paf 

il 



' I 



PARALLEUES HISTORIQUES. 289 

6 à la conduite des^ en&ns dllraël d^Egyptç 
en Cànanée, qu'ils nommèrent la terre de 
promiiTion. Et le P. Acofta ajoute, que£.j. 
Von feulement à Mexico^ mais encore à Cuf- 
co dans le Pérou, ce même fàliificateur a i- 
mité tous les Sacremens avec leâ principales 
cérémonies de FEglife, jufqu'à la Fête-Dieu 
où fe fiiit la procelTion du faint Sacrement 
D'autres Relations de l'une & l'autre Inde 
vous feront voir, comme les Pèlerinages, 
les Fotioxx préfens qui s'y font, la Confef 
fion, le Batême, & les eaux luftrales, y 
entêté en ulàge, avant 1? première décou- 
verte ie tant de vaftes régions. Diogenc 
voiant des tableaux & d'autre^ dons^ylpen^ 
dus dans un Temple par ceux, qui ayoient 
évité le naufrage, s'eii moqua, dilant que 
le nombre des autres, qui étoient péris non- 
obftant leurs vœux étoit incomparablement 
plus giahd- Et l'inveétive de Plutarque eft J^ ^yth 
expreflfe fur cela, quand il protefte, que les '""'^ 
offrandes, qu'on voioit dans les Temples 
pour des batailles gagnées & des hommes é- 
goiçcs, ne piouvoient être agréables aux 
Dieux; y trouvant beaucoup plus à repren* 
drc qu'en cette ftatuc d'or, qu'y fit mettre 
Phrync ou Mncjfarcte , & que Cratcs nomma 
fi gentiment le trophée de l'interoperancedes 



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^90 



LETTRE CXVI. 



Grecs. Diogene fe railla encore d'un pcm- 
tent, quicroioit expier ies fautes par des ab. 
:^ slutions, dautaiu que, fclon fon fens, les 
caches de la Morale ne s effaçoient pas avec 
de l'eau comme les autres; cequimoatrela 
pratique du Paganilme du tems de ces Philo 
Tophes. Il avoir les eaux luftrales à la porta 
" ^ de fes Teniplcs, comme le Mahometiûnc t 
' les Tienoes à Teiitrée de fes Mofquées , reprc- 
fen^t lé Benoitier de nos Egliies. Nôtre 
Théologie enfeigne, que le Batêrae d'eau 
cft quelquefois fupplée par celui de fang , qui 
cft le Martyre, & par celui de refprii ou da 
fouffle, qui eft un aéle de charité ou de par- 
ûite contrition. Les Abyffins en ont un (jua- 
triéme qu'ils appellent du feu , & Mendez Pio- 
to repréfentc le grand Prêtre de Braama, à 
de Pegu, qui jettant du ris par une fenêtre 
furla tête du peuple, comme ici de l'eau bfr 
nite , le mondifie & l'abfolut de toutes fes Eû- 
tes. Lltinerairc Oriental d'un Père Canne 
affure, qu'en ces mêmes quartiers de l'Inde 
du Levant, l'on afperge le peuple d'urine de 
vache de la même façon & avec la même io- 
Flutarq. *®P^°5> parce que cet animal y eft adoré, 
ap^ph. 2^ demandoit en Samothrace à ceux, qui 
i«o«. étoient initiés aux grand myfteres , les péchés 
qu'ils avoienc commis pendant toute leur vie 



PARALLELES HISTORIQUES, 291 

Les Bonzes du J^P^^ ^^^^ ^^^ ^^^ ^^^^^ • ^ 
ooofeflioQ dans une balance élevée fur un ro- 
cher, d'où, félon leur créance, les coupa* 
biesibnt précipités dans unabymè, s'ils ou- 
Uicot i dire quelque énorme forfait. Au Pé- 
rou la pénitence fuivoit la confefiion, Se 
leur Religion les obligeoit encore à fë laver : ^ 
Iln'yavoit, ditAcofb, queleRoiouInga,r.j.cv. 
qui oeconfëiToitfes péchés qu'au Soleil > te- 
nant pour affuré, que cet afke divin les prié- 
Tentant i leur Dieu-fupréme Viracocha , il en ' ' * 
obtenoit la remiflion. Mais parce que le 
vrai Créateur du Ciel & de la Terre fe repofa 
k fepticme jour, ce qui donna lieu au Sa- . 
badi des Juifs, qu'ils fêtoient le Samedi de 
chaque fanaine avec tant d'e?;aâitude, pu 
plutôt de fuperitidon, qu'ils fàifoient con- 
fcience de combattre , même en (è défendant, 
ce jour là ; Efieniens pafTant jufqu'à teUe ex- 
trémité, que par le tànoignagc de Jofephe, A mu 
ils n'euflcnt pas voulu décharger leur ventre ^"'^ '■ -• 
le Samedi: Et daut^nt que PÇgHfe a depuis ^' '" 
tranfpoité cette fête au Dimanche, qui dl 
parmi le jour du Seigneur & du repos; 
Les Gentils de la côte d'Omius & de Goa ont 
pris le Lundi pour leur jour de Sabath ; Ceux 
delaxôte de Guinée le Mardi; Les Payens 
lujets du MogoMe Jeudi; Et les Mahomi- 

Tij 



a92 



LETTRE GXVL 



£.j;» 



tans difperfés par tout le mondé le Vendredi 
Il n'y auroit de toute la femaîne que le Mei 
crédî exemt de repos dans toutes les Réli 
gions du monde, files Japonois, qui n'en 
point de Dimanche 5 ne célcbroîenten recom 
penfe le premier, le quiiiziéme & le vint 
huitième de chaque mois, qui peuvent li 
bien échoir au Mercredi , qu'aube autres jouri 
de la femaine. L'on peut dire que fi le Mer- 
credi ètoit auffi heureux pour ladion , que 
les Turcs le préfuppofent, à caufe de la créa- 
tion de la lumière arrivée ce jour là , ce ne fe^ 
roit pas lans fujet, que perfonne n'y auroit 
voulu denieurer eh repos. 

LTionncur que les Infidèles ont autrefois 
porté à ce qui leur tenoit lieu 4e Reliques^ 
ii'eft pas moins çonfidérable au lujet que 
nous traitons, non plus que celdi qui leur dl 
encore préfentement déféré dans toutes les 
fauffes Religions. Nous hfons dans Dion 
Caffius , que les Grecs gardoient avec une 
grande vénération deux couteaux en deux di- 
verfes villes de Cappadoce, chacune préten- 
dant poiteder celui qui avoit fervi au (àcrifice 
d'Iphigenié. Les Lacedémoniens confer- 
voipnt aufli fort réligïeufement rceuf, dontLc- 
da étoie accouchée, qu'ils tenoient iufpeo- 
du à la voûte d un de leurs Temples, com- 



PARALLELES HISTOJRIQpES. 293 

me nous l'apprenons de Paufanias. Je laifTel. |. 
ies Ancîles ou facrés Boucliers /aufTi- bien 
que le Palladium, & mille autres femblables ^ 
objets de la fuperilition Grecque & Romaine. 
Celle du nouveau monde n'a pas été trouvée 
moindre, & la dent du Singe fi célèbre dans ' 
toutes les Relations de rinde Orientale, que 
les Idolâtres voulurent racheter d'une fi pro- 
digieufe quantité d'or, dont l'Archevêque de 
Goa raipêâia lesJPortugais de faire leur pro- 
fit^ donna bien à connoitre^ qu'en ced, 
comme en toute autre chofe, le Diable efb 
lui même le fmge effi-onté du culte divin^ 
qu'il tâche de corrompre eh fe l'appropriant.- 
Les Mufulmans gardent au Caire d'Egypte J^^^^ 
k cheitùfe de Mahomet, qu'ils portent en 
proceffîon à certains jours avec de grands cé- 
rémonies, ils confervent de même du fang " 
des enËins de Haly, gendre de ce Ffeudo- 
prophetè, aflurant, qu'on le voit bouillir 
tons ies ans au jour de leur mort, arrivée au; 
prés de Babylone. Et Belon eft témoin , que '• ^* ^- ' ' 
dans l'isle de Pathmos les Caloiers d'un Mo- 
naftére montrent une main, dont les ongles 
rognés crbiffent continuellement, les Turcs 
prétendant, qu'elle eft d'un de leurs Prophè- 
tes , qaoîque le$ Grecs foûtiennent , que c'eft 
celle dont Saint Jean l'Evangelifte écrivit fon 

Tiiî . 



1* 



ïïi 



î/. hifi. 



«54 



LETTRE CXIV. 



Apacalypfc. Tant il eft confiant qu'ên tou( 
tems & en tous lieux le Père du menfongi 
s'eft toujours plû aux importurcs^ dont noui 
parlons. 

Ce n'eft pas (ans fujet qu'on tient, que le; 
grâces gratuitement données denliaut, coni- 
ine laPrc^hetie, & les miracles j ne fontpd 
inréparablement attachées à la ipinteté, puil^ 
queBalaam, Cayphe, &. lesSybilles omeu 
le don de Prophétie^ quoique le premier fut 
idolâtre, le fécond impie, & les dernières 
profanes, pour ne rien dire de pis- Quant 
aux miracles, il y a eu des hérétiques, tels 
que les Novatiens qu'on croît en avoir fair, 
& Ton ne doute point que ceux de f An techriJl 
ne doivent ^e fi étranges Se fi furprcnans, 
qu^ils ébranleront les âmes niûme les plus 
confirmées dans k Foi. Quoiqu'il en ibit, 
tous les livres des Gentils font remplis de mi- 
racles qui les çntretenoient dans leur faulTc 
Religion. Je fai bien, qu'il y en avoit de 
fuppoTés, dont les, hommes de jugement & 
d'écrit déniaifé fe moquoient, Polybe fait 
une raillerie de cette Diane Cindy ade ^ fiir la- 
quelle on difoit, qu'il ne ncigeoit ni pleuvoit 
jamais, bien qu'elle n eût nulle couverture, 
qui l'en pût garantir. Il rend ridicule Théo- 
pompe j d'avoir écrit que les corps de ceux, 



!•- 



K, 



PARALLELES HISTORIQUES. 29c 

qiii prenoieot la licence de mettrelepied dans 
UQ Xempled'Âi^cadieconlàcré à Jupittr, & 
dont rcQcrée étoit défendue^ nefaifoientplus 
d'ombfe après cette aâion, encore qu'ils 
s'expolâfient au Soleil. Il faut' pardonner, 
dit 'il, aux menfonges pieux, pourvu qu'ils 
aiem quelque vraifensiblance; ientence, qui 
montre œ qu'il penfoit des créances populai- 
res de (on tems en de lemblables matières. 
Mais peu de perfonnes avoient ce dilcerne- 
ment, & Ciceron même, qui s'eft fi bien 
moqi»^ des augures de fon fiécle, & d'une in- Qr^r. 
finité de fuperftitions Payehnes, ne laifTepas^^ ' 



Afï/9- 



m. 



de fbutenir dans une de fes Oraifons, peut- 
être pour fervir à fa caufe, queparpermiilion 
divine Clodius avoît été tué devant une Cha- 
pelle des champs dédiée à la Mère des Dieux^ 
pour punition du crime commis par lui dans 
le Temple qu'elle avott à Rome , où il étoit 
entré contre les loix de la Religion. Cela 
me bat fouvenir de l'opinion, qu'on avoit a- 
k>rs, & dont parle Paufanias, que tous ceux iî^. ,#. 
qui voioient les myAeres cachés do la Déefle 
Ifis, (bit en Grèce, foit en Egypte, mou- 
rcûent infiûlliblement ou fur l'heure, ou fort 
peu de tems après. Il en donne (tivers ex- 
emples, Se ajcyàte, quHomere n'avoit pas 
proooncé (ans myftere, qu'on ne vcHoit ja- 



^^ ^' 



ft9<î LETTRE CXVI. 

ingis Jes Diejox impunément. Tant y a que 
le même Orateur Romain alTure dans fe pre- 
mière a(%on CQntre Verres, quecelpoliateur 
de JProvinces aiant enlevé les plus belles rta 
tues du Tenjple de Delphe^ foutTrit une tem 
pête où fôn larcin fut jette à bord, fans que 
le GonfuI Dolabella, dont il étoit Qiiéteur, 
fe pût ènfuite éloigner de llsle Se continuer 
fa navigation, qu'il n'eût auparavant fait re 
mettre ces flatuës dans,Ie Temple d'Apollon, 
]Les infortunes de Pyrrhus conn e les Romains, 
qui lui étQientfi inférieurs en forces, ne com- 
mencèrent auffi félon la commune créance, 
qu'après fon facrilège^ la Déefle Proferpine 
îui failant paier bien cher les thrélbrs de Ion 
Temple, dont ils'étoit voulu prcvaloir Si l'on 
en croit Hérodote , les Ferles ne périrent par 
les eaux au ficge de Potidéc, que pour avoir 
commis des impietéi dans un 1 cmple de Ne- 
ptune. £t tous les malheurs d'Amilcar furent 
attribués à la fpoliadon de celui de Venus E- 
rycinej commç }es diigraces de Brcnnus à 
For Ddphique, dpnt Apollon vcngeoit le lar- 
cin, Orlesfiécltô, quiontluivi, n'ont pas 
eu moins de mimcles Ibrtis de môme bou- 
tique, & je lifois depuis peu , que le Mogol 
^' ^ JEkebar faifant proftflion publique d être du 
içntiojiçpt dç Tamerîaa ion prcdeceiTcur, qui 






fitr^ih 



PARALLELES HltSORIQUES. 297 

teiioit, comme autrefois Thémiftius/ que la 

diverfité des Religions etoit fort agréable à 

Dieu y ne laiflfoit pas de faire beaucoup de fni^ 

rades; de forte que J'eau même, d'ontils'é- 

toit lavé les pieds guériflbit de pluiieurs mz^ 

ladies, & l'on ajoute, qu'ordinairement les 

femmes enceintes lui faifoient des vœux pour 

accoucher heureuièment. Suétone n'en a ^'^^ 7- 

pas dit moins de Vefpafien. Une Relation 

plus récente conte fur la foi des Infidèles^ 

qu'en mille fix cens quarante«huit un Faquir 

ou Religieux de l'Inde voiaitt une multitude^ Goun. 

infinie de pauvres pèlerins, accourus aux de-» ^' '^* 

votions d'une Pagode, nourrit centmille^er^ 

fonnps avec une potée de Kicheri , efpece de 

menus poix, iàns que la petite marmite, oà 

il les avoit fait cuire en demeurât moins rem<i 

plie. Qui ne voit, que ce. miracle illufoire 

n'a été fabriqué par l'ennemi de la gloire dé 

Dieu 9 que pour rendre moins 'confidçrable> 

s'ilpouvoit, celui des cinqs pains & deux po^ 

ilTons, dont l'Evangile nous apprend, que 

tant de troupes Juives furent alimentées au 

de(ërt? Jene doute point, files Démons ont 

les préconnoilO&nces, qu'on leur attribué^ que 

lecontederEtoiledeVenus, qui félon Varron 

conduifit Enée jufqu'en Italie, ad agrum us- l^b- 2/^ 

^ Lakrcntum^ n'ait été copié de k mêmeJT* , 

T V 



{ 



298 L ET T R E CXVI. 



I 



Nof. 



main fur l'Etoile 9 qui devoir fervirdeguiik 
aux trois Rois, pour ne riecrdire de celle, 
qui fit trouver le corps du grand S. Àntoîne| 
Reprenons avant que de finir quelque^ 
conformités de l'Hiflorie pro&ne avec la & 
crée, & des &bles Payennes avec nos véri- 
tés Théologiques, comme pourcorollaireà ce 
que nous en avonç écrit ailleurs. L'amourj 
qu'eût Aflydamée femme du Roi ÂcaAe pour 
Pelée, qu'elle aocufa de l'avoir foUicttée, 
ne l'aiant pu porter à ce qu'elle défiroit, & 
celui de Sœnobée fenune de Pixetus pour Bel- 
lerophon à qui elle imputa le même crime, fur 
ceqo'ellenele put feduire, non plus que Phc- 
dra l'innocent Hippoly te , font des copies de 
l'afFedion criminelle, & de l'infblente adtioa 
de la fenmie de Pudphar , quapd elle fe vît re- 
fuféè par Jofeph. Tertulben n-efi pas ieul 
dans fon opinion , que le même Jofeph eA le 
Sarapis des Egyptiens; ce dernier nom rem- 
ble defigner fon extraétion de Sara , me . 
dcTo, & quelques-uns même croient, queie 
bœuf Apis n'étoit que le fymbole , & la mar- 
que hiéroglyphique de ce chafte Patriarche. 
Noé efl tantôt Bachus, à cauTe de ia vigne; 
tantôt Janus à deux vifages, comme aianr vu 
le mondeavant&après le Déluge, &unc autre* 
fois il pafle pour Saturne , dont les croîs cn&ns, 



PARALLELES HISTORIQUES. 299 



'<- » 



Japiter, ^q>tune, & Pluton, repréfëtitettt 
Sem, Japhet^ &Cham, la couleur noire & 
iofernale da dernier témoignant la maledi* ^ 
ftion , 'qu'il reçût de fon perc . Le lieu néan- 
moins, oii Jupiter Ammon étoit adoré, & 
qui le m>uve dans le partage de Cham , Ta 
élit prendre pour uil autre Jupiter. Car il 
n'y en a pas eu trois feulement, comme Var- 
ton, & après lui Ciceron Font penfé* Ceux, 
qui en ont tenu regitre, ont compté jusqu'à UlmGi- 
trois cens Jupiters, qui foiit partie de ce'^^JÎ' 
grand nombre des trente mille Dieux, quej>^', 
reconnoifToit le Pagaiiiime. Il y avoit auffî 
félon la fupputation du même Varron qua- 
rante -trois Hercules, dont l'Egyptien a tant 
de n^port à Jofuc, par fes viâoires Se par 
fes grandes aâions, quel'hifloire de l'un & 
de Vautre, (ainte & profane, porte, que le 
Ciel fit tomber en faveur de chacun d'eux une l^Aerap. 
pluie de pierres ou de cailloux, qui extermi- 'i^^*?'^" 
nerent la plus gcande partie de leurs ennemis, q, y. 
Efàù appelle autrement Edom, ou léR^otn^, 
eft felon^lufieurs le Roi Erythrée , qui a don- 
né le nom à la mer Rouge & Iduméenne, 
auin bien qu'à la Province de Phœijicie : Et fon 
combat contre Jacobdansleventredeleurme- 
re,eflleniêmequ'Âpollodorerepréfenteentre<^« ^^ de 
Âcriûus & Prœtus, qui témoignèrent leur dis- ^^''^^ 



p 



3ÔO LETTRE CXVI. 

corde fraternelle y^ lors qu'ils étoiciit encore 
dans les entraiUes de leur mère Ocalée, conJ 
dnuarit depuis leur animofité pour la fuccd^-^ 
fioa au Roiaume d'Ai^s, durant laquelle ils 
trouvèrent Tufage des Boucliers, dontranri- 
quité leur attribua TinVéntiori; Le parallèle 
dré ejître Noé & Saturne, n'empêche pas 
qu'Adam ne foit encore compare à ce Dieu 
morfondu. Hefiode donne pour mère à Sa- 
turne Tellus ou la Terre, & Cœlus fut foa 
père; la Genefe nous enfeigne, qu'Adam 
fut crée du limon de cette même Terre, k 
pétri des mains du Tout - puifianL Les Poe- 
ces mettent r%e d'or & un Paradis (bus Sa- 
turne, toutes chofes étant alors produites 
dans Fexcellençe , & fans culture ; c'cft l'ima- 
ge du jardin des délices qu'Adam poÛeda 
quelque tems. Après (on péché il (e cacha, 
n'ofant cûmparoitre devant la (àee de foo 
Dieu^ ce qui lui put donner le nom de Satur- 
ne , puifque Satar en langue Hébraïque veut 
àkclaterèy Te cacher^ le Saturne fabuleux 
fut contraint de fe retirer ou cacher en cette 
partie de l'Italie appellée Latiumy à latitando^ 
& de lui Saturnia terra^ où il reçût au/H le 
nom de Latiusy & fes peuples celui de Latins 
Adam fut au(E réduit à être Laboureur de 
bonne foi , la terre depuis fa faute ne lui don- 



PARALLELES HISTORIQUES, sor 

' M 

oant plus rien fans trav^I; Saturne a fa faulx 
pour marque de l'exercice champêtre^ & les 
Romains droient r>origine de Ton nofti du h- 
ÏQMï^^j'Saturnus àfatione. 

Mais de toutes ces conformités & de quel^ 
quesauttcsfemUables^ qui firent foûtenir au " . 
Roi de Perfe Xa Abas^ que le Saint Jacques 
desETpagnols, le Saint George des Armé- 
niens, & le grand Prophète -AJy des Perfes, 
n étoient qu'une même perfoqne ; je n'en vois 
point de fi jufte en tant de façons, que celle 
qu'on met entre Moyfe & le Dieu Liber, que 
nous avons tantôt apparié à Noé ibus le nom 
deBacchus. VofjHus dans fbn origine de l'Ido- 
latrie fait voir, que le Liber, &rOfirisdçs 
Egyptiens, ne font qu'une même Divinité, 
& que Tcxpèdition du premier aux Indes , fe ^ 
pcutftMt bien interpréter de l'Arabie, Judée> 
&Fhœniciè, parce que les Orecs& les Ro- s. 
mains doonoient le nom d'Inde à toutes les r 
terres, que laiiToit la mer Méditerranée du cô- 
té de l'Orient Ainfi doit on prendre ce vers 
d'Ovide, 

Andromeâam Perfeus nigris portarM alfl^^^rtt 
, InJif, ' ^ ^ 

puifque conftamment Perfée fecounit Andro- 
mède à Joppc ville de. Phœnicie. Liber td 
irniODarnéBimaterj & l'on (ait qu'outre Jo- 



302 



LETTRE CXVI. 



m 



fiip. rr. Ef cabd véritable mère de Moyfe, la Bile dd 
^^' 7- » Pharaon le fit élever comme Ion fils, er/it d 
, infitium^ dît l'Exode. L'un & lantrc font 
. recommandés d'une beauté linguliere & esr* 
traordinaire, qui émût principalement, aprrs 
rinfpiration divine , la PrincefTe Therm y ris i 
prendre de l'affeâjon pour Moy fe , bien qu'il 
ne fut âgé que de trois mois. La Théologie 
profane difoit> que Liber fut mis dans un 
coffre ou berceau fur la mer, qui le jettaheu 
^ reufement au rivage j n'eft- ce pas rimagedc 
Fei^pofitioh de Moyfe , fvgnifiée par fon pro- 
pre nom? L'édit de Pharaon , qui en fut eau* 
fe fe* rapporte aux cruautés de Bu fins aufli 
Roi d'Egypte. Liber coula fcs premières an 
' . néei au mont Nifk de l'Arabie; Moyfe palTa 
quarante ans dans cette Province on eft le 
mont Sinaï, ou Sina, qui fe forme des mê- 
mes lettres qu'a le premier. Tous deux 
furent exilés & contraints de fuir vers la mer 
Rouge ou Erythrée. L'un & lautre eurem 
de grandes guerres avec des Rois d'Arabie. 
Les troupes de Moyfe avoicnt avec elles beau- 
coup de femmes î Diodore dit, que celles 
de Liber étolent composes de deux fexes. 
Orphée nomme Liber ou Dionyfius, Thcf 
mophorcy c'eft à dire porteur de loixî Moy- 
fe eft reconnu de tout le monde pour le L^ 



Likaf 



^ 



^"^ 



PARMXELES HISTORIQUES; 303 ' 

gislateur des Juifs* Les. Poètes ont donné 
des ooraes à BacchuSi 

Accédant capiti cornua ^ Bacckus erit'^ Otni. 
Les PeiQcres repréfentënt Moyfe ccnnu pour 
dire que (on front étoit extraordinairement 
lumineux, quand il defcenditdfe la montagne. 
Celui-ci fit îbrtir de Teau d'un rocher en le 
frapant de la verge j Euripide décrit une Bac- lu Bacchu 
chantC) qui fàiioit la même diofe dans Tes 
Orgies ea invoquant fon Dieu Liber > & d'au- 
tres j qui fidibient aufli (burdre des fontaines 
de vin, & de lait, de la même forte. Et 
comme Ton a dit enccMre qu'un Bélier décou- 
vritdereauàBacchus, ce qi^fauvafon armée 
dans les deferts d'Afrique; Tacite par igno- 
rance 00 par malignité adure qu'un âne fau- ^ 
vage rmidit le même fervicê à Moyfe. Le 
fcrpent d'aimin élevé par Moyfe, fei;nble ê- 
tre k caufe des cdnmres & des couronnes de 
ferpens que portoient les Menades aux fêtes 
de Liber. Celui-ci avoit un chien fidèle, à 
qui Nonnus promet le Ciel dans (es Diony fla- 
ques, avec là vertu de meurir les raifms; 
c*e<l la figuredeCalêb, en qui Moyfe fe fioit 
tant, qu'il l'envoia reconnoitre la terre de 
promiiiîon, d'oii il rapporta cette célèbre 
grappe de raifm. En effet Caleb, ouKeleb, 
en Hébreu , i^gnifie un chien, qui a toujours 



11 



II 



cip 



304 LETTRE CXVL 

été le lymbole de la fidélité. Et cette demie 
re obfervation fait voir que Moyfe a çncoit 
du rapport à Liber du côtq de la ytodange 
comtne celui, <jui conduifoit Ton peuple 
dans une contrée pleine de vignes, & qui 
produifoit de û^ beaux Se de fi excelleos 
raifins» , 

Je rendroîs cette lettre troplon^e, fijc 
ine donnois la liberté d'étendre ces confidcra- 
lions aufli loin , qu'elles pourroient aller. Je 
me tairai donc de ce qu'Hérodote dit dans la 
fecondeMufe, deSannacharabus, dontlesrats 
ruinèrent Tarméeen rongeant durant une nuit 
les cordes des arcs , & les corroies des armes 
de fes foldats^ qui furent aiféroent défaits 
le lendemain; & du récit, que fait Srabon au 
treizième livre de fa Géographie d'un pareil 
exploit de ces rats, envoies Tune & l'autre 
fois par Apollon furnommé pour cela Smin- 
thée. L'on voit alTez, quexe font des cho- 
fcs. inventées exprès pour attribuer à cette 
Xauffe Divinité la gloire d'une acîlion exécu- 
tée par l'Ange du vrai Dieu, ' qui extennina 
en une nuit cent quatre -vints cinq mill^ 
hommes destroupes de Sennacherib Roi des 
Aflyriens, félon le Texte du quatrième livre 
des Rois. J'ajouterai feulement la plainte de 
Juftin le Martyr dans fon Apologie pour les 

Chrédens, 



PARALLELES HISTORIC^JES. 307 

Chrédeos , qu^one de plus malicieufes rufes du ' 
DeuiOQ acte d'attribuer des.enfàns à Jupiter^ 
& de faire forrir cette Pallas de fon cerveau^ 
pour ternir la gloire du Fils de Dieu, que nô- 
tre Théologie nomme la Sapience étemelle 
& incréée. Ainû volant, que la Synagogue 
des Hébreux Je nommoit Beelzebut, ou le 
Roi des mouches, il prit de là occafion de fe 
faire nommer par les Grecs Myiagrus, Myio« 
des, & Jupiter mofuMç^ attachant la Divini* 
té au foin abjet de chaffer cette imponune in- 
feâe. Et les Fidèles chantant Z^oisai;?/ ejl ter- 
ra ^plenkuJo ejus , il 4ntroduifit aufïitôt un 
Dieu Pan , &. le fit reconnoitre pour le maî- 
tre de toute la Nature. Enfin , comme nous 
Tavons vu, il a fklfifié toute lli^ftoire iaintç 
par la profane, & obfeurci de fables autant 
. qu'il a pu nos vérités révélées. ^ Les Percs 
de TEglife ont fouvent découvert cela , & ti- 
ré à leur tour des Mythologiesy & des fens my- 
fterieux de tous les contes d u Paganilmc pleins 
d'idolâtrie. Imitons les fur ce dernier exera- 
pie du Dieu Pan, & difons que cette Echo 
que les Gentils lui donnèrent pour femme, 
cft la Philofophie, qui fe peut mêler de par* 
1er de toutes diofes fansinconvenient, pourvu 
que fetenantdansles règles du. devoir, ellene 
dife rien que de>:onforme à 1a Nature, & 

T^mtVaFml U 



1 ^ 



1 * 



r-1 



30tf 



LETTRE CXVt. 



qu'elle ne répète jamais aucune voix y qui dé- 
raente les œuvres de celui , qui en eft le Créa 
teur. JSlais quand au lieu de lui, qui doit 
être fon légitime Epoux, elle fe laiffe cor- 
rompre j^r des .^^pans & par des Satyres, 
c*cft à dire qu'au mépris de la Vérité^ ellei 
prête Toreille aux menfonges & auximpoAM 
res du Diable, elle paroit vaine à tout le 
monde, & devient la riféè aufli bien que la 
haine du Ciel & de la Terre. 

DU 

MEPRIS DES INJURES. 



L E T T E R CXVII. 



MONSIEUR, 

C'eft une chofe affez difficile à s'imaginer, 
qu'un homme de vôtre efpric prenne à 
cœur, je ne dirai pas l'injure, que vous a fei- 
te une perfonne de néant, car je tiens qu'el- 
le ne vous en peut faire, mais feulement le 
deÛein, qu'elle à eu de vous en fiiire. Pour 



DU MEPRIS DES INIURES. 307 ' 

moi îe croîs , qu'un peu de la bonne & vraie 
Philofophie a plus de puiflance que toute la 
Mag^c, pour nous rendre invulnérables. 
Vlais f avoue bien, que ce feroit abufer de * 
Tes prefervatifs, que de les emploier foigneu- 
[ement dans une (i méprifable occafion, Se 
[xmtre un adverfaire fi peu confidérable, & 
fi impertinent^ ut non^aratquem appeUet in- 
fptutm^ quiiUum cognoverit. Cefbnt dester-).^Qrâi. 
mes dont ufe Ciccron, pour dépeindre quel- 
qu'un, qui valoit mieux que celui, dont je 
parle, & fi ce n'étoit point lui faire trop 
d'honneur, . je lui apliquerois encore ceux 
que cet Orateur emploie dans une defes Epi- 
tres pour faire le portrait de Pifon, C0nfulL.iip.7f. 
parvoammo ^ pravo^ tantumcapillatorgene-^^^* 
re iUo morofo^ qui etiam fine dicacitate ridetUTy 
fade magis quamfacetiis ridicuhas. Hors la 
condition , peut -on rien dire qui convienne 
mieux à cet infolent, qui vous a dit de fi dé- 
pkiTaotes paroles? S'il vous avoit raillé avec 
efprit, ou de cette noble & gentille fa^on 
dont les gens d'honneur ont accoûtunqé de ^ 
fe divertir; je yous blâmerois de l'avoir pris ' 
en mauvaife part. Mais il Ta fait d'un fi fa^ 
dieux air, àd'imeacîlionfifotte, que je ne 
trouve à redire en la vôtre, que le témoigna- 
ge d'un peu trop de reffentiment, La bell« 

U ij 



\\\ 



{ 



308 ^LETTRE CXVII. 

Taillerie, généralement parlant> doit avoi 
un fel agréable, comme s'il étoit créé de 1 
même eau , qui forma Venus dans la conque 
* Si elle eft trop piquante, elle blcffe, &/i 
rend infupportable au goût, comme un le 

\ trop acre Se trop corrolif. C'eft ce qui 

cet ignorant n'a jamais (u , & Ton infuâ 
fance, connue de tout le nionde, ne vouî 
permettoit pas d'avoir autre chofe pour h 
que du mépris. Vous le rendes glorieux pai 
vôtre colère, & il fe vantera par tout de vous 
Avoir mis en mauvaife humeur, parce qu'ci> 
fin Ton ne fe fâche iamais tout de bon contre 
. ceux, qu'on méprife, nemàquiirûfciturji' 

z.Rhet. Jp'^^^y c'eft Une des maximcs , qu'Ariftotea 

c^s* établies dans l'Ecole. 

Je tombe d'accord, que c'cft une dK)fe 
fort rude d'entendre de mauvaifes paroles, 
d'une bouche , qui les rend d'autant plus ame- 
res, qu'elle eft infâme. Il falut boucher a- 
vec de la drb les oreilles de l'Orateur Saty- 
rus, après qu'il eût plaidé une caufe en iofl 
nom , parce qu'il n'eut pas pu fouffrir les in- 
jures, qu'on fàvoit bien que fa partie advcrie 
lui devoit dire. Je lài encore, que la coole- 
quetice eft grande quelquefois de les fouffrir, 
à caufe que la médilânce eft toujours plus fa- 
vorablement reçue, & plus avidement ccou- 



Plutar. 
Je Ira. 



I 



^t 



DU MEPRIS DES INIURES- 309 

.^ , que ce qui eft^ rayàntagc de^ quelqu'un j 
jiA/7 efi. tam voluarisquam tmlediOum^ nihilfa- Gc ora. 
î/hds emittituTy nihilcitiusexcipitur^ mbilLi-f^^^^^^^- 
^is diffipatur. Ajoutés à cela, que fi la ca- 
lomnie ne nous peut opprimer , Tes coups 
d^t du moins cela de fâcheux^ que comme . • 

ceux de la foudre^ ils lailTent ordinairement 
quelque mauvaife odeur aux chofes, /qu'ils 
ont touchées. Mais nonobilant tout cela il 
faut imiter Dieu, qui tolère les blafphema- 
leurs les plus dignes de Ton indignation/ & de 
fa rigoureufe juAice. Le, Lion entend crier "* 
les petits chiens après lui fans fe retourner. 
Et l'on a toujours attribué à grandeur de.cou- 
rage 9 le mépris des injures ^ qui partent de 
fi mauvais lieu , qu'on ne les juge paS dignes . 
de nôtre colère , ou qui ont (i peu d'apparen- 
ce, qu elles ne font qu'attirer fur ceux ,^ qui 
les profèrent,' l'indignation & la haine de , 
tout le monde. En effet, on les regarde 
comme ces anin^aux remplis de venin à qui 
la Nature femble ne l'avoir donné, que parce 
qu'ils manquent de cœur, & de forces. Ces 
bètes néanmoins fi malfailantes & venimeufes . 
qu'elles Ibiént, n ofïenfcnt perfonnç que lors 
qu'elles font provoquées; Là od ces médi- 
fans & calomniateurs beaucoup plus à crain- 
dre, vômi^Tent leur poifon non feulement fur 

U iij . 



Il 



II' 



310 



LETTRE CXVIL 



lesinnocens, mais par une prodigieufe mali^ 
gnité la plupart du tems fiir leurs mdUeurs 
^mis. Difons bien plus, ils ne s'épargnei^ 
. pas eux mêmes, s'ils manquent d'autre fujetj 
de même qu'un eftomac rempli de mauvaifes 
humeurs , emploie au de&ut de bons alimens 
fa chaleur contre lui même,& fe détruit. Archi- 
lochus en peut fervir d'exemple , dont la ma- 
lignité fut fi extrême, qu'il obligea par Tes 
ïambes fcandaleux ce Lycambe, qu'A avoit 
' choifi pour Ion beaupçre, & trois de Tes fil- 
les, à fe pendre; s'étant d'aiUeurs difiEuné 
lui-même dans fes écrits, où il a dit cent 
lH'Gyra cho(ès à fon défavantage , qui n'auroicnt ja- 
^^^^' mais été (uës (ans lui, febn qu'Elien & plu- 
fleurs autres le lui ont reproché. Se (èrvir, 
à l'exemple d' Archilochus , & lâns avoir d'ail- 
leurs fon mérite, fimaldelamédifancequa 
fait cet infolent, qui a eu le defleip de vous 
outrager, iK'eft-ce pas proprement médire 
de foi même? 

Peutêtre aurés-vous cette penfée (ordinai- 
re, que la vengeance eft douce, & qu'il neft 
pas feulement permis d'en ufer, mais de plus 
néceflaire, lors qu'uneinjure négligée en attire 
une autre. Mais ne flattés pas vôdrepadiocide 
la Ibrte , fouvent au contraire une offenfe me- 
priféeperd toutcequ'elle avoit de fâcheux, & 



V 



DU MEPRIS DFS INIURES. 311 

n'eft plus offenie. D'ailleurs &'i\ était permis 
d'emploier la vengeance quelquefois^^ ce nt 
ièroit jamais contre un Ti checif adver&ire ' ' 
que celui; d. Mordre n'efl pas plus du lion, 
que de]a puce, ou de la mouche; mais Ton 
ne refide pas à la piqueure d'une mouche , ni 
àlamorfurefenftbled'unepuce, de même 
qu'aux atteintes d'un tigre, ou d'un lion: 
Et comme le prononça l'Empereur Claudius^Djo Caf 
mm eodem modo de pulice , ac defera^^pMiêtàfi^ ^^ ^9. 
expetenda. En tout cas je vous maintiens, 
que vou$ ne pouvés vous venger plus cmelle-, 
ment de ce demi-homnie, qu'en le laillant 
impunément tremper dans fbn fens réprouvé 
le refte de (es jours. Spirhupi tibi non relin- 
qunemy nifi crudeliorejfemtibi relinquendoy dit 
fièrement ce Declamateur. Et fans vous &«.««;. 
porter à être vindicatif , jevousaffure, que 
lahonte&laconfufion, que fa faute lui don- 
nera toujours, lepuniroitmieux& plus rigou-^*^^*^'-^ 
reufement, que vous ne fauriés (aire. 

Je fai bien, que Darius ne Tentendoit pas .^ ^ 
ainfi , lors qu'il établit un officier exprès pour ^ 
lui répeter toutes les fois qu'il fe mettoit à tîi- - 
ble, qu'il n'oubliât pas de fe venger dçs A-^f^- 
àeniens. L'Empereur JufHnien Second étoit £. Tie ' 
aufli fort âoigné de cette Morale, quand konis. 
diaque fois qu'ilfe mouchoit, il (aifoit mou-^**^*'*^'' 

U iiij 



> 



Lj. 



31» LETTRE CXVII. ' 

■ 

^dr quelqu'un des fauteurs de Léon , quiluj 
«voit fait couper le nés. ^ Poftel dit, quele^ 
loix de Maholnet condannent ceux, qui n< 
rendent p^ le plutôt qu'ils peuvent, injure 
pour injure, ce que )e ne me fouviens pa^ 
d'avcMr lu fi précisément dansfon Alcoraa 
Et Mendez Pinto a(&ire, qu'il y a un métier 
à la Chine de gens, qui conduifeiit des Bra*| 
ves ou Coupe -jarrets armés de toutes pie- 
ces^ le plus fouvent dans des barques dm 
ils crient (ans cefle en demandant qui a été 
ofFenfé, & fe veut venger de fes ennemis. 
Mais laii&nt aux Prédicateurs le foin ^e vous 
paraphrafer ce qui eft de nôtre Religion à cet 

• jégard, tenés pour afTuré, que la dockine> 
qui eft formellement contraire à tous ces ex* i 
emples, eA bien plus (Ûre, &moinsfujetteà 
de (acheux repentirs, qui fuivent prefque 
toujours k vengeance. Les Payens mènes 
un ^eu raifonnables , ont enfeigné dette véri- 
té, (bus le voile de la fable d'Apollon, puif- 
que nous lifons dans Diodore Sicilien , que 
ce Dieu fut fi repentant d'avoir trop feveit- 
ment -puni le mépris du téméraire Marfyas^ 
qu'il Ait long tems fai^ vouloir ouïr parler 

, de Mufique, & que de dépit il rompit fon 
luth ou fa guitafre^ . Voulés- vous éviter un 
preil repentir^ & faire crever de rage vôtre 



DU MEPRIS DES INlURli. 513 . 

iDÎurieux Marfyas, faites qu'il fâche, que 
pour toute imprécation vous dites quand on 
vous parle de liii, . 

• MeUafluant iBi^ ferat &* ruius afper amo* VWg.icl^, 

mum. ^ 

cela l»en entendu vcHidra dir^ que vous 
priés Dieu funplement-, qu'il le rende plus 
fege. , . ^ 

En tout cas il faut demeurer d'accord, 
que Cl la vengeance eft pardonnable , ce ^oit 
être feulement, quand elle dre raifon d'une 
véritable injure. Et cependant ni celle, que 
vous prétendes avoir reçue, ni la plupart des 
aunres, qui animent fou/ent le plus^ ne font 
pas de ce nombre. Vous Comprendrés mieux 
la vérité de mon difcours, dans des exem* « 
pies où vous ferés fans intérêt, & fans pré- 
ventjqn d'efprit. L'injure la plus atroce, &; 
qui pénétre le plus avant dans le cœur d'un 
Chinois, c'eft dés'ouïr nommer yeux de chat , 
On punit demortauxMalabares celle d'avoir Ram.i,!. 
rompu un pot de terre fur la -porte de quel- 
qu'un. Et quand les Indiens du Pérou veulent ^^^^ * , 
ofFenfèr à toute outrance lesEfpaçnols, ils ^'" 
les appellent Firacoche^ c'eft à dire éctwte de 
mer. En vérité Thômme eft un animal bien 
ridicule àûxià la plupart de fes fentiniens, qu'il 
n'examine prefque janiais. Si vous voulés 

U v 



)" 



Av. 



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I 



ï il 



314 LETTRE C XVIII. 



bo^ 



pefef tant foit peu les termes/ qui vous 
piqué fi vivement, & fait une fi profc 
plaie dans vôtre ame, ils ne vous paroitroil 
guères moi^ méprifiibles dans leur pure û 
gnification, que ceux de tous ces peuples (| 
l'une & de 1 autre Inde. Vous ne Ikuriés d'ajl 
leurs avoir égard au mauvais deÎTein de celuj 
qui s'en eft lèrvi, fans fuivre baffement foil 
intçntion , & fans en quelque Ëu^n lui com 
plaire. Gardés* vous donc bien de le traitd 
Il favorablement, & foies un peu Pfailofophd 
avec moi là defTus. 



DE 

CEUX QUI FONT BEAU 
COUP DE LIVRES. 

LETTRE CXVIIL 

MONSIEUR, 

Il y a dequoi s'étonner, il me femble) <¥^ 
des hommes, qui ont emploie dnquap^c 



DE CEUX QUI FONT BEAUC DE LiV. 3 1 ^ 

tns à nerieaÊfre, con[ime ceux, dont vqusi 
me parlés & beaucoup d'autres, qui leur ref- 
fembleot, ibient alTez injufles pour fe plain- 
dre 9 qu'on garde trop long tems le filence, 
Il Ton eft une demie année fans rien donner 
au public , & CàTiS les divertir par quelque pi- ' 
èce nouvelle , . puifqu'ils nomment ainfi tou- 
tes les produdlipns d'efprit. Us veulent bien, 
qu'on les fouffire dan$ le plus fainéant loifir, 
où Ton puifTe vivre; & cependant ils nom- 
ment Longins & Lentules ceux, qui ne fe re- 
polent quafi que pour être plus propres à 
Tàcilion, qui ne reculent que pour mieux 
£siuter, ou à qui d'autres occupations donnent 
d'inévitables diAradtions. J'avoue, quilfe 
trouve des perfonnes d'une ame bien plus 
adive, & plus féconde, que d'autres. Leurs 
ouvrages voient le jour en fi peu de tems, & 
avec tant de facilité, qu'on peut dire, qu'ils 
enfantent (ans travail & fans trenchées, imi- 
tant même ces animaux, qui font fi fertiles, 
qu'ils conçoivent par fuperfëtation. Mdis 
vous favés aufli à quels inconveniens font fu- 
mets ceux, qui pour paroitre diligens, fe pré- 
cipitent d'autant plus honteufement que per* . 
fonne ne les prefle; camsfeftinanscœcosfacit 
catulos. Eu effet, . il arrive prefque toujours 
à ceux, qui fè donnent fi peu de peine à &ire ^ 



3î<> 



LETTRE CîfVin. 



des li^çs, qu'ils en donnent beaucoup i 
leurs plus faVorables ledleurs, & qu'ils fort 
ordinairement des préfens au public^ donttl 
pe retirent pas de grandes reconnoifiaace^ 
Les //y/^(Mw/7^to guerriers & amoureux peu 
vent être eflimès, par l'avantage qu'on di^ 
qu'ils donnent. Il n'en eft pas de même au 
(ujet dont nous parlons^ ou le prix des cho^ 
fes fe prend toujours de leur bonté intérieure, 
& jamais du tems ni de la diligence de Fou^ 
vrier. Sans mentir l'oiï n'eft gucrcs redeva- 
ble à de cert;ains écrivains , qui ne font habi- 
les qu'à débiter de l'or d'Aldiymie, des per- 
Içs de Venife, Se des diamans d'Âlençon. La 
dernière compofltion, que vous m'avés con- 
traint de voir en peut fervir d'exemple, vous 
proteOant, qu'à mon avis tout ce qu'elleade 
bon pourroit être couvertdel'ailed'une mou- 
che. Son auteur eft fi ennemi des Dieuxdu 
Paganilme, comme il le dit plus d'une fois lui 
même, que par tendrefTe de confdence, com- 
me je crois, il n'écrit rien qui n'offenfe tou- 
tes les Mufes, & qui du moins ne forte de 
là plume invita Aiinerva. Quand il fe mêle 
de déclamer contre les vices du tèms , ou 
contre les défauts de la Politique moderne, 
il me femble que je vois monté dans la ctiaire 
ou tribune aux harangues^ cet ânedePifloye, 



)E CEUX Oyi FONT BEAUC. DE LIV. 317 

lont Ammien Marcellin parle comme d'uni. 37. 
rodjge. Cette comparaifon eft phis jûfte, 
lie fi )e la prenois d'un animal ruminant, car 
^ ne penfe pas que ce bon perfonnagti ^ ja- 
nais penié deux fois à ce qu'il écrit, tant il a 
;raQd' hâté d'écqre. 

Certes il faut être indulgent aux fautes, 
]ui (bot de l'appanage de nôtre humanité, 
qu une multitiule de bell^ chofes excufent, 
k qui font comme de petites taches fur un 
corps p1eindegraces& d'attraits. L'on peut 
dire aufB que c'eft êtrç infoleqt envers Dieu & 
envers la Nature, quiontmêlélebien&le 
mal par tout , de ne pouvoir fouffrir le nâoin- 
dre vice oii' beaucoup de vertus abondent; 
c'eft en quelque façon, comme s'en expli- 
quottunandeo, faire outrage à tout le gen- 
re humain que d'eq ufer ainfi, toti mort alita- 
fi amvitiumfacere^ puifque le plus parfait des 
honunes a Tes défauts, & lé Soleil même fes^ 
macules. Un livre tout excellent qu'il foit, 
n'a pas le privilège de la Manne, d'être en 
toutes Tes parties agréable à toute forte de 
goût ; & fouvent de certains endroits qvii de- 
plaifent aux uns, donnent de la fatis&c^on à 
d autres, ce qui doit obliger à une.moins ri- 
goureufe ceofure. Mais lors qu'on n'y voit 
rien de recommandable, quec'eAundiamp 



318 



LETTRE CXVIII. 



Omlg. 
Mftêm. 



Î)lein d'orties, & qu'auiiçu d'y profiter, i 
eAqre nuit & ennuie tout enfembie, il ni 
fembie^. qu*on peut fans itajuAice téracignel 
t forMverfion. Car je fuis de cette ojiinion 
qu'outte la perte du tems <{\n fe fait^ & I 
diagrinquifecontrafte fur un méchant livre 
Ton y peut prendre, pour peu qu'on s y arrê 
te, un certain mauvais air, & une méchante 
habitude de penfer baffement , & de mal écrij 
re, qu'on. ne fauroit trop éviter. Vous y 
coures la même fortune qu'eût cette Nymphe 
Oreade de Cercs, qui pour être entrée feu-i 
lemént dans le Palais de la Famine, en fut 
auffitôt attaquée, 

- — pauhimjue morata^ 

Quamquam ah f rat longe ^ quamquam 0goJo 
venerat illuc ^ 

y if a tamen fenfiffè famem. 
Ceft ce qui me fait croire, qu'on doit être 
plutôt retenu, que précipité à mettre la 
main à la plume; & que ceux, qui ont eu le 
jugement du public aucunement favorable, 
le doivent plus que tous autres refpedler, k 
n'abufer pas des grâces, qu'ils en ont reçues, 
en lui faifant de mauvais préfens. 

Quelque précaution néanmoins qu'on y 
apporte, & de quelque modération dont Ton 
lue, il faut être affuré, qu'une nouvelle com- 



[)E CEUX QUI FONT BEÀUC. DE LlV. 319 

ofidon aura toujours des adverfaireS) & 
[u'on y trouvera toujours à redire. L'im- 
ortance eft qu'on ne le puiffe faire avec rai- 
:)n. Un bon livre ne perd rien de fon méri- 
^ pour êûre calomnié par des envieux , ou ne* 
;ligc par des i^orans ; non plus qu une pie- 
e de raonnoie, pour être refufée par ceux, 
m ne s'y connoifTent pas. J'ofe mên^e dire,' 
[u'il n'a que faire de proteâion, ni de l'afli- 
tance des PuifTances de la terre; il fe prote- 
^ lui-même, & fi fes propres forces ne le 
^rantiflent , rien ne le peut alTurer contre ce ^ 
(u il doit appréhender. Car ce n'eft pas fans 
ujet qu'on a dit, qu'il n'y a point de plus 
xnirte vie que celle d'un méchant livré. S'il 
le contient rien de bon, toute la beauté de 
on ftyle, ni la pureté de fon langage, neCiu- 
oient faire valoir des tnauvaifespenfées, ni 
u(tifier Timpureté de fa doéhine. S'il dit 
ïu contraire d'alTez bonnes chofes , mais mal 
^mgées, en mauvais termes, onlecondan- 
lera d'avoir le defiiut de ces malhabiles cuifi- 
liers, entre les nudns de qui les plus delica- 
es viandes perdent le goût, qu'elles devroient 
woir , pour être mal apprêtées • Ceux qui 
ont apparenunent au deflus de tous ces re- 
proches, & dont les travaux peuvent en quel- 
que forte fatisfàire tantàrégard de la forme que 



^ 



V 



w 



- 1 



320 



LETTRE CXVIIL 



P*rf. 



delà matterej& de rexpreflion que de la pcnfo 
ne doivent pas être retenus'd!4écrire par Fappn 
henfion de trouver des adverfaires, & d'êti 
i choqués par ceux qui pedifent toujours de c 
qu'ils delefperent de pouvoir imiten II fat 
autant qu on le peut reflembler à TAuteur d 
la Nature , qui nelailTe pas de la Êiire produi 
re,' & de nous donner des fruits excellens^cQ 
core qu'il prévoie bien que les mauvais vend 
en gâteront quelques - uns , & que les chenil 
ks en pourront infeâer une partie. 

En vérité au lieu de décourager les efpric 
capables de reuffir en ce que nous difons; je 
voudrois toujours les exhorter à neriencraifl^ 
dre, fur tQut delà poflerité^ ordinairement 
plus équitable que le tem& qui court, & qui 
pour être fans envie, aufli bien que fans inte 
xêt, donne des jugemens plus raifonnabies. 
Car l'on aurôit tort de prendre ce que j'ai a- 
vancé- touchant le mérite tant de la conce- 
ption , que de la façon de l'énoncer, pour une 
conclufion néceffaire qu'on ne doive jamais 
traiter que de chofes fublimes, ni les expri- 
mer qu'en termes choifis, & d'un ftyle fort 
extraordinaire, 

Grande aliquid quod pidmo anime prcelargns 
anhelet. 
Mon defTeineflfort éloigné de là; & comme 

le 



DE CEUX QUI FOÎÏSIT BEAUC. DE LIV. |2i . 

e nombre & le génie des Mufes eft divers» 
le penic que fi l'on en aquelqu'une&vorable^ 
i on peut heûreuièment réiiifir fur toute fort 
te de lu jets ) en les maniant comme il faut. 
Les moindres cHofes,. félon moi> & les plus 
viles , peuvent plaire & devenir précieufcs^ 
étant bieta écrites; comme le papier fur le- 
quel on les couche, qui eft d'un fi beau blanc> 
éc pour qui les Turcs ont une efpece d'ado* 
ration, fe fait par Fart &c avec l'induflrie re- 
quile^ de ces vilains haillons, qui fe jettent 
par les niés. Si Ton s'acquitte bien de ce 
qu^on s'eft propofé, il n'y a pas moins de 
gîoire à recueillir en petit, qu'en grand > ni 
d'imcfacon^ que de l'autre, pourvu que celle 
dont Ton s eft fervi foit bonne & appropriée. 

Cependant cette gloire n'eft pas fi peu à 
eftimer, qu'elle ne puiffe aller du pair, & 
peutêtre à le bien prendre précéder celle des 
plus prcfomtueux de la terre. Je le disain- 
fi, parce que la plupart du monde croit, qu'il 
n'appartient qu'aux Grands & auxFuîHansde 
fe piquer d'ambition, & de prétendre à la 
haute réputation. Maisils font fort trompés 
s'ils fè perfuadent que l'homme delà moindre 
fortune, qui penfe auili génereufement >& 
aufli iàinement des chofes divines & des pé« 
riflables, qUe nôtrç humanité le permet» n aie 

TomiFILPëa.L X 



^ •. t 



,1 



1-' 



luven. 



'32Z LETTRE CXYIII. 

pas droit de leur difputer cet avantage. 4| 
bert de Bolftad^ préœpteur de Saint Tiionu^ 
n^a pas moins nKiité par fa fcience, & ps 
fes écrits le fumom de Grande ou' Alexandre 
que Pompée^ & que nôtre Charlemagne , ps 
toutes leurs conquêtes. A bien c^mine 
ce point, l*on ne fera peutêtre pas diffîcultl 
de préférer un excellent Poète, à fon Héros 
& un grand Philofophe^ à un Empereur. 
Libéra fi dentur populo fuffragia y qtàs tm 
Perditus\ ut âubitet Senecam pneferre N(^ 
,^roni? 
Je fai bien^ qu'on a voulu dire que de mettre 
Homère au deffus d'Achille, c'étoit faire plus 
d'état du Trompette que de fon General d'ar- 
mée. Mais cette fmiilicu^de qui trompe en 
éblouïlTantN d'abord , n'a rien qui puilfe con- 
tenter, fi on l'examine de près. CarTalthy- 
bius ou Mifene, quelques admirables Trom- 
pettes qu'ils fuffent, nétoient eAÎmés que par 
des parties corporelles, & par des qualités dé- 
pendantes de la matière, qui leur rendoient 
la bouche propre à bien fonner, & le pou- 
mon capable de fouffler plus fortement, & 
plus long tems, qu'aucun autre xle leur pro- 
fe/Iion. Au lieu que la recommendatioa 
d'Homère eft toute fpirituelle-& tellement 
élevée au delTus de celle des autres, qu'on 



â.V- 



t 



DE CEUX QUI FONTSEAUC. DE LIV. 323 

lui voudroit comparer, qu'il n'y a rien de pUis^ 
dilpropordonncj l'ame n'aiant pas plus d'a- 
irantage fur le corps, qu'on en doit adjugera 
Homère fur Talthybius. > • U valeur même 
d'Achille, & de fes femblables, eft fi fort 
plongée 4pns le fàng, & dans la bile, qu'on ' 
peurloutenir, qu'elle tient trop du tcrreftre 
pour être comparée aux élévations d'efprit 
toutes pures, & prefque divines, deceuxque 
les Mufes fâvorifent, & qui s'iramortalifent 
par leurs écrits. 

Maisquilàuroit, qu'ilycûteudesAchil. 
les, & des Alexandre^? fi ces mêmes écrits 
ne k$ a voient préfenrcs de l'oubli, & fait vi- 
vre dans la mémoire des hommes. N'a ton 
pas crû même, que les Hercules, les Atlas 
Se les autres Héros de la première & plus* 
grande eftime n'ont ctcqued'excellensPhilo- 
iophes , quipouravoir triomphé del'ignoran- 
cc, ont eu la réputation d'avoir domté des 
monftres, & porté le Ciel fiir leure épaules ? 
Afin ^appuier davantage ce fentiment, je 
veux vous rctdter ici le jugement, que fait 
des plus grands Monarques un de leuR Cour- 
olàns , dans la préface de fon Policiatique 
Et parce que les termes en font unpeurudes, 
le les rapporterai dans la langue qui a fervi de 
tnichcmcntà fàpenfée. Eadem eft Afini ù'^^l,^^ 

X ij 



TtioiL 
/leg.m 
Mecau, 
tkitJ 



324 LET.CXVIILDECEDXQyiFONT&c. 

mgisCu' cujujvis Imper at or is prffi modicuta tempus glo 
fialiuwh fja^ nifi quatenus memoria alterutrius fcripta 
. rwn hmeficio prorogatur. Je ne voudrôis pai 
tirer deparallele comme lui, qui étoit néan 
moins un grand Evêaue> entre la defHnéc 
d'un Souverain , & celle d'un âne mort. Moii 
je ne puis être d'autre opinion que la fienna 
. touchant rimmortàiité qOe donnent les livres, 
& qui ne le. peut bien acquérir fans eux. 
Marmara Mœonii vincunt motmmenta liheUi\ 
Vivitur wgeniOy ccetera mortis eruTZt. 
Il n'y a que la plume des favans, & leurs veil- 
les ftudicufcs, qui puiffent perpétuer la mé- 
moire des plus grands Conquerans^ quand 
elle eft relevée par ceux-là j s'ils s'en taifent> 
le nom des chevaux d'Achille fera plus célè- 
bre, que celui de beaucoup de Potentats. 
Pour le moins ne fauroit-on nier, que Socra- 
te ^ Diogene de très petite condition, ne 
foierit en plus grande vénération dans le mon- 
de, que la plupart de ceux, qui ont qx\x^ 
que tout étoit au deflbus d'eux. C'eftlins 
doute ce queconfidéroit l'Emperçur Conftaa- 
tin le Grand, quand il fit élever fon effigie 
parmi celle des Mufcs^ félon qu'Eufebenous 
rapprend dans le difcours.de fa vie. 



}^ ysi ^ 32f 

DIVERSITES. • 

LETTRE CX.IX. 

MONSIEUR, 

Je ne faurois condanner comme vous un 
homme qui apparemments'eA voulu fous- 
traire aux mauvais traitemens de la Fortune. 
\\ n'a fait en cela qu'obéir aux préceptes de 
Pythagore, d'adorer TEcho quand les vents 
fc font entendre extraordinairement, adanm- 
ia eft Echo cum fiant venti; pour nous avertir 
d'avoir recours à la folitude en des tems de 
confufion comme celui - ci , où le plus fur efl 
d'entendre de loin ce qui fe dit, & ce qui fe paf- 
fe, fans y participer. Par toutou jra un hom- 
me de fon mérite, il y trouvera des amis, & 
dans quelque contrée que fon deftin le por- 
te, il y rencontrera des habi tans, qui la pré- 
fèrent à toute autre; tant il eft vrai , qu'il n'y 
a rien en cela , qui ne dépende abfolument de 
l'opinion. La fatigue d'un voiage, qui vous 
fait peur, fert pretque toujours à dékfrer l'ef^ 
prit, outre que fbuveot le corps même en 
. ' X ijj 



32^ 



LETTRE CXIX. 



tire de Tavantage. Et» pour ce qu'il vous 
dit là deff^s qu'il vouloit aller à pied une pi 
tiedu chemiU) fouvçnés-vousenla favei 
qu'au rapport de Pline des Oifons venoie 
bien des Païs bas à Rome, dieminant av 
leur gravité ordinaire: Mirum in hac ail 
dit-il, à Morinis ufque Romam pedibus tcà 
re: fejpproferuntur adprimos^itacceterifiifl^ 
X./0- c 12. ^'^^^ naturali propeUunt eos. Il fera fans dou 
te bête de œmpagnie, & ne manquera pd 
" d'aide aufli en cas de.beloin. i 

je donne bien plus volontiers les mains a 
Tappréhenfion que vous avés, qu'il necoaJ 
fume la meilleure partie de fon viatique à h 
recherche ou il cA fi opiniâtre de la Pierre 
philofophale. C'eA une vraie pierre de fcanda- 
le pdur moi , & je croirois plutôt une Goigo- 
ne pétrifiante , que toutes ces bagatelles , que 
la trompeufe Chymie débite fur ce fujet. Je 
parle aiiifi de celle, qui fait tant de gueux, 

, lans avoir jamais enridiiperfonne^ car il y ^ 
un art Chymique fort à eftimer ; comme éb- 
fantune des plus belles parties delaPhyfique, 
qui enrichit ,en beaucoup de Biçons. Mais 

, cieux, qui l'exercent aveclc plus de rcputarion 
fon t les premiers à fe railler de la vaine curiolité 

. & de la fotte efpérance de tous cesfouffleurs, 
qui cherchent x:e qui ne fut jamais. En ctfec 



t 



• DIVERSITE'S, 3*7 

^tir pierre imaginaire feroit mieux nommée 
uiarde, que philorophale, puifque celle, 
jui fervit d'ancre aux Argonautes, s.'appel* 
iOÎt ainfi, lapis fugitîvus. li y 'a cette diffé- Wwe l|i: 
rence^ que ceux de Cizyque, aujourd'hui*'^' 
'spîga de Natolie , tenoient celle - d attachée 
& chargée de plomb dans leur ville, pour 
V empêcher de s'en aJler comme elle avoit 
iàit plus d'une fois, & l'autre ne fut jamais, 
que dans la fkntaifie de ceux , qui fe plai- 
gnent toujours, qu'elle difparoit quand ils 
penfent la tenir. C'eft cette grande envie 
d'avoir de l'qr, que le Pôâte nomme facrée, 
pour dire déteftable , qui <:aufe ces illufions 
d'erprit. Oviedo écrit, qu elle obligeoit le§^* *(/'-^- J- 
Indiens Occidentaux à une autre folie, qui 
étoit de jeûner & de s'abAenir de leurs fem- 
mes, avant que de femettreà chercher ce pre-' 
mier des métaux, s'imaginâns, qua faute 
d'obferver cela ils n'en pouvoient rencontrer. . 
LemèmeOviedoajoûte, que Chriftophle Co- 
lomb à l'imitation de ces Américains^ contrai- 
gnit lesChrédens même non feulement à fe pri- 
ver de voir des femmes, & de manger, mais de 
plus à fe confeiTer avant que de travailler aux 
mines. Il eft certain que par une pareille f ùper- 
flition les Arabes ufoient autrefois d'une chafte- 
I tèexkdte, lors qu'ils fevouloient appliquer à la 
' ' , X iiij 



- \ 



€, Z0^ 



3t« LETTRE CXIX. 

récolte xie rencens. Je veux vous faire par 
ici au fujct de Tpr, d'un chofe, qu'adebkd 
le Milord Digby dans Ion traité de la poudn 
defympâthie. Ilaflure, qu'un petit boutoi 
d'ôr gros comme le bout des doigts, & pe 
fant une once feulement, peut être étcnà 
de Paris jufq u'à Montpelier , & au delà. C'efl 

' à lui à garantii- fon dire, qui cependant met 
bien à couvert ce que j'avois avancé dans b 
Phyfique du Prince, que cette once d'or ti- 
rée en.fil délié comme les cheveux s'ctendraf 

' plus de mille pas. 

Le Gaucher, dont vous parlés, peut dé- 
fendre fa mauVaife habitude" par beaucoup 
de raiibns, encore qùel'ufage ordinaire ren- 
de nieiïéantes la plupart de fes aâions. Si 
le côté droit, généralement parlant, fem- 
ble être plus foùple, & plus agile j le gau- 
che en recompenfe, dit Solin, eft reconnu 
plus fort & pjus propre à portçr. ' Pl^^^^ 
dans le particulier des bras eft pour les /«w^^- 
dextres qui les ethploient fans choix, & 3 
nous apprend,, que les loix des Scythes leso- 
bligeoient à fe lërvir . indifféremment des 
deux mains. Les fept cens habitans de Gab- 
baa , que le livre des Juges nous reprcfentc 
pour fi braves geps de guerre, comhattoient 
aulfi bien 4é la main gauche que de la droite^ 



. DIVERSITE'S. 329 ' ,- 

k comme gauchers ils étoient fi habiles fron- 
leurs , qu'ils tiroient fur un cheveu iàns 
àillir. . L'Ktnpereur Tibère, fl nous en 
xoions Suctone, avoitfa main gauche beaU-fl»'^ #.^ 
X)up plus promte, & plus forte que Tautre. 
V^ous avés aufti DÛ remarquer dans Xiphilin,^-?^* 
ijue Commodus faifoit gloire d'être gaucher, 
tenant toujours fon bouclier de la droite, Se 
rép^e de la gauche. Bref l'Hiftoire de Pcrfe ' 
oblèrve, que le grand Ifmaêl, pour ne rien 
dire de tant de ir^i^o/e'j' particuliers, a tou- 
jours emploie fa main gauthe préfcrableraent 
à la droite. Je m'étonne donc, qu'on ait 
prlspout une injure atroce, ce que de ficon-^ 
iidérables exemples, Si de fi fortes raifoas, 
peuvent du moins excufer. 

Il n'en efl; pas ainfi des incivilités, que 
vous avés fujet de nommer fcandaleufes. A v 

la vérité toutle monde ne peut pas être du tem- 
pérament de l'Empereur ConAantius, qu'on 
feit pafler pour n'avoir jamais craché. Pline 
en écrit autant d'une Antonia femme deDm- 
fus, Antmia Drufi tnmquam eocpuit^ Pom-L 7.ç.ip 
fonius Confularis poëta nunquam ruStavk; cç 
qu'il appelle j!7r/7r^w^«rfe//^aidf: des mar- * 
ques d une mauvaife conflitution. Et l'Hi^ 
ftoire des Incas, ne difant pas la même cho-2.jia9t. u. 
fe du Roi Atahualpa, aifure pour le moins ^- 3^- 



330 



LETTRE CXIX- 



quîl ne cràchoit jamais à terre., maisfeulel 
ment y s'il y êtoit obligé dans la main de quel* 
que Dame d'importance^ pour ne rien fair^ 
qu'on pAt juger indigne de la majefté d'un 11 
grand Monarque. ' Il fefoit fort difficile d^ 
iaire pa(rer4)0Ur honnête dans nôtre Europe 
cette civilité Américaine.. Tant y a quc| 
Marc Polo témoigne, qu'il n'ctoît p^s permis 
de cracher danslafaledu grand Cam de Tana- 
rie. Et vous iàvés comme tout ce que put 
faire, un grand cracheur auprès d'une belle 
perfonne, fut de s'excufër fur ce qu'il ctoit 
difficile d'être bien proche d'un morceau dé- 
licat, ians que l'eau en vint à la bouche. 

Pour l'éterpuraent, vous m'a voucrés qu'il 
eft fort difficile de le retenir, quoiqu'il foit 
fouvent très importun; le f^lut que l'on fe 
donne à Ton fujet , comme venant du cerveau, 
témoigne, qu'on ne le dent pas pour indé- 
cent. En dFet l'on voit dans le fécond livre 
d'Athénée cette coutume établie de rendre u- 
nç efpece d'adoration aux étemumens. Et 
comme cette même coutume fe rçconnoit 
par là fort ancienne, elle eft entorefi éten- 
due, que Garcilaflb de la Vega reprcfente 
t.pâr. ?. j.dans fon Hiftoire de la Floride, tous les Gen- 
^•^' tils- hommes d'un Curaca de cette grande Pc- 
ninluie, lui donnant le Êilut comme parmi 



DIVERSITB'S.' 33f 

nous auffitôt qu'il eût éternué- Mais pouy- • . . 
quoi Cleanthes dans Diogenc Laërcè accufe*- 
t -il un homme d'être trop efïsmincV &.trop . 
voluptueux^ pour être fujet à beaucoup éter- 
nuer? Dion Chryfoftome k prend encore Orflr.jj. 
plus au criminel, À plus injurieufement, 
/piofi ftermitatio indicetxinadum. j ^ 

Je confefTe^ que je n'ai pu apprendre de 
vous fans indignation» qu'on ai voulii tour- 
ner en belle raillerie la vilaine adtion d'un 
homme, quh fait profeffipn de prendtre des 
libertés fcandaleurcs en toute forte de com- 
pagnies. Je faii>ien, qu'en étant arrivé autant 
quiàiui au Poète Lucairï, il voulut faire le 
plaitàoc en proférant l'hemiflique de Néron. 

Sub terrif toftuijfe putes : 
dequoi il eût tout fujet de fe repentir. Un 
autre s'avifa de dire dans la même figure, 
qu'étant confiant félon Ariflote, mUum cor-AptU. ^ 
nutum animal pedere ^ ce qui lui étoit arrivé ^^•^•^^•' 
l'affuroic dç n'être pas comard. Et un Amant 
â qui cela echapaen préfence de (a maitrèffe, 
lui protefla , qu'il ne pouvoit non plus que le 
laurier brûler fans Ëiire comme lui. . Mais' 
que dires vous du Fhilofophe Métrocles, qui , 
s'étantx^nfermé fans.s'ofer plus montrer, à 
caufe d'une femblable difgrâce, ou il étoit 
tombée eût befoin, que Crates le Vint con» i 



33^ 



LETTRE CXtX. 



V foler après avoir mangé quantité de Lupin^ 
qui comme yenteux opérèrent de forte, qui 
Mctrocles à Texcmplc de fon ami perdit tout^ 
honte, & devint de Pêripatétique un Cyni 
que parfait. , Véritablement nous fommei 
fort redevables à Diogene Lactce, de noit^ 
avoirconfervéla mémoire d'un fi notable éve 
In daud, ncment* Suétone nous apprend avec un paj 
an. ^2. reil ioip , qu'une perfonne aiant été en hazard 
de mourir, pour avoir par pudeur retenu ufl 
ventl'emblableaux précedens qui vouloit for- 
tir, l'Empereur Ckiudiuspen^àfidre un Edir, 
portant permifTion d'en laiffer aller même c- 
tantà table. Remarqués leprofîfc, quoûpcut 
faire en lifant les bons Auteurs. Vous y a- 
' . vés auffi vu, quun Romain fut furnommé 
Grandio, parce qu'il n eftimoit rien qui ne 
fut grand : Un Grimaldi de Gènes s eft trouvé 
depuis dç la même humeur : Et quelqu'un aianc 
ulé devant lui de la licence, que Claudiiis 
- voulut donner par un Edit, s'excufa de la pc- 
titefle du fon, proteftant qu'en fa copfidcra- 
tion il Teût fouhaité plus grand. Apres tour, 
retournant au ferieux, il faut tenir pour con- 
ftant IcmotdeCiceron, que b pudeur, & 
la modeflie, ou bienfeance, font le fel de 
lavio, amo verecutidiam ^ in eaornatus vita^ 
^ vis àecorieft^ ce font des ingrédiens, qui 



DIVERSITES. 333 

loivenc accompagner & afTaifonner toutes ' ^ 
los aillions. 

Je prendrai, pour finir, roccafion aux 
cheveux, puifquc c'eft par eux que vous a- 
w^és termine vôtre lettre. Mais fouvencs- \ 
w'ous , que j'ai dit ailleurs mille chofes fur ee 
ru)èt, que je ne veux point repeter- Il no, 
faut pas douter, que Tui^e de porter les. 
cheveux longs ne fôit le plus ancien^ de mê- 
me qQ^il eft leplus naturel. Epidieteibûtieiit ^ ?• ^* t. 
dans Arrien qu'ôter le poil à un homme ^ c'ed 
comme rafer la jubé à un lion, ou arracher 
la crête à un coq. Polypheme au même fetis 
Te compare dans la Metamorphofe à Jupiter 
le porteur de perruque, 

— — Comaplurimfitorvos ^* '^ 

Prominet in vultus; hùmerofque ut îucus ob- 
umbrat. 
En effet les plus anciennes ftatuës des Grecs, 
comme nous l'apprenons de Dion Chrylbfto- Orât. it 
me, avoient rornemcntdcs grands cheyeux,^^'P-^*^'''' 
aulTi bien que de la barbe longue. Dutems 
même de Ciceron il fe raille d'un C. Fannius, 
qui fe rafoit julqu'aux fourcils, idcirco capi- Orar. pr$ 
te^ fuperciliis feniper eftrafisy ne ûUumpilum **/"^' 
viri boni habere videatur ; les têtes fans4)oil ne 
fe pouvant alors regarder , qu'on n'en remar- 
quât la melleance. Cela me fait étonner que 



334 LETTRE QXIX. 

Saint Paul enfcîgne, qu'il, n'eft pas moîi^ 

ignominieux aux hommes de porter les chd 
i. ad Cor, veux longs, que glorieux aux femmes, i 
€.iLart.i4. qui la Nature les a donnés comme pour leu 

fervir de couverture. Le Poète Phocilide et 

avoit prefque dit autant, 

yiris non congruit coma^ istfmdierilm 
- cindnnù 
11 eft vrai , que cçtte frifure ou anndure n'efl 
pas du précepte Apoftolique, qui rend hon- 
teux le fumom de ce Didbteur Romain L 
Quintius Cincinnatus- Or quoique nos 
mœurs en ceci comme en toute autre chofe 
foientfort différentes, y aiant beaucoup de 
païs où les femmes portent. les cheveux 
' I cQurts, &les hommes au contraire î comme 

la Relation du Maire le dit de certains peih 
pies , qu'il trouva après avoir paffé le Détroit 
qui porte fûn nom j fi e(l * ce que la belle che- 
veFure eft tellement de Pappan^ge des femmes, 
que la rafure eft une des peines, que les loa 
£. c de ordonnent aux débauchées. Je penfe que le 
kiftor, ê' Législateur s'eft fondé fur ce qu*cnfeigne Ari- 
mm. Cl '^^^^ ^^ cavales, à qui Ton coupe le poil 
pour les rendre moins ardentes , equarum b- 
Indo^xtinguiturjubatonsây ÎST/rons^riftiorrei' 
ditur. A quoi fe rapponé Tobfervation du 



DIVERSITES.^ - 33f 

nème Dion^ ^e Taucorité de qui ]e me fuis Oor. j;. 
léja fervideux fois, que les pafteurs de Ton / 
ems rafoient t9ut le crîn à une jument^ pour 
'obliger à fe laifler -couvrir ]par un âne. 
fatit y a qu'entre tant de variétés, quiregar- 
lent la^coiffore, Mafifée nous apprend, que 
es Chinois nourrilïèm exprès leiffs* cheveux, • 
lour être pris par là & emportés au Ciël a- 
>rè$Ieur,mort; ce que ne font pas leurs Prê* . 
res, qdi croient y /pouvoir aller (ans cette 
rnSh. UyadesMufulmans, qui ont à mè- 
ne deiSnn un toiq)et au haut de h tèiQ^ par 
le moten duquel ils fe promettent, qu'une 
Ange les tninfportera au Paradis de Mahomet. 
Enfin Gotard nous Eût voir dans fa fixiéme 
partie de Tlnde Orientale, que prefque tous 
les hommes de la Guinée portent leurs che- 
veux rangés & poftés de différentes façons. 
D eft certain , que nos Rois de la race de 
Mcrovée étoient comme les Prophètes & les lof. Ant.. 
Nazaréens, qui ne fouffroient jamais que le^'^'x* 
rafbir ou les dfeaux paffaiTentjmrdelTus leur 
tète, ou diminuailent leur chevelure. Cefl^ 
ce qui fait reconnoitre aux Bourguignons 
dans Àgathias, qu'ils a vojent tué leRoiChlo^ L* ^ 
domer. Et pour ce qui concerne la rafure 
deshomn^es^ il n'yagucres que la dévotion, 
kdueil, ou la maladie^ qui les y obligent, 



33^ t E T T R E CXIX. 

& qui ^n felTent naitre la coutume. Noi 
voions que les Moines en ufent & U prat 
quent au premier cas: Au lecond les Perli 
pour témoigner ledéplaifir qu'ils a voient d 
//(prorf./.5.1a mortdeMafiftitis, non contens de ie n 
fer, coupèrent le poil à toutes^ leurs monri 
tes : Et au troifimç cas. une douleur de tên 
qu'eût Charles ■ Quint en mil cinq cens vingl 
neuf au paffage de Barcelone à Gènes, l'obli 
géant à Tç faire rafer, les Efpaghols , quifl 
voient jufqùes là nourri de longues penru 
ques fc les firent couper, quoique fi mal vo 
ionriers, qu'il y en eût, à ce qu'affure Sando 
val, qui en pleurèi:entde regr.et, cequiw 
fe lit pas dans Famianus Strada. Si eftce 
qu'autrefois leurs prédcceffeurs ne devoien 
pas porter les cheveux fort grands, puifqiK 
Appien obferve^ que Viriatus & les troupes 
E^agnoles prirent commp une chofe extra 
ordiijaire de grandes chevelures, pour don- 
ner de la tetreur à leurs ennçmis. Quoiqu il 
en foit , Charles Quint fut auteur des courts 
cheveux, & des longues barbes, félon que 
Cabirera Fa remarqué. Quant à la couleur 
des cheveux, il n'y en a point, fi elle eft na- 
turelle , qui n'agrée en quelque contrée; & 
même dans un feul endroit,^ les noirs, les 
roux, les blonds, ou les châtains, fontpre- 

• ferés 



far, /. 



Debello 
Hifp.i. 
hiji. c.p. 



DIYERSI'TE'S 337 

crés (eloD les indinodons différentes. Eu- Aiiv* ^ 
cbe nomme, après Clément lAlexandrin,^'^'^ 
Medée pour la première qui trouva Tartifice/row. 
ie leur feirc changer de couleun Une infi- ^^ *, 
lité de Princes fe les ont &it peindre à Timi- /. tû.n.i 
catioa d'Hérode dans leur arriere-faifon. Ma- A^* ^- ^s* 
dana repféiènte le More Mufa domteur de 
HETpagne,. qui fâche de fe voir niéprifé à 
cauie du grand âge^ que Ton poil blanc té- 
moignoit, lui fit prendre une teinture de 
noir fiheureufement, que ce changement paf- 
ikot pour un miracle^ il rétablit ià réputa- 
tion. L'Empereur Commodus ne ie cohten- 
toit pas de la peinture des fiens^ il les faifoit 
reluire avec des papillotes d'or : Fmi Commo- 
dus capittofemperJucatOy &* auri ramefitisittu- 
misatOf adurens comam ë^ harbam timoré ton- 
forùy c'cft le texte de Lampridiuf- Et Tre- 
bdlius PoDio écrit prefque la même chqfe de 
Gallienus, crinihus Jùis aurifcobem qfperfit^ 
raàiatus femper proceffit. Les femmes Ibu- 
haiteroient bien plus que les hommes d'avoir 
le privilège des Gruês^ qui noîrciflept en vieil- 
lii&nt par le témoigiàge d'Ariflote en plus 
d'un Deu. L'on dit de Tarçon> qu^il naquit 
avec cheveuir déjà blancs & chenus; mais 
Strabon (bûtient, que les It^iens furent au-jL.j. 
tcurs de cette fable, pour donnera entendic, ^<>r- 
TomVaPân.l Y 



338 LETTRE CXIX, 



vka qu il avoit été fage dés le berceau. « Cardan 
>• ^- 37' écrit de lui au contraire , qu^gu fordr du vci 



fro. c. gy. écrit de lui au contraire , qu*gu fordr du vci 
tre de fa mère il ayoit déjà les cheveux long; 
noirs, & crépus. N'efl-ce point ici uned 
fes vanités pour s'égaler au premier de la â 
nulle des^Céfars, qui eût fon nc»h/^ ae/arû 
à caufe qu'il vint au monde la tète couverte 
Dihrev. d'un chcvelure? Four conclufion uibos de 
W4t. c. 12. l'învecli ve , que fait Scneque non pas fimple 
ment contre les femmes^ mais contre les 
hommes efféminés de fon fiéde, qui em- 
ploioient toute la matinée à diipofer leurs chc- 
veux, & à les mettre en belle ordonnaoce, 
Jum de fifjgulis captUis in cùnfiliwniitur^ llsi 
entrent en colère y dit - il , fi le mWndre poill 
de leur tête le rompt , ou fort de (a place; h 
ils aimeroient mieux voir tout l'Epat en trou- 
ble & en confqfion, que leur perruque efli 
defordre • Quis eft ijiortmi fui non malk Ran^ 
publicam turbari y quamcomamfuami quitm 
follicitiorjît Je capitisjiii decoî-e y qiiamdtjnh- 
te? qui non cotnptior ejjè malityquam honeftiori 
Certes on ne peut pas dire que le Monde ait 
beaucoup changé depuis ce tems là; l'on 
, voit aflcz de pérfonnes plus en peine d'avoir 
belle tête, que de l'avoir faine &bim&it& 



^ ^ ^ 339 

/DE 

.'HUiMILITE, DE L'AMOUR, 

ET DE LA PARENTE. 

I 
LETTRE CXX: 



MONSIEUR, 

Je ne m'étonne pas, que celui ^ qui vous a 
refufé une fi jufte demande^ fe foit excufé 
fur Ton lodirpofirion ordinaire de la colique. 
Il eft jufle, & félon nature^ qu'un homme 
rempli de vents , foit fujet à de femblables 
infirmités. Mais s'il eût eu un peu plus de 
fcnsy il fe fut porté librement à ce que vous 
defiriés de ion entremifè^ fans témoigner^ 
comme il d fait, qu'il tenoit une chofe au 
^iïbus de lui , dont il pouvoit retirer autant 
dlionneur que d'une plus relevée, par la bel- 
le manière de l'exécuter. Herculç n etoit 
pas toujours après le MonArqs , ou à combat- 
tre des Antées,* il s'occupa^ fans blefTer fa 
réputation à purger d'ordures & de fumier 
lètable d'Augée > & il a fait le<^on^par là aux 

Y ij \ 



340 LETTRE CXX. 

plus grands hommes, fi nous en croions Dk 
Ora$.g. gcne dans Dion Chryfoftome, de rie teni 
aucun fujet indigne de leur emploi , n'y e 
aiant point ^ qui ne leur puilTe tourner à glo 
te, ne fut-ce que par le mépris apparent à 
tnême gloire, Jors qu'ils >s'abaiirent jufqui 
des adions, qui femblent baffes, àcaule(i 
leur exaltation. Mais que voulés vous, Il 
modellie toute agréable qu'elle eft ne paroi 
;, ' troit prcfque point, fi elle rie recevoit lot 
principal éclat de ce qui lui efl contraire. I 
faut qu'il y ait des âmes orgueilleufes qui ik 
' fe plaifent qu'aux chofes relevées, 
^£' Non omnes arhvifia juvanty humikfque wry 

rica. 
afin que celles, ' qui ont reçu du Ciel certc 
vertu vraiement Chrétienne de l'humilité , en 
' foient plus recommandables. Je parle de la 
forte non feulement à caufe de la béatitude 
que nôtre Religion promet aux pçrfbnnes 
humbles; mais encore parce qUe les autres 
créances enfeignent une doélrine toute con- 
traire. Mahomet défend expreffément à fes 
Mufulmans, ou Fidèles,' dé s appliquer aut 
chofes baffes comme "indignes d'eux, parcet- 
Smité te injonélion expreffe, Fidelh ad vilia nefeah 
Sap. c. S. ji^^f ^ qyg rapporte Abraham Echelite. Et 
il fè peut dire^ que l'humilité n'a jamais été 



)E LHUMIUTE', DE UAMOUR, &i 341 

ûe avec toutes Tes grâces hors de TEglife 
lirétienne. ^ Ce n'eft pas pourtant que laSy- 
^S^^tS^ à^ JuifS) & ]a Philolbphie Payen- 
e, n'en aient (ait ibuvent beaucoup d'état; 
lais elles n'en ont jamais donné ni de préceptes 
L exprès^ ni d'exemples fi notables, que nous 
n fournit nôtre Evangile. Salomonhous ex- 
lorte en beaucoup de lieux à la pratique de 
ette vertu, & quand il réconnoit^ que tout 
:e que le monde contient de plus eftin)|é. 
feft que vanité, &mème que tourment du 
x)rp$,'ou affliétion d'eiprit; en détruifànt nô« 
ire ambition, iljettenôtreamedanslliumilité 
:}uiluieftoppofée. Pythagore, quejeveuif 
choifir entre tous les autres de fa profefTion, 
n'a point eu de plusbeaufymbole que celui qui 
Drdonnoit, qu'on touchât la terre autant de 
(bis qu'il tOîinoit,,^rim tonat terra tangenda; 
pour faire entendre le befoin que nous avons 
de notxs humilier devant le Ciel, autant de ^ 
fois, qu'il nous témoigne fon courroux par 
les adi^erlités, qui noxis arrivent. Nous cou* 
Ions nôtre vie fur une mer fujette à mille , 
bourafijues.de la Fortune; les voiles hautes 
y doonent bien plus de prile à la tempête; & 
il n'y a que les lages pilotes, qui évitent au- 
cunement l'orage en les abatant. Tant y a que 
votre h(»mxie n'eft pat de ceux là. Je le 

Yiij 



34» l- E T T R E CXX. 

connois pour le. plus, pr^fomtueux des v 

vans. Il ne croit pas pouvoir rencontrer DU 

•le part Ton femblable^ s'il ne fe regarde fai 

' fant le NarcilTe dans une fontaine. Et d 

même que cet Antiphon, dont parle Aride 

tQy croioit voir toujours fon image h cau( 

de la foibleife de fa vûê, Taii: le plus fubd 

lui tenant lieu d'une glace de miroir; Timbe 

cillité d'efprit de cet impertinent lui renvoit 

làns ceffe la Tienne, accompagnée dun nie 

rite, que fa folle imagination, comme m 

verre de multiplication ,^ lui fait paroiore iofi 

ni. Mais ne prenés pas tout ceci pour une 

preuve, que je fafle grand compte de certai 

nés, humilités trop affeâées. Je n'approuve 

point que pour nçus abaiffer nous nous reo* 

dions abfolument méprifables. Il faut coa^ 

^ ferver ik réputation , que les loix civiles rcn- 

^ iufia. dent aufli prédeule que la vlej pericuhmfa' 

^l'J^iHaaquiparaturpericulovitie. Nouslbinnies 

trop cruels, dit Saint lerôme^ fi nous bief- 

fons volontairement ce qu'on appeDe nôtre 

bonne renommée. Et fans croire, quilfoit 

plus criminel defe dif&mer Cbi-même, que 

de ravir la réputation d'autrui, parce que 

l'homicide de fa propre perfonne eftplusc 

norme, que celui de quelque autre que ce 

puifieêtre^ je tiens fmi^ement, quildl^^ 



XE L'HUMILITE', DEUAMOUR, &c. 34} 

iconduited'unhommeprudent, den'affeéler 
imais une humilité hontéufe, & qui lui fiM^ 
e perdre Teitiine, qu'il peut avoir acqujfe. 

Paffons à cette paillon amoureufe, donc 
foo^ prétendes guérir vôtre ami par le feul 
tméde d une abfence , où l'engagera infènfi- 
>lement le voîage que vous lui confeillés* 
i\ la vérité 9 je me fouviens fort bien, qu'un 
PaAeur dans Théocrite prend la rérolution7/y/.i,f.. 
de s'embarquer lùr mer pour guérir du mal^"- 
d amour, fe fondant fur ce qu'un de fes voi- 
ûns s'étoit fort bien trouvé de cet expédient 
Mais il y a tant d'exemples contraires à cela, 
que je ne défère pas plus à cet Idyle qu'à un 
autre du même Poète, où il veut, qu'il n'y 
ait que les Mufes Piierides capables de donner 
du foulagement à un cœur que Cupidon a 
bleiïé. Tant y « que Crates le Thebain a- 
joûtoit à ce cataplafine du tems, pour ulèr 
des termes de Clément Alexandrin, ceux de /• 2. &r#. 
la faim, & même du licou, ce dernier de- 
vant être apparemment le plus fouverain de ' 
tous, quoiqu'il ne foit pas le plus expédient 
L'on n'auroit pas belbin d'en venir jufqu'à 
cette extrémité , fi le fleuve Selemne avoit la 
vemi, que Paufanias lui attribue , de (aire ou- 
blier àtousceux,qui s'y baignent,(bit hommes, 
f(»tfemmes,ramour qu'ils avoient csn y entrant 

Y îiij 



344 LETTRE CXX. 

Et certes il eft plus aifé de perdre toot à làk 
le fouvenir d'une de ces affeâions ^ dont nous 

' parlons, que de la modérer au point où vous 
vous promettes, que vôtre ami réduira la 
Tienne; facHmsimmorefinemimpetreSy quam 
modum. Vous fondés vôtre efperance fur ce 
que fa ntaîtrefTe n'étant pas fort bçUe, r%e 
lui ôtera bientôt ce qu'elle a de charmes, &: 
moi je vous remets fur cela au proverbe fi 
commun en Efpagne, nimofafea^ tuTitula- 
da vieja. Quand vous lui fouHaités quadrmg- 
tariam Clytemneftram^ fèlon le mot de Cxci* 
lius, & qu'il aime en lieu de moins de de- 
penfe, c'eft plutôt defirerla diminution de 
ion mal, que fa gnérifon. Çouvenés vous^ 
que ies lieux de débauche, • comme Dion 
Om.^. Chryfoftome l'a fort bien prononcé, (ont 

- plus pour la corruption, que pour la généra- 
tion; qu'il n'y a point de laides amours, & 
que la pçrfonne^ qui en a tant donné à €dui> 
qu«,vous plaignes, étant très fpiritudle, ce 
n'eApa^ merveille, que la pailioQ, qu'on a 
pourelle^ foit des plus violentes. Ceux, qui 

'ont feint que Cupidoti étoit fils de Venus & 
de Mercure, n^ont voulu dire autre chdè fi« 
non, que ies bonnes grâces d'une Dame, 
jointes {i l'excellence de (on eQnit, '& à la 
gentUlefle de fon entretien, font naître ces 



DE LHUMILITE', DE TAMOUR, &c, 34? 

grandes émodotis de cœur^ dont il n'y a que 
les ftupides, qui Te puilTent aucunement ga- 
rendr. Tenés pour aiTuré, que celui pour 
qui vous a vos une afFedionfi tendre, & ft * 
pleine de drconlpeâipn, n'a pas trouve fa 
maitrefle, dans cette longue fréquentation 
qu'il entretient avec elle, femblable à celle, 
dont parle Atherièe y qui reç^t le fumom de 
Prqfcenium^ parce qu'aiant le viûge aflez^'^^ 
beau^ & s'habillant de fort fomtueux habits, 
elle n'avoit rien au réfte, qui ne paroiffoit 
pas, que de très dégoûtant. De fait vous crai- 
gnes, qu'il' ne fe trouve mal de n'obferver 
pas la quarantaine des jours caniculaires, que 
vous nommés le carême d'amour, & qu'elle 
ne hii perfuade que les nuits n'en font pas fi 
dangereufes. En vérité vous êtes un parfait 
ami. Mais il (kut que je réponde encore un ' 
mot à cet endroit de vôtre lettre oii vous 
condaonés tropabiblument (on amour, com^^ 
me une chofe, qui n'eft bonne qu'à caufer 
mille difgfaces différentes. £fl-il pofTible 
que vous n*aiés poin^ appréhendé d'irriter 
contre vous irrémiffiblefflent tafit de beau 
monde. Quoil le feu d'amour n'éclaire ni 
ne purifie ja^iais les âmes les plus ténébreufes, 
& les plus gro(fieres? Au moins déviés vousi 
avokώmoiredecequ'enditSerenusSanmo^ 

Y V 



\ 



345 LETTRE CX5L . 

nicus^ qui' l'ordonne comme une médedne 
excellente^ & expérimentée, contre la fièvre 
quarte un peu avant k violence de fon 
atcès. X 

I. Je mei. Qupi etiam miranda ferunt veniente cdsfe^ 
Jurantes ludrnn Ventris fmmufque peUnàmu 
Quoiqu'il en fbit^ vôtre inveâive m'a d'au- 
' tant plus furpris, que vous n'êtes pas fur ceb 
de ceux, qui condannent les choies, qu'ils 
n'ont jamais éprouvées. 11 ièmble que vous 
foies un, autre Antiflhene, qui protefie daos 

). a. /roM. Clément Alexandrin que s il tenoit Venus en 
fa podeilion, il lui ferait perdre la vie pour 

' en délivrer le mondes nonmiant (on fils, le 

vice & le plus grand mal de la Nature, xa- 
^v ^u0-(oof . Pour ne vous en dire pas davan- 
tage, ^ pour aucunement avoir raiibndece 
que vous a vés tiré de moi conmie par violeD' 
ce, fur une matière fi éloignée*de oe qui me 
doit pïaire, j'exige de vous la ibludon d'un 
problème^ qui regarde le môme fujet, pour- 
quoi du confentement des Théolc^^iens & 
des Jurifconfultes , celui qui force une femme 
, eft plus grd^vement puni, qu'un autre, qui 
lui corrompt l'efpri^ & la perfuade de lui ac- 
corder ce qu'il veut d'elle^ avant que d'en 
jouir. Ma raiibn de douter eft fondée furce 
^lie l'offeufe du premier ne s'étend quefiff 



DE ^humilité; de L'AMOOR, &c. ,347 

le corps y & que celle du fécond fouille l'ame 
& fon domicile; ce qui rend devant Dieufon 
crime beaucoup plus^ atroce^ '& par coofe- 
quent plus; punilTable. La première de vos 
lettres ne fera pas bien reçue fi elle ne me 
Catisf^tit fur cela. 

L'article de la parenté, que vous foûmet« 
tés à mon avis, ne reçoit pas grande difficul- 
té. Vous dites fort bien avec nos vieux 
Gaulois, Qu^amitié paffe fouvent parenté ;o^»,j/^ 
& Dion, que je vous ai déjà cité deux fois^ 
le prouve clairement, parce qu'un parent ne 
fert de rien, s'il n'eft ami, là où un ami eft 
toujours udle, bien qu'il ne (bit pas parent. 
L'on peut jl^er néanmoins que les premiers 
Romains,- qui firent pafler le mot de néceflv 
té pour parenté, pro neceffitudine^ ^ affinita'^ i^'hoS. 
fis Jure y compie Aulu Gdlq FalTure, te-*^^'^-^' 
noient l'obligation & la néceflitè d'affiflerfes ^ 
paréos la plus grande de toutçs. Mais les 
conûderations particulières altèrent aflez de 
fois la thefe générale. Il n'y a rien de plus 
étendu par tous les ordres de la Nature, que ' 
le refpeél & Tafliflançe, dont les enfàns font 
redevables envers leurs pères & leurs mères. 
Si eft- ce que le Père Xavier payant dans la 
Navarre aÔez prés du lieu, où demeurdit fa 
mere^ quil ne de voit apparemment jamais 



348 LE t T R E CX>f. 

voir, puifqu'îl s'allott embarquer pour le 
larric. yoiage des.Indes, ne, voulu tpomtfâflo'viri- 
hijlMi.u ter comme on le lui propolbit i ce qui futat- 
tribué dans les termes de Religion à un partait 
, détachement de la chair. Et PHiftoire pro- 
j : fane d'Arrien porte, qu'Alexandre le Grand, 
' . preffé par les lettres de fa mère, d*ôter Anti- 
pater du gouvernement ou il Tavoit laiffé , s*é- 
chapa de dire^ qu'elle lui demandpit un prix 
' èxceffif pour l'habitation de neuf ou de dix 
' , mois. L'am jjjir fraternel êft célèbre par mil- 
le exemples; en voici deux affez finguBers. 
Une femme de Perfe préfera fbn frère èfes 
enfans, par cette raifon, dont fe fèrt auffi 
Antigone dans Sophocle en faveur de Polynif 
ce, qu'elle pouvoit en avoir d'autres, mais 
' non pas un autre frère. Plutarque le rappor- 
/. if frat. te , &rMariana me fera garand du fécond ex- 
?^^ Afiî ^'^^P^^J affurant qu'un cadet fe'fit pendre 
€. i/. ^f^ Efpagne pour fon frère aine, qu*il confi- 
déroit chargé de femme & d'ehfans , & par là 
plus nécélfaire à Icqr famille que lui. Si eil- 
ce que la concorde eft fi rare entre les frères, 
félon le mot du Poète, & leurs animofités au 
contraire font fi ordinaires, qu'il feroit fu- 
^rfiu d en donner des preuves. Les éiemens 
àufîi qui les compofent paflent pour frères, 
cxTmme étant tous d'une mênnre Big^ere, & 



yii m m 349 

néanmoins leurs qualités oppolees les tieii- 
nent dans une contrariété telles qu'ils fe font 
une guerre perpétuelle. C'eft tout ce que je 
puis vous en dire proUemadquement àms la 
thefe générale, vous êtes mieux inftruit que 
moi de Thypodiefe qui doit régler vôtrejuge^ 
ment 

DES 

ABSTRACTIONS SPIRI- 
TUELLES. 

LETTRE CXXL 

I 

MONSIEUR, 

J'ai Tame fi peu capable de hautes penfées, 
que je m'étonne de vôtre curiofité, & de 
vos it^bncesfi réitérées & û prelTantes, pour 
(avoir (iir quoi j occupe mon efprit dans mes 
iieures de loifu*. En effet je l'arrête ibuvent 
ide (1 petites choies, que je rougirois de 
vous rapporter tout ce qui me palTepar la^fan- 



3TO LETTRE CXXI. 

taifie. Des bagatelles, dont nos livres fqnt 
pleins, lui fourniiTent de qiioi rêver les jour- 
nées entières. • 
^""S' '• PoJJum fnuka tibi veterum pr^ecepta referre^ 

Ni refitgiSytetmef que piget cognofcere curas. 
Car ne croi^ pas , que les intrigues de Cour, 
ou les intérêts de la Seigneurie ^ commerça 
parle dâà les monts, foient l'objet de mes 
plus abftraites méditations^ ni que les révo- 
lutions de l'Europe me touchent beaucoup 
plus, quand je me mets à philofopher, que 
ceUes de la Chine, que Ton fait depuis peu 
fi oonfidcrables. Vous in'avouerés, qu'elles 
font telles , fi la Relation du P. Martini eft 
véritable,' qui porte que le Roi de la Chine, 
le dernier de la famille de Thamin , fc vient 
de pendre à un prunier de Ton jacdin Roial, 
defefperé de ne pouvoir relifler aux Tar- 
tares. 

Je fai bien, que vous vous raillés de l'art 
de méditer, qui confifte en une habitude, 
qu'un homme né pour Taftion, & qui s y 
plaît comme vous, ne peut pas aifément ac- 
quérir. Je vois bien encore, que vous avcs 
à me &ire une efpcce d'iniulte d'amitié, fur 
l'inutilité de mes rêveries, dans lebeibia 
que j'aurois de me porter à ce qui eft plus a- 
vantageux. ' Et c'eft fans doute que vous pou- 



DES ABSTKUCTIONS SPIRITUELLES. 3 ç £ 

vés me dire avec fondement^ ce que Corydoa , 
Te reproche à lui même, 

Quin tu aliquidfaltempotius quorum inâiget y. 

ufus^ , tel 2. 

VimimbuSy piùllique paras detexêre junco. 
Mais iàchés, que nous autres méditatifs, & 
fonge-creux^ fommes des animaux incor- 
rupdbJeS) & que comme la plupart de fous 
nechangeroientpasleur marotte contre un 
fceptre^ il y a peu de gen^, qui fe piaifent à 
la contemplation, & qui fâchent comme il 
s y faut prendre, qui vouluflent la quitter 
pour toutes les recompenfes de vos plus fe- 
rieux emplois. Il font perfuadés, que .ce 
qu'ils découvrent dans le globe intelleâuel, 
par le moien des navigations fpirituelles> qui 
leur font voir tous les jours de nouveaux mon- 
des, efl préférable â tout ce que l'une &c 
l'autre Inde peut donner de richeffes à ceux, 
quife les propofent comme le fouveraih bien 
de la vie civile. Et ils font fi déterminés là- 
defliis, qu'ils vous regardent dans vos occu- 
pations lucratives , du même œil, donr Ton 
confidére quelquefois le travail des Fourmis; 
ou de celui , dont les eflfences divines énvifà* 
gent vraifemblablement nos foins ridicules, 
k nos méprifables emprcflemens. 
Certes cen'efl pas funplement la vanité qui 



35» LETTRE CXXL • 

leur fug^gere ce fendment de fuperiorité. 
Vous pouvés vous fouveoir que les bètes, 
qui ruininenc, ont été les plus agréables à 
Dieu dans Tandenne loi, & que celles, qui 
ne ruminoient point étoient comme immon- 
des rejettéesdes fiicrifices qu'on lui Êdfoita- 
lors. Cela.veut dire aljegoriquement, que 
leshonmies, qui nemëditent jamais ^ ceque 
nôtre langage ordinaire appelle .ruminer, ne 
ibnt pas vus fi favorablement du Ciel que les 
^autres, parce qu'ils ne font pas il propres que 
les contemplatif à coqiidérer ce que Dieu ic 
la. Nature ont de plus excellent. Cependant 
ce doit être fur cela, fi nous fommes raifon- 
nables, que nous devons faire nôtre prind 
pale étude, qui ne nous peut reùflir dans la 
foule ni parmi le tracas ou vous êtes. Saint 
Bernard a écrit de wteriori dtmo adrficmid^ 
& il vous voulés mettre la main à là confcien- 
cevousreconncdtrés, que chacun (ë devroit 
bâtir cette maifon ou retraite intérieure, àxos 
laquelle il pût) feparé de toutes les affaires 
du monde, vacuer aux méditations philoib- 
phiques^ Quel plaifir de fonger à mille cbo 
ièS) où le vmc des hommes ne penfent ja- 
mais; de s'écaner de la multitude, pour 
prendre des fentimens dignes de ce que nous 
fommes par nôtre partie fuperieure, Se pn> 

cédant 



DES ABSTRACTIONS SPIRmJELLESsrj 

cédant avec ordre dans ce^ exercice mentâ]) 
connu feulement par ceux > qui le pratiquent, 
de découvrir^ conmle nous l'avons déjà dit^ 
des pàïs^ dont l'on n'a point encore entendu 
parler! 

Ifévat an a vider e Vtfg. ù 

Non rafiris Aorniaum^, no» uUi obnoxia^^^g^ 

Tenés pouf afTuré^^ qu'il n'y a point de joie 
plus edbitique, ^ue celle, qui Te reffent 
alors. 

Ceft à l'heure qu'on s'élève au defTusdefa 
condition mortelle; qu'on Voit également au 
delïbus de foi les plus fimples idjots^ avec 
les plus fuperbes Dogmatiques, & qu'on ^ 
s'appercoit vîfiblement que, comme les é- 
dipfes du Sdeil , le plus lumineux de tous 
les Aflrcs,' incommodent tîavantage le 
monde, & dér^lent tout autrement la ^ 
Nature, que celles de la Lunej les &utes 
aiiffi de ces dernicirs, qui paflent communé- 
ment pour grands perfonnages, font fans dou- 
te les plus pernicfeufes, & de la plus haute 
confequence, parce qu'elles Jettent dans 
l'erreur une infinité de perfonnes. . Je fai 
bien, qu'il faut beaucoup^de naturel, & qu'il 
y a même quelque peine à fe rendre capable 
de difcemer les chofes de la forte,, toutes 



3T4 tETTRE CXXÏ. 

peribnneâ n'aiant'pas le génie propre âfepor- 
ter fi haut. Mais la difficulté-efl ià comme 
par tout ailleurs, ce qui augmente le prix. 
La' gloire & le contentement qui fuit œscon* 
tioiffances fublimes, donnent des recompen- 
fes infinies. Et de même, que la reoolte 
abondante ôtex au bon Laboureur le iend- 
tnent des travaux de Tagriculture, ceux qui 
goûtent les douceurs des contemplations c- 
purées, dont nous parlons, ne Te plaignent 
jamais du tems qu'ils y mettent, ni de ce que 
les autres appellent fatigues d'e(prit. L'oq 
peut donc dire encore ici avec le Poëte, 

Virg. Etdubitanthnminesferere^ atqueimpenitn 

Gtorg. 2. cui^am? 

£n vérité cette réparation de l'ame pour un 
tems d'avec le corps, en parlant à la mode 
de quelques Philofophes qui ont défini par lâ 
leur profeiTion, ne fâuroit être méprifée que de 
gens populaires , qui ne Tout jamais éprouvé, 
& qui par confèquent condannent ce tju'ik ne 
ConnoilTent points &qu^iln'eflpeutêtrenuU&' 
ment à propos , ^ qu'ils connnoiflent 

Ne vous imaginés pas pourtant que tout ce 
queje viens devons écrire, ailleàoondannerfll> 
folument ni vos adtioiis que je fid être très 
louables, ni cellçs de qui que ce foit, qui le 
fent obligé dans la condition, & par Tétadt 



DES ABSTRACTIONS SPIRITUELliES. 3 çç 

fa fortune , à txavailler utilement pour foi Se 
pour les liens. Celui de qui Ton peut dira 
comme Ovide du père d'Acœtes^ v 

j4rs iUiJka cenjus €rat, ' i*!* ifcto* 

feroit fort blâmable^ s'il quittôit Uû ouvra- 
ge avantageux, pour fè porter indifcrete^ 
ment à des contemplations inutiles, & qui Id ' 
pourroient réduire à de mauvais termes. Il 
y a même des naturels, qui doivent d'autant 
pluss*attacher aux aillions ordinaires de la vie 
civile & tumultueufe, que toute forte je ne ' 
dirai pas feulement d'oifivetéy- mais de repos 
Se de cel&tion d'agir, les rend comme ceâ 
chevaux qu'on tient trop à la litière, qui de- 
viennent par là prefque indomtables. ^uoi- * 
qu'il en foie, l'interprétation qu'oit donne à 
undes préceptes nriyAerieux de Pythagore , me 
femUe fort oonfidérable fur ce fojet. Il or^ '. 
donnoit qu'on chauflat toujours le pied droit ' 
le premier, & qu'on lavât le gauche devant 
le droite Or Ton a expliqué ce commande* 
ment de ce ou'il voulôit, qu'on fit les afFai^ 
res d'utilité les premières, Se les plaiiantea 
feulement après. Voici deux autres fenten- LCj^i. 
ces énigmatiques du même Phllofophe, qui 
touchent encore nôtre thème. La prémiera 
étoit prohibitive , Se defendoit conune un çth 
medemangerde k main gauche, par où Tm 

^ a ij 



3çé LETTRE CXXI. 



ê 



difciples ont entendu, qu'il ne faloit jamais 
âppuier fa rubfiftence fur un gain ill^tiine, 
ni fur des aftions qui puffent être mal pri- 
fes. L'autre étoit un commandement de fe 
grattet le devant de la tête en fortant du lo- 
gis, & de faire la même choie au derrière 
quandl^on rentroit chez foi- L'une & l'au- 
tre aâion fighifioit, fi Toft a bien entendu fe 
penfce, qu'il faloit le matin lors qu'on va de- 
hors fonger attentivcnîient à ce que l'on doit 
Siirè, afin de he rien oublier^ & le ibir en (e 
retirant f^ire reflexion fur les aâîons de la 
journée , pour iremedier à celles qui aifaoient 
été mal cotiduites, ou omifes. 

Je veux encore vous rapporter une des or- 
donnances de ce grand perfonnage, vous 
verres qu'elle n'a pas moins de beloind'apli* 
cation & de paraphrafe que les précédentes, 
pour être rendue intelligible. A (on avis Ton 
ne devoit j&mais fortir <i'un carrofle les pieds 
joints y i caufe que cette pofture oblige à une 
defcente précipitée, & qui s'oKècqte tout d'un 
coup. C'étoit une leçoh à ceux^ qui chan- 
gent de refolution, & qui quittent un deflein, 
ou un emploi, pour en prendre quelque au- 
tre , de s'y porter petit à pçtit y & preique io- 
fenfiblement, afin d'éviter tout ce qui peut 
«hiver de furprenatit dans un changement. 



DES ABSTRACTIONS SPIRITUELLES. 3 ^7 

Mais la modération qu'il irequeroit dans cette 
aâioD, n'eftelle pas l'aiTaif onnemeiK de toutas 
les autres de la vie? Les Arabes ont un mot * ^ 

fort ordinaire > qui donne au même fens^ 
quaqd ib^vcrtifïent de prendre garde, que' ' 
ces joncs , qu^on voit fi haut élevés , ne çroif^ 
lent que nœud après noeud, & comjne en fô ' 
repofiint ou prenant haleine. 

Au refte aiant rapporté un fi grand nom- ' 
bre de préceptes onjymboks de Pythagore, 
vous vous ibuviendrès s'il vous plait que (i 
Ion filence n'eft pas abfolumetit contraire à 
Ta^ioft, Ton ne fauroit auflinier, qu'il ne 
loit le grand confident, & Tami particulier / 
de la méditation. Il le faifoit obferver â Tes 
écolier duraîQt trois, quatre, & fou vent cinq 
ans entiers, felûn. qu'il le jugeoit à propos . 
pour leur )>ien , afin que s'étant tûs durant cet 
erpace de tems limité; ils ne fuflent pas ré- 
duits à demieurer muets & a fe taire toute leur 
vie. L'on trouve encore aujourd'hui en 
beaucoup de pals des feékteqrs non feule- 
ment de iaMetempTychofe, & de fon abfti* 
neace au manger, mais aufTi de cette fone ' 

de fdence. Un Père Carme Déchauffé àkUh.s.e,s. 
dans ion Itinéraire Oriental, Qu'il vit àChaul 
un Jogue ou Râigicux Gentil affis fur un tas 
de cendres, qui s'étoit abflenu de parler de- 

Z iij 



JÇ8 LETXXXI.DESABSTR.SPIRIT.&C 

puis douze ans, à duodtcim anmsy il ne veut 
pas dire, ce me femble, depuis Çz douzième 
année. Je foi bien' que pludeurs perfonnes 
ont Élit raillerie de ces taciturnités fi afieâées 
& fi obAinées. Il me fouvient, qu'Apulée 
. entre autres les traite de folles ou d'imperd* 
^ j7#r. nentes par Ces termes : Catmm vox ccAiUta 
. fikntio perpetiy nmmagisufidfiuritquitmm' 
resgravedtne oppleta^ auresfpiritu ohfirat^y 
ocuU albugine obàiBL Quiifi manus manicis 
reftringanturf Quïi fi pedes ftdicif côarScn- 
fur? Et Théodoret fe moquant de lliéréd- 
, que Marcu$, qui fevantoit d'avoir appns tou- 
tes fes fables, & Tes extravagances du feul fi- 
Jence, le fait palier & pour un impofteur & 
pour un ignorant, parce que c'eft fikirepar- 
1er le filence que de hii attribuer l'inArudioD 
verbale, qui eft de Toffice d'un Doâeur. 
Mais Tune & l'autre inveâive, fur tout celle 
du Père, étant de pure fophifteriQ, parce 
qu'il y a une parole tnétaphoriquo, & muet* 
te; je n'y répondrai qpe par le fiIence, quand 
vous me devriés répliquer que c'eA encore 
Içfidre parler. 



^ ^ )^ 3ÎS> 

DES DEN.TS, 

LETTRE CXXlï. 



MONSIEUR^ 

EQCorç qu'Ariiloce & Gallen aiant eu des 
confidèrations admirables fur les œuvres 
de la Nature, qu ils traitent toujours de divi- 
ne^ fui: tout à l%ard des animaux > quand 
ils Dût contemplé anatomiquement la conAru ^ '^' ^ ^' 
dionde leurs membres; fieft-cequecederc ^*^''' 
nier eft contraint d'avouer^ qu'on peut bien 
admirer la fabrique de toutes les parties du 
corps humain^ mais non pas pénétrer julqu'à 
Texcellence de l'ouvrier > qui les a formées fi 
merveilleuiès, quec'efl ignorer la foiblelTe 
de nôtre elprit de penler pénétrer jufques là. 
Son texte eA firemarquable, que jeveuxvouS 
en rapporter id la traduâign. Scrutari ath 
tem quopaSo talis pars f aSa fuit fi aggrediaris^ 
i:Qnvmcaris non inteUigere neque tuam imhecûli' 
totem y neque opificis tuipotentiam. Jugés à- 
près cela fi Vous me conviés à une petite en- 
trepnfe, de vous expliquer ce que je penie 

Z iiij 



: 3^0 LETTRE CXXII. 

de ces conformadons extarôrdinaires dont 
Fon vous A entretenu. . Il eft certain , qu'il 
y a des lieux, où il femble que la Nature fe 
pldife à produire les hommes tout autres, 
qu'ils ne-fpnt ailleurs. Lçs loupes y ou goi- 
\ très font paiticulieres aux Savoiards, coni- 
. f^ l^ol. me les écroùetles aux Efpagnols ; & Ramufio 
a ol^ler vé que les Habitans des mofitagnes du 
Pérou nailfent^prefque tous ou louches, ou 
aveugles. Il y a une nation particulière en- 
^re les Malabares, verâ Saint Thomas aux 
. Indes Orientales^ dont ceux de Tune & de 
, l'autre fexe viennent au monde avec une de 
leurs jambes fi extraordinairement greffe du 
genoùil en bas , que les autres Indiens croient 
pour cela, qu'ils font dans la nudediâion du 
Ciel Simler remarque dans le premier livre 
de là defcription du pats de Valais, qu'il y a 
dans cette contrée des bourgs, où les hom- 
mes naifTent pref que tous boiteux , leurs pro- 
ches voifins n'étant point (ujets à ce deàut: 
Et qu'en d'autres^, ce ne font la plupart que 
j des fous & des infenfés, fibrut^x^ qu'ils fe 
xiourrifTent de foin, <& de fiante de dieval. 
FaiagiduC'tiï une chofe confiante par d'autres Réla- 
^^>« tions, que de neuf mille citoiens qui font 
dans Rovigo , ville de l'Etat de Venife , H y eu 
a bien fept mille qui clochent & fon^boiteui. 



DES. DENTS. 361 

Cekfliffit pour vous faire trouver moins ér 
tranges les anomalies & irrégularités de cette 
même Nature. Je me fou viens biendes^vers 
de Lucrèce > 

Eft EUphds morhsy fui propter flumvna uh l 
' Nili ^ -' 

Gigmtwr.^^ptoitt média ^ nefueprateren 
ufquam. 

Attkide teutantur grejjùs i oculique in A* 
ehais 

Finibus: inde aliis alius locus eft inimicus 

Partibus^ ac memiriSy varius conciliât id 
agr. 
mais je luis alTuré , que vous ne demeareriés 
pas icilàtisfaitde fa Phîlolbphie, qui donne 
peutêtre trop aux fim^es qualitçs de l'air. 

Ne penfés pas aufli que je m'embarque fur 
cet Ooean de merveilles, ni que j'entrepren* 
ne d'examiner fceptiquement pièce à pièce 
toutes celles, qui nous compofent. Ge ne 
fera pas peu dé&ref à nôtre amitié', Jàc vous 
rapporter ce qui pourra fe préfenter à mon ir 
maginadon fur quelqu'une ^'cUes , & je choi- 
firâi pour cela la plus petite qui eft la Dent, 
(ans avoir d^autre raifon de mon chojx, que 
la douleur dont vous m'éaivès qu'unpdes vô- 
tres vous afflige. I>éja l'on tient preique 
pour une maxime générale, que ceux, ^ûi 

Z v 



3«a L ET T R E , CXXII. 

ont peu de(dents & fort fépatées^ ne font pas 
pour vivre longtems; dequoiÂriftotea voulu 
^ rendre.qudque' raifon d^ns la queiUon quaran- 
te fepdépie de la dixième fecVoû de fes Pro- 
blèmes: EtnéanoDioins nous avons une infini- 
té d'exemples du contraire, Augufle, entre 
autres, qui a vécu près de foixante & feize 

Cap. 4t. ans, les aiant eues très clair femées; & Car- 
dan, dont rage n'a pas été moindre^ témoi- 
gnant dans le livre, qu'il nous a laifle de fa 
propre vie, • que fes Dents étoientmal jointes, 
en petit nombre^ & imbecillçs. C'eft peut- 
être néatunoins pourquoi les Infulaires de 
Tendaya vers les Moluques fêles font faer, 

Ramjom.W rapport de Barboià^; lors qu'ils ibnt en- 
'* core fort jeunes , afin de les avoir plus 
fortes & plus épaifles. L'on croit par le mê- 
, me iliiibnnement^ que d'avoir toutes les 
Dents d'un feul of&ment,^ comme «le Roi 
Pyrrhus, & félon qu'Hérodote témoigne 
qu'après la bataille des Platées un homme fut 
trouvé de cette conftitution , c'eft un téinoi- 

* gnage de grande vivacité. Ceux auifiqui 

• ont beaucoup de Dents fe promettent lamême 
chofe, & la Nature en donne ordioairemeot 
aux mâles, comme plus robuAes, davantage 
qu'aux femelles. Car encore q.ue leur nom- 
bre accoutumé foit de trente-deux> ila'dlvû 



' DES DteV.TS. , 3<5j 

pourtant des perfonnes en avoir double rang^ 
comme ce Timarchus , dont parle Pline, & Hifi. Kau 
le Chevalier Anglois Edmond Scory affure^^^-^st^ 
qu'on remarque, aux Canaries une tèit degergeréH 
Géant , qui a quatrevingt deux Dents. Saint tr- 4a na- 
Auguftiri dit bieq en avoir confidéré une dans ^'^^^ 
la côte d'Utique en Afrique, qui paroiiroitDec<.fj. 
cent fois plus grande que les nôtres, mais^V•^ 
cela ne fait rien pour le nombre, non plus 
queleredtduPereJorcphAcofla, qui con- 
templant au Mexique les oflemens d'un au*l.^.c.;. 
tre Géant trouvés dans la maifon dçs Pères 
Jefuitçs,. aflure, qu'une de fes groffes 
Dents n'étoit pas moindre que le poing. 
Or i} faut teiiir pour apocryphe texte de Ri- 
gordus, qui porte que depuis que Saladin eût 
pris la Croix de nôtre Seigneur, les enfans 
qui av<»ent accoutumé d'avoir trente, Se tren- 
tedeux Dents, n'en polTedoient plus que 
vingt- deux : Nota qikid ahatmo Domini^ ^an* 
do Cnpç Dominicà in tranjmarinis partihus à 
Salaâmoeaftafuit^ infantes fui ab eo tempor^ 
natifimt nm hâtent nifi vigmti duos àentes , aut 
tantum vigkai^ cumantea triginfay aut trigintà 
dtiàshabereconjueverant. Tantyaqueparcettç^f^*^^ 
r^e laMantichore Indienne^ dontparle Pli* 
ne, après Ariflote fous la foi de.Ctefias, 
doit être de longue viç, s'il eft vrai^qu'elle 



dr 



364 . LETTRE CXXIL 

^ trois rangs de Dents dans la boudie. Le 
Foëte Ion enattribuoit autant à Hercule, 
mais ik mort violente fidt qu on ne peut 
rien dire là deflus de fa vivacité, ou de ce 

Ju^ileût'dû vivre naturellement. Cestroisor- 
tes de Dents néanmoins font peu au prix de 
ce qu'on écrit de certains poiâbns nommes 
i^Mfi,c.g. Mandci par O viedo, dans la gueule defquels 
^J^l^' Ton en compte julqu'â neuf rangs. Sicft-ce 
qu Âriftote a placé des Dents aux poiffons fur 
leur langue, ce qu'on peut prendre pour une 
riche figure des hoinmes ibédiians, qui dé- 
durent cmellement la réputation de tous 
ceux, dont ils parlent, & qu'on devroit, $11 
étoit poflible^ rendre plus muets que des 
poiiTons, puilquils ne peuvent remper leur 
langue fans blelTer. Mais ce même Piiiloro' 
' phe met les Dents des Locuftes & de qudques 
4.i€idfi. Cancres dans'leurs ventre, affurant auffiquc 
***^'^' le Eckims qui en a cinq, efT pourvu de [»* j 
reil nombre de Deots. . Ne diroit-on pas que 
ces goulus, qui avalent prelque £ias mâchée 
ce qu'ils dévorent, doivent avoir comme ces 
derniers animaux qudques Dencs cachées 
dans leur eftomac, /qui achèvent de bnTer les 
viandes, qu'ils ont englouties? Au furplus 
la Chauveiburis eft feule entre tous les oi- 
féaux ( fi commË ai^phibie elle peut être mi^ 



DES DENTS- 35ç 

fe parmi eux) qui ait des Dents; auffi a t^elle 
quatre pieds, des maipnielles, & du laif, 
dont elle nourrit fes petits , que feule encore 
des volatiles elle engendre vivans- Et le 
Crocodile eft de même unique entre tous/ 
les animaux, qui ait mof)îles les Dents avec 
la machouire d'enhaut: Il eft vrai que les^ 
Perroquets remuent de même cette partie fu- 
perieute de leur bec/ 

Quant à la beauté des Dents, elle confîAe 
principalemeitt, il me fenible, à les avoir 
nettes & blanches; ce qui témoigne, que ni 
le cerveau ,- ni le ventricule , ne leur imprime 
aucune mauvaife qualité. C'eft fur cela qu'on 
voit TEpoux divin^ qui prife fa bienaimée dans 
fon Cantique des Cantiques, de ce qu'elle a 
les Dents auiïi pures & nettes, que des bre-^^''' *• 
bis fraîchement tondues , & qui viennent d e- 
trè lavées: Dentés tui ficut grèges tonfarum " 
(jiue ajcenàerunt de lavacro. Et la Poôfie pro- 
fane fiiit prononcer à un i\mant au fujet iles 
Dents de fa maitrefle, (ju'il confidcre comme 
des perles & des diamans, 

Urna di gemme ou'e ilmeo corfepolto. 
Auffi mettons -nous entre les plus grandes 
difformités, de les avoir jaunes, ou noires, 
étant quafrplus avantageux de n'en avoir 
point du tout. Etcependant ce n'eft pas 



^66 LETTRE CXXII. 

Mafféc féal qui dit, que les Chinois tien- 
nent les Dents noires pour les plus belles. 
Gafpard Balby aiTurc dans Ton Itinéraire , que 
les femnies de Diu, à l'entrée de Tlnde 
Orientale > fe les noircUTent avec grand foin 
pour paroitre j^us agréables. Et j'ai des Re- 
lations qui portent, que la çiême chofefe 
pratique en Calicut^ & dans h Cochinchine. 
L'on peut ajouter contre leur blancheur, 
4u*elle&it nioins eftimer les chevaux , parce 
iJiJtyt. que fdori Âriftote & Pline la^vieillefle blan- 
w^S' chit leurs Dents j çateris/eneaàruhejcunty e- 
. ^[tto tantum candidiores fiunt. Pour la jauniife 
qu'elles contrafâent^ il s'en Ciut tant qu'elle 
foit trouvcç laide par tout^ qu'en SuHiatra 
les plus curieufes perfonnès les dorent. M af- 
fée le dit partici^erement des Bonzes ou Sa- 
crificateurs de toute l'Inde Orient^de , qui ont 
un artifice fecret pour fe les dorer ou jaunir. 
Li.c^i. Et Marc Polo a ècri^, que dès ion tems les 
hommes & les femmes de la Province de Car- 
dandan , foûmife au grand Cam de Tartaric, 
portoient fur leurs Dents une lame ou cou-| 
verture d'or fort fubtile: Hkomim €^ damn 
JeUa Prwmcia di Cardandan^ Jhttepofta d 
grm Cam y portmo lidenti coperti iunafottÉ 
lametta doro , fatta molto maeftrtvùlmente àfh 
milttudinedidenti^ ^ vi fta di dtmtimio. Ces 



DES DENTS. 357 

dernières paroles me fbntToujkçonaer qu'ou- 
tre la beauté de k couleur jaune, qui leur 
plait en cette partie^ ils peuvent pratiquer ce- 
la.pour conferver leurs Dents des fluxions du 
cerveau^ auffi-bien ^ue des exhalalfons de 
l'eftoniac, qui fouvent les ehdomniagent. 
Quoiqu'il en fi)it> il ny eût jamais de Dentj^^^^^ 
fiManche, qui ait été priféeâ l'égal de cel io4Mfir 
le d'or de ce jeune Silefien de fept ans, que 
Horftius éprouva àla pierre du touche , ^ que 
Rulandus .autre Médecin foûtient pouvoir ê- 
tre venue naturellement à cet enfant l'an inil 
cinq cens quatre-vingts treize. Mais vous 
aiant touché la plus apparente cauiè desinfir^ 
mités ordinaires de nos Dents, je ne veux 
pas oublier de vous ûire fouvenir , que les Â- 
ffarologues attribuent leur chute N& leurs ma- 
ladies à la plus haute Planète de Saturne^ 
quand il fe trouve dans un de ces fignes qu'ils 
nomment aqueux; peutêtre parce qiie ce 
bon hocnme dût bien ébranler les Tiennes, 
quand il dçvora le caillou que ion fils Jupi* 
ter lui avoit préfenté pour un friand mor- 
ceau. A la vérité la perte des Deiits eA com- 
munément réputée une grande difgrace, n'y 
aiant rien de plus defagréable à nos yeiuc 
qu'une bouche édentée. Ce fut ppurquoi ^ un W?/?. àer 
IncaoU Monarque du Pérou punit les habi-^*^';^' 



^ 368 L E T T k È CXHL 

tans d'une Natîo^ rebelle, en (âifant arra- 
cher aux principaux deiK Dents* d'enhaut & 
autant d'enbas fur le devant.. Si eft ce que 
teux, qui en manquent par cadudcé, ou 
autrement, fe peuvent' confoler, puifqu il y 
fl des lieux où Ton affeâe de n*en avoir point 
Arty^hid. de naturelles. Dans Hsle de Java tant les 
^'^"^'l' hommes que les femmes fe font limer ouana- 
jupp.p.2i. ^^^^ j^ Dents , pour en mettre d'autres d'or, 

d'argent, de cuivre, ou de fer, en leur pla- 
ce; ce qu^ils efiiment & plus commode, & 
beaucoup plus galaiid. Ciceron témoigne à 
uk^.dt' ce propos, qu'Efculape fut le premier de 
nof. Dec. ^^^^ j^g axxacheuts de Dents. Et Ton fidt, 
qu'il y avoit au Temple de Delphes un infini- 
ment de plomb appdfé 6$ovTay(0y6çy tant c'cft 
une choie ancienne & aucunement divine de 
- fe les (aire arracher.^ En effet quel avantage 
fi grand peuvent prétendre ceux, qui ont 
toutes leurs Dents^ qui ne leur foit communs- 
yec le plus infâme des animaux le pourceau, 
qu'Ariftote affure n'en perdre jamais aucune; 
bu avec un cheval châtré, a qui Plinc^ attribue 
une pareille prérogative^ 

Cette petite raillerie fur l'ébrechure, ou 
même fur la privation totale des Dents , vous 
en attire une autre à l'égard de leur énorme 
grandeur, dont nous avons tant d'averfion, 

qu il 



DES DENTS. 3^59 

qi^il n'y a rien de plus oontraire, k ce qu'i! ' 
me femble, à la bonne grâce. En effet , je 
me (buviens d'avoir lu dans François Alvarez, 
qu'un Prête - Jan , ou Empereur des Abyflins 
refuûk d'époulèr, comme il la voir promis, la 
fille du Roi d'Adée, parce qu'elle avoit de 
trop longues & larges Dents. Je me perfua- 
de pourtaDt, qui ce n'eA pas une defbrmité 
de lesavoir telles au Rdaume de Tiboc, ou 
Tibet, des Iodes Orientales, oûBeatoOdo- 
rico témoigne, que toutes femmes ont deux 
Dents aufli grandes que celles des fangliers; 
& je ne doute point que comme les Goitres, 
dont nous avons déjà parlé, font trouvées 
belle en Sa^voye par le commun des hommes, 
qui les nomment un troifiéme teton, ces de* 
feniès ne plaifent de même dans le pais de 
Tiboc, à ceux, qui ont de l'amour pour 
leurs Dames. Tant y a que nos Romans ne 
croient pas faire injure à un de leurs preu^, 
quand ils le nomment Geofroi à la grand'Dent. 
Car je ne yeux pas mettre ici en oonfidératioa 
cette illuÀre Êmiiille Romaine des Dèntati^ 
parce que ce beau nom ne leur vint pas de 
les avoir eues d'une extraordinaire grandeur, 
mais plutôt d'être venus au monde avec elles. 
Cela ie dit de M. Curius Dentatus, & de Cm 
Papyrius Carbo, qui ont été d'excellens pcr« 



370 L E TTHE CXXTL 

Decj.Lu rphnftges. Tite Live écrit aufli que la nail^- 
* fance d'une fille de cette façon rapportée à 
RcHne y fut prife pour un prodige: Nata 0- 
xitnipuella cum dentibus , prô prodigio Rùma ha- 
hitum. Et AntigoBus Cary (tiusredte dans foa 
Hifloire des chofes merveiUeufes> qu'un Ar- 
(âmes Perfan naquit aiant déjà des Dents dans 
la bouche. ' Ce n^eft pas une remarque indi- 
gne de THifloire, puifqu'Ariftote a oblèrvc, 
que Thomme eft feul entre tous les animaux 
(que la Nature a pourvus de Dents, qui Ibit 
par elle produit au monde fans en avoir. Ce 
même Philofophe a dit que de tous les os la 
Dent eft celui , qui croit durant coûte la vie, 
& Ton en rend cette raifon, que les Dents c- 
. ^ tant tous les jours dans un exercice qui les di- 
minue par attrition^ & par Teffoit qu elles 
font, il a été befbin , qu'elles enflent la facul- 
té à^ croître aufH toujours, pour réparer 
cette diminution. Je ne vous dis rien de 
<:eux, qui les ont rangées de travers, pour 
ne m*attirer pas la malveillance des gueules 
tories, qui font principalemmt cauiëes par 
cette mauvaife fituation. Il fuffic de remar- 
quer en leur faveur, que Boleslaus un des 
plus grands Rois de Pologne avoic ccstte iih 
fortunede bouche, qui luiacquitlefumomde 
Kirzivoufli, comme Ton peut voir dans la 
Sarnutie de Guaguin. 



DES DENTS. S7t 

Hippocratea nommé ces groiïes Dents qui 
pouffent les dfemieres, des Dents de fagelTe; 
parce qu'elles ne forint gucres qu'à vint- 
huit ou à trente; ans. Il arrive néanmoins 
quelquefois^ qu'elles viennent encore plus 
tard, & Ariftote parle dune femme qui fut'**'^- 
foiirtravaillée de douleur, quand elles fepro*^"' ^* '^ 
duiiirent à Tâge de quatre -vint ans. Ce 
vieillard de Bengale, de qui les Dèrïts tombée . : 
rent de caducité, & repouflèrent ibuveqt, 
durant une vie ie trois cens trente cinq an- 
nées , n'eft croiablis que fur le crédit de Maf ^ 
fée.' nori plus que cette Comtcfle de De£ 
mond Irlatfdoife, qu'on dit avoir vécu cent 
quarante ans, & recouvré, auiïi- bien que ' 
perdu^ trois fds les Dents en cet espace de 
tems. Car Verulamius, qui Tavoit propo- . . 
iée pour exemple dansfon HiAôifê de la vie 
& de la mort, femhie s'en moquer icotiime 
d'un conte, au troiltéme livre de ion Hiftoi Cap. u. 
re naturelle. Je pourrois bien continuer da- 
vantage ce difcours, mais la faim, qui me 
prend fur l'heure du ibuper, commence à 
m'allonger. telles, dont nous parlons, félon 
quenousdiibns ordinairement avoir les Dents 
longues, pour avoir grand'faim. CeApar 
la même figure, qu'on dit encore jouer bien 
des Dents, pour manger vite & beaucoup. 

Aa ij 



37* LETTRE CXXn. DES DENTS. 

Mais vous favés que dans la Morale donner 
un coup de dent , a une toute atitre fignifica- 
tion, & palTe pour naédire; de même que 
montrer les Dents à quelqu^un, fignilie lui 
reûfter, & quelquefois même le menacer^ 
ce qui s'appelle encore parler des greffes 
Pents. Auffi les premières armes des hom- 
mes ont été les poings> les ongles^ & les 

tÀb. jé Dents , par le ténioignage de Lucrèce , 

jirma apaisa vêonus^ imguesy demttfépu 
fuerunt. 
'Cofi pourquoi le grincement des Dents cfi 
une marque de colère en ce monde, comme 
nouscroions^ qu'en l'autre la mâme aâion, 
firid^denthimy accompagnera la peine des 
dannés. Si je vous lailfe dans un Tl tnauvais 
endroit,- pcenés vous en à cette maiivaile 
confeillece la fiiim, qui me fait peur & me 
. ccmtraint d'en ufer ainfi, 

malefuada famés ^ & turpis egefiaSy 

^'' Terrihilispifufffrma. 




r 



îJf )K y^' 373- 



DU 

MERITE D'UN LIVRE. 

LETTRE CXXIIL 



MONSIEUR, 

\ . • 

VOUS ne pouviés pas m*obliger davantage^ 
que vous^avès fidt en m'envoianc le Li- 
vre de cet excellent homme, qui a fi bien 
(û & prévaloir des. fruits d'une longue & fe^ 
rieufe étude, pour nous donner un ouvrage 
qui doit rendre fon nom immortel. NiAU' 
mihi un^am ex plurimis tuis jucun^iaibtà 
gratifês accidit. J'avois alïez ouï parler de ^^^tt. 
Ion rare génie , & de fon admirable naturel ; 
mais je n'eufle pas crà qu'il lui eût été pofli-» 
ble de fournir à un fi long travail , & je ne m'i- 
maginois pas que tous fes .foins & toute fon . 
affiduité puifent rien produire de fi mer- ^ 
veilleux. ^ 

Tantus amor flotum , îf gêner anii^ glwia Virg.4. 
mettis. G€9rg 

Qu'il feipitd fouhaiter que tous ceux, quiv 

Aa iij 



374 LETTRE CXXIII. 

mettent la main à la ^luine^ euflent fait au- 
paravant une aufR belle provifion que lui de 
toutes fortes de rares connoiflances, le pu- 
blic en profiteroit beaucoup, & l'pn n'au- 
roit pas fi fottvent fujet de fe repentir d'avoir 
perdu de bonnes heures à la léAure de fort 
mauvais écrits ! En effet cemrne Virgile or- 
donne de bien nourrir les animaux qui font a 
peupler, ce qui vient d'eux ne pouvant au- 
trement rien valoir, 

— -^ neUmdonequeantJupereJJèlabùri^ 
Jnvalidiquepdtrum rrferant jejunia nati: . 
Il fai}t que refprit, qui doit produire foit 
foi^eufement alimenté par le moien de 1 e- 
tude, parce que fans cela il ne iàuroic rien 
enfanter que d'imparfait, Àl'on ne verra ibr- 
tir de lui que de dietives moleis defliruées de 
vie, au lieu de quelque chofe d'animé, & 
qui fût capable de perpémer un beau nom. 

J'ai fur tout admiré dans le nombre infini 
de belles chofes dont ce Livre efl rempli, la 
^uAe fituation de chacune, & le bel ordre 
qu'il a fil donner à toutes les parties d'un td 
corps. . Les Afkes ne m'ont jamais paru iî 
bien diftribués, ni rangés dans une fi agréa- 
ble ordonnance. A peine y remarquons 
nous, en les contemplant attentivement, un 
Triangle fous le nom de Jkltotmy ou un 



DU MERITE D'UN LIVRE. 37c 

rond impar&it (bus celui de la Couronne de 
Bérénice. ' Ici tout fe voit niis avec grâce & 
avec jugement en Ton lieu, lecommenccment 
\ Ton rapport au milieu / & «ce milieu repond 
tellement à la Gn^ auûi bien que chaque par- 
tie à fon tout, qu'il ne s y voit rien hors 
^oeuvre , & qui ne quadre au premier & prin- 
cipal dedein de TAuteur. Sa méthode & ia . ' 
belle dilpofidon fe font admirçr d'un bout à 
Vautre. En vérité un ancien avoit grande 
raiibn de dire à la recommandation de Tordre^ 
qu on le trouvoit fi plein d'agrément & 
de charmes en tous lieux, qu'il plaifoit mê- 
me aux forçats d'une Galère, qui ne fub- 
lille quç par Ion moien. 

Cependant vous me donnés à connoitre, 
qu'il n'a pas laifTé de fe rencontrer des gens, 
dune critique afTez facheulè pour trouver . 
beaucoup de chofes à redire dans une fi par- 
faite compofition. Quevoulés-vous, lesju- 
gemens n'ont jamais été uniformes, & en 
matière de leûure & de livres, les uns y re- 
marquent une chofe qui leur agrée, & les 
mtres une autre, qui les choque , fans bien 
fouvent pouvoir dire pourquoi: 

Non omnUms unum ejï Petrjat. 

Quod phcet ; hic fpînas coUigit ^ iUerofas. - 
Quant à moi, qui fais profefUon d'abandon- 

A a iiij 



37« LETTRE CXXIII. 

^ Vier plutôt, du moins par courtoîfie, une 
^ opinion qui 'me paroit foùtenable, que de 

metropopiniâtrer, fur tout contre des igno- 
rans, comme le pourroient bien être ces in- 
juftes cenfeurs; ieisne contenterai de vous 
afTurer, que je viens de vous expliquer mon 
fentiment avec toute fincerii^ Mais û je 
me voioîs réduit à rabattre quelque choie de 
ce que je vous al écrit avec une fî abfoluc ap- 
fprobation,. j'aurois recours à une excuTe» 
qui vous feroit encore plus vofr combien vô- 
tre préiènt m'a été agréable , & combien vous 
m'avés fenriblemcnt obligé en me le faifant 
Car je penfe que jeme laiflferois enfin aller à 
tomber d'aCèord, que-comme il y avoitfbrt 
long tems que je me trouvois ici prefque 
fans livres, j'étois fi affamé dé ieéhire, quil. 
eût été difficile que la première ne m'eût me^ 
Horatfif, veilieufement fatisfait. . 

2, lih, a. lejunusraro fttmactuts mdgaria temmt. 

A peine pùis*je croire pourtant que je (cis 
obligé^d'en venir là* Aiant vous de mon o^ 
té & ceux, que vous me nommés, je fuis^ 
trop fort pour rien appréhender. Les 
bouches de la Renommée ne donnent pas 
que les vôtres difhîbuent, & qui a pour 
leureftime, fe peut vanter de poflTeder la 
nérale, parce que leur fuf&agè n>ft jai 
^démenti, que par ceux^ qui ont renoacc au 




DU MERITE D'UN LIVRÉ. 377 

fens commun. Je plaindrois beaucoup an 
contraire celui , qui me fait dire tout ceci en 
ià faveur, & je mp plaindrois moi-même en 
tenant ion parti , fi vous>nouseuffiés été con- 
traires^ n'y aiant point de marque plus cer- 
taine d'une réprobation univèrfellé, que de 
n'è^ pas eflimé de vous autres, quelque pè^ 
tit nombre que vous foies. Au furplus ne 
font-œ pas de plaiiàns reproches que ceux 
de ces Mefiieurs les difficiles, quand ils accu* 
fént un livre d*être trop poli , & trop ajûfté>' 
aufli- bien que de dire trop de belles éhoiès^ 
qui accablent, comme le fut celui qu'on é- 
toufla ions une montagne de rofes & de vio« 
lettes?, Je tiens qu'on ne fe doit jamais fâ- 
cher lors qu'on eft repris avec quelque fujéty 
& à bonne intention ; non plus que de voir 
battre fes habits pour en faire ibrtir quelque 
ordure. Mais ne peut • on pas comparer ce 
qu'ils difent aux inveâives de Marfias contre 
Apollon, qu'il pcnfoitbien difSamer, en lui 
imputant, qu'il faifoitlebeau avec ià irifure 
& fes habits curieux, au même tems que ce 
pauvre joueur de fhites paroi(foic devant les 
Mdès fi négligé, & fi affreux, qu'il leur 
£ûfoit prefque peur, bifpidus^ Ulutibarbus^ 
fpUiis é^filis obfitMSj comme Apulée le dé- 
crit Certes nous devons imiter ces favan^ 

Aa V 



378 LETTRE CXXIIL 

tes filles^ qui fe moquèrent de ce genre de 
m Fhr. reptoches, qui tournoient à l'avantage d'A- 
poilon: ri/ere Mu/a eum audirent hoc gems 
criminay fapieuti exaptanda^ yipoSm f^e- 
âata. 

Vous pouvés juger par la prefle que je me 
fuis faite de lire ce beau livré, & par legraod 
goût que j*y ai trouvé, fi vous n'avés par fort 
bien fait de me Tenvoierfeul, & de remet* 
. tre à une autre fois le prelènt que vous me 
voulés encore faire, de celui, doritvousme 
dites que la ledure vous dent préfentement 
attaché. Ce fera vuiTecond mets, qui vien- 
dra bien plus à propos à quelque tems. d'id, 
que j'aurai l'appétit plus ouvert, & moios 
préoccupé par tant de friandes &'de£ucculeo- 
tes viandes, dont le premier eft rempli. Car 
on peut dire, que deux belles & utiles lecV 
res font quelquefois comme deux dîneh en 
' un même jour, qui donnent quelque peine, 
tant parce que les meilleurs repas oe doivent 
pas être doublés de la forte, qu'à cauië qu'on 
s'ennuye même de plus agréables dK)ies: 
Tefprit n'étant foùVent pasmoins travaillé par 
de femblables excès, que le corps par la ià* 
. tieté & par le trop grand nombre d'alimens. 
Je vous tiens ce propos d'autant plus volon- 
tiers,, que j'ai fouvent imputé à Pall^ vôtre 



DU: MERITE D'UN LIVRE. 379 

rouleur pâle^ & que vous avéé le défaut 
lont Seneque accule ce grand Orateur For- 
ius LatrO) de n'avoir pas (û Te commander 
ians les études^ qu'il embrafloit avec trop 
i'ardeinr& tropd'aÔiduité : Nefciebat âifpenfa- ^^^' '•'• 
re vires Jiios , fed immoderati adverfumfe impe- 
rit fuit j ideoque ^fiudium ejus prohiberi debe- 
\aty quia régi nonpoterat. Je VOUS conjure 
donc d'ufer quelquefois des reâlches, qu'il fe ^ 

donnoit, &decesremires, dontilufoit^qui 
ne lui étoient pas moins avantageufes que les 
plus grandes travaux , ut non tantum mhilper- 
iidijfe ^fed multum acquifivijjè defidia vider etur. 
Peutêtre me voudrés- vous repartir, que je ^ 
ne pratique pas fort bien le précepte, que je 
me mêle de^ous donner, mais &ites ce que 
le Prédicateur vous dit fans epiloguer fur fes 
actions, & vous obeirés à TÈvangilei Pour ' ' 
vous en parler fainement, je corrige mon in- 
tempérance à l'égard des livres, autant qu*ii 
m'eft poilible. Mais je vous avoué que leur 
ledure, & les petites réflexions que j'y fais, 
me font fi douces, que je renoncerois auITi- 
tôt à la vie qu'à un fi agréable paiTe-tems. 
J aime mieux vous expliquer toute ma pehfée 
là delTds en des termes étrangers , qui feront 
ceu^ de Ciceron,. qu'en nôtre langue, ou je Orm,prê 
craiûdrois d'irriter les Fées. Ego verofateor ^^^^ 



380 t E T T R E CXXIV. 

me hisftudiis effi deditum ; catcros pudeat y fi 
gui itafe literis abdidermt^ ut nUttljMJb^ ex 
iisy nequeàdctmmimetâflfferreJhiBtimynequi 
in afpeiium lucemque prof erre. Tant y a que 
s'il eA vrai , que l'on conferve en Fflutre mon- 
de quelques unes des habitudes qu'on â 
puiffamment çorttraâées en celui-ci; ^&ri 
Virgile a eu raifon de repréfenter feloa cet< 
te doârine5 le cocher de Priam, qui k 
plaifoit encore dans les champs EliTées à teoii 
le fouet , & à conduire ua chariot^ 
l/E». Idaeumque etiam cumtSj etiam arma te- 
nentemi 
ne doutés point que vous ne m'y voyiés auffi 
quelque jour un livre au pping'^ & une pb 
me aflez mal taillée à la main. 

DU 

PRIX DE LA SCEPTIQUEi 

LETTRE CXXIV. 



L 



MONSIEUR^ 

es Philofophes Dogmatiques ont beau à 
finir leur profef&on, la fdence des cha 



DU PWX^DE LA SCEPTIQUE. 381 

ks divines > & des humaines, prétendant» 
qu'elle 2fft fur eux comme Pallas dons Ho- 
mère fur £)iomede> qu^nd 'elle lui éclaircit 
la vue pour lui faire reconnoitre les hommes 
& les Dieux. Ce que nous ne favons que 
parlemoien de la Philofophie, lors qu'elle 
conduit feule nôtre raifonhement, eftfujetà 
mille doutes, &, (i je ne dis pas que tomes 
chofes (ont alors incertaines, pour le moins 
crois-je qu'on peut foûtenir avec Cameade, 
qu'elles nous font incompréheniiUes. La 
vérité oondante, félon Platon fiièmç,-éfl: 
lefervée pour le monde intelligible^ quant 
aunàtre, quieftlefbifible, il&ut, qu'il fe 
coQte&te de Topitiion, dont nôtre efprit ne 
peut drer de certaines conclufions. C'eft 
pourquoi je vous avouerai franchement , que 
de tous les attributs donn& à beaucoup de 
Doâeurs dans tonte ibrte de profefTions, je 
n'en vois point de moins à mon gré que celui 
àeDoShr rejabausj dont l'Ecole Angloife a 
peniëe honorer fon Joannem Baconthorpium 
Oxomeirfemprqfejforem. Cet autre d'Alexandre 
Âlés, furçooimé DoBor irrefragahilis ^ ii'eft 
pas non plus à mon goût Et je lis pjlus vo* 
loQtiers que Rabbi MofesMaymonides foit de- 
îxgat^X^ûtxtàtDaBorperpUxorumy que 
Thomas Pomus pa^ cdui de Dodor verita- 



38Z LETTRE CXXIV. 

tis. L'epitheted*Mof,nemep1airoitpasaiiI 
il, quoique nous ne connoiffions, queparlui ui 
Père de TEglUè » qui le le donna par hutnili 
té. Mais j^eftime beaucoup celui de SpecuU 
toTy qui n'a rien d'orgueilleux, ni de deciiif 
j& que les JuriCconfultes attribuent à Ehiraa 
duâ, comme les Médecins l'ont ^onoé â Geo- 
; tilis Fulginàs," grand fcdateur d'Âvicenne^ 
Car enfin que nous peuvent donner nos plus 
fréquentes & nos plus profondes études y que 
des Tpecutations imparfaites? que nous cor- 
rigeons fucceflivement les unes par les au- 
' très, & qui ùe nous font rien approuver (i 
fortement un jour^ que nous ne Timprou- 
vions encore plus determinément le lende- 
Inain, fans iavoir la plupart du tems à q[iioi| 
nous refoudre. 

Vous voies que je ne fais, pas difficulté de 

vous fairç paroitre, comme je préfere toû|ours 

les fufpenfions d'efprit de la Sceptique , quoge^ 

Cétcil.a^ nere philofophari^ coûte inda&i pojpait^ &^ 

jpn^Afi. do6H glorii^fe y à la plupart des asiomesaf&- 

^oiw! i^^^> ^1^^ débitent les autres feâes. £r^{ 

effet je tiens cellé-d, bien entendue, & ac-i 

compagnée du refpeâ, qu'elle doit à toutc^ 

dont il n'efl pas permis de douter, la pIusFe- 

cevable qu'on puifTe fuivre-, ne iût-ce ^u'à 

caufc qu'elle polTede cet avant^^, d'être la 



DU PRIX DE LA SCEPTIQUE. 383 

plus tranquille. Elles font toutes contenu 
deufes, & fe déchirent les unes les autres^ 
n'étant pas même en paix chacune chez foi; 
cepenckoit que l'Epoque feule fe riant de leurs 
animofités, confidere leurs difputes (ans s'é- 
mouvoir^ ^trouve le repos entre elles ^ Se 
dans ibi* même, par fa modefle retenue, Se 
par cette aphafiey dont elle &it profeifion^ 
qui Tempêche de prendre prédfément ou ir- 
révocablement aucun de leurs partis, o 
l'heureux pofte d'efprit à qui s'y peut mettre 
de bonne forte. Car ne pei|t- on pas foûte^ 
nir avec beaucoup d'apparence, quoique fans 
opiniâtreté, que comme les Vertus Morales 
oonfifient dans une certaine médiocrité qui 
fait un milieu entre deux extrêmes, la libé- 
ralité, psarexemple, fe trouvant toujours en- 
tre la prodigalité, &ravarice; lesVertusin- 
tdle<!faielles font de même, ce qui fait que 
la véritable & plus haute fdence, s'il y en a, 
fe rencontre entre la yanité des Dogmati- 
ques qui ajffirment tout, prétendant de fa- 
voirexaâement bien toutes chefes, & l'igno- 
rance par&ite des Idiots, qui ne compren- 
nent rien. Selon celsi les doutes de la Scepti- 
que établiront le milieu de la vertu intellc^ 
âuelle, examinant les raifons qui propofent 
de touà côtés , fans rien déterminer que fur 



384 ' LETTRE CXXIV. 

le vraifemblable feulement, ^^avec fit fulpen-j 
fion ordinaire. Mais parce que ce milieu 
Sceptique dl un milieu de raifoQ» & plûrôt 
Géométrique, comme parle l'Ecole, qu'A* 

, rithmeticien; l'indéterminatiota de l'Epoque 
n'eil pas fi éloignée de Taffirmatioa des Pé- 
dans, bien q[u'elle le foit gran4eilieat, que 
de Tignorance honceufe & bratale des Idiots; 
De. même qu'on veut que la vaillance, qui 
fait, a>mme vertu, un milieu mtoml, ap- 
proche plus de la témérité, que de la pol- 
tronnerie, ces deux établiflant les excrémî- 
tés oppofées qu'elle divile. 

Je vous.dirai déplus, quefelo&malaçon'de 
concevoir, les Scq)tiques ont une mervetl- 
leufe refifemblance à ces animaux, qu'on 
nonune amphibies^, parce qu'ils paffènt d'un 
élément à l'autre fans s'incommoder, &fans 
fe faire aucun préjudice.- Ces indifiEérens 
prennent de^ même les opinions tantôt des 
uns, tantôt des autres, ièlon qu'elles leur 
paroiflent plus ou. moins vraifemblables, 
quoique toujours £àns partialité, &ians s'a- 
ftreindre à l'égard de l'avenir plus à l'un qu à 

. l'autre partie. Par ce moien ils s'acconimo- 
dent paifiblement par tout, où ils trouvent 
non pas le vrai, ni le certain, mais feulement 
les apparences d'ub difcours raifoonable. 

Mon 



DU PRIX m LA SCEPTIQUE. 38^ 

MùTï deflein n'eft donc pas de favorifer u**^ 
ne ignorance grofl^ere, ni de £iire préjudice 
à ceux, qui par une application loùablei^ 
comme efl la vôtre^ s'infbuifent autant qu'ils 
peuvent de ce que Tétqdc; <& les livres fem« 
blent promettre aux perfonnes, qui s'y adon« 
nent. Nous naiflbns tous naturellement igno* 
rans, & en effet il n'y a que le Soleil, qui 
ibit originairement luiàioeux ; de forfe , qjue 
nous ne {aurions donner tro|> de tems à difE- 
per^ autant qu'il eA poii^bîe, les ténèbres 
fpirituelles, qui nous environnent. Mais 
c'eft une grande vanité de croire^ que nous 
aions alTez de forces pour nous tirer de nous 
mêmes d'une obicurité fi invincible, & pour 
nous produire ou avancer julqu'au plein jour 
de k vérité. Il n'y a que celle, que le Ciel 
nous révèle, qui fe manifefte par une grâce 
ijpedale, & c'dl affez, humainement parlant^ 
ie mettre au deffus non feulement des plus i^ 
gnorans , mais encore des plus.favans^ d'ac* 
quérir par étude, & raifonnement, la con- 
noiifânce de nôtre foible vûé, ou, pouc 
mieux s'expliquer .de nôtre aveuglément na- 
turel Se de nôtre cécité fpirituélle. Car il ne 
fuflit pas , pour être Sceptique , d'être fimple* 
ment ignorant. Si cela écoit,^ tous nos paî:^ 

T9miVIlFm.L Bb 



iS6 LETTRE CXXIV. 

ùùSj tous no$ crochetcurs; &k plupart de 
^ tios Gendlshommes, auroient droit, de fe 

. faire entoiler dans la reâe£phe(^qub> Zete- 
tique ou Aporedque : maïs pern^ettés moi de 
Vous dire 9 que je tiens pour les plus grands 
dé tous les Maîtres aux Arts> ceux, .qui ar- 
rivent juTqu'à Une doâe & louable ignorance 
qui faiiant réflexion fur eUe même, peut re- 
marquer ce qui Tempèche de favoir ; & s'ap- 
perçoitaumême.tems de Terreur de ceux, 
qui croient avoir pénétre juTqu'au fin, au pun 
& au ceruin des diofes, parce que leur cour* 
te vue n'a pas donné juiqu'aux. raifons de 
douter* . 

Vos Mufes n'ont^pas fujet de fe plaindre, 
il je ne leur attribué pas une exude & pajd&i- 
te connoifTance exemte de tout mécompte^ 
& A je les réduits à la feule perquifidon du 

^ Vraifemblable. Selon Platon même dies 
n'ont reçu leur nom que de cette curieufe re- 
cherche, fÂOxi(rou uxotH jxeojraf, quod eft àh 
fuir ère y &fuivant cette ètymoli^e, il n'y a 
point de genre de Philofophie , qui leur doi- 
ve plaire davantage, que celui, que nous ve- 
nons de nommer Zetetiqucj c'éft à diœ qui 
s'enquête & qui s'informe de tout, (ans sV 
tacher infi^araUement à rien, ne voulant 



DU PRIX DE LA SCEPTIQUE. 387. 

pas prendre des Phénomènes pour des réalités^ 
ni des apparences pour des certitudes. Tou* 
tes 4es autres Ibiences, & toutesles lettres^ 
que ces^ filles du Pamaflfe enieignen t ^ ne fau- 
rotent mettre nôtre am$; dans une par£ii(9 
tranquillité, pafrce que leur Minerve même, 
qu'eues refpeâent, eft fou vent ft peu croia* 
ble^ qu'elle en a reçu às^ Grecs lefumom 
de Apaturie^ c'eft à dire d'une trompeuTe^^ 
en qui l'on doit bied prendre parde de ne fè . , 
pas trop fier. Et pour fuÎMre cptte lorté de 
mythoU^iiy ne pouvons- nous pas ajouter^ 
que comme dans l'iVftrologie la Planète de 
Mercute eft tantôt favorable,, & tantôt pre^ 
judidable; fi les lettres qu'il 'a inventées fer- 
vent"^ quelquefois^ il en eft d'autres qu'elles 
nous nuiient, ia nous caufent plus domma* 
ge que de profit. Ulyl&, quePaHasaimoitf^^.iC 
fi fort, & l'un des plusfavans de tous les Grecs, <®*- ^ 
qui entreprirent lefiége de Troyc, y parut ^^^^^' 
encore un des plus méchans^ 

Wottatorjcelerum j^j^idet* 
L'on voit aflfez d'hommes lettrés qui ne va« 
lent pas mieux , que ces dangereux efcla ve^ 
que Pkute nomme literatos^ parce qu'ils a« 
voient des lettres gravées fur le front, pour 
mar^^d^ leurs crimes. C'eft pourquoi ceux 

Bb ii 



_ ^88 LETTRE CXXIV. 

li/îwGy- de Velctfi, côinme jerapreod deleorspror 
^jjf^^'pres hiftoires, ordonnèrent, qu'aucun ne 
' ^' pût exercer de magiftrature dans leur petite 
République, qui s'adonnât aux livres, & qui 
fit profef&on de quelque favoir. 
" Alais j'appréhende, que vous ne^^rtncniés 
pour une inVeftive contre l'étude, ce que je 
^ ^ vous écris feulement pour excufer f objet 
paitiçulier de la mienne , êc pour reâifier la 
vôtre, fi je pouvois. Car je feroîs bien fi- 
ché, qu'il vous arrivât à peu près la même 
chofe, qu'AriAon reprodioit au même U- 
lyfle, dont je viens de vous pari», d'avoir 
voulu contîemplermiHe raretés dans leRoîau- 
mede.Pluton, &ns avoir ^eu la cunofité dy 
voir la Reine Proferpine, qui ôoit' néan- 
inoins la plus confidérable ^ la plus belledc 
. toutes. Vous fériés prévue h même &ute^ 
fi donnant tout le tems, que vous emploies 
aux livres , & prenant connoiflance de tant de 
divers fyftemes de Philoropfaiey vous n^- 
giés par prévention d'elprît, mauvaife infor- 
mation^ ou autrement, de vous inftruire avec 
attention de ce que la Sceptique a de rare, & 
l'Epoque d'avantageux fur toutes lés autres 
façons de philofopher.< Quand vous l'âu- 
rés Êdt, comme je vous y exhorte, nous tious 



yfi m ^ 389 

entreriendions bien mieux de tout ce quicoih 
cerae un û agréable fujeti. 

DES FEMMES. 

LETTRE CXXV. 

MONSJE USy ' 

La plupart des hommes font de Thumeur 
d'Euripide y qui difoit mille maux desfem- 
mes fur le théâtre , & ne laiflbit pas de les câ- 
refler autant que. perfonne de fon tcms dans 
fa chambre, ôderatincâaroy amahtt in thoro. 
Je vepxqu'Hjelene ait donné lieu â une Ilia- 
de de maux, & Pénélope même^â une Odyf» 
féedlofortunes, pour dire, que les femmes 
impudiques caufent mille deftruâions, & 
iouveot les plus diades un nombre infini de • 
di%races aux h(xmnes : m eil - ce qu^à moins 
de s'obftiner contre £>ieu & contre la Nature, 
ou de fe voir dans une froide impuilïance^ 
^ui devroit, à ce qu'il me femble, obliger 
au filencei nous ferons toujours contraints 

B b iij 



390 L E T T R E t CXXV. 

•d'avouer, ^iie la meilleure & la plus douce 

partie de nôtre âge fe pafle auprès de ce beau 

lexe , • & qiue nous lui Ibmmes redevables non 

feulement de nôtre être, mais encore de nôtre 

bien-être, fi tant eft, qu'il y en ait dans la 

vie. Ya-t-il rien, qui poliffe davantagej 

refprit des hommes, que fa confçrvatiori de 

celles, dont nous parlons? foit que le delir 

de leur plaire nous rende plus ingénieux, 

foit que la fréquentation de perfonnes fi ai- 

mables & (1 accomplies , infpire je ne (ai quel 

air de galanterie & dç perfection qu'on n'au- 

roit jamais fans elles. C'e/lunediofefimani- 

fefte, & fi généralement reconnue, qu'elle 

donna lieu autrefois à lliéréfie des Mani^ 

i- '/«t. chéens , dont parle Théodoret , qui crbioient 

' qu'Adam n'a voit dépouillé fon humeur feuva^ 

. ge & prefque brutale, que par l'adreire def^ 

femme, qui jle rendit plus civil, Ev(imlibmj\ 

fe à beUuinaferitate virwnjhim Adctm^ Mais 

l'on accufé fouvent les innocens j & ceux, qui 

prennent plaifir à mal-traiter les fetnmes, Icuii 

imputent prefque toujours des crimes, quel! 

les n'ont jamais eu intendon de commettre 

Quelle plus g^rapde injudice peut-on s'imagi 

per, que de vouloir rendre Hélène rcfpoûta 

t>le de tovis Içs dçfordres, qui aiivèrem de 



DE'S FEMWES. . 391 

vantTroye en fuite de fon enlèvement? Sdn 
propre mari l'en excufe dans le même Euripi- 
de ^ dont je viens de parler, reçonooifTant, 
qu'en dé^it qu'elle en eût, les Grecs Se lés 
troyens s'étoient acharnes les uns contre les^^«- 
autres , par un ordre du Ciel , qui vouloit exer- ^^' 
cer dans une guerre de dix années le courage 
des Grecs, & les rendre capables des aâions 
militaires, qu'ils ignoroient auparavant. D'au- 
tres ont crû^ que la trop grande multitude ' 
d'hommes, dont la terre fe trQuvoit chargée 
de ce tems- là , fie que les Dieux >animérent 
ces peuples à s'entre-détruire, pour diminuer 
le Dombre exceflîf de tant de perfonnes, qui 
n'euflent pu fubfifter à la longue, &ute d'à- 
limens^ Il n^ a pas plus de raifon à voulpir 
noircfr la réputation d'une chafte Pénélope^ 
fur les avantures perilleufes de fon mafi, donc 
elle (buffirit vertueufement une abiënce de 
vint ans, quelque chofe que la fiible ait in- 
venté de cette quantité d'amans qui Pobfedojt, 

Turh ruunt in me luxuriofa proci^ Omi. tf. 

&delanaiflance du Dieu Pan venu de leurs de- 
fordrcs. 

Tant y a que les Poètes & les Théologiens 
profanes, auteurs de l'ancienne Philofophie, ^ 
n'ont rien enfeigné plus précifénient fous le 

B b iiî j , 



39» ^ L B T T R E CXXV. . 

voile de leurs mythoiogks , . que le pouvoir & 
le mérite d'un fexe, qui faifoit la plus grande 
beauté de leur Olympe, & qui obligeoit 
, fouvent leurs Dieux à quitter le Cid pour de- 
, fcendreid bas auprès de celles, dont ils n'a- 
voient pu reconnoitre^es perfeâîons (ans les 
aipier paflionnément. Il y a trop d'exemples 
. de celâ^our s'y amufer,. je vous ferai feule- 
. ment fouvenir de ce qu'afîure Mardanus Ca- 
pella au commencement de fa lÙlologie , que 
Jupiter n'a point de plus grand contentemeot 
là-haut , que celui , que lui donne la conver* 
fationdefàjunon, Necaliquiddulciusioviintif 
iethereasvoluptates una cçnjuge. Il ajoute, quel* 
le obtient de lui aflez ibuventdes chofes con- 
traires au décret des Parqués, quiéquid^iUitx 
protnta fententia Parcart0n pugiUo ajfervnntt 
diSiaverity delmttumfuadactmjugisampUxibuSy 
jnjjîique , removeréi Ce qui a bien du rapport 
âu^ propos, qu'elle lui tient en. faveur de 
Tumus au dixième livre de rEticIdê. 
Si mfti qm quandam fiurat y quam^ ejfc 

dfcehaty 
Fis in amore foret ^ mnhaçmihinamqHem* 
gares. 
Mais Jupiter n'efi pas le feul, qui ait ainfi de* 
fer^ à ramour conjugale, LemêmçCapella 



DES FEMMES. -353 

' .» * ' ^ 

Ut voir les autres Dieux dans de pareils fen- 

timens« Janus, dit-il, emploie tous les yeux 
de res'vifages à contempler fonArgone, Janus 
Arg(mamtdraque miratur effigie ; & jufqu'au 
bon -homme Saturne,* il ne laiflfepas, rion- ^ 
obilant fa froideur, & Ton chagrin ordinaire, 
de prendre plaiHr à careffer fà Cybele. Fluton 
même au mtHeu des Enfers goûte tant de dou*^ 
ceurs auprès des femmes, qu'outre Proferpi- 
ne il s'eft donné une Minthe, oaManthe, 
pour concubine, que'la plante qui porte ce 
nûm nous repr^fente. À la và-ité il n'y a 
point de fi heureux mariage au Ciel;, ni en la 
Terre, qui ne foit fujct à quelques riottes, 
& même quelquefois à des divorces d'aflezfa- 
^cheuiè éonfequence. J'ai lu dans une Epi- 
gramme Grecque, que ce Jupitçr, dont nous 
avons parlé, fe vit une fois tellement persécu- 
té par Junon, qu'il fut contraint de la chaiTer 
deTEmpyrée, & de la tenir fufpenduë en l'air 
pour quelque tems. iCe fut peut- être alors 
que le téméraire Ixion embrefla pour elle la 
nue, qui produifit les premiers Centaures. 
Voilà pour ce qui touche le Ciel. Une rêve- 
rie des Rabins vous fera voir la même chofeau 
plus ancien & plus important de tous les ma« 
liages de la terre, quifut celui de notre pre^ 

Bb V 



394 LETTRE QXXV. 

tnier père. Us aflurent/ qu'Adam fiit feparé 
d'£ve par pQi^aœ de cent trente ans 9 dorant 
lequel ne f è pouvant pafler de l'agréable com- 
pagnie des femmes^ ilfe divertit avec une 
Naamà, & trois autres, qui eurébt des eo- 
Êins de lui appelles Démons. 
, LailTonsceschiaiereSspourexamiaer quel- 
ques reproches, qu'on fait plus ferieufement 
à celles, dont vous me hommes le paffiooné 
protedeur. L'on veut qu'elles aient naturel- 
, lenient refprit pcHté au mal, de ibrte, que 
il Laberius en eft crû, une femme étant feu- 
' le n'a jmaais que de mauvaifes penfée% 
Mulier qu^foh cogitât y makccgitat. 
hPhœuifEt je me fouviens d'aflez d'autres invctîtivcs 
femblables,aufl[ibienqaederanimoiîtéd'H4>> 
polytedans Euripide, contre toutes celles, qui 
fe piquent d'avoir plus d'efprit que les antres. 
Cependant 41 faut renoncer au fens commun, 
oureconnoitre avec Plutarqiîe qu'elles ont les 
mêmes vertus que nous , & que la diftioâion 
du iëxe ne fe trouvant pas dans les efprits, le 
leur eft aufli capable d'aprendre & de rai- 
fonner que celui des hommes. L'on voit mê- 
me dans mille familles ce qu'on remarque ea 
£.l.l/i?m^^^l^^^ de plantes '& d'animaux, &que 
dicc. 3. Mefué obferve pardcutierement en YAgÊik^ 



DES FEMMES. 



39T 



que la femelle y vaut fans comparsifon mieux 
que le mâle. ^ C'efl donc uiïe fentence indi- 
gne de Thucydide, que la plus grande louan- 
ge d'une femme,' foit qu'on ne parle d'elle ni 
en bien ni en mal. Et l'opinion de Xenophon 
n'efl: pas plus foûtenahle, que pour rendre un 
mariage heureux, répoufce doiveencrer dans 
la maifbn de Ton mari, n'aiant vu, ni ouï que 
très pou de chofes, c'eft à dire, avec la moin- 
dre connoiilancedes affaires du monde, qu'il 
eft pofiiUe. Je fai bien, qu'il (è trouve des 
coquettes, qui dccrcditent merveilleufemenc 
les plus vertueufes; novimus- mores turpif- 
fimarum fœminartim y ut oderint puerperiû^ 
vtfiUùs velut indices atatisfua abominentur\ & 
vous en connoifTés une, qui ne feindrqit point 
de càjoller effirontément (on mari, com^e 
Élit Venus le ften dans le huitième livre de 
rEqtiiie. Après l'avoir nommé Ton trèè cher 
Epoux , &faiàinte Divinité; curiffime amjuxy 
fanBummihinumen^ elle n'a point de honte de 
lui demander des armes pour un fils, qu'elle a^ 
voit eu, s'étant honteufementproftituée. 

Artàa rogo gçnitrix na((K 
En vérité ç'efl avoir bien fait banqueroute à 
la pudeur fi l'on ne veut dire que ce qui fe pa(^ 
fe entre les Diçux> ne fe doit pas examiner è 



39«^ LETTRE CXXV. 

L.ictl DÔtre mode. Pline aflfure> que la Uoime 
s'étanc^ailTée couvrir par le Fard ^ (e lave in- 
condnenc aprés^ afin de perdre l'odeur, qu'il 
. lui a communiquée , craignant que le LiOD ne 
. reconhoifle par là Ton adultère : Et il y a des 
femmes alTez hardies ( je ne veux rien diiede 
pi^ ) pour faire gloireie leurs galans^& pour 
ne fe foncier pas beaucoup que leurs maris 
prennent connoifliance de leurs débaudies. 
Seroient-ce point de femblables aâions oui 
auroient mis le nom des femmes parmi les 
. ' Tartares entre les chofes fales, & qui ne le 
doivent jamais prononcer, ni écrire? h 
lieu de dire une fille, ou une&mme, ilseo- 
ploient d'autres diâions. Se difent une voilée, 
& une mère de famille. Je Taprens de la vé- 
ritable hiiloire de Tamerlan, traduite depuis 
peu d*Anibe en nôtre langue, & qui porte, 
que ce Prince belliqueux protefta., que Baja- 
' zet devoit avoir perdu le fens, &êtrç unfou 

Sar&it, de lui avoir écrit le mot de fenune 
ansunedefestettres. Cet ufàge néanmoins 
ne peut paf&r que pour une barbarie, &uDe 
injuflicetoute pure, qui condanneroit les plus 
beaux ouvrages de Dieu&de la Naturel com- | 
me fujets, autant qu'il s'en voit, à plufieurs 
; inconveniens , auffi bien que nôtre humanité 



DES FEMMES. 



397 



confidcrée dans Tun & dans l'autre fexe. Ce- 
ni des femmes, dites -vous, eft fans diffi- 
:ulté le plus infirme d'elprit aufli bien que de 
orpsj ce qui les rend fi changeantes 3 qu'on , * 
lefauroît tenir de méfurc certaine avec elles, 
i l'on ne s'accommode à toutes leurs incoii* t 

bnces. Mais que dlriés- vous fi ce que vous * 
)rcnés pour un de&ut, étoit une marque do 
excellence de leur ame? En effet tout chan- 
;emeat n'eft pas abfolument à blâmer^ ^ com- 
ne vous le prcfuppoféSé Les Grecs ont dit 
iroverbialement, qu'il n'y avoit rien de plus^sérw, îm 
gréable, fiera^oT^TravTwyKmv. La cou- ^'^^'^ 
^ur blanche , qui ëft lapremiere & la plus efti^ 
iiable de toutes, eft encore la plus lufcepti- 
le, d'autant qu'il y en a d^utres. Et leau s 
î plus recherchée , pour être la plus pure, re- ^ 
oit le mieux toute forte de faveurs. Y a - 1- 
rien de plus promt, ou déplus changeant 
lie la face du Ciel? Ne blâmés donc pas ce 
ui participedé là Nature , & foires fccptiquc- ^ 
lent vôtre compte qu'il n'y a que les muta- 
ons déréglées, & defordonnces, qu'on doi- 
:: reprendre aux femmes non plus qu'aux > 
jcnmes* 

Nous nous accorderons mieux au fujet de ^ 
tplailant mariage, -que vous dites fi bien 




398 . L E T T R% CXXV: 

qaiméritpitanbonchtirivari. Mais jepdffeplu 
ovtre que vous, car je Aûs perfitadé queles Ion 
devroient reprimer l'intempérance de ces vieil 
les, qui reçoivent dans leur lit des jeunes hom 
mes , qui pourvoient être leurs petits fils, ej 
Qumt, m ^^qJ^j^ etiam nubmdi impudiçitia; & je n( 
' * blâme pas moins l'avarice honteuTe de ceux 
qui n'époufent ces décrépites , que poorâ 
prévalQîr de leurs biens. Si les Ephores fu 
rent hautement loués d'avok condanoé à h 
mende quelques Spartiates, qui aiantredier 
ché en mariage les filles dç Lyfandre. comine 
riches ) n'en voulurent pKis après (k mort, 
qui fit connoitre leur pauvreté j que ne de- 
vons-nous point penfer de ceux, dont oous 
parlons? Certes les bonnes noceurs font en 
quelque ËiçonofFenféesde touscôtés pardefi 
diiproportionnésaccoupl^meùs. L'entremet- 
teur de celui, dont vous m'écrives, pempal* 
fer pour un vraiMezence , qui s'eil plû à lier 
un cadavre avec un corps vivant 
^'^•'* ' CtmponensmanAusquemanus^ atqmmhis 
or a y 
Tormenti gemif. 
Et fi ce jeune marié n'a voulu expier fes k\h 
tespaflées, en prenant une fi laide & û viei- 
le femme, je le trouve Inexcufable. Sans 



DES FEMMES. : 399 

aoûts que coimne bon Chrétien il a voulu 
s'apprivoiièr avec la moit , & Tenvifager ibu- 
vent. Jugés quelle peut être fa mortification^ 
puifque dans les mariages, que l'âge a là 
mieux aflbrtis, il fe trouve tant de dégoûts 
inévitables ; y&^e non hahet omne quod liât vo- Qs^* 
luptatemj feu contimtis vicina fatietas y five . 
(krumffifuoJneceJjieJi y coimni^ctDtchma^ 
teur Romain Ta fi bien obfervé. Les plus a« 
gréables perfonnes à nos yeux contraient 
bientôt des rides > qui convertifTent l'amour^ , 
que nous avions pour elles en une efpeced'a* 
midc, dont tout le foûtien n'eft fondé quo 
fur Fimagidation de ce qu'elles ont été , & fur 
kmémoireàup^é; inter par ês^fuofueaiMos 
àtiusfcminnfenefiity neque (^matur a^usuxor 
vifi numoria. Tout l'avantage qu'aura ce mat 
heureux, c'eft qu'apparemment il vivra (ans 
jaloufie, & qu\>n ne lui demandera jamais la 
femme à prêter > comme HcMtenfms fit à Ça* 
ton fa Martia , qu'il lui accorda pour en tirer 
lignée^ CarquantàSocrate> que Tertuljîen 
accufe, d'avoir été auiû facile à conmiuni- 
quer les fiennes à fes amis, c'eft un article, 
^e je mets au rang des héréfies ou des opi- 
nions erronées^ qu on lui reproche. Aga- ^ '• f^fi* 
^as pourtant parle d'un AArologue nommé 



' 40O LETTRE CXXV. 

Pambecus , d'aufli bonne humeur & d'auffi 
facile convention, que pou voit être Catoa, 
. puiiqu^il fit par intérêt , & par vanité, ce que 
le Romain faifoit par amitié & par philolb- 
phie. Cç Judiciaire aiafit reconnu dans le 
cours des Affares, félon cet Hiftorien, quuo 
Saûnus devoit engendrer un grand Monar- 
que y il lui proAitua ik femme/ qui devint 
groife d'Artaxerxes/ celui, qui rendit aux 
Perfes la Monarchie, que les Parthes leur a- 
voient enlevée. En vérité de tels exemples 
^ femblent un peu extra vagans, fur tout ea 
Caton, que tous ceux defon fiécle, & Ci- 
£. r. 99.77. <:cfron entre autres> ne fe laflfent jamais d'ex- 
oàAn. & altère Héros iUe nofter Cato^ qid mUu ém 
*-^' V' 3' '0ftpro centum mUibus. Seoeque, un peu de 
^ tems après, lui donne un merveilleux éloge, 
' le propofant pour le plus grand & le pTus par- 
fait patron de bien vivre & de bien mourir, 
Suaf. S ^^^ ^^ puiffe reprélënter. Marcus Catofo^ 
lus maximum vwenài moriendique exemplm. 
Etttéanmoins ce même Caton abandcxme fa 
femme à ion ami, & ce que je trouve encore 
plus fujet à être blâmé , il la reprend après la 
mort d*Hortenfius, qui Tavoit rendue fort 
riche, la laifTant fon héritière. Avouons, 
que les femmes font faire quelquefois d'étran^ 

gcs 



DES FEMMES.' 40* 

• - r 

ges èevûéfs aux hommeâ ^ela f lus haute efti-' 
me. Plutarque n'a pu s'epaplchcr d'écrire, 
que les dernières noces de Tainé des Catons 
( pour ne forrir pointide cette iHfiftreramiUe) 
appeflé par Cieeroh (?itf il//?/^^ lediffap[iè- 
rent merveilleufenient, aiant troublé toUteâ 
maifon par la prife d'une jeune femme dans 
un âge trop avancé. iPeutêtre, quela&dli^ 
té de Caton d'Utique eût eu bonde grâce dans 
une République de Platon; mais véritable* 
ment dans la Romaine , & au tem^oiî ce Ca« 
ton vivoit , c'eft une chofe extraordinairement 
remarquable. Ne nous étonnent pourtant 
de rien, outre les lieux, où la communau- 
té des fisïtimes efl établie ,^es Relations recen* 
tes nous en font voir, où l'on permet à cha« 
que fen&me d'avdr plufieurs maris. Oda (è 
pratil]ue au Royaume de Calecut vers le Le* 
vant , & à l'oppofitD au Brefd parmi la nation 
des Pehuarès ; outre que la mèmp chofeétoic 
autrefois en ufagedans quelques-unes des Ca« 
naries, à ce que porteleur Hiâoiie, & lamo- 
dcme des Antilles. 



^^mvapm.i t:c 



4oa LETTRE. CXXVI. 
DE 

LA DIFFERENCE 
DÉS ESPRITS 

LETTRE CXXVt 



MONSIEUR, . 

■s * 

Je ne fiu, fi nous ne pouvons point nous 
plaindre aujourd'hui avecplus deraiibnque 
Or», 73, Dion Chryfoftomen'én avoit de fon temsi de 
voir le nom de la Phibfo^e fi avili , qu'aie 
n*a plus rien de ome dignité, qui la fidfoic 
autrefois refpeâer de tout lé monde. , Il e(l 

. de nos Philofiiphes, dit-il , oomme deshibous 
decefiéde, qui ont bien encore la formel 

-Je plumage de l'ancien hibou de l'Apologue, 
maisqui Qnt perdu ce grand effHit^ & cette 
rare pradence, qui le rendait ficéld^ra L'on 
voit aiTez de gens, ajoûte-t-il, qpii portent la 
barbe& le manteau comme Socrate ou qui 
dieminent avec te bâton et le biffi» à kfiiçon 
de Diogene; lemalheur eft quils n'ontpsKsIa 
moindre teinture de vertus, qui acoompt- 

.^oient ces premiers Phibfophes^ Cefteo- 



DE LA DIFFERENCE DES ESPRITS.-403 

core ce que leprochoitaux Athéniens un Me- 
ûcdemus, lemarquant^ qu*ils avoient eu dans - 
le comniencement des Sages panni eux y que 
les Philofi)phes leur avoîéntiuGoedé, & qu'en- 
iindemiierablesSophiftes^ qull appelloit I- 
diots^ étoient entrés en la place des uns & 
des autres iàns aucune folidité de raifonne- 
ment. Certes le tems^ qui a coulé depuis 
celui de Dion Se de ^enedemus , n'a pasren- 
du la fx>ndidon du notre meilleure; Ton pou- 
loit au contraire renchérir de beaucoup par- 
deflus leur complainte y & nous ne ferons, de 
defloiv, injure à perfonne, quand nous re- 
connoitrons ingénument, que prefque toute 
nôtre Philofbphieeft réduite à de milèrables 
eigoteries, qui n'ont jamais rendu, qui que 
ce Ibit, ni meilleur, ni plus fiivant qu'il étoic 
avant qu'il les eût apprifes. 

Ce n'eft pas que je croie , que nos efprit^ 
non plus que nos corps aillent diminuant, ni 
qu'ils foient autres, que les pou voient avoir 
ces premiers Grecs dont la mémoire nous eft 
en fi grande véneiàdon. Comme la (lamre 
dePythagore, nideDemocrite, félon toute 
apparence n'excedoit pas la nôtre; je penfe 
qu'il (e trouveroit parmi nous des Ames aui& 
élevées que la leur, fi nous recevions là mê- 
me inftitution qu'eux, fi le tems où nous vi- 



'4^4 LETTRE CXXVjT. 

vons étoit diffiofé comme le leur, & fior tout 
fi nous avions la même îiberté de raifonner, 
qu'ils fc donnoienti fans être affervis à de 
certains |)rincipes, &à de particuliers fyftc* 
mes, qui captivant Fefprit, lui font perdre 
ce qu'il a de plus généreux. L^Ecole corn- 
' mence à nous rendre efdaves; J'interêt delà 
fortune continue, & il fe trouve à prélent 
toujours quelque chofe , qui retient les plus 
hardis Sf, les plus clairvoians. 
Horat.fiu Atque affigit htmo divifue particulam aura. 

mune opinion tellement égales qu'il n'y a que 
lés organes du corps , qui les difunguent. El- 
les agiffent avec plus ou moins de perfeAon, 
felpji qu'ils font bien ou mieux dilpofés , de 
même que le relbnnement de la flûte dépend 
de la qualité du bois, dont elle eft, & d'avoir 
fes trous percés comme il faut J'en parle 
ainfi fans rien déterminer, car je (ai bien 
que l'inégab'té des âmes eft foutenuê par de fi 
^ands auteurs, que Cajetan maintient, qu'il 
faut être aveugle, pour douter que Saint 
Thomas ne l'ait pas crûs ; à quoi Scotus répond 
qu'il eft donc aveugle avec beaucoup d autres. 
Tant y a qu'à l'égard des opérations de?efprit 
l'on en a toujours reniarqué de trois fortes, 
qu'on peut comparer à celle d'autant d'oifeaux 



DE LA DIFFERENCE DES ESPRITS. 40^ 

difFçrens. Xes uns fep|ai(ëat à s'élancer juT^ 
qu'au plus haut de l'air; d'autres ne s'éle- 
veotque fort peu de la terre^ ou ne (autent que 
de branche en branche ; & la troifiéme efpeco 
eA de ceux, qui volencdans le milieu que les 
premiers abandonnent s & oii les féconds ne 
peuvent arriver. Je vouslaifferai faire la re» 
duâiondecettecomparaiibn, pour ajoûtef 
quelque chofè à ce propos, puiTque fans j 
penferj'en&is tout lefujet dé ma lettre. 

L'on peut oblèrver dans le globe intelle- 
âud ce qui fe voit au matériel, od les ter- 
res ne font pas toutes d'un même rapport ; 

Altéra frimuntis qufmam favet^ abera^^'^ 
Baqcho. 
La mer n'efl pas auffi également poilTonnech 
fc par tout, & (ebn robfervation d'Horace 
fes conques de prix font différentes félon lès x 
lieux. - 

MfirkeBajammeliorLuctmnPehriti ^ 
OfireaCircaiSy Miftno oriuntur EcUni^ ]^/ 
Pe&imbus patidis jaQatfemoUe Tantitum. 
L^eiprit des hommes dent beaucoup de cein- 
te diveiikè, & pour l'ordinaire ceux d'une 
région l'ont plus pelant, ouplusfubtil, qu'il 
ne paroit aux pedbnnes d'une autre contrée j 
ce qui ûk Are d'un lourdaut au mêmePoëte^ 

Èaotttm in crnjjbjurmres aère natuni. ^* • ^h 

Ce iij 



406 L E T T RE CXXVI. 

Cela eft fi conforme à ce que la Nature prati- 
que par tout, que le$ Elephans pris dans des 
lieux maréc^eux fout indociles^ legersd'eT- 

L2.Jei>i'^vky pour ufer des termes de Philo(fatte; 

^•^/'•^•ceux des montagnes quittent dîffidlement 

^'^* leur ferodte^ & il n*y a que les Elephans de 
campsKgne qui deviennent aifément traitables, 
&:qui Êiflient pardtre de ces actions (pitmiet- 
les,v dont l'onMit tant de merveilles. Ceux 
des Indes Orientales opt d'autre part unavan- 
tage inonpareil en tout ce qui les &it efti- 
nier, iUr les Âûricains, qu'on veut même 
qui reCpeâent les prenUers. Mais quoiqu'il foie 
^refque confiant, que la pofitiûn des lieux^ & 
. les climats difFérens caulent cette variété d'ef- 
prits^ dont nous parlons, en quoi l'on iuppofe 
que les pals chauds aient un grand avantage 
pour lesperfeâionner, furceu^qui ibuffireot 
les longues & afpres froidures : Si ed- ce quepar 
un privilège particulier il femble que Dîe.u& 

, la Nature fe plaifent à faire voir quelquQfi)is 

dans ces derniers, des efprits qui fiiipaiTeat 
de beaucoup les autres, qui ont eu aj^rem- 
ment le Ciel plus favorable. Ainil dans Tor- 
dre accoutumé des chofes, quoique les mé- 
taux foientplus prifés &d'un d^é {rfus par- 
fait , que ne font les pierres ; il fe voit âéan- 
moins que la pierre prédeufe^ coouQceft le 



•v 



DE LA DIFFERENCE pES ESPRITS. 407 

diamant^ à plus d'c(Ume& de valeur que Tôt 
même , lé premier des métaux. 

De quelque caufe que.proqede cette varie- 
té d'dfprîts., elle eft telje que la couleur de^ 
corps blaoçs, ou mores, ne les di(tiague 
point tant, encore qu'cMijles ait voulu aire 
différer d'eipece; que la proiptitude ou viva- 
cité de ces mêmes efprits, i&leur pefanteur 
ou fhipidité) établit entre eux une divcrfifié 
remarquaUp^ Je dirii i>i«ti plus , elle eil i$l- 
le qaoa voit quel(^ttefoJi$ d^s animaux ^ qiQ ' 
flpprochemplus près du raHcHlli^ble, que plu- 
fleurs hommes, £t çertaiAcçient fi nousTne 
fomme^.prindpalement tels^qye pari? fonm 
qui doQns l'êitreà çoutescho&5>& fi l'efprit qui ^ 
cft nôtre forme, doit concevoir & enfent^ 
par le.iQoieo de fes re^exionç, de foc^ àiC- 
cours, & des, méditations qui lui font pro- 
pres; puii^uefon nom Latin, hgemum^ çRï genc^ 
fondé fivr. cette forte de génération: Ne j)ou-"^^^' 
vons nons pus Soutenir, que les efprits Eunu- 
ques, & qui^n'engendent point, parce qu'ik; 
n'ont nulle ctialeur naturelle y qui puiflje pro- 
duire la moindre penii^ de considération ^ ne 
méritem p«s^ qu'on donnie le nom dliomnies 
à ceux qui lis poffedent En vérité il s'eil 
trouve dont Ja feule Foi .nous peut faire croi- 
«rameiniçiortelle, tdnt ils approchent de 

À a iiij ' 



4^8 LETTRE CXXVI. 

. labète. On leur peut donner pour devifele 
^*^S* mot de l'Ecriture, SoI/apieHtiantmeJlortusn(h 
kis. Qu'ihie promènent hardiment à décou- 
vert, jamais ce foleil, ni autre, ne leurc- 
'<âiaufFeni la cervelle, fipmdar hro ndcapo^ 
ma m nel cerwlto. £t Ton (e doit affurer, que 
plus ils feront en terre, plus à la mode des ra- 
ves ils deviendront groffiers et matériels. 
j^lV^yjiI^Cdl ce qui a tait prononcera Seneque figeo- 
dmenc, que le veiUer de telles perlbnnes ètcit 
iemblable au dormir des autres, & que kur 
efprit devoitétrë compoTéd^Elemensfidncaos 
'o\i fans aâion; ùmgîHJawgema &mjmmm 
itura\ aàtin vigiJiamJimnofimiBàfÊimy mrti^ 
kus neBunSur elemetOis. Le Poète Pdli^ 
nius par ce feiil vers, 

Qnam amlhe pecuJes humoHô in cwyort 

s^eft encore expliqué plus har<fiment le deffiis 
A regard des dprits iUbtils, éveilla, & 
tgiâàns, qu'on peut appeiler le^ Antipodes 
^ ceux, dont nous venons de parl^, il 
s'en trouve par tout, & en tout tems, qui 
ont ce que TEmpereur Auguftè attribuott i 
Vinicius, higenkim m mmerato. Seneque 
lui donne aufilcegrand avantage, d^oir re- 
connu d'abord tout ce qu'il Êdloit penler des 
^ M diofes^u'on lui propofoit ; fukymdicnga ^ 



DE LA DIFFERENCE DES ESPRITS. 405 

gttàtioiBi praftitura erat ^ prima intention" 
nimi dabat. . Certes c'eft être heùreufement , 
venu au monde, & avec les bonnes grâces ^ 
de la Nature , que de tenir d'elle une naiflan- ' 
ce fi privilégiée. Mais il arrive quelquefois . 
que ceux , qui ont tant de cette lumière puri- 
fiée, *qtfHéraclite nômmoit une fplendeur 
feche, & qui fait difccrner aux âmes de la 
première clafle toutes chofes prefque en ua 
înftànt, s'évaporent aifément, & donnent 
julques dans le vuide. L'Italien dit, chitrojh 
po s affotigliay fifcavezza. En effet, comme 
la petànteur des efprits trop matériels choque 
tout le monde, la promtitude & la pénétra- 
tion de ceux "^ ci aprète quelquefois à rire, 
lors qu'ils deviennent fi fubtik; qu ils s'a* 
lambiquent & s'en vont en fumée. . Ceft â 
quoi font fort fujets ceux , qu'on voit paroi- 
tr6 avec éclat avant le tems. Les fleurs, qui 
^'épanouirent trop tôt, s'èvanouKTent en un 
inftant. Et l'on ne remarque point de nos 
premiers fruits du Priiitems qui duifent jul^ 
qu à rarricre-âifbn. Le proverbe Efpagnol 
a Ton rapport à cela, quand il aflure, qu'il 
vaut bien mieux être Meurier , qu'Amendier^ 
ou Abricotier, antes Moral que Alme^dro. 
Cependant comme il y a des rivières qui ne 
font jamais tant de bien, que quand elles dé^ 

Ce V 



^ 4to LETTRE CXXVt 

bordent , il fc trouve de certains génies , qui 
paffentpourcxGellens, dont tout le bon, & 
le rare, confifte dans le.tranfport, & dans 
. l'excès. Vous en connoiffés un de cette 
trempe, quevousavés en vain tâché de modé- 
rer, &j'enadmirefouventunautrc, dequifa 
jnefemblc avoir été faite pour un autre ccirp 
que le fien , tant toutes Ces inclinations ^ & fes 
^ emportemens ordinaires, vont à le ruiner. 
^ Jem'affùredbnc, que vous préfcreriés à cette 
grande & prématurée vivacité, la pelanteur 
D. Lan. des premieresr années de Xenc>crate & de 
Cleanthe. Le premier étoit fi tardif, que 
Platon fonpréceptcur le nommoitrânede Iba 
Académie. Et le dernier nç fut pas mieux 
twité par Zenon ibus fes Portiques. Si cft-cc 
que l'un & l'autre reûiTirent de forte, qu'ils 
furent des plus grands Philoibphes de kur 
fiéclç. 




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I 









MONSIEUR 

FRERE UNIQUE DU ROL 

i M%0NSE1GNE URy 

Quoique je compte entré mes pîm grandes <iip 
grâces celle de ne tnêtrepai trouve à la fuite dé 
vôtre Cour durant le plus long de tous f es voia^ 
gesj cela ii empêcher pas ^ que je ne me fente 
oblige de remercier vôtre Bonté ^ contme aune 
grâce fingtdiere , d* avoir conjîdéré ma caducité^ 
pour me difpenfer d'une chqfe^ (pieHejugeoil 
très bien être au dejpis de mes forces. Cepen^ 
dont pour ne demeurer pas du tout inutile à v6* 



4 I EPITRR 

ireferviccy je me fais avifiâicrire cet êetmtA 
petits Traités^ mefoUvenanty quefuel^es-wn ie^ 
geux^ qui les ont précédés m vous ont pas àf- 
flû; îf fai crû niême^ que le luflre avec la ré- 
gularité de îimprejfion pourraient vous en ren- 
dre la leHure plus agréable, j^prens donc la 
liberté de vous les addreffèr ^ quelques malpf^r 
yuils foientTy &? peu d^nes par confequent de 
vous être préf entés; dans tajpirance où je fuis 
de vôtre Généro/îtéy qui ne méptife jasnms ce 
^uun cœur plein de %éle &* de refpeSl^ comme 
efilemien^ lui peut offrir. Il me feroit encore 
• sii/éy Mo^&^iG^EVKyd'excuferfnaharéSeffey 
fur la nêceffité oà mont mis vos Bienfaits den 
publier ici la reconnoijjance ^ puifque je ne puis 
aàtrement la témoigner. Mais outre la crain- 
te,^ que je dois avoir df vous déplaire pour peu 
que fentamajfe cette matière y f penfée fi vrMCy 
que tonte ordinaire quelle eftjefuis contraint 
de temploieficijjefens bien iaiUeurs^ quilme 
feroit impôffible de donner à mon expreffiontout 
lefens^ &* toute t étendue de mon imaginatioUy 
qui conçoit fin s doute beaucoup plus de chofesjur 
eefujet y que je lien puis écrire , quand vous me 
permettriésdelefaire. J^ ai auffi appris d'une lan- 
gue que vous vous êtes depuis peu rendue au^ fami- 
lière que la Françoifiy quune obligation moin- 
dre que la mienne peut néanmoins par fa gran- 



\ 



y 



EPITRE.Î f 

éewr exemter celui qm lu re§oit delà reconmhre 
autrement que du ^œur^ mercedesy benefidos. 
taies, à fuerça de grandes, dçfbbligan la re-^ 
CotapœSsi. AinfiyMor^s^iGii^v'Si^ je trouve^ 
rais fudiement un prétexta fpecieux au filence 
que je mimpofe là dejjus. Si eji- ce que j^ aime 
nneuie en parler avec pka de cmfcience^ £^ a^ 
vùuèr ingénument^ que rien ne n^empêcie de re^ 
préfenter ici, puifque c^enfemit le lieu, Fex^ 
ceUeuce de vôtre Génie, ^ leî rares vertus oà 
il V9US porte, que Timpuiffance de n^en pouvtnr 
èiem acquiter. Eneffet , je me trouve dans une 
condition du tout oppofëe à celle de F incompara' 
èle Capitaine ^ Phik^pphe Grec, dont vpus 4« 
vésfifouvent admiré la conduite dans fa retraite 
de Perfe,. Il avait toutes les connoijfances re^ 
^fes,^ particulièrement toute F éloquence né* 
cejfaire à décrire un grand Monarque-, mais 
nen votant point de fait tems quihiputfervir 
de modèle, il fut réduit à noiis former dans fan 
premier Cyrus F idée quil avait conçue d*un Sou^ 
verain tel quil doit être. Jepojfede tout au, 
contraire en votre Roiaie perfdnne un exemplair 
re parfait d*un Prifice très accompli*, mais fia- 
tant ni la fcience,^ ni la plume de Xenophon, 
pour mettre au jour avecfuccis un fi excellent 
portrait, je mefens obligé à me taire, niapper- 
cevant que ce qui eft même au ieffus de mes for- 

A Jij 



e 'EPITRE. 

CiSy ne Imffè pas d'être, eu ^JpmtJkvStrtmi- 
rite, ^e n ajoute donc rien^ Monseigneur, 
â cette petite dédicace y qu^une prvtefiutimi jm- 
çercy que pendent ce peu de jotars y éptimen- 
fienty fi je ne fuis afJe%Jlpintuely ou affok hoh 
reuxy pour prévenir toutes vos vidantes y je la 
fidvrai du moins autant qu^ilmefempcffiUe^ V 
fivectoute FexaSitude que doit avoir uneperfin- 
pe de mon âge y qui nejbuhaiteprefyue phurim 
encemondcy que de pouvoir Je faire conaûtrc 
jufqu^au dernier moment de fa vie^ 



MONSEIQNEUR, 



V6m ttèt humble» tM obctfinl 
& très fidde ferviteiuv 

De i,a Mothb le Vatek. 



jMHK - ÎÔI( ?*'^ JWTIttf jwntf 

♦ Wjwf* *WjMf» »kjrf* *lttLJ«f* 0)iudm 




DE^ LA PAIX. 

LE T T R E CXXVII. 

MONSIEUR^ 

Quoique Tardeur de combattre eût plus 
de pouvoir fur refprit de Scipion que 
les meilleures raîfons d'AnnibaJ , tout le mon- 
de n*a pas laiffé d'approuver c&lle-ci , qu'une 
paix certaine vaut beaucoup mieux qu'une 
vicloire efperce. En effet , îl n'y a riçn qui 
foit attendu , qui ne foît encore douteux, & 
par confequent qui puiffc paffér comme tel^ 
pour un bien réel , de quelque agrément qu'il 
flate nôtre imagination. Afas vatepaxaro in 
mano^ dit l'Efpagnol , fiie hejfre volaniù: & 
une infim'té d'apologues nous apprennent^ 
qu'on perd fbuvent un avantage affuré, par 
Vaviditè d'en poffeder un plus grand. Mais 

A iiii 



8 LETTRE CXXVIL 

s'il dl confiant d'ailleurs, que la fin doive 
toujours être plus eflimée> que les moiensy 
qui vifent à nous la fiure acquérir, &ûtoii- 
tes les guerres & toutes les viâoires ne teor 
dent qu'à la Paix , qudle apparence y aurok- 
il de t)réferer l'accefloire au prindpsd, & <:e 
quieftfubordonné) à nôtre première & plus 
jmpcvtante intention? Si vous conftdérés 
d'ailleurs (^ qui accompagne néceflaireinent 
ces grandes vi([lotres, Qu'on iè pix^^ofe, la 
calamité alTurée despeuples^ & la defi>ladon 
inévitable des provinces; vous trouvères é- 
trange, qu'on ait &it des Héros de ceux, 
qui obtiennent ces mêmes vi(floires y & qu'on 
«i( nommé la Force qui les domie la j^os 
pompeufedies Vertus. Pour mol )e tiemkoîs 
bien plutôt le parti de celui ^ qui appelle cet- 
te Force ou Valeur^ la verm d'un fiéde de 
fer^ FortituJwém, ferme ^atis virtuttm^ & 
quand je Cm réflexion fur la gloire ,des Ce- 
ùxs Se des Alexandres, qui n'a pour finde- 
menti que le meurtre de plufieurs millions 
dlionuïiçs, l'admire, qu'on fiiflepafler pour 
le plus illuibre des Arts', cdui de &ire la 
guerre, & pour un métier hércflque, le de- 
foUteur du genre, humain. Comment eft -,il 
poffiUe qu'une Bellone fiirieufc> & toute 
couverte de iaqgi 



DE .LA PAIX. 9 . 

Et amfMgmmeafrendeus Mavêrtia paBa^ 
trouve des psrdfims, qui aiment mieux tou$ , 
£es excès, &toutesfèsioju(tices, queféquita- 
bieproœder de cette divine Aikée> qui defcenr 
dant du Ciel en terre, difinbue par tout od 
elle pafTe les grfeces & les bénédictions du 
lieu, d'où elle vient 

Cependant la force & la violence Tempor* 
tent prdque toujours fur la raifoa; & l'on 
voit en tous en(koits> aufli bien qu'en Lace* , 
demoi^e, que les Etats n'ont point de plus 
pui0aote ni de plus ordinaire perfiiafion , que 
celle des .machines de guerre, & dutran*^ * 
chant de r^ée, ratiaakima Reg$my ce qui 
fit reprefenter à Sparte la DéelTjp Pytho, 
n'âiant pour tout ornement qu'une lance & 
un bouclier. Mais qu'eft enfin devenue cet- 
te beUiqueufe ville , qui ne&iibit profeflion 
que des armes? & qui tenoit pour cela fou 
Mars Enyalius enchaîné dans Tenclos de fes 
murailles^ de peur, qu'il les abandonnât? , 
Où font ces Athènes fi célèbres, qui gar«. 
dcûent fcugneufement de même unç Vidloire^ 
làns ailes, figjmm ViQwia involucris^ V^^Ptufûn. 
dire qu'dle ne les quitterait jamais? Si vous^ 3« 
pouvés. porter vôtre vûâ jufqu'au lieu de leur 
fituatioO) vous n'y verres qu'une fqlitude a& ^ 
(reùfe, & des marques hoiiibles dece quo 

Av 



10 LETTRE CXXVII. 

fait Aire le Dieu [des batailles > Iorsc{i]e re- 
nonçant à toutes penfées pacifiques l'on n'a 
pointd'autreproteâeurquelui. .Tontes les 
Souverainetés qui fe conduiront de la forte, 
quelques puifllantes qu'elles (oient ^ oc fe doi- 
vent pas promettre-tôt ou tard de meiDeun 
fuccés, & quand je conftdére, que le pins 
illuftre&leplusfage Monarque, àquiDieuait 
mis le diadème fur la tête, reçAt le nom de 
Stlomon, ou d'ami delà Paix, f encre fiKàfo- 
ment dans ce fentiment, qu'on ne (kuroit 
(ans elle ie promettre aucun folide contente- 
ment. En tout cas, fi la condition des cho- 
ies humaines porte, qu'il y ait quelquefbisdes 
tem$ de troubles, & qu'on ne puifTe pas jouir 
toujours de l'agréable fcrenîté de la Paix, il 
fiiyt fe (buvenir, que cette Pallas armée des 
anciens, & qu'ils repréfentoientb pertuiiàDe 
à, la main , avoit choifi l'Olivier pour (on ar- 
bre, afin de nous apprendre, qu'on ne doit 
jamais ftire la guerre, que pour parvenir I 
un heureux & padfiqufe accomniodemeot. 
C'eft ce qui obligea la cinquième LegîonRo- 
maine à ûire porter devant elle la r^:éfcnta- 
tion d'une Truie j parceque, ditFeflus,rofl 
(ramoloit cet immonde animal aux. traites 
de Paix, qu'on âck toujours avoil: en vue 
dans toute forte de guerres. 



DE LA PAIX, II 

'GracesàDieu nous avons utilenient fuividefi / 
belles inftni<9ions ;iïôtre HerculeGauloiss'cft 
&it vdr, Gomm il ctoit autrefois réprélènté, . 
cooleillé par Mercure; cette prudente Pallas, 
dont nous venons de parler , a conduit le cha- 
riot de nôtre jeune Mars; & comme Philo** 
ftrateËiit, que Pakmede tempère le courage 
d'Achille, celui de nôtre Prince s'eft UiS&InHerùh 
porter à la paix ^ Y avis d'un Minière , dont ' 

toutes les Nations jionorent le mérite, : deve- ^ 
nuësà ce ou'il me femble à Cet égard mieur, 
qu'elles n'étoient autrefois «»/W /4^//. Que 
fi la Religion nomme fils de Dieu les pacifi- 
ques, & û elle ne fe laiTe point d'exalter la 
beauté des pieds de ceux, qui nous annon- 
cent la paix, quel éloge fufHranc pouvons- 
nous donner aux mains, qui viennent do 
la condure fi glorieuièment? L'on repro* 
choit aux Athéniens , qu'ils n'en Faifoient ja- 
mais qu'en habit de deuil , c'eA à dire, après ^ ' 
de grandes pertes , & lorsque leurs ennemis 
avoienttout l'avantage pofîible fur çuj^. C'eft - , 
cequifaifoit détefter leurs viâoires, quand 
ils en obtenoient, aux plus avifésd'entiteuxj 
témoin le mc^t du luftePhocion, mçeJJèroHs- 
nous jamais de vaincre? Nous faifons voir cet- 
te fois^, que la France en fait uier tout autre- - 
ment, te Roi prête l'oreille aux propofi^ 



i» LETTRE GXXVIL 

tions de cernuQcr k guem; au milieu' de fiss 
viâoîreS) & Yon peut dire qu'il a ùgté h 
paix afils dans fbn char de triomphe. Une 
nouvelle Irène paroit fiir nôtre Horizon du 
côté des champsEUfées; elle iiousen appor- 
te toutes les licites; mamhisdate UHaplems^ 
&qi]e rien ne manque à la iblâmielle too^ 
[ition de cette Reine de là paix. 

Qu'il eft important de la faire fur fi» a- 
. 'vantage> & de n'attendre pas ce que l'inooD- 
Aance de la Fortune , & les armes, qui foot 
<^'f journalières, peuvent produire. Thuqdi- 
de nous apprend h cuifant repentir qu'eu- 
rent les Athéniens , de ne l'avoir pas accordée 
oux LacedémoniepS) qui la leur deam- 
doîent, après la prife de la ville de PUe, & 
dans le grand fuccés, qu'eurent ces mêmes 
Athéniens en risIeSphaâerie, QÛilsavokot 
fait tant de priTonniers. £t vous avés pu 
voir dans l'Hifloire Romaine, combien Am- 
llus R^^lus fut blâmé par les plus judkieur 
de (à République, de n'a voir pas 1& conduit 
une négociation de paix avec les Carthaginois 
après la viâxrire des Romains, cequikseût 
exemtés d'une mfinité de malheurs, dont ils 
, penfèrent être accablés, * Nôtre oondotœ 
^ toute différente ne nous lai0b à demaoderau 
Ciel, que/kbénédi^onfurunTraitéfàitavec 



DE LA PAIX. ij 

de fi laiûtes intentions j qu'il foit deceux^ 
que les Hébreux nomment de Sel^ pour dîrâ^ 
mcorrtqOiiles; & que nôtre paix avec rEfpA- ^ 
gne nierite mieux le fumom dcjépirateyoa^ 
fans fi» y que celle de l'Empereur juftinien a- 
vcc le Roi Coiroes, qui ne répondit pas^à ce 
qu'on s'en étoit promis. . ^ 

Mais quoi > les grands Etats ne manquent 
jamais de beaucoup de mécontens.^ &^pour 
le dire encore plus généralement après Âga- 
thias, il y a tpûjours plus d'hommes mal à 
leur aife, que d'autres ^ de icHte^ que ce 
n'eft pas merveille , fi les jours de tranquilli* ^ 
té font encore plus courts^ que ceux des Al* 
dons dans ces mêmes Etats. Ajoutes à cela 
ce qu'obferve Plutarque dans la vie de Pyrr« . 
hus, que la plupart de ceux^ qui gouvegnent^ 
fe fervent tantôt de là paix, tantôt delà guer^ 
re, comme de deux monnoies diffétentes^ 
qu'ils emploient félon que les af&ires & les 
tems di ve^ femblent le requérir II ne man« 
que jamais d'ailleurs de iè trouver des étour- 
dis tels> que ce Pandarus dans Homère, qui^ 
(bit par inconfidération, (bit par^nalignité, 
donnent lieu aux ruptures d'une paix, quel* 
que bien établie qu!ellefoit, Se par elles à 
toutes les calamités i qui les fuivent. Elles 
Qc font pas certes en petit' nombre, & fi la 



14 LETTRE CXXVII. 

r tûix fe peu^appeIIe^ unefantc polÂique; la 

Guerre fans doute doitpafTer pour la plus 
grande maladie des Ecaos. .C'eft ce quia 
^ ^c donner à cette dernière le ncxn in&me 
qu'elle tient de la Langue Latine, itOum â 
hettuis. Quelques uns le fondent fur ce que 
les premières guerres ont été contre les bètes; 
d'autres le prennent de ce qu'il n'y a guères 
que des gens d'efprit groffier & bmtal , qui 
s'y plaiient, & je penfe qu'à voir comme les 
hommes s y entrc^échirent^ l'on en trouve- 
ra le mot encore trop doux , & trop peu fi- 
gnificatif ^ n'y aiant point d'ai^maux qui sV 
diament n craellement, que nous > les uns 
contre les autres, ni qui periècutent impi- 
toiablenneot ceui de leur eipece, comme 
Inous faifons. La Paix au contraire a des 
•charmes inexpnmables. Sa ftatuâ tenant le 
Dieu Plutus entre Tes bras , inontre que c'eft 
d'elle, qu'on doit attendre toute forte de 
biens. 

II. Xtt. Nuttafalus heUo , pacem tepajchaus omrus. \ 
Et je fuis pour maintenir^ que l'ancienne 
Komc n a point eu 4e Temple plus confidéra- 
ble, que celui de la Concorde. 



^ ^ ^ If 



D'UNE 

JEUNESSE VICIEUSE. 

LETTRE CXXVIII. 

MONSIEVR, 

Je n^'entre pas dans tous VOS fentiniens, ne 
pouvaat defeipcrer encore de ce jeune 
homme, que vous'avés comme abandonné, 
pour ufer de vos ternies, à Ibnfens reprouvé. 
J'en ai vu de beaucoup plus engagés que lui 
dans ie chemin du vice, rentrer heureufe- 
ment dansceluide la Vertu., Et quand vous Ta/. A& 
ne fetiés nul cas de ce grandnombred'exem-*'*' -^^ 
pies, qui ne vou^ font pas moins connus * 
qu'à moi; qudnd vous ne compteriés pour 
rien le paiTage de Diogene du métier de faux 
monnoîeur à celui de Philofophe; ni la reft« 
pifcence de Themiftocle, dont la jeunelTe dé- 
pravée attira l'abdication de fon père,. & re^ 
duifit fil mère à fe pendre; toute la Nature 
vous obligperoit à reconnoitre, qu'une infini- 
té de fort mauvailes chofes changent heureu* 



16 LETTRE CXXVIIL 

fementdeoonditiOQ^ &fecoQverdiIeiittous 

* les jours en^bonnos. J'ai appris depuis 
peo, querÂmbregrisaulbrdrdelaMer, & 
K^rsqu'il efl encore mou;, jette une fi médban- 
tecMeur, & fi approchante de celle des cha- 
ro^es, que les animaux camaciers le vien- 
nent dévorer, d'où vient le nom de TAmbit 
Renarde, qui a perdu de & force en pa(£mt 
par le ventre d'un Renard; cependant ce mê* 
me Ambregris devient avec le tems un des 
plus predeux&desplusagréablesparfiimsqœ 
tious aions. Il n'y apoint dé poifon, dans coutk 
Mçnde nouveau^ dangereux à f^al de cdui, 
^uifetiredela rikcinefi^chedu Manioc; fieft 
ce que la plupart des. Américains & fiirtous 
autres les C»:ibes des Isles Antilles, en fixit 
un pain fi falubre & fi excellent^ qu'ik ne 

^tto- di r^changeroient pas contre le nôtre. Ceft à 
'^^'^ peu prés la même chpfe de ces Abricots ir- 
rémifiiblement mortels d'eux- mêmes, donc 
les Mores compofent, les £ûiant Ccdxx m 
Soleil y uneefpece de Sorbet , oude breuvage, 
qui ne cède à nul autre dans tout le Levant 
Pourquoi voulcs-vous donc perdre toute ef* 
perance de changement au fiijet, qui vous 

• afïljge, puisqu'il n'eft pas moinsnatuidd'at 
^ 1er du mal au bien, que de cdui-ciaupie- 

micr ? Je iài bieui qu'une CouniTane fe van- 
/ tant 



D'UNE lEUNESSË VICIEUSE. I7 

tant d'avoir plus d'écoliers gUe.Socrate^ cû 
Philofbphe lui repartit agréablement, quâ 
comme elle les attirdt du haut de la Monta- 
gne eu bas, ce n'étoit pas grande merveille 
qu'elleytrouvâtplusdefacilité, &futp]usrui« 
vie que lui, qui ne travailloit au contraire 
qu'à les y éjever. Mais quoiqu'il en foit^ 
puiique Soofate ne jugeoit pas impoffible là 
converfton j où il vifoit à Tégard des jeunes 
hommes de (on (iécle, & puifque la Nature 
dans toute fob étendue, ^ montre , qu'elle nô 
répugne pas à cette tranfinutation du pii 
au mieux} n'eft-il pas plus à propos, •& 
plus félon raifon, d'attetidre ce bon fucccâ^ 
que d'en defe(pa:er fi abfolument que vou§ 
faites? 

Je ne veux pas dire, que vous ne fafTicS 
très-bien de témoigner à celui dont nous par-» 
Ions, l'averfion que vous av&defes débau^ 
ches^ & combien fa vie dépravée vous dé^ 
plait L'indulgence de beaucoup de perfon- 
neseft fouvent très préjudiciable à fes fembla« 
blés ; & ce n'eft pas alTez à un homme de vô- 
tre vertu, défaire paroitre, combien il Tefti- 
me par toutes fes aâions, s'il ne montre enr 
oore iba antipathie contre le vice. Il ftut 
qu'il reiTemble à cet arbre que Virgilea, nom* 
mé i'wnemenc des forêts > Fraxinus infylvU 

TmiVILPmrt.n. B 



i« LETTRE CXXVHI. 

Ech.j. fukherrimif^ . ^ q[ue oAnme le Frèoe non 
f/mJ.!^. content de prpduire un agréable feuSllage, 
chafle, oumêniefaitniounrdefàfeulecwn* 
bre toute Xorte de ferpen^; cet homme de 
probité & de vie exemplaire au lieu de fo- 
inenter le vice par une dangereufe conoiven* 
ce lui ÊtÛe la guerre par tout où il le rmoon- 
•- trera. Lacomplaifancedeplufieurs, que je 
puis^appeller vos Antipodes^ c^re tout au- 
trement: Elle attire à eux la jeuneflfe facile à 
feduire, parce qu'elle eft inexpérimentée: 
Et comme les Crocodiles parfument, ce dit- 
on, d'une odeur de mufc, l'eau, qu'ils habi- 
tent, ou s'ils en fortent, cent pas aux envi- 
> ronst l'air du lieu, qui leur fert de retraite; 
ces dangereux complaifans ont des appas qui 
font! la perte certaine de tous les jeunes gens, 
qu'ils fréquentent, & dcMit ils ne demandent 
que la ruine. J'apprpuvedonc infînitncttlt 
févérité contre le vice, pourvu qu'elle n'ail- 
le pas^jufqu'à une extrême averfion contre le 
vicieux & qu'on ne fe défie pas entieremeat 
de cette grâce du Ciel, qui fait dans la Mo* 
raie au fujet dont noifê parlons de ft grandes 
merveilles, quand il lui plait J'ain^p mieux 
prendre le Ciel à garant, que la Nature toute 
lih.q, feule, ièlon le termes de Tacite, rebas cûh > 
Avm. Qj^ ^^ qtdJam velut orhis^ ttf quemaJnuh . 



D'UNE JEUNESSÇ VICIEUSE. 19 

Jum tempcntm vices y ita morum Vertanturl 
Le commencement d une vie débauchée 
doit être véritablement reprimé avec vigueur^ 
& les premiers pas vers le vice demandent 
de fortes oppotitions^ Il a , de même que 
la vertu, des élemens & de petits principes 
qui croiiTent & fe fortifient avec le tems; ne^ 
mo fit repente turpiffîmui. Et Tonfait^ que 
les Tyrans d'Athènes commencèrent leurs 
cruautés par la mort d'un in&me3ycophante^ 
portant depuis leur rage comme par degrés 
jufquescontre les Philofophes de la plus haute 
probité, & de la plus grande réputation. 
Sans mentir, ^on ne fauroit dire de quelle ^ 
importance eft le redreflement d'un jeune 
homme, lôrs qu'il eA détraqué du bon chemin. 
Car nous Ibmmes en cela de pire condition, que 
lerefte des animaux. Les plus médians d'en- 
tre etsr ne font tout le mal, dont nous lespou* 
vonsaccufer, que par le tranfport que leur 
donnent des paffions qui leur font naturelles; 
mais lliomme en qui ces mêmes paffions ne 
font pas moins impetueufes, a de plus foti 
impradence, fon mauvais raifonnemeiv, &; 
mille (âufles opinions, qui lui font commet* 
tredesfifutes, dontles Bêtes iè trouvent exem* 
tes par la feule bonté de leur naifl&nce. Ce 
qui nous refte du dix-feptiéme livre de Poly* 

^ B ij 



ao LETTRE CXXVIIL, 

be nous &it voir^ qu'il avoit exàrnihë ceci 
pliis en Philofophe, qu'en HiAorien. Pour 
Imoi je ne veux pas fomber dans l'impiété de 
Velleius, qui foûtenoit contre Cotta, que 
leurs Dieuxnepouvoientriendonneràlliom- 
tne de plus préjudiciable que la raifon , quand 
ils eufTent eu deflein de le bien perfècutçr; 
mais Ton ne fauroic nier^ que Tinflinâ desa- 
tiimaux tl'ait cet avantage fur elle, qu'il na 
nulle conteftaticKi contre les Paffions, qui 
font (ans céfTe aux prifes avec la Raifon. Les 
Géans n'entreprirent jamais avec tant de vio- 
lence de déthrôner Jupiter> qu'elles tâchent 
è tous momens de diaffer nôtre ame deionaf- 
fiette vaiTonnable. Leur partifans difent en 
ieur faveur, qu'elles ne prétendent aotrecho- 
fefmon qu'on obeïiTeà la Nature; cependant 
la Raifon n'étant pas-moins qu'elles natureDe 
à l'homme, le différent ne fe peut terminer 
par là, demeurant d'autant plus fâcheux^ que 
k)OUs n'avons tous qu'une Raifon pour nous 
fervir de guide, contre un nombre innoat- 
brable de Paffions, qui nous attaquent de 
tous côtés. 

Quoiqu'il en foit, je vous exhorte à mieux 
attendre que vous ne dites, dece jeunehommç, 
qui vous a mis en fi forte colère. Servés-vous 
de tant de jnoiens, qui vous (ont connus, 



' D'UNE JEUNESSE VICIEUSE. 21 

pour le ramener doucement à fon devoir. 
Car je ne vous iènd jamais auteur de porter 
les çhoIès à Textrénuté. Ufés-en comme - 
les Jouailliers &.les Lapidaires font à l'égard 
de certains Diamans. Us n'en retranchent ce 
qui ne leur plait pas qu'avec confidéradon^ 
& fbuvent ils y laiÔenc des pailles^ quand ils 
jugent ne les pouvoir ôter fans ruiner un pier- 
re fi prédeufe. Je parle ainfi, parce que je 
ne cr(»s pas> que celui pour qui je le fîiis^ 
foit de ceux , qui ne peuvent jamais être au- 
tres que vicieux , me fbuvenant bien , qu'Ari*- 
ftote accorde quelque part à Platon qu'il s'en f/'^K^* 
trouve quelquefois de tek, & d'une fi defa-^*^'* 
ffareufe naidanoe , qu'il leur eft impoifible de 
prendre Ja moindre teinture de Vertu. Mais 
aiant à traiter avec un meilleur fujet, abAo-' 
nés - vous de remèdes trop violens , & ne vi- 
les pas à le faire paiTei; d'une extrémité à l'au- 
tre, itafugiat m frater cafam. Ce fera beau- Termite 
coup s'ils peut fe remettre dans la bonne voie, ^^^ 
mais ne lui préfcrivés pas de fiflr avec excès • ^'•^'^' 
tous fes divertifîemens, 

Dum*vitant ftulti vitia^ ^in conh^aria cur-Horat. 

runt. Saf.2.l\ 

Origene n'eft pas loué de s'être châtré pour , 
vivre plus chaftement, & l'on n'eil pas obli^* 
gé de fe crever les yeux encore qu'ils neibient 

B iij 



M LET.CX3CVm.D'UNE JEUN.VIC3EUSE 

pas ch&Aes, nous âifiiot voir avec* de maa* 
vais defirs des objets djefeiidus. 

Ce n*eft pas que je ne fouhaite infiaimen^ 
qu'il fc défafTe abrolument^ de toutes. fes 
mauvailes habitudes , & je mç promets que 
dapspeu de tems il reconnoitra lui-même que 
pour (e bien délivrer de leur ferviAide, k 
s'afSranchir de tant de violentes pafîions, qui 
letyrannifent, il faut rompre avec ellestoute 
forte de commerce. Ceux qui penfënt les 
appaifer en les contentant, & iè remettre en 
liberté en les flattant, fe trompent fort, dit 
/• ^c. i Epiâete dans Arfien , il les faut détruire cet* 
dercme^Ac, ou fe résoudre èun perpetudef*' 
davage. Euclide déclara au Roi Ptokxnéei 
qu'il n'y avoit point de chemin Roial ni ftdle 
pour arriver à la connoiflfance de la Géome- 
tne, dont toutes les avenues paroiiTent d'a- 
bord fort raboteufes, mais il dl encore plus 
vr^ que celui de la Vertu morale a je neiài 
quoi d'auftere & de pénible dans fes commeo* 
cemebs, qui ncfe peut éviter. Lajoîepacâh 
te,, & le plaifu: folide, en recompenfe^ fo 
trouvent au bout de la carrière, que le vice 
ne Eût goûter d'entrée quetrompeuièmeiit 
|1 ne fe peut donc faire dans les connoiflàn* 
ces que vous lui infpirerés, qu'il ne le porte 
çjitfyi de Iw-m^c à ung^ral abandonne- 



^ )K ^ 23 

ment de tant de ^àces que vous lui reprochés. 
Il les-confidérera comme des Tigres & des 
Lions domeftîques, qui ne s'apprivoifent ja- 
mais de bontic £ou tôt ou tard l'on ferepent 
de leur dangereufe compagnie, m/r^^/»»^(?- 
nafiie vitia manfuefcunt. Il eft deises vcrita- SetL9p4(. 
bles maladies de Tamc comme dej quelques- 
unes du corps j qui fe moquent des linimens, » 
& dont il eft plus aifé d'arrêter le cours, que 
de le modérer. Non recipmnt mitai malà 
temperamentum^ façiliits fuftukris tUa^ jiunrn 
rexeris^ 

DES 

HABITUDES VERTUEUSES. 

LETTRE CXXIX. 

MONSIEUR, 

Poiir vous avoir tenu quelques propos de 
Morsde en (ây eur d'une jeune homme qui 
s'écartoit un^pea de la bonne , vous m'y en-. 

B iiij 



S4 LETTRE CXXIX 

gageriés fi avant fi je fuivois toutes vos ^ 
pofUions, que j'apprehenderois le funKxs 
d'Aretalogue y . que reçût un Plotius CiiQ)inQS 
Stoïcien,^ qui ne parloit que de Vertu, au 
même ièns que l'Emperçur Pertinax k 
IfLO- noimné Chreftologuç; comme celui, f 
1^'^ difoit mille bonnes chdesiàns les Êdre. & 
certes des discours vertueux font de fort 
^ mauvais garàns affez Ibuvent de la viedeceur, 
qui les tiennent. Car fans mettre en jeu des 
perfonnes qu'une inconftance perpetueDe (k 
mœurs rend di0emblables à eux-mêmes, p 
que^altemUf^atinij y alternisCatonesfwfi) ïè* 
j^,f^#; loQ les tennes de Seneque> il y en a une ina- 
nité d'autres , qui ne quittait jamais le m^- 
que de pobité^ afin qu'il ferve de couverm- 
re à tous leurs dér^lemens. 
Jbai«. QuàCurios fiandant ^ ^ Bacch^udiawvi} 
^* ^* ou pour emploier Texpreffion dcCiccroD, 
€u.%,^ quand il exaggere cette matière;» ^i^Gd- 
^ iomus vwifnty hquÊtntur ut Jrugi ^ f^h 
Quoiqu'il en foit, fans entreprendie lia 
d'auffi étendu; ni d'au^ continué, que vos 
vous l'êtes imagioé y je répondrai feuleoseot 
pour uTer de quelque complaiikncç, auxpoiots 
principaux que vous m'avés propo^s, &da 
même ordre , qu'ils font couchés dans vôve 
lettrej ^lU mç tjçpdwIi^n^çthepieT 



DES HABITUDES VERTUEUSES. 3î 

Ce qu Ariftote ,a dit de l'homme vcrtueuXy 
[u'il étoit comme unCube> rerpdywoçâmi Etktrtc. 
1^00^ quadratus fine vHuperatione ^ h'eft ^' ^ '^* 
Kis de fi .difficile accommodement que vous 
e croies ;t avec nôtre faconde parler ordinai«> 
e, qui fait pafTer un honune rond pour un 
lomme de bjea Les termes de rond, M 
îequarré^ font véritablement oppofés, mais 
ils on( des fignifTcatiçns figurées qui ne font 
pasdemême. La figure cubique ou quar|:ée) 
dont les.Pythagbriciensont fait tant d'état, & 
que Martianus Capella nttribuë particuliercr 
ment à Mercure , numerus ^a^ratus Cyttem ;, ^e. de 
itjndatvry quod quadratuf Deusfolus haiea^T^^^ 
ter, a cetçe propriété qu?ellc efl égale en 
toutes fes &ces, & la moins fujçttç encore, 
de toutes à être ébranlée. L'homme, dont 
nous parl(»is , lui eft coroparaUe par là , u'é* 
taot nuUeaient fujet à variation, & paroifTant ^ 
toujours & en tous lieux le même, de quel* 
que côté qu'on Tenvifage. Quelques-uns 
ont dit, qu'il reflembloit aufTi dans cette éga* 
lité à ces éto&s à deux endroits, qui fonta- 
gréables dedans & dehors, & qui plaifçnt ^ 
toutfens. L'autre figure ronde ou fpherjque^ 
a un femblable privilège d'être toujours d'uii 
même a(peâ, 4? parce qu'on la reconnott 

8)V 



3« LETTRE CXXIX. 

d'ailleurs I9 pluscapabTe & la plus parfidte de 
toutes, après l'avoir attribuée au monde, Toa 
a ofé la donner à Dieu y par cette railbii que 
la ocTpie doit refifembler à (on originaL De 
forte que comme Diogene n'a pas é^ le ieul 
qui a foûtehu , qu'un homme de bien & vcr- 
meux étoit la vraie image des Dieux de foa 
tems^/ l'on a dit communément, qu^ilécoit 
jyî^g^ totus ter es ut que rotunius. Cela ipe fiut (bu- 
tii^rt. venir d'uneexpreffiôn donc ulb Marc Anfeonin 
au douzième livre de (a vie , (bôtenant , que 
ceux, qui mettent leur ame dans une paiûf- 
te affîette, acquièrent. la figure du (Hobe 
d'Empedode, & pqfledentpai- ce'tterotondi- 
télapecfedHon, qdi rend le monde-fi confr 
dèrable après Ton Créateur. Voilà de qudle 
fiiçon l'on a pu écrire des honunes de vertu, 
quilsétoient ronds, ouquarrés, pouriigm* 
fier la' même chofe quoiqu'avéc dâs ^nnes 
différens. 

Ueftvrai, qu'un homme de vertu ne doit 
point avoir dé plus puilTant motif que de fr 
tisËiire à Ton devoir, ni fouhaiter de plus ma- 
^ gni0que théâtre que cdui de Ca pro^ oon* 
feience. Cette vertu, qu'il confidére. com- 
me fille du Ciel , porte avec foi , de même 
'que les nombres d'Arithmétique, £1 valeur 
& ion efficace, félon la penfëe du Sqphifle 



DES HABITUDES VERTUEUSES. 27 

EunâpiuSy lui fourniffant dés fatîsfaiHîons pré^^ Q^,.j^yp 
(érables à toutes les recompenfes de la Terre, 
& de même qu'il n'y a-rlen qu'il n'entreprenne • 
fous fon aveu, jieri auffi ne lui peut refifler, 
quand il nefonge qu'à fuivre fes ordres. Pour 
le moins efl-céparjà que la Sibylle encou- • 
rage Enée* 

Inuia virtuel nuUa eft via. 
Et lors qu'il cft arrivé quelque chofe, quî^w^- '•' 
fembloit contrjdre à de fi belleffraaxîmes , les ^'^"** 
anciens ont pns le Ciel à partie, & les Grecs 
ont été afiez impies pour vouloir faire honte 
à Dieu de la prolperité dey vjdeux:, 
ôéi? S'mt^ rovç' ioxmjovç i^cuiioviiv 
Dei àedecus èft improhs effe/ortUnatos. 
Or je tombe d'accord avec vous de la beauté T 
de oes penfées. Elles n'empêcheront j)as pour- 
tant beaucoup de perfonnes de vous ioûtenir 
que cette Vertu toute excellente qu'elle eA, 
ne fert fouvent à ceux, qui font profef&on de^ 
la finvre, que d'un ornement vain & trom-^ 
peur; que c'eft à la vérité une belle maitreffe, 
mais quiiecompenfe ordinairement très mal 
ceux^ qui lui font la Cour, & qu'encore 
qu'eHe ibit l'ennemie déclarée du vice, elle 
a cela de commun avec lui de n*agir^gucres 
que par intérêt. Cela ne répugne pas en . ' 

tout feos à l^offle de l'Ecole, EademefiS^H^^^f. 



à8 LETTRE CXXIX. 

difçifdmn contrariorum\ & fi Ton a bi^i'pro- 
nonce du Vice,^ NuUumfine au&oramaito tnar \ 
fum efty ou aux ternies de Sallufte > Nemo 
omniumgratuttomalusefty l'experiencejourna- 
liere&itvoir^ quelesplusgensdebieaa'agif- 
fentguéres fans faire téflexioQ fur Futile, de 
forte que trouvant leur intérêt dans le devdr, 
ce n'eft pas merveille s'ils font des aâions de 
vertu par la propre maxime des médians. 
Le PoSte Latin le dit encore plus fechemeu & 
prefque faîis exception; 
OcftJ. s. i^ f\fèc facile inventes multis in mittihus tpamy 
f9n$o.e(.3. Fhrtutem pretium qui put et ejfefuiy 

Ipfe décor veEii^ fa^ifipramia definfy 
Noff movet , ^ gratis pcenitet ejjfè probum. 
Certes la preuve en feroit fort facile , fi félon 
U Mfd. 1^ fouhait ou plutôt félon la plainte d'Euripi- 
de, le Ciel avoit donné. des marques certai- 
nes pour difcerher un hypocrite, d'uir véri- 
table vertueux, de mêmeque nous en avons 
pour reconnoitre une pièce de fauffe mon* 
noie, &; pour la diftinguer de la bonne. 

Vous vous étonnerés moins de l'humeur 

de votre voifin, quand vous CQnfidGEerés que 

pi Nïc. ^s kdocftrine d'Ariflotec'eft le propre d'un 

*•'• ^* *• vicieux de nç pouvoir fe pafler de compagnie, 

Qu'il recherche toujours avec le même foio^ 

4om il fuit la ûeune, parce que le verde 



DES HABITUDES VERTUEUSES. 29 , 

oonlcfcncé^ la lui rend odieufè, & èàt qu'il 
eft ihfuppOrtable à lui même. Cependant il 
eft très difficile d'acq^uerir une complexion 
différente. ^ Nous naiiîons tous avec une im 
clination fi naturelle au mal , qu'il eft prefqUe 
impofiîbld de la perdre. ' La vertu n'entre 
chez nous pour lecombattre que par la por* ' 
te des habitudes difficiles à contrarier ^ & el- 
le y trouve d*abord tbiît contraire comme 
dans un pals ennemi. Car il le faut avouer 
à nôtre omfufion^ nôtre qature eft beaucoup, 
plus voiiliie en cela des Brutes que nous 
tnettons fi fort au deffous de noUS) que des 
Anges 3 à qui nôtre vanidédifpute quelquefois 
le nmg. C'efl cette proximité befliale qui a 
Êdt ncMnmcr le vice ^ché y peccatum à pécore^ 
parce 6ue ce malheurewt nous faifant agir 
contre \a railbn , qui feule nous diflingue du 
refté dfês animaux^ il nous fait perdre nôtre 
vraie forme pour, prendre celle des Bêtcs^, 
Or quelmoicn y at-àderefifterà despropen- 
fions lemblables à celles qui font defcendre 
au centre toutes les chofes pefantes. Voua 
aurés beau jetter mille fois une pierre eil 
haut) fam^s elle ne s'y portera d'elle même, 
ni ne quittera fon habitude ou fa propenfion à 
venir en bas. Certes il n'y a que la grâces 
divine qui puiife remédier àcenaiferaUcdef^ 



/ 30 LE T T R E CXXIX. 

ordre > & nous donner ces habitudes vertueu- 
fes^ qui fe forment ooqame.de perles de la 
rofée du CieL Elles font fi rares , que c'ed 
être inhumain de s'offenfer contre ceux, qui 
ne les reçoivent pas , Vkin erunt domec homi- 
nés. Accommodons - nous doac à cette pro- 
phétie > ^fouffirons patiemment les deénits 
des autres, afin-qu'on excufe les nôtres. 

Encore que nôtre' langage ordinaire oon- 
^ fonde aâez ibuvent les mots d'iatraiperanc^ 
& d'incontinence^ conime s'ils étotentfynony- 
mes, l'Ecole Péripatétiquè y a mis une gran- 
de difiini^n; & Ariftote dit Ibrnielkroen^ 
que Tintemperant eft beaucoup phis mÀJiaot 
& âe plus difficile corredtion^ que rinoooch 
> nçnt. Sa raifon eft^ que le vicedu premia 
/ a fon fondement dans/la Nature, &qiiecdi]i 
deTautrenevient que d'une mauvaUe coutu- 
me. Qr il, eft impof&ble Telon lui de fur- 
monter la Nature, 

JTdf'ir.^. NaturamexpeUasJurcay tmnenufjui rtatt" 

^^' ret. 

Cette dépravée fe contraint quelquefois pour 
un tems, mais elle revient bientôt jou&r foa 
jeu, 

Her. 1. 2. » i M . toUe pef'icimfÈy 

^^•7- ïamvagaprofiHetJrenisNatura remuOù. 

Il n'ene/l pas de même des mauvaiiès habitu- 



\ 



DES HABITUDES VERTUEUSES. 31 

des, qui forment rincpntîneiice. Elles fib \ 
perdent ^fcnient par d'autres contraires^ 
(fans parler de ce^ qu'y peut la raifbn) affe-» 
ffus ûffè£htm in ardinem eogit. . Une paffiott^ 
dans la Morale en fupplanteune autre , com- 
me nous voions fouvent dans la Politique^ 
qu'une âidtion opprime celle , qui lui efl op- 
pcfée* Et de la même façon, qu'il y a des 
Poiffons, tels que leRoverfo des Indes Occi- 
dentales, quifont drelTés à prendre les autres ; 
ScquelegrandCamadesLions, aufTibiçnqiic 
le Mogol des Tigres , dont ils fe fervent à h 
ChalTedes bêtes fauvages; Ton reprime uti* 
dlemeht quelquefois une coûtuœç vicieufe, ' 
par quelqu'une-moins à 9raindre où l'on fe 
porte > & dont l'on fe peut déâire plus aifè- 
ment. Elles iont néanmoins toutes trésdanr 
^ereufes étant mauvaifes, & il me fouvient 
Tune confidérâtioii du Poète Efi^le pour 
montrer le pouvoir de la. coutume, qu'un 
Gladiateur (ait aux Coups, ne dit fouvent mot 
l'une plaie reçus, qui obligeles fpeâateurs à» 
i'écrîer. L'on s'endurcit au vice comme aux 
>iefliftes par de mau vailès habitudes , tachons 
l'acquérir celles quiles détrûifent. . 

Ne me demandés pas de préceptes pour 
)ela^ ils ibnt infinis, &j'eAimemerveiUeure-7«d^(«l 
nent après Seneque la penfèe du Philofophe ^' ''* 



fl» LE TTR E CXXIX. 

Cyûique Demetrftis, que comme il eft plus 
avantageux dans la Lutte de ne&voirque 
peu de tours pro|H«s à porter fon honubepar 
ttttOy pourvu qu'on les pratique Uea, que 
é*en apprendre un grand nombre, qui font 
prefque toujours inutiles: Il eft auffi beau- 
coup plus à propos dans la Moraie> d'être 
dans l'ufage ordinaire de peu de maximes 
. propres à la conduite de nôtre vie, que d'ea 
Ë(ire de grandes provifions qui fort (buveot 
ne nous fervent de rien* Je vous recomman- 
de fur tout le confeil de P^thagore, de neie 
regarder que de jour au miroir, & jamais à 
la chandelle qui ne nous découvre pas aiTezi 
; nous-mêmes, ni auffi fidèlement que le plein 
îour peut faire. Chacun fe flatte, Àpeude 
perfonnes s'exathinent comme il faut pouren 
profiter; hoc aque omnium eft ^ ut vitiajuaex' 
Oifare malint^ quam excujtere^ quam^ ^ff^^* 
Pourvu que nous plaifions au public, à qui 
nous impofons autant qu'il nous efî poffible^ 
nous ne nous foncions guéres quels nous 
(bions au dedans, & nous nous admiioos 
Couvent, quand nous avons mis le dehors en 
. bon état à ce qu'il nous femble. Certes le 
Monde nous a une extrëme obligation de le 
chérir plus que nous-mêmes, & de préfisrer 



fon approbation à nôtre propre jugement, 

«uilt 



DES HABlTtJDES VERTUEUSES. 3^ 

âitfli bien (fu'aux plus féci^ ftaduVetnâos de 
nôtre confcience. 

Vous dôplofês la défias Id tionditioti d«s 
derniers iiccles, 

-—1- Quorum fciiéri non imenit i/f/k *^ 

Nomen^ & a nutto pt^uit naturametatto. ^^^'^ 
Mais tenés pour adfuré ,. que e'eft âccufer les . v 
innoœi», d'imputer de la forte aux faifons 
DosimUrpcfitionsipiritueUes. j'avoue que les 
efprits.fbot iujets.qudqUefois aufli bien que 
les €»#ps, à des maladies chroniques, & 
qu'il cft*des tems, où de certains vices fonC 
plus communs ) qu'en d'autres. Celan'em^ 
pèche paspourtant que généralement parlant^ 
la dépravation de nos moeurs, ^ou leur re* 
clitude ^ n'aillent toujours leur ttain ordinaire^ 
Hùmintanfunt iftay nofitemporum; 72utta<etat 
vacmit à culpa. Nunqtiam apertius ^mt co- 
ram Catoàe peccatum eft. Je fai bien 3 que^p.iy. 
Seneqœ, qui écrit ceci > croit qUcja Vertu 
va dSfli pas différent de celui du Vice, lots 
qu'il ajoute, Omne tempus Clodios ; nonômm 
Cattmisfiret. Mais je ne veux que lui même 
pout'le convaincre d'erreur fur cela , là ver« 
ta V '& celle de quelques autres de fon tems} 
n'étant pas moins confidérable fous l'Empire 
de Neronr, que celle de Catoa l'avoit été foua 
oeiuî du pi'emier des Céfats. U n'y a point 

TmiVIlPmJl C 



14 ^L ETTRE CXXIX. 

d%e où l'on ne vive comme au fiëcle ^or, 

pourvu qu'on fe r^le fur Iqs princip^^e4a 

loi' Naoïrelle, eitpliqué^ par celle de Dieu. 

Car encore que ce même or ^ pbyfiqueoent 

, parlant, fetrouved'autvitplus beau &de plus 

. haut carati qu'il e(l plus éloigné de fk mine; 

' il n'en eft pas de même de la reâitude œcrsh 

le, qu'il faut toujours au contraire reporter 

'. vers Ton origine, qoieft ce Droit Naturel^ & 

Divin, pour ep éviter la dépravadoQb Je me 

y^^^ fouviens qu'à ce propos Marc Aatooiiicom* 

^ pare l'homnie vertueux à une fontmoe, qui 

jette toujours fes eaux claires & bdles daos 

, falburce, encorequ'elle&foientfujettesàên 

gâtées lors qu'elles s'en éloignenti 

Pour conclufion , que tant d'opinions ^• 
férentes fur la Morale, quiCaufentaujouidlui 
de fi véliemente» conteftations, ne vous 
donnent pas toute l'inquiemdé que vous té- 
moignés. Les anciens ont eu les leurs tou- 
tiss pareilles, ou peu s'en faut. , Sans pnler 
des paradoxes du Portique, fcandaleuii 
toutes les autres feâes, non feulement dks 
étt)ient contraires les unes auxautres» a» 
Ck.i.di partagées m^oofi entre elles. Diogeoe k 
offif- StoideafoûieiMiit^ ^ulonpouvoitÊmschtf* 
ger fil Q3fllQieo«e remettre la fauffemonod^ 
qu'onavoit reçûSi Ant^teribn dîfdplede 



JXES HABrrtJDES VERTUEUSES, ^f 

la même école lui dontioit le démenti là de(^ 
fus. Tenés pour.flfTuré) que de femblableS 
coQteAfldons ne manqueront jamais, &^vou9 
fouvenés vous de la tradition dont parle 
Clément Âlezaixlria coolme ^tdùtienuc da 
l'Apôtre Mathias, que la faute d'un homme 
doit être imputée à pluûeurs gens de bieâ 
de(bi\voinnage, parce qu'indubitablement 
ils de lui ont pas fourni aUez de bons exem- 
ples ppur le détourner de la commettre; SI 
Eteffi vîcinus peccaverit , peccavit Eleêfus^ narà 
fi fi ^^g^ffijf^ utjubet Verlumfiu ratio ^ ejuf 
vitamiia ejjet reveritus vidnusy ut nonpeccqf' 
fet. Croiriés vous que tous nos Cafuiftes 
fuflEent d'accord fur cette maxime de Mora-» 
le prife jTgoureufement à la lettre? Aions la 
volonté portée au bien, les fautes de Tenten** 
dément ne lui feront pas reprocHées en de 
femblables rencontres: Ias yerros del Entiàu 
miento^ dit élégamment TEIpagnol, fonàifci* 
fuîaen la volant ai. 

O liTj^iv sHuls ^ ùvièv ^ofiifrraviu 
Qjànihilnovity nihil delinquit.^ 
Et comme nous pouvons être y vtes^ (ans ^ 
tre yvrognes; ou prononcer un menfongei 
fiins être menteurs; nous pouvons errer in-^ 
no(iemment dans la Morale (ans cripne, (1/ 
oous avons d'ailleurs l'dme bien difpoféé. 

C il 



3^ LETTRE GXXX. 

D'UNE BELLE VIE» 

LETTRE CXXX» . 



E 



Mo^srteVÈ, 

^neoreque la longue vie (bit prdpc^aia 
Patriarches dans le vieil Teftameat corn- 
Àe une reconipénre. Se que dans le itoùveau 
celui ^e tous les Apôtres, que EMeû aimoit 
ie mieux eii ait joui le plus long tehis> fi 
. Êut-il âvoueir, que la plus longue n'eftpas 
tbû|ours là meilleure. En effet, elle œ 
fauroit être mife entre lés chofes, qui fe me* 
lurent à Tauhè ; la quaritité h y fait rien , tout 
dépend de la qualité, & la mifere fait trouver 
l long lé même efpace de tems, quicoub 

trop Vite au gré d'un hooufie heureux^ 

tÀbirfm. ^ ^^^ ^^^ ^^^^^ ^^^^ hrevis^ 

' Mais Que^rofis- nous fi tôUté la félicité^ qui 

s'y relient n'eft pas capable dans un bon exa- 
men delafaireehimer? &fifé vers Arabique 
* dont vous pouvés avpitr 0iit leiflure dans la 
^ ^ië de Tainetlafi: fe trouve vétitable, que la 



D'UNE BELLE VIE. ,37 

irie la plus fortunée ne fbit^^à le bien prendre^ 
qu'uiie pure yvrognerie , le plaifîr qui s'y gôû- 
tes'enallantjiuffitôc, &Ie mal detete quifuit 
nous'demeurant toujours? Ouoiqu'il çn Ibit, 
jamais l'on neibuhaita plusaroemmentdepert ' 
pétuer fes jours, qi^'on^lefait aujourdliui, & 
jamais Pon ne s^éloigna davantage des qioien^ v 
propres à les prolonger : Nunquamfitit cupido ^^ *• ^ 
vitte major ^ neç mmor cura. Les crapules,'* * 
la luxure, & généralement tout ce que Ie$ 
paifions les plusdéfordonnées peuvent caiifer 
d'exœs, nous tiennent aflfervis, &nousfai-i^ 
fons dans cetefdavage tout ce qui doit appar 
remment abréger nôtre vie , au même i nftant^ ^ 
qlie par des vœuk ridicules nous importunons 
le Ciel pour en obtenir l'étendue. Ita tfi^ 
non accepimus vitam hrevem^ fedfecimusy nec 
inopes ejuSy feJ prodigi Jiahus. Seneque^n'a* 
voit pas Qint de raifon de, prononcer ce^*) da^ 
fon Âéde au fujçt de la perte; du tems, y(e . 
nous en avons de lerepétçr en nos jours £ns 
l'application que iious lui donnons* 

Or cette grande envie de vivriç, dans un 
procédé ii répugnant, eft encore açcompa^ 
gnée d'une crainte peucètre plus déraifonna* 
ble. ^ous appréhendons la mort comme un 
grand mal^ qui eft humainement parlant, la fin 
de tous nos mau3t> &par confèqucnt unbiea 

C iij ' 



|« LETTRE CXXX, 



cflmdeL En effet les choCes natiireikiiieiit 

fnauvaifeS) font auirtnaturcUemeac rares, & 

cependant nous volons, qu'il n'y a rien de 

plus commun que celle, dont nous parlons. 

^lie vient d'ailleurs de caulès fi légères , qu il 

|i'y a gpçres d'apparence derla concevoir & de 

iela repréfenter comme un mal extrême. 

Une fimple rétention dlialene, un ricetant 

foit peu intemperé, un graiq de raifm à de^ 

fni avalé , qut ^nt des chofes fi peu confidc- 

|a(>Ies, quoiqu'elles fàlTent quelquefois mou- 

|ir, pourroient- elles produira le plus grad 

' de tous le maux, & le plus terdble, fi la mort 

l'étoit , comme la plupart du monde & màne 

/quelques Philofophes fe le font accroire? 

Certes fi çUe méritoit , que nous la tinffioos 

. un nuil fi violent & fi formidable, encore fe* 

rions-nQusobligésde reconnoitre, cominc 

l'obfervoit un Ancien, qu'étant perfecutésl 

^ (anscefle^àdiverfesrq^rilesdetouslesas^ 

très maux^ elle a cela de bon, qu'elle dc 

nous yifitç qu'une feule fois entoute nôtre vie 

^fais^ qu^ favons nous, félon la penfée d'm 

autre Sage^ fi cette vie n'efi point le pitf 

grand de qqs a^ux, &, à le bien prradre, 

9^xê^ft nûtipe véritable .^naladie qui noifs f^t moih 

♦^^%?! rif. Mwi(fuiiipJo.vi^ ^fMsne latet. Etpuiiî 

*^'* g\» ¥m ipeuvçmÇfil m^ cherche ioJ 



D'UNE BELLE VlË. if 

bien & fil perfedHon dans le repos qui ëft 
la un y peut- on douter > que la mort, où a- 
boutÉfent toutes:les Kgnes de nôtre vie, n'ait 
ce grand avantage , & quelle ne foit en cela 
préferable à la vie, que la condition de celui 
qui eft arrivé au but biill tentait efl Çûtïs cpn« 
troverfe meilleure, que de celui, qui n'y eft 
pas encore parvenu. Cependant tout le mon- 
de paroit d'un fentiment contraire , & Anùo- ^. Bhic. 
te même n'a pas fiiit difficulté d'écrire, que Nie. «.f. 
plus un homme eft heureux & vertueux , plus 
il foufifre la mort à contre- cœur, parce que 
conune tel il fe croit plus digne qu'un autre 
de jouir de la vie. 

Je veux donc laifTer ce point indeds , & }a 
le ferai Sautant plus volontiers, qu'une des 
dernières paroles de Socrate maflure, nue 
jamais homme n'a bien (Q, s'il lui étoit plus 
avantageux de vivre, que de mourir, JoulT* 
fbnsde la vie comme d'un dépôt ftmplement, 
(ans trop l'examiner. Peutêtre qu'il en eft 
comme delà Tourte, dont lltalien nb veut 
pas qu'on voie l'apprêt ni toutela compofition ' 
pour la trouver bonne. Etilfemblequecefbit 
le fens d'un vers proverbial parmi les Grecs, 
Cïç'^vçôpigçy obifTfÇixûrovpifiùSfiy 
Qtum/vavisefi vita, fi^quis eam^non cognô- 
veritf' • 

C un 



40 î-ETTRi: CXXIH. 

](f appréhendons pas d'ailleurs tmç bailbœcnt 
laïQort, ni nç la rechdfçhons ux)p ambicîeu- 
feiQent non plus, comme y aiaqt du défaut 
en l'une &i en l'autre procédure, Tarn twpt 

9^V'l9' {fi mortemft^ere, ^am àdmortemcofrfiégere. 
IlarHye à plufieurs, qui pèchent en toutes 
les deu¥ façonS;^ qu'ils ont également à coi> 
tre^cœurlamort, 4^1ayie^ JlshaKTebt cel- 
le* ci pour l'avoir envifagée dim trop moa* 
vais CQté i Si ils craigndit la première par des 
préventions d'efprit tout à fait populaires. 

f^ff^'Jt-JmkeftjjuoJneçvivçre, nec mûri volwmu. Vir 
fa nos (upupi tenet^ pifnor morHs. Q la n»- 
ferable conflitution d'ame , qui fe trpuve eo 
^e telles extrémités. , Ç'eft mener une vie, 

liû.âia. qui p'a prefque rien de vital, fim ofiiunQi 

^'f^f t pommç parle quçlque part ^xtus TSinpin' 

J'approuve fort une conduit» raifoonabl^ 
& les réâçxions [^yfiques ou morales, qui 
nous font connoit^re fans trouble d'eQ^rkla» 
(ure de nôtre Etrç, Mais tenons pour -^ifi^ 
Vé> que toutes nos oonnoiiTançes, ^ toutei 
aos circonfpeâipns^ nç^nous exemtprontpas 
^e nulle hazards }nfepai:ab]e$ de la vie. U 
prudence y e{| d'un g[rand uiage , je l'avoué, 
^ais c'eft un guide^ qui pour nous enieîgQcr 
jef h^min^.^liç PQus f ^çvons tei4r> ne nous 



lyUNE BELLE VIB. 41 

{uentk pas pointant d'an nombre infini d'ao- 
ûdeQS> fiMt d'onces ^ foiedediûeesprécipi* 
&s, ou de violence de voleurs, qui peuvent 
Uous moment âAÎver. Ceft pourtant une 
}jA\t chbfe d'ofer dire avçc intrépidité con> ' 
ne Enée à la Sibylle, 
(htÊma praecepi, atque aaima mecum antecMi^ 
peregi. v 
De quelque prévoiance néanmoins que nous 
[lOusTervions, la Fortune & le Sort ne per^ / 
iront jamais le droit qu'ils s'attribuent ) ni la 
pdIeifi(moiiiIs font de nous traverfer: ^^eo 
Bhnoxia Jimmx Jbrtis y utJors^ipfaproDeoJt^ 
jua Dem prokatur incertus. Je le répète a- 
prés Pline, encore que ce ibit une m^iuvaife Li. c.>^ 
ocMifçquçnce qu'il tirt d'une propofition vé^ 
ritablç. Cela ne doit pas vous empêcher de 
continuer les occupations vertueuTes/ qui 
voiîsont acquis tant d'amour & tant d'eftime 
du publia Ce monde eft une Comédie où 
le pofonnage, que vous joués n'eft pas des 
plus'relevés, mais il n'y en â point, où l'on 
ne puiiTe «cquerir deThonneui;, quand l'on 
s'en acquitte bien comme vous faites. Difons 
inieux dans nôtre firanchife ordinaire, nous 
fommçs ici bas conune dans l'Arche de Noë, 
peu d'hoinmès, & beaucoup de bêtes. Quoi* 
qu'il en io\ù OQtre fin, 4^e à tous, ne 

fcv 



42 LETTRE CXXX. 

nous diftingue Içs uns «des autits que pari 
mémoire que nous killbns de nous^ qui a 
peut ^re confidéniUe > ni de durée , que pa 

Jhdi. I. nos belles aâiont ^ Mors omnihu tx natut 
^' ^fqmlisy oiJivhne éiptu/poftn'os velghria Hftà 

' , £uitur. 

hmpiià. Que<'ttEinpereurfiitridicule9quire[)n 
parant à une mort vioIente> qu'on lui aYoîi 
prédite, fit provifion de lioous d'or^ &de 
foie pourprée, pour fe pendre glorieufb 
ment fi befoin étoit. Il mita part de$q)écs, 
& des poignards, le tout enrichi de diamtos 
& diautres pierreries, d même dêflein. Il 
n'oublia pas de très pûiflans'poiibns, cofer- 
mes, ditfonHiflorien, dans des boâescou- 
vertes d'hyacinthes^ d'agathes, &d'âncnu' 
des. Et pour une dernière extrénçuté il fie 
bâtir une très haute tour, iau pied de laquel* 
le il difpoia des meubles d'un prix extraordi- 
naire, afin que fe précipitant defliis quand ï 
en feroit tems, il reçût, comme ii difdr, 
une mort précieufe, & qui le rendit OHiridc* 
rable, autre que lui n'étant péri de b faite. 
Certes, il|étoit bien mal informé de ceqai 
nous peut acquërir une belle & glorieufe r^ 
pommée. Il Ëiut bien autre chofe pournoos 
diitinguer du commun, & pour fiure coo- 
AOltro avantsgeuCement nôtre nom à lapofl^ 



D'U-NE SELLf VIE> ' 43 

ité. Je :VOti9 £ipplie là deffus de vSbuloir je^ 
:r les yeux fur ces deux hommes de vôtre 
oiTmage^ [dpnt l'un fait une aufTi gren^ 
tentation de Ton opulence > que l'autre vie 
tans une frugalité louable^ . accompagnée 
'occupations Ipirituelles^ & utiles au public 
âr tant de beaux ouvrages, qu'il lui donne 
DUS les jours. A vôtre avis, lequel des deux 
era le plus eAimé piar ceux, qui viendront 
tprcs nous? Et ièloales termes de Philoftra-^<'C*ârii 
e dans une de fes Epitres, ceux, qui ne font'^^*' 
rien durant qu'ils font, quels doivent^ils être 
un jour Jois qu'ils ne feront plus ? Permettes 
moi de vous &ire confidérer encore dans l'an* 
trç fexe ces deux perfonnes, que vous con- 
noiffés, l'une par fa vaine coqueterie, &par 
le rang avantageux qu'elle tient dans le grand 
monde, & l'autre par fon tnérite perfonnel, 
& par fes productions ingenieufes, qui n'ont 
rien de pareil dans toute l'antiquité. Pour^ 
riés-vous bien douter, de laquelle des deu« 
l'on parlera le plus avantageufement aux fiQ^ 
des à venir? Voua voies bien, que la dqr^ 
oiçre dont je refpeâe fi fort le piiif&nt génie^ 
vous repréfente la merveille de nos jouisrin* 
comparable Siphon, 

* — f fiuf maximafemper f^S% 

Dicetwr nobis ^ ^ trit fi^fnaximAf^mper^^ 



44 LE T T R E CXXîrf. 

Xe. Po^e a proféré ceci d'unéchbfè iitauiim^ 
^p le trahfpofte à unç des plusbeliesftnèsqi» 

le Ciel aiffait defcendre loi bas depuis qu'il ; 

en envoie. 



DU 

SOIN QirON DOIT PRENDRE 
A BÏ^N ELEVER LES ENFANS. 

l,ETTJ^E ÇXXXl. 



MONSIEUR, 

rrV)ut le monde avoué, qu'il n*y»iicn de 
Jt plus important à toute ibrte d'Etatsqoe 
l'inriitution de la Jeuneffe, ^ cependant l'oa 
s'eft plaint de tout tems, que c'ed la àisk 
qu'on néglige le pi us. Platon , & beaucoup 
d'autres après lui, ont donné de très be«x 
préceptes là defTus dans leurs RepuUiqiKS 
imaginaires, mais la leuneiTe Athenienoe 
n'en étoiff pas mieux élevée pour cdt, &^^ 
l^referve de Sparte, l'on peut dire, qucfé- 
duçation des Enfims n'a pas été plus coniiti» 



DU SOIN QirOK DOIT Ftt^fOBRB&c 4f 

ée en GréGe9.qu'iiilIeiirSr . En vérité j les 
iiccdeauniiens font mpryeilleulèmtet à^ri- 
cr pour cet égaacà; & je ne crois pas au^ 
;ue rien ait. plus contribué à la durée de Jeuc 
letite Souveraineté , qui s'dl vue la plus mr, 
ienne de toutes fes voifineSy que ce loin o^ 
cl qu'ils ont toûjoMrs eude bien inftruico 
nirs jeunes gens. C'efl ce qui fit refuTer (i 
làiéieurement à unEphorelademande d'An-, 
ipater^ oui après la défaite d'Agis vouloic 
:xiget d eux cinquante jeunes garçons pour 
es tenir en ôtage« Il le pria de fe contenter 
lu double^ foit defenunes, foit de vieillards, 
le lui pouvsmt accorder autre chofe, furPap^, 
rrehenûon, que les Èn&ns, qu'il yoùioit1^cr$b.s. 
voir, aiant été ftial élevés hors de chez eux,^^' 
Is ne cotrptnpifïent Quelque jour leur ville, 
lont il prévoioit par là l'entière ruine. £t 
ertes, fi la nourriture du corps eft fi pui£>_ 
inte, qu'une Brebis > qui tette une Chèvre,; 
n a la laine beaucoup plus dure, &quçtout. 
Q contraire le Chevreau, nourri de lait do. 
Irebis, a ifon poil mollis rude, & plus mou 
|ue fa Nature lie le porte; if eft aifé de cou* . 
evoir, qùçl'éducatipnfpirituefle, beaucoup 
ihis Tubdle & plus agi(Ëinte, doitcduferdesr 
^^ eooùre phis remarqiiables, ccmuneils 
ont (ànacooiparaifon plus importans» Car \ 



ciu 



4^ LETTRE CXXXI. | 

je ne veux point m'artéter àce que cesm^j 
fnes alimens corporêk font d'abondant con&j 
dérâbles pour Teiprit; témoià^cet^^gifttius^i 
dont parle Ppocope^ qui reçût ion nçro dedi 
. qu'fliant été nourri ptsir une Chèvre / il tendi 
d'elle/ outre rhumeurcapricieuf^ unelc^ 
icté de pieds du tout extraordinaire. LcPo6f? 
te (iippofe dans ce fens , qu'une perfbnne a*' 
elle avoit été allaittée par des T^^reffes, ' 

yirg:^.'* w*— Hyrcamejue admorunt uterM Tigm. 

'^•^•'"Et le Philofophe Apollonius attribue d«i 
Philoftrate toute la groffiercté lÂoraledespoF 
pies d'Arcadie^ ^u gland^ qui tûSbk \oê 
^ plus ordinaires repas; Comme Fladona fi»» 
nu, qu'Alcibiade devoit fk gràndè'baÀefib 
à ce qu'il avoit fuccé lamammelie d'taeto 
me Sparriate. * *' 

Ceft un petit Prélude, que f ai vonhfoa .' 
drefler fur le contentement, que m'adooé I 
réiedtion^ que vous avés faite d'un fidfg&ePté* ^ 
tepteur pour vos enfans. Il a , fi je leaff ^ 
lAOis afTez , toutes les parties reqoilès à oeK I 
fonction , & fur tout une expreffiondiciél 
^ Ùs penfées, qu'on ne peut douter/ qnll os*? 
poffede parfaitement les chofes , qu'A cou»'? 
. prend d'expliquer, puifque la marque cotatf^ 
ne de fa voir , félon l'Ecole, déperà de poi^ 

jjWf- ^^ voir enfdgaer aux autres ce que Pon ébl* 



)U SOIN QU'ON DOITPIŒNDRE &c. 47 

ue lès ^etis avis qu'on «dHis a donnés de (er 
vertiâSemens lors qu'il étoit encore jeune^ 
s vous étonnent pos;^ fl n'y a poipt de gens 
us capables de nous biea informer des che« 
lins, qut ceux^ qui s'y font autrefois éga^ 
\s. Cpniidérons- le td qu'il eft, &|QQnpaâ 
tl qu'il a été. . Àimeriés- vous mieux avoir 
a homme pe&nt & auffi groffier, que vôtre / 
Difm en a pris un chez lui ^ qu'on peut dire 
/oir cda de commun avec le précepteur 
AchiUe^ qu'il eft homme & cheval tout en* 
^rnble. . Au furplus, je vous loue d'avoir 
aité cette atïaire Attalicis conditionibus. Ari« 
lippe fiit le premier de tous les.Philofophes j^. 
ui Aipula quelque reoompenfe de ceux qu'ilL«j^r. i 
nfeignolt, fous cette plaifànte confidéra- 
on, qu'il vouloit apprendre à fes difciples 
ar là, oii l'on pouvoit le mieux emploierfon^ 
rgent; Et il me fouvient 5 ' que Philo(lratè , 
3urne de même à l'avantage de Protagoras^* 
e s'être ùk paier par ceux, qu'il in(buifoie 
a l'art Oratoire, ce qui n'avoit pas lieu au^*'^ 
aravant, à caufe qu'on Êdt plus de cas àti 
hof», qui ont coûté, que de celles, qu'on 
^^itgTâtuitementâ Jenefai, fi je ne dois' 
oiQtafoûterenfiiveurdecelui, dont je voua 
arle, q^'il mérite Une double reconnoilTan^ ^ 
e, aiaf{c à fiiire oubliera vos Enfiins la mau«: 



48 LETTRE CXXXL 

mîfe mftnieife, doitt jyb cmt éeéiiiftniià^^ 

qu'ici > avant que de leur eu apprendre une 

meilleure. Pour le moins étoit-œ ainfi 

qu'eu ufoit l'excellent Mufiden Timodiée, 1 

rendroit de ceux^ qui avoient c» d'ignorans 

. Maitnes avant hîiv En efGet, im fkvantScol- 

pteur travaillebienmieux &plus aifemenrior 

Ha marbre informe, quefurcehiii quiadé- 

)a reçu quelques (adieafes atteintes d'un au- 

ire càeau que le fièn. Vous (aînés auffi plus 

que perfonne le grand defayantage de ceux, 

qm ont eu de mauvais commenceiben$> &li 

main mal portée d'abûfid fur le ludi; àpeioe 

(é peuvent- ils coiriger de leur naiivâife ha- 

fhU^. bitude, en autant de tems,qu'iiscnontenh 

ploie à la contraâerw Le Sophifte Pokmoa 

n'eût donc pas mauvaife grâce, de due à ua 

Proconlul, quinefaVQtr<iomfnentpunirM 

|i(imiment un Crinviiêl> qu'il lui Gommaidac 

d'oubliercequ'ilavoitj^ris, laie^JtÊméath 

Êuadedifcère^ ne croiant pas qu'il yeûtrien^foi 

nktdepluspcniblemdeplusdiffîcileexécutiûo. 

Mais ce nouveau Précepteur aura, d'iil- 

leurs un grand ayimtage> de trouver en vos 

fils une terre propre à .rewvoir les femences 

tMt^tkk de Ton érudition , &commeÂriflote pvfede 

Hk.tif. 0^1^ (^^yfftrif^ 6pé}^<tv ro nripfWL Car 

û arrive quelqtiefiMs tout le contraire. 

Gtmàà 



DU SOIN qirON DOIT PRENDRE&c, 49 
GtmMa fiepe fuibus mmdavimui lu^àea ykg.€cLj. 

I^eUxloSumy ^fteriles àmin Mt ur avemt^ 
Pro moltiviola^ projmrpureoNardJfb^ 
Cardinu^ jSyfpifrisjurgitPûlhtrusifciais. - 
CeridieSophîAe Herode avoir un enfant jfijputpji^; 
peudffciplinable, que pour lui faire retenir 
les vint - quatre lettres dé rEcriture Grecque^ 
(on père ait réduit à mettre auprès de lui un 
pardi nombre de jeunes garçon^, dont cha** 
cun portoit le nom d'une de ces lettres, afia 
que la néceflité de lesuppeller pour parler à 
eux^ lui fit retenir les Élemens de Ton Al« 
phabet. Certes le malheur eft grand d^avoit 
i cultiver un champ fi dilgracié de Nature. 
Ced proprement Roms vinum mimftrarey &* 
cihum in tnateUam ioanittere. L*on n'ejft pas 
moins empêché avec d'autres efprits qui rëf- 
femblent au vgifleau des Danaides,* ce qui 
peut y entrer par une^oreille^ ne manquant 
jamais de fbrtir par l'autre j Corfatui quâfic. ir^' 
vas cmfraSum^ & omnem/ajrieMiam non teni-' 
Ht^ ditl'Ecclefiafiique. Car Tbn a cettecon- 
folationavecceux, quinVmtquelacompre- 
faen(ion difficile^ qu'en recompenfe ils re** 
'tiennent fort bien ce qui leur d\ enfeigné. 
X^e font des tablesou planches de cuivre , où 
l'on ne grave qu'avec affez de peine, mais 

TmiyiLPm.Il D 



50 LETTRE. CXXXL 

I 

qui Gonfervent âufli beaucoup plusloog tein 
que celles de bois ce qu on y écrit. Et t'o 
pottc encore comparer cette forte de nattnd 
auxvafes> qui ODt le cou étroit^ &rori& 
^ort petite la liqueur y entre à la vérité ave 
beaucoup de difficulté) mais l'on a cette là 
tisfaâion d'ailleurs qu'elle oe fe répand pai 
* Empilement) & qu'elle s*y conferve mm 
qu'en d'autres. La fin en de ferablables m 
contres I & le bon fuccès font plus confida» 
blés y que la peine qu'on a prifo pour y pff- 
^- g^j^-venir. L'Hiftoire des animaux d'AriJtoe 
nous apprend, qu'il y en a de très dîffidiesi 
prendre, qui ét^nt pris font des plusaifcsi 
apprivoifer. Et l'Agriculture fait voir tous 
les jours des Plantes nonfeuIementiàuvageS} 
. mais encore d'une fève dangcreufe, àqaiifi 
foin des Jardiniers fait porter de bon bs^ 
dmn perculturam amittunt malkiamfium^ V 
in aimm abeuntjiiccum. Que diriés vous ^ 
certains J^Tprirs, qui pleins de force & devi- 
vadté en tout autre fojet, fe trouvent nàfri 
moins très- mal propres a'ùx Lettres, &tfl 
încapnbles de reûffir à l'étude. L'on a ifpp 
Mot. té cette dilgrace aux Etpagnols, Hifpamji 
^V' çesingemoy infeliciter âifcunû Maiscom^^ 
je ne penfe pas qu'on puifle (ans témcritc/ 
Qiêmeiànskiju(Hce, diffamer toute tinel' 



DU SOIN QITQN DOIT PRENDRE &c. fi 

don , açSi ne voudrais- je pas nier^ ' qu'il ne 
[è trouve en tout pals des hommes, >d'un 
tempérament à ne pouvoir jamais entrer en 
commerce avec les Mufes. Ce n'eft pas ^ 
fimplement^ qu'ils foient indociles, h par 
coniequent indifciplinables, puisque leur a- 
verfion contre les livres ne les empêche pas 
fouvent de reuffir glorieufement daiis d'au* ' 
très profeflionS plus laborieufes que celle des 
fciences, & qui ne demandent pas moins 
d'application d'ame pour les bien ei^ercer. 
Tant y a, que leur génie particulier ne (ouf- 
Grantpas, qu'ils étudiient avec le moindre fiic- * 
ces, 1 on imfiute fouvent à tort ce défaut k 
ceox qui ont eu foin de leurinfUtution. 
— ^— ctdpa docentis 

Scilicetmrgùitury quod lava in parte mamiUaLtoen. 

Nilfalit Arùadicojuvem. ^* 

[1 Q y aura rien à craindre de tel chez vous. 
Vos En&ns ont par leur naiffance l'amour 
ies belles lettres, hiAent rapacia virtutis m- 
Xeniay vfl ex fe fertitia ^ félon les termes de 
Seneque, & ils profiteroient fous un condu- ' 
âeur moins haUle que celui que vous leur a- 
vés donné. Une fille bien compofée con^ 
çoit au moindre attouchement; & un ef- ^ 
prit brillant conmie ils l'ont ^ & propre aux 
IcienceSy les acquiert prefque de lui mê- 

D ij 



î» 



LETTRE C^XL 



- mc^ ^ làns Taide de Pédagogue oir de Pré- 
cepteur. 

Que feutre aifément dans cette joïe feerc" 

te que vous donnera le progrès viûble, ^% 

feront dans cette beUe carrière, oii vous ie^ 

avés mis. Pline parle après Ariflote d*uo 

Poiffon nonunè Amiam à ce qu'il me iemble, 

Hlf xr j. plus connu dans la Mer Majeure que dans dô^ 

^Hjf. U 6. jjç Océan , ou nôtre Méditerranée, quicrok 

^ '^* tçliemcnt à vûê tf œil , qu'op remarque fidb 

' meutTon augmentaîdonde jour en jour, » 

jus incrementsim fingulis dkhus intelSgkv. 

Vous pourrés fairefur euxdesremarques, aof- 

fi fenfibles quelque fpîrituelles , & qui vocs 

4:auferontd*antantplasdecontentemeiit,qii'oQ 

n'aura qu'à laifler a^r leur bon naturel Ce- 

Im de beaucoup d'autres a befoin decomten- 

te, femblable à ces Plantes qui ne veuknc 

pas ètrefoignées, ^a quanto pejus tri^anvr, 

Itlctô. tanto fnroveniunt melius. Et j'ai memrât^ 

que le même PBne fiiiit cette réflexion, fir 

celle? qu'on diroit qui fe plaifent à être né^ 

gées, parce qu'un trop {bigneufeculturekor 

eft préjudiciaole, mnm diBuy effe aUfa^ai 

pr^negUgentia. Cependant il eft des eiprits, 

qu'on leur peut comparer, qui s'irritenrccfr 

tre ce qu'on leur fait paroitre d'amour & d%i- 

CâpdSsment pour leur bien, & dont l'on oc 



DU SOIN QU'ON DOIT PRENDRE &c. yj 

peut ciea tirer Q oa ne les abandonne à leur 
propre conduite; Dans cette divêrfité de 
:binperamens loués,I>ieu de celui de vos En- 
!ans^ qui l'ont tel que vous le leur pouvics 
buhaiter; &nevousfouvenésjan9aisdespeti^ 
:es équipées q\ui vous fâchèrent dans leur pre- 
mière éducation. Le meilleur bois a fes 
lœuds qui témoignent la force ^ & les bons 
/ins ont Couvent quelque apreté d'aboifd.qui 
ire fur l'amertume^ necpatitur atatem vhmm Sm. ^.jt. 
juod in doUo placuit. 

Je vous prié que ce favant homme vôtre 
louveau domeftique appreniie de vous corn* 
)ieQ îe l'eftime^ & par là combien jemepro- 
nets de lui. Je l'exhorte à donner de ibrte 
e goût des Iciences à fes Difciples, que la 
Vlorale foit toujours la principale. Un au* 
re moins habile que lui Te contenteroitdeles 
brmer à quelques unes de ces fciences, fans 
)eaucoup fe fcuicier de leur former la con- 
cience. «L'on empêche ordinairement av(^ . 
irand foin que les jeunes gens ne deviennent 
[aucherSy il efl bien plus important de les ^ 

ccoûtumer*è être droits, je veux dire à ne 
aire, que les chofes droites & jufles. Les 
iréceptes Moraux ont en ceci plus de befoin 
t'appUcation, que d'explication. Et le mot 
ie Xenocrate eft très confidérabk, que couX| 

D uj 



f4 LETTRE CXXXL 

dont nous parlons > doivent être yeillès, com- 
me aiant plus de néceflité de^ce qui conferve 
les^oreilles y que les Athlètes de fon tems. H 
ne faut point de commentaire pour compren- 
dre où cela va. Celui pour qui je ^écns (au- 
ra mieux que perfonne pratiquer toute forte 
de moiens pour arriver à fon but , & il le f6 
ra fans dotke avec la modération requiiè, fe 
repréicntant toujours , que rien n'entre dans 
la phiofô de ce qu'on y penfe veiiër tropi 
coup. Mais qu'if ne fe lâfTe jamais fur tout 
de faire bien comprendre à#fes écoliers les 
avantages du favoir , & la honte ^ auffi bien 
quelamifere^ où nous jette Tignorance. Il 
y a cent inflances à faire \ï deîTus, mais wî- 
d ce qui les peut à mon avis toucher très fea- 
fiblement. C'efl qu'un ignorant, outre te 
mépris qui l'accompagne en tous lieux, eftft 
malheureux, qu'il s'ennuie toujours étant 
feul, parce que fon efprit n'aiant point été 
cultivé , n'a rien produit au dedans pour fœ 
entretien, ce qui fait que l'intérieur de foa 
ame lui paroit dané la folimde un-defertaf* 
freux, & qui lui eft prefque tnfiipportable. 
Sa dii^ce n'eft pas moindre, s'il penfè (brnr 
de cette calamité par le moien des bonnes 
compagnies, parce que <:elle de gens plus 
habiles qu'il n'eft, l'afflige cruelleinèD^ ne 



DU SOTN QU'ON DOIT PRENDRE &c »y f 

s'en pouvant tirer avec honneur, de forte 
qu'on peut dire qu*au partir de l'Arabie De* 
(me, il entrte milèrablement dans la Pjerreu* 
(è, trouvant matière de chagrin preique par 
tout. Il n'y a que les favans à qui les potions 
intérieures, & les connoiflances acquifes par 
un travaîLftudieux, fournifljpnt dans le 
particulier d'une retraite, des homilies&des 
contemfdadoiis qui ^aâent en agrément tou» 
tes les douceurs & tous les parfums de l'Ara* 
bieheureufe. Avecdes répétitions fréquentes 
d'une vérité fi apparente & fi confiante, ne 
doutés point de l'heureuxïuccés des études de. 
vos fils; & fi je le puis dire fans vpus^ffa*^ 
roucher d'id>ord, tenés pour alTuréj qti'ib 
fe rendront arables d'imiter Hercule, que la 
Fable dît avoir tué fon maitre Linus avec fa 
lyte. Cela ne fignifie autre chofe, fi non^ 
que cegitod Héros, qui étoit dans la vérité 
un très excdlent Philofophe, (urpalTa en do* 
ârine celui, qui l'ènfeignoit, cequifutglo* 
rieux à tous deux; delà même façon qu^on 
t vu depiHS, que l'incomparable réputation 
de (àint Thomas n'a fait qu'augmenter celle 
d'Albert le Grand fon Précepteur, 

y aioûte cet apoftile pour vous prier enco- 
re d'excufer en faveur du bbnfens,le mot de 
Droity que je viendrai d'oppofer à celui de 

P iiij 



f5 UET-CXX;Ja.DUSÔINQyOND0IT&c 

Gmche. LesdloTiQDsde^f»^! àmgi^ûgirf^ 
& Sapplkatim à explication ^ auroient auffi 
belbin degiacc dans, un autre flyle que lïpi- 
Aolaire, , Mais vous fàva la liberté qu'il fe 
donne, & ta licence qu'ont prife les plus 
grands Auteurs de lettres firmilieres, quipaile 
tien celle des allurions. CicercMin'a pas fàk 
âif]ficulté dans une des Tiennes d'attadieri un 
mot Grec une particule Latiûe ce qu'on n'oc* 
cuTeroitpas ailleurs, Ceft où il'avertkAtd- 
eus qu'il dédie. à Ton fils le livre des Office^ 
l %y fp.if ou des Devoirs de la vie. /2er, dit- il, w- 
^;rùfkçe fxflicamusy Ttçoçf^m^ fU€ Cieerm^ 
yifii de rt eni»pctiuspùterJUio? QueI|epeQ^ 
on pas ofer après cela dans un même geom 
' d'éarire? jSaàons -nous bien (iirtoQt^defd* 
re cas de quelques diamans d'Alençoa, mil 
en oeuvre avec g^rand foin pour contenter k 
yûe, s'il eft permis de nommer ainfii deche- 
dves penTées > qu'on tache de rendre :agr» 
bles par de beaux termes; encore que Tut 
d'écrire poliment» &poùrlafeulefiiti^âioa 
de ^oreille, foit beaucoup i>lus œmmun au- 
jourd'hui 9 que celui de bien penfer > & de'* 
. treutilçàreTprit 



3K 3(16 ÎK ' f 7 

DES 

GENTILS-HOMMES. 

LETTRE CXXXU. 

MONSIEUR, 

Je m^étOQoe qu'un Gendlbomme du mérito 
de cdui, que vous j^e nommés >' ait pria 
fi fort à cœur la fin deiîifbeufe de Ton CouTui) 
Gcmime fi l'iofiimie de Ton Aipplice devoit re- 
jailir jufques fiir ceux de fon ^ng. Il devroit 
(e (buveoir de ce que dit Henri IV. aux pa- 
rens du Maréchal de Çiron, que des fiena 
propres avpient laiffé leur tète en Gr6ve^ (ans 
qu'il s'en tint deshonoré. EnefFet, la mort 
deConradin, celle de Jeanne > Reine de Na« 
pies, & de Marie Stuart d'Eoofle, ni cette 
autre fi extraordinaire de Chaiies fon petit 
fils, n'ont point difEsimé leurs races: La &- 
mille des Othomans voit tous lés jours defes 
Princes étranglés, & vint- deux Papes, qui 
ont eu la tête trenchée, nerendentpas moins 
UuÂre la Chaire de Saint Pierre, ni le Sou- 

D V 



•• 



r( 



fg L E T t R E CXXXÏL 

verain I^ontificat moins refpedé. Je&i bièo 
que les caufes différentes de telles difgraCësj 
font faire de grandes ^iftinâions; mais aprc 
Mut il demeure toûjours-pour trenâam qiu 
comme les belles avions de nos ffrédeceffeun 
ne fervent guéres à nôtre gloire^ fi nous n) 
coopérons; les mauvaifes de ceusr, quioous 
touchent de parenté ne peuvent nous préjudj* 
cier ^ ni ce qui leur arrive àé honteux, nous 
être jufiement reproché^ fi nous'n^y avM 
rien contribué. Toutes fautes font pedôfr 
oelles, cadauno i$hif(ydefiis ohraSj &ietie»' 
droisune nobl^ebien mal fondée , fi elk dé- 
pendoit de la bonne «u déréglée conduite de 
nos alliés^ & que leurs vices ou leurs a»f- 
• heurs lui puflGrat être ifftputés jufqu*à tenir 
fon luftre. << Y a t- il famille au monde, qui 
ie'puifle dii'e exemte de quelque tache à cœ- 
fidérer cette même famille dans toutes fe 
parties; Voit-on desarbresfiprivilegiéspciir 
excellens qu'ils foient, qu'on ne trouve défis 
quelquefois quelque chenille, a^Uedeo 
fiilir^des feutlles, mais non pas d'en gâter k 
fruit, ni de les ruSner entièrement? Mp 
gnol, dont je viens de vous rapporter deux 
ou trois paroles 9 en a d'autres proverbiales, 
qui reconnoiffent ingénument ce tnéhi^ 
inévitable du bien & du mal dans toutes les 



DES GENTILS-HOMMES. f9 

oaiioDS, Noaygeneracimdonoayafïutaola- 
^on; ce qui n'empêche pas, qu'on ne diflin- 
,iie des contraires (i oppofës, fans que l'un 
orte préjudice à l'autre^ ^ 

La noble nailTance eft d'un ft grand avan- 
âge dans la vie, qu'elle ne peut être trop e-; , 

limée. Comme l'on prile bien plus lesDia- 
nans, les Emeraudes, & les Turquoifes, 
le la vieille roche, qu'on ne fait les autres f ' 
es hommes d'extraétion illuftre font tout au- 
rement confidérés que les perfonnes vulgai- v 

es, s'ils ont tant foit peu de talent propre à 
butenir la dignité de leur nom. C'cAoequir 
iaitdireàCiceron, qu'un perfonnage de foni' 
:eiDs avoit trompé bien du monde fur cequ'il o^^, ^, 
^oit de bonne maifon, Erat enim htmmumStx. 
ypinicm ncèilitate ipfa^ Manda conciliatriculaj 
^mmendatus; je penfe que c'eft de Pilon, 
iont il veut parlen Et véritablement Poa 
éprouve tous le jours , qu'aufli - bien que les 
fruits qui nailTent à l'ombre, ne ibnt jamais 
}e fi haut goût jgue d'autres qui font venus 
[>lus au jour, & mieux regardés du Soleil ; jes 
^ns de bas lieu, ou de fortune mcdiocrei 
quelque mérite qu'ils aient, ne font guéres 
i^s avec cet éclata & cette recommendarion, " 
cjui accompagnent ceux, dont la vertu eft re- 
levée par celle de leurs ancêtres. Il ne fiiut 



-^-«„«..j>i 



tfo LETTRE CXXXIL 

donc pas trouver étrange, gue tant deper- 
ibnne& recherchent oette grande pférogad ve 
d'une ancienne & excelleiue odginei puif^ 

au'ilyapeudenationS) qui n aient convenu 
e ce fentiment^ de lui porter beaucoup de 
fe^eâ. Iules Céfar refit accroire, qu'il de* 
flfff^.^ ^ icendolt du fils d-Enée; Marc Antoine de f» 
lui d'Hercule, qui fe nonunoit Anton ; & 
noustkons iiôtre nomd'unFrancus de Troie, 
les Turcs d'un TurcUs Ton parent, lés peu- 
ples de la Grande Bretagne d'un Brutus Ro* 
main, &ainri de la plupart des autres. A- 
vec la même vanité les Theboinâ fe nom- 
moient autrefins^ craptwi^ * comme aiant ôc 
C^és dès le tems de Cadmus félon la fiible; 
lesAtheniensoGuro;^ovfÇ, prétendantètreau^ 
û anciens que leur territoire, qui les avoit 
produits; & les peines d'Arcadie;rf»s-c\9^ 
parce qu'ils fe perfuadoient d'avoir^été hakàr 
tâns du monde avant que la Lune y parût: 
Enfin cette penfée de iè glorifier- d'une noUe 
À ancienne extraâion efi fi étendue par tou- 
te la terre^ , qu'on l'a trouvée établie (kostou- 
' tes les parties de l'Amérique, nos Réladoos 
portantque jufqu'à ces pauvres Hurons du Ca- 
R^, 7e- Qg^ ^|3 n'^oient pas.moins jaloux de leur no- 
tUi^^ blc(fe, qu'un Hidalgued'Efpagne, ou un Geo- 
i^^i* tilhQmmçde quatrequartiersd'AUemagne. 



■:;^;. ^/ t^ 



DES GENTILS -HOMMES- 6i 

Mais il n'arrive pas toujours, que ceux ' 
{ui ont cette puiflànte recommendation do 
Atïgj polTedent le mérite perfonnel abffûlu- 
nent requis pour fe la cobiërver. Souvetoe 
lu contraire Ton remarque qu'ils en font tel* 
lement dépourvus^ que les vertus de leurs 
Hicêtres ne fervent qu'à mieuzfiiirereconnoi* 
trqpesde&uts qu'ils ont, & combien ils font 
difTcmblables à ceux, dont ils fe contentent 
de porter les armes Se le nom : 

Incifrit ifforum centra fe ftare parentum j^^^^ 
Nalrititas y claramque facem prof erre piif /b. #. 
dindis. 
Cependant il feroit plus avantageux félon lé 
Satyrique, qui parle 'ainfi, d'être fils d'un 
Therfite'& devoir la valeur & Teftime d'A- 
chille, que de poMvoir le vanter d'être venu du 
dernier avec toutes les mauvaifes conditions 
qu'Homère attribue à Therfite. En effet , la 
noUeflTe d'une Race efl bien mieux fondée 
fur une fuite d'aâions vertueufes de ceux, 
qui en fcmt, que fiu" (à durée toute dépendan- 
te de la Fortune, & qui n'a rien, morale- . 
mentparlarït, qui puiffe relever une maifon au 
deflus des plusruftiques,oudes plus roturier - 
res. Car, à le bien examiner, il n'y a plus 
qu'une ombre vaine de qoblefTeoù les vertus 
manquent, pui^û'elle tire fou origine de ce6 



62 LETTltK CXXXa 

mêmes vertus* Autrement, bc (bmoies 
nous pas tous fbms. d'un même fnincipe ? ' 
a* t- il viUttn qui n'ait (on extraâion de quel 
fue Patriard^e? pu Prince qui ne vieoned'ui 

Cêmr. «. planteur de vigne? Ç^jtemcumjiue vdueris n 
.vtdve mbUem^ ad kumilitatem pervenisy iâ 
4Seneqae dans une de &s Controvedes. L'oo 
• voit înêmè quelquefois des plus iUuftrescie 
leur iiécle; tels que Péricles dans Athènes, 
& Pompée le Grand dans Rome, qui ooc 
toute forte de defàvantage du côté de leuis 
parens. Mais il eft bien plus ordinaire au 

# rebours, que comme les meilleures viandes 
& les plus eftimées, font les excremens qui 
ont le plus d'infeâron & de puanteur; lesper- 
fonnnbs les plus héroïques engendrent lesplus 
vicieufes&les plusméprifables de leurfiédc 
Ariftote Ta obièrvé au quinzième chapitre <iu 
Tecond livre de fa Rhétorique'avec cette di- 
Ilinâiony que les grands & brillans efprits 
ibht fujets à cette calamité d'avoir des en&ns 
évaporés; ce qu'il prouve par ceux d'Alcihift- 
de , & du vieil Denis Tyran de Sicile; auiiea 
que les efprits extraordinairement fermes k 
folides ont prelque toujours de &^ ftupides» 
pelàns, & groffiers» de quoi il nous aiTure 
quelapofterité^eCimon, dePérides, &(ie 
Socrate, rendit un fuffifiinttémoigQs^ Qr 






DPS GENTILS. HOMMES. 63 

de fi notables & de fi frequens changemens 
montrent aÇ[cz y que là noblefle des familles 
eft (ujettei de merveîHeùlès révolutions /& 
qu elle dcHt ^i^e conlidérée autrement qu'on 
ne h confidére communément Je veux 
croire même que ce fut ce qui obligea ces fa- 
ges Romains de m^ettre la marque d'tine Lu- 
ne fur le pied de leurs Patriciens / pour fijgni- 
fier que leur plus haute nobleflfe naiiTolt , & 
mourit ; aiant (en commencement ^ fon plein^ 
& fon dedin auill périodiques, & auffi aflu- . 
rés, qu'onlesremarqueaucoursdeçettePla* 
ncte. \ 

Âjoû^ à cela Terreur des Généalogies, . 
qui placent foovent dans les plus ^illuAres fa- 
milles de gens de lalie du peuple, & de qui 
les prédeceifeurs, conime Ton a dit en riant, 
nbnc craché à terre que les jours de fête; s'ils 
ont eu le môien d'acquérir un fief conûdérable, 
& d'en prendre le nom comme il fc pratique 
ordinairement. Ne fait- on pas, queoeux^ 
qui (ont profeffion de drelTer ces Généalogies, 
fe jouent quand bon leur femble fur un fu* 
jet oà ils peuvent dire à ceux, qui lés em* 
ploient, 

De fuoamfue voks proavum ïikiJuMuto^^^' 

Ce que je ferois bien fâché qu'on prit pour " ^ 



\, - 



1 



tf4 L E T TR E CXXXIL 

un mépris de beftocoup d'ouvrages esrcrdIeD 

que nous tenons d'eux > & qiie j'eftiine ac 

tant que pérfbnne. Mais pour ne rien exa§ 

gérer davantage dans unb maderetrop odiec 

fe pour Tapprofondir & pour s'y arrêter pis 

lôngtems, petfcMine n'^ore les foufbaki 

^ & les impoftures qui ^'y font faites dans toa 

les fiécles , puifque dès celui que la Metamor 

[^ofe du Poëte Latin fut compûféè^ Ajax 

reproche àUlylTe des'attribueriarrogannnea 

unedefcentedesEaddes, qu'il fidfifioir^ 

(krid^tj. — ^ Quidfanguine cretuf 

"^^ Sifyphw.^^rtifjue (f frigide ftmmimm iËi, 

Ifjferis MaciMs aliéna nomhta getOif? 

Tant y a que les preuves de noUefe, qui fe 

font en nos fours ne (ont pas toujours ficer- 

taines, qu'eUes obligent i d'çxtraoïdiiuÉes 

re^[)eâ9,< quand' ce que nous avons dit de 

^ ceux qui dégénèrent ne s'y oppofook point. 

^ . Ciceron rabat admirablçitient bien l'inicàence 

p^iT ^^ gloire de Pifon^ qu'il fondait fur cdle 

' de fes devanciers > avec cette raillerie^ 0ht- 

ffifii ai honores errore homimtm^ co nmu mdath' 

tyffamofarumimi^wum^ çuàrum fimile ides 

nihif pneter colorem. Et un homme de venu 

repartit joliment àun qui fe vouloir prévaloir 

à fon préjudice d'avoir eu quelques païens 

d'un rare mérite, j'ai plus d!affinitdque vous 

avec 



DES GENTILS-HOMMES, «f 

vec eUx^ (& je précens! être mieux dans leur 
Uiance, puifqùci vous ne les imités en rieii 
omme je tâche de faire. Pour moi je pro« 
oncerois librement de la noblefle d'une per« 
aune vertueufe^ ce que cet Orateur Romain 
i écrit de l'éloquence d'un Philofophe^ fiad- 
eratj non afpemor; finon habeMy non adnuh 
hi9M requiro. ^ En effet, cette origine illuflre ^ 

îft fi peu de chofe d'elle-même^ à le Ueo 
;>rendre, que l'Empereur Othon donna pour pimat. tn 
demiet précepte à fon neveu Cocceius, deQ^^ 
cie fe pas trop fbuvenir d'avoir eu un oncle 
Empereur, bien qu'il ne dût pas non plus en 
perdre tout à fidtk mémoire. Si je voulois ' 
pouflcr cela plus avant, je vous prierois de 
oonfidérer un peu fceptiquementce que c'efl 
que cette prétendue aoblefle, qui n'a rien de 
réel q[ue la fantaifie des hommes. Pour ob: 
tenir celle de Chevalerie au Pérou ^ dont la litfi âer 
marque étoit d'avoir eu les oreilles percées ^'*^*' '* ^* 
par le Roi , il £doit que celui qui afpiroit à ce ' '^* 
degré d'honneur lut faire fes jarmes & fes 
ibuliers de fes prises mâins« Si vous com« 
muniqués ced à vôtre ami, obtenés de lui> 
qu'il oe m'en veulUe pas plus de mal^ dites v 

lui ma coutume, & qu'il prennegarde^ qua 
je De determinerien. 
Q^^ntàcetteHippoma&îe^ dontvoosltf 

TêmVILPmJL E 



} 

€6 LETTRE CXXXIII. 

plaignes, c'éft le même mal qui fut 9a nSnt 
I d'ua Strepfiades dans Âriftophane; & fe ne 

penfe pas que la Déeffe Hippone, ni le Dieu 
mèajè Taraxlppe, l'en puiffent guérir. A 
moins que la mode vint en France d'avoir, 
comme au Roiaume de Congo , de ces cbe> 
vaux de bois portés par des hommes , tds que 

JL i;. hijf. Maffée les décrit, à peine verrons - nous que 
vôtre bon Gentilhommie, ni fes femblables^ 
abandonnent fur cela leurs mauvaifes & nii- 
neufes habitudes. Véritablement, je ne 
croi^ pas que ces chevaux de Ck>n^ Ibientde 
k race de P^afe; ni que des dents de Loup 
attachées à leur cou les pUfTent rendre aui& 
promts à la courlè» & auffi infatigables, que 

Ulc. f;.Pline récrit de ceux dont nous nous (èrvons. 
Quittés néanmoins cettegrande averfionque 
la folle dépenfe de vôtre ami vouS fait avoff 
contre eux. Les meilleures chofes (bot qud- 
quefois nuifibles fans qu'il y ait de leur &ute; 
& je vous prie de vous (buvenir en finreur de 
ce noble animal^ quec'eft lui qui a coD(juis 
le nouveau Monde. Eneffety ivouspouvés 
. hilOcàd.'voir dans les Relations de Benzoni MlknoiS) 

pmts. queles Américains ont toi!k}ours(butenuqulls 
ta'avoient pas ^té fubjugués par les Efpagnois, 
mais feulement par leurs chevaux; ce que 
(cet Hifloriçn rend vraifemblable fiir ce que 



^ 



\g^ \g^ <*^ ^ 

sK 3r 5r 6f 

par toutes les Provinces ou ces mêmes Efpa^ 
gnols ont étc fans chevaux^ ils yont prefque 
toujours eu du pire, & n'ont gucres manqué 
d'y être battus. 

DE 

LA CONTRAINTE P'AGIR. 

LETTRE CXXXIIL 

MONSIEUR, 

Je reconnois que Platon eA celui ^ qui à le 
premier ou le mieux de tous les Philofo* 
phes diflkigué les trois genres de cauic^, 
dont les unes dépendent de |a Deftinée^ les 
autres de la Fortune, & quelques-unes, de 
nôtije Volonté, |ou Franc-Arbitre. Etcertes 
qudque grande Rendue qu'on puifTe donnera 
la première, & bien qu'elle fembleembrafler 
& enveloper toutes chofes , fi efl- oe qu'elfe 
ne lef produit pas toujours, &il y en a beau? 
coup, qu'on auroit tort de rapporter indîfFé- 

E i\ 



tfg I L E T f R E CXXXIII* 

tëmmëntauDeflin; Omnia fuiâemfrio conti 
venturyfednonomniafatofiunt^ mqKfatoaà 
iàtci 4ehe7Tt. Les ordonnances d'Adraftie ^ dit 
Plutarque dans Ton traité de la Fatalité, ref 
femblent en cela aux loix civiles, qui com- 
prennent unç infinité de crimes fiios qu'œ 
puilTe dire qu'elles en foient la caufe. Car 
quoique félon le mof de Thaïes, îc^^upararT; 
dvdyîoj valtdiffima omm'um necejfttas^ il n y ait 
riiÀ de plus fort dans la Nature, ni de plus 
abfolu que cette Ncceflité, mère, fi nous en 
croions Platon, 4^ trois Parques, Tame du 
Monde félon lui, & celle à quf tous les Etres 
femblent fournis ; fi eft ^ ce qu'elle ne s'étend 
pas proprement jufques fur cette forte d'fléliofls 
qu'on appelle fortuites*, & beâub3at> ^tsdns 
fur celles, qui ne (ont bonnes ou mauvaifes, 
i^ue parce ^u'exemtes de toute contrainte & 
de toute neceflité, elles dépendent entière- 
tnent de hôore Volonté- Mais d'où Vient, 
que ce fondateur de l'Académie attribué dans 
ïe dixième livre de fa Republique, la con- 
InoitTanCe des chofès palTées à Lachçfis, celle 
des préfentes à Clothon, & le redt des fotu* 
tes à l'inexorable Atropps? Marfile Fidn 
vous le dira après Proclus, auflibien que les 
iraifons de la fuperiorité deLachefis, du fé- 
cond lieu de Cloton, & de la fubordinadon 



DE lA CONTRAINTE D'AGIR, tfft - , 

d'Atropos aux deux autres. Pour moi, JQ 
penfe^ que le tetnspaffé, dont fe mêle la 
première, étant bien plus afiliré quelepré^ 
lent, ou le futur, puifque Dieu même ne lui^ 
peut faire »chaâger de nature, Ton a donné à- 
vec jufticela preféance à Lachefis, ^ le der- 
nier rang à celle , qui s'occupe au futur dont 
les évenemens ne font pas fi certains, fur ' 

tout à l'égard de ce qui eft du itfTort denôtrç 
Libre Arbitre. 

Pour ce qui touche la contrainte d'agir (bus 
laquelle vous voulés mettre à couvert toutes 
les fiiutes de vôtre Ami, fouvenés vous, quQ 
noa feulement la Morale Chrétienne, mais 
celle même d'Ariftote a prononcé tju'il n'y a- 
voit jainais de neceflité à mal faire; quoiquo 
Saint Auguftin en reconnoiffe une ', qu'il ap- 
pelle heurei^e> parce qu elle emploie toute 
ia force à nous porter au bien, filix eamcef-^^ j^^ 
/itas qua admeliora comptUit. Cela vient de 
réquivoque attachée au mot necejfam j àotit 
les Philofophes reconnoiflent jufqu'à quatre 
différentes fignifications. Or il n'y a que 
cette extrême & invincible necefTité, que les 
Grecs ont nommée tantqt Diomedéenné, $c 
tantôt Theflalique , qui puiffefervir de légiti- 
me exftufe en quelques rencontres. Car Ton 
a mangé les pains de propofition dans la dcr- 

E 11J 






'; . 



^f 



70 LETTRE XXXXIII. 

niere faim fans oflfenfer Dieu. Vous pouvcs 
aufli vous fouvenir comme fur ce que les 
Thebains reprocboiçnt aux Athéniens^ d'avoir 
emploie Teâu facrée du Temple de Dele en des 
. / ùfages profanes, jufqu'à s'en laver les mains, 
ce qui paffoit pour une grande impieté parmi 
Lftoïfi lesBoeoricns; ceux d*Athenes, dit Thuqdi- 
de> fe purgèrent de ce crime en prote(bnt, 
qu'ils n'en avoient ufé de la forte , que dans 
k violente neceffité, qui légitime par toutcc 
f /fiMi>. i2f qu'elle contraint de faire. Et FOracle reodu 
fy^K i ce Prêtre d'Hercule, qui n'avoit pasctc 
^^^' chafte , que Dieu permet tout ce^qui eft necep-^ 
rcy S^o(;na(koLymia cvy^^oûpiiOsoçy peut pal- 
fer pour le plus véritable de tous les Oracles 
de Paganifme. Volés donc fi celui, que 
vous excufés, eft véritablement tombé dans 
cette forte de neceflîté, qu'on dît, quifl'« 
point de loi, ou plutôt, quieftiaplusjulle 
& la plus inviolable de toutes les loix, comflî^ 
celle à qui les anciens ont apuré , que les Dieux 
mêmes ne pouvoient pasrefifter ;fentenceharj 
Ph$ê, j, die, qu'on attribuS particulierenîent à Pittacus 
^^hg. Si vôtre Ami n'a rieti exécuté quenfl 
' voiant réduit à de fi rudes termes, il a poui 
lui toutes Ips règles de la Morale. La vrail 
' & naturelle prudence éff jde céder fort loû 
vent au tçvas^ Si toujours à la neceffité, 



DE LA CONTRAINTE lyAGIR, 71 

Honefta kx eft temporis necejfttas. I^htrhtu 

It quand Ton fe voit dans ce dernier accefToi- 
e, il faut imiter les bonnes lames ^ ploier 
ans rompre, s'accommoder â ce qui efl ab- 
blument neceflaire faiis perdre courage, & 
endre fon efprit fouple à faire doucement ce 
|u on ne fauroit éviter de faire. Là fignifi- 
:ation du motneceJpUre enfeigne cette leçon; 
MctJJum dicHur quod non fit m eo ceJpinàtmiq^^Q i^^. 
)beîflons (ans murtauce abx ordres d'Adraflie, ccilb. 
k ne croions pas, que de les fuivre ce foit a- 
pr fans railbn , puUque cette Divinité Grec- 
que, qui dl nôtre Neceflité, pafle du con- 
sentement de tous les Sages pour la plus for- 
te railbn de toutes: 

Fera^y noncuIpeSy quod vitari nonpotejl. LaSv. 
Il n'y a rien de plus juHe que ce qui e necef- 
iàire; nfriéh de pl^s hardi, & qui tienne da- 
vantage de l'Héroïque Vertu, que ce qu'on 
£dt par la dernière contrainte; nuUus pemicich 
fior boftis eft y ^m quem audacem anguftiafa- ^ 
chmt. N'eft - ce pas la neceflité qui permet 
de jetter en mer ce qu'un vaifleau a de pré- 
cieux, s'il ne peut autrement être (auvç de 
Torage? N'efl-ce pas elle, qui &it légitime- 
ment démolir les maifons, pour remédier à 
un incendie? Et n'eA> ce pas la même neceG 
ûté, dit ce Dedamateur Romain, qui excu- 



r' 



72 LETTRE CXXXIIL 

Smhê fe tous les parricides des Sagimtins? Reoon- 
p*T'«/ P^^i^f^f^P^^^ce, e'eftfelonEpiâetedéferef 
^*^*^^àDieu, &témoigiicrqu'onrcfpefteleschofa 
du Ciel avec connoiffance. Delà vient, que 
le Sage dés Stoïciens n'étoit jamais forcé à 
rien, &s'exeintoittoûjours^de cette durent 
xeffité^v parce qu'il ne lui refiAoit jamais, £d- 
fant volontiers tout ce qu'elle voufoit: £lk 
ne le jettoit pas hors du Monde ,comme les 
' ^ autres > dautant qu'il en fortoit de fon boa 
gré: Nihil invitus facit fapiens j Nicefftêtem 
1^. ff. e^git^ quia vuk fuàd ipfa cpaBura efi. Se- 
neque finit par là une de fes Epitros; & dans 
une autre il prouve^que rien nepouvoit! rendre 
malheureux ce même Sage, à caufe de û 
condefcendance à tout, n'y aiant que la refi- 
Aance, dont nous ufbns, qui nous Ëdlenii- 
ferables : Non ^ijujfus atiqmifacit m^tr efi^ 
Ifu ù. fsi qui îfwitus facit. Itaque fie ammum amh 
ponamus^ ut quidquid tes exiget idveliams. Il 
I s'en faut donc beaucoup, qu'on puiffe impo* 
ter à crime ce qu'on fait par necefîité, puifque 
p'eft une vertu de lui obe|n 

Mais de vouloir excufer de mauvaHb t* 
^ons en accufant la Fortune, ou deksai- 
tribuèr funplement à je ne fai quelle DeAinée, 
c'eft furquoi vous aurés de la peine à trou- 
ver de la CQipplai&ncç en ceux, qui vous 



DE LA CONTRAINTE D'AGIR. 7J 

parleront avec ûncerité. Pour ce qui eft de la . 
Fortune, j'avoue qu'il n'y a prefque perfoiv 
le, qui ne veuille la rendre refpoQfable des 
le&ucs de £a conduite, & nous la cliargeons 
^uafi toujours à tort de toutes lesdilgraces 
qui nous flnrivent. CefI vraifèmblablement 
la caufe de tant de Temples, quelefotpeu* 
pie de Rome, qui la craignoit lui édifia dans 
fa ville; n'y aiant point eu de Dieux à qui ils 
en aient conftcré un fi grand nombre qu'à 
elle. Les Philoibphes au contraire en ont 
Élit leur commune Quintaine, l'attaquant - 
de toutes leurs for(ies, & emploiant tout ^ 
ce qu'ils ont eu d'adrcfTe pour la faire paffer 
tantôt pour une ayeugle , & tantôt pçur une . 
inoonflante, qu'ils&ifoientprofeiriondebra* 
ver. Pline d'ailleurs lui RtaibuS une empire ; , ^ 
abfoluftirtoutGe qui nous concerne. For^ • • • « 
tunamfolamin tota riftionemcrtalium^tramque Pmfati, 
pûgimamfaare. Ce^ic «de Smyrne avoient HàlA* 
ilatuâ, qui portoit fur la tête undes Pôles du 
Monde > & tenoit la corne d'Amalthée dans 
une de &s mains, pour dire, qu'elle gpuver- 
ne & enrichit tout ici bas. Et je me (buviens 
d'un moderne, qui foûtenoit trop licentiéur 
fement, que quiconque avoit èp foncôté la 
Force, laPradence, .& la Fortune, fe pour 
voit vanter d'avoir la Trinité pour lui. Cc- 

• E V 



I' 



\ 



74 LETTRE CXXXIII. 

pendant c'eft fiûre une injure à Dieu,, & Te 
rendre indigne de ce qu'il notis a donné de 
prudence d'admettre cetteru;^ quHomere a 
le premier déifiée, la nommant fiile^de TO- 
cean i & la faifant )Ouêr avec Proferpi ne dans 
i'hymne qu'il adrefle à Ceres, quoiqu'il n'en 
ait jamais parié dans fes deuxgrandes Poèmes. 

Orai.ts. EtDionChryroftomereconnoitingemuneoc, 
que s'il y a quelque Fortune , elle n'eft ni a- 
veugle,iiiinconftantej commeonleluirepiro 
che; ne diangeant qu'à cauTe qu*elle voit 
tous les jours ceux> à qui ellea fidt le plusde 
'^ grâces, quienabijfent £nfin> à le biea 
prendre, chacun eft artilan delà propre fo- 
cune, de forte que vxïus avés empk>iç uûln^ 
chant Ueucommun pour juflificr la miferabfe 
procédure de vôtre Ami , de l'imputer au mau- 
vais traitement d'une imaginaire Divinité. 
Quant àfaYnalheureufe Deftinée, jevous 
V ai déjà dit, qu'on ne^ut lui donner uneli 
grande étendue;^ que vous âites, fansnaoer 
coutela Morale par laperte de nôtre Franc*^- 
bitre, & vous lavés ce que j'ai écrit là deffus 

^^*^' en deux lettres diflcrentes,l'une A/>^w, & 
YmtxtdelafçiencéquieftenDieu. ^ Nôtre ami- 
tié me permettra d'ajoûtet ici ce ièul mot de 
-Çaint ÂugufHn , alTuré que je fuis , que vous 
n'en ferés point d'importune applioicions 



' ^ ^ ^ 7^ 

icortuumnon effet fattium ^ noncreâeresfy-T^'^^-îi' 
um. C'eft de vérité bien mal traiter le Por- *" ^°""' 
ique de Zenon. 



§^^N^i^®^i^*g^î^^N^^l>NS>Ng^ 



consolation; 

"lettre cxxxiv. 

MO NSlEURr 

Je ne fai pas quel |eretiffiroisauprèsdevou$, 
mais je craindrois de palTer pour un téme^ 
raire par tout ailleurs^ & je oondannerois 
moi -même mon entreprife, fi je m'ingeroîs 
de vouloir confoler la perfonne du monde, 
qui fournit ^ux autres en toute rencontre les 
plus folides confolations. Ce peu que je vous 
dirai doncaufujetdela perte, quevousvenés 
de faire, ne fera que pour vous témoigner 
ma condoléance, & pour vous faire fouvenir, 
fi vous étiés réduit à ce point, de quelques 
petites chofes, que TafRiéHon efl capable de 
vous avoir otées de la mémoire- En effet, 
vous n'ignorés rien de tout;^ qui vous peut 



7« L E T TA E CXXXIV. 

être repréfeQté, &perlbfme me ûutdt mieux 
adouqr le reflentimeot de vôtre efprit que 
vous même, qui pofledés les plus puîflaos 
nilbimemeDs, dont ron s'eft jamais fcrvi 
pour cela. Maispuiique Içs metUernsMéde- 
cins fe JaiflTent traiter par d'autres y quand ils 
ontbefoindiifecoursde l'ait qu'ilspcofefleot, 
prenèsmon>2cle en bonne part, &(bQfteS) 
qu'au lieu de quelques' complimens ioadles» 
cette lettre vous redife-miUe partiouhrités» 
dont nous nous fommes autrefoisenueteou^ 
&.que nous ne pouvons trop (ouvent rep& 
ter, fi nous prétendons en retirer aux occa- 
fions quelque profit. 

Le mot d'Iphigenie dans Euripide, quil 
vaut mieux mal vivre que de bien moonr. 

ne fauroit èxxe trop oondaoné. Car eoooie 
qu'il foit vrai en un certain fens, qu'uA Ciiiea 
vivant eft plus à eitimer qu'un Uon moitî 
fi ne ûut-il pas mettre la vie à un û haac 
prix, que nousfaffions plus d'état de lapollé- 
der à mauvais titre, & d'en mal ulèr, quede 
la perdre glorieufement. ' Il n'y a pas iDoios 
à.reprendre en ceux, qui font trop decas^ 
la vie qu'en d'autres, qui craignent exceffive- 
nient la mort, ce qui fe trouve prefque tou- 
jours çQQJoiot ^ JUa première dès deux efi û 



CONSOLATION. 77 



I 



eu dechofe, que Marc -Àiitonin, après Va- L 2, Je 
oir très phîlôfophiquemcntconfidérée, con* ^^^fi*^* 
lud, qu'il n'a rien remarqué (bit en ce qui 
onceme le corps , (bit en ce qui touche l'ef- 
dt, quînefoitfortméptifable. O^niadit^ 
\ , ^a ad corpus pertinent ^ fluvii fiatufamàa- > 
*ent.* ^a ad ani^am^ infomnii&fimn. Et 
[uoique jéne voudrois pas avancer, qu'on 
ut obligé, (elon les termes de Job > à fe ré- C j. 
ouïr en vifageant la mort , conimc ceux , qui 
:herchent quelque threfbr fe réjoùlfTeût lors 
ju'ife rencontrent un fepulchrc, quafi effo- 
iientiT tkefaurum y gaudent vekementer ^ eut fi 
mvenhmt fepulcnm : Si eft - ce que la vie toute 
feule me paroit fi indifférente, pour ne rien ~ ^^ 
diredeplusàfondefavantage; qu'outre que 
je n'élirbis jamais d'en recommencer k car- * 
riere^ s'il étoit à mon choix de le faire, je 
ti'échangefOis pas les trois jours calamiteux, 
i}Ui me reftent dans un âge fi avancé qu'efl le 
mien, cpdtre les longues années que fe pro^ 
mettent une infinité de jeunes gens , dont je 
cortnois tous les divertiflcmcns. Certes je 
pourrois jurer aufli bien queCardan fur lavé- 
rite de ce fentiment, fi je ne jugeois plus à 
propos de vous rapporter fés termes auiquek 
jefoufcriâ, bien que lelon fa façon Ordinai^ 
^ d'écrii:e, ils foîent plus*fenfés^ qu'ils ne 



78 LETTRE CXXXIV. 

• 

DilAr., font clegans: Nos, per Deum^ fartunamw^ 
^^^ ftramexigiumyntqueinatatejmùiycmmditi^' 
jwénexf^dimperito^nmnmmutûremus* Vous 
> me croîrésf aifément, fi vous prenés garde a 
l'air dont ceux,, de qui noms parlons ox 
accoutumé de vivre. Qui eft celui d'entreeui, 
qui|>enre rerieuTeinent èle Êiire? qui oe r& 
mette toujours au lendemain une a&ireii 
importante ? & qui temporifant de la fente œ 
foit pour perdre la vie, comme s'explique 
j^.2y, Seneque^ avant que de l'avoir commencée.' 
&* a;* Ariftote a prononcé que de vivre iàns ua bue 
certain auquel toutes nos adions- £e rappor- 
tent ; c'eft le propre d'un homme lanscerv4 
in Eul le ; f^ita propofitofine carens , infignisfiM^ 
'•>• ^tiaarguwtentumeft. Cendant aucun d'^u^ 
ne vit qu'au jour la journée , pour uTer de ce 
terme populaire, ou s'il s'en trouve^ qui 
airat quçlque forte de vifée, ce n'eftpaspoiff 
yperfifter, c'eft plutôt pour faire trouver vc- 
litable le vers proverbial des Gcecs, 
B^7 fAf V o^ùç h n'poctffetrai l3ioVy 
Vivit certenimoqtiamprobarefoUtvits»' 

Avouons ingénument, que Platon a eu ru- 
fonde nous nommer tous, dfou srai/M^vrou^ 
vrage d'une main toutepuiflante, mais qui 
l'a feit en fe ioUgnt , & comme pour fc diver- 
tir feulement. Tant y « que nôtre vie se- 



CONSOLATION. 79 

:oule de felle manière, qu'on peut dire avec 
ïltsAicQcAipiu vive y più muore. Et fouvenés- 
70US de ce que nous %vons prononcé fi fou- 
/ent en contemplant le crotdant ou le de- 
Doiirs des nouvelles Lunes > que cet afpeâ 
Aous Mbit une leçon tous les mois réitérée^ 
lu decroit Se de la diminution perpétuelle de 
Dosjottrs. 

N'attendes pas après ceci un éloge de ma 
part aufli étendu que poHvoif être ceW, que 
k autrefois Alcidamus en faveur de la Morts 
qui eft la féconde chofe, dont je me fuis pro- 
pofé de vous entretenir » &quifuit naturelle- 
mentiavie, /comhie elle Ta précédée aupa- 
ravant Or }e ne fuis nullement de Favis de 
ceux, qui croient, qu'il*^n'y a point de pluà 
mauvaife penfée que cdle de la Mort, parce 
que Timagination nous la prend prefque 
toujours f\ terrible 9 qu'on peut dire qu'au* 
tant de fois qu'on la conçoit de là forte, l'oa 
fe donne une mort avancée , & qu'ainft c'eft 
fe faire mourir plufieurs fois au lieu d'unei 
Cardan a été de ce fentiment, qu'il exprime 
nettement en ces termes dans fon livre de la 
Confbladon, totum tempus ^d mortis cogii^ 
tatmi impenditur mors eft. Cet axionie 
néanmaitis ne peut être foutenu qu'à l'égard 
des âmes populaires ou dépourvues de touttf 



20 1 E T T R E CXXXIV. 

émàiûon, qui n'eDvifkgtntguèreskscfaofe 
idu bon côté. Cda fe voit ea la peribiiofi 
4^Âjax, ^fuifouhaitegroffieremeocdaiisHo- 
, mère de mourir plutôt de jour^ quedenuî^ 
i caufe que c'eft fe propre des ténèbres d'acç- 
Aienterlapeurdetoutceroncraint, Se d'à 
qnendre les objets bomooup plus redouteUei 
La Philofc^e nous apprend à les cooteiih 
pfer tout flUtrembiK^ & tant s'en fiiut^ie les 
snédiHtions, qu'eUe nous fu^iwe, puiffeot 
croitte nos doul^irs, ni renàre nos maux 
plusimolemblesy qu'en les adoucâflanc^ sUs 
ne dtCparoifTent entièrement^ elle en ôce du 
moins la plus grande amertume, ^ iDe qui 
ies ait ordinairement le plus apprdjaider. 
SesrÊflexionsnousapprennentiolqii'appHem* 
ment la mort eft plutôt un bien, qu'un maL 
Qu'en tout cas il ne peut être grande puif- 
qu'il eft nxMnentanée: Que n'eft folie de 
craindre ce qui eft inévitable: Et qu'on oc 
fauroit avec jugement le figurçr une dbûk 
comme mauvaife , que tous ceuic, ^nous 
en parlent, n'oqt jamais e^q^meoiiéc, & 
dont aucun de ceux, . qui l'ont .prouvée n'a 
pu, ou voulu, nousrevderlemyftere. Car 
vous n'ignorés pas , que les opinions ibntpan 
tagées fur tous ces points; quece^ eft to 
nu mol parler uns, eftrépufiéela^detous 

les 



CONSOLATION, 8r 

les Aaiùt par d'autres ; Se que celui qui diibit^ 
Kgo tilnpirmittam fnori? At qnid jum mAi ' 
melhif optem? n'étoit pas de la créance de 
ceux, qui ont appelle la mort le terrible det 
teirribles. Pouvés^vousraifonnablementnbm*' 
mer ainfi ce qui eft (i naturel, iquô leâ mê- 
mes Elemens, qni îom nôtre vie^ font nôtre 
mortj tamcmfatiyendifimtyquiilbi^idiniortù:St^^ 
Lr'encrée du monde ne paroit pas moins péni« 
ble que Ton ifluéj Àpeutètre, qu'un enfant 
(buf&e autant en naiflant, ce que Tes cris té« 
moignent alTez, qu'il endure en mourant» 
I>'ailleurs ne voit«on.pas des perfonnesqui 
préfèrent la mort â la vie; Et fans parler des 
particttlieks> quelques Nations toutes entier 
res n'ont-elles pas eu le même goût; Bardi 
Thracue po/mU appetkum habent maximum 
OTOftir, ditAfartianusCapella. En tout cas £, : 
tel quepuUTe être ce dernierpa(Iâge> il eftu<- 
nique; & les Eliens n'ouvrant qu'une fois en 
toute Tannée le temple du Dieu Summanus^l^tf^/ii». ^ 
qui leurétéît celui des Enfers ) prénoientpar'* ^* 
cetfe cérémonielaconiblation dënedevoir ja<» 
mdis redoubler ce petit voiage> qui î^ï^ 
mêine meugkue. Nous y devons être tout 
préparés autant jeunes que vieux^ 

Amùrtefenq^hominestmtumdmâhJùmkt;ui,9r. 
& pour peu que ces raifons philofophiques 

TmiytlPm.tt. ^ . 



89 LETTRE CXXXIV. 

jeûnent de place dans nôcr» e^t> ikmI 

reconnoitrons aifên^eat que les peôfées de k 

mort ne (ont pas à rejettera -Sa qu'elles en d^ 

sunucot ^tôt qu'elles n'en an^jonentent h 

crainte. J'ajoute que oe font les plus necd^ 

iàires de toutes, outre qu'elles ne peiqrentè- 

tre fuperfluàs. L'on fe prépare JnuâlpmeBt 

. quelquefcMScontrelapauvreté, oontrelado» 

Jeur, ou. contre la pâte des lunis; parceqtie 

. nôtre bonne fortune nous exemte de fembla- 

bles affligions. Mais ce que pous avons 

, inédité pour bien tecev<»r la nooit, ne peut 

ia^nudâ manquer de nous être d'oiàgCi 

Il n'y a point de gens,, qui foieot pfcç 
touché&iippaiemment de c^tee torrew fuà- 
que de la mort, que ceux., qui n'en pentot 
' pas fouflHr la moindre imaginatioD. U 
plupart des Grands & des Heureux làot(fe 
cette trempe, ce qui fiût, que neibngeaa 
Jamais à moimr, «en qu'ils ra^tehenden 
toujours, l'heure &tMc pour eux eftpaiS^i- 
vanti^'iks'enfoientapperçûs; &,s'ilcftpa- 
mis déparier œcore plus figurémôit içrèson 
ancien, Us n'a^cenneot giières leur mort, 
lion plus que l'Émpeneur Clsuàtus, qattf^ 
leurs funérailles. ' CkuinisMtviàkfiamsJiiah 
iméOexit/emorkmmt£k Sieft-céqœlafiuilx 
âe Saturne n*a pas plus de-reCpeâ po«r eux; 



CONSOLATION . 23 

|ue pour les moindfips hommes. Commeil 
«gne quelqueCbis desm^ladies Ëpidepiques, 
|ui {èmbient n'êtreenvoiées du Cid que poui: 
inmmicr le trop grand nombre du peuple: 
'on yéit «uifi des tems finiflres pour les t'uii^ 
ifliice$ de la Terre, & qui femblent avoir 
sxmîuré contre leurs vies. Telle fut Tannée 
mil dnqceqs cinquante -neuf, qui dans une 
révolution de dguze mois^, dont quelques^ 
uns pourtant étoient de Tan fubfequentj ôta 
de ce. monde l'Sçipereur Charles Quint^ 
deux Roi de Dannemarc, un Roi de France^ ThuâHc 
unDog^de Venife, un Pape, un Eleikur^'^-^'^* 
Palatin^ un Duc de Ferrare, & trois keines^ 
Eleonoiê qui T^oit de France, Marie de 
Hongrie, & Bone Sforce de Pologne, je 
crois néanmoins le (uccês de femblables an- 
nées plûtpt fortuit, qu'autrement; comme 
je tiens fixt douteufe la maxinjiedc ceux, qui 
veulent, qu'on ne meure jamais plus heureufo» 
ment, que quand le tems nous rit, Se que la 
vie nous plait d'avantage. 
Ditia>vitagi*éaaeft, mortÙsMditio optimaLahtr, 
efi. 
Âinfi, dife&t-ils> Annibal fut mort gloriett^ 
fement «prés, la bataille de Cannes, & lors 
qu'il étoitprdfque aux portes de Rome, qui 
fe vit depuis JIlalheure^lelilent réduit à s'cm« 
^ ^ F ii . 



«4 LETTRE CXXXIT 

poifonner ^ pour éviter un pire traîtetnettâes 

Romains. Sylla tenu pour le plus heureux 

des hommes y l'eût^été Avantage, s'ilfut de* 

biû CM ^^ ^" même tems ^ qu'il fe déinit toloofai- 

j. jai rement de fa Didamre y puifque lacraimedc 

fes ennemis l'obligea eniuite à ^ tuiSr foi • mè^ 

^ me. ' Pompée feroit tout autrement grand 

que Ion furnomnele porte, fi la maladie qui! 

eût, après avoir mis les Pirates à k taiion^ 

l'eût eriiporté, 

IuD€H.fit. Proviâa Pompeiù dederat CampamaJUriir 

n. Optmâas; 

on le vit depuis avoir honteufement la tête 

.tranchée fur le rivage d'Egypte. Et quelle 

' réputation eût laiffée de lui Ciceron, fi k 

Parque eût di(p6(é de fa vie après avoir misa 

t bout Catilina & les autres de fa ooojuratioQ? 

QU du moins au retour de (on exil? Il n'y 

* eut que de la calamité dans le refte de (a vie, 

& fa foiblefle, qui parat dans lès inéfohi- 

tions au parti oontraire à celui des Céfais, 

ternit grandement fa renommée. L'on peut 

S'abftenir d'une infinité d'autres exem^es, & 

fur tout de ceux , que pourroit fournir nôcre 

Hiftoire moderne, parce qu'outre qu'ils f^ 

roientfuperflus,peatètrepafleroient-ilspouro 

dieux. Je répons à cela qùec'eft drer de quel- 

quesiàits particuliers une conclufion g^écsky 



CONSOLATION, 8$t 

iii né peut être reçue , paice que diverfescal- 
3ns la combattent* En effet, comme rien qq 
ùt le repos plus agréable, que quand il fuc* 
;cdeàlafiit3gue; les maux & les adverfités 
le la vie nous rendent la mort auffi doucei| 
[uela lelidt^& les platfirs la font fouvent trou« 
reranere. La plus heureufeeft indubitable* , 
nent celle ^ qui nous plait,t7pfy»M^i^;7i^ir^^ 
lit ua Philpfophe> & elle ne peut plaire que 
^r la confidération des maux dont nous 
LiHnmes délivrés par fon moien, 

Optima mars ^ Aamém X ffita ^pkc exti^gtdt . 

Que (i Laberius femble en cela fe contredire^ 
je m'arrête au fentimentdeSalomon lorsqu'il 
traite cette matière, & qu'après s'être écriée 
mors^ ^m amara eji memoria tua komini 
pacemÂaitmtimfuijiantiùJiiis^û avoué ^ que 
cette mèine mort eft le feul reccmfort des mi« 
(eraUes. Je ne vous parle point des Êiçons 
diffèreittes de la recevoir, ni du genre de 
mourir le plus fouhaitable; chacun fe l'ima^ 
gine à ià fiintaifie félon que les génies font dif- CM Sc^ 
férens; & je me contenterai de vous dire/* ^' 
que fi cette Isle Equinodiale, ou jfut jette 
Jambukis , fe trouvoit encore , & qu'on n!eût 
qu'à s'endormir douc^nent fur une certaine 
herbe qu'elle nourriflbit) pour y expirer fiiùs ^ 

F nj 



g*. L'ÊTtRÉ CXXXIV. 

I 

a»çuD fentirûent de douleur^ |ei»Hfernsliifi' 
fiiment une (in fi tranquille félon que Diodo 
re la repréfente. D'autres feront^ il bon 
leur femble, pour U fuffocarion dtiis un 
muidde MalvQîiie; l'Epilepfie Erotique , don 
Ovide failbit un de les (bahaits, fer» peut* 
être encore le leur ; ou dans une hiitaettr ani^ 
bitJeufe ils voudront périr avec toute k natu- 
re, s'ils neiè contentent de dire avec Va- 
gellîus, 

S^'Qu. Siçadenàulmeft^ mUdy cœh cecùBJ? 9eàm. 

nut. U c Pour mc^ jepréferewrfstoûjoursleNwootîquc 
de cette Isle anonyme, à tous eeuz ^ue la 
^Iédecine â jufiju'ici diftribués. ^ • 

Mais s'il fiiut perdre k vie le plus tmd 
qu'on peut, qvel moienjugésvous le plus 
propre à la prolor^r? L'on en voit de bien 
différens dans les livres , & je crois que cet- 
te diverfité procède des tenîpenimcKis di vêts, 
qui rendent utile aux uns ce qui ne te ferok 
pas à d'autres. Pollio répondit è ^gufle 
qui l'interrogeoit là dcâus, qu'à ibn avis le 
vin doux, ou Thypocras de miel, doitedaas, 
& l'huile^, dont il le fh>tto}t en d^ioirs, lui 
•voient fait paflTer h centième année, hitts 

Plh.Ui.fnidJoy forts oleo. Celui que nos-HÎloîres 

^' 'f iiomment hamem de TemporièuSj &«qu'elles 
f epréfèntent %é 4e irças cens* ans, œçttoii 



I 



CONSOLATtON^ i7 

bdmilliilileaii dohois^ ottisil Cbbllîtuoitpour 
te dedans le xniei fed, au vin adouci par le 
Eniely extra oUoy intus wieUe. Le Chaocdier ^ ^ ^^^ 
Baooo^le d'un Aogloîspîusquecentenairei 
qui lappoitoît fa boftne coqftitution , ÀJok : 
grand âge , il ce qu'il a voit toujours mangé a<» 
vaut que d'avoir fiom , & prévenu la (bif de, 
même, cequieAbienopfipfêàrexadeDiet* 
te de Loub Coiharè. J'ai oui parier d'un 
autre vieillard décrépite, qui fondcMt toutd 
fo^ antiquité, fiir ce qu'il avoit toûîourç bù 
des piemiers vins nouveaux 9 À mangé du 
pain* fittt des premiers bleds que l'Autoihne 
proddiftnt Un Avenamar More aifura le 
Roi Ferdinand qui s'éconnoitde fes longues 
aoiiéeS) qu'il les ^vbit à ces trois choTes, de 
s'âtrc nuttié tard / de ne s'être point remarié^ 
quoiqu'il fftt demetnié veuf bientôt, & de na 
s'être jamais tenu debout autant de ibis qu'il 
avoitpft être affis. Je ne veux pas otdil»r,niMff. 
qutf foflel aiant prés dp tent ans (e vantcMt ^^^ ^^ 
d'avcNr encore foa pucelage, &detemr de 
lui fès longues annéfô; ce qui ne s'accordç 
guambfeoavecœ qu'on aecnt de ce grand ' 
voiageur&delàiherekéaiine Vénitienne; non. 
(lus qu'avec ce qu'on ra()porte duJMoreGan'- 
garide de Bengale, âgé de trois cens trênto- 
^daqaaS) d(^ parle JSMse^ &*que Vincent 

F iiij 



S8 LETTRE' CXXXIV. 

le Biane àBSare avoir eu fept cens fimmes 
dans le cours d'une fi longue vie. Ces van* 
étés me font croire^ que les divafes coniH- 
' tutions demandent dedifEéiens régimes de vi* 
vre> & que ce qui eft utile à un ^hibeux, i^ 
roit entièrement préjudiciable à un phlegma* 
tique, la même chofe «iant lieu dans tous la 
auttes temperamens oppofites. 

Généralçmèpt parlant la bonne nourriture 

iert autant â la vie, que la mauvaife hn d) 

C}^^ flbfolument oontnûre. Sobn obferve, qus 

ces peuples d'Afrique, qui ne viveitt que 

de Sauterelles, ne ps^ent jamais r%e de 

té^i^ quarante ans. £t Von peut voir dans ifoo- 

dote, qu'un Rod de ces Ethiopîeifs, qu'on 

appelloit de fon tems Macrobies, enteniant 

parler du mauvais pain que mangtjoieDt les 

Perfes, dit, qu'il nefidoitpess'étonner, iipc^ 

^ nant une ii. mauvaife nourriture, ils 00 vi* 

voient pas long -tèms, ou en termes (Aiscx* 

*•*'•«»• près, non mrumejffe^fifiereore vejcent^^f» 

^ J^iT^tis vwerent amis. Pour ce qui eft de 1 airdes 

'^'*'"^'- Régions, enco»^ ^'Ariito^ amibue pbs 

de vivacité, priTepoiir un plus long ttnne 

devie^ aux animaux des païs chauds, qu'à 

ceux des contrées froides, & qu'en effet k 

vie foit nommée ^09 en Grec àaro ri^^à 

ftrvmdo^ auGas^MeSifflpUcii»aitbicncoo- 



CONSOLATION. tf 

m ion étymologie; Si eft -il vrai , qu'on ne 
fit pas moins en beaucoiç de lieux* voifms 
les Pôles 9 .qu^enTaprobane, ou en d'autres^ 
[ui fonc ibuâ la ligne Equinoâiale; & ainfià 
>roporàon de plufieurs autres Climats^ fe« 
oa que toutes les Relations de ceux, qui ont 
roiagé , nous [en parlent. Mus il iSiut tenir • 
pour une fiible œ que Strabon a écrit desHy« 
perborées, qui vivoient juTqu'a mille ans^ & i;, (hep. 
la mettre avec celle d'unArtefiuS) àquiToa 
BQ donne autant. L^élevatipn de certains 
Tenrouerscontribuëauflîgràndementsilaloii4 
gue vie, quoique l'air le plusfubtilne convien* 
ne pas à toute forte de peribnnes. Anunien 
MarceUin après avoir mis en confidération la 
bonté de l'air, & des vivres, que produUen 
lespals«ariiau£fcs, i^oûteà l'avantage de ceiixj 
qui y ièjournent, que radios^ Jolis fu/^te natu-. ^ »7* 
ravit/ûéspHmàofaniumJèntmnty mJiiusadhte 
macuhs rérmm humanarum inftSos^ Tant y a 
quepar le témoignage de Solin, leshabitans : 
du village Acrçthon, ou plutôt Acroathon^c.»^ 
fitué au fommet du mont x\thos, vivoiemu^ 
ne fois pdus que les autrçs hommes ne fid- ^ 
foientaflleuts; ce qui fit donnei^auifi le fur- 
nom de Macrobies, dont nous avons déjà n ^ r. li. 
parlé, aux habitans de la ville d'Apollonia,^''7^ 
qui étoît dans cette poûtion, £t Pline , dopt 

F V 



^ LÉ T T R É CXXXiy, 

« SoIt^a'eftqueléTrtofcrqptièur mMBaflure» 
<(bc oeux> <jui decneuroient aii fommet du 
montTmolusenAfie, îoulffiMencenooiede 
ce privilège d'uae vie extraMdinakeoieQC 
prblotigèe. 

Pour coadulkm, fi celui, que vous re- 
grettés tant) &. qui m'a àorad fofrt de vous 
entretemr de tout ceci, n'a pas vécu fi long* 
tçms que ces Z4m^i«E^i, dont nous venoos de 
. fini'e quelque reoifr, ni même autant, que 
vousrefperiés, (bogés, s'il vous plaît, que 
Ijétéoduë defaiTmn'eft pas ceqû knendcoo- 
iidérable, non plus que la gto^BNur d'an livre 
ce qui le doit fiure eftimer. Ce cher Âm a 
ûbîeapafletoutcequele Cid lui avoit or- 
donné de temsà denaewer parmi oo»; qu'à 
oonfidérer cette demeure cwiHne PofiîoQks 
faifiiit, l'on peut foikenir, quV^ a été d'u- 
Sm^'7t' oc très longue durée, t/nus àks iuamm 

iBtaf. £t vous ne fauriés mieux i^{diqaer, 
y qu'en &i^t réfleidon fur lui, le feos de ce 
wtsGrec, 

QuemenmamatDmsy ista^riturjmfeÊif^ 
/ Son humeur particulière Ta fait moins coq* 
fioitre, que beaucoup d'autres, quin'ontjs- 
mais eu Ton méritej mais en rècoopenfe 



CONSOLATION, \ 51 

vous lui aviés appris à fe comidtre parfako- 
ment lui même, & c'eft à mon avis ce qui a 
le plus contribué à r^drefon ffîuë dçce mon- 
de fi tranquille: ». 

iBr wtars gravis incubât ^ Sen. Tt$9. 

Qui mtus ftttms omnibus y ^ I*j^^- 

Ignotus moriturfibi. 
Vous ne voudriés pas que je vous repr^fen- 
tafTe vdy comme les Lyciens ne portoient le 
deuil qu'en habit de femme ^ pour faire corn* 
prendre, qu'il n'y avoit qu'elles ^ quidûffent 
s'affl^iei* extraordinairemerit dans une adver^ 
fité. Et puis cette lettre eft déjà fi longue^ 
que fapprehende bien fort, que vous ne 
m'tfkiputiés d'avoir de mauvaifes dilpofitfons 
è fmir mes jours auffi librement que ma Phi* Stn,ep.ji 
k>fophi<iréfifeignet Quomàdofinem vita im- 
ponerepoteritj fui epiftoh nm potefl ^ Neme 
rendes pis ref^nfiible de cette pointe, puip 
qu'dlen'dlpasdemo!. ; 




9» LETTRE CXXXV. 

DE L'IMPIETE. 

LETTRE CXX^V. 



/ 



MONSIEUR, 



L' 



a Piété, & ce qui lui eft cootnire ngar- 
\ dent premieremeiit les Paréos, car pio- 
^^ prement parlant, félon que Saint Thomas fa 
fort bien obfèrvé, la Religion oft ccllc^ fà ^ 
rqgle ce qui e(l dû à Dieu, & qui nonunele - 
défaut de ce devoir, la première de tooiâks 
injuftices; ce qui dX conforme à la doâdoe ; 
d'Arifiote. L'on n'af^Medoncigipkscmx, 
qui «lanquentà une fi importante obligatioo, 
qu'en confidérant Dieu comme Poe gûoi- 
mun , & comme Fauteur & la fource de tou- 
te Paternité; de la même façon, qu'on peoi 
être encore impie envers û («trie, à aiofe 
qu'elle eft la Mère datons ceux, quiluisom 
redevables de leur première demeure en nail- ; 
jTant. Or je vous avoué, que dans la fécon- 
de fignificâtion, qui marque une irréligiofi, ; 
& ordinairement une méconnoii&nce dç la ' 



DÉX'INIPIËTE'. ' 9î 

Diviitite y vôtre Ami a eu rajfon de s'offenfeif 
comme il a fidt, de ïè voir nommer impie^ 
pour s'être écarté de la doârine orthodo:ire ' 
dans cet écrit dont vous me parlés. L'on 
peut errer> & dire même des hérefies, fans 
être impie; puiiqùe plufieurs Pères delTgli^ 
Ce y tfds que Orlgene, &Tertul]ien, en ont 
commis, lefquels n^nmoins Ton n'a jamaisr 
accufés dimpiecé) & qui en effet en onc 
toujours été fort éloignés» L'erreur, fan$ 
douce, eft beaucoup moins criminelle, que 
Timpieté , & comme Ta écrit un Auteur de ce 
tems, il y avoit moins de mal autrefois à 
donner deTencens à Jupiter, qu'à le moquer 
aujourd'hui de Dieu & de fes Saints. Vôtre 
Ami méritoit d'autant moins cette injure 
atroce d'Impie, qu'il avoit dianté la Palino- 
die, &s.'étoi€déditdefon erreur, lorsqu'au 
a voidu lediffiimer avec tant d'injufiice. Mais 
iaiiTôos lui ménager fon reffentiment, com- 
me il le jugera le mieux, & remarquons feu^ 
iemem> qu'on abufe fouvent dumotd'impie, 
quand on l'attribua à tous ceux, qui penfent 
autrement que nous des chofes* divines, en^ 
corc qu'elles (oient problenïatiques, & qu'ils 
%çn expliquent avec beaucoup de circonipe- 
{\ioù. Certes, la raifon veut, que nous 
mettions une grande différence entre la liber- 



9+ LETTRE CJCXXV. 

té, & le Uberdflage. pieu nous a ait naître 
libtes en nousdoimAntle fraocarbicfe) &ilne 
SDUS left pas moins honnête de ptttiâtre tels 
JGur quelque fujet que ce foît, qu'il nous fe- 
kok honteok & préjudiciable m p«flGerpour 
des libertins^ 

Oux> qui n'ont fi) teTpeâ pour ce qui eft 
Ml deffusde nous> ni crainte pour ce qui eft 
•udelïbus, niérjt«nt le nom d'impies; auili 
bien que d'auores, qui femblent n'avoir de 
pointe d'efprit quepout l'emploîar contre nos 
^ vérités Chrétiennes^ Sara fe moquoii d'Â- 
braham y qui futie père des croians > ^ nôtre 
mîTon humaine lui reffemble, n'iétant pas 
moins condannable qu'dlci fi nous nous en 
fervoas irréligieuTement contre la iaioteté de 
nos autels. La Phîlorophîe oiême» dont 
fions ne faarions ptf 1er avec trop d'eftime, 
tareflfe quelquefois notre ame comme un A* 
mK>urejUx (ait fa Pâme pour luiravir Ton hon- 
neur; ce qui a fiût prononça: à qudqu*un, 
que cette PhilQfophie avoît ité introduite 
dans l'ËgUi^ auifi malheureufement, que le 
cheval de bois dans la ville de Troie, dcmt il 
fkâù^r. fut le defolateur. Et je me fouviens à ce 
* ;* ^- ?♦* propos dé ce que difoit le Philofbphe £uphra 
tes à Vefpafien ^ qull faifoitaffez d'état de I 
phijofophie naturelle^ mais que qMUit àœllc 



^DE L'IMPIETB'* $f 

ui parlûk ées diofes divines, il h tënoïc 
our une pure impofture. Tant y a qu'od 
e fauroit trop ditefter l'impiété , de quelque 
ôté qu'elle vienne, & quelaue prétexte qu'el* 
e puiffie prendre. Celle d Ajax Eût horreur 
lans Sophocle, quand fur le (biihait que lui 
aifoit Ton père, qu'il pût avec l'aide de Dieu 
lemeurervainqueurdefes ennemis, il ufe de 
:ette,repartie, que le plus lâche homlhe du 
monde les pouvoir vaincre avec une telle fa- 
^eur, mais que pour lui ûi prétention étoit 
deleafiinBoAterfanselle^ Quand on repré- 
Cbnte&Hippdytedans£uripide,quelesDieu?f 
ont voulu qu^il périt, il repond avec exécra^ 
tion, |K)i|rquoi les hommes n'ont- ils pas le 
même pouvoir fur les Dieux? Je ne vous 
impùfe rien, ivoid le teictt en une langue, 
que vous entiend<*ésplus commodément qu'en 
Grec, 
fhu utmam tif mnrtalium genut 
Deosexfcrariy ^viciffimdevoveripùjjit! 
Et le Thefée du même auteur ne peut fouf* 
frir qu'Hercule di(è en fa fureur , que fi }\y 
(iter &it le fuperbè, il ne l'efl pas moins 
fielui, ^ ' 

Dent efi arrpganiy & ego vicifftm adverfits 
^ Deof. 

^ N'eft G&pasaui&danscefenfidcpravéque 



$6 LETTRE CXXXV- 

, le Mezence de Viigile profère au dixième de 
. rEndde, 

Nec mortemhorremus ^ nec Divûmpéarcimus 

ÛUL 

fiEfuîr. Son Tumus ne paroit pfis plus pieuit, ni le 

Capanée de Stace^ ni TAnnitial de Silius. 

. L'on en voit un autre dbns Ariflophane, qui 

. ne reconnoic point de Dieux, finon parce 

Af«re.Ptf- Qu'ils iui vfont contraires. Et un Poète du 

img. m dernier Aécle a bien ofë nous donner ces vers 

pernicieux^ 

Utilkas facit ejje Deos^ qun nen^ remata 
Templa ruunt^ nec erunt ara^ wec y^qfh 
ter ùttm^ 
Ce font de tels difcours qu'on a tout fujet de 
condandet & de nommer impies^ 

Mais il les Juifs font fi fcrupuleux^ qu'ils 

croient, qu'on doit plutôt fe laiffer mer, que 

de combattre le Samedi , & fi entre eux la 

fuperflitiondesEfrenienspaiTe jufques làdene 

sV)fer décharger le ventre ce même îour du 

lL3.if«(el.Sabath, comme Jofephe le leur impute; 

iw^.c. 7. vous aurés bîcn.raifon de vous moquer de 

leurs opinions erronées, mais non pas à^ les 

accufer d'impiété là deffus. Quand ce Pro- 

dicus, dont parle Clément Alexandrin au (e- 

. ptiéme livre de Tes Tapifleries ibûtenoit après 

Pythagqrô & les Philofophes Cyrenalques, 

qu^on 



DE L'IMPIETE^ 97 

qu^on ne devoir rien demander à Dieu^ par-» 
ce qu'il favoit afTez^ & beaucoup mieux que 
nouS) ce qui nous eft neceflàire^ âenfei- 
gooit (ans douce une doârine hérétique^ qui 
n'alloit pas néanmoins jufqu'à le faire im« ' 
pie. U faut dire la même chofe d'un Carpo- 
crateS) qui maintient dans Théodoret que iàétftf. 
toutes nos aâions font indifférentes > lebien,/'** 
& le mal dépendant de la ieulé opinion des 
honmies; d'où il inferoit, que la Foi (èulé 
étoit neceflOure au falut. Nôtre Hifloireâp- ^/ 
pdlc bérefiarque un Claude Evêque de Tu- JjJJJ^; 
lin ^ qui declamoit contre Tadoradon dclap./j/. . 
Croix en ces termes^ SiadaraturCrujtfy ad(h 
retour îf puetta y qiimàm^virgo peperit Chri- 
ftumj aioretur etiam prâefipe y quia in prafepi * 
puer rectiifatus eft Chriflus^ adùrentur & afi^ 
nij eùqUodafinumfedens^ lerofo^numvenitt^ 
demChriftus Dominue. La même HiAoire ih 
contente pourtant de cette dif&mation^ fans 
ajouter celle de l'impiété. Et quoique Fran- ,^^ 
çoisPremîer, fi^&ireunfervicefolemneldans VtT. 
Nôtre-DamedeParis^pourleRoid'Angleterre 
Henri Huitième apriès (amorti toutdpclarô 
hérétique aU'il étoit^ & comme tel excom« 
munie par le Pape; ceux qui le lui reproché^ 
rent > comme une grande fiiute^ ne le (bup« 
çoonérent jamais de la moindre impieté.* 



9i LETTRE CXXXV. 

Nos bons Religieux fe confument dans leurs 
mortifications^ comme la chandele pour é- 
clâirer ies autres: fi leurs abftineoces néaor 
moins allùiest jufqu'à n'ofer nourrir des pou* 
. les 9 pour éviter Iç ièxe femihio, à Texem- 
pie de ceux du Gentiliiine, qui pratiqueoc 
ini. o- cette aufterité au Roiaume de Siam des Iodes 
rient p^ Ooentàles , on les pourroit bien nommer fih 
^^ ''* perAitieux y mais le mot dSmpies oeleor oon- 
viendront nullement. Car c'eft une des cho- 
fes^ où Seneque s'eft le plusr trompé , lors 
qu'il fehibleèg^er la fupedtition à Tatlud^ne 
dans fa penultîerïieépitce. Superftkw ^ dit-il^ 
error infanus eft; amànJos tèmet; fUM aJkg 
violât: quid enim hAereft utrum Deos negefy 
an infâmes? Cependant il y a une extrême 
différence entre nier abfolument toute fiiitede 
Divinité / & avoir desopinions d'elle fuperfH- 
tieufes & erronées. Orphée opmmettmt une 
lourde faute dans fon Paganifine, d*ata> 
buer les deux fexes à ce grand Juj^ter ^ quand 
il écrivoit, 
Âptdit. luppiterjsfmasefly îf nefciàfemmamcirtisi 
L'on n'eût pas pu néanmoins de (on tems le 
convaincre fur cela d*impieté,dont il ne fiit auf- 
fi jamais accufé. 

Refervons donc cette grande & outrageu- 
fe injure^ dont nous parlons, pour des Dia- 



DE L'IMPIETE'. 99 . 

gores^ des Evemeres> & d'autres (èmbk* 
blés, qui n'ont reconnu aucune Puiflânce 
d'enhaut. Difons hardiment que cette f^âo^ 
de F^cûois eft impie, qui n'admet point d'au- 
tre Dieu que les [quatre Elemens, fe fon- 
dant ridiculement entre autres raifons, au 
rapport de Pietro ddla Valle, fur ce qu'en ^4»«<^ 
toutes langues le nom de Dieu eft de quatre^ ^** 
lettres Rejetions le terme d'impiété fur ce 
blafphemateur/ qui appelle Ititrés Sainte 
l^rinité une impieté Triangulaire. Et ne 
craignons pas d'être trop injurieux envers 
ceux, ^ non plwris aras faciunt ^ ^am haï- 
ras; qui au lieu de fervir Dieu, fe fervent 
de fon nom pour jnieux tromper en cou- 
vrant leurs crimes; & qui pleins de rel^edl 
pour de certaines créatures, n'en ont aucun . 
pour le Créateur, non plus que ce Sybarite, ^iAe»;r« 
lequel ceffiint de battre (cm valet iur la fçpui- ^'^* 
ture de ion père , ne fiûlbit nulle difficulté de 
l'outrager de coups dans le Temple. Sans 
mentir, il n'eil que trop de peribnncs à qui 
Ton peut Intimement reprocher l'impiété, 
iâns que nous l'imputions indifcrettement I 
tous ceux, qui ont des fentimens contraires 
aux nôtres^ iiir tout après les avoir aban- 
donnés comme l'avoitÊdi: vôtre Ami. Nous 
défendons ibuvent avec trop d'ambition, & 

Gii 



100 LETTRE CXXX VI. 

trop d'opiniâtreté tputes nos penfées^ n'en k- 
connoi(&ntpointd'autrespourorthodoxes; & 
ûous voionS) qu'on porte aujourdlitii f\ loin 
cette forte d'animofité que les plus obligés à la 
modeftie ne gardent plus de mefuresdatisleiiis 
conteftations. Vous n'aurés pas de peine à 
deviner ce qui me &it parler ainfi , &, je fuis 
affuré, que vous n'approuvés pas plus que 
moi un procédé fi fcandalew^. 



D'UN 

HOMME DE GRANDE 

LECTURE. 
LETTRE CXXXVI. 



MONSIEUR, 

Les fcicnoes ont quelque çhofe de iThydrar 
piTiç,' elles altèrent quelque fois cxcdli- 
vement, & elles enflent de certaines peiibfir 
nés à tel point , qu'elles en font infu^torM- 
bles. Cdt oc qiU fait que Tacite donne 



,*■ •■.^.M 



D'UN HOMME DE GRANDE LECT. lOI 

cette louange à (on beau-pereAgricok 3 d'a- 
voir par le conîeîl de fa mère ufé de modéra- . 
tion dans fes Etudes , la chofe du monde la 
plus difficile à beaucoup d'efprits. Plus ils 
lavent, plus ils veulent favoir, & dans les 
commencemens^ lors qu'ils font m ipfa ftu- 
diarum "incude pofitiy ils font des livres que ^'^- 
Saint JeanFEvangelifteficdecelui, que l'Ange 
lui donna, ils les dévorent, ty trouvai^t un 
cément de miel, &puis ils reflfentent des 
tranchées & des amertumes extrêmes, la dou- 
ceur s'étant convertie en bile.* Et accepiU-'^^* 
hnm de manu Angeles &*devoraviillum^ &*€^ \' 
rat moremeotanquammeldulce^ ^cumdevch 
rajjemeum^ amaricatus eft venter meus. Ce* 
la me fait Ibuvenir de l'Apologue rapporté par' 
Dion Chryfoftomc, que les yeux s'ctant plaints Orai. 4<. 
de voir comme la bouche mangeoit tous les 
bons morceaux, & particulièrement l'agréa- 
ble miel, fans qu'ils y goûtalTcnt, ooleur en fit 
part, & ils le trouvèrent fi piquant qu'ils ne 
le pouvoient fouffrir. En effet , la Science, 
cft la' jiourriture de l'ame, de même que 
l'aliment eA ce qui fait fubfifler le corps. Il 
y a pourtant cette différence, que le corps 
tombe aifément dans l'inappétence de vivres, 
quand il s'en eft rempli, là où nôtre ame 
n'efl de fa nature jamais faoule d'apprendre, ^ 

G iij 



icz LETTRE CXXXVT. 

& ne met jamais de borne à fes oomidfi&n- 
ces. .Que s'il arrive à quelques - uns d'^rou- 
t^er quelque faâeté dans leursctudes ; oumê- 
kne d'en faire mableur profit, ians doute 
qu'ils n'ont pas la force d'efprit requife pour 
Dien digérer la fcience^& pour la tourner heu- 
reufementenunebonnefubdance. Orcomme 
l'on auroit tort d'accufer de crudité la viande 
qu'un malade rejette, au lieu de Timputer à 
la débilité de fon eftomac; il n'y auroit pas 
plus de raifbn de reprocher à la fcience unet- 
fet,^ qui ne vient que delà mauvaife conftitu- 
tion de celui , qui n*a ni la vigueur ni l'adrdle 
necedaire pour s'en prévaloir. Car après 
tout, la partie qui nous anime, toute im- 
mortelle qu'elle eft, a fes infirmités, dont la 
bonnc^ Philorophie eft la véritable médecine. 
Elle guérit les maladies de l'entendement, 
qui font les opinions erronées, par la fpé- 
culidtion, qui lui fait difceraer le vrai ou le 
vraifemblabledufaux, & elle combat celles 
de la volonté, quand, nos mauvaifes moeurs la 
dépravent , par le moien de ïa Morale. 

Mais il n'arrive pas à tous ceux, qui fe 
donnent bien de la peine pour parvenir à cet^ 
te haute connoilTance , de reùffir dans leur re* 
cherche. Toutes fortes de génies ne font 
pas propres à faire une fi importante acquil^ 



lyUN HOMME DE GRANDE LECT. 103 

tioQ, &. quoiqu'on y apporte des entrailles 
d'airain, conmie ce Philoibphè Grec, qui en 
fiitiurnommé;^aAxm-«poç, ou qu'on ne s'y 
épaigne hon plus qu'Origene, que les tra* 
vaux extrêmes & lescontendon^d eiprit ccm- 
tinudies firent fàÇipdlerjidamiaaius^ la Sdei^ 
ce eft un rameau d'or^ qui ne fe laiflepas 
cudllirindffieremment par toateç.perfonnes. 
Quelqu'un l'a gentiment comparée à ces A- 
louâttes, qui trompent ceux qui les pourfui- 
vent, parce qu'elles femblent les attendre» 
ne s'envdant , que quand ils croient mettre la 
main delTus. Cependant ré defir naturel de 
fiivoir cR (i puiflant, que peu de gens aban- 
donnent cette pourfuite; chacun croit y reûf- 
fir mieux que Ion compagnon, & l'on y eft 
û fort trompé , que la plupart du tems ceux, 
qui en font le plus éloignés, font les plus 
perfuadés d'être arrivés au plus haut point 
delafdence. C'eft ce qui donne cette vani- 
té , & cette impormhe enflure , qui fuit Tal* 
tenuion, dont nous avons parlé des le com- 
mencement Car il y a des connoiflances 
imparfeités, qui font plus préfomptueufcs 
mille fois que la véritable Sdence, fi tant eft 
qu'il y en ait. La folide doârine eft tou- 
jours accompagnée de modefiie. Se même 
d'humilité > pf^m rajruvoif dit le Philofo- 

G iiii 



104 LETTRE ÇXXXVL 

phe, & les demi iàvans feulsfbotd^aanntplus 
alders, qu'ils cident lavoir ce qa*ik ne & 
vent DuUemenL Faites en l'experienoe^Yous 
ks reduirés toujours à cette extrémité de 
protefter^ qu'ils enteodent mille bdles dx> 
feS) mais qu'elles font de difficile explication 
Il n'en efl pas pourtant ainfi^ la plupart des 
matières, que l'on comprend bien, s'expri- 
ment avec Êidlité^ Sdentùe comts ejt- evùen- 
tiai JEt celui qui fe vantoit de connoitre k 
Tems, quand on ne lui demandoit point a 
que c'étoit , parce qu'alors il demeurent court; 
. fe glorijBoit fans'^outed'une fcience^ qulioe 
poiTedoitpas, autrement il eût pu èst^îqaer 
ce qu'il en penfoit, comnae l'on Ëdt pre^ 
fans exception tout ce que l'on a biencaoçû, 

/, r. Min ^ prorfus figttumfiientis eft^ poJHe dacerei bà- 

iapb,ç. u ^Qte eft Fauteur de cet axiome. 

Or le peu d'udlité, que plufieurs peifoo- 
nés retirent de leurs longues études, fisc 
qu'on a pris fujet d'inveâiver contre éks 
peutêtre avec trop d'animofité. J'en vois, 
qui accufent le Roi François Premier d'avoir 
gâté la France en mddpliant les Univerfités, 
& avec elle une iqrte de iàvans, qui ne font 
bons qu'à rendre plus grand le nombre des oi- 

( fif^, au préjudice de la Marchandiie & de 

l'Agaculturei. Depuis, difent^ils eooorc, 



D'UN HOMME DE GRANDE LECT, loç 

que cette telle quelle tàenco s'eft rendue fi 
commune^ la pradlionunie a été beaucoup 
plus rare qu'auparavant; pcfiquam doâi pra- 
dierunt , bom dtfuut^ feloQ que Seneque €fXi 
plaignait de fon tems. En^et , l'onne voit 
plusgucresdegens^ qui philofbphenc autre* 
ment que de la langue, ou qui emjdoient 
leur fayoir ailleurs , au'e&des propos choi* « 
fis, éfèvTSirpârmv l^XP^ r&KgyuVy faéifis 
proculj verbis tenus. Cependant, outre qu'il , 
y a une notable différence entre un homme 
de grande Jeâure, & un honune dvant^ il 
fe trouve de plus que la Iciénce,& là iàgefle 
fom des choies ûdktinftles/ que la première 
n'dl qu'une fleur inutile & de parade feule- 
ment, au pruc de l'autre qui porte de vérita- 
bles fruits: 

fapientiafmStum MârcPâ- 

Proiucit vita , fert igfajcientia fiwem^ ^l^ ^ 
Pradeftittiajfedluecomat. *^* 

Cda ne fe peut prouver par des exemples 
plus illuflres que ceux des deux derniers Rois 
d'Angletorre, Jacques Sixième, qu^onappd- 
loitleRordu&voir, & fon fils Caries reçâ 
Doâeur dans lliniverfité d'Yorc avec toutes 
lesfourures, & toutes les cérénionies accou- 
tumées. Et néanmoins l'on n'en trouvera 
pointde moins célèbre que le premiçr dans 

G v 



to6 LETTRE CXXXVI. 

toutes les Dynaflies de cette giamde Isle, m 

^ ée plus malheureux en fkèa que Ta été 

cet illùftre Doâeur, qui hii iucoeda. Op 

pofés à cela ce qu'a ohfervé le Cardinalde 

liei Cueva du peu de cas que font des Lettres 

Itidûpart des Sénateurs deVenîie, qui condd* 

lent avec tant de réputation l'Etatde S. ft&uc, 

,^ &vousaurésaflezdepeîneàconfèrv6riot|te 

^ reftime que plufieurs &mt de ces mêmes 

Lettres. La maggior parte, dit-il dans ià 

VJ^Won^ dtlSenato Fenetianoy ûmudeUe/Be- 

o parti k noviy Jbmfema lettere. Pourquoi 

donc fe tant travailler après les livres, & perdre 

la vue à les (èuîlleter ^ fâifant d'elle uq (âcrifr 

Faufau. ceàcetteMinerveOpkciialmitide desLaoed^ 

/. ^ moniens , qui préférèrent toujours le maIÛ^ 

ment de leurs courtes épées àtoutelafck&œ 

' d'Athènes. 

Çinefiiut-ilpas penfer fur^de femUables 

difcours avilir la choie de toutes, quimetle 

plus de diftinélion entre les hpnunes. Les 

t.iifipk. indifciplinés, fdonla belle peùfëed'Arifloce, 

^*"**-^'- ne voient les objets de refprit^ que comme 

nous Mbns les matériels quand nous enibm- 

mes fort éloignés* Et le Guliflan a fort biea 

déclaré en riant, qu'unigncnrant, pourgrsmd 

i& pour riche qu'il foit, n'eft, à le bieaprcn- 

^ * dso^ qu'un Acie parfomé d'ambre gris. L'on 



D'UN HOMME DE GRANDE LECT. 107 

ne Ciuroit donc trop d^mer l'application des 
gens d'étude^ qui tachent d'acquérir par elle 
ce qui leur peut être fr utile, &ri glorieux; 
Leurs leâures font ordinairement des conver* 
fations qu'ils ont avec les plus habiles & les 
plus iages perfonncs detouslesfiédes; au 
lieu que l'aiftion qui occupe les autres n'eft 
guères qu'avec des hommes d!e{prit populai* 
re, quelques fins qu'ils fôient, Afouventa* 
vec de dangereux fous. L'affiduité des Au- 
dieux à leur profeiïion'eA d'autant plus nécef- 
faire^quelesfdences, au/fi bien que les arts^ ne; 
fe perfeâionnent que par rqMrifes & par ad- 
jonâions, crefcunt per additamenta. La 
fdence d'un jour ou d'une nuit, car l'un ic 
l'autre entrent dans ce compte^ ie commu- 
niquent aux autres qui fuivent^ & qui enpio- 
fitent, ""àifcijndus eft priaris pofterior die$y & 
d'aiUeors lesfecondes penfées, qui parfont 
pour les plus &ges^ reâifient prefque toû* 
jours les premières* Sijb continuité des mé- 
ditations de ceux, doçt nous parlons &m- 
ble importune à quelques-uns, qu'ils fe fon- 
viennent du mot que Xenophon ûit prondn- . . 
cerà Socrate, qu'il vaut bienmieuxêtreappeUé - 
(pp(7vr/r^V; ou fonge dreux, quand Ton auront & Omo. 
deffein de nos injurier, que d/Ppovriçoç ou é- 
toùrdi. Je (ai aflez qu'il Te ùk quelquefois 



108 LETTRE CXXXVI. 

de mauvaifes études > ou de dangereufes k 
âuces, & que nous h'eo pouvons Ëdre> qu 
. approdie nôtre connoîffance de odles des I: 
telligences, ni même du moindre Démon 
Les Chinois nommentlelèjourdesDiables!; 
maifon enfumée, mais telle qu'elle (bit, I^ 
moindre de ces malins elprits y voit & dji& 
gue mieux toutes diofes, quenefamoitû: 
re naturellement le plus £ivant de nos De 
deurs. Cela nenous doit pas empêcfao'poc 
tant) de nous inftruire autant que nôtrehun; 
nité le pemiet» Àdefuivrecette pente, quo: 
tous Ijes hommes vêts la fdence , ou cet: 
d'apprendre, que Dieu & la Nature ne ooj^ 
ont pas donné en vain. Certes, il&tfêroi 
bien d^épravé pour en ufer autremeot, & Kl 
^.iifin. trôuvequeCicax)naeuraircMi) deslcn^l 
ner qu'à moins d'être tout à ùdt iatmgc ÏÀ 
bratal ; l'on ne peut refifter à cette douce ; I 
utile follidtation de favoir^ que nous inir 
me en naiiTant celui qui donne l'Etre. ^ 
autem fam agrefiibus inftitutis vwit^ (Ott 
contra fludia nature tam veAementer ohdnf^ 
Ut à relms cogmtu diffiis ahfwrreaf y eaffi 
vohiptate aut uttlitate aliqua non re quint: 
fro nthUojnaetf II a railbn fans doute, • 
ne (auroitrenoncer àcetinflin^feoet, nii 
; appétit de connoitre^ fans renoncera: 
m^oité. 



^ Hli JO^ 109 

DÈS SEPULCRES. 

LETTRE CXXXVII. 



MONSIEVR^ . ' 

^omme il $'efl trouve des peribimes dui . 

> ont mis à un fi haut pointllipnneur des 

)ulcre$, qu'ils ont ofé prendre le Ciel à 

tie s'il n'étoic pas déféré à ceux, q^uilc 

ritoient; 

Mamiùreo lÀcnm tumulo jactty at Ç^toj^^^^ 

parvoy Is. 

- Pompeius ttuUo; eredimus effè Deos^ 

en a eud'autres aufll, qui s'en font ablb- 
i ent moqués^ & fans parler, des Philofb- 
: > l'on a vu des Natiocts entières ^ quionc 
^ gloire d'expofer leurs cadavres tantôt aux 

aux féroces des bois , tantôt aux oifèaux 
.ctciers^ oumèmeauxpoilTonSyficesNa- |' 

r étoient Ichtkyophages^ comme pour ren- 

leur tour la nourriture à ceux, qui les 
i nt ^mentes > & faire, . que leurs ccxps 
u :> de vie ne fufTent pas abfolunient inud* 



1. 



iio LET T R E CXXXVIL 

les. Je penfe qu'ici, comme pretque par 
tout ailleurs 9 ropi&ioo moiemie entre ces 
deux extrêmes Oft la plus eitimable. Ainii 
lesPhilorot)hesLycoii> & Stratoo fumommé 
le PhyfideQ , ordoouent dans Diogene Laêr- 
ce à leurs exécuteurs teftamentjûres, denc^ 
tre ni fuperflus > ni fordides dans leun fiioe* 
railles. Le (ymbole d^ PythagcMÎdensallûit 
là, dans la defenfe d'amaÔer trop de bois de 
FlorMl Cyprès; non coacervwida ligna a^effina. £t 
4g,Tliv. j^Qus voions dans l'Hifloire Romaine Marcus 
Tacts. ^miliusLepidus, quidefendàfeseo&osde 
'^ntk gûre la dcpwife dHme pompe funèbre, ASe- 
neque, qui ordonne dès le tems tiefaplus 
,. grande faveur, & de Tes immeniès ridieiles> 
que fon corps fôt brûlé fans aucupe fokami- 
te. Il n'y a guéres d'hiftoirés, qui ne me 
' ' foumiffentdefemblablesexeniples, mais je 
me contenterai de prendre de celle dïfpagae 
/. â2.c.y. écrite par Mariaha,la prohibition exprefle^qti^ 
fit Âlphonfe Roi d'Arragon, fumommé le 
Magnanime, de lui ériger aucun Tombeau; 
/ ce qui fut imputé à une extrjaordinaire mode- 
jnie. Il faut fans doute déférer à TuÊige de 
chaque pais, mais Ton ne fauroit trop s'éloi- 
, gner d'une vanité que Saint Auguftin ne re- 
garde pas tant pour être à l'avantage des 
morts qu'àlaconfolationdesvivans? proisi'* 



DES^ SEPULCRES, ; m 

mniaijlay cwratkfmeris y cùtuHHofepdturi^j^Luiê. 
impaexeqmofrum^ magisjimt vivorum/olatia^ ChfJkx. 
uamfiilfi&a mortumum. - Ce (entimait eft. '^* 
'aucant'plusChrétieiJ^ quedaàslaRel^ioii 
'ayenne Ton écoit fi. aveuglé que de croire, ^ 
u'à âute d'avoir reçu lliooiieur de la fepul* 
lire, ou celui à'im.KemaapÂej les âmes ' 
es defiipts deineurc»eiitenaqt€isrefpacede 
ent ans^ miierables comme celiede Palimir^ 
evanr que de pouvoir, pénétrer )u(qu'au Roi- 
ùme de Pluton. L'on y tencHt aùffi pour 
lïïiré, que ces mêmes âmes étoientleiifible^ 
lenc touchées là bas des homieurs de l'inhu- 
latioQ' &idès funérailles. Ceft ce qui fidc 
ire è E^iée^dans le dixiàne livre du Foâne, 
ui porte fou nom, - 

laterea/odasj mhatataytie cotpara terra . 

Mandemusy ^/oks honas jieheruateju^ 

im^eft. 
'opinioa contraire à cette (upedlition fen-^' 
ledcMic devoir être préférée à cet égard. < 

En effet, ilnyapointdefinauxdépenfes 
es tombeaux & des pompes funèbres, quand 
on eft une fois perfuadé que cela donne de ; ^ 
i iàtisfiiétion à ceux y dont la mémoire nous ^^^' ^- 
Il chère. Les Maufolées, les Pyramides, ^ ^"^ 
sSphyngcsmême^ & les Obelifques, puii^ 
ue Bdon prend leurs entaillemens pour des 



M» LETTRE CXXXVIL 

' BMuqùeadu fepulcre de quelquesRoisd'Egf 
pi», ne oootentent iaqiais la vaine paffioa 
deceuX) qui en fdn&: touchés. < Il ne fiiffit 
nos à ce Morfatque.afiligé dq tr^as de foa 
cher Hepheftkm, de fiikte couper fccrin de 
tous les chevaux de fk Cour» & de touttsies 
hèce6 de chaige, il veut même qi>*OBfafclc 
haut des tours, &i]u*on abatte les parapets 
de* villes murées,pour leur fîdre en quelque 

&9on porter le deuïl de la ïfctte de ce Favoii 

Le Inxe n'eft pas moins grand id, quW 

•dtiods de la pkis ibkmndle r^oulflance, & 

Venus Ubitine, ou £pitj!mbie& Sépulcrale^ 

n'dk ^ moins- dépenfitere quelquefois que 

çelie^ qui préTide àtoute iorte dedilSalatiûDS. 

Il y a fi peu d'Epitaphes, quife tieanentdais 

une jufte modération., que lltalien en a &« 

m de fes proverbeà , lufâfmhgûario im 

Efàtaphio. Loilïs Onzième fiit contraint de 

feire dianger odlc de Quillaume Chwtier, 

Evoqué de Paris, en une bien difféïenie,aui 

' contenoit la mauvaifc conduite de « Prto 

durant la gUetre dite du Bien public, ou d * 

voitanimélesefptits contre le feiwccduRoi 

en faveur duDucdeBoœgogne. Etlànsparla 

desmagttifiquesfimeraillesqu'Evagoias Spai- 

tiaie, & Miltiades Athénien, firent fijrc i 

des chevaux vidoricux à la couifc des Jcui 

Olympiques 



DES SEPULCRES. iij '( 

, $ 

Olympiques , d'autres à des chiens y & Philo^ 
[bphe Lacydes à ion Qifbn; le peuple Kçy ^ 

nriâin non content d'avoir rendu le même ^ 

bonneur à un Corbeau qui le ^luoit ordinal* ^1 

remeQ(^ ne fitril pas mourir Ion meurtrier? ' 

accoriùnt à un fi vil animal ce qull avoit re- 
fuie à la mémoire- des Scipions. Je ne dis 
rien des Oraifons funèbres, encore plus li- 
centieuTes (buvant que fes Ëpitaphes, pour 
vous demander feulement la raifondufilence 
des Hpagnols en cela ^ ne prononçant jamais 
à œque portel'Hiftoire duPréfidcnt de Thou, ^*^ «*« 
d'oraifon funet)re en fiiveur dç perfonne. GrfZl!' 

Peutètre ferés vous bien aife d'obferverL.^^^* 
encoreapnîsPoftel, comme il n'y a que k feu- ^*-**"^' 
kRéligioô Chrétienne^ qui demande une teire^' 
benitt ik ianélifiée avant quelescorpsy foient 
inhumés; dans toutes les autres Religions le 
corps mort & enterré étant celui y qui rend 
le lieu où il eftmis, iàcré & digne de re- 
fpeâ; 

Sacrilega hiftis abftinere manus* ^£- c'^- 

Clément Alexandrin fait voir à ce pn^K)S>^;'' 
comme b plupart des Temples delà Gentih- 
té étoient de véritables fepulcres, qu'on a- 
vdt convertis en ces fuperbes édifices, qui 
couvraiait la iiMnteté précédente des Tom* 
beaux. Et la Religion a £ut croire de tout 

TmeVlLFmn. H 



114 LETTRE CXXXVII. 

tétas y que naturellemept ces Monuoieos in- 
fpirbicnt je ne fai quelle^ vénération > ou mê- 
me que leurs Mânes ^ comme l'on parloitau» 
trefois, exerçoient leur vengeance fur ceux; 
qui vidoient le reipeâ dû à des lieux û pn* 
Yilegiés. 
Epigr.vèt. Crede\mihiy vites aliquas natUTMfepukm 
9KStu. Attrilnêit; titmulosvmdicatumbrafuos. 

Ceftfur ce fondement qu'Hérodote couche 
entre les folies & les irréligions de Cambyfes, 
celled'ouvrirlesplusanctensfepulcrés^ pour 
voir ce qui étoit dedans: Et qu'ailleurs cet Hifte- 
tien Eût qu'IndathyriusRoi des Scythes répond 
encestermesaudefBduRolD^us, qu'àn'e- 
toit pas (i preflfé que lui de combattre» suff 
qu'il vouloit bien l'avertir pourtsutt, qu'au 
cas qu'il en eût tant d'envie , ccMnmeiUe té- 
moignoit^ il n'avoit qu'à entvepreadre cb 
maltraiterlpsTotebeauxdefesPràl&relïeiBS, 
l'aflurant qu'alors il trouveront à. qui parler. 
Bref la fainteté de ces lieux étoit (i gnmdo 
dans toute Tétenduê du Paganifme» que b 
foudre niême de Jupiter ne la pouvoitposdh 
minuer. Ainfi le fepulcre du Législateur 
Lycurgue, & celui du Poète Euripide, aiaoc 
été touchés du tonnere> ces coupsdu Ciel 
qu'on pouvoit interpréter à leur ddÀvantagC; 
furent pris tout au rebours à leur plus, gian- 



ï 



DES SEPUJ.CRES. iif 

e gloire. Si eft-ce qu'ils font fujets à la 
ommuneDeftinee, qui £ulc fiiiir tout cequi. 
eu oommeocement, » 

Quflttdoqmdem data fimt ipfis quoquefata^^^^ 
. /epulcris. >•'•• , 

/on a beau le$ entourer d'Amarante, de ^ 
oubàrb&ou de Sempervive $ pQurfymbole 
le perpétuité, & les conftruire aux heures 
a vorables félon l'avis des Aftrologues , com- y6ia.it A- 
ne le font les Cochinchinois, qui penfent,^^^ 
ue tout le bonheur des familles dépend delà; 
Is n'ont pas plus de privilège que les villes 
»itieres, qui ieconvertiirent en des ruines & 
sndeslblitudes, magna dvitas^ tnagnàfoUtu* 
do. Ileftvraî,qu*onaditd'elles> qu'elles deve* , 
noient enfin, qudquesgrandes qu'eUesfuflen^ 
des Sepulops d'une extraordinaire étendue, 

Magnarum rerum magna fejmlcra vides. lUgrait, 
Bt fi le mot Mùmmenhm convient auxTom- 1 ^ 
beaux ordinaires, à cauTe qu'ils nous portent 
au fouvenir de nôtre conditicHi moftelle, quia 
mœntmentem; il ne fera pas inolns propre à 
ces villes defolées, dont nous parlons, qui 
n'obligait pas à des penlees moins morale^ 
oi moins inffa:uétives« 

Mais vous avés eu tort de m'imputer , que 
^ ma Lettre des I^ompes funèbres )'ai« 
^itporoitre trop d'inclination pour l'inhuma^ ^ 

H ii 



^ifi LETTRE CXXXVIL 

tion hors Ses villes que tant de peuples odc 
pratiquée. Vous ne l'a vés pas lûé^ rpute eo* 
tiere^ fi vous n'y avcs vu, comme je (biimets 
en cela le raifonnement 4iumain à rautontc 
de . l'Eglife. J'avoue que fans fon uf^ je 
«0 défererûis beaucoup à celui de tant de Nsd- 
ons, dont j'ai parlé, & même à ce qui s'ob* 
Jiurric.4. ferve encore préfentement dans toute Véta^ 
kiji*€.2û. J^g ^Q ç^^ grands Empires du Turc, &à 
^ la Chine, où les Cimetières ne font jamat» 
renfermés dans l'endos des villes. Pour es 
qui touche le Médecin, qui pour ne.préjudi* 
cier à la famé de perfonne ne voulut pas êoe 
enterré dansl'Eglife, c'eft une injuitice tou- 
te pure de malinterpréter Cbn intention, qu oo 
peutfoûtenirtrès louable. Jen'ai pas vûfoDt6 
Aament , mais voici cp quecontiq||rEpkà|)bc 
qu'un de fes enfàns fit mettre au Qlmeticrede 
Saint Etienne. , Simo» Pietreus DoSof Mi* 
dicus PariJîenJU^ wpiks^ îfproha^ kkjA 
Jiofepehri volmtyy nemortuuscuiquamnocent^ 
fui vivus omnitus prqfuerat. Ne vouloir cui- 
re à perfonne ni vif, ni mort, n'eft pasieufe- 
ment de Fhilofophe, il efi de Chrétien; & 
le bienheureux François de Sales n'a jamais 
témoignéplus de charité envers fon prochain, 
qu'enleguantfon corps, qu'il étoitpritd'abao- 
donner 9 aux Chirurgiens, pour fervir utile- 



DES SEPl/LCRES. 117 

aent à leur inftnKHion. Si rinterêt prcnoît 
uelquepait^ comme vous le croies^ danstou* 
c cette matière^ l'adipn de Galeas Duc àeMatth. 
^lîlan doit Me confidérée, qui fit enterrer*^- *^ 
out vif un Prêtre avec le corps d'un trcpafféjt 7/' 
|\i'il n'a voit pas voulu mettre en terre fans ar- 
rent. Grâces à Dieu , je ne penfe pas ^ qu'on 
puilTe reprocher rien de tel à nôtre Siècle. 

Le fujet de cette L.ettre n'eA pas R agréa-; 

ble , que je la doive rendre plus longue. Les 

plus beaux fepulçres ne le font qu'à demi>y^* 

pu/cra femi''pulcra; & quelques fbmptueux 

qu'ils foient au dehors^ le dedans n'eft que 

pourriture. Il n'y en a point d'ailleurs dont 

la magnificence égale celle du Tombeau de 

Themîftoclc, à l'honneur de qui Ton dit que. 

toute la Grèce feroit fon Mohumeiïf. Quoi- 

qu'il enfoit, vous favésbien, que cette ma- . 

tiere, toute lugubre qu elle eft, ne laiffcpas 

de recevoir en beaucoup de lieux le divertif- , 

fement des fefiins; & afin de vous y donner 

quelque recréation., je vous redterai, en fi- 

niflant, des vers, qi^i furent faj'ts fur celui, , 

qui ne traitoit jamais fes amis qu'à la mortde 

fcs enfans, « . 

Eptgr-vet. 

Canviva mferi luBuî depofcite multct; l j. 

Prandin tôt venient\ fmera qwtfuervït. . 



irg LETTRE CXXXVIII. 

Cette Epigramtne' dans ibn (èns, auflibiea 
que dans (on expreffioh, n'» rien querandeo- 
neRomenepuiffe avouâr. - 

DU 

SAVOIR HUMAIN. 

LETTRE CXXXVIIL 



MONSIEUR, 

J« 
e fai bien qut les plus grands hcxnmesont 
faît ptofeffion d'apprendre des moindres, 
& qu'ils n'ont pas même mépriië quelquefois 
le raifonnenient des enfiins. Pourquoi en 
auroient-ils uTé autrement^ Yi nous ibnunes 
contraints de reconnoitre que les animau^i 
tout déndfonnables qu'ils font^ nous ontfoa- 
vent fîdt de très importantes leçons. D'ail- 
leurs lecélebre Arabe Locman, interroge ptf 
les Perfes^ comment il avoitpû devenir fiià* 
vant? répondit) queç'avoitétéparlemoiea 
des îgnorans en reniarquant leurs &ute& Tant 



/ 



DU SAVOIR HUMAIN. ; 119 

il cft vrai que d'une façon ou d'autre les gen$ 
habiles peuvent tirer profit de la converfation , 
des plus groffiers & des moins illuminés. Si 
eft- ce queie ne puis affez admirer, que vous 
fbiés centré en CQnteflation réglée avec celui> 
dont vous vous plaignes, n'aiant jamais oui 
dire , qu'un bon joueur d échecs ait prjs plaifîr 
à montrer ce qu'il y favoit, contre ceux, qui 
connoi0ent à peine le mou veqient des pièces. 
Quel contentement , de difputer avec des per- 
fonnes, qui ont naturellement la cervelle pé- 
trifiée, puifqu'Epiâete appelle leurraifonne- Aria^lut^^ 
tncatTH v(njTaiovdbroKi6oû(rivi ou avec quelqu'un J- ^9* 
de ces matériels,, qu'il nomme ailleurs ^éçw \ 
cu(MTi8y fextariumfanguinis: 1 Quand vôtre 
adverfâire n^auroit'pas été tout à fait fi Au- 
pide que ceux là, vous déviés vous fouve^ 
nir^ qu'il n'y a rien ordinairement de plus in- 
folent, n'y de plus importun, que ces hom- 
mes d'étude tardive, qu'Hotace apoftrophe tj.fii.t$. 
en ces termes, Jeri ftudiorum. Ciceron. 
n'avoit ofé changer le nom^que les Grecs 
leur ont donné, quand il ^t à Papyrius Pat- 
tus, à^iUÊS^içmitemh(mi$iesfcisquaminfolen'^ ^ 
tesfint. Mais Auki-Gelie a décrit excellem: £, ;;. cjo. 
ment l'incommodité de leur vice d^opfimathie 
en parlant ainfii : Qui ah aSo génère vit a detrù 
tijam & retorriii ad Hieranm di/cipiinas fe- 

H iiiî 



lao LETTRE CXXXVIII. 

tius^aàeunty fi forte uàèmgamdinaturaj &* 
fuhftrgutulifinty oppido quamfiuttt in litteirm^ 

< rvm oftefitatione inepti^ ^ frwoti. Nous 
n'éprouvons que trop fouvent avec dis^mm 
la vérité de ce qu'a écrit ce Romain. Je 
veux donc croire que vous ignoriés d abord 
à qui vous aviés â faire ^ & qu'il vous eilarri* 
vé dans, cette méprife comme à Diomede, qui 
pcnfant combattre Enée y n'efcrimoit que coq- 
tre un phantôme. 

Pour vous conibler, je vous dirais qu'à 
mon avis il efl encore moins delavant^eux 
d'avoir à contefter contre un firanc ignonor, 
que contre de certains demi-âvans, quin'oot 
que des notions confufes, ou impaifiittes 
femblables à celles du Margites d'Homère, 
dont la connoiflance s'étendoit fur wieîofini- 
té de chofeS) mais qu'il (kvoit. toutes trcs 
^.Bkcj. jQgj Cjjj. comme Âriftote l'a fort bien ob- 
fervé, beaucoup de peribnnes s'attadpt 
plus fortement, & avec plus d'opiniâtreté à 
des erreurs^ dont ils font perfuadés, que 

' d'autres ne font à ce qu'ils connoKTent avec 
toute k certimde , qu'on en peut avoir.^ Nos 
foDges, qui nous tranfportent quelquefois fi 

. fort, font des preuves évidentes, que nous 
fommes touchés également des clû^fes vai- 
nes, quand nous les Gcoions, comme decel- 



DU SAVOIR HUMAIN. lai 

les ) qui ont une véritable exiftence. J'avoue^ 
que [l'on èfl ordinairement détrompé de ces 
rêveries noâumes.par le réveil; mais il fe 
trouve des gens pour qui jamais il n'eft jour^ 
& qui ne quittent de leur vie les imaginations . 
obfcures & trompeufes^d'un faux favoir. Ce- 
la eA d Qbi;tain, qu'à le bien examiner par in« 
duâion^ Ton reconnoitra prèfque toujours^ 
qu'il n'y a point ^'opinions plus affarément 
Êiufles,.que les plus univetlellement crues; 
de quoi nous nous fommes aiTez expliqués 
ailleurs. Cependant la perfeverance opiniâ* 
trede ceux, dont nous parlons leur eft bien 
plus honteufe^ qu'à d autres l'aveu d'une i* 
gnorance^ qui^nous eilfi naturetloi qu'elle, 
mérite par tout d'être excufée. Non emm pa^ -L^fc 
rum ccgnojffkj dit excellement Ciceron, fei^^' 
in parum cognitofiuhe ^ diu perfeveraffè turpc 
eft. Il fera néanmoins toujours plus de ces 
demi -favans acariâtres, & entêtés, iro%Km 
7pafXftaTCOvr(juot;mçxa7V0t];, nmltartm litte* 
rarum colenUs fumos ^ comme parle ThefiEe 
dans Euripide j que de fa vans fmceres , où de ^^VP^^'^ 
dociles ignorans. Si nous ne pouv(»is être 
des plus à eflimer parmi ceux 1^, faifons ce 
que nous pourrons pour demeurer dans ce 
beau milieu, que nous décrit le convive de 
Flatoni entre la fâence & l'ignorance^ & 

H V 



Ii2 LETTRE CXXXIV^ 

qui confifte à poflederdes opinions finoa cer- 
taines, au moins vraiiemblables^ ne les d& 
, fendant jamais comme confiantes^ mais.feu- 
Jement fur leur probabilité. 

Cefl une chofe étrange , que ttnt de mon- 
de defirede pafTer pour favant, & qu'il y m 
flit (i peu, qui ièfoucie de Tètre véritable- 
ment, en fe peinant pour acquérir des coo* 
noi(ïances propres à éclairer Ventendemeiit, 
ou à re(%fier la volonté. Cela vient uns 
doute de ce queims vitay JeJJchùla àifdma^ 

TSf.ti>l comme s'eh.efl plaint Seneqiie à h fin d'une 
defesépftres. Nous ne fongeons qu'à nous 
- rendre adroits dans cet an polémique ou guer- 
rier de rEcoIe , fans nous fonder de remploier 
ferieufement en faveur de la vérité, ou de la 
C(Xiduite de nôtre vie. Qui eft le Philofophe 
aujourd'hui, non plus que du tems de Cke- 
ron, qui exerce fa profeiïion à autre deifein 
que pour en faire parade, (ans avoir la mdih 

2.TtifqH. dre penfée d'en profiter? Qui difdptinamjkâm 

non Qfiefaationemfcientiay fei Ugem vitapit 

teti ^iohtemperet ipfe fihiy îf decretisfiàs 

pareat? En effet, la vanité, que cet excd- 

. lent hommeattribueà PEpicurien Vellehis ea 

i.iemt. un autre endroit, nous peut être juflemeot 

^^^* reprochée, nihû tam veremur , quam ne iakù 
tanaU^dere ifiàeamitr. NôttepIusgnuL 



liU SAVOIR HUMAIN. I2|. 

de crainte eft de demeurer court, & défaire 
connoitre que nous héfitions tant^ foit peu. 
Dans toutes nos difputés , & parmi nos plus 
ferieufes conférences, nous ne fongeons qu'à 
feiré paroitre quelque pointe ou fubtîlité d'ef 
prît, plutôt pour obtenir la viiftoire, que 
pour nous irittriyre, & pouren drer de Futi- 
lité; magis cordi eji non dubitare, ^uàm non 
rrrare. Or ce n'éft pas merveille que cela 
foit ain(i , puifque nôtre première inditutioa 
dépend toute d'Arihote, à qui ce défaut tsfl: .' 
imputé préférablement à tous autres^ d'avoir 
eu plus de foin d'ipftruire fes difciples à bieti 
diiputer^ qu'à bien peniër, & à contenter fi- > 
nement de paroles leur adverfaire, qu'à le 
lâtisfàire , & foi même par de bonnes r^ons. 
Schohe Ariftotelis mos eft curare ut haheant ho- Bac& 
minet quad prtmimtient ^ nonquodfehtiattty '^^^i'^ 
éKere qutmiodofe exp édite âjSUrmando aut ne* 
gandoy nonqiiomodofihifatisfacerepoffba. En 
effet ,^ quoiqu'il ait bien prouvé la plupart de 
fès axiomes. Ton nefàuroit nier, qu'il tCmt 
fouvent refuté très mal, &calomnieufemeot) 
les autres Philofophes, qu'il vouloit contre- 
dire. Cependant nôtre but principal devrait 
être d'acquérir par la difpute unefolide do» 
drine, capable de donner quelque fadsfaâion 
réciproque) & dont chacun fe pût prév^iofr 



124 LETTRE CXXXlV. 

en la polTedant j puifque la icience n'eft riea 
fiins Tufage, ni toutes nos connoiflànccs li 
GciTùn. '. nous ne les mettons.en pratique^ wm paran- 
, de fié. (Ja/olum notis , fedfrutnia etiamfapUntU efl. 
Saos mentir, la paffion que nooobâaot 
cela quelques-uns ont témoignée pour ce 
Chilofophe, eft tout à &it merveiDeure. £1< 
le a paire jufqu'à l'adoradon parmi les Car- 
Bw¥^ pocratiens> & les Theodofiens hérétiques. 
w».j. Les Théologiens de Cologne le déclarè- 
rent depuis préeurfeur de Nôtre ^gneur 
m Naturalibuf ^ comme Saint Jean Baptiffeâ 
>fer de Crratuitisy tirant un parallèle entre ces deux 
van'fex. perTounes, qui nepÛt être reçu fans quelque 
Aji/j.»fr. forte d'impiété. Henri de Haffia, Char- 
treux, a été tranfporté encore d'un zcletiop 
ardent> lors qu'il l'a foûtenu auffi lavant que 
. nôtre-premier Percj & George Trapezun- 
tin de même dans un livre &it exprès de la 
conformité defa doârine avec la ûdnte Ecri- 
ture. Macrobe entre les Payens l'a, à ce 
qu'il me femble , loue le plus hautement&Ie 
plus délicatement de tous, quand il a fiât 
fcnipule de lui contredire^ vu que |a Nanire 
acquiefçoit vifiblement à toutes Tes maxjmeç 
-j^^.^ iVOTf(j^, dit-il, nm affentiriviroy cujus 
pwentis nec ipja Natura àijjèntit. Beifgeroa 
cemarquedansfonTiatté des Tartares , qu'ils 



/ 



DU SAVOIR rtÛMAIN. i^% 

pofTedeift les livres d^Ariftote traduits en kur 

langue^ enfeignant avec autant de fournie 

fion, qu'on peut faire ici; fadoârine à Sa-* 

niftrcand , Uniyeifué du gr^nd Mogol , & à 

préfent ville capitale du Roiaume d'Usbeç; 

Et nous apprenons de la Réladon d'OIearius^ 

que les Perlés ont de mêçie toutes lés œuvres 

de ce Prince du Lycée , èntpliquées par beau* 

coupdeCpInmentateurs Arabes, qui nom-*' 

n^ent communément fa Philoibphieile Gobelet 

du Monde, avec cette adjtinâion pourtant, 

quil n'y faut boire que (obrement^ parce 

qu autrement elîe entête & enyvre prcfquc 

toujours* Bref on peut dire avec plus dç\vé-i 

rite , que Ton n'a fait autrefois d'Homère, que 

jamais tous les Empereurs enfemble n'ont fait 

tant vivre de ' monde par leurs libéralités^ 

qu'Ariftote feul par ce qu'il a valu à cpux , qui - 

ont été profefieurs de fon fyAeme philofophi- 

que. Mais dautantquePythagore^ Platon, 

& ces autres anciens originaux de (agçffe & 

de^ertu, ontcuauffidesSeâateurs, quire- 

cevoient leurs opinions pour des Demonfira- 

dons, croiant que leur grande expérience 

leur avoit donné une vûë particulière, pour 

difcemer mieux que peribnne les principes 

d'où fe tirent les raifons & les confequences 

fyUogiftiques; les amis du Péripatedfine s'a- 



aa^ L E T T R E CXXXVIII, 

!vi(crent de les accorder avec ArSftote, fedon- 
hant mille peioes^ poitt cela. £a vérité, 
Platon & Coi^^ Academip ont eu de pui^ 
^thletesde leur côté. Sans parler des premiers 
Fcres^de TEglife , qui ont prefque tousèéde 
' ce nombre, Qperon a toujours préféré Fla-j 

tcxià ArifiotÉ. Çt}6 ne veuxquece texte delà 
prensiereTufculane) pour juftîfier^ cbmhiea 
il étoit prévenu en faveur de celui Û : Entre 
vuh^-çulsmalo cumPlattmeyquàm cum àlmkm 
, Jentitei^ ajoutant lin peu aprés^ Utemmu- 
tionem Plato nuUam cfferret^ vide quiàham 
trtbuamy ipfa mitoritate me fnn^triU Por- 
phyre donc entre autres compolk fept livres, 
où il prétendoit montrer clairemeoty que 
Platon & Ariftote n'avoient qu'une mène 
penfée, quoique leurs tenues ne fuifent pas 
(emblables> & que leur façon ^ s'expliquer 
parût différente. Ces livres fe font perdus» 
mais ceux de Froçlus^ & de la plûpm des In- 
terprètes Grecs d' Arjftote , fuppléent à ce de- 
f^^r'M- faut outre que le Cardinal Beflarion a depuis 
^'* contribué beaucoup à ce defTein. Aiofi l'on 
s ' a voulu encore concilier les opinions deSaiuc 
Thomas avec celles de Scot, le Pape Sixte 
Quatrième aiant fait un liyre e:iq>rès afin de 
montrer^ qu'ils convenoient en même do 
ârinei bien que leurs paroles iiÛentcroirele 



DU SAVOIR HUMAIN. 127 

; tndre. Si &ut - il a vouéer y qu'à le bien 
^ idce y tous ces accommodemens , ancien^ ^ 
nodemes^ font abfoluraent frai^duleux^ 
ue c!eft trahir la Philofophie que de vou- 
. compofer à }'ainiable des iendmeas d'une 
ifibk oppoiitioiî. UrhemphilofopkMprê^ ^jjytom. 
r, diroit Ciceron , dumcâfteUadefenditiSé 
jr paroître ingénieux en faveur de quet 
:s particuliers , & en des chofes fi difBci^ 
' , ou plutôt impoiTibles^ nous abandon- 
/ is la finceritîé philoibphique> & nous ap^ 
:ronsàr\re aux dépens de la vérité, qui ne 
, :econnbit preique plus. Je ferai plus har« 
il je m'explique en termes étrangers,. 
jpl<^aQt le mot de Seneque , «0» pojfum hoc j^ q^^^* 
9 àkfre ÉudCdecilianum^ Otriftes ineptiat^ 
icuU Junt. 

Or fi la fdence a reçu beaucoup de préju- 
:e d*ùh trop grand attachement à descho- 
particulières, & d'une jtrop baffe foûmif* ^^^^^^ 
m,' dont ceux-là ont ufc, qtiihi unaphi- ' 
op/Ua quaji tahemaculum vitcefua pofuerunt^ 
»mme en parle l'Orateur Romain; elle n'a. . 
s été moins intereffce par^'autres, quipor- ^ ^ 
^ de vanité ont &it gloire de prendre des o* 
Il ions folitaires, & que perfonne n'eut cûco- 
iuivies ni époufées^ Car l'on a remarque Cic. 4. A^ 
ins tous les filles lettrés, qu'une infinité ^^^ *"' 



I2g LETTRE CXXXVIIL 

d'efpriEs bot eu rambitiôn de cet ÂntiodHis, 
qui abandonna les Âcademiciciis fur Vcfy^ 
rançe qu'on lui doonoit, que fiufimt bande 
apart, ilauroitdesdifdpks^quîponenMeQt 
le nom d'Antiocâùeni La ni£me préfom* 
pdon apbruévidemmenten ces dernierstems, 
où tant de gens voulant pafTer pourNovateun 
^&Che& de bande, ontaffeâé, û non d'éta- 
blir d^ nouveaux fyflemes, pour le moins 
d'en fophifliquer quelqu'un avec denouvesoix 
termes > & des dc^nicîons nouvelles ,ppopfes 
à couvrir leur deâdo. Quintilieirs'dlpfaBiic 
hautement de cette raauvaife ëiçoq d'an- 
i)rouIIler les chofes, au lieu de les édairdr, 
a.lfi/c.f. quand il dit au ûijet de la Définition; frana» 
quoddamut çrbitrorftudium circajcriptans êr- 
tium extrtit ^ nihil effdem ver Us quapriarâi- 
fuit occupajfet finiendi. En effet towe nou- 
veauté > foit de paroles, foit de peniees, ea- 
n/^«!r^d* gendre de rd>fcurité, & donne delà peine, 
Ï/T t2^- paroiffant d'abord corne dijpmamiA a fmc- 
.ta. chioy tenehe aUa vifta^ fetore a fodior&^y d- 

marez%^al guftoy Ct ruuidez%a al tattOy filoQ 
qu'un Italien moderne s'en eiçplique. Ct 
B'efl pas que je veuille condanner toute fixte 
de Novateurs, ceux qui (ont Inflaurateurs 
des (dences^par le changemdit^ qu'ils y font, 
méritent autant d'eftime, qye les autres de 

blâme, 



DU SAVOIR HUMAIN. 129 

l>1âme> lo^ qu'ils ne font que détruire.. Mais 
au/Ii ne doit- on pas donner aveuglément Ton 
iiiffrage, comme plufieurs font, àtoutefor- 
tc de changement, & de nouveauté. Il n'eft 
pas des axiomes de la Philofophié comme des 
loix civiles, & des contrats, qui fe paffent en- 
tre perfbnnes privées; les vieilles maximes^ 
fondées fur la raifon & fur l'expérience des 
anciens, ne font pas obligées -de céder fans 
difcemement à celles ^ qui fe préfebtent de 
nouveau, & qu'il fcmble même quelquefois, 
qu'on voudroit feirepafferavec violence, .ou 
du moins avec cabale. • Vous avés connu de 
ces Novateurs , qu'on pourroit comparer dans 
le delTein qu'ils ont eu à un Roi de la Chine, 
qui fit brûler tous les livres de fonEtat, com- 
me dangereux & nuifibles, afin qu'aboliffant 
la mémoire decè que fes prédedeffeurs aVoient 
exécuté, il ne fût parlé que de lui. C'eft 
le même Monarque, à ceque nous apprend ^ 
le Père Martinius dans fa première Décade, 
quîfitbâtirla grande muraille, quifeparecet 
Empife de h Tartarie. Vousfavés que jene 
fuis, ici non plus qu'ailleurs, ni partial, ni 
Dogmatique. 

TomtVnVirt.n ^ 



130 L ET T R E CXXXIX. 
DES 

SCRUPULES DEGRAMMAIRE. 

LETTRE CXXXIX. 

MONSIEUR, 

Vous me demandés aux mêmes temes, 
que Ciceron dent à Ton ami Àtdcu% 
fonder ofam aUquam epiftolam^ pknam ommum 
,,non inodo a£torum^ fed etiam opimomim ma- 
rum. Ceft à quoi je fêrois bien êmpâdiéde 
fatisfaire, quand j'çn aurais la volonté. La 
plupart ^e mes occupations font fi frivoles, 
quelles ne peuvent faire de poids 9 &fouveQt 
mes meilleures penfêes me paroiffeoc teUes» 
que je ferois honteux de vous les expofer à 
nud. Ce qu'on vous* a dit de quelques con- 
férences philologiques ne mérite pas vôtre 
entretien; laiflpns aux Moineaux la chafib 
X des Mouches^ & tenons pour aflfuré , que 
ces pçtites fubtilités grammaticales , dont l'on 
vous a parlé, font plfls capables de nuire à un 
efprit, qui a quelque élévation pardeflfus le 



DES SCRUPUtES BE GRAMMAIRE. 131 

commun , que de Ihi profiter ^ dum comminuù 

iur ac debititatur generofa indoles m ijins angU'^ 

ftias çonjeSa. Ne vous amufés jamais à -de 

teHes bs^celles y que quand vous âurés be< 

foia de fortir du ferieux pour vous recréer, 

hoc âge cum voies nihil agcre; & laiffés bakier 

la maifon des Mufes aux Grammairiens, qui 

n^en (ont que les Portiers^ ou pour le phisles 

Valets de diambre^ pendant qu'en maitre 

vous vîfiterés Tes plus beaux appartemens. Si 

vous vous arrêtés à toute fcMte de Critiques, 

vous trouvères toujours des Ceftius, qui fou- 

tiéndrônt, que Ciceron ne parloit pas bjen 

Latin, & des Malherbes, qui reprendront 

aufii hardiment ^ue ridiculement les plus 

beaux vers de iViigile. Mais je veux vous 

fidre' voir par un feul exemple lepeu de fruits 

qui fe retire fouvent de leurs plus heureufes 

corre^ons, puiiqu'ils les appellent aind La 

fenteoce du Chevalier Romaiû Laberius felît 

ordinairement de la forte, 

PrugalHas miferia eji rumoris boni. 
Et il la faifoit apparemment prononcer à quel* 
que mauvais ménager , qui (e plaifoit à la dé- ^ 
p^iie. Scaliger crojt avoir trouvé la (eve au 
gâteau dans un manufcrit, où le mot inferta 
dent la place de miferia^ & foutient que par 
confcqupnt Ton doit prononcer: 

I JJ 



13» LETTRE CXXXIX. ^ 

Fmgalitas.inferta efi rumoris hmL 
pour dire, qu^oa ne fiiuroit donner un plus 
bel éloge ()ue celui d'être frugal. Or je de- 
mande à Scaliger, pourquoi (on mamifork 
doit être tenu meâteur que les auures. Car 
celui do'Macrobe, & celui d'ÂuIu*GellelbQt 
pour mi/eria; & il a été auf& aifë à un mau- 
vais copifte de faire mfertay de mferia^ qu'au 
contraire in^m y à&inferta. Unepeutpas 
dire d'ailleurs, qu'une de ces deiuc bhiaiès 
fcMt plus naturelle ou Latine que Vautre- 
Mais il ne iàuroit nier; quelç (ens deai^fSm 
ne fbit bien plus beau dans la bouche d*un A- 
picius , ou de quelque autre pareil débauché; 

Suifevcut moquer de la frugalité, queodui 
e inferta , qui ne fait que la priler. Ajoutés 
à cela, que cette haute louange attadiée au 
terme inferta eft mal appliquée à la Frugafi- 
té, qui n'eA qu'une vertu Oeconomique, & 
plutôt de femme que d'homme. Céft tout 
ce qu'on pourroit prononcer à l'avantage de 
la Probité, n'y aiant point de reputadooplos 
à eftimer que celle d'être homme de Uen. d 
fç devoit fouvenir, que Ciceron louant le 
Roi Dejotarus d'être frugal, reconnoitnéan* 
moins, que c'eil une vertu privée/ & non 
pas éclatante, [ni Roiale. 

Cet Auteur célèbre , que vous avés lu de- 



DES SfcRUPULÈS DE GRAiVMAïRE 131 

puis peu; me firit pitié;, d'être dans une con-* 
crainte fi approchante de la gêne^ pourobfer- 
rer les moindres régularités; & (jfuand je le 
confidere s'amufant à je ne ^i quelles petites, 
fleurettes, il me femble que je vois un Her- 
cule filer baffement à la quenouille. Mais l'on 
appelle aujourd'hui, me repartirès-vous , cet« 
œ &çon de s exprimer, écrire de jolies cho* 
les. J'en tombe d'accord avec vous., & nous 
n'aurons point de différent là deflus , pourvu 
que vous vous ibuveniés, qu'il n'y a que des 
bijoux & des pouppées , â qui l'attribut ou le 
nom de jolies convienne proprement. Les 
compofitions des grands hommes rejettent ce 
terme comme impropre', & parce qu'ils ne 
fongent guéres qu aux bonnes penfécs, ils ne . 
regardent les paroles qu'autant qu'elles ont la 
vertu de bien expliquer leurs fentimens. Ce • 
n'eft pas qu'ils fe plaifent à la barbarie, ni au 
mauvais ftyle, mais c'eft qu'ils feroieht bien 
fâchés de renverfer l'ordre naturel , & d'aflu- 
jettir, comme plufieurs font, ce qu'ils ont à 
dice, aux mots choifis, qu'ils veulent em* 
ploier , & à d^ certaines cadences de^eriode, 
où va tout leur foin & toute leur application. 
Nôtre langage doit avoir cela de commun a- 
vec nos habits, qu'encore que la propreté y 
foit bienféante, Tufage avantageux & la corn- ; 

liii 



Orau 
\ 



134 LETTRE CXXXIX. , 

modité y doivent principalemefit être mis ea 
confidération. C'eft ce. qu'a voulu dire Saint 
j4i.Fu^ lerôme par ces termes, aut loquenàtm, ut ve- 
riam.. ftitiJuMus^ âut veftimàum ut lojitimur. Le 
Père de l'éloquence Romaine s'étoit avant lui 
expliqué à peu prés de même fentiment : Res 
L^2.Ji acfententiavifi^averhiparienty ^uct/emÊperfa- 
tisomatam^quidemviierifoknty fieimfmh 
ai funt^ ut entres ipfapeperijfevideatur. Vous 
voies qu'il veut^ que les bonnes penfées en- 
gendrent les paroles, & non pas que cellçs- 
ci aillent au devant & attirent comme par for- 
ce les premières. Il a même fouvent décla- 
ré, que la néghgence étoit quelquefois un 
des grands ornemens de l'orailbn , &4afls u* 
ne de Tqs épitre^s il prife celle qulÂttkaslui 
avoit écrite fans foin é^iàns ajuflement, trou- 
vant dans ce mépris des grâces, qui loi a- 
voient plu; Tua iUa horridula mihiy atque in- 
compta vîfayiinty Jid talfien erant omata ioc 
ipfo qupd omammta neglextrant* Et ut madè- 
res ideo olere^ qtda nihil olehant^ videiantur. 
Il ûut Imiter ces grands hommes, & les imi- 
ter long-tems, & (bigneulèment^ fi Ton 
veut devenir inimitable. Une femme More 
fut capable d'enfanter une fille aufit belle & 
auffi blanche , qu'il y en eût dœs nôtre Euro- 
pe , pour avoir eu fouvent la vûë attaché fur 



DES SCRUPULES DE GRAMMAIRE. 13^ 

tm portrait à qui cet enfiintreflemblà. Quand 
on fe ptopofe .d*excellens Auteurs à fuivre> 
rimaginadon conçoit des idées par&ites, & 
Ton apprend à les enfanter telles, qu'ellesmé- 
ritent d'être eftimées. Ne craignons pas, 
aiant pour nous de fi divins originaux, ce 
que peuvent dire de petits c(»iteurs de jolies 
àiôfès; Ne GrammaticariMi fuidem calumniaySuafi. 2. 
éibomttihutMgnUingeniisfiémovenday hûhelit 
iocum. CeSi Seneque, qui dans une de les 
Déclamations traite fi mal les dranmiairiens 
de ibntems, qui valoient bien ceux du nôtre. 
Je vous prie de vous fouvenir comme au . 
jnème lieu ou il parle de la forte, il remar- 
que auffi l'impertinence d'un de cette prûfef- 
fion, qui trouvoit du folœdfine dans une &- 
conde parier la plus élégante du monde, ^ 
infententia 9ptima accufahat iâ qmd erat opti- 
mum: Tant il eA confiant, qu'il n'y a point 
de fiéde, ou il ne Ce rencontre toujours d'im- 
portuns Çenfeiirs, qui fur le prétexte dequd- 
que re^le de Gdrammaire, mal établie, pen- \ 

lent acquerk de la réputation en reprenant ce 
qu'ils n'entendent point, pour être fou vent 
au deiTus de leurportée. Ne penfés pas que 
tout ced aille au mépris de la belle & pure é- 
locution. Je l'eflime autant que perfbnne 
quand elle efl telle, utnefcias ^ ^^^rumrcso^jiOrgt. . 

1 JMJ \ 



J3€ LETTRE CXXXIX. 

roHotti y an verhafenfentiis iUuftrentur , ce que 
je me fouviens ayoir été dit par Ciceron à la 
gloire de Thucydide. Mais )è maintiens, 
qu'il fautfur toqtavoir ^rd à lapenfée^ com- 
me à celle à qui toutesies paroles icxit liibor- 
données , '& mon opinion e(l encore, que le 
Fhilofophe Phavorin avoit raifpn de préferer 
réloquence de Lyfias à celle de Platon , fiir 
Ml GeU. ce que Jî ex Platonis oratione^verbum idiquod 
l^^^c.^. j^p^^^ tmàefve^ atque id commodiffimeJaciaSj 
de elegtmtia tantumdetraxeris; fi ex Lyfia^ de 
fententia. il prétendoit, que le nKxiadre 
mot ôté du texte de Platon pouvoit bien pré- 
judicier à fa belle expreffion ^ (ans néanmoins 
en gâter le fens fi cela fe âiU)it adroitement; 
mais qu'il n'y avoit point d'artifice, qui put 
retrancher quelque diofè des compoûtîons de 
Lyfias > fans faire un ton notable à la dignité 
& à Texcellçnce de fa penfée. Tout ce 
qu'on peut prononcer à l'avantage de l'élé- 
gance ou de l'ornement du diicours, fa été 
par celui, qui pofledoit ces deux chofesau 
dernier degré, & qui les aimoit plus que per- 
Tonne n'a jamais fait. Voici fa détermina- 
r» Oral. tion. Compofite ^ apte fine fenteniiis £arey 
infania eft; fententiofe atitevffine vèrhwnm €^ 
ordiney €?* modù^ infantia. En. vérité, Ta- 
mouç de ia profel&on lui a fait pré^per enun 



DES SCRUPULES DE GRAMMAIRE. 137 

autre enâroit Téloquence verbale, à lapen- 
fée toute nuâ^ & qui ne fort point du fdn de 
celui^ qui Ta conçue : Eloqui copiofe ^ moâoiMOffic. 
prudmteTy meliusefty quam vel acutiffime fine 
elofuentiacf^tare ; quodcogitatio infeipfa ver^ 
titUTy elofuetttia vero compleffitur eos quihij^ 
cum coammnitiite junBifiimus. jgt néanmoins 
cette éloquence prudente^ dont il parle , ne 
peut être telle, fans la bonne penfée, & par 
ccfllfèquem Ciceron n a voulu dire autre choFe^ 
fi non, qu'une belle penfée, produite au dehors 
avec éloquence, vaut mieux, que celle ^ qui 
pour être retenue au dedans fans fe manife* 
fter, demeurepar ce moien inutile à tout au* 
tre qu'à Ton auteur. Mais hors de cette con- 
fidcradon du profit > qui peut accompagner 
les belles paroles, il s'en faut tant qu'elles 
foient préférables à la bonne penfée^ que 
celle dcommefuperieure les rebute quelque- 
fois, & leur fubftitué judideufeiment le Ti- 
lence: Perfe&oinielleSu deficiunt verba ^ ^^^^td 
très bien un Arabe, après avoir écrit, 5ir*'^'. ^* 
quemloquacemejfeviderisy df çjus ftultitia cer-^ . 
tuseflo. Je finirois par là, fi pour rendre 
cette Lettre un peu plus grolTe, afin de vous 
complaire;^ je ne m'avifois d'ajouter id quel- 
ques petites règles fur le même fujet, à me- 
lure qu'elles f&préfenteront[à ma mémoire. 

I v 



138 LETTRE CXXXK. 

Perfonne nignore > que le principal moi 
te d'une compoiition ne dépende de la pru 
dence de celui qui écrite 
H^âi.' ' Scriiem/i re&ejhpere efi & prmcipùim , & 
fons. 
pr la première prudence efl: de ne rien entre- 
prendre au delTus de Tes forces, & de dioillr 
toûjourS;Un fujet, dont nous foions pleine- 
ment informés. Mais quand Ton a &it choix 
avec jugement de la matière qù'cm doit trai- 
^ ter> il faut fe fouvenir dans toute l'étendue 
d'un ou\arage, que l'on n^écrit que pour être 
entendu 9 d'od il refulte néce0àirement, que 
la clarté & la netteté en doivent être ifilèpara- 
blés. Il y en a qui font tellement perfecutés 
de leur propre génie, qu'ils ne croient jamais 
écrire bien, s'ils ne le font autrement que les 
autres, avec des periphrafes toujours votû- 
nés de l'obfcurité. Ils penfent fiûre beau- 
coup de s'écarter du grand chemin, quand 
ils devroient au même tems s'éloigner du fens 
conmiun comme d'une chofe trop populaire. 
Et pour ne pas ramper contre itene , ils don- 
nent tellement dans le vuide, & s'élèvent fi 
haut, qu'on les perd de vû& Cependant 
c'éft tomber volontairement dans leplusoon- 
dannablede tous les vicésderoraifonsyMBw 
dément ta eft ietorquere oratUmemy ad reSéM 



IXES SCRUPULES DE GRAMMAIRE* 139 

ffè licet; h je ne vois rien de plus à éviter, ' 
|ue le r^»roche qu'on fit^à Zenon^ quodiu 
^JamspofiicoàeRepuUkafcripfiffet. Les ter- 
nes de ce l^roverbe d'origine Grecque font 
peu honnêtes, mais & fignification eft fort à 
eftimer. 

Quand Ton écriroit aflez intelligiblement, . 
c^eft un autre deiâut très voifm du premier, 
de croire, que rien ne peut plaire que ce qui 
coûte infiniment, & ijui donne beaucoup de 
peine à la plume & à refprit: Gardes- vous 
d'une fi miferable penfee,^»; diligentiam putes 
facere HH fcribendi dijBfcUltatem. Dites plu- 
tôt avec Ovide, 

Quod venit.ex facili fatis eft componert^*^^^^' 
notis. to€€g, . 

£t fouvenés vous, que l'Ours, pour être 
long-tems'à polir en léchant, & à former fes 
petits, ne leur ôte pas la qualité de très lourds 
& de très diffonnes animaux. Il eft de mê- 
me des travaux de certains écrivains labo- 
rieux. J!en connois, qui abandonneroient 
plutôt leur entreprife, que de la continuer 
avec fiicilité, ^ui^e inJUentium defcendunt ni- ' 
mia bene dicendi cuipditaU. Ils fatiguent leur Q^f^ t$, 
efprit, & donnent à leur ima^nàtion mÛlcbfi'Cs. 
queftions ordinaires, ^ & extraordinaires, fans 
fe pouvoir contenter, dum firipta^ Jua for-^*'^**'- 



X40 LETTRE CXXXITL 

quenty ^ âefingulzs verhis inconfiiktm vemwA 
' félon que Seneque l'a fi bien refnréfenté. jt 
me veux taire de ceux, qui ccMHpofentdei 
livres auffi pénibles que le Chtmc Hébreu, 
qui contient ûx cens treize commaodemeas 
delaloidesJui&, celui qui Ta (ait, enaûnt 
rendu deux cens quarante huit afBrmatiÊ, fur 
le nombre prétendu des membres de llioitt- 
me» & trois cens fiûxante- cinq negati6> par 
4in rapport ridicule, aux jours de Tan. Si je 
vousconnois bien, vous n'entreprendrés ja- 
mais rien de tel , puifque vous êtes (i deLcat, 
que de ne pouvoir fouffrir ni les Anagrammes^ 
ni les vers rétrogrades, non plus que les A- 
croiliches; 

Encore que la gloire de l'invention foittrun 
prix merveilleux , & qu'elle chatouille extra- 
ordinairement des eiprits qui peuvent dire a- 
vec Lucrèce, 
^^ jiviaPieriJumperagrolocay mUmsate 

Tritajaio; 
OU bien avec Horaée, 

. -rr- luvatimmemorataferentem 
^ Ingemiis octtli/gue legiy mamhfffue teseri. 
Si ne Êiut-il pas négliger de prendre d'excel- 
lens patrcMis à imiter, en fe fouvenaot tou- 
jours, quecoDuneiln'yariendepacfidcatt 
'monde ) Ton peut, évitant ce qu'ils (ut(i6 



DES SCRUPULES DE GRAMMAIRE. 141 

noins recommendable , fes furpalTer de quet 
^ue façon en les çontrefâifant il arrive peu 
léanmoîns, qilW le fklTe avec la fortune jlù 
>eintre Sarto, qui rendit fil copie audi eoccel-» 
lente que l'original de Raphaël d'Urbin; en 
^ffet celui qui ne fait que fuivre^ demeurent 
roûjours derrière^ s'il n'a l'ambition de ga« 
^ner les devans. Mais le malheur eft bien 
plus grand pour ceux, qui fe propofent de 
mauvais exemfrfaires. Je connois plus d'un 
Auteur. de ce4:ems à qui la difgrace du Fhilo*. 
Ibphe Fabianus eft arrivée, lots qu'il Voulut- 
former fon Ayle fur celui d'Areliiis Fufcus, 
dont il admiroit l'éloquence. Le mauvais - 
choix, qi4e fa jeunelTe lui fit £dre en cela^ 
fut caufe, qu'il eût depuis plus de peine à 
perdre, ridée de cette éloquence, qu'il n'en 
a voit pris pour l'acquérir; pbts deinde lahoritsen. pra^ 
impendh ut fimiUtu^fiem ejus effugerety quamfr^- 3. 
impenderat ut expriment* ^^^* 

Autant qu'une belle imitation eft louable» > 
le crime de Plagiaire ^ contre lequel j'ai ft: 
fou vent dedamé, eft tout à £dt difFamant«^ 
Le fuftiom dex^ém;;, ou de larron, que 
Mercure comme Dieu du bien dire a reçu, 
ne lui a pas été dcHiné pour autorifer defem- 
blables larcins,' c'a été feulement pour faire 
comprendre qu'un difcours éloquent & pcr- 



Ï4Z L Ç T T R E CXXXIX. 

fiiafif^ eft capable ée nous fùrprendre^ ^dc! 
fe rendre infenfiblenien^ maitre de nos afie- 
éHons. En effet, Ton peut dérober à la &- 
. ^on des Abeilles, iîins ^re tort à perfbnne ; 
; mais le vol de k Foucmi;, qui enlevé le grain 
entier, ne dok jamais être imité. Je (ai 
tûen, que le cinquième livre des Saturnales 
de jVf acrobe. fait voir avec quelle haidieffe 
Virgile a pillé ùxc les 6recs la plupart de Ces 
Poàie^, & que le fndéme met en évidence 
ce qu'il a même volé aux Latins, prenant des 
Vers entiers &rodes hemiftiches tantôt i En- 
nius ou à Lucrèce, tantôt à Catulle, & à 
plufieurs encore, fe parant ainfi des plumes 
d'autrui. Il n'y a pourtant point d'exonple 
qui puijQTe juftifier un larcin honteux, pnodr 
paiement s'il fe fait fur des Auteurs du tems 
s'attribuant injuflement & avec impudence 
leur, travail & lenr induihie. Pretadre des 
Anciens, & faire fbn profit de ce qu'ih onté* 
crit, c^eft comme pirater au delà de la L^e; 
mais voler ceux de fon fiécle, en s'appro- 
priant leurs penfées & leurs produâions, 
c'eft tirer lalaineau coin desraës, c'eft ôterles 
manteaux fur le Pont- neuf. Jamais Âriflob 
ne put fouffrir, qu^on fît auteurde (es livres 
de Rhétorique fbn difciple Théodeél^e; ce 
qm obligea le maitre à les citer lui même | 



\, 



>Es scrupules; de grammaire. 143 

(inme les Tiens , félon la remarque àe Vale- L.g.c. tf. 

Maxime^ Sans mentir, l'efFroriterie eft 
tréme de prendre le bien d'autrui de lafor- 
y (ans lui en pafTer une petite reconnpif&n* 

en le nommant^ & c'dl une chofe éton- 
intCj comme en parle Pline Tainé, qu'il fe 
3we des gens^ qui aiment oiieux deprehenài 
furto^ quam mutuum reddère. fépsi^gnè^Pr^.ai 
i les perfonnes vivantes, pour bbferver^-^-'^ 
Uement après VofEus, que Jules Scaliger^ceiSÎ! i.j. 
\ fort repréhenfible, d'avoir &rit mille 
lofes, priîes de l'Afrique de Jean Leonfans 
mais le citer. Il me feroit aifé de donner 
Gfez d'autres exemples femblables, mais ils 
ourroient être odieux, & je ne defire offen- 
:rperfonne, 

Vous avés fait uhe fi belle proyifion de 
onnoi^nces^ qu'il n'y auroit point d'appa- 
cnce de vous les referver pour vôtre feule fa- 
isfaâion, fans les rendre utiles au public, & 
o£ë lUre même-, que vous ne le pouvés faire 
ans crime. Plus on a reçu de Dieu, plus 
>n d\ redévableaux hommes. Et il n'eft pas per« 
Dis à ceux, qui ont étévgratifiés du Ciel do 
ant de belles lumicfe^^-deies tenir cachées 
ans que perfbnne en foit éclairé. Je ne dis 
xis ceci pour vous impofer la neceffité de ^ 
/eus fiitiguer à faire rouler des preflfes d'Im- ^ , 



144 I- E T T R E CXXXIX. . 

primerie. Faciendi lUros nuOus ejlfimsy fr 
quenfque meditatio camis affliSio eft. L^ 
clefiafte m'a didé cette leçon il y a loog-tem! 
doQt j'ai fait peutêtre alfez mal mon profi 
Mais la &brique de. ce Monde que Die 
forma (ans peine, & cooune en fe jouaia 
û Platon fe l'eftbien imaginé, nous appraui 
. qu'on peut en l'imittuitiâke de belles ébck 
fims fe travailler trop. Et je fiœ ofliin 
qu'une de vos moindres oompofitions, g 
profitant beaucoup^ nous fiMi voir la gr& 
deur de vôtre génie, comme un petit cacte 
exprime fouvent celle d'un Li<Hi, ou Sm 
Alexandre. Ce qui viendra de vous ne iw^^ 
ra pas un amas importun de bagatelles, s^m 
Quim.tû.enm pluviaSy ut ait PwJaruSy aquasaMip 
Jnf. €. L yy^-^ j^j ^^ g^rgite exundas l'abondante 4 vt 
ve fource d'émdition & de jugement, que 
vous polTedés, ne peut rien produire deœc- 
prifable, ni de chetif, 4^ vous (erés toûioins 
reconnoitre, que ce Romain, quiêtotrrar- 
Htre du beau langage de (on tems, aearat 
fwuifh. Ion d'écrire, neque gêner ofior/piritus vmàtÊteà 
nmaty neque conàpere aut edere pertmm anu 
pet eft y mfiingentiflitmine litariintmimaJ^i\ 
Si eft-ce que la trop grande licence de cet 
Auteur profane m'oblige à vous faire fouve^ 
nir de la maxime d'un autre, dont je tiens 



DES SCRUPULES DE GRAMMAÏR. ï^f 

>ourbertain, que vous ne vous dirpenferés 
amais: . 

QuoJfacere turpe efl^ dicere ne honeftum ^^^^* 
put(i. > 

[l fiiut néanmoins excepter de certaines ma- 
tières privilègslèeS) comme le font beaucoup - 
de celles, dont la PhHbfophie eft obligée de 
parler, &oû les mots ont cela de comtnuna- 
vcc lalumîere,qu'ilsmettentaujourlcschofes 
lesplus fales, fansfefouïllèr deleurimpnreté; 
Uneaiïie nette ne fe gâte, nîhefefcartdaKïjbla^i 
mais pardes dîfcours phyfiques , à quelque K*»* 
bertéquereypreffionles^porté: Oifrinïti vtuà-\ 
àa ffimidisi Et vous rfîgnorés pas, que tou-l 
tes les licences, pour ne pas dire lc5 ordu*' 
res, &mt Aiiftôphiine icft rempli, n'empé- ^ 
choîeàl'^as Saint Jean C](ïryIbftome de met- 
tre fàus le cKcvet dé fonfit les Comédies de 
ce Pé^e'', recontioiifeilt ingénument, qu'il ^ 
devoit à la' kâure de fes cfeuvres ce qu'il pof- ^ 
fedoit d^éloquence. ' 

J'ai encore à vous dire au fujet des termes^ 
dont vous vous fervirés , qu'encore qu'on ne 
puîflfeévîter-trôp foigneufement & lefolcçcif- 
me, & h barbatiej il faut bien s'cmjriÉidir'' . 
pourtant ^^ tomber dans dés fcrupules', qui 
vous fiiffeàt congédier dé bonnes penfées, de 
crainte d*emploier un mot, qui lente un peu 

TQm€yn,Part IL K 



144 LETTRE CXXXIIL 

le tdtoirÀruiger , ou que taotôc raotiqiiiié» 

tantôt là nouveauté vous puiÛie rendre fu- 

. . fpcÂ. Ceft la règle de tous les grands inu- 

très/ que les paroles font fiiboidonnées ou 

aQiiietes à la fentenoe, & non pas au coo- 

t|:aire; 

f^trg.€d. . Senfihus iac ims (res tft nm patwa ) rt- 

*• ponas; 

& teçés là f deffus pour un oracle la raillerie 
d*Atfaenée; exteptis MedkiSy nikiltffè f U^mm 
pu Granmaticis fiukiui. Un Ecrivaia td^ 
V que je vous confidere, fera toujours au del^ 

fus de certaines petites vétilles^ quiarrèieot 
l>eaucoup d'autresgens, fior la créanos, où 
' ils vivent d*avoir la plume mieuK tailléeque 
peribnne. Ce n'eft pas que je n'înipicoiive 
fort une i^orance groffîere de k fittcaOR^ 
qui eft le nom, que les Latins ositdooaé à 
la Grammaire des Grec& Jeiaibiaiqa!da- 
^l^j^gufle fit perdre la chaige à. un iKmune^ne 
f. ^iJtàfL l*avoit pas écrire correâement; Légats Cm^ 
• fidarifucctjfotem àtiit^ utruM^ ^ igd^ffc, 
cujus manu ixipro ipfifcriftmm4Uikmi^oê9tii. 
Et depuis le Pape Honoré TroUiâne pnia 
u^, ^l^i^ue de Ton titre, fur ce que p» là 
propre oonfef&on il n'avoit jamais appris k 
Orammaire« Mais nous parlons id feule- 
ment contre la trop gra^e delicatefle de 



DES SCRUFpLE^ DE GRAMMAIRE. 14^ 

ieu3i,quirebiit6ntindifférefflmrâttDus1ester* ' 
aes y leur qui femblenctant foit peu doutjBUX» 
[uoiqu'ils foient abfolumeat necef&irçs, ou 
[u moins fort avantageux à l'expreffion d'u* 
le bonne pedée. LesJurifcQnfultesoiitar- 
èté , qu'U valoit mieux abfoudie dix coupa» ' 
>Ies , qœ de condanner un innocent. . Ils 
ireulent tout au rebours appauvrir nôtre Lan- * 
;ue en fiiiiànt périr plutôt dix mots pa£&bles 
potur peu qu'ils leur déplaiHi^t,^ que d'en rece- 
voir un, quin'âpasjleurfufirage, en&veur 
du t>on fens qu'il contient, & fur l'autorité 
de celui qui juge à propos de s'en fervir. Il 
eft vrai que Scalfgcr a voulu oppofer la Po£- 
ûe â la Jurirpnidence> foutenant, qu'il é- ' 
toit plus expédient de retrancher dix bons 
vers d'cm ouvlage , que d'y en laiiObr untiop 
bas & trop rampant. Mais outre que (ba 
foyifneiitn'efipasapprouvédetout le mond^ 
il y a bien de la différence entre un mot, & 
on vccs; ou plutôt entre la profè, qui ne'ibn- 
ge qu'à fe £dte bim entenà'e, fiir tout fi el- 
le d% Philofophique, &la PoCfie, qui eA 
obligée indi^pen&blement de s'éloigner, du 
laags^ vu^aiie, & de parler toujours com« 
melesDieuXi . Et puis vous iàvés, que le^ 
paroles des Lacées vivantes (Changent plus 
fouveot que les ari>res ne quittent leurs feull- 

Kij 



• 148 LETTRE 6XXX1X, 

les. Je poarrois rapporter ici plus de ceni 
mots qui (b fontperdu^ depuis une cinquamai- 
ned'anné^i &iln'yeaapasmoiQsd'tuixes2 
qu'on a ÎQtroduits de nouveau, ^qu'oan'eûi 
pas (bufferts autrefois. L'éloquence même 
Sm.9M4.toute entière varie inceflaounent, Or^o 
certam regîdam non hatety cmjketudù iMam ci- 
vitatiSy jpèdè nunquam in iodemàm ftetit^ ver- 
faty & il fe peut dire, que le Mercuredes 
ChymiOe$n*eft point plus volatile, quecdui 
des Rhéteurs Toute la Ltto^e Latine pal- 
' foit pour barbare dû tems de Plaute en com- 
paraifon de la Grecque; ,ce qui lui &it dire 
' d'une de Tes Comédies > qu'il avoir prifedu 
Grec, & traduite en langage Romain, 
/«7H; Pkilemofcripfity PlmOùs vertif iarkni: 
Comme il avoit déjà écrit dans le pndogne 
âe (on yiJvÈària y 

Demophiks Jcripfity Matcus mtit ht- 
hure. 
Cc;tte même Langue Latine fert néanmaîBS 
aujourdliui d'exemple à la plupart des ao- 
' très, pour ce qui concerne râeganœ &b 
politefTe. Pourquoi donc refufer avec tant 
de féverité une diofe licite à ceux, qui vous 
reflemblent, lors qu'elle eftaccomp9^;Qéede 
quelque utilité manifefte? 

La diftinâion que je ^ens de (âirç entn 



DES SCRUPULES DE GRAMMAIRE. 149 

[*£loquenœ Poétique^ & la Prosaïque, me . 
lonvie à vous demander laquelle des deux 
/ous tenés h plus ancienne. La parole libre 
\ précédé fans doute dans Ibrdre du tems* 
2elle qui s'eft afirainte à de certains pieds , & . 
à de certaines mèfures. Mais fans confidé- 
rer Moyfe , qui a écrit de toutes les deux £a« 
çons, la difficulté^ s'il y en a, tombe fur la 
feule écriture^ àcaufedece qu'a-dit Apulée 
du Précepteur de Pythagofe. PherecyàesSy- 
ro exinjula ortundus^ primas verjitiiin nexu repu- & i^^- 
Jiato^confcrihere au/us eftpaffivisverhSsJolutobh 
^uutuy libéra arntione. Cependant Pline par- 
lant de A([ilet, ville capitale dlonie^ aiTurel-fc. s;. 
que Cadmus fon dtoien efl l'invrateur de la 
proie > prmus pyqfam orntionem ctmâere infli- 
fuit. Et Solin fon tranfcripteur le confirme ' 
en ces termes: Cadmus Mikfitaf primus invé- 
mtpTùfa oratiottis difciptisuim. Or Cadmus 
étant bien plus ancien que Pherecydes, il faute. 4Ê. 
KXoSxt qu'Apulée n'a voulu parler que des é- 
critsPhàofophiques, le dernier aiant commen- 
cé à mettre en profe ce que ceux de fa profef 
fion donnoient avant lui feulement en vers, 
tant pour fînriC refpeéler davantage la Philo(b- 
phie, qu afin que (es tegies & fes axiome^ 
fuilent plus fiidies à retenir. 

K iij 



ifO LETTRE CXL. 

DU 

GOUVERNEMENT 
POLITiqUE, 

LETTRE CXI* 

MONSIEUR, 

Vous regrettés avec rai(bn la perce ^an 
grand homme d'Etat; mais vousavés 
tort) àcequimefemble, defonderlàde&sles 
mauvais prèfages^ que vous faites de toutes 
nos affaires, comme ti cette Monarchie devoi: 
notablement fouf&ir) parce qu'il n'eft pli'; 
Je ne le dis pas feulement , pourœ qu'il nV 
jamais permis de juger fuiubftrement de k for- 
tune d'un Empire; des fbnges de mauvais au 
gure furcela aiant été autrefois punis^ con: 
me crimes capitamt. Ma penlee va fur 
que le Pape Urbain VIIL diibit au Seaetair: 
d'un de nos Ambafladeurs, *CAe a dom^' 
nm hifogmva altriménte tanto i^egno, pn: 
il WÊondo^figQuema m ceria marnera da/e^- 



DXJN GOUVERNEMENT POUTIQ. jy» 

^/ Void la même imagination qui eft re- 
ditfié en ces ternies par Pietro delta Valle^ au 
fujet de la Porte du Grand Seigneur ^ & du 
mérite de fon premier Vifîr. Dei refto F. S. Lmrs. 41 
fi affîeuri^ che in quefta Carte meora^ corne in ^^^^^ 
tutte k abredel Mtmdo^fivede verificare ûiet^ ^^* 
to Ji fuel galant Aiiômo, che pocMjJMo cervetto 
haftn a gwemar tuttolmondo ; perche Diojkp^ 
jptiJcepergUkuomniy ^lecoJe^fai%a.chite 
indirimiy dafecaminano heniffimù D*ailleurs 
queHevadurance peut- on prendre fur la capa- 
dtéd'un homme, fi lesconnoiffiuices généra- , 
raies ncLfenrent de rien fans la particulière, 
ni le giaiid fëns/s'il n'eil aidé derexperience^ 
qui ne quadre guéres avec les chofés fmgu* 
ueres,' qu'on voit fe présenter journelle- 
ment C'eftpour cela que ceux, qui difcour 
rent le mieux du Gouvernement, y font or- 
dinairement les plus ineptes, & qu'au con- 
traire les moins Éivans, & les^lus indïfcipli- 
nables, comme Theniiftode, y reiiffiflent 
quelquefois admirablement L*undes.[dus 
ignorans de tous les Empereurs fut Trajan, 
qui conduifit fort bien l'Empire Romain; & 
Néron, 4^1 le penfa perdre, étoit un des plus 
lettrés. A la vérité, il (b peut tixMiver det 
peifonnes, telles que Perides, à qui la Phi* 
lofo^e n'ôte pas le talent, ni TinduArie de 

Kiif 



,|f» LETTRE CXL, 

l^ipnittSQierlesitifairespolidques. Mais après 
tout y il fâat que la F<M?mne y contribue beau- 
coup du fien, autrement toutes lemrs lumie- 
res ^acquifes ne leur ferviront igucres. Le 
Lepàh peuple^ qu'ils doivent r^ir n'eft pas moins 
fiiir. changeant de faNnàture, queTarture, quifem- 
blç porter fon nona y dont Pline dit que les 
feuïlleis tournent^ tous les Solftices. Cette 
mulptude d^mmesqui le compofent^ font 
comme des épis de bled, qui n'ont d'inclioa- 
tion, qu'autant que TinconÀance des vents 
les porte, & les fait pancher tantôt d'un cot£| 
tantôt de l'autre, fit les raifons politiques) 
qu'on peut enaploier là deÔus y reiTemhleot à 
ces couleurs padâgeres, qui changent par le 
.moindre/mouvement Souvent d'ailleurs le 
trop d'adreffe, ou la feule réputation d'être 
fort habile, portent préjudice. La défiance 
. 0^ la jaloufie qu'on prend aifément de ceux, 
,qu'on croit fi fins, font, qu'on s'oppoTe da- 
l-ihifi. vaneage à tous leurs defleins, & Thucydide 
nous apprend qu'en haine d'Alcibiade, doac 
le fafte& les intrigues déplaifoient, plufieurs 
perfonnes lui étoient contraires aux chofes 
jnèmes, qui alloient au bien de la République 
Athénienne. Et puis^ ne £iit-on pas, que 
généralement parlant,, il y a je ne (ki quel- 
le ^talité dans la conduite des Etats^ quileur 



DU GOUVERNEMENT POLITIQ^ lyj 

Eut trouver leur fiù au montent de leur pliil 
baute exaltation^ 

In fe magna ruuni^ lafis hw/cmimitMreiùP 
Crefandi pofuere, modum* 
La plus raffinée Politique du monde ne ûu- 
roit parer aux coups de cette DeAinée^ qui , 
n'eft autre choie que la rupréme voloûEé do 
Dieu. •:-- . 

Je vous prie de tenir encore pour cou* ^ 
ftaat) qu'où la matière n'efl pas entièrement 
bien difpoiee à recevoir les formes politique^ 
les plus fubtils çfprits, ni les plus confom- 
mes au maniement des Etats, ne les y pour- 
ront îantiais inbroduire; conune au contraire ' 
elles s'y établlifent d'elles-mêmes & fans pei^ 
ne, quand touteft préparé à Içs recevoir- C'eft 
d'où vint le grand avantage, qu'eut la Répu- 
blique Romaine fur la Cartiiaginoilè, parce 
que celle-ci étoit fiir fon dedin, dit Polybc^i^^ 
lors qu'elle eût afËure à la première qui ne 
conmiençoit qu' à entrer en vigueur & à pren- 
dre Tes forces. Ce qui donna auffi le moien 
à Pompée de fubjuguer toute la Judée, ce fut, ^ '• ^ ' • 
comnie l'obferve Jofepbe dans fes Antiquités 
Judaïques , l'averfion pleine de rancune^ que 
ces deux frères Hircanus & Arifiobulus a- 
voient réciproquement l'un de l'autre. Cor- 
tex vraifemblablemenc n'eût jamais planté kî 

K V 



• x^ LETTRE ÇXL. 

âomhntion Bfpagnole dûs le Nfenque , ûles 
âmmofités des hahitahs de Tkfesda contre k; 
'Monarque Moceziuna ne ku eu(fent-fiicilkc 
fi» emreprife. Et fi la divifion de'deiix fre- 
teS) Guafcar Tainé, Se Attabdipt le oadet; 
n'eût ouvert^ le mcnen à Fixant déâiie pirv 
grés dans le PeitMiy jamais il i^'bûtoCépûièr 
feulement à le conquérir 9 oommeilfii, le 
Ciel aiant vodu que là caufes (ëcooâes cod* 
fpiraflent àfon ddfein. Quaàd dles Gaot ood- 
^ traires àûcsprojetS) rien neles peutfiurereùl^ 
fir; comme au rebours les aiant pour nooi, 
les choies mêmes, qui (èmblent nous devoir 
accabler, nousfoutitnnettt, akfiiçûadeS| 
voûtes, quifubfiflentprindpaleoientpffrin- 
dination & par la pente des pierres, quitom* 
benrient en ruine fi elles ne fe rencontioieot 
à propos. Je m'aUtiens de beaucoup d'ex- 
emples modernes Se qui nous toudient de 
plus près, pour ne rien dire^ mii peifle dé- 
plaire fur ipie matière fi diatounleufè. Tan 
y a que lefortatantde puiflanocj & eft fi 1 
jnerveilleux en toutes chofes, qu'on a vu, 
Uiuim.èït Seneque, des édifices affimms par des 
^^l«- tremblemens de terre, & nous (avons des 
Gouvememens, qui fe font confoirés par 
des foûlevemons & par des defbrdres^ qu'on 
pei^at qui les dûfifent abîmer. 



DU GOUVERNEMENT POUTIQ;. ij^ç 

y ■ ■ ■ 

Mais permettes - moi de confidérier un pèa 
fœptiquemenc, à combien de contradiâiixis . 
Ibnt fujettes les plus fubtiles maximes de la 
Politique. Je laifle à part toutes celles de 
Mâcchiave] , ^qui nous meneroient trop loin, 
pour en prendre feulement quelques-unes de* 
çà & delà , que je vous propoferai fommaire- 
ment. Ne croionsnous pas que le principid 
but de cette fdence doit être de faire vivre les 
peuples en paix & en repos? Si dft-ce qu'up 
Romiain fe ftchoit de voir cefler la guerre Pu- 
nique , dont la éh donneroit tant de loifir 0u 
peuple, qu^ii en deviendroit moins traitable 
& plus infolent; ce que Àpplus Claudius ofii 
maintenir, en proférant à toute heure cette 
importante fentente, Negothm populo Rama- 
no meliusy ^am btiwà committi. L'on mé« 
prife communément les Suiflfes comme per- 
fonnes Vénales, & qui pour la folde laiffent 
fiiire des levées chez eux, expofant librement 
leurs vies en faveur de qui plus leur donne: 
D'autres les louent, de favoir par cemoien 
décharger leur paisiflerile d'une trop grando 
abondance de peuple, & des plus remuans, 

3ui le compôfent. I^ f hicane & la multitu- 
e étrange de procès , qui pullulent (i prodi« 
gieufement en France, les fait confidérer 
comme une des plus déplorables calamités^ 



j^is LE T T R E CXL- 

rqtii travaille cet Eût: Je vois des perfomies, 
: qui les tiennent un aiiuirement néceflbire des 
• efprits y qui leur fait déchargerleur hîle& vo 
: Aiir leur amertume contre des particaBets, ce 
, qu'ils feroient peutêtre (ans cela au préjudice 
du public Les Grands, qui «bufeit del'au* 
torité) qu'ils tiennent du Souverain, (bot or* 
dinairement plus peians à ies fiijecs & plus 
\ înfuppàrtables, que tout le rdle de (a domi- 
nation; ce qui &it croire que leur mdace» 
. pour ne rien dire de pis, devroit être rqxi- 
«mée: Il fe trouve des Politiques, qui font 
paiTçr ces petits Tyrans pour des Digues oc- 
ceilaires, qui s'oppofent aux inondaàms <fes 
'peuples preique toujours difpofés à fe muti- 
ner, & qui fouvent le feroient, fi leur pre- 
mière fureur ne fe brifoiç contre ces hautes 
.levées, ce qui les empêche d'aller plus loin. 
La plus conimune opinion eft, qu'un Etat ne 
dnt vifer qu'à s'aûcroitre, & que & plus gran- 
de felidtè, aui& bien que fa gloire, dépendent 
de fbn étendue. L'HifloiredesChinoisnousap- 
prend, que leur Empire étant bien plus grand 
qu'il n'eft, puifqu'outrele Continent ils'èten- 
^itparmerdepnis le Japon jufqu'àl'IsledeMa- 
dagafcar, où ilrefteencore aveckLanguedes 
reftes de leur domination, ils abandonnèrent 
volontairemencuneinfinité dePtOvincespour 



DU GOUVERNEMENT POLITIQ:. If7 

(d vre plus heureufement dans la leur. Les Car^ 

iiaginois firent autrefois quelque chofe de 

femblable. £t Pline fe plaittt quelque pitt' 

de l'immenfité ,de la République Romaine, 

qui lui étoit tH^ de&vantageule; Ita'ejl pro- j^^ ^^^ 

fe£io^ magmtttdopopuU-IUmàntpef^idk rkn^ > 

vincerfdo vi&ijumus; paremus extemis. Eu 

cffet> Toita fi}Ûjours vû^ .quejcs £tats> <qQi 

ont voulu iëk-endre trop grands, & n'avoir 

point de ôn^ l'ont toûjeurs bientôt trouvée. . 

Celui de Macédoine conduit par Philippe , & 

par Ipé fils TVËkatidre, 0a^e(!;une .nui|que 

bien évidente. . .E( quelqu'un a ofé écrire 

depuis peU,^ qQé t'étoit ùfl coup de l'amour 

du Ciel envers des peuples, quand il âe don- 

noit à leurs Rois que des am^ ordinaires, 

parce que refprit d'un Prince conquérant & 

qui veut pafler pour Héros, étoit le fléau ac; 

coûtumédontilpuniflbklesNations^ qui l'a- 

voient irrité. J'ajoute à ce propos» puifque 

l'ardQir & le fang botxdlànt dés jeunes^S 

narqiies fembb le plus propre à former dfc 

ces vades deÛeins<, quefeloalapenfeed^ 

ancien ^ Ton ne laifle pas de calomnier laptii;^ 

dence de ceux, qui coomie plus avau«^ 

dans l'âge paroiflent moins propies àradiqtf i 

& à telles entreprifes : Omnis atas in mperw^^^^^ 

teprihenMur: fenexefi quifpîQmf'mhabilisvi^y^^^^^^ 



ift LETTRE CXLL 

. âawr\ jmmnufiÙÊtfifunif. Fneouréstoute 
la Poliaque, vous y trouvères par tout d^ 

, quoi former de femblables aQtithe&s, & je 
fuis fort trooiil^ fi de g^and Doâeur que vous 
êtes en cette fisiçuçe, vousneâevepés à lafin 
ua «ixoellent Do^teor. 



DE 

L'IMPOSITION DE 

QUELQUES NOMS. 
LE T T RE CXU. 

y 

MO NSI eue; 

inourqud fiuit-ilque I9 nom cfooeper 
A . foiuie voai donoe de Tavetiion^ /pui^ 
^oevousavoû^ qu'elle n'a rien d'ailkoR 
qui vous deplftfe, nevousajantnonplosja- 
iQàfs donné le moindre fu)et de fâcherie? Je 
fin bien, qu'on a crû, qu'il y avok de or* 
taiiK noms mafenoontreux, oumèmeqniiii* 
Ipkoient de mauvaifes indinadonsàceuzqui 



B L'IMPOSITION DE QUELQUES &c.if 9 

5 pottoicot ^ C'eft fur ce fondement que 
iitilius Numatianus a écrit dans fon Idne* 
ire, 

^NommUns certos cndam deeurren mores^ 
MaribusanfMtius nçminacirtadari^ 
Lais à garler raifbnnablement, c'eft ujie 
lofe ridicule de croke, qu'un ^mple inot^ 
Li uxm pasole toute nuc^ telle ^'eUe foit^ 
uilTeagîrdelaforte^ quand il demeurerûic 
enflant, que tout les noms ne (eroient pas 
i»tta|res ou fortuits, & qu'il y en auroit . 
uelques-uns de naturds comme atâi^és à la 
ibftance^des chei(e$, qu'ils, expriment,, de ^ 
uoi ks pinloTophes ne font pas encore bien 
'accord entre eux. L'on peut avouer pour- 
knt fsAS.otffenfer la Morale, qu'il fe trouve* 
es amnsii ilinftfes dans l'Hifloire, ouûhé* 
:Aques dans U Fahle^/ d'Alexandre & de Ce- 
ir, de Poo)pée& d'Hercule, qu'on ne iau« 
»t gucrasles porter fansavoirrametouchée. 
z quelque ambition de les imiter autant qua 
on peiK> & fans que nôtre im^ination ne. 
ous jette auflkôt dans le d^ir de n'être pas 
ig^ indues d'une fi noble appellation. Le 
remkr ds ceux, dont je viens de parler» le 
eofof iHcn ainfi, quand il dît à celui qui 
ortqit le même nom que lui d'Alexandre, Pimm m. 
ueceièulnomdevoit le rendre vaillant. Et^^'^^ ^ 



^ leo LETTRE CXLL 

fe vous ferai fouvenîr au fujet du dénia 
4 ^ , de robfcrvation ^lie fiiît Diodore Sicilien 
qu'Hercule qui fe nommoit Alcée auparavant 
fut le premier à qui la Vertu impofâ un nou 
V€;au' nom, qui lui fit perdre celui qu'il ténor 
dé fes'paf eus : ce fut par la boudie de la Py 
liMBe- Aîeiqtf|rie reçût; finôus en croions Apol 
ar.arig. lodore. Tant y aqu'oiitre ce que les h^m 
' notni donnent de courage à ceux, qui les 
ont, Ils font encore un favorable efïet à ïé- 
gard dt^ autres, qui leâ entendent proférer. 
A peine peut- on croire-, qu'ils aient été mal 
impoPés, & jcmè IBuvîèns d'avoir (buvent 
oui dire en Efpagne à ce propos, O quehm 
nomhre^ nojnrefufnoyo^^efera menés d km- 
ire. ' Souvenés ^ vous qutf Céfàr > vôdaot al- 
ler combattre un Scîgion en Afrique , prit a- 
vec lin* quelque foldac, quî^ portoit fe même 
^ *»•. nom , à câulè , dit- Cièn' Caflius, de l'opi- 
' nion populaire, que les' ScipionS éKmt 

toujours vfddrieux eii ce pals -là. Ceftcc 
qui a fait que tant de geès (e font plûs'i cban- 
ger de nom , en prenant un autre pim agréa- 
ble à leur fantaifie ; ce que Sdetûne- appdle 
Je tranfnéminare , • & quelques - \xTis>Jèipfim <i- 
ioptate. Si eft-ce que le Pape Paul II. fc 
fScha tellement contre des periqnnes, qui de 
iqn tems laiflbient ceux du Chrifliioiûnepour 

d'autns 



œ L^IMPOSmON DE QUELQUES&c. i6i 

Tautres plus illuflres paimi les Payens y qu'au 
apport de Piadne il imputa le crime dlicre* ^ 
le à Fomponius La^tus, qui étoit du Collè- 
ge des Âbbréviatetirs^ parce que non coû- 
tent d'avoir changé le fien de'batême, il 
preaoit plaifir â diftribuer de ces noms hérol- 
i^ues à beaucoup de Jeunes hommes > qu'il 
penlbit par là engager au défir d'acquttir les 
vertus des premiers Titulaires^ . 

Ce n'eft pas làerveille que ceux, qui ont ; 
des noms de difficile prononciation , ou àà 
quelque fignification peu Honnête,, en pren* 
nent d'autres > qui ne puifTent donner àj^ dé* 
goût. Hermoiaus Barbarus changea celui 
deReuchlin, qui veut dire fumée, en celui '^^nJ. 
de Cajnm d'une terminaifbn plus Latine./ Et ^ ' 
le même Reuchhn eii ôta un Âleman , qui (t* 
gnifie terre noire à fpn difciple , qu'il âppétla 
Mdanchthon, par unecQmpofition Grecque 
qui'deootc la même chofè. Sans cette con* 
fidération l'on prend mêmeplaifir quelquefois 
à ce changement: Martin Bucer fe déguifa 
(bus le nom de Aretius Felmusi Defiderius;' 
EraQnus s'appelloit auparavant Gherardus 
Gherardi; leMédecinSans-maliceaima mieux 
qu'on le nommât Akatday comme l'on fait 
encore dans Paris fa pofterité, que Sommait^ 
thisi & Janus Nidus Erythrcus, qui m'a- 

Tm^yn. Partir. L 



Itfa LETTRE CXLI. 

éreffe ua de Tes Dialogues ou il traite dellfi- 
iloire^ fe nomme à Rome Joanne VtÊtwn 
dei Rojffii furquoi je vous renvoie à ce qu'a 
curieufement obiervé là deffus Gabriel Nau- 
dé.dans (on jugement àes Opufculesd'Augu* 
itinusNiphus. L'onaflfure, quelesMafao- 
inetaiâ s'entendent plus volontiers nommer 
Mululmans^ ce qui veut dire Biencroians, ou 
Orthodoxes 9 que Turcs ^ dautant que ce 
dernier mot fignifie Bannia; encore que ce- 
lui d'Hd>reux en approche fortiâans la figm- 
fic^don de paflàgerS) ou étrangers; comme «l 
fait encore celui de P^lq^y danscdledTr- 
fans ou ^e Vagabons à la mode des Cigoo- 
gnes. Mais Ton ne fe Refait pas toéqours^ 
comme Ton voudroit bien, des notas, qui 
ont été donnés. Si ces Locres appellésÛzo- 
les à caufe de rinfedion de leurs perionneSy 
ou de leur pals, eulTent pu quitter un fi vi- 
lain furaom, il y a grande apparence qu'ils 
l'eufTent fait. Car encore que Plutarque àass 
fcs queflions Grecques doute, fi cette a^ 
latiôn n'eft poiht une antiphrafe^ à caufe de 
la quantité de fleurs, qui parfument leor ta- 
ritoire; fi eft-ce que la plus coiiUBune opi- 
nion porte qu'on les nomma Ozole^ou^PuaDS, 
rapportant cela ou à NefTus, ou au Serpent 
Pithon, ou à leurs robes de Chèvres & de 



)E t'IMPOSrnON DE QUELQUES &C, i^ffj, 

îrehis, qui leur imprimoient une odeur très 
leiâgipéable. Nûs hahitans de Canada font 
titrés depuis peu en communication avec u- 
le NadoQ de ce paîb-là, appellée auOTi des 
*iians y vraifemblablement fiir le même fujet* 
It les Pères Jefuites y ont le nom de Robes- 
loires, quidlce|uidesMelanchlaeniâesAn-^ 
:ieni. 

Mais n'e(l-ce pas une étraiige bizarrerie, 
qu'on fe foit abilenu de certains noms par 
haine & par abomination, de même qu'on 
s'eft donné la loi de n'e&pas prendre quelques 
autres, à caufe du grand refpeâ & de Tex- 
trcme vénération qu'on leur poitoit. L'Hi- 
ftoire ancienne efi pleine d'exemples du pre- 
mier genre. Le crime de Marcus Manlius 71^, u^ 
Capkdlîous, qui fe vouloit ériger en Souve- /. (, 
rain, fit arrêter aux Romains qu'aucun de 
cette âmille des Manlies ne porteroit plus 
l'avantnom de Marcus. Et le malheur de 
Marc Antoine donna lieu après (à de&ite à un 
Arrètcu Edit femblable, qui defendoità tous ÙiêCaf- 
ks Ancoines de prendre ce même avant-nom,-/^ 'J'- 
qm eft aujourd'hui fi illuflre dans Venije. ^ . 
Les Grecs fireiit ce ou'ils purent pourfuppri^ 
mer lê nom d'un fcelèrat, qui pour faire par- 
ler de^lui feulement avoit mis le j^u au fuper- 
be T^nple de Diane d'Ephefe. Et dans ces 

L i] 



Iff4 LE T T RE CXLL 

derniers tems ron a eu la même viCSe à Yé 
> Al/ gatd de^ Reuveus d'Ecofle, félon Camdeo 
d'un Ravaillac en France) & de quelques au 
très furies infernales dont Ton ne Caurd 
trop condanner la mémoire en Tabdiflanc 
$it vacahJa quoque eorum dêfamata atqm à 
mortua cum ip6s viàeantkTy pour ufer des ter 
lf.€.z. mes d'Aulu-GeDe en femblable oceafioa 
D'un autre côté les noms dllannodius k 
^d'Âriilogiton furent fi chers^ & fi revers 
dans Athènes^ après qu'ils eurent heoreufe- 
ment délivré leur patrie de la tyrannie des R* 
fiftrates, que par l'ordonnance exprefle (ies 
Aréopagitles il ne fut plus loifible à pbrfonoe 
de prendre des noms fi adorables^ bien que 
le même Aulu - Gelle femUe refiraindre cette 
defenie à ceux, qui étoient de condition 1er- 
vile. Quoiqu'il en foit, unG^iblablercTpeâ 
efi caufe que depuis Saint Pierre aucun de 
ceux, qui ont rempli fon fi^ Q*a voub 
prendre fon nom? Sergius Troifiéme quiF^ 
voit de batême l'aiant changé par humilité 
lors qu'il fe vit defiiné à feoir dans la chaire 
de ce Prince des Apôtres. C'eft ainfi quedi- 
verfes caufes peuvent produire de mêmes ef- 
fets ^ . & que de mêmes noms, trouvés tics 
beaux en un tems , perdent leur; lufire en ua 
autre, & (bmblent changer en un infiaotâé 



>e: i-'iMPOsmoN de quelques&c: i«^ 

attire. Il tCy en a gueces eu de plus beau ^-^ 
»ar ik unification que celui de Néron, qui "^j^jseiL 
h preDok dan^.la tmgùc Sabine d'où il ve Li^cir! 
ioit> pour un hohirae courageux & vaillant, 
[Cependant le ibdéme des Empereurs Romains 
lifEama teBement cet illuftre nom^ que de* 
^uis lui Ton n^a pas crû pouvoir mieux jetter 
dans la haine publique les plu^ déteftables 
Tyrans, qu'en les nommant des Nerons. 
NTeft- ce pas la même chofe de celui de Lucifer? 
U eft confiant que, conmie il y a eu de 
fort t^rréables noms en toutes les Langues,' 
tels que celui de Caton en Latin, qui fotteMGir. 
domié à Marcus Pondus Prifcus, félon Tob- 
fervationdePlutarque, pour (aire compren-, 
dreradrelTe, & la vivacité defoaefpritr U 
s'en eft trouvé d'autres, qu'on a été con- , 
traint de changer, à caufe de leur vilaine fi- 
gmfication. Les Beauharnois d'Orléans, à 
ce qu'on dit, en avoient un fort vilain autre* 
fois, & il feroit aifé d'en rapporter aflez d'au- 
tres, qu'on ne ûuroit pronpnceriàns rougir. ^ 
L'honnêteté veut, qu'on lesadoudfle^ fifin- 
re le peut, & qu'on les change à plus juilc ti- • 
trequelesRoipainsnefidfoient les rodes paro- 
les detuer , & d'^er la vie, dans leursbondfin- 
nacions à mort: IBi fuofue ^[uihus anknadver- ^^^*^' 
t€rjtim4ammiti$swKigiefi^ mm dicwa Ocàdcj 

Liij ^ 



fee LETTRE CXLL 

^' hùnMcrere^JeJy^eiege^ crudelitfftemimpin 

verhomitiùrefubducunt. Mais une infinité do 

' noms ont été imporés.pac un pur espace, le 

feul hazard en dl le parain^ & comme ik 

font èvfftrv lioKoyay c'eft en vain qu'on en 

Fhitêf. in recherche une origine réglée. Le Bracfan» 

^'^* De Calanus fe nonmiôit Sphines^ & pource 

, qu'il falâoit tous les Grecs aveclemocIndieQ 

Çaiey qui veut dire, Salve, ils le nonuDC- 

rçBt Calani». ; Tamerlan fe divertii&iiit au 

jeudesEdiçcs, qui lui platfbit fert, 6c j aîam 

^Y*^"*- donné un Echec ^Importance qui s'appeDe 

"^^*" Sar^icAecnAràbe^ aumêmetems^u'onluiap- 

porta la nouvelle de la naiflançe d'un fik, Se 

du bâtiment adievê d'une ville ^ il noBuni 

fur cela fon fils Saracii^ & ia ville Sûrxlàe. 

Ifmael Sophi fut encore plus fiintalqoe de 

N donner le nom de Ba|azeth à un pourceau 

d'énorme grandeur, pour témoigna fà ha- 

> ne contre les Turcs ,^ & le mépris, quil &i> 

foit de leur Prince. En effet, fi nous croions 

avecraifon, ^quenous obligeons au Batèroe 

ceux^ à qui nous faifons porter nôtre no0> 

HiftJe & fi les fauva^s de nouveau Monde mie 

AntaUi. trompent point de complimenter leurs m&> 

en faifant échange de leurs nom, Je en les 

troquant enlèmble pour macque de bonne 

xorrefpdnd^oe; lioui^ ne pouvait mieux 



3E ÛlMPOS^fltON DE QyELQUES&c. 167 

nontrer ùl grande animofitç contre Bajazeth^ 
}ue de donner fon nom à cet in&me am« 
Dial. . 

Je fiiishomeux de vous avoir jurqu'ici en- 
tretetiu de diofes il frivoles; mais, à je bien 
prendre, celles^ qui/occupent plus fedrîeu- 
[ement en apparence, ne font-elles pas le 
plus ibuvent pleines de vanité^ En vérité, il 
y en a peu qu'on puifTe dire exemtes de ce 
de&ut, & ft vous exceptés celles, qui nous 
peuvent rendre meilleurs, comme faifoit 
Socrate, tout le relie vous paroitrâ égale- 
ment digne do mépris* Aprè$ tout néan* , 
moins Ton ne (auroit nier, qu'irn'y ait des . 
nomsi dont la feule prononciation a^ caufé 
qud^dbis d'étranges événemens. L'Hi- 
ftoim de la guerre de Grenade , , qui fe fit en jikiMo. A 
mil cinq cens foixante dix> nous apprend, 4t* 
qu'un Général d'amiée, aiant appelle fort 
haut un Trompette éloigné , qui fe nommoit. 
Santiago^ Ton crût que c'étoit le mot pour 
combattre , ce qui fit perdre vifiblemént la ba- 
taille. Ces petites obfervations n'empêchent 
pas pourtant, qu'on ne doive juger l'atten- 
tion de beaucoup de gens aflez ridicule , qui 
fiins &ire grand cais dés chofes, n'occupent 
leur efprittju'à pefer les paroles, qu^ils exa- 
minent avec trc^d^fcrupule. Vousn'igao-- 

L ui| 



1C8 LETTRE CXLI. 

rés pas Paverfion qU'en plus d'ua lieu fai tè- 
moigné d'avoir pour cette sorte de curioûté.! 
En effet) la feâe des Réaux vaut incompara- 
bleitient mieux à ceté^rd quecelle des No- 
minaux. Il eft beaucoup plus à propos de 
s^arrêter aux chofes qu'à leur appdlation. £r 
bien qu'il foit befoiq quelquefois/ de diAio* 
gucTcntcc jus vert, ScFerjus; entre le Tro- 
c\ï\ix{ut Diarhodon^ & celui de Rofis; emre 
leucachantûy êc ackanta leuce; ou qudques 
autres femblables félon robfervation de Jaoo 
bus Sylvius fur le troifiéme livre de Mefué, 
qsii eA des Antidotes: Si eft- qu'il fiiut tou- 
* jours en revenir ' à l'uTage des grands au- 
teurs, qui refont inéeflamment moqués de 
ceux, qui donnaient troj^ de tenais à exami- 
ner les mots, lors qu'on fe peut aflez fidreea- 
tendre (ans tant les éplucher. Galien s'cftad- 
mirablement expliqué là deflus dans le «xt 
viéme chapitre du quatrième livre de llJiàge 
des parties, au fujet du Péritoine. LesuoS) 
^t-il, le nomment une membrane ^ &les 
autres une tunique, mais qu'on Fa^Uc 
comme Toti voudra, je me rirai toute ou 
vie de ceux, qui confument miferablemeoc 
le tems fur de telless conteAations. No$ 9xt 
cicns, que je veuximitçr, ajoute- 1- il, né- 
toient pas fi de loifVj Quosnosfkoquefe^ 



)E L'IMPOSItlOM tE (^JELQUES &c. 169 

es a vann quiiem in nùmirtihus garrulitatedi/ci^ 
^ernus. Il étoit fi ennemi de cette fuperfli^ 
ion des didtions^ qu'en parlant du Foie au 
ihapitre treizième du même livre ^ il s^ab- 
tient d'une appellation doUteufe en ces te^ 
neS) lis inveftigandum relinquoy qui in nomini- 
tibus tantumftmt ingeniofi^» in iifque omne tem* 
ms vitafua conterunt^ perinde acfi non poffent 
tpHora^quamplurimarequirerey rapportant en* 
fuite ravis de Platon^ Nos ditioresjapientiaaâ 
feneftutem perventuros^ fi nomina neglexeri' 
mus. Je nedoîs donc pas être plus long, quand 
je pourrais m'^endre ici davantage. Vous 
auriés tort d'ailleurs d'exiger de moi de plus 
amples lettres, connoiiTant,^ qu'il n'y a point 
de nom, qui me convient mieux que celui 
d'Amdius, jamais ce Philofophe Grec n'aianc > \ 
été fi n^ligent ni fi pareâcux que mon Et 
fans vous importuner, comme plufieurs£bnt» 
de mes infirmités, je vous dirai de plus que 
je pourrois préfencemcnt dilputer à ce Roi de , 
CaftiUe Henri Troiliéme le fumom de Fale-Mmwr. 
tudinairei ou à San(%us Roi de Bifcaie celui 
de Reclus y tant je m'écarte du grand monde> & ^ 
par confequent des mçiens de vous faire fa^ 
voir les nouvelles qui s'y débitent ^ 

" L ^ 



IT^o LETTRE eXLII. 

d;é 
LA COUTUME. 

LETTRE CXLIÎ. 



E 



MONSIEVR, 

^ncore que le.Droil: Canon dKb proâie- 
ment qu^il ft'y ft point de coûnime fi 
pukTammeht établie^ qui ne dcrive céder à 
la vérité & à h raifon, fi elles lui ^fout oooinuh 
Jn Decr. ^^î FtritaH €^ rationi cchjueh^^ efi jwftw- 
difi.Canc. nendai Et quoi qu'ÂriAote au chapitre huit^ 
foa. i. r^Q jy iecond livrede fes Politiques drfagoc, 
t]ué c'eA fe tromper fort de s'accon^modercel- 
lement â l'antiquité & à Tulâge, que nous 
nous écartions en leur confidèratioii des dio- 
fesraironnables; puifqu'apparenuneDt les au- 
teurs des plus anciennes coutumes croient, 
comme yjjyevâç, ou Ttrrigmes qu^ils fe di- 
foient, des hommes â*és grofliers & à demi 
idiots r à I-autorité & aux conftitucioos dequi 
. par confequentil feroit extrêmement ahfurde 
de trop déférer: Si cid ce que la coutume en 



DE LA COtJTUME. 171 

outeschofeseftftpuil&nte, &fep]aitâe9Cf 
n^cer fiir nous un empiré fi tyraniïique, qu'à 
>einc feloQ le mot de Laberius peut- on jrt^ 
nais corriger ce qu'elle a une fois étab]i> 

^gre repenias quùd finis cùnjuefcere. , ^ 
Seneque ne f6 i^aint donc pas à tort de ce quA 
chacun règle fa vie plutôt fur Péxemplë de^ . 
Euitres, que fur ce que pourroit préfcrirc I* 
raifbn > que nous faifbns par ce moien céder 
preique toujours à la coutume, quelque bi- 
zarre & quelque injufte qu'elle foit; bAercau- V- '^y* 
fasmalcrmnnoftrorumeft, quodvtviwusaiex- 
tmplal nec raticne cùmfonwmr^fedcmjuetudine 
ahJucmmr. Ilacertesraifon^ ce m^vais ufage 
fidtun des plus grands maux de la vie, parce 
qu'il n'y a point de defordre, qui ne pafTe pour 
bon uns l'examiner^ & qui ne s'établifTe fans 
répugnance, depuis qu'étant devenu à lamo* , 
de il s'eft rendu commun; ReSi apuâ nos l<h 
cum tenet error , ubi puMicus faShts efi. Or 
parce que Tentreprife de changer les coûm- 
mes établies de tems immémorial^ & que 
Ton appelle invétérées, n'eft pas celle d'un 
homme fage, qui en s'accommodant douces 
ment â tout fetx)ntente d'avoir ia conduite 
particdiere, laifiant aux fous le*de(fein de 
reformer t0i}t le monde: Il &ut que la pru- 
dence humaine fe contente de s'oppofer tour 



17» LETTRE CXLIL 

ÎOitf$> «uuhc, qu'UluirerapoiOMe» à ¥m 
iroduâioQ des coutumes dénifimiu^des, i 
q^e le boa Sens tie iauroit approuver. Ceîi 
\ lui peut reûflir d'autant plus aiiemeitt> qui 
toufôs choies pardflent foibles dans Iran 
(cooMneaceniens, &quelesaphocifiiiesdcii 
Morale tondeanetit en oàa avec ceux de h 
t^hyfique. Les ner& ibnt mous au Ibrtir du 
cerveau. Se ils n^acquierent leur ooofiftence, 
leur dureté , & leurs fc^ce, qu*en s^'encbi- 
. gnant; comme Galien l'a fcut bien regoaiqur 
au feptieme livre de l'Emploi des parties ibr 
la Qa du chapitre quatorzième: Etilmefou- 
vient qu'ApuIçefkvorife ma penlëe endes cer- 

mFlcr. mes affez confidérables, Nec fMtdpum <» 
nimn eft qwâpoffit in primordiojid perfiàjci 
ommbus ferme aute tfkfpn rudimeîOum^ q9jm 
reiexperimentum. Mais après cette teofinve^ 
& que l'on s'eft déclaré là delTus, il £iutceâer 
à labus s'il eft plus fort que;iôtre.c^xiritioo, 

' kiâer régner celle que Kndare a irammce h 

Reine ablbluede toutes chofes, Monmmtà- 
um Regemj &fèfouvenir> que les Iui& ac- 
coutumés aux aulx, &aux oigncMisd'Egypte* 
les regrettdent dans le delèrt, nonobibot 
Filment d'une manne, qui anuprenoît tou- 
te Ibrte de goût. 

L'on demande d'où peut procéder cette 



.DELA COUTUME. 1^3 

grande puîffance des Coâtunaié^, ijuî txetr 
cent, fur tout dans la Morâkf, un empire ft 
abfolu, que toutes îiosacSionS'auffi bien que 
nos voibntés fcmblent leur être foûmifes. En 
effet, qui cft ce qui fe peut dire exemt de 
leur tyrannie? ' 

Gravi ffîmum ifi imperhm con/uetudims; tàherius» 
Et Ton reconnoit tous les jours, qu'il n'y ^i 
rien de fi extravagant, ni de fi ridicule felon^ 
nosmœiifs, que la coutume ne ftffe trouver 
beau en quelque partie du monde , qui ne s'é^ 
tonne pas moins de nos façons de faire, que 
nous des fiennes.\ Jean Léon fait, voir desLf./^r. 
Numidiéns, qui tiennent leur bouche cou- 
verte, ne la cachant pas miôins foig^neufe- 
ment que Ton fait ailleurs le derrière, & je 
vous ai fi fouvent entretenu de femÛables 
obfervations, que je ferois confcience de 
porter plus loin une induâion, que tant d'e- • 
xemples peuvent former. Tant y a que fans 
même qu'il intervienne aucune opfération de 
TEntendement, nous avons naturellement u- 
ne fi gratide propenfion à faire les choiips ac- 
coutumées, qu'Ariftote n'a pas fait diffiailté 
d'attribuer le domiir prefque continuel des 
enfans nouyeau-nés àce qu'us nèfaifoient pref> 
que autre dioie que dormir dans le ventre de 
leurs mères, & cette raifonfi vulgaire qu'elle 



IJ4 tETTRE CXLIL 

paroilfe, ne jkii a pas déplu au premier dmfê\ 
tre du dn^iéme livre de la Genéradon desa^ 
nsmauir. Cen'eftdpncpasiaiisrfu)e(quliip- 
pocfats attribué tant à la Coutume^ ^'ilpré- 
^^^^\fert en deux aphorifines différens des choièi 
^^ ^*' peu louables quand Ton y a pris habitude, i 
d'auores meilleures en(c», mais qui ne nous 
font pas fi Ëimiliertis. Galien marchant fur 
fespas a nommé la Coutume uneiecondena- 
ture^ adveiititùm natmram. EtfinousTOCh 
Ions contempler avec Seneque les peuples 
qui vivent, à ce qui nous femble^ leplusmifer»- 
blement, & dont toutes les façons de fe gouvcr* 
fier nous peuvent paroitre les plus infuppona- 
bles, nous trouverons dans un ierieux exs- 
men, quelles mêmçs chofes, qui nqasfoot 
avoir pitié d'eux» oompofent leur felkhé, k 
que l'ufiige leur a rendu plaiiant tout ce que 
OfProo. nous îugions d'abord intolérable. Mifmti* 
*V-^ himdentur? nihU miferum efi^ quodinmatih 
ram, confiittudo perduxài paulatm emm uJu- 
ptatifuttty qu^ neceffitate cœptrunt. Que 11 
la coutume adoucit & dimjnuë le niai, eiie 
ai^;mente le bien fans doute, & c'eft ce qui 
nous doit rendre plus enclins i le iuivre, «k 
àprifer tout ce que d'abord laraifonnousdiâe 
pour le mieiur* Un ancien dondoit li àd- 
• lus ce précepte de Morale, qu'on* fit fèufe^ 



RE LA COUTUME. 17^ 

Dent choix par difcoUrs dé la meilleure voie 
fu façon de vivre> parée qu'à la longue eUe 
te pouvoir manquer de nous rçuiTir douc^ Se - 
icile. . ' 

Toutes ces confidéradons peuvent favori- 
br les bonnes & louables coutumes , qui ne . 
hoquent ni la raifon^ ni les mœurs > qiie 
hacun* approuve, & qu'on doit erabrafler 
[autant plus volontiers^ qu'en vain l'on con* 
efteroit contre leur établiÔement, & qu'il y 
luroitmêmedei'extfavaganceàleÊiire. Ce- ' 

)endaht l'homme d'ailleurs a une pente fina- 
urelleau changement , que tout ce que la ' 
^ablea dit des Vertuames, & des Proteesf 
)u la Phyfique des Chameleons, des Poly* 
)es, & des Tarandes ne (auroit exprimer 
on inhabilité. Diofcorideécrit des fleursdu '• 4-^* '/•* 
Tripolium, qu'elles changent de couleurtrois 
bislejour^ Mane candidij meridie purpura^ 
eropumceicê^Jfidunturi Ce que je me fou* 
nms d'avoir lu auffi, dans Antigonus Cary? 
bus y avec feulement un peu de di verfité fiic 
es coulçujrs , Mettant le jaune pour la demie- 
c , Ter una die cobrem matât Tripolium^ ait-' 
^uando aSfUSy alifuando pfmiceuSy aliquand^ 
"ilvus. Mais encore ces mutations de çqu- 
eur, toutes merveilleufes qu'eliesparoiffent 
n cette plante, font pour le moins r^léesi^ , 



IJ4 tETTRE CXLIL 

paroiffe) ne jhii a pas déplu au premier dbs^ 
tre du dnquiéme livre de la Genéntion desa- 
nimauir. Cen'eftdoncpasfaDsrfu}etqu'Hip- 
pocratsattribuôtantàlaGoûtume^ qu'il pré* 
&^.tf;iA. £çj.ç ç^ jçyx aphorifines différens des chofes 
^^' ^^' peu louables quand l'on y a prs habitude, i 
d'auares meilleures e&Ic», mais qui ne nous 
font pas fi familieress. Galien marchùit fur 
fespas a nommé la Coutume unefecoodena- 
lure^ adventitùm niOvram. EtfinousTOih 
Ions contempler avec Seneque les peupIcS) 
qui viyent^àcequinousfemble^ leplusmifera- 
blement, & dont toutes les façons de fe gouver- 
ner Qous peuvent paroitre les plus infupporta- 
bles> nous trouverons dans un ferieux exa- 
men, que j les mêmçs chofes, qui nous foat 
avoir pitié d'eu^, oon^ofent leur félicité, k 
que l'ufiige leiu: a rendu plaiiant tout ce que 
DtProv. nous îugionsd*abord intolérable. Afiferiti- 
^V-4- BivUentur? nihU n^ferum efi^ quodinstà^ 
ram, ctmjketudo perduxit: pmdatim emm vok- 
. ptatijmty qua neceffitate cœperunt. Quefi 
la coutume adoucit & dim|nue le làal, elle 
augmente le bien fans doute , & c'eft ce qui 
nous doit rendre plus enclins à le jSiîvre, k 
àprifer tout ce que d'abord laraifonnousdiâe 
pour 1b mieuir. Un ancien dontioit là del* 
• fus ce précepte de Morale, qu'on-fit feul^ 



nE LACbUt'UME. 17c 

îieDt dnœc par difcoUrsdé la mdlleuK voifr 
}u façon de vivre^ parce qu'à la longue elle 
le pouvoir manquer de nous rçuiiir dou<^ & ^ 
acile. . - 

Toutes ces coiifidérations peuvent favori- 
kr les bonnes & louables coutumes, qui ne . 
::hoquent ni la raifon, ni les mœuts> que 
::hacun.' approuve, & qu'on doit erabrafler 
Tautant plus volontiers, qu'en vain l'on con^ 
tefteroit contre leur établiflement, & qu'il y 
mroitmêmedei'extfavaganceàleÊiire. Ce- • « 
pendant l'homme d'ailleurs a une pente fma- 
Mirelleau changement, que tout ce que la ' 
Fable a dit des Vertumnes, Se des Protces; 
DU la Phyfique des Chameleons, des Poly- 
pes, & des Taraudes ne (auroit exprimer 
ioninftabilité* Diofcorideécrit des fleursdu '- 4 <^* '?•' 
Iripolium, qu'elles changent de couleurtrois 
fois le jour, Mane candidi^ meridie purpurei^ 
^ero pumcei cêijjbiduntur ;. Ce que je me fou* 
tdens d'avoir lu aufli. dans Antigonus Cary- 
lius , avec feulement un peu de diverfité iiic 
es couleurs , Mettant le jaune pour la demie* 
c, Ter wm die coiorem mutât TripoKum^ ait- 
imido a&uSy alifuando pyniceus^ aliquandot 
^vus. Mais encore ces mutations dic cou^ 
^ur, toutes merveilleufes qu'ellesparoiffeiit 
m cette plante, font pour le moins réglées. 



. 1^6 LETTRE CXUL 

& eHes ont toûjouis leurs périodes certamcs, 
fto lieu que Ternit humain a fes variétés noQ 
feulement plus firequentes^ mas (i. Ton j 
prend bien garde beaucoup plus deiordcih 
nées que tout ce qu'on lui voudcoît cèmpa- 
rer« Si eft-ce que nous n'avons rien, qui 
nous afTure tant de la^nne affiettè d'urc a- 
me confirmée dans le bel ufage de la niiœ. 
' que de vouloir toujours une même chofe, ou 
ne la vouloir pas, & d'être inébranlable en 
«cette pofture. Je laiflfe à part;^ ditadmind^fe^ 

' * , ment le Philofbphe Morale toutes les autres 
définitions de la fagefie humaine, pour tnc 

Senecep. contenter de celle -ci, quiJ ejlfapieMia? fm- 

^' per idem veUe atque idem noUe: Et il en recd 

cette raiibn convaincante, p^rcequ il n'y aque 

ce qui e(l félon la droiteraifoq, quipuifiefàâi- 

reentouttems, NmpoteftadquamfewÊfai^ 

J^P'H' dempiacere^ nifire&um. Quefi, ajoute t- 
il dans une autre épitre, l'erreor oommuio 
& le mauvais exemple de ceu^, que nousfit- 
quentons, nous ébranlent qudqu^is, k 
nous (ont perdre cet heureux pofte, le dcr* 
nier trait de la fagefle confi(b àferedreiTer 
fur ce, premier modèle delà laiibn que nous 
tenons de la Nature , ou pour mieux dire de 
Dieu, qui en eftle maitre, afin de demeu- 
rer fermés & fans varier dans nôtre première 



DE LA COUTUME. 177 

k (ans varier dans nôtre première &. avanta* 
reufe affiette. Hac eft enimfapientia^ inna- 
urrim converti y & eo reftitui unde publicus f r- 
'or expulerit. Sans mentir c'eft une chofe 
nerveillcufement honteufe y & qui peut fai- 
re rougir les moins feoTibles à la pudeur,^ 
»'ils y font quelque peu de réflexion, que 
nous tenions à une (i grande injure d'être dé* 
mentis par qui que ce (bit, & que nous nous dé* 
mentions nous mêmes à toutes heures par 
tant d'aâions, qui fe choquent, & par tant 
de fentimens, qui fe détruiient les uns les 
autres. Mais, me dires- vous, ne faites- 
vous pas profeffion vous même, de n& 
vous attacher à aucune opinion fiinféparable- 
ment, que vous ne foies prêt de rabandon- 
ner auffitôt qu'une autre vous paroitra vrai- 
femblable? Je Tavouô, & fi je prétens ne 
faire rien en cela qui contrcdife les maximes 
de Seneque, parce qu'elles ne condannent 
que rinconfiance dcraifonnable, impetueu- 
fe, & qui s'exécute Iknsdifcours. Pour moi 
ne changeant point d'objet, & la vralfcmblan* . 
ce au defautdu vrai , me fervant de Cynofu- 
re, je conferve toujours une même volonté de 
la fuivf e. La yéritc , qu'elle me repréfente, 
& qui efl éternelle, ne peut être abandonnée 
fans donner dans le faux, & tout ce qui eft 
, TomeVn.P0rt.IL M 



178^ XETTRE CXLIL 



nouveau, félon cet cnviiàgemem & cette fii- 
ton de concevoir, lui doit être contraire. 
Ry a pourtant des nouveautés, non*pasabfb- 
lues, mais eu égard à nous,' qu'on peut Ha- 
vre innocemment, & fans bielTer cette fu- 
préme & première vérité, parce qu'on Ta 
toujours dans refprit, & qu'on ne s'en é- 
C9rte. qu'autant qu'elle fe plaît à fe retirer 
Ténebrasquelquefois dans des ténèbres ii épaifles, 
tibSîiJTq"^ notre fôible vue ne les fauroît pénétrer. 
Aiuin. Je ne fai comment je me fuis enfoncé dans 
cette moralité, mais je vous alTure, que 
quand le devoir m'a fait prendre ja ^ume 
pour vous récrire, je ne favois ni par où 
commencer, ni beaucoup moins par oti /e 
' pourrois finir. . 




)K ^ ^ i7f 

ÇELAPOEiSIE. 

/ 

LETTRE -CXLIII. 



Je fuis de vôtre fentiment, & je préférerai 
toujours une Po&fie agréable, quelqye 
Ubertéqu'elleprenne, à cellequi pour obfprver 
trop exaâement toutes les r^les de Tart, pê- 
ne plutôt Tefprit qu'elle ne le contenta ^ Il 
en eft comme des Feftins, ou le goût do 
ceux, que Ton-traite eft plus^confidérable, 
que tout ce que le Cuifinier peut dire en fa- 
veur de fesfaufes, 

Ccmafercida noflrce 

MaUem convivis fuam placuiffè cocit» 
Nous avons en cela pour nous Homère mê- 
me, qui félon robfcrvation de Plutarque ne 
fit pas difficulté de laifler le premier vers de ï>'>r?f. 
fon Iliade defeAueux en la quantité, qu'il y *"''* 
bleflfe en trois (à^ns différentes, &~qui en 
parlant de Ceres, comme Didymus a rcmai;* 
que, aima mieux emploier unvers d*Orphée 

>t ii ' 



180 LETTRE <;XL1IL 

âufli liceûtîeux, qup de fc mêler de le corri 
ger. Ceux d'Apollon avoient de pareils de 
Ç^^^ùixits dans la plupart de fes Oracles, & roa 
riK. peut ajouter fur ce fujet, que l'Eglifè ea 
chante, tous les jours qui ne font pas phn 
corrects,. 

. GrammatkaslegespîerU9ttjiùEcclefiaJpermt. 
L'amour poAr la liberté eft fi nàturdle> que 
je m'étonne de ceux, qui tous les jours is- 
vcntent de nouvelles entraves, pour le Êdre 
de la peine, fur tout à Pégard de hoS rîmes, 
qu'ils veulent rendre fi riches, les appel- 
lant ainfi, qu'on y voit (buvent unc.trcs 
grande pauvrrté de fens, ou du moins une 
gêné & une contrainte de penlées qui 6it pi- 
tié , & qui travaille même leur Lefteur. Car, 
quant aux nombres, & à la quantité» que 
les Grecs & les Latins ont voulu obicrver 
dans leurs Poèmes, Ton peut dire quils ocr 
trouvé par le moieil des accens ditfërens une î 
. ^ certaine harmonie, qui non contente dccha-j 
touiller l'oreille, pénètre jufqu'à l'efprit oi, 
elle eft entendue avec plaifir comme étant lut 
Oic.^.âi même tout harmonieux • Nihileji tamc9\ 
^^' gnatùi7tmentibusnoftriSy qunmwuneri^ atfÀ 
voces. Mais pour ce qui cft des rimes, qu 
compolènt la figure que les Rhéteurs Domt 
^nent OmoioteUvte^ ou finiflant d'un nicmfl 



DE tA POESIE. ] IBX 

Hi <» il faut avouer j qu'elles âégqptent à la 
)ngue3 & qu'il fè voit peu de grands ouvra* 
es en langue vulgaire, qui n'ennuient par 
i merveilleufement; ce ^ui eA d'un très 
;rând defavantage à nôtre Poéfiel L'on 
leut donc dire que ceux, qui veulent établir 
tes loix trop aufleres en cette partie, tâchent 
fintroduire dans le temple des Mufes unefu^^ 
)cr{lidon fort préjudiciable,, La rime d'un 
bonnet ou d'une Bpigramme, efl plus tôle- 
rable; mais celle d'une grande pièce fiitigue 
Il étrangement,, qu'il n'y a prefque point de 
leclure plus pénible. Peutétre que les vers 
rimes de ces Indiens, dont parle le Père Jar- l.t.kifi.c,é^< 
rie 3 qui font chacun de foixante douze fylla- 
bes, ne lafTent pas tant à caufe de leur éten- 
due, ^ui rend leur cadence moins importu- 
ne, & moins fenfible. Je ne ûii que Vous 
dire de celle des Arabes, fmon qu'au rapport de 
Jean Léon leur poëfie eft rîmée comme ccllci.i.<t^- 
de toutes' les Langues modernes. Il eft vrai 
que Vincent le Blanc affure que les Poètes du 
Pérou qu'il appelle Haravec^ c'eft à dire in- »/'*^-'-'* 
venteurSj ou Trotmerres pour parler à la 
Provençale, failbiont bien leurs vcrs'mefu- 
rc8, mais qu'ils étoient fans rime, à quoi 
s'accorde Garcilaflb de la Vega dans fon Hi-/.«* ^- ^-^ 
ftoire des Incas,& ficela eft; je tiens, que leur 

M iij 



x8î LETTRE CXLIII. 
\ • 

Po&fie eft d'autant plus à eflimer, qu^dle 2 
l'avantage de rancienne Grecque & Romaine 
fur la nôtre, & fur celle des vers Léonins, 
que le fiécle fcul d'ignorance a produits. 
Ce qtxb je viens de dire des Indiens me £d: 
I fouvenîr de robfervatîon, que Dion Chryfc- 
^Orn/.fj; ilomé fait particulieFcment des Orienraui, 
qu'ils avoient les oeuvres d'Houïere traduites 
en leur Langue: de forte que, félon fà néflcxioQ, 
ceux^' qui ne connoifToient ni nôtre. Cynoi'u 
re, ni les autres aftres voifins de nôtre Pôle, 
• avoient néanmoins pris connoififance par les 
vers de ce Poëte ^ du Roiaume de Prtain , & 
de la valeur d'Adiille. Sans mentir, c'eÂun 
jnerveillcux avantage à Homère, que dqmis 
plus de deu^ mille ans il ait été procfauM par 
toutes les Nations le Prince de ceux defàpro- 
feflion« Car Ton ne peut pas dise, que ce 
Toit ni la dignité de fbn fujet, ni la primaoé 
du tems, qui lui aient acquis une fi grande 
prérogative, pilifqu'avant lui un Siagiius, & 
unÇorinnus, avoient déjà compofé des Ilia- 
des. Une la tient pas aufli de fà ;iai&nce, 
^ ni de fcs biens, vu qu'étant né très baffc- 
ment, il vécut fort néccfFiteux^ & mourut de 
faim fi Ton en croit un vers de Sotadcs. Ce- 
pendant fa prééminence eA reconnue de tout 
le monde, à l'excépôon de quelques elprits 



DE LA POESIE. ^ 183 

eictravagans, tels que celui de TEmpereur 
Flaârien, & l'on ùàt le [cas, qu*en faifoit le 
Graod Alexandre, dont Tame héroïque ne 
pouvoir entendre prononcer fans peine d'ai)- 
trcs vers que les héroïques de ce Poëte. Ce 
domteur de i^'Afie difoit, , qu'il eût miçux ai- 
mé être le Therfite d'Honiere , que l'Adiille 
d'un Chœrilus, lequel néanmoins Lyfandre 
menoit toujours avec lui dans toutes fes exr 
pediticMis, pour en faire dés delcdptionspoë- 
dques. L'on contcde ce Chœrilus, qu'aiant 
convenu, qu'il récevroit un écu de chaque 
bon vers de (à ù(pay &^un foufflet d'autant 
de mauvais qu'il en produiroit, il fut fi bien 
paie des derniers^ qu'il périt fous la main de 
. iès débiteurs* Tant y a, qu'Alexandre, lie 
pouvant fouf&ir qu'on eût préféré iiijufte- 
ment Hefiode à Homère, dit gentiment, 
qu'il n'auroit jamairété vaincu devant des Ju* 
ges, qui euflent été Rois, & qu'il n'y avoit 
que des Fadeurs > qui ful&nt capables dei 
coQ^mettre une fi étrange beràë. Cela eft 
conforme & a fon. rapport au jugement du^ 
Spâtftiate Cleomene, qui nommoit Homère 
le PoSte des Lacedemonîens, & Hefiode ce- 
lui des Ilotes, parce que le dernier traitis 
principalement ie l'Agriculture. 

Entre une infinité de louanges, qu'ondon 

M iii) 



• .- 184 L' E T R R E CXLHI. 

ne à Homère celle- là n'cft pas des dermeres, 
qu il n'y a point d*art, ni de fcience^ «odc 
les profelTeurs ne le prennent à garand ie h 
plupart de leurs aphorifines, comme &'il a- 
voit polTedé cette célèbre Encyclopédie, k 
qu'il n'eût rien ignore de ce qui peut tomber 
Ibus nôtre connoifiance. Cepeodait il £iic 
avouer en faveur de la vérité^ qu'il n'a poisr 
eu toutes ces luniieres , qu'on lui attribuîë. il 
n'étoit rien moins qqe Philofophe, comme 
riatonle lui rq>roche au dîxicm^ livre de iî 
République^ & en beaucoup d'âutres lieuar, 
qui ont fait obferve^ à Marfile Hctn , que les 
éloges de ce Poète, qu'on lit dans le Phile- 
bus ne font pas jTmceres, n'dtant tap p oi tt s 
par Platon que comme populaires. Aufit a* 
t-il prononcé nettement daos (on Apologie 
pour Socrate, qu'il ne faloit pas prendre les 

^ Poëtes pour des hopmies £iges, mais feule- 
ment pour des gens remplis d'enthoufiafme^ 
ou d'une efpece de fureuf . Eneffet> iisoe 
^nfent a. rien moins qu'à inAnike, nefoo- 
géant qu'à plaire, & n'aiant pour cela que b 

• fable pour objet au lieu de la vérité, svy^ 

pûph. termes de Strabon. C'eft pourquoi nous li- 
fons dans Dfogene Laërce, que fe même 
Platon, prenant la refolution de fuivie les 



DE LA POESIE. igç . 

rendmens Philofoptiques de Socrate, brûla 
ce qu'il avoit fait de vers: comme vous pou-, 
vés avoir appris du digne Précepteur de Tra- 
jan , que ce père commua de tous les Philo- 
fophes aiant été excité par un fonge à fiiire 
quelque cçs delà Poefie, choifit pour cela ^ 
les fables d'Efope, afin de s'éloigner du mea- 
fonge trompeur , dont elle fait le plus depro- 
felTion. Car n'efl • ce pas pour cela que tous 
ces grands Poètes ne racontent jamais les cho* 
fes d'ordre, conunençant ordinairement par 
le milieu de ce qu ils ont à réciter^ avec Cl 
peu de vérité, que ceux, qu^ ont emploie 
des vers à rapporter quelque chofe comme 
elle étoit arrivée , ont pafTé pour hiftoriens, & 
non pas pour Poètes^ Dion Chryfoftome a Onà.n 
£iit cette réflexion avant moi , dans une de fes 
oraifons où il introduit un Prêtre d'Egypte, 
qui fe moque des Grecs d'avoir crû furla eau- ^ ' , 
tion d'un Poète tel qu'Homère, queT^roie a^ 
voit été prife par Agamemnon, &qu'HeIene 
avoit aimé Alexandre Paris. Selon lui Achil- 
le fut tué par Hecîlor, au lieu qu'Homère' 
fubftituant Patrocle en la place du premier, 
rapporte le fait tout au contraire. Vous pou- 
vès voir au même lieu, que Tjroie ne fut 
nullement prife > & que Friam niourut l'un 
, des plus heureux Rois de fon ftécle. Il eil 

M V 



igtf LETTRE CXLIII. 

vrai^ ajoute le même Dion, qu^Eoée, Ante- 
nor, & Hclenus^ furent occuper diverfes 
contrées, & y fonder des Roiaumes, comnae 
des Princes vidlorieux, à qui les mains de^ 
itaangeoient après avoir eu le fort des «mes 
fi ftvorabîe. 

Mais quoiqu'il en Toit, la belle PoeGea 
tant des chamies, qu'Jblomere comme k 
coryphée du Pamafle a reçu des applaudiilè- 
' mens de toute la terre. Les plus célcbirs 
dans (à profeflion ont fait gloire derimîter. 
L'un d'eux fe divertit autrefois à &kc de iba 
Iliade une Elégie, ajoutant un peotametrsi 

StfiJax, chaque hexamètre; & un autre doubla enco- 
re le même ouvrage par la jonélioa d'un vers 
héroïque à tous^ ceux de ce Poëte. En niir- 
chant encore fur f^ pas Neftor Lydus com* 
pofa toute riliade en forte ^ qu'il s'abftint 
dans chaque livre d'une des lettres de f Al^ 
bet , ne fe trouvant par exemple aucdnalptu 
dans tout le prmiier, & TryfÂiiodQrus à (on 
imitation fît le aième de TOdyifée^ comme 
Hefychius le rappprte. Bref^ iofiiiies per- 
fonnes ont voulu fe rendre recommendabks 
- en trouvant quelque fineffedans cet ouvrage, 
<}uoique vraifemblablement^ Homère n'y eût 

^ ''* jamais penfé. Âinfi U Grammairien Appion, 
dont Spneque fe raille dans une defesépitres 



DE LA POESIE. ig? 

s'iinagina. que les deux premières lettres de 
riliade, (i&fj^ fàifant lé nombre de quaran- 
te - huit , elles avaient été chofves & mifes ex* 
près par Homère au commencemenr^ pour 
defigner la quantité de livres quefon Iliade & 
(on OdylTée dévoient contenir* Ces mêmes 
livres ont excité mille conteflations parmi 
lesfavans; Ariflote, pour' preuve, cgnfidé- 
rant Tune & l'autre pièce comme'des Tragé- 
dies; &ptufier$ autres, entre lesquels je puis 
nommer Macrobe, étant perfuades, que l'O 
dyiTée'ne peut pafler que pour une Comédie. 
Mais le Rhéteur Longinus dans Ton traité, de 
la haute Eloquence, Trsfà in|/85^ nomme feu- 
lement cette OdyfTée un Epilogue de riliàdey 
(bûtenant qu'Homère la compofa fi vieil, 
que TeTprit commençoit à lui diminuer, d'où 
vient, que tout y eft plein de ces éibles, 
qn'il appelle lovisjomnia^ de forte qu'à fou 
jugement Homère doit être comparé à un 
Soleil couchant dans ce dernier travail. Et 
néanmoins l'on a prononcé généralement en 
fiiveur de tout ce qui eft forti de & plume^ 
que trois chofes étoient également impoiH- 
blés, d'ôter la foudre des mains de Jupiter^ 
d'aiiaçher la mafTucde celles d'Hercule, &de 
foufhaire un des vers d'Homère &ns qu'on 
s'en aperçoive, & fans (aire vifiblement un 



' 188- LETTRE CXLIIL 

' tort notable à fes compondons. C'eft jcnoo 
core Macrobe, qui en parleainfi au troificmc 
ohapicre du cinquième livre de fes Satur* 
niales. 

Au Turplus ne vous imaginés pas, que 
Platon ou Democrite aient tant de poavorr 
fur mon efprit, qullsmc falTent approuve 
cette oppofition formelle entre la Poêûe, & 
la Philoiophie, que je vous ai antôt rappQrcè<^ 
J'eAime autant que perfonnç le langage des 
Dieux, & je fuis fort éloigné du fèotiœeor 
de ce Père, qui par un zèle qu'on peut nom- 
mer indlfcret, a bien o£é nommer Peau dHip* 
pocrene, le vin des Démons. U nya, dir 
OJit. pindare, que les ennemis de Jupiter qui ne 
•^' peuvent fouf&ir la Pocfie. Mais je vous a- 
voue, que je ne prife pas également tous 
ceux, qui fe mêlent de parler Phœbus, Se 
que j'en cpnnois beaucoup, qui pcnicnt va- 
loir bien Virgile & Homère, quoiqu'ilsn'aieot 
rien de commun avec le premier, que la 
/./7.1105. peine qu'Aulu-Gelle dit quâprenoit, -Dxo» 
/^f.Ciû. pariebat verjus more atque ritu urfino; ni t- 1 
vec le fécond, fmonlorsqu'onlesvoittousies 
jours aller de porte en portedebiter leurs rapl(> 
dies. Car c'eft une choCe merveilleuiè, & 
certaine pourtant, que les phis chetiis» qui 
Ce mêlent de ce métieri croient toujours, 



DE LA POESIE, i89 

ju'ils ri'y font devanccs^par perfonnc, $c que 
ien n'égale leur verfificationy Horat.eji,^ 

Ridentur main qui componunt carmma^ vé- ^* 

Tum ' , 
Gauâent fcrihentes^ & fe venerantur^ &* . 

ultro^ 
Sitaceâs^ laudant quiâquUfcrijrfere y heatié 
}e£àibieii9 queTâmour, quediacunapour 
toutes fes produiîtions d'efprit eft toujours , 
exccffive ; mais rien n'égale ravcuglemeiït de . 
ces petits avortons du Pamaffe. In hoc gène- ^«'^•5ï'«j^- 
re nefcto ^o paSo magis quam m akufumi eut- 
que pulcrum eft; aàkuc neminem cognovi Poër 
tamy quijtbi non optimus vider eturx fie fêtes 
habety te tua y me détectant mea. Jefuis|(ûry 
que vous n'êtes pas pour contredire là deffus 
les peûfécs de Ciceron & d'Horace, OV il 
cft bien plus de ces miterables & préfom- 
ptueux Pogtes à la douzaine, que. d'autres; 
non leuîement à caufe que toutes les chofes 
excellentes font rares, mais eocojp parce 
que la naiffancc d'un excellent j^oête eft 
particulièrement chronique, & périodique à 
ce point, qu'elle n'arrive guéres, non plus , 
que celle de plus grands Héros, que défiécle 
en fi^cle. / , ' ^ 

Confules fiunt quotnnhiSy îf novi Procon-' ' 
fuie e y 



r 



190 LETTRE ÇXLIV. 

Solits akt Rex^ mt Puita^ non jmtànm 
nafcttur. 
PhiloAmte a dit plailamineiit dans une de ta 
^ èpitres écrite à Hacrentianus, qu'il y a^cm de 
fon tems plus de Poètes, que de mouches; 
celui d'aujourdliui n'eft pas meins ficooodi 
cet égard, & mérite bioi qu'on ajoute ks 
ternies de Plaute; 

T plnseftfere^ 

inTfxti. Quam oUm mi^carum eft cnm caktnr wuh 

xume. 

Prenés y garde, pour un d'^iire eux» qu'on 

peut cpnfidérer conune fameux > vous eo 

^4 remarquerés toujours une centaine de fiull^ 

Uques. 

DES POETES. 

t^ E T T R P CXLIV. 



J 



MONSIEUR, 

e oe peùTois pas en vous écrivant ûinilie' 
rement, & à cœur ouvert, courir lafor- 



DES POETES. 191 

ine dont vous me menace d'irriter lesFées, 
u plûtôtuQe forte de Frelons beaucoup plus 
craindre* En effet, > je tfie Ibuviens.fort 
ieOi que Platon acoufe d'une extrême im-mAHmi. 
rudenee les plus grands hommes, s'i^.ie 
lêlent d'oâTenfer les Poètes, donnant le Roi 
/linos pour exemple/qui fut par eux rele* 
^ué dans les Enfers parce qu'il les avoit £iit 
buffirir dans Athènes. Ils mirent auffi Tan- 
aie au même lieii, qui fut un des plushom^ 
nés de bien de (on tems, Anousencroions 
Philoftrate. Mais comme Platon ne laifla/.^cy. 
[>as nonobftant ce beau pnéceptede leschaflcr^^ ^^^^ 
le fa République, & de les traiter aflezmalen'^^^'* 
iiverfes rencontres^ j'ai crû, que j'en pouvois 
dire ce qUe je vous ai écrit, (ans OfFen(er ni 
l'art, que je prife beaucoup, quand il el\ 
bien exercé, oi fes profeUeurs, quej'edime 
infînèment, lors qu'ils excellent en un mcti- 
er, ou la médiocrité à toujours paiTé pour 
un Vice. C'eA après Horace que j'en parle ainfi, J^. ^ 

, mediocrihis effe Poëtis 

NùnDîy nonhominesy nonconceffèrecolufm2:e7 
Et vous ùivés qup luvenal, qui ne haïIToit 
pas fon métier , reconnoit comme ceux , qui 
s en acquitoient mal de fon tems, étoienc 
honteufement & mife^ablement réduits aux 
plus yils éniptois de la vie, 



M92 L E T T k E CXLIV. 

Sttyr.7. Bakeàhm Ot^iis, Rtmae conàmcere fur 
nos. 
Après tout, je ne crois pas avoir dooiK 
fujet de plainte à tapt de monde que vous k 
préftipporés. Car puilque je n'ai rien écn 
^ connre le vrais fiivoi'is d'Apollon^ & que 
tous ceux , qui lui font la Cour ont fi bonse 
opinion d'eux, & de leurs* ouvrages^ feloo 
que je vous l'ai prouvé, qu*ib croient tou- 
jours être dans ià plus haute &veur; tenè 
pouraflliré, que perfbnne ne voudra prendre 
pour foi , ce que j'ai dit aufli (ans defifetn de 
taxer en particulier aucun de cette profd* 
' fion. 

Certainement il faudroit être Fort injo/le 
pour mépriTer un genre dliomîmes <fà oot 
prefque toujours pafTé pour divins^ quand les 
Mufes les ont regardés de bon œil. Il ne fe 
peut aufli que ceux, qui ont des qualités 
louables, & dignes de la recommendadoodu 
Parnaiïe, de quelque nature qu'elles (oient, 
nefalTentcasdesgens, qui lemblent êtreles 
plus propres de tous à publier le mérite, k 
à rendre les noms immortels, 

Carmen amat qiiifquis cahnint àignafmt. 
£t puis peut -on nier en bonne conldence, 
qu'une belle pcnfée , ou une (èntence impor- 
tante exprimée en vers, nr&fle une toute 

autre 



DES POETES. 1^3 

autre impreffion dans nos eiprits, qu'e}fe ne 
feroit, rendue fimplement en profe. Clepn- '' 
thés reconnolt dans Seneque avec ingénuité, 
que ce qu'eft la trompette à la voix pour la 
portçr plus loin & la rendre plus éclatante , la 
Poéfic reft aux paroles , que nous employons 
pour nous faire entendre^ aiantle pouvoir de 
les infinuer bien plus avant dans nos âmes, * 
que fx elles étoient proférées communément : 
Eadem negligentius audiuntury minufque perçu- 
titmty ^^uamdiu foluta oratione diainttir; ubi 
acceffèrenumeriy &* egregiumfenfuin aaftrinxe^ 
re certipedes^ eadem iUafententia velut lacerto 
excuffa torq^etur. J'ofe même renchérir fur 
cescomparaifons, & foûtenir, que Ia con- 
trainte d'un Vers, &fes pieds mefurés, opè- 
rent à peu. près eu cela de la même forte 
qu'agit le Canon^ qui multiplie tellement les 
effets du feu & de la poudre qu'il enferme, 
que fon boulet n'auroit prefque point d'à» 
dion, s'il n'étoit aînfi reflferré avec eux. En? 
fin Lucien confidére le Poète comme un Ca- 
valier bien monté fur un Pegafe, qui parcon- 
fequent parle à cheval, comme l'on dit, & 
lailTe derrière lui l'Orateur à pied, éloigné 
d'une merveilleufe diibince. Que vôtre bel- 
le Rhétorique,, dont vous avés iiijet de fairç 
tant 4e cas, ne s'offenfe pas de ceci , nousl$i 



194 LETTRE CXLIV, " 

confolerons une autre fois^ & aous feroos 
valoir à fpn tour le jugement du Chanodier 
Baccon prononcé alTez plaifamment au Cdnb 
. te d Effex. Qu'il tcnoit véritablement les Poè- 
tes pour les meilleurs auteurs que nous eul- 
fions, après ceux, qui avoient écrit en 
profe. 

Mais quoiqu'une excellente Poefié mciite 

tous les éloges que nous venons de lui don* 

^ ner, & beaucoup d'autres qui s'y peuvent s- 

jouter, ce n'eft pas à dire que tous ceuxqoi le 

. mêlent de la verfifîcation puifTent s'en préva- 

lov-. Pour un véritable Pôcte, 

yirg. m/igfiamcui mentem y ûnimumfmi 

'**' • Delktswjpirat votes ^ aperitque fithtra\ 

^ . il, en eft une infinité d'autres qui rendent 

prefque ridicule l'art, dont ils fe vantent fi 

fort , pour ne fa voir &irè autre chofc finon, 

VvrgAÛ.^. Stridenti miferum ftipula, difperdere carnun. 

En effet, le plus honnête homme du monde 

en toutie autre rencontre, & le plus homme 

' de bien, deviendra tellement importun, que 

chacun le fuira, fi compofant de médians 

verç il tombe dans le défaut , qu'ont toosfes 

femblables, de les réciter par-tout oùilsfe 

trouvent. Une ancienne Epigramme expri- 

me cela fort naïvement en la perfonne d'un 

^ l-igurinus, plein d'ailleurs de probité, &de 



DES POETES, I9Ç 

€rtu , maîsquecevîce dedebîter finsccffede 
aauvajfespoëlies^eià ùapn^ rendoit prefque 
[ifupportable. 

f^is quantum factas tnali vider e? 

f^hr juftus ^ fTobus ^ hmocms ^ tmeris. 
i^ehii de qui vous m'avés envoie les compofi- 
jons^ & qui eft caufc de tout ce difcours^ 
l'eft pas à beaucoup près fi recommendable. 
La première de fes pièces, que je lûs^ bleflb 
relleiuent la pudeur, que tbi|$ les vers Sotadi- / 
ques & Fefcenains des anciens n'ont rien eu 
qui lui fût plus contraire. C*e{l un rainas 
honteux de tout ce que le Bordel & le Caba- 
ret ont de plus infâme, 

Atqui hoc incarfmne totQ Vkg^m 

InguimseftvitiumjîS^F'eneris^efcriptaHhido. CWf\ 
Je vous dirai en gros des autres, que les moins 
étendues m'ont femblé les moins maavaifes> 
par la raifoh portée dans le proverbe qui dit, 
que les plus courtes folies (bntlesmeiUeures. 
Vous lie vous étonnerés pas, que j'en parle 
ainfi, fi vous vous fouvenés qu'on a bien ofé 
dire de certains demi- vers de Virgife, Dimt- 
dhm pîustoto. Le retranchement des chofet 
même excellentes ei) fouvent avantageux, à ' 
plus fôrte raifon le doit - il être de celles, qui 
n'ont riende recommendable. Et fi cebeau 
diiHque de Varrôn, 

^ Nij - 



Il 



19IS LETTRE CXLIV. 



Defierant latrafe c/mes^ urhfyiti fk- 
bauty 
j^ I ^^^ Omnia no6Hs erantpladda^ compofta jm^ 

/ ppuvoit être rendu meilleur, coHime le 
maintenoit Ovide ^ en retranchant la demies 
re [partie du iecond vers, & en mettant ub 
point après Onmia noBis eraat; trouvères- 
vous mauvais qu'on fouhaite la diminution 

* de.tant de chofes où Ton ne remarque rien de 
jÉW. Su. bon? Philoxene ne put janMiis approuver la 
*''* mauvaife veine de ce Roi de Syracuie, qui 
lui demandoit fon avis d'une.élegie plaintive, & 
' I d'une defcription de quelque grande calami- 
té; Il lui répondit avec équivoque que bprt- 
miere étoit véritablement tréspitoiable,&qu a 
r^rd de l'autre^ fon expreflbn de tant de 
mUères étoit fans doute fort miferablc. Mais 
il y a bien plus de raifon à çondanner ces pe- 
tits ouvrages, dont je vous parle, 011 l'auteur 
a rendu des lu jets àlTez ferieux tout à fait li- 
dicules,&où iladebitédes chofes gaies d'eDes 
mêmes, à faire pitié, & adonner deTinifi- 
gnation, tant TcKi y voit d'impertinence. Soo 
Centon n'efl pas plus à prilèr : U met des 
trois & quatre vers de fuite pris d'un même 
lieu, contre la r^lequ^ldevoitavoirapptile 

. d'Aufone, DuosjunBim locarty ineptum c^: 



DES POETES. i$7 

^ très unaferie; mer ce mgce. En vérité,^ 
:'eft la preuve de ce qu'a prononcé cet ancien 
\xc ce genre de Poêfie, Petitorum concHina-^ 
rio miraculum efi: imperitorum jun&ura ridi- i 

Ce que vous m'écrives pourtant eft fort in- 
génieux, i& aucunement à fon avantage, 
qu'il vous a fur tout paru un fort mauvais Poète, 
pour avoir fûuvent quitté la fable, & dit beau- 
coup de vérités. Je vois par là que k Satyre 
vous plait, bû leflilegroffier decetliomme 
traitersi toujours le monde fort rudement. 
Prenés garde néanmoins que cette façon de ri« 
mer fe convertît fouvent en ris anier. L'on 
a beau dire, que les Poètes n'appréhendent 
point k foudre, parcequ'ils font couronnés 
de laurier. Nous en. avons vu d'auffi mal 
traités, que s'ils cuffent été foudroies. Et 
celui-ci offenfe fi lourdement de certaines 
perfbnnes, qu'à mon avis il feroit mieux 
dans fa petite fortune de grimper s'il pouvoit 
fur le Potofi , que fur le Parnafle qui n'a point 
d'arbres fruitiers. Ceux de fon métier que 
les anciens nommoîent grajfatores^ fe trou- 
voîent bien d'y joindre celui deParafites, SiAa.Gdl^ 
de Rufiens. Mais véritablen\fent ce* font des '• "•*•*' 
chofes fi diftinéles aujourd'hui , qu'on voit la 
plupart des derniers.dans l'opulence, & les 

N U) 



193 LETTRE CXLV. 

pauvres Poètes prefque toujours dans la né- 
ccfiité. Qu'y feroit-on, ^uifque c'eft elle 
feule qdi les fait fi bien chanter? LeChardoo- 
neret ne dit plus mot quand il eftfouldeche- 
nevis: Et la meilleure Poule cefle de donner 
des œu&, lors qu'elle devient trop graife. 

DES 

DOUTES RAISONNES 
lettre cxkv. 

monsieur; 

Etant compofés de parties différentes com- 
menousleronunes,noQsvivoQsautant& 
plus parlerpiritueI,queparlev^étabI^ou par 
je fenfitif, & nôtre ame n'efl pas mons dcGrôiié 
naturellement deiàvoir, quenôtrceflomac cil 
avide d'aliment, parce que iameuled'un mou- 
lin ne fe gâte point tant faute de bled> que 
l'efprit fe rouïlle, fi on ne l'occupe, de mê- 
me que nôtre vaitriculefereœplitdeiiiaiivai- 



DES DOUTES RAISONNES J99 

es humeurs fi la bonne nourriture luji man- 
]ue. Cependant tout cet appétit ptiyfiquô 
l'apprendre & dfe connoître ©'aboutit- gucres 
pi'à nôtre mortification^ Eoquod\ ditF£ccIe-Cy^f« 
iiade,. infmdtafcientiamultaeftindt^atio^ &* 
jui addit Jcientiam j addit & dùlorem. Plus 
Eiouspenetronsdansla fcience^ mieux nous* 
remarquons nôtre ignorance, qui nous àffli* / 

ge; Et Ariflote s^eft rencontre dans la pen^ m RiU. 
lée de Salomon^ quand il A' prononcé^ que 
nos doutes croiffent à melbre que nous deve-^.^^|^, 
DOnsplusTavails, QuipluranovHy eumtnajo^a. 
rafeqmntur dubia; ajoutant aillears^ qu'il 
n'eft pas moins difficile de former ces doutes . 
bienraifonnéS) que de trouver la vérité des 
chofes. Si eft- ce que perfonne n'eft enco- 
re delcendu dans le puits de Democrite oùeL 
le s'eft cachée; & c'eft beaucoup quand au 
lieu d'elle nous attrapons quelque petite vrai- 
femblflhce. Toutes nos difputes de l'Ecole 
fur cela n*ont rien de folidc, ni de réel; In 
vocibus occupati inanes tantumjonos fundimus^ 
fdon qu'Epicure s'en plaignoit de fon tems> 
& quoique Louis XL fit donner un Arrêt 
l'en mil quatre cens foixante- treize contre 
les Terminiftesou Nominaux, je dcfere bien 
plus au jugement de beaucoup d'autres , & 
particulièrement à celui du Père Paul Servi-teemt^- 

N iiij ^ 



iOO LETTRE CXLV. 

te, qui comme juge plus entendu les préfe- 
roit abrolument à leurs adverfaires, qu'oo 
nommoit Philofophes Réaux. LesDc^tnad- 
ques, qui prennent ce dernier titre ontnéac- 
moins plus de vanité que de réalité, & ceux 
même , qui ont étudié avec fiiccés dans leus 
collèges y font fouvent contraints de prendre 
le parti de TEpoque^ & de chercher quelque 
\ repos & quelque fatis&âîon d'efprit dttis Icn 
. aphafie^ qu'elle fonde fur les raifons, qu'elle 
a de douter. C'eft le meilleur & le plus fur 

Îarti y que je crois qu'on puifle prendre , pour- 
^ û que ce (bit avec le jugement & la retenue 
néceffairei n'étant Ton ami que jufqu'aux au- 
tels, non plus que dû Peripatetifme, duPùr- 
tique, ou de l'Académie. La Sceptique a 
tet avantage, que fans s'attacher dettanmc- 
nîent à rien, elle cpmpofë (on (yfteme de ce 
qui lui paroit apparemment recevabie dans 
toutes les autres feâes, imitant Tadreffe du 
Or. i.i$ Peintre Zeuxis, qui fut donner à ion Hde^ 
'''<'' ne toutes les grâces desdnq plus belles filles 
de Crotone. Certes Ton ne ûuroit trop s'é- 
loigner, des affirmaQons magifhales de tous 
les Dogmatiques. Prwcipmm PhUq/o/Jds 
xonfcitntia infirmitatis.' Nous nous devons 
t(xi jours fouvenir du mot notable deCkobih 
le, Imperkiain offtfuhis. Et jencvoisiien 



• DES DOUTES RAISOÎ^NE'S* iùt 

le plus à mon grè dans tout ce que Dioge* 
.ene Laêrce nous apprend de ces anciens 
^hilofoph'es, que la modération d'Arœfilaus, 
ui ne voulut jamais compûferde livre, QuoJ 
'. jue de omnibus Jiifpenderet fententiam. Or 
niifque vous me perfecutés fans celTe de 
/ous communiquer ce quej'appliqueordinai- 
rement dans mes petites ledures à ce genre 
de philofopher, je vous rendrai compte de 
deux livres, qui m'ont fervi depuis peu d'uo 
doux diverdflement, &c dont j'ai tiré qu^* 
ques obfervations fur ce fujet. * 

Le premier des deux eft la Relation d un 
l?ere Jefuîte de ce qui s'eA paflé en Canade 
aux années dernières 1657. & 1658- Son 
chapitre feptiéme eft de la diveriité des a* 
dions, desfentimeos, & des jugemens, oui 
fe trouve entre les peuples de la nouvelle 
France Américaine, & ceux de la nôtre Eu- 
ropéenne. It remarque donc, comme les 
premiers ont prefque tous leurs fens diffiS- 
rens de nôtres. Leurs yeux jugentde la beau- 
té tout autrement que nous ne faifons, foit 
pour la couleur^ le barbouillant le viûge 
pour le rendre -plus agréable ; ibit pour la 
poliflure, fe le cicatriçant à même deflein en 
diverfes façons. Ils aiment les cheveux noirs, 
coideSj & luiiàns de graifle; fe moquent 

N V 



ao» .LETTRE CXLV. 

des têtes &i(ëeS| & aa lieu de poudre de Cfaf 
pre y couvrent les leurs de duvet ou de ped- 
te plume d'oileaux. Ils ne peuvent fbtj^f&v 
qu'on porte barbe, & c'eil là injurier un hooc- 
me que de le nonuner barbu* A Tcgard à 
rOule, nos mufiques gaies ne leur paroih 
fent qu'une confuûon> aiant les leurs mor- 
nes & pefiiotes y dont ils font beaucoup plus 
de cas. L'Odeur muTquée put à leur ws, 
celle des huiles & de la grailTe leur pbk 
merveilleufcment;. m^iurirant de même (k 
fentir la rofe, l'oeillet ou k giroflée, quoi- 
qu'ils eAiment infitiiment l'odeur du Tabx. 
Leur goût ne peut fouffrir le Sd , & ilsmao- 
gent tout {ans cela, rejettant nos (àufes, ta 
ragoûts, & nos faupiquets. Uaoeufmdkc 
kur pafTe poiu: crud^ &lefonttoûjouisdur- 
eir; mais as trouvent excellent le petit d&au, 
qui fe trouve dans des œufs, que nous ajipé* 
lonscouvis, &lpFere aiant mangé lorsqu'à 
étoit parmi les Algonquins d'un petit Oiûar- 
deau tiré d'un de ces œu&, le nomme un 
morceau délicat Ils hument l'écume du 
pot Avec volupté, ne lavant jamais k vîtih 
de, & boivent la graifle, ou la mangent ii 
elle eft figée. Le potage eft le dernier de 
leursmets. Et pour le pain; ils ne le m^t 
jamais avec la viande^ en ufant f^arément 



, DES DOUTES RAISONNE'S. aoj 

7os Briiides leur font itKonnus, & quoiqu'ib 
Dvitent afTez à manger y jamais ils ne con- 
fient pcrlbnne^à boire/ Aufli ne boivent- 
Is qu'après le repas ^ fans mêler comme nous 
àiibns les viandes avec le boidon. Pour ce 
)ui touche le dernier, qui efl aufTi le plus 
TToffier de nos fens, ils préfèrent le dormir 
fur la terre avec un chevet de bois^ à la deli- 
catelTe & mQllefTe de nos lits; ce qui ne fb 
peut prendre pour une barbarie, puifque les 
Chinois Se les Japonois , à qui elle ne fauroit 
être reprochée ne peuvent dormir non plus 
que fu;* un chevet fort dur> les grands Sei- 
gneurs le faifant ordinairement du précieux 
bois de Calambar, o^ de quelque autre^ qui 
s'ouvre & fe ferme à clef, pour y mettre ce 
qu'ils veulent alTurer dans leur fomnieil. Mais 
je ne veux pas vous fruffarer d'une réflexion9 
que fait le Fere , tant fur ce que nous venons 
de dire, que fur ce qui fuit. C'efl que ûquel« 
qu'un étoit monté fur une tour huez haute, 
pour y contempler toutes les Nations du 
Monde, il fe trouveroit fans doute bien eni- 
pêche à déterminer qui efl la mieux fondée 
en fes coutumes & &çons de vivre. Dans 
cette partie du nouveau Monde qu'il a vue, 
les hommes & Tes fçnunes fe coiffent d'une 
même inaDiere> mais les premiers y pçrtent 



ao4 LETTRE CXLV. 

bien plus fréquemment des chaînes oii col- 
liers, que ne font 'pas les femmes. Leu5 
habits font fans comparaifon plus larges k 
plus courts que les^nôtares, ne Icurdefcen 
daiit guéres plus bas, que Je genouîL I^ 
couture de leurs bas de diaulTes ne parôit pas 
dcri'crre , mais entre les jambes. Leur die- 
iiïîfe n'eft pas renfermée, oroiant que la 
bieiiféance veut, qu'elle fe voie deffus l'ha- 
bit ( ce que les Turcs pratiquent auifijen 
beaucoup de liieux. ) Ils fe rient de nos 
mouchoirs, & offrent aux Européens en les 
raillant, de remplir ces linges de ce quiioit 
de leur nés, s'ils prîfent tant cette ordure, 
qu'ils ferrent (i curieufement dans leurs po- 
chettes. »Tant s'en feut qu'ils rognent leurs 
ongles, que c'eA galanterie parmi eux de les 
avoir très grands. S'ils coupent quelque 
choie avec un couteau , c'eft toujours tenant 
le trcnchaht en dehors, au rebours de nous, 

3ui faifons cette aétion, le trenchant en de- 
ansr Qiiand ils danfent, ils fe tiemientpour 
y avoir bonne grâce fort courba. L'on ne 

JWle point, ou fort peu, à leurs tables, où 
'on fait la part à chacun, & ou lemaitre du 
feflin ne prend jamais place. Us reçoivent a 
grande injure qu'on leur démande leurs 
noms; fe font paier par avance leur falaire, 



DES DOUTES RAISÔNNE'S. 20f ' 

►u leurs denrées, sïls en vendent} & Thom- 
ne quiXe marie donné la dot au père de Ton 
poufée, allant aufli demeuter en là maifon. 
Lnfin leurs morts font enterrés avec une infl- 
li téde hardes , conune S'ils s'en dévoient fervir 
m l'autre monde & ils leur font garder dans la 
b(Te ou ils les mettent^ la même poflure & 
ifRette qu'ils tenoient dans le ventre de leur 
nere. , ' " 

Je ne ferai pas fi long â vous extraire ce 
c|ue le fécond livre m'af pu fournir, bien que 
la Relation de Mandeslo qui le compofe, foit 
plus grolTe que celle de Canada. Mais en 
partie parce qu'elle contient moins de chofes 
propres à nôtre fujet y en partie pour ne pas 
donner à cette lettre une étendue, qui vous 
puinb importuner, je ne vous rapporterai que 
cepeud'obfervations, quifuivent. La main 
gauche çft réputée la plqs honorable parmi les 
Japonois* Les filles Banianes des Indes O- 
rientales Ce marient dès l'âge defept ou huit 
ans, parce que celles qui en ont douze fout 
réputées furannées. Elles font gloire d'a- 
voir des dents noires, & ont un grand foin de 
fe les rendre telles; auflidifoiënt-elles à Man- 
deslo qu'il étoit fort vilain avçcfes dents blan- 
ches comme celles de Chiens & des Singes- 
Dans la Province de Kilan en Pcrlb les hom- 



20« L E t T R E CXLV. 

I 

' mes en femant la terre jettent le grain ou h 
femence allant à reculons ^ ce qui (b âitic 
tout au contraire; Les femQiesde Baly prà 
de Java obligent les hommes à pifler étant ac 
croupis y ibûtenant que c'eft faire comme les 
Chiens que de vuider Tes eaux debout. Tout 
te Cleigé de llsle Formofe cft fêmioio, c y 
aiant que ce fçjte qui fe m^e de la Ration, 

' fi l'on peut ^irc^ qu'il y en ait paroii cette 
Ibrte de Payens. Le meurtre^ lebrcin, & 
l'adultère, né font pas crimes parmi eux, & 
ne paflfent pas feulement pour des fautes. Mais 
c'^ un grand péché d'avoir contre les ordon* 
nances Couvert feis parties honteuies enune 
certaine (àifon de l'année; d'avoir poité des 
veftes de foie lors qu'elles doivent êtredcco- 
ton ; & aux femmes fur tout de ne fe pasâîre 
avorter 9 quand elles ont moins de tremednq 
ans. Je vous recite là de prodtgieufes léve- 
riesj & de dannables coutumes tout enfem- 
ble. Mais de quels déreglemens n'eft point 
fufceptible Tefprit humain , pour ne pas dire 
nôtre nature corrompue? N'avons- nous pas 
vu des hommes iemblables à cet ami de Pic 
de ta Mirande, qui cherchoit le plaifir dans 

[ ladouleur ^ Se fe faifoit foUëtter pour la volu- 
pté? Si <:e que difoit cet ancien & vénérable 
vieiliard^ que l'homme^, à le bien prendre, ne 



DES DOUTES RAISONNTiS. 807 

»t qu'une maladie continue depuis (à naiflân- 
? jufqu'à fa fin ; ft cels^ dis - je n'ed pas vrai à 
^gard du corps, pour le moins fe peut -il 
>ûteiiir par la confidératioh dérçTprit. Nous 
>rnmes infecles eo cette dernière partie dès 
ue nous fuçons le lait de nos nourrices, qui 
ous impriment mille craintes, & ne nous en« 
ormest gucres qu'avec de dangereux contes. 
/inHltution, que nous recevons enfuite de 
los parens, & de nos maîtres, ne nous eft lou- 
ent guaes plus avantigeufe. Les livresde 
'âbles, & les mauvais Auteurs, que nous li- 
ons d'ordinaire plus volontiers que les autres, 
x>ntinuent à nous in&toer. Et le peuple, dit 
"iceron, ( ce mot comme vous favés va bien 
oin , & comprend beaucoup ) /^'eft à dire nps 
)lus ordinaires compagnies, achèvent de nous 
)erdre , nous failant paflfer pour bonnes toute 
brte d'opinions fiiufles & ridicules, en con- 
èquence dequoi il n'y a point d'adlionsfifort 
:ontre la raifon, & contre les bonnes mœurs, 
lont nous ne foions capables. 




2ôg LETTRE eXLVI. 
DE 

LETUDE DES 

MATHEMATIQUES. • 
LETTRE CXLVI. 

\ 

MONSIEUR, 

Je ferois bien (aché de m'oppofer à cette^' 
plicadon particulière aux Mathématiques 
ou vous êtes rçfolu, puifque vôtre Génie vousy 
porte, &quevous,étes le premier à coodanoer 
les abus^ qui >$'y commettent. Les Mufes 
font différentes, & chacun peut avechonneur 
faire la cour à celle qui a le plus de part dans 
fes inclinations. Il eft vrai , qu'il eft à crain- 
dre que la coutume à des demonflrations évi- 
dentes, comme font celles des Mathémati- 
ques, ne, nous faflb rejetter dans la Phyfique, 
dans la Morale, ou ailleui^, des concluiloos, 
qui pour n'avoir pas tant de clarté, nelail- 
fent pas d'être bonnes & recevables. C'dl 
ce qui a fait quelquefois nommer odieufc la 

coayerûtioû 



I>E L'ETUDE DES MATHEMATIQ. aop 

Le certains jGéometres, qui vouloient qu'on ' 

eur rendit tout ce qu'on leur diibit) aufliap 
>dTent qu'Eudide a fait (es propofidons; & n^»». u 
'avoue qu'il y a des efprits à qui la contem* co«^^& 
pi atioo ordinaire de ces fciences (i abflraites 
peut préjudicier,, les rendant prefque incapa^ / 
blés des plus beaux eoiplois de la vie civile* 
Peut-être qu'Epîcure fe fbndoit là delTuSi 
qu^nd il ioûoit un Philofophe de Ton tenis 
sioaimé Appelle , d'à vpir évité àt^ fa plus ten- 
are îeunefle la contagieufe connoifiance de 
cres Difciplinesj car c'efl ainfi qu'on appelioit 
de Ton tems par excellence les Mathématiques.) 
Maisen tout cas, iln'yaquel'excèsd'attache-' 
ment à de certaines parties qu'elles ont ablo- 
lument iëparée^ delà matière qu'on leurpuiflfc 
imputer; les autres demeurant feparées fans 
reproche^ & telle qu'une ame contemplative 
ne peut çhoifir de plus digne ^ ni de plus 
agréable objet 

Vous n'ignorés pas néanmoins^ que com- 
me le bien' & le mal font mêlés par tout, , 
vous aurés befoin defeparer l'un de l'autre^ 
& par exemple de diftinguer ce qu'enfeigne 
l'excellente Afht)nomie, desjmpoAuresda 
rAffax)logie Judiciaire. J'ai parlé des vanités 
de cette dernière en tant de lieux^ quejefe^ 
loisoonfcience d'y rien ajoûten Jevou$ex^ 



aïo LETTRE CXLVI. 

• 

horte feulement à vous fouvenir que odm 
du dernier riécle.qui Ta le mieux cultivée > é- 
tabliÛant d'aphorifiries en fa faveur, quePco- 
lomée ni aucun des anciens n'avoient ùk, 
d\i pas laiflfé d'avouer à la fin > qu'elle n'a- 
^ voit rien de folide , & dont il ne Ëdut beau- 

€^ iti coup fe défier. C'eft de Cardan que je veux 
parler, qui ùit cette ingénue déclaration au 
Livre qu'il a écrit de fa propre vie , que rien 
ne lui ayoit été plus préjudiciable que (k cré- 
dulité aux règles de cet art > parce que nede- 
vant pas vivre félon ellesplusdequarantean^ 
^ ou au dire des plus entendus ne pouvant ja- 
mais anriveç julqu'à la quarante -cinquième 
année, il avoit pris toutes fes mefures là def 
fus, qui furent de grand préjudice à fin ar- 
rière faifon. En effet, l'on fait, qu'il vécut 
foixante - quinze ans moins trûis^jours. 

4. /Dk ff^^ vapum ignora mentes! 

Ton ne fàuroit appliquer mieux qu'ici cet hé- 
miftique.de Virgile, & Saint Bafîle a défini 
le plus proprement qu'il fe pouyoit la Judiciai- 
re, quand il l'a nommée noKxmryphùv imraio- 
T))ra, vanitatem ex ahundantia (AuprcfeSam. 
Four preuve de cette définition, &pourvous 
faire rire, je vous réciterai ce que j*ailû de- 
puis peu d'un Jean Menard célèbre Médecin 
de Ferrare. Les Afirologues, à qui fa cre- 



pE ÙETUDE DES MATHEMATIQ^2ii . 

dulité fâiloit qu'il deferoit beaucoup, l'ar 
voient perfiiade que difficilement le garanti* 
roit-ll de périr dans.une folfe. Cela les lui ' 
fit éviter toutes long-tems, avec une pré- 
caudcMi merveilleufe. Il ne put s'empêdier 
néanmoins de tomber dans celle d'une jeune 
femme, qu'il ^oufa fur Tes vieux jours, '& 
qui, les lui abrégeant, firridiculemeutreûP 
Tir ce qui lui avoité^é prédit. Je terminerai - s 
ce propos plus rmeufement, parlejugement 
d'un honmie de grande fpeculation, & d'une 
profonde connoiflance de toutes les parties 
des Mathématiques. Voici comme U parle 
de celle ^ d. Quad yffiroicgia a contemplatio- ^ohtsltk 
nefiânum dtfuturUeventihisiortuitisjudicarc^ hûmtm. 
ve/ in tttramfue partem promtntiare Mtdet; non 
JcientiaeftifeàJvgienJieegeliaiiscimfahominis 
ftratûgema eft^ ut pradam auferat a popuh 
ftulto. 

Les autres parties vous ""donneront fans . 
doute mille plaifirs innocens, & chacune 
vous fournira une infinité de joies fpirituel- 
les, qu'on ne fauroit affez eflimer. . Car je 
fuis tout ajQTuré, quelaMufiquevoustonche- 
Ta l'ame par (on harmonie intelleduelle, en- \ 
core plus que par x:eile àos fons, qui ne con*' 
tentent fouvent que Toreille. " Cejicft pas 
qu'une belle voix ne ibit fort à priiër^ & 

O ij * 



aia LETTRE CXLVL 

qu'il ne me fouvieime bien qu'on a voulu k 
préférer aux plus beaux vifagcs, dont fonoe 
retire que des fiitis&âions corpordles, cell^ 
d pénétrant iufqu'à l'eTprit? (ans que lc$ 
mauvaifes conditions de quelques Mufideos 
foient confidéràbleS) qui prouvent au co» 
traire TexcellenGe de leur art, puiiqull fixée 
nos inclinations à Taimer nonobftint cda. 
En effet, Anachorfis ne condanna ^e le vtœ 
desFluteurs de Grèce, quand il dit, quefoD pais 
de Scytfaie n'en nounriflÎMt point à caufe qull 
n'y avoit point dé vignes. Et lorsqu'oopoft- 
ra cette raillerie de Néron, cautmdo GéSot 
excitaviti Tindecence Se la tMwmb apf)k»- 
don de ce Prince étoit plutôt ceptiTe, oue la 
Mufique diffamée. Il faifoit tout au raxws 
d'Ainphion, qui bâtiffoit des villes en chan- 
tant, & lui les détiruifoit, & tant s*en fiuit 
qu'il appriv(M£at les animaux féroces, ou 
qu'il les rendit comme Orphée ndfonnables 
par (à voix, qu'il (kifoit perdre le feus avec 
la patience aux hommes, & ne vifbit qu'aies 
rendre bêtes s'il eût pu. Les PhiloCbphes 
ont bien dcfliné l'harmonie à d'autres-ufi^cs; 
Platon l'emploie admirablement dans ià Ré- 
publique, & prefqti'au mèmetems le Sbcra- 
. te de la Chine ce grand Confiitius ibfttenoir, 
qu'il çR impoffible qu'un ^tat foit bien gou- 



3E L^rrUDE DES M/^THEMATIQ:, jBï» 



^emé iânsla Mu(ique> Comtnevouslôconfîiv 
nerale premier livre de la première Décade du 
Père Mflrdnîus. Prenés garde pourtant, que 
irous ne vous embaraffiés trop dans cesmelo: 
diesinpndainesdu£>oâeurFludAngIoi$. Il le 
KxouvedesanalogiesairezrpiritudlQsdececoa» 
cetf univer&l à nos plus excellentes mélo- 
dies. Msi^ il y a d'ailleurs bien du vuide» ou 
du chimérique , & c'eft (ans dou^e que les i-^ 
dées de Plaqon pQ(re4ent plus de realité qu'il 
ne s'en renoxitredans de tels raifonnemena. 
Je oonnois un homme de grande théorie là 
defifuS) qui ne trouve: à dire au gouverna^ 
ment préiënt de l'Âi^gleterte Ci non que 1» Ré- 
publique qui devroit être en l^e, fa^ hy mi^ 
n'cft encore' qu'en ^^» re^ Jbly ut. Jufqull 
ce que Ton ait inventé des inftrumens propres 
à nous fiire entendre la Tymphonie des Or- 
bes celeftes, comme Ton nous a (ait apper- 
cevoir de nouvelles Etoilles, par le moien 
des lunettes à longue .vûê> contentons nous 
des plaiûts d'une mufique plus aifée à conce- 
voir. Sans mentir 9 la nôtre ordinaire eft* 
très propre à nous faire paESar agréablement 
quelques heures de la vie, que nous écoule- 
riods moins doucement fens fon divertiflb* 
ment. Il s'en fiwt donc prévaloir^ 
Cantawtes Hcet t^qui ( mmtsvia ladet )eamits. Vêrg^ci. 

O iij ^ : 



SI4 LETTRE CXLVL 

Nous^û'avons point ni VOUS ni moi, gtacesi 
Dieu, cette marque de r^roI}atîoii ^ de b 
haïr. Mais fi ce qu*on dit en Vcdh de ceux 
de la province de Chouvarzam eft véritable, 
ils ont naturellement de grands préjugés 
d'Ekâion, puifqu'on alTure que quandlcus 
y.^ ^^ ' énfiinscrient & pleurent au berceau, ils ne k 
T^io/a». (bntqu'enmuûque. Ceftfans doute poiu^âi* 
re entendre en raillant, que les plus ezcel- 
lens Mufidens viennoit de cette cootFK, 
dont la ville de Gergene eft k capkde. 

Je vous conjure de vouloir bien joindie 
dans la Géc^^phie les obTervations do nou- 
^ veau Monde à cdles de l'ancien* Vuêc& 

Faûtte Inde au Levant & au Coudiamvoos 
en fourniront de belles, & les décotiveites 
qui fe font tous les jours vers le Sud, &ia 
' nouvelle Guinée ne contribueront pasmrâis 
. à vôtre contentement, que cdles de Groen- 
land & des pais les plus voifins de nôtre Foie. 
Une Relation de ce climat morfondu me & 
foit douter ces jo«rs pafles, ii les veAes'oa 
robes, dont les Samûjedes fe couvrent, & 
qu'ils trouent par les yeux pour r^ider an 
travers, n'ont point fait dire, qu'il fe troo- 
voit des peuples fans tête; comme leur am- 
ple chauâiire, & les raquettes dont (e favoÉ 
ceux de Canada afin decheminer fur k neige, 



DE LETUbÈ DES MATHEMÀTK^aïf 

oot^^û donner lieu à h fable de certainet 
gens dont parle PJiné, qui fe couchant les 
pieds ^n haut demeuroienc à l'ombre de leur 
laigc^ plantes. Contemplés fur tout avec 
otteittioa les chaii^einens merveilleux que les 
Siécks ont apportés en de certains lieuxi 

2iii nbnt rien de ce ^ Ton y voioit autre? 
>is. Ces lavantes & magnifiques Athènes 
ne (ont préfentement que iblitude & barba- 
rie, non plus que le refie dé la Grèce, & la 
Hcdl ande ou Batavie au contraire , fi décriée 
pourlaftupidité, aurisBatavay Baéavumin-^ 
geniumyyouB fera voir un Amftredam que 
vousadmireréS) ÀunLeiden^ oùiLfemblè 
que le^ Mules aient tranfporté leur'ParnafTe. 
Vousfouyenés-.vous avec .quelle . dif&mation 
CiceroA a parlé de nos Gaules dans une de 
fes Oraifons., ou il s'écrie , Quid ilUs terris q^^^ ^^ 
afperius? qttidincultius appidisl^ ^[uU natiom- prwXom 
hus immanius? V^us dinés ^*il décrit la 
Scricfinnie, ou la contrée des Lapons. Ce- 
pendant ceux du ptis decetOrateurviemient 
tous les jours , (e former chez nous à un cer- 
tain air dègalanterie, qu'ils avouent nefetfou* 
ver point diez eux. Et pour vous faire re- 
marquer cette variation hors de tout inte^ 
rêt, Pietro deUa Folle vous aiTurera que 
l'HyccaBie autrefois fi af&eufe & û abominét 

Ul) 



iiî m }tk m 

pour fon infertilité^ & pour rinhumfloitfe dt 
(es habitansy eft au)ourdliui fous le nom de 
Mazanderan , l'un des plus beaux pab dcI'A* 
fie, èc qui a fes peuples les plus courtois, o^ 
en aîant point qui les devancent en tou» hh 
te de civilité^. Certes il y a de bcHes réâ» 
xions à fiûrç fiir dç û étranges viàifit» 
des, 

. PE 

L'IMPASSIBILITEr. 

LETTRE CXL VIL 

MONSIEUR, 

Je ne fuis nullement pourceretrand^emot 
abfolu de toutes les paiHons, lequdvous 
prifés tant, & je fuis perfuadé au cûÀtraire, 
que quand même Timp^^fiibilité des Stoldeos 
ce pourroit établir parmi les hommes, ils tf 
fompoleroienc plus qu'un peuple de piene 
OU àa marbre>. ce que quelqu'un a dit des 



HE riMPASSIBILITR ftiy 

latuôs de Tancienne Rome. Ne vous attetW 
lés donc pas que j'eôime autant que vouscet 
:ndrotc de Virgile, où îrconflituê unepanio 
lu bonheur de l'homme champêtre, &retirc^ 
laiis riiidolence, ou ppur mieux dire^ dans 
.inieiilibilitè, lors qu'il dit de lui ^ 
-— ^ nequeiUe 
Aut doltàt ^miftranê mopem^ ma invidit ha* j^ , 
ienti* , Gtorg^ 

A la vérité, je trouve l>onne l'exemtion de 
quelques paiTionshonteufes, tdle qu'eft ma^ / 
nifefteinent FEnvie: mais je ne m'accorde 
pas avec ce de&ut de compaffion , ou ce Poè- 
te met, comme Epicurien, une partie de la 
félicité. En effet y les paifions font fouvent 
utiles, foîfi au corps, foit à refprit; letenw 
peràment du premier fe redrefle par leurvio^ 
lence en beaucoup de rencontres , & nôtro 
ame profite jquel^eTois de ce qu'une paffioà 
en arrête une autre & la fufpend, comme 
deux balances égales ne branlent plus & de» 
meurent: fatjs mouvement. Cen'eftpasfans 
fujet par confequent, que la bonne Morale 
les place toutes comme indifférentes entre lo . 
vice & la venu; que nôtre Religion fait par- 
ticulièrement de la colère en certains cas un 
aâe méritolTe, & que 3* Jean ChryroAomo . 
(bûdent à l'égard de celle* â^ que Ton com^ 

O v 



aig î- E T T R E CXLVIL 

mef une fiiuce, qui fe peut appdkr pcdic, 
BajtLk^m. 4^ la vouloir abfolument rqprimerauxooci- 
io.coirrr.i. fions, QÙoous €0 devoosavoûr, eum fmewm 
jj&i^FcV^^^ irqfdy ntm irafcitur^ peccart. Cet 
^f.f/omi/fpdacipalemeQt elle ttéanmoîiis, <gii vous 
^'*- donne tant d'averfiça contre toutes les aucics 
' , pour avoir obfervé que les plus vertueux k 
Wplus modérés fi)ntiu)ets aux plus véofeos 
. tranfports qu'elle donne, paflànt d\nie ex- 
trémité à celle qui lui eft oppofêe^ de même 
que du vin le plus doux, il fe fimae kpius 
piquant de tous les vinaigres: 
MÀbenus. B(mus mimus lafus grHvius .mfdtùir^fiitër. 
Cela me convie à vous ttitcetemrdeœque 
mcHi imagination , jointe à ce que je pois a- 
voir de mémoire , ^me fourmioue ùêc œpio- 
pos, pour en ttrcx avec vous qlJé^ueillfl^^ 
âion. . 

i Encore qu^ fint vrai, quelesColenques 
fieuvent être cdniid4rés comme des Lkos, 
-que la fièvre travaille durant tout letxwKS de 
ieur vie: Et bien qu'on ne puife mer, qoe 
ies phis gnmds homnles , & de k pfas haute 
^ftime, n'aient beaucoup perdu de kunepQ- 
iation pour n'avoir pu refiiler aux empon^ 
mens d'une bile, quilesnottitrjfbic^ . 
OvîJ.r^ HeSùraquifobis^ qdfvmm^ ^imitfÊeU 

Mit.dt vemque^ 

AjacK / , , 



DE L'IMPASSIBILITE', aij 

Sufiimdfrtoties y imam non Jiiftmet tram. 
i eft*ce que ceux de cette coinplexion> quei 
vos anciens nonunoient félons àfeUefeu hilty 
le doivent pas être ténus pour incurables^ 
ncttennant qu'ils fç i«udlent fervir de leur 
ai£bn^ qui n'eil pas moins naturelle à tous 
les iiommes que la Bile , & qui peut calmer^ 
es plus grands orages de cette forieufe paf- 
fion, pourvu qu'on défere à fes préceptes^ 
La fable du Lion Nâneen ou Cléonéen^ 
qu'Herculetua, ne veut dire autre chofc, les 
Poètes nous aiant voulu fidreiavoir par là, 
que ce grand homme, tout atrabiliaire qu'il ' 
etCMt, &voit fint bien domtcr fon courroux, 
& Ibûmettre à la ndfon les plus violens excès 
de ia colère. Mais pour l'imiter il fiiutde lon- 
gue main fefotmér des habitudes à rendre cet- 
te raironmaitreâe& dominante^quandfiifupe- 
riorité lui eft conteilée par quelque fiére pid*- 
fion. Nousdevons fur tout par fonmoten pré* 
venir à tems nos colères, demême, ditPlutar- 
que, qu'on n'attend pas lemilieu delacourfe 
pourmettreleJB:einauxchevaux,quidoiventè- ^ 
tre foigneufement bridés avant qu'ilsla com- 
mencent. La violence d'une bile fortement allu- 
méenefe peut que très difficilement reprimer; 
&fi l'on fouffire, qu'elle s'infinuô trop avant 
âttosnôtreame, laiaifons'entrouveteUement 



aao LETTRE CXLVIL 

I , 

embdtàffêe^ qu'dle devient prdque inutile. 
'& ne nous feit pas plus que les ailes àdesâ 
(eaux englués. Mais grâces à Dieu, œ 
qu'eft le frein aux dievaux, & le gouircraaii 
aux navires^ Iaraifb4i'eftàrhoinnie.wift]îei 
despafltons, s'ils'aocoutumeàleiirdonDer 
la loi de bonne heure. 

En vérité, il y a^es premiers mouvcmers 
4ue l'Ecole déclare n'être pas en nôtre ptsi^ 
fance. Ils y font nommés matm frimaprid^ 
& comme tels excufés par les plus Shms 
Théologiens. Ceft £dre cooune ce Cteb* 
phon qui regimboit contre fa mule, de leur 
cpen&r refifter d'abord par desdifcouisrairaD- 
nables* ^ Mais ces premifirs tranfpons èatm 
a ^eû , qu'on les peut comparer à àeséd^ 
Xjpi 'dâparoifient en un icAant, & qui (bat 
même Ibuvent fuivis d'Une agréable fbmé. 
j'ai vu de tels éclairs le ibir,^ acoompagocs 
imemedequelqueGOup.de tonnerre, quic- 
toient un^prognofiique certain de k beauté 
du joQr f iiivant. La même choCb a Heudaos 
la Morale, qui ufe de cette (imiliti]de,paxce 
-qu'après ces emportemens fifiibits dontBoas 
venons de parler, laraifiindansufie|uiiebie& 
liabituée reprrad auffitôt le deffos, & y r^ 
gne avec toute k grâce d'un calme qui fur- 
irieataprèsquelqueorageufetenipêce^Ccrccd 



De L'IMPASSIBILTB. aai 

Cy enapointdeplus à craindre que cellequ'ex* 
i te la colère* Car encore , comme le cola* 
idére un excellent Philofophe^ Tonvoirque 
es mers courroucées fe purgent dans leur ^- 
ation de ce qu'elles ont d'ordure; au lieu 
qu'une perfonne outrageuTement iiritée corn* 
Tiet ordinairement tant d*aâions indignes^ 
)ue, l'oiage pa(fè, elle a honte elle même do 
ôi turpitude. Ileft donc beibin d'jemploior 
toutes les précautions po/fibles conp*e de tels 
defordres^ qui fe footTentir aux plus gens 
debien^ 

( (haviffima tfipuhi homms iracundià) . 
& quine font jamais fi grands^ nifi préjudicia- 
bles, que quand ils fe trouvent fecondésd u- 
ne autorité, puiflânte, 

Fvimm^ efi idnampcteftate habitai iracm^ 
Ma. 
Rien n*eft capable de refifler à la violen* 
ce d'un efpfit, qui peut tout ce qu'il veu^ 
& qui veut ce qui eft contraire^ à la rair 
fon. 

Cependant qui eft - ce qui s'efforce de con/ 
tracîter quelque habitude propre à s'oppofer 
aux injuhes efforts d'une impeuieufe colère? 
Qui font ceux, qui invoquent ^ lors qu'elle 
les entreprend, le vrai Jupiter Meilichiu^ 
lui fiiiiatt un fiicrifice de leur reflfenti- 



22« LETTRE CXLVIL 

ment, comme autrefois dans Athènes fii 
l'autel de la Mifericorde? Si eft*ce qu'il é 
d'autant plus avantageux d*en ufer aiefî, <pie 
les douceurs de cÈtce v^ertu ne contoicent pis 
tant les autres qu'elle oblige, que ceux m 
mes, qui la pratiquent. O llieureufeafBcr* 
te, & l'agréable conflimtion d'une ame, qa 
fe (ak dire ende telles rencontres. Où t'c» 
portes- tu miferable? nevois-tupasfegoo^ 
' fre horible où ton courroux te va pr&qpto? 
Quim. Qtio me éucis amme? fuo me traiù ef^v} 
Certainement ce font de teDes homilia kit 
femblables réflexions , qui appaifent ks phs 
grands defofdres de la partie iraicâile a fr 
veur de la ràifonnaUe. Nous en tfoos l)^ 
(bin , puifque ces deux parties nous coopo- 
fënt, & que nous fommes félon b fibkde 
vrais Centaures, qui ne tenons pas mràs du 
brutal,^ que de ce qui nous fait tantgkxifier 
d*ètre hommes/ Un peu de coutume à de 
tels difcours intérieurs, & répétés à toBS^câ 
prefque le feul remède contre rimpemoûfit 
d'une colère enflammée. Le canon, qâ 
brifo une muraille de marbre^ perd inutà^ 
ment fa violence contre des balocsdelne, 
& la pafEon, dont nous parlons, qui tenaft 
tout ce qui lui refifle dirèâement, âiamoUit 
&s'évapore infenfiblemoit pardes r^enoos 



DE L'IMPASSIBILITÉ'. «23 

c cette nature. Ceux qui s'en fervent ptr* 
tmcïity rougifTent d'abord defevoiraumau* 
Eiisétatodleur bile lésa mis, & cette louable 
3uleur donc kur viiage fe couvre, témoigme 
u^ils enibnt confusdésleurpremiereémotion 
ui&icpolirles plus emportés: Car conuneles 
evres^ qui commencent par le froid font les 
lus à craindre^ un courroux/ qui noiisrend 
lêmes eft' bien plus dangereux, que celui, 
[ui nous (ait rougir, & qui feqible dedarer 
^ là qu'on a honte d'en être furpris, &que 
'on voudroit en être dé&it. Les colères pa- 
es & fipoides montrent au contraire qu'elles 
prétendent avoir rdifon, tant s'en faut, qu'el- 
es fe repentent de leurs déreglemens ; & c'eft 
:e qui leur donne de fi ponicieufes fuites, de 
nême qu'on ne voit point de plus dornm^* 
{eablesguenfes, que celles, que l'on croit 
uftcs, & qui prennent un prétexte fpe* 
deux/ 

J'avouâ qu'on relTent quelquefois des co* 
eres(i4>ienfi3odées, qu'il eftprefqueimpof* 
îble de les blèmeravec équité/ puifqu'oneft 
n^me obligé febn nôtre premier difcpursde 
»V lailTer aller. Il faut d'ailleurs donner 
)udque diofe à l'infirmité humaine, ne fut« ' 
^e qu'en confidération de ce que nous na 
i^QS lien fous le Ciel qui n'ait fon masque* 



824 LETTRE CXLVIL 

ment & Tes feibîefres. Le dér^Iemeot à 
ûiifons, le débordement des rivières, l 
tant d'autres accidens contre Tordre appareg 
de la Nature ) femblent excufbr nos &ikss 
& rendre moins criminelles les irr^[u]antc 
de nôtre Morale. Mais au tncûns aceob 
mons nous à modérer les premiers boinll(«s 
d'une fi dangereule paâion, & fi elle nouso 
blige à (Quelque reflentimettc, ufoos en > 
vec retenue^ ne donnant jaaiais le fooèt i 
ceux qui nous ont ofFenfés qu'au (on delafu- 
Ae, c'eAàdirelaraifonappellœ^ comme A- 
J.^*"'* riftote a témoigne qu'on punifiToit defoocons 
les ferviteurs en Toscane. Le malheur dl 
nue ceux - là font le plus grand nombre, qui 
K)uvent n'ont pcMnt d'autres traits d*bommes 

Î' lue ceux, qu'ib portent au vi&gc. Nous 
onmies pires étant irrités que tout ce^qu'il y 
a de bètes féroces» qui épai^nent du moins 
^f^ huTS ktiïhhhkSy necefiuUaJuperterrasâh 
rahiofabelluay, cuifiontmago/uàfanBafit. Et 
les douceurs mêmes de beaucoup de geos 
. font pleines de rigueur & de cruauté; ce qui 
a fait dire au Sage Hébreu , fmfericor&àtm 
. fwrum crudeles. En effet; nôtre humanité 
eft fi mal intentionnée éontre'elle même, k 
l'homme paroitnaturellement fiportéaumal, 
que j'ofe dure qifà le bien prendre^ & eue- 
,^ gard 



DÉ L'IMPASSIBILITE'. 233 

ird à celfly c*eft peut-être une desplusgraih 
^ louanges qu'on peut donner à ceux, que 
on eflime beaucoup^ de dire au'ils font in- 
umains, ou qu'ils ont dépouillé l'humanité. 
Qurqu^ii)oa, fiJerdle des aniiÀahxi . .qui 
3nt. les fidèles miroirs^de la Nature ^ n'pnt 
ien de fi dépravé que nous. X^ette même 
^oTée me fait croire auffi qqdquefijMs que 
K>us eropbionsilial les 'mots ld€r1>ê^, & 
le brutalité, les bêces brutes étant fouvent 
moins vicieuiès, & plus nilfbnnables en 
:}uelque façon que nous ne leibmnkài^^ Je 
Bnis cette extravagance^ de peur de vous 
m'ettro^en colère au même tems'> quei^ ]t 'à& 
clame ii aigrement contre clle« 



^.J^ ^^^^ "^^ 



TêmeVIlPmM. 



824 L É T T* R JS CXLVIIL 
DE 

LA CONTINUATION DES 
ETUDES. 

LETTRE CXLVIIt 

MONSIEUR, 

Je pe me lafle point de vous exctoi h 
continuation de vos entretiens fpinoxb- 
Ke vous arrêta pas aux dégoûts otie voitf 
donnent de l'Etude ceux» qui vous n itrc- 
Tentent comme la choie du monde |a pl^ 
inutile. Ce ^u'ilb vous ont dit eft vrai^qu'oa 
ne voit guéres les liches à la porte des bmh 
& que fouvent au contraire ccux-d vont 
trouver les hommes de grande fortune. Mais 
vous n'ignorés pas ce qu'on a toujours répon- 
du à cette objeâion, queles Médedns étoietf 
obligés d'aller vifiter les malades, oefe pou- 
vant prerquefaireautrement; outrequeccncft 
pas grande merveille fi la plupart de gens» 
qui vivent dans l'opulence^ n^ligeotoeox, 



E LA CONTINUATION DES ETUD. âiç 

ui cultivent la fçience/ n'en coanoifTant . 
oint le prix; au lieu que les iavans n*igno ' 
Mt pas le bon ufkge des biens , qui leur 
manquent ^ & dont les autres fef fervent très . 
izV Et néannïoins laxhofe ne va postoûf- 
3urs comme ils le difent» L'on à vu des 
empereurs mener à côté d'eux dans leurchar 
le triomphe des hommes* d'un éminént ù^ \ 
roin Le Roi Phraotes traite avec Appolk> ^ ^« 
lius dans PhiloArate coflune avec fon fupe^ v 
ieur, reconnoiUant^ que la (cience a je ne 
[ai quoi de plus Roial que le Sceptre, rè yocp 
Scfffû^Ttpov ço^iae^Uy La pauvreté de Di(> 
3;ene n'empêcha pas Alexandre le Grand de 
l^allcr trouver pour conférée avec lui. Ju- 
lien defcendit de fon throne pour aller aude^ 
vantdiiPhilofopheMaximus, qu'il embraflk 
tendrement; Se Ammien Marcellin, qui /.si. 
nomme cette aélion indécente, en a fait peut- 
être un très inique jugement- Peut- on ren- 
dre trop d'honneur à la icience, qui (eiile a 
le pouvoir, naturellement parlant, de nous 
approcher du Ciel d'où elle tire fon origine. 
Il faut bien qu'elle (bit grandement eftimabte 
par la doârine des contraires, pqifquerigno 
rance cft univerfellement expofée au mcpris 
de tout le monde. Souvenés-vous du pro- 
verbedes Arabes,- qui porte, quecen'eA pas 
' ^ P i j 



aïtf LETTRE CXLVIIt 

^ètré il orphelin dç n'avoir ni père mmert 

que de fe trouver, fans fcience & fins etuiS 

L I. Mf/tioh. Certes PinducSion d'Ariftotc cft 1»g 

tipiLcf. puif&ntti^ pourmontrer^ queledeTirdet 

voir eft une paffion naturelle , dont il n) i 

. perfonne, qui ne foit touché. Car, coam 

il repréTente fi)re bieû, fi la NanueDOus] 

àaané tant d*amouf pour les fens, & fur toa 

pour celuide la vûâ> à caufe des co&noiâiifi' 

ces que nous prenons par Ton mckà pte 

grandes que par celui des autres; de combien 

plus grande affeâion devons nous eût trsfll- 
portés pour la fcielice, qui nous revclctoo 
tes les beautés & tous les fecrets du Cicl& tlcb 
Terre, nous faîiknt comprendre ccsdiofo 
avec beaucoup, plus de" perfeâioo & * 
jufteffe^ que ne font les organes cotpo- 

# rels, qui nous trompent fi fouvcrt? Du 
moins ne (auroit- on nier, qu'à la 6çon des 
vaifleaux de long cours, quifembleorappro- 
cher les païs les plus éloignés , en nous com- 
muniquant leurs commodités; lesfeicnccsûe 
donnent à nôtre fiétie les lumières & Icscofr 
noiflancesdetous les autres^ qui l'ontprécedc: 

y Literie tanquam naves Jukantes Oeeaxm t^ 
ports .^ remotiJUîmafaculacopuIant. 

Il eft aifé de reconnoitre le génie. de ce 
mauvais confeillers, quinevifentenvousde' 



œ LA CONTINUATION DES ETUD. Z9f 

;oôtaiitderétudequ'àvousrendrerefnblabIeli 
iix.Ceibntgéns,quitireiitvdaitédeleurigno? . 
ance^ & quidai;isleurs propos ordinaires profe^ . 
ent dcdaigneufement, qu'ils fe ooatentent 
t'uferdesElemens, iansibroucierd'encon; 
loitre les qualités. L'idée d!une maicreâiB 
eur eft bien (dus prédeufe^, que toutes cçUes 
le Platon. Et parce que Saint Auguftia aMit.tixi. 
prononcé après Ariflote> qu'il y a des cho- S^ 
Tes, qu'il vautmieux ne pas favoir^ qued'en 
être trop m{kmt,praftàt quadam n^ctre^ qmm 
f^r ; Us paraphrafentcela en&veur deleur vie 
fainéante&debauchée, invitanttoutle monde 
à les imiten Un de leurs plus grands lieux 
communs, s'il le peut dire, qu'ils en aient 
(ait quelques uns, eft celui de lamauvaifb 
fortune des hommes de lettres , dont ils rô- 
prèfentent la pauvreté & tou$ les mauvais fuc- 
ces. Je leur accorde facilement cequePierius> ^ 
& iesautres, qui ont traité cette matière, nous 
en ont appris. Mgis n^(l-ce pas une honte 4e 
régler tout par Tintcrêt, & d'avoir fi peu de 
Morale, que demépriferlcs plaiûrs innocens 
desMufes, & même ce qui eft accompagné' 
d'honnêteté, fi l'utilité ne s'y renooittre. ^ 
Les Arabes , dont je vous ai déjà parié, ffl^ont Sm.^ 
appris que leur grand Abviofephus» le plus^*^' 
favantdeibn ûéde, é«)it encore leplusnéosffi* 

P iij 



929 LETTRE CXLVHL 

tcux; & néanmoins il n'en étoitpaspourcdi 

ea moindre véneiatioti parmi eux. Et fi le 

Pape Sixte Quatrième traita indignemeat 

Phriml TheoàoKGaz^ qui lui avoit dédié faverfioD 

«^'.J^^ LatinediiGrecd'AriftorcderHiftoircdcs© 

ror^ffM niaux, ^ il n'y auroit que ce Pontife à blâmer, 

fiGazaaiantjetté dansleTiinre les quaranteoo 

Cliquante écus dont il avoit reconnu fa dc£ 

cace> n'en fut mort âpres de déplaifir. Qp 

' « qu'il en foit, des exemples fmguliers, &(fî 

en ont tant d'autres contraires de gensi (fi 

les (cîences ont été très utiles, ne ddvcDt 

rien obtenir fur vôtre dprit, au préjudice (ie 

vos applications ftudkufes. 

Je vous prie de prendre garde au plfr 
lir& à l'avantage qu'cmt oeux^ quifecoo- 
iioiflfent aux Tableaux^ furd'autres, quifl'y 
entendent rien, quand les premkrs ià^' 
.guent les manières dififêrentes des FeinoeS) 
& les copies dbvec leurs originaux; cûxbs» 
autrefoîsles entendus eâcetart y remarqnoietf 
les trois genres divers, l'Ionique, Je Siqoaieflî 
&rAtti(jue. Nem'avouttés-vouspasqoe 
4a fatis^élion d\in homme favant doit être 
bien plus grande, lors qu'il obferve dans te 
ouvrages de la Nature, &; de Dieu qui endl 
. l'auteur, mille effets avec autant de cauffl 
quileraviffeht, &dQntlesignoitnsoefotf 



ttELA COKTINUATION DES KTOD. 229 

dulkmeht touchés? Cdl la même chofe de 
laMiifique^ une oreille dode trouve dans 
les trois genres de mélodie, TEnharmonique^ 
le Chromatique, & le Diatonique, une infi- 
nité de grâces, qui ne Ibnt rien aux autres. 
LeMelos d'Eolie fort (impie, Flonique molj 
le Phrygien religieux, le Lydien plaintif 
TÂAatique divers &le Dorique belUqueuXi 
font écoutés (ans confufion. Se avec, un 
tranfport d'amè merveilleux, par cette m^ 
me oreille favante; au mèmeteips, qu'une 
ignorante a tout cela pour indi(Féitnt. Il y a 
un pa(F7ge de Ciceron fur ce que je tiens de 
dire touchant ces deuxprofcflions,quieft trop 
exprés au quatrième livre de fesQueftions 
Acadeauques, pour ne le vous pas rapporter 
ici. Quam mu!ta vident fnÔorts in nmhii^ 
îf in eminentia, quée nos non videmus? 'Quam 
mtJtfl qua nos fugiunt in cantu\ exaudinntiê 
tagenere exercitati? qui primo tnflatutibicimi 
^ntiopam ejfè aiunty aut j4ndtomacAam, cum 
id nos nefufpicemur quidem. Jugés-là deflut 
quel doit être renthouriafmed'unPhilo(bphe, 
ou, fi ce terme vous choque, d'un véifieable- 
ment favant, qui découvre dans le globe in» 
telledhiel tant de raretés & tantdemervdlles^ 
dont le reBe des hommes^ & ceux fur tou^ 
9û font d'écrit greffier j ou qui n'ont pns 

F iiif 



a30 ï. E T T R B CXLVIIL 

nulle teintiore àti bonnes lettres, o'ootps 
la moindre connoifibnce, pour ne pas dk, 
tomme Ciceron^ le moindre foupçoo. 

Je fuis perfuadé, qu'il n'eft pas beiii 
d'un plus long difcours, pour vousdétm 
per desmauv^ifes maxitnes qu^onvousavor 
voulu faire pafTer pour bonnes. J^eiopioifr 
rai le refle de cette lettre à vousen oommuch 
qiiier quelques autres, qui vous pounont ê- 
tre d'ufage, & que m'inipire leieuladeqœ 
)'ai pour vôtre avancement. 

Premièrement gardés r vous bien de croso 
la moindre chofe de tout cie qu'on vous a& 
au dècri & au préjudice de la plâpaitite 
fciences. Hors celles, qui font coôdaoo^ 
& qui vont contre les bonnes mamS; ilfl'y 
en a psls une, qui ne puifle vousftmT) & 
que vous ne trouviés de mife tôtoutvdèias 
Je cours de vôtre vie. À la veritéXcnopboû 
nous aprend qu'encore que Socntenlgooc^ 
I4. Aft. oi la Géométrie, ni TAflronomie, il oeccû 
/eiHoit pas pourtant de s'y arrêter beaucoup) 
parce qi^e de fon fiécle l'on dooQ(Âtaot^ 
^ems a Tune à l'autre, que la plusimpoitffl' 
te partie de la Philofophie, qui eil la Moral^i 
étoit prefqùe négligée. A ^uoî bonne b 
théorie des Planètes qui nous inftniit de tous 
leurs mouvemens, fi les nooes "* 



mêr, 



)ELAC6NTINUATroNDÈSETUD. 231 

lonnés? Et que nous peuvent fervir toutes 
es règles de la Géométrie, fi nôtre efprit eft 
lércglé? Sets fMreàa fit linea^ ditSeneque^ 
luid tibiprodeft y fi quid in vit a fit uBum igno- 
ras ? Dans un fragment de lettre que le m&- 
[ne Xenophon écrivoit à Efchines^ il affurej 
)ue c'étok encore la raifoii pourouoi Socrate 
n'étoit pas fort profond dans la Mufique,. 
dont la théorie avoit occupé jufqu'à lui la plus 
grande partie des favans. Souvenés-vous 
de la demande qu'on fit à un fils de Roi ^ s'il 
n'étoit point honteux de jouer fi bien qu'il 
Êdfoitde la Lyre, y aiaot de certaines connoi£^ ^ 
lances,, dont Ton ne peut avoir acq\iis la 
perfeâion que par une fi longue ap^catipn, 
qu'a^aramment Ton n'en a pos a&z donné à 
ce qui eft de plus grande importance. Ne 
vous Jettes donc pas dans l'excès dangereux 
de ces étud^, qui pourroient confumer les 
heures, que vous devés à vôtre pro&ffion, 
& fongés principalement à orner la Spaite^ 
dont vous avés £aitéleâion, aveccettereferve 
d'éfprit néanmoins, queTaphorifinedeSene-i^. M- 
que. Satins tftfiiptrvacmfciriy (punn niAil^ 
vaut bien tous ceux, qu'on lui fiiuibltoppo* 
fer. L'on peut voiager par curiofité & voir 
plufieurs belles villes, mais il île faut être 
bouifpeûis ou citoien que d'une feule. 



tjS LETTRE CXLVIII. 

V(Mfi auriés toit de prendre fabofd dadS^ 
^ goût de vôtre travail, pour reeooaoiere i]De 
\ oiielque autre y a de V^vantage fur vous. Li 

lecoiufe & k traifié^ 

prifées, qqoique k ppeaiiere fok aa deffis 
A moios d'avoir l'tofaîtionauffidae^éeiiiK 
CéÙBCy Voa peut fe œnteoter de n'être ps 
des derniers. Etje vous lenvbieà cetEn- 
aSi^.iK tofthene, qui ne laiffii pas d'acquérir ooe il- 
luftre réputation , encore qu'il tofianooiaK 
j9i ouIeBé^àcaurequefansocoitpcrîms 
le prenoier rang, on lui adjugea îoCkjcms k 
fecond en toure forte de di(cipUiie& £a 
tout cas réchelon inférieur eft im àcg^ fov 
parvenir au plus haut: Et vôtre âge oevoia 
doit point découniger pour être ira peoffso- 
cé^- vous lavés la beHe renomniée ^'«quit 
Baidedansb Juri^nidence, nonobftaDtqaoa 
lui dit d'entrée^ SeroviniiBalde^ eràsk^CÊ- 

.. Ily a deux mÀhodes d'apprendre, & de 
ieper&âionnar, Iriendiffér^tiesàlavériit, 
mais qui peuvent être emploiées tomes deux 
lltileaient, félon kdifpofitîon d'e^rk4Mroa 
le trouve. L'on eft Uen aife quelquefois de 
conunencerparksnotionsy quilbntlspias 
fiidles à compmdre> & même d'être aidé 
par quelqu'un à les «o^uerir^ imiMOKccus 



DE LA CONTINUATION DES ETUD. Î3J^ 

\m ie invent de .nageoires pour fe drelTer I 
^iea battre l'eau , & à fe tenir de0us. Les 
lutres fe jettent d'abord fur ce qui efl de plus 
liffidle intelligence^ afin, qu'aiant une fois 
ruraionté<e pénible travail > ils nerencpn* 
trentplus rien que d'aifé; comme ceux> qui 
apprenant à danfer prennent des foulier» 
plopibés, à deffein d'être plus légers au bal^ 
& d'aller mieux par haut en chauffure ordi- 
naire. ^fais de quelque façon que vous en '^ 
ufiés^ oue^cefoit toûjoui^ fans abs^donner 
le grand chemin, pour fuivre de miferables 
fenders oiî Ton ^égare: Claudusinviay cu^ 
forem extra viaih antevertit. Gardés auflî^ ^W^- 
foigneufementrordredes Abeilles, qui vont'"'*'*'^* 
toujours, ditArifiote, àmolaadvioiamyùm 
confondre le fuc de diverfes Heurs. 

Sur tout ne vous hâtés jamais de détermi- 
ner les chofes, & u^s-do cette heureufe fuf- 
penfion fceptique, qui préferve de tant de 
repentirs: « 

AdfHgmtenàmprùperat^ cito ^ judicat.^^'^' 
La Lc^ue , dont vous poflfedés fi bien l'ufa- 
ge^ vous (èra très avantageufe. Mais quand 
vous aurés réduit un antagonifte prefque aux . 
abois, & à donner dans ce Cercle ou Diallo^ ^ 
le qui eft le vrai labyrinthe de rignorance^ 
gardé&-yousbiendeKiiinfuIter> & contenu 



»34 LETTRE CXLIX. 

tés- VOUS à l'exemple de Soàate^unftwMge 
modéré. Un raifonnemenc paifible & refpe- 
âueux, comme était le fien» ne iette jaoutf 
' dans l'envie, & 'gagijie le coeur des ploscefad' 
les à h raifon. Continués à eoiploier k vé» 
tre de la belle pianiere^ & n'oubliés pas ce 
^e nous dîmes la dernière fois, qu'un hom- 
|be (ans r aifonnemeat eft uq vsuflèau fans 
l^ouvemaiL 



QU'IL Y A UNE FAUVRETE 
PREFERABLE AUX RI- 
CHESSES. 

LETTRE CXLlX. 

MONSIEUR^ 

emme c*efi une marque de mauvaiic dif- 
pofition corporelle d'être offerte par 
âes vivres innocens, ' & que chacun ^voove 
n avoir ^int de mauvaifes qualités;, Toopeut 
prendre pour un indice d'^rit dércglé de ne 



iJJTL Y A UNE PAUVRETE PRET. &c.23f 

ouvok fouffrir les riphdTes^ & d'ea avoir 
rop d'averfion. Vanum gloriée gema^ èît 
^intiUetiv odmm Jwaiantm. Je (ai bien - 
^u'etlesnouspeavcntcorrompceparb fiidlité 
[u^elles nous font trouver â befficoup de vi* 
:es , donc la difficulté nous di ^oùtero i t, & 
ju'elles femblcDt démentir en cela l'ancien 
proverbe^ Superflua non nocenty que Saint j^st. 
A.uguftin emploie dans, la Cité de Dieu. >M<e'«*^- 
Nfais Arifiote, qds^ftfervi de U comparai- ^^^^^^ 
Ton, que je viens de rapporter » a fort bien &XMg. 
encore déterminé ailleurs^ que tous les bienSi^"^-*^ *- 
àont.Fofàge eft inCêrQdn, tels que font la 
Force 9 laBeaute, lePQuyoiràbfolu, &les 
Richeàes, ne laifTent pas d'être de véritables 
bicns^ quoique de mèdiantes peribnnes en 
ibufent, parce qn'il eft plus jufte, queues 
chofesre^ivent leur principale dénomination 
de l'emploi, qu'en fontles hommes de vertu, 
que de celui des vicieux. En vérité Ch-phéo 
a eu raifon de dire que^ généralement par* , 
lant, l'opulence étoit fille de l'animofité, 
prife pour une trop luperbe élévation d'efprity 
& l'Ecdefiaftique a prononcé félon ce fenti^^*-^'' " 
ment, Domusfuanimislocuplesefiy onnuUaH- 
turfuperhia. En effet, Ton peut afTurer d'u- 
ne infinité de gensj qu'ils ont dubienV qui 
leur ait beaucoup de mal , & il me femblo 



9i6 LETRRE CXLIX. 

GaftmLi» qué Tydio Brahé avoitndlbii de oorrigcr Jb- 
tiusma. yenal, quand il éoric, s 
''*' . HeudfacUe emergim 



foûtciumt, qu'il àevàk mettie ra 
plutôt qu0 ret imgifidy ptt ce qu'oa vdt 
plus de perTouiiès, que , l'aboadaiioe àt 
UenféloignedesTOtas, qu'il s'y en xpiek 
pauvreté eb recule. Avec tout cdi pour- 
tant, ilfaut avouer, qùedesdcfaefifesaoqui- 
fes)uftement, dont roati(èfi>breaiea^ qu'oa 
éUÂ^buê gaiement, êc qu'oa qukte avec 
patience & fans regret lors que Yhémeeacâ 
venue, fontdesinftrumeostréspopresieRr- 
eer de grandes vertus. C'eftoe que voulait 
^ioifierNicolausDamafcette, quand dam- 
patoitjDes mêmes rtcheflies à des FliKcs, qui 
foittYi^kablement inutiles à ceux, qiùoe&- 
vent pas s'en fervir, mais qid bieafoiiâtées 
repdoient de fon tema une harmcmie très 
co^idârable. Car ilne&ut pas ci^ùreqiiefe 
bel uG^des biens OMififte (èulement ie& 
fiûre laiipefle, & comme dit l'Itdira, êfn 
dei Zeeckim fuel cKaUrifanao dehipm. S 
Crates le Thebftin jetta les Tiens dans la mer, 
comme peutêtre on le lui firaccroire, iift 
fdbn moi une aâion, qui ne doit jamaisêtie 
imitée. L'importance eft 4e les bien diâri" 



QUU Y A UNE PAUVRETE' PRETFAc. «j-^ 

buer, & ia^^t^ défaire \avec une Iibèrfllité 
Accompagnée de jugement. L'on prend bien 
garde daas TOeconomie, felon lapenféed'an 
ancien, à ne (aire fortir lefumier d une cour^ 
que pour ]e mettre en lieu où il puifie être 
utile; à plus forte raiibn doit-on avoir égard 
dans la di^senfation de ce qui eft bien pli» 
prédcive^ à la faire toujours avec diioe^ 
don. 

Il ne &ut donc pas vous imaginer dâvAnta* 
ge> quelesbiensdeFormnefoientrifortàmé* 
prifer, ou même à rejetter, que rauAerifeé 
de quelques Phibfophes Ta voulu fairecroire^ 
Ils ont beau les nommer le bagage importun 
desvertueux> mpeUmentavirhaiSj ou plus 
fakmentenoore après Diogene, vmmtu$¥mr^ 
tufue^ ceque je li'ofçrois traduire en nôtrelan-^ 
grue; ilsn'en(bontpascrus,paroi({antttopde 
[t;nsreprouvédanstoutesleursinveâive& La- 
modération de S. Augufiin me femUe blea 
^lusjudicieufe, lors que parlant de la Fortuna 
k de 'ce qui en dépend, au troidémb livre 
x>ncre les Académiciens il conciûd en cei 
crœes: Semperfmtfententiamea^ fapienti 
afm h&mni nïhil a/mf effèi ut antemfajnem 
ïat^plurtmimnfc^ariitmeJfeFcrturtam. Mais' 
leAbeibin d'uferidde qudques précautiQns, 
>arce qu^il v^yai^oiotà^ bien qui nef<MC re- 



I3t LETTRE CXLIX. 

bherché^ avQC avidké de tout le monde, #- 
mmahonMmappehati & parce que de iknach 
le il aime àfe répandre & à feoonu mmkyg , 
eftjid éhffi ^ u m : Eo effet, celui p r m dpJt 
mette dont nous pfltrlons dl de cette 000&* 
iion, à caufe, œ Cbmble, que k mocoor 
comme tonde ne demande ou*à rouler d'us 
. munfenlfautre, outre qu'ellopenrappndKfr 
der la roifllle ii elle ne bougeoit d'un lie& 
Nous .devonsibne avoir égard tatir à f aoqii- 
fmon du bien, .afin que nous ne fiMfnspasir 

&«• ceux ^ui le diffraient, ^pecwtiamcirfjm- 
canty qtM fie in quqfèam quomodo Ja m MiMs à 
chaciWicadk; <\VLkùuSà£bàh^ frifàntea 

ibrte que fon illuê de nos mains ne leît pas 
moins honnête & raifijnnable que foo aaéc 
Si nous ne (bmmes ibigneux d'obfofcr ceb 
avec exactitude, nous reconnoitrons bientôt 
wi'û n'y a pas moins d'inconvénient i pofi^ 
der des grandes finances, qu'à nVai'poiot 
avdr, 

florUm. Tammaitmefihahrenummasy nimhkrt 
quammalumtfi. 
Certes elles font quelquefois fi mal teoufiSy 
& de fi mauvmfe main: qu'il y auroit lieu de 
les confi(quet avec quelque fime^ juftice, 
& le ibuhaitd'un de mes amis ne me fonble 
pas extravagant en tout fens, qu'onpotjettcr 

/ des 



ly IL Y A UNE PAUVRETE' PRER&c- 241 . 

es Dévolus ^ur les richeflfes de ceux> qui 
te (kvent pas s'en prévaloir. Quelle male- 
iiâion uicoiîeevable d'être en dilette au mi- 
ieu .des trélbrs? genus egejlatis gravtffi'^*> 
num^ àk Senequty indivitiis ino/na. Ilfou*» 
lent ailleurs pour cela que f avarlcef eft la 
plus grande & 1^ plus facheufe de toutes leis 
pauvretés, qwe eft maxima egefias ? avaritia. 
Mais quelle miferable phrénelie, pour par* 
1er avec Juvc^nal, de mener une vie chetive 
& néceffiteufe pour paroitre riche en mou- 
rant? 

Ut locupks fnoriaris egenti tnverefato ? &# . /^ 
J^avouê que Ton ne fauroit s'étonner a0ez 
d'un fi prodigieux aveuglement 

Cependant il eft difficile d'accorder ces 
beaux fentimens, qui veulent qu'on jouiflb 
& qu'on fe prévalç des biens , que l'on poflfe- 
de^ avec une opinion diredement oppofée^ 
qui ordonne d'être pauvres même parmi le^ 
richeflfes , magnus iOe qui in divitiis pauper eft^ «Sm. tp. )t 
& qui âous propofe les plus grands hommes ^ ^^' 
de l'antiquité^ qui dans une extrême af- 
fluance de tous biens, avoient des jours choi* 
fis exprès pour s'exercer par une imaginaire 
pauvreté à tout ce que la véritable pûuvoit a- ^ 
voir de plus dur & de plus infupportable. Là 
Volupté dont Epicure faifoit des leçons à tout 
TmiVn.BmJl Q^ 



04* LETTRE CXLIX. . 

Je genre humain, ne Tempêchbit pas, no2 
plus que les autres, d'avoir de ces jours d'ab* 
itinence: Certas hahcbat dies iUe mugi/Ur vck- 
ftatis Epicurus^ quibus maligne famem cxtis- 
gueret. Vous dires peutètre qu'il ctoit hka 
aiféàSeneque, qui rapporte tout ceci, &i 
les femblables s'iîen a eu , de prêcher iiir la 
vendange de la forte, oudeplùlolbphertou- 
chant. U pauvreté fur un fonds de huit cens 
nulle livres de revenu ^u'il poiTedoir* Je 
vous reponds qu'il n'a gueres eu ion pareil ea 
toutes façons, & qtie le Guliflan qui n'ctoâ 
pas fi bien fondé que lui parmi les Peifes^ 
quoiqu'ils ne reftiment pas moins dans ùl 
Morale, ne laifle pas d'enieigner, que Dieu 
aime les riches, qui vivent en pauvres, & 
les pauvres qui vivent en riches j c'eft â dire 
à l'égard de ceux-ci, qui ont une pauvreté 
gaie, préférable mille (bis à une richdfe 
chagrine. Cela eft fi vrai, qu^il n'y a pcHOC 
de bien, qui puiflfe donner une folide Ckis&- 
âion, fi 1 on n'a préparé fon elprit à le per- 
^B^V-^dre, NuUum honum jttvat habentem^ mfi êi 
guius amijfîonem pneparatus eji ammus. D'ail* 
. leurs, comme Boêce l'afubtilcment obièrvé, 
lesrichelTesneXbntbiensàceux, quilespofTe- 
dent,quequandilsnelespofledentplus; tantil 
cfl conflant, que tout nôtre bonheur en cela, 
çoafiAe à être pauvre & riche tout eofemble. 



:^*IL Y A UNE PAUVREtr PRET.&c 443 

Je prévois ;une grande répugnance dans 
v^ôtre efprityà fouffrir qu'on donne de fi grands 
avantages à une chofe telle que la pauvreté) 
nommé par les Italiens une! demie naaladie, 
Samtd^etjza danariy mezza malatiai Etant 
fans doute bien plus aifé de la rendre recom- 
mendable par des dilcours Tophiffaqués^ que 
de Tenduren Mais foit que j'aie plus avancé 
dans la (cience^ qui aprend à méprifer les ri* 
chefiès, que danscelle qui montre à en acque^ ' 
rir^ foit que je fois d'un tempérament à en pou- 
voir aimer ceux^ qui me fuient^ ce qui nie fait 
haïr ces mêmes riehefles parce qu'elles ont 
toujours évité ma compagnie; je vous dé- 
clare (incerement encore un coup , que je fe- 
rai toute ma vie plus content de me voir 
dans une pauvreté tranquille, que dans des 
biens inièparablcs de l'inquiétude, comme 
ils le font prefque tous. Ce n'cd pas que^ 
làns donner dans lliérefie de GuiUaume de 
Saint Amour, je ne tienne beaucoup de men- 
dicités honteufes , & à fuir. Je lai bien que 
Platon a chafTé les Gueux de fa République^ 
& que les Chinois en Levant, ni les Hurons 
au Couchant, n'en fouffrent point parmi 
eux, ne pouvant comprendre, qu'il y en 
puiffe avoir en France. Mais l'on doit faire . 
grande di^éreoce entre une chofe violente. 



a44 L E T T R È CXLIX- 

comme fl'eft Textréme indigence, Se h pftu> 
vreté volemtairé d'un honnête honune , fi ie 
ttiot àt Fhilofophe vous dépIaîL £o efiict, 
la Nature demande fi peu de cbofe pourè^ 
tre &ds&ite^ & Tes defirs, que nou^dîAîD- 
guoi» des autres en les nommant Doturek, 
font fi limités, qu'un fage fe contence prct 
que de rien^ 

Quod vult habet > iqui vette quoifsHf ^f^ 
teft; 
Au lieu qu'un homme d'efprit.déreglé n'eft 
jamais content. La pauvreté Philoibphiqtie 
ine pafoit une Ithaque, qui pour être rude 
& fierile ne laiffe pas de produire desUlyflès. 
Et comme ce prudent Infulaire la f»éfera à 
toute autre demeure; que les Scythes ooc 
plus fait d'état de leurs deferts qile des plus 
belles contrées de la Grèce, & que lesGioca- 
kndois encore aujourd'hui méprifent ce qae 
l'Europe a de mieux cultivé ^ pour vivie 
dans une indigence apparente Ibus le plus 
âpre & le plus fâcheux Ciel du Monde: ceux 
auffi, qui font nés dans une condition mé* 
diocre, ou même dans la pauvreté, dont 
tious parlons, s'y plaifënt fi fort aîant Tefprit 
biejnfait, &y viyentfidoucemtent, qu'ilsic* 
iroiënt bien fâches d'avoir été autrement trai* 
tés par ce qu'on nomme Fortiine. Et en ve- 



U*1L Y A UNE PAUVRETE' PRÉ'F.&c.34f 

té, felon qu'Epiclete le prononce excelle-' 
lent dans Stobée, il eft bien plus avai^ta- 
eux de coucher fous un petit couvert dans 
n lit étroit avec fanté ^ que dans un grand & 
lagnifique, étant malade de l'une ou de 
autre partie^ qui nous compofent. Jepou« 
ois vous prouver cela par Texemple do 
[uelques-uns de ce filécle^ &même de ma 
:onnoifrance; mais parce que je m*abftiens 
rolonciers de telles particularités, j'aime 
nieux vous faire fouvenir de ce vieillard m* 
tique d'auprès de Tarente, qui pour n'av(Mr 
|u'un petit champ aflez infertile, & tel que 
e Poète nous le reprcfente, ne laifToit 
pas de vivre le plus commodément* du ^ 
monde, 

RegmA aquahat opes animisy VWg. 4, 

& n'eût pas voulu changer fâ feçende couler ®'^4f» 
les années paifiblement, avec celle du phiS o« 
puknt de Romains. Auffi favons nous qu9 
ces Domteurs.de toutes les nations venues à 
leurconnoiiTàhce, faifoienttantdecasd'uno 
honnête pauvreté p^rmi leurs plu9 grandes 
richeflfes, qu'ils confervèrent le plus long tems 
qu'ils purent la petite chaumière de Romu* 
lus â l'exemple des Athéniens, qui encretin*» 
rent de même au milieu de leur Aréopage u« 
oeautrefqnblablemailba, poiir&irepfliQÎr ^ 

. a.iij 



Si^g LETTRE CXLXI. 

tre combien ils eAimoient Fancienne firugaK- 
té. L'Apologue des Grués^ qui comme peu 
chargées^ ie fauvèrent des ChaflfeurSy ce 
que nQ purent faire ni TOifôn, lOi le Canard 
à caufe de leur pefanteur, nous inftruit à: 
l'avantage ordinaire de ceuxf, qui (ont mois 
gorgés de biens que les autres; 

. Jolia midi 

Non ardent Cynicii 
Se pour dire quelque chofe de plus, je vous 
/ niiiindenS; que fans exaggerer les miferes, qui 
accompagnent indifpenfablemeQt les ridief 
Tes, la pauvreté confidéree toute feule & fcph 
rément, a des prérogatives qui la peuvent ai- 
re rechercher. Le Ciel a toujours répandu 
iës grâces fur les Pauvres, fiSUilmsfiiermt 
DU faciles. Un homme pauvre aie privilè- 
ge des chofes facrées, 

Res eftfacra mifer^ 
dit l'ancienne épigramme qu^on attribue i 
Seneque. Et Ton ne fauroit nier, que l'indi- 
gence n'excufe ou ne modifie prefque tous 
les crimes, ' j 

tttr^n Q'/^/f wx jpeccat inops minor eft reus; 
Atb.bh ^^^ entrer dans la^rofanation de cdiH, qui 
V9U. veut que Jupiter ne fiiATe que le rire d*un pau* 
vre, qui méprife fa foudre. 
Répondons ici à ceux, qui ne trouvent 



I 



yjlL Y A UNE PAUVRETE' PRETF.&c. 347 

ien de diffidleà fupporter dans là pauvreté, 
iprés l'avoir hmt examinée en tout fens^ 
ruela perte des amis dont elleeft caufe qu^on 
e voit abandonné ; parce que ne pouvant vi- 
nre fans la douce converfàtion de ces amis, 
Is croient, que la mort eft préférable À une 
ne, qui a perdu avec eux pe qui augmente 
10s plaifirS) & qui dioiinue nos plus fenfi- 
blés fScheries. J'avoue que cette forte d'a- 
mis femblables aux mouches, & que le mau- 
vais tems des adverfités ait dilparoitre, toû- 
îouis été la phis commune, mais je nie, que 
leur perte puifle être priiè pour une fi gran- 
de difgrace qu'on ]sl fait, Se je foûtiens mê^ 
me , qu'elle doit être plutôt réputée un gain» 
qu'autrement. Un véritable ami, ou toute 
la Morale eft fauITe, n'eft pas (i aifé à effarou- 
cher, & celui que la pauvreté écarte fi aifi> 
ment, ne mérita jamais un fi beau nom. 
Nous devons donc plutôt nous imputer de 
nous être mépris, & d'avoir &it un mauvais 
dioix d'amis s'ils en ufent de la fiiçon, que 
d'accufer la Pauvreté de difToudre des amitiés 
qu'elle feroit plutôt capable de cimenter, & 
dont elle fe contente d'être la vraie-pierre de 
touche pour les bien dîftinguer. Ce ne font 
pas des amis, qui s approchent de nous feidor 
ment à caufe, qu'ils nous voient acconmio- 



848 LETTRE CXLIX. 

àésy ce (ont des lâches, des fourbes, &fbQ* 
j^.^ j^^vent des iraportuiK> Qui ad nos ^aemaàmh 
àumadlacumconcurruntj quemquiex-haurntst^ 
if turhant. Il y aiiroit plus dequoi s'étonner 
d'eux, s'ils s'arrètoient d'avantage u^ms 
de nous, lors qu'ils nous Tentent rédtiks au 
fcc. 

Mais qu'ils EifTent, & leurs fembkbles^ 
tant de cas des richefles qu'ils voudront, 
qu'ils nomment l'or un remède cadioliqaeou 
Oci.w propre, à tout, panchrefimn medzcameatumy 
Vtrr. comme fait l'Orateur Romain; je me croi- 
rai toujours plus favorablement traité qu'eux 
de la Fortune, fi je fuis content de œ peu 
. qu elle m'a donner cui cum paupertâU km 
convenit^ dives eji; Et fi JQ conûdére avec 
attention, que je ne puis mourir plus mid, 
que jel'étois en venant au monde. Cara^ 
tout, les biens, qu'ils prifent tant, font qud- 
quefois.plus pénibles encore dans leur pofleT- 
fionj que dans leur, acquifition, maforf tw- 
mento pecunM polfidctur ^ fuamquM-ituri OU 
comme le prononçoit Epicure, multisfiàrafft 
divkias non finis mîferiarum fuit -^ fednuitatk. 
* Ces biens ne peuvent être que la bafe de leur 
ftacue, qui ne devient pas plus grande, quoi- 
qu'elle paroifTe de plus loin par rélevadoo de 
fonpiedeftal. À-t-on vu jamais ^pedbone 



ft 



jyiL Y A UNE PAUVRETE' PRE:r&c 24? 

quoic^u'ep ait dit tantôt Saint AuguAin ) ac* 
[uerir par leur. moien une meilleure trempe 
Teiprit en quelque fiéclè que c'ait été? Var- 
pn alTure le contraire du fien> & de tous. 
:eux, dont il avoit pu prendre quelque coa- 
loliTance, 

Non anifnis demunt curas ac rettigiones ^S' ^' 
Perfarum montes , non afria Jwiti Craffi. . , 
Et je veux vous rapporter une hiAoriette, 
que m'apprit autrefois Fierius ^aos foh Trai* 
té du malheur^ qui fuit ordinairement les 
hommes de lettres^ pour vous prouver, quq 
cesdemiers tems ne font pas dififéreosen o^ 
desprécedens.Lefiçnn'avoitpasdeplosfavanfc - 
hommequ'unEfclavon qu'il nomme, iqMiUi)^^^^ 
pritSintaifiedamaflercinqoensécusd'or> ock 
lui fut un tréfor qu'il voulut coudre lui-mêna«i 
dansfon pourpoint, ne defirant pasqueperîbn*' 
neenpritconnoiflfance. LacraintenéanmoÎQS^ 
que.le contraire arpvât le rendit IQinvferabl^ ' 
qu'il n'ofoit plus fréquenter perfonne. Etfa 
difgracé fut telle, que cette appréhenfion le 
faifflnt aller de ville en ville pour mieux cou- 
vrir ce qu'il defiroit tenir fi fecret, où Te d(6- 
roba enfin, & il en mourut d'epnui Ceft 
ainfi que cette forte de bien efi plus capable 
de pervertir l'efprit, que de le roftifier ou 
rendre meilleur. Tc(àia£fez, qu'il fe trouve 



ifO LET.CXLIX.QinL Y A UNE PAUV. 

beaucoup de gens^ qui confervent mlein: que 
lui 'leurs tréfors; mais tant y a que d'une ùr 
çon ou d'autre Tinquiétude & la diAraéboi, 
que donnent les Finances y embaraflent ordi- 
nairement fi fort/qu'elles congédient prefque 
toûjours'des âmes les mieux (àites toute au 
tre meilleure penlSe. Le mot de Finances, 
dbnt je viens de me fervir, quoiqu'il le dik 
plus des deniers du public, que de ceux des 
particuliers,^ fera caufequè je vous commu* 
niquerai, avant que de finir ma lettre, lapeo- 
^fce d'un homme de ma connoiflânce. Il croie, 
que comme les femmes ne peuvent être bien 
gardées que par des Eunuques, les Finances 
d'uùEtatnefauroientêtrebien&furemeQtma- 
niées que par ceux qui font dans rimpuffince 
d*en profiter. Je vouspourrois dire à forai* 
le coniîme il prétend que cela Ie|pui0e prati- 
quer , mais je ne fuis pas refolu de le confier 
à ce papier. 



--sna^ ^»^ jp-^isi. 

à 



^ ^ X6 »fl 

f 

t DE 

LA CONNOISSANCE DES 
CHOSES DIVINES. 

L E T T R E CL. 



MONSIEUR, 

Si Dieu avoit voulu^ que iioiis fô/fions 
mille chofes, qui cau^t âu)oittd1iui de 
fi violeates conteftetions^ tenés pour alSîti^ 
qu'il nous les auroit révélées. Cependant 
vous obferverés quil eft bien plus aifé fur do 
tdles marieres d'attaquer que de défendre^ 
& de détruire que d'édifier; à caufe que ce 
qui concerne la Religion^ & le culte Divin» 
a prefque toujours je ne fiii quoi<]ui excède 
la oipadté de l'entendement humaia Vou- 
loir comprendre les chofes de cette nature^ 
& en rendre un compte aufli exaâ que Ton 
peut faire des phyfiquesy des morales^ ou 
des madiématiques, c'eft proprement s'opi- 
niaoer à prefiferTeau avec la main pour la 



aç« t ET TR E* CL. 

• 

ttàsax prendre & pour s'en prévaloir. Il 
^ut quelquefois s'écarter du fens Itteral 
des livres qui règlent nôtre créance > pour 
fuivre le inyAîque^ & fouvenc rall^ori' 
qub, ou Paiialûgique, le métaphoiique, 
le moral,, .ou Ijénign^a tique, doive» être 
' appelles au fecours de la lettre. La do- 
cilité & k^f^ûmilHoQ (fer^riC Te démê- 
lent mieux de tout cela, qu'une fbcte pit- 
fomption d'en comprendre mieux le fin que 
perfonne, ce qui fi^t d'ordtMdre Icsplus 
grandes hérefies. Reconnoifibns ingénu- 
ment nôtre foibtelfe, &avoibnsavec]iumi' 
kté, qu'il n'y a que Dieu, qui nous pui& 
fendre favans, commeiln'yaqueliùquiâit 
une pure & véritablç el&oce, accomp4>^ 
4'une fdence parfaite^ Ccft ce que tykxi* 
ption du tœiple de Delphes, c/, eofiâgaok 
même aux Payens; & c'eft être ridio^ de 
préfumer quelque ohofe là deffuS de iès pio- 
fies forces. Tout ce que nous pouvons 
humainement faire, c'eft d'ébaucher dansnô- 
tre ame quelque figure imparfaite de la Divi- 
nité, (ûk par attribution , en lui donnantdes 
quaUtés& des perfections, comme les Pdn- 
très ibnt des couleurs à ce qu'ik veulem re- 
piéiemçr^ foit par abftraâion, en lui dtaot 



DE LA' GONNQISSANÇE &c. Sf | 

I 

3e que nous ne jugeons pas kd convenir^ à la 
âçoa des Sculpteurs, qui retranchent toft» 
ours du itaarbfe fufqu'à ce qu'ils y aient trou^ 
/é la Aatuê qu'ils fe font imaginée- Mail PUmn^' 
lelas s que nos fimtaifiesfont d'elles mèmesex^ 
xavagantes quand elles fe rendent métaphyii» 
)ues? Jelifoisilyapeu, queceuxdertsle 
le .Saint Laurens reconnoi^nt un Dieu au- 
teur de toute forte de biens, étaEliflent àFop^ 
pofite un Diable, qu'ils croient le pritici^ 
pe du mal , & lequd ils craignent beaucoup 
plus^ qu'ils n'aiment le ptemien Cela eft 
caulc que dans la diAribution de ce qu'ils lui 
facrifient, & en toute autre occafion, ils 
font toujours palTer le Diable devant Dicu^ 
n'appréhendant rien de celui-ci, & ne lon- 
geant qu'à fiater ou appaifer lîautre. Les 
Perles dans la Relation d'Ole^us font les 
Diables fi corporels, qu'ils affurent, que leur 
grand Aly en tailla un en pièces. La Théo- 
logie , qu'ils fuivent, leur apprend encore; 
que comme les Anges peuvent pécher, les 
Diables fe converdflent auffi quelquefois/ 
témoin celui, qui fe fit de la réligicki dd 
Mahconet. Or ce n'efV pas feulement dans 
celle de cet ImpofleUr qu'on remarque de 
fenaUables extravagances, le livre de Théo« 



ST4 L E T T R B CL. 

éotet hâsreticarmn fahdârftm fiit bioi vOtf, 
qu'il s'en rencontre par tout, & que k Sao- 
çhiaire jnème ti'en eft pas toujours exemt 
Mais comme les diofes (bnt mêlées, oj 
ttant tien de fi pur au monde, ou de (i ék» 
gfié de toute mixtion j qu'on n'y puiffe reooo- 
Doitre quelque étincelle de bonté parmi b 
pkis grande nialice; rAlcoran même vous 
expliquera à fa fiiçon, & avec iès manierts 
de parler figurées, comme le font toutes les 
langues Oriehtales, Tinexprim^le ctendoc, 
& Timpénettable profondeur de la Divinité. 
Vous y lires, que (i tous les arbres, quifivt 
fur la terre étoient autant de plumes, & que 
la Mer ne fut que de l'ancre, propre &dàfth 
n^e à écrire les feules merveilles de Dieu, 
ces choies n'y fuffiroientpas, & elles fetrou- 
veroient confumées avant que de finir une û 
grande entrepriie. 

Quoiqu'il en (bit. Dieu dans fii toute* 
puiffanée, & dans fes autres incomprebeofh 
pies attributs, eft un Soleil fi lumineux, 
qu'il ne peut être envifagé ni bien reconnu 
par des yeux irabedlles comme les nôtresi 
que l'excès de cette lumière avei^le plutôt 
qu'elle n'éblouit. N'eft-ce point encore que 
comme les corps ûmples^ tels que nouscoa* 



DE LA ÇOJNNOISÇ^ANÇE &c «ff 

£vonsleCiel, &le feu Elementafare, nous 
ont iavifibles à oaufe de leur tcop grande te* 
mité ou (implicite; Dieu qui eft la pureté ^ 
a fimplicité même, devient comme telîm* 
)erceptible à nôtre Entendement. Ou, ne 
lous arriveKoit- il point là deffus ce que nous 
prouvons, lors qu'on approche jul^ues fur 
los yeux des objets, que cette trop grande 
proximité empêche de reconnoitre; C^^r 
Dieu fe trouvant intimement par tout, fcloa 
bn immenftté & fon infinité, dont il remplit 
toutes cbofes, devient peutêtre moins per- 
ceptible à nos âmes, pour leur être trop pré* 
fent; outre qu'elles ne conçoivent rien im- 
médiatement & (ans l'intervention des fens, 
mAU eft in intelleÛu quodnonfuerit prhis infen- 
fu^ ce qui forme un autre obfjbuJe à nôtre 
connoi(&ncc. N'attendons rien parconlè- 
quent fur ce fujet que de la pure grâce du 
Ciel, qui ne fe communique guères qu'à 
ceux, qui s'humilient devant lui; &qui aban- 
donne au contraire tous les prélbmtueux. 
En effet comme nous éprouvons, qu'à me- 
fure qu'un tonneau fe vuide, le vent fuccede ' 
en la place du vin> ou des autres liqueur^ 
qui le rempliifoient ; à proportion auiB de ce 
que nousperdoDS des grâces d'ephaut, .& au 



i^S ^ tt TT R E CL. 

jdèkAeinilantj qu^eflessMcouleat^ kvamté 
jp^nd leur plate dans nos efpritS) *&eacbar- 
Jfe toutes les boimes habitudes. 

Vous vous étonnerés faqs doute , que je 
feETetant IcFrèdic^teury &, qui pluseft^ que 
]p fU'adrelTe à vous pour débiter mon Ser- 
mon. Mais vous m'en avés donné fiijct, « 
In'envoiant les écrits plains d'animoficé, que 
vous avés voulu que je parcourufie, & en me 
parlant de cette louable inclination à la pieté; 
dont vÔn-e chera compagne eft fi fort tou- 
chée. En vérité > c'dl avec beaucoup de 
raifon, que TEglife nomme fon fexc, lefc^ 
xe dévot, & qu'elle prie fi prédrémenti &fi 
diftin(ftement /^o devotofemneo/exu. Cette 
penfée jointfe à la connoiffance, que j'si de 
vos vertus , & fur tout de vôtre équitable ju- 
ftice, font que je dirois volontiers de vous 
deux, fi vôtre -grande modeftie le pou voit 
fouffrir, ce qu'Ovide a prononcé de Deuci- 
lion&dePyrrha, j 

Nec iiiù mélior quifquam^ née ffmaatiorafn 
yirfiiit^ mailla rêver eftHor «JKtf DecrWi 
tie rapport en eft d'autant plus jufle, qt 
vous travaillés fi heureufehient enfèmble à 
téparation du genre humain. Tant y a q^ 
|e ne me prome^ts point d'autre fuccés de mi 

. prédica 



DE LA CONNOISSANCE &c tfy 

I 

prédicatioo , que celui qu'elle recevra de vô- ^ 
tre djfpofition à Teotendre fiivocablement Je 
le dis ainfi à caufe de ce que j'ai lu dans le 
GuliA<)n, que les Perfes cftiment fi fort. Il 
veut, quelesUeux, ou fe font tant déDecIa^ 
mations pour porter à h pieté , (biént en- ce^ 
la fembhbles aux marchés publics! que 6t 
Voa va (ans argent à ceux-ci, fott n'i^ nrp-' 
porte tien; & fi l'on a(&fle aux meilleuFS 
Sermons du monde fans la Foi, Tûn n'en re- 
tire îamais aucun profit; Cependant vous ûk 
vés le mot de cet ancien , qu'une Etuve, Se 
une Prédication font tout à fait inutiles, f\ el- 
les ne nettoient Aurefte, ce qui efi arrivé ^n^Toii 
dans le Cloitrè, dont vous me parlés, n'eft^»' '''«• 
pas fort extraordinaire. De femblables dif-^*^***' 
cordes y font comme des tempêtes qui fur- 
viennent dans le port, oft dès vdté^ux fe 
choquent & fe brifent, après avdr évité les 
plus furieux orages de la haute mer. £t pour 
condufion , fi vous m'avés trouvé uo peu plus 
diffus, que)e n'ai ^accoutume de l'être fiir 
de femblables matières, fouvenés - vous 
qu'elles demandent quelquefois de nous 
quelque chofe au delà d'un reipeâueux 
filence, Se que Diçu, qui s'eft contenté 
de la dixième partie de nos biens, veut, 
que nous lui donnions la feptiéme de nôtre « 

TêmVIlPmll R 



IfS LETT.CL. DELACONNOISSANCE&c 

tems/ J'ai lu néanmoins dans k céladon de 
Mandeslp) queleshabîtansdeTlsleFonno- 
ie, fNTOcbè de la Chine, n'avoient ni Fêtes, 
ni jour de (abat ou de repos. Si les Holan- 
doi^/ qiii la tiennent pfè&ncemeot y ont ap- 
portf^^du/i changement en beaucoup d'eo- 
4nks^ ^.n'& pas été encore aux Oiotitagnes, 
qu'ils^ 9'Qqt pu )ufquici fubjuguer, &oules 
(eimnes. feules fe mêlent de ce qui coBoeme 
le cuke divin, pouvant être d'autant mîetix 
TOOiméesPrêtreHOfes, que ce font les plus I- 
g^d'^tre elles, qui vaquent à cdbu 

F I N^ 




TABLE 

DES 

MATIERES 

CONTENUES 

DANS LES SEÇT TOMES 

DES OEUVRES 

DE 

Monsieur de la Mqthe ts Vayeb^. 



Ri) 



Li primer Nombre marque les Toêhs , li 
fecmdla Partie du Tome & le troifièwea cotte k 
page. Les Noms propres Jbnt en lettres Or 
fit aies ^ îst les autres en Italifues^ 



> 



^i»mmmm, 



jm$»mî»»m 






^!iik4ti3ifi^^ 



^■9 tlfF^Ht énV W> f 



TABLE 

MAtlERES CONTENUES 

DANS LES SEPT TOMES DES OEUVRES 



DK 



MONSIEUR , DE LA MOTHE^ LE VAYER. 



^j4'^BAKlS courut toute k 
^A'JP fcrre fans manger IV. 
^^^"^ n, 8. n prcdifoit les 

trembleniens de terre, VI. IL 

214. 

ABDERrrES, V. U, 135. 138. 
139- 

ABEILLES, I. ri, 302' U. 1. 77. 
111.IILI.103. 
£n très grande quantité dans 
la Moicovie, IV. II. $. 
l'Irlande ne lespeutfoufirir, L 
112. 

Elles font niâles & femelles. 
ib. 112. 

Celles de Tlnde font (ans ai- 
guillon , noires & petites ; 
kur miel & leur cire noirs, 
Umême, 

Elles ne font tK)int de profit. 



ft elles font dérobées, VI. L 
sal- 
les gens de guerre s^en font 
fouvent fervts en leurs rufes 
& (hraragemes, ib, 329.^ 
Elles ne peuvent iouffrîr les 
parfums que nous eilimoni 
les plus agréables, VL IL 
39^. 393. 
Abolitiim des crimes, 1. 1. 52» V 
fuivàiaes^ 

Akhrmatturf dliiftoires, IV. IL 

i€i,& fuiv* 

ABRICOTS de certaine qualité 
irrénûfliblement mortels. VIL 
II. 16. 

AiftintHce, VI. 1. 429. 

Abftinetice admirable des fy 
rfaagoriciens, tant à boire & au 
manger, qu*au parler, enb 
M. iij 



^^ 



TABLE 



^ojt A en It trifteflè. V. L 
344. ietfwioÊMm. 

4UfirûéHtns fpirintellcs, VIL I^ 

349. d'/noaxter. 

ABVLA montagne» I. IL 57. 

ABYSSINS, h n. 143. 

' Os massent le vsnrctû, n.n. 

474* 

N'ont aucunes loix par écrit 
le contenrans de la naturelle 
en tout^ leurs difficultés. VL 
i- 146, 
ifkoàmtU Fram;otre & (on glo^ 
rieuxctabliileluent, II. I. 258. 

yiCALfEMlClENS, on but A' 

cadeuiique, ooy£r Platon. 

De leurs erreurs contre l foi 

& la religion, lU. L 30& 

i4CH£Z.0i;^ aeifve, L a 71- 

ilCf&N Royaume , L IL 134. 

ACONIT, figure d'une dange* 
reuiê beauté. Vil. L 266. 

^IPOPHADES peuple. H, 
U. 475. 

iMîM(« ILD. 157. /rf«. 

U y a beaucoup de chofesqui 
en agifiânt ne font nen fouf- 
frir aux autres, fans s'en re(^ 
fentir elles mêmes, V. I. 296. 

' del'Aaiondel'Orateur&de 
, ion gefte» I. IL 229. ^fnw. 

Frécences & règles touchant 
Icg;cfte, ihid, 

' Des belles adions aufipielles 
nous devons nous porter, VL 
n. 27g. 279. ^Jmo. 

FAdîon doit précède^ k re- 
pos, IV. I. 250-/1^ 

Ce que c^eft qu^Aâion« HI, 
IL a^. 

^Iffim qiorale qu*eft-ceLILa4it 




Cbftditrtuts ncccffidics a UKf^ 
âîon pour étrèWxalc; A. 2|2i 
APAM, révene desS^ins sc-Ji 
diant Qm matii^ arecEvi^ 
Vn.L 394. 

Adée nMaume, L IL 151. 

ADEhf, ^dUe de TAnbie I& 
reuTe, LU. 123, 

ADONIA ficcecrifté & moRSh 
re parmi les Athéniens, V. 
U. 204. 

AdPtjp! mcTveittciife de un» 
cher des poix chiches, en Is 
iettant de loin fia* la poirve 
d'uile aig;uiUf. LL253. 

ADRIEN £mperrar fe 1 
à peindre dès anoviries, i 
L243. 

ptoit grand 
*. 269. 

Il a été le plus oorien à k 
plus maBieurevsc de tns 1» 
hommes, VL 1. 154. 

Quoique ft vanr 3 poéemcc 
les favans dt btfaèa hnsacs, 
VILL 147, 

Kiryér Hadrien. 

4DItJKNL du noaiFne, étk- 
couru & aâUH parlesFris- 
çois çoncxe les I^adwds, ]\' 
n.392. 

ADMENVl Fape, IV. IL léc 
n traitoit mal les pins ber:\ 
e^ts de fon tcms, VILL 149 

Prtferoit la methidbe i toircj 
^urre viande» & tu meificul 
poiflbn, ikU, 

^Uverfiti, IL IL 371, 

La lêule apprclienfion des is-l 
fismmes. & déplaffîrs auiei 
paHbb' d'étranges acddecs-l 

** 37Î- 



DES MATIERES. 



afij 



Il y a des hommes plus fujets 
aux adverficés. quç tes autres. 

Nous ne pouvons pas ^vtret 
les cvenemeni fâcheux de ce 
monde, ihii. 374. WJuiv. 

Confidération avantageufe 
pour nous obliger à foufirir 
patienimeot les afili<^ions qui 
nous arrivent, iind. 379. 

Les adyerficês & le$affli<f^ons 
nous font plus avantageufes, 
que les profperités & bons 
fuccès, ibii. 381.- 

Ceux à qui toutes chofes rient, 
font plus fenftbles aux mau* 
vais évenemens, ibiL 3S3. 

La plôi>an de nos affli£Hons 
n*ont rien en elles-mêmes, 
qui nous dût déplaire , (i nous 
ne les regardions point du 
mam-aîs ooc(, ibiâ. 

Le moyen d'adoucir Tamer- 
nime de mps malheurs & Çovd» 
firances, e*eil de s'accommo- 
der \ ce que nous ne pouvons 
pas éviter, ihiâ. 3 SS- 
II y a du plaiûr, derhonneur 
Â: de la gloire à fou$rir con- 
ftamment les affli<^ons qi^ 
nous arrivent, ibid. \%6. 
Les plus grandes adverfit^s 
ibnt capabfes de nous faire du 
Inen avec le tems, & de nous 
ctrc plus avantageuTes qu'au- 
trement, ibii, 389- , 
I^ Philoibphie nous apprend 
à (urmomer ce que nos jours 
ont de plus difhdle, par de 
certaines gayetés que les raî- 
fonnemcns nous Impriment» 
VL IL laa 

Il vaut mieux avoir un peu 
d'Advarfité que trop de iêl)ci« 



Aàtfotats. Advocat fifcal, qui 
le premier en créa, L L 80. 
VI. 11. 253. ^/«w. 
• Ceux de la Guinée phidenc 
les baufes de leurs parties, le 
vifagecouvertyVL IL 959.254, 

^ Advocats nommis bouchers 
en une Province du Rxsiaiimtt 
4e Maroc* ibii. 254, 

Un Advocat eft eflhné dau- 
tant plus méchant, qu'il eft 
plus eftimédans ûprofelTion^ 
VU. 1.^15, 
A/^e, LU. 117. 

AffkHi«n criminelle & iiifolente 
■ aftion de plufieurs femmes 
payennes femblables àcelle de 
la &mme dePutiphar, VIL L ' 
319W 

AffliOmiT. Elles perfc^onnent 
refprit,lJ.L 263,2^4. VIL L 
ijS-Tequ. 

AFRIQUE, fa defcriptîon, ft 
longueur &falargeur, 1.11.34, 
Ses parties, fa îituation,*& 
fes principales montagnes 6e 
rivières, ibid. 157. ëifido. 
de TEmph^e du Turc en Afri. 
que.liîi. 138. 13?- 
Ses Isles principales, »3ï«i, 1 5J* 
^ fuivantes* 

Pays qui nous y font încon# 
nus, II, a. 7?- «0.-85-^ M- 

AFBÎQVAlf^S & leur fa^on é, 
irangc de trafiquer, IIU. 8^-87^ 

AGATHE de Pynhus d'unpri» 
ineitimable, vl. L 37, 

AGATHIAS hiftoVienGrecétoit 
Payen,ÎV.L i68./^«- 

AGESTLAUS Roi de ^rte , ». 
ll.458./urpris jouant aa mi- 
lieu de petits ^r^ons» LLS44. 
R tiij 



A^4 



TABLE. 



^ACJPOÔES ou ^gîpodes> IV- 
. 11. 7. 
AGLAUS SOPHlDiuS, VI. 1. 

ACîfOlTES hcredqu^ &lcur 
. enreur, Ul. U. 160. \ 

,4sro rejoiur du Mogcl^ LU. 137. 

Loi Agrârie caufe de grands def- 
ordres panni les RooiflinsI IL 
11.147. 

'^p4ghh,. les choTes où nous pre* 
nons ptaifiTy s*executenr ordi- 
'nairemenc aycc fuccés, VI. U. 
140. 

Agriotkure^ IL 105. VI, L 451. 

' desplus confideraUes Monar- 
ques de la Terre ik font a- 
donnés à rAgriçulturet f^i. 

18$. èryîw. 

JîMPcnteur: de Tan de fiimer, 
& d^engraiflèr les terres ibid^ 

Lft preniiere éducation des jeu- 
ne^ Princes feroit meilleure 
un peu à la mode des champs 
pour les rendre robuftes, quç 
dans les delicacenès, ib. i88« 
Hors ccttie première nourritu- 
re, on les doit retirer de cette 
vie champêtre, ibid. 
En'.Çrande recommandation 
parmi les Anciens^ U. L loi. 
Avis néçelîâires pour ceux qui 
veulent acquérir des hentagei, 
VI.L459- 
..Vne Toigneure culture rend 
fenile le plusfterile terroir, i(, 
Femuies qui feules cultivent, 
latené, VI. L 154, 

AGRJOIHAGES peuple Afii- 

càin, III.L178. 
ACl'RLUM,W.n.^7. 



i4iilX impie, VU. 0.95. 

Aides, quand & par qui inao- 
duites, 1.1. 76. 

AIGLE reconnoîflânt finit vt: 
■ fa bienfidmce , Ul. L 40. 
Ses plumes confument ce&$ 
des aqtres oifèaux, VIL 1.2^ 

AIMANT, ÎV. n. 317. 11 
92. 97. VI. L 55. 

Aimant qui a la force d'anirr 
la chair, UL L 947. S4S. 
AIH , de fon excellence, ILL 50. 
Eftimé pefant, V. IL 154- 
Adoré, VI. L 205. 

ADC capitale 'delà Provence» 1 
II.10S. 

i4iX la Chapene Vilk, L E 91* 

ALAir^CHARTIER.lfiit: 

ALBANIE A.VL7^7S.in.tii 

ALBE JVUE^ vîDe aqwakde 
Tranfylvanic , L IL 77. 

Le DUc d'i4L££peu if^ieâaefs 
envers Dieu, le Pipe & I2 Re- 
ligion, tV.L3f 7. Mi- 

ALBERT DURER, excdknt 
Peintre principalemeoi pour 
le naturel , VL L 94. 

-FUSION Isle, LIL43. 

NouveUeiU^iOM d. 4t. 

ALCIBIADE d'une homeiir ac- 
commodante (éon les conpa- 
riies oâ il fe'fencancrott,U 
66. 

ALCIDAMUS exccOent coo- 
reur, L L 335. 236. 

w4L£C7t>IR£ pierre, VLL 24. 

ALECTOR^ IL L 92. 

AI£P ronétyinologic^LILii9. 

Sa (Icuation au réglant de Mar* 

feille,. VL IL 357, 



DES MATIERES. 



265 



ALEXASDREV. du nom Pa- 
pe, U. 11. 370. 

ALEXA^JDHEU Grand, 111. 1. 
225. 237. VI. 1. 153. 
^me d*une inûgne bonté, 1. 
1.4^. 

Rêcompenfe qu'il fit ^ un hom- 
me qui jcttoit adroitenicntun 
pois chioie en le fichant deloin 
fur la pointe d*une aiguille, 1. 

I «53. 

Son courage & fa valeur i 
fnépriiicr tous le$ dange» lie 
la gucn'e, ausqùcls il s'expo- 
• foit librement avec les intérêts 
de tous ceux de Ton pani. 
IV. L 412. 

Sa mort mit la confufion par- 
mi fes Généraux d*anuêe, & 
caufii enfuite la perte de Tes 
conquêtes, 1^.404. 

Elle ne fut point cauleeparle 
poiTon, V.l 168. 

MeuR de trop boire, H. U. 4^5. 

II s'oiTenfoic lors qu'on refii- 
foit fes prcfens, VI. U. 170. 

/ULEXAtfDRE SEVERE, l l- 

U étoit grand mangeur, IL 
U. 463. 
ALEXAimRlE ville d'Egypte, 
1. 11. 141. 142. 

/U.£X/lNDiaN5V.11.93. 

ALGER Koiaume« L 11. 140. 

AUtgntians & citations de paifa* 
|re$ & autorités en langue 
étrangère, rejcttcçs par les 
uns, admifes & approuvées 
par d'autres. 11. 1. 274, 275. 

Allégorie y 1.11.211. 

AUehija chanté aux enterremens 
des Fidèles en la primitive & 
glife, IL U. 33s. t 



ilU£ill4GN^metitoéedeper- 

dre entièrement fa liberté uer* 
manique par les invafions d^s 
Erpâgnols, IV. IL 374» J^^-' 
Sa deicdption, LIL 84. ^fiiio* 

Elle efk divilee en dix cercles 
& a trois corps, quirefolvenc 
aux dictes toutes les afiaires. 

Ses principaux fleuves, th. 87< 

Divisée en haute & baife, 
ibid, 88. • 

De la haute Allemagne, t^i« 
89. ^ fuivantes, 

La baflè Allemagne & fes de* 
pendances, ibid. 91 . è^ ftàv. 

Alliance. Des Traites & Alliance 
des Eipagnols avec les M& 
creans & les Infidèles IV. LU 

. I 349- ^ pavantes, viyez £fpa« 
gnols. 

De TAlIiance des Froncis «• 
vec le grand Seigneur, & «• 
vec les Suédois & les Holan* 
dois^ voiea François. 

De rAUiancedesCathoIiqoet 
' «vec les Heieti^es, IV. !(• 
3^ 

. Un IVinee Cadioliqne peut 
fans offenfer Dieu contraâer ^ 
Alliance avec les Hérétiques 
& les ^Infidèles, ibid. 41a V 
fuivanttSn 

Les Papes mfatcs ont eu re« 
cours à l'afTiifamce des Infide« 
, les, 1^2.412. 

* Tous les BmpefcursCïirétîens 
& les Républiques Chrétien- 

• nés ont des Alliances avec des 
Nadons Baibtres &Mécrtftii« 
tes, ibid^ 

^ Charles-Quint s'eft skié dcS 
R iii] 



a86 



^ TABLB. 



f 



' InSdelcs contre les Fidèks» 
ibid. 11^, 

Les E&agnols font «Ui&dans 
toute r.tôique & toute TAAe 
«vec des Sois Mahonietans & 
Idolâtres dont quelques-uns 
n adorent quç le I>is|bi^« i- 
M, 114- 

Celle du Roi avec le Tùre cft 
gvantageufe pour U Religion 
Chrétienne, & n'a autrrbut 
que le bien de la Chrétienté 
& la confervation des lieux 
; faints, 115. 

Rois CadioHques qui tt fài- 
ibient la guerre les uns aux 
aurres, à Taide des Mores & 
Mahometans, ibid. 417. , 

^O^TTTÏ, VI. 1. aie, 
Ailafionr^ 1.11. 211, 
Elles ne fbnt pas toutes ï re- 
ietter dans une Oraifon» IL 
: t ^$o. 

Toute Allufion de paroles 
'- n*eftpas vicieufe dans un dii^ 

cours Terieux» Vil. L 277. 
JILPHBVS aeuve, L U. 71. 
^j4LFHON5E d'Atrajon", V1.L 
107. 

• Son cftime pour les belles let- 
^ très» U. L 363. 
/ttPHONSE, Roi de Caftille, 

fumommé Mainpcrcdc, L 1. 
•53- 
ALPHONSE X. Roi de Caftil- 

• le. Prince très favant & très 
^ malheureux dipolullé de fon 

Hcat par (on ptopm fi]s» L U. 
334- 

Trop attaché à )(i connoiflànT 
. ce de rAfbronomie, L L i8i* 

.^LSACE divisée' en haute & 

• Wre,L«,89. ^^ 



ALTAymonapvt^ LU iit 

ALyARO DE LUr^A Fiv 
deleanlLRoideCaâilkU 
3*7. 

AHARA maotÊfpc, L IL 15^ 

AAiASiS Roi d'Egme fedc^ 
foit quelquefois & fakkn p- 
bliquement If Son, ibU. ^ 



Voleur avant que d'eue I:» 
DIL 13g. 139. VL L317.SÎ5 

AMAZ014ES, V.IL92, 

AMBERG capitale du Hsa F< 
latinar, L U. 90. 

VAmUthmy IV. IL »$. 

n y a une AmbitioD Inore: 

6c jufte dedr dlioiinenr, çx 

le Chriftianifine ne b&lefs 

non plus que le Gfimfife» 

V. L 68- 

Elle eft appettce ntt|nBiBt^ 

rc, n. U. 178. 

Ambition blâmabie, açcOr- 

gueil. 

AMBRE nune & ftotoduâdcc. 

,.1LL87. . 

Au (brtir de fa nerfsnabt 
gris jette une méchamtodctf, 
VU. 11. 16. 

AMBRVN, VL IL 385* 
Ame, V.L209. 

Combien il eft difficile d'à 
oonnoitre la nature, fi elk et 
immortelle ou moncQe, I&> 
). 391 . W fmooMtef, . 

Trois iôrtes d*Ames» hyc^ 
cante, la fenfible & k raiiœ- 
nable, IL L 96. 

D^ Ames & de leur dépen- 
dante de nosGOip^lLlLi^^ 



DES MATIERES. 



^ 



Des fiiculils deJ*Ame: de 
quelle fa^on par leur nioien 
] efprit procède en fes diver- 
fes opeiacion^ ^ V. IL 131. 

ILcvcries bizarres de quelques 
grands perfonnages touchant 
nos A^es, lll. l£ 189. i83- 
Diverlès définitions de TAûie 

AMERIjW]^, nommée autre- 
ment Je nouveau Monde» I. 
11- 3f. 
De (on nofii<f Amérique, Und, 

Nommée encore Inde Occi« 
dentale, lèmimi. 

Confiderée connue une Isle, 

ièûl.37. 

De TAmeriqueSeptentriona- 

le, Sç Tes principales parties, 

ibid, 158* ^fmantts. 

De rAmerique Auf^rale ou 
Méridionale, & de iêsprinu- 

f aies parties, th. i&f. % ftùv. 
ays qui nous y font incon- 
nus, n. 11. 86. 87. 

/IMEBICAWS, de leurs mceurs 
6^ ftcons de fàirt & devivre» 
V.U. i44-^/w- 

êmis douteux & înconftans, 
V.L24a. 

L'Ami inutile fèmblable à uf^ 
ennemi incapable de nous nui<! 
re, ILU. h6. 

Un Ami prcferé â une femme 
& â des enfàns, là même. 

Amis de Cour comparés 4 
cenains fleuves, ibià. 140. 

I/s Amb qui nous abandon* 
fient dans nôtre pauvret^ ne 
font pas vrais amis, Vfl, U. 
«47.248. 



. /iMfBNS oapitaledelaPicardif, 

1. il. 100. 

Amitié en grande recommanda* 
Ûoxï parmi les Pvthagoiicien». 
Préceptes de rythagore fur 
ce fujet, V. 1. 241. ^fiâp. 

Bel éloge de l'Amitié, IL 11, 
15a. 153. 

L*Amitié paflè4ianenté, VH. 

1. 347- 

L*Amidé eft la feule choft 

2ui foit généralement aimée 
e tous les hommes, mime 
des plus déterminés, IL 11. 1 52. ' 

L*Aniitié eftiiiiée neoei&irQ 
comme le Soleil, ibid: 129. 

Il n*y en a point de véritable 
, & parfaite parmi nous, iM 

Diverfès définitions derAim* 
tié, ihid. 130, 

Conditions requifes dans tm« 
^i^iitié parfaite, ibid, 1^0. fi^ 

Différence entre rAïqltié 6c 
Tamour, ibid, i^ufipt^ 

Il y en a qui n*ont de TAm»- 

tié que pour leurs eraicmif 

V. IL 153. 

|l imponc grandement de ne 

fe pas engager dans une affe* 

aion mal à propos. VI, IL 

l8o.l^yirtoaittf/. 

Amitié fhitemelle. Exemples 
. ailèz finguliers, ibid. 165. 

Sans elle il n*y a point de 
douceiu: coniiaerable danf U ' 
vie, 111. IL 191, fi^H. - 

AMMIESMARCELUS HiftcN 
rien Latin, IV. 11.269, 

AmvKT, L IL 248. / 

L'Amour 4onne h loi A tpik 



2fi8 



TABLE 



tes les iiifns ptlfîons, iM 

349- 

Pardonnable aux jetnies gens» 

ridicule aux vieillards, tâmË' 

les Stoipiens n'amioient que 
les perfonnes laides, ihid» £4S* 

l*Aine d'un Amant cft plus 

dans ce quelle aime, que 

dans ce qu*ette anime, làmê' 

me. 

l*Amour préférable ^ l*humi- 

lité,U.lLi95' 

£(t diiierent de Taniitié,.!^. 

131. 

L'attache de TAmour pareil à 

celui du lierre, ibid, 135. 

Pourquoi repréfenfiênuc^ <^ 

115. 

De l'Amour des vieillards. Re- 

ponfe aux reproches de TA*» 

niour ridicule» dont la Co- 

• medie prend plaifîr de lesdi^ 

• iàmer, t^ùf. 2g6. 390. 
Tous les reflcntimcns aniou* 

. rtux des vieilles gens ne font 

; pas ridicules iktd. 2$i. fiqn, 

JL'Amour a un poiivoirdeTpo» 

tique dans le inonde, IV. 1. 

.' n a fait finre de gnndes fiiu> 
tes aux hommes les plus (âges, 

. ibUU 
Hemedcs d'Amour, î^mI. 135, 

• D'où il procède , HL n, 199, 

- L'inclination de toutes çhofcs 

tend au bien particulier, plus 
^ qu'au gênerai, ihid, 200. 
Antwr propre, il n'eft pas tou. 

jours condatmable, Y. 1.67* 

JlL U. 197. 

VKaioMst de Ibi même rem» 



ff 



port^ tti aéras de raQntK> 
Chacun a phis d*afreâxc 
pour ùt perranne que p<Ki 
tout autre , IL IL 143. 

DeTAniour propic de (fc^ 
ques-uii$jaloiiK delctnsfaso/ 
lies, pour dbitiRks qu'd^s 
foient, 337. a2«, 

n fait affe £Ko finet ï àasr 
^qu â (es prapRS de£ui 
L381. 

Il n'eft blâmabk qn'ainciko 
iès qui r«garde« k corps^ & î^ 
eft lotiabie en ce qui amcem 
refprit» UL IL 300. 
itewfir de la Pacrie.IV.lL ffi 
Bkmable en cm Eoinr. 
quand il paroir avec trop £> 
pafOpn dans les cennts,^ 
309. 

Cette affeaion éaeod^ 
de la coûtuoie qu'elle fl'dtcf 
turelle, VLIL33S. 

n n'y a gu^res <pt te kw»- 
mes vulgaires qor fiiiax toQ> 
chês de cette tcndrcft, îHi. 
334. oa^oCK Patcic. 

Am»mr & plafir vcnoiciv l^ 

. l.34«. 

Cette palfion maumedk c£ 
préjudiciable , honeniiê à r- 
excuiàUe aux vieâlaidSk ^ 
347. ^ftàvmmbtr. 
Il n'y a rien^ui nooscooè?- 
fe plutôt au dernier torase c. 
nôtre vie, cH<f. 34g. 

Moiens Se remèdes pcns'x 
garantir des folies d'Axnûu 

L'Amour de lui -mime nc^ 
)int vicieux ni blâmable, V. 
I ^^•fiovétwtit» 

L*Aiuour fini qu*aa maii £k 



rî 



DES MATIERES* 



269 



paroitre pour fà femme, k 
nier dans le libertinage & la 
coquetèrie, VI. 11. 319. 320. 
Les afiedions déréglées qui VI- 
iènt plus â la corruption au*â 
la génération^ romolamables, 
ihU. 321. < 

L'Amour eft le {^us inventif 
de tous .les Ekieui^, ikid. 367. 

11 fait toutes' nos bonnes ou 

nos mauvaiiês delHnées, ibid. 

369. 

£ft toujours accompagné de 

quelque amertume , là même. 

Il y a de la fortune & dû ha* 
zard 4^ns TAniour, ib, 370. 

Pourquoi la Ihtuc de la For* 
cune auprès de celle de Cupi* 
don, ittd. 

Du pkifîr que Thomme & la 
femme reçoivent ôs^s VA" 
mour> Uni, 37a* 

Pourquoi les Philosophes Cy« 
renaîques delèndoient qu'on 
fît TAmour i la lumière, Und. 
Itemedes pour euerir du mal 
d'Amour> Vil. T. ^^^^^fitfm. 

AmpbUfier, qucft*cc, U.l 97. 
9«- 

n s*en trouve dans tous les 
ordres de la Natui«» ikid. 

Amphibies entre les animaux 
d'clemens dilferens, ià même, 

AMSTEkDAM capitale de lA 
HoUande, 1. U. 9a. 

AAltANTHE pierre, L IL 7a* 

Anagrêwme fatal , V. II. 320, 

ASAXAGOREi U. 11. 57. 241. 

AN/IXiMAhfDRE, difciple d« 
Thaïes, 1. 11. 4. 

i1N./4XZM£N£ Précepteur d'A- 
lexandre: adreflè pour éluder 



le ferment de cfc Prince, de 
ne lui rien accorder de ce - 
qu'il lui demanderoit, IIL L 

AhfCOSE, l n. é6. 

ÀbiDESàa Pérou, U. L ja. 

AArimple , L IL' 69. 73 . 

ANDROClDE Peintre cxceU 
lenr, Vl. II. 140. 

ASDRINOFI£dt Procope,lV. 
U. 148* ^finoanM. 166. 167^ 

ANG£S, Pourquoi Lucifer & 
ceuxtde fon\ parti fe revoici* 
rent, 01. L 191. 192/ 

. AT>IGE POLITIES, impie, pré. 
ferant les Odes de PinoEirt 
auxPfeaumes de David, Vit 
L 149. 
AtfGLETTEnRE, en particulier, 
Roiaume, ùl defcription, U 
11.45.4^. 

ANGLOJSt fondement, de leur 
prétendue* & injuile domina* 
t^on fur les Ecoffois, VlLU 
23. 

AlfCOLA royaume, L n. 147. 

AIGUILLES qui porroientdea 
pendans d'oreiUes, Vi. L 37. 

^hn:^NRoiaume de fAmerique 
feptentrtonale, L IL 1^3. 

Ammanx rerreftres. Les plm 
confiderables d'entr'eux, U. L 
"9- 

Animal fait comme un Loutf 
quieft terreftre la moitié de fa 
vie, puis devierif aquatique £1 
poiubn> <Mi.98. 

Animal qui a le pied gauche 
fiiit comme celm d'une cano 
d'eau, &le dtvit comme ceM 
d*uii oifeau de proie. Unà, 



^7© 



TAÔLB 



Quel c<l le ^lâs fpîritûel 

de tous ks Amniaux^ VI. 1. 

511. 

Qui font les plus ihq^dû^ 

ibtd, 512. 

Lftplué gi-os de tous lés Anl* 
msiUXflàwémi. 

JU plus b^u 6^ le plus Itid 
des Anîmflux, iM. 514. 

Le plus tardiC iHd. ^ 
&i ftoipire que nous préten- 
dons avoir fur le refte>des A- 
. himaux, eft de droit natttfel, 
ou û c*e(l une ufurpàtion ry- 
imnique de. nôtre ptrt> ihul, 
$00. Jiqm. 

i>ieu a toujours têmoijmS 
<|u*il coniideroit jufquaù 
moindre des Animaux, lut 
qui s*êtend fa providence^ ibii^ 
503/ A¥«- 

Dieu veut que le pouvoir de 
l'homme fur les autres Ani- 
ifiaux foicw^e & niifonnable, 
6ùis qu il n eft pas indetenni- 
tié,ibid. 

Les bétes fauvans & malfai- 
fiintes ne fohc devenue telles 
que par la perfecution des 
nommes, ilna. 506. 

Aux (>aîs de nouvelle décou- 
verte il ne s*eft point trouvé 
•d'Animaux qui ne fuiffent 
privés», ibid»' $of\ 

D'où vient ce prétendu cm- 
pire de l'homme fur le relie 
ces Animaux, ià mf/ne kf 509; 
De l'Atûmal amphibie, Vl« Ut 

110. * 

Animaux qui voient â travers 
les murailles »fte/. 333. 
La nature A^ Animaux n>ff 
pas étalement favorable en 
tous hcuxi VU. l 405. 4oé. 



n y en a que la Katore 1 
crées fans tête, VL L 159. 
Ammofité qui fe Volt encre des 
* Nations voifînes, qui ont toè- 
jouts de nouveni3t dîfTerepj 
^ demâet cnfokibk, IV. t 
32a. 

AtWBE, de nUuihc fimiBe 
des Années, !▼. IL 2^1. 

Amiêe. Du mnd An cfiffisâeti' 
que, VI. L 396. 

Années Lunaires auffi Lia 
que Solaires» VI. IL 307. 

Années commencées par ud 
mois, d^autxies paru&iiaR, 
. ibtd. 

ANNÎBAL. Sa mort prédite psr 

unOrade, VU. L iga 
AïmiCERJENS, V. D. 164 
AUNOBbhr, ILE, LB. 155. 

AKTHIAS, poiflbn» fl. i it6, 
ANTHREDO^f, oifctt ^néot 
du miel, UL Q. 6S, 

Al^TIGENIDE, flûtev.V.U. 

ANTINOUS, Conftel]flMD,lL 
1. 226. 

ASnOCtiE, ville de k Sm 
l.U. iig. 

u4N770CHU5,rttmoiiiiiiéDieo, 

VI. L 167. 

ASnOCHUS CyEÎeemis Bd 
prenoit plaifirà âiiejoderdcf 
Marionnettes, L IL 244. 

ANTIPATER, 11. U. 469. 

Amipatkie '& comratîeté d*hi- 
ifieut^, qui (è trouve entre 
les François &. lesElpagnoIs: 
& de la taiibn & camé géné- 
rale de h concorde oudiicoi^ 



i^ES MATIERES. a^J 

Antipflthîcs de table, D. IL ^kéfié, V.IL 192. - 

1^'* . . . , i4FIH57ïR ou Merops, oifeau 

Antipathies de nxeiirs & dé qui vole iem le (Sel la tête 

façons de fyif de diveriès baiiTée vers It terre, IL L 1 1^ 

Nanons, V.IL 144.^ /wo. VIL L 97. 98. ^^ 

Oe FAntipadiie des plantes, iM>/5des]^ypdens, îMdL6. 

A . V^ . , Fauflè Divinitéfuftbqufcdafif 

Aimiwiue entre les lapon- une fi^maioe par Tes Pt^tes 
nois -& nous autres Fnmçois. après un ceroun lems, IL U. ' 

S^TTPELMŒNS de laCour. Ap^êi du SoleU. vf^ SofcU. ^ 

«TAr.A,LILa.4. ^OJZOX>Oil^Ardmeae.Vl 

«i>oir/, il n'y en a point, h APOLLODORVS^ pcinoe, le 

"* *^- *' • premier qui donna des yeux 

iti^mtéx Romaines de Denis > ^ figures, ou qui du moins 

d'Halicamaflê, IV, IL 62. 63. tyréfentala vivadtédes ycu*, 

STISTHESTE Cynique, V, L ^' ^' '^ 

202. IL U. loK APOLLON, pourquoi porter les 

STISTHENE , fondateur de ?**^ ^**'« ^ fhain droite. & 

h fîimille des Cyniques. L IL . •''^ *^^ ^^ flèches dans 

254- hgauche, VLU.34.JÇ. 

tfifAr^r, L Ui a II. -ffOIXpNI WPhilofophe, L L 

wr-r^rxTi? -1 » r 160. 11. IL 456. UL L II, 

<TOISE de Levé, fa mort; ^«j.^ ^„ J i, ;..,^ „. 
LL317. îiR. 4WS»'fcentil&ingcnieui;IIL 

^TOI^fE Tempefta peintre ^ «1 j >..„.. ^ 

^ONW femme de DrufuâL ^•''*'^' L IL 114. 

VI L 50. 4fipflreiicf extérieure de lliool- 

«wwfl/?r. L IL aie. *"* fort trompeufe auffi bien . 

^ j 4- u • . , . 5H^ ^*» lugemcns que Ton en 

rre de Trophonius, il rcndoît ait, U. IL 9a. 93. 

ncapable« de ris & de ioie «% ^ . » .« ^ 

cuxîyentroient,lILLi;! "^^ ff^^;: >clZ,'rï:Z 

.'l^/W jJUe capitale du Bra- ^,p^^ 

^ ' ^^* volonté ; en quoi différent d« ' 

/l/J^CTZ/mES, peui^esdek Tappcrit fenfîiif, IL L ij^r. 

loride , VI. 1. 1 1 1 . fe^m. 

E£X£^ excellent Peintre, i^/V^ït fcnfuif, ILLiyJ, 
''•^ 94- ito'»»' naturel, VlLi^f. 



à7% 



TABLE 



^FlEN^Hîftoriên Grec De 
fon hiftoire & de l'ordrepar- 
ticulier qu^il y obferve félon 
les Provinces & les Régions 
différentes , IV. H. 99. \^ fnio. 

APPIUSCLODWSvftvk^ VI. 
!1. 136. 

^fypnhinfim feuk mê fur le 
cliaiiip> Ul« 1- 33* 

40 l/ZMR tMe fiuBÎUc Bfytt' 
gnoIe. U.U.64. 

MASE fignifie Larron, L L 
a68. 

Les Arabes adonnés ï h chy- 
nûe, & â fàlfifier la monnoie, 
ibU. 344- > 

De leurs mœurs & de leur fih 
^nsdc faire, V. U. 148. 149- 
Arabes du pon de Calayate, 
VI. U 39- 

ARABIE en gênerai & fcs prin- 
cipales parties,!. 11. 121. 123. 
Arabie deièrte» Unà. 123. 

Arabie heureuiè, ttwflw (^ 

ftihunfta. 

L'Arabie Petrfie, ibU. 123. 

ARATUS Sicyonien General d* 
Armée, ne conniien^oit jamais 
fes exploits de guerre qu'avec 
palpitation de cœur, 111. L 27. 

^IRAXES^ plufieurs fleuves de 
ce no»i, VLU.3S6- 

^k^s qui dégénèrent en vicil- 
iiffant, U.1L277. 
Arbre à qui la pluie eft mor- 
telle , êc que la moindre hu- 
* midité fait dcffedier. Vil. L 9. 
la » 

Arc, Adrefle mervciîleurc âbien 
tirer de FArc, LL 33g. 

^c en Ciel ;U. 1.78. 79» 



ARCADIUS repris dlaiprudr- 
<^, d'avoir d<mnélatutel]:<:? 
fon &ls 8t de l'empire au Ra ^ 
Perfe leur ennemi, IV. IL 1 7:- 

ARCADIEI4S ffên^ mases 

, dela.MUÛqpie, VIL 14. 

ARCESiLAUS, m. L 3S. 

AnbâSsmu^ L IL 317. 

ARCHELAUS Roi, fim ptd 
. éconneaienc poiir «voir v^ . 

neeckipiê deSoteîl,LLi> 
ARCHESTRATUS m pefn 

qu^unc obok, HL L 9t. 
Un ^tUdmdU tM coBircpc 

L n. 33- 
ARÇHDtODE ii^enieor râ 

excellent, L L 176. 177. 

i4KGIIlTii9TftRntBi,nL:if. 

Ankkeffurs. Four otqautzTt- 
garde rexerôce, cdSt on jtz 
fout à fait indigne d^m Sn.- 
verain, I. L 197. 19$- 19^ 

301. 503. 

Dieu fut lui • ncaie rArdûts- 
^ ûe de fancien Tibcniiàe, 
VI. L 465. 

H y avoit fordie «enreîlka- 
fement agnable dans les ce- 
fices qui lui écoieixaxi^c^ 
ib. 466, 

Toutes les Nations ont 'é 
conformes dans feftiine :^ 
beaux Ouvrages ^Aràésth 
re, ih.466.fsfm. 

AREUUS, pdntn, V1.L9*. 

LEOI^ARD AREJTS pb§*- 
re, IV. IL i^ 

ARETIN fiit le premier qâ àr- 
na fes lix voLx ^ ndcre }às. 
que, V.O. iig. 

AROEST, c'eft un vrai in.*^ 
ment d'iniquité» IL U. 2ti 
L^uus» 



D^ MATIERES. 



^n 



L'uffl^ de l'ox & de ratj^ent 
banni parmi phlfieurshfaaons» 
là ntême. 

L'Argent eft rindruiAenc des 
infh-uittencs , ibid, 253. 

ARGILE, n,l 97. 

ARIE^<fS, peuple AUenian, L 
• 1. 105. 

ARIMASPES, des Scydies , Na- 
tion » peuple 3 IV. U. 7. lit 1. 
178. 
AJUSTAGORAS, LU 4^ 
ARISTIDE, moderapon admi- 
rable à fouffrir les offeofes^ IL 

ARISTIDE eft le prediier qui 
s*eft fervi de la Morale en la 
Peinture, il manquoitau Co- 
loris, VI. 1.91. 

ARISTIPPE, 11. U. 57. 

Ariftocratu fujette à de grands 
inconveniens > L. U. 32 2 . ^ 

De la crainte qu'ont les Ari- 
llocraties, d'être éonverties en 
commandement defpori(|Uc& 
Roial, ibid. 325. 

Ce qui rend ordinairement la 
Souveraineté de peu de per- 
sonnes iliufhes en bien & en 
autorité, fî peu tolerable, ibidn 
334- 
ARISTODEME, euccUent Co- 
médien > VL 11. 265. 

Ariftolochie^ remède contre Itf 
mordire des ferpens, 11. 11. 39. 

ARJSTOTE, il ctoit contempo- 
rain de Oemodhene, U. 1. 

Nomm( de Précurfeur de le- 
ius-Chriit au9c chofes naturel* 
les^ m. 1. 403. 

Tme im. P/irt. tl 



Des ftutes qu*il a commifet 

()ans chaque icieace, itùî. 41 1 . 

4ïa- 

De û mort, V. L id«, 17a. 

U étoit curieux dç voiager ôc- 
de connoitre le moode, VI. L 

Il a eu plus de foin d'inftruî- 
^ re^fes difciples à bien difputer 
qu'à bien penfer, & k conren* 
ter de paroles leur adverfàire» 
qn*à le ratisfaii;e & foi-même 

Êar de bonnes raifbihns. Vil. 
: 121. 

Si l'on eft obligé de fuivre 
^ toujours fes fendmensdansl^ 

phiiofophie? V.ll.'228. 
Arithmétique, as Auteurs, & 

premieurs.inventeuts, 1. L 

171. 

Elle eft neceftàire pourrintel* 
ligence de la Phiiofophie de 
Platon, 11. 11. 12. 
Ceft Ja plus pure partie djes 
Maxhemathiques, Se contient: 
, de merveilleux myfteres daht 
toûs^ fes nombres, depuis 
l'unité juf^u'aux plus, éloi- 
gnées partie de ion calcul 

VI. 1.395. * ' 

Arithmétique' 4!e la fe^e d0 
Pythagore, ibid. 398. 
Ceux de Mofcovie fe fervene 
de noyaux de prunes pour fai- 
re leur jet,& tous Ipurscoiu^ 
pies, VU. IL j 14. 
Arles archevâ;hé , 1. U. loa. 
i«W£^CH, Ville, 'LU. 47- » 
Ames y 1. 1. 83. ^ fnhanteu 
La connoiflànce dû bel ufaS^ 
des Armes eft neceflâire 2k ua 
Prince Souverain^, ibid. 9 2 g. 

5 



fl74 



TABLE 



Souverains qui fe 6>nt battus 
en duel, ib. 226. i^fuh- 
Adrefle men-eilleufe dti» le 
cûinbtt 4e feul à feul » 226» 
Peuples armés de filets dans 
. k combat k iàtHêtut, 

* . On a douté s*il éroit permis 
de fe fcivîr de toutes fortes 
d'Amies, VT L 335. K€>er 
Guerre. 

)tlRMENIE la grande , I.U. 1 19. 

jiRMENlE la petite, 1. U. ii«. 

MNAUD de Ville neuve. Me- 
decin & g;rand Chiniiili» L L 
329. 

^RN£ fleuve, 1.11.63* 

AR6l>œ>ELLES ou HlkÙU- 
DELLES Syinbole des amis 
interefsés & incondans» V, 1. 

-Elles mangent en volant, IL IL 
463. 

Arondelles Se autres oifeaux 
de pallâgt, tous morts de 
froid, ViL 186. 

MRAGON Couronne A Ro- 
iamue. Tes defcendans, 1. IL 60^ 

/IRRAS capitale de l'Artois, 1 
H. 92. 

éIRRJEN hiftorien Grec , & de 
,. fes œuvres, IV. IL 88. ^fmv. 

ARSENIUS précepteur d'Arca- 
dius^LLix. 

ÀfaMCNT, bel éloge en fâveuf 
de cet Ouvrage, VU. L 71. 

ilrt & icience. Ces mots fecon* 
fondent ordinairement, L L 
, 162^ 

Des Arts mechaniques, Hid. 

«84- 

■ y a même Mes Arts de fi 



peu de conâderttloa, dt^ 
confident en des fuboLir^ :. 
inutiles , que les 1*hnce> c=: 
fort bonne grâce de ks i§:x- 
rer*: & ne doivent pas (»V 
ment en faire csar, Md. :c. 
C*cft un grand de&ikde jcr 
inconfideremenc k îcib::: 
dans f^pientiflâge oes Atî 
ou des Sciences, uns £&£- 
ner ce qui. â le plus de rc> 

rvct à kur rempenmcflt, Z 
247- 
ARTEMSm Reine dHiBcr- 

naflc, IV. 11. 10. 
ASBESTE lin iacoaixitèk, 

VIL L 161. 
ASIE^ fa defoipdon, &1k< 
. gueur Ôc fâ ki^ur £vi»a 

uiaieure & mincnre, L L ;^ 

34- 

De fes parties» ikiâ. I3f ÎT 

fuhafites. 

Ses prinàpaks . tivieiet à 

montagnes, Aid. loL 

Pays qui nous ySm'ïïKùHr 

nus; IL 11.84. 

De TAfie SepteniiioMle,UL 

80. 

ANE perfecute par hIinoRe& 
par le Serein, IV. B. 319. 
Les Anes ne Deuventfiib6&; 
enSilèfie, IL L 12I. 
U eft la figjure de nacre igno- 
rance, V. a* 20a 

Anes (àuvagtt jalons de kun 
petits mâles, vl. L 195. 
Il eft le plus paoenr, k pbs 
venereux, j^ ie.pfa]s%iînn]ei 
de toiâ ks animaux, \l Z 
306. 

Pourquoi appelle Martin, ù 
207. 



DES MATIERES. 



^S 



ATHOMES, m. 1. 177. 

ASTOLPHERoi ties Lombarde 
ftiant cooquis TExarchar, en 
t(t chafTé parles François, qui 
le donnèrent au S. Sieee, IV. 

u. 391. 

Les Aflret & les Corps fuperieurs 
influent fur les Corps inferi* 
eurs & matériels > L 1. 265. ' 
Inceninide & indetemiina* 
tionMe leur fexe , i^. 29a. 291. 
EiHmés être la caufe desOra* 
des, & de leur ceilktioh. 
V11..L 167. 

Afirologie judiciaire, c*eft une 
fcience condann^ & indigne 
de refprit d'un Souverain^ L 
Laî4. 

De la Tyntiriie qu'elle exerça 
^ fur refprit de ceux qm n*ap 
prehenaent que l'avenir, 2$$. 
L'AftroIôgie judiciaire eft 
mieux reçue partout le mon- 
de, que les plus foIidesTcien* 
ces que nous aions^r^ii. 257. 

L*Inde Occidentale n'a pas été 
- trouvée exemte de cette (br* 
te de fuperitition» ibid. 359. 
De Ton utilité & de (bnexcel* 
lence , ikid. a 59. & fitivantes. 
Divers exemples du fuccés do 
Tes prédidtionSf ibid, 266. ^ 

Reponfe à ce que l'on rappor- 
te de la fauflèté -de quuques 
prédii^ons, ibid. 371. 272. 
Ce que c*eft qu Aftrologie ju* 
diciaire difTercnte de 1 Afho- 
liomie, ibià. 272. 

£n quoi elle eftrecommanda- 
dable, & en quoi condanna* 
ble, ibià» 273* 
ies plus'grands hoAimes de 



l'Antiquité nVn ont jamais 
^rié, là menu ^ 2y^. 

Condannée âbfolument pajf i 
l*£crimre ikinte, par les Pè* 
res,' par les Canons deTEo^li^ 
fe, & par tous Us Gonciiesj ' 
. ibid. 270. 

La plus parfaite fcience de^ 
Cieux qu'on fe puifle imagi* 
ner , ,n\i\ pas capable de pré* - 
voie la moindre des adiona 
qui dépendent de' n^tre vo« 
lonté, ibid. 27^, 

Réfutation de ce que nou^ 
rapporte Plotin du Livre du 
Ciel > fU^. 383. 

De la Prëditâion faire au l^aptt 
Marcel .avant font Pontificafâ 
ibid.^^S. 

tkravisqueleLantgravedtt ^ 
Hcffe donna au. Roi Henri 111. 
de fe donner de garde dWtt 
céte raze, ibid,2$6, 287, 
De la prédiSHon de la mort d« 
lean Pic de la Mirande» éid* 
â88. » . 

, L'Aftrolo^ judiciaire comba* 
tuè" par divers raifonnemèns. 
fondés fur la contrariété qui 
fe trouve dans ,les pni^cipos - 
des Aflrologues , 8c fur la difi 
ference de leur calcul» ibid» 
389- 

Diffemblance 6c diverfite d9 
leur figures « ibid. 290. 
Le lèxe des Afhes n*a pu en« ' 
core être déterminé là mivié 
^ 391. 

De l'incertitude de leurs; 
moiens de Corre<ftion> parles*, 
quels ils résilient & ajuiïenc 
les Nativités» ibid^ 39a* 

ppipuis la création du monde^ 
UsAdrologues nontpii fy^% 
« ij 



'Sj6 



TABLE 



deux expériences feiublables, 
ibid. 394. 

Les )ii{^mens de la ludiciaire 
ne peuvent fubûiler, parce 
que les hypotefes du Cid qui 
les founennent ne font pas vé- 
ritables» ibid, 295. 
Elle eft peu utileà Tes Profèi^ 
iêurs, VLK40Q. 
De fes vanités & de fes im- 
pofturcs, VILIL209. 

Plaifantc rencontre d'un Mé- 
decin de Ferrare à ce propos, 
ibid, aïo. - 

Afirohgue trompeur, VIL L 
188. 
J^fironomUy Ton excellencey'l. 1. 

De Tctude que Ton en doit 
fSre, Vll.U.a30. 
ATMt^ALFA Roi, ne cra- 
choit jamais que dans ianiain 
d'une Daine, VI1.1. 329. 330. 

Jttaraxit^ V. 1. 388. 

ATHENES yîlle très grande, & 
fort célèbre, 1. U. 7a VkH. 3 78. 
Par Ijui détruite, VII. t. 20- . 

Elle n'eft aujourd'hui auc foli- 
tude & Barbarie, VH. IL 21 5. 

. ATHENIENS , V. U. 93, 

Etoient religieux obfcrvateurs 
• de leur foi, VL k 153. 218. 

Curieux de nouveautés, l'M* 
^ 394- 

Blâmés de demander ince/làm- 
ment^ VU. L 240. 

ATHLETE & Lutteurs > U. IL 

498- 
ATHLANTES de Lybie, ils 

n*om point du tout de nom, 

▼LL304. 



i47HOS montagne , L IL 72. 

ATLAS pris pour onsnnâflr 
lofophc, V. IL 19^ 
Le grand & le périt i17lA< 
montagnes, L IL 139. 

Atomer pris pour les prmd^ 
de routes chofes ptrqnelqx' 
Auteurs, U. L 5. 7. 

ATTALUS, Philnfapbe Mer 
pteur de Seneijoe, V. L 334. 

ATTALUS Roi d*Afie s ai > 
' foit â fondre des Socuêi, ! 
L244, 
ATTSCUS ennemi do moM 

ge,lU.L 176. 

ATTILA Md. 237. 
AtfMchanait, l^animal vivant ce 

peut en demeurer privé en 

feul moment» IL L 14L VL U. 

393- 

L'homme Ta plus esaScc 

ri le refte des anfmrfT, & 
240. 

Attributs donnes â bemcmp de 
DoâeuTs , dans teve irrede 
profèinons^ MLLsiu 

AfCAvûk, VLLîs. 

Aoûte^ fl eft roûioms dos k 
néceflité & dans une osiieR 
perpétuelle, tbU.i^[*>^ 

H n*y a point dlKmmes ^ 
necefBteux que ks Avot^ 

11L1L2Ç2. 

Avarice, ÇTeùun vice rcprodH» 
Ue à un Prince, !\*. U. 15c 

Un Prince n*eil pas aK>b> o- 
bligé à fuir ce \Tce, qœ a» 
lui de la nrodigalité. C«ik^.*c» 
rie gentille des Besrrois, àxr- 
chans un SDu%-erain djcs H 
niaiibns des Mcmcade», L l 
39- 



DES MATIERES, 



277 



Wlt eft pire qye h prodigali- 
té, VI. 1.348. 

L* A varice eft la plu» grande 
& la phis ftàcbeufc de t9Utes 
les pauvretés, VU. U. 241. 

Ahbene , droit d*Aubene , d*oû 
alnfi nommé, IL 11. 62. . 

Avtrfims mortelles de certaines 
chofes qui (ont aftê£Honnées 
par d'autres, IV, 11. 323. 

Aveuglement volontaire y 111. t 
326. 

Différence entre un Aveugle 
qui a perdu 1^1 vue qu*il avoir, 
èc un Aveugle ne, qui n*a ja- 
mais vu, Vl^ II. 132. 

AUGE^E Roi,' apprif â la Grè- 
ce l'art d'cngraiflèr les Ter- 
res, L'Ki 85. 

AUGURER, 1. 1. 323. & VI. I. 
361. 

AUGUSTE, Il 100. 

Grand & généreux guerrier, 
ib. 129. 



De Tes fentimens toudiant la 
gr^e & la veitu des Payens» 
i^.'37.^/wc, 

AVIGNON, Comté, 1. U. 66J 

Aoirmiy qui les inventa, V. IL 
117. 

AULU GELLE,ÎV.Ïli76. 
AUREUBN, Empereur, lU. U 
146. 

AUSBOVRC, ViUe capitale de 
laSuabe, LU. 89. . 

AUSSUN, étrange peur, llî.L 

92. 

De VAMtew & de fondeflcin 

en Ton inftruâion de Monfeig- ' 

neur le Dauphin, L L ig. & 

fiév. , , 

De fa déférence à Vaffeiiibtée 

de TAcademie Françoile, IL 

L2Ç8. . 

De fa louable modération, U.* 

)L 268. 

Son deflcin touchant la corn- 
poficion de fes lcttres,M. L 7.8. 



loiioit aux noix avec fes petits Anteurs & Ecrivains qui trai- 



fils, t*. 242. 

De la pompe flmebre, IV. 11. 
114. 115. 

Sa grande profperité. Se fes 
étranges di^;races , defbrdres ' 
& mortifications, H. U. 362. 

Grand dormeur, ibk 50. 

Saint AUGUSTIN, fon texte 
n a pas le privilège dëcr^Ca- 
jionique, Y. L la. '' 



tent des matières après d'au- 
tres; qu*ils font protcffionde 
fuivrc & d'imiter, L L 17. 

De ceux qui ont écrit devant 
nous, &delacitaf^ndeleurs 
ouvi-ages que Ton 'doit ftirç 
en écrivant, VI. L 10* ftqn. 
AMtochirie, X1U« 20. 

AUTRICHE, in 76. ^.%î: 

AUTRUCHE, n.Lii$. 
ArMAN,lli.it%. 



B 



B 

AARAS, Flame, VL L B^KLONE. viUe de It McCfl 
45{t poonk. LU. 119. • 

6i4 



S7« 



TABLE. 



ture de leurs morts» VI. 1^07. 
SACCHU^ Se lunon ennemi^ 
U. U. 467. 

Nommé Biflmitj & poib>- 
quoi, 111. 11. .131. 

SacckanaUf des Gentils. lUif»- 
port entr'ellcs & de certaines 
cérémonies des Iui6, VI. 11. 

P.4CTR/£N5, U.U. 275. 

Pagnes Sc anneaux, VI. L aS- V 
fnivantcs, 

Kations étrangères qui en por* 
tent aux. doigts des pieds, 1V« 
1. 163. /wM«ex. 

Bûin de l'honnête pudeur qui y 
eft requife, Vl. I. jo. 

PM£NE\ c*cft la plus grande 
de toutes les créatures vivan* 
tes, 11.1.117.111,1.99. 

£lle eft aveugle» VI. 11.' 134; 

fitiviherg evedié, l. U. 90. 

PA^UANS peuples du Levant 
fe mariant à fept ans. 111. U. 15, 

Panquet , ■ voyez Feflin. 

I.e Batétie, Se ks Eaux luftrales 
en ufage pannl les Patens, 
dans le, Mahomcrifme oc au 
nouveau monde, VU. I. 289, 

^arhapfintt 1* U* 216. 

PARBEAU de mer acheté deuil 
cens écus, U. 1. 117. 

Py^BES" ou Genêts, II.I404, 

PARBim de mer, IL 1, 1 18. 

PARCA royaume, 1. II. 140, 

' PAJRCE ville prife par le moien 
d'une équivoque, Ul/1. 13g, 

PARCELiWE Ville capit^ de 
Cataiitgv^, L U. 58. 



BASILE M^eediuen, fl. IL41 1. 

BASILIC, il fait peiir ce qai 
envi&ge, ILI. 135.- 

BifSTNE mercxde Oovb, if 
infiime adultère, VLL 3Sf. 

LB BASSAN pânae. Vil ^ 

BASSLil>nJS Caracalla Eorpc^ 
reur, tftchoit de fiiire pehr^ 
Oeuvres d'Ariflote, VU. L 14^ 

BASSON Voëf, fl.U.71. 

BatatUes, elles fonr des Arrêts (h 
Ciel, qui décident les ds^ 
rens des Etats, IV. t. 399. 

CeUe qui cfl la plus tvirr?- 
geufement dreffcc; V. Il igî. 

Nos Batailles fe dooaesr or* 
dinalremenrde jour: laMsi' 
fyliens de Lybie n*en àonncit 
jamais que de nuit, Al 147- 

Bataille de Lurzen, quoiçot 
les Suédois ydefncanfiésîes 
viâorieux, coure la iiniâ» 
^ d'Autriche ne laiffi pis (fcn 
faire des feux de ideairtou^ 
iV. 1.400. 

Bataille de Pavk, IV. L 33a 

Bataille de Senfelfi», tV. l 

378. 
Bâtards» de l'averfion que Foc 

en a ordiiuiremem, Vil 

38<5» 
Bâtiment, Contre Im vanîte & k 

luxe imnipddé des Bàtiinaa 

paniculiers d>ujoiicdliui, U 

1.46i.yè^ 

Ce qui eft de ^lus în%por- 

table aux Bitîmens d'aujcH^r^- 

hui, c*ef^ qu'on fiur ccderTis- 

^ terêt du public à la vanité as 

' hommes privés ^ ^U. 463. 

S APTERE divisée^ en haute à 
baife, 1.1L90. 



DES MATIERES* 



379 



BAVMEt n iette une liseur eK- 
celience à ceux qui 1 ontl>lei^ 
ft, U.I.34I. 

Ç'cft le fymbole de la patien- 
ce à fouffrir les injurey, là 

B/ÎNT^N, ville & Roiaume, 

1.11.134. 
BAVARD, ÙL fin g;eneTeure , IV. 

1-335- I 

BxatitmHe, V. L 164. 

Si quelqu'un peut ^tre heu- 

i*cux en ce monde, IL IL 347- 

BEAUMOST, noble finnilledc 
Navarre, IL IL 64. 

Beauté y une extrême beauté ex- 
cite autant de haine ^e .d'a- 
mour, V. 11. 151- 
Bcauté mâle 6c Beauté femel- 
le,\n.Li48. , 
Il n'en faut faire état qu'au- 
. tant que laraiTonlcveut, ihid. 
143. fiépi. 

Dans la Beauté FAtt y fur- 
monte la nature» -VIL L 26$, 

Les peuples de la nouvelle 
France jugent de la Beauté 
tout aunremcnt" que ïu)Us ne 
£aifonsici,Vll.lLioi. 

BEDuihlS peuple, IILL 436^ 

BELfSAUŒ, grand Capitaine, 
étrange revers de Fortune* IV 
1LIÎ7- 

BELtECRADE ville Capitale 
de Servie, L IL 75. 

BELLETTE. m.1^%. 

KNE^ENT Duché, L1L66. 

BEl^OMOTAXA voyez Mono* 
nxotaps. 



BEhiCALA, GolphedeBengttr 
la, LIL 1329 

BERGAMASQUE, L IL 6^ 

BERLIN fejour des 0edems 
de Brandenbourg, L U. 95. 

BERTRAfm du Guefclin n« 
fut jamais moins eftimé pour 
fa petite taille & (a laiacui^ 
VIhL272. . 

BESOARD^lll^i. 

BESSARABIE, lîL 7%. 

Bêtf qui devoroit les gens en 
Gaitinois, VI. IL 229.- 

Befiiaktit crime puni(fable, UL 
L 170. 

BibHctheqiu hif^orique de Dio- 
dore SiciHen» IV. IL 4^. i^ 

fftW, 

Inve(^e <Je Seneque contre 
les trop curieuiès & trop nom* ^ 
breufes Bibliothèques de (ba 
tems. V1.L 125, 

B/CHE,V. 11. 94. 

Bien Souverain, V. 1. 263. 
G-^nde diverfité d'opinions 
touchant le Souverain Bien» 
m. IL 161. 

Bien, 11.11. 245. ' 

H cft quelquefois difficile de 
difcemer le bien d'avec 1|| ' 
mal, iUd. iSo. 

Des Biens 'temporels, thii. 

.Trois fortes de biens , Se trois 
fortes de maux, Ul. iL 123. 

Bienfaits, Le bienfiût doit être 
defîntereflè, franc & fims tù 
poir de recour & de recon* 
noiflànce, UL L 35. è^ fidm 
VU. L 232. i^fmwimu. 

Le focieté civile m fubfifte 
Siii 



28o 



TABLE. 



^€fat pdr le deyolrs mutuels & 
pit le BieniÀits, VH. 1. 3)2. 
]La méçonJioU&nce des ingrats 
ne nous doit pas empêcher de 
continuer autant que nous te 
pouvons nos Bienfaits « UL 

Btenfattemrf adorés» IlL L 79. 

Bisarrèrie étrange d'un homme 

3ui ne pouvoir fouf&ir le chant 
u Rofîîpiol, & netrouvoit 
point de Mufique^ (i agréable 

Sue le chant ou. coacement 
es Grenouilles, VL! il. 97. 

BILBAO ville capitale de BIS- 
ÇAIE, 1.11.58. 

BIOLVSERO, Fortereflè, L tL 

55- 
BTTH/N/H, LU. ii6, 

BLANCHEUR. Le Blanc cou-^ 
leur de dueil, IL U. 103. 111. IL 
329. 

L'excellence de la couleur 
Blanche, IILL m. 



mées ne boire point da toi, 
VI. L 534. 

'Divers ui^es & %«» de 
boire, VI. U. 351. • 

Cbûtumie gr i i ale ni ent haxt 
êc extravagante vers kss R» 
mes d*Ago1a et de Coda 

VU: L 146. 

Le Boire chaud cxen^ dû 
- -goûte les ChiD0Î5& lapono^ 
lV.Li04^ 

fiaîr, qui n*cm;eiiifre ni vcs 
ni araignée , L IL 47. 
Le Bois pouni dans U ne 

' produit des Cannes, H. Il i4> 
Bois q«ii s*aIluiBc ùaas fea fer 
un Autel, VLIL40S. 

BOLESLAUS «voit ks des 
rangés de travers, VQ. L ^rx 

Bnitê, Trop de Bcax&dtit 
cilité cil préjudictièie à ob 
Prince, L L 240. 



De l'avantage que^reçpit le BOSZESda lapoo, H 1 254. 

corps humain par la Blan- BORAHETS, pincBLL)?. 

cheur, /à ifféf/if. . VI. Laçç. 

EUe paflc au paîs du Mogol BORISTHEI^ Cbeul ffA- 



^"pour une laideur, IV. L 143* 

. BLED apprêté en plus de vint 

, fortes différentes, VI. 11. 350. 

ÈLEU, il fert de fard aux An- 

. .bes d* Afrique, 111. L 1 19. 

Au Levant c*eft la livrée du 
dueil, 2araeW^lll.lL329. 

BOEOJjENS, U. n. 479. 

BOEUF, 



drieh, VL L 364. 

BORimO, Isle&nik, Lll 

154- 
BORNO^rotaume, LIL 14:. 
BOSNIE, LIL74. 
B^fphmtSy L U. 30, 
Btfphart Cimcrten, âUi. Sa 
^OEVF ç'eft la figure de la bOVCHE de Saint lean L 1 
/ufpenfion fceptique, V. U. ^ g^. .««k «am, i. -i- 

201. 
Bœufs de Bceotîe , VI. L jio. 
BOHEME, 1. U. 88. 90. 
Boift. Pluûeurs per(bnne$ eiti- 



80. 

Bûmcker^ le métier de Bcaàss 
n*eft permis qu*aux phs £? 
ftres du paîs, en flsle deJi> 
dagaicar« VIL L ie% 



DES MATIERES. 



àSr 



BO^ILLOS ViUe &Duché, h 

H. 93. 
B9«/iiin«qu*eft-ce? lV.l.94. 

BOVRDEAUX capitaiç de la 

Guienne, 1. Û. loi. 
BOURCOGSE, I.U.102. ' 

Botartan^ comment il eftvém 
en Ei^gne, IIL 1. 122. 

Le métier de Bourreau n'eft* 
pas réputé infâme parmi beau- 
coup de Nations. où chacun 
l'exerce à l'endroit des crimi- 
neb, VI. 11.228. 
n s'achète en Mofcovie fans 
aucune note d'infamie, VIL 
1. 113. 

BRABANTÏ>uM, LU. 91.» 

l//MCHil£/4N£5Philofophes,V, 
1. 214.^3' VI. L 34. 

BRAMWS^yx Koiai^medeNaz^ 
fingue, V. 1. 216. 

Des Ducsde BlMNDEfiOURO 

Braide de la torche, IL L 49. 

BRAVAy ville & la feule Repu- 
blique qâi fe trouve en Afri- 
que, LU. 153. 

SJŒSLAU capitale de la Silcfie» 
LIL95. 

BKESrforteflTede laBafTe Bre- 
tagne, LIL 103. 

BRESIL, L 11. 164. 

BEE5SAN, LU. 66. 



Grande BRETAGSE, Roiau* 
me, (k defcription, L U. 41. 

BRETAGNE, Duché, divisée 
en haute , moienne & bafiè» 
ibid. .103. 

BJUi4NÇ0N, VI. IL 385. 

Brie, di£lion Thraciennë qui fi* 
^iiic vUIe, ilrid. 384. t 

BRJNDES: Il y a de l'inhuma* 
nité â contraindre de faire les 
Brindes, ceux' qui n'ont pas 
envie de boire, V.L nc/tr^. 

BRIQUE, elle cft e(Hmée la 
meîUeure & la plus (aine pour, 
faire des batimens, VI. L 474. 

Le Prefident BRISSON, IV. L 

$1. 
BROCHET. Us Canadoîfes n'en 

ofene manger la tête, U. S. 

476. 

BRUANT, IV. IL 319. 

BRUGES y'ûlt. 1)1.99. 
BRUSSELLES, ville, L IL 91. 

BUCEPHAUE, ville b&rie par 
Alexandre le Grand i lîioh- 
neur de fon cheval Bucephale, 
VI. L 365. 

BUDE ou OF£N,. ville capito- 
, le de la Hongrie inférieure» 
L IL 76. 

BULGARIE, in, 7j^ 7ç. 

BURSE de Bithinie, ville, L 
U.69. 



c. 



AkûU. L'art de Cabaler re- 
^^ gnev aujourd'hui dans tou- 
tes fones de profefTions, mê- 
me dans celles qui tepioignent 
k plus d'imegrité, lU. 1. 265. 



Cacopbùme, LU. 2 19. 
Cacot^le, L U. 215. 229. 
CADIX autrefois Gades^ L IL 

$«• 

S uui . 



^«? 



TABLE 



CMDArt/5, U.ll.67. 

CMSELW^ lurifconfulte, gc- 
', nercufe repartie, 11.11. 389» 

C41TA ville, 1.11.79- 
ÇAFFRES Nation, 1. U. i $ i . tra- 

fîquent fans parier, lil. I. 85- 
. Ils mangent leurs peres quaad 

ib font vieux, Vil. 1. 12. ■ 

• Ce gii'ils penfcnt des Singes 
d'Afrique, yi. ll.«8o. 

CAIETAS Cardinal .étoit un 
honuiie laid & nial^tj VI. L 
144. . 

CAJNA^l ou Cailon, Islcs, I. 

11.15. 
CAJHE, ville, Vl^ll. 189. 
. Son étimologie, Und. 389. 

Appelle encore fiabylone. Se 

Bagdad, ta mêmç. 

Ceft là fe^ile ville qui a Uni- 

vcrfué dansTEinpirc du Turc, 

V. 11. 555. - 

CALABÎŒ., 1. 11. 70. • 

CAiAMFOUn, Il ne lairTe ve. 
nir ou croître aucune plante 
auprès de foi, VI. IL 275. 

CALAMITE, aini naturel du 
. fer, IV. 11.317- 

Calamité, elle fait plus de fii- 
perftitieux que lelwnlieur de 
reconnoilTans , VU. L 1 3 1 . 

CALEB, en qui Moyfe avoir 

* tant de confiance, VU. L 303^ 

CALEl^ERS Religieux Turcs, 
' VI. 1. 3». 

€AUCUT. Ses habitans' trafi- 
quent fanç parlet* lU. 1. 85. 

CAJUFORSSB peninfule en 
l'Amérique Saptentrionalc, 1- 
11. 16^. 163. 

Ç^GULA Princa cruel, Ll 
44* 4Î. 



Traite mal TSte-Iive, Virgi- 
le , Homère, & Senecqne, 2V. 
U. 20^. 

Il domioit peu, IL 0. 50. 
Sa padion indifcrete & dc£.r 
donnée pour fon cheval ii 
courfc, VI. L 365. 

CALUSTHENE, Fhilolbpbe, j 
mort, IV. U. 91. 

CALOGÉS, lU. L 177. 

Calwnnt. H n*y a nen depkis 
elorieux ni de pluscoiiMen- 
ble fous Je Ciel, qix le mé- 

' pris des Calomnies &desaé- 
difances, 111. L 261. 

\a Calomnie eft d'autintp!us 

\amere, ^u'eUe procède dur< 

bouche mfàmé, VU. L p^ 

CALPE montagne , L fi. 5-. 

CA^ArE, LU. 136, iji. 

Du grand CAM de Timne, 
de fem^état, & de â fèpohu- 
re après fa mort, l E 1 1 1. ^ 
fmv. 

CAMSALV, ville îixmsk & 
Capitale de TEa^ daCa- 
tay, LU. III. 

CAMBYSES, Prince cmel, l 
'•45-47. 

Sa (nort prédite par FOnck 
dcButis, mi. 179. 

CAMBRIGE^ LIL4^. 

De quoi il le noonir» El 
14a. 

CmM/'ajM yiqfMrUa , VU. L 94. 
CAMPAGhfE de Rone, IJk 

CANADA paûLs toaxttOBtf^ 
iroid.ilLj6o. 



DES MATIERES. 



a8| 



CA>fADOlS^ Us ne manjcnrjt* 
mais le ci£ur des tnimaux» 

N'apprehendem point la mort, 
itid. 543. 

Ke mangent point lors qu'ils 
fedinenc leurs amis, ilnd.4Sl, 
Tuent leurs pores lors qu'ils 
font vieux, V. IL 158. 

Les peuples naturels y al>an* 
donnent leurs malades, VU. 
L 203. 

De leurs mœurs & façons de 
fiûre. Vil. IL. 201. 

Ils croient que toutes leurs rê- 
veries contiennent un fiiccès 
neccflàire, & que tout ce 

3u'ils s'imaginent en dormant 
oit arriver. V. IL 293. 

CASAHEy fontaine d*I(aHe,dan$ 
laquelle lunon fe lavant roqs 
les ans recouvroit fonpucela* 
gc,Vl.IL3i8. 

CASARIE^ priCcs pour les Islcs 
fortunées, L IL 156» 

^namx merveilleux, L L aoa. 

203. 
ZAbfDl^ <àit le circuit de la 

teire, LU. 40. 

CA^ncVLE, L L 366. . 

ZAKISnuS Lacedemonien ce- 
Icbre Coureur, VI. L 255. 

M2VTH^«IDES,ellesfontplu« 
belles que les Abeilles, M. L 
148. 

7A>rrOBBERr^ vÛle, L IL 

kbafl. CANUT fait le tour du 
monde, I. U« 39. 

:<7/> de bonne efperance, L1L 

137- 
:ap Breton « LlLfj» 



Cap de Gomorin« Aii. 13s» 

Ojy de CoriMMiAr, L 11. 43.' 
Cap de finis terrdt^ Urid, 57, 
Cap de Fortuna, Und, 37, 
Cap verd, ibiH. 35. içj. 
Cap de faint Vincent, L IL jf, 
Capo di Faro, promontoire 
de Sicile, IV. IL 4c. 

iCip^de Pult. L 11. J7. 
C^i»OFE ville cclebte. VL IL 

,377- 
CAPBADOŒy in. tt6. , 

CARACALLA fort adonné I 
rAftrologie judiciaire, L h 
257. 

S'abandonne à la Maeîe, ibU' 
373. 
Carâênts de plufieurs (brtes, U. 
1. 285. 
Difftrence des (Hle$, Ut mêmi. 

. Caraâeres magiques , , on ne 
doit pas y ajouter foi, VL I • 
3î^- , 

En tour tems , & parmi tou- 
tes Nations on a taché d*ati- 
torifer cette vieille erreur»iU<lt - 
3^- 
i4rmes & billets ehcbantc^ tt 

CARAMASIE A. VL 11$. 

CARAVAGE Peintre trêshabi» 

le pour le naturel» & pour 

t fon arpfica dans. Tobfcur d^ 

dans le lumineux, VL L 91. 

CAS(DAME\ VL U. 397. 

CARDAN^ (àmorr,LL3i4. 
Médecin & AfooloKiie. Vit ^ 

IL 213. f 

Ennemi d^ qicnlbiigtr UL 1a 
164* 



û84 



TABLE 



Lui Se Iule Scdliffcr deux 
grands ennemis'^ Vi. IL 113. 

De la g^rande Do^ne, nul' 
traité par Iule Scafiger. ibid, 

OIRDIEN5 & Icrtr Religion, 

VU. 1. 125. 
ÇARDONA noble famille de 

Navane, U. IL64. 

CARIBES, VIL 1.129. 

C4Rf£,L 11.117. 

Dom Çi4KL0S d'Efpagneavoit 

rincltnation portée dès Ton 
. entitnce à la rigueur 1 L 1. 48. 

49- 
CARPATHE montagne, L IL 

76. ^ 

tARPI^ ville & principauté, L 

U. 65. 
CARBARE, ville & principauté, 
. LU. 66.. 

Cartes jeu peu séant à ^un Mo- 
narque. 1.1. 237. 

Ciftex Geographi(][ues, qui en 
fut le prenucr mventcur, L 
IL 4. 

CARTHAGE, vUIe célèbre, VI. 
' II. 377. 

pourquoi ainfi nommée , ibid. 
382. 

CARTHACmOJS, ils trafiquent 
avec ceux de Lybie fan^ par- 
>r, UI.L87.88. 

tARJSTE viUe d*£ubée, LU. 

72. • 

CARySTïE carrière de marbre, 
VU.L i66. 

C;45:^ viUe, LU.65. 

CASAS grand Cam de Tartarie, 

' teit extrêmement petit & 

tttd de vifiige^ 11L.L 104. 105. 



CASfŒL vîîle, I. IL 47. 

C4.VP/EN5 Nation, O-ILs;* 

CASSEL demeure des Laoé:;:: 
ves de Heflê, L U, 94. 

CASSITERIDES; Isles, L" 
,42. 

CASSIUSHEMISA, IV. | 

175. 
CASSUBIE province . L U. «:. 

CASTELLANUS, Evtgm & 

rmd Aumônier de Fnncc 
IL41Ï. . 
■CASJILLE Couronne, Sût2> 
me, & iês dépendances, L 
11.60. 

La CaftiUe d'or, Prorâce <k 
rAineriquc Septenôjaiâk, ô 
165. 

'Cl5T0il, ILL98. 

Du Duc de CASTRES, fis Ai 
Pape Paul IIL j^ de ibiitliP 
• finat, IV. L 34g. ^4f, 

CASTRO ville & IXsié. L II 

65. 
Cdtachrefe^ LlLaii. 

ÇdUcHfmes ou deiuses, VLÎL 
361; 

C/iry4PH4WES, ou Cafatrrt 
certains Arabes, que Ton d: 
manger le dedans des fha^ 
' &le cœur des hommes qails 
régardent attcntivcmenr, V- 
11.331. 

X^TAy RoÎAume ou Ein{ttrc 3e 
grand Cant: (à (ituanon, sâo 
étendue, & là defîsipcion» l 
IL III. ^ 

CATHERINE de Ue&is. £t 
mort, LL318. 

Sa modération loftaUe^ IL 1 
439- 



DES MATIERES. 



a8$' 



CATON, IV. ft. 17$. V. I- 22 j. Cimetière, il rtV a 'que la feule 

Hcurcuîc en procès. VI: U. - Religion Chrétienne qui dc- 

2ç,, mande ^ une tertre bénite, de- 

Z r n ^ c j. ^^"^ ^"e ^^ corps y foient 
Reprcfenté par la figure, dun. inhumés. VIL II. 113, 

cheval, VL 1. 368. r^ ^. . 

r-A'rrxy^T v • ^ £^ ■ t ^^s Ometicres Hois des vil. 

C4 TON lame étoit vieux lors UsiJnd 116 

qu'il voulut favoir le Ot^c, ^ ^ l .'. 

11.11.494. ' C«^«*'/&cnnques, n. 1.198. 

Sa modération &patienc^td- ^*^ ^^ Uwn, VU.'lI. 134^' 

niirablc, fZ^jVf.42S. <ff fiùoantes, , 

Se repentoit & fe fichoit'de CENTAyRES, VI. I. jff. 

trois chofe», V. IL i66, Cmtenatrr, nombre qui contient 

Les CATONS jouoient fcuvcnt ^* comble de toute pcrtèc^tion, 

aux dés, 1. 1. 243. ^^* ï' 

Cavales de Miltiades, VI. I. ^64. CEO Islc . &, fc$ htbftans, IL 

De la Cavale de Mahomet» ÏI» -7Î- 

^"^i^S- CEPHALONIE, ne^\,ll,6r. 

Citffl/me de grande Réputation, CEPUrSODO^US, Rhéteur 

i«rf.370. i*«rf,229. * 

Par tout ou FAIcoran reî»:ne, CERAUNJE pierre , m. L ir. 

on voit les femmes a chçval .^^ , _ j._ ^, , . .. 



comme les hommes, VI. IL 

23». 

tes Cavaliers de la Cour A- 
. fricainc du Roi de Bénin ont 
les deux jambes pendantes 
d'un «oté, VIL L 145. 

;.4l/NE, ville, VLILjgg. 

\iHfis. Une même caufe ne pro- 
duit pas toujours de mêmes 
cttbts, IV. IL389. 

Oîverfitc d'opinions touchant 
le nombre des caufes, IL L 
i^.fHivantef. 

Trois fortes de 'caufès félon 
l>Liton, VIL IL 67. 

ecitc v9ye% Aveuglement. 

hOAR Province, LIL 122. 

EI.TES, IL IL 3^4- VI. L 32-f. 

la^TIBERES, IL IL 309. 



'Cercles du Globe en gênerai, di- 
visés en huit, quatre grands 
& quatre petits, L IL g. 

Des peux Cercles nommés 
l'un le Cercle Arctique, Tau- 
tre leCercIcV!ntarctique, ibid^ 
ig. 19. 

• Cerdes polaires, Jàmfàte, 

Cercles de la terre, ihid. 12; 

Charles de la CERDA Cafhlian. 
IL IL 53. 

CERFS, ils doivenrieur nai(^ 
fance là la crainte , IIL L 3 1 . 

CEKJGO ïïc, LIL 67. 
CERISIER, IL 1. 104. 
Çchitude, s'il y a quelque cho^ 

£e de certain en ce monde. 

V. IL 199. 

' IiCS Se<^teurs de Pyrrh^a 



386 



TABLE- 



tffurenr qu'il h*y A rien de 
cenain, IILL 302. 

' ïl n*y a point de certitude en 
ce nionpe, excepté les ventes 
. révélées: & il n*y a aucune' 
^chofe il apparemment fitufle, 
"qu'on ne puiflc revêtir de 
quelque yraifemblance : Tout 
y eft fujct à tromperie, VI. IL 
96. 

CERf'^^AU, ç*eft la fourcc de 
tous le nerfs, 11. 1. 156. 

CESAR venant à l'Empire toit 
fortûivont, 1.1. 157. 
n fe trouvoit toujours, dans 
les premiers rangs de Tes le* 
gionaires, fans avoir jamais 
reçu une feule blefilire, ibià^ 
lai. 138. IV. 1. 41'a. 
n nageoir en perfc«^ion, L 

AvoiflacorinoilTance du mou- 
vement des CieuKi ibid, 179. 

Mis au rang des Hiiloriogra- 
plies Latins, ly. 11. 193. - 

Honnête & vemieufe pudeur, 
VIL49. * 

e/i4ign»& fâcherie. U y a quel- 
le foulagement à (e plaindre 
3uand le cœur eft opprimé de 
ouleur, 111.1. 390. cMousMelan* 
^ choUe, ^ Profe chagrine. 

Chtir ef^imée lapkis délicate, IL 
U. 475- 

La Chair nourrit lft€3iaîr, VL 
IL 348. 

On fepeutfonbien contenter 
fans être camacier, ibid.^$o* 

CHALCISi vOle Capitale d« 
TEubée, LlL7ï^. 

CHALD^EHS Aftrologtfts, 1. 
La66. 



De leurs «rêveries ridktii^ 
ihid. 275. 
Chaleur , Lès choies dooccs 't 
fentent moins au eoûtéâs 
chaudes que froides, ill 
H9- 

Souvent elle n'eftpascffirr? 
extra\*a jjanrc , ni moins â- 
proportionnée que (bncœ^L- 
re Vl.1. igg. 

CHAMBkRT vine Opîtaîe à 
Savoye , L U. 64. ^ 

CHAMEAUX, V. IL 94. C L 

443- 
CHAMPAGKE, L IL 100. 

Le Chatmnent &la vadetéicod 
«gréables les dboies DDorefic^ 
VL L 391. 

Des grands Changemens cm 
fe remarquent au oioade, il 
U. 35g. ^fiavoMta, 

Tout Changement ntÛ pas 
blâmable, VIL L 397. 

Chan^^ens meneScox que 
les ^ Siècles ont i|^wné en 
de certains lieux,' qui nont 
rien de ce que Ton t voi«t 
autrefois, ibid, VU.1L3L5. 

ChëriotT allans à voiSe^L IL i ;ol 

Charité admirable de quelques 
peuples étrangers pourlesbr 
tes, excédant fouvanr câ 
•que nous avons pour ns 
remi)lables,IlI.L69. 

CHARiTOBLEFHMOS^ 
te meiveilieufe, VhL452. 

CHARLES l^ Chauve tagmm* 
te les bien&ifs des Haas kt 
prédeceflèurs envêis Je Ù3U 
Siège, IV. IL 393. 

CHARLES' QVINT. Enocpri- 
& de Provence, L L 3 1 g. 



DES MA-TIERES. 



287 



Laiflà croître llicrcfle en Al- Chem^e de Mahomet pï^îcufei 
leniagne pendani trente ans, ment^rdée, VU, L 203 

o^K«S'Lf,"a.''B^'r,^ CHE«NZ«,leao«„«.lV.U... 
Ckenevitre dont la funi$e au lieu 
d'obfcurcir le cerveau , rend 
V^fyxu plus gai , Adonne des 
longes plus agréables, V11.L 
«39- 
CHEl^nS cuit & rôti fous les 
cendres. H II 351. 

CHENILLES conjurées , mau- 
dites êc excommuniées, \'!. J,. 
359. ' 

CHERIFS, U. U. 4^3. 

D'unChcrifdelavilIedeFc^^ * 
&de raffe^ftion defordonnc« 
qu'il avoit pour ^jn cheval, 
VI. 1. 366. 

CHERSONESE, l\l 29. '' 

. Oiérfonefe Cynibrique, ibO, 

Cherfonefe dorée, ihid. 28.131.. 

Oierfonefcde Trice, ibid. 2%. 

Cherfonefe Taurique, là ml** 
«e 45^78. 

CHESEL voyez laxartes. 

U CHENE &roiivicrenncmis 
naturels, IV. 11,318. 

Les vieux Chênes adorés par ^ 
lesPayfens, U. 11.295. 
CHEVAL, il tremble i la vfië 
& à l'odeur du Chameau, IV. 
U.319- 

Cheval excellent deCcfar, VI. 

1.369. 

Chevaux Barbes, 1. IL 140. 141. ' 

Chevaux excellens&fortre-. ' 
flommés, ibid. 364. ^fiâvàn- 
Ut i^ IL 22^ 22 f. 

Du Cheval dont parle Virgile 
ft quil nous reprefente pour 



qu'cHe engcndroit, IV. tt. 342^ 
De fe rares qualités,^ tant na- 
turelles ^uacquifes , & de fes 
défauts, IV. L ^40,fe^ 
Son peu de rtCpeù envers lea 
Papes & le famt Siège, iHd, 
^2i,fe^, 348.yJv«. 
11 fut auteur des coures eh^ 
veu^ & des longues -barbes, 
V1LL336, 

Sa Généalogie, V9ye% Généa- 
logie. 

CARLEMAGNE afnfle le faint 
Siégé contre les Lombards, & 
lui tut de grandes libéralités 
IV. n. 39a- 

Ornjjîr, IL 189. 190. 191, feéftt. 
CHATS, ils ne peuvent fubfi- 

fter en Ulrie dWicnea, U. L 

121. 

Bonté merveilleufè de Maho* 
met envers fon-Chat qui dort 
. nioit fuc (à^ manche, VL L 
504. 

Chatomlitmnt, L'homme feul eft 
chatotiilleux . 11. L 1 52. 

ChaMfMfé. 'Guriofité d'être mi- 
gn«nnen\ent chauffées natu- 
relle aux femmes , U. IL 109. 

CHAU'rESORIS, U. L 98. 

Elle a des dents, dcsmammel* 
les, & du lait,Vll. 1. 364. . 

Seule entre les qifeàux qui en 
ait , là mime, 

^kehiMC'HebfWi livre pénible. 
VU. U. 140. 

HEUDOINE, n. L 91. 

/i£iMEIMl/LTJ)iligencc tr^ 
Imirable, VI. L 258. «^ 



^tr 



TA3LIL 



-**i. -37. M. IL J53- 













DES MATIERES. 



a89 



Ils ne permettent à perfonne 
d*exercei> une charge de luoi- 
cature dans Ton pais,V]l. I.2 1 6. 

Nourriflent exprés leurs che- 
veux , pour être pris par là, 
6c eniporrc9 au Ciel après leur 
mort, Vll.l. 335. 

CWO Isle, LU. 134. 
CHIRO le preniier chaflèur du 
monde, 1.1. 189. 

Cliiromance, I.I.369. 

Chiromancie, efpece de g;ueure- 
rie , VU. 1. 240. 

Chtronat/iie, ou Chirotonie, 1. 
11.29. 



Efdras & Salonion n'y ont ja* 
•mais penfé, ibid. 337. 338. 
Elle a éic quelque rems com- 
me morte; & femble avoir 
pris une nouvellenaiflanccen 
ces. derniers (iécles^ ibid. 338. 
339. • ' 

Elle ir'ctoit en ufage du tems 
de Pline, qui n*en a point du 
tout parlé, là même. 

Les plus certains témoignages 
de 1 antiquité de la Chymie, 
& les plus éloignés de nous, 
ibiti, 340. 

De lufage fiç de l'étendue* de 
cette vaine occupation par 
rUnivcrs.f^iV/. 344. 



Chirurgie y 1.1. 206. 
CHOERJLUS Poète, fafin mal- CICERON, II. 1. 260. V. L 22^. 
heureufe, VU. U. 183. & IV. Il commence fa Chronologie 



1. 268. 
Ckorographie , qu*eft-ce? LU. 4. 

De la Çhrmuatiipie dans la Mufi- 

^4ueI\Tî.L273. 

tf, elle dctit eirc ^Aiîif^e- 
^fen-ct; dans imc hi- 
fW. L ^94- 

i iiirofophc S.ctti- 
tiir k\c tro|i lire, V. 



Vile 
loil- 




par fon Conful.it, en remon- 
tant jufqu'à la fondation- de 
Roiiie, IV. L 294. 

^laltraiîc en fon honneur & 

en iT[nirTrio % ÎV. L, ii6. 
McivLjiJf!.'urci)iLrit loiié dans 
Vcllcius l'.uercuKfi, /W.220. 
De totTs Tes Ouvrages, II. IL 
270. /i^a. 

II 11 f i? Cl dtfcit de fa nnifon â 
Kome pour y vivre avec plus ^ 
di: qulerudc, ÎILL 356. 

îl iivujr un îij)fv:ir extrême d'ê- 
tre la lié, niai>i tlnL'voulpitpas 
cnecltirn^ doni^jide Tehcenî 
i ceuH de l'on E'.*ius pour en 
recevoir de kur muin, VU.L 

321. 

Il feplaifi>k i T innocente rail* 
lerk , 11. L 34G. 

^COG^iE, clk éroit adorce 
'!ç> Teltalien^j, Ul. L79. 

;«, il eît la c^ufe univerfeUe 
cloi'^néc des cflcts fingu» 
T 



3S8 



TABLE. 



Ift fig;ure d'un homme ûge.' 

ilriiL 367. 

Diverfes façons de nourrir les 

. Chevaux, Ufid. 374- /«ï«* 
D'un Cheval d'Efpamic qui 
de ft feule veôë cauloir une 
diarrhée mortelle Ik ceux qu'il 
envifiigeoit, V1.J1. 33«» 
Ceft ce noble animal qui a 
conqUis le i\ouveau monde, 
VIL IL 66. 

> Cheval marin, IL 1. 99. 

Chevaliers de la Toifon d'ôr, L 
1.342. 

Cbeothtre. Un Cheveu ne fe pour^ 
roit rompre, s*il étnit cgale- 
rtent tire des deux bouts, V. 
1.291. 

Guerre mortcrfe entre les Tar- 
tares & les Chinois pour les 
Cheveux, VIL L 10. 

Vers le détroit de Magellan, 
^ les hommes portent les Che- 
veux longs CL les femmes ont 
la tête rasée, i^ûi. 145. 
Vufage de porteries Cheveux 
longs eft le plus ancieyi & le 
plus naturel, Und. 333-/^^ 
CHEWOre montagne, Ln.44» 

CHEKR£, IV. U. 319- 
Les Chèvres & les brebis exer- 
cent famour jurqu'â la fin de 
ieurvie, IV.I..116. 

CHÎAPÏSO Vitelli' inconmio- 
dé pour Itre trop gros & trop 
repler, comment il fe Ibula- 
gea, 111. L 106. 

l)e la C^^ne & multitude des 
procès. VIL L SIC. i?*/-». 

CHIES, il cft méprisé* haï de 
plufieurs Nations j IL L 123. 



Les Chiens nsiflènt cvcdsIë, 
VL IL 133. 

La chair de Chien préféré '. 
tome autre viande, tftsi. 55: 
il eft le fymbole de h bàù 
té, VIH.3P3- 
Les Chiens de Laconie s'&sn.- 
plent plut volondexs ^ p^ 
aprement quand ib £bar îz 
gués, IV- L If 6. 
CHILB pays de FAmcriq», - 

aULPEBÎC n. BoyVfe Frtr.tu 

I: L 8. 
CHIMERH moottgtte, LU nt 
CHINE Rotaume, ûfitMÔn 
fa longueurs & û lagear, (a 
Provinces, LlLi29.C'ii"B. 

cHisois, n. n. 10^ hl i 

69. IV. h 104. 
donnés â la Cdynûe, t L 
M4. 

Leur créance txfodsutkfMe' 
calité de Tame, ULli^l- 
N'ont reconnu derraKtmme- 
mémorial (}u un i<ul Dieu , & 
n'y* a point de Païens «pi 
raient moins oifiensé dccecô- 
té-la, V.L3ia. 
Plufieurs Piinôb aUns son- 
lement bien vécu dans hoa* 
pie obiêrvation du droit v« 
nature ont pu fâkOeurûLc^ 
limême. 

Tous les Arts ISxrtux fts»- 
tes les fciences ont en cocs 
en la Chine auffibieBqoeps:' 
mi nous, ikid, ^14. 

De trois feâes deThikiâKltf 
. qu'on y permet, odk de Ccr- 
nirius a l'avantage fiir )es 
*rrois^utres, iW. ^15. ^9^ 
ConÀuiask 

D 



DES MATIERES. - 



a89 



Ils ne pérmiettent à perfonne 
d'exercer une charge de luai- 
cature dans Ton pais,Vll. T.216. 

Nourriflenc exprès leurs che- 
veux , pour être pris par ]à« 
& enipurrcs au Ciel après leur 
mort, MI. 1.335. 

:HfO Isle, LU. 124. 
:HlRO le premier chaflèur du 
monde, 1.1. 189. 

.hiromance, 1.1. 369. 
Zhiromancity efpece de g;ueulê- 
rie, \^. 1.24a 

Chironoime, ou Chirotonie, 1. 
U.29. 

Chirurgie t 1.1. 206. 

CHOER/LW Poète, fafinmal- 

hcureufe, VIL U. 183. & IV. 

L 268. ' 

Chorographie , qu'cft-ce? LU. 4. 

De la Ckrmtatitpu dans la Mufi- 

que , VU. L 278. 
Oironoloçie» elle doit être cxa£le- 

nie nt obfervée dans une hi- 

ftoire, IV. L 294. 

CHRrSlPPÉ Philofophc Sjcoi- 
cicn meurt de trop rire, V. 
L 223. 

Ckymie, de l'explication de ce 
mot,l.L327. 

Elle eft lofiablc lorsqu'elle 
ne s*appliqu^ qu à la connpif- 
fance des Iccrcts de la Nature, 
ilnd. 327. 

EUc eft blâmable qunnH 'eUe 
s'emploie k la tranfniutation 
des métaux, ibid, 328* 

Antiquité & realité de cet an 
Chymique, ibèi. 333. ^fmv, 

Railbnnemènt en fafiiveur, /â 
wieme, \^ fnivûntis. 
Tq^u vu. Fm. Il 



Efdras &^ Salomon n'y ont ja« 
^nais penfé. Uni, 337. 338. 
^e a éi6 quelque rems com- 

• me morte; & femble avoir 
pris une nouvelle naiiïknce en 
ces. derniers fiécles^ ibii, 338- 

^ 339- 
Elle ir'étoit en ufage du teins 
de PUne, qui n'en a point du 
tout parlé, là même, 

Leç pluscerrains temoienages 
de 1 antiquité de la Chymie, 
& les plus éloignés de nous» 
ibid, 340. 

De Tufag^e 8^ de l'étendue de 
cette vaine occupation f»ar 
l'Univers, f^f//. 344. 

CICERON, IL L 260. V. L 225. 

U commence fà Chronologie 
par foh Confulat, en remon- 
tant jufqu'à la fondation* de 
Roiiic, IV. L 294. 

Malrrairc en fon honneur & 
en fa réputation, IV. L 116. 
Merveilleufeincnt loijé dans 
Velleius Paterculiii, ibid. 220. 
De tous fes Ouvrages, 11. U. 

270. fCifU. 

Il "fît un defert de fa nifiifon i 
Rome pour y vivre avec plus > 
de quiétude, IILL 356. 

n avoit un appétit extrême d'ê- 
tre loiié, mais il ne voulpit pas 
être eltimc donner de l'encens 
Ik ceux de Ton tcms poiu: en 
recevoir de leur main , VU. I. 

321. 

U feplaifoît à l'innocente rail* 

lerie , U, 1. 34^- 
OCOGNE, elle étoit adorée 

parles Teflkliens, U1.L.79. 
a EL, il eft la caufe univerfeUa 

& éloignée des effets fuigu* 



290, 



TABLE. 



liefcs qui orriveiit ici -Ims . L L 

«77- 

Diverlîté d'opinions panni les 

«nciens Philofophes touchant 

le Ciel, U 1. 37. 

De khauteur du Ciel, itid, 39. 

Du nombre des Cieux, ibid, 40» 
CJGUE, Vll.1. 1. 
, CIMBRES, U. II. 209. ' 

GmeiicreSt \llC211.feqm. 
CIRCASSIENSScltnt Religion, 

VU. L 126, 
Chcwcipxm en ufijgc dans beau- 
coup de Provinces de TAme- 

Tique,Vll. 1.287. 

. CÏBE mangée avec le miel , VIL 
1.155. 
CtROU VI. K 513. 
" dT'KONSmales&femelles*, Ul. 
\, i.324, 

ÇLAUDIUS Empereur prenoit 
' fouvenc plaiûr a jouer aux dés, 

1, i. 242, 
Clefs Laconiques, VI. L 323. 
Oelie , bel éloge en faveur de cet 
Ouvrage, Vu. L 71, 

/ .CLEMENTiV. Pape, VI. l. a6i. 

^ OLOffiNT Vil. Pape inaltral- 
té par les Efpagnok, IV. II. 
399- 

II étoit venu d*une couche 
illégitime, VI. L 388. 

démence. L*exçês de bonté en 

un Prince Souverain neft pas 

moins préjudiciable à TEtat 

- . tiwe la trop grande fcverité, L 

L$2. 

CLEOAŒtm RoideSpanc, VL 

1.117. 
f^EOPATBE^ de Ton extœme 
' beauté, \11. l. 2^7. 268. 



Oci^é, îleftfisminiiicnnskd: 
Formofe, yil.JL 206. 

CLESIDES Peintre, V. 1. r 

CLEVES, ville & EhKhé. :: 

94. 

ChTMts, leur nombre, & te: 
étendue, I. IL 21. 

CLOEUE fille Romaine, ai- 
paflâge prétendu du T%tî« 
la nage avec plufieurs aocb 
compagnes , Iv. IL 69. 7a 

COAKZA fleuve , LIL 14^- 

CocJies & leur étabiifiêinent, >'> 
L 258. 

COCHtUCHTSE & Ccchinr- 
nois. Peuple & Natioa Ailss- 
que, V.L3ig-4^ILIL454. 
Ut ont des Idoles das k3? 
temples, (ans toutefois ks i- 
dorer, V. L 330. 
Du foin qu'ils ont pour h ooc- 
ibrudion4e leurs ScpolcresU 
lzi€. 

00C05 de rinde, a. L 104. 

tOELESrRIE, LD. 118. 119. 

COEUR de l'honiiiK& Vaca- 
tion, IL IL 119, 

Le Cœar d*an Vautourpiciff- 
ve de îk çolere des Princes, l 
1.365. 

COLAO qu*eft<e, IV. L 34. 

COLCHIDE, LIL 119. 

COLCHPS, vîUe, Oid. 13a 

O/err.Colere grande & exce&t. 
L 11.44. ë* fmwtmttr L 12. :^^ 

Trois fortes de Colère, LU 
860.. 

Remède àmtre cette palEcs, 
i^i^..26i. 

U eft honteux è un hon-rc! 



DÇ5 MATIERES. 



2jl 



(Tcntendement de fe kîflêr 
rranrportcr à cette paflîon ira- 
(cible, 111.1. 343. 343. 

Il y a beaucoup plus de plfli- 
iir â pardonner qu'à fc vanecr: ' 
Belle pensée d'un Roi Arabe, 
ihid. 344. 

Ce ^u'û faut faire pournoitf 
corriger de là mauvaife habi- 
tude colérique, ibid. 345. 

Belle lé^on d*un Payen> ibid. 

On ne trouve point de natu- 
rels fi fujets à fa Colère, que 
ceux à qui toutes cho^ rient, 
& qui font plus dansladelica- 
tefle de la ne. VI. 1. 179, 

Remède ^ médicament dont 
Fufage eft^un excellent & mer- 
veilleux correctif dç la bile, 

La &ge(iè d'une perfonnc fe re- 

connoit particufiereraent dans 

les attaques de la Colère, ibid. 

287. 

Les plus vertueux & les plus 

niodcHs font fujets aux plus 

violens tran4>orts de la cfole- 

re, V11^11.2i8. 

Les Colères pales & froides 

font les plus oangereufcs, ibid. 

^ Nous (bmmes pires étansirri- 
' tés, que tout ce qu'il y a de 
betes féroces 4 ibid, 22$. 

:OLMAm>EL ville, !. fl. 13J. 

X)LOGNf ville & archevêché, 
l.n.94-^ 

:OLOMBES perchée^ fur un 
Chêne ^ qui rendoiem les O* 
ra^es de Oodoi>e, VU. 1. 185« 

Delà Colombe de l'Arche de 
Deucalion. Rappon entre cet« 



te Colombe èc celle de l'Aiw 
che de Noé, VI. U. 491. 

COi.O>W£y d'Hercule monta- * 
gnes, 1.11.57, 

COLOPHONIESS, braves Ca- 
valiers, VI.X72. 

COLOQUmTE appelle la mort 
des plantes, & le fiel de la . 
terre, VI. 11. 327. 
Celle qui nait unique fur Cû 
plante, efl la plus dangereuïe 
de toutes, 111.11. 218. 

Co/ojjig de Rhodes, merveilleux» 
1.11.124: N 

COMAR IsIc, fa longueur ,'lar^ 
eeur 6c Je nombre de (es 
nabitans» LU. 87. 

COMBABUSfivori dcSeleucus» 
fe châtre lui même volontai- 
rement, 111.L 228. 

Combat naval de Salamine, 1V« 
11. 12. 

COMEDIE & Cbmediens, VI. 
11. 261. 

Les Grecs, & enn-'eux les À* 
dieniens ont excellé aux Co- 
médies, là même. , 

Comédiens autrefois honorés ' 
& en grande efbme, là même 
i^ 262. 

V La Comédie infâme parmi 1er 
Romains & les Gaulois, là 
même. 

Comédiens diai&s de toutt 
l'Italie ,^ là même. 
Différence entre Comédie A 
farce, & entre Comédien âe 
farceur, ibid. 263* 
La Comédie eft fort in(lru£H« 
ve, & digne de nôtre acten^ 
tion , ibid. 26$. 
Elle eft en grande e(Hme par- 
mi les Chinois, ibid. 26$, 
T ij 



29^ 



TABLE. 



COMETES, W A. 69, faqu, 

Ctmmanàement. Les meilleurs 
Commandcmcns deviennent 
inutiles , où il n y a plus de 
difpoûtion à les refpctter, Vl. 
11. 175. 

Du Convinandcment Souve- 
rain, VI. 1.488. /i*^«. 

Cffiametumunt en toutes chofes, 
l\M.30i. 

Cmmuttitairts de Çcfar repris par 
AUnius Pollio, ibid, 28 S- 

Cmmerce, on ne fauroit en a- 
voir trop de foin , tant il eft 
importante pour la fubfiftan- 
ced'unFtat, I.L74- 

COMkODVS Empereur, VI. 1. 
IÎ4. . 

Çommmtautê de femmes établie 
par Platon, V.l. 14 j. 

Cwtpâraifins dans une hidoire, 
, IV. U. 68. 

Il eft pennis à un Hiftoncn 
de s*en lervir , étant faites bien 
à propos, IV. 1. 329. 

Elles font ridicules, lorsqu'el- 
les font faites mal à propos, 
là même. ^ fuiv. ^ 



Semblables aux Crocodiât: 
luéme. 
Conipofitknf ^ ftudieofcs, VL 
197. & fuw&ntts 

Il fuffit qu'elles foicnt iki' 
aloi , encore «juc leur V 
nie ne pefe pas beaucoup. • 
11.42^. 

Les plus recommandt^''- 

^ Compofitions tirent feur p 

des bonnes pensées, plv?/ 

aue de la beauté du Mt, '. 

I^ défaut d'ordre yeng«ïC? 
robfcuriec, U. L 357. 
COMPOSTELLE viîle api:-' 
deGffKi:^,LIL58. 

Conculnnaget il a qudqoe éoî". 
de plus dur que le oim^r. 
Vl.lL3ai. 

CONE5T4G/0, IV.L 919. 

Confercjice, Inconvenkr.s qia 
fe rencontrent ordiwàwDex 
dans les Conférences en com- 
pagnie, IL IL 225. 

Ctmfejftm du Roi Charles XTÎl. 
coiTompu par ks Etpa^ncls 
avec des bouteilles pleines àt 
monnoic d'or au lieu d« v^». 
IV. IL 424. 



Çomparaifon des chofes f^-" 
crées aux profanes, odieufe,/ ConMiou en iifage aunôuv^i 
VU. L. 1 ço. monde , VU. L 291. 

Cmplaifance. Celle de ceux qui Om/?fl«ce que l'on doit ax-oir a 
s'accordent univerfellemeni à un ami , IL IL 1 14. n 5. 
tout, n'eft pas agréable, U. Cmfrniation Ôc RtîùaùoaA^ 
IL 226. . 201. ^fuiv. ^ 

Une dompkifance eft un a- CONFUTIUS U SOcrtteà'* 



grément étrange, Ul. L 237. 

La Complaifance trop gr^'^de 
eft dahgereufe, VLU. 276. 

La Complaifance de pluficurs 
attire à eux la icuneJFe facile 
à feduire, VU. IL iS 



Chine, IV. 1. 33 
II a fait defccndre la Ph2c.> 
phic dû Ciel en terre, li! 
bien que Socrate, IV. l. 33- 
Reduifit en quatre \'o\\:r.-e 
toutes lev fcnten;v« (ÎC5Î." 



DES MATIERES. 



293 



lofophes qui l'avoient prccedc, 
i2ri4i. 94. 

J>4GO ville & Roiaume, fon 
étendue de f« fituation , 1. U. 

Oy^hfACIE, province, 1. II.46. 

02>rSETABLE de Montmo- 
rency, uialcnûté par Paul lo- 
ve , iv^ L 87. 

ormaifftuee. Il fc trouve trois 
dcjçrcs de Connoiifimce par- 
nu les gens de lettres, \1. 1. 1 3. 

T.a Connoi(Iànce de foiméine, 
eft la plus iaiportante panie 
de b lageflê humaine, ikid, 

11 n*y a rien de plus excellent 
ni de plus difHcile à aci^ucrir, 
que la connoidknce de loinié- 
me,llLIL 321. 

rO>W4C7£ Province, I.'U. 46. 
Cm^Meu du Portugal , IV. L 3 1 9* 

Cmifiaatuu des Empereurs, & 
leur apotheofe ou enrôlement 
au nombre des Dieux, IV. 11. 

Confàl d\in ami, 11. 11. 113. 

Confcil des Rois, là mente. 

Cmfolatim^ VU. 11. 75. Isf fmo. 

Excellent moien de confoler 
une perfbnne afflieée de la 
mort d*un ami, U. U. 379. 

Cmftênca Ceft une marque dV 
ne ame confinnce dans le bel 
uÊige de la raifon, de vouloir 
toujours une même chofe, ou 
ne la vouloir pas. Se d*étre 
inébranlable en cette pofture, 
Vn. U. 176. 

CON5T4N772S/* LBXjRAND. 
Défauts & crimes dont fa mé- 
moire eft charchce, V.l. 374. 



Sa padence à fimftir' les inju* 
rcs, IL 1. 343., 

CONSTANJl^fOFLE ville ca- 
pitale de l*£mpire du Turc, 
fa fituation, 1.11. 69.-73. f 

Son étyniologie, VI. 11. 382. 

Appcllée encore StambûHi, V- 
H. 73. 

Cùntcmplatian appellce unemorr 

• ,prcneufe, VI L 8. 

Qantefiation comme on fe,doi( 
comporter dans une contro- 
verse ou Contellation dediffc- 
rentes opinions, V. U. 1 91. , 

Nos Conteftations devroient 
être comme desconfultadons^ 
où Ton recherche la vérité, 
fans' fe foucier beaucoup de 
la vidoire, VL U. 26%,fequ. 
C&nttnent 6c terne ferme, 1. U. 37. 

OntradiBion opiniâtre defiigréa- 
- Wc en compagnie, U. H. 216. 

ÇùrttTainte^ elle donne de Taffli- 
âion en quelque lieu qu'elle 
fe rencpntre. Vil. 1. 13. 

-Contrarn. Souvent en la mora- 
lité il fe fait union de deux 
Contraires, iâns qu'il fe for- 
me un tempérament panicu- 
licr des deux, comme il arrive 

rrefque toujours ailleurs, V. . 
104- 

Canoenancef naturelles obfcrvêes 
« dans tous les ordres de la Na- 
ture, IV. II. 317. i^fidvantesJ 

Cmntffëtwnfit fes efret5,11.11.2 1 6. 

Le commerce populaire elf 
mêpriiâble & de(àvantagcux, 
V.U. 137. ' 

. Les hommes de mente nou9 
' doivent être plus recomman- 
dablcs que les marbres 6l au- 
tres raretés, VI.I. 6ç. 
' Tiij 



094 



TABLE 



Xjesmtuvûfes: 
nent U bonne inclinâdon de 
«lec^ux mêmes qui (ont natu- 
rellement portés i la vertu. 

De ceux avec lesquels on fe 
doit:6imillarifèr» V). U. 276. 

Cêwerfatio^ extérieure , U. It 
337- 

Cmutrfatkn intérieure, iHi. 336. 

• fiqu. 

Céwoftifi des Riche(Iès> M- IL 
197. V/ui»,. 

COPPESHAGES, ville Gapita- 
le de Dannemarc, 1. IL 48- 

COP, II. 3. De fon chant. VL 
II.1H. 

Coqs bannis d*iine ville , afin 
de n*étre pas importuns à ceux 
qui dormoient, IL 11. 5^. 

Us gourmandent ceux qui leur 
ont donné la naif&nce, V. U« 

»S9- 

Co^tùUes au lieu de monnoie. 1. 

II. 148. 
. CORAIL & fa produaion, L IL 

112. 

CORBEAUX blancs, L 11. 49. 

(Corbeaux oui tombent d'en< 
haut tout étourdis d*un trop 
'grand cri, IL 1. 139. 
Les Corbeaux ont un admira* 
ble odorat, VI. L43. 

CORD/57:E5peuple Gaulois» 11. 
IL s6a., 

C0W5XJÈ, LU.y3. 

CORFOUÎ\etlïk67. 

CORISTHE, villç fort célèbre 
$[^ ttès g;raftd mérite, L U. 
71. VI. U. 377- 

CORNEILLES, elles Jie font ni 



CokMnbes ni Ccnbenix. %& 
re des Euriuques & àact^ 
VIL L 252. 

CORWEMUSE «u lieu de s: 
bour en guerre , L II. 47. 

Inventeur de la Cornes:^ 

V.U.117. 
COKON ville du Peloootnex 

fa penepir la Àute de Cb: 

leskîuint, tV. L 361. 
CORPS^HUHAn^, defespr 

des, & de leur fimadon, 1 
^' L 129. 

Les Corps humains ne k^- 

pas tous lembJables» VLU icr . 

De la fiibrique zdaànbiUài 
toutes les paities dif Cotf» 
humain, VIL L 359. 
L'on ne peut rien conreo^kr 
de plus admirable dans k K«- 
ture, IILU.226. 

Les Cerpf inièrieurs rscoivem 
fenfiblemenr Us iaàxaca 
d'ehhaii^ L L 264. 

Corpulence de l*honBie, s'il eft 
plus â foukaiier qu'il (o^it 
grand ou peti^nos ou àSxt 
m.Liou 

Cone^HvH, de celle que noQsd^ 
vons faire de nos pn»prcs <k- 
&uts, i^(i^34i. 
La cotreâion ne nous vts 
nuire & nous &it ptwis 
quoi qi\*elle foie eMselIive , \t 
L353. 

CORREGGIO,LlL6s. 

Corm^thn. U n'y a rieii|de fier 
quis & de û prifàUe dans le 
mond#, qui ne iêcorroispe 
de foi-ni^me, ou par nôtre 
mauvais u&ge avec le rcrs 
IIL L 294. ^ fmvdutu. 

Les -meilleures choies & cot- 



( 



DES MATIERES. 



295 



rompent pir le mauvais ufa- 
S>e, VlLl. 315. 

•11 n'y en a point de pire que 
celle des chofês excellentes, 

m. n. 916. 

rORSÉlsle, LIL64. 

[:05 ou Z^NGO fle, 1. IL 134 
Grandes animofités &!|g;rands 
troubles & deibrdres caufés 
par h préférence des Cou* 
kucs il Rome, éCbnihmim^ 

Çle, en Tanarie, Ferfe, & 
'urquie, & en Angleterre^ 
ni. L io8- 
Cww, VI.IL140. 

Singeries ridicules, ULhiz^ 

49* Juicaotcs. 

l>e Ja Courtes Princes, ce 

2ui en peut donner de Taver- 
on, \a. 1.497. 

A la Cour les plus (âges y 
parlent le moins, VL IL 141. 

Des Courtîiâns & de la fervî- 
tude extrême â h auelle ils 
s'afibjetiiflènt, Vir.L2./ê^» 
Figure de ceux qurfuîvçntlcs 
cfperances trompeufes, &qui 
fe repaifiên^ des tonés vanités 
de la Cour, ibid. 104. 
C'eil une vie malheureuiè que 
celle que^ Ton pailè dans la 
Cour des Ro'is,ihub209.fiqM, 

Caurvmu Francoife & Ion indé- 
pendance, LL34. 

CoKirierf l cheval en Perfe, VL 
L 256. / 

CoKrfi & Courrien, L L 235. 

Cêttrtijâne, L'entrée de fa maiibn 
nclt pas û datigereufc, que 
d'y arrêter trop, VI. IL 323. 

Les Ck>uni(ànesroiU pour l'or- 



- dinaire grandement aocortes, 
ikid. 371. 

GMtfmnr. V11^H.ii7a 
Lès diJÉTerentes Coutumes & 
façons de £ùre maitrifent é- 
trangement rhomme, VL H. 
3^3- , 

Elle doit céder à la venté &ï 
la railbn. Vil. IL 170. 
Des coumn^es & façons de vi' 
vire des peuples de fa nouvel- • 
le France, VU. II. 201, 

COUTEAU dont ceux de Del- 
phes fe fervoient à punir les 
criminels, & à facrifier les 
vi^^mes^l. L 32. 

Couteaux prccieufemcnt gar- 
dés en deux diverfes viUes de 
Cappadoce, VU. 1. 292. 
Qrabe & Cabre, VI. L 310. 

Crachat. Vers la Guinée les Pa- 
yens ne crachent point enter- 
re. VU. L 146. 

Remarque» curieuics, ià.330. 
CRACOyiE viUe capitaledé^o- 
logne,LlLstk 

Crainte y L D. 257. La peur e(b 
le plus grand de tous les maux. 
C*ell une punition divines 
Ul. L 20. 

CRAPAUDISE, a. L 91. 

CRAPAUX de (Quatre diverfes 
fortes en Canada, VI. U. 
366. 

CRASSUS, n IL 334. 

CRATBS le Thebain ou le Cy-. 
nique , IL IL 57. 

Modération louable & admi-> 
rable à ibuffrir les injures» IL 
. n.423. 

CRi^T^PhUofophe.VlLLilt. 
T iiîi ' 



, I 



39^ 



TABLE 



CRAVATES, I. n. 91. 
Créance mal fondécSj'VI. IL 229. 

OÉfltiVm 'd'Eve, VI. II. 405* 
Cnatme adorée pour le Créateur 
, par ceux du Fcrou, & par les 

Chincas, VU. I. 120. 
Crédulité, VLII. 239- ^ fit'O- 
CREMASQUE, 1. II. 66. 
CRETE oyi Candie, I. II. 125. 
CRKAf ville capitale de la Tar- 

tarie Precc^itc, 1. 1^. 79. 
CRI SON d'Hxmcre célèbre 

Coureur, VI. I. 255. 

CRITIQUES 6c contentieux, ils 
font étrangement importuns 
& ftcheux en compagnie, IIL 
1. 383. 

Ds ne trouvent jamais rien de 
bi^n, ni dans les diyertiilè- 
mens, ni dans les travaux 

• d*autrui, VLII. 256. 

Il ne fiut s'arrêter à toute for- 
te de Critiques, VIL IL 131. 

CROATIE, I. IL 74. 

CROCODILE, lU. L 40. VIL 
IL ig. 

Cinq chofes fbrtconfiderables 
en lui, IL L iig. ' 

n cfl le fcul entre Ils animaux 
qui air Us dents mobiles avec 
la machoîie d*enhaut, VIL L 
3^5. 
CmfaHas des François faites en 
divers tems pour k recouvre- 
ment de la terre occupée par 
les infidèles; & contre les Hé- 
rétiques Albigeois, IV. IL 396. 

La Cnix, fupplicè d'Ëfclaves, L 
L 100. 

CROrONE, ville, VLU. 190. 



CROTOWATES,^ V. H. 9;. 
Crommere de cheval: La co^k 

cit une marque d'ioÊuniedb:! 

les Turcs, VIL I. 11. 

Cruamtê in}\uniaine, IILL:;: 

CRISTAL, picnre qui tktArie 
moins qu*une eau ^gUcae i 
endurcie par le firoid^ IL Lfy 

CTESILOCHUS, Pcimre, U 
L97. 

CUAMA fleuve, L IL 150. 16:. 

CUBAisU, Ln.36. 

Cube où Quarré. De k ^nr? 
cubique ou quarrêe, \1J. H 

Cmr de< bœufs , des moarons & 
des Chevreuils mangé avecU 
' chair, ML L 155. 

Cmjme & Ciûfinier, IL 0.4^- 
CUISSE d'ArccftIaus, IL L 8- 
Culte divin, VU. L 117^^ fiés- 
CUMES, fes habinns offleme- 

ment groflîers & fiupide», V. 

IL 13s. 
CU74TUR où Condor, «fetu, 

VI.L'5i2. / 

Cmiofité de (avoir n*eft p«m 
mauvaife en e]](-iiiêiBe, VLt 
149. fequ. 

CVANEES aà9ympimà& 
Isles, L IL 74. 

CYDIPPE, Maitrxîire d'Aconc- 
us, VIL L 2:67. 

CyCNE, bourmiot chsnttr 
- quand il dï prêt ^l'abandon- 
ner la vie, U. IL 512. 
Le Cygne & le Corbeau pour- 
quoi confacrêes à Ffiobitfpar 

• lesPaycns, VIL L gl. 
Son chant pris potn- le préhi- 
de de fa mort prochaine, IV. 
L 117. . ♦ 



DES MATIERES. 



•297. 



CKZ^NEJiauce montagne « 11/ 
l. $1- 

CVLO'N Croronîate, coftfpire 
contre Pytbaçore & ceux de 
fa fe£^e ; exçire. une fedition 
contr'eux, en laquelle ils pé- 
rirent tous, V. 1. 250. 

Les crNETH£N^E5 ennemis 
delaMufique, V.Il. 84. 

Cl^^nQUES PMIofophes. Leur 
fondateur Si leur doârine. 
Pourquoi ainfi nommés, V.l. 
176. Jèqu, 

crSOCEPHALES, IILL 177. 



Cr?Jl£,Isle, 1,11. 124. 
CrPRES, 11. L 104. ' ^ 

CrREhfAIQUE UEGESiAS^XL 

11. 373. 

crRENAlSpES & leur doari- 
ne touchant la volupté, V. I. 

CKK 175* grande cruauté, I.I45. 
CrTHEKONmontagnc. L IL7 1. 
GZ^, I.U.52. 

CZUKAU ou SUCHAU vîUe 
'■ capitale de la Moldavie, L 11. 
78- 



DiUJIf/ITZE, 1. IL 74. 75. 
DAAfAS.iM, 119. 
VAMASIEl^S montagnes de la 
Chine, LU.. 129. 

DAHSEMMCi Itoxaume,fa de- 

(cnption , L 11. 48 • è^ fiûv. . 

DASOIS, origine de leurs Rois» 

m. 1.170. 

Danfi. On doit faire apprendre 
à danferàun jeune Monarque, 
L 1.231. 

Les plus mnds Monarques & 
le^ plus âges Ti*ont fait aucu- 
ne difficulté de danfer, f>f<{. 
229. 230. 

Quelques-uns ont blâmé k 
Danfe, ibid, 229. 

Danfe Pyrrhique, ihid. 231. 

Les Danfes font un figne de 
dueil & de^ftcflè aux Amé- 
ricains Méridionaux^ VL U. 

Di4N7Z2C viUe, LU.83. 



DANUBE fleuve, 1. IL 7c. 87. 

DAPHIDAS puni de raiflerie, 
VU. r. 171. 

Di1?HNl/5 Medcdn, IV.L99. 

DARIUS gitnd buveur, tt.IL 

466. 
Di^lOD, lILLio. 

DAUPHIN, poiObn, VL L 513, 

Ceft le phis'vite de tous les 
animaux, U. L 117. 

Les Dauphins portent â terre 
ceux de leur efoece mort% 
pour être inhumes, VL L2t8* 

M. le DAUPHIN de France, du 
foin que Ton doit prenc&e de 
Ton éducation , & de Ton in^ 
ftrudion, 1. L 3. 4. i^ fuioant» 
voyez inftniâion. 

DAUPHINE, L U. loi. 102. 
Declamaiemr, êc Déclamation, VL 
IL 283. ^/«"'. 

Defawt. Il eft utile de tenir cft« 
chés nos plus grands defiuics 
Tv 



^8 



TA3LE 



autant que fàifç fe peut» VU. 
1.234- 
DefertMe* Il n'y en a goint que 
nous ne foions obligés de ren- 
dre flux Princes & Monarqtiet^ 
lU. 1. 2i$, 

Difiance. C'cft être bien mal- , 
heureux d*étre toujours dans 
U défiance & dans Tinquietu- 
de de l'avenir , VI. IL 1 19. 

Deftmtisn^ elle doit enfermer 
dans ion pest efpace toute la 
nature de la choie, lil^ IL 1 51 • 

D^4» Géographiques» LU. as* 

DE/PN0S0PHr57M;VLLi 59- 
> ÇÇLroyaume, L 11. 151. 
- VELE ou Delos Isle de la Grocc, 
illulhe parla naiHknce d*Apol- 
lon« VU. L 161. . 
11 y rcndoit fes Oracles du- 
rant Tix mois de TEté, puis 
deU, il paflbit à Pachare ville 
de Lycie, ùià. 165. 

0£iX^ Ville de 4*empire du 

Mogol> L U. 157. > 
DELPHE Isle de là Phocideoû 
' fe rèhdèient les Grades d*A' 

poUpn, VL IL 376. VIL L 160.' 
'^ fuivantes. 

Demarthe, L'indication de la 
' j)udeur d'une pcrfonhe, fe 

prend 2t fon port Sc^ùl nilu> 
y die, VLL48. 

, ï)È5WRCHi;5Athlete,Vl.lL330. 
DEAŒTRIUS le Cynique, V. 

1. 301. 

DEiMËrRJl/^Philofophe. Ge- 
nerpfitc confiderable dans la 

Ï>tofefTÎQn ouverte qu'il fiii« 
bit de liberté Philo(ophiqu& 
UI.L217. 

J}efm Savtrht, importuns en corn- 
«pagnie, U. IL 029.' 



Dtmterâtié &^ de ce qm Id eft 

propre , L IL 3 17. G'/îoo. 
DEAfOCRlTE, V. L 19g. 

Comment il conibla Dtiis 

Srahdemenc afSigc HeliQ3G!i 
e fa femme, Q. II. 378. 
Il étoit ennemi de la gloin& 
de la vanité de ce mocdi 
Ond. 190. 

Réputé foi par les Abderûês 
quoique plus (âge qu'eux cof, 
V. IL 139. 

Séduit. à la neoeflité^^pocr 
avoir corifumê tout (on pi^ 
trimoine â voiager , VL 1. 69U 

n fe priva lui-mcDiedelavû^ 
VLIL136. 
DEMONS. nvenadeboftf& 
de mauvais aom les rçoo&s 
âc les opérations ne peu%T]icê 
tre abiolument niées ftosof 
fenfer la Rjeli^on, VIL L 194- 

Dm&Hfiration^ IL ▼ ca t de 
deux forte» txis DomKS qà 
prouvent toutes deox, mais 
ooh avec certitude égale, HL 
1- 453- 

DEMOSTHESE n'aom yàsi 
fon an d*Arilh>te , u. L 204. 

Dfl^, VU.L359./<^ 
Les plus noires (ont les plus 

. belles pamû les laponnois. 
VIL L 8. ^ 
Ceux qui en ont pen ék ibsi 
feparées ne font pas pour ^ 
vre longtems, ilùf. 362. 

11 fe trouve des pedbfuicsq^' 
ont toutes les dents d'un feil 
oflèment, la i 



Les peuples des Indes Orien- 
tales font gloire d'avoir kt 
Dents noires, VIL H. aoj. 
De la Dent du Singe 6 cdr 



DES MATIERES. 



J9$ 



bre dans toutes les Rektiôna 

de rinde Orientale» VU. 1. 

293. 

Dents de Xoup pendues au 

côu du cheval pour le vendre 

plus vire. Vil. U. 66. 

DENTS d'HftlicamaïTe Hiftoi- 
rien, fon pais natal, & du 
tems auquel il vivoit, VI. 11. 
6o« 

DENVS d'Halicénaffe, leMufi- 

<den , ibid, 61. 
Depenfif, les exceflives ruinent 

une niaifon , 1. 11. 294. 
Dtpfaiftr, 1. il. 2$6. 
Dcpet. La foi du Depot reli- 

gieufcmenc gardée parmi les 

Viiides, V.U. 1^7. ^ 

Les Indiens s'en moquent, là 

DERBICES, Nations, II. U. 

275- 
Dere^lemnu de refprit humain. 

\ai,U.2o6. . 

Dcfcfnoir étrange d*unRoide 
la Chine, VU. l'. 350. 
Dtfir, LlLafx. 

Le Defir nommé la meflire 
de la pauvreté, iHà, 252. 

DefHTL Ceux qui quittent un de^ 
icin' ou un emploi pour en 
prendre quelque aunre, doi- 
vent s'y porter petitil petit.Pre- 
ccpte de ^Eydiagore i ce pro- 

Deftin oudeftinée & fatalité, en 
latirvEutTiM» DivedeS fignifi- 
cations & interprcndons de ce 
mot, VI. 1.437. 

Détroit ou manche, 1.11. 30. 
) Décroit D*Anian« itid, 37. 
«59- 1^3- 



neftfàfix&ruppbft, VI. IL 

358^ ; ^ 

Détroit des Dardanelles, LU. 
74- 

Détroit de Gibraltar^ I.IL30. 
57. 137- 
Dctroit de Magelan, ibiA. 37, 
167. 

Détroit du Maire, !â même. 
Dette d'ai;gcnt fe doit payer: 
Loix & coutumes rieoureu- 
fes, IIÏ.L46. 

Dévotion, elle eft un lien depai^ 
faite amitié ennre Dieu & les 
hommes, 1. 1. 29. 

Des DEZ l. L 236. 

DIABLE, il cft trés-ûvant, IIL 
1. 19a. * 

Adore fous divers noms en 
plufieurs Nations, VU L 121. 
U a toujours taché de s'attri- 
buer le culte qui n'eft dûqu'i 
Dieu, imitant dans toutes les' 
fkuflès Religions, ce que la 
bonne enfcigne dans fa Litur- 
gie, & ce qu'elle préfcrit au 
lujet de fes cérémonie», VU 

1. 2^7' fi^' 

Diaâam, 111. L 199 

DialeBi^, L L 170. 1. IL 363. 

Dîaleaique de Chryfippe, V. 
1.226. 

Des Dia/tf|p«ei dans rhiftoire, fi 
àbfolument il n'en &ut point 
emploier, IV. U.302. 
Dialogues de Ciccron & de 
Platon, IL U, 17. 

DIAMANT, VI. L 23. Il eft 
enneim de l'aimant, IV. 11. 
317. 

DL4NE Cindyade, fur laquelle 
on difoit qu'il ne negeoit & 



iy» 



TABLE 



' t)e pleuvoit jtm^» VIL L 

Dian^ Ordue, Divinité du» 
Sparte, devant laquelle on 
foiiettoit les enfans par dévo- 
tion > 111.1.3131 
D/44A££C province, LU. 126. 

DiéHovy parole ou niot^ 11. L 

197' fiqti, 

L'Iionnctctc requiert ^uon 
s'abdienne de celles mii por^ 
tent neceilàireinent à despen« 
fées fidçs & impures, V. IL 
4o6« 

DUt Decretvrn^ VI. 11. 297, 
^ Dits /Eg^fptiad ^ ikid» 296. 
Ùies fnfti ^ nefafiiy parmi les 
Romains, là méme^ 

, Diet nantis ftifpeHi. ihUL 297. 

jDûtff, Elle gtirentit de toute 
forte dlnfirmités , & ièrt de 
remède i. tous maux, ULU. 

DIEU nommé un cercle intelli- 

gible, ou une (phere d*întel- 
gence, VIL L 76. 

C'eft une préfomtion, crimi- 
nelle de vouloir pénétrer |uf^ 
qu'aux plus fecrets conieils 
de Ja Divinité, VIL'L %%6, 

ïSigiuf merveilleufès,, L L 304. 

DiyOS capitale de la Bourgo- 
gne > L IL 102. 

DiBgenct & célérité grandement 
nccef&ires dans les aftaires 
d'importance principalement 
en matière d'avis ^ de nou- 
velles, VI. L 253. 

' DIOCLBTIEN préfère la' vie 
champêtre au commandement 
abfolu, LL 187.' 

DIODORE Sicilien, Du lieu de 



fa ntiflàfice, de fimlûildTe, du 
tems qu'il emploia à récrira & 
de ce qui nous en manque t 
préfent, IV. IL 74 /^f*. 

DKXjENE eftimé TAmeur 6 
la Seae Cynique, VI. L i'! 

Nommé le Prince des Cra- 
ques , V.I. 176, 
Modération & patience tàr> 
mble à foufirir toutes Izs cl- 
fenfes & tous les mêpri>, \1 
M. IS3. 

Mangeoit en « plein mardtc, 
^ parce qu'il avoir faim, M l 
160. 

Demandoit aux Statues, ifi*i 
d*étre plus hardi & poorsVc- 
coutumer au itfiis, VB. l 

DIOl^ fumomiué Chrvfeftnoïf. 
. Orateur & Pfaiiofopfie, Il IL 

DION Caflius Cocreras, oaO> 

treanus, Hi(h>rien Grec, h 

' nailiknce illulh-e & tes tnt- 

piois honorables, IV. IL lie. 

DJOSCÛRJAS, ville delà Col- 
chide, VLU. 385- 

Difcours & divers entretiens oui 
. fe font ordinairement dansks 
' compagnies, IL IL 226. i^ 
pavantes. 

Pour bien iuprd*undifcourf 
ou compoution , il le £iut & 
TC, & ne fe pas conrenicl 
d'en entendre la ]e£hire, VtL 
L274. 

Le difcour$ eft l'image df 
l'time, V. IL 414. 

La fin des difputes doit errr 
de découvrir la venté des cho> 
/fcs., m.U.8. ' 



DES MATIERES. 



301 



Faut T af(tr avec roodcrarîon 
& fiif^ injiins» U. I. ^3. . 

DiSPOSITÎOl4 oratoire, 1. 11. 
190. 191. 

D/l/Isle,!. 11.133. 

Dioerfiti^ Ifl nature s'y pl^it gran- 
dement, 'U. 1. 141. \^ L 

Il n y a rien,de plus confoniic 4 
nôtre nature oue d'^imet le 
changement^ èc de fe plaire à 
la diverfitê , VU. 1. 1 1 1 .; 

Dsvertijfemetts Ôc récréations, U* 

a 68. 
Dûrinatim, VI. 0. 84. 

La Divination eft accompa- 
gnée de manie & de fureur 
VT1.I.I77. , 

Divinité, V. 1. 208. 

Ditmte de femme avecibnmarî, 
VI.U.318. 

Dur. Le nombre de dix le plus 
parfàir de tous, VI. I. 396. 

DODECATHEOShQxhe mede- 
cînale, ll.U. 207. 

DOGADO, 1.11.66. 

DOCAM775TE5, VU. «.'200. 

Do/içr annulaire ou medecinal, 
VI. 1. 27. 

Le doigt annulaire orne d'une 
bague, eft le fymbole dosgra* 
ces& des honneurs qu'on fait 
ailèz fouvent à des fàineans, 
& ^ ceux qui le merirent le 
moins, Uàd, 34. 

Du doi^t infâme, ^id. 37. 

DOLrCHQDROilffi5;V1.1.2ÇÇ. 

DOMITIEN, Prince cruel,\X 

jDOiwrnw, 111.11. nr- 

DONou Tanais,"fleuvc, 1. M. y|. 



DOJUDE, peninftile, 1.11. 11 7. 

Dormir. ' D*oû vient que les en- 
fans nouveau -nés dorment 
toujours, VIL IL 173. 

DêHcewr & bénignité. H faut 
. traiter les animaux d'indulgen- 
ce & de douceur. Ci nous vou- 
lons avoir de l'humanité pour 
les hommes, 111. L 345. 

DwUwr, L U. 256. 

Doata raiibnnés, VU. IL i^n, 

DRAGON de Mer. Moyen de 
le pécher dt de le tirer oeFeau, 
IL 11. 385. . 

Comment les Indiens font 

r»ur,leur couper la tête, VI. 
359. -^ ' 

Le cœur de cet animal a le 
vertu & propriété de la donner 
à celui qui en manee, rintel» 
ligence du jargon de tous les 
autres animaux, VI. U. 88- 

DFAK fait le circuit de la terre, , 
LU. 40. 

DRAf^'E fleuve de la Hongrie, 
1. U. 76. 87. ' 

DRESDE fejour des Eleaturî» ' 
de Saxe, LU. 94. ' x 

DREUX de la Valée aveugle ne, « 
honncte homme, & très ci- 
pable dans les fciences, VI. ^ 

U. I2«. 

Droit, de celui qui nait de la 
Loy, LU. 273. , 

Droit de nattire, t^. 273. ' 

Droit civil > ià même. 

Le Droit naturel des pères fut 
leurs enfans a été reconnu par 
toutes les Nation?, LU. 290. 

De la proite & de la gauche. 
ObCervatiûûs ' cuneufes eo ft* 



302 



TABL.E 



' veur du bns & de là main 

gauche, VU. I. 328. 

DROMjADAIRES, animauxad- 

mirablement prompts; k la 
courfe, VI. 1.260. 

DRUIDES Gaulois, L 1. 371. 
DHî;5E5 peuple, HL l 425. 
DRVSlENSdt Syrie , & de leur 
Religion, VU, L laç. 

DUBLIN ville capitale de Ilr- 

knde, 1.11.4^. 
Trois grands D«c/i£r en Europe, 

1^33. 

, lean DUC4S exdus de l*£nipi- 
re pour "avoir la barbe four- 
chêe," ou feparée en deux, 
lV.lf6i.. 



Duel y combiaritngaTKr de pp 
Tonne d perfbnne cmrt p> 
iieurs Souverains, L L 11^ 
kffiâv, 

D»tU, les Lyciens ne ponças 
,1e dueil qu en habits et fe:- 
mès, VU. IL 91. 

Dl/ERO fleuve, LU. 59. 

là hiilQpUGLAS £coffiHfe,& 
lomnieufemenr pei&oitéc; V. 
11. 152. 

DUINE fleuve, LU. 53- î;. 
Dl/N, ik figpîficarion, \1 IL 
383. 

pURASy fort fimieux de VAi- 
' banie,!. IL 75.' * 



E. 



Ei4Ntf5 Dignité, VL L 266. 
£0» de la mer. Ceux de 
Grœnland en boivent, IL H, 
477- 
EBRO fleuve ^ L IL 59. 
£fii;D£:5,.islcs, f^.42. 
BCARLATU qui fe fàifoit par le 
moien d'un petit poiflbn cou- 
vert d'ecaiUes, ib, II g. X19. 

Eihûu^ettes des Maures abba- 

tucs en Efpagne, VI. L 254. 
ECHO, queft<e? Vn.L 325. 

Dt TEcho que les Gentils don- 
. nérenr pour femme à Pan, ib^ 

305. 

Echo artificiel à Syracufe, IIL 

IL 236. 
ECHETS, jeu hônncte> mais» 

trop ftrkuxj^ & qui fatigue 



beaucoup felpiir, 1 1 2^7. 
238. 

^ D*oû en eft vennêrjBvcoôoB, 
ib. 238. 

Un Maj^flrat Chiaois pcri 
pour trois anstQures(csdig;ni> 
tés, pour s'être trop adonné 
au plaifir des Echecs» é. 2^9- 

EcHpfa, IV. L 310. 

Des Eclipfcs de Soleil, IV.tt 
276.. 

Ecpynfit ou enibraiaiieos^ \l 
IL 361 

EDIMBOURG, vîOe capkik 
d'Ecoflc, Ln.45. 

EDOUARD /K^dunon» toid* 
Angleterre, L L 316. 

fJ^/iTcr. Les bons trainesiMiis que 
TEgUIc & les Papes oatieçô? 



D.E^ MATIERES. 



103 



d6s François, tV. II. 3^. kf 

Des Egliiès & Chapelles bâ- 
ties du vol, des concuiTions 
& des larcins du Donateur, 
m. 1. 366. 

Eglifes enduites avec du iu» 

cre inelc'avec de la chaux, VL 

I-473. 

Egliiè Anglicane, L IL 46. 

Ej^lifeGalHeane, & Tes liber- 
tés, dans lefquelles elle $*efl 
toujours maintenue^ L L 24. 
^ Jmvafiter, 

ECrPTE, Vl.ILi9a. 



' La meilleute partie de FEgy- 

Ke étoit autre&is de l'Alie, 
^ n. 48. 
L'Egypte vifitce &firequcntée 
par les étrangers pour obfer- 
ver Tes belles antiquités, VI. 
1.57. 

De l'Egypte ancienne Se mo* 
deme, VII.L67. 

EGrPTIENS, V.U. 95. 

Premiers inventetirs de la Géo- 
métrie, 1.1. 171. 

Leurs extravagances touchant 
leurs Dieux tutelaires , VIL L 

ISO. 

Les ECrPTIESS comptoient 
leurs lieues jpcr Sçhaw, L D. 

ELilPHE montagne, IV. L 160. 
Les Biches qui v naiflbient a- 
voient les oreilles fendues Ôc 
partagées chacune en deux, 2a 
même. 

ELBE fleuve, LU. 87, 

ELECTIFS ou Ecleâiê fe^e de 
Thilofophcs, V.i327. 

B^ima priiè pour la curiofué 



de fe pater, & pour les dio- 
fes deFeTpht, U. IL loi. 
EJemensttï gênerai, confondus 

rrfois avec les principes de 
Phyfique, U.l.5.6. . 

Elemens adorés ^ VL L aoy. 
206. 

ELEPHANT û cft ennemi du 
Bélier, IV. U. 319. 

11 a peur du grognement du 
Pourceau, & de là'vùê du 
Bélier, 1U.L2«. \ '■ 

Elephans diffi^rcns en eipric 
ièlpn- la différence des liewé 
de leur produdHon, VIL 1. 
406. 

Elephans fi^ambules, Jl. L 
122. 

Elephans t>rancs, il mim. 

Elephans qui ontiieuxcceurs. 
IV. L 16a 

££JD£. Louable coutume de 
Tes habitans pour rendre la 
juftice, VLL 199. 

£Lf£^ RefTcmblance entre lui 
& Phâcton , VI. \L 400. 

EUENPhilofophe Romain, VI. 
L70. . » 

ELISEE moqué & injurie, V. 
IL 141. 

Punition deçeuxquifavoiene 
appelle chauve , U. IL 430. 

De lui & d«& prophétie, VU. 
L.176, 

ELLEBORE, V.l 296. 

L'Ellébore blanc purge le cer- 
veau, ILU. 510. 

EhcMtim, LU. ao8. 
De Tes vices , L U. 21^. 
Le trop gfsuid (bin des'paro- 
ks & rexceifiYtafièâationdu 



304 



TABLE 



]tng:ag^f a plutôt hé tenu 
potir un vice, que pbur une 
per&âiot>» VI. U. 2* 
De la belle docotion & du 
kngfige du tetns , VI. H. 39). 
L'Elocûtion eft la moins con- 
fideniblc dans un ouvraee qui 
legarde la Morale, VU. 1. «a^f. 

Ehquence. Du foin ^ue doit 
prendre de la pureté des ter- 
nies celui oui prétend à l'Elo- 
quence. Il .1. 197. ^fnisfanter. 
V9yez Diâion. 

On fe forme diverics idées ; 
& ce qui plait aux uns pour, 
ce l'égard, eft abfolument 
condanhc par les autres, VI. 
11.66; 

L'Eloquence. ranee de Ton cô- 
te tous ceiLX mêmes ç|ui lui 
font contraires, auflî bien que 
les amis & les iiidilférens, VI. 
11. 38S. 

On ne doit point s'arrêter à 
toute forte de Criiiques, ni 
fe contrainBrc à obferver les 
moindres régularités, VIL IL 

nu 

Du prix de l'Eloquence, L IL" 
334. ^ fsttoantes. 

BLPISTIQVES, ilsmettoientle 
fouverain bien dans l'efpetan- 
. ce, VU. L 3. ' 

SMERAUDE groflè comme un 
œuf d*Autruchc adorée, VI. 
L37. 

£M£Ki^ pierre, LU. 43. 

EMPEDOCLE^yi L 43g. 

Empire* A Tegard des Empires 

audi bien ({uedes hommes, la 

fanté ell bien pus fouhaitable 

dans une (lature médiocre, 

. qu'une complexion inBnne 



- dans un cdEps de Geint, V. 
n. 383. 

Emphr de Mogol, 1. D. ir- 

lag: 
Empire du Turc en Ahiq», ^ 

EMPIRE du Turc, parrioÊCT- 
ment en Europe, L Q. 67.^ 
' jitttfaMtef, 

Emp!m, Tout homme cRctlapi 
à travaiUer, & a ffii^ qat- 
que emploi: Police r^iseu- 
(e des anciens Egyptiens, & 
de ceux du Pérou poizr ceo, 
IU.L355. 

£3£yfieuve d'AIkmagae, IL 
87. 

ESCENS, LU. 123. 

Ne peut êtK déxôbé, UL 
322. 

L'Encens des Arabes Sabécis 
leur devient à la Janine lo- 
portun, VI. IL 397. 

Supcrilidon obiêrm ptr les 

Ai:abes, voulans s'iqçiiqucrl 

la récolte de l'Erk-ras, VIL L 

357- 

De deux enfans jaoKXux qci 

ouvroient tomes lesferniro 

en approchant feulement deh 

rrte le c6té de leur» caips,^! 
332. 
Enfans qui ne ctieoi & ne 
pleurent qu'en muiique n 
berceau, VU. 11.214. 
Ennemis. Souvent nous n'amas 
point de plus grand adveriu- 
re que nous mêines, 1C.L 

Si on ufe de prudence a cbo-x 
d'un ami, il ncn faut pas 
moins avoir an fujct d'un e> 
nemi, fî ont ne peut é*Tï«r 
d'en avoir « VL]Li83. 

Eimivs 



DES MATIERES* 



3oy 



^yJNlUS Hiftorien latin «n 
vers, IV. 11. 175. 

Bi>IOTOCETES, m.l.177. 

JETttatdeMoit ; III. L 437. 

L'entendement eft un princi* 
pe interne de nos adiqns, 1. 
11. 240. 341. 

II (ê trouve parfois difpofc de 
la fone^quelors qu il s*éleve au 
deflus de la matière « toutes 
chofes lui font poOIbles, VI. IL 
^87. 
Euoit, LU. 363. 

Elle eft d'autat^t plus à crain- 
dre qu elle eft prefque inévi- 
table, IIL I. 372. 

Elle n*a pour objet oue la for- 
tune aie mérite . Vl. 1. 76. 
Envieux & jaloux de la fortu- 
ne d*auirui ièinblablci» au Ca- * 
lamfour, VI. U. 275. 

/iOL/£, LIL1J7. 

EPAMNONDAS, famonprè- 
dite par un Onde, \1L 1. 1 8 1 . 

Epkem^des, leurs connoiliânce 
n'cft pas neceflairc à un Mo- 
narque, LL 181* 

EPÎCHARME, V. U. 190. 

EPICTETÉ, fa conftancc, & Ci 
liberté ou fon affranchilfcment 
de la partie fuperieure, tti$ 
admirable, lILl. 214. 

EPiCURE, Chef & fondateur 
de la feâc Epiairiennc . V. L 
362. 

Sa figure gravée dans dqs an< 
neaux , \i. L 36. 

"EPIDAURB t^e% Ragoufe. 

EPIDAPHNE ûvyez Antioche. 

BPÎGLOTTE, ^coqunemfalr, 
U. L 140. 

• T§m VIL Part. n. 



BPmASES, V9ye% Epipfaanes. 

EPIMESTDE de Crète faux 
Prophcte,nc parloir jamais qu< 
des choies pafsces, VliL 189. 

Epifhwtvtue dans une Hiftolre, L' 
IL 216. . 

fiïtrdeblcd, VIL IL 152. 
Epitref, fi elles font blâmable* 

dans l'Hiftoire, IV. IL 303. 
Ej^itaphet, VIL IL 112. 

Epithttcsy ils relèvent merveil* 
leulcment une période ; mais 
il faut en ulèr avec modéra? 
non , IL L 249. 

Des Epiibetes qui doivent pa(^ 
fer pour très confiderablcs, 
VLL i64./^<^. 

Epoque, V. L 289. 
De fon avantage fur îwantret 
Icaes, V. U. 197. \U L 383.- 
les doiires piifiblcs & rcfpe- 
itueiix de 1 Epoque font pré- 
férables à routes les jffirma* 
fions hardies des Dogmad^ 
ques, fhid. 153. 

£P0N6?E, U.L 97. 

Bpintetir & Equinoilial, nom- 
mé feulement la ligne par les 
Pilotes, Sz la plûpurc aecou:^ 
qui écrivent, t. IL 9. 

Etptimxe, là même. 

Les Eijuivoqnes frauduleufês, «i 
pratiquées à mauvaife fin, font; 

. vicicufes & condar^néesj lU. 
1. Ï37. 

ERASME recommaiidable dans 
la belle littérature, VU.L 22^ 

ERETRIE ville dcThdTalic,'W. 

U. 54. 
J^nrURT, vtUc CapîerfcdeTç» 

pngue, LU.^ff 

U 



Sotf 



TABLE 



nôtre humanité, uLU. 170. 

Toute VEtmHitim'àts plus habi- 

•. les hommes ti*eftqu une igno- 
rance étudiée, V. 11, 230. 

^RyTHRE'E Roi, donne le nom 
à la Mer Rouge, Vil. L 299. 

BB2ERQM capitale de la gran- 
de Arménie, LU. 130. 

ESAU, appeUé autrementEdom 
ou .le Roux, cfHméparplu- 
ficuw le Roi Erithrée , là mé 

£SC4jR5or, VI. 11.20;- 

> L*odeur des rofes fiiit mourir 
lesEfcaibots, VI. L 4$. 

ESCHtSE Orateur & excellent 
Comédien , IL 11. jf . 

ECOSSE j8c l'Angleterre jointes- 
enfemble, ble la plus grande 
de l'Europe, fa lon^eur, fa 
largeur & fa fituation, 1. IL 
43. 

Ecoflê en particulier Roiaume» 
fa defciiption, ibid. 44. 45. 

ECOSSOIS feuvages , ibid, 45. 

£5Cl7Li4PÉ.fut le prenîierarra* 
cheur de dents, VU. 1. 363. 

ÈSCURIAL, VI.L47*- 
EMERAUDE pierre pretieufei 
vertu fàbuleûfe ou on lui at<» 
tribuë tombant d une bague» 
ibid, 26. 

ESOPE le Tragique. ILU. 4f j. 

£5P/lGNERoiaume, ùl defcrh 
ptiouj L U. 57. 

Sa longueur, fa largeur 8c 
fon circuit, ià viâne* 

piviféc en citericure & ulte* 
rieure, puis en Bctimic, Tar- 
nconnoilëj Si Lûfitanique, 



5es ptîncîpalcs nvkfs» b 
iMtW. poikdee par di?eiis 
Nations , ibid. 60. 
Confideréc au|ourdi*fais a 
trois Couronnes diflêreoe* 
là même. 

-Nouvelie Espagne» IW- 1^^- 
ESPAGI^OIS, de U coninrie- 
té d'hunjciu^, qui fe trow^ 
entre eux & les Franco» . à 
d'où procède leur inimiiicisi- 
airelle, IV. U. 326* 
Leur infidélité en la cooqaôe 
du Pérou, Vfl.L22. 
D un E^gnol qui moîr ca 
VauroUcou Faucon e&k n- 
gardant fixement & k ftifett 
' tomber, VL U. 331. 

ESPAGhfOLE, Ide, L IL 3<- 

161. 
Efprrtnee, ib, 258. VLL2S2. 

Nommée le pain des mîfin» 

blés, IIL 1.221. 

Pourquoi- ks bôesnontpoiat 

d'efperance, VL L 122. 
^pcrMur & k fà^on dtksponer, 

, v.n. i8i. 

EPERVIER^ oiiêiu fim eiin». 
L L 191. 

Reconnoiilànt k phifir qoîl < 
re^, Ul. L41. 

Efprits & leur dilkrqice» VILl 
402. 

De l'Efprit humain & de ik ca- 
pacité, IV. U. 322. 
Defafoibleflè^QLL4^2. 
L'Efprit de lliomme varâble 
& incon(lanr,lL B. 145. 
. .De VE^irit huntam enflé de 
alielque opinion deSdenoe; 
u n y a rien de plus fuperbep 
n'y de plus imbecille, jfc de 
plus ridicule, VI. IL 333. 



DES MATIERES. 307 

ESSESŒSS, !V, IL 8^. ETHIOPIE Roiaume êcEmpîré 
Ils ne €t marioicnt point ne ^? Abyfïîns; fonétcnduë, du 

croyant pas qu il fe trouvât , ,^ ""^« **« ce gra^d Empire, L 
une feule femme fidelcl fon ^ H3- ^fi^- 

mari, VLL 393. ^ ETHIOPIENS, VIA. 29. 

Effiem du monde, 1. IL ^^ ETOUENS^ ils n'avoient qu'un 
Efofif: merveilleux en Irlande pied couvert atixarméesi Tau- 
j^,' ^7. tre demeurant toujours nud» 

Etiifdel^glife&fesdependan. ^'^•^"*''^' ,. . 

CCS , î*. 66. Etranger, Ce mot ne doit pomt 
T^ -. « , , .^ être confondu avec celui i*fli- 
Des Etats & de leur accroiffcw nmi. Il U. 62. ' 
ment & grande étendue, VIL ., . _, , ^ 

IL 156, ^^^^ ^""^ Etranger, onneft 

T. -:.j< j.. j» » pas moins à eftimer, t*. 67, 

La grande étendue d'un Etat f . ^ ,.. ^ ' 
ne k rend pas toujours plus ^*Î5^ V^" ^^» Etranger^ 
confidcrable, IV. L 256. ?*"»« ^« lagrandcmde&oinç* 

E77ENNE ///. du nom Pape, „^** ^t, . 

eft focourû & affifté desFran- ^**«^' V. L 335. 

cois contre les Lombards , IV. EUBEE Isle , L 11. 72* 

"•,391. ' EVDOXIE, VI. U. 277. 

De /'E/Wwf , VL IL 146. l^ fuiv. eUMARUS Peintre, fut le ptc- 

ETOILES. Dé leur nombre, U. micr qui diitinguale mâle d*a- 
L 4rw vec (a femelle, VI. L 10p. 

.De leur grandeur, ib. 39. EUMELUS, fa mort prédite par 
Peuples Américains qui fe fi. ^ ^"clc, VIL L igo. 

curent des champs Elisée^ £l7NpAf/C75fevantoitde pon« 
dans les Etoiles, ViL L 137. noitre Dieu auffî cxadcmenr 
De l'Etoile de Vciius qui con- V"^^ ^« pouyoit connoitrehji- 
duifit Ence en Italie, ib. ^97. «^^«»«> *V. I,.68. 

E5T0TIMND paîsékComrée fi««^'^' VIL L ^f.^fii. 

de rAmcriqutSeptcntrionalc, EUPHONIE, L IL 333. 

^ "• »59- EUPHRANOR Peintre, VI. L 

Etres douteux, 11. L 97. 103. 

£*«niiYé du monde félon Arifto- EC/PHR/l TE fleuve de TAfie, 
te, IILL406. LU. 106. 

Etnde. De l'Etude des bonnes eujupe . qui a fept flux Se re- 
leities. Avis&enfeignemcns flux, L IL 30.73. 

T^"^ ^Z^^^À ^^^OPE, fa defcriptîon, fa ^ 
Siieîict? *^^*"""*''' "^^ Ipngueur, & (à largeur, LU, 

^rr^'ce'lu^M^^^^^ '^p^^^^^-^^r^ 



fort ancienne, VIL L 330» 



Vi\ 



iQg 



TABLE 



De Tes parties» iHcL 40. 
Pflys qui nous y font incon- 



l)ien vlu$ cour, que cduipa 
' lequel nous conduilent ki 
preceptèi , IV. L 2g2. 

Lc9 exemples qui nous énes- 
\ ent davantage que Us enk> 
gnemens, font foqvcnrcncoR 
plus inihudti& qu'eux^ H l 

Exfrczctf corporel, que doit prer< 
dre un jeune Monarque. L L 
192 



aysqui nous 
nus, 11.11. g2. 

El/ROr^S'. fleuve, 1. U. 7I. 
EUTROPE, IV. IL 269. 
ËVTrCHJASUS premier Se»' 

creraire d'Etat , ihid, 169. 
EXARCHAT éonn^ au S. Siège 

par les Rois de France » ihid. 

591. 

• àxCMfi, elle eft toujours dcwi- ^^j^iji^^ \\X 14». 
fonnable, quand elle neit pas *' ^ 

nÉccITaire, ibid.'j^, 
Exainenàt confcicncc, c'eftun 

• fouverain tiioien de fe connoi- 

• tre (bi-mcme , VI. 1. 517. 
Exclamations , 1. 11. 2 1 6. 
Exemples ils émeuvent plus puîf^ 

fammehc que les mœurs, & 
rendent le chemin de la vertu 



Exorâc d'une Oraifon , & ce qu'il 
y faut obferver, L IL 191. «^ 

fmo, ^ 

Expérience, Les grandes expe- 
riences produifent k jHiMJœ" 
ae&Ufageflc» IL D. 2^5- 

Extra&hn dès nobles confidoi? 
ble * ib, 403* ^ ftÔD. 



F. 



FABÎUSPÎÇTOÈ, lepremlcr 
des Romains qui commen- 
ta â {aire une hilloirc en 
profe Latine, IV. II. 175. 
Fable dff lafon interprétée, LI. 334. 

Pourquoi nous prenons plaifir 
aux fables i 111. L 150. 

' Pourquoi on nous les a ren- 

dutis û abfurdcs & fi incroia- 

blés, la fHL^me, 
TABULINUS, Divinité panni 

les anciens Romaine, ib, 375, 
Faim, cqW le meilleur apprêt 

des viandes. & elle ne nous 

en prcfente que d'airréables, 

IL IL 477. 
FMIAGOUSTE, villç, L IL 1*5. 

VL H. 383. ■ 



Famine^ La neglîgencci prendre 
• les foins néceuaires iVégard 

de fa conduite, donne bcaai. 

coup de peine, LIL 295. 

Familles entières d'une mltoe 

conformation , IIl« L 179. 

C. FAbmiUS Hiftoiiai Lttii^ 
IV. II. 175. 

FASSÇ, viUe, LJLno. 

Fatalité, VIL II. 6g. 

FATUAy Deeflb, V* IL 20Ç. 

Fittuni, diverfcs inteiptét a rkuo 

de cd mot, VI. L 440. VU.L 

8y. yvyez DclKn. 

K4i;C0NN£R7E, fon anciai 
ufâge, LI. 191. 

FAUCOSS blancs. L IL 4^ 



DE^ MATIÈRES. 



309 



Favmf, ÏÏL 1. 233. ^fitw. 

îl faut avoir cgard aux mentes 
de leurs pcrfônnes, & aux 
fcrviçcs qu*ils onp rendus à 
l'Etat, 1.1. 44. 

Favori âç rimperatrice. Sabi- 
ne, IV. U. 255. 

t\'iiàtt, elle eft ennemie du boa 
clptît, 1. 11. 263. 

De la fâliciré parfaite, & du 
Ibuverain bien , 111. 1. 447. 

De la félicite de ce monde, IL 
H. i$7. 

Souvent ce qui .^nible meiur 
cer de ruine, eft le principe 
de nôtre félicité^ m. L 344. 
345- 

Nône plus grande félicité ne 
dépend cas d obtenir ce que 
nous dcnrons, mais de tfe dé- 
lirer jamais trop fortement ce 
que nous ii^vons pas, VI. 1. 5^. 

Femmes i qui ccant Souveraines 
ont paru comme telles à la tê- 
te de leurs bataillons, 1.1. 117. 
Femmes qui fc jettent àTenvî 
dans la folié ou danslobucher 

• de leurs défunts maris pour y 
être inhumées a^c eux, IV. 
U. 6. 7. 

. Des hommes qui ic prctoîent 
leurs femmes l'un a Tautre, 
ibid. xoi. 

Si lec» vieilles peuvent avoir de 
Tamour dans \t bienfeance» 

DesFenmies blanch<s,lll.l.i 1 3 . 
Obfcr\ation5 curieufe» tou- 
chant ks femmes & les femel- 
les, ih, 323. 

La femme eft ennemie dase^ 
pos d'un homme, VL 1. 403. 

Us.fèinmes ne doivent pas 



être traitées par leurs marit 

avec sévices & barbaiie ^ VI. 

11.319. 

Femmes cjui fe proftîtuoicnt 

par dévotion dans le temple 

de Venus, t^. 367. 

Païs DÛ les fenmies feules cul- 
tivent la terre tandis que leurs 
maris prennent leur plaifir, 8c 
iê donnent du bon tcms, t>. 

Fcumies qui ont beaucoup 
* d*amourpour les châtres, th. 
af49. 3ÎO. 

Ou tems de Seneque les fem- 
mes avoîcnt entrepris fur le 
métier des hommes, VU I. 
373. 

La meilleure & Il plus douce 
.partie de nôtre vie fepailê au- 
près de ce beau fexe, ib. 390. 

Femme qm avoir enfeveli 
vingt deux maris', &unhpm- 
mc qui avoit firvccu à vint 
& une fenmie , 11). 11. 17. 

Isle de FER en Afrique, 1. 11. 

156. 
FER, dcfaproduaion, II.I.94- 
FERDÎNAND L & fa promo-, 

don à l'Empire, IV, I.364. 
•Sort règne illuih-e par quatre 

grandes viûoircs, ib. 377. 

fERD/N/lND Roi d'Arragoii, 

l \. 317. 
FFJIDINAND Prince Portugais 

ne mentit jamais, Ul. l. i£^ 
FERDWAKD Gonûlvc grand 
. V^urier« Vl-Layi. . 4 

FERDISAT^ Magellan décou- 
vre la terre aufhaîe , ou tçrrc 
încormué,!. U. ^g. 

FEfŒUiRE Duché, ih, éé. t 
UiJi 



310 



TABLE 



? 



fSç|fx», Ift bonne chère rend la 
^perfonne de meilleure hu* 
meur. 11. 11; 447. 

Chilon ne voulut jamais aller 
'«u fcitin de Periandre quil 
f)*eût r<^û le nom 'de tous les 
conviés „ VI. 11. 201. 
Les feftins des Perfês commen« 
cent par les fruits, & par les 
oonfitures, & il n!y a point de 
couteaux à la table, ibid. 363. 

FEi;, m.l.4Çi. 
Poifibns qui ont.ruiàge du feu, 
& rindufrne d*en faire, tfr. 1 5 3 . 

Il n*a beibin d*aucun étranger 

«liment poiu: fa converiàtion» 

11.L47. 

Adoré de plufieurs peuples, 

Vl,L;»o6- 

L'inventeur du 'feu, IL L 50. 

Feu Grec, la même, ^ 

Feux faint £lme, ibîd, 73. 
Ftfirttfex cheminantes, ibid. $7, 
FEl^^ rosjes. L'uûgc d'en 

manger cft prohibé parmi les 

Indiens, Vl.ll. 349. 
. Le FE^RE de la vUle de Rouen 

parloit en donnant, étrépon- 

doit étant endormi en toutes 
* lanj^es où Ton Tinterrogeoit 

quoi qu'il ne les fçûtpaSyîM. 

yz» fumantes* 
ffZ, ville & Roiaume , 1.11. 142, 

On n'y mange point de rôti, 

11.11.474. W«*. 

Pourquoi ainfi nommée, Vl. 

U. 38a. 
WiâeUt^. PuU^tmotendes'afiu- 

rer de la fidélité de ceuK àqui 

on commet un feçret, 11.11.1 14. 

De la confiance qite Ton doit 

prendre en un ami. tf^pw Con- 



De la âdeIkédcsSjoataiDsper 
defllis tous les petqiks de h 
terre, VILL ij. 

La foi (bigneufimiem «idée 
en des cho(ês depeudimpcx^ 
tance, eft un moicn detroa- 
per en des dioics de pios 
grande, tbiâ, 16. 
f&lf fymbole de ntoenaiffis- 
ce. 11. IL 376. 

Fkort de S. Vallier , IlL L 23. 
Les fièvres chaudes font par- 
* 1er des langages inconnu^ \1 
11.84- 

FIGUIER, ILL 104. 
Figuier fiiuvage. Une branche 
de cet arbre arrête tow court 
un Taureau furieux, L L s6f 

Le figi^er eft le feul de too 
les aigres qui ne fleuritpoin^ 
m. IL 68. 
F^Mrer de Rhétorique» L 0. S09. 

Des figures de k éSàoR, tk 
310. 

Préceptes de enlcigneflic»!, ik 
an. 113. 

Desfiguresdc la pedèc^n %, 
Des figures en une orafi», 
VL IL 393. 

Tout diicourç eacoeffifen%^ 
resellblâmable^ VILlarl. 

n n'y a point de figure d*©* 
raifon abfblument a rôecter, 
ibid. 79. ago. 
Filer. Hommes f{m filoientdacs 
. leurs maifons tandis que ks 
femmes fidfotent les afiiies 
de<dehors, VLIL 154. 

FtUu Pcmkenttt, Monafieie éti* 
bli par l'Ënpçvur lufiinics 
pour les reciiv, VLQ. 151. 
Une fille tgfit de quatre ans 



DES MATIERES. 



»tr 



veIttS'ptr cour le corps, & 
bafbaë comme un homme» 
JIUL 176. 

Les filles de la Chine n*ont 
point du tout de nom,et ne font 
point defignces que par Tor- 
dre de leur naifTance, VL 1. 
304. 

Les plus diflbluës font les plû- 
tôt^mariées au Pérou • VL Jl. 
371- 37«- 

FiUqui époufe ùl mère» Tl. do. 

Fm. Du but & de la fin fu'un 
chacun fe doit propofer dans 
le coufs de fa vie, V. U. 164. 

FINAL, liL6^ 

Financer, de quelle confequen- 
ce elles font au regard tant 
des particuliers que' du gêne- 
rai des Etats & des Monai^ 
chies, \,\,66. 

Mi(es au rang des chofes (à* 
crées, ibid, 67. 

Moiens violens&tyfianniques 
dont Ce fervent pluTieurs 'Mo* 
narques pour amaflTer des fi- 
nances, fM* ^7* ^ frwantts. 
Belles paroles des Philippes 
II. Roi d*£fpagne, ibiâ. go. 

Comme la diffîpation des fi- 
nances eft indubitablement 
celle d*unRoiaume, leur trop 
jurande referve ne lui fait pas 
moins de mal, ibià, %t. 

Des grands defordreS qui fe 
trouvons dans TEcat des finan- 
ces , IIL 1. 371 . èf fnwantcs. 
Des finances d*un Etat Se de 
leur manimentt Vil. U. 250. 

Fmefe ^ tlhice dont on doit & 
donner de gtide, VL II. 276. 



FINMARCHIE, ièid. st. 

Finmarchic Méridionale, ihUp 

48- 

FLACCtE 00^ VALACmE. 

^ag€ùJet, qui l'inventa, V. IL 
116. 

FîatttrUec flatteurs, VI. L 550» 

Les plus elorieux Monarques 
ont nal & detefléles flatteurs, 
m. L 236. 

Flatteries étranges &*ridîcQ' 
les, itid.22$.lffftnvautts. 

Modération admirable de Pe* 

fceraiius Niger,i6£iL 260, vtyen 

Loiiange. 

C*eft être trop auftere de tefu- 

(êr ablôlument toute forte de 

loitange, VI. L 350. , ^ 

Il faut fe garder (bigneofement 
des flatteurs, iiid, 351. 

C e(l une injuftice & une in« 

civilité de rejecter U louange 

que mérite la vertu, ilnd. 

3Î3. 

11 n"y a rien d'impertinent 

& de ridicule i Tégal d*un 

flatteur, VI. U. 150. 

fïnvof Sabatique, ILL54, 

Fleuves, IL IL 67. 
FLORENCE^ viUe & RepuUi^ 

que, LU. 66. 

FLORIDE, ihid. 161. 

H.01l(/5Hiftorien Lann« qui 
a fait TAbregé de THiftoire 
Romaine en quatre Livres, 1V«. 
11. 247. 

De la liberté qu'il prit d'écri* 
re i TEumereur Hadrien, & 
la reponfe qui lui fut ftit^ 
ihid. 348. 

Si c*eil le même Florus qui a 
fiut 1« argumens fur toi» lÂS 
tlii^t 



«* 



TABLE 



livres dt Tke Live, ^nê, 249. 

feqm. 

iUUVS FtORUS, autre & 
plus iincien que l'hiftonogra- 
phe remarque par Seneque, 
ibid. 252. 

I7jîte, V.ll. 97. 

Quirinvema, V.U. 116. 
fluteurs de Grèce, de leur 
vice, VU. IL 212. 

Fins & reflus de la Mer» Se 
conune il le fàiti Jl. L SS* VI. 
D. 93. 361. 

' T'rii Avant la venue* du Meffie, 
on fe pouvoir fauver avec la 
Foi implicite , oblcure ôc en- 
velopée, V. IL 24. aS* tfoyat 
Payeos, & la venu des Paycns. 

• Depuis la venue du Meflîe, 
on 41e fe peut fauver, qu'avec 
la Foi explicite de Iefu9-Cfirift,< 
ihid, 7g. 

La Foi & Religion Chrétien- 
ne na pas été publiée par 
- fout le monde , aés les pre- 
miers tcms du Oiriftianiime, 
ibiii, 79. è/ fuivnntes. 

Si aux lieux où la Foi n*a ja- 
mais été publiée, on fe petit 
fauver en vivant bien morale- 
ment avec la Foi implicite 
obfcure & envelopée» ibid. 
88. ^fuivantes. 

De la Foi explicite & impli- 
cite, ibid, 90. 

De la Foi & parole donnée. 
Les Princes doivent être reli- 
gieux obfervateurs de leurs 
paroles, IV. L 344. 
La Foi donnée doit être mvio- 
lablemcnt gardée» lU. L 141. 
^ fuiv, 

W9li€, V. IL ao^ 



Un Empereur ^S&nt, ^Hn'i 
avoir point dlioiimies qui ne 
fuilènt fous, pour k mcir. 
fept ans de fmte, du 177. 

Folie d'autrui canonisée^ 3 

La Folie & Tignonnce On 
maladies de l'ame, VL L m 
Le nombre des Fous cft bei - 
coup plus grand quecdoidc 
, (âges, ib. 19. 

féntainer iniraculeufêsIVJLa^;. 

Fontaines qui ct ek nei K &qc 
allument les fitraSeaus, H l 
$3. 

Fontaines feœarqu^)le5 poor 
leurs vertus & propiietâ nw- 
veilleufes, ib, 61. 
Fontaines d*Amaiontrèsdar 
des k nulr, & très âoide k 
jour, VL 1.407. 
Fontaine enSkik^s'iUE 
au fon des flures, A. 399. 

FONTAINEBLEAU, Târ nV 
a rien de mal Êûûor, \1L L 
• 34- 

FONTARABrE,h\Li%. 

Force, celle de Vetp/m appcficc 
Grandeur de courage, i>.:rv 
Qu'elb-ce que la Force? éèl 
276. 

Son objcr formel. A. 277. 

Appellée k venu d*un bé:l£ 
de ter, VU U. g. 

Forêts adorées parlesPavcns, X 
. U. 29s. 

Fmfte, IL L 9. &fmw. 

Formidêy 111. L 22. 

FORMOSE Isie , tour le Ots^ 
y cft féminin, \1L IL 2^$, 
Ilnyani fêtes ni jour de S^ 
bath.ii' - '^ 



DES MATIERES. 



313 



Aujourd'hui occupée par les 

Le FORTùdnt Çriennc place de 
laColcIiide, IV.U. 167. [ 

FORTUNAL, orage inopin6, 
VI. 11. 164. ^ ^, 

FORTVNEy elle prive ordi- 
nairement fcs, favoris de juge- 
ment & de façefle, 11.11. 352. 
Fonune prinùgenie Divinité 
parmi les Romains, ibid. ^17. 
La Fonune ne fâvorife jamais 
les defTeins formes des hom. 
mesfages, V.ll. 164. 
Il n'y a point de lems de la 
vie qui nous doive être plus 
fufpeiit que celui, où toutes 
chofes nous^em, VI. U. 118. 

Ceft une mauvaife exciifc de 

rejetter la faute de? mauvai- 

fesadions fur la Fortune. VU. 

«.7^ 

Cctoit une Divinité dans le 

Paganifine, ihid, 73. 

Remarques curieufes furie fu- 
jct de la Fonunejà memt kf 74. 
Chacun eft artifan de fa pro- 
pre Fortune, là même, ' 

De la bonne Fortune, vcye» 
Profperire. 

FoMgen, IV.U. 318. 

FOURMIS, 1. U. 302. Ul. 1. 104. 

La founni doit fervir de mi- 
roir au pareiicux, 11. 1. 122. 

Adonné aux larcins & brigan- 
dages, !â même. 

Elles s*entcrrent les unes les 
autres, VI. 1. 217. 

FoMSr ils demandent compatmie, 
U.U.a36. 

Un Fou croit que tout le 
monde lui reilèaible, II. 1. 345. 



FRACASTOR Mcdedn, U.H* 
215. , 

FRANCE, & fa finiation avarf^ 
tageufe entre l'Océan & la 
^editerannée, LU. 97. 98. ^ 

f lavantes. 

Sa fituation, fa lona;iicur, (â 
largeur, & fa defcnjtion,.»** 
95. W fuivaiaes* 

Ses principales rivières, fes 
Archevéchez ât Evêchez , f9 
Parlemens, ibiâ. 98. 99. 
Divisée en douze Gouveme- 
mens, les dépendances de" 
chaoue Gouvernement, iWi. 
99. f^fuioanter: 

Son accroîdèment fous le feu 
Roi Louis XIU. dTieureufe 
mémoire , ibid. 103. 

Ce çiu'eUc poflcde dans FA» 
meriquc, ibid. 104. 160. 
De la France Américaine St 
de la diverfué désaxions, de»« 
fcntimens & dcsjugemens, qui 
fc trouve entre fes peuples & ' 
ceux de la nôtre Européeiin^ 
Vlk U. iot . è* fmvantes. 

Les FRANC^OIS ont toûjouw^ 
témoigné par de belles adions ' 

, une vraie & effentieUc dévo- 
tion ; & leurs Rois fe ' font 
toujours montres vrais fils at- 
. nés de r£gli(ê, IV: U. 358.!^ 
fuivflfitef, 

Anripathieéfc contrariété d^h* 
meurs des François & des E- 
fpaîgnols, en ce qui r^ga^- 
de le fpirituel auHi bien que 
le temporel, ibid^ 325. ^ 
fuiv. , • 

FR.ANCOÎS 1. defîa Charles* 
Quint en duel , 1. 1.-127. * 
De fa prifon, IV. L 320* 

Franc - Arbitre > 1. U. 240. 
U V 



. ] 



3H 



TABLE. 



mASCGSiE, ^M. 90. 
JRMNCFOKT, furie Main,ïWi. 

BŒSE^ c'cft romcment da 
Forêts, VU. IL 17. ig. ^ 
Son ombre fait mourir toute 
forte ac Scrpenà, iHà, \i. 

frianâife, elle eft préjudiciable 
n. IL 476. .. 

FR/Ol/L, L1L66. ,' 

fRISLAM> lue ,ihid.tS9. 

froiâ. Froids exceHlfs qui fe font 
fait fendr en des Ceux, où 
Ton ne croiroii Jamais qu'ils 
duflTent être û violens, VL L 
185- 

" Païs'& contrées etnxnieineAC 
firoid^ ibid. i88« 



o. 



GATTASA ou Sedavilla her- 
be merveilleux, VI.L452. 

CALATlEflViii6. 

' CALISAIRE, petite île, ib.6^ 

CALEASBucde Milan, ib.ii. 

GAULEE» ibÙ. 119. 

CAMAHBS, pierre predcufe, 

VL L 27. 
CA'tJD, ville principale de la 

Flandre, L 11.9s. VL IL 38^. 

CilNGE fleuve, LU., 106. 
GARCIAS V. Roi de Navarre, 
• fumonimé le Trembleur, UL 

L 27. & a8. ' 
ta GARDIE noble famUle dt 

Suéde, U.IL64. 

GÀmiGUAS. fleuves L B. (9. 



Frngatitf^ ibid, 344. VjUBsaiD' 
lA Frugalité au boitt & t:: 
man^r catifc d'un kng l|s 
& d'une bonne fimté, D.:: 
459,- % 

Fruits, Ceux du Ptinrems fin 
de peu de duiéc\ VU. 14^ 

Fuefallcs d'arbres, mn marcSer 
étant tombées & toucbés:, 
VI.L4Ç4. 

Fwnerailks des anciens Parcî^ 
IV. IL ia$. 2^ /««««. 
Coutume particulière deso^- 
tains peuples voiflns àiGoïc 
Perfique,^«-1.46. 
Funérailles magiiiâques Cm® 
i divers animaux, V1LB.ii:ï* 
113. 

Fmtcg L U. 2;|. 



G:4R2^^^risle, ^4^ 
Gi4R0NNE, riviBRdeFxiiice, 

1. U. 98. 
GilSCOGNE, «^. ICI. 
GASSEtmh l'Etat mdheareix 

auquel il étoié redmtîotsée 

(à mort, VU. L 45. 

De fon équabii&ité par to% 

«^.48- 
GATTO MABtMOVA, aniœ^ 

reifemblent à lliomme, ULl 

173- 
GAVLE Cifidpîne, L IL 9^ 
GAULOIS t leur créance to> 

chant les «mes après le trepai^ 

m. L 425. 

Braves Cavabers , VU L nz- 

Curieux^deTbouvetutéa* î^ 



DES MATIERES. 



3»f 



Ss ont un inftînâ namel I 
voyager, ib,6o» 

Etymologie de leur nom, là 

jtans» Seneque en parle comme 
de chofè imaginaire, 111. 1. 
94- 

Géant pris pour* un homme 
iuperbe & impie, t&. 95.. 
II y a de véritable Géants, au 
rappdn de rScriture Sainte, 
ibid. 96. 

Les anciens réprefemoient 
leurs Dieux & letu-s Héros 
plus grands fans comparaifon 
que nous ne fômme^, ih, 96. 
97:. 

CESER Grec & Oirérien renié, 
eft celui qui a mis la Chymie 
^n vogue,parmi les Anlies, L 
1-344. I 

CEDEON avec trois cens hom- 
mes, defiiit une année innom- 
brable d'ennemis, VL L 370. 

Cemeêmx. D'où vient cette gran- 
de reflbiiblance oui (è trouve 
entre deux frères Gémeaux fu- 
jets & de pareils accidens de 
maladie, L 1. ^oufe^. 

Le firere & la ùeva naiflèntfè» 
parés d'une membrane, qui 
ne fe ccouve point entre deux 
garçons, ni entre deux filles^ 
VI. L 194. 
CmealêgU ridicule de Oiarles- 
Quint, IV. n. 301. & du Duc 
deLemie, ii. 304. 

General d*armée. Combien (à 
préfence eft néceflàire dans u- 
ne armée, 1. L 122. 
S'il doit^expofer (a peribnne 
dans les hazards, en toutes 
les oceafions quilèpréfencent, 
là même kffii». 



C emr Êii e m nAtiÉ:dle; qu'cft-c^ 
IL L 10. II. 

GENES Ville & Reniiblique, À 

Tes dépendances, 1. U. 64. 
GESEST, 1 1. 362. 

Gemes Préfidans au lieu des Ou 
rades, VIL L 165. ^fuw. 

Gemffis Sepuh^iUe Pare Serrant 
Doaeri neohgo epifieia, V« 
II. 45- 

CtnHlt, ils reçurent l'Evangile 
aux Enftrs lors que Jefus» 
Chrift y defcendit, ou bien 
par la prédication des Ap6* 
très, ib. 34. 

GeograpkU, qu*eft-ce, ùl divifion 
en pIuAeurs parties, L IL 3. 

Différente- de la Coûuogri- 
phie, sfr. 4. 

n eil nécedàîre qu'un Souve* 
rain en ait la cônnoi(&nce^ L 
L 182. 

La leéhne en eft infbudive 
& la plus digne de l*homm^ 
VI.U.3Î4- 
Geemetrie» St de Tes Auteurs éb 
premîeurs Inventeurs, L L 

174. ^yîuo. 

Cette Science ne convientpas 
â un Prince Souverain qui ne 
doit pas beaucoup s'y arrêter. 
ih. 175. 

Elle ne fubcilife pas toute im> 
te d'eiprits , là même. 

Ceux qui excellent en cette 
profeilion font beaucoup à 
eltimer, ib. 176. 

Elle eft néceflàire pour l'in- 
telligence de laPhilofophiede 
Platon, ll.U.'i2. 

De fes figures. Les atwâens 
Philolbphes s'en font fervis 
eufli bien que de rAritfameti* 



diS 



TABLE 



. que, & de fes nombres, VL L 

398. 
' Der«tudequeronendoitfîâ^ 

te. Vil. U. 230. 
CEORGI peuple de Tancienne 

Iberie, Se ae leur dénomma- 

nation,*Vl. 11. 3(^4. 
CER3l>IN7Cl/5curicux de voi»- 
' eer , & de connoitre le mon- 
de. VI. h 57. 
GESTE, 1.11.238. 
CIESSEN ville de Heflè» ikid, 

94- 
frladiateurt, Vl. 11. 2^1. 
Iftcqucs DUCLAS Ecoflbis, IL 

H. 62. 

CLASD: La nourriture du 
Gland rend rcfprit groilîer, 
Vn.11.46. 

Du G/olrede la TeiTC, réduit en 

' Table ou Mappemonde, L U. 4. 

De fes cercles, ocEiw« Cercles. 

De la Gime dç ctf monde* HIL 

CN0577iil7E5, V.I.91. 
Ils fe venroienr que leur intel- 
ligence égaloit celle 4e Dieu, 

• dans la pénétration de toutes 
les caufês premières & natu- 
. relies, V. 11. 372* 

COA place conAdcmble de Tlnde 
orientale, 1. 11. 132. 

COAGA roiaume, 1. 11. 147. 
C9.(pAef delaMer, de leurs par- 
. ties à droite & \ gauche, LU. 
17.29. 

Golphe de Caliphomie, cfr.30. 

Golphe de Mexique , ïa nt^ 
me. 

GOSZAGVE, Lli.^. 

ÇORGIAS Leontin , IV. L 122. 



C0RG014ES, VL n. 1» 

lean de GORRIS Mededc r 
grande eftûne » UL L 24. 

G9uty il «2^' en rouchan: &{;- 
milieu, IL 1. 146. VT IL r/. 

11 ne fe peut perdre ai:' 
nient, uns perdre la ^::, 
mcme. 

Pourquoi les choies d*vjjt: 
fcntcnt moins .chtiudc* ç 
froides au Goût, ikid, 14;- 

Du Gotu parmi les prj; 

de la nouvelle Fraiice, Va. 

202. 
La GoMtte ou rosoe CTkEg\i«-: 

vient qu'cnviroB le ^i^n^: 

d«c, VU. L 204. 
Cùmtus maladicè , L L 375. 

Cwtyematrs & Préceptes? é> 
l*rinces- Le chmx rt'enft^ri- 
tre £ùé avec trop de corJid:> 
ration» shid. 10. ii.^^ 
Trots formes pnndpoJes de 
Souverainetés, ou trais ôams 
différentes de goufcmer les 
Etats, L IL 301. 
Ces trois Canes de rourcm:- 
ment le reconnoiiën! psx- 
les animaux, iki. 30^. 
Maximes generdes pro^» 

t aux trois formes de gcHn'CIn^ 
< ment, ihui. 304. 

Du gouvernement polie î- 
. VIL IL 150.^/»», 
Crëmmaire Latine. Conurcnr d 
ce que l'on en doitinlKi'c 
un jeune Monarque, L l i&x 
Des fcrupules deGratnaasrc 
VU.11. iio.è^jw0«iiffer. 

CKAMflVS montagne, L : 

45. 
CrnnJU qlû ftbttfem de fnt» 



DES MATIERES. 



317 



cité qu'ils tiennent du Souve- 
rain, VILU. 156. 

GRATIAN Empereur, 111. 1. 

■38. 
Gratitude ou leconnbifltncc des 
bienfaits pratiquée par les a- 
nîniaux mêmes , ibtd, 40. (^ 

Fable ingenieuiè 4tt pigeon & 
de la fourmi, ihiâ, 41. 42. 
Les Phéniciens & les Egy- 

S tiens rendoicnt des honneurs 
ivins i ceux dont ils avoient 
reçu quelque notable afTifhm- 
ce , tW. 79. rayes Bienfait. 
IRATZ ville. I. U. 91. 
3u Grec & du François, du 
grand raport quil y a entr'cuic 
coye% Langue. 

Il eft appelle Langue m«rte« 
U. 11. 13. 

jRECS, VI. 1. 105./?^. 

Se fervoient de pendans d'o- 
reilles , ibid» 30. 

Etoient grands voiageùrs, ihi. 

58- 59- 

Leur extravagance touchant 

leurs fàuilès divinités^ VU. 1. 

120. 

^RECE & fon étendue, 1. U.69. 

70. 

Aii)oiHtl*hui Tous la domina- 
tion du Grand - Seigneur, ibid, 
70. 

Ses rivières Se fes monta- 
gnes, ihiâ. 71, 

La grande Grèce, ihid. 70. 
RE>JADE Roiaume de Capi« 

taie, LU. 58. 
REUADJERS, VI. L 456. 
RE'NOBLE capitale du Datt- 

phiné, LU. io2« 



CRENOPTOES de Feirare 

VLU.31S. 

Les GrenoûiUes chantent a- 
gréflblement pour quelques- 
uns, VII. L 133. 

GRELE, & comme elle fe for* 
me, 11. L76. 

GRISONS, ils font alliés de k 
France des le tems deLoûisXlh 
IV. U. 423. 

GKOENL/! ZvfD Isle, L U. 49. VI, 

1- 539. 
GRVES, 1. U. 302. 

GUADIANA fleuve d'Espagne, < 
LU. 59. 

OUALDALQUIBÎR fleuve dT^ 

fpagnc, ibid. 59. 
Gnardafuny, ibid. jç. 
GUELDRES viUe & Duché, î*^ 

91. 9«* 
01/ELFHE5& Gibelins. Aoi* 

mofitês étranges qu'ils prati*. 

quoient les uns contre ha^ aut 

très, VU. L 114. 

Gtent, lU.li. f02. 

U Y a des Guerres aulfî utiles 
parfois, qu'on en void d'au* 
ci'es qui font la ruine, & la 
defolation des Provinces, I. 
1.8S. 

Ordinairement les valHatis 
hommes font les derniers à 
conlêiUer la guerre, ihid. 197. 
Sans les annes toutes les di» 
(ctplincs & fcicnces ne fe 
iàuroient maintenir, ibid. 84, 
«S. 

Les aniics font les pnncJpalea 
colonnes de l'Etat , ibid. g 6. 
Nos Princes doivent être eu* 
deux de leurmiJice, s'ils veu« 
lent joiiir d'un folide repos, 
ihid.,%S, ^6. 



3rt 



TABLE 



. lef Chrétiens étant toûjoiin 
aux rennes d'une )ufte craîn- 

' te, â regard de$ Turcs, peu- 
vent les attaquer quand oon 
leur femblera, ihid, 95. 

Les fajecs font obligés abfolu- 
ment de futvre leur Roi à la 
guerre » ihid. 96. 

Les grands Monarques n'ont 
pas même agréé les vi«£U>ires 
qui dependoieot d'un mau- 
vais principe, la même ^ 97. 
, L*aR de faire camper les ar- 
mées, de les ranger enbatâil- 
^ le, & de les faire combattre 
eft tout k fait royal ; les Prin- 
. ces êc les Souverains ne le 
doivent point ignorerais* ^ 
futoantts, 

U y a beaucoup» de chofcsiViui 
concernent là roldatef<iae,dont 
on Roi doit être infbnnc; 
comme il y en a d'autres fur 
le même fujet, qui ont été au- 
• trefois de quelque confidera- 
don, & qui ^roiflènt au- 
jourd'hui alsès inutiles, ikid. 
xoo. 

La gloire.d'un foldateftl)ien 
. plus dans robeiflànce que dans 
M vidh>ire, ihi4> loi. 
Viâorieux punis pour avoir 
combatu contres les ordres, 
ià même^ 

La licence jnfolente du {bldat 
doit fur toute chofeêtrerepri- 
mée, ià m&ne ^ fuivantef. 

Les Rois doivenc avoir le loin 
de recompen&r la valeur du 
ibldat, ièid, 103. 
S'il eft permb à un foldat 
' d'ufcr de luxe en fes habits 
& en fes armes, ibid. 104. 
Des Volontaires dans les a^ 
• m^es, ikid» 1O5. 



Des ibidats fcqipoCes, bce- 
mes PaUèvolaRS, ceft Is ^- 
certaine ruine de tootcsWs:* 
niées où l'on en ibufe fabs^ 
iHd. 107. 

Un Mofvnrque doit conà^- 
fes fpldats avec toute font» 
prévoiance, là même W ic» 
Du bon conièil, & de U p 
voiance d'un Roiguettif,^ 
même. 

S'il eft plus avantageux d'r- 
tendre f ennemi ou dc.raik 
trouver , ihii, 109. 

U ne &ut iamais qu'un Uocir 
que> quelque puifot qal 
ioit, entreprenne deus guer- 
res à la fois, ihid. no. 
Il ne faut jamais coadooer U 
guerre contre de niànes ère 
mis quand, on croit â\9ir ce 
l'avantage (l^ eux. dsns To- 
ercicc des armes, âid. nu 
C'eft une fiiute de grande im- 
poraince â un Prince, çikM 
par avarice ou auoemait il 
manque à faire tout ce qui 
eft en fon pouvoir pour ob> 
- tenir l'avantage fax tçs enw 
'mis, iàmême 112. 

Encore que rien nepuâcree- 
dre plus illuihes les ama 
d'un Prince, que U demeco. 
il y a des lieux poonamoù i 
faut qu'il ufe de grande tnt 
^ricé, quand la punitioo àt 
q^elques-uT^ doit fm-ir d'€i> 
emple à plulieurs autres, i^ 
lia. 113. 

Il n'y a rien dont fentreptii 
demande une plus mûre deh» 
beration , que celle d^une grier- 
re, ikid* 86. 

Ceux qui fe fonr ef^gés 1 li 
' guerre mal à propos* d^ou* 



DES MATIERES* 



119 



venr poor âts 9tu(ès'depeu 
de confideradon^ ont quaii 
toujours {iijec de fe rq)endr, 
ibid. g7- 

On ne doit|ftniais prendre Ift 
voie des armes « uns avoir 
examiné les confequences & 
fans être alTuré de la faveur 
du Ciel par la juftice de leur 
cauiè» fui. 88* 
Principes qui peuvent donner 
beaucoup de lumières pour 
connoitre fi une expédition 
itiilitaire eft légitime ou noii» 
i*.89. 

n y a même des guerres Juffes 
qui font fouVent è detefter, là 



Celles qui fe font par pure 
néceifîté, déchargent de tout 
blânle ceux qui les entrepren- 
nent, ifr.90. 

Entre les oécefCtês q^i nous 
peuvent obliger A prendre les 
anues , celle de nous défendre 
contre la violence qui nouseft 
Bût, a toujours étc jugée la 
plus légitime , ih.^i. 
D fe trouve parfois bien de la 
difficulté ft^ reconnoicre les 
guerres qui font véritable*' 
ment defenÂvcs, là mime, 
U ne (àut pas toujours juger 
de raggreflion par les pre- 
miers aàcs d*hoiti]ité qui ont 
paru à decouven, sb, 94. 
Unejuile cndnte de quelque 
puiflance qui nous menace 
d'oppreflion , peut rendre le- 
giaine la prife des armes pour ^ 
^yoppokr^ lâmême. 

raccroiflèment des Rois vot* 
fins eft un ibjct fafHiânt pour 
leur aire lagMerr^, là mime. 
Teu» Sorte d^apprebenfioti 



n*eft pas capable de rendre 
une guerre légitime, ib. 95. 
Une guerre étrangère eft né- 
ce(&ire pour pureer les mau* 
vaifes humeurs aun Etat, ih. 
83. * 

Guerre (bdale des Grecs pour 
vangerune injure, 11. IL 430. 
Les Confeils de Guerre font 
pleins de diverfes contéflati* 
on^^V.U. 189. 

Si en tenu de guerre, on peut 
prendre quelque divernflc- 
ment & récréation, t». 8. 
La guerre & rinjuftice fixnc 
infeparables, VL 1. 278. 

La guerre caufe la calamité 
des peuples & la dcfoladon 
des Provinces, Vil. IL 8. 
La force & la violence l'em- 
portent preique toujours fur 
laraifon, 1^.9. 

. Les villes 6c les Monarchies 
plus portées à la euerf e font % 
peries, ÔL ne fubbftent plus» 
f^. 9. 

La fin de la guerre doit être 
la paix» ib, 10. 

Pourquoi la cinquième Légion 
Romaine portott devant elle 
la figure d*une Truye, là mê* 
me, 

CUIANA Province de rAmeri- 
gpe Méridionale, LIL 165. 

CUKENNE, ib. toi. - 
GWNE'E, fon étendue. Dîvi- 
^ en Septentrionale & Mé- 
ridionale, composée de phi* 
fieurs Roiauines, ib, 146. 

Les Gendls de la Guinée n6 
. vouloient pas tenir delà maiit 
de Dieu ce qu'iU pbdèdoicnc 
debiens. VIL L 123T 



)10 



TABLE 



Lts hommes y ponent leurs 
cheveux rangés en diverfes 
façons, il(. 335* 

eWR/OTS, M. La ij. 

CURGISTAN, VI. IL 3^ 

QVSTAVE ADOLPHE Roi de 
Suéde, grand & généreux 
guerrier, L L 121. L 11. 51. 
Sft defênfe cohnre ceux qui in- 
terprètent fi mal tout ce qu'il 
« fait de généreux & piagnifi- 
k|ue« condannant de cémenté 
le paiTage.du Lek, Tattaque 

. de ringoUlad, avec le reftc 

. de fes plus glorieulçs entre- 

prifes , fans pardonner à fa fin, 

la plus belle pièce de fa vie, 

1. L 1 54« 

Sa mort glorieufecn la batail- 
le de Lutzen, donna occafion 
, i toute la maifon d'Autriche, 



d'en fiîre par tour des fcsx es 
joie , quoique les Suédois k.' 
fenc demeurés vidMÎeuk, H 
L40i.(9'ykio:. 

' La mon de ce Rm nectiu 
point de coniiiiion dans '^ 
conquêtes, comme fit où.'. 
d'Alexandre le Grand dissk. 
tiennes, s^.403. ^ fm. 

GUr, y eft le .feul dans la r> 
rare qui devient pfais hcii c 
pouritlknt, IV. L 57. 

Gi;^2ER^TE5Peupk,VLL5> 

CrCES Roi de Lydie, fer 1î 
premier qui savifâ de fâzt 
châtrer des femmes, VU l 
356. 

GrÂÎNOSOPHlSTES^mtséB 

du repos & de TotâveK, H 
Un 59. 



H 



Habits- Les jugemensque l'on 
feit des hommes, félon 
qu'ils font bien' ou mal vé- 
ras fort incertains, U. U. 9a. 

Ôe l'Hiitôtftid?! des Villes, Vl.ll- 
185* ^fniv* 

Habitude, II* importe i la leunef- 

• fe de prendre un bon pli pour 

le furplus de leur vie» f^. igo. 

. Les premières habitudes bon- 
jies ou mauvaifes, peuvent 

. nous donner beaucoujb de ré- 
putation, & fouvent eues nous 
l'ôtenr,* là même. 

Des Habitudes vertueufes, VIL 
/ U. 23f. ^ fiûv. 

AEMUS montagne . L IL 73. 



H^lS/Eh/EmpeRor 6 pofiîoo 
indifcrete pour fin cheval de 
chaire. VL L 364- 

Haine, 1.0. 250. 

Moicn de tirer pioât de fo 
enneiuis, 0zi. 

Etranges animoficés, VL D. 
309. p fidoaBt£f. , 

Haine & difcorde.fiatemefle 
étrange. VU. L 50a 

HAUCABl^ASSE, viBe.IV.r 
60. 

HAMAKOVIES, L IL 109. nrra 

Tartane deièite. 
HANNIBALmnà Araereux 

guerrier, L L 130. wfùc. 
HAHNON, grand & hanJiO 

fiïmtit Oimagihois, UL L 1 g. 

19. Har4nfKt 



DES MATIERES, 



iat 



Harammet ât Oraifons dans une 
hiftoirç, IV. U. 66.67. * 

Hardiejpt^ 1. U. 257. 

Pierres qui donnent de lahat- 
diefl[è,m.l. 16. i7.d'/«io. 

HArmoÀie, Vil. 11. 21 1. W fidv. 

HARPE qui Tinvcnta, V. II. 1 1 6. 

HARUSPICES & de leurs pré* 
diâionS) ou obfervations» ^L 
323. 

Leur adreflè à tromper, VU.L 
187* 

Thomas HASELBACH Bava* 
rois, & ProfeiTeur en Théo- 
logie, blâmé pour fa trdp 
grande lenteur, VU. L 1)4. 

Htf»cf, VL 1.310. ^ 

HAVE bourg confiderable de la^ 
Hollande, 1. U. 92. 

H£B£' pééfTe oui préfidott d la 
jeunetre, UI.J. 11. > 

HEBRE, fleuve de la Thrace, 

1.11.73. ' 
HEBRIDES Ulh, th. ^2. 

HECLA montagne qui jette des 
feuy continuels, ib* 49. , 

HEGESIE, Philpfophe Cyrcnai* 

que, V. 11. 218. 
HECIE, IIU. 65. 
HEIDELBERG vi]lecap|talc du 
- Palatinat, 1.11. 90. 

HELENE ce ^ la Êiifott pieu* 
rer à Ton miroir, VIL 1. 371. 

Sainte HEΣSE, Isle de TAfri- 
quc,l.ll. 154. 

imL^OGABALE.mA. ti6. 
HELICOS montagne, L U. 71. 

H£L/OOi4Bia.£pftnoitiilairir 

d*ab(ymer dans k pon Otfna* 

r0mt vn: Part, a. . 



vires chargés dâ hei^doUp d* ^ 

biens & de richeflès^, 1. 1. 79. 
HESOCHIE, la première villt 

du mondé, VI. 11. 37c. ^ 

UEt^py m. Roi d^ France , a* 

verti de (è donner de garda 

d*iine tête rafe,!. 1. 271. 

Aâe de cruauté, i^. 45. 

HENRriïL du nom Roi de Ca« "^ 

ftille contraint de mettre Ton 
manteau en gage pour avoii^ 
deqUDi dîner, L IL 296. I. L 
37. 

HENRy /K. fumommé le 
Grand, nourri & élevé dans 
la vie champêtre en Tes pre^ 
niieres années, L L i88. 
Traduit en François les Com- 
mentaires de Cefar, IV. II» 
aoi. 

HESRV PTJ. appelle le Salo. '' 
mon d'Angleterre, L L 71. 

HESRy VIL Empereur empoi* 
fonné avec une Hoftie conûk* 
crée,VLL48o« 

HESRy Grats cfMent tourgrit 
d*appcehenAon, III. I. 24. 

HERACLITE^ de Tes pleurs coiv 
tinuelles, V.I.198. 

loiioit aux olTeleti avec det^ 
enfans, L L 24I. 
HERACUUS Empereur, i I4 
315. 

Se bat en duel contre Co(r^ 
Roi de Perfe» 1^.227. 

HERBE honteufe ou vergOQ» 
• gneufe) VL L 451. 

Herbe pudique, !à mette. 

Herbe d'amour, là mfmi* 
HERCULE, nu. lu 

Hereule de ruiftoireproftnt^ 

VI. L 6a. 



I. 



3^^ 



TABLE 



Les anciens ont «doré qua- 
rante trois Divinités de ce 
même nom, VII. 1. 299- , 
Hercule TEgyptien , & fon 
grind rappon à Ipiut par fes 
victoires & fes grandes avi- 
ons, là mSme. 

IJirtfie, '& de fbn ewiipâtîon. 
Du ferment que 63nt nos Rois 
à leur Sacre pour rexril-pAtion 

' désHércfics. 1.1. 30. 

HERODE le Sophilte en gi and^ 
eftime parmi les Athéniens» 

VI. II. 30^ 305* 

HERODiEhr, Hiftoricn Une 
De fon hidoire, & de fonlti- 
le & genre d^Oraifon, IV. IL 

Diverfes obfervûtions fur fon 
Hiitoire, ib. 12$. Wfitio, 
De quelques autres œuvres 
qu il a faites» ib. 134. 
HERODOTE, Hiftoricn Grec, 
'reconnu pour le perc de Thi- 
ftoire. IV. II. I. 

Accusé d*étre trop amateur de 
la fable, & d*avoir fait une 
■ hiftoire trop poétique , t^. 4. 

Sa defênfe , ib. 4. ^fuiv. 
Du HERON, IV. 1.1 17. 
HEROPHILE, Sybile, qui pré- 

difit Tembrafement dllium, 
. VII. 1. 160. iwyea Pythie. 

HESPERlDESi Isles delAfrî. 
que, LU. 155. èf/irio. 

JHEXAMILE, muraille, ib. 71. 

HIBOU, «quoique tenu par plu- 
fieurs pour ene de mauvais 
préface, étoit de bon aug;ure 
parmi lei Atiiéniens» L L 
37«» . 

En (îng:uliere vénération pa^ 
mi les Tartarcs, H. L m. 



HIBRAIM tué en donAittt. Z. 

1. 142. 
HTEKON Tyran de Sîdk , Z Z 

219. 
HIERUSALEM, 1. IL 119. 
HlMA^rrOPODES, UL L 1- 
HIPERNOTIES, D.lLgi. 

HIPPOCRATE honore ««« 
un^Dieu, ibid. aïoi. 

HlPPOCUDESvtyez Poli&rt 

HIPPODAMUS^ IL IL 99. 

Hspj^9mome , VO. IL 65. 

HIPPONE S^sOt Dmdé,^ 
U. 

HlPPOPOÙE$, IILL177. 

HiPPOPOTAMES^àtemiïUt 
tins apprivoisés, VL L 373. 

HIRONDELLE^ ILLiii. 
Hirondelle Uandie» aHu^ 

Hijhire. Beaucoup de db«^ Cm 
rapportées pur ies meSnas 
Hilroriens, coraïae de Tiîixs 
créances, qui ne pcoveitt i*- 
maîspailèrpour j?cdnbles, L 
1. 287. 

Elle eft une des principales par- 
ties de Tare oratoire, I\. L 
398. 

/ Des Oraifons hiftoriqus» là 
tmmiy ^fnioA. 

De lliiftoire tua thraîl, & 
compofition hiitorique, W E 
398. Wfiàcatftf. 
Confbnuités de rUftoirepro. 
fine avec U hcxêt , t^ desà' 
bles païennes avec nos ventes 
Theologiques, ML L 297. ^ 
pttVttHta. * 

Kfiwt de nftm teDis &la dif 
ficulté qu'il y a à U biendre^ 
fer, IV\L383. 



DES MATIERES. 



333 



Les plus grande Miniftres d*£- 
tflt,& les vaillans Capttaineane 
font pas toujours les plus pro- 
pres à faire ITiiftoirc de leur 
KvnSy ibid. 2%S>. 
L*Hiftoire de nôtre tcms eft 
un prcfent qui ne doit ê.trc 
fait qu^àlapoièeritc; On peut 
bien récrire, avec dcffein de^ 
ne la faire voir qu'à l'avenir, 
ibid. 287. ^ fuwttutes, 
L'Hiftoire du fiegc de Troye 
fous le nom d'un Diâys de 
Crète, IV. 11. 29. 

HOLANDE, ouBatavie fi de- 
criée pour la (hiDÎdité, pf^ 
aujourd'hui admirable. Vil. 11. 
215. - 

KOLANDOIS. De l'origine & 
du progrés de leur Républi- 
que, IV. 1.421. 

La guerre leur eft plus avtn- 
tageufè que la paix, là même, 

Comparaifbn entre leur kepii- 
blique & celle des Romams, 
îM, 427. 

HOLSACÉ, ou HoMléin, L 1!. 
9Î. 

HOàSERE. n étoit aveugle, VI. 
11. 137. 

Eftimé le Prince & le plus ex- 
cellent de tous les Poètes, VIL 
11. Ï82. 

Grandement chéri parle grand 
Alexandre, lànfiiu. 

Quoi qu'il foh eftinié fort fa* 
vant. Il n'ctoit toutefois rien 
moins que Philofophe, UnL 
184. ' 

Les plus célèbres dans fa pro« 
fefiton, ont fait gloire de fi- 
miter, tUdL 186. 

Ses livres ont excité mille con* 



teftatioos {porq^ les fiyàns, 
Hfid. 187. 
Homme, de (à création & de Cotï. 
avantageuie pofhire , 1. 1. 20. 
Des hommes paroitre aVoir 
dés têtes de cheval fans ma* 
gic, ihiA.^6^. . 
11 doit être mis avec les fub- 
ftances incorruptibles* & im- 
mortelles , 111. 1. 446. • 

£n quoi conHfte cette reflètn- 
blancc à Dieu, ^ laquelle l'E- 
criture fainte dit que nous é- 
tions faits , ibid. 440. 441. 
L'homme eft comporé du 
corps & d'une ame ininK)rtcl- * 
le, il. 1. 226. &'/««?. 
Pe« la malheuTcufc condition 
de l'homme, 11. 11. 356. 
Ceux que Ton croit les plus 
heureux font bien fouvcnt les 
plus malheureux, ibid. 359. 
Semblable à ce Prothée des 
Poètes, ibid, 2^ 

C'cft le plus (bciable de tous 
les animaux, ibidyZi6, 

L'homme eft le plusinjuftede 
tous les animaux , parce qu il 
' eft le plus fjiiriruel, VI. l. 343- 
Pourquoi l'homme pleure en 
nazflànt, V11.1. H3* 
Lui feul entre les ammaux 
nait fans dents, ibid. 370. 

Namrellcment inconftant Ôc 
changeant, VU. 11. 175. 
L'homme eft le plus divers 
êc U plus bizarre de tous les 
ailimaux, IV. 1. 105. 
Il eft propre à l'amour en tout 
tems, ibid. 116. 

Hommes fans tête , ibid. 1 ^7. 
Hommes qui ont les yeux au 
milieu de h poitrine, làiuifmc. 
Xij . - 



3*4 



TABLE 



Pluficui's ahiiiiaiw Iw font 

préférables en bonté de m^ 

moire, ihid, 171. 
HONGRIE, h defcdption, 1. 
- U. 7^- 

bivisce en haute, ou fupe- 

rieure dt baflc ou inférieure, 

là même, 
temi*«r, 11.11. 179^ 

Divinité parmi les Romains* 

111.1.255. 
tiwte,\.ïi,264^ 

, Korie/i «Wrf. îo8. 

. HmfoH, au*eft ce. Divise en 

deux, g;rand & fenûble, ibidé 

10. II. 
iJORMISDAS Architeâe, 11.11. 

329- 
HofpitaUté, caufe de la grandeur 

de Rome, U. U. 64. 

Entre les aminés lliofpitaliere 

eft la plus forte,. ibU, 67. 

Hôpitaux fondés pour la gue- 

tifon des oifeaux malades i>lU«^ 
' 1. 69. 

Les Topinambous pleurent 
* en recevant leurs hôtes ou 
bons amis chez euxj VI. IL 
145. 

HUENA hit y in. $0.' 
HUITRES pcfant quarante fept 
' livres, VI. 1.38- 

Des huîtres qui fe cueillent fur 
des Orangers & fur des Ci- 
tronniers, VI. IJ.365. 

thmanitff & douceur « il faut y 
poner les enfàns autant qu'il 
' eftpoffibU, 1. 45.^^. 

Il y a une fàufe humilitl & 
un mépris d*honneur f^etn 



d'orgueil & de ttatuptsk, % 
U. 192. &yî«Maler. 
Plus un homme âge eft «r&- 
vé dans les honneurs , pi? ^ 
9*humiile , M. !t 1+3. tfi^ 

Elle eft uniquement dmx^ 
lafagcflè, \'U.L9i. 
On peut retirer autant dV 
neur d'une aétion haSt c.. 
d'une plus relevée .parla &> 
le manière de rexecuter, s- 
339- 

L'humilité n« jattiaîs été vî» 
"avec toutes fes grâces hon àe 
lïglife Chrétienne, ikU. 34:. 
Enfeignêe par la^nagt^^ 
des tui&,'&paT aPnîla&pAie 
païenne, ta même ^ fiào. 

HITSS. Us demeurent cftci- 
nuellement ^ cheval, ducin 
y faifant font atetkr, y bc- 
vant, mangeant» - dirons. 
VI. 1. 368. 

HUPE,tbid.^to. 

HUROSS de h n«n?ell« Fran- 
ce ,-& de leur gi o faei é, i*. 
«13. 
Ils n'ufent point de fd, IL 

I^Jrographie, L IL 3. 

HTAtÈSE'E reprefenic avtc u- 
nerobe jaune, pourquoi) U 
ll.,3a2. 

HTMETT^, moniagnt, U 

71- . 
HTPAhUS, fleuve, V*n.ioj. 
lifptrMeft L'D. 215. 

De Tufage de cette figUK, Q. 

^U faut fuir les h>7cri)oks 
d'hyperbole, U mfiHe. 

HyPERSORE ES, IV. U. 7. 



DES MATIERES. 



335 



flypoecnândijMe gucri par le ino- tourdliuî un paits forr agi:ca» 

' len des voiages, VI J. 64. oie , ihd. 215. 

hi^tpuryfie & hypocrires. Vil. U. H>twr grand & exccflif, VI. U 

-28. 185. 

MVRCANIE, autrefois affivuiè Grand hyvcr en Frayée, là 

pour Ton infertilité, eft ai|- wc^mt. 



/. 



S T^CftUK, ac, LU, 155. . 
i> /«/bai/Se, i». S64. 

Elle a (ait d'écranj^e? codicil* 
les & adîons tragiques, VI. 
I. 192. ^ 

Elle ofe même s'attacher aux 
aines les plus pures, & fur-' 
prendre les puis (ândtifiées, 
ibiâ. 193. 

JAMAÏQUE, Isle , I. H. 36. i6a, 

lANUS, pourquoi la Theolo- 
^e des Anaens rendoit ce. 
Dieu à double vifage arbitre 
de la paix & de k guerre» 

IV.I.42t). r 

JAPOS, Isle, LU. 136. 

//!FONNOi5peuvent étrenom- ^ 
mes nos Antipodes Moraux, 
VIL I.8.i^/«/o. 

fyrdhu. Il y a plus de plaifir i 
voir les larduis des autres, 
VI. L 458. 

Avis néceflkire pour ceux qui 
en veulent acheter, i^.>59* 

Un lâtàimer eft fiut \^»Roi 
pour avoir et&vû planter lin 
chou de bonne grâce» LL38. 

lARSAV, Uti LU. 43. 

lAVA, Isle, & de Tes habitans, 
IL IL 276. 



lAUNE, couleur de deâil, f^ 
103. 

La (^uleur jaune eft la livrfe* 
des jaloux, desluifi, desfem* 
mes de joye, & des trainres, 
IILL117. 

Elle eft dédiée au culte divin» 
iàmfme* 

C'eit k couleur du Roi de la 
Chi je , ià mène, 

'EUe fen de fard aiuc Canari- 
ennes & aux Egyptiennes, ih, 
118. 

Jaunijfe y covlicur la plus agréa- 
ble parmi les Turques, VILL 
268. 

JAXARTES, L IL 108. 

IBERIE, îA. 119. 

ICTrOPHACES, IV. IL 92. 
Ils jettent leurs morts dans 
Teau , VL L 206. 

IDA , montagne , L IL 1 1 7. VI. 

IL 35<5. 
Idûtifnu, VILL 2^9. 
/DUJIi£'£»LILit9. 

lEASNE, Reine de Kaples, L 
L316. 

lEMSCEA, fleuve de rAfie» L 
IL 107. 

JERUSALEM comprife fous di-> 
verfes appdlations, VL II. 38 1* 
X iij 



3s6 



TABLE 



Si mSUS' CHRIST avpit cette 
beauté extérieure que Ton lui 
attribue, Vl. 1. i^s.kffnw. 

hu, il donne parfois au Prince 
trop d'inclination & de facili- 
té à accorder ce qu'il refiiiê- 
roit en autre tenis, 1. 1. 340. 
Les Chinois font fi fort pafli- 
" ©nnés pour le jeu, que non 
contens de jouer leurs femmes 
& leurs cnfàns pour un cer- 
tain têi^s, ils fe joiient fou» 
vent eux-mêmes. Vil. L 156. 
Ceft un crime capital au la- 

Son d'y joUer de l'argent , V. 
. 250- 
Du jeu des cchets, & de leur 
inventeur, 111. 11. 38- 3%> 
Cinq fortes de jeux chez les 

' anciens Grecs ^Latinsj ib,^S' 
Il n'y en a point qui foit plus 
expreflèment défendu que ce* 

. lui des dcz , ib. 47. fiqu, 

JfniNeurofpaftique, 1. 1. 245. 

Jenx floraux, VI. 1. 53. 

Jaix Olympiques. A oui en ap- 
partenoit la furintendance par- 
mi ceux d'Eiide, VL 1. 199. 

' Jncx fùnebrçs pourquoi inlHtués, 
vn. l. 50. 

JtMx Ôc pafTetems auxquels Ce peu- 
vent adonner les Princes, L L 
941* 
tes Rois ne doivent Jamais 

' prendre leur divertiricment 
dans les jeux qui ne le font 
que, pour eux, oc qui donnent 
de 1 affli<^iûn aux autres^ ib, 

leux de pure récréation, iktd, 

341' 

D'autres Prince^ ft font adon- 
nés à d'autres plaifirs qui n'é« 



toient pas moins piisîles & 
moins ^uiocûis, ai. 243. 
Obfiavanohs a ce propospoc 
ce qui regarde m pcnss 
d'un jeune MonanpiCé A. sr 
246. 

Jemujfe, IL U. 373. 

Souvent ceux qui font vçn- 
eux en leur jeuneflè , degfe- 
rent & deviennent vicieui c 
vielliflànt.ift. 277. 
De la jeuncflê viàcûfc. ^t. 
IL &/m. 

S. /GNilCE de LoyoU ne cor- 
men^a fes études qu tpns 
trente ans, IL IL 495. 

iguarance. Tout Potenpr ig»>- 
rant ne peut jamais «re !»«• 
reux, LL 155. 

De ^ignorance doue & t»- 
fonnable,V<L303. 
Un modcfte igneranr e£p|^ 
feral>k à un vak & pras»- 
tueux fkvant , 10. l M^ 
lî n'y a que levcritaWc&ïam 
qui puifte juger dengnotïfv 
ce: plaifante rencoocre de Pé- 
trarque^ th. 349. 

' Nous naiflbus tous ig;nonn% 
VlLL ig5. 

IILTRIE, & fon étendue, U 
74. 

ILOTES des LacedemonicN 
ib. 324. 

IMAUS, montagne» ib. I3r< 

hnitatmu H impaire ftut « 
prendre de bons Auteitfs l 
imiter en la compofmon des 
livres, VU. 11. 140. 
Autant qu'itfie belle imiiatic-s 
. eft loiiable, le crime de pi^ 
giaire eft tout àfiûtdi&ouic, 
f^. 141. fwycs Plagiaire. 



BES MATIERES. 



327 



Mmmtrutké dç l'anie, UI. L 393. 

MmpaffibUitê, VU. U. ;ti6. ^/«m. 

L'exemtion de quelques piT- 
fions hoiucuftselè bonne, ib, 

De Fucilitcmi inutilité des pa(^ 
ûons^aayez pafllons. 
Iw^ietê, Vil. U. 92. k^fuîp. 
On oeut erter de dire même 
<ks nerefies fins être impie, 
U même. 

L'erreur eft moins criminelle 
que l'impiété, ^iâ. 93. 

Du motd'rmptV, la wên^ tt 
pdvantts. 

httpofitiûHt 6c levées. Plufieurs 
choies à y obferver, par les 
Souveraiiu» fans quoi leur 
fi;ouvei|^nent ne peut être 
heureuS ni l'état de leurs fi- 
nances bien réglé, 1. 1. 72. 

Impofiuret & fourbes pour par- 
venir à qne puiilânce (buvc- 
iaîne,^VLL233. ^fnia. 
Autres fourbes pour des fins 
beaucoup moins élevées, ib. 
341. 

n y en a eu qui ont bien of4 
attenter à U Divinité, A. 34a. 

fmprtcathnr, t IL 216. 

Impriment, ihid, 130. « 

Jmpméenct, Elle eft attachée I 
nôtre humanité^ VL L 15. 

Impmdatce, Déeflè Atfacnîemie, 
Hnd.46. 

ISCASy ou Empereun du Pe 
rou. IL 11. 107, 

InâviUtù, (candaleufèsy V11.L 

329. tffMWm 

hc$iifianc€ de nos mœurs, VL 
LJ35.. 



De celle oui (è rencontre eft 
l'amour dune femme, VL U, 
368. 

De l'inconftance & mftabilité . 
de l'homme, VIL 11. 175. 

L'incontinence eft difft^ente 
de rintcmperance, f^oyçzln' 
tempérance. 

Jn&edMiité, VL ÎL 405. 

C'eft le nerf de la prudence» 

11.11.43. ■ 

/ND£. La plus 'grande partie 
deotnd de l'Empire du Mo- 
gol, LIL 127.128. 

nmiE>js\ iLU. 335. VLL33. 

Des Indiens de lacAte deMa- 
^abare , V. 11. 149. 

Us trafiquent iâns; parler, ibU» 
85. 

Indiens .Orientaux, Vl.L3a , 
Ceux du Roiaimie de Siam, 
comment ils rendent les der- 
niers devoirs à leurs morts, 
ibid. 205. 

Indigence mepriiee par tout, veytu 

Pauvreté. 
JTmOSTAS, in i2%. 

mous fleuve de l'ATie, OU, * 
106. 

InêgnhtS, TL y i peu de perfon* 
nés, dont les acHons & les 
pensées ne Ct reprochent rien 
les unes aux autres, âc qui 
aient cette égalité ât cette cor- 
refpotidance , qui eft la pierre 
de touche de la plus haute fa* 
gefTe, IILL482. 

Infamie, celle du fiipplice d'un 
particulier ne doit rejaillir fur 
ceux de fon fang, VIL U. 57. 

DtY Infidélité des Romains', pigwB 
Romains, 

X iiii 



3^8 



TABLE, 



tes plus telijçieufes^ fouvcrti- 
nctés font mi»e dehftirlepar- 
jure & rinfidelité. Quoiqu'el- 
les foicnt bien aifes d*en pro* 
fiter. Vil. 1.31. 
Infinité ^v^ le monde rejtttét 
par Ariftote, 111.1.406, ^ 

bgratftMde, Qtfk le vice le plus 
odieux & le plus abominable 
parmi toutes les Nations de U 
terre, ib. 59. Wfmv. 

Ji^s, UL U* 85- Perfonne ne 
peut être offense que par foi- 
même» V.U. 130 /tY«. 
Pu mépris que Ton doit (aire 
des injures , VU^U 306. ^/m- 
' panfts. 

JSSPRUCH capitale du Tiroî, 
f.U.91. 

^tnâF des animaux, â^ l'avan- 
tage qu'il a fur la MÎlbn,, Vil. 

fnftstuHim des en&ns, ^ du foin 

au on doit prendre à les bien 
lever, i^. 44. W [niv. 

InJtrH&ion des enfàns nés pour 
avoir le maniement des (ce* 
ptre'S, de combien ^nde im- 
poitance eft le fom que l'on 
en doit prendre» 1. t. 4, ^ 

Jr^fempeMiiee, eh quoi diiTerenttt 
de Vincontincnce* Vil. 11. 30. 

jpterit particulier, nomme un 
cinquième élément, 11. 11. 248- 
|1 tient lieu de père, de frère, 
d'allié, de patrie, de Dieu 
même & ruine les plus fortes 
amitiés, ibid. 139. 

pttfrieur de l'homme : comment 
il peut être connu ^ 11. 11, 94, 

Jnterrogationf , 1. Ilf.ai6. 

tnviiriabiUté i ç'çft ime borcfic^ 
IU.1.»79. 



hÊtfotthn Oratoire. Dt lés T^ 
gles &argumens poor pce> 
ver ou rendre une diolé » 
bablc, 1.1L 177. &/■» 

La J«i> exceflive tue les per6» 

nés, IL U. 369. 
' £]leiè change natareUemcz 

en pleurs, VH.L 144. 
JONI£, l.U.^ 

Saint lOSEPH man dé b fbi^ 

te Vierge eût quelque isfc^ 
çon de fon honDeur, \1 L 
153. 

lOSEPH, aimé & canefepir 
Poqphar, eftiuié par qoel- 
ques-uns le Serapis des ^* 

• ptiens, VIL L 298. 

J05£PH£, Hiftonen Grec qsoi 
que luif de nation. KaiHȣ 

, pour tefqueUes il a éoic ea 
,grec plutôt Qu*e^d)fea,I\. 
B. 73. trfinh. ^ 

lOSBPHE GOK/0NZD£; ^« 
fait, ou plutôt fikZizfic uoe k- 
ftoire de la ^(uezic Induque, 
ihid, 87- 

h&alUert & L^idàiies, VII.11. 

ai. 
lOVlES ctoit un Ptincc très- 

Chrétien quand il pininc \ 

Tempi^re, V. L 383. 

Honneur qu'il rendît Wkt» 
moire de lulien TApcftitiao 
prédeceflèur, 1^1^.384. 
ÎQHTS. Ceft une eireur popo- 
kire , de croire qu'il y ait ca 
des jours plus heureux ou plm 
malheureux les uns oue ks 
autres, Vl.îlspi. ^fào. 

IRIS y autrement TAïc an Gel 

/ ILL78. 

IRLÀimu, ouHihemie, hk, 

fa de(criprion. Ennemi des 1 

(erpens, 11L4^47, 



^ 



DES MATIERES, 



319 



Les femmes les. tikis mtrque* 
tées y (ont les plus belles, VU. 
1. 269. 

rAI^KOOJ5,teniis pour grands 
larrons , 1. Û: 47. % . 

Ironie & Faillerie en grande 
«ftime parmi les, Adieniens, 
11.11233. ,. 

Contre ceux qui ne fauroiem 
fouflrir la moindre raillerie, M 

ISLANDE U\t, LU. 49. U.U. 

Irjf, LU. 28. 

JSLES ARsLÔqaes, tM. 123. 

Isles dotantes en diverièscon* 
< cries, iftûf. 45. 

Llsle de France, ibid. 100. 
ISMAEUTES. Us étoient haïs 
& perfecutés de tout le monde 
VLU."3ip. 

JSOCRATE excellent & parfait 
Orateur, U. L 22s. 

ISRAELITES, jComt^ient ils re« 
peuplèrent la Tribu de Benja- 
min,- fans contrevenir à un 
fennent qu'ils avoient fait^ lU. 
L 146. 

JSSEDONS, Nation, VLL2ia 
Les Ulèdons du Non n'ont 
qu'un œil^ VL U. 134. 

Jfikme, LU. 28. 

Ifthme, ou détroit terrdtre 

de Suez, ibid. 28. 

liUune de Corinthe, tb. 28. 

De rifthmc d'Egypte, VLU. 

359- 
ISTRIE,\.IL66. 

TTAUE, menacée d'être rédui- 
te (bus IftXujettionE^gnole» 



fi eUe n'eft fecourue de \t 
France, IV.U. 372,^/*i». 
Sa deicription, fa longueur» 
& (à« largeur, L U. 62. kf 
fiâv, 

ITAQUE, IL U. 57. 

Itinéraire d'Alexandre Qerddtn, 
Evéque de Saint Dominique, 

IV. a. 30. 

it;D£'£. l.U. 119. 
Miciaire, vo^^s Afhologie. 

Ik^e. Ceft un trime de. prier à 
de rechercher la faveur d'un 
'\Iuge, W.LiOti.tffmv. 

Jugement, Tous les jugemeQS 
qui fe font des mœurs des 
nommes par leurs écrits, ne 
font pas toujours recevables, 
IV. U. 188. 

De l'incertitude de no$ juge- 
mensf, VILIL228.. 
Le {ugement humain a betu* 
coup de vanité & eft fiqet à 
de mervciUeurcsl)evuès,XllL 
«7. 

IVIFS chaisce d'Efpagne. Ia 
Pape Àplufieurs autres Prin^ 
ces Chrétiens les laiiiênt vi« M 
vr^ impunément dans leurs 
Etats, fv.U.34^. 

Les IVlpVES allant par le pais 
ôtent leur marque^ XL I4S« 
149- 

IVLE CAPITOUS, IV»U. 129- 

/UI.£m.Pape, U.U.459. 

WUEN^ l'Apoftat.«;rand* gé- 
néreux guerrier, L T. 1 30. 
Ce n eft pas fans fujet qu'il 
a laiffc une mauvaifc memoi-i • 
re de lui dans tout le Chri« 
ftianifrae, V.L3S2. 

n fut en effet le plus redmitt* 



330 



TABLE 



bfe de tous les perfecuteurs 
de la Foi. & FEglifcn apoint 
eu de plus dangereux ennemi 
quelm^ la mfme ^fidv. 

iUUERS ville & Province. 1. 
U.93. 

De la WMEVT ou cavale ,de 
Mahomet, 11. U. 404.406. 

Jl/NON fe lavant tous les ans 
dans une Fontaine , y recou- 
vroit fon pucelage, VI. 11. 
318. 

Elle fit une fois divorce avec 
lupiter, là mêmt, 

IVPITER, pourquoi fumomml 
Mœragere, oucondudeurdes 
parques, VIL 1.68. 

• Repréfente avec trois yeux par 
les Grec, i*. 75- 

Rufe du diable en lui attribu- 
ant des enfans, & de faire tor- 
dr Pallas de fon ceryeau, VU. L 
305- 

Les Anciens ont adoré tçois 
cens Divinités fous le même 
nom , ib, 299. 

Jupiter Scotite adoré par les 
Grecs» ib. 985* 
lupiter Philius grand Farafite, 
vCl. 159- 

lurifpTMdençe t fon avantage iîir 
U Médecine, V. 11. 391. 



luftSce. Elle eft le fecond ip^.^ 
d*une Monarchie , 1. 1. ; i . t? 
fiiio. 

. La juftice &'la verûé pci^ 
fouvent pour la tnêatt choi. 
V. 1. 239. 

Sa Définition, L B. 273. 
Divisée en générale & oniv? 
felle, & en particulière, Qmim 

La jufHce particulière eft <k 
deux fortes, diftiibutivî à 
coiumutative, i^. 374- 
Elle fe doit rendre fans cocV 
deration, ni de païens, n; 

' d*amis, ni de faveur, niific' 
dulgence, VL L 197. 
Les formalités )udîdiires 1s 
plus couRcs font les mdJko- 
res, làmême.^fmâf. 

Saint /17S77N Martyr, mil. 
265. , 

JUSTn>r Hiflorien latin, IV.IL 

'IVSTÏN i. du non Empereur. 

11.11.412. 
JUSTlhnÈf4 trcs-mal-tràtc a- 
vec rimperanice k teamc 
parProcope, IV. IL 152. 

WTLAND^ Pcninfule Goroi- 



moue, LIL48. 
luuaiiff 



38. 



nd de TÀinenque, LU 



K. 



KESOTAPHES, VI. 1.219. 



AhdaCifme, 1.1L22^ 
■^ Lacs remarquables pour 



leuts rareté flnguliercs. Il t 
59- 



DES MATIERES, 



331 



Lac dont Teau force de paN 
lerceluiquienabû,U.U 117. 

La âcfmitimg du LAC^ I. H. 30. 

LACEDEAK)NlEflS, V.IL9Ç. 
Ils avoient un foin merveîl- ' 
4eux de bienékverlajeunedèf 
VU.U.-tj. 

LAGENIE, Province, L U. 46. 

LAGirSA, vUlc, VI. U. 190. 

LAHOR capitale de Tempiredu 
Mogol, 1. 11. 138* 

Le Ly4/Tdes nourices pourquoi * 
blanchi par la Nature, 1.1. 4^. 
Un homme le contente de lait, 
fans prendre aucuneautre boit 
fon ou nourriture, VI. H 350. 

LAITUES de kpt livres pefimt 
VI. 1.4^. 

LâiànMT. Les perCbnnes laides & 
fans beauté, ne font pas è 
mefeftimer, VLl.143.tf /«tp. 

n n*y a point de laideur qui é 
gale cdle d'une laide femme, 
tfrûf. 515. 

D*une LaiéU devenue belle. Vil. 
La64. 

LALA, fille habile en la peintu- 
re, VI. L $6. 

Denis LAMBIN Profêflêur du 
Roi, 111. L 34. 

LAMLA fille de Neptune, VIL 
L 160. 00^ Pithie. 

L^UUPRJDE, IV.U.268. 

LAMPROFE» è Jaquefle on 
fàifoit porter des pendansd'o- 
teilles, VI. L 31. 

Lûngtiet elle eft Toigane du 
goût, 11. L 148. 

Uh Athénien fit un étui à (à 
hnffit,làmême» 



Quelle langue eft plus capable 
de goût, là même. 

Serpens qui ont la langu€ 
fourchue , la mime, 

r Oifeau des Indes qui n*a point 
de langue, i^i aQes, ih, 1491 

Lam^age comparé à lalnonnoie, 
ILU.77. 

Un langage rationel (èroit à 
fouhaiter, VI. L 3x1. 

n n*y a point d^*animaux qui 
n'aient quelque difcours, & 
quelque dialecle, tir. 313. 

Ceux qui ont eulareputation 
de l'entendre , là m£mt, 
Laiiiriie Grecque . Pour avoir une 
prfaite connoiflânce de la 
langue Françoife, il eft avai^ 
tageux d'entendre la Grec- 
que, iN^cft Langue Fran^oife. 

Laugiiei Grecque & Latine. 
Combien elles ont perdu de 
leur grâce, IL U. 13. i^fw». 
Les Langues (ont toutes les 
fervantes des Iciencos, VL L 

308.' 

La connoidance des langues 
eft une belle acquifition: Q)m< 
bien importance, ib. 313. 

LtMne Françoife, IL L 354. èf 

LamiuiHAraiipit nommée ûinte, 
VI. L 307. 

Sa grande diiêtte & fîi pau* 
vtete, ibid. 308. 

On s'en peut fort bien paflêr. 
là même* 

Litvgne Damife prifètét à l'He- 
hraîque , & eflfimée la premie* 
re de toutes les langues, VL 
L 309- 

Langue AUemÊmàe préférée i cel- 
le des Iui6, tti 



jja' 



TABL« 



LANGUEDOC, l.lLioi.. 

LANGOUSTE, m.l.23. 

. LAhriGRAVE de HclFe 'ft, 
vantenrAilrologie, 1. I.jH^, 

''LAPES ou Lapon? trafiquent 
fans parler, & lany voir ceux 
avec qui ils échangent, Ul. L 

LAPPIE ouLappcland, 1. 11. 51. 
53- 

jtam», qui eft un crime ouaA 
par tout, n*a pas lai&é d être 
nonorable parmi quelques Na- 
tions, IV. 1.469. 

Condanné par les loix Divines 

& humaines, VL L 321. ^ 
. fuip. 
Larcin ficret, Flufieurs Nations 

Tont laifl^ par leurs loix iiu* 

puni, i^ûi. 315. 

Quelquefois ounis oar les Ro- 
mains, quei<|uefois impuni. 
- fuàue permis I ibid. $16, 

Lt métier de voleur en {pnan- 
dt conAderation en beaucoup 
d*cndrpits, îhid, 317. 

Un Prince des larrons panul 
les Egyptiens,. M tuéme. 
Capitaine des Coupeur^ de 
bourfe à Paris , ib,^i fi, 

. riudcurs font parvenus à la 
Souveraineté par le moiendu 
vol , là ntême, 

Ia. qualité de voleur efliniée 
gloneufe, là ment, 

le larcin déifié, ib, 319. 

pieu & la Nature femblent 

convier parfois au larcin, là 
*wâmi W fitin. 
LittfHts, elles font une marque 

de )oie & d*allegre{lè aux A- 
/ mericains Merioionaux,* VI. 

U.363. 



LâjfhiAe, ceDe dont on î^neie 
la caufe/ eft de mauves pcf 
(âge au corps. JIL L 9^9- 

lAtituâtr, comment elles & 

comptent, 1. IL 25. 
• Des degrés de latittxde co». 

ment ils fe comptent, X^si-'a' 

Latitude Méridionale , btitui; 
Septentrionale , ibid. 26. 

De la lititude d'un lieu, )» 
menu, 
LATMVSxximxnnpxt, I.ILiiS. 

Sains LAVRESS Isle , fes hâbi- 

rans reconnoillênt un Dicj 
auteur de tous biens « & ér-- 
bliflènt un Diable auteur du 
mal , lequel ils craignent pki> 
que le premier, V'fi.fl. 2f5- 

LAVRIER, 11.1. 103. 

De^Ia LeSmrt durant ferepas, ff- 
IL 4^9- 

La ledmre des livres doir être 
accompagnée de medBnzions 
èc de réflexions, qà iiatentu- 
tiles , ibid, 499. 

Le^s teftaméntaires en favcui 
des chiens, Ul. L 6g. 

LEIPSIC, \ille, LiL94. 

LENA fleuve A fà, 107. 

LEON Roiflume & Capitale, it 

58. ' 
LEON m. du nom Pape, d: 
rétabli âifis. (on (îm ponti- 
fical par lesFran^ois, ^'^1.392. 

LEON X. Pape, un 'des plL> 
favant honuiies de fon ikck, 
Ul. K 410. ' 

LEON IV, Empereur, & mon 
attribuée è des pierresmttieu- 
fes qu'il portoir, \*L L 28- 



DES MATIERES. 



333 



/^ON2D£ précepteur d'Alex- 
andre le Grand, 1. Lu. 

LEOI^tnUS, Evoque d'Antîo. 
ishe dégradé, pour s*écre fait 
cMtrer, Vil. 1.253. 

LEOPOUS ville Capitale de 1« 
Ruifte nuire, 1. 11. 83. 

LESBOS fle, th. 124. ' 

LESDICVIERES', Connétable» 
ne fiic jamais entamé ni de 
£tT ni de baie, quoiqu'il n*é* 
pargnât fil peribnne en auou» 
ne forte de rencontre» 1. L 
isg. 

LESTRK50NS, VILL 129. 

Lettref. De la façond'écrire en 
ce genre, Vl. 1. 8* 
De celles de Seneque» Se ds 
leur utilité, ib. 9. l^fuiv* 

Pourquoi il n* a pas mis dans 
les dennes les noms de ceux 
à qui eUes VadrefTent , ' Vil. 1. 
320. 
LETTRE'S, fcÛe de Philofo- 
phes de la Chine, V. 1. 31^. 
voyez Confixtius. 

LEUCOTHOEi Divinité parmi 
Us Eleates belle reponfe Idu 
Pliilofoflie Xenophane, 111.1. 
«66. ' 

tBï^ARDÈhl eft capitale de 1« 
Frifc Occidentale, 1. 11. 93. 

Le U des Chinois, ib.27* 

U/ÊUS Dieu des fèltins, U. IL 
447- 

UBER, Dieu des feftinsi !a 

Xiber & rOfirisdesEgypriens 
ne font qu'une même Divini- 
té, VILL 300. 

V Kapports de Liber aveoMoylê^ 



UkfêUtL Les Princes & Mo- 
narques doivent ufer de ino< 
deration en leurs bienfaits âc 
gratifications, L L 37. 

Un Etat monardùque peut é* 
tré incommodé par (tes bar» 
geflès ekceflîves» là mime. 

Mnoes qui ont été oontramte 
de fe fervir de la loifiTcalê» 
trop àmaàfiit vq^> à l'en* 
contre de ceux qui avoienr à« 
bu(e de' la ftcllltéde leur pré* 
deceflêurs , Ai i^ilWè^ 38. 

Les gratificatioiis doivent ^tt» 
proportionnées au (èrvice & à 
l'état de celui qui Ta rendue 
aufn bien qu*à la condition de 
celui qui les fait, /(il 



Les Rois peuvent abufer de 
la libéralité aufTi bien qu*un 
chacun de nous, làvtêm^ if 
39- 

Les bons Princes fe font toû* 
jour» comportés comme s'ils 
n*étotent que fmiples ufiifrui^ 
tiers de leurs Etats, ib. 41. 

Un gfiind ftoi doit faire pi«^ 
roitre en toutes occafionsuno 
libéralité digne de (à Fomine,y 
obfervant les conditions qui 
rendent cette libéralité plus é* 
clatantc«iâ4iiCTM«. 

De ceux qui reçoivent fe» 
plus grandes faveurs ;de leuc 
Fnnce, £^.42. 

Un Prince né doit jamais fouf^ 
frir qu on fe retire trifte de ùk 
préfence, {^.41. 

Liberté, 1. L 94. 

Elle éft une des chofes le» 
plus pretieufes, & les plusa* 
gréabies de la vie , UL L 179*. 



334 



TABLE 



' Far oui, quftnd. & pooi^- 



Gnnde (fifference entre U li- 

henè & le libçnifiûge, VU. 

11.93. 
UBETHRA Ville renversée par 

kfieuveSus, VII.L181. 
UCENCE5, Lll.ai^ 
iJCISTUS Empereur , mepn- 

ibit les bonnes lettres. Vu. 1. 

tat de même 00m, h H 93, ^ ^^ 



IIMBOURG ^'ille & Duiiê 
'. 11. 91. 92. 

LIN tncofnboftîble, VILLifc. 
UNOTE, ILLiiOw 

Ennemi moRdk da Bnax 

IV. IL 319. 



fj£KiUS« tt.lLi3S* 
UEVRE, il ne peutfuWifter 
' dans