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Full text of "Oeuvres de maitre François Rabelais : publiées sous le titre de Faits et dits du géant Gargantua et de son fils Pantagruel, avec La prognostication Pantagrueline, L'epître du Limosin, La crème philosophale, deux epîtres à deux vieilles de moeurs & dhumeurs differentes, & des remarques historiques & critiques de monsieur Le Duchat, sur tout l'ouvrage"




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IN TME CUSTODY OF ThE 

BOSTON PUBLIC LIBRÀRY. 



StiELF N° 




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•^ 



(EUVRES 

DE MAITRE 

FRANÇOIS RABELAIS. 

■« , 

TOME QVATRIEME, 






(EUVRES 

DE MAITRE 

FRANÇOIS RABELAIS, 

PUBLIE'ES SOUS LE TITRE DE 
F ji I T S ET DITS 

DU GÉANT GARGANTUA 

E T D E 

SONFILS PANTAGRUEL, 

j1 V E C 

LA PROGNOSTICATION PANTAGRUELÏNE, 
TEpître du Limofin , la Crème Philofophale , deux 
Epitres à deux Vieilles de mœurs & d'htfmeurs diffé- 
rentes ) & des Remarques Hiftoriques & Critiques de 
Monfieur le Duchat , fur tout l'Ouvrage. 

NOUVELLE EDITION. 

jitigmcmU de quelques Remarques nouveîleSm 

Tome Quatri e'm e. 



M. Dec XXXIL 

t/ 



^^^ 






î 

îS^^JrlSj'^^^ V^^^ ^^ ^Ot; 

Qc^^x Qi?QC^ *3eQi? qe^^^^pr^^rj; 

A TRES . ILLUSTRE PRINCE , 
ET REVERENDISSIME 

^MONSEIGNEUR ^ 

O D E T, 

CARDINAL DE CHASTILLON. 

Ou s eftes deument adverty. 
Prince très illuflre , de quants 
grands perfonnaiges j'ay efté , 
^ fuis journellement flipulé, 
requis, & importuné, pour la 
continuation des mythologies Pantagrue- 
iicques : alleguans que plufieurs gens lan- 
goureux, malades, ou aultrement fafchez 
Se defolez avoient à la ledure d'icelles 
trompé leurs ennuis , temps joyeufement 
palTé , & receu allegrefTe & confolation 
nouvelle. Efquels je fuis couftumier de 
f efpondre , que icelles par esbat compo- 

I Monfitgneur ] L'édition de ifeigneur aa Cardinal de Châtii- 
iJSî.elt peut-être la première Ion. Dans ceiles de Lyon il 
qui ait d^nne le titre de M^«- n'eft traité que de Monfi/nr, - 

Tome /r, a 




îj EsPISTRE 

fant ne pretendois gloire ne louange aul- 
cune : feuUement avois efguard & inten- 
tion par efcript donner ce peu de foulai- 
gement que povois es affligez & malades 
abfcns : ce que voluntiers , quand befoing 
eft , je fais es prefens qui foy aydent de mon 
art & fervice. Quelquesfois je leur expofe 
par long difcours, comment Hippocrates 
en pluiieurs lieux , mefmemenr on fixief- 
me livre des Epidémies, defcripvant Tin- 
flitutiondu Medicin fon difciple : Sora- 
nus Ephefien , Oribafius , Cl. Galen , Hali 
Abbas , aulrres autheurs confequens pa- 
reillement, l'ont compofé en gcUcs, main- 
tient j reguard , touchement , contenance, 
grâce , honnefteté, netteté de face, vefte- 
mens , barbe, cheveulx , mains, bouche , 
voire jufques à particularifer les ongles, 
comme s'il deuft joiier le rolle de quelc- 
que * Amoureux ou Pourfuivant en quelc- 

que 



2 ^moHveHX ou PourJUivant'] 
Ici amoureux & pourjùivant font 
fynonymes dans la fîgnifica- 
tion d'amant , qui pourjuit la 
pofleffîon de la perfonne ai- 
mée. Mais, félon Nicot, au mot 
Tourjuirant, on entend com- 
munément fous ce nom un jeu- 
iie homme qui n'efl encore 
que Bachelier dans l'Ordre & 
Collège des Hérauts d'Armes. 
^ieranlx ) trom^ettei^ fourfuy^ 



y ans , lit-on eiî ce fçns dans le 
grand Teftament deV illon.Or, 
comme ces jeunes gens j à for- 
ce de courir le monde pour ap* 
prendre leur métier) n'étoient 
ordmairement p^s fort chargez 
de cuifîne, de là vient qucpluf 
bas dans le même Poëme de 
Villon ung gras ^hbé^ Se ung 
PoHrfmyant font deux chofes 
oppc fées entre elles comme le 
jour &.la nuit, 

i 



E P I s t R Ê. lîj 

que înfigne comœdie , ou defcendre en 
camp clos pour combattre quelcque'puif- 
fant ennemy. De faid la pradicque de 
Medicine bien proprement ell par Hip- 
pocrates comparée à ung combat , & farce 
joiiée à trois perfonnaiges : le Malade , le 
Medicin , la Maladie. Laquelle compofi- 
tion lifant quelcquesfois m'eft foubvenu 
d'une parolle de Julia à Odavian Au- 

fufte fon père. ^ Ung jour elle s'eftoic 
evant luy prefentée en habits pompeux^ 
dilTolus, & lafcifs : &; luy avoir grande^ 
ment defpleu , quoy qu'il n'en fonnafl 
mot. Au lendemain elle changea de vefle* 
ment, & modeflement fe habilla ^ comme 
lors eftoit la couftume des chaftes dames 
Rommaines. Ainii veftue fe prefenta 
devant luy. Il , qui le jour précèdent 
n'avoit par parolles declairé le defplaiCc 
qu'il avoir eu la voyant en habits im- 
pudicques , ne peut celer le plaiCr qu'il 
prenoit la voyant ainfi changée , & luy 
dift : O combien cefhiy veflement plus 
eft féant & louable en la fille de Auguile! 
Elle eut fon excufe prompte ^ & luy reC- 
pondit : Huy me fuis je veftuë pour les 
oeils de mon père. Hier je Teftois pour le 

gré 

3 Vng jour eîle Ce, J Voieï Macrobe j 1. 2. chap. j. de fcg 
•fftturn%les. 

â2 4 



ÏV E P I s T R E, 

gré de mon mary. Semblablenrent pour- 
roit le Medicin ain(i defguifé en face 6c 
habits , mermement reveftu de riche ôc 
plaifante robe à quatre manches , comme 
jadis eftoit Teftat , & eftoit appellée Phi- 
lonium , comme did Petrus Alexandrinus 
in 6, Epid. refpondre à ceulx qui trouve- 
roient la proropopée eftrange : Ainfi me 
fuis-je accouftré , non pour me gorgiafec 
& pomper : mais pour le gré du malade , 
lequel je vifite : auquel fejLil je veulx en- 
tièrement complaire : en rien ne l'ofFenfer 
ne fafcher. Plus y ha. Sus ung pafTaige du 
père Hippocrates on livre cy-deffus aile- 
gué nous fuons difpurans Se recherchans 
non fi le minois du Medicin chagrin , re- 
îricque, reubarbatif, Catonian , mal-plai- 
fant , mal content , fevere , rechigné con- 
trifle le malade : & du Medicin la face 
joyeufe , feraine , gratieufe , ouverte , plai- 
fante resjoiiift le malade. Cela eft tout 
efprouvé ôc très- certain. Mais fi telles con- 
triftations & esjouiffemens proviennent 
par apprehenfion du malade contemplant 
ces qualitez en fon Medicin , ôc par icelles 
conjedurant riffuë &c cataftrophe de fon 
mal enfuivir : à fçavoireft, par les joyeu- 
fes, joyeufe & defirée; par lesfafcheufes, 
fafcheufe & abhorrente. Ou par transfu- 
jBon des efperits ferains ou ténébreux , 



E P I s T R E. V 

aérez ou terreflres , joyeulx ou melan- 
cholicques du Medicin en la perfonne du 
malade. Comme efl Topinion de Platon 
& Averrois. 

Sus toutes chofes les autheurs fufdids 
ont au Medicin baillé advertiffement par- 
ticulier, des parolles , propous, abouche- 
mens & confabulations , qu'il doibt tenic 
avecques les malades , de la part defquels 
feroit apellé. Lefquelles toutes doibvenc 
à ung but tirer, & tendre à une fin, c'eft 
le resjoiiir fans ofFenfe de Dieu , & ne le 
contrifter en façon quelconque- Comme 
grandement eil "^ par Herophilus bîafmé 
Callianax Medicin , qui à ung patient 
l'interrogeant Se demandant , mourray-je I 
impudentemenc refpondk î 

Et Patroclus a mort fHccomba Inen :- 
Qm plus efioit que n^es ^ homme de bien. 



4 Par Herophilus hlafmê Cal- 
lianax Medicin CTc ] Rabelais 
fe trompe. Voici de mot à 
mot ce qu'on lit dans Galien , 
fur le 6. 1. d^Hippocrates des 
Maladies Epidémiques , -pag. 
482. & 483. du t. 9. de l'édi- 



uns d*entre les Médecins tiennent 
des dijcours d'une fatuité in- 
croiable , femblubles à ceux que 
cJte Zeuxis du Liyre de Bac- 
çhiHs , oit cet auteur a y^îp- vous 

^3 3, 



^crté les proies & les avions 
d' Hérophiie CJ defes Sectateurs» 
Il vacante de Callianax l'Héro- 
philien que voiant un malade qui 
lui difott p mourrai -'je f Oui > 
lui répondit-îl par ce vers Grec : 
Oui 3 fans doute j à moins que 



tien de Charrier : Car quelques vous ae fqiez fils de Latone» 



^ un autre malade y qui lui de- 
rnandoit la même choje , il rèpon" 
dit : Patrocleeft bien mort, qui 
valoit infiniment mieux que 



Vj E P I s T R B, 

A ung aultre voulant entendre Teflat Jô 
fa maladie, & Tinterrogeant à la mode du 
noble Patelin. Et mon urine , vous did- 
elle poind que je meure ? Il follement 
refpondit : Non , fi t'euft Latona mère des 
beaulx enfans Phœbus ôc Diane engendré. 
Pareillement eft de Cl. Galen. lih. 4.. corn-* 
ment, in 6» Epidem, grandement vitupéré 
Quintus fon précepteur en Medicine, le- 
quel à ung certain malade en Romme , 
homme honorable , luy difant , Vous 
avez desjeuné , noftre maiftre , voftre ha- 
leine me fent le vin : arrogamment ref- 
pondit : La tienne me fent la fiebvre : du-t 
quel efl: le flair & l'odeur plus délicieux, 
de la fiebvre ou du vin ? 

Mais la calumnie de certains Caniba- 
les, mifanthropes, agelaftes , avoit tanC 
contre moy elle atroce <5c defraifonnée , 
qu'elle avoit vaincu ma patience : & plus 
n'eftois délibéré en efcripre ung Iota. Cac 
l'une des moindres contumelies dont ils 
ufoient , eftoit , que tels livres tous eftoient 
farfis d'herefies : n'en povoient toutesfois 
une feule exhiber en endroit aulcun : de 
foUaftries joyeufes hors l'ofFenfe de Dieu , 
6c du Roy , prou ( c'eft le fubjed & thè- 
me unicque d'iceulx livres : ) d'herefies 
poind : finon perverfement & contre touc 
ijfaige de raifon & de langaige commun , 



E P I s T R E. VÎj 

înterpfetans ce que à poine de mille fois 
mourir , fi aultant poffible eftoit, ne voul- 
drois avoir penfé : comme qui pain in- 
terprereroit pierre : poiflbn, ferpent:oeuf, 
fcorpion. Donc qiielcquesfots me com- 
plaignant en voftre prefence , vous dis 
librement, que fi meilleur Chriflian je ne 
m'eftimois , qu'ils ne monfirent gÛtq ea 
leur part : & que fi en ma vie, efcripts, 
parolles, voire certes penfées, je recong- 
noiffois fcintille aulcune d'herefie , ils ne 
tomberoient tant deteftablement es lacs 
de refperic calumniateur , c'eft <ftelCo\os , 
qui par leur miniftere me fufcite tel cri- 
me. Par moy-mefmes à l'exemple du Phoe- 
nix , feroit le bois fec amaflTé , & le feii 
allumé , pour en icellui me bfufler. 

Alors me diftes que de telles calumnîes 
avoit efté le defFunt Roy François d'e- 
terne mémoire , adverty : & curieufemenc 
ayant par la voix & pronunciation du plus 
dode & fidèle Anagnofte de ce Royaul- 
me , oliy & entendu ledure difi:inde d'i- 
ceulx livres miens ( je le dis , parce que 
mechantement Ton m'en ha aulcuns fup- 
pofé faulx & infâmes , ) n'avoit trouvé 
pafiaige aulcun fûfped. Et avoit eu en 
horreur quelcque ^ mangeur de ferpens, 

qui 

5 Tirîangetir de ferpens. ] Ces mangeurs de ferpens font les 



VÎij E P I s T R B; 

qui fondoit mortelle herefie fus une * N* 
mife pour une M. par la faulte & ^ négli- 
gence des Imprimeurs. Auffi avoit fon fils 
noiire tant bon , tant vertueux & des cieulx 
benift Roy Henry , lequel Dieu nous vueil- 
le longuement conferver : de manière que 
pour moy il vous avoit odroyé privilège 
Se particulière protedion contre hs ca- 
lumniateurs. Ceftuy Evangile depuis 
m'avez de vbftre bénignité réitéré à Paris, 
& d'abondant lorfque n'aguieres vifitaftes 
Monfeigneur le Cardinal du Bellay : qui 
pour recouvrement de fanté après longue 
Se fafcheufe maladie , s'efloit retiré à fainâ: 
Maur : lieu , ou ( pour mieulx & plus pro- 
prement dire J paradis de falubrité , amé- 
nité 5 ferenité , commodité , délices , & 
tous honneftes plaifirs d'agriculture & vie 
rufticque. Ceft la caufe , Monfeigneur , 
pourquoy prefentement , hors toute inti- 
midation , je meds la plume au vent , ef- 
perant que par voftre bénigne faveur me 

fe- 



Moines, que plus bas ch. 46. 
Rabelais compare aux Troglo- 
dytes, que Pline, 1. s.ch. 8. 
dit fe tenir dans des cavernes j 
&s'y nourrir de ferpens. 

6. K tnife posir une M ] Com- 
me il y a des exemples qu'au- 
trefois on écrivoit afme avec 
une S pour ame , c'eft ici appa- 
remment l'impie allufîon à^ af- 
me à afne qui revient fî fouvent 



au fu jet de Raminagrobis 1. 3. 
chap. 22. & 23. dans les vieil- 
les éditions. Celles de Lyon , 
& celle de 1626. corrigée) dit 
le titre, fuivant la cenfure de 
Tannée 1552. ont levé le fcan- 
dale. 

7 Tlegligence des Imprimeur fj 
L'Auteur s'étoit déjà plaint 
d'eux dans le prol. du 1. s. ioir 
primé dès l'an i54-<s« 



E P I s T R ï. IX 

ferez cofltre les calumniateurs comme ung 
fécond Hercules Gaulois, en fçavoir, pru- 
dence & éloquence : Alexicacos en vertus , 
puiiTance & autorité, duquel véritablement 
dire je peulx ce que de Mofes le grand 
Prophète & Capitaine en Ifraëi did le fai- 
ge Roy Salomon Eccle/lafi. 4J. homme 
craignant & aimant Dieu ; agréable à 
tous humains : de Dieu & des hommes 
bien aimé : duquel heureufe efl la mémoi- 
re. Dieu en loiiange Tha accomparé aux 
preux : Tha faid grand en terreur des en- 
nemis. En fa faveur ha faid chofes prodi- 
gieufes & efpouvantables : En prefence des 
Rois rha honoré. Au peuplepar luy afon 
vouloir declairé , & par luy fa lumière ha 
monftré. Il Tha en foy & debonnaireté con- 
facré & efleu entre tous humains. Par luy 
ha voulu eftre fa voix oiiie, & à ceulx qui 
efloient en ténèbres eftre la loy de vivifie- 
que fcience annuncée. 

Au furplus nous promettant, que ceulx 
qui par moy feront rencontrez congratu- 
lans de ces joyeux efcripts , tous je adju- 
reray , vous en fçavoir gré total , unicque- 
ment vous en remercier , Se prier noflre 
Seigneur pour confervation ôc accroifle- 
ment de cefie voftre grandeur. A moy rien 
ne attribuer fors humHle fubjedion ôc 

obéïlTance voluntaire à vos bons comman- 
de- 



X E p I s T R fi; 

démens. Car par voftre exhortation tanÉ 
honorable m'avez donné & couraige ÔC 
invention : &rans vous m'eftoit le cueuc 
failly , & reftoit tarie la fontaine de mes 
efperits animaulx. Noflre Seigneur vous 
maintienne en fa fainde grâce. De Paris, 
ce 28. de Janvier , m, d. lu. 



yofire treS'humble & tres-ohéijfant fervttenr 
François Rabelais, Medicin. 



AN. 



*î 



ANCIEN PROLOGUE* 

Du quart livre des faids & didls 
héroïques du noble 

PANTAGRUEL; 

Compofé par 

M, FRANÇOIS RABELAIS, 

Dodeur en Médecine & ' Calloier 

des Ifles Hiéres. 

L'An mil cinq cens quarente & hui6l. Suivant 

Pédition in-i<5. de Claude la Ville à Valence. 



Euveurs très - Illuftres , & vom 
GoutteHx tres-precienx ^ fat ven , 
receu , ouy & entendu rAmbajfa" 
deur que la feignenrie de vos fei^ 

gneu* 




* L'Auteur avoit fait impri- 
mer féparément ce Prologue in 
Sc\e en lettre Gothique , mais 
en aiant depuis fait un autre 
meilleur à Ton gré , & plus <U- 
vertifTant, il fupprima eelui-ci, 
à quelques endroits près qu'il 
a juge' A propos d'inférer , les 
uns dans fon Epître dédicatoire 
au Cardinal de Châtillon , les 
autres dans le Prologue du cin- 
quième livre. Nous fouhaite- 
rions avoir vu l'édition Gothi- 
que de ce Prologue premier. 
Ménage , comme il le tétnoi* 



gne chap. 38. de fes Améni- 
tet, de droit , en avoit un exem- 
plaire. Il ne nous a pas été 
poflîble d'en recouvrer un » 
quelques diligences que nou? 
aions faites , en forte qu'étant 
obligez, de nous en tenir à la 
feule édition de Valence, nous 
n'avons eu 5 pour en corriger 
les fautes, d'autre fecours qu'u- 
ne attention très-grande , que 
nous pouvons appeller notre 
attention ordinaire. Le ledeur 
habile en jugera. 

I Calioier dst Jfles Hiéres. ] 



Kîj Ancien Prologue 

grteuriesha tranfmi s -par devers ma paternité y 
& iiîhafcmblê bien bon , & facond orateur. Le 
fommaire de fa proportion , Je réduis en trois 
rnotZy lefquels jom de tant grande importance , 
que jadis entre Us Rommains par ces trois motz. 
le Fréteur refpondoit a toutes requeftes expofées 
en jugement n Par ces trois motT^ décidait toutes 
contyoverfies , tous complainEls ^ procez & dif^ 
ferantSy & e fiaient les jours diSls malheureux , 
& nefafles y eftjuelz le Prêteur n'ufoit de ces 
trois motz *, fafles ^ & heureux ^ efquels d'i^ 
ceux H fer fouloit, * Fous donnez. ^ vous diSles , 

vous 



Ce font celles que les Grecs 
nomment "ZiOi} cc■d^^■, & qu'- 
ailIeursRabelais appelle fpécia- 
lelement fes IflesHiéres» parce 
qu'il s'en difoit Caloger. Il en 
prit pour la première fois la 
qualité dans le titre du 3. livre 
de l'édition de Touloufe »» 16. 
chez Jacques Fournier 1546. 
Caloger , car c'eft ainfi qu'il 
faut écrire , & non pas Cal- 
loi ey , ne vient pas , comme 
bien des gens l'ont cru 3 de 
de KatAo's beau , & de havç 
Preftre, Il vient du bas Grec 
K"- ôyipos ouK«*>-«>'*}^o èfi*» 
Tfieillarà-i nom que les Grecs 
donnent à leurs Religieux. Les 
Ifles Hiéres , autrement d'Hié- 
tts, fur la côte de Provence , 
font ainfi nommées à caufe du 
voifinage de la ville d'Hiéres. 
Et comme le nom Grec de 
cette ville eft aC/ûTj en Fran- 



çois rheureufe , Rabelais en 
fe qualifiant Caloger des Ifles 
d'Hiéres , c'eft- à- dire Reli- 
gieux des Ifles de la Ville heu- 
reufe , entend par là qu'en bon 
Thelémite il avoit trouvé le 
fecret de fe rendre heureux. 

2 yous donne \ , fous diclefy 
yoHS adjuge^ ] Tout le monde 
fait que ces trois verbes > Do , 
Dico j ^ddico , comprenoient 
l'exercice de la jurifdidion du 
Préteur. Do , en ce que dabat 
aRionem , il oélroioit le droit 
de faire en juftice les pourfuites 
néce{ïàires.Dtro,en ce que, par 
exemple, Dicebat tutorem , il 
nommoit un tuteur à un m\-' 
ncar.^ddico , en ce que sAddi- 
cebat , il ajugeoit à l'une des 
parties le fond, ou autre bien 
contentieux. Les jours oîi il 
étoit permis de plaider s'appel- 
loient/rf^i de fan , parce que 

le 



DU IV. Livre. xiij 

fVôHS adjugez. O gens de bien je ne vous peulx 
vrir ! La digne vertH de Dieu vous {oit , O* 
non moins a moy , éternellement en ayde. Or ça 
de par Dieu ^ jamais rien ne faifons que fan 
trejfacré nom ne foit premièrement loué, 

f^oHs me donnez. Q^oy ? ^ Vng beau & am- 
ple bréviaire. ^ Vray his ^ je vous en remercie : 
^ Ce fera le moins de mon plus, Qnel bréviaire 
fufl , certes ne penfoys , voyant les ^ '^^igl^f^ > 
la rofe y les fermai Iz , la re Heure ^ & la coH' 

ver^ 



le Préteur avoit le droit ces 
jours-là de prononcer celui des 
trois mots qui convenait à la 
qualité de l'affaire. Les jours , 
oii rien de cela n'étoit permis , 
s'appelloient par une raifon 
contraire nefajîi. 

3 . Ung beau CJ ample br eriai- 
re. j Au commencement du 
règne de Henri II. quelques 
Seigneurs qui lifoient volon- 
tiers les oeuvres de Rabelais, 
& qui le connoiflbient pour un 
illudre buveur , s'aviferent de 
lui envoier un flacon d'argent, 
fait en forme d'un gros bré- 
viaire in quarto , nommé par 
cette raifon le quart des fcnten- 
ces c. 46. du 5.1. Il étoit garni 
de beaux fermoirs , la reliure 
étoit exquife , diverfes infcrip- 
tions en long & en large, ac- 
commodée: au fujet , tenoient 
lieu de riches filets. Le refte 
de la couverture etoit hiltoriee 
de force crocs, & de force pies, 
pat une manière de rébus dont 



Rabelais donne ici une ample 
explication. Il eft parlé de ce 
bréviaire en termes plus clairs 
dans le chap. ci-delTus allégué 
du 5.1. 

4. l^ray bis ] Vrai Bis, pour 
déguifer le jurement 3 au lieu 
de Dix , qui en Gafcon fignifie 
Dieu. 

5 Ce fera le molnr de monplus^ 
Il entend que ce fera fon petit 
bréviaire? faifant parti du gros 
qui eft le mui. Cette expreffioa 
le moins de mon plus eft une al- 
lufîon au B^ienne m* efl plus . P lus 
ne rn :fl rien , de Valentine 
aieule de Louis XII. 

6 B^eigiet\. ] C'eft ce que les 
îlelieurs appellent aujourd'hui 
filets d'or ou d'argent , tirei 
en long & en large fur la cou- 
verture. Il eft dit ici qu'au lien 
de rtglets , c'étoient diverfes 
infcijptions , ou la qualité des 
vins qu'on devoir boire -, étoic 
diftinguée fuivanc les heure» 
canoniales. 



âcîv Ancien Ppologue 

^erture : en laquelle je n'ay omis a, conjtderer 
les Crocs , & les Pies , peintes au-dejfus , & 
femées en rnonlt belle ordonnance. Par lefejHelles 
( comme fî fujfent lettres hysrogliphicques ) 
*voHs diSles facilement , qu'il n'efl ouvrai ge que 
de maiflres , & couraige que de crocquenrs de 
fies* Crocquer pie figntfie certaine joyeufetéper 
métaphore extraire ^ du prodige qui advint 
en Byetaigne peu de temps avant la Initaille 
donnée près SainEl Aubin du Carmin, Noz. pe^ 
Tes le nous ont expofé _, c^efl raifon que noT^fue^ 
cejfeurs ne l'ignorent. Ce fut ^ l'an de la bonne 
vinèe , on donnait la quarte de bon vin & 
friand pour une ^ aiguillette borgne* 

Des contrées de levant advola grand nombre 
de '° Gays d'un confié j grand nombre de Pies 

de 



7 Dh prodige qui advint en 
hretaigne. J Nos hiiloriens re- 
marquent que ce combat de 
geais Se de pies arriva en 1488. 
peu de jours avant la bataille 
de S. Aubin 5 de laquelle il fut 
comme le préfage. Un fembla- 
fcle combat , auffi de geais & 
de pies , étoit , comme le rap- 
porte Poge Florentin dans £es 
Facéties , arrivé en même lieu 
l'an 14-51. trente-fept ans aupa- 
ravant. Ménage qui dans l'en- 
droit cité de Tes Aménitey, de 
droit , a fait mention de cts 
deux combats, en a confondu 
les tems. 
t L*Hn de U bonne vinée.2 Yviez 



les contes d'Euttapel au chap. 
d'un gabeleur qui-fut pendu. 

î> Ski^m/lette borgne j Défer- 
rée par un bout. 

10 Gays J Gai pour Geai à 
la manière des Picars Se de? 
Normans. Les Efpagnols ap- 
pellent gais un geai , Se papa- 
gayo un perroquet , autrefois 
parmi nous papegai j de papa 
pou r père 5 & de gai pour geai, 
comme qui diroit uh geai de 
diflinâion , un père geai. L« 
mot geai au reffe vient degaiusy 
raius , corrompu de vartus^ le 
geai aiant dans fon plumage du 
rouge 5 du verd, du bleu, du 
|>lanc ) du noir & du gris* 

Jl 



DU IV. Li V R e. j^f 

de l* autre , tirans tous vers le fona?Jt, Et fe 
couftoyotem en tel ordre que fus le foir les Gays 
f ai f oient leur retraite a gauche , ( entendeT^icy 
' ' Vheur de l'augure ) & les Fies à dextre ajfe\ 
près les uns des autres. Par quelque région qu'ils 
fafafent , ne demouroit Fie qui ne fe raliafl 
aux Pies : ne Gay qui ne fe joignifl au camp 
des Gays. Tant allèrent , tant volèrent , qu'ils 
pajferent fus Angiers ville de France \ limi- 
trophe de Bretaigne , en nombre tant multiplié ^ 
que par leur voi , ils tollijf oient la clarté du fo'- 
leil aux terres fuhjacentes. En Angiers étoit 
pour lors ' ^ un vieux Oncle, Seigneur de SainB 
George, nommé Frapin : c'eflceluy qui a faiEl 
& compofé les bsaulx & joyeux '3 NoéU , en 
langaige PoiBevin, Il avoit un Gay en délices 
a caufe de fan babil , par lequel tous les fuw^ 
venans invitait à boire , jamais ne chantoit 
que de boire, & le nommait fon ^4 Goitrou. Le 
Gay en furie Martiale rompit fa caige , & fe 



1 1 . VHeur de P augure ] Par- 
nii les Latins , le coté gauche 
en matière d'augure, etoit le 
côté heureux. Cicéron 2 de Di- 
vinat. & Servius fur le 69 i. 
vers du 2. dei'Eneïde. 

iz Un Vieux om le ] Les La- 
tins ufoient ainfi de leur oa- 
frttus. 

^ 1 3 Koël\ en langaige PciBe- 
>;« ] Naudé n'auroit pas man- 
qué d'en parler dans Ton Dia- 
logue de Mafcurat& de SuAn- 



JOJ^ 
ge , s'ils avoient été imprimer. 
On en voit un demi -couplée 
chap. 22. du 4.1. de Rabelais. 
Mais quelque beaux (^ joteux 
qu'il nous fafle ces Noëls Poi- 
tevins , je doute fort qu'ils le 
fuflent autant que les Bourgui- 
gnons imprimer tn 12a Dijon 
chez Jean Reflaire l'an 1701. 
14 Goitrou j Dsgutturofusji 
caulè du bruit continuel qu'il 
failoit de Cw gofier. 



iS 



xvj Ancien Prologue 

joignit aux Gays pajfans. Vng barhter voifin 
nommé Bahuart avait une Pie -privée bien gai" 
lame. Elle de fa perfonne augmenta le nombre 
des Pies ^ & les fuivit au combat, f'^oicy chofes 
grandes ^& paradoxes y vraies toutesfois, veues, 
€Îf avérées. Notez, bien tout. Quen advint-il ? 
^ Siuelle fut la fin ? Qitilen advint bonnes gens ? 
Cas merveilleux ! Prés la croix de Malchara 
fut la bataille tant furieufe , <jue c'eft horreur 
feulement y p en fer. La fin fut que les Piesper^ 
dirent la bataille 9 & fus le camp furent 
felonnement occifes , jufques au nombre de 
a 5 8936x109. '^ fans les femmes & pe^ 
fit s en fan s : c*efi a- dire ^ fans les femelles & 
petitz. piaux ^ vous entendez cela. Les Gays 
reflerent viBorieux ^ non toutesfois fans perte 
de plujteurs de leurs bons fouldards , dont fut 
dommaige bien grand en tout le pays. '^ Les 
Bretons [ont gens y vous le fç avez» Aîais s* il s 
eujfent entendu le prodige ^ facilement eujfent 
conornu que le malheur fer oit de leur coufié. Car 
les queues des Pies font en forme de leurs ' ^ her- 

mines i 



1$ Sans 1er femmes O" petit\ 
enfans'\ Il fe plaît à imiter cet- 
te expreffion des chap. is« & 
1 5. de S. Matthieu. Voiei les 
chap. 17. & 21. du 1. I. 

1 6 Les Bretons jont gens., y eus 
lefc^a^e-!^ ] Gens pourroit être 
interprété gentils > qui ont de 
Tefprit. Mais j'aime mieux le 
prendre ici pour fubftantif, & 



croire qu'en difant 5 Les Bretons 
font gens ■, rous lef<^aye\ 1 il faut 
foufentendrC) qni ne font pas 
befles. 

17 Hermines"^ Armes de Bre- 
tagne, particulièrement depuis 
l'mftitu tion de l'ordre de l'Her- 
mine en 1450. parle Duc Fran- 
çois dernier du nom. 



DU I V. Livre. xvij 

hiltl^i ; les Gays ont en leurs pennaigiS ^nelques 
pourtraiUs des armes de France. A -propos , le 
GoitroH trois jours après retourna tout ^^ hal- 
lehrené , & fafché de ces guerres y ayant ^^ un. 
œil poché. Toutesfois peu d'heures après t^u'iL 
euft repeu en fon ordinaire , il fe remift en bon 
fens. Les *° gorgias peuple & efcolliers d^uin- 
giers y *^ par tourbes accouroient voir Goitroa 
le borgne ainjt accouflré, Goitrou les invitoit à 
yoire comme de couflume , adjoufiant a la fin 
d'ung chafcan ** invitatoire : Crocquez. pie. 
"Se préfuppofe que tel efioit le mot du guet an 
jour de la bataille , tous en faifoient leur deb-- 
voir. La pie de Behuart ne retournait points 
1.11e avoit eflé crocquée. De ce fut dit en pro' 
vsrbe commun : *' Boire d'autant & k grands 

traiBz , 



i8. Uallebrenè ] Nous appe- 
lons un jeune canard halbran , 
de TAlcman halbrente demi- 
canard, ente fignifiant canatd , 
& halber , qu'on prononce W- 
brCi demi. De halber g^ vtxwx 
baUebrené mutilé de moitié. 

19 Un œil poché} Nicot ex- 
plique mal pocher un œil par 
ocuium exfculpere , arracher un 
ceil. Il renvoie zvauchery qu'a- 
vec Sylvius il dérive de pouce, 
comme fi pocher un œil c'étoit 
le crever ou l'écacher avec le 
pouce. Pocher un œil cepen- 
dant n'eft ni l'arracher , ni le 
crever > c'eft le meurtrir , le 
^re devenir noir à coups de 

Tome IF. 



poing j métaphore tirée de ^0- 
cher dans la lignification de bar- 
bouiller, comme quand on dit 
écritHYC por/;tc,c'eft-à-dire char- 
gée de trop d'encre. Monet a 
tait la même faute que Nicot. 

20 Gorgias ] Lefte , propre 
avec vanité , qui fe rengorge. 

21 Par tourbes J Par troupesj 
fer tnrbas. 

22 Inyitateire J terme de 
bréviaire. 

2 3 Boire d'antant (fT Àgrands 
tYaiB\ > eflre pour yray crocquer 
la pie ] Du Grec 'thui eft venu 
pier , qui en langage de l'Argo 
fignifie boire. Depier , par une 
parafe burlefque on a dit dans 

b 



îcviij Ancien Prologue 
traiBz , efire pour vray crocé^uer la pie, î)â 
telles figures à mémoire perpétuelle feifi Frapin 
freindre fon ^^ tinel & [aile bajfe. Vous U 
fourrez, voir en Angiers [us le ^^ tartre SainEl 
Laurent» Ce fie figure fus voftre bréviaire po-^ 
fée y me feifl p enfer qWil y avoit je ne fçay cjuoy 
plus que bréviaire* jiuffi bien a quel propos me 
feriez, vous prefent d'ung bréviaire ? fen ay , 
Dieu mercy & vous ^ des vieulx ^ jufques aux. 
nouveaux. Sus ce doubte ouvrant lediSi bre^ 
*viaire , fapperceu que c*e fiait un bréviaire 
faiB par invention mirificque , & les reigletl 
touts à propos avec infcriptions opportunes^ 
Doncques *^ vous vouleT^ qu a prime je boive 
vin blanc j a tierce , fexte , & nonne , pareille^ 
ment : à vefpres ^ & compiles vin clairet. Cela 
vous appelle'^ croc quer pie y vrayment *7 vous 
fie fufiss oncques de mauvaife pie couvez.. ^^ Je 
y donneray requefie. 



Vous 



la même lignification croquer 
la fie* 

24. Tlndl C'eft propt-ement 
la falle baffe où mangent les do- 



xneftiques d'un grand Seigneur. 
Mais ici c'eft la (aile ou Frapin , 
Seigneur de S.George, man- 
geoit lui-même. 

25 Tartre J Tertre, comme 
dartre & dertre, avec cette dif- 
férence que ferfye a toujours été 
le mot d'ufaee, & que dertre 

fcu contraire s eft toujours moins I de proverte emploiéel. se. 6, 
4x1 que dartre* ' z % Je y 4«»»erat re^ejie'} Fa- 

çon 



26 t^oHT y<mle\qHà frime je 
bstve Vin blanc , à tierce, /ext& 
Ci7 nonne fareiUement 5 à refpres 
O" compiles , >in clairet j C'el^ 
dans ceTens quelesguoguenars 
entendent le proverbe : A.««gtf 
le foir , blanc le matin , c^eji la 
fournée du felmn. II faloïc au 
refte écrire none , & non pas 
nonne. 

27 yoHS ne fi*flej oncqHer de 
mauvaife pie coure^ ] Manière 



D u IV. Livre ^î^j 

Vous diBes, Q^oy ? Qj^en rien ne vous ay 
*9 fafché par tons mes livres cy- devant im^ 
primez.. Si à ce propos je vous allègue lafenten» 
ce 5° d'ung ancien Pantagruelifte ^ encore moins 
vous fafcheray. 

Ce n'efl ( didl il ) louange populaire 
Aux Princes avoir peu complaire. 

Tins diSîes que le vin du tiers livre ha eflé à 
vofire goufl j & quHl efl bon. f^ray efi qu'il y 
en avoit peu ^ & ne vous plaift ce que Von dit 
communément , ung peu & du bon* Plus vous 
plaifi ce que difoit le bon ^ ^ Evifpande Ver-» 
ron , beaucoup & du bon* D'abondant m'invi*- 
tez. a la continuation de Ihifloire Pantagrueli» 
ne ^ alleguans les utilitez, & ^* fruits parceu^ 

en 

çon de parler aflex extraordi- 
naire pour dire , je donnerai ■ 
f'accordsrai ce que yous ireqne- 



te\. 

19 Fa/ché ] Ennuie 
tigare. 

3 D'un^ ancien PantagrttC' 
iijle ] D'Horace i . Epift. 1 7. v. 
3 5 . Principibus placttijje Vins non 
itltima laus efl. 

3 1 EvifpaTtde yenon ] Il 
faut lire Evifpan de Perron , & 
entendre par là quelque bibe- 
ron célèbre de Verron, pais re- 
nommé par Ton bon vin dans 
Rabelais. Efi/pan eft le nom 
Anagrammatife de ce biberon. 



il FruiBs parceu^l Par cens 
pour petcens , comme tartre ci» 
deflus pour tertre, & tout au 
contraire per métaphore , au lieu 
de par métaphore. Ainfi dans le 
rare 8c fameux petit livre, m<- 
titulé Cjmbaium mundi y de Bo» 
naventure des Périers> impri» 
mé m 16. à Lyon l'an isj8. on 
trouve fur la fin du s. Dialo* 
gue ) le bruit en fera tantofl pet 
U yille. Et ce fer de même qu'- 
appertemr-,perfumer,perler, chefi 
fèr y. ne doivent pas être pris 
pour à^s fautes d'impreffion , 
mais pour autant de preuves de 
la conversion réciproque de Va 
b& & 






^x Ancien Prologue 

en U leBure et ic elle , entre tous gens àe bien 
*vous excufam de ce que n'avez, obtempéré à 
ma prière ^ contenant qu\uffiez^ vous refervé a 
rire '' au [optante huitième livrer Je le vous 
-pardonne de bien bon cueiir» ]e ne fuis tant fa^ 
Touche y ne implacable que vousp en feriez.» A^ais 
ce que vous en difois , n'eftoit pour voflre mal, 
£t vous dy pour refponfe ^ comme efi la fentence 
d* HeBor prof erée par ^^ Nevtus , que c* efi belle 
chofe efireloué de gens louables. Parreciprocque 
déclaration ^ je dy & maintiens ^^ jufqu'aufeK 
exclufivement ( entendez. & pour caufe ) que 
vous efies grands gens de bien , tous extraits 
de bons pères ^ & bonnes mères , vous promet^ 
tant ^^ foy de piéton , que fî jamais vous ren^ 
contre en ^"^ Mefopotamie , je fcray tant avec 
i^ le petit Comte George de la baffe Egypte ^ qu^a 

chaf- 



& de l'e très fréquente en ce 
tems-là. 

33 .^« feptante huitième H' 
Vre 2 On ne peut donc douter 
que cette prière boufonne mife 
au bas du titre du 3. !• de l'édi- 
jrion in 1 6. de 1 54<J. à Toulou- 
fe , ne Toit véritablement de Ra- 
belais? & n'ait du par confé- 
quent être rétablie. 

34 Kevins j Ciceron dans le 
4. des Tufculanes , dans l'E- 
pit. iz. du 5. 1. ôc dans la 6. 
du 15. 

3 5 '^ufqu'au feu exclufive- 
ment ] Il aime cette expreffionj 
dont il s'étoit déjà fervi dans la 



préface du z, 1. ôc dans leschap* 
3. & 7. du 3. 1- 

3 6 Foy de fteton ] En déri- 
fîon de foi de cavalier, 

37 M^opstamie^ Peut-être ce 
pais de Verron ou Vierron en- 
tre, la Vienne & la Loire. 

1% Le petit Comte George de 
la bajfe Egypte ] Ne feroit-ce pas 
quelque Bohémien, autrement 
Egyptien , connu à la Cour de 
Henri IL comme de notre 
tems d'Ambreville l'etoit à cel- 
le de Louis XIV ? II eft à pré- 
fumer que ce petit Comte Geor- 
ge contant Ats nouvelles de Tes 
prétendus voiages , difoit eh 
avoii: 



DU IV. Livre, xxJ 

chafcun de vous il fera prefent d'un beau Cro* 
codile di4 Nil ^ & d'ung '^ CauqHemarre d'Eu- 
fhrates. 

Vous adjugez. Qmy ? A qui f Tous les vienne 
quartiers de lune aux'^° Caphards ^ ^^ Cagotz p. 
Matagotz, ^^^ Botineurs , "^^ Papelards , Bur^, 



avoir rapporté des curiofitei 
merveilleufes , telles non feu- 
lement que des crocodiles du 
Niljmais Ats catiquemares d'Eu- 
phrate , rareté comparable aux 
coquecigrues de mer. 

39 CaHqitemarre 1 CauqHevna- 
ve feroit plus correft. Oudin fait 
ce mot du féminin. Il eft au- 
jourd'hui du mafculin, & coche- 
mareeiï le mot d'ufage. On ap- 
pelle ainfi cette opreffion qu'on 
lent en dormant > & qui fait 
croire à ceux à qui elle arrive 
que quelqu'un eft couché fur 
eux. Cauquemare chap. 5. de 
la Proçnoft. Pantagr. fignifie 
un Sodomite qm calcat marem ; 
Ici c'ell , comme je l'ai dit , un 
animal imaginaire. 

40 Caphards'] Je ne penfe pas 
qu'on doive aller chercher l'é- 
tymologie de ce mot en orient. 
Je la tire de capa fynonyme 
de cuculU. Rien n'eft plus iîm- 
ple ni plus naturel, capa , ca- 
farduSi caph ardus. 

41 Cagût^, Matagot^ (Je. ] 
Cagot , Matagot , Burgot , Bi- 
got font des mots métis , com- 
me de l'Alemant Gott Dieu , & 
d'un mot tiré de quelque au- 
tre langue. Ainû. on peuç s'i' 



' maginer que ca. dans cagot vienc 
det<î«o,;a chante., les cagotï 
chantant Dieu , c'eft-à-dire. 
louant Dieu ou afFe(5tant de le 
louer à tout moment. Dana. 
Matagot , l'Italien matto nouar 
marque les folles idées que ces 
Matagots fe forment de Dieu» 
Bw dans Btirgot fait fonger aux 
Moines burs du 3-1. c. 3 i. Erï- 
fin bi dans Bigot lignifie par en 
vieux Normand, les hypocrites 
mêlant Dieu , & le faifant in- 
tervenir dans toutes leurs pa- 
roles , & dans toutes leurs mo- 
meries. 

42 Butineurs ] Moines chauC» 
fez , nommez botmeurs > parce 
que leurs fouliers , qui cou-» 
vroient au/ïl une partie de leurs 
jambes , étoient appelez botes 
& botines. Villon dans le grand 
Teftament : 

Les autres font entre\ en cloip>_ 
très y 

De Celeftins GT* de Chartreux^ 
Botte\, hoMfe\ com pefcheurx 
d'oyftres. 

43 Papelards'jQui trafiquent 
de bulles Papales, ôc qui élè- 
vent la puiflance du Pape afts 
delà ds ks juiies bornes^ 

4 3 44 



xxij Ancien Prologue 

gotz,, ^^ Pateffelués , '^^ Porteurs de rogatùfis ^ 
4^ Chattemites» Ce font ^^ noms horrifie-- 
ques feullement ayant lenr fon, A la pronori" 
dation defquelz. j'ay veu Us cheveulx dreffer en 
te fie de vofire noble Ambaffiaieur, ]e n'y ay en- 
tendu que le haut Allemarn , & ne fçay quelU 
forte de befies comprenez, en ces dénominations^ 
Ayans fai5i diligente recherche par diverfes 
contrées y n'ay trouvé homme qui les advouafi j, 
qui ainfi tolerafl efire nommé ou defigné. Je 
prefuppofe que c'efloit quelque efpece monfirueU" 
fe de animaulx barbares^ ^^ ou temps ^^ des 

hauts 



44 Vatef^duès ] Par rapport à 
ce qu'on lit de Jacob & d'Efaii 
c. z-j. de la Généfe , comme fi 
on vouloit dire de ces Hypocri- 
tes , qu'ils ont la voix de Jacob 
& les mains d'Efaii. Furetiére 
dit que c'eft une allufion à la 
fable du loup qui montroit pâte 
de brebis à Tagneau pour le 
tromper. 

45 Porteurs de rogatonj']Què- 
teurs. Ko7a dans les Ecrivains 
de la baflc latinité fe trouve en 
la fignificaticn d'aumône. De 
là. tlogatuniy qu'en François on 
a écrit & prononcé rogaton, s'eft 
pris pour une permifïion de 
quêter , & porteur de rogatons 
pour quêteur. 

46 Chattemites ] C'eft fe mo- 
quer que de dériver chatemite 
de Catamitus bardache. Qui ne 
voit que ce mot vient de cata j 
^ de mifis chate douce f On ] 



appelle en burlefque maître ml- 
tis un chat. Il faut voir dans 
les nouvelles récréations im- 
primées fous le nom de Des 
Périers, mais qui font de Jaques 
Peletier & de Nicolas Déni- 
fot , le conte de rF.colier, qui 
fit valoir le Latin de fon Cu- 
re, 

47 Ttoms horrificques feuliez 
ment à leur fon j 

Tiominafunt ip/o pêne tremen*. 
da fono. 
Ils font tirés la plufpart du I. r, 
c. 54. du I. 2. c. dernier de la 
Prognoft. Pantagr. c, j. & du 
4. 1. c. iz, & 64. 

48 Ou tems j Ou pour 4M, à 
l'antique. 

49 Des hauts bonnets ] Tels 
qu'on les portoit du tems de 
Louis XI. & auparavant. On, 
diroit aujourd'hui du tfms des 
colets mon(e%t 

59 



DU IV. Livre. xxiij 

hauts bonnets i Maintenant efl deperie en 
nature y comme toutes chofes ^° [uhlnnaires ont 
leur fin & période ^ & ne fçavons quelle en [oit 
la dijfinition , comme vous favez, ejue fubjeSi 
very y facilement périt fa domination. * 

Si par ces termes entendez, les calumniateurf 
de mes efcripts , plus aptement les pourrezvouf 
nommer Diables j car en Grec calumnie e/i 
dite diabole, Voye"^ combien deteflable efi de^ 
vant Dieu & les Anges , ce vice diEl Calum- 
nie ( c*efl quand on impugne le bienfaiB ^ quand 
on mefdiil des chofes bonnes ) que par iceluy ^ 
non par autre , quoy que plufîeurs fembleroient 
plus énormes ^font les Diables d* enfer nommez. 
& appeliez,, Ceulx-cy ne font , proprement par^ 
lant y diables d'enfer , ils en font ^^ appari-^ 
teurs , & minières. Je les nomme diables noirs , 
blancs _, diables privez. , diables domefliques. Et 
ce que ont faiSî envers mes livres i ils feront , 
( fi on les laiffe faire ) envers tous autres. Mais 
ce n*efi de leur i'nvention. Je le dy 9 afin que 
déformais ne fe glorifient au furnom du vieux 

Ca-^ 

50 Sublunairei ] Terme de 
Philofophie Scholaftique pour 
déngner les corps terreftres & 
autres qui font fous le globe de 

la Lune» Desraarefts Scène 4» ivm wi.o .v^ ;wv.« ^w. .... 
de l'Ade 3» des Vifionnaires: I pour lui rendre fervice. 
^e me crois le plus malheureitx \ ^ 



IXes individus Jùlf lunaires, 

S I ^pariteurs j HuilTîers & 

bcdaux nommex, en Latin ap- 

pantores , parce qu'ils paroif- 

fent fous les yeux du Magiftrat 



52 



t Life\ denonùnacion» 



b4 



«xiv Ancien Prologue 

Caton le ^* cenforin» j4vez, vous jamais e'/Jte»^^ 
du éjue fignifie ^^ cracher au baffin ? Jadis les 
•predece^eurs de ces Diables -privez. ^ archkeSies 
de volupté y everfenrs d'honnefleté ^ comme ^^ ung 
FhiloxeriHS ^ ung Gnatho ^ & autres de pareille 
farine , quand par les caharetz. & tavernes ^ 
efquelz. lieux tenaient ordinairement leurs ef-» 
cholles y voyans les hofles eflre de quelques bon* 
nés viandes i & morceaux friands ferviz, j ils 
crachaient vilainement dedans les plats y ajjin 
que les hofles abhorrens leurs infâmes crachat z, 
& morveaux ^ defiftaffent manger des viandes 
4ppoféeSj & tout demouraft à ces vilains cra^ 
cheurs ^ & morveux^ Prefque pareille , non 
toute s fois tant abominable hifioire , ^^ nous 
conte Ion ^^ du medicin d^eau doulce , nepveu 
de l'advocat , de feu jimer , lequel difoit 

taie 



s 2 Cenforinl Cenjàres çto\çnt 
ceux qui exerçoient aâuelle- 
Hient la charge de Cenfeur. 
Après le tems de leur exercice 
ils étoient qualifiez Cenfôrii & 
Cenforini. Mais n'en déplaife à 
Rabelais , Cenfor , cenjhrius & 
cenforinus ne font pas des Syno- 
nymes de Calomniateur, 

S 3 Cracher au ùajjtn ] Con- 
tribuer malgré foi à quelque dë- 
penfe. Proverbe emprunté de 
ces aumônes qu'à certams jours 
folemnels on ne peut honnête- 
ment fç difpenfer de faire en 
jettant par compagnie quelque 
pièce d'argent dans le plat des 
JMarguilliers. Rabelais prend 



ici cracher auhajjfîtt dans unfens 
plus litéral. 

54 Ung Philoxenur, ung Gna-^ 
tho ] Ceci & ce qui fuit touchant; 
le Médecin Amer , fe trouve 
mot à mot dans la préface du 

5.1. 

5 5 Kous conte Ion "] Ce conta 
Ion eft un Bretonifme, comme 
nous l'apprend Vaugelas dans 
fa curieuîe remarque fur on, 
l'on & t-on. 

$6 Du medicin d'eait doulce 
nepve» de l'advocat de feu ,A- 
mer ] Ceci eft corrompu & mal 
pondue. Lifez du. medicin d'eait 
doulce y nepveu de Padl^ocat^ fei* 

Ameri c'eft-à-dire du Médecin 

cm 



DU IV. Livre. xxv 

t'aie du chapon gras eftre mauvaife y & le 
croupion redoutable y le col ajfez bon , pour" 
*veu que la peau en fnft ofiée _, affin cjue les ma^ 
lades nen mangeaient ^ tout fu^ refervé pour 
fa bouche. Ain fi on faiVtce^ nouveaux ^^ dia^ 
blés engipponnez. ^ voyant tout ce monde en fer^ 
vent appétit de voir & lire mes efcripts par les 
livres precedens , ont craché dedans le bajfm ^ 
c^ejl- a-dire , les ont tous par leur manimentcoH' 
chiez y déferiez j O* calumniez. _, en cefle inten- 
tion que perfonne ne les eufl ^ perfonne ne les 
leuft y fors leurs poiltronitez. Ce que j'ai veu da 
mes propres yeulx , ce n'eftoit pas des aureilles , 
voyre jufqu'k les conferver religieufement entre 
leurs befongnes de nuiU ^ & en ufer comme ds 
bréviaires a ufaige quotidian» Ils les ont tolluz 
es malades y es goutteux ], es infortunez , pour 
lefquels en leur mal esjouir les avois faiEls & 
compofe\. Si je prenoie en cure tous ceulx qui 
tombent en ^^ meshain & maladie ^ja befotng 

ne 



d'eau douce feu Amer) neveu 
de l'Avocat. Ainfi dans la pré- 
face du î* !• au lieu de en pa- 
reille intention que le medicin 
d'eau cloulce à feu ^mer, nep- 
yeu de l'adrocat Seigneur de Ca- 
meloriere. Ljfez ; En pareille in- 
tention que le medicin d'eau doul- 
fefeu Sîmer 3 nepveu de Padyo- 
catt Seigneur de Came/otieretOh. 
il faut prendre garde que Sei- 
gneur de Sec. fe rapporte kfeu 

*4fney $i oon pas à l'Avocat, 



Sj lOiabler engipponne^'] En- 
juponnez. Diables fous habit 
d'homme. Cette même phrafe 
fe trouve 1. 3. c. 25. & celle-ci 
toute femblable y eaux engipon- 
ne\l. 2. c. 10. Gipon dont il ufe 
c. 10. du 1. 4. eft corrompu de 
jupon 5 qui de même que l'El- 
pagnol jubony & l'Italien ^zk^ 
pa.vient de l'Aleman jappe. On. 
appelle ^ipe à Dijon une vefte 
de palefrenier ou de paifan. 

5 8 Meshain J De toutes Icc 
ety- 



xxvj Ancien Prologue 

ne feroit mettre telz. livres en lumière y & im^ 
•preffion, 

^^ Hippocrates ha fait ung livre exprès 
*^° lecfuel il ha intitulé de l'eftat du parfait 
liiedicin ( GalicnJ^hailluftré de doElescommen" 
taires ) auquel il ha commandé rien nUftre avi 
Medicin ( ^' voyre jufqu'a panicularifer les 
ongle i ) qui puijfe ojf enfer le patient > tout ce 
qu'efl au medicin , gefles ^ vifaige ^ vefiemens , 
parolles , regarda , touchement y complaire y & 
deleEler le malade. Ainfî faire en mon endroiU , 
& a^'^ mon lourdoys je me peine & efforce en* 
*vers ceulx que je prens en cure. Ainftfont mes 
compaignons de leur couflé , dont paradventure 
fommes dits ^^ parabolains ^^ au longfaucile j 

& 



étymologies qu'on donne de ce 
vieux mot 5 celle de mefgam , 
quaiî mauvais gain , paroîc la 
meilleur et 

5 9 Hippocrates a faiB ung U- 
yre exprès ] Ceci avec une bon- 
ne partie du raifonnement fui- 
vant, eft emploie mot a mot 
par l'Auteur dans l'Epitre dé- 
dicatoire du 4. 1, 

60 Lequel il ha intitulé de Pef- 
iat du parfaicl Medicin j C'eft 
bien le fujet de ce traité d'Hip- 
pocrate, mais ce n'en eft pas le 
titre , qui n'eft fimplement que 
du Médecin '^i?'^ i>,lfiS. 

6 1 yoyre jujquk particulari- 
Jey les ongles^ La remarque tou- 
chant la propreté des ongles 
B'eft pas dans le Traité wi/)i 



<>î7p» mais au 6. des Epidémi- 
ques. 

6z ^ mon lourdoys ] Lour- 
dois eft une manière d'agir ou 
de parler naïve, mais un peu 
ruftre. Le P. Garafle a repris 
Pâquier d'irrévérence, d'avoir 
ch. 8. du 1. 5. de fes Recher- 
ches, appliqué le mot lourdois 
à ce Moine de Marcouffi dont 
il rapporte la plaifanterie. 

6l?arabolains'\ De 7t»peù^»X-^ 
qui vient de ■srx^atjiot^tc' dans 
le fcns d'expofer , haxarder, 
parce que ces gens appeliez Fa- 
rabolani faifoient profeflîon de 
fervirdans les hôpitaux les pau-» 
vres malades quelques mala- 
dies qu'ils eufl'ent. Il paroît par 
la loi 18. au Code dt Epifc ^j 



DU IV. Livre, xxvîj 

é" àH grand code , -par l^opinion de ^^ den:^ 
gringuenaudiers aujfi folemem interprétée y com^ 
me fadement inventée. Plus y ha jfus ung paf- 
fage ^^ du fixiefme des Epidémies dudit père 
Hippocrates* Nous fiions di[p titans ^ ^"^ à [ça- 
voir mon fi la face du medictn chagrin , tetric^ 



Cltyic.que ces parabolaniétoient 
au nombre de 600. dans la vjI- 
le d'Alexandrie d'Egypte. Ce 
n'e'toit pas des Médecins, mais 
Accurfe après quelque mauvais 
Grammairien aiant dit fur cet 
endroit du Code que Parabo- 
lamfMnt medici, l'erreur de croi- 
jre que c'étoient des Médecins, 
çu qu'en général les Médecins 
pnt été appeliez de ce nom , 
s'eft introduite. 

64^» longfaucile 0" au grand 
code J Froide équivoque du 
grand code au grand coude pour 
avoir lieu de plaifanter fur le 
\on^ focile -i nom du plus grand 
des deux os du coude. 

6$ Deux gringuenaudiers 3 
Nombre défini pour un indéfi- 
ni. 11 y a en effet bien plus de 
deux foit Jurifconfultes t foit 
Grammairiens ? qui ont non 
feulement dit que Parabolani 
étoient medici, mais qui ont fort 
impei tinemment ajoute dtEli à 
farabola , quia piura promittunc 
hominibu.f cjitam faciantt CJ quia 
fapiur utuMur paraboUs, 

66Dufîxiefme des Epidémies'] 
C'eft celui que j'ai cite plus 
haut. Hippocrate a écrit fept li- 
vres des maladies nommées en 



Grec tTTiiviuioi , c'eft-à-dire 
popuIaires.Rabelais traduit Epi" 
demies. On dit aujourd'hui Epi- 
démiques. 

67 ^ /çavoir mon ] Cet è 
ff^ayoir mon & le mot content 
après malcontent font un con- 
trefens horrible. Il faut lire & 
ponftuer de cette forte. Tlous 
fuons difputans àjl^avoi,- , non » 
Jt la face du me.iicin chagrin » 
tetricque , reubarbatif j malplai- 
fant , malcontent , contrijie l& 
malade? Et du medicin lafaca 
lojeufèyjereine^ plaifanter rian^ 
te -i ouverte esjouyfl le malade f 
( cela eji tout ejprouyé Cj7 cer- 
tain ) Mais que telles CJc. Ce 
que j'explique ainfi. La quet» 
tion n'eft pas de fçavoir û le 
j Médecin trifte ou gai attrifte ou 
réjouit le malade? (cela ne tom- 
be pas en difpute) mais de fça- 
voir que , de deux chofes rune> 
I ou c'eft le malade qui court lui- 
même au devant foit de la trif- 
teffe 5 foit de ia joie peintes fur 
le vifage du Médecin , & les 
faifit par attradion , félon les 
Phjtoniciens ; ou que c'eft le 
Médecin qui lui communique 
ces qualitez. par transfufion fé- 
lon les Averiroiftes, 

<5i 



xxviij Ancien Prologub 
t^ue 9 ^^ reuharbatif ^ malplaifant j malcontent '^ 
content contrifie le malade ? Et du Medicin la 
face joyeufe , fereine , plat fan te ^ riante ^ ou^ 
verte esjoHyfl le malade ? ( cela eft tout efvroH^ 
vé & certain,) Jï4ais que telles contrifiations ^ 
& esjouyjfemens proviennent par apprehenjion 
du malade contemplant ces qualitez. , ou par 
tranfiijîon des efpùtz. fereins , oh ténébreux , 
joyeux ou trifles ^^ du Adedicin ou malade , 
comme efi Vadvis des Tlatonicojues & Aver» 
roifies» Puis donc que pojfible nefl que de tous 
malades foys appelle , que tous malades je pren- 
ne en cure , quelle envie efl ce tollires langoreux , 
& malades le plaiftr & pajfetems joyeux fan S 
offenfe de Dieu _, du Roy ne d'autre , qu'ils 
prennent oyans en mon abfence la leBure de 
ces livres joysux ? Orpuifque par vojire adjudi- 
cation & décret ces mesdifans & calumniateurs 
font f ai fi s , & emparez, des vieux quartiers de 
lune j je leur pardonne , // n'y aura pas à rire 
pour tous déformais , ^^ quand voyrons ces fols 

lu-' 



«8 IS^euharbatif^yiénz^t dans 
la I. édition de fes Origines 
Françoifes a cru que rébarbatif 
venoit de rubarbe, ôe ne pa- 
Toît pas avoir changé de fenti- 
ment dans la féconde, oîx il re- 



qui mâcheroit de la rubarbe» 
R^ébarbatiffi^nifiehien plus na- 
turellement un bourru qui nous 
rompt en vifîére , ôc nous con- 
tredit à notre barbe, 

69. Du Medicin ou malade'] 



prend bien Rabelais d'avoir 1 Lifei fans virgule du Medicin 
écrit veubarbattf ^ mais non pas 1 ati malade -^ ou du Medicin ou, 
d'avoir dérivé de rubarbe ré- ! malade j en prenant ou pour aiâ- 
fcarbatif, comme Ci ce mot mar- ; à l'antique, 
jguoit la grimace d'un homme 1 70 J^md ronrons ces fols ln^ 



D u IV. Livre. xxîx 

Inndtic^ues , aucuns ladres y autres bougres , 
autres ladres & bougres enfemble , courir les 
champs j rompre les bancz. y gr'mjfer les dens _, 
fendre carreaux , batre pavez , foy pendre ^ 
foy noyer _, foy précipiter ^ & a bride av allés 
courir a tous les diables félon V énergie ^f acuité ^ 
& vertu des (quartiers qu'ils auront en leurs ca^ 
boches 3 croijfans , initians ^ ^i amphicyrces ^ 
brifans , & dejînens. Seullement envers leurs 
malignite^^ & impofiures uferay de l'off're qus 
fifi Timon le Mifanthrope a fes ingrats Athe^ 
niens. 7* Timon fauché de l'ingratitude dupeu-^ 
pie Athénien en fon endroit un jour entra an 
confeil public de la ville , requérant luy efirg 
donnée audience pour certain négoce concernant 
le bien public. A fa requefle fut filence faiÛ 
en expeBation d'entendre chofe d'importance , 
veu qu^ileftoit au confeil venu y qui tant d^ an- 
nées 



natïcques , aucuns ladres , autres 
hougres O'c ] Il défîgnc quel- 
ques Docteurs de Sorbonneac- 
cufez 3 les uns de Sodomie , 
comme Nicolas Maillard , les 
autres > comme le Cordelier 
Pierre de Cornibus , d'être 
morts de la vérole ; plufîeurs 
de s'être pendus ? ou noiez , 
comme le donne afl'ex claire- 
ment à entendre Bonavenrure 
Des Périers dans Ton Cymbu- 
lum mundt j au commencement 
du premier dialogue, ou Mer- 
cure > qu4 fait fort l'empêché ) 



dit avoir à conduire à la bar- 
que de Charon cinq Druydes 
qui s'étoient laijjè\ mourir de 
manie ^ maie rage, 

7 1 ^mphicjrces j II faut cor- 
riger amphicyrtes, Luna d^<pî-^ 
y.vc(ûi , utrinque gihbofa. C'eft 
l'état où elle fe trouve le on- 
liéme jour du mois quand elle 
croît, & le dix-neuvieme quand 
elle décroît. 

^z Timon fdfché (Je, ] Plu- 
tarque dans la vie de Marc An- 
toine» 

37 



ÎC5tx ANCIEN Prologue 

nées auparavant s'cftoh abfenté de toutes àofH^ 
pagnies^ & vivoit en fon privé, Aàonc leur 
difi : Hors mon jardin fecret deJfoHS le mur efi 
tmg ample y beau , & infigne figuier , auquel 
^ous autres Meffieurs les Athéniens defefpe^ 
ferez. ^ hom?nes , feTT^mes , jouvenceaux , & pu-- 
celles 9 avez, de couftume a l'efcart vous pendre 
^ eftrangler. Je vous adverty cjue pour accom^ 
fnoder ma maifon , je délibéré dedans huiUaine 
démolir iceluy figuier ; pourtant quiconque de 
^ous autres y & de toute la ville aura afe pen* 
dre , s^en depe fiche prompt ement. Le terme fiufi" 
dit expiré j n'auront lieu tant apte , ne arbrg 
tant commode. A fion exemple je dénonce à ces 
calumniateurs diabolicques , que tous ayent afe 
fendre dedans le dernier ^^ chameau de cette 
lune f ^"^ je les fourniray de licol^ , ^^ lien pour 



73 Chanteau. de cette lune"] 
C'eft-à-dire quartier de cette 
lune. Chanteau vient immé- 
diatement de cantellus diminu- 
tif de cantHS^ Se l'un l'autre em- 
plolex par les Latins du bas fîé- 
cle dans la fîgmfication d'angle 
ou coin, du Grec K^-vêôi qui o- 
riginairement n'afignifiéquele 
coin de l'œil , mais qui s'en pris 
«nfuite pour le tour entier de 
l'œil, & depuis pour la bande 
de fer mife autour d'une ro-ië. 

74 ^e les fournir ay de licol\j 
Même chofe au prologue du 

l. 5. 

7 $ lien fourfe fendre (Je, j 



Il femble d'abord que ces mot» 
lien pour Je pendre 3 foient une 
explication de licols qui précè- 
de , mais non. Rabelais après 
avoir invité Tes calumniateurs k 
Ce pendre , & leur avoir ofFerf 
des licous gratis, leur marque 
encore le lieu où , s'ils l'en 
croient , ils fe pendront. Au 
lieu donc de lien &c. il feut li- 
re & ponftuer de cette forte. 
Lisu pour fe pendre je leur ajji" 
ç»e entre Milly C7 taveroles,CQ 
font deux villages du Berri, 
entre lefquels eft un pais de 
bois , & par conféquent force 
arbres pour ie pendre, 

76 



15 u IV. Livre. xxx} 

Ce tendre» Je leur ajfigfie entre midy & faverol- 
les. La lune renouveliée , ils n'y feront receus 
à f hon marché ^ & feront contraints eux mê- 
mes a leurs dépens achapier cordeaux , & choijîr 
arbre four pendaige ^ ^^ comme feifi la Seignore 
Leontium calumniatrice du tant do^e & élo^ 
qusnt Theophrafie. ^ 



j6 Comme feifî la Seignorâ 
leontium] Rabelais n'a pas bien 
pris le fens de ces paroles de 
rlihe dans la préface de fon 
Hiftoire naturelle. Ceit yero 
tiefciam adverjus Theoyhrajium 
hominem in eloquentia tanmm , 
ut nomen diyinum inde inyeyieritt 
firipfîjfe etiamfeminam'y ^ pre- 
yerbium inde natum fafpendio ar- 
borem eligendi. On ne peut pas 
conclure de là que Leontium 
au defefpoir d'avoir écrit con- 
tre Théophrafte 5 s'en fou pen- 
due de chagrin. Nul Auteur 
n'a rien écrit de tel , anfTî n'eft- 
çe pas la penfée de Pline, dont 
le véritable fens eft que l'auda- 
çe de Leontium à écrire contre 
Théophrafte j avoit paru quel- 
que chofe de lî indigne, qu'el- 
le avoit donné lieu au prover- 
be, qu'encore étoit-ceunecon- 
folation avant que d'être pen- 
<Iu, d'avoir le choix de l'arbre 
OH l'on devoir être attaché 5 



pour donner à entendre qu'ur.s 
femme 5 & qui pis ell , une 
couriifanne, etoit une adver-, 
faire bien peu digne d'un fi élo- 
quent Philofophe. Erafme non 
plui que Rabelais , n'a pas en- 
tendu l'application de ce pro- 
verbe. Rhodigin Ta mieux ccm- 
prife , aiant cité à ce propos un 
paflfage du même Pline 1. 1 6 . c. 
44. où il eft parlé de l'arbre 
choifi pour pendre Mavfyas. 
A quoi il pouvoit ajouter cette 
épigramme de Lucillius au 1. 2. 
de l'Anthologie c. 51. touchant 
ce Diophon j qui étant condam- 
né à être mis en croix , mourut 
d'envie de ce que fa croix n'é- 
toit pas fi haute que celle d'un 
autre criminel. 

liai , tr#s*J». 



PRO- 



xxxij Nouveau Prologue 



ÏP C' 



CTIJ Cfl> 



s^ ^^ ^^ ^^«^ ^^«^ ^è< 
l #1» et» 






'PROLOGUE 

DE L'AUTHEUR. 



Ens de bien , Dieu vom faulve 
& guard. Oh eftes-vous ? Je ne 
voHs peulx veoir. attendez ^ne je 
chaujfe mes lunettes. Ha ^ ha, * 
Bien & beau s'en va Qjiarejrne , 
j je vous voy. Et doncques ? Vous avez, eu '^ bon- 
ne 

I Prologue de r.Atttheury'} I dément de l'Eglire,chacuns'em 




Dans les éditions de i5S3. & 
1526. on lit en fuite . M. Franc 
B^abelais -pour le quatriefmeLiyre 
des faifis CiT diBs Heroicqnes de 
Pantagruel. Aux Leéleurs bé- 
névoles, 

2 Bien CiT* beau s'en va .Q«<t- 
refme^ Le Carême s'ea va tout 
bellement , tout doucement. A 
la bonne heure. 

3 Je yoHs yoy ] Rabelais qui 
un moment plutôt ne voioit pas 
ces gens de bien auxquels s'a- 
<1reire Ton Prologue, en voit 
paroitre plufieurs tout d'un 
coup; ce qu'il attribue à ce que 
le Carême tiroit fur fa fin. En 
effet? dès que Pâques appro- 
fhe 7 four obcïr au comman- 



prefTe de communier pour pa- 
roître homme de bien. 

4 Bonne yinée ] "Bonnes ven- 
danges. Marot dans fon Epi- 
tre pour un vieux Gentilhom- 
me &c. 

Ta lettre m'a mainB plaj/it 

faitjèntir , 
Mais le plus grand ( il rien 

faut pas mentir ) 
Ceft le rapport de la bonne 

yinée 
De par delà. 

On avoit dit auparavant bon» 
nés yinées au plurier. Al.Char- 
tier , au Livre des Quatre Da« 
mes: 



D V IV. L'î V ft £• Jçxxiij 

'fSe Dhie ^ àce que Ion m'ha dîEl, Je rCen ferois 
* en pièce marry, J^ohs avez, ^ remède trouvé in^ 
fallible contre toutes altérations, Cefl vertueu* 
fement opérée P^ohs ^ vos femmes ^ enfans^ pa^ 
téns & familles efles en fanté dejïrée. Cela va 
bien , cela eft bon ^ cela me plaift. Dieu , le bon 
Dieu 9 en foit éternellement loué : & [ fi tells 
efi fa facre volunté) y foye\^ longuement main» 
tenus. Quant ejl de moy , par fa fainEle béni-» 
gnité 9 f en fuis là ^ & me recommande» Je fuis , 
tnoiemiant ung peu de Pantagruelifme ( votif 
entendez, que c^efl certaine gayeté d*efperît con- 
flBe en mefpris des chofes fortuites ) fain & 
degourt : prefi a boire ^^ fi voulez. Aie deman- 
déXj-vous pourquoy , Gens de bien \ Refponfe 
irréfragable , Tel eft le vouloir du très- bon ^ très* 
gf-and Dieu : onquel je acquiefce : onquel je 
obtempère : duquel je révère la facro fainEle pa- 
role de bonnes nouvelle s* Oefi T Evangile ^ aU' 
quel efi diSi Luc. 4, en horrible farcafme & 
fanglante derifion au Medicin négligent de fa 
propre fanté : Aiedicin , , guéris toy-mefme, 
CL G al, non pour telle révérence en fanté foy 

main^ 



tl\ né font hons qtià féoir eu. 

banc 
Soub\ cheminées, 
S^aant leurs bouches font al?i~ 

nées , 
]Et tl\ ont les bonnes yinées , 
l^ts comptent de leurs dejii- 

nées. 

Tomg IF9, 



5 En pièce ] Ni peu ni beau- 
coup , nullement. 

6 Remède.., infallible ] C'efl 
comme on lit dans l'édition de 
1553. Les autres ont infaillible'^ 
à la réferve de celle de I62 5, 
oà^on Ut infinable. 



xxxi\r Nouveau Prologue 

tenait , quoy que quelque fentiment il eufl dei 
facres Bibles : & euft congnen & fréquenté les 
fainfls Chriflians de [on ternes y comme appert 
lib. II. de ufu partium. lib. 2. de differentiis 
pulfuum, cap. j. & ibidem lib. 3. cap. 2. 6c 
lib. de rerum aÔedlibus ( s'il efi de Galen : ) 
mais par crainUe de tumher en cefle vulgaire & 
Satiricqne mocquerie : 

Medicin cft des aultres en efFeél : 
Toutesfois eft d'ulcères tout infecSt. 

X)e mode qu'en grande hraveté il fe vente ^ & 
ne veult eftre Medicin eftimé , fi depuis Van de 
fon eage vingt & huiBiefme jnfques en fa 
haultevieilleffe ilnhavefcu en famé entière^ ex-' 
cepté quelcquesfiebvres Ephémères de peu dedu" 
rée : combien que de fon naturel il nefeufi des plus 
fains ^ & eufil'efiomach evidentement dyfcrafié. 
Car ( diU-il lib. 5. de fanit. tuend. ) difficille- 
ment fera cru le Medicin avoir foing de la 
famé d*aultruy^ qui de la fisnne propre efl ne^ 
gligent. Encore plus bravement fe ventait ^ Jif- 
çlepiades Medicin avoir avecques Fortune çan^ 
venu en cejie paHion , que Medicin réputé ne 
feufi^ fi malade avott efté depuis le temps qu'il 

corn' 

7 "Bivcii 3 Sentence attri- i cours contre l'Epicurien Colo» 
buée à certain Poëte Tragique tes. 

par Plutai-qu€. Voici fon DiC" I s ^fdefùidej C7r. J Voie* 

Pliiie 



tij ÏV. LiVRË. XXXV 

COfHWença^raBîqHer en Carty jupjjues à fa der^ 
niere vieille Jfe. A laquelle entier il parvint Ô* 
vigoureux en tous fes membres ^ & de la For- 
tune triumpham. Finablement fans maladie anl^ 
çnne précédente feit de vie a mort efchange y 
tumbant var maie garde dn hault de certains 
degrez. ^ mal emmortdifez, & pourris. 

Si par quelcque défaftre s^efl fanté de vos 
Seigneuries émancipée : quelcque part ^ deffus , 
dejfoubs , devant , derrière 9 à dextre , àfenefire , 
dedans y dehors^ loing^ ou près vos territoires 
qu^elle foit , làpuijfiez vous incontinent avec^ 
ques Vaide du benoifl Servateur rencontrer. En 
bonne heure de vous rencontrée y fus r infiant f oit 
par vous ajferée , foit par vous vendicquée , foit 
-par vous faifie & mancipée. Les loix vous U 
permettent : le Roy V entend : je le vous confeiU 
le. Ne plus ne moins que les Legijlateurs an^ 
ticques authorifoient le Seigneur vendicquer 
fon ferf fugitif i la part qu'il ferait trouvé. Ly 
bon Di'u , & ly bons homs , nefi-il efcript & 
praEl allé par les anciennes couflumes de ce tani 
noble y tant anticque , tant beau ^ tant florif- 
fant , tant riche Royaulme de France , que lé 
mort faifîfi le vif ? Voyez^ ce qiCen ha recen^ 
iement expofé le bon , le doÙe , le faige , le 
f^ tant humain ^ tant débonnaire & équitable 

André 



Pline 1.26. ch. 3. 

j> M*/ emmortaife\-,.<!^ pour- 
vif ] Yoiex Pline i. 7. ch. 27. 



10 Tant humain CjlTr . j Dis 
tems que Tiraqueau étoit Lieu- 
tenant générai au Bailliage do 
c 3. Foi)« 



\ 



xxxvj Nouveau Prologue 
jinârè Tiraquecin y ' ' Confeiller du gr.ini \ 
'viBorieux & triitmpham Roy Henry fécond de 
ce nom , en fatreS'redoithtée Cour de Parlement 
à Paris. Santé efi noftre vie comme très-bien 
declaire '* Arifhron Sicyonien. Sans fanté n'eji 
la vïe vie 9 n^efi la vie vivable , a'bioS 
Bl'oS:, Bl'oS ABl'oToS. Sans famé n'efi 
la vie que langueur : la vie neft que fimula- 
chre de mort» Ainfî doncques vous eftans de 
fanté privez. , c'efi-à-dire , morts ^ f^ifjfez^ 
vous du vif : faijîjfez. - vous de vie y c'efi fan^ 
té, 

yay ceftuy efpoir en Dieu , qu'il oira m s 
prières j vue la ferme foy en laquelle nous les 
faifons : & accomplira cefluy noftre foubhait , 
attendu qu'il eft médiocre» Médiocrité ha eflé 
■par les faiges anciens diEie aurée _, c*eft-a dire , 
fretieufe 9 de tous endroits agréable. Difcourez 
par les facres Bibles , vous trouverez que de 

ceulx 



Fontenai-Ie- Comte, il avoit ti- 
ré Rabelais de la prifon où le 
détenoient les Cordeliers du 
lieu. Voie'r TAbr. Chron. du 
P. de S. Romuald fur l'an 1553. 
Rabelais lui en témoigne ici 
fa reconnoiflance. 

1 1 Confeiller du grand , T^V- 
torieuX) ^ triumphant B^oy Hen- 
ry fécond^ Lesmots grand, "pic- 
tonenx (Jj triumphant ne font 
ni dans les éditions de Lyon , 
ni dans celle de 1626. quoique 
cette dernière ne foie propre- 



ment qu'une Copie de l'édition 
publiée fur la Cenfure qui fut 
faite du Rabelais Tan 1552. 
D'oii je conclus qu'étant fur 
d'ailleurs que l'Auteur publia 
fon4.1. avant que le Roi Hen- 
ri fécond fe fût emparé des trois 
Evèchet , l'Eloge qu'on voit 
ici de ce Prince n'y a été infé- 
ré que depuis les premières 
éditions, & feulement par rap- 
port à cette conquête. 

12 ^riphroH J Voiez Athé- 
née,!. 15 . chap, dernier. 



Du I V. L I V R E. xxxvij 

çeulx les prières n*ont jamais efié efcondui^les , 
qni ont médiocrité requis. 

Exemple : on petit Zachèe , duquel ^' les 
J\4ufaphis de Sain5i ^yl près Orléans fe ven^ 
tent avoir le corps & relicques ^ & le nom-^ 
ment ^^ SainB:Silvain, Ilfoubhaitoit ^ rien plus 
veoir , noftre benoift Servateur autour de Îf/V- 
rufalem. Cefioit chofe médiocre & expofée a 
un<T chafcun. Mais il efioit trop petit ^ & par" 
my le peuple ne le povoit veoir» Il trépigne y il 
trotigne , il s* efforce , // s^efcarte ^ il monte fus 
ang Sycomore, Le tres-bon Dieu congneut [a 
fincere & médiocre affeElation, Se prefenta k 
fa veuë , & feut non-feullement de luy veu , 
mais oultre ce feut o'ùy , vifita fa mai f on ^ & 
beniji fa famille, A ung fis de Prophète en 
Jfra'él fendant du bois près le fleuve Jordan 2 
le fer de fa coingnée efchapa ( comme efl efcript 



13 Les 'Mufafhii de SainB 
\Aylpréf Orléans ] Les Moines 
de TAbbaïe de S. Agnan près 
d'Orléans. Vail Se Voignon ont 
plufieurs rapports, & marchent 
volontiers enfemble. Ainfi il 
fe peut que Rabelais , qui ai- 
moit les alludons les plus bou- 
fonnes, aiant trouvé trop ridi-» 
çule celle à'^ignan à oignon qui 
lui ctoit venue d'abord dans 
l'efprit, a cru qu'on reçonnoî- ! 
troit auffi facilement , & même ' 
avec plus de plaifir , S. Aignan 
foiis le nom de S.^ylj quç fous 
celui de S. Oignon» 



l^ SainB Sihaini Lech. 7.' 
du 1. 2. de Fénefte fait mention 
d'un Saincl Silyin des bois dana 
le yoifinagç de Saint Maixent. 
C'eft peut-être encore là Saint 
Zachée > à qui le nom de Sil- 
vain aura été donné , à caufe 
de l'arbre o\i une fainte curio- 
fité le fît monter, pour pou- 
voir de là mieux contempler le 
Mertie qui pafloit près de lui» 
On a auffi appelle sUvain le 
vent d'orient , témoin le pro- 
verbe : ^ 

Fay ton huys au Sitvaîn 

St tu Venx rivre fain, 

ç Z 15 



^xxviij Nouveau Prologue 
^^ 4. Reg, 6. ) & tumha dedans iceluy fletwéi 
Il pria Dieu le luy vouloir rendre, C'efioitchofe 
médiocre» Et en ferme foy & confiance jeEla non 
la coingnée après le manche ^ comme en ^^ fcan^ 
daleux folœcijme chantent les diables Cenforins: 
mais le manche après la coingnée ^ comme pro- 
prement vous diEies» Soubdain apparurent deux 
'miracles. Le fer fe leva du profond de l'eaué , 
(fr fe adapta au manche. S'il euji fouhhatté 
monter es cieulx dedans ung chariot flamboiant f 
comme Helie : multiplier en lignée , comme A' 
hraham : eftre aultant riche que Job : auliant 
fort que Samfon: auffl beau que Abfalon : Veufi^ 
il impetré "i Cefl une queflion» 

A propos de foubhaits médiocres en matière 
de coignée ( advifez. quand fera temps de boire ) 
je vous racompteray ce qu^efi efcript farmy les 
apologues du faige Efope le François» 

J'entens Phrygien & Troian^ comme affer*" 
me Maxim. Planudes : duquel peuple félon les 
plus veridicques chronicqueurs , font les nobles 
François defcendus, Elian efcript quil feiit 

Thra's 



15 4. Bjg- ô» ] Ceci doit | le pourpoint aux chauflTes, au 



s'entendre de la vulgate , qui 
compte les z. livres de Samiiel 
pour le I. & 2.1. des Rois. 

1 6 Scandaleux foloecifme'\Vh\^ 
hautl. i.chsp. g. Rabelais fait 
déjà un grand crime à ceux qui 
pwïïye nature , dit- il, attachent 



i lieu d'attacher les chauflesau 
pourpoint. Ici > il en veut à 
d'autres qui routfrent qu'avec 
eux leurs femmes prennent le 
deffus 5 & il prétend que c'eft 
là un nouveau renvcrfemenç 
de l'ordre naturel, 

17 



D u IV. Livre. xxxù 

^h^actani ylgathi as après Hérodote, qn^il eftoit 
Samien : ce m'efi tout ung. 

De [on temps efioit *^ ung paovre homme 
ijillageois natif de Gravot nommé Comtlatris , 
nhatenr & fendeur de bois , & en ceflny bas 
efiat guaingnant cahin caha fa paovre vie» Ad- 
vint qu il perdit fa coirignée. Qui f eut hienfachè 
& rnarry , ce feutiL Car de fa coingnèe depen-^ 
doit fon bien & fa vie : par fa coingnèe vivoit 
$n honneur & réputation entre tous riches buf- 
eheteurs : fans coingnèe mouroit de faim* La 
mort fi X jours après le rencontrant fans coingnèe^ 
Avec que s fon dail l'euflfaulchè & ^ ^ cercle de es 
monde. En cefluy eftrif commença crier ^ prier , 
implorer , invocqner Jupiter par oraifons moult 
difertes ( comme vous ff avez, que Neceffitè feut 
inventrice d^ Eloquence , ) levant la face vers 
les cieulx y les genoilz. en terre y la te fie nuè y 
les bras haults en Vaer , les doigts des mains 
efquarquillez. , difant '^ a chafcun refrain de 
fes fujfraiges k hanlte voix infatiguablement : 
Ma coingnèe y Jupiter , ma coingnèe , ma coin^ 
gnée : Rien plus , o Jupiter , que ma coingnèe , 

OH 



1 7 C7«^ paoyre homme yilia- 
geois CJf . ] Un conte fort ap- 
prochant de celui-ci fe trouve 
parmi les Diverjhrum authorum 
joruUritcr diBa , impr. à la fuite 
des Facéties de Poge édition de 
1541. Il commence Imper ator 
^dfianus . 

\l Cerclé 1^ Sercleurj par une 



5" initiale, fe trouve 1. 3.chap. 
z. 

19 .^ chafcun refrain "] Re- 
frain , efpece de paufe. Perce- 
for eft , vol. a. ch. 15. Quand, 
le J{oy eut Isu la lettre qui ain(i 
devifjjt , il Je refraint de fan 
chant, C'eft-à-dire il mit un 
frain à fon chant. 

c 4 10 



k1 Nouveau Prologue 

OH deniers ponr en achapter une aultre» HeîdS ! 
ma pauvre coingnée, Jupiter tenait confeil fus 
certains urgens affaires , & lors opinoit la vieil" 
le Cybele , ou bien le jeune & clair Thœbus y fi 
voulez.* Mais tant grande feut V exclamation 
de Couillatris , quelle feut en grand effroy oùye 
on plein confeil & confi flaire des Dieux, Quel 
diable ( demanda Jupiter ) efl la bas ^ que hurle 
fi horrificquement l Vertus de Styx , r^ avons-* 
nous par cy- devant eflé , prefentement ne fom* 
mes nous ajfel^ icy a la décifîon empefche'X^ de 
tant d'affaires controvers & d'importance ? 
JNous avons vuidé le débat de Prefthan Roy 
des Perfes , & de Sultan Soliman Empereur 
de Conftantinoble. Nous avons clos le paffaige 
entre *^ les Tartres & les Jliofcovites, Nous 
avons refpondu a la Requefle du Cheriph. ^uffl 
avons-nous a la dévotion de^^ Guolgots Ray s* 
L*effat de Parme eft expédié j auffi -eft celluy 
de Adaydembourg , de la Mirandole & d^ A^ 
fricque. Ainfi nomment les mortels ce que fus 
la mer Méditerranée nous appelions ** Aphro* 
cjifium. Tripoli ha changé de maifire par ma -^ 

le-* 



20 LesTartres'] Les nouvel^ 
les éditions ont ici Tartares-iCç\- 
les de IS53. & de i6z6. Tar- 
tres^ qui eft comme on doit li- 
re. De Tartarus , comme du 
Latin barbare tariarumon a fait 
tertre dans la fîgniiîcation de 
cette partie terreufe du vin) ia-r 



quelle s'attache au tonneau.Au 
chap. LIX. fuivant, au lieu de 
tartes, Rabelais a dit tartres ^ 
de tartiiU fait de torta, 

z 1 Guolgots B^ays']LQ fameu^ç 
Corfaire Dragut. 

22 ^phrodijtum J La viil^ 
d'Afficjue en Barbarie, 

i3 



DU 1 V. Livre. xlj 

Ugarde* Son période efloit venu, 

Icy font les Guafcons renians , & dem^n" 
dans *^ reflablijfeynent de leurs cloches. 

En ce coing font les Saxons , ^^ Efl^elins i 
Oft-rogots & Alemans , peuple jadis invincible , 
^^ maintenant absr-geijf y & fubjuguez parung 

petit 

23 K^eflablijfement de leurs 
cloches j Le Roi François I. 
avoir introduit la Gabelle dans 
toute la Guienne. Le peuple 5 
particulièrement les Paifans , 
qui ne s'accommodoient pas de 
cet Impôt 5 prirent leur tems 
que le nouveau Roi Henri IL 
etoit en Piémont avec la plu- 
part de fes forces. Ils entrèrent 
en foule & en armes dans 
Bourdeaux, & y matVacrerent 
le Lieutenant de Roi de la 
Province , Triftan de Monnins 
parent du Connétable. Cette 
rébellion interefToittrop le pre- 
mier Officier de la Couronne, 

pour qu'il ne prît pas bientôt 

àss mefures pour la punir fevé- 

rement. Le Connétable s'appro- 
cha de Bourdeaux avec des 

troupes & une bonne artillerie 

l'an 1549. Se s'en étant fait 

ouvrir les portes par la feule 

terreur de fon nom , entre au- 
tres peines mfamantes qu'il im- 

pofa à ceux de Bourdeaux , il 

ieurôta toutes leurs cloches, & 

ce ne fut qu'à trois mois de là 

qu'elles leur furent rendues 

avec leurs Privilèges. Voiez 

Mènerai fur cette année-là. 
24 Ejlrelins j hes villes An- 

(ipatiques ^ licuées à l'£A de la 



France , de l'Angleterre , & 
des Pais-bas. 

z s Maintenant aber-geiffCTc.'J 
C'etoit l'Empereur Charles Y. 
qui tout efiropié qu'il étoit par 
les gouttes depuis plufieurs an- 
nées , tenok en ce tems-là les 
Alemans fous le joug depuis la 
vidoire qu'il avoit remportée 
fur les Proteftans à Alulgbert 
l'an 1S+7. Les Notes fur le 4. 
1. de Rabelais attribuées à Ra- 
belais lui-même nous donnent 
pour Aleman le mot ^ber^eids 
qu'on lit ici dans toutes les édi- 
tions que l'ai vues, & elles l'ex- 
pliquent par yilifie^y b.tjfoHe-^ 
Mais ce n'eft pas un mot Ale- 
man , & encore moins doit-il 
avoir la iîgnification que ces 
Notes lui attribuent. Ce qui 
peut faire douter avec raifon 
que Rabelais en foit l'Auteur. 
^ber-^eijj, car c'eft comme on 
doit lire, eft un compofé de 
l'Aleman haber qui veut dire 
dePavoine^ & de geijf qui fi- 
Snifie u»e chèvre. Et ce mot j 
qui proprement veut dire une 
chèvre- à.-ayome , défigne une 
efpecede toupie, dont les petits 
garçons s'amufent en Ale- 
magne, & particulièrement à 
Strasbourg j oîi Rabelais pou- 
voil 



xlîj Nouveau Prologue 
■petit homme eftrofié. Ils nous demandent vé-n-^ 
geance, fecours , reftitution de leur *^ premier 
bons fem & liberté antienne. Mais cjue feronS'- 
nous *7 de ce Rameau & de ce Galland , qui 
** caparajfonnez, de leurs marmitons y fuppous 
& aftipalatefirs , *^ hromllent toute cefte Aca-^ 

demie 



voit avoir fait quelque féiour. 
Elle eft de bois de chêne, les 
plus greffes ont quatre ou cinq 
pouces de diamètre , & les 
moindres trois bons pouces , 
avec une queue grofle & lon- 
gue à proportion. La tête , qui 
eft ronde & creufe , eft par de- 
dans godronnée de poix noire 
qu'on y a verfée par une ou- 
verture pratiquée à l'un des co- 
tez, &■ grande & quarrée com- 
me un De à jouer. On tortille 
à Tentour de cette queue une 
firêelle comme aux toupies 
Françoifes. On fait paiîer la 
cjueuë dans fa cleft faite com- 
me une férule de Collège > & 
percée en forme d'anneau dans 
fà partie plate; & le refte de 
la fifcelle eft paflTé à travers un 
petit pertuis fait exprès dans 
«n des côtex de cette efpece 
«i'anneau. Enfuite celui qui veut 
faire jouer le habergeiff empoi- 
gne de !a mam gauche ce bout 
âe fifcelle > & de l'autre le man- 
che de la ckfj&: a. l'inftant même 
écartant de roideur fes deux 
bras , la corde qui vient à fe 
dévider fort vite , chafle hors 
de la clef la habergeifj , & la 
jette fur fa queue à terre , o\x 
pendant aiiez de tem^ elle fait 



«n bruit capable d*epouvanter 
ceux qui n'en fauroient pas la 
caule. C'eft à ce joiiet puérile 
que Rabelais compare ici les 
Àlemans , que de fon tems 
l'Empereur Charles V. faifoit 
aller comme des toupies , mais 
qui Içurent bientôt recouvrer 
leur liberté. 

26 Premier bonfens~\ Les bons 
& généreux fentimens qui leur 
étoient naturels. 

27 De ce I{ameau ^ de et 
Gallant j Pierre B^amus ou la 
Ramée, Profefleur en Philo- 
fophie & aux Mathématiques 
dans le Collège Roial, & Pier- 
re Galland 5 Principal du Col- 
lège de Boncourt : celui - ci 
grand Sedateur de la Philofo- 
phie d'Ariftote, & adver faire 
de Ramus qui l'avoit attaquée 
de nouveau l'an iSSo. Voiex 
la vie de Ramus par Thomas 
Freigius > pag. 34. 

28 Capyaraffonne\ de leurs 
Marmitons ] Aiant à leur tête 
leurs Ecoliers, comme en ce 
tems-là les Prélîdens portoient 
en tête le mortier, en guife de 
marmite. 

29 Brouillent 0'c,'\ Si jamais 
Ramus brouilla l'Académie de 
Paris > ce fut uniquement par 

les 



D u IV. Livre. xliij 

demie de Paris ? J'en fuis en grande perplexité* 
Et n'ay encore refolu quelle -part je doibve en- 
tliner. 

Tous deux me femhlent aultrement ^° bons corn* 
paignons & bien couilhts. 

^' Uung ha des efcm au Soleil _, je dy ^ 
beaulx & tresbuchans : ^^ l'aultre en vouldroit 
bien avoir, 

Vung ha quelcque fçavoir : Vaultre rCeJt 
ignorant. 

Uung aime les gens de bien : Vaultre e fi des 
gens de bien aimL 

Vung 

les leçons qu'il faifoit dans le t coullluf ] Couillii , de cucuiln^ 



Collège de Cambrai; car de fa 
Vie il n écrivit contre pas un 
de Tes adverfaires , pas même 
contre Pierre Galland j quoi- 
que celui-ci dans fa Rëponfe à 
tertaine harangue de Ramus, 
eiit dit à cet honnête homme 
foutes les dureter que pouvoit 
lui fournir un fonds de bile qui 
naturellement dominoit en lui. 
Au feuillet 9« tourné de cette 
harangue , impr. in 4°. chex 
Vafcolan 1551. Pierre Galhnd 
avoit errploië les paroles fui- 
vantes : Melior parr eorum (^rti 
hafce tnas nttgar leêtitant-iK^ame 
(»e hwc tibi nimmm placear^ 
non ad fruSium aliquem ex its 
çapiendum , Jèd felutt yernacu- 
toT ridicti/t Payitagrtielix libras 
ad injum C!7 animi obleBationcm ; 
leclitartt, Rabelais s'en venge 
Kl , mais fort légèrement. 
i o Botis compaignons C7 hien 



tus. On a dit aufïi Couillaud 
dans la même fîgnification de 
bon compagnon > parce qu'ordi- 
nairement re font de bons Drô- 
les que ces Couillauds , quoi- 
qu'on ne les appelle de la forte 
qu'à caufe qu'ils ont la tête 
couverte d'une efpece de Coule^ 
lors qu'ils fervent dans rtglife 
les Chanoines dont ils font les 
valets. Voiex le Didion. Fr« 
Ital. d'Oudin, lettre C. Co«»/-« 
lus, oppofé à Coiswj- ,peut aufïï 
fignifier ici^'wx de coeur. 

3 I L*Mng ha des efcus au Sa^ 
letl ] Ramus qui étoit riche. 

32 Vaultre en youdroit hlen 
aroir ] Rabelais femble taxer 
ici Pierre Galland de n'avoir 
écrit contre Ramus en faveur 
de l'ancienne Philofophiç > 
qu'en vue de s'acquérir des Pa- 
trons qui i'enrichiflent» 



xlîr Nouveau Prologue 

Vung efî ung fin & cauld regnard : l'anl-^ 
tre mefdifant mefefcripvam & abaiant contre 
les '5 Anticques Philofophes & Orateurs comme 
ung chien. Q^e fen femble -, M7^ grand Viet-^ 
àaz^e PriapHs ? J'ay mainte s fois trouvé ton con-*. 
feil & advis équitable & pertinent , 

*— Et habet tua mentula mentem. 



Roy Jupiter ^ refpondit Priapus defeublant 
[on capHJfion : la tefie levée 9 rouge ^ flamboiante 
& affeurée , l'ung vous comparez, a ung chien 
abaiant ^ Paultre à ung '4 fin frété regnard , 



33 ^nticques Fhilojôphes & 
Orateurs ] Ariftote & Cicéron. 
Volex la Réponfe de P. Gal- 
land à la harangue de Ramus, 
au femllct 5 5» de cette Répon- 
fe. 

34 f'» frété B^egnayd} Ceft 
frété qu'il faut lire , conforme'- 
ment aux éditions de 1553. 
1600. & 1626. & non pas^f- 
re , comme on lit dans celles de 
1573. IS84. & 1596. que les 
nouvelles ont fuivies. Frété (i- 
gnifie rompu à toutes fortes de 
tuCts & de malices , ôc ce mot 
vient àt fraclatus fait àt frac~ 
lare augmentatif de frangere : 
d'oîi vient qu'en termes de 
Blafon frété fignifîe des hàtonf 
rcmpts. On a même dit rompu 

. en cette fîgnification àç frété , 
Se Brantôme qui pag. 378. du 
t. I. àts (es Dames galantes> 
qualifie de bon rompu le faux- 



Prophète Mahomet j parle en 
mêmes termes du rufé Roi 
Loiiis XI. pag. 435» du tom. 2, 
de ks Hommes lUuftres Fran- 
çois. Du refte , quoique /y^fé 
ne fe trouve pas en ce fena 
dans nos vieux Diâiionaires > 
pas même dans ceux qui ont 
fuivi immédiatement le tems 
de Rabelais 5 on n'a pas laiflç 
de l'emploier encore plufieurs 
années depuis notre Auteur : 
& Beze, 1. 3. de fon Hift. Ec- 
clef. pag. 231. du t. i. appelle 
par allufion/7»/rcféun nommé 
Frété Greffier Criminel > que 
les Catholiques avoient donné 
pour Efpion aux Huguenots de 
Paris en l'année 1560. Ant.dii 
Pinet y 1. 34. chap. 8. de fa 
traduélion de Pline, aditaufiî 
dans le même fens un fin frété 
Page. A Metz on appelle /r^- 
tins les échalats rompus de 
vieil'» 



D u IV. L I V R E. xl\r 

je fuis d^advis , que fans fins vous fafcher ne 
altérer y d'enix faciez. ce cjHejadisfeiftes d'ang 
chien & d'ung regnard. Qjioy ? demanda J«- 
fiter. Quand ? Qu^i eftoient-ils ? Ou fe ut-ce ? 
O belle mémoire ! refpondit Priapus, Ceziens- 
table père Bacchus , lequel voiez-ci a face cra" 
moifie , avoit pour foy venger des Thebains ung 
regnard feé , démode que quelcque mal & dom-^ 
maige qu'il feifl , de befte du monde ne ferait 
frins ne offenfé* 

Ce noble Vulcan avoit d'aerain Monefian 
faiB ung chien , & k force de foufler l'avo'it 
rendu vivant & animé. Il le vous donna. : 
'VOUS le donnafles a Europe vofire mignonne» 
Elle le donna a Minos , jidinos a Procris ^ Pro^ 
cris enfin le donna à Cephalus. Il efioit pareil^ 
lement feé ^ de mode que a l'exemple des jid- 
'vocats de maintenant il prendrait toute bejle 
rencontrée y rien ne luy efchapperoit. Advint 
qu'ils fe rencontrarent. Que feirent-ilsl Le chien 
parfon defttn fatal doibvoit fre?tdre le regnard: 
le regnard par fon defiin ne doibvoit eftre prins. 

Le cas feut rapporté a vofire Confeil. f^ous 
proteflates non contrevenir aux deftins* Les 

defiins 

vieillefle 5 & il n'eft pas juf- 1 parce que tout merlus, en l'é- 
qu'au/y«/w en termes de marée, 1 tat qu'on le vend, eft fans tête, 
qui originairemenc ne regarde I & une efpece de tronc. De \k 
que le feul merlus , que les Aie- j vient même qu'on appelle fr:- 
mans appellent fiot^-fifcb , & I f J» le meou peuple deftitué de 
qu'ils n'appellent de la forte que | ch^. 

a 



âdvj Nouveau Prologue 

deflins efloient contradiEix)ires. La vérité , la fin ^ 
Veffet de deux contradWons enfemble fent de^ 
claire imvoffible en nature* Vous en fùafles d*a- 
han. ^^ De voflre fu'éur tombant en terre naf^ 
quirent les chous cabus. Tout ce noble confifioire 
■par default de refolution catégorielle encomi 
altération miri fichue : & fcut en icelluy Confie il 
heu -plus de fioixante & dixhni^l hujfars de 
fîeElar, Par ?non advis vous les convertifles en 
-pierres. Soubiain ficujles hors toute perplexité : 
fioubdain fieurent trefives de fioifi criées partout 
ce (Frand Olympe. Ce fieut l'année des couilles 
molles , ^^ près Teumejfe , entre Thebes & Chai- 
cide. A cefluy exemple jefiuis d'opinion que pe^ 
trifiez.ce chien & regnard, ^^ La Adetamorphofe 



tS T>e ifoflrè fueur &c. j II 
n'eft rien de û âpre au goût 
que l'eft la fueur , ni rien qui 
altère comaie les choux cabus , 
foit à la moiielle de boeuf pour 
les jours gra.9, ou confits à l'hui- 
le pour les jours maigres : té- 
moin ce que dit ailleurs Rabe- 
lais, que fi le» Gaftrolâtres ne 
bûvoient après avoir mangé de 
ce mets , ou le diable les em- 
portoit, ou la mort les atten- 
doit à quatre pas de là. Ces 
choux cabus ou pommez font 
les choux blancs : or, comme 
c'eft un manger fort fade, il eft 
fur que pour pouvoir s'en ac- 
commoder on ell d'autant plus 
obligé de les faire bien poivrer 
ic filer 5 que le chou étant com- 
f ofé d'iuie inanité de feuilles 



• nejt 

fort épaiffes entaflees les une* 
fur les autres , le fel ni les épi- 
ces ne pourroient le pénétrer 
n on n'y en mettoit abondam- 
ment. 

3 6 PyèxTfexwejf/ff] Paulanias 
dans Ces Bœotiques rapporte 
cette Fable , & après lui C«l. 
Rhod. 1. 17. ch.28.de fes An- 
ciennes leçonS' 

Sy La metamorphofè n'eji in- 
congnetiè ] Puifqu'il y eij avoit 
eu déjà une lemblable. Ainfî , 
c'eft incongneùè qu'on doit lirej 
conformément aux trois édi* 
tions de Lyon , & à celle de 
1 6i5. & non pas <»fo«^r«i?,com* 
me on ht dans celle de is53« 
que celle de iS96. & les noiH 
velles ont imitée. 

38 



DU IV. Livre. xlvîj 

n^e/i încongneke* Tous deux -portent nom de 
Pierre* Et -parce que félon le proverbe des Li^ 
mepns ^ a faire la gueule d'nng four font trois 
pierres neceff aires , 'vous les afjocierel^ a mature 
38 Pierre du Coingnet , par vous jadis pour 
mefme calife pétrifié. Et feront en figure trigons 
eqHtlateraie an grand temple de Paris , oh aa 
millieH du Parvis po fées ces trois pierres mones 
en office de efieindre avecqiies lesneT^^ comme ait 
}^ jeu de foHcqiiet , les chandelles > torches , 

cier- 



33 Pierrfdu Coingnet 2 Pierre 
de Cugniéres Chevalier, Con- 
feilleî^& Avocat Général du 
Parlement de Paris fous le ré- 
gne de Philippe de Valois, s'é- 
toit oppofé vigoureufement 6c 
avec quelque liiccès aux entrc- 
pfifcs que le Clergé de Ton tems 
railoit continuellement fur l'au- 
torité Roiale. 11 ne tint pas aux 
Eccléfîaftiques de perdre cet 
honnête homme , mais en vain. 
Aufli s'en prirent-ils à fa mé- 
moire 5 & firent faire inconti- 
nent après la mort de Pierre de 
Cugniéres, dans la plupart des 
Eglifes les plus fréquentées des 
Marmoufets de pierre auxquels 
on donna le nom de Fierire dn 
CûtfioKfty parce qu'on les pla- 
çoïc dans des coii,f. A les en- 
tendra , ces impertinentes fla- 
tuësreprcrentoieuti'impitr Pier- 
re de C'i^^nieres, & comme, 
auâî à leur dire , c'avoit été 



en fon tems un ennemi de l'E- 
ghfej un réprouvé , il y avoiç 
du mérite a batFoiier fes ftatuës 
de quelque manière que ce fur. 
De la vient qu'a Notre-Dame 
de Paris , fous le femblam de 
préfenter dQs chandelles à ia 
ilatué de Pierre du Coigner, 
comme on en préfente aux ima- 
ges des Saints, on lui éteint c©q- 
tre lenex les cierges &c. qu'oa 
ne veut plus qui brûlent'*^. Et 
comme il n'eft pas pofTible qu'- 
en taifant fervir à c« ufage cet- 
te ridicule figure, elle ne fott 
bientôt devenue extrêmement 
barbouillée , de là vient enco- 
re que pour bien exaggerer la 
laideur de quelqu'un , on di- 
foit il y a déjà plus de deux 
cens ans , qu'il étoit plus Lud. 
que Mr. Pierredu Cei^net. Voiex 
la grande Nef des fous , impr. 
l'an 14-99. fol. 36. 

39 ^en de toucquet ] De /ê- 



* Contes (CEutra^el^ tha^, L 



5cîviij Nouveau ProloguS 

cierges , bougies , & fiambeanlx allumez. : îep- 
quelles viventes allumoiem couillonnicqHement 
le feu de faElion ^fimulté ^ "^^ feBes couillonniC' 
ques & partialité entre les ocieux efcholiers, A 
perpétuelle mémoire , ^ue ces petites philauties 
couillonniformes pluflojl devant vous contem» 
nées f eurent que condamnées. J*ay diSî, 

F'ous leur fa.voyife7^y difi Jupiter k ce que je 
voy , bel Mejfer Priapus. Ain fi n'eftes a tous 
favorable. Car veu que tant ils convoitent per^ 
•petuér leur nom & mémoire ^ ce fer oit bien leur 
meilleur , eflre ainfi après leur vie en pierres 
dures & marbrines convertis , que retourner en 
terre & pourriture* Icy derrière vers ce fie mer 
Tyrrhene & lieux circumvoifins de l' Appen^ 
fiin y voyez-vous quelles ^^ tragédies font exci- 
tées par certains pafiophores 5 Cefie furie du- 
rera fon temps comme les fours des Limofins , 
fuis finira : mais non fi-tofl. Nous y aurons 

du 



quettHî-, diminutif de /ofKx, d'où 
le François feu, Voieï 1. i. le 
chap. des Jeux de Gargantua. 
On y trouvera l'explication de 
celui-ci. 

40 Seules Comllonnicquei^ Si 
fous ombre que c'eft Priapequi 
parle ici , on alloit prendre ce 
mot dans une iîgnification ob- 
fcéne , on donneroit juftement 
dans le piège que Rabelais a 
voulu tendre aux moins éclai- 
ret, d'entre Tes Ledeurs, Ces 
Sedes CûHilloniqiies ne font pro- 



prement autre chofe que U& 
difFerens Ordres de Moines ou 
gens à cMulle -, chez lefqiielsre- 
gnent ordinairement des divi- 
sons fur des matières à peu prés 
auflî importantes que celles qui 
partageoient alors l'Académie 
de Paris. 

^\,Tragedies CJc. ] Les mou- 
vemens du Pape Jules III. pour 
l'affaire de Parme , lefquels ne 
ceflerent qu'en 1 5 S i. Voiez 
Sleïdan, 1. 2Z. &leP.deThoa 
1. 8.^ 10. 

4a 



» DU IV^ L I V RE* '^lîi 

'du pajfetemfs beaucoup, Vyvoy ung inconvt^ 
nient, C'efi ^ue nous avons petite munition de 
fouldres , depuis le temps que vous aultres Con» 
dieux pur mon o^îroy particulier en jetiez, fans 
tfpargne y pour vos esbats fus ^^ Antioche la 
neuve. Comme depuis a vôtre exemple les Gor-^ 
gias champions _, ejui entreprindrent garder la> 
forterçffe de ^"^ Dindenarois contre tous ve^ 
tiens j confumarent leurs munitions a force dâ 
44 (irer aux moineaulx* Fuis n'eurent dequoy 

en 



41 antioche la newoe] Il fem- 
tlê que ce fbit ici la ville de 
Rome. Le mot antioche ne fî- 
gnifie autre chofe que l'amour 
irenverfé, s»"'' contra & '5;(^«Jot 
(oncubitus. Les foudres lancées 
fur cette Antioche peuvent être 
ie fac qu'elle fouffrit en 1527. 
& les diminutions confîdera- 
i)les de l'étendue de fon Eglife 
par l'incroduclion de la Reli- 
gion (-'roteftante , malheurs qui 
lui font arrivex du tems que 
Rabelais écrivoit. 

4î Dincienaroix ] L'Aleman 
dinten-narr lignifie un homme 
entêté de la manie d'écrire. Je 
ne fais fi fous ce nom-là Rabe- 
lais ne défigneroit pas certains 
Scholaftiques , qui aiant fait ra- 
ge de s'efcrimer les uns contre 
les autres fur des queftions de 
«léant, demeurèrent liiuëts lors 
qu'il fut queftion de défendre 
efficacement la doftrine & le 
culte ds TEglife Romaine con- 
trç les Luthériens , dont ku- 

Tome IK. 



mainement lé parti rie pouvoît 
fubfilter 5 fi d'abord il eût été 
bien attaqué par quelques pré»- 
cheurs de Croifade. 

44 Tirer aux moineaulx ] Plus 
haut au prol. du 1. 3. produis, 
foient moinsanlx. A mon fens » 
tirer aux moineaux, c'étoit ti- 
rer à une forte de grofles gué-^ 
rites rouUantesj autrement ap- 
pellées Fajjè,- du Lzùn pajjèr t 
à caufe de leur toit, dont la for- 
me reirembloit au froc de cer- 
taine elpece de moineau. Com- 
me ces guérites n'étoient com- 
pofées que de chevrons tra- 
verfez. , fans aucune continuité 
de ftructure , étant comme im- 
pofiible de les endommager » 
ceux qui entreprirent de le faire 
autrement que par le feu don- 
nèrent lieu au proverbe. FroiG- 
(ârt parle de ces moineaux vol* 
2. chap. 160. ou il les appelle 
fajj^et , & il nous apprend que 
fur leur plus haut étage on pla- 
çoit de grofles arbalètes od 

d 



i ïsTouVEAU Prologue » 

en temps de necejfitéfoy défendre : & vaiHam* 
ment cedarent la -place y & fe rendirent à l'enta 
nemy , qui ja levait f on fie ge ^ comme tout for* 
cené & defe/peré : & n'avoit penfée plus ttrgen-» 
te que de ja retraite accompaignée de courtâ 
honte. Donnez, y ordre, , fils V nie an : efveillez, 
"voi endormis Cyclopes , ^fteropas , Brontes , 
jirges , Folypheme , Steropes ^ Pyracmon : met* 
fez- les en hefoigne : & les faitles boire d*aHU 
tant. A gens de feu ne fault vin efpargner^ 
Or depefchons ce criart la bas. Voyez. , Mer'^. 
VHre , qui c^efi : & fçaiche\^ quil demande* 

J\4ercHre reguarde par la trappe des cieulx l 
par laquelle ce que Von diB fa bas en terre ils 
e [coûtent : & femble proprement a urig efcontil'* 
Ion de navire : Icaromenippe difoit qvCelie fem^ 
hle ^^ a la gueule dHung puits. Et veoitquece^ 
Couillatris , qui demande fa coingnée perdue .* 
^ en fai5i le rapport au Confie il, Vr^yement , 
difl Jupiter j nous enfiommes bien. Nous k ce fie 
heure n^avons aultre faciende _, que rendre coin^ 
gnées perdues ? Si fault-il luy rendre» Cela ejl 
eficript es Deflins , entendez-vous ? auffi-bien 
comme fi elle valufi la Duché de Milan, A la 
vérité , fia coingnée luy eft en tel pris & efi'iînar 
tion j que fieroit a ung Royfion Royaulme, ça^ 
fa y que cefie coingnée fioit rendue. Qiiil n'en 

fioit 

Voiez PIcaroώnippe de Lu- 
cien. 



Sf ringardes-) foit pour défendre 

une place , foit pour l'attaquer. 

4S *d la guetile d'a»^ fW//] 



4« 



tiî IV. Livré. 

foltpÎHS parlé. Refolvons le différent ^^ du Clergé 
(fr de la, Taiilfetiere de Landeronffe» On en ef-* 
tions-noHS ? Priavns refiott debout au coing d& 
la cheminée. Il entendant le rapport de Aier^ 
cnre^ difî^ en toute courtoifie & ^"^ joviale hon^ 
îiefleté : Roy Jupiter , au temps que -par vofvré 
ordonnance & particulier bénéfice feftois guar'^ 
dian des jardins en terre , je notay/ que cefîc 
diBion , Coingnée , efi equivocque a flufieurs 
vhofes. Elle Jîgnifie ung certain infirument ^par 
le fervice duquel efl; fendu & coupé bois. Signio 
fie auf/l ( au moins jadis fîgni fiait ) la femelle 
bien à poin^ & fouvent gimbretiletcUetée, Et 

veids 



4.5 Du clergé Ç5* dé la Taiil- 

petisrede Landeronjje ] Ce pour- 
voit bien être le fameux procès 
entre le Chapitre de S. Gatien 
de Tours & le Chapitre cïe S. 
Martin de a même ville au fu- 
jet des Hjx-is de S. Martin. Ce- 
lui-ci pofiTeuoit cette prétendue 
Relique , mais depuis foixante 
à quatre-vingts ans le premier 
enredamoit la propriété, Se ce 
ne fut que plus de dix ans après 
la mort de Rabelais que lesHu- 
guenots coupèrent ce nœudGor- 
dien.Voiez l'Hift. Eccl de Be- 
2e 1. 7. fur l'an 1563. «S: M 
de Thou 1. 30. Je n'ignore pas 
^ue les regiftres de l'Églife de 
S. Martin de Tours depuis Louis 
XI. jufqu'à Charles IX. ne font 
pas aujourd'hui la moindre 
-mention de ce procès , mais 
tomme k fuccès en fut Singu- 



lier , & l'affaire au fond divul- 
guée par Beze d'une maniérç 
qui ne faifoit pas d'honneur 
aux parties, eft-il impo/ïîble 
que depuis l'anéantiflèment de 
la Relique qui avoit caufe ce 
long procès , pour rendre fu{^ 
ped de menionge l'Hiftorien 
Huguenot 5 elles aient tiré de 
leurs regiftres tout ce qui re» 
gardoitune telle affaire ? 

47 Jovifile honnefletél C'eft 
joviale qu'on doit lire , confor«> 
mément à l'édition de 1553. ^ 
celles de Lyon , & à celle de 
j6z6. LoUahle -, comme on lie 
dans celle de is95. Se dans les 
nouvelles, ne convient pas l5 
bien à Priape, qu'ailleurs K.a-' 
bêlais femble n'appeller Jean 
Jeudi , qu'en tant qu'il paifoiç 
pour fils de Jupiter. 



àn 



H 



Nouveau Prologue 

"veids que tout bon com-paignon appelloit fa garfe 
fille de joye-) ma Coingnée. Car avecq ceftmferrê' 
ment ( cela difoit exhibant [on coingnoir do^ 
drantal ) iU leur coingnent fi fièrement & d'au-^ 
dace leurs emmanchoirs , quelles refient exempt 
tes d'une paour epidémiale entre le fexe femi" 
nin : c'efi que du bas ventre ils leur tumbajfent 
fus les talons , par default de telles agraphes* 
JEt me foubvient ( car fay mentule , voire dy- 
je mémoire ^ bien belle _, & grande afie"^ pour 
emplir ung pot beurrier ) avoir ung jour du 
T^ubiluftre , es feries de cebonVulcan en May, 
cny jadis en ung beau parterre ^^ Jofquin des 



48 jofquin des Fye\ ] Dix 
^^entre ceux que Rabelais nom- 
me ici furent les Difciples de 
cet excellent Mufîcienjqui étoit 
de Cambrai , & duquel il y a 
plufieurs Chanfons imprimées 
avec la note à Paris , à Lyon , 
à Anvers & en d'autres lieux. 
Voiez la Croix-du-Maine, & 
la Préface d'un Recueil de 
Chanfons imprimées chez Bal- 
lard l'an 1572» Il étoit con- 
temporain de Jean le Maire de 
Belges , & de même les nom- 
mez Loyfel & Compère , témoins 
ces vers du même Jean le Mai- 
re dans fon poëme du Temple 
de Venus : 

*4« fin tneillien du Cheettr ouir 

pourrez 
intrehrifer mH(ïquc ^lexan- 

drme j 



Lt de Jofquin les yerbes coh-* 

loHre\. 
Fuis d'Ocl^ghem Varmonie 

très fine , 
Les termes doulx de Loyfel^. 

Compère 
Font mélodie anx cienlx mej^ 

me confine, 

La Mufique de Jofquin étoii! 
fimple , & s'il arrivoit à quel- 
qu'un de ceux qui chantoienr 
[es motets au Chœur , de vou- 
loir les broder 3 il fe fachoit & 
le quéréloit : très difpofé d'ail- 
leurs à fe corriger lui même fur 
le champ , comme il lui arri- 
voit quelquefois, lorfque cer- 
tains endroits de [es compofi- 
tions venoient à choquer foa 
oreille dans les répétitions. 
Voiez au ch. de fludiis les lieux 
communs de Mélaiichthon^col- 
ligez 



DU IV. Livre. liij 

'Trez. , ^^ Ockeghem^ ^o Hobrecht y ^gricola , 
Bmmel , Camelin , F'igoris , de la Fage , Bruyor ^ 
Priori s , Seguin ^ ^^ De la Rnè , Aiidy ^* Mou* 
Ih y Mouton , Gafcogne y Loyfel , Compère , 
Feuet y Fevin y ^^ Rouz.ée , ^"^ Richard fort ^ 
^^ RouJfeaUy ^^ Confilion^ ^^ Confiant io Fefti , 

J8 



figeï par J. Manllus. 

49 Oc^eghem'\ Voifin de Jean 
le Maire de Belges & Hennuier 
comme lui. 11 etoit Treforier de 
S. Martin de Tours , & la Fran- 
ce n'eut point de plus fameux 
Muficien que lui fous le règne 
de Louis XII. Voiei Jean le 
Maire , dans fon Epître à M. 
François le Rouge, Me. des 
Requêtes de la Reine Anne. 
Du refte fon nom étoit Oc]\e- 
ghem, Se c'eft comme on le lit 
dans l'édition Gothique des 
Oeuvresde Jean le Maire 1512. 
L'ancien /z ou \ à^Ocl^eghem a 
été pris pour /^j d'où vl^egan 
qui fe lit dans les Rabelais les 
pluscorrecls. 

50 Hobrecht ] On voit un 
Air de ce Muficien dans un Re- 
cueil de Caanfon à quatre par- 
ties , impr. chez P. Phalefe > 
Louvain 1554. 

51 De la !î.«ë] De lui eft la 
dernière Chanfon à cinq parties 
dans le Recueil imprimé l'an 
1572. chez Adrien le Roy & 
Robert Ballart. 

S 2 Monlui Mouton ] Difciples 
de Jofquin. Il y a une Chanfon 
du premier dans le recueil d'A- 
drien le Roy & Robert Ballart.- 



Se quelques Motets de Jea» 
Mouton furent imprimez à 
Lyon. Voiez l'Abrégé de la 
Bibliothèque de Gefner,édit« 
de Zurich 1582. pag. 47s. 

Si I{ou\ée'} Le Recueil im- 
pr. l'an is??-- chez A. le Roy 
& R. Ballart contient pluiîeura 
de Ces Chanfons. 

54 Bjchardfort'] Ou Pjchaf- 
fort, Difciple de Jofquin, On 
peut voir plufieurs de Ces chan- 
fons dans le même Recueil. 

S s IloHJfeau^ L'un des Sou- 
maîtres de la Chapelle de Mu- 
fîque fousleRoiHenrilI.à troia 
cens livres de gages. Voiez les 
Antiquitez de la Chapelle & 
Oratoire du Roi de France^ l» 
1. pag. 482. Il étoit Italien, & 
ceux de fon païs le connoif- 
foient fous le nom de Francejco 
R^offello. 

S 6 Ccyfilion'] On a de lui 
quelques Motets Latins à fix 
parties , réimprimez avec d''au- 
tres de divers Auteurs à Venife 
chez Jérôme Scot iS45. 

5 7 Conflaniio Fejh'] Je ne fais- 
fî Icnom de ce Muficien Itas 
lien étoit tel que Rabelais nous 
le donne, mais il y a un volu- 
me de Chanfons Italiennes de 
4 3. t»*" 



Jiv Nouveau Prologue 

^* Jacquet Bercan , chantans melodieHfemetJti 
Grand Tibault fe voulant coucher 
Avecques fa femme nouvelle , 
S*en vint tout bellement cacher 
Ung gros maillet en la ruelle. 
O ! mon doulx ami ( ce dift-elle j. 
Quel maillet vous voy- je empoingner > 
Oeft (dift-il ) pour mieulx vous coingner* 
Maillet ? dift-elle , il n'y fault nul. 
Quand gros Jean me vient befoingner j 
Il ne me coingne que du cul. 

Neuf Olympiades y & ung an intercalare 
^pres : o ! belle mentnle , voire dy-je . mémoire^ 
Je folœcife fouvent en la fymbolijation & colli^ 
guance de ces deux mots : je oky ^^ Adrian 
Villart i ^° Gombert y ^^ Janeqmn ^ ^ Arca^ 

delt , 



Cenjiantio Fefia imprimé à Ve- 
nife chez Ant. Gardane 1550. 
5 8 Jacquet Bercan^ Berchem, 
Difciple de Jofquin. Ses Airs 
fiirent imprimez à Venife l'an 
ïS4(î' chez Anr. Gardane, & 
en moins de dix ans on les 
réimprima quatre ou cinq fois. 

59 ^drian yUUrt'] Wiliaërt, 
Pifciple de Jofquin , & Maître 
de la Mufique du chœur de la 
Chapelle de S. Marc à Venife. 
Ses Motets à cinq pariies furent 
imprimez à Venife chez, Jérô- 
ime Scot l'an 1550. 

60 Gombert J Nicolas Gom- 



bert. On a de lui des Motets 
Latins à 5 . voix 5 impr. à Ve- 
nife chez Jérôme Scot l'aa 
1550. 

61 Janequin'] Clément Ja- 
nequin 5 Difciple de Jofquin, 
Entre un grand nombre de fea 
Chanfons imprimées en divers 
Iieux5*particuliérement à Lou- 
vain chez Pierre Phaléfe i 5 54, 
on a de lui la fameufe Chanfon 
de la défaite Aes Suifl'es à la ba- 
taille de Marignan. Voiez les 
Contes d'Eutrapel ch. 19. 

62 Jlïca.'ielt J Jaques Archa^ 
delt, Chantre de la Chapelle 

di^ 



^ yoïe\ la Croix 4h Mtiine^ 



6t 



D u IV. Livre. Iv 

delt y ®^ Claudin^ ^* Cenon ^ ^^ Manchicour ^ 
jîiixerre , Villters , Sandrin ^ S obier y Hefdin ^ 
^^ Mordes , ^7 Pajfereau , Maille , ^^ MaiU 
lart y Jdcotin , ^^ Heurteur ^ 7° Verdelot y Car" 
entras j V Héritier^ Cadeac ^Doublet , ^i jr^?^- 



#/^/t. 



? 



4u Pape. On a de lui des Chan- 
fons Françoifes, des Madrigaux 
& des Motets mis en Mufique 
à 4. s. 6. & 7. voix 3 imprimez 
à Lyon > à Venife & à Paris ? 
depuis Tannée 15+3. jufqu'en 
IS72. Voiez la Bibliothèque 
de Draudius, tom. i.p. 161 1. 
1628. ôc I 633. Il fut auffî l'un 
àes Difciplesde Jofquin. 

63 Claudin] On a de C Gan- 
din furnommé le Jeune , Difci- 
ple de Jofquin , une Chanfon 
Françoife imprimée avec d'au- 
tres de divers Auteurs à Ve- 
nife chez, Ant. Gardane l'an 
15 5 z. Je ne lais fi c'eft le nô- 
tre, ou fi ce ne feroitpas plu- 
tôt le nommé Claude Martin 
d'Authun en Bourgogne , qui 
a publié des Elcmsns de Muftque 
prMÏque , & une Injlitution Mu- 
jtcale. Voiez la Croix-du-Mai- 
nc. 

. 64 Cerfo»]Difciple de Jofquin. 
Il y a un de fes Airs à 4. voix , 
impr. à Venife chez Jérôme 
Scot, 1549. 

6$ Manchicour'^ P. de Man- 
Ciiicourt, premier Chantre de 
l'Êglife de Tours. Dix-neuf de 
ta Airs furent imprimez à Pa- 



ris chet Piere Ataignant * , 8e 
deux autres à 4. parties le fui« 
rent àLouvain Tan iss+. 

66 Morales'] On a de lui quel- 
ques Motets Latins à fix voix „ 
imprimez avec d'autres à Ve- 
nife chez Jérôme Scot 5 i S49- 
Parmi les Motets de Gombe/t 
imprimez chez le même l'an- 
née fuivante 3 il s'en trouve du 
même Morales. 

67 PaJJèreau ] On a de fefl 
Airs François impr. à Veniffi 
1 549. & à Louvain i s 54» 

68 Maillait ] Difciple de 
Jofquin. Le Recueil imprimé 
l'an 157a. chez A. le Roy & 
R. Ballart contient quelques- 
uns de Ces Airs. 

69 Heurteur ] Le Recueil 
impr. à Venife chez Ant. Gar- 
dane , 1552* contient vingt- 
neufs Airs foit de lui , foit de 
Claudin. Celui de Louvain 
1554. en contient aufii quel- 
ques-uns du Heurteur. 

70 rerdelot} Il y a de Tes 
Airs impr. à Venife chez Ant« 
Gardane 3 1546. 

71 Fermant 2 Félix de War- 
mondjMaître de la Chapelle de 
pleinjChant fous les Régnes de 

Henri 



* Faie:^ U Croiji du Td^ine, 



ïv] Nouveau Prologue 

fnont , BoHteillery^* Lnpi ^ Pagnier ^ ^^ MiU 
let j "^^ du Moulin ^ ^^ Maire , Marault , 
Ji4orpain ^"^^ Gendre^ & ault^es joieux Mn^ 
ficiens "^"^ en un g jardin fecret fous belle feuil'» 
lade autour d'ung rampart de flaccons , jam-t 
hons y p a fiez. & diverfes cailles coiphées mi". 
gnonnement chant an s. 

S'il eft ainfi que Coingnée fans manche 
Ne fert de rien , ne houltil fans poingnée. 

Affin 



Henri II. François II. & Char- 
les IX. Volez les Antiquitez de 
la Chapelle & Oratoire du Roi 
de France 5 I. i. ch. 78. C'é- 
toit apparemment du père de 
ce Félix que Marot difoit dans 
A 2. Epître du Coq à l'âne : 

[ Dleti pard(}i»t att poyre Ver- 
mont 3 
1/ chantait bien la, hajje con- 
tre, 

72 Liipi ] Didier Lupi fé- 
cond, qui mit en mufique les 
Chaiîfons fpirituelles de Guil- 
laume Géroult 5 imprimées à 
Paris chez Nicolas du Chemin. 
Voiez la Croix du-Maine. Il y 
a de lui une Chanfon d'amour 
dans le Recueil de Pierre Pha- 
|éfe, Louvain iS54- 

73 Millet^ Jean le Maire de 
Belges , au prol. de fon Traité 
de la concorde du Langage 

.François avec le Tufcan > met 
un nommé Millet au nombre 
des Poètes François fes contem- 
pprains. Seroit-ce celui-ci > de 



le même dont on voit quelques 
Chanfons dans le recueil d'A» 
le Roi & R. Ballart ? 

7+ Du, Moulin'^ Antoine du 
Moulin , Mâconnois 3 valet de 
chambre de la Reme de Na-» 
varre fœur de François I. Ma- 
rot lui a adrefledeux épigram- 
mes : il florifloit environ l'an- 
née 1547. &la Croix^du-Mai- 
ne rapporte les titres de quel- 
ques Ouvrages qu'il a publier 
en François. 

7 s Plâtre , Marault ] Ce ne 
peut être ici ni .Alain Chanter , 
m Marot. Ils étoient n^orts au 
tcms dont parle l'Auteur. 

76 Gendre'] Jean le Gendre 
Panfien. La Croix-du-Maine 
lui attribue une briéve Intro- 
dutftion à la Mufique , impri- 
mée à Paris chez Nicolas di| 
Chemin. 

77 £w nng Jardin fecret']'^t" 
Ion, 1. 4, ch. z6. de Ton Orni- 
thologie , femble parler de 
cette avanture > à laquelle il 
donne pour époque i'asnés 



1555^ 



7» 



DU IV. Livre; 



Ivîj 



Affin que Tung dedans Taultre s'emmanche 
Prends que fois manche^ 6c tu feras coingnée- 

Ores fer oit à fc avoir ^nelle efpece de Coîngnês 
demande ce criart Comllatris, A ces mots tous 
les vénérables Dieux & Deefies s*éclatarent 
de rire y comme ung microcofme de woufches* 
Vulcan j avec que s fa jambe torte en feit pour 
r amour de s* amie trois ou quatre beaulx petits 
^^ faults en piatte forme, ça , ça» ( difl^ Jupiter 
à Aïercure ) defcendel^ prefentement là bas , 
^ jeBe'^és pieds de Couillatris trois coingnées : 
lafîenney une aultre d'or _, & une tierce d'ar^ 
gent , maffives toutes d'ung qualibre. Luy ayant 
baillé r option de choijïr ^ s'il prend la fîenne & 
s en contente , donnez, luy les deux aultres. S'il 
prend aultre que la fîenne , couppez. luy la tejï^e 
avecques la fîenne propre. Et déformais ainjl 
faites à ces perdeurs de coingnées. 

Ces parolles achevées , Jupiter contournant 
la te fie '^^ comme ung fînge qui avalle pillules , 
feit une morgue tant efpouventable , que tout le 
grand Olympe trembla* Mercure avecque fort 

chap" 



7? Saults en flate forme [ La 
d^nfe du Trihori de Breta- 
gne. Lts Contes d'Eutrapel j 
ch. 19» Cà un tnhori en plate 
fçrme y O" ia carole de mefine , 
à trois pas un faut. 

"29 Comme ung Singe (^ni ayal' 



le ptllules ] Dans Froiflart, vol. 
2. chap. i8i. les rebarbatift 
font comparer à des Singes à 
qui des entans veulent ôter des 
poires que ces animaux ont 
commencé démanger. 

8o 



ïviij Nouveau Prologue 
chappeau poinEin , fa capeline , tallonieres d* 
^ caducée fe jeBe par la trappe des cieulx , 
fend le vnide de l'aer , defcend legierement en 
terre : & jeBe es pieds de Couillatris les trois 
coingnées : Puis luy difl : Th as affeK. crié pour 
boire» Tes prières font exaulcées de Jupiter* 
Eeguarde laquelle de ces trois efl ta coingnée , 
& l^emporte. Couillatris fublieve la coingnée 
d*or : il la reguarde : & la trouve bien poifan" 
te : puis diEî à Mercure : ^° Aîarmes y cefte-ci 
fî*efi mie la mienne, ^ ' Je n*en veulx grain, 
jiultant faiB. de la coingnée d^ argent ^ & diU : 
JSIon cefte-cy. Je la vous quitte. Puis prend en 
main la coinq^née de bois : il reguarde au bout 
du manche : en icelluy recongnoit fa marque : 
& treff aillant tout de joye , comme ung regnarâ 
ejui rencontre poulies efguarrées j & foubs riant 
du bout du ne'^y diEl: Aferdio-ues ^ cefl'e-ci ef^ 
toit mienne. Si me la voulez, laijfer ^ je vous 
facrifieray ung bon & grand pot de laiEl tout 
fin couvert de ^^ belles frai ère s aux Ides ( c'e/^ 
le quinziefmejour de May, ) Bon homme ^ diji 

Mer" 



80 "alarmes 3 Merci de moi. 

8 1 Je nen "veulx grain ^ Le 
Patois Poitevin s'exprime de 
cette forte pour dire je ri" en 
yeux point. Fénefte, 1. 3. chap. 
+. lé bé yroi\ q'-igl a fart en 
ia péce , mai ne grin tou fon. 
Il eft bien vrai qu'il a fa part 
en cette pièce de terre , mais 
elle n'eft pas toute à lui. 



%% Belles fraier es ] Oufr/d- 
res 3 comme on lit dans les édi- 
tions de 1573. iS84> Se 1526, 
ou frai\es , conformément à 
celle de 1600. Les Limofîns ap- 
pellent />-4z>e.r le fruit An frai" 
jier : mais ici , comme encore 
1. 4. chap 30. c'eft proprement 
la plante même chargé de frai- 
fcs. 

^3 



DU IV. Livre. lîx 

Mercure y jeté la Uijfe , prens-là. Et ponrce 
que tu as opté & foubhaité médiocrité en ma- 
tiere de coingnée ^ par le vueil de Jupiter je 
te donne ces deux anltres. Tu as dequoy dorefna- 
vant te faire riche , Sois homme de bien. Couil* 
latris courtoifement remercie Aiercure : révère 
le grand Jupiter : fa coingnée anticcjue attache 
a fa ceinUare de cuir: & s'en ^^ ceinB fus le 
cul , comme ^"^ Martin de Cambray. Les deux" 
aultres plus poifantes il charge a fan coL Jîinjl 
^^ s'en va prelaffantpar le pays , faifant bonne 
troigne parmy fes parochiens & voifins : Ô" 
leur difant le petit mot de Patelin ; ^^ En ay* 



s 3 CetnB/ur le f«/] De cette 
manière de Ce ceindre qui rac- 
courcifloit ridiculement la che- 
mifette d'une perfonne fagot- 
tée de la forte, eft venu que 
pour dire que quelqu'un s'étoit 
trouvé court) comme on parle? 
pour s'être fié à un trompeur , 
on difoit du trompé, que la 
chofe qu'il avoit mal à pro- 
pos confiée le ceignoit fur le 
cul. Patelin parlant du Drapier, 
à propos du drap qu'il avoit 
efcroqué à ce pauvre homme : 

Le mefchant yillain Challe- 

majire 
En eji ceint fur le cul, 

84 Martin de Cambray ] Mar- 
tin Se Martine font les noms 
qu'on a donnez à deux figures 
^ui chacune avec un marteaié 



dont elles frappent les heures," 
fervent de Jaquemars à l'Hor- 
loge de Cambrai. Et comme 
celle de Martin repréfente un 
païfan en jaquette & armé, qui 
porte fur (es reins une ceinture 
qui le ferre bien fort ; de tk 
vient que d'un homme ridicu- 
lement ferré de fa ceinture fuir 
Çez habits , on dit proverbiale- 
lement , qu'il eft ceint fur le cù, 
comme Martin de Cambrai. 

iS Se frelaffant^Se préférant 
aux autres , fe donnant des airs 
de Frelat. 

86 En ay -je? 2 C^^ ^'"^ 
que Patelin , s'adreflTantà Guil- 
lemette fa femme , s'applau- 
dilfoit d'avoir trouvé le moien 
de fe, donner un habit aux dé- 
pens du Marchand qui lui avoit 
fait crédit de Ton drap. 

«7 



1« Nouveau Prologue 

je ? Ah lendemain vefln d'une fequente blanche ^ 
charge fus fon dos les deux pretieufes coingnées , 
Je tranfporte a Chinen ville infigne ^ ville no" 
hle j ville amie que , voire -première du monde , 
félon le jugement & ajfertion des plus doEles 
jMafforets. En Chinon il change fa coingnée 
A^argent en heaulx teftons & aultre monnoye 
blanche : fa coingnée d*or en heaulx Saluts 9 
tjeaulx moutons a la grande laine , belles Rid^ 
des , heaulx Royaulx , heaulx efcus au Soleil, 
Il en achepte force métairies 9 force granges , 
force cenfes , force mas , force hordes & hor* 
dieux y force caffines : prem , vignes , bois _, terres 
labourables ^ paflis , eflangs ^ moulijfs y jardins , 
faulfaye ^ bœufs y vaches^ brebis ^ moutons , 
chievres ^ truyes 9 ponrceaulx y afnes , chevaulXf 
poulies , coqs y chappons , poullets y oyes ^jars , 
canes y canars ^ & ^"^ du menu. Et en peu de 
temps feut le plus rtche homme du pays : votre 
plus que Maulevrier le boiteux» 

^^ Les francs gontiers & Jacques bons-homs 

du 



87 Dumertu'} Pouffîns, & 
autres fortes d'oifeaux domefti- 
ques qui ne faifoient que d'e- 
clore Dans le Poitou tout cela 
s'appelle du menu, 

88 Lesfyancs-goHtiers CJ7 ^ac- 
^es bons-hontr J Gunter us de 
l'Aleman Gunthe/- fait par con- 
traéiion âe gunjiiger, venant du 
verbe gonnon lignifie propre- 
ment un homme en état d'en 
fevorifer d'autres Voier Bec- 



man, pag. 903. de Ton àtovi'- 
ginibus Latina lingua , édit . de 
Wirtemberg ifîij. Ainfijfous 
le nom de francs-^ontierx peu- 
vent être ici entendus certains 
paifans aifez, qui jouiflans d'ail- 
leurs de quelques franchifesj 
font ordinairement la reRource 
d'autres paifans tout-à-fait mi- 
férables 5 comme étoit CouiJ- 
latris avant fa bonne fortune. 
Du refte ce nom deJr*nc-gotp- 



D u IV. Livre. Ixj 

Jh voijinaige voyans cefle heureufe rencontre 
de CouilUtris , fearent bien ejionne'^: & feut 
en leurs ef-perits la pitié & commiferation , ^ne 
auparavant avaient du paovre Couiliatris _, en 
envie changée de fes richejfes tant grandes &" 
inopinées. Si commençarent courir ^ s' encjuerir ^ 
guementer, informer par quel înoyen, en cjaellteUy 
en quel jour , a quelle heure , comment & à quel 
propos luy eftoit ce grand thre for advenUiEnten-» 
dans que c' eftoit par avoir perdu fa coingnée j 
Hen j hen , dirent-ils , ne tenait il qu'à la perte 
d'une coingnée y que riches ne feuffions ? Le 
moyen e fi facile , & de coufi bien petit. Et donc^ 
njues telle eft au temps prejeut la révolution des 
cieulx y la con/iellation des aflres ^ & afpeB des 
planètes , que quiconque coingnée perdra ^ foub" 
dain deviendra ainfi riche ? Hen y hen , hen , ha, 
par Dieu , coingnée vous ferez, perdue ^ ^ ne 
vous en defplaife. Adoncques tous perdirent 
leurs coingnées. Au diable Vung k qui demoura 
coingnée. Il n^efloit fils de bonne mère , qui ne 
perdifi fa coingnée. Plus n eftoit ahatu , plus 
rC eftoit fendu bois au pays en ce default de coin" 
gnée» Encore , di5i l'apologue Efopique _, que 
certains petits ^^ Janfpill'hommes de bas re- 



tier eft ancien en France. A l'é- 
gard des "^act^uef-bons-homsyce 
font les bonnes gens ou habitans 
de la campagne? auxquels nos 
vieux Romans donnent tou- 
jourj pour habit un ^'«^«e^ç'eû- 



à-dire une chemirette de co- 
ton. 

89^ ^anfpi/l'hommes ] PetÎM 
gentiishomnis« , fouycjat ua 
peu pilUrs. 

y» 



Ixîj Nouveau Prologue 

lief , qui a Conillatris avaient le petit prè & îê 
-petit moulin vendu ponr foy gorgia fer aUmo»" 
fire ^ advertis que ce threfor Iny eftoit ainfi & 
par ce moyen fenl advenu , vendirent leurs ef- 
pées pour achapter coingnées , affin de lesper^ 
dre : comme les pat fans , & par icelU perte re- 
couvrir montjoye d'or & d* argent. P^ous euffïez 
proprement diSl cjue feulent petits Romipetes 
vendans le leur y empruntans l'aultruy pour a-» 
chapter Mandats a tas d'ung Pape nouvelle^ 
ment créé. Et de crier ^ ^ de prier ^ & de lamenter 
& invoccjuer Jupiter, Ada coingnée ^ ma coin^ 
gnée , Juppiter, Ma coingnée deçà _, ma coingnée 
delà y ma coignée ^ ho ,ho y ho ^ ho y Juppiter 
ma coingnée. Vaér tout autour retenti ff oit aux 
cris & hurlemens de ces perdeurs de coingnées^ 
Mercure fut prompt à. leur apporter coingnées , 
^ à chafcun ojfrant la fienne perdue _, une 
aultre d'or , & une tierce d'argent. Tous choi^ 
fijfoient celle cjui efloit d'or , & V amaff oient 
remercians le grand donateur "juppiter : Mais 
fus rinftant qu^ils la levoiint de terre courbez^ 
& enclins , Mercure leur tranchait les tefies ,• 
comme eftoit l'ediB de Juppiter. Et feut des 
teftes coupées le nombre ecjual & carrefpondant 
aux coingnées perdues. Voila qi^ advient à ceulx 
cjui en fimplicité foubhaitent & optent chofe mé- 
diocre, TreneT^y tous exemple ^ vous aultres ^* 

guaiU 

ftoOndliers de^Ut-pajisJCzliçT, gnidine , furjante p gueux, 

booïr 



tv IV. Livre. Ixiij 

matlters de -plat pays , ^lù di^es que pour 
dix mille francs aintrade ne cj lutteriez, vos 
foubhaits , & déformais ne parlez^ ainfi impu- 
dentement , comme quelquefois je vous ay ouy 
foitbhaitans : Plenfi à Dieu que jenffe prefen^ 
tement cent folxante & dix-huiB millions d^or ! 
Ho -i comment je triampherois ! ^^ Vos maies 
mules. Qu,e foubhaiteroit ung Roy ^ ung Em^ 
pereur , ung Pape d'advantaige ? Aujfi voyez." 
vous par expérience , que aiansfai& tels oultrez^ 
foubhaits , ne vous en advient que le tac & la 
clavelée , en bourfe pas maille ; non plus que aulx 
deux beliftrandires foubhaiteux ^* à l'ufaige ds 
Farts» Defquels l'ungfoubhaitoit avoir en beaulx 
efcus au Soleil aultant que ha e^é a Paris def-* 
pendu y vendu & achapté depuis que pour Te^ 
difier ony jeEla les premiers fondemens jufques 
à l'heure pre fente : le tout ejiimé au taux , ven^ 
te y & valeur de la plus chiere année , qui ait 
pajfé en ce laps de temps, Ceflui , a voftre ad" 
vis y efioit-il defgoufié ? ^voit-il mangé prunes 
aigres fans peler ? Av oit-il les ^^ dens efguaf- 
fées ? Uaultre foubhaitoit le temple de noftre^ 

Dame 



homme de rien, dit Ant. Ou- 
din. 

SI P^os males-mules'l Impré- 
cation qui fe trouve déjà 1. 3. 
chap. 1%. 

9Z^ Pufaige de Vans']A. Pa- 
ris } tout Te fait à la grandeur , 



rOfiîce y dure plus qu'ailleurs. 
Se r»une y eft tort grande. 

93 Des efguafJtesjCfSt'Covci' 
me on lit dans l'édition de 
I SS3. ^Aujourd'hui on dit ^^^a- 
cées. Voiez Ménage au mot, 

9i 



îxî\r Nouveau Prologue 

Dame tout plein d'agnilles ajferées ^ depuis le 
pavé jufques an plus hault des vonltes : & 
avoir anltant die feus au Soleil^ c^Wil en pour^ 
roit entrer en aultatit de facs que Von pourrait 
couldre de toutes & une chafcune aguille , juf" 
^ues à ce que toutes feujfent crevées ou efpoinc^ 
tées. Ceft foubhaité cela. Que vous en femble "i 
Qu'en advint-il ? jiu foir ung chafcun d*eulx 
eut les mules au talon y le petit cancre au men^ 
ton , la maie toux au poulmon 9 le catarrhe aie 
gavion ^ le gros fronde au cropion ^ & au dia-* 
ble le boujfm de pain pour s^efcurer les dents* 
Soubhaitez. doncques médiocrité : elle vous ad-^ 
viendra , & encore mieulx , du'ément cependant 
laborans & travaillons. Voire mai s ( diEies vous ) 
Dieu m\n eufl aujfi- toufi donné foixante mille , 
comme la treiXjéme partie d'ung demi. Car il ejl 
tout puiffant. Vng million d'or luy efi auffipeu 
^u^ung obole. Hay, hay ^ hay. Et de qui e fie s* 
vous apprins ainfi difcourir & parler de la puif- 
fance & predefiination de Dieu ^ ^^ paovres 
gensl Paix : St , St^ St ^ humiliez.-vous de^ 
vant fa facrée face 3 & recongnoiffez^ vos im-* 
perfe^ions. Cefl , Goûteux , furquoy je fonde 
mon efperance , & croy fermement , que ( s'il 

plaiji 

ç^Vaoyns^ens^ P<tiA:]C'ef ( on lit dans les nouvelles édi- 
comme en doit lire , ik ne il tions. Ceft celle de 1596. qui 
faoyres gens de paix ^ comme! a fait la fauns* 



D u IV. Livre Ixv 

plaift an bon Dieu ) 'Vohs obtiendra^ fante : veit 
apte rien plus c^ne fantépoiir le frefent ne deman^ 
dez. Attende'^encore Hngfeu^ avecque demis, 
once de patience, 

jiinji en font ^^ les Genevois ^ quand ati 
matin avoir dedans leurs efcriptoires & cabi' 
nets difcouru ^ propenfé & refoln ^ de qui & 
de quels celluy jour ils pourront tirer denares : Ô". 
qui par leur aftuce fera ^^ belliné y ^^ corbtné ^ 
trompé & affiné y ils fortent en place , & s'entre'^ 
falùant , difent : Sanità & guadain Meiïèr.' 
Ils ne fe contentent de famé ^ & d^ abondant ils 
foubhaitent guaing y voire les efcHS de ^^ Gua" 
daigne. Dont advient qu'ils fouvent n' obtiens 

nent 



9J les Genevois'] C'efi: com- 
toe autrefois on appeloit ceux 
de Gènes, & c'eft d'eux aufîi 
qu'on dit Geneyois , quand /e te 
"Pois 5 rien de bon )e ne y ois. De 
l'Italien Genorefe fait de Geno- 
ya 5 nom Italien de la Ville de 
Gènes. 

96 Bdllné'\ De yelliiT» Dé- 
pouillé de fa toifon , homme à 
qui on a eu le poil. Souvent 
au/ïi beliné veut dire Cocu, 

97 Corbiné'\ Dérobé. Les 
corbeaux ont la robe noire , & 
font enclins à dérober comme 
les Génois ) & quelques gens 
de Palais, qu'on appelle Corbi- 
neurf par la même raifon. 

9 S Sanità e guadain Me^er'\ 
A Florence , & dans toute i'I- 



talie on ne faluë guéres autre- 
ment entre perfonnes de mé- 
diocre condition. Voiei les Con» 
tes d'Eutrapel 5 ch. 19. 

99 Guaaaigne j Thomas de 
Guadagnej qui prêta, dit-on, 
cinquante mille écus au Roi 
François I. pour les premiers 
befoins de fa prifon. Voiezî 
Mcréri au mot Guadagne Ceux 
au refte , qui à Valence en 
Dauphiné réimprimèrent en 
154.7. les trois premiers Livres 
de Rabelais, aiant fu que l'Au- 
teur continuoit fon Ouvrage j 
ajoutèrent à cette édition les 
onze premiers chapitres du +♦ 
livr^ avQC le Prologue précé-r 
dent» 



Ixvj Nouv. Prologue du IV. LiV. 

nentl^ung mVauhre, Or en bonne famé touffe*^ 
ung bon couj) , benvez en trois , fecouéz. dehait 
'VOS oreilles ^ & vous oirez dire merveilles dn no* 
ble & bon FamagrHcL 




TABLE 



IxviJ 






«1/ 









«i* 



TABLE 

DES CHAPITRES 

DU QUATRIESME LIVRE. 

EPiftre du doEleur Rabelais à Monfeigneur 
le Cardinal de Chaflillon, j 

uincten Prologue de l^ Autheur, xj 

Nouveau Prologne de V^utheur, xxxij 

C H A P. I. Comment Pantagruel monta fus mer 
■pour vifiter l'Oracle de la dive Bachuc. I 

II. Comrnent Pantagruel en Vijle de Medamothl 
achepta plu/teurs belles chofes. 7 

III. Comment Pantagruel receut lettres de [on 
fere Gargantua : & de Veflrange manière de 
fçavoir nouvelles bien foubdain des pays ef-' 

tranges & loingtains. i^ 

IV. Comment Pantagruel efcript a fonpere Car- 
gantua , & luy envoyé plufieur s belles & rares 
chofes, 1 8 

V. Comment Pantagruel rencontra une naufde 
voyagters retournans de Lanternots, 2j 

VI. Comment le débat appaiféPanurge marchan- 
de avec Dindenault ung defes moutons, 27 

VU. Continuation du marché entre Fanurge &, 



e z 



afxviij Table des Chapitres 

Dindenault» 5^ 

VIII. Comment Panurge feit en mer noyer le 
J\4archand & fes moutons, 37 

IX. Comment Pantagruel arriva en V'ijle En~ 
najîn & des eflranges alliances du pays» 41 

X. Comment Pantagruel defcendit en V Ifle de 
Cheli y en laquelle regnoit le Roy SainEl Pani- 
gon» ^z 

XI. Pourquoy les Moynes font voluntiers en cui^ 
fine, ^6 

XII. Comment Pantagruel paj^a procuration , 
d^ de l'eftrange manière de vivre entre les Chi" 
€juanous* 6t 

XIII. Comment k r exemple de maiflre Franfois 
Villon le Seigneur de Bafché loué fes gens* 6p 

XIV. Continuation des Chiquanous daulhez. en 
la maifon de Bafché, 76 

XV. Comment par Chiquanous font renouvellées 
les anticques coufiumes des fan failles. 8r 

XVÎ. Comment par frère 1 e an efl faiEl ejfay du 
naturel des Chiquanous, 88 

XVII. Comment Pantagruel pa^a les IJÎes de To* 
hu & Bohu : & de Veftrange mort de Bringue* 
narilles avalleur de moulins a vent, 94 

XVIII. Comment Pantagruel évada une forte 
tempe fie en mer» lOI 

XIX. Quelle contenance eurent Panurge & frè- 
re Jean durant la tempe fie, 108 

XX. Comment les Nauchiers abandonnent les 
navires au fort de la tempe fie* ijj 



DU Livre IV. lxÎ2t 

XXI. Continuation de la tempe fte ^ & hrief 
difc ours fus tefiamens fai^s fns mer, 117 

XXII. Fin de la tempe fte, 125 

XXIII. Comment la tempefte finie Panurge faiEt 
le bon compaignon. 128 

XXIV. Comment par frère Jean Tanurge eftde- 
claire avoir eHpaottrfans caufe durant Vorai-^ 

^e, i^z 

XXV. Comment après la tempefte Pantagruel 
défendit es Ifles des Macrdtons. l'j^ 

XXVI. Comment le bon Macrobe racompte h 
Pantagruel le manoir & difceftion des Heroès^ 

140 

XXVII. Comment Pantagruel raifonne fus la 
difceffion des âmes Heroicquesi&des prodiges 
horrifie que s qui -précédèrent le trefpas du feu 
Seigneur de Langey. 145 

XXVIII. Comment Pantagruel racompte uns 
pitoyable hiftoire touchant le trefpas des He-* 
ro'és. 1 5^ 

XXIX. Comment Pantagruel paft'a VI fte de 7^- 
pinois en laquelle regnoit Quarefmeprenant^ 

XXX. Comment par Xenomanes eft anatomifi 
& defcript Qjiarefmepren-ant, 160 

XXXI. Anatomie de Qjiarefrneprenant , quant 
aux parties externes, i6S 

XXXII. Continuation des cgntenencesde Qua^ 
refmeprenant. 1 7a 

^^^llLCommentparPantagruelfeut ung moH< 



Ixx Table des Chapitres 

ftmeux Phyfetere appercen près njle iF^roU^ 
che, 1 79 

XXXIV. Comment par Pantagruel feuft def- 
faiU le monfirneux Phyfetere, i^J 

XXXV. Comment Pantagruel defcend en Plfle 
F aroHche manoir anticque des Anàouïlles, 187 

XXXVI. Comment par les An douille s farouches 
efl dreffée embufcade contre Pantagruel, ipl 

XXXVII. Comment Pantagruel manda quérir 
les Capitaines Riflan douille & Tatlleboudin: 
avecques ung notable difcours fus les nomi 
propres des lieux & des perfonnes. ip<5 

XXXVIII. Comment AndoUilles ne font a mè^ 
prifer entre les humains. 20 J 

XXXIX. Comment frère Jean fe rallie aveccjue s 
les cuifîniers pour combattre les Andeùilles, 

207 
XL. Comment par frère Jean eflrdreffèe la Truye 

& les preux cuifîniers dedans enclous, 210 
XLI. Comment Pantagruel rompit les Andoùilles 

aux genoulx» 2i(S 

XLII. Comment Pantagruel parlemente avec^ 

cfues Niphlefeth Royne des Andoùilles, 220 
XLIII. Comment Pantagruel de fcendit en llfle 

de Ruach, 224 

XLIV. Comment les petites pluyes abbatent les 

grands vents. 229 

XLV. Comment Pantagruel defcendit en Vljle 

des Papefigues. 23 J 

XLVI. Comment le petit Diable f eut trompe par 



duLivreIV. IxxJ^ 

ung Lahoitreitr de Papefiguiere, 238 

XL VII. Comment le diable f eut trompé par une 

vieille de Papefiguiere. 24*^ 

XL VIII. Comment Pantagruel descendit en 

V Ijle des Papimanes, 247 

XLIX. Comment Homenaz. Eve f que des Pa^ 

pimanes nous monftra les Vranopetes Deere* 

taies. 252 

L. Comment par Homenaz. nous fent monfiré 

l'archétype d'ung Pape, 257 

Lï. Menus devis durant le dipner y k la lo'ùan^ 

ge des Décret aie s. 262 

LU. Continuation des miracles advenuz, par les 

Decretales, i6j 

LUI. Comment par la vertus des 'Decretales ejl 

l^Orfubtilement tiré de France en Rome, ijp 
LIV. Comment Homenaz donna a Pantagruel 

des poires de bon Chriflian. 28 J 

LV. Comment en haulte mer Pantagruel ouyt 

diverfes parolles defgelées. 28p 

LVI. Comment entre les parolles gelées Panta* 

gruel trouva des mots de gueule, 2p4 

LVII. Comment Pantagruel defcendit au ma-- 

noire de mejfer Gafier premier ?naifire es ars 

du monde, 2p8 

LVIII. Comment en la court du maifire inge^ 

ni eux Pantagruel detefta les Engaftrimytes , 

& les Gaflrolatres. 304 

LIX. De la ridicule flatuë appel lée Afandu* 

c^: & Gommment & quelles cho/es facrifient 



ïxxij Table des Chap. duLivre IV. 

Us Gaftrolatres à leur Dieu Ventripotent* 

LX. Comment es jours maigres entrelardeT^ à 
leur Dieu facri fiaient les Gaftrolatres, 5 1 Ç 

LXI. Comment Gafler inventa les moyens d^a^ 
voir & conferver Grain, 32Ô 

LiXII. Comment Gafter inventoit art & moyen 
de non eftre blejfé ne touché far coup de ca» 
non, 32 J 

ÏjXIII. Comment près Vîfle de Caneph Vanta- 
gruel fommeilloït ^ & les problèmes propofe"^ 
a fon réveil, 531 

LXIV. Comment par "Pantagruel ne feut ref- 
pondu aux problèmes propofeT^, 3 36 

LXV. Comment Pantagruel haujfe le temps 
avec fes domeftic^ues» 343 

LXVI. Comment près l'IJlede G an abin an com- 
mandement de Pantagruel f eurent les J\4u[es 
faluees, 347 

i-iXVII. Comment Panurge par maie paour fe 
conchia . & du g-rand chat Rodilardus pen- 

ni 

[oit quefeufl ung Diableteau* 3 J i 

Fin de la Table des Chapitres du Livre IV. 



LES 




LES ŒUVRES 

DE MAISTRE 

FRANÇOIS RABELAIS, 

Do6leur en Médecine. 

LITRE QV ATRir ME. 

PANTAGRUEL. 



Chapitre I. 

Comment Tantagruel monta fus mer four vijîtir 
rOracle de la Dive Bacbuc, 

U mois de Juin , ' au jour des fef- 
tes Veftales : celluy propre onquel 
Brutus conquefta Hefpaigne , ôc 
fubjugua les Hefpaignols , onquel 
aufîi CralTus Tavaricieux feue vaincu ôc def- 

faidt 

ChaP. I. I Le jour des ftjies ^Jficit inflantes mediis fex 
f^efiales ] Le 9 . de Juin. Ovide, lucibns idus 

^U 6. 1. des Faftes : Illa 

Tome ir* A 




t Pan T AGRUELf 

faicft par les Parthes , Pantagruel prenant cofl- 
gié du bon Gargantua fon père , icelluy 
bien priant ( comme en TEgliie primitive ef- 
toit louable couflume entre les faindls Chrif- 
tians ) pour le profpere naviguaige de fon fils 
&c toute fa compaignie , monta fus mer au port 
de Thalaflè , accompaigné de Panurge , frère 
Jean des Entomeures , Epiitemon , Gymnafte, 
Eufthenes, Rhizotome, Carpalim & aultres 
fiens ferviteurs & domefticques anciens , en- 
femble de Xenomanes le grand voyaigeur & 
traverfeur des voyes perilleufes , lequel cer- 
tains jours paravant eftoit arrivé au mande- 
ment de Panurge. Icelluy pour certaines & 
bonnes caufes avoir à Gargantua laifïe & * 
{igné en fa grande & univerfelle Hydrographie 
la routte qu'ils tiendroient vifitans l'Oracle de 
la Dive Bouteille Bacbuc. Le nombre des na- 
vires feut tel que vous ay expofé on tiers li- 
vres 5 en conferve des Trirèmes , Ramberges , 

Gallions 



llUdiest qua Jtint yotafo- 
luta Dca. 
f^ejia faye ; fihi nnnc eperata 
refohimHs ora : 
»A.à tuaji nobif Sacya yenire 
licet. 

z Signé \Dtffmé. 

3 En cbtiferve des Trirèmes > 
Ramberges 3 (Jallions , C7" Libur- 
hicquts , nombre pareil J Ceci 
manque dans rédition de Va- 
lence» En fonfetye , c'eft-à-dire. 



à la garde , fous le convoi* 
Voiex à 11 pag. 138. du Dic- 
tion, de nmes attribué à M. de 
la Noue. A l'égard de la B^am- 
berge , que je crois être propre* 
ment une barqu" à rames j voi- 
ci ce que difent de ce vaifleau 
les Mémoires de Du Bellai , 1, 
10. fur l'an 1545. Uy a une ef- 
pece de nat'ircs particulières , 
dont ufoient nos ennemis ( les An- 
glois ) en forme plus longue que 
rtruUt U plus efinuc dt bean- 
f0up 



LïvreIV. Chap. L j 

Gallions & Liburnicques , nombre pareil : 
bien équipées , bien calfatées , bien munies 
avecque abondance de Pantagruelion. L*afïèm- 
blée de touts Officiers , truchements , pilots , 
Capitaines , nauchiers , fadrins , hefpailliers 6c 
matelots feut en la Tlulamege. Ainfi eftoit 
nommée la grande & mailtreiïè nauf de Panta- 
gruel : ayant en pouppe pour enfeigne une 
grande & ample bouteille à moitié d'argent 
bien lis & polly : Taultre moitié eitoit d'or 
efmaillé de couleur incarnat. En quoy facile 
eftoit juger que blanc & clairet eftoient les 
couleurs des nobles voyagiers & qu'ils alloient 
pour avoir le mot delà Bouteille. Sus la poup- 
pe de la féconde eftoit haut ^ enlevée une lan- 
terne anticquaire faidle induftrieufemcnt de 
pierre fphengitide & fpeculaire : dénotant 
qu'ils pafleroient par Lanternois. La tierce 
pour divife avoit ung beau Ôc profond hanap 
de porcelaine. La quarte ung potet d'or à deux 
anfes , comme fi feuft une urne anticque. La 
quinte un brocq iniigne de ^ fperme d'efme- 

raulde» 



roKp que les galères 5 pour mirux 
fe régir , CJ commander aux cou- 
rantes qui Cent ordinairement en 
cette me,- ( de la Manche ) a 
«j^oy les hcmmes font fi duits > 
qu'avec ces Vaijfeaux 3 ils con- 
tendent de vttejje ayec les ga- 
lères , C7 lis nomment remberges, 
4 Enleyée] Elevée. Amadis. 
t. 12. ch. S. Une Jiatn'é tnlerée. 



Et ch. a. le temps ccmm-'n^a à 
fe changer^ Ç'J' la tempejie a s'en» 
leiper» 

S Sperme d'ejmeraulde 2 C'eft 
le prajîus lapis de Pline 1. 37» 
ch. S. Du l-*inet appelle prefme 
d'efmeraude cçize ^^lerrC) qui eft 
uneefpeced'emeraade bâtarde, 
& peut-êcre Tappelie t-il de i» 
forte de prafinus. 



4 Pantagruel, 

raulde.Lafixiefme ungBourrabaquin monacKaî 
faict d^s quatre metaulx enfemble. La feptief- 
meung entonnoir deebenetout requaméd'or 
à ouvraige de Tauchie. La huidtierme un gou- 
belec de lierre bien précieux battu d*or à la 
Damafquine. La neufiefme une brinde de fin 
or obrizé. La diziefme une breufïè de odo- 
rant agalloche ( vous l'appeliez bois d*aloës ) 
porfilée d'or de Cypre à ^ ouvraige d'Azemi- 
ne. L'unzielme une portouoire d'or faiéleàla 
Mofaïcque, La douziefme ung barrault d'or 
terny couvert d'une vignette de grolTès perles 
Indicques enouvraige Topiaire. De mode que 
perfonne n'eitoit , tant trifte , fafché , rechiné , 
ou melancholicque feuft , voire , y feuft Hera- 
clitus le pleurart , qui n'entraft en joye nou- 
velle , & de bonne ratte ne foubrift , voyant 
ce noble convoy de navires en leurs divifes : 
ne dift que les voyagiers cftoienc tours beu- 
veurs , gens de bien : ôc ne jugeaft en pro- 
gnofticq aflèuré 9 que le voyaige tant de l'aller 
que du retour feroit en allegrefïè & fanté 
parfaidl. En la Thalamege dôncqucs feut 
l'aflèmblée de touts. Là Pantagruel leur feit 
une briefve & faindle exhortation toute au- 
thorifée de propous extrakSts de la fainéle Ef- 

crip- 



6 Otifratge d^^^emine'] Ou- 
vrage Perfan. D'Jigem , nom 
que les Arabes donnent à la 
Perfe. Horace , Carm. 1. 2. Od. 



12. parle du premier Roi de 
Perfe ^chémenes, duquel félon 
Hérodote , les Perles furent ap-^ 
peliez Achemenienf. 

7 



Livre IV. Gh a p. I. y 

crîpturc, fus Targumentcle naviguation. La- 
quelle finie feut hault ôc clair fai6te prière à 
Dieu , oyants & entendants touts les bour- 
geois & citadins de Thalaflè , qui eitoient fus 
le mole accourus pour veoir rembarquement. 
Apres l'oraifon feut melodieufement chanté 
le Pfaulme du fainétRoy David, lequel com^ 
mence : "^ Q^and Ifra'el hars d' Egypte fonit» 
Le Pfaulme parachevé feurent fus le tillac les 
tables drefîees , & viandes promptement ap- 
portées. Les Thalafïiens qui pareillement a- 
voient le Pfaulme fufdiét chanté, feirent de 
leurs maifons force vivres & vinaige apporter. 
Touts beurent à eulx. Ils beurent à touts. Ce 
fut la caufe pourquoy perfonne de l'aflèmblée 
oncques par la marine ne rendit fa guorge , ôc 
n'eut perturbation d'eftomach ne de tefte. 
Auquel inconvénient n'euflènt tant commodé- 
ment obvié , beuvants par quelcques jours 
paravant de l'eaiie marine , ou pure , ou mi- 
ftionnée avecques le vin , ufants de chairs de 
coings , de Tefcorce de citron , de jus de gre- 
nade aigres ôc doulces : ou tenants longue diè- 
te : ou fe couvrants Teflomach de papier : ou 
aultrement faifants ce que les fols Medicins 
ordonnent à ceulx qui montent fus mer. Leurs 
beuvettes fouvent réitérées , chacun fe retira 

en 



7 JQuand Ifra'él Ce. ] En ce 
tems-là on chantoit publique 
mcnj à la Cour , les Pfeaumes 



de David nouvellement mis eç^^ 
nme par Maroc. 

A3. « 



€ Pantagruel, 

en fa nauf : & en bonne heure feirent voile au 
vent Grec levant , félon lequel le pilot prin- 
cipal nommé Jamet Brayer , avoit defigné la 
routte ôc drefle la Calamité de toutes les Bouf- 
foles. Car Tadvis fien & de Xenomanes auffi 
feut 9 veu que l'Oracle de la Dive Bacbuc eftoit 
près le Catay en Indie fuperieure , ne prendre 
la route ordinaire des Portugualois , îefquels 
paflànts la Ceindlure ardente , ôc le Cap de 
bonna fperanza fur la poincSle Méridionale 
d'Africque , oultre TEquinoélial , & perdants 
la veuë & guide de raifîèuil Septentrional y 
font naviguation énorme. Ains fuivre au plus 
près le parallèle de ladiéle Indie : & gyrcr 
autour d*iceiluy pôle par Occident : de manière 
que tournoyants foubs Septentrion l'euflènt en 
pareille élévation comme il eft au port de Olo- 
ne fans plus en approcher , de paour d'entrer 
& eftre retenus en la mer Glaciale. Et fuivants 
ce canoniCque deftour par mefme parallèle , 
l'euflènt à dextre vers le Levant , qui au dé- 
partement leur efloit à feneltre. Ce que leur 
vint à prouffidt incroyable. Car fans naufrai- 
ge , fans dangier , fans perte de leurs gens , en 
grande fêrenité ( exceptez ung jour près l'Ifle 
des Macreons ) feirent le voyaige de Indie fu- 
perieure en moins de quatre mois : lequel à 
poyne feroient les Portugualois en trois ans : 
avecques mille fafcheries & dangiers innume- 

rables. Et fuis en cefte opinion , fauf meil- 
leur 



Livre IV. Chap. II. 7 

leur jugement , que telle routte de Fortune 
feut fuivie par ces Indians , qui naviguarent 
en Germanie , & feurent honorablement trai- 
aez par le ^ Roy des Suèdes , on temps que 
Q. Metellus Celler efloit Proconful en Gaul- 
le, comme defcripvent Corn. Nepos , Pomp, 
Mêla, ôc Pline après eulx. 



Chapitre II. 

Comment Pantagruel en VI fie de Medamothi 
achafta flufieurs belles chofes, 

CEftuy jour , & les deux fubfequens ne 
leur apparut terre ne aultre chofe nouvelle. 
Car aultresfois avoient are cefte routte. Au 

qua- 

ftinier d'autres noms à la place 
de ceux qui ne l'accommodent 
pas , aïant trouve dans quelques 
manufcrits Botorunt , a de fon 
chef changé ce mot en celui de 
Stievorum qu'il avoit trouvé 
dans Plme copiant cet endroit 
de Pomp. Mêla. Vofîius pré- 
tend donc que jamais Corn. Ne- 
pos n'écrivit ici Sueyo.um , ni 
même Boiorum 5 & il <e fond? 
fur ce que d'anciens manufcrits 
de Pomp. Mêla qu'il a conful- 
tQT. Y ont Bxtorum. Or il prou- 
ve par une ancienne Infcrip- 
tion que ces BJiti ce lent les 



8 ^oy des Suèdes C!Tr. ] De 
trois partages concernant ce 
trait d'Hiftoire dans autant 
d'Auteurs anc.ens , le premier 
en date eft perdu , fçavoir ce- 
lui de Corn. Nepos , que 
Pomp. Mêla n'a fait que co- 
pier, 1. 3. c. S- ^^ Jiti* Ovbi.u 
Celui-ci même , (î on en croit 
Vofîius fon Commentateur 3 
n'avoit pas écrit Suevorum , 
comme ont les anciennes édi- 
tions de Pomp. Mêla. C'eft 
Hermolaiis Barbarus qui , fans 
égard au peu de fcrupule que 
i^t ordinairement Pline de fub- 



8 Pantagruel, 

triefme defcouvrirent une Ifle nommée Meda-* 
mothi , belle à Toeil & plaifante à caufe da 
grand nombre des Phares & haultes tours 
marbrines , defquelles tout le circuit efloit or- 
né , qui n'eftoit moins grand que de Canada. 
Pantagruel s'enquerant qui en eltoit domina- 
teur , entendit que c'eftoit le Roy Philopha- 
nes lors abfent pour le mariaige de fon frère 
Philotheamon avecques l'Infante du Royaul- 
me de Engys. Adoncques defcendit au havre , 
contemplant , cependant que les chormes des 
naufs faifoient aiguade , divers tableaux , di- 
verfes tapilïèries , divers animaulx , poifïbns , 
oifeaulx & aultres marchandifes exoticques 6c 
peregrines , qui efloienc en Tallée du mole, 
& par les halles du port, Car c*eftoit le tiers 
pur des grandes 6c folennes foires du lieu , 
efquelles annuellement convenoient touts les 

plus 



Bataves ou Hollandois , appel- 
iez , dit-il , par les Hiflonens 
& dans les vieuK Monumens , 
tantôt Batii Batiy Batai , & tan- 
tôt Badai ôc Batavi de celui de 
leurs Cantons appelle B^tna ôc 
Bdttua, Mais , comnne félon 
Vofïius , il feroit toujours éga- 
lement ridicule de prétendre 
que de véritables Indiens puf- 
ient être venus par mer de leur 

Î>aïs ou en Bavière ou en Hol- 
ande y il prend ces Indiens de 
Corn. Nepos pour desgens qui 
ayoient fimplement le teint Sq 



la couleur d'Indiens , Se félon 
lui ) c'étoient des Infulaires de 
la grande Bretagne qui j com- 
me le rapportent Céfar 1. 5. & 
Pline 1. 22. c. I. aiant accoutu- 
mé en ce tems-là de fe peindre 
tout le corps avec du paftel, fu- 
rent pris pour Indiens par des 
gens qui ne fçavoient rien de 
cette coutume. Rabelais voïant 
que les Manufcrits varioient 
fur les noms des peuples chez 
qui abordèrent ces prétendus 
Indiens, a crû devoir écrire Sue- 
def plutôt que Sueyes, 



Livre IV. Chap. IL p 

plus riches & fameux marchands d'Africque 
& Afie , d'entre lefquelles frère Jean achapta 
deux rares 6c précieux tableaux : en i'ung def- 
quels eftoit au vifpainc!^ le vifaiged'ung ap- 
pellant : en Taultre eftoit le portraidl d'ung 
varlet qui cherche maiftre en toutes qualitez 
requifes , geftes , maintien , minois , alleures y 
phyfionomie & affections pain6l & inventé 
par maiftre Charles Charmois painélre du ' 
Roy Megifte : & les paya * en mcnnoye de 
finge, Panurge achapta un grand tableau paindt 
& tranffumpt de Touvraige jadis faidl à Ta- 
guille par Philomela expofante & reprefen- 
tante à fa fœur Progné , comment fon beau- 
frere Tereus Tavoit defpucellée, & fa lan- 
gue couppée , affin que tel crime ne de- 
celaft. Je vous jure par le manche de ce fal- 
lût , que c'eftoit une ^ paindure gualante 8c 

miri- 



Chap. 1 1. I Koy "MegifJe^ Le 
Roi de France, qu'au ch. 35. 
du 1. 3 . Rabelais appelle le grand 
Jioi , & qu'il delîgne ici fous 
l'idée du plus grand Roi de la 
Chrétienté; 

2 En monrtoye de Singe ]) Au 
ch. XIV. du Liv. V. Frère 
Jean eft d'avis qu'on paie le 
gibier qu'il confeille qu'on en- 
levé à ceux qui le portoient 
aux Chats-foiirrez 5 & au ch. 
XVI. du Liv. IV. il avoit em- 
ploie vingt écus d'or à battre 
iQs Ç hicanoux. Amii on ne doit 



pas croire qu'ici il ne paie les 
deux tableaux qu'en montrant 
les fefl'es à la manière des Sin- 
ges. Il les paia en monnaie de 
jtnge-, c'cft-a-dire , en marmon- 
nant à la manière des Singea 
quelques Oraifons à l'inten- 
tion du Marchand qui s'étoit 
contenté de cette Monnoie. 

3 PainBure gualante 0" miri* 
ficeiue O'c, ] Ce Tableau ou le 
peinne avoit fi galamment & 
fi intellifriblement repréfenté 
1 invention de Teree pour em- 
pêcher Philoméle de parler « 



ÎO P A NTAgRUE L, 

îïîirificque. Ne penfez , je vous prie , que ce 
feuft le portraiét d*ung homme couplé fus une 
fille. Cela eft trop fot & trop lord. La pain- 
élure eftoit bien aulcre , & plus intelligible. 
Vous la pourrez voir en Theleme à main gauf- 
che entrant à la hauke guallerie. Epiftemon en 
achapta ung aultre , onquel efloient au vif 
painéles les Idées de Platon , & les Atomes 
d'Epicurus. Rhizotome en achapta ung aultre, 
onquel eftoit Echo félon le naturel reprefentée. 
Pantagruel par Gymnafte feit achapter la vie 
& geftes de Achilles en foixante de dixhuidl 
pièces de tapilïèrie à haultes lifïes , longues 
de quatre, large de trois toifes , toutes de faye 
Phrygienne , requamée d'or & d'argent. Et 
commençoit la tapiiïerie auxnopces de Peleiis 
& Thetis, continuant la nativité d' Achilles, 
fa jeuneiîè defcripte par Stace Papinie : fes 
geftes & faidls d'armes célébrez par-Homere : 
fa mort & exeques defcripts par Ovide , & 
Quinte Calabrois : finiftànt en l'apparition 
de fon umbre , & facrifice de Polyxene de- 
fcript par Euripides. Feit aufti achapter trois 
beaulxôc jeunes Unicornes : ungmafle de poil 
alezan toftade , & deux femelles de poil gris 
pommelé. Enfemble ung Tarande , que luy 

ven- 

fait Convenir de cette Atalan-i fermoit la bouche d'une ma- 
te , à qui Méléagre , dans une 1 niere toute femblable. Voiex 
peinture de Parrhafe , qu'on j Suétone, dansla viedeTibe're , 
yoïoit au Cabinet de Tibère , | n. 44.& Martial, 1. 3.Epigr.S>5. 



LiVR E I V. Ch A p. IL ït 

vendit ung Scy chien de la contrée desGelones. 
♦ Tarande eft ung animal grand comme ung 
jeune taureau , portant telle comme eit d'ung 
cerf, peu plus grande : avecques cornes infi- 
gnes largement ramées ; les pieds forchus : 
le poil lon^^ comme d'ung grand ours : la peau 
peu moins dure qu'ung corps de cuirafle. Et 
difoit le Gelon peu en eflre trouvé parmy la 
Scythie : parce qu'il change de couleur félon 
la variété des lieux efquels il pailt ôc demoure. 
Et reprefentela couleur des herbes , arbres ^ 
arbriiïèaulx , fleurs, lieux , paftis, rochiers, 
généralement déroutes chofes qu'il approche. 
Cela luy eft commun ^ avecques le Poulpe 
marin , c'eft le Polype : avecques les Thoës : 
avecques ^ les Lycàons de Indie : avecques le 
Chameleon , qui eft une efpece de Lizart tant 
admirable que Democritus ha faidl ^ ung livre 
entier de fa figure , anatomie , vertus , & pro- 
prietez en Magie. Si eft ce que je Tay veu 
couleur changer non à l'approche feullement 
des chofes colorées , mais de foy-mefme , fé- 
lon la paour & afFeélions qu'il avoir. Comme 
fus ung tapis verd je l'ay veu certainement 
verdoyer : mais y reftant quelcque efpace de 

temps 



4 Tarande eft O'c. ] Volez 
Pline , 1. 8. ch. 34-. 

5 grecques le poulpe marin J 
Voiex Pline > 1 9. ch. 29. 

^Les Lj/cAOns de Indie jVoiez 



Pline,!. 8.ch. 34. 

"J-Vng livre entier de ft fi" 
gure CJf* j Voiez Piine,l.Z2. 
ch. S. 



tt Pantagruei, 

temps devenir jaulne , bleu , tanné , violet par 
fuccès : en la façon que voyez la crefte dfes 
cocqs d*Inde couleur félon leurs paffions ebair^ 
ger. Ce que fus tout trouvafmes en ceftuy 
Tarande admirable eft , que non feullemenc 
fa face & peau , mais aufli tout fon poil telle 
couleur prenoit , qu*elle eftoit es chofes voi- 
Cnes. Près de Panurge veftu de fa togebure, 
le poil lu y devenoit gris : près de Pantagruel 
vellu de fa mante d'efcarlate , le poil ôc peau 
îuy rougilïoit : près du pilot veftu à la mode 
des Ifiaces de Anubis en Egypte , fon poil ap- 
parut tout blanc. Lefquelles deux dernières 
couleurs font ^ au Chameleon defniées. Quand 
hors toute paour & affeélion il eftoit en fon 
naturel , la couleur de fon poil eftoit telle que 
voyez es afnes de Meung. 

Chap. 

8 ^M chameleon defniées'} Voiei Plutarque , dans fon Tirai» 
fcé des Caufes naïuvdles. 

Chap^ 




L I V R E I V. C H A p. III. I J 

feeage= , i . J i ■■ . . ." 

Chapitre III. 

Comment Fantagruèl récent lettres de [on Père 
Gargantua : & de l'efirangc manière de fça- 
voir nouvelles bien foubdain des pays eftran* 
giers & loingtains» 

PAntagruel occupé en l'achapt de ces ani- 
maulx peregrins feurent ouys du mole dix 
coups de ^ Verfes & Faulconneaulx : enfem- 
ble grande & joyeufe acclamation de toutes 
les naufs. Pantagruel fe tourne vers le havre , 
& veoit que c'eltoit ung des Celoces de fon 
Père Gargantua , nommé ia Chelidoine : pour- 
ce que fus lapouppe eftoit en fculpture deerain 
Corinthien une Hirondelle de mer eflevée. 
C*eft ung poiiion grand comme ung ^ Dar 
de Loir, tout charnu, fans efquames, ayant 
aefles cartilagineufes ( quelles font es Souris 
chaulves ) fort longues & larges : moyennant 
kfquelles je Tay fouvent veu voler une toife 

au 

Chap. III. I P^erfes C Faul- | pelle de la forre de gyrofakus , 
conneau.lx'] Synonymes. Simon à caufe qu'il vole en rond. 
Goulart, pag. 6 s 6. & 658. du 1 Voiez Ménage au mot Berfer j 
2. tom, de iQ$ Hift. zàm, Sc\berfander, 



mem. a dit en cette Significa- 
tion berfe pour yerfe , de gira- 
re , parce que la baie de ces 
pièces imite en partant le vol 
du Gerfam forte de Fançen ap- 



2 Darde Loire] Jean de la 
Bruiere Champier, 1. 22. ch. 
22. de fon de re ctbana le nom- 
me dar CHS ; d'où Darceanx z\à 
6o« ch< du préfeAC livre* 

z 



14 Pantagruel, 

su deflus Teaiie plus d'un traidl d*arc. A 
Marfcille on le nomme Lendole. Ainfi eftoit 
ce vaifleau legier comme une Hirondelle, de 
forte que plultoft fembloit lus mer voler que 
voguer. En icelluy eltoïc Malicorne efcuyer 
trenchant de Gargantua , envoyé expreiïèment 
de par lu y entendre Teftat & portement de fon 
fils le bon Pantagruel , & luy porter lettres de 
créance. 

Pantagruel après la petite accollade Se ' 
barretarde gracieufe , avant ouvrir les lettres 
ne aultres propous tenir à Malicorne , luy 
demanda : Avez vous icy le Gozal ^ celef- 
te melTaigier ? Guy , refpondit il. 11 eil en ce 
panier emmaillotté.C'eltoit ung pigeon prins 
on colombier de Gargantua , efcloiiant les pe- 
tits fusTinltant que le fufdiél Celoce departoit. 
Si fortune adverfe feuft à Pantagruel advenue, 
il y euft des jedls noirs attaché es pieds : mais 
pource que tout luy eftoit venu à bien & prof- 
perité , l'ayant fait defmaillotter , luy attacha 
es pieds une bandelette de tafetas blanc : ÔC 
fans plus différer fus l'heure le laifîà en pleine 
liberté de l'aer. Le pieeon foubdain s'envole 

haC 



3 Barretade ] Coup 6e cha- 
peau. De barrett" > mot qui en 
Lanouedoc fignifieuneiorte de 
bonnet plat. 

4 Celejie meffaigier'] Cette in- 
tduftrie n'étoit pas inconnue 



aux Anciens. Voiex Pline , 1. 
lo. ch. 24. & Frontin , 1. 3» 
mais elle futheureufement pra- 
tiquée en 1573. par les Hollan- 
dois que les Efpagnols aiEé- 
geoient dans Harlem* 

S 



LivreIV. Chap. III. Ty 

hafcliant en incroyable haitiveté : comme vous 
fçavez qu*il n'eft vol qae de Pigeon , quand il 
ha œufs ou petits , pour Tobltinée folicitude 
en luy par nature pofée de recourir & fecourir 
fcs pigeonneaulx. De mode qu'en moins de 
deux heures il franchit par l'aer le long chemin, 
qu*avoit le Celoce en extrême diligence par 
trois jours & trois nuits parfaicl , voguant à 
rames & à vêles ^ & lui continuant vent ea 
pouppe. Et feut veu entrant dedans le colom- 
bier on propre nid de fes petits. Adonc- 
ques entendant le preux Gargantua qu'il pour- 
toit la bandelette blanche refta en joye & feu- 
reté du bon portement de fon fils. Telle 
cftoit Tufance des nobles Gargantua & Panta- 
gruel , quand fçavoir promptement vouloienc 
nouvelles de quelcque chofe fort afifedlée & ve- 

' hementement defirée , comme Tiflùe de quelc- 
que bataille , tant par mer comme par terre : la 
prinfe ou défenfe de quelcque place forte : Ta- 
poindtement de quelcques difFerens d'importan- 
ce : l'accouchement heureux ou infortuné de 
quelcque royne , ou grande dame : la mort ou 
convalefcence de leurs amis & alliez malades : 
& ainiides aultres. Ils prenoient leGozal , & 

r par les poltes le faifoient de main enmain juf- 
ques fur les lieux porter, dont ilsaffeéloient les 
nouvelles. Le Gozal portant bandelette noire ou 
blanche félon les occurrences- & accidens ^ les 
boultoic de penfement à fon recour ; faifant en 



uoe 



"16 Pantagruel, 

une heure plus de chemin par l'aer , que n'a- 
voient fai6t par terre trente poftes en ung jour 
naturel. Cela eftoit rachapter & gaigner temps. 
Et croyez comme chofe vrayfembiable , que 
par les colombiers de leurs cafllnes , on trou- 
voit fus œufs ou petits ^ touts les mois ôc fai- 
fons de Tan , les pigeons à foifon. Ce qui eft fa- 
cile ^ en mefnagerie , moyennant le Salpêtre en 
roche , & la facre herbe Vervaine. Le Gozal 
lafché , Pantagruel leut les miflives de fon 
père Gargantua , defquelles la teneur enfuit : 

Fils T r e s-c hier, l'afFediion que 
naturellement porte le père à fon fils bien aymé y 
eft en mon endroiél tant acreuë , par Tefguard 
& révérence des grâces particulières en toy 
par eleélion divine pofées , que depuis ton 
partement m'ha non une fois toUu tout aul- 
tre penfement. Me delailîànt au cueur cefte 
unicque & foingneufe paour y que voftre em- 
barquement ayt efté de quelque meshaing ou 
fafcherie accompaigné : Comme tu fcez qu'à 
la bonne 6c fincere amour eft crain6le perpé- 
tuellement annexée. Et pource que félon le didl 
de Hefiode , d'une chafcune chofe le commen- 
ce- 



5 En mejhagerie ] Les contes 
â'Eutrapel ch. 7. parlent d'un 
pigeon qu'on vendoit pour être 
de la grande race j & un mef- 
nager perpétuel , mais pourtant 
fevenoit toujours à Ton premier 



maître. Le pigeon que Gargan- 
tua fit lâcher devoit être de ces 
pigeons ménagers 5 qui jamais 
n'oublient leur premier Colom- 
bier. 



Li V R E IV. Chap. III. 17 

cernent eft la moitié du tout , & félon le pro- 
verbe commun , à Tenfourner on faidl les pains 
cornus, j*ay pour de telle anxiété vuider mon 
entendement , expreflèment depefché ^ Mali- 
corne : à ce que par luy je fois acertainé de ton 
portement fus les premiers jours de ton voyai- 
ge. Car s'il eft profpere , & tel que je le foub- 
haite , facile me fera preveoir , pronofticquer 
Ôc juger durefte. J*ay recouvert quelcques li- 
vres joyeulx , lefquels te feront par le prefent 
porteur rendus. Tu les liras , quand te voul- 
dras refraifchir de tes meilleures eftudes. Le- 
di6t porteur te dira plus amplement toutes 
nouvelles de cefte Court. La paix de l'Eter- 
nel foit avecques toy. Salue Panurge , frère 
Jean , Epiftemon , Xenomanes , Gymnafte , 
Scaultres tes domefticques mes bons amis. De 
ta maifon paternelle, ce treziefme de Juin. 

Ton Père et amy 
Gargantua, 

Chap. 



6 "MxlicoYne ] Le Procès ver- 
bal de la Coutume de Tourai- 
ne , dreflie Tan iS59- parle 
d'un Marc de la Rue , Sieur de 



la Coufte & de la Marellerie , 
& de la Bérengerie , de Mali- 
corne , & du JFief de Roche- 
Corbon. 

Chap. 



Tome I r. 



B 



%S PantagrtteLj 



Chapitre IV. 

Comment Tamagrnel efcrtpt k fon Père Gar^ 
gamna , & luy envoyé plufienrs belles & 
rares chofes» 

A Près la leélure des lettres fufdidles Pan- 
tagruel tint plufieurs propous avecques 
refcuyer Malicorne , & feut avecques luy fi 
long temps , que Panurge interrompant luy 
dift : Et quand boyrez vous ? Quand boyrons 
nous? Quand boyra Monfieur Tefouyer : N'eft 
ce aflèz fermonné pour boyre ? C'eft bien di6t , 
refpondit Pantagruel. Faidles drefïèr la colla- 
tion en cefte prochaine hoftellerie, en laquelle 
pend pour enfeigne Timage d'ung Satyre à 
cheval. Cependant pour la depefche de Tef- 
cuyer, il efcrivic à Gargantua comme s'enfuit : 
Père très- débonnaire , comme à touts 
accidens en cefte vie tranfitoire non doubtez , 
ne foubfonnez 9 nos fens & facultez animales 
patifïèntplus énormes & impotentes perturba- 
tions ( voire jufques à en eltre fou vent l'ame 
defemparée du corps , quoy que telles fubites 
nouvelles feulîent à contentement & foubhait,). 
que fi euiîènt auparavant efté propenfez & 

prcveus : ainfi m'ha grandement efmeu & per- 
turbé 



Li V R E I V. Ch A p. IV, 19 

turbé l'inopinée veniie de voitre efcuyer Ma- 
licorne. Car je n'efperois aulcun veoir de vos 
domerticques , ne de vos nouvelles oiiyr avant 
la fin de ceituy noftre voyaige. Etfacillement 
acquiefçois en la doulce recordation de voftre 
Augufte majefté ^ efcripte , voire certes in- 
fculpe'e 6c engravée on pofterieur ventricule de 
mon cerveau : fouvent au vif me la reprefen- 
tant en fa propre & naïfve figure. 

Mais puifque m'avez prévenu par le béné- 
fice de vos gratieufes lettres , ôc par la créance 
de voftre efcuyer mes efperits recréé en nou- 
velles de voftre profperité Se fanté,enfemble de 
toute voftre royale maifon, force m'eft, ce que 
par le pafte m'eftoit voluntaire , premièrement 
louer le benoift Servateur : lequel par fa di- 
vine bonté vous conferve en ce ' long teneur 
de fanté parfaiéle : fecon dément vous remer- 
cier fempiternellement de celte fervente & in- 
vétérée affedlion qu'à moy portez voftre rres- 
humble fils & ferviteur inutile. Jadis ung Ro- 
main nommé Furnius dift à Cefar Augufte 
recepvant à grâce ôc pardon fon Père , lequel 
avoit fuivy la fa6lion de Antonius : Aujour- 
d'huy me faifant ce bien , eu m'has reduiét en 
telle ignominie , que force me fera vivant mou- 
rant eftre ingrat réputé par impotence de gra- 
tuité. Ainfi pourray je dire que l'excès de vo- 
ftre 

Çhap. IV.l Leng tenenr de fAnté}Lon^nc continuation de fanté. 

B 2 2 



ao Pantagruel, 

Itre paternelle afFedlion me range en cefte an-r 
guftie & neceflTité qu'il me conviendra vivre 
6c mourir ingrat. Sinon que de tel crime foit 
relevé par la l'entence des Stoïciens : lefquels 
difoient trois parties eftre en bénéfice. L'une 
du donnant , Taultre du recepvant , la tierce 
du recompenfant : & le recepvant très-bien 
recompenîer le donnant , quand il accepte vo- 
luntiers lebienfaidt, & le retient en foubve- 
nance perpétuelle. Comme au rebours le re^ 
cepvant eitre le plus ingrat du monde , qui 
merpriferoit & oubliroit le bénéfice. Eftant 
doncqu€s opprimé d'obligations infinies toutes 
procrées de voftreimmenfe bénignité , & im- 
potent à la minime partie de recompenfe , je 
me faulveray pour le moins de calomnie , en 
ce que de mes efperits n'en fera à jamais la mé- 
moire abolie : & ma langue ne cefïèra con- 
fefïèr dz protefter que vous rendre grâces con- 
dignes eil chofe trafcendant ma -faculté ôc 
puilTance. Au relte j*ay cefte confiance en la 
commiferation & ayde de noltre Seigneur , que 
de celle noftre pérégrination la fin correfpon- 
dra au commencement : & fera Je totaige en 
allegrefie & fanté parfaiél. Je ne fauldray à 
réduire en commentaires & ephemerides tout 
le difcours de noftre naviguaige ; affin qu'à 
noftre retour vous en ayez le6lure veridicque. 
J'ay icy trouvé un Tarande de Scythie , ani- 
jnal eftrange ôc merveilleux à caufe des varia- 



tions 



Livre IV. Chap. IV. lï 

tiôns de couleur en fa peau & poil , félon la 
diftinélion des chofes prochaines. Vous le 
prendrez en gré. Il eft aultant maniable ÔC 
facile à nourrir qu'ung aigneau. Je vous en- 
voyé pareillement trois jeunes Unicornes plus 
domefticques & apprivoifées , que neferoient 
petits chattons. J'ay conféré avecques l'ef- 
cuyer, ôc di6l la manière de les traiéter. Elles 
ne pafturent en terre , obitant leur longue cor- 
ne on front. Force eft que pafturent elles pren- 
nent es arbres frucStiers , ou en râteliers idoi- 
nes , ou en main , leur offrant herbes , gerbes , 
pommes, poires , orge, * touzelle, brief tou- 
tes efpeces de fruîdl & legumaiges. Je m'es- 
bahis comment nos efcripvains anticques les 
difent tant farouches , féroces , & dangereu- 
fes , & oncques vives n'avoir efté veuës. Si boa 
vous femble ferez efpreuve du contraire : ÔC 
trouverez qu'en elles confifte une mignotize 
la plus grande du monde , pourveu que mali- 



2 ToH\gUe ] Et plus bas , ch, 
^S- (7 le femoLt de tourelle. On 
appelle tonnelle de tonfella dimi- 
nutif de fow/Tt , en foufentendant 
fpica , une forte de très-bon blé 
qui ne croît guéres que dans 
les meilleures terres du Lan- 
guedoc j & on le nomme fo«- 
\eUe-, parce que les épies de ce 
blé qui eft comme la femelle du 
froment , n'aïant point de bar- 
be comme en ont les épies du 
froment commun > fembienc 



cieu- 

tondus ou. toï*\e\ , comme on 
parloit autrefois. Marot , dans 
fon Rondeau de ceux qui al- 
loient fur des mules au camp 
d'Attigni : 

En cefluy camp , ottr la gnerre 

ej}Ji douce , 
^lle\Jjtr mule a'pecques unt 

houjje 
^ujt tQu\e\ qKHïi moine oh 

capellan, 

E4 S 



a* Pantagruel, 

cieufement on ne les ofFenfe. Pareillement 
vous envoyé la vie & geftes d'Achilles en ta- 
pifïerie bien belle & induftrieufe. Vous afleu- 
rant que les nouveaultez d'animaulx , de plan- 
tes , d'oifeaulx , de pierreries que trouver pour- 
ray ^ & recouvrer en toute noilre pérégrina- 
tion , routes je vous porteray , aydant Dieu 
noftre Seigneur , lequel je prie en fa faindle 
grâce vous conferver. De Medamothi , ce quin- 
ziefme de Juin , Panurge , frère Jean , Epifte- 
mon , Xenomanes , Gymnafte , Eufthenes , 
Rhizotome , Carpalim , après le dévot baife- 
main vous refaluënt en ufure centuple. 

vostre humble fils et serviteur 
Pantagruel. 

Pendant que Pantagruel efcripvoit les let^ 
très fufdidles , Malicorne feut de touts feftoyé, 
falùé 9 & accollé à double rebras. Dieu fcet 
comment tout alloit & comment recomman- 
dations de toutes pars trottoient en place. Pan- 
tagruel après avoir parachevé fes lettres , banc- 
queta avecques Tefcuyer. Et lu y donna une 
groflè chaine d'or poifante hui6l cents efcus , 
en laquelle par les chainons feptenaires eitoient 
grosDiamans , Rubis, Efmerauldes , Turquoi- 
îes , Unions , alternativement enchalîèz. A 
ung chafcun de fes naufchiers feit donner 

cinq cents efcus au Soleil. A Gargantua fon 

Père 



Livre IV. Cha p. V. ij 

Père envoya le Tarande couvert d'une houflè 
de fatin broché d'or , avecques la tapifTeric 
contenente la vie & gelies d'Achilles : & les 
trois Unicornes caparaiïbnnées de drap d*or 
frizé. Ainfi départirent de Medamothi Malicor- 
ne pour retourner vers Gargantua , Pantagruel 
pour continuer fon naviguaige. Lequel en haul- 
te mer feit lire par Epiftemon , les livres ap- 
portez par Tefcuyer. Defquels pource qu'il les 
trouva joyeulx ôcplaifants, ^ letraniTumpt vo- 
luntiers vous donneray , fi * dévotement le re- 
quérez. 



Chapitre V. 

Comment Tantagrml rencontra, une nauf de 

voyagiers retournants du pays de Lanter- 

nois, 

AU cinquiefme jour ja commençants tour- 
noyer le pôle peu à peu , nous efloignants 
de TEquinoélial defcouvrifmes une navire mar- 
chande faifant voile à horche vers nous. La 
joye ne feut petite tant de nous, comme des mar- 
chans : de nous entendens nouvelles de la ma- 
rine î 

3 Le tr^njfuntpt } La Co- 1 4 Deyotentem ] D*afFeftfon » 
^ie. I férieuTemenc. 

B 4 Chap. 



^4 Pantagruel^ 

rine : de eulx entendens nouvelles de terre fer-* 
me. Nous rallians avecques eulx congneufmes 
qu'ils eftoient François Xantongeois. Devi- 
fant &c raifonnant enfemble , Pantagruel en- 
tendit qu'ils venoient deLanternois. Dont eut 
nouveau accroiflèment d'allegrefle , auflî eut 
toute rafïèmbléemefmement , nous enqueftans 
du pays 6c meurs du peuple Lanternier : ôc 
ayans advertifïèment que fus la fin de Juillet 
fubfequent eftoit ' Taffignation du chapitre 
gênerai des Lanternes : & que (i lors y arri- 
vions ( comme facile nous efboit ) voyrrions 
belle , honorable , & joyeufe compaignie des 
Lanternes : Se que Ton y faifoit grands ap- 
prefts , comme fi Ton y deuft protondemenc 
lanterner. Nous feut aufïï didl , que pafîànt le 
grand Royaulme de Gebarim nous ferions ho- 
norificquement receus ôc traiélez par le Roy 
Ohabé dominateur d'icelle terre. Lequel & 
touts fes fubjeéls pareillement parlent languai- 



ChAP. V. I Vajjtgnation du 
chapitre gênerai des Lanternes J 
Le Concile de Trente, qui en 
ce tems-làfe continuoit de con- 
cert entre l'Empereur & le Pa- 
pe , malgré les oppofîtions du 
Roi de France, ^.abelais appel- 
le Lanternes les Prélats & les 
Théologiens de cette Aflem- 
blée , parce qu'au lieu d'éclai- 
rer les peuples, comme leur ca- 
xadere fembloit les y obliger j 
ils confutnerenc beaucoup de 



tems à lanterner , comme on 
parle , & n'afl'oupirent en au- 
cune manière les difFérens de 
la Religion. Lanterner profo»'» 
dément comme plus bas l'Au- 
teur dit qu'on devoit faire à ce 
Concile , c'eft fe mettre dans 
l'état d'une profonde médita* 
tion , comme font les Moines , 
lorfque leur capuchon rabatu 
fur le vifage à l'air d'un deflU» 
de lanterne. 



Livré ÎV. Ch A p. V. 2j 

9c François Tourangeau. Cependant que en- 
tendions ces ncfevelles , Panurge print débat 
avecques un marchant de Taillebourg , nom- 
mé Dindenault. L'occafion du débat feut telle: 
Ce Dindenault voyant Panurge fans braguette 
avecques fes lunettes attachées au bonnet , dift 
de luy à fes compaignons. Voyez là une belle 
médaille de Coquu. Panurge à caufe de fes lu- 
nettes oyoit des aureilles beaucoup plus clair 
que de couftume. Doncques entendant ce pro- 
pous demanda au marchant : Comment diable 
ferois-je coquu , qui ne fuis encore marié, com- 
me tu es félon que juger je peulx à ta troigne 
mal gracieufe ? Oui vrayement , refpondit le 
marchant , je le fuis : 8c ne vouldrois ne l'eftre 
pour toutes les lunettes d'Europe : non pour 
toutes les bezicles d' Africque. Car j'ay.une des 
plus belles , plus advenentes , plus honnefles , 
plus preudes femmes en mariaige , qui foit en 
tout le pais de Xantonge : & n*en deplaife aux 
aultres. Je luy porte de moft voyaige une belle 
& de unze poulcées longue branche de coural 
rouge , pour fes eftreines. Qu'en as tu à faire ? 
De quoy te méfies tu ? Qui es tu ? Dont es tu ? 
O Lunettier de l'Antichrill , refpons fi tu es 
de Dieu. Je te demande , difl Panurge fi 
par confentement & convenence de touts les 
elemens j'avoye facfacbezevezinemafTc ta tant 
belle , tant advenente , tant honnefle , tant 
preude femme de mode que le roide Dieu des 

jardin& 



t6 Pantagruel^ 

jardins Priapus , lequel ici habite en liberté , 
îubjedlion forclufe de braguettes attachées , 
luy feuft on corps demouré en tel defaftre , que 
jamais n*en fortiroit , éternellement y refteroit 
finon que tu le tiraffes avecques les dents , que 
ferois tu ? Le laifïèrois tu là fempiternellement? 
ou bien le tirerois tu à belles dents 2 Ref- 
ponds , ô bclinier de Mahumet , puifque tu es 
de touts les diables. Je te donnerois ( refpondit 
le marchant) ung coup d'efpée fus cefte aureille 
lunetiere , & te tuerois comme ung bélier. Ce 
difant defguainnoit Ton efpée. Mais elle tenoit 
au fourreau : comme vous fçavez que fus mer 
touts harnois facilement chargent rouille , à 
caufe de l'humidité exceffive , & nitreufe. Pa- 
nurge recourt vers Pantagruel à fecours. Frè- 
re Jean mift la main à fon bragmard * fraifche- 
ment efmoulu , & euft felonnement occis le 
marchant : neut que le Patron de la Nauf , ÔC 
aultres paflàgiers fuppliarent Pantagruel , n'ef- 
tre fai6l fcandale en fon vaifïèau. Dont feut ap- 
poin6lé tout leur différent : & toucharent les 
mains enfemble Panurge & le marchant ; ÔC 
beurent d'aultant Tung à Taultre dehait , en fi- 
gne de parfaidle reconciliation. 

Chap. 



Z Traifihement efmoidit ] Frè- 
re Jean l'avoit fait aiguifer de- 
puis quel. 3. ch. 23. Panurge 
lui a voit reproché que faute , 



cî'operer il étoit plus rouillé que 
la claveiire d'un vieux Char- 
nier. 



Chap* 



Livre IV. Chap. VI. fiy 



Chapitre VI. 

Comment le débat appaifé Panurge marchande 
avecques Dindenault nng de [es montons, 

CE débat du tout appaifé Panurge difl fe- 
cretement à Epilèemon & à frère Jean : 
Retirez vous icy ung peu à Tefcart , & joyeu- 
fement pafïèz temps à ce que voirrez. Il y aura 
bien beau jeu , fi la chorde ne rompt. Puis 
s'adreflà au marchant , ôc derechef beut à luy 
plein hanap de bon ' vin Lanternois. Le mar- 
chant le pleigea guaillard , en toute courtoi- 
fie ôc honnefteté. Cela faiél Panurge dévote- 
ment le prioit luy vouloir de grâce vendre ung 
de fes moutons. Le marchant luy refpondit : 
Helas , helas , mon amy , noftre voifin , com- 
ment vous fçavez bien * trupher des paovres 
gens. Vrayement vous eftes ung gentil ^ cha- 
lant.O le vaillant achapteur de moutons. Vray 

bis 



Chap. VI. i vin lantemois'] 
Vin excellent > vin Théolo- 
gal. 

z Trupher ] Au lieu de ce 
mot 3 qui revient encore ch. 
38. & 39« on difoit autrefois 
tromper. La 3J. des cent Nouv. 
nouv. édition de 1505. Je ne 
pourroje fouffrir qtte une telle 
goH^efe trompaji de yons G* (U 



moy fi longuement. Et la Nouvel- 
le 94. Monfeigneuir foffi.cial 
y ayant que c* eft oit un^yray iront' 
peur ) Ô* qutlfe trompoit de luy y 
fait yenir le barbier Ù" le parc" 
menticr. 

3 Chalant'] De capitulans. Un 
chaLtiît , c'eft proprement une 
perlbnne qui marchande ce qu'- 
elle veut acheter. 



^8 Pantagruel, 

bis vous portez le minois non mie d*un acKap-i 
teur de moutons , mais bien d'un coupeur de 
bourfes. "^ Dcu , Colas m'faillon , qu'il feroit 
bon porter bourfe pleine auprès de vous en la 
tripperie ^ fus le dégel l Han , han , qui ne vous 
congnoiftroit , vous feriez bien des voftres. 
Mais voyez hau, bonnes gens , comment il 
taille de l'hiftoriographe. Patience ( dift Pa- 
nurge. ) Mais à propous , de grâce fpeciale 
vendez moy ung de vos moutons. Combien? 
Comment ( refpondit le marchant ) l'entendez 
vous , noilre amy , mon voîfm } Ce font mou- 
tons à la grand* laine. Jafon y print ^ la toifon 
d'or. L'ordre de la maifon de Bourgoigne en 
feut extraidl. Moutons de Levant , moutons 
de haulte futaye , moutons ^ de haulte greflè. 

Soit, 



4Df« ! Colas m'faillon ] Ceft 
comme on doit lire ces mots 
qui font du Lorrain tout pur. 
jbeu 5 du Latin Dens , eft à 
Mets une interjedion de fur- 
prife. Colas m^faillon font des 
termes de carefle , & quelque- 
fois de raillerie , comme ici, ou 
Colas ne s'entend point du Saint 
de ce nom , mais fe rapporte à 
mfaïUon , qui veut dire mon 
fillot , mon petit fils. Ces ter- 
mes , en cette iîgnification 
font fort communs en Lorrai- 
ne 5 ou il y a quantité de 'Kico- 
Us, 

S Sus le dégel ] O ! Qu'en 
tems de dégel , où la tripaille fe 
4onne prefque pour rien j il fe- 



roit peu (iir de fe trouver près 
de vous dans la foule des pau- 
vres gens qui s'emprefl'ent d'en 
acheter. La bourfe d'un hon- 
nête homme courroit grand nC- 
que auprès d'un filou comme 
vous aver bien la mine d'en 
être un. 

6 La tcifon (Cor ] Allufion \ 
cette ancienne monnoie d'or 
qu'on appelloit Moutons à la 
grande laine, 

7 De haulte grejp- ] Auflt 
gros, auflî gras > aufR tendres > 
& d'un aufïî excellent goût, en 
leur genre , que le font dans le 
leur les Chapons du Mans , 
qu'on appelle communément 
chapons de haute greffe. Voie* 

l'Or^ 



Livre IV. Chap. VI. îp 

Soit , dift Panurge : Mais de grâce vendez m'en 
ung, ôc pour caufc ; bien & promptemenc 
vous payant en monnoye dé Ponant , de tail- 
lis, de baiTe grelïe. Combien? Noftre voiiÀn, 
mon amy ( refpondit k marchant ) , efcoutez 
ça ung peu de Taultre aureille. Pan. A vollre 
commendement. LE Marc H. Vous allez en 
Lanternois ? Pan. Voire, le March. Veoir 
le monde ? Pan. Voire, le March. Joyeu- 
fement ?Pan. Voire, le March. Vous avez, 
ce croy je , nom Robin mouton. Pan. Il vous 
plaift à dire, le March. Sans vous faicher. 
Pan. ^ Je l'entends ainfi, le March. Vous 
eftes, ce croy-je , le joyeulx du Roy. Pan. 
Voire. LE March. Fourchez-là. Ha , ha , 
vous allez veoir le monde , vous elles le joyeulx 
du Roy , vous avez nom ^ Robin mouton , 

voyez 



l'Ornithologie de Belon , I. 5. 
ch. 7. 

S ^e P entends ainfi'] Les pre- 
mières éditions du îecond livre 
<ie Rabelais ne contenoient 
rien d'injurieux contre Calvin ; 
mais celui-ci , dans la première 
de fes Lettres > qui eft de i s 3 3 • 
aiant mis le Pantagruel au rang 
■<les livres obfcénes & dtfendus, 
on a vu comment a Ton tour 
l'autre prétendit deiîgner Cal- 
vin fous les noms de trédéjît- 
uateur & d'impofteur dans le 
Prologue des dernières éditions 
du même livre 2. ici 3 des inju- 
res Rabelais palTe aux raille- 
ticS)Sc lorf^u'il introduu Pa- 



nurge répondant à Dindenaud 
par je l^ ente y. I ainfi Sc pzr qua- 
tre yoire tout ûe fuite . il eft 
vifible , qu'il le moque des 
trop fréquens yotre , & -je l'en- 
tens ainfî du Catéchifme de Cal- 
vin. 

9 B^obin moHton ] Appeller 
quelqu'un ^/^*/<ï«r P^cbtn 3 c'eft 
le traiter d'animal aufli fot que 
l'eft le mouton , qui parte pour 
le plus mais de tous les quadru- 
pèdes. A l'égard de Robin , 
dans la fîgnification de menton , 
ce mot pourroit bien venir de 
rupinicr. Lts moutons doivent 
avoir la tête dure en quelque 
manière comme une rcr/;^, pour 



^o Pantagruel, 

voyez ce mouton-là, il ha nom Robin comme 
vous , Robin , Robin , Robin , Bes , Bes , 
Bes , Bcs. O la belle voix. P,\n. Bien belle ôc 
armonieuie. LE MaRCH. Voicy ung pa<St, 
qui fera entre vous Ôc moy , noftre voifin ÔC 
amy. Vous qui eftes Robin mouton, ferez en 
cefle couppe de balance; le mien mouton Robin 
fera en l'aultre: je guaige ung cent de huytres 
de Bufch , que en pois , en valleur , en eftima- 
tion il vous emportera & haulr & court : en 
pareille forme que ferez quelcque jour fuipendu 
& pendu. Patience, dift Panurge. Mais vous 
feriez beaucoup pour moy ôe pour voftrepofte- 
rité , fi me le vouliez vendre , ou '° quelcque 
aultre du bas cœur. Je vous en prie , fyre Mon- 

fleur 



fe heurter au/H rudement qu'- 
ils font lorfqu'ils fe battent en- 
tr'eux , & à Metz lorfqu'en 
badinant on donne à un enfant 
de petites croquignoles fur le 
front , on appelle cela lui to' 
quer fur le robm. Je me perfua- 
de même que B^obm dit pour 
injure ne veut pas moins dire 
un Cornaïd qu'un fot. Beze 
Pfeaume 68. 

'Monts ha^itntonte\, d'oùyient 

jQ«e noHf vene\ heurter ain- 

Defos roches cornues f 
Ce; vers , au refte , ne feroient- 
ils pas allufîon àla manie qu'ont 
les moutons de fe heurter de 
leurs cornes \ 



1 G QuelqK autre du bas coeur^ 

C'eft comme fî Panurge difoit 
au marchand : Je tombe d'ac- 
cord avec vous de toutes les ra- 
res qualités de vos moutons.Je 
trouve même que , depuis le 
moindre jufqu'au plus gros > 
tous chantent plutôt qu'ils ne 
bêlent. Mais , de grâce , ven- 
dez m'en un j fut-il des pluspe- 
t ts 3 & de ceux dont la voix 
eft la moins bonne. Ce n'eft 
donc , au refte , qu'après Ra- 
belais, que comme l'a remarqué 
Nicot > au mot cceur , Joachim 
du Bellaia ditfO'xr pour chœur y 
dans la lignification d'une trou- 
pe de Mullciens qui chantent 
enfemble. 



Livre IV. Chap. VI. ji 

fieur. Noftre amy , refpondit le Marchant, moa 
voifin, de la toifon de ces moutons feront faidls 
les fins draps de Rouen; les loufchets des balles 
de Limeftre , au pris d'elle ne font que bourre. 
De la peau feront faidls les beaulx marroquins , 
lefquels on vendra pour marroquins Turquins, 
ou de Montelimart , ou de Hefpaigne pour le 
pire. Des boyaulx , on fera chordes de vio- 
lons & harpes , lefquels tant chierement on 
vendra , comme fi feuflent chordes de ' ^ Mu- 
nicanouAquileie. Que penfez-vous ? S'il vous 
plaift ( dilt Panurge ) m'en vendrez ung , j'ea 
feray bien fort ^ * tenu au courrail de voitre 
huys. Voyez cy argent content. Combien ?Ce 
difoit monftrant fon efquarcelle pleine de 'f 
nouveaulx Henricus, 

Chap. 



II Mtinicc.n ] On pourroit 
croire que ce feroit ici Muni- 
ei{en Capitale de la Bavière > 
mais c'eft plutôt Monaco dans 
la Ligurie. Les meilleures cor- 
des de Luth viennent d'Ita- 
lie. 

I i Tenu, au. connail de yoftre 
hnys] Je vous en ferai fi obligé, 
que déformais vous ferez de 
(fioi ce qu'il vous plaira , ni 



plus ni moins que fi attaché 
pour toujours au petit ver- 
rouil de votre porte je ne pou- 
vois à l'avenir me défendre 
d'avancer & de reculer , fui- 
vant qu'il vous plaira de le fai- 
re courir en avant ou en arriè- 
re. 

I itiouyeaulx HenricusJ Mon- 
noie d'or au coin du nouveaa 
Roi Henri II. 

Chap. 



'X? 



3^ 



Pantagruel, 



Chapitre VII. 

ContinHation du marché entre Tanurge & 
Dindenanlt. 



M On amy , refpondit le marchant , noftre 
voifin , ce n*eft viande que pour Rois ôc 
Princes. La chair en elt tant délicate , tant fa- 
voureufe , & tant friande que c*eft bafme. Je 
les ameine d*ung pays , onquelles pourceaulx 
( Dieu avecquesnous ) ne mangent que Myro- 
balans. Les truyes en leur gefine (faulve l'hon- 
neur de toute la compaignie ) ne font nourries 
que de fleurs d'orangiers. Mais , difl Panurge, 
vendez m'en ung , & je le vous payeray * en 
Roy , foy de piéton. Combien ? Noftre amy , 
refpondit le marchant ^ mon voifin , ce font 
moutons extraidls de la propre rac^ de celluy 
qui porta Phrixus & Helle , par la mer diéle 

Hel- 



ChAP. VI I. I En lioyyfoy 
de piéton ] Le marchand ven- 
doit Ces moutons pour une vian- 
de de Rois. Panurge , qui à 
comparaifon d'un Roi d'E- 
chets , ne fe regardoient que 
comme un che'tif Pion > veut 
pourtant les lui païer en B^oi , 
& la parole qu'il en donne n'eft 
point, dit-ii, une parole de 
Roi , mais celle d'un l'tcn , 
donc la ma^he eA toujours 



droite. Du refte , l'hiftoire de 
Dindenaut > & de l'entretien 
de ce marchand & de Panurge 
eft prife de Merlin Cocaïe -, Ma- 
caronée XL où elle commen- 
ce : 

Fraudifer ergo loquit Pajîerem i 

Cingar ad unum : 
F'is Compagne miln cajiorem 

yendere grojjHm» 



LiVR E ï V. Ch A p. VIL 3J 

Hellefponte. Cancre ^ diit Panurge, vouseites 
* clericHS vel addifcens, Ita font choux j ref- 
pondit le marchant , vere ce font pourreaux. 
Mais 3 rr. rrr. rrrr. rrrrr. Ho Robin rr. rrrrrr. 
Vous n'entendez ce languaige. A propous. Par 
touts les champs efquels ils piflent , le bled y* 
provient comme fi Dieu y eufïpifle.Iln'y faulc 
autre marne ne fumier. Plus y ha. De leur urine 
les Quinteflentiaulx tirent le meilleur Salpêtre 
du monde. De leurs crottes ( mais qu'il ne vous 
defplaife ) les Médicins de nos pays guerif- 
fent foixante 8c dixhuiél efpeces de maladie. 
La moindre defquelles eft le mal Sainél Eu- 
trope de Xaintes , dont Dieu nous faulve ôc 
guard.Que penfez vous noftre voifin,mon amy? 
Audi mecou(tent-ils bon.Coufte & vaille^ ref- 
pondit Panurge , feullement vendez m'en ung 
le payant bien. Noftre amy , difl le marchant y 
mon voifin , confiderez ung peu les merveilles 
de nature confiièans en ces animaulx que voyez, 
voire en ung membre que eftimeriez inutile. 
Prenez moy ces cornes-là , & les concafïèz ung 
peu avecques ung pilon de fer , ou avecques 

ung 



2 Clericuf fel addifcenf "] 
\o\is favex tant de chofes que, 
jG vous n'êtes pas Clerc 5 du 
moins afpirez vous à le deve- 
nir. 



slTemble ou qui chafle devant 
foi un troupeau de moutons 
en contrefaifant la voix d'un 
mâtin 5 r. littera. , qua in rixan- 
do prima eji , c^inina yocatur , 



3 B^r. m. rrrr. rrrrr. ] Voix 1 dit EraTme. Voiez. Tes Adages > 
d'un Marchand de bétail , qui l au mot : Canina facnndia, 

Toms IF. G + 



34 Pantagruel, 

ung landier , ce m'eft tout ung. Puis les enter- 
rez en veuë du Soleil la part que vouldrez ÔC 
fouvent les arroufcz. En peu de mois vous en 
voirrez naiftre'^les meilleurs Afperges du mon- 
de.Je n*en daignerois excepter^ceulx de Raven- 
ne. Allez moy dire que les cornes de vous aul- 
tres mefïïeurs les coquus ayent vertu telle y &c 
propriété tant mirificque. Patience , refpondic 
Panurge. Je ne fçay , diit le marchant , fi vous 
efles cierc.J'ay Veu prou des clercs, je dis grands 
clercs , coquus. Ouy dea. A propous li vous 
citiez clerc , vous fçauriez que e's membres 
plus inférieurs de ces animaulx divins , ce font 
les pieds , y a ung os , c*efl: le talon , Taftraga- 
le y fi vous voulez , duquel non d'autre animal 
du monde , fors de l'afne Indian & des Dorca- 
des de Lubie , Ton joiioit anticquement au 
Royal jeu des taies , auquel ^ l'Empereur 06la- 
vian Augufte ung foir guaingna plus de 50000. 
efcus. Vous aultres coquus n'avez guarde d'en 
guaingner aultant. Patience , refpondit Panur- 
ge. Mais expédions. Et quand dift le mar* 
chand , vous auray- je noftre amy , mon voifin , 
dignement loué les membres internes j Les ef- 

pau- 



4 Les meilleHrs afperges du 
monde j Voiez Pline > 1. 1 9. ch . 
8. L'Auteur ,1. s . ch. 7. fait en- 
core ^y^ey^e mafculin. 

5 Cetilxde \a^enne'\ Martial, 
Epigr. 2 1 . du 1. 3. 

MoUit in a^uorea qua crerit 



S^inx B^a'vennat 

"Kon eru minltis ^ratior affd» 

ragts. 
6 V Empereur oBav i an jWoiex 
Suétone, ch. 7i.dclavied'Au«i 
guite. 



Livre IV. Chap.VII. jj 

pauîes, les efclanges, le»i gigots, le hault coufté, 
la poi6lnne , le faye , la râtelle , les trippes , 
laguogue, la vefïie , dont on joue à la balle. 
Les couftelettes dont on faicSt en Pygmion les 
beaulx petits arcs pour tirer des noyaulx dece- 
rifes contre les Grues. La tefte dont avecques 
ung peu de foulphre on fai6t une mirificque de- 
codlion pour faire ^ viander les chiens conflip- 
pez du ventre. Bren , bren , dift le patron de la 
nauf au marchant , c e{t trop ici barguigné. 
Vends luy fi tu veulx : fi tu ne veulx, neTamu- 
fe plus. Je le veulx , refpondii le marchant , 
pour l'amour de vous. Mais il en payera trois 
livres tournois de la pièce en choififlant. ^ G*efl 
beaucoup , dift Panurge. En nos pays j'en au- 
rois bien cinq , voire lix pour telle fomme de 
deniers. Advifez que ne foit trop. Vous n'efles 
le premier de ma congnoiiïànce , qui trop toufl 
voulant riche devenir & parvenir , efl à Ten* 
vers tumbé en paovreté : voire quelcquefois 
s'eft rompu le col. Tes fortes de fiebvres quar- 
taines , difl k marchant ^ lourdault fot que ta 

es, 

7 Viandet d^c. ] Viander ici | 8 Ceji b'aHcoHp ©"r,] Bodin 
c^c^ fienter Autrefois c'étoit re- \ dans Ta Réponfe à Malertroic j 
p.titr'j & ce mot n'a point d'au- , fait voir que fur la fin du xi v. 
tre fignification d^ns Oudin ni . lîécle le mouton de Berri , plus 
d ns les cent Nouv. nouvel-! beau ^ dit-il, C7 ^l»s gvas que 
le . La 6+. de ces Nouvelles :\ ceux ne Dindenaut ne Cç vendoic 
CT" s\i eftoit venu tard j /'/ | que fix blancs la pièce Voiez le 
m itoit peine d^aconfmr les aul- * iVlafcurat , pag. 394. de U ia 
très qui le mteulx ayoïent yian- \ édition» 

fU. \ 



3^ Pantagruel^ 

es. Par le digne vœa de Charrous ^ le moindre 
de ces mourons vault quatre fois plus que le 
meilleur de ceux que jadis les Coraxiens enTu- 
ditanie , contrée de Hefpaigne, vendoient^ung 
talent d*or la pièce. Et que penfes tu , O ^° 
fot à la grande paye , que valoit ung talent 
d'or ? Benoilt Monfieur , diil Panurge , vous 
vous efchaufFez ^ ' en voitre harnois , à ce que 
je voy ôc congnois. Bien tenez , voyez-là vof- 
tre argent. Panurge ayant payé le marchant 
choifit de tout le trouppeau ung beau & grand 
mouton , ôc Femportoit criant & bellant , 
oyans touts les auitres & enfemblement bel- 
îans , ôc regardans quelle part on menoit leur 
compaignon. Cependant le marchant difoit à 
fes moutonniers. O qu'il ha bien fçû choiiir le 

chal- 



9 Ung talent d'or la plece]Str2i- 
bon,l. 3- de fa Géographie , 
■cité par Budé , 1. 4. de Ton de 
^iJe.. Lz.Tuditanie c'eft i'Anda- 
loiifie , & les Coraxi^as étoient 
un peuple de la Colchide. Il 
€toit diiïicile que des moutons 
puûent être tranfportez de la 
Colchide dans rAndaloufje. 
C'eft ce qui rendott fi piodi- 
gieufement chers les moutons 
dts Coraxiens parmi les Anda- 
lous , qui aiant d'ailleurs thez 
eux une grande quantité d'or, 
comptoient pour peu de chofe 
ce que lear coûtoient cts mou - 
tons dont Us vouloient avoir 
ât la race. 

10 Sot à la grande ^aje 2 Al-, 



lufîori de Jût à ^cot , oit Ecof- 
fois , qui comme étranger re-" 
çoit la hante QU-grande paie y 
lorfqu'il fert en France. On voie 
par un conte que Ménage , au 
mot Sot , rapporte après plu- 
fieurs Hiftonens que dcja le Roi 
Charles le Chauve voulut un 
jour railler Jean Erigene Scot 
fur le rapport qu'il y avoit en- 
tre Scot & fit. 

Il En Vojire harnois ] Vieux 
Proverbe emprunté des Jou- 
tes. Le Songe du Verger, parc. 
I. ch. 25. Sire Clerc ■, il femble 
ijue yous TOUS veuille:^ aucune- 
ment courroucer j 0" en yo^hc 
harnojj efcbauffir» 



Livre IV. Chap. VIII. 37 

cliallant ! Il s'y entend le paillard. Vrayemenr, 
le bon vrayement , je le refervois pour le ^* Sei- 
gneur de Candale , comme bien congnoifîànt 
fon naturel. Car de fa nature il eft tout joyeulx 
& esbaudi, quand il tient une efpaulede mou- 
ton en main bien feante 6i advenente , comme 
une raquette gauTchiere ,, & avecques ung couf- 
teau bien tranchant , Dieulcec comment il s'ea 
cfcrime. 



Chapitre VIII. 

Comment Tanurge felt en mer noyer le mar^^ 
chant & fes montons» 

SOubdain je ne fçay com.ment , le cas feut 
fubit , je n*eu loiiir le confiderer. Panurge 
fans aultre chofe dire jedle en pleine mer Ton 
mouton criant & bellant. Touts les aultres 
moutons crians & bellans en pareille intona^ 
tion commençarent foy jedler ôc faulter en mer 
après à la file. La foule eftoit à qui premier y 
faulteroic après leur compaignon. Pofliblen'ef- 

toic 



1 2 Seigneur de Candale'] C'efi: 
comme on doit lire conformé- 
ment à l'édition de is+J. Can- 
€ale , comme on lit dans toutes 
les autresj efl; le nom d'un Port 



de mer de la Bretagne , dans 
le voifinage de S. Malo- Voiez 
Du Chêne Antiquitex des Vil- 
les &crau ch. de celles de Di-< 
nan« 

Ç 5 CHAPi 



j8 Pantagruel, 

toit les eu guarder. Comme vous fçavez eflrè 
du mouron le naturel, tousjours fuivre le pre- 
mier , quelque part qu'il aille. Aufîi le dicSt A- 
riftoteks Itb. *?. de hiflor. anirn. eftrele plus lot 
& inepte animal du monde. Le marchant tout 
effrayé de ce que devant fes yeulx périr voyoit 
6c noyer fes moutons, s'efForçoit les empefcher 
& retenir de tout Ton povoir. Mais c'eitoit en 
vain. Touts à la file faultoient dedans la mer , 
& periiïoient. Finablement il en print ung 
grand & fort par la toifon fus le tillac de la 
nauf ,cuidantainfi le retenir, & faulver le ref- 
te aufll confequemment. Le mouton feut fi 
puifïànt qu'il emporta en mer avecq foy le mar- 
chant , & feut noyé , en pareille forme , que 
les moutons de Polyphemus le borgne Cyclo-" 
pe emportarent hors la caverne Ulylïès & fes 
compaignons. Aultant en feirent les aultres 
bergiers & moutonniers , les prenans ungs par 
les cornes , aultres par les jambes , aul- 
tres par la toifon. Lefquels touts feurent pa- 
reillement en mer portez ôc noyez miferable- 
ment. 

Panurge a couflé du ' fougon tenant urg 
aviron en main , non pour ayder aux mouton- 
niers , mais pour les engarder de grimper fus 
la nauf, & évader le naufraige , les prefchoit 
eloquentement comme fi feut ung petit frère 

Olivier 

Chap. VIII. X fojffgo»] LaCuifîne du vaiflèau. Defocuf, 



Livre IV. Chap. VIII. jp 

Olivier Maillard , ou ung fécond frère Jean 
Bourgeois , leur remontrant par lieux de Rhe- 
toricque les miferes de ce mondôj|le bien , ôc 
l'heur de Taultre vie , afFermans plus heureux 
eftre les trepaflèz , que les vivans en celle val- 
lée de mifere , & à ung chafcun d*eulx promet- 
tant ériger ung beau cénotaphe , & fepulchre 
honoraire au plus hault du mont Cenis , à fon 
retour deLanternois : leur optant ce neant- 
moins , en cas que vivre entre les humains ne 
leur fafchait , ôc noyer ainfi ne leur vint à pro- 
pous , bonne adventure, & rencontre de quelc- 
que Baleine , laquelle au tiers jour fubfequent 
les rendidt fains & faulves en quelcque pays 
de fatin , à l'exemple de Jonas. La nauf vuidée 
du marchant & des moutons , refte il ici , difl 
Panurge , ulle * ame moutonnière ? Où font 
ceulx de ' Thibault FAignelet 5 & ceulx de * 

Re- 



2 ^me moutonnière ï ] Refte - 
t'il encore quelque mouton à 
de'pêcher ? Par allufion on ap- 
pelle amss moutonnières ceux 
qui, comme de vrais moutons 5 
font incapables de fe détermi- 
ner à rien par eux mêmes. C'eft 
Telon Juvçnal. 

yeryfscwn in yatrla 5 crajjo- 
fnb aère nafci, 

3 Thibault Peigne let ] Nom 
au berger qui dans la Farce de 
Patelin eft mis en Juftice par 
le Drapier Ton maître > pour 



avoir friponne les moutons 
dont il lui avoit confié la gar- 
de. 

4 B^egnauld Relm ] Si 5 fous 
ombre que Rabelais a pris dans 
la Farce de Patelin le nom du 
berger précédent , on s'imagi- 
noit que quelqu'autre Livre fa- 
cétieux lui auroit aufll fourni le 
nom du berger B^egnaHld Bélin , 
on fe tromperoit fans doute. 
Comme fon deflein eft de par- 
ler de certain berger dormeur , 
qui tout au rebours de l'éveillé 
Thibault TAienelet , ne me- 
nant jamais paître fes moutons 
C 4. que 



4Ô Pantagruel^ 

Regnauld Belin , qui dorment quand les aul- 
très paifïènt ? Je n'y fçay rien. C'eft ung touf 
de vieille guerre. Que t'en femble, frère Jean ? 
Tout bien de vous , refpondit frère Jean. Je 
n'ay rien trouvé maulvaisfinon qu'il me fem- 
ble qu'ainfi comme jadis on fouloit en guerre 
au jour de bataille , ou aiïàult, promettre aux 
fouldars double paye pour celluy jour , s'ils 
guaingnoient la bataille , Ton avoit prou de 
quoy payer : s'ils la perdoient , c'euft eflé hon- 
te la demander , comme feirent ^ les fuyars 
Gruyers après la bataille de SerizoUe : aufïï 
qu'enfin vous doibviez le payement referver. 
L'argent vous demourafl en bourfe. C'efl , difl 
Panurge , bien chié pour l'argent. Vertus 
Dieu , j'ay eu du pafîètemps pour plus de 1 
cinquante mille francs. Retirons nous , le 
vent cil propice. Frère Jean efcoute ici. Ja- 
mais 



que fort tard , avoit donné lieu 
au Proverbe , il lui a choifi le 
nom de I^enaud dans la Chan- 
fon d'Ho i( egnaut réyeille tôt qu'- 
il avoit mis dans la bouche de 
frère Jean au ch. 41. du 1. i. 
ou. elle fervit à ce Moine à 
éveiller ceux avec qui il avoit 
deflein de Ce mettre de bon ma- 
tin en campagne. 

5 Les fuyars Gruyers ^c.'] 
Gruyers , Soldats levez pour 
SuifTes dans le Comté de Gruiere 
fitué entre Berne &la Ville de 
Sion , dans le voifînage de Lau- 
fâoe & du Lac deGeneve.Voiez 



Paul Jove^au ï. 44. de fonHift. 
U y avoit de ces Gruyers dans 
l'armée de France à la Journée 
de Cérizolle , & comme on 
comptoit fur leur bravoure au- 
tant que fur celle des véritables 
Suifles , ils avoient été placez 
pèle mêle avec ceux - ci dans 
l'arriere-garde .- mais ils pri- 
rent la fuite dès le premicc 
choc , ce qui a fait dire à Mar- 
tin du Bellai qu'on ne dit pas 
fans raifon ç«'// efi malaifé de 
dégiiifer un ane en un cheyal dt 
bataUle.W oitï Ces Mémoiresjl. 
10. fur l'an 15 45. 



Livre IV. Chap. IX, 41 

maïs homme ne me feit plaifir fans recom- 
penfe , ou recongnoilîàncepourle moins. Je ne 
fuis poincSt ingrat & ne le feus , ne feray. Ja- 
mais homme ne me feit deplaifir fans repentan- 
ce, ou en ce monde ou en Taultre. Je ne fuis 
poindt fat jufques là. Tu , dift frère Jean , te 
damnes comme ung vieil diable. Il eft ef- 
cript : Mihi vindiÛam , &c. Matière de bré- 
viaire. 



Chapitre IX. 

Comment Pantagruel arriva en Vljle Ennajïn .* 
& des eftranges alliances dn pays, 

ZEphyre nous continuoit en participation 
d'ung peu de Garbin , & avions ung jour 
pafféfans terre defcouvrir. Au tiers jour ' à 
l'aulbe des moufches nous apparut une Ifle 
triangulaire bien fort refîèmblante quant à la 
forme Ôc affietteà Sicile. On la nommoitl'Ifle 
des alliances. Les hommes & femmes refïèm- 
blent aux * Poi6tevins rouges , exceptez que 

touts 

Chap. \X. \ ^ Paulbe def\ poindre. Ainfi l'aube des mou- 
moHfihes ] Sur le foir. Voiex le ! ches, c'eft proprement le tems 
Diftion. Ital. & Fr. d'Oudin , ! ou les mouches commencent 
au mot : ^îba de Tafani. L'au- | à poindre & à fe faire fen- 
be ou le point du jour , c'eft ' tir. 
I lorfcjue le jour commence â| zfo;VïeVî«/ re^t^w] Le Para- 
doxe 



4* Pantagruel, 

touts hommes , & femmes , & petits enfans 
ont le nez en figui^ d*ung as de treufles. Pour 
cefte caufe ^ le nom anticque de l'Ifle eltoic 
Ennafin. Et eftoient touts parens & alliez en- 
femble ^ comme ils fe vanroient , Ôc nous dift 
librement le Poteftat du lieu : Vous aultres 
gens de Taultre monde tenez pour chofe admi- 
rable, que d'une famille Rommaine ( "^c'eftoient 
les Fabians ) pour ung jour ( ce feut le tre^ief- 
me du mois de Febvrier ) par une porte ( ce 
feut la porte Carmentale , jadis fitue'e au pied 
du Capitole , entre le roc Tarpeïan & le Tibre, 

depuis 



âoxe du Procès &c. imprimé 
chex Charles Etienne l'an 1 5 54. 
X7n toitevin autant ronge ^uu» 
Cramoijy Vénitien» C'eft depuis 
très-longtems que les peuples 
du Poitou ont été appeliez Poi- 
teyins rouges, La raifon qu'en 
rend l'Annalifte Jean Bouchet 
I. 2. ch. 2. c'eft qu'à l'exemple 
des anciens Scythes dont on les 
fait defcendre > fe gorgeans com- 
me eux de fang humain , ilsa- 
voient ordinairement le vifage 
tout enfanglanté. Jean de la 
Haïe, oii l'Auteur des Antiqui 
tez du Poitou qu'on lui attri- 
bué , tombe d'accord qu'on trai- 
te de Poitefiyis routes les habi- 
tans du Poitou , mais il prétend 
que ce Sobriquet ne leur a été 
donné que parce qu'étant natu- 
rellement guerriers , non con- 
tens de charger de vermillon 
leurs boucliers , ils s'en pei- 
gnoient aufli le vifage. Voiez 



Tes Antiquité'! du Poitou 5 ch. 
3.&4. Pour moi, je croirois 
pliàtôt que le Sobriquet de rou- 
ges n'eft tombé fur les Poite- 
vins , qui d'ailleurs aiment le 
bon vin, que par rapport à l'an- 
cienne Pite ou Poitevine qui fe 
fabriquoit à Poitiers , & laquel- 
le étant une monnoie de biIlon> 
de la valeur fe'ulement d'une 
demi - obole 5 étoit mêlée de 
beaucoup de cuivre rouge qui 
fe decouvroit pour peu qu'elle 
eût été maniée. 

3 Le nom anticque . . . Enna- 
fin ] Parce qu'anciennement on 
difoit ennafé dans la fîgnifica- 
tion d'snafatus , comme enleyé 
dans celle à^eleyatns. A Metz 
ennafé fîgnifie enchiffrene , par- 
ce que les camus parlent du 
nez. 

4 C'ejicient les Fabians &'c. ] 

Voiez Aulu-Gelie, 1. 17. cb. 
21. 

5 



Li VR E I V. Ch AP. IX. 45 

cîepuis furnommée Scelerare ) contre certains 
ennemis des Rommains ( c'eftoient les Veien- 
tes Hetrufques ) fortirent trois cens lix hom- 
mes de guerre touts parens , avecques cinq mil- 
le aultrcs fouldars touts leurs vafïàulx : qui 
touts feurent occis,ce feut près le fleuveCreme- 
re, qui fort du lac de Baccane. De cefte terre 
pour ung befoing fortiront plus de trois cens 
mille touts parens & d'une famille. Leurs pa- 
rentez & alliance eftoient de façon bien eftran- 
ge : Car eftans ainfi touts parens & alliez l'ung 
Gel'aultrejnous trouvafmes que perfonne n'ef- 
toit d'eulx père ne mère , frère ne fœur j oncle 
ne tante , coutin ne nepveu , gendre ne brus y 
parrain ne marraine de l'aultre. Sinon vraye- 
ment un grand vieillard enafé , lequel , com- 
me je veids , appella une petite fille eagée de 
trois ou quatre ans , mon père : la petite fillet- 
te le appelloit ma fille. La parenté & alliance 
entre eulx , eftoit que Tung appelloit une fem- 
me , ^ ma maigre : la femme le appelloit mon 
marfouin. Ceulx la ( difoit frère Jean ) doib- 
vroient bien fentir leur mare'e,quand enfemble fe 
font frottez leur lard. L'ung appelloit une guor- 
giafe bacheletteen foubriant .* Bon jour mon ef- 
trille. Elle le refalûa difant : Bonne eftreine 
mon Faulveau. Hay , hay , hay , s'efcria Pa- 

nurge, 

s Mrfwîdi^jys] La femme étoit <1onnoit- lieu à l'équivoque. 
maigre ■, Se yhomme un gros co- Maigre eft ce poiflon <\e mer 
chsa , comme on parie j ce qui qu'on appelle au/ïî ombre. 

6 



44 P A N T A GR U E L i 

nurge , venez veoir une ertrille , unefau,& ung 
veau. N'eil ce^ eltrjlle fau|veau ? Ce faulveau 
à la rave noire doibtl bieh fouvent eflre ef- 
trilld Un^ aaltre faliia une (ienne mignonne 
difant : A Dieu mon b jrcau. Elle luy refpon- 
dit : Et vous auffi mon procès. Par Sain6^Trei- 
gnan ( dift G/mnaite ) ce procès doibt eitre 
fouvent fus ce bureau. L'ung appel'oit une 
aultre ^ mon verd. Elle Tappelloit fon coquin. 
Il v ha bien là , dift Euithenes , du verd co- 
quin. Ung aultre falùa une fienne al'iée di- 
fant : ^Bon di,ma coingnée.Elle refpondit.Ec 

à 



6 EfîrUle faulveau ] C'eft ici 
l'ame du vieux rébus compoié 
d'une étnllej d^unc /aulx ôc d'un 
'peau : ce qui a fait cr>jire à Fu- 
retiere que comme les rébus 
ont eu leur commencement dans 
la Picardie , fous le nom d'-f/Z? 
/les alliances Rabelais avot dé- 
signé cette Province, ou d'ail- 
leurs parmi le peuple il n'y a 
prefque perfonne qui , comme 
dans tout ce chap. n'ait un Sobri- 
quet tout-a-fait propre à entrer 
dans quelque rébus. A l'égard 
de celui-ci , on le trouve dans 
ces vers de Marot , qui font 
de fa 2. epitre du Coq à l'â- 
ne : 

Une Ejînlle , u/ie Faux , «» 
yeauy 

Cefi -à- dire Ejlrille Eau- 
»sau. 

En bon B^ebusde Picardie, 

^ais Durand Gerîier, Libraire 



à Paris, fe l'étoit approprié avec 
la Devife des l'an 1489. Voiez; 
la Caille, Hift.de l'Imprimerie, 
pag, 6s. 

7 Mon Tcerd .... fon coquin J 
yerd eft ici un tapii , qui ordi- 
nairement eft d'étoffe verte : & 
coquin fe prend powv fripon dans 
la lignification de bon compa- 
gnon. Ainfî , c'eft comme û ce 
drôle avoit voulu faire fouve- 
nir fa garfe que (buvent elle lui 
fervoit de tapis ou de tablier. 
Or , Eufthenes , à qui ces noms- 
la paroiflbient fantafques , par- 
ce qu'il n'en comprenoit pas le 
mot pour rire, dit que dans les 
fobriquets que venoient de 
s'entre- donner cet homme & 
fon amie 3 il y avoit bien du 
yercocjuin , beaucoup de caprice. 
Rabelais au refte a écrit y erd co- 
quin. 

8 Bon di ] Bon jonr ? en langa- 
ge Picard. 



Li V R E IV. Ch AP. IX. 45^ 

)l vous , mon manche. Ventre bœuf, s'efcriâ 
Carpalim , comment cefte coingnée elt eman- 
chée ! Comment ce manche elt encoingné ! 
Mais feroit ce poindl ^ la grande manche que 
demandent les courtiiannes Rommaines ? Ou 
ung Cordelier à la grande manche ? Pafïànc 
oulcre je veids ung averlant qui falùant Ton al- 
liée , l'appella mon niatras : elle le appeiloic 
monlodier. De faiél il avoit quelcques traiéls 
de *°lodier loardaalt. L*ung appelloit uneaul- 
tre ma mie , elle le appelloit ma croulte. L'ung 
une aulrre appelloit fa palle , elle le appeiloic 
fon fourgon. L'ung une auitre appelloit ma fa^ 



9 La grande manche que de- 
mandent les CoHftijanes lyommai 
nés J La mancta ou manche des 
Italiens, c'eft {^-paragv.antes ou 
le pour des gand.f des Efpagnols, 
& ce qu'en France on appelle 
lex épvigl''f. Voiez le Francio- 
iin-, au mot Manda. En Italie 
cette manch" eft de trois forces, 
dont celle que demandent les 
CoLirtiianes ou Garfes de répu- 
tation de la Cour de Rome eft 
la plus forte. Voiez H. Etien- 
ne , pag. 62. de (es Dialogues 
du nouveau lan;^. Franc. Italia- 
nifé La vieille Ccurnfane Ro- 
maine, dan^- les Jeux ruftiques 
de Joachim du Bellai, 

^ucunefiisn ejiant de la par- 
tie , 

y ejioy ji bien de mon faiB 
avertie : 

S^u autant de fois ^n'une rejîe 
en gaignott j 



vate, 

jutant de fois la manche on 
me don;:cit. 

Et S. Amant, au Dixain 8i« 
de fa Rome ridicule : 

Ces gens-ci in ont point /'«»' 
menï franche ; 

w4 toHt gain leur arc efî ban" 
dé 

SoHfent , pour rn ayoir regar- 
dé 5 

^^ay veu me demander la man-^ 
che. 

10 Lodicr loxrdaut'] Homme 
grofTier , vctu à la paifane d'u« 
ne chemifetce remplie de co-« 
ton. La 98 des cent Nouv» 
nouv. ^^oicy ix-nir quatre çros 
lourdiers , charretierj 5 ok bou." 
vicrsy par-^dventare encorcs ^Inr 
yilUms» 



46 Pantagruel, 

vate y elle le nommoit pantophle. L'ung une 
aultre nommoit ma bottine , elle le appelloit 
fon ^^ eftivailet. L*ung une aulrre nommoit fa 
mitaine , elle le nom noit mon gUand. L*iing 
une aultre nommoit l'a couane, elle le appelloïc 
fon lard : ôc eftoit entre eulx parenté de couane 
de lard. En pareille alliance , Tung appelloit 
une Tienne mon homelaidle , elle le nommoit 
mon œuf: & eftoient alliez comme une ho- 
melaiéle d'œufs. De melmesung aultre appel- 
loit une flenne ma trippe , elle le appelloit fon 
fagot. Et oncques ne peu fçavoir quelle paren- 
té f alliance , affinité , ou confanguinité feuft 
entre eulx ,1a rapportant à noftre ufaige com- 
mun 5 finon qu'on nous dift qu'elle eftoit trippe 
de ce fagot. Ung aultre falùant une fienne di- 
foit : Salut mon efcalle. Elle refpondit. Et à 
vous monhuytre. C'eft(di(t Carpalim) une 
huytre en efcalle. Ung aultre de mefmes 
faluoit une fienne difant : '* Bonne vie ma 
gouiïè. Elle refpondit : Longue à vous mon 

pois^ 



II l^iyallet ] Diminutif 
iL'Efiiyal forte de bottine a.nfi 
appellée de V Aleman fiiefel 5 
ou plutôt du Latin ajlivale j 
parce qu'on les chauffoit en été. 
JFfliraliafunt oirea-y feu calcea- 
menta de corio : quibus etiam a- 
licjui utuntur in ^(iate , dit un 
ancien Vocabulaire de Droit, 
réimpr. zw - g», à Pans l'an 
1538. Et fi quelqu'un veut 
favoir ou fe travailloit autre- 



fois la meilleure de cette be- 
fogne , il n'a qu'à lire la fuite 
de cet endroit , oii on eue ces 
paroles du Jurifconfulte Jean 
André; C7 fi»»t optima (^ ajiffa-- 
lia ) apud fayiBum Sevennum ^ 
c'efi-à-dire à S. Severin , pe- 
tite ville de la Marche d'Anco- 
ne. 

12 Bonne vie longue à 

rouf 2 Des- Accords fait men- 
tion de cette équivoque. 

13 



Livre IV. Chap. ÎX. 47 

poîs. C'efl y dift Gymnaite , ung pois eu 
goulïè. Ung aultre grand villain ^ ^ claquedenc 
monté fus haultes mules de bois rencontrant 
une * '^ groiïè , graflè ^ courte guarfe , luy diil: : 
Dieu guard mon fabbot , ma trompe , *f ma 
touppie. Elle luy refpondic fièrement : *^ 
Guard* pour guard' mon fouet. '^ Sang fainét 

Gris, 



1 3 Claqusdent O'c. ] Un Ca- 
pucin> en tant que ceux de cette 
branche de la famille de S. Fran- 
çois allans pies-nuds j font fu)ets 
à endurer bien du froid pendant 
rhiver. 

1 4 Grojjè 5 graffe > courte guar- 
fe ] Garfe vient donc de crajja . 
& lorfque ce mot fignifie am- 
plement une fille , il la défii^ne 
comme aïant déjà tout l'embon- 
point qu'elle doit avoir. Mais 
lorfque comme ici , garfe fe 
prend en mauvaife part, ce mot 
fe dit d'une greffe villaine , & 
c'eft l'oppofe à une fille de qua- 
lité , dont l'éducation la porte à 
la vertu. Le Roman des qua- 
tre fils-Aimon , ch. ic.cariL 
trowva R^enaudmontéfur Bayardj 
lequel tl ne. tint p ai pour nbaut 
tiy pour garp.n , mats pour un des 
neiiltrurs chefaliers du mon- 
de. 

i S Ma touppie ] Elle étoit de 
ces grolfes , gra:lés , courtes 
garfes , qui ne croiiVent qu'en 
rond) comme les raves du Li- 
iBoHn , pour parler avec Rabe- 
lais, I. 2. ch. 27. & par confé- 
3uent fa t3ille étant a peu près 
e la figure d'une toupie 5 à un 
Claquedenc comme celui - ci , 



monté fur hautes mules de bois 
ou Cabots , convenoit un tel fà- 
bot pour chauflfure 6c pour mon-» 
ture. 

16 Guard' pour guard' J Elle 
lui rend le Dieu gard' dont il 
i'avoit faluée. 

17 SungfainB Gris ] Ici Xé- 
nomanes jure par le fang que 
fe tirent par la Difcipline les 
Cordeliers que leur ^Icovan 
appelle Diables-gris. Saint Gris 
c'elt S. François d'Affîfe , en 
tant qu'il étoit ceint d'une cor- 
de & vêtu de^nj- , & qu'il en- 
joint à Çqs difciples d'aller pies- 
nuds 5 comme plus bas ch. Z9» 
où il eft dit de Carême-prenant, 
qu'il portoit gris & froid com- 
me un vrai Claquedent Le Roi 
Henri I V. juroit Ventre Saint 
Gris 5 & fi on en croit le pré- 
tendu Vigneul Marville , pag. 
267. du 2. Tome de {t^ Mélan- 
ges , ce jurement ne vouloic 
rien dire. Mais on voit qu'il fe 
trompe , comme encore le Gen- 
tilhomme de feu M. de Ven- 
de ne , & fon maître même à 
qui on fait dire que lesGouver* 
neurs du jeune Prince de Bearn 
craignans qu'il ne fe laiiîât aller 
à blâfphémer comme tant d'au- 
tres ^ 



4^ Pantagruel, 

Gris , dift Xenomanes , eft il fouet compétent J 
pour mener cefte touppie ? Ung doéleur ré- 
gent bien peigné & teitonné avoir quelcque 
temps divifé avecques une haulte damoifelle 
prenant d'elle congié luy dift : Grand mercy 
bonne mine. Mais , dift elle , trefgrand à vous 
maulvais jeu. De bonne mine ^ ( dift Panta- 
gruel ) à maulvais jeu n'eft alliance impertinen- 
te. Ung ^ ^ bachelier en bufche pafïànt dift à 
une jeune bachelette : Hay , hay , hay. Tant y 
ha que ne vous veids Mufe. Je vous veoy , ref- 

pon- 



tres , lui permirent de Jurer 
ainfî. Saint Gris eft donc Saint 
François Patriarche des Mo/- 
91 es gris , & Henri I V. qui 
ctoit ou qui fut long-tems Hu- 
guenot juroit par le ventre de 
ce Saint j comme d'autres , 1. 
I. ch. 5. par le ventre S. Que- 
net. Saint Gris au relie eft aulfi 
un Juron Poitevin. La gente 
Poitevin'rie. 

Car CJ7 cors (!T hians en er- 

tiant 
De tôt , Saint Gris 5 mis à 

niant. 

18 Bachelier en bufche ] Le 
mot de Bachelier convient à 
quelques egars dans toutes Ces 
lignifications , mais particuliè- 
rement dans celle-ci d'un gar- 
çon à marier 3 une métaphore 
prife de l'arbre qu'on appelle 
de généalogie , duquel le Ba- 
chelier n'eîl qu'un bat en par i 



rapport à Ton Père qui en eft le 
tronc. De forte que ce vieux 
garçon que Rabelais oppofe ici 
a une jeum Bachelette eft ap- 
pelle Bachelier en bûche par 
l'Auteur , comme qui diroit un 
Bachelier crû en bûche , de bâ- 
ton tendre & délicat qu'il étoit 
dans fa jeunefle. Et d'un tel , 
Rabelais fait dire à la jeune Ba- 
chelette , que fi , vieux comme 
il l'eft déjà , il lui prcnoit envie 
ainfi fur l'arriére - faifon , de 
s'embarquer dans le mariage, il 
pourroit bien faire naufrage fur 
cette mer pleine d'écueils. Ce 
qu'elle exprime en difant , qu'- 
au cas qu'il fe mariât à un jeune 
raiifiau comme elle , il lui fem- 
bloit déjà de le voir corne. II 
eft efFedivement naturel, qu'un 
bâton de taille à être fendu en 
bûches ait pouftc des bran- 
ches ; & ce font ces branches 
que Rabelais appelle forwe/jpour 
ne point quitter fa métaphore. 



Livre IV. C h A p. IX. 4^ 

pondît elle , Corne , voluntiers. Accouplez les, 
àiiï Panurge , & leur foufflez au cul. Ce fera 
une cornemufe. Ung aultre appclla une fienne 
ma truie , ellerappella fon foin. Là me vint en 
penfement , que cède truie voluntiers fe tour- 
noir à ce foin. Je veids ung demy gualland 
bofTuquelcquepeupresdenousfaluer une Tienne 
allie'e , difant : Adieu mon trou. Elle de mefme 
le refalùa difant : Dieu guard ma cheville. Frè- 
re Jean diil : Elle , ce croy-je , efl; ^^ toute 
trou , & il de mefmes tout cheville. Ores efl à 
fçavoir , fi ce trou par cefte cheville -peult en- 
tièrement eflre eftouppé. Ung aultre faiiia une 
fienne difant : Adieu ma mue. Elle refpondit : 
Bon jour mon oizon. Je croy , difl Ponocra- 
tes , que ceftuy oizon efl fouvent en mue. 
Ung averlant caufant avecques une jeune gua- 
loife luy difoic : Vous en foubviengne veflè. 
Audi fera ped , refpondit-elle. Appeliez vous 
( difl Pantagruel au Poteflat ) ces deux là pa- 
ïens? Je penfe qu'ils foient ennemis , non al- 
liez 



1 9 Toute trou .... tout che- 
'ville'] Les Cuilîniers réparent 
par le moïen de plulîeurs che- 
villes Teftomach d'une volaille 
maigre , comme devoir l'être 
ce bofl'u , que d'ailleurs Rabe- 
lais ne traite At d'ini-gitlLi/it (:\\xq 
parce qu'il ne devoit pas être 
fort loaillant en amour. C'eft 
ce que l'Auteur infinuë encore 
■par un Proverbe, dont le fens 
çft qu'à tout autant d'invita- 

Tomç /r. 



tions que pou voit faire à ce bof- 
fu fa maîtrefTe , il avoit tou- 
jours préparé quelque méchan- 
te excufe. On dit aulTi d'une 
perfonne qui trouve toûjioura 
quelque hiftoire à faire à pro- 
pos de celle qu'on lui conte : 

Qui de coutume moult babil- 

le. 
Trouve h chacun trou fa che* 

yilie. 

D 



^O Pantagruel, 

liez enfemble : car il Ta appellée Veflè. En nos 
pays vous ne pourrez plus oultraiger une fem- 
me que ainfil'appellant : Bonnes gens de i'aul- 
tre monde ( refpondit le Poteftat ) vous avez 
peu de parens tels & tant proches , comme 
font ce ped & cefte vefïè. Ils fortirent invili- 
blement touts d'eulx enfemble d*ung trou en 
ung inftant. *° Le vent de Galerne , dift Pa- 
nurge , avoic doncques lanterné leur mère. 
Quelle mère ^ dift Pordtat , entendez vous ? 
C'eft parenté de voftre monde. Ils n'ont père 
ne mère. C'eft a faire à *^ gens de de là Teaùe , 
à gens ** bottez de foin. Le bon Pantagruel 
tout voyoit , & efcoutoit : mais à cespropous 
il cuida perdre contenance. Avoir bien 
curieufement confideré l'affiette de Tlfle ÔC 
meurs du peuple Ennafé nous entrafmes en 
ung cabaret pour quelcque peu nous refraif- 

chir* 



ao Le 'vent de Galerne (7c. ] 
Sur une feinte créance que Ra- 
belais donne ici à ce que quel- 
ques Naturaliftes anciens ont 
avancé j qu'en Efpagne le Ze- 
pkyre ou le vent d'Oueft fai- 
foit concevoir les jumens , il 
conclut en plaifantant que puif- 
que la femme dont il s'agit n'a- 
voit conçu que des vens , il 
faltoit que ce fût l'Ouvrage du 
vent de Galerne 5 qui n'eft 
bon qu'à faire geler les vi- 
gnes. 

2, 1 Gens de de4À J'eaiie ] Qu i 
ae fontf oiat à imiter , non plus 



que ces faux amis , qu'on a ap- 
peliez amis de df'la i'eauë , ap-» 
paremment parce quelorfqu'ils 
ont manqué à leurs amis dans 
le befoin , ils ont coutume de 
s'excufer fur ce que quelque 
rivière qu'ils ne pouvoient paf- 
fer les a empêchex de venir à 
leur fecours. Voiez le Diftion. 
Fran. Ital. d'Oudin > au mot 
Eaut 

21 Botte\ de foin'] Gro/TîerSj 
comme ces pauvres paiTans » 
qui au détaut d'autres bottes, 
s en font avec du foin cordc- 
lé. . 



LiVR E IV. Cha p. IX. ^t 

ûilî. Là on faifoit nopces à la mode du pays. 
Au demourant chiere Ôc demie. Nous prefens 
feue fai6l ung joyeulx mariaige , d'une poire 
femme bien guaillarde , comme nous fembloic 
toutesfois ceulx qui en avoienc taflé, difoienc 
eftre molaflè , avecques ung jeune fromaige à 
poil follet ung peu rougeaitre. J'en avois aul- 
trefois oùy la renommée , & ailleurs avoient 
tiié faidls plufieurs tels mariaiges. Encores di6t 
onennoftre*^ pays de vache , qu'il ne feut 
oncques tel mariaige , qu'eit de la poire & du 
fromaige. En une aultre faile je veids qu'on 
marioit une vieille botte avecques ung jeune 
ôcfouple brodequin. Et feut didl à Pantagruel, 
que le jeune brodequin prcnoit la vieille bot- 
te à femme , pouirce qu'elle eftoit *'^ bonne 
robbe , en bon poin6l & graflè , à prouffiél de 
mefnaige , voire *^ feull ce pour ung pefcheur, 

23 Pays de vache ] Le plat j 24 Bonne yo^èe] Plus bas en- 
Païs.Marot dans Ton Epître pour » core, au ch. 16. Si yottsm'ave^ 
Wn Gentilhomme de la Court ; trouvé bonne robbe &c. c'eft-à» 
j&c. j dircgràfle, embonpoint. De l'I- 

I tahen buona robba ou roba qui 
>»•..% Cet greffes t>illageoi- ■ veut dire la même chofe, 

Jès zs FchJI cepour ungpefiheur'X 

l.à nous trouvons. Les unes Villon dans Ion grand Tefia* 

font rachetés , njent : 

ï.n gros ejiat , £7 les anltres \ Les autres font eHtre\ ert CloiJ^ 
porchères : 1 très 



X^i nous diront ( j-'j/ nous en- \ De Celejlinsou de Chartreux f 
nttye -y (jufafche^ Botte\) hcufe^corn ^efcheurf 

Qnelcque pr'jpos de lenr £ajs > d^oijires , 

de y^fbe, | yoilà^l'ejîat divers d'entre 

enx* 

£>» P4nf 



5^ Pantagruel, 

Enuneaultre fallebafïè je veids ung jeune ** 
efcafignon efpoufer une vieille pantophle. Ec 
nous îeut dicft que ce n'eftoit pour la beaulté , 
ou bonne grâce d'elle : mais par avarice ôc con- 
voitife d'avoir les efcus donc elle eftoit toute 
contrepoinClëe. 



HA PITRE 



X. 



Comment Pantagruel defcendit en VI fie de 

Cheli y en laquelle regnoh le Roy fain^ 

Tanigon*, 

LE Garbin nous fouifloit en pouppe , quand 
laifïàns ces ' mal plaifansAllianciers, avec- 
ques leurs nez de as de treuffle , montafmes en 
haulte mer. Sus la declination du Soleil * feif- 



Dans les Rabelais de Hollande 
on Ut prefc heur -, ce qui femble 
devoir s'entendre des prefcbeurs 
'hotte\-y dont il eft parlé 1. s • ch. 
29. mais il faut lire pefcheuy con- 
formément aux anciennes édi- 
tions. 

25 Efcafignon J Sous l'idée 
d'un efcafignon , c'eft - à - dire 
d'un foulier de Danfeur de 
corde ou Sauteur , Rabelais 
défigne un jeune Gentillâtre 
fans biens , un Gentilhomme 
des moins relevei & à iîmple 
/emelle. 



mes 

CHAP, X. I "Mal plaifans 
^lltancieys ] Impertinens dans 
leurs rébus, équivoques , & So- 
briquets , qui dans le fonds ne 
font que de manfaifes platfante- 
ries. 

z Teifnies fcalle ] Faire fcale > 
de V hzUen far fcaU, c'eft pren- 
dre port, mettre l'échelle à ter- 
re pour y defcendre. L'Ariofte, 
chant 18. la traduâion impri- 
mée en 1555. Delà, le Patron 
de (ploya Pajle à un vent Grec , 
levant 3 Volant à main dextre 
autour de Chypref j O" jHrgit à 



Livre IV. Chap. X. çj 

mes fcalle enl'Ifle de Cheli ; Ifle grande, fer- 
tile, riche & popaleufe , en laquelle regnoit le 
Roy f'aindl Panigon. Lequel accompaigné de 
fes enfans , & Princes de fa Court s'eftoic 
tranfporté jufques près le havre pour recepvoir 
Pantagruel. Et le mena jufques en fon chaiteau, 
fus l'entrée du dongeon fe offrit la Royne ac- 
compaignce de fes filles & dames de Court.Pa- 
nigon voulut qu'elle & toute fa fuite baifafïènt 
Pantagruel oc fes gens. Telle eftoit la courtoi- 
fie & couftume du pays. Ce qui feut faiél , ex- 
cepté frère Jean y qui fe abfenta , & efcarta 
parmy les officiers du Roy. Panigon vouloit 
en toute inftance pour ceituy jour & au lende- 
main retenir Pantagruel. Pantagruel fonda fon 
excufe fus la ferenité du temps , & oportunité 
du vent , lequel plus fouvent efl; defiré des 
voyagiers que rencontré , & le fault emploic- 
ter quand il advient , car il n'advient toutes ÔC 
quantes fois qu'on le foubhaite. A cefte remon- 
itrance après boyre vingt &cinq ou trente fois 
pourhomme,Panigon nous donna congié. Pan- 
tagruel retournant au port & ne voyant frère 
Jean , demandoit quelle part il efloit , & pour- 
quoy n'efloit enfemble la compaignie. Panur- 
ge ne fçavoit comment l'excufer , & vouloit 
retourner au chafteau pour l'appeller , quand 
ftere Jean accourut tout joyeulx , ôc s'efcriaen 

toute 

Ba^hofy C27 mitefchelle en ttïte-^^ les nayigantsjôrtirent d» riva^e^_ 



54 Pantagruel^ ' 

toute guayeté de cueur difant : Vive le noble 
Panigon. Par la mort bœuf de bois , il rue en 
Guiline. J'en viens , tout y va par efcuelle. J'ef- 
perois bien y cotonner à prouffi6l & ufaige mo- 
nachal le mouUe de mon gippon. Ainli mon 
amy , dilt Pantagruel , tous jours à ces cuifines. 
Corpe de galline, refpondit frère Jean, j'en fçay 
mieulx Tufaige ôc cerimonies y que de tant 
ehiabrener avecques ces femmes , magny , ma^ 
çna , chMrena , révérence , double reprinfe , 
raccolade, la ^ frefrurade,baire la main de vof- 
tre mercy , de vortre majefta , vous foyez , Ta* 
rabin, tarabas.^ Bren , c*eft merde à Roiian. 
Tant chiafïer , ureniller. Dea , je ne dis pas que 
je n*en tirade quelcque trai6l deflus la lie à 
mon lourdois : qui me laiffaft ^ infinùer mai 
domination. Mais cefte brenalTerie de reveren-* 
ces me fafcheplus qu*ung jeune diable. Jevou- 
lois dire , ung jeufne double. ^ Sain6l Benoift 

n'en 



3 Fraffurade ] Careflè qui part 
du fond des entrailles. Compli- 
menti fuifcerati , dit le Diftion- 
Fr. Ital. d'Oudin. 

^Bren^ c*eji me/de à Kjouan J 
C'eft que bren eft le mot Patois, 
qui ne fe dit qu'à la campagne , 
ou tout au plus dans les Faux-, 
bourgs de Rouen. Bouchet > 
Strée 13. Bran efl merdre à. 
Sj>uen , qui ne la mange aux 
lauxbourgs, 

S Infinuer ma nomination J 
Cette expreflîon qui a déjà paru 
hlx<tl* feft 4« Style de la Chan- 



cellerie Apoftolique, Le 524 
des Arrefts d'amour : De Phett" 
re quun hom)ne efl marié , il »* 
Iny eft fins ioifible de faire l'a* 
moweux > ni-ifinuerfes nominal 
tions/nrun autre , que fafemmey^ 
pour l'incompatibilité , (HT pource^ 
qne pluralité de tels bénéfices efi 
réprouvée de droit naturel C7 po-m 
fit if d'amours. 

6 Sainci Benoift' n*en mentit jd'* 
mais ] Ses Moines 5 non plus 
que les autres ne faluent qu'et^ 
s mclinant de la tête & dvk 
corps» 



Livre IV. C H AP. X. çj 

li*en mentit jamais. Vous parler de baifer Da-^ 
moifelles , par k digne 6c facre froc que je por- 
te, voluntiers je m'en déporte , craignant que 
m*advieigne ce que advint au feigneur de 
Guyercharois. Quoy ? demanda Pantagruel y 
je le congnois. Il eft de mes meilleurs amis. Il 
eftoic , difl frère Jean , invité à ung fumptueux 
ôc magnificque bancquet , que faifoit ung fiea 
parent & voifm : auquel eftoient pareillement 
invitez touts les gentils hommes ^ dames , ôc 
damoifelles du voilinaige. Icelles attendantes fa 
venue , defguifarent les paiges de Vaflèmblée y 
les habillarent en damoifelles bien pimpantes 
& atourées. Les paiges en damoifellez à luy 
entrant près le pont levis fe prefentarent. ^ Il 
les baifa touts en grande courtoifie ôc révé- 
rences magnifiçques. Sus la fin , les dames qui 
Tattendoient en la guallerie , s'efclatarent deri^ 
re, ôc feirent fignes aux paiges , à ce qu'ils houf» 
taflént leurs atours. Ce que voyant le bon Sei-» 
gneur par honte & defpit ne daigna baifer icel- 
les dames & damoifelles naïfves. Alléguant veu 
qu*on luy avoit ainfi deguifé les paiges , que pac 
la mort bœuf de bois ce debvoient là eftre les 
varlets encore plus finement defguifez. Vertus 

Dieu , 



7 11 les baifa touts ] C'eftoit 
alors la coutume, qu'un Gen- 
tilhomme qui en mettant pié à 
terre fe rencontroit parmi des 
Dames & des Demoifelles , les 
j^aifoit toutes à la joue, & cette 



mode dxiroît encore en Fraace, 
fous le règne de Henri II I. 
Voiez H. Etienne, pag.375.de 
fes Dial. du nouv. lang. Fr» 
Italianife. 

O4 * 



ç5 Pantagruel, 

Dieu , da jurandi , pourquoy pluftoft ne tranf- 
portons nous nos humanitez en belle cuifine de 
Dieu? Et là ne confiderons lebranlement des 
broches ^ l'harmonie des contrehaftiers ^ la pofi- 
tion des lardons , la température des potaiges , 
les préparatifs du defïèrt , Tordre du fer vice du 
vin ? ^ Beatl immacHlati in via* C'eft matière de 
bréviaire. 



Chapitre XL 



FoHrqmy les Moynes [ont volnmiers en cui^ 

fine, 

C'Eft , dift Epiflemon , naïfvement parlé 
en Moyne. Je dis Moyne moynant , je ne 
dis pas , ' Moyne moyne. Vrayment vous me 
reduifez en mémoire ce que je veida & oiiy en 
Florence , il y ha ^ environ douze ans. Nous 

eftions 



8 BcAti immaculati in ria ] 
Premières paroles du Pfeanme 
II 8. ou 119. profanées par fre-T 
re Jean , qui les applique à ceux 
qui ne fe font point de taches 
en vifitant de fois à autre la 
cuifine du Couvent. 

ChAP. XI. I 'Moyne moyné ] 
On appelle Moine moinant celui 
qui a la conduite & la diredion 
des autres Moines de Ton Cou- 
vent; & Moine ntotné tout Moine 



qui eft obligé d'obéir au Msiite 
moinantjôcde fe laifler menerpar 
lui. Auquel fcns , quand quel-, 
que trere paroît dédaigner le 
grade auquel il vient d'être ê- 
levé dans la Maifon , on lui 
dit plaifamment par forme ae 
confolation , qu'encore vaut- 
il mieux être cheval que char-» 
rette. 

2 Environ dou^e ans ] C'efl; 

comme on doit lire ^ çonfor-*, 

vaé-i 



Livre IV. Chap. XI. 57 

cftions bien bonne compaignie degensftudieux, 
amateurs de peregrinité , & convoiteux de vi- 
(iter les gens do6les , anticquitez & fîngulari- 
tez d'Italie. Et lors curieufement contemplions 
TaiTiete & beaulté de Florence ,1a ftrudlare du 
dôme 5 la fumptuofité des temples & palais ma- 
gnificques. Et entrions en contention, qui plus 
aptement les extoUeroit par louanges condi- 
gnes : quand ung Moyne d'Amiens , nommé 
Bernard Lardon , comme tout fafché & mono- 
pole nous dift : Je ne fçay que diantre vous trou- 
vez ici tant à louer. ]'ay auiïi bien contemplé 
comme vous , 6c ne fuis aveugle plus que vous. 
Et puis : Qu'eft-ce ? Ce font belles maifons. 
C'elt tout. Mais Dieu , & Monfieur S. Bernard 
noftre bonPatron foit avec nous. En toute celte 
ville encore n*ay je veu une feule rouftifïèrie , '. 
& y ay curieufement reguardé & coniideré. Voi- 
re je vous dis comme efpiant & preit â compter 
& nombrer tant à dextre comme à feneftre 
combien & de quel couité plus nous rencon- 
trerions de rouililïèries rouflilïàntes. ^ Dedans 

Amiens 



mément à l'édition de 1547. 
Ceci arriva à Rabelais pendant 
fon Volage de Rome , ou fes 
Lettres a l'Evêque de Maille- 
ïzis font toi qu'il etoit eni s 3 6. 
Les autres éditions , oîi au lieu 
de doff:{e on lit vingt 5 fe font 
réglées fur celle de 1553. fai- 
te environ vingt ans après ce 
yoïage. 



3 Et y ay curieufement . . .. • 
rouftifferier roujliflantes j Ceci 
manque dans l'éditioa de 1 547. 

4 Dedans Amiens (Je. J La 
raifon du grand nombre de Rô- 
tilTeries que long-tems depuis 
encore on trouvoit dans toute 
la Picardiej & particulièrement 
à Amiens 5 c'eft que dans les 
hôtelleries du pais on ne four- 

niiïôit 



5^ Pantagruel, 

Amiens en moins de chemin quatre fois voîre 
trois qu'avons faidt en nos contemplations , je 
vous pourrois montrer plus de quatorze rouf- 
tifïèries anticques & aromatizantes. Je ne fçay 
quel plaifir avez pris voyants les Lions & ^ A- 
fricanes ( ainfi nommiez- vous , ce me femble, 
ce qu'ils appellent Tygres ) près le befFroy : pa- 
reillement voyants les porcs-efpics & auftru- 
ches on palais du Seigneur ^ Philippe Strozzi* 
Par ma foy , ^ nos fieulx , j'aimerois mieulx 
veoir ung bon & gras oizon en broche. Ces 
porphyres , ces marbres font beaulx. Je n*en dis 
poinél de mal : mais les ^ Darioks d'Amiens 

font 



ftifToit aux pafTans que le cou- 
vert , la nappe j les verres , le 
pain & le virt. Voiet Jodoc.Sin- 
ter. Itiner. Gall. pag. 315. 

5 ^/ricanes j On appelloit 
<3e la font dans l'ancienne Ro- 
me les Tigres & les Panthères 
que produit V^fncjue ; & c'eft 
de là que nos vieux Romans 
appellent feran de. ^uferan 
d'^feranns fait à'^far, un che- 
val Africain , d'un poil pom- 
melé comme ces peaux de Ti- 
gres & de Panthères , dont en- 
core aujourd'hui on couvre vo^ 
lôfttiers les beaux chevaux en- 
harnachez , comme pour faire 
croire qu'ils viennent de ce 
païs là. 

6 Philippe Styo\:{i ] Voiez les 
Obfervations fur les Epîtres de 
Rabelais , pag. 6t. Il fut père 
duMaréchalStrozzi> à qui Bran- 
tôme a donne le dernier cha- 



pitre de Ces Homtn. 111. étran- 
gers. 

7 Nof fieulx 2 Fieu àefilielur > 
eft un mot Picard , dont on ufe 
envers un enfant qu'on veutca- 
refler. La Fontaine 5 dans une 
de Ces Fables : 

BJaux chires leupt > TtefcBute^ 

mie 
Mers tenchent chctt fienx qui 

crie. 

8 Danoles ] Les darioles font 
de petites tartes riolées par def^ 
fus de bandelettes de pâte , & 
ce pourroit bien être de là qu'- 
elles auroient eu leur nom ; 
comme dans Anvadis la confi- 
dente d'Elifenne celui de Du' 
riolette , de quelque habit riolé 
que portoit cette jeune fille. 
R^eguU eft le nom Latin de la 
Ville de la BjoUe en Guiea-» 
ne. 



LiVK E ÏV. Chap. XL 59 

font meilleures à mon guouft. Ces ftatuè's antic- 
ques font bien failles, je le veulx croire : iMais 
par^ Sainét Ferreoi d' Abbeville, les jeunes ba- 
chelettes de nos pays font mille fois plus adve- 
nentes. 

Que fignifie ( demanda frère Jean ) & que 
veult dire , que tousjours vous trouvez Moy- 
nes en cuidnes , jamais n'y trouvez Roys , Pa- 
pes , ne Empereurs ? Eft-ce , refpondit Rhi- 
20tome, quelcque vertus latente y & propriété 
fpecificque abfconfe dedans les marmites&cort- 
trehaftiers , qui les Moines y attire , comme 
Taimant à foy le fer attire , n*y attire Empe- 
reurs , Papes , ne Roys ) Ou fi c'eft une induc- 
tion & inclination naturelle aux frocs & ca- 
gouUes adhérente , laquelle de foy mené & 
poulfe les bons Religieux en cuifines ,encores 
qu'ils n'eufïènt eledlion ne délibération d'y 
aller ? il veult dire , refpondit Epiftemon , for- 
mes fuivantes la matière. Ain(î les nomme Aver- 
rois.Voire, voire, dift frère Jean. Je vous diray f 
refpondit Pantagruel , fans au problème pro- 
poufé refpondre. Car il eft ung peu chatoil- 
leux : ôc à poine y toucheriez vous , fans vous 
efpiner. Me foubvient [^ avoir leu , que Anti-. 

gonui 



9 SalnB Ferreoi 2 Vrere Ber- 
nard Lardon aimoit les filles 
grafles à iard de Ton pais , & il 
m juroit par le Saint qui prend 
ibind'engraiflèr les Oies.Voiei 



TApol. d'Hérodote, ch. 38. 

I o ^voir leu CTf.jDans Plu- 
tarque 5j)armiles Dits notables 
anciens Rois j Princes & Capi- 
taines, 

H 



6ô Pantagruel, 

gonus Roy de Macedonie ung jour entrant et! 
la cuifine de fes tentes & y rencontrant le Poè- 
te Antagoras , lequel frîcairoit ung Congre , 
luy mefme tcnoit la paille , luy demanda en 
toute allegreiïe ; Homère fricaiToit il Congres y 
lorfqu'il defcripvoit les proëfïes d'Agammem- 
non ? Mais , refpondit Antagoras au Uoy , eili-» 
mes tu qu'Agamemnon , lorfque telles proef*" 
fes faifoit ^ feufl: curieulx de fçavoir il perfonne 
en fon camp fricafïbit Congres ? Au Roy fem- 
bloit indécent que en fa cuifine le Poète fai- 
foit telle fricaflee. Le Poète luy remonftroit , 
que chofe trop plus abhor rente eltoit rencon- 
trer le Roy en cuifine. ^^ ]e dameray cefte- 
ci, diit Panurge, vous racomptant ce que ^* 
Breton Villandry refpondit ung jour au Sei- 
gneur Duc de Guife. Leur propous efloit de 
quelcque bataille du Roy François contre 
TEmpereur Charles cinquiefme : en laquelle 
Breton eftoit guorgiafement armé ^ mefme- 
ment de grefves & folierets aflerez , monté 
auffi à l'advantaige , n'avoit toutesfois efté 

veu 



1 1 ^e dameray .... comme je 
faifûis ] Ceci manque dans Té- 
dition de i547- 

iz Breton vUUndry'\ Jean le 
Breton , Seigneur de Villan- 
dry, favori du Roi François I. 
& Secrétaire de ce Prince & du 
Roi Henri 1 1. dès Tan 1537. 
jufqu'en 1552. pour le moins. 



Voiex Cardan 5 de y'tta fropria^ 
ch. 32. 11 a écrit plufieurs Me'- 
moires de ce qui s'étoit pafié 
de plus confiderable en France 
fous les règnes de fes Maîtres , 
& la Croix-du-Maine en avoit 
quelques-uns d'écrits de la pro- 
pre main de l'Auteur. • 

Chap, 



Livre IV. Chap. XII. 6x 

Veu au combat. Par ma foy , refpondic Bre- 
ton , i*y ay efté ^ facile me fera le prouver , 
voire en lieu onquel vous n'eufïïcz aufé vous 
trouver. Le Seigneur Duc prenant en mal ceite 
parolle , comme trop brave ôc temcraircmenc 
proférée , & fe haulfant de propous : Breton 
facillement en grande rifée Tappaifa , difant : 
J'eftois avecques le baguaige. Onquel lieu 
voftre honneur n'eufl porté Iby cacher , com- 
me je faifois. En ces menus devis arrivarenc 
leurs navires. Et plus long fejour ne feirenc 
en icelle Ifle de Cheli. 



Chapitre XII. 

C9mment Pantagruel paf^a Procuration , & 
de l'eflrangs manière de vivre entre les 
Chicquanous, 

* /^^ Ontinuant noflre routte , au jour fub- 

V^ fequent pailàfmes Procuration , qui efl 

ung pays tout chaffourré & barbouillé. Je n'y 

congneus rien. Là veifmes des Procultous 6c 

Chic- 



Chap. XII. l Continuant no f- 
tre routte-) au jour Jub fequent pap- 
/a/mes Procuration j Dans Tédi- 
tion 15+7. on lit : FUinr Q 



YefaiB\ du bon traicîement d» 
R^oji Panigon j cent mua (mes no[^ 
tre routle. Le jour Jitbfeiluerkt 
pajjafmet Procnratteo^ 

i 



6t PAÎîtAdRÛÊt^ 

Chicquanous * gens à tout le poil. Ils ne nôUft 
invitarent à boyre,ne à manger. Seullemenc 
en longue multiplication de do6les reverence$ 
nous dirent qu'ils eitoient touts à noltre com- 
mandement en payant. Ung de nos truche- 
ments racomptoit à Pantagruel , comment ce 
peuple guaignoit fa vie en façon bien eftran- 
ge : & en plain diamètre contraire aux Rom* 
micoles. A Rome gens infinis guaignent leur* 
vie à empoifonner , à battre , & à tuer. Les 
Chicquanous la guaignent à eftre battus. De 
mode que fi par long temps ils demouroient 
fans eitre battus , ils mourroient de maie faim y 
eulx 9 leurs femmes & enfans. C*elt , difoit 
Panurge, comme ceulx qui par le rapport de 
Cl. Gai. ne peuvent le nerf caverneux vers le 
cercle equateur dreiïèr y s'ils ne font ' tresbieiî 

fouettez. 



2 Ge»jr à tous le poii ] Gens 
puiflTans , à qui rien n'eft im- 
poflible. Cette exprefïion pro- 
verbiale vient de l'idée qu'on 
s'cft faite de la grande force que 
doit avoir un jour un enfant p 
«léja couvert de poil ennaiflfant. 
Plus haut ) 1 2. ch. z. une des 
Gouvernantes du jeune Panta- 
gruel , fur ce qu'à fa naiflance 
il étoit tout velu comme un 
Ours : // ej} né à tout le poil y il 
fera chojes merv eilleufes > C^ 
s'il yit , il aura de l'aage. ^ 
■fout fignifîoit autrefois arec. 
A Metz on parle encore de 
jsême. 

3 Trcs bmf<iiiette\ 1 Ç Alitas 



B^hodiginus ^\. 6 chap. 37 dé 
Tes Anciennes leçons j & avant 
lui le Comte de- la Mirandole, 
1. 3. de fon Traité contre l'Af-» 
trologie judiciaire , parlent de 
certain homme qui pour s'ex> 
citer à l'amour fe faifoit mettre 
tout en fang à grands coups de 
verges qui avoient trempé long- 
tems dans le vinaigre. Simon 
Goulard t.4.p. 63 5. de fesHift. 
admirables & mémorables, ra-* 
conte ce fait comme fingulier , 
& peut-être n'avoit - il encore 
gueres d'exemples de fon tems> 
mais on prétend qu'aujour* 
d'hui la chofe eft pratiquée fré- 
quemment ) en françe même.» 
dang 



Livre IV. C h a p. Xlt. ^f 

fouettez. Par Sainét Thibault , qui ainfi me 
foiietteroit , me feroit bien au rebours defar- 
fonner de par routs les diables. La manière , 
difl le truchement , eft telle : Quand ung 
Moyne , Prebftre , Ufurier , ou Advocat veulc 
mal à quelcque Gentilhomme de Ton pays, il 
envoyé vers luy ung de ces Chicqupnous. * 
Chicquanous le citera , Tadjournera , roultrai- 
gera, l'injuriera impudentement, fuivant foa 
record & inllrudlion : tant que le Gentilhom- 
me, s*il n'eft paralytique defens, ôcplusitu- 
pide qu'une rane Gyrine , fera contraincl luy 
donner baftonnades & coups dVfpée fus la 
tefte, ou la belle jarretade , ou mieulx le jec- 
ter par les creneaulx & feneflres de Ton cha- 
fteau. Cela faicSt , voilà Chicquanous ^ riche 
pour quatre mois. Comme li coups de ba- 
fton feufîènt fes naïfves moifïbns. Car il 



dans les lieux de débauche. 

4 Chiccjuafiûus le citera j Un 
Chicanneur eft ici proprement 
un huiflîer , comme ordinaire- 
ment porteur de certains répits 
de cinq ans qu'on nommoit 
^uiuquennelles , du Latm quin- 
quennales inducia:. Dans la luKe 
le nom de C huanneur ^ de Slurn- 
^uennator , s'eft étendu au Pro- 
cureur qui drellê ies répits , & 
& particulièrement encore au 
méchant païeur , qui en fervi- 
j-oit volontiers tous Tes Créan- 
ciers. 

j Bjche pour quatre mais O'c*'] 



aura 

Celui qui felouë pour faire la 
moiflbn d'un laboureur j gagne 
du blé pour fe nourir environ 
quatre mois : & s'il peut faire 
encore deux autres moiflons , il 
a fa provifion pour toute l'an- 
née. 11 en eft de même au dire 
de Rabelais , d'un Huifïier qui 
fait métier d'attraper quelques 
coups de bâton en exploitant. 
Autant de perfonnes qui Tau* 
ront frappé peuvent compter 
qu'il vivra quatre moi^ ou 
environ aux dépens de chacu* 
ae. 



(54 Pantagruel, 

aura du Moyne , de l'Ufurier , ou Advocat 
falaire bien bon : & réparation du Gentil- 
homme aulcunesfois fi grande & excefîive , 
que le Gentilhomme y perdra tout Ton avoir ; 
avec dangier de miferablement pourrir en pri- 
fon, comme s'il euft frappé le Roy. Contre 
tel inconvénient , diftPanurge, je fçay ung 
remède tresbon duquel ufoit ^ le'^eigneur de 
Bafché. Quel ? demanda Pantagruel. Le Sei- 
gneur de Bafché , diit Panurge , eftoit homme , 
courageulx , vertueux , magnanime chevale- 
reux. 11 , retournant de certaine longue guer- 
re , en laquelle le» Duc de Ferrare par l'aide 
desFrançois vaillamment fe défendit contre les 
furies du Pape Jule fecpnd , ^ar chafcun jour 
eftoit adjourné, cité, chicquané, l'appétit 8c 
pafletemps du gras Prieur^de ^ Sain6l Lovant. 
Ung jour desjeunant avecques fes grns ( com- 
me il eftoit humain & debonnahïl ) manda 
quérir fon boulangier nommé Loire , & fa 
femme , enfemble le Curé de fa Paroiflè nom- 
mé Oudart , qui le fervoit de fommelier , 

comme 



6 le Seigneur de Bafché'] Ap- 
paremment l'un des defcendans 
de Perron ou Perrot de Baf- 
ché , Maître d^Hôtel du Roi 
Charles VIII. qui l'envoïa en 
Italie avant que d'y aller lui 
même à la tête de Ton armée. 
Il avoit été nourri dans la mai- 
fon d'Anjou , auprès de Jean 
(d'Anjou de Calabre. Voiez. 



Commines , I. 7. chap. 3» & 
fuiv. 

y Sain B Lovant î\ Liventius. 
Le Prioré de S. Louens , Dio- 
cefe de Tours , dépend de 
l'Abbaïe de S. Paul de Cor- 
meri , Ordre de Saint Benoît. 
Voiex le Pouillé général des 
Abb.de Fr. impr. l'an i6z6» 



Livre IV. Chap. XII. 65 

comme lors efloic la couftume en France , Ôc 
leur diii en prefence de fes gentilshommes ÔC 
aultres domefticques : Enfàns , vous voyez en 
quelle fafcherie me jeélent journellement ces 
maraulx Chicquanous -, J'en luis là refolu , que 
fi ne m'y aidez, je délibère abandonner le pays , 
& prendre le party du Souldan à touts les dia- 
bles. Déformais quand céans ils viendront , 
;>foyez prefts vous Loire &c voftre femme pour 
vous reprefenter en ma grande falle avccques 
TDS belles robbes nuptiales , comme û Ton vous 
fianfoit , & comme premièrement feuftes fian- 
fez. Tenez 4 Voilà cent efcus d'or , lefquels 
je vous donne, pour entretenir vos beaulx ac- 
coutrements. Vous > Mcffire Oudart, ne faillez 
y comparoitre en voftre beau fuppellis 3c eitol- 
le, avecquesl'eaiiebenifteîComme pour les fian- 
fer. Vous pareillement , ^ Trudon ( ainii eftoic 
nomméfontabourineur)royezyavecquesvoitre 
fleute & tabour.Les parolles di6les & la mariée 
baifée , aufondutabour, vous touts baillerez 
l'ung àl'auitredu foubvenir des nopces, ce font 

9 



8 Trudon ] Comme la fin 
qu'on fe propofe en battant la 
marche , c'eft de faire avancer 
une troupe 5 on pourroit croi- 
re que le nom du tabourineur 
Trudcn vicn droit de Truder.' , 
mais il y a bien autant d'appa- 
rence que c'eft une onomato- 
pée prife du fon que rend une 
aiiTe de tambour lorfqu'on 

Toms /r. 



frape defTus. Et de là vient fans 
doute que dans la Farce de Pa- 
telin , des paroles en l'air font 
appellées trudames dans ces 
vers : 

Et s*îl rvuf dit ) ce font tru- 

daines > 
// yient d\iyec moy (ont ye- 

nàot. 

E » 



66 Pantagruel, 

^ petits coups de poing. Ce faifans , vous n'en 
foupperez que miculx. Mais quand ce vien- 
dra au Chicquanous , frappez deiïus comme fus 
fe^le verd , ne refpargnez. Tappez , daulbez y 
frappez , je vous en prie. Tenez prefentemenc 
je vous donne ces jeunes gantelets de jouiie , 
couverts de chevrotin. Donnez luy coups fans 
conter à tords ôc à travers. Celluy qui mieulx i 
le daulbera, je recongnoiftray pour mieulx af- | 
fedlionné. N'ayez paour d*en eitre repris en 
iuflice. Jeferay guarant pour touts. Tels coups 
feront donnez en riant , félon la couftume 
obfervée en toutes lianfailles. Voire , mais , 
<lemanda Oudart, à quoy congnoiftrons-nous 
les Chicquanous ? Car en cefte voflre maifon 
journellement abordent gens de toutes parts. 
Je y ay donné ordre refpondit Bafché. Quand 
à la porte de céans viendra quelcque homme , 
ou à pied , ou affez mal monté , ayant ^° ung 
anneau d'argent gros & large on. poulce , il 
fera Chicquanous. Le portier l'ayant intro- 
dui(St courtoifement fonncra la campanelle. 

Alors 



-9 Petits coups de poing ] Le 
Printemps d'Yver , Journée 5 • 
ou l'Auteursquiétoit Poitevinj 
parle des noces qui fe firent à 
Poitiers entre Claribel & fa 
fiancée : ce qui fut fi tojl fait ^ que 
nojire patient fut tout efionné 
au on luy demanda la livrée : tel- 
lement qua^ïès les coups depoings 



di^ fiançailles , kla mode du pàtsy 
claribel changea le deuil de fort 
père ■) pour les jojes d^un nouveau 
mariage, 

10 Ung <«»werf«3 Apparemment 
pour fceller les Exploits , puif- 
qu'on ne les iignou pas en ce 
tems-Ià» 

II 



L I V R E IV. Ch A p. XII. ey 

Alors foyez prefls , ôc venez en falle jouer 
la tragicque Comédie , que vous ay expofé. 
Ce propre jour , comme Dieu le voulut , arriva 
ung vieil, gros, & rouge Chicquanous. Son- 
nant à la porte feut par le portier recongneu 
à fes gros & gras houzeaulx , à fa mefchante 
jument, à ung fac de toile plein d'informa- 
tions , attaché à fa ceindlure : ' ^ fignammenc 
au gros anneau d'argent qu'il avoit on poulce 
gaufche. ''^ Le portier luy feut courtois, l'in- 
troduiél honneftement , joyeufement : fonne 
la campanelle. Au fond'icelle Loire & fa fem- 
me fe veftirent de leurs beaulx habillemens , 
comparurent en la falle faifans bonne morgue. 
Oudart fe reveflit de fuppellis & d'eftolle y 
fortant de fon office rencontre Chicquanous , 
le mené boire en fon office longuement , ce- 
pendant qu'on chaufloit guantelets de touts 
couftez , & luy dift : Vous ne poviez à heure 
venir plus opportune. Noftre maiftre eft en 
fes bonnes : nous ferons tantouft bonne chiere , 
tout ira par efcuelles : nous fommes céans de 
nopces : tenez , beuvez , foyez joyeulx. Pen- 
dant que Chicquanous beuvoit , Bafché voyant 

en 



II Signammtnt ] Notam- 
ment, finalement , comme on 
lit dans l'édition de 1596. & 
dans les nouvelles ne vaut rien 
là. 

Ti Le portier luy feut courtois'} 
jLui fit coMrtoiJie & honêtetét 



L'Ariofte , de la traduiSiou 
impr. l'an 15 55- chant 45. le 
R^oj l'eut agréable CJ7 luy feut plu- 
(leurs fois courtois , en luy don^ 
nant maints beaulx C?* riiher 
dons , Cfle vifitant, 

£ 2 li 



é8 Pantagruel, 

en la falle touts fes gens en equippaige requis ^ 
mande quérir Oudart. Oudarc vient portant 
Teaùe beniile. Chicquanous le fuit. 11 , en- 
trant en la falle , n'oublia faire nombre de 
humbles révérences , cita Bafché : Bafché luy 
feit la plus grande carefïc du monde , luy don- 
na ung Angelot , le priant affifter au ccntradt 
Ô2:fian failles. Ce que feut faicl. Sus la fin coups 
de poing commençarent fortir en place. Mais 
quand ce vint aultour de Chicquanous , ils le 
feftoiarent à grands coups deguanteletsfibien, 
qu'il refta tout eflourdy & meurtry , un œil 
poché au beurre noir , huiét coftes froiflees , 
^ 5 le bréchet enfondré : les omoplates en qua- 
tre quartiers , la mafchoùere inférieure en trois 
loppins : & le tout en riant , Dieu fçait com- 
ment Oudart y operoit , couvrant de la man- 
che de fon fuppellis le gros guantelet aiTeré , 
fourré d'hermines , car il eftoit puiffant ri- 
bault. Ainfi retourne à l'Ifle Bouchard Chic- 
quanous accouftré ^^ à la Tygrefque ; bien 
toutesfois fatisfai6l & content du Seigneur 
de Bafché : & moyennant le fecours des bons 
Chirurgiens du pa)^ vefquit tant que voul- 
drez. Depuis n'en feut parlé. La mémoire ex- 
pira avecque le fon des cloches , lefquelles qua- 
rillonnarent à fon enterrement. 

Chap. 

13 Le hrechet"] l'os fou rchiil l+ ^ la tjgrefque ] Tout 
âe la poitrine. Peut - être del pommek' de divcrfes conta- 
TAleman brHJl , poitrine. J fions. 

Chap 



Livre IV. Chap. XIII. 6^ 



Chapitre XIII. 

'iComme'/it a l'exemple de maifi^e François 
- paillon le Seigneur de Bafché loué fe s gens, 

CHicquanous ifTu du chafteau , & remonté 
fus fon efgue orbe ( ainfi nommoit-il fa 
jument borgne , ) Bafché foubs la treille de 
fon jardin fecret manda quérir fa femme , fes 
Damoifelles , touts fes gens : feit apporter vin 
de collation afïbcié d'ung nombre de paftez , 
de jambons ^ de fruiét & fromaiges , beut 
avecques eulx en grande allegrefïè, puis leur 
difl . ^ Maiftre François Villon Tus ^ts vieulx 
jours fe retira à S. Maixent en Poi6lou , foubs 
la faveur d*ung homme de bien , Abbé dudidl 
lieu. Là pour donner paffe-temps au peuple , 
entreprint faire jouer la paflion en geftes ôc 
languaige Poidlevin. Les roUes diflribuez , 
les joueurs recolez , le théâtre préparé , dift 
au Maire & Efchevins , que le myftrere pour- 
roit eltre preft à riiïuë des foires de Niort, 
reftoic feullement trouver habillemens aptes 
aux perfonnaiges. Les Maire 6c Efchevins y 

donna- 

Ch^^. XWl.iMaiftreFran- cit d'un tour tout femblable 5 
çaij- Villon ^c. j Erafme > dans qu'il aiTure avoir été joué dans 
celui de fes Colloques qu'il a le voinnage.. de Londres i'aa 
intitulé le Spedre , fait le re- 1458. 

Eà ^ 



7© Pantagruel, 

donnarent ordre. Il , pour nng vieil paiTant 
habiller qui joùoitDieu le Père, requifi Frère 
Eftienne Tappecouë Secretain des Cordeliers 
du lieu 9 luy prefter une chappe ôc eftoUe. 
Tappecouë le refufa alléguant que par leurs 
ftatuts provinciaulx eftoit rigoureufement dé- 
fendu rien bailler ou prefter pour les jouants. 
Villon replicquoit que le ftatut feullement 
concernoit farces , mommeries ôc jeus dilïblus : 
& que ainfi Tavoit veu praticquer à Bruxelles 
& ailleurs. Tappecouë ce nonobftant , luy dift 
péremptoirement , que ailleurs fe pourveufl , 
fi bon luy fembloit , rien n'efperafî de fa fa- 
criflie. Car rien n'en auroit fans faulte. Villon 
feit aux joueurs le rapport en grande abomi- 
nation , adjouftant que de Tappecouë Dieu 
feroit vangeance 8c punition exemplaire bien- 
touft. Au fabmedy fubfequent , Villon eut ad- 
vertifïèment que Tappecouë fus la poultre du 
couvent ( ainfi nomment-ils une jument non 
encore faillie ) edoit allé en quefte à * S. Li- 
gaire , & qu'il feroit de retour fus les deux 
heures après midy. Adoncques feit la monftre 
de la diablerie parmi la ville & le marché. Ces 
diables eiloient touts 3 capparalïbnnez de 

peaulx 



2 SarnB Ligaîre ] Lidonux > 
appelle au/îi Ligarms, Ce lieu 
eft de l'Eledion & Châtellenie 
de Niort. 

3 Capparajfonm\de pexuîx de 
Joupj O'ç. J Un ancien Peniten- 



tiel, cité par Ménage dans fon 
Didion. Etym. au mot Biche: 
St qui s in cerfolo aut yttula V4- 
dit ; id efi , p cjui , in feraruwt 
habitnfs commet ant , Ci7 yejîiu»' 
tnr yejîihuf pecudum , adfumuai 



Livre IV. Ch a p. XIII. jt 

peaulx de loups , de veaulx & de béliers , 
pafîcmentées de teltes de mouton , de cornes 
de bœufs , & de grands havets de cuifine i 
ceindls de grofïes courraies , efquelles pen- 
doicnt grofïl's cymbales de vaches , & fonnet- 
tes de mulets à bruit horrificque. Tenoient 
en main aulcuns baftons noirs pleins de fufées , 
aultres portoient longs tizons allumez , fus 
lefquels à chacun carrefour jeéloient plenes 
poingnées de parafine en pouldre , dont for- 
toit feu & fumée terrible. Les avoir ainfi con- 
duicSls avecque contentement du peuple 8c 
grande frayeur des petits enfans , finablement 
les mena bancquerer en une cafïîne hors la 
porte en laquelle eft le chemin de S. Ligaire. 
Arrivans à la cafline , de loing il apperceut 
Tappecouë , qui retournoit de quelle , &; leur 
dill en vers Macaronicques : 

Hic eft de patria ^ natns de gente Belift/'a y 
Qui folet antiquo bribas fonare bifacco^ 

Par la mort diene ( dirent adoncques les 
diables ) il n'ha voulu prefter à Dieu le Père 
une paovre chappe : faifons luy paour. C'eft 

bien 



tapit a beftiarum. Qui t aliter in 
fermas foectes Je transformant , 
trihus annis pceniteant j ^tiia hoc 
damoniacum eji. Cette mafcara- 
dc qui ordinairement fe faifoit 



le jour de l'an , étoit comme on 
voit détendue comme impie , 
mais c'étoit dequoi Villon fa 
metioi^fort peu en peinft, 

E4 4 



7^ Pantagruel, 

bien di£l , refpond Villon : mais cachons-nous 
jufques à ce qu'il paflè, & chargez vosfuféesÔc 
tizons. Tappecouë arrive au lieu , touts for- 
tirent on chemin au devant de luy en grand 
efFroy jedtans feu de touts couftez fus luy & 
fa poultre : & fonnans de leurs cymbales , ôc 
hurlans en diables , Hho , hho , hho , hho , 
brrrourrrs , rrrourrrs , rrrourrrs. Hou , hou, 
Hho 5 hho , hho. Frère Eftienne , faifons-nous 
pas bien les diables ? La poultre toute effrayée 
fe mift au trot , à pets _, à bonds , & au gua- 
lot : à ruades , frefîurades , doubles pédales > 
& petarrades : tant qu'elle rua bas Tappecouë^ 
quoyqu'il fe tint à ^ l'aulbe du baft de toutes 
fes forces. Ses eftrivieres eftoient de chorde : 
du coufté hors le montoiioir fon ^ foulier fene- 

itré 



4 Vaulhe du haji ] Plus bas 
encore 5 1. 5. ch. 7. Par Vaulhe 
du bafi cjue ^e forte. Les aubes 
font les ais fur lefquels s'appli- 
que l'embourrementdu baft, de 
iurquoi pofent les arçons. On 
les a nommez aubes A'albx j 
parce qu'ils font ordinairement 
d'un boisblanc. 

5 Soulier fenejîrê~\ Qomrtitles 
Çordeliers en portoient encore 
en 1566. Voiez H.Etienne, 
çh. 37. de fon Apologie d'Hé- 
rodote. Le fouMer Jenejiré étoit 
aufTi appelle Soulier à l'^pc/fio- 
tique , parce que comme on veuc 
que les Apôtres aient été une 
forte de Religieux , dans tou- 



tes les reprérentationi que les 
Peintres Catholiques font de ces 
Saints hommes, ils leur donnent 
des Souliers traverfez de plu- 
fîeurs courroies , qui tiennent 
lieu d'empeigne. Baïf , pag. 
i8.de fon de re vefliaria : Solea 
yei^û 3 à qua yulgaris nojleic fer- 
ma profe^us e(i > un Soulier : 
obflra^ula non habebat , fed tan - 
tum qmbufdam ligamentis j /?Ve 
ligults ) quas anfasVocaba>it : des 
courroyes : fipermi pedit parti 
cbyificiebatur : cu]ufmodifuMt hac 
caliiamenta qua yulgus yocat 
Souliers à l'Apoftolique •• quod 
lis calciati ^pojîoli Domwi fingi 
/oient. 

6 



Livre IV. Chap. XIIL 7$' 

ftré eftoit [i fort entortillé qui ne le peut onc- 
ques tirer. Ainfi efloit traîné à efcorcheculpar 
la poulrre tousjours multipliante en ruades 
contre luy , & forvoiante de paour par les 
hayes , buiiïbns & foiïèz. De mode qu'elle ^ 
luy cobbit toute la telte , fi que la cervelle en 
tumba près la croix Ofanniere , puis les bras 
en pièces , l'ung çà , l'aultre-là , les jambes 
de mefmes , puis des boyaulx feit ung long 
carnaige , en forte que la poultre au couvent 
arrivante ^ de luy ne portoit que le pied droidl, 
& foulier entortillé. Villon voyant advenu ce 
qu'il avoit pourpenfé , dift à fes diables : Vous 
jouerez bien , MefTieurs les diables , vous joue- 
rez bien , je vous affie. O que vous jouerez 
bien. 7 Je defpite ^ la diablerie de Saulmur 9 
^ de Doué , de Mommorillon , de Langes , de 
fainél Efpain ^° d'Angiers : voire , par Dieu, 



6 Luy cobb'it toute la tefie eJr.] 
La lui écacha toute , à force de 
coups qu'elle fc donna contre des 
pierres. 

7 7e defpite'] Jede'fiej je mets 
au pis. 

8 La Diablerie de Sàulmur ] 
La Pa/Tion à perfonnages, ainll 
appellee apparemment par rap- 
port à cinq ou lîx Démons, 
comme Lucifer , Sathan i Bel- 
zebut & autres qui y jouent 
leur roolle. On reprëfentoit à 
Saumur toutes fortes de Mora- 
litex , mais particulierem^^nt 
celle-ci dans un relie d'Am- 



phithéâtre ancien qui fubfifte 
encore. Voiez Bouchet , Serée 

28. 

9 De Doué] Plus haut déjà a 
1. 3. ch. 3. Une Diablerie plus 
confufe cjue celle des Jeux de 
Doué. Voiez la note fur cet en- 
droit. 

10 D^^ngiers ] Encore la 
PaiT.on à perfonnages , autre- 
ment le Myftere de la Pafïion , 
mis en vers par Jean Michet 
Poète Angevin qui vivoit en 
1485 La Croix du Maine 3 après 
l'AnnaUfte Jenn Bouchet, par- 
lant de cette Pièce , à propos de 

fçî; 



74 Pantagruel, 

' ' de Poidliers avecques leur pârloiioire , en 
cas qu'ils puifïènt eftre à vous parragonnez. 
O que vous jouerez bien ! Ainfi , difl Bafché ^ 
prevoy-je , mes bons amis , que vous dores- 
navant jouerez bien ceite tragicque farce , 
veu qu'à la première monftre & efïày par vous 
ha efté Chicquanous tant difertement daulbé , 
tappé Se chatouillé. Prefentement je double à 
vous touts guaiges. Vous , m'amie ( difoit- 
il à fa femme, )fai(Sl:es vos honneurs comme 
vouldrez. Vous avez en vos mains & conferve 
touts mes threfors. Quant eft de moy , pre- 
mièrement je boy à vous touts , mes bons 

amis. 

tacles Au Marché vieux, dans 
la même Ville , il s'en donna 



fon Auteur, dit qu'JblIe fut en 
ce tems-là jouée à Angers avec 
beaucoup de magnificence & de 
pompe. 

f J'ai lu dans Du Verdier 
Vauprivas ( fi je ne me trompe) 
que ce n'eft pas Michet^maisMi- 
chel que l'on nommoit cet Au- 
teur, qu'il étoit Evèque d'An- 
gers , & d'une vie exemplaire. 
La Croix du Maine fe contente 
de dire q'i'il étoit très-éloquent 
& fcientifique Dodeur. 

II De i^otBieyj avecques leur 
farloHoire JSous cet ancien mot 
de pailoire ou parIo:r , qui figni- 
fioit proprement un lieu d'Au- 
dience ou AfTemblée publique 
*, Rabelais entend les Arénts 
de Poitiers , où le plus fou vent 
fe donnoient ces forfes deSpec- 



un des plus pompeuxjqui dura 
tout le mois depuis le iç- Juil- 
let 1534. & c'étoit apparem- 
ment la Paflîon &c.en 4. Jour- 
nées & 97. chapitres, imprimée 
à Paris deux ans auparavant 
chez Phil. le Moir. Voiez J. 
Bouchet , Annales d'Aquitai- 
ne , part. 4. fiir l'an 1 5 35. Du 
refte , un nommé Brigadier a 
pris un foin particulier de re- 
cueillir tout autant qu'il a pu 
de ces Pièces , comme un au- 
tre nommé Du-Moutier , & 
avant lui Rance des -Naux 
Chirurgien de Paris, qui amaf- 
ferent tous les vieux Romans. 
Voiezle Mafcurat, édit. 2.pag, 
215. 

12 



* ^nt. 0»dm , DiBion. tr. ItaL 



Livre IV. C h a p. XIII. 7f 

amis. Or ça , il eft bon Ôc frais. Secondement 
vous, mailtre d'hoftel , prenez ce baffin d'ar- 
gent. Je le vous donne. Vous , efcuiers, pre- 
nez ces deux coupes d'argent doré. Vos pai- 
ges de trois mois ne foient fouettez. M'amie ^ 
donnez leur mes beaulx plumails blancs avec 
les '* pampillettes d'or. MefTire Oudart, je 
vous donne ce flaccon d'argent. Ceituy aul- 
tre je donne aulx cuifiniers : aux varlets de 
chambre je donne cefte corbeille d'argent : aulx 
palafreniers je donne ceite nafïèlle d'argent 
doré : au portier je donne cex deux afTiettes : 
aux muletiers ces dix happefouppes. Trudon , 
prenez toutes ces cuillères d'argent , & ce dra- 
geoùoir. Vous , lacquais , prenez cefte grande 
falliere. Servez moy bien , amis , je le recon- 
gnoiftray : croyant fermement , que j'aymerois 
mieulx , par la vertus Dieu , endurer en guerre 

cent 



12 Pampillettes d'or ] Plus 
haut, 1. I. ch'. $6. La plume 
blanche par dejjùs mif^nonnement 
partie à paillettes d'or : au bout 
dejquelles pendaient en papillet- 
tes , beaux rubis j ejmeraudes , 
&c. Et Monftrelet j vol. i. ch. 
6z, C7 eft oient trois cens Che- 
raulx.,entre lefqueb aroit XVIII. 
Cheyahers y>ejiuj de vermeil à 
beaux plumât s paillete\dar. Ces 
beaux plumails blancs avec leurs 
pâpillettes d'or diftribuez, par le 
Seigneur de Bafcheà Tes gens? 
Se de même les plumatspadltt- 
te\ d'or dont parle Monflrclet j 



e'toient donc Ses plumets gar- 
nis , non de fimples paillettes 
d'or 5 mais de papillottes de 
pierreries attachées à ees paillet- 
tes. L'édition de I5S3. les ap- 
pelle pâpillettes > d'où las nou- 
velles & la plupart des autres 
ont fait pampillette, mais com- 
mçpampillette ne le trouve dans 
aucun Didionaire j & qu'au 
ch. 5 6. du 1. I. papille f tes a la 
même fîgnification , je fuis per- 
fuadé cju'ici on doit auili lire 
pâpillettes & nonpapillettfs avec 
un titre*) comme dans l'éditioa 
de 15 5 3. 



7^ Pantagruei, 

cent coups de maflè fus le heaulme au fervîce 
de noftre tant bon Roy , qu'eftre une fois cité 
par ces maftins Chicquanous , pour le paiïè- 
temps d*ung tel ^^ gras Prieur.. 



Chapitre XIV. 



Continuation des Chicquanous daulbez. en la 
maifon de Bafché, 

QUatre jours après , ung aultre , jeune , 
hault & maigre ^ Chicquanous alla citer 
Bafché à la requefte du gras Prieur. A fon ar- 
rivée feut foubdain par le portier recongneu y 
& la campannellefonnée. Au fon d'icelle tout 
le peuple du chafteau entendit k, myftere. Loi- 



1 3 Gras Prieur ] Ce n'eft pas 
«l'auiourd'hiiique Tembonpoint 
de telles gens Te fait remarquer. 
"Le Roman de la Rofe , au feuiJ - 
let i6. tourné de l'édition de 
1531. 

Et je les roy comme ^en- 
gleur r , 

Fins gras qu^^bbe\ 5 ne ^»? 
Frieurs, 

CHAP. XIV. I ChicquanoHs 
alla citer J J'ai déjà dit qu'un 
Chicanneur étoit proprement un 
Hui/Tîer. Outre que Clncqua ■ 
noux en fait ici les fonârions , 
fon métier de tout tems a été 



re 

de citer. La 96. des cent Nouv. 
nouvelles : Ke-demoura gueres 
que la mort du, bon chien du Curé 
feut par le Villaige anur.cèe €7 
tant erpandiié que aux oreilles de. 
tE^efque du lieu parrint -, CD" de 
lafepulture faincie quefjtt maijlre 
luy bailla. Si le manda, vers luy 
venir par une belle citation 5 far 
ung chicaneur. Hélas , du le 
Curé , C7 qu'aj-je faiB , qui fuis 
cité d'office f S^uant a. moy 5 dit 
le chicaneur 5 ■je ne fc^ay quil y a 
fe ce nefl pourtant que Vous ave\ 
enfouy fe (Ire chien en t erre faine - 
te , oit ï^en met les corps de Chraf-^ 
tiens t 

z 



Livre IV. Chap. XIV. 7/ 

te poitrifïbic fa pafte , fa femme belutoir la fa-^ 
riR€. Oudarc tcnoit fon bureau. Les gentils- 
hommes jouoient à lapaulme.Le Seigneur Baf- 
ché joiîoit au trois cens trois avccques fa 
femme. Les Damoilelks joiioient aux pin- 
gres. Les Oificiers jouoient à Timperiale , les 
paiges jouoient a la mourre à belles chinque- 
nauldes. Soubdain feut de tours entendu , que 
Chicquanous elloit en pays. Lors Oudart fe 
reveitir. Loire & fa femme prendre leurs beaulx 
accoultrements. Trudon fonner de fa fleure, 
battre fon tabourin , chafcun rire , touts fe 
préparer , & ^uantelets en avant, Bafché def- 
cenden la bafîè Court. Là Chicquanous le ren- 
contrant , fe meilt à genoilz devant luy , le 
pria ne prendre en mal , ii de la part du erras 
Prieur il le citoit : remontra par * harangue di- 
ferte comment il eitoit perfonne publicque , 
f^rviteur de moynerie , appariteur de la mitre 
Abbatiale : prelt à en faire aulrant pour luy , 
voire pour le moindre de fa maifon , la parc 
qu'il luy plairoit l'emploiéler & commander. 
Vrayement , dilt le Seigneur , ja ne me citerez, 
que premier n*ayez beu de mon bon vin deQuin- 
qùenais , & n'ayez affiité aux nopces que je 
foys prefentemenr. Meflire Oudart , fai6l:es-le 
boire tresbien , Ôc refraifchir , puis l'amenez 

en 



2 HarangK? diferte ] C'eft di- 
/êrrc qu'on doit lire, conformë- 

Bent au S anciennes c'dtuons 



Les nouvelles ont fuivi mai à 
propos celk de ijî$. oijilya 
difcnts» 

i 



78 Pantagruel, 

en ma falle. Vous foyez le bien venu. Chicqua- 
nous bien repeu Ôc abbreuvé entre avecques 
Oudart en la falle , en laquelle eftoient touts 
les perfonnaiges de la farce en ordre, 6c bien dé- 
libérez. A fon entrée chafcun commence foubs- 
rire. Chicquanous rioit par compaignie, quand 
par Oudart feurent fus les fianfez di6ls ^ mots 
myfterieux ^ touchées les mains , la mariée bai- 
fée , touts afperfez d*eaùe benifte. Pendant 
qu'on apportoit vin & efpices , coups de poing 
commençarent trotter. Chicquanous en donna 
nombre à Oudart. Oudart foubs fon fuppellis 
avoit fon guantelet caché , il s'en chauflè com- 
me d'une "* mitaine. Et de daulber Chicqua- 
nous, & de frapper Chicquanous : & coups de 
jeunes guantelets de touts couftez pleuvoir fus 

Chic- 



3 74otsntyfterieHx']Szcrzmen- 
taux. 

4 Mitaine ] Scarron , dans 
fon Remerciement de Made- 
moifelle d'Efcars à Mademoi- 
feile : 

Gands à cinq doigts > 0" non 
mitaines. 

Ce vers prouve à mon fens j 
que la mitaine eft proprement 
un d'mi guant , qui ne couvre 
l'extrémité des doits que lorf- 
qu'on a joint les deux mitâmes 
guantées. En effet , à Metz , ou 
les paiTans nomment mit^.ine un 
manchon de Villageoife , la 
mitaine des païfannes eil com- 



pofée de deux demi-manchons 
tenans enfemble par une bande 
de drap qui réunit ces deux 
moitiés. Ainfi , -je ne doute pas 
que le motmitainc ne vienne de 
medtetana j comme mitan de 
medietanus. Et lorfque Rabe- 
lais dit qu'Oudart fe chaufla du 
gantelet comme d'une mitaine, 
il entend que ce Curé ne le 
guanta qu'a demi , comme ces 
mitaines dont on fe couvroit le 
poing pour rabattre les coups 
qu'on rvoit coutume de fe don- 
ner aux noces Mitâmes à ces 
noces telles , dit , en partie par 
rapport à cette coutume , le 
Poète Villon , dans fon grand 
Teftamenu 

J 



Livre IV. Ch a p. XIV. 79 

Chîcquanous. Des nopces , difoient-ils , des 
nopces , des nopces : vous en foubvienne. Il 
fcut fi bien accoultré que le fang luy Ibrcoit 
par la bouche , par le nez , par les aureilles, par 
les oeilz. Au demeurant courbatu , efpaultré , 
& froiiré , teite , nucque , dours , poi6lrine , 
bras , & tout. Croyez qu'en Avignon on temps 
de Carneval^les bacheliers oncques ne joua- 
rent à la Raphe plus melodieufement , que feue 
joiié fus Chicquanous. Enfin il tumbe par ter- 
re. On luy jeda force vin fus la face : on luy 
atachaà la manche de fon pourpoinét belle li- 
vrée de jaulne & verd , 6c le meift on fus fon 
cheval morveulx. Entrant en Tlfle Bouchard , 
ne fçay s*il feut bien penfé & traidé tant de 
fa femme , comme des Myres du pays. Depuis 
n'en feut parlé. Au lendemain cas pareil ad- 
vint , pource qu'au fac & gibbeffiere du mai- 
gre Chicquanous n'avoit eité trouvé fon ex- 
ploit. De par le gras Prieur feut nouveau 
Chicquanous envoyé citer le Seigneur de Baf- 
ché , avecque deulx Records pour fa feureté. 
Le portier fonnant la campanelle , resjoùic 
toute ^ la famille , entendans que Chicquanous 

eftoic 

s let Bachelier s'\ Manière de \frher {les marchans , O" genr 
mafquer ufîtee zncisnnecnsnt. de petite condition) d'aller e» 
parmi les bourgeois. Les Or- | mommon , en rcbbes retournées , 
donnances fur le fait des Maf- \ barbcuUU:^ defarme ou chado», 
<jues , impr. a la fuite des der- ]fai(lx njaiges de papier , portant 
mères éditions des Arrêts d'à- i argent à U moae ancienne. 
ïBour ; K' entend on par ce Us j ô Lafarmlle , entendans. que 



So Pantagruel, 

efloit là. Bafché eftoit à table , dipnant aVeC-» 
ques fa femme& gentilshommes.il mande que* 
rir Chicquanous : le feit aiTeoir près de foy : 
les Records près les Damoifelles , & dipna- 
rent tresbien 6c joyeufement. Sus le dellèrc 
Chicquanous fe levé de table , prefens & oyans 
les Records , cite Bafché : Bafché gracieufe- 
ment luy demande copie de fa commiffion : 
Elle eftoit ja prefte. Il prend adle de fon 
exploiél : à Chicquanous & fes Records feu- 
rent quatre efcus Soleil donnez : chafcun s*ef- 
toit retiré pour la farce. Trudon commence 
fonnerdu tabourin. Bafché prie Chicquanous 
aflifter aulx fianfailies , d'ungfien Officier , & 
en recepvoir le contraél, bien le payant & con- 
tentant. Chicquanous feut courtois.Defguainna 
fon efcriptoire , eut papier promptement , fes 
Records près de luy. Loire entre en falle par 
une porte : fa femme avecques les Damoifelles 
par aultre , en accouftremens nuptiaulx. Ou- 
dart reveftu facerdotalement les prend par les 
mains : ^ les interrogé de leurs vouloirs , leur 
donna fa bénédiction fans efpargne d'eaùe be- 

nilie. 



chicquanous ejîoit là ] Dans les 
nouvelles éditions , après fa- 
fniUe il y a un point , & enfuit e 
Tendant au lieu à'entendans. 
Lifez cet endroit comme il eft 
ici reftitué fur l'édition de I5S3. 
fur celles de Lyon , & fur celle 
àt \6z6. 

7 Les interrogé de Unrf yoH- 



leirsO'c.'] Après les avoir in- 
terroger. Cette ancienne façon 
de parler , qui revient fouvent 
dans Rabelais , n'a été retenue 
ici que par l'édition de \6z6. 
Des autres , celle de 1 5 5 3 . a /ex 
interroge , celles de Lyon met- 
tent les interrogue. 



Livre IV. C h a p. XV. 8i 

nifte. Le contraél eft pafTé & minuté. D'ung 
couflé font apportez , ^ vin & efpices : de 
Taultre livrée à tas blanc & tanné , de l'aultre 
font produisis guantekts fecretement. 



Chapitre XV. 

Comment par Chii^uanous font renouvelles 
les anticques couflumes des fianjailles, 

CHiquanous ayant degouzillé une grande 
talïè de vin Breton , difl au Seigneur : 
Monfieur, comment l'entendez-vous ? L*on ne 
baille poindl ici des nopces ? Sainfambreguoy , 
toutes bonnes coaftumes fe perdent. Aufli ne 
trouve Ton plus de lièvres augifte. Iln'eft plus 
d'amis. Voyez comment en plulieurs Ecclifes 
Ton ha defemparé les anticques beuvettes des 
benoifts ^ Saints O O de Noël ? Le monde 



8 Viftî (y efpices'] CesépUes 
font proprement des dragées j 
comme les Juges en recevoient 
autrefois à la place des épices 
qu'ils fe font fait païer depuis. 
La 3 5- des cent Nouv. nouvel- 
les : (L7 cjioit le beau buffet garni 
d^efpices , de confiture , O" de bon 
"pin deplujÎ!urs /rfçcwx.Froiffart, 
Vol. 2. emploie toujours les 
mots de TIW 07 efpices dans le 

Tome ir. 



ne 

fens d'une collation accompa- 
gnée de confitures , & c'eft ce 
qu'encore aujourd'hui on en- 
tend à Paris dans les feftins fo- 
leranels des Ecoles de Théolo- 
gie , lorfque fur le deflert on 
demande le vin & les épices. 
Voiex Du - Chêne , dans ks 
Annotations fur Alain Char- 
tier. ^ 

ChAP. XV. I SainHs de 



8* Pantagruel, 

ne faî6l plus que refver. Il approche de fa fin. 
Oc tenez. Des nopces ^ des nopces , des nop- 
ces. Ce difant , frappoit fus BafGhé & fa fem- 
me, après fus les Damoifelles & fus Oudarr» 
Adoncque feirent guantelets leur exploiél (1 
que à Chiquanous feut rompue la telle en neuf 
endroi6ts : à ung des Records feut le bras droiét 
defaucillé, à i'aultre feut démanchée la mandi- 
bule fuperieure , de mode qu'elle luy couvroit 
le manton à demy , avecques denudation de la 
luette , & perte infigne des dents molares , 
mafHcatoires & canines. Au fon du tabourin 
changeant fon intonation feurent les guantelets 
muflèz , fans eftre aulcunement apperceus , ôc 
coniidlures multipliées de nouveau , avecques 

lieiTe 



Koèl J C^étoit autf efois la cou- 
tume en Francejôc cel'eft enco- 
re en quelques lieux , de taire 
dans rÈglife de la Paroifle, en- 
viron furies fept heures du foir, 
pendant les neuf jours préce- 
dens immédiatement le jour de 
Noël certaines Prières ou An- 
tiennes > qu'on appelloit les 
O O de Noël , parce que dans 
les livres qui prefcrivent ces 
Antiennes elles commencent 
par des 00,comme S^pientia, 
O ^dondi , R^adix ôcc. on 
portoit au dernier marié de la 
Paroifle , furtout quand c'étoit 
ixn homme aifë , un fort grand 
O , reprëfenté en or bruni fur 
une grande feuille de parche- 
min fort épais , avec plufieurs 
ernemens d'or ou d'autres bel- 



les couleurs. Cet O fe mettoit 
tous les foirs de ces neuf jours 
au haut du Lettrin 5 & il y de- 
meuroit tout le tems que l'An- 
tienne fe chantoit. Celui à qui 
avoit été envoie l'O faifoit à 
fon tour préfent de quelque 
chofe au Curé, qui de fon cô- 
té en emploïoit une partie à ré- 
galer fes amis. Après les Fêtes, 
ro fe reportoit chei le jeune 
marié, qui l'expofoit dans l'en* 
droit de fon logis le plus hono- 
rable. C'eft de cette ancienne 
coutume que Chicanoux re- 
grette la perte y parce qu'il lui 
en revenoit ordinairement quel- 
que lippée franche , foit de la 
^>art du Curé ou de celle du 
oiarié. 



Livre îV. C h a p. XV. 8j 

liefïè nouvelle. Beuvancs les bons compaignons 
ungs aux aultres , & touts à Chiquanous 3c fes 
Records , Oudart renioit & * defpitoit les nop- 
ces , alléguant que ung des Records luy avoic 
defincornifiltibulé ^ toute l'aukre efpaule. Ce 
nonobitant , beuvoit à luy joyeufement. Le 
Records demandibulé joignoitles mains ôc ta- 
citement luy demandôit pardon. Car parler 
ne povoit il. Loire fe plaignoit de ce que le 
Records debradé luy avoit donné fi grand 
coup de poing fus "^ l'aukre coubte , qui en 
eftoit devenu tout efperruquancluzelubelou- 
zerirelu du talon. Mais ( difoit Trudon ca- 
chant Tœilguaufche avecques Ton moufchouir, 
& monftrant Ton tabourin défoncé d*ung couf- 
té ) quel mal leur avois-je faiél ? Il ne leur ha 
fuffy m*avoir ainfi lourdement morrambou- 
zevezangouzequoquemorguatafachacguevezi— 
nemaffrefïe mon paovre œil : d*abundant ils 
m'ont défoncé mon tabourin. Tabourins à 
nopces font ordinairement battus : Tabouri- 
neurs bien feftoyez , battus jamais. Le diable 
* s'en puilTe coiffer. Frère ( luy dift Chiquanous 

man- 



2 Defpitoit les nopcer ] En di- 
foit pis que pendre , les dédai- 
gnoir, les méprifoit. 

3 Toute l'aultre e/paule ] L'u- 
ne des deux Jein le Maire de 
Belges y en fon Poëme de la 
valitude & convalefcence de la 
^eine Anne de Bretagne : 

»#«/ aS'tH tant hays j 



I^e tH nous ojT à chafçnn fon 
autre oeil ? 

4 L'anlfre coubte ] L'un des 
coudeç. La 13. des centNouv» 
nouvelles : une fois le bontoit du 
coubte en efcripVant. 

5 s'en ptttfjè coiffer J II étoic 
défoflcé à l'un des bouts. 

Fi $ 



84 Pantagruel, 

tnancliot ) je te donneray unes belles 9 gran- 
des , ^ vieilles lettres Royaulx , que j'ay ici 
en mon bauldrier : pour repetaflèr ton tabou- 
tin : & pour Dieu pardonne nous. Par nof- 
tre Dame de Rivière la bonne Dame je n*y 
penfois en mal. Ung des efcuiers chopant 6c 
boitant concrefaifoit le bon & noble Seigneur 
de 7 la Roche - Pofay. 11 s'adrefïà au Records 

em- 



iS vieille j Lettres Royaulx [ 
Ménage dans Tes Obfervations 
fur la langue Françoife , a re- 
marqué que la raifon de cette 
façon de parler qui aujourd'hui 
paroit barbare & incongjuè 5 
c'eft qu'anciennement les Sin- 
guliers & les Pluriers qui pré- 
sentement finiflènt en al , aie 3 
aies 3 & aux , fe terminoient 
communément tous en aux , ce 
qui eft très- véritable 5 & fe re- 
marque encore dans le Patois 
Meffinjoîj on ditfÂeTiïwjfjTrfKjrj 
manx, maréchaux^ ^our cheyal, 
fait mal, maréchal. Le Roman 
de la Rofejau feuillet ii8.tour- 
cdit. de 1 5 3 1 . 

Selon les droits Jmfenauîx 
Dont Nature efl c£iciaulx. 

Ce qu'au re.le, Chicanoux pro- 
mettoit à Trudon unes -vieilles 
Lettres J^oyaulx pour rapetafler 
fon labourin , c'eft qu'après 
l'année ces fortes de Lettres n'é- 
tant plus valables 5 celle-ci ne 
pouvoit plus fervir à rien de 
meilleur qu'à réparer le defbr- 



dre à quoiChicanoux avoit don- 
né lieu. Les Ordonnances fur le 
fait des mafques , pag. 424. des 
Arrètsd'Amour, édit. de 154S. 
liem efi deffendu à tonts maftjmers 
de quelque e^at CJcsnditiO'i quil:^ 
foyent , de ne porter accouplement 
de malque , qui ajt jervy l'an 
précèdent , ans que pour le moins 
tlj) ayt dejguyfeure nouvelle , CT*, 
font tous aci oujlrrmeni de maf' 
que rédige\ à jemblance de Let- 
tres Rjayaulx , apr^s l'an non y a-' 
tables, 

7 La Broche « Pojây 1 Jean 



Châtaignier 



Seigneur de la 



Roche Pofay , de S. Georges > 
de la Roche-Faton , Se de Ber- 
nny , Maître d'Hôtel des Rois 
François L & Henri IL II boi- 
toit depuis l'année 1522. qu'é- 
tant Guidon de Compagnie de 
Gendarmes du Bâtard de Sa- 
voie 3 il eut la jambe caflée d'un 
coup de moufquet au fîege de 
Pavie. Voiez les obfeques du 
Roi François 1. pag. sp-l'Hift. 
généal. de Ste. Marthe,!. 30. 
& les Mémoires de Martm du 
Bellai , 1. z. 

i 



Liv RE IV. Chap. XV. 85 

cmbavieté de mafchoùeres , & luy dift : Eftes 
vous des Frappins , des frappeurs , ou des 
frappars ? Ne vous fuffifoic nous avoir ainû 
morcrocalîcbezadenezaiïègrigueliguofcopapo— 
pondrillez touts les membres fuperieurs à grans 
coups de bobelins , fans nous donner tels mor- 
deregrippipiotabirofreluchamburelucecoquelu- 
rintimpanemens fus les grefves ^ à belles 
poinCles de houzeaulx ? Appeliez- vous cela jeu 
de jeuneflc?Par Dieu jeu nelt ce.Le Record joi- 
gnant les mams fembloit luy en requérir par- 
don , marmonnant de la langue , mon mon , 
mon , vrelon , von , von : comme ung Marmot. 
La nouvelle mariée pleurante rioit, riante pleu- 
roit , de ce que Chiquanous nes'eftoit conten-. 
té la daulbant fans chois ne eledlion des mem- 
bres r mais Tavoir lourdement dechevelée , 
d'abandant luy avoir îrepignemampenillorifri- 
zonoufreiïùré les parties honteufes en trahifon. 
Le diable, dift Bafché, y ait part. Il eftoit bien 
neceiïàire, que^ Monfieur le Roy (ainfi fe nom- 
ment 



8 ^' èelles poinBes de hou- 
feaulx ] Il y avoir de deux for- 
tes de houfeaux , les uns avec 
la tige fimple, & les autres avec 
le foulier; & entre ces derniers 
•il y en avoit dont le foulier ë- 
toit à poulaine , avec un long 
bec recourbé en haut. Villon 
dans fon petit Teftament parle 
de houjeaux fans avant pze^, ce 
qui ne permet pas de douter 
qu'il n'y eût des hoafeaux avec 



l'avant-pié. Le Record- qui a- 
voit frapé l'Ecuier à grands 
coups de bobelins en portoit 
de la même forte que ceux du 
Poëte Villon ; mais l'Ecuier , 
comme faifant quelque figure ^ 
porroit des houfeaux à pou- 
laines , & c'étoit avec la pom- 
te de ces poulaines qu'il a- 
voit ofFenfé les g^reves des Re- 
cors. ^ 
^ Monjtenr le J^oj 3 Au ch* 
P5 i 



85 Pantagruel, 

ment Chiquanous ) me daulbaft ainfi ma bonne 
femme d'efchine. Je ne luy en veulx mal toutes- 
fois. Ce font petites carefïès nuptiales. Mais 
î'apperçois clairement qu'il m'ha '° cité en 
Ange 3 Ôc daulbé en diable. Il tient , je ne fçay 
quoy , du frère frappait. Je boy à luy de bien 
bon cueur , & à vous aulïi , MefTieurs les Re- 
cords. Mais , difoit fa femme , à quel proupous, 
& fus quelle querelle , m'ha- il tant & trestant 
feftoyé à grands coups de poing ? Le diantre 
Tempourt , fi je le veulx. Je ne le veulx pas pour- 
tant , ma Dia. Mais je diray cela de luy , qu'il 
ha les plus dures oinces qu'oncques je fenty fus 
mes efpaules. Le maiflre d'hoftel tenoit fon 
bras guaufche en efcharpe , comme tout mor- 
quaquoquaffé : le diable , dift-il , me feit bien 
affifter à ces nopces. J'en ay , parla vertus Dieu, 
touts les bras enguoulevezinemaiïèz. Appellez- 
vous ceci fianfailles ? Je les appelle fiantailles de 
merde. C'eit par Dieu , le naif ' * bancquet des 

Lapi- 



5. ^u 3. 1. deFënefte , le Ser- 
gent de Doué , qui venoit a- 
journer la Roche - Boifl'eau fe 
nomme aufïi Monfieur le Bj>y\ 
foit parce que tous ceux de cet- 
te profelTjon citent de far le 
B^oi , & que , comme il eft dit 
plus haut çhap. \z. qui les 
frappe eft puni comme s'il avoit 
frapé le Roi , ou peut-être à 
caufe qu'en tant que celui - ci 
étoit Clerc & tonfiuré , fon 



habit étoit de minime ou de- 
couleur de Roi. Voiex Ou- 
din, Didiou. Fr. Ital. Lettre C. 

I o Cité en Jlnçe C7 daulbé en 

7 1-1 / 

Diable ] On appelle ^Anges an 
Palais les Huiffiers & les Ser- 
gens. Dauber-) de dealapare, c'eft 
proprement ce que faifoit cec 
Ange de Satan qui buâFetoit S. 
Paul. 

I I Bancquet des Lapithes J 
Volez Lucien en fon Dialogue 

inà« 



Livre IV. Chap. XV. 87 

Lapithes > defcript par le Philofophe Samofa- 
tois. Chiquanous ne parloit plus. Les Records 
s'excufarent , qu*en daulbant ainfi n*avoient ea 
maligne volume : &que pour Famour de Dieu 
on leur pardonnaft. Âinli départent : à demie 
lieuë de là Chiquanous fe trouva ung peu mal. 
Les Records arrivarent àl'Ifle Bouchard, difàns 
publicquement que jamais n'avoient veu plus 
homme de bien que le feigneur de Bafché y ne 
maifonplus honorable que la fienne. Enfemble 
que jamais n'avoient efté à telles nopces. Mais 
toute la faulte venoit d'eulx , qui avoient com- 
mencé la frapperie. Et vefquirent encore ne 
fçay quants jours après. De là en hors feut tenu 
comme chofe certaine , que l'argent de Bafché 
plus eftoit aulx Chiquanous & Records peili- 
lent, mortel & pernicieux,que n'eftoit jadis l'or 
deTholofe,& le cheval Sejan à ceulx qui le pof- 
fedarent. Depuis feut ledidl Seigneur en repos 
& les nopces de Bafché en proverbe com- 
mun. 

Chap. 

intitulé : les Lapithes* Du refte, l manque dans le Rabelais de 

toute cette Hiftoire des Chica- I Valence 154-8. 

DOUX & des noces de Bafché 1 CHAPa, 



F s Chap, 



88 Pantagruel, 



Chapitre XVI. 

Comment far frère ]ean efl faîEl ef^ay du fia^ 
mrel des ChîqnanoHs, 



c 



Efte narration , dift Pantagruel , femble- 
roit joyeufe ,^ ne feuft que devant nos 
ceilz fault la craincSle de Dieu continuellement 
avoir. Meilleure , dift Epiftemon , feroit , fi la 
pluie de ces jeunes guantelets feuft fus le gras 
Prieur tumbe'e. Il dependoit pour fon pafïè- 
temps argent , part à fafcher Bafché , part à 
veoir ces Chiquanous daulbez. Coups de 
poing euflènt aptement atouré fa tefte rafe : 
attendue Tenorme concuffion que voions hui 
entre ces juges pedanées foubs Torme. En quoy 
ofFenfoient ces paovres diables Chiquanous ? Il 
me foub vient , dift Pantagruel , à ce propous , 
d'ung anticque gentil- homme Rommain, nom- 
mé * L. Neratius. * Il eftoit de noble famille 
& riche en fon temps. Mais en luy eftoit cefte 
tyrannicque complexion, que ifïàijtde fon pa- 
lais 

Chap. XVI. I L. 'Kerat'iut'^ i aux trois de Lyon, & à celle 



Voiei Aulu-Gelle , 1. 20. ch. 
I. 

2 // e(loit de noble famille ] 
C'eft nMe qu'il faut lire , con- 
formément à rédition de 151-8. 



de 1626. tiojire -i comme on ht 
dans les nouvelles eft une fau- 
te des éditions de IS53. & 



Livre IV.Chap.XVî. 89 

lais il faifoit emplir les gibeflieres de fes var- 
iées d'or & d'argent monnoyé : ôc rencontrant 
par les rues quelcques mignons braguars ôc 
mieulx en poinél , fans d'iceulx eflre aulcane- 
ment ofFenfé , par guayeté de cueur leur don- 
noit grands coups de poing en face. Soubdain 
après pour les appailer & empefcher de non 
foy complaindre en jufHce , leur departoit de 
fon argent. Tant qu'il les rendoit contents ôc 
fatisfaicSls , lelon l'ordonnance d'une loy des 
douze tables. Ainfi defpendoit fon revenu bat- 
tant les gens au pris de fon argent. Parla facre 
botte de Saint Benoift , diiï frère Jean , pre- 
fentement j'en fçauray la vérité. Adoncques 
defcend en terre , mift la main à fon efcarcelle, 
& en tira vingt efcus au Soleil. Puis dilt à 
haulte voix en préfence & audience d'une 
grande tourbe du peuple Chiquanourrois. Qui 
veult guaingner vingt efcusjd'or pour eftre bat- 
tu en diable ? lo , io , io , refpondirent touts. * 
Vous nous affolerez de coups , Monfieur , cela 

eft 

3 P'ous nous affûter e\ de coups'\ ! // nta faïB ^ peur mienlx 
Plus bas encore ? chapitre 47. j nt'affhleir , 

Ha , dijî la vieilli , oit ejî il le ! La tierce flefche an corps f o« 
tnefchant , le bourreau -, le bri- j 1er. 

gand ? Il m'a affolée. Et 1. 5. j 

ch. 9. car ils tombaient depoinc- j Jean le Maire de Belges , dans 
tejc^ejioitpour droiB enguamner,', ces vers , qui commencent la 
£7 eujjènt affolé la -perfinne. Le ; 6. Chanfon du Poëme intitulé : 
Roman de la Rofe , au feuil- j le Temple d'Honneur & d e 
let XI. tourné de l'édmon de j Vertus :- 



ço Pantagruel, 

cft feur. Mais il y ha beau guaing. Et touts ac- 
couroient à la fouUe , à qui feroit premier tn 
date,pour eftre tant precieufement battu. Frère 
Jean de toute la trouppe choifit ung Chiqua- 
nous à rouge muzeau y lequel on poulce de la 
main dextre portoit ung gros & large anneau 
d'argent : en la palle duquel eftoit enchafïec 
une bien grande Crapauldine. L'ayant choifi , 
je vey que tout ce peuple murmuroit', & en- 
tend! ung grand , jeune ôc maigre Chiquanous 

habile 



Dragons fumans. Ours, Lyonsy 

Liepards 
Jiefont e\ parc\ de Pan tres- 

noble Dhc, 
Si Loups y a ■) U\ font ajfole\ 

d'arec 
Et de gros dard\. 

Tous ces partages 5 & un grand 
nombre d'autres qu'on pourroit 
encore rapporter femblent éta- 
blir que Vaffolure n'eft pas am- 
plement une légère bleflure , 
auquelfens quelques-unes denos 
Coutumes prennent ce mot: ce- 
pendant il cft fur Q^ affoler ne iî- 
gnihe proprement autre chofe 
qu'entammer la peau foit d'un 
animal, foitd^un arbre, ou même 
d'une pomme. Didier Chriftol, 
TradufteurduTraité deOhfomis 
de Platine,!. 10. c. de la Lam- 
proie : Doncques ojlées les dents 
t7 la langue de la lamproyey CT 
tirées les ntrai lies par partie pof- 
terieure, tu laveras bien icelle en 
eaiie chaulde -y 07 garderas d'af- 
jftle/ la^ean en anlcune part, ££ 



l. i.au ch. àes pommes gran- 
nees ; Columelledit que pour fat' 
re que lefdiEles pommes grannées 
ne fe rompent point -y ne ne fe oit' 
vrent à l'arbre , fault ung petit 
tordre le pié de LidiBe pomme af- 
fin que la pluje ne les face partir 
ne ouvrir , CÎT après les lier àuns 
aultre branche ajJe^puijTante pour 
les fhtiflemr 0" garder de tombe* 
à terre par aulcuns yens qui pour» 
raient furvenir-yi^J'cecy doit onfai* 
re quand le temps efl beau 3 affitt 
que l^ arbre ne foit ajfoulé. Lau-< 
rent Joubert 5 n. 2. de fon Ex- 
plication des Phrafes & mots, 
vulgaires 5 a crû qu'affoulé vou- 
loit dire /o«/^ , auquel cas ce 
mot viendroiï de fullo 5 onis y 
mais je ne fais s'il n'auroit pas. 
été fait à'adfodiculare faitde/o-- 
dere , d'oti vient zu(£\fodtiula» 
re , d'où le verbe fouiller. Peut-» 
être même que comme autre- 
fois bouillon-, (àuillon s'écrivoient 
boullon-i foullon, on écrivoit auflx 
fouUer ^ourfMiUer^ 

5» 



Li V R E IV. Chap. XVL 91 

habile & bon clerc , & (comme eftoit le bruit) 
honnefte homme en Court d'Ecclife ,foy com- 
plaignant & murmurant de ce que le rouge mu- 
zeaalear houitoic toutes pradticques : & que fi 
en tout le territoire n'eftoient que trente coups 
de baftons à guaigner , •l il en embourfoit tous- 
jours vingthui6t & demy. Mais touts ces com- 
plaindls & murmures ne procedoient que d'en- 
vie. Frère Jean daulba tant & tres-tanc Rouge 
muzeau , dours & ventre , bras & jambes, tefte 
& tout , à grands coups de bafton , que je le 
cuidois mort afîbmmé. Puis luy bailla les vingt 
efcus. Et mon vilain debout , aife comme ung 
Roy ou deux. Les aultres difoient à frère Jean: 
Monfieur frère diable , s'il vous plaift encore 
quelcques ungs battre pour moins d'argent y * 
nous fommes touts à vous , Monfieur le dia- 
ble. Nous fommes très touts à vous , facs , pa- 
piers , plumes & tout. Rougemuzeau s'efcria 
contr'eulx , difant à haulte voix : "^ Fefton die- 
ne,Guallefretiers , venez vous fus mon mar- 
ché î Me voulez-vous houfter & feduire mes 
chalans ? Je vous cite ^ par devant TOfficial ^ à 

hui- 



5 II a y lieu de croire que 
ceci a donné occanon à Mon- 
fieur Racine dans Tes Plaideurs, 
Ade I. Scène 5. de faire dire 
à l'Intimé : 

Et (i dan.r la Prorince 
llfe donnait en tout "vingt coups 
de nerfs de boeuf 



Mon père -pour fa part en cw-, 

boarfeit dix-ne-^f. 

4 Fejîon-diens'] Fête-Dieu. 

5 la-devant Voffictal ] Ce 
Chicanoux étoïc Clerc & tonfu- 
ré. 

6 jl huiBaine Mirelaridainel 
Ceci a de l'air du refi-ain de 

quelque 



çz Pantagruel, 

hui6laine Mirelaridaine.Je vous chiquancray en 
diable de Vauverd. Puis le tournant vers frère 
Jean, à face riante &}oieufeluy dilh Révérend 
père en diable Monfieurjfi m'avez trouvé bonne 
robbe , & vous plaiit encores en me battant 
vous esbattre , je me contenteray de la moitié 
de julte pris. Ne m'efpargnez , je vous en prie. 
Je fuis tout & très-tout à vous , Monfieur le 
aiable : tefte , poulmon , boyaulx & tout. Je 
le vous dis ^ à bonne chiere. Frère Jean inter- 
rompit fon propous, & fe deftournaaultrepart. 
Les aultres Chiquanous fe retiroient vers Pa- 
nurge , Epiftemon , Gymnafte & aultres , les 
fupplians dévotement eftre par eulx à quelcque 
petit pris battus , aultrement efloient en dan- 
gier de bien longuement jeufner. Mais nul n'y 
voulut entendre. 

Depuis cherchans eaiie fraifche pour la chor- 
me des naufs, rencontrafmes deux vieilles Chi- 
quanourres du lieu :lefquelles enfemble mife- 
rablement pleuroient & lamentoient. Panta- 
gruel éftoit relié en fa nauf , & ja faifoit fon- 
ner la rctraidle. Nous doubtans qu'elles feuf- 
fent parentes du Chiquanous quiavoit eubaf- 
tonnades , interrogions les caufes de telle do 
leance. Elles refpondirent , que de pleurer a- 
voient caufe bien équitable , veu que à heure 

pre- 

que Chanfon faite fur une fille | 7 abonne chiere ] Sans ran- 
qui s'attendoit d'être mariée à 1 cune» 
la huitaine. I 

S 



Livre IV. Chap. XVI. 9^ 

prefente Ton avoit au gibbet baillé le Moi- 
ne par le coul ^ aulx deux plus gens de 
bien quifeuiîenr en tout Chiquanourrois. Mes 
Paiges , diit Gymnalte, baillent le Moynepar 
les pieds à leurs compaignons dormars. Bailler 
leMoyne par le coul , feioit pendre & eftran- 
glerlaperlonne. Voire voire , d'ft frère Jean , 
vous en parlez comme ^ Sâin6l Jean de la Pa- 
lilïè. Interrogées fus les caules de celluv pen- 
daige , refpondirent qu'ils avoient defrobé les 
ferremens de la mefïè : ôc les avoient mufïez 
foubs le manche de la parœce. Voilà , diit Epif- 
cemon , parlé en terrible allégorie. 

Chap. 



8 ^tdx deux plus gens de bien 
ClJr.] Si au dire ce Pamirge les 
plus honnêtes gens de ce^ pais- 
îà méritoient ia corde , quel- 
le opinion avoir - il des au- 
tres \ 



9 SainB Jean de la Pa/ijje 1 
Aâlufion à ce qu'autrefois ou 
djibu l'^poralice pour 1 .n.po- 
calypfe. Voiez Froiilart, vol, 
2.ch. 173. 




Chap. 



94 Pantagruel, 



Chapitre XV II. 

'Comment Tamagruel pajfa les Jfles de Tohn 
& Bohn : & de l'eftrange mort de Bringue^ 
narilles avalleur de moulins à vent. 

CE mefme jour paflà Pantagruel les deux 
Ifles de Tohu & Bohu : efquelles ' ne 
trouvarmes que frire : * Bringuenarilles le 
grand géant avoir toutes les paelles , pael- 
lons , chauldrons , coquafïès , lichefretes & 
marmites du pays avallé , en faulte de moulins 
à vent , defquelles ordinairement il fe paif- 
foit. Dont eitoit advenu , que peu devant k 
pur fus rheure de fa digeition il eftoit er 
griefve maladie tumbé , par certaine crudité 
d'eftomach , caufée de ce (comme difoientles 
Medicins ) que la vertus concoélrice de for 
cftomach apte naturellement à moulins à vent 
touts brandifs digérer , n'avoir peu à perfeélior 
confommer les paelles & coquaffès : les chaul- 
drons & marmites avoir aflèz bien digéré. 
Comme difoient congnoiftre aulx hypoltafes 

& 



ChaP. XVII. I tle trouraf- 
mes <iiie frire ~\ Ni chair nipoif- 
fon. C'eft propremenc le Sa- 
crum (înefumo desAnciens,expli- 
que par Érafme dan? fesAdages, 



2 Bringuenarilles'] Fendeur Je 
nafeaux. De l'Aleman brèche» 
briler, & de narilles Ait pout 

najtlUi à la Pariiîenne, 



Livre IV. Chap. XVIÎ. çf 

& eneoremes de quatre buiïàrs d'urine qu'il 
avoir à ce matin en deux fois rendue. Pour le 
fecourir ufarent de divers remèdes félon l'art. 
Mais le mal feut plus fort que les remèdes» 
Et eftoit le noble Bringuenarilles à ceftuy ma- 
tin trefpafTé , en façon tant eftrange , que plus 
esbahir ne vous fault de la mort de Efchylus, 
Lequel comme luy euft fatalement efté par les 
vaticinateurs predidl y qu'en certain jour il 
mourroitpar ruine dequelcque chofequitum- 
beroit fus luy : icelluy jour deltiné , s'eiloit 
de la ville , de toutes maifons , arbres , ro- 
jchiers & aultres chofesefloigné, qui tumber 
; peuvent ôc nuire par leur ruine. Et demoura 
on milieu d'une grande praerie , foy commet- 
, tant en la foy du ciel libre & patent , en feu- 
; reté bien aflèurée , comme luy fembloit. Si 
! non vrayement que le ciel tumbaft. Ce que 
I croyoit eftre impoflîble. Toutesfois on didt 
; que les alouettes grandement redoubtent la 
ruine des cieulx. Car les cieulx tumbant , tou- 
tes feroient prinfes. Auffi la redoubtoient jadis 
les 5 Celtes voifms du Rhin : ce font les no- 
bles , vaillans , chevaleureux , belliqueux ôc 
triumphans François : lefquels interrogez par 
Alexandre le grand , quelle chofe plus en ce 
monde craignoient , efperant bien que de luy 

feu! 

I Celtes voifins du R^hin : ce j ceci on lit : Gymnofo^hijiss d^ltf 
pmt les , . , . franx^oit j Dans j die^ 
l'édition de i$^S. au lieu de] 



ç6 Pantagruel, 

feul feroient exception , en contemplation de 
fes grandes proëlîès , viéloires , conqueftes ôc 
triumphes : "^ refpondirent rien ne craindre 
finon que le ciel tumbaft. ^ Non toutesfois 
faire refus d'entrer en ligue , confédération ôc 
amitié avecques ung fi preux & magnanime 
Roy. Si vous croyez Strabo liv. 7. ôc Arrian 
liv, I. Plutarche aufïi on livre qu'il hafaidlde 
la face qui apparoift on corps de la Lune allè- 
gue ung nomrné ^ Phenace , lequel grandement 
craignoit que la Lune tumbafl en terre : ÔC 
avoir commiferation ôc pitié de ceulx qui ha- 
bitent foubs icelle , comme font les Ethiopiens 
6c Taprobaniens : fi une tant grande malïè 
tumboit fus eulx. Du ciel 8c de la terre avoic 
paour femblable , s'ils n'eftoient deuëmenc 
fulcis ôc appuyez fus les colomnes de Atlas y 
comme eftoit 'l'opinion des anciens , félon le 
tefmoignage de Àrifloteles //^. 6. Metaphyf. 
Efchylus ce nonobflant par ruine feut tué , ôc 
cheute d'une caqueroUe de tortue , laquelle 
d'entre les gryphes d'une aigle haulte en l'aer 
tumbant fus fa tefle luy fendit la cervelle. Plus 

de 



4 J^ejpondirent dTc. ] Voiex 
Arrien , au 1. I. de Ton Hiftoi- 
re. 

5 V-Gn toutesfois .... magna- 
ttime K_oy ~\ Ceci manque dans 
l'édition de 1548. 

6 Fhenace O'c.'} On lit Phe- 
nace dans toutes les éditions 3 
ce qui prouve que Rabelais a 



pris ce trait d'hiftoire , non 
dans Plutarque , puifqu'on y 
lit Phamace dans les meilleu- 
res éditions Grecques , mais 
dans Erafme , en celui de fes 
Adages qui a pour litre quiti 
fi ccelum ruât f oii on lit phe-* 
nace dans les éditions de Fro- 
ben. 



Livre IV. Chap.XVIÎ. pf 
âe Anacreon Poëre , lequel mourut eflranglé 
id*ung pépin de raifin. Plus de Fabius Prêteur 
Rommain , lequel mourut faiFocqué d*ung poil 
de chievre , 7 mangeant une efculée de laidl. 
Plus de celiuy honteux lequel par retenir fon 
vent, & deftault de peter ung mefchant coup , 
fubitement mourut en la prefence de Claudius 
Empereur Rommain. Plus de celiuy qui à 
Romme eft en la voye Flaminie enterré , le- 
quel ^ en fon epitaphe fe compiaindl ^ eftre 



7 Mangeant une efculée de 
laid 2 Jufques-là ces Exemples 
font pris de Pline, 1. 7. chap. 

7- 

8 En fon epitaphe (^c.'] Onîa 
voit dans une Eglife de Reli- 
gieux Auguftins, ôc François 
$chottus Sénateur d'Anvers la 
rapporte en ces termes dans fon 
Voiage d'Italie ; 

Hofpes , difce norunt moriisge- 
nus-, improùa felis 

Dum trahitur j digitum mor- 
de t , O" intereo, 

Simon GouIart,t, 2. pao-. 480. 
de Tes Hift. adm. & memor. 
fait aufTi mention de cette Epi- 
taphe , &• Nathan. Chitraeus 
Tavoit rapportée dès l'an 1593. 
pag. 20. de fon Itmemm Eurc- 
f<x de/ici<g , édit, de i6o5. mais 
au lieu de dum trahit ur il a mis 
dum teneo , en quoi il n'a pas 
■ été fuivi par Othon Melander, 
l-equel n. 25. du 2. t. de Tes ^ô- 
r« - Séria l'a donnée comme 

Tome IF* 



mort 

on la lit dans le voïage de Fran- 
çois Schottus. 

9 Efire morf par e'flre mords 
d'une chatte J Au lieu de mûrdtt 
on difoit en ce tems-là mords , 
ôc Henri Etienne , pag. 144.. 
de Tes Dialogoes du nouveau 
lang. Fran. Italianifé prétend 
que fuivant l'analogie on de- 
vroit encore parler de la for- 
te. Du refte cet endroit > qui 
dans les éditions modernes 
avoit été eftropié fur celle de 
IS53. aeté rétabli fur celle de 
1548- 

^ L'Epigramme fuivante de 
C. Marot 5 intitulée <^'««e éf;ou~ 
fée farouche , tait foi que de fort 
tems , on ne difoit pas mor« 
du: 

L épôttfé la première nuit 
^jfeuroit ft femme far ou," 

che: 
Morde7{-nioj> , dit-il , sUlyous 

cuit , 
Pliila mou doigt en Vojîre bou-^ 

che. 

Q Elu 



p8 Pantagruel, 

mort par eflre mords d'une chatte au petîc 
doigt .Plus de *° Q. Lecanius Baflus, qui l'ubi-. 
tement mourut d'une tant petite poindture d'a- 
guille au poulce de la mainguaufche, qu'à poi* 
ne la povoit on veoir. Plus de ^ ^ Quenelaulc 
Medicin Normand » lequel fubitement à 
Monfpellier trefpafïà , par de biais s'eftre avec-i 
ques ung trancheplume tiré ung ciron de la 
main. Plus de * * Philomenes , auquel fon var- 
let pour l'entrée de dipner ayant apprefté des 
figues nouvelles pendent le temps qu'il alla au 
vin, ung afne couillart efguaré eftoit entré 
on logis , ôc les figues appofées ^ ^ mangeoic 
religieufement. Philomenes furvenant , & eu- 



neu- 



Elle y conjcnt y il s'efcanmou- 

che , 
Et après qitil Pen^ defhou- 

fécy 
Or ÇiZ > dit-il , tendre rsfée , 
f^6ux ay je fait du mal ain- 

^donc , refpondit l'efpûw 

Jéey 
Je ne yous ay pas mors auj- 

10 ^ lecantHS Bafjùf (O'c J 
Voiez Pline , 1. 26. ch. i. 

1 1 Ouenelaitlt O'c. J Gmgne- 
mauld Normand Medicm-) grand 
ayaleur de pois gris > C!7 Berlan- 
dier treltnftgne, letjHcl fubitement 
à MonCpellier trefpaffa parfaulte 
d*ayotrpayéfes debtes ^ 0" par 
4e biais &c. C'eA comme on 



lit cet endroit dans l'édition de 

1548. 

1 2 Philomenes'JV alere Maxi- 
me 1. 9. ch. iz. ôc Lucien dans 
le Difcours de ceux qui ont 
vécu long - tems ont fourni à 
Rabelais cette hiftoire. Je ne 
fcais au refte pourquoi , dans 
tous les Rabelais cet homme cft 
ici appelle Philomenes -, puifque 
1. I. ch. 20. où l'Auteur parle 
déjà de lui , il eft nommé Phi- 
lemon , comme dans Valere 
Maxime & dans Lucien. Peut- 
êrre Rabelais a-t'il voulu faire 
connoître qu'il avoit lù aufTi le 
Valere Maxime in fol. Paris 
1517. oiiau lieu de Fhiiemon 
on lit hhilomenes. 

13 Mangeait religieufement "l 
Une à une. De relegere amafler. ' 



Livre IV. Ch ap. XVII. 99 

rieufement contemplant la grâce de Tafne Sy- 
cophage , dift au vadet qui edoit de retour : 
Raiibn veult , puifqu'à ce dévot afne as les 
figues abandonné , que pour boyre tu luy pro- 
duife de ce bon vin qu'as apporté. Ces paroi- 
les di<Stes , entra en ii exceffifve guayeté d'ef- 
perit , & s'efclata de rire tant énormément, 
continuement , que l'exercice delà Râtelle luy 
tollut toute refpirarion , & fubitement mou- 
rut. Plus de ^"^ Spurius Saufeius , lequel mou- 
rut humant ung œuf mollet à l'ifTuë du baing. 
'^ Plus decelluy lequel difè Bocace eftre foub- 
dainement mort ^^par s'efcurerles dents d'ung 
brin de Saulge. Plus de Philippot Placut le- 
quel eftant fam & dru , fubitement mourut 
en payant une vieille debte fans aultre précé- 
dente maladie. Plus de ^7 Zeufis le paincSlre , 
lequel fubitement mourut à force de rire^canfi-. 

deranc 



14 Spuriur SaufeiHT ] Rabe- 
lais pouvoit nommer celiti-ci 
^p Sanfeius après Pline , I. 7. 
ch. 53. mais pour intriguer Ces 
Ledeurs il a mieux aimé s'éga- 
rer avec Fulgofe qui donne a ce 
Saufeius , le prénom de Spurins 
1.9. ch. 12. 

1 5 plus de celluy lequel diji 
Bocace eftre O'c j L'édition de 
1 54S. ne contient pas cet exeiri- 
ple > mais de celui de Spurius 
Saufeius elle paffe a la mort de 
Bringtienarilles, & encommen- i 
celé récit en ces termes : Fius ' 
4*^ JP^'»« 2**^ ^/<î/»^o*//e/ le bon 



Bringuenarilles Chelas y mourut 
Ôcc. 

1 6 Par s'efcarer les dents d'uttg 
brin de Saulge 2 Ce qui caufa ia 
mort inopinée de cet homme , 
c'eft qu'un gros Crapaud avoic 
jette du venin fur la Sauge 
dont il avoit détaché ce brin. 
Voiez le Décameron de Boca- 
ce 3 Journ. 4. Noav. 7. 

1 7 ^.etijir le Painflre ] Ceci 
eft pris de Verrius Flaccua» 
Voiez C*lius Rhodiginus , 1« 
4. ch. iS. de (qs Anciennes 
leçons ;} & Bouchet > Serée 

Q3, 1^ 



roo Pantagruel, 

derantle minois&pourtrait d'une vieille parluï , 
reprefentée en painélure. Plus de mille aultres 
qu'on vous die, feult Verrius, fcuft Pline, feuft 
Valere,Baptilte Fulgofe, feuft ^ ^ Bacabery l'aif- 
né. Le bon Bringuenarilles (helas) mourut ef- 
tranglé mangeant ung coing de beurre frais à la 
gueule d'ung four chauld , par l'ordonnance 
des Medicins. Là d'abundant nous feut dicSt 
que le Roy de CuUan de Bohu avoit defFaidi 
les Satrapes du Roy Mechloth , & mis à fac 
les fortereflès de Belima. ^^ Depuis paffàfmes 
les Ifles de Nargues ôc Zargues. AufTi les Ifles 
de Teneliabin 6c Geneliabin , bien belles ôc 
fruélueufes en matière de clyfteres. Les Ifles de 
*^ Enig 8c Evig : defquelles par avant eftoic 
advenue Teftafillade au LandgraufFd'Elïè. 

ChapV 



18 Bacaheyy Paifné'] Je ne 
fais qui il eft, mais c'eft appar 
remment lui qui fait le compte 
de la plaifante mort de Philip- 
pot. Placut, Il y a Bac au béry , 
& le petit Bac-à-béry , tous 
les deux fur la rivière d'Oife , 
defquels le premier , fîtué à 4. 
lieues de la ville de Rheims ei\ 
le Chef-lieu de la Vicomte du 
Bac. Voiez le Guide des Che- 
mins de France j imprimé cher 
Charles Etienne 1553. pag. 28. 
& 63. Ainfiil fe peut que c'é- 
toit du premier de ces lieux que 
portoit le nom ce Bacabery que 
Rabelais appelle Bacabery l'aï 
fié, ôc peut-être s'appelloit-il de 
4a forte parce que ce lieu lui ap- 



partenoît , ou feuletîient àcaufe 
qu'il y étoit né.Tant d'autres E- 
crivains ont pris le nom du lieu 
de kur naiflânce , & on a ap- 
pelle Bourbon l'ancien à la diffé- 
rence de Bourbon l'^rcham-' 
baut celui des deux Bourbons 
qui étoit le partage de l'aîné. 

1 9 Depuis paffajmes . . . Land" 
graujfd'Ejje J Ceci manque dan» 
l'édition de 1548. 

20 Emg O" evig. ] Il paroîc 
par le c. 9. du 2. L. ik par le c. 
40. du 1, 3 . que Rabelais parloic 
bon Aleman. Comment donc 
croire que ce foitlui qui ait fait 
les Notes qui parurent iur fon 
4. Livre environ l'année 1S67» 
puifque l'explication qu'on y 

donne* 



Livre IV. C h a p. XVIII. lox 



Chapitre XVUI. 

Comment Pantagruel évada une forte tempe fis 
en mer* 



A 



U lendemain rencontrafmes à Po^e ^ ^ 
une orque chargée de Moynes , Jacobins, 

'Je- 



donne de ces cîeiix mots Ale- 
fflans elt aWblument fâufle , 
bien qu'elle ait été adoptée par 
le Schohafte de Hollande .<? 
Une des Claufes du Traité d'en- 
Ue l'Empereur Charles V. & 
le Landgrave devoit être que 
ce dernier demeureroit à la fui- 
te de l'autre ohne emige gefan- 
■^nufs 5 fans aucune prifon : ce 
qui vouloitdirequece ne feroit 
nullement comme prifonnier 

2ue le Landgrave feroit obligé 
e demeurer quelque tems au- 
près de l'Empeureur, mais feule- 
ment afin que le viiftorieux pût 
être fur que le vaincu n'entre* 
prendroit rien au préjudice du 
Traité, Au lieu du mot eïmge , 
unique ou aucune , d'ew , un : 
lequel joint avec la particule oh- 
ne 3 lans , veutdirejCrrtf ^«fwMf, 
l'Empereur avoit faiî glifler 
dans l'Afte le mot cwige , per- 
pétuelle. De forte que le Land- 
grave qui comptoit d'en être 



f qu'ils avoient fait enfemble fut 
bien étonné lorfqu'on lui fit 
voir que par le moien du 
mot e^vige fourré à la place 
d^emige, il s'étoit reconnu pri- 
fonnier de l'Empereur pour au- 
tant d'années qu'il plairoit à ce 
Monarque. C'eft à cette fuper- 
cherie que Rabelais donne le 
nom à^ejiafiUde ou de couj^s d'é- 
trivieres donnez, au Landgrave 
4e Heffe.. 

ÇhaP. XVIIÏ. I Une Orque 
chargée 0'c. ] Au ch. fuvant 
en voit qu'il n'y en avoit qu'u- 
ne. Ainfî , il faut lire de la for- 
te j conformément à l'édition 
de I S48. & non neuf orques char' 
gées , comme on lit dans toutes 
les autres. Ourque eft le nom 
d'un prefquç rond &"prodigieu- 
fement gros poiflon connu en 
Saintonge fous le nom d'Epau~ 
Li/t : 8c ce pourroit bien être 
de la reflemblance de VOrqus 
avec VF.paulart 5 que feroit ve- 
quitte pour fuivre l'Empereur { nu le nom du premier qui eft le 
feulement jufqu'à l'entière exe- J plus gros-%'ai(léau de tous ceux 
(Ution de raccommQdemcnt I qui foot deftinez pour l'Océan. 

G 5 Voïex 



102 Pantagruel, 

* Jefuites , Capuflins , Hermites , Auguftins i 
Bernardins , Celeftins , Theatins , Egnatins , 
3 Amadeans , Cordcliers , Carmes , Minimes 
& aultres SS. Religieux , lefquels alloient au 
Concile de Chefil pour grabeler les articles de 
la foy contre les nouveaux hereticques. Les 
voyant Panurge, entra en excès de joye , com- 
me afïèuré d'avoir toute bonne fortune pour 
celluy jour 5c aultres fubfequens en long or- 
dre. Et ayant courtoifement falùé les beats 
pères & recommandé le falut de fon ame à leurs 
dévotes prières & menus fufFraiges , feit je- 
6ler en leur nauf foixante & dix-hui6l douzai- 
nes de Jambons ^ "^ nombre de Caviarts , dizai- 
nes de Cervelats, centaines de Boutargues, 8c 

deux 



Voicz, Konàelet de F iflibus^l, 
16. ch. 13. 

2 Jefuites ] Ménage remar- 
que qu'anciennement on difoit 
jefuipes , & il cite cet endroit-ci 
de Rabelais , où. dans Ton édi- 
tion il y a Jefuiftesy comme on 
lit dans celle de 1 548. Voiez le 
ch, 14. du I. tome de (es Ob- 
fervations. En effet Pâquier , 
ch. 26. du 9. Livre de Çts Re- 
cherches, dit qu'en 1564. lorf- 
qu'il plaida contre lesjejuitesy 
on les nommoit jfefitijles : Se au 
2 1 . 1. de Tes Lettres, Lett. i . oîa 
il parle des Jefuites, il répète la 
même chofe , mais il faut bien 
qu'alors , 3c même des aupara- 
vant on les nommât auffi Je- 
fnites , puifqiie l'édition de 



1553. &■ celle de I5 59« parlent 
de la forte. Il fe peut aufîî que 
ceux mêmes qui ecrivoient je- 
fuijhs prononçoient Jejuites » 
d'autant plus qu'en Latin on n'a 
jamais dit que ^efuita* 

3 amadeans , Cordeliers J 
Manque dans l'édition de i 548. 
amadeans , Religieux Auguf- 
tins fondez à Ripaille par A» 
médée Duc de Savoie l'an 
1448. après qu'il eût renoncé 
au Papat en faveur de Nicolas 
V. Dans Viret > de la vraye CT 

faufe lieligion^L. VIII. C. VI. 
les Amadéens font une branche 
de Francifcains. 

4 'Hombre de cayiarts, . . . bou-» 
targues ] N'eft point dans ledit 
tiondet54&. 

5 



Livre IV. C H AP. XVIII. loj 

deux mille beaulx ^ Angelots pour les âmes 
des rrefpafïèz. Pantagruel reftoit penfif & me- 
lancolicque. Frère Jean l'aperceut , & deman- 
doit dont luy venoit telle fafcherie non accou- 
(tumée : quand le pilot confiderant les volti- 
gemensdu peneau fus la pouppe , & prévoyant 
ung ^ tyrannicque grain & 7 fortunal nou- 
veau , commenda touts eftre à l'herte ^ tant 
nauchiers , fadrins & moufïes , que nous aul- 
tres voyagiers ; feit mettre voile bas , Meiane y 
Contremeiane , Triou , Maiitralle , Epagon y 
Civadiere : feit caller les Boulingues , Trin- 
quet de prore , & Trinquet de gabie , def- 
cendre le grand Artemon , & de toutes les 
antennes ne relter que les grizelles & coufHe- 



5 angelots ] II y a des In- 
«îulgences pour ceux qui difent 
dévotement V^ngeUs, 

6 Tyrannicque grain ^ Jean de 
Léry , ch. 4. de Ton voïage de 
l'Ame'rique : Car fouvent s'ejle- 
-foient des tourbillons 5 que les 
Mariniers d; Normandie appel- 
lent grains , lefquels après nous 
p.yoir quelquesfeis arrefie^ tout 
court 3 au contraire tout k l'inf- 
tant tempefloyentfîfort dans les 
yoi/es de nos navires , que c^ejl 
merveille qutls ne nous ont viré 
cent fois les Hunes en bas , CJ7 la 
Sinille en hault : c^eji-à.-dire ce 
dejjùs deijous» Ces grains , qui 
font toujours mêlez de pluie , 
ne durent pas ordinairement un 
quart d'heure. On fe prépare à 
les recevoir , parce qu'on les 



res. 

voit venir de loin : on cargue 
incontinent les huniers , qui 
autrement feroient emportez , 
& les mats de hune rompus. 
Lorfquele venteft trop fort, on 
abaiffe toutes les voiles , ou on 
n'en porte que le moins qu'on 
peut. Pendant ce tems - là la 
mer eft extrêmement agitée 8c 
paroit toute en feu. Il arrive fou- 
vent que ces ^><it».r reviennent 
plufîeurs fois en un même jour > 
tellement que l'Equipage cft 
toûiours aux écoutes ; le calme 
fuccede ordinairement à cet 
orage en très-peu de tems. Voiet 
le voïage de François le Guat, 
part. I. pag. 19. & 20. de l'é* 
dition deLondresj 1707. 

7 Fortunal'} Tempête. De l'I^- 
talien fortunale, 

G4 > 



î04 Pantagruel, 

res. Soubdain la mer commença s'enfler & tu-* 
mulcuër du bas abyfme , les fortes vagues 
battre les flancs de nos vaiflèaulx , le Maifl:ral 
accompaigné d'un col effréné , de noires Grup-^ 
pades , de terribles ^ Sions , de mortelles Bour- 
rafques fiffler à travers nos antennes. Le ciel 
tonner du hault , fouldroyer , efclairer , plu^ 
voir , grefler , l'aer perdre fa tranfparence , de- 
venir opaque , ténébreux &: obfçurci , fi que 
aultre lumière ne nous apparoiflbit que des 
fouldres , efclaires & infractions des flamban- 
tes nuées : les categides , thielles, lelapes ÔC 
prefteres enflamber tout autour de nous parles 
pfoloentes, arges, elicies 8c aultres ejacula- 
tions etherées : nos afpecSls tours eftre diffi- 
pez & perturbez , les horrificques Typhones 
furprendre les monteufes vagues du courant. 
Croyez que ce nous fembloit çftre l'anticque 
Chaos onquel eftoient feu , aer , mer , terre ^ 
touts les éléments en refraiÇlaire confufion, 
Panurge ayant du contenu en fon efl:omach bien 
repeu les poilîons fcatophages , reftoit acropy 
fus le tillac tout affligé,, tout meshaigné , & à 
demy mort, invoqua ^ touts les benoifts 



8 sions } Touïbilions. Le 
Plutarqued'Amyct, au ch.. 3. 
du Livre des Opi.iions des Phi- 
lorophes -• quand le feu a fins de 
corps , alors il fe fait un tourhil- 
lor> ou fion.Du refte , cette def- 
çrjption de tempête fonne à peu 



Sainéts 

près comme celle que Marot a 
faite du fougueujt cheval de 
P'kyart. 

9 Touts les benoifls SainBs.., 
puis ] Au lieu de ceci, dans l'é- 
dition de IÎ48. on lit : les deux 
enfani bejjon/ de Leda > O" U. 

ÇOCqH^ 



Livre IV. Chap. XVIII. 105 

Saindls & Saindles à Ton aycîe , protefla de 
foy confefler en temps & lieu , puis s'efcria 
en grand efFroy difant , Maigior dôme hau , 
^° mon amy , mon père , mon oncle , produi- 
fez ung peu de falé : * ^ nous ne boyrons tan- 
touft que trop , à ce que je voy. A petit man- 
ger bien boire , fera déformais ma devife. 
Pleuft à Dieu & à la benoifte digne & facrée 
Vierge que maintenant , je dis tout à cefte 
heure, je feuile en terre ferme bien à mon aife ! 
O que trois & quatre fois heureulx font 
ceulx qui plantent choulx î O Parces que ne me 
fillaftes vous pour planteur de choulxîOque pe- 
tit elt le nombre de ceux à qui Jupiter ha telle fa- 
veur porté,qui les ha deflinez à planter-choulxî 
Car ils ont tousjours en terre ung pied : l'aultre 
n'en eft pas loing. Difpute de félicité & biea 
fouverain quivouldra , mais quiconcques plante 
choulx eft prefentementpar mon décret declairé 
bienheureux;à trop meilleure raifon que^ ^ Pyr- 

rhori 

■lue d'oeuf dont ils furent ef- 

10 "Sioa amy^ mon f ère j mon 
eu/:,' C7r. ] Panurge regardoit 
comme Ton tout ce majordo- 
me, qui feul pouvoit lui faire 
encore du bien , en lui donnant 
:à manger tout fon foû j avant 
'que quelque vague les empor- 
tât l'un &: l'autre. 
I 1 1 KoHs ne boyronx tantcuj} 
eue trop ] Un goinfre , dans 
l'çtat 911 le trouve ici Panurge , 



avoit déjà eu cette penfée.i^î- 
dam j difent les Facéties de Be-? 
belius , orta tempejîate in mari y 
cœpit at'idtffime comedere carnes 
falitas , dicens hodie plus Je hu* 
biturum ad hibendum quàm nun- 
quam aateà» 

1 2 Pyrrhon (Je. ] Je ne fais 
oîi Rabelais peut avoir pris ce 
qu'il fait dire ici à Pyrrhon , 
mais Plutarque fait raifonner 
ce Philofofhe tout autrement a 
& ea vrai Stoïcien , q.ui au 
fore 



] 



lotf Pantagruel, 

cftant en pareil dangier que nous fommes, &. 
voyant ung pourceau près le rivaige qui man- 
geoit de l'orge efpandu , le declaire bien-heu- 
reulx en deux qualitez , fçavoir eft qu'il avoit 
orge à foifon , & d'abundant eftoit en terre. 
Ha pour manoir deïficque & feigneurial il n'eft 
que le planchier des vaches. Celle vague nous 
emportera ^ Dieu fervateur ! O mes amis ! 
ung peu de vinaigre. Jetrefliiede grand ahan. 
'^ Zalasles vêles font rompues , lePiodenou 
eft en pièces , les Coiïès efclatent , Tarbre du 
hault de laguatte plonge en mer : la carène eft 
au Soleil ^ nos Gumenes font prefque touts 
roupts. Zalas Zalas , où font nos bolingues ? ^+ 
Tout eft frelore bii^oth. Noftre trinquet 

eft 



fort de certaine tempête ne 
fut non plus émù que certain 
petit cocnon qui dans le mê 
me tems mangeoit goulûment 
«Je l'orge tout près de lui. 
Voiei dans Plutarque le dif- 
cours intitulé , Comment on 
pourra appercevoir fi on pro- 
fite dans Texercice de la Ver- 
tu. 

1 3 Talai'] Par tout où on lit 
^alas ici & clans le ch. fuivant 5 
l'édition de 1548. a Jarus, que 
je prens pour ^■?/«'" prononcé à 
la Parifienne. Voier dans Ma- 
rot l'Epitre du jeune fiis de Pa- 
ris ^ «S: la Réponfe. taUs y c'eft 
hélas. 

1 4. Tout ejlfreloy bigoth '] La 
Bataille ^ ou chanfon fur là 



défaite ^cs SuifTes à Mari- 
^nan 5 mife en Mufique à qua- 
tre parties par le fameux Clé- 
ment Jannequin j & rëimpr. 
à Venife che-z, Jérôme Scot > 
iSSo. 

Tc^ut ejî ft-e'ore f 

La tintelore , 

Tout eji frelore , htgot. 

Ces termes , qui répondent au 
tout efl perdu , que chantoit en 
mourant la gaie Mademoifellt 
de Limueil, font devenus Fran- 
çois depuis le tems de la Farce 
de Patelm , où Guillemette > 
pour obliger fon mari à fe te- 
nir fur fcs gardes contre le 
Drapier j qui pourroit le fur- 
preiî. 



LiVR E IV. Chap. XVIII. Î07 

cft avau Teaùe. Zalas à qui appartiendra ce bris l 
Amis preflez moy ici derrière une de ces ram- 
Ubades. Enfans , voftre Landrivel eft tumbé. 
Helas n'abandonnez Torgeau , ne aufli le Tira- 
dos. Je oy i'agneuillot frémir. Eft - il cafle 2 
Pour Dieu faulvons la brague , da fernel ne 
vous fouciez. Bebebe bous , bous , bous. 
V^oyez à la calamité de voftre boufîble y de 
grâce , maiftre Aftrophile 9 dont nous vient 
ce fortunal ? Par ma foy j'ay belle paour. 
Boa , bou , boUj bous, bous. C'eft fai6l de 
moy. Je me conchie de mal raige de paour. 
Bou , bou , bou , bou. Otto to to to to ti. 
Otto to to to to ti. Bou bou bou, ou ou ou 
bou bou bous bous. Je naye , Je naye , Je meurs. 
Bonnes gens, je naye. 

Chap. 



r rendre , lui parle de la for- 



7c »s /Ç^t s^il reviendra 
^oint 3 

Oh non , d;a , ne bouge\ en- 
core : 

'Koflre fait ferait tout frelo- 

re , 



J'j7 yous troHVoit ejîre le-^ 
vé. 

Bigott ou par D. . . . , c'eft le S- 
Ptcault (ie Panurge , 1. 3. ch. 
29. Pierre de Larivey , Adez 
Scène dernière de (a Comédie 
du Morfonduj l'a appelle Saintî, 
Picot. 



CHAPa 






ïo8 Pantagruel^ 

» ■ I J ' ' ■ - ■ ■ ■ « 1 4 

Chapitre XIX. 

'Quelles contertences eurent Panurge & frerc 
Jean durant la tempe fie. 

PAntagruel preallablement avoir implore 
Tayde du grand Dieu Servateur , & fai6le \ 
oraifon publicque en fervente dévotion par 
Fadvis du pilot tenoic l'arbre fort & ferme ; 
frère Jean s*eftoit mis en pourpoinél pour fe- 
courir les nauchiers. Aufïi eitoient Epifte-ix 
mon , Ponocrates , & les aultres. Panurge 
reftoit de cul fus le tillac plourant & lamen- 
tant. Frère Jean Tapperceut pafïànt fus la 
Courfie & luy dift : Par Dieu , Panurge le 
veau , Panurge le pleurart , Panurge le criart, 
tu ferois beaucoup mieulx nous aydant ici , 
que là pleurant comme une vafche , affis fus 
tes couillons , comme ung magot. Be be be 
bous , bous , bous , refpondit Panurge , frè- 
re Jean mon amy , mon bon père , je naye > 
je naye , mon amy , je naye. C'efl faicl de moy, 
i^on père fpirituel , mon amy c'en eft faicft, 
Voftre bragmart ne m'en fçauroit faulver. Za- 
}as, Zalas , nous fj^mmes ' au deflùs de Ela ^ 

horS: 

Chap. XIX. I ^H defjur de 1 qui eft un ternie de Mufique. 
|[/rf J Ailufîon à! Hélas k EU ■,{ Panurge veut dire qu'en l'état^ 

<l9- 



Livre IV. Chap. XIX. îop 

hors toute la gamme. Be be be be bous bous* 
Zalas à cefte heure fommes nous * au defïbubs 
de Gamma ut. Je naye. Ha mon père, mon 
oncle , mon tout. L'eaiie eil entrée en mes 
fouliers ' par le collet. Bous , bous , bous , 
paifch , hu , hu , hu , ha , ha , ha , ha , ha , Je 
naye. Zalas , Zalas , hu , hu , hu , hu , hu , hu , 
Bebebous , bous , bobous , bobous , ho , ho , 
ho 5 ho , ho. Zaias , Zalas. A ceile heure foys 
bien à poindt l'arbre forchu , les pieds à mont , 
la tefte en bas. Pieuit à Dieu que prefente- 
ment je feulïè dedans la Orque des bons & 
beats pères Concilipetes lefquels "^ ce matin 
nous rencontrafmes , tant dévots , tant gras ^ 

tant 



de mort prochaine où lui 8c 
les autres fe trouvoient , les 
J'!élaj étoient déformais fuper- 
rliis. 

2 ^u dejlouhs ds Gamma ut J 
C 'cft comme il faut lire , con- 
rormément aux anciennes édi- 
tons , 6c non Gammaat , com- 
Tic dans les nouvelles. Joh 
lActbularius , M. Ortvino Gra- 
23, 1. I. des Epitres obfc. nV. 
Et tant fum Cantor , ^ fcio lniufi- 
;am choraleni {J figuralem j C 
[um his habeo Vocem bajfam-, CT* 
noffum cantare infra gamma ut. 
ipanurge , tantôt fur la pointe 
aune vague , puis au pie d'une 
4!utre, fe trouve également hors 
[le game. 

! 3 \^ar le collet ] S. Ange à 
jMafcurat , pag. 265, de. la z. 



édition du Mafcurat : Si tu 
prelchois de la forte au milieu de 
la Gireye , on ne tarderoit gueres 
à te faire entrer Peau de la Seine 
en tes louliers par le collet de ta 
chemife» 

4 Ce matin nous rencontraf- 
mes'\ Anciennement on parloit 
à TAorifte d'une chofe arrivée 
lemèmejour.PerceforeftjVO. i. 
ch. OfX.iJertes Damoifelle tant 
fous puii-je dire 3 cjue huy matin 
entrafînes nous premier e\ fore\„ 
Ecaupenult. chap, du vol. z.^s 
laiffay huy matin en ce temple 
deux glaives. Et dans Froiflart, 
vol. 4. ch. 43. Or nous dites , 
huy matin quand il d.eut montei' 
ù cheyal ^fujies Vous à fon dif' 
ner f 



iio Pantagruel, 

tant joyeulx , tant douillets , ôc de bonne gra- 
ce. Holos , holos , holos , Zalas , Zalas ^ ceftt 
vague de tout s les Diables ( me a culpa Deus , ] 
je dis ^ celle vague de Dieu enfondrera noftn 
nauf. Zalas , frère Jean , mon père , mon amy . 
confeflion. Me voyez-cy àgcnoilz. Confiteor. 
voftre fainôle benedidlion. Vien pendu au dia* ; 
ble , dill frère Jean , ici nous ayder , de pai 
trente Légions de diables , vien : viendra-il ' 
Jsle jurons poindl , diit Panurge , mon père 
mon amy , pour cefte heure. Demain tant que 
vouldrez, Kolos , holos. Zalas , noflre nau; 
prent eaùe, Je naye , Zalas , Zalas. Bebebt 
be be bous , bous , bous , bous. Or fommes 
nous au fond ? Zalas, Zalas. Je donne dix- 
huiél cens mille efcus d'intrade à qui me met 
tra en terre tout foireux & tout breneux com- 
me je fuis, fi oncques homme feut en mj^ 
patrie de bren. Cotifiteor Zalas , ung petit 
mot de teftament ou Codicille pour le moins.. 
Mille diables d'enfer, dift frère Jean , faultent 
au corps de ce coquu. Vertus Dieu parles tu de 
teftament à cefte heure que fommes en dan- 
gier, & qu'il nous convient évertuer, ou ja- 
mais plus ? Viendras tu , ho diable ? Comité 
mon mignon : O le gentil Algoufan , deçà 
Gymnafie , icy fus l'eitanterol. Nous fommes 

par 



5 Ce fie yague de Dieu ] Pa 
fjurge , qui venoit de pronon 
cer une impieté 5 Te corrige par 



complaifance pour un ami qui 
lui rcprelente le danger oiiili 
iont tous. 



i 



Livre IV. Chap. XIX. m 

par la vertus Dieu trouvez à ce coup. Voilà 
noftre Phanal efteindt. Cecy s'en va à touts 
les millions de diables. Zalas , Zalas , diît Pa- 
nurge , Zalas y Bou , bou , bou , bous. Zaias , 
Zalas, eftoit-ce icy que périr nous eitoit pre- 
deitinez ? Holos bonnes gens je naye, je meurs. 
confummatHm efi. C'eltfaidlde moy , Ali^ign a ^ 
\^na y gna , dift frère Jean* Fy qu'il efl laid 
le plourarc de merde, Moufle ho de par touts 
les diables , garde l'elcantoula. T'es tu bielle l 
Vertus Dieu , Atache à l'ung des Bitous. Icy, 
:k-là , de par le Diable hay. Ainfi mon en- 
fant. Ha frère Jean , diit Panurge , mon père 
fpirituel , mon amy ne jurons poincl. Vous 
pcchez. Zalas , Zalas. Bebebebous , bous , 
bous , je naye , je meurs , mes amis. Je par- 
donne à tout le monde. Adieu , In mannsm 
Bous , bous , bouououous. Sain6l Michel 
i'Aure. Sain6l Nicolas à cefte fois & jamais 
3ius. Je vous fais icy bon vœu & à noftre Sei- 
^cur , que li ce coup m'eftes aydant , j'entends 
q je me mettez en terre hors ce dangier icy , ie 
V 0U3 edifieray ^ une belle grande petite chap- 

pelle 

6 Unt belle grande petite cha- 
-)ell'',cu ^eMA-C7f ■ jPanurge voii- 



oic dire : M>te belle grande cha- 
melle, ou deux petit es-^e /:tr e (^an- 
ie C7 Moyitflrreaut mais la peur 
.11 offulqiioit le jugement. Ce 
qu'il ajoute qu'// n'j paillra 
lâche tfi yean , Ç'eit le Pro- 
verbe 



Entre Cande O" Monfo^ 



rean 



Là ne paifl brebis ne yean. 

Proverbe qui donne à enten- 
dre le peu d'étendue & même 
la flenlité du terroir d'entre 
le château de Montforreau Se 
le bourg de Cande ? qui ne 
font 



Ti^ Pantagruel,, 

pelle ou deux entre Quande &c MonfTbreau ^ 
& n'y paiilra vache ne veau. Zalas , Zalas , il 
m'en eft entré en la bouche plus de dixhuiét 
feillaulx ou deux. Bous , bous , bous j bous. 
Qu'elle efl: amere & fallce ! Par la vertus , dift 
frère Jean , du fang de la chair , du ventre , de 
de la tefte , fi encores je te oy "^ pioller , Co- 
quu au diable , je te gualleray en loup marin : 
vertus Dieu que ne le jeélons nous au fond de 
la mer ? Hefpaillier , ho gentil compaignon , 
ainfi mon amy. Tenez bien lafïus. Vrayement 
voicy bien efclairé , & bien tonné, je croy 
que touts les diables font defchainez aujour- 
d'huy , ou que Proferpine eft en travail d'en* 
fant. Touts les Diables dancent aux fonnet- 



tes* 



ChaP4 



font Teparer. que par la Vlen- . 
ne & les fables de fon riva- ' 

7 Piolicr . . . .gualleray en loup 
marin ] Frère Jean traite de 
poulie ou de poltron Panurge 
le piailleur : mais pour lui, c'eft 
à un Coq qu'il fe compare 5 & 
pour faire taire ce criard , il le 



menace de le gratter où il ne lui 
démangera point , & comme 
avec la peau du B^equtem 5 fortd 
de loup marin , dont le cuir 
rude fert de lime douce aux 
menuifîers qui l'emploient 3 
polir leurs ouvrages. Voiez 
l'Hift. naturelle des Ifles An- 
tillesj 1. i.ch. 17. art. 3. 

Chap* 






LtvRE ÎV. Chap. XX. iij 



Chapitre XX. 

Comment les Nauchiers ^ba-adonnent les navi^ 
tes an fort de la, tempefte. 

HA , dift Panurge , vous péchez , frère 
Jean, mon amy ancien. Ancien , dis-je^ 
car de prefent je fuis nul , vous eftes nul. Il me 
fafche le vous dire. CarÀe croy que ainfi jurer* 
face grand bien à la râtelle : comme à ung fen- 
deur de bois faidl grand foulaigemenc celluy 
qui à chafcun coup près de luy crie , Han , à 
haulte voix : & comme ung joueur de quilles 
eft mirificquement loulaigé quand il n*ha jedté 
la bouUe droidl, fi quelcque homme d'efperit 
près de luy panche & contourne la tefte & le 
corps à demy du coufté auquel labouUe aultre- 
ment bien jedlée euft fai6t rencontre de quil- 
les. Toutesfois vous péchez , mon amy doulx. 
Mais fi prefentement nous mangions quelcque 
efpece de Cabirotades , ferions nous enfeureté 
de ceftuy oraige ? J'ay leu que fus mer en temps 
de tempefte jamais n'avoit paour ^ tousjours 
eftoient en feureté les miniftres des Dieux 
Cabires tant célébrez par Orphée , Apollonius, 
Pherecydes , Strabo , Paufanias , ' JHerodote. 

Il 

Chap. X X. i Hérodote* a radoté ] Ceft apparemmenc 

Tome ir, H ^'"^ 



114 Pantagruel, 

Il radote ^ dift frère Jean , le paovre diable, A 
mille & millions & centaines de millions aô 
diables foit le Coquu cornard au diable. Ayde 
nous icy hau Tygre. Viendra-il l Icy à orche. 
Tefte Dieu pleine de reliques , quelle pate- 
noftre de Cinge eft ce que tu rnarmores là en- 
tre les dents ? Ce diable de fol marin eit caufe 
de la tempefte , & il feui ne ayde à la chorme. 
Par Dieu fi je voys-là , je vous chatieray en 
* diable tempeftatif Icy fadrin mon mignon : 
tiens bien , que je face ung nou Grégeois. O 
le gentil 3 moufle. Pleuft à Dieu que tufeufïès 
abbé de Talemouze , & celuy qui de pre- 
fent l'eft feufl guardian du ^ Croullay. Pono- 
crates mon frère vous bleflèrez là. Epiflemon 
gardez vous de la Jaioufie > je y ay veu tumber 
ung coup de fouldre. Infe. C'eft bien diét. 
Infe, infe, infe. Vieigne efquif Infe. Vertus 
Dieu, qu'eft ce là ? le cap efî en pièces. Ton- 
nez diables , petez , rottez , fiantez. Bren 
pour la vague. Elle ha , par la vertus Dieu , 

failli 



cette allufionde Rabelais, quia 
fait croire à quelques-uns que 
radoter , c'étoit proprement di- 
re des contes aufîî peu vraifem- 
blables que paroifl'ent l'être 
plufieurs chofes que débite ou 
que raconte l'Hiftorien Hérodo- 
te. Voiez Ménage au mot l{_a- 
doter. 

2 Diable tempeJlatif]CauCe d e 
la tempête en ce que c'etoit à 
ion occaiion que nos voiageurs 



l'efluioient. 

3 Moujfe, ... ^bbé de Taie» 
mou-z^^ Ou Talmont, comme on 
lit dans l'édition de 1548. De 
Talniont celle de 1553. a fait 
Talemou-:^ par allufîon ZMgentd 
Moujje à qui frère Jean fouhaitc 
cette Abbaïe. 

4 CrouJlaj j En ce lieu qui 
eft tout proche de Chinon eft 
iituée la maifon des Cordeliers 
de Chinon. 



Li V RE IV. Cha P.XX. Ilf 

failli à m'emporter foubs le courant. Je croy 
que routs les millions de diables tiennent icy 
leur chapitre provincial, ^ ou briguent pour 
eleélion de nouveau Redleur. Orche. C'efl bien 
diél. Guare la caveche hau mouiîè , de par le 
diable hay. Orche , Orche , Bebebebous, bous, 
bous , difl Panurge , bous , bous , bebe , bou , 
bous 9 je naye. Je ne voy ne Ciel , ne terre. 
Zalâs, Zalas. De quatre elemens ne nous reftc 
icy que feu &: eaiie. Bouboubous, bous, bous. 
Pleull à la digne vertus de Dieu qu'à heure 
prefente je feulTe dedans le clos de Sevillé, 
ou chez Innocent le patiffier devant la cave 
painéle à Chinon ^ fus poine de me mettre en 
pourpoinél pour cuire les petits paltez. ^ Nof- 
tre homme fçauriez vous me jeéler en terre ? 
Vous fçavez tant de bien , comme Ton m'ha 
di6l. Je vous donne tout Salmiguondinois , & 
ma grande cacquerolliere , fi par voftre induf- 
trie je trouve une fois terre ferme. Zalas , Za- 
las j je naye. Dea , beaulx amis puifque fur- 
^ir ne povons à bon port , mettons nous à la 
rade , je ne fçay où. Plongez toutes vos an- 
cres. Soyons hors de ce dangier , je vous en 
prie. Noltre amé plongez le fcandale , ôc les 
bolides de grâce. Sçaichons la haulteur du 



5 0<* briguent pour eleBion de 
noureat* R^eBeur J N'eft point 
dans l'édition de 1548. 

6 Nojire homme ] C'eft ainfi 
que les Provençaux appellent 



pro- 

une efpece de fous-Comite qui 
eft le cinquième des Ofîîcieri 
d'une Chiourme. Voier Ant. 
Oudin , en Ton Didion. Ital. & 
Fr. au mot tfojir'homo, 

Hi 7 



tî^ Pantagruel, 

profoncl. Sondez noftre amé mon amy ât 
par noftre Seigneur. Sçaichons fi Ton boi- 
toit icy aifement de bout , fans foy baiiïèn 
J'en croy quelcque chofe. Uietacque , hau,. 
cria le pilot, Uretacque. La main à FinfaiL 
Amené Uretacque. Brefïine. Uretacque guarei 
la pane. Kau amure , amure bas , Hau Uretac- 
que , Cap en houlle. Defmanche le heaulme. 
Àcappaye. En fommes nous là ? dift Panta- 
gruel. Le bon Dieu Servateur nous foit en ay- 
de ! Acappaye hau s'efcria Jamet Brachier maif- 
tre pilot , Acappaye. Chafcun ]. enfe de fon a- 
me, & fe mette en dévotion n'efperans ayde 
que par miracle des Cieuk. Faifons , dift Pa- 
nurge , queclque bon ôc beau vœu. Zalas , Za- 
las 5 Zalas ^ Bou bou , bebebebous ^ bous ^ 
bous , Zalas , Zalas , 7 faifons ung pèlerin, ça, 
ça , chafcun bouriille à beaulx liards , ça ^ de- 
çà , hau ^ dift frère Jean , de par touts les dia- 
bles. A poge. Acappaye au nom de Dieu. 
Defmanche le heaulme hau. Acappaye , Acap- 
paye, Beuvons hau. Je dis du meilleur ^ & plus 
ftomachal. Entendez vous hau , majourdome. 
Produirez , exhibez. Aufïi bien s'en va cecy à 

touts 

_ 7 Faifons ung peler tn'} t'A- | ne nye point qu'elle ri'eufl faouif 
riofte, chant 1 9. de la traduction ce jour - U, L'on fait un pèlerin 
impr. l'an :55s. Bieneji de jort an mont i>may 5 un promis en 
O" malmg couraige , yoires plus Uallice-, à Cipres , à B^omme , a» 
dur que n'e(l acier ^ qui à cejie SepulchretàlaFiefge de Lorettej 
heure ne craint ; Mar^hife mef- CJ fi antre lien célèbre fs mtA* 
Stt t $«» mtrefoisjutfi a^ewée j | me. 



Livre IV. Chap. XXI. 117 

touts les millions de diables. Apporte cy hau 
paige mon tiroûoir ( ainfi nommoit il Ton bré- 
viaire. ) Attendez _, tire mon amy, ainli , vertus 
Dieu, voicy bien greilé 6c foaldroyé vraye^- 
ment. Tenez bien là hault ^ je vous en prie. 
Quand aurons nous la fefte de touts fainàs ^ 
Je crois qu'aujourd'huy eft Finfefte de touts 
Jes millions de diables. Helas , dift Panurge , 
frère Jean fe damne bien à crédit. O que j'y 
perds ung bon amy. Zalas , Zalas , voicy pis 
que antan. Nous allons de Scylle en Carybde, 
holos je naye. Confiteor , ung petit mot de 
teftament , frère Jean , mon père , Monfieur 
î'abftradleur mon amy , mon Achates , Xe- 
nomanes mon tout. Helas je naye , deux mots 
de teftament. Tenez icy fus ce tranfpontin. 



Chapitre XXI. 

Continuation de la tempefh , & brief difcours 
fus tefiamentsfaiclsfuymer. 

F Aire teftament , dift Epiftemon , à cefte 
heure qu'il nous convient évertuer & fecou- 
rir noftre chorme fus poine de faire naufraige , 
me femble adte aultant importun & mal à pro- 
pous comme celluy des Lance- pefades & mi- 
gnons de Gelar entrans en Gaule , kfquels 

Hj s'amii- 



ii8 Pantagruel, 

s'amufoient à faire teftamens & codicilles j 
lamentoient leur fortune , plouroient l'abfen- 
ce de leurs femmes Oc amis Rommains , lorf- 
que par neceflité leur convenoit courir aux ar- 
mes j & foy évertuer contre Arioviftus leui 
ennemy. C'eft fottife telle que du charretier, 
lequel , fa ' charrette verfée par ung retouble , 
à genoilz imploroit Taide de Hercules , & ne 
aguillonnoic fes bœufs & mettoit la maie 
pour foublever les roues. De quoy vous fervirs 
icy faire teftament ? Car ou nous évaderons ce 
dangier , ou nous ferons nayez. Si évadons il 
ne vous fervira de rien. Teftamens ne font 
vallables ne auélorifez finon par mort de tefta- 
teurs. Si fommes nayez , ne nayera il pas com- 
me nous > Qui le portera aux exécuteurs l 
Quelcque bonne vague, refpondit Panurge. 
le jedlera à bort , comme feit Ulyfïès : & 
quelcque fille de Roy allant à Tesbat fus k 
ferain le rencontrera : puis le fera tresbien 
exécuter : 6c près le rivaige me fera erigei 
quelcque magnificque cénotaphe : comme feit 
* Dido à fon mary Sichée : ^ Eneas à Deï- 

pho- 



Chap. XXr. I charrette yer- 
Jeepar ung retouble ] Un reton- 
èle, ou, comme parle Rabelais 
au ch. 45. fuivant , un champ 
reftile , ager refiibilis , c'eft une 
terre grafle , qu'on féme tous 
les ans. Voiez. Nicot 5 au mot 
Jietcuble. 

j. Dido à fin mary Sichée J Je 



ne fais où Rabelais a pris ceci. 
Peut-être a-t-il pris pour un 
Cénotaphe le bûcher qui don- 
na ocçaiîon à Didon de fe 
brûler avec le facrifice qu'elle 
venoit d'offrir aux Mânes de ' 
Siche'e. Voiez. Juftin ,1. 18. c.6. 
3 Enear à Déi^hobus J EnCÏç^ 
Il ô. vers 505, 

i 



Ltvre IV. Chap.XXI. iip 

pliobus fus le rivaige de Troye près Rhœte : 
4 Andromache à Hedlor 9 en la cité de Bu- 
trot. ^ Ariitoteles à Hermias &: Eubulus. ^ 
Les Athéniens au Poète Euripides, 7 les Rom- 
mains à Drufus en Germanie , & ^ Alexandre 
Severe leur Empereur en Gaule : ^ Argentier 
à Callaifchre. '° Xenocrite à Lyfidices. Ti- 
mares à Ton fils Teleuragores. *' Eupolis de 
Arillodice à leur fils Teotime. ^* Onefles à 
Timocles. ^^ Callimache à Sopolisfils deDio- 
clides. ^* Catulle à Ton frère. *^ Statius à fon 
père. '^ Germain de Brie à Hervé le nauchier 

Bre- 



4- ^ndrontache à HeBor (!Tc. "} 
Eneid. 1. 3. vers 302. 

5 ^rifloteles à. Hermias (!J 
Eubuluf J Diogene Laerce en 
la vie d'Anftote. 

6 Les athéniens ai* Poète Eu- 
ripides ] Voiex l'Anthologie, 1. 
3-pag. 394. & 395. de l'édition 
deWéchel. 

7 Les R^ommains à Dïufns en 
Germanie'^ Voiex Suétone en la 
vie de l'Emp. Claudius. 

8 ^4lexandre Severe (J'c. J 
Voiez Lampridius dans la vie 
de cet Empereur. 

9 argentier à Callaifche ] Le 
nommé Callefchre , K:5».a - 
<r^o(^ , aiant péri fur mer 5 les 
Poètes j bien païez fans doute 
par Tes héritiers , s'exercèrent à 
lui faire des cénotaphes. Il nous 
enrefte deux 1. 3» de l'Antho- 
logie c. 21. Tune de Léonidas , 
l'autrç d'Argentarius qui com- 



10 Xenocrite à Lyfidices J 
Voiez l'Anthologie > 1. 3» 
p. 367.de rédition deWéchel. 

11 Eupolis O" ^nflodice à 
leur fils Teotime ] Je n'ai pix 
rien trouver touchant ceci , ni 
touchant Timares & Teleutago- 
res. 

12 Onejies À Timocles ] VoieZ 
l'Anthologie , 1. 3. pag. 366. 
de l'édition de Wechel. 

13 Callimache à S(,pûlts']Voye% 
les Epigramraes deCallimaque 
Epi^r. Z2. 

14 Catulle à fon frère ] VoieZ 
la 102. des Epigrammes de Ca- 
tulle. 

1 J Statius à fon père ] Voieï 
les Sylvcs de Stace ,1. s • Epi* 
ced. 3 • 

1 6 Germain de Brie à HeryèU 
nanihier Breton ] L'an 1512.. le 



120 Pantagruel^ 

Breton. Refves tu ? dift frère Jean. Ayde Icf 
de par cinq cens mille & millions de charret- 
tées de Diables, ayde que le cancre te puiflè 
venir aux moultaches , de trois razes d'angon- 
nages , pour te faire ung hauk de chauffes , Ôc 
nouvelle braguette. Noilre nauf eft elle enca- 
rée ? vertus Dieu , comment la remolquerons 
nous ? Que touts les diables de coup de mer 
voicy ! Nous n'efchapperons jamais, ou je me 
donne à touts les diables. Alors fut ouïe une 
piteufe exclamation de Pantagruel difant à 

haul- 



jour de S. Laurent il y eut de- 1 
vantS.M?:heen Bretagne grand 
combat fur mer entre la Flo>e 
Françoife , & l'Angloife plus 
rombreufe de moitié. Les An- 
glois voïant leur Amiral en dan- 
ger jetterent le feu dans celle 
de France, que commandoit le 
Capitaine Hervé Breton. Celui- 
ci après avoir inutilement tente 
de la fauver, reconnoiflant que 
la perte en étoi: inévitable, ac- 
crocha le vaifleauennemijoù le 
vent aïant porté le feu , la Ré- 
gente d'Angleterre, & la Cor- 
delière de France 3 c'étoit le 
nom des deux vaifleaux , péri- 
rent avec tous les hommes qui 
^toient deflus. Germain de Brie, 
•en Latin GenmanHs Brixiuf , fit 
fur ce fujet un Poërae intitulé 
Chordigera dédié à la Reine An- 
tje , à la Sn duquel il drefTa ce 
Cénotaphe à la mémoire du Ca- 
jutaine Hervç : 



Hervei Cenotaphiunt, 
"Mitgnammi mânes Heryei l- 
nomenque yerendum 
Hic lapis obferrat , non tamem 
ojja tegit. 
^AhÇus enim ^nglorum nume^ 
roja occurrere clajfty 
Qua patnum infeflans jam 
prope ItttHs erat > 
chordigera inVeBus regah pup- 
p<x: Britattms 
Marts priusfxvo comminux 
eàcnntis -y 
v4.YJit ChordigercC in flammà. > 

extremoque cadentem 
Seyyavit moriens exàdio pa^ 
triant, 
Pri/ca duos atas Dedos mira- 
tur : at unum 
Quem conferre queat j noflrn 
duohus habet» 

Thomas Morus y fit cette vivo 
& piquante réponfe : 

Herfea cum De eus unnin co»^ 
ferre duiùns 



Livre IV. C h a p. XXI. rit 

haulte voix : Seigneur Dieu , faulve nous : '' 
Nou> periiFons. Non coutesfois advieigne fé- 
lon nos afFc*6lions : Mais ta faindle volunté 
foie faidte. Dieu , dift Panurge , & la benoiftc 
Vierge ibienc avecques nous. Holos, holas y 
jenave. Bebebebous , bebebous, bous, fnma* 
tJHs.Vr^Y D^^^ envoyé moy quelcque Daulphin 
pour me faulver en terre comme ung beau pe- 
tit Arion. Je fonneray bien de la harpe , fi elle 
'n'eft démanchée. Je me donne à touts les diables 
dift frère Jean : ( Dieu foit avecques nous , di- 
foit Panurge entre les dents ) fi je dcfcends là ^ 
je te monftreray par évidence que tes couiilons 
pendent au cul d'ung ^^ veau coquart, cornart, 

efcor- 



/P-tas y te y Brixi y ludice -, 
yiojîrapotejî. 
Sed tamen hoc dijlant ■> illi 
4juodJJ>ontepenhan^ , 
Hic periit j quomam non po- 

twt fugere. 
Voiex les Epigrammes de 
Thomas Morus 3 & les Poëfies 
de Germain de Brie. Celles-ci 
ont été réimprimées djns le re- 
cueil qu'a fait Gruterus , fous le 
nom de J^anutius Gheruj àes 
Poefîes Latines que des Fran- 
çois publièrent dans le XVI. Siè- 
cle. C'eftuni6.en 3- tomes > 
impr. l'an 1 599. 

17 Kms pei-ifjàn.r'] Paroles de 
S.Pierre dans la Nacelle. 

1 8 f^eau coquart J l'''ea* co - 
fjitart, ieune fot , toujours paré 
de plumes de Coq y comme en 
portoient fur le bonnet les Mu- 



guets du tems paflTé. Alain 
Chartier , en fon Livre des qua* 
tre Dames : 

II:^ ne font bons , quÀ feair ott 

banc 
Souf7\ cheminées. 
Quand leurs bouches font ayi-i 

nées , 
Et il\ont les bonnes rinéesf 
Lors comptent de leurs dejîineefi 
Les coquars fou\ 
^lors je rantent de grani 

cous , 
Et font grans defpens (J granM 

coujT\. 
Et quoy quil foit prins OH »"«-? 

ceux , 
N«/ d^eulx n^y penfe. 
Preji\ tl\ feraient à la def- 

penCs , 
'Mats tardifs font k la dejfet** 

fe. 

Veau 



tit Pantagruel, 

efcorné. Mgnan , Mgnan , Mgnan. Viens ici 
nous ayder grand veau plourart de par trente 
millions de diables , qui te faultent au corps, 
Viendras tu ? hau , veau marin. Fy qu'il eft 
laid le plourart. Vous ne diéles aultre chofe ? 
ça joyeulx Tirouoir en avant , que je vous: 
efpeluche *^ à contrepoil. Beams vir qui non 
abiit. Je fçay tout cecy par cueur. Voyons la. 
légende de Monfieur fainét Nicolas. 

Horrida tempeflas montem mrbavit acutum, 

^^ Tempefte feue ung grand fouetteur d'ef- 

cho* 



Veau cornaYt , Doôeur igno- 
rant , qui pour s'attirer du ref- 
peâ ne paroit jamais en public 
fans la Cornetf qui marque qu'il 
eft gradué. Voiez le Chap. 
VIll. des illuftres Proverbes. 
Veau écorné , franc poltron , à 
qui fa lâcheté a déjà attiré main- 
te efcorne. Efcorne , de Tltal. 
Jcorno , honte, affront. Au Ch. 
LVI. fuivant : ^drenent quil 
feufi marié) le -prendre aux cornes 
comme ung yeatt , ,& ailleurs ; 
Coejuu , cornu , cornecul^ c'eft-à- 
dire 3 cocu , cornu 5 voire cocu 
jufqu^au eu. 

19 ^ contrepoil ] Frère Jeanj 
"qui traitoitdemsiy fon Bréviai- 
re , en tourne \ts feuillets de 
la gauche à la droite , c'eft à- 
clire à, rebours , pour trouver le 
Pfeaume Eeatus vir qui non abiit 
ajc. qui eft le premier de tous. 
Pire iâ Patenôtre à. ^enrers 5 ( 



c'eft blafpkêmer. 

20 Tempejh <^c. ] Antoine 
Tempefte , Docteur de Paris j 
Principal du Collège de Mont- 
aigu , où fe voit encore fon 
portrait. Les Contes d'Eutrapel, 
ch. z6. Lupolde me difoit ». . Ec- 
ce montem acutum 5 oU jadis 
nojire maiflre Antoine Tempeflas. 
tonna fi tupiquement. Ce vers » 
au refte , fait allufîon à celui-ci 
d'Horace : 

Horrida tempeflas caelum con» 
traxit (J" imbres . 

Un Cordelier nommé frère 
Tempefte , qui fans changer 
d'habit préchoit la Réforma» 
tion à Montelimar en 1560. 
donna commencement à l'E- 
glife de ce lieu. Voiez Beze « 
Hift. Eccl. tome i. pag. 2is< 
Ôc 545. 

n 



Livre IV. C h a p. XXII. 12} 

tholiers au colliege de Montagu. Si par fouet- 
ter paovrets petits enfans , efcholiers innocens, 
les Pédagogues font damnez , il efl , fus moa 
honneur , en la roue d'Ixion , fouettant le 
chien courtault qui Tesbranle : s'ils font par 
enfans innocens fouettez faulvez, il doibc eltrc 
*^ au defTusdes. .. 



Chapitre XXI !• 



Fin de la Tempe fie 



I.' 'Tp Erre , terre , s'efcria Pantagruel , je 
X voy terre, Enfans , * couraige de bre- 
bis. Nous ne fommes pas loing de port^ Je 
voy le ciel du couflé de la Tranfmontane , qui 
commence ^ s'efparer. Advifez à Siroch. Cou- 
raige enfans , difl; le pilot , le courant eft re- 
foncé. Au trinquet de gabie. Infe ', infe. Aulx 
boulingues decontremeiane. Le cable au capef- 
tan , Vire , vire ^ vire. La main à Tinfail. Infe ^ 

infe. 



2 1 ^u defjui des] Période in- 
terrompuë par Pantagruel qui 
S^éct'ic terre ., terre, 

CHAP. XXII. I Terre^ terre] 
C eft le yjf» opS) ou terram 
-pideo de Diogcne, lorfqu'il fe 
trouva fur la fin de certain gros 
volume dont la le(Sure l'avoit 
beaucoup ennuïé. 



2 Couraige de hrehis ] Qui bê- 
lent de plus belle , lorfqu'elles 
approchent de l'étable. 

5 S'e/parer] S'efclaircir. De 
l'Italien fparar ,qui fe dit d'une 
chambre en l'état qu'elle paroic 
après qu'on a dépendules ta- 
pifl'erie? qui en couvroien: les 
parois. 

4 



t24 Pantagruel, 

infe. Plante le heaulme. Tiens fort à guarant* 
Pare les couets. Pare les efcoutes. Pare les Bo* 
lines. Amure bâbord. Le heaulme foubs le vent. 
Caiîè efcoute de tribord , fils de putain. ( Ta 
es bien aife , homme de bien , dilt frère Jean 
au matelot , d'entendre nouvelles de ta mère. ) 
Vien du lo. Près du plain. Hault la barre. 
( Haulte dï , refpondoient les matelots. ) Tail- 
le vie. Le cap au feuil. Malettes hau. Que Ton 
coue bonnette. Infe , infe. C'eft bien didl 8c 
advifé , difoit frère Jean. Sus , fus , fus , enfans 
diligentement. Bon. Infe, infe. A poge. C*efl 
bien di6l & advifé. L*oraige mefemble ^ critic- 
quer & finir en bonne heure. Loiié foit Dieu 
pourtant. Nos diables commencent efcamper 
dehinch. Mole. C'eft bien & do6lement parlé. 
Mole , mole. Icy de par Dieu. Gentil Pono- 
crates , puiHànt ribauld. Il ne fera qu'enfans 
mailes le paillard. Eufthenes guallant homme. 
Au trinquet de prore. Infe , infe. -C'eft bien 
diél. Infe de par Dieu , Infe, infe. Je n'en dai- 
gnerois rien craindre , car le jour eft feriau. ^ 

Nau, 

c-^« SainB Kau 
Chiinti'ray fans point m'y fein- 
dre. 



^Criticqwr ] On , comme on 
lit dans l'édition de 1548. mi- 
nuêr L'orage critique lorfqu'il 
eft dans une criC^ enfuite de la- 
fquelieil diminué' 

5 tîau-, nau-, nau ] Ceci eft 
pris d'un Noël qu'on chante 
«ncore en Poitou , & qui com- 
mence : 



Je n'en daignerais rien crains 

dre , 
Car le jour efi feriau > 
"Kau , nau , nau. 
"Nau en Poitevin 5 c'eft NoëL 
Feriau , deferialis , veut dire 
folemneL 

6 



Livre IV. C h a p. XX 1 1. 12Ç 

Nau , nau , nau. ( Ceftuy Celeume , dift Epif- 
temon , ntiï hors de propous : & me plaiit. ) 
Car le jour eft feriau. Inie , infe , Bon. O , 
s'efcria Epiitcmon , je vous commande touts 
bien efperer. Je voy ça ^ Caltor à dextre. Be 
bebous bous bous , dift Panurge,j'ay grand 
paour que foit Heleine la paillarde. C'cit vraye- 
ment , refpondit Epiftemon , ^ Mixarchagevas, 
{i plus te plaiit la dénomination des Argives. 
Haye , haye. Je voy terre : je voy porc : je voy 
grand nombre de gens fus le havre. Je voy du feu 
fur une Obelifcoiychnie. Haye , haye, dift le 
pilot , double le cap, & lesbafles. Doublé eit, 
refpondoient les matelots. Elle s'en va , dift 
le pilot : auffi vont celles de convoy. Ayde au 
bon temps. SainCl Jean , dift Panurge , c'efl 
parlé cela. O le beau mot. Mgna , mgna , mgna, 
dift frère Jean , fi tu en taftes goutte , que le 
diable me tafte. Entends tu ^ couillu au dia- 
ble. Tenez noftre amé , plein ^ tanquart du 
fin meilleur. Apporte les frizons , hau Gym- 
nafte , ôc ce grand *® maftin de pafté Jambic- 

que. 



6 Cajîor .... Heleine] Voiez 
Pline , 1. 2 ch. 37. & le Scah- 
gt:raria , au mot KoHduca 

7 TAix arc h agréas CTr. J C'eft 
comme il faut lire. Voiez Plu- 
tarque j Problème 23. Queft. 
«3. 

8 CovUIh] Coion , lâche. 

9 Tanquart j Ce mot ell An- 
glois ) & £gni£e certain poc à 



bière j afCez plat ôc également 
large du haut en bas. La mefu- 
re appellee tancjuan eft de deux 
fortes. Le grand tan^uan tient 
deux pintes , & le petit n'en 
tient qu'une. 

lo'Majiin de pajîé .... jant- 
bomtcjue \ Maftm, de mafpiTinury 
dans la fîgnification d'un porc 
engraiû'e dans une maitairie. 

Il 



ti6 Pantagruel, 

que , ou Jambonique jcem'eft tout ung. Guâr- 
dez de donner à travers. Couraige , s'efcria 
Pantagruel) couraige enfans. " Soyons cour- 
tois. Voyez cy près noftre nauf deux Luts , 
trois ^^ Flouins , cinq ^^ chippes , bui6l ^"^ vo- 
luntaires , quatre Gondoles , ôc fix Frégates , 
par les bonnes gens de cefte prochaine Ifle en- 
voyées à noilre fecours. Mais qui eft ceftuy 
Ucalegon là bas qui ainfi crie & fe defconfor- 
te ? Ne tenois je l'arbre feurement des mains , 
& plus droidl que ne feroient deux cens gume- 
nes ? C'eft , refpondit frère Jean , le paovre dia- 
ble de Panurge, qui ha fiebvre de veau. 11 trem- 
ble de paour quand il elt faoul. Si , dift Pan- 
tagruel , paour il ha eu durant ce ^^ Colle hor- 
rible & périlleux Fortunal , pourveu qu'au ref- 
te il fe feufl évertué , je ne l'en eftime ung pelet 
moins. Car comme craindre en tout heurt eft 

in- 



1 1 Soyons courtois 1 Ici r o«»"- 
tois fîgnirie proprement libéral. 
Voiex Ménage au mot Couir- 
tois» 

12 Flûiims [ FaiJJeaux légers'] 
De l'Aleman fliien y voler. 

1 3 chiffes ] Bateaux. Du Fla- 
mandTf^jp, mot de même iîgni- 
fication. 

14 Folunt aires ] Vaifleaux 
d'Armateurs, peut-être.Ou bien 
certains vailleaux comme les 
J'ac-bots ■) qu'on auroitnom- 
mex "volontaires , parce qu'ils 
qu'ils vontprefque à tout vent) 
à la yolonté du Pilote. Marmol, 



L. VI. Ch. Xyi. de fon .Afri- 
que, parlant de la flote d'An- 
dré Dorie commandoit dans la 
Mer de Tunis dit , qu'entre les 
400. dont elle étoit corapofée, 
on comptoit 90. Galères Roia- 
les , & quelques Galiotes& Fu- 
ftes de Volontaires , d'Efpagne > 
d'Italie , ôc d'ailleurs. Voiez la 
Traduftion de M.d'Ablancourt» 
Tom. II. pag.463.dérEdit. J» 
4°. Paris 1667. 

1 5 Colle] Tourmente 5 tempête, 
Voiex Oudin, Didion. fr.ltal* 
au mot Cole. 



Livre IV. C h a p. XXII. Ï27 
indice de gros 6c lafche cueur , ainfi comme 
faifoit Agamennon : & pour ceile caufe le di- 
foit Achiiles en Tes reproches ignominieufe- 
ment avoir œils de chien , &c ^^ cueur de cerf: 
aufli ne craindre quand le cas eft evidentemenc 
.redoutable , eft '^ figne de peu ou fauke d*ap- 
prehenfion. Ores fi chofe eil en celte vie à crain- 
dre, après rofFenfe de Dieu, je ne veulx dire 
que foit la mort. Je ne veulx entrer en la dif- 
pute de Socrates & des Academicques : mort 
n'eftre de foy maulvaife , mort n'eitre de foy à 
craindre. Je dis celte efpece de mort par nau- 
fraige eitre , ou rien n'eitre à craindre. Car , 
comme eft la fentence d'Homère , chofe grief- 
ve , abhorrenre & dénaturée eft périr en mer. 
De faiél Encas en la tempefte de laquelle feue 
leconvoy de fes navires près Sicile furprins,re- 
gretoit n'eftre mort de la main du fort Diome- 
des , & difoit ceulx eftre trois & quatre fois 
heureulx qui eftoient morts en la conflagration 
de Troye. II n'eft céans mort perfonne. 
Dieu fervateur en foit éternellement loué. 
Mais vrayement voicy ung mefnaige afïèz mal 
en ordre. Bien il nous fauldra reparer ce bris. 

Guar- 

1 5 CwffMr^efcr/] Ceci eft pris I point du tout de jugement. 

du I. 1. de rUiade. Plutarqne ! Dans les nouvelles éditions 

I le rapporte dans le Difc ou rs j on lit pewr comme dans celle de 

S intitulé ; comment il faut lire les f. IS96. Il faut lire peu , confor- 

* ^oéte.r. \ mément à celles de 15+8. & 

17 Signe de peu ouf auUe d'apA IJJJ» 

jprehenjîon ] Signe de peu ou | 

CHAP^ 



ïiS Pantagruel^ 

Guardez que ne donnons par terre. 

Chapitre XXI IL 

Co7nment la tempefie finie Panurge faiEi le bon 
compaignon» 

HA , ha , s'efcria Panurge , tout va bien. 
^ L'oraige eit palfée. je vous prie de 
grâce , que je defcende le premier. Je vouldroij 
fort aller ung peu à mes affaires. Vous aydei ay 
je encores là?Baillez que je vrillonne cefte cher 
de. J'ay du couraige prou, voire. De paour bier 
peu. Baillez-ça mon amy. Non , non , pas mail 
le de craindle Vray eft que cefte vague decu 
mane , laquelle donna de prore en pouppe 
m'ha ung peu Tartere altéré. Voile bas. C'ef 
bien dict. Comment , vous ne faidles rien 
Frère Jean ? Eft-il bien temps de boyrc à ceft< 
heure ? Que fçavons nous fi * Teftaffier de faind : 
Martin nous braiïè encores quelcque nouvell» 
oraige ? Vous iray - je encores ayder de là 
Vertus guoy, je me repens bien , mais c'ef 
à tard , que n'ay fuivy la doélrine des bon 
Philofophes^qui difent foy pourmener prel 

1; 

Chap. XXIII. I VOraige efi \ Le Diable. La Légende de 
faffée ] Oraige féminin , comme Martin le lui donne pou 
déjà oMvraige , 1. 2 . ch. 1 6. Eftaflier en certaine occafion» 

a i.'Eji^er de S, Mm m ] 



Livre IV. Chap. XXIII. iip 

la mer , & naviger près la terre , eitre chofe 
moult feure & deleélable : comme aller à pied, 
quand Ton tient fon cheval par la bride. Ha , 
ha , ha , par Dieu tout va bien. Vous ayderay- 
je encores là ? Baillez ça , je feray bien cela. 
Ou le Diable y fera. Epiftemon avoir une main 
tout au dedans efcorchée & fanglante par 
avoir en violence grande retenu ung des gu- 
menés , ôc entendant le difcours de Panta- 
gruel dift : Croyez , Seigneur , que j'ay eu de 
paour & de frayeur non moins que Panurge. 
Mais quoy?Je ne me fuis efpargné au fecours. Je 
confidere 9 que fi vrayement mourir eft ( com- 
me eit ) de necefficé fatale & inévitable, en tel- 
le ou telle heure , en telle ou telle façon mou- 
rir eft en la fainéle volunté de Dieu. Pourtant 
icelluy fault inceiîàmment implorer , invoc- 
quer , prier , requérir , fupplier. Mais là ne faulc 
faire but & bourne : de noftre part convient 
pareillement nous évertuer , ôc comme dicl le 
faindl Envoyé eftre cooperateurs avecques luy. 
Vous fçavez que dift C. Flaminius conful , 
lorfque par Taftuce de Annibal il feut referré 
près le lac de Perufe diél Thrafymene. Enfans, 
dift il à fes fouldars , d'icy fortir ne vous fault 
efperer par vœuz 8c imploration desDieux.Par 
force & vertus il nous convient évader & à fil 
d'efpée chemin faire par le millieu des ennemis. 
Pareillement en Salluite , Fajde ( dift M. 
Portius Cato ) des Dieux n'eit impetrée par 
Toms ir. 1 ^*"* 



1^0 Pantagruel, 

vœuz ocieux , par lamentations muliebfes;. 
En veillant , travaillant , foy évertuant , tou* 
tes chofes fuccedent à foubhait & bon port. Si 
en neceffité ôc dangier eft l'homme négligent , 
aviré & parefïèux , fans propous il implore les 
Dieux. Ils font irritez & indignez.Je me donne 
au Diable , dift frère Jean (j'en fuis de moitié, 
-dift Panurge ) fi le clous de Sevillé ne feuft tout 
vendangé & deftruidl , i\ je n'eufïè que chanté 
Contra hoflmm infiâias ( matière de bréviaire ) 
comme faifoient les aultres diables de moynes , 
fans fecourir la vigne à coups de bafton de la 
croix contre les piilars deLerné. Vogue la gua- 
1ère , dift Panurge , tout va bien , Frère Jean 
ne faidt rien là. 11 s'appelle ^ frère Jean faiét 
néant , & me reguarde icy fuant & travaillant 
pour ayder à ceftuy "^ homme de bien Matelot 
premier de ce nom. Noftre amé ho. Deux mots 
mais que je ne vous fafche. De quante efpaif- 
feur font les aisde cefte nauf ? Elle&font ( ref^ 
pondit le pilot ) de deux bons doigtz efpelïès , 
n'ayez paour. Vertus Dieu , diit Panurge , 
nous fommes doncques continuellement ^ à 

deux 



3 Trerejean Taicl-neant"] Par 
oppofîtion à Panurge dont le 
-nom veut dire un Faciotum, un 
homme qui fait tout. 

^ Homme de bien 'Matelot , 
premier de ce nom ] Frère Jean 
parlant à celui-ci dans le ch. 
prccedent l'avok par ironie 



appelle homme de bien. Or , qui 
voudra voir en quelle réputa- 
tion étoient en ce tems-la gé* 
néralement tous les Matelots y. 
n'a qu'à lire Jean de Léry , au 
ch. z.defonvoïage de l' Amé- 
rique. 

5 v^ de»x dcigt-^^res de U 
mort\ 



LivreIV. Chap. XXIII. i^r 

deux doigtz près de la mort.Efi-ce cy ^ une des 
neuf joyesde mariaige ? Ha noilre amé ^ vous 
failles bien mefurant le péril à Taulne de paour. 
Je n'en ay poindl , quant elt de moy. Je m'ap- 
pelle Guillaume fans paour. De couraige ranc 
& plus. Je n'entends ^ couraige de brebis. Je 
dis ^ couraige de Loup , J* afleurance de meur- 
trier. ^® Et ne crains rien que les dangiers. 

ChaP6 



m!>rt ] Cette penfe'e eft cîu Scy- 
the Anacharlis, dans Diogene 
Laërce. 

6 Une des neuf joy et de mariai- 
ge'\ Piaifante comparaifon entre 
un homme, pour heureufement 
cjuMait rencontré dans Ton ma- 
riage , &c un autre qui , pour 
s'être embarqué fur un bon 
vaifl'eau n'eft pourtant pas fur 
de ne point faire naufrage. 
On a reimprimé plufieurs tois 
dans le XVI. Siècle le petit volu- 
me des J^in\e joyes du mj.yiiigej 
& il eft cote a la dernière page 
des Controverfes des Sexes 
mafculm & féminin , impr. dès 
l'an i5î-f. 

7 Couraige de brebis ] Lâche- 
té. Le Diction. Fr. It^l d'Ou- 
din. Couraige de Brebis, am- 
mo yilct dapocagvi'\ Alain Char- 
tier , dans fon Livre des quatre 
Dames : 

Tendres font comme ttne ejpou- 



Tremhlans comme brebis ton* 
fée. 

8 Cou; aire de lonp^ Aflurancé 
forcée 3 comme celle du loup > 
qui ne tourne tête pour com- 
battre , que loi fqu'il ne peut 
plus fuir avec fa proie. 

9 ^(jeurance de m.^n/trier J 
Bonne mine à mauvais jeu. £- 
tans ajfeur •\ comme meurtriers 3 
dit Luther au 5. Livre de Sleï- 
dan 3 ils m font compte d^admo'- 
nitions fï claires C évidentes, CiT" 
fe mocquent à peu près de l'ire de 
Dieu Quife donné à connoijîre. 

10 Et ne crains rien ç«e les 
dangiers ] Et plus bas j ch. 55. 
Car ;e ne crains rien fors les dan* 
gters. Je le di\ tous/ ours, ^ujjl 
difttt le Framanhier d,e Bnigno" 
let. Sur lequel endroit l'Abbé 
Guy et a fait cette note a la mar- 
ge de fon Rabelais : C^fji un 
Poème de Villo,\ , dans lequel il 
fait dire à ce Francarcher qu'il ai 
craint qus les dangers. 






ti 



Chap. 



IJl 



Pantagruel 



Chapitre XXIV. 



Comment par frère ]ean Tanurge efi declairi 
avoir en paonr fans caufe durant loraige. 

BOn jour, Meffieurs ^ dift Panurge, bon 
jour treftous. Vous vous portez bien tre- 
ftous. Dieu mercy & vous. Vous foy ez les bien 
ôc àpropous venus. Defcendons. Hefpailliers 
hau j jeâez le pontal : approche ceftuy efquif. 
Vous ayderay-je encores là ? Je fuis ^ allouvy 
& afFamé de bien faire & travailler , * comme 
quatre bœufs. Vrayement voici ung beau lieu y 
& bonnes gens.Enfans avez vous encores affaire 
de mon ayde ? N'efpargnez la fùeur de mon 
corps, pour l'amour de Dieu. Adam , c'eft 
l'homme, nafquit pour labourer ôc travailler 
comme Toifeau pour voler. Noftre Seigneur 
veult , entendez vous bien ? que nous man- 
geons noftre pain en la fueur de nos corps .• 
non pas rien ne faiCans , comme ce ^ penail- 

lon 



Chap. XXÎV. l.MloHi^y-] 
Affamé d'agir, comme un loup 
de manger. 

2 Comme qjMtre hcenfr ] Pins 
haut} I. I.c. 6,UijJe\faire aux 
quatre bœufs de deyant. Ces fa- 
çons de parler Proverbiales 
(ont de Charretiers du Poitou, 
^ui veulent vamet la force & 



l'ardeur desbœufs de leurs char-* 
rettes. 

S Fenaillon deMoyne CP'f.jLe 
Dietion. Fr. Ital.d'Oudm: Pe- 
nsiiUons j cenft tjiracci. Au ch. 
40. du 1. 1 . Epiltemon difoit de 
frère Jean que ce Moine n'é- 
toit point dejjlré , c'eft-à-dire 
qu'il ne fentoit point le Coquin 

OU 



Livre IV. Chap. XXIV. ijj 

ïon de Moyne que voyez , frère Jean qui boit , 
& meurt de paour. Voici beau temps. A ceite 
heure conc^nois je la refponfe "•• d'Anachariis 
le noble philo fophe élire verirable , & bien en 
raifon fondée , quand il interrogué , quelle na- 
vire luy fembloit la plus feure > refpondit : cel- 
le qui feroit on port. Encore mieulx ^ dift Pan» 
tagruel, quand il interrogué defquels plus 
grand edoit le nombre , des morts ou des vi- 
vans ? demanda : Entre lefquels comptez vous 
ceulx qui navigent fus mer ? Subtillement fi- 
gnifiant que ceulx qui fus mer navigent , tant 
près font du continuel dangier de mort qu'ils 
vivent mourans , & mourent vivans. Ainfi f 
Portius Cato difoit de trois chofes feullement 
foy repentir. Sçavoir elt , s'il avoir jamais fon 
fecret à femme révélé : fi en oifiveté jamais 
avoit ung jour pafTé : & fi par mer il avoit 
peregrine en lieu aultrement accefTible par terre% 
Par le digne froc que je porte , difl frère Jean à 
Panurge , couillon mon amy , durant la tem^ 
pefte tu as eu paour fans caufe & fans raifon. 
Car tes deflinées fatales ne font à périr en 
eaùe. Tu feras hault en Taer certainement ^ 

pendu 



ou le bélître. Ici Panurge voii- 
droit perfuader que du moins 
à l'air près il en a la parefl'e & 
la gourmandife. 

4 ^aacharjïx'\ Voicz fa vie 
dans Diogéne Laërce. 

j PoruHs Cato C7f • j Voiez fa 



vie dans Plutarque. 

6 rendu , ou bru/lé guaillard 
comme ung pers] Comme un dé; 
CQS Luthériens ou premiers Ré- 
formez, qu'en France on défi- 
gnoit fous le nom de ^eres , 
parce que prians en François 
1 3 commç 



1^4 Pantagruel, 

pendu , ou bruflé guaillard comme ung père. 
Seigneur , voulez-vous ung bon guaban contre 
la pluie ? Laiiïèz moy ces manteaulx de Loup 
& de Bedoùaulr. Faidles efcorcher Panurge, 
& de fa peau couvrez vous. N'approchez pas 
.du feu j & ne paflez par devant les forges des 
marefçhaulx ^ de par Dieu : car en ung moment 
vous la voyrriez en cendre. Mais à la pluie ex- 
pofez vous ^ tant que voulez , à la neige ^ ôc à 
la grefle. Voire par Dieu , jedtez vous au 
plonge dedans le profond de l'eaùe , ja ne ferez 
pourtant mouillé. Failles en bottes d'hiver î 
jamais ne prendront eaiie. Faiéles en des naflès 
pour apprendre les jeunes gens à nagier : ils 
apprendront fans dangier. Sa peau doncques y 
dift Pantagruel , feroit comme l'herbe di6le 
Cheveuil de Venus , laquelle jamais n'eft 
mouillée ne remoitie : tousjours eft feiche ^ 
encores qu'elle feuft au profond de tant que 
vouldrez. Pourtant cit dicSle Adiantos. Panurge 
mon amy , difl: frère Jean , n'aye jamais paour 

de 



tomme font encore ceux de la 
Religion j la plupart de leurs 
Prières commencent par Père 
tternel j comme les Grâces La- 
tines par le verbe ^gimus , qui 
devint auffî ie Sobriquet des 
Catholiques. S. Ange à Mafcu- 
^at , qui ne pouvoit fouffrir les 



Tti devrais flujiofh dire ayee 

moy : 
Père Eternel CT Agimus > 
J^oje;; tous deux Its btçn ye-* 

nus*. 

7 Tant qtie yauldre^ Ç^Jtc, ]J 
Voiez Pline, l. 22. cb, 21. 



Jiuguenots : » *. 

"~- ;;— - ' ' 'T 

*> MAJhirat^ z.édit,fa^. ajo. 



Livre IV. Chap. XXIV. ijç 

fâe reaiie je t'en prie. ^ Par élément contraire 
fera ta vie terminée. Voire ( refpondit Panur- 
ge ) : Mais les cuifiniers des diables refvent 
quelcquesfois ^ & errent en leur office : & met-, 
tent fouvent bouillir ce qu'on deflinoit pour 
roultir ; comme en la cuifine de céans les maif- 
tres Queux fouvent lardent Perdrix, Ramiers , 
& Bizets j en intention ( comme eft vray fem- 
blable ) de les mettre rouftir. Advient toutes- 
fois que les Perdris aulx choulx , les Ramiers 
aulx pourreaulx , & les Bizets ils mettent 
bouillir aulx naveaulx. Efcoutez ^ beaulx amis : 
Je protefte devant la noble compaignie , que de 
la chappelle vouée à Monlieur S. Nicolas entre 
Quande & MonlToreau , j'entens que fera ^ 
une chappelle d'eaiie Rofe : en laquelle ne pai- 
flra vache ne veau. Car je la jedleray au fond 
de Teaiie. Voila , dift Euithenes , le guallant : 
Voila le guallant : guallant & demy : C'eft 
vérifier le proverbe Lombardicque : 

Pajfato el pericolo ^ gabato el fanto, 

Chap. 



cot & Oudin l'ont encoce mis 
dans leurs Diftionaires. Marot, 
dans Ton Epigramme à Made- 
moirelle de la Chapelle : 



% Par élément contraire (!Jc, ] 
Ce qui doic pendre ne peut 
noier. 

5) Une chappelle CJJf .] Une cha- 
pelle à diftiler. Le mot de cha- 
melle dans la fignification d'^- 1 La Chapelle, où fefont eaiies 
lembic fe trouve dans le^^e covr. I odonferentes , 

fèrm. emendatione de Mat. Cor- \ Donne par fes liqueurs guefi** 
«lier , au ch. habendifumma de\ foas différentes, 

jl'çdition de 1531. Pepuis j Ni-' 

1 4 Chap- 



lî« 



Pantagruel, 



Chapitre XXV. 

Comment après la tempefle Pantagruel defcendii 
es IJles des Jïdacreons. 

SU s rinftant nous defcendifmes au port 
d'une Ifle laquelle on nommoit ^ Tifle des 
Macreons. Les bonnes gens du lieu nous re- 
ceurent honorablement. Ung vieil Macrobe 
(ainfi nommoient ils leur maiftre efchevin) vou- 
loir mener Pantagruel en la maifon commune 
de la ville pour foy refrefchir à fon aife , ôc 
prendre fà refeélion. Mais il ne voulut partir 
du mole que touts fes gens ne feuiïènt en ter- 
re. 



C H A p. X X V. I VIp des 
"TAacreons ] Quelques-uns veu- 
lent que ce Toit ici la grande 
Bretagne. D'autres > fous le 
nom d'//7e des Macreons veu- 
lent aufli comprendre la Pro- 
vince de Bretagne, dans laquel- 
le, de même qu'en Angleterre, 
les Contes d'Eutrapel c. 33. re- 
marquent qu'on voit encore une 
infinité de monumens anciens & 
de ces fingularitez, dont parle 
le prefent chapitre. Le Ttaduc- 
teur du Rabelais en Anglois 
croit que c'eft proprement 1 An- 
gleterre 5 mais , quoiqu'il foit 
confiant qu'on y vit fort vieux, 
ce n'eft point cette raifon-làqui 
le détermine. C'eft uniquement 



que ceux qui fous Edoiiard VI. 
pour éviter la perfécution de 
France fe refugioient en An- 
gleterre trouvoientle fecretd'y 
prolonger une vie qui n'auroit 
pas manqué de leur être ôtée 
dans leur patrie. Ne feroit-ce 
pas à la lettre l'Ifle de Wtght, 
Le Roman de Perceforeft la 
nomme Ijle de vie , & ce Ro- 
man 5 qui prolonge la vie de 
Ces Héros au delà de plufîeurs 
Siècles , ne les fait vivre iî 
long-tems qu'à raifon du féjour 
qu'il leur affigne dans cette Ifle, 
d'où il faut enfin les tirer pour 
les mettre dans la poiTibilité de 
mourir. 



Livre IV. Chap. XXV. ï^/ 

te. Apres les avoir recongneus 9 commanda 
chafcun eftre mué de veftemens ôc toutes les 
munitions des naufs eftre en terre expofées , à 
Ice que toutes les chormes feillènt chiere lie. Ce 
que feur incontinent faidl. Et Dieu fcet com- 
ment * il y eut beu & galle. Tout le peuple 
du lieu apportoit vivres en abondance. Les 
Pantagrueliftes leur en donnoient d'advantai- 
ge. Vray eft que leurs provifions eftoient aul- 
cunement endommaigées par la tempefte pre- 
cedente.Le repas finyPantagruel pria ung chaf- 
cun foy mettre en office & debvoir pour répa- 
rer le bris. Ce que feirent , & de bon hait. La 
réparation leur eftoit facile , par ce que tous 
les gens de l'ifleeftoient charpentiers & touts 
artizans tels que voyez en TArfenac de V enife: 
& rifle grande feulement eltoit habitée en 
trois ports , dix Parœces , le refte eitoit bois 
de haulte fuftaye , & defert , comme fi feufl la 
foreit d'Ardeine. A noftre initance le vieil 

Ma- 

2 lly eut beu & galle ] Il y 
fut bien bû , Ôc on s'y réjouit 
beaucoup. Patelin , au Dra- 
pier ; 



Il y aura beu O" galle 

Aile 



Che\ moy , ams que yous en 



I Lancelot du Lac 5 vol. 3. au 

'<. feuillet 46. tourné , édition de 

I5io. ^H matin quand le jour 

^pparHt j coHTHrent aux neff Uf 



foyref & les riches , entrèrent 
dedans , <c7 tous ceux qui en Gait» 
le deyoynt pafjer. Si y eut afje\ 
plouré O" cryé. Et FroifTartj vol, 
I. ch. 194. là. eut tiré O" efcar- 
mouché , O" moult ajjailloient €3*i 
efcurmomhoient les Kavarrois, 
Je ne fçache pas qu'il foit refté 
dans notre Langue aucun vefti- 
ge de cette façon de parler y 
qui 3 comme on voit a eu cours 
en France pendant plus de trois 
cens ans. 



Ïj8 P ANTAGRUE L , 

Macrobe monftra ce qu*eftoit fpe(5lable & infr* 
gne en l'ifle. Et par la foreft umbrageufe & 
deferte defcouvrit plufiears vieulx temples rui- 
nez , plufieurs obelifques , Pyramides , monu- 
mens , & fepulchres anticques , avec infcrip-, 
tions & epitaphes divers. Les ungs en lettres 
Hieroglyphicques , les aultres en languaige 
lonicque ^ les aultres en langue Arabicque * 
Agarene^ Sclavonicque , & aultres. Defquels 
Epiftemon feit extrait curieufement. Cepen- 
dent Panurge dift à frère Jean : Ici eft Tlfle des 
Macreons. Macreon en grec lignifie vieillart 
homme , qui ha des ans beaucoup. Que veulx 
tu , dift frère Jean , que j'en face ? Veulx tu 
que je m'en defFace ? Je n'eftois mie on pays 
lors que ainfi feut baptifée. A propous , ref- 
pondit Panurge , ie croy que le nom de maque- 
relleeneftextraicl. Car maquerellaige necom- 
pete que aulx vieilles : aulx jeunes competecul- 
letaige : Pourtant feroit ce à penfer que icy 
feuft rifle Maquerelle original ôc prototype 

de 



3 ^Agavene ] Rabelais diftin- 
gue ici la langue Agarene de 
l'Arabique. Ce qui eil contre la 
première des remarques que le 
Scholiafte de Hollande a pla- 
cées fous la Lettre H. Peut-être 
a-t'il en vûë la différence qu'à 
la mode de fon tems il a déjà 
faite 1. 2. ch. I. de l'édition 
Gothique in 12. entre G/en , 
^Arabes , O" LthnitjHes 5 c'eft-à- 
dire Mahdmetans. Je dis à la 



mode de fon tems > car outre 
les preuves qu'on en a déjà vîtes 
dans la première Note fur le 
ch. I. du 2. 1, il n'eft pas jufqu'à 
Gratiendu Pont Sieur de Dru- 
fac qui n'ait diftingué entre 
Ethniques & Gentilles les Hif- 
toires qu'il rapporte. Voies 
Tes Controverles des Sexes 
mafc. Se féminin 3 au feuillet 
XI. du 3. Livre j édition de 

1540» 

4 



Livre IV. Chap. XXV. 1^9 
fle celle qui efl à Paris. Allons pefchcr des huy- 
tres en efcaille. Le vieil Macrobe en languaige 
lonicque demandoit à Pantagruel commentée 
par quelle induflrie & labeur eitoit abordé à 
leur port celle journée en laquelle avoit efté 
troublement de l'aer , & tempefte de mer tant 
horrificque. Pantagruel luy refpondit que le 
hault lervateur avoit eu efguard à la (implici- 
te , & fincere affedlion de fes gens , lefquels ne 
voyageoyent pour guain ne traficque de mar- 
chandife. Une & feule caufe les avoit en mer 
mis, fçâvoir eft ftudieux defir de veoir , appren- 
dre , congnoiftre , vifiter loracle de Bacbuc , 
& avoir le mot delà Bouteille , fus quelcques 
difEcultez propofées par quelcqu'ung de la corn- 
paignie. Toutesfois ce ne avoit eité fans gran- 
de affliélion & dangier évident de naufraige. 
Puis lui demanda quelle caufe luy fembloit 
eftre de ceftuy efpouventable fortunal , & fi les 
mers adjacentes d'icelle Ifle eftoient ainfi ordi- 
nairement fubjeéles à tempeftes , comme en 
la mer Oceane font les Rats de "^ Sanmaieu , ^ 

Mau- 

4 Sanmaieu] Rats de S. Mat- i 
thieu en Bretagne , paflage dan- 



^ reux à caufe des courans qui 

y font des plus rapides. Froif- 

fartjvol. 3, ch. 5Z. (7 jmgle- 

> rent tant , çw'j// pajferer.t les 

iB^as SainB 'Mathieu en Breta- 
gne y fans péril CJ fans domma- 

\ 5 M^HrnffJJon J Le Canal ou 



Pertuis de Maumuiffbn , parta- 
ge des plus dangereux à caufe 
d'une infinité de bancs & de 
fables raouvans dont il eft cou- 
vert Il a deux lieues de long & 
une de large , & il fépare les 
liles d'Alvert & d'Oleron. 
Voiez la Popeliniere 5 1. 45. de 
fon Hifioire de France, 



~-*t 



t40 P A N T A G R U E L , 

MaumufTon , & en la mer Mediterrane'e ^ 
le gouftre de Satalie, ^ Montargentan , Plom- 
bin , ^ Capo Melio en Laconie , Teftroiét de 
Gilbathar , le far de Meffine , 6c aultres. 



Chapitre XXVI. 



Comment le bon Macrohe racompte a Panta" 
grnel le manoir & dtfcejjîon des Hero'ès . 

A Donc refpondit le bon Macrobe. Amis= 
peregrins icy eft une des Ifles Sporades,' 
non de vos Sporades qui font en la mer Carpa* 
thie : mais des Sporades de l'Océan , jadis ri- 
che, fréquente , opulente , marchande , popu- 
leufe, & fubjedle au dominateur de Bretaigne- 
Maintenant par laps de temps & fus la decli- 
nation du monde ^ paovre ÔC defçrte comme 
voyez. 

■* En 



6LegoHJfrede SataUe]kr\c\tn-' 
tiement Idttalie , dans la Pam- 
phylie. Il eft encore aujour- 
d'hui fort dangereux j mais, fi 
on en croit le Voiageur Villa- 
mont , il l'ëtoit autrefois bien 
davantage àcaufed'unMonftre 
marin qui y faifoit fa demeure. 
X'imperatnce Sainte Hélène, à 
fon retour de Jerufalem d'oii 
elle rapportoit les Clous dont 
?.C.avoit été attaché à la CroiX) 



y en jetta un , qui a eu la vertu 
de rendre ce Monftre fî traita* 
ble que ce n'eft plus que de tems 
en tems qu'il fe plak encore à 

abimer les navires qui l'ap- 
prochent. Voiez \ts Voïages de 
Viliamont,!. 2. ch. s* 

7 Mont argent an '\ Porto detc" 
lamone 5 dans la Tofcane. 

8 Ca^o Melio'] Cabo de TAahaJiay 
anciennement Malleitm Fromott*. 

Gnhï» 



Livre ÏV. Ch a p. XXVI. 141 

En cefte obfcure foreft que voyez longue 
3c ample plus de foixante ôc dixhuic^t mille Fa- 
rafanges clt l'habitation des Démons Ôc He- 
roes. Lefquels font devenus vieulx:6c croyons 
plus ne luyfant le comere prefentement, lequel 
nous appareut par trois entiers jours prece- 
dens , que hier en foit mort quelqu'ung. A\x 
trefpas duquel (oit excitée celle horrible tem- 
pefte qu*avez pati. Car eulx vivens tout bien 
abonde en ce lieu & aultres Ifles voifmes : 6c 
en mer ell bonache & ferenité continuelle. Au 
trefpas d'ung chafcun d'iceulx ordinairement 
oyons nous par la forelt grandes ôc pitoyables 
lamentations, & voyons en terre peltes ,vi mè- 
res Ôc afflictions , en l'aer rroublemens 6c té- 
nèbres : en mer tempefte & fortunal. Il y ha 
(dill:Pantagruel)derapparence en ce que dictes. 
Car ^ comme la torche ou la chandelle tout le 
temps qu elle elt vivente 6c ardente luift es af- 
fiitans , efclaire tout au tour , deledle ung chaf- 
cun , & à chafcun expofe fon fer vice 6c fa clar- 
té 5 ne faicSl mal ne defplaifir à perfonne : 5 us 
rinftant qu*elle eft eftaindle , par fa fumée 6c 
évaporation elle infeétionne l'aer , elle nuit es 
aflîitans 6c à ung chafcun defplailt. Amli eft il 
: de ces âmes nobles 6c infignes. Tout le temps 
^ qu'elles 



ChAP. XXVI. I Comme la 
torche C7r. j Comparai Ton prifc 
de PUitarque j dans le Dif- 



cours des Oracle? qui onc cef- 
fé. 



î4^ Pan tagruel, 

qu*elles habitent leur corps , eft leur demeure 
pacificque , utile , deledlable , honorable : fus 
rheure de leur difceffion , communément ad-» 
vient par les Ifles y & contiennent grans trou- 
blemens en l'aer ténèbres , fouldres , grefles : 
en terre concuflîons , tremblemens , eltonne- 
mens : en mer fortunal & tempefles , avecques 
lamentations des Peuples _, mutations des Re- 
ligions , tranfports des Royaulmes , & éver- 
fions des Republicques. Nous _, dift Epiitemon, 
en avons n'aguieres veu l'expérience on décès 
du preux & do6le Chevalier * Guillaume du 
Bellay , lequel vivant , France eftoit en telle 
félicité , que tout le monde avoit fus elle envie , 
tout le monde ^ s'y r'allioit , tout le monde la 
redoubtoit. Soubdain après fon trefpas elle ha 
efté "^ en mefpris de tout le monde bien longue- 
ment. Ainii , dift Pantagruel , mort Anchifes 



2 Guillaume du Bellai (^c. ] 
Marot , dans fa Complainte fur 
la mort du GénéralGuill.Preud* 
homme. 

De fa bouche àgrartd' 

peine 
Eut hors ce mot , quils yeirent 

en la plaine 
yenir pins clair que nul Bjubj 

Ballay 
VEfprit du preux Guillaume 

du Bellay, 
Tant tray aillé des guerres Pied- 

montoifes , 
j^'rt peine eufl fceu encor aller 

denx toijès ; 



Sijeyint mejtre arec eux ti 

repos 5 
Larmes laiffans à Souldars (!T, 

fuppojis, 
Laijfam en France O" en Pied'* 

mont ennuy , 
"Mais non laifjant homme fem^ 

blable à luj* 

3 J j r*allioit ] Recouroit à 
Elle j & recherchoit fa Protec*» 
tion. 

4 En mefpris de tout le monde 
bien longuement j Tôt après la 
mort de Guillaume du Bellai, 
l'Empereur Charles V contrai- 
gnit le Duc de Cléves de re-^ 

«on* 



Livre IV. Chap. XXVL 14? 
à Drepani en Sicile, la tempefte donna terri-, 
ble vexation à Eneas. C'elt paradventure la 
caufe pourquoy Herodes le tyrant & cruel Roy 
de Judée foy voyant preft de mort horrible ôc 
efpouventable en nature ( car il mourut d'une 
Phthiriafis mangé des verms & des poulx, 
comme paravant eitoient morts ^ L. Sylla,^ 
Pherecydes Syrien, 7 précepteur de Pythago- 
ras , ^ le poète Grégeois x'^lcman , & aultres ) 
& prévoyant qu'à fa mort les Juifs feroienc 
feux de joye , feit en fon Serrail de toutes les 
villes , bourgades , & chafteaulx de Judée touts 
les nobles & magiilrats convenir , îoubs cou- 
ileur & occafion fraudulente de leur vouloir 
chofes d'importance communicquer pour le ré- 
gime ôc tuition de la province. Iceulx venus & 



noncer à ralliance qu'il avoit 
avec la France , & comme le 
Roi François I. pafl'oit pour 
avoir attire dans la Mediterra- 
ree & julques devant le Châ- 
u de Nice le Corfaire Bar- 
oufle , l'Empereur alors 
:out puiflant en Allemagne 
n'empêcha pas feulement que 
les Ambaflàdeurs que le Roi 
ïnvoioit a la Diete , nemifl'ent 
e pié dans l'Empire 5 il s'en fa- 
;ut peu même > qu'un Héraut 
iju'ils avoient envoie demander 
jpour eux des Paiî'eports , ne 
TÛt pendu fans aucune forme de 
•procès * , tant l'Empereur s'é- 
;û:t rendu abfolu enAllemaene 



com- 

depuis la mort deM.de Langeij 
qui fe trouvant à toutes lesDie- 
tes ne manquoit pas 5 tout 
en reprefentant aux Alemans 
leurs véritables intérêts > de 
foutenir dans ces Aflemblées 
la gloire & les intérêts de la 
France. 

5 L. Syl/a ] Voiex Pline a 
l. XI. chap 33. & 1. 26. chap. 
13. 

6 Pherecjdes^y oiez Plinej I, 
7. ch. 51- 

7 Précepteur ds Pjtha7oras J 
Voiex Pline, 1. 2. ch. 79, 

8 Le Poète Grégeois ^Ic 
man ] Voiez Pline 5 1. XI. ch. 
33. 



* f^%fe\ Sleïdant /. ij. 



144 Pantagruel, | ! 

comparens en perfonne feit en Hippodrome du" 1 1 
Serrail referrer. Puis dift à fa fœur Salome, Ôc 3 
fon mari Alexandre : Je fuis afïèuré que de ma ç 
mort les Juifs fe esjouïront : mais fi entendre \ 
voulez, & exécuter ce que vous diray, mes exe- 'i 
ques feront honorables , & y fera lamentation i 
publicque. Sus l'inftant que feray trefpaiïe , '^ 
failles par les archiers de ma guarde , efquels 
î'en ay exprelïè commifïion donné , tuer touts 
ces nobles & magiftrats , qui font céans refer- 
Ainfi faifant toute Judée maulgré foy en 






rez. 



dueil & lamentation fera, & femblera es eftran- 
giers , que ce foit à caufe de mon trefpas : com» 
me fi queclqueame Heroïcque feuft decedée. 
Aultant en affeéloit ung defefperétyrant quand 
il dift : Moy mourant la terre foit avec le feu 
méfiée ; c'efl à dire, perifîè tout le monde. 
Lequel mot ^ Néron le truant changea difant , 
Moy vivant : comme attefte ^° Suétone. Cefte 
deteflable parole , de laquelle parlent Cicero 
lîh. 3 . de FinibHs dc Seneque lih. 2. de Clemen^ 
ce,eftpar ^^ Dion Nicseus ôc Suidas attribuée 
à l'Empereur Tibère. 

Chap. 



9 "Néron le trtiant ] Plus bas 
encore, ch. 34- /e truant Corn- 
Tnodus Empereur de B^omme. Et 
au 1. 3. c. 3. cette tritandaille de 
monde qui rien ne prejie. Trtiant 
lignifie propremenr un Coquin , 
un Belitre : mais ce mot vient 
de tribMtum , & il veut dire 
ignoble , un vilain , qui paie 



taille ou tribut. C'eft roppofé à 
gentil ) épithéte que nos vieux 
Livres joignent volontiers an 
nom de R^oi, 

I o Suétone'\ Au ch. 3 8 , de la 
vie de Néron. 

I I Dion Nîf <€«j] Au 1. 3 8 . de 
fon Hiftoire Romaine. 



Livre IV. Chap. XXVII. 145 



C H A > I T R E XXVII. 

Comment Pantagruel raifonne fus la difcefflon 
des âmes Heroïcques : & des prodiges horri^ 
fichues ^ui frecedarent le trefpas du feu 
Seigneur de Langey. 

ÎE ne vouldrois ( dift Pantagruel continuant) 
n'avoir pati la tormente marine , laquelle 
tant nous ha vexez & travaillez , pour non en- 
tendre ce que nous diél ce bon Macrobe. En- 
cores fuis- je facilement induiél à croire ce qu'il 
nous ha didt ^ du comète veu en Taer par cer- 
tains jours precedens telle difceffion. Car aul- 
fl cunes telles âmes tant font nobles , precieufes ^ 
& Heroïcques , que de leur deflogement ôc 
trefpas nous eft certains jours devant donnée 
fignification des cieulx. Et comme le prudent 
medicin voyant par les lignes prognoftics fon 
malade entrer en decours de mort , par quelc- 
ques jours devant ad vertift les femmes , en fans, 
parens , & amis du deces imminent du mary , 
père , ou prochain , affin qu'en ce refte de temps 
qu'il ha de vivre , ils l'admonneftent donner 

ordre 



Chap. XXVII. l Du comè- 
te ] Ici 5 & au chap. précèdent 
comète eft mafculin > mais au 
chap. 23. du 1. I. & au chap. 



3. de la Progn. Pantagr. il 
eft téminin dans toutes les 
éditions > excepté celle de 



Tome IF. K 



z 



14^ PANTAGRtffEL, 

ordre à fa maifon , exhorter & beniftre fes en* j; 
fans , & recommander la viduité de fa femme, 'i 
declairer ce qu*il fçaura eftre necefïàire à l'en- 
tretenement des pupilles ; ôc ne foit de mort 
furprins fans tefter & ordonner de Ion ame ÔC 
de fa maifon : femblablement les cieulx béné- 
voles comme joyeulx de la nouvelle réception 
de ces béates âmes , avant leur deces femblent 
faire feux de joye par tels comètes , ôc appari* 
rions météores , * lefquelles voulent les cieulx 
eftre aulx humains pour prognoftic certain 6c 
viridicque predicSlion , que dedens peu de jours 
telles vénérables âmes laillèront leurs corps ÔC 
la terre. Ne plus ne moins que jadis en Athè- 
nes les juges Areopagites ballotans pour le ju- 
gement des criminels prifonniers , ufoient de 
certaines notes félon la variété des fentences : 
î par e , fignifians condemnation à mort : "^ par 
T , abfolution : ^ par A , Ampliation ; fçavoii 

efl, 



t Le/quelles roulent ] Il y a 
roulent dans les éditions de 
1553-&ISS9. dcc'eftainlî qu'il 
faut lire. Piaulant , comme on 
lit dans les nouvelles & dans 
celle de 1596. eft une faute de 
quelqu'un qui n'a pas compris 
que dans le vieux «langage on 
difoit roulent Se roulenté pour 
Venlent & Volonté. 

3 Par jigmftans cotndemna- 
thn de mort ] Du Grec ^ctvct- 
r(^ . la mort. Ceft donc un 
& non pas un O comme on lie 



dans toutes les éditions que j'ai 
vues , ÔC c'eft à la fîgnification 
du Thêta dans les Jugemens d«s 
Grecs que fait alluilon ce verj 
de Pcrfe : 

Et potis es yitio nigrum prX* 
pg^re Thêta. 

4 Par T 3 abfolution'] En Grec 
TtHoJTis. 

$ Par A ) ampliation'j Rabe» 

lais s'eft trompé après Eralnic 

qui n'a pas eu un texte bien 

corrcâ 



Livre ÎV. Chap.XXVIL 14^ 

eft , quand le cas n'efloit encores liquidé. Icel- 
les publicquement expofées oftoienc d'efmoy 
& penfement les parcns , amis ^ & aultres cu- 
rieux d'entendre quelle feroit rifruë& juge- 
ment des malfaidteurs détenus en prifon. Ainfi 
par tels comètes , comme par notes etherées 
difent les cieulx tacitement , Hommes mor- 
tels fi de ^ ceftes heureufes âmes voulez chofe 
aulcune fçavoir , apprendre, entendre, cong- 
noiftre , preveoir touchant le bien & utilité 
publicque ou privée, faièles diligence de vous 
reprefenter à elles , & d'elles refponfe avoir. 
Car la fin & cataitrophe de la comédie appro- 
che. Icelle palTée en vain vous les regretterez. 
Font d'advantaige. C'efl que pour declairer 
la terre & gens terriens n'eftre dignes de la 
prefence , compaignie , & fruit ion de telles in- 
fignes âmes , Teltonnent & efpouventent par 
prodiges , portentes , monitres , 6c aultres pre- 
cedens fignes formez contre tout ordre de na- 
ture. Ce que veifmes plufieurs jours avant le 
département de celle tant illu/lre, genereufê ^ 
& Heroïcque ame du doéle & preux chevalier 

de 

corréft d'Afconius. Ce Gram- ■ non liquet , défignent l'amplia- 

mairien ne dit rien abfolument | tion. 

6 Cejies heureufes âmes'} Ceflet 
pour ces , comme au ch. fui- 
vant Foflres Colonels y pour !">£ 
Cûicnels, Les Languedociens di- 
fent encore : te /ont ycijires affai* 
resi 



cle ce qui fe trouve ici dans Ra- 
belais j & dans les Adages d'E- 
tafme , Chil. i. Cent, s ch. 
5 6. puifque l'A , félon lui eft 
la marque de l'abfolution , C. 
de la condamnation , & que 
les deux Utues N L t f^You 



K2 



148 PantagruelÏ 

de Langey duquel vous avez parlé. Il mVîl 
foubvient , diil Epiftemon , & encores me frif- 
fonne & tremble le cueur dedans fa capfule , 
quand je penfe es prodiges tant divers & hor- 
rificques lefquels veifmes apertement cinq ôc 
fix jours avant Ton départ. De mode que les 
feigneurs 7 d'Affier , ^ Ghemant , ^ Mailly le 
borgne, ^° Saint Ayl, " Villeneuve-la-guyart, 



IS 



7 'b'Âffier ] François de Ge - 
nt)uillac , de S. Haiiert j Sei- 
gneur d'Affier , tué à la batail- 
le de CerizoUes, le 14. d'A- 
vril I s 44. Il étoit fils unique de 
Jaques de Genouillac , Grand 
Maître de l'Artillerie & Grand 
Ecuier. Voxex GtiiU. Paradin , 
1. 4. ch. s. de THiftoire de fbn 
tems. 

8 Chemant'\ François Errault, 
Gonfeiller du Roi 5 Maître des 
Requêtes , & Chancelier de 
delà les Monts. H fut fait Gar- 
de des Sceaux en 1543. & fut 
l'un des Exécuteurs du Tefta- 
menc de Guill. du Beîlai , qui 
par le même Teftament fait à 
Turin le 13. de Novembre 
1542. lui lègue cent volumes 
de fes Lettres j à choifîr 5 laif- 
fant le furplus de cqs mêmes 
Lettres à Jaques d'Aunai , Sei- 
gneur de Villeneuve la Guiart. 
Brantôme j tome IL pag. 3 20. 
de fes Homm. 111. Fr. parle d'un 
Monfieur de Chemant 3 ou de 
Kode ( Errault ) Maître des 
cérémonies fous le Roi François 
IL Mais ce ne doit pas être le 



nôtre , qui apparemment mou- 
rut à Cerizolies. Voiex les 
Comm. deMonluc jl. i. 

9 Mailly le borgne ] Ils étoienc 
deuxfreresj dont celui-ci Com- 
mifl'aire de l'Artillerie à la Ba- 
taille de CerizoUes , y marcha 
avec huit pièces de campagne à 
la tête du bataillon des Gruiers» 
Voiez les Mém. de Mart. du 
Bellai , 1. 10. & les Comm. 
du Maréchal de Monluc , 1» 
I. 

10 SainB JLyl ] S. Agnan ,' 
peut-être , comme au Prol. du 

1.4. 

1 1 yilleneuy>e -la.- Guyart ] 
Jaques d'Aunai , Seigneur de 
Villeneuve la Guiart , fils de 
la fœur de Guill. du Bellai , le- 
quel , outre le legs qui concer- 
ne Jaques d'Aunai dans l'arti- 
cle de M. de Chemant, donne a 
ce Gentilhomme fon neveu un 
harnois doré > un Courfier , un 
Rouffin , un cheval d'Efpagne 
& un cheval Turc. Ce Jaques 
d'Aunai mourut fans enfans » 
& l'aînée de fes fccurs nommée 
Gabnellej mariée à Jaques Sei- 
gneur 



Livre IV. Chap. XXVII. 145^ 

'^* Maiftre Gabriel medicin de Savillan , ^ ^ Ra^ 
bêlais , Cohuau , MalTuau , Majorici, ^"^ Bul- 
lou , Cerca , didl Bourguemailtre , François 
Prouit , Ferron , Charles Girard , François 
Bourré, ôc tant d'aultres amis , domeiticques, 
& ferviteurs du defundl , touts effrayez fe re- 
guardoient les ungs les aultres en filence fans 
mot dire de bouche 5 mais bien touts penfans 
& prevoyans en leurs entendemens que de 
brief feroit France privée d'ung tant parfaiét 
& neceiïàire chevalier à fa gloire & protecStion^ 
& que les cieulx le repetoient comme à eulx 
deu par propriété naturelle. ^^ Huppe de froc, 
dift frère Jean, jeveulx devenir clerc fus mes 
vieulx jours. J*ay allez belle entendouoire, 
voire. ^ ^ Je vous demande en demandant,com- 

me 



gneur de Goiié 8c de Fouge- 
rolles au bas Maine , fuccéda 
à la Terre de Villeneuve-la- 
Guiart, qui à caufe de la mère 
du fieur de Baugi , petite fille 
de ce Seigneur de Goiié , ap- 
partient prefentement à ce Gen- 
tilhomme , Gendre de M. du 
Fourny Auditeur des Comptes 
<3e Paris. 

I 2 Maifire Gabriel Medicin de 
SaytUan j Gabriel Taphenon , 
Médecin. Guillaume du Belîai 
Ton maître lui lègue 50. écus-fol 
une fois païez. 

1 3 R^abelaij ] Guillaume du 
Bellai lui lègue 50. Livres 
Tournois de rente annuelle , 



iufqu^à ce qu'il ait en Bénéfi- 
ces au moins Boo» Livres de 
revenu. 

14 Bullon ] Guill. du Bellai 
lui lègue un harnois doré , ie 
Courïier de Geyfelles , ôc un 
des grands chevaux de fbn écu- 
rie. 

15 Huppe de froc ] Ménage y 
3u mot Froc , dans fon Didiorv. 
Etym. remarque qu'il y avoit 
anciennement une fo«j9^ au bout 
des frocs. C'eft par cette touffe, 
efpece de huppe que jure frère 
Jean. 

16 'Je y QHS demande en de-' 
mandant. O'c. J Dites-moi fé- 
rieufemenï. Cette façon de paif- 






îjo Pantagruel, 

me le Roy * ^ à fon fergent , & la Royne à fort 
enfant , ces Heroës icy & Semidieux defquels 
^vez parlé , peuvent ils par mort finir ? Par net- 
tre dene, '^ jepenfois en penfarois qu'ils feuf* 
fent immortels , comme beaulx anges , Dieu 
me le veuille pardonner. Mais ce reverendiffi-. 
me Macrobé di6l qu'ils meurent finablement. 
Non touts, refpondit Pantagruel. Les Stoï- 
ciens les difoient touts eftre mortels , ung ex- 
cepté , qui feul eft immortel , impalTible , invi- 
fible. Pindarus apertement dift es deeflès Ha- 
madryades plus de fil, c'eft à dire plus de vie, 
n'eftre lillé de la quenouille & fillaiïè des defli" 
nées & Parces iniques , que es arbres par elles 
confervées. Ce font chefnes ,defquels elles naf^ 
quirent félon l'opinion de Callimaçhus , & de 
Paufanias in Phoci, Efquels confent Martia- 
nus Capella. Quant aulx Semidieux , Panes , 
Satyres , ^^ Sylvains, Follets, Egipanes,Nym* 

phes , 



1er revient encore dans leprol. 
du 1. 5. Elle fait allufîon à la 
claufe des Lettres Roiauxj/î vomj- 
mandons C7 commandons . 

i-J ^ fon fergent'] Y ?i\et. Du 
Latin feyyiens , dont on a fait 
au/îî feyyam , mot dont les 
Païfans Lorrains fe fervent pour 
dc'fîgner leurs valets. L'ancien- 
ne Hiftoire de S.Denys dit que 
Philippe Augufte chaffa de 
France tous les Juifs , parce 
u'ils avoient des Ser^ens & 
es Chambrières Chrétienne?. 



Voiei Bodin > 1. i. ch. 5. de 
fa République. 

ï8 ^e penfois en fenfarois 
C^c. J Je penfois & repenfors. 
Plus bas, I. s. ch. 36»Panurge 
dit à la Dame Lanterne fa con-; 
duflrice , que Dieu lui rendra 
en fon grand R^&ndoiier la rétri- 
bution des peines qu'elle a pri- 
Ces pour lui. Ces exprefïîons ne 
conviennent qu'à des gens du 
caradere de frère Jean & de 
Panurge. 

î5> SyhainSjFollefsl DsFAHi 



LivR E IV. Chap. XXVII. ICI 

phes , Heroés , & Démons , plufieurs ont par 
la fomme totalle refukante des eages divers 
fuppurez parHefiode compté leurs vies eftre 
dep720 ans ; nombre compofé de unité paf- 
fance en quadrinité , & la quadrinité entière 
quatre fois en foy doublée , puis le tout cinq 
fois multiplié par folides triangles. 

Voyez Plutarche on livre de la ceflàtion des 
oracles. Cela , dift frère Jean , n'eft poindl ma- 
tière de bréviaire. Je n*en croy finon ce que 
vous plaira. Je croy ( dift Pantagruel ) que tou- 
tes âmes intelieélives font exemptes des ci- 
zeaulx d'Atropos. Toutes font immortelles : 
anges, démons & humaines. Je vous diray tou- 
tesfois une hiftoire bien eftrange , mais efcripte 
& aflèurée par plufieurs dodles & fçavans hifto- 
riographes à ce propous. 

Chap* 

tutlsttus, Vol vient pareillement de FaunuUs diminutif de fau»uf% 

Chap. 




K 3 Chap< 



t^z Pantagruel, 



Chapitre XXVII L 

Comment Pantagruel racompte une -phoyahU 
hiftoire touchant le trefpas des Hero'és, 

} TT? Pitherfes père de Emilian rhéteur navy 
Ij gant de Grèce en Italie dedans une nauf 
chargée de diverfes marchandifes & plufieurs 
voyagiers , fus le foir ceffant le vent auprès des 
Ifles Echinades , lefquelles font entre la Morée 
& Tunis , feut leur nauf portée près de Faxes. 
Eftant là abourdée , aulcuns des voyagiers dor- 
mans , aultres veiglansjaultres beuvans & foup- 
pans , feut de Tlfle de Paxes ouïe une voye de 
quelcqu'un qui haultement appelloitThamous: 
Auquel cris toutsfeurent efpouventez. Ceftuy 
Thamous eftoit leur pilot natif d'E^ypte,mais 
non congneu de nom , fors à quelcques ungs des 
voyagiers. Feut fecondement ouïe cefte voix : 
laquelle appelloit Thamous en cris horrificques. 
Perfonne ne refpondant , mais touts reftants en 
filence & trépidation , en tierce fois cefle voix 
feut ouïe plus terrible que devant. Dont ad- 
vint que Thamous refpondic : Je fuis icy ^ que 

me 

Chap. XXVIII. I Epitherfes 1 fon Traité dej Oracles qui ont 
'0j. } Yoiei Plutarqiiç , dans | cefle. 

z 



L I V R E I V. C H A p. XXVIII. I yj 

me demandes- tu ? que veulx-tu que je falTè ? 
Lors feut icelle voix plus haultement ouïe,luy 
difant & commandant,quand il feroir enPaio- 
des publier & dire que Pan le grand Dieu efloit 
mort. Cefte parolle entendue , difoit Epither- 
fes 9 touts les nauchiers Ôc voyagiers s'eltre ef- 
bahis & grandement effrayez : Et entre eulx 
deliberans quel feroit meilleur ou taire ou pu- 
blier ce que avoit efté commandé , difl Tha- 
mous fon advis eftre advenant que lors ils euf- 
fent vent en pouppe , pafler oultre fans mot di- 
re : advenant qu'il feuft calme en mer, fignifier 
ce qu'ils avoient oui. Quand donc feurent près 
Palodes advint qu'ils n'eurent ne vent ne cou- 
l|rant. Adoncques Thamous montant en prore, 
& en terre projeélant fa veuë dift ainli qu'il 
luy eftoit commandé , que Pan le grand eftoit 
mort. Il n'avoit encore achevé le dernier mot 
quand feurent entendus grands foufpirs 9 gran- 
des lamentations , & effrois en terre , non d'u- 
,ne perfonne feule , mais de plufieurs enfemble. 
I Cefle nouvelle ( parce que plufieurs avoient efté 
prefens ) feut bien touft divulguée en Romme. 
Et envoya Tibère Cefar lors Empereur de 
Romme quérir cefluy Thamous. Et l'avoir en- 
tendu parler adjoufta foy à fes parolles. Et fe 
guementant es gens do6les qui pour lors ef- 
ttoient en fa Court &; en Romme & en bon 
nombre, qui eftoit ceftuy Pan, trouva par 
km rapport qu'il avoit efté fîls de Mercure 



ôi 



tj4 Pantagruel, ! 

& de Pénélope. Ainfi auparavant * l'a voient 
efcript Hérodote & Ciceron on tiers livre de 
la nature des Dieulx. Toutesfois je le interpre- 
terois de celluy grand Servateur des fideles,qui 
feut en Judée ignominieufement occis par l'en- 
vie ôc iniquité des Pontifes , doéleurs , preb- 
foes y & moynes de la loy Mofaïcque. Et ne 
me femble l'interprétation abhorrente. Car à 
bon droidt peult il eftre en languaige Grégeois 
di6l Pan. Veu qu'il eft le noftre Tout , tout ce 
que vivons , tout ce que avons , tout ce que ef- 
perons eit luy , en luy , de luy , par luy. C'efl 
le bon Pan le grand pafteur ^ qui » comme at^ 
tefte le bergier paffionné Coridon , non feule- 
ment ha en amour & afFecStion fes brebis , mais 
aufli les bergiers. A la mort duquel feurent 
plaindls , foupirs , effrois & lamentations er 
toute la machine de l'Univers , cieulx , terre , 
mer , enfers. A cefte mienne interpretatior 
compete le temps. Car ceftuy tresbon , très 
grand Pan , noftre uniçque Servateur mourut 
lés Hierufalem, régnant en Romme Tibère 
Cefar. Pantagruel , ce propous fini , refta en 
filence & profunde contemplation. Peu dci 
temps après nous veifmes ^ les larmes decoul- 

lei 



2 fayoiens e/cript Hérodote ] 
L. 2. pag. 165. de l'édition de 
H. Etienne lS9^^ 

3 Les larmes decouller de fes 
etil\} Lorfque plus haut ? 1. 3. 
ch. i. Rabelais depeznt Panta- 



gruel comme \ç meilleur petit O 
grand bon homme qui oncq ceignii 
épée, il femble vouloir infinuei 
que les grandes qualités de c« 
Prince etoient mêlées de beau- 
coup de petitcfles» Ici , il le faii 
plett 



Livre IV. Ch A p. XXIX. ijy 

1er de Tes œilz grofîès comme œufs d'auftruche» 
Je me donne à Dieu, li j*en mens d'ung feul mot. 



Chapitre XXIX. 

Comment Pantagruel paJfaT/Jle de Tapinois j 
en laquelle régnait Qj^arefmeprenant* 

LEs naufs du joyeulx convoy refaiéles ^ 
reparées : les vidluailles refraifchies : les 
Macreons plus que contens & fatisfai^ls de la 
defpenfequey avoir faidl Pantagruel: nos gens 
plus joyeulx que de couftume , au jour fubfe- 
quent feut voile faiéle au ferain & délicieux 
Aguyon , en grande alegrefïè. Sus le hault du 
jour feut par Xenomanes monftré de loing * 
riile de Tapinois en laquelle regnoit Quaref- 
mcprenant : duquel Pantagruel avoir aultres- 
fois ouï parler, & Teuft voluntiers veuenper- 
fonne , ne feufl que Xenomanes l'en découra- 
gea , tant pour le grand deftour du chemin , que 

pour 



pleurer par tendreflTe «ie tem- 
pérament. 

C H A p. XXIX. I VJjle de 
Tapinois ] Le Séjour des Moi- 
nes > qu'au ch. 46. du I. 3. & 
au Prol. du 1. 4. Rabelais ap- 
pelle Ta»petierj , & leurs Eglifes 



Taupetîeref ^z c2uCe qu'ils y font 
renfermez comme des taupes 
djns leurs trous.C'eft dans leurs 
Couvens , oîx doit régner l'ab- 
ftmence des viandes que le Ca- 
rême eft f enfé avoir choifi fy 
demeure, 



r^6 Pantagruel, 

poar le * maigre paflètemps qu'il difl eftre en 
toute riflc & Court du Seigneur. Vous y ver-» 
rez , difoit-il, ^ pour tout potaige ung grand 
avalleur de pois gris , ung grand '^ cacquero- 
tier , ung grand ^ preneur de raulpes , ung 
grand "^ boieleur de foin, ung demy géant à 
poil follet & double tonfure ^ extraiét de 
Lanternois , bien ^ grand Lanternier : ^ con^ 
falonnier des Ichthyophages : ^ ° didlateur de 
Mouilardois : " fouecteur de petits enfans , 



2 TAaigrepalJe temps'} Le tems 
fe pafle chez les Moines à man- 
ger maigre 

3 Pour tout potaige <^c. ] En 
Carême les pois font gris > & 
anciennement le potage y étoit 
défendu. 

^ Cacquerotier 2 Cacque-rup- 
tier. En Carême on rompt Se 
on défonce les caques de ha- 
rengs. 

5 Preneur de taulpes} Le Ca- 
rême eft la faiion de toute 
l'année où on prend le plus de 
taupes. 

6 bateleur de fom ] Le foin 
commençant à devenir rare en 
Carême , on ne le vent plus 
guéres que par bottes, 

7 ExtraiB de Lanternois} Ra- 
belais appelle le Carême un 
de*ni-Géant à poil follet , à cau- 
fe de la longueur , & parce 
qu'il n'y a pas long-tems qu'il 
cft fur le pié où on le voit au- 
jourd'hur. Et parce que ceux qui 
ont établi leCarême font les Ec- 
çléfiaftiquesj gens $onfure\ qu'- 



xa 

ailleurs il traite de Lanternier s y 
c'eft nuffi félon lui un Géant à 
douole tonfure, extrait de Lan- 
ternois. 

8 Grand Lanternier ] Il lan- 
terne ceux qui l'obfervent , & 
comme d'ailleurs il y a en Carê- 
me plufieurs Dévotions noftur- 
nes , on y voit des lanternes à 
proportion. 

9 Confalonnier des Ichthyopha' 
ges J Un Confalonnier eft un 
homme qui .porte Tétendart 
à la tête d'une troupe. Rabe- 
lais appelle de ce nom le pre- 
mier jour de Carême , parce 
qu'il en précède plulîeurs au- 
tres ou on mange toujours du 
poiflon. 

10 Diciateur de TAouflardois 1 
Parce qu'en plufieurs mets de 
Carême il entre de la moutar- 
de. 

1 1 Fouetteur de petits enfans ] 
En partie parce que le jeûne & 
les viandes de Carême , com- 
me bilieufes , excitent la colè- 
re des pères & des mtt&s- , & 

def 



Livre IV. Chap. XXIX. 157 

*» calcineurde cendres , ^^ père & nourriffon 
des Medicins : ^^ foifonnant en pardons , in- 
dulgences & {tarions : homme de bien : bon 
catholic , de grande dévotion. 11 pleure les trois 
parts du jour. ^^ Jamais ne fe trouve aulxnop- 
ices. Vray eftque c'elt le plus induftrieux *^ 
Ifaifeur de lardoires & brochettes qui foie '^ 
en quarante Royaulmes. Ily ha environ fix ans 
ique paiïàns par Tapinois j'en emportay *^ une 
GroflTe , 6c la donnay aulx bouchiers de Quan- 
de. Ils les eftimarent beaucoup , 6c non fans 

caufe 



des Maîtres d'Ecole. En par- 
tie aufîî parce que durnt la 
Semaine famte , la foueterie re- 
double chez les Farfadets & 
autres coitFez du béguin d'In- 
nocence. Voiez plus bas, ch. 
46. 

12 Calcineurde cendr esITznt 
à caufe des cendres qu'on va 
prendre à l'Eglife le premier 
jour de Carême , que parce 
qu'y a'fant en Carême beau- 
coup de cendres dans les foiers , 
c'eft le tems ou jamais de les 
calciner pour s'en lervir aux 
leflîves. 

1 3 Père O" noumjjon des Me- 
dicins ] Au ch. 29. du 1. s. ce 
font les viandes qu'on a man- 
gées en Carême qui engendrent 
les maladies de toute l'an- 

I née. 

I i^ Foifonnant en pardons ? in- 
1 dulgences O" ftaiions ] En tems 
I de Carême on court aux Sta- 
I tions 3 pour gagner les t^ardons 
\ & les Indulgences dont abonde 



chaque Eglife particulière. 

15 jamais ne Je trouve aux 
nopces ] L'Eglife détend de fe 
marier en Carême. 

I 6 Faifeur de lardoires (y bro- 
chettes j C'eft en Carême , & 
principalement fur fa fin, que 
les bouchers prennent leur 
tems pour faire des brochet- 
tes 5 & pour remplacer celles 
qui manquent à ieur> Etaux. 
Les Cuifiniers & les Rotif- 
'eurs choifîfl'ent le même tems 
pour cela 5 & pour faire nou- 
velle provifion de lardoires, & 
de brochettes à retroufler la 
viande. 

ij En ejuarante E^oyaKlmes ')^ 
Hyperbole im.t,;e du Romaa 
du Galien reftauré - chap. s 8. 
Il s'en voit une aflez pareille 
dans Percefoieft, vol. 2. chap, 
56. 

1 8 Une Groffe ] Une Groffc 
de lardoires , douze douzai- 
nes. 

19 



158 Pantagruel, 

caufe. Je vous en monftreray à noftre retouf 
deux attachées fus le grand portail. Les ali- 
mens defqueis il Tepaiit, font '^ aubers faU 
lez , caïquets , *° morions fallez , &: falades 
fallées. Uont quelcquefois patit une lourde 
pilïèchaulde. Ses habillemens font joyeulx , 
^tant en façon , comme en couleur. Car il porte 
** gris & froid : rien davant , 8c rien darrie- 
re , les manches de mefme. Vous me ferez 
plaifir , dift Pantagruel , fi comme m'avez ex- 
pofé fes veftemens , fes alimens , fa manière de 
faire , ôc fes palïetems : audi m'expofez fa 
forme & corpulance en toutes fes parties. Je 
t'en prie y Couillette , dift frère Jean , car je 
Tay trouvé dedans mon Bréviaire : & s'enfuit 
après les feftes mobiles. Voluntiers , refpondic 
Xenomanes. Nous en oirons par adventure 
plus amplement parler paiïàns l'Ifle Farouche , 
en laquelle dominent les Andouilles farfelues 
fes ennemies mortelles : contre lefquelles il ha 
guerre fempiternelle. Et ne feuft l'aide du no- 
ble Mardigras leur protecteur ôc bon voifin , ce 

grand 



19 ^uhfits falle\ O'c»'] Tou- 
tes viandes de Carême iiidigef 
tes & de haut goût , dont les 
noms font communs à autant 
de différentes fortes de Cafques 
accompagne! de leur coiffe 
de mailie qu'on appelloit Sala- 
de. 

zo 'Morions falle\'] On appel- 
le monon une efpece de Cafque^ 



mais fous le nom de morions 
fale\ on peut au/îi entendre de 
petites morilles falées pour l'hi- 
ver. 

21 Gris O" froid ^hexems de 
Carême eft le plusfouvent^^rj/ 
C7 froid , mais ce n'eft appa- 
remment pas tout ce que veut 
dire Rabelais. Ma penfêe eft 
qu'encore ici il fait alluilon à la 
Règle 



Livre ÏV. Chap. XXIX. ly^ 
grand lanternier Quarefmeprenant les euft ja 
pieça exterminées de leur manoir. Sont elles , 
demandoit frère Jean , malles ou femelles ? 
anges ou mortelles } femmes ou pucelles ? Elles 
font , répondit Xenomanes , femelles en fexe , 
mortelles en condition : aulcunes pucelles , au- 
tres non. Je me donne au diable , dift frère 
Jean, fi je ne fuis pour elles. Quel defordre 
cft-ce en nature faire guerre contre les fem- 
mes ? Retournons. Sacmentons ce grand vil- 
lain. Combattre Quarefmeprenant , diit Pa- 
nurge, de par touts les diables ! Je ne fuis 
pas il fol 6c hardy enfemble. Qriid juris^ fi 
nous trouvions envelopez entre Andouilles 6c 
Quarefmeprenant > ** Entre l'enclume & les 
marteaulx ? Cancre. Houftez vous de là. Ti- 
rons oultre. Adieu , vous dis, Quarefmepre- 
nant. Je vous recommande les Andouilles : ÔC 
n'oubliez pas les Boudins. 

Chap; 



Règle de S. François qui oblige | 2i Entre P enclume (^ lesmar- 
les frères gns, à ne porter point j teauix j C'eft Carême-prenant 
de linge, & à redoubler en Ca- : qui frape & qui perfécute. Les 
réme la Difcipline furleur chair Andouilles font la partie fouf- 
nuë. j frante. 

Chap, 






t6o 



Pantagruel, 



Chapitre XXX. 



Comment par Xenomanes eji anatomifé & de^ 
fcrîpt QM,arefmet>renant, 

,' y^ Uarefmeprenant , dift Xenomanes , 
V^ quant aulx parties internes , ha au moins 
de mon temps avoit , * la cervelle en grandeur $ 
couleur , fubftance & vigueur femblable au 
couillon guaufche d'ung Ciron mafle. 
Les ventricules d*icelle , comme ung tire- 
fond. 
L'excrefcence vermiforme, comme ' ung pil- 
lemaille. 

Les 



Chap. XXX. I jQuarefme' 
•prrnant C!7c. J C'eft ordinare- 
ment le Carnaval 5 & en par- 
ticulier le Mardigras qu'on de- 
iîgne fous le nom de Careme- 
frenant ; mais ici 5 ce doit être 
Je jour des Cendres , ou même 
le Carême en perfonne , puif- 
qu'il eft mis en oppofition avec 
îe Maidigras Protedeur des 
Andouilles. Ainfi , le portrait 
grotefque que fait ici Xenoma- 
nes de la figure de Carême- 
prenant ne pouvant fe rappor- 
ter aux extravagantes Mafca- 
rades du Carnaval , il faut que 
d'un côte ce portrait regarde la 
bizarrerie de l'habit des Mornes 
en général , à qui leurs Rè- 



gles prefci-îvent un Carême 
continuel , (^ de l'autre l'erreur 
de ceux qui font confiftef une 
bonne partie de la Religion 
Chrétienne dans robfervation 
du Carême &' de £q& Dévo- 
tions. 

2 Laceryelle engrandeurO'c'J 
Qui que ce foit qui ait inven- 
te le Carême il ne patToit pas 
dans l'efprit de Rabelais pour 
un homme d'un grand juge« 
ment. 

3 Ungpillemaille'] Un maillet 
à jouer au mail. De pila , & de 
matleui. Le jeu même s'ap- 
pelloit palemail , ou , comme 3 
écrit Nicot , palemaille^ 



Livre IV. Chap. XXX. lîSTî 

Les membranes, comme la cocqueluched'ung 

Moyne. ~ 
L'enconnoir , comme ung oifeau de maflbn, 
La voulte ^ comme ung guoimphe. 
Le conare ^ comme ung veze. 
Le rers admirable , comme ung chaufrain» 
Les additamens mammillaires , comme ung bo» 

belin. 
Les tympanes , comme ung mouliner. 
Les os petreux , comme ung plumaiL 
La nucque , nomme ung fallot. 
Les ners , comme ung robinet. 
'^ La luette comme une farbataine. 
5 Le palat , comme une moufle. 
La falive, comme une navette. 
Les amygdales , comme lunettes à un œiL 
^ Le iilhme , comme une portouoire. 
Le gouzier , comme ung panier vendange-* 

ret. 
L'eflomach , comme ung bauldrier. 
7 Le pylore , comme une fourche-fiere» 
L'afpre artère , comme ung gouët. 

Le 



4 La luette comme unefarba- 
taine j Manque dans les nou- 
velles éditions. 

5 Lepalat tomme une mottfle'j 
Cet article j qui manque auffi 
dans les nouvelles éditions , 
veut dire qu'il faut que Carê- 
me-prenant ait le palais bien 
infenlîble, puifque les mets les 



le picotent feulement pas. Au 
ch. 23. dul. s« on lit de la Da- 
me Q.uinteffence , qu'elle avoic 
le gofier doublé de fatin cra- 
moiiî , à petites nervures & 
canetilles d'or, & les dents d'y- 
voire. 

6 Le Ij%me ] L'entrée du go- 
fier. 



plas lalez &: les plus é^icei ne ' 7 L&-^jlore } L'orifice infé-" 



i6z Pantagruel, 

Le guaviet , comme ung peloton d'eflouppes» 

Lepoulmon, comme une aumufïè. 

Le cueur , comme une chafuble. ; 

Le mediaflin , comme ung guodet. 

La plèvre , comme ung bec de Corbin, 

Les artères , comme une cappe de Biart, 

Le diaphragme y comme ung ^ bonnet à la Co>- 

quarde. 
Le foye , comme une bezaguë. 
Les venes, comme ung chafïis. ^ 

La râtelle , comme ung courquallet. 
Les boyaulx , comme ung tramail. 
Le fiel 5 comme une doloiioire. 
La freflure , comme ung guantelet. 
Le mefantere, comme une mitre Abbatiale. 
L'inteflin jeun , comme ung davier. 
L'inteftin borgne , comme ung plaftron. 
Le colon , comme une brinde. 
Le boyau culier , comme ung ^ bourrabaquîn 

monachal. 
Les roignons , comme une truelle.' 

Les 



rieur de l'eftomac. 

s Bonnet à la Coqnarde~\ Sorte 
d'ancien bonnet fort lourd , 
où. il y avoit derrière un re- 
bras doublé de frife , dans le- 
quel rebras il cntroit jufqu'à 
une demi-aûne de drap. Louis 
Guyon , qui donne cette de- 
fcription des anciens bonnets à 
la Coquarde , ajoute qu'il vit un 
jour à Paris un de ces bonnets 
<qui pejfoic quatre Livres ii;^ 



onces. Voiez fes Div. Leçons > 
1. 2.ch.6. 

9 Bourrabaquin ] Grand ver- 
re à boire ) de la figure d'un 
canon de moufquet. Bicchiev 
grande , fatto à gui fa di cannone^ 
ditAnt.Oudin. Ce mot au refte, 
vient de l'Erpagnol Borra" 
cha , qui fignifie un flacon de 
cuir. Voiez Ménage , au mot 
Bourrique, 

19 



Livre IV. Chap. XXX. i(5j 

Les lumbes , comme ung cathenar* 

Les pores uretères , comme une cramailliere. 

Les venes emulgences , comme deux ^o gly-, 

phoueres. 
Les vafes fpermaticques , comme ung guaftean 

feuilleté. 
Les paraftates , comme ung ^ ^ pot à plume. 
La veffie , comme ung arc à jaller. 
Le coul d'icelle, comme ung batail. 
_^* Le mirach , comme ung chappeau Albâ^ 

nois. 
^ 5 Le (iphach , comme ung braflàl. 
Les mufcles _, comme ung foufflet. 
Les tendons , comme un guand d'oifeau. 
Les ligamens _, comme une efcarcelle. 
Les os , comme cafïèmuzeaulx. 
La mouelle , comme ung bilïàc. 

Les 



1 Gljphoiieres ] D^ochU fe- 
rla. On appelle clifoire en An- 
jou & à Bourges ce qu'on ap- 
pelle à Paris une calonniere & 
en Normandie une Saquebute , 
qui eft un petit canon de fureau, 
avec lequel les petits enfans & 
les badins jettent de l'eau au nez. 
des paflans. Voiez Ménage 5 
au mot Ctifoire. 

11 Pût (t plums ] C'eft une 
fort grande urne. Tant qu'elle 
eft entière 3 8c bien condition 
née on s'en fert en Poitou , & 
en Touraine à couler la le/Tive. 
Lorfqu'elle eft fêlée , ou ébrê- 
chée 3 elle ferc encore à mettre 



en réferve des plumes qu'on 
deftine à des lits. 

iz Le miracb j Mirach eft un 
mot Arabe 5 dont voici la dé- 
finition , comme l'a donnéie 
Leonellus faventinus , en fon 
de medendis morbis , part, i . ch . 
jo. Mirach , dit-il 3 dicitHr fars 
yentris extertorj comyofita ex eu- 
te , puiguedme , CJ ocio mufculis 
yentrir. 

li Le pphach ] Eji Siphac j 
dit le même Auteur^ pannicu"^ 
lus tjervojjif , Jolidns 5 continens 
inter fe \trbHm , fiomachum 3 C71 
hepar. 



ta 



II- 



ii54 Pantagruel^ 

Les cartilages , comme une '^ tortue degua- 
rigues. 

Les adenes , comme une ferpe. 

Les efperits animaulx, comme grands coups de 
poing. 

Les efperits vitaulx , comme longues chique* 
nauldes. 

Le fang bouillant ^ comme nazardes multi- 
pliées. 

L'urine , comme ung papefigue. 

La geniture , comme ung cent de clous à latte* 
Et mecontoit fa nourrice , qu'il citant '^ 
marié avecques la Myquarefme engendra 
feullement nombre de adverbes locaulx , 6c 
certaines jeufnes doubles. 

La mémoire avoir , comme une efcharpe. 

Le fens commun, comme ung bourdon. 

L'imagination, comme ung quarillonnement 
de cloches. 

Lespenfées, comme ung vol d'eftourneaulx. 

La confcience, comme ung denigement de 
Heronneaulx Les 



l<f Tortiie de gtiarigues ] Sorte 
Se Tortue terreftre. Elle eft 
pluspetite que la Tortue d'eau , 
a i'écaille plus belle > &le ven- 
tre jaunâtre. On en voit beau- 
coup en Languedoc , ou on ap- 
pelle garrigites le* landes & les 
brofTailles. 

I s Marié ay^cques la 'Myqua- 
refme CTf.^De tout le Carême, 
il n'y a que la Mi-carême , où 
dans la Communion de Rome, 



il foit permis de fe marier. C'eft 
ce qui a fait naître à Rabelais 
la penfee de marier ce jour là 
avec iluareCme-prenant , ou le 
Carême 5 ôc comme le Ca- 
rême eft ftérile en fait de no- 
ces , de la vient que d'un tel 
mariage il ne provient que des 
Adverbes locanx , & certains 
Jeûnes -doubles : les Jeûnes 
commençant en effet à fe ren- 
forcer après la Mi-carême , & 
chacun 



Livre IV. Chap. XXX. i6^ 

tes délibérations comme une ^^ poche'e d'or* 

gués. 
' 7 La repentance , comme Tequippaige d*ung 

double canon. 
Les entreprinfes , comme la faboure d'ung 

guallion. 
'^L'entendement, comme ung bréviaire 

defliré. 
Les intelligences , comme limaz fortans des 

fraires. 
La volunté , comme trois noix en une ef- 

cuelle. 
Le delir , comme fixboteaulxdefaindl foin. 
Le jugement, comme ung chaufîèpied. 
La difcretion , comme une moufle. 
La raifon , comme ung tabouret^ 

Cha^p; 



chacun voulant fa voir iToà l'on 
vient j où Ton va j & par ou il 
faut aller pour gagner les Indul- 
gences. 

1 6 Pochée d'orgues ] Un fac 



lent de la forte. 

ij La repentance ^c, "] Tar- 
dive Ôc d'un grand appareil. 

i8 V entendement Ù'c ] E- 
mouffé. 



j^orge. Le? Tourangeaux par- CHAP^ 

9^^* *^ft» *^P^ 



t» 



j66 Pantagruel^ 



Chapitre XXXI. 

^natomie de Quarefyneprenant quant anx par^. 
ties externes, 

QUarefmeprenant ,difoit Xenomanes con- 
tinuant , quant aulx parties externes , 
eitoit ungpeu mieulx proportionné , excep- 
tez les fept courtes qu'il avoit oultre la 
forme commune des humains. 

Les orteils avoit comme une efpinette organifée. 

Les ongles , comme une vrille. 

Les pieds , comme une guinterne. 

Les talons , comme une maiïuë. 

La plante , comme ung creziou. 

Les jambes , comme ung leurre. 

Les genoilz , comme ung efcabeau. 

Les cuiiïès , comme ung crenequin. 

Les anches , comme ung vibrequiri. 

Le ventre à poulaines , ' boutonné félon la 
mode anticque , & cein6t à Tantibuft. 

Le nombril , comme une vielle. 

La penilliere , comme une dariolle. 

Le membre , comme une pantophle. 

Les 



ChAP. XXXI. I Boutonné fe- 
Ion U mode anticque^ & ceut^ à 
fanttbuji J C'eft fur la poitrine. 
Plus haut^ 1.,?. cht zo,Et croje\ 



qiCils beurent à y entre desbouton- 
né{ car en ce tempS'là. on jermoit 
lei Ventres à boutons comme lcs_ 
collets defrefent. ) 



Livre IV. Chap. XXXI. 167 

Les couilles , comme guedoufle. 

Les genitoires , comme ung rabbot. 

Les cremafteres , comme une raquette. 

Le perinxam , comme ung flageolet. 

Le trou du cul,comme ung mirouoir cryflalîin» 

Les feflès ^ comme une herfe. 

Les reins , comme ung pot beurrier. 

* L*alkatin , comme ung billart. 

Le dours ^ comme une atbalefte de paflè» 

Les fpondyles , comme une cornemufe. 

Les coudes , comme ung rouët. 

Le brachet , comme ung ^ baldachin. 

Les omoplates , comme ung mortier. 

La poiélrine , comme ung jeu de reguales. 

Les mammelles , comme ung cornet à bouc- 

quin. 
Les aiflèlles , comme ung efchiquier. 
Les efpaules , comme une civière à bras» 
Les bras , comme une barbute. 
Les doigts , comme landiers de frarîe. 
Les rafettes , comme deux efchaiïes. 
Les fauciles , comme faucilles. 
Les coubtes , comme ratoùoires. 
Les mains , comme une eftrille. 
Le coul, comme une ^ falùerne. 

La 



2 L^All^aùn ] Plus haut deJa, 
I. 3. ch, 20. er UpofafurrM- 
}{a.tin. C'eft le péritoine. An- 
dréas Bellunenfîs, dans fon in- 
terprétation des mots Arabes 
<jui fe trouvent dans Avicennej 



^Ichatin ejîpars continens C^ori' 
dyies quinque 3 qui finit imme^ 
diate infra fpondylem 12. 

3 Baldachin J Mot Italien 
Francife' qui veut dire un Dais. 

+ SidUerne ] Et au ch. J4' ^^ 
L4 !• 5» 



î63 Pantagruel^ 

La guorge , comme une chaufTè d'Hîppocrasi 
s Le nou , comme ung baril ; auquel pendoient 

deux gouytrous de bronze bien beaulx & 

harmonieux , en forme d'une horloge de 

fable. 
La barbe ^ comme une lanterne. 
Le menton , comme ung potiron. 
Les aureilles , comme deux mitaines. 
Le nez , comme ung ^ brodequin anté en eC 

cufîon. 
Les narines , comme ung béguin. 
Les foucilles , comme une lichefrette. 
Sus la foucille guaufche avoit ung feing en ' 

forme & grandeur d*ung urinai. 
Les paulpieres , comme ung rebec. 
Les œilz , comme ung eftuy de peignes. 
Les nerfs opticques , comme ung fuzil. 
Le front, comme une ^ retumbe. 

Les 



1. 5 . hanapf > jadaux , faîuerne Tt 
tacef. Ce mot eft de l'Argo , 
& dans le DiéHonaire deTAr- 
go , ou on lit baliverne , il 
iîgnifie une écuelle j mais 
dans Bouchet , Sére'e 15. c'eft 
proprement nne tafle. SaUer- 
ne , de faluer peut-être. On 
falUeavec la talTe ceux à la Tan- 
te de qui l'on boit. D'autre co- 
té faha en Erpagnol , c'eft une 
foucoupe j &• c'eft aufti la tafle 
dans laquelle on fait l'efîai aux 
Çrands, d'oîi Saherne pourroit 
venir par extenfion. Enfin 
^alnerne ou Saherne , dç Sa- 



lubrlna fait de falnher^ne feroit- 
ce pas à la lettre une de ces taf- 
fesqui ne foutfrent pas depoifon? 

5 le nou , . • aucjuel pendoient 
deux ÇHoytvou.r de bron\e &'c. J 
Le nou , c'eft le neud de la gor- 
ge. Les guojtroHs , ce font des 
goitiex. 

6 Brodequin anté en ejîujjàn J 
Soulier à Poulaine, ou avec un 
long bec recourbé par enhaut. 

7 R^etumbe^ Plus bas encore, 
1. 5, ch. 22. beuvans en belles 
CT amples retumbes fins de ijua- 
tre fortes. De rotunda , peut-^ 
être j en fonfentçndaat cupa^ 



Livre IV. Chap. XXXI. j6fi 

Les temples , comme une chantepleure. 

Les joues , comme deux fabbots. 

Les malchoùeres , comme ung guoubelet. 

5 Les dents , comme ung vouge. De fes telle! 
dents de laicSt vous trouverez une à Colon- 
ges les royaulx en Poiélou : ^ dz deux à la 
Broiîè en Xantonge , fus la porte de la 
cave. 

La langue , comme une harpe. 

La bouche , comme une houfle. 

Levifaige hidorié, comme ungbafl demulef# 

^° La tefte contournée , comme ung alambic. 

Le crâne , comme une gibeffiere. 

Les couftures ^ comme ung ^ * anneau de peC- 
cheur. 

** La peau, comme une gualvardîne. 

L'e-» 



Voiez J. Bouchet 5 Annales 
d'Aquitaine , au feuillet 99. de 
l'édition de Poitiers 1557. Là 
parlant de certain yaijjeau de 
'ferre xc)Vià.t plein de vin , qu'an- 
ciennement , dit-il , on jettoit 
pendant les Rogations , contre 
la maîtreae ChàÛe de l'EgliTe 
Abbatiale de S. Cyprien de 
Poitiers , en marge de cet en- 
droit du Livre ce vaifleau rond 
eft appelle retumbe. 

8 Les dents comme ung you- 
ge"] Longues , à force de jeûner. 

9 Et deux à la P.rofje Oc. ] 
Boccace > dans fon Traité de 
la généalogie des Dieux , 1. 4. 
ch.68. cité par Jean le Maire, 
l. ï. ch. 7. de fes Illuftrations 



&c. & par ChafTanion , ch. lo. 
de fon Traité des Géans 5 rap- 
porte l'hiftoire de quelques 
dents de Géans, dont deux, qui 
furent trouvées à Drepano ea 
Sicile y furent attachées à deux 
chaînes de fer aux voûtes de 
rEghfeN.D. 

10 La tejie contournée ] A la 
manière de ce genre d'hommes 
<ju'ailleurs Rabelais appelle Tor- 

COHS. 

1 1 anneau de pefcheuy'jSerok- 
ce VannuUs ptp^atoris du Pape? 
iz La peau comme une guaL- 
vardme ] Et plus bas, 1. 5. ch. 
43, Puis le veflit d'une gaher- 
dm"-, r encapitonna d'iingbeau 'JT 
blanc béguin, Galvardine? mot, 
duquel 



Î70 Pantagruel, 

L'epidermis , comme ung beluteau. 
Les cheveulx , comme une decrotoiioîre. 
Le poil , tel comme ha efté diél. 



Chapitre XXXI L 



Continuation des contenances de QHarefme* 
■prenant. 

G As admirable en natute ( difl Xenomanes 
continuant ) eft veoir & entendre l'eftat 
de Quarermeprenant. S'ilcraichoit,c'ef- 
toientpanerées de chardonnette. 
S*il mouchoit , c'eftoient anguillettes fallées. 
S*ii pleuroit, c'elloient ^ canars à la dodine. 

S'il 



auquel on voit que la pronon- 
ciation avoir change en afî'ez 
peu de tems, eft interprêté par 
Oudin ^ giornea da contadino , 
une jaquette de païfan. D'au- 
tres avec plus d'apparence pré- 
tendent que la gaherdine eft 
proprement une cape de Bearn, 
que les Efpagnols appellent ca- 
fa de agua. 5 gahan , & ^avan , 
d'oiî par divers degrex de cor- 
ruption ils ont formé leur ga- 
yardtna , mot de même fignifî- 
cation que notregalvardine. Sur 
ce pié-là gahardme , que j'au- 
rois pris pour une corruption 
de Clavus , pourroit bien venir 
def<ïpprf, comme gaban. Voies 



Ménages au motgahan, 

ChaP. XXXII. I Canars À U 
dodine J On appelle dodine cer- 
taine faufle à Toigncn. A la 
Dodine, falfa di cipolle per l'a" 
netre, dit Ant. Oudin. Or, com- 
me il entre de l'oignon dans les 
daubes,il fe pourroit bien qu'on 
auroit appelle Do^iwej celles des 
Canars & autres,parce que com- 
me une daube fe Tert dans du lin- 
ge bien propre , il femble qu'on 
Dodine la viande ainfî prépa- 
rée. D'autre coté la Dodine peut 
avoir eu fon nom de quelque 
Cuifînier appelle Ciaude.AMett. 
Dodin eft un diminutif de CUn" 
de» 



Livre IV. Chap. XXXII. 171 

S'il trembloit , c'efloient grands paftez dé liè- 
vre. 

S'il fuoit 5 c'eftoienr moulues au beurre frais. 

S'il rottoit , c'eftoient huitres en eicalle. 

S'il efternuoir^c'elloient pleins barrils demouf- 
tarde. 

S'il toulïoit , c'efloient boites de Coudignac. 

S'il fanglottoit , c'efloient * denrées de Gref- 
fon. 

S'il baifloit , c'eftoient potées de pois pillez. 

S'il foufpiroit , c'eftoient langues de bœuf fu-« 
mées. 

S'il 5 fubloit, c'efloient bottées de cinges 
verds. 

S'il ronfloit , c'efloient ^ jadaulx de febves 
frezes. 

S'il rechinoit , c'efloient pieds de porc au fou. 

S'ilparloit, c'eftoit ^ gros bureau d'Auver- 
gne , tant s'en failloit que feufl faye chamoi- 
fie, de laquelle vouloit Parifatis eflre les pa- 
roles 



2 Denrées de Creffon ] Paquets 
<îe la valeur d'un Denier cha- 
cun. 

3 Sublo'it ] Souffloit. 

4 Jadaulx de feb'ees fre\es ] 
Petites jattes ou écuellées de 
fèves fréfées ou dérobées, fab^ 
frejfx. Platine , lequel , 1. 7. de 
fon Traité de Obfinns, a fait un 
petit chapitre de \zfét>e fréfée 
ou frefe , comme parle Didier 
Chriftol ancien Tradii(!^eur de 
cet Ouvrage , la nomme faba 



fraBa. Du refte 3 Carême-pre- 
nant ronfloit des fèves , com- 
me quelques-uns foufflent des 
pois en dormant. 

5 Gros bureau d^^urcrgne ] 
Paroles rudes & grofîîeres, en- 
tièrement oppofées à celles 
dont Parifatis vouloit qu'on 
ufàt avec les Princes , fî on 
fouhaitoit de leur plaire. Voies 
Plutarque en fes Apophiheg- 
mes. 



lyz Pantagruel,' 

rôles tîiïùës de ceulx quiparloient à fon fiîèi 

Cyras Roy des Perfes. 
S*il foulîloit , c*eltoient troncs pour les InduU 

gences. 
S'il guignoit des œilz , c'eftoient gaufFres &' 

obelies. 
S'il grondoit , c'eftoient chats de Mars. 
S'il dodelinoit delà telle , c'eftoient charrettes 

ferre'es. 
S'il faifoit la moue , c'eftoient baftons rompus. 
S'il marmonnoit , c'eftoient jeux de la Bazo- 

che. 
S'il trepignoit , c'eftoient refpits & quinque-. 

nelles. 
S'il reculôit, c'eftoient cocquecigrues de mer« 
S'il bauvoit , c'eftoient fours à ban. 
S'il eftoit enroué , c'eftoient entrées deMoref- 

ques. 
S'il petoit,c'eftoienthouzeaulx de vache brune. 
S'il vefnoit , c'eftoient botines de cordoùan. 
S'il fe gratoit , c'eftoient ordonnancés nouvel- 
le s. 
S'il chantoit , c'eftoient pois en goufïè. 
S'il fiantoit , c'eftoient Potirons 6c Moirilles. 
S'il bufFoit, c'eftoient çhous à l'huile , alias 

Gaules amb'olif. 
S'il ciifçouroit , c'eftoient neiges d'antan. 
S'il fe foucioit , c'eftoient des rez & des ton^ 

duz. 

Si rien donnoit , aultant en avoit le brodeur. 

SU 



Livre ÎV. Chap. XXXIL rjj 

M S'il fongeoit , c'efloient vits volans 6c ^ ram-« 

\ pans contre une muraille. 
S'il refvoic , c'eftoient papiers rantiers. 

Il Cas eltrange : 7 travailloit rien ne faiTant : 
rîen ne faifoic travaillant. Corybantioit dor- 
mant : dormoit corybantiant , les œilz ouverts 
comme font les lièvres de Champaigne , craig- 
nant quelcque ^ camifade d'Andoùilles fes an- 
ticques ennemies. Rioit en mordant , mordoic 
en riant. Rien ne mangeoit jeufnant : jeufnoic 
rien ne mangeant. Grignotoit par foubfon : 
beuvoit par imagination. Sebaignoit delliisles 
haults clochiers , fe feichoit dedans les eftangs 
& rivières. Pefchoit en Taer , & y prenoit ef- 
creviflès decumanes. Chalïbit on profond de la 
mer > ôc y trouvoit Ibices , ^ Stamboucqs ôc 

Cha- 



6 B^ampans contre une murail- 
le ) C'eft a'ici qu'eft prife l'hif- 
toire racontée de certains Moi- 
nes avec quelques Religieules 
leurs voifines 1.+. ch. iz. de 
Fénefte.5^ 

^ Ces fonges font quelque- 
fois dangereux fuivant Beroal- 
<le de Verville dans Ton Moien 
de parvenir , au ch. intitulé 
Défaut, T. 2. fol 427. édjt. de 
la Monnoye. Mademciifeile de 
Zefcar , dit- il > ayant ouy conter 
ces nûuTel/es , eut de yifionj en 
dormant > C7 luy femblou quelle 
yoyoit fenfr des V, . . aiï:li elle 
Je jet ta hors du lit , (y Je ctjjja 
un bras 5 Voulant, comme elle la 
fenjejjé à M. le premier Harbier j 



en amajjer un bien gros* 

7 Travailloit rien ne faifant 
O'c. ] Paflbitlesnuitsà nerien 
faire. Travailloit 3 transyt^-^ 
Lbat. 

8 Camifade d*^yidouilles']C2i- 
rême-prenmt connoifloit biea 
les Andouilles ëc s'en déficit > 
mais il craignoit qu'elles ne 
fe déguifafl'ent pour le furpren- 
dre. 

9 Stamboucqs'] Plus bas enco- 
re , ch. 59. ta(ie\ de Stam- 
boHcqs. De l'Aleman Stein-boc\ 
qui fîgnifie bouc de montagnes 
de de rochers. Cet animal , ef- 
pece de rupicapra que contre 
l'opinion de Scaliger contre 
Cardan ,^xercit. ioj. Rabe- 
lais 



174 Pantagruel, 

Chamois. De toutes corneilles prinfes en Ta* 
pinois ordinairement ^° pofchoit les œilz. 
Rien ne craignoit que ' ' fon umbre , & le cry 
des gras chevreaulx. Battoit certains jours le 
pavé. ^* Se joùoit es cordes des ceindls. De 
îbn poing faifoit ung maillet. Efcripvoit '' 
fus parchemin velu avecques fon gros gualli- 
mart prognoftications & almanachs. Voila le 
gualland , dift frère Jean. C'efl mon homme. 
C'elt celluy que je cherche. Je luy voys mander 



lais diftingue ici de Vibice eft le p 
même que par inverfion de 
l'Aleman Stein-bcc]^^ Belon 1. 
j. ch. 13. de fes Singularitez 
g:c. & d'autres avant lui ont 
appelle Bouc-ejiara , & qu'au- 
jourd'hui on appelle communé- 
ment BoK^MefiVj. Il tient du Che- 
vreuil & du Dain. On en man- 
ge à Sterxingen , dans les mon- 
tagnes j fur la route d'infpruck 
à Trente , & fa chair eft égale- 
ment favoureufe & délicate. 
Voiez Mifl'on , Lett. i s.de fon 
Voiage d'Italie. 

10 Pnfchoit les oeil\'] Voiez 
les Adages d'Erafme, au mot, 
Cornicum oculos configere. Ces 
Corneilles femblent pouvoir 
ici s'entendre des Religieux j 
qui , dès qu'ils ont fait pro- 
fefïion , ne doivent plus rien 
voir que par les yeux de leurs 
Supérieurs. 

1 1 Son umbre y (^ le cry des 
crus chevreaulx ] Rabelais pa- 
Toit délîgner ici un Moine qui 
Youdroit faire gras. Deux çbo- 



ung 

Ces , dit-il 5 font peur à ce li-* 
bertin 5 l'une , que fon com- 
pagnon ne l'accufe ; l'autre > 
qu'il ne foit trahi par le cri du 
Chevreau dont il voudroit fe 
régaler. 

iz Se lûuoit es cordes der 
ceints J Soit qu'en effet il y aie 
de vieux Rabelais oîj on li/e 
Saincls , comme dans les nou- 
velles éditions , conformément 
à celle de i S96, foit qu'on doi- 
ve lire ceincls , comme j'ai cru 
qu'il falloir lire après celle de 
1553. les trois de Lyon 5 & 
celle de i6z6. je trouve que 
l'Auteur reprend ici deux ac- 
tions dans certainsMoines^l'une 
de friponnerie dans ceux d'entre 
eux qui fontfervir à leur avari- 
ce ou à leurs débauches les Corps 
desSS. Scies Reliques ; & l'au- 
tre d'orgueil&de badinage dans 
les Cordeliers,qui entre eux fe 
joiient de la corde dont ils font 
ceints ■, mais qui en font fonner 
bien haut le mérite & la vertu, 
13 Shs parchemin y élu O'c. ] 
Se 



Livre IV. Chap. XXXII. ij^ 

ung cartel. Voila , dift Pantagruel , une eftran- 
ge & monitreufe membreure d'homme , ii hom- 
me le doibs nommer. Vous me reduifez en 
mémoire la forme & contenence de Amodunc 
& Difcordance. Quelle forme demanda frcre 
Jean , avoient-ils ? Je n'en oui jamais parler, 
^4 Dieu me le pardoint. Je vous en diray, ref- 
pondit Pantagruel 5 ce que j'en ay leu parmy 
les apologues anticques. Phyfis (t'eft Nature) 
en fa première portée enfanta Beaulté & Har- 
monie fans copulation charnelle : comme de 
foy-mefme eft grandement féconde ôc fertile. 
Antiphyfie , laquelle de tout temps q{ï partie 
adverfe de Nature ^ incontinent eut envie fus 
ceftuy tant beau & honorable enfantement : 8c 
au rebours enfanta Amodunt de Difcordance ^ ^ 



Se donnoit bien de la peine 
inutilement. Ecrire avec une 
plume fur du parchemin veiu , 
c'eft perdre fa peine & fon 
cems. 

14 Dieu me le pardoint ] Par- 
doint ôc doint fe difoient encore 
dans le XVI. Siècle pour mar- 
quer l'Optatif. A prefent ce 
mode eft confondu avec Tlndi- 
catif en donne Se pardonne qui 
feuls font d'ufage pour l'un & 
l*autre mode. 

1 5 Par copulation de Tellumon'] 
Comme tout ce que j'ai juf- 

I qu'a préfent confulte de gens 
i de Lettres fur ce prétendu an- 
cien Apologue m'ont avoue 



par 

que l'Auteur leur en étoit ab- 
foUiment inconnu , en atten- 
dant qu'on le découvre , fup- 
pofé que ce ne foit pns Rabe- 
lais lui-même , ce qui eft très- 
pofTible , je me contenterai de 
remarquer après Varron , dans 
les Fraijmens de fon ^e Dits -^ 
S. Augliftin, L. VIL ch 23. 
de la Cité d- Dieu , ôc Stuckius 
de GentiliuntSacris &c. au feuil- 
let 22. de l'Ed. de Zurich 
1598. que les Romains qui 
avoient fait de Tellumo>^ une de 
leurs Divinitez, la diftinguoient 
de leur Déeirer<f//«j,ence que, 
félon leur Théologie, celle - ci 
étoit la Terre , en tant qu'el- 
le conçoir, ^ Idlumon la mê- 
me 



'tj6 Pantagruel, 

par copulation de Tellumon. Ils avoient la tefte 
fphericque Ôc ronde entieiement comme ung 
ballon : nan doulcement comprimée des deux 
couliez , comme elt la forme humaine. Les au-r 
yeilles avoient hault enlevées , grandes comme 
aureilles d'afne : les œilz hors la tefte fichez 
fus des os femblables aulx talons , fans foucil- 
les , durs comme font ceux des cancres : les 
pieds ronds comme pelottes : les bras & mains 
tournez en arrière vers les efpaules. Et che- 
minoient fus leurs teftes continuellement fai- 
sant la roue, cul fus tefte, les pieds contre- 
mont. Et ( comme vous fcavez que es cingef- 
fes femblent leurs petits cinges plus beaulx que 
chofe du monde ) Àntiphyfie louoit , & s*efFor- 
çoit prouver que la forme de fes enfans plus 
belle eftoit & advenente , que des enfans de 
Phyfis : difant que ainfi avoir les pieds & tefte 
fphericques , & ainfi cheminer circulairemenc 
en rouant , eftoit la forme compétente & per- 
fai6le alleure retirante à quelcque portion de 
divinité : par laquelle les cieulx ôc toutes cho- 
ies éternelles font ainfi contournées. Avoir les 
pieds en l'aer , la tefte en bas eftoit imitation 
du Créateur de l'Univers : veu que les cheveulx 
font en l'homme comme racines : les jambes 
comme rameaulx. Car les arbres plus commo- 
dément font en terre fichez fus leurs racines , 

que 

tne Terre en tant qu'elle f roduic» 



i6 



Livre IV. Ch ap. XXXII. 177 

que ne feroienc fus leurs rameaulx. Par celte 
demonftration alléguant que trop mieulx ôc 
plus aptement eftoient fes enfans comme une 
arbre droidle , que ceulx de Phylis : lefquels 
eftoient comme une arbre renverlée. Quant eft 
des bras & des mains ^ prouvoit que plus rai- 
ionnablement eftoient tournez vers les efpau- 
ks : parce que cefte partie de corps ne doib- 
voit eftre fans defenfes : attendu que le devant 
cftoit competentement muni par les dents. Def- 
^uelles la perfonne peut non feulement ufer en 
mafchant fans Tayde des mains : mais auflifoy 
défendre contre les chofes nuifantes. Ainfi par 
le te'moignaige & aftipulation des beftes bru- 
tes tiroit touts les fols 6c infenfez en fa fen- 
tence , & eftoit en admiration à toutes gens 
efcervelez & defguarnis de bon jugement 6c 
fens commun. Depuis elle engendra les Ma- 
tagots , Cagots & Papelars : les ^^ Maniacles 
PiÛolets : les ^7 Demoniacles Cal vins impo- 

fteurs 



1 6 Maniacles Piflolets ] Ts/îa- 
nucles pour maniaijues ■> com- 
jneDemoniacleôc theytaclâ,c[\x'on 
difoit pour Démo/ii.i^ue Se thé 
riaque. Sous le nom de l'ijio- 
lets Rabelais entend la Fadtion 
des Koirs Se celle des Blancs , 
efpece de Guelj^hes Se de Gibe- 
lins-, qui environ l'an i 300. s'é- 
levèrent en Italie dans la petite 
Ville de ïiftoie , d'oii enfuite 
prirent auflR leur nom les Pif- 
tolets de poche , parce que les 



; premiers de ces petits Piftolets 
vmrent de là même Ville, 
Voiex H. Etienne , dans la 
Préface de Ton Traité de la 
conformité du Langage Fran- 
çois avec le Grec 5 Ôc Fau- 
chet , 1. z. de la Milice Se des 
Armes. 

1 7 Demoniacles Cahins im" 
pojleMi-j de Genfye ] On a re- 
tranché cet endroit dans l'édi- 
tion de 1596. mais dans les trois 
de Lyon on lui a fubllitue ces 



Tome /r. ^ M P^'*»'- 



178 Pantagruel, 

fteurs de Genève: les ^^enraigez Putherbes^ 
*^ BrifFaulx , Caphars y Chattemites 9 Caniba- 
les : & aukres monitres difformes ôc contre- 
fai6ls en defpit de Nature. : 

Chap. 

paroles : DerHoniaclex Chiqua- rage ce Religieux, par rapport 



nous y 0" racleuïs de benejices. 
II eft pourtant de Rabelais , & 
on le trouve dans l'édition de 
1626. & même déjà dans celle 
de I J 5 3 . Ce qui , félon moi , a 
donné lieu au nouvel empor- 
tement que l'Auteur témoigne 
ici contre Calvin que le Prol. 
du 1. 2. traite déjà de Prede(h- 
nateur & à'impojieur , c'elt le 
Livre de Scandaltj de ce Réfor- 
mateur , publié en Françoisl'an 
1550. Jufques-U, quoi que de 
rhumeur dont etoit Calvin, dès 
que le Roman deRabelais parut, 
il n'eut pu s'empêcher de parler 
de cet Ouvrage avec quelque 
mépris, il ne lui étoit pourtant 
rien échappé de pcrfonnel con- 
tre l'Auteur 5 mais Rabelais ne 
laifl'ant pas de lâcher toujours 
contre lui de^ injures ou quel- 
ques traits de raillerie, Calvin 
à fon tour garda fi peu de me- 
fures avec lui dans ce Livre de 
Scandalis , que Rabelais en vint 
enfin aux groflts injures qu'on 
voit ici contre Calvin dans ïqs 
vieilles ed.tions. 

1 8 Enraige\ Futherbes ] Ga- 
briel de Puy-tierbaut ( Puther- 
beuï ") Moine de Fontevraut , 
contemporain & grand adver- 
faire de Rabelais , qui lui rend 



ici la pareille > en traitant à'en- I leur^ difcours. 



a Ion nom , qui , comme ce 
Moine l'avoit mal latinifé , fi- 
gnifie en vieux François un 
Puits infecté d'h rbes qui don-» 
nent La ragf. Le Livre oii Pu- 
therbe fe déchaine fi cruelle- 
ment contre Rabelais eft intitu* 
lé : Theotimus; firede expugnen-» 
dis CJ" tollendts malts Ubris , itr 
prxcipuè quQs yix incolumi fide 
ac pietate plerique légère queant, 
Voieï Launoy , pag. 728. de 
fon Hift. du Collège de Navar-» 
re. Le Livre du Moine Puther- 
be fut imprimez» 8« à Paris 
chez Jea.i de Roigny l'aa 
1 5+9. & la furieufe tirade qu'on 
y lit contre Rabelais , 1. 2. pag. 
180. & 181. eft rapportée tou- 
te entière par Gilbert Voëtius 
en les Paralipoménes , p2g« 
1144. & 1145. de la I. part, 
SeleB.di/put. The/il. impr. m 4«, 
à Utrecht , en l'année 1648. 
le Procès verbal de la Coutume 
de Touraine fait mention d'un 
M. Denys de Puy-Herbaut > 
habitant de Tlfle - Bouchart « 
Se Procureur du Commandeur 
de ce lieu. 

1 9 Bnjfaulx .... Canibales'^ 
Moines ditférens , qui comme 
à belles dents déchiroient l'Au- 
teur par leurs £crits & dans 



Çhap, 



Livre IV. Ch A p. XXXIII. 179 



Chapitre XXXIII. 

Comment par Pantagruel feut ung monflreux 
Phyfetere appercea près HJle Farouche, 

SU s le hault du jour approchans Tlfle Fa- 
rouche, Pantagruel de loing apperceut ung 
grand &: monftreux ^ Phyfetere, venant droidt 
vers nous bruyant , ronflant , enflé , enlevé plus 
hault que les hunes des naufs , & jedlant eaulx 
de la gueule en Taer devant foy, comme li feuft 
une grofïè rivière tumbante de quelque mon- 
taigne. Pantagruel le monlira au pilot & à Xe- 
nomanes. Par le confeil du pilot * feurent Ton- 
nées les trompettes de la Thalamege en into- 
nation de Gaare Serre. A ceftu-y Ton toutes les 
naufs , guallions , ramberges, Liburnicques 
(félon qu'eiloit leur difcipline navale) femei- 

rcnt 



Ckap. XXXIII. I Fhjfeiere 
Ç^i. ] Le Phyletere j appelle 
Veis mular en Provence -y & 
Sedenette en Saintonge, eft une 
efpece de Balene , qu'on voit 
quelquefois fur l'Océan Fran- 
çois , particulièrement vers 
Baïone. Les Grecs ont nomme 
ce poiflon phyfetere , comme 
qui diroit Souffleur , à caufe de 
l'eau qu'il jette comme enfouf- 
â^nt > par un percuis qu'il 



a dans le defTus de la tête. 
Voiez Rondelet de Ptfubuj , 
1.16. ch. 14., ou il cite Pline , 
1. 9« ch. 4. 

2 Feurent finnées les trompet-* 
ffj- Ci7r.] Allufîon_au 1, 15. de 
Strabon , oîj Nearchuss'y prend 
de la forte pour écarter des Ba- 
lenes qui fembloient devoir a- 
bimer fa flotte. Voiex aufli 
Diod. Sicilien , 1. 17. c, zj. & 
Ariea de rébus Indtcif, 

Mi i 



î8o Pantagruel^ 

rent en orclre & figure telle qu'efî: le Y Gr^ 
geois lettre de Pythagoras : telle que voyez 
obrerver par les Grues en leur vol , ^ telle qu'eft 
en ung angle acut : on cône & bafe de laquelle 
eftoit iadidte Thalamege en equippaige de ver- 
tu eufement combattre. Frère Jean on chafteau 
guaillard monta guallant Ôc bien délibéré avec- 
ques les bombardiers. Panurge commença à 
crier & lamenter plus que jamais. Babilleba- 
bou , diioit-il , voyci pis qu'antan. Fuions. 
C'eft par la mort bœuf, Leviathan defcript 
par le noble Prophète Mofes en la vie du fainél 
homme Job. 11 nous avallera touts & gens ôc 
naufs , comme pilules. En fa grande gueule in- 
fernale nous ne luy tiendrons lieu plus que fe- 
roit un grain de dragée mufquée en la gueule 
d'ungaine. Voyez-leci. Fuyons, guaingnons 
terre. Je croy que c'eft le propre monftre ma- 
rin qui feut jadis deftiné pour dévorer Andro- 
fneda. Nous fommes touts perdus. O que pour 
Toccire prefentement feuft ici quelque vaillant 
Perfeus. Percé jus par moy fera, refpondic 
Pantagruel. N'ayez paour. Vertus Dieu, dift 
Panurge , fai(5tes que foyons hors les caufes de 
paour. Quand voulez- vous que j'aye paour, 
ïinon quand le dangier ciï évident: Si telle eft, 

dift 



3 Telle qu^efl en ung angle acut"] 
<^ette Obfervation fur le vol 
des Griies eik de Plucarque , 



dans le Traité où il examine 
quels animaux font les pius ayi-» 
fez.» 



Livre IV. Chap.XXXIII. i8i 

âlfi: Pantagruel , voitre deitinée fatale , 4 com- 
me n*aguieres expofoic frère Jean , vous doib^ 
viez paour avoir de Pyrœis , Heoùs , Aëthon ^ 
Phlegon célèbres chevaulx du Soleil flammivo- 
mes , qui rendent feu par les narines : des Phy- 
feteres , qui ne jeélent qu'eaiie par les ouïes 6c 
par la gueule , ne doibvez paour aulcune avoir, 
Ja par leur eaùe ne ferez en dangier de more. 
Par ceituy élément plutouH ferez guaranti & 
confervéque fafchsi ne offenfé. A Faultre , dift 
Panqrge. C'eil bien rentré de piques noires. 
^ Vertus d'ung petit poiilbn ne vous ay-je af- 
fez expoféla tranfmutation des elemens , & le 
facile fymbole qui efl entre rouili & bouilli, 
entre bouilli & rou[H?Halas. Voy-le ci. Je 
m*en voys cacher là bas. Nous fommes touts 
morts à ce coup. Je voy fus la hune ^ Atropos 
la félonne avecques fes cizeaulx de frais efmoa- 
lus prefle à nous touts couper le filet de vie. 
Guare. Voy-le ci. O que tu es horrible &: abo- 
minable ! Tu en as bien noyé d'aultres qui ne 
s'en font poincSt vantez. Dea s'il jedtafî; via 

bon. 



^Commen^agu'teres &c.'\ Au 
ch. 24. frère Jean avertit Pa- 
nurgc de craindre moins l'eau 
que le feu. 

S Vert HT d'un petit yoifTon ] 
Quelques-uns jurent par le ven- 
tre , par la chai»- , par le cori>j 5 
par la tête D . . . . Pour éviter 
tout cela on a mi; en vogue 
cette forte de Juron qui eft ea- 



core en ur2ge en Languedoc & 
en Daiiphiné.Au C.32. du 1. i, 
Panurge en emploie un qui fait 
alltilîon à celui-ci. 

6 atropos \J'c.'\ Le Phyfetc- 
re que la peur de Panurge lui 
faifoit paroître s'élever plus 
haut encore que la hune du 
vaifleau.. 

m. 7 



îSx Pantagruel, 

bon , blanc , vermeil ^ friant , delicîeuK ^ en 
lieu de cefte eaùe amere , puante, fallée , cela 
feroit tolerable aulcunement ; & y feroit auU 
cune occafion de patience , à Texemple de "^ 
celluy milourt Anglois , auquel eltant faidt 
commandement pour les crimes defquels eitoit 
convaincu , de mourir à Ton arbitraige , efleuc 
mourir nayé dedans ung tonneau de Maivefie. 
Voy-le ci. Ho ho diable Satanas , Leviathan. 
Je ne te peulx veoir , tant tu es hideux & 
aeteftable. ^ Vefts à Taudience : vefts aux 
Chiquanous, 

Chap. 



7 Celluy milourt anglais 0'c%~\ 
George Duc de Clar^nce , le- 
quel Ton frère Edouard I V. 
Roi d'Angleterre fît mourir 
de la forte au mois de Février 
14.77. ou félon le calendrier 
Romain, 1478. dans la pré- 
vention ou étoit ce Roi que 
c'étoit le Duc de Clarence que 
les Prophéties de Merlin défi- 
gnoient , comme devant un jour 
ravir la Couronne à fts enfans. 
Voiezla Continuation de Mon- 
flrelet , fol. 196. Fulgofe ) 1. 
9. ch. 12. & les Mém. de Mar- 
tin du Bellai, 1. I. fur l'an 15 14. 
Quelques Hiftoriens \ fe con- 
tentent de dire que l'infortuné 
Duc George fut étouffé dans 
la Tour de Londres 3 fans fpé- 
cifier fi ce fut dans du vin ou 
autrement ; mais fuppofé que 



ce Duc eût en effet choifî de 
mourir comme le raconte Ra- 
belais, encore la manie de ce 
Seigneur ne feroit-elle pas fans 
exemple, témoin cette épigram- 
me , qui eft des Tombeaux de 
Michel Haflob , de Berlin , im- 
primer m 8". à Francfort fur 
roder l'an 1571» 

In ciatho finjpleno cum "Muf» 
ca périr H 5 
Sic ait Oeneus , fponte perire 
yelim, 

8 P-^efls à Paudience : t>efît 
aux Ch icjuancus'\V Ahhé Guyet 
a remarqué à la marge de cet 
endroit de fon Rabelais , que 
l'Auteur faifoit ici allufion à 
certaine hiftoriette du Mans , 
mais il ne rapporte point cette 
hifto- 



\ Georg. Lilii Chronicon. impr. en 1558. au femîlet 63. 



Livre IV. Chap, XXXIV. iSj 



^ 



Chapitre XXXIV. 



Commem var Tantagruel feiit défait le monf- 
freux Fhyfetere» 

LE Phyfetere entrant dedans les brayes 5c 
angles des naufs ôcguallions , jedloiteaue 
fus les premières à pleins tonneaulx , comme 
fi feuflent les Catadupes du Nil en Ethiopie , 
dards , dardelles , javelots , efpieux , corfec- 
ques , Partuifanes , voloient fus luy de touts 
couftez. Frère Jean ne s'y efpargnoit. Panurge 
mouroit de paour. L'artillerie tonnoit ôcfoul- 
droyoit en diable, ôc faifoit fon debvoir de 
lepinfer fans rire. Mais peu proufitoit : caries 
gros bollets de fer & de bronfe entrans en fa 
peau fembloient fondre à les veoir de loing , 
comme font les tuiiles au Soleil. Alors Pan- 
tagruel conliderant Toccafion ÔC necefîité , 

def. 



hiftoriette , & d'ailleurs j'ai été 
averti que ceci regardoit pro- 
prement un Conte qu'a depuis 
fait Vervilied'un certain Mon- 
iîeur de Lierne , dans le tems 
que ce Gentilhomme François 
fe diveriifloit entre deux draps 
avec la courtiTane Imperia. 
Apres l'avoir plus d'une fois 
embaumé par de petites vef- 
cies de fenteur qu'elle ^ifoic 



crever a propos , tout a coup 
elle lui lâcha un vent naturel 
que ce Gentilhomme trouva 
aufïî abominable à peu près > 
qiiele Phyfetere paroit ici dé- 
teltable au pauvre Panuree > 
qui l'envoie vefcir à V audien- 
ce ^ de au nez des ChicanoHx, 
Voiez le Moyen de parvenir > 
auch. 7. intitule Couflet. 



M'fc 



Chap» 



184 Pantagruel, 

defploye fes bras , oc monftre ce qu'il fçavoÎÈ 
faire. Vous di6les , & eft cfcript , que le 
triiant Commodas Empereur de Romme , tant 
dextrement tiroit de l'arc y que de bien loing 
il palToit les flerches entre les doigts des jeu-, 
nés enfans levans la main en Taer , fans aul- 
cunement les ferir. Vous nous racomptez aufïî 
d'ung archier Indian on temps qu'Alexandre 
le grand conquefta Indie , lequel tant eftoit de 
traire périt , que de loing il palïbit fes flefches 
par dedans ung anneau : quoy qu'elles feuffent 
longues de trois coubdées : & feufè le fer d'i-» 
celles tant grand & poifant , qu'il en perfoic 
^ brancs d'afïîer , boucliers efpois ^ plaftrons 
alTèrez : ce tout généralement qu'il touchoit : 
tant ferme , refiitant , dur ôc valide feuft que 
fçauriez dire. Vous nous diéles auflî merral- 
lesdel'induftrie des anciens François, lefquels 
à touts eftoient en l'art fagittaire préférez : Se 
lefquels en chaflè de beftes noires & roufïès 

frot- 



ChAP. XXXIV. I Eyancr 
d''ajjier'] Ceci eft pris en partie 
d'Arrien , pag, i 80. A. de Vé- 
dition de H. Etienne > i S7>. 
A l'égard du mot , il n'y a pas 
d'apparence qu'ici branc foit 
comme dans le Prol. du 1. 3. 
cette forte d'épée bUmbe \ que 
je préfume qu'on n'appelloit 
branc qu'à caufe du brillant de 



Ton acier. Selon moi , c'eft 
proprement en cet endroit une 
cmraffe , qu'on aDpelloit au/ïî 
armes bU'iches 3 à caufe que 
l'acier en etoit blanc Se poli. 
En la même manière on di- 
foit d'un homme vêtu de fer 
de pie en cap qu'il étoit armé à 
blanc. 



■^ Foie\ les Div, levons de Onjan^ /. i, c^aip, 2P. 



Livre I V. C h a p. XXXIV. i2f 

frottoient le fer de leurs flefches avec ellébore • 
pourceque delà venaifon ainii feruë la chair plus 
tendre , friande , falubre & delicieufe eftoit : 
cernant toutesfois &c houftanr la partie ainfi 
attaindle tout au tour. Vous faiéles pareille- 
ment narré des Parthes , qui par darriere ti-« 
roient plusinv^enieufement que ne fiifoient les 
aultres nations en face- Auili célébrez- vous les 
Scythes en celle dextérité. De la part defquels 
* jadis ung Ambaiïàdeur envoyé à Darius Roy 
des Perfes , lu y offrit ung oifeau , une gre- 
j noiUe , une fouris , & cinq flefches fans mot 
I dire. Interrogé que pretendoient tels prefens, 
I & s*il avoit charge de rien dire , refpondit que 
non. Dont refloit Darius tout eftonné & he-» 
beté en fon entendement , ne feuft que Tung 
i des fept Capitaines qui avoient occis les Mai- 
ges, nommé Gobryes , luy expofaôc interpré- 
ta , difant : Par ces dons ôc offrandes vous di- 
fent tacitement les Scythes : Si les Perfes 
comme oifeaulx ne volent au ciel , ou comme 
fouris nefe caichent vers le centre de la terre : 
ou ne fe muffent on profond des eflangs ÔC 
palus , comme grenoiiles , touts feront à per- 
dition mis par la puiflance & fagettes des Scy*- 
thés. Le noble Pantagruel en l'art de jedler ÔC 
darder eftoic fans comparaifon plus admira- 
ble. 



2, Jadis nng Ambajjadew C7f •] Voiei lc,4. Livre d'Hérodote. 

CHAPo 



1^6 Pantagruel, 

ble. Car avecques fes exhorribles piles & dards 
( lefquels proprement refïèmbloient aux grof- 
fes pouicres fus lefquelles font les pons de 
Nantes, Saulmur, Bregerac, & à Paris les ! 
pons au change & aulx meufniers fouftenus , 
en longueur, groiïèur ^ poifanteur & ferrure) 
«le mille pas loing il ouvroit les huitres en ef- 
calle fans toucher les bords : il efmouchoit 
«ne bougie fans Textaindre , frappoit les pies 
par l'œil, deflemeloit les bottes fans les en- 
dommaiger : defFourroit les barbutes fans riea 
guafter : tournoit les feuillets dubrcviaire de 
frère Jean Tung après Taultre fans rien deffirer, 
Avecques tels dards , defquels eftoit grande 
munition dedans fa nauf, au premier coup il 
enferra le Phyfetere fus le front , de mode qu'il 
luy tranfperçales deux machoiioires 6c la lan- 
gue, Il que plus ne ouvrit la gueule, plus ne 
puifa , plus ne jeéla eaùe. Au fécond coup il 
luy creva l'œil droi6l. Au troizieme l'œil guauf- 
che. Et feut veu le Phyfetere en grande jubila- 
tion de touts porter ces trois cornes au front 
quelcque peu panchantes davant , en figure 
triangulaire equilarerale : ôc tournoyer d'ung 
coufté & d'aultre , chancellant & forvoyant , 
comme eflourdi , aveuglé , & prochain de 
mort. De ce non content Pantagruel , luy en 
darda ung aultre fus la queue panchant pareil- 
lement en arrière. Puis trois aukres fus l'ef- 
chine en ligne perpendiculaire par equale di- 

ilance 



Livre IV. Ch A p. XXXV. 187 

fiance de queue & bac trois fois iuftemenc 
compartie. Enfin luy en lança fus les flancs 
cinquante d'ung coufté & cinquante de Taul- 
tre. De manière que le corps du Phyfetere 
fembloit à la quille d'ung guallion à trois ^ua- 
bies emmortaifée par compétente dimenfion 
de fes poultres , comme fi feulïènt coiîès &C 
portehausbancs de la carine. Et eftoit chofc 
moult plaifante à veoir. Adoncques mourant 
le Phyfetere fe renverfa ventre fus dours , 
comme font touts poilTons mors : & ainfi ren- 
verfant les poultres contre bas en mer refTem- 
bloit au Scolopendre ferpent ayant cent pieds y 
comme Tha defcriptle faige ancien Nicander. 



Chapitre XXXV. 

Comment Vantagruel defcend en Vljle FaroU'i 
che y manoir anticque des ^ndouilles, 

LEs Hefpailliers de la nauf Lanternîere 
amenarent le Phyfetere lié en terre de 
' rifle prochaine diéle Farouche , pour en faire 

ana- 

Chap. XXXV. I Z'//7' Va 



YOMche (jTc. J II y a d? l'appa- 



voHche Rabelais entend le feu 



l'Equipage de fa Flotte pour 
fondre la graifl'e du Phyfetere. 



rence qnefous ce nom d' /?efrf- C'eft d'ailleurs l'Elément des 



Andouilles, îk enfin rien de (l 



des Cuifînes. La compagnie s'en ; /rfrcMr/;e que le /?« , puifq^u'il 
approche pour fe fécher , & j dévore ^ouCt 



2 



^83 Pantagruel, 

anatomie , & recuillir la grefïè des roîgnons Z 
laquelle difoient eltre fort utile 6c neceiraire à 
la guerifon de certaine maladie qu'ils nom- 
moient faulte d'argent. Pantagruel n'en tint 
compte , car aultres afTez pareils , voire en- 
core plus énormes , avoit veu en l'Océan Gai- 
licque. Condefcendit toutesfois defcendre en 
rifle Farouche _, pour feicher & refraifcliir 
aulcuns de Tes gens mouillez ôc fouillez par 
le villain Phyfetere ^ à ung petit port defert 
vers le Midy fitué lés une touche de bois haul- 
tc, belle & plaifante : de laquelle fortoit ung 
délicieux ruifïèau d'eaiie doulce , claire Ôc ar- 
gentine. Là defïbubs belles tentes feurent les 
cuifines dreiïees , fans efpargne de bois. Chaf- 
cun mué de veftemens à fon plaifir , feut par 
frère Jean la campanelle fonnée. Au fon d'icelle 
feurent les tables dreffées Ôc promptement fer- 
vies. Pantagruel dipnant avecques fes gens 
joyeufement , fus l'apport de la féconde table 
aperceut certaines petites Andouilles affaic- 
tées gravir Se monter fans mot fonner fus ung 
hault arbre près le retraiél du guoubelet : fi 
demanda à Xenomanes , Quelles beftes fontw 
ce-là ? penfant que feuflènt efcurieulx , belet- 
tes , martres ou hermines. Ce font Andouil-* 
les , refpondit Xenomanes. Icy eft l'Ifle Fa- 
rouche _, de laquelle je vous parlois à ce ma- 
tin : entre lefquelles & QjJarefmeprenant leur 
maling Se anticque ennemy eft guerre mor- 



telle 



X I V R E I V. C H A p. XXXV. jE^ 

telle de long temps. Et croy que par les ca- 
nonnades tirées contre le Phyf'etere ayent eu 
quelcque frayeur ÔC doubtance que leur di6t 
lennemy icy feuft avecques fes forces pour les 
furprendre , ou faire le guaft parmi cefteleuc 
Ifle y comme ja pluiieurs fois s'eitoit en vaia 
efforcé & à peu de proufidl, obitant le foing 
& vigilance des Andouilles : lefquelles ( corn- 
ime dilbit Dido aux compaignons d'Eneas vou-* 
lants prendre port en Carthaige fans fon fceu 
& licence ) la malignité de leur ennemy ÔC 
vicinité de fes terres contraignoient foy con- 
tinuellement contregarder & veigler. Deabel 
lamy , dïil Pantagruel , fi voyez que par 
quelcque honnefte moyen puiflions fin à ceite 
guerre mettre , & enfemble les réconcilier , 
donnez m'en advis. ]e m'y emploieray de 
bien bon cueur : & n'y efpargneray du mien 
pour contemperer & amodier les conditions 
controverfes entre les deux parties. Poffible 
n'eft pour le prefent , refpondit Xenomanes. 
Il y ha environ quatre ans que pafîànt par cy 
!& Tapinois je me meis en debvoir de trai- 
<Sler paix entr'eulx , ou longues trêves pour le 
moins : & oresfeufïent bons amis & voifins , 
, Il tant l'ung comme les aultres foy feufîènc 
; defpouillez de leurs affeélions en ung feul ar- 
ticle. Q_iarermeprenant ne vouloit on traidlé 
de paix comprendre les Boudains faulvaiges , 
ne les Sauiciifons montigenes ieur^ anciens 



ipo Pantagruel, 

bons compères & confederez. Les Andouil- 
les requeroient que * la forterefTe de Cacques i 
feuft par leur difcretion , comme eft ^ le cha- 
fteau de SoUouoir, régie & gouvernée , &i 
que d'icelie fcuiTenc hors chaflèz ne fçay quels j 
^ puants , villains , afïàflineurs & briguansi 
qui la tenoient. Ce que ne peult eftre accor-< 
dé , & fembioient les conditions inicques à( 
l'aultre partie. Ainfi ne feut entr'eulx Tap-^ 
poin6lement conclud. Rettarent toutesfois 
moins fcveres £c plus doulx ennemis , que 
n*efloient par le palîé. Mais depuis la denun- 
ciarion du concile national de Chefil, paria- 
quelle elles feurent ^ farfouillées , guodelurées . 
& intimées : par laquelle auffi feut Quaref-i 

me- 



T La ForfreJJè de Cacques ~\ 
Le lieu où Carême - prenant 
tient Tes principales munitions , 
qui font les harens & la mo- 
Tuë. 

3 Le chafieau de Sollomir'] Ou 
SalloHoir , comme on lit dans 
plufieurs éditions. Allufion du 
château de Soleurre en SuifTe 
( Caflrvim Salodorenfe ) * au 
Saioir à faler la chair 8c les 
dépouilles de porc. 11 eft com- 
munément de la figure d'une 
tour antique , & les Andouilles 
en font la plus ordinaire garni- 
Ton. 



4 P«rf«fj* 3 yillainï , affalî" 
n^urs C7 brignans C!7c. ] Les ha- 
rens puans , & la morue gâtée 
qui Te trouvent dans les Caques, 
éc qui empoifonnent ceux qui 
les approchent ou qui en man- 
gent. 

5 Farfouillées ■) godelurées (HT 
intimées j Par laquelle dénon- 
ciation ou intimation des An- 
douilles au Concile , elles fu- 
rent notées d'Infamie comme 
s'etant laifle farfouiller , pati- 
ner & fouiller dans les entrail- 
les. 



* Fote'Si la Re^ubU des SuiJJes de Simler , /. x. <»« cha£. de^o» 
leurre* 



Livre IV. Chap. XXXVI. ipn 

neprenant declairé ^ breneux , 7 hallebrené 
Se ^ itocfifé en cas que avecques elles il fcilt 
illiance ou appoinélement aulcun , fe fonc 
lorrificquemcnt aigris , envenimez , indignez ^ 
5c obitinez en leurs couraiges : & n'eft poili- 
ble y remédier. Plutouit auriez vous les chats 
^ rats , les chiens 6c lièvres enfemble re* 
concilié» 



Chapitre XXXVI. 

Comment parles ^ndemlle s farouches e{l dref^ 
fée embafcade contre Pantagruel, 

CE difant Xenomanes , frère Jean aper-« 
ceut ving & cinq ou trente jeunes An- 
douilles de legiere taille fus le havre , foy re- 
tirantes le grand pas vers leur ville , citadel- 
le , chafteau Ôc rocquette de cheminées , 6c 

dift 



6 B/(?»?Kx] C'cft ce qu'entend 
le petit peuple de Paris quand 
il crie après quelque paflant , 
□ u'z7 a ciné an lit. 

7 Hallehrené] Incapable de fe 
jfoutenir , non plus que ces jeu- 
l'nes Oiri;au < de rivière qu'on ap- 
pelle Halebranf^ aulTî long-tcras 



qu'ils ne favent voler. Voiez 

M.delaNouërdansfonDiciion. 
de rimes jpa^. 163. de l'édition 
de I59<5. 

8 Stocfifé ] Excommunie y ou 
fins tête 5 non plus que la mo- 
rue fechc, que les Alemans ap- 
pellent Slocl{^fifcb , d'un nom 

qui 



«pi Pantagruel^ 

diit à Pantagruel : Ml y aura icy de Tafne ^ 
je le prevoy. Ces Andouilles vénérables vous 
pourroient paradvanture prendre pour Quaref- 
meprenant , quoiqu*en rien ne lui fembliez. 
Laiiïbns ces * repaiiïàilles icy , & nous met- 
tons en debvoir de leur refifter Ce ne feroit , 
diil Xenomanes , pas trop mal fai6t. Andouil- 
les font Andouiiles , tousjours ^ doubles & 
traiftreiïès. Adoncques fe lieve Pantagruel de 
table pour deicouvrir hors la touche de bois 
puis foubdain retourne , & nous aiïeure avoir 
à guaufche defcouvert une embufcadc '* d'An- 
douilles farfelues , & du coufté droiét à de- 
mie lieuë loing de-là , ung gros bataillon 
d'aultres puifTàntes & Gigantales Andouiiles 
le long d'une petite colline furieufement en 

bataille 



qui dans leur Langue /îgnifîe 
poiflon fans tête. Stock-hfch , 
ex ftock C7 fifch , ob capta 
truncata, dit H. Ottius, pag. 
IP4. de fa ¥ranro-G allia, 

ChAP. XXXVL I II y aura 
ici de Vafae j De la mépriie , 
comme entre ces deux Villa- 
geois , qui à leurs braïemens 
contrefaits , venoient toujours 
à fe rencontrer au lieu de l'âne 
qu'ils cherchoient. Voiex Don 
Quichot) part. 2. ch. 25. 

2 R^epaijjàilles ] Et plus bas •> 
ch S I . Croyez que la repaiffail- 
lefut copieuCe j iJ les beuyett s 
Yijtmereufes. On dit aujourd'hui 
rimaille dans la HgniHcation de 



cet ancien mot , dont le nou- 
veau pourroit bien être une con- 
traction. 

3 Doubles CT traiftrejfes ] An- 
ciennement on prononçoit an» 
dciile , ôc en Lorraine redoillef 
c'eft redoubler. Ainlî , Rabe- 
lais pourroit bien avoir dérivé 
andouilh à^mduyla. Les andouii- 
les font doublées de plufîeurs 
boiaux , & elles fe redoublent 
comme les boudins. 

4 ^fi douille s far feliies'^ Graf^ 
(es, femlliies peut-être , en tant 
qu'elles font couvertes de plu- 
fîeurs boiaux, comme d'autant 
àt feuilles* 



Livre IV. Ch A p. XXXVI. i^} 

bataille rtiarchantes vers nous au fon des ^ ve^ 
zes & piboles , des guogues 6c des vefTies , 
des joyeulx ^ pifres ôc tabours _, des trompée- 
tes &c clairons. Par la conjecSture de foixante 
dz dixhuièl enfeignes qu'il y comptoir ^ eiti- 
mions leur nombre n'eftre moindre de quaran^ 
te & deux mille. L'ordre qu'elles tenoient » 
leur fier marcher & faces aiïèurées nous fai- 
foienc croire que ce n'eltoient 7 pvjquenelles-: 
mais vieilles Andouilks de guerre. Parles pre- 
mières filiieres jufques près les enfeignes 
efloient toutes armées à hault appareil , avec- 
ques picques petites , comme nous fembloit 
de loing , toutesfois bien poinéluè's & aiïe- 
rées : furies aefleseftoient ^ flancquegées d*ung 
grand nom.bre de Boudins fvlvaticoues , de 
Guodiveaulx maiTifs ôc Saukilfons à cheval ^ 

touts 

5 ye\ss dy piboles ] Covne- , ^^f elle fnqu:r:él!es ) comme qui 
miifes ôc mufenes. Boiichet ,j diroïc petites /n<^«e^fe/ 3 les jeu* 
Sérée J. Tellement eji*e cefie m.zAni^s coqusnes c\m fuivoienc U 
née ne youlut jamais bmgey de là Cour. Beze ,1. 5 • de fon Hiil. 

elle ej} Oit 1 que les wî^sîmkj- wei Ecclëiîalliqwe , fur l'an 1560» 



ValUjfènt [>re>Kirey (y' que les pi 
holeux O" veneurs n'eujjint fofij- 
flélà. 

6 l'ifrer ] En Toiiraine on 
appellept/ie cette forte de flûte 
qu'ailleurs on nomme /-/rs G 
Chappuys y dans fa tradudion 
du tome 1 5. d'Amadis , au ch. 



Le l'revoji cependant s^eftant ew- 
quis des Soldats de lynrheheH ^ 
ZD" de quelques fnquenelles de 
Cour y en fit fon rapport an 

8 Flâncquegcâs ] Dc l'Italien 
fianchcggiAf-e^ qui en ce temç-Ià 
i"e glifloît déjà parmi le Fran- 



3S. Plu(ieur.t font des pifres CT" çôis. On difoit de même cam- 
atltres tnjhnmcns. \peier pour lamper 5 & ce mot> 

■• 7 tnqusnslles ] Menu fretin qui fe trouve dans Oudin, avoit 
de jeunes andouilles. On a aufil 'été emploie pir l'ancien Tra- 



tp4 Pa ntagruel, 

tours de belle taille , gens infulaires , ^ ban^ 
dolliers & farouches. Pantagruel feut en grand 
«fmoy 5 & non Tans caufe : quoy qu'Epifte* 
mon luy remonftraft que Tufance & couftu* 
me du pays Andoullois povoit eftre ainfi ca- 
relîer & en armes recep voir leurs amis eflran- 
giers : comme font les nobles Roys de France 
par les bonnes villes du Royaulme receups ÔC 
îaluëz à leurs premières entrées après leur fa- 
cre & nouvel avènement à la Couronne. Par- 
adventure^difoit-il ^ eft-celaguarde ordinaire 
de la Royne du lieu , laquelle advertie par les 
jeunes Andouilles du guet que veifles fus l'ar- 
bre 5 comment en ce port furgeoit le beau & 
pompeux convoy de vos vaiilèaulx , ha penfé 
que là debvoit eftre quelcque riche ôcpuiflant 
Prince : & vient vous vifiter en perfonne. De 
cenonfatisfaidl , Pantagruel afîèmblafon Con- 
feil pour fommairement leur advis entendre fur 
ce que faire debvoient en ceftuy eftrif d'efpoir 
incertain 6c craindle évidente. 

Adoncques briefvement leur remonftra com- 
ment telles manières de recueil en armes avoic 

fou- 

ment fecher fur de petits bâ- 



dudeur de rArîofte,aux feuil- 
lets 45.^ 58. de l'édition de 

1555- 

9 Bandolliers (jT faronthes ] 
Les boudins Sjhutiicjues ou de 
venaifon 5 les Godiveaux <k les 
fauciflbns , de tous lefquels 
Rabelais fait de la Cavalerie , 
parce qu'on les met ordinaire- 



tons 3 font appeliez /<îfûMf/?e/ , 
parce qu'il elt dangereux pour 
la fante de s'appnvoifer avec 
eux. L'Auteur en fait des Ban-* 
d'Aters parce qu'on les vend a t- 
tachez l'un à l'autre en guife de 
hAnàoliiïSft 



Livre IV. Chap. XXXVI. ipj 

Vent porté mortel préjudice foubs couleur de 
carelîe & amitié. Ainli jdifoit-il , l'Empereur 
Antonin Caracalle à l'une fois occilt les Ale- 
xandrins : à raultredesfift lacompaignie d'Ar- 
taban Roy de Perfe, foubs couleur & fiélioii 
de vouloir fa fille efpoufer. Ce que ne refta im- 
puny : car peu après il ^° y perdit la vie. Ainfi 
les enfans de Jacob pour vanger le rapt de leur 
fœur Dyna , facmentarent les Sichimiens. En 
ceftehypocriticquefaçonparGalien Empereur 
Rommain feurent les gens de guerre defFaicSls 
dedans Conftantinoble. Ainii foubs efpece d'a- 
mitié Antonius attira Artavafdes Roy d'Armé- 
nie : puis lefeitlier & enferrer de groffès chaî- 
nes : ^^ finablement le feit occire. Mille aultres 
pareilles hiftoires trouvons - nous par les an- 
ticques monumens. Et à bon droiôl eft juf- 
ques à prefent de prudence grandement loiié 
Charles Roy de France lixiefme de ce nom , 
lequel retournant vi6lorieux des Flamens 6c 
Gantois en fa bonne ville de Paris , & au Bour- 
get en France , entendent que les Parifiens 
avecque leurs maillets ( dont feurent depuis 
furnommez ^* Maillotins ) eitoient hors la 
ville iflus en bataille jufques au nombre de 



10 T perdit la rie'] Tout ceci 
eft pris d'Herodien , 1. 4. en 
la vie d'Antonin Caracalla. 

I I Fv.'abierrtfnt le feit occire ] 
V'oiei les Annales deXacjte 1. 2, 



vingt 

li Maillotins 2 Les Parifiens 
avoient pris ces matlletx-li dans 
THôtei de Ville , & ceci arriva 
l'an i-fi3. 

N a Chap. 



iç6 Pantagruel, 

vingt mille combatans , n*y voulut entref^ 
quoy-qu'ils remonflraflcnt que ainfi s'efi^oienr 
mis en armes pour plus honorablement le re- 
cuillir fans aultre fiction ne maulvaife afFe- 
(Slion, que premièrement ne fefeuflènt en leurs 
fnaifons retirez 6^ defarmez. 



Chapitre XXXVII. 

Comment Pantagruel manda (guérir les C^pl-^ 
taines Riflandotiille & Tailleboiidin , avec^ 
ânes ung notable difcoUrs pis les noms pro^ 
près des lieux & des perfonnes, 

LA refolution du confeil feut qu'en tout 
événement ils fe tiendroient fus leurs 
gardes. Lors par Carpalim & Gymnafte au 
mandement de Pantagruel feurent appeliez les 
gens de guerre, qui eftoient dedans les naufs 
Brindiere ( defquels Coronel eftoit Riflan- 
douille ) , 8c Portoiieriere ( defquels Coronel 
eftoit Tailleboudin le jeune ). Je foulaigeray, 
dift Panurge , Gymnafte de cefte poine. Auiu- 
bien vous eft icy fa prefence necefîàire. Par 
le froc que je porce , dift frère Jean , tu te 
veulx abfenter du combat , couillu , & ja ne 
retourneras _, fus mon honneur. Ce n'efî: mie 
grandeperte. Auffi-bien ne feroit-il queplou- 

rer. 



Livre IV.Chap. XXXVII. ip/ 

ter , lamenter , crier , & defcouraiger les bons 
fouldars. Je retourneray certes , dilt Panurge , 
frère Jean, mon père fpirituel , bien touft. 
SeuUement donnez ordre à ce que ces facheu- 
fes Andouilles ne grimpent fus les naufs. Ce- 
pendant que combattrez , je prieray Dieu pour 
voftre victoire , à l'exemple du chevalereux 
Capitaine Mofes , condud^eur du peuple Ifraë- 
licque. La dénomination , dift Epiitemon à 
Pantagruel , de ces deux ^ voftres Coronels 
Riflandouille & Tailleboudin en ceftuy con- 
fliét nous promet aflèurance , heur ôc vidloi- 
re , fi par fortune ces Andouilles nous vouloienc 
oultraiger. Vous le prenez bien , dift Panta- 
gruel : & me plaift que par les noms de nos 
Coronels vous prévoyez & prognofticquez * 
la noltre vi6toire. Telle manière de progno- 
fticquer par noms n'eit moderne. Elle feut ja- 
dis célébrée Ôc religieufement obfervée par les 
Pythagoriens. Plulîeurs grands Seigneurs & 
Empereurs en ont jadis bien faidt leur pro- 
fiét. ^ Oélavian Augufte fécond Empereur de 

Romme 



Chap. XXXVI r. I rop.es 
CoYonsls'] On lit ainfi dans l'édi- 
tion de I s S 3 . dans les trois de 
Lyon, & dans celle de \Ci6. 
yofCoronelfj comme on lit dans 
les nouvelles éditions , eft une 
faute de celle de 1596. , . j _ 

2 La iiojhe viBoire ] Charles ! Voiez Suétone, en. 56. de la 
Fontaine , dans fon épître à Sa- j vie d' Augufte. 
^on & à la Huéterie: | 



D'*a»ltant s*enfauht que I4, 

yoflre Marotte 
Ke luy refjemble ; elle efi tro^ 
jeune (^ Jotte. 



3 Ocï^trian ^ugufle O'c. jj 
jne, 
ifte. 



îp8 Pantagruel, 

Romnie 9 quelcque jour rencontrant ung paî* 
fant nommé Eutyche , c'eft-à-dire , bienfor-i 
tuné , qui menoit ung afne nommé Nicon , 
c'elt en langue Grecque Vi<^orien , meu de la 
fignification des noms y tant de rafnier que 
de TaCne, s'afïèura de toute profperité , félicité 
& vidloire. Vefpafian Empereur pareillement 
de Romme , eftant ung jour feulet en oraifon 
on temple de Serapis , à la veuë & venue ino- 
pinée d'ung fien ferviteur nommée Balilides ^ 
c'eft-à-dire, Royal, lequel il avoir loing dar- 
riere lailTé malade , print efpoir 6c afïeurance 
d'obtenir l'Empire Rommain. Regilian non 
pour aultre caufe ne occafion feut par les gens 
de guerre efleu Empereur , que par fignifica- 
tion de fon propre nom. Voyezle Cratileda 
divin Platon. ( Par ma foif dift Rhizotome > 
je le veulx lire. Je vous oy fouvent le alléguant ). 
Voyez comment les Pytha^oriens par raifon 
des noms & nombres concluent que Patro- 
clus doibvoit edre occis par He6lor ; Heélor 
par Achilles : Achilles par Paris : Paris par 
Philodtetes. Je fuis tout confus en mon enten- 
dement , quand je penfe en "^ l'invention ad- 
mirable de Pythagoras , lequel par le nombre 
parouimpar des fyllabes d'ung chafcun nom 

propre 



4 Vinfention admirable de Pj- 
thagoras O'c. ] Outre Pline , 
I. 28. ch. 4. on peut voir là 
deffus 3 Agrippa , ch. 1 5. de fon 



difcoursde la vanité des Scien- 
ces , & Scaliger contre Cardan» 
Exercitation 2,ôâi* 



Livre IV. Chap. XXXVIL ipp 

propre expofoic de quel coufté eftoient les ha- 
niiins boiteux, bolFas , borgnes, goutteux, 
paralyticques , pleuriticques , & aultres tels 
maléfices en nature : fçavoir eft afïi^nant le 
nombre par au couité guaufche da corps, le 
impar au dextre. Vrayement dift Epiftemon, 
j'en veids l'expérience à Xàindles en une pro- 
ceffion générale , prefent le tant bon , tant 
vertueux , tant dodie & équitable prefident ^ 
Briend Valéefeigneur du Douher. Pafîàntung 
boiteux ou boiteufe , ung borgne ou borgnef- 
fe , ung bolTu ou bofsue , on luy rapportoic 
fon nom propre. Si les fyllabes du nom efloient 



en 



5 Briend Falée Seigneur du 
Douhet] C'eft le même Briand 
Vallée 3 Seigneur du Douhec 
près de Saintes , qu'au ch. lo. 
du 1. 2. on trouve avoir été 
l'un des Juges du procès d'en- 
tre les Seigneurs de Baifecul & 
de Humevefne : ce qui a fait 
croire à l'Auteur de la Préface 
du Rabelais Anglois, que par 
ce procès il faloit entendre ce- 
lui oîi le Chancelier Poyet eut 
Briand Vallée pour l'un de Tes 
Commirtaires en l'année iS+4" 
Mais il n'a pas pris carde que le 
fecondLivre duRabelaisparoif- 
foit dès environ l'année IS2.9. 
près dequmze ans avant le pro- 
cès fait au Chancelier Poyet. 
Ce qu'au refte Rabelais dit ici 
qu'a Saintes il vit le Prélident 
Vallée aune procefTion gêné - 
ralcj donne heu de préfumer 



que c'étoit la que Briand Val- 
lée étoit Prefident j & non pas 
au Prefidial de Poitiers, com- 
me l'a crû Bernier dans fon Ju- 
gement fur Rabelais. Quoi qu'il 
en foit, dès l'an iS38. Briand 
Vallée étoit Confeiller au Par- 
lement de Bourdeaux , puif- 
que ce fut en cette année-laque 
ce généreux Magiftrat s'attira 
l'eftinie & la reconnoiflance de 
Scaliger le père Se de fa famil- 
le , pour avoir rait éviter a ce 
grand homme les grifFesde l'In- 
quifîteur Rochet,qtii l'accufoit 
d'avoir mangé gras pendant le 
Carême, & d'avoir parlé peu 
Cathoiiquement de plufiewrs 
points dereligion. Voiei Beze, 
Hift. Eccl. fur l'an 1538. Par- 
mi les Lettres de Jule Scaligcr^ 
il y en a plufieurs à Eriand 
Vallée.- 

N4 é 



100 Pantagruel^ 

en nombre impar , foubdain fans veoîr les 
perfonnes , il les difoic eftre maleficiez borgne, 
boiteux 9 boilus da coufté dextre. Si elles 
eftoient en nombre par , du coufté guaufche* 
Et ainfi eiloit à la vérité , oncques n'y trou-» 
vafmes exception. Par celle invention , dilt 
Pantagruel , les docles ont affermé queiVchil- 
les eftant à genoilz feut par la flefche de Pa- 
ris bleffé on talon dextre. Car fon nom eft 
de fyllabes impares. Icy efî: à noter que les 
anciens s'agenoilioient du pied dextre. Venus 
par Diomedes davant Troye ^ bleiïee en la 
main guaufche , car fon nom en Grec eit de 
quatre fyllabes. Vulcan boiteux du pied guauf- 
che , par mefme raifon. Philippe Roy de Ma- 
cedonie , ôc Hannibal , borgnes de l'œil dex- 
tre. Encores pourrions nous particularizer des 
Ifchies , Hernies , Hemicraines , par cefte rai- 
fon Pythagoricque. Mais pour retourner aux 
noms, confiderez comment Alexandre le grand, 
fils du Roy Philippe , duquel avons parlé , 
par l'interprétation d*ung feul nom parvint à 
ton entreprinfe. Il affiegeoit la forte ville de 
Tyre ôc la battoit de toutes fes forces par 
plufieurs fepmaines , mais c'eftoit en vain. 
Kien ne proufitoient fes engins ôc molitions. 

Tout 



6 Blejps en la main guaufche 3 
Dans Platarque, où la 4. Quef- 
tion du 1. 9, des Propos de ta- 
ble eft de favoir à quelle main 



Diomedes blefla Ve'niis, le Rhé- 
teur Maxime prétend que cefuij 
à la maiu droite. 



Livre IV. Chap. XXXVII. lot 

Tout efloit foubdain demouli & remparé par 
les Tyriens. Donc print fancaifie de lever le 
fiege , avecques grande melancholie voyant en 
ceftuy département perte infigne de fa repu-» 
ration. En tel eltrif & fafcherie s'endormit. 
Dormant fongeoit qu'ung Satyre eftoit dedans 
fa tente , dançant & faultelant avecques fes 
jambes boucquines. Alexandre le vouloit pren- 
dre; le Satyre tousjours luy efchappoit. Enfin 
le Roy le pourfuivant en ung deftroi6l le hap- 
pa. Sus ce poinél s'efveigla. Et racomptant 
fon fonge aux Philofophes & gens fçavans 
de fa Court, entendit que les Dieux luy pro- 
mettoient vidloire , & que Tyre bien-toufl 
feroit prinfe : car ce mot Satyros divifé en 
deux eft fa Tyros , fi^nifiant : 7 Tienne eft 
Tyre. De faiél au premier aiïàult qu'il feit , 
emporta la ville de force & en grande vicSloire 
fubjugua ce peuple rebelle. Au rebours confi- 
derez comment parla fignification d'ungnom 
Pompée fe defefpera. Eltant vaincu par Cefar 
en la bataille Pharfalicque , ne eut moyen auU 
tre de foy faulver que par fuite. Fuyant par 
mer arriva en Tlfle de Cypre. Près la ville de 
Paphos apperceut fus le rivaige ung palais beau 
& fumptueux. Demandant au pilot comment 
l'on nommoit cefluy Palais ^ entendit qu'on le 

nom- 

7 Tienne eft. Tyre'}yokt Plutarque,au ch. 8. de la vie d'Ale- 
«an4rç. 



%oz Pantagruel, 

nommolt ^KùCATiyJa^ c'eft-à-dire , ^ Mal-roy# 
Ce nom luy feut en tel effloy ôc abomination , 
qu'il entra en defefpoir ^ comme afïèuré de n'é- 
vader que bien touit ne perdift la vie. De mo- 
de que les afTidants & nauchiers ouïrent fes 
cris , foupirs , & gemiiTemens. De faiél peu 
de temps après ung nommé Achiilas païfant 
incongneu luy trencha la tefte. Encore pour- 
rions nous à ce propous alléguer ce que advint 
^ àL. Paulus Emilius , lors que par le fenat 
Rommain feut efleu Empereur, c'efl-à-dire, 
chief de l'armée , qu'ils envoyoient contre 
Perfes Roy de Macedonie. Icelluy jour fus le 
foir retournant en fa maifon pour foy appre- 
fter au deflogement , baifant une fienne petite 
fille nommée ^° Tratia, advifa qu'elle eftoit 
aulcunement trifte. Qui ha il y dift-il ^ ma Tra- 
tia ? Pourquoy es tu ainfi trifte & fafchée 3 
Mon père , refpondit-elle , ' ' Perfa eft mor- 
te. Ainfi nommoit elle une petite chienne , 
qu'elle avoit en délices. A ce mot print Paulus 
aflèurance de la vi6loire contre Perfes. Si le 

temps 



% Mal - rùj ] Voiet Valére 
Maxime , 1. i. ch. s. 

9 ^ L. Paulus Emiltus O'c.'} 
Voiez, Cicéron , de dtvinattoyie^ 
1. I. n. 103. & 1. i. n. 83. & 
Valére Maxime j I. i. chap. 
5. 

I o T/atia ....ma traita J On 
éoit lire Tertia. Tratia vient ap- 
paremment de l'abbréviation 



Tna mal devine'epar les Impri- 
meurs. 

1 1 Perfa J Plutarque dans la 
vie de Paul Emile a copié cet 
endroit de Ciceron , mais peu 
verfe dans la Langue Latine , 
comme il en convient lui-même 
quelque part 5 il tait de cette 
chienne un chien qu'il nomme 
Pe/J'eKs» 

Chap. 



L I V R E IV. C H A p. XXXVIII. 10 J 

temps permettoit que puiflions difcourir par 
les lacres Bibles des Hébreux , nous trou- 
verions cent paiïaiges infignes nous monftrans 
évidemment en quelle obfervance & religion 
leur eitoient les noms propres avecques leurs 
fi^nifications. Sus la fin de ce difcours arri- 
varentles deux Coronelsaccompaignez de leurs 
fouldars tours bien armez , & bien délibérez. 
Pantagruel leur feit une briefve remonftran- 
ce, à ce qu'ils eufïènt à foy monftrer vertueux 
au combat , iï par cas eftoient contraindls 
( car encores ne povoit - il croire que les An- 
douilles feufïent fi traillrelïès ) avecques defen- 
fe de commencer le hourt ; ôc leur bailla Mar- 
digras pour mot du guet. 



Chapitre XXXVIII. 

Comment Andouilles ne font à mefprifer entre 
les humains* 

VOus truphez , icy , Beuveurs , & ne 
croyez que ainfi Toit en vérité comme je 
vous racompte. Je ne fçaurois que vous en 
faire. Croyez le fi voulez : fi ne voulez allez 
y veoir. Mais je fçay bien ce que je veids. 
Ce feut en l'Ifle Farouche. Je la vous nomme* 
Et vous reduifez à mémoire la-force des Géants 

antic-. 



104 Pantagruel, 

anticques , lefquels entreprindrent le hautf 
mont Pelion impofer fus Oilè , de l'umbra- 
geux Olympe avecques Ofïè envelopper , pour 
combatre les Dieux , & du Ciel les deniger. 
Ce n'eftoit force vulgaire médiocre. Iceulx 
toutesfois n'eltoient que Andouilles pour la 
moitié du corps , ou Serpens que je ne men- 
te. Le ferpent qui tenta Eve ^ eftoit Andouil- 
licque > ce nonobitant eft de luy efcript , qu'il 
eftoit fin & cauteleux fus touts aultres ani- 
mans. Auffi font Andouilles. Encores main- 
tient on en certaines Académies , que ce ten- 
tateur eftoit TAndouille nommée Ityphalle , 
en laquelle feut jadis transformé le bon meflèr 
Priapus grand tentateur des femmes par les 
paradis en Grec , ce font Jardins en François. 
Les Souillés peuple maintenant hardy & bel- 
liqueux , que fçavons nous * fi jadis eftoient 

Saul- 



Chap. XXXVIII. I si jadis 
efioient SaulciQès'] Erafme dans 
celui de Ç<:s Colloques qui a 
pour titre conju-^ium impar ,* 
intérim p/oditc nobis beat us ille 
Sfonftii , trunco nafo 5 altérant 
irahens tibiam : Jèd minus feli- 
ctter quant (oient Suitcen, Sur 
lequel endroit Schrevelius a 
fait cette note : K-jtat affscla- 
tHm tncefjunt Helvetiorum. Ain- 
û quand Rabelais feint de dou- 
ter fî les Suijpr n'auroient pas 
été originairement des Saucif- 
Jes > il eft vifible qu'il en veut 
à leur allure que bien àcs gens 



trouvoient en effet peu grave 
pour une nation fi belliqueufe. 
Mais il ne s'agit point ici de la 
démarche ordinaire des Suif- 
fes j & comme lorfque plus bas 
l'Auteur fe moque aulTl des 
Bretons & de leurs trioris Ad- 
douilliques& fredonifez > il ne 
prétend reprocher aux Bretons 
aucun défaut dans leur maniè- 
re de marcher, il eft fur qu'ici 
de même fa fatire ne tombe 
que fur les danfes des Suides , 
en ce que les pas de ces dan- 
fes > confiftant en un continuel 
traînemenc de jambe > ces pas 



Livre IV. Ch A p. XXXVIII. îoj 

Saulcifles ? Je n'en vouldrois pas mettre le 
doigt on feu. Les Himantopodes peuple en 
Ethiopie bien infigne font Andouilles félon 
la dcfcription de Pline : non aultre chofe. Si 
ces difcours ne fatisfont à Tincredulité de vos 
Seigneuries y prefentement ( j'entends après 
boyre ) vilitez Lulignan , Partenay, Vouant, 
Mervant , & Ponzauges en Poidlou. Là trou- 
verez tefmoins vieulx de renom & de la bon- 
ne forge , lefquels vous jureront fus le bras 
faindl Rigomé , que Mellufine leur première 
fondatrice avoit corps féminin jafques aulx 
bourfavits, & que le refte en bas eiloit * An- 
douille ferpentine , ou bien ferpent Andouil- 
licque. Elle toutefois avoit alleures braves & 
guallantes : lefquelles encores aujourdhuy font 
imitées par les Bretons balladins dançans leurs 



répondoient mal au courage 
ferme de cette nation. Coqiul- 
lart , en Ton Blafon des Armes 
& des Dames : 

Les Efrojfoys font les répli- 
ques , 

Praguois CJ7 Bretons bretcn- 
nans , 

Les Suyjjes dancent leurs Mc- 
rijques 

^ tout s leurs tabourins fon~ 
nans. 

'^ jindoudle Serpentine'] Jean 
te Maire de Belges , dans fon 



cpitre 



de l'Amant verd : 



Encere y efi {fans quelle s'en 

repente ) 
D£ lufignen la très noble fer-' 

pente , 
Mère }adis de F rinces CJ7 de 

Ceci 5 & tout ce que Rabelais 
ajoute encore a ce fujet , eft 
pris du Roman de Meluline de 
autres , aulquelles les bonnes 
gens du Poitou donnent créan- 
ce comme à des Hiitoues très- 
fidelle&. 



io6 Pantagruel, 

î triorisfredonniiez. Quelle feut la caufe pour* 
quoy Erichchonius premier inventa les coches , 
ledlieres ^ & chariots J C'eftoit parce que 
Vulcan l'avoit engendré avecqucs jambes 
d'Andouilles : pour lefquelles cacher , mieu2t 
ayma aller en leéliere qu'à cheval. Car enco- 
res de Ton tems n'efloient Andouilles en ré- 
putation. "^ La nymphe Scyticque Ora avoit 
pareillement le corps myparti en femme & en 
Andouille. Elle toutesfois tant fembla belle à 
Jupiter , qu'il coucha avecques elle & en eut 
ungbeau fils nommé Colaxes. CcfTcz pourtant 
icy plus vous trupher , croyez qu'il n'eft rien 
fj vray que l'Evangile. 

Chap. 

Jlnt par entrelaceures , petites 
paujes Ci7 intervalei rompus y 
joints avec le nerf CJ cordf? de 
f Infirumenf , en forte que la for-' 
ce de la parole ^ fa grâce y de 
meurent print (J" engluê\j fans 
efperancf de les pouvoir feparer y 
pour demeurer en vray ravijfe- 
ment cCefpnt yfoit à joye ^foit à 
pitié. 

4 LaKymphe Scyticque Ora.,, 
Colaxes^ Hérodote au commen- 
ment de Ton 4. Livre parle d'un 
Colaxaïs fils de Jupiter , & im- 
médiatement aprcs fait un con- 
te d'une Nymphe de Scythie , 
moitié femme , moitié ferpent 
qui coucha avec Hercule. Ra- 
belais , écrivant de mémoire > 
a brouillé ^ di altéré ces deux 
fables. 



5 Tnorls fredonnife\ ~\ Les 
Contes d'Eutrapel , ch 19. 
Ca un tnhori en plateforme 3 ^ 
la carole de mefme , à troij pas 
un faut , fur cette belle rade. Po- 
ligame alors , pour aejfendre la 
dance du Trihory ( faltatio tri- 
choria ) C7 l honneur de long 
temps acquis à fa baffe Bretagne. 
Et plus bas ; Matf à la i\iujtcjue, 
tout ainjt que le nombre de trois 
efi vénérable entre ceux qui ont 
fureté ZD" fouillé aux j'ci rets de 
la Théologie , aujji la dance du 
Trihori efi trois fois plus tnagif- 
trale ^gaillarde que nulle autre: 
nen defplaife aux Spondées C7 
tnefur es graves par lefquelles ^- 
çamemnoh ep^iya retenir la c haf- 
teiédefa ClytemneJîre.C'eiï une 
Danfe , où j comme on lit en- 
core plus bas 3 layoix O" le mot 



Chap, 



Livre IV. C h a p. XXXIX. 207 



Chapitre XXXIX. 

Comment frère Jean fe rallie aveccjues Us cni^ 
finiers pour combattre les u^ndonilles^ 

VOyant frère Jean ces furieufesAndouilIes 
ainfi marcher dehaic , difl à Panta^rruel : 
Ce fera icy une belle bataille de foin à ce que je 
voy. Ho le grand honneur & loiianges ma- 
gnificques qui feront en noftre viéloire. Je 
vouldrois que dedans voftre nauf feufTicz de 
ce confli6t feullement fpeélateur , & au refte 
me laifTiez faire avecques mes gens. Quels 
gens ? demanda Pantagruel. Matière de bré- 
viaire , refpondit frère Jean. Pourquoy Po- 
tiphar mailîre queux des cuifines de Pharaon , 
celluy qui achapta Jofeph , & lequel Jofeph 
euft fait coquu , s'il euft voulu , feut mailtre 
de la cavallerie de tout le Royaulme d'Egyp- 
te ? Pourquoy Nabuzardan maiftre cuifiniec 
du Roy Nabughodonozor feut entre touts 
aultres capitaines efleu pour afTieger & ruiner 
Hierufalem ? J'efcoute , refpondit Pantagruel. 
Par le trou Madame , dift frère Jean , j'ofe- 
rois jurer qu'ils autresfois avoient Andouil- 
les combatu ou gens auiïi peu cftimez que 
Andouilles , pour lefquelks abatre , comba- 



tre, 



îo3 Pantagruel^ 

tre , dompter , de facmenrer trop plus font 
fans comparaifon cuilmiers idoines & Tuffifads 
que tous genfdarmes , eitradiots , fouJdars , ÔC 
piétons du monde. Vous me refrai rchiiTez la 
mémoire , ditt Pantagruel , de ce qu'eit elcript 
entre les facetieufes 6c joyeufes refponfes de 
Ciceron, On temps des guerres civiles à Rom- 
me entre Cei'ar 5c Pompée , il eftoit naturelle- 
ment plus enclin à la parc Pompeiane , quoy 
que de Cefar feuft requis &c grandement fa- 
vorifé. Ung jour entendent que les Pompeians 
à certaine rencontre avoientfaiclinfigne perte 
de leurs gens , voulut vifiter leur camp. En 
leur camp apperceut peu de force , moms de 
couraige y 6c beaucoup de defordre. Lors pré- 
voyant que tout iroit à mal & perdition , 
comme depuis advint , commença trupher &c 
mocquer maintenant les ungs , maintenant les 
aukres , avecques brocards aigres & picquans, 
comme tresbien fçavcit le llyle. Queicques 
capitaines faifans des bons compaignons com- 
me gens bien ailèurez & délibérez luy di- 
rent : Voyez vous ^ combien nous avons en- 
core d* Aigles ? C'eftoit lors la divife des 
Rommains en temps de guerre. Cela , ref- 
pondit Ciceron , feroit bon & à propos fi 
guerre aviez contre les Pies. Doncques veu 

que 

Ckap. XXXIX. I Combien 1 Volez les Apophtegmes de 
noHS AVim encore d'^igies &c.J | Plutarque. 



Li VRE ÎV. Ghap. XXXIX. 109 

que combatre nous faulc Andouilles , vous 
inferez que c'eft bataille culinaire , & voulez 
aulx cuifîniers vous rallier. Failles comme 
l'entendez. Je reileray icy attendant rifllie 
de ces * fanfares. 

' Frère Jean de ce pas va es tentes des cui- 
fines , & dift en toute guayeté & courtoifie 
aulx cuifîniers : Enfans , je veulx huy vous 
touts veoir en honneur & triumphe. Par vous 
feront faidles ' apertifes d'armes non encores 
veuës de noftre mémoire. Ventre fus ventre 
ne tient- on aultre compte des vaillans cuifî- 
niers ? Allons combatre ces paillardes Andouil- 
les. Je feray voftre Capitaine. Beuvons amis. 
Cza , couraige. Capitaine ( refpondirent les 
cuifîniers ) vous dicSles bien. Nous fommes à 
voftre joly commandement. Soubs voftre con- 
duiéle nous vouions vivre & mourir. Vivre, 
dif-t frère Jean , bien : mourir poind:. C*eft 
à faire aulx Andouilles. Or doncques mettons 
nous en Ordre , Nabuzardan vous fera pour 
mot du guet. 



2 Fanfarex ] Fanfaronnades} 
Rodomontades. 

dignes de Soldats expérimente^. 
FroifTart 5 vol. 2. chap. 218. 
"WaHtaire .A^jiarde appert hom- 



Chap. 

me d* armer ■) t7 onltrageux. Et 
vol. i. ch. 84. Le Duc d'Irlan^ 
de ferefrcfchit de comfier boni^. 
appeï,t, D^ adpetititiu & d'adpe- 
ritii}. 

Chap. 



Tome IF. O 



11^ 



Pantagruel, 



c= 



Chapitre XL. 



Comment par frère Jean efl drejfée la Truye y 
& les preux cuifiniers dedans enclonz.. 

LOrs au mandement de frère Jean ^ feut 
par les maiftres ingénieux drefiëe la gran- 
de Truye , laquelle eftoic dedans la nauf Bour- 
rabaquiniere. C'efloit ung engin mirificque 
fai6l de telle ordonnance , que des gros couil- 
larts qui par rancs eftoient autour, il jedloit 
bedaines ôc quarreaulx empenez d'aflier : & 
dedans la quadrature duquel povoient aife'ment 
combatre 6c à couvert demourer deux cens 
hommes ôc plus : ôc eftoit faidl au patron de 
la Truye de la Riole , moyennant laquelle 
feut Bergerac prins fus les Anglois régnant 
en France ' le jeune Roy Charles fxiefme. 
Enfuit le nombre & les noms dès preux ôc 
vaillans cuifiniers ^ lefquels , comme dedans le 
cheval de Troye , entrarent dedans la Truye. 

Saulpic- 



Chap. XL. I Le jeuhi J(cj 
Charles VI. ] Rabelais fe trom- 
pe. Ce fut Tous le Roi Char- 
les V. l'an 1378. deux ans 
avant la mort de ce Prince. 
Froiflàrt , vol. i. ch. 2. fur cet- 
te année-là : /// enyojerent çhç- 



Yiy à la Ktille un grant engin 
cjuon appelle Truie -y lequel engin 
ejîoit de telle ordonnance (jutljet^ 
toit pierres de faix : O'fe pour oit 
bien cent hommes alarmes ordon» 
ner dedans-^ (fX en ap^rochantaf- 
fadlir la Ville, 

z 



L I VR 

Saulpicquet. 
* Ambrelin, 
Guavache. 
Lafcheron. 

3 Porc-au-fou. 

4 Sakzart. 
Maindegourre. 
Paimperdu. 
Lafdaller. 
PochecLiilliere. 



E IV. C H A P. XL. 211 

Crcfpdec. 

Mailtre Hordoux. 

Grasboyau. 

Pillemortier. 

^ Lefchevin. 

Saulgrenée. 

Capirotade. 

Carbonnade. • 

FrclTurade. 

Hafleret. 



MoUilamoulue. Balafré. Galimafré. Tous ces 
nobles Cuifiniers porcoient en leurs armoi- 
ries en champ de gueule , lardouoire de 
Sinople feffee d'ung chevron argenté pen- 
chant à guaufche. 

Lardonnet. Lardon. Rond lardon. 

Croquelardon. Antilardon. 

Tire- 



2 jl.nhrelin ] Huomo di poca 
confîdsraticne , dft Ant, Oudin. 
^mbrelin, c'eft proprement un 
^aqu^mart, & ce mot qui vient 
de VAlem^n h amer lift , dans la 
(îgnification d'un petit mar- 
teau d'Horloge, eft le nom de 
l'un des bons amis d'OrtW'jnus 
dans le z. Livre des épîties 
Cbfc. yir. 

3 Porc au fou J Et plus haut , 
Ch. X X X 1 1. i'iids de porc au 
JoH. Du CM, dit Nicot , fem- 
ble qu'il vienne de fus. Sic 
enim vacant pei^'s (uillos condi- 
toT. Ant. Oudin explique de 
tnèaie le uxqxJoh , que dans la 



fîgnification d'étable à Pour- 
ceaux , Ménage dérive de fuils 
ou de Judis% Ce que du Ni- 
cot fcroit bon j il c'étoient les 
pieds de cochon frits dans de 
la graide de porc qu'on appel- 
loit fou. 3 mais comme c'eft 
cette même graille qu'on nom- 
me de la forte, fou en ce fens 
vient indubitablement de /«- 
men. 

4 Sale\arr ] Maître faleur.Dc 
V Alcm^n falt'^ei. 

5 Lefcherm] Maître ivrogne, 
quilefche les pots 5 plutôt que 
de laifler perdre la moindre 
goutte-de vin. 

Oa é 



tiz Pantagruel^ 

Tirelardon. Frizelafdon, • î 

Graflardon. Lacelardon. 

Saulvelardon. Grattelardon. f' 

Archilardon. ?4archelardon. 

Guaillardon , par fyncope natif près deRam-^ 
bouillet. Le nom du Do6leur culinaire eitoit 
Guaillartlardon. Ainfi diètes vous Idolâtre 
pour Idololatre. 



Roiddelardon, 

Aftolardon. 

Doulxlardon. 

Mafchelardon. 

Trappelardon. 

Baitelardon. 

Guyllelardon, 

Moufchelardon. 



Bellardon. 

Neuflardon. 

Aigrelardon» 

Billelardon. 

Guigneiardon. 

Poyïelardon. 

Vezelardon. 

Myrelaredon. 



Noms incongneus ^ entre les Maranes Ôc Juifs, 
Gouillu. ^ Frelault. 



Salladier. 

Crefibnnadiere. 

Raclenaveau. 

Cochonnier. 

Peaudeconninc 

^ Apigratis. 



BeneiL 

Jufverd. 

MarmirigCi 

^ Accodepot. 

Hol<:hepot. 

Brifepot, 



Paflif- 



6' EnîYelcs'Maranes&'Juifs'^ 
Gens qui ont en abomination le 
lard & les lardons. 

j ^pigratis ] Plus bas j 1. 5^ 
ch. -7. 7Aaif P huile Je^ttoit le cof- 
fra au Prebjire , C7 Mejfieurs -a y 



tYovrvàvent pas grand appigrets^ 
C'eft apparemment A'appigrets 
que Rabelais âfait^pigratu, 

8 Frelault^ Buon compagao,àit 
Oudin. 
.g. ^cpdepot^ Ou ^pp»ipot:t 
comme 



Livre IV. 

Paftifïandiere. 

Raflard. 

FrarKbeuignet. 

Monltardiot. 

Vinetteux. 

Potageouart. 

Efchinade, 

Prezurier. 

Briguaille. Ccftuy feut 

bre pour le fervice d 

Veneur. 
Guafèerouft*. 
Efcouvilion. 
Beguinet. 
Efeharbottier. 
Viret. 
Viraulr. 
Vit vain. 
Joliver. 
Vit neuf. 
Viltempenard. 
Victorien. 



comme parle Nicct. On appe- 
loit autrefois de ces deux m.i- 
nieres fulcrum oii ful.imeninrn 
oUjs , ce qu'on met contre un 
pot , pour empêcher qu'il ne 
verfe lorfqu'il eft furie feu. 

lo Cardinal le P'eneur '} Jean 
le Veneur-Carrouges, Evêque 
de Lifieux , fait Cardinal à Mar- 
ftUle par le Pape Clément VII. 



Chap. XL. 21} 

Guallepot. 

Frillis. 

Guorge faliée. 

Elcargoutandiere». 

Bouillon fec. 

Souppimars,. 

Macaron. 

Efcarfaufle. 
de cuifine tiré en cham- 
u noble ^*^ Cardinal le 

Haftiveau. 

Alloyandiere, 

Efclanchier. 

Guaftelet. 

Rapimontes. 

SouirlemboyaUj.. 

Pelouze. 

GabaonitCii. 

Bubarin. 

Crocodillet. 

^' Prelinguant. 

Vit 

Tnn I s ?5 . Voiex le 9 • Livre de 
Sleïdan. Nous aprenons de Jean 
de laBruiére Champier,l.is.c. 
32. de fon de re ahuria y que 
pour ne manquer jamais de 
perdris, ce Cardinal en faifoic. 
nourrir toute l'année en une de 
Ces maifons de campagne. 

1 1 Prelinguant j Prègufte.Dc 
frit^lingsns* 

O a XI 



214 Pan tagruel^ 

Vit vieulx. Balafré. 

Vit velu. ^ * Mafchourré. 

^ 3 Mondam inventeur de faulfe Madame , & 

pour telle invention feut ainfi nommé en 

languaige Efcofïe-François. 



Claquedent. 

Badiguoincier. 

Myrelanguoy. 

Becdallée* 

Hincepot. 

Urelelipipingues. 

Maunet. 

Guodepie. 



Guanffreux. 

SafTranier, 

Malparouart. 

Anritus. 

Navelier. 

'4 Rabiolas. 

Boudinandiere. 

Cochonnet. 



*^ Robert. Ceftuy fut inventeur de la faulfe 
Robert , tant falubre & neceflaire aulx 
Connils rouftis, Canars, Porcfrais , Oeufs 
pochez , Merlus falkz , & mille aultres 
telles viendes. 

Sacabribes. 

Rou- 



Froiddanguille. 



1 2 Tvtafchourrè ] Qui aie vifâ - 
ge fali de charbon & de fuïe.Ma- 
chenré, imbrattato ■> dit Oudin. 
A Metz on appelle R^ùismachc» 
ve\VO€tzvc des Rois. 

13 Mondam O'c. ] Raillerie 
contre les Ecoflbis 5 dont la 
Langue de foi rurale , harbar» > 
maljonnante (J malféante ^ dit 
Brantôme, au Difc. 3. de Tes 
Dam, Illuft. fait du François un 
ridicule baragoum , lorfqii'un 
Ecoflois le veut parler. Plus 
haut déjà , 1. 2. ch. 9. Sainùl 
Ti'eignanfoutjs vous d^Efconjf. ou 



fayfailly à entendre, 

14 R^abioUs J Quelque Lî— 
mofin ) grand mangeur de ra- 
ves. 

I s Ilcbert .... inyenteur de 
la faulfe- R^obcït'] -Rabelais plai* 
izntc. E^obert-, en François Brf»*- 
be roujje eft un nom Alemaii 
qui repond ici au Latin yp.no- 
barbus : & la faulce-B^obert n'a 
été appellée de la Ibrte , qu'à j 
caufe que la moutarde qui y en- 
tre roujjit la barbe & les moufta- 
cheso 



Livre 

Rougenraye. 

Guourneau. 

Gribouillis. 

Salmîguondin. 

GrinfTualet. 

Aranfor. 

^^Talemoufe. 

Saulpoudré. 

Paellefi-ite. 

Landore. 

Calabre. 

Navelet. 

Foyart. 

Grofguallon. 

Brenous. 



IV. Chap. XL. 215 

Olymbrius. 

Foucquet. 

Dalyqualquin. 

Mucydan. 

Matatruis. 

Carte viradc. 

Coquefigrue. 

Grosbec. 

'^Frippellippes. 

Friantaures. 

Guaffelaze. 

*^ Vifedecache. 

Badelory. 

Vedel. 

Braguibus. 

Dedans 



1 6 Talemoufe ] Sorte de caffe- 
mufeau. De taler qu'on a dit 
pour cottir 5 & de moufe d'où 
rmifeau, Voiez Ménage au mot 
Cottir. Villon , dans Ion grand 
Teftament : 

Item à ^ehan li^agHier je don- 

■ ne ) 
jQui ejî Sergent ( yoire des dou' 

Tant^uilvirra ( ainft l'ordon- 
ne ) 
Tous les jours une talemott- 

FfiHr bouter CJ fourrer fa mou- 
f^' 

De là vient qu'on a aufïî ap- 
pelle talemoufe un foufllet qui 



tombe principalement fur la 
bouche & fur le nez. A Metx 
on dit que des fruits font ta- 
le\ lorfqu'ils fe font froiflez 
en tombant fur les ais ( conta- 
bnlaxiones ) où on les a voit mis 
pour achever de meurir ; & 
lorfqu'un homme a les ïe^^i 
meurtries d'une felle rafe , on 
dit de lui qu'il a le derrière 
tiilé, 

1 7 Frippellippes j Un fripeur 
delipées.Marot a donné le nom 
de Frippe-ltppes à fon propre 
valet fous le nom duquel il a 
écrit pour foi même contre Sa- 
gon & la Huéterie qui avoient 
critiqué Ççs Poéfies. 

1 8 Vifedecache ] de l'Italien 
yifo di<at\o , viédafe. 

O 4 Chap» 



ai6 Pantagruel, 

Dedans la Truye cntrarent ces nobles cuifT-i 
niers guaillars, gualans, brufques & prompt» 
au combat. Frère Jean avecques fon grand 
badelaire entre le dernier 6c ferme les por- 
tes à reilbrt par le dedans. 



Chapitre XLI. 

Comment Pantagruel romph les AnâouïlUs 
an genoil. 

TAnt approcharent ces Andouiîles que 
Pantagruel apperceut comment elles def- 
ploy oient leurs bras ,, & ja commençoienc 
baiiïèr bois. Adoncques envoyé Gymnalte en- 
tendre ce qu'elles vouloient dire , & fus quelle 
querelle elles vouloient fans deiïîance guerroyer 
contre leurs amis anticques , qui rien n*avoient 
meffaicSl ne mefdiél. Gymnaile au devant des 
premières fillieres feit une grande & profonde 
révérence , & s'efcria tant qu'il peut , difant : 
Vofères , voflres, voftres fommes nous treftous, 
& à commandement. Touts tenons de Mar- 
digras , voftre anticque confédéré. Aulcuns 
depuis m'ont racompté , qu'il dift ' Gradimars, 

non 

QHkV.Xhl. Gradimars'inon là la Gafconne Gradimars au 
'^fdigras'} Gymnaile avoitdit 'lieu de Mardigras : ce qui irri- 



Livre IV. Chap. XLI. 217 

non Mardigras. Qiaoy que foit , à ce mot ung 
gros Cervelac faulvaige 5c farfelu anticipant 
dâvant le front de leur bataillon le voulut fai- 
fir à la guorge. Par Dieu , diit Gymnalte , tu 
n'y entreras qu*à taillons , aintî entier ne pour- 
rois tu. Si facque fon efpée Baife mon cul 
( ainfi la nommoit-il ) à deux mains , & tren- 
cha le Cervelat en deux pièces. Vray Dieu 
qu'il efloit gras. Il me foubvint du gros Tau- 
reau de Berne , qui feut à Marignan tué à la 
deffaiéle des Souillés. Croyez qu'il n'avoit 
guieres moins de quatre doigts de lard fus le 
ventre. Ce Cervelat efcervelé coururent An- 
douilles fus Gymnafte, & le terraffbient vil- 
lainement , quand Pantagruel avecques fes 
gens accourut le grand pas au fecours. Adonc- 
ques commença le combat Martial pefle méfie. 
Riflandouille rifloit Andouilles. Tailleboudin 
tailloit Boudins. Pantagruel * rompoit les An- 
douilles au genoil. Frère Jean fe tcnoh quoy 

dedans 



ta les Andouilles > qui s'ima- 
ginèrent que par là il vouloit 
"infulcer à leur bon ami Mar- 
digras. Voiez le Diâion. de 
la Langue Tolofane , au mot 
Dimars. 



pre'tendoic rompre !^s ^ndouiU 
les fans y emploïer que la for- 
ce de Çts bras. Amadis > t. S. 
ch. 53.33 Les Dieux ont per- 
5, mis la mort de votre frè- 
re. Ils ont confervc mon pe- 



2 I^cmpcit 1er andouilles an J ,, re , ils veulent vous fruflrer 
genoil ] Rompre les anguilles 1 ,} de vos entrcpril'es & favori- 



ou eenouil , comme on parle > 
c'elt tenter l'impo/Tible} com- 



me faic ici Pantagruel , qui j, noil. 



,) fer aux liennes, & vousvoiv- 
,, lei rompre TanguUle au ge- 



^t8 Pantagruel, 

dedans fa Truye tout voyant ôc confiderant 
quand les Guodiveaulx qui eftoient en em- 
bufcade fortirent touts en grand efFroy fus 
Pantagruel. Adoncques voyant frère Jean le 
defarroy & tumuke , ouvre les portes de fa 
Truye , & fort avecques fes bons fouldars, 
les ungs portans broches de fer , les aultres 
tenans landiers , contrehadiers , paeiles , pales, 
cocquaiïes , grifles , fourgons , tenailles , li- 
chefretes , ramons , marmites , mortiers , pif- 
tons , touts en ordre comme brufleurs de mai- 
fons : hurlans & crians touts enfemble efpou- 
ventablement , Nabuzardan , Nabuzardan , 
Nabuzardan. En tels cris & efmeutes choc- 
quarent les Guodiveaulx , & à travers les Saul- 
ciflbns. Les Andouilles foubdain apperceurent 
ce nouveau renfort , & fe mirent en fuite le 
grand guallot , comme il elles eufîènt veu les 
diables. Frère Jean à coup de bedaines les ab- 
batoit menu comme moufches : fes fouldars 
ne s'efpargnoient mie. G'eftoit pitié. Le camp 
eftoit tout couvert d'Andouilles mortes , ou 
navrées. Et diél le compte , que fi Dieu n'y 
euft pourveu , la génération Andouillicque 
cuftpar ces fouldars culinaires toute elté exter- 
minée. Mais il advint ung cas merveilleux. 
Vous en croirez ce que vouldrez. Du coufté 
de la Tranfmontane advola ung grand , gras, 
gros , gris pourceau , ayant aefles longues & 
simples y comme font les aefles d'ung moulin 



Livre IV. C h ap. XLI. 2ip 

à vent. Et eftoic ' le pennaige rouge cramoi- 
fi , comme eft d'ung Phœnicoptere , qui en 
Languegoth eft appelle Flammant. Les œilz 
avoit rouges ôc flamboyans , comme ung Py- 
rope. Les aureilles verdes comme une efme- 
raulde praffine : les dents j aulnes comme ung 
Topaze : la queue longue noire comme mar- 
bre LucuUiant : les pieds blancs , diaphanes 
6c tranfparens , comme ung Diamant : ÔC 
efloient largement patcez , comme font les 
oyes , ôc comme jadis à Tholofe les portoit 
* la Royne Pedaucqae. Et avoit ung collier 
d'or au col 9 autour duquel efloient quelc-, 
ques lettres lonicques , defquelles je ne peuz 
lire que deux mots ts Ac/hNaN Pourceau 
Minerve enfeignant. Le tems eftoit beau ÔC 
clair. Mais à la venue de ce monftre il tonna 
du coufté guaufche li fort , que nous reftafmes 

touts 



3 Le pennaige rouge ] Si , com- 
me quelques i!n<! fel'imaginentj 
les Andouilles de ce ch. (oniles 
Suifl'es à la Journée de Mari- 
gnan , le Phœnicoptere a bien 
ici l'air du Cardinal de Sien 5 
&■ la moutarde qu'il répandit 
fur leur'îblefl'ures pourroit bien 
être l'or avec lequel il fut les 
apaifer. 

4 La I{o)me Pedaucque ] Mé- 
nage remarque qucla {btuéde 
cette Reine aux pies d'Oie fc 
voit à Dijon dans le veftibnle 
de l'EgliCs de S. Bénigne , & 
à Nevcrs dansi'Eghlc Cathé- 



drale ; & il prétend qu'on l'ap* 
pella Pedauque à caufe de fes 
pics qui par leur largeur reffem- 
bloient a ceux des Oies. Mais, 
ne feroit-ce pas bien auflî-tôt 
parce qu'on l'auroit foupçon- 
née d'ctre de la Sede des Cai^ 
gnars , qui pour fe faire re- 
connoître étoient ancienne- 
ment obligez en Languedoc & 
en Bearn , à porter fur leurs 
habits la marque d'un pié d'oie 
ou de Canard ? Voiex Merage 
au mot : Cagots. A Touloufe il 
y a un pont appelle le pont de 
I la Reine Pf4^<iM(^Me. 

CHAV. 



tio Pantagruel, 

touts eftonnez. Les Andouilles foubdain que?' 
i'apperceurent jeclarent leurs armes ôc baftons 
& à terre toutes s'agenouillarent , levantes 
hault leurs mains joindles , fans mot dire , 
comme fi elles radorairent. Frère Jean , avec- 
ques fes gens , frappoit tousjours , ôc embro- 
choit Andouilles. Mais par le commandement 
de Pantagruel feut fonnée retraiéle , 6c ceiïà- 
rent toutes armes. Le monitre ayant plufieurs 
fois volé & revolé entre les deux armées jedla 
plus de vingt & fept pippes de mouftarde e» 
terre : puis difparut volant par Taer & criant 
fans cefïè , Mardigras y Mardigras , Mardigras. 



Chapitre XLII. 

Comment Tatitagmel parlemente avecques Ni^ 
■phlefeth Roy ne des Andouilles. 

LE monftre fufdiél: plus n'apparoifïànt , 8c 
refiantes les deux armées en filence , Pan- 
tagruel demanda parlementer avecquesladame 
Niphlefeth, ainfi eftoit nommée la Royne des 
Andouilles , laquelle eftoit près les enfeignes 
* dedans fon coche. Ce que feut facilement 

accordé. 

, ChAP. XLir. I Dedans fon I qu'Erichthonius inventa les co- 

fche j Au ch. 38. il eft dit 1 ches & les litières pour cacher 

♦ les 



Livre ïV. Chap. XLII. iiî 
accordé. La Royne defcendit en terre , de 
graticurement lalùa Pantagiuel , & le veid vo- 
iuntiers. Pantagruel (oy complaignoit de cefle 
guerre. Elle luy feic les excufes honneitemenr, 
alléguant que par faulx rapport avoit ciïé com- 
mis Terreur : & que les efpions luy avoienc 
dénoncé , que Quarefmeprenant leur anticque 
ennemy eftoit en terre defcendu , ôc pafîbic 
temps à veoir l'urine des Phyfeteres. Puis le 
pria vouloir de grâce leur pardonner celle of- 
fenfe , alléguant qu'en Andouilles plufi:oii Ton 
trou voit merde que fiel : en celte condition , 
qu'elle & toutes fes * fucceilrices Niphlefeth 
à jamais tiendroient de luy ÔC fes fuccelïèurs 
toute rifle ôc pays à foy & hommaige : obeï- 
xoient en tout ôc par tout à fes mandemens : 
feroient de fes amis aitiies , &; de fes ennemis 
ennemies : par chafcun an ^ en recongnoiilance 
«de cefle feaulté luy envoyeroient foixante Se 

dixhuidl 



les défauts de Tes Jambes y ce 
qui efl pris de Servi us fur ces 
vers du 3. Livre des Georgi- 
•ques : 

Primus EyichthoniKs currusC!7 
quattHor tinfus 

jfu»^eye etjHOs 5 rapidijque rô- 
tir injijiere Victor. 
-C'étoit dans la même vue que 
Niphlelerh afïcdoit de ne pa- ! 
•roître qu'en voiture. * j 

z Suicejirues J 11 y a appa- ! 
rencc que Rabelais avoit écrit ^ 
■de la forte , & «on fucietricut i 



comme on lit dans les nouvel- 
les éditions , ni fïiccejjltres , 
comme il y a dans celle de 
I S 5 3 - PredeceJJersjJè ôc fuccejfc'- 
refje fe trouvent dans les An- 
nales de Hamaalt de frère Ja- 
ques de Guife , fol. 4?. & 49. 
du vol. z. Ec dans la traduction 
de l'Ariofte impr. l'an issî- 
chant 13. on lit: J^e tsdiray-j^ 
de la jeconde belle plie fHccejje- 
rcjje 5 tras prochaine de cette Ln'^ 
crece BorgiA / 



221 Pantagruel, 

dixhuidl mille Andouilles Royalles pouràren*. 
trée de table le fervir ' fix mois Tan. Ce qucj 
feut par elle faicSt : & envoya au lendemain 
dedans fix grands Briguantins le nombre iuf- 
didl d'Andouilks Royalles au bon Gargantua 
foubs la conduiéle de la jeune Niphlefeth In- 
fante de rifle. Le noble Gargantua en feir pre- 
fent , ai les envoya au grand Roy de Paris, 
Mais au changement de l'aer , aufli par faultc 
de mouftarde ( Baulme naturelle reftaurant 
d'Andouilles) moururent prefque toutes. Par 
Toélroy 6c vouloir du grand Roy feurent par 
monceaulx en un endroidl de Paris enterrées ,, 
qui jufques à prefent eft appellée , la rue pa- 
vée d'Andouilles. A la requeite des Dames de. 
la Court Royalle , feut Niphlefeth la jeune 
faulvéeôc honorablement trai6ltfe. Depuis feut 
mariée en bon & riche lieu , & feit plufieurs 
beaulx enfans , dont loué foitDieu. Pantagruel 
remercia gratieufement la Royne : pardonna 
toute TofFenfe : refufa TolTre qu*elle avoir faiél: 
6c luy donna ung beau petit '^ coufteau par- 

guois. 



3 six mois Can ] On ne man- 
ge des Andouilles que ifîx mois 
ile l'année tout au plus. 



petit couteau qui, pour Ton peu 
de valeur eft compté parmi la 
quinquaillerie j & les Merciers 



4 Ccujleau pay^ums^ Comme \ François connoifl'ent encore 
aux Sauvages de l'Amérique , aujourd'hui cette marchandife 
<)u'on apprivoifoit avec des fous le nom de couteaux far- 
préfens de petits couteaux & geoir. Ire Tôrif général des 
d'autres bagatelles. Au ch. s. droits d'Entrée & de Sortie, 

impr. infùl. à Paris l'an 1664. 
ptg. 13. Co]tf,eAHX fargeois-, ra- 
caille f 



du 1 s. on lit pergHoiy dans la 
fnéme ngnificacion de certain 



Livre IV". Chap. XLîI. 22 j 
guois. Pais curieufement l'interrogea fi-isTap- 
parition da monftre rufdicl. Elle refpondic 
que c'eitoic l'idée de Mardigras leur Dieu tu- 
telaire en temps de guerre , premier fondateur 
& original de toute la race Andouillicque. 
Pourtant fembloit-il à ung Pourceau , car An- 
douillés feurent de Pourceau extraiétes. Pan- 
tagruel demandoit à quel propous & quelle in- 
dication curative il avoit tant de mouiiarde 
en terre projeéié. La Royne refpondit , ^ que 
mouiiarde eftoit leur ^ Sangreal ôc Baulme 



caille , Boutons de verre ^ (^ de 
corne j le cent pefant payera com- 
me mercerie i. Libres. Ce font 
de petits couteaux venans ori- 
ginairement de Prague en Bo- 
hême , 5c c'eft de là que par 
corruption nous les avons ap- 
peliez par'gu.ois 1 perguois Sc par- 
fejîraii lieu de Pr.z'jots. Coquil- 
lartjdans fon Blaron des Armes 
& des Dames : 

Les Ecojjois font leurs repli' 

quer , 
Vragoiï (jj Bretons breton- 

nans j 
Les Suyfjes danfent leurs mo- 

rifques , 
^ t'Mt leuis tabourins fon- 

nans. 

Autre preuve de cette ve'rité , 
c'eft ce que raconte Busbecq , 
épit. 4. de Tes Ambaflades à la 
Porte. Jlntem' > dir-il , proxi- 
tneped'.tes aii^uot atnbulabant^ho- 
rum Hitus velhtt anj'atus JUbnixis 



celefte 

nudu brachiis in7rediebatur>, quo' 
rum Mtrumquejupra cuhtturrt cul- 
tello ( cjuod genus nof \!ragft.'ijes 
yocamus ) transfixum habc 
bat, 

5 jQue moHJîarde ejioit lenr 
Sangreal O" Baulms celejie] Hen- 
ri V. Roi d'Angleterre : difoic 
dans le même fens , que guer- 
re fans feu ne valoit rien , non 
plus qu'andouilles fans moutar- 
de. Voiez J.Juvenal des Urfins, 
Hift. du Roi Charles V I. fur 
l'an 1420. 

6 Sangreal^ Et 1, 5. ch. Xf. 
un flafqus de fangrealy car c'eft 
comme il faut lire là, confor- 
mément au Rabelais An>ilois , 
Sc non pas J^/.'i^ greal comme 
on lit dans h plupart des édi- 
tions 5 ni fi/'g vreal , comme 
porte celle de 1616. La tradi* 
tion veut que lorfque Jofeph 
d'Anmathie lavoit le corps du 
Sauveur pour l'embaumer , il 
recueillit en un vaifleau tout 
autant qu^lput du fang qui cou- 



114 Pantagruel, 

celelte : duquel mettant quelcque peu dedans jJ 
les playes des Andouilles terraflees , en bien 
peu de tems les navrées guerilïbient , les mor- 
tes refufcitoient. Aultres propous ne tint Pan- 
tagruel à la Royne : & (è retira en fa nauf. 
AufTi feirent touts les bons compaignons avec- 
ques leurs armes & leur Truye. 



Chapitre XLIII. 

Comment Pantadmel defcendit en l'IJle de 
Ruach, 

DEux jours après arrîvarmés en Tlfle de 
Ruach , & vous jure par l'eftoille Pouflî- 
niere , que je trouvay Teflat & la vie du peu- 
ple eilrange plus que je ne dis. Ils ne vivent que 
de vent. Rien ne beuvent , rien ne mangent » 
finon vent. Ils n'ont maifons que de gyrouet- 
tes. En leurs jardins ne fement que les trois 
efpeces de Anémone. La Rue & aultres her- 
bes carminatives , ils en efcurent foingneufe- 
ment. Le peuple commun pour foy alimenter 
ufe de efvantoirs déplumes y de papier , de toi- 
le 

loit encore de Ces plaies. C'eft l intitulé Le I^omatt du SangreaL 
cette relique que Rabelais ap- I Voieiles Antiquitezde Borel j 
pelle fangreal en ftyle de nosl au mot : Graal» 
vieux Romansjdont il y en a un • 

Chap, 



Livre IV. C h a p. XLIÎL ii 

ïe ^ félon leur faculté & puiiïànce. ^ Les ri-» 
ches vivent de moulins à vent. Quand ils font 
quelcque feltin ou bancquet , ils dreiïènt les 
tables * foubs ung ou deux moulins à venta 
Là repaiilènc aifes comme à nopces. Et du- 
rant leur repas difputent de la bonté , excel-» 
lence , falubrité , rarité des vents , comme vous 
beuveurs par les bancquets philofophez en ma- 
tière de vins. L'ung loue le Siroch , Taultre le 
Befch , Taultre le Gùarbin , Taultre la Bize , 
l'autre Zephyre , Taultre Gualerne. Ainfi des 
aultres. L'aultre ' le vent de la chemife , pour 
les "^ muguets & amoureux. Pour les malades , 

ils 



ChaP XLIIL I Lef ïichex 
yveent de moulins à yent j Ra- 
belais introduit dans Tlfle des 
vents diverfes fortes de per- 
fonnes , & même plus d'une 
nation. Par le menu peuple qui 
ufe d'éventails de toutes les 
fortes ) on peut entendre à la 
lettre quantité d'EvantaUliers 
& d'Evantailheres qui font des 
Eventails non feulement pour 
Paris & pour toute la France , 
mais qui en fournifl'ent même 
auxpaïs voifins Se jufqu'en An- 
gleterre. Ces riches j qui vi- 
vent de moulins à vent , ce 
font les propriétaires de ces 
fortes d'Ufines ^ fort fréquen- 
tes aux environs de Paris , 



&■ d'un revenu confiderable. 

2 Sous ung OH deux moulins à. 
yent'\ En Italie & dans la Fran- 
ce méridionale on fe fert dé 
grans éventoirs qu'on pend 
au plancher 3 & qu'on fait al- 
ler à force de bras pour ren- 
dre les appartemens plus frais » 
particulièrement durant le re-» 
pas. 

3 Le vent de la chemife ] Co- 
quillart, dans [çs Droits nou- 
veaux : 

^infi ung -pént de la che-i 

miCc 
Fera tout cet appoinpement. 

4. l^îuguets ^ amoureux 3 
L'Au- 



f Maifons de Campagne utiles. Foie\ le DiB» de Treyonx 
après Borel. 

Tome IF. P 



7.16 Pantagruel, 

ils ufent de vent-coulis , comme de coulis oîf 
nourrift les malades de noftre pays. O ( me 
diioit ung petic enflé ) qui pourroit avoir une 
veflie de ce bon vent de Languegoth que Ton 
nomme Cierce ! ^ Le noble Scurron Medicin 
paiïànt ung jour par ce pays nous comptoit 
qu'il eft 11 fort qu'il renverfe les charrettes 
chargées* O le grand bien qu'il feroit à ma 
jambe OEdipodicque. Les grolïès ne font les 
meilleures. Mais ^ dift Panurge , une groflè 
botte de ce bon vin de Languegoth qui croift 
à Mirevaulx , Canteperdris , & Frontignant. 
Je veids ung homme de bonne apparence bien 
refïèmblant à la ventrofe , amèrement cour- 
roucé contre ung fien ^ gros grand varlet,ôc ung 

petit 

cette infcription qu'on voit fur 
la porte du Théâtre anatomi- 
cjue que le Roi Henri II. fie 
conltruire à Montpellier : ch- 
rantibus Johan.e Schj/ronio, ^n-» 
tonio Saporta GuilUelmo R^ondele- 
tioy O" J- Bocaiio. 1556. Voiez 
Tei/îîer , add. à l'tloge de G. 
Rondelet. Il etoit Confeiller 
du Roi , ProfelTeur Roïal , & 
Chancelier de l'Univerfité de 
Montpellier , & mourut fore 
vieux la même année 1556. 
après avoir fait figure entre les 
Savans depuis l'année 1530, 
Voiez l'Hift. de TUniv. de 
Montpellier , écrite en Latin 
par j. Etienne Strobelberger , 
& impr. m 16, à îVIurcmberg 
l'an i6zs. 

6 ffroj grand yarlet , CT" ung 



L*Auteur fait ces deux motsfy- 
nonymes , fuivant i'etymologie 
du premier, qui vient de>w«7'^ 
parce qu'autretois les galans de 
proteflloa fe parfumoient de 
mufc comme ils ont depuis em- 
piété la poudre de Chipre. 
Marot > dans fon Epigramme 
à G. Crétin .- 

Mais "VOUS , de hatUt faVoir la 

roye , 
Saurez fa*' trop mieulx m^ex- 

cujer 
D^ung gros erreur , fi faiB 

fayoye , 
J^ung amour enx de mujcq u- 

Jer. 

5 Le noble Scurron Tvîedicin j 
Son nom etoit Schjron ^ témoin 



Livre ÎV. Ch ap. XLIII. 227 

petit paige , 6c les battoit en diable , à grands 
coups de brodequin . Ignorant la caufe du cour- 
roux penfois que feut par le confeil des medi- 
cins , comme chofe falubre au maillre , foy 
courroucer & battre : au varlet , eftre battu; 
Mais je ouïs qu'il reprochoit au varlet lui avoir 
efté robe à demy ^ une oyre de vent Guarbin, 
laquelle il gardoit chieremcnt comme viande 
rare pour l'arriére faifon. Ils nefiantent , ils 
ne piiïènt , ils ne crachent en cette Ifle. En 
recompenfe ils vefnent , ils pedent , ils rottent 
copieufement* Ils patifîent toutes fortes , 6c 
toutes efpeces de maladies. AufTi toute ma- 
ladie naiiî & procède de ventolité , comme de- 
duicl; Hippocrates lib, de Flatibas. Mais la 
plus epidemiale eft la colicque venteufe. Pouf 
y remédier ufent de ventofes amples , & y ren- 
dent force ventofitez. Ils meurent touts Hy- 
dropicques tympanites. Et meurent les hom- 
mes 



fitit paige ] Varlet de yaffalluf , 
qui vient dii mot gefell ■, qui en 
Àleman fii;nifie proprementtm 
jeune homme de t: ille & d'i^e 



Chevaliers, ch. i. 
7 Lue ojrede "vent G»arbin(!Tc,'^ 
On appelle Garbin dans le bas 
Languedoc certain petit vent 



à voir déjà coTipagnie ^j irais qui s'y levé environ l'heu* 
à avoir des camarades. Vajfal'']rt de iviidi lur rarriere-fairon, 
/«.r, raflallettus , valet , & par . 11 vient très à propos aux moif- 
le changement de iV en r, com- fonneurs & aux vendangeurs , 
me en o'm'^a.n , varlet* En Fran- ; qui fans cela ne pourroient pa« 
ce, jufqu'au tems de Rabelais, \ refifter aux chaleurs de cette 
les yalets 8c Xts pages des parti- i raifim.C'eftpour cela que l'/vu* 
culiers ne difFéroient entre eux ! teur dit que ItGaibtny eftgâr* 
que par l'âge ôc par h taille, de cherenîent. 
Voiei Fauchée > de l'orig. de 



aig Pantagruel^ 

mes en pédant , les femmes en vefnant. Aiù^ 
11 leur fort Tame par le cuL Depuis nous pour-», 
menans par Flfle rencontrafmes trois gros ef- 
ventés lefquels alloient à l'esbat veoir ^ les 
pluviers , qui là font en abondance & vivent 
de même diece. Je advifay que ainfi comme 
vous, Beuveurs , allans par -pays portez flac- 
cons , ferrieres , & bouteilles pareillement 
chafcun à fa ceindlure portoit ung beau petit 
foufflet. Si par cas vent leur failloit , avecques 
ces jolis foufflets ils en forgeoient de tout 
frais , per attra(5lion 6c expuliion reciprocque, 
comrne vous fçavezque vent en elîenriale défi- 
nition , n'eft aultrechofe que aer flottant ôc 
undoyant. En ce moment de par leur Roy 
nous feut fai6l commandement que de trois 
heures n'euflions à retirer en nos navires hom- 
me ne femme du pays. Car on luy avoir robbé 
^ une veze pleine du vent propre que jadis à 

UlyiTes 



8 Les pluviers .... qui . . . . 
firent de mefrne diette ] La il. 
Nouv. de rHéptaméron t vous 
vive\ do^cques de foy CT" cCefpe^ 
vance . . . comrne le Pluvier du 
•vent ? vous eflesbien aifé à nour- 
rir, C'eft une opinion commu- 
ne 3 mais faufle, que le Pluvier 
vive de vent. Voiex Belon , 
I. s. ch. i8. de fon Ornitholo- 
gie. 

P Uneye\eO'c.'} Sorte d'Ou- 
tre. L'Ariofte François , édit. 
-de 1555. chant. 44. £t leur 



bailla ^Jiolphe le trouble .Aujîev 
k porter dedans le cloijlre utérin -, 
jedy , que dans le Ventre de cujr 
il leur donna enclos le vent > qui 
fort du Midj) avec telle rage y 
au il ejynèut en modes des undes 
\ ta feiche fable , (!T laleveenfusy 
C27 la roué /ufques om Ciel , (J" ce 
à celle fin qu^ils le portajjent à 
leur Volonté ÇJ" befoing , CJ que 
par chemin il ne leur feijî aucun 
mal y puis que eulx venu\en leur 
région il:^ Ctujjent à getfer hert 
de prifon» 

19 



Tjivre IV. Chap. XLIV. zi^ 

Ulyflès donna le bon ronfleur Eolus pour gui- 
der fa nauf en temps calme. Lequel il guar- 
doit religieuferaent , comme ung aultre Sang- 
-real, & en gueriflbic plufieurs énormes mala- 
dies , feuUement en lafchant & eflargiflànc es 
malades , aultant qu'en fauldroit pour forger 
ung pet virginal : c'eft ce que les ^^ SaindU- 
moniales appellent fonnet. 



Chapitre XLIV. 

Comment petites pluies ahbatent les grands 
vems^ 

PAntagruelloùoit leur police & manière de 
vivre , ôc dift à leur Poteftat Hypenemien: 
Si recepver Topinion d*Epicurus , difant le 
bien fouverain confiiler en volupté ; ( Volup- 
té , dis je , facile & non pénible ) je vous re- 
pute bienheureux. Car voflre vivre y qui eft de 
vent , ne vous confie rien ou bien peu , il ne 
fault que foifler. Voire , refpondit le Poteftat*^ 
Mais en cefte vie mortelle rien n'eft beat de 
toutes parts. Souvent quand fommes à table 
nous alim^entans de quelcquebon ÔC grand vent 

de 



lo SainBimonialef ^c.'\ Non- 
oains, dont le parler même eft 
Û çhafle j q^ue faifant fcrupule 



d'app^ller un pet par fon nom> 
elles ne. le nomment que Son-^ 
net. 



î|o Pantagruel, 

de Dieu , comme de Manne celefle , ^ aifeSi 
comme pères , quelcque petite pluie furvient,, 
laquelle nous le tollift & abat. Ainfi font maints 
repas perdus par fauke de victuailles. C'elt , 
dift Panurge , comme Jenin de Quinquenais 
piflànt fus le fefllcr de fa femme Quelot , aba- 
tit le vent punais , qui en fortoit comme d'une 
magiftrale Eolipile. J'en feis naguieres ung 
dizain Joliet, 

Jentn taftant ung foir fes vins nouveaul^c 
Troubles encor & bouillans en leur lie y 
Tria Qndot apprcfier les n.rveaulx 
ji leurfoufper , pour faire chiere lie. 
Cela f eut fatcî. Puis jans mdancholie 
Se vont coucher , bslutent , prennent fomme, 
Mais nepovant Jenin dormir enfomme , 
Tant fort vefnoit Quelot , & tant f cuvent ^ 
La cowpijfa. Puis voila difl il , comme 
Petite pluye abat bien ung grand vent^ 

Nous d*advantaige ( difoit le Poteftat ) 
avons une annuelle calamité bien grande ôç 
dommageable. C'eit qu'un Géant nommé Brin- 
guen^riiles 5 qui habite enl'lfle dç Tohu , an-r 

nuel- 

Chap. XLIV. I ^îfcs corn- I Te ont donné lieu à Rabelais 



une percs~\ Comme pères au ré- 
fedoir. Proverbe que l'Auteur 
emploie 1. s.ch, 30. h^s com- 
inoditei de U vie Religieu- 



d'exalter encore 1. z. chap, 
7. Les aifes de U >'* Mona-^ 



Livre IV. Ch A p. XLIV. 2ji 

tîuellement par le confeil de fes medicins icy 
fe tranfporte à la prime Vere pour prendre pur- 
gation : 6c nous dévore grand nombre de Mou- 
lins à vent , comme pilules , & de foufflets pa- 
reillement , defquels il eli: fort fri an t. Ce que 
nous vient à grande mifere : & en jeufnons trois 
ou quatre quarefmes par chafcun an : fans cer- 
taines particulières * roiiaifons & orailons. Et 
n'y fçavez vous , demandoit Pantagruel , ob- 
vier ? Par le confeil , refpondit le Poteftat ^ 
de nos mailtres Mezarims , nous avons mis en 
la faifon qu'il ha de couftume icy venir , de- 
dans les Moulins force cocqs ôc force poulies, 
A la première fois qu'il les avalla , peu s'en fal- 
lut , qu'il n'en mourufl. Car ils lui chantoient 
dedans le corps , & luy voloient à travers l'ef- 
tomach , dont tomboit en lipothymie , car- 
diacque pafîîon , & convulfion horrificque ÔC 
dangereufe : comme fi quelcque ferpent luy 
feuit par la bouche entré dedans l'eitomach. 
Voila , dift frère Jean , ung comme , mal à pro- 
pous,&; incongru. Car j'ay aultrefois oui dire, 
que le ferpent entré dedans l'eftomach ne fai<Sl 
defplaifir aulcun 5c foubdain retourne dehors y 
ïi par les pieds on prend le patient , luy pre- 

fen- 



a K^oiiaifons & oraifons ] On 
trouve dans Nicot , au mot 
K,ogations ) R^otiaifons & R^oifons, 
dans la même {ignification de 
F:j>g<itiQnes , jiatiy^ JU^^licatio' \ Letanics. 

P4 



nés ■ & anciennement on écri-» 
voit B^ouefons. Les Chroniques 
de Hainault de frère Jaques de 
Guife , vol. 2. f. zo. B^oiiefonsO'. 



a^^ Pan tagr u e l, 

fentant près la bouche ungpaëflon plein délaie^ 
chauld. Vous , diit Pantagruel , Tavez oui dire: 
aufli avoient ceulx qui vous Tonc racompté. 
Mais tel remède ne feut oncques veu ne leu. 
Hippocrates lib. 5 Efid. efcript le cas eftre de 
fon temps advenu : & le patient fubit eftre 
mort par fpafme & convulfion. Oultre plus y 
difoit le Poteftat , touts les Regnards du pays 
luy entroient en gueule pourfuivans les gelines, 
6c trefpaflbit à touts momens , ne feufl que 
par le confeil d*ung Badin enchanteur , à l'heu- 
re du paroxyfme ^ il efcorchoit ung Regnard 
pour antidote ôc contrepoifon. Depuis eut 
meilleur advis , & y remédie moyennant ung 
clyftere qu'on lui baille , faiét d'une décoélion 
de grains de bled & de millet, efquels accou- 
rent les poulies , enfemble de fayes d'oyfons , 
efquels accourent les Regnards. AufTi des pi- 
lules qu'il prent par la bouche , compofées de 
lévriers & de chiens terriers. Voyez-là noftre 
malheur. N'ayez paour , gens de - bien ( dift 
Pantagruel) déformais. Ce grand Bringuena- 
rilles avalleur de Moulins à vent eft mort. Je 
le vous aflèure. Et mourut fuffbçqué & eftran- 

glé 



3 // efcorchoit ung vegnaïâ ~\ 
Cette exprefîîon proverbiale 
vient bien ici où rAuteur veut 
dire que Brinquenarilles vo- 
miflbit les renards qui lui étoient 
çnt^eïi dans le fond de l'efto- 



mac. Peut-être que comme de 
"v«/jpej- nous avons fait^o«f"^^3de 
goupil fera venu dêgobUler , qui 
eft la même chofe c^u'écorcher le 
renarde 



Çhaîs, 



Livre IV. Chap. XLV. -zjj 

glé mangeant ung coin de beurre frais à la 
gueule d'ung four chauld par l'ordonnance des 
Medicins. 



s 



Chapitre XLV. 



Comment Fantdgmel defcendit en C Jjle des 
Pa-pefigues. 

AU lendemain matin rencontrafmes l'Ifîe 
des Papefigues. Lefquels jadis eftoienc 
riches 6c libres , & les nommoit-on Guaillar- 
dets , pour lors eftoient paovres , malheureux, 
& * fubjeélsaulx Papimanes. L'occafion avoit 
efte' telle. Ung jour de fefte annuelle à ballons, 
les Bourguemaiftre , Syndics & gros Rabis 
Guaillardets eftoient allez paiïèr tems & veoir 
la fefte en Papimanie , Ifle prochaine. L'ung 
d*eulx voyant leportraidl Papal ( comme efloit 
de louable couftume publicquement le monftrer 
es jours de * fefte à doubles baftons , ) lu y 

feit 



Chap. XLV. i Subjecls aulx 
Papimanes ] L'Efpagne eft une 
vraie Papimanie : ainfi il n'eft 
pas fans quelque apparence que 
par rifle de Papefguiére fujette 
aux Papimanes Rabelais entend 
la Navarre j depuis qu'environ 
l'an 15 12. Ferdinand le Catho- 
lique s'çropara de ce Roïaume 



en vertu de certaine pre'tendué 
Bulle qui l'avoit mis en interdit 
fous ombre qu'on y adhéroit 
au Concile convoque' à Pife 
contre le Pape Jule H. 

2 Fejîe à doubles bajlons'] C'efl 
ainfi qu'il faut lire , conformé- 
ment aux trois éditions de Ly jn. 
Bajiam j'coname on lit dans les 
nou- 



'2^4 Pantagruel» 

feit la figue. Qui eit en icelluy pays figne dci 
contemnement ôcderifionmanifelle. Pour icel- 
le vanger les Papimanes quelcques jours après 
fans dire guare , fe mirent touts en armes , 
furprindrent , faccagearent & ruïnarent toute 
rifle des Guaillardets , taillarent à £1 d'efpée 
tout homme portant barbe. Aulx femmes ÔC 
jouvenceaulx pardonnarent avecques condition 
femblable à celle donc l'Empereur Federic 
Barberoulïè jadis ufa envers les Milanois. Les 
Milanois s'eftoient contre luy abfent rebellez 
& avoient Tîmperatrice fa femme chaflee hors . 
la ville ignominieufement montée fus une 
vieille mule nommée Thacor ^ à chevauchons 
de rebours : fçavoir eft , le cul tourné vers la 
tefte de la mule , & la face vers la croppiere. 
Federic à fon retour les ayant fubjuguez & 
relïèrrez , feit telle diligence qu'il recouvra la 
célèbre mule Thacor. Adoncques au millieu du 

grandi 



nouvelles, eft une faute de celle 
de 1553. d'où elle s'eft auffi 
coulée dans celles de 1596. & 
1626. Edituë 1. s. ch. 6. Vous 
tie yeijies oncques B^oJJignols 
mieux gringoter quils font en 
plat 5 quand tls rçjent ces deux 
èajîons dire\ ( c'ejî > dit frère 
y^an^fefteà baflons) ^ quand 
je leur fonne ces grojfej cloches 
que 'voje\ pendiies autour de leur 
cage. Et 1. 5 . c. 4+ Comme fait 
la grande marmite de Bourgueil , 
quand y efl fefie à bajimf. Ces 1 
fêccs à bâtons font; cçs grandes 1 



fêtes folennelks où les Chan- 
tres de l'Eglife donc on célèbre 
la fête marchent à la proceflîon 
revêtus de leurs habits de céré- 
monie & tenant en main leurs 
bâtons , efpece de bourdons 
couverts d'une fçuiUe d'argenç 
allez épaifle. 

3 ^ che^>auchons de rehoursJi 
Sorte de peine infamante , la- 
quelle en quelques endroits 
de l'Alemagne s'inflige en- 
core à des coureufes de profef* 
fi on. 



Livre IV. Ch A p. XLV. i^^ 

grand Brouët par fon ordonnance le bourreau 
miit es membres honteux de Thacor une figue, 
prefens 6c voyansles citadins captifs : puis cria 
ae par l'Empereur à fon de trompe ^ que qui- 
conques d'iceulx vouldroit la mort évader , ar- 
rachait publicquement la figue avecques les 
dents 5 puis la remiit on propre lieu fans aide 

„des mains. Qjjiconcques en feroit refus , feroit 
fus i'inltant pendu éc efiranglé. Aulcuns d'i- 
ceulx eurent honte & horreur de telle tant abo- 
minable amende , la poftpofarent à la crainéte 

.de mort : & feurent pendus. Es aultres la crainc- 
te de mort domina fus telle honte. Iceulx avoir 
à belles-dents tiré la figue , la monitroient au 
boye apertement difans : Ecco lo fico. En pa- 
reille ignominie , le reiie de ces paovres & de- 
folez Guaillardets feurent de mort guarantis 
ôc faulvez. Feurent faiéls efclaves & tributai- 
res , &: leur feut impofé nom de Papefigues , 
parce qu'au portraidl Papal avoient fai6t la fi- 
gue. Depuis celluy tems les paovres gens n'a- 
voient profperé. Touts les ans avoient grefle, 
tempelte , famine , & tout malheur comme 
éternelle punition du péché de leurs anceftres 
& parens. Voyant la mifere & calamité du 
peuple , plus avant entrer ne volufmes. Seul- 
lement pour prendre de Teaùe benifte & à Dieu 
nous recommander , entrafmes dedans une pe- 
tite Chapelle près le havre ruinée , defolée & 
defcouverte , comme efl à Romme le Temple 

de 



7.^6 Pantagruel, 

de Sain6t Pierre. En la Chapelle entrez & pre- 
nants de l'eaùe benifte , apperceufmes dedans 
le benoiftier ung homme veftu d'eflolcs , ôc 
tout dedans l'eaùe caché comme ung canard au 
plonge , excepté ung peu du nez pour refpi- 
rer. Autour de luy eftoient trois Prebftres 
bien ras & tonfurez , lifants "^ le Grimoire , 
ôc conjurants les diables. Pantagruel trouva 
le cas eflrange. Et demandant quels jeux 
c'eftoient qu'ils joiioient là , feut adverty que 
depuis trois ans pafïèz avoit en l'Ifle régné 
une peftilence tant horrible , que pour la moi- 
tié Ôc plus le pays eftoit refté defert , & les 
terres fans poiTèfïèurs. Paflee la peftilence , 
ceftuy homme caché dedans le benoiftier > 
avoit ^ ung champ grand & rcftile , & le fe- 
moit de touzelle en ung jour &: heure qu'ung 
petit diable ( lequel encore ne fçavoit ne tonner 
iiegreflerjfors feuUementle perlil & les choulx, 
encores aufîi ne fçavoit lire ne efcripre ) avoit 
de Lucifer impetré venir encefte IfTedes Pape- 
figues foy recréer & esbattre j en laquelle les 

diables 



4 le Grimoire ^ Li^/o da con^ 
'curare i demomi, dit Oiidin. C'cft 
le Cérémonial , Livre où font 
contenues les rits > ou nmss , 
avec quoi l'on charm" les mau- 
vais Efpnis dans l'Eglife Ro- 
maine. Comme de carmen ou 
a fait charme ôc charmer , de 
l'Italien rimario nous avons fait 
itrimoire , dans la fignificauon 



d'un recueil de verfets de la 
Bible fervans à exorcifer les 
Démons. 

S Uf:g champ grand (^ rejîile J 
r^eftile 5 du Latin rejiibiUs > 
champ portant fruit tous les ans, 
difent les Notes fur le 4. Livre 
attribuées à Rabelais lui-mê- 
me. De toutes les éditions que 
j'ai vues , il n'y â que celle de 



Livre IV. C h a p. XLV. 2 j/ 

âiables avoient familiarité grande avecques les 
hommes & femmes , 6c fouvent y alloienc paf- 
fer le temps. Ce diable arrivé au lieu , s*addref- 
fa au Laboureur , & luy demanda qu'il faifoit. 
Le paovre homme luy refpondit qu'il femoic 
celluy champ de touzeile , pour foy aider à 
vivre Tan luivant. Voire mais , dift le diable, 
ce champ n*eft pas tien , il eft à moy , &i m'ap- 
partient. Car depuis l'heure & le temps qu'au 
Pape vous fciftes la figue , tout ce pays nous 
feut adjugé , profcript , ôc abandonné. Bled 
femer toutesfois n'eit mon eitat. Pourtant je 
te lailîèle champ. Mais c'eft en condition que 
nous partirons leprouHdl. Je le veulx , refpon- 
dit le Laboureur. J'entends , diil le Diable , 
queduproufidtadvenent nous ferons deux lots. 
L'ung fera ce que croiftra fus terre , l'aultre 
ce qu'en terre fera couvert. Le choix m'appar- 
tient , car je fuis diable extraient de noble 6c 
aiiticquerace j tu n'es qu'ung villain. Jechoi- 
fis ce qui fera en terre , tu auras le deiïus. En 
quel temps fera la cuillete ? A my- Juillet , ref- 
pondit le Laboureur. Or , dilt le diable , je 
ne fauldray m'y trouver. Fais au relte comme 
efl le debvoir. Travaille , villain , travaille. 
Je voys tenter du guaillard péché de luxure les 
nobles ^ nonnains de Pettefec , les Cagots 6c 

BrifFaulx 



I6z6. où on life refîtle. Toutes ! 
les autres ont licliculement jie 
rtîe. 



6 'N.onnainx de Fctte/cc J Aa 
ch. ï9.dul. 2. il eft dit del'An- 
j^lois Ttoumâft* que d'an'ioiffe 

U 



•238 PanT AGRUELj 

BrifFaulx aufli. De leurs vouloirs je fuîs plus 
qu'alTeuré : 7 Au joindre fera le combat. 



Chapitre XLVÏ. 

Comment le petit Diable feut trompé par ung 
labonrenr de Papefigmere* 

LA my-]uillet venue le diable fe fepfefen- 
te au lieu , acompaigné d'ung efcadron dd 
^ petits diableteaulx de cœur. Là rencontrant 
le Laboureur , luy dift : £t puis , villain , 
comment t'es tu pourté depuis ma départie ? 
Faire ici convient nospartaiges. C'eft , refpon- 
dit le Laboureur , raifon. Lors commença le 
Laboureur avecques fes gens feyer le bled. Les 
petits diables de mefme tiroient le chaulme de 
terre. Le Laboureur battit fon bled en l'aire , 
le mift en poches, le porta au marché pour ven^ 
dre. Les diableteaulx feirent de même , & au 
marché près du Laboureur pour leur chaulme 

vendre 



il fit un pet de boulenger, après 
lequel vint iebren. 

7 enjoindre Jera le combat ] 
Expreflion empruntée des an- 
ciennes joutes , où après le bris 
des knces , les ccmbatans fe 
renconrroient d'écus, de corps, 
&de têtes. Amadis, t. 14. ch. 
dern. Mais quand rint an join- 



dre , ils fe rencontrèrent d'efcHSy 
de corps > C!7 detejies ,Jtyerde-* 
ment , quils tombèrent tons denX 
par terre. 

Chap. XLVI. I Petits dia-* 
bleteanlx de cœur ] De l'âge de 
la taille de petits enfans de 
chœur* 



Livre IV. Chap. XLVI. 2^9 

vendre s'aflirent. Le Laboureur vendit très- 
bien Ion bled , & de l'argent emplit ung vieulx 
demibrodequin,lequelil portoità faceinéture. 
Les diables ne vendirent rien : ains au contrai- 
re les païfans en plain marché fe mocquoienc 
d'eux. Le marché clous , dift le diable au La- 
boureur , Villain , tu m'has à cefle fois trom- 
pé , à Taultre ne me tromperas. Monfieur le 
diable, refpondit le Laboureur , comment vous 
aurois-je trompé , qui premier avez choifi ? 
Vray elt qu'en celtuy chois me pendez tromper, 
efperant rien hors terre ne iffir pour ma part , 
èc delïoubs trouver tout entier le grain que 
j'avois femé 9 pour d'icelluy temprer les gens 
foufFreteux , Cagots , ou avares , ôc par temp- 
ration les faire en vos lacs tresbucher. Mais 
vous efles bien jeune aumeftier. Le grain que 
voyez en terre eit mort & corrompu , la cor- 
ruption d'icelluy ha efté génération de i'aultre 
que m'avez veu vendre. Ainii choidfïiez vous 
le pire. C'eftpourquoy * eftes mauldiél en l'E- 
vangile. LaiiTons , difl le diable , ce propous , 
dequoy celle année fequenre pourras-tu noftre 
champ femer? Pour proufidl , refpondit le La- 
boureur de bon Mefnagier , le conviendroit fe- 
mer 

2 Efles mauldiB en VEyangi- j chain que d'en dire du bien > 
/e ] Vieux Proverbe qui enve j reflemUent aux Démons qui 
lope les CaicmmatfHirs ôc le?;! lors du Jugement dernier le 
Diables dans une même malé- j jetteront fur les méchaos & 
didion 5 en ce que les premiers ] laifleront les bons, 
aimantmieux médire du pro- i 



^4© Pantagruel, 

mer de raves. Or , di{t le diable » tu es villaitï 
de bien : feme raves à force , je les guarderay 
de la tempefte & ne grefleray poinél deffus» 
Mais entends bien , je retiens pour mon partai- 
ge ce que fera deflus terre , tu auras le deiîoubs. 
Travaille _, villain , travaille. Je voys tenter les 
Hereticques , ce font âmes ^ friandes en car- 
bonnade : Monfieur Lucifer ha fa colicque , ce 
luy fera une guorge chaulde. Venu le temps de 
la cuillete , le diable fe trouva au lieu avecques 
ung efquadron de "^ diableteaulx de chambre* 
Là rencontrant le Laboureur & fes gens 9 com- 
mença feyer & recuillir les feuilles de Raves. 
Apres luy le Laboureur bechoit & tiroit les 
groflès Raves , & les mettoit en poches. Ainfi 
s'en vont touts enfemble au marché. Le La- 
boureur vendoit très-bien fes Raves. Le dia- 
ble ne vendit rien. Qui pis eft , on fe moc- 
quoit de luy publicquement. Je voy bien vil- 
lain , diit adoncqiîes le diable , que par toy je. 
fuis trompé. Je veulx faire fin du champ entre 
toy & moy.Ceferaen telpadl, que nous entre- 
gratterons Tung l'aultre ^ ôc qui de nous deux 



premier 

3 Friandes en carbonnade ]j | criie. Les Contes d'Eutrapel % 

chap. 19. Mais y ayant la force 
CJ yebemence du continu C!T psr^' 
petuel langage d* Eutrapel , qui le 
recommandait à une paire de 
Diables de chambre CJ mycreusy 
fe retira protefiant ne boive ping 
arec Ihji» 



Ceux qu'en ce tems-là le Dé- 
mon portoit à faire brûler les 
Luthériens , croïoient bonne- 
ment qu'il étoit fort friand 
des âmes de ces prétendus er- 
rans. 

4 Diableteaulx de chambre ] 
Parvenus à la moitié de leur 



fi 



Livré IV. C h a p. XLVL 241 

premier fe rendra , quittera fa part du champ. 
Il entier demeurera au vaincueur. La journée 
fera à hui6tafne. Va , villain , je te grateray en 
diable , j'allois tenter les pillards , Chiquanous 
defauifeurs de procès , notaires , faulfaires , 
advocats prévaricateurs ; mais ils m'ont fai6t 
dire par ung truchement , qu'ils eftoient touts 
à moy. Aufïi bien fe fafche Lucifer de leurs 
âmes. Et les renvoyé ordinairement aulx dia- 
bles fouiliars de cuiline , finon quand elles font 
^ faulpoudrées. Vous diéles qu'il n'eit des- 
îeufncr que d'efcholiers : dipner que d'advo- 
cats : reffiner que de vignerons ; foupper que 
de marchands : reguoubillonner que de cham- 
brières. Et touts ^ repas que de Farfadets. Il eft 
vray. De fai6t Monfieur Lucifer fe paift à touts 
fes repas de Farfadets pour entrée de table. Et 
fe fouloit desjeufner d'efcholiers. Mais ( las ) 
ne fçay par quel malheur depuis certaines an- 
nées ils ont avecques leurs eftudes ^ adjoinél 
les faindles Bibles. Pour cefte caufe plus n'en 
povons au diable Tung tirer. Et croy que fi 
les Caphars ne nous y aydent, leur houftans par 
menaces , injures , force, violence _, & brufle- 
mens leur fainét Paul d'entre les mains , plus à- 

bas 

s SaHlpoudrées ] On prétend i il n'eft vie que de Coquins 3 die 
que cette forte d'ames fe cor- le Proverbe, 
rompt d'abord. 7 ^ ijunCl les SaitiBf s Bibles 

6 Rjpas que de Farfadets'] Ni/ O'c J ici Rabelais ieiu le ta-. 
mendtcatis Sociorum dnltiiii offis^ got. 



TomsIF. Q. 



24* Pantagruel, 

bas n'en grignoterons. De Advocats pervertif- 
feurs de droiél , & pilleurs de paovres gens f 
il fe dipne ordinairement & ne luy manquent* 
Mais on fe fafche de tousjours ung pain man- 
ger. Il diiï n'aguieres en plein chapitre qu'il 
mangeroit voluntiers Tame d'un Caphard , qui 
euft oublié foy en fon fermon recommender* 
Et promift double paye & notable appoinéte- 
ment à quiconcque luy en apporteroit une de 
broc en bouc. Chafcun de nous fe mifl: en quefte. 
Mais rien n'y avons profidlé. Touts admonef- 
tent les nobles Dames donner à leur convenr* 
De refliner il s'eft abftenu depuis qu'il eut fa 
forte colicque provenente àcaufe que ^ es con- 
trées Boréales l'on a voit fes nourriiïbns , vi- 
vandiers , charbonniers & chaircuitiers oultrai- 
gé villainement. Il fouppe tresbien des mar- 
chands ufuriers , apothecaires , faulfaires , bil- 
lonneurs , adulterateurs de marchandifes. Et 
quelquesfois qu'il efl: en Tes bonnes , reguoubil- 
lonne de chambrières , lefquelles avoir beu le 
bon vin de leurs maiftres , rempliflènt le ton- 
neau d'eaiie puante. Travaille , villain , tra- 
vaille. Je voys tenter les ^ efcholiers de Tre- 

bizon- 



8 Es contrées Boréales ^c. ] 
Ceci femble regafder l'expul- 
(jon des Moines hors de l'An- 
gleterre fous Henri VIII. & 
lidoiiardVI. & celle de tous les 
Religieux hors des deux Roïau- 
mcsduNofC. 



9 Efcholiers de Trehi\ûnde 
O'c. ] L'Auteur femble ici de'-» 
river le nom de la Ville Impé- 
riale de Trebir^nde du Grès 
rpdTnrct >we«/«î, pour avoir lieu 
d'inlînuer que félon lui , il n'y 
â que les gournians Se les ven'< 

très 



L î V R E I V. C H A p. XLVI. t4f 

bîzonde , laiiïèr pères & mères , renoncer à la 
police commune , loy emenciper des ediéls de 
leur Roy , vivre en liberté foubterraine , mef- 
prifer ung chafcun , de touts fe mocquer , dc 
prenans le beau& joyeulx petit ^^ béguin d'in- 
nocence Poëticque , toy touts rendre ' * Far- 
fadets gentils. 

Chap* 



très parefleLix qui duflTent s'ac- 
commoder du cloître. 

I o Béguin d'innocence poëtic- 
que ] Le capuchon j mventé 
pour diftinguer d'avec les Sé- 
culiers les perfonnes qui font 
profeflion d'une beyngnité & 
d'une itfnocfmê digne du Siècle 
d'or des oêtes. On appella en 
Flandres, benings & heningney , 
quelques années après l'eta- 
bliiîemcnt des deux premiers 
•Ordres de Religieux - nien- 
dians , certains hommes & 
certaines femmes qui lans faire 
de vœux , s'ctant deftinex par- 
ticuliercnent aux oeuvres de 
charité Ci .le mifericorde , pri- 
rent a l'exemple de cesReligieux 
une efpece de c"puchon pour 
avoir une m'arque qui empê- 
chât qu'on ne les prît pour Ats 
gens entièrement du monde 
C'cft de ces mots que du depuis 



on les nomme par corruption 
liegmns & Begutnes , & dans la 
fuite leur capuchon fut aufïî 
nomme béguin. Les Chroniques 
de Hamauit de frère Jaques dé 
Guiléjvol. 3. ch. m. ^uffi 
Elle ( la Comtefle de Flandres) 
commenta le bémgnag? 5 C7 /*' 
ififtitHa la prem'.eye cnappellenie» 
Et plus bas , Et là mjiitua frères 
b'gmns ZJ" fccHrs begnines .... 
ait lie», auquel Margiisrite fa faut 
aepuif dilata le grunt begninaigs 
O" l^hofpital. Béguin, nom d'une 
famille de Dijon , pourroit bien 
aufîî n'être autre chofe que Be- 
mgnci nom d'un Martyr vénéré 
à Dijon. 

II Farfadets gentils ^ Béné« 
didins âc Bernardins , qui pre«* 
nent le titre de Dom , comme 
a tous étoienc Gentilshom^» 
mes. 






Chaî*, 



Q» 



i£44 Pantagruel, 



ss 



Chapitre XLVII. 

Comment le diable fem trompé far une vieille 
de PapefigHtere, 

LE Laboureur retournant en fa maifon 
eftoit trifte Se penfif. Sa femme tel le 
voyant , cuidoit qu'on Teufi: au marché defro- 
bé. Mais entendent la caufe de fa melancholie, 
voyant aufli fa bourfe pleine d'argent , doul- 
cement le reconforta : & l'aflèura que de cefie 
gratelle mal aulcun ne lui adviendroit. Seulle- 
ment que fus elle il eult à fe pofer & repofer. 
Elle avoit ja pourpenfé bonne ilTuë. Pour le 
pis , difoit le Laboureur , je n'en auray qu'une 
efraiilade : je me rendray au premier coup ÔS 
luy quitteray le champ. Rien , rien , dilt la 
vieille , pofez-vous fus moy ' & repofez : 
laiflèz-moy faire. Vous m'avez diél que c'efi: 

ung 



CHAP. XLVII. I E* repore:(] 
Doujat 3 dans fon Diélionaire 
de la Langue Toîcfane j nous 
apprend qu'en Languedoc on 
dit fi paufa pour ce que le 
François dit fe repofer. Àinfî , 
fi pofer (!T repofer n'eft ici pro- 
prement qu'un Pléonafme : 
mais 3 comme à ceux qui n'en- 
tendent pas cette Langue ces 



deux Verbes joints cnfemble 
paroifl'ent /îgnifier chez la La- 
boureufe un expédient qu'elle 
auroit trouvé pour ajouter en- 
core quelque chofe à la folu- 
tion dont elle devoit le lende- 
main faire peur au Diable j 
c'eft ce qui rend cet endroit-ci 
un des plus gajllars de tout le 



Livre ÏV. Chap. XLVII. «4^ 

ting petit diable ; je le vous feray foubdain 
rendre le champ , & nous demourera. * Si 
c'eufi: efté ung grand diable , il y auroit à pen- 
fcr. Le jour de Taffignation eftoit lors qu'en 
i'ifle nous arrivafmes. A bonne heure du matin 
le Laboureur s'eftoit tresbien confelTé , avoic 
communié y comme bon Catholicque , & par 
le confeil du Curé s'eiloit au plonge caché de- 
dans le benoiftier , en Teftat que l'avions trou- 
vé. Sus l'initant qu'on nous racomptoit celle 
hiitoire , eufmes advertilïèment que la vieille 
avoit trompé le diable ôc guaigné le champ* 
La manière feut telle. Le diable vint à la por- 
te du Laboureur , & fonnant s'efcria : O vil- 
lain , villain. Cza , ça , à belles gryphes. Puis 
entrant en la maifon guallant ôc bien délibéré^ 
& n'y trouvant le Laboureur, advifa fa femme 
en terre pleurante &c lamentante. Qu'eft-ceci ? 
demandoit le diable. Où eft-il , Que fai6t-il ? 
Ha , dift la vieille , où eft-il , le mefchant , 
le bourreau , le briguant ? Il m'ha affolée , je 
fuis perdue , je meurs du mal qu'il m'ha faiéV. 
Comment , dift le diable , qu'y a-il ? Je le vous 
gualleray bien tantouft. Ha , dift la vieille , il 
m'badidlle bourreau , le tyrant , l'égratigneur 
de diables , qu*il avoit hui affignation de fe 
grater avecques vous , pour efïàyer fes ongles il 
m'ha feullement gratté du petit doigt ici entre 

les 

^ si c^eufi efié mg grand Diable O'c» ] Moins novice» 

9.1 i 



^4^ Pantagruel, 

les jambes , & m*ha du tout affolée. Je fuis 
perdue , jamais je n'en gueriray , reguardez. 
Encores eft-il allé chez le marefchal ioy faire 
efguiler & appointer les gryphes Vous eftes 
perdu , Monlieur le diable, mon ami. Saulvez* 
vous , il n'arreftera poind. Retirez-vous , je 
vous en prie. Lors fe defcouvrit jufques au 
menton en la forme que jadis ' les femmes 
Perfides fe prefenterent à leurs enfans , fuyans 
de la bataille , & luy monftra fon comment 
ha nom. Le diable voyant Tenorme folution 
de continuité en toutes dimenfions , s'écria : 
Mahon , Demiourgon. Megere , Aleéto , Per- 
fephone , il ne me tient pas. ]e m*en vois bel 
erre. Cela ? Je luy quitte le champ. Enrendens la 
cataftrophe & fin de Thiftoire nous retirafmes 
en noftre nauf. Et là ne feifmes aultre fejour : 
4 Pantagruel donna au tronc de la fabricque de 
TEcclife dixhuid mille Royaulx d'or en con- 
templation de la paovreté du peuple ôc calamité 
du lieu. 

Chap, 



3 Les femmes Perfides O'f. ] 
Voiez Plutarque , au ch. des 
femmes Perfiennes , dans fon 
Traité des vertueux faits des 
femmes. 



^Pantagruel donnaO'c.jCon- 
feil auxPrmces d'être libéraux 
dans les occafions. Pantagruel 
donnoic par tout* 



Chap. 






Livre I V. C h a p, XLVIII. 247 



«s 



Chapitre XLVIII. 

Comment Pantagruel defcendit m Vljle de 
Paphmfies, 

LAifl&ns rifle defolée des Papefigues na- 
vigafmes par ung jour en ferenité & tout 
plaifir , quand à noftre veuë s*ofFrit la benoifle 
Ifle des Papimanes. Soubdain que nos ancres 
feurent au porc jeétées , avant que euflions en- 
coche nos gumenes , vindrent vers nous en 
ung efquif quatre perfonnes diverfement vef- 
tus. L'ung en moine enfrocqué , crotté, botté« 
L'aultre en fauiconnier avecques ung leurre & 
guand d'oizeau. L*aultre en folliciteur de pro- 
cès , ayant ung grand fac plein d'informa- 
tions , citations , chiquaneries & adjournemens 
en main. L'aultre en vigneron d'Orléans avec- 
ques belles gueffcres de toile, une panouoire & 
une farpe à la cein6lure. Incontinent qu'ils 
feurent joindls à noftre nauf <, s'efcriarent à 
haulte voix touts enfemble demandans : L*a- 
vez-vous veu , gens ^paflàgiers > l'avez-vous 
veu ? Qui ? demandoit Pantagruel. Celluy-là , 
refpondirent-ils. Qui eft-il ? demanda frère 
Jean. Par la mort bœuf, je Tallommeray de 
coups, Penfant qu'ils fe gnementaflènt de 



^43 Pantagruel,; 

quelcque larron , meurtrier ou facrilege. Com4 
ment , dirent-ils , gens peregrins , ne cong-r 
noiffez-vous Tunicque ? Seigneurs , dift Epi- 
ftemon , nous n'entendons tels termes. Mais 
expo! ez-nous , s'il vous plaift , de qui enten- 
dez , & nous vous en dirons la vérité fans 
difllmulation. C'eft , dirent-ils , celluy qui eÛ. 
L'avez-vous jamais veu } Celluy qui eft , ref- 
pondit Pantagruel , par noflre Theologicque 
do6lrine efl: Dieu. Et en tel mot fe declaira ' 
à Mofes. Oncques certes ne le veifmes , & n'eft 
vifible à œils corporels. Nous ne parlons mie 9 
dirent-ils , de celluy hault Dieu qui domine 
par les cieulx. Nous parlons du Dieu en terre. 
L'avez-vous oncques veu ? Ils entendent 9 dift 
Carpalim , du Pape , fus mon honneur. Ouy f 
ouy , refpondit Panurge , ouy dea , Meffieurs > 
j'en ay veu trois. A la veuë defquels je n'ay 
guieres proufidlé. Comment , dirent-ils , nos 
facres Decretales chantent qu'il n'y en ha ja- 
mais qu'ung vivant. J'entends , refpondit Pa- 
nurgCj les ungs fucceflivement après les aultres. 
Aultrement n'en ay- je veu qu'ung à une fois, 
O gens, dirent- ils , trois & quatre fois heu- 
reux , vous foyez les bien & plus que très- 
bien venus ! Adoncques s'agenoillarent devant 
nous 3 & nous vouloient baifer les pieds. Ce 
que ne leur voulufmes permettre, leur remon- 

ftrans 

Chap, XLVIII. 1 ^ Mofes2 Au ch. 3. <le I'£xode, v. 14» 



Livre IV, C h a p. XLVIII. 24^ 

ftrans qu'au Pape , fi là de fortune en propre 
perfonne venoit , ils ne fçauroient faire d'ad- 
vantaige. Si ferions , fi , refpondirent-ils. Ce* 
la eft entre nous ja refolu. Nous luy baiferions 
* le cul fans feuille , & les couilles pareille- 
ment. Car il ha couilles le Père faindl, nous 
le trouvons par nos belles Decretales , aultre- 
ment ne feroit-il Pape. De forte qu'en fub- 
tile Philofophie Decretaline cefte confequence 
eft neceiïàire. Il eft Pape, il a doncques couil- 
les. Et 3 quand couilles fauldroicnt on mon- 
de , le monde plus Pape n'auroir. Pantagruel 
demandoit cependant à ung moufle de leur 
efquif qui eftoient ces perfonnaiges. Il luy feit 
refponfe , que c'eftoient les quatre eftats de 
rifle: adjoufta d'advantaige que ferions bien re- 
cuillis & bien traidlez ^ puifqu'avions veu le 
Pape. Ce qu'il remonftra à Panurge , lequel 
luy dift fecretement. Je foys vœu à Dieu c'eft 
cela. Tout vient à poinél qui peult attendre. 
A la veuë du Pape jamais n'avions proufiété : 



2 Le culfanf feuille ] Expref- 
fion fort commune en Auver- 
gne &enDaufinépour marquer 
une foumifîion fans bornes , & 
jufqu'à vouloir bien baiièr un 
derrière, fans s'être précaution- 
né pour le pouvoir torcher au 
cas quM foit breneux. Ce peut 
être aufli une aliulîon a ce 
qu'aux ftatuës qui repréfentent 
des nuditez , on met des feuil- 
les qui cachent les parties fe- 



cretes. Enfin , il fe peut que 
comme les fruits les plus apé- 
tifl'ans font ceux qu'on a pris 
foin de détacher en y laifl'ant 
la queue & même une feuille 
ou deux , la mal - propreté 
qu'il y avoit à les cueillir au- 
trement , aura donné lieu au 
Proverbe. 

3 Quand Louil . . . fauldr oient 
€7r. J Si jamais couil . . . .fail- 
loient au"ïïionde. 



f 



450 Pantagruel, 

à celle heure de par touts les diables nou* 
profi(5lera comme je voy. Alors defcendif- 
mes en terre , & venoient au devant de nous 
comme en proceffion tout le peuple du pays , 
hommes, femmes , petits enfans. Nos quatre 
eflats leur dirent à haulte voix : Ils Tont veu. 
Us l'ont veu. Ils l'ont veu. A certe proclama- 
tion tout le peuple s'agenoilloit devant nous y 
levans les mains joincSes au ciel ^ & crians : 
O gens heureux ! O bien heureux ! Et dura 
ce cry plus d'ung quart d'heure. Puis y accou- 
rut le maiftre d'efchole avecques touts fes ♦ 
pedaguogues , grimaulx ôc efcholiers , & les 
îbuettoit magiltralement , comme on fouloit 
fouetter les petits enfans en nos pays , quand 
on pendoit quelcque malfaidleur , afin qu'il 
leur en foubvint. Pantagruel en feut fafché , 
& leur dift : Meffieurs , (i ne defiftez fouetter 
ces enfans , je m'en retourne. Le peuple s'e- 
f tonna entendant fa voix Stentorée : & veids 
ung petit bofTu à longs doigts demandant au 
maiftre d'efchole : Vertus d'extravagantes , 
ceulx qui voyent le Pape , deviennent- ils ainfi 
grands comme ceftuy-cy qui nous menaffe ? O 
qu'il me tarde merveilleufement que je ne le 
voy , afin de croiltre & grand comme luy de- 
venir. Tant grandes feurent leurs exclama- 
tions 

4 Pedaguogues'] Sou-maîtres. 1 Dialogues qu'il a intitulé Scrip» 
Voiçi, Vives , en celui de fes | tio, 

s 



Livre IV. Chap. XLVIIÏ. 2jf 

i tîons , que ^ Homenaz y accourut ( ainfi ap- 
i pellent-ils leur Evefque ) fus une mule des- 
[ bridée , caparalîonnée de verd , accompaigné 
( de Tes appoufts ( comme ils difoient , ) de 
fes fuppoufts auflî, portants croix, banieres . 
gonfalons , baldachins , torches , benoifliers. 
Et nous vouloir pareillement les pieds baifer 
à toute force ( comme feit au Pnpe Clément 
le bon Chriitian Valfinier ) difant , qu'ung de 
leurs hypophetes ^ defgrefïèur & gloîlàteur de 
leurs faindîes Decretales , avoit par efcript 
laiiïe que ainfi comme le Meflias tant & il 
long-temps des Juifs attendu , enfin leur efloic 
advenu , aufli en icelle Ifle quelcque jour le 
Pape viendroit. Attendans cefte heureufe jour- 
née , fi là arrivoit perfonne qui l'euft veu à 
Romme, ou aultre part , qu'ils euflènt à bien 
le feitoyer , ôc reverentement traidler. Tou- 
tesfois nous en excufafmes honneftement. 

Chap, 



j Homena^'jCe mot Cil une 
produâiion de celui d'homme. 
ÎI fe dit en Languedoc d'un 
grand fat qui n'a ni mon- 



de ni efpnt. 

6 Defgrejjeur ] Qui en 3 re- 
cueilli le meilleur comme la 
grailTe d'un pot. 

Chap^ 






^ J^ Pantagruei, 



Chapitre XLIX. 

Comment Homenaz, Evefsjue des Papimanes 
nous monjira les Vranopetes Décrétâtes, 



9 



Puis nous dit Homenaz : Par nos fainéles 
Decretales nous eft enpindl & comman- 
dé vifiter premier les Ecclifes que les Caba- 
rets. Pourtant ne declinans de cefte belle in- 
ftitution allons à rEcclife ; après irons banc- 
quçter. Homme de bien , dift frère Jean , allez 
devant , nous vous fuivrons. Vous en avez parlé 
en bons termes & en bon Chriftian. Ja long- 
temps ha que n'en avions veu. Je m*en trouve 
fort resjou'i en mon efperit , & croy que je 
n'en repaiflray que mieulx. C*eft belle chofe 
rencontrer gens de bien. Aprochans de la porte 
du temple , aperceufmes ung gros livre doré , 
tout couvert de fines & precieufes pierres , ba- 
lais , efmerauldes , diamans, unions, plus ou 
aultant pour le moins excellentes que celle que 
,' Odlavian confacra à Jupiter Capitolin. Et 
pendoit en Paer attaché à deux groffes chaines 
d*or au Zoophore du portai. Nous le reguar- 
dions en admiration. Pantagruel le manioit & 

tour- 

Chap. XLÏX. i oBavian j ch. 30. de la vie d'Augufte» 
conjacra O'c. ] Voiei Sue'tone, \ 

2 



Livre I V. C h a p. XLIX. içj 

tournoit à plaifir , car il y povoit aifément 
toucher. Et nous afFa-moit qu'au touchcmenc 
d'icelluy , il fentoit ung doulx prurit des on- 
gles & defgourdifïèment des bras ; enfemble 
temptation véhémente en fonefperit débattre 
ung fergent ou deux , * pourveu qu'ils n'euf- 
fent tonfure. Adoncques nous difl Homenaz : 
Jadis feut aulx Juifs la Ipy par Mofes baillée 
efcripte des doigts propres de Dieu. ^ En 
Delphes devant la face du temple d'Apollo 
feut trouvée cette fentence divinement efcrip- 
te ^ FNiie] v£\TTON. Et par certain laps de 
temps après ^ feutveue El, auiïi divinement 
efcripte ôc tranfmife des Cieulx. Le fimulacre 
de Cybele feut des Cieulx enPhrygie tranfmis 

on 



2 Pouryen qu'ils n^enfjent tort' 
Jure J Parce que par les Décré- 
tales il eft défendu fous peine 
d'excommunication de fraper 
pour quelque occaHon que ce 
loit 5 ni les Clercs ^ ni les Laïcs 
qui feront tonfurex. Or^ avant 
l'année 1425» il y avoit en 
France des Sergens Clercs 5 en 
grand nombre, d'autres Laïcs 
tonfurez j qui favoient bien fe 
prévaloir de leurs privilèges 
pour commettre impunément 
plufîeurs crimes dans les fonc- 
tions de leurs offices : & quoi- 
qu'en cette année - là , «Se mê- 
me encore l'an 15 18. on eut 
tâché de remédier à ces abus 
& par Arrêt & par Edit , le 
âefordre duroit poiirt^t en- 



core en partie lorfque l'Auteur 
écrivoit ceci. Voiez la Con- 
férence des Ordonnances , To- 
me 3.1. II. tit. 13. & 1. 12» 
tit. s. 

3 En Delphes '(7c. ] Voiet 
Platon 3 en fon dialogue de la 
tempérance , les Saturnales de 
Macrobej 1. i. ch. 6. & Plinej 
l. 7. ch. 32. 

4 Vent yetie E I 5 aujji divine- 
ment efcripte Cl7r. ] C'eft E I j 
qu'il faut lire , conformément 
à l'édition de 1625. & non 
pas ET, comme on lit dans 
les nouvelles & dans toutes 
les autres que j'ai vues. Plu- 
tarque a fait un Traité de la 
fignification de ce myàerieus 
£i. ^ 

5 



2J4 PantacsruèLj 

on champ nommé Pennunt. Auffî feut en Taiî* 
ris le (imulacre de Diane , ii croyez Euripides* 
s L'oriflambe ieut des Cieulx tranfmife aulx 
nobles & très chrilHans Roys de France , pour 
combattre les Infidèles. * Régnant Numa 
Pompilius Roy lecond des Rommains en 
Romme , feut du Ciel veu defcendre le tran^ 
chant bouclier , didt Anciie. En Acropolis 
d'Athènes jadis tumba du Ciel empiré ^ la 
ilatuë de Minerve. Icy femblablement voyez 
les facres Decretales efcriptes de la main * 
d*ung Ange Chérubin. Vous aultres gens 
Tranfpontins , ne le croirez pas. Afïèz mal 
( refpondit Panurge , ) & à nous icy miracu- 
leufement du Ciel des Cieulx tranfmifes , en 
façon pareille que par Homère père de toute 
Philofophie ( exceptez tousjours les dives De- 
cretales ) le fleuve du Nil eft apprllé Diipe- 
tes. Et parce qu'avez vu le Pape , Evange- 
lifte d'icelles & protedteur fempiternel, vous 
fera de par nous permis les veoir & bai fer au 

dedans , 



s Voriflambe feut des Cieulx 
^clOn a la même tradition 
touchant la Sainte Ampoulle , 
& l'un Se l'autre miracle eft rap 
porté au règne du grand Clovis. 
Voiez les nntiquitez de Fau- 
chet, 1. 2. ch. 18. 

6 B^egnant N«W4 J VoiexPlu- 
tarque en la vie de Numa. 

7 La jiatue de Minerve ] 
Voiez les Attiques dePaufanias. 

g D^uïig ^nge chérubin ] E- 



rafme , dans celui de (es Col- 
loques qu'il a intitulé , Ex'^quix 
Seraphtc^e : Chriflus Legem £-• 
ran^eliLum prcmuigavit , Fran-» 
Cl' eut Leiemfuam angeli manibus 
bir d?fii:ptatn , imatitt Seraphi- 
cis fiatribus. Homenaz n'igno* 
roic pas cette autre tradition j 
mais , comme elle auroit déro- 
ge à la dignité des Décrétales y 
cet homme ne fe croïoit paj, 
obligé de la faire valoir. 

9 



Livre IV. Chap. XLIX. içç 

dedans , fi bon vous femble. Mais il vous 
conviendra par avant trois jours jeufner, 3c 
, régulièrement confelîèr , curieufement efplu- 
I chans & inventorifans vos péchez tant dru, 
qu'en terre ne tumbait une feule circonftance , 
comme divinement nous chantent les divea 
Decretales que voyez. A cela fault du temps. 
Homme de bien , refpondit Panurge , Deere- 
toùeres, voire , dis-je , Decretales , avons proa 
veu en papier y en parchemin lanterné , en vé- 
lin , efcriptes à la main , de imprimées en moul- 
le. Ja n*eil: befoing que vous peinez à celles- 
cy nous monilrer. Nous nous con'tentons du 
bon vouloir , ôc vous remercions aultant. Vray 
bis , dill Homenaz , vous n'avez mie veu cefles- 
cy angelicquement efcriptes. Celles de voftre 
pays ne font que ^ tranfïumpts des noftres , 
comme trouvons efcript par ung de nos antic- 
ques Scholiaftes Decretalins. Au refte vous 
pry n'y épargner mapoine. Seullement advifez 
fi voulez confefler ôc jeufner les trois beaulx 
petits jours de Dieu. De confelîèr , refpondit 
Panurge , très-bien nous confentons. Le jeufne 
feullement ne nous vient à proupous. Car nous 
avons tant de très-tant par la marine jeufné, 
que les araignes ont faiél leurs toiles fus nos 

dents» 



9 Tranjjttmpts ] Copies. Au 1. 
5, chap. 29.^11 Pline François 
d'Ant. du Pinet on lit tranjjum- 
£té pour copiç * Parchemin ian- 



temé ou vierge , c'eft - à - dire 
tmnlparent comme la corn« 
d'une lanterne. 



lo 



^^6 Pantag r uel, 

dents. Voyez icy ce bon frère Jean des En* 
tommeures ( à ce mot Homenaz courtoifement j 
luy bailla la petite accoUade ) la moulïè iuy jj 
eft creuë on gouzier par faulte de remuer Ôc 
exercer les badiguoinces & mandibules. Il didt 
vray , refpondit frère Jean. J'ay tant & très- 
tant jeufné que j'en fuis devenu ^° tout boflu. 
Entrons , dit Homenaz , doncques en l'Ec- 
clife , & nous pardonnez fi prefentement ne 
vous chantons la belle Mciïè de Dieu. L'heure 
de my-jour efî: pafïee , après laquelle nous dé- 
fendent nos facres Decretales Mefïè chanter , 
Melïe , dis-je , haulte 6c légitime. Mais je 
vous en diray ^ ^ une bafïe 6c feiche. J'en ai- 
merois mieulx, dift Panurge, une mouillée de 
quelcque bon vin d'Anjou. '* Boutez doncq , 
boutez bas & roidde. Verd ôc bleu , difl frère 
Jean, il me defplaift grandement qu'encores 
eiï mon eftomach jeun. Car ayant tresbien 
desjeufné 6c repeu à ufaige monachal, fi d'ad- 

ven- 



lo Tout bojfu'\ L'Abbé Guyet 
eroïoit qu'on devoit lire ■mouf' 
ftt. & non pas bojjn : mais dans 
toutes les éditions que j'ai vues, 
il y a bofjuj je crois même qu'on 
doit lire de la forte , cette ex- 
preffîon étant prife du rapport 
qui fe trouve entre un eftomac 
à jeun , & un fac vuide ou mal 
rempli qui ne fauroit fe foute- 
jiir. Plus bas, 1. i. ch. 5. J'ay 
fAtJilon^tsms je;</-/té f qns les 



jeujhes m' ont Jappé toute la chairy 
07 crain beaucoup qu enfin les 
bajlions de mon corps -viennent en 
décadence. 

1 1 Une bajfe O feiche ] MefTe 
feiche, mejja Jen\a communione y 
petite Meue , 2/IeJJa bajjà , die 
Oudin. 

1 2 Boute\ bas C7 roidde^ Ex- 
preffion prife du jeu de paume > 
pour dire : expédiez vue votre 
MeÛe bafle. 

13 



Livre IV. Ch ap. L. 2j^ 

Ventoreil nous chante de Requiem, je y eulîè 
porté pain & vin ^^ par les traiéts paiTez. Pa-» 
tience. Sacquez, chocquez , boutez , mais '*. 
trouilèz-la court ^ de paour que ne fe crotte, 
tz pour aultre caufc aufïi , je vous prie. 



c 



Chapitre L. 



Comment par Homenaz. nous feut montré l^arA 
chetype d'ung Pape, 

LA Meflè parachevée , Homenaz tira d'ung 
coffre près le grand autel ung gros farati 
de clefs , defquelles il ouvrit à trente & deux 
claveures & quatorze catenats une feneftre de 
fer bien barrée au deifus dudi6t autel, puis 

par 

s. Jean , aiî bourreau : qui 
étoit venu pour le décapiter ; 



1 3 P^.r les traiBs fajje\ ] E- 
quivoque des très - P'^ffe\ aux 
trj.its qui auroient fafjé par le 
gofier de fiere Jean , s'il eût 
déjeuné avant que d'ouir la 
Mefle. Aller à la Mefle è.çs 
Trépaflez , c'eft : andar alla 
7Aej]a dopyo hayer fatto collatio- 
ne , perche yifî porta pane eyino, 
dit Oudin. Four y au refte , fe- 
roit ici meilleur que par , mais 
il y â par dans toutes les édi- 
tions. 

14 Trcfiffei^ la court O'c. ] La 
Paillon de J. C. à perfonnages? 
f. 53. 

Tome IF. 



jLmy , pms qtte finer mt 

fault , 
Pour tenir pijiice O" rai* 

fin , 
accorde que face &raiJon 
^ Dieu , far penfée dévto 

te. 

Grongnart, bourreau : 

Fay le donc court , que ne fc 

crote , 
Je ne yeuil plus attendre À 

l'hnix. 



%^^ Pantagruel, 

par grand myftere fe couvrit d'ung facmouil-* 
lé , 6c tirant ung rideau de fatin cramoify 
nous montra une imaige pain6le afïèz mal , ^ 
félon mon advis y toucha ung ballon longuet ^ 
& nous feit à touts baifer la touche. Puis 
nous demanda : Que vous femble de cefte 
imaige ? C'eftrefpondit Pantagruel , la reiTem- 
blance d'un g Pape. Je le congnois à la tiare , 
à raumufTe , au rocher , à la pantophle. Vous 
diètes bien , dift Homenaz. C'elt l'idée de 
celluy Dieu de bien en terre , la venue duquel 
nous attendons dévotement , & lequel efpe- 
rons une fois veoir en ce pays. O l'heureufe 
& defirée & tant attendue journée ! Et vous 
heureux ôc bien-heureux , qui tant avez eu 
les aftres favorables , qu'avez vivement en face 
veu & realement celluy bon Dieu en terre , 
duquel voyant feullement le pourtraidl , pleine 
remiflîon guaignons de touts nos péchez mé- 
morables : enfemble la tierce partie avecques 
* dixhuièl quarantaines des péchez oubliez. 

AufG 



CHAP. L. I Selo» mon ady'tT 
CJc. ] Rabelais a îts. raifons 
pour ne vouloir pas alTuter 
qu'Homenas eût touché le por- 
trait Papal avec le bâton duquel 
cnfuite il fit baifer la touche à 
tous les Pèlerins. Son deflein 
eft ici de toucher comme avec 
le doigt les fraudes qui fe com- 
mettent par les porteurs de 
R,eiiques ^ & far ceux qui 



ont la charge de les montrer 
dans \z% lieux oti on les ear- 
de. _ 

2 Dixhuïcl quarantaines det 
peche\opiblie\j Ceci eft du ftyle 
des Canons Pénuentiels. Voiez 
les Additions du ch. $. de la 
Relation de TEtat & de la Re- 
ligion ôcc. du Chevalier JEdwm 
Sandis« 



LîVftE ÎV. Chap. L. tj^ 

AuË ne la voyons nous qu'aux grandes feltes 
annuelles. 

Là difoit Pantagruel , que c'eftoit ouvraigê 
tel que le faifoic Dedalus. Encore qu'elle feult 
contrefaiéle ôc mal trai6le , y eltoit toutes^ 
fois latence ôc occulte quelcque ' divine éner- 
gie en matière de pardons. Comme dift frère 
Jean , à Sevillé "^ les eocquins fouppans ung 
jour de bonne felte à l'hofpital , & fe van- 
tans l'ung avoir celluy jour guaingné fix 
blancs , Taultre deux fols , Taultre fept caro- 
lus , ung gros gueux fe vantoit avoir guain- 
gné trois bons teftons. Auffi ( luy refpondi* 
renc fes compaignons ) tu has ^ une jatiibe de 

Dieu: 



3 "Diyine énergie en matière 
de pardons J Junon chagrine 
contre fon Epoux , jufqu'a pu- 
blier qu'elle aIio;t le quitter , 
fe trouva fort mortifiée lorf- 
qu'on Talfura que Jupiter vou- 
lant la prévenir alloit fe donner 
une autre femnie qui même 
ctoit déjà en chemin pour le 
venir trouver. Outrée de ja- 
loufîe elle fe préfenta fur la 
route de fa rivale , &c aiant 
abordé fa prétendue ennemie , 
"elle en vint julqu'à la décoif- 
fer. Mais quelle ne hu point 
fa furpril'e lorfqu'aii lieu d'une 
jolie rivale a qui elle s'applau- 
diflbit déjà d'avoir fait affront) 
il fe trouva que fa colère étoit 
tombée fur une Statué ie bois, 
encore des plus mal faites f Ju- 
geant alors que i^i précédcns 



foupçons n'avoient peut-être 
pas été mieux fondez que celui- 
ci , elle s'appaifa : ce qui donne 
lieu à Rabelais de compart-r à 
cette ftatuë grofliere le por- 
trait Papal , qui tout mal bâti 
qu'il étoit 5 ne laiflbit pas de 
produire des Pardons à quicon- 
que d'entre les Papimanes le 
contemploit avec dévotion» 
VoiexPaufanias , dans 'Lts Béo» 
tiques. 

4 Les cocqmnr'\ l.çsgueux-i en 
tant qu'ils hantent les cmjtnes 
afin qu'on leur y remplifle 
l'ccuelle. Les Chroniques de 
frère Jaques de Guife , vol. i» 
f.83. appellent ^KCMx les Cuifî- 
ni ers. 

5 Une jambe de Dieu ] Ex- 

preffion Hébraïque &" Grecque, 

pour m'arque.- une jambe pour» 

R 2 ïïi 



€So Pantagruel, 

Dieu : comme fi quelcque divinité feufl âlb- 
fconfe en une jambe toute fphacelée & pour- 
rie. Quand ( dift Pantagruel ) tels comptes 
vous nous ferez , foyez records d'apporter ung 
baffin. Peu s'en fault que ne rende ma guorge. 
Ufer ainfi du facre nom de Dieu en choies 
tant ordes & abominables ? Fy , j'en dis fy. 
Si dedans voftre moynerie eft tel abus de pa- 
roles en ufaigc , laifïez -le là : ne le tranfpor- 
tez hors les cloiilres. Ainfi^ refpondit Epifte- 
mon, difent les Medicins eftre en quelcques 
maladies certaine participation de divinité. 
Pareillement Néron loiioit les champeignons , 
êc en proverbe Grec les appelloit viende des 
Dieux : pour ce qu'en iceulx il avoit empoi- 
fonné fon predecefleur Claudius Empereur 
Rommain. Il mefemble, difl Panurge , que 
ce pourtraidt ^ fault en nos derniers Papes* 

Car 



rie d'alceres. On en voit pla- 
fieurs exemples dans les Dial. 
du nouv. lang. Fr. Ital. de H. 
Etienne,pag. 428. & dans Plu - 
tarque , en. 3 3. du Dialogiie où 
ïl examine quels animaux font 
its plus avifez. 

6 fault en nos derniers Papes"] 
Alexandre VI. & Juîe IL mais 
principalement ce dernier 3 qui 
en l'année 15 11. fe fît voir le 
cafque en tête Se la cuirafle fur 
Je dos devant la Mirande pour 
hâter le fiége de cette place que 
/es Généraux ne prefToient pas 
aiTe* à Ton gxçX'tH àe ce Pon- 



tife que parle Jean le Maire de 
Belges dans ces-vers de l'Epî- 
tre du Roi Louis XH. à Hc(^or 
de Troie. 

llfaiB beau vecir -un ancien 

prebjîre en armes 
Crier l'aJJkiUt , enhorter aux 

allarmes 3 
Souillé defang 3 e» lien de Sa^ 

crificey 
Contre l'ejiat de fon très dtgnC 

office. 



Et plus bas .* 



IPU 



Livre IV. Chap. t. -zSt 
Car je les ay veu non aumuflè , ains armer 
en tefte porter , tymbré d'une tiare Perlicque» 
Et tout TEmpire Chriftian eftant en paix ôc 
filence , eulx feuls guerre faire félonne & très- 
cruelle. C'efloit , dift Homenaz , doncques 
contre les rebelles , Hereticques , Proteftans , 
defefperez , non obeïfïàns à la faincSleté de ce- 
bon Dieu en terre. Cela luy eft non feulle- 
ment permis & licite : mais commandé par les 
facres Decretales ; 6c doibt à feu ^ inconti- 
nent Empereurs, Roys, Ducs, Princes , Re- 
publicques, & à fang mettre , qu'ils tranf- 
greflèront ung iota de fes mandemens : les 
fpolier de leurs biens , les depoiîèder de leurs 
Royaulmes ,les profcripre , les anathematifer , 
6c non, feuUement leurs corps , ôc de leurs en- 
fans 



s'il reVtent plus > CÎ7 ouy , 

comme Von diH , 
Var tout mon ojî^ je feray faire 

Edici 3 
^xx gens de t>ied , quand iî\ 

font en fureur , 
S^i^ nul ne Huche au Papepar 

erreur j 
£f que par tout très bien foit 

advifé , 
J^il ne /oit prins en habit 

deguifé. 

Et c'eft encore du même Jule 
II. que Budé a dit 1. 4. de ^f- 
fe ; Enimlpero rtfendumfpeBacu- 
lum.^patrem non modo SanBif^- 
mum^fed etiamfenio 0" canitie 
jpeciubiUm , qaafi ad thrmUtMfH ' 



Gallicum e Bellonx fano fuos evo- 
cato.r cienterny non trabea , non 
auqulhs inft^mhus yenerand-nm , 
non poiitipciis gejiamimbus Jucra- 
fuficlum. , fcd paliidamento oS 
ciiltu barbarrco confpuuum : fed 
furtali ( ut itadicam) confidentÏA 
fuccincium ^ fulminibus illis bru- 
tis CJ7 inanibus luridum, emmenti 
in truci yuUu cuhuqus fpiritaur» 
atrocitate, 

7 Incontinent .... àfangmet» 
ire , qii^tls (Je. ] Ancienne con- 
llriiiftion femblableàceile-cidvi 
Roman de Perceforeft , vol. 2. 
ch. 96. Carfay ores oublié tous 
les )nef(hicf\ C7 tous les grief\ 
que faj eu ponr yons que/e vous 

R 3^ Chap. 



^6t PANTAGRUEt, 

fans & parens aultres occire , mais auffi leur^ 
âmes damner au parfond de la plus ardente 
chauldiere qui Toit en enfer. Icy , difl Panurge, 
par touts les diables , ne font ils hereticques ^ 
comme feut Raminagrobis , & comme ils font 
parmy les Alemaignes ôc Angleterre : Vous 
cftes Chriftians triez fus le volet, Guy , vray- 
bis , difl Homenaz , aufli ferons nous tout? 
faulvez. Allqns prendre deTeaue benifle , puis 
dipnerons» 



Mtfti— — ■MHjM 



Chapitre LI, 

JHenus devis dnrant le dtptJer ^ a la louange 
des Decreiales. 

OR notez , beuveurs , que durant la Méfie 
feiche d'Homenaz , trois nîanilliers de 
l'Ecclife , chafcun tenant ung grand baflin en 
main , fe pourmenoient parmy le peuple , di- 
fans à hauke voix ; N'oubliez les gens heu^i 
reux qui l'ont veu en face. Sortans du temple 
ils apportarent à Homenaz leurs baffins touts 
pleins de monnoye Papimanicque, Homenazs 
nous dift que c'eftoit pour faire bonne çhiere. 
Et que de cefte contribution & taillon Tune 

partie feyoit employée à bien boire ^ Taultre \ 

bien 



Livre IV. C h a p. L L i6f 

bien manger , fuivanc une mirificque glofle 
cachée en ung certain coingnet de leurs fain- 
<ftes Decretales. Ce que feutfaicSt , & en beau 
cabaret afïèz retirant à ^ celluy de Guillot en 
Amiens. Croyez que la repaifïàille feut copieu- 
fe, & les beuvettes numereufes. En ceftuy 
dipner je notay deux chofes mémorables. L'une, 
que viende ne feut apportée , quelle que feuft , 
feufïent chevreaulx , feulïènt chappons , feuf- 
fent cochons ( defquels y ha * foifon en Papi- 
manie ^ ) feufïent pigeons , connils , levraulx ,. 
cocqs d'Inde , ou aultres , en laquelle n'y euft 
abondance de, farce magiftrale. L'aultre, que 
tout le fert & deilert feut porté par les filles 
pucelles mariables du lieu , belles , je vous 
affie , 5 faffrettes , blondettes , doucettes ôc 



Chap. LI. I Celluy de Guil- 
lot en Amiens ] On a dé;a dit 
dans une Note fur le chap. X I. 
de ce Livre , pourquoi il y 
avoit autrefois tant de RotiflTe- 
rics à Amiens. Voici comme 
Jean de la Bruiére Champier , 
I. 15. ch. I. de fon de ve cihn- 
ria , parle du nommé Guiilot , 
qui vers le milieu du xvi. Siè- 
cle ) étoit en re'putation du 
meilleur Se du plus délicat trai- 
teur qui fut en France. 'Nojhà , 
memorLi ) dit-il 5 noyimus in G al- 
lia Belgica jLmhïani unum po- 
finarium , nomine Guihelmum 
( Guillotum fulgus cogmminat ) 
ow etiamnunt citias diBo excjui- 
jîtijjinis onnis geneyisA Vitiicibis^ 



Aut ferina , aut pijc ium coenat 
inflruel/at , ^«.< yel regibus dari 
dignijjime pUuijJe-at* Hic facile 
iyiterpopinarios Gallicos palmam 
jure obtinuit, 

2 Foi fin en Papimanie ] Les 
rieurs d'entsre les Catholiques 
appellent cachous du bon Diett 
leurs Chanoines. 

5 Sajfrettes']Cen% qui expli- 
quent fafve par gourmand fç 
trompent. On ne le trouvera 
point en ce fens dans nos an- 
ciens Auteurs, qui le prennent 
pour vif 5 folâtre, enjoué? mê- 
lant du fel , & faifant fentir 
quelque pointe dans ce qu^il dit 
ou ce qu'il fait. Je le dérive de 
faporns Se le diminutif y^j^f»'^*^ 
R 4 <i« 



%64 Pantagruel^ 

de bonne grâce. Lefquelles veftuës de longues, 
blanches & déliées aulbes à doubles ceindlu- 
res , le chief ouvert , les cheveulx inftrophiez 
de petites bandelettes & rubans de faye 
violette, femez de rofes , œillets, marjolai- 
ne , aneth , aurande & aultres fleurs odorantes , 
à chafcune cadence nous invitoient à boire , 
avecques do6les & mignonnes révérences. Et 
eftoient voluntiers veuës de toute Taffiitence. 
Frère Jean les reguardoit de coufté , comme 
ung chien qui emporte ung plumail. Au def- 
fert du premier mets feut par elles melodieu- 
fement chanté ung Epode à la louange des 
facro-fainéles Decretaîes. Sus l'apport du fé- 
cond fervice, Homenaz tout joyeulx ôc es- 
baudi adreflà fa parole à ung des maifères Som- 
meliers difant : "^ Clerice , efclaire icy. A ces 
mots une des filles promptement luy prefenta 
ung grand hanap plein de vin ^ Extravagant. 
11 le tint en main , Ôc ^ foufpirant profondé- 
ment 



^e Jkporetta. On trouve favou- 
rette à peu près en ce même 
fens dans lesDiûionaires d'Ou- 
dirî. 

4 Clerice , efclaire icy ] Paro- 
les qui font proprement d'un 
Curé ordonnant à Ton jeune 
Clerc de l'éclairer avec fa lan- 
terne dans radminiftration des 
facremens à un malade. Home- 
nas s'en fert ici pour avertir 
qu'il entend qu'on ne lui \erfe 
du vin que par lampées» 



S Extrayagant'] Vin de Dî- 
mes , concède à TEglife d'Ho- 
menas ^ar quelque Extrava^an-^ 
te ou Conftitiition ajoutée au 
corps du I>roit canon. 

6 Sc»fpirantprofvndement(^c.2 
Il n'avoit plus qu'à, s'écrier 
comme le gras Prieur dans. 
Marot : 

Ou* on ha de maulx pont Jèrytt 
Saincie Eglife, 



Livre IV. Chap. LÎ. î^^ 

ment dift à Pantagruel : Mon Seigneur , ôc 
vous beaulx amis , je boy à vous tout de bien 
bon cueur. Vous foyez les tresbien venus. Beu 
qu*il euft & rendu le hanap à la bachelette 
gentille , feit une lourde exclamation , dilant : 
O dives Decretales , tant par vous 7 eft k vin 
bon , bon trouvé. ^ Ce n'eft , dift Panurge , 
pas le pis du panier. Mieulx feroit , drft Pan- 
tagruel, fi par elles le mauvais vin devenoit 
bon. O Seraphicque Sixiefme ( diit Homenaz 
continuant ) tant vous eites necefîaire au faul- 
vement des paovres humains ! O Cherabic-» 
ques Clémentines comment en vous efl; pro- 
prement contenue & defcripte la parfai6le in- 
ftitution du vray Chriftian ! O Extravagantes 
angelicques , comment fans vous periroient 
les paovres âmes , lefquelles ça bas errent par 
les corps mortels en cefte vallée de mifere î 
Helas, quand fera-ce don de grâce particu- 
culiere faidt ez humains , qu'ils defiitent de 
toutes aultres eftudes & négoces pour vous 
lire, vous entendre , vous Içavoir , vous ufer ^ 
pra^licquer ^ incorporer , fanguifier , & in- 
centricquer ez profonds ventricules de leurs 
cerveaulx, ez internes mouëlles de leurs os, 
cz perplex labyrinthes de leurs artères ? O 

lors j 



7 Efî le y in bon , bon troufé ] 
On doit lire ainil , confoimé- 
went aux éditions de 1555. 
US» 6. & 1626. Dans les nou- 



velles, non plus que dans les 
trois de Lyon , bon ne Ce répète 
point. 

8 Ce nefi .... ^as le pis du, 
fanxef 



^66 Pantagruel, 

lors , & non pluftouft , ne aultrement 9 hctj- 
reux le monde ! A ces mots fe leva Epiftemon , 
& dift tout bellement à Panurge : Faulte de 
felle perfée me contraindl d*icy partir. Ceflc 
farce m'h^ desbondé le boyau culier. Je n'ar- 
refteray guieres. O lors ( dift Homenaz conti- 
nuant ) nullité de grefle , gelée, frimatz, vi- 
mères ! O lors abondance de touts biens en 
terre ! O lors paix obftinée infringible en 
rUnivers : cefîàtion de guerres , pilleries , an- 
guaries , briguanderies^ aiïàllinemens : excepté 
contre les Hereticques 6c rebelles mauldi6ts l 
O lors joyeufeté ^ alegrelïè , lielTe , foulas , 
deduiéb , plaifirs , délices en toute nature hu- 
maine ! Mais ô grande dodlrine , ineftimablc 
érudition , preceptions deïficques efnmortai- 
fées par les divins chapitres de ces etemes 
Decretales ! O comment lifant feullement ung 
demy canon , ung petit paragraphe ^ ung feui 
^ notable de ces facrofaincSles Decretales , 
vous fentez en vos cueurs enflammée la four- 
paife d'amour divin : de charité envers voftre 

pra- 



fdnier ] C'eft beaucoup. Le 
pis du panier eft ordinaire- 
znent le tond. De là le Prover- 
be. 

9 liotahle ] C'eft ici une fen- 
tence morale , appellée ancien- 
jiement de la forte, parce que 
ïesLedeurs font volontiers une 
Hôte à la marge de l'endroit où 
elle fe trouve. La Paffionàpcr- 



fonnages , au feuillet 28. 

Le dîfner fera proffltable 9 

S'en repaijjant tu nous re^ 
pais y 

Et fi tu dis quelque Nota- 
ble 

Vont nos cueurs puijjions. 
mettre e» paix, 

10 



Livre IV. Chap. LU. z6y 

prochain , ^^ pourveu qu'il ne foit Herecic- 
que : conremnement aflèuré de toutes chofes 
fortuites & terreftres ; ecllaticque élévation 
de vos efperits , voire jufques au troizieme 
ciel : contentement certain en toutes vos af- 
feélions ! 



Chapitre LII. 



Continuation des miracles advenus par les 
Décrétâtes. 

' X T Oicy , difl Panurge , qui di6l d'orgues^ 
V Mais j'en croy le moins que je peulx» 
Car il m'advint ung jour à Poidliers chez TEf- 
cofïbis Dodleur decretalipotens d'en lire ung 
chapitre : le diable m'emport , fi à la ledlurc 
d'icelluy je ne feus tant conftipé du ventre , 
que par plus de quatre , voire cinq jours je ne 
fiantay qu'une petite crotte. Sçavez-vous qu'el- 
le ? Telle , je vous jure , que Catulle didl eftre 
celles de Furius fon voifin. 

En 

lo PourYeu qt^il ne foit hère- oui dire, & comme ce n'eft que 

ticque ] Le bon Homenas croit fur ce pié-là que vousl^afliirei, 

en vrai bigot qu'on peut man- vous faites comme les orgues > 

quer de charité envers les hçré- qui enchantent lorfqu'elles font 

tiques. bien foufflëes ; mais je voudrois 

Chap. LU. i Voicy^ .,,(jm avoir de bons garans pour vous 

^d^ orgues C7f. J Vous Tavez 1 crp ire. 



12^8 Pantagruel^ 

En tout ung an je ne chie dix crottes > 
Et fi des mains tu les brifes & frotte s^ , 
Ja n^en fourras ton doigt fouiller des erres j 
Car dures font plus quefehves & f terres. 

Ha, ha, dift Homenaz, Inian , mon ami, 
vous , paradventure , eftiez en eftat de péché 
mortel. Ceftuy-là , difl Panurge , efi: d'ung 
aultre tonneau. 

Un jour , dift frère Jean , je m'eftois à Se- 
villé torché le cul d'ung feuillet d'unes mef- 
chantes Clémentines , lefquelles Jean Gui- 
mard noftre recepveur avoit jeélé on preau du 
cloiftf e , je me donne à touts les diables ,. fi les 
rhagadies 6c hémorroïdes nt m'advindrent fi 
très horribles , que * le paovre trou de mon 

clous 



2 lepao^re trou de mon clous 
Bruneau] L'Anti-Choppin, pag. 
19. Liga dicitur k ligatura j qma 
noflra SanclaVnio efiuna celliga- 
tio cum Papa (J cum K^ge Hif- 
panio!) fùper quo hahetfuamjub- 
^fientiam 3 neque magis fot'^ft 
Jfarejtne eo j quam unus liber Jine 
ligatura , quia. fî ligatura non ejfèt, 
tune folia caderent hinc inde , 
■proHt fréquenter yidi apud Libra- 
riof in claufô Brunello Um^erfi- 
iatif Pari/tenjif, Tout le Quar- 
tier de rUniverfité de Pans, & 
en particulier le Canton , qu'on 
y appelle encore aujourdhui le 
Clof - Bruiteau étoit ancienne- 
lïjent un vignoble. Voiçr Sejb. ' 



Rouillard 3 pag. 404. de fon> 
Hift. de Melun. De-là vient > 
félon moi 5 que ce Canton a 
retenu le nom de Clos Bruneauy 
comme qui diroit le Clos de \i- 
Znes du nommé Bruneau» Les 
libraires de ce quartier ©nt 
coutume de faire porter leurs 
chiffons dans les endroits les 
moins fréquentez du Clos-Bru- 
neau 5 ce qui donnant lieu d'y 
faire it% ordures , de là fera 
venu apparemment qu'on aura 
appelé auflfî C/ox-Brwwtf^w la par- 
tie que frère Jean déngneious 
ce nom là. Le ]^reau du Cloître, 
où le Receveur avoit jette le 
feuillet dont il s'agit , c'toit un 

pcûn 



Livre IV. C h a p. LII. 16^ 

clous bruneau en feut tout dehinguandé, 
Inian , dift Homenaz , ce feut évidente puni- 
tion de Dieu, vangeantle péché qu'aviez faidt 
incaguant ces (acres livres , lefquels doibviez 
bail er & adorer , je dis d'adoration de latrie , 
ou d'hyperdulie pour le moins. ^ Le Parno- 
mitan n'en mentit jamais. 

Jean Choiiart , difl Ponocrates , à Montpe- 
lier avoir achapté des Moynes de Sainél Olary 
unes belles Decretales efcriptes en beau & 
grand "*■ parchemin de Lamballe , pour en faire 
des Vélins pour batre Por. Le malheur y feue 
fi eftrange , queoncques pièce n'y feut frappée, 
qui vint à profi6l. Toutes feurent dilacerées 
6c eftrippées. Punition , dift Homenaz , & 
vangeance divine. Au Mans , dift Eudemon , 
François Cornu apothecaire avoit encornets 
emploiélé unes Extravagantes frippées , je 
defavouë le diable , fi tout ce qui dedans feut 
empacqueté , ne feut fus l'inftant empoifonné , 
pourry Ôc guafté : encens , poivre , giroufle , 
cinnamome , faphran , cire , efpices , cafïè , 
reubarbe , tamarins : généralement tout , 



petit pré , qui (ervoit de prome- 
noir aux Moines de l'Abbaïe de 
Sévillé. 

3 Le Pan or mi tan"] Nicolas de 
Tudefchis , Sicilien, Archevê- 
que de Palerme l'an 1425. Son 
Commentaire fur les Clémenti- 
nes futioiprimé f» 8«. à Paris 



^dro- 

en ÏS16. Voiez la Bibliothè- 
que deDraudius , tome i.pag. 
668. 

4 Parchemin de Lamballe J 
Ville de la Bretagne , où il fc 
fait & débite quantité de parche- 
min. Voiez Du Chêne,Ant.dei 
YUles^&c.l. I, ch. j>, 

5 



^7^ Pan tAg^ùeL^ 

* drogues , gogues 6c fenogues. Vangeaiicé > 
diflHomenaz , ôc divine punition. Abufer ez 
chofes prophanes de ces tant facres eferipturesi 
A Paris , dilt Carpalim , Groingnet coulturier 
avoir emploiélé unes vieilles Clémentines en 
patrons & mefure. O cas eftrange ! Touts ha- 
billemens taillez fus tels patrons & pourtraiéls 
fus telles mefures , feurent guaftez & perdus : 
robbes , cappes , manteaulx, layons , ]uppes , 
cazacquins , collets , pourpoinéls , cottes ^ 
gonnelles , verdugualles. Groingnet cuidant 
tailler une cappe , tailloit la forme d'une bra-* 
guette. En lieu d'ung fayon tailloit ung chap- 
peau a prunes fuccées. Sus la forme d'ung ca- 
zacquin tailloit une aumuilè. Sus le patrori 
d'ung pourpoindt tailloit laguifed'vinepaelle^ 

Ses 



s tyrogiies 5 gogues ^ feno- 
gues ] Drogues > de Turca , en 
ibufentendant merces, font félon 
jnoi les Epiceries j en tant qu'- 
autrefois on les apportoit des 
Indes en Europe par la Tuy- 
guie, Voiez Bergeron , n. i6. 
ide fon Traite des Tartares. Se- 
nogues 5 ou plutôt fenegogues y 
comme ont les 3- éditions de 
Lyon 3 & celle de 1608. aufïi 
de Lyon, eft un terme de mé- 
decine 5 corrompu de |êvC^ 
Scà'of'y^t ^«vaya^yûf qui vui- 
de les humeurs étrangères. Ré- 
gulièrement il auroit fallu Xe- 
nagogues. Ainlî > cholagogues , 
remèdes qui cb^em la bile 7 



fhlegmagùgués ■, la pituite. Go- 
guei par corruption pour ago- 
gues 3 ccy»}^ ^oiçftctuçf, , qui 
entraînent j qai charient , qui 
évacuent les fuperfluitez. Go- 
gum^ dit Matthaeus Sylvaticus, 
i. e. eduHiTum, relpurgativum» 
Dans la gente Poitevin'rie i 
Senogue eft un mot Poitevin quef 
je prens pour le nom de certain 
fruit peu eftimé. 

Tii dey ré friqueu ayef hom 

te:, 
Défaire in Menelogue 
D'in moechant Frece^ de Se* 



LtvR E IV. Chap. lu. i^t 

Ses variées l'avoir coufuë , la defchiquetoienc 
par le fond. Et fembloic d'unepaelleà fricaf- 
fer chaltaignes. Pour ung collet faifoit ung 
brodequin. Sus le patron d'une verdugualle 
tailloir une barbute. Penfant faire ung man-» 
teau faifoit ung tabourin de Souifle. Tellemenc 
que le paovre homme par juftice feut condam- 
né à payer les eftoffes de touts fes chalans ; Ôc 
de prefent en eft au faphran. Punition , difl Ho- 
menaz ^ & vangeance divine. A Cahufac , dift 
Gymnafte, feut pour tirer à la butte partie 
faille entre les Seigneurs d'Eftiflac , & Vi- 
contede Laufun. Perotou avoit def^cé ^ unes 
demies Decretales du bon canonge la carte; & 
des fueillets avoit taillé le blanc pour la butte. 
Je me donne , je me vends, je me donne à tra- 
vers touts les diables , fi jamais arbaleftier du 
pays ( kfquels font 7 fuppellatifs en toute 

Guy en- 



6 Unes demies Decretales du 
hon canonge la carte ^ Je crois 
qu'il faut lire ainfi , conformé- 
ment à rédition de 1626. Ca- 
nonge , comme on lit dans les 
éditions IS55. IS96. & 1626. 
rient de coenonius , d'ôii ceux du 
Languedoc ont hÀtCanonge qui 
cft •} comme ils appellent auffi 
un chanoine. Le papier que ces 
éditions nomment Cancn^e , 
ce que les autres appellent ca- 
nonnage , c'eft ce beau grand 
papier , Que Vives appelle char- 
ta grandis 3 ^f.gujlana , jive 
Imperutlu jç»** , dit-il, dercbits 



facris hieratica nominatur , ^«4- 
lis vid'jtnr m libns facrarum 
.idtum. Voiez fon Dialogue in- 
titulé Scrtptio. 

7 Suppellatifs en toute Guyen* 
ne ] Fauchetj 1. 2. de fon Trai- 
té de la Milice & des Armes > 
oii il parle de l'ancienne milica 
des Cranequiniers : // e^ yray 
que les Genevois ( ceux de Gt" 
nés) n'ejioient eJiime\moins bont 
tireurs d^arbalejîre , comme a» 
prcs eux les Gafcons en font de* 
venus grands tnatfires , mais les 
uns C7 les autres ejiçicnfgens dff 



"trji Pantagruel^ 

Guyenne ) tira trai6l dedans. ^ Touts feUrent 
couftiers. Rien du blanc facrofainél ^ barbouil- 
lé ne feut , defpucellé ne entommé. Encoçe 
Sanfornin raifnéqui guardoitles guaiges, nous 
juroic Figues dioures ( fon grand ferment) 
qu'il avoir veu apertement , vifiblement , ma- 
nifeltement ^° lepafadouzde Carquelin droiét 
entrant dedans la ' ' groUe on millieu du blanc, 
fus le poincSl de toucher & enfoncer s'eftre 
efcarté loing d'une toife coufHer vers le four- 
nil. Miracle ( s'écria Homenaz ) miracle , mi- 
racle. Clerice , efclaire icy. Je boy à touts. 
Vous me femblez vrais Chriitians. A ces mots 
les filles commençarent à ricafïèr entre elles. 
Frère Jean hannifîbit du bout -du nez comme 
prefl: à roufliner , ou baudouiner pour le moins 
ôc monter deiîus , " comme Herbault fus 

pao- 

même fïgnification. 



S Touts feurent ccuJîiers']Tovs 
donnèrent à côté. Amadis , to- 
me XI. ch. i6. lors un rent con- 
traire les dejiourna un peu de la 
droite routa qutls tenaient y CJ" 
les mena cofiiers j tellemenr qu'ils 
9ie peurent prendre port que bien 
basenl'ljle. Et au ch. 23. Trois 
jours durant yoguerent par bonace, 
mais au quatrième , la furie des 
yents s'ejleva , qui les porta coj- 
(iers de leur route. 

9 Barbouillé ne feut ] Il ne 
fut pas même effîeiiré par les 
bords. 

10 Le pafadou\ j A Touloufe 
on appelle une ûtcht pajjadou j 
àe l'italien pajjadore , mot de 



1 1 Grolle J Peut-être que le 
centre du blanc repréfentoit une 
de cette efpece de corneilles 
que quelques-uns appellent^ro- 
les, 

1 2 Comme Herbault fus pao- 
vr es gens ] Lorfque quelqu'un 
s'eft rué fur un autre, on dit : 
il s'eji jette dejjus , comme Her» 
haut fus pauvres gens ■, & com- 
me Herbaut elt le nom d'un 
chien baflet ou briquet , & que 
ces animaux fe ruent ordinaire- 
ment fur \qs gueux qui font auxu 
portes des Gentilshommes , de 
là félon quelques-uns le Pro- 
verbe & la comparaifon : mais 



Livre IV. Chap. LII. 27 j 

paovres gens. Me femble , dift Pantagruel , 
qu'en tels blancs Ton eull: contre le dangier 
du traicl plus feurement efté , que ne feut ja- 
dis Diogenes. Quoy } Demanda Homenaz. 

Corn- 



d'autres leur donnent l'origine 
que voici. De heer , difent-ils ,' 
qui en Alemznd figniRe armée , 
éc de ba>:?i qui en la même 
"Langae fï^n'iRe jundiùîiont s'eft 
forme le mot herban , dont la 
plus ancienne lignification mar- 
quoit un cri public fait de par 
le Roi à Tes vafl'aux pour le 
fervir à l'armée. Herban a de- 
puis compris l'amende que 
païoient ces mêmes vaflaux 
pour n'avoir pas obéi à la con- 
vocation , & ce mot enfin s'eft 
étendu à toutes les chargesjpre- 
ftations 5&^ corvées que les Sei- 
gneurs avoient droit d'exiger 
de leurs fiijets. Ces diverfes li- 
gnifications Te trouvent expri- 
mées par herebannum 5 heriban- 
num , herbannum j ^rribanum 5 
^irbannum 3 Erbannum •> ^r- 
bannunty Se ^dlbannnm àzns les 
Auteurs Latins du bas fiécle. 
Notre Langue fournit auffi plu- 
lîeurs exemples des change- 
mens que le mot herban y a 
foufFerts. Les devoirs , tant 
d'hommes que de bêtes , au 
Seigneur y font appeliez, dans 
la Coutume d'Anjou Biains , 
dans celle d'Angoûmois Bians , 
dans celle de la Marche Bans 
tArbaas j dans l'ancienne Cou- 
tume de Poitou ^rbaux 5 & 
dans la nouvelle Herbanx. Ra- 
belais a emploie ce mot plutôt 

Tome ir^ 



que les autres , parce qu'il le 
connoifloit mieux , aïant fait un 
long féjour dans la province oii 
il elt en ufage , de forte que 
quand il dit que frère Jean 3, 
la vûë de ces filles qui le met- 
toient en humeur y étoit prêt k 
monter deirus comme h»rbauh 
fus paevres gens , il entend que 
le bon Frère étoit prêt à leur 
tomber fur le corps aullî lour- 
dement qu^ Herbanlt , c'eft-à- 
dire , le fardeau des corvées & 
autres redevances tombe fur les 
pauvres gens. L'opinion de ces 
derniers fur l'origine du Pro- 
verbe & de la Comparaifon 
dont il s'agit me plaît beaucoup, 
& je m'y range d'autant plus 
volontiers qu'elle ne détruit 
point celle des premiers 5 étant 
très-polFible que c'eft du no m de 
ces corvées , infuportables aux 
pauvres gens 3 qu'on aura ap- 
pelle Herbaut tel chien donc 
l'efpeceeft particulièrement en- 
nemie des gueux. Au feuillet 
107. du Roman de la Rofe j 
HerboHt pour Herbaut , & dans 
Perceforeft , vol. 2, chap. 45. 
Herban font emploies dans la 
lignification de cette Déefle 
qu'après Platon Rab. appelle 
plus bas, ch. sj. La bonne Dame 
Penie , ou pauvreté , mère des 
nenfyiujss* 



274 Pantagruel^ 

Comment? E ft oit-il Decretalifte ? C'eft(dift 
Epiftemon * ^ retournant de fes affaires ) bien 
rentré de picques noires. ^ "^ Diogenes , refpon- 
dit Pantagruel, ung jour s'esbatre voulant , vi- 
fita les archiers qui tiroient à la butte. Entre i- 
ceulx ung eftoit tant faultier , imperit & mal 
adroid: , que lorfqu'il eitoit en ranc de 
tirer, tout le peuple fpeélateur s'efcartoit de 
paour d*eftre par luy féru* Diogenes l'avoir ung 
coup veu fi perverfement tirer que fa flefche 
tumba plus d'ung trabut loing de la butte , au 
fécond coup le peuple loing d'ung coufté 6c 
d'aultre s'efcartant , accourut Ôc fe tint en 
pieds jouxte le blanc : affermant cefluy lieu 
eftre le plus feur : & que Tarchier plufloufl 
feriroit tout aultre lieu que le blanc : le blanc 
feul eftre en feureté du traidt. Ung paige , difl 
Gymnafte , du Seigneur d'Eftiiïàc nommé 
Chamouillac , aperceut le charme. Par fon ad- 
vis Perotou changea de blanc , & y employa les 
papiers du procez de Pouillac. Adoncques tira- 
ient très-bien & les ungs ôc les aultres. ALan- 
derouiïè , dift Rhizotome , ez nopces de Jean 
Delif , feut le feftin nuptial , notable & fum- 
tueux , comme lors efloit la couftume du pays. 
Apres fouper feurent jouées plufieurs farces ^ 

come- 



1 3 "Retournant de (et affaires'] 
"On a vu que la farce qu'Epifté- 
tnon avoit mangée lui avoit 
Uchc le ventre. 



14 Dio^enef M»g jour 

r'psb^Hre doutant Cjjf . ] Voiez 
Diogenes Laerce , en la vie de 
Dioj^éneslc Cynique, 

15 



Livre IV. Chap. LII. 175 

tomedies , fornettes plaifanres : feurent dan- 
cées plufieurs morefques aulx fonnettes 6c tim- 
bous : feurent introdaidtes diverfes fortes de 
mafques ôc ^^ mommeries. Mes compaignons 
d'efchole & moy pour la fefte honorer à no- 
ftre povoir ( car au matin nous touts avions eu 
de belles livrées blanc de violet ) fus la fin 
feifmes ung barboire joyeulx avecques force 
coquilles de S. Michel , Se belles cacquerolles 
delimalïons. En faulte de Colocafie , Bardane, 
ferfonate ôc de papier , des feuillets d'ung 
vieil Sixiefme , qui là eftoit abandonné , nous 
feifmes nos fauk vifaiges , les defcoupans ung 
peu à Tendroiél des œilz , du nez & de la 
bouche. Cas merveilleux. Nos petites *^ ca* 
rôles & puériles esbatemens achevez , houftans 
nos ^7 faulx vifaiges appareufmes plus hideux 
& villains que les diableteaulx de la paiïion 
de Doiié : tant avions les faces guaftées aulx 

lieux 

15 7/Iommeries "] Les Ordon- a-^randi la ronde carolle ■, corn" 



hances fur le fait des Mafques, 
impr. à la fuite des Arrêts d'A 
inour , déclarent dès l'art, pre- 
mier que la mommene coniîfte 
proprement à porter un mafquc 
de papier , ou à fe barbouiller, 
&. à porter fur foi un mommon 
qu'on veut bien bazarder aux 
Dez. 

i5 Caroles ] Branles , danfes 
en rond. Le Printems d'Yver ? 
impr. l'an 1572- Journée 3. 
leJ^Hilks ( Damoifelles ) ayunf 



mencerent à dire force branjleï 
liutour du bouquet. C'étoient des 
branles de Poitou, & c'ëtoit ea 
Poitou qu'on danfoit ceux donc 
parle Khizotome. 

17 Faulx Yi failles ] Mafques 
de papier. Entre les hommes 
faits il n'y avoit que les mar- 
chands &■ le menu peuple qui 
fe déguifaflent de la forte. Voiei 
les Ordonnances fur le fait des 
Mafques, impr, à la fuite der 
Arr êw d^Amour. 

Si 1% 



lieux touchez par lefdits feuillets. L'ung y 
avoit la picote , Taultre le tac , Taultre la ve- 
roUe , l'aultre la rougeolle , l'aultre gros fron- 
des. Somme celluy de nous touts eftoit le 
moins blelTé à qui les dents eitoient tumbées. 
Miracle , s'efcria Homenaz , miracle. Il n'eft , 
dift Rhizotome , encore temps de rire. Mes 
deux fœurs ^ Catherine & Renée avoient mis 
dedans ce beau Sixiefme , comme en prefïè (car 
il eftoit couvert de groflès aiiïès , & ^ ^ ferré à 
glaz ) leurs guimples , *^ manchons , & colle- 
rettes favonnées de frais , bien blanches y Ôc 
empefées. Par la vertus Dieu. Attendez , dift 
Homenaz , duquel Dieu entendez-vous? Il 
n'en eft qu*ung , refpondit Rhizotome. Ouy 
bien , dift Homenaz , ez Cieulx : En terre 
n*en avons nous ung aultre ? Arry , avant , dift 
Rhizotome , je n'y penfois par mon ame plus. 
Par la vertus doncques du Dieu Pape , leurs 
guimples , collerettes , baverettes , couvre- 
chiefs & tout aultre linge , y devint plus noir 
qu'ung fac de charbonnier. Miracle , s'efcria 
Homenaz , CUrice ^ efclaire icy : 6c note ces 
belles hiftoires. Comment ( demanda frère 
Jean ) dift-on doncques ; 

•o De- 
ll Tervé à. Gta\ ] Gla\, motl diamant comme ceux dont on 



du Languedoc , où on appelle 
glas ce que nous nommons de la 
glace. Ferré à glas , c'eft-à-dire 
garni de doux à pointe de^ 



arme la femelle des fouliers , 
pour fe défendre de glifler en 
marchant fur la glace. 

1 5 Manchons j Manchettes y 
bouts 



Livre IV. Chap. LU. tj'p 

!*° Depuis qMe Décrets eurent aies ^ 



bouts de manche?» 

20 Depuis que Décrets eurent 
nies ] Les Decrétales , qui font 
d'uae fi grande autorité entre 
les Canoniftes , n'ont pas été 
feulement ajoutées au Corps de 
l'ancien Décret comme des ailes 
à un Corps de Logis. Elles font 
encore les ailes du Décret en 
ce qu'avec leur fecours , les 
Papes , que les anciens Canons 
tenoienc allez bas , ont pris 
l'eflor 5 & fe font attribue le 
pouvoir qu'ils exercent aujour- 
d'hui dans l'Eglife Latine. 
J^rendre des ailes 5 ou comme 
on parle en Languedoc > pren- 
dre aies 5 c'eft s'oublier jufqu'à 
perdre de vûë la baflefle de fa 
véritable condition , comme il 
arriva il y a quelquesannées près 
de Montpellier à certain fat ? 
fuivant le reproche que Uù en 
fait le conte que voici: 

Certain bourgeois 5 trencham 

du Gentilhomme , 
x^'vec un gros de nobles cam- 

pagnars 
"En rang d'oignons JoupoU un 

jour 5 <jT comme 
Il fe donnait l'air de faire les 

parts -y 
Coupait dindons 5 levrauts 5 

perdrix , cana>s ; 
On s'appereut que l'écuier ha- 

bile 
Tout en rangeant les morceaux 

fur les plats 
^voit grand foin de ne s* ou- 
blier pas^ 



D^ ailes fur tout de perdrix imt 
pile 

Surfin afféte on yoioits'éleyerm 

Lors un d'entre eux qui fefent 
tit grever >. 

D'un tour de main racrachan» 
les plus belles > 

P^ous en ave\ , dit-il ^ plus 
qu'il ne faut , 

F as ne vous jîed , yionfîeur j 
d'avoir tAnt d'ailer , 

yous ne prene\ déjà qu'un yol 
trop haut. 
H. Etienne 3 qui dans l£ Qua- 
train des Decrétales au lieu de 
4. vers en rapporte s» ch. 39»- 
de fon Apologie d'Hérodote >- 
pouvoit les avoir pris dans le 
recueil d'Adages &c. publié pac 
PierreGrofnet d' Auxerre envi-» 
ron l'année 1536. Voici com» 
me Gentillet qu'on prétend 
être l'Auteur Latin & Fran-» 
çois de l'Anti - Machiavel , a 
rendu en Latin le premier des 
4. vers François : Ex quo de-» 
cretum fumptis fe fuftultt alis » 
Et dans le François de fon Livre 
ce premier \çîs étoic Depuis 
que Décret eut prins aies. Ce 
Quatrain n'auroit pas foufferc. 
tara: d'altérations fi on avoir fii 
qu'autrefois on difoit aies pour 
ailes.,ôc qu'en Languedoc ou cet 
ancien mot s'eft confervéjrfVwV 
ou prendre aies c'eft fe donner 
de faux airs. Ce ne font pas les 
feuls Voifins de ce païs-là com- 
me Gentillet qui ont fû ce- 
la. S-ete même ne l'ignoroiç, 
S 3 pas» 



§7^ Pantagruel; 

*' Et gens- alarmes fonarent maies J 
Aioines allarent a cheval^ 
En ce monde abonda tont ?nal. 
Je vous entends , dïiï Homenaz. Ce font 
petits ** quolibets des Hereticques nouveaulx. 

Chap. 



pas , ni Duaren , bien que le 
premier fût Bourguignon , ce 
l'autre du fond de la Bretagne. 
,^d Decretaliit yeniamits j di- 
foit Beze dès l'an t5SJ. dans 
fon PafTavant > CJ7 alios hbros 
fequemes , de quibus nemo ej} 
qui nefciat proverbium quod di- 
citur , Pûjiquam Decretum ha- 
buit alas j totum mundum fuijje 
malediBum. In eo Decretalium 
Voluminc , difoit le dernier 3 
peu d'années après , dans la 
jpréface de fon de fairis Eccle- 
clejta miniflevils , muîta intueri 
licet , 7«<e a pnfia illa difciplina-^ 
qua decretorum liber à Gratiano 
edifus continft , multum dégénè- 
rent* xAtqtie hint natum ejtillud 
fpud nofirates tvititm ac yulgb 
jaBatum , l^alè cum rébus hu- 
mants aBum ejje , ex quo decretis 
fU accejjeruttt. 



21 Es gens-d'armes portarent 
maies'] Bexe,1.4. de fonHift» 
Ecclefiaftique , pag. 416. du 
tome I. prétend que ce foit ici 
une allufion au proverbe M«/i 
Mariant 5 mais fon raifonne- 
ment là defius eft fî confus > & 
fon application fi peu jufte , 
qu'on n'y comprend rien. Il y 
a plus d'apparence que ce qui 
rendit ociieux les gendarmes 
porte-malles , c'eft que depuis 
qu'ils s'abaiflèrent jufqu'à en 
porter rien ne leur échappoit 
de ce qu'ils pouvoient y met- 
tre de mille chofes qui les ac-i 
commodoientchexle bon hom« 
me. 

22 Shiolibets des Hereticques 
nouyeaulx J Homenas fe trom- 
pe. Rien n'étoit depuis long- 
tems plus commun que ce Die-? 
ton» 

Chap^ 






Livre IV. Chap. LUI. 175 



Chapitre LIIL 

Comment far la vertus des Décrétâtes ejl Por* 
fubtilUment tiré de France en Romme, 

JE vouldrois , difl Epiftemon , avoir payé 
chopine de trippes à cmbourfer y & qu*euf- 
liohs à Toriginal collationné les terrificques 
Chapitres, Execrabilis» De multa. Siplnres» 
De Annatls per tofum. Nifi effent* Cum ad 
JidonafterÎHm* Q^oâ dlleElio, Jidandatum ; ÔC 
certains aultres , lefquels tirent par chafcun an 
de France en Romme quatre cens mille ducats, 
& d'advantaige.Eft-ce rien ? Cela , difl Home- 
naz , me femble toutefois eftre peu , veu que 
France la tres-chriftiane eft unicque nourrice 
de la Court Rommaine. Mais trouvez moy li- 
vres on monde , foient de Philofophie , de 
Medicine , des Loigs , des Mathematicques , 
des lettres humaines , voire ( par le mien Dieu ) 
de la faindle Efcripture, qui en puifïènt aultanc 
tirer \ PoincS. ' Nargues , nargues. Vous n'en 



Chap. LUI. i ViAvgties^-M- 
gues des autres Livres , ou 'Ka- 
\ardef pour ceux qui préten- 
droient qu'il y eût aucua Livre 
qui valut les Décrétales. L'An- 
ti-Choppin , pag. 46» & 47. 



trou- 

"Et [îc ttifacif non plus non minus 
quant pueri feje ludentes cum fi" 
miis C7 guenonibus 3 qttibus SX. 
una farte cultri offerunt buccel' 
lam pomi yel partent nucis > CiT* 
de attcM dant illix nargues j*<^«y 
S4 



t8o Paktagruelî 

trouverez point de cefte aurifliie énergie : jô 
vous en aflèure. Encore ces diables Hereticques 
ne le voulent aprendre & fçavoir. Bruflez , te^ 
naillez , cizaillez , noyez , pendez , empalez 9 
efpaultrez , démembrez, exenterez , découpez, 
fricaflèz , griflez , tranfonnez 9 crucifiez , * 
bouillez , efcarbouillez , efcarteiez , ^ debe- 
zillez , dehinguandez , carbonnadez ces mef- 
chans Hereticques Decretalifuges , Decretali- 
cides , pires que homicides , pires que parrici- 
des , Decretali6lones du diable. Vous aultres 
gens de bien , fi voulez eftre dicSls & reputez 
vrais Chriftians, je vous fuplie à joinéles mains 
ne croire aultre chofe , aultre chofe ne-penfer y 
ne dire , n'entreprendre , ne faire , fors feulle- 
ment ce que contiennent nos facres Decretales 
& leurs corollaires, ce beau Sixiefme, ces belles 
Clémentines, ces belles Extravagantes. O li- 
vres deïficques ! Ainfi ferez en gloire , honneur, 
exaltation , richeflès , dignitez , prelations en 
ce monde : de touts rêverez , d'ung chafcun re- 
doubtez , à touts préférez , fus touts efleus ôc 

choifis* 



ftaJUnt. tlaygfies 5: 'Largues ^àont 
plus haut ch. XVII, Rabelais 
avoitfait deux Ifles, font fyno- 
nymes dans la lignification de 
"Ka^^ardes. Voiez Tancien Scho- 
liafte , Lett. N. 

2 Bouille:^ (jjf. ] Supplices de 
ce tems-là. Mat. Cordier , ch. 
49. n. z8. de Ton de corr.ferm. 
emendatiçne ; On l'eft allé exe-" 



cuter .• C'eft-à-dire, Pendre ou 
brûler , ou décoller , ou efcar- 
teler , ou bouillir, ^d capitale 
fnplicium perduBits e[î. 

3 Debe\ille\ ] 'Debe\iller ici 
eft pris abfolument pour de 
qu'au ch. XXVII. du 1. i. l'Au- 
teur appelle debey^lier les faw 
cillest 



Livre IV. Chap. LUI. a8i 

clioifis. Car il n'eft foubslachappe du ciel eftat 
duquel trouviez gens plus idoines à tout faire 
& manier, que ceulx qui par divine prefcience 
& eterne predeftination adonnez ne font à Tef- 
tude des fainéles Decretales. Voulez vous choi- 
fir ung preux Empereur, ung bon Capitaine, 
ung digne chef & condudleur d'une arme'e en 
temps de guerre , qui bien fçaiche touts incon- 
veniens preveoir , touts dangiers éviter , bien 
mener fes gens à Taflault & au combat en alle- 
grefïè , rien n'azarder , tousjours vaincre fans 
perte de fes fouldars , & bien ufer de la vicStoi- 
re ? Prenez moy un Decretifte. Non , non. Je 
dis ung Decretalifte. '^ O le gros Rat ! dift 
Epiftemon. Voulez vous en temps de paix 
trouver homme apte & fuffifant à bien gou- 
verner Teftat d'une Republicque,d'ung Royaul- 
me , d'ung Empire , d'une Monarchie : entre- 
tenir i'Ecclife 5 laNoblelïè , le Sénat & le Peu- 
ple en richeflès , amitié , concorde , obeïflance, 
vertus ,honnefteté? Prenez moy ung Decre- 
talifte. Voulez-vous trouver homme qui par 
vie exemplaire , beau parler ^ faindles admoni- 
tions en peu de temps , fans effufion de fang hu- 
main. 



4 /e gYos rat ! ] ExprefTîon 
Poitevine , pour railler quel- 
qu'un à qui la Langue a four- 
ché , comme ici à Homenas. 
Au ch. XXVIt. du Liv. V. 0. 
les gros rats à la table , regarde 
j^cs gros & gras prédons & au- 



tres Moines qui mangent le 
monde. Frère Jean veut dire 
que jamais ils ne rcflemblent 
mieux à devrais !^<jrj- bien nour- 
ris , qu'à table, lorfqu'jls vui* 
dent les plats. 



i3t Pantagruel, 

main , conquefte la terre fainéle , & à la fainc^e 
foy convertilïè les mefcreans Turcs , Juifs y 
Tartres , Mofcovites , Mammelus & Sarra- 
bouites ? Prenez-moy ung Decretalifle. Qui 
faiét enplufieurs pays le peuple rebelle ôc ^ de- 
travé , les paiges frians & maulvais , les efco- 
Jiers badaulx 6t afniers ? Leurs gouverneurs , 
leurs efcuyers , leurs précepteurs n'eftoient 
Decretaliftes. 

Mais qui eft-ce ( en confcience) qui ha efta- 
bli > confirmé , autorifé ces belles religions y 
defquelles en touts endroidts voyez la Chri- 
flianté ornée , décorée , illuftrée , comme eft 
le firmament de fes claires eftoiles ? Dives De- 
cretales. Qui ha fondé , pilotizé , talué , qui 
maintient , qui fubftante , qui nourrit les dé- 
vots Religieux par les convens , monafteres ôc 
Abbayes , fans les prières diurnes , no6lurnes, 
continuelles defquels feroit le monde en dangier 
évident de retourner en fon anticque Chaos ? 
Sacres Decretales. Qui fai6t ôc journellement 
augmente en abondance de touts biens tempo- 
rels , corporels & fpirituels le fameux & célè- 
bre patrimoine de S. Pierre ? Sainéles Decre- 
tales. Qui faiél le S. Siège Apoftolique en 
Romme de tout temps & aujourd'huy tant re- 
doubtable en TUnivers , qu'il fault ^ ribon ri- 

baine , 



5 Detrayé ] Déchaîne, com- 
Bae un cheval échappé du tra- 
yail d'un Maréchal, 



6 Ilibon ribaine'}Dehond ou 
de volée , de façon ou d'autre, 
hongre malgré. 

7 



Livre IV. Chap. LIIL ^8} 

baine , que touts Roys , Empereurs , Poten- 
tats ôc Seigneurs pendent de luy , tiennent de 
luy , par luy foyent couronnez , confirmex ^ 
autorifez , viennent là bouquer & fe proller- 
ner à la minficque pantophle , de laquelle avez 
veu le pourtrai6l ? Belles Decretales de Dieu. 

Ie vous veulx declairer ung grand fecret. Les 
Jniverfitez de voitre monde , en leurs armoi- 
ries & devifes ordinairement portent ung livre, 
aulcunes ouvert , aultres fermé. Quel livre pen- 
fez- vous que foit ? Je ne fçay certes , refpondit 
Pantagruel. Je ne leus oncques dedans. Ce font 
difl Homenaz , les Decretales , fans lefquelles 
periroient les privilèges de toutes Univerfitez. 
Vous me doibvez cefte-là. Ha , ha , ha , ha , ha, 
Icy commença Homenaz ro6ler , peter, rire, 
baver & fuër : & bailla fon gros ^ gras bonnet 
^ à quatre braguettes à une des filles , laquelle 
le pofa fus fon beau chef en grande allegreffè, 
après l'avoir amôureufement baifé , comme 
guaige & aiïèurance qu'elle feroit première 
mariée. Vivat ^ s'efcria Epiftemon , ^ vivat , 
fifat , pipat , hibat. O fecret apocalypticque ! 
Clerice , dift Homenaz , clcrice , efclaire icy 

9k 



7 o/f (juatre hraguettes ] An- 
cien bonnet quarré ou ces 
braieitss ou ginlliéres comme 
en parloit auffi pour lors , te- 
noient lieu des qiiatres cornes 
u'on voit aujourd'hui à cette 



qu ot 
^rte 



de bonnets. 



8 J^ivat 3 fifitt , pipat , hibat ] 
Germants yiyere bibere e(l, dit- 
on en France à propos de ce 
cri d'Alemans qu'Epiftémon 
prononce a. l'Alemande. Voiex 
MifTon , Lettre 9. de fon Voïa- 
ge d'italie. 



^^4 Pantagruel, 

^ à doubles lanternes. Au fruiéLpucelles. Je di-* 
fois doncques que ainfi vous adonnans à reftu- 
de unicque des facres Decretales , vous ferez 
riches & honorez en ce monde, ]e dis confe- 
quemment qu*en Taultre vous ferez infaillible- 
ment faulvez onbenoiftRoyaulmcdes cieulx ,^ 
duquel font les clefs baillées à noftre bon Dieu 
Decretaliarche. O mon bon Dieu , lequel j'a- 
dore 5 & ne veids oncques , de grâce fpeciale 
ouvre nous en l'article de la mort , pour le 
moins , ce tres-facré thefaur de noltre mère 
Saindle Ecclife , duquel tu es proteé^eur , *^ 
confervateur ^ prome-conde , adminiftrateur , 
difpenfateur. Et donne ordre que ces précieux 
œuvres de fupererogation , ces beaulx pardons 
au befoing ne nous faillent. A ce que les dia- 
bles ne trouvent que mordre fus nos paovres 
âmes ^ que la gueule horrificque d'enfer ne nous 
engloutiilè. Si pafïèr nous fault par purgatoire, 
patience. En ton povoir & arbitre eft nous en 
délivrer , quand vouldras. Icy commença Ho- 
menaz jeéler grofïès & chauldes larmes , battre 
fapoidlrine , ôc '^ baifer fes poulces en croix. 

Chap- 



9 ^ doubles lanternes 3 Ap- 
porte deux lampées. 

I o Confervateur, prome-conde, 
adminifirateur ] Manque dans 
rédition de 1626. 

I I Baifer fes poulces en croix ] 
Allufion à ce qik font les bi- 
gots dont la dévotion çonfifle 



fi eflfentiellement à baifer la 
Croix 3 que pour en avoir tou« 
jours une à leur difpoiîtion , ils 
la forment de leurs deux pou- 
ces , qu'ils portent croifez con- 
tinuellement à la bouche. En 
Languedoc on dit d'un hom- 
me qui s'interelTe fenfiblemenc 



Livre IV. Ch A p. LIV. i8j 



Chapitre LIV. 

Comment Homenaz. donna à Pantagruel de$ 
■poires de bon Chrijîian, 



EPiftemon , frère Jean & Panurge voyans 
cefte fafcheufe cataftrophe ^ commença- 
rent au couvert de leurs ferviettes crier y 
Myaulc , myault , myault , faignans cepen- 
denc s*elïùer les œilz , comme s'ils euflenc 
plouré. Les filles feurent bien apprifes & à 
touts prefentarent pleins hanacs de ^ vin Cle- 
mentin , avecques abondance de confiélures, 
Ainfi feut de nouveau le banquet resjouï. En 
fin de table Homenaz nous donna grand nom- 
bre de grofïès & belles poires , difant , tenez , 
amis : Poires font fingulieres , lefquelles ail- 
leurs ne trouverez. * Non toute terre porte 

tour. 

Chêne 1. 3. ch. 2. mais ce n'eft 
pas ce qu'a ici en vue Rabelais. 
Il y a bien plus d'apparence 
qu'il s'y agit du vin de certain 
crû 5 dont la Dîme avoit été 
accordée à l'Eglife d'Homenjs 
par quelque Clémentine. 

2 tion toute terre poyte tout 
Ci7V. J tiec r>ero terne ferre omr.ss 
omnia pojjunt 5 dit Virgile 1, 2. 
de fes Georgiques. £î p't'.j 
bas; - 



à une affaire , qu'il balfe fes 
pouces en croix pour qu'elle 
réuffifle. 

CHAP.LIV. I Fm Clément iri] 
Clément V. qui étoit de Bour- 
deaux > & fous le nom duquel 
on a compilé les Clémentines , 
avoit fait planter dans le terri- 
toire de Peflac , village à une 
lieuë de Bourdeaux j une vigne 
qui porte encore aujourd'hui le 
nom de ce Pape. Voiez les An- 
liquitex des ViUcs ô:c. de pu^ 



i 



a8<^ Pantagruel^ 

tout. Indiè feule porte le noire ebene. En Sà^ 
bée provient le bon encent. ^ En Tlfle de 
Lemnos la terreSphragitide.En cefle Ifle feulle 
naifïènt ces belles poires. Faiéles en , fi bon 
vous femble , pépinières en vos pays. Com- 
ment , demanda Pantagruel , les nommez 
vous ? Elles me femblent très-bonnes , & de 
bonne eaùe. Si on les cuiioit en Cafïèrons 
par quartiers avecques ung peu de vin & de 
fucre , je penfe que feroit viende tres-falubre 
^ tant es malades comme es fains. Non aul- 
trement , refpondit Homenaz, Nous fommes 
fimples gens , puifqu'il plaift à Dieu. Et ap- 
pelions ^ les figues , figues : les prunes , pru- 
nes : Ôc les poires , poires. Vrayement , dift 
Pantagruel , quand je feray en mon mefnaige 
( ce fera , fi Dieu plaift, bien touft) , ^ j'en 
afïieray & enteray en mon jardin de Touraine 
fus la rive de Loire , & feront didles poires 
de bon Chriflian. Car oncques ne veids Chri- 
ftians meilleurs que font ces bons Papima^- 



..... Jôla India nigrum 
fe/t ebenum j Jolis ej} thnrea 
yirga Sabais* 

3 2n Pille de Lemnos ^c, ] 
yoiezPlinCjI. 37. ch. 8. 

4 Tant es malades comme ts 
fains J Pline 3 1 28. ch. 7. 
avoit dir que toutes fortes de 
poires étoient pefantes & in- 
digeftes , même aux perfonnes 
\&s plus faines, Plus bas ^ dan$ 



nesé 

le même ch. il excepte les 
poires cuites , principalement d 
ce font des bons chrétiens. 

5 Les figues , figues J Voie* \çi 
Adages d'Erafme. Chil. 2. 
Centur. 3. 

6 J'en affieray] Affier ,dW-. 
ficare. On difoit aiifïî affiche/^ 
dans la même /îgnification. 
Voiez Charles Etienne 3 dans 
fon Pradium ru-fltcum 3 pag» 
144. de l'édition de 1554. 



Livre IV. C h a p. LIV. 28^ 

nés. Je trouverois , dift frère Jean, aufïï bon 
qu'il nous donnait deux ou trois chartées de 
CCS filles. Pourquoy faire ? demandoit Ho- 
menaz. Pour les faigner y refpondit frère Jean, 
droi6t entre les deux gros orteils avec cer- 
tains 7 piftolandiers de bonne touche. En ce 
faifant fus elles nous enterions des enfans de 
bon Chriftian , 6c la race en nos pays mul- 
tiplieroit : efquels ne font mie trop bons. 
Vray-bis , refpondit Homenaz, non ferons , 
car vous leur feriez ^ la folie aulx guarfons : 
je vous congnois à voftre nez , & li ne vous 
avois oncques veu. Halas , halas , que vous 
eftes ^ bon fils ! Vouldriez-vous bien damner 
voftre ame ? Nos Decretales le défendent. Je 

voul- 



7 Vifiûlandiers de bonne tou- 
che 3 Longs Piftolecs qui tra- 
pent au but. Piftolandier , :/ 
membroyirile , dit Ànt. Oudin. 
Il a raifon 5 mais il auroit bien 
fait d'ajouter metaforicamente. 
Le mot de Piflûlandier dans le 
fens propre , eftune produdcion 
de piftole, comme on appelloit 
ces arquebufes à rouet , auf- 
quelles ont fuccedé les pifto- 
lets , comme plus maniables à 
caufe qu'ils font plus courts. 
Au Chap.XX. du Liv. III. Ra- 
belais a emploie ce mot dans 
la signification que lui donne 
Oudin. 

S La folie aulx guarfonx'] L. 
Jûubert , 1. 5- ch. 4. de Ces Er- 
reurs populaires a emploie cec< 



te façon de parler, qui eft en- 
core aujourd'hui en ufage dans 
le Languedoc. D'une fille qui 
a vécu chartement on dit en 
Lorraine qu'elle n'a jamais faic 
folie de fon corps. C'eft en ce 
l'ens qu'Homenas dit que frère 
Jean feroit faire à ces jeunes 
garfes la folie que leur âge les 
met en état de faire déformais 
avec les garçons de même âge 
qu'elles. 

9 Bon fils ] Bon garçon 5 bon 
compagnon. Bon fils le difoic 
aiurelois aulîi dans la fîgnifi- 
cation d'un jeune homme bien 
moriginé. Voiex Mat. Cor- 
dier , au chap. fumma laudandi 
de fon de çorr» Jerm, emenda- 
thone. 



a88 Pantagruel, 

vouldrois que les fceuffiez bien. Patience , difE 
frère Jean. Mais , Situ non vis dare ^ ^° frafia , 
qudifHmus. C'eft matière de bréviaire. Je n'en 
crains homme portant barbe ^ feaft-il '^ Do- 
(Sieur de Cryftallin ( je dis Decretalin ) à tri- 
ple bourlet. Le dipner parachevé , nous prinf- 
mes congié d'Homenaz , ôc de tout le bon 
populaire , humblement les remercians , & 
pour rétribution de tant de biens , leur pro- 
mettans que venus à Romme ferions avec le Pè- 
re fainél tant qu'en diligence il les iroit veoir 
en perfonne. Puis retournafmes en noftre nauf, 
Pantagruel par libéralité & ^* recongnoiiïàn- 
ce du facré pourtraidl Papal ^ donna à Home- 
naz neuf pièces de drap d'or frizé , pour eftre 
appoufées audavant de la feneftre ferrée : ^* 

feic 



to Vr^efia iju^fûmttr ] Ces 
paroles font du ftyle à'Oremtts 
dans les Heures & dans le Bré- 
viaire. 

1 1 DoBenr de Crjflallm ... à 
triple bourlet ] L'un des plus 
illuftres Dodeurs au Décret. 
Il pourroit bien y avoir ici une 
allufîon de triple bourlet aux 
bords à^çs miroirs , qu'autre- 
fois comme il n'y a pas encore 
long-tems on faifoit fans dou- 
te déjà à trois étages , dont 
le plus voifin de la glace a- 
voit le bord le plus gros ôc le 
plus relevé. 

1 2 ^econgnoijfance CjT'f . ] Par 

forme d'hommage au Pape 



dont on leur avoit montré le 
portrait. 

1 3 Feit emplir le tronc de la 
réparation CJ fabricque tout de 
doubles efcKs aûfabot : CJ j Polir 
enchérir fur les Papimancs, qui 
n'avoient fait voir à Panta- 
gruel que le portrait de /'«»c 
des pantoufles du Pape , ce 
Prince leur fait préfent d'un 
gros tas de doubles écus bien 
réels ; & à propos de cette pan* 
t&ufle 5 les écus qu'il leur donne 
font des écus au Sabot , c'eft- 
à- dire félon moi , d'anciens 
écus d'or oii les fleurs de lis 
étoient fémées dans un écuflon 
prefque triangulaire , & de la 
figurq 



Livre IV. Chap. LV. 7.2^ 

fcît emplir le tronc de la réparation 8c fa- 
bricque tout de doubles efcus au fabot : Ôc 
feit délivrer à chafcune des filles , lefquelles 
avoient fervy à table durant le dipner^ neuf 
cens quatorze '"^ fàluz d'or pour les marier 
en tems oportun. 



Chapitre LV. 

Comment en haulte mer Tant agrnel ouit diverfes 
parolles defgelées, 

EN pleine mer nous bancquetans, gringno- 
tans , divifans ôc faifans beaulx 6c cours 
difcours , Pantagruel fe leva 6c tint en pieds 
pour difcouvrir à Tenviron. Puis nous dift : 
Compaignons , oyez-vous rien ? Me femble 
que je oy quelcques gens parians en l'aer , je n'y 
voy toutesfois perfonne. Efcoutez. A fon 
commandement nous feufmes attentifs , 6c à 
pleines aureilles humions Taer comme belles 
huitres en efcalle , pour entendre fi voix ou 

fon 



figure à peu près Ac cette forte 
de toupie qu'on nomme fabot ^ 
Ceci au refte , manque dans 
l'c'dition de 1626. Je ne fais 



de ces filles, Pantagruel leur 
fait délivrer àcs S'aluts d'or ; 
monnoie qui fut appellée de la 
forte parce qu'à l'un de Ces 
cotez il y avoit une vierge Ma- 
rie recevant la Salutation de 



pourquoi. 

14 Salux d'or pour les marier^ 
Pour arrhes du futur mariage 

Tome ir. " ' T ^«ap^ 



l'Ange. 



apô Pantagruel, 

fon aulcun y feroit efpars : & pour rieii ii*eîi 
perdre , à Texemple d'Antonin l'Empereur , 
aulcuns oppofions nos mains en paulme der- 
rière les aureilles. Ce néanmoins proteftions 
voix quelconques n'entendre. Pantagruel con- 
tinuoit affermant ouyr voix diverfes en Taer , 
tant d'hommes comme de femmes , quand 
nous feut advis y ou que nous les oyons pareil- 
lement ou que les aureilles nous cornoienr* 
Plus perfeverions efcoutans , plus difcernions 
les voix ^ jufques à entendre mots entiers. Ce 
que nous effraya grandement , & non fans 
caufe , perfonne ne voyans , & entendans voix 
& fons tant divers , d'hommes , de femmes , 
d'enfans , de chevaulx : fi-bien que Panurgc 
s'efcria : Ventre bieu , ' efl-ce mocque ? nous 
fommes perdus. Fuyons. Il y ha embufche au- 
tour : Frère Jean ^ cs-tu là , mon ami ? Tien 
toy près de moy, je te fupplie. As-tu ton 
bragmart ? Advife qu'il ne tienne au forreau. 
* Tu ne le defrouilles poinét à demy. Nous 
fommes perdus. Efcoutez : ce font par Dieu 
coups de canon. Fuyons. Je ne dis de pieds 



Chap. LV. I Eft ce mocque'] 
Au Chap. XXXlV.du Liv. II. 
plaijantes mocqueter. C'eft donc 
mocque-, qu'il faut lire ici j con- 
formément aux anciennes Edi- 
tions, non pas mocqueris y com- 
me ont les nouvelles. On a dit 
l'un & l'autre , mais mocque eft 
plus vieux. Ant. Oudm : la 



Moque, hurla. Moquerie, hur- 
la* 

2 Tu ne le defrouilles point à 
demy J Ceci fuppofe que pour 
raflurer Panurge , frère Jean 
de'rouilloit en effet fon braque - 
mart qui fe trouvoit chargé de 
rouille depuis qu'ils étoient e« 
mer. 



Livre IV. Chap. LV. ipt 

& de mains , ' comme difoit Brutus en la ba- 
taille Pharfalicque : je dis à voiles & à rames* 
t'uyons. Je n*ay poindl de couraige fus mer. 
* En cave & ailleurs j'en ay tant ôc plus» 
Fuyons. Saulvons nous. Je ne le dis pour 
paour que je aye. Car je ne crains rien fors 
les dangiers. ^ Je le dis tousjours. 

Aufll difoit le Francarchier de Baignolet* 
Pourtant n*azardons rien , à ce que ne foyons 
nazardez. Fuyons. Tourne vifaige. Vire Ja 
peautre , fils de putain. Pleuft à Dieu que pre- 
fentement je feuflè ^ en Quinquenois à peine 
de jamais ne me marier ! Fuyons , nous ne 
fommes pas pour eulx* Ils font dix contre 
ung, je vous en afTeure. D'advantaige ils font 
fus leurs fumiers , nous ne congnoiflbns le 
pays. Ils nous tueront. Fuyons , ce ne nous 
fera deshonneur. 7 Demofthenes dicSt , que 
rhomme fuyant combattra derechief. Reti- 
rons nous pour le moins. Orche ^ poge , au 
trinquet , aulx boulingues. Nous fommes 
morts. Fuyons de par touts les diables, fuyons. 
Pantagruel entendant ^ l'efclandre que faifoic 

Panur- 



3 Comme difoit B*'«f«/]Voiex 
Plutarque, dins la vie de M. 
Brutus. 

4 En caye CJ ailleurs 5 CiTr .] 
On n'a que faire de l'exciter à 
boire , pourvu que ce foit du 



haut dc'ja , fur la fin du ch. 2j, 

6 En .Qui/iquenois ^l*\us haut 
déjà, au ch. 13. on vante le bon 
vin de ce lieu. 

7 Demofihenes dici CJc. J 
Voiez Aul, Celle, 1. 17. ch. 



vin , mais il n'a pas le courage i 21. 

de boire de l'eau falée. 1 8 VefcUndre ] Le bruit fcan- 

$ Ç 6 U dis toHSjonrs } Plus 1 daleuX. 



ftpx Pantagruel? 

Panurge , dift : Qui efl ce fuyart là bas ? 
Voyons premièrement quels gens font.Parad- 
venture font ils noitres. Encores ne voi-je 
perfonne. Et fi voy cent mille à Tentour. Mais 
entendons. J*ay leu qu'ung Philofophe nom- 
mé ^ Petron eftoit en ceffe opinion que feuf- 
fent plufieurs mondes foit touchans les ungs 
les aultres en figure triangulaire equilaterale, 
en la pâte & centre defqueis difoit eflre le ma- 
noir de Vérité , & là habiter les Parolles , les 
Idées , les Exemplaires & pounraicSls de toutes 
chofes palTées , &; futures : autour d'icelles 
efrre le Siècle. Et en certaines années par longs 
intervalles part d'icelles tumber fus les hum.ains 
comme catarrhes , & comme tumba la rou- 
fée fus la toifon de Gedeon ; par là reiter re- 
fervée pour Tadvenir jufques à la confomma- 
tion du Siècle. Me foubvient aufli que Arifto- 
teles maintient les parolles d'Homère eftre 
voltigeantes , volantes , m,oventes , & par con- 
fequent animées. 

D*advantaige '° Antiphanes difoit la doc- 
trine de Platon es parolles eitre fernblable lef- 
quelles en quelcque contrée on temps du fort 
hyver , lors que font proférées , gèlent & 



9 Vetron ] Voiet Plntarque , 
dans fon Difcours dts Oracles 
qui ont ceiTc. 

10 ^-ntinhanes difo't CJTr. J 
\xiitï Plutârque , dans it Dif- 



alaflènt 

cours oît il exaroine comment 
on pourra s'appercevoir fî on a 
profué dans l'exercice de la 
vertu. 

zx 



Livre IV» Chap. LV. ip j 

glaflènt à la froideur de Taer , & ne font onyes. 
Semblablement cequePlaton enfeignoit es jeu- 
nes enfans , à peine eftre d'iceulx entendu , lors 
qu'eftoicnt vieulx devenus. ^ ^Ores feroit à phi- 
iofopher &: rechercher fi forte fortune icy feroic 
i'endroi6l,onquel telles parolles dégèlent. Nous 
ferions bien esbahis fi c'eftoientles tefte & lyre 
d'Orpheus. Car après que les femmes Threïiïès 
eurent Orpheus mis en pièces , elles jeélareoc 
fa telle &: fa lyre dedans le fleuve Hebrus. 
Icelles par ce fleuve defcendirent en la mer 
Ponticque , jufques en Tlfle de Lesbos tous- 
jours, enfemble fus mer naigeantes. Et delà 
tefl:e continuellement fortoit ung chant lugu- 
bre , comipe lamentant la mort d'Orpheus : la 
lyre à Timpulfion des vents movens les chor- 
des accordoit harmonieufement avecques le 
chant. Regardons fi les voirons cy autour. 

Chap, 



1 1 Ores feroit à philofcpher ] 
Il faut lire ferait , conformé- 
uieat à. l'édition de 15 53. S'ef- 



toit-, comme on lit dans les nou- 
velles jcft une faute de celle de 
1596, 

Chap, 




X 3 



tp4 Pantagruel, 

>'.,- ' ' - r,'> sa 

Chapitre LVI. 

Comment entre les parolles gelées Pantagruel 
trouva des mots de £ueule» 

LE Pilot feit refponfe : Seigneur , de rien 
ne vous effrayez. Icy efl leconfin de la mer 
glaciale , fus laquelle feut au commencement 
de l'hy ver dernier paifé groflè ôc félonne ba- 
taille f entre les Arimafpiens , & les Nephe- 
libates. Lors gelarent en Taer les paroUes & 
cris des hommes & femmes , les chaplis des 
malTes , les hurtits des harnois , des bardes , 
les hanneilïèmens des chevaulx , & tout aultre 
cffroy de combat. A cefte heure la rigueur de 
rhyver palïee ^ advenante la ferenité & tem- 
perie du bon temps , elles fondent & font 
ouyes, Par Dieu ^ dift Panurge je l'en croy. 
Mais en pourrions-nous veoir quelcqu'une. 
Me foubvient avoir leu que Torée de la mon- 
taigne en laquelle Mofes receut la loy des 
Juifs , le peuple voyoit les voix fenfiblement. 
Tenez , tenez , dift Pantagruel , voyez en cy 
qui encores ne font defgelées. Lors nous je(Sta 
fus le tillac pleines mains de paroUes gelées , 
& fembloient dragée perlée de diverfes cou- 
leurs. Nous y veifmes des mots de gueule , 

des 



Livre IV. Chap. LVL 19 j 

4!es mots de finople , des mots d*azur , des 
mots de fable , des mots dorez. Lefquels eftre 
quelcque peu efchaufFez entre nos mains fon- 
doient comme neiges; & les oyons realement : 
mais ne les entendions. Car c'efloit languaige 
Barbare. Excepté ung afïèz grofïet _, lequel 
ayant frère Jean efchaufFé entre fes mains , feit 
ung fon tel que font les chaftaignes jedlées en 
la braze fans eftre entommées lors que s'efcla- 
tent , & nous feit touts de paour treflàillir^ 
C'eitoit , dift frère Jean , ung coup de faulcoti 
en fon temps. Panurge requift Pantagruel luy 
en donner encores. Pantagruel luy refpondit 
que donner parolles eftoit * a6te de amoureux. 
Vendez m*en doncques , difoit Panurge. C'eft 
aéte d'advocats , refpondit Pantagruel , vendre 
parolles. Je vous vendrois pluftouft filence ÔC 
plus chierement , ainfi que quelcquefois la ven- 
dit Demofthenes moyennant fon * argentan- 
gine. Ce nonobftant il en jeéta fus le tillac 
trois ou quatre poignées. Et y veids des parol- 
les bien piquantes , des paroles fanglantes , 
lefquelles le pilot nous difoit quelcquesfois re- 

tour- 



Cu AV. LV l. 1 ^cïe de amou- 
reux ] Verba dat omnis amans t 
dit Ovide. Toutes les éditions 
ent acie des amoureux , mais 
comme par ia même raifon au 
lieu d'acte d'advocats il fau- 
droit lire plus bas aBc des ad- 
yqc4ts , )'ai crû que je devois 



faire parler Rabelais uniformé- 
ment > & à fon ordinaire con- 
grùment , à l'élifion près qui , 
de fon tems , ne fe marquoit 
pas dansl'orthograhe. 

2 ^rgentanfine ] Voiez leS 
Adages d'Erafme Chil. i cçp^. 
7. ch. 19. 

T4 3 



1^6 Pantagruel, 

tourner on lieu ^ duquel eftoient proférées f 
mais c'eftoit la guorge couppée 9 des paroUes 
horrificques , & aultres aflcz mal plaifantes à 
veoir. Lefquelles enfemblement fondues ouyf- 
mes , hin , hin , hin , hin , his , "♦ ticque , tor- 
che , lorgne , brededin , brededac , frr , frrr , 
frrr , bou , bou , boa , bo» , bou , bou y bou 9 
bou , trace , trace , trr , trr , trr , trrr , trrrrrr. 
On , on , on , on 5 on , ououououon : goth y 
magoth , & ne fçay quels aultres mots barba- 
res , & difoit que c'eftoient vocables du hourt 
& hanneilïèment des chevaulx à l'heure qu'on 
choque : puis en ouyfmes d'aultres grofïès Ôc 
rendoient fon en dégelant , les unes comme de 
tabours , & fifres , les aultres comme de clerons 
& trompettes. Croyez que nous y eufmes du 
pafïètemps beaucoup. Je voulois quelcques mots 
de gueule mettre en referve dedans de Thuille 
comme Ton guarde la neige & la glace , & 
entre du feurre bien nedl. Mais Pantagruel ne 
le voulut : difant eftre folie faire referve de ce 
dont jamais l'on n'ha faulte , & que tousjours 
on ha en main , comme font mots de gueule 
entre touts bons & joyeulx Pantagrueliftes. Là 
Panurge fafcha quelcque peu frère Jean , & le 
feit entrer enrefverie, car il le vous print aa 

mot, 



3 Duquel efîoient peferées 3 
D'où elles étoicnt parties, 

4 Ticque , torche , lorgne (!27c.] 
La plupart de ces mots font pris 



de la célèbre chanfon du Mufî- 
cien Jannequin intitulée la Ba- 
taille ou def^tite des Suijjes à la 
Journée de Marignan. 



Livre IV. Chap. LVI. 197 

mot , fus rinftant qu'il ne s'en doubtoit mie , 
& frère Jean menafîa de l'en faire repentir en 
pareille mode que fe repentie G. Joulîèaulme ^ 
vendent à fon mot le drap au noble Patelin , 6c 
advenent qu'il feuit marié le prendre aulx cor- 
nes , comme ung veau : puifqu'il Ta voit prins 
^ au mot comme ung homme. Panurge ^ luy 
feift la babou , en figne de derifion. Puis s'ef- 
cria , difant : Pleuft à Dieuqu'icy , fans plus 
avant procéder , j'euiîe le mot de la dive Bou- 
teille ! 



s T^endent k fort mot CJ7f. ] Le 
Drapier lui avoir fait Tanne 
de drap 24. fols Parifis 5 ou 
30. fols Tournois, & n'avoit 
voulu rien rabattre du prix d'u- 
ne étoffe qu'il pretendoit l-ew- 
dre à fon mot , difoit-il. Patelin 
prit le drap fur ce pié-là , mais 
jamais depuis le vendeur ne 
put rien tirer de fa marchandi- 
fe. 

6 ^utnot, comme ung homme^ 
C'eft que la parole oblige. 



Chap. 

Comme les boeufs par les cornes 
on lie , 

^ujjl les gens far leurs mots 
font folie. 
dit un de nos vieux Prover>« 
bes. 

7 Luy feifl la babou O'c.'] Lui 
fît des crrimaces de Sin^e. Bou- 
chet 5 Seree 2+. Et trouvons ea 
Theocrite 5 quune femme nourrice 
menace fon enfant de la Babo^é 
Ci7 du marmot, 

Chap* 




2p3 



P A N T A G R U E L y 



Chapitre LVII. 

Cor^ment Vantagruel defcendit on manoir de 

mejfere G a fier premier ^ maiflre es arts 

du monde, 

EN icelluy jour Pantagruel defcendit en 
une Ifle admirable entre toutes aultres , 
tant à caufe de raffiete , que du gouverneur d'i- 
celle. Elle de touts coftez pour le commence- 
ment eftoit fcabreufe , pierreufe ^montueule, 
infertile , mal plaifante à Toeil , tres-difficilc 
aulx pieds , & peu moins inaccefïible que * le 
mons du Daulphiné , ainfi di6l , pource qu'il 
elt en forme d'ung potiron , & de toute mé- 
moire perfonne furmonter ne Tha peu , fors ^ 

Doyaç 



ChaP. LVII. I "Maiflre es arts] 
Allufîon au Magtfler artis , m- 
^e/iiique largitor ï^enter du poète 
Perfe. 

2 Le mons du Daulphiné C27<". ] 
Cette montagne eu l'une Açs 
quatre Merveilles , que le Roi 
Louis X I. avoit remarquées 
dans le Daufinc. Elle eft fituée 
à trois lieues de Grenoble , ti- 
rant vers Embrun , proche de 
la grande Chartreufe, & la fi- 
gure qu'elle a d'une Pyramide 
renverfée lui a acquis le nom 
à^inaccejjib/e , que Rabelais a 



pris d'une ancienne Dejcription 
des différens paîlages qui mè- 
nent de France en Italie) im- 
primée in 4*. en caraâeres Go- 
thiques à Paris chez Touflains 
Denys , i s i s.Voiex les Riviè- 
res de France par L. Coulon > 
tome 2. pag. i34» 

3 Doyac O'c.'] Jean. La Con- 
tinuation de Monftrelet y fol». 
2o9. le nomme Doyac , & fol. 
229. De Doyac , mais Seyfl'el 
l'appelle fimplement Oyac > ce 
qui ferable mieux convenir à 
la première condition de ccç 
hom» 



Livre IV. Chap. LVII. ^99 

Doyac condu6leur de rartillerie du Roy Char- 
les huiéViéme , lequel avecques engins mirific- 
ques y monta , & au delTùs trouva ung vieil 
bélier. C'eftoit à diviner qui là tranfporté l'a- 
voit. Aulcuns le dirent eftant jeune Aignelec 

par 



homme qui de chaufTetier qu'il 
étoit en Auvergne à Montter- 
rant lieu de fa naiflance , par- 
vint fous le Roi Louis XI. a un 
tel^dégré de faveur Ôc d'cleva- 
tion qu'il n'étoit plus connu que 
fous le nom (T^dmiral de Loys 
*. Comme.il étoit du nombre 
de ces infolens favoris qui a- 
voient fait tant de maux fous 
le règne de ce Prince , il ne faut 
pas demander fî on attendoit 
avec impatience l'occafion de 
le châtier. Il la fit naître dès la 
première année du règne de 
Charles VIII. Son procès lui 
aïant été fait comme en quel- 
que façon complice d'un meur- 
tre qualifié f , il eut le fouet à 
Paris par main du bourreau , 
une oreille coupée ôc la langue 
percée au Pilori , & fut con- 
duit à Montferrant pour y 
avoir l'autre oreille coupée Se 
le fouet tout de nouveau. Il 
n'eft pas aifé de comprendre 
comment un fcélerat comme 
c€lui-là flétri & mutilé a diver- 
fes fois par arrêt , trouva dans 
|a fuite le moïen de fe rendre 
uéceflaire foit au Roi , foit à la 



Ville même de Paris , & j'i- 
gnore ou Mézerai peut avoir 
pris qu'en i49i« Doyac fut 
emploie à faire pafler les 
Alpes à l'artillerie du Roi 
Charles VIÎI. mais quoique le 
Continuateur de Monltrelec 
aflure qu'en l'année 1500. le 
même Doyac entreprit & vint 
à bout de faire refaire le Ponf 
N. D. qui venoit de tomber j 
il eft bien certain que ce ne fut 
point lui qui fit & exécuta l'en- 
trcprifede monter fur le mont 
macceffible. Celui qui en I492» 
forma & acheva ce hardi def- 
fein étoit un nommé Damp 
Julien , Lorrain de nation > 
Capitaine de Montelimar , le- 
quel à force de machines de foa 
invention , s''y guinda lui hui- 
tième, le z6.de Juin i492"Nous 
apprepons cela dans la vie du 
Chevalier Bayard de Sympho- 
rien Champier , & la chofe 
eft encore mieux particularifée 
dans les RegiftresduParlemcnt 
de Daufiné qu'a fuivy Salvainç 
de Boiflieux dans le poëme La- 
tin qu'il a fait pour célébrer les 
merveilles de cette montagne. 

4- 



* yûie\ les diy. Leçons ds Guyou 5 /. i. cha^» 9. 
^ ^eie:; la Chronique Scandaleafs» ^ 



300 Pantagruel, 

par qùelcqtie Aigle , ^ Duc , ou Châtiant là 
ravy s'eftre entre les buiflons faulvé. Surman- 
tans la difficulté de l'entrée à peine bien gran- 
de &; non fans fuer , trouvafmes ie deiïiis du 
mons tant plaifant , tant fertile , tant falubre , 
6c délicieux, que je penfois eftre le vray Jardin 
& Paradis terreftre : de la fituation duquel 
tant difputent & labourent les bons Théolo- 
giens. Mais Pantagruel nous afFermoit là eftre 
le manoir d'Areté ( c'eft Vertus ) par Hefio- 
de defcript , fans toutesfois préjudice de plus 
faine opinion. Le gouverneur d'icelle, efloit 
mefïère Gafter , premier maiftre es arts de ce 
monde. ^ Si croyez que le feu foit le grand 
inaiftre des arts, comme efcript Ciceron,^ vous 
errez , & vous faicles tort. Car Ciceron ^ ne 
le creut oncques. Si croyez que Mercure foit 
premier inventeur des arts , comme jadis 
croyoient nos anticques Druydes , vous fort- 

voyez 



4 DuccuChaiiant'jOnlhAans 
l'édition de 155 3. dans celles 
de Lyon, 5c dans celle de i6i6, 
OH Duc Chaiiant, au lieu de D«f , 
CM Chal^uant , comme on lit 
dans les nouvelles , après cel- 
le de 1595. ce qui fuppofe que 
le chahuant eil une efpece de 
duc, 

5 Si cYoy.-i^ que le feu (!Xc. ] 
Opinion d'Heraclite & d'Hip- 
pafe dans Plutarque , 1. i. ch. 
3- de Ton Traité des opinions 
des Philorophes. 



6 FoHi eïre\ 0* Vôk/ faiSies 
tort 2 Vous vous détournez du 
droit chemin de la vérité. Le 
Drapier , dans la Farce de Pa-i 
telin : 

Koflye Dame , je me tor- 

droye 
De beaucotip à allcY pnv 

7 "He le creut oncques "} En ef- 
fet , il réfute cette opinion I. 3. 
4e la Nature clés Dieux. 



Livre IV. Chap. LVII. 501 

voyez grandement. La fentence du Satyricque 
cit vraye , qui diél melTcre Gafter cflre de 
tours arts le maiftre. Avecques icelluy paci- 
ficquement refidoit la bonne dame Penie , aul- 
trement didte SoufFreté , mère des neuf Mufes : 
de laquelle jadis ^ en compaignie dePorus Sei- 
gneur d'abondance , nous nafquit Amour le no- 
ble enfant médiateur du Ciel & de la terre , 
comme attefte Platon in Sympofio. A ce che- 
valeureux Roy force nous feut faire révérence , 
jurer obeïlïànce 6c honneur porter. Car il eft 
impérieux , rigoureux, rond , dur , difficile , 
infieélible. A luy on ne peult rien faire croire , 
rien remonitrer , rien perfuader. Il ne oyt 
poindl. Et comme les Egyptiens difoient Har- 
pocras Dieu de filence , en Grec nomme ^ Si- 
galion , eftre aftomé, c'eit-à-dire , fans bouche. 
Ainfi Gafter ^° fans aureiiles feut créé , com- 
me en Candie le fimulachre de Jupiter eltoic 
fans aureiiles. Il ne parle que par lignes. Mais à 
fes fignes tout le monde obeyft plus foubdaiti 
qu'aulx edits des Prêteurs , & mandemens des 
Koys : en fes fommations , delay aulcun ôc 
demoure aulcune il n'admc6l. Vous didlesque 
au rugilïèment du Lion toutes beftes loing à 
Tentour fremiflènt , tant (fçavoir eft ) qu'eltre 

peuk 



8 En compAi^me de PorusCJc."] 
Voiezle Banquet de Platon ^ & 
Plutarqiie dans fon Difcours 

d'ifis ik d'Oliris. 

9 Sigalion J Aufon. Ep, i5. 



V. 27. ^Ht tua Sigalicn /Fgy^" 
tins oJikLz fignet. 

10 S avis anreiUet ] Voiex 
Plutarqucj dans le même V>i(- 
COUTS. ' 



JÔX PantagRueLj 

peult fa voix ouye. Il eft efcript. Il cft vrây» 
Je i*ay veu. Je vous certifie qu'au mandement 
de meflère Gafter tout le ciel tremble , toute la 
terre branfle. Son mandement ed nommé faire 
le fault fans delay , ou mourir. Le Pilot nous ra- 
comptoit comment ung jour à l'exemple des 
membres confpirans contre le Ventre , ainfi 
que defcript Efope , tout le Royaulme des So- 
mates , contre luy confpira & conjura foy 
foubftraire de fon obeïflànce. Mais bien touit 
s'en fentit, s'en repentit, & retourna en fon 
fervice en toute humilité. Aultrement touts 
de maie famine periiïbient. En quelcques com^ 
paignies qu'il foit , difcepter ne fault de fupe- 
riorité & préférence , tousjours va davant : y 
feuflènt Roys , Empereurs ^ voire certes le 
Pape. Et au concile de Bafle , le premier alla , 
quoy qu'on vous die que lediét concile fut fedi- 
cieux , à caufe des contentions ôc ambitions 
des *^ lieux premiers. Pour le fervir tout le 
monde eft empefché , tout le monde labeure* 
AufTi pour recompenfe il faidl ce bien au mon- 
de , qu'il luy invente toutes arts , toutes ma- 
chines , touts meftiers , touts engins , 6c fub- 
tilitez. Mefmes es animans brutaulx il apprent 
arts defniées de nature. Les Corbeaulx , les 
Gays , les Papeguays , les Eftourneaulx , il 

rend 

II Lieux fremters'\VtQTn\çtcs i dehors eft toujours la preraierc 
|>laces. Une grofl'e bedaine , j où on veut aller, 
«omme fe jettant beaucoup en J 

1 1 



Livre IV. Chap. LVII. joj 

rend Poètes : '* Les Pies il fai6l poëcrides ; 
& leur apprenc languaige humain proférer , par- 
ler , chanter. Et tout pour la trippe. Les Ai- 
gles , Gerfaulx , Faulcons , Sacres , Laniers ^ 
Autours , Efparviers , Efmerillons : oyfeaulx 
aguars , peregrins , efîors, rapineux , faulvai-* 
ges , il domeiticque 6c apprivoife , de telle fa* 
çon que les abandonnant en pleine liberté du 
Ciel quand bon luy femble , tant hault qu'il 
vouldra y tant que luy plaifl , les tient fufpens, 
errans , volans , planans , le muguetans , luy 
faifans la court au delTus des niies : puis foub- 
dain les faidl du Ciel en Terre fondre. Et tout 
pour la trippe. Les Elephans , les Lions , les 
Rhinocerotes y les Ours , les Chevaulx , les 
Chiens il faidl dancer , baller , voltiger , com- 
battre, nager, foy cacher, aporter ce qu'il veult, 
prendre ce qu'il veult. Et tout pour la trippe. 
Les poiiïbns tant de mer comme d'eaùe doulce, 
balaines 6c monftres marins , fortir il faiél du 
bas abyfme , les Loups jeéle hors des bois , 
les* Ours hors les rochiers , les Regnards hors 
les tefnieres , les Serpens lence hors la Terre. 
Et tout pour la trippe. Briefeft tant énorme, 
qu'en fa raige il mange tout , beftes & gens , 
comme feut veu ^ ^ entre les Vafcons , lors que 
Q. Metellus les affiegeoit par les guerres Ser- 

to- 

1 2 le.T pies il faiB po'ètridet I 1 3 Evtie les f^afcons CiTf ,^ 
(^c, ] Voiez le prologue des j .... fed qui mordere cadaf 
Satires de Perf*. 1 ter 



J04 Pantagruel, 

torianes : entre les Saguntins affiegezparHan- 
nibal: entre les Juifs afnegez par les Rommains: 
fix cens aultres. Et tout pour la trippe. Quand 
Penie fa régente fe mecSl en voye , la parc 
qu'elle va , touts parlemens font clous , ^"^ touts 
ediéts muts, toutes ordonnances vaines. A la 
loy aulcune n'eft fujeéle , de toutes eft exempte. 
Chafcun la refuit, en touts endroiéls pluftoult 
s'expofans es naufraiges de mer , pluftouft efli- 
fans par feu , par mons , par guoulphies palîer, 
que d*icelle eltre appréhendez. 



Chapitre LVIII. 



Commsnt en la Court du maiflre ingénieux , 

Pantagruel detefta les Engajirimythss , & 

les Gafirolatres, 

EN la Court de ce grand maiftre Ingé- 
nieux , Pantagruel apperceut deux manières 
de gens ^ appariteurs importuns & par trop 

offi- 

1 4 Touts EditJ muts ] Necef- 
firé n'a point de loi , dit le Pro- 
verbe. 

ChaP. LVIII, I appariteurs 
importuns ] Serviteurs incom- 
modes à Gafter leur maître à 
force de le prévenir dans tous 
fes apétits. Voiex C«l. Rhodig. 
1.9. 



Sujiinuit . 

yajcoyies-j ut fama r^, alime»' 

tts talibus ufi 
Produxere animas , 

ait Juvenal 5 Sat. 15. Voiex 
Florus , 1. 3. ch. 22. & Valere 
Maxime, 1. 7.ch. 6. 



Livre IV. Chap. LVIII. jo J 

officieux , lefquels il eut en grande abomina- 
tion. Les ungs eftoient nommez Engaltri- 
mythes , les aultres Gaftrolatres. Les Enga- 
ftrimythes foy difoient eltre defcendas de 
Tanticque race * d*Eurycles , & fur ce aile- 
guoient le tefmoingnaige d'Ariftophanes en 
la comédie intitulée les Tahons , ou mouf- 
ches-guefpes. Dont anciennement eftoient 
di6ls Eurycliens , comme efcript ^ Plato , ôc 
Plurarche on livre de la cefîàtion des Oracles. 
Es faindls Décrets 26. <^. 5. font appeliez 
Ventriloques : & auflî les nomme en langue 
lonicque Hippocrates lih. 5 . Epid. comme par- 
lans du ventre. Sophocles les appelle Sterno- 
mantes. C'eftoient divinateurs , enchanteurs, 
& abufeurs de fimple peuple , femblans non 
de la bouche , mais du ventre parler & ref- 
pondre à ceulx qui les interrogeoient. Telle 
eftoit environ Tan de noftre benoifl Serva- 
teur 1513. ^ Jacobe Rodogine Italiane femme 
de bafîe maifon. Du ventre de laquelle nous 
avons fouvent ouy , auffi ont aultres infinis 
en Ferrare , 6c ailleurs la voix de Tefperic 
immonde , certainement bailè , foible , 6c pe- 
tite 



1* 9. ch. 13. de fes anciennes 
Leçons. 

2 Enrycles ] Nom de l'En- 
gaftrimythe dans la Comé- 
die d'Ariftophane intitulée les 
Taons, 

i Plato 3 Dans celui de Tes 



Dialogues qu*il a intitulé leSo» 
phtjie. 

4 Jacobe B^odogine ] Ou de 
Rouïgue , Ville d'Italie dont 
étoit auffi C alins [{hodigwus,q\ii 
1. s. ch. 10. de Ces anciennes 
leçonj ayoit rapporté cette hif- 



Tom€ ir. V '^''^ 



30(^ pANtAGRUEt^ 

tite : toutesfois bien articulée, diftin(fte, & 
intelligible , lorfque par la curiofité des riches 
ftigneurs &c princes de la GuauUe Cifalpine, 
elle eftoit appellée & mandée. Lefquels pour 
boulier toute doubte de fidlion & fraude oc- 
culte , la faifoient defpouiller toute nue , ôc 
luy faifoient clourre la bouche 6c le nez. Cef- 
tuy maling efperit fe faifoit nommer Cref- 
pelu 9 ou Cincinnatule : & fembloit prendre 
plaifir ainfi eftant appelle. Quand ainfi on 
r appelloit , foubdain auk propous refpondoit. 
Si on rinterrogeoit des cas prefens ou paflez ^ 
il en refpondoit pertinement , jufques à tirer 
les auditeurs en admiration. Si des chofes fu- 
tures , tous] ours mentoit , jamais n'en difoit la 
vérité. Et fou vent fembloit confefîèr fon igno- 
rance , en lieu d'y refpondre , faifant ung groa 
pet , ou marmonoit quelcques mots non intel- 
ligibles & de barbare termination. ^ Les Ga- 
ftrolatres d'ung aultre coufté fe tenoient ferrez 
par trouppes & par bandes , joyeulx ^ mignars p 
^ douillets aulcuns , aulrres trilles , graves ^ 
feveres , rechignez , touts ocieux , rien ne 
faifans , poinét ne travaillans , pois & charge 
inutile de la Terre , comme di(Sl Hefiode : 



ftoire , mais fans en marquer 
l'année. 

5 Les Gafirolatrer dTc. ] Ces 
gens que plus bas Rabelais ap- 
pelle CoqmUons ou gen.f à cu~ 
fmUc } Tonc proprement les 



crai- 

Moines j à qui on fait qu'il ea 
vouloit. 

6 Douillets aulcuns J Suivane 
leur tempérament , & a propor- 
tion de leurs rentes. 



t 



Livre IV, Chap. LVIII. jo? 

traîgnans ( félon qu'on povoit juger ) le ventre 
ofFenfer , 6c emmaigrir. Au relte mafquez , 
defguilez, & vertus tant étrangement que 
c'eltoit belle chofe. Vous diéles , & elt efcripC 
parplufieurs ^ faigesôc anticques Philofophes^ 
que rinduitrie de nature appert merveilleufe en 
resbatcment qu'elle fembie avoir prins formant 
les Coquilles de mer; tant y void-on de variété, 
tant de figures , tant de couleurs, tant de traidls 
& formes non imitables par art. Je vous allèure 
qu'en la velture de ces Gaitrolatres Coquil- 
Ions ne veifmes moins de diverlité de def- 
guifement.. Ils touts tenoient Gafter pour leur 
giand Dieu : l'adoroient comme Dieu : luy 
facrifioient comme à leur Dieu omnipotent : 
ne recongnoiflbient aultre Dieu que luy : le 
fervoient, aymoient fus toutes chofes , hono- 
roient comme leur Dieu. Vous euflîez diét 
que proprement d'euix avoit le fainét Envoyé 
efcript , Philtppenf. 3. ^ Plufieurs font def- 
âs quels fou^xnt je vous ay parlé ( encores pre* 
M fenrement je vous dis les larmes à l'œil) en- 
» nemis de la croix du Chriit : defquels MorC 
» fera la confommation , defquels Ventre eft 
» le Dieu. « Pantagruel les comparoit au Cyclo- 
pe Polyphemus , lequel ^ Euripides faiél par- 
ler 



7 Saiges (7 anticquef Philo- 
jàphes C7c. ] Voiei Pline 1.9. 

Ch. 3 3 • 

8 EHïipdefJ Dans fa tragédie 



du Cyclope.Voiei aufli Plutar- 
que , dans Ton Difcours dei 
Oracles c^ui ont cefTé* 

y a Chap* 



P A NTAGRUE L, 
1er comme s'enfuit ; Je ne facrifîe qu'à mo^ 
( aulx Dieux poinél , J Ôc à ceftuy mon ventre f 
le plus grand de touts les Dieux. 



Chapitre LIX. 

De la ridicule flatue appellée JUanduce : & 
comment , & quelles chofes facrifient les 
Gafirolatres a leur Dieu Ventrifotent, 

NOus confiderans le minois & les geftes 
de ces poiitrons ' magnigoules Gaftro- 
lacres , comme touts eftonnez , ouyfmes ung 
fon de campane notable , auquel tours fe ren- 
gearent , comme en bataille ^ chafcun par ion 
office , degré , & anticquité. Ainfi vindrent 
devers melïère Gafter, fuivans ung gras, jeu- 
ne, puiflant Ventru, lequel fus ung long bafton 
bien doré , portoit une ftatue de Ijois mal tail- 
lée & lourdement paindle telle * que la defcrip- 
vent Plaute , Juvenal , & Pomp. Feftus. A 
Lyon au carneval onTappcUe ^ Mafche- croûte: 

ils 



CHAP. LIX. I yiagmgouhs 
Caftrolatres J L'Abbé Guyet a 
cru qu'on devoit lire manigol- 
des , de ritalien mamgoldojgr os 
coquin , mais dans toutes les 
éditions que j'ai vues il y a >m4- 
gnigoalej^ c'eft-à-dire grandes 
^ueuleu 



1 I^e la dejcripvent (^c. J 
PlautCj en fa Comédie du Cable^ 
Ju vénal , Sat. 3. & Pompon. 
Feftus , 1. XL 

3 Mafche-croute ] On ne la 

porte plus à Lyon, quoi qu'on 

y en parle encore , & qu'on y 

menace les enfans de les faire 

inangeç 



Livre IV. Chap. LIX. J09 

ils la nomrtioient Manduce. C'eftoit une effi- 
gie monftreufe , ridicule, hideufe ,& terrible 
aulx petits enfans , ayant les œilz plus grands 
que le ventre , & la tefte plus groflè que tout 
le reite du corps , avecques amples , larges , 8c 
horrificquts mafchoueres bien endentelées tant 
au deiTus comme au deflbubs : lefquelles avec- 
ques l'engin d'une petite chorde cachée dedans 
le balton doré Ton faifoit Tune contre Taultre 
terrificquement clicqueter , comme à Mets Ton 
faiél du '^ Dragon de Saindl Clément. Appro- 
chans les Gaftrolatres , je veids qu'ils eftoient 
fuivis d'ung grand nombre de gros varlets 
chargez de corbeilles , de paniers , de balles ^ 
de pots , poches & marmites. Adoncques foubs 
la condaiéle de Manduce , chantans ne fçay 
quels Dithyrambes , Crepalocomes , Epenons ^ 

offri- 



manger à la Mafche-croHte, Si 
au refte il eft vrai , comme on 
l'a/Ture , qu'en plufîeurs lieux 
de la Flandre on appelle Kermès 
une pareille ftatuë qu'on y por- 
te aux jours gras , il faut que ce 
foit par rapport au terrible 
cliquetis que font les mâchoi- 
res de cette ftatuë quand on 
les fait mouvoir , puifqu'en 
Holande on nomme auffi Kjsy- 
mes le bruit qui règne dans les 
Foires ou on ne s'entend point 
parler. 

4 Dragon de Saincl Clément ] 
Le peuple le nomme Graulli 3 
ibicde VM^mângreHlich , hor- 



rible , épouvantable , ou plutôt 
par corruption de Gargouille, 
On le porte en proceflion le 
jour de la S. Marc , & pendant 
les Rogations , mais comme ce 
n'eft plus la même figure qu'a- 
voit vûë Rabelais 5 les mâchoi- 
res du Graulli moderne n'ont 
aucun mouvement. Seulement, 
au bout de fa Langue > qui eft 
de fer , eft fiché un petit pain 
blanc , qui avec autant d'autres 
pareils que fournit chaque bou- 
langer devant l'étau de quipaf- 
fe la proceflion , fait le falairc 
du pauvre homme qui porte U 
GranlU. 



jîô Pantagruel^ 

offrirent à leur Dieu ouvrans leurs corbeille! 
& marmites , Hippocras blanc avecques ^ li 
tendre roultie feiche. 



Pain blanc. 
Choine. 
Carbonnades de fix 

fortes. 
Cofcotons. 
FrelTures. 
FricaiTées , neuf efpe- 

ces. 



Pain mollet. 

Pain bourgeois. 

Cabirotades. 

Longes de veau roufty 
froides y finapifées 
de pouldre zinzi- 
berine. 

Partez d'afliette. 



Gralïès foupes depri- Souppes de lévrier, 

me. Chous cabus à là 

Souppes Lionnoifes. mouelle de bœuf, 

Hofchepots. Salmiguondins. 

Breuvaige éternel parmy , précèdent le boa 
& friant vin blanc , fuivant vin clairet & verr 
meil frais , je vous dis froid comme la glace : 
fervy & offert en grandes talïès d'argent. Puis 
offroient : 
Andouilles caparaf- Langues de .bœuf fu^ 

fonnées de mouf- mées. 

tarde fine. ^ Saumates. 

SauU 



s La tendre rou(iie'\Vo\.\r l'a- 
près fouper. Bouchet, fur la fin 
de fa première Sérce : rhypocras 
(D" les rôties allongèrent «» P^f* 
cette Sérée. 

6 Saumates ] Pins bas , 1. 5 . 
ch. 2i, Saumates déificques. Et 
au ch. 43. du même Livre : 
^4Hmates belles O" benne/. Ce 



. mot t qui auroit dû plutôt être 
écrit fummatc qu efaumate vient 
du Latin fttmen. Sumen -yfumina» 
tus , ail féminin fuminata , fum" 
mata > ce qui s'eft dit en géné- 
ral de la graille du bas ventre » 

fnmen dans lesGl ofes étant inter- 
prété ottô x i» /a « f &yV «3/ eiVp/ o ». 
L'Italien fimmata iîgnifie cer- 
tain 



Livre 

Saulcillès. 
? Haflereaulx. 



IV. Chap. LIX. jn 

Efchinées aulx pois» 
Jambons. 

Frican- 



taîn manger fait de graifTe de 
porc, qu'en France on appelle 
des Crétons "j" 5 & qui ne font 
que de petits morceaux de la 
graifîc du bas ventre , rôtis 
jufqu'à ce qu'il ne leur refte 
plus que la peau , après quoi 
on les mange avec un peu de 
fel dont on les faupoudre. Mais 
les Grecs avoient bien d'au- 
tres fummates. Ils entendoient 
par ce mot une vraie friandifes 
d'autant plus blâmable , qu'elle 
ètoit très-cruelle. Mangeons de 
Ix chair , lit-on dans le Plutar- 
que d'Amiot , au Traité 20, 
du manger (\i2i\v ■) fourven que 
ce fuit poHir fatisfaire à la ne- 
cejjlté , non four fournir aux 
délices ni à la luxure ; tuons un 
animal 5 mais pour le moins que 
ce foU ayec commijeration HT 
éCpec regret , non ptint par jeu 
tu plaifir 5 ni arec cruauté , 
comme on fa:t en plu/ïeurs fortes 
maintenant > les uns à coups 
de broches toutes rouges de feu 
tuants les pourceaux ; afin que le 
fang ejieint O" efpandu par le 
fer ardent qui pajjè à travers , 
rende la chair pluj tendre G" plus 
délicate • les autres fautans à 
deux pieds fur le ventre des pau- 
yres truyes pleines , CT prejies à 
cochonner , & leur foulans O" 
hattans le ventre O" les tetins afin 
que le fang y le laiêi O" le caillé 



du fruiB conceuj le tout confus (y 
m fié enfemhle un peu auparavant 
le temps de fa maturité , ils en 
facenii a Jupiter purgatif \ ) un 
friand manger , unefommade dt 
la partie d: l'animal qui e[i lét 
plus gajîce ay laplus corrompue. 
7 Hafiereaulx j Ménage croit 
que ce font des parties d'ani- 
maux d'auprès le cou 5 comme 
des coUetsde mouton. Il prétend 
même que ce mot vient de l'A- 
leman halt\ qui iîgnifie le coh-% 
& il fe fonde fur ce que dans 
nos vieux Livres lehafierelc'eik 
toujours le cou 5 foit d'un hom* 
me ou de quelque animal que ce^ 
foit : mais j'oferois prefque af* 
furer qu'il fe trompe. A Metz > 
ou on montre encore en ^«-yj«> 
la maifon qu'occupa dans cetttf 
rue Rabelais pendant un aflèic 
long réjour 5 on appelle menue 
hafte ( haftille ) cette partie des- 
inteftins du porc , laquelle com- 
prend entr'autres chofes les 
rognons , le foie & le poumon; 
8c les haftereaux fe font avec le 
foie qu'on découpe en autant de 
tranches qu'en peut couvrir la 
toile du mézentére dans laquel- 
le on les envelope. Avant que 
de les couvrir de la forte on y 
met des brins de perlîl , & on 
poivre le tout. Puis , ces tran- 
ches qu'on nomme hafiereaux 
font mifes fur le gril à un bon 
brafier . 



± Yoiex Ottdin » Di^ion, Ital, <7 Fr, an mtt 9 Sommata. 

y* 



5IÎ P A N T A 

Fricandeaulx. 
Boudins. 
Cervelars. 
Saulcifïbns. 

Le tout aflocié de 
Puis luy enfournoient 
Efclanches à Taillade. 
* Tadournes. 
Partez à la faulce 

chaulde. 
Couftelettes de porc 

à Toignonnade. 
Chapponsrouftis avec- 

ques leur degout. 
Hutaudeaulx. 
Becars. 
Cabirots. 
Bifchards ^ Dains. 

brafier > jufqu'à ce qu'elles 
foient bien grillées Se médio- 
crement cuites , on les fale en 
fuite ) & mangées de broc en 
bouche à déjeuner ou à dîner , 
c'eft un friand mets pour les 
gens du pais. Or 5 comme toute 
la haftiUe eft compofée de par- 
ties qui fe corromproient fi l'on 
ne fe hajioit de les manger , je 
ne fais fi ce ne feroit pomt ce 
qui auroit donné le nom tant 
aux haftereaux qu'au hajierel 
dans la fignification derow.Rien 
n'eft plutôt corrompu que le 
C6H d'un animal égorgé. 



G R U EL ; 

Hures de Sanglîefsl^ 
Venaifon fallée aulx 

navaulx. 
Olives colymbades. 
breuvaige fempiternel» 
en gueule. 
Pluviers, 
Aigrettes. 
Cercelles. 
plongeons. 
Butors , Pâlies. 
Courlis. 

Gelinottes de bois. 
Foulques aulx pour-» 

reaulx. 
^ Rifîès , Chevreaulx; 
Efpaulles de mouton 

aulx câpres. 

Lièvres, 

8 Tadournes ] L'édition de 
1 596. & les nouvelles ont Ca- 
dournes , mais il faut lire Tadour- 
nes conformément à celle de 
1553. Voiez la Note fur ce mot 
du 1. I. ch. 37» 

9 K'p-f i Cheyreaulx ] Je ne 
connois point B^iJJè 5 fi ce n'eft 
peut-être le chevreuil , que les 
Alemans appellent reh. L'Ita- 
lien nomme ri\^o un hériflon j 
& la friandife de certaines gens 
n'a point épargné cet animal. 
VoiezJeandelaBruiéreCham- 
pier, 1. 13, ch. 28. de (ondere 
cibaria» 



Livre IV. 

Lièvres , Levraulx. 

Perdris, Perdreaulx. 

Fai fans , Faifandeaulx. 

Pans , Panncaulx. 

Cigoignes. 

Cigogneaalx. 

Becalïes , Becaffins. 

Hortolans. 

Cocqs , Poulies , ôc 

Poullets d'Indes. 
Ramiers , Ramerots. 
Cochons au moufh 
Canars à (a dodine. 
Merles , Rafles. 
Poulies d'eaiie. 
Otardes , Otardeaulx. 
Becquefîgues. 
Guynettes. 
Flamans. 
Cygnes, 



Chap. LîX. ^ij 

Pièces de bœuf royal- 

les. 
Poi6lrines de veau. 
Poulies bouUies ÔC 

gras ^o Chappons 

au blanc manger. 
Gelinottes. 
Poullets. 

Lappins,Lappereauk.' 
Cailles , Caiileteaulx, 
Pigeons , Pigeon- 

neaulx. 
Hérons, Heronneaulx* 
Pochecuillieres. 
Courtes , Grues. 
Tyranfons. 
Corbigeaux. 
Oyes, Oizons, Bizets* 
Hallebrans. 
Maulvis. 

Renfort 



I o chappons au blanc mander "] 
Didier Chriftol, L. VI. de fa 
Traduéiion de Platine de obfo- 
nïis au feuillet 6i. de l'Edition 
de 1605. a enchéri fur l'origi- 
nal en ce que Platine au Chap. 
qui a pour titre lufcu/um albur») 
n'apprend pas comme lui à pré- 
parer des Chapons à la faiUle 
du bl3nc-manger. C'eft un com- 
pofé d'amandes & de blancs de 
Chapons pilez enfemble avec 



de la mie de paÎH molet, du 
fucre & du gingembre , le tout 
pafle par un tamis & enfuite 
épaiffî fur le feu 5 après qu'on 
y aura mêlé de l'eau-rofe.Tout 
cela enfin répandu lur le plat 
où aura déjà été mis le Chapon, 
lequel on ne doit fervir qu'a- 
près y avoir femé des pépins 
de Grenade &dela nompareil» 
le de diverfes couleurs* 



ÎÏ4 P A N T A 

Renfort de vinaige 
parmi. 

Pallez de venaifon. 

D*Allouettes. 

De Lirons. 

De Stamboucqs. 

De Chevreils. 

De Pigeons. 

De Chamois. 

De Chappons. 

Pailez de lardons. 

Pieds de porc au fou. 

Croultes depatezfri- 
caiTées. 

Corbeaulx de chap- 
pons. 

Fromaiges. 

Hippocras rouge 6c 
vermeil. 



îl Brides^ k y>eaulx']BéatUles 
bagatelles qu'on ne mange pas 
pour fe rafl'afîer. 

iz Tourtes de Jei\e façons j 
Platine en fon de Obfûmix , ch. 
PH/mentxm in torta > qui eft du 
I. 8. Pulmentjitn quod yiilgo tor- 
tam apfellamut : CT" hoc nomen 
k tortis ^ coitci/tf hcïhis , ex 
^uièus fer e fit accepijjè putarim. 
Fecit hoc noftrum feluiffimum 
fhculutn , quod omnia propè ma- 
forum inrentafunt mverfa , adeo 
guU O" vent ri dediti Jumus , ut 
^od tnm clarnm erat > nnnc eb- 



6 R U E L^ 

Francourlis. 

Tourterelles, 

Connils. 

Porcsefpics. 

Girardines. 

Puis grands Guaf^ 

teaulx feuilletez. 
Cardes. 

' ^ Brides à veaulx. 
Beuignets. 
" Tourtes de feizc 

façons. 
GuaufFres , Crefpez. 
Paftez de Coings. 
Caillebotes. 
Neige de Crème. 
Myrobalans con£6ls» 
Gelée. 
Poupelins. 

Pefches 

Jcurum videatur» Ex ayibus enim 
O" quarts altili 5 «0» ex holeri- 
bus artocreata yolunt délicate 
noflrornm g^l^t hletam > cucut- 
bitant 3 rapHtn , napttm 3 byglff' 
;um , eorum vernacula cihartA 
fafiidmnt , mihique CJ Cernelio 
meo relinquunt. Le Traduâeuir 
Didier Chriftol , qui écrivoit 
environ l'an ijoj. ajoute que 
la pièce de four autrefois ap- 
pellée tourte avoit changé de 
nom comme d'ingrédiens , & 
que tarte en étoit le demie» 
non3« 

ÇHAP) 



LîVRE IV. Chap. LX. jiJ 

Pcfches de Corbeil. Macarons. 

Artichaulx, Tarcres , vingt fortes. 

Confiélures feiches & Crème. 

liquides , loixante Dragée, cent couleurs. 

& dixhuiét efpe- Jonchées. 

ces. Meltier au fucre fin. 

Vinaige fuivoit à la queue de paour des 
Efquinanches. Item roullies. 



Chapitre LX. 

Comment es jours maigres entre^ lardez, a leur 
Dieu facrifioient les Gafirolatres» 

VOyant Pantagruel cefte villenaille de fa-* 
crificateurs , & multiplicité de leurs fa- 
crifices , fe fafcha , & feuft defcendu , fi Epifte- 
mon ne Teuft prié veoir rifïiie de cefte farce.Et 
que facrifient , dift-il , ces Maraulx à leur Dieu 
Ventripotent es ' jours maigres entrelardez ? 
Je le vous diray , refpondit le Pilot. D'entrée 
de table , ils luy offrent , 
Caviat. Ànchoies. 

Boutargues. Tonnine, 

Beurre 

Chap. LX. i ^ours maigres \ ce qui entrelardent les jourj 
itttrelarde\'} Jours d'abftmen- | gras, ^ 

2 



3ï6 Pantagruel, 

Beurre frais. * Gaules cmb'olif. 



Saugrenées defebves* 
Saulmons fallez. 
Anguïllettes fallées. 
Huitres en efcaille. 



Purées de pois. 

Efpinars. 

Arans blancs bouffis. 

Arans fors. 

Sardines. 

Sallades cent diverfitez , de crelïbn , de obe- 
lon , de la couille à TEvefque , de refpon- 
fes , d*aureilles de Judas , ( c'eft une forme 
de funges iflàns des vieulx Suzeaulx ) de 
Afperges , de Chevrefeuil : tant d'aul* 
très. 
Là fault boire , ou le diable Temporteroit. 

Us y donnent bon ordre , & n*y ha faulte : 

puis luy offrent l^amproyes à faulfe d'Hip- 

pocras. 



Guourneaulx. 

Truites. 

Barbeaulx. 

Barbillons. 

Meuilles. 

Meuillets. 

Rayes. 

3 CafTerons. 



2 Caulcs emh'olif ] Choux à 
J'huile. Manger de Gafcons & 
de Languedociens , chex qui 
l'huile eu plus commune que le 
Beurre. Si Rabelais avoit voulu 
parler bon Languedocien ^ il 



Gracieux feigneurs. 

Empereurs. 

Anges de mer. 

Lampreons. 

Lancerons.. 

Brocherons. 

Carpions. 

Carpeaulx. 

Efturgeons# 

auroitditrfwés (^To/i/avec d'hui- 
le. C'eft comme parle toujours 
A. du Pinet dans fa tradudion 
de Pline. 

3 Cajjerons ] Au chap. 54» 

rajjeron eft une cafjèrolle» Ici , 

c'c/ï 



Livre IV. 

Efturgeons. 

Balaines. 

Maquereaulîc. 

Pucelles. Plies. 

Huirtres frictes. 

Pétoncles. 

Languouftes. 

Efpclans, Vieilles. 

Ortigues. 

Crefpions. 

Gougeons. 

Barbues. 

Cradots. 

Carpes. 

Brochets. 

Pelamides. 

Rouflèttes. 

Ourlîns. 

Rippes. Tons. 

Goyons. 

Meufniers. 

Efcreviflès. 

Palourdes. 



ÎI7 



c'eft la moindre efpece du Ca- 
lemar forte de féuhe commune 
fur les côtes du Poitou , fur cel- 
les de Saintonge & à la Rochel- 
le. Voiez Rondelet, de pifcibus, 
1. ly.ch. j. àlaBruiéreCham- 
pier,!. 21. ch. li. de fon de re 
ftbarid* 



Ch AP. LX. 

Saulmons. 

SaulmonneaulK. 

Daulphins. 

Lavarecs. 

Guodepies. 

Poulpres. 

Limandes. 

"^ Carrelets. 

Maigres. 

Pageaulx. 

Pocheteaulx. 

Soles. Pôles. 

Moules. 

^ Homars. 

Chevrettes. 

Dards. 

Ablettes. 

Tanches. Umbres* 

Merlus frais. 

Seiches. 

^ Darceaulx» 

Anguilles. 

Anguillettes. 

Liguom- 

4 Carrelets J Sorte de Tur* 
bots. 

5 Homarsl Efpece d'écrc vices 
de mer. 

6 Darceaulx ] Petites lendo" 
les , comme on appelle à Mar- 
feille les plus ^eun Dars de 
Ivoire. 

t 



}i8 Pan TA 

Liguombeaulx. 

Chatouiles, 

Congres. 

Oyes. 

Lubines. 

Alofes. 

7 Murènes. 

Umbrettes. 

® Porcilles. 

Turbots. 



CRUEL, 

Tortues* 

Serpens y id efif^ Atl« 

guilles de bois» 
Dorades. 
Poullardes. 
Perches. Reals. 
Loches. 
Cancres. 
Eicargots. 
Grenoilles. 



Ces viendes dévorées s'il ne beuvoit , îâ 
Mort Tattendoit à deux pas près. L*on ypour- 
voyoit tresbien. Puis luy eltoient facrifiez ^^ 
Merlus fallez , barbouillez , gouildonnez ^4 
&c. 

Stocfics. Moluës. 

30 Oeufs frits, perdus. Papillons 
fufFocquez, eduvez, Adots. 
traînez par les cen- 
dres, jeétez par la 
cheminée. 



Lancerons marinez- 



7 Murènes ] Sorte de Lam- [ 
proies. | 

g ?orcilles ] C'eft ainfî qu'il ! 
feut lire , comme dans les edi- 1 
tiens de I S S 2. I S 5 9 dans celle j 
de Lyon, & dans celle de i6i6. 
non pas ^oreilles comme dans 
les nouvelles & dans celles de 
X5S3- & IS96. La pp>n7/e eft 
Une cfpece de grenaud , qui a 



PoUï^ 

la tête fort greffe. Voiex les 
Diftionaires d'Oudin , au moi 
Poritlle, 8c au mot Italien I><rn. 
taie. 

9 anguilles de bois ] Couleu 
vres. On en mange en quelque, 
endroits de la France. 

lo Oeufs frits , ferâus , ^ 

Villon , dans fon grand Teftâr 

ment : 

Jittm 



Livre IV. C h a p. LX. 5 ip 

Pour lefquels cuire & digérer faciriemenc 
vinaige eftoic multiplié. Sus la fin ofFroicnt ,, 



Ris 

Mil. 

Gruau. 

^' Froment ée. 

Pruneaulx. 

Neige de beurre. 

Piftaces. 

Fifticques. 

Figues. 



Beurres d'amendes, 

Efcherviz. 

Millorque. 

Railins. 

Dadlyles. 

Noix. 

Noizilles. 

Pafquenades. 



Artichaulz. 
Pérennité d'abreuvementparmy. 
Croyez que par eulx ne tenoit que ceftuy 
Gafter leur Dieu ne feuft apertement , precieu^ 
fement & en abondance fervy , en fes facri- 
fices, plus certes que Tldole de Heliogaba- 
lus , voire plus que l'Idole Bel en Babilone , 

foubs 



Bons Vins ont fo»yent embro- 

Saulces 3 broHet\ > Cj7 gras 

■poiffons , 
Tartre { y flans , ceufs frit\ 

ter du s y 0" ert tontes fa- 
çons, > 

C*eftun manger Florentin. Pla- 
tine a fait des œufs frits & des 
oeufs perdus deux ch. du 9. 1. 
de fon de Obfomis. 

1 1 tromentée j Sorte d'émul- 
lîgn qui fe faifoit avec du jro- 
n>(»f bouilli , comme la vraie 
Orgeadc avec de Vorge. Didier 
Çariftol Xraduâeur Fr^nj^oi; 



du Traité de Obfoniis de Plati- 
ne 3 c\\. de la Fromemée , qui 
eft du 8. Livre : Si tu y eulx 
aulcunes fois menger C7 faire de 
tafromentée y premièrement feras 
cuyre en eaUe ton dit froment y 
après le mettras dedans le jufl on 
broet de chair grajje , ou fi aym?S 
miêulx en laiB d'amandes. Et 
en cejie façon efî potaige con^c 
na'jle en temps de jcufne y pource 
quilferefjhifl tardement , c'e^-. 
a-dire eft de tarde digftion ûT 
nourrift beaucoup. Semblablement 
fe peut faire Vordjat ou k potaige 
d^orge , Z7 eft plus louable fèlora 
auliunt que v'eji la fnmentéc. 



320 Pan tagruel, 

foubs le Roy Bakhafar. Cenonobftant Gafleif 
confeiïbit eftre non Dieu , mais paovre , vile y 
chetifve créature. Et comme ^* le Roy Anti- 
gonus premier de ce nom refpondit à ung nom- 
mé Hermodotus ( lequel en fes poëfies l'ap- 
pelloit Dieu , & fils du Soleil ) difant 9 Mon 
Lafanophore le nie. Lafanon eftoit une terrine 
& vailïèau approprié à recepvoir les excremens 
du ventre : ainfi Gaiter renvoyoit ces Mata- 
gots à fa felle perfée veoir, confiderer ^ phi- 
lofopher , & ^ ^ contempler quelle divinité ils 
trouvoient en fa matière fécale. 

j ■ - . , - n' r a - 

Chapitre LXI. 



Comment Gafter inventa les moyens d* avoir &, 
conferver Grain* 

CEs ' diables Gaftrolatres retirez , Pan- 
tagruel feut attentif à reftude.de Gafter 
le noble maiftre des arts. Vous fçavez que par 

inlti- 



Voiex Plutarque, dans {t$ Apo- 
phthegmes , & dans fon Traité 
d'ifis & d'Ofnis. 

13. Contempler O'c. ] Ici j 
comme déjà I. i. ch. 54. les 
Tdatagotf font ceux qui fous 
^ombre qu'ils ont embraûe la 



vie contemplative , en mènent 
une de fainéans & de ventres 
parefieux. 

Chap. LXI. I Diables Gaf- 
trolatres ] Gens qui font le Dia- 
ble à la table > 3c lorfqu'ils 
voient jour à calomnier le pro« 
cbain* 



Livre IV. Chap. LXÏ. ^ix 

ïiiftitution de Nature Pain avecquesfes apen* 
naiges luy ha eflé pour provifion & aliment 
adjugé , adjoindle ceite benediélion du ciel, 
que pour Pain trouver & guarder , rien ne luy 
defâuldroit. Dez le commencement il inventa 
l'art fabrile , ôc agriculture pour cultiver la 
terre , tendansafin qu'elle luy produifift Grain. 
Il inventa Tart militaire & armes pour Grain 
défendre , Medicine ôc Af Irologie avec les Ma- 
thematicques neceiïàires pourGrain en faulveté 
par plulieurs fiecles guarder ôc mettre hors les 
câlamitez de Taer , du guaft des beftes bru- 
tes, du larrecin des briguans. Il inventa les 
moulins à eaùe ^ à vent , à bras , à aultres 
mille engins , pour Grain mouldre & réduire 
en farine. Le levain pour fermenter la pafte , 
le fel pour lui donner faveur ( car il eut cefte 
connoiilance ^ que chofe on monde plus les 
humains ne rendoit à maladies fubjedts , que 
de pain non fermenté , * non fallé ufer , ) le 
feu pour le cuire ^ les horloges & quadrans 
pour entendre le temps de la cui6le de Pairt 
créature de Grain. Elt advenu que Grain en 
ung pays defailloit , il inventa art & moyen de 
le tirer ' d'une contrée en aultr e. 11 par inven- 
tion 



z TZon fallé ufer ] Encore au- 
jourd'hui dans le Poitou, com- 
me dans une bonne partie de 
TAlemagne, lorfqu'on veut fai- 
jrc du pain , on mêle dans la pâte 



une bonne poignée de fel à pro- 
portion de chaque boiflèau de 
farine. 

3 D*Hne contrée en aultre-, II"} 
C'cft il qu'on doit Uxe, nop paj 



Tome IF. - X «'« 



521 Pantagruel, 

tion grande méfia deux efpeces d'animans , Af- 
nes , & Jumens pour produdlion d'une tierce y 
laquelle nous appelions Mulets , belles plus 
puiiïàntes , moins délicates , plus durables au 
labeur que les aultres. Il inventa chariots ôc 
charettes pour plus commodément le tirer. 
Si la mer ou rivières ont empefché la traiéle , il 
inventa bafteaulx , gualeres , & navires (cho- 
fe de laquelle fe font les Elemens esbahis ) 
pour oultre mer , oultre fleuves & rivières na- 
viger , & de nations barbares j incongneùes y 
& loing feparées , Grain porter & tranfporter. 
Eft advenu depuis certaines années que la ter- 
re cultivant il n'ha eu pluye à propous 6c en 
faifon , par default de laquelle Grain reftoit 
€n terre mort ôc perdu. Certaines anntfes la 
pluye ha efté exceftifve , & nayoit le Grain. 
Certaines aultres années la grefle le guaftoit , 
^ les vens refgrenoient , la tempeftelerenver- 
foic. 

£t 3 comme dans l'édition de j fon vinetum, ch»' vitium morhi : 
î 62 5. L'Abbe' Guy et a cru qu'il J Ex^cinationem Latinivocant{in' 
Y avoit ici une tranfpofîtion. I tjuit Barbarns ) Theodorm autem 
Si cela eft ^ on la trouve dans 
toutes les éditions que j'ai 
vues. 

4 Lesrenx Vefgrenoient'] C'eft 



exHpeyantiam , Graci cittofîn 
cum ab tiyis yel racemis deflttunt 
acifit : yelper nimios imbres j ant 
yentorum conctijjlo/ies j aut ma," 
7'iîwj qu'il faut lire , conformé- \ gis grandines : yulgus nafirum 



ment à toutes les anciennes édi- 
tions , non pas yers , comme 
dans les nouvelles. Les yers 
rongent le blé , mais ies vents 
■figrenent les épis , ôc même le 
î&ifia. Charles Etienne , dans i 



yocat , Efgreneure ou grefleuw 
re. Du refte 3 YLirlatriç qui 
ne fe trouve que dans Rhodi- 
gin. 1. c. ch. I. paroitfort fuf- 
pe<a. 



Livre IV. Chap. LXI. 32 j 

foit. Il ja davant noltre venue avoit inventé 
art & moyen de evocquer la pluyedesCieulx-, 
feuUement une herbe decouppant commune par 
les prairies , mais à peu de gens congneuë , la- 
quelle il nous monitra. Et eitimois que feuit 
celle de laquelle une feule branche jadis mec- 
tant le Pontife Jovial dedans ^ la fontaine Agrie 
fus le mont Lycien en Arcadie au temps de [ti- 
cherefîè , excitoit les vapeurs , des vapeurs 
ettoienc formées grofïès nuées : iefquelles dif- 
foliies en pluyes toute la région eiloit à plai- 
lir arroufée. Inventoit art &: moyen de fufpen- 
dre & arrefter la pluye en l'aer, & fus mer la fai- 
re tumber. Inventoit art & moyen d'anéantir 
la grefle , fupprimer les vens , deitourner la 
tempefte en la manière ufitée entre les ^ Metha- 
nenliens de Trezenie. Aultre infortune eft ad- 
venu. Les pillars & briguans defroboienc 
Grain Ôc Pain par les champs. Il inventa art 
de baftir villes , fortereiïès , & chafteaulxpour 
le referver & en feureté conferver. Eit advenu 
que par les champs ne trouvant Pain , entendit 
qu'il eftoit dedans les villes , forrerefTes & chaf- 
teaulx referréj & plus curieufement par les habi- 

tans 



s Lu fontaine ^grie (O'c.^Kz- 
ielais copie ici Nicolas Leo- 
nic,l. I. ch. 67. defeshiftoires 
diverfes. Dans les Arcadiques 
de Paufanias o\x ceci fe trouve, 
cette fontaine eft nommée 



17. Ta nommée pareillement 

6 'Siethiine»fierts- de Tre\eme J 
Ceci eft pris du même ouvrage 
de Nicolas Leonic, 1. z. ch. i%. 
Voiei kî Cormchiaques de PîiU' 



nommée 
A>'»<v ^ Rhodigin 1, 13, çh.l (aniag. 

Xi 5 



524 Pantagruel j 

tans défendu & guardé , que ne feurent les 
pommes d*or des Hefperides par les draconSi II 
inventa art & moyen débattre & defmolirfor- 
terellès & chafteaulx par machines & tormens 
bellicques ^ béliers , baliftes , catapultes , def* 
quelles il nous monftra la figure , aflèz mal en- 
tendue des ingénieux Architedtes difciples de 
Vitruve ; comme nous ha confeffé meiïère 
Philebert de l'Orme grand architedle ^ du Roy 
Megiite. Lefquelles quand plus n'ont profidlé, 
obftant la maligne fubtilité , & fubtile mali- 
gnité des fortificateurs ^ il avoit inventé recen- 
tement Canons , Serpentines ^ Colevrines ^ 
Bombardes , Bafilics , jeélans bouUets de fer > 
de plomb , de bronze , pefans plus que groflès 
enclumes 9 moyennant une compolîtion de 
pouldre horrificque , de laquelle mefme s'eft 
csbahie , & s'eft confeiîee vaincue par arc : 
ayant en mefpris Tufaige des ^ Oxydraces qui 
à force de fouldres , tonnoires 9 grefles , ef- 
claires 9 tempeites vaincquoient , ^ à mort 
foubdaine meéloient leurs ennemis en plein 
champ de bataille. Car ^ plus eft horrible , 

plus 



7 Du Re)> TÂegijîe] Henïi I L 
fous le règne duquel Philebert 
de rOrme étoit Architede & 
Intendant des Bâtinriens , com- 
me il continua de l'être fous 
les Rois François II. & Char- 
les IX. "L&s Oeuvres différen- 
tes que cet habile Lyoïinois 
compoU iwc diverfes matières 



de fa profeffion furent inapfi- 
méesm/i/. àParischez Frédé- 
ric Morel en 1569. 

8 Oxydraces (STr. ]VoieiIa 
vie d'Apollonius par Philof- 
trate,]. 2. chap. 14. de l'é- 
dition G. L. de Paris in foL 
1608. 

9 PIhs eji horrible Ce] Poly- 

dore 



L I V R E I V. C H A P. LXII. jiç 

plus efpouventable , plus diabolicque , & plua 
de gens meurtrift , callè , rompt , & tue : plus 
cftonne les fens des humains : plus de mu- 
raille demolift ung coup de Bafilic , que ne 
feroient cent coups de fouldre. 



Chapitre LXII. 

Comment Gafler inventoit art & moyen de noît 
efire blejfi ne touché far coHpi de Canon, 

ES T advenu que Gafter retirant Grain es 
forterefïès s*eft veu aflàilli des ennemis , 
fes forterefïès démolies , par cefte trifcacifte 
& infernale machine , fon Grain & Pain tollii 
& faccaigé par force Titanicque , il inventoit 
lors art & moyen non de conferver fes rem-» 
pars , baftillons , murailles , & deffenfes de« 
telles canonneries , & que les boullets ou ne 
les. touchaflènt , & reftafïènt coy & court en 
Taer , ou touchans ne portafïènt nuifance ne 
es defenfes ne aulx citoyens defendens* A 
ceftuy inconvénient ja avoit ordre tresbon 
donné & nous en monftra Teflày : duquel ha 
depuis ufé ^ Fronton, & eft de prefent en ufai- 

. , , . ge 

âore Virgile s'étoit déjà expri- 1 fon Traite de rerum inretitori* 
ipé à peu près de la forte > fur 1 bus. 

le mêcve fujec , 1. z. ch. X L de L CHAP* IXII. i Fronton ] Je 

X3 û<l 



J2(5 Pantagruel, 

ge commun , entre les paflètemps & exerckâ- 
tions honneftes * des Thelemites. L'eiïày 
eftoit tel. Et dorefnavant foyez plus faciles 
à croire ce qu'aiïèure Plutarcbe avoir expéri- 
menté. Si ung troupeau de Chievres s'enfuyoiE 
courant en toute force , mettez ung brin d'E- 
ringe en la gueule d'une dernière cheminante « 
foubdain toutes s'arrefteront. Dedans ungfaul- 
conneau de bronze il mettoit fus la pouldre de 
canon curieufement compofée , degrelTëe de 
fon foulfre: & proportionnée avecquesCam^ 
phre fin, en quantité compétente, une balotte 
de fer bien qualibrée , & vingt & quatre 
grains de dragée de fer , ungs ronds & fphe- 
ricques , aultres en forme lachrymale. Puis 
ayant prins fa mire contre ung fien jeune pai- 
ge , comme s'il le vouluft ferir parmy Tefto- 
mach, en diftance de foixante pas , on milieu 
du chemin entre le paige & le Faulconneau 
en ligne droidie fufpendoit fus une potence 
de bois à une chorde en l'aer une bien grolîe 
pierre Siderite, c'eft-à-dire , Fcrriere , aul- 
trement appellée Herculiane , jadis trouvée en 
Idie au pais de Phrygie par un nommé Magnes, 
5 comme attefte Nicander. Nous vulgairement 

l'ap- 



neconnoispas ce Fronton. Peut- 
être cft-ce quelqu'un qui fe fai- 
foit remarquer par un front fort 
large. 

2 Des rhelemites ] Un Moi 



poudre à canon. Un autre 
Moine pouvoit avoir cherché 
le fecret dont parle ici Rabe- 
lais. 

3 Comme attefle "Kicander j 



ne pafle pour avoir inventé la | Voiei Pline ,1. 36. ch. 1 6, 



Livre IV. C h a p. LXII. 327 

rappelions Aymant. Puis mettoit le feu on 
Faulconneau par la bouche du pulverin. La 
pouldre confommée advcRoic que pour éviter 
vacuité ( laquelle n'eft tolérée en nature , 
pluftouft feroit la machine de l'Univers , Ciel 9 
Aer 5 Terre , Mer , reduicle en l'anticque 
Chaos , qu'il advint vacuité en lieu du mon- 
de ,) la balotte & dragée eftoient impetueufe- 
ment hors jedlez par la gueule du faulcon- 
neau , affin que l'aer penetraft en la chambre 
d'icelluy , laquelle aultrement reftoit en va- 
cuité , eflant la pouldre par le feu tant foub- 
dain confommée. Les balotte & dragées ainfi. 
violentement lancées fembloient bien debvoir 
ferir le paige : mais fus le poinél qu'elles appro- 
choient de la fufdi^le pierre , fe perdoit leur 
impetuofité , & toutes reftoient en l'aer flot- 
tantes & tournoyantes au tour de la pierre ^ 
& n'en paflbit oultre une , tant violente feuft 
elle , jufques au paige. Mais inventoit l'art ôc 
manière de faire les bouUets arrière retourner 
contre les ennemis , en pareille furie & dan- 
gier qu'ils feroient tirez , ôc en propre paral- 
lèle. Le cas ne trouvoit difficile , attendu que^ 
l'herbe nommée Ethiopis ouvre toutes les fer- 
rures qu'on luy prefente : &; que Echineis 
poiiïbn tant imbecilie ârrefte contre touts les 

vens j, 

4 Vherbe nommée Ethiopis O'c. 3 VoierPline , I. 24«ch, 17» 
&. 1. Z6. ch. 4.. 

X4 5 



328 Pantagruel, 

vens , & retient en plein fortunal les plusf 
fortes navires qui foient fus mer : & que la 
chair d'icelluy poilTon confervée en fel attire 
^ Tor hors les puits tant profonds foient-ils , 
qu'on pourroit fonder. Attendu que ^ Demo- 
critus efeript , Theophrafte Tha creu & efprou- 
vé eftre une herbe , par le feul attouchement 
de laquelle ung coin de fer profondement Ôc 
par grande violence enfoncé dedans quelcque 
gros 6c dure bois , fubitement fort dehors. 
De laquelle ufentles Pics Mars ( vous les nom- 
mez Pivars ) quand de quelcque puifïànt ' 
coin de fer Ton eftouppe le trou de leurs nids 2 
lefquels ils ont accouftumé indultrieufement 
faire & caver dedans le tronc des fortes ar- 
bres. Attendu que les Cerfs & Bifcbes navrez 
profondement par traiéls de dars, flcfches, 
ou guarrots , s'ils rencontrent l'herbe nommée 
Diftame ^ fréquente en Candie , & en man- 
gent quelcque peu , foubdain les flefches for- 
cent hors, & ne leur en reftemal aulcun. De 
laquelle Venus guarit fon bien aymé fils Eneas 

blefTé 



s VoY hors tes puits '] Voiex 
Pline 5I. 9. ch. 25, 

6 Democritus efeript , Théo- 
fhrafte Pha creu O'c. ] Voier 
PIine>l. 25. ch.i.Ce qu'au refte 
Pline allègue ici le témoignage 
deDémocrite, quoique ce der- 
nier pafle chez, lui pour un 
^rand menteur , c'eft qu'au fait 
4om il s'agit , The'of hrafte qui 



eft un des Héros de Pline , a 
lui même ajouté foi à Démo-» 
crite. Voiez Pline , 1. 28. chap. 
8. 

7 Coin de fer C^c. ] VoiezPli<« 
ne , l. 10. ch. 18. 

S Frecjuente en Candie (!J^c. ] 
Voiex Pline , L %, ch. ^^' & U 
z%. ch, 8» 



Livre IV. Ch a p. LXII. ^2p 

blefle en la cuiflè dextre d'une flefche tirée 
parla fœur de Turnus Juturna, Attendu qu'au 
îeul ^ flair iiïànc des Lauriers , Figuiers , ôc 
Veaulx marins , eft la fouldre deflournée , 6c 
jamais ne les ferit. Attendu qu*au feul afpeâ: 
d*ung Bélier les ^o Elephans enraigez retour- 
nent à leur bon fens : les ^ ' Taureaulx furieux 
& forcenez approchans des figuiers faulvaiges 
diéts Caprifices s*apprivoifenr, & reftent com- 
me grampes & immobiles : la furie des Vipères 
expire par Tattouchement d'ung rameau de 
Fouteau. Attendu auffi qu'en Tlfle de Samos 
avant que le temple de Juno y feuft bafty , ^* 
Euphorion efcript avoir veu beftes nommées 
Neades , à la feule voix defquelles la Terre 
fondoit en chafmates & en abyfme. Attendu 
pareillement que le Suzeau croift plus canore 
& plus apte au jeu des fiuftes en pays onquel 
le chant des Cocqs ne fera oiiy , ainfi qu'ont 
efcript les anciens faiges , félon le rapport ' ^ 
de Theophrafte , comme fi le chant des Cocqs 
hebetaft , amolift , & eftonnaft la matière & le 
bois du Suzeau : auquel chant pareillement oiiy 
le Lion , animant de fi grande force & con^ 
{lance , devient tout eitonné , & conflernç. 

Je 



9 Flair ijjantdes Lauriers O'ç,'] 
Voiez Pline, 1,2. ch. 55. 

10 Elephans enraige\ &'c, ] 
Voiez Plutarque > 1. z» de Ces 
Propos de table. 
.1 1 TanredHlx fnrienx O'c» ] 



VoierPline,!. 23. ch. 7. 

12 Euphorion efcript ^c, J 
VoiezElien, 1. 17. ch. 28. de 
fon Hiftoire des animaux. 

j 3 De Theophrafte^ De Piin* 

aui&gl. 16, ch, 37. 



^^O P A N T A G R U Et j 

Je fçay qu'aultres ont cefte fentenee entendis 
du ^"^ Sazeau faulvaige , provenant en lieux 
tant efloignez de villes & villaiges , que le 
chant des Cocqs n'y pourroient eftre oiiy, 
Iceiluy fans doubre doibt pour fluftes & aul- 
tres inftrumens de Muficque eitre efleu , & 
préféré au domefticque , lequel provient au 
tour des '^ chefaulx & mafures. Àultres l'ont 
entendu plus haukement non félon la lettre, 
mais allegoricquement félon Tufaige des *^ 
Pythagoriens. Comme quand il ha efté dïé\ , 
que la ftatuë de Mercure ne doibt eftre fai6le 
de touts bois indifferentement , ils Fexpofent 
gue Dieu ne doibt eftre adoré en façon vul- 
gaire , mais en façon efleuë & religieufe. Pa- 
reillement en cefte fentenee nous enfeignent 
que les gens faiges & ftudieux ne fe doibvent 
adonner à la Muficque triviale & vulgaire , 
mais à la celefte , divine , angelicque , plus 
abfconfe ôc de plus loing apportée : fçavoir 
cft d une région en laquelle n'eft- oiiy des 
Cocqs le chant. Car , voulans dénoter quelc- 

que 



14 Su-x^au ] Ceft comme les 
Angevins & les Normansnom- 
ment le bois de Sureau. 

15 Chefaulx ] Mafures. De 
cafellmn fait de cafa, 

\6 Fythagoriens Z7r, ] Py- 
thagore difoit alle'goriquement 
qu'on ne devoit pas emploïer 
indifféremment toute forte de 



bois à faire la ftatuë de Mer- 
cure : ce qui a été expliqué par 
Apulée dans fa i. Apologie de 
la Magie, par Alex. ab. Alex. 
1. 4. c. 1 2. de ks Jours géniaux, 
& par Erafme en (es Ada- 
ges , Chil. 2. Centur. s- chap. 
47- 

Chap. 



Livre IV. Chap. LXIïL ^^t 
que lieu à Tefcarc & peu fréquenté , ainfi di- 
fons nous, en icelluy n'avoir oncquesefléoùy 
Cocq chantant. 



Chapitre LXIII. 

Comment près CI fie de Chanefh Pantagruel 

fommeilloit _, & les problèmes proponfez. 

à fan réveil. 

AU jour fubfequent en menus devis fui- 
vans noftre routte , arrivafmes près * 
rifle de Chaneph. En laquelle abourder ne 
peut la nauf de Pantagruel : parce que le venc 
nous faillit , & feut calme en mer. Nous ne 
voguions que par les Valentianes , changeans 
de tribort en babort , & de baborc en tri- 
bort : quoy qu'on euft es voiles adjoindl les 
bonnettes trainnereflès. Et reliions touts pen- 
fîfs, matagrabolifez ^ fefolfiez, ôc fafchez : 
fans mot dire les ungs aulx aultres. Panta- 
gruel tenant ung Heliodore Grec en main fus 
ung tranfpontin au bout des Efcoutilles fom- 
meilloit. Telle eftoit fa coultume, que * trop 

mieulx 

Ckap. LXIII. I VJjîe de f chent félon lui des mœurs 



Chaneph '\Sé]o\\r de THypocri- 
£îe. Rabelais y place une for- 
te de prétendus Beats , qui 
fous un extérieur mortifié ca- 



remplies d'une imprudence Cy* 
nique. 

2 Trop mieux far Lirre dor" 

moit tque par cuenr ] S'en do r- 

moic 



5^1^ Pantagruel, 

mieulx par livre dormoit , que par cueur. Eptt 
temon reguardoit par fon Aftrolabe en quelle 
élévation nous eitoit le Pôle. Frère Jean s'eitoit 
en la caifine tranfporté : & en Tafcendent des 
broches & horofcope des fricaffées confideroic 
quelle heure lors povoit eflre. Panurge avec- 
ques la langue parmy ung tuyau de Panta- 
gruelion faifoit des 5 bulles & guargoulles. 
Gymnafte apointStoit des curedens deLentifc. 
Ponocrates refvant > refvoit , fe chatouilloit 
pour le faire rire , & avecques ung doigt la 
tefte fe grattoir, Carpalim d'une coquille de 
noix grolliere faifoit ung beau, petit, joyeulx, 
& '* harmonieux moulinet à aefle de quatre 
belles perites ailles d*ung tranchoùoir de Ver- 
gue. Eufthenes fus une longue Coulevrine 
joùoit des doigtz , comme fi feuit ung Mono- 
chordion. Rhizotome de la coçque d'une Tor- 
tue 



tJBoit bien plutôt fur un Livre , 
qu'à ne rien faire abfolument. 
Alain Chartier , dans fon poë- 
xne de la belle Dame fans 
Bierci : 

Tlulnâ fe doit amy clamer 
Sinon far cueur ^ains que par 
lirre. 

3 Bulles & guargoulles ] Gar- 
gouilloit dans l'eau , dont il 
couvroit la furface de petites 
bouteilles femblables à celles 
qu'y produit une groûe pluie , 



4. Harmonieux if)toHlmet'\Vtoi(' 
fart 5 vol. 4. ch. 2. Lequel en' 
fant s'esbatoit , par foy ) à ung 
petit moulinet fait d'une grojje 
noix. Cette forte de noix que 
Rabelais appelle ici noix grol- 
liere eft ccxnnuë à Metx fou» 
le nom de noix Lombarde , & 
on Vy appelle de là forte vrai- 
femblablement parce qu'en 
Lombardie on yoit des noix 
grolliéres à proportion de la 
quantité qu'il y a Aç grailles ou 
grolles pour les manger, Voiei 
Pline ,1. 10^ cht %9^ 

4 



Livre IV. Chap. LXIII. j^y 

tiic de Guarrigues compofoic ^ une efcarcelle 
veloutée. Xenomanes avecques des jeéls d'Ef- 
merillon repetaflbit une vieille lanterne. No- 
fère pilot tiroit les vers du nez à fes matelots. 
Quand frère Jean retournant de la cabane ap- 
perceut que Pantagruel eftoit rcfveillé. Adonc- 
ques rompant celluy tant obftiné filence à 
haulte voix : en grande allegi efïè d'efperit , 
demanda , Manière de haulfer le temps en cal- 
me ? Panurge féconda foubdain & demanda 
pareillement , Remède contre fafcherie ? Epi- 
ftemon tierçaenguayeté de cueur demandant. 
Manière d'uriner la perfonne ^ n'en eltant en- 
talentée ? Gymnaite foy levant en pieds de- 
manda 9 Remède contre Tesblouiflèment des 
œilz ? Ponocrates s'eitant ung peu frotté le 
front & fecoùé les aureilles , demanda , Ma- 
nière de ne dormir poinél en Chien ? Atten- 
dez , dift Pantagruel. Par le décret des fub-i 
tils Philofophes Peripateticques nous eft en- 
feigné ^ que touts problèmes , toutes queflions, 
touts doubtes propoufez doibvent eftre cer- 
tains , clers , 6c intelligibles. Comment en- 
tendez vous , 7 dormir en Chien ? C'eft ( ref- 
pondit Ponocrates ) dormir à jeun en haulc 

Soleil , 



j Une efcarcelle reloutée^Vlws 
haut, ch. 30. la tortue de gar- 
rigue eft une tortue de terre. 
Ici ce pourroïc bien être une 
taupe. 

$ iCff* ejiéwt entakntée ] 



N'en aïant ni l'envie m le pou- 
voir. 

7 Dormir en fAzewj DansOu- 
din dormir en chien, c'eft dormir 
indifféremment à toute heure Se 
en tous lieux. 



^^4 Pantagruel, 

Soleil , comme font les chiens. Rhizotomc 
eitoit acropy fus le courfouoir. Adoncques 
levant la teite & profondement baiflant , fi 
bien qu'il par naturelle fympathie excita touts 
fes compaignons ^ à pareillement baifler , de- 
manda , Remède contre les ofcitations &; baif- 
lemens ? Xenomanes comme tout lanterné à 
l'accouftrement de fa lanterne , demanda , Ma- 
nière d'équilibrer & balancer la cornemufe 
de l'eftomach , de mode qu'elle ne panche poindl 
plus d'ung coufté que d'aultre? Carpalim jouant 
de fon moulinet , demanda : Quants mouve- 
mens font precedens en Nature , avant que la 
perfonne foit didle avoir faim ? Eufthenes 
oyant le bruit accourut fur le tillac , & dés 
le capeilan s'efcria , demandant , Pourquoy en 
plus grand dangier de mort eft Thomme mords 
à jeun d'ung ferpent jeun, qu'après avoir re« 
peu tant l'homme que le ferpent ? Pourquoy 
eft la ^ falive de l'homme jeun veneneufe à 
touts ferpens & animaux vénéneux ? Amis 
( refpondit Pantagruel ) à touts les doubtes 
éc queftions par vous propoufées compete une 
feule folution- : & à touts tels fymptomates 
& accidens une feule medicine. La réponfe 
vous fera promptement expoufée , non par 

longs 



8 ^faretllement baifler] Ofii- 
tJinte unoy deinde ofcitat C7 alter. 
Prov, 

5 ^Uye de l'homme jenn yc- 



neneufe Oc ] Voieï Ariftote > 
des animaux , 1. 8. ch. 2i>. ^ 
Pline, 1. 7.ch. z% 



10 



Livre IV. Chap. LXIII. jjÇ 

longs ambaiges 6c difcours deparoUes ; reflo- 
mach afFami '° n*ha poin6t d'aureilles , il n'oit 
goutte. Par fignes , geltes 6c eifedl ferez latis- 
faiéls, & aurez refolution à vofère contente- 
ment. Comme jadis en Romme Tarquin l'or- 
gueilleux Roy dernier des Rommains ( ce di- 
fant Pantagruel toucha la chorde de lacampa- 
nelle, frère Jean foubdain courut à la cuifine ) 
par lignes refpondit à fon fils Sex. Tarquin 
eftant en la ville des Gabins.Lequelluy avoic 
envoyé homme exprès , pour entendre com- 
ment il pourroit les Gabins du tout fubju* 
guer , & à parfaiéle obeïlîance réduire. Le 
Roy fufdidt foit deffiant de la fidélité du mef- 
faigier, ne luy refpondit rien. Seullement le 
mena en fon jardin fecret : & en fa veuë ôc 
prefence avecques fon bracquemart couppa 
les haultes teftes des pavots là eflans. Le mef- 
faigier retournant fans refponfe , ôc ^au fils ra- 
comptant ce qu'il avoit veu faire à fon père ; 
feut facile par tels fignes entendre qu'il luy 
confeilloit trancher les teftes aulx principaulx 
de la ville, pour mieulx en office 6c obeïflance 
totale contenir le demourant du menu popu* 
laire. 

Chap. 

. lo ïl'Ija pcinH d'aureilier ] I Romain. Voiez ia vie . dans 
Mot de Caton le Cenfeur ^ dans jPlucarque. 



une de fes harangues au peuple 



Chap# 



33^ 



PaNTAGRUELj 



sâi 



Chapitre LXIV. 



Comment far Pantagruel ne feut refvondn aux 
■problèmes proponfe'^ 

PUis demanda Pantagruel ; Quels gens 
hantent en ceite belle ' iile de chien } Touts 
font, refpondit Xenomanes , Hypocrites , * 
Hydropicques , Patenoftriers, Chattemitres , 
3 Santorons , Cagots , Hermites. Touts pao- 
vres gens , vivans ( comme l'hermite de Lor- 
mont , entre Blaye & Bourdeaulx ) des aui- 
mones que les voyaigiers leur donnent. Jen*y 
voys pas , dift Panurge, je voiis affie. Si j'y 
voys , que le diable me fouffle au cul. Her- 
mites , Santorons , Chattemites , Cagots , 
Hypocrites , de par touts les diables : Ouftez- 
vous delà. Il me foubvient encore de nos gras ^ 

Conci- 



CHAP.LXIV. I Ifledechien] 
Ciiienne d'ifle > Ifle de gens 
qui abboïent Se qui mordent 
tout le monde , comme font 
les mauvais chiens. Séjour de 
perfonnesqui comme des chiens 
fatiguent tout le Voifinage à 
force d'abboier jour & nuit le 
parchemin. Voiez Rab. 1, 3. 
ch. 15. 

2 hiydroficques j Enflex de la 
fàulTe opinion qu'ils ont de 
leur Sainteté. Plushaur déjaj 1. 
I. çhap. 54« 



Cy n^entre\ pas , HypocriteSt 

Bigots , 
FieHX Matagots , marmiteHX^ 

bourfouffle\, 

3 Santorons ] Mangeurs de 
Saints. Les Chatemïtes font \&& 
mêmes qu'au ch.6 de la Progn» 
Pantagr. Rabelais appelle cau- 
quemares.W oiez Ménage au mot 
Chatemite. 

4 Concilipetes de Cheftl ] Les 
Pères du Concile de Trence, 
Yoiez plus haut , ch. 18. 



Livre IV. C h a p. LXIV. ^37 

tîoncilipetes de Chefil : que Beelzcbuz & Afîa- 
rotz les eullènc ^ conciliez avecque Proferpi- 
ne : tant patifmes à leur veue , de tempelles ôc 
diableries. Efcoute , mon petit bedon , mon 
caporal Xenomanes , de grâce ; Ces Hypocri- 
tes , Hermites , Marmiteux icy font-ils vierges 
ou mariez ? Y a-t-il du féminin genre ? En ti- 
reroit on hypocriticquemcnt ^ le petit traiét 
hypocriticque ? Vrayement , dift Pantagruel , 
voilà une belle ôc joyeufe demande. Guy dea, 
refpondit Xenomanes. Là font belles ôcjoyeu- 
fes hypocritefïès , chattemiteiïès , hermitefïès , 
femmes de grande religion. Et y ha copie de 
petits hypocritillons , chattemitillons ^ hermi- 
tillons. ( Ouftez cela , dift frère Jean interrom- 
pant : De jeune Hermite vieil diable. Notez 
ce proverbe authenticque. ) Aultrement fans 
multiplication de lignée , feut long-temps y 
ha, rifle de Chaneph déferre & défolée. Panta- 
gruel leur envoya par Gymnafte dedans l'ef- 
quif fon aulmofne , foixante & dixhuiét mille 
beaulx 7 petits demys efcuz à la lanterne. 

Puis 



5 ConnUe\a'Vecq-ue Profrpine 
'^c. ] Pendant la tempête dé- 
crite ch. 18. 19- & 20. les Dia 
bJes avoient femble déchaînez, 
ou danfer aux fonnettes , com- 
me pour empêcher qu'on n'cuît 
les cris de Proferpme en mal 
d'enfant. Ici ^ pour cviter un 
accident autant ou plus fâcheux 
encore que cette tempête , Pa- 

Tomç ir* 



nurge fouhaite que les De'- 
mons &Proferpme foient paifî- 
bles. 

6 Le petit traïB hypocrituq»e'\ 
C'efl: ce qui s'appelle un pain 
pris fur la fournée , fans qu'il 
paroifie qu'on y ait touche. 

7 tetits demys efcit\ à la ian» 
terne ] Cyrus réduit à la men- 
dicité dans l'autre monde de- 

Y mai»-; 



3j8 Pantagruei, 

Puis demanda. Qiiantes heures font ? NeuF^ 
& d*advantaige, refpondit Epiftemon , C'eft , 
dift Pantagruel , juite heure de dipner. Car 
la facre ligne tant célébrée de ^ par Arillo- 
phanes en fa comédie , intitulée , les Predi- 
cantes , approche : laquelle lors efcheoit quand 
Tumbre eft decempedale. Jadis entre les Per- 
fes l'heure de prendre réfection eiloit ^ es 
Roys feullemenc prefcripte : à ung chaleur» 
aultre efloit l'appétit & le ventre pour hor- 
loge. De faicl , en Plaute certain parafite 
foy complaindt , & deceite furieufcment les 

in- 



tnandoît à Bpidete un Denier 
en aumône, ^e ne donne point 
de Deniers , lui dit le Phlofo- 
phe devenu grand Seigneur en 
ce pais-là , tien , Maraut 5 yoi- 
U un Efcu. (Rab. Liv. II. ch. 
XXX. ) La raifon de ce procède 
d'Epiûete 5 c'eft que dans les 
libéralitez que font les Grands 
ils doivent avoir plus d'égard 
à leur propre grandeur 3 qu'à 
la bafl'eile & aux indifpenfables 
befoins des nécefTiteux. Sur ce 
pié-là, quoiqu'on diHî commu- 
tlément, ^ pawvres gens menue 
monnaye; (Villon dans une Bal- 
lade de Ton grand Teftament ) 
raumône de Pantagruel aux 
pauvres Hermites &c. de l'ifle 
de Chaneph confifte en demi- 
Ecus. Encore ne va-t-elle pas 
à moins de 7800. feulement 3 
«1 ne veut pas que ce foit des 
demi-Ecus d'or , ou au fbleil , 
Bais d'autres Àialanterrte»<^e£i- 



à dire de la monnoie blanche 9 
& vraifemblabLment des demi' 
Teflons : Le Tefton , aux armes 
ou à V Ecu de France , ni plus 
ni moins quel'Ecu d'or , & de- 
puis l'Ecu blanc , étant alors Va 
plus forte monnoie d'argent 
qui fe fabriquât dans le KoiaU' 
me. 

8 Par ^rifiophanes ] Voie* 
les Adages d'Erafme , Chil. 3. 
Cent. 4. ch. 70. 

9 Es ({oysfeullment^Jeândc 
la Bruiére Champier j I. 2» 
chap. 3. de fon de re nbaria : 
Marcelltnits Perjas , mundttiax 
conyiviorum y C7 lu.\ um j maxt" 
meque potandi avidttatem vitap- 
Je , ut luem , prodit : nec apud 

eos extra B^eiales menfas horam 
efje prttjiitutam pranaendi. Se» 
yentrem efJe cmque Solarium > 
ecç«e mtnente > qttod inadijfei 
edtjfe, 

4* 



tiVRE IV. Chap. LXIV. 3^^ 

inventeurs d'horloges & quadrans , eftant cho- 
fe notoire qu'il n'eft horloge plus jufte que 
le ventre. ^^ Diogenes interrogé à quelle 
heure doibt l'homme repaiftre , refpondit : 
Le Riche , quand il aura faim ; le Paovre ^ 
quand il aura dequoy. Plus proprement di- 
{ent les Medicins l'heure Canonicque eftre ; 

Lever a cîn^ , dipner à neuf^ 
Soupper à cinq j coucher h neuf. 



XI 



La magie du célèbre Roy Petofîris 
eftoit aultre. Ce mot n'eftoit achevé , quand 
les Officiers de gueule drefïàrent les tables dz 
buffets : les couvrirent de nappes odorantes y 
aflietes , fervietes , falieres ; aportarent tan-i 
quars , frizons , flaccons , talïès , hanats , 
baffins , hydries. Frère Jean affocié des 

maiitres 



lo DiogeHcs Interrogé O'c. j 
Voiex dans Diogenes Laërce 
Ja vie de Diogenes le Cyni- 
que. 

I r La ma-^ie du. célèbre I{oy 
Tetofi is efiott aultre j Ju vénal , 
Satire 6. 

/Eg^fa licet jaccat , capiendo 

nalLi yidetur 
\Aptior hora cibo 5 nift quant 

dederit Fetoftris. 

ta prétendue magie de Péto- 
iîrisj non plus que celle du Mé- 
decin Crwat ou Crintas de Pli- 



ne I. 29. chap. I. n'étoit pro- 
prement qu'un extrême entê- 
tement pour les Mathémati- 
ques , qui perfuado.t à ces deux 
hommes que la fcience des AC 
très etoit fi étendue , qu'on y 
trouvoit jufqu'aux heures où 
un malade devoit prendre un 
œuf frais ou un bouillon. Voiex 
plus bas , l. s- chap. 43. & 
Pline , 1. 7. chap. 49. Pétofirig 
au refte n'a pas été Roi. Sui- 
das ne l'appelle que Philofo- 
phe j 8r. Rab. lui même ne le 
qualifie ailleurs (\\3^ antique Ma» 
thémuficien» 

Y 2 X% 



54^ Pantagruel, 

maiftres d'hoftel , efcarques , panetiers , eC* 
chanfons , efcuyers tranchans , couppiers , '* 
credentiers , apporta quatre horrificques paf- 
tez de jambons i\ grands , qu'il me foubvint 
des quatre baftions de Turin. Vray Dieu , 
comment il y feut beu & guallé ! Ils 
n'avoient encore le deiïèrt 9 quand le vent 
Oueft-Noroueft commença enfler les voiles ^ 
papefils , morifques & trinquets. Dont tous 
chantarent divers canticques à la louange du 
tres-hault Dieu des cieulx. Sus le fruidt Pan- 
tagruel demanda : Advifez , amis , fi vos doub- 
les font à plein refolus. Je ne baifle plus _f 
Dieu mercy , difl: Rhizotome. 

Je ne dors plus en chien , dift Ponocra-* 
tes* 

Je n'ay plus les yeulx esblouis , refpondic 
Gymnaffe. 

Je ne fuis plus à jeun , dift Eufthenes. Pour 
tout ce jourd'huy feront en feureté de ma fal- 
live , 
'î Ârpics. Amphisbenes, 

Aneru*» 



12 Credentiers^ Sommeliers) 
eu plutôt buffet lers» Cr-ydence > 
d'où l'on a fait Credemier-y vient 
de l'Italien f^eiie/j^^rf tire du bas 
Latin tredentia dans le fens de 
fragHftatiO'y parce qu'on fe fie à 
un prégujîe , Se qu'on en croit le 
jugement qu'il a donné d'un vin 
qu'il a goûté. 

liudf^ia . , . .>»ff/ej-J Une 



bonne partie de ces divers noms 

de ferpens & autres bêtes veni- 
meufes , mis ici dans un ordre 
alphabétique fe trouvent dans 
Pline: Se cet ordre eft imité du 
même Pline, 1. 37. ch. 10 qui 
traite des ditférentes Pierreries 
que la terre produit. Ce font au 
rerte la plupart noms corrom- 
pus j fur lefquels on peut con- 
fultc4 



Chap. LXIV, î4^ 

Cychriodes. 

Cafezates. 

Cauhares, 

Couleuvres, 

Couherfces* 

Chelhydres. 

Cranocolapces. 

Cherfydres. 

Cenchrynes. 

Coquatris. 

Dip fades. 

Domefes. 

Dryinades. 

Dracons. 

Elopes. 

Enhydrides* 

Famuifes. 

Galeotes, 

Harmenes. 

Haudions. 

lacles. 

Jarraries. 

llicines, 

Ichneumones. 

Kefudures. 

Lièvres marins. 

Lizars Chalcidiques^ 

Myopes. 

Man- 

HUier Albert le grandjBarthelemi l'Anglois, Aldrovand & Rédio 

Y 5 C^^-* 



Livre IV. 

Anerudutes. 

Ahediflimons. 

Alhartrafs. 

Ammobates. 

Apimaos. 

Alhatabans. 

Araces. 

Altérions.- 

Altarates. 

Arges. 

Araignes. 

Afcalabes. 

Attelabes. 

Afcalabotes. 

^morrhoïdes. 

Bafilics. 

Belettes iclides. 

Boies. 

Bupreftes. 

Cantharides. 

Catoblepes. 

Ceraites. 

Chenilles. 

Crocodilles. 

Crapaux. 

Cauquemares. 

Chiens enragez* 

Colores. 



54* Pan 

Mantîcores. 

Molures. 

My agrès. 

Mufaraignes. 

Miliares. 

Megalaunes. 

Ptyades. 

Porphyres. 

Pareades. 

Phalanges. 

Pemphredones* 

Pityocampes. 

Ruteles. 

Rimoires. 

Rhagions, 

Rhaganes. 

Salamandres. 

Scytales. 

Scellions. 

ScorpeneSf 



T AG RUEL, 

Scorpions;! 

Selfirs. 

Scalavotins. 

Solofuidars ► 

Sourds. 

S an g fu es. 

Salfuges. 

Solifuges. 

Sepes. 

Stinces, 

Stuphes. 

Sabrins. 

Sangles. 

Sepedons. 

Scolopendres» 

Tarantoles. 

Typhlopes. 

Tetragnathies. 

Ter ilt aies. 

Vipères. 

Chap. 




Livre IV. Chap. LXV. î4J 

&,' ■ ^ 

Chapitre LXV. 

Comment Fantagruel hnnlfe le temps avecques 
fes Domefticques* 

EN quelle Hiérarchie ( demanda frère Jean ) 
de tels animaulx vénéneux mettez- vous la 
femme future dePanurge ? Dis-tu mal des fem- 
mes , refpondit Panurge, ho guodelureau Moi- 
ne ' cul pelé ? Par la guogue Cenomanique ^ 
dift Epiitemon , Euripides efcript , & le pro- 
nonce Andromache , que contre toutes beftes 
venencufes haeité par Tinvencion des Humains, 
& initrudlion des Dieux , remède profidtable 
trouvé. Remède jufques à prefenc n'ha efté 
trouvé contre la maie femme. Ce guorgias 
Euripides , dift Panurge , tousjours ha mefdidl 
des femmes. Aufïï feut-il par vangeance divi- 
ne mangé des chiens : comme luy reproche 
Ariftophanes. Suivons. * Qui ha , fi parle. Je 
urineray prefentement , dilt Epiftemon , tant 
qu'on voudra. J'ay maintenant , dift Xeno- 
manes, mon eitomach fabourré à proficSl de 
meûiaige. Ja ne panchera d'ung coufté plus que 

d'aul- 

Chap LXV. i C»//;tf/^]B...j tomber le poil de la crouppc. 
patient. Métaphore empruntée | Plus haut,L 2. ch. 7. Le cnlr 
ces bêtes de fomme , à qui dtrl pe/é des yeuves» 
trop fréquentes charges ont fait i ^ S^iha ^JipArle} Ey^^reC^ 



544 Pantagruel, 

d'aultre. 11 ne me fault , dift Carpalim , ne vk 
ne pain. Trefvesde foif , trefves de faim. Je ns 
fuis plus fafché , dilt Panurge , Dieu mercy 
ôc vous. Je fuis guay comme ung Papeguay , 
joyeulx comme ung Efmerillon, alegre comme 
ung Papillon. Véritablement il ell efcript par 
voltre beau Euripides , & le di6t Silenus beu-^ 
veur mémorable : 

Furieux efl ^ de bon fens ne jouifi. 
Quelconque boit ^ & ne s'enresjouifi. 

Sans poindl de faulte nous doibvons bien 
louer le bon Dieu noftre Créateur , Servateur, 
Confervateur , qui par ce bon pain , par ce 
bon vin & frais , par ces bonnes viandes nous 
guerifl de telles perturbations , tant du corps 
comme de l'ame : oultre le plailir & volupté 
que nous avons beuvans Ôc mangeans. 

Mais vous ne refpondez poin2l à la queftion 
de ce 5 benoift vénérable frère Jean ,, quand 
il ha demandé , Manière de haulfer le temps t 
Puis, difl Pantagruel , que de cefte legiere 
folution des doubtes propoufez vous con- 
tentez , auiïi fais - je. Ailleurs ^ & en aultre 
temps nous en dirons d'advantaige , fi bon vous 
femble. 

Refte 



iîon proverbiale qui acfonnéle 
nom au jeu de Qui a fi parle 
Voiçz le ch. zz, 4u 1, j. 



3 BeneiJ} yenerableJWénét^-'. 
Ue Bçnédiâin, 



Livre IV. Chap. LXV. ^4f 

Refte doncques à vaider ce que ha frère Jean 
propoufé. Manière de haulfer le temps ? Ne 
i'avons-nous à foubhait haulfé ? Voyez le gua- 
bec delà hune. Voyez les liflemens des voiles. 
Voyez la roideur des eltaiis , des uta jues ÔC 
des efcoutes. 

Nous haulfants & vuidans les tafles , s'efl 
pareillement le temps haulfé par occulte fym- 
pathie de nature. Ainfi le haulfarent ^ Atlas ÔC 
Hercules , fi croyez les faiges Mythologiens, 
Mais ils le haulfarent trop d'ung demy degré' : 
Atlas , pour plus alaigrement feitoyer Hercu- 
les , fon hoiie ; Hercules pour les altérations 
précédentes par les défères de Lybie. ( Vray- 
bis , dift frère Jean interrompant le propous , 
j'ay ouï de plufieurs vénérables Dodleurs , que 
Turelupin fommelier de voftre bon père , ef- 
pargne par chafcun an plus de dixhuidl cens 
pipes de vin , pour faire les furvenants & do- 
meflicques boire avant qu'ils ayent foif. ) Car , 
difl Pantagruel continuant , comme les Cha- 

meaulx 

4 MUs C7 Hercules Ce. ] | d'AthIas & d'Hercule. Selon 
Les Poètes ont teint qii'Athlas ' lui , ils firent débauche enfem-» 
foutenoit le Ciel fur Tes epau- blej ce qu'il appelle hauffey la 



les , miis que pour le foulager. 
Hercule un jour, comme m- 
furmontahle au travail lui prêta 
le dos. Voiei Lucien en fon 
Dialogue intitulé 'aron ou les 
Contemplateurs, 6c la Tragé- 
die de Senéque intitulée Hey- 
c»ies furens, Rabelais , l. 5. ch. 
Xi. parle encore de ce travail 



ttmf, parce qu'à force de tenit 
long-tems table, i'air qui étoit - 
couvert au commencement du 
repas eft ferein lorfqu'on fe fé- 
pare. C'ell dans le même feng 
que I. I. ch. 5. il eft dit que 
longues ùuvettes nm^sitt U ton-* 



54<^ Pantagruel, 

meaulx & Dromadaires en la Caravane toi^ 
vent pour la foif pafTée , pour la foif prcfen- 
te , ôc pour la foif future, ainii feit Hercu- 
les , de mode que par ceftuy excefTif hauife- 
ment de temps advint au ciel nouveau ^ 
mouvement de titubarion & trépidation , tant 
controvers 5c débat u entre les fois Aftro- 
logues. 

Ceft , dift Panurge, ce que Ton diû en pro- 
verbe commun : 

JLe mal temps pajfe , & retourne le bon y 
iPenàant qiCon trinque autour du ^ gras jam* 
bon. 

Et non feulement dift Pantagruel , repaif- 
fans & beuvans avons le temps haulfé , mais 
aufli grandement defcharge la navire : non en 
la façon feuUement que feut defchargée la cor- 
beille de Efope , fçavoir eft , vuidans les vic- 
tuailles , mais auffi nous emancipans; du jeuf- 
ne. Car comme le corps plus elt poifânt mort 
que vif , auffi efl l'homme jeun plus terreitrc 
& poifant , que quand il ha beu & repeu. 
Et ne parlent improprement ceulx qui par long 

voyaigc 



5 TAnulpement de tituhation CÎ7 
frépidatton ^c. ] Voiex Agrip- 
pa, de yanitate filent luïum , ch. 
3e rAftronomie. 

<S Gr^s jambon j En ce tcms- * 



là le jambon ctoit un des pre- 
miers mets du repas. Voieï 
les Contes d'Eutrapel , chap« 

21. 



Livre IV. Chap. LXVI. 54/ 

Voyaige aa matin beuvcnt , ôc dcsjeunenc , 
puis difenc : Nos chevaulx n'en irons que 
mieulx. 

Ne fçavez-vous que jadis les Amycléens fus 
touts Dieux reveroicnc & ndoroient le noble 
Père Bacchus , 6c le nommoient ^ Piila en pro- 
pre & convenance dénomination ? Piila en lan- 
gue Doricque , lignifie aeflcs. Car comme les 
oyfeaulx par aide de leurs aeflcs volent haulc 
en Faer legieiement : ainii par l'aide de Bac- 
chus 5 c'eft le bon vin friant & délicieux, font 
hault élevez les elperits des humains : leurg 
corps evidentement al aigris ; & afloupiy cQ 
qu'en eulx eftoit terreftre. 



Chapitre LXVI. 

Comment près Vljle de Ganabin au commaiî^ 

dément de Pantagruel f eurent les Mufeî 

faluées. 

Continuant le bon vent , & ces joyeulîC 
propous , Pantagruel defcouvrit au loing 
& apercent quelcque terre montueufe : laquel- 
le il monitra à Xenomanes , & luy demanda : 
Voyez-vous ci-davant à Orche ce hault rochiec 

a 

7 VJîU ] Yoiez les Laconiques dt Paufanias. 

Chapj 



^4^ Pantagruel, 

à deux crouppes bien refîèmblanc au mons Par* 
nalîèenPhocide ? Très-bien , refpondit Xe- 
nomanes. C'eft l'Ifle de Ganabin. Y voulez- 
vous de (cendre ? Non, dift Pantagruel. Vous 
faidles bien , dift Xenomanes. Là n'eft chofe 
aulcune digne d'eftre veuë. Le peuple font 
touts voleurs & larrons. Y eft touresfois vers 
cefte crouppe dextre la plus belle fontaine du 
inonde , & autour une bien grande foreft.'Vos 
chormes y pourront faire aiguade & lignade. 
G*eft , dift Panurge , bien & doélement par- 
lé. Hi , da , da. Ne defcendons jamais en ter- 
re des voleurs & larrons. Je vous aiïèureque 
telle eft celte terre icy , queiles aultresfois j*ay 
veu les Ifles de ^ Cerq & Herm entre Bretaignc 
& Angleterre : telle que * la Ponerople de 
Philippe en Trace , Ifles des forfans , des lar- 
rons , des briguans, des meurtriers , & afïàf-* 
fineurs ; touts extraidls du propre original, des 
baflès foiïès de la conciergerie. N'y defcen* 
dons poindt , je vous en prie. Croyez , fi non 

moy, 

le Roïaume , de là vient fans 
doute qu'il fait de ces deux pe- 
tites ifles des retraites de Garne» 
mens & de voleurs. 

z La Ponerople de Philippe en 
Trace O'c. ] Voiex Plutarque, 
dans fon Traité de la Curio-» 
fitë , n. lo. & Suidas , au mot 
A»\iav to'a<5- o\x il cite à ce 
fujetl'Hiftorien Theopompe,au 
1 1. 1 3 . de Tes Phili^pi ^ucs « 



Chap. LXVI. I Cerq CT 
Herm J Ce font deux petites 
Ifles 5 ou plutôt deux Rochers 
Blanchâtres entre Gernexai & 
Gerzai 5 anciennement dépen- 
dans de la Normandie > mais 
unis aTAn^ïleterreparGuillau- 
meleConquerant.Conimeappa^ 
l-emmenc c'étoitlaque duterns 
«le Rabelais fe retiroient les 
François qui pour quelque cr\-- 
|Be étoicnc obiigej de «jmttçr I 



Livre IV. Chap. LXVL J4jf 

moy j au moins le confeil de ce bon & faige 
Xenomanes. ils font par la more bœuf de bois 
pires que les Canibales. ils nous mangeroienc 
touts vifs. N'y delcendez pas ^ de grâce. 
Mieulx vous feroit en Averne defcendre. Ef- 
coucez. Je y oy par Dieu le tocquefing horri- 
ficque , tel que jadis fouloient les Guafcons en 
Bourdelois faire contre les guabelleurs ÔC 
commillaires. Ou bien les aureilles me cornent, 
3 Tirons vie de long. Hau. Plus oultre. Def- 
cendez y 5 diit frère Jean , defcendez y. Allons, 
allons , allons tousjours. Ainfi ne poierons 
nous jamais de gi^^e. Allons. Nous les fac- 
inenterons tres-touts. Defcendons. Le diable 
y ait part , diit Panurge. Ce diable de Moine 
icy, ce Moine de diable enraigé ne craindt 
rien. Il eit hazardeux comme touts les diables, 
6c poin6t des aultres ne fe foucie. Il lu y eit ad- 
vis que tout le monde eit Moine comme luy. 
Va , ^ ladre verd , refpondit frerc Jean , à touts 
les millions de diables , qui te puilïcnt anato- 
mifer la cervelle, 6c en faire des entommeu- 
res. Ce diable de fol eit li lafche ôcmefchanr, 

qu'il 



3 Tirons fie de long"] Termes 
de Marine pour dire^rfZ/ow.r che- 
min , tirons o«fr^.M de la Noue , 
pag. 5 5» de l'on Diétion. de ri- 
mes, édition de IS96. P'ie ^ ad- 
verbe , pour dire Allez vous- 
cn, yie. jLvier quelqu'un, c'eft 
comme Tenvoier ^ ou k mettre 



en voie & en chemin. En Lan- 
guedoc on dit au/îi uver yie de 
Icn^ pour pajjer chemin. De l'I- 
talien andar yia^ qui flgnifîe la 
même chofe. 

4-ladreve/d'] Homme fan» 
courage, mfenfible aux aiguil- 
lons de l'honneur* 

i 



5Ç0 Pantagruel, 

qu'il fe conchie à toutes heures de maie raîgé 
de paour. Si tant tu es de vaine paour conf« 
terne , n'y delcens pas , relte icy avec le i)a- 
guaige. Ou bien te va coucher foubs la ^ cotte 
hardie de Proierpine à travers touts les mil- 
lions de diables. A ces mots Panurge cfva- 
nouït de la compaign-e : & le mufîaau bas de- 
dans la Soutte , entre les croultes , miettes ÔC 
chaplis du pain, je fens , diit Pantagruel , en 
mon ame retra6lion urgente , comme li ieuft 
une voix de loing ouïe : laquelle me didl que 
n*y doibvions defcendre. Toutes & quante- 
fois qu'en mon efperit j'ayvtel mouvement fen- 
ty , je me fuis trouvé en heur refufant & laif- 
fant la part , dont il me retiroit : au contraire 
en heur pareil me fuis trouvé, fuivant la part 
qu'il me poufîbit : & ^ jamais ne m'en itpen- 
ty. C'eit , diit Epiltemon , comme le Dcmon 
de Socrates , tant célébré entre les Acade- 
micques. Efcoutez doncques , àii\ frère Jean, 
cependant que les chormes y font aiguade. Pa- 
nurge là bas contrefaiél le loup en paille , vou- 
lez-vous bien rire S faiétes mettre le feu en ce 

bail- 



s Cotte hardie^Sorte de cot- 
te j anciennement commune à 
l'un & à l'autre Sexe, Voicz 
Du Canoë au mot Cotardia , 
& Ménage au mot dtarate. 
Frère Jean envoie le peureux 
Panurge Ce cacher fous la totie 
hardi" de Proferpine , par allu- 
sion à ceitardife qu'autrefois on 



écrivoit 8c prononçoit couhar- 
die. Voiex Froidartjvol. z.ch. 
165. 

6 jfamatj ne m'en repentj^ ^-^ 
Reme de Navarre dans fea 
Mémoires dit à peu près la 
même chofe d'elle-même & 
de Catherine deMedicis fa Me- 
re. 



Livre ÎV. Chap. LXVII. jjt 

bafilic que voiez prés le chaftean guaillard. Ce 
fera pour faluër les Mufes de ceituy mons An- 
tiparnaiïè. Aufli bien fe guafte la pouldre de- 
dans. G'efl: bien di6l , refpondic Pantagruel, 
Failles moy icy le maiitre bombardier venir. 
Le bombardier promptement comparut. Pan- 
tagruel luy commanda mettre feu on baiilic, 8c 
de fraifches pouldres en tout événement le 
recharger. Ce que feut fus Tinflant faiél. Les 
bombardiers des aultres naufs , ramberi^es y 
guallions & gualeaces du convoy au premier 
defchargemenc du bafilic qui elîoit en la nauf 
de Pantagruel , mirent pareillement feu chafcun 
en une de leurs groiïès pièces chargées. Croyez 
qu'il y eut beau tintamarre. 

Chapitre LXVll. 

Comment Panurge ^ar maie t)aoHr fe conchia ^ 

& du grand chat RodiUrdus j venfa qns 

feuft un diMeteau, 

PAnurge comme ung boucq eftourdi , fore 
de la Soutte en chemife , aiant feuUemenc 
ung demi bas de chauffes en jambe : fa barbe 
toute moLilchetée de miettes de pain , tenenc 
en miin ung grand chatSoubelin attaché à Taul- 
tre demy bas de fes chaufles. Et remuant les 
babmes comme ung cinge qui cherche poulz 
en tefte , tremblant & clacquerant des dens , fe 
tira vers frère Jean , lequel eftoit affis fus le 

por* 



%5^ Pantagruel, 

portehaubant de triborc : & dévotement le 
pria avoir de luy compaffion : & le tenir en 
îaulve^arde de Ion bragmart. Affermant & ju- 
rant par fa part de Papimanie , qu'il avoit à 
hL'ure prefente veu touts les diables defchai- 
nez. Agua , m'en emi ( difoit-il ) men frère , 
men ptre fpirituel , touts les diables font au- 
jourd'hui dcnopces.Tu ne veids oncqucs telap- 
prelt debancquet infernal. Voy-tu la fumée des 
cuiiines d'enfer? ( Cedifoit montrant la fumée 
des pouldres à canon deffus toutes les naufs. ) 
Tu ne veids oncques tant d'ames damnées. Et 
fçaiz-tu quoy ? Agua , men emi , elles font tant 
douillettes , tant blondelettes , tant délicates, 
que tu dirois proprement que ce feuft Ambrofie 
Stygiale. J'ay cuidé ( Dieu me le pardoint ) que 
feufïèntames Angloifes. Etpenfe qu'à ce ma- 
tin ait dié l'ifle des chevaulx présEfcolTe par ' 

les 



CkAP. LXVII. I Les Sei- 
gneurs de Termes CJ'DeJfay <0'c.'] 
Ceci arriva environ le mois de 
Juillet 1548. Henri 11. Roi de 
France avoit envoie un fecours 
de fix mille hommes aux Ecof- 
fois qui depuis quelques années 
ctoient en guerre avec l'Angle- 
terre. Les Anglois annt furpris 
fur lesEcoflbis Tlfle de K^'/^f 
André de Montalambert Sieur 
de Deflé qui commandoit le 
fècours de France prit de û 
bonnes mefures pour rentrer 
dans cette Ifle , qu'à une def- 



cente qu'il y fit dix - huit jours 
leulement après la priie 5 ce 
brave homme fe -rendit maître 
de rifle ) après un combat ou 
les Anglois perdirent quatre 
cens hommes & tout leur ba- 
gage. Voirz M. de Thou 3 1. 
S fur l'an 1548 Cétoient les 
âmes de ces Anglois y que Pa- 
nurge croioit avoir apperçûës 
dans l'Enfer que la peur lui fai- 
foit voir entr'ouvert ; & elles lui 
paroiiî'oicnt douillettes , blonde- 
lettes -y & délicates, ^ZïQt qu'en 
effet les Anglois font blons 8c 
blancs. 



•^ autrement l'IJle aux Cheyanx% 



Livre I V. C h a p. LXVII. 5Ç5 

Ss Seigneurs de Termes & Deilày faccagée ÔC 
fâcmentée avecques touts les Anglois qui Ta- 
voient furprinie. 

Frère Jean à Tapprother fe fentoit je ne fçay 
quel odeur aultre que de pouldre à canon : à 
quoy il tira Panurge en place , ôc apperceuc 
que fa chemife eftoit toute foireufe ôc embre- 
née de frais. La vertus retentrice du nerf qui 
reftraincSlie mufcle nommé Sphjn6ler ( c'eft le 
trou du cul ) eftoit dillbluë par la Veîiemence 
de * la paour qu'il avoit eu en Tes phantailic- 
ques vidons. Adjoinél le tonnoirre de telles 
canonnades : lequel plus eft horrificque par 
les chambres baiïès que n'eft fus le tiilac. Car 
ung des fymptomes & accidens de paour eft, 
que par luy ordinairement s'ouvre le guifchec 
du ferrail onquel tH à temps la matière fécale 
retenue. Exemple en Meilere Pantolfe de la 
Caffine Senois. Lequel en pofte paflànt par 
Chambery, & chez ' le faige mefnagier Vinec 
defcendent , print une fourche de Teitable , 
puis luy dift : Da Roma in cjna io non fon an^ 
dato del corpo. Di gratta pigliain mano quef}:^ 

for" 

fclancs , plus délicats qu'aucun \fum animx virtute deferti-, luxant 



autre peuple du Norr. 

z La paour CJ'f . j Macrobe, 
I. 7. chap. XI. de Tes Saturna- 
les : hinc C7 laxamentum ventris 
comitatur timorem : quia mujiu- 
ii, qHibus tlaudebantur retnmen- 
f^rnm meatus , fugientis intror' 



ymculay quibus retnmenta ufqut 
éid digejltoni » opportumtatem . on* 
tinebantur, 

3 le faille vn'fnAgier Vmtt J 
Ménager eft pris ici pour £(o- 
nome-, qui gouverne le ménage 
de rhôtcUene. 



Tome /r, Z + 



}Ç4 Pantagruel^ 

forcha y & fa mi paura. Vinet avecques là 
fourche faifoit plufieurs tours d'efcrime , com* 
me faignant le vouloir à bon eflient frapper» 
Le Senois luy dift ; Se m non fat altramente , 
tu non fai nnlla. Fera sfortati di adoperarli 
pi guagliardamente. Adoncques Vinet de là 
fourche luy donna ung fi grand coup entre col 6c 
collet , qu'il le jecSta par terre à jambes rebi- 
daines. Puis bavant & rient à pleine gueule f 
luy dift ; Fcfte Dieu , Bayart , cela s'appelle y 
Datum Camheriaci, A bonne heure avoit le 
Senois fes chauflès détachées. Car foubdain il 
fianta plus copieufement que n'euiTent faiét 
neuf Beufles & quatorce "^ Archiprebftres 
d'Aoftie. Enfin le Senois gratieufement re- 
mercia Vinet , & luy dit : !o ti ringratio ^ bei 
J\4elfere. Cost facendo îh m'hoi efparmi^ta lit 
fpe^a d'un fervit taie. Exemple aultre on Roy 
d'Angleterre , Edouard le c;uin Maiftre t ran- 
çois Villon banni de France s'eiloit ^ veisluy 

re- 



4 Archifrehjires d'^ofîie'JLe 
bufle eft une efpece de bœuf 
fauvage, commun en Italie, & 
vraifemblablement plus connu 
encore à Oftie que dans les au - 
très Villes du même pais. C'eft 
apparemment ce qui a donné 
lieu à Rabelais toujours enne- 
itii des Eccléfiaftiqiies d'accou- 
pler enfemble lesbufles , & les 
Archiprêrres d'Oftie , comme 
devant être plus grands man- 
geurs encore que le commun 



âes bœufs êc les /împles Vtè* 
très. Ailleurs déjà , 1. 1 ch. 21* 
l'Auteur emploie un Proverbe 
qui fuppofe que les Archidia- 
cres fe moryem plus copieufe-» 
ment que les lîmples Diatres, 

5 Fers Iny retiré j Françoit 
Corbueiirurntjmme/^i//6» avoit 
fait plufieurs friponneries pour 
raifon defquelles en l'année 
146 1 le Châtelet Tavoit con- 
damné à être pendu. Le Parle- 
ment aiant converti la peine de 

2B0X( 



Livre IV. Chap. LXVII. jy^ 

fetîré : il l'avoir en fi grand privauité receu ^ 
que rien ne lu 7 celoit des menues négoces de 
ù maifon, XJng jour le Roy fufdiél , eitant à 
fes affaires monltra à Villon les armes de tran- 
ce en painélure , ôc luy dift : Vois tu quelle ré- 
vérence je porte à tes Roy s François ? Ailleurs- 
n'ay - je leurs armoiries qu'en ce retraiét icy 
près ma Telle perfée. Sacre Dieu ( refpondic 
Villon ) tant vous eftes faigç , prudent , en-» 
tendu Ôc curieux de voftre (anté. Et tant bien 
cites fervy de ^ voftre do6le Medicin Thomas 
Linacer. Il voiant que naturellement fus vos 
viculx jours eftiez çonftipé du ventre : Ôc que 
journellement vous failloit on çul forrer ung 
apothecaire ^ je dis ung clyftere , aultrement 
ce poviez vous efmutir , vous ha fai6t icy apte- 
ment , non ailleurs , peindre les armes de Fran- 
ce , par finguliaire & vertuëufe providence» 
Car feuUement les voiant , vous avez telle ve- 
zarde , & paour fi horrible , que foubdain vous 
fiantez comme dixhuiét ^ Bona^fes de Paeonie*. 

Si 



mort en un banifTement, Villon, 
qui d'abord s'étoit retiré à S- 
Maixant dans le Poitou , pafla 
de là en Angleterre,n'aiant pour 
lors que trente ans , comme il 
le dit lui-même au commence- 
ment de Ton grand Teftament. 

6 yojlre dcBe Medicin Thomas 
linacer j Thomas Linacer mou- 
»ut âgé de 64.. ans en 1 524* & 
ii nous en croions Konigius en 
Ça bibliothèque , il ne fu{ Mé- 



decin que des Rois Henri VII« 
& Henri Vlll. D'ailleurs, E- 
douard V. n'a commencé à ré- 
gner qu'en 14S3. dix-huit ans 
entiers depuis l'exil de Villon», 
Ainfi , comme il n'y a pas d'ap- 
parence que cet exil ait duré fi 
long-temps, il y en à beaucoup, 
que tout ce que raconte ici Ra- 
belais d'Edouard V. & du Poés*^ 
Villon n'eft qu'une fable. 
J^Boiutfes de f<eome J Pline > 



5Ç6 PANTAGRUEt-ï 

Si paindles eftoient en aultre lieu de voftremaSf* 
fon,en voftre chambre , en voftre ralle,en vof- 
tre chapelle , en vos gualeries , ou ailleurs : fa- 
cre Dieu , vous chieriez par tout fus l'inftanc 
que les auriez veuës. Et croy que fi d'abondant 
vous aviez icy en paindlure la grande Orifian- 
be de France , à la veuë d'icelle vous rendriez 
les boiaulx du ventre par le fondement. Mais 
hen , hen , at^ne îternm hen. 

Ne fuis- je Badault de Taris ? 

De Paris j dis- je ^ aup^'es Pontoife : 

Et d'une chorde d'une toife 

S f aura mon coul j que mon culpoife» 

Badault , dis-je , mal avifé , mal-entendu ^ 
mal-entendent , quand venant icy avecques 
vous , m*esbahifibis de ce qu'en voftre cham-» 
bre vous eftiez faidl vos chauflês def tacher. 
Véritablement je penfois qu'en icelle darriere 
la tapiflèrie , ou en la venelle du liél feuft vof- 
tre felle perfe'e. Aultrement me fembloit le cas 
grandement incongru , foy ainfi deftacher en 
chambre pour fi loing aller au retraicSt ligna- 
gier. N'dl-ce ung vray penfement de Badault? 

le 



la 8. ch. i5« parle de cet animal, 
qui félon Im , eft de la grofleur 
d'un taureau , mais plus trape. 
Les Remarques fur le 4. Livre 
attribuées à Rabelais lui-même 
difent que quand U benare Te 



fent prefle par les chiens , il le» 
écarte en élançant conir'eux de 
quatre pas Se davantage fa fien- 
te , qui eft fi ardente qu'elle 
leur brûle le ^ oU^ 



& 



Livre IV. Ch a p. LXVII. 357 

le cas eit fai6l par bien aultre myftere , de par 
Dieu. Ainfi faifant , vous faiélts bien ]e dis 
fi bien , que mieulx ne fçauriez. Faiéles vous à 
bonne heure, bien loing , bien àpoindt délia- 
cher. Car à vous entrant icy , n'eflant def- 
taché , voyant ceites armoiries : notez bien 
tout : facre Dieu , le fond de vos chaufïès feroic 
office de Lafanon , pital , baffin fecal & de feile 
perfée. 

Frère Jean efloupant fon nez avecques la 
main guaufche , avecques le doigt indice de 
la dcxtre monftroit à Pantagruel la chemife 
de Panurge. Pantagruel le voiant ainfi efmeu , 
tranfif , tremblant , hors de propous , conchié > 
& égratigné des gryphes du célèbre chat ^ Ro- 
dilardus, ne fe peut contenir de rire, & luy difl: 
Que voulez vous faire de ce chat > De ce chat > 
refpondit Panurge : Je me donne au diable , fi 
je ne penfois que feult ung diableteau à poil 
follet, lequel n*aguieres javois ^ cappiettement 
happé en Tapinois à belles moufles d'ung bas 
de chaufles , dedans la grande hufche d'enfer. 
Au diable foit le diable. 11 m'haicy defchiqueté 
la peau en barbe d'efcreviiïè. Ce difant jeélabas 
fon chat. 
Allez , diil Pantagruel , allez de par Dieu y 

voua 



% Kodtlardtts ] Rongeur de 
lard L'Inventeur de ce nom eft 
f/j/zMj Calentiuf uil à^ lUuItxes 

fiç PatU Jove. 



9 Cappiettement happé j Prij 
avec Je pié d'un bas chaulTé sa. 
guife de fflouile« 



J4 



Jjè Pantagruel, 

vous eftuvcr , vous nettoyer , vous afceurcr f 
prendre chemife blanche & vous reveftir. Dic- 
tes -vous , refpondit Panurge , que j'ay paour î 
Pas maille. Je fuis par la vertus Dieu ^° plus 
couraigeux , que fi j'euflè aultant de moufches 
âvallé , qu'il en eft mis en pafte dedans Paris ^ 
depuis la felle fainél Jean , jufques à la Touf- 
fain(Sls. Ha , ha, ha. Houay. Que diable eft 
ceci ? Appeliez vous ceci foire , bren , crottes, 
merde , fiant , dejeélion , matière fccale , ex- 
crément, ** repaire, ^*laifïè, efmut , fume'e, 
eftront , fcybale ou * ' Spyrathe ? C'eil ( croy- 
je ) ''^ faphran d'Hibernie. Ho , ho , hie. Ceft 
faphran d*Hibernie. *^ Sela. Beuvons, 

10 PIh< couraigeux ^c» ] La I l^Saphran d'Hibernie"] AHu* 
mouche eft le fymbole de la té- ! fion A*Hiber,iie à bren, 
mérité , en ce que cet in Cette fe ) i s Sela Rjeuvonj ] Certaine-» 
jette furtout 5 au péril de fa : ment c'eft du faffran. Dans lc« 
vie. Delà le proverbe- 1 éditions nouvelles on lit Cf/-«j 

1 1 R^epaire j La fiente du la- ' 
pereau. 

1 2 Laijje ] La fiente du San- 
glier. 

13 Spyrathe] C'eft ainfi qu'il 
faut lire , non pas lyparate > 
cotni 



mais on doit lire > Sela , mot 
Hébreu qui contient une affir- 
mation ferieufe & véhémente. 
C'eft une Allufion au Sela qui 
termine plufieurs leçons du 
faut lire , non pas fyparate >| Chœur, après quoi chacun fon» 
comme dans les nouvelles édi- j ge à aller boire, 
•ions. I 



lin du giiaméme Tome, 



I , 



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