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Full text of "Oeuvres de M. Boileau Despréaux"

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fl- 




r 



(E U V RE S 

D £ 

M. BOILEAU DESPRÉAUX. 



ŒUVRES 

DE 

M, BOILEAU despréaux: 

Nouvelle Édition, 

Avec det Eclahreijfemens Hiftoriquet donnés par Im-mêmet 
& rédigés far M. Brossette ; augmmtée dt plufin/rt 
PièctSytant de l'Auteur,qu'iuant rapport àfes Ouvrages; 
avec des Remarques & des Dijfertations Critiques. 

Par M. DE SAINT-MARC. 
/ / 

Tome I. 




A PARIS, 

r'\,„S D A V 1 D , à la Plume d'Or.? „,^ - ,„ 
^« tOuRAND.au Griffon. J ™c S. JacquM 



MDCCXLVII. 
Jf^C APPROBATION ET PfLiyiLEGE DU ROI, 



'.P^ 









/. 




AVERTISSEMENT. 

\j AN S k touts de cetti nàuvellc Edition dei 
Oeuvres de M. DeCçvéaux, f ai pris foin, pâi^ 
tout ok les chofes le demandaient , d'annoncer 
•par des Avertiiremens particuliers ce que faU 
Uns faire ; & par ce moten le Leifeur eft inftruit 
» mefure quil à befoin de Pêtre. Cette 'Voie m'a 
paru préférable à celle d'une longue Préface ^ 
que Jouvent on ne lit pas , ou dunt on ne fe foU'^ 
vient plus après P avoir lue. il me refte donc affet 
peu de choje à dire ici. 

I. Le principal deffiin 9 que fon s^eji propdfe 
dans cette Edition , c^eft a y rétablir en entier 
le Commentaire de M. ËrofTette i parce que 
le Public a paru lefouhaiteré 

I I. favois projette de retoucher partout U 
StUe y Jouvent dur & diffus de ce Commentaire j 
maïs je n'ai pas ité pbis km que k prnm& 



îj AVERTISSEMENT. 

Tome. D^ autres, objet f rrlont faru mériter toute 
mon attention s & ce neji , dans les autres Vo^ 
lûmes , que très-rarement que fai fait quelques 
levers changemens aujiile de M. Bro(ïètte. 

m. Z/'Orcographe eji un article ^ qui rrCa 
beaucoup emharrajjé. Comme f avois Jous les ieux 
les Editions de \6j\. de i68j. de 16^^. de 
.1701. ^•4^1713. fa^oispmÂ^akord le parti 
de me décider - par la pluralité des Editions. 
Maïs , je V avouerai fans peine , il ne m^a pas 
été pojphle de tenir longtems contre Vennui de 
cette efpèce de travail. Cefl pourquoi , depuis Pim» 
jreffion des cinq ou ftx premières Feuilles ^ aiant 
appris que /^Edition de 1701, etoit la feule ^ dont 
jM. Delpréaux eut revu lui-même toutes les Epreu- 
ves , fai cru devoir uniquement en fuivre TOr- 
tographe , & je me fuis efforcé de la répré" 
fenter telle qu^^Ue efi. Ceji an fonds quelque chafè 
de trè s 'in défirent ^ &^fifen avois fait d^ abord 
la réflexiifn ^ faurois profité de f exemple judi- 
cieux de M. Jolly , qui dans les excellentes Edi- 
tions , quil nous donne de nos Poètes Dramati- 
ques , les ramène tous à /'Ortographe aujour- 
^hui la plus ttfitée. Par là faurois évité Pinçon" 
mnient d'un manque d'uniformité, qui doit tou* 
jours être un peu défagréable s & qui fe fera £aur 
tant plus remarquer icuque M. Defpréaux ;ï'^ït;rf^ 
rien df fixe à cet égard, & que fouvent dans la 
même page le même mot efi écrit de deux manières 
différentes^ Comme je confervois Jon Ortographe i 



AVERTISSEMENT. Ui 

et in^eloh une ^pèce d^ obligation de conferver aujjl 
celle des différents Ecrivains y dofJtfai fait entrer 
quelques morceaux dans ces quatre Volumes. 

IV. On a commencé r Imfrejfion aujfi'tot qui 
je me fuis mis à l'Ouvrage , & même avant que^ 
jeuffe aucun flan arrêté. Je n^ai fait Jùjpendre * 
qu£ quand des maladies rr^ont forcé de monter- 
rompre moi-même ^ & je puis dire à la lettre que 
je fournijjois à mefure que l'on imprimoit. Cette 
manière de faire des Livres , qui n^efl ni de mon 
choix , ni de mon goût, & qui me femble la plus 
propre de toutes à ne produire rien que de mé^ 
diocre , entraîne après elle beaucoup d'inconvé* 
fiiens. Je ne puis pas me fiater de les avoir tous 
évités dans cette Edition , ou je ne fais encore 
qu^ entrevoir bien des chofes , dontfofe croire qu'el- 
les auroient été moins mal , fifavois pu revoir k 
loifir tout mon travail de fuite. 

V. Pour la diflribution des Volumes & des Piè-^ 
ces i qu'ails contiennent , favois comté d abord laijfet 

fubfifler V ordre de /'Edition de M. Broflètte* 
Dans la fuite j'ai cru devoir me conformer en gé^ 
néral à celui que M. Defpi eaux avoit donné lui" 
même àfon Edition favorite de 1701. Par là U 
IV. Tome de M. Broflètte eft devenu mon llh 
Volume. Cefl pourquoi^ dans les deux premiers 
Tomes y quand je renvoie au IV. cefi au III. 
qu'il faut recourir ,• & réciproquement c\fl le IV4 
qu'il faut confulter lorfque je cite le III. 

VI. Les Vignètes du h Tome m'ont impofé U 



iy A V E R TlSSEMENT. 

loi de faire finir prej^ue toute t les Pièces à ce qu^m 
nomme le redo Au Feuillet , four éviter £ offrir * 
dans cette page un vuide déjagréahlo; & par 
là je me fuis vu force y malgré moi , (Rallonger 
afpls maladroitement quelques Notes , & d^en 
refferrer d'autres peut-être plus maladroitement en^ 
core. 

VII. Je me fuis imagine qu^ilferoit utile que 
cette Edition répréfintât, outre celle de M. BroC- 
fette, les différentes Editions, qu^on a données 
diaprés ou depuis la fienne. Cejl pour cela que jt 
rens comte par tout de ce que les autres Editeurs 
ont fait. Je relève en même tems leurs fautes ave f 
une liberté j dont ceux qui viendront après moi, ' 
pourront ufer à mon égard , fans craindre de m'of- 
fenjer. Cette partie de mon plan ^ qui m' a jette dans 
beaucoup de menus détails affés ennuteux , 972V 
blîge de mettre à la fuite de cet Avertiflèment 
ceux des différents Editeurs , ^n qu*on voie d'un 
coup d'œil ce que chacun s^êtoit propofé. Dans 
tout ce que f ai fait à leur exemple , je me fuis dé" 
terminé par les mêmes raifons , qu^ils avoient eues ; 
& je puis me difpenfer de les copier. Il fer oit enco^ 
re plus inutile- de détailler ici pourquoi je me fuis 
écarté quelquefois des routes , qtiils avoient fui^ 
vies ; je n^ ai pas manqué d^ en injiruire le LeSieur 
à chaque occafion. 

V 1 1 L Quelque nombreufes quefoient les No- 
tes, que j'ai jointes à celles de mes Frédeceffeurs ^ 
& quelque étendue que je leur aie donnée^ il me 



AVERTISSEMENT. ^ 
rtfte cependant à dire haucottp de chofes , cjfiï ne 
me paroijfem pas moins utiles que celles que j'ai 
dites. Qefi ce qui m'engage à donner , en même 
tems que cette Edition , des ElFais Philologiques , 
qui luiferviront en partie de Supplément ^ & qui 
feront précèdes du Bol^cana./^ n'ai pu lui trou* 
ver place dans ces quatre Po lûmes, quoique mon 
dejfein fit de Vy faire entrer ^ comme on le verra 
par la manière , dont je le cite en dijférens en^ 
droits. Ce Recueil y ^ainfi que tous ceux de fin efi 
péce, eft un mélange de bon & de mauvais. 
Le Public ne l'a pas autant fêté que fin Editeur 
Vefpéroit. Je crois qu'il eut été mieux reçu , lorfi 
que la vogue des Ana duroit encore ; & que ce qu'il 
peut renfermer d'utile ou d'agréable , niautortfi à 
ne le pasfiipprimer^ 

IX. Enfin je défins quelquefois, M. Defl; 
prçaux contre les mauvaifis Critiques, , que Fon 
a faites de plufieurs endroits de fis Ouvrages ; 
tn^is quelquefois auffi je reprens très-librement ce 
qui me par oh digne de cenfure. Cefl fur tout ce 
qu'cA^igeqlt de moi le dejfein , que j'avois d'être 
utile. 

, Toi confidéré les Ouvrages de cet illujhe Au- 
teur , cornme étant , pour ainftdire, le fiul Livre 
Cl^flîque que nous euffîons en notre Langue. 
Vufage dç ce Livre entre dans tous les plans dE^ 
ducation; & nous rien avons point en effet» qui 
fiit plus propre à former Fefprit des jeunes gens » 
Ç^ P^ l'injfruilion ^ & par t exemple. Cefi l^ 

^iij 



Vj AVERTISSEMENT. 
hutf OH M. Defpréaux , que l'on -peut nommer y k^ 
jufle titre, le Poète du Bon-fens &c de la Vertu, 
voiiloit atteindre dans tous fer Ecrits $ & cefi ce 
qu'annonce la Devife , qum avoit fait graver ari 
commencement de toutes fes Editions , & que 
fai placée au haut de cet Avertiflèment. En 
remplijfant les vues de M. Defpréaux à V égard 
de /'Utile, je n^ ai pas du prétendre marcher fur 
fes traces par rapport à /'Agréable ; & fans dou-» 
te on ne l^ exige pas de qui n^a pour devoir unique 
que dHinflruire. 

Ceji principalement aux jeunes gens , que je 
confacre mon travail; & c^eft pour eux fur tout 
qu'il efi vrai que la Critique doit s'exercer par pré^* 
férence fur les meilleurs Auteurs^ Ces Auteurs 
font des modèles , dont il efi néceffaire de faire 
remarquer les défauts a des Efprits , qui n étant 
joint capables de difcerner par eux-même ce qui 
doit être regardé comme de véritables fautes , cfr 
moins encore ce qui ne doit pajfer que pour des né* 
gligences , ont befoin qu^on les aide à faire mûrir en 
eux le Jugement & le Goût, Mais , s^il efi impor^ 
tant d^ apprendre à bien écrire , il efi beaucoup plus 
important de s^accoutumer à penfer avec juftejfe. 
Je nai donc pas borné ma Critique à ce qui rn^â 
-paru répréhenfîble pour le Stile. Je m^ attache auffi 
trés-foHvent au fondr des chofes ; & lorfque j^a^^ 
vertis , 4 cet égard , de quelques inexactitudes 
échappées à M. Defpréaux ; je crois me confor-^ 
mr d^ pliss fn plus à fes intentions , ^ contuiuer^ 



AVERTISSEMENT. vîj 
€n quelque forte , ce quil avoit fait pendant toute 
fa vie , cefi-à'dire , indiquer le véritable but oh 
Von doit tendre 9 & montrer la nécejfité de préférer 
la Raifon à PEffrit. 

En travaillant jour les jeunes Gens , fat voulu 
rendre auffi quelque fervice aux jeunes Maîtres. Je 
conçois quel doit être l'embaras de la plujpart^ 
quand , au lieu de cette abondance d* Idées , qu^ils 
fentent leur être nécejfaire , ils nen voient chés eux 
qu'une difette capable de les décourager. Je fartage 
leur peine , & je leur offre ici , fur les matières qui 
fe font préfentées , desfecours , faibles à la vérité, 
mais qui , s^unijfant à leurs propres lumières , n^ 
doivent pas leur être abfolument inutiles* 

Voilà toutes les vues que je 79e fuis propofées ^ 
& les Le fleur s , auxquels j'ai dejlinémes Notes 
& mes Diflèrtatioiis Crîtiques. S'il leur en re^ 
vient quelque avantage ; je n aurai point à me ror 
pentir d avoir mis deux ans à ce travail , qui neft 
rien moins qv!dmufant. S'ils n'en retirent au con^ 
traire aucun profit , je ferai le premier à me con^ 
damner d' avoir fi mal emploie mon temSy & je ne 
me croirai pas fufpfamment jufiifiépar la bonté d% 
mes internions. 



4^+ 



* IV 



vHj AVERTISSEMENT 



AVERTISSEMENT 

Mis par M. Brossette à la tête de foa 
flditioriy qui parut à Gpnèyç çn 1717. ei^ 

xL N publiant un Commentaire fur les Oeuvres <îe 
Monfieur Boîleau-Defpréaux , j'ai eu delTeln de don* 
ner une édition du Texte, plus par&ite que tou* 
les celles qui ont paru. Pour la rendre telle , j'ai raf^ 
femblé avec foin tout ce qui eft fprti de la plume de 
cet illuftre Ecrivain. Je don^e des Pièces entières 
qui n'avoient pas encore vu le jour ; je confèrve les 
endroits qu'il avait retranchés de quelques éditions: 
enfin jufqu'aux moindres fragmens » toiJ(t fe trouve 
îpi , revM plus exaâement que jamais. 

J'ajoute des ÇclairciiTemens hîftoriques au Texte 
de rÂuteur ; & je n'impofe point quand j'annonce 
dans mon titre > qu'ils m'ont été donnés par l'Auteur 
lui-même : car je n'avance prefque rien qui ne foit 
(iré ou des conversations que j'ai eues avec lui , oif 
des lettres qu'il m'a. écrites, La haute idée que j'avois 
âe fes Ouvrages , ni'aîant fait fouhaiter de le connoi* 
tre , je ne troi|vai en lui ni cette faufle modeftie » 
ni cettQ vaine ofientation , fi ordinaires aux perfbnr 
lies qui ont acquis une réputation éclatante : & , bieq 
diâferent de ces Auteurs renommés qui perdent ^ 
être vus de près , il me parut encore plus grand dan^ 
ià Converfation que dans fes Ecrits. 

Cette première entrevue donna naiflànce à un com« 
merce intime qui a duré plus de douze années. L4 
grande inégalité de fon âge & du mien ^ ne l'em* 
t)é#ha point de prendre çoi^qce en 9191 : U m'o^v^,^ 



DE M. BROSSETTE. ix 

itntterement fon cœur ; 8c quand je donne ce Com- 
mentaire , je ne &îs proprement que rendre au Public 
le dépôt que cet illufire Ami m'avoît confié. 

S'il eut la complaifance de m'apprendre toutes les 
particularités de Tes Ouvrages , je puis dire que de 
mon coté je ne négligeai rien de ce qui pouvoit me 
donner d'ailleurs une conhoiiTance exaâe de certains 
^ts qu'il touche légeremenjt > & dont il m'avouoit 
qu'il ne (cavoit pas trop bien le détail. Mes recherches 
ne lui deplaifoient pas ; de forte qu'un jour comme 
je lui rendois compte de mes découvertes : A fasr 
dont vous y allez , me dit-il ,' vom ff aurez, mieux 
votre Bateau que vuti-mêmim 

Ce n'eft donc pas ici un tiffu de conjeôutes , ha- 
tardées par un Commentateur qui devine : c'efi le 
fimple récit d^un Hiftorien qui raconte , fidellement ^ 
& fouvent dans les mêmes termes , ce qu'il a apris 
de la bouche de TAuteur original. En un mot , c'eiè 
FHiftoire fecrette des Ouvrages de Mr. Defpréaux* 
Mais c'efi auffi , en quelque façon , l'Hifioire do Ton 
Siècle. Car comme il y a eu peu d'Ecrivains de ce 
tems-là qu'il n'ait nommés , en bien ou en mal ; peu 
d'évenemens de quelque importance , qu'il n'ait in- 
diqués ; mon Commentaire embraife le détail de ces 
diverfès matières. Ainfi^ Ton y trouvera quantité 
d'anecdotes littéraires & hiftoriques, peut- être alTez 
curieufes d'elles-mêmes pour attacher \ts Leâeurs » 
& pour fupléer à ces grâces interreflantes que je fe- 
roispeu capable de répandre fur mon Ouvrage. 

âien loin de m-abandonner â cette aveugle préven- 
tion tant reprochée aux. Commentateurs, j'airaporté 
aflez exaâement les critiques qu'on a faites de mon 
Auteur, pour peu qu'elles m'aient paru fenfées. J'ai 
crû , qu'à l'égard de mes Leâeurs , je derois moins 
«e regarder comme l'Ami de fa Perfonne , que com- 
|ne l'Interprète & l'Hiftorien de Ces Ecrits, 
^fl parlant des personnes qui y (ont nommées , je 



X AVERTISSEMENT 

me fuîs attaché particulièrement à faire connoitrc 
celles qui font plus obfcures > & dont les noms fe* 
roient peut- être ignorés fans les Satires de dotre Au* 
teur. Dans le tems auquel ijles publia, telle Perfon* 
ne étoit fort connue à la Cour ou à la Ville 9 qui he 
Teft plus maintenant : comme ÏAngéli , le Savoïard^ 
& un tas de mauvais Ecrivains qui font nommés dans 
les Satires. Tel Evénement faifoît alors l'entretien 
de tout Paris , qui peu de tems après fut entièrement 
oublié : comme le Siège foûtenu par les Aueuftins , 
dont il e(l fait mention dans le premier Chant du 
Lutrin. Voilà principalement quels font les fujets 
abandonnés a la prévoiance d'un Commentateur con- 
temporain , dont la fonâion eft de fixer de bonne 
heure la connoiiTance des chofes qui vraifemblable- 
ment ne pafleroient pas jufqu'à la pofterité. 

Cette réflexion s'adreffe fur tout à ceux qui fèroient 
tentés de rejetter quelques-unes de mes remarques » 
parce qu'elles leur paroitroient moins importantes que 
îa plupart de celles qui entrent dans ce Commentaire. 
J'ai eu deifein d'écrire pour tout le monde ; pour les 
Etrangers aufTi bien que pour les François ; pour la 
Pofterité encore plus que pour nôtre Siècle. Dans 
cette vue , ne devois-je pas expliquer ce qui regarde 
nos ufages , nos modes & nos coutumes î Un Franr 
çois qui lira aujourd'hui mon Commentaire , ne 
fentira pas le befoin de cette explication ; mais nos 
Neveux fans doute m'en fçauront gré : & les Notes 
qui peuvent maintenant paroitre inutiles , ou qui 
fèmblent n'avoir été écrites que pour la fîmple curio- 
fité , deviendront toujours plus néceifaires , à mefure 
que l'on s'éloignera du Pats & du Siècle où nous vi> 
Yons. 

Quelle ûtisfaâîon & quel avantage ne feroit-cc 
pas pour nous , fî les Anciens avoient laifTé des Eclair- 
ctiTemens de cette forte, fur Horace , fur Perfe , fur 
Javenal! S'il? nous avoient inflruits fur une infini^ 



DE M. BRO s s ET TE. xj 

ti de faits , d*u(àges , de portraits , d'allufions , que 
nous ignorons aujourd'hui , que Ton ignorera tou- 
jours , & dont néanmoins l'explication donnçroit un 
grand jour à ces Auteurs ! Au défaut de ces connoîl^ 
fances , les Commentateurs qui font venus après , 
ont été obligés de fe renfermer dans la critique des 
mots , critique sèche» rebutante, peu utile; & quand 
ils ont tenté d^éclaircir les endroits obfcurs 9 à peîne 
ont-ils pu s'élever au deflus des doutes & des conjec- 
tures. 

L'obftuTÎté que l'éloignement des tems ne manque 
jamais de jetter fur les ouvrages de mœurs 8c de carac- 
tères , reriemble à la poufficre qui s'attache aux ta- 
bleaux , & qui en ternit les couleurs , (ans les détruire 
entièrement. Un œil habile peut quelquefois percer 
à travers ce voile , & découvrir les beautez de la Pein- 
ture : il en voit l'ordonnance & le deflein , quoique le 
coloris en paroifle prefque effacé. Un Commentateur 
tâche , pour ainfî dire , d'enlever la pouffiere qui cou- 
vroit fon Auteur , & de faire revivre les couleurs da 
tableau. Mais celui qui prépare un Commentaire fous 
les yeux de l'Auteur même , & de concert avec lui , 
prévient toute obfcurîté, & conferve jufques aux 
moindres traits , ces traits délicats & prefque imper- 
ceptibles qui s'effacent fi aifement, & qu'il efl im- 
poffible de rappeller quand une fois ils font effacés. 

J'ai donc quelque fujet d'efperer que ce Commen- 
taire fera utile & agpéable au Public : on peut dire 
de ce genre d'Ouvrage , ce qu'un Ancien a dit de 
l'Hiftoire , qu'elle flmt , de quelque manière quelU 
fait écrite. ( i ) La peinture qu'elle fait des vertus & 
des vices , des guerres , des changemens d'Etats , des 
révolutions mémorables , lui donne ce privilège. On ne 
verra ici que trés-peu de ces faits éclatans^ mais on 

( I ) Hillfria quç^umodo fcripta deUSât^ Plia. L. 5 . £p. 8. Bross* 



I 



xïj AVERTISSEMENT 

y trouvera des particulîarhés fecrettes , Ibuvent piaf 
interreflantes par leur fîngularité & par leur nouveau- 
té. C'eft double (àtîsfaâion , quand à la connoifTance 
générale des faits, on ajoute celle des motifs & des 
caufes qui les ont produits. Un Leâeur s'aplaudit de 
devenir en quelque manière , le Confident d'un 
Ecrivain célèbre , & d'être admis dans le fecret de (es 
penfées. Il entre dans cette efpèce de confidence , un 
air de miftère qui flatte également la curiofité & 
l'amour propre. 

Mes Notes font dîfttnguées par les titres de Ché§n* 
gemens , Remarques Se Imitations, 

Dans le premier ordre de Notes , j'ai raporté les 
Changemens que TAuteur a îàlis dans les diverfes édi- 
tions de Tes Ouvrages, & quand je Tai crû nécefTaire, 
j'ai expliqué les raifons qui Tont obligé à faire ces 
Changemens. Il ne fe contentoit pas de dire bien : 
il vouloit que 1-on ne pût pas dire mieux. Souvent 
il a changé des endroits qui auroient païïe pour 
achevés , s'il n'en avolt pas fait apercevoir les dé- 
fauts ou la foibleiTe , par (es correâions. Rien peut- 
être ne pouvoit mieux faire connoitre Ton génie, 
que de rapprocher ainfi Tes différentes manières de 
penfer & de s'exprimer (ur un même fujet, quoique 
moins heureu(ès les unes que les autres. C'efi, fi 
j'ofè ufer de ce terme y la fuccefCon généalogtoue 
de (es penfées. On y voit , par des exemples fré- 
quens & bien marqués , le^ accroilTemens de Tef* 
prit humain ^ Si les progrés d'une critique auffi (e- 
vère qu'éclairée. Qu'y a-t-il d'ailleurs de plus propre 
à former le goût , que la comparaifon qui fe peut 
fairç à tout moment , des endroits changés de mal en 
bien , ou de bien en mieux f 

Les Remarques fuivent les Changemens, & font 
TeiTentiel de mon Commentaire. Elles contiennent 
l'explication de tous les faits qui ont raport aux Ou- 
vrages de l'Auteur , & dont la connoiiTancç e(l ijié^ 



DE M. BROSSE TTE. xiîj 

ccflalre pour la parfaite intelligence du Texte. Une 
matière fi abondante & fy riche n'ayoit pas befoin d'or- 
nemens étrangers. Aufli n'ai-je rien tant recherché 
qu'un ftile fimple» tourné uniquement au profit des 
Leôeurs , & débarraifé de toutes ces vaines luperâui- 
tés qui , au lieu d*éclaircir le Texte, ne font que dé- 
goûter de la Critique. 

Enfin , après les Remarques viennent les Imitations ^ 
c*eft-à»dire, les paiTages que Mr. Delpréaux a imi- 
tez des Anciens. Bien (z) loin qu'il eût honte d'a- 
vouer ces ingénieux larcins^ il les propofoit, par 
forme de défi , à Tes Adverfâires qui s'avifoient de les 
ki reprocher : & c'eft lui qui m'a indiqué, dans la lec« 
ture fuivie de tous Tes Ouvrages, les fources les plus 
détournées où il avoit puifé. Auffi n'imitoit-il pas 
d'une manière fervile. Les Poètes médiocres ne font 
que raporter des paiTages , fans y rien mettre du leur 
que la fimple Traduâion , n'aïantni aiTezd'adreiïe, 
ni aâez de feu pour fondre la matière , félon la penféè 
d'un de nos meilleurs Ecrivains 3 (3) ils fè conten- 
tent do la fouder groffierement ^ & la foôdure paroît. 
OndifUnguerOrdes Anciens, du Ctiivre des Mo- 
dernes. Mr. Delpréaux au contraire s'aproprioit les 
penfëes des bons Auteurs , il s'en rendoit, pour ain/î 
dire, 1# maître. Se ne manquoit jamais de les em- 
bellir en les emploiant. On ne doit pas cependant 
mettrjs fur Ton compte tous les paiTages que j'ai tdt* 
portés : car il y en a plufîeurs qu'il n'a jamais vus , 
ou qu'il n'a vus qu'après- coup. Mais je ne laifle pas 
de les citer , parce qu'il eik toujours agréable de voir 

( 1 ) Dans VEdition d^Amfler^ piqua M. Desîhï'aUx. Voïcî 

éém I70X. on marqua (irerque les ^tmar/jnes fur VEpigramme 

tous les padages des Pofe'ces La- XXVII. DU Momteil. 

tins que M. Jfifpréaux zvok imi- Ci , Tome II. Epigr, XWÎI, 

tis. Les Joumalijles de Trévoux ( 3 ) D* j4blam«»rf » Lcccre I. à 

filent li'deilus une réHcxion qui Paitm. Bjlqss. 



xîv AVERTISSEMENT 

coiiiment deux efprlts fe rencontrent , & les diSétetis 
tours qu'ils donnent à la même penfée. ( 4 ) 

C'eft l'envie d'être clair , qui m'a aflujeiti à Tor- 
dre que je viens d'expliquer touchant le partage dô 
mes Notes ; & il nl^a paru qu'en prenant fur moi 
le (bin de faire cette diftribution, j'épargnois delà 
fetigue à mes Ledeurs. Car les uns peut-être ne s'em-* 
barrafleront pas des Imitations ; d'autres mépriferont 
les Changemens , la plupart s'en tiendront aux Re- 
marques hifloriques. Si j'avois tout confondu^il auroit 
fallu lire tout , pour trouver ce qu'on cherchoit : au 
lieu que de la manière dont les chofes font difpo- 
fées , chacun peut en un coup d'oeil choifîr ce qui eft 
de fon goût , & laifler le refte. (5 ) 

Je finis par une réflexion importante , & peut-être 
la plus neceflaire de toutes, puis qu'elle contient 
FApologie de mon Commentaire. Quoi-que j'y faf. 
fe mention d'une infinité de perfonnes , on ne doit 
pas craindre d'y trouver de ces vérités offenfantes , ni 
de ces faits purement injurieux , qui ne fervent qu'à 
flater la malignité, & qui déshonorent encore plus 
celui qui les publie , que ceux contre qui ils font pu* 
bliez. Il eft de la prudence d'un Ecrivain qui met au 
jour des faits cachés & des perfbnalités , de diftin- 
guer ce que le public doit favoir , d'avec c« qu'il 
ôft bon qu'il ignore. Suivant cette régie , je n'ai pas 
dit toutes les vérités 5 mais tout ce que j'ai dit eft 

(4.) Ccft une/chofc not» ^cu- lande , faites d'après îa fîenne , 

lemcnt agréable , mais utile , d'cntrcmclcr ces trois diifcren- 

cn ce qu'elle apprend à penfcr, tes fortes de Hôtes. Mon def- 

ou du moins à tourner de difï?- fcin êtoit de me conformer à 

rentes manières une même pcn- cet égard à ['Edition de Geni%>e j 

fée. mais la forme de celle ci ne me 

( ^ ) Je penfe à cet égard com- l'a pas permis. Il me falloicfur 

ftic M. Broffette, Sc je crois qu'on tout fongcr à ménager le ter» 

aimklhitdsiaiUi Editions à*Hoi- raia. 



DE M. DU MONTEIL^ xv 

rentable , ou du moins je Tai reçu comme tel. Enfin , 
)e me fuis défendu féverement de tout ce qui n'auroit 
pu m'acquerir ia gloire de Commentateur exaà , 
qu'aux dépens de la probité & de la religion. 



AVERTISSEMENT 

Mis par M. Du Monteil à la tête de 
V Edition d'Amfterdam de 1729. en 4. Vol. 

La dernière "Edition que Mr. Bejpréaux publia de 
fes Ouvragés, parut en 1701 . 11 fe propofoit d*en don- 
ner une nouvelle Edition en 17 10. On en avoit mcme 
imprimé quelques feuilles , lorfqu'il reçut un ordre 
du Roy de n'y point mettre la Satire fur ï Equivoque i 
ce qui le chagrina fi fort , qu'il aima mieux aban- 
donner cette Edition , que de la publier fans cette 
Pièce. Mr. De/préaux mourut l'année fuivante. Ses 
Amis (i) donnèrent en 17 13. une Edition de Tes 
Oeuvres, telle qu'il Ta voit projettée, à l'exception de 
la Satire fux l'Equivoque , qu'il ne leur fut pas permis 
d'y joindre. Mais comme ceux qui s'opofoient à 
l'impreflion de cet Ouvrage , avoient moins de crédit 
dans les Etats Proteftans qu'ils n'en avoient à la Cour 
de France; on ne fit pas difficulté de l'inférer dans 
TEdition des Oeuvres de Mr. De/préaux , imprimée à 
Genève en 171e. (x) Cette Edition eft enrichie d'un 
Commentaire , qui , outre les Remarques de Mr. Def- 



tnaudot tt. M, fuc faite à Gem 

c'cft par méprif. , 

( 1 ) VBdi$i9n de M, BroffeM «^ucfois datée de 1717. 



< I > M. l'Ahhê l^enaudot (){. M, fuc faice à Genève en 1716. U. 
et VélineoMr. c'cft par méprifcque je Vii quel- 



xvj AVERTISSEMENf 

préaux placées à la marge des dernières Impreflioff? 
de Tes Ouvrages , contient plufieurs ËclairciiTemens 
qu'il avoît donnez à V Editeur , tant de vive voix que 
par Lettres. On y troiive aufli quelques Pièces de 
Mr. Defpréaux qui n'avoient point \à le jour ; & 
même quelques Ecrits qui ne font pas de lui , mais 
qui ont quelque raport avec (es Ouvrages , ou que 
V Editeur 2l eu des raifons particulières à'y ajouter. 

Cette î^ouvelle Edition ^ que nous devons aux {oins 
de Mr. Du Monteil , a tous les avantages de celle de 
Genève i elle coiltient les mêmes Remarques , & les 
même Pièces ; & elle la forpaiTe éncote à bien des 
égards. (3) 

I. Elle eft augmentée de plufieurs nouvelles Ae* 
marques , qu'on a diftinguées de celles du CommentaJ^ 
teur* On peut mettre au ran^ des plus importantes , 
celles qui regardent la Saiirejur t Equivalue. Lé,Com' 
rnentateur oubliant au il étoit le dépofitaire des inten-^ 
tîoris de Mr. Vefpteaux , s'eft accommodé au tems. 
ïl a non-fèulement évité d'expliquer les endroits oit 
cet illuflre Poète défîgne certains dogmes de Morale f 
que Mr. Pafcal a reprochez aux Jefuites dans Ces Pro" 
vinciales 5 mais lorsqu'il s'agit de ce qu'on appelle le 
janfeni/me , il n'y a point d'artifice dont il lie fe (bit 
lêrvî pour déguifer la penfée de Mf. Dejpréaux , & 
pour donner le change au Leâeur. On a découvert 
fes deguifemens » 6c mis le leâeur au fait fur ces 

J?^ Mj4 a qu k s. 

( j) Cela doit auflî s'emen- par cette raifon, & parce qu'il 

drc , en partie , des Editions de rend comte 4e toutes les vues de 

ijiSi in-folio Se in-tjMdrto : &c dé M. Dt» Monteil, Mon deflèiii 

VEiitionàt I71X. en 4. VoL »»• aïant été que cette Edition ré- 

doHK.e, Du Monteil. préfcntâr, autant qu'il êtoit pof- 

Cet i^-vertiffement e(i ^ pour le (îble , toutes les Editions fzites 

fonds , le même que celui de ces d'après celle de M. Broffette , j'ai 

autres Editions , mais refondu du laifTer les difFérens Editeurs 

par fon Auteur , fie beaucoup rendre comte euxméme ici des 

mieux digéré qu'il n'êtoit. J'ai difi^rens plans , qu'ils s'êtoient 

cru le devoir préférer aux autres propofés. . , 

endroits-iag' 



Î5E M. DU MONTEIL.. xvîj 

ttdtoits-là. Mais on n'époufe aucun parti : on fe coii^ 
tente de fixer le véritable fens de l'Auteur , ou dé 
donner les pâflages citez par Mr, Pafial ^ qui étoient 
l'objet de Mr. Dejpréaux ( 4 ). 

On a auffi relevé le Commtntauu¥ , lorfqu*invo* 
lontairement il n'a pas bien pris la penifce de Mr. 
VeffréaHX y oii qu'il ne rapporte pas certains faits 
avec aiTez d'exaditude. Quelquefois on indique les 
Ibutces d'où il a tiré fes Remarques, On a même cri- 
tiqué Mr. De/préé§HX^ liberté, que le Commentât etn^ 
ne s'eft pas toujours refufée. Des Marets , Fradon , & 
J^errault ont cenfuré pluHeurs çhofes dans les Ouvra- 

5 es de notre Poète : on a donné quelques exemple^ 
e leurs Critiques , fur-tout aux endroits que Mu 
Defpreaux a changez ou fupprimez dans la fuite. 
Des Marets travailla de concert avec le Duc de Ne^ 
'vers j TAbbé Teftu , & quelques autres 5 & publia 
en 167^, la Defenfe Ah Poème heroï^ke , sivec quelque è 
Remarques fur les Oeuvres Satiriques du Sieur D***, l| 
cenfilira , ëntr'afttres chofes , l'endroit de lair. Satire ^ 
OÙ Mr. De/préaux âvoit traduit ces Vers d'HoRAC£« 

Tantalus à labrii fitiens fugtentia captât 
Tlumina. §luid rides ? mutato nomine de tê 
Tabula narratur. 

ta critique parut juftc à Mr. De^riaux ; à H ré-i 
trancha des Vers qui , en effet , n étoient pas dignes 
de lui. Les SuitMiz àwfournal dês Sf avant ont ohkxsi 
5[u'il y fabflitua ces cieux vers de Des Marbsts : 

Tantale dans un fleuve a foif ér ne peut boire. 
Tu ris i change h nom* La fable eft ton hiftoirté 

R i M A X q^ t; £ S. 

(4) Dans VA'vertifiwunt fat m'ont faîc abandonner leplari 
Uxjr, Satire , liemarquf 6, j*ai de M- ^» MtnttU , par rvpo«' 
;tmdii c6nice des raifoos, qui à ecne ^ZX. <f tffiW* 

T:9rnL h 



xvîlj . AVERTISSEMENT 

& voici ÏHiftoire anecdote qu'ils nous donnent dt 
CCS vers. 

*' Monfieur De/preMux , difènt-ils ( O » ayant en- 
„ treprîs de traduire le Tantalus à labris d'HoRA^CB » 
„ le tradui(îc malheureufement par fîx déteflables Ycrs i 
9, les voici. 

. „ Dites-moi , pauvre efprit , «»?* ^/ï^ ^ vénale , 
„ Ne vous fouvient'il plus du tourment de Tantale^ 
„ §lui dans le trifie état où le Ciel Va réduit 
„ Meurt defoifau milieu d^un fleuve qui le fuît î 
„ Vous riez, ! Jfavez^'vous que cejl votre peinture ^ 
„ E^ que e'efl vous par-là que la fable figure ? 
„ Des Marbts n'oublia pas» comme on croit bien» 
)) les fîx vers que nous venons de rapporter. Mais ce 
j, qu'on ne devineroît pas , c'eft que la joye qu'il en 
„ fentitt lui tint lieu d*Apollon > & lui fît taire les deux 
„ vers dont nous parlons. Mr. Défpréaux , qui ne fça- 
„ voit point répondre aux injures , mais fçavoit à 
„ merveille profiter de tous les avjs , ne répliqua 
,, rien à la critique de fbn ennemi , mais corrigea (es 
,, Ouvrages avec foin , retrancha , dans les Edition^ 
,j fuivantes les fix vers en queftion , & y fubftîtua har- 
,, diment les deux de Des Marets. C'eu là que fout le 
„ monde les a vus pendant très-long-tems , car ce 
,, ne fut que quand M. Défpréaux fc nomma qu'il eût 
„ la délicateife de retrancher totalement cette bello 
„ comparaifon „. 

Voila une anecdote bien cîrconftancîée , qui vient 
d'une fociété de gens choifîs pour compofer le Jour^ 
nal des Sfavans ; Se ces Meilleurs ne veulent pas qti'dti 
les en croie fur leur parole , ils en apellent aux Oew 
vrés même de Mr. Despre'aux: C*eft làj difent-ils, 
que tout le monde a vu-pendant très^ong-tems ces deuM 

[ i y) Journal des Sfétvaus , Sep- tîon d'Amftctdam. Dw MèH4 
tcnabre 1718, pagt 94. 9i. E«U- Tiw,. 



DE M. t)tî MÔNtEiL. xh 

^sdg Dbs Marets adoptez par Mr. Vefjréaux. Ce* 
pendant il eft très-certain que^ces vers ne fe trouvent 
dans aucune Edition des Ouvrages de cet illuftre 
Poète. D'aiJIeurs , c'erf connoitre fort mal Mr. Vep- 
fréanx , ( 6 ) que de croire qu'il eût voulu fe fervit 
à^s Vers de Des Marets, 

Au refte , quoiqu'on ait ajouté un grand notnbré 
de Remarques à celles du Commentateur y on ne pré* 
tend pas avoir dit tout ce qui fe pouvoit dire. Par 
exemple , on n'a pas obfctvé que Mr. Dejpréaux in- 
titula fon L\JTKîvi , Poème À?fr^/f «^ , jufqu'eg 1701» 
qu'il lui dbnna le titre de Poème heroi-comique ', ti* 
tre> qui convient beaucoup mieux à cet Ouvrage* 
Dans la Lettre à Mr, Perratdt^ fur la difpute touchant 
les Anciens êi les Modernes , Mr. î>efpréaux dit , Jg 

fdfferois condamnation fur la Satire quoiqu'il y ait 

des Satires de Kegmer admirable. Son Commentateur fait 
là-deflus cette Remarque: (7) Mr. Defpréaux ne parlé 
point ici de fes Satires ; cefilence a bten de la grandeur é 
Mais s'il avoît joint fes Satires à celles de Régnier , & 
en avoit &it lui-même Téloge, n'auroit-on pas ea 
raifbn de dire j il y a là bien de la petitejfe ? 

II. Nous avons dit que dans VEdttion de Genève 
on avoît inféré quelques Pièces qui ne font point de 
Mr. De/préaux , mais qui ont du rapport avec fes 
Ouvrages 2 on a augmenté le nombre de ces Pièces 
dans cette Nouvelle Edition, On y a même ajouté quel* 
ques Ecrits qui ont une liaifon nécelTaire avec ceux 
qu'il â plû au Commentateur de faire entrer dans VEdi* 
tien de Genève. 

" i. On ne fçauroit bien entendre la Bijfertation d« 
Mr. Ve/préaux fur les facondes de Bouillon éc de la Foh^ 
tme^ fans avoir ces deux Pièces fous les. yeux. Ce- 

R M M A R q^ u £ T. 

{(S) ^uede croire &c. ] Voïés, (7) ^^' Defpréaux Sec, ï ToHMI 
i*t. m. Vers é%, Sjm, HI, page m, ^matqMU. 



i 



tt AVERTISSEMENT 

pendant la Joconde de BouUlen n'étoît connue qud 
aun très-petit nombre de Curieux : on la cherchoit 
en vain chez les Libraires. On la trouvera ici avec 
celle de Mr. de U Fontaine^ au-devant de la DiJfertaUon 
de Mr. De/préaux ( 8 ). 

On y trouvera auflî la Keponfe dt Mr. Perrault à 
ce que Mr. Defpréaux a dit contre kiî dans Tes Réfle^ 
xUns fur Longin ^ au fujet de PiWiir^ (9). Mr. Ves 
Maizeaux nous a conferv é cette petite Pièce. Il l'in- 
iera dans le Mélange curieux des meilleurs Pièces attri^ 
buées à fdr. de St, Evremond , e^r. imprimé à Amfter* 
dam en 17x6. 

On rapportera ici le jugement qu'il en j&it dans la 
Préface de ce Recueil. " Mr. Terrzult^ dit-il^ pu- 
),blia cet Ecrit en 169^ 5 mais il nm laiifoit pas 
„ d'être auflî rare que s'il n'avoît jamais été impri- 
,> mé. Je me fuis imaginé qu'on feroit bien aife de le 
,9 trouver dans la nouvelle Edition de ce Recueil. C'eft 
,, une Réponfè à la VIIL Réflexion critique de Mr. 
„ De/préaux , où il s'agit de Vindare. Mr. Perrault 
9, Ce propofoit de répondre à toutes les autres Réfle* 
„ xions de Mr. "Defpréaux , qui attaquoient Ton Parai- 
„ lele des Anciens ^ des Modernes j je ne penfè pas 
„ qu'il ait exécuté ce deflein. Mr. Defpréaux avoit rai- 
„ (on pour le fonds ; mais il traita trop durement fbn 
„ adver(àire. Mr. Perrault avoit l'avantage de la dou- 
„ ceur , . de la modération , & de la politefle. Après 
,9 tout , on verra dans cet Ecrit que Mr. Defpréaux 
„ a imputé à Mr. Perrault bien des chofes qu'il n'avoit 
,^ pas dites , & qu'il lui a ^onné un ridicule dont il 
,, n'étoit point coupable. Pourquoi n*a-t*il donc pas 
9» reâifîé ces endroits dans la dernière Edition de (es 

( s ) 3*ai retranché de cette tiffement, qui précède ta Differtat^ 
Edition les deux Jocondes ; & j'çn de M. DifptiaHx^T om. III. p. ytf, 
ai die les t^iiosnk dans V^ver* ( 9 ) Tome III. page 31 f. 



' DE M. DU MONTEIL. xxj 

n Ouvrages ? Comment accorder ce procédé avec cet- 
pte droiture & cette équité, dont il fe fiaifoit un 
s, rempart „ ? 

On a encore ajouté ici la Héponfe de Mr. de U Motte 
à la XLKéfiexion de Mr. Defpréatfx fur Lonpn (lo).Mr. 
de la Motte j dans Ton Difcours fur VOde^ avoit trouvé 
trop hyperbolique & trop affedé ce Vers de la Thedrê 
de Mr. Racine , où Thir amené parlant du Monftre qui 
fot caufè de la mort à*Hiffolyte , dit : 

Lefiot qui rapporta y recule épouvante. 

Mr. Defpriâux a défendu Racine , fbn Ami , dans la 
Réflexion qu'on vient de marquer : & Mr. de la Motta 
a répondu. Le Leâeur fera lans doute bien aKè de 
pouvoir comparer cette Réponfe^zyec la Réflexion de 
Mr. Vefpréau9fy fans être obligé de l'aller cnercher 
dans les Ouvrages de Mr. delà Motte. 
. z. On a fait entrer dans cette Edition quelques au* 
très .Piéces<|uf n'ont» à la vérité, aucun raport avec 
les Ecrits de Mr. Dejpréaux , mais qui font , comme 
en Ta déjà rémarqué , néceifairemenfliéesavec d'au- 
tres Ouvrages qu'il a plu au Commentateur d'inférer 
dans V Edition de Genève. Ainfi on a joint à la Let* 
tre de Mr. Racine contre Mr. Nicole , les deux Répon^ 
fes qui y furent faites , & la féconde Lettre de Mr. 
Racine , qui eft une Réplique à ces deux Réponfê» 
(ii/^* On a auffi joint au Sonnet de Mr. de Nantes 
contre la Satire fur VEquivoque , deux autres petites 
Pièces du même Auteur ; & dans une Remarque om 
a &lt l'Hifioire de ces Ouvrages (iz). Le Commgnr^ 

Rj^mjêrhujbs. 

< lo ) Tom. III. page 497. 496, Ks**^* ^' |. jtUruM, 

{ II ) On a retranché toytes (ir) Les petites Pièces de 

^ _.. . ... ^ylUdcJ''- ■'"' 



ces Pièces , comme n*aïànt au- Po'éfie de M. de Nantes font atilU 

- ' -' •: cette B^' 

1 faire î 

b iij 



cun rapport aux Otwvres de M. retranchées de cette EditionX''^ 
p'ejpréaitx. Voïés Toçi* ni.pa$e ce que l'ai du faire à I*exempU 



s 



xxij AVERTISSEMENT 

tuteur n'a publié dans V Edition de Genève que le (e«^ 
cond Sonnet , qui eft contre Mr. Vefpréaux : nous 
avons crû devoir y ajouter le premier , qui contient 
fon éloge. La troifîéme Pièce eA une plaifànterie in-> 
génieufe fur les deux autres. C'eft dans le même e(^ 
prit d'équité & de defînterefTement qu'on a mis à 
la fuite des Remarques du Commentateur fur ÏEpi' 
grJtmme LI , un extrait de la Défenfe du Grand Corneille 
contre le Commentateur de Mr. De/préaux , par Me(^ 
fieurs les Journalifles de Trévoux. (13) 

1 1 1. Le Commentateur a divifé fes Notes en trois 
- claiTes. La première contient les Changement que Mr. 
J)efpré^ux a faits dans les nouvelles Editions de fed 
Ouvrages: la féconde, les Remarques qui expliquent 
les expreffions ou* les allumons de Mr. Defpréaux : & 
la troifîeme , les Imitations , c'eft-à-dire , les palTages. 
qu'il a* imitez des anciens Poètes. On trouvera ici la 
même divifîon. Mais au lieu que dans VEdittonde Ge» 
neve , on a féparé & diftingué chaque daffe d'une 
manière qui ne (ervoit qu'à groffir inutilement les vo- 
lumes ^ & qui irfterrompoit même quelquefois la fuite 
naturelle des Kotes : nous avons placé dans celle-ci 
toutes les lîlotes félon l'ordre & la fuite des vers: 
en diftînguarit néanmoins les CA?«»^^;»tf»x& les Imita* . 
tiens ^ d'avec les Remarques ( 14). Si cette diftinâion 
ne fe trouve pas par tout où elle devroit être , c'eft 
parce qu'on a d'ailleurs fuivi fcrupuleufement ÏEdi- 
tion de Genève , où elle n eft pas toûjcrurs obftrvée. 
Le Commfntateur s'eft éloigné ici de (es propres ré- 
gies. Son plan Tobligeoit à comprendre fous le titre 
de changement^ tous Its Vers que Mr. Defpriastx a 

jes Editrurs de 173^. & de 1740. arrangement dans cette Editim^ 

(15)- Voïés Tom. II. les ^e- Mais je perfifle â le croire 

mârqws fur r/7p»çr. Xjy. moins commode 9 90c celui de 

(14) On crouvera Iç m^me M- ^nfftM^ 



D U L I B R A I R E. xxii| 

retranchez dans les Éditions pofterleures de Tes Ou* 
vrages ; 11 ne laiiTe pas de Its produire très-fouTent 
feus le tkte de Remarques (15). 



AVERTISSEMENT 

DU LIBRAIRE 

(Pour Y Edition de Paris 1 7 3 5. en 2. Vol. in- 1 u) 

Ç) N fait combien M. l'Abbc Rensudot & M. de Va- 
lincouT , tous deux de rAcadémie Françoife , étoîent 
iotlmement liés avec M. De/préaux. Quand les Remar^^ 
ques fur fes Oeuvres imprimées à Genève en 171^. 

λarurent, ils s'enfermèrent quelques matinées pour les 
ire. Le zélé dont ils étoient animés pour la gloire de 
leur illullre ami , leur fît crayonner impitoyablement 
tout ce qui parut la blefler dans ce vade Commentaire, 
Ils corrigèrent tout ce qui n'étoit pas d'une exaâe vé- 
rité dans plufieurs Remarques ; ils en abrégèrent urt 
grand nombre, & fupprlmérent entièrement toutes 
celles qui n'étoient d'aucune utilité pour l'intcllî- 
gence de l'Auteur. 

Une Dame de leur connoifTance emprunta d'eux 
PExemplaire fui lequel ils avoient £iit leurs correc- 
tions ; & ce même Exemplaire m'étant tombé dans 
les mains , des connoiffeufs à qui je l'ai communiqué 
m'ont aiTuré que \e ne pouvois mieux faire que de 

(i«) Comparez dans VEdi. vers loç. &ayec Satin /.vers 
tiam d0 Genn/r , LUTum Chant 65, 94, ijr, &c. Du Moil«> 
II. vers 8. 17. avec ChaûcIV. tiiu 

b IV 



%xïy AVERTISSEMENf 

m*y conformer ( i ). Car , m*ont-îls dit , il n*çn éÊ 
pas de la Poéfie comme des Ouvrages h^ftorîquçs ou 
dogmatiques. A Tégard 4e cçux-cî, les Notes d'un 
Commentateur peuvent être utiles (ans jamais pouvoir 
nuire. Mais Ja Toéfie , qui veut être lue de fuite , nd 
fbufïre point de notes , que celles qui font abfolument 
«cceflaires pour l'entendre. Les notçs fuperflues , quoi- 
que lavantes d'ailleurs & bien écrites, partagent trop 
l'attention du Leâçur, & qe font qu'éteindre mal- à-? 
propos fon feu ( 2 )• 

Je me fi;is donc déterminé (ans peine à (uîvre îcî 
l'Exemplaire des deux célèbres Académiciens , en c<ï 
qui Concerne les Remarques, 

Pour les Imitations , je les ai con(ervées avec re(^ 

feà , fqr tout celles qui font tirççs d'Horace & de 
uvénal. M. X>efpréaux lui-m^me té fai(bit honneur 
de s*étre enrichi des dépouilles de ces deux anciens 
Poètes , & bien loin de rougir de ces ingénieux 
larcins , il ofoit en propofer le défi à ceux de (es 
Adverfaires qui les lui reprochoient. Ces Imitations 
en effet ne (ont point des imitations (êrviles , done 
on doive (è défendre. Les Génies médiocres traduis 
fènt les bons Auteurs plutôt qu'ils ne les imitent : 
fi'ayant pas aflez de feu pour fondre la matière , ils 
font réduits à la foudçr grolÇei^ement. M. Def-* 
préaux au contraire (avoit s'approprier les pen(ees des 
^utres : il les créoit ep quelque forte , & ne man- 
guoit jamais de les embellir en l^s employant. 5e^ 

(1 ) Le Public n'eft jamais la gcnicux Ediuin- metSm le comJ 

^upe de pareilles Hiiloires. Le te des Connoiffeurs qu'il a conful- 

Libraire , irompé le premier , t^s , p*a qu'une apparence da 

ftonape Ton Ediéeur, Celui - ci vrai. Le Leâeur judicieux fait 

ne fe charge que du foin d'écri- toujours parer aux inconvé- 

te ce qu'on lui dit , & ne s'en nieAs. Il lit d'abord les Ver^ 

tend nullement garant. feuls , & les leli^ çll^^ite aycf» 

^*) CcttC! réflexion, quçl'ia- }e$ J({0i«/, 



DE L'EDITION DE lyjj* xxV 

^itâcîon.s font donc des modèles que je me feroîs fait 
lin fcrupule de refufer aux jeunes Poètes , ^ mémo 
aux autres Ecrivains en tout genre. 

Quant aux Changemens , je les ai fiipprîmés en en- 
tier pour me conformer aux intentions de T Auteur mê- 
me. Je me fuis fait une loi de le rendre tel qu'il a de(î« 
ré de paroitre aux yeux du Public , & je n'ai point hé-r 
£té de profcrire après fa mort, ce qu'il a jugé digne 
de changement durant fa vie dans la dernière édttion 
qu'il a fait faire de f^s Ouvrages. ( } ) Ainfî j'efpera 
que le Savant & THomme du monde feront é^le- 
ment contens de la mienne. Elle eft ^ je Tofè dire » 
la plus correde qu'on ait donnée jufqu'à oréfenc des 
Pieuvres de ce célèbre Poète, 



PREFACE 

DE L'ED I TEUR. 

{Edition de Paris 174p.. çn 2. Vol. m -4.) 

V^* EST un ufàge établi que tout Editeur cherche 1 
relever par Tes louanges le mérite des Ouvrages qu'il 
donne au public: foit defîr de juftifier fbn propre 
goût ; foit uniquement zélé pour la gloire de l'Au- 
teur. 

Ces deux motifs me font prefqu'également étran- 
gers. Le travail que j'ai entrepris , n'efl pas de moq 

Ji£MjiR(lUJSS. 

( 3 ) Ce n*eft lâ qu'une pqre re que deux Vohimcs, Les raî- 

* ^éfaite.La vraie râifon cft qu'on fons d'utilité qui faifoicnt con- 

9e Touloic avoir qu'un certain ferver les Imitations , dévoient 

^oflibrc de Fcuillçs ppuy^ fle hX- a^ faire.gardcr les Cbansment^ 



i 



xrvjr PRE^FACE 

choix. J'ai été prié^ fi je puis m'cxprimcf 9^ihS\ 
H: ceux qui me prîoient , étoîent en droit de m'ordon- 
ner. Pour M. J>efpréaux il n'a pas befbin de mes élo^ 
ges. La réputation que Tes Ecrits lui ont acquiie eft 
confirmée par le tems; & toutes les Nations polies 
s'accordent i le placer au ran^ de ces Ecrivains rares 
qui doivent paffer à la poftérité. Non que durant (k 
rie il ah obtenu tous ks fuffrages : il vit au contraire 
le dcchaîfiier contre lui un grand nombre d'Auteurs 
médiocres ^u'il avoit ofé attaquer comme^tels. Mais 
if 7 a long-temps qiie leurs critiques font tombées dans 
foubli avec leurs noms mêmes. 

Je ne me prévaudrai donc point de Tufage. Moiî 
unique objet efl: de rendre compte du plan que je 
me fois propofé : heureux fi j*avots fçû le remplir , 
puisqu'il a mérité la plus glorieufe approbation. 

On s'eft principalement conformé pour le texte àr 




pier. Quand une ortographe diflferente ne changeroit 
rien à la mefure du vers, ni à la rime: pourquoi 
envier aux Ecrivains qui ont immortalifé le dernier 
régne un honneur qu'on rend tous les jours aux 
Anciens , & qu'on a rendu , pour me renfermer dan» 
la claiTe de nos Poètes , à Marot , & à Régnier T 

Quant aux éclaircijfemens , je m'en fuis tenu à l'i-^ 
^ée précife du mot : c'eft-à-dire , que j'ai tâché de 
l^rendre un jufte milieu entre des notes , qui , pour 
ctre trop concifes, n'éclairciffent pas , & uncommen-- 

f I ) Cette Ortograpbe n'cft nul- du moins cft-ellc prcfque par 
lemcnt celle de M. Defpriaux » tout conforme à celle des Ovt- 
comme on peut aifément s'en vragcsdecefavant Abbé, qui,- 
convaincre en la comparant à prenant foin de VEdit, de 1715. 
tBdiiion de 1701. Ceft l'Orti- avec M. de f^alinecwr , en rcvMt 
pa$he de M» l'Abbé ï^néudH i kiméme toutes les Epceuyes^ 



DE ^EDITEUR DE 1740. xxvîj , 

^Mre chargé de faits étrangers y ou amenés de loin, 
€|ui détourne & fatigue l'attention. Je fuis bien éloî-» 
gné y au refte , de m'attribuer ce qui ne m'appartient 
pas. J*ayoue ingenum^t & avec reconnoiffance que 
j'ai profité du travail de M. Brojfette , & que s'il m'eft 
arrivé quelquefois de le redifier , je n'ai prefque £ait 
d'ailleurs que choifir dans Ton commentaire ce qui 
étoit convenable à mes vues , fans m'aiTujectir néan- 
moins à Tes expre(Eons. 

Le même elprit m'a guidé dans les imitstions. Je 
n'ai point envifagé (bus cette idée les endroits où M* 
Vefpréaux s'eft rencontré avec des Auteurs modernes 
iàns le vouloir , & fans les avoir peut-être jamais lus. 
Je n'ai regardé comme imités que les endroits remar- 
quables y où l'on voit clairement que le Poète a ea 
les Aaciens en vue, & qu'il a^ pour ainfidire« lutté 
contr'eux. 
A propos de ces vers : 

Comme un Pilote en mer qu^ épouvante Vorage , 
Dés que le bord par oit , fans fonger oh je fais , 
Je me fauve à la nage , él» j* aborde oh je puis, 

j[ 2) Qu'on di(e que. le Bcmhe a dit la même chofê en 
Latin ; un Leâeur judicieux n'y prend nul intérêt , 
parce qu'il ne trouve rien qui le frappe > ni dans le 
fonds de la penfée , ni dans le tour. Mais , fî à l'occa- 
£on de cf vers , 

La colère fuffit , é^ vaut un Apollon. 
on lui rappelle celui-ci de Juvenal : 

Si natura negat , facit indignatio verfum. 
Alors il lui femble qu'il voit deux Athlètes qifî fe 
difputent la viâoirQ ; 8c que , juge du combat , U 
couronne lui-même le vainqueur. 

{%) Sjfvn .dife_ &c. ] Voïés » lom, I. page 1 1 . ^pnêfqim^ 



xxvîij PRE'F. DE L'EDITEUR DE 174^- 

Je dois maintenant parler des additions & dçs orne^ 
mens dont on a enrichi cette édition. 

Las additions les plus confidérables n>nt Téloge do 
M. Deffréaux compofé par M. de Boz,e^ & le BtH 
léana. 

Le public eft redevable. du BoUan/t à M. de Mon- 
che(hay fî connu par fes fuccès dramatiques , & par 
Ces liaifbns avec M. Defprésux dont il a partage la 
plus étroite confiance. Cefi par là qu'il a été à portée 
de nous communiquer des iingularités , des juge- 
vnens , des traits qui feroient reftés dans Toubli , s ils 
avoient eu pour témoin un ami moins zélé , ou moins 
éclairé. 

A regard des ornemens , on n*a point fongé à les 
multiplier , moins encore à les annoncer ici d'un air 
iaflueux ( 3 ). On s'eft propofé feulement de les ren- 
dre convenables pour le deflein , & dignes du Public 
par l'exécution» 

REMARilUMS. 

( } ) VEditewt en veut aux une Explkatûm des Figures O» rii 

Battions d*AmJler4a,m , epriçbiçs gnett^s ; & je n'ai rien vu de faf* 

éc Gravures de Bernard Picart, cueuz dans cette cxpUcatiom 

^tiiadiihtUc de ces Bdi$iên$ toute fîmplt* 



«$• 



XXIX 



ELOGE 

DE M. DESPRÉAUX, 

r 

Ttré du Difcours (i) que M. De Valincour , 
Secrétaire du Cabinet du Roi , Chancelier de 
P Académie , prononça a la récepion de M. 
tAhbi d'Estri'es (2). 

JE ne crains point ici , Messisurs, que rami- 
fié me rende fufpeô fur le fujet de Monfîetir Df/- 
freaux. Elle me fournitoit plûtoft des larmes hors de 
faKbn , que des louanges exagérées. Ami dés mon 
en&nce , & ami intime de deux des plus grands Per- 
Tonnages, qui jamais ayent efié parmi vous, je les ai 
perdus tous deux (3 ) dans un petit nombre d'années. 
Vos (ùffirages m'ont élevé à la place 'du premier , que 
î'aurois voulu ne voir jamais vacante. Par quelle fa- 
talité faut-il que je fois encore deftiné à recevoir au- 
jourd'hui en voflre nom l'Homme illuflre qui varem- 
pllr la place de l'autre; & q[ue dans deux occafîons, 
où ma douleur ne demandoit que le filence & la foli- 
tttde , pour pleurer des Amis d'un fi rare mérite, je me 
fois trouvé engagé à paroifire devant vous pour &ire 
leur éloge ! 
Mais quel éloge puis-je faire ici de Monfîeur Defi 

R £ M jt R ^ U £ S. 

( I ) M. <^ ydtincour ûtîm^ti» le 3. Ma» 1718. dans fa fx. an* 

mec Ton Difcours entier à la tê- née« Du Momtixl. 

le de VEdiûm dtiyix, ( 3 > M. J(fcinf, mort en i C99. 

(x) M.rAbbéd'éyir/f/, Ar- M. Dtfftéêu» ^ norc en itu. 

Itteviqac dt Cambsai , mourui Bkoi s. 



ix« ELOGE 

pea$iX^c[ue vous ii'ayez desja prévenui? ToCt SLtteÛetf 
M£ssi£URS,le jugement que tant de fois vous en ave£ 
porté vous-mefmes. J'attefte celui de tous les Peuples 
de l'Europe, qui font de fes Vers l'objet de leur ad- 
miration. Ils les fçavent par cœur 5 ils les traduifent 
en leur Langue;ils apprennent la noflre pour les mieux 
goufter , & pour en mieux (entir toutes les beautez. 
Approbation universelle ) qui eft le plus grand éloge 
que les hommes puifTent donner à un Lfcrivain , 6c 
en meHne-tems la marque la plus certaine de la per-^ 
feâion d'un Ouvrage. 

Par quel heureux fecret peut- on acquérir cette 
approbation fî généralement recherchée y Se G rare*- 
ment obtenue.^ Monsieur Dejpreaux nous Ta appris luy- 
mefme; c'eft par Tamour du vray. 

En effet, ce n*eft que dans le vray feulement que 
tous les hommes fe réuniifent. Différent d'ailleurs 
dans leurs mœurs , dans leurs préjugez , dans leur 
manière de penfer , d'efcrire , & de juger de ceux qui 
écrivent , dés que le vray paroifl clairement à leurs 
yeux, il enlevé tousjours leur confèntement & leur ad- 
miration. 

Comme il ne fe trouve que dans la Nature , ou 
pour mieux dire , comme il n'eft autre chofe que la 
Nature melme , Monfieur Defireat^x en avoit fait ûl 
principale eftude.Il avoit puilé dans (on fein ces grâ- 
ces qu'elle feule peut donner, que TArt employé touf- 
jours avec fuccés , & que jamais il ne (ça droit con- 
trefaire. Il y avoit contemplé à loifîr ces grands mo- 
delles de beauté & de perfedion , (ju*on ne peut voit 
qu'en elle , mais qu'elle a,e Izifk voir qu'à fes Favoris* 
Il Tadmiroît fur tout dans les Ouvrages d*Hamere, 
où elle s'eft confervée avec toute la (implicite , 8c 
pour ain(î dire, avec toute Tinnocence des premiers 
temps, & où elle efè^ d'autant plus belle , qu'elle af- 
feâe moins de le paroif^re. 
U ne s'agit point ici derenouveller la fameufe giier«M 



DEM. DE SURTAUX. kx| 

te des Anciens & des Modernes , où Monfieur D//> 
frMux combattit avec tant de fuccés en faveur de ce 
^and Poète» 
U faut efpérer qu« ceux qui fe Cotit fait une hviffe 

Îloire de r^fîftef aux traits du défenfèur à* Homère ^ 
i feront honneur de céder aux grâces d'une nouvelle 
Tradudîon (4) qui le fâilânt connoitre à ceux meimes , 
à qui & Langue eft inconnue , fait mieux (on éïogt 
que tout ce qu'on pourroit efcrire pour ùl 4efenre. 
Ciief-d'oeuvre véritablement digne d'eftre loué dans le 
Sanâuaire des Mu(ês , & honoré deTapprobatioii de 
ceux qui y (ont affis. 

Mais c'efi en vain qu'un Auteur choifît le vray pout 
modelle. Il eft tousjours fujet à s'efgarer,s'il ne preni 
auffi la rai(bn pour guide. 

Moniteur De/freaux ne la perdit jamais de vue : Se 
lors que pour la venger de tant de mauvais Livres , 
où elle eftoit cruellement maltraitée » il entreprit de 
£aire des Satires , elle luy apprit à éviter les excès de 
ceux qyi en avoient fait avant luy. 

ftivensi y & quelquefois Hordce me(hie, (avoiions-Ie 
de bonne foy) avoient attaqué les vices de leur temps 
avec des armes qui fai(bîent rougir la Vertu* 

KegnuT peut-eftre en cela feul , fidelle Difciple de 
ces dangereux Maiftres , devoit à cette honteulê li-> 
cence une partie de (à réputation ; & il (èmbloit alors 
que Fob(cenité (&t un (el ab(blument neceflaire à la Sa^» 
tire ; cOmme on s'eft imaginé , depuis que l'amour 
devoit eftre le fondement , & pour ainfi dire ^ l'ame 
de toutes les Pièces de Théâtre. 

( 4 ) Traduûioft de Madame cependant fi fort au deflout 

i>4ui«r. BiLOSS. de fa réputation , a fait parmi 

Seroit- ce une véritable folie,ou nous plus de tort aux Ouvragée 

fimolemcnc ne feroit-ce qu'un d*Homire , que toutfes les Criti« 

excès de franchife , de dire que ques de D^smurtts , de ,ftTrâwU 

SÊttÊ TrsdHêki» Q, vantée , & Il di Lm Mottt i ' 



ixxij ELOGE 

MonGeur Beffréaux fçut mefprifer Je fi mauVaaé 
«xemples dans les mefnies Ouvrages qu'il admîroic 
d'ailleurs. 11 ofa le premier faire voir aux hommes 
une Satire fage & modeâe. Il ne l'orna que de ces 
grâces aufteres, qui font celles de la Vertu mefme ; & 
travaillant fans cefTe à rendre (à vie encore plus pure 
que fes Ecrits j il fit voir que l'amour du vray , con- 
duit par la Raifbn , ne fait pas moins Thomme de 
bien que l'excellent Poète.. 

Incapable de déguifement dans fes mœurs , comme 
d'affedation dans fes Ouvrages, il s'eft tousjours mon- 
tré tel qu'il eftoit ; aimant mieux , difoit-il , laifTer 
voir de véritables défauts , que de les couvrir par de 
feufles vertus. 

Tout ce qui choquoît la Raîfbn ou la Vérité , ex- 
cîtoit en luy un chagrin , dont il n'eftoît pas maiftre. 
Se auquel peut-eilire fommes-nous redevables de fe^ 
plus ingenieufes compofitions. Mais en attaquant les 
desfauts dts Efcrivains , il a tousjours épargné leurs 
perfonnes. 

Il croioit qu'il elt permis à tout homme qui fçaît 
parler ou eferire de cenfurer publiquement un mauvais 
Livre que fon Auteur n'a pas craint de rendre pu- 
blic ; mais il ne regardoit qu'avec horreur ces dan- 
gereux ennemis du Genre humain , qui fans refped 
ni pour l'amitié, ni pour la vérité mefme, déchirent in- 
différemment tout ce- qui s'offre à l'imagination de 
ces (brtes de gens , & qui du fond des tençbres , qui 
les dérobent à la rigueur des Loix , fe font un jeu 
cruel de publier les fautes les plus cachées ^ & de 
noircir les aôions les plus innocentes. 

Ces fentimens de probité & d'humanité n'eftoient 
pas dans Monfîeur Vefpréaux des vertus purement ci* 
viles. Ils avoient leur principe dans un amour fincere 
pour la Religion, qui paroiffoit dans toutes fes ac- 
tions y & dans toutes fes paroles ; mais qui prenoit 
encore de nouvelles forces j comme il arrive à tous 

les 



t)E M. DESPRFAttx. xxxiîj 

I«s tiommes , dans les occafions où ils fe trouvoieat 
conformes à fon humeur & à ion génie. 

C'eft ce quira'nimoît^fî vivement contre un certain 
Genre de Poèfîe , où la Religion lui paroiiToit parti- 
culierement /bffenfée. 

Quoy , difoit-il à (es Amis, des maximes qui fe-^ 
roient horreur dans le langage ordinaire , feprodui- 
fent Impunément dés qu'elles font mifes en Vers ! 
Elles montent fur le Théâtre à la faveur de la Mufi- 
que , & y parlent plus haut que nos Loix. C'efl peu 
à*y étaler ces Exemples qui inftruifent à pecher,& qui 
ont efté deteftez par les Payens melme* On en faitau<» 
jourd'hui des confeils , & mefme des préceptes : & 
loin de fonger à rendre utiles les divertiffemens pu- 
blics , on atleâe de les rendre criminels. Voila de^ 
quoy il efioit continuellement occupé , & dont il eu(i 
voulu pouvoir faire Tunique objet de toutes Ces Sa- 
tîtes. ^ , . 

Heureux d'avoir pu d'une mefme main imprimer un 
oprobre éternel à des Ouvrages û contraires aux bon* 
fies mœurs : & donner i la Vertu , en la perfonne de 
noflre augufie Monarque ^ des louanges qui ne péri- 
ront jamais^ 

tmmÊabÈmmmmBmmmm mmmmmmmmmmtm mm mmmmmmm Êmmmmmmm^ 

^ I I " ■ ■ i > Il — *ia 

ELOGE 
DE M» DESPRÉAUX, 

Par M. De BozE. 

NîCÔLAS BOILEAU Sfeur Defpréaux nâ* 

guit à Paris le premier jour de Novembre 163^1 

Tome I. € 



xxxîv ELOGE 

( i ) & fut le onzième des enfans de Gilles Boileau; 
Greffier de la Grand- Chambre , homme célèbre par 
là probité & par Ton expérience dans les affaires. Il 
fut élevé jufqu'â Tâge de fept a huit ans dans la mai- 
fbn de fon père , qui parcourant quelquefois les dif- 
férens caraâéres de fés enfans , & furpris de l'extrême 
douceur,de la ftmplicité même qu'il croyoit remarquer 
en celui-ci , difoit ordinairement de lui , par une es- 
pèce d'oppofîtion aux autres, que c' et oh un bon gat" 
fon qui ne diroit jamais mal de perfonne. 

Il fit fes premières études au collège d'Harcourt, 
où il achevoit fa quatrième , iorfqu'il fut attaqué de 
la pierre s ii fallut le tailler , & l'opération , quoi- 
que faite en apparence avec beaucoup de fuccès, lui 
laifla cependant pour tout le refte de fa vie une très- 
grande incommodité. Dès qu'il fut en état de repren- 
dre fes exercices , il alla en troifîéme au collège de 
Beauvais fous M. Sevin , qui enfeignoit. cette claffc 
depuis près de cinquante ans^ & qui paiToit pour 
rhomme du monde qui jugeoît le mieux de Teiprit 
des jeunes gens. Les le Maîtres^ les GauUiers^ les Patrut 
avoient étudié fous lui , & dès-lors il leur avoit prédit 
la gloire qu'ils acquerroient un jour dans le barreau , 
s'ils vouloient s'y attacher ; il fut auffi le premier qui 
reconnut dans fon nouveau difclple un talent extraor- 

( I ) Il n'cft plus douteux que On a ptétendu que ce qui 

c*c(l en \6i6. que naquit M. avoit engagé TAutcur à recuiec 

Defpréawc , & non eu 1637. d'une année fa naiflance, c*eft 

comme il I*iu(îniië dans fa Pré. que Lonis XlV, lui aïant de- 

face de 1701. La même date de mandé un four en quel temps il 

i6%i, s'eft gliilée dans la belle croit né' , il avoit répondu : 

Iftampe, que fit graver M. Couf- " Je fuis venu au monde une 

fiard ConfcîUer au Parlement. „ année avant Vôtre Majefté 

On rient ce fait de M. Couflard ,, pour annoncer les merveilles 

lui-même , qui plein de zélé ^, de fon règne ,,. Edition db 

ftourla gloire du Pofe*te, le fit Pams 1740. 

peindre par KH^^^t dc graver Voïés ci-après la Priftiee dei 

cAfuite par Drrvtt. KHt, de 1 7Q1 • 8c de x 71 3 • ^».i« 



r)E M. ï)tsiîkÊ'ÀtJx. XXXV 

âWire pour les vers , 8c qui crut pouvoir aflurer fans 
«ftriâion qu'il fe feroit par là un nom fameux , per* 
Aiadéque quand on efl' né Poète, il faut abfolumeht 
l'être. 

Ce qui déceloit le génie & le goût de M. Defpréaux 
pour la Poèfîe , c'étoit moins les vers qui lui écha- 
polentde temps à autre, qu'une leâure affiduè des 
Poètes & des Romans qu'il pouvoit déterrer. On le 
furprenoit quelquefois au milieu de la nuit fur ces li- 
vres favoris , & ce qui arrive encore moins dans les 
Collèges , on étoit fouvent obligé de l'avertir aux 
heures des repas, quoique la cloche déflinée à cet 
Ufage fut précifément attachée â la fenêtre de fa 
chambre. Mais ce qui mérite fans doute une attention 
particulière , c'efl que cet amour des Romans , que 
lui-même a depuis appelle une fureur , loin de lui gâ- 
ter l'efprit par un amas confus d'idées bizarres, fem- 
ble n'avoir fervi qu'à lui infpirer une critique plus 
exaéle , & à lui fournir des traits plus vifs contre le 
ridicule. Tant il efl vrai qu'en fait de ledure , il n'y a 
point de régie générale , & qu'il y a des chofes qu^il 
eft quelquefois dangereux de lire , & qu'il eft cepen* 
dant bon d'avoir lôës. 

Quand M. Defpréaux eut fini fon cours de Philofo» 

Éie , il étudia en Droit , & fè fit recevoir Avocat, 
en ne paroifToit lui mieux convenir ; il joignoit à 
beaucoup d© vivacité & de pénétration , un jugement 
fur , une élocution facile , & une mémoire des plus 
heureufes. Il y avoit d'ailleurs près de trois fîécles 
que fa famille faifoit honneur à cette profeffion (i) , & 
il tenoit encore au Palais par mille autres endroits : 
lilsy frère y Oncle y Coufinj Btau-frêre de Ûreffier. (3) 

R £ M ji R ilV £ S^ 

(i)DxAx.ocUE des ^vo^ Boxe. 
mt dt JLofftl , page 494. I^« ( ) ) Spift. r. Db Bo<m 

Clj 



xxxvî ELOGE 

Mais rînclînatîon , c*cft-à-dîrc , le premier de tous 
les talens lui manquoir. Ainfî fè trouvant chargé 
d'une première Gaufe , loin de s'en inftruire , il ne 
fbngea qu'aux moyens de s'efi défaire honnêtement , 
& il y réuflk , de manière que le Procureur retirant 
fcs facs i le (bupçonna d'y avoir découvert une procé- 
dure peu régulière , & dit en fortant que ce jeune 
Avocat iroit loin. M. Defpréaux , qui de fon côté 
croyoit avoir échapé à un grand péril, réfolut de ne 
s'y plus expofer , & regardant la Sorbonne comme 
l'antipode du Palais , il ne lui en fallut pas dayanta* 
ge pour le déterminer à y faire un cours de Théo- 
logie -y mais il ne put foutenir long-temps les léchons 
d'une fcholaflique épineufe & fubtile} il s'imagina 
que pour le fijivre plus adroitement, la Chicane n'a- 
voit fait que changer d'habit, & devenu maître abfolu 
de Ton fort par la mort de fbn père , il Te livra tout 
entier à fon génie poëtique. 

C'eft dans le fein de cette nouvelle liberté qu'il 
compofà la plupart des Tes Satires. Il fe contentoit 
au commencement de les lire à Tes amis particuliers « 
& quelqu'applaudiffement qu'il en reçût , on ne pou- 
voit l'obliger à les rendre publiques ; il fouffrit même 
aflez long-temps avec une patience , qui a cjuelque* 
choie d'héroique dans un Auteur , les mauvaifes co« 
pies que Ton eh répandoit dans le monde : mais (k 
confiance l'abandonna à la vue d'une édition pleine 
de fautes , & où * pour (urcroit de chagrin , on avoit 
encore mis Cous fon nom une ou deux pièces fuppo- 
fées (4). Des enfans 6 défigurez réveillèrent la ten- 
dreffe de leur père, & l'obligèrent à faire de bonne 
grâce ce que l'on faifbit déjà malgré lai. Ses Sati* 
res furent donc imprimées de (bn aveu , d's^bord (!•; 

(4) Préface àt VEdiiion de 1666» Dl Bozi. 



DE M. DESPRFAUX. xxxr 

P^féfflent , & enfuite dans un recueil qui en compre- 
Boit huit. 

Jamais livre n'excita un plus grand tumulte fur le 
P^rnaiTe : la nation des Poètes , qui prend feu aifé- 
"^em, & qui n'entend pas raillerie fur Tes ouvrage? « 
bondit de toutes parts fur le nouvel Auteur, avec des 
antiques & des libelles fans nombre. M. DeîpTékux, 
& défendit tranquillement par l'exemple de Lucilius , 
par celui d'Horace ) de Perfe , de Juvenal , de Virgile 
Diéme, le fage> le difcret Virgile ;^ & pour rafTurer 
en quelque forte ceux qui ne le blâmoient que par- 
ce qu'ils croyoient en général que toute Satire eftblâ- 
siable , il compofa la neuvième , où fous Tingénieu* 
fe apparence d'une réprimande fëvére à fon Efprit , 
il prouve de cent manières , que fa^is blefler l'Etat nî 
fa confcience , on peut trou^^er de méçhans vers 
méchans, & s'ennuyer de plein droit à la ledure de 
certains livres. 

Après cela il n'opppfa plus à. (es adversaires qu'une 
Vanité d'un genre fort fîngulîer. Il s'avifa de fe faire 
une elpéce de trophée des écrits que l'on publioit con- 
tre lui , de les ramalTer avec plus de foin que d'autres 
ne recueillent les louanges qu'on leur donne , & de 
les envoyer à fes amis , qui à la fin fatiguez du nom« 
bre & de l'extravagance de la plupart de ces ouvrages, 
Taccufoient prefque d'en avoir lui-même fait une par- 
tie pour rendre l'autre plus méprifàble , à l'exemple de 
quelques-uns de ces Ecrivains qui croyoient avoir 
trouvé le fecret de décrier entièrement les Satires de 
M. Defpréaux , en lui en attribuant de fort mauvaifes 
qui étoient de leur façon. ( 5 ) 

La réputation naiiTante de M. Defpréaux ne fut pas 
h feule chofe qui le dédommagea de la haine de quel- 
iques Auteurs : ces Satires mêmes , fource de tant dq 

< s ) l'Abbfc C9ii9, pt B9ZB, 



txxrïij E L O G^E 

plaintes , lui firent des amis , & des amis illuftres ^ 
entre lefquels îl eut Je bonheur de compter M. !• 
Premier Préfîdent de Lamoîgnon. Ce fage & favant 
Mag^ftrat > dont l'amitié étoit la meilleure de toutes 
les apologies , loin d'être effrayé du nom de Satîro 
que portoient les Ouvrages de M. Defpréaux , & où 
en effet il n*y avoit £uéres que des vers & des livres 
attaqués , fut charme d'y trouver ce fel , ce goût pré- 
cieux des Anciens 5 plus charmé encore de voir com- 
ment il avoit fbumis aux loix d'une pudeur fcrupuleu- 
fe , un genre de poë(îe , dont la licence avoit jufqu'a- 
lors fait le principal caradére. Mais s'il admira fa re- 
tenue dans les matières les plus délicates , il n'eflima 
pas moins Ton attention à dtflînguer toujours dans la 
même perlbnne Thonnête homme d'avec le poète in-* 
fipide , & le bon citoyen d'avec le mauvais auteur. 

M. Bayle, dans fa République des Lettres , & M. Span- 
heim dans la Préface fur la Satire des Ce fars de tEm* 
fereur Julien\ ont donné mille éloges à cette circonf^ 
pedîon de M. Defpréaux , & n'ont pas héfîté de dire 
que par lui la France l'emporte pour la Satire fur tou- 
tes les Nations , & qu'elle en difpute même la gloire 
i l'ancienne Rome. 

Nous croyons qu'il eft inutile de vouloir ici donner 
au Public une idée plus particulière des Satires de 
M. Defpréaux : qu'ajouterions-nous à Tidée qu'il en 
a déjà ? Devenues l'appui ou la reffource de la plu- 
part des converlations , combien de maximes , de 
proverbes ou de bons mots ont- elles fait naître dans 
notrç Langue , & de là nôtre , combien en ont-elles 
fait paffer dans celle des étrangers ? Il y a peu de li- 
Tres qui ayent plus agréablement exercé la mémoire 
des homiQes , & il n'y en a certainement point qu'il 
fut aujourd'hui plus aifê de reftituer, fî toutes les 
copier & toutes les éditions en écoient perdues» 

L'Art Poétique fuccéda aux neuf Satires ; & il étoît 
juSq c^u';»|»r^s 4VW fait fçntir Iç ridicule oh le fa» 



DE M. DESPRE'AUX. xxxîx 

Je tant d'ouvrages , M. Defpréaux donnât des régies 
pour éviter l'un 8c l'autre , & pour porter la poefîe 
a ce point de perfeâion qui la fait appeller le langage 
des Dieux. Il ne fuffifoit pas pour cela de renouveller 
les préceptes qu'Horace donna de Ton temps fur la 
même matière : notre poc(îe beaucoup^ plus variée 
que celle des Latins, a pris différentes formes qui 
leur étoient inconnues : ainfi la fage/fe antique ne 
fournifroit que des confeils généraux , le caprice mo- 
derne demandoit des leçons qui lui fuifent propres » 
k cette union étoit le chef-d'œuVre de l'art. 

Tout le nionde fçait comment M. Delpréaux y 
a réufïi : Ton Art Poétique, amas prodigieux de régies 
& d'exemples , eft lui-même un Poème excellent , 
un Poème agréable , & fi intérelfant , que quoiqu'il 
renferme une infinité de cfaofes qui (ont particulières 
à la Langue, à la Nation & à la Pocfie Françoife , 
il a trouvé en Portugal un traduâeur du premier 
ordre dans la perfbnne de M. le Comte d'£riceyra. 

M. le Premier Préfident de Lamoignon engagea 
bientôt M. Defpréaux dans un travail d'une autre 
cfpéce. Un Pulpitre placé & déplacé , avoit extrême- 
ment brouillé le Chantre & le Tréforier d'une des pre- 
mières Eglifes de Paris , & commençoit à devenir en- 
treux la matière d*un procès fort férieux , .quand 
M. de Lamoignon trouva un (âge tempérament pour 
les accorder. Ce Magiflrat faifant un jour le récit 
de l'affaire dans une compagnie où étoit M. Def- 
préaux, lui dit que les Poètes fe vantoient fbuvent 
de pouvoir ftire un grand & bel Ouvrage fur la pointe 
d'une aiguille , ou fur le pied d'une mouche ; qu'un 
Lutrin etoit un fujet bien plus magnifique , Se quci 
jamais les Mufés n'auroient une fi belle occafion de 
montrer leur adreffe. M. Defpréaux fur qui tous les 
yeux étoient ouverts , crut que pour l'honneur de Iz 
Poëfie , il falloit fôutenir la théfe , & de parole 
ta parole le défi fe forma. Cependant il comptoit eu 

civ 



|cl ELOGE 

itte quitte pour un fîmple plan qui feroit ail^z Juges 
du fuccès avec lequel la matière pouvoir être traitée^ 
il y ajouta même un début de trente à quarante 
vers, comme un gage plus certain de l'exécution 3^ 
mais il lui eût été plus facile de manquer abfblument 
de parole , que de ne la tenir qu'a moitié. M. de La- 
moignon fut frappé de ce qu'il ne faifbit qu'entrevoir; 
& pour convaincre tout le monde , il feignit de n'étro 
pas convaincu ; de forte que c'eft à fon ingénieufe 
obflination que le Public eu redevable des fîx Chants 
qui compofent le Poème intitulé le Lutrin. On ne s'é* 
tonnera pas fi nous ne dlfons ïien de plus de cet ou* 
vrage, & R nous paATons de même fort légèrement 
fur tous ceux de M. Defpréaux ; nous ne ferions enga-r 
gez à en parler aujourd'hui que pour lc8 faire con- 
iioître , & il n'y a rien de plus connu. 

Celui qui Teft peut-être le moins , parce que la 
matière n'en eft pas également à la portée de tout le 
mojide c'eft fa Traduôion du Sublime de Longin^ mais 
le nombre des ledleurs fe trouve merveilleufement 
réparé par la qualité des fuffrages , car les plus ha« 
biles critiques font convenus que cette Traduâion 
doit être regardée comme un parfait modèle ; & qu'en 
çonfërvant à l'ancien Rhéteur toute la /implicite de 
ion ûyle didaâique » il a fi heureufenient fait valoir 
les grandes figures dont il traite , quMl femble. avoir 
înoins.fbngé aies traduire , qu'à donner aux écrivains 
de fa nation un Traité du Sublime qui put leur être 
utile. Et le moyen d'en douter , quand on voit qu'il 
s'eft fait depuis un plaifir de joindre à f0s remarques 
fur Longin celles de M. Dacier & de M. Boivin ^ 
i|uoiqu'il y en ait plufieurs , fur tout dans celles de M. 
Dacier , qui font formellement oppofées aux fien«. 
nés. 

Le nom de M. Defpréaux ne tarda pas à être por-, 
té à la Cour : les Princes & les Seigneurs les plus 
mialifiçz $'em^reflere.9t à lui donner oeç mar^uisis dQ 



DE M. DESPRFAUX. xlj 

I I^ureilîmp, & ilfiit enfin connu du Roi même. M. 
De/préaux eut l'honneur de lui réciter quelques Chants 
^'u lutrin , & d'autres pièces qui n'avoient pas enco- 
J'^.paru ; & on lui a fouvent oiii dire que Sa Majefté 
'"' avoit alors fait répéter plufieurs fois ces vers de fa 
Première Epître. 

Tflfnt cet Empereur (6) ^fous qui 'Rome adoriê 
Vit renaître les jours de Saturne é* de Rhée : 
§lui rendit de [on joug Wnivers amoureux : 
^on ri alla jamais voir fans revenir heureux 5 
§lui foupiroit lefoir^fifa main fortunée 
IV avoit par f es bienfaits fignalé la journét. 

M. D%(préaux ne pouvoit rien trouver de plus pro- 

Î^re à Surprendre la modeflie d'un Prince ennemi àts 
Qîianges les mieux méritées , que de les donner de- 
vant lui à un autre Prince fi célèbre dans i')iifloire 
^ar les mêmes vertus. 

Le Roijufiifîa dans le moment, & fansypenfèr, 
l'heureufe application des vers de M. Defpréaux : Sa 
Majefté lui donna une penfion confidérable , & lui fit 
en même temps expédier un privilège en commande- 
ment pour Timpremôn de toutes fes pièces , avec cet- 
te claufe â jamais remarquable , quElle vouloit procw 
ter au Tublic , par la levure de ces Ouvrages , la même 
fatisfaBion quElle en avoit repue. Mais ce qui , félon 
le cœur de M^ Defprèaux 9 mit le comble aux bien- 
£uts du Prince > ce fut la glorieufe commiffion d'écrt* 
re Ton hiftoire. 

L'Académie Françoilê ne crut pas qu'un homihe 
defiiné à parler de fi grandes chefes, dut être formé 
dans une autre école : elle Ce hâta de lui ouvrir Ces por- 
tes , (73 & M. Defprèaux y fignala fon entrée par un 

^ f ) Titm» (7 ) Il fut reçu c& i6Z^ SU 



I 



xlîj ELOGE. 

Dîfcours plein de la reconnoî/Tance la plus éloquente; 
Un petit nombre d'hommes choi/îs dans cette même 
Académie , compofbit alors celle des Infcriptîons , 
où r.on commençoît à former le projet du Livre fa- 
meux des Médailles fur les principaux événemens du Re^ 
ine de Louis le Grand, M. Defpréaux fut bientôt affo- 
cié à ce travail , & il y contribua avec fon zélé or- 
dinaire pour tout ce qui regardoit Tintérét de fa pa- 
trie , ou la gloire de fon Maître. 

Le règlement de 1701. quia donné une forme toute 
nouvelle à l'Académie àos Infcrîptions , y conferva 
à M. Defpréaux le rang de Penfîonnaipe ; & il en a 
fort exaâement rempli les devoirs jufqu'au commen- 
ccment/de l'année 170^. qu'une furdité entière & une 
fànté fort afFoiblie , l'obligèrent à demander le titre 
de Vétéran. Le refte de fa vie n'a été . a proprement 
parler, qu'une retraite» dont la ville & la campagne 
ont partagé le loîfîr. Peu répandu dans le grand mon- 
de , qu'il n'avoît jamais trop aimé , & content d'un 
certain nombre d'amis , dont il faifoit toujours les 
délices , il a tranquillement attendu la mort que lux 
annonçoîent chaque jour àts douleurs aigu'es , des 
évanouî/Temens & une fièvre prefque habituelle ; elle 
l'emporta enfin le treizième de Mars dernier , âgé 
de foixante & quatorze ans & quelques mois. 

Tout ce qui caradèrife la mort des Juftes , a accom- 
pagné celle de M. Defpréaux ; une piété fincére , 
une foi vive , & une charité fi grande , qu'elle ne lui 

mois auparavant il avoit con- lui en ayant rendu compte , il 

couru pour la même place avec répondit , que le choix qu*on 

La Fontaine ^ & celui-ci l'avait avoit fait de M, De/préanx lui 

emporté. Mais le Koi fufpendit croit très-agréable, nr ferait géné^ 

rélcdion, ou du moins il ne raiement approuvé. Vous pOH-veK^ 

5*expliQUa que lorfqu'on eut ajouta t- il , rece-ooir incefamment 

nommé M. Defpréaux à une au- La Fontaine , il a promis <Vêtr9 

, tre place qui vint â vaquer, Jage, If ist. de l'Acad. par M^ 

Alors un député de rAcadcmic l'Abbé â^OU-vet, ^dit. P. 174CL 



DEM. DESPRE'AUX. xHîj 

ft prefque fait reconnoître d'autres héritiers que les 
pauvres 5 mais nous fomm es heureux de ne pas trou- 
ver ici de quoi faire valoir en lui ces circonftances 
autant qu'elles vaudroient peut-ctre, dans un fujet 
où la différence des temps fourniroit de ces traits du 
fiécle que Ton ne fçauroît effacer avec trop de foin. 
Une fin exemplaire a été dans M. Defpréaux la fuite 
naturelle d'une yte toujours fage & toujours chré- 
tienne. 

Jamais homme ne fut plus pénétré que lui de cette 
crainte fàlutaire, que l'on ne connoit prefque plus 
que fous le nom de délicateife de confcience : en voi- 
ci une preuve qu'il y suroît de l'injuftice à fupprimer. 
Dans le temps que l'averfîon du Palais tourna M. 
De(préaux du côté de la Sorbonne , on lui conféra un 
Bénéfice , & il en jouît pendant huit ou neuf ans. 
Au bout de ce temps-là , comme il fe fentoît tou^ 
les jours moins de difpofition à l'Etat Eccléfiaftique » 
il quitta le Bénéfice , qui étoît un Prieuré fîmple; & 
poufiTant le (crupule du défintéreifement au point de ne 
pas même vouloir s'en faire un ami dans le monde» 
il le remit entre les mains du Collateur , qui étoit un 
feint Prélat: il fit plus, il Happutaà quoi fe montoit 
tout ce qu'il en avoit re^û , & î'emploia en différentes 
oeuvres de piété , dont la principale fut le fbulage- 
inent des pauvres du lieu. Le récit d'une aâion fî edî- 
fonte tiendroit bien fa place dans la vie d'un Solitai* 
re, ou d'un iUuftre Pénitent. 

A regard de fon refpeâ pour la Religion , ce qui 
lï'eft {tes à oublier dans Téloge d'un Poète , M. Def* . 
préaux ne s'eft pas contenté de le marquer d'une ma- 
nière éclatante dans fon Epkre fur ^ Amour de "Dieu ; 
îl a porté ce refpeô jufques dans fes Satires , faififTant 
toujours avidement Toccafîon d'attaquer le badinage 
des impies, les jeux de l'athéïfme & le langage des 
libertins , lors même qu'il fembloit n'avoir à faire 
^'i fes ennemis ordinaires, c'eft*à-dire au galima^ 



xliv ELOGE 

thîas , à l'enflure , ou à la baireiTe du fiyle fcH-^ 
tique. 

Les qualités particulières du cœur & de refprît , 
^i rendent un homme fouhaitable dans la fociété , 
achevoient de former le caraélére de M. P^fpréaux 
Il employoit plus volontiers pour autrui cjue,pour lui* 
snéme le crédit que Ton mérite lui avoit acquis* Il 
ne pardonnoit pas feulement les injures qu'il avoid 
reçues , il fe reconcilioit encore de bonne erace , 
pour peu qu'on le recherchât , comme on fçait qu'il 
a feit avec M. Perrault, après toute la vivacité de 
leur difpute fur la Préférence des Anciens (ji* des Mo" 
demes» 

Sans l'avoir vu , on devenoit fbn ami par l'eftims 
publique, ou par de bons Ouvrages, & il y avoit 
même autant de fonds à faire fur cette amitié , que 
fur celle que d'autres liaifons pou voient avoir formée ; 
il en faut rapporter un exemple /ingulier. 

Le célèbre M. Patru fe trouvoit , à la honte de (on 
fiécle, réduit à vendre (es Livres, la plus agréable, . 
£c prefque la (èule chofe qui lui reftoit. M. Defpréaux 
apprit qu'il étoit fur le point de les donner pour- une 
fomme aflez modique , & il alla aufTi-t&t lui- offaît 
près d'un tiers davantage; mais l'argent compté, il mit 
dans (on marché une nouvelle condition qui étonna 
fort M. Patru , ce fut qu'il garderoit fes livres comme 
auparavant , & que fa bibliothèque ne feroît qu'en 
iurvivance à M. Defpréaux. Il ne fut pas moins géné- 
reux envers M. CaiTandre , auteur d'une excellente 
Tradudion de U Kéthorique d'Ariftote^ & (k bourfe 
fut encore ouverte à beaucoup d'autres ; car la vue 
d'un homme de Lettres qui étoit dans le befoin , lui 
faifbit tant de peine , qu'il ne pouvoit s'empêcher de 
prêter de l'argent , même à Liniére , qui fouvent 
alloit du même pas au premier endroit du voifinage 
faire une chanfbn contre Ton créancier. 

Nous ne finirions p^s , fi nous voulions ainfi nous 



f 



DE M. DESPRr AUX. xW 

istfrêter fur tout ce oui marquoit dans M. De(préaux 
riiomiivp de bien inifeparable de Thommc d'efprit , & 
le fage toujours uni avec le Poëte. Un mérite tranG- 
Cendant l'avoit fait joiiir de bonne heure de toute (a 
Kputation ; & il n'y a plus que rimpoflibilité de lo 
remplacer , qui puîfTe ajouter de nouveaux traits à 
foo cJoge. 




xlvj PRË'FACÊS 

n' ^if^ ^^lî. ' ^></^^*<, A^'/^ ^'/^ ^^^'/ir i^O, J^>^ ' ^i/j. ' ^W j^i/, j^VI>^ ^1/, 
?f,f ^^^ v^» -^..v^ ?/wf ym^ VM^ ^i»^ ^m^ ^/.^ -y/cv» ^/^^ ^A» -.^^ 

■ PRÉFACES 

DE M. DESPRÉAUX- 



Pour la première Edition faîte en 1666^ 
&c les Editions fuivantes, jufqu'eii 1574. 

LE LIBRAIRE AU LECTEUR. 

CJ E S Satires dont on fait part au Public , n'aù- 
roient jamais^ couru le hazard de l'impreflion , fî 
Ton euft laifTé faire leur Auteur. Quelques applau- 
diffemens qu'un afTez grand nombre de perfonnes 
amoureufes de ces fortes d'Ouvrages ait donnés 
aux Cens; fa modeitie lui perfuadoit , que de les 
faire imprimer , ce feroit augmenter le nombre des 
méchans Livres , qu'il blâme en tant de ren- 
contres, ôc fe rendre par là digne lui-mefme en 
quelque façon d'avoir place dans fes Satires. Cefl 
ce qui luy a fait fouf&ir fort long-temps , avec une 
patience qui tient quelcjue chofe de l'Héroïque dans 
un Auteur, les mauvaifes Copies qui ont couru 
de fes Ouvrages , fans eftre tenté pour cela de les 
faire mettre fous la prefle. Mais enfin, toute fa 
confiance l'a abandonné à la veuë ( i )de cette moa-^. 

ii)dt cfttt monftnifHfg Union ] £lle ayoit été faite â Kouea ta 



r 



i 



DE M. D ESP RENAUX. xMj 

fttMeufc édition qui en a paru depuis peu. Sa ten- 
trèfle de père s'ett réveille'e à rafpeét de fes enfans 
^infi défigure's & mis en pièces , fur tout lorfqu il 
les a vus accompagne's de cette Profe fade & infi- 
^ ide , que tout le fel de fes Vers ne pourroit pas re- 
lever : Je veux dire de ce (2) Jugement fur les Scien* 
ces , qu'on a coufu fi peu judicieufemjent à la fin de 
fon Livre. Il a eu peur que fes Satires n'achevaflent 
de fe gâter en une fi me'chante compagnie : & il a 
cm enfin , que puifqu'un Ouvrage , tofl ou tard , 
doit palTer par les mains de Flmprimeur, il vaJoit 
mieux fubir le joug de bonne grâce , & faire de 
luy-mefme ce qu*onavoit de'ja fait maigre' luy. Joint 
que ce galant nomme qui a pris le fom de la pre- 
mière édition , y a meflé les noms de quelques per- 
fonnes que l'Auteur honore, & devant qui il cft bien 
aife de fe juflifier. Toutes ces confidérations , dis- 
je , l'ont obligé à me confier les véritables Origi- 
naux de fes Pièces, (3) augmentées encore de 
deux autres , pour lefquelles il apprehendoit le 
mefme fort. Mais en mefme-temps il m'a laiffé la 
charge de faire fes excufes aux Auteurs qui pour- 
ront eftçe choqués de la liberté quil s'eft donnée, 
de parler de leurs Ouvrages en quelques endroits 
de fes Ecrits. Il les prie donc de confîdérer que le 
ParnalTe fut de tout temps un Païs de liberté : que 
le plus habile y eft tous les jours expofé à la cenfure 
du plus ignorant : que le fentiment d'un feul hom- 

R £ M jt R q^ u £ s. 

iCtf ^. B m. o s s E T T E. du jugement , que l'on fiîc ici de 

{i) Jugement pur les Sciences , ] fon Ouvrage : au contraire , il a 

Ccft un petit Di/cours en profe , donné dans fes Ecrits de grande» 

de M. de Saint . Eirremond. M, louanges à M. De/préanx, Bross. 
jDe/préaux ne favoit pas alors qui ( 3 ) augmentées encore de deux 

en êtoit l* Auteur ; mais il ne autres ^lOtU Satire III, furua. 

paroîc pas que M. de Saint- FeiHn ridicule , & de la Satire 

S.vrfm9né^ foic )Amaîi plaiat ^. fur la NobleiTc. finots. 



i 



xlvîîj 



PREFACES 



mené fait point de loy; & qu'au pîs allef ; s'ili 
fe perfuadent qu'il ait fait du tort à leurs Ouvrages , 
ils s'en peuvent venger fur les fiens , dont il leur 
abandonne jufqu'aux points & aux virgules. Que 
fî cela ne les fatisfait pas encore ; il leur confeille 
d*avoiç recours à cette bienheureufe tranquillité des 
Çrands hommes , comme eux y qui ne manquent 
famais de fe confoler d'une femblable difgrace(4) par 
quelque exemple fameux, pris des plus célèbres 
Auteurs de l'Antiquité , dont ils fe font l'applica- 
tion tout feuls. En un mot, il les fuppUe de faire ré- 
flexion que fi leurs Ouvrages font mauvais , ils mé- 
ritent d'eftre cenfurés ; & que s'ils font bons , tout 
ce qu'on dira contre eux ne les fera pas trouver 
mauvais, (y) Au rede comme la malignité de fe« 
ennemis s'efforce depuis peu de donner un fens cou- 
pable à fes penfées, mernie les plus innocentes; il 
prie les honneftes gens , de ne fe pas laiflèr furpren- 
dre aux fubtilitez rafinées de ces petits e(brits,qui ne 
fçavent fe venger que par des voies lâches,: oc qui 
luy veulent fouvent faire ( 6 ) un crime afireux d'une 
élégance poétique. 

J'ai charge encore d'avertir ceux qui voudrotnt 
faire des Satires contre les Satires , de ne fe point 
cacher. Je leur réponds que l'Auteur ne les citera 
point devant d'autre Tribunal que celui des Mufes. 
Parce que fi ce font des injures grofliercs , les Beur* 
rieres lui en feront raifon; & fi c'eft une raillerie 
délicate , il n'ed pas aifez ignorant dans les Loix ^ 

RzMjiRiivjss. 

(4 ) pot ^Htlqin exemple fa. {^ } u4iêrefle &c. 3/ToUt Cfl 

meux , ] SocRATE affifta i la re- oui fuit , jufqu'd la fin de la Pré' 

préremation de la Comédie dés /ace ^ £at ajomè duns VEditioé de 

ITttéesd^jiriJlophanê^ quoique cet- it68. Bross. 

te Comédie fût faite contre lui , ( 6 ) m» crime affreux &c. ] 

te qu'il y fûc nomiaé. Bros- Voïés la K^ntarque fut le Veci 

•iTTi» 301. de U 5âtit9 XKjitiOSs, 

♦ pOUI 



M M. DESPRÊ'AÛX. ^\ît 

peur ne pas fçavoîr qu'il doit porter la peine du Ta- 
lion. Qu ils écrivent donc librement : comme ils 
cpritribueront fans doute à rendre l'Auteur plus il- 
luftre , ils feront le profit du Libraire : & cela me 
regarde. Quelque intéreft pourtant que j'y trouve i 
je leur cohfeille d'attendre quelque temps , & dé 
laiffer meurir leur mauvaife humeur. On ne fait rieii 
qui vaille dans la colère. Vous avez beau Vomir de$ 
injures fales & bdieufes : cela marque la baffeffe de 
voflre ame j fans rabaifTerla gloire de celuy que 
vou« attaquez :. & le Ledeur qui eft de fang froid, 
n'époufe point les fôttes paffions d'un Rimeur em- 
porté. Il y aurait âuiîi plufieurs chofes à dfte , tou- 
chant le reproche qu on fait à l'Auteur, d'avoir 
pris fes penfées dans Juvenal & dans Horace. Mais ^ 
iéut bien comfideré , il trouve l'objedtion fi hono* 
rable pour luy , qu'il croiroit fe faire tort d'y ré- 
pondre. 



II. 

(i). Pour r E D I T I G N de i S74. in-J^i 
AU LECTEUR. 

J' A VOIS médité une affe2 longue Préface; ôîi,; 
fuivant la coutume reçue parmi les Ecrivains de ce 
temps , j'efpérdis rendte un compte fort exaét de 
ines Ouvrages , & juftifier les libertés que j'y ajr pri- 

^ II. r I ) pour fEditiondfï6j4, le-ci , laquelle M. Srofttte Hon- 

wi:4**. 3 Au lieu de cette Jr^/icf , ne pour être la J>r((/!«ce d'unV 

l'Édition là' IX, de la même an- Edition de 167^, que je nccod- 

iiée 1 67A' ^ celle qui fuie c&U nois point. ^ 

TomeL i 



1 PRE' FACES 

{es. Mais depuis j'ai fait réflexion , ^ue ces fortes 
d'Avant-propos ne fervoient ordinairement qu'à 
mettre en jour la vanité de l'Auteur , & au Beu 
d'excufer fes fautes, fourniffoient fouvent de nou- 
velles armes contre luy. D'ailleurs je ne crois point 
mes Ouvrages affez bons pour mériter des éloges , 
ni affez criminels pour avoir befoin d'apologie. Je 
ne me loiierai donc ici^ ni ne me jufiifierai de rien. 
Le Lecteur fçaura feulement que je luy donne une 
édition de mes Satires plus coneâe que les précé- 
dentes j ( 2 ) deux Epiilres nouvelles , l'Art Paëti- 
que en Vers , ( 3 ) & quatre Chants du Lutrin. J'y 
ay ajouté auflî la traduction du Traité que le Rhé- 
teur Longin a cômpofé du Sublime ou du Merveil- 
leux dans le Difcours. J'ay fait originairement cette 
Tradu6Uon pour m'inftruire , plùtofi que dans II 
deffoin de la donner au Public. Mais j'ay crû qu'on 
ne feroit pas fâché de la voir ici à la fuite de la Poé- 
tique , avec laquelle ce Traité a quelque rapport , 
& où j'ay mefmc inféré plufieurs préceptes qui en 
font tirez. J'a vois deffein d'y joindre auffi (4) quel- 
ques Dialogues en Profe que j'ai compofés ; mais 
des confidérations particulières m'en ont empêché. 
J'efpere en donner quelque jour un volume à part. 
Voua tout ce que j'ay à dire au Ledeur. Encore ne 
fçay-je fi je ne luy tn ay point déjà trop dit) & C en 
ce jpeu de paroles , je ne fuis point tombé dans le 
défaut que je voulois éviter. 

R £ M ji R il U £ s.* 

( x) dttue Bpifires notnfelles,1 VE- qu'en 1 68 }» Bnoss. 

fttre JI. fie VEpttre JII, Car la ( 4 ) quelques Diaiognes en PrO' 

3uacriénie,adre(IeeaiiRoi*avoic /è] M. Broffetie rapportoic ici 

éja été publiée en 1671, Bkoss, dans, une longue Note la Pièce 

( ) ) O quatre Chunu du Lm. incitulée dans cette Edition : 

irin, ] Le cinquième fie |b fîseié- Fragment d*un autre Dialogue, 

me Chants oc iiireAC impciméf Votts-ia Tome III. page çf. 



DÉ M. DBSPRE^AUX. _ ij 

II L 

Pour TEdi TioN"'( I ) de 1^75. 

AU LECTEUR. 

Je m'imagine que le PubKc me fait la jaftîce dtf 
^oire 9 que je n'aurois pas beaucoup de peine à 
TeCpondte aux Livres qû*oiï a publiés contre moi : 
triais j'ay naturellement une efpece d'avedîon pouif 
ces longues Apologies qui fé font en faveur de ba« 
gatelles auffi bagatelles que font mes Ouvrages. Et 
bailleurs ayant attaqué , comme j'ayfait, de gayc 
té de cœur , plufîeurs Efcrivains célébrés , je fe-* 
xois bien injufte , fî je trouvois mauvais qu'on m'at- 
taquaft à mon tour. Ajoutes , que fi les objedions 
qu'on me fait font bonnes , il eft raifonnable qu'el- 
les paiTent pour telles; & fi elles font mauvaifes, 
il fe trouvera affez de Ledteurs fenfés pour tcdreffet 
les petits efprits qui s'en pourroient laifTer furpren- 
dre. Je ne refpondrai donc rien à tout ce qu'on a 
dit, ni à tout ce qu'on a efcrit contre moi : & lî 
je n'ay donné aux Auteurs de bonnes règles de poë- 
fie , j'efpere leur donner par là une leçon aifez bel- 
le de modération. Bien loin de leur rendre injures 
pour injures , ils trouveront bon que je les remer- 
cie ici du foin qu'ils prennent de publier que ma 
Poétique eft une Traduiftion de la Poétique d'Ho- 
race. Car puifque dans mon Ouvrage , qui eft d'on- 
ze cens Vers , il n'y en a pas plus de cinquante 
ou foixante tout au plus imités d'Horace , ils n« 



R M M ji R q U JS S. 

iîU il) di ifju 1 Voies il. J(fmêrf»$ i. 



di| 



lf| PREFACES 

peuvent pas faire un plus bel éloge du refie qu'en 
le fuppofant traduit de ce grand Poëte & je m'ef- 
tonne apre's cela qu'ils ofent combattre les règles 
que JY débite. ( 2 ) Pour Vida dont ils m'iccufcnt 
d'avoir pris auffi quelque chofe , mes Amis fçavent 
bien que je ne Tay jamais lu , & j'en puis faire tel 
ferment qu'on voudra, fans craindre de^bleffer ma 
confcience. 



IV. 

Pour les Editions de 1(^83. & de i^^^jj 



V O I C I une édition de mes Ouvrages ( 1 ) beau- 
coup plus exade que les précédentes, gui ont tou- 
tes eÛé aflezpeu coneâes. J'y ay joint (2) cinq 
Epitres nouvelles que j'avois compofées long- 
temps avant que d'eftre engagé ( 3 ) dans le glorieux 
emploi qui m'a tiré du métier de la Poëfie. Elles 
font du mefme ftile que mes autres écrits , & j'ofe 
me flater qu'elles ne leur feront point de tort. Mais, 
c'eft au Ledeur à en juger , & je n'emploiray point 
icy ma Préface , non plus que dans mes autres édi- 
tions, à le gagner par des flateries , ou à le préve- 



( 1 ) Peitr Vida "] Marc - Je- 
jiÔME yida , de Crémone , Evê- 
que d*Albe , Pofetc célèbre , qui 
^orifloic au commeacement du 
feiziéme fiècle, U a coropofé un 
An Poëti^ne en crois Livres , & 
plufîcurs autres Poéfies Latines, 

BK.OSS. 

IV. ( I ) beaneoup plus exacte 
ôic, ] Dans VEdition de i6$i. 



on Uroit *. beaucoup plus exaHe f^ 

plus correlie que les précédentes ^ qui 

toutet ont e/léaffe?ifauti've^, BrosS. 

( Z ) cinq Epitres nouvelles ] Lct 

Epifires y, yj, yji:yjii. or /at. 
Bross. 

( %) dans le glorieux emploi 
Sec,"] En 1677' le Roi avoit nom- 
mé MM. De/priaux & J^acine , 

pour écrire fon Hiftgire. Brou. 



DE M. DESPRE'AUX. 



liil 



inîr par des raifons dont il doit s'avifer de luî-mef- 
me. Je me contenteray de Tavertir d'une chofe 
dont il eft bon qu'on foit inftruit. C'eft qu'en atta^ 
quant dans mes Satires les défauts de quantité d'E- 
crivains de noftre fiecle, je n'ay pas prétendu pour 
cela ofter à ces Ecrivains le mérite & les bpnnes 
qualitez qu'ils peuvent avoir d'ailleurs. Te n'ay pas 
prétendu , dis-je , que Chapelain , par exemple , 
quoyqu affez méchant Poëte (4 ) , n'ayt pas fait au- 
trefois, je ne fçay comment , une affez belle Ode ; 
& qu'il n'y euft point d'efçrit ni d'agrément dans 
les ouvrages de (y) M. Quinault, quoyque fi éloi- 
gnez de la perfedion de Virgile. (6) J'ajoûteray 
mefme fur ce dernier , que dans le temps où j'écri- 
vis contre lui , nous cftions tous deux fort jeunes ^ 
& qu'il n'avoit pas fait alors (7) beaucoup d'ou- 
vrages qui lui ont dans la fuite acquis une jufte ré- 
putation. Je veux bien aufR avoiier qu'il y a du gé- 
nie dans les écrits de Saint- Amand, de Brebeuf, 
de Scuderi , & de plufieurs autres que j'ay critiqués, 
& qui font en effet d'ailleurs , auffi-bien que moi , 

Grand & Je Sublime. 

i ^) M, QHitiMHh ] Dans les 
Editions de 1683. oC de 1694. 
Il efl Simplement indiqué de cet- 
te manière: M. Q* *. 

( 6 ) J'a'toAteray mtfme Scc, ] 
Toute cette Phrafe , jufqu'i ces 
mots : Je 'veux tjien auffi , &c, 
fut ajoutée par rAuteur dam 
VEdition de i ^94. 

( 7 ) beaucoup d'ourvrages &c- 1 
On voit que nôtre Auteur dif- 
tingue ici deux tems dans la ré- 
putation de M. Quinault : le 
tems de fcs Tragédie t , 6c celiiî 
de Tes OpeM. Il n'avoit encore 
fait que des Tragédies \ quand 
M. Defpréaux le nomma dam 
fes Satires, Baoss. 

d iij 



( 4 ) n*aytpas fait autrefois^ . . . 
«ueaffeTi belle Ode',"] Au lieu de 
ces mots on lilbit dans VEdition 
de \6%i,nefu^ pas bon Gramntai- 
rien, Chapblain avoit fait une 
Cde à la gloire du Cardinal de 
J^chelien , & fur cette Ode feule , 
Chapelain avoit été regardé com- 
me le premier Pojîte'dc fon 
tems. Bross. 

Je connois une autre Ode de 
Chapelain pour Monfeignewr le 
Duc d'^nguien , imprimée â Pa- 
ris i»-4**. chés la Veuve de 7?<iii 
Camufat tc Pierre le petit en 
■i64^6. Cette Pièce n'eft en rien 
inférieure â celle dontll vienc 
d*étre parlé. J'y trouve même 
en quelques endroits plus de 



lit PR ESPACES 

tres-dignes de critique. En un mot avec la mefme 
Cncerite' que j'ay raillé ce qu'ils ont de blâmable , 
je fuis preft à convenir de ce qu ils peuvent avoir 
d'excellent. Voilà, ce me fcmble, leur rendre jufti' 
ce , 8c faire bien voir que ce n'eft point un efprit 
d'envie & de médifance oui m'a fait e'crire contre 
eux. Pour revenir à mon Edition, (8) outre mon 
rèmercîment à FAcadérnie , & quelques Epigram- 
mes que j'y ai jointes , j'ay auffi ajouté au Poëme 
du Lutrin deux Chants nouveaux qui en font la, 
conclufîon. Us ne font pas à mon avis , plus mau*» 
vais que les quatre autres chs^nts Se je me perfuade 

?u'ils confoleront aifément les Ledeurs de quelques 
ers que j'ay retranchez à l'Epifode (p ) de î'Horlo- 
gere , qui m'avoit toujours paru un peu trpp long/ 
< I o ) Il feroit inutile maintenant &c. 

(S) outre mon rêmerctment à le , cft conçu de cette manière • 

tJlcadêmio ; <&• quelqtus Bpigram- je ue pourrois m*empècher de moiiit^ 

mes que ;> m ioinies ,] Addition 1er peut-être de mes larmes la Prém 

faite dans VEdhion de 1 694. face J^ttn Oifvrage de pure plaifan'» 

Bno^S. tfrie. Dans \ts Editions de i68j, 

(9) de t'Horhgere ^'} De U & de 1^94. la Pr^/Wce finit aiÂU; 

Perrnquiere. Voïcs IcS I^emarques je ne ptmrois m'empicber de moUiU 

fur Le Lutrin. Bross. 1er pent^efire de mes larmes la Prf-f 

( 10) Il feroit inutile mainte- face d'un livre de Satires e^ iê 

nant &c . 3 . La fin de cette Pré^ plaifanteries, 
façey quç )« fupprimeten fut déta* x**. T. II, page i77. dans cette 

cKée par M. Defpriaux pour fer- partie de Phrale : mais i*ay en 

yir d^Avis au LeSiewr au devant /«m msfme de les faire d'un tarac-. 

4u Lutrin dans V Edition de 1701. tere direSement oppo/é au caraHerê 

Il nj'a paru fort inutile d*eq faire de ceux qui de/fervent cette Bglife , 

iin double emploi, quoique M. dont U plufpart^ t^ principalement 

Projette ÔÇ les autres Editeurs ne /*/ Chanoines &c. M. Broffette , 

t*en foient pas fait un fcrupule. fuivi de tous les autres Editeurs , 

Pour remplir le plan de cette a mis ici : particulièrement , quoi- 

Edition , ie dois avertir de deux qi^'il y ait principalement dans les 

Chofes. i". Tom. II. p. i8x. le Préfaces de i68j. & de \694L. & 

niembro de Phrafç qui termine qu'ils Paient tous mis dans Vj4^ 

y^A-yin 4m Mfm , 4qaC k ^V- VV au LeSewr i la t%tc 4^ isfm^ 



DE M. DESPRE'AUX. W 

V. 

AVERTISSEMENT 

Mis après la P R e' F a c E en 1 6p^. 
AU lecteur! 

J' A Y laiffé îcî la mefrne Préface qui eftoit dans les 
deux éditions précédentes : à caufe de la juûice 
que j'y rens à oeaucoup d'Auteurs que j ay atta- 
qués. Je croyois avoir aiiez fait connoiftre par cette 
démarche , où perfonne ne m'obligeoit , que ce 
n'eft point uacfprit de malignité qui m'a fait écrire 
contre ces Auteurs , & que j'ay efté plùtoft fincere i 
leur égard , que médifant. Moniteur ( i ) Penault 
néanmoins n*en a pas jugé de la forte. Ce galant 
homme, au bout de prés ( a ) de vingt-cinq ans qu'il 
y a que mes Satires ont efté imprimées la première 
fois , eft venu tout à coup , & dans le temps qu'il fe 
difoit de mes Amis > réveiller des querelles entière- 
ment oubliées , & me faire fur mes Ouvrages un 
procez que mes Ennemis ne me faifoient plus, 
U a compté pour rien les bonnes raifons que j'ay mi- 
fes en rimes pour montrer qu'il n'y a pomt de ^é- 
difance à fe moquer des méchans écrits:8c fans pren- 
dre la peine de réfuter ces raifons , a jugé à propos 
de me traiter ( 3 ) dans un Livre , en termes aifez 

V. ( 1 ) Perrault ] Dans VE- loît dire : it près de trent» atn, 

iiùon de 1694. il Q'cft que dé- Car la première Edition des^f^i. 

ùnaé par P. ^ tires fut take en ^666, 

ii) dt wngt'Ciu^ 494 3 11 fM- ( l ) <<#»« «» Li^e , 3 PÀJIA. 

div 



Ivj PRE' PAGE s 

peuobfcurs, deMédifant, d*Envieux, de Galonr- 
niateur , d'Homme qui n'a fongé qu à établir fa ré- 
putation fur la ruine de celle des autres» Et celai 
fonde' principalement fur ce j^ue j*ay dit dans mti 
Satires , que Chapejain avqit fait des vers durs , 
jk ^u'on eftoit à faife aux fermons de FAbbé 
Çotin. ' " 

^ Ce font en eflFet les deux grands crimes qu'il me 
reproche ; jufqu'à vouloir me faire comprendre quei 
je ne dois jamais efperer de remiffion du mal que 
j'ay caufé , en donnant par là occafion à la poCr 
|:érite' de croire que fou$ le Règne dç Louis le GrancJ 
il y a eu en France i^n Ppqte ennuyeux , & un Pré- 
clicateur alTez peu fuivi. Le plaifant de Taffaire e& , 
que dans le Livre qu'il fait pour juftifier noftre fie^ 
cle de cette étrange calomnie , (4) il avoue lui- 
mefme que Chapelain eft un Poëte tres-peu divejr 
^iffant y Se fi dur dans fes expreiKons , qu'il n'eft 
pas poffible de le lire. Il ne convient pas ainfi dii 
defert qui etoit aux prédications de FAbbé Cotin. 
( j* ) Au contraire , il affeure qu'il a efté fort prefTé à 
un des fermons de cet Abbé ; mais en mefme -temps 
il nous apprend cette jolie particularité de la vie 
d'un fi grand Prédicateur : que fan$ ce fermon, oîi 
heureuiement quelques-uns de fes Juges fe trou- 
vèrent , la Juftice , fur la requefte de f^s parens , 
lui alloit donner un Curateur comme à un imbecil- 
le. Q'eft ainfi que Mpnfieur Perrault fçait deffendre 
fes Amis , & mettre en ufage les leçon? de cette 
belle Rhétorique moderne inconnue aux Anciens , 
où vrai-fembjablement il a appris à dire ce qu'il ne 

laut point dire. Mais je parle auez de la juâeâe d'efr 
. I • . 

K £ M jf X Q^ U £ s. 

I.BLLE def jintiens C^ des Moder- V. T.II. Ltït, de M.VEKSiJK<n>»'%m 
nés, Tom> III* B&OSS. (^ ) >4i*C0iflr4>re, f/tfj(^«mrf ^à.^ 

' (4) ilévot^ tm-mefme &c 1 Ibid» J(<M4rif»e 6« • : . 4 



DE M, DESPRE'AUX. Ivij 

prit de Monfieur Perrault dans mes Reflexions cri- 
tiques fur Longîn ; & il eft bon d'y renvoyer les 
Ledeurs. 

Tout ce que j'ay ici à leur dire , c*eft que je leur 
donne dans cette nouvelle édition, outre mes an- 
ciens Ouvrages exadement reveus , ma Satire con- 
tre les Femmes , TOde fur Namur , quelques Epi- 
grammes , & mes Reflexions critiques fur Lpngin. 
Ces Reflexions que j'ay compofe'es à Toccafion des 
pialogues de Mr- Perrault , ft font multipliées fous 
ina main beaucoup plus que je ne croyois , & font 
caufç que j'ai divifé mon Livre en deux volumes. 
J'ay mis à la fin du fécond volume les Traductions 
Latines qu'ont fait de rnon Ode les deux plus cé- 
lèbres Profeffeurs en éloquence de TUniverfité: je 
veux dire Monfieur Lenglet & Monfieur RoUin. 
Ces tradudions ont efté généralement admirées , 
jBc ils m'ont fait en cela tous deux d'autaijt plus 
d'honneur , qu'ils fçavent bien que c'efl: la leule lec- 
ture de mon Ouvrage qui les a excités à entrepren- 
dre ce travail. J'ay auffi joint à ces tradudions qua- 
tre Epigrafnmes Latines que (6) le Révérend Père 
Fraguier Jefuite a faites contre le Zoile Moderne. Il 
y en a deux qui font imitées d'une^des miennes. On 
ne peut rieii yoir de plus poli ni de plus élégant que 
ces quatres Epigrammes ; & il femble que Catulle 
y foit relTufcité pour vanger Catulle. J'efpere donc 
que le Public me fçaura quelque gré du préfent que 
jel'uieniFais. 
' Au refte, dans le temps que cette nouvelle edi- 

{6) ie l^erend Père Fraruier ] Bross. 

Aujourd'hui ( M. l'Abbc Fra. Ctande - Franfcis Fraguier , de 

l^uier) de l'Académie frsnçoi- T Académie des Belles-Iettres & 

fe , & de l'Académie Roïale des de l'Académie Françoife , mort 

Iifçiiptions ^ des )y)édaiUes. le 13. Mai 17x8. £dit. P. 1740. 



Ivîij 



PRE^FACES 



tîon.de mes Ouvrages alloit voir le jour; (7) le 
Révérend Père de la Landelle autre célèbre Jefuite, 
m*a apporté une tradudion Latine qu'il a aujQi faite 
de mon Ode, & cette traduction m'a paru fi belle , 
que je n'ai pu refiller à la tentation d'en enrichir 
encore mon Livre, oîi on la trouvera avec les 
deuic autres à la fin du fécond tome» 



(7) le ^et/erend Père de la 
Landelle ] i*. C'cft le rncmc 
qui dans les Editions fuivantes, 
a pris le nom àc Saint - K,enti, 
Bross. 

Atiiourd'hui M. l'Abbé de 
Saint iÇem^p, de qui l'on attend 
«ne belle Trad$$àion de f^irgiie, 
Edit. p. 175^. ... qui a donné 
au Public une belle Tradiêéiiem 
de yirgite, Edit. P. 1740. 

1**. Les plus célèbres Portes 
du Ro'iaume fe font appliqués à 
traduire en Vers Latins prefquc 
toutes les Poefies de M. Defpréaux, 
donc quelques-unes ont été- au(fi 
traduites en Grec ( par M. Bot- 
•vin y Garde de la Bibliothèque 
du Roi ). Les Etrangers même» 
qui ne font pas moins de cas 
que nous de cet excellent Ecri- 
vain « ont pareillement traduit 
ics Oetnrres en prefque toutes les 
Langues de l'Europe. Il y en a 
une Xraduûioii complette en 
Anglotf. M. le Comte à'Ericey. 
ra^ un des plus beaux Efprits 
& des plus grands Seignçurs de 
la Cour de Portugal , a traduit 
VArt Poniqne en Vers Portu- 
gais. M. PAbbé Me:(x.abarbâ , 
Gentilhomme Milanois, a tra- 
duit en Vers Italiens VOde fur 
Hamur , & pluGeurs autres Piè- 
ces. Ce n^vant Abbé mViant 
donné ces mêmes TraduHions , 
je les envoïai à M^ Defpréaux , 
qui m'écrivit le 6, Mars 270^. 



en ces termes : *' Pour ce qtvl 
,, e(l de fa TraduSiem de mon 
„ Ode fur Nanmr , je ne vt>u$ di- 
„ rai pas qu'il 7 eft plus moi- 
,, mefme que moi-mefme ; mais 
„ je vous dirai hardiment, que 
«, bien que j'aie fur tout fonge à 
„ y prendre l'efprit de Piniare ^ 
„ M. de Mev^abarba y eft beau> 
,, coup plus Pindare que moi ,,. 
Il y a apparence que l'on fera 
un recueil de toutes ces Traduc-. 
tiens. Bross 

}*. M. Broffette finit par now 
annoncer un projet , qu'il avoit 
apparament formé j mais on 
ignore s'il s'êtoit mis en devoir 
de l'exécuter. A l'égard des Tra~ 
dnéfinns Latines des difRrenres 
Poèfiesdc nôtre Auteur , elles 
ont été recueillies « pour la pluC- 
part , dans un Volume in.ir. 
qui parut à Paris en 175 ç. chés 
Alix , ôc dont le titre eft : Per- 
fUuflris riri Nie. BoiLEAU Des- 
PRF.'AUX opéra , è Gallicis Hume- 
ris in Latinos tran/lata â />. Go- 
DEAU , antique ^Bore l/ni-ver^ 
fitatis Studii Parifienfis. AccESSE- 
RE àd calcem iju^e reperiri petue^ 
runt Po'ématum tanti jiuHoris in 
Latines medos redditorum ah illuf- 
triorihus eiufdem ^cademiét Viris , 
ROLLINO , fcilicet , GRENANO , 
BiZOTO « Vaesbergio aliifque. 
Ce^ Recueil fe trouve chés les 
mêmes Libraires, qui vendent 
la pcéTente Edition, A la fin du 



DE M. DESPRE'XUX. 



lîx 



VI. 

(Pour TEdition de 1701, ) 

\2 O M M E c*eft ici vraîyfemblablement la demie- 
ïe Edition de mes Ouvrages que je reverrai ; & 
qu'il n'y a pas d'apparence , qu'âge' comme je fuis, 
( I ) de plus de foixante & trois ans , 6c accablé de 

R £ M j4 R q U £ S. 



Volume font toutes les Pièces 
Latines, que M. Ve/préanx in- 
dique dans cet ^'vertifement de 
X694. C'efi ce qui m'a fait 
ptendre le parti de les retran- 
cher du Recueil de fes Ouvrages, 

4**. Dans ce Volume de Tra~ 
éuêtions Latines , dont je viens 
de donner le titre en entier , il 
n'y a de M. l'Abbé Bi^ot , Doc- 
teur de Sorbonne , que Iç I. & 
Je V. Chants du Lutrin, Cet ex- 
cellent Poète Latin a traduit le 
poème entier, & fur la haute 
idée que fes différentes Po'è/ies 
ont du faire concevoir de fes ta- 
Icns , on a lieu de rcgrctcr" qu'il 
jse s*empre{Te pas d'avantage de 
donner au Public un Ouvrage , 
qui ne peut qu'être bien reçu dts 
Connoifleurs. 

^**. M. Godeau mourut pen- 
dant VEdition du Recueil , dont 
il s'agit. Ceft^pour cela qu'on 
y trouve i la tête une Pièce dont 
)e titre eft : Umbra Godelli , 
md funm Librum, PHALJEClUM. 
Ce petit PùJtme , fruit d'une Ver- 
ve , qui n'eil rien moms que 
glacée > eft de M. l'Abbé de Ls 
varde , Chanoine de faint Jac- 
ques de l'Hôpital > lequel a pour 
ÏM fprw$ 4e V«s , 3ju^a ytp- 



duit de génie » un talent tout 
particulier. 

VI. {i) de pins de foixante &* 
trois ans , ] C'eft-à-dire , de plus 
de foixante & quatre ans : car 
M. Defpréaux étant né le i. de 
Novembre 1656. il couroit fa 
foixante & cinquième année en 
1701. quand il compofa cette 
Préface^ Le Roi lui aïant de- 
mandé un jour, en quel tems 
il êtoit né , M. Defpriattx lui ré- 
pondit , que le tcms de fa haif- 
fance êtoit la circonilajice la 
plus glorieufe de fa vie : Jefiùs 
'ven» dH monde 9 dit- il, une an^ 
née arvanfvètre Majeflé , pour an-» 
noncer les merveiUes de Jon l{egne. 
Le Roi fut touché de cette Ré- 
ponse » & les Courtisans ne 
manquèrent pas d'y applaudir. 
M. De/préaux , qui ne nt peut- 
être pas alors réflexion fur l'an- 
née de fa naiflaoce , s*eft cru 
depuis engagé d'honneur à fou- 
tenir un mot , qu'il avoir dit en 
préfenoc de toute la Cour, 8ç 
qui avoit (i bien réuffî. C'elt ce 
qui l'a obligé, toutes les fois 
qu'il a eu occa(îon de parler de 
fa naiilance, de la mettre en 
J6i7, fie c'edce qui acaufé l'er- 
xeur fur les dates de tous fes pu- ' 



f. 



Ix PREFACES 

beaucoup d'înfirmitës , ma courfe puiflè clïre encore 
fort longue , le Public trouvera bon , que je pren- 
ne congé de lui dans les formes , Se que je le re- 
mercie de la bonté' qu'il a eue d'acheter tant de fois 
des ouvrages û peu dignes de ton admiration. Je 
ne fçaurois attribuer un fi heureux fuccez qu'au 
foin que j'ay pris de me conformer toujours à fes 
fentimens , 8c d'attraper , autant qu'il m'a eftç 
pof&ble , fon gouft en toutes chofes. C'eft effe6iive- 
ment à quoy il me femble que les Ecrivains ne 
fçauroient trop s'étudier. Un ouvrage a beau eftre 
approuvé d'un petit nombre de Connoiffeurs , s'il 
n'eft plein d'un certain agrément & d'un certain fel , 
propre à piquer le gouft gênerai des Hommes , il ne 
raflera jamais pour un bon ouvrage ; & il faudra à 
ia fin que les Connoiffeurs eux-mefmes avouent 
qu'ils fe font trompez en luy donnant leur approba- 
tion. Que fi on me demande ce que c'eft que cet 
agrément & ce fel , je répondray que c'eft un je ne 
fçay quoy qu'on peut beaucoup mieux fentir,que di- 
re. A mon avis néanmoins, il confifte principale» 
ment ^ ne jamais préfenter au Lecteur que des pen- 

R£MjtRq^U£S. 

Vf âges , dans U X.«^e «qu'on en Commentateitr remarque fqr ce 

avmc donnée au commence- même Vers & ailleurs que te 

ment dcI'H^«M» de 171 }. après Père de M. Defpréaitx mourut 

U Préface, Voïés , Tom, II. les en 16^7, M. Despre'aux me$ 

^marques fur VEpigr, XXXVl, donc ici (a naifance en 1^40. ou 

Bross. 1641. Du Monteil. 

Le CommtntAteur avance un Cette Editeur n*a pas pris 

peu trop légèrement que la Ré- garde , que M. Defprédux difanc 

ponfe , qu'il attribue â M. Des- jci qu'en 1701. il êtoit igé déplus 

PRE'aux , l'a obligé toutes les fois de Joixante &• trois ans , il eft im- 

^u*il a eu occafion de parler de fa poflible qu'il ait voulu placer fa 

naiffauce ^ de la mettre en 1^37. nai/fance en 1^40, ou 1^41. U 

Car pour ne donner qu'un exem* auroit du dire en ce cas dgi de 

pie du contraire dans VEpijlre ylus de foixante ans , ou de foi^ 

^. composée en 159c. V(ers 98. xantee^ un an. On trouvera la 

nôtre Poète dit qu'il perdit fon W/I* dont M. Bro/rwe parle â U 

• Pcrc â l'âge de Ake <•/. Or le fuite de cette Pr^éoe. 



DE M. DESPRE'AUX. Ixj 

fées vraies & des expreffions juftcs. L'efprit de 
THomme eft naturellement plein d'un nombre infini 
d*idées confufes du Vrai , que fouvent il n'entrevoit 




qu'une penfée neuve , brillante , extraordinaire ? 
Ce n'eft point,comme fe le perfuadent les ignorans» 
une penîëe que perfohne n'a jamais eue , ni dû 
avoir. C'eft au contraire une penfée qui a dû ve- 
nir à tout le monde, & que quelqu'un s'avi/e le pre- 
mier d'exprimer. Un bon mot n'eft bon mot qu'en 
ce qu'il dit une chofe que chacun penfoit,& qu'il la 
dit d'une manière vive , fine & nouvelle. Confi- 
derons , par exemple , cette répliqué fi fameufe 
de Louis Douzième à ceux de fes Miniilrés qui lui 
(2) confeilloient de faire punir plufieurs perfon- 
nes , qui fous le règne précèdent , & lorfqu'il n'eftoit 
encore que Duc d'Orléans , avoient pris à tâche 
de le deffervir. Un Roy de France , leur répondit-il , 
ne venge point les injures d'un Duc d'Orléans, D'où 
vient que ce mot frappe d'abord ? N'eft-il pas aifé 
de voir que c'eft parce qu'il prefente aux yeux un» 
vérité que tout le monde fent , & qu'il dit mieux 
que tous les plus beaux difcours de Morale , Qu'un 
grand Princey lorfquilefi une fois fur le thrine^nedoit 
fl%s agir par des mouvemens particuliers , nt avoir 
d'autre veuë que la gloire & le bien gênerai de fin 
Êjtat ? Veut-on voir au contraire combien une 
penfée fauflè eft froide & puérile ? Je ne f^aurois 
rapporter un exemple qui le faife mieux fentir , que 
deux VersduPoëte Théophile, dans fa Tragédie 



\ Ceft ainfî tes celles qui 1 
^ ^ tonde 1701. lit : confetUertr . _ __ 

Bans celle de 171 }> fc danttou- 1791. me femble pcéféiable. 



( t ) confeilloient ] Ccft ainfî tes celles qui l*ont fuivîe , oa 
qU'il y a àzn^V^àiMn dt 1701. lie : eonfeiUerent, La leçon dt 



Ixij 



PRË* FACES 



intitulée, Pyrâme & Thyfbé; lorfque Cette mal* 
heureufe Amante ayant ramaffé le poignard en- 
core tout fanglant dont Pjrrâme s'efioit tué , Elfe 
querelle ainfi ce poignard. 

Ah ! voici le poignard qui dufang de fort Maiftre 
S^efi fouillé lâchement. Il en rougit, le Traître'. 
Toutes les glaces du Nord enfemble ne font pas , 
à mon fens , plus froides que cette penfée. Quelle 
extravagance , bon Dieu ! de vouloir que la rou-* 
geur du fang, dont eil teint le poignard d un Hom- 
me qui vient de s'en tuer lui-mefme , foit un effet 
de la honte qu*a ce i)oignard de Tavoir tué ? Voici 
encore une penfée qui n'ell pas moins fauiTe, ni pae 
conféquent moins froide. £lle eA de fienferade 
dans fes Métamorphofes en rondeaux, où parlant 
du déluge envoyé par les Dieux, pour châtier Tin* 
folence de THomme , il s'exprime ainfi : 
Dieu lava bien la tejie àfon Image. 
Peut-on à propos d'une aufE grande chofe "que lé 
Déluge , dire rien de plus petit , ni de plus ridicule 

S[ue ce quolibet, dont la penfée efi d autant plus 
auffe en toutes ftianieres , que le Dieu dont il s'agit 
en cet endroit, c'eft Jupiter, qui n'a jamais palfc 
chez les Payens pour avoir fait l'Homme à fon 
image :" l'Homme dans la Fable eilant, comme 
tout le monde fçait, l'ouvrage de Promethée. 

Puifqu'une penfée n'efl: belle qu'en ce qu'elle eft 
vraye;8c que l'effet infaillible du Vray, quand 
il eit bien énoncé , c'eft de frapper les Hommes ; 
il s'enfuit que ce qui ne frappe point les hommes , 
n'eft ni beau ni vray , ou qu'il eft mal énoncé : 8c 
que par conféquent un ouvrage qui n'eft point 
goufté du Public , eft un tres*méchant Ouvrage. 
Le gros des Hommes peut bien , durant quelque 
temps , prendre le faux pour le vrai , & admirer 
de méchantes chofes : mais il n'eft pas poi&ble qu'à 



DE M. DESPRFAUX. Ixîîj 

la longue une bonne chofe ne lui plaife; & je def- 
fie tous les Auteurs les plus mécontens du Pubic , 
de me citer un bon Livre que le Public ait jamais 
rebuté : à moins qu'ils ne mettent en ce rang leurs 
écrits , de la bonté defquels Eux feuls font perfua- 
dez. J'avoue néanmoins , & on ne le fçauroit nier, 
que quelquefois, lorfque d'excellens ouvrages vien- 
nent à paroître, la cabale & Tenvie trouvent 
moyen de les rabbaifler; (3) & d'en rendre en 
apparence le fuccez douteux: mais cela ne dure 
guéres ; & il arrive de ces ouvrages comme d'un 
morceau de bois qu'on enfonce dans l'eau avec la 
main : il demeure au fond tant qu'on l'y retient ; 
mais bien-toft la main venant à le lafTer , il fe re- 
levé & gagne le deffus. Je pourrois dire un nom- 
bre infini de pareilles chofes fur ce fujet , & ce fe- 
roit la matière d'un gros Livre : mais en voilà aflez 
ce me femble , pour marquer au Public ma rccon- 
noiflance , & la bonne idée que j'ay de fon gouft 
& de ks jugemens. 

Parlons maintenant (4) de mon édition nou- 
velle. C'eft la plus correàe qui ait encore paru; 
& non feulement je l'ai revûë avec beaucoup de 
foin , mais j'y ay retouché de nouveau pluueurs 
endroits de mes ouvrages. Car je ne fuis point 
de ces Auteurs fuians la peine , qui ne fe croient 
plus obligez de rien raccommoder à leurs écrits , 
dès qu'ils les ont une fois donnez au Public. Ils al- 
lèguent pour excufer leur pareife, qu'ils auroient 
Eeur en les trop remaniant, de les affoiblir, & de 
;ur ofter cet air libre Se facile qui fait , difent-ils» 

( j ) ^ d^in rendre . ,, . /«/m.* de M.l(acine. BRcyss. 

c«( doHteH* : ] M. Dgjtriaux d- ( 4 ) de mon édition nowvelU» ] 

loic pour ex«aij>lesy VEcoU des Celle de 1 701. pour laqiicUc col* 

Pemm€s de MtUire , & la Pbidrt te Pri/M» fut £ùcc. 



Ixîv PRE' F A CE s 

un des plus grands charmes du difcours : maïs leui 
exo^fe , à mon avis , eft tres-mauvaife. Ce font 
les ouvrages faits à la hâte , 8c , comme on dit ^ 
au courant de la plume, qui font ordinairement 
fecs^ durs 8c forcés. Un ouvrage ne doit point 
paroiftre trop travaillé ; mais il ne fçauroit eftre 
trop travaillé; 8cc'eft fou vent le travail mefme qui 
en le poliflant luy donne cette facilité tant vantée 
qui charme le Ledteur. Il y a bien de la différence 
entre des vers faciles 8c des vers facilement faits. 
Les Ecrits de Virgile , quoiqu'extraordinairement 
travaillez } font bien plus naturels que ceux de 
Lucain , qui écrivoit , dit-on , avec une rapidité 
prodigieufe. C'eft ordinairement la peine que s'eft 
donnée un Auteur à limer 8c à perfectionner fes 
Ecrits, qui fait que le Ledeur ri'à point de peine 
en les lifant. Voiture , qui paroift iî aifé , tra vail- 
ïoit extrêmement fes ouvrages. On ne voit que 
des gens qui font aifément des chofes médiocres; 
mais des gens qui en faffent , mefme difficilement ^ 
de fort bonnes , on en trouve tres-peu. 

Je n*ay donc point de regret d'avoir encore 
employé quelques-unes de mes veilles à reétifier 
mes Ecrits dans cette nouvelle Edition , qui eft , 
pour ainfi dire , mon Edition favorite. Auffi y 
ai-je mi^ mon nom, que je m'eftois abftenu de 
mettre à toutes les autres. J'en avois ainfi ufé par 
pure modeftie : mais aujourd'hui que mes ouvrages 
font entre les mains de tout le monde , il m'a paru 
que cette modeftie pourroit avoir quelque, cnofe 
a'affedé. D'ailleurs , j'ai efté bien aife , en le met- 
tant à la tefte de mon Livre , de faire voir par-là 
quels font précifément hs ouvrages que j'avoue, 
& d'arrefter , s'il eft poffible, le cours d'un nombre 
infini de méchantes pièces qu'on répand pat- 
tout fous mon nom, 8c principalerpent dans lesf 
Provinces 8c dans lesPaïs étrangers. J'ay mefme, 

pouf 



De m. despre'aùx. ixv 

ur mieux prévenir cet inconvénient , fait met- 
au commencçmçnt de ce volume , ( y ) une Me 
i6èe & détaillée de tous mes Ecnts,8c on la trou* 
a immédiatement après cette Préface. Voilà dé 
)y il eft bon que le Le6leur foit inâruit. . 
1 ne refte plus prefentement qu'à luy dire quels 
tles ouvrages dont j'ay augmenté ce. volume, 
pliis confiderable eft une onzième Satire que 
tout récemment compbfée j & qu'on trouvera 
i fuite des dix precedenteç^ Elle eft adrefTée à 
afieur de Valincour mon illuftre Aâbcié à l'Hif^ 
;* J'y traite du vray & du faux Honneur 8c 
ly compofée avec le mefme foin aue tous mes 
îs Ecrits, je ne fçaurois pourtant dire fi elle eft 
le ou mauvaife : car je ne l'ay encore commu-^ 
ée qu'à deux ou trois de mes meilleurs Amis , à 
tieûiie je n'ay fait que îa reciter fort vite i dans 
ur qu'il ne lui arrivait ce qui èft arrivé à quel- 
autres de mes pièces , çjuej'ay vu devenir pu- 
les avant mefme que je les euffe mife$ fur lé 
:r : plufieurs perfonnes à qui je les avois dites 
d'une fois ,, les ayant retenues par cœur y Se 
lyant donné des copies; Ceft donc au public 
apprendre ee que je dois penfer de cet Ouvra-^ 
ainfi que de plufieurs autres petites pièces dé 
îe qu'on trouvera dans cette, nouvelle Edi- 
, & qu'on y a mêlées parmi les Epigrammes 
y eftoient déjà. Ce font toutes bagatelles jjué 
ia plupart compofées dans (6) ma première 
lefle : mais que j'ay im peu rajuftées , pour les 

j une lifle , , , de toiu mes Cette Lifle de 1701^1 D*eft qu'un 

r , ] Elle écoic différcQce de fimple Catalogue des Ouvrages 

qui depuis a êcé mife ^ans contenus dans cette Edition , fe- 

rMffdei7i3. & donc on a Ion Tordre qu'ils y tiennent. , 

: dans la Kfmarque i, fut (6) ma première feunefe: 1 

Préface, Bross, ConforméxQCXU à VEdiM» dm 

Tome L c 



lxv| . PRE^FACES 

rendre plus flipportablès au Le-leur- JY âî fait âtifflt- 
agouter , deux nouvelles Lettres , l'une que j'écri» 
à Mr Perrault 6c oti je badine avec lui fur noftre? 
démêlé Poétique , prefque auiE-toft éteint qu'allu- 
mé. L'autre eft un Remercîment à M. le Comte 
d'Eticeyra , au fujet de la Tradu6tion de mon Art 
Eoëtiqu« , faite par lui en Vers Portugais, qu'il a 
eu la bonté de m'envoyer de Lilbone , avec une 
Lettre & des Vers P'rançois de fa compofition, 
où il me donne des louanges tres-delicates,- & 
aufcjuelles il ne manque que d'eftre appliquées à un 
meilleur fujet. J'aurois bien voulu pouvoir m'ac- 
quitter de la parole aue je lui donne à la fin de 
ce Remercîment, de taire imprimer cette excellent , 
te traduction à la fuite de mes Poëfies ; mais mal- 
heureufement (^7) un de mes Amis à qui je Ta vois 
preftée m'en a égaré le premier Chant ; & j'ay eu 
la mauvaife honte de n'ofer récrire à Liftonne^ 
pour en avoir une autre copie. Ce font là à peu près 
tous les ouvrages de ma façon bons ou méchans 
dont on trouvera icy mon Livre augmenté. Mais 
une ehofe qui fera feurement agréable auPublic,c'eft 
le préfent que je luy fais dans ce mefme Livre , 
de la Lettre que le célèbre M. Arnauld a écrite à 
M. Perrault à propos de ma dixième Satire, 6c oti , 
comme je l'ay dit dans l'Epiftre à mes vers , il fait 
en quelque forte mon apologie. (8) Je ne doute 
point que beaucoup de Gens ne m'accufent de té- 
mérité, d'avoir ofé affocieràmes écrits (p>rott- 

1701. Dans celle de 171 î. & l'^i»*. de 1701. avant cette Phra» 

toutes les autres depuig , il y a : fe e(l celle-ci , qui ne fe trouve 

wa plats tendre jennefe. ' plus dans C ettc Préface depuis \'B* 

(7) un de mes sAmis ] M. dit, de 171 ?• J*aj^ mis cette Lettre 

l'Abbé l^egnier - Defntarais , Se- ta dernière de tant le Volume , afiê 

cretaire de l'académie Fran- î^'o» U trowvafl plus aifément, 

çoifc. Bross- ( 9) /Vi«/r4^e JC'cftainfiqu'il 

( 8 )Je nt doHie poîkt dcc] Dans y a dans VEditian de ly^i, ^ 



t>ÊM. î>ÊSfRÊ*AÛ3^. lxvi| 

)^Mge d'un 11 excellent homme ; & f avoue que 
leur accufatioh eft bien fondée. Mais le moyen dé 
ïefiiler à la tentation de montrer à toute la Terre i 
comme je le montre çrt effet par Fimpreffion de cet- 
f te Lettre , que ce gfand Perfonnage me faifoit 
[ i'ionneur de m'eilimer j 8c avoit ta bonté meas efê 
I sliquid putare nugas / 

Au refte comme malgré uiie apologie fi authen- 
tique, 6c malgré les bonnes raifohs que j'ay vingt 
fois alléguées en vers ôc en prôfe , il^ a encore 
des gens qui traitent de médifancés les railleries 
que j'ay faites de quantité d'Auteurs modernes*^ 
& qui publient qu'en attaquant les défauts de ces 
Auteurs,je n'ai pas rendu juâice à leurs bonnes qua^ 
lîtez ; je veux bien , pour les convaincre du con-^ 
taire , répéter encore ici les mêmes paroles que 
f ai dites fur cela dans là Préface ( lo ) de mes deux 
Editions précédentes. Les voici. // efi bon que lé 
LeBeurfoit averti d*uneckofè ;c' efi ai/ en attaquant 
dans nies ouvrages les défauts de plufieurs Ecrivains 
de nofire Siech , je n*ay pas prétendu pour cela ofter 
i ces Ecrivains le mérite & les bonnts quàlitez qtCili 



Ic'eft ce qUé le tenH deniancle ; & 
- son pas : les ÛH-vrages , comme 
portent l* Edition de 171 j. Ôc tou- 
tes celles que l*on a faites de- 
puis. 

(10) de mes deux Editions fltéct' 
dentés j\ De i<s8^ & 1694.6ROSS. 

Il falloic dire de i6%\, & 
I694. car ce font deux Editions^ 
qui précédèrent celle de 1701. 
OÛM. Verpréanx mit cette Pré. 
^ct; mais le Commeiitatewr n*à 
pas connu V Edition de 168 fi 

Du MONTEiL. 

Cet Edffeiêr s*eft aUurémenc 
frompé. La Préface , dofit il s'â- 
9k iSi ecttstinttùtut celk det 



Editions de t68j, Sc de l(S94i 
que j*ai fous les îeux. J'ignore 
qu'il y en ait une de lôS^vEri 
tout cas, fi cette Edition exilte.cd 
ne peut être que celle de 1 683.! 
laquelle on aura joint le^emrr- 
ciment de nôtre Auteur à l'Aca- 
démie i âcque l'ou aura rajeunie 
d'un nouveau frontifpice. Tonr 
de paft.pafe affcs ufité parmi Içé 
Libraires. Depuis 1683. jufqu'eit 
itf94. M. De/préaux ne compofa 
point d'autre Ouvrage , que ié 
Difcours , dont je viens de par- 
ler. C'eft ce que l'on peut voir 
dans la Ufit citée ci - devant g 
l{emêrq»e x, 

«y 



I 



Ixvîîj PREFACES 

peuvent avoir d'ailleurs. Je n*ay pas prétendu , d 
je 9 mer que Chappelain , par exemple , quoique Pc 
te fort dur , n'ait fait autrefois , je ne fçay co 
ment , une affez belle Ode ; & qu'il n*y ait heauco 
d'efprit dans les ouvrages de Monfieur Quinau 
quoique fi éloigné de la perfection de Firgile, J*aji 
teray mefmejur ce dernier , que dans le temps oh j 
crivis contre luy , nous eftions tous deux fort jeum 
^^uil navoit pas fait alors ^beaucoup d'ouvragi 
qui lui ont dans la fuite acquis unejufte réputation, 
veux bien aufft avouer quil y a du génie dans les éci 
de Saint' Amand > de Érebeuf^ (ii) de Scuderi y 
Cotin mefme y& de plufieurs autres que fay cri 
quez. En un mot , avec la mefme fincerité que f 
raillé de ce qu^ils ont de blâmable , je fuis pr^fi 
convenir de ce qu'ils peuvent avoir d'excellé 
Voilà i ce me femble , leur rendre juftice ^ & fa 
bien voir , que ce n'efi point un efprit d'envie & 
médifance qui m* a fait écrire contre eux. 

Apres cela , fi on m'accufe encore de médifanc 
je ne fçai point de Le6leur qui n'en doive au 
cftre accufé : puifqu il n'^ en a point ^ui ne d 
librement fon avis des écrits qu on fait imprime 
& qui ne fe croye en plein droit de le faire du co: 
fentement mefme de ceux qui les mettent au joi 
En effet , qu'eft-ce que mettre un ouvrage au jou 
N'eft-ce pas en quelque forte dire au Public , J 
gez-moy ? Pourquoi donc trouver mauvais qu'< 
nous juge 7 Mais j'ai mis tout ce raifonnement < 

R M M j4 R q^U £'S. 

( I ï ) de Scuderi , ] On m'ac- Scuderi ; voîcî pourtant de 
cufe , difoic M. Defpréaux , dq beaux Vers oue je fuis écoii 
ac rien louer de ce qu*a fait qui foienc de lui. 

// n'efl rien de fi doux à des cmurs pleins de gloire 
ilue la péifible nuit qui fuit une 'vicieire, 

> Cette H9tt de VMditiw dt Paris 1 740, cft tirfe du StUanM^ 



DE M. DES PREVAUX. Ixhc 

rimes dans ma neuvième Satire, & il fuffit d'y 
renvoyer mes Cenfeurs. 

Xa Pre'face, que Pon vient de lire , eft fuivie dsns 
/'Edition de I713. de ce que voici. 

ŒUVRES DE M. DESPRE'AUX, 

Sçlon Tordre quelles font îqy imprimées; 
félon Tâge auquel il les a compofces ; & 
félon l'année ou il les a publiées. 





Ofdrtde 


jtge atupêtl t*,AH~ 


1 
Munies 9% Us 


' Pitces, 


timpreffim. 


ieur Us a fâitts. 


Piects •nt efiS 
ccmpofées. 


Difcours au 


Roy. 


»7 


1664, 


Satire 


I 


21 


1658 


Satire 


X 


%6 


J66^ 


Satire 


3 


26 


166^ 


Satire 


4 


x6 


166^ 


Satire 


5 


z6 


166^ 


Satire 


6 


»4 


i€6l 


Satire 


7 


if 


j66z 


Satire 


S 


30 


1667 


Satire 


9 


ap 


1666 


Satire 


10 


55 


169V 


Satire 


IX 


^3 


1700 




E P I S T R E S. 






0rdr*d9 


^ge 4Uqnei fijtiL. 


JlHniis.ékUs 


PiiCtié 


PimrreJTftn. 


ttw Us a faites. 


PUces ont efté 


, 






compo/eês. 


ïpiilre 


t 


- 30 


1667 


fpiflre 


2 


»? 


1666 


JEiûfira 


i 


•'•• il ■ 


l^f Q 






9n\ 



}xx 



PHr FACES 



' piicis. 



Epîftre 
£piftre 
Ëpifire 
Epîftre 
Çpifira 
Epiftr© 
Épiftre 
ïpiôro 



Ordre de 
rimpr^u. 


c/tge 4Hqfteltj4mm 


Annif 


UHt Us 4 faites. 


Pièces 






tmpa 


4 


SS 




S 


59 




^ 


19 




7 


40 




8 


40 




9 


^6. 




lo 


i^ 




II 


57 




11 


Jf8 





AUTRES ŒUVRES. 



Pièces, 

VAtt Poétique « 

le Lutrin , 

Ode fiir Namur , 

Vers fur la Macarifè » 

Sonnet fur une Parente , 

Stances fur TEfcole xies Femmes , 

Arreft burlefque , 

Dilcours fur la Satire , 

Lettres à M. le Pue de Vîvonne , 

BemercSment à TAcadémie , 

Les Héros de Romans , 

Réflexions fur Longin , 

JDiiTertation contre M. le Clerc , 

Traduâion de Longin > 

Lettre à M. le Comte d*Erîceyra , 

Epigrammes faites en divers ^mps , 

c ypill fiu vrî^y f 4i^ fd, l^effreauof dans m l 



^geau^t 


A% 


r.Amem' 


lest 


Ses a faites. 


enti 




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X< 


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47 


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17 


It 


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K 


73 


%: 


37 


n 


62 


. V' 



DE M. DESPREUUX. Ixxj 

que Von a trouvé après fa mort y tous les Ouvrages 
que 'fay faits. Car pour tous les autres ouvrages 
w'on m'attribue , & qu'on s'opiniaftre de mettre 
dans les Editions étrangères , il n'y a que des Ri- 
dicules qui m'en puiffent loupçonner l'Auteur. Dans 
ce ranç on doit mettre une Satire tres-fade contre 
les frais des Enterremens ; une encore plus plate 
contre le Mariage , qui commence par ce Vers 

On me veut marier ^ &{$ n'en feray rien. 
CeDe contre les Jefuites ; & quantité d'autres auffi 
.impertinentes. J'avoue pourtant que dans la Paro- 
le des Vers du Cid , faite fur la perruque de Cha- 
pelain , qu'on m'attribue encore , il y a quelques 
Jraits qui nous efcbaperent à Monfieur Racine 8c 
a moy , dans un repas que nous fifmes chez Fure- 
tiere , Auteur du Didionnaire ; mais dont nousn'e- 
crivimes jamais fien ni l'un ni l'autre. De forte que 
c'eft Furetiere qui eft proprement le vray & l'uni- 
que Auteur de cette Parodie, comme il ne s'enca-» 
W)it pas luy-mefme. 



^ 



cit 



Ixxîj ORDRE CHRONOLOGIQUE. 



ORDRE ÇHRQNOLOGIQl 


Des principaux Ouvrages 


deM.DrspKE'Ai 


( Tiré de YEdition de 1740. ) 


PIECES. 

ODE cpntrç Içs Anglois. 


Abc de Année 
l'Auceuç. çonipofid( 

20 16^6 . 


Satire I. 
Satire VI, 


H \66o 


Satire VII. 
DifTertation fiic Joconde. 


^7 i60^ 


Satire II. 
Satire IV, 


18-40 i^^4 


Héros de Roman$ » Pialog^Q. 


18— 1^ léé^—li 


Satire III. 
Satire V. 
^ifcours au l^ou 


W 1 l^<?5[ 


Satire VIII. 
Satire IX. 


?^ i<^^7 


Di/cours fut la Sat^ç, 


3^ i^^? 


Ipîtrel, 
JEpîtrell, 


33 ^^^» 


'Art Poétique, 


33-38 i^^si-iû 


Epître IV, 


i6 167^ 



l?ît«;|iifc il .<f7| 



ORDRE CHRONOLOGIQUE. Ixxlîj 

PIECES. Age de Annécde|» 

l'Auteur, compofidon. 

EpîtreV. 

Tradudion de Longln. 

Arrêt burlefque. 3 g i ^7^ 

les quatre premiçrs Chants dv^ 
Lutrin, 

Epître Vm. 

EpîtrelX. 35^ léjf 

Epître VI. 

EpîtrçVn. "^^ ^^7^ 

JL^trin , Chant V, & VI. 47 1^85 

Remerciment à rAcadémie. 48 1^84 

OdefiirNamur. 5^ 169^ 

Satire yi. 

Réflexions critiques ^ excepté 57 ^^9i 

les X. XI, XXL 

Epître X. 

lettre à M. de Maucroix. 

Satire XI. 62 J69S 

lettre à M. Perrault, 6^ 1700 

Satire XII. 6p 17051 

Réflexions critiques , X, XI. 

& XII. 
pifcours fur le Dialogue des 

Romans. 



9* 1710 



IxxiY NOUVEL ORDRE . 

NOUVEL ORDRE 
CHRONOLOGIQUE 

De la plu4>art des^ Ouvrages de M. Desfrç a 



Agede 
TAutcur. 

»7 


AnnécsdcU PIECES.. " 
compoficion. 

EpSgramme XXXI. Enigme. 
iS<y Chanfon à boire. Fhilofophei 
veurs &c. 


?8 


1^54 


Sonnet fur la mort d'une 
rente. 
. Chanfon i boire. Soupires i 
tj^jourScc. 


10 


16^6 


Ode fur les Anglois. 


H 


I660 


Satires I. & VI. 


16 


166% 


DiiTertation fur la Joconde. 


»7 


1661 


Satire VIL 

Stances à M. Molière. 


18 


1664. 


Satires II. & IV. 
Epigramme V. 


aS-ip 


166/^-- 


166$ Les Héros de Ronians,Dia]oj 


»P 


I66s 


Difcours au Roi. 
Satires III. & V, 


30- j» 


1666- 


lé^SPrefecel. 


3ï 


1667 


Satires VIIL& IX. 



CHRONOLOGIQUE. Ixxv 

Age de Années de 1^ P I E C E S, 

FÂvteur. compofîtion. 

3 » i66i Dilcours fur la Satîrç, 

n ^669 Epiftres I. & II, 

33*^3^ lé^^- 1^74 L'Art Poëtiquç. 

,^ ,,^ Avertîflement fur l'Epifire !• 

34 1^70 EpigrammeVII, 

Epîftre IV. 
16 1^71 Çhanfon â boîre. g«^ ^4w7/# 

mefembU aimable ! 

3^-38 1(^72-1^74 ^"3l" ^- "' ^"' ^ ^^' 
Chants. 



38 Iéf74 



Préface II. 
Epîftre V. 

Epîgrammes II. & VIL 
aduâ' 



Tradaâion de Longin. 

Prefece III. 
30 ,/.. EpiftresVIIL&IX. 

^^ ^^^^ I. Lettre à M. le Duc de Vî- 

vonne. 



4J0 i6j6 



IL Lettre à M. le Duc de Vi-. 
vonne. 



4X 1^77 EpîftresVL&VIL 

45-47 1^81-1^83 Lutrin V. & VI. Chants. 

Préface IV. 
47 1^83 Remerciment à PAcadémlo 

Françoîfe. 

4P 16%^ Epîgrammes VL & XXXVIII. 

jo 4rtf Bpîgramme XIV. 



Ixxvj NOUVEL ORDRE 

Age de Années de la PIECES. 

rAuceur. compofîtioo. 

Bplgrzmmes III. X. XI. XII. 
^* ^^^7 XIII. & XV. ^ 

54 1690 Epigranume IX. 

Satire X. 
Ode fiir Namur. 
57 i^^j Epigrammes XLIII. & XLIV. 

Les neuf premières Reflexions 
Critiques fiii Longin. 

Pre&cc V. 
Il X ^94 Epîtaphe de M. Arnauld. 

. ^ Lettre de Remerciment à Mé 

Arnauld. 



19 l^9S 



EpîftresX.XL&XIL 
Lettre à M. de Maucroix. 



5^-0 


j 165^5-1: 


^^* Epiftres. 


él 


1697 


Lettre à M. le Comte d'I^H* 

ceyra. 
Lettre à M. Racine. 


€% 


1699 


Satire XI. 


éi 


1C99 


Epigrammes XL V. & XLIX^ 
Epitaphe de M. Racine. 


H 


1700 


Lettre à M. Perrault. 


^S 


170 1 


Préface VL 


66 


1701 


Epigramme XXV. 


*1 


170J 


Epigrammes XXVI. XLVU^^t 

XLVIIL 
Lettre à M. le Verrier* 



C H R O N O L O G I Q^U E. kxyîî 



<8 
^4 



*• compoiîcioiu 
1704 

«707 



I71O 



Epîgrammes XXXIX. & xt; . 
Èpîgramrte XXXVII. 

Difcours fur le Dialogue des 
Héros de Roman. * ' ""^ 

les trois dernières Réflexions 
CntiquesfurLongin. 




txxx TABLE DES PIEGES&c: 

Fagê 

* AvettilTement fut TEpifire IV%( Le commen- 
cement eft de r Auteur. ) ^96i 

Epiftre IV. Au Roy. 305. 

* Sommaire pouf rEpiftré V. 3 20. 
Epiftre V. A M. de Guilleragues &c, 311. 

* Sommaire pour l'Epiftre VI. 33 z. 
Epiftré VI. A M. de Lamoignon &c, 3 3 3 < 

* Aveftifleipent furl'Epiftrc VIL , 34^. 
Epiftre VIL A M. Racine. 3^7* 

* Sommaire pour rEpiftre VIÏL 3 70^ 
Epiftre VIIL Au Roy. 371, 

* Sommaire pour TEpiftre IX. j 8oé 
Epiftre IX. A M. le Marquis de Seîgnelay &c. 381. 
Préface pour les trois dernières Epiraes. 3^5, 

* Sommaire pour l'Epiftre X. 40 li 
Epiftré X. A mes Vers. 403* 
5*5 Sommaire pour l'Epiftre XI. 4 1 6 à 
Epiftre XL A mon Jardinier. 417. 

* Sommaire pour l'Epiftre XII. 414^ 
Epiftre XII. Sur l'Amour de Dieu , à M. 

FAbbé Renaudot. 42 ^^ 

Pietés concernant la X. Satire. 

* L'Apologie des Femmes. Préfecé. * 433» 
^ L'Apologie des Femmes. 44^» 

* Lettre de M. Arnauld à M. Perrault. ^ 45 y. 
lettre à M. Arnauld ^ pour le remercier de 

la précédente. 4834 



«^ 



DISCOURS 



DISCOURS 

AU ROI. 



TomeU 



Quoique le Difcours au Roî tienne la première 
place ici , comme dans toutes les Editions des 
Ouvrages de M. Defpréaux , il n'a. cependant été fait 
quau commencement de Vannée i66$. V Auteur diant 
déjà compofé cinq Satires. La même année ce Dif- 
cours fut inféré dans un Recueil de Poëfies , avant 
que M, Defpréaux etU eu le tems de le corriger. Il 
le fit imprimer lui-même Vatmét fuivante \666. avee 
lesfept premières Satires. 

( Le ]^oi efi lotie dans cette Pièce avec d'autant plus 
d'art que le ton général efi celui de la Satire, & que les 
traits lancés contre quelques Poètes font autant de 
louanges pour le Prince. Ed. P, 1740. ) 

Régnier a mis à la tête defes Satires une Epitre en 
Versadrejfée iHsNKi IV. fous le même titre de 
Pifcours au Roi. 




DISCOURS AU ROI. 



JEUNE &vailUnt Héros, dont la haute fagcflc 
N*cft point le fruit tardif d'une lente vieillefTe , 
Et qiii feul , fans Miniftrc , à Icxemple des Dieux , 
Soutiens tout par Toi-même , & vois tout par Tes yeux > 
FQrand Roi, fi jufqu ici , par un trait de prudence jj 
J*ai dcmeurdpour Toi dans un humble filence , 



VtiLS i.Ettpùfeuly/MnsMl- 
mjire , &c. 1 Après la more du 
Cardinal MoKotin , arrivée en 
1 661. le Roi âgé feulement de 
vingt-deux ans & demi , ne 
voulut plus avoir de premier 

On peuç obCerver dans cet en* 
droit 6ç dans la plQ/*part de ceux 
que notre Auteur imite des An- 
ciens , qu'il enchérit fur l'O- 
riginal , Coit en reâifiant la 
r:n(ée , foit en la plaçant plus 
pconos qtt'elle n'êcoit ) tantôt 
en lui donnant pUu de f c^cc pu 



Miniftre , & commença â gou- 
verner par lui-même. 

Imitation. Vers 4. Jom- 
tiens tout par Toi-mimt , cr xtois 
totupat Tesjeitx,1 Horaa h, II, 
Ep. I. v. î. 

negotié foins. 

des expreflions plus vives 8c 
plus énergiques « tantôt en y 
ajoutant des images nouvelles 
qui l'embelliflcnt. Il difoic 

Î[uelquefois y en pariant de ces 
ortcs d'imitations : Çe/4 »t 
s'appeiU pas imiter , c*«Jt f9Mn 
wun fwûrigmél. 



4 DISCOURS AU ROT. 

Ce n* cft pas que mon cœur vainement fufpendu 
Balance pour T*ofFrir un encens qui T'efl: dû. 
Mais je f^ai peu'louer , & ma Mufe trenfblantc 
. lô Fuit d'un fi grand fardeau la charge trop pefante , 
Et dans ce haut éclat oïl Tu Te viens offrir , 
Touchant à Tes lauriers , craindroit de les flétrir. 

Ainfi , fans m*aveuglêr d une vaine manie , 
Je mefure mon vol à mon foibie génie : 

ï 5 Plus fage en mon rcfpeâ: , que ces hardis Mortels 
.Qui d'un indigne encens profanent Tes autels j 
Qui dans ce champ d'honneur , oii le gain les ameinc, 
Ofent chanter Ton nom fans force & fans haleine j 
Et qui vont tous les jours , d'une importune voix , 

10 T'ennuyeixlu récit de Tes propres exploits. 

.Vers io. FMitd*»n fi grand fat» fardeau efl d^un potdt trop grande 

deatt la charge trop pefante."] Quel- Ces exprefCoiis * n*onc rien d'ir-* 

ques Critiques ont condamné régulier. 

ce Vers , prétendant que Ton ne C h A n g. Vers xi. Et danf 

pftit pas dire , la charge d*un ce haut éclat , &c. ] Ce Vers & le 

fardeau. Cependant on dit fort fuivant êtoient de cette manière 

bien , le poids d'un fardeau ; ce dans les premières Editions ; 

Et ma plume mal propre À peindre des Guerriers , 
Craindroit , en les touchant , de flétrir Tes Limiers, 

L'Auteur les changea ainfi dans TEdition de 1674. 

Et défi hauts exploits mal propre i difeourir , 
Touchant à Tes lauriers craindroit de les flétrir» 

înfih , dans les Editions fui- premier de ces deux Vers com4 
vantes , il corrigea encore le me il eft ici. 

Et dans ce bauf éclat ok Tu Te tnens offrir , &C. 

CnANG. Vers i?. -^»V » premières Editions il y avoiti 
fans m' aveugler , ficc. ] Dans le» Ainfi , fans mtfiattr. ' 



JDÏSCOURS ACJ ROI. y 

L*Un en ftile pompeux habillant une Eglogue , 
De Ces rares vcrms Te fait un long prologue , 
Et mclc , en fe vantant foi-même à tout propos , 
Les louanges d'un fat à celles à*\m Héros. 

2-5 L'Autre en vain fe laffant à polir une rime , 
£t reprenant vingt fois le rabot & la lime > 
Grand & nouvel effort d'un efprit fans pareil I 
Dans la fin d'un Sonnet Te compare au Soleil. 
Sur le haut Hélicon leur veine mépriféc , 

l o Fut toujours des neuf Sœurs la fable & la riféc. 
Calliope jamais ne daigna leur parler y 
£t Pégafe pour eux refufe de voler. 
Cependant à les voir enflés de tant d'audace , 
Te promettra en leur nom les faveurs du Parnairc ,* 

V E ». s 1»! . Vtm en JliU pompeux conmi par Ton Pocme de U Pi». 

habillant une Eglogue, "^ C H A K- celle ^ dont les douze premiers 

PENTiEK av oit fait en ce Chants , imprimés en 16^6. fu- 

tems4à une Eglopte pour le Roi rent d'abord aflfez bien reçus, 

en ' vers magnifiques , intitulée Mais les Vers extrêmement durs, 

Eglogue ^ale, D E S P. forcés & pleins de tranfpofî- 

Francois Charpentier, Parifïen , . lions monftrueufcs, firent bien- 

de l'Académie Françoife , pof- tôt tomber ce Poème , 8c fi bien 

(édoit les Langues ia.vantes. Il que iufqu'à préfent on en a pas 

a laiffô plufieurs Ouvrages de fa ofé publier les douze derniers 

compofition , & des Traduc- livres. Âinfi cet Ouvrage que 

lions eftimées. Telle cft fur- l'Auçeur avoir été trente ans à 

tout celle de la Cjropédie de Xe- compofer , 8c que la France 

mpbon, £ d. P. 1740. avoit attendu fi longtems avec 

VEglogue dont il s'agit ici fut tant d'impatience , hir l'étueil 

faite en 1^63 , 8c fon titre en- de la réputation de grand Poë- 

tier eft : L o u I s , Eglogue ^>tlf, te > que Chapelain s'ctoit acquife 

Veks 1^, Vautre ewvain/e taf. par fon Ode mu Cardinal de I(i~ 

fitnt. ] C'eft Chapelain qui chelieu , dans laquelle il y a vé- 

avoit fait un Sonnet , à la fin ritablement du génie 8c de gran- 

duquel il comparoit le Roi au des beautés. Au refte , Chape^ 

Soleil. lain ctoit un homme d'une gran- 

Jean Chapelain ^ auflî Parifien , de érudition 8c d'une rare prt^ 

5c de l' Académie françoife, eit bité« 



€ DISCOURS AU ROt 

} 5 On diroit qu'ils ont fculs rorcille d'Apollon , 
Qu'ils difpofcnt de tout dans le facré Vallon. 
Ceft à leurs dodcs mains , Ci l'on veut les en croire y 
Que Phébus a commis tout le foin de Ta gloire : 
Et Ton nom du Midi jufqu à l'Ourfe vanté , 

40 Ne devra qu'à leurs vers fon immortalité. 

Mais plufloft fans ce nom , dont la vive lumière 
Donne un luftre éclatant à leur veine groflîere , 
Ils verroient leurs écrits , honte de l'Univers , 
Pourir dans la pouffiére à la merci des vers. 

45 A l'ombre de Ton nom ils trouvent leur afile 5 

Comme on voit dans les champs un arbri/Teau débile i 
Qui fans l'heureux appui qui le tient attaché , 
Languiroit triftement fur la terre couché. 

Ce n'eft pas que ma plume injufte & téméraire » 

50 Veuille blâmer en eux le dcflein de Te plaire : 
Et parmi tant d'Auteurs , je veux bien l'avouer , 
Apollon en connoift qui Te peuvent louer. 
Oui , je fçai qu'entre ceux qui t'adrcflcnt leurs veilles ,] 
Parmi les Pelletiers on compte des Corneilles. 

^^ Mais je ne puis fouffrir , qu'un efprit de travers , 
Qui pour rimer des mots penfe faire des vers , 

K E M A R (lu E s. 

VfeiLS ^4. Vitrmi Us Pelletiers. ] l'Ouyrage. Il gagnoit fa vîe i 

PiERRï DU Pelletier. Pari- aller en Ville enseigner la Lan- 

fien, miferaWc Rimeur, faifoit fa guc Françoifc aux Etrangers. 

principale occupation de com- Ibid. On compte des Cor» 

poferdes Jtfïiweï/à lalouangcdc netlles,'} Quoique le grand Cor^ 

toutes fortes de gens. Dès qu'il neille doive jprincipalement fa 

fftvoic qu*on imprimoit un Li- réputation à Tes excellentes Tr**- 

vrc , il ne manquoit pas d'aller gédies. Il eft auffi connu par de 

porter un Sonnet à l'Auteur , très-beaux Poèmes qu'il a com- 

pour avoir un exemplaire de pol^s à la louange du Rot. 



DISCOURS AU ROI, - 

Se donne en Te louant une ge(he inutile. 
Pour chanter un Augufte > il faut eflre un Virgile» 
£t j'approuve les (oins du Monarque guerrier , 
^® Qui ne pouvoit foufFrir qu'un Artifan grofCer 
£ntreprift de tracer , d'une main criminelle , 
XJn portait rçfervé pour le pinceau d*Apelle. 

Moi donc > qui connois peu Phebus & fês douceurs ; 
Qui fuis nouveau fevré fur le mont des neuf Sœurs : 
^5 Attendant que pour Toi Tâgc ait mûri ma Mufe , 
Sur de moindres fujets je Texerce & Tamufe : 
Et tandis que Ton bras , de^ peuples redouté , 
Va , la foudre à la main , rétablir Téquité , 
Et retient les Méchans par la peur des fuppllces • 
7oKloî,laplumeàlamain, je gourmande les vices ^ 



Vers î9. ^* t'approuve- Us foins VEmperem jiugttjie fît avertir le» 

im Monarque guerrier, ] A L E- Magiftrais de ne pas foufifrir aue 

XANDRE LE GsLAND n*a- foii iiom fût avîH » en le tai- 

voit permis qu*â j4pelle de le Tant fervir de matière aux dif- 

^indre , à Ljfippe de faire fon putes pour les prix de Profc Ôc 

imaçe en bronze , & à Pjnrgotèle de Vers. Suet. c.Sç. 

de îe graver fur dts pierres pré- I m i t. Vers 60, Qui ne pourvoit 

cieufes. Il êcoit défendu â tout fouffrir tpf un artifan xrojper,'^ Ho* 

autre de faire fon Portrait ou fa xace , Livre II, Epître i. Vers 

Statue. Plin. Nat. Hifi. Vil. 38. zjj* 

EdiSio i/etuit , ne qvûsfe , prater Apellem , 
Pingeret i aut alius Lyjippo duceret ara 
Foriis jilexandri'vuUitm/inmtaHtia, 

VehS 67. Et tandis que ton bras... c^ fintir les beautés d^ la-Pot^e f 

Va ta foudre à la main, 3 C*eft pour fujlifier cette faute , qui n.*em 

mal à propos que l'on a con- efl pas une. Il la juftifioit par co 

damné cette expreflfion. Mais il beau Vers de Mr. ^a^ne , dzn% 

faut être Poète , difoit l'Auteur , la dernière Scène de Mithridate , 

J?f mes derniers regards 09$ va fuir les ^<n¥^i»s, 

A iv 



s DISCOURS AU ROL 

£t gardant pour moi-mefme une jufte r^eur , 
Je confie au papier les fecrcts de mon cœur. 
Ainfî , dés qu'une fois ma verve fe réveille , 
Comme on voit au printems la diligente abeille , 

75 Qui du butin des fleurs va compofer fon miel , 
Des fottifes du tems je compofc mon fiel. «- 
Je vais de toutes parts ou me guide ma veine , 
Sans tenir en marchant une route certaine , 
£t , fans gefher ma plume en ce libre métier , 

80 Je la laiflc au hafard courir fur le papier. 

Le mal eft , qu'en rimant , ma Mufe un peu légère 
Nomme tout par fon nom , & ne fçauroit rien taire, 
C eft là ce ^ui fait peur aux Efprits de ce temps , 
Qui tout blancs au dehors , font tout noirs au dedans. 

^5 Ils tremblent qu'un Cenfeur , que fa verve encourage ^ 
Ne vienne en fes écrits démafquer leur vifage » 
£t fouillant dans leurs mœurs en toute libené , 
N-aille du fond du Puits tirer la Vérité, 

R £ M j4 R (l U £ S. 

I M I T. Vers 71. Je confie au Horace dit , pâtiant du Fob'cel»- 
papier les fecrets de mon caur, "] cilius 1 

JUe , vetHtfidis arcana fodalibus , ollm 
Credebat libris, L. II. Sat. I. V. 30. 
Ce n*eft ni â Ltuilius ni à Ho- butin des fleurs va comtefer fon 
race que M. Defpréaux doit ce miel, ] C'eft ainfi que rAuteut 
Versj c*eft â Montagne, Il en çon- a corrigé dans l'Edition de 1 674, 
venoit lui-même. £d, P. 1740. Dans Tes précédentes Editions 
Chan^ Vers 7^, Qui du on lifoit : 

(lui des fleurs qu'elle pille en compofe fon miel, 
La Particule en qui ne peut (îgni- viçieu^ç. 

fier ici que la même chofe ex- V e n s 8i. Nomme tout par fôn 
primée par ces mots : des fleurs , nom, ] L* Auteur fait allufion 4 
^âtoit ce Vers par un Pléonafme cet endroit de la Satire 1, 
Je ne puis rien nommer fi ce n*eflparfon nom, 
VlV^S 88, H'éiimdufondd» Puits tirer UyiriU,')^ DlHOCKn% 



f Discours au roi. ^ 

Tous ces gens éperdus au feul nom de Satire y 
^^ ^ont d abord le procès à quiconque ofe rire. 
Ce font eux que Ton voit , d'un difcours infcnfc , 
^blier dans Paris que tout eft renverfé , 
Au moindre bruit qui court , qu*un Auteur les menace 
De jouer des Bigots la trompeufe grimace. 

^^ Pour eux un tel ouvrage eft un monftre odieux 5 
C eft ofFenfer les loix , c'eft s'attaquer aux Cieux. 
Mais bien que d'un faux zèle ils mafquent leur foibleilè > 
Chacun voit qu'en effet la Vérité les bleife. 
En v^in d'un lâche orgueil leur efprit revêtu 

^o Se couvre du manteau d'une aufterc verm : 

Leur cœur qui fe connoift , & qui fuit la lumière , 
S'il fc mocquede Dieu , craint Tartuffe & Molière. 
Mais pourquoi fur ce point fans raifon m'écarter ? 
Grand Roi , c'eft mon défaut , je ne fçaurois flatter. 

^J Je ne fçai point au Ciel placer un Ridicule , 

D'un Nain faire un Atlas , ou d'un Lâche un Hçrçulç , 
Et fans ceffe en efclave à la fuite des Grands , 
A des Dieux fans verm prodiguer mon encens. 
On ne me verra point d'une veine forcée , 

1 10 Mefmes pour Te louer , déguifer ma penfée : 

Et quelque grand que foit Ton pouvoir fouverain j 
$i mon cœur en ces vers ne parloir par ma main > 

ëfolt que la Vérité ctoit au la fit jouer Con Tartufe. V^sv. 

fond d'un Puits , & que perfon- Molière compofa cette Corné- 

ne ne l'en avoit encore pu tirer, die en 1664. mais la cabale des 

Desp. faux Dévots obtint du Koi une 

Vers 9j. iiifmj4uteHr les défcnfe de la repréfcnter , qm 

meîww.]MoniïUB vers ce tcmp?- J^c fuç levée qu'cft i ^^^^ 



10 DISCOURS AU ROI. 

11 n eft efpoir de biens , ni raifbn , ta maxime > 
Qui puft en Ta faveur m'airacher une rime. 

X I ; Mais lorfijue je Te voi , d'une fi noble ardeur , 
T appliquer fans relâche aux foins de Ta grandeur , 
Faire honte à ces Rois que le travail étonne , 
£t qui font accablés du £dx de leur Couronae ; 
Quand je voi Ta fageflc , en fes juftes projets , 

il io D'une heureufe abondance enrichir Tes fujets ; 

Couler aux pieds lorgueil & du Tage & du Tibre ; *" 
Nous faire de la mer une campagne libre ; 
Et Tes braves Guerriers fécondant Ton grand cœur , 
Rendre à l'Aigle éperdu fà première vigueur : 

I x5 La France fous Tes loix maiftrifêr la Fortune ; 
£t nos vaiffeaux domtant Tun & l'autre Neptune , 
Nous aller chercher l'or , malgré l'onde i8c le vent » 
Aux lieux oii le Soleil le forme en fe levant : 

Vers m. tcii^^FonUr aux y fut élevé une Pyramide en 

pieds l'orruHl , ÔCC. I^endre à tAL 1664. 

rie iperdH , &c. ] L E R o i fe Ce fut aufli en 1 66^ que U 

ftt faire fatisfaâioii dans ce Ap* cnvoïa du fecours a VEn^e- 

temps-là des deux infulces faites reur. 

à Tes ^mbafadturs à ^ome & â V E H S iit. Nohs faire de la mer 

Londres j 8c fes troupes envoiées une campagne libre, ] La mer fut 

au fecoors de VEmperem défirent purgée de Pirates par la viâoire 

les Tmcs fur les bords du ^ab, remportée en 1^6^. furies Cor* 

D E s p. faires de Tunis & d'Alger , aux 

Ce fut en 1 661. que VAmbaf- Côtes d'Afrique. • 

fadeur d*Efpagne infulta celui de VERS n8. ^ux lieux où le Se* 

France dans Londres , au fujet de leil le forme en Je levant, ] £n 

IzPréreance. Philippe IV , CsiùsHt l'année 166^, le I(oi établit la 

la deflus le Roi fOn gendre en Compagnie des Indes Orientales , à 

s 6 6x. laquelle il accorda de grands 

Dans la même année les Cor^ privilèges , fournit des fommes 

fes de la Garde du Pape infulcé- con(îderables , & prêca des Vaifn 

fent VAmbaffadeur de France à féaux pour le premier cmbar- 

^me y ea réparation de quoi il quemenc. 



DISCOURS AU ROI. n. 

Alors fans confulter fi Phebus len avoue ^ 
^ o JMa Mufe toute en feu me prévient & Te lou? , 
Mais bien-tofl la raifon arrivant au^ecours , 
Yient d*un G. beau projet interrompre le cours » 
£tme fait concevoir , quelque ardeur qui m'emporte ,' 
Que je n*ai ni le ton , ni la voix aiTez forte. 
J 5 Auffi-tolt je m'ef&aye , & mon efprit troublé 
Laifle là le fardeau dont il eft accablé : 
]Et fans paffer plus loin > finiffant mon ouvrage , 
Comme un Pilote en mer , qu'épouvante lor^e , 
Dés que le bord paroifl > fans fonger ou je fuis , 
4o Je me fauve à la n^e , & j'aborde oii je puis, 

1 M I T. Vers 13 S. Cffmme un folent qui tempe fiate coaHi , ««s 

filote en mer , ÔCC. ] Le Bembe eum portum captunt tjutm petunt , 

^ Ait dans une Lettre à HercuU ffd ad illum qui proximus efl , dfi» 

StroXKt : EQ.UIDEM in his conclu- feruntur, p, Bcmbus , EpifloUr, 

itndis Eleris , feci auod Hauu Lib, IJI, 

•* ^ r.v-^ *,,,,, .^\\V\,^•.l^' M,,. 




Téme I» 



iz DISCOURS 

^■^^— ^^■■^— )»■——— —«i^—M^f» 

DISCOURS 

SUR 

LA SATIRE. 

vJ! U A N D je donnai la première fois me 
Satires au public , je m'eftois bien préparé ai» 
tumulte que Timpreffion de mon Livre a excî-- 
té fur le Parnaffè. Je fçavoîs que laiiatîon des 
Poètes, & I fur- tout des mauvais Poètes, 
cft une Nation farouche qui prend feu aifé- 
mcnt ; & que ces Efprits avides de louanges , 
ne digereroient pas facilement une raillerie, 
quelque douce qu'elle puft eftre. Auflî oferaî. 
je dire à mon avantage , que j'ai regardé avec 
des yeux aflèz Stoïques i les libelles diffama-i 
toîres qu'on a publiez conrre moy. Quelques 
^^loimiiies dont on ait voulu me noircir j quel^ 

Ce Di/hows parut la pftemiè- Satire contre l'Auteur. Des?. 
te fois en I668. avec la J^tire X. Les libelles difamatoiresydcc] 
jieuviéiijc. Le but de l'Auteur eft Outre la Satire , dont il eft parlé 
de juftifier ici , par l'exemple des dans la Note précédente , Coti» 
plus fameux Poètes anciens & avoit encore fait contre i'Au- 
modernes , la liberté , qu'il s'eft teur un Libelle eif Profe , in- 
donnée , de nommer quelques titulé , La Critique déjtntérefée /kr 
écrivains dans fes Satires, les Satires du ttms, Voïez Satire . 

I. Ceci regarde particulière- III, Vers 64. tf, Sét\reX^^ Vcn 

j|9CD(C«rii»,c^uiavoJt publié une 104. 



SUR LA SATIRE. ij 

^iies faux bruits qu'on ait fèmcz de ma per- 
i^nne , j'ai pardonné fans peine ces petites 
"V-engeances ^ au déplaifir d'un Auteur irrité , 
^ui fe voyoît attaqué par l'endroit le plus fen- 
fibîe d'un Poète, je veux dire , par fes ouvra- 
ges. 

Mais j'avoue que j'aî efté un peu furpris du 
chagrin bizarre $ de certains Leâeurs , qui , 
au lieu de fe divertir d'une querelle du Par- 
nafle , dont ils pouvoient eftre fpeftateurs în- 
di£Férens , ont mieux aimé prendre parti , & 
s'affliger avec les ridicules , que de le réjouir 
avec les bonnettes gens. Ceft pour les conib- 
1er que j'ai compofe ma neuvième Satire , oà 
je penfe avoir montré aflèz clairement , que 
Ikns blelïèr l'Etat ni fa confcience , on peut 
trouver de méchans Vers méchans , & s'en- 
nuyer de plein droit à la lefture d'un fot Li- 
vre. Mais puifque ces Meflïeurs ont parlé de 
h liberté que je me fuis donnée de nommer, 
comme d'un attentat inouï & fans exemple , 
& que des exemples ne fe peuvent pas mettre 
en rimes ; il eft bon d'en dire ici un mot , 

1)our les inftruîre d'une chofe qu'eux feuls veul- 
ent ignorer , & leur feire voir , qu'en com- 
parailon de tous mes Confrères les Satiriques^' 
j'ai efté un Poète fort retenu. 

%. De certains LeHeurs tjtti an particulièrement M* le Duc dlji 
Utttdcfi drvtrtir.'} Ççcïtcgaitde M9n$4m.iet^ 



f4 DISCOURS 

Et pour commencer par Lucilîus 4 înven-'" 
teur de la Satire , quelle liberté , ou plûtoft , 
quelle licence ne s'eft-il point donnée dans fès 
ouvrages ? Ce n*eftoit pas feulement des Poè- 
tes & des Auteurs qu'il attaquoit ? 5 c*eftoît 
des gens de la première qualité de Rome : c'eC- 
toit des perfonnes Confulaires. Cependant , 
Scipion & Lélius ne jugèrent pas ce Poète , 
tout déterminé rieur qu'il eftoit , indigne de 
leur amitié, & vraifemblablement dans les oc- 
cafîons , ils ne lui refuferent pas leurs confèils 
fur fes Ecrits , non plus qu'à Térence» Us ne 
s'aviferent point de prendre le parti de Lupus 
& de Metellus , qu'il avoit jouez dans fes Sa- 
tires , & ils ne crurent pas lui donner rien du 
leur , en lui abandonnant tous les Ridicules de 
la République. 

^ mm Ldtus , aut qui 
Duxit ab opprefsâ meritum Carthagine nomen , 
Ingenio offenfi aut UJb doluêre Metello , 
Famoftsve Lupo cooferto verfibus ? 

En efFet , Lucilîus n'épargn^oit ni petits ni 

* Uorat, Sat. 1 . 1/. gç . lib, //. 

ChAKG. 4. Ini/entetw de U Epitre au Lcfteur: Cùm (libella 

Satire, ] Au licu de ces mots , il ntei ) falvà infimamm quoqiêe per- 

y avoit dans les ptenaèrés Bdi- Foti^rHm remgrentiâ ^ litdant } quét 

tions: Satirique premier du nom, aded antiq»is attHorthus defmt ^ Ht 

c ^,Ç^t«it dtsgmsd* U première namiuibus non tantùm 'yens mhufi 



SUR LA SATIRE. ij 

grands : ôc fouvent des Nobles & des Patri- 
ciens, il defcendoit jufqu'à la lie du peuple: 

t Primous po^uH arripuit , populumque tth 
butim. 

On me dira que Lucîlîus vîvoît dans une Re- 
j)ublique, où ces fortes de libertez peuvent 
^ftre permifes. Voyons donc Horace , qui vi- 
^oîtlous un Empereur, dans les commence- 
mens d'une Monarchie , où il eft bien plus dan- 
gereux de rire qu'en un autre temps. Qui ne 
nomme-t-il point dans fes Satires ? & Fabius 
le grand cauleur , & Tigellius le fantafque , & 
Nafidienus le ridicule, 6 &c Nomentanus le 
débauché , & tout ce qui vient au bout de fa 
plume. On me répondra que ce font des noms 
liipofez. O la belle réponfe ! Comme fi ceux 
qu'il attaque n'eftoîent pas des gens connus 
d'ailleurs : comme fi l'on ne Cçavoît pas que 
Fabius eftoit un Chevalier Romain , qui avoir 
compofé un Livre de Droit : que Tigellius fut 
en fon tems un Muficien chéri d'Aueufte : que 
Nafidienus Rufus eftoit un ridicule célèbre dans 
Rome : que 7 Caflîus Nomentanus eftoit un 

t Hor. ibid, 

C H A M c. t. Et iTomentdnus on lifoh dans la première Edi- 
le iébéuuhé. ] Edition de x 6^8. Et tien : Tanatihoit nn Affranchi de 
Tanaïs le châtré, . Mfcému : Voïez Acro» , Porphy'» 

C H A K G. 7. CaffiM Nomen. rion , & Snetçnf dans la yû t^Aih 
9êm»s , jicc. 3 Au lieu de ces mots , , i^fie ., àoç» 



,tf DISCOURS 

des plus fameux débauchés de l'Italie. Certa^-- 
nement il faut que ceux qui parlent de la forte ^^ 
n'ayent pas fort lu les Anciens , & ne foieiiL « 
pas fort inftruîts des aflfàîres de la Cour d'Au^— 
gufte. Horace ne fe contente pas d'appeller le^ 
gens par leur nom : il a fi peur qu'on ne les mé — 
connoiflè , qu il a foin de rapporter jufqu â 
leur furnom , jufqu au métier qu'ils faifbient , 
jufquaux Charges qu'ils avoicnt exercées • 
Voyez , par exemple , comme il parle d'Aufi- 
dius Lufcus , Prêteur de Fondi : 

* Fundos jiufidio Lufco Pratore libenter 
Linquimus infani , ridentes pramia Scribe , 
Putextam dr latum clavum , &c. 

Nous abandonnafmes , dit-il , avecjoje le Bourg 
de Fondi , dont eftoit Prêteur un certain Aufidius 
Lufcus » mais ce ne fut pas fans avoir bien ri de la 
folie de ce Prêteur , auparavant Commis , quifai^ 
foit le Sénateur , & r Homme de qualité. Peut-on 
defigner un homme plus precifément ; & les 
circonftances feules ne fuffifoient - elles pas 
pour le faire reconnoiftre ? On me dira , peut- 
eftre, qu'Aufidius eftoit mort alors : mais Ho- 
race parle là d'un voyage fait depuis peu. Et 
puis , comment mes Cenfeurs répondront-ils 
à cet autre paflage ? 



* /fwnce Sat. V. 0/. 3f . L, J. 



* Turgidui 



Sur la satire. 17 

* Tùrgidus Alpms jugulât dum MemnoM , 

dumque 
Diffingit Rheni luteum caput : hac tgo ludo*. 

Tendant 9 dit Hotace, ^«e ce Poète enflé d'Alfi-^ 
nus y égorge Aiemnon dans fin Poème ^ ô* semhom- 
he dans la defcription du Rhin y je me joue en ces Sa^ 
tires. Alpînus vivoit du tems qu'Horace fe 
jouoit en ces Satires 5 & fi Alpînus en cet en- 
droit eft un nom fuppofé , l'Auteur du Pocme 
de Memnon pouvoit-il s'y méconnoîftre ? Ho- 
race , dîra-t-on, vivoit fous le règne du plus 
poli de tous les Empereurs : mais vivons-nous 
fous un règne moins poli ? Et veut-on qu'un 
Prince qui a tant de qualitez communes avec 
Augufte , foît moins dégoûté que lui des mé- 
dians livres , & plus rigoureux envers ceux 
qui les blâment. 

Examinons pourtant Perfe ^ qui écrîvpit fous 
le règne de Néron* Il ne raille pas Amplement 
les ouvrages des Poètes de fon temps : il atta- 
que les Vers de Néron mefme. Car enfin , tout 
le monde fçait , & toute la Cour de Néron le 
fçavoit , que ces quatre Vers , Torva Mimallo^ 
nets y &c. dont Perfe fait une raillerie fi amere 
dans fa première Satire , 8 eftoient des Vers de 
Néron. Cependant, on ne remarque point que 

R£M^J^(IÛJSS. 

S. Eftoient des rers de Néron, ] mot , PÈUSE , Poëte Satirique , 
UBayle yDUiion, Crititjue ^ an Renu D. ne ctoic pas que ce?- 

Tome J, B 



iS DISCOURS 

Neron , tout Neron qu'il eftoît, 9 ait fait pu-^ 
nîr Perfe ; & ce Tyran , ennemi de la Raifon , 
& amoureux , comme on fçait , de fes Ouvra- 
gés, fut allez galant homme pour entendre 
raillerie fur fes Vers , & ne crût pas que l'Em- 
pereur , en cette occaGon , deuil prendre les. 
interefts du Poète. 

Pour Jiivénal , qui floriflbît fous Trajan , îl 
eft un peu plus refpedueux envers les grands 
Seigneurs de fon fiecle. Il fe contente de ré- 
pandre l'amertume de fes Satires fur ceux du 
règne précèdent : mais à l'éeard des Auteurs , 
îl ne les va point chercher hors de fon fiecle. 
A peine eft-il entré en matière que le voilà en 
mauvaife humeur contre tous les Ecrivains de 
fon temps. Demandez à Juvénal ce qui l'oblige 
de prendre la plume. C'eft qu'il eft las d'en- 
tendre & hTbefeïde de Codrus , & YOreJie de 
celui-ci, & le Telephedc cet autre ; & tous les 
Poètes enfin , comme il dit ailleurs , qui reci- 
toient leurs Vers au mois d'Août , ^ Auguflo 
récitantes menfe Poétas. Tant il eft vrai que le 

Vers : TorvA Mimalloneis , &c. tîon il y avoît îcî : ^h etrvoti 
foicnt de Keron, M. Defpréaux Perfe anuc Galères, Cela faifgic al- 
appuïoit le femiment contraire lufion â une vivacité de M. le 
fur le témoignage du vieux Scho. Duc de MontMii^^ier qui avoit ré- 
lUfie de Perfe , qui a été fuivi par pondu brufquement à une per- 
la plufpan des autres Commen- fonncoui lui difoit que M. Def. 
Mteurs. préaHx étoit un. excellent Pofe'te : 
C H A M G. Q. .Ait fait punir il faut l'en-voïer aux Galères couronné 
Perfe, ] Dans U première Edi- de Umiert.yçiozSat» IX, -v. 13^, 



SUR LA SATIRE. 19 

^roic de blâmer les Auteurs eft un droit an^ 
cien 5 paire en coutume parmi tous les Satîrî* 
<]ues , & fouffèrt dans tous les fiecles. Que s'il 
faut venir des anciens aux modernes ; Régnier, 
qui eft prefque noftre feul Poète Satirique , a 
efté véritablement un peu plus difcret que les 
autres. Cela n'empêche pas néanmoins 10 
qu il ne parle hardiment de Gallet, ce célèbre 
joiieur , qui affignoit fes Créanciers fur fept & 
quator%.e , & du Sieur de Provins , qui avoit 
changé fon 1 1 balandran en manteau court ; & du 
Coufîn , qui abandonnait fa maifon de peur de U 
réparer y & de Pierre du Puis , & de plufieurs 
autres. 

1 1 Que répondront à cela mes Cenfeurs ? 
Pour peu qu'on les prefîè ; ils chaflèront de la 
Republique des lettres tous les Poètes Satiri- 
ques , comme autant de perturbateurs du repos 
public. Mais que diront-ils de Virgile , le fk- 
ge , le difcret Virgile , qui dans une Eglogue , 
où il n eft pas queftion de Satire , tourne d'un 
feul Vers deux Poètes de fon temps en ridicule?. 

* ^ui Bavium non odit , amet tua carmina ;i 

Mavi : 

* Eglog, IJI, v. 90. 

îO. ilu'il ne parle hardiment de Campagne. D E S P. 

Gallet, &c. 3 I^gnier parle de ii. ^«é répondront i cela mes 

Gallet , du S. de Prouins , & du CenCeurs ? ] C'eft encore M. le 

Con/tn ; dans fa quatorzième Sat, Duc de MontaitKier , que PAuceuc 

XX. Salandran,^ Calaque de a eu en vub' dans cet endroit, 

Bij 



16 DISCOURS 

dit un Berger fatirique dans cette Eglogue. Etr 
qu'on ne me dife poînt que Bavius & Maevîus 
en cet endroit font des noms fuppofez : puîf- 
que ce feroît donner uu trop cruel démenti au 
dode Servius , qui aflure pofitivement le con- 
traire. En un mot , qu'ordonneront mes Cen- 
feurs de Catulle -, de Martial , & de tous les 
Poètes de l'Antiquité, qui n'en ont pas ufé 
avec plus de difcrétion que Virgile ? Que pen- 
feront-ils de Voiture , qui n a poînt fait con- 
fcience de rire aux dépens du célèbre Neuf- 
Germain , quoi qu'également recommanda- 
ble par Tantiquité de la barbe , & par la nou- 
veauté de faPoëfie ? Le banniront-ils du Par- 
nalTe , lui & tous les Poètes de l'Antiquité , 

f)our établir la feureté des Sots & des Ridicu- 
es ? Si cela eft , je me confolerai aifément de 
mon exil. Il y aura du plaifir à être relégué en 
fi bonne compagnie. Raillerie à part , ces 
Meffieurs veulent-ils eftre plus' fages que Scî- 
pion & Lelius , plus délicats qu'Augufte , plus ■ 
cruels que Néron ? Mais eux qui font fi rîgou^ i 
reux envers les Critiques , d'où vient cette f 
clémence qu'ils afïèdent pour les méchans Au- . 
teurs ? Je voi bien ce qui les afflige : ils ne / 
veulent pas eftre détrompez, i j II leur fâche f 
d'avoir admiré ferieufèment des ouvrages que | 

1 j.// leur fdche d'a'voir aimU endroit eft imité d*H^4(r# , Epîf^ f 
ri ierienjemtntdfs ouvrages, "l Cet i. L, II, Y. 8i» ; 



SUR LA SATIRE. ^t 

YYies Satires expofent à la rîfée de tout le mon- 
de , & de fe voir condamnez à oublier , dans 
leur vieilleflè , ces mefmes Vers qu ils ont au^ 
trefois appris par cœur comme des chefs-d'œu- 
vres de Fart, Je les plains fans doute : mais 
quel remède } Faudra-t-il , pour s'accommo- 
der à leur gouft particulier , renoncer au fens 
commun ? Faudra-t-il applaudir indifFerem- 
ment à toutes les impertinences qu'un Ridicu- 
le aura répandues fur le papier ? Et au lieu 
ï4 qu'en certains païs on condamnoit les mé- 
dians Poètes à effacer leurs écrits avec la lan- 
gue 5 les livres deviendront-ils déformais un 
azyle inviolable , où toutes les fottifes auront 
droit de bourgeoise ; où Ton n'ofera toucher 

R JS M jf R ^ u £ s. 

Vel quia nilreSbtm , ni/s quod pUeutt fibl , aucune i 
yelquia turpe putant parère minoribm , & qtu 
Imberbes didicere , fenes perdendafateri, 

1 4. En certains pats, ] Dans le prix aux vainqueurs » & de cotn« 

Temple , qui eft aujourd'hui pofer des difcours à leur loiian- 

TAbbaye d'Ainay à Lyon. Desp. ge. Mais ceux dont les difcours 

Ce Temple avoir été bâti par avoient été trouvés les plus mau- 

les foixante Nations des Gaules, vais , êtoient contraints de les 

en l'honneur d'Augufte. VEmpe- elïkcer avec la langue , ou avec 

reuT Caligula y inftitua des Jeux , une éponge , pour éviter d'être 

& y fonda àa prix pour les dif- battus de verges , ou d'être plon- 

putes d'Eloquence & de Poefîe, gés dans le Rhône. Suétone, 

qui s'y faifoiem en Langue vie de CaligfUa ^ 10, Voïez l'H»- 

Grecque & Latine -, mais il eta- floire abrégée , ou l'Eloge Hiflori- 

blit auflî des peines contre ceux que de Lyon , Part, i. Ch, iz. 

qui ne réufliroient pas en ces C'eft à ces fortes de peines que 

fortes de difputes. Les vaincus Jwvénal a fait allufion dans fa 

Ctoicût obligés de donner des iptcmièit S atire , Vers 43, 
Palleatut nudis preffit qui caUibus anguem , 
xAm Lugdmenfem J^httdr diSiurus ad ,Aram, 



à 



^% DISCOURS SUR LA SATIRE, 
fans profanation ? J'auroîs bien d'autres chojfès 
à dire fur ce fujet. Maïs comme j'ai déjà traité 
de cette matière dans ma neuvième Satire , il 
eft bon d'y renvoyer le Ledeur. 




SA T IRE S. 



B iv 




LA première Satire commencée vers Vannée i66 
efl le premier Ouvrage confidérable que notre AuA 
teur ait compofé. Il y décrit la retraite & les plaintes 
d'un Poëte , qui ne pouvant plus vivre à Paris , va 
chercher ailleurs une deftinée plus heureufe, 

Ceft une imitation de la troisième Satire de Juvénal, 
dans laquelle efl aujjî décrite la retraite du Philofophe 
Umbricius , qui abandonne le fê jour de Rome » à caufe 
des vices affreux qui y regnoient. Juvénal y décrit en-- 
core les emharas de la même ville ; ô* ^ a /on exem^ 
pie y M. Deforéaux avoit fait ici la defcription des 
emharas de Paris ; mais il s'apperçut que cette def- 
cription faifoit un double fujet. Ceft ce qui l'obligea i 
l'en détacher , & il en fit une Satire particulière , qui 
eftlafixiéme. 

L'Abbé Furetière , reçu depuis peu à /'Académie 
Françoife , viwt un jour rendre vifite au frère de M. 
Defpréaux. C êtoit GïllcsBoikzn, aujp de /'Acadé- 
mie Françoife. Comme il le trouva forti , il s^ arrêta 
avec M. Defpréaux , & lut cette Satire. Quel" 
que éloignée qu'elle fut de la perfection à laquelle 
t Auteur Va portée depuis , Furetière convint quelle 
êtoit meilleure que celles quil avoit faites lui-^mêmem 
Il y en a cinq dans le Recueil de fcs Poëfies. Il en- 1 
couragea donc le jeune Poëte à continuer , & lui de^ ^ 
rnanaa une copie defon Ouvrage , qui fût bien-tot ré-^ \ 
pandu dans le public» L'Auteur le fit imprimer en^ i 
fuite fort différent de ce qu'il êtoit d'abord ; car dé r 
z 1 2. Vers y il n'en avoit confervé qu'environfoixante^ i 
Tout le refte avoit été fuf primé ou changé. r 

,1 




OEuwi 



SATIRE I. 



JL) a m O N ce grand Auteur , dont la Mufe fertile 
Amufa (î long-temps , & la Cour & la Ville', 

R£Mj4R0U£:S. 



Vers i . l>amon^ ce ^rand ./f je- 
teur , &c. ] J*ay eu en veue Caf^ 
fandre , celui qui a traduit la 
l^hetorique d^y^rijlote, D E S P. 

François Ca/fandre , Auteur cé* 
Icbre de ce teins- là , êtoit fa vaut 
en Grec & en Latin , Se faifoit 
. gflés bien des Vers, François j 
mais Ton humeur bourrue oc fa- 
rouche , qui le rendoit incapa- 
ble de toute fociéié , lui fit per- 
dre tous les avantages , que la 
fortune put lui prefenter 5 de 
forte qu'il vécut d'une manière 
très -obfcure oc très - miférabte. 
Quant à fa .mort , voici ce qu'en 
dit M. Defpréaux dans fa Lettre 
à M. de Maucroix { ici T. III. ) 
Il eft " mort tel qu'il a vécu , 
„ c'cfti fçavoir trcs-mifanthro- 
„ pe > & non feulement haifTant 
„ les hommes , mais aïaut mc- 
„ me aifcs de peine à fe cecoa- 



», cilier avec Dieu , à qui difoit- 
„ il , fi le rapport qu'on m'en a 
,, fait eft véritable , il n'avoit 
,» aucune obligation.,, LeCon- 
fedeur , qui l'affiftoit à la mort, 
voulant l'exciter â l'amour de 
Dieu , par le fouvenir des grâ- 
ces « que Dieu lui avoir faites : 
Ah ! oUi , dit Caffandre d'un ton 
chagrin & ironique * ie lui ai 
de grandes obligations , il m*a fait 
foiier ici bas un joli perfonnage ! 
Et comme fon Confeflèur in- 
fiftoit à lui faire reconnoître les 
grâces du Seigneur : r^ous ffai^ésy 
dit-il , en redoublant l'amertu- 
me de Ces reproches , & mon- 
trant le grabat , fur lequel il 
êtoit couché : y<ms ff a-vis comme 
il m* a fait 'vi-vre 3 votés comme il 
me fait monrir, 

Caffandre a traduit en François 
les dernlccs volumes de VHifioirm 



iS s A T I R E I. 

Mais qui n eftant vêtu que de (impie bureau ^ 
PafTe l'été fans linge , & Thyver fans manteau : 
/ Et de qui le corps fec , & la mine affamée , 
N en font pas mieux refaits pour tant de renommée : 
Las de perdre en rimant 6ç fa pe^ne & fon bien , 
D'emprunter en tous lieux y & de ne gagner rien , 
Sans habits , fans argent , nç fçachant plus que faire ^^ 
|o Vient de s^cnfuir chargé de fa feule mifere 5 

£t bien loin des Sergens , des Clercs , & du Palais , 
Va chercher un repos qu il ne trouva jamais : 
Sans attendre qu'ici la Juftice ennemie 
L'enferme en un cachot le refte de fa vie j 

R £ M yi X q u £ s* 

de M. de Thou , que X?» lijer foit le Héros de Cf tte Satire ^ 

avoir laifl^s à traduire. Il a faic TAuceur n'a pas laifl^ de char- 

auflfî les Parallèles hiftoriques. Sa ger ce caraûcre de plufieurs 

TradiéHion de la ^hétùrit^ue d*Ari- traits, qu'il a empruntés d^autres 

jiote eil fort eftimée , & M. Def. Originaux. Ainfi c'cft Trifian 

préau* ^^owi engager le Libraire l^Hermite , un des premiers Aca- 

à fairr quelque gratification à démiciens François , qu'il avoic 

l'Auteur , en parla très - àvànta- en vufc* dans ce vers, & non pas 

geufement â la fin de lu Préface CaffanHre ; car celui-ci portoi^ 

fur le Sublime de Longin , dahs un manteau en tout tems , âc 

l'Edition de i «74. l'autre n'en avoir point du tout j 

VEKS^.Pafel'été fans linge y &> témoin cette Ep«^r<^mme de M, 

l^hrver fans manteau : ] Quoique De Mdntmbr , Maître des Requê« 

Ç affandre yÇow% le nom àtDamon^ tes: ' * 

Eiie , ainfi qu*ilejl écrit , 

De fon Manteau comme de fon Efprit » 

J^compenfa fon S trviteur fidèle. 
Trijlan eût fuiiA ce modèle j 
Mais Trifian , qu*on mit au tombeau 
Plus pauyre que n*ejl un Prophète , 
Sn laiffant à iluinautfon efprit de Poète , 
Ne put lui laijfer un Manteau, 

Changiment. Vers 10. rient Editions, il y avoit ; fti^ cl> 
4f i'^^/îfir,] Dansicsp(çpûc{cs tnf>*i<* 



SATIRE I. 

Ou que d'un bonnet vert le falutaire affront 
ïlétriiTe les lauriers qui lui couvrent le front. 

Mais le jour qu il partit , plus défait & plus blcmc 
Que n*eft un Pénitent fur la fin d'un Carême , 
la colère dans Tame , & le feu dans les yeux , 
Ildiflila fa rage en ces triftes adieux. 

Pui(qu en ce lieu , jadis aux Mufes G. commode , 
^e mérite & Tefprit ne font plus à la mode , 
Qu un Poète , dit-il , s'y voit maudit de Dieu , 
£t qu'ici la Vertu n'a plus ni feu ni lieu 5 



^r 



V E H s If. Ou que (tun bonnet 
Wrt le falutaire affront, '\ Du temps 

Ïue cette Satire fut faite , un 
ébiteur infolvabic pouvoit for- 
cir de prifon en faifant Cejfton , 
c*eft à-dire , en fouffrant qu'on 
lui mid en pleine ru6 un bonnet 
Vert fur la tefte. D E s p. 

La Cejion de biens , eft l*aban- 



vifa en quelques endroits d'Ita- 
lie d'obliger tout Ceflfîonatre de 
biens â porter un bonnet ou 
chapeau orangé ; 6c à Rome , un 
bonnet vert : pour marquer , dit 
Pa/quier, dans fes Recherches , liv, 
IV. c. I o. que celui qui fait Cef- 
(îon de biens efl devenu pau- 
vre par fa folie. Cette peine ne 



JUA ^'Kjjivtf MK ui^tn . ciii, X «ua&i— VLw yA\ la iv^ii^* v^^ll^ j'k.iiiw xaw 

donnement qu'un débiteur fait s*eft introduite en France^ que 

*lc tous fes lîiens à fes créan- depuis la Kn du feiriémc (iccle , 

ciers , pour éviter la prifon , ou fuivant les Arrêts rapponés par 

pour en forcir. Le bénéHce de 'nos Jurifconfultes \ mais elle 

la Cejpon fut introduit chez les efl comme abolie depuis quel- 
Romains par la Loi JuUa , pour 



tempérer la rigueur de la Loi 
des doMie Tables , qui rendoit 
les créanciers maîtres de la liber- 
té , & de la vie même de leurs 
débiteurs. Les Ceflîons de biens 
devinrent fi fréquentes , auc l'on 
crût devoir en arrêter la trop 
grande facilité par la crainte de 
h honte publique } & l'on s*a- 

Sur fon front couronné par les tuaint de U Gloire , 
^ l*enw des lauriers » &c, 
, IMIT. Vers II. Puifqu'en ce lièrement que commence Tirnî- 
iieu jadis , &c. ] Ceft ici particu- tation de Ju-vénal^S^t, III. V. x i , 
■ quando artibus » inquit, honefUs 

HhU»! in Vrbe 9 loc\u , vuUa emoUmenU laborum ; &c. 



que tems parmi nous. 

M, Defpréaux avouoit , dit une 
Kote àcV Edition de Paris 1740, 
que c'êtoit un Poète inconnu , 

3ui lui avoit fourni l'idée de ces 
eux Vers. Ce Poète inconnu ell 
Motin , qui dans fes Stances fur 
un Mari jaloux , dit , en parlant 
de Cifar. 



[ 



28 s A T I R E I. 

ai Allons du moins chercher quelque antre ou quelque rocM- 
D oii jamais ni THuiflier , ni le Sergent n'approche 5 
Et fans iaflcr le Ciel par des vœux impuiiTans , 
Mettons-nous àTabrides injures du temps. 
Tandis que libre encor , malgré les deftinées , 

30 Mon corps n eft point courbé fous le faix des années. 
Qu'on ne voit point mes pas fous 1 âge chanceler ^ 
Et quil refte à la Parque encor de quoi filer. 
C'eft là dans mon malheur le feul confcil à fuivrc. 
Que George vive ici , pui(que George y fçait vivre , 

3 5 Qu'un million comptant , par fes fourbes acquis , 
De Clerc , jadis Laquais , a fait Comte & Marquis. 
Que Jacquin vive ici , dont 1 adreife fîmefte 
A plus caufé de maux que la guerre & la pefte , 
Qui de fès revenus écrits par alphabet , 

40 Peut fournir aifémcnt un Calepin complet. 

Qu'il règne dans ces lieux 5 il a droit de s'y plaire. 
Mais moi , vivre à Paris l Eh , qu'y voudrois-je faire ? 

T M I T. Vers 19. Tandis nhs , 6cc. ] Jm/êndl au même cm 

çi«e libre eneor , malgré les defti^ droit : 7 

Dùm nirva eanities , dkm prima &• reBa feneBus ^ fj 

Vùmfnperefl Lachefi quod tortjueai , &> pedibus mê f 

Porto meisi nullo dexfram fubeunte bacUlo* ^ 

V E R. s Î4, 1^* George 'vi've ici , figne les Partifans en général. ! 
&c. Vers 37. Que Jae;»in , &c. ] ÏMiT.îbid. ^ George 'vii/êi 
Sous CCS noms-là l'Auteur dé- &c.l Jurvinal au même endr«f 

Vi'vant jirtttrius illic , 
Bt CatulM : maneanf qêtinigra in candida 'vertunf, < 

V E R S 40, t/» Calepin complet, ] I M i t. Vers 41. Mais i 
Le DiHionnaire de Calepin cft en -vî-yre à Paris ! &C.] Jttrvéné 
deux gros volumes. même , V. 41. / 

Slifid ]{pmd faciam i mentiri nefcio. 



SATIRE I. 

ne fçai ni tromper , ni feindre , ni mentir , 
quand je le pourrois je n'y puis confentir* 
ne fçai point en lâche e/Tuycr les outrages 
an Faquin orgueilleux qui vous tient à fes gages : 
î mes Sonnets flateurs laffer tout l'Univers , 
vendre au plus offrant mon encens & mes vers, 
ur un fi bas emploi ma Mnfe eft trop altiere. 
fuis ruftique & fier , & j'ai Tame groffierc, 
ne puis rien nommer , û ce n eft par fon nom. 
ppelle un chat un chat , & Rolet un fripon* 



ï^ 



MIT. Vers 4^, Je ne fçai point rence dans la Comédie de VEh» 

iche effwfer les outrages, ] Te- nuque , Aftc II. Sc. II. v. 14, 

At ego infelix , neque ridiaUus effe , neque pUgas pati 
Poffum, 

ERS 47. De mes Sonnets fla^ fça'vent nommer les chofes que pat 

f. ] Allufîon aux Sonnets que ûur nom, PLUTARQ.UE dans les 

etier faifoic à la louange de Apophtegmes des l{ois & des C4- 

:es fortes de gens, Voïei pitaines, 

•ours au J{oi ,V.^4. VerS5i. rappelle un chat m» 

ERS ^o. Je fuis ruflique ^ ^^^tj &c. J Ce Vers a pafl'é en 

. &c. ] Caraftère de Cajfan- proverbe parmi nous , â caufe 

, qui êtoit farouche & grof- ^^ ^* fimplicité , & du fcns naïf 

jufqu'â la rufticité. *iu'il renferme. Les Grecs avoienc 

ERS ^x. Je ne puis rien nom. ^u^* un proverbe dont le fens 

, fi ce n^efi par fon nom.'\ repond à cclui-ci : Ta <rw»« ^mm, 

utcur fait alluUon à la belle Ter »x(2f «? #xflkf «r Xt>#f. // 

>nfe que Philippe Roi de Ma- appelle les figues des figues , dr un 

3ine ht â Lajlhéne , Citoïen de bateau il l'appelle un bateau, Eraf' 

illc d'Olinthe , lequel s'êcoit me , dans Ces Adages , Chil. x. 

:é â Ja Cour de ce Prince , Cent, x, n. Çj, ^bêlais a eu ce 

Is lai avoir vendu par trahi- proverSe en vue quand il a dit : 

fa patrie. Laflhéne alla fe Nous fommes /impies gens , puif. 

ndre un jour à Philippe de qu'il plaijl À Vieu ^ <»• appelions les 

ques perfonncs de la Cour figues figues ^ &c. L. IV. ^4. 

e Prince , qui Tavoient ap- Ibid Etjiplet un fri* 

• Traître ; & demanda jufti- pon, ] Procureur très-décrie , fie 

e cette injure. Philippe lui qui a eftédans la fuite condamné 

ndit froidement : Les Ma- à faire amende honorable , fie 

iens font figrojierf^ qu'ils no banni à perpétuité. D S S ]?« 



jd 5 A T I R E I. 

De fervir un Amant , je n'en ai pas Tacîrcfle. 

J'ignore ce grand art qui gagne une maîtrcfTe , 
55 Et je fuis à Paris , triftc , pauvre & reclus , 

Ainfî qu'un corps fans ame , ou devenu perclus. 
Mais pourquoi , dira-t'on , cette vertu fauvagc , 

Qui coun à l'hofpital , & n'eft plus en «fagc ? 

La Richefle permet une jufte fierté. 
^° Mais il faut cftre fouple avec la Pauvreté. 

Ceft par là qu'un Auteur , que prefle l'indigence , 

Peut des aftres malins corriger l'influence , 



Charles l(plet , Procureur au en la préfcnce de Rolet, Cet Ar- 

Parlement , êtoit furnommé au rêt eft du ii. Août i68i- &C 

Palais , Vante damnée. M. le Prc ne ; fut exècuté qu'en partie. 

mier Préfident de Lamoignon avoit J(p/et fut dans la fuite déchargé 

coutume d'cmploïer le nom de de la peine du bannidèraent , 

J(p/#t , quand il vouloit parler & obtint une place de Garde 

d'un fripon infîgne , C'ejl , di- au Château de Vincenncs , oii 

foitil alors , un Kolet , On peut il mourut. Dans la féconde Edi- 

voir une peinture exaâ:e du ca- tion des Satires , l'Auteur mit 

radère de ce Procureur, fous cette Note à côté du nom de 

le nom de f^ollichon , dans le i^?- RoLE-f : Hôtelier dtt Pais liai' 

man Bourgeois de Furetière page fois , afin de dépaïfer les Lec- 

X4. & 17. de l'Edition d'Amfter- teurs : mais par malheur il fe 

dam de 1714. I{plet fut con- trouva qu'il y avoit dans ce 

vaincu d'avoir fait revivre une Païs-là un Hôtelier qui por- 

obligation de cinq cens livres , toit le même nom , lequel lui 

dont il avoit déjà reçu le paie- en fit faire de grandes plaintes, 

ment. En conféquence , il fut Dans une première Edition qui 

condamné par Arrêt , au ban- fut faite en 166^, â Rouen» 

nîflemenc pour neuf ans , en fans la participation de lAu- 

quatre mille livres de répa»- teur , on avoit mis un autrs 

tion civile , en diverfes amen- nom que celui de I{olet, 
des , & aux dépens. La mi- I m i t. Vers çtf. ^infi quitta 

nute Se la groile de cette obli- corps fans ame ^ oh devenu ^er- 

gation furent déclarées nulles > cl»s, ] Juvenal , daiis la même 

te il fut ordonné qu'elles fe- Satire III. V. 45. 
xoieat lacérées par le Greffier 

■ — Tancfuam 

Mancus > & «xtinSia corpus non Mile dextra^ 



n 



SATIRE T. 

uc le Sort burlcCjuc , en ce fiecle de fer , 

1 Pédant , quand il veut , fçait faire un Duc &c Pair» 

î de la Vertu la Fortune fe joue. 

aujourd'hui triomphe au plus haut de fa roue , 

I T A T X o N. Vers 6i, Ef Pédant , &c. ] Jurvénal Satifd 

f Sort burtefqHe d'un VIL vers 197, 

Si Fortuna ifolet , fies de ^hetore Conful : 
Si 'voLet hdc eadem ,fies de Con/ule J^befor, 

le Jeune a dit â peu près M. Habert Evêque de Cahors , 
me chofe : i^ttos tibi , For- & premier Aumônier de Gafïen 
Judos facis f facis enim ex J)uc d'Orléans. M. Habert mit 
Joribtts Senatores » ex Sena^ V^bbé de la J^iAere auprès de 
r Profefores, ce Prince , & l'Abbé entra fi ha- 

i. En ce fiecle de fer,"] bilement «dans toutes les incli- 

; Duc de Montau:(.ier coH- nations de Ton Maître , qu'il de- 
:oit hautement les Satires vint lui-même le maître abfolu 
3tre Auteur , & fur-tout de fon cœur & de» fon cfprit > 
eux vers , qu'il difoit être mais il ne fe fervit de la con- 
nement injurieux à la per- fiance de Monfieur Gajion , que 
; du Roi â caufe de ces pour le trahir , en découvrant 
: En ce fiècle de fer. Mais tous fes fecrets au Cardinal Ma- 
accufation ne fit aucun RL^rin. Il en fut récompenft par 
au Poïte dans l'cfprit du plufieurs Abbaies , qu'il obtint 
flicceflivement fie enfin par l'E- 
vêché de Langres , qui lui fut 
donné en 1 6 « ^ . Il mourut à Pa- 
ris en 1676. Il avoit été nom« 
mé au Cardinalat, 

C H A N G. Vers 6k . ^infi de U 
•^fertu, ] Avant ce vers il y en 
avoit vingt-quatre autres , que 
l'Auteur retrancha dans l'Edi- 
tion de 1674 y ne les trouvant 
pas dignes du rede. Les voici : 



l s ^4. D'un Pédant , , . ffatt 

un Duc Cr Pair, ] V^bbé 
J^-tAere , dans ce temps-là 

'ait Evcfqae de Langres. 

>it edé Régent dans un Col* 
Desp. 

tis Barbier , connu foUS le 

à^.yCbbé de la ^i-viere , avoit 

égent au Collège du Plef- 
èc enfuite Aumônier de 

Je If ai bien tjue fowxjtnt , un cmur lâche dr fer-vile 
. kA trourvé cheK les Grandi un efUarvage utile : 
Et qu^un Kfche pourrait , dans la/iùte du temps , 
D'unBateur affamé payer Us foins ardents. 
Mais a'vant que pour i/ous il parle , ou qu'il agiffe ^ 
Xlfaut de fes forfaits devenir le complice , 
Et ffachant de fa 'vie fp- thorreur , d^ le cours , 
Le tenir en état de vous craindre toujours : 
De trembler qvf à toute heure , un remors légitime 
Ue vous force à U ptrdre , eu découvrant fbn crime^ 



51 S A T I R E I; 

Qu on vcrroît de couleurs bilkrrement orni i 
Conduire le carrofTc oii Ton le voit traîné , 
Si dans les droits du Roi fa fiinefte fcience 

70 Par deux ou trois avis n cuft ravagé la France. 
Je fçai qu un jufte effroi l'éloignant de ces lieux , 
L'a fait pour quelques moisdifparoiftre à nos yeux : 
Mais en vain pour un tems une taxe l'exile : 
On le verra bien-toft pompeux en cette Ville , 

75 Marcher encor chargé des dépouilles d'autrui ^ 
£t jouir du Ciel mefme irrité contre lui. 

Car n^en attende^ rien , fi /on efprh difcre% 

Ne 'VOUS 4 confié qn'im honnefle fecret. 

Pour défi hauts projets je me fens trop timide t 

Uincefle me fait peur , &■ je hais thomicide : 

Vadtdtere &- le 'vol allarment mes efprits. 

Je ne 'veux point d*un bien qu*on acheté à ce prix. 

Non , non , c^efl 'vainement qu'au mépris du Pamdfi » 
J'irois de porte en porte étaler ma difgrace. 
Il n'efi plus d'honnefle homme , & Diogene en 'vai» 
Iroit , pour en chercher » la lanterne à U main^ 
Le chemin aujourd*hui par où chacttn s'élève » 
Fut le chemin jadis qui menait À la Grève : 
Et MonUfon ne doit qu'à fes crimes di'vers , 
Sesfuperbes lambris , fes jardins toujours 'verts» 
^infide la 'vertu, &c« 
Monléront dans le pénultième ftin , près de la porte de Riche-^ 
vers , êtoit un fameux Partifan , lieu , une belle maifon , qui eft 
dont le nom êtoit tout au long à prefent l'Hôtel de Gramont. 
dans la première composition de I m i t. Vers 76. Et jouir du 
cette Satire, Il avoit fait bâtir Ciel mefme irrité contre lui,"] JUVE* 
dans la rub' neuve faint Augu- nal , Sat. I. v. 47. 
« .1- . ■ Damnatus inani 

Judicio ( quid enim falvis infamia nummis / ) 
Exul ah oSia'vd Marins btbit , & fruitur Dis 
Iratis, 

S E N E QJJ E in Hercule Furente , dire â Junon , en parlant d*HER<e 
Afte I. Scène I. vers 33. fait cule. 

'■ Superat (^ crefcit malts, 

Jrdque nojlrd fruitur, 

Tandil 



s A t I R E I. 

^Tandis que Colletct , crotté jufqu à l'échiné , 
S'en va chercher fon pain de cuifinc en cuifine : 
Sçavant en ce métier fî cher aux beaux E(prits , 
^ IDonc Monmaur autrefois fit leçon dans Paris. 



35 



RsMjiRQ^UES* 



Vi.%S-7i,TandisqHeColUtet,'\ÏSL' te, dit RicHELET, Traité de iH 
«neux Poëcc fort gueux, dont on a Verfifîcaùon Franfoi/e , page 1 6i 



encore plufîeùrs ouvrages. Desp. 
Il y avoit ainfî dans la pre- 
mière Edition ; mais depuis , à 
la prière de M. Ogier, ami de 
Cotiètet , on mit Pelletieh. Ja- 
mais perfonne ne fut moins ParaJÙ 



que le bon homme du Pelletier : 
hors qu'il allait montrer en 'ville ^ 
C'êtoît Hn 'Véritable l^eclns. C'eft 
pourquoi Gitéret dans fa Gnerrf 
des Atueurs , a fait parler aiAÛ 
d» Pelletier dans un Sonnet^ 

On me traite de Parafite 

"Moi , qm plus reclus qu'un Hermite j 

Ke mangeai jamais cheTi autrui, 

fatalité fans féconde ! 

Faut-il qu'on déchire aujourd'hui , 

Celui qui loUa tout le monde i 

Ce n'eft que dans les dernières 
Editions des Satires. , qUc M, 
Defpréaux a remis le nom de 



Colletet J ôc C*eft François Colle- 
tet fils de Guillaume , qu'il a vou- 



pliquoit tout fon cfprit i faire 
des.alltifions bu jeux de mots 
fur les noms propres. Ces allu- 
fîons êcoient touiours tirées du 
Grec ^ du Latin i & onlesap- 



lu défigncr. Ils ont été Poètes pella des Monmawrifmes, ToUs 



tous les deux* Guillaume Colletet 
ètoit mort dès l'année 16^9. Se 
fa place à l'Académie Françoife 
avoit été remplie par Gilles 
Scileau , frcre de notre Auteur. 

Vers 80. Dont Monmaur autre- 
fois fit leçon dans^ Paris, ] Célè- 
bre Parafite dont Aftf»<«^« a écrit 
la vie. Desp. 

Pierre Monmaur êtoit né dans 
la Marche. Il avoit été Avocat 



les beaux Efpritsde ce tems-lâfe 
déchaînèrent contre Monmaur^ 
à l'envi les uns des autres , & ce 
fut Ménage , qui fut l'Auteur de 
cette confpiration célèbre. En 
165^. il écrivit en Latin la vie 
de Monmaur , qu'il raafqua du 
nom de Gargilius Mamurra, C'elt 
dans cet Ouvrage qu'il exhorte 
tous les Savans à prendre les 
armes contre cet ennemi com- 



& fut enfuite ProfefTeur Roial mun. Il y feint aulfi qUe Mon. 

tn Langue Grecque. Ce qui le maur donnoit des leçons du mé- 

m furnommer Monmaur le Grec, tier de Parafite , & lui attribue 

Il logeoit au Collège des Cho- plufieurs Ecrits imaginaires fur 

Icts , & alloit chercher fa vie de ce fujet. C'eft à quoi M. Def-* 

table en table. Soiiplaifir êtoit préaux fait allufion. M. Bayle ^ 

de médire de tous les Savans , dans fon ViHionnaire , Article 

tUkt yivans que morts i & il ap- de Monmaur , avertit que c< 

Tome L C 



i 



54 s A T m E ï. ^ 

Il eft vrai que du Roi la bonté fecourablc 

Jette enfin fur la Mufe un regard favorable , 

£t reparant du Son l'aveuglement fatal y 

Va tirer déformais Phebus de fhofpital. 
^S On doit tout efperer d*un Monarque fi juftc. 

Mais fans un Mecenas , à quoi fert un Auguftc } 

Et fait comme je fuis , au fiecle d'aujourd'hui , 

Qui voudra s'abaiffer à me fervir d'appui ? 

Et puis , comment percer cette foule efFroïabIc 
^o De Rimeurs af&mez dont le nombre l'accable , 

^ui , dés que fa main s ouvre , y courent les premiers ^ 

Et raviffent un bien qu'on devoit aux derniers ? 

Comme on voit les Frelons , troupe lâche & fterile , 

Aller piller le miel que l'Abeille diftile. 

VtokSeMt n*êcoic pas fî mépri- là à la follicitation de M. CoL 
fable qu'on l'a dit ; & qu'on ne bert , donna plufieurs pendons 
doit pas juger de lui parles Ppr- aux Gens de Lettres. De s p. 
traits Satiriques que l'on en fit , Ces gratifications , qui corn* 
& qu'il ne faut regarder que mencérent en 1663. furent di- 
comme des jeux d'efprit & des ftrituées dans le Roïaume , & 
iîûions. M. de Sallengre a publié dans les Païs étrangers, 
en 1716. à la Haye , VHifioire de Chang. Vers 94. Aller piller U 
Pierre de Monmaur en 1 VoL in miel qne l'Abeille diftile, ] Après 
S°, Ced un Recueil curieux de ce vers il y en avoit huit qui 
toutes les Pièces faites contre font remarquables : cependant 
Monmaur. l'Auteur les a fupprimés dans 

Vers 8 1 . Dh J{oi U bonté l'Edition de 1 6-74, & dans toutes 

fecettrablt, ] Le Roi en ce temps- celles qui ont été faites depuis. 
Enfin fe ne ff aurais , pour faire un jufte gain , 
Aller bas ^ rampant fléchir fous Chapelain» 
Cependant , pour flater ce K^imeur tutélaire , 
Le frère , en un befoin , 'va renier fon frère 5 \ 

Bt Phebus en perfonne ^yfaifant la leçon , 
Gagnerait moins ici qu'au métier de maçon : 
Ou pour eftre couché fur la lifte nourvelle ,* 
S'en iroit che^ Vilaine admirer la Pmelle, 
Cejfons donc d'afpirer , &c, ; 



SATIRE î. 

^ i Ceuons donc d afpircr à ce prix tant vanté , 
Que donne la faveur à rimportunité . 
Saint- Amand n'eut du Ciel que fa veine en partsçe : 
L'habit , qu'il eut fur lui , fut fon feul héritage : 
XJn lit & deux placets compofoient tout fon bien , 

^^ Ou , pour en mieux parler , Saint-Âmand n* avoit rien.' 

a £ M j4 R (l a £ S. 



3; 



Quand le Roi eut réfolu d« 
faire des gratifîcaciens aux Gens 
de Lettres , M. Colberi chargea 
Chapelain de faire la lifte de ceux 
que leur mérite en rendoit di- 
gnes. Cette commiflîon fit beau- 



té efpèce , qui brîguoient fa fa* 
veur , en donnant des louan- 
ges à fon Poëme de la Pncell» 
d'Orléans : G'eft pourquoi il cft 
ici appelle , J^imeur tutèlaire. 
lA,DefpréaHx êtoit brouillé avec 



coup d'honneur â Chapelain^ & Gilles Boileau Çon aîné. La eau Ce 
lui attira les refpeûs intérefles de cette brouillerie ell expliquée 
d'une infinité d'Auteurs de tou- dans cette Epigramme de Linitre : 

VoM demande:^ pour quelle affaire 

BoiUoH le l(entier aujourd'hui 

En 'veut à Defpréaux fon frère , 

C*</î qu^il fait des 'vers mieux que luî^ 
Kjtlles'Boileau faifoit fa cour à fçavoit pas le Latin , & edoît 
Chapelain aux dépens de fon ca- fort pauvre. D e s p. 
dct,&c'eft à quoi fe rapporte Le Poème qu'il y porta (àU 
je quatriénae vers : Le frère en Cour ) eftoit intitulé , le Poème 
tin befoin 'va renier fon frère. Dans de la Lune , & il y louoic le Roi , 
ia fuite notre Auteur voulut ef- furtout de fçavoir bien nager* 



facer jufqu'aux moindres vefti- 
ges de ce démêlé : & c'cft la 
principale raifon pour laquelle 
il a retranché ces huit vers. 

Dans la première Edition > 
l'Auteur n'avoit dé(îgné Chape- 
lain que par, la première lettre 
de fon nom à la fin du fécond 
vers. Dans les Editions fuivan- 
ICS , il mit » Pucelain, 

Vers 97» Saint- Amand n'eut du 
Ciel^ bec. Vers 105. & 104. Et 
tout chargé de 'vers .... il parut 
À la Cour. Vers 107. & îo8. Et 



D E s p. 

M arc- Antoine-Gérard de Sainte 
Amant , de l'Académie Fran- 
çoifc , êtoit né à Rouen , ôc 
paflbit pour fils d'un Gentil- 
homme Verrier. Il eft pourtant 
dit dans VHiJloire de l'Académie , 
que fon Père .ivoit été Chef 
d'Efcadre au fervice d*Eli/abetb 
Reine d'Angleterre. On voit par 
les Poe'fies de Saint-Amant , qu'il 
n'avoit pas attendu audî tard 
que notre Auteur le dit , à met- 
tre au jour les Vers qu'il avoic 



U Fiètrre , , , . Fit tar a'vance en faits pour la CoUr » & à follicî 

iiti ce tju'auToitfait la Faim. ] On ter fcs grâces. Mais il eft à pré- 

a olufîeurs Ouvrages de lui od fumer que M. Defpréaux ne s'eft 

Uîr a beaucoup de génie. Il ne ici fenri d'ua nom connu , que 

Cij 



^5 S A T I R E T. 

Mais quoi , la$ de traîner une vie importune , 
II engagea ce rien pour chercher la Fortune , 
Et tout chargé de vers qu il devoit mettre au jour , 
Conduit d'un vain efpoir , il parut à la Cour, 

105 Qu arriva-t*il enfin de fa Mufe abufée ? 
Il en revint couvert de honte & de rifée , 
Et la Fièvre au retour terminant Ton deftin , 
Fit par avance'en lui ce qu auroit fait la Faim. 
Un Poëte à là Cour fut jadis à la mode : 

j I o Mais des Fous aujourd'hui c'eft le plus incommode : 
Et l'Efprit le plus beau , l'Auteur le plus poli , 
N'y parviendra jamais au fort de l'Angeli. 

Faut-il donc déformais joiier un nouveau rôle } 
Dois-je , las d'Apollon , recourir à Bartole , 

RjSMjéRqUJSS, 

pour rendre fa narration plus in- confacré les derniers tems de 

téreflante. Le Roi ne put fouf- fa vie à la pénitence & à la 

frir la Icûure du Poëme de la piété. 

Lune ^ & fon Auteur ne furvé- Imitât. Vers 103, Saint* 

eut pas longtems â cet affront. Amant n'eut du Ciel , &c. ] Juvé- 

Il mourut en 1 660. après avoir nal , Sat. III. v. io8. 

Nil habuit Codrtts , quif enim negat i Et tamen illttd 

Perdidit infelix totitm nihil. 

Vers iiz. N'y par-viendra ia. firent enfin chafler de la Cour, 

mais au fert de l'Angeli. ] Celé- On raconte que Marigni ccanc 

bre fou que Monfieur le Prince un jour au diner du Roi , dit 

avoit amené avec lui des Pays- â quelqu'un » en voïant 1*^»- 

bas , & qu'il donna au Roi. géli , qui faifoit rire le Roi par 

2^ £ s p. fcs folies : De tous nous autres 

VAngeli avoit fuivi en Flan- fous^ qui avons fuiz>i Af. le Prince, 

dres M. le Prince de Condé en qua- il n'y a que /'Angeli qui ait fait 

litc de valet d'écurie. Ce fou fortune. 

avoit de l'efprit , & trouva le Vers 114. Dois-fe^ las d'ApoU 
fecret de plaire aux uns , & de Ion , recourir à Bartole ? ] Bar- 
fe faire craindre des autres , & tôle êtoit un célèbre Jurifcon- 
tous lui donnoient de Par- fuite d'Italie , qui a fait d'am- 
gent i de forte qu'il amafla en- pies Commentaires fur le Droit, 
viron vingt - cinq mille écus. Notre Auteur fe défigne; ic^ lui- 
Mais fes railleilec piquantes le même. Il ayoic été reçu ÂvoCjftÇ 



.o 



SATIRE t 37 

Et feiîillctant Louct allongé par Brodeau , ^ 

D une robbe à longs plis balayer le Barreau ? 
Mais à ce feul penfer je fens que je m'égare. 
Moi ? que j*aille crier dans ce pais barbare , 
Oii Ton voit tous les jours Tlnnoccnce aux aboîs 
Errer dans les détours d'un Dédale de lois , 
Et dans Tamas confus des chicanes énormes , 
Ce qui fut blanc au fond rendu noir par les formes j 
Ou I^atru gagne moins qu -Huot & Ift Mazicr , 
Et dont Içs Cicerons fé font chez Pé-Fournier J 

R £ M A X' q U £ S» 

au Parlement , le 4. Décembre d e A u a commenté LoUeU 

j6^6. étant âgé de zo. ans , & D e s p. 

il fuivit le Barreau pendant quel- George LoUet , Auteur d*un ^f- 

aue tcms ; mais il préféra les cueil d'Arrêts fore eftimé , êtoh 

ouceurs de la Pocfîe , au tu- Confeillcr, & J»Uen Brodeau, 

mulce des affaires i & les occu- fon Commentateur , Avocat au 

paiions que fa réputation naif- Parlement, 

ïame lui donna , achevèrent de î mi t. Vers m. Ce t^ui fut 

l'arracher à la Jurifprudence. hlanc au fond ^ rendu noir par les 

Vers n^. Et feUiiletant Loiiet formes, 1 O VIDE , -MeMm, L. XI. 

allongé par Brodeau, ] B R o- v. 51^. 

Candida de ntgris ^ & de candentibus atra, 

JuvEKAL ^Sat, III. V. 30. dit à mots que notre Auteur avok 

peu près la même chofe dans ces en vue : 

■ ■ ■ Maneant qui nigrum in candida 'vertunt-, 

Vehs 1x5. OU Patru gagne doïers imprimés font des preu- 

moins qu'Huot Cr le Ma^^ier. ] ves immortelles de foQ efprit , 

Olivier PATRU,Avocat au Par- & de fon éloquence. 

Icment , & l'un des Quarante Huot , a^ le MaT^ier : Ces deur 

de l'Académie Françoile , êtoit Avocats êtoiene d'un mérite fore 

de Paris fils d'un Procureur de la médiocre ; mais ils ne laidoient 

Cour. Il naquit en 1 604. L'a- pas d'être fort emploïez , parce 

inour qu'il avoir pour les Belles qu'ils fe chargeoient de toutes 

lettres , ruina fa fortune , com- fortes de caufes , bonnes & mau- 

iDc i] en convient lui-même dans vaifes , & les défendoient avec 

une Lettre â M, de Montaufier^ & beaucoup de bruit, 

futcaufe qu'il ne s'attacha pas Vers 1x4. Et dont les Cicerûns 

allez à fa profeflîon , quoiqu'il fifontchexPé-Eoumier? ] Cele- 

(ut (rè$ habile Avocat. Ses plai- bre Procureur : il s'appclloU 

C iij 



38 S A T I R E r. 

115 Avant qu'un tel deflcin m'entre dans la pcnféc ^ 
On pourra voir la Seine à la Saint Jean glacée , 
Arnauld à Charenton devenir Huguenot , 
Saint-Sorlin JanTenifte , & Saint-Pavin bigot. 



Tterre Foumier ; mais les gens de 
Palais pour abréger , l'appel- 
loient Pé - Foumier, D E s P. 

Il ètoit Procureur au Parle- 
ment, & fignoit P, Fottmier^ponr 
£e diftinçuer de quelques-uns de 
fes Confrères qui porcoienc auûl 



ment à un ufagc établi parn>i 
Ics^ Procureurs. Dans la Co- 
médie Italienne d'arlequin Pro- 
ctêreur , arlequin , pour i miter ce 
vers , fe nommoit Pé-^rlequin, 
C H A N G. Vers I z7. ^r- 
naïUdrà Charenton , &c. ] Au lieu 



le norn de Fournier ; c'eft pour- de ce Vers & de celui qui fuit , 
quoi on l'appelloit ordinaire- il y avoit dans la première com^ 
ment Pé^Foumier , conformé- pofîtion , avant l'imprcflion : 
te Pape de^venir un Kfilé Huguenot , 
Sainte-Beuve Jéjuite , & Saint Pavin devet, 

M. de Sainte-Beit-ve êtoit Dodeur blia un écrit en 166^. contre les 



J(eligieufes de Port - I{ptal , qui 
étoient accufées de Janfénif- 
me. 

Ibid, tEi Saint - Pa-vîn bi» 

^ot, ] Sau^uin de Saint.Parvin , 
çîoit un fameux libertin , difci- 
pie de Théophile , auffi-bien que 
D es-Barre aux , Bardowville , & 
quelques autres. Saint . Pa^n 
nousinflruitde fes fentimens & 
de fes moeurs , dans les ver^ 
fuiyans, qui font de fon P*r, 
trait fait par lui-même. 



de Sorbonne , & très-habile ca- 
fuifte. 

Ibid. arnauld à Charenton deve' 
uir Huguenot, ] Doûeur de Sor* 
bonne. Les ouvrages que ce fa- 
vant Doâeur a publiés contré 
les Calviniftes , prouvent afTez 
combien il êtoit éloigné d'em- 
)>ra{rer leurs fentimens. 

Vers i i8, Saint-Sorlin Janfé-. 
Vifle.l Jean DesMAHETS de Saint' 
Sorlin , après avoir ceflé de 
travailler pour le Théâtre , pn- 

Je n'ai l'efprit embarraffi 

De l'avenir ni du paffe. 

Ce qu'on dit de moi peu me chèque^ 

De force chofes je me moque 3 

Et fans contraindre mes defirs , 

Je me donne entier aux plaifrs. 

Le jeu , l'amour , la bonne chère , &ç. 

Cependant , Saint-Parvin ne put notre Auteur. Adrien de Vahit 

foufFrir que l'on eût mis fa çon- s'eft trompé, en difanc que Sainte 

verfion au rang des impoflibili- Pavin s'êtoit converti , à caufc 

tcz morales. On verra ci-après d'une voix terrible qu'il ouit ai^ 

dans les l(em<fr^»M fur les £>»- moment de la mort de riS>^o;>W/f, 

grammes , ce qu'il fît pour s'en qui mourut en i6x6, Voïez te 

ranger, Ççcc quclui tcpliqim raUfiana^ ^agc jz, Gu^ Jf>atin 



SATIRE!. 55> 

Quittons donc pour jamais une Ville importune , 
^ Oii THonneur a toujours guerre avec la Fortune ; 
Oii le Vice orgueilleux s'érige en Souverain , 
JÇt va la mitre en tcftc & la crofle à la main : 
OÙ la Science triftc , afFreufe , délaifTée , 
£ft par-tout des bons lieux comme infâme chafl*ée ; 
5 Ou le feul art en vogue eft l'art de bien voler : 
Oii tout me choque : enfin , oii . . . Je n ofe parler. 
Et quel Homme fi froid ne feroit plein de bile 
A Tafpeâ: odieux des mœurs de cette Ville ? 
Qui pourroit les fouffrir ? &: qui , pour les blâmer , 
4o Malgré Mufc & Phcbus n'apprendroit à rimer ? 
Non , non 5 fur ce fujet potu: écrire avec grâce , 
Il ne faut point monter au fbmmet du Parnaffe , 

R £ M A R q U £ S. 

nous apprend la mort de Saint- C h a n g. Vers 1 30. Ou l'Un- 

Paxfin y dans une Lettre du 11. neur a toAiours guerre ai/ec la For- 

Avril 1 670. & il ajoute , que le tune. ] Dans toutes les Editions , 

Curé de faint Nicolas l'obligea qui ont précédé l'Edition po- 

d'emploïer en legs pieux le bien fthume de 1713. ce vers êtoit 

qui lui refloit. ainli : 

Où l'honneur ejl en guerre avecque la Fortune, 

VtKSi-^ï' Et'valamitre^icc,'} tre autres que l'Auteur a fup- 
Après ce vers il y en avoir qua- primez depuis l'édition de 1 674^ 
Où l'argent feul tient lie» d'efprit cJ»* de nôhlejfe : 
Où la Vertu fe féfe au poids de la richejfe : 
Où l'on emporte â peine , à fuiirre les neufScturs , 
*Vn laurier chimérique , c^» de maigres honneurs, 

I M I T. Vers 1 3 3. Oi la Scien- Ce vers & le fuivant font imités 
fe trifle , affreufe , délaifée , &c. ] de I(egnier , Satire III. 
Si la Science pawvre , affreufe , &- mépri/ee^ 
Sert au Peuple de fable , aux plus grands de rifSe^ 
C H A N G. Ibid. Au lieu de choque : Enfin , où,,,. Je n'ofe par^ 
trifle y affreufe , délaifée } ou li- /#r. jDaus les premières Editions, 
foit dans les Editions qui ont la ponÛuation du dernier hémi- 
précédé celle de 1713. trifle , af- ftlche êtoit ainfi : Bnfin.où je n^ofi 
fieufe & délaifée, parler. M, I(acine confcilla â l'Au- 

Chano. Vers 13^. Oùtçtume teuc de maïqucr une iUrpenfion 

Ciy 



i 



4Q SATIRE!. 

Et fans aller révcr dans le double Vallon , 
La colère fuffit , & vaut un Apollon. 

145 Tout beau , dira quelqu'un , vous entrez en furie. 

A quoi bon ces grands mots ? Doucement , je vous prie : 
Ou bien montez en Chaire , & là , comme un Dodcur , 
Allez de vos fermons endormir TAuditeur. 
Ceft là que bien ou mal on a droit de tout dire. 

150 Ainfi parle un efprit qu'irrite la Satire , 
Qui contre fcs défauts croit eilre en feureté , 
En raillant d'un Cenfcur la trifte aufterité : 
Qui fait l'homme intrépide , & tremblant de foiblciTc , 
Attend pour croire en Dieu que la fièvre le preife 5 

j^ j Et toujours dans l'orage au Ciel levant les mains , 
Dés que r^ eft calmé , rit des foibles Humains. 

après la particule o« . . . ce qui Imit. Vers 1^4. La colère fuj^t^ 
Tond le fens bien plus fort , & c^* 'vaut nn Apollon, ] Juvenal , 
rexprcffion plus vive. Sat, I. v. 79. 

Si natura negat. , facH indignatio ver/Hm. 

Cç Vers de Jwvénal avoit été gnitr en cette manière , Sat, I, 
précédemment traduit par S^e- v. 79. 

Puis fem/ent la colère engendre de bons 'vers, 

K^aîs on voit combien Texpref- Barreaux^ , qtti , félon le langage 



fion de M. Defpréanx eft plus 
noble & plus animée. 

Ch A N G. Vers 14c. Tout bean^ 
dira quelqu^Hn. ] Dans les pre- 
mières Editions il y avoit: Mais 
^Hoi , dira quelqu'im. 

Vers 1^4. Attend pour croire 
en Dieu , que la Hhjre le prejfe. ] 
Ce vers défigne le fameux Dès- 
Grand Dieu , tes jugemens font remplis d* équité , &c, 
Voïez Satire X. Vers 660. 

Chang. Vers m^. Et toujours vers&dufuivant,ilyavoîtceuxT 
4ans l'orage , &c. ] Au lierf de ce ci dans les premières Editions ; 
Et riant hors de là dufentiment commun , 
frêthe qu9 Trois font Trois ^ €&• ne font jamais Vn^ 



de Bourfaut dans fes Lettres , n§ 
cro t'oit en Dieu que quand il itoit 
malade. Pendant une maladie 
qu'il eut , il fit un Sonnet de pie- 
té , qui eft connu de tout le 
monde , & qui eft très-beayi 9 
mais quand fa fanté futreveûue. 
il défavoua fortement ce Sonnet^ 
Il commence par ce vers : 



s A T I R E I, 41 

Car de pcnfer alors qu'un Dieu tourne le Monde j 
Et règle les reflbrts de la machine ronde , 
Ou qu'il eft une vie au delà du trépas , 
° Ceft là , tout haut du moins , ce qu'il n avoura pas. 
l'our moi qu en (ànté mefme un autre Monde étonne , 
Qui crois Tàme immonelle , & que c'eft Dieu qui tonne , 
Il vaut mieux pour jamais me barmir de ce Lieu. 
^e me retire donc. Adieu , Paris , Adieu, 

Jfaîsces vers parurent trop har- aufïi-bien que cciix-cî qui vc- 
"*s j & même un peu libertins i noient un peu après ; 
C'ejl là ce qWilfaut croire , &>' ce qu'il ne croit pas } 
Pour moi , qui fuis plnsfimple , & que l'Enfer étonne, 
^« j4mauid le Dodeur , les fit gens , qui liraient 'vos Ouirrages^ 
.changer. Ote:ç tout cela , djt-il , à C H A N g. Vers i f 7. Car de 
* Auteur j -vous aur ex trois ou quatre penfer alors. ] Dans les premières 
**(iertitts â qui cela plaira , d^ ifous Editions , il y avoic ; Car enfin , 
P^drcK je nefçai combien d'honnêtes de pen/er. 




LE fujet de la féconde Satire efi la difficulté d^. 
trouver la Rime, & de la fiaire accorder avechrî 
Raîfon, Mais V Auteur s'efl appliqué à les concUief 
toutes deux , en n'emplotant dans cette Pièce que det 
Rimes extrêmement exaBes. 

Cette Satire eft la quatrième dans V ordre du temtj^ 
&fut compofée après lafeptiéme en 166^, 

La même année , V Auteur fe trouva chez M. Dit 
Brouflîn , avec M. le Duc de Vitri & Molière. Ce 
dernier y devoit lire une Tradudion de Lucrèce en 
vers François , quil avoit faite dans fa jeunejfe. En 
attendant le diner ^ on pria M. Defpréaux de réci^ 
ter la Satire adrejfée à Molière , qui ne voulut pat 
enfuite lire fa Traduftion , craignant qu'elle ne fût 
pas ajfez belle pour foutenhr les louanges quil venoi^ 
de recevoir. Il fe contenta de lire le premier Aâe dit 
Mifanthrope, auquel il travailloit en ce tems-là^ 
difant , qu'on ne devoit pas s'attendre à des vers auj^ 
parfaits , & aujji achevés que ceux de M. Defpréaux; 
parce qu'il lui faudroit un tems infini 9 s'il vouloit 
travailler f es Ouvrages comme lui. 




s À T I R E I I. 

A M, DE MOLIERE. 

Iv A R E & fameux Efprit , dont la fertile veine 
Ignore en écrivant le travail & la peine 5 
Pour qui tient Apollon tous fes trefors ouverts , 
Et qui fçais à quel coin fe marquent les bons vers 5 
Dans les combats d'efprit fçavant Maiftre d*cfcrimc , 
Enfcigne-moi , Molière , ou tu trouves la rime. 
On diroit , quand tu veux , qu'elle te vient chercher. 
Jamais au bout du vers on ne te voit broncher ^ 
Et (ans qu'un long détour t'arrefte , ou t'embarra^e 
> A peine as-tu parlé , qu elle-mefme s y place. 
Mais moi , qu'un vain caprice , une bizarre humeur ^ 
Pour mes péchez , je croi > fit devenir Rimeur : 
Dans ce rude métier y où mon efprit Ce tue' y 
En vain , pour la trouver , je travaille & je fuc. 
y Souvent j'ai beau rêver du matin jufqu'au foir : 
Quand je veux dire blanc ^ la quinteufe dit noifm 



4+ SATIRE! I; 

Si je veux d*un Galant dépeindre la figure , 
Ma plume pour rimer trouve l'Abbé de Pure : 
Si je penfe exprimer un Auteur fans défaut , 

20 La Raifon dit Virgile , & la Rime Quinaut. 
Enfin quoi que je faffe , ou que je veuille faire , 
La bizarre toujours vient m'offrir le contraire. 
De rage quelquefois , ne pouvant la trouver , 
Trifte , las , & confus , je ceffe d'y rêver : 

2.5 Et maudiffant viiigt fois le Démon qui m'infpirc , 
Je fais mille fermens de ne jamais écrire. 
Mais quand j'ai bien maudit & Mufes & Phebus , 
Je la voi qui paroift , quand je n'y penfe plus. 



R E M A R (lU E S. 



& VHijloire d* Afrique , écrite cK^S 
Italien par J. B, Birago. Il a z\x^0^^ 
traduit la Vie de Léon X. du La--|^^ 
tin de Pattle-Jo-ve II eft encor^^^ 
Auteur du Roman intitulé : Le^^^ 
Précieufes j de la Vie dn Marécha^^^' 
de Gaffion , &c. 
C H A N G. Ibid, Au lieu dejES"""^ 



V E n s 17. si je 'veux d'un Ga- 
lant , &c. ] Michel de Pure êtoit 
de Lyon , où fon Père avoir 
été Prévôt des Marchands en 
i6î4. & fon Aïeul Echevin en 
i^9<5. Il avoir publié en 166^, 
.une fort mauvaife TraduHion de 
i^uintUien, Dans la fuite il tra- 

duifît VHijloire des Indes , écrite Vers qu'on lit ici, l'Auteur avoi 

en Latin par le P, Maffée jéfuite , mis d'abord : 

Si te penfe parler d'un Galant de notre dge , 
Ma plume pour rimer rencontrera Ménage, 

VAbbé de Pure , qui afftftoit eut fait cette Parodie , mais fcu-^ 

un air de propreté & de galan- lemcnt qu'il la diftribuoit. Poucr 

terie , quoiqu'il ne fut ni pro- toute vHtgeance , il fc contents^ 

pre , ni galant , donna lui-même du trait iropique , qui carafté— 

occasion à ce changement. Il fit rifc ici cet Abbé, 

en ce tems-là une Parodie de la Vers to. La l(aifondit Virgile , 

Scène de Corneille , dans laquelle & la f(,ime i^inaut. ] Philippe 

^/fw^w/îe confond Cinna^ dont il Quinaut .^^ Auteur de plufieurs 

a appris la conjuration. Dans rr4^^<i»e/ tombées dans l'oubli « 

la Parodie M. Colbert conyain- mais célèbre par fes Opéra , fut 

quoit M. i^^y^r/^M* d'être l'Au reçu à ^Académie Françoife en 

teur de quelques libelles qui l'année 1670. & mourut ea 

couroient alors. M. Defpréaux 1 688. Du vivant de Quinaut , foi» 

u'êtoit pas fur que VAbbé de Pure nom ccoit éccic ici : JSJiiniM% 



s A T I R E I L 4; 

AulTi-toft , malgré moi , tout mon feu fc rallume : 
30 Je reprens iiir le champ le papier & la plume , 

£t de mes vains fermens perdant le fouvenir , 

Jattens de vers en vers qu elle daigne venir. 

^ocor fi: pour rimer , dans fa verve indifcretc , 

^a Mufe au moins foufFroit une froide épithete : 
^5 Je ferois comme un autre , & fans chercher fi loin , 

•' aurois toujours des mots pour les coudre au bcfoin. 

^^ jeloùois Philis , En miracles féconde , 
•'c trouvexois bien-tôt , A nulle autre féconde. 
^^ je voulois vanter un objet Nompareil ; 
^e mettrois à Tinftant , plus beau que le Soleil. 
^fin parlant toujours ^Afires & de Merveilles ^ 
^tChef-d* œuvres des CieuXy de Beautez fans pareilles 1 
Avec tous ces beaux mots fouvent mis au hazard , 
J^e pourrois aifément , fans génie & fans art , 
ït tranfpofant cent fois & le nom & le verbe , 
I)ans mes vers recoufus mettre en pièces Malherbe. 
Mais mon efprit , tremblant fur le choix de fes mots , 
N'en dira jamais un , s'il ne tombe à propos , 

R£MAR<IU£S. 

Vers 3^. Jeferoîs comme un at*^ SoiUau , frère de notre Auteur , 

tre , ôcc. ] GilUs Ménage^'àont les avoit déjà repris VAbbé Ménage 

Pocfîes font remplies d'expref- de fon affe£fcation à emploïec 

iîons femblables à celles que no* cz% fortes de Phrafes Poétiques : 

tre Auteur reprend dans les vers En charmes féconde , A nulle autre 

iùivans : ce qui marque un génie pareille , A nulle autre féconde j Ce 

froid & ftérile , tel qu'êtoit celui Chefd'cBwvre des deux , Ce mira- 

de V^Xbbé Ménage , qui n*a-voit de d'amour , &C. on peut voir 

point de naturel â la Poe/te , & VAuis à M, Ménage , fur fon 

qui ne faifoit des 'vers au'en dé- Eglogue, intitulée Chrijiine. p. i$, 

fit des Mufes j comme il l'a dit Vers 4^. I^ans mes y ers recoufus 

lui-même dans la Préface de Ces mettre en pièces Malherbe. ']ll ètoit 

O^ftrvdtions /f*r Malherbe. GilUs difficile de faire un vers qui ri* 



i 



4(f S A T I R E I t 

Et ne faurok foufFrir , qu une phrafe infîpiJe 
50 Vienne à la fin d'un vers remplir la place vuidc. 

Ainfî recommençant un ouvrage vingt fois , 

Si j*écris quatre mots , j'en effacerai trois. 

Maudit foit le premier , dont la verve infenféc 

Dans les bornes d*un vers renferma fa penfée » 
55 Et donnant à fes mots une étroite prifon j 

Voulut avec la rime enchaîner la Raifon. 

Sans ce métier , fatal au repos de ma vie y 

Mes jours pleins de loifir couleroient fans envie » 

mit avec celui-ci. Cela parut notre Poète confulta. Cepen^ 
même impoffible à La Fontaine , dant il trouva le vers qu'il cher<^ 
â Molière & à tous les amis , que choit. 

Et tranfpofant cent fois (P- le nom d^ le verbe. 

Quand il le dit à La Fontaine : l(acine de fuivre cette méthode s 
Ah • le 'voilà , s'écria celui-ci , & il difoit â ce propos \ JeUtiai 
en l'interrompant: Vous êtes bien' appris à rimer difficilement, 
henreux. Je donnerois le plus beau V^KS ^i' Maudit foit le premier, 
de mes Contes pour a'voir trowvé dont la njerve infenfée , &c. ] M, 
cela, ^ xArnauld d'Andtlly entendant ré- 

M, Defptéaux faifoît ordinal- citer cette Satire fur extrèmt- 
rement le fécond vers avant le ment touché de ces quatre vers % 
premier. C'ed un des plus grands il en admira la beauté , & les 
îccrets de la Poëfîe , pour don- compara à ceux-ci de JBrébeuf, 
ner aux vers beaucoup de fens qui font d fameux : Pharf, X.« 
& de force. Il confciila à M. JII. 

C'ejl de lui que nous tnent cet art ingénieux 
De peindre la parole & de parler aux yeux ; 
Et par les traits di'vers de pgures tracées 
Donner de la couleur C^ du corps aux pen/ees, 

M. d*^ndilly fc fît réciter cette C h a n g. Vers ^7. Sans cê 
J'<f^fV« trois fois de fuite par l'Au* métier fatal au repos de maiHe^ 
tour. &c. 1 Première manière : 

Sans ce métier , hélas ! fi contraire â ma foie , 
Mes jours auroient été file^i d'or &• de foie, 

l'Auteur corrigea ces deux vers , défaut qu'il attaquoit : Vous bld^ 
parce que M. à'Andilly lui fît rc- mex , lui dit - il , ceux qui danf 
inarquer qu'il tomboit dans le leurs uers menwp en pièces Mal* 



s A T I R E 1 î. 47 

Te n aurois qu'à chanter , rire , boire d'autant ; 

£t conune un gras Chanoine , à mon aife , & content » 

Pafler tranquillement , fans fouci , fans aiFaire , 

La nuit à bien dormir , & le jour à rien faire. 

Mon cœur exemt de foins , libre de paffion , 

6çait donner une borne à fon ambition 5 

£t fuiant des grandeurs laprefence importune , 

Je ne vais point au Louvre adorer la Fortune. 

£t je ferois heureux , fi , pour me confumer , 

Un deftin envieux ne m'avoit fait rimer. 

Mais depuis le moment que cette frenefie 
° De fes noires vapeurs troubla ma fantaifie , 

h qu un Démon , jaloux de mon contentement , 

M'infpira le deffein d'écrire poliment : 
Tous les jours malgré moi , cloiié fur un ouvrage ^ 
Retouchant un endroit , effaçant une page , 
Enfin paffant ma vie en ce tride métier , 
J'envie en écrivant le fort de Pelletier. 

herbe ; €^ 'voilâ une exprejpon tjni bien pu mettre la négative , en 
efl de ce Poète, En effet , MaU difant : La nuit â bien dormir , 
herbe a emçloïé plu/îeurs fois le four â ne rien faire i comme 
cette expredion. La Fontaine l'a mife depuis dans 

Vers tf 1. La nuit à bien dormir , fon Epitaphe, 
O* le jour à rien faire. ] Il auroit , . 

Jean s'en *tli^j comme il Stoit 'venu , 
Mangeant le fonds après le retenu » 
Croiant le bien chofe peu néceffaire, 
Huant à fon tems , bien le ffût difpenfer : 
Veux parts en fit , dont il foulait paffer , 
L'une i dormir > &• l'autre â ne rien faire. 
M. Deffriaux demanda à VAca. êtoit la meilleure , parce qu*en 
dhnie , laquelle de ces deux ma- ôtant la négative , ^en faire de- 
nières , la (îenne , ou celle de yenoit une efpéce d'occupation. 
L4 Fontaine yysAoxt mieux. Il paffa Vers -76. J'ewvie en écri-vant , 
tout d'une voix » que U fîenne U fort de Pelletier. ] Poète du 



48 s A T I R E I r. 

Bienheureux Scuderi , dont la fertile plume 
Peut tous les mois fans peine enfanter un volume S 
Tes écrits , il eft vrai , fans art & languiffans , 

80 Semblent eftre formez en dépit du bonfens : 

Mais ils trouvent pourtant , quoi qu on en puiffe dire , 
Un Marchand pour les vendre , & des Sots pour les IL:^^' 
Et quand la rime enfin fe trouve au bout des vers , 
Qu'importe que le refte y foit mis de travers ? 

85 Malheureux mille fois celui dont la manie 
Veut aux règles de l'art afi'ervir fon génie 1 
Un Sot en écrivant fait tout avec plaifîr : 
Il n a point en fcs vers Tembarras de choifîr , 



dernier ordre -, qui faifoic tous 
les jours un Sonnet, D E s p. 

Pelletier prit te vcrs pour une 
loiiange ; &c dans cette penHEe , 
il fit imprimer cette Satire dans 
un I(ecueil de Poe/tes ^ où il y 
avoit quelques-uns de fes vers. 
M. De/préaux s'êtant plaint au 
Libraire de ce qu*il avoit im- 

Î>rimé cette Satire faiis fon aveu, 
e Libraire lui répondit , que 
c*êtoit Pelletier qui l'avoit don- 
née à. impTimcr, parce qu'elle êtoit 
Jt/a louange, 

J^ichelet s*eft trompé , quand 
il a dit que Pelletier mourut en 
J660. Lettres Choi/tes , Tome I, 
Voïcz Difcours au I(oi , vers ^4. 
& Satire J, v. 47. 

Vers 77, Bienheureux Scuderi , 
&c. ] Ceft le fameux Scuderi^ 
Auteur de beaucoup de Romans , 
^ frère delà fameufe Mademoi- 
felle de Scuderi. D E s P. 

George de Scuderi de l'Académie 
Françoife , a compofé outre 1'//- 
lujlrt Bajfa^ la Traduûion du Ca- 



loandre fidelle , ouvrage ^Amht^^^^^ 
fio Marini , ÔC pluueurs autr^^^j 
J^pmans i le Poème à'Alaric , ÔC M ^ — ^ 
grand nombre de Pièces de thè<^^^'^ 
tre. Les ^mans de Cyrus &C d-^"' 
Clélie , imprimés fous fon nom ^ 
font de Magdeleine de Scuderi C—-^^ 
fœur, Babitc avoit fait le mêm"^^^ 
jugement de la facilité de ce- ^^ * 
Auteur. bienheureux Ecri-vains -^ 
s*écrie-t-il , M. de Saumaife e^^ 
Latin , & M.dc Scuderi en Fran^ — 
fots l J'admire 'votre facilité , cê^^^ 
j'admire -votre abondance, f^o»-^ 
pouvez écrire plus de Calepins 9 
que moi d'Almanachs, Il dit en- 
core : Bienheureux font ces Ecri-^ 
'vains qui fe contentent fi facile 
ment j qui ne tra'vaillent que de la 
mémoire &• des doigts j qui , fanS 
choifir , écri'vent tout ce qu*ils ffa" 
-vent. Lett. Xir. Liv. XXIII. 

Chang. Vers 79. Sans 

art & languiffans : ] Dans les pre- 
mières Editions il y avoit : Sans 
force t^ languiffans, 

I M I T. Vers 87. Ifn Sfft en 

Ec 



( 



s A T I R Ê I î. 49 

ît toujours amoureux de ce qu'il vient d'écrire , 
5 Ravi d'étonnement en foi-mefme il s'admire. 
Mais un Efprit fiiblime en ^ vain veut s'élever 
A ce degré parfait qu il tâche de trouver : 
Et toujours mécontent de ce qu'il vient de faire ,' 
Il plaift à tout le monde , & ne fçauroit fe plaire, 
5 Et Tel , dont en tous lieux chacun vante l'cfprit , 
Voudroit pour fon repos n'avoir jamais écrit. 

Toi donc , qui vois les maux oii ma Mufe s'abimC y 
De grâce , cnfèigne-moi l'art de trouver la rime : 
Ou , puifqu'enfin tes foins y feroient fuperflus , 
o Molière , cnfcigne-moi l'art de ne rimer plus* 

R £ M j4 R q U £ ^4 

(trrvaûf^ ôcc. ] Horace ^ t, IT. EpAî. v,io€, 

KjdentHT , mala qui comtonunt Carmina : 'verum 
Gaudent jcrihentes , &> Je 'venerantur ', &^ ttltro 
Si taceas , laudant j emidqmd fcripfere beati , 6CC* 
Prétttderim fciiptor detirus , inerfque %>ideri , 
I^um mea detekent mala me , 'vel denique.faUan$ : 
HHàmfapere , & ringi^ 
Vers 94. ilplaijl â tomle monde , d'Homme extraordinaire » & voii'^ 
f^ ne ffauroit fe plaire, ] En Cet lant faire voir qu'il ne s'en 
endroit , Molière dit à notre Au- croïoifc pas indigne , revint ait 
teur , en lui ferrant la main i fentiment de M. De/préaux , 6c 
Voilà La plus belle 'vérité que 'vous convint qu'il n'avoir jamais 
aies jamais dite. Je ne fuis pas du été pleinement fatisfait des Ou- 
nombre de ces Efprits fubiimes , dont yrages , qu'il avoit COmpo((^s. 
n/oHS parlés 5 mais tel que je fuis , M. Defpréaux citoit un jour â 
te n'ai rien fait en ma 'vie t dont je ce propos, cette Réflexion de 
fois 'véritablement content^ l'Auteur 4es Caraâères : La mi^ 

Le célèbre i'<xn»eM/penfoit bien me fufleffe d'efprit qui nous fait 
autrement de fes Poejies ^ il l'a- écrire de bonnes cbojes , nous fait 
Voiia même un jour chés Thierri, appréhender qu'elles ne lefoient pas 
à M. Defpréaux , qui lui dit : afés pour mériter d'être lues, yn 
Vous êtes donc le feul Homme ex- Efprit médiocre croit écrire di'vine» 
traordinaire, qui ait jamais été par- ment : un bon Efprit croit écrire rai» 
faitement content de fes Ouvrages, fonnablement. La Bruyère » CJbu 
Alors Santeul , flaté par le titre 4ri Ouvrages de l'efprit. 



\ 



LA tYoïftéme Satire fut faite en tannée lééi. Elle 
contient le récit d'un Fejiin donné par un Homme 
d'un goût faux & extravagant , qui Je pique néan-* 
moins de rafiner fur la bonne chère. Ce caraSère eft 
femblableà celui ^«'Horace donne à Nafidiénus dans 
la Satire f^IIL du Liv. IL ou fe trouve le récit d'un 
Repas ridicule, M. Dacier ne far oit pas être bien entré 
dans lefens de fon Auteur y quand il a ditf çk'Horace 
avoir peint le caraftère d'un Homme fort avare , qui 
fait une fotte oftentation de fes richeffes. // fembU 
au contraire , que c*eft pluftôt le caractère d^un Hom-^ 
me, qui ne manque pas de générojttéy mais qui manque 
de goût ; d'un Sot magnifique, C êtoit la penfée da 
M. Defpréaux. Régnier, Sat. IL a fait auffilade^ 
fcription d'un Soupe ridicule. 

Quelques gens ont cru que c' êtoit M. DefpréauX 
lui-même , qui faifoit ici le récit du Repas ; & ils 
Vont pris pour un homme délicat à V excès en fait de 
bonne chère. Mais loin que le Poëte fe dépeigne lui" 
même , fa raillerie ne tombe pas moins fur la délica* 
tejje outrée du Perfonnage , qui fait le récit du Feftin , 
que fur le FeJlin même. Il a voulu répréfenter M. Du 
Brouflin , qui , cominele difoit notre Auteur y trzitoit 
férieufement les repas. Quand il fut que M. Def- 
préaux travailloit fur cette matière , // tâcha de l'en 
détourner , difant que ce n êtoit pas là un fujet fuir h' 
quel il fallût plaifanter : Choififfés pluftôt les hypo- 
crites , lui dîfoiî-il férieufement , vous aurés pouf 
vous tous les honnêtes gens 5 mais pour la bonne 
chère , croiés-moi , ne badines point là-defTus. // 
fe reconnut bien dans cette peinture ; tttUis il n en fut 
mtcun mauvais gré à P Auteur. 




SA TIRE ni. 



^' yj UE L (ujet inconnu vous trouble & vous altère | 
b où vous vient aujourd huy cet air fombre & fèvere > 
Et ce vifage enfin plus pafle qu un Rentier , 
A Tafpcd d'une Arreft qui retranche un quartier ) 



Vem i.jiml Cette lettre qui cft 
90 commencement du premier 
Vers , (îgnific l'Auditeur , ou 
celui qui interroge ; & la lettre 
P. qui efl devant le quatorzième 
Vers , dénote le Poète. L'Au- 
teur avoit defTein d'y mettre un 



B. pour marquer le ^rouffin : malA 
il craignit que Ton intention né 
fût trop marquée. 

I M I T. Ibid. QuelfHJet incon- 
nu 'VOUS trouble c^ 'vous aUere^lJjJ» 
VENAL commence ainfi fa iiou« 
viémc J'4ifre: 



Scire 'velim , quare toties mihi , Héevale , trijlis 
Occuvras , fronte obd$tcia f ■■■■■■ 
Il tmd» reptnu 

Tôt rugd f 

Vehs 4. A tafpeSt d'un Arrefl qui fuppreflGon , fur laquelle le Che^ 
retranche un quartier ? ] Le Roi Palier de CailU fit YEpigramm9 
tn ce temps-là avoit fupprimé un fuivante , dont M. JPvf^éamà 
quartier des Rentes. D £ s p. faifoit cas. 
Ce fut en 1 66^, que fc fit cette 

J>e nos J(entes pour nos pechex. y 
Si itf quartiers hm rettâncbeK. •* 



ji SATIRE II ï. 

j Qu eft devenu ce teint , dont la couleur fleuritf 
Sembloit d ortolans feuls , & de bifques nourrie p 
Ou la joye en fon luftre attiroit les regards , 
£t le vin en rubis brilloit de toutes parts ? 
Qui vous a pu plonger dans cette humeur chagrine i . 

'mp A-t-on par quelque £dit reformé la cuifîne : 
Ou quelque longue pluye , inondant vos vallons , 
A-t-ellc fait couler vos vins &, vos melons ? 
Répondez donc enfin , ou bien je me retire. 

P. Ah î de grâce , un moment , fouf&ez que je refpîiCr 

1 j Je fors de chez un Fat , qui , pour m*empoifonner , 
Je penfe , exprés chez lui m*a forcé de difner. 
Je Tavois bien prévu. Depuis prés d*une année ^ 
i^*éludois tous les jours fa pourfuite obftinée. ) 

Mah hier il m*aborde , & me ferrant la main : 

zo Ahl Monfieur , m a-t-il dit , je vous attens demain.' 
N'y manquez pas au moins. J ay quatorze bouteilles 
D'un vin vieux . . . Boucingo n'en a point de pareilles 4 

Totêrquoi s*en émouvoir la bile ? ^ • 

iJom n'aurons ifu'À changer de lie» l 
KoHS allions À l*H6tel de Ville , 
Et nous irons à VHôteUDieu, 
VeHS -6. Et de bifques nour- donc enfin, "} Il y SiVOit ici t I(époni 
rie, ] Les Bifqiies êtoient alors deK donc du moins, 
un mets fort dhmé. V eks i^. Je fors de cheK un 

V É R s 1 6. j4-t~on par quelque Fat. ] C'eft celui qui avoit donne 
Bdit reformé la cuif%ne> ] On pu- le dîner ; mais c'cft un Pctfon- 
blia alors divers Edits de réror- nage feint. ^ _ 

xnation. C h a îî g. Vers 1 9. Mais her.\ 

Chang. Vers 11. Vos inns II y avoit dans les premières 
(^ -vos melons, ] Dans la première Editions : Quand hier. 

Edition il y avoit , y os vins ou V e r s ii. 'Boucingoji 

t/os melons, &c. ] Illuftrc Marchaud dc viq* 

e H A M G. Vecs 1 3^ liéfonde?: D b s f« 



SATIRE III. 

ït je gagétois bien que chez le Commandear ,; 

Tillandri priferoit fa févc , & fa verdeur» 
Molière avec TarmfFe y doit joiier fon rôle : 
Et Lambert , qui plus eft , ma donné fa parole. 
Ceft tout dire en un mot , & vous le connoiffez. 
Quoi Lambert î Oui , Lambert. A demain. C'cft aflczj 
Ce matin donc , féduit par fa vaine promefle y 

^ J*y cours > midi fonnant , au fortir de la Méfie, 
A peine eftois-je entré , que ravi de me voir , 
Mon Homme , en m'embraflant , m*çft venu recevoir , 
£t montrant à mes yeux une allegrefle entière , 
Nous n'avons , m*a-t-il dit , ni Lambert ni Molière : 

j Mais puifque je vous voy , je me tiens trop content. 
Vous eftes un brave homme : Entrez. On vous attend; 



îî 



R £ M ji RO V E S. 



Vers i;. Chex le Com. 

fMnieur, ] JACQUES dt Sowwi , 
Commandeur de S. Jean de La- 
tran, & enfuice Grand Prieur de 
France , aimoic la bonne chère » 
& tenoit ordinairement une ca- 
ble fomptueufe , à laquelle aflif- 
toient fouvent M. du Brouffin ^ 
& M, deVUlandri , qui eft nom- 
mé dans le Vers fuivaiic. Les 
repas du Commandeur êtoient re- 
nommés en ce tems-là , £c Saint- 
Eirremond en faic mention dans 
ia Canrverfation avec le Duc de 
Caudale, Le Commandeur de Sou- 
iré êcoic Fils du Maréchal de Sou- 
vré , Gouverneur de Louis XIII, 
ic Oncle de Madame de Lourvois, 
Vers 24. Villandri friferoit, ] 
Homme de qualité , qui alloic 
fréquemment chez le Comman- 
4eur de Souirré. D E S P^ 

Xl^toit fiU de Mi^r U f r«»> 



ton. Seigneur de vilUndri , Con- 
feiller d'Etat , Gentilhomme de 
la Chambre du Roi. 

Vers tç. Molière avec Tartufe.'] 
Le Tartuffe en ce temps-Iâ , avoic 
efté deffendu , & tout le monde 
youloit avoir Molière pour le lui 
entendre reciter. Des p. 

Vers id. Et Lambert,] LAM- 
BERT le fameux Mufîcien , eftok 
un fort bon homme , qui pro- 
metcoic à tout le monde de ve- 
nir : mais qui ne venoit jj^uiais. 
De s p. 

Michel Lambert êtoit Fhommc 
de France,qui chantoit le mieux, 
& on le regardoic comme Tin- 
venteur du beau chanr. Il mou« 
rut à Paris , au mois de Juin 
1 69 6, âgé de quatre- vingt- fcpc 
ans. Son corps fut mis dans lo 
tombeau de Jean^Baptifle LuUà 
fou Gendie. 



Piij 



^4 S A T I R E ï I r, 

A CCS mots, , mais trop tard , reconnoiflant ma fautc^ 
Je le fuis en tremblant dans une chambre haute ^ 
Où malgré les volets , Iç Soleil irrité 

'40 Formoit un poëfle ardent , au milieu de Tefté. 
Le couvert eftoit mis dans ce lieu de plaifance : 
Oii j*ai trouvé d*abord , pour toute connoifTance , 
Deux nobles Campagnards , grands ledeurs de Romans ^ 
Qui m ont dit tout Cyrus dans leurs longs compUmens» 

A5 J'enrageois. Cçpendant on apporte un potage. 
U^a coq y paroiflbit en pompeux équipage , 
Qui changeant fur ce plat & d'eftat & de nom ,' 
Par tous les Conviez s'cft appelle chapon. 
Deux alfiettcs fiiivoient , donc Tune eftoit oméo 

|o D*une langue en ragouft de perfil couronnée ; 

V E R s 43» Deux nobles Campa- gage & leurs complîmefls flir Ifl 

^natds , &c. ] De ces deuxCani- Cyrus fie fur la Clélie , dont ils 

pagnards il n*y en a qu'un qui retenoicnt les façons de parler, 

foit un perfonnagc reiel. Voïés Ces I(omans , dont le goût s'ctoit 

le Vers 17 j. répandu dans toute la France» 

Vers 44. ilui m'ont dit tout Cf avoienc auffi produit les Précieux 

rus , &c. ] I(pman de dix tô- fes i caraâère , que Molière a (î 

Ses de Mademoifelle de Scuderi^ bien joiié. Les premiers Volumes 

ESP, ^u Jl(pman de Cyrus COmmenCC- 

^Artamene ou le Grand Cyrus , eft rent à paroître en 1 649, 
rempli de longues converfa- y eks^^' Cependantonapporte 

fions 9 & fur tout de grands un potage^ &c. ] M, Fourcrqy ^ 

çomplimens fort ennuîreux. C'eft célèbre Avocat , s'avifa un jour 

pourquoi Furetière a dit dans de donner un repas fcmblable en 

ymfloire des troubles arrivés au tout à celui qui eft décrit dans 

Jf(gyaume d'Eloquence , Que les cette Satire , à M. de Lamoignon , 

Bourgeois de cette Place ( le Ro- Avocat Général-, à M. de Me- 

nian de Cyrus ) affeâoient fur- nars , Maître des Requêtes , en- 

tottt ititre fort ciruils , e^ de fort Alite Préfident à Mortier j a M. 

hn entretien. La plufpartdes gens Defpréaux i ic à quelques autres, 

^ Province , qui s'imaginoienc Mais fa plaisanterie ne plût poinc 

Quele ftilede cesi^om^n^êtoitle aux conviés; & Ton dit alors 

flile de la Cour > & un modèle que ces fortes de repas font boni 

^e ^oliteiTe , fQrmoienc leur lai^- â décrire ^ non ^âs à don^er^ 



n 



SATIKË ITf. 

X*âtlttc d*un godivcau tout brûlé par dehors , 
Dont un beurre gluant inondoit tous les bords. 
On s*a(Iied : mais d'abord , noftre Troupe ferrccf 
Tenolt à peine autour d'une table quarrée : 
5 Oii chacun maigre foi , Tan fur l'autre porté , 
Faifoit un tour à gauche , & mangeoit de cofté; 
Jugez en cet eftat fi je pouvois me plaire , 
Moy qui ne compte rien ni le vin , ni la chère j 
Si Ton n e(l plus au large ailis en un feilin , 
Co Qu'aux Sermons de CalTaigne , ou de l'Abbé Cotin« 

R £ M jé X qu i: s. 

Ver. s ^8. Mo* ^i ne compte & Tautre fe peuvent (^irc. Ce- 

vten ni le 'vin , ni la chère, ] Il au- pendant il femble que l'ufage y 

Toit pu mettre : Moi qui compte, ait rais cette différence , qu'après 

pour rien & le 'vin &• la chère. Ne compter pour rien , il faut une 

Mais il a crû Tautre manière négation ;& après , Comp/er ^owir 

plus conforme à l'ufage. L'un rien , il faut une affirmation : 
Je ne compte pour rien ni le lAn ni la chère. 
Moi qui compte pour rien C^ le 'vin 0* la chère. 

Vers 6o, Qu'aux Sermons de me. Il ne put fouffrir que Ton 

t:ajfaign€ yOudeVAhbéCotin,'^ Ce talent pour la Chaire lui fut 

fut VAbbé Furetière , qui indiqua contefté. Pour s'en vanger , il 

à nôtre Auteur les deux mau- fit une mauvaife Satire contre 

vais Prédicateurs qui font ici M. Defpréaux , dans laquelle il 

nommés \ VAbbi Cajiairne Sc lui reprochoit, comme un grand 

VAbbé Cotin , tous deux de 1*A- crime , d'avoir imité Horace Se 

cadémie Françoife. Jacques Caf- Jwvénal, Cotin ne s'en tint pas 

faigne , de la Ville de Himes , là : il publia nn Libelle en profc, 

^toit Doâeur en Théologie , & intitulé : l^a Critique difintéreffée 

Prieur de faint Etienne. Il fut Jur les Satires du tems j dans Ic- 

reçu à l'Académie Françoife en quel il chargeoit nôtre Auteur 

l'année i^6i . à là place de Saint- des injures les plus grofîîères , Çc 

Amant , & mourut au mois de lui imputoit des crimes imagt- 

Mai 1^79. Il a fait la Préface naires. Il s'avifa encore nial- 

des Oeu-ure» de Balzac , qui eft ef- heureufement oour lui , dj: faire 

limée: il a encore traduit J*rf- entrer Mo/ifre dans cette difpute, 

tMile^ &c. Il eut aflcs de bon & ne l'épargna pas plus que M. 

fens pour ne témoigner aucun Defpréaux. Celui-ci ne s'en van- 

teffentiment contre l'Auteur des gea que par de nouvelles raillç- 

^atires. ries , comme on le verra dans les. 

JJt*.466/ Cf ;i» ûC fit p*s demô- Saiirts fujiyîwtcs j mais JWo/jtr» 

Piy 



^4 SATIRE II t: 

Noftrc Hoftc , cependant , s'adreflant à la Troope i 
Que vous femblc , a-t-il dit , du gouft de cette foufc \ 
Sentez-vous le citron , dont on a mis le jus , 
Avec des jaunes d'oeufs méfiez dans du verjus ? 
6$ Ma foy , vive Mignot , ^ tout ce qu'il apprefte V 
Les chevei^x cependant me drelToient à la telle : 

K E M J R q^U £ s. 



acheva de le ruiner de réputa- 
tion, cnrimtnolant fur le Théâ- 
tre â la rilïe publique , dans la 
Comédie dt^ Femmes faxtantes , 
fous le nom de Tricotîn^ qu'il 
changea dans la fuice en celui 
de Trifmn, Charles Cotin , 
Parifien , fut reçu à l'Académie 
l^rançoife en 16^5. & mourut au 
mois de Janvier 1681, lia fait 
plu^eurs Ouvrages en vers ic 
çn profe. 

VAbbé Caffaigne , né & élevé 
à Nîmes, où fon Père êtoit Tré- 
forier du Domaine , fut Garde 
«le la Bibliothèque du Roi, Il fut 
reçu à l'Académie à l'âge de 
vingt-fept ans , & n'en avoit 
que quarante- fiiç quand il moM- 
rut à Jaint La:(,are, L'étude 8c le 
chagrin du trait fatirique , qui 
donne occafion à cette ^emar- 
^tts , lui avoient dérangé la tête, 
între autres ouvrages il a laifle 
uncTraduSlion elhmée des trois 
J.ivres de Oratore, Ç d, P. 1740. 

VAbbé Cotin ctoit Autnôuier 
du Roi. Nous avons de lui dif- 
férentes Poéfies , & quelques Ou- 
vrages en Prpfe , tels que la 
faflorale facrée , & Salomon , ou 
}a Politir,ue ^yale, C-eft la fatale 
jiéceliîté dp la rime oui lui a at- 
tiré les traits répandus dans les 
Satires de M. Dejpréaux. Un Hé- 
ini{licheIuimanquoiti^0MJ 'voilÀ 
^fen embarrafé , dit FUREl-iEW ? 



i^e ne placés t/ous là t^^bbi Cotut» 
Ed. p. 1740. 

Vers 65. Sentes - t/ous le ci- 
tren * dont on a mis le jus , &c. ] 
Ces fortes de foupes êtoient alott 
â la mode , & on les appelloit , 
des Soupes de l'écu d'argent » C'ê-| 
toit l'enfeigne d'un Traiteur qiû 
avoiç inventé la manièrç de les 
faire. 

Vers 6^. ^Ja fuj^^tn-v^J^i^ 
gnot , ÔCC. ] Jacques ^ignqt^ Pa" 
tiffier-Traiteur , Maître QueuX 
de la Maifon du Roi , & Ecuyec 
de la bouche de la Reine , crue 
qu'il êtoit de fon honneur de 
ne pas fouffrir qu'on traitât 
d'empoifonneur , un Officier tel 
que lui. Il donna fa plainte à 
M. De§ta , Lieutenant Crimi- 
nel , contre l'Auteur des Satires ; 
mais ni ce Magidrat , ni M. de 
Usants , Procureur du Roi , njB 
voulurent recevoir cette plainte. 
Ils le renvoyèrent en difanç • 
que l'injure dont il fe plaignoit. 
n'êtoit qu'une plaifanterie > donc 
il devoit rirç tout le premier^ 
Mignot n'en fut que plus irrité , 
& pour fe vanger , en fe faifant 
juftice lui-même , il s'avifa d'ua 
expédient tout nouvçau. Il avoit 
la réputation de fajre d'excellens 
fiifcuits , & tout Paris en en- 
voïoit quérir chez lui. Inltrui,e 
que VAbbé Cotin avoit fait uns 
Satire c^j^lXQ M, JDe/préattx ^UC 



s A T I R E ï 1 T. 57 

[îgnot , c cft tout dire , & dans le monde entier ; 
s empoifonneur ne fccut mieux fon métier, 
ouvois tout pourtant de la mine & du gef^e , 
it qu'au moins le vin dûft reparer le refte. 
a en éclaircir donc , j'en demande. Et d abord ,' 
[uais effronté m'apporte un rouge bord , 
Vuvernat fumeux , qui meflé de Lignage , 
doit chez Crenet , pour vin de THermitage ; 



commun > il la fît impri- 
» dépeus ; & quand on 
ichecer desbifcuits , il les 
•oit dans la Feuille qui 
)it la Satire imprimée. 
; M. Dejpréaux vouloic 
ir avec fcs amis , il en- 
achcter des bifcuits chés 
, pour avoir la Satire de 
Cependanc la colère de 
s'appaifa , quand il vit 
Satire de M. Defpréaux ^ 
in de le décrier , comme 
lignoit , Pavoit rendu cr- 
ient célèbre. En effet , de- 
: lems-là tout le monde 
aller chés lui. Miptot 
lu bien dans fa profeilion, 
foit gloire d'avouer qu'il 
fa fortune â M. Ve/L 

iS 75.— -«^Ma;er»Mt — 
; 3 Dei/x fameux vins du 
Où maints l{ubis balays 
IdontroientHn hac itur 

e du tems de Rabelais , 
i Pêns cauponifons es Ta^ 
néritoires de la Pomme de 
r Caflel , de la MagdeUne , 
t jMtUe, Pantagr. L. Il, 

ne fit pas comme Mignot^ 
: Et que rixe du mélange 



terroir d*OrIéans. Des?. 

Vj4wvernaty OU ^uruernas ^C^ 
un vin fort rouge & fumeux , 
qui Q'eft bon à boire que dans 
rarricre-failbn. Il cil fait de 
raifîns noirs qu*on appelle du 
même nom , parce que le plant 
en cft venwà'AH'vergne, Le L»- 
gnage , eft un vin moins fort en 
couleur , qui eft fait avec toiKcs 
fortes de raiHns. Les Cabaretiers 
mêlent ces deux fortes de vins 
pour faire leurs vins clairets Ce 
ro(és de plufieurs couleurs. 

Vers 74. Se 'vendoit cheK Cre» 
net. 3 Fameux Marchand de vin, 
logé â la Pomme de Pin. Desp. 

Le Cabaret de la Pomme de 
Pin cft vis-â vis l'Eglife de la 
Magdelaine > près du Pont No« 
tre • Dame. Il êtoit déjà renom» 
mé du tems de Hsgnier , qui en 
parle ainû dans fa X. Satire ; 
tout roHgiffans de i/in , 
à. la Pontme de Pin. 

de vins qu'on lui reprocholc 
dans cette Satire, Ce reprocho 
n'êtôit pas aulïî fans fondemenç, 
car M> du Brouffin a voit lait ache- 
ter à M. d'Herbant , chés Crenet^ 
un muid de vin de l'Hcrmitagc , 
qu*on reconnut enfuitc être 4c 
cç via coup€ àç, u^élangé , qc qui 



5? S A T I R E ï I T. 

75 Et qui rouge & vermeil , mais fade & doucereux , 

N avoir rien qu'un goufb plat , & qu*un déboire afietiSI^ 
A peine ay-je fcnti cette liqueur traîtrefle , 
Que de ces vins meflez j*ai reconnu Tadreflc. 
Toutefois avec Teau que j*y mets à foifon , 

lo Tefperois adoucir la force du poifon. 

Mais qui l'auroit penfë ? pour comble de difgrace y 
Par le chaud qu'il faifoit nous n'avions point de glacd^ 
Point de glace , bon Dieu ! dans le fort de l'eftë î 
Au mois de Juin i Pour moi , j'eftois fî tranfporté , 

*5 Que donnant de foreur tout le feftin au Diable , 
Je me fuis veu vingt fois preft à quitter la table j 
Et dûft-on m'appeller & fantasque & bouru , 
J'allois fortir enfin : quand le roft a paru. 
Sur un lièvre flanqué de fix poulets étiqucs , 

j^o S'élevoient trois lapins , animaux domeftiques » 



mit te $rouff!n dans une furieufc 
colère contre Crenet , qu'il ne 
nienaçoit pas de moins que de 
le perdre. C*cft à cet avanture 
que l'Auteur fait allunou. 

Ibid. — - Pour 1/in de 

tHermitage, ] Il croît fur un 
coteau du Dauphiné près la ville 
de Thain , fur le bord du Rhône, 
vis-à-vis de Tournon. UnHcr- 
mitage donne fon nom au ter* 
ritoire & au vin qu'on y re- 
cueille. 

Chang. Vers 7^. Et qui 
ronge f^ 'vermeil ] Il y avoît : Et 
qui rouge en couleur , dans Ics pre- 
mières Editions. 

Vers 83. Point, de glactf 



bon Dieu ! ] Dans le temi 
cette Satire fut faite , l'ufage d^ 
la glace n'êtoit pas fi comraui» 
en France qu'il l'eft â préfcnt. il 
n'y avoit que ceux qui fe pi- 
quoient de délicatclTe & de ra- 
hnemcnt , qui buflent à la gla- 
ce. Ainfî la plainte , que fait ici 
le Pcrfonnagc , qui parle , mar- 
que bien fon caraûère. 

Vers 88. -Quand le rojl 

a paru. ] Lorfquc rAuteur tra* 
vailloit à cette Satire , il deman- 
da à M. du Broujpn , s'il falloic 
dire le^èt , ou le ^tti. H répon- 
dit qu'on pouvoir dire Pun 9C 
l'autre , mats que ^t ôtoit jh** 
noble. Servir le ^t^ 



SATIRE II T. j9 

l& Icgr tendre enfance élevez dans Paris ^ 
ient encor le chou donc ils furent nourris, 
ir de cet amas de viandes entafKes , 
oit un long cordon d'aloiietcs prcfl2cs , 
: les bords du plat , (ix pigeons étalez 
itoient pour renfort leurs fqueletes brûlez. 
\é de ce plat paroilToient deux falades , 
de pourpier jaune , & Tautre d'herbes fades ^ 
l'huile de fort loin faifîifoit l'odorat , 
geoit dans des flots^ç vinaigre rofat. 
mes Sots à Tinftant changeant de contenance » 
>ué du fçftin la fuperbe ordonnance : 

us 91, Sehtoient encor le mangcoic pas d'alotiettes. C'eft 
Une pecke avanture do- Bourfaut , qui faic cette objeâioa 
ae a fourni à l'Auteur VU dans fa Satire des Satires j Comi- 
ce vers & des deux précé- die imprimée en 1669, 
Jti foir il y avoit du mon^ Notre Auteur répondoit , qu'il 
uppr chés M. Boileau fon avoit eu raifon de faire fervir 
En entrant dans la falle à des Alouetcesdanscerepas^parce 
r , on fentit une odeur que c'efl un repas donné par ui^ 
bleâ celle de la foupe aux homme d'un goût bizarc & ex^ 
travagant , qui cherche des metç 
u'ainû, l'oa 



, dont tout le monde fut 
> & Ton ne fut point d'où 
cette odeur,iufqu'à ce que 
it fervi le rôt. On décou- 
fond du ba^n un Lapin 
aux choux « qui êtoit ca- 
is le refte de I4 viande : 
la fervoit alors en pira- 
On fît d'abord emporter 
in } mais il avoit répandu 
it une odei^r de choii, qui 
tut le relie du rçpas. 
L s 94, J(egnoit un long cor-. 
'oUetes preffees, ] Comme 
5 fe donnoit en été , au 



çxtraordinaires : qu 
peut préfumer qu'il a donné des 
Aloiiettes , quoique mauvaifes , 
dans une faifon où il n'efl pas 
impolfible d'en avoir , puifqu'il 
y en a en tout tems : les Alouet- 
tes n'étant pas des Oifeaux de 
paflage, L'Auteur auroit peat- 
être changé cet endroit , lî fes 
ennemis ne s'êcoient pas G. fort 
gpplaudis de cette critique. 

Tu I T. Vers 96, Lewrs fqueletet 
hr^ex, ] Horace , dans fon ré- 
cit d'un Feftin ridicule, applique 
aux Merles , ce que notre Au* 



; Juin , les Critiques ont 

lu qu'en ce tems- là on ne teur dit ici des Pigeons 
Tarn pérore adulio 
fiUrtm & Mer^tlaf poni. L, II, Sat. VlII. $0^ 



60 S A T I R E n I. 

Tandis que mon Faquin , qui fe voioit prifcr ^ 
Avec un ris moqueur les prioit d cxcufer. 
105 Sur tout certain Hâbleur , à la gueule af&méc j 
Qui vint à cç feftin , conduit par la fumée , 
Et qui s*efl: dit Profés dans Tordre des Coteaux 4 
A fait en bien mangeant , l'éloge des morceaux» 

Re M A Rq^u js s. 



Vins lOÇ. 'Sur tout certain 
HaMeur. ] Celui dont le caraâé- 
re eft fi vivemcilt exprimé dans 
CCS dix vers, s'appclloit B, D. L, 
Coufin iflîi de Germain de nô- 
tre Auteur. Il êtoit Neveu de M. 

de L Grand Audiancier 

de France , qui lui avoir acheté 
une Charge de Président à la 
Cour des Monnoies : mais il 
diHîpa tout Ton bien } & Ton 
Oncle l'aïant abandonné, il fut 
réduit â vivre chés Tes amis. Il 
alloit fouvent chés M. Boilean 
le Greffier, Frère aîné de M. 
Defpréaux. Cc fut là que fc paffa 

entre ce même M. D,L 

& la Comte fe de Criffé , cette Scè- 
ne plaifante & vive,qui a été dé- 
crite par M. Ji^acine dansfes PUi- 
dents , fous les noms de Cbica- 
neau & la Comteffe de Pimbêche, 
La Comteffe de Crifé êtoit une 
Plaideufe de proteffion , oui 
pafloit fa vie daus les procès, 
& qui didipa de grands biens 
dans cette occupation ruïneufe. 
Le Parlement fatigué de fon ob- 
ilination à plaider , lui défendit 
d'intenter aucun procès , fans 
l'avis par écrit de deux Avocats, 
que la Cour lui nomma. Cette 
interdiâion de plaider la mit 
daus une fureur inconcevable. 
Après avoir fatigué de fon dé- 
fefpoir les Juges ^ les Avocats, 
H Ton Procureur i elle alla çq- 



core porter fes plaintes â Ml^-* 
Boileatt le Greffier, chez qui f(^^ 
trouva par hafard M. de L. ,, . ^^ 
dont il s'agit. Cet homme qu^^ 
vouloir fe rendre nécedàire pa^^ 
tout , s'avifade donner des con-^ — 
feils à cette Plaideufe. Elle le^^" 
écouta d'abord avec avidité ^ 
mais par un mal - entendu quc^ 
furvint entre eux , elle crut qu'i^ 
vouloit l'infulter, & l'accabla.^ 
d'injures. M- Defpréanx^qai êtoicr 
préfent à cette Scène , en fit ler^ 
récit à M. I(acine , qui l'accom— 
moda au théâtre , 6c l'inféra, 
dans fes Plaideurs, Il n'a prefque: 
fait que la rimer. La première 
fois que l'on ioua cette Comédie , 
on donna à V^Strice , qui rcpré- 
fentoit la Comteffe de Pimbêche » 
un habit de couleur de Rofe (é- 
chc , & un mafque fur l'oreille ; 
ce qui êtoit l'ajuflement ordi' 
naire de la Comteffe de Criffé, 

Vers 107. Dans l'ordre des Ce' 
teaux, ] Ce nom fur donné à 
trois grands Seigneurs tenant ta- 
ble « qui eftoient panagez fur 
l'cftimc qu'on devoit faire des 
vins des Cofleaux des environs 
de Reims. Ils avoient chacun 
leurs partifans. D i s p. 

Je ne puis m*ôter de fe/prit ( dit 

le P. BOUHOUKS ) ^tfon n'enteu' 

dra pas un four l'Ameurdes Satires, 

dans la defcription de fon Feftin% 

Suit tout certaia ffi^Uwr , &ç. 



SATIRE III, il 

^^ ï^iois de le voir , avec fa mine étique , 
5 Soix rabat jadis blanc , & fa perruque antique y 

R £ M A R (l U £ S» 

^* Je me fuis même mis entête lesCôteanx , étoient le Camman* 
*> C continue le P, BonhoHrs ) que dem de Sowité , le Dttc de Morttm 
*» Acs Commentateurs fe tour- mar , & le Marquis de Silleri, 



*» ïïïenteront fort pour expliquer 
>> Ce Profèi dans 1^ Ordre des Cos- 
»» t^attx , & qu'on pourra bien 
»» le corriger , en lifant : Pro/is 
*• dans l'Ordre de Cifleaux , par la 
*> raifon que VOrdre des Cofleau» 
»» ne fe trouvera point dans 
*> l'Hiftoire Ecclcfiaftique , & 
*» que les gens de ce tems • là ne 
>ï fauront pas que cet Ordre n'c- 
a, toit qu'une Société de fins Dé- 
», bauchés , qui vouloient que 
», le vin qu'ils buvoient/ût d'un 
», certain coteau i & qu'on les 



Ménage donne un autre origi- 
ne â ce nom-Iâ. „ Ce fut , dit- 
„ it , feu M. de La-vardin , Evê- 
„ que du Mans , qui fc plai- 
„ gnant de ces Meilleurs , qui 
„difoient que fon vin n'êtoic 
„ pas bon , dit que c'êtoient àcs 
„ délicats > qui ne vouloient du 
„ vin que d'un certain Càteau y 
„ & là-deilus, on lesappella les 
„ Coteaux. Ces Meflîcurs êtoienc 
„ \c Marquis de Bois-Dauphin ^ dif 
», nom ^e Laval ; le Comte d'O- 

lonne, du nom de la TrimoiûUe > 



9, appelloit pour cela les Cdm „ V^bbé de VilUrceaux , du nom 

5, teaux „. ,, de Marnai j fie le Comte d» 

Nôtre Auteur difoît , que ces », Broujffin , du nom de Brâlarf 

trois Seigneurs qu'on nommoit „Dict. Etjmol, 

'fragment d'une Lettre de M. Des Maizeaux ^ * * # 
fnr ce fujet. 



„ Lorfque je priai M- de Saint 
„ Etnemond de m'app rendre l'o- 
„ rigine du nom de Coteaux : je 
„ lui fît voir ce aue Ménage a 
,, écrit là-delTus dans fon Dic^ 
^tionnaire Etymologique , où il 
, dit , que M. de La'vardin , 



„ l'Evêque du Mans n*êtoit pas 
,^bon. 30. Ce Prélat Dcfeblai^ 
jygnoit point d'eux. 4**. il ne 
„ parloit pas d'un certain Cêteau, 
„ ^**. L'Abbé de Villarceaux n'ea 
„ êtoit pas , lui qui ne s'enten- 
, doit nullement en délicatelTe : 



„ Evêque du Mans , fe plaignant „ ni du Brouffin , <jui n'eft venu 

3, de quelques grands Seigneurs qui „ que dix ans après. M. de Saint 

„ difoient que fon Vin n'itoit pas ,, E-vremond ajouta qu'il êtoit 

s, ton, dit que c'êtoient des déli- „ lui-même à la table de l'£- 

„ cati qui ne 'vouloient du tAn que „ vêquc du Mans , lorfque ce 

„ d'un certain Coteau , 6cc. M. „ Prélat donna , pour aiad dire, 

„ de Saint Evremond m'afHira „ nailTance au fameux nom de 

j, que cet Auteur fe trompoit : 3, Coteaux, Il m'apprit enfuite 

„ car I*'. ceux à qui on donna „ la véritable origine de ce 

5, le nom de Coteaux n'êtoicnt „ nomlà , que j'ai rapportée 

..pisdcgrands Seigneurs, x'^.lh „ dans fa ^w . . , ^. ^ 

„ ne di/otent point que U Vip dç Voici l'endroit de la Vti dti 



6t S A T i R È I I li 

En lapins de garenne ériger nos clapiers , 
Et nos pigeons Cauchois en fuperbes ramiers 5 
Et pour flater notre Hofte , obfervant fon vif^ > 
Compofer fur fes yeux fon gefte & (on langage, 
jl j r Quand notre Hofte charmé , m'avifant fur ce point , 
Qu avez- vous donc , dit-il , que vous ne mangez point t 



Saint Eirremond , où M. Des Mai» 
Xeaux parle des Côteanx, „ La 
«, bonne chère , donc on fe pi- 

3, quoit à la Cour , fe diflinguoit 
„ moins par la fomptuoficé & 
,, la magnificence , que par la 
9, délicaceitc & la propreté. Tels 
„ croient les repas du Commun. 
,, àtnr de Sorn/ré , du Comte d'O- 
„ lonne , & de quelques autres 
„ Seigneurs , qui tenoient ta- 

4, ble. Il y avoit entre eux une 
«,erpèce d'émulation , à qui fe- 
„ roit paroître un goût plus fin > 
j, & plus délicat. M. de La-var^ 
,, din , Evêque du Mans te Cor- 
i, don bleu , s'ctoit aufli mis fur 
„ les rangs. Un jour que M. de 
„ Saint E-vremond mangeoit chés 
,j lui , cet Evêque fc prit à le 
,i railler fur fa délicacefle , & 
„ fur celle du Comte d'Olonne , 
„ & du Marquis de Bois-Danphin, 
„ Ces Meffieurs , dit ce Prélat , 
,,0Mtre»t toHt à force de t/otUoir 
it raffiner fur tout. Us ne faureient 
f, manger que du 'veau de ritAère \ 
,, il faut que leurs Perdrix t/iennent 
„ d'^urvergne , que leurs Lapins 
tffoient de la J^oche-Guyon ou de 
„ yerfine. Ils ne font pas moins dif- 
,, ficiles fur le Fruit : & pour le 
,, yin^ils n*eH fauroient boire que des 
», trois Coteaux , d'Ai , d'Haut- 
», Villiers , &> d'A'venay. M. de 
9, Saint'M'Wvnçnd ne n«mq,u4 pas 



„ de faire part à fes âmîs de cett^ 
,, converfacion j ...» ils répété* 
„ rent fi fouvent ce qu'il avoit:^ 
„ dit des Coteaux , & en plaifan^ 
„ térent en tant d*occafîons ^ 
„ qu'on les appella les trois Cè-^ 
„ te aux, „ 

M. Des Mai^eaux remarqua 
dans le même endroit, que le 
Père Bonheurs , M. Ménage & M, 
Defpréaux fe font trompez fur 
l'origine du nom de Coteaux } ÔC 
il renvoie à ce qu'on a dit U'^ 
deflus dans les Kou-uelles de l^ 
République des Lettres, Août 1704* 
page 16^. & fuiv, Voïezla^M?- 
de M, de Saint E-rrremond , fouar 
Tannée i6s\. pages 39. & 40. dtf 
l'Edition d'Amfterdara 1716. 

Vers i i i . H» lapins de garenne 
ériger nos clapiers, ] On appelle 
Clapiers , les Lapins domeftiqucs. 

Vers 1 11. Et nos pigeons Cau-i 
chois en fuperbes ramiers, ] Les Pi- 
geons Cauchois , font de gros Pi- 
geons : & ce mot de Cauchois clt 
venu de Normandie , â caufe 
que les Pigeons de Caux font 
plus gros que les autres. Cau- 
chois , Veut dire , félon Ménage 
dans fon DiSliotmaire Etymologi' 
que : qui cft né au Païs de CanXi 

Ramiers , Pigeons lauvages qui 

{»erchent fur les arbres ; ce que 
es Pigeons domeftiques ne foac 
P«. 



SATIRE r I !• ( 

oute aujourdhui l'ame toute inquicttc ^ 
rceaux entiers rcftent fur voae aflîctte. 
>us la muTcade ? On en a mis par-tout, 
ifieur , ces poulets font d'un merveilleux goût; 
•ns font dodus , mangez fur ma parole, 
^oir aux lapins cette chair blanche & mollc^ 
tout tSï pafTable , il le faut confefler j 
)t aujourd'huy s cft voulu furpafler. 
1 parle de fauce il faut qu on y raffine. 
, j*aime fur tout que le poivre y domine» 
fourni , Dieu fçait , & j*ai tout Pelletier 
is mon office en cornets de papier. 
5 beaux difcours > j'eftois comme une pierre ,' 
le la Statue efl au feflin de Pierre 5 



119, %Aimex. • 'vous la 
)^ en a mis par-toM. ] 
goût hors de mode , 
long-tcms on ne vou- 
lue la nl^^cade fe fit 
les ragoûts. 
t zi. J*aime à 'voir aux 
chair blanche & molle J] 
lagc donne encore ici 
de fon mauvais goût; 
ins , pour être bons , 
oir la chair ferme & 
un peubize. Il n'y a 
'lapiers qui aient la 
:hc & molle. 
26. J* aime fur tout que 
iomine, ] Le Comm^n- 
vré avoir le goût ufé 
ne chère > & aimoit 
e poivre , la mufcade 
s les plus fortes, 
zy, J*ai tout Pelletier , 
a déjà parlé de ce 



Poëte , Difcours au l{oi , vers <4* 
& Satire II. vers 76* 

Vers i «o. Ou comme la Statue eft 
au feflin de Pierre, ] Le Feflin de 
Pierre , Pièce de Théâtre appor- 
tée en France par les Comédiens 
Italiens , cft originairement de 
Tirfo Molina , Poète Efpagnol, 

3ui Ta intitulée, El Combidado 
e piedra : ce qui a été mal rendu 
en notre Langue , par le Feflin 
de Pierre. Ces paroles (îgniHent 
précilément , le Cowviéde pierre : 
c*cft-à-dire, la Statué de marbre 
ou de pierre , coniAée à un repas. 
Cependant l'ufage a prévalu. Ce 
qui peut y avoir donné lieu , 
c'eft que la Statué qui fe rend au 
foupcr, auquel elle a été invitée , 
elt la Statué d'un Commandent 
nommé Dom' Pedro, De-là cft 
venu fans douce le nom de Feflm 
de Pierre, Toutes les Troupw 



I 



é4 s A T I RE ÎI r. 

£t fans dire un feul mot , j*avaIois au hazard 
Quelque aile de poulet dont j'arrachois le lard. 

Cependant mon Hâbleur , avec une voix haute , 
Force à mes Campagnards la fanté de notre Hofte : 

H 3 5 Qui tous deux pleins de joye , en jettant un grand cri t ^^ 
Avec un rouge-bord acceptent fon deffi. 
Un û galant exploit réveillant tout le monde ^ 
On a porté par-tout des verres à la ronde , 
Oii les doigts des Laquais dans la crafTe tracez > 

!l 40 Témoignoient par écrit qu'on les avoit rincez. 
Quand un des Conviez , d*un ton mélancolique i 
Lamentant triftement une chan(bn bachique 5 
Tous mes Sots à la fois , ravis de l'écouter , 
Détonnant de concert , fe mettent à chanter. 

X45 La mufique fans doute eftoit rare & charmante : 
L'un traîne en longs fredons une voix glapiffante , 
Et l'autre l'appuiant de fon aigre fauffet , 
Semble un violon faux qui jure fous l'archet. 

de Comédiens ont accommodé a tourné en Vers li Pièce de Af^-^ 

cette Pièce à leur Théâtre. De litre ^ en y fai Tant quelques le—' 

Villiers , Comédien , l*a traitée gers changcmens dans la diCpar^ 

pour le Théâtre de PHôtcl de lition. Elle commença à paroî"- 

Bourgogne. Molière la fit pa- tre au mois de Janvier 1 677. SC 

roître en 166^, fur le Théâtre c'eft cette dernière qu'on joui? 

du Palais Roïal , avec beaucoup préfentement en France, 
plus de régularité & d'agrémens. Vers 141 . Qtfand un des cotr 

Elle n'avoit encore été jouée à 'vieK , d'un ton mélancolique, ] lA. 

Paris que par les Italiens , dans de la C Neveu de nôtre 

le tems que M. Defpréaux com- Auteur, avoit h voix affés belle; 

pofa cette Satire. Dorimond fit mais il chantoit toutes fortes 

enfuite le Fefiin de Pierre , & le d'Airs» même les plus gais , d'un 

mit en Vers, ^ofimond en fit en- ton fi trifte & (î mélancholiquc, 

core un autre , qui fut répréfen- qu'on eût dit qu'il lamentoit aa 

té fur le Théâtre du Marais en lieu de chanter. 
1670. Enfia, CQTneiUt le jeuae Ysjus 141, — iwe Cbénfon 

9^ 



Satire in. cs 

Sur ce point un jambon d'aflcz maigre apparence , 
Arrive fous le nom de jambon de Mayence. 
Xjn Valet le portoit , marchant à pas comptez , 
Comme im Redeur Tuivi deS quatre Facultez. 
Deux Marmitons cràflcux reveftus de ferviettes , 
Xui fervoient de Maffiers , & portoient deux aflîcttes ^ 

bachique, ] BfeUNiER , It Voïageùr Cban/hn\''o\i des Chan/hns Bachf* 

( celui qui a fait \* Abrégé de la ques, ils diroienc de même : dei 

Philofophie de Gajfendi ) appclloic Mrs Basiques, Ce qu* il y a de 

V les Chanfons â boire , des Chanfons certain, c'eft qu'on dit fort bien: 

Bachiques ^ Celon l'ancien ufage. une Oie Bachique ; & qu'on ne 



^-vant que j*alUffe au Mvgol . 
difoit-il , je fagots Un grand nom' 
bre de Chanfons Bachiques, L'Ail- 
tcur a emploie cette Exprejpon 
fur année , en parlant d*un Noble 
Campagnard, Il y a des Chanfons 
Bachiques dans le Recueil des Airs 
du Sa-vot'ard , fameux Chantre 
du Pont-neuf. Bhossette. 

M. Defpréaux n'a vraifemblà- 
blement fait ici que fuivre un 
Ufage , qui fubfîltoit encore dans 
le tems qu'il compofoic cette 
Satire, Oi^trouve des ChanCcns Ba- 
chiques dans les Auteurs fes con- 
temporains. 

Quoiqu'àujourd'hui • par un 
ufage univerfellement répandu , 
l'on dife : Cbanfon i boire , de 
même qu*on dit : Air à boire \ 
je doute^ que nos Pofe'tes 'iîflcnt 
diificulté de dire au befoin : une 



s'avifera jamais de dire 
Ode À boire. 

Vers i ^6. — — Sous le nont 
de jambon de Mayence. ] Les jam- 
bons de Mayence font nréparés 
d'une façon particulière. Ht 
viennent de 'Weftphalie , Ôc on 
les appelle jambons de Mayen- 
ce , parce qu'autrefois il y avoic 
à Mayence une foiirc de ces jam- 
bons , qui fe tient maintenant 
à Francfort fur le Me in. 

I M I T. Vers \^i,'Vn 'valet le 
portoityTnaréhant À pas compte:Ct&CC,'\ 
Horace s'eft au(G moqué de la 
gravité avec laquelle un Vajec 
âpportoit des bouteilles dé via 
fur fa têteidifant que ce Valet s'a- 
vance à pas plus mefurés qu'une 
jeune Athénienne qui porte les 
vafes dont on fc fén dans les Sa-4 
crifices de Cetès, 



. — •'Ut Attiea f^irg^ 

Cumfacris Cereris , procedit fufcus Hydafpes 
Caoûtainuaferens. L. II. Sat. VIII. v. i j. 

V'e R s i^i. & I ^4. Comme le ReÛcur eft précédé de fes Bé- 
ni» ^Steur , &c. Lui fervoient de deaux , qui portent devant liit 
- - - ' ' "aOc -' ' * 



Maffiers, ] Le Recteuk auand 
il va en Proceffion , eft toujours 
accompagné de deux Majfiers, 

X^ESP. 
Aux Procefficnt de t^Viùrveifiti , 

T9m€ h 



des Mafles , ou Bâtons â tête . 

tarnis d'argent , âc il eft fuivi 
es quatre Facultés, qui font Ué 
Arts , le Droit , là Médecine 6c 
U Théologie. 



6S S A T I R E I I r. 

^S5 L'une de champignons , avec des ris de veau i 

Et lautre de pois verds , qui fe noyoient dans Teaa. 

Un fpedUcle fî beau furprenant rafTemblée ^ 

Chez cous les G>nviez la joie efl: redoublée x 

£t la troupe à l'inflant , ceflant de fredonner » 
1^0 D'un ton gravement fou s'eft mifc à raifbnncr. 

Le vin au plus miiet foumifTant des paroles , 

Chacun a débité (es maximes frivoles , 

Réglé les inteiefts de chaque Potentat , 

Corrigé la Police , & reformé TEftat j 
l^S Puis de là s*embarquant dans la nouvelle guerre » 

A vaincu la Hollande , ou battu l'Angleterre. 

Enfin , laiffant en paix tous ces peuples divers » 

De propos en propos on a parlé de Vers. 

Là tous mes Sots enflez d'une nouvelle audace , 
1 70 Ont jugé des Auteurs en maiftres du ParnafTe. 

Mais noftre Hofte fur tout , pour la juftefTe & l'art , 

Elevoit jufqu au ciel Théophile & Ronfàrd. 

T MIT. Vers itfi. Le nnn éH H o n A c E » LÎV. I. Epifi» ^» 
fins muet foêtrniffant des paroles, 2 vers 19* 

Faotndi calices quem nonfecere difertwm f 

V E n S 166. ^X -vaincu la HoU Car mer par les Anglois en 1 €6^ 

lande , oh battu 1^ Angleterre . ] le Roi fe déclara pour eux ea 

L'Angletemle & la Hollande 1666, Cette Guerre fut tcrtni- 

eftoient alors en guerre , & le née par le Traité de Brida aa 

Roi avoit envoyé du fecours aux mois de Janvier 1 6^7. 
Hollandais, D E S P. VERS 170, Ont fugé des An- 

l.t& Hollandais aïant été battus tenrs , &c. ] Perfe , Sat. I. v. 30. 



'Ecce interpocuta qttarttnt 



. . ,1 

Kjamtdtda fâtmi tjuid dia po'emata narrent. 
Vers 171. Poiw U connu fous le nom de Polett i 

fujle/fe & l'art , . . . . Théophile O Théophile , avoit de l'Efprit & ' 

Xonfard.l THEOPHILE PS VxAUOj, d^ Qjbiç. Soa laugioiuioii êtoic 



5 A T I R E 1 1 I. 67 

kd un des Campagnards relevant fa mouftachc , 
1 feutre à grands poils ombragé d'un pcnnache , 
\Ct à tous fîlence y & d*un ton de Dodeur , 
bleu 1 dk-il , la Serre eft un charmant Auteur 1 

de , vive & brillante. Ses Dialeâes de nos Provinces. Il 
âges font pleins d'Idées habilla même à la Françoife 
;s & de Saillies (îngulières. une quantité prodigieufe de ter- 
cnc , en les iifant , qu'ils mes Grecs. Il en devint inin- 
ienc peu de peine à l'Au- telligible. Ainfi malgré tous fef 
Se l'on iouhaiteroit y talens , fa réputation ne lui fur- 
vécut guère , & , depuis Malher^ 
be , fcs Ouvrages ne font plui 
lus. yotés Art Poit. Ch. I. 
Vers 1x4. & 1x6, 

Vehs 17;. iluani un iei 
Campagnards , &c. ] M. -D* B*** 
\fard avoit véritablement la Gentilhomme de Châlons, Cou- 
de Génie « qui fait le ^rand fin de ndtre Poifte. Il portoit ef- 
feâivement une grande moufta- 
.che , qu'il relevoit ordinaire- 
ment avant que de parler •» 8c 
fon chapeau à grands poils étoic 
couvert d'un panache ou gro^ 
bouquet de plumes. Il vint à. Pa* 
ris quelque tems après la rêcep-» 
tion de Gilles Boilean à l'Acadé- 
mie i Ah^ jih ! Coufin , lui dit-il, 
vons êtes donc parmi ces Mefieurs 
de l* Académie Franfoife ! Corn- 
bien cela 'vaut-U de retenu par a»m 
néef 

^ ._ Vers 174. Et /an feutre agrandi 

•xemple , il remplit fes Ou- poils, ] Anciennement on difoit s 
ss d'allufi«ns fréquentes à un Chapeau de feautre. Témoins 
Hifloires , â leurs Fables, à yillon ic Bonna'vanture Des.Per* 
; Ufages. Il admit dans fes riers. Le premier dit dans unt 
le mélange des différents dêuble Ballade, 
tAbu/é m* a f f^ fait entendre 
Toufeurs de ung , fue c*efi un autre : 
De farine^ que ce fu/l cendre i 
D'un mortier 9 ung chapeau de feautre, 

trouve dans le Cymbalum l'une qui me die : Tien , Mercure , 

a du fécond , DUl, III. ^voiU pour a-voir un feautre de Cha» 

tioad'Amfterdami7ii.pa- peau, , „ « 

06, & X07. ; Mais au Diabk VSM ï7« '-» ^'^^ 'fi •» 

Eij 



er moins de Pointes , plus 
^iTc dans les Penfées , plus 
!ntion aux Règles de l'Art , 
le le Langage en tût plus 
& la Vetuiication plus ce- 
re. 



, . Il y joignoit une érudi- 
aflés valle. Il s'êtoit fami- 
'é avec les Anciens , ic fur< 
avec les Pofe'tes Grecs » dont 
'oit fort bien la Langue, 6c 
il conAoiilbit toutes les 
tés. Mais le manque de goût 
>n Hècle , & le peu qu'il en 
i lui même , au lieu de per- 
)nner en lui la nature , ne 
t que la corrompre. Imlta- 
fervile des Grecs , qu'il ado- 
, il voulut enrichir nôtre 
;ue de leurs dépouilles. A 



68 s A T I R É I I t 

Ses vers font d'un beau ftile , & faprofe cft coulante. 
La Pucelle eft cncor une œuvre bien galante , 
Et je ne fçai pourquoi je bâille en la llTant. 
X 80 Le Pais Tans mentir , eft un bouffon plaifknt : 



charmant auteur!'] Efcrivain célè- 
bre pour Ton galimathias. Desp. 

Pttget de la Serre a publié 
quantité d'Ouvrages en Profc & 
f n Vers , qui fe debitoient à me- 
iure qu'ils paroifloient ; mais 
les aïant fait imprimer en un 
corps , perfonne ne voulut plus 
les acheter. Il convenoic lui- 
même que Tes écrits étoient un 
galimathias continuel, & ilfe 
glorifîoit de cela même , difant 
qu'il avolt trouvé un fecret in- 
connu aux autres Auteurs : C*e/i, 
difoit'il ^ d* avoir fit tirer de l* ar- 
gent de mes Otn/rages, tout mauruais 
qié'ils fi>nt y tandis que les autres 
meurent de faim avec de bons Ou- 
vrages. Un jour il eut la curio- 
fitc d'aller entendre les Confé- 
lônccs, que I^ichefource faifoit fur 
l'Eloquence, dans une maifon 
de la Place Dauphine. Après 
que celui-ci eut débité tontes Tes 
extravagances > La Serre en man- 
teau long & en rabat , fe leva 
de fa place , & allant embrafler 
RicHESOUKCE : ^h ! Monfieur , 
lui dit- il , je vous avoué que de- 
puis vingt ans j'ai bien débité du 
galimathias ', mai» vous venés d'en 
dure plus en une heure , que je n'en 
ai écrit en toute ma vie, 

V E IL S 178. Lii Pucelle ejl enccr 
une auvre bien galante, ] La Pw 
celle , ou la France délivrée , Poè- 
me Héroïque de Chapelain, Voïés 
Difcoursau 2(w , Vers x^. 

Vers 179. /^ ne ff ai pour- 
quoi , &c. ] Un jour Chapelain U- 
foie fon Poème chés M. U Prince, 



Ony applaudtflbic , Se chacun 
s'efïorçoit de le trouver beau. 
Mais Madame de Longueville , à 
qui un des Admirateurs deman- 
da , a elle n'êroit pas touchée de 
la beauté de cet Ouvrage, répon- 
dit : Oui , cela ejl parfaitemaai 
beau , mais il ejl bien ennuï'eux. 
Cette penfée eft l'original do 
celle de M. Defpréaux. 

Vers 1 80. Le Païs fans mentir^ 
ejl un bouffon plaifant : ] Efcrivain 
eftimé chez les Provinceaux , à 
caufe d'un Livre qu'il a fait, 
intitulé t amitié?: , Amours &• 
Amourettes, Desp. 

I(ené le Pats ctoit de la ville de 
Nantes en Bretagne. Il fiit em- 
ploie dans les anaire*: du Roi , 
& eut la Direâion générale des 
Gabelles de Dauphiné & de Pro- 
vence. Il avoit refprit aifî , vif 
& agréable , & il compofoit en 
Vers & en Profe avec facilité. 
En 1 664, il publia des Lettres flc 
des Poèfies , fous le titre , d'A- 
mitiex , Amours > O* xAmowrettes^ 
Les railleurs l'appellêrent le Sin^ 
ge de yoiture j 'parce que Le Pais 
ieâatoit d'imiter l'enjoiiemenc 
& la délicatefTe de cet Auteur. 
C'eft ce que M. Defpréaux infî- 
nub* en cet endroit , par la con^ 
trevérité, qu'il met dans la bou- 
che de fon Campagnard , qui 
préfère Le Pais à Voiture, Le Pais 
prit cette raillerie en galant 
homme ; & il écrivit de Greno- 
ble , où il êtoit alors , une Lec« 
tre badine fur ce fuiet â un de 
fes amis, quiêcoic à Paris* On J^ 



SATIRE I I ï. 

!K4aîs je ne trouve rien de beau dans ce Voimre. 

^vla foi , le jugement fert bien dans la ledurc. 
A mon gré , le Corneille eft joli quelquefois. 
In vérité pour moi , j'aime le beau François, 
Je ne fçai pas pourquoi Ion vante l'Alexandre : 
Ce n eft qu'un glorieux qui ne dit rien de tendre. 



H 



peut voir dans fes NowvelUs Oen- 
'vres , qui font la fuite du pre- 
mier Volume , il fit plus : étant 
lui même à Paris , il alla voir 
M. Defpréaux , & foutint tou- 
jours fon cara£tère enjoué. M. 
Defpréaux fut d'abord embarraf- 
fécle la vifîte d'un homme,, qu'il 
avoit mis en droit de fe plain- 
dre } mais il dit pour toute ex- 
cufc à M. Le Pats , qu'il ne l'a- 
voit nommé dans fa Satire , que 
parce qu'il avoit vu des gens, 
qui le préféroient à Voiture, M. 
Le Pais pafla facilement con- 
damnation fur cette préférence , 
& ils fe réparèrent bons amis. 
Nôtre Auteur eftimoit plus la 
Profe de Le Païs que fes Vers- 



êtoient occupés ailleurs. Pen* 
dant le repas , la converfation 
roula paniculièremçnt fur les 
Belles Lettres. L'Officier de Robe 
jugea de tout eo maître. Il dit 
qu'il n'aimoit point ce Voiture y 
qu'à la vérité , le Corneille lui 
faifoit plaiflr quelquefois , mais 
que fur-tout , il êtoit padîonné 
pour le beau langage.^ Et puis il 
difoit, en s'applaudiflânt de fon 
bon goût : A'vouést Monfieur,^»e 
le jugement fert bien dans la levure. 

Vers i 8 ?. Le Corneille 

efl foli quelquefois. ] L'épithète de 
foli convient auffi peu au grand 
Corneille , qu'elle convcnoit à 
M. de Turenne , quand un jeune 
homme de la Cour s'avifa de 



3(ené le Païs ^ fieuT du Pleffis.Ville' dire , que M. de Turenne êtoit 



fteua/e , mourut à Paris , le der- 
nier jour d'Avril 1690, & fut 
enterré à faint Euftache , où le 
célèbre Vincent Voiture avoit été 
auffi enterré. 

V E R. s 181. Mais fe ne trowve 
rien de beau dans ce Voiture, ] M. 
de La Fontaine avoit mené MM. 



un ioli Homme. Nôtre Auteur 
fait parler aind un Campagnard, 
pour- le rendre ridicule. 

IMIT. Vers 183.& 184.. 1« 

Corneille efl joli quelquefois. En 
'vérité pour moi , f'aime le beau 
François, ] En mêmc-temps que 
nôtre Auteur achève de rimer 



Defpréaux & Racine à Château- les propos extravagans de fou 
Thierri , qui êtoit le lieu de fa Officier de ^obe de Chdteau-Thierri^ 
naiffance. Un des principaux n'a-t-il point en vufe* d'imiter 
Officiers de cette Ville invita un ^gnier , qui fait dire au PA- 
iour à diner M. Defpréaux tout dant , qu'il introduit dans fa 
feul 9 bc laifla fes deux amis , qui Satire X. 

Que Pline efl inégal , Térence un peu joli 3 

Mais fur-tout il eflime un langage poli. 
VÈiLSiSç.Je»* ffai pas pour- xandke le Grand , Tragédie 
moi l'9n -vame l'Alexandre, ] AtE- de M. K^cine , qm la donna <U| 
' £ iij 



70 S A T I R E I I r. 

Les Héros chez Quinaut parient bien autrement , 
Et jufqu'à Je vous hais , tout s y dit tendrement. 
On dit qu'on Ta drapé dans certaine fatire , 

i^o Qu un jeune Homme... Ah! je fçai ce que vous voulez dire | 
A répondu noflre Hofte. 1^» Auteur Jans défaut ^ 
La Raifort dit Virgile, éf ^^ ^i^^ Sl^inaut, 
Juftement. A mon gré , la pièce eft affez plate : 
Et puis blâmer Quinaut. . . . Avez- vous vu TAftrate > 

j^ j Ceft là ce qu on appelle un ouvrage achevé. 
Sur tout 11 Anneau Royal me fèmble bien trouvé. 

public en i66^. Quand il l'eut hais , tout s*y dit tendrement* 1 

faite , VAbbé de Bernay , chcs Dans les Tragédies de Ruinant ^ 

qui il demeuroit.fouhaica qu'elle cous les fentimens font tourniés j 

fut répréfentée par les Comédiens la tendreté > jufques dans les ea« 

de l'Hôtel de Bourgogne , & M. droits où l'on ne devroic expri- 

K^acine voulut que ce fût par la mer que de la haine ou de I4 

Troupe de Molière, Comme ils douleur : ç'eft pourquoi on IV 

êtoient en grande conteftation volt furnomme le doucereux duù 

là deflus , M. Defpréaux inter- nant. M, Defpréanx avoit vu 

vint , & décida par une plaifan- jouer Stratonice , Tragédif de ce 

terie > difant , qa'il rÇy arvoitjim Poète , où Floridor faifoit le rôle 



de bons ASieurs a l*Hètel de Bour- 
gogne } ^»*i /<* 'vérité il y U'voit en- 
tore le plus habile Moucheur de 
ehandelles cjuifût an monde ^ c^ ifue 
cela pourrait bien contribuer anfnc- 
çès d'une Pièce, Cette plaifanterie 
feule fit revenir l'Abbé^ de Bernay^ 
qui êcoit d'ailleurs trcs-obftiné ; 
& la Pièce fut donnée à la Trou- 
pe de Molière. 
V E IL s i 88. Et fufqu'à Je vous 



d'^ntiochus , qui ell l'Amant ; 
& la Baron faifoit celui de Stnu 
tonice , qui eft la MattrefTe. An- 
tiochns difoit bien tendrement à, 
Stratonice : Vous me hatffe?i donc î 
A quoi Stratonice répondoit auffi 
d'un air fort paflîonné : J> mets 
tente ma gloire. Enfin , après avoir 
tourné en plufieurs façons les 
mots de haine & deibtfiV, laScéne 
HnifToit par ces deux Yen. 
.Adien , croies toujours que ma haine ejï extrême , 
Prince y & fi \t VOUS hais , haïffés-moi de même. 
Ceft particulièrement cet en- fon Livre , immédiatement Tune 



- droit que M. Defpréaux a eu en 
vue. AH, II. Scène 6, & 7. 

Vers 189. On dit qu^on l*a 
drapé dans certaine Satire, ] Dans 
la Satire précédente; & c'eft cette 
taifon qui a déterminé l'Auteur 
4 placer ces deux Satiret dans 



après J'autre,quoiqu*elles n'aïenc 
pas êcé compofées dans le même 
ordre. Apres la féconde Satire , 
l'Auteur avoit fait la quatrième] 
& le Difcows an I(pi , avant la J4< 
tire troisième. 



SATIRE III. 

i fujet cft conduit d'une belle manière , 
chaque ade en fa pièce eft une pièce entière ? 
ne puis plus fouiFrir ce que les autres font. 
:ft vrai que Quinaut eft un Efprit profond : 
repris certain Fat , qu a fa mine difcretc 
fon maintien jaloux )*ai reconnu Poète ; 
lis il en eft pourtant , qui le pourroient valoir, 
i foy , ce n eft pas vous qui nous le ferez voir , 
lit mon Campagnard avec une voix claire , 
déjà tout boîiillant de vin & de colère. 



7Ï 



r t/A l'^fîrate f , , ,.Si*r toHt 
nnean I(pyai, ] ASTRATE. 
de Tyr , Tragédie de ^»«- 
t, fut répréfentée au com- 
icemenc de l'année i66u 
uteur du Journal des Saimns , 
ànt ( dans le Journal dn %i, 
^ars i66^. ) réloge de V^yff- 
p , die que cette Pièce a de la 
Irefle par tout , & de cette 
irefFe délicate qui cîk toute 
ticulière à M. Cninaut, VAn- 
» S^oïal fait le fujet de la Scène 

& IV. de l*Atte troifiémc 
'e . héritière du Roïaume de 
r, donne à ^génor fon parent. 
Anneau , qui êtoit la mar- 

de la dignité Roïale , Pour 
émettre à uiflrate , qui eft ai- 
de U Reine , & qu'elle veut 
e Roi en l'époufant. Mais 
nor , qui avoir été nommé par 
Père de la Reine pour être 

Epoux, ne veut point fe def- 
X de Vanneau l^oïal : & com- 
il veut fe fcrvir de Pautorité 
/eraine , que cet Anneau 
lonne, pour faire arrêter fon 
al , il eft lui-même mis en 
on par ordre de la Reine. 

EKS 198. Etcbaqne/tHe en 
fçc 9Ji tmefifce enfitre, ] Une 



des premières règles du Théâ- 
tre , eft qu'il ne faut qu'une Ac- 
tion pour le fujet d^ine Pièce 
Dramatique ; & cette A6kion 
doit être non feulement com- 

f>lctte , mais continuée jufqu'i 
a Hn , fans aucune interrup- 
tion. Or , nôtre Auteur pré- 
tend que dans VAjlrate , TAclion 
théâtrale eft interrompue à la ^n 
de chaque Aâe : ce qui tait au- 
tant d'Aftions , qu'il y a d'AÛes 
dans la Pièce. Cette critique eft 
très-fine. „ J*ai relu VMrate ^ 
„ m*a dit M. DefpréaMc, J'ai été 
„ étonné que je n'en aïe pas dit 
,, davantage dans ma Satire ; car 
., il n'y a rien de plus ridicule « 
„ & il femble que tout y ait été 
„ fait exprès en dépit du bon 
„ fens. A la fin , on dit i ^Jhra. 
,, te , que fa Maîtrefle eft em- 
,, poifonnée : cela fe dit devant 
,, elle i & il répond pour toutç 
„ £hofe » Madame, Cela n'eft-il 
„ pas bienr louchant ? Nous di- 
„ fions autrefois qu'il valoit biert 
„ mieux mettre Tredsme.^^BKOSé 

SETTE. 

Vehs xoi. -<< repris certain Fat^ 
&c. ] Cet endroit ne defigne per- 
fonne en paiùculier. 

Eiv 



7X S A T I R E I I I. 

Pcut-cftrc , a' dit 1* Auteur paflii&nt de coiuoiiz : 
Mais vous , pour en parler vous y connoifTez-vous ? 
Mieux que vous mille fois , dit le Noble en fiirie , 

jB-io' Vous ? Mon Elieu , mêlés- vous de boire , je vous prie j 
A l'Auteur fur le champ aigrement repani. 
Je fuis donc un Sot ? Moi ? vous en avez menti : 
Reprend le campagnard , & fans plus de langage , 
Lui jette , pour dçffi , fon affiettç au vifage. 

%i§ L'autre eftjuive le coup , & l'affiette volant 
S'en va frapcr le mur , & revient en roulant, 
A cet affront , l'Auteur fe levant de la table , 
Lance à mon Campagnard un regard effroyable : 
Et chacun vainement fe ruant entre-^dçux , 

a.10 Nos braves s'accrochant fe prennent aux cheveux , 
Àuflî-toft fous leurs pieds les tables renverfées 

• Pont voir un long débris de bouteilles caifées : 
En vain à lever tout les Valets font fort promts , 
Et les ruiffeaux de vin coulent aux environs. 

il j Enfin , pour arrefter cette lutte barbare , 

De nouveau l'on s'efforce , on crie , on les fepare 5 
Et leur premier ardeur paifant en un moment , 
On a parlé de paix & d'accommodement. 
Mais , tandis qu'à l'envi tout le monde y confpirc j 

^30 J'ai gagné doucement la porte fans rien dire , 

ReMjSRQ^UES. 

Vers zid. JV» 1/4 Jraper U abaifl^eâ un fujet plaifant^ Lk 

mur , ^ revient en rotUant, ] beauté de la Pofe'fie confîfle prin- 

L'Auteur a voulu par le fon des cipalemeot dans les Images bc 

Mots , imiter le bruit qu'une dans les Peintures fenfîbles ; fie 

affiette fait cn roulant. Il y a c'eft en cela qu'Homère & Vit* 

bçaucoup de grâce dans cette zUe furpaflenc tous le$ auq:f| 

Imitation de. U Poéfi^ Héroï^ , Poètes, 



75 



SATIRE III. 

v-cc un bon ferment , que fi pour ravcnir , 

Cl pareille cohue' on me peut retenir , 

- confens de bon cœur , pour punir ma folie , 

^ue tous les vins pour moi deviennent vins de Bric , 

^u a Paris le gibier manque tous les hyvers , 

Uqu'à peine au mois d'Aouft l'on mange des pois verts. 

C H A N G. Vers 1 g 5. Je confens tions. 
iebon cam , pour pnnir ma folie, ] ' VERS 1)4, — deviennent 't^nt 
ïl y avoit , d'nn bon cceitr , dans de Brie. ]lLes vins , que l'on re- 
Us Editions de 1 574* ' & de cueille dans la Province de Bric, 
î«7^ mais c'êtoit une faute, font fi mauvais > qu'ils font «af- 
^'Auteur a toujours mis de fés en proverbe. Il çlt dit dans 
'^9 MHT , dans les autres Edi- une Cbanfon'f 
^-^Tout 'vin eji ink décrie , 
ili*and on boit a'vec h» Fat, 




LA quatrième Satire fut faite en i66^. immédiat 
tentent après la féconde Satire, & avant le Dif- 
coursau Roi. L'Auteur en prit le fujet d*une Canver-^ 
fation y quil eut avec TAbbe Le Vayer & Molière , 
dans laquelle ils établirent far divers exemples ^ que 
tous les hommes font fous , & que chacun croit être 
fage tout feul. Cefl unfujet^que Molière vouloit trai* 
ter pour le Théâtre , & qu'il trouvoit que Defmarêts 
avait manqué dans fa Comédie des Vifionnaires. 

L'Abbé Le Vayer, and particulier de M, DefprcauX 
& de Molière , êtoit Fils unique de M. De la Mothe 
Le Vayer, Confeiller d'Etat y Précepteur de Monsieur 
Philippe de France , Frère unique du Roi. En 165^. 
il publia une Traduction de Florus , qu'il dit avè'tr 
été faite par ce jeune Prince , & il l'accompagna d'ut» 
Commentaire favant & curieux. On le croit Auteur 
du Roman de Tarfis & Zélie , qui efl fort bien ^crit. 
Il mourut au mois de Septembre i^^4« âgé d'environ 
trente-cinq ans^ 




SATIRE IV. 

A M. L'ABBE" LE VAYER. 

JL/*OU vicnt,chcr le Vaycr , que THommc le moins fagc 
Croit toujours feul avoir la SagcfTc en partage : 
Et qu'il n eft point de Fou , qui par belles raifons 
Ne loge (on voifin aux Petitcs-Maifons > 
5 Un Pédant eny vrc de fa vainc fcience , 
Tout hcriffé de Grec , tout bouffi d'arrogance , 



Vers 4. — j4hm Petites- 
MAaifons, ] Hôpical de Paris , oà 
l'on enferme les Voim dans de pe- 
tites chambres. Autrefois on 
rappelloir l'Hôpital faint Ger- 
main des Prez , parce qu'il dé- 
pendoic de l' Abbaïe de faim Ger- 
main ; & c'êcoit une MaUdre- 
rie defiinée à recirer les Ladres , 
qui y alloienc coucher. Mais 
en 1^44. cet Hôpical n'aïaùc 
point de revenus « la Cour de 
rf^cicoiçnc le fie démolir , & le 



Cardinal de Tûurnon , Abbé de 
fàinc Germain , en vendic la pla- 
ce en I ÇÎ7. aux Echevins de Pa- 
ris, qui y firent bâtir l'Hôpital 
des Fecites-MAÎ^ons. 

Vers Ç. if» Pédant enrvré^iccl 
Prâdon dans la Préface de Tes 
Howvelles i^matqttes fur Us Owvra- 
tes de M, Despreaux , veut in- 
finiicr que le potcraic du Pédant 
eft fait fur M. Charpentier dc l'A- 
cadémie Françoife : mais fa cou- 
jeauie ed (aas fondement. 



75 S A T I R E I V. 

Et qui de mille auteurs retenus mot pour mot i 
Dans fa tefte entaflez , n'a fouvent fait qu'un Sot i 
Croit qu'un livre fait tout , & que fans Ariftote 

lo La railbn ne voit goûte , & le bon fens radote. 
D'autre part un Galant , de qui tout le métier 
Eft de courir le jour de quartier en quanier , 
Et d'aller à l'abri d'une perruque blonde , 
De fes froides douceurs fatiguer tout le monde , 

1 5 Condamne la fcience , & blâmant tout écrit , 
Croit qu'en lui l'ignorance eft un titre d'cfprit : 
Que c'eft des gens de Cour le plus beau privilège > 
Et renvoyé un Sçavant dans le fond d'un Collège. 

Un Bigot orgueilleux , qui dans fa vanité _ 

20 Croit duper jufqu* à Dieu par fon zèle afFed^é , 
Couvrant tous fes défauts d'une faintc apparence , 
Damne tous les Humains , de fa pleine puiifance. 

Un Libertin d'ailleurs , qui fans ame & fans foi , 
Se fait de fon plaifir une fupréme loi , 

ZS Tient que ces vieux propos , de démons & de flammes. 
Sont bons pour étonner des enfans & des femmes j 
Que c'eft s'embarraffer de foucis fuperflus > 
Et qu'enfin tout Dévot a le cerveau perclus. 

RjEMjiRqUJES. 

Vehs 10. Laraifon ne 'voit pofe à la fin de r6€^. Il y fait 

goûte , &c. ] UAuteur auroit pu dire à Don Juan , AÛe V. Scène 

mettre : La raifon efi anjeu^le ; & i. Je ff aurai déchaîner contre met 

ce changement ne lui déplaifoit ennemis , des Kélés indifcrets , 

pas. qui , fans connoijjance de caufe^ crie* 

VeHS 11. Damne tous les Hu- vont contre eux , tjui les acca» 

mains , de fa pleine puijfance, ] bleront dHnjures , &> les damne^ 

MoLiEKE a imité cette penfée , ront hautement dt leur autorité 

dans ion Feftin de Pierre , com- privée^ 



s A T I R E I V. 77 

En un mot , qui voudroit épuifer ces matières , 
Peignant de tant d'efprits les diverfes manières , 
Il compteroit plutoft , combien dans un printemps ^ 
<juenaud & l'antimoine ont fait mourir de gens , 
ît combien la Neveu devant fon mariage , 
A de fois au public vendu fon P * * "^^ 
Mais , fans errer en vain dans ces vagues propos , 
Et pour rimer ici ma penfée en deux mots j 
N'en déplaife à ces Fous nommez Sages de Grèce ; 
En ce monde il n cft point de parfaite Sageffe 5 
Tous les hommes (ont fous :^& malgré tous leurs Coins ^ 
o Ne diffèrent entre eux que du plus ou du moins. 
Comme on voit qu en un bois , que cent routes fcparent , 
Les voyageurs fans guide affez fouvent s'égarent 5 

I M I T. Vers 31.// compteroit temps.']Ccs deux Vers font imités 
"pluiojl , combien dans un prin- de Jo VENAL, Jul>Vff X. vers xio, 
Promptiùs expediam , tjuot ama'verit Hippia machos , 
j^oi Themifon^gros auMmno occiderit Hno, 
Vers 3i> Gnenaud & l*anti- premières Editions , fous celui 
Tnoine. ] Dans le tems que cette de Defnand , Apoticaire. 
Satire fut cumponEe > la difpute Vers 33. Et combien U Ne* 
des Médecins au fujec de l^anti- o/ei*. ] Infâme débordée connue 
moine ^ êcoit dans fa plus vive de tout le monde. O E s p. 
chaleur. Gnenaud , Médecin de Elle êtoit morte avant la cam- 
la Heine » êtoit à la tête de ceux position de cette Satire, 
qui en approuvoient l'ufage i & Ibid. Deuant fon mariage, ] 

le célèbre Gui Patin êtoit un des II falloir : a'vant , qui fe die 
plus grands ennemis de ce mi- pour le tems. Devant ^ s'emploie 
néral. yoïeK /« 13. Journal des pour le lieu. 
Sa-vans 1 666- Guenaud mourut I M i T. Vers 41 . Comme on uoit 
le itf.de Mai 16^7. Pendant fa efu\n un bois , &c. ] Horace , 
vie on dé^ifa fon nom dans les L. II. Sat, III. y. 48. 

• Velut SyliÀs , ubi pajjim 

Valantes error certo de tramite peUit, 

Jile finifîrorsàm , hic dextrorsùm abit : unHS upriqin 

£rr9r 9 fed 'variif illudit fartibuf. 



78 s A T I R E I V. 

L'un à droit , l'autre à gauche , & courant vainement » 

La mefine erreur les fait errer diverfement : 
45 Chacun fuit dans le monde une route incertaine , 

Selon que fon erreur le joue & le promené : 

£t Tel y fait l'habile & nous traite de fous , 

Qui fous le nom de fage ed le plus fou de tous. 

Mais quoi que fur ce point la Satire publie , 
/o Chacun veut en (àgeffe ériger fa folie , 

Et Ce laiffant régler à (on esprit torm , 

De fes propres défauts fe fait une vcrm. 

Ainiî > cela foit dit pour qui veut fe connaître , 

Le plus fage eft celui qui ne pcnfe point l'eftre : 
5 5 Qui toujours pour dn autre enclin vers la douceur j 

Se regarde fbi-mefine en fevere Cenfeur , 

Rend à tous fes défauts une exade juftice , 

£t fait fans fe Natter le procès à fon vice. 

Mais chacun pour foi-mefme eft toujours indulgent, 
^o Un Avare idolâtre , & fou de fon argent , 

Rencontrant la difctte au fein de l'abondance > 

Appelle fa folie une rare prudence > 

ÎMiT- Vers 60, njn ^-vare vent,Ie caraaèreder^T^4re,qu*il 
idolâtre ^tSr fonde fon argent^^cl imite en parric à^Horace , dans fa 
Nôtre Auteur exprime dans ce troifîéme Satire du fécond livre , 
Vers & dans les cinq qui le fui- Vers io8. &c. 

■ quid di/crepat tjîis > 

ilni niémmos awrwnque retondit » nefcins uti 
Compofitis , metiunfq»e 'velut contingere facrumi 



Nimirum injawu pamis lAdeatur. 
GhAng. Vers $j, I^encon» dance,"] Dans les premières Edl' 
9rsnf U difitte m fein de l*abon' lions il y avoit : 

^H milieu de fes biens rencontrant IHniigMWCtt, 



s A T I R E I V. 75^ 

met toute fâ gloire > & fon fbuverain bien , 
jroflir un tréfor qui ne lui fert de rien. 
s \l le voit accru , moins il en f^ait l'ufage. 
is mentir , l'Avarice eft une étrange rage , 
ra cet autre Fou , non moins privé de fens , 
d jette , furieux , fon bien à tous venans , 

Exs ^4. jigroffir un trifor,8cc.'] autres, que TAuteur a retraocbéf 
rès ce Vers il y en avoir treize dans les dernières Editions. 
Dites -moi , pam/re efprif , ame baff'e & njénale , 
Net/ottsfowvient'il point du tourment de Tantale , » 
Xlùi dans te trijîe ellat oà le Ciel fa réduit , 
Meurt defoifau milieu d*unfiem/e qui le fuit? 
Vous rieTi : ffa-oeK-fJO*^' ?<♦* f^*^l^ 'votre peinture , 
Et que c*efi 'vous par-là que la fable figure ? 
Chargé d*0T d^ d* argent , loin de 'vous en/ervir , 
Vous brûlet d'une foi fqu^ on ne peut affouiAr , 
Vous nageTi dans les biens , mats 'vojlre ame altérée 
Se fait de fa richejfe une cbofefacrée i 
Et tous ces 'vains tréfors que 'vous alleK cacher , 
Sont pour 'vous un dépofi que 'vous n'ofe?: toucher, 
Hmi donc ? de 'votre argent ignoreTi-'vMS l*ufage f 
uteur dans ces Vers avoir dans fa première Satire du livre 
lu traduire Horace , qui die premier , Vers 68. 
Tantalus à labris fitiens fugientia captât 
Flumina, Sluid rides f mutato nomine , de te 
Fabula narratur, Congeflis undique f'^fcis 
Jndormis inhians , (^ tanquamparcerefacris 
'Cogeris , aut piSiis tanquam gaudere tabellis, 
Hefcis quid 'valeat nummus 9 q*tem prabeat ufum ? 
Defpréaux fc rendit à la ju- deux Vers & demi é^Horace , qui 
"c de la critique > que Defma- renferment rapplication de I4 
avoir faite de ces treize vers Fable de Tantale , ont été rendus 
s fa Défenfe du Poème Hérot- par Defmarits^ 01? par Pradon^ en 
; & il les fupprima , comme deux Vers , dont le premier eft 
dignes de leur Original. Les très-plar, & le fécond admirable. 
Tantale dans un fleuve afoif& ne peut boire. 
Tu ris f Change le nom, La fable ejl ton hifioire, 
"EKS 67. J^ira cet autre Fou, 1 de rente , tant en Bénéfices 

:bbi de B H qu'en biens de patrimoine. Mkij 

ifeiller-Cltrc au Parlement , il didipa tout fon patrimoine » 
it eu quarante mille Uvtts H fut réduit au revenu ds fcs 



8o S A T I R E I V. 

Et dont Tamf 4nquieae , à foi-mefme importune » 
70 Se fait un embarras de fa bonne fortune. 
Qui des deux en effet eft le plus aveuglé ? 

L*un & l'autre à mon fens ont le ceiVeau troublé i 
Répondra chez Fredoc , ce Marquis fage & prude , 
£t qui fans ceffe au jeu , dont il fait fon étude , 
75 Attendant fon deftin , d un quatorze ou d'un fept , 
Voit fa vie ou Cz mon fortir de fon cornet. 
Que û d'un fort fâcheux la maligne inconftance 
Vient par un coup fatal faire tourner la chance : 
Vous le verrez bien-toft , les cheveux heriffez , 
80 Et les yeux vers le Ciel de fureur élancez ^ 
. Ainfi qu'un Poffedé que le Prêtre exorcife , 
Feder dans fes fermens tous les Saints de TEglife^ 



R£Mj4R^(IU£S. 



Bénéfices , qui étoit eûcore trés- 
«onfidérable. Il avoit une table 
fompcueufe , où il recevoir tou- 
tes fortes de gens , & on y fai- 
foit une diflîpation outrée. C'eft 
ce que fignifie : ^» iette, /»♦- 
rieux , /on bien à tons 'venans. Il 
avpit l'efprit inquiet , chagrin , 
inégal , ne pouvant quelquefois 
fe foufTrir lui-même : jufques-là 
qu'on Ta vu fouvcnt fouhaiter , 
en fc couchant , d'être trouvé 



A trois fois en dix ans 
Vehs 73. ^pondra chex Fre~ 
rf<>c. 3 Fredoc tenoit une Aca- 
démie de ieu très-fréquentée en 
ce tems-lâ. Il logeoit dans la 
Place du Palais Roïal. Il en eft 
fait mention dans la FUU Capi- 
taine de Montfiemi , Aâe I. 
Ibid. — * Ct Marquis fa$t 0» 



mort le lendemain dans fon I--^-— 

Et dont l*ame inqmette à foi-mèi**^^^ 
importune. Il difoit auflî qit'i^ 
êtoit malheureux d'avoir tant:' 
de bien : & qu'il auroit vécu 
beaucoup plus content Ci fa for* 
tune avoit été bornée â un rêve* 
nu médiocre : Se fait un embarras 
de fa bonne fortune^ 

C H A N 6. Ibid. No» moins pri- 
•vé defens , 8cc. ] Dans les prc 
mières Éditions , il y avoit: 

Qui prodigue dufien , 

de'voré tout /on bien, 
prude. ] Il y avoit ce Greffier fagê 
€>• prude ; & c'êtoit Jerdme Boi- 
leau , Greffier au Parlement. 
Frère aîné de nôtre Auteur. Il 
êtoit fort emporté dans le jeu , 
mais par tout ailleurs , c'êtoit 
un homme crds-aâkble, 

* Qu'oO 



s A T I R E I V. Si 

<5u on le lie , oii je crains , à fon air furieux i 
Que ce nouveau Titan n*efcalade les Cieux. 
Mais laifTons-le plûtoft en proye à &n caprice; 
Sa folie , auffi-bien , lui tient lieu de fupplice. 
II eft d'autres erreurs 5 dont Tàimablc poifon 
D'un charme bien plus doux enyvre la raifon : 
L'efprit dans ce ne£tar heureufement s oublie. 
^ Chapelain veut rimer , & c*eft là fa folie. 
Mais bien que fes durs vers d'épithetes enflez , 
Soient des itioindres Grimaiids chez Ménage fiflez § 

V E ïL s 90. Chapelain 'veut ri- pour donner l'exemple avec 
»n«- , ôcc. ] Cet Auteur ayant le précepte , afFeâe d'expri- 

Î[ue fa Pttcetle fuft imprimée, paf- mei: dans cet Hémiftiche qui 
dit pour le premier Poète du fie- eft fort rude, la dureté qu'oii 
cle.L'impteflîongaftatout.DESP. trouve dans les Vers de Chipe. 
Il y avoit Artjle , au iieu de fain. Cette dureté de Vers êtoit 
Chapelain , dans les Editions fai- i5our M. Defpréanx un fonds i né- 
tels pendant fa vie. puifable de plaifanteries. Il fît les 
Veks 91. Mait bien que fes vers fui vans à l'imitation de 
4ms 'vers, &c. 1 Nôtre Auteur Chapelain, 

Droits & roide s rochers , dont pen tendre ejila cime ^ 
De mon Hambqjfani Cmtr ^afpre eflat 'votts fça'veK , 
Sça'vex aitfff , durs bois * par les hivers la'vex 9 
jiu'holocaiijie efl mon Cœur pour un front magnanime. 

ils font extraits de divers en- ces Vers , les chantoit Ait 
droits du Poème de la Pucelle. l'air d'une Chanfon fort ten- 

Nôtre Auteur , pour faire dre , du Ballet de la naifame dé 
mieux fentir la dureté de Venus, 

Kficbers , 'vous étesfôurds , 'vàus n*aiiés rien de tendre , &c. 

%d, de Puimorin^ Frère de M, Def- de Puimorin tépondit : qu'i/ »'4-i 

préaux , fe moquoit au(fi du Po'é. 'voit que trop fu lire , depuis que 

me de la Pucelle, Chapelain ne Chapelain s*hoit a-vifé de faire 

pouvant fouffirir les railleries , imprimer. Sa repartie aïant été 

Su'il en faifoit : O efl bien à vous trouvée plaifante éc vive , il eut 

en juger , lui dit-il en colère , envie de la tourner en Epigram-* 

'yous , qui n*étes qu'un ignorant > me ^ àciit aiufi les deux derniers 

^ qui ne favés pas mime lire^ M- Vers : 

Helas l pour mes péchés , ie n'aifu que trop lire ^ 
Depuis que tu fais imprimer^ 



8i S A T I R E I V. 

Lui mefmc il s*aplaudit , & d*un cfprit tranquille ^ 
Prend le pas au PamafTe au-dcflus de Virgile, 
9 S Que feroit-il , hélas I fi quelque Audacieux 
Alloit pour fon malheur lui defiller les yeux : 
Lui faifant voir fcs vers , & fans force & fans grâces , 
Montez fur deux grands mots, comme fur deux échaflcs j 



DeMaux, M. J^^ci»* & Molière^ 
il Icîir propofa d*achçvcr foa 
Epif^amme, Cc qu'ils firent toui 
cnfcnble de cette manière ; 



Mais comme M. de Puimorir n'ê- 

toit pas Poète il ne put 'amais 

en tairç davantage. Quelque 

tcms après fe trouvant avec M. 

Froid , fee , dnr , rude jimeur , dipie objet de Satire » 
De ne fax/oir pas Lire ofes tu me blâmer ? 
Helas l pour mes péchés , je n'ai fu que trop lire 
Depuis que tu fais imprimer, 

M. l{acine vouloit que l'on mit prits. D E s P. 
fécond Vers : D<^ mon peu de 



au 

leHure fie non pas , .De ne fa'voir 
pas lire ; parce que ce dernier 
mot fait une rinje vicieufe dans 
rHcmiftichcavcc la rindu Vers 
précédent , mais Molière voulut 
qu'on lair<ât, Denefca'voir pas 
lire i pi éiérant la jultefl? de l'ex- 

f>re(ïîon , à la régularité fcrupu- 
eufcdu vers. Il dit alors fort ju- 
dicieufement , qu'il falloir quel- 
quefois s'aiiranchir de la con- 
Kainre dps règles , quand elles 
nous reflertoient trop ; La l{ai~ 
Jffp cb- l'ylrt tnénte , ajouta - t'il , 
demandent & autorifent ces fortes 
de libertés. Riçn n'eft plgs vrai 
que cette réflexion de Molière i 
ic M, Defpréaux qu'elle frapa , 
ae la laiâà pas échaper. Il en 
a fait un Précepte dans fon 
jiirt Poëtiqm , Chaot IV. vers 

Veils ^t. SoietU des- moin- 
dres Grimauds chey^ Ménage fifieK, J 
On tenoit chez Ménage toutes 
les fen aines ,une aflcmblée y où 
alloient beaucoup de petits ef- 



V^bbé Ménage appelloit cet 
aflcniblées Mercuriales , parce 
qu'elle^ fe tenoient tous lesMer- 
Cl edis. Il ne trouva pas bor que 
nôtre Auteur les eût ainfi dé- 
criées : „I1 eft très- faux f dit- 
}, il , dans (bn DicUonnaite Etjr^ 
,, mologicjue , au mot Crimaud ) 
„ que les Afleniblées,qui fe font 
,, chés moi , foient remplies de 
,, Grimauds, Elles font remplies 
„ de gens de grand mérite dans 
„ les Lettres , de pcrfonnes de 
„naii!ance , Se de perfonne» 
„ conflituées en dignité ; & ces 
,,Vers n'ont pas dû être écrit» 
„ par M. Defpréaux, „ 

VeïLS 94, Prend le pas a» 
Pama^e au - de/fus de Virgile. } 
eeux qui vouloient ffater Chape- 
lain , a voient l'impudence de 
lui Are , que fon Poème êtoit 
aU-défilis de VEneïde : & Chapt^ 
\ain ne s'ten défendoit que très- 
foiblement. 

Vers $%, Monte^i Cur deux grands 
mets , comme fur deux échaffes. j 
Paas le Poème de ChapeUin oa 



s À t I R E I V. S3 

Ces termes fans raifon Tun de lautre écartez ^ 
^ £t ces froids ornemens à la ligne plantez ? 
Qu'il maudiroit le jour où fon amc infenfic 
Perdit Theureufe erreur qui charmoit fa pen(2e î 
Jadis certain Bigot , d*aillcurs homme fenfi ^ 
iD*un mal affez bizarre eut le cerveau blefTé : 

R £ M j4 li (i a £ s» 

îtrouve piulieurs Vers com- pour femocquer de ces mots Roc. 

î>o{ésde deux grands mots* gigantefques , citoic ordi- g y. 

^ont chacun remplit la moi- nairement ce Ven de Chapf jn ^ 

xié du Vers. Nôtre Auteur , Uin, ^ cf 

De ce /ourcilleHX ^oc l'inébranlable cime, g gi 

ît il difpofoit ce Vers com- té fur deux ccbafles. S 

me il eft ici à côté. Dans II y a dans ce Poifme ttlu- u ^ 

tette difpoHtion , il femble fieurs autres Vers faits dans s- 

que le mot de I(pc folt mon- le même goût. q ^ 

D*infitpp9rUhles maux nne fuite enchaînée, Liv. I. 
Des fourcilleHfestouTsfapper le fondement, Liv. II. tcc. 
Vers 100. Et ces froids orne' ^igot , &c. ] Horace , Liv. II. Ep# 
mens , &c. ] Ce font les Compa- IL v. 1 19. décrit la folie d'un Cj- 
iraifons fréquentes que Chapelain toïen d'Argos , lequel étant feul 
aemploïées, qui ne manquent affis fur le théâtre, où il nepa- 
jamais de venir régulièrement roiflbii ni Adècurs ni Speûa- , 
après un certain nombre de vers* teurs , s'imaginoit entendre des 
te qui font toujours enfermées Tragédies recitées par des Ac- 
cn quatre ou huit vers. . teUrs admirables. 

I M I T. Vers I O J . Jadis certain 

■ Fuit baud iptobilis j4rgis , 

Cjii fe credebat miros aitdire Tragados, 

ïn 'vacM latiés feffor plauforque theatro, &c. 

j4rHîote raconte la môme chofe réjouifloit de leur retoiir , com- 

d*un Homme d^Ahfde l,y\,de reb, me fi eflfèétivement ces Vâilfeaux 

mir, Elien , dans fes Hifloires eufîent été à lui. J£lian, L. IV. 

di-verfes -y rapporte un genre de Ch. iç. GalienA\t , qu'un Afé- 

folie prefque ' femblable. Un decin nommé Théophile , êtani 

Athénien nommé Thfafylle , s'en malade , s'imaginoit Voir dans 

alloit au port de Pirée , où s'i- un coin de fe Chambre , des 

tnaginant que tous lés VailTeaux Muficiens , & des Joueurs d*in.» 

qui étoienc dans ce port lui ap« ftrumens , dont il amendoit la 

partenoient , il en- tenott un voix&l*harmoni«. C?ii^»*»rdaft» 

compte cxaa ; il donnoit fcs fon Traité De SjmptmatHm difê^ 

•rdres pour Jeui dépati , 4c f« t4»ms, -cap. s« 

Fij 



8+ S A T I R E I V. 

loj S'imaginant fans cefTe , en (a douce manie , 
Des Efprits bien-heureux entendre Tharmonic» 
Enfin un Médecin fort expert en fon An , 
Le guérit par adrefTe , oiy>lûtofl: par hazard. 
Mais voulant de fes foins exiger le falaire » 

I lo Moi ? vous payer ? lui dit le Bigot en colère , 

Vous , dont r Art infernal , par des focrcts maudits ,' 
En me tirant d'erreur , m'ofte du Paradis ? 
J'approuve fon courroux. Car , pui(qu*il le faut le dire 5 
Souvent de tous nos maux la Raifon eft le pire^ 

I I j Ceft Elle qui farouche , au milieu des plaifirs , 

D*un remords importun vient brider nos defirs. 
La Fâcheufe a pour nous des rigueurs fans pareilles ^ 
Ceft un Pédant qu on a fans ceffe à fes oreilles 
Qui toujours nous gourmande , & loin de nous toucher f 
110 Souvent , comme Joli , perd fon tems à prefcher. 
£n vain certains Rêveurs nous l'habillent en reine , 
Veulent fur tous nos fens la rendre fouveraine , 

iMiT, Vers 117. La Fâcheufe a applique à la Raifon ce que W</- 
four nous , &c. ] Nôtre Auteur herbe a dit de la Mort : 

La ^ort a des rigueurs à nulle autre pareilles. 

Vers ixo. Souvent ^ comme Nicolas des Champs ,lc fit nom- 

Joli. ] lUuftre Prédicateur, alors mer pour fucccflcur d'Henri de 

Curé de S. Nicolas des Champs La-val à l'Evêché de faint Pol de 

a Paris ^ & depuis Evefque d'A- Léon en Bafle-Bretapnc î mais 

gen. D E s p. il n'en prit pas poflcflion , oC 

Claude Joli , né en 1 6io. à Bu- fut pourvu bientôt après de TE- 

i-i fur l'Orne , dans le Diocèfe vêché d'Agen. Ce Prélat avoit 

de Verdun en Lorraine , mourut beaucoup de xcle & de fcience 

en 1^78. La réputation qu'il s'c- Eccléfiaftique. Sa manière de 

t0it acquife par Ces Prédications, prêcher êcoit très - pathétique , 

ptrndai^t qu'il étoù Curé de faim & les hbeitins , qui ctoïoicut 



SATIRE IV. 

Et s'en formant en terre une divinité , 

Penfent aller par Elle à la félicité. 
S C eft Elle , difent-ils , qui nous montre à bien vivre. 

Ces difcours , il eft vrai , font fort beaux dans un livre 
J"e les eftime fort ; mais je trou^en effet , 
<îue le plus fou fouverit eft le plus fatisfair. 



85 



«voir intérêt de le décrier , com- 
yaroient fes talens avec ceux de 
Molière j & diloieUC que Molière 
êtoit plus grand Prédicateur , & 
M. Joli plus grand Comédien. 

On a fait plusieurs Editions 
de fes Prônes qui font eftimés. 
Ils font en 8. Volumes »»-iz. & 
l'on en eft redevable à Jean 1^- 
cbard , natif tic Verdun , lequel 
après avoir étudié â Paris en 
Tliéologie & en Droit , fe fit 
recevoir Avocat • & fe maria. 
>{ais par un goât particulier , 
.au lieu de fuivre fa ProfeOion , 
il ne s'occupa toute fa vie que 
de l'Eloquence de la Chaire. On 
a de fa compofition plus de vingt 
Volumes in~iz, de Sermons , ou 
i)lfcoHrs fur toutes les parties de 



la Morale Chrétienne , outre 
un DiSlionnaire Moral , oh de la 
Science nninjerfelle de la Chaire , le- 
quel contient par ordre Alpha^ 
bétique , ce que les Prédicateuts 
François * Italiens , Efpagnols , 
Allemands > &c. ont dit de plug 
curieux. C'cft encore à fon zèle 

Four la forte d'Eloquence , qui 
occupoit } qu'on doit l'Edition 
des Sermons & autres Ouvrages 
Oratoires de M. de Fromentières • 
Evêque d'Aire j du Carême & das ' 
Penfées extraites des autres Ser- 
mons de l'Abbé Boilean , de l'A- 
cadémie Françoife j te d'un Re- 
cueil de Panégyriques choijts. Il 
mourut â Paris en 1719. âgé de 

S lus de 7^. ans, & fut enterw 
faine Medard. 




ïiij 



MDespreaux fe propofi dans lAcfnquIdme Sa* 
. tire faite en 166^ » de montrer que ta y EKiTAm 
BLE Noblesse , confiile bien moins dans la naiffance 
que dans là vertu. Juvenal, dans fa huitième Sztïre\ 
& Sénèque , dans fa quarante-quatrième Epitre à 
Lucilius , ont traité la même matière. 

Dans la première Compojîtion , la cinquième Satire 
finiffoit par ce y ers .• 

D'Hozier lui trouvera cent ayeux dans l'Hiftoire. 
Mais M. le Marquis de Dangeau , à qui la Pièce eji 
adrejféeyfut d'avis que M. Defpréaux la terminât 
far quelques Vers à la louange du Roi , pour quelle 
fût mieux reçue à la Cour. Avant qu'elle fut impri- 
mée y ce Marquis en fit la lecture à quelques Sei- 
gneurs dans une faite oùjoûoit le Roi , qui ^ s' en aper- 
cevant y quitta fon jeu , pour fe la faire lire, Cefi 
le premier Ouvrage de nôtre Poète , que ce Prince ait 
connu. Quelque tems après y on lui lut le Difcours 
au Roi , compofé dans ta même année. 

A peu près dans le tems que V Auteur fit ces deux 
Pièces y Philippe de Gourcillon , Marquis de Dan^ 
geau , fut fait Colonel du Régiment du Roi. Il fut 
enfuite Gouverneur de Touraine , & de la Fille & 
Château de Tours j Aide de Camp du Roi dans les 
Campagnes de 1671. & i^74« emploie près de di' 
vers Princes étrangers pour des occaftons important 
tes ; Menin de Monfeigneur le Dauphin , Chevalier 
d'honneur de Madame la Dauphine , & enfuite de 
Madame la Ducheffe dé Bourgogne; Chevalier des 
Ordres du Roi ; Grdnd-Màitr^ de VOrdre de Notrer 
Dame du Mont-Carmel y & de faint Lazare ; & 
Confeiller d'Etat d'Epée. Il fut reçu à l'Académie 
Françoife en 166S. & Hofforaire de l'Académie des 
Sciences en 1704. ïl mourut à Paris le 13. Ma^i 
%7^o,âgé de 84, ans. L'Abbé rf^ Dangeau, aujpd^ê 
y 4cadémie Françoife y êtoit fon Frère^ 




SATIRE V. 



A M. LE MARQUIS 

DE D A N G E A U. 

l^A Noblefle , Dangeau , n'eft: pas une chimère , 
Quand fous Tétroite loi d*unc Vertu fcvere , 
Un homme iflu d'un fang fécond en Demi-Dieux , 
Suie , comme toi , la trace ou marchoient {es ayeuz. 
5 Mais je ne puis fouffirir qu un Fat , dont la molleffe 
N*a rien pour s'appuyer qu'une vaine noblefle , ., 
5e pare infolemmcnt du mérite d'autrui , 
Et me vante un honneur qui ne vient pas de Lui. 

TMiT#VcrsR. Et mi nuinte un Sëne^ue /^ Tf jfgtfH» , dit, Her. 
honnew qui ne went pas de Lui, } en/. Fur. AA. H. SC II. V. J4O. 



aliéna Undat^ 



'Huigetuu jactat/itHm » 



Fiv 



88 S A T I R E V. 

Je veux que la valeur de fcs ayeux antiques 

to Ait fourni de matière aux plus vieilles chroniques ^ 
Et que Tun des Capets , pour honnorer leur nom » 
Ait de trois fleurs de lis doté leur ëcufTon, 
Que fert ce vain amas d'une inutile gloire ? 
Si de tant de Hçros célèbres dan? THiftoire , 

15 n ne peut rien of&ir aux yeux de TUnivers , 

Que de vieux parchemins qu'ont épargnez les vers : 
Si tout forti quil cft d'une fource divine ,. 
Son cœur dément en lu; fa fuperbe origine : 
Et n'ayant rien de grand qu'une fotte fierté , 

ao S endort dans une lâche & molle oifiveté ? 
Cependant , à le voir avec tant d'arrogance 
yanter le &ux éclat de fa haute naiffance j 
On diroit que le Ciel eft fournis à fa loi , 
Et que Dieu l'a paiftri d'autre limon que moi. 

^S Enyvré 4ç lui-mcfmc , il croit dans fa folie , 
Qu'il faut que dçvant }ui d'^ibord tout s'humilie. 



V E IL s it. Et tfiàe l*ttn 4es Ca- çompofa cette Satire , JoACHiMy 

fets '.^it de trois fleurs de Comfe d^Eflaing , travailloit à re^ 

iis , &c. ] Philippe -u4i4giéfle , Hef- chercher les Antiquités de f^ 

çendani de Hugues Capet , aïant Maifon , dont if a drefft des Mé- 

i^té renverfé de defliis fon cheval moires. Il parloit fouvent de If 

à la bataille de Bouvines , ^deo~ concedion des Fleursde-iis , & 

dat d'Ellaing^ l'un des vingt-qua- l'on trouvoit qu'il en parloit 

tre Chevaliers commis à l^ garde avec un peu trop de coraplaifan- 

de ce Prince , le tîra du danger , ce. C*èft ce que nôtre Poirte a 

qu'il couroit , & lui fauva fon voulu marquer en cet endroit. 
îcU. Pour l'en récompenfcr, le Via. s ii. — -^Doté leur écuf» 

Roi lui donna pour lui iç fa po- ^». ] Dans quelques Editipns » 

ilérité , les Armes de France bri- & notamment dans celle de Pa- 

ïées d'un chef d'or. wV 1740. on lit , Doré lent écitffen j 

' Daiu le ceois que l'Auteur mais c'eft une faute. 



s A T I R E V. 89 

aujourd'hui toutefois , fans trop le ménager ,' 
»ur ce ton un peu haut je vais l'interroger. 

Dites-moi , grand Héros , £(prit rare & (ublimc , 
Bntre taût d'Animaux qui font ceux qu on cftime ? 
On fait cas d un Comfier , qui fier & plein de cœur 
Paît paroiftre en courant fa bouillante vigueur : 
Qui jamais ne fe laffe , & qui dans la carrière 
S'eft couvert mille fois d'une noble poufliere ; 
Mais la poftérité d' Al£me & de Bayard , 
Quand cç neft qu une roffe , eft vendue au hazard , 

R £ M ji R (l U £ S. 

Vers 19. Dites ' moi , grand Vers « s'adreflè à M. de Dangeam 
■iéros , 8cc. ] Les quatre Vers lui - même. Bien des gens s*y 
lui précèdent celui ci ont été êtoient trompés, 
ajoutés par l'Auteur dans TEdi- I M i t. Ibid. Dites-moi , grand 
ion de 171?. commencée à la Héros , &c. ] Ce Vers & les 
Fin de fa vie. Il les ajouta ,^ pour neuf fuivans , font une imita- 
empêcher que l*on ne crût que tion de ceux-ci de Jmrénal , 
i'Apoftrophe contenue dans ce Sat. VIII. v. ^^. &c. 
Die mihi * Teucrorum proies i animalia muta 
Huis gêner fa put et , nififortia ? nempe 'volucrem 
Sic laudamus Equum , facili cui plurima palma 
Fervet , f^ exfultat rauco lASloria Circo. 
Nohilis hic , quocumque 'venit de gramine , cujus 
Clara fuga ante altos , €^ primus in aquore pulrvis% 
Sed*venale pecus > Corytha polîeritas , O* 
ffirpini , fi rara jugo 'viHoria fedit , 
Kil ibi Majorum refpe&us , gratta mUla 
rVmbrarmn ^ dominos pretiis mutare'fubentm 
Exiguis , tritoque trabunt epirhedia coUo 
Segnipedes , dignique molam 'verfare Nepotis, 
y^RS 5^. Mais la pojlérité lui faire (îgniHcr en général une 
i^ A fane , &c, ] Chçval du Roi Jument j & c*eft dans ce fens que 
éradafe dans VAriofle, Des V' VAriofle Pemploie à l'endroit 
Alfanacfï un mot originaire- même que M. Defprjaux avoic 
xnent Effagnol, qui (îgnifie une en vue. Voici ce qu'il dit dans 
Çarvallejawvage ou étrangère. Les fon Orlando furiofo Chant II. 
jPtf<r/« //4i/»e»f l'ont adopté pour Stanceçi. 
Jl grave Jcontro fa chinar le groppe 
StUverde prato a la gagliarda Alfana. 
' Cradaffo ha-uea una Alfana lapin bell^ 
^ f4 ntigliçr çhe npai porta fella^ 



5>o S A T I R E V. 

Sans rerpeél des ayeux dont elle eft dcTcenduë , 

£t va porter la malle , ou tirer la charuë. 

Pourquoi donc voulez^vous que par un fot abus 
40 Chacun refpeâe en vous un honneur qui n'eft plus t 

On ne m'eblouït point d'une apparence vaine. 

La vertu , d*un cceur noble «ft la marque certaine. 

Si vous eftes fbrti de ces Héros fameux , 

Montrez-nous cette ardeur qu on vit briller en eux y 
45 Ce zèle pour Thonneur , cette horreur pour le vice. 

Refpedez-vous les loix ? Fuiez-vous imjuftice ? 

Sçavez-vous pour la gloire oublitr le repos , 

£t dormir en plein champ le harnois fur le dos ? 

Je vous connois pour Noble à ces illuftres marques 
50 Alors foyez iSu. des plus fameux Monarques 5 

Ce que F. de ^fpet a traduit ainfî: Boyard , de qui le RomaQ Ht. , 
far une fin* rencontre C il ) renx/erfe quV7 n*ent onctjues fon pareil ', car 
fwr la croHppe ai* milieu du pré o/er- pour a-voir couru dix lieues . il n'i- 
doyant la forte jument de Gra- toit point las 5 êtoit le cheval du 
daffe y la plus belle €^ la meilleure célèbre Paladin l^enaud de Mon- 
qui porta jamais felle, C*eft donc tauban , l'aîné & le plus vaillant 
à tort que*M. Defpréaux fait ici des t^atre Fils ^ymon, 
é^^lfana le nom propre d'un I m it. Vcrs4x.L<«'i/er/i«, d'w» 
cheval. cmwr noble efî la marque certaine,"] 

Ibid. €► de Bayard, ] Cheval des Ce Vers eft imité de Jm/enal, Sat, 
quatre Fils Aymon, D £ s P. VIII. v. xo, 

Hobilitas fola efl attjue mica Virtus. 
C H A N G. Vers 47. SforveK'tJous aux yeux ; & le Vers qu'il a 
pour la gloire oublier le repos ? ] Ce (bbftîtaé contient un fcns plus 
Vers êtoit ainfî : Sfax-eTi-n/ous fwr beau. 

un mur repouffer des affauts ? Mais I M i T. Vers ^o, Alors p&tX ijfi^ 

l'Auteur le changea dans l*£di- des plus fameux Monarquex , &c. ] 

.ditionde 1701. Il trouvoit que Ce Vers 8c les fix fuivans font 

Afauts U-Dos ne rimoient pas imités de /m/. Sat.,VIII. v, liU 

Tune licet à Pico nmneres genus > altaquefi te 

Nomina deleBant , omnem Titanida pugnam , 

Interma'rores , ipjumqm Promethea ponas : 

J)e fuocumqu» vqUs pr^njum tibifmnitt Uht» 



s A T I R E V. 91 

^^ti€z de mille aycuz ; & fi ce n'eft aflcz , 
*^iiilletcz à loifir tous les fiecles pajûfez , 
^oycz de quel Guerrier il vous plaift de defcendre 5 
^Jioififlcz de Cefàr , d'Achille , ou d'Alexandre : 
Envain un faux Ccnfeur voudroit vous démentir , 
Elt û vous n'en fortex , vous en devez fortir. 
Niais fiiÛiez-vous iflii d'Hercule en droite ligne , 
Si vous ne faites voir qu'une bafleflc indigne , 
Ce long amas d'ayeux , que vous diffamez tous , 

Sont autant de témoins qui parlent contre vous 5 

£t tout ce grand éclat de leur gloire ternie 

Ne fert plus que de jour à voftre ignominie. 

En vain tout fier d'un fang que vous des-honnorez , 

Vous dormez à l'abri de ces noms rêverez. 
r En vain vous vous^ couvrez des vertus de vos Pferts : 

Ce ne font à mes yeux que de vaines chimères. 
Je ne voi rien en vous qu'un lâche , un impofteur , 
Un traiftre , un fcelerat , un perfide , un menteur > 
Un fou , dont les accès vont jufqu'a la furie , 
Et d'un tronc fort illuftre une branche pourrie. 

Je m'emporte peut-eflrc , & ma Mufe tn fiircur 
Vcrfc dans fes difcours trop de fiel & d'aigreur. 

C H A N G. Vers 5^.5» 'vain m tir, ] Il y avoit dans les ancîcn- 
faux Cett/èur 'voudrait iwits démen~ nés Éditions : 

En 'vain un Uche efprit 'voudrait 'vous démentir. 
Ce qui ne formoit pas un fens Imitation. Vers «o. S»wt 
bien net. L*Auteur y remédia Mutant de témoinr, qui parUnt c0»- 
en changeant >ieux mots , dans tre -vom, ] Juvenal a dit Sm, 
l'Edition de 1713- VIII. vers 138. 

Jncipit ipforum contra te flare parentum 
Habilitas , cUrannjue facei» praferre pudendis. 



91 S A T I R E V. 

Il faut avec le$ Grands un peu de retenue. 
Hé bien , je m'adpucis. Votre race eft connue*. 

75 Depuis quand ; Répondez. Depuis mille ans entiers ^ 
Et vous pouvez fournir deux fois fèize quartiers. 
C efl beaucoup : Mais enfin les preuves en font claires > 
Tous les livres font pleins des titres de vos Pères : 
Leurs no.ms font échappez, du naufrage des temps : 

80 Mais qui m'afTurera , qu'en ce long cercle d*ans , 
A leurs f^cux Epoux vos Ayeules fidèles , 
Aux doucçurs des Galans furent toujours rebelles ? 
Et comment fçavez-vous , fi quelque Audacieux 
N*a point interrompu le cours de vos ayeux : 

85 Et fi leur fang tout pur , ainfi que leur nobleffe , 
Eft paffé ju{qu a vous de Lucrèce en Lucrèce } 
Que maudit foit le jour , ou cette vanité 
Vint ici de nos mœurs fouiller la pureté \ 
Dans les tems bienheureux du monde en fon enfance^ 

90 Chacun mettoit fa gloire en fa feule innocence. 

Tm 1 T. Vers tc. Depuis dit fur le même fuict , Sat* III' 

mille Atn tntitti.^ Peb.SE avoit V. i8. 

Stemmate quod Tmlco ramum milUfime diêcis. 

C H A M G. Vers 76. Deux quartiers. 

fois feiKe quartiers, ] Première C H A N G. Vers 8<. atnfi 

manière : Du moins trente tjuar~ que leur nobleffe, ] Avant l'Edi- 

tiers, L'Auteur corrigea ainfi: tion poftliume de i7ï3« il Y 

plus de trente quartiers. Mais il avoit : a-vecque leur nobleffe, 

s'appcrçut que l'une & l'ai^trc Vers 86. De Lucreet 

de ces expreflîons êtoient peu en Lucrèce,"] La chafteté de Lu- 
exaaes j parce que les preuves crèce ^ Dame Romaine , eft u 
de Nobleffe fe comptent par célèbre , qu'elle a paflé en pro- 
quartiers , en progreflîon géo- verbe. L'Auteur m'a dit qu'un 
.métrique: quatre « huit,feize, homme , qui pourtant fe pi- 
trente-deux quartiers , &c. La quoit d'efpiit , sima^noit bon- 
plus haute preuve, que l'on fafle nement qu'il parloit du Pfl«« 
•rdinairemwCjC ft de trente-deux Lucrèce^ Brosset-^e. 



s A T I R E V; ,3 

^^acun vivok content , & fous d'égales loix , 

^ Mérite y faifoit la noblefle & les Rois 5 

^ fans chercher 1 appui d'une naiflance illuftrc , 

ti Héros de foi-mefine empruntoit tout fon luftrc» 

ï>ais enfin , par le temps le Mérite avili 

it l'honneur en roture , & le vice annobli 5 

t l'orgueil , d'un faux titre appuyant Ùl foibleffc , 

laîtrifa les Humains fous le nom de Noblcffe, 

e là vinrent en foule & Marquis & Barons. 

hacun pour fes vertus n'offrit plus que des noms. 

ulfi-toft maint efprit , fécond en rêveries , 

iventa le blafbn avec les armoiries y 

e fes termes obfcurs fit un langage à pan y 

ompofa tous ces mots de Cimier , Se d'Ecart ^ 

►e Pal , de Contrepal , de Lambel, & de Face , 

: tout ce que Segoing dans fbn Mercure entaffe. 

ne vaine folie enyvrant la raifbn , 

hronneur trifle & honteux ne fut plus de faifon. 

ors , pour foutenir fon rang & fa naiffance , 

fallut étaler le luxe & la dépenfe ^ 

fallut habiter un fuperbe palais , 

ire par les couleurs diflinguer fes valets : 

Vers 106. Et tant ce que Se- de leurs Blasons €^ JjmbfUs , «►f» 

ng , &c. ] Auteur qui a fait le e» 1 644. 

ercure armoriai. D E S P. Charles Segoing , Avocac , a faic 

Daus les premières Editions , le Tréfor héraldiqHe ou Mercière 

auteur avoir mis Vulfon , au Armoriai^ imprimé en 16^7, à 

u de Segoing j parce qu'il avoit Paris. Il y avoir Segond dans l'E- 

nfondu ces deux Auteurs, ^m/- dition de 1664. & dans les fui- 

i de la Colorhbiere SL compoCè U vantes, jufqu'à celle de i7i5-. 

ience hérotqtte , traitant de la Ho- où l'on mit Segoind , ea eltro* 

fe yO' de l'çrigioe des ^rme$ , piant encoxc le nom. 



9+ S A T I R E V. 

Et traînant en tous lieux de pompeux équipages f 
Le Duc & le Marquis fe reconnut aux Pages. 

115 Bien-toft pour fubfifter , la Nobleflc Tans bien 
Trouva l'art d'emprunter , & de ne rendre rien 5 
Et bravant des fergens la timide cohorte , 
Lai/Ta le créancier fe morfondre à fa porte. 
Mais pour comble , à la fin le Marquis en prifbd 

310 Sous le faix des procès vit tomber fa maifbn. 
Alors le Noble alticr , prcffé de l'indigence , 
Humblement du Faquin rechercha l'alliance , 
Avec lui trafiquant dHm nom G^ précieux , 
Par un lâche contradt vendit tous fes Aycux j 

ï 1 5 Et corrigeant ainfi la fortune ennemie , 
Rétablit fon honneur à force d'infamie. 
Car Ç\ l'éclat de l'or ne relevé le fang , 
En vain l'on foit briller la fplendeur de fon rang ^ 
L'amour de vos ayeux pafic en vous pour manie , 

1 5 o Et chacun pour parent vous fuit & vous renie. 

Vers ii^.Le Dhcc^ UMar^ Chang. Vers m.' m. ^ 

ffuis fe reconnut aux Pages, ] Tous 113. uilers le Noble altier , &C.3 

les Gentilshommes confîdera- Dans les Editions qui ont pré< 

blés en ce temps-lâavoientdes cédé celle de 170 1. ces crois yets 

Pages. Desp. ctoiciK ainfi : 

Alors > pour fubuenir â fa trifle indigence , 
Le Noble du Faquin réchercha l'alliance , 
Et trafiquant d'un nom jadis fi précieux , &c* 
Dans le fécond Vers , au lieu de dent , Pat un lâche contrat vendit 
rechercha lUltiancet l* Auteur 2LVoit tous fes X'teUx. Il êtoit bien dif; 
mis d'abofd ; emprunta l'alliance, fîcile de trouver une penfée, qui 
Vers \^^, Et corrig:eant ainfi renchérît fur ce qui précédoit » 
laffTtune emttmie , &c. ] Le Poëte & plus difficile encore de ren- 
aïant befoin de deux Vers femi- fermer cette pcnli&é en deu« 
nins , fît ceux-ci par néceffité. Vers i c'eft pourtant ce qu'il a 
Le feas êtoit fini au Vers précé- fait heuceufement. 



s A t I k E V. 5,5 

jkaîs quand un homme cft riche,il vaut toujours fon prix: 
£t TeufLon vu porter la Mandiile à Paris > 
N eût-il de fon vrai nom ni titre ni mémoire , 
D'Hozicr lui trouvera cent ayeux dans THiftoire. 
^3J Toi donc , qui de mérite & d'honneurs revêtu , 
Des écueils de la Cour as fauve ta vertu > 
Dàngeau y qui dans \t rang où nôtre Roi t'appelle 
tfe vois toujours orné d une gloire nouvelle , 
£t plus brillant par foi , que par l'éclat des lis , 
^40 Dédaigner tous ces Rois dans la pourpre amollis : 

Fuir d'un honteux loifîr la douceur importune : 

A fcs fages confeils affervir la Fortune 3 

£t de tout fon bonheur ne devant rien qu'à foi. 

Montrer à l'Univers ce que c'eft qu'eftre Roi. 
^4-5 Si tli veux te couvrir d'un éclat légitime , 

Va par mille beaux fâis mériter fon eftimc. 

Sers un û noble Maiftre 5 & fais Voir qu'aujourd'hui 

Ton Prince a des Sujets qui font dignes de lui. 

Vers i ;i. — - la MandilU, ] Ou ton Prince t'appelle ; & dans le 

Petite cafaque qu'en ce temps-là dernier Vers il y avoit : La Fran- 

portoienc les Laquais. Desp. ce a des Sujets. Desiaakests dans 

Vers i 34. D'HoKter. ] Auteur fnDéfenfe dm Poème Hexot^ue^page 

três^-rçavant dans les Généa- 41* Ht une jufte critique de cette 

logiès. Desf. ^ exprefliou. Ifn pais , dit- il, n*a 

Pierre d^Horier , Généalogifle pas det fm'jets , il a des habitansé 

de la Maifon du Roi , Juge gé- C*éft lé Roi tjui a des fHjeis , & 

néral des Armes & Blazons de U France efi fitjette ai» l{pi. M. 

France , Père de Charles d'Ho* Defpréaux profita de la cenfurc. 

fd^ y héritier de fes emplois. Il prit dans le Vers 1 37. to» 

Chang. Vers 148. Ton Prin- Prince ^qu'il mit dans celui- 

ee a des Sujets qui font dignes de ci » au «l de la France ; & le 

tu*,'] Dans les premières £di- rempiap* dans l'autre par n^/rt 

tioosjle Vers xs7. finifToicainfî, ^i* . 



LA fixiérhe Satire contient la defcriptîon des Erii-i 
baras de Paris. Elle faijoit originairement par-^ 
tie de la première Satire, dont V Auteur la détacha 
depuis pour les raifons y que l'on a dites ci-devant. 
Elle efi imitée de Juvénal, qui dans (a troifiéme Sa- 
tire décrit les Incommodités de la Ville de Rome , de^ 
puis le vers i^z.jufqu'à la fin, Martial en a fait 
aujjt la defcription àja manière dans TEpigramme 57» 
du Liv. XIL 
** On trouve dans lafixiéme des Lettres fur les An- 

glois , & les François , & fur les Voyages de M. de 
Murait, imprimées à Genève en 1715. in- 8^. une 
Critiaue de cette Satire. Le Père Brumoy , Jéfuite^ 
iVa refutée dans un Ouvrage^ dont le titre efi: Défenfe 
de la fixiéme Satire de M. Defpréaux , & que M. 
VAhbé Desfontaines a fait imprimer à Paris en 171^- 
à la fuite de Jfbn Apologie du Caraftère des Anglois 
& des François. 

Tout ce que M. de Murait d'une part , & le Père 
Brumoy de Vautre ont écrit fur cette fixiéme Satire 
renferme de très-bonnes chofes & qui méritent d'être 
lues» Quelque envie quon eût d'en faire ufage ici 
dans les Remarques , on s' efi vu forcé d'y renoncer pant. 
la crainte de grojfir trop ce volumei 



SATIRE Vîi 




SATIRE VI. 



v2 U I frappe Tair , bon Dieu ! de ces lugubres cris ? 

£fl:-ce donc pour veiller qu'on fè couche à Paris ? 

Ht quel fâcheux Démon durant les nuits entières , 

^a/Iemble ici les chats de toutes les goutiéres ? 
^ J'ai beau fauter du lit plein de trouble & d'effroi j 
^c pcnfe qu'avec eux tout l'Enfer eft chez moi , 
I-*un miaule en grondant comme un tigre en furie : 
X'autre roule fa voix comme une enfant qui crie. 
Ce n'efl pas tout encor. Les fouris Se les rats 
^ Semblent , pour m'eveiller , s'entendre avec les chats j 
Plus importuns pour moi , durant la nuit obfcure > 
Que jamais , en plein jour > ne fut l'Abbé de Pure. 

Imitation. Vers z. F/1- A Paris, ] Jùtenal » Satirt IIU 
•e^ donc pour 'veiller tm^on fe couche Vers x 31. 

Plurimus hic éger morititr 'vigilando. 

Vers iz. l'Abbé de Voïés ce qu'on a dit au fujet dé 

Vm, ] Ennuicu;t cclçbw. Desp; cet At>bé , Satire II. Vers i8.' 



\ 



\ 



58 s A t I RE V t 

Tout confpirc à la fois à troubler mon repos: 
Et je me plains ici du moindre de mes maux. 

ï J Car à peine les coqs , commençant leur ramage i 
Auront de cris aigus frappé le voifmage : 
Qu'un affreux Serrurier , laborieux Vulcain , 
Qu'éveillera bien-toft l'ardente foif du gain , 
Avec un fer maudit , qu'à grand bruit il appreftc ^ 

io De cent coups de marteau me va fendre la tcfte# 
J'entens déjà par tout les charettes courir , 
Les mafTons travailler , les boutiques s'ouvrir ; 
Tandis que dans les airs mille cloches émues y 
D'un funèbre concert font retentir les nues y' 

^5 Et fc mêlant au bruit de la grcfle & des vents , 
Pour honorer les morts > font mourir les vlvans. 

R £ M ji R (l U £ S* 

Tmit. Vcrsiç. Car â peine les Martial.^ Livre IX. Bpigtêim0 
toqSy commençant leur ramage ^ êcc.l LXIX. 

Nondnm criflati rnpere filentia galli : 

Mntmme jam farvo Xferberibnfque tonas, 

T»m grave percujps incuiibHS ara refiUtant » 

CanJ^dicum medio enmfaber aptat etjm, 

le même Poète dit auflS dans VEpigramme 57. du Livre Xir« 

— ^ ■ paludis malleator Hifpana 

Tritum nitenti fit/ïe verberat fa 



Chang. Vers 17. ^*<»»tf^reMjif tion pofthiime de 171*. com- 

Serrurier , &c. ] Ce Vers & le fui- mcucéc avant la mort de l'Au* 

vant n'ont paru de la manière teur. Dans toutes [es Editions: 

qu'ils font ici , que dans l'Edi- faites pendant fa vie , on lifoit ^ 

Hm'un afreux Serrurur , qf*e le Ciel en comroux 

^ fait pour mes pecbcK , trop voi/tn de cheK nous, 

Imit. Vers ii. J'entens déjà yenal , dans fa troifième X^iV#a 
par tout les charettes courir, 2 Ju- Verstj5. 

* rbedarum tranfitus arSlo 

Vicorum infiexu , &'fia»tif egnvida mandra. 
Sripùmt fomnum. 



s A T I R E V I. 9^ 

EncoL je benirois la bonté feuveralne , 
Si le Ciel à. CCS maux avoir borné ma peine : 
Mais fi feul en mon lit je pefte avec raifon , 

* Ccft cncor pis vingc fois en quittant la maifon. 
En quelque endroit que j'aille , Il faut fendre la prctfc 
D un peuple d'importuns qui fourmillent fans cefTe ^ 
L'un me heurte d*un ais > dont je fuis tout froifTé : 
Je vois d'un autre coup mon chapeau renverfé. 

5 Ud'un enterrement la foncbre ordonnance 
D'un pas lugubre & lent vers TEglife s'avance : 
£t plus loin des Laquais , l'un l'autre s'agaçans , 
îont aboyer les chiens , & jurer les paflans. 
I3es paveurs en ce lieu me bouchent le paiïâge. 

^1-à je trouve une croix de funeftc préfage : 

Imxt. Vers 34. En ^ueltfut en- les troifr fuivans font îmie£s de 
^roifqite faille , &c. ] Ce Vers & Ju-vénal , Satire III. V. X4Î. 
■■ ■ ....— N^bis ^âperantibHS obflMt 

IJnda prior , tnagno populns premit agmine Utmhos 
C^ifequUuT : fetit hic cubitt , ferit afere dur»- 
xAlttr i at hic tigwtm capiti incHtit , ille metreum, 
' lMir,Vets i^. Là efHn enterre» HACE , au Vers 74. 6e VEpttr9 
ment la fknebre ordonnance, ] Ho- //. du II. Livre : 
Trijlia robuflis lu^antur funera planflris, 

Vehs 40. une croix de fio» „ vers : LÀ rr trottve une croix , 

mile prefage, "] On faifoit pendre n &c. puifque c*eft une chofe 
alors du toit de toutes les mai» „ que dans tout Paris tr pueri 
fons, que l'on couvroit, une ^Jciunt , que les Couvreurs, 
croix de latte . pour avertir les >, quand ils font fur le toit d'une 
Paflâns die s'éloigner. On n^y „inaifon,laifrcnt pendre du haut 
pend plus maintenant qu'une » de cette maifon une croix de 
tunpie latte. Desp. ,, latte , pour avertir les paiTans 

Ce Vers aïant befoin d'être „ de prendre garde à eux y & dt 
éclairci , i*eu écrivis â l'Auteur, ,> paUer vifte \ qu'il y en a quel, 
qui me répondit alnfi pacfalet- »» quefois des cinq ou &x dans 

tredu f . de Mai 1709 «, une mefme ru'd ; & que cela 

Jcnef<çaipas pourquoi vous ,»n'empefche pas qu'il n'y ait 
MciUs en peine du Uns de ce »> fouvem des gens blettes :c'eft 

T0mf /. G 1 j 



'xç.6 SATIRE VI: 

£t des Couvreurs grimpez au toit d'une mailbn ^^ 
En font pleuvoir lardoife & la tuile à foifbn. 
Là fur une charrette une poutre branlante 
Vient menaçant de loin la foule qu elle augmente : 

45 Si]f: chevaux attelez à ce fardeau pefant , 
Ont peine à l'émouvoir fur le pavé gliffant : 
D'un çarrofTe en tournant il accroche une roue' , 
£t du choc le renverfe en un gr^d tas de boue. 
Quand un autre à l'inftant s'efforçant dç pafTer » 

|o Dans le mefme embarras fe vient embarrafler. 
Vingt caroffes bienrtoft arrivant à la filé , 
Y font en moins de rien fuivis de plus de mille : 
Et pour furçroift de maux , un fort malencontreux 
Conduit en cette endroit un grand troupeau de bauâ^ 

55 Chacun prétend pafler ; l'un mugit , l'autre jure : 
Des mulets en fbnnant augmentent le murmure^ 
Auffirtod cent chevaux dans là fôuk appeliez , 
Pe rembarras qui croift ferment les défilez , 

'^, pourquoi i'aî dit: *Vne<roix rené wte poutre branlante,] 7%'-. 

^^ de /nnefle préfage. Bkoss^tt^ yu VENAL , Satire troifîémc Vcn( 
IMIT. Vers 41, LA fur nne char^ 2^4. 

1 , I . .Modo longa ctrmfeat , 

Sarrace 'vtntente , ahiet , atqi$e altéra pinmn 
Plaujira 'vehmt , nuiant altè , populôqne minantier, 

Horace, dit, parlant dei mêmes çmbarras , Liv. IT. Bp, II. v.ju 
Torquet nunc lapidem , nune ingens machina tigmtm. 

Chang. Vers 47. -D'^i» carro/fe comme on le prononce au fîa- 

en toitmant &c. 1 Avant rS4i- guljer , m'oblige d'avertir que 

tien dexyxi, il y avoit; D*tm ée mot fe prononce ^e»s, Ainfi 

carroITt en pajfant &c. il rime avec malencontreux ^ qui 

Vehs ^4. »» r'^»«< «»*»»- cft dans le Vers précédent. On 

peau de bteufs, 3 L*ufage vicieux prononce auffi des Oeus , quo*- 

de quelques Provinces , où l'on qu'on écrive Oeufs, Brossette. 

(.Tpaoricc , ^flM»/* au pluriel , Vi»-* î7. -*^ - <f **»< **^ 



1 



s A T I R E V 1. loi 

It par tout des pafTans enchaînant les brigades , 

► Au milieu de la paix font voir les barricades. 
On n'entend que des cris pouflcz confiifëment , 
Dieu , pour s'y faire ouïr , tonncroit vainement. 
Moi donc , qui dois fouvent en certain lieu me rendre • 
Le jour déjà baiflant , & qui fuis las d'attendre , 

r Ne fçachant plus tantoft à quel Saint me voiicr y. 
Je me mets au hazard de me faire roîier. 
Je faute vingt ruiiTeaux , j'efquivc , je me pouflc : 
Gucnaud fur fon cheval en paffant m'éclabouffe j 
Et n'ofant plus paroiftre en l'état ou je fuis j 

o Sans fonger où je vais , je me fauve où je puis. 
Tandis que dans un coin en grondant je m'effuic , 
Souvent , pour m'achever , il furvient une pluie. 
On diroit que le ciel qui fe fond tout en eau , 
Veuille inonder ces lieux d'un déluge nouveau. 

^5 Pour traverfer la rue , au milieu de l'orage , 
Un aisfur deux pavez forme un étroit paffage ; 
Le plus hardi laquais n'y marche qu'en tremblant. 
U faut pourtant paffer fur ce pont chancelant , 

*vdt*x , 8cc. 1 Ce Vers & les trois plus célèbre Médecin de Paris , 
fuivans n'êtoient pas dans la & qui alloic toujours à che- 
première Edition faite en 1 666. val. D e s p. Voïez Satire IV. 

Vers ôo. font voir les V. ?t. 

barricades. ] L* Auteur défignc en Vers 70, Sans fonger ok je 
cet endroit les Barricades qui fe 'vais , je me faurve où je puis. "] 
iirent à Paris au mois d*Août L'Auteur s*eft imité lui-même , 
1^48; pendant la Guerre Civile & ce Vers eft l'original de cet 
delà Fronde. autre , qui finit le Difcoms an 

Vers 68. Guenand, ] C'eftoit le J?o» : 

Je me fauve à la nage , c^ Y aborde otSt je puis. 

Vers 75. On dirait que le préfèrent Kwt ;& c'eft aufout* 
Çid. , . , , Veinlle, 1 Bien des gçns d*hui l'ufage le plus commun, 

Giij 



ïoz SATIRE VI. 

Et les nombreux torrcns qui tombent des goutiercs. 
to GrofTifTant les ruifleaux , en ont fait des rivières. 

J'y paffe en trébuchant ; mais malgré l'embarras , 

La frayeur de la nuit précipite mes pas. 

Car fî-toft que du foir les ombres pacifiques 

D'un double cadenas font fermer les boutiques ; 
85 Que retiré chez lui , le paifible Marchand 

Va revoir Tes billets , & compter fon argent : 

Que dans le Marché-neuf tout eft calme & tr^quillc | 
^ Les Voleurs à Finftant s'emparent de la ville. 

Le Bois le plus funcfte , & le moins fréquenté , 
50 Eft , au prix dç Paris , un lieu de feureté. 

Malheur donc à celui qu une alfaire imprévue 

Engage un peu trop tard au détour d'une rue. 

Bien-toft quatre Bandits lui ferrant les coftez : 

La bourfe : il faut fe rendre ; ou bien non , réfîftez : 
95 Afin que voftre mort de tragique mémoire , 

Des maflacres fameux aille groffir THiftoire. 

T M I T. Vers 8 3 . Car Ji-tofl que Jwvénal , dans fa troifiéme Sa- 
dufoir les ombres pacifiques , &c.] tire , v» 303. 

■ ' Nil»» , quifpoliet te 
Non deerit : claufis domibus , pojlquam omnis ubiquê 
Fixa catenau filuit compago tabenue, 
Jnterdum df ferro fubitus grafafor agit rem , &c. 
Vers 88. Les Voleurs À tin- cernes , par le redoublement du 
fiant , &c. ] On voloit beau- Guet & de la Garde j par un re. 
coup en ce temps-Ià dans les rues glemcnt fur le port d'armes , & 
de Paris. D E s p. contre les gens fans aveu ;& par 

Les dèfordres que les Voleurs plusieurs autres Ordonnances , 
commettoient dans Paris , & le dont l'exécution fut confiée â M, 
danger qu'il y avoit à fe trouver de la l(ffmie , Lieutenant Général 
Ja^ nuit dans les rues , font ici de Police. En peu de tems la (û- 
dccrics fort naïvement. En 1 667. retc fut rétablie dans Paris, 
le Roi pourvut à la fûreté.publi- Vers 96. Des maffacres fameux ^ 
(^qe par l'établidèment des Lan- &c. ] Il y a une Hifloirç imitv,^ 



I 



s A T I R E V I. loj 

l^Nîur moi fermant ma porte , & cédant au fommeil , 
" -M- ous les jours je me couche avecque le Soleil. 
j^iais en ma chambre à peine ay-je éteint la lumière , 
> <Iîu ils ne m eft plus permis de fermer la paupière. 
X)es Filous effrontez , d'un coup de pidolet , 
ébranlent ma feneftre , & percent mon volet. 
^ entens crier par tout , au meurtre , on m'aiTaffinc ; 
Ou , le feu vient de prendre à la maifbn voifîne. 
^ -5" Tremblant & demi mort , je me levé à ce bruit , 
Et (bu vent fans pourpoint je cours toute la nuit. 
Car le feu , dont la flâme en ondées fe déployé , 
^ait de noftre quanierune féconde Troye j 
Où maint Grec affamé , maint avide Argien , 
^^ Au travers des charbons va piller le Troyen. 
Enfin (bus mille crocs la maifon abyfmée 
entraîne auffi le feu qui fe perd en fiimée. 
Je me retire donc , encor pâle d*efFroi : 
^ais le jour eft venu quand je rentre chez moi. 
-5" Je fais pour repofer un effort inutile : 

Ce n*eft qu à prix d'argent qu'on dort en cette Ville. 

lée, Uifloire des Larrons. Desp. meil.'] Dans les Editions quî ont 
Chang. Vers 97. Pour moi fer^ précédé celle de 1701. ce Ver» 
maint ma porte ^ & cédant att jfom» croit ain(î : 

Pour moi qu'une ombre étonne , accablé de fommeil, 

V E IL S T06, Et fourvent fans I M l T. VcfS il 6* Ce n*efl ifu'à 
pourpoint , &c. ] Tout le monde prix d'argent tfu*on dort en cette 
en ce temps là portoitdes pour- ville, ] Juvenal , dit Satire III. 
points. Desp. vers zj^. 

■ Magnis opibus dormitm in Ifrbe, 

Nôtre Pofe'te a furpaflc le Poète Et ce n'efi qu'à grands frais qu*oH 
Latin. S'il avoit voulu fimplc- dort en cette Ville, Mais , à prix 
ment le traduire , il auroit dit : d'argent , a bien plus de force & 

G iv 



ID4 s À T I R E V I. 

Il faudroit , dans l'enclos d*un vaftc logement 3^ 
Avoir loin de la rue un autre appartement , 
Paris eft pour un Riche un pais de Cocagne : 
^ 10 Sans fortir de la ville , il trouve la campagne : 
11 peut dans fon jardin tout peuplé d arbrc^s verds , 
Receler le printems au milieu des hy vers , 
Et foulant le parfiun de fes plantes fleuries , 
Aller entretenir fes douces rêveries. 



jl'énergie : c*cft comme fi l'on Epigrammes contre les perturba? 
difoit, plus il en coûte, & mieux teurs du repos de la nuit, die 
pn dort. dans la LVII. du Liv. XII. qu'on 

Martial , qui a fait plufîeurs adëjacitée : 

^ec coptandf fpatmm , nec quiefcenii 

In *Vrbe tccus ejl pauperi. 

Vers 119. m» pais de cernent de fa première Macat»' 

Cocagne. "^ Pais imagiHairc , çû »^> , après avoir invoqué To^»*, 

les habitans vivent dans une PedraU ^ Mafelina ^ Se a.ntres AIu- 

heureufe abondance , fans rien fes Bnrlefques , décrit les Mon- 

faire. On e(l incer»in fur l'o* tagnes où elles habitent , comme 



rigine de ce non). Fmetiere dit , 
que dans le HaM- Languedoc on 
appelle Cocagne \ un petit pain 
de Pa(èel : & que comme le Pa- 
flel eft une herbe , qui ne croît 
que dans des terres extrêmement 
fertiles , on a nommé ce Païs-là) 
un Pats 4e Cocagne, En Italie , 



unféjopr de fauflès , de potages» 
de broiiets , de ragoûts « de rç- 
flaurans ; où l'on voit cc^uler 
des fleuves de vin , & des ruif- 
feaux de lait. Il y a bien de l'ap- 
parence , qu'un tel Païs à tiré 
fon nom de celui de fon Inven- 
teur , & que de Cocayo , on au- 



îur la route de Rome à Lorette » ra fgit Cocagna, Cette façon dp 

ilva> dit on , qne petite con- parler n'efl: pas ancienne dans 

trée , qu'on nomme Cucagna , nôtre Langue : on ne la trouve 

dont la fîtuation efl: très-agréa- ni dans I^abelais , ni dans Ma* 

blc , ôc le terroir très-fertile ; rot , ni même dans i(?^»er. Mer- 

mais fur tout , les denrées y font Un Cocate\ dont le jargon n'eft 

excellentes & à bon marché. Ne pas fort aifé à entendre , a trou- 

iQTOit et ^oiTit le Pats de Cocagne? vé peu de Leftcurs en France i 

M. De la Monncye , de l'Acadé- & la traduûion qu'on nous en a 

mie Françoife , qui a pris la donnée en profe , n'a été impri- 

peine de revoir ces ^marques ^ mée qu'en 1606, Enfin , le fa- 

éft perfuadé que cette façon de vant M. Haet , ancien Evêquc 

parler vient du fameux Merlin d'Avranches , a bien voulu cn-f 

Oocâ'ié , qui , tout au cpnunenr lichii cette I^nutr^^é àe fes çôiît 



s A T I R E V I. 105 

^ Mais moi , grâce au deflin , qui n'ai ni feu , ni lieu , 
-Je me iogç ou je puis , & comme il plaift ^ Dieu. 

Kemar<ives. 

-ïe£burcs. Il croit que Cocapie logeoit aufli dans la même maî- 

'^MKsnt de Gogailte : Pats de G«- fon i & quand il en fortit , ou 

X*xille y & par corruption yPaïs donna fa chambre i nôtre Au- 

^^ Cocaigne, Selon lui , Gog^ilU tcur. Cette chambre êioit pra- 

^^■îcnt de Gogne , qui cft une ef- tiquée à côté d'un grenier au 

J^ tccc de Saupiquet , ou de Farce, quatrième étage ; fi: M. i^*A 

•^^énage n*a rien dit de ce mot. préaux s'applaudiflant de fon lo- 

-^^ jcoss. gemenc nouveau , difoit : ]e fiùs 

Vers liç. Mais moi »,, .\ defcendu an grtnier, 

^mti rTai ni fe» ni iieu.] Quand Au refte , l'Auteur vouloit 

-^^ Auteur compofa cette Satire , mettre au nombre des incom- 

^ X. étoic logé dans la Cour du modités de Paris , la grande 
^t^alais ♦ chés fon Frère aîné , yé- 
'^^^me Boileau, Sa chambre croit 
-^^.^-deflus du grenier , dans une 
^^fpèce de guérite aif cinquième 
^^&cage. GiUes Boileau, leur Frère, 



affluence de peuple , qui fait 
que l'on y eft toujours ex- 
trêmement ferré, & il auroit 
terminé fa defcription par Cft 
Vers : 



Cherchons ime autre faille ok nons pniffions tenir, 
<^DU bien : 

Et cherchons une Ville «m l^on putffe tenir, 

^^iCaîs il ne voulut pas emploïer ime K>//e,ngniHant auffî fe défen- 
de Vers à caufe de Téquivoque , dre contre les ennemis , qv^ 
<iui s'y rencontre -, tenir dans l'ailîcgent. 




T^miU 



LAfepttême Satire fut faîte à la fin de 1 661 . ipm^^ 
diatement après la première & lajîxiéme. 'Ujim-fM 
teury délibère avec fa Mufe , s'il doit continuera com-^ 
fofer des Satires ; & y malgré les mconvéniem^ïkJ^M 
détermine àfuivre fon génie, Horace a traité le wÊ/A ^ ^ 
fujet dans la I. Satire de fon IL Livre. M. IJfefprçii^ 
n'en a pris fimplement que l'idée. ' ^-r > ^ 

Jean de La Frefpaie-Vauquelin , Gentilhomme-ji^, 
Normandie , Seigneur de La Frefnaie au Sauvaze.yûfli 
Sajfi y de Boejfey y des Yvetaux , des Aulnez & d'Àrri; 
Confeiller du Roi y & Préfidem du Bai\la^e & Siège 
Préfidial de Caen;Père du célèbre Nicolas Vauquelin 
des Yvttt^uXyqui fut Précepteur de Louis %lll. efi le 
premier^ de qui nous aions,en nôtre Langue,des Satires 
dans le goût de celles d^s Satiriques Latins , qu'il fe 
fropofa d'imiter. S*il n'a pas toute la force , tout le 
feu y tout le plaifant de Régnier , il a plus de jujiejfe. 
Il imagine moins , mais ilpenfe d'avantage. Sa yerfi-- 
fication y fon Lamage &Jon Stile , ont les défauts de 
fon tems. Ses Satires &Jes Epîtres rampent quelque- 
fois y parce qu'il outre lafimplicitéy quiî croit appar- 
tenir a ce genre de Poëfie. A fon exemple , Régnier 
& M, Defpréaux ont pris tout ce qu'il leur convenoit 
dans Horace , dans Perfe & dans Juvénal. // a lui- 
même profité beaucotfp aujji J^j Satires de TAriofte. 
Les fiennes fe trouvent dans le Volume y qu'il fit im- 
primer y vers la fin de fa vie en 16 ii. à Caeriy chés 
Charles Macé , fous ce titre : Les Poëfies diverfes du 
Sieur de la Frefnaie-Vauquelin. C'efl un in-8®. La II. 
Satire du I. Livre , adreffée à Monfeigneur de Chir 
verny , Chancelier de France , efi imitée 4*Horace ; 
& le Po'èté s'entretient avec le Chancelier , de même 
çw'Horace fait avec Trébatius , fur les dangers , avf 
quels il s'expofe en s' appliquant à la Satire. 

Voies la Remarque //ir le Vers 30. de la IX, Satire, 
au fujet du Stile de cet ancien Poète François , aujouTr 
d'hiii très-peu connu , mais qui mérite de l'être. 




SATIRE VII. 

jM use, changeons de ftile , & quittons la Satire, 
C'eft un méchant métier que celui de médire. 
A r Auteur qui Tembra/ïè il eft toujours fatal. 
X.e mal qu'on dit d'autrui , ne produit que du mal. 
^ Maint Poète , aveuglé d'une telle manie , 
^n courant à l'hoimeur , trouve l'ignominie , 
^t tel mot , pour avoir réjoui le Ledeur , 
-A coûté bien fouvent des larmes à l'Auteur. 
Un éloge ennuyeux , un froid panégyrique ,' 
^^ Tcut pourir à fon aife au fond d'une boutique , 
>7e craint point du Public les jugemens divers , 
Et n'a pour ennemis que la poudre & les vers. 

R £ M ^ R q^u £ S. 

Imitation. Vers i . Mu- la Satire, ] Mautxal , Livre II, 
ft y tbangeons de flile , d^ quittons Epigr, XXII. 

i^id mihi -votifcum efl , i Phmbe , ntrvemqne Sirores ? 
Ecce nocet Vati Mnfa f9Cofa/i*o, 



loS S A T I R E V I I. 

Mais un Auteur malin , qui rit , & qui fait rire , 

Qu on blâme en le iifant , & pourtant qu'on veut lire 5 

1 5 Dans fes plaifans accès qui fc croit tout permis , '^ 

De fes propres rieurs fe fait des ennemis. 
Un difcours trop fincere aifément nous outrage , 
Chacun dans ce miroir penfè voir fon vifege : 
Et Tel en vous liGmt , admiré chaque trait , . 

10 Qui dans le fond de Tame , & vous craint & vous haît. 
Mufe , c'eft donc enyain que la main vous démange. 
S'il faut rimer ici , rimons quelque loiîangc , 
Et cherchons un Héros parmi cet univers , 
bigne de noftre encens , & digne de nos vers. 

2. j Mais à ce grand effort envain je vous anime : 
Je ne puis pour loiier rencontrer une rime. 
Dés que j'y veux rêver , ma veine eft aux abois.^ 
J'ay beau frotter mon front , j'ay beau mordre mes doigts^ 
Je ne puis arracher du creux de ma cervelk ,• 

3 o Que des vers plus forcez que ceux de la Pucelle : 
Je penfe eftre à la gefne y & pour un tel deffein , 
La plume & le papier rellftent à ma main. 
Mais quand il faut railler , j'ai ce que je fouhaite* 
Alors , certes alors je me connois Poète : 

3 5 Phebus , dés que je parle , eft preft à m'exauçer. 
Mes mots viennent fans peine , ôc courent fe placer. 
Faut-il peindre un fripon , fameux dans cette Ville î 
Ma main , fans que j'y rêve , écrira Raumâville. 

V E H s 30. J^e des Vêts plus ilont tous les Vers fcmbleot faîtS 
forcer, qne ceux de la Pi*celle,'\ en dépit de Minerve. D E s P. 
Pocmc héroïque de ChitpeUin , Voies JDsfcoms à» ^ot , y, xi* 



SATIRE VIL 

^Vtt-il d'un Sot parfeit montrer l'original ? 
■^^ plume au bout du vers d'abord trouve Sofal. 
^ fens que mon efprit travaille de génie, 
^^t-il d'un froid Rimeur dépeindre la manie > 



lop 



Ri:Mj4rq^ujss. 



V E !L s 40. — - ■ d'abord troitvt 

<^ofaL j II s'agit ici d'Henri Sau^ 

'~^al^ Auteur d'un Livre imprimé 

iong-tems après fa mort , fous 

«e titre : HijioireC^ ^cherches des 

'^Antiquités de la Fille de Paris , 

J>«r M. Henri Sauvai , A'vocat au 

Parlement. Paris 1714. J. Vol. 

infol. Cet Avocat avoit travaillé 

fur d'affés boas Mémoires i mais 

il gâta tout par fon ftilc chargé 

d'cxpreflions cmpoulées ôc de 

^gures extravagantes. Il avoit 

'ïJis dans cette Hifloire un Cha« 

titre des lieux de débauche , qui 
toient autrefois dans Paris. M. 
'C>efpréaMx fe fouvenoit d'une 
ï>hrafc de ce chapitre , par la- 
quelle on jugera du ftile de Sau- 
Val. Ces /aies Jmpfidtques , ces in- 
fantes Débauchées ', allèrent cher- 
cher w% aRle dans la rue Brife-mi- 
che 5 & de-là elles contemplèrent en 
ySiretétes tempêtes & Us orages qui 
^*éle%foient continuellement dans la 
rué Chapon. Les Editeurs ont eu 
foin de reformer ce ftile. M. 
I{ichard Simon , dans fes Lettres 
choifies , Tome III. Ed. de 1698. 
Let, dernière^nous apprend pour- 
quoi cet Ouvrage ne fut pas im- 
primé du vivant de l'Auteur. 
„ L'Ouvrage, tel qu'il ctoit, au- 
„ roit vu le jour , ditil , fi M. 
^fColbert avoit voulu faire don- 
„ ner â l'Auteur une penfion de 
5, mille écus , & je ne fai quelle 
a» Charge honoraire feulement 



„ dans la Maifon de Vilte ... « 
„ Comme il êtoit d'un naturel 
„ chagrin , il ne put fupporter 
„ ce refus ; & ce qui augmen- 
„ toit fon chagrin , c'eft qu'il 
„ prétendoit avoir rendu à M. 
,, Colhert un grand fervice , dont 
„ il croïoit n'avoir pas été bien 
„ TCCOmpcnfc.Lcs Moines de faint 
,, Germain des Prs:^, demandoient 
}) au Roi de grofles fommes d'ar- 
„ gent pour de certaines places 
„qui avoient été â eux, MsColberf 
»y leur avoit fait offrir une fom* 
„ me confidérable , qu'ils refu- 
„ sèrent d'accepter. Saurval , qui 
,} avoit vu dans le Tréfor des 
„ Chartes une Pièce en très- 
„ bonne forme , qui contenoit 
„ le paiement qu'on avoit fait 
„ pour cela aux Moines , alla 
„ lui-même en donner avis à M. 
„ Colbert. . .. Il fc plaignoit que 
„ M. Colbert ne lui avoit envoïé 
„pour un avis de cette impor- 
„ tance, que cent louis, qu'il 
„ n'avoit point voulu recevoir... 
„ Vous voïez par tout ce que je 
,, vous ai rapporte , qu'un hom- 
,, me moins chagrin , & moins 
„ intereflé que M. Saurval , au- 
„ roit donné au Public cet Ou* 
„ vrage , qui taifoit honneur à 
,, l'Auteur.,, 

- On en a détaché un Difcouri 
intitulé •• Amours des l{pis de 
France fous plujteurs I(aces , qui 

a èié imprimé fépatémenc. 



lîo s A T I R i? V I I. 

Mes vers , comme un torrent , coulent fur le papier j 
Je rencontre à la fois Perrin , & Pelletier , 
45 Bonnecorfe , Pradon , Colleter , Titrevile , 

Et pour un que je veux , j'en trouve plus de mille. 



V E H s 44. & 4^. /* rencontre 
^ la fois Perrin &- Pelletier ^ Bonne- 
corfe , Pradon , Colletet , Titre- 
ville . ] Poëtes décriez. D E s p. 

VAbbé Perrin , Introduâcur 



Pelletier : Voïez Difcows an 
^oi , Vers ^4. 

C H A N G. Vers 4;. Bonnecorfe, 
Pradon^ ] Au lieu des deux pre- 
miers noms , il y avoir ceux de 



^s Âmbaffadeurs de Gaston de Bardot* , Maurqy , Bourfattt , dans 
France , l>tt€ d'Orléans , a tra- les premières Editions. Mais 
duic en Vers François VEné't'de Manroy & Bourfaut devinrent 
^c'rirgile , & il a fait plusieurs amis de notre Poète , & en mc- 
autres Poëfîcs, qui furent impri. me-tems Bonnecorfe & Pradon 
méesen 1661. Il fut le premier firent paroître contre lui des 

2ui obtint en 1^69. le privilège Ouvrages remplis d'injures. Cela 
'établir en France des Opéra à fut caufe qu'il ôta les noms des 
l'imitation de Venife -, mais en premiers , pour faire place à 
s 671. il fut obligé de le céder au ceux-ci j & c'eft â propos de ce 
célèbre Lulli. Pierre Perrin êtoit changement de nom qu'il Ht 
né à Lyon. VEpigramme fuivante : 

Venex. » Pradon Or Bonnecorfe , 

Grand Ecriuains de mefme force » 

De 'VOS Vers rece^voir le prix j 

Venex. prendre dans mes écrits 

La place que vos noms demandent 9 

Linière , ^ Perrin vous attendent, 

tainc - Jean , & de faint Ché- 
ron de Chartres , Prieur de 



BardoH : mauvais Poète > qui 
avoit fait inférer quelques petits 
Ouvrages dans les Recueils de 
Poéïies , qu'on imprimoit alors. 

Jean Tefln de Mawroy , dont 
les Ouvrages paroifToient auflî 
dans les Recueils de Pob'fies , a 
été enfuite de l'Académie Fran- 
çoife. Il êtoit Abbé de Fon- 



S. Jean de Dampmartin , &. Au- 
mônier de Madame la Ditcheffe 
d'Orléans, Il mourut le i o. d'A- 
vril 1706. âgé de quatre-vingt 
ans. Nôtre Auteur avoit auffî 
fait les deux Vers fuivans , qu'il 
n'a jamais fait imprimer, 
i^» ne hait point tes Vers , ridicule Mauroy , 
Pourrait bien pour fa peine aimer ceux de Fourcroy. 

C*eft une traduction du fameux Vers de Virgile , Eglogue III. 

ilui BaïAum non odit , amet tua carmina , Mdx/i, 

BourCaut : Dans le tems Satire , Bourfaut avoit un démêlé 
que nôtre Poète compofa cette avec Mçlière , coatre qui il &t 



s A TI R E V 1 I. , m 

.J^uflî-tod je triomphe , & ma Mufc en fccrct 
S>^e(time Se s'applaudit du beau coup qu'elle a fait, 
^^*cft cnvain qu'au milieu de ma fureur extrême , 
» ZJe me fais quelquefois des leçons à moi-rméme. 
Xnvain je vçux au moins faire grâce à quelqu'un , 
^a plume auroit regret d'en épargner aucun ; 
It fi-toft qu'une fois la verve me domine , 
Tout ce qui s'offre à moi pafTe par l'étamine. 
S Le Mérite pourtant m'eft toujours précieux : 
Mais tout Fat me déplaift ^ me blefle les yeux, ** 
Je le pourfuis par tout> comme un chien fait fa proyc« 
£t nç le fens jamais , qu'aufli-toA je n aboyé* 



line petic^ Comédie , intitulée , 
JLt Portrait dn Peintre , ou U Con- 
mre'Critique de tEcole des Femmes, 
«luifat repréfeotée au mois de 
"Novembre 1 667, par les Comé- 
diens de l'Hôtel de Bourgogne. 
Molière ne regarda pas Bourfaut 
comme un ennemi digne 4e Ton 
reflentiment } mais nôtre Au- 
teur le plaça dans cette 'i'4t(Ve , 
Ïouc faire plaifîr à Molière, 
oierfaut s'en vangea par une au- 
tre Comédie , qu'il Ht contre M. 
pefpréaux , intitulée , La Satire 
des Satires \ & cette Pièce de- 
voit être joiiée par les mêmes 
Comédiens \ mais M. Defpréatix 
obtint un Arrêt du Parlement , 
qui leur £t défenfe de la ré- 
préfenter, Bourfaut^ ne voulant 
pas perdre le fruit de fa van- 

feance , fit imprimer fa Comédie, 
Jle. fit néanmoins fî peu de 
bruit , que nôtre Auteur aâuroit 
qu'il ne l'avoir vui' que trois ou 
Quatre ans après qu'elle eut été 



imprimée. La querelle n'alla pas 
pli|s loin , entre deux ennemis « 
qui ne fe connoifToient même 
pas l'un l'autre. Mais M. Def^ 
préaux étant allé aux £aux de 
Bourbon en 168^. Bourfaut , qui 
êtoit alors Receveur des Gabelles 
à Montluçon , l'alla voir > lui 
o^it fa bourfe & fes ferviccs , 
& voulut même le régaler. De- 
puis cette reconciliation » ils fu- 
rent fort bons amis : ôc nôtre 
Auteur ôta de fes Satires le nom 
4e Bourfaut, 

Edme Bourfaut êtoit de Mufli- 
l'Evêque en Champagne « & 
mourut à Paris en 1701, Quoi- 
qu'il ne fût pas le Latin ; il n'a 
pas laide de faire des Ouvrages 
en Vers & en Profe , qui font 
eftimés. 

Vers 4^. Colletet , Titrewlle. 1 
Sur Colletet^ voïés Satirel. v. 77. 

TitrrviUe : Poète très-obfcur, 
dont il y a quelques Vers daus 
les Recueik de Pocfies. 



111 s A TI R E V I I. 

Enfin , fans perdre temps en de fi vains propos , 
^o Je fçai coudre une riipe au bout de quelques mots : 
Souvent )*liabille en vers une maligne ftoCc : 
C'efl: par là que jt vaux , û je vaux quelque chofe. 
Ainfi y Coït que hien-toft , par une dure loi , 
La mort d*un vol-af&eux vlexme fondre Cm mol ^ 

R £ M jé X q U £ S. 
\ 

Imit. Vers €o. Je ffai cou- mots, ] Horace , L. I. Satire IV. 
ire une rime au beat de tjHelt^ues Vers 41. 

Keqite enim concUtdtre iterfiim 
JDixeris effefatisi ne^ue , fi ^juis fcribat , ufi nos , 
Serwtôni propiord , piues bnnc effe Poétam, 

Tmit. Vers «5. 79. Ainfi^ Peuple Latin, } Tout cet en<lrott 

fait que bieu-tofl , par une dure loi , cft imité d'Hêrate , L, II. Satire 
9cc. Gourmande or courroux tout I. Vers ^7, 

Ne longum fatiant , feu me tranquilla SeneSlus 
ExpeStat , feu mors atris circum'volat alis , 
Di-ues , inops , ^oma , feu fors ita jufferit , exui^ 
^iftfuûi erit 'viu ^fcribam , tolor. puer ^ ut fis 
Viulis metm , e^ mafomm nequis amicus 
Fri$ore teferiat, Quid ? cum efl Ijucilius aufùs 
Primus i» hune operis componere carmina morem , 
Detrahere f^ pellem , nitidut tjuâ t^uifque per orm 
Cederet , introrsàm turpis ; num Lalius , aut ijui 
Duxit ab opprefiâ meritùm Carthagine nomen » 
Jngeniù offenfi , aut lafo doluere Metello , 
Famofififue Lupo cooperto t/erfibus ? at^ui 
Primores populi arripuit fopulumque tributim , 
Scilicet uni atjmts t/irtuti atque ejus amicis. 
Voici de quelle manière La race , & pas mal pour Ton tems. 
frefnaie.Vauquelin ♦ Livre I. Sa. Il eft aifc de voir que nÔHfr 
We II. a imité ces Vers à*Ho^ Auteur en a profité. 
. pour dire en bref, eu foit que la 'vieilleffe 
De m* en aller de long tems ne mepreffe , 
Soit que la mt^rt aux noires ailles- tAnt , 
Soit cpiien prifon , hit qu*aiUeurs on me tint ^ 
Soit paui/re ou riche , oufoit que hors de France 
3ani fe 'vi've en extrême fouffrante 
( Hfu Dieu ne TjueiUe ) à jamais f*efcrir^ 
Comme faillir le monde t^Hjerrajf^ 
Ho y mon ami , refpons-iu , la chandeUe , 
£m luit e» t^ ni t*efi pas iwmortelUi , 

Soit 



SATIRE VII. II) 

i Soit que le Ciel me garde un cours long & tranquille , 
A Kome ou dans Paris , aux champs ou dans la ville , 
I^uft ma Mufe par là choquer tout l'Univers , 
^ichc , gueux , trifte ou gai , je veux faire des Vers. 
I^auvre Efprit , dira-t'on , que je plains ta folie J 
Modère ces bouiIlon$ de ta mélancolie ; 
^t garde qu'un de ceux que tu penfes blâmer 
-ÏV*^tïcigne dans ton fang cette ardeur de rimer. 

R £ M yi R q^ a £ Se 

Craindre tu dois qu'un mignon déloyal 

^* l'ejleingnifl enfaifantdu rtyal } 

Et faccufant que ta, Mufe goffeufe 

Piquajî des grands la façon cauteleufe : 

i^e tu efcris aumefpris de la Cour , 

Ou l*on doit ejlre ai/eugle , mut O fourd 

Ç outre -r^ponce , au Poète Lucile, 

il n'aidnt mal pour écrite en fa i/illt 

Des 'vers mordants , ^pres & repreneurs , 

Vont il taxoil les Confuls c^ Seigneurs, 

Non plus qu'il fifl au * Calabrais qui grati * Hotace« 

De fes amis lafofon délicate , 

N'e/pargnant point de I(pme les premiers , 

Pre/teurs . Quefleurs , Sénateurs , Che-valiers , 

M nis feulement il efloit favorabU 

^4 la 'vertu : &c* 

C M A K G. Vers 6S, lijche j faire des P'ers, ] Il y avoit dans 
fueux , trijie ou guai , je 'veux les premières. Editions : 
J(iche , gueux , ou content , &C. 
Defmarets , dans fa Defenfe du pofé , comme trijle ; & il pro- 
Po'ême Héroïque , condamna cet pofa de mettre ainiï ce Vers 
endroit, parce que content de- & les trois, qui le précè<« 
jnandoit un mot, qui lui fût op- dent^ 

„ Enfin , foit que m'attende une heuteufe vieille fe , 
,, Soit que la Mort m'arrête en ma 'verte jeunejje 
„ Vans Paris , ou banni , 'vaguant par l'ifni'vers » 
„ ^che ou gueux , trifle ou guai , je 'veux faire des 'vers, 

M, Vefpréaux profita fagement VII. Vers ^ç. en parlant de l*u* 
de ce quatrième Vers ; & c'eft ce tilité , qu'il retiroit des cenfurc* 
qui lui a fait dire dans Ton Epitre de fes ennemis. 
Uff4ifw Imt avif corriger mes erreurs» 

Tmcl. H 



114 SATIRE VI r. 

Hé quoi ! lors qu autrefois Horace après Lucilc 
Exhaloit en bons mots les vapeurs de fa bile , 

75 Et vangeant la Vertu par des traits éclatans , 
Alloit ofler le mafque aux vices de fbn temps : 
Ou bien quand Juvenal de fa mordante plume 
Faifant couler des flots de fiel & d'amertume , 
Gourmandoit en courroux tout le Peuple Latin , 

80 L'un ou l'autre fit-il une tragique fin ? 

Et que craindre , après tout , d une fureur fi vaine ? 
Perfonne ne connoift ni mon nom ni ma veine. 
On ne voit point mes vers , à Tenvi de Montreiiil , 
Groffir impunément les feiiillets d'un recueil. 



E M ^ R q^U E S. 



Vers 8i. Perfonne ne connoifl 
ni mon Mtn ni ma 'veine, ] Ce Vers 
annonce que cette Satire cft un 
des premiers Ouvrages de l'Au- 
teur. Il n'auroit pas pu dire , que 
perfonne ne connoiffoit ni fon nom ni 
fa 'veine , après avoir adrelK les 
autres à diverfcs perfonnes. 

V E R. s 85. A fenvi de 

Montreiiil, ] Le nom de Montreiiil 
dominoit dans cous les frequens 
Recueils de Poëfies choifîes 
qu'on faifoit alors. D e s p. 

Cet Auteur s'appelloit Mat- 
thieu de Monterchi , quoiqu'on 
le nomme ordinairement , Mon- 
treiiil , & que fon nom fe trou- 
ve écrit de cette manière au 
FrontifpJce & à la fin de l'E- 
pitre Dîcdicatoire de Tes Oeurvres , 
qu'il Ht imprimer lui-même à 
Paris chés Barbin en 1671. en 
un vol. in-iz. Ce font des Let- 
tres & de petites Poëlies , dont 
le plus grand nombre font des 
Madrigaux, C'eft un genre dans 
lequel MontreUil difpute U ptc- 



mier rang à la Sablière, Ses Vers, 
& fon ftiIe,font également clairs, 
aifcs , coulans , & naturels. Il 
êtoit fils d'un Avocat de Paris , 
&c naquit en 1 610. Il a toujours 
porté l'habit Eccléfîaftique, fans 
entrer dans les Ordres. II joùif- 
foit , dans fon tems , de la jufte 
réputation aue fes Vers lui dé- 
voient acquérir : mais il affec- 
toit an peu trop de les faire 
metrre dans les Recueils, C'eft 
à quoi nôtre Auteur fait allu- 
fion. Montreiiil ne fe fâcha point 
de cette petite raillerie -, au con- 
traire , il a toujours été des 
amis de M. Defpréatuc , qui avoic 
foin de lui cnvoïcr un exemplai- 
re de fes Oewvres toutes les fois 
qu'on les imprimoit. V-^bbé de 
Montreiiil mourut à Valence au 
mois de Juillet 1691. chés M. 
de Cofnac , fon ami , alors Evc- 
que de Valence , & enfuitc Ar- 
chevêque d'Aix. 

Imit. Vers 83. & 8^. Oh ne 
tfnt ptint met. 'vers , &c. A peine 



s A t I R È Vît ti; 

A peine quelquefois je me force à les lire , 
Pour plaire à quelque ami que charme la faclre : 
Qui me flatte pcut-eftre , & d*un air impoftcur ^ 
Kit tout haut de louvrage , & tout bas de l'Auteur* 
Enfin c*efl: mon plaifîr : je veux me fatisfaire ^ 
Je ne puis bien parler , & ne fçaurois me uire : 
Et dés qu'un mot plaifant vient luire à mon e(prlt « 
f c n ai point de repos qu'il ne foit en écrit : 
Te ne Tefifte point au torrent qui m'entraîne. 

Mais c'eft ailez parlé. Prenons un peu d*halelû04 
Ma main pour cette fois , conunence à fe lailer. 
Unifions. Mais demain , Mufe , à recommencer. 

R £ M jf R q^ U £ S. 

qHtl(ftiefofs , &c. 1 Ces Vers font de ceux-ci de la Satire t V. du t* 
miles, quant à l'idée feutemenr. Livré à'Hêraa , Vers 71 4 
KitlU tabema mtos baheat y netput pila libeiUs , 
ilutis mdnus infudet 1^^ % Hermogtnifqut TigeUi^ 
Non reelto cuiquam , nifi amicis , idqut OêaSius : 
Non itbi ws , coranrv* tjuibuflibet. 

Vers 8S. J(if tout haut dé Nk- pa pas à ndcre Poëee } & c*eft à 
Wtf^r , e^ toH$ bas de i'Aïuewr, ] quoi il ùàx, allu(k>n dans cet en- 
Quand M. Defpréaux lut la prc- droit. 

^ièrc Satire à VAbhé Fmretière ^ CliAKG. Vers 89.— - /ewii*. 

*1 s'appercut qu'à chaque. trait me fatlsfairt,'] On lit dans TEdi- 

Cec Abbé (burioii amèrement ^ tion de 1 694, dans celle de 1 7 1 1* 

^ laifToit entrevoir une joie & dans toutes celles qu'on a fai- 

maliSQC > P^révoïant que l'Au- tes depuis: Je me 'venx fatisfaire^^ 

^eur alioit s'attirer bien des en- On préfère ici la leçon de l'Hdf- 

nemis. Voilà qiù ejl bon y diToit- Hon de 1701. comme rendant 

il <i'un air railleur; mais cela .& le Vers plus doux , 5C U . 

Jars dH brisit^ Ce trait a'échap- FibcaT* plus exaâa. 



'T»mtl. . Hij 



CEtte S A T I R E eft tout à fait dans le goufl de 
Perfe^ & marque un Philofophe chagrin , & qui 
ne peut plus fouffrir les vices des Hommes. Ceficê 
que M, Defpréaux dit lui-même de cette Pièce dam 
une petite Note , qui fe trouve en marge des pr«- 
miers Vers , dans V Edition fofthume de 171^. 

Nôtre Auteur^ après avoir fait fon Apologie dans 
la neuvième Satire, compofée comme celle-ci en i66y, 
mais la première , entrefrit de traiter unfujet flusgé- 
nérali & qui fût au goût de tout le monde. Dans 
cette vue, il fit la Satire de THomme. Cejl ainfi qu'il 
Vappelloit : & non pas la Satire contre THomme. 
Cette Pièce fut imprimée féparément en 1^68. Aucun 
autre Ouvrage de l* Auteur n'eut plus de cours en par-* 
ticulier. 

A l'occafion de la Profopopée de PAfne , qtd 
finit cette Satire > /'Abbé Boiieau , Do6leur de Sor- 
bonne > confeilla de la dédier au fieur Morel , auBi 
VoSleur de Sorhonne , que Von furnommoit la Mâ- 
choire d*Afne ^ parce qu'il avoit la mâchoire fort 
grande & fort avancée. Ce DoBeur êtoit ennemi des 
Janfe'nifles , contre lef^uels il a compofé divers Ou- 
vrages ^ mais tous ajjés mauvais. Il en fut paie 
par Santeul, qui lui fit des Vers Latins, dans lef- 
quels il affeàa de le loiiery de ce que par fes Dif- 
cours & par fes Ecrits , il avoit confondu les Dijci" 
pies de Tanfénius , de même ^ue Samfon avoit défait 
les Philiftins avec une mâchoire d*âne. 

Claude Morel êtoit de Châlons en Champagne , 
d'une famille de Robe. Il mourut à Paris le 30. d^A^ 
vril 1679. Doten de la Faculté de Théologie, & 
Chanoine Théologal de VEglife de Paris. Il avoit re-- 
fufé VEvêché de Lombez. 




SATIRE VIII. 

A MONSIEUR M*** 
DOCTEUR DE SORBONNE, 

XvE tous les animaux <jui s'élcvent dans Tatr y 
Qui marchent fur la terre , ou nagçnt dans la mçr ^ 
l!^e Paris au Pçrou , du Japon }u{<]u a Rpme > 
ï-c plus fot animal , à mon avis , c'eft l'Homme , 
^uoi ? dira-t-on d'abord , un ver , une fourmi , 
Xjn infeéte rampant qui ne vit qu*à demi , 
XJh taureau qui rumine , une chèvre qui broute , 
Ont refprit mieux tourné que n*arHommeîOui fans doutei 

I M I T. Vers I. De tous Us anU comparaifon : De tous les animatt» 
maux , &C. ] HOMEHJE , JUade , qui mfpirent , iSf qui rampent fur la 
L. XVII. a exagéré la misère de terre , il »> en a point de plus mal% 
i^iommc par unç femblablc btureux qw l'Homme* 

Hiij 



i. 



îi8 S A T I R E V II T. 

Ce difcours te furprcnd , Dpéleur , je l'apcrçoy. 1 t - Vï 

r L*Homme dç la Nature cft le Chef & le Roy. 1 . ^j 

Bois , prez , champs , animaux , tout eft pour fon ufage ^ I « ^^^i 

Et lui feul a , <ïis-tu , la taifon en partage. 1 j^^jn 

Il eft vrai , de tout temps la Raifon fut {pn lot : % ^^ ^cP 

Mais de-là je conclus que l*Homme eft le plus fot. 
15 Ces propos , diras-tu , font bons dans; la fatire , 

Pour égayer d'aboid unLcûeur qui veut rire : 

Mais il faut les proûv|r^^:^^g^*y_œnfens 

R(fpons^oï^'nc^ Dodîeur , ôc mers toi fur les bancs, 
Qu eft ce que la SagclTe ? Une égalité d'ame , 
10 Que rien ne peut troubler , qu aucun defir n'enflâme j 

Qui marche en fes confeils à pas plus mcfurcz , 

Qu'un Doyen au Palais ne monte les degrez. 

Or cette égalité , dont fe forme le Sage ., 

Qui jamais moins que l'Homme en a connu Tufage î 
t5 La fourmi tous les ans traverfant les guercts , 

Groflît fes magafîns des trefors de Cerés ; 

£t dés que l'Aquilon , ramenant la froidure , 

Vient dç fes noirs frimats attrifter la Nature , 

Vers 17. Mais il fa^ les Dialpguc » que fi l'Auteur avoxc 
prourver. En forme. jf> confins, ] rais tout de Alite : Mais il faw»^ 
Ces derniers mots , J> confens , Us prourver en forme. Cela feroî«= 
fout du Poète. Le refte eft du froid. ^ 

Poûeur. Enferme; ce mot, dé- I MIT. Vers %^, La fomrn^ 
taché de ce qui précède, eft un tons les ans tra-verfant les pte-> 
trait qui caradérife bien le Per- rets , &c. ] Horace , Liv. I. Safirt^ 
fOQnage» & marque mieux le I. vefsj}. 

Panmla ( nam exemple ejl ) magni Formica laboris 

Ore trahit quodcumqne poteji , atque addit aceruo 

Siuemfintit , hand ignara , ac non incanta fntmi^- 

Sluafimnl , ivrvetftm eovtriflat Aquarins annmn j 

Xoi» ufquam prorepit , 0* Ulis Htitwr aptf 

Sti^Hs Sapinn^ . 



SATIRE VIII, 

animal tapi dans Ton obfcuricé 
ït rhyver des biens conquis durant Tefté : 
is on ne la voit point d une humeur inconftantc , 
siTeuTc au printems , en hyver diligente , 
ronter en plein champ les fureurs de Janvier , 
demeurer oifîve au retour du Bélier. 
is l'Homme fans arreft , dans fa courfe infenféc , 
tige inceflamment de penfée en penfce , 

coeur toujours flottant entre mille embarras , 
fçait ni ce qu'il veut , ni ce qu'il ne veut pas. 
ju'un jour il abhorre , en l'autre il le fouhaite. 
i ? j'irois ^poufer une Femme coquete ? 
>is par ma confiance aux affronts endurci , 
mettre au rang des Saints qu'a célébrez Buffi ? 



119 



ï R s 54, — - ^u retour du I M l T. Vers 3 ^, Mats l'Honte 
: ] C'eit-à-dire , du Prin- me fans arrejî , &c. ] Horace , Liv. 
s. I. Epitre I. vers yy. 

- ■ ■ j^ti mea ctim pugnat fententia fecMm ? 

i^uod pettit y/'pernit : repetit , ^uod nuper om'ifit 3 

JÉJÎHat , e^ -vitje di/con'venitordine toto. 

jne condamne , il avoît mis au 
bas de chaque portrait , un pe- 
tit difcours en forme d'Oraifon 
ou de Prière , accommodée au 
fujet. Madame de Scitderi , veuve 
de George de Scuderi , Auteur du 
Poëme d' Marie , laquelle mou- 
rut à Paris au commencement 
de 171 1. voulut animer M. le 

^^ _. Comte ds Suffi contre M. X?e/- 

ians les Livres de Prières , tréanx, C'eft à ce deflein qu'elle 
nt les portraits en migna- lui écrivit le 4. Août 1674. une 
de quelques Hommes de h Lettre^ dans laquelle elle lui dit : 
* ■ „ Aimez-vous, Monfieur, que 

„ Defpréaux ait nommé votre 
, nom d^ns une (ic Tes SMirn > 

Hiv 



RS 4.2., ■ ■' • Des Saints qtia 
eK Bi^ ? ] Bussi , dans (on 
ire GaUnte , raconte beau- 

dc galanteries trés-crimi- 
s des Dames mariées de la 
•. D E s p. 

Comte de Bttffi^^btttin avoit 
un petit Livre , relié pro-r 
ent en manière d'Heures, 
1 lieu des Images que l'on 



, dont les Femmes êtoient 
;onnées de galanteries. £c , 
te dans la fuite il a lui-mê* 



iio SATIRE V II i: 

AfTcz de Sots fans moi feront parler la ville , ^ " ' 

Difoit , le mois paffé , ce Marquis indocile , 

45 Qui depuis quinze jours dans le piège arrefté , 
Entre les bons Maris pdur exemple cité , 
Croit que Dieu , tout exprés , d'une cofte nouvelle 
A tiré pour lui feul une Femme fidelle , 
Voilà THomme en effet. Il va du blanc au noir. 

jo 11 condamne au matin fes fcntimcns du foir. 
Importun à tout autre , à foi-mefme incommode , 
Il change à tous momens d efprit comme de mode : 
Il tourne au moindre vent , il tombe au moindre choc : 
Aujourd'hui dans un cafque , & demain dans un froc, 

5 5 Cependant à le voir plein de vapeurs légères , 
Soi-mefine fe bercer de feç propres chiineres , 



^> J'ai oiii dire que le Roi avoit 
,> demandé ce que c'êtoit qu'il 
„ vouloic dire à l'endroit où il 
„ parle de vous ; & qu'on lui 
„ répondit d'une manière qui 
,) vous auroit fâché , il vous la 
„ fçaviez ....,, M, de Suffi ré- 
pondit â cette Dame le 8. Août. 
,, L'endroit où DefpriaHX m'a 
„ nommé dans fes Satires , fait 
„plus contre lui que contre 
„ moi. Il y a dit , les Saints qu'a 
„ celebrex Buffi , pour dire , tes 
,, Cocus. La Métaphore clè ridi- 
,i cule. Pour moi , je ne vois 
„ pas que cela m'ait fait ni bien 
,.ni mal > ni que la réponfe 
9, qu'on auroit pu faire au Roi , 
9, ait dû me déplaire. D'ailleurs , 
„ De/préaux eft un garçon d'ef- 
„ prit & de mérite » que j'aime 
Il tort, „ M4d4mç <t€ ScHderi 



revint à la charge le 19. du 
même mois. „ Four Veftréaux ^ 
„ je ne trouve pas qu'un homme 
„ comme vous , quoique vous 
,, en puiflîez dire , doive ctrc 
,, cité fi légèrement que vous l'a- 
„ vés été. Le Roi , à ce qu'on 
,, m'a dit , demanda ce que c'ê« 
„ toit que les Saints , que vous 
„ aviés célébrés ? & l^on lui ré- 
„ pondit , que c'êtoit une badi- 
», nerie un peu impie , que vous 
,» aviés faite. Je ne trouve pas 
,« cela plaifant. ,, Les Lettres^àont 
on vient de rapporter les frag- 
mens , n'ont pas été imprimées. 
Vers n» H tourne at* moindre 
'ventfil tornbe au moindre chocy^c, ] 
L'Auteur faifoit cas de ce Vers ôc 
du fuivant , tant poui^ leur beau- 
té , que pour la fineulatité de U 
çimç. 



SATIRE VIII. u, 

-ui feul de la nature eft la bâze & l'appui , 

ELt le dixième Ciel ne tourne que pour lui. 

De tous les animaux il eft , dit-il , le maiftre. 

Qui pourroit le nier ? pourfiiis-tu. Moi peut-cftrc, 

^iais (ans examiner , fi , vers les Antres fourds , 

X'Ours a peur du PafTant , ou le PafTant de TOurs : 

Xt fî , fur un edid des Paftres de Nubie , 

Xes Lions de Barca vuideroient la Libye : 
Ce Maiftre prétendu , qui leur donne des lois , 
Ce Roi des animaux , combien a-t-il de Rois ? 
L'Ambition , TAmour , TAvarice , la Haine , 
Tiennent comme un forçat fon efprit à la chaîne, 
Le fommeil fur Ces yeux commence à s'épancher, 
i^bout y dit l'Avarice , il eft tems de inarcher. 

tîé laiflez-moi. Debout. Un moment. Tu répliques } 

A peine le Soleil fait ouvrir les boutiques. 

Vers 6i -tes Antres fonrds,'] donnent une idée trop vague, & 

>i, de la Monnoye , dit M. Broj- ne font là (fue pour la rime- Il 
Jet$e y croit que les Antres Jourds, voudroit que le Poète eut mis : 
^ais fans examiner par un trop long difcowrs , 
Si l'Ours craint le Payant , fi le Pajfant craint l^Ours» 

Il falloit ajouter que la Critique ca. Il y a beaucoup de Lions 
de M. de la Monnoye ed très julle. dans les deferts de Barca. 
y ers les ^ntreifom-ds ^ n'a jamais Vers 64. ■ LaLybie.'\ An- 
rien (îgnifîé. Il efl étonnant que cien nom d'une grande partie de 
M. Def préaux l'ait laiiTé fubfifter. V Afrique, 

Vers 63. Et fi ^ fur un ediSi des Imit. Vers 6$, Le fommeil fuit 
Taflres de Nubie , &c. ] La Nu- fes yeux commence à s'épancher , 
Wf eft un grand Païs de V^fri. &c.] Cet endroit eft très-heurcu- 
^e au Midi du Roîiaume de Bar^ fcment imité de Per/èjSat.V.i 3i» 
Mane piger flertif j furge , inquit Ai/aritia : eia , 
Swge, Negas , inftat ^ Surge , inquit. Non queo, Surge^ 
En , quid agam > agitas ? en Saperdam ad-vehe PontQ , 
Cafloreum , fiuppas , ebenum , tbus , lubrica Coa^ 



Toile recens primus piper ifitiente Camelo^ 
f^fTft ali^uid f jura^ 



ïii SATIRE V I I T. 

Nlmporte , leve-toi. Pourquoi faire après tout } 
Pour courir TOcean de l'un à l'autre bout , 

75 Chercher jufqu au Japon la porcelaine & Tambre , 
Rapporter de Goa le poivre & le gingembre. 
Mais j ai des biens en foule , & je puis m'en pafler. 
On n'en peut trop avoir j & pour en amafTer , 
Il ne faut épargner ni crime ni parjure : 

So II faut foufFrir la faim , & coucher fur la dure : 
Euft-on plus de trefors que n'en perdit Galet , 
N'avoir en fa maifon ni meubles ni valet : 
Parmi les tas de bled vivre de feigle & d'orge. 
De peur de perdre un liard , foufFrir qu'on vous égorge, 

S 5 Et pourquoi cette épargne enfin ? L'ignores-tu l 
Afin qu'un Héritier bien nouri , bien vêtu > 
Profitant d'un tréfçr en tes mains jnutile , 
De fbn train quelque jour embarrafTe la ville. 



Vers 76, l{aporter de Goa,ècc. ] Ménage dans fon Diêiion, Etymel» 

Ville des Portugais dans les Indes au mot Galet ,, qu*il y avoir à 

Orientales, D E S P. „ Chinon une famille du nom 

Vers ^i. Euft-on plus de tre- ,, de Gu/et : GALET le /o^V^r ctoit 

fors qne n'en perdit Galet, ] Fa- „ de cette famille , & Ulrich ou 

meux Joueur dont il eft fait „ Hmli Galet , Maître des^Re- 

mention dans ](egnier. D e s p. ,, quêtes du Grandgou/ier en êtoic 

Il avoit gagné au jeu des fom- auflî „. Ménage l'avoit oiii dire 

mes immenfes , qu'il reperdit à Galet le joUeur, Voies Rabelais , 

dans la fuite. Il avoit fait bâtir Liv. 30. 

i Paris l'Hôtel de Sulli , dans la Vers 84. De peur de perdre un 

rue* faint Antoine i mais il le Uard , fhuffrir qu'on ifous égorge, ] 

joiia en un coup de Dés. Après Ce Vers & les fix précédens font 

avoir perdu tout fon bien , il al* allufîon à l'avarice outrée du 

loit encore joiier, dit-on, avec Lieutenant - Criminel Tardieu . 

les Laquais dans les rués , & & de fa femme , qui avoient ête 

même fur les degrés de la mai- aflàdînés dans leur maifon , fur 

fon, qui lui avoit appartenu. Il le Quai des Orfèvres. Voïés Sat» 



n'y avoit pas long-tems , dit X. v. xH* 



SATIRE V I I î. Il, 

C^ue faire ? 11 faut partir. Les Matelos font prefts. 
' CDu , fî pour Tentrainer rargent manque d'attraits , 
Bien-toft l'Ambition , & toute fon efcorte , 
X)ans le fein du repos , vient le prendre à main forte , 
X'envoye en furieux au milieu des hazards , 
Se faire eftropier fur les pas des Cefars , 
5 ît cherchant fur la brèche une mon indifcrete , 
De fa folle valeur embellir la Gazette. 
Tout-beau , dira quelqu'un , raillez plus à propos j 
Ce vice fut toujours la vertu des Héros. 
Quoi donc ? à votre avis , fut-ce un fou qu'Alexandre ? 
^Qui ? cet écçrvelé 5 qui mit l'Afie en cendre ? 
Ce fougueux l'Angely , qui de fang altéré , 
Maiftrc du Monde entier , s'y trouvoit trop ferré l 

Chang. Vers 91. Bien-tofi „ s*en prendre à l'Auteur,,. 

i* Ambition, &' toute /on efcorte.'^ Voies le Vers m. de la Satire l, 

X)ans les premières Éditions il y & la Remarque fur ce même Vers, 

avoit : A-vec meilleure efcorte, oû il eft parle de V Angely, 

Vers lOt, Ce fougueux l*Angé- Defmarêts dans fa Defenfe du 

ly, &c. ] Il en cft parlé dans la Poème Héroïtjue , & Pradon dans 

première J''«'»>^ r V. m. ;Desp. fes Nou-velles Remarques fur tous 

Le Prre BouhoHrsds^iiS fon qua-r les Owvrages du fieur j? * * * ont 

triéme Dialogue delà Manière de fait à nôtre Poète une efpèce de 

lùen penfer^ dit, en parlant de ccr- crime d'Etat d'avoir comparé 

tains faits hifloriques,quidevien- dans cet endroit Alexandre à 

iient obfcurs par le tems : ** J'en L'Angely , parce que Louis Xir. 

„ dis autant au nom que porte eft forti de fes Etats comme Aie* 

„ Alexandre Uans la Satire eoa- xandre j & parce que dans \*Art 

^^ trel*Homme. Ce fougueux L'An- Poétique , ces deux Monarques 

«, gely , &c. Cela eft clair main- font mis dans le même Vers au 

„ tenant , parce que nous fça- rang des Héros propres au Poème 

„vpns que L'^w^e/jr êtoit un Epique, Il n'y eut peut-être ja- 

,, Fou de la Cour, que le Prince de mais de critique plus ridicule. 
\,Condé avoit amené de Flan- Imit. Vers lOi. Maiflre du 

„ dres. El fî cela devient obfcur Mçnde entier , s'y trowvoit trop fer- 

,, avce Iç tems , il ne faut pas rrf î ] Juveîjal , Sat, X. v. 168, 
*Unus PelUo Ju^eni non fufficit Orbis : 
. JSQliêaf-inftUjf.n»guJîo limite mundi. 



.124 s A T I R E V I I r. 

L'enragé qu il étoit , né Roi d'une Province , 

Qu'il pouvoir gouverner en bon & fage Prince , 
105 S'en alla follement , & pcnfant eftre Dieu , 

Courir comme un Bandit qui n'a ni feu ni lieu , 

£t trainant avec foi les horreurs de la guerre , 

De fa vafte folie emplir toute la terre. 

Heureux i fi de fon temps pour cent bomies raifons , 
1 10 La Macédoine euft eu des petites-Maifons , 

Et qu'un fage Tuteur l'euft en cette demeure , 

Par avis de Parens , enfermé de bonne heure. 
Mais fans nous égarer dans ces digrefïîons ^ 

Traiter , conunc Senaut , toutes les partions j 
1 1 5 Et les diftribuant par claffes & par titres , 

Dogmatifer en vers , & rimer par chapitres : 

Laiflbns-en difcourir la Chambre , ou CoefFeteau ; 

Et voions l'Homme enfin par l'endroit le plus beau. 

Lui feul vivant , dit-on , dans l'enceinte des villes , 
110 Fait voir d'honneftes mœurs , des coutumes civiles , 

RjSMjéRqU£S. 

Vers i i o. L* Macédoine eufl eu dccin du Roi , de l'Acadéniîo 

des petites-Maifons. ] C'eft un Hô- Françoifc , mort à Paris en N<v» 

pital de Paris , où Ton enferme vcmbrc 1 669, âgé de 76, ans , a 

. les fous. D E s p. C Voïés la l(em, fait Les CataHères des Payions* 

fur le Vers 4. de la Satire I. ) Nicolas Coéffetea» , Religieux 

Vers i 14. & 117. Traiter , Dominicain , Et/êijue de Darda^ 

comme Senaut , de toutes les paf- nie.l^ mort nommé à VEifêché dç 

fions , Ôcc. Laifons-en difconrir la Marfeille , a compofé le Tableatt 

Chambre^ ou Coéfeteau. 1 SenaUT , des Paffions humaines , leurs cdn/es 

La Chambre (^ Coéjfeteau , ont €^ leurs effets, 

tous trois fait chacun un Traité Vers 119- Lui feul -vvvant ^ 

des PajgHons. D E s P. dit-on , dans l*enceinte des làlles, ] 

L'Ouvrage du P, Jean-Franfois Ce Vers & les trois fuivans,font 

Senaut , Général de la Congre- d'une facilité , Ôc d'une douceur 

cation de l'Oratoire , a pour ti- admirables : cependant l'Auteur 

tre : De l'ufage des Paffions, Ma- difoit , que , de tous les Vers , 

HiN Citrea» de la Chambre , Mé- qu'il avoit faits» c'çtoic U ceUX 



s AT I RE V I I 1. 125 

^^ fait des Gouverneurs , des Magiftracs , des Rois , 
^Dbferve utie police , obeïc à des lois. 
X.1 eft vrai. Mais pourtant fans lois & uns police , 
Sans craindre Archers , Prevoft , ni fuppoft de Jufticc y 
^ "Voit-on les loups brigans , comme nous inhumains , 
Tour détrouiTer les loups , courir les grands chemins { 
Jamais pour s'agrandir > vit-on , dans fa manie 
Un Tigre en faûions partager THyrcanie ? 
L'Ours a-t-il dans les bois la guerre avec les Ours ? 
^ ^* Le Vautour dans les airs fond-il fur les Vautours î 

RsMjfRQ^US S* 

^\x*ïl avoit le plus travaillés, peu que /k main ^ ecnduite tar l*en^ 
«c qui lui avoient coûté le plus fer , &c. ] Tout cet endroit eft 
<ie tems & Je peine. imhé d'Horace , de Jm/inal fie 

IMIT. Vers ixç. fie 1^3. yoit- de Pline le Natitralifie, HOUACB^ 
««• les loHps bt-igans , ficc. C*ejleh Epod, Vil. V. i lO. 
Heque bîfi Impis mot , nec fuit leenibms 
l/nquam , ni/i in dt/paribns feris. 
Voici l'endroit de Jnvénal, Il eft de fa XV. ^4/^» , Vers 1^9, 
Sed fûm ferpentum ma)or coneordia : parcit 
Cognatis maculis fimilis fera, Quando leoni 
Fortior eripuit tAtam leo ? j^no nemere anquam 
Exfpiravit aper majoris dentibus apri} 
Jndica tigris agit rabidâ cum tigride pacem 
Perpe$Ham, Sains interje convenit urfis : 
Afl hominifemtm letbale incude nefandâ 
Prodnxi/fe parum efl, 
VJ.W1 ^Llv, VU, Denique ^ca^ méritent d*Stre lûfc'i , dans le 
Ura animantia in fno génère probe DiHîonnaire , ficc de Bt^U , au 
degnnt, Congregari 'videmm , d»* mot Barbe , Remarque C, 
fiare contra difflmilia, Leonnmferi' VERS 118. — Partager l*Hyr» 
tas inter fe non dimicat : ferpen- canie / ] Province de Perfe , fut 
tiwmmorfus non tetit ferpentes : ne les bords de la Mer Cafpienne^ 
maris quidem bellua ac pifces^nijiin Desp. 

ii-verfa gênera , favinnt, ^ty Her- Ch ANC. Vers 119. VOurs a~t. U 
wlesthomini plurima ex homine funt dans les bois U guerre a'vec les 
mala. U y a fur cet endroit de Onrs > ] Ce Vers ecoit ainû dans 
«ôtre Poëte des réflexions , qui les premières Editions. 

VOwrsféitM dans les boit U g^Mrtt avec les Oitrf, 

Têmth 



ii^ SATIRE V II f. 

A-t-on vcu quelquefois dans les plaines d'Afrique ^ 
Déchirant à icnvi leur propre Republique , 
Lions centre Lions , Parens contre Parens , 
Combattre follement pour le choix des Tyrans l 

ÏÎ5 L'animal le plus fier qu'enfante la nature , 
Dans un autre animal refpeâe fa figure , 
De fa rage ayec lui modère les accès , 
Vit fans bruit , fans débats, fans noife , fans procès^ 
Un Aigle fur un champ prétendant droit d aubçine % 

140 Ne fait point appeller im Aigle à la huitaine. 
Jamais contre un Renard chicanant un poulet , 
Un Renard de (on fac n'alla charger Rolet. 
Jamais la biche en rut , n* a pour fait d'impuiffance ^ 
Trainé du fond des bois un Cerf à T Audiance , , 

145 Et jamais Juge entr'eux ordonnant le congrès , 
De ce burlefque mot n'a fali fes arrefts , 



Tous les amis de l'Auteur , par- Lww.&c ] Vers du Chna, DÉsf* 

ticuliêrement M.defr»fi»ife,ce. Edition 1701. Parodie. Il y a 

lui qui après avoir été Secrecaire dans le Cinna : J^pmains contre 

d*£tac , entra l'an 16^4. dans l(omAi»s , &c. Dbsp. Edition de 

la Congrégation de l'Oratoire-, 171 3. (C'eftdans la Scène IIU 

La Fontaine & Racine, remarqué- de V^He I. ) 
rcnt que Ton ne difoit pas : Fai' Vers 159. 'Un u4igU fur uà 

re la gnerre avec ij»elqu*nn \ mais champ prétendant droie d^Atêbaine^l 

À tjueleju^un ; & qu'ainiî il falloit C'eil un droit qu*a le ^oy de 

dire -, VOnrs faitii la guerre anx fucceder aux biens des Etrangers 

Onrs, Chacun s*ef!brça de cor- qui meurent en France , & qui 

figer ce Ve rs , mais perfonne n'y n'y font pol nt naturalifez.DESP. 
put réiiilir. Il avoit même efluïé Vers 141. 'Vn l(enard de l'on 

pi ufîeurs Editions avec cette né- fac n*alla charger ^olet,'\ VoïéJ 

gligence , lorfau'enfin l'Auteur Satire I. Vers ^1. L'exemple du 

trouva moïen de le reâifîer , en J^enard eft d'autant plus jufte , 

mettant a-t-il^ au lieu defait-Hf que Kp^et avoit la pAiiîonomii^ 

dans l'Edition de 1 674. & les inclinations d'un Renard, 
Imit. Vers 133. Ltom contre Vers 14^. Bt jaméis ]ti^ tn* 



SATIRE VIII. 127 

^ï^ tic connoift chez eux ni placets , ni Requeftes , 

*^i haut ni bas Confeil , ni Chambre des Enqueftes , 

Chacun Tun avec l'autre en toute feureté 

^^^ fous les pures lois de la fimple équité. 

"^ ï^omme feul , l'Homme feul , en fa fureur extrême 

"^et un brutal honneur à s'égorger foi-mefme. 

^*^ftoit peu que fa main , conduite par l'enfer , 
^^ft paiftri le falpeftre , euft aiguifé le fer. 
M falloit que fa rage , à l'univers funcfte , 
-Allaft encor de lois embrouilfer un Digefte 5 
^herchaft pour l'obfcurcir des glofes , dès Douleurs , 
-Accablaft l'équité fous des monceaux d'Auteurs , 
It pour comble de maux apportafl dans la France 
^ Des harangueurs du tems l'ennuieufe éloquence. 
Doucement , diras-tu. Que fert de s'emporter ? 
L'Homme a fes paillons 5 on n'en fçauroit douter j 
Il a conrnie la mer fes flots & fes caprices. 
Mais fes moindres vertus balancent tous fes vices. 

R £ M jé R q U E s. 



tr'eux y &c.] Cet ufage fut aboli fc déclara contre le Co»^m toutei 
fur le Plaidoyer de M. le Pré- les fois qu'il s'en préfcnta qucl- 
Jîdent de Lamoignon » alors Avo- que occaiîon au Parlçmeut i & 
cat Général. De s p. V^i/ocat Général fon fils, por- 
Le Congrès eft une preuve tant la parole en 1674. s'élevïi 
honceufe qui fe faifoit en pré- contre cette épreuve , comme 
fence de Chirurgie&s Ôc de Ma- ofFenfant les bonnes Mœurs, U 
trônes » par ordonnance de& Ju- Religion , la Juftice , & la Na- 
ges Ecclèfiaftiques , quand une ture même. Enfin en 1677. M. 
Femme demandoit la difTolution le Premier Préfident de Lamoignon 
du mariage , à caufc de l'im- prononça un Arrêt en forme de 
puiflance du Mari. Depuis la pu- Règlement , qui abolit pour toû- 
blication de cette Satire , M. le jours la preuve du Congrès. Voies 
Premier Préfident de Lamoignon , le Journal dn Palais , T. JII, p^ 
frappé de ce que le Pofe'te dit ici , 46^. c^- T. ^. |u x . 



128 SATIRE VIII. '^ — 

i^j N cft-cc pas rHomrac enfin , dont l'art audacicut 

Dans le tour d un compas a mefuré les cieux > 

Dont la vafle Science , embrafTant toutes chofès , 

A fouillé la nature , en a percé les caufes } 

Les animaux ont-ils des Univerfitez ? 
170 Voit-on fleurir chez eux des quatre Facultez ? 

Y voit-on des Sçavans en Droit , en Médecine j 

Endofler Técarlatte , & fe fourrer d*herminc ? 

Non fans doute > & jamais chez eux un Médecin 

N'empoifonna les bois de fbn art afTaflîn. 
175 Jamais Doé^eur armé d'un aipiment frivole , 

Ne s enroua chez eux fur les bancs d une Ecole. * 

Mais fans chercher au fond , fi noftre efprit deçeu 

Sçait rien de ce qu'il fçait , s'il a jamais rien (çeu , 

Toi-meCne , répons-moi. Dans le fiecle ou nous fonimes 
1 80 Eft-ce au pié du fçavoir qu'on mefure les hommes î 

Veux-tu voir tous les Grands à ta porte courir î 

Dit un Père à fon Fils , dont le poil va fleurir j 

I M I T. Vers 1 66, Dans le tom- Ce Vers eft imite de VifgiU ' 

if*M» compAs a mefwré les cieux, "^ Eglogue III. vers 41. 
Defcripjtt radio totmn qui Gentibns Orbem, 
Vers 170. Voit-on fieurir chex. les jours de cérémonie des Rob^ ^== ' 
eux des qiMtre FaciUtex. ] VVni. rouges fourrées d'hcrmine.DEs:^-^^^ 
n/erfité eft compofcc de quatre I m i T. Vers 181. Venx - s^9^^^ 

FaculteK. , qui font i les Arts , 'voir tous les Grands à ta porte co»*- 

la Théologie , le Droit , ÔC la Mi- rir} ] HORACE , .Art Poétique ^ ^ 
decine. Les DoSlettrs ponent dans vers 31c. 

I^omani pueri longis rationihus affem t 

Difcunt in partes centum diducere : dicat 

Filins yAlbini , fi de qnincnnce remota ejl ' 

Ifncia t qnid fnperat f poteras dixijpe, Triens. Heus, . ; 

l{empoterisfervaretitém*I^ditHwia:qnidfiti f 

Semis, j 

Prcns- f 



1 



SATIRE VIII. 119 

l^itns-moi le bon parti. Laiffe là tous les livres. 
Cent francs au denier cinq combien fournils î Vingt livres» 
^ S Ceft bien dit. Va j tu fçais tout ce qu*il faut fçavoir. 

C^ue de biens , que d'honneurs fur toi s'en vont pleuvoir I 
£xerce*toi , mon Fils , dans ces hautes fciènces 5 
X?rcns au lieu d'un Platon le Guidon des Finances 5 
Sçache quelle Province enrichit les Traitans j 
^ ^^ Cx)mbien le fel au Roi peut fournir tous les ans* 
Xndurci-toi le cœur. Sois Arabe , Corfaire , 
3njufte , violent , fans foi , double , fauffaire. 
"Ke va point fottement faire le généreux. 
Engraide-toi , mon Fils , du fuc des malheureux , 
^ ^ Et trompant de Colben la prudence importune , 
Va par tes cruautez mériter la fortune. 
AufTi-toft tu verras Poètes , Orateurs , 
Rhéteurs , Grammairiens , Aftronomes , Dodcurs | 
Dégrader les Héros pour te mettre en leurs places , 
^ ^^ o De tes titres pompeux enfler leurs dédicaces , 

Vers i 84. Cent francs au peux enfler leurs dédicaces. ] il â 

denier cinq , combien font - Us f VOulu parler du grand Corneille , 

Vingt liirres, ] C'eft «n Ufu- qui reçut une fommc confidéra- 

rier qui parle , 8c oui , au ble > pour dédier Ton Cinna à 

lieu d'interroger fon fils flir le Montoron^ riche Partifan. De- 

pié du denier vingt, qui eftPin- puis ce tems-là , oh a appelle 

térêt légitime , Timerroge fur le lés Epitres dédîcatoires de cette 

pié du denier cinq , qui eft fou efpèce-là , des Epitres à ta Mon- 

intérét ordinaire. toron. Brossettë. 

Vers 188. — Le Guidon des Quoiqu'on n*ait point de rai- 

Finances. ] Livre qui traite des fon de foupçonner la bonne foi 

Finances. D E s p. du Commentateur , Ôc que le fait. 

Vers 19^. E* trompant de Col- qu'il rapporte ici fe trouve en-« 

bert , &c. ] Miniftre & Secre- core dans d'autres Livres impri- 

taire d'Etat , Contrôleur Gêné- mes ; on ne fauroit s'empcchec 

tal des Finances , ôcc. d'ajouter , qu»bicn loin que Cor- 

Vers 100. De tes titres pom^ neille aimât l'argent , il ayoic 

Tûm0 1. I 



i 130 S A T I R E V I f 

Te prouver à toi-mefme en Grec , Hébreu , Latin , 

Que tu fçais de leur art & le fon & le fin. 

Quiconque efl: riche efl tout. Sans fageffe il eft ùtgc , 

Il a , fans rien fçavoir , la fcience en partage. 
' ^^5 II a l'efprit , le cœur , le mérite , le rang , 

La vertu , la valeur , la dignité , le fang. 

Il eil aimé des Grands , il eft chéri des Belles. 

Jamais Sur-Intendant ne trouva de Cruelles. 

L or même à la laideur donne un teint de beauté : 
210 Mais tout devient affreux avec la pauvreté. 

RsMjtRilUES. 

mcmeâ cet égard une indiflfé- Imitation. Vers loj. 
rcilcc blâmable. Ce(t ce que le Cmconqut eft riche ell to$ti , &c. ] 
Père Toumemine a prouvé dans fa Horace , Liv. I. Epitre VI. vers 
Défenfe de Corneille, 3 6 . 

ScUicet uxorem cum dote , fidenujue c^* amtcos , 

Et genus , &• formam l^egina pecunia donat , 

Acbene nummatum décorât Snadela , yenmfque, 

Vfrs tc8. Jamais Sur-Inten- Finances! 

dant ne tr9tn/a de Critelles, ] Ni- Vers 109. Vor même ^ la 

COLAS FoUQUET , Procureuf Gé- laideur donne un teint de beanté,'} 

néral au Pariemenc de Paris } a Ce Vers êcoic de cette maniè- 

cié le dernier Sur Intendant des re : 

Vor même â PéUffon donne m teint de beauté. 
Paul PéUffon Fontanier , natif précédent. Mais dans l'impref- 
de Caftres en Languedoc , Mai- fîon , l'Auteur fupprima le nom 
tre des Requêtes , reçu à l'Aca- de M. Pélijfon , ne voulant pas 
demie Françoife en i6^i, en lui reprocher un défaut corpo 
confidération de fon Hijloire rel, dont il n'étoit point coupa- 
de l'Madémie , &c. & mort à ble. Cependant , cet adoucifTe- 
Parisen 1^91. croit d'une lai- ment ne contenta point M. Pu- 
deur fi étonnante , qu'une Dame li/fon , qui conferva toujours un 
lui dit un jour , qu'il abufoit de reflèntimcriï contre nôtre Pofe'tc. 
la permiflion que les hommes Dans le Voyage de Bacbaumont 
ont d'être laids. Son nom vcnoit Gr la Chapelle , on fait dire à 
là d'autant plus à propos , qu'il des gens du peuple , qu'ils 
avoir été premier Commis de croïoient M. de Scnderi, 
M. foHqnet , dcfigné dans le Vers 

1/» homme de fort bonne mtne , 
y aillant , riche & toujours bien mis i 
Sa fœur une beauté di-vine , 
Mt Pilifftn va adonis. 



SATIRE VIII, 

C*eft ainfi qu à fon fils un Ufuricr habile 
Trace vers la richefle une route Ëicile : 
'JEx fouvent tel y vient , qui fçait pour tout Tecrct , 
Cinq & quatre font neuf, ôtez deux , rcfte fept. 

r Après cela , Dodeur , va paflir fur la Bible 5 

- Va marquer les écueils de cette mer terrible : 
Perce la fainte horreur de ce Livre divin : 
Confons dans un Ouvrage & Luther & Calvin : - 
Débrouille des vieux temps les querelles célèbres > 

::> Eclaircy des Rabins les fçavantes ténèbres : 
Afin qu'en ta vieilleffe , un livre en maroquin 
Aille oftrir ton travail à quelque heureux Faquin » 
Qui , pour digne loyer de la Bible <$claircie , 
Te paye en l'acceptant d'un y Je vous remercie. 

■ J Ou , fi ton cœur afpire à des honneurs plus grands , 
Quitte là le bonnet , la Sorbonne & les bancs \ 



Mt 



RsMjiRq^UES. 

Ceft de lui que la Bruyère a dit , di formes , ou s'il a de la laideur ^ 
Cbap. des Jugemens : Qu*i«» homme elle ne fait pas fon imprejpon. 

qui a beaucoup de mérite d^ d'efbrit^ IMIT. Ibid. donne un teint 

& quiefl connu pour tel , n'ejï pas de beauté. ] CORNEILLE dans fa 
laid , même a'vec des traits qui font Mélite , Aé^C I- Sc. I. 
JJargenf dans le ménage a certaine J pie ndeur , 
Qui donne un teint d* éclat à la même laideur. 

Vers 114. Cinq ^ quatre font dire î Cinq & quatre font neuf ^ 
neuf^ ôte:): deux , rejie fept, ] Ce Dix eb' cinq font quina^e , Ôcc. 
Vers eft remarquable en ce qu'il Brossette, 



contient les deux premières rè- 
gles de l'Arithmétiaue ,qui font, 
l'Addition 5c. la SouflraBion, Dans 
les premières Editions il y avoit, 
Cinq &• quatre font neuf ', & dans 
un autre Vers qui a été retranché 
de la Satire I. Prêche que trois 

font trois. Mais il faut toujours 



Le Commentateur ne dévoie 
pas prononcer fi décifivement. 
On dit auffi-bien félon l'Ufage, 
& peut-être beaucoup mieux fé- 
lon la Règle ', Cinq &- quatre font 
neufTrois fonttroisibc rien n'etoïC 
moins néccfl'aire que le change- 
ment , que le Poète a fait ici. 



i}i SATIRE VIII. 

£c prenant déformais un emploi falutaire , 

Mets-toi chez un Banquier ou bien chez un Notaire : 

Laifle là faint Thomas s'accorder avec Scot : 

2.3 o Et conclus avec moi , qu'un Dodeur n eft qu un fou 
Un Doreur , diras-m ? Parlez de vous , Poète. 
C eft pouffer un peu loin voftrc Mufe indifcrettc. 
Mais fans perdre en difcours le temps hors de faifbn 
L'Homme , venez au fait , n a-t-il pas la raifon ? 

i 3 J N'eft-ce pas fon flambeau , fon pilote fidèle f 

Oiii 'y Mais dequoi lui fen que fa voix le rappelle , 
Si fur la foi des vents tout preft à s embarquer y 
Il ne voit point d'écueil qu ilne Taille choquer ? 
Et que (èrt à Cotin la raifon qui lui crie , 

240 N'écry plus , guéry-toi d une vaine furie ; 
Si tous CCS vains confeils , loin de la reprimer , 
Ne font qu'accroiflre en lui la fureur de rimer ? 

ViRS 119. Laijfe là faint Tho. citeU qnHl ne faille choquer.'] Après 
mas s^accorder avec Scot, ] Les ce Vers , le Poète avoit deflein 
difputes des Tbomijles & des Sco~ de rimer cette penfJe. i^ ^»- 
tifies font fameufes dans les Eco- rois- tu , VoHenr , d'un homme qnt 
les. Jean Duns (Scotus)^ vulgaire- feroit a» milieu d'm bois pendant 
ment appelle Scot , parce qu'il tobfcurité de la nuit -, Gr qui atanjt 
êtoit Ecoflois , fut furnommé le im flambeau pour s'éclairer , ne latf- 
DoHenr Subtil, Ses opinions font feroit pas de s'éc/^rter du chemin^ 
fouvcnt oppoftes à celles de S. pour s'aller jetter dans des préci" 
Thomas, pices f II efi à plaindre , dtrotS' 

ViRS Z38. 1/ ne ifoit point d^é- tu : 

lia perdu l'efprit, <^ demain dès l'aurore , 
Jl prendra , s'il m'en croit , dou:^e grains d'ÈUebore, 
C*efl bien dit : le Confeil ejl fagement donné , 
Et Guenaud cbés Cotin n'eût pas mieux ordonné, 
L*Airteur ne voulut point cm- Vers 159. ^' qtefert à Cotin 
t)Ioïer ces Vers , & fc contenta U raifon qui lui crie, J II avoit 
de nirttrc ce qui fuit. Et que fert écrit contre moi & contre Mo- 
à Cotin , &c. Voies Satire III. Hère, Ce qui donna occafion à 
V. ^0. Molière de faire les Femmet Sfa^ 



s A T I R E V I I I. ijj 

^ -lous les jours de fes vers , qu'à grand bruit il recite , 
31 met chez lui Voifîns , Parcns , Amis en fiiitc : 
■ ^^^ Car lorfque fon Démon commence à l'agiter , 
Tout , j'iifqu a fa Servante , eft preft à déferrer* 
Un Aûie pour le moins inftruit par la nature > 
A rinftinâ qui le guide obeït fans murmure > 
Ne va point follement de fa bizarrç voix 
' ^ ^-^ Défier aux chanfons les oifèaux dans les bois. 
Sans avoir la raifbn il marche fur fa route. 
I-.*Homme (èul, qu'elle éclaire, en plein jour ne voit goutc^ 
Réglé par fes avis fait tout à contre-temps , 
Ht dans tout ce qu'il fait , n'a ni raifon ni fens. 
^^ S Tout lui plaift & déplaift , tout le choque & l'oblige. 
Sans raifon il eft gai , fans raifon il s'afflige. 
Son efprit au hazard aime , évite , pourfuit , 
Défait , refait , augmente , ofte , élevé , détruit. 
Et voit-on , comme lui , les Ours , ni les Panthères , 
^ ^o S'ef&ayer fortement de leurs propres chimères , 

Plus de douze attroupez craindre le nombre impair ^ 
Ou croire qu'un corbeau les menace dans l'air *^ 

wantes , & d*y tourner Cotin en it*i ^oifins , Parens , Amis en fui* 
ridicule. Des p. »f.]HoKAcE, Art Poétique , 

I M iT. Vers 144. Il met 'cheK vers ,47, 

Jndokum , doSiumque fugat recitator acerbus. 
Vers 146. Tout . fufju'à fa point de Valet. 
Servante , efl prejl À dererter,'] ChANG. Vers 1^8. -^^A'^j^f 
L'Abbe* Cotin avoir efFedive- fait , augmente , ficc. ] Première 
ment une Servante , & n'avoir manière. 

Fait , défait & refait i ôte , augmente Cb* détruit. 
IMIT. Ibid. Défait, refait, tcc,"] Horace , T. Ep, 1. vers loo. 

. Diruit , étdificat , mutât quadrata rotundis, 
Ver,S x6i, i6z. Plus de dou^e pair. Ou croire qtfun corbeau les 
^ttrQt^tK craindre le nombre im» menace dam l*air, ] Bien des gens 

liij 



'«^"'^'''rt«fon idole, 

comme au Dieudc^^^^p,? 
:*S-"^^t^et^^'HommehVPOConir. 

table , " ^^^ ^teixc q«^ ^ y avoit dans les v 





SATIRE V I I L 131 

A vu dans un pays les timides Monels 
Trembler aux pieds d*un Singe afïis fur leurs autels 5 
E,t fur les bords du Nil les peuples imbecilles , 
JL'encenfoir à la main , chercher les Crocodiles. 

Mais pourquoi , diras-tu , cet exemple odieux ; 
^ijue peut fervir ici l'Egypte & fes faux Dieux ? 
^^uoi f me prouverez-vous par ce difcours profane , 
<IJue l'Homme , qu'un Dodeur eft au deflbus d'un Afne î 
'^Jn Afne , le jouet de tous les animaux , 
""^n ftupide animal fujet à mille maux 5 
3)ont le nom feul en foi comprend une fatire ? 
* Oui d'un Afne : & qu'a-t'il qui nous excite à rire ? 
3S[ous nous moquons de lui j mais s'il pouvoir un jour , 
Dodleur , fur nos défauts s'exprimer à fon tour : 
Si pour nous reformer le Ciel prudent & fagc , 
De la parole enfin lui permettoit l'ufage : 

R E M ji R q^U M S. 

fontre Molière , dans un tems exemple dan^ f^a. Fontaine , Fab. 

alîcs voifin de celui-là, par un XVIII. Liv. II. Son k/pocondre de 

^ommc Le Soullenger de Chalucay, mari, 

laquelle a pour titre « Elomire hy- IMIT. Vers 169, ^A i/4 dans un 

pocondre. Ce terme fe trouve pays les timides Mortels ^Uc,"} Ce 

«l*aillcurs pris dans • la même Vers & les trois fuivans font 

fignification par tous nos mcil- imites de Ju-uénal , qui commen- 

leurs Ecrivains. On lit , par ce ainfi fa XV. Satire, 

HjH nefcit , yolttfi Bithinice , qualia démens 
^gyptus portenta colat ? Crocodilon adorât 
Pars héte , illa pa'vet /at$tram Serpentibus Ibin, 
Effigies Sacri nitet awrea Cercopitheci , 
Dimidio magica refonant ubi Memnone chorda , 
jitque "vetus Thehe centmn jacet obruta partis. 

Vins ±76, ^»'i«» DoHeHt des Oeuvres do nôtre- Auteur , 

•n an defforn d'un Afne, ] Dans la on lit au mot Docteur. : yotés 
Table des Matières , qui fe trou- AsNE.C*eft le Garçon du Libraire 
vc à U fin de l'Edition de x 69^. Thinty , qui fit cette plaifanterie. 

IlY 



ii6 S A T I R E V I I r, -^ 

tr 8 J Qu*il puft dire tout haut ce qu il fe dit tout bas , 

Ah ! Dodeur , entre nous , que ne diroit-il pas ' 

£t que peutrii penfer y lorfque dans une rue 

Au milieu de Paris il promené fa veue ; 

Qu'il voit de toutes parts les Honunes bigarrez, 
%90 Les uns gris , les uns noirs , les autres chamarrez? 

Que dit-il quand il voit , avec la mort en trouflc , 

Courir chez un malade un Aflaffin en houffe : 

Qu il trouve de Pédans un efcadron fouré , 

Suivi par un Redeur de Bedeaux entouré 5 
^95 Ou qu'il voit la Juftice , en groiTe compagnie , 

Mener tuer un homme avec cérémonie } 

Que penfert'il de nous , lors que fur le Midi 

Un hazard au Palais le conduit un Jeudi 5 

Lors qu'il entend de loin , d'une gueule infernale , 
}00 La Chicane en fureur mugir dans la grand' Sale î 

Que dit-il quand il voit les Juges , Içs HuifUcrs , 

Les Clercs , les Procureurs , les Sergens , les Greffiers^ 

O ! que fî r Afne alors , à bon droit mifanthrppe , 

Pouvoit prouver la voix qu'il eut au temps d'Efopç j 

R £ M jé X q u £ s. I 

VERStpj. &194. 4ePi4ans VERS 5OJ, & 106. Ot ijuejf rf 

nn efcadron fouré^ Snixi par un J^ec- l*Afne alors , &c. Qh^H dirait de f 

tem , &c. 3 VlJniverfiti de Paris bon ccntr , &C. ] Le que dans qu'il ^ 

fait Tes Procelfions quatre fois diroi^^ eft abfolument inutile. U ' 

l'année. Le K^Sieur y aflîfte avec falloir fimplemcnt , il dirait ; 

ies Bedeauj(. Les quatre Facultés, l'Auteur aïant commencé f^ [ 

des Arts, de Droit, de Médecine, Phrafc par l que, 
^ de Théologie > marchent aufu Vers 304. Pouvait trouver U 1 

4 içur raqg & avec les habits » t/oixquUleutautempfd'Efope^icc,'] ; 

qui leur font propres, Y^ïés Dans le Cymbalum mundi de -P»»- * 

Sàt, III. V. I u. navaniure Des Periers , MERCURE Ji 

Vers 198. njukaa^ard au Palais donne à un Cheval Tufage de la f 

le conduit un Jeudi. ] C*cft le jour parole j 6c ce Cheval adrcife co f 

^s çrfmdcs Aud|c<)ççi. P fi s ?, ]âifçours 4 ion Hd^ttc ; ,9 U i ; 



[, s AT IRE vit I. î5^ 

^^ tous coftez , Dodcur , volant les Hommes fous , 
xU'il diroit de bon cœur , fans en eftre jaloux , 
entent de fcs chardons , & fecoiiant la teftc , 
"^3 foi , non plus que nous , THomme n eft qu'une bcfte ! 

>»Qfte un tems quç les Bcftes par- déchaînée. Il en veut furtout au 

>*oieut , mais fi le parler ne trait fatirique contenu dans les 

iol^^^ cuft point cfté ofté , non deux derniers Vers. Il en fait U 

'tr qu'à vous i vous ne nous critiguc la plus pitoïabie qu'on 

,**Jj^^veriez pas fîbeftes que vous puiflc imaginer,,. Ce n'eft pas 

Pcnrï^^ "• ^'^^ l'original de la „ le moïen , dit-il , de parvenir 

^if}^^ par laquelle l'Auteur ter- „ à la réputation de bon Poète., 

^^ cette Satire. „ que d'^rire contre la raifon 

don^^^ i^7»^ontent de fes char. ,,& contre la TagefTe , & que 

(j^ * " &c»] Cette J*4/»rf eft une „ de vouloir fi fort ncus égaler 

U^ S^llc contre lefquelles lîani- ,, aux beftes > que dt faire dire 

^'*^é de Defmarêts s*cft le plus „ â un âne : 

„ Content de [es chardons , c^ fecoUant la tefle , 
„ Ma foi , non plus que nous , l'Homme n'eft qw^une bejle, 
^* ^^**elemportement de faire iu- „ contraire, qu'un bon Pofe'te ait 
^, f^*^ > "»'»/" » à un âne , & de „ de bons & fagcs fentimens fut 
^ ^^ mocqucr de tout honneur , „ toutes matières, pour faire des 
^* ^^ tout l'efprit humain, & de „ Vers nobles & raifonnables , 
* '^^^iitc vertu i puifqu'il faut au „ fliivant le précepte d'HoRAcs. 

„ Scribendi reHè fapere ejl ^ principium O fons, 
-^ „ 1{em tibi Socratica poterunt ojlendere charU ,,. 

t^^ ne pouvoir peut-être pas fai- des hommes , comme il le dit lui- 
d^ ^^ plus ridicule application même i mais pour être chagrin, 
iç^c précepte d'Hortfce. De tou- un PhiloCbplie n'en puife pas 
i\ *w Satires de nôtre Auteur , moins fes réflexions dans la fa- 
ÎV^V en a point de plus philo- gclTc. Si quelque chofe égale le 
j>JPnique que celle-ci. Véritable- mauvais ufage que Defmarêts faic 
/^^nt il y parle en Philofobhe çha^ ici des deux Vers à*Hoiace , c'eft 
*^'« , qui ne peut fonfrir les 'vices la manière dont il les traduit. 
Des bons C^ nobles 'vers la fonrce ejî la Jageffe^ 
Apprens et que Socrate enfetgnoit À U Orece, 



Tome L 



•I> 

AVERTISSEMENT 

SUR 

LA IX. SATIRE. 



(t) LE LIBRAIRE AU LECtEV^^ 

i V OICI le dernier Ouvrage quî eft forti 
de la plume du Sieur D * * *. L'Auteur 
( i) après avoir écrie contre tous les Hom- 
mes en général , a creu qu'il ne pou Voit 
mieux faire ( j ) qu en écrivant contre l^^T 
mefme , & que c'eftoit le plus beau ch^mp 
de Satire qu'il ^uft trouver, f^eut-eftre q*i^ 

R£MjtR(lU£S. 



r I ) Le Libraire &c. ] Cet 
.A-vertijfement parut à l%.têtc dc 
la première Editiân de là IX, Sa- 
tire , imprimée feparémeot. en 

1 66S. 

■ ( 1 ) après a-voir écrit contre 
tous hs Hommes en général , ] Dans 
la ^///. Satire. 

( 3 ) ejit'en écrivant eontn^tui-mi' 
me , ] Les fept premières Satires 
furent publiées en i666,LsipluC- 
part de ceux qu'elles attaquoient, 
fe déchaînèrent avec fureur con- 
tre l'Auteur. Pour Te juftificr 6c 
les tourner eu ridicule»fans don- 
ner prife fur lui-même , il crut 
«l'avoic pas d'autre ton à pren- 



dre que celui de la plaifaiit^'''^* 
C'eft ce qu'il exécuta d'atic ''^zi 
nière inimirable dans fa l^' ** -^ 
tire^ la plus belle de toutes « |^ 
celle dans laquelle il a tni^ .^ 
plus d'art , d'invention ^ - 
lineiTc , comme il le dU *^7 
même dans cet A-vertiffem^' 
Ellç fut fiitc en 1667, & ^^^^t 
crainte , qu'il eut qu'elle ne fV 
imprimée fur quelque Copie *\. 
fed^ueufe, il I4 fit imprimer ^^jg 
même en 1 66%, après la S*ti^^^^ 
l* Homme. Cette dernière eut H 
très - grand fuccès. Le Roi W^ 
même en parla plulieurs r^^ 
avec de grands éloges. 5^**^ 



AVERTISS. SUR LA IX. SAT. * 157 
ceux qui ne font pas fort înftruits des demef- 
lés du Parnaflè , & quî n'ont pas beaucoup leu 
les autres Satires du mefme Auteur, ne ver- 
ront pas tout Tagrément de celle-cy , qui n'en 
eft , à bien parler , qu'une fuite. Mais je ne 
doute point que les Gens de Lettres & fur- 
tout ceux qui ont le gouft délicat , ne luy 
donnent le prix , comme à celle où il y a le 
plus d'art , d'invention & de fineflè d'efprit. 
Il y a déjà du temps qu'elle eft faîte: TAu- 
teur s'êtoit en quelque forte réfolu de ne la 
jamais publier. Il vouloir bien épargner ce 
chagrin aux Auteurs qui s'en pourront cho- 
quer. ( 4 ) Quelques Libelles diffamatoires 
que l'Abbé Kautîn Se plufieurs autres euflènt 
hit imprimer contre luy , il s'en tenoit affés 

MauTts , Chevau - Icgcr de la la Cour , & Madame ]a Marê- 

Garde , leciuei fc trouvoit fou- chale de la Mothe , Gouvernante 

vent auprès du Roi » parce qu*il de Monfei^newr ^ en fit faire une 

lui moncroit à tirer en volant , Copie , laquelle en produire 

lui dit , que Defpréaux avoit fait plufîeurs autres. Ainfi c'eft en 

une autre J'rfjïVf encore plus belle quelque façon de la main du 

que celle-là » dans laquelle il Roi , que le Public tient cec 

parloir de Sa Majedé. Le Roi Ouvrage. 

reprit fièrement & d'un air fur- ( 4 ) Unelques Libelles difama» 

^tis'.Jtjf parle de moi, dites T/ous \ foires ejne l'Abbé TjiMin &c. ] 

Ok» , JjVf, répliqua Sa iKT-M AU- L'Abbe Cotin avoir fait irapri- 

RIS ; mais il en parle a-vec tout le mer une Satire en Vers contre M. 

refpeH dâ à Vètre Mafeflé, Le Roi De/préaux , & un Libelle en ProCe» 

fut curieux de voir cette Pièce ; dont le titre êtoit : Critiqne dé. 

& quelques jours après Saint- fintérejfée furies Satires du temps. 

Mauris lui en remit une Copie , Boursault avoit fait imprimer 

qu'il avoit eue de l'Auteur , à La Satirjt des Satires, C'ètoit une 

condition qu'elle ne feroit vufe* Comédie dans laquelle il faifoit 

que du Roi. Le Roi la commu- . la critique des Satirts de nôtre 

iliqua à quelques perfonoes de Auteur. 



*i38 AVERTISS. SUR LA IX. SAT2 

vengé par le mépris que tout le monde a faîe 
de leurs Ouvrages , qui n'ont efté leus de per- 
fonne , & que rimpreflîon mefme n a peU 
rendre publics. ( 5 ) Mais une copie de cette 
Satire eftant tombée entre les mains des Li- 
braires , ils ont réduit l'Auteur à recevoir en^ 
core la loy d'eux. Ceft donc à moy qu'il a 
confié l'original de fa pièce , & il l'a accom- 
pagnée (6) d'un petit Difcours en profe , où 
il juftîfie par l'autorité des Poètes Anciens 8c 
Modernes la liberté qu'il s'eft donnée dans fes 
Satires. Je ne doute point que le Lecteur ne 
/bit bien aife du prefent que je luy en fais. 

( ^) Mais fine copie de cette Sa- C*cft le Difcours fur la Satire^ 

Hre&c.l Voïés ci-dedus la fin qu'on a vu dim cette Edition i 

de la Remarque 3. ^a rête àei Satires^ de nôcie Au- 

( 6 ) d*un petit Difçoms enprofe^ ] tcur. 



\ 




SATIRE IX. 



vJ'E S T à vous , mon Efprit , à qui je veux parler , 

ous avez des défauts que je ne puis celer. 
Aflez & trop long-temps ma lâche complai{àncc , 
De vos jeux criminels a nourri rinfolencc. 
■5 Mais pui{que vous pouffez ma patience à bout , 
Une fois en ma vie il faut vous dire tout. 

On croiroit à vous voir , dans vos libres caprices ^ 
Difcourir en Caton des vertus & des vices , 



£Mj4R(lU£S. 



VehS I . C*efl à -vous , inon Ef- 
prit , &c. ] Cette Satire eft en- 
tièrement dans le goût à* Horace , 
& d'un Homme qui fe fait Ton 
procez à foi-mefme , pour le 
iaire à tous les autres. D e s p. 

Cette Pièce eft toute de l'in- 
vention de l'Auteur , quant à 
l'exécution } mais on ne fau- 
roit douter , qu'il n'en ait pris 
l'idée , auOi-bien que de fa fep- 
tiéffiç Sêtin^ de U prcmiciedu 



II. Lîv. & Horace, 

V E R s 7. On eroirott k fouf 
'voir , &c. ] Ce Vers & les trois 
fuivans , qui désignent les Sati- 
res précédentes, particulièrement 
la huitième * furent ajoutés par 
l'Auteur : quand il voulut faire 
imprimer cette J'^rrre, qu'il avoir 
faite avant la huitième. Il y 
avoit auparavant : y ous crcye?i 
cWà co»'vert des traits de la Satire ^ 



I40 S A T I R E I X. 

Décider du mérite & du prix des Auteurs , 
10 Et faire impunément la leçon aux Dodeurs , 

Qu*e(lant feul à couvert des traits de la Satire , 

Vous avez tout pouvoir de parler & d'écrire. 

Mais moi , qui dans le fond fçais bien ce que j'en crois i 

Qui compte tous les jours vos défauts par mes doigts , 
1 5 Je ris , quand je vous vois , fi foible & fi ftcrile , 

Prendre fiir vous le foin de reformer la Ville , 

Dans vos difcours chagrins plus aigre , & plus mozéLsLmrJt j 

Qu\ine Femme en furie , ou Gautier en plaidait. 

Mais répondez un peu. Quelle verve indiforetc , 
10 Sans Taveu des neuf Sœurs , vous a rendu Poète ? 

Sentiez vous , dites-moi , ces violens tranfports > 

Qui d un efprit divin font mouvoir les refibrts ? 

Qui vous a pu foulHer une fi folle audace ? 

Phébus a-t'il pour vous applani le Parnafle ? 
i 5 Et ne fçavez vous pas , que for ce Mont focré , 

Qui ne voie au fommet tombe au plus bas degré : 

Vers 1 g. -k— eu Gautier en réfléchi , ne font que de fojlr 

plaidant, ] Avocat célèbre & copies de leurs originaux. Il 

très -mordant. D e s p. geoit dans la Cour du Palais » 

Claude Gautier , ^toit furnom- mourut le 1 6. de Septc^ni 

me au Palais , Gautier la Gueule. i666, âgé de foixantc ^ lee 

Quand un Plaideur vouloit in- ans. 

timiderfa partie, il la menaçoit Vers zt. SentieK-'wui^ & 

de lui lâcher Gautier, Son éloquen- Dans les dernières Editions 

ce n'êtoit point réglée ; c'etoit l'an lyor. faites in-j^^. U »» - _ ^^ ; 

des faillies & des impétuofités l'Imprimeur mis : SenteK-vo^^^ 

fort inégales. Son feu s'êtcignoit mais c'eft une faute- ^m 

même dans le repos , $c il avoit Imit. Vers x6, Oui ne •^«' ^^ J 

befoin d'être animé par l'avion, fommet tombe au plus bai ^t:^ -fg^, 

De-là vient que ^t^ Plaidoïers Horace dit dans fon Artî^^ 

imprimes , fur lefquels il avoit que , Vers 378. 
5% paulkm àfumm difceffit , vergit ad m 




s A T I R E I X. ,4, 

i*a moins d*eftr€ au rang d'Horace , ou de Voiture * 
anipe dans la fange avec TAbbé de Pure ? 
ne fi tous mes efForts ne peuvent reprimer 
Pendant malin , qui vous force à rimer 5 

R E M j4 R Q U E S. 

s i8. 0» rampe dans la malin ^ qm t^ms force à r/wfr.^J 
''^^cl'AhhédePme,'\ Voïés Ce Vers & Us douze fuivans 
»• Vers 17. font imités d'Horace , Ljy, II, 

• Vers 30, Cet afcendant Sat, I, Vers ro. 
Auifi tantus amor feribendi te rapit , aude 
Cafaris intAHi res dicere } mnlfa labornm 
Pramia laturus, Cupidmn , Pater optime , wres 
Defidunt , ne(j»e enim quiiAs borrentia pilis 
ApHtna , nec fraHd perenntes cufpide Gallos , 
%Aut labentis eqm defcribat 'vnlnera Parthi. 

*»aie yauquelin^ dont on d'Hor4c*, qu'il tourne à la loîfan- 
. ci-devant à la tête de la ge du Roi Henri III, Livre I. 
^11. a imité cet endroit Satire II. 

Et fi tu fens ton ame tant ardante 

Après les 'vers , d'une plume fçauantt 

Ofe un ourvrage admirable tenter : 

Ou les exploits de nojire l{oy chanter : 



Bt tu auras , au moins comme je penfe 
De tes labeurs quelque four récompenfe. 

Et pour mon l(oj la force me défaut i 

Car tout chacun n'a pas le cmurfi haut , 

i^ de chanter d'un tel preux les 'vaillances : 

m defon Camp tout herifféde lances 

Les grands e forts ^ dont furent ajfaillis 

Ses ennemis : ni les grands chamaillis 

Des combatans , ni les cris effroyables 

Des Alemans O' lettres redoutables 

Tombants au choc de nos bra'ves lanciers , 

Et fous le hurt de nos rudes piquiers , 

Encourage^ par la haute préfence 

De nojire ^oy quafi des fon enfance : 

Tant qu'à la fin re'venu de l'Etour 

France il rendit paifibie à Monccntour, 
! de La Frefnaie Fauquelin „ doit eftre , dit-il , d'un ftile 
•tout le même & confor* „ (impie & bas , ... • imitant ôc 
idée , qu'il s'étoit formée „ répréfcntant les chofes natu- 
li de la Satire % laquelle „ relies , d'autant qu'il doit fut- 



141 S A T I R E I 3ff 

Sans perdre en vains difcours tout le fruit de vos veilles 5 
Ofez chanter du Roi les augures merveilles. 
La y mettant à profit vos caprices divers , 
Vous verriez tous les ans frudifier vos vers 5 

5 5 Et par l'efpoir du gain voftre Mufe animée , 
Vendroit au poids de lor une once de fumée. 
Mais envain , direz-vous , je penfe vous tenter 
Par réclat d'un fardeau trop pefant à porter. 
Tout Chantre ne peut pas , fur le ton d*un Orphée , 

40 Entonner en grands vers , la Difcorde étouffée , 
Vtinêitt^Bellone en feu tonnant de toutes farts 
Et le Belge effrayé fuiant fur fesramf arts. 
Sur un ton Ç\ hardi , fans eftre téméraire > 
Racan pourroit chanter au défaut d'un Homère , 



„ fire au Satyrîquc de reprendre 
„ ouvertement & fans artifice , 
„ les fautes Ôc les vaniiez d'au- 
9, truy. C'efl pourquoy ceux-là 
„ ne méritent de louange , qui 
9, efcrivant des Satyres , ufent 

„ d'un ftile trop élevé La 

j^Satyre ne demande que la ve- 
9> rite Hmple & nue , & des pa- 
„ rôles du cru du pays de celu/ 
yy qui e/crit fans s'élever ni ra- 
„ baifler trop en fon propos. 
„ Telle cft la manière d'efcrire 
„ à* Horace entre les Satyriques , 
„ avec des vers Ci naïfs & H bas , 
„ que bien fou vent il n'y a point 
„ autre différence entre eux & 
„ la profe , que la mefure & la 
„ quantité; deforte qu'à grand'- 
„ peine ils femblent mériter le 
9, nom de Poëfîe. AuITî il a com- 
„ pris Ces Satjnres fous le nom de 
^^ Sermons , pris du mot Latin 
„ Sermo , qui n'eft autre chofe 
,f que l.é devis familier & com- 




„ mun d'entre un ou deux de 
,,fantsenfemble»,. 

On peut voir par ces échanti: 
Ions & par ce qu'on aura dans 
fuite occafion de rapportet <^ 
ce Poète , qu'il ne lui a raanqr 
que d'être né dans un tems , (^ 
la Langue fut plus parfaite , 
le Goût plus épuré. Seroit-il 1 
ceflaire d'avertir que dans 
qu'on vieiit de lire le mot i" ^^_^ 
n'cft pas emploie dans l'accc ^=^ P' 
tion , où nous le prenons m " j "' 
jourd'hui , mais dans la fign^ "^-H' 
cation , que les Rhéteurs Laci 
donnent au terme humilis. 

VEB.E 41. Et le Belge effrayé.ic =C'J 

Cette Satire a eftc faite dan* ^ l^ > 
temps que le Roi prit Lille « 

Flandres & plufieurs autres y^^-^il' J 
les. D E s p. jf 

Ce fut pendant la Campa ^oc j 
de T 667. f 

Vers 4.^, l(acan tourroit c^-***- f 
fer , &c. ] Honorât de Btml , Is^^Sl* 



s A T I R E I X. i^j 

pour Cotin & moi , qui rimons au hazard , 
l'amour de blâmer fit Poètes par art ; 
qu'un tas de grimauds vantç noftre éloquence , 
js feur eft pour nous de garder le filencc. 
oëmc in/îpidc , & fortement flatteur , 
onnore à la foi le Héros & T Auteur, 
de tels projets Raflent noftre foiblefTc. 
parle un Efprit languiflant de mollefTc , 
fous rhumble dehors d'un refpedt affedé , 
c le noir venin de (a malignité. 
deufBez-vous en l'air voir vos ailes fondues , 
iloit-il pas mieux vous perdre dans les nues , 
d'aller {ans raifon , d'un ftile peu Chreftien , 
infulte en rimant à qui ne vous dit rien , 



e J(acan , Pofe'te eftimé. Il que l'Abbé Coti» avoît faîtes 
ie l'Académie Françoife , contre nôtre Auteur. Voies Sa^ 
Urut en 1 670. tire III. Vers 60. 

.s 4^. Mais pour Cotin C^ IMIT. Ibid. Mais pour Cotin (Sf 
Icc] AlUifîon aux Satins moi , &c. ] Ju'vénal, Sat. I. v. 75>« 

Si natnra negat ,facit indignatio 'uer/Um , 

QHaUmcumque potejl , quaies ego , o/f/ ClwvienHS, 
r. Vers \ 6. Ne 'valntM pas &c. ] }1orace , Livre fécond , Ss* 
'voHS perdre dans Us nues ^ tirel. Vers 11. * 

Huanto reSiius hoc , quim trifli Udere 'uer/ù 

Pantolabum fcurram , Nomentanumque nepotem, 
s La Frefnaie Vauquelin , quels , comme dans tous fes Ou- 
premier, Satire deuxième vrages , il dit, attacher , pouc 
>ar ces Vers , dans lef- attaquer^ 

Mais tu me dis ^ combien mieux ferois -tt» 

De noflre I{py d*efcrire la 'vertu , 

Hue d'attacher par fornettes piquantes 

D^un Courtifan les rencontres platfantes , 

Ou d*im Cbiquot , naturel plaifanteur ? 

Ou l'art mefibani de quelque fin fiateètr. 



«44 



SATIRE î 



Et du bruit dangereux d un livre téméraire , 
€o A vos propres périls enrichir le Libraire ? 

Vous vous flattez peut-eftrc en voflxe vanité i 

D'aller comme un Harace à rimmortalité : 

Et déjà vous croyez dans vos rimes obfcures , 

Aux Saumaifes futurs préparer des tortures. 
^5 Mais combien d'Ecrivains , d abord û bien reçeus , 

Sont de ce fol efpoir honteufement deçeus : 

Combien , pour quelques mois , ont veu fleurir leur Liv^ ^ * 
' Dont les vers en paquet fe vendent à la livre ^ 

Vous pourrez voir un temps vos écrits eftimez > 
70 Courir de main en main par la Ville femez : 

R £ M j4 R (lU £ S. 



i^^ 



Vers 6^. *yfi** Saumaifes futurs 
préparer des tortures. ] SaUMAISE, 
célèbre Commentateur. D e s- 
p R E* A u X. 

Claude Saumaife , favant Criti- 

3ue a éclairci une infinité d'en- 
roics obfcurs & difficiles des 
Auteurs anciens. Il mourut en 
16^ X. Ccft ce Vers qui m*a in^ 
fpire la première pen(ee de faire 
un Commentaire Hilîorique fur les 
Oeuvres de M. Defpréaux , afin 
de donner une entière connoif- 
fance des endroits fur lefqueis 
réloignement des tems ne man- 
queroit pas de jetter de robfcu- 
rité. Brossette. 

Vers 69, Vous pourrez 'voir un 
temps 'VOS écrits eflimeK , &c. ] On 



a parlé fur le Vêts $4. de la ^^^ut 
tire I4 de U jalouHe , que ^*^*I1--3q. 
Boileau l'Académicien avoit co^^^j^^i 
tre fon Frère , à caufe du grai^ ^Jon 
fuccès des nouvelles Satires. C — ^ ^ jj, 
les lira pendant quelque tems , c^ ^^^ 
foit-il . d'un air méprifan r -^ |,,) 
mais À la fin elles tomberont d* ■ 
l*oubli comme font la plufpart de^ im'i,. 
petis Ourvrages : C^ le tems leur L ^ ^ ^ ' 
ra les charmes^que la nouveauté /• ^^^. \ 
a donnéi. Nôtre Poète fc ^crvi^^^jf ^ 
propos des mêmes termes cccs^**î ' 

tre fon Frère lui même, en ^ ^^ 

appliquant à deux petits Ou v ^ ^, 

ges que ce Frère avoit publi^^ ^f* 
rua contre Collar , & l'a u ^ »^ " ^ 
contre Ménage, Il avoit mi u- ^ " 
cet endroit : 



VouspouirreK voir un tems 'vos écrits ejlimex 
Courir de main en main par la 'ville femex : 

Puis fuvvre wvec ce rebut de notre âge , 

Et la Lettre 4 Coftar , ^ l'A'vis à Ménage^ 

Mais quand il donna au Public derniers Vers, 6c mie covcM-^o* 
cette Satire , il changea ces deux l'on voit ici. 



f 



1^ 



SATIRE I X. 

Puis ic là tout poudreux y ignorez fur la terre , 
Suivre chez TEpicier Neuf-Germain & la Serre : 
Ou de trente feuillets réduits peut-cftrc à neuf , 
Parer dcmi-rôngez les rebords du Pont-neuf. 
r Le bel honneur pour vous , en voyant vos Ouvrages ^ 
Occuper le loifir des Laquais & des Pages , 
Et (ouvent dans un coin renvoyez à Tëcart , 
Servir de fécond tome aux airs du Savoyard l 

Mais je veux que le Sort , par un heureux caprice 5 
^ FalTe de vos écrits profpercr la malice j 
ït qu'enfin vofbre Livre , aille au gré de vos vœux j 
Taire fîffler Cotin chez nos derniers Neveux. 
Que vous fert-il qu un jour Tavenir vous eflimé , 
Si Vos vers aujourd'hui vous tiennent lieu de crime % 



H) 



RjEM^RQ.t^MS'é 



Vers 71. Nenf-Germaîn, ] 

i?octe extravagant. Desp.^ La 

Serre. 1 Auteur peu eftimé,DESp. 
( Voïcs Sat, III. Versytf. ) 

Louis de Kenf-Germain êcoit un 
Poète ridicule & extravagant, 
qui vivoit fous le règne de Louis 
Xlll. Il êtoit le jouet de la 
Cour , & des beaux Efprits de 
ce tems-Iâ. Sa méthode favorite 
îtoitde faire des Vers . qui fînif- 
foient par les HUabes du nom de 
ceux qu'il vouloit loUeri On en 
peut voir des exemples dans fes 
Oeuvres irnprimées à Paris en 
1637. & des Imitations Satiri- 
ques dans quelques • Un^ de nos 
Poëtes. 

VEHS 74. — - les rebords du 
f ont-neuf, "[ OÙ. l*on vend ordi- 
nairement les Livxes «le rebiu. 

T9m9 h 



Vers 78. Servir de fécond tomi 
aux airs du Sa'voyard. ] Fameux 
Chantre du Pont-neuf , dont 
on vante encore les Chanfonsi 
D ES p. Ed, 1701. 

Elles foot imprimées en ua 
petit volume , fous ce titre : i(e- 
cueiL nourveau des Chanfons du Sa» 
voyard. par luifeul chantées à Va-, 
ris. Il les chantoit fiir le Pont- 
neuf, aidé de quelques jeunes 
Garçons , qu'il a voit inAruits à 
chanter avec lui } & il accom-« 
pagnoit Tes Chanfons dé plu- 
fii'urs bouâbnneries , qui atti- 
. roiçnt le Peuple^ il fe nommoit 
Pbilippot » autrement 1 Le Sa* 
'voyard. Son Père avoit fait le 
même métier , & dans fon tems 
avoit chanté les Chanfons èê 
Quédon <C du vieux £oifet^ 



1^6 S A T I R E I X. 

85 Et ne produifeiit rien pour fruit de leurs bons mots, 
Que l'effroi du Public , & la haine des Sots ? 
Quel Démon vous irrite , & vous pone à médire ? 
Un Livre vous déplaift. Qui vous force à le lire î 
LailTez mourir un Fat dans fon obfcurité. 

^o Un Auteur ne peut-il pourir en feurcté ? 
Le Jonas inconnu feche dans la pouflîere. 
Le David imprimé n a point vcu la lumière. 
Le Moïfe commence à moifir par les bords. 
Quel mal cela fait-il ? Ceux qui font morts font morts. 

55 Le tombeau contre vous ne peut-il les défendre ? 

Et qu'ont feit tant d'Auteurs pour remuer leur cendre î 
Que vou^ ont fait Perrin , Bardin , Pradon , Hainaut ^ 
Colletet , Pelletier , Titreville , Quinaut , 




£Mj4RqU£S. 



Vers 91. 91. si. Le Jonas ^tCC, 
Le PaTjid , ftcc. Le Moïfe , ÔCC ] 
Ces trois Poèmes avoient été 
faits , le Unas par Coras , le Da- 
'vid par Lés-FargHes , & le Moïfe 
•pgLt Saint- yimand. D E SP. 

Le Poème de Jcnas ou Nini-ue 
fénitente ^ vzTUt en 16^5. Jacejnes 
de Coras , ton Auteur , en a fait 
un autre intitule : Dat/$d , ou ta 
Vertu couronnée ^, qu'il publia en 
166^. Mais nôtre Auteur nous 
apprend lui-même , que c'ell le 
Vavid de Las^F argues , Toulou- 
sain , qu'il avoit en vu'é. 

Vers 97. Siue 'vous ont fait Pét- 
rin , &c. ] Ce Vers 6c le fuivant 
font allufion aux Vers 44. & 4^ . 
de la Sat, Vil. où la plufpart des 
mêmes noms font placés. Dan« 
les premières Editions il y avoit : 
i^Mtf vous ont fait Perrin^ Bardin , 
Moêtrojt , Bomfaut ^ A la place de 
ces deux dccniers , l'Auceut 4 



mis Pradon & Haindut. NoUf^^ 
parlerons de Pradon dans la fui-—** 
te. A l'égard du fécond , c'eft '^ 
Hénaut , Poète de ce tems-là , -^ 
connu par le fameux Sonnet de ^^ 
f^^fortoH , dont il êtoit l'Au- -^ 
teur i & par quelques autres -^ 
Pièces tant en Vers qu'en Profe, ^ 
qui furent iniprimées à Paris en 
1670. Il mourut en l'année -== 
i68i. M. Defpréaux le trouvoic ^^ 
adés bon Poète , & difoit que fa 
meilleure Pièce , non pas pouc^ 
le fujet , mais pour la compoiî — - 
tion , êtoit un Sonnet contre H^ 
Colbert , qui commençoit par c^ 
Vers : Minijlrf arvare ^ Ucbe ^ 
Efclai/e malheureux. M. Colbert 
fit là-defTus une aâion pleine d? 
grandeur. On lui parla de ce 
Sonnet : Il demanda s'il n'y avoic; 
rien contre le Roi * on lui dir 
que non,Celaitant répondit-il,ftf 
n'en i/eux peint de mal â l'^Htemr^ 



s A T I R E I X ,47 

it Jes noms en cent lieux,placez comme en leurs niches, 

it de vos vers malins remplir les hemiftiches ï 

u'il font vous ennuie. O le plaifant détour i 

nt bien ennuie le Roi ^ toute la Cour 3 

; que le moindre edit ay t , pour punir leur crîmt > 

•^aché les Auteurs , ou (upprimé la rime. 

ive qui voudra. Chacun à ce métier 

: perdre impunément de Fencre & du papiet^ 

Roman , fans bleffer les loix ni la coutume ^ 

: conduire un Héros au dixième volume. 

i vient que Paris voit chez luy de tout temps 

Auteurs à grands flots déborder tous les ans : 

*a point de portail , où jufques aux corniches f 

s les piliers ne foicnt enveloppez d affiches. 

is feul plus dégoûté , fans pouvoir & fans nom , 

adiez régler les droits , & l'eftat d* Apollon. 

s vous qui raffinez fur les écrits des autres , 

juel œil penfez-vous qu*on regarde les voftres î 

eft rien en ce temps à couvert de vos coups 5 

s fçavez-vous auffi comme on parle de vous ]t 

rardez-vous , dira Tun y de cet Efprit critique i 

ne f^ait bien fouvent quelle mouche le pique* 

RS 1 08. — HH dixième i/o- feâi vement douze voIUmes.aufïi- 
] Les I(pmans dc Cjr$ts , de bien que CUopatre , que nôtre 
• , & de Pharamond , foilt .Poifce ne nomme pas dans la 
un de dix Volumes. D e s P. "Note. 

[AKO. Ibidi Ily avoitdans Imit. Vers 119. C74r<f<rt-'î«Mw...< 
remières Editions: a» flou- de cet efprit critique. ] H o ». A- 
1/oÙHme i ce qui ctoit tout ce. Livre L Satire IV. Vcsct 
bien , Pharamond aïant ef- 34. 

Feemm hahet in cornn , longe fuge : ditmmodo rifitm 

pxcmintjjbi 2 nçp bii ç»iiinnn parcet amico. 



i4« S A T I R E I X. 

Mais c'eft un jeune Fou , qui fe croit tout pefmis^ 
£t qui pour un bon mot va perdre vingt Amis« 
Il ne pardonne pas aux vers de la Pucelle , 
Et croit régler le monde au gré de (à cervelle. 
12.5 Jamais dans le Barreau trouva-t-il rien de bon ? 
Peut-on & bien prêcher qu il ne dorme au Sermon î 
Mais lui , qui fait ici le Régent du Parnafle , 
N'eft qu un gueux revêtu des dépouilles d'Horace. 



C'eft ce <tue La Freftiaie VatU^ué' <[uatriéme Livre , en aioûtim ^^^^ 
lin a paraphrafé de cette forte nouvelles* idées à celles de i^^^ 
«lans la première Saùrt de Ton original. 

I Gardex-'voHS , car ce torean-ta porte 

D» foin deffits la corne , ilfrape en mainte firte i 
FHjeK'le de bien loin , quand à hurter s*efl mis , 
// ne pardonne pas àfes meilleurs amis : 
// porte fur la croupe une claire fonnette , 
\ . Sut dit aux appreehans , ilfrape , tju^on s* en guette^ 

Perfonne il ne refpeHe , un Prince ilfraperoit , 
Et les plus grands Seigneurs jamais n*épargneroit , 
Pourveu que tout le monde â fon plaifir il tire : 
Et quHlfaffe en riant auffi les autres rire : &C. 
les deux mêmes Vers à' Horace La Vrefnaie yauquelin , & peu ^^^' 
•m Clé depuis heureufement être M. Deppréaux dans la fieis^^' 
imités par J<e;wVr. Son Imita- ne n'a-t'il fait qu'égaler iÇfpi»«r^^* 
lion eft fore fupérieure à celle de , dont voici les Vers , Satire XI^^^' 
» FufCK ce Médifant ; 

Fdcbeufe ejl fon humeur , fon parler efl cuifant, 
Huoi , Monfieur , n'efl-cepas cet homme à la Satire » 
Quiferdiroitfon amipluflofi qu*un mot pour rire } 
VïUs 11^. Jamais dans le "Bar- loit au Palais que pour obferv^^ 
reau » &c. ] Nôtre Auteur pof- les manières de plaider des ai&^ 
iédoit dans un grand degré de très Avocats , & pour les coi»- 
Çerfeûion , le talent de contre- trefaire quand il ètoit avec Cff 
faire toutes fortes de gens. Il amis. Il en faifoit autant à Vc^ 
favoit (î bien prendre le ton de gard des Prédicateurs , & des 
voix , l'air » le gefte , & ton- Comédiens. 
tes les manières des perfonnes VersiiS. U^eflqu^un gueux re- 
qu'il vouloir copier • qu'on s'i* 'vètn dès dépouilles d^Horace , &c» J 
maginoit les voir & les enten- Saint PaiAn reprochoit â l'Au- 
drc. Etant jeune Avocat , il n'ai- tcur , qu'il n'Itdt ûchc qut du 



SATIRE IX. 149 

^ Vaut lui Juvcnal avoit dit en Latin , 
Kf**on efi ajjis à taife aux Sermons de Cotin. 
• U» & l'autre avant lui s'eftoient plaints de la rime , 
'^ c eft auffi fur eux qu'il rejette fon crime : 
■^ cherche à fe couvrir de ces noms glorieux. 
^ peu lu ces Auteurs : mais tout n'iroit que mieux ^ 
^uand de ces Médifans Tengeancc toute entière 
^cit la tcftc en bas rimer dans la rivière. 

Voilà comme on voustraitte : & le Monde effrayé 
^ous regarde déjà comme un homme noyé. 
En vain quelque Rieur , prenant votre défenfe , 
Veut faire au moins de grâce adoucir la fentence. 
&ien n apaife un Ledcur toujours tremblant d'effroi , 
Qui voit peindre en autrui ce qu'il remarque en foi. 
Vous ferez-vous toujours des affaires nouvelles î j 

Et ikudra-t-il fans ceflc effuyer des querellçs î 

R £ M j4 R (l U E T. 

dépouilles â*Horace , de Jm/enal comme des médîfances affreu- 

& de l{eptier, D E S p. fes , qu'on ne devoit pas aucori- 

L'Abbé Cotin appuVoie forte- fer. De forte qu'un jour il die 

ment ce reproche , Goit dans ta dans un mouvement de colère t 

Satire qu'il fit contre M. Def- qu'il faudroit envoïer Boileau & 

préaux , foil dans fa Critique dé- tous les Satiriques rimer dans la 

fintéreffee fux les Satires du tems, rivière. Cependant on fçait que 

Mais nôtre Auteur le rend dou- ce Duc , qui s'êtoit mêlé de Poc- 

blement ridicule , en lui faifant fies dans fa jeunede , avoit lui- 

<!ire,que /m/^»*/ avoit dit en La- mêmecompofé des Satires , qui 

tin , ^'o» efi aJJis à t*aife aux Ser^ paflbient pour vives & piquaii- 

9»0»j<<eCo»7f. Cetoure(ltrès-in- tes. Af^w^^e , en lui dédiant fes 

génieux. Voïés la Sat, I, vers Po<r/?«, en fait le fujct d'une par- 

178. Se Sat, III. vers 60. tic des louanges , qu'il lui donne 

Vers i j^. Jroit la telle en bas dans l'Epitrc dédiç, Tejles dit-il , 

rimer dans la ri'viere, ] L^uftére 'vrvid* ilU atque acres Satira qua 

vertu , dont M. le Duc de Mon- nobile O genero/um illud tuum quo- 

UuK.ier faifoit profeflîon , lui fit dam modo praJeferunt„..Tefles mi. 

icgatdcr les Satirts de l'Auteur , r* romnditatis Spigrammata , &e, 

Kiij 



150 S A T I R E IX. 

|i.y N*enten<îrai-je qu'Auteurs fc plaindre & murmurer î 

Jufqu à quand vos furçurs doivent-elles durer ? 

Répondez , mon Efprit , ce n eft plus raillerie ; 

Dites , . Mais , dirçz-vous , Pourquoi cette furie ? 

Quoi ? pour un maigre Auteur que je glôze en paffant , 
Ijo Eft-ce uii crime après tout , & Ci noir & fi grand i 

Et qui voyant un Fat s'aplaudir d'un Ouvrage , 

Où la droite Raifon trébuche à chaque page , 

Ne s'écrie auffî-toft : V impertinent Auteur ! 

V ennuyeux Ecrivain ! le maudit Traduâeur ! 
X}5 A quoi bon mettre au jour tous ces difcours frivoles , 

Et ces riens enfermez, dans de grandes far oies î 
Eft-ce donc là médiie , ou parler franchement ? 

Non , non , la Médifance y va plus doucement. 

Si Ton vient à chercher pour quel fecret myfterç 
1 60 Alidor à Tes frais bâtit un monaftere : 

K£MAR(IUES. 

Imit. Vers 1^9. SH*on lAent &c. ] Horace , Livre I. Satxr^^^ 
i chercher pour quel fecret myjlere , IV. vers 93. 
« ■' ' '■■ ■■ Menth fi qua 

j JDe Capitotini furtis in'jeSla Petilii 

Te coramfuerit ', défendus , ut tuus efi mos ^ 
j^Je CaphoUnus cenyiSiore ufus amicoque 
A puero efl : çausâque meâ permulta rogatus 
Fecit , d^ incotumis Utor quod lAint in urhe^ 
Sed tatnen admirer , quopaSio judicium illud 
Fugerit^ hic nigrétfuccus loUginis , hdc eft 
JEruge ntera, 

VtKS léà. alidor à fef frais blic â Paris en j66i, L'Abb^ 
hdiit un monaftere,'] Ce Vers Scies Furetière avoit fait une Epigram" 
quatre fuivans ^éfignent deux me contre ce Panifan fous \o 
pêrfonnes. La première eft un mêipc nom à^Midor, 
riche Pârtifan » qui fe retira à Nicolas ^aulin , Chancelier ào 
Rortle pour fc mettre à couvert Bourgogne , décrié par fes con- 
fies recherches , que le Roi fit cu(fîoDs , avoit fondé un Hopi- 
faire contre les gens d'Affaires tal : furquoi Louis XI. dit ce 
jfâr U Ch4iii(>re & Jufticc , éta- bon mot i <|^c ^uUn aiaut fa^ 



SATIRE IX. 151 

JLlidov» dit un Fourbe , il eft de mts Amis, 
Jetai connu Laquais avant qu il fuji Commis. 
Cefi un Homme d'honneur » de fiete profonde , 
"Et qui veut rendre à Dieu , ce quil a pris au monde , 

Voilà joiier d adrefïe , & médire avec art 5 
Bt c cft avec refpeâ: enfoncer le poignard. 
Un Efprit né fans fard , fans baffe complaifance , 
Fuit ce ton radouci que prend la Médifance. 
Mais de blâmer des vers ou durs , ou languiflans 5 
De choquer un Auteur , qui choque le bon fens : 
De railler d un Plaifant , qui ne fçait pas nous plaire 5 
Ceft ce que tout Ledeur eut toujours droit de faire. 

Tous les jours à la Cour un Sot de qualité 
Peut juger de travers avec impunité : 
A Malherbe , à Racan , préférer Théophile , 
Et le clinquant du Tafle , à tout l'or de Virgile. 

RjEMj4R(lUES. 

«»« infinité de paun/res , ilêtoh bien de lui dire ; yous jAnjtK hien que 

fitjle qu*il les logeât. fat raifon : Or , dites-'vous â 'vous- 

Ce n'êtoit pas à celui-là que même ce que 'vous me diriez, yfi'vous 

nôtre Auteur en vouloit •, mais ètiés â ma place. 
à quelqu'un qui a fait faire aux Vers 176. Et le clinquant du 

Portes de Paris un Bâtiment Ta/Je , &c. ] Poète Italien trèi- 

trcs -connu. célèbre qui a vécu dans le XVI. 

Vers i6ç. €^ médite arvec ficelé. Plufîeurs Auteurs , & par- 

«rt. ] ScALiGER difoit : Bji ars ticulicrcmeni des Italiens, n'ont 
ttiam maledkendi, ScALiGERANA point fait de diflScultc de met- 
Il. p. 10. tre le Tajfe en parallèle avec yjr- 

Vers itj* — - »» Sot de qua- gîle: Bal:^ac même a dit , quc'la 

iité , 8cc. 3 Un homme de qi^a- JérHfalem déli-vfée êtoit TOuvrage 

lité fit un jour ce beau jugement le plus riche & le plus achevé 

en ma préfence. D e s p. que l'on eût encore vu depuis le • 

Comme cet homme de qualité hécle d^^ugufle ; & qu'en ce 

foutenoit fon feniiment avec genre d'écrire, ^»r^»/e cft caufc 

beaucoup de hauteur , M. I^ef- que le Taffe n*eft pas le premier : 

ftéaux ne voulant point l'ofFen- & le Tajfe , que Virgile n*cft pas 

icr p^r fa réponfc 9 fe contenta le feul. 

Kiv 



151 S A T I R E I X. 

Un Clerc , pour quinze fous , fans craindre le hoîa ^ 
Pçut aller au Parterre attaquer Attila : 



Italien qu'il nomme : Che U 
GierufaUmme liberata pareagU ap* 
punto un* orpello allato ail* Oro deit 
AvA&ciixDE. Ce Ppçme cft de 
Lnigi Alamanni, 

L'Ouvrage du Marquis Orfi a 
pour titre : C onfidera\ioni fopra 
unfamofo Libre Francefe , inMoU- 
to y la Manière , Oc. Çioè , U 
Maniera di ben p en/are ne com^ 
ponimenti. Ce Livre a été impri< 
mé à Boulogne en 170J. 

Vers 177. "Vn Clerc^pom'qtùna(fi 

foM , fans craindre le hola , &c. 3 

M. Dejpréaux étant en 1666* à 

la première répréfentation d*^- 

géfilas , qui cft une des dernières 

Tragédies du grand Cçmeille ^ 

fentit que cette Pièce ctoit bica 

au-deifous de celles qui l'avoienc 

-, . . , précédée ,& que 1* Auteur com- 

page 58^. que la Jérufalem niençoit à baifièr. Sur cela il fie 

■ée n*eft précifemcnt que du ['Epigramme fuivante , qui eft 

clinquant ou de l'oripeau , en peut-être la plus courte des Epi» 

comparaifon d'un autre Poëme grammes Fr^uçoifes. 

J*ai 'vA t'Jgefilas , 

Hélas ! 

L'année fuivante , Corneille don- faifoit encore mieux fentir. M; 
na la Tragédie d* Attila , oii Defpréaux doubla ainû la mémo 
la décadence de fon génie fe Epigramme, 
xAprés fAgefilas , 

Hélas ! 
Mais après l^ Attila , 
Hola. 
C*eft à cela que naître Auteur Une Note de V Edition 4e Parit 
^ fait allulion dans ces Vers, 1740- ajoute que quoi ou* Attila 
que M. Corneille prenoit pour un foit fort inférieur aux belles Tra- 
élogc y quoiqu'ils puiflent être gçdies de Corneille , on y rccon-. 
interprètes d'une manière bien noît pourtant TAuteur d'Hera^ 
ditièrcmçî mais l'Auteur y avoir cUus 3c de Nicoméde. Voies U 
mis à dcffein un peu d'ambi- J^éfenJ'e de Corneille par le ^,. 
guité, Tournemine^ 



Le Marquis Or^,quî a entrepris 
4e défendre le Tafe fie les autres 
écrivains de fon Pa'is contre les 
reproches , ctue le P. Bonhours 
leur fait » eflaie autfi de juftifier 
le Taffe au fujet du Ji!gement , 
que M. Defpréaux en a fait , en 
oppofant fon clinquant à l*or de 
Virgile. Ed appunto non è un fe- 
fiogimlisiio , dit -il , ma una S cher- 
Xe'vole licencia poetica fk queUa ch* 
egli usé contra il Tasso. *' Ce 
jt n'eft pas un iugement ferieux, 
„ mais une plaifanterie , une li- 
,) cence poétique ,,• Ce même 
^utcur ajoure , Dial, vi, page 
\o6. que cette plaifanterie de 
M. Defpréaux cpnfre le Taffe , 
n'a été dite que d'après le Cava- 
lier Sal-viati , à qui il eft échappé 
d'écrire dans fon Infarinato fi. 
(ondo 
délii/rét 



SATIRE IX. IJ5 

Et fî le Roi des Hons ne lui charme ioreille , 
^> Traiter de Vilîgots tous les vers de Comeille> 
Il n eft Valet d'Auteur, niCopifte à Paris , 
Qui , la balance en main , ne peze les Ecrits» 
IDés que l'impreffion fait éclorrc un Poète , 
11 efl efclave né de quiconque Tacheté : 
• 5 11 (e foumet lui-mefme aux caprices d'autrul , 
£t £es écrits tous feuls doivent parler pour lui. 

Un Autçur à genoux , dans une humble Préface » 
Au Ledeur , qu'il ennuie , a beau demander gtace j 
Il ne gagnera rien fur ce Juge irrité , 
^^ Qui lui fait fon procès de pleine autorité. 

£t je ferai le feul qui ne pourrai rien dire ? 
On fera ridicule , & je n'oferai rire ? 
Et qu'ont produit mes vers de fi pernicieux , 
Pour armer contre moi tant d'Auteurs furieux î 
^^5 Loin de les décrier , je les ai fait paroiftre j 

Et fouvent , fans ces vers qui les ont fait connoifbe , 
Xeur talent dans l'oubli demeureroit caché. 
£t qui fçauroit fans moi que Cotin a prêché ? 

iMiT. Vers i8^ Il fe foumet prévenir. Elle vouloît j'ugcr det 

hti-me/me aux caprices d*auirHi, "] Ouvrages par fcs feules lumic- 

QjOifcribit , multos Jumit Judices : res , & elle en jugeoit bien. 

mUus in alterim li'vet ac graffatur VERS 198. Et qui ffauroit fans 

ingenium, D. HiERON. Epift. 19, mof que Cotin a prêché ? "] Allunon 

ad Praefidium Diaconura. à ce Vers de Ja Satire III. ^**"** 

Vers 1S7, /Un auteur â ge~ Sermons de Caffaigne ^ou de l: Abbé 

ftcux , dans un humble Préface, ] Cotin. Quelque tems après la pu- 

Çes quatre Vers font remarqua- blication de la troifiéme '^'''ÎTS * 

bles par leur beauté. Ils ont été l'Abbé Cajfaigne prêcha dans I E- 

caufe qu'une Dame extrêmement glife de faint Benoit. La curio- 

fpirituellenevouloit lire aucune fité attira à fon Sermon beau- 

Préface , de peur de fc laifler cou|) |>lus de monde qui! açn 



Ï5+ S A T I R E I X. 

La Satire ne fcrt qu'à rendre un Fat'illuftre. 
loo C eft une ombre au tableau qui lui donne du luftre. 

En les blâmant enfin j'ai dit ce que j'en cxoy > 

Et , tel , qui m'en reprend , en pcnfe autant que nv>y. 

Il M tort , dira l'un , Tourquoi faut-èl quil nommt f 

Attaquer Chapelain ! ah ! c'eft un fi bon Homme. 
105 Balzac enfuit l'éloge en cent endroits divers. 

Il eft vrai , s'il m^euft creu, quil n*euft point fait de vert, 

Ilfe tué à rimer, §lue n écrit-il enprofe ? 

Voilà ce que Ton dit. Et que dis-je autre chofc ? 

En blâmant fes Ecrits , ai-je d'un ftile affireux 
1,10 Diftilé fur fa vie un venin dangereux ? 

Ma Mufe en l'attaquant , charitable & difcrette , 

Sçait de l'Homme d'honneur diftinguer le Poète. 

Qu'on vante en lui la foi , l'honneur , la probité 5 

Qu'on prife fa candeur & fa civilité : 
1.15 Qu'il foit doux , complaifant , officieux , fincere : 

On le veut ^ j'y foufaits , & fuis preft de me taire* 

Remar(Iues. 

avoît ordînaîrcment »^ ce que », mais fait 4e Vêts, La Profe tul 

iiôtre Auteur aïant appris:!^ m*e^ ^^ conT/enoit mieux. Voilà ce que 

redevable de cet honneur , dit-il , „ l'on dit , lui répondit nôtre 

farce que je l*aifaU connaître. Sans „ Poëte , & que dis-je autre cho- 

»0>, on ne fauroit pas que l*Ahbê „fc „. Il ajoutoit encore" Que 

Caffaigne eût prêché. Il appliqua „ peut-on me reprocher , fî ce 

cnfuite à l*Abbé Cotin , ce qu'il „ n*eft d*avoir dit en Vers ce 

avoit dit de l'Abbé Caffaigne, „ que tout le monde dit en Pro- 

Vers 10%, Il a tort , dira l*un > „ fe ? Je fuis le Sccreuire du Pu- 

Pourquoifaut.il qu*il nomme -^] Un », blic „. 

jour l*Abbé de La riSioire difoit Vers xoç. Bati,ac en fait Nto- 

à l'Auteur: " Chapelain eft de ge ^ ^c,'^ y oïhsXts Lettres de Bat- 

„mes amis j & je fuis fâché que km à Chapelain : il y en a fùç 

,» vous Païés nommé dans vos Livres entiers , depuis le dix- 

9y Satires, Il cft vrai que , s*tl feptiéme iufqu*au viûçtcieuaûç^ 

s> m*en avoit cr» > il n'amoit ja- me inclufîvement» 



s A T I R E I X. rjf 

^lais que pour un modèle on montre fes écrits , 

CJu il foit le mieux rente de tous les beaux Efprits ; 
Comme Roi des Auteurs , qu on Téleve à l'Empire , 

' Ma bile alors s'cchaufFe , & je brûle d'écrire : 
Et s'il ne m'eft permis de le dire au papier ; 
rirai creufer la terre , & comme ce Barbier , 
Faire dire aux rofeaux par un nouvel organe , 
Midas ^ le Roi Midas a des oreilles d'Afne, " 

5 Quel tort lui fais-je enfin ? aî-je par un écrit 
Pétrifié fa veine , & glacé fon efprit ? 
Quand un Livre au Palais fe vend & fe débite , 
Quç chacun par fes yeux juge de fon mérite : 

R£MAR(IU£S. 

Vers II 8. Qu>'il foit le mieux gea la préférence à Tan, ^Apot* 

rente de tous les beaux Efprits. ] Ion , pour s'en vanger , donna 

Chapelain avoir de divers en- des oreilles tt*^Afnc à Midas, Ce 

droits 8000. livres de pcnûon. Prince cachoit fa difgrace avec 

1D Esv, foin ; mais comme il ne put 

Le Roi lui donnoit une pcn- empêcher que fon Barbier ne 

fion de 1000. écus , & M. le s*en apperçut > il lui défendit 

Duc de Longueuille une de 4000. fur peine de la vie d'en parler. 

francs, à caufe du Poème de la Le Barbier ne pouvant fe taire » 

Pucelle d'Orléans. fit dans la terre un creux , oïl 

Vers iix. J*irai creufer la il dit tout bas : Midas a des 

terre , <Sr comme ce Barbier , &c. ] oreillet d*Jfne, Il crut avoir cn- 

Midas j'Koï de Phnrgie , pofïé- terré fon fecret i mais la terre 

doit de grands tréfors : ce qui produisît des Rofeaux , qui étant 

a donné lieu aux Poëtes de fein- agités par le vent , redifoient 

drc que ce Prince changeoit en tout haut : Midas a des oreilles 

or , tout ce qu'il touchoit. Mais d'Afne. 

il avoir trcspeu d'efprir. ApoU Imit. Ibid, J'irai creufer la 

Ion & Pan s'étant défies à chan- terre , &c. ] Perfe , Satire I. Vers 

ter , le prirent pour Juge. Il aju- 1 1 9. 

P. Men* mutire nefas , n€C clam , nec cum fcrohe S A. ^hA 

quam, 

p. Hic tamen infodiam , i/iài , tAdi ipfe , libelle : 
xAuriculas afini Mida l(exhabet > 

Vers 1x4. Midas ^ le 7{oi Mi- teur iin crime d'Etat de ce Vers , 

das^ &c. ] M. Perrault U Médc- comme d'une maligne allufioa 

çin, vpului f^irc à nptre Au- au Rpi, Y oïçs le BoUana^ 



1^6 S A T I R E I X. 

Que BUainc Tétale au deuxième Pilier : 
tS*^ Le dégoût d'un Cenfeur peut-il le décrier ? 

En vain contre le Cid un Miniftre fe ligue ; 

Tout Paris pour Chimene a les yeux de Rodrigue ; 

L'Académie en corps a beau le cenfiirer ; 

Le Public révolté s'obftine à l'admirer. 
^■55 Mais lorCjuc Chapelain met une œuvre en lumière » 

Chaque Lecteur d'abord lui devient un Linierc 

Envain il a reçu l'encens de mille Auteurs ; 

Son Livre en paroifTant dément tous fes Flateurs, 

Ainfi , fans m'accufer , quand tout Paris le joue , 
t4o Qu'il s'en prenne à fes vers que Phebus defavouc , 

Qu'il s'en prenne à (a Mufe Allemande en François, 

Mais laiiTons Chapelain pour la demiérç fois. 

Vers 119. Hue BiUine , &c. ] reçut lui attira bien des Envieux, 

Libraire du Palais. D e s p. Leur parti fe trouva même forti- 

Lcuis BiUine avoit fa bouti- fié par le Cardinal à^^chelie»^ 

que au deuxième Pilier de la qui força TAcadémie Françoife 

grand'Salle. Il mourut en 1 68 t . à faire la Critique de cette Pièce. 

C*eft lui qui vendoit le Poëme Cette Critiaue fut imprimée en 

de la Pucelle, 1 657. fous le titre de Sentimens de 

Vers t j r . En vain contre le l'Académie Franfoi/f fitr le Cid, 

Cid un Minilire fe ligne, ] Voïez VERS x%6, Ini décent um 

ynifloire de V^cadémie , par Pe- Liniere, ] Auteur qui a écrit con- 

Hffbn. D E s p. tre Chapelain, D E s P. 

M. Corneille aïant fait répré- Avant que la Pucelle parut , \\ 

(enter le Cid , la gloire qu'il en l'attaqua par cette Epigramme ; 

Kous attendons de Chapelain , 
Ce rare c^ fameux Ecrivain » 
* Ifne merveilleufe Pucelle, 

ha Cabale en ^ force bien : 
Depuis vingt ans on parle d'EUe , 
Dans fi* mois on n'en dira rien. 

Au fujet de Linière , Voïés pitre V, & celle fur le Vers 1*4, 
la Remarque fur le Vers 8 . de l'E* du II. Chant de VArt Poëtifut. 



s A T I R E I X. 1^7 

la Satire , dit-on , eft un métier funefte , 
Qui plaift à quelques gens , & choque tout le rcftc, 
La fuite en eft à craindre. £n ce hardi métier 
La peur plus d'une fois fit repentir Régnier. 
Quittez ces vains plaifirs , dont Tappas vous abufe i 
A de plus doux emplois occupez votre Mufè : 
Et laifTez à Feuillet réformer TUnivers. 
> Et fur quoi donc faut-il que s'exercent mes vers ? 
Irai-je dans une Ode , en phrafes de Malherbe , 
Troubler dans fes rofeaux le Danube fuferhe : 
- Délivrer de Sion le Peuple gemijfant : 
laire trembler Memphis y ou pajlir le Croijfant t 

R £ M A R (lu £ ^. 

IMÎT. Vers Z4Î. La Satire , fur ce que La FrefnaU VawjBe* 

iit-on , e/l un métier /nnefie , &c. ] Un dit dans la II. Satire de foa 

Kôtre Auteur a bien enchéri I. Livre. 

C*efl un malheur que des Satires faire : 
Car on ne peut à toutes gens complaire * 

VerS 145. Là peur plus d'une faint Cloud , & célèbre Mîf- 

foisfit repentir Régnier, J Et moi fionnaîrc > s*êtoit mis en poflcf- 

aufli , difoit quelquefois l'Au- fion de rejprendrc très-librement 

teuF. les premières perfonnes de U 

Mathmin J(egnier , né â Char- Cour de leurs déreglemens. On 

très le %i. de Décembre M7}. lui a fait l'application de ce 

& mort à Rouen le ti. d'Odo- Vcrfet du Pfeaume CXVIII. Lo- 

bre 1^13. étoit neveu de Philippe quebar de tejlimoniis tuis in umfpe» 

t>espoTtes, La tradition à Cljiartres Uu l(,egum , CS^ non confmdebar. Il 

eft , qu'étant encore fort jeune , mourut à Paris te 7. de Septem- 

U fit des Vers contre diverfes pet- ore 169%. âgé de 71. ans. Oà 

îbnnes , qui lui attirèrent beau- a Ton Portrait admirablement 

coup d'ennemis. Ce qui força gravé par Edetinclc 
fon Père â l'en chââer fou vent. Vers x^t. Irai -je dans une 

Il lui recommandoic ou d'imiter Oie en phrafes de Malherbe , &c.l 

fon oncle , & de fuir la médi- Charles Du Périer , Pofc'te qui vi- 

fance., ou de ne point écrire. voit alors , faifoit des OdesFrau^ 

VEïls Z49. Et Uiffex. à Feuillet foifes , danslefquclleiil afteftoît 

réformer t"^Jnivers. ] Fameux Pré- d'imiter Malherbe , & même d'en 

dicateur fort outré dans fes Pré- copier les expreflions. Il avoir 

dicarions. D e s p. - abandonné la Po^uc Latine dam 

^ Hitçlas Feuillet, Ghtnoinc de laqueUe il réulliuoic foitbieQ. 

\ 



158 s A T I R E I X. 

2.55 £t pajfant du Jourdain les ondes alarmées j 

Cueillir , mal-à-propos , les Palmes Idutnees ? 
Viendrai-je , en une Egloguc , entouré de troupeaux* 
Au milieu de Paris enfler mes chalumeaux , 
Et dans mon cabinet affis au pied des heftres , 

^60 Faire dire aux échos des fottifes champeftres ? 
Faudra-t'il de fens froid , & fans eftre amoureux , 
Pour quelque Iris en Tair , faire le langoureux j 
Lui prodiguer les noms de Soleil & d* Aurore , 
Et toujours bien mangeant mourir par métaphore î 

%6$ Je laifle aux Doucereux ce langage affeté y 
Oii s'endort un efprit de molleffe hébété. 

K E M A R (l U E ^* 

Vers 1^5- • Us Palmes I du- nôtre Auteur fe foît propoGÉ 

mées, ] L'iHumée cft une Pro- de rendre la pcnfce dcSaint-Ge. 
vince voifine de la Judée , abon- nieT: , natif d'Avignon , dont ici 
dante en Palmiers. Poëfies parurent à Paris >»-4**. 

iMiT. Vers i6i.Faiêdra.t-il de enn^f4. chés Courhé, Il dit dans 
fens froid , & fans ejlre atnoH" Con Idille III.imimMe-.EHterfei 
reux y &c. 3 II femble que dans fîvc De l(e Poeticd j 
ce Vers 6c les trois qui fuivent , 

Sunt etiam mdlâ qtùfixi cufpide , nullas 
Experti facttUs > 'veros imitantur amores, 
Hefcio quam fiSiâ Chlorim , t/el PhiUida Hammâ 
Commémorant , falfos gemims > fufpiria fnndnnt 
Ludicra , mendaciqne incu/ant ajlta quèretd. 

On ne peut pas affurer pofîtivc- cft dans lesf ^mufemens du Cêu 

xnent que M. Defpréaux , en & del^Efprk, Tom, XI. p. \\z 
conipolaut , ait eu en vue les Vers x5i. Pour quelque Iris t 

Vers de Saint- Genie7c^q\x* on vient /'aiV faire le langouteux , &c. 

de lire. Mais il faut convenir Charles Perrault de l'Acadcmi 

qu'il n'y eut peut-être jamais Françoifc , & Pierre Perrault 

d Imitation plus heureufc d'une fon Frère , étoicnt du nombr 

penfée tranfportéc du genre fe- de ceux qui blâmoient nôtre 

deux au ftile fatiriquç enjoué. Auteur. Les principaux Ouvra 

Cette I(emarque appartient pour ges , aufqucls s'occupoient aloq 

le fonds à M. Des Forges - Mail- ces deux Poètes , êtoient ^ 

tard. Voies Ci Lettre fur l'Imita- Stances amoureuies , des EgJ 

hon , &c. à M, le Préfident Bou- gués tendres % 4^S £16(181 - i 

hier de l'Académie Fran(9iff, Ulc Iris , &€. 



/ 



s A T I R E I X. i^, 

La Satire en leçons , en nouveautcx fertile , 
^çait Cc\âc aâaiTonner le piaifant & l'utile , 
Et d'un ^crs qu elle épure aux rayons du bon fcns , 
Détromper les efprks des erreurs de leur temps. 
Elle feule , bravant lorguëil & Tinjuftice , 
Va jufques fous le dais faire paflir le yice j 
Et fouvent fans rien craindre , à Taide d*un bon mot ^ 
Ya venger la Raifon des attentats d*im Sot. 
Ccft ainfi que Lucile , appuyé de Lélie , 
lie juftice en fon cems des Cotins d'Italie , 
Et qu'Horace , jettant le fd à pleines mains , 
Se joiioit aux dépens des Pelletiers Romains. 
Cçft elle , qui m'ouvrant le chemin qu'il faut fuivre ,' 
^ M'infpira dès quinze ans la haine d'un fot Livre > 
Et fur ce Mont fameux , oii j'ofay la chercher , 
Fortifia mes pas , & m'apprit à marcher. 
Ceft pour elle , en un mot , que j'ai fait voeu d'écrire. 
Toutefois , s'il le faut , je veux bien m'en dédire , 

Chang. Vers 170. Détremper que. D s S P. I-éiie ] Confia 

tes E/prits , 8cc. ] On lit , Détrom- Romain. D E s P. 

j>e , dans toutes les Editions qui Lncilius , inventeur du Poëme 

ont été faites avant l'Edition po- appelle Satire , êtoit fort ami de 

fthurue de 171 3. Scipion f africain & de LélUs, 

Vers 17^. O/l ainfi que Lu- Imit. Jbid. Ceji ainfi que Lu* 

tUe , &c. ] Po'ctc Latin Satiri* cile , &c. ] Perfe , Sat. I. y. 1 14. 

^Secuh Lucilius 'Vrbem^ 
Te Lupe , te Muti , & genutnum fregit in illisi 
0,mne'vafer'vitiitin rident* F iaccii^amico, 
Tangtt , ^ admijfus , ctrcum préecordia ludit, 
Callidus excujpo poptUum fufpeitdere naf», 

Tmxt. Vers 184. Toutefois , $*U Ufaut , h 'veux bien m'en 444U 



itfo ^ SATIRE IX, 

^85 Et pour calmer enfin tous ces flots d'Ennemk ^ 
Réparer en mes vers les maux qu ils ont commis. 
Puifque vous le voulez , je vais changer de Ilile , 
Je le déclare donc. Quinaut eft un Virgile. 
Pradon conmieun Soleil en nos ans a paru. 

^90 Pelletier écrit mieux qu'Ablancourt ni Patru. 
Cotin , à fes Sermons traînant toute la Terre , 
Fend les flots d'Auditeurs pour aller à fa chaire. 
Saufal eft le Phénix des Efprits relèvent. 
Perrin Bon : mon Efprit , courage , pourfuivez i 

^9 S Mais ne voyez*vous pas , que leur troupe en furie 
Va prendre encor ces vers pour une raillerie î 
Et Dieu fçait , aufll-toft , que d'Auteurs en courroux ^ 
Que de Rimeurs bleflez s'en vont'fondre fur vous ! 

R E M j4 R (l U E s» 

re , &c. ] Cet endroit eft imité de Perfe^ qui dit Sat» I. Vers 1 i«j&— - 

Per me equidem fint omnia protiuM alba , 

SU jHoror: Euge, Omnes , emnes bene mirét erîtis res. 
Hoc furvat ? 

> Vers x86. keparer en mes 'vets TiER. Voïés Difcokrs au ^tfj,v.ç4— ^ 

tes moHX qwils ont commis, ] Dans Nicolas Perrot d'jibUncowt , ce-*- 

la dernière Edition que M. Def~ Icbrepar les Traduaions qu'il * 
préaux fit faire ea'xyoï. il y a , . doniîtes , êtdit de l'Académict 

les mattx qne Y ai commis , n^ais Françoife , & mourut en 1 66\^ 

c*eft une faute d'impreflion , Olii/ier Patri* , de l'Académie 

dont l'Auteur m'a fait apperce- Françoife , a été un des plus cé- 

voir , ôc qui ri*a point été cor- îèbrcs Avocats du Parlement d^ 

rigée dans l'Edition pofthurae Paris. Nètre Poète a joint ici 

de 1715. Brossette. ces deux illuftres Ecrivains^ 

Vers z88. Quinaut efl un Ablancourt & Patru \ parte qu'U^ 

Virgile.'] AUufion au Vers 10. êtoient unis d'une étroite ami- 

de la Satire II. La I(aifon , dit tié, 

Virgile j &- la I^me Quinaut. VERS 19 1. Cotin à fes J#rC- 

Vers 189. Pradon comme un mons , &C. ] Voïés Sat. III. VcrJ 

Soleil, &c. ] Il y avoit, Bourfaut 60. 

dans les premières Editions; Versxjî. & 194» Saufal^ 

mais il rôu après leur réconci- Perr j».] Auteurs médiocres.DESP* 

liation. Sur Saufal , c'eltà-dire , Sau^ 

Vers 190, Pelletier écrit mieux 'valle, Voïés Sat, VII, v. 40. Sut 

mf^klâmomp »i fatr»» ] Pells- Ferrin , Ibid. Y. 43* 

Youi 



s A t I R E I X. ï<îi 

Vous les verrez bien-toft , féconds en impofturcs , 
AmafTer contre vous des volumes d'injures , 
Traiter en vos écrits chaque vers d attentat , 
Et d'un mot innocent faire un crime d'Etat. 
Vous aucez beau vanter le Roi dans vos Ouvrages , 
Et de ce nom facré fandifier vos pages. 

' Qui méprife Cotin , n eftime point fon Roi ^ 
Et n'a , félon Cotin , ni Dieu , ni foi , ni loi. 
Mais quoi ? répondrez-vous : Cotin nous peut-il nuire > 
Et par fes cris enfin que fçauroit-il produire ? 
Interdire à mes vers , dont peut-eftre il fait cas , 

o L'entrée aux pendons , où je ne prétens pas ? 
Non , pour loiier un Roi que tout l'Univers loiie , 
Ma langue n'attend point que l'argent la dénoue j 

Vers joi. Et d'un mot inm- en vue dans cet endroit , cfî: la 

tentfait un crime d'Etat» ] CotiN, Critique défintérejfée des Satires dtê 

dans un de fes Ecrit"! , m'accu-; temps, 

foh d'être criminel de leze-ma- . Veiu J07. • Cotin nous peut* 

jcfté divine & humaine. Desp. il' nuire Jl Voici la neuvième 

M. le Duc de Mont^têjier avoit fois que le^ nom de Cotin fc pré- 

auflî voulu faire un crime d'Etat fente 'dans cette Satire, Les amis 

à noue Satirique ^ d& et <\\x'i\ 4^ nôirô Auteur craignirent que 

avoit traité ce Siècle , de Sikle c<;tte fréquence répétition ne pa- 

de fer ^ dans la J'^nVe I. M. Pé. rut ài^dée , & ne déplût aux 

lijj'on , piqué contre TAuteat'i '.liftQtç^xs,' Il faut 'voir , dit-il : Je 

vouloir infinuer quç » dans le 'cpnfètt^' d*àter tout ce qui fera de 

Vers 1Z4. de cette Satire IX. Mi- ir^* On s'aflfembla , on lut la 
das ^ le J(pi Midas . &c. M. Def-'i fiSatire entière i mais on trouva 

Îréaux avoit eu à l'égard du Roi , par tout le nom de Cotin C\ bien 

c même deflèin , que Perje avoit placé T qu'on ne crut pas qu'il y 

eu contre Héron dans ce Vcra-î cÛtxâucuiKde ces endroits qui 

^uriculas .Afini Mida Rex hahet j dût être rfttranché* 

deflein extrêmement éloigné de Veks 510. L'entrée aux pen^ 

h penfée de nôtre' Auteur. fions , où je ne prétens pas, ] Lb 

Vers 50^. Bt n'a, félon Co. Roi donnoit des Penlîons aux 

tin , ni Dieu, ni foi , ni loi^ L'Ou- Gens de Lettres j & Cotin ctoiC 

vrage de Cotin , que l'Auteuc a - un des Penfîonnaires. 

Tome Z» t 



îCi s A T I R E I X. 

Et fans cfpercr rien de mes folbles écrits , 
L'honneur de le loiier m*eft un trop digne prix. 

3 1 5 On me verra toujours , fage dans mes caprices , 
De ce me(rne pinceau , dont j*ai noirci les vices , 
Et peint , du nom d* Auteur tant de Sots revêtus , 
Lui marquer mon refped & tracer fes vertus. 
Je vous croi , mais pourtant on crie , on vous menacct 

i ^^ Je crains peu , direz-vous , les braves du Parnafle, 

Hé , mon Dieu , craignez tout d*un Auteur en courroux , 
Qui peut.... Quoi? Je m entends. Mais cncor?Taifez-vous. 

R E M A R q^ U £ S. 

iMiT. Vers l^^, Hifi peut .... caie fait avec lui-même au com- 
^oi , &c. ] Ce Dialogue eft menceraent de la feptiéme itftf- 
iemblable à celui que Aierltn Co- canonique, * 

Sijle labrum. Quare ? Cupies tacuiffe, Tacendum ejî , 
Suci nocet, Imb nocet Vatem nimis effe loquacem. 

Le véritable nom de Merlin croit de Mantouë , & mourut ea 
Çççaie cft TbeophiU Foltngio, Il 1^43. 




AVERTISSEMENT 

SUR 

LA X. SATIRE. 

Y OICI enfin la * Satire qu'on me de- 
mande depuis fi long-temps. Si j'ai tant tar* 
dé à la mettre au jour , c'eft que j'ai efté bien-» 
aife qu elle ne paruft qu avec la nouvelle édi-» 
don qu'on faîfoit de mon Livre , où je vou* 
lois qu'elle fuft inférée* Plufieurs de mes 
Amis , à qui je l'ai leuë , en ont parlé dans le 
monde avec de grands éloges , & ont publié 
que c'eftoît la meilleure de mes Satires. Ils 
ne m'ont pas en cela fait plaîfir. Je connois 
le Public. Je fçay que naturellement il fe re-» 
yolte contre les loUanges outrées qu'on donne 

* M. D E 5 p n E' A u X avoir été chargé d'écrire l'Hîftoire d\i 

formé le defleia de faire une Roi. Ce fut le Poëme de M. P<r- 

Sat. contre les Femmes longtemps ranU , intitulé : le Siècle de Louis 

avant que de Texécutcr. Mais il U Grand , & fon Parallèle des 

avoit en quelque forte aban- anciens CSr des Modernes , qui ra- 

donné U Pob'iie , lorrqu'il ayoic mcnèceot M. Dejpréanx à û Po'd« 



i(Î4 A'VERTISSEMENT 
aux Ouvrages avant qu'ils ayent paru ; & que 
la plufpart des Ledeurs ne lîfent ce qu'on leur 
a élevé fi haut , qu'avec un deflèîn formé de 
le rabbaiiTer. 

Je déclare donc que je ne veux poînt profi- 
ter de ces diTcours avantageux : Se non- feule- 
ment je laiflè au Public Ton jugement libre, 
mais je donne plein pouvoir à tous ceux qui 
ont tant critiqué mon Ode fur Namur, d'e- 
xercer aufll contre ma Satire toute la rigueur 
de leur Critique. J'efpere qu'ils le feront avec 
le mefme fuccés : & je puis les afleurer que 
tous leurs difcours ne m'obligeront point à 
rompre l'efpece de vœu que jai fait de ne ja- 
mais deflfèndre mes Ouvrages , quand on n'en 
attaquera que les mots & les f yllabes. Je fçau- 
rai fort bien foûtenir contre ces Cenfeurs / 
Homère , Horace , Virgile, & tous ces autres 
grands Perfonnages dont j'admire les écrits z 
mais pour mes écrits que je n'admire point ^ 

de , pour vanger les jinciens^ ou- faits en particulier dans fon jPrf- 

tragcs dans ces deux Ouvrages, rallèle , Tom. I. p. 17. Nôtre 

Il fit d'abord une Cde à la ma- Auteur maltraité lui - même 

nière de Pindare , afin de jufti- dans la fuite de cet Ouvrage , 

fier ce Poète des reproches in- ne voulut pas répondre exprès, 

iuiles , que M. Perr4»h lui avoic. convaincu , difoic-il , que lof 



SUR LA X. SATIRE. 1^5 

<*eft à ceux quî les aprouveroiit à trouver des 
xaifons pour les defFendre. C eft tout Tavis 
que j'ai à donner ici au Ledeur. 

La bienfeance néanmoins voudroit , ce me 
femble , que je fifle quelque excufe au Beau 
Sexe , de la liberté que je me fuis donnée de 
peindre fes vices. Mais au fond , toutes les 
peintures que je fais dans ma Satire font fî gé- 
nérales , que bien loin d'appréhender que les 
Femmes s'en ofFenfent , c'eft fur leur approba- 
tion & fur leur curiofité que je fonde la plus 
grande efperance du fuccés de mon Ouvrage. 
XTne chofe au moins dont je fuis certain qu'elles 
me loueront 5 c'eft d'avoir trouvé moyen , 
dans une matière aufli délicate qu eft celle que 
j'y traite , de ne pas lai (Ter échaper un feui 
mot qui puft le moins du monde bleflèr la pu- 
deur. J'efpere donc que j'obtiendrai aifément 
ma grâce , & qu'elles ne feront pas plus cho- 
quées des prédications que je fais contre leurs 

R JE M À R q U £ S. 

Ecrits , qui ne roulent que fur Public , & fur-tout pour aller à 

^es Difputes' particulières ou la Poftérité. Il reprit donc fou 

pcrfonnelles , ne font pas de premier deffein , ôc compofa fa 

longue durée , & qu'il faut , au- dixième Satire , dans laquelle il 

tant qu'on le peut , choifir des fe contenta de faire fentir en 

fujcts généraux pour plaire au pafîam le ridicule des Jugcmen» 

Liij 



iGG AVERTISSEM.SURLAX.SAT. 
défauts dans cette Satire ,. que des Satiresjqâî 
les Prédicateurs font tous les jours en Chaïrij 
Contre ces mçfmes défauts, :; > 

ix. M. Perraitit. Elle fut achevée lions confécutives ; la prenilSj 

cniâ9^. &pâriuen 1^94. avec in^^, & l'autre in-ij.. Daâ 

le reftc de Tes Ouvrages , dont U toutes les deux , cette Pièce^H 

fltt fait cette annèel4 dcuj^ Edi- intitulée ) DUUçu , ou Satire X 




Hp^F^Tiî-Tf. -.^'.ïf^^aiS^ 


P*^^"^ ..^' ifl 




mÊSj^r ^ ^SS^i JH^^HI 


WÊÊmimÊÊ 


I^^^V^titV.^vi' ^^'^T^HHl 






HHwillllP 



SATIRE X. 



t N F I N bornant le cours de tes galanteries , 
Alcippe , il eft donc vrai , dans peu tu te maries , 
Sur l'argent , c eft tout dire , on eft déjà d accord* 
Ton Beaupere futur vuidefon coffre fort : 
^ Et déjà le Notaire a , d'un ftile énergique , 
Griffoné de ton joug l'inftrument autentique. 
Ceftbien fait. Il eft tems de fixer tes defîrs. 
Ainfi que fcs chagrins l'Hymen a fes plaifirs. 

Vers i, 'Enfin bornant le cours II le manda â M. de Mancroix ^ 
de tes galanteries , &c. ] M. iÇf«- Chanoine de Rheims , leur ami 
cîne n'êtoit pas content de ces commun «qui penfa de même , 
deux Vers : la conftruftion ne & propofa de mettre à la place 
lui en paroiiToit pas ailés nette, ces deux autres Vers : 
alcippe , il efl donc trrai qu^enfin l*on te marie » 
Et que tHprtns congé de la galanterie, 
"MadsM. Defpréaux ne s'en ac- remjfjwe. ] Instjlument , en ftîle 
commoda point , les aïant trou- de Pratique , veut dire , lou- 
ves foibles & profaïques. tes fortes de Contrats. D g s* 

Veks 6^ — - l^tnJlrHjngnt tfff- p B. E* A U x. 

Liv 




i6S SATIRE X. 

Quelle joyc en effet , quelle douceur extrême ! 

10 De fe voir careffé d'une Epoufe qu'on aime : 

De s'entendre appeller petit Cœur , ou mon Bon , 
De voir autour de foi croiftre dans fa maifon , 
Sous les paifîbles loix d'une agréable Mère , 
De petits Citoyens dont on croit eftre Père ! 

j 5 Quel charme i au moindre mal qui nous vient menacer ^ 
De la yoir aufïi-toft accourir , s'empreffer , 
'S^çfÇçaycr d*un péril qui n*a poim d'apparence , 
Et ibuvent de douleur fe pafmer par avance i 
Car tu ne feras point de ces Jaloux affreux , 

to Habiles à fe rendre inquiets , malheureux , 

Qui tandis qu'une Epoufe , à leurs yeux fe defolc , 
Penfent toujours qu'un Autre en fccret la confole. 

Mais quoy , je voy déjà que ce difcours t'aigrit } 
Charmé de Juvenal , & plein de fon efprit 

t5 Venez-vous , diras-tu , dans une pièce outrée , 

Comme luy nous chanter : §lue dés le temps de Rhéct 

VeILS II. petit Catur^ ou &C. ] /«i/^iw/ a fait UDÔ SdHf 

mon Bon. ^ Cc font les noms de contre les Femmes , qui eft fon 

tendrefle que Madame Colbert plus bel Ouvrage. Desp. Ed. 

donnoit à (on mari. de 1 694. 

Vers 18. Et fou-vent de donleur VERS t6, ^e dés le temps 

fepa/merpar a-vanu,"] Cecarac- de 'R.hée ^ ôcc] Paroles du cotn- 

tère convient à la phifpart des meuccment de la Sative de Jtrve- 

Femmes. Cependant le Poète a nal. Desp. ibid, 

eu particulièrement en vuç fa M, l'rojpette xcmsitqut quc/i#- 

■Bclleroc'ir , la Femme de Jérôme vénal s'exprime d'une manière 

"Boileau fon Frère aîné , laquelle un peu ditferente. Il dit en cf- 

témoignoit des f raïeurs exceffi- ^et : Je crois que , pendant le règne 

ves au moindre mal dont fon de Saturne , la Chaftetc /e'fournét 

jnari ctoit menacé , elle fe pâ- fi*^ '* '«^« % ^ O fit 'voir long* 

nioit ; il lui lalloit jetter de l'eau ^^^^ » &<^« 

fur le vifage. M. />» Monteil reproche au 

y^K% 14, Charmé 4e Jnvfnal , Commentateur , de n'avoir p4l 



SATIRE X. i^'t, 

'^hafieté déjà , la rougeur fur le front , 
■>it chez, les Humains reçeu plus d'un affront i 
*on vit avec le fer naifire les Injuftices , 
nfieté , V Orgueil , ^ tous les autres Vices , 

lé fans détour que M. Def- 1 594. fouticnt â luftc titre , que 

Mxfatt dire à Juvekal tout les Vers , qui font qualifiés ici 

ntraire de ce qu'il a dit j & le commencement de la fixiémc 

r garant , il cite M. Perrault , Satire de Jwvenal , n'en contiens 

dans la Préface de fon ^polo- rtent ni les paroles ni même le fens, 

def Femmes , imprimée en Voici ce que dit le Pocte Latin. 

Credo Pudicitiam Saturno I{ege moratam 
Jn terris , 'vifamque diu 

Multa pudicitia -veteris -velligia forfan , 

uiut aliqua extiterant , & fub Jo-ve , fed ](n>e nondttm 

Sarbato . - 

Paulatim deinde ad fuperos Aflr4ta recejftt 
Hac comité , atque dua pariter fugere for ores, 
Antiquum & 'vetus ejl alienum , Poflhume , leSium 
Concutere , atque facri genium contemnere fulcri» 
Omne aliud crimen mox ferrea protulit atas 
Viderunt primos argentea fecula machos, 

l clair que Jwuenal dit , que eut dit : ^llufion au commencement 

hafleté demeura fur la terre de la Satire de Juuenal'j on n'au- 

dant le règne de Saturne , qui mit rien à lui dire. Ces Vers ne 

e tems de J(hée ^ & que Icfié- font en eflFèt qu'une fîmple allu» 

(•4r^ff»t vit les premiers aduU fion ^ccunàc Jwvenal ^ ic ne les 

s. Je crois qu'il eft fortiuu- traduifent pas. J'ajoute que nô- 

dc rapporter ici , comme a tre Auteur n'a pas dû rendre 

M. Du Monteil , les Vers plus fidèlement le fens du Poète 

nçois par lefquels M. Perrault Latin. Ce n'eft pas lui qui parle, 

rétendu rendre ceux de Ju-ve. mais Alcippe ^ un homme du 

, dans une Traduction que monde , qui doit avoir perdu 

Auteur, avec raifon , ne don- de vue depuis long temps les Sa' 

pas pour fort élégante , mais tires de Ju-venal , qu'il n'a vrai- 

:t il a tort de dire qu'elle eft femblablement pas lues depuis 

fidèle, fes Clafles,& qui fe reflbuvenanc 

u refte : il n'eft pas fi diffi- en gros que ce Poète ell un Ecri- 

que lA. Perrault i)L lA, Du vain fougueux & que la bile, qui 

nteil l'ont cru , de juftifier ici le domine , rend prefque tou- 

Defpréaux, S'il n'avoit point jours outré , en cite les penfees 

de petite i^ote à côté des conformément à l'idée qu'il s'cftt 

s , dont il s'agit , ou qu'il formée de l'Auteur. 



170 S A T I R E X. 

Mais que la Bonne foy dans t amour conjugal 
N'alla point jufqu'au temps du troifiéme Métal ? 
Ces mots ont dans fa bouche une emphaze admirable t 
Mais je vous dirai , moi , fans allier la fable , 

3 5 Que fî {bus Adam mefme , & loin avant Noc , 
Le Vice audacieux des Hommes avoué , 
A la trifte Innocence en tous lieux fit la guerre , 
Il demeura pourtant de Thonneur fur la Terre : 
Qu aux temps les plus féconds en Phrynés , en Lays , 

40 Plus d une Pénélope honora fon pays : 

£t que mefme aujourd'hui > fur ce fameux modèle , 
On peut trouver encor quelque Femme fidèle. 

Sans doute 3 & dans Paris , fi je fçay bien compter 
Il en eft jufqu a Trois , que je pourrois citer. 

45 Ton Epoufè dans peu fera la quatrième. 

Je le veux croire ainfi : Mais la Chafteté mefme y 
Sous ce beau nom d^Epoufe , entraft-elle chés toy ; 
De retour d'un voyage en arrivant , croy-moy , 
Fais toujours du logis avertir la Maiftreffe. 

50 Tel partit tout baigné des pleurs de fa Lucrèce , 
Qui faute d'avoir pris ce foin judicieux , 
Trouva. Tufçais .... Je fçai que d'un conte odieux 

Vers ^9. . en Phrynés , en Editions , qui ont précédé la 

^ays,"] Phryne* , Courtifanne pofthume de 171 î. on lit au 

A* Athènes, Lays , Courtifanne pluriel j /ï»r ces fameux modèles , 

de Con'wtfce, D E S p. &: quelques Femmes fidèles, 

ChAng. Vers 41 . & 41. fur Vers 44. U en ell iufqu*à Trois , 

ce fameux modèle , quelque &€• ] Ceci eft dit figurément« 

Femme fidèle."] Dans toutes les De s P. 

Il en efi jufqu* à Trois que je pourrois citer, 

l*Auteur,à l'occafion de ce Vers, on en trou-ueroit peut-être davantage^ 

Jifoit en plaifamant:-<4 /tf W^iwMr Vers ^i. & î4* ^rjun/d. Tu 



SATIRE X. t7t 

avez comme moi fali voftre mémoire. 

laifTons là , dis-m , Joconde & fon Hiftoirc. 

ojet d un Hymen déjà fort avancé, 

at vous aujourd'hui criminel dénoncé , 

s fur la feliette aux pies de la Critique , 

y bien tout de bon qu'il faut que je m'explique , 

une autrefois par vous dans le monde conduit , 

op bien profité , pour n'eftre pas inftruit 

ds difcour$ malins le Mariage expo(è. 

i , que c(*eft un texte où chacun fait fa glofè : 

je Maris trompez tout rit dans TUnivers , 

ammes , Chanfons , Rondeaux , Fables en vers , 

; , Comédie : & fur cette matière , 

eu tout ce qu ont fait La Fontaine & Molière ; 

:u tout ce qu'ont dit Villon & Saint Gelais , 

le y Marot > Bocace , Rabelais , 

is ces vieux Recueils de Satires naïves , 

lalices du Sexe immortelles archives. 

tout bien balancé , j ay pourtant reconnu 

le ces contes vains le Monde entretenu 

/ 

^^'Jeeondec^ fon Hifloire,'] récita cette Satire ^ n'approuvoîc 

n'ell plus connu que la pa? que l'un des deux Interlocu- 

(le de Joconde , mife en teucs de ce DUloç^ tutoïât l'au- 

ar La Fontaine, tre. Cette obje^ion obligea le 

« Ç 9. Je»»f antrefois par Pofe'te , pour autorifer la fami* 

&c. ] Ce Vers & le fui- liarité dont il ufe en parlant à 

l'êtoient pas ainfî. M. le Alcippe , à fe faire dire par ce 

de Conti , à qui l'Auteur Perfonnage : 

• Jenne autrefois par i/ohs dans le monde conduit. 

S tf 9. Et tout ces ineux iÇe- Contes de la I^eine de Kavarre , 
le Satires naïves , &c. ] Les &c. D £ s p. 



171 S A T I R E X. 

N'en a pas de THymen moins veu fleurir rufagc : 
Que (bus ce joug moqué tout à la fin s'engage : 

7 j Qu'à ce commun filet les Railleurs mefmes pris , 
Ont efté très-fouvent de commodes Maris ; 
Et que pour cftre heureux fous ce joug falutaire , 
Tout dépend en un mot du bon choix qu'on fçait fair^^^ 
Enfin y il faut ici parler de bonne foy , 

Se Je viellis , & ne puis regarder fans effroy , 
Ces Neveux affamez , dont l'importun vifage 
De mon bien à mes yeux fait déjà le partage. 
Je croy déjà les voir , au moment annoncé 
' Qu'à la fin , fans retour , leur cher Oncle eft paffé , 

S 5 Sur quelques pleurs forcez , qu'ils auront foin qu'on vby^ "^ 
Se faire confoler du fujet de leur joye. 
Je me fais un plaifir , à ne vous rien celet , 
De pouvoir , moi vivant , dans peu les defoler ; 
Et , trompant un efpoir pour eux Ci plein de charmes , 

^o Arracher de leurs yeux de véritables larmes. 

Vous dirai-je encor plus ? Soit foiblefle , ou raifon ^ 
Je fuis las de me voir le foir en ma maifon 
Seul avec des Valets , fbuvent voleurs & traiftres , 
Et toujours , à coup feur , ennemis de leurs Maiftres, 

55 Je ne me couche point , qu'auffi-toft dans mon lit 
Un fbuvenir fafcheux li* apporte à mon efprit 
Ces Hiftoires de morts lamentables , tragiques ", 
Dont Paris tous les ans peut groffu: fes Chroniques; 

Vers 97. Ces Hijloires de 3landin ^ D» IR^offet ont COVO^X^k 
morts lamentables , tragiqjn^s, ] çc$ Hiftoires, D E s p^ 



s A T I R E X. 17} 

I3cpoulllons-nous ici d*unc vainc fierté. 
]Sîous naiflbns , nous vivons pour la Société» 
A nous mefines livrez dans une folitude , 
IMoftrc bonheur bien-toft fait noftre inquiétude 5 
It fi , durant un jour , noftre premier Ayeul , 
Tlus riche d'une cofte , avoir vefcu tout fèul , 
Je doute , en fa demeure alors fi fortunée , 
S'il n'euft point prié Dieu d'abréger la journée. 
N'allons donc point ici reformer l'Univers , 
Ni par de vains difcours , & de frivoles vers > 
Etalant au Public noftre mifanthropie , 
■^ Ccnfurer le lien le plus doux de la vie. 
LaifTons là , croyez-moy , le monde tel qu'il eft. 
L'Hymcnée eft un joug , & c'eft ce qui m'en plaift. 
L'Homme en fcs pafïîons toujours errant fans guide , 
A befoin qu'on lui mette & le mors & la bride. 
Son pouvoir malheureux ne fert qu'à le gefner , 
ït pour le rendre libre , il Je faut enchaîner. 

Veks 103. & 104. Et /t Ouvrages , qui avoîent qucl- 
durant un jotir , &c. ] M. £>ef. ques rapports cnfemble. A ces 

Îréaux aimoit à mettre en parai- deux Vers de la Satire huitié- 
cle les divers endroits de Tes me. 

Croit qne Dieu tout exprés d'une colle nouvelle » 
A tiré pour lui feul une Femme fide lie. 

Il compâroit 8c préféroic même les deux dont il s'agic ici. 
Et fi , dwrant un jour , noftre premier ^yeul , 
Plus riche d'une cofte , a'voit i/efcu tout feul, 
IMIT. Vers 116, Et pour le HoRACE , Livre I, Epitre II. V«r» 

rendre libre , il le faut enchaîner, ] 6i, 

Animum rege , qui nifi paret , 

Imperat , huncfranis , hune tu compefce catenâ, 

«m ces deux Vers , M. Defpréanx d.ifuit q^Cnorace êtoit Jan/éniftu 



174 SATIRE X. 

C'eft ainfi que fouvcnt la main de Dieu l'affiftc* 
Ha bon ! voilà parler en dode Janfeniftc^ 
Alcippe , & fur ce point fi fçavanunent toucha , 
Xio Definâres y dans Saine Roch , n auroic pas mieux prefchét 



Vers ho. Ve/mdres t . ."] Le 
J>ere Defmâres fameux Prédica- 
teur. Desp. dans faint J{pch, ] 

Paroifle de Paris. Desp. 

Touffaint Defmâres , i*un des 
fa vans Théologiens & des plus 
grands Prédicateurs de Ton temps, 
naquit à Vire en bafle Norman- 
die fur la fin de l'année 1^99. 
Il entra fort jeune dans la Cçn- 
grégation de l'Oratoire , nouvelle- 
ment établie. Il s'y livra tout 
entier à l'étude de la Théolo- 
gie. VEcriture Sainte , faint t>f »- 
guflin & faint Thomas furent les 
feuls guides , qu'il voulut fui- 
vre. En 1 658. il commença , par 
l'ordre de (es Supérieurs , à prê- 
cher-, & dès-lqrs il s'aquit la 
réputation du plus grand Prédi- 
cateur , que l'on eut encore en- 
tendu dans Paris. Il la foutint 
jufqu'en 1648. qu'il fût obligé 
de fe réduire au filence , &c de 
fe fouftraire par la fuite à l'eftet 
des menées de Ces ennemis. En 
1 6 n. il fut envoie à Rome avec 
M. Maneffier ^ Doreur de Sor- 
bonne , pour aider MM, de La- 
lane & de Saint-Amour , aulli 
Doûeurs , & M. ^ngran , Ba- 
chelier de Sorbonne , dans la 
Commiflîon, dont quelques Evê- 
ques de France les avoient char- 
gés , au fujet de la Doctrine de 
faint AHgufïin. Dans la Congré- 
gation qui fe tint en préfence du 
Pape le 1 9. Mai de cette année , 
le Père Defmâres fit pendant une 
iteure & demie fur la Matière 



dont il s'agifloït , Un Dîfcot»rr 
Latin , qui fut fon applaudi , 
& dont Innocent X, lui même 
lui témoigna qu'il avoit été très- 
fatisfait. En 1668. après la Paix 
rendue à l'Eglife de France par 
Clément IX, le Père Defmâres re- 
parut en Chaire à Paris , ôc prê* 
cha le Carême à faint Roch, 
avec un concours prodigieux 
d'Auditeurs , lequel vraifembla^ 
blement ne fe feroit pas démenti 
les années fuivautes, d dès celle- 
là même , il n'avoir encore été 
forcé de chercher Ca fureté dans 
la fuite. Le Duc de Luynes le ca- 
cha quelque tems dans une de 
Ces Maifons , ôc bientôt après le 
Dh€ & la Dttchejfe de Liancour lui 
donnèrent , fous le bon plaifir 
du Roi , un logement dans leur 
Château de Liancour , avec tout 
ce qu'il lui falloir pour y vivre 
& y travailler cominodémcnt. 
Il fe deflina dans cette retraite 
à écrire fur toute la Théologie i 
& il travail loit au Traité de L^Eu^ 
chariflie , lorfqu'il y mourut le 
1 9. de Janvier 1 687. Il fur , par 
l'ordre de M. le Duc de la l(pcbe' 
foHcauldt enterré dans la Cave 
des Seigneurs , à côté du Duo 
& de la Ducheffe de Liancour Ces 
bienfaiteurs & fes amis. On 
ignore pourquoi fes Traités de 
Théologie n'ont jamais vu le jour# 
Ceux qui les ont lus , les regar- 
dent comme ce qu'il y a de plus 
parfait dans ce genre. Le Père 
Dejmâres n'a jamais été Cmé dû 



Ï75 



SATIRE X. 

Mais c*e(l trop t'infuicer. Quittons la raillerie , 
Parlons fans hyperbole & fans plaifànterie. 
Tu viens de mettre icy l'Hymen en fon beau jour,. 
Entends donc : & permets que je prêche à mon tour. 

^2.5 L*£'poufe que tu prens > fans taçhç <n &. conduite. 
Aux vertus > m*a-t*on dit , dans Port-Royal iaflxaite , 
Aux loix de fon devoir règle tous fçs defirs. 
Mais qui peut t'alTurer y qu invincible aut piaifirs 
Chez toy dans une vie ouverte à la licence , 

• 5 Elle confèrvera fa première innocence ? 
Par toi-mcfme bien^toft conduite à TOpera , 
De quel air penfes-tu que ta Sainte verra 
D'un {pedacle ench^tei^ la pomye hannûiiûeu& , 
Ces danfes , ces Héros ^ voix luxuriça(è ; 



Liancour. Il tVitoit point efàcé par 
le P. BOURDALOUJB. Il ne qttitM 
point la Prédication à caufe d'un 
PoUpe , f Kf lui i/int dam. U tuK , 
f^ qui Pempêchoit de prononcer a-vec 

Îrace, M. Broffette , ç^ a^rçnanc 
e contraire de ce que je dis ici , 
«*êtoit trompé. 

. VEkS iitf. — — dans Port- 
Kojal ] Célèbre Abbaïe de l'Or- 
dre de Citeaux. Elle avoit été 
réformée par la M. jingUicpu 
^tnauld ; & depuis la plufparc 
des Filles de condition y furent 
élevées. Les Religieufes en ont 
^tédifperfées en 1709. &Ies Bâ- 
timens détruits en 171 o. de la 
manière & pour les rairons,que 
tout le monde fçait. 

Voici la Note , qu'on trouve 
fur ce Vers dans VEdition en u 
Vol. »V-i 1. faite à Paris en 173 ^ . 
•* Port - Roïal , Monaftere de 
„ Religieufes , près Verfaâllcs , 
^tOOmmé V Abbaïe de S, Or»,, 



Ces derniers mots contiennent 
une erreur (îngulière. 

VeR-S I J4. ces Héros à voix 

luxurieufe ;] Le mot de luxurieux 
emploie dans ce Vers , & celui 
de /M^s^f»edans le Vers 141 .donc 
le Poëte fe fert pour déugner la 
Morale dé l*Opéra^ occafionnèrent 
une Lettre de M. PerraHlt , dans 
laquelle il reprociie à rÂutcui; 
de s'être fcrvî de termes , qui 
blelToient la pudeur. M. AmAuld 
prie la défenle de ce dernier dans 
une Lente , qu'il écrivit à ce fu- 
jet â M. Perrault. Il y juftifie 
pleinement M. DefpréoHX, Ed, 
P. 17H- 

Je ne connoîs point de Lettre 
de M, Perrault^ dans laquelle il 
ait cenfuré les Ejtprcflions dont 
il s'agit ici. C'cft i la Préface de ; 
^Apologie des Femmes , que l'E<f»-, 
teur de 175^. devoit renvoïer ; 
& c'eft i cette Préface , que M. 
^rnatUd répond par fa. Lente , 



175 S A T I R E X. 

155 Entendra ces difcoitts fur TAmour icul toulans , 
Ces doucereux Renauds , ces incenfez Rolands ; 
Sçaura d^eux qu'à 1* Amour, comme au (eul Dieu fupréme ^ 
On doit immoler tout , jufqu'à la vertu raémc. 
Qu'on ne fçaurok trop toft fc laifTer enflammer ; 

'40 Qu'on n'a reçeu du Ciel un cœur que pour aimer z 
£t tous ces Lieux communs de Morale lubrique , 
Que Lully réchauffa des fons de (a Mufîque ? 
Mais de quels mouvemens , dans (bti coeur excités > 
Sentira-t'elle alors tous fes fens agités > 

145 Je ne te répons pas , qu'au retour moins timide » 
Digne Ecoliere enfin d'Angélique & d'Armide , 
Elle n'aille à finftant pleine de ces doux fons > 
Avec quelque Médor pratiquer ces leçons. 

Suppofôns toutefois, qu'encor fideUe & pure , 

I/o Sa vertu de ce choc revienne fans bleffure : 

Bien-tofl dans ce grand Monde , oii tu vas l'entr^ner , 
Au milieu des écueils qui vont l'environner , 

mat l'on trouvera dans le IV. Desp. 

Tome de cette Edition, Nôtre Auteur en cîtoît plu- 

Vers 137. Sfaitra d^eux qH*à fieurs autres en converfation > 
tAmoHr , comme oh M ^iet» /«*- contre lefquelles il fe récrioic 
^v^Me,] Maximes fort ordinal- vivement >& fur tout celle-ci d* 
les dans les Opéra de QuinaM, VOpéra d*ÂTiS. 

Il faut fou-vent , pour devenir heureux , 
QuHlen coûte unpeudHnnocence, 

Tmit. Vers i jS. On doit immo- Racike dans la Tragédie de Pbé- 
ter tout iuftiu^à la 'vertu mime, ] dre , Aûe III. Scène III. 
Il faut immoler tout y (^ mime la Vertu, 

Vers 141. Qj*e Lully , &c. ] re , ne pouvant être regardé que 
Jean-Bapti^e Lulti , ' Florentin , comme de foibles coups d'efTai. 

célèbre Muficicn, qui doit pa{- Vehs 14^. d*j4ngelique d* 

fer pour l'Inventeur des Opéra d^Armide , ] Voyez les Opéra de 
Wranfois, Ce que Cambert avoit ^uinaut , intitulez , J^land & 
fait avant lui dans le même gcn- Armide, Desp^ ^ 

Crois-tq 



SATIRE X. 17^ 

Crois-tu que toujours femic aux bords du précipice > 
Elle pourra marcher fans que le pié luy gliiTe ? 
Que toujours infenfiblc aux difcours enclianteurs 
D'un Idolâtre amas de jeunes Sedudeurs , 
Sa fagefTe jamais ne deviendra folie f 
D abord tu la verras , ainfî que dans Clélie , 
Recevant fes Amans fous le doux nom d'Amis , 
^ S'en tenir avec eux aux petits foins permis ; 
Puis bien-toft en grande eau fur le fleuve de Tendre 
Naviger à fouhait , tout dire , & tout entendre. 



Vers m 8. ainfi qw dans 

Clélie, ] Roman de Clélie , fie au- 
tres Romans du mefme Auteur, 
De s p. 

Vehs m 9. lifCe^antfes Amans 
fovks le doux nom d*y1mis, ] Dans 
le I(pman de Clélie , Parc. I. LiV. 
1. page }89. Celère raconte que 
<:iélie , •* cette admirable Fille 
3, vivoic de façon qu'elle n'avoit 
,,pas un Amant qui ne fût obli^ 
5, gê de fe cacher fous le nom 
„ d'Ami , fie d'appeller fon 
5, amour , amitié , car autre- 
„ ment , dit- il , ils eullent été 
,, chaffés de chés elle „. On fait 
faire enfuite à Clélie elle-même 
cette jolie didin^ion de Cc& di- 
vers genres d'Amis. " Il ne faut. 
^, pas conclure de-là , dit-elle , 
,9 que tous ceux que i'appelle 
„ mes Amis * foient de mes ten- 
,» dres Amis , cari'en ai de cou- 
„ tes les façons dont on en peut 
„ avoir. En effet , j'ai de ces 
9y demi-Amis , s'il eft permis de 
„ parler ainfi , qu'on appelle d'a- 
5, gréables connoiflanccs. J'en 
3j ai qui font un peu plus avan- 
*) ces que le nomme mes nou- 
Tomel. 



,» veaux Amis: J'en ai d'autres 
„ que je nomme fimplcmcnt mes 
„ Amis : J'en ai auÏÏt que je puis 
,, appeller des Amis d'habitude : 
„ J'en ai quelques-uns que je , 
„ nomme de folidcs Amif , fie 
„ quelques autres que j'appelle 
„ mes Amis particuliers. Mai* 
>, pour ceuxaue je mets au rang 
„ de mes tendreS Amis , ils font 
y, en fort petit nombre , ôc ils 
}, font fi avant dans mon ccnir « 
», qu'on ne peut jamais faire 
,, plus de progrès. Cependant , 
,) ajoute Clélie , je diftinguc (t 
„ bien toutes ces fortes d'ami« 
«> tjés , que je ne les confonds 
,, point du tout ,,. 

Vers i6\. fitrlefleirve deTen^ 
dre.àcc, ] Dans la première par- 
tie du I(oman de Clélie , on S 
figuré la Carte du Païs de Ten^. 
dre , dont le deflèin eft allégo- 
rique , pour marquer les divers 
genres de Tendrefe.On peut avoir 
de la tendreffe par trois caufes 
différentes : l'Eflime , la /Çecow- 
noiffance , ÔC ['Inclination ; c'eft 
pourquoi cette. Carce répréfente 
trois Rivières» qui portent ces 

M 



178 s A T I RE X. 

Et ne prcfume pas que Venus , ou Satan , 
Souffre qu elle en demeure aux termes du Roman. 

1^5 Dans le crime il fuffit qu'une fois on débute. 
Une chute toujours attire une autre chute. 
L'honneur eft comme une Ifle cfcarpée & £kns bords* 
On n*y peut plus rentrer dés qu'on en eft dehors. 
Peut-eftre , avant deux ans ardente à te déplaire 5 

Ï70 Eprife d'un Cadet , yvre d'un Moufquetairc , 
Nous la verrons hanter les plus honteux bxeians , 
Donner chez la Cornu rendez-vous aux Galans , 
De Phèdre dédaignant la pudeur enfantine , 
Suivre à front découvert 2 ... & Meffaline 5 

trois noms 9 & fur lefquelles cous les exercices militaires } tc 

font fîtuces trois Villes nom- de-!à placés dans les Troupes, 
mées Tendre ; favoir , Tendre fitr Monfmetaires. Les MoufquC' 

Inclination , Tendre fur Ejlime , & taires du Roi > font deux Corn- 

Tendre fur ^connoiffance, PeMs pagnics de Gens à cheval , corn- 

foins eft un des Villages répré- pofées , pour la plus grande pac- 

fentés fur cette Carte : Cdk à tie , de jeunes Gens de Qualité , 

quoi le Vers précédent fait allu- ou de bonne Maifon. 
^on. Vers 171. Donner cheK la Cor^ 

Vers 170. Eprife d'un Cadet ^ nu, &c. } Une infâme, donc 

jrwe d*un Moufquetaire.'] Cadet , le nom eftoit alors connu de 

ïîgniiîe ici un jeune Homme , tout le mojide» D e s p. 
un jeune Militaire, En l'annéç Vers 17?. De Phèdre dédai- 

i68i. le Roi établit, en plufieurs £»»««, &c. ] M. Racine a trcs- 

Places de fon Roïaume , des heureufcment exprimé le caracr 

Compagnies de jeunes Gens , à tère de cette Princefle , dans ces 

qui l'on donna le nom de Ca~ Vers de la Tragédie^ qui en poiic 

éets. Ils écoienc inftruits dans le nom, Aâ. III. Se i. 
■ Je ne fuis point de ces femmes hardies , 
i^K» goûtant dans le crime une tranquille pat» , 
Ont ffu fe faire un front qui ne rougit jamais. 

ÎMIT. Ibid. — • la tudeur en- cou-vert Z . . . O Meffaline, ] Ccttç 

fantiue. ] C'cft une traaudion de lettre initiale Z. n'eft mife ici 

l'Infans namque pudot à'Hotace , que pour dépaïfer les Ledkeiirs, 

tiv. I, Satire.y/l. Vers ^7. Cependant malgré cette orécau- 

, V*RS 174. Sui-vre à front dé' lion, OQ^elailTa pas dans 1^ 



s A»T I R E X. Î7J 

1^5 Conter pour grands exploits vingt Hommes ruinés , 
Bleflez , battus pour file , & quatre aflaiTmés ; 
Trop heureux 1 fi toujours Femme defordonnée , 
Sans mefure & fans regk au vice abandonnée , 
Par cent tr^ts dlmpudence aifés à ramaffcr , 

tSo El^e t acquien au moins un droit pour la chafTcr. 

Mais que deviendras-tu ? û , folle en fon caprice , 
N'aimant que le fcandalc & l'éclat dans le vice , 
Bien jnoins pour fon plaifir , que pour t*inquieter , 
Au fond peu vicieufe y elle aime à coqueter f 

185 Entre nous., verras-tu , d'un efprit bien tranquille 1 
Chez ta Fenune aborder & la Cour & la Ville ? 
Hormis toy , tout chez toy , rencontre un doux accueil* 
L'un efl payé d'un mot > & l'autre d'un coup d œil. 
Cc.n'èft que pour toy fcul qu elle eft ficrc & chagrine , 

^^o Aux autres elle eft douce , agréable , badine : 
C'eft pour eux qu'elle étale & l'or & le brocard j 
Que chez toy fe prodigue de le rouge & le fard » 
Et qu'une niiain fçavante y avec tant d'artifice | 
Baflit de fes cheveux le galant édifice. 

R E MA R (l V E S. 



Provinces d'en faite l'applica- par l'éclat & le bruit qu'elles 

tioQ à deux ou crois . tcmmes , tant , êroic celui d'une Fecpmtf 

Jom par malheur les noms corn- delà Cour. C'cft elle que Mo^ 

mençoienc par cette lettre, ^ef- Hère a rcpréfcntée dans fon Mi-- 

falint , Femme • de l' Empereur fanthrope , fous le nom de Ceti- 

Claude, eft famcufe par fes débo^- mène, 

démens, CUavG' Vers 1S7. Hormis tq^ ^ 

Vers 17^. Conter pour j^ands tout che^ toy."] Avant l'Edition 

exploits , &c. 1 Ce cara£lére d'une pofthume de 171 3* \^ commen- 

Fcmme hardie & dangereufe , ment de ce Vers Ce lifolt ainfi ; 

. l|Ui û'iime i^çi débaucJlcs que T^nt , hormis toy , chés toy, 

Mij 



i8o S A T I R E X. 

î^5 Dans fa chambre , croy-moy , n entre point tout le joufj 

Si tu veux pofTeder ta Lucrèce à ton tour ; 

Atten , difcret Mari > que la Belle en cornete 

Le (bir aie étalé Con teint fur la toilete ; 

£t dans quatre mouchoirs , de fa beauté falis , ' 
aoo Envoyé au BlanchiiTeur fes rofcs & fes lys. 

Alors tu peux entrer : mais {âge en fa préftncc , 

Ne vas pas murmurer de fa folle dépenfe. 

D'abord l'argent en main paye & vifte & comptant 

Mais non , fay mine un peu d'en eftre mécontent , 
2,05 Pour la voir aufll-toft > de douleur opprefTée , 

Déplorer fa vertu fi mal recompenfée. 

Un Mari ne veut pas fournir à {es befoins ! 

Jamais Femme après tout a-t*elle coufté moins ? 

A cinq cens Louis d'or , tout au plus > chaque année i 
a. 10 Sa dépenfe en habits n eft-elle pas bornée ? 

Que répondre ? Je voy , qu'à de fi juftes cris , 

Toi meûne convaincu déjà tu t'attendris , 

Tout preft à la laiffer , pourveu qu'elle s'apaife y 

Dans ton coffre à pleins facs puifer tout à fon aife. 
a 1 5 A quoi bon en effet t'allarmer de fi peu } 

Hé que feroit-ce donc , fi le Démon du jeu 

CHAt^ô, Vers xo^ . Pour ta 'voir Veks 1 1 6* — fi le Dhmm du 

Mft-tofï de douleur oppreffée. ] }eu , ÔCC. ] Le caraftcre de la 

Avant TEdition de 171 3. on li- Jodeufe acre fait fur Mad* . . Sa 

foit : 'Pom la 'voir attffi^tojl fur fes paifion pour le Jeu êtoit (î gran« 

deux pieds hauffée, i de , qu'elle rcgardoit comme 

Chang. Vers 114. Dans to» perdu tout lé teros qu'elle paflbic 

cofre À pleins facs , &c. ] Il y hors dtt Jeu. Elle donnoit à 

avoit : En pleins Pats^ dans les joUer chés elle ; & parmi les 

îditions qui oût été faites avant Joueurs qui y alloient, M. B . . . 

celle de 1 71 3 • ... êcoic un des plus aHidus. £M|I 



SATIRE X.. iSi 

Vcrfant dans fon cfprît fa ruïncufc rage , 

Tous les jours mis par elle à deux doigts du naufrage ^ 

Tu voyois tous tes biens, au fort abandonnés 

^^ Devenir le -butin d'un Pique ou d'un Sonnés i 

Le doux charme pour toy l de voir chaque journée ^ 
De nobles Champions ta Femme environnée , 
Sur une table longue & façonnée exprès : 
D'un Tournois de Baifette ordonner les apprefts ^ 

^^5 Ou fi par un Arreft la groflîere police 
D'un jeu fi necefïake interdit l'exercice , 
Ouvrir (ur cette table un champ au Lanfquenet > 
Ou promener trois dcz ckaffés de fon cornet : 
Puis fur une autre table , avec un air plus fombre ^ 

>5o S'en aller méditer une vole au jeu d'Ombre ,, 
S'écrier (ur un As mal à propos jette 5 
Se plaindre d'un gâno qu'on n'a point écouté ; 
Ou , querellant tout bas le Ciel qu'elle regarde , 
A la Belle gémir d'un Roy venu faïfs garde. 

^35 Chés çlle en ces emplois , l'Aube du lendemain 
Souvent la trouve encor les cartes à la main. 
Alors , pour fe coucher les quittant , non fans peine j, 
£lle plaint le malheur de la Nature humaine > 

avoir ordonné que ceux qui d'écus qu'il jetta d*avânee. 

s'émanciperoient en paroles , Vers 22.0. d*Hn Pi^jue, 

païeroient un écu chaque fois Terme du jeu de Piquet. Ibid. 

Sue cela leur arriveroit. M. d*im Sonnés. ] Ternie du jeu de 
fe trouvant trop gêné Triârac. D e s p. 

par cette Loi , aima mieux > un Vers tji. Se plaindre d^tm 

iour qu*ilêtoit en colère, ache- gdne qn^on n*a point écenti, J 

ter la liberté de jurer tout à fon Terme du jeu d'Ombre. Des- 

tife >.paj: une groilè poignée pre'aux. 

M iîj 



iSi SATIRE X. 

Qui veut qu*cn un fommeil , où tout s'cnfcvelit , 
140 Tant d'heures , fans joiier , fc confument au lit. 
Toutefois en partant la Troupe la confole , 
Et d un prochain retour chacun donne parole. 
Ceft ainfi qu*une Femme en doux amufemens 
Sçait du temps qui s'envole employer les momens ; 
145 C eft ainfî que fouvent par une Forcenée 
Une trifte famille à rhofpital traînée , 
Voit fes biens en décret fur tous les murs écrits , 
De fa déroute illuftrc effrayer tout Paris. 
Mais que plûtoft fon jeu mille fois te ruine 5 
150 Que fi la famélique & honteufe Lézine, 
Venant mal à propos la faifîr au collet , 
Elle te reduifoit à vivre fans valet , 
Comme ce Magiftrat de hideufc mémoire , 
Dont je veut bien ici te crayonner rhiftoirc. 



R £ M A R H V £ S* 



Vers 144.' S fait du temps qui 
g*en-vole employer les momens, ] ■ 
Une Dévote Ce confefloit du 
trop grand attachement . qu'elle 
avoit pourle jeu. î)on Confef- 
feur lui remontra , qu*elle de- 
voit en premier lieu conlidérer 
la perte du tems . . , . HeUs ! oUi 
mon Père , dit la Pénitentà , jèn 
l'interrompant j on perd tant de 
tems à mêler le^ cartes \ 

V ERS, X4^ ^Ciftainfi ^ue femfènl 
par nne' Forcenée ^ &€.} Parmi le 
grand nombre 4c gens , que û 

Î>a(Iîon du Jeu a précipités dans 
es malheurs qui font ici décrits, 
le Pofe're atvoit principalement 
en vue une Parente de Madame 
4e MiramioH , Fondatrice de la 
Çimmfinami des filles ,4e faim 



GentTJthje. Cette Jolieufe aVanr 
dillipé des biens considérables t 
fut obligée de fe. retirer en An- 
gleterre. Elle portoirauffî Id 
CO^l de Miramion, 

VeXS iç 3. Comme ce Magifhdt 
de hideufe mémoire^ &c. ] Le Lieu- 
tenant Criminel Tardieu, Desp, 
- Jacqiiés Tardieu & Marie Fer» 
rier, fa Femme , font auHfi fa- 
meux par leur fordide avarice , 
<iue par leur mort funcftc. Nôtrr 
Auteur les connoiflôit particuliè- 
rement tous les deux , tant parce 
que M. Tardieu aroit tenu fur 
les fonts Jacques Baileai^ ,. fon 
Frère , Dodicur de Sorbonne , & 
Chanoine de la Sainte Chapelle, 
que parce qu'ils lôgeoient danf 
fon Ypiiinage > à la-Maifon , qvi 



SATIRE X. 

s Dans la Robbe on vantoit fon illuftrc Maifon. 
Il cftoit plein d cfprit , de fcns , & de raifon. 
Seulement pour Targcnt un peu trop de foiblefTc 
De ces vertus en lui ravaloit la nobleffe. 
Sa table toutefois fans fuperfluité , 

o N'avoir rien que d'honnefte en fa frugalité. 
Chés lui deux bons Chevaux , de pareille encolure , 
Trouvoient dans l'écurie une pleine pafture , 
Et du foin , que leur bouche au râtelier laiffoit , 
De fiircroift une mule encor (c nourriffoit. 

» 5 Mais cette (bif de l'or , qui le bruloit dans Tamc , 
Le fit enfin fbnger à choifir une Femme 5 
Et l'honneur dans ce choix ne fut point regardé. 
Vers (on trifte penchant fon naturel guidé , 
Le fit dans une avare &ïbrdide famille 

o Chercher un monftre affreux (bus l'habit d'une fille , 



i8j 



R £ M u4 R qV £ s. 



fait le coin du Quai des Orfè- 
vres & de la Rue de Harlai. Pour 
lui il demeurbit alois dans la 
Cour du Palais. 

Veks 15; ç. Dans la 3^bbe on 
'vantoh fon illuflre Maifon, ] M. 
Tardiez êtoit d'une bonne Fa- 
mille de la Robe , & Neveu de 
Jacques Gillot , Conftiller - Clerc 
au Parlement , & Chanoine de 
la Sainte Chai^elle. M.Gi/Zotefl 
un des principaux Auteurs de la 
Satire M-enippée ^ CODnUb"lbus le 
nom du CathoUcon (fEfpagne , & 
c'êtoit dans fa maifon que cet 
ingénieux Ouvrage avoit êré 
cômpofé. Il mourut Tan 1^19. 
& logêoit datis la petite Rue qui 
Ta du Quai des Orfèvres à l'Hô- 
Cel du Ptentiei: Pcéfîdent. M. 



Defpréaux & ^Ahhê Soileatt , fon 
Frère . ètoient nés dans la même 
chamore , où le CathoUcon d'Bf- 
pagne avoit été fait. 

Vers 1^4. Defurcroift une mu~ 
le , &c. ] Le Liéutenant-Criviinel 
eft oblige de fuivre les Crimi- 
nels condamnés à la mort ; &c 
il eft monré fur une Mule , qui 
êtoit l'ancienne monture des 
Magillrafs , avant l'ufage des 
Carofles. 

Vers xétf. L* fit enfin fonger â' 
choifir une Femme. ] Elle êtoit* 
fille de Urémie Ferrier^ qui avoit 
été Miniflre à Nîmes , & qui ab- 
jura enfuite le CaltAnifme. 

Vers x70. Chercher nn montre 
affreux fom l'habit d'une fille, ] Elle 
ctôit extiêmement laide ù mal- 
Miy 



^84 S AT I R E X. 

Et {ans trop s'cnqucrir d'oii la Laide vcnoit , 

Il fçût , ce fut affés , l'argent qu'on lui donnolc. 

Rien ne k rebuta j ni fa veue érailléc , 

Ni fa mafTe de chair bizarrement taillée 5 
±75 Et trois cens mille francs avec elle obtenus , 

La firent à fes yeux plus belle que Vénus. 

Il répouxe j & bien-toft fon HoftefTe nouvelle , 

Le prefchant , lui fit voir qu'il eftoit au prix d'elle , 

Un vrai diifipateur , un parfait débauché. 
180 Lui-mefme le fentit , reconnut fon péché , 

Se confefla prodigue , & plein de repentancc 

Offrit fur fes avis de régler fa dépenfe. 

Aufïi-toft de chés eux tout rofti difparut. 

Le pain bis renfenné d'une moitié décrut. 
3,g j Les deux chevaux , la mule , au marché s'envolèrent. 

Deux grands Laquais , à jeun , fur le foir s'en allèrent, 

De ces Coquins déjà l'on fe trou voit laffé , 

Et pour n'en plus revoir le refte fut chaffé. 

Deux fervantes déjà largement foufletées ? 
^po Avoient à coups de pié defcendu les montées ^ 

Et fe voyant enfin hors de ce trifte lieu , 

Dans la rue* en avoiçnt rendu grâces à Dieu. 

faite. On dk paurtant qu'elle rc n*avoît ni valets ni fervantes » 

avoir été belle clans fa jeuneffe , les Plaideurs , qui venoient folli- 

^ mais la petite VérolçTavoitainfi citer , êtoient obligés de panfer 

défigurée. leurs chevaux , & de les mener 

Vers 180. Lm-mefine le fentit^ à l'abreuvoir i mais cela ne dura 

&c, ] Dans ce Vers & les deux pas long- tems. On vendit pre- 

fuivans , l'Auteur a exprimé mièrement les Chevaux ,& puis 

toutes les parties de la Confeffian. la Mule , & quand le Lieutenant". 

VersiSç. — 41* marché i'eH' Criminel en avoit befQin,U Cl^ 

^ <«o/fre»r.] Comme çççouplqayf- cjppru^toit unq, 



y A T I R E X. 185 

Vn vieux Valet reftoit , feul chéri de fon Maiftre , 
Que toujours il fervit , Se qu'il a voit veu naiftre , 

5 Et qui de quelque fomme amafTée au bon temps 
Vivoit encor chés eux , partie à fes dépens. 
Sa vue embarrafToit 5 il fallut s'en défaire j 
Il fut de la maifon chafTé comme un Corfairc. 
Voilà nos deux Epoux , fans valets , fans enfans , 

o Tous feuls dans leur logis libres & triomphans. 
Alors on ne mit plus de borne à la lézine. 
On condamna la cave , on ferma la cuifine. 
Pour ne s'en point fçrvir aux plus rigoureux mois , 
Dans le fonds d'un grenier on fequeftra le bois. 

^^ L'un & l'autre deflors vécut à l'aventure 
Des préfens qu'à l'abri de la Magiftrature , 
Le Mari quelquefois des Plaideurs extorquoit , 
Ou de ce que la Femme aux voifins exc^oquoit. 

R £ M j1 R (l V £ S. 

Vers 193. 'î/» -vieux Valet ref- fon qu'elle n'excroqiiât quelque 



tùit , &c. 1 II fe nommoic Des- 
bordes , & portoic ordinairement 
une méchante cafaque rouge. 

Vers 308. Oh de ce que la Fem- 
me ahx 'voifins excroqHoit. ] Elle 
n'entroit jamais dans une mai- 



chofe , & quand elle n'y pou- 
voit rien prendre , elle emprun- 
toic fans rendre jamais rien. 
C'eft d'elle que M. Kacine a die 
dans fes !• laideurs , Aft. I. Se, 
IV. 



Elle eût du Bû'vetier emporté les ferviettes , 
Plntofl que de rentrer au logis tes mains nettes, 

£lle avoit efïè£livement pris échange il accordoit fa protec- 

quelques ferviettes chés le BU- tion à ce lieu d'honneur î mais 

wtier du Palais. M. le Premier Préfident le fit dé- 

Dans une maifon VQÎfîne de loger de fon voisinage. Dans le 

la leur , il y avoit un lieu de même quartier il y avoit un Pâ- 

débauchc , od elle alloit tous les tiflier , oi\ la Lieutenante-Crimi. 

jours pour y attraper fon diner, »e//e alloit fouvcnt prendre des 

Scelle ne roanquoit jamais d'en- Bi feu its fans païer. Le PâtiHiec 

voïcr à fon Mari une partie de las de cette pratique , fît des bif- 

ÇÇ qu'il y avoi^ f^c U table. £n citjts purgaUfs , & les lui donna% 



jSS s AT I R E X. 

Mais pour bien mettre ici leur crafle en tout Coa luftrc } 

3 lo II faut voir du Logis foitir ce Couple iiluftre : 

Il faut voir le Mari tout poudreux , tout fouillé : ' 
Couvert d'un vieux chapeau de cordon dépouillé , 
Et de fa robbc en vain de pièces rajeunie 
A pié dans les ruifleaux tramant Tignominie. 

315 Mais qui pourroit compter le nombre de haillons , 
De pièces , de lambeaux , de fales guenillons y 
De chiffons ramaffés dans la plus noire ordure , 
Dont la Femme aux bons jours compofoit fa parure l 
Déairai-je fes bas en trente endroits percés , 

310 Ses fouliers grimàffans vingt fois rappetafRs , 
Ses coëiïès d'oii pendoit au bout d'une ficelle 
Un vieux mafque pelé prefqu aufli hideux qu*Ellc î 
Peindrai- je Coti jupon bigarré de Latin , 
Qu'enfemWe compofoient trois Théfes de £àtin , 

32-5 Préfènt qu'en un procez fur certain privilège 
Firent à fon Mari les Regens d'un Collège ; 
£t qui fur cette Juppé à maint Rieur encor 
Derrière Elle faifbît dire , Argumentahorl 
Mais peut-être j'invente une fable frivole. 
.330 Déments donc tout Paris , qui prenant la parole , 

R E M A R (l U £ S* 



■"Chang. Vers 309. Mais pom cette Satire ; mais TAutcur Id 

bien mettre ici leur craffe , &c. ] rétablit dans l'Edition fuivan* 

M. \.cine obligea l'Auteur de te. 

retranc hcr ces vingt Vers , par- Vers 311. f» tnenx mapcfite 

ce qu'ils contiennent un dé- pelé ^ ôcc. ] La plufpart des Fem- 

tail qu'il trouvoit trop bas. mes portoient alors un mafque 

Ils ne parurent point en effet de velours noir , quand eues 

dans la première Edition de fortoient. Des p. 



s A T î R È 3è. iiy 

Sur èe (ïijet encor de bons témoins pourveft » 

Tont prcft à le prouver , te dira ; Je lai vcû. 

Vingt ans j'ay veu ce Couple uni d un meûne vice i 

A tous mes Habitans montrer que l'avarice 
5 5 Peut faire dans les biens trouver la pauvreté > 

£t nous réduire à pis que la mendicité. 

Des Voleurs qui chez eux pleins d'efperancc entrèrent i 

De cette trifte vie enfin les délivrèrent. 

Digne & funefte fruit du nonid le plus affreux , 
4^ Dont r Hymen ait jamais unis deux Malheureux. 
Ce récit pa/Tc un peu l'ordinaire mefiire ; 

Mais un exemple enfin fi digne de cenfure 

Peut-il dans la Satire occuper moins de mots ? 

Chacun ff ait Ton métier : fuiVbns nôftre proposa 
4-5 Nouveau Prédicateur aujourd'hui ^ je l'avoue , 

Ecolier , ou plûtoft finge de Bourdalouë , 



V B H s i\7, P«s yoUun qm 
cJlhRc €ux , écc. ] Le LienttnaM 
Criminel & fa. femme furent af- 
faflinés dans leur maifon fur le 
Quai des Orfèvres . le jour de S. 
Barchelemi, 14. a*Aoûc 166^, 
fur les dix heures du matin , par 
l(ené & Framfois Touchet , Frères , 
natifs de Niafle prés de Gran en 
Anjou. Cesdeitz Voleurs n'aïant 
pu ouvrir la porte pour fortir » 
parce qu'il y avoit un fecret i 
la ferrure , furent pris dans la 
maifon même } & condamnés 
à être rompus vifs fur un écha- 
faut , i la pointe de l'Ifle du Pa- 
lais 9 devant le Cheval de Bron- 
ze : Ce qui fut exécuté le 17. da. 
même mois. Quelques jours 
«vanc cet aflalfînac , le Kqï avoit 



ordonné à M. le Premier Préfi^ 
dent de Lamoignon dt faire in- 
former contre le LieiUenanf'Crii 
minel à caufe de fes malver- 
fdtions. 

Vers ^46, ——finge de Sottr-i 
dalone , ] Célèbre jé/nite. Desp. 
Louis BoHrdaloHe^Viia denosplus 
grands Prédicateurs du XVII. 
uécle , fit le premiet qui fe foie 
avilé d'embellir fes Sermons dé 
Portrdits , OU de CardHères , êtoit 
né à Boutges d'une famille con- 
i]dérable,le i6. d'Août i6ixi 
Il mourut â Paris dans la Mai- 
fon Profeffc des Jifnites le i j. de 
Mai 1704. apr^s avoir , pen- 
dant plus de 2^. ans, exercé \é 
Miniftëre de la Prédication à U 
C9ur U dans Ptcis; 



I 



i88 SATIRE X 

Je me plais à remplir mes Sermons de portraits. 
£n voilà déjà trois peints d afTez heureux traits , 
La femme fans lioancur , la Coquette & l'Avare. 

3 50 II faut y joindre encor la revefche Bizarre , 
Qui fans cefTe d'un ton par la colère aigri 5 
Gronde , choque , dément , contredit un MarL 
Il neft point de repos ni de paix avec elle , 
Son mariage n'efl: qu'une longue querelle. 

355 Laiffe-t'eile un moment rcfpircrfon E'poux ? 
Ses valets font d'abord l'objet de fon courroux , 
£t fur le ton grondeur , lorfqu'elle les harangue , 
Il faut voir de quels mots elle enrichit la Langue. 
Ma plume ici traçant ces mots par alphabet , 

3 60 Pourroit d'un nouveau tome augmenter Richelet. 
Tu crains peu d'effuyer cette étrange fiirie : 
£n trop bon lieu y dis-tu , ton E'poufe nourrie » 

VtKi i^o, •■^^ iarrvtftb^ Bû (bit â Ces Amis. Il en faifoît 

Karre, ] La Bcllc^Sceur de TAu» auifi rire quelquefois M. te Pre* 

teur , Femme de Jerômi BçilfoUf mitr Préfident de LMnwi^^mm, Ce 

fpji Frère aîné. grand Magifhat ne dédaignoic 

Vers j^8. Il faut -mit de qtulf pas de s*en fer vir lui-même pour 

mots elle enrichit la Langue, ] Cette fp divertir. // n'appartient pas À 

Femme avoir un talçnc tout par- des BaeonUs cemme 'vous , &C. 

tiçulier pour inventer des noms C'êtoit le commencement d'une 

ridicules , & des injures popu- teure , qu*il écrivoir à Madame 

laites : comme un grand Fr«- Xt^Cemitff'e de Broglio ^ÇzTiWe, 

Umpier : un Epétier ^ une grande Vins |60. ir^'^ augmenter JÇl- 

Haççnlet une Pimbejchs^ une gran-' ckelet, ] Auteur qui a donné ua 

de Orhe/che , &c. Il faut rcmar* Piâionnaire François. Des?. 

quer que ces deux deijiiers noins Pierre-Céfar M^içbeJet , Avocat 

içnt les Originaux des qualités au Parlement de Paris , roorc 

de U CçnHeJfe des PUidewrs de P,A' en 1 698. ôcoit petitfïls de Nito-» 

è{XE: Comteffe de Plmhe/cbe , Or. Uf ^cheltt , Auteur célèbre en 

hifcht , ^c. N^rre Po'ete , qui Ton tenu , 0c dont nous avons 

e|icendoit tQU% cfs (çraiçf - là un Comptentaire fat une partie 

Tmgt fois p^i J9VC , 1h x^4iir. ^ Qiitvrti de. J(fit^srd, 



s AT TRE X. i8. 

Jamais de tels dl(cours ne te rendra martyr. 

Mais euft-elle fucé la raifon dans Saint Cyr , 
5 Crois-tu que d*une fille humble > honnede y. charmante ^ 

L*Hymen n ait jamais fait de Femme extravagante ; 

Combien n*a-t on point veu de Belles aux doux yeux , 

Avant le mariage , Anges fi gracieux , 

Tout à coup k changeant en Bourgeoifes fauvages , 
^ Vrais Démons , apporter l'Enfer dans leurs ménages , 

£t découvrant l'orgueil de leurs rudes e(prits , 

Sous leur fontange altiere aflervir leurs Maris ? 
Et puis , quelque douceur dont brille ton Epeuze , 

Penfes-tu » fi jamais elle devient jalouze » 
^ Que Ton ame livrée à Tes triftes foupçons , 

De la raiToa encor écoute les leçons i 



Vins t^4. dans faim 

Cyr , ] Célèbre Maifon près de 
Verfailles , où on élève un grand 
nombre de jeunes Demoilelles. 
Dssp/ 

, Ce fut en f 6%6, qu'à la foUici- 
cation de Madame de Maintenons 
le Roi fonda cette Maifon.â la- 
quelle il donna de grands reve- 
nus pour Tentrecien de deux cens 
cinquante Filles de pauvres Gea- 
tilshommes. £lles y font reçues 
â Tige de fept ans« &y font 
élevées iufqu'à càlut de vingt 
dans les exercices de la pi^cé, en 
«ême-tenis qu'on I*ur eoCcigne 
tour ce qui peut convenir à leur 
nai0àace ou à leur fexe. Quand 
leur lems eft fini i la Maifon 
leur doit i chacune une fomme 
de mille écus , qui leur fert de 
dot pour fe mariei; ou pour fe 



faire Retigieufes , ou dont la 
rente aide â les faire fubfiûer , 
fi elles ne prennent ni l'un ni 
l'autre parti. 

Vers 571, Sous leur fontémgt'] 
CcA un noeud de ruban que les 
Femmes mettent fur. le devant 
de la tefic pour attacher leur 
coëâlire. Desp. 

Ce nom vient de Madame U 
Duehejfe de Fontange, qui,s'apper* 
ce van t à la promenade que fa 
CoëfFure ne tenoit pas , prit une 
de fes Jarretières , qu'elle lia 
autour de fa tête pour apurer fa 
Coëtîure. La manière dont elle 
avoit noiié ce Risban>plut ; &ce 
qu'une néceffité de hafard avoit 
produit , devint fur le champ 
ane Mode , qui fubiifte encore 
en partie , quoique la forme dit 
ftcBud chang» coatinu^Unniiu^ 



10Q SATIRE Xi 

Alors , Alcipc ^ alors , tu verras de fcs œuvres; 
Rcfou-toi , pauvre Epoux , à vivre de couleuvres i 
A la voir tous les jours , dans ces fougueux accez ^ 

} So A ton gefte , à ron rire intenter un procez : 
Souvent Ad ta niaifon gardant les avenues , 
Les cheveux hérifTcz , t'attendre du coin des rues f 
Te trouver en des lieux de vingt portes fermés , 
£t par tout où tu vas , dans Ces yeux enflammés 

5^5 ToiTrir , non pas d'Ifis la tranquille Eumenide f 
Mais la vraye Aleâo peinte dans TEneide , 
Un tifon à la main chez le Roi Latinus , 
Soufflant fa rage au fein d*Âmate & de Tumus« ' 

Mais quoi f je chauffe icy le cothurne Tragique, 

)^o Reprenons au plûtoil le brodequin Comique ^ 
Et d'objets moins af&eux fongeons à te parler. 
Dy-moy donc , laiffant là cette Folle heurler , 
T*accomodes-tu mieux de ces douces Ménades , 
Qui dans leurs vains chagrins fans mal toujours malades^ 

R £ M ji R q^ U M Se 

Vers 578. — <*'ï^''M^»<''f»"- Théâtre, bâilloit de tems etï 

leui/res, ] ÂvALER. des CoiUemrres, cetns : & qu'à chaque bâiilemenc • 

eft une cxprcflîon otaverbiale , il faifoit de grands figncs de 

qui (îgniHe » foufirir bien des croix fur fa bouche , comme 

chofes flcheufes . fans en ofer font les bonnes gem. M. Vef- 

témoigner Ton déplaisir. Et f^i- préaux dit à ceux avec qui il 

t/re de .Coulemjres , c*eft être eX- êtoit : yo't'és , 'votés U Fmrie , qui 

poH^ tous les jours à ces fortes fait des fignes de Croix, 

dt chagrins. Vers ?86. Mais ia t/rajte ^Ite^ 

Vers 58^. -^- d*IJts U tran. to , &c. ] Une des Fmies, Voïci 

ifuULe Enmenide^ FURIE dans 1*0- VEnéïde , Liv. VU. Desp. 

pera d*Ifis , qui demeure prefque Vers 595. — • de ces doMCtf- 

toujours â ne rien faire* Df.sp. Ménades, j Bacchantes» Desp> 

L'Auteur étant à une répréfen- Cêtoit des Femmes qui célé- 

tation de cet Opéra , remarqua broient les Orgies de Baeebms , cil 

que l'A6leur > qui faifoit le Rôle courant comme des furieufes. 



que VA 
de la 



_ Furie , s'ennuïant d'être Vers 594. fans tkal uA^ 

Ions teœs fans rien faire fur k fours moMu , ] L'Aateuc a «H 



s A T I R E X. , ip, 

>5 Se font des mois entiers fur un lit effronté 
Traiter d'une viable & parfaite fanté , 
£t douze fois par jour , dans leur molk indolence , 
Aux yeux de leurs Maris tombent en défaillance ? 
Quel fujet , dira 1 un , peut donc fî fréquemment 

o Mettre ainfl cette Belle aux bords du monument i 
La Parque raviffant ou fon iils ou fa fille , 
A-t*elle moiifonné l'efpoir de fa famille t 
Non : il eft queftion de réduire un Mari 
A chaffer un Valçt dans la maifon chéri , 

5 Et qui , parce qu'il plaift , a trop fçeu lui déplaire , 
Ou de rompre un voyage utile Se neceffaire : 
Mais qui la priveroit huit jours de fes plaifirs , 
Et qui loin d'un Galant , objet de fes defîrs .... 
1 que pour la punir de cette Comédie , 

[0 Ne lui vois-je une vraye & trifte maladie , 
Mais ne nous fâchons point. Peut-eftre avant deux jouis , 
Courtois & Denyau , mandés à fpn fecours , 
Digne ouvrée de l'Art dont Hippocrate traite , 
Lui {çauront bien ofter cette fanté d'Athlète : 



core copié ce caraftèrc d'après 
fa Bellc-Sccur , xlont on a parlé 
fur les Vers i8. jço. & 368. 
Quand Ton mari ne vouloit pas 
lui donner tout ce qu'elle avoit 
envie d'avoir , elle contrefaifoit 
la malade , & Ce mettoit au lit , 
iufqu'à ce que fa fantailie fut 
pafTée , ou qu'elle eût obtenu 
ce qu'on lui refufoit. M. Per. 
■rault, qui êtoit fon Médecin , la 
trouvoit eife^Uvement malade. 
Un jour M. SoHtat* en fit appcl- 



1er un autre : c'êtoit M. Kaîn- 
fant \ mais il gâta tout ', car 
quelques façons qu'elle fît pour 
paroitre malade , jamais ce Mé- 
decin ne put trouver qu'elle le 
fût. 

Vers 411. Comtois & Denyau,^ 
Médecins de Paris. D e s p. 

Vers 414. -cette fanté d'Ath- 
lète. ] Allufion à VAphofiCme HT. 
d*Hippocrate, Les Athlètes fc 
nourriflbient d'une manière par- 
ticuliite , pour acquérir beau- 



I9Z SATIRES* - 

4 1 5 Pour confumer l'humeur qui fait Ton embonpoint > 
Lui donner fagement le mal qu clic n a point j 
£t fuyant de F^on les maximes énormes , 
Au tombeau mérité la mettre dans les formes. 
Dieu veuille avoir Ton ame , & nous délivre d*eux. 

410 Pour moy , grand ennemi de leur Art hazardeux , 
Je ne puis cette fois que je ne les excufe. 
Mais à quels vains difcours eft-cc que je m'amufc ? 
Il faut fur des fujets plus grands , plus curieux , 
Attacher de ce pas ton efprit & tes yeux. 

415 Qui s offrira d abord : Bon , c*eft cette Sçavanie , 
Qu'eftime Robcrval , & que Sauveur fréquente. 
D'où vient qu elle a l'œil trouble , & le'teint fi terni? 
Ceft que fur le calcul , dit-on , de Caflmi , 



coup de force 8c de vigueur , 
mais cette nourriture devenoic 
enfin nuifible à leur famé. 

Vers 417. Et fuyant de Fagon.'\ 
Tremier Médecin du Roi. Des- 

PRE'AUX. 

Gtti Crefcent Fagon , DoiCteur 
en Médecine de la Faculté de 
Paris , fuccédà dans 4a place de 
premier Médecin à M. Laquin 
en 1695. lorfquc nôtre Pocte 
compofoit cette Ja^wtf. 

Vers 416. -^ J(pberval ^ 

Sanuenr. ] lHullres Mâ- 
themadciens. D e s p. 

Giile Perfonne , fitnr de I^obet- 
'vat , Profefleur Roui en Ma- 
thémaciques , & de ,'1* Académie 
des Sciences , mourut en 1 67? . 

Jo/eph Sau-uehr , aulfi de l'A- 
cadémie des Scieftces , & Pio- 



fedeur koïal en Mathématiques: 
fut choifi pour les enfeigner au 
Roi d'Efpagne Philippe v, u aujc 
deux Princes {^% Frères, Il mou- 
rut le 9. de Juillet 171^. dans l'a 
foixante-quatriéme année. 

Vers 418. Crf^ni.l 

Fameux Aftronome. D e s p. 

Jean- Dominique Cajpni , de l'A- 
cadémieRoïale des Sciences,êtoic 
né à Gènes , ôc avant d'être ap- 
pelle en France , il êtoic pre' 
mier ProfejTeur d'ytftronomie dans 
l'Univcrfîté de Bologne , Mai- 
tre des Fortifications du Graitd 
Duc .de Tofcane , & Arbitre des 
diflfercns entre les Princes d'I- 
talie , au fujet des limites de - 
leurs Etats. Il mourut le X4^ 
Septembre 171 z, âgé de 87.^ 
ans. 




SATIRE X. 

Un Aftrolabê en main , elle a dans fa goutiere 
> A fuivre Jupiter paiTé la nuit entière. 
Gardons de 1^ troubler. Sa fcience , je croy ^ 
Aura pour soccuper ce jour plus d'un employ. 



^9i 



M jé Jt ^ U £ Si 



Vehs 4191 *^» j4Prola^e f'n râôère de la Sf avanie ^îdicntè, 

inain , &c. ] V^jlroUbe cft un avoit cté fait pour Madame dé 

inftrumenc de Mathéitiaci<)ue en La Sablière , qui ne vivbic plus 

forme de PUnifphère . qui Icrt à alors. M. Perrault ne la nomroç 

prendre les hauteurs des Aflres , pas ; mais en difant, que c'êtoic 

tSc à taire quelques autres obfer- une Dame habile dans V^Ajirono' 

Varions d'Âihondmie. ' nifV& dans plufîeurs autres Scien- 

M. Perrault dans la Préface de ces , il la déUgne û-bien qu'il ci\ 

Ton Apologie pour les Femmes , impoilible de s'y méprendre, 

tiuus apprend que t lorfque cette Le Poète avoit dit dans £oû, 

4'i»i>'reparut)ODcroïoitquele ca- Epitre V, 

ilue l*j4jlrolabe en main un autre aille chercher 
Si te Soleil eft fixe ou tourne fur /on axe , * 
Si Satutne À nos yeux peut faire un parallaxe, 

. Ce fut l'origine du mécontehlé- AU refte , le Portrait Satirique ; 

tnenc, que M. Dejpréaux eut de que M. J^efprfaux trace ici de 

Madame de La Sablière -, fuppofè cette Dame» devoit lui convenir; 

qu'il eu faille croire M. Perrault^ puifque , dés que cette Satire pa« 

quand- il die au ifiême endroit , rue , on crut , de l'aveu de M. 

e0parlant.de nôtre Auteur: Perrault^ qu'elle en êtoit l'Ori' 

** Cette Dame eut la bonté de ginal. C'cftdonc en vain qu'a* 

9, lui dire que , quand on fc près avoir parlé de retendue' de 

a, mêloitde faire des Saiiret , il Tes connoiflances, il ajoute pouc 

9) falloit connokre les itiatières, la diCculper : ** Il eft encore vrai 



9, dont on parloit t que ceux 
„ qui tiennent que le Soleil eft 
„ nxe 6c immobile , font lei 
tj mêmes qui foûticnnent qu'il 
», tourne fur fon axe , & que 
9, ce ne font point deux opi* 
), nions diftercntes , comme il 
„ paroît le dire dans Tes Vers. 
»« £Ue ajouta qu'un Aftrolabê 



„ qu'elle û'en faifoit aucune of- 
„ tentation , éc qu'on n'eftimoiç 
>, guère moins en elle le foin de 
>, cacher fes dons, que l'avan- 
„ tage de les po0edejr „. Finir* 
fonf par dire , que lî le (cul mo<» 
tif de la vdngeance eût porté M. 
Defpréaux à tourner en ridicun 
le Madame de La Sablière , il 



,,n'êtoie d'aucune utilité pour n'eût pas fans doute attend^ 

„ découvrir (s\c Soleil eft fixe , qu'elle fût morxe. Voies Epurt, 

♦, by s'il tourne fur fon axe „. r. Vers z8. 

J.a critique eft juftc , & c'eût été Vers j^io,^fui'ure JupUer^Scc,} 

Di«a fait que d'en pcoâter« Vae des fept Planettes. Vist. 

Tomt U N 



i 

/ 15^4 SATIRE X; ^-— ^.^ 

D'un nouveau microlcope on doit en fa préfènce 

Tantoft chez Dalencé faire l'expérience ; 
435 Puis d une fbnroe morte avec fon embryon > 

Il faut chez, pu Vernay voir la dijfedion. 

Rien n'échape aux regards de notre Curicufe. 
Mais qui vient for Tes pas ? Ceft une Précieufc , 

Refte de ces £{prits jadis fi renommez y 
440 Que d'un coup de fon Art Moficre a diffamez. 

De tous leurs fentimens cette noble héritière 

Maintient encor ici leur Ctâc façonnfere. 

Cefl chez elle toujours que les fades Auteurs 

S*en vont fe confoler du mépris des Ledeurs. 
445 £lle y reçoit leur plainte , & ùl dode demeure 

Aux Perrins , aux Corras eft ouverte à toute heure. 

Là du faux bel efprit fe tiennent les bureaux. 

Là tous les Vers font bons,pourveu qu'ils foient nouveaux» 



REMjiRq^U£S. 



Vers 434. Tanufl chex Dm- 
if^cé , 3 Chez qui on faifoit 
beaucoup d'expcrieuces de Phy- 
fiquc. Desp. 

Il êcoic fils d*un fameux Chi- 
ruri;ien de Paris , qui lui avoic 
laid^ des biens confidérables , 
qu'il dilHpa à Ces expériences ) 
après quoi il fe recira en Flan- 
dres. 

Vers 43e. Il Tautehn Durer* 
$nry , &c. ] Médecin du Roy , 
connu pour être ttès • fçavant 
dans rÀnatomie. Drsp. 

Joreph Du revuAy , i]^ l'Acadé- 
mie Roïale dcfl Sciences , mou- 
rut en t7fo. âgé de 8i. ans. Il 
êtoit fils d'un Médecin de la pe- 
nte- Ville de Fcurs en Forez, qui 
s'attachoic priacipalemenc à U 



connoiiTance d^es Plantes. 

Vers 438. — — C'e^ $me Prkiem' 
/e,]On a (u de feu Mademoifclle 
VHéritiér^ que l'on avoit dans le 
lems attribué ce Portrait à Mada- 
nie De shouUères^a connue par Ce» 
Poëfies. Comme elle êtoit amie 
de M. PertoMlt & de Pradon , ells 
avoit pris parti pour eux contre 
M.K^ciHeicM,DefpréaHX, Celui- 
ci profita de l'occafion du carac- 
tère de la Précieu/e^ pour fatirifer 
cette Dame , dans les Ouvrages 
de laqueHe , quoique charroans 
d'ailleurs, on ne lai (Te pas^ d'âp<. 
percevoir des traces du caraôc- 
re , que le Poëte liv donne ici. 

Vers 440. Cttfd*Hn coup de fîm 
*Air$ Molière a diffame^, ] Voyea 
la Comédie des Prétienfes, Dl»r. 



SATIRE X. 195;. 

Au mauvais gouft public la Belle y fait la guerre ; 

> Plaint Pradon opprimé des fîflets du Parterre ; 
Rit des vains amateurs du Grec & du Latin ^ 
Dans la balance met Ariftote & Q)tin 5 
Puis d une main encor plus fine & plus habile ^ 
Péze fans paflion Chapelain & Virgile 5 

5 ReiLiarque en ce dernier beaucoup de pauvretcz ; 
Mais pourtant confefTant qu'il a quelques beautez ^ 
Ne trouve en Chapelain , quoy qu'ait dit la Satire t 
Autre défaut , Anon , qu'on ne le fçauroit lire j 
Et pour faire goûter fon Livre à l'Univers , 

° Croit qu'il faudroit en prôfe y mettre touç les Y^rS* 

Vers 449. & 4^0. -^« man-vais Pofe'te dans les dix Vers fuîvans 
^oufl public la B elle j fait la gtierre : lui prête fur les Anciens & les 
plaint Pradon of primé des fifiets . Mqdernes des Jugemens â peu 
d» Parterre, ] Tout le monde près les mêmes que ceux du P<t- 
connoîc le fameux Sonnet de rallèle de M. Perrault , qui fe 
Madame Deshoulières contre la trouve être en mcme-tems ici 
Phèdre de Kacine. Voies à ce fu. robjet des traits fatiriques de 
]etVA'verttjfementÇuTVEptt.yiI, l'Auteur. 
En conféquence de l'entêtement Imit. Vers 4^4. Pé^e fans pa/-» 
de cette Dame pour Pradon & de fion Chapelain €?• Virgile. ] JUYE- 
fcs liaifons avec M. Perrault , le nal , Satire VI, Vers 43^. 
Laudat yirgilium , periturét ignofcit FMfe , 
Committit Vates > O comparât inde Alaronem , 
iXrgMe alia parte in trutina fufpendit Homerum, 
Vers 4^9. Et pour faire goûter fa reconciliation avec M. Per^ 
fhn Livre à l'Vni-vers,'] Au lieu raïUt, Ils font parodies , ain(î 
de ce Vers & du fuiyant , il y qu'une partie de ce qui précède ^ 
avoir dans la première Edition de ce que cet académicien die 
les quatorze que Ton va lire ,, dans fon Parallèle, Tome 111. 
liquc l'Auteur fupprima après p.içç. 

Et croit qié'onpourra mefîné enfin le lire un four , 

Huand la Langue 'vieillie ayant changé de tour > 

On ne fentira plus la barbare flruHurs 

JDefes expreJJ/ons mifes à la torture » 

S'étonne cependant d'où -vient ç«t che^i Coignard , 

Le Saint Panlin écrit avec unfgtani ^Art , 



15)(^ 



SATIRE X'^-—. 

A quoi bon m'ëcaler cette bizarre Ecole , 
Du mauvais fens , dis-tu , prefché par une Folle ? 
De Livres & d'écrits bourgeois Admirateur 
Vai-jc époufer ici quelque apprentive Auteur ? 

^^ j Sçavez-vous que TEpoufe avec qui je me lie 
Compte entre fes parens des Princes dltalie ? 
Sort d'Ayeux dont les noms .... Je t'entens , & je VO"^ 
D'oii vient que tu t*es fait Secrétaire du Roy, 
Il falloit de ce titre appuyer ta naifTance. 

470 Cependant > t*avoûrai-je ici mon infolence ? 

Si quelque objet pareil chez moy , deçà les Monts , 
Pour m'époufer entroit avec tous fes grands noms ^ 
Le fourcil rehauffé d orgueilleufes chimères ; 
Je lui dirois bien-toft : Je connois tous vos Pères ; 



Et d'une plume douce , aipe c^ naturelle , 

Pourrit , "vingt fois encor moins lu que la Pucelle, 

Elle en accufe alors notre fiede infeélé 

ï)u pédante/que gonll qu'ont pour l'antiquité 

Magijlrats , Princes , Ducs , Cr mefme Fils de France , 

j?»t lifentfans rougir & yirgile dr Terence j 

Et toujours pour Perrault plein d'un dégoufl malin , 

Neffaventpas s'il efl au monde un Saint Paulin, 

Le Saint Paulin cft Un Poème Chang. Vers 4.64. queU 

de Perrault , imprimé chés Coi- que apprenti-ve auteur."} Dans tou- 
gnard. Par ces mots : Fils de tes les Editions qui ont précédé 
France , l'Auteur entend ici Phi- celle de 1713- il y avoit u4ppreH- 
lippe de France , Duc de Char- tie ^ au lieu d' Xpprenti've. 
très , cnfuite I?»c d'Orléans , ne- I M i T. Vers 47;. Le fourcil 
yeu de Louis Xjy. ic J^egent du rehauffe d* orgueilleufes chimères,'^ 
l^ïaume aptes la mort du Roi J U v e n a l , Satire VI. Vcri ^ 
ion Onde. 167. '* 

Malo yenufinam , quàm te Cornetia , Mater 
Cracchorum , fi cum magnis tnrtutHms adfers 
Grande fupercilium , &• numeras in dote triumphot^ 
Toile tuum , pricor , Hannibalem , &c. f 



s A T I R E X. ic^y 

Je fçay qu'ils ont brillé dans ce fameux combat 
Où fous Tun des Valois Enguien fauva TEtat. 
D*Ho2ier n en convient pas:mais,quoiqu il en puiffe cftrc. 
Je ne fuis point fi fot que d'époufcr mon maiftre. 
Ainfi donc au plùtoft délogeant de ces lieux y 
Allez , Princeflc , allez avec tous vos Ayeux , 
Sur le pompeux débris des lances Efpagnoles , 
Coucher , fi vous voulez , aux champs de Ccrizofes. 
Ma maifon , ni mon lit ne font point faits pour vous« 

J'admire , pourfuis-tu , voftre noble courroux. 
Souvenez-vous pourtant que ma famille illuftre 
De Taififtance au Sceau ne tire point fon luftre : 
Et que né dans Paris de Magiftrats connus , 
Je ne fuis point ici de ces nouveaux venus , 

Remar(IUES. 

VeILS 47^. Jfi ffay iju'ils ont lu t^XCT y ariUas de n*AV Oit tien 
brillé dans et fameux combat, ] Le dit de la Bataille' de Cérizoles , 
Combat de Cérizoles gagné par quoiqu'il en ait parlé fort au 
Je Duc d'Eoguien , en Italie, long dans fon Hifloire de Fran- 
D E s p. fots J, L'Auteur leva l'équiva- 

II fut donné le 14. d'Avril que en mettant , d'Ho^ter n'en 
1^44. fous le règne de Frrf»fo»V I. confient pas, 1\ s* 2iP^it ici d'une 

Chakg. Vers 477. T^Ho3iier Généalogie ,& d'Hotfer eftcon- 
f»'e» con-uient pas , &c. ] L'Auteur nu de tout le monde pour ua 
avoir mis dans les deux Editions fameux Généalogiltc. 
de 1694. Varitias n'en dit rten ; iMiT. Vers 478. ]e ne fuit 
Mais cela faifoit une équivoquçi point fi fot que d'époufer mon mai' 
^ y ar nias s* en plaignit. Il fem- flre, ] Martial , Livre Vllf. 
bloitqueM. Defpréanct eût vou- Epigramme XJI, 
*Vxorem quare locupletem ducere nolim , 
QMtitis ? %fxon nubere nolo mea, 
L'Auteur a eu deflein de rendre bere marito , pour les Femmes ; 
ici la même beauté dp Langue, ^ Dt^ere uxorem , pour les Hom- 
en traduifant par ces mots : mes. C'eft en quoi confîfte la 
Epoufer mon maître , ceux ci de finelTe du bon mot de Martial, 
AI^ILTIAL : 'Vxori nnbere nolo VERS 48(5. Ve l'affiflance a» 
ww. La Phrafc Latine cft , Kh- Sctau , &ç. ] Une des princip»^ 

Niij 



198 SATIRE X. 

De CCS nobles fans nom , que par plus d'une voye , 

4^0 La Province fouvent en gueftres nous envoyé. 

Mais eufTai-je comme eux des Meufnicrs pour parens , 
Mon Epoufe vinft-elle encor d* Ayeux plus grands , 
On ne la vcrroit point , vantant fon origine > 
A fon trifte Mari reprocher la farine. 

4^5 Son cœur toujours nourri dans la dévotion , 
De trop bonne heure apprit l'humiliation : 
Et pour vous détromper de la penfée eftrange , 
Que l'Hymen aujourd'hui la corrompe 8c la change , 
Sçachez qu'en noftre accord elle a , pour premier point;, 

joo Exigé , qu'un Epoux ne la contraindroit point , 
A traîner après elle un pompeux équipage , 
Ni fur tout de fouffrir , par un profane ufage , 
Qu'à l'Eglife jamais devant le Dieu jaloux , 
Un faflueux carreau foit veu fous fes genoux. 

§^5 Telle eft l'humble vertu qui dans fon ame empraîntc . , , 
Je le voy bien , Tu vas époufer une Sainte : 
Et dans tout ce grand zèle il n'eft rien d'afFedé. 
Sçais-tu bien cependant fous cette humilité , 
L'orgueil que quelquefois nous cache une Bigote , 

/ 10 Alcippe , & connois-tu la nation dévote ? 
Il te faut de ce pas en tracer quelques traits , 
Et par ce grand portrait finir tous mes portraits, 

A Paris , à la Cour on trouve , je Tavolie , 
Des Femmes dont le zèle eft digne qu'on le loiic , 

les foniiîons des Sectetajres du les Chancelleries. Edit de to»*s 
l^i , eft d'aflifter au Sceau , dans XI, Noi/emb, 1481. 



5 A T I R E X. 155^ 

5" Qui s'occupent du bien en tous temps , en tout lieu. 
J en fçais.Une chérie & du Monde & de Dieu , 
Humble dans les grandeurs , fage dans la fortune 5 

Qui gémit , comme Efther , de fa gloire importune ; 

Que le Vice lui-mefmc eft contraint d cftimer , 
o Et que fur ce tableau d'abord tu vas nommer. 

Mais pour quelques vertus fi pures , Ci finceres , 

Combien y trouve-t on d'impudentes Fauffaires , 

Qui fous un vain dehors^d'auftere pieté , 

De leurs crimes fecrcts. cherchent l'impunité , 
^5 Et couvrent de Dieu mefme empraint fur leur vifagc 

De leurs honteux plaifirs l'affreux libertinage ? 

N'atten pas qu'à tes yeux j'aille ici l'étaler. 

Il vaut mieux le fouffrir que de le dévoiler. 

De leurs galans exploits les Suffis , les Brantômes 
30 Pourroient avec plaifîr te compiler des tomes : 

Mais pour moy dont le front trop aifément rougit , 

Ma bouche a déjà peur de t'en avoir trop dit. 

Rien n'égale en fureur , en monftrueux caprices , 

Une fauffe Vertu qui s'abandonne aux vices. 
55 De ces Femmes pourtant l'hypocrite noirceur 

Au moins pour un Mari garde quelque douceur» 



Vers çitf. Penffdis 'Une , &c.] f^ies des Dames Galantes de fofl 

Madame de Maintemon , Fran^ cems. 

foife d'^ubigné, VERS n i • -^^"'^ P*"**" '^^^ '''"** 

Vers ^19. tes Bujps , les le front trop aifément rongit, ] On 

'Brantômes. ] Le Comte de Bnffi- le furnommoit Le chafle Def- 

J(abutin eft Auteur de VHifloire préaux. La pureté de fes mœurs 

mmonreufe des Gaules, On trouve & de fes écrits , lui a valu cc« 

dans les Mémoires de Brantôme les éloge. 



Niv 



»oQ S A T I R E X, 

Je les ^imc cncor mieux qu uiie Bigonc alticrc , 
Qui dans Ton fol orgueil , aveugle , & fans lumière i 
A peine fur le feiiil de la dévotion , 

*^4o Penfç atteindre au fommet de la perfe<5Uon : 

Qui du foin qu elle prend de me gefner fans ccfic , 
Va quatre fois par mois fe vanter à confeffe : 
Et les yeux vers le Ciel , pour fe le faire ouvrir , 
Offre à Dieu les tourmens qu elle me fait fouffrir, 

J45 Sur cent pieux devoirs aux Saints elle cft égale. 
Elle lit Rodriguez , faitloraifon mentale , 
Va pour les malheureux quefter dans les maifons , 
Hante les hofpitaux , vifîte les prifons , 
Tous les jours à l'Eglifc entend jufqu a fix Meffes. 

J 5 o Mais de combattre en elle , & domter fes foiblefles % 
Sur le fard , fur le jeu vaincre fa paflîon , 
Mettre un frein à fon luxe , à fon ambition , 
Et foûmettre l'orgueil de fon efprit rebelle : 
C cft ce qu'en vain le Ciçl voudroit exiger d'elle^ 

J55 Et peut-il , dira-t'elle , en effet l'exiger ; 
Elle a fon Directeur , c eft à lui d'en juger. 
H faut , fans différer fçavoir cç qu'il en penfe, ■ 

Bon ! vers nous à propos je le vpis qui s'avance^ 

Vers ^46, PMe Ut 2{odripte7i , qui font'dans cette Satire^ 

&c. ] Le Traité de la PerfeSHon celui du DiteHeur que nôlf 

Cbrvflienne du Père yllphon/e I(o- te don noit la préférence* 

drif^ite^y Jéfuite Efpagnol eft très- que ce portrait foit aflésf 

eftinié. VAbbél^egnier-Defmarais^ l'Autcur n*a pas laiflè d'S 

Secrétaire perpétuel de l'Acadé- objet particulier. C'êtqr 

mie Françoife , en a fait une ex- grand DireSteur de Feti 

cellente Tradu^ion. êtoit tel qu'on le répréf 

" Vers t^8. je le n/ois qui frais, vermeil» plein* 

(ai/anQt^ ] De tous |cs caraAères cependant il fe plaigl 



$ A t IR E X. iôt 

tiu*il paroift bien nourri ! Qael vermillon , quel teint l 
o Le Printemps dans fa fleur fur fon vifage eft peint; 
Cependant y à l'entendre > il fe foutient à peine^ 

Il eiit cncor hier la fièvre & la migraine : 

Et fans les promts fecours qu'on prit foin d'apporter ^ 

Il feroitfur (on lit pcur-çftrç à tremblottçr. 
5 Mais de tous les Mortels , graçe aux dévotes Amts ^ 

Nul n'eft fi bien foign^ qu'un Directeur de Femmes; 

Quelque léger dégouft vienç-il le travailler > 

Une froide vapeur le fait-ejle bâaillcr ! 

Un Efcadrbn coefFë d'abprd court à fon aide; 
70 L'une châufle un bouillon , 1 autre apprefte un rtmejé; 

Chez luy fyrops exquis , itatafiits vantés i 

Confitures fur tout volent de tpus cbftés : 

Car de tous mets fuicrçz , fecs , en pafte , ou liquides | 

Les cflomachs devQts toujooxs furent avides : 
7) Le premier maffe paip pojv eui , je croy y fe fit^ 

£t le premier citron à Rogen fctt confit. 

Noftrc Doâeur bien-toft va lever tous fes doutés i 

Du Paradis pour tilt il applafii): les routes ; 

R £ M ^ it (i u £ S. 

jours de quelque îndiCpoGxioni viarent à' Paris les citrons c^fl- 
11 alloit fouveiit chés Madame fîcs dans les Ides FraQÇpifç^ éç 
7 .... fa Pénitence , qui logeotc l'Amérique. C'êft tle • ià^ qu'ils 
^rés du Palais dans le vniûnage ont pris le nom de Citrons dé 
de nôtre Poè'ce. Cette Dame de- JÇo»e», qu*|ls conferveiit encore, 
vote & fa Fille / f^ce voient leur :^arce que nous en recevons tou- 
cher DireHenr avec un fefpeâ jours beaucoup par cette Ville, 
infini , & lui rendoieht les foins II en vient au/fi par Nante$ SC 
les plus emptêdés. |>lit BordeaujC. 

VjLKt S76. St le ùrtmiev eitrûk Vers ^77, iTofire LhHeitr bien^ 

À I^Qiienfitt confit, ] Les plus ei- »«)l,&c.] Ce Vers & |es fui- 

^uis citrons, confits fe font à vans y compris lé Vers 60B. nd 

^ Rouen. Dis>. 'regardent perfonné en particn- 

Ce fut d'abord parKoikii que Uh, Ut tt*aec«qttetit:qtte h Mo. 



1 



20I 



SATIRE X. ' "^ — 



£c loin fur Tes d^i&uts de la mortifier , 
580 Lui-meûne prend le foii^ de la juftifier. 

Pourquoy vous alarmer d'une vaine cenHire > 

Du rouge qu on vous voie on s'étonne , on murmure^ 

Mais a-t'on , dira-t'il , fujct de s'étonner ? 

Efi-ce qu'à faire peur on veut vous condamner } 
5S5 Aux uf^es receus il faut qu'on s'accommode , 

Une Jemme fur tout dpit tribut à la Mode. 

L'orgueil brille , dit-on , fur vos pompeux habits : 

L'ccil à peine foutient l'éclat de vos rubis. 

Dieu veut-il qu'on étale un luxe fl pro&ne ? 
S90 Oui , lorfqu à l'éttler notre rang nous condamne. 

Mais ce grand jeu chez vous comment l'autorizer 3 

Le jeu fut de tout temps permis pour s'amuzer. 

Qn ne peut pas toujours travailler , prier , lire : 

Il vaut mieux s'occuper à joîier qu'à itiédire. 
595 Le plus grand jeu joiié dans cette intention , 

Peut mefme devenir une bonne aj^ion. 

Tqut eft fanâifié par une ame j>ieu(e. 

Vous eftes , pourfuit-on , avki& , ambitieufè. 

Sans ceffe vous brûlez de voir tout vos parens 
^0^0 Engloutir à la Coût Chaf ges , DigAitez , Rangs. 

Voftre bon naturel en cela pour Eux brille. 

pieu ne nous défend point d'aimer notre famille : 



£MAR<IV£S. 



rare accomiiiodante d.ts faux 
Dire^evrs en général. 

Vers ^94. // "w^w mieux i**c- 
cuprr i joUer qu'A médire, ] h^% 
deux Dévotes , donc on vicn£ 
lie parler , aimoÂcat beau€«ut^ 



le Jeu. Nôtre Poëcc firenoit 
fouvedt la liberté de les cen- 
furer i & ^làdemoifelle ^. . . • • 
lui diTotc^ pour fe ranger de 
Tes railleries , ^UvsUù msum 
fêëtr ifH médiru 



' s A T I R E X. loj 

D'ailleurs tous vos païens font fagcs , vertueuï. 
II eft bon d'empefcher ces emplois faftucux 

5 D eftre donnez peut-eftrc à des Ames mondaines , 
Eprifes du néant des vankez humaines. 
LaifTez-là , croyez moi , gronder les indevots , 
£t fur voftre falut demeurez en repos. 

Sur tous ces points douteux c'eft ainfî qu'il prononce. 

5 Alors croyant d'un Ange entendre la réponfe , 
5a Dévote s'incline , & calmant fon efprit , 
A cet ordre d'enhaut fans réplique fpufcrit. 
Ainfi pleine d'erreurs , qu'elle croit légitimes , 
Sa tranquille vertu confervc tous fes crimes : 

' Dans un cœur tous les jours nourri du Sacrement 
Maintient la vanité , l'orgueil , l'enteftement , 
Et croit que devant Dieu fes frequens facriléges 
Sont pour entrer au Ciel d'affurez privilèges. 
Voilà le digne fruit des foins de fon Dodeur. 

^ Encore eft-ce beaucoup , 1 ce Guide impofteur , 
Par les chemins fleuris d'un charmant Quiétiûnc 
Tout à coup l'amenant au vrai Molinozifme y 

Vers tfio. &tfi3. Encore efl- menceleVcrs €i%, n'efl que la 

*e beaucoup , fi ce Guide impofteur , répétition de ce Nominatif, faite 

^c. // ne lui fait bien-tofl , &c. ] fans néceffité. Ce qui , dans 

ics deux Vers , qui Apparent le toutes les Langues , pêche con- 

€20, & le 5i 3. empêchent qu'on tre les Règles de la Syntaxe, 

jie s'apperçoive au premier coup Cette J{emar<jue eft de M. -O^^ 

d'oeil d'une faute contre la Syn- Forces Maillart dans fa Lettre 

taxe , qui fe trouve dans cette fur l'Imitation , &c. à M. le J*>»- 

Phrafe. Mais en rapprochant les fident Bonhier. . 

deux Vers, que l'on cite ici , il Vers 6zx. autrrat Moit^ 

cft aifé de voir que ce Guide im~ noxiCme. ] Le Huiétirme fut intro- 

poneur eft le Nominatif de toute duit à Rome par Miguel Mobnos , 

U Phrafci & qu*i/,qui com- Prêtre Efpagnol , Ce célèbre Di- 



A04 SATIRE X, ^ :^ 

Il ne lui fait bicn^stoft , aidé de Lucifer , 
Goufter en Paradis les plaifirs de l'Enfer. 

et s Mais dans ce doux état molle , delicieu(è , 
La hais-tu plus , di-moi , que cette Bilieufe „ 
Qui follement outrée en fa févérité y 
Baptizant fon chagrin du nom de pieté » 
Dans fa charité fauffe , ou l'amour propre abonde , 

^5 o Croit que c'eft aimer Dieu que haïr tout le monde ? 
Il n e(l rien où d'abord fon foupçon attaché 
Ne prcfume du crime , & ne trouve un péché. 
Pour une Fille honneftc & pleine d'innocence , 
Croit-elle en fes valets voir quelque complaifancc l 

^3 S Réputés criminels les voilà tous chaffés , 

£t chez elle à l'indant par d'autres remplacés. 
Son Mari , qu'une af&ire appelle dans la Ville , 
Et qui chez luy , fortant , a tout laiifé tranquille , 
Se trouve affez furpris , rentrant dans la maifon 

f 40 De voir que le portier luy demande fon nom j 



rc£^cur,quî s'êtoît fait une ré- & fît abjuration de fa Doûnna 

putation de piété. Il enCeignoit à Rome , en 1 687. V fnquifitiott 

une méthode pour élever Tamc le condamna à une prifon pcc- 

à U contemplation par VOraifon pétuelle , dans laquelle il mou- 

de Quiétude, Cette OraiCon , félon rut quelques années après, 
lui , confifte à fe mettre en la Vers 657. ^on Mari, tju*une 

?iréfence de Dieu par un a£ke de affaire appelle , &c.] L'Auteur 

bi , qui nous fafle concevoir défigne encore ici fa belle-Sœur. 

Dieu préfent en nous-mêmes. Elle' changeoit fou vent de Da- 

Après quoi , il faut bannir tou- meftiques. Un jour fon Mari fut 

tes fortes de pcnfécs 8c d'aff^c- fort furpris de voir, en rentrant, 

lions , & attendre le rcftc de chés lui , des gens qui ne to 

Dieu. Ce faux Direûeur âgé de connoifToient pas , & qui lu^ 

^0, ans fut dcicré i VJnqnifitidn , deœaadoient fon nom.. ■ 



îo; 



SATIRE X 

Et que parmi fes Gens changez en (on abfencé , 
Il cherche vainement quelqu'un de connoiffancc , 

Fort bien : Le trait eft bon. Dans les Femmes , dis-tu » 
Enfin vous n aprouvez ni vice , ni vertu. 

5 Voilà le Sexe peint d une noble manière ! 
Et Theophrafte mefme , aidé de la Bruyère , 
Ne m'en pourroit pas faire un plus riche tableau; 
Ccft aflcz : Il eft temps de quitter le pinceau. 
Vous avez déformais épuifé la Satire. 

> Epuifé , cher Alcippe ! Ah 1 tu me ferois rire ! 
Sur ce vafte fujet Ci j'allois tout tracer , 
Tu verrois fous ma main des tomes s'amaffer* 
Dans le Sexe j'ai peint la pieté cauftique 
Et que feroit-cc donc , fi Cenfeur plus tragique , 



Chang. Vers 641 . Et qHej>armi Dans les deux premières Editions 

fts Gens changeai en fon ab/ence, "] il y avoit : 

Et que dans fon logis fait neuf en fon abfence, 

M. Perrault dans la Préface de eu altère le fens. Faire fa mai fon 

fon apologie des Femmes^ criti- neuz^e n'aura jamais dans le feni 

qua cette expreffion : faire fon lo- figuré , la même fignification 

gis neuf. Il prétend avec raifon quQ faire maifon neurve ; c*cft-à- 

qu'il falloit dire , faire maifon dire, chaffer ^ ou changer tous fes 

neurve , parce que Maifon fignifie Domeflicjues. 

aiifli-bien ceux qui habitent une M. Defprêaux profita fagement 

maifon , que la raaifon-mcme ; de la cenfure de M. Perrault , bu 

au lieu que Logis ne fignifie ja- fut remplacer un Vers alTés 

mais que le lieu que l'on habite, mauvais , par un autre fort bon. 

Il faut ajouter à cette critique , Vers 6j^6. Et Theophrafîe mef.. 

que , fuppolé qu'on pût dire ntr , aidé de la Bruyère. ] LA 

AuiTi'hkn ^ faire logis neuf ^ que Bku Y IK^ Si traduit Us Car aêi ères 

faire Maifon newve ; il ne s*en- de Theophrafîe , & a fait ceux de 

fuivroit pas qu'on pût dire , fai- fon ficelé. D e s p. 

re fon logis neuf Les Exprejjions Jean de la Bruyère ^Genxnhom: 

proverbiales font confacrées , & me de M. le Prince ^ mourut le! 

il les faut cmploïer telles qu'elles 10. Mai 1^9^- âgé de ^7. ans» 

font. Le moindre changemem 11 êtoit de l'Académie Françoifç^ 



I 



io(î s A T I R E 3^. " "^ 

'f /5 J'allois t'y faire voir rAthc'ifinc établi , 

£t non moins que l'honneur , le Ciel mis eu oubli \ 
Si j'allois t'y montrer plus d'une Capanée , 
Pour fouveraine loy mettant la Deftinée , 
Du tonnerre dans l'air bravant les vains carreaux J 

^60 Et nous parlant de Dieu du ton de Des-Barrcaux ? 

Mais , fans aller chercher cette Femme infernale i 
T'ay-je encor peint , di-moi , la Fantafquc inégale , 
Qui m'aimant le matin , fouvent me hait le foir ? 
T'ay-je peint la Maligne aux yeux faux, au cœur noir t 

^6$ T'ay-je encore exprimé la brufque Impertinente î 
T'ay-je tracé la Vieille à morgue dominante , 
Qui veut vingt ans encor après le Sacrement , 
Exiger d'un Mari les refpeds d'un Amant ? 
T'ay-je fait voir de joye une Belle animée , 

f 70 Qui fouvent d'un repas fortant toute enfumée % 



R JS M 



^ X q u £ s. 



Vers 6^7. Siyallois Vy montrer 
^lus d'une Capanée, ] Çapane'E 
etoit un des fepc Chefs de l'Ar- 
mée qui mit Je fîcge devant 
Thebes. Les Poètes ont dit que 
Jupiter le foudroya » à caufe de 
fon impiété. Desp. 

Vers 660. du ton de Des- 

Bay-reaux. ] On dit qu'il fc con- 
vçrtit avant que de mourir. 
Desp. 

Jacques de Vallée , Seigneur 
Des-Barreaux , né i Paris en 
î6oi. & reçu Confciller au Par- 
lement en i6i^.feoéfit bientôt 
de fa Charge -, fon penchant au 
plaisir le rendant incapable Acs 
cjevoirs de la Magiftrature. Il a 
fait de fort jolies Chanfpus \ & 
«iuaûtité de Vers François Ôc La- 



tins qui n'ont p&s été imprimés. 
Le fameux Sonnet de piété , qui 
commence par ce Vers : Grand 
Dieu , tes Jugemens font remplis 
d'équité : a toujours pafTé p.out 
être de lui. Il fc fachoit pour- 
tant tout d^ bon y quand on lui 
en parloir : il fît même d'allés 
mauvais Vers François pour le 
défavoiier , quoique d'ailleurs ce 
Sonnet foit tort beau. Quelques 
années avant fa mort arrivée en 
1 674. il s'ctoit retiré â Châlons 
fur Saône , où il mourut d'une 
manière plus édifiante qu'il n'a- 
voit vécu. C'ell à M. de AJauptou^ 
Evcque de Châlons qu'il fut re- 
devable de fa converlion i & il 
difoit ordinairement que ce Pré- 
lat l'azçit empêché d'être vacOtant^ 



hall 



Mt 



s A T I R E X. 207 

Tait mefinc à fes Amans trop fbibics d cftomach , 
Redouter Tes baifers plains d'ail & de tabac ? 
T*ay-je encore décrit la Dame Brelandiere , 
Qui des Joueurs chez foi fe fait Cabaretiere » 
5 Et foufïre des af&onts que ne (buSriroit pas 
L'HofteiTe d une Auberge à dix fous par repas ? 
Ay-je offert à tes yeux ces trilles Tyfiphones , 
Ces mondres pleins d'un fiel que n'ont point les Lioncs i 
Qui prenant en dégouft les fruits nez de leur flan<: , 
^ S'irritejit fans raifbn contre leur propre Cmg , 
Toujours en des fureurs que les plaintes aigriffenc , 
Banrent dans leurs Enfans l'Epoux qu'elles haiffent. 
Et font de leur maifon digne de Phalaris , 
tJn fejour de douleurs , de larmes & de cris ? 
^ Enfin t'ay-)e dépeint la Superftitieufè , 
La Pédante au ton fier , la Bourgeoife ennuieufe : 



£ M j4 R q U £ S. 



ViRS 671» J(edQUter fes baifers 
pleins d'ail (^ de tabat, "] Quelques 
Femmes de la Cour avoient 
alors porté les excès de la ta-, 
ble auÔi loin que les Hommes 
les plus débauchés auroienc pu 
faire. 

VEIIS675.— — /<• Dame Br«- 
Undiere \ &c. ] Il V a des Fem- 
mes qui donnent a fouper aux 
Joiieurs , de peur de ne les plus 
revoir s'ils fortoienc de leur mai- 
fon. DiST. 

La Dame,dont on a ci-devant 
parlé dans la Hou fur le Vers 
7,\6. faifoit de fa Maifon. non* 
feulement une Académie de Jeti^ 
mais encore un cabaret pour les 
Joueurs , qui païoienc leur écoc 
fa sAcram , & qui it faifoicm 



après cela , fervir avec la mdm« 
liberté & les mêmes hauteurs , 

3ue l'on prend dans la moin- 
res Cabarets. 

Vers 677, w trilles Tjfi. 

phones^ &c. 3 La première Fem* 
me de M. BoiUau , Père de nô- 
tre Pob'cc , avoit pris en aver- 
fîon une de fes Filles , &: ne cef- 
foit point de la maltraiter. Elle 
ne voulut jamais permettre qu'on 
la mit en pen(ion dans un Cou- 
vent , pour avoir le plaifir de la 
battre. Elle s'en acquitta fi bien, 
qu'à la fin cette jeune Fille ea 
mourut , & la Mère elle-même 
mourut de regret. 

Vers 6%%, digntdê Pha. 

iarisj] Tyran en Sicile uès-cnul. 



' 2o8 SATIRE) ^r ' ^ 

Celle qui de fon chat fait fon feu! entretien , 
Celle qui toû jours parle , & ne dit jamais rien ? 
Il en eft des milliers : mais ma bouche enfin lafTe , 

i^^o Des trois quans y pour le moins , veut bien te faire grâce* * 
Tentens. C*eft pouffer loin la modération. 
Ah ! fîniffet , dis-tu , la déclamation. 
Penfez-vous qu'ébloui de vos vaines paroles j 
rignbre qu'en effet tous ces difcours frivoles 

f$S Ne fonç qu'un badinage , un fîmple jeu d'efprit 
D'un Cenfeur , dans le fond ^ qui foiaflre & qui rit ^ 
Plein du mefmè projet qui vous vint dans la tefle , 
Quand vousplaçafles l'Homme au deffous de la Befle! 
Mais enfin vous & moi c'efl affez badiner. 

700 II efl tems de conclure ; & pour tout terminer ; 
Je ne dirai qu'un mot. La Fille qui m'enchante i 
Noble y (âge , inodefte > humble , honnefle , touchante ^ 
N'a pas un des défauts que vous m'avez fait voir. 
Si par un fort pourtant qu'on ne peut concevoir ^ 

R E M A R ^U E Si 



. Ver& ^87. CtlUqui dtfon chat 
fdit fan ftul entretien, Q C*cft uiie 
Sœur de l'Auieur» Uqiielle fe 
reconnue d'abord , & ie fâcha 
bien rérieufemeut. 

Vers 6^^. Ue font qn^tm baii^ 
ftase , nnfimple feu d*efpm , &c. ] 
L'Auteur fjiic entendre par-U , 
qu'il ne faut pas expliquer i la 

{igueur tout ce qu'il a dit contre 
es Femmes dans cette .fitiVe , ni 
ce qu'il a dit contre les Hom- 
mes dans la Satire rill. l\ écri- 
voit à M. Srofette dans une Let- 
tre du ^. Juillet 170^. "Quoi- 
», que j'aye compolc auimi gta- 



>, tU une Satin contre les ro^ 
„ chantes Femmes , je fuis pour^ 
„ tant du fentimcnt à*AUippe^hc 
,y je tiens- comme lui , ilne fow 
„ élite heênneHX Joui ce fomg (éUn^ 
„ M»re , - Tout dépend.^ en nn mot ^ 
„ dtt bon choixr iju^on ffoit faire, 
„ Il ne faut pas prcn Jre les Po'c-r 
„ tes à la lettre. Aujourd*hui 
i, c»eft chet eux la fefte du Céli- 
„ bat : Demain c'cft la fefte du 
♦, Mariage : Aujourd'hui l'Hom- 
„ me cit le plus fot de tous les 
„ Animaux : Demain c'en le 
,, ft^l Animal capable de jufttce^ 
n jk on cela fitublablc à Dieu,^ 

La 



■>/ 



s A T ï R E Xi 209 

>J La Belle tout à coup rendue infociable, 

D'Ange , ce font vos mots , fe transformoic en Diable ; 

Vous me verriez bien-toft > fans me defefperer , 

Lui dire : Hë bien > Madame , il faut nous feparer. 

Nous ne fommes pas faits , je le voy , l'un pour lautre. 
^ Mon bien fe monte à tant : Tenez , voila le voftre. 

Panez : DéliVrons-nOus d*an mutuel fouci. 
Alcippe y tu crois donc quon fe fepare ainfi ? 

Pour fortir de chez toy , fur cette offre ofTcnfante , 

As-tu donc oublié qull faut qu elle y confènte } 
S £c crois-tu qu aifèment elle puiffe quitter 

Le favbureux plaifir de t'y perfecuter ? 

Bien-toft fon Procureur , pour elle ufant fa plum^ ^ 

De Ces prétentions va t'offrir un volume. 

Car , çrace au Droit rèceu chez les Parifien^ 
•^6ens de douce nature , & i^^aris bons Chreftiens , 

Dans fes prétentions une Femme eft fans borne. 

iUcippe y à ce difcours je te trouve un peu morno^ 

R £ M A R q U £ S. 

Veils 708. • il fMt nous fe- ce au Droit receu cheK les Vtt» 

"hâter, \ Ce Vers & les deux qui rifiens , Geni de douce nature, d* 
le fui vent, font, cil quelque for- Maris bons Chreftiens , Dans fe* 
ce^une pàraphrafe de là formule prétentions une Femme efl fans tor- 
du Libelle de Divorce , qui êtoit ne. ] Nôtre Auteur n'eft pas le 
anciennement en ufage chés les premier , dont la Mufc (e foie 
Komains. In répudiés autem^ id égalée aux dépens de la bonté 
ejl , renuntiatione comprobata funt d'âme des Mairis Parifîens. Cor^ 
hoc 'verba ^ Kts TUAS TIBI HABE- neitle ^ avant lui , leut avoir fait, 
TO : item hac , TUAS REs TiBi dans la I. Scéne du II. Aâe de 
ÀGITO. Loi. 1. $ I. au Digefle La Suite dn Menteur^ un repro- 
Tit. de Vi-vortiis c^ ^epudiis, che pareil à celui qu'ils reçoivent 

Veii$7I9. 710.&7XI. gra. ici. 

Ilefi riche , <3^ de plus il demeure à Paris , 

Où des Dames , dit-on , efl le irrai Paradis : 

Et , ce qui 'VOHtbien mieux que toute! ces rich^es , 

Les Maris y font bnis , ÔC Uf Fntmes m^itrefes. 



iio s A T I R E X. 

Des Arbitres , dis-tu , pourront nous accorder. 
Des Arbitres Tu crois lempcfcber de plaider } 

7^ S Sur ton chagrin déjà contente d'elle-me&ie ? 

Ce n eft point tous Tes droits , c eft le procez qu'elle aime > 
Pour elle un bout d'arpent , qu'il faudra difputer , 
Vaut mieux qu'un fief entier aquis fanscontefter : 
Avec elle il n'eft point de droit qui s'éclairciflc , 

730 Point de Procez fi vieux qui ne fc rajeunifTe , 

R £ M ji R q U £ S. 



Ce que M. Dtfprèaux ajoute , que 
rr4Ctf 4M Droit refu cbés les Pari- 
fiens , une Temmi eft fans borne 
dans fes ^rétentions , eft Tonde fur 
ce qu*il n'y a peut-être aucune 
Coutmne dans le Roïaume,qui foit 
au(fî favorable aux Femmes que 
celle de Paris. Dans le cas de fè- 
paration , s'il n'y a point de 
Communauté « le Mari eft obli- 
gé de rendre à la Femme tout ce 

Îju'il a reçu d'elle , 6c qu'on a 
ouYenteftimé dans le Contrat 
k double ou le triple de fa jufte 
valeur. Sorte d'eftimation qu'un 
Mari Parifien trouve plus que lé- 
gitime. Si ce qu'elle reprend , 
ne lui fufit pas pour vivre , il 
lui fautffur les biens de Ton Ma- 
ri , une penfîon , que les Juges 
lîxent félon le rang & la fortu- 
ne des Perfonnes. S'il y a Corn* 
munauté de que la Femme l'ac- 
cepte, elle emporte, outre la 
moitié de la Communauté tout 
ce Qui n'y eft point entré , &c le 
Mari doit de même fuppléer à ce 

Xii peut lui manquer pour vivre, 
près la mort du Mari la Fem- 
me a bien d'autres prétentions. 
,, Parmi nous , dit ? atkv i 
„ Plaid. IX, les Femmes ont des 
„ Douaires & des Préciputs:elles 
„ panageac la Communauté, oà 



», pourtant elles n'apportent 
„ prefque rien que le bonheur de 
„ leur fexe , fie la faveur de nos 
„ Coutumes. EnHn â bien par- 
„ 1er y elles font les principales 
„ héritières de leurs Maris „. 

Veils 7itf. eeft le procet 

^*elle aime, ] Ce Portrait de la 
Femme Plaideufe , eft fait fur 
la Comtefle de Crijfé , dont on 
a parlé ci -devant fur le Vêts 
loç. de la Satire III, L'Antiqui- 
té a produit auffi des Monure» 
de cette efpèce : témoin la fa- 
meufe Afrania , Femme du Sé- 
nateur Licinius Succio laquelle , 
dit y'alere - Maxime , Liv. VIII. 
Ch. III. N. X. êtoit *• toujours 
,, prête à faire des Procès» & 
„ plaidoit tou tours elle-même 
„ fes Caufes devant le Préteur, 
„ non qu'elle manquât d'Avo- 
,, cats » mais parce qu'elle abon- 
„ doit en impudence. C'eft pour- 
,,quoi, fatiguant continuelle- 
„ ment les Tribunaux de cris, 
„ auxquels ils n'êtoient point 
„ accoutumes , elle devint un 
„ exemple très célèbre , de ce 
„ que c'eft que l'cfprit de chicà- 
„ ne dans les Femmes i enfons 
,. que depuis elle on appliqua , 
„ comme une efpèce de note 
„ d'infamie > le nom d'Afiania i 



s A T I R E X. 211 

£c fur Tart de former un nouvel embarras , 
Devant elle Roletmcttroit pavillon bas. 
Croy-moy , pour la fléchir trouve enfin quelque voyc l 
Ou je ne répons pas dans peu qu on ne te voye 
5 Sous le &ix des procez abbatu , concerné y 
Trifte , à pié , fans Laquais , maigre , fec , ruiné , 
Vingt fois dans ton malheur refolu de te pendre , 
£t , pour comble de maux , réduit à la reprendre. 



£MARqU£S. 



„ toutes les femmes , avec qui 
„ leur caraftère ne perraettoit 
„ pas de vivre tranquilc „. 

Vers dernier. Et , ponr com- 
ble de maux , réduit à la rcprendrej] 
L*Autenr s'annhiîùiflbit d'avoir 
fu finir par un traie de plaifante- 
ric » comme il avoit commencé' 

Il y a une Remarque impor- 
tante â faire fur le total de l'Ou- 
vrage. C'eA la finefle U la va- 



riété des Tranjttions, M. Def^ 
préaux regar doit Tart de les bied 
ménager i comme le Chef-d'œu- 
vre de l'Art d'écrire , & il avoir 
coutume de dire au fujét des C4- 
ratières de La Iruyère^ Livre, qu'il 
eftimoit d'ailleurs infiniment s 
que l'Ecrivain s'êtoU libéré des 
Tranfïtions , qui êtoient ce qu'il jf 
a'voit de plus diffcilt dans Us Oit^ 
ivages d*efyrif» 




Oij 



L 



A onzième Satire traite du Vrai & du Faut ITogi 
neur. Elle fut compofée à Vocçapon d'un Procès f' 



que le Commis a la recherche des Ufurpateurs du titre 
de Nohleffe , âvoit intenté à M. Gilles Boileaii, 
Païeur des rentes de l'Hôtel de Ville de Paris ^ eri 



exécution de la Déclaration du Roi du 4. de Sep* 
temhre 1696, M. TAbbé Boileau, Doreur de Sor- 
honney Chanoine de la Sainte-Chapelle , & M. Boi- 
leau Delpréaux fort Frère , intervinrent dans ce Pro^ 
ces , auquel ils avaient le même intérêt cme M. Gilles 
Boileau leur Coufin, Ils froduiprent des titres in" 
étontefiables , par lefyuels ils prouvèrent leur No" 
hleJJ'e depuis Jean Boileau , Secrétaire du Roi , ano^ 
hli avec Jtm fon Fils y en Vannée ijyi- & ils fu- 
rent maintenus en la qualité de Nobles & rf'Ecuiers 
far Arrêt du 10, d* Avril 1699. 

Ce Procès excita la mauvaife humeur de M. Déf* 
préaux , qui ne pouvoit fouffrir Vinjuflice ni les ve- 
9eations des Partifans. Il en voulait fur tout à ce 
Traitant fi fameux , Paul Poiffon de Bourvalais , qui 
étoit un des principaux Intérejfés à la recherche des 
faux Nobles : & ce fut prefque uniquement pour fe 
vanger de lui , que M. Defpréaux entreprit cette Sa- 
tire. // commença à la compofer au mois de Novem^ 
hre 169%, dans la chaleur aes pour fuites de ce PrO" 
ces 5 & il avait dejfein de peindre l* Auteur de cette 
injufie recherche avec de terribles couleurs. Mais 
quand il eut obtenu un Arrêt favorable , content dt 
Jà viBohre , il oublia fa vangeance ^ & crut même 
ne devoir pas relever la noblejfe de fan origine , après 
en avoir parlé fi modeftement en d'autres endroits de 
fit Ouvrages. Voies Epit. V. Vers 112. Epit. X. /^gyi 
^0. 




SATIRE XI. 

A M. DE VALIJSrCOUR, 

CONSEILLER DU ROI EN SES CONSEILS , 

Secrétaire Général de la Marine , & des Comman^ 
démens de Monfeigneur le Comte de Touloufe. 

Oui , l*Honneiir , Valincour, eft chéri dans le monde î 
Chacun pour Texalcer en paroles abonde ; 
A s'en voir revêtu chacun met fon bonheur 5 
Et tout cric ici-bas THonneur 1 vive l'Honneur ! 



Vers 1 . Ow , l*H(mnem' , Valin- 
<<w»r , 6f C. ] /. B. Henri Du TrouC. 
jfit de Valincour , Confcillcr du 
Roienfcs Confcils , Secrétaire 
Cénéral de la Marine , & des 
Commandemens de M. le Comtt 
4t TwlçHfe , 0(oit lié d'une étxoi- 



te amitié avec M. Dtfpréaux, Il 
étoit de l'Académie de laCrufca 
de Florence , & fut re(;u en 
169Q. à l'Académie Françoife à 
la place de M. Racine. Il mou- 
rut le if, Janyicr i730« £:?•?• 

On) 



i 



214 s A T I R E X r. 

5 Entendons difcourir fur les bancs des Galères , 
Ce Forçat abhorré , njefme de fes Confrères j 
Il plaint y par un Ârrefl injudçment donné , 
L'Honneur en fa perfonne à ramer condamné. 
En un mot , parcourons & la Mer & la Terre : 

I» Inrcrrogeons Marchands , Financiers , Gens de guerre, 
Courtifans , Magiftrats j chez Eux , (î je les croi , 
L'Interefl ne peut rien , THonneur (èul fait la loi , 

. Cependant , lors qu'au yeux leur portant la lanterne j 
J'examine au grand jour l'efprit qui les gouverne , 

ï 5 Je n'aperçois par tout que folle Ambition , 
Foibleife , Iniquité , Fourbe , Corruption ; 
Que ridicule Orgueil de foi-mefme idolâtre. 
Le Monde , à mon avis , eft comme un grand Théâtre | 
Ou chacun en public l'un par l'autre abufé , 

xo Souvent à ce qu'il eft joue un rôle oppofé. 

Tous les jours on y voit , orné d'un faux vifagc , 
Impudemment le Fou reprefenter le Sage , 
L'Ignorant s'ériger en Sçavant faftueux , 
Et le plus vil Faquin trancher du Vertueux. 

^5 Mais , quelque fol efpoir dont leur orgueil les berce : 
Bien-toft on les connoift , & la Vérité perce. 

Vers ç. "Entendons dircomir fur lui avoit fait juftice , il auroîc 

Us bancs des Galères , &c. ] Allu- été pcndu. Qjfon m*6te d'ici ce 

fion à une a£lion mémorable du co(jt*inM , dit le ^»c en lui don- 

Vhc d'Offone , Viccroi de Sicile nant la liberté ; »/ gdteroit tous 

& de Naples. Ce Seigneur étant ces honnêtes-gens. 

un ioiir à Naples , & vifîtant les Vers î 3. lots qu'aux yeux 

Galères du Port , eut la curiofî- ieur portant la lanterne, ] Allufion 

té d'intcrroçer les Forçats ; mais au mot de Diorene le Cyniqne , qui 

ils fe trouvèrent tous innocens , portoit une lanterne en plein 

à l'exception d'un feul , qui jour , & qui difoit qu'il chci- 

BVoUa de bonne foi > que fi on choit un homme. D £ s p. 



s A T I R E X 1, 215 

On a beau fe farder aux yeux de l'Univers , 

A la fin fur quelqu'un de nos vices couverts 

Le Public malin jette un œil inévitable 3 
o Et bien-toft la Cenfure , au regard formidable , 

S^ait , le crayon en main > marquer nos endroits faux , 

£t nous développer avec tous nos defaux. 

Du Menfonge toujours le Viray demeure maiftre. 

Pour paroiftre honncfte Homme en un mot il faut reftrcj 
5 Et jamais , quoiqu'il faffe > un Mortel ici-bas 

Ne peut aux yeux du Monde eftre ce qu'il n'efl: pas. 

En vain ce Mifanthropc , aux yeux trifles & fombres : 

Veut par un air riant en éclaircir les ombres : 

Le Ris fur (on vifage eft en mauvaife4iumeur ; "^ 
.0 L'agrément fiiit fes traits , fes careffes font peur 5 

Ses mots les plus flateurs paroiiTent des rudeffes , 

Et la Vanité brille en toutes fes baffeffes. 

Le Naturel toujours fort , & fçait fe montrer. 

Vainement on Tarrefte , on le force à rentrer , 

J? £ M^ A R il U E S. 

Chang. Vers 30. U Cen- dent de Lamoignon pria l'Auteuir 

fure , au regard formidable, ] Prc- de réciter la Satire à fon Efprit 

micrc manière ? La. Cenfure , à un grand Seigneur très-caufti- 

EpaptetUe admirable» Seconde que 9 qui , l'aianc écoutée d'uù 

manière ; j4t* regard admirable. air froid , lui dit trés-sèchement 

Vehs 57. En 'vain ce Mifan- Voilà de beaux y ers. Ccftcemê- 

thrope , &c. ] L'Auteur , en ré- me Seigneur que* TAuteur peint 

citant , difoit toujours : En -vain ici. Voïés le toUana. 

ee fauxCaion, IMIT. Vers 4?. Le Naturel 

Vehs 3 9. Le JÇïV fur fon lifage toujours fort , C^ fcait Je montrer. 3 

«yi en mauruaife humeur, ] Un jour HOUACE , Livre I. Epitre X. 

â Bâville , M. le Premier Préfi- Vers 14. 

Naturam expellas furcd ; tamen ufque recurret , 
Et mala perrumpetfurtim faflidia i/i^rix, 

lA Fontaine a paraphrafé cçs Vers, Uvtci.F^ble ig. 

Oiv 



ii(î SATIRE X h 

j^5 II romp tout ^ perce tout , & trouve enfin paflage. ^ 
Mais loin de mon projet je fens que je m'engagd. 
Revenons de ce pas à mon texte égaré. 
L'Honneur par tout , difois-je , eft du monde admiré, 
Mf is l^onneur en effet qull faut que Ton admire , 

'50 Quel eft-il , Valincour ? pourras-tu me le dire ! 
L'Ambitieux le met fouvent à tout brûler 5 : 
L* Avare à voir chez luy le Padôlc rouler j 
Un faux Brave à vanter fa proiicffe frivole ; 
Un vrai Fourbe à jamais ne garder fa parole j 

[S 5 Ce Poète à noircir d'infipides papiers : 

Ce Marquis à fçavoir frauder fe$ Créanciers 5 
Un Libertin à rompre & jeunes & Carêmes , 
Un Fou perdu d-honneur à braver THonneur mcfmc. 
L'un d'Eùx a-t'il raifon ? Qui pourroit le penfer ? 

^o Qu eft ce donc que l'Honneur que tout doit embrafTer l 
Eft-ce de voir , dis-moy , vanter noftre éloquence , 
D'exceller çn courage , en adreffe , en prudence , 
De voir à noftre a(pe6^ tout trembler fous les Cieux j 
De poffeder enfin mille dons précieux ? 

f 5 Mais avec tous ces dons de l'efprjt & de Tamc ^ 
Un Roy mefme fouvent peut n'eftrc qu'un infâme , 
Qu'un Herodç , un Tibère effroyable à nommer. 
Où donc eft cet Honneur qui fçul doit nous charmer l 

RjEMjiRq^UES. 

Vers çi. /* P^Srfi* , &c. ] tre Auteur difoit quelquefois 

rleuve de Lydie , oii l'on trouve en récitant ; Linière A barboniU 

deI*or ainfi que dans plufîeurs 1er dHnJîpides papiers, Brossette. 

autres FleuVes. D e s p. Cela n'êtoit pas exaftJ'Autcur 

Ch ANC. Vers ^^. Ce Poète à n'aïant point mis d'autres Noms 

pcircir (iUnJtpides papiers, "} Nô- propres djins i(bn éjDumération»' 



SATIRE XI. 1^7 

Quoi qu'en fcs beaux difcours Saint Evremond nous prpnç, 
^ Aujourd'huy j'en croirai Senequc avant Pétrone. 

Vt.%s €9. Quoi qu^en fe$ beaux Morale êtoit une Morale de 

difcours Saint B'vremonà , &c. ] Coiir , d'autant plus dangcrcufc 

S^E-vremond a fait une Diferta^ qu'il avoit l'art de la faire palfer 

tù>n^ dans laquelle il donne la par une ingénieufe délicateffe. 

préférence à Pétrone fur Seneque, Brossette. 

D E s p! m. Du Monteil dans une Note 

L'Auteur oppofe ici la Morale tritique fur cette Kjemarqne , qu'il 

'0»fîêre de Sénèque à la Morale li- trouve longue , reproche d'à- 



tentieufe de Pétrone , pour con- 
damner ui^ fentiment dcraifon- 
nable de SjEi/remond , qui, dans 
fon Jugement /wr SénèquejPlutarque 
& Pétrone^ débute ainfi : Je tom~ 
meneerai par Sénéque , &• 'votts du 
rai avec la dernière impudence , que 
f^eflime beaucoup plus fa Perfhnne 
quefes Ourvraf^es, J'efiime le Pré- 
cepteur de Néron , /'Amant d*A- 
Srippine , un ambitieux qui pré- 
tendait à l'Empire : du Philofo- 
phé C^ de /'Ecrivain » ie n'en fais 
^as grand cas. Au contraire, les 



bord à M. Broffette , d'avoir fup- 
primé la petite Note de l'Auteur. 
„ La préférence , dit-il enfuito , 
„ que M. de S. Eirremoni donne 
„ i Pétrone fur Sénèque , ne rc- 
„ garde pas le le trrai cîk le faux 
^i Honneur , qui eft le fujet de 
„ cette Satire ; ainfi M. Def- 
„ préaux eft forti de fon fujet » 
„ pour faire entrer ici M. de J*. 
„ E^vremond. Son Commentatewr 
,, ne l'a pas fenti & n'en a pas 
„ fçu la raifon „. Fauffe Criti- 
que, i®. C'eft mal connoîirele 



louanges,que S, Et/remond donne génie de la Satire , & n'être guè- 
aux fentimens délicats , au luxe re verfé dans la leôure des Poe- 
poli , & aux voluptés étudiées tes 9 qui fe font- adonnés à ce 
de Pétrone , qu'il appelle un des genre de Poème , que de s'ima- 
plus honnêtes hommes du monde . giner qu'on doive dans une Sa' 
font bien iuger qu'il a regarde tire traiter didaûiquemenr un 
ce fameux Epicurien comme fon fujet , fie que l'on en choinfTeua 
Héros en fait de Morale. Voïés pour autre chofe , que pour y 
fcs ^éfl, fur la DoHrine d'Epicure. ramener les diflRrens objets , fur 
Nôtre Auteur regardoit M. de Icfquels on a des traits fati tiques 
J, Eirt-ewM«<f comme un homme , à lancer, x**. M. Defpréaux ^ 
qui avoit toujours fait profeffion aïant à parler d'un point de 
d'une Philofophie profane fie Morale très- important , & de- 
voliiptueufe , dont les maximes vant s'attacher aux Principes les 
ne feroient autorifces qu'à peine plus exaSis , a pu dire fans for- 
dans la licence du Paganifme- Sa tir de fon fujet : 

iluoi qu*enfes beaux difcours Saint Euremond nous prène , 
j4ujourd'huy j'en croirai Seneque a-vant Petrêne ; 

S'il eft vrai que les Principes de de n'avoir pas fenti ce qui n'eft 

celui-ci font moins conformes à pas. Il eft inutile, après cela, 

/<«/4/neJlfor4/e que ceux de celui- de nous citer La Vie de M. dé 

4à. M. Srojfette n'a donc pa$ tort Saint E'vremond par M. Des^Maù 



2i8 s A T I R E X T. 

Dans le Monde il n*efl: rien de beau que TEquit^é 
Sans elle la Valeur , la Force y la Bonté y 
Et toutes les Vertus , dont s'éblouit la Terre , 
Ne font que faux brillans , & que morceaux de vdrrc» 
75 Un injufte Guerrier , terreur de l'Univers , 
Qui fans fujet courant chez cent Peuples divers , 



Sieanx y pour nous apprendre que 
le nom de M. de J*. Evremoni ne 
fc trouve ici que parce que dans 
la Difpuce de la Préférence des 
xAnciens c^ des Modernes , il avoir 
pris le parti des derniers. M. 
Des-MatTieaux , admirateur ou- 
tré des Ouvrages de fon Ami, 
s*accroche à ce qu'il peut pour 
détruire l'impreflion , que doit 
faire le Jugement que porte de la 
Murale de cet Ami, un Poëte.par- 
tifan fîncère de la véritable Ver- 
tu fie de la Morale la plus ftvcre. 
Ccft â ce titre que M. Defpréaux 
condamnoit les Maximes répan- 
dues dans les Ecrits d*un Écri- 
vain , dont il difoit , comme il 
c(l rapDorté dans le BoUana: 
•* Qu*eit-ce qu'un S, Etjremond , 
„ que les Sots ofent comparer â 
„ Mcntaj^ne ? Les écarts de l'un 
,, valent mieux que tout le con- 
9, certfic l'arrangement del'au- 
9y tre , qui n*eft qu'un charlatan 
„ de ruelles ; qui fe panade dans 
,} Tes tenues étudiés , fie Tes ma- 
,>ximes prétendues philofophi- 
„ ques. Paffons-lui ce qu'il a 
,, écrit fur la Guerre , dont il ne 
,) fe démêle pas mal. Mais pour 
9» le refte , c'cft un faux Ariflar- 
s, que qui veut juger de tout , 
j, comme Perrin Dandin , quoi- 
», qu'il prenne fouvent l'ombre 
Fortuna 'vitrea ejl , tum 
Vins 7f. 'Vu inÎHjlt Gittr^ 



„ pour le corps. Admirez pottfr 
„tant la folie d'un certain Pa- 
„ blic particulier , oui a long- 
„ tems été ébloui de fes déci- 
,f Hons. Pour moi, i'cftimc plus 
„ un fcul Chapitre à^AulugeUe , 
„ que tous les Mifcellanea de cet 
„ Auteur „. Au refte , S. Evre* 
Tnond ^ dans fes principes, & 
comme homme de Cour , pou- 
voit impunément appeller Ps* 
TRONE , 'Un d'S plus honnitet 
Hommes du Monde, Perfonne ne 
fe trompe à la valeur de ces Ex- 
prenons ; fie M. Du Monteil 
pouvoit làdedus s'épargner touc 
détail. 

• Profitons cependant de ce qu'il 
y a d'uniquement utile dans fa 
très -longue Note. C'eft mal prou- 
ver que M. de S, Eweptond rc- 
gardoit Pétrone comme fon Héros 
en fait de Morale que de nous ren* 
voïer aux Réflexions fur la DoStru 
ne d*Epicure , imprimées parmi 
les Ouvrages de S. Ewemond, 
Elles font de Sarrafi» ; fic fe trou- 
vent à la tête de fes Howvelles 
Oewvres , qui parurent à Paris 
en 1674. en x. VoL in-ix. 

I M I T. Vers 74. Ne font ^ 
faux brillans , df que morceaux de 
verre. ] On trouve cette Penfte 
dans les Fragmens de Sublius Sji' 



cùmfplendet^ frangitur, 
ricr , ôcc. ] Alexandre, 



DesP. 



219 



SATIRE X î. 

S*en va tout ravager jufqu aux rives du Gange , 
N eft qu'un plus grand Voleur que Du Tcrte & Saint Ange. 
Du premier des Cefàrs on vante les exploits 5 
o Mais dans quel Tribunal , jugé fuivant les loix , 
Euft-il pu difculper fon injufte manie ? 
Qu'on livre fon pareil en France à La Reynic , 



JS M ^ R q^ u E S, 



Vers 78. ITtU tfvfun plus grand 
VoUitr , &c. 3 Ce Vers & les trois 
précédens font allufîon â la ré- 
ponfe^qu'un Pirate fit â ^Itxan- 
dre, qui lui reprochoit fa con- 
dition , 7e yStfViw Pirate , dit- il , 
parce efue je n*ai tji^un 'vaijfeaié } 
fi fat/ois une armée nauale , ;** /*- 
roii un Conquérant. Apopht. des 
^Anciens, SeneQPE appelle ces 
fortes de Conquérans injuftes > 
magnes Ofuriofos latrones, S. AU- 
GUSTIN diiaudS : Çiuid enim/unt 
régna , remotd fuftùid , nifi magna 
iatrocinia i 

Ibid. Que du Terte (^ Saint 

j4nge, ] Deux fameux Voleurs de 
grand chemin. D e s p. 

J>u Ttrte ctoit un Joueur de 

i>rofe(non , qui étoit reçu Hans 
a plufpart des Malfons diftin- 
guees de Paris. Il Ht un vol au 
milieu du Cours de la Reine. 
On le prit , & il fut condamné à 
être rompu vif. Ce qui rendit 
fon fupplice remarquable , c*eft 
que fon corps demeura txpoÇk 
fur la roue pendant plus d'un 
mois â la porte du Cours. Saint 
uinge eut la même deftinée. Il 
êeoit , dit-on • Fils d'un Maître 
d* Armes t qui avoit eu l'hon- 
neur de montrer au Roi i & il 
avoit été Capitaine dans le Ré- 
giment de Languedoc des Trou- 
pes de Gajltn de France , Duc 



d^Orteans, Nôtre Auteur l'avok 
connu. 

Chang. Vers 8x. Qn*on Uvrt 
fontareil^ &CC,'\ Dans l'Edition 
polthumede 171 î. on lit : ^*»'fl» 
trouroe fon pareil. Ce qui vrai- 
femblablement eft une faute 
d'imprcliion ; n'étant pas k pré- 
fumer que M. De f préaux ait été 
capable de mettre une mauvai- 
fe Exprelfîon â la place d'une 
bonne. 

Ibid. • i la J(pnie, ] Célè- 
bre Lieutenant Général de Police à 
Paris. D £ s P. 

Gabriel - Kicolas de la I(jynie 
étoitnéà Limoges en ï6xs. Il 
fut pourvu de la Charge de Maî- 
tre des Requêtes en 1661, Six 
ans après , le Roi voulant éta- 
blir un bon ordre dans la ville 
de Paris , ôta la Police au Lieu, 
tenant Ci-vil , & créa une Charge 
de Lieutenant de Police , dont M. 
de la I(ejfnie fut pourvu le i. iour 
de l'année 1667. Ln 1680. le 
Roi récompenfa fcs fervices dai^s 
cette Charge d'un Brevet de 
Confeiller d'Etat ordinaire. Il 
mourut le 14. de Juin 1709. âgé 
de 84. ans. Il avoit été un des 
Commiflaires de la Chambre ar. 
dente , établie à l'Arfenal pour 
la recherche dts perfonnes ac- 
culées de Sortilège ou de Foi- 
fon. 



xiô s A T I R E X r. 

Dans trois jours nous verrons le Phénix des GuçrrUn 
L^ifler fur FéchafTaut fa tefte & Tes lauriers. 

t s Ceft d'un Roy que Ton tient cette maxime auguftc , 
Que jamais on neft grand qu'autant que Ton eft juftc» 
RafTemblez à la fois Mithridate & Sylta , 
Joigncz-y Tamcrlan , Genferic , Attila j 
Tous ces fiers Conquerans , Rois , Princes , Capitaines , 

$0 Sont moins grands à mes yeux que ce Bourgeois d'Athènes, 
Qui fceut , pour tous exploits , doux , modéré , frugal , 
Toujours vers la Juftice aller d'un pas égal. 
Oui la Juftice en nous eft la Vertu qui brille, 
U faut de fes couleurs qu'ici bas tout s'habille. 

95 Dans un Mortel chéri , tout injufte qu'il eft , 
Ceft quelque air d'équité qui feduit & qui plaift. 
A cet unique appas l'ame eft vraiment fenfible : 
Mefine aux yeux de l'Injufte un Injufte eft horrible | 



Vers S4 fa telle c^ fes „ tus ; pour autant , Hifoîc-iU 

Umiers, ] JuLis • Ce*sar ctoit ,, que la Prouefle ne vaut rien , 

chauve , & cachoit ce défaut au- ,, u elle n'eft conjointe avec 1» 

tant qu'il pouvoit. C*eft pour- „ Juftice , & que (\ tous les 

quoi , parmi les honneurs que ^, hommes eftoiçnt juftes, alors 

le Sénat & le Peuple lui déféré- „ o.n n*auroic que faire de la 

rcnt , il reçut & conferva plus „ Proilefle „. Et à ceux qui di- 

volontiers le privilège de porter loient : le Grand Roi le veut 

toujours une Courohne de lau- ainfî : ** Et en quoi , difoit-il , 

riers. Ceft à quoi ce Vers paroît ,, eft-il plus grand que moi , s'U 

feire allunon. „ n'cft plus jufte ,, ? Le mc- 

Veils 8f . Oéji é^un Kjoy , &c. ] me ^géjiUs étant preflï de tenir 

^gé/ilas^ Roi de Sparte. Desp. une promefle injufte : fi U chofe 

Selon PlHtarqne traduit par n*e!i pas jufle , dit-il , je ne l'ai 

^miot , ce Roi " a voit tousjouts pas promi/e, § Par le Grand I{oi pn 

,, accouftumé de dire en fes pri- entendoit le ^oi de Perfe, 

,,vez devis, que Juftice eftoit . Vers 90. :ce Bourgeois ^ A: 

a, la première de toutes les Ver- ihenes, ] Socraïc; Desp, 



SATIRE XI. 

ît tel , qui n'admet point la Probité chcx lui , 
o Souvent à la rigueur lexige chez autrui. 

Difbns plus : Il n eft point d*ame livrée au vice » 

Ou Ion ne trouve encor des traces de Jufticc. 

Chacun de TEquicé ne fait pas fbn flambeau. 

Tout n*ell pas Caumartin , Bignon y ni Dagueffeaa ] 
*5 Mais jufqu en ces Pais , où tout vit de pillage , 

Chez TArabe & le Scythe Elle eft de quelque ufagc j 

Et du butin acquis en violant les loiz , 

C eft Elle entre eux qui ^ût le partage & le choix* 



lll 



Vehs ÎO4. ToM n'tfl pas CaU' 
tnartin , Bignon » ni DagHeffèau, ] 
ÙRÉArN-LoUlS /* Fhrre de Cau- 
martin , Confciller d'Etat , In- 
tendant des Finances , mort 
fous-Doïen du Confcil , le 1. 
Septembre 1710. âgé de 67. ans. 

Jean-Paul Bignon^ Abbé de S. 
Quentin , Doïcn de l'Eglifc 
Collégiale de faint Gennain 
TÂuxerrois , l*un des Quarante 
d8 l'Académie Françoife , & 
Ancien Pré/îdenc des deux Aca- 
démies Roïales des Sciences & 
des Infcriptions , Bibliothécaire 
du Roi , & Doïcn des Confeil- 
lers d'Eut , mourut dans fa 
Maifon de l'inebelle fous Man- 
tes , Je 14. Mars 1743. dans fa 
iSi. année. 

Henri - Fr an fois Dagueffean , 
Avocat Général , enfui te Procu- 
reur Général au Parlement de 
Paris i faitChancellier de Fran- 
ce le 1. Février 1717. 

IMIT. Vers 108. C*ejl Elle 
entre eux ejui fait le partage ^ le 
choix, ] CicEROi» au Livre IL 
des 0§ces , Ch. II. Jujîitia tanta 
liit ejt ^ Ht »eç illi ^dem , qui ma» 



lefiâo C&' fcelere pafatntur , pej^n$ ' 
fine ulld particuld fufliti^t tn'vere, 
Nam qui eorum cuipiam , ejui uni 
iatrocinantur , furatur aliquid , ant 
eripit ; is fibi ne in latrocinio qui- 
dem relintjuit locum : ille autem qui 
Aichipirdta dicttur , nifi éequabili" 
ter pradam difpertiat ^ aut occide- 
tur à fociis , aut relinquetur, Quin- 
etiam leges latronum eje dicun» 
tur , quibus pareant , quàs obfev' 
vent , &c. 

S. Jean Chryrojlome fur le ch. 4. 
de VEpitre aux Éphefiens : LathO" 
NES, fi in diindendis rébus pr^f- 
fcripta Juflitiét non fervent , neque 
partiticnen* ex 4tquo faciant y tnde- 
bis & ipfos inter fe bellis ac préliis 
implicari, 

M4 Pafcal , dans fes Penpet di^ 
verfes , ch. j i . " C'eft une plai- 
,, fante cho(c â confîdérer , dic- 
„ il , de ce qu'il y a des gens 
9, dans le monde , qui aïant re- 
,> nonce à toutes les Loix de 
„Dieu & de la Nature , s'ea 
„ font, fait eux - mêmes » auf- 
„ quelles ils obémènt exaâc* 
,, ment : comme par exemple , 
„ les Voleurs , &c. „ 



lit $ A T I R E X I. 

Mais allons voir le Vrai jufqu en fa (burcc-mcmc. 

I lo Un Dcvot aux yeux creux & d'abftinence blême , 
S*il n a point le cœur jufle , efl: affreux devant Dieu. 
L'Evangile au Chrétien ne dit en aucun lieu , 
Sois dévot : Elle dit , Sois doux , fimplc , équitable. 
Car d'un Dévot fouvent au Chrétien véritable 

115 La diftance efl deux fois plus longue y à mon avis , 
Que du Pôle Antardicjue au Deftroit de Davis. 
Encor par ce Dévot ne croi pas que j'entende 
Tartuffe , ou Molinos y Se fa myftique Bande. 
J'entens un faux Chrétien mal inftruit , mal guidé > 

12.0 Et qui de TEvangile en vain perfuadé , 

Vers 113. Elle dit , &c. ] 



L'Auteur fait ici le mot E-van^U 
le , du genre fémiain , quoique 
ce mot foit ordinairement de 
l'autre genre. Il lui auroit êcé 
facile de changer cet endroit en 
mettant : Sois dh/ot : jl nous dit^ 
au lieu de Elle nom dit, Bnos- 

5ETTE. 

E-vangile^ comme Horloge & 
plusieurs autres mots , a long- 
tems çré des deux genres ; 6c 
même beaucoup de gens en par- 



lant , les font aujourd'hui fémi- 
nins , quoique TUfage général 
les faffe mafculins. M. Defpréaiut 
n'eft pas repréhenfible d'avoir 
ufc <l'une liberté » qui fubûftoit 
certainement encore dans le 
tems qu'il compofa cette Satire, 
Suppofé cependant qu'il eût cru 
devoir changer cet endroit, il 
n'auroit pas mis : Il nous dit, 
comité M. Broffette le propofc ; 
mai^ , // liti dit \ c'eft ce que U 



Alite de la phraîe demande- 
VE'vangile an Chrellien ne dit en aucun lieu , 
Sois dévot. Il lui dit , Sois doux , ÔCC. 
Avec// nous dit, il faudroit i troit fous le Pôle Arftîque^ prés 



Sotésdoux^ &c, 

On ne devine pas les raifons , 
qui y àinsV Edition de Paris 17^^. 
ont tait adopter lafaufTe correc- 
tion de M. Broffette, On y lir : 
Jl nous dit , au lieu de Elle dit. 
On doit aux Auteurs du premier 
ordre , de ne jamais altérer leur 



de la nouvelle Zemble. Des* 

p B. E' A u X. 

Le Détroit de Davis moUille 
la partie du Groenland , qui fiit 
découverte en m8ç. par Jean 
DaiAs , Anglois. 

Vers i i 8. Tartufe , ou Moli' 
nos i ^ fa myjlique Bande, ] Les 



Texte. Il eft utile d'avertir de Hypocrites ^dhCiQnés'pirTartt^e; 

leurs fautes. & le^ Ouiétides , défignés paf 

Vers i i 6, Çjfe du Pèle ^ntar. Miguel Molinos leur Chef. Voïés 

fiiqne auDejkoitdt Dauis.lDcC' Satire X, Vers 6ti. 



s A T I R E X r. »2j 

N'en a jamais conceu l'efpric ni la juftice ; 

Un Chrétien qui s'en fert pour difculper le vice 5 

Qui toujours prés des Grands , qu'il prend foin d'abufer , 

Sur leurs foibles honteux fçait les autorifer y 

5 Et croit pouvoir au Ciel , par fes folles maximes , 
Avec le Sacrement faire entrer tous les crimes. 
Des faux Dévots pour moi voilà le vrai Héros. 
Mais , pour borner enfin tout ce vague propos , 
Concluons qu'ici-bas le {èul Honneur folide y 

|o C'eft de prendre toujours la Vérité pour guide 5 
De regarder en tout la Raifon & la Loy j 
D'eftrc doux pour tout autre , & rigoureux pour fby : 
D'accomplir tout le bien que le Ciel nous infpire > 
Et d'eftrc jufte enfin : Ce mot feul veut tout dire. 

I j Je doute que le flot des vulgaires Humains 
A ce difcours pourtant donne aifément les mains y 
Et pour t'en dire ici la raifon hiftorique , 
Souf&e que je rhabille en îable allégorique. 
Sous le bon Roy Saturne , ami de la douceur , 

o L'Honneur , cher Valincour , & l'Equité fa Sœur > 
De leurs fages confèils éclairant tout le Monde , 
Regnoient chéris du Ciel dans une paix profonde. 
Tout vivoit en commun fous ce Couple adoré. 
Aucun n'avoit d'enclos , ni de champ feparé. 

Vers 134. Ce mot/enl i^enf IMIT. Vers 144. j4Heun n'at/ott 

tout dire, J Dans l'Edition »»-i i. d^enths , ni de champ feparé.'] Jy* 
faite en 1701. il y a ici: Ce fenl vénal dit dans fa Satire fîxié- 
«wj 'veHf t$m dire. C*cft une faute, me , Vers 1 7. 

> Cnm ftirem nemo timere$ 

Caulibm ont pomiê , O' aperto -viveref hort9. 



i24 s A T I R E X I. 

t45 La Vertu n eftoit point fujette à rOftracifmc ; 

Ni ne s'appelloit point alors un Janfenifme. 

L'Honneur beau par foi-mefmc , & fans vains orncmcns , 

N'étaloit point aux yeux lor ni les diamans , 

Et jamais ne fortant de (es devoirs auftercs j 
150 Maintenoit de (a Sœur les règles falutaires. 

Mais une fois au Ciel pair les Dieux appelle ^ 
. Il demeura long temps au Séjour étoile. 

Un Fourbe cependant affez haut de cor(age , 

Et qui lui reffembloit de gefte & de vifagc , 
t^^ Prend fon temps , & partout ce hardi Suborneur 

S'en va chez les Humains crier , qu'il eft l'Honneur : 



Vers 14^^. La Vertu n*e{loit 
point /Uiette A 1*0 flraci fine,'] Loi 
par laquelle les .athéniens avoient 
droit àc reléguer tel de leurs Ci- 
toiens qu'ils vouloienc D e s p. 

Ils faifoienc ordinairement 
ufage de cette Loi à l'égard des 
Perfonnes , dont la trop grande 
autorité êtôit lufpe^^e au Peu- 
ple , & faifoit craindre qu'elle 
ne décénérât en tirannic. Ce 
banninement , n'étant la puni- 
tion d'aucun crime , n'êtoit pas 
infamant. VOflraci/hie duroit or- 
dinairement dix ans> &c pen- 
dant ce tems le Banni jouifïbit 
de Tes biQ,ns. 

Vers 146, Ni ne s*apttelloit 
point alors un Janfenifine, ] On 
voit dans uûe Lettre écrite au 
S.oi par M. Godeau , Evcque de 
Vence , pendant les grands trou- 
bles du Janfenifine , que ce Pré- 
lat fe plaignoit à Sa Majefté , 
des maux , que le Janfenifme fai- 
fiic à TB^life , en ce que les £c- 



cléfîaftiques les plus fçavans k 
les çlus vertueux , étant expo- 
H&s a être foupçonnés de J^»/?- 
nifme , fe trouvoicnt par-lâ éloi- 
gnés des Emplois , où ils aU' 
roient fait beaucoup de fruir. 
Un Evêquc reprenant un Abbé 
de condition de ce que fa con- 
duite n'êtoit pas afles réglée» 
Qne 'voi*leK"voHs que l*on faffe , ré- 
pondit l'Abbé ? Si nous étions plut 
réglés , on nous prendroit pour des 
Jan(?nifles. Brossetté. 

Le foupçon de Janfenifme bierf 
ou mal fondé , a rendu parmi-i 
noui la Vertu fujette à une e(- 
pcce à'Oftracifme, Ed. P. 175^. 

Vers 147. L'Honneur beau 
par foimifme , &C, ] On voit fuc 
des Médailles Romaines , l 'HON- 
NEUR fous la figure d'un Jeune 
Homme , qui porte d'une main 
la Hafie , efpècc de Pique , attri- 
but de la Di-uinité ; & dans l'au- 
tre , la Corne d* Abondance. Ce 
qui prouve qu'alors , comme 
Qu'il 



s A T I R E X I. xxf 

QvLil arrive du Ciel , & que voulant lui-mefme , 
Seul poner déformais le faix du Diadème > 
De luy fcul il prétend qu'on reçoive la loy. 

i6o A ces difeours trompeurs le Monde ajoute foy. 
L'innocente Equité honteuTement bannie 
Trouve à peine undcfert ou fiiir l'ignominie. 
Aufli-toft fur un Trône éclatant de rubis > 
L'Impofteur monte orné de fuperbes habits* 

ï^5 La Hauteur , le Dédain , l'Audace l'environnent ^ 
Et le Luxe & l'Orgueil de leurs mains le couronnent. 
Tout fier il montre alors un front plus fourcilleux. 
Et le Mien & le Tien , deux Frères pointille-ÀX , 
Par fon ordre amenant les Procès & la Guerre , 

f 70 En tous lieux de ce pas vont panager la Terre ; 

En tous lieux y fous les noms de Bon Droit & de Tort ^ 
Vont chez Elle établir le feul droit du plus Fort* 
Le nouveau Roy triomphe , & fur ce droit inique 
Bâtit de vaines loix un Code fantaftique^ 

75 Avant tout aux Mortels prefcrit de fe vanger ; 
L'un l'autre au moindre affront les force à s'égorger, 
Et dans leur ame en vain de remords combattue ^ 
Trace en lettres de fang ces deux mots 5 Meurs , ou Tué^ 

aujourd'hui , Ton faifoîc entrer Meurs , ou Tufc*. ] Ils font tlréi 

V Abondance dans l'idée de VHon- du Cià i Aft. I. Se. V. Don Diè^ 

nettfy & <îue les Richeffes ont gue y dit à kodrigue fon Fils, 

toujours attiré le refped. pour l'animer â le vaugcr dix 

Vbrs 178. ces deux mots : Comte de Gormas, 

Va contre un arrogant iprowver ton courage. 
Ce nUdqne dans lejang qu^çn lavt un tel outragt* 
Meurs ^çHTHf\ 



iiC SATIRE XL 

Alors , ce fut alors , fous ce vrai Jupiter , 
i8o Qu'on vit naiftreici bas le noir Siècle de Fer. 
Le Frère au mefine inftant s'arma contre le Frère : 
Le Fils trempa fès mains dans le fàng de fbn Père : 
La foif de commander enfanta les Tyrans , 
Du Tanaïs au Nil porta les Conquerans : 
^85 L'Ambition pafla pour la Vertu fublime : 

Le Crime heureux fut jufte & ccfTa d'eflrc Crime. 
On ne vit plus que haine & que divifîon , 
Qu'envie , effroi , tumulte , horreur , confiifîon* 
Le véritable Honneur fur la voûte celefte 
1^0 Eft enfin averti de ce trouble funcftc. 

Il part fans différer , & defcendu des Cieux 
Va par tout fc montrer dans ks tcrreftrcs lieux : 
Mais il n'y fait plus voir qu'un vif;^e incommode* 
On y peut plus foufïrir fcs Vertus hors de mode , 
15 5 £t lui-même traité de Fourbe & d'Impofleur 
£fl contraint de ramper aux pies du Seduâeur. 
Enfin las d'efluyer outrage fur outrage , 
Il livre les Humains à leur trifte efclavage , 

IMIT. Vers 180. QH^on 'vit Fw. ] Ovide , JW/«4worffc. Lib. !• 
naifirt ici. bas le noir Siècle de Vers ii8. 

Prottntis irruph itetuefefâris in étimm 
Omne nefas : fitgère pHdçr , 'verumqtu ^ fidefque % 
J» tnéormn fubiêre locttm.frfiHdefefMe , daliqite , ^ 
Infidiétqae , c^ ifis , & amor fceleraitts babendi , &CC, 

~ Fratrum qitoquegratia tara e0» 

Filitu ante diem patrios inquint in annos, 

Veks 184. p» Tanaïs aie. Nil porte que Ie$ premiers Conqué- 

pcrta les Conquerans, ] Le Tanaïs rans fortirent de là Scythie , Ô^ 

eft un Fleuve du païs des Scy- chaCsè^t^nt yejtorii , ou Séfolîris» 

thcs. D f s P. - Roi d'Egypte , qui les vouloir 

Jnfiin » C Liv* II. Ch. 3* ; rap- fouiacnrc i fa domination. 



117 



SATIRE X t. 

^Vn va trouver fa Sasux > & dés ce même jour. 

00 Avec elle s envole au celefle Séjour. 
Depuis y toujours ici riche de leur ruine ^ 
Sur les triftes Mortels le faux Honneur domine , 
Gouverne tout , fait tout dans ce bas Univers , 
Et peut-eftre eft-ce lui qui m*a diûé ces vers. 

toj Mai^ en fiit-il TAuteur , je conclus de fa Table , 

Que ce n eft qu'en Dieu feul qu«ft l'Honneur véritable* 

iMiT. Vers 104. Et f eut- «lrecontrcrHflii»e»r :c*cft laVU 
tjlrt , &c. ] Régnier a fait une Sa. où il dit à la fîo } 

jMais , mon Dieu , que ce Traître efl d'une étrange forte \ 
Tandis qu'à le blâmer , la raijhn me tranjporte » 
Que de lui je médis » il nie flatte , & me dit > 
ilue te "jeux par ces y ers acquérir fon crédit» 
C'cft tout ce que M- Defprêaux a mier de ceux qui mettoient leur* 
Imité de cette Satire de Régnier, noms à des Traités , où ils con-* 
M. Pajcal a dit auifî dans £ti damnoient le défit des loiianges : 
Penfies ^ ch» 14» Ceux qui écri- Jpfi illi Philo fophi^ etiaminillis 
n/ent contre la gloire , 'veulent at/oir libelUs quos de contemnendâ gUrià 
la gloire d^a'voir bien écrit j C^ ceux fcribunt , ncmen fuum infiribunt^ 
qui le lifent , 'veulent a'voir la gloire in eo ipfo in quo pradieatiunem , m- 
de l" a'voir lu : c^ moi qni écris ceciy bilftatemque difpiciunt , pradicari 
j*ai peut-être, cette enwe y cSf pent- de/e, ac nominari Tjolnnt, CiCé pro 
être que ceux qui le liront , l* auront jirchia Poéta, Voïés les Tufcula* 
gtuff!, nés , L. I. & FaUre Maxime, U 

CiéERON s'cft moqué le pre* VlIIé Ci XiV.né ii . . 




Pi] 



■AVERTISSEMENT 

SUR 

LA XII. SATIRE. 

V^ U E L QU E heureux fuccés qu ayent 
eu mes Ouvrages , j'avoîs réfolu ( i ) depuis 
leur dernière Edition de ne plus rien donner 
au i^ubiic , & quoiqu'à mes heures perdues , 
( 3 ) il y a environ cinq ans , j'eufle encore 
fait contre l'Equivoque une Satire , que tous 
ceux à qui je Tay communiquée , ne jugeoient 
pas inférieure à mes autres écrits , bien loin 
de la publier , je la tenoîs foîgneufement ca- 
chée, & je ne croyois pas que, moy vivant y 

( I ) Cet .A-vertiffement eft in- 171 o. P Auteur faifant alors ufltf 

titulé par M. Broffette & par tous nouvelle Edition de fcs Ouvia- 

Ics Editeurs , qui l'ont fuivi : ges dans laquelle il vouloir in» 

Discours de t* Auteur , pour fer. llrct la Satire contre fEquvvoqite» 

'vir d* Apologie à U Satire fui-oante. Mais quelques-uns de fes enne- 

On a cru bien faire en lui don. mis obtinrent un ordre du Roi , 

liant un titre pareil à celui que pour empêcher que cette Pièce 

l'Auteur a donné lui - même â ne parût i ôc M. Defpréaux ne 

V A-vertiffement qui précède la . voulut plus que l'on continuât 

Satire X, l'Edition commencée. Un pareil 

( i ) Depuis teitr dernière Edl^ ordre fut autfi caufe que cette 

/io».] En 1701. J^hre ne fut point raifc dans l'E* 

(i ) Jty a environ cinq ans,'] dition pofthumc de I7»3» ^^ 

Cet A-vertifemcnt fut compolî CB Movteil. 



SUR LA XII. SATIRE. 129 
elle deuft jamais voir le jour. Aînfi doue auflî 
foigneux deformaîs de me faire oublier , que 
j*avoîs cfté autrefois curieux de faire parler de 
moi , je joiiiflbis , à mes infirmîtez prés , d'une 
allez grande tranquillité , lorfque tout d'un 
coup j'ay appris qu'on debitoit dans le monde 
JTous mon nom quantité de méchant écrits , 
( 4 ) & eutre autres une Pièce en Vers contre 
les Jefuites , également odieufe & înfîpide , oi\ 
l'on mefaifbit en mon propre nom dire à tou- 
te leur Société les injures les plus atroces & 
les plus groffieres, J*avôuë que cela m'a don-, 
né un très- grand chagrin. Car bien que tous 
les gens fenfez ayent connu fans .peine que la 
Pièce n'eftoit point de moy, & qu'il n'y ait eu 
que de très-petits efprits qui ayent prefumé 
que j'en pouvois eftre l'Auteur , la vérité eft 
pourtant que je n'ay pas regardé comme uni 
médiocre aflfrpiK , de me voir foupçonné, 
mefme par des Ridicules , d'avoir fait un ou^ 
vrage fi ridicule. 

J'ai donc cherché les moyens les plus pro- 

Eres pour me laver de cette infamie : & tout 
ien çonfideré , je n'ay poirkt trouvé de meil- 
Jeur expédient , que de faire imprimer ma Sa- 

(4,) Et entre autres une Pièce en très-mortifîé d'apprendre qu'on 
Fers, 1 L'Ouvrage , dont il s'agit l*eii crpïoit l'Auteur. Voici dans 
ici , êtoit une Epitre d'environ queh termes il en marqua fa 
ioixsLnxt Vers. M, J^effréaux fui penféc à un léfuite du Collège 

P iij 



xio AVERTISSEMENT 

tire contre TE QU I V O QU E -, parce qu*ett 
la lifant , les moins éclairez mefme de ces pe^ 
tics efprits ouvrîroient peut-eftre les yeux , & 
verroient manîfeftement le peu de rapport qu il 
y a de mon ftiie , mefme en Tâge où je fuis , 
au ftile bas & rampant de l'Auteur de ce pi- 
toyable écrit. Ajoutez à cela , que je pou vois 
mettre à la tefte de ma Satire , en la donnant 
au Public , un Avertiflement en manière de 
Préface , où je me juftifierois pleinement , & 
tirerois tout le monde d'erreur. C'eft ce que 
je fais aujourd'huy , & j'efpere que le peu que 
je viens de dire , produira Teffèt que je me 
fuis propofé. Il ne me refte donc plus main^ 
tenant qu'à parler de la Satire pour laquelle 
eft fait ce Difcours. » 

Je l'ai compofée par le caprice du monde le 
plus bizarre , & par une efpece de dépit & de 
colère poétique , s'il faut ainfî dire , qui me 
faifit à l'occafion de ce que je vais raconter. 
Je me promenois dans mon jardin à Auteuil , 
& revois en marchant à un Poème que je 
voulois faire contre les mauvais Critiques de 
noftre fiecle. J'en avois mefme déjà compofé 
quelques vers , dont j'eftois aflez content^ 

4e Louis le Grand. /« déclévte dt tftteiqtu Ctufire de Collège de 

qti*il ne s'efi iamais rien fait de MJni-verJhi i c^ que fi je l*m/fis 

plus matt-vais t nide plus fatement faite , /> me metirois m9i*mim 

ifi'imriem y^ çctfe grojjlfèrt bm^ Hw «M<^Mf dtf Cçr^f « de4 ftU 



SUR LA XII. SATIRE. 251 

Mais voulant continuer je m'aperceus qu'il y 
avoit dans ces vers une équivoque de langue ; 
& m'eftant fur le champ mis en devoir de la 
corriger , je ncn pus jamais venir à bout. Cela 
m'irrita de telle manière , qu'au lieu de m'ap^ 
pliquer davantage à reformer cette équivo- 
que , & de pourfuîvre mon Poëme contre les 
faux Critiques , la folle penfée me vint de fai- 
re contre l'Equivoque mefme , une Satire , qui 
puft me vanger de tous les chagrins qu'elle 
m'a caufèz depuis que je me mefle d'écrire. 
Je vis bien que je ne rencontrerois pas de mé- 
diocres difhcultez à mettre en vers un fujet fi 
fec. Et mefme il s'en préfenta d'abord une qui 
m'arrefta tout court. Ce fut de fçavoir duquel 
des deux genres , mafculin ou féminin , je fe- 
rois le mot d'Equivoque , beaucoup d'habiles 
Ecrivains, ainfi que le remarque Vaugclas , 
le faifant mafculin. Je me déterminai pour^ 
tant aflcz vifte au féminin , comme au plus 
ufité des deux. Et bien loin que cela empeC 
chat l'exécution de mon projet, je creus que ce 
ne. feroît pas une méchante plaifanterie de 
commencer ma Satire par cette difficulté mefl 
me. C'cft aînfi que je m'engageai danis la com- 
pofition de cet ouvrage. Je croyois d'abord 

htierx , <Sr des Cotins, lî ajôûcoit fervice covfidérahU tpte i/êus m'éUM^ 
iins une autre Lettre au même : rtndt» en contriôuant fi bten A i*?. 
Je ne perdrai jamêii U mémire diê tromper les hommes de l'herribU 4^ 

Piv 



ajz AVERTISSEMENT 
faire tout au plus cinquante ou foixante vers j 
mais enfuite les penfées me venant en foule , 
& les chofes que j'avois à reprocher à l'Equiw 
voque 5 fe multipliant à mes yeux , j'ai pouffé 
ces vers jufqu à prés de trois cens cinquante. 

C eft au Public maintenant à voir fî j'ay 
bien ou mal reiiflî. Je n'emploierai point ici , 
non plus que dans les Préfaces de mes autres 
écrits, mon adrelïè & ma rhétorique à le pré- 
venir en ma faveur. Tout ce que je lui puî$ 
dire , c'eft que j'ay travaillé cette pièce avec 
le mefme foin que toutes mes autres Poëfies. 
Une chofe pourtant dont il eft bon que les Je- 
fuites foient avertis , c'eft qu'en attaquant L'E- 
quivoque , je n'ay pas pris ce mot dans toute 
l'étroite rigueur de fa fignification grammati- 
cale ; le mot d'Equivoque , en ce lens-là, ne 
voulant dire qu'une ambiguïté de paroles, 
mais que je l'ai pris , comme le prend ordinai- 
rement le commun des hommes , pour toutes 
fortes d'ambîguîtez de fens , de penfées , d'ex- 
preffions , 8c enfin pour tous ces abus & tou- 
tes ces méprifes de l'efprit humain q\ii font 
qu'il prend fouvent une chofe pour une autre. 
Et c'eft dans ce fens que j'ay dit que l'Idola-» 
trie avoit pris naiflânce de l'Equivoque j k% 

front ifiêt Von me -vouloit faire , en fait. Ces Lettres font entre lei 
m^attribiMnt le tins plat , &- le plus mains de l*Auteu£ de ces i^^ri 
fit^nftrHciMf libelle ^ui ait famai{ été ^u fis.OS$£TT£« 



SUR LA XII. SATIRE, zj? 
liommes , à mon avi>, ne pouvant pas s'équi- 
voquer plus lourdement , que de prendre des 
pierres , de Tor & du cuivre , pour Dîeu, J'a- 
jouterai à cela , que la Providence divine , 
ainfî que je rétablis clairement dans ma Satire, 
n'ayant permis chez eux cec horrible aveugle- 
ment , qu'en punition de ce que leur premier 
Père avoit prêté l'oreille aux promefles du Dé- 
mon , j'ai pu conclure infailliblement que l'I- 
dolatrie eft un fruit , ou pour mieux dire , un 
véritable enfant de l'Equivoque. Je ne vol 
donc pas qu'on me puilTe faire fur cela aucune 
bonne critique j & fur tout ( 5 ) ma Satire 
eftant un pur jeu d'efprit , où il feroit ridicule 
d'exiger une précifion géométrique de penfées 
& de paroles. 

R E M j4 R (l U £ s. 



( ^ ) Ma Satire eflant un pur feu 
i^efprit, 1 Cette Satire fut com- 
pose en l'année 170^. T Auteur 
étant âgé de 69, ans. Il emploïa 
onze mois à la faire > & trois 
ans à la corriger. Pendant ce 
long intervalle , Tes amis l'enga- 

Soient fouvent à en réciter des 
[nbeaux ; & fur les rapports 
peu fidèles qu'ils en faifoient 
dans le monde , on s'imagina 
que fa principale vue êtoit d'of* 
fenfer les Jéfuites par cet Ouvra- 
ge. Mais outre qu'attaquer les 
Jéfuites , 8c attaquer VEqui'voque , 
font deux chofes très-difîëren- 
tes , la fameufe Opinion de CE- 
otn-voque étant enfeignée par 
beaucoup d'Auteurs qui ne font 
pas Jéfmes , &ç fe trouvait de^ 



Cafuiûes relâchés dans tous les 
Ordres , & même parmi les 
Doâeurs féculiers ; on peut dire 
que cette Satire n^attaque que les 
mauT^ais Cafuijles en général. 

VEqurvoaue fe prend ici , com- 
me M, De/préaux \e dit lui-mê; 
me > pour tous les abus & toutes les 
ntéprifes de VEfprit humain , qui 
nous font prendre fowvent une cbofe 
pour une autre. Mais les Cafmfles , 
fuivant le Père Daniel , appellent 
Equivoque , toute propo/ttion qui 

a plujieurs fens , C^* que Von fait en 
prh/otant que la per/onne qui nous 
écoute , la prendra dans un fens dif» 
firent de celui que nous y donnons 
dans nôtre e/prit. 

Cette Satire ne regarde donc 
nullement l'Equivoque^doux U s V 



i 



254 AVERTISSEMENT ^ 

Mais il y a une autre objeûion plus împor* 
tante & plus confiderable , qu'on me fera peut- 
eftre au lujetdes propofitîons de Morale relaf- 
chée j que j'attaque dans la dernière partie de 
mon ouvrage. Car ces propofitions ayant efté, 
à ce qu'on prétend , avancées par quantité de 
Théologiens , mefme célèbres , la moquerie 
que j'en fais , peut , dira-t'on , diffamer en 
quelque forte ces Théologiens , & caufer ainfi 
une efpece defcandale dans l'Eglife. A cela je 
répons premièrement , Qu'il n'y a aucune des 
propofitions que j'attaque , qui n*ait efté plus 
d'une fois condamnée par toute l'Eglife, & tout 
récemment encore par deux des plus grands Pa- 
pes qui aient depuis long-temps rempli le Saint 
Siège. Je dis en fécond lieu , qu'à l'exemple de 

REMjiRilUES. 

sic dans les F.coles. M. Defpréatut „rentiment,&tanto(l d*un autre: 

dit lui-mcme , que Ceft un pur /eit „ de forte que m'efUnt quelque* 

d'efprit. Ainfi c'efl une erreur „ fois couché Janfémifle cirant au 

de croire qu'il ait voulu dogma- „ Cahdpiftt , je fuis tout étonné 

tifer> foit dans cet Ouvrage, ,,queje me réveille Mo Unifiez^- 

foit dans fon Epitre de l'Amour „ prochant du PéUgien. Ainfi 

de Dieu, Il n*époufoic férieufe- „ fans condamner ni les uns ni 

ment nul parti à l'égard des ,, les autres , je m^ècrie avec S. 

matières , qui ne font point en- „ Paul : à AltUudo fatientu! 

core décidées. On en peut iu- „ Mais après avoir quelquefois 

gcr par ce qu'il m'en dit lui- „ en moi-mefme traduit ces pa- 

même dans une Le«re,qu*il m'é- ., rôles par : tjue Dieu ejl ftge ! 

crivit le fept de Décembre ,, J'ajoute auflî en mcfme temps : 

1703. & où il s'agit de la plus ,^0 ^ Us hommes font fous ! Je 

grande conteftation des Théolo- „ m'imagine que vous entende» 

giens de ce fîécle. "Pour ce qui „ bien pourquoi cette dernière 

„ regarde le Démêlé fur la Grâce , „ exclamation , & que vous n'y 

s, c'eft fur quoi je n'ay point ,, comprenez pas un petit nora- 

u Pi^is pacd, étant uncoil d'ua „ brc de Volumes. Bhossetcs* • 



SUR LA Xlt. SATIRE. 23; 

CCS célèbres Vicaires de Jesus-Christ , (6) je 
n'ai point nommé les Auteurs de ces propofi- 
tions , ni aucun de ,ces Théologiens dont on 
dit que je puis caufer la diffamation , & con- 
tre lefquels mefme j'avoue que je ne puis 
rien décider , puifque je n'ay point leu , ni ne 
fuis d'humeur à lire leurs écrits : ce qui fe* 
roit pourtant abfolument neceflàire pour pro- 
noncer fur les accufations que l'on forme con- 
tre eux , leurs accufateurs pouvant les avoir 
mal entendus , & s'eftre trompez dant l'intel- 
ligence des paflàges où ils prétendent que 
font ces erreurs , dont ils les accufent. Je 
foûtiens en troifieme lieu , qu'il eft contre la 
droite raifon de*penfèr que je puiflè exciter 
quelque fcandale dans l'Eglife , en traitant de 
ridicules des propofitions rejettées de toute 
l'Eglife , & plus dignes encore , par leur ab- 
furdité, d'eftre fiflées de tous les Fidèles , que 
refutées ferieufement, C'eft ce que je me 
croi obligé de dire pour me juftifier. Que 
fî après cela il fe trouve encore quelques Théo- 
logiens qui fe figurent qu'en décriant ces pro-» 

R E M ^ R q^v E S. 

( 6) Je n*ai point riommi les fUtc , fc fcrvîr du privilège que 
^uuat'S dt ces prûpofitioHs,} L'Au- la. Satire a de nommer les Au- 
teur , nViant pas voulu dans la teurs , qu'elle cenfure ; il fem- 
partie de Ton Ouvrage , où il at« ble que fon exemple & fcs inten- 
Uque les Opinions de quelouei tiom; oncdufetvir de règle à fou 
C^mfi<f çoudamnéçs par r£« Commentaient , quoiqu*eA difç 



2}5 AVERTISSEMENT 
pofitions , j'ay eu en veuë de les décrier eux- 
mefmes , je déclare que cette fauflè idée qu'ils 
ont de moy , ne fçauroit venir que des mau- 
vais artifices de l'Equivoque , qui, pour fe 
vangér des injures que je lui dis dans ma 
pièce s'efforce d'intereflèr dans fa caufè ces 
Théologiens , en me faifant penfer ce que je 
n'ay pas penfé ^ & dire ce que je n'ay point 
dit. 

Voilà , ce me femble , bien des paroles , 
& peut-eftre trop de paroles emploiées pour 
juftifier un auffi peu confiderable ouvrage 
qu eft la Satire qu'on va voir. Avant néan- 
moins que de finir , je ne crois pas me pou- 
voir difpenfer d'apprendre aux Lecteurs, qu'en 
attaquant comme je fais dans ma Satire , ces 
erreurs, je ne me fuis point fié à, mes feules 
lumières 5 mais qu'ainfi que je l'ay pratiqué , 
il y a environ dix ans , à l'égard de mon 
Epitre De V Amour de Dieu , j'ay non-feule- 
ment confulté fur mon ouvrage tout ce que 
je connois de plus habiles Dodeurs , mais que 
je l'ay donné à examiner au Prélat de l'E* 

M. T>» Mtmteil i qui a fait une aUntA , pour donner un fens 4 

Note fur la I{emarque pcéççdentc, ce qui n'en avoic point. Bien 

qui eft toute de M. Brouette , à loin donc de penfer comoie M, 

la rcfcrve de quelques mots , Vu Monteil , & d'accufer M. 

que j'ai cru devoir Changer dans Brojfette d'avoir ufc par tout de 

la dernière phrafe du premier dcfiuifcmcnt dans fes J^tmarqjéfâ 



SUR LA XII. SATIRE. 1^7 
glife qui , par reftenduë de fes connoîfTàn»- 
ces & par rémînence de fa dignité, eft le 
plus capable & le plus en droit de me pref- 
crire ce que je dois penfer fur. ces matiè- 
res. Je veux dire M. le Cardinal de Noaïlles, 
ïnon Archevefque. J'ajouterai , que ce pieux 
& fçavant Cardinal a eu trois femaines ma 
Satire entre les mains , & qu à mes înftan- 
tes prières , après l'avoir leuë & releue 
plus d'une fois , il me l'a enfin rendue , en 
me comblant d'éloges , & m'a afluré qu'il 
n'y avoit trouvé à redire qu'un feul mot , 
que j'ay corrigé fur le champ , & fur le- 
quel je lui ay donné une entière fatisfac- 
tion. Je me flate donc qu'avec une appro- 
bation fi authentique , fi feure , & fi glo- 
rieufe , je puis marcher la tefte levée , & 
dire hardiment des Critiques qu'on pourra 
faire déformais contre la doftrine de mon 
ouvrage , que ce ne fçauroient eftre que 
de vftînes fubtilitez d'un tas de miferables 
Sophiftes formez dans l'Ecole du Menfon- 
ge , & aufli affidez amis de l'Equivoque , 



fur la Xjf. J'4*»Ve,jejpenfeqiriI les noms des Théologiens , dont 

s'cft conduit très-fagccncnc î & Mr. Defpr eaux (ronde quelques 

je ne puis que condamner le loin propofitions , mais les proportions 

que fon Cenfeur a pris de nous elles-même , qu» fon: ici d'au- 

ctaler , dans environ use cren- tant plus inutiles , que le Pob'te 

laine de N^/v , aou feulemenc a pris foin de nous apprendre 



îjS AVERT. SUR LA XÎI. SATIRE, 
qu opiniâtres ennemis de Dieu , du bon Sens 
& de la Vérité. 

par le Vers )if. qu'il avoitpuid êcac de recourir aux roêmeî 
dans «les fources trésconnues , fources, au moraenc que l'envie 
& qu'il août a par li mis ea nous en prendroû. 



\M 





SATIRE XII.^ 



JL/ U langage François bizarre Hermaphrodite , 
De quel genre te faire , Equivoque maudite , 
Ou maudit ? car fans peine aux Kimeurs hazardeux 
L*ufage encor , je croi , laifle le choix des deux. 
5 Tu ne me répons rien 3 Sors d*ici , Fourbe infigne , 
Mafîe aufli dangereux que femelle maligne , 
Qui crois rendre innocens les difcours impofteurs ; 
Tourment des Ecrivains , jufte effroi des Ledeurs j 
Par qui de mots confus fans ceffe embaraffée 

Xo Ma plume , en écrivant, cherche en vain mapenféc. 
Laîffe-moi , va charmer de tes vains agrémens , 
Les yeux faux & gaftez de tes louches amans 5 
£t ne viens point ici de ton ombre groffiere 
Envelopper mon ftile ami de la lumière. 

i 5 Tu fçais bien que jamais chez toi , dans mes difcours J^ 
Je i> ai d'un faux brillant emprunté le fecours. 

* On a cru devoir retrancher le ticrc ; Su». l'EQUIYoQîJS. 



14© S A T I R E X I I. 

Fui donc. Mais non , demeure 3 un Démon , qui m'infpirç 

Veut qu çncorc une utile & dernière Satire , 

De ce pas en mon livre , exprimant tes noirceurs , 

xo Se vienne , en nombre pair , joindre à Tes Onze Soeurs , 
Et je fens que ta vçuë échaufFç nion audace. 
Viens , approche : Voyons , malgré l'âge & fa glace , 
Si ma MuTe aujourd'hui forçant de fa langueur , 

• Poura trouver encore un refte de.vigueur. 

%j Mais ou tend , dira-t-on , ce projet fantaftique ? 

Ne vaudroitril pas mieux dans mes vers, moins caufliquc, 
Répandre de tes jeux le fel divertiffant > 
Que d'aller contre toi fur ce ton menaçant 
Pouffer jufqu à l'excès ma critique boutade ? 

50 Je ferois mieux , j'entens, d'imiter Benferade, 

C eft par lui qu'autrefois , mife en ton plus beau jour , 
Tu fçûs , tron^pa.nt les yeux du Peuple Çc de la Cour , 

R £ M ^ X q U £ s. 

Vers 10. Se lAennf , tn nçmhrt & 1740. on a mis » le fel ri'jomfr 

pair , joindre à fes On^fi Smiêrs, ] fant j fans faire attention auï 

Cette expredi on efl heureufe , raifons, pour Icfquellesl' Auteur 

pour marquer le nombre de dou- avoir prefîré de mettre ici , di' 

ze. La plufpart de^ Amis de l'Au- 'vertiffant, 

leur lui avoient demandé une Vers %o. Je ferois mieux,.,, 

douziéiuê Satire 1 pour figurer dHiMter. ÎBen/erade, ] FuretierB 

avec fes douze Epîtres. En rcci. dans fon fécond Faâum contre 

tant ce Vers , il mettoit l'afwra- l'Académie Françoife , dit que 

rion au mot , owçe , ne l'uniUant " Benferade s'êtoit érigé en gar 

pas avec Vs qui cft â la fin du „ lant dans la vieille Cour , par 

mot précèdent. Bross. „ des Chanfonnettes , & des 

Vers 17. ](épandre de tes feux „ Vers de Ballet, oui lai avoient 

le^pd divertiffant. ] II difoit tan- », acquis quelque réputation pen» 

, tôt ie fel di-uertiffant , & tantôt le „ dant le régne du mauvais 

fel réjoiiiff'ant : il auroit même „ Goût , des Equi-voques ©• des 

préféré ce dernier , s'il ne l'avoir „ Pointes^qui fubfîfte encore chés 

pas emploie dans VEfitrf X, à „ lui,,. Furètière répète la mc- 

fes Vers. Bross. me raillerie dans fon troiûémc 

Dans les Editions de Paris 173 f, Fac^m. B&oss, 



SATIRE X I L i4i 

Leur faire , à la faveur de tes bluettes folles , 
Goufter comme bons mots tes quolibets frivoles. 

i 5 Mais ce n cft plus le temps. Le Public détrompé 
D'un pareil enjoumcnt ne fe fent plus frappé. 
Tes bons mots , autrefois délices des ruelles , 
Approuvez chez les Grands , applaudis chez les Belles i 
Hors de mode aujourd'hui chez nos plus grands badins % 

40 Sont des collets-montez & des vertugadins^ 
Le Ledeur ne fçait plus admirer dans Voiture 
De ton froid jeu de mots l'infîpide figure. 
C'eft à regret qu'on voit cet Auteur fi charmant i 
£t pour mille beaux traits vanté fi juftèment , 

45 Chez toi toujours cherchant quelque fineffe aiguë i 
Préfenter au Ledeur fa penfée ambiguë , 
Et fouvent du faux fens d'un proverbe afEèâé , 
Faire de fon difcours la piquante beauté. 

Maislaiffôns là le tort qu'à fes brillans ouvrages 

50 Pit le plat agrément de tes vains badinagcs. 

Parlons des maux fans fin que ton fens de travers , 
Source de toute erreur , fema dans l'Univers : 
£t pour les contempler jufques dani leur naiifance y 
Dés le temps nouveau-né , quand la Toute-Puiflancô 

/5 D'un mot forma le Ciel , l'Air ^ la Terre & les Flots , 
N'eft^ce pas toi , voyant le inonde à peine éclos , 

R £ M j4 R q tr £ s. 

^ Vins 40. Sont des colUts-iHon- de l'habillenKnt des Femtïies. 

teK €>• des vertugadins, ] Les Col- BiLOSS; 

iew - monteK , & les yertHgadins Chahg. Vers 49. Mais Ui^ons 

^toiem andenneiQent des pièces là le fort,&c.]Preniière manie» : 
Mais laijfons là le mal em'à de tels difcours jointe , 
Ttk fis en mUltfnimtffom^t^iut nom de Pointe. 



i 



Z4t S A T I R E X I I. 

Qui , par Téclat trompeur d'une flincfte pomme , 
£c tes mots ambigus , fis croire au premier homme , 
Qu'il alloit , en gouftant de ce morceau fatal , 

^o G>mblé de tout fçavoir , à Dieu fe rendre égal ? 
Il en fit fur le champ la folle expérience. 
Mais tout ce qu'il acquit de nouvelle fcience , 
Tut que trifte & honteux de voir fa nudité » 
Il fçut qu'il n'efloit plus , grâce à fa vanité , 

65 Qu'un chécif aniipal paiftri d'un peu de terre , 
A qui la faim , la foif, par^tout fàilbient la guerre , 
£t qui courant toujours de malheur en malheur , 
A la mon arrivoit enfin par la douleur. 
Ciii , de tes noirs complots & de u trifte r^ , 

70 Le genre humain perdu fut le premier ouvn^. 
£t bien que l'homme alors parut fi rabaiffé » 
Par toi contre le ciel un orgueil infenfé i 
Ancjtnt de fes neveux la gigantefque engpmce , 
Dieu réfolut enfin , terrible en fa vangeance , 

75 D'abifmer fous les eaux tous ces audacieux. 
Mais avant qu'il lacbaft les éçlufesdesGeaz , 
Par un fils de Np< fixement fauvéc , 
Tu lus , comme ferpent , dans l' Arche conimée ; 
Et 4'ahcird poarfuivaot te$ projets fttQ>cndus 

So chez le$ monel» rvfta9$ » cncor tout éperdus » 

. Vl^s 64,^^^gvaie à fa vami- VlM So. Cbn fc« mortels ref* 
ti, ] UAutcur convenoit qu'il uns , 9nt9r $<mt éptrdm, 3 Au lieu 
avoir lé un moi» i trouver ce de Mortels , il y zyoit Hemmes. 
domi V«n. BRO€i. = Après reflams , qui fait U Céfure, 

Remarque» cette cacophonie » l'Auteur , en recitant ce Vers , 
gra-fa-ji^fu^t PVMP»T«X^ fiûioit MA 1qA8 SCpos * pottK 



s A t ï R E 3^ I t. 14J 

De nouveau tu femas tes captieux menfonges , 
Et remplis leurs efprits de fables & de fonges. 
Tes Voiles ofiufquant leurs yeux de toutes pans , 
Dieu diKparut lui-meCne à leurs troubles regards. 

S s Alors tout ne fut plus que (hipide ignorance « 
Qu'impiété {ans borne en fbn extravagance. 
Puis décent dogmes £uix la Supeiftition 
Répandant l'idolâtre & folle illdîon , 
Sur la terre , en tout lieu difpofée à les fuivre , 

^o L'Art Ce tailla des Dieux d'or , d'argent & de cuivrd » 
£t l'Artifan lui-^mefme humblement proftemé \ 
Aux pieds du vain métal par fà main façonné » 
Lui demanda les biens , la fanté , la fàgefle : 
Le monde fut rempli de Dieux de tout efpece. 

9S On vit le Peuple fou ^ qui du Nil boit les eaux » 
Adorer les ferpens ^ les poi/Tons > les oilèaux , 
Aux chiens j aux chats , aux boucs , offrir des facrifices ^ 
Conjurer l'ail , Toignon ,4'eib:e à fes voeut propices > 
Et croire follement maidres de (es deftins 

too Ces Dieux nez du fumier porté dans fes jardins. 

bien faire Ccmk que rejlans ùt part des Copies , un lit : diut 

doit pas fe joindre avec ce qui chiens , aux chats , aux rats. C'cft 

fuit : eneor tout éperdus. Bms$, une faute «rolfiére , qui doit ètf 

Vers g ^ . j^loti iout ne fut plus , fi peu fur le compte de l'Auteur » 

&c.] C*e{lain(î qu*il faut lire, 6c que toutes les fois qu'il recitoic 

Aoo pas , Cène fut fins , comme Cette Satire . il apptiïolt extrè- 

on l*a mis dans toutes les copies mement fur le mot de Bouest^oat 

tant imprimées qne manufcrices. en faire Phitir la force & Teoer* 

Bnoss. gie. Dans la Satite riïî, il a 

Vers Sp. Sm la terre , en tout encore décrit Tidolâcrte srof«* 

Uewt &c. ] Il faut ain(î , & non fièrc des Egyptiens. Il difoit à 

pas en tous lieux, Bross. ce propos : J'ai dit deux /iw M 

Vers 97. ^ux chiens , aux mime chofe <»• ne me fuis point «r 

€hdts , aux boucs. ) Dans U pluf^ lié. 9^^sf- 

Qij 



( 



i44 S A T I R Ë X î T. 

Bien-tofl; te fignalant par mille faux miracles ^ 
Ce fut toi qui par tout fis parler les Oracles. 
Ceft par ton double fens , dans leurs difcours jette,* 
Qu'ils fçurent en mentant dire la vérité ; 

105 Et fans crainte rendant leurs réponfes Normandes , 
Des Peuples & des Rois engloutir les offrandes. 

Ainfî loin du vrai jour , par toi toujours conduit y 
L'homme ne fortit plus de (on épaiffe nuit. 
Pour mieux tromper fes yeux , ton adroit artifice 
' no Fit à chaque vertu prendre le nom d'un vice : 
£t par toi de fplendeur fauffement revêtu 
Chaque vice emprunta le nom d'une vertu. 
Par toi l'humilité devint une baffeflc 5 
La candeur fè nomma groffîereté ,' rudeffe. 

X 1 5 Au contraire , l'aveugle & folle ambition 
S'appella des grands cœurs la belle paffion : 
Du nom de fierté noble on orna l'impudence , 
£t la fourbe pafTa pour exquifè prudence : 
L'audace brilla feule aux yeux de l'Univers 5 

X 10 Et pour vraiment Héros , chc2 les hommes pervers y 
On ne reconnut plus qu'ufurpatcurs iniques , 
Que tyranniques Rois cenTez grands Politiques , 

R £ M ji R q V £ s. 

Vers 10^. Uwts réponfes Parlet 9h Normsnd, Voies Epttte 

JJormandes, ] Les Normands font JX, Vers xo. Bkoss. 

accu fés de peu de ^ncéricé ; &» Imit. Vers xio. Fit i chaqi»e 

HJpondre en Hatmand ^ cft une 'vertu prendre le nom d*iim vice,"^ 

exprelTIon, qui eft devenue pro- Gombaud avoir dit , en par- 

yerbiale , pour dire , que Von lant de la Cour , Livre I. Ep** 



répond d*Hne , manière équivoque, gramme ^ 3, 

' Lts Vertus paffent pour des y icei ^ 
Ut let rittspow de$ Vtruts^ BnOfS, 



s A T I R E X I ï. 145 

Qa'infamcs fcelcrats à la gloire afpirans ^ 

Et Valeurs revêtus^ du nom de Conquerans, 

S Mais à quoi s'attacha ta frayante malice } 
Ce fut fur-tout à faire ignorer la JTuftice. 
Dans les plus claires loix ton ambiguïté 
Répandant fpn adroite & fine obfcurité , 
Aux yeux embarraffex des Juges les plus (âges , 

o Tout fens devint douteux , tout mot eut deux vi&gcs ; 
Plus on crût pénétrer , moins oa fut éclairci ; 
Le texte fut fbuvent par la gloze obfcurci 5 
Et pour comble de maux , à tes raifons frivoles 
L'Eloquence preftant Tomement des paroles , 

► 5 Tous les jours accablé fous leur commun effort , 
Le vrai pafla pour faux , & le bon droit eut tort. 
Voilà comme déchu de fa grandeur première , 
Concluons , Thomnic enfin perdit toute lumière ^ 
Et par tes yeux trompeurs fe figurant tout voir , 

40 Ne vit , ne fçut plus rien , ne pût plus rien fçavoir , 
De la raifon pounant , par le vrai Dieu guidée > 
Il refta quelque trace çnçor dans la Judéç. 
Chez les hommes ailleurs fous ton joug gémiifans , 
Vainement on chercha la vertu , le droit fens : 

4 5 Car qu cft-ce loin de Dieu que Thumaine fageffe ? 
ftt Socrate , Thonneur de la profane Grèce , 

Chang. Vccs 15^. ToM Us fonfowrtéiHt ^Sccl Dans, la prc- 

. fêurs accablé , &c, 3 II avoit mis ; jmiere compofition , TAutcur 

Charité jour accahlex : & ce dcr- avoit mis : De VE^juité pourtant. 

nier mot fe rapportort air^r^» Maisîl changea ce mot; patcfc 

le au bon Droit , qui fonc dans qu-il s'agit ici de la Raifoii , 

4e Vers Aiivanc. Bross. & non pas de rÉquité. B&os- 

' ChAng. Vers 141, Zîe U w»- »ette, 

Tomel. Qiijj 



1^6 SATIRE X I L 

Qu cftoit-il en effet , de prés examiné , 

Qu'un mortel , par loi-merme au (èul mal entraîné j 

£t malgré la Term dont il faifoit parade , 

1 50 Tres-^uivoque ami du jeune Alcibiade ? 
Oui , j ofc hardiment l'affirmer contre toy , 
Dans le Monde idolâtre , affervi fous ta loi , 
Par rbumaine raifon de clarté dépourveuë , 
L'humble & Traie équité ftxt à peine ehtreveu^ ; 

155 £t par un Sage altier y au feul ïaft^ attaché , 
Le bien mcfme accompli fouvent Ait un péché. 



Chaw«. Vcrf 148. ^*im mot. 
tel y par lui-mefm* a» feul mal en. 
frainé, ] Au lieu de ce Vers l'Au- 
ctur avoic mis celui ci : Qu^un 
mertet^ comme un autre, au maCdé^ 
termmi. Et c'eft ce Vert . <|de 
M. le Cardinal de Neailles lui fie 
changrr. Baoss. 

Vers i^o- Tres-éijm-uotjue ami 
du ieune Alcibiade. ] Il eft clair , 
que M. Defpriaux fe borne ici 
au fimple foupçon ; & il faut 
convenir, que là vertu de Socrate 
s'a pas dté à couvert de la ca. 
lomnie. Les moeurs des Grecs 
êtoient (i corrompues en ce 
tems-Iâ . qu'ils ne purent voir 
l'amitié de Socrate pour xAUihia. 
de , fans y attacher un foup- 

3 on de crime. Mais Platou fou 
ifciple le juflitie pleinement 
dans quelques-uns de Tes Dialo- 



gues , fur tout dans celot qui 
eft intitule le Banquet . où ^Ui. 
biade lui-même p««iid les Dieux 
â témoin , que l'amour de J#- 
crate poif^ fui n'a Voit jamais rien 
eo de criminel. Bnoss, 

PuiTquc Platon a iuHifîi pleine' 
ment SocuATE » il s'«ufoit que 
M. Defpréaux a rendu crês-injuf- 
tement fa vertu rufpcâe fc dou- 
teufe : & c'cft ce que fon Com» 
m«iif4/fMr devoir renurquer. Da 

MOMTEIL. 

Voies le Bolaana , Nombre 
XXVI. Ce qu'on y dit met 
M. Brofette à couvert du repro- 
che injufte, que M. Du UouteH 
vient de lui faire» 

Chang. Vers içf.^ 1^6. E9 
far un Sage altier , &c. iCt Vers 
& le fuivant avoient été faits 
d'abord de cette manière : 



Et faiie a-vec mm eœmr au feul faite attaché , 
La bonne aciion même au fond fut un péché, 
l'Auteur les touriu enfuite de cette autre manière . 
Bt fait a-vec un céttr au feul fifle attaché , 
Le bien même , le bitn aitfondfiu un péché, BHOSS* 



.f 



SATIRE X I t 247 

Pour tirer rhomme enfin de ce dcfordrç extrême ^ 
Il falut qu*ici-bas Dieu , fait homme lui-même , 
Vlnft du (èin lumineux de l'étemel fëjour , 

k> De tes dogmes trompeurs diffiper le faux jour. 
A Tafpeâ: de ce Dieu les Démonë difpararent , 
Dans Delphes , dans Delos , tes oracles Ce turent : 
Tout marqua , tout fentit fa Tenue en ces lieux , 
L'eftropië marcha > l'aveugle ouvrit les yeux. 

*S Mais bien-toft contre luy ton audace rebelle , 
Chez la nation mefme àfon culte fidelle , 
De tous c(^ez arma tes nombreux feâateurs , 
Preftrcs , Pharifiens , Rois , Pontifes , Dodeur», 
Ccft par eux que l'on vit la Vérité fupréme 

70 De meoibnge & d'erreur accuse elle-même ; 



Vers 1^8. // raltut tj^lci-bAS ^ 
Dieu , fait homme Im • mèwit,\ Le 
deflein de l'Auteur cft de faire 
voir , qu'il n'y a de véricabfc 
vertu que dans la véritable Reli- 
gion ; 6c la principale preuve 
ou*il en dopae, dÙt l'exemple 
de Sccrafe , le plus face des Hu- 
mains , fuiran» le témoignage 
de l'Oracle. Car Socrate n'a pas 
lai (Te d être foupçonné âd cri- 
tnç t & ce foupçon a fait tort à 
fa vertu dans l'opinion des hom- 
mes, Nf. Derpréanx difoir à ce 
propos , qu'il ne pou voit trou- 
ver d^ns le Pagamfme- de pius^ 
gràùdc Viftime à immoler à Jb- 
aUS-CHMST • que S<rcrate^ Bïioss^ 
Vers 164. Vefltopié marcbx^ 
&C.T Lemotd'e/?ro/>«Veftun fer^ 
me générique» qui convient éga- 
Ibmenr à ceux qui n'ont pas l'u- 
lage de leurs brai » qu 4c Icots 



mains ; & à ceux qui font per« 
cUisdes jambes. On en fît ap* 
percevoir nôtre Pofc'te » fie il s'ef- 
força de corriger cit endroit. Il 
mit d'abord: LefoibU devint ftrti 
enfuite : Le miut difcourut ^ mais 
ces cbangemens qe Uaïaut pas 
contenté , il s'en tint à la pre* 
mière expreflton. Bnosi. 

Ileft clair ,jq»c cette négli- 
gence eft un cSkt de la vieille(!e 
de l'Auteur. Dans la force de 
fon âge > il eut certainement 
trouvé de quoi remplacer une 
cxpreffion, qu'il fentoit lui -mô- 
me être peti iufte. 

V EKS i6S, Prèfifes , Phart^ 
fient , iÇofj , Poyttifes , DoSUifS. J 
Il y avoit d'abord Scribes , au 
heu de Prêtres, On Ht remar- 
quer à M. Defpréaux , que Sert» 
bes & Docteurs n'êtoient quqi 
bi oiême chofe. Bross. 
Qiv 



i 



^4S S A T I R E X I L 

Au tribunal humain le Dieu du ciel traîné » 
£t Fauteur de la vie à mourir condamné. 
Ta fureur toutefois à ce coup fut deçûë , 
£t pour toi ton audace eut une trifte iffue. 

f 75 Dans la nuit du tombeau ce Dieu précipité 
Se rçleva foudain tout brillant de clarté 5 
£t par tout fa dodrine en peu dç temps portée 
lut du Gange , & du Nil , §c. du T^gc écoutée, 
Des fuperbes autels , à leur ^oire dredez-, 

1 80 Tes ridicules Dieux tombèrent renverfez. 

On vit en mille endroits leurs hontçufes ftatuê*^ 
Pour le pliis bas ufage utilement fondues , 
Et gémir vainement , Mars , Jupiter , Venus , ^ 
Urnes , Vafes , Trépiés , vils meubles devenus, 

|8j Sans fuccomber pourtant tu fbuflins cet orage 5 
£t fur ridolatrie enfin perdant courage , 
Pour embaraffer Thomme en des noeuds plus fubtils 
Tu courus chez Satan brouiller de nouveaux fils. 
Alors , pour féconder ta trifte phrenefie , 

150 Arriva de TEnfer ta fille THereiGc , 

Ce monftre , dés Tenfance à ton école inftruit , 
Pe <ccs leçons bien-toft te fit gouftçr le fruit. 

Vers tyS'FutdnGange^ dr du 'vil ttfage i & au fécond: vatnt 
Itl^O" du Toge écoutée, 2 Ces trois meubles drvenus i mais ce moi 
i^lei}ves foncres plus fameux des 'vainsnc formoic ici prefque au- 



K«V, O" du Toge écoutée, ] Ces trois meubles devenus 3 mais ce mot 
i^leùves foncres plus fameux des 'vainsnc formoic ici pref(|ue au-: 
trois Parties du Monde , l'ÂHe » cun feos. Pour remédier a ce dé^^ 



l'Afrique & l'Europe : car l'A- faut, i\ emprunta de l'autre Vers 

xnerique n'etoit pas encore con^- le mot dé inls^auquel'il fubilitua 

nuë alors. Bross. celui icb^s, Bross. 

' Chang. Vers 1 8i. & 1 84. Pour Vers 1 88. brouiller deneif^ 

/» plus bas u/d^e , &c. t^ils 'veaux fils. ] Expreffion provcr- 

meubles de^fevms.'\V huieuï XV oit biale , pour dire : C^m/ît rfe »«i»- 

inis au premier Vers; /'«wr/e^/fM 'vea»* troubles. Bross, 



s A T IR E X II, 1^9 

Par luy TErrcur , toujours finement apprêtée , 
Sortant pleine d'attraits de fa bouche cmpcftéc ; 

* 5 De fon mortel poifon tout courut s abbreuvçr , 
Et TEglife elle-mefme eut peine à s'en fauver, 
Elle-mefine deux fois prefque toute Arienne , 
Sentit chez foy trembler la vérité chrcfticnne y 
Lors qu attaquant le Verbe & fa Divinité , 

o D'une fyllabe impie un faint mot augmenté 
Remplit tous les efprits d'aigrçurs û. meurtrières , 
£t fit de fang chreftien couler tant de riviçrcs. 
Le Fidèle au milieu de ces troubles confus , 
Quelque temps égaré , ne fç reconnut plus ; 

r Et dans plus d'un aveugle & ténébreux Concile 
Le mcnfbnge parut vainqueur de l'Evangile. 



Chang. Vers ij^l aoo. loi. ptit tous les efprits J^ Aigreurs fi 
& lOi. Lsrs qu'attatjuant le Verbe meurtrières , Et fit de fang chrejiien 
fi- fa Di'vinité , D*une Jyllabe inu couler ttmt de riideres, ] Le fecoJld 
pie , u» faint mot augmenté , 2^ew- Vers êtoit de cette manière : 

D*une adroite fyllabe un faint mot augmenté. 
Mais l'Auteur avoii première- ment fait ainfî ces ^atre Vers» 
Lorfque chfTifesfujets i*un contre l'autre ifrwttÇ, 
Et fur un Dieu fait homme au combat animeK , 
Tu fis dans une guerre &■ fi trifle &• fi longm , 
Tènr tant de Chrejïiens , Martyrs d*une diphthongite. 
les Arîens nioient là Confub- rhonguc ajoutée au mot Ifiil" 
ftantialité du Verbe, fie rejet- 9m, auquel ils fubftituoiem le 
toient le mot «fii^rm qui figni- mot •letiivtffic. Cette Diphthon- 
^econfubflantiej. Us difoient que g„e ell la Diphihongue u , que 
Je Fils etoit O t^^iH-ifmenfii i„ Orthodoxes rejettoieot.parce 
ccii.à'dije.defubflancefemblable f^^'ils aimoient mieux fpufirir 
J ceUe du Père ; mais non .pas lemartire, que d'admettre cette 
ifu^cn% , oupluftot , ifA^u^m, addition . qui , toute légère 
c*eft-à-dire , de même JUbflance qu'elle eft > détruit nécefl'aire- 
^ue le Pcre. Ainfî rkéréfie des ment la Divittité du Verbe, . 



Arieas coafîftoit en une diph* Bkoss, 



t^o s A T IRE XI t 

Mais à quoi bon ici ée profend des Enfers y 
Nouvel Hiftorîea de cane de manx fouffcr es , 
Rappelier Arius , Valcatin & Pdf^, 
aïoEt tous CCS fiers Démons qttc toujours dSgccû ige, 
Dieu pour faire éclaircir à^ fond fes veritez , ; 
A permis qtt'auz Chréftiens FEnIcr air GtSckeif 
LaifTonsheurlertà-bos tous* ces damnez antiques ) 
Et bornons nos regards aux troid>ks fanatiques , 
'$. 1 5 Que ton lidrribk fiUé ici (çut émouvoir , 

Quand Lutker & Calvin remplis de ton (çavoir. 
Et foy difans choifis pour refermer l'E^ifè , 
Vinrent du ceHbat af&anciiir la Preftrifc 5 
Et des voeux- les plus faînts blafinam Taufterité » 
iio Aux Moines las du joug , ren^ la/ liberté. 
Alors , n'admettant plus d'autorité vifîble y 
Chacun fut de ta Fc^ cenft Juge in&illible , 
Et fans efbe aprouvé par le Clergé Romain , 
Tout Proteftant fiit Pape une Bible à la main* 
il 5 De cette erreur dans peu naquirent plus de Seâes 
Quen Automne on ne voit de bourdoaoaas; iofeâcs 
fondre fi» les raifins nouvdlement meiois ^ 
Ou qu'en toutes ùiïfbn$ fur les murs à Paris > 
On ne voit af&ohez de recueils d'^onourectes > 
•.50 De vers ^ de contes-bleus , de frivoles fornettes > 
Souvent peu recherchez du Public nonchalant » 
Mais vantez à coup (eut du Mercure Galant. 

VEllS xt8. fitr les murs àPa* wif. Si |c ro«toi6 /w ^5-*»*r^ J 

ris, ] Quelqu'un propofa â VAu- P^rh , dit-il . cc^ fignthcroii tt* 
tcur de mettre /m Us mm <U P*. mm4Utei d$ U ViiU. ^%9^ 



SATIRE Xi I, 151 

Ce nç fut plus par-tout que £oas Anabatiftes ; 
Qu'orgueilleux Puritains , qu exécrables Deïftcs , 

• 3 5 Le plus vil anifan eut fes dogmes à foy. 
£t chaque Chreftien fut de différente loy. 
La Difcordc , au milieu de ces Set^es altieres , 
En tous lieux ^cependant déploya fes bannières 5 
£t ta fille , au fecours des vains raifbnnemens 

40 Appellant le rav^c & les embrafcmens , 
Fit en plus d*un païs , aux villes défolées , 
Sous rherbeen vain chercher leurs Eglifcs bruflées, 
L*£urope fut un champ de mafTacre & d'horreur : 
Et rOrthodoxe roefmc , aveugle en fa foreur , 

^5 De tes dogmes trompeurs nourriflant fon idée > 
Oublia la douceur aux Chreôietis commandée ; 
Et crut , pour vanger Dieu de fes fiere ennemis > 
Tout ce que Dieu deltènd , légitime & peifmis. 
Au fignal tout à coup donné pour le carnage , 

-5" o Dans les villes , par-tout , théâtres de leur rage > 
Cent mille faux zélez , le fer en main courans ^ 
Allèrent attaquer leurs amis , leurs parens , 
Et , fans diftindion , dans tout fein hérétique , 
Pleins de joie ; enfoncer un poignard catholique» 

'55 Car quel lion , quel tigre , égale en cruauté 
Une injufte fureuf qu'armç la piété ? 

Vers 149. o^m figndl tnê$ à m'arme ta piété, ] On a qadqae- 

40Hp donné poi*r le carnage. ] Lc fois entendu réciter à l'Auteur s 

xnafTacre des Hu^enots fait en 'Vne rnjufie fnrewr timfe ereh piété, 

France en 1^71. le jour de faim Cette expreflîon êtoitpius har- 

Barthelemi. Bross. die, Bross. 

ViRf %s^, l/ne infufte Jwrettr hLDuMmêel i W fia d*illie 



Z51 S A T I R E X I l; 

Gcs foreurs , jofqa'ici du vain peuple admirées , 
Eftoient pourtant toujours de TEglife abhorrées ; 
Et dans ton grand crédit pour te bien conferver > 

%^o II falloit que le Ciel paruft les approuver. a 

Ce chef-d'œuvre devoit couronner ton adreflè. 
Pour y parvenir donc , ton adive fouplefle , 
Dans l'Ecole abufant tes groffiers Ecrivains , 
rit croire à leurs efprits ridiculement vains , 

t-^S Qu'un {èntiment impie y injufte , abominable , 
Par deux ou trois d'entr'eux réputé foûtenable , 
Prenoit chez eux un fceau de probabilité , 
Qui meCne contre Dieu lui donnoit feureté ; 
Et qu'un Chreftiçn pouvoir , rempli de confiance , 

a 70 MeGne en le condamnant , le fuivre en conTciencet 
C'eft fur ce beau principe , admis fi follement » 
Qu auûî-toft tu pofas l'énorme fondement 
De la plus dangereuTe de terrible Morale , 
Que Lucifer , afGs dans la Chaire infernale , 

t75 Vomiflant contre Dieu fes monftmeux fermons , 
Ait jamais enfeignée aux novices Démons. 

R£M^R(l. UJ£S» 

Kote , quî contient des réfle- mis , quoique Tautre rimât plus 

zions fort inutiles « dit que M. richement. Biloss. 

Dtfpréaux auroît dû nous don- Vers xi6. Ait iamais «/«- 

ner ce Vers tel qu'il le récitoit gnée, ] Dans TEdition de Genève 

quelquefois. 'Vne inhfle fitreur 1.717, & dans toutes les Copies, 

qui fe croit piété, La pen(ce en fc- qu'on en a faites en Hollan- 

roit bien plus jufte , mais le de ôc en France , excepté celle 

Vers en fcroit moins fort. Y de 1715. àParisch^s E/>r»»^«- 

perdroit-il î liot j il s'cft ici glittè une faute 

Vers 1^7. Cesfmiwrs, fitOjH'ici aflés fîngulicre. On a rais *»/«- 

dwt/ai» pei^le admirées,'] îlivoit r»^ , au lieu d'enfeignée , /ans 

eu deflcin de mettre adorées, faire attention que ce Participe 

mais il a préféra le mot qu'il a fc rapppttc à M<traU 4u V"< 



S'A T I R E X I t i^^ 

Soudain , au grand honneur de ITcolc Paycnne , 

On cntepdit prefcher dans i'Eglifc Chrcftiennc. 

Que fous le joug du vice un pécheur abbatu 
o Pouvoit , fans aimer Dieu ni mefinc la vertu ^ 

Par la feule frayeur au Sacrement unie , 

Admis au Ciel jouir de la gloire infinie ; 

£c que les Clefs en main y fur ce feul pafleport ^ 

Saint Pierre à tous venans devoir ouvrir d'abord. 
S Ainfi pour éviter Téternelle miferc , 

Le vrai zélé au Chrétien n'eftant plus neceflairc i 

Tu (çus , dirigeant bien en eux l'intention y 

ïkt tout crime laver la coupable aâion« 

Bien-toft fe parjurer cefla d'eftre un parjure. 
^L'argent à tout denier fe prcfta fans ufure. 

Sans fimpnie , on put contre un bien temporel 

Hardiment échanger un bien fpirituel. 

Du (bin d'aider le pauvre on difpenfa l'avare 5 

Et mcfine chez les Rois le fuperflu fut rare. 
► 5 C'çft alors qu'on trouva , pour fortir d'embarras , 

L'an de mentir tout haut en difant vrai tout bas. 

Ceft alors qu'on apprit qu'avec un peu d*adrefrc , 

Sans crime un Preftre peut vendre trois fois fa Meflc ; 

R £ M jt X q V £ s. 

a?;. &* que d'ailleurs avec en- lande & â celle de Paris 171^. 
ftigné le Vers 176. eft défeâueux . dans la manière de placer ces 

par l'hiatus, qui fe trouve â l'He- deu]( exprefGons. Dans l'Edicioa 

xniftiche. Cette faute n*a pas été de Genève , que celles de Paris de 

corrigée dani l'Edition de Paris 1 7 5 ç . & de 1 740. ont fuivie i oû 

ijx^, ni par conféquent dans litau Vers 177. TE'^'»/* payennet 

celle de 1740. qui n'en cft pref- ôc dans le Vers 178. VEeoU 

que que la Copie. Chreflienne, On ne fauroit croi- 

Vlil$t77. & 178. Eco/ePtfren- re que ce déplacement de ter- 

•e , EgUfe Chreflienne, ] On s'eft mes fî ridicule foit de M. Defm 

«onformé ici aux Éditions d*Hol- fréattx. 



154 S A T I R E X I 1/ 

Pourveu que laifTant là Cou falut à Técart , 
500 Lui-mcfme en la difant n'y prenne aucune part* 
Ceft alors que l'on fçut qu'on peut pour une pomme ^ 
Sans blefTer la jufticc , aflaflîncr un homme : 
Aflaffiner ! Ah non , je parle improprement j 
Mais que preft à la perdre , on peut innocemment ^ 
Joj Sur-tout ne la pouvant fauver d'une autre fone , 
MafTacrer le voleur , qui fuit & qui l'emporte. 
Enfin ce fut alors que fans fe corriger y 
Tout pécheur . . . Mais oii vais-je aujourd'hui m'engagcr î 
Veux-je d'un Pape illuftre armé contre tes crimes , 
5 1 o A tes yeux mettre ici toute la Bulle en rimes ^ 

Vers 309. Veux*je d'un Pape ,, yeux mefme des Jefuîtes , fàni 

illnflre , &c. ] Ceci reprdc les „ au'ils t'en puidènc le moins 

Propontions condamnées par le ,, du monde o^nfer. £t pouc 

Pape Innocent Xï, & Ce que je „ vous en donner par avance 

vais ajouter fera voir que l'Aureur >, une preuve; Je vous dirai, 

n'en veut point aux Jefuites en ,9 au'aprés y avoir attaqué ailés 

particulier.On n'en doutera point „ fortement les plus afiTrcufcs 

en voïant dans quels ternies „ propolîtions des mauvais Ca^ 

il m'écrivit le x. Août 1707. .. fuiftes ,& celles fur tout qui 

*'J*ai mis ma Satire contre l'Equi- „ font condamnées par le Pape 

» voque > adrefTée à l'Equivoque », Innocent XI ^ voici comme jd 

„ mefmejxn état de paroîcre aux „ me reprens. 

Enfin , cefint alçrs qine fans fe corriger , 

Tout pécheur Mais oh irais-fe OUjomd'hM m'engagetf 

yeux.-je ici , rajfemblant un corps de tes maximes , 

Donner Soto , BanneK » Diana mis en rimes \ 

Exprimer tes détours burlefeptement pieux , 

Pour difculper l'impur , le gourmand , feniAeux , 

Tes fubtils faux fuyans pour fauver la mollejfe , 

Le larcin , le duel , le luxe , la parejfe : 

En un mot faire 'voir à fond développe^ 

Tous ces Dogmes affreux d'^natheme frappeit » 

ilu*en chaire tous les jours combattant ton audace , 

Blafment plus haut que moi les i/rais enfans d'Ignace , icC. 

Voici une partie de ce que je lui répondis fur cet article • iii 



s A t I ïl È X î t 25; 

Exprimer tes décours burlefqu^nenc pieux , 
Pour difculper l'impur , le gourmand , Tenvieux ; 
Tes fîibtils faux-fuyans , pour Tauver la molkife , 
Le larcin » le duel , k iuxe , la pareflè : 

f £n un mot , faire voir à fond développez 
Tous ces dogmes affireux d'anatheme frappez , 
Que (ans peur débitant tes diftinâions folks , 
L'Erreur encor pourtant maintknt dans tes Ecoles l 
Mais fur ce (èul projet (budain puis-je ignorer 

> A quek nombreux combats il £iut me préparer ? 

,,ïn repayant fur vos derniers Vers , i'ai remarqué ceux - cî, 
Veux-je iti , rajfemblant un corps de tes maximes , 
Dtmter Sofo , BanneK^ Dtdna , nns en rimes j 
,, Permettes - moi de vous de- „ trême timidité que fe voui 
„ mander (î i*on peut dire : Don- „ propofe ce fcrupule i mais fup- 
,, ner mn Awteur mis en rimes % ou „ pofc qu'il ne vous paroifTe pas 
„ bien , par exemple , Je 'veux „ déraifonnabic , voïés , Mon- 
„ donner ici la Bible mift en ri, „ iîeuT , fi l'expreffion fuivance 
„ mes i Ce n'cft qu*avec une ex- „ conviendroit à votre peniee „. 

Veux-je donc , raffemblant un corps de tes maximes , 
Mettre ici Diana , Sot» , Bamntx. en rimes ? 

M» Defpréaux n*eut point d*é- changea les (îens » en mettaae 
gard à cet deux Vers ; mais il ceux-ci à la place. 

Veux^je d'un Pape illufire , armé contre tes crimes , 
A tes yeux mettre ici toute la Bulle en rimes f 

11 changea auffi dans le même tems les deux demien , 
Hu'en chaire tous les fours combattant ton audace , 
Blâment plus haut que moi les irrais enfans d* Ignace > 

en ceux ci , où il ne loiie point clairement qu*il ne t'adceflt 

les Jefuites , mais où il déûgne point â eux : 

Que tous les iours , rempli de tes 'yifons folles , 
plus d*un Moine à longjroc friche dans tes Eeoles i 

aaTqacls il Tubditua depuis les deux qui font ici » 
Élue fans peur débitant tes ditlinSiiens folles , 
V&rtem nttr têurumt nuùntienf da^t H* MtêUt, ^AOS^ 



z^6 S A T I R E X t ï. 

J'cntcns déjà d'ici tes DoÛcurs phrcnctiqucs 
Hautement me compter au rang des Hérétiques ; 
M'appeller fcelerat , traiftre , fourbe , impofteur j 
Froid plaidant , faux boufon , vrai calonmiateur ^ 

3 ^5 De Pafcal , de Wendrock , copifte miferabie , 
Et , pour tout dire enfin , Janfenifte exécrable. 
J'aurai beau condamner , en tous fens expliquez i 
Les cinq dogmes fameux par ta main fabriquez i 
Blafmer de tes Dodcurs là Morale rifible : 

J 50 Ceft , (elôn eut , prêcher un Calvinifme horrible j 
Ccft nier qu'ici-bas , par l'amour appelle , 
Dieu pour tous les humains voulut efbre immolé. 

Prévenons tout ce bruit , trop tard dans le naufrage i 
Confus on fe repent d'avoir bravé loragc. 

$35 Alte-là donc , ma Plume. Et toi , fors de ces lieux , 
Mônftre ^ à qui , par un trait des plus capricieux j 

R E M A R (l U E s. 

Vehs 518. Ltseinq dogmes fa- preuve évidente qn'il^croïojt Je 

meux par ta main fahriqueTi, ] On Jànféaifme une Hérélîc aum vc- 

*'cft imaginé en lifant ce Vers , ricable que l'Arianifme , & to^* 

que M. Defpréaux regardoie les tes les autres , puifqu'il en pa»* 

cinq Propofîcions de Janfénius dans les mêmes termes. Bb.oss« 

comme des Propositions cqui- Vï.k$ ixo. Oefl félon eux J"' 

voques , qui peuvent fe prendre cher un Cal-vinifme horrible.] Q.uc|* 

dans un bon , ou dans un mau- ques copies portent , iw J*»/«' 

vais fens. Mais il ell clair que . nifme : & c'cft ainfî que TAu- 

ce n'cft point là fa penf^e. Il tcur avoit mis d'abord. Bros* 

veut dire que ces cinq dogmes sette. 

fameux ont été fabriqués par Vers 351. Dieu pour tous Ut 

r£quivoque , comme il dit pliis humains 'voulut ejlre immolé,] n. 

haut , que rArianifme , le Lu- côté de ce Vers il y avoit écrit : 

théranifmc , & les autres Héré- Proportion de faint Paul. Elle cft 

iies viennent de l'Equivoque, dans la féconde Epître aux Co- 

Ainfî > bien loin que ce Vers rinthicns . chap. V. v. 14.W»*» 

rende fa Religion fufpeûe à l'é- pro omnibus mortuus efl, v. iç. p'* 

«ird du JaafeAtfine , c'eft une vmnUmsmonims ejl Cbriflus. Bross^ 

Aujourdliui 



s A T I R E X î ï. 

Aujourd'hui terminant ma courfe fatiriquc , 
J'ai preflé dans mes vers une ame allégorique* 
Fui , va chercher ailleurs tes patrons bien-aimez , 
140 Dans ces pais par toi rendus (i renommez , 

Où rOrne épand fes eaux , & que la Sarthe arrofc : 
Ou j fi plus (eurcment tu veux gagner ta caufe j 
Porte-la dans Trévoux , à ce beau tribunal , 
Oii de nouveaux Midas Un fenat monachal y 



tM 



KEHARilVESé 

Vers î4ô. Dans ces pats par toi .■ elle , foît en France , Coït ett 
rendus fi renommex.'\ Dans VEdi- Hollande, il fe trouve encore 
ùon de Genè-ve^ & dans toutes une faute fîngulièrc dans ce Vers, 
celles que l'on à faites d'aisrès qui s'y lie ainfi : 
Dans ce pats par toi rendus fi remmme:^. 
l(sndus Se ^enomine:(font au Plu- Paris de 175^. & de 1740. . 
r\el , Comme en eftêt ils y doi- Vehs 541. Où l'Orne épand fet 
vent être , puifque le dernier de eat^x , cS»- que la Sarthe arrofe. 1 
ces Mots rime avec bien-aime^ , VOme cft une Rivière de la 
qui eft au Pluriel dans le Vers baflc Normandie. La Sarthe èft 
précédent. Mais païs , qui eft le une Rivière du Mans. Les bas 
Subftantif , dont rendus &c renom- Normands font grands amis de 



Me?i font les Adjeéiifs , eft au 
fingulier. Il eft étonnant qu'une 
faute au(fî grolFière ait fub(îfté 
dans un G. grand nombre d'E- 
ditions , & qu'on ne l'ait pas 
inême corrigée dans celles de 

Près du Mans . , , païs de Sapience , 

Gens pefant l'air , fine fleur de Normand , &c. BroSS. 
VERS 545. Porte Ja dans Tre^ & d'autre. Nous en parlerons 



l'Equivoque : mais on dit ca 
Proverbe , qu'Mn Manceat* iMUtt 
un Normand &• demi, La FON- 
TAINE femble avoir enchéri 
fur cela dans fon Conte du -^e* 
mèdt , en difant : 



*voHx , &c. ] Perfonne n'ignore 
que ce qui aigrie M. Dejpréaux 
contre les JournaUJles de Tré- 
voux , ce fur un Extrait peu fa- 
vorable , qu'ils inférèrent dans 
leurs Mémoires du mois de 
Septembre 1705. à l'occafion 
de l'Edition de fes Ouvrages > 



ailleurs. Mais c'eft ici* l'endroit 
de rapporter ce qu'il m'écrivit X 
ce fujet le ii. de Mars 170^. 
Après m'avoir dit , que dans 
cette dernière Satire , il n'ca 
veut point aux Jéfuites en gé- 
néral. " La vérité eft , ajoûte- 
t'il , qu'à la fin de ma Satire 



qui avoit paru à Amfterdam ,, j'attaque direâement les /o»r- 

cn 1701. Ce démêlé fe termina „ nalifies de Tre-voux , qui depuis 

par quelques Epigtammes de parc „ nôtre accommodement, m'ont 
Tome L R 



25g s A T I R E X t t 

3 45 Tous les mois , appuie de ta fcrur l'Ignorance ^ 
Pour juger Apollon tient , dit-on , faféance. 

Kemar<ives. 



y, encore infultè dans trois ou 
9 , quatre endroits de leur Joimtal, 
„ Mais ce que je leur dis , ne re- 
„ garde ni les Propolitions ni la 
„ Religion j & d'ailleurs je pré- 
», tens , au lieu de leur nom , ne 
,, mettre dans l'impreflion que 
ff des étoiles , quoiqu'ils n'aient 
„ pas eu la même circonfpcc- 
„ cion à mon égard „. Bnoss. 



V Edition de Paris 1740. porte 
dans la J(emarqMe fur cet enoroit: 
" L'Auteur avoit publié en 1701. 
„ une Edition de Tes Ouvrages. 
„ Les Journalises de Trévoux 
„ en parlèrent au mois de Sep- 
„ tembre 170Î. d'une manière 
f, qui le piqua,,. Dans la ^e- 
tnartjHe fur VEpij^amme , qui 
commence par ce Vers : 



Uon , pour montrer que Dieu -veut être aimé de nous. 



la même Edition dit : " Les Jour- 
„ naliftes de Trévoux en ren- 
9, dant compte au mois de Sep- 
,« tembre 170^. d'une Edition , 
«, que les Hollandois avoient 
, faites deux ans auparavant 



pofé de la première eft faux* 
C'eft en effet de l'Edition , qui 
parut à Amderdam chés Henri 
Schette en 1701. en deux volu- 
mes in-tt, qu'il eft parlé dans 
le mois de Septembre 170^ du 



,, avec les Imitations au bas der Journal de Trévoux. Voïés la 
,» Pages , &c ,». Ces deux iÇe- I{emarque fur VEpigramme , qui 
marques fe contredifent , & l'ex- commence par ce Vers : 
Mes l(ruerends Pères en Dieu, 
Chavg, y ctsi^^^ToHS les mois L'Auteur avoit mis danslapre« 
appuie de ta fitur l*Jgnorance, ] micre compoûtion : 
Tous Us mois fous l'apui, &c. 




E P I s T R E s. 



Kï, 



SUR r EPIS T RE I. 2(^1 
ut enfin fatiguer , joint que la corredîon 
e j'y avois mife , fembloit me mettre à cou- 
rt d'une faute dont je faîfois voir que je 
appercevois le premier. Mais j'avoue qu'il 
i eu des perfonnes de bon fens qui ne l'ont 
s approuvée. J'ai néanmoins balancé long- 
nps fi je l'ofterois , parce qu'il y en avoit 
Lifieurs qui la loUoient avec autant d'excès 
le les autres la blafmoient. Mais enfin je me 
îs rendu à l'autorité d'un ( i ) Prince non 
oins confîdérable par les lumières de fon ef^ 
it , que par le nombre de fes vidoires. 
omme il m*a déclaré franchement que cette 
ible , quoique très-bien contée , ne lui fem- 
oît pas digne du refte de l'Ouvrage ; je n'ai 
)înt réfifté , j'ai mis ( j ) une nouvelle fin à ma 

Swe'veM-H > C*ejl ain/t eju' Horace dans fes 'vers 
SoH'vent délaffe yingit/îe en cent jliles di-vers j 
Ft félon qu'an haxardfon caprice l^ entraîne , 
Tantofl perce tes deux , tantofl rafe la plaine, 
J{evenons toutefois. Mais par où revenir ? 
GRA^'D Roi > je tn'apperfois qu'il efl temps de finir, 
C'elî affeK : ilfuf^t que ma plume fidèle 
T^aitfait 'voir en ces 'vers quelque effai de mQn KfU'. 
Fwvain je prétendrais contenter un LeSieuf , 
i?M( redoute fur tout le nom d'admirateur : 
Jtt Cout-cnt , pour rai fon , oppofe âlafcienCe 
L'inz/incible dégoufl d'une injufle ignorance : 
Prefl â jui^'er de tout , comme un jeune Marquis , 
Çui plein d'un grand fca-voir che\ tes Dames acqutl^ 
£>édaig fiant le Public , que luifeul il attaque 
Va pleurer au Tartufe , Cîr rire à t'jindromaque, 
{ 1 ) d'un Prince, ] Ce Prince à ma Pièce,"] Cette nouvelle fîn ; 
i le GratU Copdé, qui ne parut qu'en 1671. conv- 

(3) i*-** »»" **i*^ nom/elle fin mencc au Vers i < i . 
j^i »e fent pùini l'eff'et de tes fjtins génértux. 

R ilî 



1^1 A V E R T I s s E M E N T '^ 

Pièce , & je n'ai pas creu pour une vîngtaîae 
de vers devoir me brouiller avec le premier 
Capitaine de noftre fîecle. Au refte je fuis 
bien aife d'avertir le Ledeur , qu'il y a quan- 
tité de Pièces impertinentes qu'on s'efforce de 
faire jcourir fous mon nom , & entr'autres une 



On cft aflés libre dans des Rf- 
marques , & je PUIS bien fans au- 
tce raifon que d'ufer de la liberté 
de Commentateur , rendre ici 
compte de Toccafion & du fujec 
de la Pièce dont il s'agir. 

Après la Paix d'u4ix - la Cha^ 
pelle conclue au mois de Mai 
1 66S, les Gens de guerre , qui 
fe voïoient , pour ainfi dire, 
inutiles, travailloient à ranimer 
le goûc naturel du Roi pour les 
Conquêtes. M* de Lom/ois , Se- 
crétaire d'Etat de la Guerre , 
pe pouvoir pas manquer de fe 
prêter bien tôt à leurs vues. Si 
par Tes confeils il avoir engagé 
îbn Maître â faire la paix , ce 
n'avoir été que pour mortifier le 
Maréchal de Tnrenne , qui ga- 
gnant tous les jours de plus en 
plus dans refprit de Sa Majefté , 
commençoit à traiter les Mini- 
flres > & fur-tout M. de Lourvoisj 
;ivec une hauteur , qui leur fai- 
ibit appréhender qu'il ne fon- 
geât a fe rendre le maître des 
Aifaircs. M. Colbert feul détour- 
Doit le Roi de recommencer la 
Guerre , & lui remontroic que 
ce n'étoit que pendant la Paix 
qu'il pouvoir faire fleurir les 
Arts & les Sciences , & mainte- 
nir par le Commerce l'abondan- 
ce dans fon Roïaume. Ce fur 
pour féconder les vues de ce 
^ran4 Miniftrç , qyç M, ^^f- 



préattx en 1 669, compofa fa pr«- 
misère Epitre , dans laquelle , eq 
même tems qu'il loiic le Roi 
comme Héros paifible , il ofc 
avec une généreufe liberté faire 
la Satire des Conquérant , en éta- 
bliflànt , que la 'véritable rran- 
deur d^un J{pi ne confifle pas 1 ra- 
vager la terre , mais à rendre fes 
Sujets heureux , . : / f- l^tnt joUk 
de tous les ai/antJtg^s dt Li Paix, 

Ce fut par Madame Set Tbiat$^ 
ge , Sœur du ' ' de vi- 

'vonne & de M; . Montef- 

pan , que cette Epitre fut pré- 
fentée au Roi. Dans le tems 
qu'elle fut compofée» l'Auteur 
travailloit au Lutrin, Pour louer 
le Roi d'une manière nouvelle > 
il imagina YFpifode de la Mo- 
leflè , à la fin du fécond Chant 
de ce Poème, Cette ingénieufc 
fiâion eut un fuccès extrême- 
ment heureux. Le Roi , qui ne 
connoifToit l'Auteur que par fes 
Satires ordonna à M. Colbert de 
faire venir à la Cour le Poète 
qui le favoit fi bien loiier. Quel- 
ques jours après il fut présenté 
au Roi par M. de Vvvonne, Il ré- 
cit» à Sa Majefté une partie du 
Lutrin > qui n*avoit pas encore 
paru , & quelques autres Pièces» 
dont elle fut très-fatisfaite. A 
la fin , le Roi lui demanda , quel 
ctoit l'endroit de f'îs Po'éfies^ qu'il 
tipavoû le plu$ beau* Il ^r^ 



s U R L* E P I s T R E I. 16^ 

( 4 ) Satire contre les maltoftes ecclefiaftiqnes. 
Je ne crains pas que les habiles gens m'attri- 

Sa Maicfté de le dirpenfer de fai- moi de t/ous loUer, Je "vous donné 

re un pareil jugement : ajoûcanc une penfion de deux mille liinres : 

3u*un Auteur ctoic peu capable j'ordonnerai À Colbert de 'vous U 
c donner le juftc prix à fcs pro- pat'er d^arvance i O je i/ons accorde 
près Ouvrages i & que pour lui , le priifilége pour l'impreffion de tous 
i\ n'eilimoit pas afles les liens , 'vos Owvrages. Ce loni les pro- 
pour les mettre ain(î dans la ba- près paroles du Roi -, & l'on peut 
lance. K^importe , dit le Roi , /* croire que l'Auteur ne les avoic 
nfeux qme 'vous me difiis 'vàtrejenti- pas oubliées. Avant que le Roi 
ment, M, Dejpriaux obéit , en di- eût ainfi parlé , M. de Vi-vonne ; 
fant que l'endroit , dont il êtoit frappé de la beauté des Vers qu'il 
le plus content ,êcoit la Hn d'une venoit d'entendre , prit brufque- 
f}>itre qu'il a voit pris la liberté ment l'Auteur à la gorge .& lui 
d'adreiler à Sa Majefté ; 6c rcci* dit , par une faillie , que la prê- 
ta les quarante Vers qui termi fence du Roi ne put retenir : -»<fc.' 
nent i'Epitre !. Cette fin » que Traître^ 'vous ne m'a'vits pas dit ce" 
l'Auteur avoir refaite depuis peu , /«.Nôtre Poète revint de la Cour, 
8c que le Roi n'avoir pas encore comblé d'honneurs & de biens, 
vue, le toucha fenfiblement. Son Cependant il a dit plufieurs fois , 
émotion parut dans Tes ïcux , & que la première reflexion , que 
fur fon vifage. Il fc leva de fon ki infpira fa nouvelle fortune , 
Énuteiiil avec un air vif& lâtif- nit un fentiment de triftefle. Il 
fait. Cependant , comme il êtoit envifagcoit la perte de fa liberté* 
toujours maître de fes mouve- comme une fuite méviiablc des 
mens , yoilÀ qui ejl très-beau^ dit- bienUits , dont il venoit d'être 
il i cela eft admirable. Je 'vous honoré. 

loiieroisda'vantage^fi'vous ne m'a- (4) une Satire contre les maU 

'viés pas tant loUé. Le Public don- tofles ecclefiafliques. ] Cette Sati~ 

nera à 'vos Otrvraget les éloges ^qu*ils re commence par ces deuX Vç^$ 

méritent i mats ce n*efl pas a/fés pour afiés mauvais. 

iluel eji donc ce cahos , f^ quelle extra'vagance 
Jlgite maintenant fefprit de nôtre France f 

On attrîbttU cette Pièce au P. la querelle au fujet de la ^êdrê 
Louis Sanlecque , Chanoine Ré- de ^cine & de celle de Pradon 

gulier de S. Auguflin , de la en faveur du Duc <<e Nruen. Il Ht 

Congrégation de France , ou de â cette occafîon un Sonnet^xixxï lui 

fainte Geneviève » 8c Prieur de valut , de la part de ce Duc , la 



Garnai près de Dreux. Il étoit 
né à Paris en i^^i. & mourut le 
14. de Juillet 1714. âgé de éi. 
ans & fort rcgrété de fes Paroif- 
iîens , qui étoient plus maîtres 
du revenu de fa Cure que lui- 



iBÔine. l\ avoit pris parti dans Tes Bulles, 



nomination à l'Evcché de Beth* 
ihitn. Mais on fe fervit des J4- 
tires , qu'il avoit faites contre 
les faux Diredeurs & les Eve- 
ques , pour le mettre mal dans 
l'efprit du Roi , qui s'oppofa à 



RiY 



i(î4 AVERT. SUR L*EPIST, I. 

buent toutes ces Pièces ; parcç que mon Stile; 
bon ou mauvais , eft aifé à reconnoiftre. }4'^$ 
/comme le nombre des 5ots eft grand , & 
qu'ils pourroieni aîfément s'y méprendrez il 
eft bon de leur faire fçavoir , que hors les 
( 5 j onze pièces , qui font dans ce livre, il 
ny arien de moi entre les mains du Public , 
ni imprimé , ni en manufcrit, 

R£MyfRqU£S. 

( ^ ) Us onKe pièces, 1 Le Dîf- Vers , & ne compte pas fon 

tours a^ I(ot y les neuf premières Difcowrs fitr la Satire^ imprimé 

Satires &: VEpitre I. L'AiHeut-Bc avec Ics onzc Picces , qu'il ^i* 

Pâlie que de Tes Ouvrages en diquc* ' 



^'^.r^^ 





E P I S T RE I. 

A U R O Y. 

VJ R AND ROY , c'cft vainement qu abjurant la Satire j^ 
Pour Toy fcul déformais j'avois fait vœu d'écrire^ 
Dés que je prens la plume , Apollon éperdu 
Semble me dire : Arrefte , in(enfé , que fais-tu ? 
.Sçais-tu dans quels périls aujourd'huy tu t'engages ? 
j Cette mer ou tu cours eft célèbre en naufrages. 

Ri:mar<iues. 

Imit. Vers 5. Lés que je prttis giU'sL dit dans fon £clogue fîxié- 
ia plume, Apollon éperdu^Hc,'] Vit» me , Vers 3 , 

Cum canerem reges (S»* prélia , Çyntbms aurem 
Vellit , & admonuit. 

Ch ANC. Vers ^ . Sfaîs-tu dans les Editions qui ont précédé ceUo 
qi^ls périls , &c. ] Dans toutes de 1701. il y avoit : 

Ok 'vas-tu t*embarquer > regagne les ri'vMges, ^ 

L'Auteur avoit même mis dans la première composition « 



^gagne le ri'vage. 
Cote mer 9h tn ççwr^ eft çelebrt en uahftAges, 



^6G E P I S T R E T. 

Ce n eft pas qu'aifément , comme un autre à Ton chef 
Je ne pûfle attacher Alexandre & Cefw 



Mais Tes amis lui confeillèrent 
de nieccre au pluriel , célèbre en 
naufrages , & regagne les rvvages. 
Cependant , comme cette dcr- 
iiicre exprcÀGon n'eft pas tout- 
à-fait jufte , il l'a corrigée en 
changeant le vers entier. Biloss. 
Avec regagne le rivage , célèbre 
en naufrage au Singulier êtoic 
unci faute de Grammaire ; il fal- 
loit célèbre r» n4Myr4;e5 au plurielj 



mais avec eéUbte en mtufragts^ 
regagne les ri-vages faifoit une 
faute contre le bon fens , parce 

Î[ue , comme dit Desmaxits dans 
à Défenfe d$t Poème Hérùique , 
^* il fuffit à un VaifTeau , qui eft 
„ en danger» de gagner un port 
;, ou un rivage fans en gagner 
o pluHeurs ^^.Desmaréts fait plus; 
il montre , & très-bien , que cc& 
deux Vers : 



Où vas-tu t*em^arqtur ? regagne les rivages. 
Cène mer où tu cours ejï célèbre en naufrages. 



ne font dans la bouche d'Apol- 
lon ^ qu'un Difcours infenfê, Ou 
vas-tu t*embarc!uerf dit-il au Poè- 
te , Le Poète n'eft donc pas en- 
core embarqué. Regagne les riva- 
ges. On n'a point de rivage à re- 
gagner , tant qu'on cft a terre. 
Ce Poëre eft donc encore à terre, 
& le Dieu lui confeille de ne fc 
point embarquer : à quel pro- 
pos lui dit-il : Cette mer où tu 
cours ? Ces paroles peuvent- elles 
s'adrefler a qui a'eft point fur 
la mer > C'efl à quoi fe réduit 
cette Critique de Desmarèts , qui 
toute judicieufe qu'elle eft , eft 
Q. mal écrite , que j'ai cru devoir 



me contenter de n'en offrir que 
l'extrait , quoique M. Du Mon- 
teil en ait copié tout au long les 
paroles. 

Vers 7, Ce n^efl pas qu'aifê^ 
ment , &c. ] Au fujet de ce Vers 
& du fuivant , on lit dans le ^o- 
/rf4»4,Nomb. XCXVi. ** MDef. 
^^ préaux difoit afles volontiers 
„ dans la Converfation , c'eft un 
,, tel Ouvrage , un tel Auteur 
„ que j'ai eu en vue « en faifanr 
,, mes Vers ; cependant il ne 
„ nous a jamais dit qu'il eût eu 
„ deiTein d'attaquer Corneille dim 
„ fa première Epitre au I(pi , au- 
9, quel il dit : 



,, Ce n*efl pas tfu'ai/hnent , comme un autre , à Ton char 
„ Je ne pA/fe attacher Alexandre & Cefar. 



,, Corneille avoit pourtant donné 

„ belle prife an Satirique par cette 

,, raton trixfiale de louer le Roi > 

„ aue le môme Corneille emploïa 

,) aans un liemerciment , qu'il fît 

„ P.tr eux de l'Andromède il fçût ouvàr la Scène i 

,, Ony vit le Soleil inliruire Melpoméne , 

,, Et lui dire tjt^un jour Alexandre & Cefar 

9, SeroienP , comme vaincus , attachés à ton char^m 



,, à ce Prince en 166$, pour une 
„ penfîon,qu'iI en avoit obtenue, 
„ C'eft ainn que ce grand Poète 
„ s'exprime en parlant au Roi 
„ de fon Génie & de fcs Vers : 



E P I s T R E I. X6-J 

Qu'aif!$jnent je ne pûfle en quçlquç Ode iniîpide , 
3 T*exalter aux dépens & de Mars & d*Alcide : 
Te livrer le Bofphore^ & d'un Vers incivil 
Propofèr au Sultan de Te céder le Nil, 
Mais pour Te bien loiîer , une raifbn fevcre 
Me dit qu il faut fortir de la route vulgaire : 
Qu après avoir joiié tant d'Auteurs difFcrens , 
Phçbus mefme auroit peur , s'il ent;roit fur les rangs ; 

Ces Vers fe trouvant dans une jours mife en ceuvre par les plus 
Pièce fugiti-ve , pQuvoicnt fort méchans Poètes, 
bien être échappés à M, I>ef- CHAUG.Îbid, Ce n'efl pas (jn^aî- 
préoHx , quoique les deux qu'il a fément , &c. ] C'eft dans TEdi- 
mis dans Ton Epitre , paroifTent tion de 1701. que ce Vers & les 
parodiés en quelque façon de deux fuivans ont paru pour la 
ceux de Corneille, Il fe peut fort première fois tels qu'ils font ici. 
bien qu'il n'ait penfé qu'à faire Dans toutes les Editions , qui 
voir le ridicule , d'une louange ont précédé , le Poëte avoic 
triviale , qu'il voïoit tous les mis : 

Ce n'efl pas que ma main , comme une antre à ton char , 
Grand RoY,»e ptifl lier Alexandre (»• Cefar , 
Ne pttjl , fans fe peiner dans quelque Ode infipide , 
T^ exalter aux dépens , &C, 
L'Auteur a bien fenti qu'il y „ qui eft . . . admirable , dît-ii , 
avoir un défaut de jullefTe à dire „ c'ed qu'en fe mocquant de 
de la main qvfelle exalte quelqu'un „ l'ambition des Conquérans , il 
dans une Ode. Ceft ce qui a pro- ,» ( M. Defpréaux ) eft lui-même 
duit le changement qu'il fît »» fi ambitieux , qu'avec tant de 
dans l'Edition de 17Q1. ,, mcchans Vers , il prétend s'é- 

Vers i^.^»»*<«/'m a'voir foUé y ,, lever au defllis de tous les 
&c. 3 Desmaréts dans fa Défenfe ,, Poètes , lefquels il croit faire 
du Poème Héroïque DîaU 4. foit „ trembler. Même il dit qu'il fait 
par inattention , foit par mali- „ trembler Apollon le Dieu des 
ce, donne à ce Vers & au fui- ,» Pob'tes , en difant de lui-m^- 
yant un fens bien ridicule. ** Ce 9,me : 

,. QH*après a-voir joiié tant d*,AuteuTS differens , 
„ Phebus mefme auroit peur , i'il^entroitfur les rangs „, 
Il faut n'avoir pas la moindre bien rire de l'extravagance de 
idée de la ConflruHion Franfoife , cette Critique. M. Srofettezccu- 
pour donner un pareil fens à ces fe Desmaréts d'avoir afFcdé dç 
Jeux Vçrs ; & M, Vefpréanx d\x% donner un faux fens à ccuç ca- 



x6î E P I S T R E T. 

Que par des vers tout neufs , avouez du Parnaffc ,' 
Il faut de mes dégoufts juftifier l'audace ; 
Ec Cl ma Mufe enfin n'eft égale à mon Roi , 

io Que je prelle aux Cotins des armes contre moî. 
Eft-ce là cet Auteur , l'effroi de la PuccUe , 
Qui devoit des bons vers nous tracer le modèle , 
Ce Cenfeur , diront-ils , qui nous reformoit tous ? 
Quoi ? ce Critique affreux n'en fçait pas plus que nous? 

2-5 N'avons-nous pas cent fois , en faveur de la France , 
Comme lui, dans nos Vers, pris Memfhis & By séance ; 



droit , pour pouvoir açcufer 
l'Auteur d'orgueil & de pré- 
fomption ; 6c prétend au con- 
traire que le Pofe'te ne pou voit 
pas ** donner une dIus grande 
,, marque de modeftie , qu'en 
,, difant qu'i7 doit fortir de ta 
„ roAte "vulgaire pour bien loUer le 
yfKp^t & (\vit fi Apollon Ihi -même 
„ entrait fiir les ranji;s pour louer 
„ ce Prince , il ferait effraie d'une 



g»e Note , oi\ je n*aî VU d'utile 
que les Paroles de Desmarits , 
que j'ai copiées au commence- 
ment de cette I{emarque. D'ail- 
leurs il ne dit rien que de fort 
déraifonnable , à l'exception 
peut-être de la prolixe explica- 
tion qu'il fait des deux Vers en 
queftion. Ils font clairs; mais 
parce qu'ils ont arrêté les Criti- 
ques & les Commentateurs , les voi» 



„ n grande entreprife ,,. Il ajoû- ci réduits en profe , en y fiip- 
te que c*e(l là le "véritable fens de pléant feulement ce que l'EHiffe 



SL fait difparoître de la phrafe. 
Phébus même , après a-voir joHé a»- 
tant d'^Mteurs , que i*en ai joiiés, 
adroit peur s*il entrait fur les ranp. 
Et pourquoi Phébus auroit-il 
peur ? Le Poète en énonce très- 
clairement la raifon dans CCI 
quatre Vers, qui fui vent ; 



i\ Auteur, Il le rend mal i mais 
il l'a compris. En quoi il fc 
trompe , c'eft en prenant pour 
preuve de modefiie , ce qui n'an- 
nonce que la crainte , avec -la- 
quelle le Poëte entreprenoit de 
loiier le Roi. M. Du M onteil con- 
tredit ici^ M. Broffette , pour le 
feul plailïr de faire une très-lon- 

Hue par des Vers tout neufs , U'voUeSi du Parnaffe 
il faut de mes dégoufîs fuflifier l'audace j 
Et y fi ma Mufe enfin n'ejl égale à mon ^i , 
Siue je prefie aux Cotins des armes contre moi. 

Vers 1 1 . ^^^^l" effroi de la Pu- Satires, Voïés au fujct de C<l 
celle, ] PoEME de Chapelain^ dont Vers & des trois fuivans , l'B" 
41 e(\ p^rlé en divers endroits des ^iire II, Vers \ , 



EPIS T RE I. xc^ 

Sur les bords de rEuphrate abbatu le Turban , 
Et coupé , pour rimer , les Cèdres du Ltban ? 
De quel front aujourd'hui vient-il fur nos brifées , 
5 Se reveftir encor de nos phrafes ufces ? 

Qucrépondrois-je alors ? Honteux & rebuté 
J*aurois beau me complaire en ma propre beauté > 
Et de mes triftes vers admirateur unique , 
Plaindre en les relifknt l'ignorance publique. 
Quelque orgueil en fecret dont s'aveugle un Auteur , 
Il eft fâcheux , Grand Roi,defe voir fans Ledeur , 
Et d'aller du récit de ta gloire immortelle , 
Habiller chez Francœur le fucre & la canelle. 



VfeKS t8. ^t coupé , poHr rimer , ce Poète. 

les Cèdres du Liban. ] Dans ce Théophile , qui n'aimoit point 

Vêtis ôc les deux précédens. TAii- Malherbe , lui avoir , avant M. 

tcur le mocque des mauvais Inii- Dejpriaux , reproché Ton goût 

tateurs de Malherbe^c\\.\\ciQio\tnt pour ces Rimes extraordinaires , 

ravoir bien imité , quand ils qui font afl'és fouvent le recours 

avoient emploie ces fortes de des Efpiits froids ôc fterilcs , tel 

Rimes » qui fe trouvent en plu- qu'êtoit Malherbe, Voici ce que 

ficurs endroits àçs Ouvrages de dit Théophile. 

Us trA'vaiilent un mois à chercher comme à Fis 
I>curra s'apparier Lx rime t/eMemphis i 

Ce Liban , ce Turban , <^ ces rivières mornes , 
Ontfotwent de la peine à retrouver leurs bornes, 

VEViS.^SMabiller che:^ Francaur la franchife avec laquclle'cet Of- 

ie fucre f^ la C4»e//e.] Fameux Epi- cier le fervoit , qu'il dit un jour, 

cier. De s P. Julienne èlî un franc c<B»r, Ce fur- 

Claude Julienne , dit Francœur , nom demeura à Julienne , &: fcs 

demeuroit dans la Rue faint Ho- Defcendans en ont hérité. M. 

noté, devant la Croix du Tra- L>efprèau:ic\gTioïo'\x. cette patticu- 

hoir , àrcnfeigneduFrrfwccœMr. larité. C'eft à propos de ce fait 

L'Auteur emploie le nom de cet & de quelques autres fembla- 

£picier , parce qu'il fourniflbic blés, qu'il me dit un jour : A 

la Maifon du Roi , dont il ctoit l'air dout 'vous y alUx. , 'vcusfcaurex 

connu. L'un de fcs Ancêtres mieux 'votre Boilcau que moi-même, 

étant Fruitier d'Henri II J, ce Roi fiKdss. 

lue li couunc de Ta^e^on & de Uiix. Ibid. Habiller, ..../• 



170 È P i S t R E f . 

Ainfi , craignant toujours un funefte accident i 
40 J'imite de Conrart le filence prudent : 

Je laifTe au plus hardis l'honneur de la carrière ^ 
Et regarde le champ , aflis fur la barrière. 

Malgré moi toutefois , un mouvement fecret 
Vient flatter mon efprit qui fe tait à regret. 



1 



R E M A R q^ U JE s. 



fuerter lacanelle,'] Jaint-Geniez 

3u'on adéja cité fur le Vers i6i. 
e la Satire IX, & de qui l'on a 
oublié de dire , qu'il ctoit né 
à Avignon le ix. Septembre 



160^. & qu'il mourut à Orange, 
dont il êtoic Chanoine, Icxfi 
Juin i66x. âgé de près de n* 
ans , dit dans fon îàjUe IIU in» 
tituléc Enterre, 



Et piper ant halec und 'veflire papjro. 

Vers 40. J'imite de Conrart le de Lettres. On le confultolc 

filence prudent. ] Fameux Acadé- même fur les Ouvrages d'Efprit , 

micien , qui n'a jamais écrit. & il pafloic pour un Critique 

D E s p. fur. Il mourut âgé de 71. ans le 

Valentin Conrart^ étoit né à 21, Septembre 167c. Il avoic 

Pariseu 1^03. & fut nommé ^;«- compofé àci Satires ôc d'autres 

Untin , ^parcé que fon Père & Ouvrages , qui n'ont pas vu le 



fes Ancêtres étant de Valencien- 
necn Flandres , fes parens vou- 
lurent conferver le fouvenir du 
lieu de leur origine. Il êtoit Se- 
crétaire du Roi * & c'eft chés lui 
que commencèrent les Afl'em- 



blées , qui donnèrent naiflance très-agréablement tournées. 



jour. On a depuis fa mort pu* 
blic un Volume de fes Lettres j 
& Ton trouve , dans les J^ecneils 
de Poéfies dc fon tems « quel- 
ques petites Pièces de Vers de fa 
façon , dont quelques-unes font 



Chang. Ibid. Dans toutes les 
Editions , que l'on Ht de cette 
Epître , tant que M. Conrart fut 
vivant , M. Defpréaux eut foin 
de mettre : 



à V Académie FrançoifeAoïit il fut 
le premier Secrétaire. Il ne fa- 
voit pas le Latin, & ne laifToit 
pas cTavoir acquis toutes les con- 
noifl'ances , qui font l'Homme 

J'obfervefwr Ton nom un filence prudent. 

Ce ne fut qu'après la mort de contient une loiiange cquîvo- 
Conrart i qu'il ht imprimer ce que, & femble faire alluhoni 
Vers , tel qu'il i'avoit fait. Il ce Couplet Satirique dc Linière ; 

Conrart comment as-ttt pu faire 

Tour acquérir tant de renom ? 

Toi , ont n'as , pampre Secrétaire , 

Jamats imprimé que ton nom. 



E P ï s T R Ë î. i7t 

%.^ Quoi ? dis-je , tout chagrin , dans ma verve infertile , 
Des vertus de mon Roi fpedateur inutile , 
ïaudra-t-il fur fa gloire attendre à m!exercer , 
Que ma t^remblante voix commence à Cç glacer ? 
Dans un fl beau projet , fi ma Mufe rebelle 

jo N ofe le fuivre aux champs de Tlfle , & de Bruxelle j 
Sans le chercher aux bords de l'Efcaut , & du Rhein , 
La Paix loffre à mes yeux plus calme & plus ferein. 
Oui jGrandRoi, laiffons là les fieges , les batailles. 
Qu'un autre aille en rimant renverfer des murailles^ 

55 JEt fouvent (ur Tes pas marchant fans Ton aveu , 
S'aille couvrir de fang , de pouffiere & de feu. 
A quoy bon d'une Mufe au carnage animée , 
Echauffer Ta valeur déjà trop allumée ? 
Jouïflbns à loifir du fruit de Tes bien-faits , 

€o Et ne nous laffons point des douceurs de la Paix« 
Pourquoi ces Elephans , ces armes , ce bagage , 
Et ces vaifleaux tout prefts à quitter le rivage î 
Difoit au Roi Pyrrhus un fage Confident , 
Confeillertres-fenfé d'un Roi tres-imprudent. 
^5 Je vais , lui dit ce Prince , à Rome oii Ton m'appelle. 
Quoi faire ? L'alfieger. L'entreprife eft fort belle , 

Vers ^o. de tl/le^&' de Bru- Vers 64. Confeiller très - /*»//» 

*eUe, ] La Campagne tic Flan- &c. ] Pyrrhus convenoit , qu'il 

4res , faite par le Roi en l'année avoir conquis moins de villes 

1667, par fes armes , que par l'élo- 

Vers tf 5. Vifoit au }(oi Pyrrhus qucnce de Cynéas, 

un fage Confident, 1 PlUTARQJJE Ibid. d*Hn ^i tres-imprn^ 

dans la 'vie de Pyrrhus, D E S P. dent ] PYRRHUS l'êcoic en 

l(abelais a imité CC Dialogne , eft'et. C'eft pourquoi ^nttgonu» 

liy. I. Ch. 33, le comparoir à un Joueur de dès. 



i7* E P I S T R E r. 

Et digne feulement d'Alexandre ou de vous : 

Mais , Rome prife enfin , Seigneur , oii courons-nous j 

Du refte des Latins la conquefte eft facile. 

70 Sans doute on les peut vaincre ; Eft-ce tout ? La Sicile 
De là nous tend les bras , & bien-toft fans effort 
Syracufe reçoit nos vaiffeaux dans (on port. 
Bornez-vous là vos pas ? Dés que nous l'aurons prife ^ 
Il ne faut qu'un bon vciit & Carthagé eft conquife. 

75 Les chemins font ouverts : qui peut nous arrefter ? 
Je vous cntens , Seigneur , nous allons tout domter. 
Nous allons traverfer les fables de Libye , 
Aifervir en paffant l'Egypte , l'Arabie , 
Courir de là le Gange en de nouveaux pais , 

5o Faire trembler le Scythe aux bords du Tanaïs : 
Et ranger fous nos loix toUt ce vafte Hemifpheré. 
Mais de retour enfin , que pretendez-vous faire ? 
Alors , cher Cio^s , vidorieux , contens , 
Nous pourrons rire à l'aifè , & prendre du bon temps. 

R E M j4 RQ^V E S. 

Vers ^7* ÏÏt digne feulement Conquérant que par les habi« 

d'Mexandi*e oh de vous. ] Le Pob- de pourpre , par les gardes .paf 

te compare Pyrrhus à Atexatidre , le panchement du cou , & P*f 

parce que PlntanjHe dit au mcrae un haut ton de voix*, Pyrrhus le 

endroit , que ceux qui voïoient répréientoit par fa valeur & pat 

l'ardeur de Pyrrhus dans les corn- fes belles avions, 
bats , difoient qu'il faifoit revi- Chang. Vers 68. Mais^ ^o»' 

vrc Alexandre , & qu'au lieu que priCe enfin , &c. ] Dans les prc- 

les autres Rois n'imitoient ce mièrcs Editions » il y avoit : 
Mais quand nous l'aurons prife , hé bien ! que fcrons-nôus ? 

Chàng. Vers 70. Sans doute on là 'vos pas , &c. ] Il y avoit dans 

tes peut 'vaincre , &c. ] Il y avoit la première Edition : Nmsyi'ci' 

d'abord : Fort bien , ils font à nous, là^fui'vons. Dans la féconde , ^out 

Dans la féconde Edition il mit : arrùtex-'vous là ? & dans celle de 

Sans doutt ils font à vous^ Et enfin 1 674. il mit: E» deweureK 'vous là, 
ce qu*on lit ici. Chang. Vers 84. Nous fof' 

Chanc. Vers 73. Born9K'''voHs rons rire à l*ai/e , ôcc. ] Premict« 

Hé, 



fePISTRÈ î. i7j 

\^ tié y Seigneur , dés ce jour , fans fortir de TEpire , 
Du matin jufqu'au foîr qui vous defFend de rire ? 
Le Confeil eftoit fage , & facile à goufter. 
Pyrrhus vivoit heureux , s'il eull: pu l'écouter i 
Mais à l'ambition d'oppofer la prudence , 

^o C eft aux Prélats de Cour prefcher la refidence. 

Ce n eft pas que mon cœur du travail ennemi 5 
Approuve un Fainéant fur le trône endormi. 
Mais quelques vains lauriers que promette la guerre , 
On peut eftre Héros fans ravager là terre. 

55 II eft plus d'une gloire. En vain aux Conquerans 
L'Erreur parmi les Rois donne les premiers rangs* 
Entre les grands Héros ce font les plus vulgaires. 
Chaque fîecle eft fécond en heureux Téméraires, 
Chaque climat produit des Favoris de Mars. 

toc La Seine a des Bourbons , le Tibre a des Cefars. 
On a vu mille fois des fanges Mœotides 
Sortir des Conquerans , Goths , Vandales i Gèpides ,' 
Mais un Roi vraiment Roi j qui fage en fes projets ^ 
Sçache en un calme heureux maintenir fes Sujets j 

Î05 Qui du bonheur public ayt cimenté fa gloire , 
li faut , pour le trouver , courir toute l'hiftoirc. 
Là terre comte peu de ces Rois bien-faifans. 
Le Ciel à les former fe prépare long-temps. 

manière : Nous pottnons chanter , de la Mer-noire , avec laquelle 

rire, il communique. C'eft des envi- 

Vbrs jox. On a ta mille fois des rons de Cette contrée que font 

fanges Mœotides , &cc. ] Le Palus fortis autrefois les Goths & le? 

. ou Marais Méotide , Homme Gépides. A l*égard des Vandales , 

itiaintenant la Mer de Zabacche , c*êcoient des Peuples plus Sep- 

cftGtué entre l'Edrope & l'Afre tentrionaux , venus du côté de 

dans la petite Tartarie, aii Nord la Mer Baltique , vàrs l'emboo** 

Tome I, S 



274 E P 1 S T R Ê t 

Tel fat cet Empereur , fous qui Rome adorée 
1 1 o Vit renaiftrc les jours de Saturne & de Rhée : 
Qui rendit de Ton joug TUiûvers amoureux : 
Qu'on n'alla jamais voir fans revenir heureux : 
Qui foupiroit le foir , {\ fa main fortunée 
N'avoit par fes bieu'-faits (ignalé la journée. 
X I j Le cours ne fat pas long d'un empire fi doux. 

Mais oii cherchay-je ailleurs ce qu*on trouve chez noua 
GrandRoi, fans recourir aux hiftoires antiques ^ 
Ne Tavons-nous pas vu dans les plaines Belgiques , 
Quand r£nnemi vaincu déferrant fes remparts , 
xzo Au devant de Ton joug couroit de toutes parts , 
Toi-mefme Te borner au fort de Ta viâ:oire , 
£t chercher (i»ns la paix une plus jufte gloire f 
Ce font là les exj^its que Tu dois avouer. 
Et c'eft par-la ,GramdRoi> que je Te veux louer» 

chure de POder. Ctuvïn. Crén»; jufqu'â trois fois. 

ant, L. j, ^Ifonfe , Roi d'Ârragoa , eû- 

Vers 109. Tel fut cet Empe- tendant parler du regret que fen- 

reur , &c. ] Titm- D i S P. toit TitHs , quand il avgit pafîé 

Veks II 4- N'avoit par fes bien- un jour fans faire du bien i 

faits fignalé la mmé4.'\ Pcrfo»- quelqu'un, rfmoigna que, gra- 

ne n'ignore que cet Empereur • ces au Ciel , il n'avoit jamais eu 

qui fut fi juftcment furnommé : lieu de fc faire un pareil repra- 

V^mowr &- les délictts. d» Ggnte hu- che, 

main j fe reiTouvenant un foir > Vers 11^. Le cours ne fnt pat 

qu'il n'avoit fait du bien à pcr- le»g , &c. ] Il ne dura que deux 

fonnc pendant la journée : Mes ans , deux mois, & vingt jours. 

^mis , dit-il , i'aip^rdié cette jow. YSRJ \\%^Ke T'a'vons -nous pas 

née ^ Amiçi 91BHX^B^I>IPI* A U '^^ dans les plaines Selgiques,"} La 

première leâure que l'Auteur fit Campagne de 1667. en Flandres, 

aia Roi' de cette B pitre , quand il où le Roi fe rendit maître de 

eue recité ces Cix Vers , qui ex- plufieurs Villes. 

Ç riment fi bien le caraâère de Vers iit. Et chercher dams la 

. ittis , le Roi eu fut frappé d'ad- paix , ficc. ] La Paix de x<<î. 

nûraciQA , & fir Us Kt relire 9 & s p. 



fe P I s T R E i. 27^ 

i j Aflcz d*autrcs , fans moy , d'un ftile moins timide , 
Suivront aux champs de Mars Ton courage rapide , 
Iront de Ta valeur effrayer Tunivers , 
Et camper devant Dole au milieu des hy vers. 
Pour moi , loin des combats, fur un ton moins terrible î 

1 5 o Je dirai les exploits de Ton règne paifiblc. 
Je peindrai les plaifirs en foule renaifTans : 
Les OpprefTeurs du peuple à leur tour gemiflanSé 
On verra par quels foins Ta fage prévoyance 
Au fort de la famine entretint l'abondance. 

U 5 On verra les abus par Ta main reformez , 
La licence & lorgueil en tous lieux reprimez j 



Vehs iz8« Ef camper drvaut 
JDôle au milieu dts bjrvers. ] Le 
Koi venoit de conquérir la Fran- 
the<;omié en plein hyver. Desp. 

En 166S, le Roi partie de faine 
Germaincn-Laie , le x. de Fé- 
vrier , & y revint le i8. 

Vers 1 50. Je dirai les exploits 
de Ton règne paifihle. ] Les 15 . ou 
30. Vers fuivans rappellent les 
t>rinci pales aillons du Roi , de- 
puis qu'il eût commencé â ré- 
gner par lui-même en 1661» 

Vers 151.7* peindrai les plat. 
firs en foule renaiffans. ] Le Car- 
îoufcl de l'an 1661. les Ballets , 
les Courfes de bagues « & les 
Fêtes données par le Roi â Ver- 
failles , fous le nom des Plaifirs 
de l'IJlt enchantée , au mois de 
Mai 1664. 

Vers iji. tes Opprejfems du 
peuple k leur tour gemiffans, ] Les 
malverfations des Traitans re- 
cherchées & punies en i66ï. 

Vers ii±, ^u fort de la famine 
entretint {^abondance, ] Ge fut en 
U6}. Dtsté 



11 y a faute dans cette petite 
Note de l'Edition pofthume dt 
171 3. En i66t, le Roïaume , 
& particulièrement la ville dé 
Paris « êtoient menacés -d'une 
grande famine , eau fée par une 
ftérilité de deux années. Le Roi 
fit venir de Prufle 6t. de Polo- 
gne , une grande quantité de Blé^ 
On ht conftruire des fours dans 
le Louvre , & le pain fut didri- 
bué au Peuple â un prix modi-. 
que. C'ctoit l'intention du Roi , 
èc l'on en due l'exécution aux 
foins du Premier Préfident , fic du 
Procureur Général, 

Vers i 3 ^ . 0» 'verra les abus pat 
Ta main reformeK-'] Les duels abo- 
lis. Les Edits contre le luxe. L'é- 
tabliflement de la Police eii 
1667. La fureté publique rétah 
blie dans Paris par un Règle- 
ment fur le port des armes , & 
contre les Gens fans aveu , par 
le redoublement du Guet & de la 
Garde , par l'établiflcment dci 
Lanternes , &c. 

Ver» 13^4 La liceme O* l*of* 

Sij 



27^ 



E P I s T R E L 



Du débris des Traitans Ton épargne groflîe , 
Des fubfîdes affreux la rigueur adoucie , 
Le Soldat dans la paix fage & laborieux ; 
140 Nos Artifans groflîers, rendue induftrieux : 
Et nos Voifins fruftrez de ces tributs ferviles 
Que payoit à leur art le luxe de nos villes* 



K E M ji 

tueil en tous lieux réprime?:. "] Plu- 
lîcurs Edits donnez pour réfor- 
mer le luxe. D E s p, 

C*cft ce que ce mot orgHeil,dé' 



R (l U E S. 

obliger les Officiers de tenir leS 
Soldats dans l'ordre & dans U 
difcipline. 

Vers i 40. Nos ^rtifant fçrof- 



figne. Partrcluide licence At Poe- fifrs rendus induflrieux, ] Etablif- 
<c veut défigner rctabliilcment fcment en France des Manufac* 



des Grands- Jours , fait à Cler- 
mont en Auvergne , par une 
Déclaration du Roi en \66^, 
Elle commence par ces mots : 
La licence des Guerres étrangères d^ 
âifiles i &C, 

Vers i 37. J^u débris des Trai- 
tans , &c. ] La Chambre de Ju~ 
ftice. De s P. 

Elle fut créée au mois de Dé- 
cembre ï66i 



tures, D e s p. 

Celte des TapifTeries aux Go- 
belins , & des Points de France, 
en \66^, Des Glaces de miroir 
en 1666. Le prix des Points de 
Gènes Ôc de Venife ôtoit fi ex- 
ceHif , qu'on en a vu vendre 
une garniture fept mille Francs. 
C'eft à quoi les deux Vers fui- 
vans font âllufion. 

Vers ij^i. Et nos Voifins frujlreK 



VnK& 1^%* Ves fubfides affreux de ces tribms feriAles ^ &c. ] On 
la rigueur adoucie, ] Les Tailles verra ( Tome ir, ) dans une !«■ 



furent diminuées de quatre mil- 
lions. Desp. 

M. Eroffette dit fix millions. Le 
Roi Ht audî dreffer en 1 664. & 
16^7' <ics Tarifs pour les Mar- 
chandifes. Par ces Tarifs il di- 
minua fcs droits, , & fupprima 
la plufpart de ceux qu'on cxi- 
geoit fur les Rivières du Roïau- 
me. 

Vers 13$. Le Soldat dans la 
faix fage &■ laborieux^ ] Les Sol- 
dats emploïez aux Travaux pu- 
blics. Desp 



tre de l'AuteUr à M. de Maucroix, 
que La Fontaine faifoit un cas 
nngulierde ce Vers & du fiii- 
vant , dans lefquels l'Auteur 
loue le Roi d'avoir établi la Ma- 
nufacture des Points de France , à 
la place des Points de Venife, M. 
de Maucreix prétendoit avoir 
porté ce jugement avant La Fon- 
taine , comme on le verra dai» 
fa l^ponfe à M. Defpréaux, 

Chang. Vers i4X. Que payoit 
A leur art , &c. ] Apres ce Vers , 
il y avoh ces quatre autres , que 
l'Auteur a retranchés dans les 



Le Roi faifoit auflî des revues 
fréquentes de fe^ Troupes , pour dernières Editions, 
tjue i*aime à les 'voir • de Ta gloire trouble:(. ! 
Se pri-ver follement du fecours de nos ble:^ ! 
Tandis que nos 'vaiffeaux par tout maifhres des ondes , 
i^o»t enûverpottr nous les trefors des deux Mondes^ 



E P I s T R E T. 

Tantoft je traccray Tes pompeux Batimens ^ 

Du loifîr d un Héros nobles amufemens. 
^45 J entens déjà frémir les deux mers étonnées , 

De voir leurs flots unis au pié des Pirenées. 

Déjà de tous codez la Chicane aux abois 

5*enfuitau feul afpeâ de Tes nouvelles lois. 

O que ta main par-là va fauver de Pupilles ! 
Ï50 Que de fçavans Plaideurs déformais inutiles ! 

Qui ne fent point lefFet de Tes foins généreux ? 

L'Univers fous Ton Règne a-t-il des Malheureux ? 

Eft-il quelque vertu dans les glaces de TOurfe , 

Ni dans ces lieux brûlez oii le jour prend (a fource , 
^55 Dont la trifte Indigence ofe encore aprocher , 

Et qu'en foule Tes dons d'abord n'aillent chercher } 



%17 



R 



E M. j1 R Q^ V E s. 



ViRS 14?. • Tes pompeux 

Tdtimens,^ Le ^oi faifoic alors 
bâtir le Louvre, avec cette Faça- 
de « que l'on admire , comme un 
des plus beaux morceaux d'Ar- 
chiteâure. Mais il abandonna 
cette entreprifc , pour faire bâ 
tir à Verfailles , & en plusieurs 
autres endroits. 

Vers 14c. —^ — les deux mers 
étonnées , &c. ] Le Canal de Lan- 
guedoc. D E s p. 

Il fart la communication de 
la Mer Méditerranée avec l'O- 
céan. Le deflein en fut propofé 
en 1^64. par le Sieur Panl 1{Û 
^uet de Beziers , & l'on com- 
mença d'y travailler en 166^. 

Vers 148. S^enfuit an feul af- 
peH de Tes nouvelles lois, ] L'Or- 
donnance de 1 66k ' D E s p. 

Le Roi Ht allembler les prin- 
çipaux MagiUrats de fon Con- 



fcil & du Parlement , quî tin- 
rent pluficurs conférences chés 
M, le Chancelier Seguier , au com» 
mehcement de l'année 1667, 
pour examiner 6c arrêter les Ap- 
licles de l'Ordonnance Civile , qui 
fpt publiée au mois d*Avril de 
la même année. VOrdonnance 
Criminelle fut drelftc & exami- 
née delà même manière , & en- 
fuite publiée au mois d'Aouc 
1670. 

Vers mo. ilue defca-vani plat, 
deurs déformais inutiles. ] C'ell 
après ce Vers qu'êtoient placés 
les trente- deux . qui finiflbienr 
cette Epître , qui turent fuppri- 
rnés dans la féconde Edition en 
1671. & que nous avons rap- 

ronés dans les ^^ari^ues fui? 
A-vertiJfement qui précède cetw 
rièce. 
Vf B»s 1 ^ tf • ^« ^'*» /«»'* Te^ 

S iij 



^jS E P I s T R E T. 

C eft par Toi qu on va voir les Mufes enrichies ^ 

De leur longue difecte à jamais affranchies. 

GrandRoi, pourfuy toujours , afTure leur repos. 
j6o Sans elles un Héros n eft pas long-temps Héros. 

Bicn-toft , quoiqu'il ayt fait , la mon d'une ombre noire 

Enveloppe avec lui fon nom & fon hiftoirç. 

En vain pour s'exemter dç l'oubli du cercueil , 

Achille mit vingt fois tout Ilion çn deuil. 
l6s En vain , malgré Içs vents , aux bords dç l'Hçfperiç 

Enée enfin porta Tes Dieux & fa Patrie. 

Sans le fecours des vers , leurs noms tant publiez 

Seroicnt depuis mille ans avec eux oubliez. 

Non j à quelques hauts faits que Ton deflin T'appcllç > 
170 Sans le fecours foigneux d'une Mufe fîdelle , 

Pour T'immortalifer Tu fais de vains efforts. 

Apollon te la doit ; ouvre-rluy Tes trefors. 

En Poètes fameux rens nos climats fertiles. 

Un Augufle aifément peut faire des Virgiles, 
175 Que d'illuftres témoins de Ta vafte bonté 

Vont pour Toi dépofer à la poflerité l 

ions t^abûrd n* aillent chercher, ] Héros n^efl pas long.temps Herof , 
En 1 66 i. le Roi donna des pen- &c. ] M. Du Monteil avertit, 
fions aux Gens de Lettres , dans que c'eft ici une Imitation à'Ho. 
joute l'Europe. race , qui dit , Liv. IV. Ode IX, 

Imj. yçi$ 160, Sans eilesHn Vers 1^. 

y ixere fortes ante Aramemnona 
Mnlti \ Cei omnes illaciymabiles • 
*VrgentKr , ignotiqne longâ 

NoHe , carent qttia yatefacro, 
IMIT. Ver$ 174, 'Un ^figufle donne à un Mécenas le même 
0ffimen$ peM faire des Virgiles, ] pouvoir qiie l'on attribut' ici à 
Martial, Liv. vm.B/^. 55. un jittgujie, 

Sinf A^ecfitafes , non deermt ^ Flacce , Marones^ 



î P I s T R E r. 279 

iPour moi , qui fur Ton nom déjà brûlant d'icrirç , 
Sens au bout de ma plume expirer la Satire , 
Je n'oCc de mes vçrs vanter ici le prix. 

ï8o Toutefois , fi quelqu'un de mes foiblçs écrits 
Des ans injurieux peut éviter l'outrage , 
?eut-çftre pour Ta gloire aura-t-il fon ufage. 
£t comme Tes exploits étonnant les Leâeurs , 
Seront à peine creus fur la foy des Auteurs 5 

t8/ Si quelque Efprit malin les veut traiter de fables , 
On dira quelque pur , pour les rendre croyables j 
Boileau qui dans fes vers pleins de fincerité , 
Jadis à tout fon fiecle a dit la vçrité 5 
Qui mit à tout blâmer fon étude & (a gloire , 

f^o A pourtant de ce Roi parlé comme THiftoire. 

Vers 177. Pour mci ^ qui fin- deux. L'Auteur èna îugé luU 

Tan nom déjà hrûtant <<*ecrfre,&C. ] même , & , ce me fçinble , avtc 

On a comparé cet endroit avec beaucoup de juftefle. Voïés la 

vn autre de VEpitre VIII^ Il s'a- KsmMqne Ait k.Vtrs 6\ . de l*JÇ^ 

fit 4c décider , qui remporte des fUrt VlJiJ^ 




Siy. 



L'Aàteur ne compofa fa féconde Epître , que fmf. 
confsYver la Fable de THuidre & des Plaideurs, 
gtCil avoit retranchée de la fin de J'Epître précédentç, 
L'Abhépts Roches , auquel il adrejfe celle-ci y fe, 
HowOToir, 'Jean-François-Armand Fumée. // êtoitfils 
de François Pumée , Seigneur des Roches , & def 
çendoit d'Adam Fumée , f rentier Médecin de Charles 
VII. L'Abbé Des Roches mourut enijiz. âgé d'en' 
viron 75. ans. Cefi à lui que Gabriel Guéret a déiii 
fon Parnaffe Reformé. ' 




E P IS T RE II. 

A M. UABBE' DES ROCHES, 

j^ Q U O I ton réveiller mes Mufes endormies ^ 
Pour tracer aux Auteurs des règles ennemies ? 
Penfes-tu qu aucun d'eux veuille fubir mes loix , 
44i fiiivre uneraifonqui parle par ma voix l 
I O le plaifant Dodeur , qui , fur les pas d'Hotace , 
y ient prcfcher , diront-ils , la reforme au ParnafTc l 

^ E 14 ^ R_(l U M s. 

Vers î . ^ 1*^1 bon réveiller , tem , ôcc . ] A l'occafion de ce 

Sec. ] Les (îx premiers Vers font Vers 6c des deux qui le fui vent , 

connoître que l'Auteur travail- il ell à remarquer que M. T>^- 

Joit alors â fon Art Poétiauè. préaux s'eft imité lui-même. Il 

" lMn,ycTS^. leplai/antDoc^ aroit dit dans l'E/». I. Vers il. 

Ejl-ce ta cet Auteur t effroi de La Pucelle , 
^i déçoit des bons 'vers nous, tracer Le modèle , 
Ce Cenfeur , diront-ils qui nous reformoit tous ? 
CJioi ? et Critique affreux n*en ffait pas plus que nous > 
f di»^ . GenieK > en finiflant £(pn Ettterfe déjà çit^.c plus d'une fois, 



I 



282 E P I S T R E I L 

Nos écrits (bût nuuiyais > les fiens valent-ils mîcm ? 

Tentens déjà d'ici Linicre furieux , 

Qui m'appelle au combat, (ans prendre un plus long tenue. 
xo De l'encre , du papier , dit-il : qu'on nous enferme. 

Voyons qui de nous deux plus aifé dans (es vers , 

Aura plutoft rempli la page & le revers ? 

Moy donc qui fiiis peu Êdt à ce genre d'efcrime , 

Je le laiflc tout (èul verfer rime fur rime , 
JS Et {buvent de dépit contre moy s'exercant ^ 

Punir de mes défauts le papier innocent. 

Mais toy qui ne crains point qu'un Rimcor te ncIrciiTe i 

Que feis-tu cependant feul en ton Bénéfice ? 

Attens-tu qu'un Fermier payant , quoy qu'un peu tard , 
^o De ton bien pour le moins daigne te faire part ? 

Vas-m , grand deffènfèur des droits de ton ^lifê > 

De tes Moines mutins reprimer l'entreprifè f 

avoit emploie la tnême pcnfhc » fur lequel notre Auteur a bea# 
mais avec un tour difiërent , & coup enchéti. 

ego cum eulpem Ititdi4tm boc , atiofijue Poetas 
ExMgtHm j fecli^ite fieifuens incommoda clatmem : 
C km fit Scriptomm reprenfk ikentia -verbis 
Tanta mets , €Ùm Itbrorwn faflidiétpr^t m« . ^ 

Tantaferam , im numéro tamen Mfim moUor ifU, 
Vers 8. rentens Hé'fd dHci Li- Pour toute van^eance , M. Def. 
merefntieiéx,'] Le Poète Linière préau* mit le nom de ce Poète 
avoit beaucoup de facilité à fai- en cet endroit , & dans qnd- 
re des Vers médiocres. Nôtre ques autres de (es Ouvrages. 
Auteur Tavoit pourtant nommé Voies EpU, VU, V. 89. ^n ?•«* 
honorablement dans la Satire Chant II. Vers 1 94. 
/JT, Versxî6. Mais Liniire s*a- Imit. Ibid. J*entens défairid 
TÎfa de faire une Critique très- Liniere fitrieux, ] Houace a dit 
offenfante de l'Epitre jy. qui de tnême. Livre I. Satire If^ 
^voic çté faite avant celle - ci. Vers 14. 

Crifpinus minime me prûXtocM : Accipe y fi tns j^ 
^ccipe jam tabulas y detur nobis locus , hora ^ 
Çti^idt^ : -uULtâiMi mer fiitt /cri6rre jojfu 



E P I s T R E 1 1. ^83 

Croy-moy , duft Auzanett^aiTurer du fuccés , 
Abbé y n entrepren point mefine un jufte procést 

J N*imite point ces Fous dont la fottc avarice 
Va de Ces revenus engraifTer la Juftice , 
Qui toujours affîgnans , & toujours aflîgnez , 
Souvent demeurent gueux de vingt procès gagnez. 
Soutenons bien nos droits : Sot eft celui qui donnç. 

C eft ainfi devers Caën que tout Normand raifonnc» 
Ce font là les leçons , dont un pçre Mancçau 
Inftruit (on fils novice au fortlf du berceau. 
Mais pour toy qui nourri bien çn décade TOifc , 
As fucé la vertu Picarde 8c Champenoife' > 
Non , non , tu n'iras point , ardent Bénéficier , 
Paire enrouer pour toy Corbin ni Iç Mazier. 

VERS!?,— rfi»yi j4i0ianet^^c,'] un Normand qui fera de CaHn 
Fameux Avocat au Parlement de même , dira toujours : Je fuis 
Paris. De s p. drvers Caën , & ne dira pas , /e 

Barthélemi AtK(Anet , êtoit CX- fmt de Caéw 

trèmemenc vcrfî dans la con- Vers jj, bien en deçà de 

noifTance du Droit François -, & l'Oife, ] Rivière qui a fa fource 
les principales affaires fc re- dans la Picardie , vers les limites 
eloienc ordinairement par Tes du Hainaut Ac de la Champagne, 
çonfeils , ou par Ton arbitrage. Vehs 34. *Asfnci la"vertu Pi- 
il mourut le 17^ d'Avril 1693. carde &• Champeno%fe,1 La fraa- 
âgé de 8 z. ans , aïant été hono. chife. 

re par le Roi d'un Brevet de V-g^i \6,Fétre ewroUer pour tifj 
Confeiller d'Etat , quelques an- Corbin ni le Ma^er, Deux autres 
nées avant fa mort. Avocats. D e i p. 

Vers 30. C'eJÎ ainfide^ers Caén Avocats criards , qui fe char- 
^etoHt Normand raifonne, IV Ail" geoient fou vent de mauvaifes 
teurauroitpû dire: 'vers Caén.^ CsmCts, Jacques Corbin plaida fa 
C*efl ainfi que 'vers Caén tout bas première Caufc à quatorze ans , 
Normand raifonnt j mais il a pré- & ne plaida pas mal pour fon 
féré drvers Caén , qui eft une ef- âge ; Martinet , célèbre Avq- 
pccp de Normanifine, D'ailleurs , cat , fît alors cette Epigramme^ 

ridimus attonito puerum garrire Senatu, 

^fs piteri , pueritm qui ftupueri Senes^ 



*84 E P I s T R E I t 

Toutefois , (î jamais quelque ardeur bilieufb 
AUumoit ilans ton cœur rhumcur litigieufe , 
Confulte-moy d'abord j & pour la reprimer , 

4© Retien bien la leçon que je te vais rimer. 

Un jour , dit un Auteur , n'importe en quel chapitre , 
Deux voyageurs à jeun rencontrèrent une huitre , 
Tous deux la conteftoient , lorfquc dans leur chemin 
La Juftice pafTa , la balance à la main. 

45 Devant elle à grand bruit ils expliquent la chofc. 
Tous deux avec dépens veulent gagner leur caufe. 

Ce Jacques Çorbin ctoit fils d'un de Jtfiu.Cbrifl au Très-faint Si- 
autre Jacques Corbin , natif de S. crement , d^ fHifloire miraculeufe 
Gauthier en Berri , Confeiller dt l'injîitution de fa Fête , & 1» 
du Roi en fçs Confcils , Avocat f^ie de fainte Geneviève, Il tra- 
au Parlement , puis Maître des duiGt auflî par ordre de I<w»« 
Requêtes ordinaire de la Reine -X"///. toute la Bible. Cette Tra- 
^nne d'Autriche, Il ctoit inftruic diiâion litttérale & faite de mot 
dci matières , qui concernoient 
fsL profefOon , & dans ce genre 
il donna Quelques Ouvrages af- 
fés bons. Mais il voulut écrire 
l'Hiftoire , faire des Romans , 



çompofer des Ouvrages de piété, 
& tenir un rang parmi les Poë- 
tcs. Ces prinj:ipaux Ouvrages 
poétiques font la f^ie de S. Bruno 
ça quatre chants i Le Triomphe 



à mot fur la ^uLgate , fut impri- 
mée à Paris en 8. Volumes »»»- 
1 6. avec l'approbation des Doc- 
teurs dç Poitiers. Lorfque le 
jeuqe Corbin fe préparoit à foa 
premier Plaidoïe , le Père offut 
un tableau votif à Nôtre- Dame , 
pour obtenir à fon Fils un heu- 
reux fuccès i 6c mit au bas du W? 
bleau ces deux Veirs ^ 
Vierge au Vifage bénin 
Faites grâce au petit Corbin, 
Voies au fujet de ce Po'éte , ^rt dt ia Juflice , il a mis un J^ge , 
Po'ét. Ch, IV. V. 56. Sur Le fous le nom de Perrin Dandina 
Maxier^ voïés Satire I, Vers 113. qui avale l'huître. En quoi nô- 
Veks 41. .'î/» /oMr , dit un jiu- tre Auteur difoii , que La Ton* 
teur , àcc. ] M. Defpréaux avoir taine avoit manqué de jufteflè ; 
appris cette Fable de fon Père , car ce ne font pas les Juges 
auquel il l'avoit oiii conter dans feuls , qui caufent des frais au? 
fa jeunefle. Elle eft tirée d'nne Plaid<^urs : ce font tous les OU 
ancienne Comédie Italienne, Cette fîciers de la Juftice. 
même Frffc/e a été mife en Vers Chang. Vers 4^. Devant ell% 
par La Fontaine i mais au lieu i^4»4^<*>^> ^c.] Dans les prç-. 



Ê P ï s T R E ï r. aSj 

là Jufticc pefant ce droit litigieux , 

Demande i'huiftre , l'ouvre , & l'avale à leur yeux ^ 

Et par ce bel arreft terminant la bataille : 

Tenez voilà , dit-elle , à chacun une écaille. 

Des fottîfes d'autrui nous vivons au Palais 5 

Mefïîeurs , rhuiftreétoit bonne. Adieu. Vivez en paix. 

mîères Editions , il y avoir : De- Ovven , Anglois , connu par 
n/ani elle aufff.tojl, fes Epigrammes Latines , dit 

Imit. Vers ^ i . Desfottifes d*au- dans la quinzième du Livre prc- 
triti tiQHS 'Vivons att Palais. ] Jean mier. 

SMltitid poflrd , jHJîiniant , /apis. 



1 




LA ttoipême Ëpitre ttatte de la mâiivaîrd Hoo- 
te , qui nous empêche de faire le bien. Elle. 
fut compofée en 1673. avrès /'Epitre IV. au Roi. Cefi 
la cinquième félon l'ordre du tems. Elle efl adrejféi 
à M. Arnauld , avec qui M. Deforéaux avoit fait 
connoiffance chés le Premier Préndent de Lamoi- 
gnon , de la manière que l'on va voir* 

Quand en 1668. M. Arnauld eut recouvré y par la 
Paix de Clément IX. la liberté de paroître , il fut 
reçu du Nonce du Pape & du Roi même , avec tou- 
tes les marques pojjibles d*eflime. Parmi le grand 
nombre de gens , qui lui témoignèrent la joie ^ qu'ils 
en avoient : le Premier Préfident fut un des plus 
entprejfés. Un jour il invita M. Arnauld , M Ni- 
cole , M. Defpréaux & quelques autres perfonnei 
choifies à venir diner dans V Appartement qu'il avoit 
à Auteuil dans la Maifon des Chanoines Régulieri 
de fainte Geneviève. M. Arnauld & M. Defpréaux 
éprouvèrent dans cette occafion ce qu'ordinairement 
éprouvent des perfonnes d'une réputation éclatante 
& d'un mérite diftinguê , qui fe voient pour là 
première fois. Ils fe fentirent d'abord l'un pour l'au* 
tre cette efpèce d'inclination , qui produit l'amitié» 
Celle , qu'ils contrastèrent enfemble , fut en effet des 
plus étroites ; & , nonobjiant une féparation de plu* 
Jieurs années , dura jufqu'à la mort* 




EPISTRE III. 

A MONSIEUR ARNAULD, 

DOCTEUR DE SORBONNE. 



KJ U I , fans peine, au travers des fophifmes de Claude, 
Arnauld , des Novateurs tu découvres la fraude 
£t romps de leurs erreurs les filets captieux. 
Mais que fert que ta main leur défiUe les yeux , 



Vins I. & 1. — au travers 
ées fobhi/înes de Claude^ Atnaiêld^ 
Hc, ] Il êcoic alors occupé a 
écrire contre le ficur CUmit , 
Miniih-e de Charenton. D i s P. 

Jean Claude , l*un <ics plus fa- 
vaos hommes de la Religion Vrè- 
tendue J(éformée , naquit en 1^19. 
à la Sauvetat dans TAgenois. 
Son rare mérite le Ht recevoir 
Minijlre à l'âge de i6. ans. 
Quoiqu'il eut un extérieuc peu 



iQipofant , uno voix alTés djfa- 
gréable , & même un ftile peu 
brillant > Ton éloquence êtoit ce- 
pendant très- (éduirance. Sa ma- 
nière d'écrire eftexaûe &(errée; 
& Ton trouve dans Tes Ouvrages 
un grand fonds d'érudition > une 
grande >uftefie d'efprit , & u«e 
adreflè roerveilleufc à mettre en 
oeuvre toutes les finelTes de la 
Logique. Les qualités du coeur 
cépondeieatâ cellts de refpik. 



1È& E P î S t R È 1 1 îi 

5 Si toujours dans leur ame une pudeur rebelle , 
Preftsd'cmbraiTer TEglife , au Prefche les rappelle ? 
Non , ne croy pas que Claude habile à fe tromper , 
Soit infenfiblc aux traits dont raie fçais frapper : 
Mais un Démon l'arrefte , & quand ta voix l'attire, 

10 Lui dit : Si ra te rends , fçais-m ce qu'on va dire ? 



Il paffoit hîênie parmi fcs Ad- 
verfaires pour un parfaitemenc 
honnête homme. Il êtoit en 
France l'ame de Ton Parti ; & 
c'eik, pour ainfi dire , au nom 
en Corps des Proteflans , qu'il 
eft entre de vive voix & par écrit, 
en lice avec les plus Grands 
Hommes de la Catholicité , les 
^rnanlds , les Bojfuets , les Ni- 
coUs y &c. A la révocation de 
TEdit de Nantes , il fe retira à 
la -Haye , où il mourut le ii. 
Janvier 1676. 

Antoine Amattldt Doâeur de la 
Maifon & Société de Sorbonne , 
illuftre par fes dîfgraces & par 
ia vafteerudition,nâquità Paris 
le 6. Février ï6ii. Il fut reçu 
de la Maifon de Sorbonne d'uue 
manière aflésfinguHère. Il avoit 
commencé fa Licenccfans avoir 
fait les démarches néceflaires 
pour être admis dans cette Se 
ciété. Comme , fuivant les rè- 
gles ordinaires , il n'y pouvoir 
plus être re^u } la Maifon de- 
manda au Cardinal de BJicheliett , 
fon Provifeur, que ce jeune Ba- 
chelier , à caufe de fon rare 
mérite , fut reçu extraordinai- 
rement. Mais de puiflans enne- 
mis Tavoient defTcrvi auprès de 
cette Eminence. Cette grâce lui 
fut alors refufée , & même en- 



core un an après la îniort Ji^^-""- 
dinal. Mais enfin le mérite l'em- 
porta fur la Cabale , & il fut 
reçu â la fin d'Oûobre 164?. U 
avoit pris le bonnet de DodAft 
dès le \K, Décembre 1641. Il né 
s'eft guère trouvé de Génie d'une 
étendue pareille â celui de ce 
Dbfteur. Grammaire , Belles- 
Lettres , Géométrie , Logique » 
Phyfique, Métaphyfique , Théo- 
logie , Droit Civil ôc Caûoûi- 
que i en un mot , toutes le^ 
Sciences êtoient de fon reflorr. 
lia déploie tout ce qu'elles ont 
de plus folide & de plus fubtil 
dans la multitude immenfe d'cx- 
cellens Ouvrages , qu'il a don- 
nés au Public. De ù riches ta- 
lens , qui n'auroient dû lui pro- 
curer que des admirateurs, lui 
fufcitèrent des ennemis , qui 
réulfirent enfin à le rendre ful- 
ped à la Cour. Il crut alors de- 
voir fortirdu Rotauroe« & i<i 
retira dans les Pays-Bas > où il 
continua de fe fignalcr par de 
nouvelles produélions , qui le 
rendirent également redoutable 
aux Proteflans &c à ceux qui l'a* 
voient forcé d'abandonner Ta 
Patrie. Il mourut à Bruxelles 
le huit Août 1694. Cette lon- 
gue Note eft de ^Edition de P^rtf 
»73W 

Dans 



£ P I s T R E I I I. 185 

t)ans ton heureux retour lui montre un faux malheur ^ 
^ Lui peint de Charenton l'heretique douleur 5 
£c balançant Dieu mefme en (on ame flottante ^ 
Fait mourir dans fon cœur la vérité ualifante. 

^5 Des fuperbes Mortels le plus afiteux lien > 

N*en doutons point , Arnauld , ceft la honte du bien^* 
Des plus nobles vertus cette adroite ennemie y 
Peint rhonneur à nos yeux des traits de l'infamie ^ 
AfTervit nos efprits fous un joug rigoureux » 

^^ Ecnous rend Tun de Tautre efclaves malheureux « 
Par elle la verm devient lâche & timide. 
Vois-m ce Libertin en public intrépide ^ 
Qui prêche contre un Dieu que dans (on ame il croit } 
Il iroit embraflcr la vérité qu il voit 5 

^ J Mais de (es fiiux amis il craint la raillerie j 
£t ne brave ainfi Dieu que par poltronnerie. 

Ceft là de tous nos hiaux le fatial fondement* 
Des jugemens d*autrui nous tremblons foUemeilt ? 
£t chacun l'un de l'autre adorant les caprices y 

)o Nous cherchons hors de nous nos vertus ÔC nos vices* 

Yehsii. Lui peint de Chartn- honte tU bien,'\ Ce demi- Vers ^ 

ton , &c. ] Lieu près de Paris » qui exprime le Ai et de cette 'ip<- 

où ceux de la H, -P. i(i avoicnt tre , clk une efpècc d'imitation 

un Temple. D E $ p. d'Horace , L. I. Ep. Xri. Vers 

IMIT. Vers i€, — - ^eft la I4, 

StuUomm incwrata pudor mains ulcéra celât. 

Vers 17. C'r/I là de tous nos un grand mal , quand elle em- 

tnaux le fatal fondement, 1 HoME- pêcbe de faire le bien. £lle eft 

%M , Iliade Liv. kXIV. V. A4, un grand bien , lorfqu'eile em* 

die , qiie la honte clï un des plus pêche de iaire le mal. 
grands maux , & un des plus Imxt, Vers 30. iions cherchent 

grands bieus. £n cifèt » file cil hfrs de neus mt t^ertuf^ ^ net 'vices Ji 

T9m9 U X 



Î90 E p 1 S T R E r î r. 

Miferables jouets de noflre vanité , 

Faifons au moins Tavcu de notre infirmité. 

A quoy |;>on quand la fièvre en nos anercs brule ^ 

Faire de noftre mai un (ècret ridicule ? 
j 5 Le feu fort de vos yeux petillans & troublez , 

Vçfbre pouls inégal marche à pas redoublez : 

Quelle fauffe pudeur à feindre vous oblige ? 

Qu*avçz-vous?Jen ai rien. Mais...Jen airicn,vousdis-jc^ 

Répondra ce Malade à fe taire obftiné. 
40 Mais cependant voilà tout fon corps cangrené : 

£t la fièvre demain fe rendant la plus fone , 

Un bénitier aux pies va retendre à la pone. 

C« Vers exprime le véritable fens une de celles que nôtre Autedt ' 

de ces mots de Per/e ^ Satire I. avoit en vue , quand il a dit 

Nec te quéfi-veris extra. Cette ex- dans Ton ^rt Poétique^ Chant IL 

prcflîon eft fort ferrée , & c'eft Vers ï^<, 

Perfe en/es 'vers ohfcms , mais ferrer &• preffans , 
iXfeHa Renfermer moins de mots que de fens. 

C*eft encore à ces mots de fîon , quand il dit Epitre ^# 
Perfe , que TAuteur fait âllu- Vers 6, 

Je fonge à me cennoijîre , Cr me cherche en moi-mefme, 

IMIT. Vers 3.^ A qtuty bon , le , &g. ] Horace , Liv. I. Sft 
quand la fièvre en nos artères brû^ Xf'/. Vers zi. 

Ne» fi te poputns fanttm reSéque 'vàlentem 
J^iSiitet , occnltam febrem , JtUt tempm edendi , 
JJiJfimules , donec manibus tremor incidat nnSiis. 

ÎMIT. Vers j8. Xln^OT/e^^'-vous î rien , iwns dis^je, ] PERSE , Satir9 
Je n*ai rien. Mais .... Je n*ai IIJ, Vers 94, 

fjetts , bone , tu pâlies, Nihil efl. Videos tamen ijlud , ■ 
Cutiquid id ejl, 

Imit. Vers 41. Va N- encore dans la même Sathf 

tendre à la porte, ] P e r s E , dit Vers loç. 

In pwtam rigidos céUes ex^endit. 



Ë Pî ST RË t I t 

Provenons fagement un fi juftc malheur. 

Le jour fatal eft proche & vient comme un voleur» 

45 Avant qu à nos erreurs^ le Ciel nous abandonne y 
Profitons de Tinftant que de grâce il nous donne. 
Haftons-nous j le Temps fuit , & nous traîne avec foy* 
Le moment ou je parle eft déjà loin de moyé 

Mais quoy ? toujours la honte en efclaves nous lie^i 

50 Oui , c'eft toy qui nous pers , ridicule folie : 
C'eft toy qui fis tomber le premier Malheureux , 
Le jour que d'un faux bien fottement amoureux » 
£t n ofant foupçonner fa femme d'impofture , 
Au Démon par pudeur il vendit la Nature. 



19 1 



KEMj4Rq^UE^. 



IMIT» Vers 44. Le jorn" fatal eji Theflal. V* z. Si ergo non 'vigttâM 

proche & lAent comme un 'volenr, ] 'veris , 'veniam ad te tanquam Fur , 

Cette comparaifon de la More & nefcies quâ bord veniam ad te^ 

avec un voleur , eft tirée des Li. Apocal. III. 3. 

vres Saints. Vigilate ergo , dit Imit. Vers 47. & 48. Haflons- 

Jésus CrtRiST , quia nejcitis qud nous i le Temps fuit , d^ nous traîne 

bord Dominus 'vefier 'venturusfit.,,^, ai/ec foy^ Le moment où je parle efi 

Si fciret paterfamilias qud hord déjà loin de moy, ] Peilse , Satire 

Fur 'venturus effet , 'vigilaret utù f^. D E S P. 

que. Mâtth. XXIV. 41. Luc. XI f. Ces deux Vers font une para- 

39. Scitis quia dies Domini ficut phrafe de ce mol de Perfe , Ver« 

rur i» noSe^ ita venieKt I. ad if3.de la J'<<t. citée pac l'AuCjÇUCf 

fugit hora j hoc quod loquor inde eji. 



Imit. Ibid. Le moment ou je 
parle, ] L'Auteur qui fe levoit 
ordinairement fort tard , êioit 
encore au lit la première fois 
qu'il récita cette Epttre à M. 
^rnauld , qui l'êtoit venu voir 
dès le matin. Quand il en fut à 
ce Vers , il le prononça d'un ton 
léger & rapide , comme il doit 
être récité , pour e.\ primer la ra- 
pidité du tems qui s'cnfUit. M. 



xArnauldy frappé de la légèreté 
de ce Vers , fe leva brufque- 
mentdefoniîége, & marchant 
fort vite par la Chambre , 
comme un homme qui fuit , 
redit pluAeuris fois : Le moment 
où je parle eji dé fa loin de moy. 
Si celui de Perfe qu'on vient da 
citer , toute à l'heure , n'cft pas 
auffi rapide pour l'ExprcHion ; il 
r^ft tout autjint pour la Penfée« 



191 E P I S T R E I I r. 

S 5 Hclas ! avant ce jour qui perdit fes Neveux , 
Tous les piaifîrs courbient au devant de Tes voeux; 
La £dm aux animaux ne faifoit point la guerre ; 
Le Blé , pout fe donner , fans peine ouvrant la terre s 
N'attendoit point qu'un bœuf prefR de réguillon , 

^<^ Traçât à pas tardifs un pénible fUlon. 

R E M ji R (l U E S. 

IMXT. Vers \6. Tous les plat- tés , pour la plus grande partie i 
firs couraient au devant de fes de yirgile , d*Oinde , & d*fiorace, 
'MWMT , ficc. ] Ce Vers & les y irgile dit dinsConEgloiHeiy, 
douze qui le (tiivent , font imi- Vers x8. 

Molli paulatim fla'vefcet campus atifli , 
IncuUifque tubens pendebit fentibus wva > 
Et dura quercus ftidabunt rofcida mella, ..... 
Uon rajhros patietur humus , non "Anea ftUcem , 
I(pbuflus quoque jam tauris jugafolvet arator, 

il die auflî dans Ces Géorgiques ^ Livre I. Vers 117. 

Ipfaque tellus 
Omnia liberiks , nulU po/iente , ferebat, 
JUe malum t/irus ferpentibus addidit atris , 
Pradarique lupos fuffit , pontumque moveri. 
JideUaque decuffit foliis , iptemque removit , 
EtpOsffim ri'vis cmrentiatAna repreffit 

H dit encore dans le même Livre des Giorgiques , Vers iç»; 
Mox ^ frumentis labor additus » ut mala culmos 
Effet rubigo tfegnifque horreret in arvis 
Carduus, 

f «ur Ovide , voici ce qu'il dit Vers 100. du Liv. I. des Métamerph^ 
Mollia fecwa peragebant otis mentes, 
Jpfa quoque immunis , rafiroque intaHa , nec idlis 
Saucia 'vomeribus , perfe dabat omnia Tellus, . . . • 
JMox etiam/ruges tellus inarata ferebat : 
Nec renovatus ager graxndis eanebat aridis, 
Flumina jam laâlis , famflumina neSiaris ibant , 
Flavaque de inridi fliliabant itice mella. 

L'endroit d*Hor, que nôtre Auteur avoit en vu'êiC(kEpod,Xyiy,^U 
I^eddit ubi Cererem tellus inarata quotannis > 
Et imputata floret ufque lAnea , 6cc. 
Vers ^0. Traçât à pas tardifs que bien la démarche pefantc 

un pénible fiUon, 2 Ce Vers mar- d*ua boeuf, i^n pénible filUni 



E P I s T R E III. 195 

la vîgnc offroit par tout des grappes toujours pleines , 

£t des ruifTeauz de lait ferpentoient dans les plaines. 

Mais dés ce jour Adam déchu de Ton état ^ 

D un tribut de douleurs paya Ton attentat. 
^5 II fallut qu'au travail Ton corps rendu docile , 

Forçaft la terre avare à devenir fertile. 

Le chardon importun herifTa les guerets ; 

Le ferpent venimeux rampa dans les fôrefts : 

La canicule en feu dcfola les camp^^es : 
70 L* Aquilon en fureur gronda fur les montagnes. 

Alors pour Cç. couvrir durant Tâpre faifbn , 

Il fallut aux brebis dérober leur toifon. 

La Pefte en mefme temps , la Guerre & la Famine 

Des malheureux Humains jurèrent la ruine : 
75 Mais aucun de ces maux n'égala les rigueurs 

Que la mauvaife honte exerça dans les cœurs. 

De ce nid à l'inftant fortirent tous les vices. 

L'Avare des premiers en proye à fes caprices ^ 

Dans un infâme gain mettant Thonnefleté ^ 
^o Pour t;pute honte alors compta la pauvreté. 

Cette Figure eft femblable à l*hé^ il ne convient qu'aux chofes » 

rétùjM doideur , du douzième & il efl emploie ici dans fa (îgni- 

Vers j & au Ut efronté de la Sa- fication naturelle. 
$ire X. Vers 54^, Brossette. Vers 80. Ponr toute honte alors 

Ce n*e(l a(Rirémenc pas de compta la pam/reté. ] M- Charles^ 

l'Auteur que M. Broflette tient Maurice Le Tellier , Archevêque 

cette réflexion Ci faude : Héréti' de Rheims , mort fubitcment à 

^e , Ej^ow*^ font des Adjcôifs 9 Paris le ii. de Février 1710, 

<k)ntlcfenseft pa(îîf,gui con- dans fa foixante-neuviéme an- 

viennent aux perfonnes , & que née , êcoit un Prélat très-recom- 

TAuteur a tranfportés aux cho- mandable par l'étendue de fes lu-i 

-^5. Le fens de piniblt cft aâif , miére; , par Ton amour pour U 

Tiij 



I 



^94 E P I S T R E ML 

L'Honneur & la Vertu n'oferent plus paroiftrc. 

La Piété chercha les dcferts & le Cloiftrc. 

Depuis on n'a point vu de cœur fi détaché , 

Qui par quelque lien ne tinft à ce péché. 
I J Trifte & fiinefte effet du premier de nos crimes ! 

Moi-mefme , Arnauld , ici , qui te prêche en ces rimes i 

Plus qu aucun des Monels par la honte abattu , 

En vain j*arme contre elle une foible vertu. 

Ainfi toujours douteux , chancelant & volage , 
po A peine du limon , où le vice m'fengage , 

Tarrache un pié timide , & fors en m*agitant , 

Que l'autre m'y reporte , & s'embourbe à l'inftant. 

Car fi 5 comme aujourd'hui , quelque rayon de zelc 

Allume dans mon coeur une clarté nouvelle , 
^ J Soudain aux yeux d'autrui s'il faut la confirmer , 

D'un gçftc , d'un regard je mefens alarmer ; 

faine Doûrine , 8c pv Ton zèle confiftoitdans les rîchcfîcs. C'cft 

pour le maintien de la Difcipline auifî lui qui difoic , qu'il ne coo- 

jEccléfiaftique. Mais coût le mon- cevoit pas comment on pouvoir 

de fait qu'il avoit pris le carac- vivre fans avoir cent mille écus 

tère exprimé dans ce Vers. Il de rente. V. BoUana , n. LXVI, 

ne faifoit cas d'iin homme qu'à Imit. Vers 90. A peine du lu 

proportion du bien qu'il avoit. mon , où le i/ice m^en^age. ] Ho- 

$elon \Mti , le plus grand mérite hace , Lht. II. Sat^VII, Vers 37. 

HeqmcqHam cmno cupienf eyellere plantam, 

Vehs jx. i^ l'autre m'y re^ L'Auteur avoit ainfî exprimé fâ 
forte , &• t'embourbe à Nnftant, ] pchftc : 

j4 peine du limon où Uy'ice m*engage, 

J*étrrache un pié timide 

Hue Nature m*y reporte , (^ s'embourbe â finflant, 

t^ difEculté $cp|t d^achçver le fécond Vers. l\ confulta M# 



^9S 



EPISTRE III. 

ït meCnefur ces vçrs que je te viens d'écrire , 
Je tremble en cç moment de ce que l'on va dire. 

R £ M jt R q U £ S. 

3(acine , qui trouva la chofe ghant. Cette fin eft d'autant 

très - difficile. Cependant M. plus belle » qu'elle fait une ima- 

DefpréoHx lui dit le lendemain ge , qui n*eft pas dans le Vçrs 

la no du Vers : ©• fors en m*A^ d*Horace : 




Tiv 



xi,6 AVERTISSEMENT 

AVERTISSEMENT 

SUR 

L'EPISTRE IV. 

J E ne fçaî fi les rangs de ceux qui pafscrent le 
'Rhin à la nage devant Tolhuys , font fore 
exactement gardés dans le Poème que je don- 
ne au Public ; & je n'en voudroîs pas être ga» 
rant : parce que franchement je n*y eftoîs pas , 
& que je n en fuis encore que fort médiocre- 
ment inftruic. Je viens mefme d'apprendre en 
ce moment que ( i ) M. de Soubîze , dont je 
ne parle point , eft ( i ) un de ceux qui s*y eft 
le plus fignalé, Je m*imagîne qu'il eu eft ainfi 

(i) M, de SoHhi^e, ] Fran* ri , puis de celle de Champagno 
COIS DE RoHAN Princc dc Jo«#- & Brie. Il mourut le 14. Août 
life , rraverfâ le Rhin à la nage 171t. dans fa t)uatre vingt 6c 
X la tête des Gendarmes de la unième année. M. \cDucdeJ{p' 
Garde . dont iî êtoit Capitaine han ( Hercule • Merxadec de 
Lieutenant- Il étf>it le fécond Rohan-Soubise ) & M. le Car» 
£U d*HercuU de l(phAn , Duc de dinalde Man , font fcs Fils. 
J^onthaxon , & Gouverneur de {i ) efiun de ceux aui s*y e(l U 
Paris & Je l'Tfle de France , 6c pli*i firnaié, ] H eut été plus cor- 
de M trie de fretag^e VcrtHs. Il reû de dire : un de ceux qui i> 
51 été Lieutenant Général des font fignalés, Brossette. 
Armées du Roi , & Gouverneur Sans contredit , la Syntaxe le 
^ Liï-utenant Général pour Sa veut. Mais l'autre manière eft 
l^^jefté , de la Pf ovioçe dç Bcç- a^tpri{^e |)ar un ufa^e commaiu 



SUR UEPISTRE IV. 297 
^e beaucoup d'autres , & j*efpère de ( 3 ) leur 
faire juftice dans une autre édition. Tout ce que 
je fçai , c'eft que ceux dont je fais mention 
ont paflé dès premiers. Je ne me déclare donc 
caution que de THiftoire du Fleuve en colère , 
que j'ai apprîfe d'une de fes Naïades , qui s'eft 
réfugiée dans la Seine. J'aurois bien pu aufli 
parler de la fameufe rencontre qui fuivît le 
pallage; mais jelaréferve pour un Pocme à 
part. C'eft là que j'efpcre rendre aux mânes de 
(4) M., de Longue ville l'honneur que tous 
les Ecrivains lui doivent , & que je peindrai 
cette Vidoire qui fut arrofée du plus îlluftre 
Sang de l'Univers. Mais il faut un peu repren- 
dre haleine pour cela. 

Voila ce que M. Defpréaux a^oitmis a la tête 
de la première Edition de TEpitre IV. pour pa- 
ter aux reproches de n^ avoir pas dit tout ce quil 
auroit pu dire , & de n'avoir pas nommé tous ceux 
qui s*etoientfignalés au Paflàge du Rhin. On igno- 
re s^il avoit réellement conçu le dejfein du Foeme. 
qu-il annonce dans cet Avis. Il nen dit rien en 

K E M A R q^v £ s. 

( 3 ) lewr faire ^nflice, ] C*eft ^u'un , n*eft fufceptible que d*iin 

une faute contre la propriété du fens favorable } Se fignifie toû- , 

Langage : faire influe ,, ne fc jours, réparer le tort qui a été fait 

prend 'qU*en mauvaife part , & à tfHete]u*un. 

Ugnifie toujours , punir quelnu'un ( 4) M.de Longne^ille^ Chak* 

d*un crime ou d'une fante , & la LES- PARIS d'Orleans , Duc de 

phrafe eft : Faire f^ftice de quel' LongueT/ille & d'Elioute'ville^Vnn- 

^m^ M^ mdrt jitfiice 4 queU cç Soi^vera^a de NeinfchdttL^ iux 



15)8 AVERTISSEMENT 
aucun autre endroit de fis OuvrageSy& M. Brot 
fetce ni le Bokeana n^en font aucune mentim. 
Four moi , je penfi qi^il nefingea plus à travailler 
dans un genre , qm s^eloignoit trop de Ja finrte de 
Génie , quand une fois il eut par /'Epitre IV. ji- 
tisfait à ce que demandoit de lui la reconnoijfance > 
dont il êtoit pénétré pour toutes les marques d'ef- 
time & les bienfaits , dont on a vu y dam la Note 3. 
de VAvertiJfementfur /'Epitre I. que le Roi l'avoit 
honoré Ja première fois quil eut f honneur de paroi- 
xre devant Sa Majejié. Ce Prince fit en 1672. la 
Campagne de Hollande , & dans l'efpace £ en- 
viron deux mois i il conquit trois Provinces , & prit 
quarante Villes. Son Armée paffa le Rhin à la vue 
des Ennemis , qui gardoiem le rivage oppofé. Peu 
s^ en fallut qu^ Amfler dam ne fie fournît , & que le 
Roi ne fie vit Mttitre de toute la Hollande. Parmi 
tant degrands événemens^M. Defpréaux choifit 
le Pafl&e du Rhîii , comme le plus brillant & 
le plus fuficeptible des ornemens de la Poefie. Cette 
Ahionfiepajfa le 11. de Juin 1671. L'Epître 
IV. fut compofiée au mois de Juillet fiuivant & 
fut imprimée au mois £Aout. Elle efi la féconde 
fielon V ordre du tems. 

^^ V Auteur y dit le Sommaire ^ qu'on lit à la 

ReMAR(IU£S. 

tué au Padàge du Rhin , fans mariée , de grande qualité , un 

avoir été marié , dans le tems Fils Naturcit qui fut Charles- 

qu'il alloit être élu Roi de Po- Louis d*Orleans , furnomroé le 

iogne. Il êtoit né ie 19, Janvier Chevalier de LongueinlU, lequel 

r^49* Il avoit eu d'une femme fut malheureufeme^t tu^ pciQh 



SUR TEPISTRE IV. 299 
„ tête de cette Epître dans rEdition de Paris 
„ 1740. en a fris Pidee dans Maniai. Un certain 
^, Hippodamus lui demandait des Vers h fa 
,, loUange ; O' Martial s'excuje de lui en donner 
^yfur ce ^«'Hippodamus p£?rrtf un nom quiferoit 
5, peur aux Mufes „• 

Féirî /'Epigramme même de Martial. Ceji la 
XXXI du Livre IV. 

Quod cupis in noftris diciquc Ic^que libcllis , 

Et nonnuUus honos crcditur cfTe tibi : 
Non valcam , fi non rcs eft gratiffima nobis , 

Et volo te chartis infcmifTc mcis. 
Scd tu nomen habes avcrfo fonte fororum 

Impofîtum , mater quod tibi dura dédit ; 
Quod nec Melpomenc , quod ncc Pôlyhymnia pofCt > 

Nec pia cum Phœbo diccre Calliopc. 
Ergo aliquod gratum Mufis tibi nomen adopta : 
Non fempcr belle dicitur Hippodamus. 
Le Sommaire , qu^on vient de lire , efi tire du Bo- 
lœana Nomb. IX. Mais quelle que doive être V au- 
torité de ce Recueil , // nenfalloitpas moins ,pour 
être exa£l , dire que M, Defpréaux avait pris dans 
Martial l'idée des plaifanteries^qu^il fait dans cette 
Epkve fur la dureté des Noms allemands & HoU 
landais. Quant à l'idée de la Pièce en elle-même , 
elle n'a rien de commun avec /'Epigr. de Martial. 
Je vais ajouter ici ( 5 ) rtf que je ne trouverais 

idant le fiége de Philifoourg en fur une volée de Becaffines. 
>6$8. par un OfÇcicr , qui tjroiç {%)ceqiM je ne irçHTMrds pm 



509 AVERTISSEMENT 

pas le molen de placer ailleurs. Cefl a Foccajm 
de cette Epître IV. qu^il penfa s^elever une que- 
rèle Satirique entre notre Poète & le Comte de 
Buflî-Rabucin. On Mit dans le tents que ce 
dernier t qui pour lors était relégué dans fa J'erre 
de Chaz,€U , s^êtoit avifé d^ écrire à Paris une 
Lettre , dans laquelle il f ai/oit , outre une Criti-- 
que fanglante de f Epître LV. des plaifanteries 
peu refpeilueufes pour le Roi. M. Deipréaux , â 
qui ces bruits revinrent y refolut de s*en vanger^ 
& fit part de/on dejfein à quelques perfonnes par 
le moïen defqueUes il tranfpira jufqt?au Comte de 
Buffi. Quoique celui-ci fut naturellement Jatirique, 
& quHl le fut avec toute Vindifcrétion & tout f em- 
portement f que donne une haute naijfance jointe i 
beaucoup d^ejpriti dont on efi accoutumé de faire 
foi-meme les honneurs ; il ne crut pas devoir atten- 
dre les coups i qu'une mainfure etoit en état de Im 
porter , & , pour s'en mettre à couvert , il écrivit 
de ChaTiCH le 20. d! Avril 1 67 j • d'une part au P. 
Rapîii & de Vautre au Comte de Limoges, tous 
deux amis de M. Defpréaux , pour les prier de 
n)oir ce Poète & de lui faire changer de penfie^ 

R£M^R(IU£S. 

le moien de placer aillem-s, ] En unepageendèrededeuxcoloones 

effet , oii pourrois-je raercre ce de M^marq, fans Texte au-deâ*us. 

qu'on va lirc.Ccft la I^eniarqne de Pour parer à cet inconvénicnt,ic 

M. Broffette furie dernier Vers de n*ai rien trouvé de mieux , <iue 

l'Epître/^. La manière, dont on la voie d'un A-vertiffement, J'au- 

s'e(l propofe d'exécuter cette £di- rai recours encore au même ex-* 

ti«n , ne permcttoic pas 4.'âV9ir pédiem pour VEpitre VIU. 



SUR rEPISTRE IV. jox 
'Le Comte de Limoges lui fit cette ( 6 ) Réponfè , 
datée de Paru le 16. JP Avril 167). 
* ^' Auffi'tot que fat eu refu votre Lettre , Mort" 
3, fieur , fai été trouver Defpréaiix , qui m^a dii 
yy qt^il m'êtoit obligé de Pavix que je lui donnois > 
9> Qu^U etoit votre ferviteur , quHl l'avoit toujours 
5, été, & qu'il le Jeroit toute fa vie : Qu!il êtoit 
„ vrai que fendant ces Vacations il êtoit à Baville 
oj avec le P. Rapin; quHl le pria de vous envoier 
^yfon Epitre de fa part avec un compliment: Que 
5, le P. Rapin lui avoit dit que vous lui aviésfak 
,, une réfonfe fort honnête à ce compliment : Qu'i 
pyfon retour à Paris mille gens lui êtoient venus dirg 
„ que vous aviés écrit une Lettre fanglante contre 
„ lui , pleine de plaifanteries contre fin Epitre , & 
,, que cette Lettre couroit le monde : Qu'il répon- . 
5, dit à cela qu'on la lui montrât \ & que fi elle 
,, êtoit telle y il y répondroit, non feulement pour 
yyjuflifier fin Ouvrage y mais encore pour avoir 
5, l'honneur dentrer en lice avec un tel combat- 
„ tant : Que perfonne ne la lui diant montrée , 
„ il ri y avoit pas fongé depuis s fin feul dejfein 
„ étant de répondre par un Ouvrage d^efpritjufi 
„ tificatif , a un autre Ouvrage qui avoit criti^ 
„ que le fien , mais fans y mêler les perfinnes : 
»> Qj^^ ^^^^à vous awriés dis pis que pendre de 

R£, MjiR(lU£S. 

< é ; La Réponfc du Comte de première fois dan^ TEdîtion > 

Limoges au Comte de Bi^ , que que M. Broffette a fait faire de 

?ona inférée dans cette j4'ver, tous les Ouvrages de nôtre P««t€ 

$ifemênf SL ètk imprimée pout U à Genève en 1717. 



joi AVERTISSEMENT 

i, lui , il etoit trop jufte & trop honnête hofàmi , 
5, pour ne vom pas toujours eftinur s & jar coth 
%/féquent pour en dire quelque chofe qui put vous 
j, déplaire : Que les chofes d^efprit qiu *vqus aviés 
^^ faites 9 fans compter njos autres faits , êtoient dif 
signes de rejiime de tout le monde , & dureroient 
„ même à la poflérité. . . . . , La dejfus il me mon' 
„ tra une pièce manufcrite que Linière avoit faite 
^y contre fon Epitre , dans laquelle ^ après avoir 
„ dit cent chofes offenfantes , il ajoute que M, de 
„ Buffi en dit bien dl autres plus fortes , dans um 
„ Lettre qu'il a écrite à un defes amis. . . . , DeC- 
5, préaux me dit enfuite qu'on lui avoit dit encore, 
„ que dans votre Lettre il y avoit des chofes un 
^ipeu contre le Roi , comme , par exemple ^fur ce 
,, qu'il difoit que le Roiprendroit tant de failles qu^il 
„ ne le pourroit fuivre , & qu'il l'alloit attendre 
„ aux bords de rHellefpont ; vous mettiés an 

,, bout , Tarare pou pon Il ajouta , en 

itjortant , quHl vous feroit un compliment , s'il 
5, croïoit que fa Lettre fut bien refui , parce qu'il 
,> favoit bien qu'il rfy avoit point d'avances qi^il 
5, ne dut faire pour mériter V honneur de vos bonnes 
%y grâces i,. 

M. Defpréaux écrivit en effet lui-même ylei^i 
du mois de Mai fuivant , au Comte de Buffi la 
( 7 ) Lettre , que voici. 

Rem^rq^ues. 

(7) M, Broffctte dit , que rut en 1709. dans la première 
cctlc Lettre de M. DefpréaHx pa- partie des Howvelles Lettres àé 



SUR UEPISTRE IV. 30$ 
*« Monfieur , f avoue que fat eflé inquiet du bruit 
9, qui a couru , que vous aviez, écrit une Lettre far 
»> laquelle vous me déchiriez moi & /'Epitre que 
9, fat écrite au Roi fur la Campagne de Hollande s 
,, car outre le jufie chagrin que favois de me voir 
», maltraiter var l^ homme du monde que jefiime 
9> & que f admire le plus , favois de la peine à di- 
9, gérer leplaifir que cela alloit faire à mes enne* 
„ Twif . Je rien ai pourtant jamais eflé bien perfua-- 
„ dé. Et le moyen de penfer que Chomme de la 
3% Cour aui a le plus d'efprit , put entrer dans les 
,, intérêts de l'Abbé Cotin , & fe réfoudre à avoir 
,, raifon mime avec lui ! La Lettre que vous avez* 
„ écrite à M. le Comte de Limoges , a achevé de 
„ me défabufer , &je vois bien que tout ce bruit 
,> n'a eflé qu'un artifice très-ridicule de mes très- 
„ ridicules ennemis. Mais quelque mauvais def- 
s,/ein qu'ils ayent eu contre moi , je leur en ai de 
3, l'obligation , puifque c'efl ce qui m'a attiré les 
„ paroles obligeantes que vous avez écrites fur 
,, monfujet. Je vousfupplie de croire que je fins 
,, cet honneur comme je dois, & que je fuis , &c,,» 

REMARilUSS. 

Comte de "Suffi ^ în-ii. p. z88. M. de Buffi ^ dont on vient d« 
avec quelques changemens que parler , ont été inférées dans TE- 
Ton avait faits dans le tour & dition , que Ton fit â Amfler'» 
dans les paroles. Il ne falloir dam en 171^. de toutes les L^u 
point imprimer cette .Le«re par- près de ce Comte j dans laquelle 
mi celles du Comte de Buffi , ou on les a toutes rangées par or- 
bien il la falloir donner telle dre chronologique. Celle de 
que l'Auteur Ta voit écrite. Au M. Def préaux eft à la page 38^. 
X^Çtt f les îtowveUes Lettres de du Tome II. 



304 AVERT. SUR UEPIST. IV.. 

Le ^o. du même mois de Mai , le Comfi^ad 
Buffî fit de ChazxH cette ( 8 ) Reponfe à nkfi 
Teete. 

*Ve nefaurds affes dignement répondre à vi-» 
y tre Lettre , Monfieur. Elle efl fi pleine d'honni^ 
^y têtes & de louanges , que f en fuis confus. Je 
,, vous dirai feulement , que je n'ai rien vu de vo" 
3, tre façon , que je rCaie trouve tre s-heau & très-' 
„ naturel , & que j'ai remarqué dans vos Ouvra* 
yyges un air d honnête homme que j'ai encore efth 
,, mé plus que tout le refle. Cefi ce qui m'a fait 
tyfouhaiter d'avoir commerce avec vous ; &fuif 
„ que foccafîon s'en préfente aujourd'hui , je vous 
„ en demande ia continuation , & votre amitié ^ 
», vous affurant de la mienne. Pour mon eflime , 
„ vous n'en devés pas douter , puis que vos ennt' 
^y mis mêmes voiis l'accordent dans leur coeur sût 
,1 ne font pas les plusfottes gens du monde ^^^ 

R £ M J R <i V £ s. 

f 8 ) M» tfjfette difoit en trompoit. On la trouve i |< 

Ï717. que cette Répoiife du page 58^. du II. Tome de TEdK 

'Comte de Buffi à M. DefpréaiM^ àts Lettre* du Qomttie Bv^ià& 

B*avoit pas êcé imprimée. Il fe laquelle on vient de parkn 



EPISTRE IV. 




EPI ST R E IV. 

AU ROY. 

Je, N vain , pour Te louer , ma Mufe toujours prcfte ^ 
Vingt fois de la Hollande a tenté la conquefte : 
Ce pais , 6Û cent murs n'ont pu Te refîfler , 
GraKû Roy, n eft pas en Vers fi facile à domter. 
5 Des Villes , que Tu prens > les nonis durs & barbares 
N'offrent de toutes pans que fyllabes bizarres j 
Et l'oreille effrayée , il faut depuis l'Iffel , 
Pour trouver un beau mot , courir jufqu'au TeffeL 

Chakg. Vers 7. Et toreilU Dans les premières Editions , îJ 

pQur trowvtr un beau mot , des rives de l*lffel , 
Il faut toûfoms bronchant , courir iuftjH'aH Tejeî, 
L*Âuteuc mie enfuite ainfi dans l'Edicion de 1688. 

Pottr trowver Hn beau met , il faut depuis l'Iffel , 
SanspowuQÎf s'arrêter , courir fuf^u'au Tejftl, 

Tm$ I. V 



I 



io6 E P I S T R Ë I V. 

Oui , par tout de fon nom chaque Place munie , 
lo Tient bon contre le vers , en détruit l'harmonie. 

Et qui peut , fans frémir , aboiHler Woërden ? 

Quel Vers ne tombcroit au feul nom de Heufden ? 

Quelle Mufe à rimer en tous lieux difpofée , 

Oferoit aprocher des bords du Zuiderzée ? 
15 Comment en Vers heureux aflieger DocCbourg , 

Zutphen , Wageninghen , Hardervic , Knotzembourg ; 

R £ M A R il U E S. 

Mais n*en étant pas content, qu*on fit de toutes Tes Oett- 
il tourna ces deux Vers de vres en 1674. in^iuariQ & »»• 
cttce manière dans l'Edition dowKf, 

On a beau s* exciter : il faut depuis l^Iffel , 
Pour trou-ver un beau mot , &C. 
Ce fut enfin dans l'Edition de Province près de la Meufe. 
1701. que ces Vers parurent 
comme iU fout ici. 

Ibfd. Ufuut depuis fljfel. ] 

Rivière des Païs-Bas , qui fe jette 

dans le Zuider-zée , ou la Mer 

de Sud. Cette Rivière reçoit les ciennement c'êtoit un Lac U 

eaux du Rhin par un canal qui des Marais * formés par la 

fut tiré d«:puis Arnheim jufqu'â branche Septentrionale du Rbin 



Vers i 4. des bords du Zut» 

derxée, ] Le Zuiderzée cft UÛ 
grand Goîphe entre les Provin- 
ces de Frife , d'Over-iffel , de 
Gueldre , & de Hollande. An* 



Doe(b^iU^g , par Drufus , Pè 
de l'Empereur Claude , & de 
Germanicus, Le Prmce à*Orange , 

3ui commaudoit les Troupes 
es HoUandois, abandonna Vlf- 
J'el y le 11. de Juin 1 671. 

Vers 8. courir jufau'au Tef- 

fel. ] Iflc de la Hollande , dans 
rOcean Germanique, â l'entièe 
du Golphe nomm^ le Zuider- 
zée. 

Vers i i . aborder VVocr- 

4w. ] Ville du c6té de Hollande , 
iituée fur le Rhin. 

Chakg. Vers 11. ^—^ au feul 
nom de Heufden ? ] Oans les pre- 
mières Editions on liidit , Sar- 
den. 

Ibid. • au feul nom de HeuJ. 

den f ] Autre Ville de la ώme 



jointe à l'Iflel ; &c les anciens 
Géographes le uommoient fU- 
'VUS y ou Flevilacus. Les eaux de 
la Mer ont dans la fuite couvert 
àc inondé tous ces marais , & il 
s'en eit formé le Zuider-zée» 
Ma>e AuHrinum , Sinus ^ujhri- 
nas. En Flamand , Zuid , figoi- 
fieleSud ;& Z« , la Mer. 

Vers i^. a^teger Ddif- 

bourg, ] Les Hollandois pronon- 
cent Dousbourg, Doefî^ourg , en 
Latin Dmfibwrgum , cil une Ville 
du Comté de Zutphen , fituée à 
l'endroit où les eaux du Rhin fe 
joignent â Tlif-l , par le canal 
de Drul'us, Cetre Ville fut prife 
Icii. deJuin 1671. par Mon* 
SIEUR , frère du Roi. 
ViRJ i^. Zut^ben , Wâlf 



E P I s T R E IV. J07 

Il n cft Fort entre ceux que Tu prends par centaines , 
Qui ne puiiTe arrefter un Rimeur fîx Amaines : 
£t par tout fur le Whal , ainii que fur le LecK y 

!• Le vers eft en déroute , & le Poète à fcc. 

Encor, (î Tes exploits , moins grands & moins rapides, 
LaiiToient prendre courage à nos MuTes timides , 
Peut-être avec le temps , à force d*y rêver , 
Par quelque coup de lartnous pourrions nous fauver. 

15 Mais dés qu'on veut tenter cette vafte carrière jf 
Pegâze s effarouche & recule en arrière : 
Mon Apollon s étonne & Nimegue eft à Toy , 
Que ma Mufe eft encore au camp devant Orfoy. 



min^hen , Hardervic , J^not:^em- 
bourg. 1 ZUTPHEN : Ville Capi- 
tale du Comté de Zutphen /prî- 
l*e par Monsieur , le i6> de 
Juin, yvageninghen , Hardervic : 
Villes du Duché de Gueldre, qui 
fe rendirepc au Roi, les iz. & 
a 5. de Juin. KjfotKembourg , cil 
un Fort . fitué fur le y^fabal^ 
vis-à-vis de Nimégue : il e(l auffî 
nommé le Fert de Nimégue, Il 
fut adtégé le if. de Juin, & 
pris le dix-fcpt par M. de Tu» 
rfime. 

Vers 19. Et par tout fur le 
V'vhal , atnii qne fur le Leck, ] Le 
V-vahalbC le Leck ^ font deux 
branches du Rhin^qui fc mêlent 
avec la Meufe. 

Vers 14* Poe quelque toup de 
Part nous pourrions nous fawver, ] 
L'Auteur donne ici l'exemple 
avec le précepte. Cette Epître 
e(l un jeu d'efprit , par lequel il 
fe fauve de la difficulté , en la 
montrant. 

Tom9 L 



Vers 17, — — tff Nîmegue efi 
à Toy, ] Ville confîdérable des 
Provinces-Unies , Capitale du 
Duché de Gueldre. Elle fut prife 
le 9. de Juillet 1671. par M. de 
Turenne , après fix jours de fiége. 
Cette Ville eil faraeufe par là 
Faix générale, qui y fut conclue 
en 1678. entre la France , l'Ef- 
pagne , & les Provinces-Unies « 
& en 1 679. entre la France £c 
l'Empire. 

Vers 18. — au Camp devoM 
Orr$y,-\ Ville 6c Place forte fur la 
rive gauche du Rhin , dans le 
Duché de Cléves. Au commeti- 
cçment de la Campagne , le Roi 
fît affiéger Orfoy , le premier de 
Juin , & le prit en deux iours. 
Il tint long-tems fon Camp de- 
vant cette Place,aprds qu'elle eût 
été prife } de forte que les Ga- 
zettes & les Lettres particulier 
res , datoienc toujours , duVamp 
devant Orjey, C'eft à quoi l* Au-* 
teuc fait allufîpn, 

V ij 



5o8 E P I S T R E I V. 

Aujoqrd^huy toutefois mon zèle m*eacour^e ; 
3 o II faut au moins du Rhin tenter l'heureux pafTage , 

Un trop jufte devoir veut que nous Icffayons. 

Mufes , pour le tracer , cherchez tous vos crayons. 

Car , puîfqu en cet exploit tout paroift incroyable, 

Que la vérité pure y rcfTembie à la fàblc , 
5 5 De tous vos ornemens vous pouvez l'cgaycr. 

Venez donc , & fur tout gardez bien d'ennuyer. 

Vous rçaMUgc des grands vers les difgraces tragiques ; 

Et fouvent on ennuyé en termes magnifiques. 
Au pié du mont Adulk entre mille rofeaux , 
^0 Le Rhin tranquille , & fier du progrés de fes eaux , 

Appuyé d*une main fur fon urne penchante , 

Dormoit au bruit flatteur de fon onde naiflante. 

Lors qu'un cri tout à coup fiiivi dç mille gris , 

Vient d'un calme fi doux retirer fes cfprits. 
A^ Il fç trouble , il regarde , & par tout fur fes rives 

^1 voit fuir à grands pas fçs Naïades craintives ^ 

R £ M ^ R (l U E s. 

Chakg. Vers 51. .f » trop jujle que dans l'Ëditionde 1701. Da»* 
devoir , tcc, ] Ce Vcrs n'a paru Les "premières il y avoic : 

Le mélheur fera grand, fi. iio$u nous jfnoyovs. 
Ce qu'il changea de cette mar nière en 1^94. 
///rfïr beau s*y noyer , fi nom nous y ncQftfns, 

Veils î9. ^» pi^ au moni anachronifmc pafc'tîque , s'il en 
AduUe , &c. } Montagne d'où le xvoit uféautremcik. Le kcu par- 
Rhin prend fa foarce. Desp. ticulfer . où eit la principale 

KAdula, félon Ptolémée, & Str^-, Source du Rhin ( car il y en ft 

hon. On Tappelle maintenant, deux >e{i une Montagne, qui fait 

It Mont fam Godard, Le Poëte partie du Mont faim Godard,' 

emploie le nom ancien « fbit âc qui e(l appeHée Vogel-berg , 

parce qu'il eft plus beau bc plus, ou Morne d*^ccelh : le Mont d0 

•poëcique , foit au(& parce que l'Oifeau : ^A'vicula^ Cc dctniec 

voulant parler du Dieu du I^lnn mot a peut être été fornoé i*A^ 

& des NdiWiex , il auroic fait un dula. 



E P I s T R E IV. 

Qui toutes accourant vers leur humide Roy , 

Paf un récit affireux redoublent fon ef&oy. 

Il apprend qu un Héros conduit par la vidoiro , 

f o A de Tes bords fameux flétri Tantique gloire. 
Que Rhimberg & Wefel tcrraffez en deux jours , 
D'Un joug déjà prochain menacent tout (on cours » 
Nops lavons veu , dit TUne , affronter la tempcftç 
De cent foudres d*airain tournez contre fa telce. 

S 5 II marche vers Tholus , & tes flots en courroux 
Au prix de fa fureur font tranquilles & doux. 
Il a de Jupiter la taille & le vif^c ; 
Et depuis ce Romain dont l'infolent paffage 

R£MARqU£Sm 



3^3 



VehS f o. o^ dejès bords fameux 
fitri Cantique glotte, ] MOLIERE 
ji*apprôuva pas ce Vers , pattcc 
qu'il ûguifie que la pré£ence du 
Koi a déshonoré le Fleuve du 
Rhin. L*Auceur lui répréfeou 
que ce font les Naïades de ce 
fleuve , qui parlent du Héros de 
la France, cohime d'un £nne-^ 
mi f qui veut foumèttre leur Em- 
pire à Ton joug } qu*ain(i il efl 
pacurel qu'elles difenc» que Louis 
a flétri f ancienne gloire du ^in, 
JAùs Molière ne Ce rendit pas. / 
Vers ku Qjfe I{himbtrg tSf 
V'vefel ierraffeK en deux jours, ] 
Ces d|px Villes font fîcuéesfur 
le Rhin : l'une fur la rive gau- 
che du Fleuve ) & l'autre fur ta 
rive droite. V'vefel cft une Ville 
du Duché de Cldves , qui appoi- 
cenoit aux HoUandois depuis 
l'an itfi9. & le Prince de Condi 
la prit le 4. de Juin i s-jx, apr^s 
deux jours de ^kgtiKhimberg êtoit 
auin fous la domination des 
HoUandois , &, fut pris le <• d^ 
î mois. : 



Vers ç^. // marche -vers Tho» 
lus, ] Village fur la rive gauche 
du Rhin au-dcilus du Fort de 
Skink > à la pointe du Bétaw. 
Tolhuis^ en langage Flamand» 
(îgnîfie , M» Bureau où l*on refoit 
les Péages. C'eft en" cet endroit 
que les François pafsèrent le 
Rhin t la nage. 

Vers ^7. I^ ^ ^* Jupiter la 
taille O' le tàfage, ] LoUis XIV. 
cft ici compare »-/M/»»<eir,, mais 
c'eft ^ Jupiter foudrotant O- exter. 
minateur, Aiulî cette comparaî- 
fon eft bien plus glorieufe que 
fi le Poè'te a voit die que le Roi 
reiTembloit au Dieu Mars com-* 
me quelques Critiqués le vou- 
loient : car Mars , quoique l'un 
Acs Grands Dieux, eft. pourtant 
fubordonné i Jupiter, Homère 
dtinne au Roi jfgamemnon , U 
tête & les ïeux de Ji^iter quand U 
lance la foudre. Iliad,II. y, 478^ 

Vers ^8- Et depuis ce ^- 
vain , dont l*infolent paffage , Sm 
m» tont, en deux jours , ôcc. ] JuUf 
Cifyr.Diif, 

Viii 



410 E PI s TR È IV. 

Sur un pont en deux jouri trénii>à ttfas tes efforts , 
f Janflus rien de fi grand n a ^ru for tes bords. 



Pendant qu'il faifoit la guerre 
dans les Gauler il paiTa deux fois 
le Rhin pour allée cljâcier les peu- 
ples d*All'em«^ne , qui avoienç 
envoïé du fecours aux G^uloisi 
La première fois fon Armée paf- 
la lur un pont , pour la conftruc- 
tioii duquel il emploïa dix tours 
oc non pas deux , comme la Na- 
ïade dit ici. Voïés les Commen$. 
àe Céfar, L. IV. Ch. i. «C L. 
VK Plutarq, V^e dt Jnlei Céfâr 

Je fis faire cette obferyation 
à M. Defpréaux àitXïi ïLïiC LÂtrè 
que je luj écrivis le 4. d'Avril 
170^. ^* Ad fond cette circôn- 
« (taaçe ell affez indiil^rente , 
„ luidifâii*fe, mais il femble que 
;, vous auriés dâ marquer un 
,, peu tplus xi'exaétitude dans It 
„' fait hiftoriquc. Elle tourna 
sy mênie à là gloire du Roi « qui 
t> a Élit eu un moment, ce ^ 
„ le plus grand Capirafhe dt 
^ l'Empire Romain n'a pu faire 
,, qu'en dix joun , & avec Ic'ftj. 
^ cours d^n pont ,,. 

M, De/préaux ipe fit cette rh- 
ponfe le ». du nvême mois. "Je 
^, n'ai jamais voulu dire que J^- 
4, lés Cêjmt n'ait mis «pte deux 
„ jours â ramailèr & À lier bn- 
,» femble les rnatériaux dont i( 
I, /itt:pnflTpire le pont Air lequel 
9^ il paflà le Rh4o« Il n^eft qué^- 
%>âtoft dans. Inefe vers que dû 
^, temps qu'il mrt à faire pailer 
M fcs Troupek fur ce pont , fe 
«vie ne fcai m&mé s^il y em- 
,,ploya lieux jours. Le Roi, 
1, quand il pafla le Rhin , fit 
'^ainenec un très^rand nom- 
,,brc de Bateaux de cuivre, 



ti qu'on avoir été plus de de« 
1» ftiois à cdnftruire , & fur un 
«• defqueis même M. ^ Primit & 
„ M. le Duc pafsèrent. Mais 
^» qu^éft-ce que cela fait à la ra- 
9% pidité ) avec laquelle toutes 
» fes Troupes traversèrent le 
3i Fleuve \ puifqu'^l cft cercaii<> 
„que toute fon armée paffa 
„ oomme çcilç de Jules Cé/kr , 
„aveç tout fon bagage, eu 
>, moins de deux $ours } Voil4 
„ ce que veut dire k Vers: Sur 
„ un pont en dmx jours trompa tcu 
„ ^s tjforts» En effet , quel few 
», autrement pourroit-oo doo- 
,v ner à. ces roots : T^eftnpM tm 
,, tes t^rts. Le Rhin pouvoit-ii 
„ s'efforcer à détruire fe pont, 
,) que fat foie cooftraire JWr/ Ce- ' 
4^/ar , lorfque les bateaux etoteof 
V» encore fur le chaarier : il fau- 
y, droit pour cela qu'il fc fât dér 
,, bordé : encore auroit-it été 
ï, pris pour dupe , fi Cé/kr avoit 
,, mis €es attbliers fur une bau*^ 
j, teur. Vous voyez dbnc hîtst » 
^, Moafieur , qu'il faut laider , 
,,d«Mf fcmsi parce que, fi fc 
„ meitois dix jowts^ cela feroic 
■„ fort ridicule , 6c je donnerois 
„ aux Lefteurs unt idée fort ab». 
,V farde de Céfar ^ eOtdifant 
,^ comme une grande chofe« 
„ qu'il avoir ehiployé dix jours 
5, à faire paflèr une Amiéc de 
;, trente mille homnies : don- 
^„ nant par U aux Aîlemaftd& 
,, tout le temps qu'il IjCUf falloit 
„ pour s'oppofer d fon paflage, 
„ Ajoutez, que tts façons ée 
,') parler , e» dtnx fours , en trois 
,, ;cM«tj ne veulent dire qUe »»'"- 
„ promptememt ^ 9ff m$im 4e rieé^ 



E P I s TR E IV. 3u 

Le Rhin tremble & frémit à ces triftes nouvelles j 
Le feu fort à travers fes humides prunelles, 
C cft donc trop peu , dit-il , que l'Efcaut en deux mois 
Ayt appris à couler fous de nouvelles loiz 

^5 Et de mille remparts mon onde environnée 
De ces Fleuves fans nom fuivra ladeftinée ? 
Ah l peri/Icnt mes eaux , ou par d'illuftres coups 
Montrons qui doit céder des Mortels ou de Nous. 
A ces mots cffuyant fa barbe limoneufe , 

70 II prend d*un vieux Guerrier la figure poudreufe. 
Son front cicatrice rend fon air furieux , 
Et Tardeur du combat étincelle en fes yeux. 
En ce moment il part , & Couvert d une nue , 
Du fameux Fort de Skink prend la route connue. 

75 Là contemplant fon cours , il voit de toutes parts 
Ses pafles Deâen(eurs par la frayeur épars. 



„ Voilà , je croi , Monsieur , 
„ de quoy contenter votre criti- 
,, que. Vous me ferez plaidr de 
„ m*cn faire beaucoup de pa- 
,, reilles ; parce que cela donne 
„ occafîon , comme vous voy^z. 
„ à écrire des Diflèrtations alîez 
„ curieufes,,, Brossette. 

Vers 64. ^jrt appris à couler 
fous de nouvelles toix, ] En l'année 
16^7. le Roi avoir conquis une 
partie de la Flandre qui eft arro- 
fée par l'Efcaut. 

IM»T. Vers 69. efiuyant fa 

barbe UmoneHfe, ] C'cft le l(heni lu- 
$tum caput d*Horace , Livre I. Sa- 
tire X, Vers 57* 

Vers y \. Son front cicatrice, ^c,"] 
Quelques-uns ont prétendu qu'il 
auroit fallu dire , cicatrifé. Mais 
ils n'ont pas pris garde que cica^ 



trifé fe dit d'une plaie , qui conj. 
mence â fe fermer : au lieu qu© 
cicatrice Ci^nific , cowvert de c«c4- 
trices , recou/u en di-vers endroits. 

Dans l'Edition de Paris 1740I 
on a mis : Son front cicatrifé^ fans 
rendre aucune raifon de la har- 
diefle de ce ciiangement. 

Vers 74. Du fameux Fort de 
Skink , &c. ] Le Fon de S kir k on 
de Schenk ( Scherk'n-Si,hantre ) cft 
confîdérable , tanr par fes Forti- 
fications qu(! par fa (ituation 
avantageufe. 11 cft fitué â U 
pointe de i'Ifle de Bétavv , ou 
Bétuvve , qui eft l'endroit où le 
Rhin fe divife. Les Etats de 
Hollande Hrcnt bâtir ce Fort par 
le Colonel Martin Schenk , l'an 
1^86. Voïés la ^marque fut 1q 

Vers 1 48. de cette Epitre. 1 
Viv 



jiA E P I S T R E I V. 

Il voit cent bataillons , qui loin de fe deftendre, 
Attendent fut des murs l'ennemi pour fe rendre* 
Confus , il les aborde , & renforçant fa voix ; 

jBo Grands Arbitres , dit-il , des querelles des Rois , 
£{l-ce ainfî que votre ame aux périls aguerrie , 
Soutient fur ces remparts l'honneur & la patrie l 
Votre Ennçmi fuperbe > en cet inftant fameux , 
Du Rhin prés de Tnolus fend les flots écumeux. 

g - Du moins en vous montrant fur la rive oppofée , 
N*oferiezrvous faifir une vidpire aifée ? 



£Mj4Jli(^U£S. 



Chang. Vers 80. Grands i/fr- 
hitres , dit~il , des querelles des 
^ois. ] Ds^,ns la première Edi- 
tion , il y avoir , du dejîin de 
deux I{ois. 

Ibid. Grands Arbitres , rf>M7, 
des querelles des Kfiis, Ce Vers 
contient une Ironie très-amère. 
Après la Paix d*Aix la-Chapelle^ 
les Hollandais firent frapper une 
Iflédaille répréfencanc d'un côté 
la Liberté Bata'viqne avec fes 
Simboles, & portant au revers 
cette Infcription orgucilleufe. As- 
SfUTIS Legibus. Emendatis 
Sacris. Adjutis , Defensis , 

CONCILTATXS ReGIBUS. ViNDI- 
CATA MaRIUM LiBERTATE. PA- 
CE EgREGIA ViRTUTE AlLMO- 

HVM. Parta. Stabilita Orbis 

£UROP£l QUlETE. NU- 

MisMA Hoc. s. F. B. C F. Cl3. 
i3c, Lxviii. M. Bi^fit dans fon 
tJifloire Métallique de la ^épubli- 
tfue de Hollande , traduit ainfî 
cette Inscription : Après avoir 
sffUré les Loix , réformé les abus de 
la ^ligion , ajjijié , défendu , c^ 
réconcilié les I(ois , rendu la liberté 
fux Mers , fait faire par la force 
ie$ Armtj lent Paix glorieuf» , o 



rétabli le repos de t Europe i kt 
Etats des FroTjinces-'Vnief ont fait 
frapper cette Médaille en i668* 
Le Roi fur indigné de l'audace 
avec laquelle ces Républicains 
s*attribuoient la gloire de tous 
les événemens de ce tems-là. 

On voit par les termes de cette 
Infcription , que c'eft à tort que 
M. Du Montetl fait un crime â 
M. Brojfttte , d'avoir dit dans fa 
l{emarque fur cet endroit» que 
les Hollandois prçnoient les titres 
îziiMiUxd:^ Arbitres des 1Ç«/ , de 
^formateurs de la I(eligion , de 
Proteâeurs des Loix. Ces titres fe 
trouvent en fubftance dans les 
Expredîoiis trçp générales de 
Vlnfcription, 

Dans TEdition de Paris 1740, 
au lieu de l,a TraduSlion de M. 
BiKot , que j'ai rapportée d'après 
M. Du Monteil , on a mis la Tra- 
duSiion de M. yanlaon , quoi- 
qu'elle foit bien moins exaâe &; 
qu'elle ne rende nullement la 
force des Termes Latins. 

Vers 81. l'honneur & U 

Patrie."] Ilyavoitfur les Dra- 
peaux des Hollandois , Pro b9-* 
nore O' fatrid, D £ $ p* 



E PI ST R E IV. jij 

Allez , viIsCombattans , inutiles Soldats , 
LaifTez-là ces moufquets trop pcfans pour vos bras 3 
£t la faux à la main parmi vos marefcages , 

::> Allez couper vos joncs , & prefTer vos laidages j 
Ou gardant les feuls bords qui vous peuvent couvrir ; 
Avec moi , de ce pas , venez vaincre ou mourir. 

Ce difcours d'un Guerrier que la colère enflamme , 
Reflufcite THonneur déjà mon en leur amç ; 

► 5 Et leurs coeurs s'allumant d'un refte de chaleur , 
La Honte fait en eux l'effet de la valeur. I 

Ils marchent droit au fleuve , où L O U I S en perfonnc 
Déjapreft à paffer , inftruit , difpofe , ordonne. 
Par Ton ordre Granunont le premier dans les flots 

00 S'avance foûtenu des regards du Héros. 

Son courfîer écumant fous fon Maître intrépide > 
Nage tput orgueilleux de la main qui le guide. 

Veks 89. Et U faux À ta main , mier qui tenta le pa(Iâge. Il êtoit 

&c. 1 Ces deux Vers difent bien Lieutenant - Général de l'armée 

noblement une chofe bien peti- de M. U Princt ; jjc le Roi lui 

te , & bien baffe. Voilà le fort commanda de voir s*il trouve- 

de la Poëfie. Cependant 1 a phra- roit un gué dans le Rhin , pour 

fs n'eft pas tout-à-fait régulière » aller aux Ennemis , oui paroif- 

car la faux à U main, fert bien à foient de l'autre côte. Il vint 

couper les joncs , mais non pas rapporter au Roi qu'il avoic 

â ptelfer Us laitages, L'Auteur y trouvé un gué facile vers Tol- 

avoit bien pris garde > & avoir huis « & promit de pafler à la 

eifaïé plusieurs fois d'y remédier, tête de la Cavalerie. La vérité 

Ildifoitàce ptopos : Non /euU- êtoit pourtant qu'il n'y avoit 

ment fe n*ai pu 'venir À bout de le point de gué : de forte que l'Ar- 

dire mieux , mais je n*aipu le dire mée fut obligée de traverfer une 

Mufrement, bonne partie du Rhin à la nage : 

Vers 9p. Par fon ordre Gram* mais le Comte de Guiche , qui 

ni«i>»,&c.] Monfieur le Comte avoit (ervi en Pologne, s'y êtoit 

de Guiehe, D E S P. accoutumé à pa/Ier ain(i les plus 

CeComto, h'Is aîné du Mare- profondes Rivières, ài'exeiDplc 

chai dt Grammfnf^ f^( Iç fre- des Polonois« 



314 E P I S T R E I r. 

Rcvcl le fuit de prés ; fous ce Chef redouté 
Marche des Cuiraffiers Tefcadron indomté. 

lo; Mais déjà devant eux une chaleur guerrière 
Emporte loin du bord le bouillant Lesdiguierc , 
Vivonne , Nantouillet , & Coiflin , & Salart : . 
Chacun d eux au péril veut la première part. 
Vendofme , que foûticnt l'orgueil de fa naiflance , 

X I G Au meGne infiant dans Tonde impatient s'élance. 
La Salle , Beringhen , Nogent , d'Ambre , Cavois , 
Fendent les flots tremblans fous un fi noble poids. 



Vers t 03. JÇ^o/e/ /* fuit de près^ 
&c. 1 Le Marquis de ^éuel , Co- 
lonel des Cuirafiers , Frère du 
Comte de Bro^lio. Il fut bleiré de 
trois coupi; d'épée dans Taftion 
qui fuivit le paflagc du Rhin. 

Vers 1 06. /«? bouillant Lef- 

diguieres. ] Monfîcur le Comte 
de Saux, D E S P. 

François Ernavuel rff Blanche fort 
de Bonne de Créant , Duc de Lef- 
diguicres , Pair de France, Com- 
te de Saitx , Gouverneur de Dau- 
phiné . mourut en t^8i. Pen> 
dantlepaflage du Rhin, il fut 
bleffé , mais il ne laiila pas d'a- 
vancer toujours , & ne perdit 
point Ton rang : de manière qu'il 
îbrtit de l'eau le premier , & 
donna le premier coup. Sa va- 
leur fe fît beaucoup remarquer 
dans cette aâion : Il montoit 
un cheval blanc , qui fut tué 
fous lui. 

Vers 107, Vrvonne , Nantomil- 
let. & Coiflin , &c. ] Lonis - Kiâfcr 
de B^chechoHort , Duc de Mortc- 
mar , & de Vivonne , alors Gé- 
néral des Galères , depuis 16^9. 
& enfuite Maréchal de France 
en 167s. mourut au mois de 



Septembre 1^88. 

Le Chevalier de KantouiUett 
Ami particulier de nôtre Auteur, 
aulii-bien que M. de yii>onne. 

Armand du Cambout , DuC de 
Coiflin , reçut plufieurs coups , 
après avoir pafTé le Rhin. Il 
mourut le 16. de Septembre 
1701. âgé de 67, ans. Il êtoit 
Pair de France , & Chevalict 
des Ordres du Roi. 

Vers 109. Vendofme , tptefoi' 
tient l*orgueil de fa naiffance. ] M., 
le Chevalier de Vendbme , depuis 
Grand Prieur de France , quoi- 
qu'il n'eût pas encore dix - fcpt 
ans, ne laifla pas de travcrfet 
le Rhin à cheval. Il gagna mê- 
me un Drapeau & un Ëtendart , 
qu'il apporta au Roi. 

Vers xw.La SatU^ Beringhen, 
Nogent , d* Ambre , Carooii. ] Le 
Marquis de La Salle fut des pre- 
miers à pafTcr le Rhin. Mais les 
Cuirailiers aïant eu ordre de fe 
ietter à l'eau , & de pafler, ils 
le firent fi brufquement qu'aïant 
rencontré M. de La Salle devant 
eux , ils le blefsèr«nt de cinq 
coups , croïant qu'il êtoit Hol- 
landois , quoiqu'il fût habillé à 



EPISTRE IV. 

X O U I S les animant du feu de Ton courage , 

Se pkiiit de fa grandeur , qui iattache au rivage. 
f Par fes foins cependant trente légers vaiflcaux 

D'un tranchant aviron déjà coupent les eaux. 

Cent Guerriers s'y jettant fîgnalent leur audace. 

Lç Rhin les voit d'un œil qui porte la menace. 

Il s'avance en courroux. Le plomb vole à l'inftant , 
^ Et pleut de toutes parts fur l'efcadron flottant: 

Du falpçftre en foreur l'air s'échauffe & s'allume ; 

Et des cpups redoublez tout le rivage fume. 

^ E M A R q U £ S. 



3^S 



la Françoife, & qu'il eût l*é- 
cfaarpe blanche. 

Le Marquis de Beringben , Pre- 
mier Ecuïer du Roi , & Colonel 
du Rigimenc Dauphin > votant 
que Ton cheval ne vouloit point 
pader , fe jetta dans le bateau 
de M. /* Prince. Après le palfage 
il fe bâtit vigoureufement , & 
reçut un coup de nioufquet dans 
lamammelle droite, & plufîeurs 
coups dans fes habits. 

jlmauld de BantrUy Cçtntedc 
Nogent , Capitaine des Gardes 
de la Porte , Lieutenant-Géné- 
ral au Gouvernement d'Auver- 
gne, Maître de la Garderobe 
& Maréchal des Camps & Ar- 
mées du Roi , fut tué au pafTage 
dii Rhin , d'un coup de mouf- 
• quet à U tête , & Ton corps fut 
inhumé dans l'Eglife de Zeve- 
nart , village de Gueldre. 
'Louis <i*0^er, Marquis de Cavoify 
depuis Grand Maréchal des Lo- 
gis de la Maifon du Rqi , étoit 
d'une Famille illuftre de Picar- 
die. Il commença à fe faire con- 
noître fous le nom du Che'valier 
de Carvois , par une aâion de 
gr^nd léclat. Dans le comba^ 



Naval ^ que la Flotte Angloîfc 
gagna contre les HoUandois au 
mois d'Août i666. il êtoit fur 
le bord de l'Amiral ^ter^ avec 
MM. le Chevalier de Lortdne^ 
le Chevalier de Coi/lin , duquel 
on vient de parler , & de Bhfca. 
RUYTER accablé par le nombre 
faifoit une retraite glorieufe ; 
mais un Brûlot Anglois , qui ve^ 
noit à lui , l'auroit fait périr in« 
dubitableœent , (î je Chevalier 
de Cavois y ne l'avoit empêché , * 
en allant avec les trois autres 
Seigneurs François, couper les 
cables de la chaloupe du Brûlot. 
Il repalTa au tràves des Enne- 
mis , & vint rejoindre l'Amiral , 
qu'il avoit fjiàuvé. Il fe didin- 
gua encore au paflagedu Rhin. 

Vep.s 11^. trente légers 

vaifeanx, ] Des Bateaux de Cui- 
vre , dont il eft parlé fut le Vers 

Vehs 119. // s*a-vance en cour- 
roux^ &c, ] Ceci n'cft point dit 
au hazard ; car dans le tems du 
pa(Iage , & pendant la nuit pré- 
cédentejes eaux du Fleuve furent 
extrêmement agitées par le vent. 

Vïa^ m. Dufalpejlre enfuunr 



ua EPI s T RE IV, 

Dé)^ du plomb mortel plus d'un Brave eft atteint : 
Sous les fougueux Courfîers Tonde (écume & fe plaint, 
^1^5 De tant de coups afireux la tempefte orageufe 
Tient un temps fur les eaux la fortune douteufe. 
Mais LOUIS d'un regard fçait bientoft la fixer. 
Le dedin à fçs yeux noferoit balancer. 
Bien-toft avec Granunont courent Mars & Bçllone , 
I ; o Le Rhin à Içur afpeâ d'épouvantç friffonne. 

R £ M ji R q^u £ s. 

têir s*kha»^e (^ s* allume, ] L' Au- celles des Dards , Hf s Tleàts , dtf 
teur m'a die qu'il êcoic le pre- ^oMc/m-j ,& des autres armes ao- 
mierde nos Pob'tes^qui eût parlé tiennes. Si la Poudre à Canon 
en Vers de VAnilltrie modem* , avoit été en ufage dans TAnti- 
9c de ce qui en dépend ; comme quitc , Homèn & Virgile en au- 
\c% Canons ylti Bombes y\z Poudre 9 roienc fait fans douce les plu> 
le Sahêtrei dont les noms font grands ornémens de leurs P(^' 
pour le moins auffi beaux, & mes. £n e^et, peut-on voir de 
les images au(fi magnifiques que plus belle Poëfie que celle-ci \ 

C'efloit peu que fa main conduite par l*Enfer , 

Eufl paifïri le Salpefhre , eufl aigui/é le fer , &c. Sat. VIII- V. t çj. 

De cent foudres d* airain tournez contre fa tite ^ Ôcc. Ep, IV. Vers^4« 

Vu Salpêtre en fureur l'air s* échauffe €► s*allftme , &:c. Vers izi. 
Et les bcmhes dans les airs 
Allant chercher le tonnerre , 
1^ Semblent y tombant fur la terre y 

' Vouloir s^oHvrir les Enfers, Ôde fur Namur , St. IQ. 
Ces Images font d'autant plus que de faire vaincre un Dieu 
belles , qu'elles font vraies , au par de fîroplcs Mortels. Le Poe* 
Jieu que fi le Pofe'tc avoît parle de te feint doue que Mars 6c Bellone^ 
Javelots & de Dards , fcs Peintu- qui foiu Ats Divinités fupéricu- 



res & fe« Defcriptions auroieqc 
été faulTes. Brossêtte. 

M. Deftréaux fe trompoit. On 
avoic parlé de Y artillerie moder- 
ne ditii nôtre Po'e'fie , avant lui. 



res au Dieu du J(hin , fe joigDcnç 
au Comte de Guiche , pour com- 
battre ce Dieu, Avec un tel fe* , 
cours* il e(l de fa règle, que 
les François aient l'avantage.. 



VtKS t %$, Sic tio, Bientoll avec C'cft ainû qyCHomère relevé là 
Grammont courent Mars & Bellone, valeur de fes Héros , en inté* 
Le I(hin à leur afpecl , &c. ] On reflant çrefque toujours quelque 
fuppofeici, que le Dieu du l{hin Divinité dans leurs Combats. 
combatàlatctedesHolIandois» Dans celui de Dtoméde contre 
contre les Troupes Françoifes. Mars & Vénus , Dioméde eft fou- 
Dans cette fuppofition, ce feroit iQïiW ip2it Minerve, Ailleurs cc^ 
pécher contre la yraifcmblance. Poète donne Heptune poui ^- 



ÎEP I s T R E I V. 317 

i ponr noavclle alarme à fès c/prits glacex , 
uit s'épand qu'Enguicn èc Condé fon paffcz : 
i y dont le feul nom fait tomber les murailles > 
les efcadrons & gagne les batailles : 
en de fon hymen le feul & digne fruits 
i dés fon enfance à la vidoire inflruité 
emi renverfô fuit& gagne la plaine, 
eu lui-mefme cède au torrent qui Tentraine , 
il , defefperé , pleurant fes vains efTons 
lonne à L O U I S la vidoire & Ces bords, 
i Fleuve ainfi domté la déroute éclatante 
ins jufqu'en fon camp va poner Tépouvante ; 

fte à ffe^or. Il oppofe le M. le Duc d^Enguien , Fils du 
HtHor à Ajax foutcnu par précédent , Henri'JuUs de Bonr» 
n > & enfuite par Jupiter, bon. Il mourut le premier d'A- 
tous ces combats , Ho- vril 170^. 
arde une exafte fubordi- Im 1 t. Vers tjj, Condé ^ dont 

entre ces mêmes Dieux« te feul nom fait tomber tes murail^ 
u'oppofés les uns aux au- tes, ] Nôtre Auteur , en attri- 
mettant toujours la vie- buam au feul nom du Prince de 
lu côté^des Dieux fupé- Condé ^ le pouvoir de renverfer 
;n puiflànce. les murailles , donne une idée 

s 1 31 qu*EngHien ^ fublime de la réputation que ce 

ont pafeK» ] CoNDE* : M. Grand Prince s'êtoit acquife par 
ice de Condé , Louis II. fa valeur. Au refte , il avoir en 
^01» t Tun des plus Grands vue cet endroit du Taffoni dans 
ines de l'Europe. Il mou- fa Secchia rapita Cant. V. Veri 
II. de Décembre 1 686. 38^ 

// magnanimo cor di Salinguerra 
Chefa del nome fm tremar ta terra, 
is le tems auquel il fit Epître ir, tient beaucoup delà 
Ipître , il travailloit â fon nature du Poème EpiqUe, 
du Lutrin, Ainli , il ôtoit Vers 141* ^ y^urts fuftjH*en 

de la leé^ure de tous les fon camp , &c. ] y^urts ^ Maté* 
irs Poèmes Epiques , tant chftl de Camp des Holiandois , 
k Latins^ qti' JtatienSt C'eft tommandoit le camp destiné à 
"on poùc laquelle ceuc t'oppofer au paflage du Kbiii » 



3i8 E P I S T R E IV. 

"Wurts , refpoir du pais , & Tappui de fcs murs , 

Wuns.,..ah quel nom,GRAND Roy I quelHedorqucccWartsl 
X45 Sans ce terrible nom > mal né pour les oreilles > 

Que j*allois à -tes yeux étaler de merveilles ! 

Bien-tod on eût vu Skink dans mes vers emporté y 

De fcs fameux rempans démentir la fierté. 

Bien-toft....mais Wuns s oppofe à lardeur qui m'anime. 
150 linifTons , il eft temps : auffi-bien fi la rime 

AUoit mal à propos m'engager dans Amheim > 

Je ne fçai pour fonir de porte qu Hildesheim. 
O ! que le ciel foigneux de noftre poëfie , 

GrandRoy, ne nous fift-il plus voifins de TAfic ! 
155 Bien-toft vidorieux de cent Peuples altiers , 

Tu nous aurois fourni des rimes à milliers. 



R£M^R(IU£S. 



mais les Cuîraflîers aïant palK, 
es troupes de ^yurts lâchèrent 
pié , des qu'elles eurent fait la 
première décharge } ôc ce fuccès 
aïant donné courage à ceux qui 
êtoient encore dans l'eau , ils 
fc hâtèrent de joindre les Cui- 
ra/fiers , qui après avoir aiuu 
chaffé les Ennemis , s'ecoient 
arrêtés fur le bord pour les at- 
tendre. y^^^^rts ctoit dd Holftein 
d'une naiflance médiocre. Il 
àvoit acquis beaucoup de repu- 
tation en défendant Cracovic 
pour les Suédois contre les Im- 
périaux. Il eft mort à Ham- 
bourg. ^ ^ 

Vers 148. De fes fameux rem» 
parts démentir U fierté,'] Le Fort 
de Skink fut aflîégé par nos Trou- 
pes le 1 8. de Juin . fie pris le 
ai. Les habitans du Païs di- 
foient que ce Fort êioit imprc- 



nable. Il avoir été furpris efl 
16 16. par les Efpagnols , qui 
s'en rendirent maures ; & les 
Hollandois ne purent le repreu- 
dre qu'après un fiége fameux, 
qui dura huit mois. Il n'y ref- 
toit plus que douze honimes,qui 
fe défendoient encore. , 

Vers u I . — — m* enrager dans 
^rnheim, ] Ville con(îdcrablc àa 
Provinces- Unies , dans le Du- 
ché de Gucldre. Elle fut prift 
par nos Troupes , fous le com- 
mandement du Maréchal de Ti»- 
renne , le 14. de Juin 1671* 

Vers m i. de porte em'HiU 

desheim, ] Petite Ville de l'Elcc- 
torat de Trêves. 

Vers m 4. plus wifins de 

l'Afie, ] De la Grèce Afiatique , 
dans laquelle êtoit fituée la fa- 
meufe Ville do Troyc , ou dl- 
liaa. 



E P 1 s T R E IV. 3 1 p 

11 n*eft plîtinc en ces lieux fi feche & fi fterile , 
Qui ne foit en beaux mots par tout riche & fertile. 
Là plus d*un Bourg fameux par Ton anti(jue nom 
^ Vient offrir à l'oreille un agréable fon. 
Quel plaifir de Te fuivre aux rives du Scamandre î 
D'y trouver d*Iiion la poétique cendre , 
De juger fî les Grecs qui briferent fes tours , 
Firent plus en dix ans que L O U I S en dix jours ! 
5 Mais pourquoi fans raifbn defefperer ma veine ? 
Efl-il dans l'Univers de plage fî lointaine , 
Ou Ta valeur , Grand Roy, ne Te puiffe poncr , 
Et ne m'ofïre bien-tofl des exploits à Chanter f 
Non , non , ne faifons plus de plaintes inutiles j 
o Puifqu'ainfî dans deux mois Tu prens quarante Villes j 
Afiuré des bons Vers dont Ton bras me répond , 
Je Tattens dans deux ans aux bords de THellefpont. 

R E M j4 R (l U £ S. 

Vers r^8. Q»i nefciten beaux Latino fucundior , ut nofîii Poe'U 

mots par tout riche & fertile, &C. ] ejuoties dtUce carmen effe tjoluerunt , 

Selon QHintilien > au Liv. XII. de illorum id nominibus exoment, 

fes InfîitHtions Oratoires . C. lO. VERS i^i. attx rives dn 

la Langue Grecque êtoit telle- Scamandre, ] Dans l'Edition de 

ment au deflus de la Latine, 1701. en petit volume, ily a: 

pour la douceur de la pronon- de Scamandre , mais c'eft une 

ciation , que les Pofe'tes latins faute d'impreffion , & il faut 

cmploïoient plus volontiers les lire : du Sctmandre , comme il y 

noms Grecs . quand ils vou- a dans toutes les autres Editions, 

loient rendre leurs Vers doux & Voïés i*Art Poétique Ch. III, V. 

faciles. Ta»$à efi Sermo Gracus a8^. 



Mt>E5PREAux fab voir dans la cinqutéât 
.Epître , comfofée en 1674. & publiée Vanm 
fuivante , que la véritable félicité naît de la Connois* 
SANCE de foi -même. Nôtre bonheur dépend uni* 

Juement dé nous. Ceji dans nous-même , que nous k 
evons chercher; & cfoire le trouver ailleurs y ce 
n'efi pas êtrefa^e. La Bruyère en a fait la réflexion 
dansfes Caraûcres , au Chapitre de r Homme.- Nous 
cherchons , dit - il , nôtre bonheur hors de nous* 
même , & dans l'opinion des hommes , que nous 
connoiffons flateurs , peu fincères , fans équité, 
pleins d*envie , de caprices , & de préventions: 
quelle bizarrerie ! 

M. de Guilleragues , à qui V Auteur adrejfe cette 
Epître , êtoit de Bordeaux, Il y êtoit Premier Pré* 
fidcnt de la Cour des Aydes ^ lorfqu'ilfe fit con- 
noitre de M. le Prince de Conti , qui le prit pur 
Secrétaire de fes Commandemens , & l'obligea de 
quitter la Province. Il eut quelque tems la direc' 
tion de la Gazette , & fut pourvu de la Charge de 
Secrétaire de la Chambre & du Cabinet du Roi. Per- 
fonne à la Cour n'eut plus de politejfe , ne farlA 
plus agréablement y n'entendit mieux la fine raille' 
rie , e? ne fut aimé plus généralement. Au mois de 
Décembre 1677. le Roi le nomma pour VAmhajfa' 
de de Confiantinople. Il s'y rendit en 1679. &quA* 
^ues années après > il mourut d'apoplexie. 



EPISTRE Y. 




EPIS T RE V. 



A M. DE GUILLERAGUESi 

SECRETAIRE DU CABINET. 



JbsPRIST né pour la Cour , & maiftrc en Tart de plaire j, 
Guiileragues , qui fçais & parler & ce taire , 
Appren-moi , fî je dois ou me taire > ou parler. 
Faut-il dans la Satire encor me fignaler , 
) £ t dans ce champ fécond en plaifantes malices y 
Faire encore aux Auteurs redouter mes caprices î 



E M A R q^ U £ s* 



ÎMiT. Vers 



- flw fçais fc rendre en Vers , ces mots , qui 
p- parler &• te iairei "] Voilà la font de Perfe dans fa quacciéme 
ineilleuremaniètedbncon puif- Satire , Vers ^4. 

r—'Dictnda tacendatjne caUes. 

IMIT. Vers 3. ^ppren.tnoi^ C é far S ealiger commence une S a^i 
fi je dois OH me taire , &c. ] Jules^ tire par un doute à peu près pareil* 
j4t melitts fnerat nonfcribere j namqne tacere 
Tntwm femfer erit, 

Tomel. % 



jii E P I s T R E V. 

Jadis , non fans tumulte , on m'y vit éclater : 
Quand mon efprit plus jeune & prompt à s'irriter , 
Afpiroit moins au nom de difcret & de fage : 

10 Que n[rôstfiicvcux plus noirs ombrageoient mon vifagc. 
Main e^^nt que le temps a njcuri mes defîrs , 
Qiic m0rt-%ç amôurQUX de plus fages plaifîrs , 
Bj.en-tort^'ea' va frapper à (on neuvième luftrc ; 
J^m^j^mij^x mon repos c]u un embarras illuftre. 

1 S Qfte Â'\^égd\t ardeur mîllc Auteurs animés 
Aiguifent contré moi leurs traits envenimés : 
Que tout , jufqu a Pinchcfne & m'infulte & m'accable, 
Aujourd'hui vieux Lion je fuis doux & traitable 5 
Je n'arme point contre euï mes ongles émouiRs. ^ 

10 Ainfi que mes beaux jours , mes chagrins font paflcs. 
Je ne fens plus l'aigreur de ma bile première ; 
£t laiffe aux froids Rimeurs une libre carrière. 
Ainfi donc Philofophe à la raifon foumis , 
Mes dcfams déformais font mes feuls ennemis. 

Vers xo.'^i^uemes thrvewtplus :tviiît environ quarante quaocl 

Ko'trs ombrageoient mon 'vifage, ] il la donna au Public ; & par 

L'Auteur porroît alors fes che- conféqucnt il approchoïc tfc ion 

veux, qui commençoient â blan- neuvième luflre j c'eft-à-dirc t 

chir. (k fa quarante- unième année. 

Vers i j. Bien-tofl s'en -vafrap. ~ Vers xj. Qne tout , fufqu'À Pin^ 

per i fon neuvième Injlre, ] A U çbe/ne , &c. ] Pinche/ne eftoit ne- 

Quarante & unième année. Des- Vcu de yotture, D e s p. 
fK^AVx. Il avoir écrit quelque choftf 

Un ladre eft l'efpace de cinq contre nôtre Auteur , mais il 

ans i ainfi le huitième luOre ne fentrtpasla force de ce tr<(» 

çofiiprend les^ années qui ibcc d^ Satire^ Il crut au Contraire > 

depuis trente-cinq jufqu'à qua- que M. X>e/>r^4M.r lui demandoîc 

taure. L'Auteur compofa cette grâce ^ & il eiï tira vanité. 

Épitre à trente-huitans : il en Voies L»/r^ Ch< Vé Vers i6j. 



Ê P t S t R È ^. jij 

is Céft Terreur que je fuis : c eft la vertu que j'aime^ 

Je fongç à me connoiftre , & me cherche en moi-même;, 
Ceftlà l'unique étude oujé veux m'attachcr. 
Que l'aftrolabe en main , un autre aille chercher 
Si le Soleil eft fi^e , ou tourne fur fon axe , 
30 Si Saturne à nos yeux peut faire un parallaxe : 
Que Rokaut vaiaement fëche pour concevoir , 
Comment tout eftant plein , tout a pu fe mouvoir : 



R 



EMARilVES. 



iMiT. Vers x^ Je fonge â me Sat. ÎV. ila fin. Et dans ccluî- 

tonnoiftre^ &- me cherche e^ moi. ci : Ne te qn^fi-veris extra. Sat. I. 

Wme;] Voilà le fujct de cette Vers 7. Et ehfiti dans ce Vers ^ 

MpUte Le texte s'en trouve dans qui eft le i^.de la 5'4»Ve qua- 

cc mot de Perfe : tecum habita, triémc. 

> 1/t nemo infefe tentât defcendexe , nemOé 

Vers x8; S^ ï'^Jlrolaée en nète n'eft prefque pas fcrifible à 

main , &c. ] Oh a rapporté fiir nôtre égard. Tous les Aftrono- 

le Vers 4x9. 4e U ^Satire X. la mes font le mot de Pàr^ilaxe, du 

îufts critique, que Madame de genre féminin. Nôtre Auteur 

La Sablière faifoit de ce Vers àc auroit pu dire z Si Sut^me à ttds 

xi" deux qiii le fuivçnt ici. • yen* fait une Parallaxe.. Msds il 

Vers 30.. Si Saturne à- nos yeux a préféré l'autre manière comme 

f eut faire un pardl(axe, ] Les Af- plus poétique. Bross.. 

.trononies appellent Paradoxe , Il eft à croire , comme. M. Du 

la difteteace qui eft entre le lien Monteilic remarque ici, que M. 

'*véritable d'*ln Aftre , & fon litU Defprèanx n'a ùàx. ParaMaxé maf- 

apparent s c'eft.à-dir6 , eiitre Ip culin , que parce qu'il l'at cru de 

lieu du Firmament auquel l'AC- cje genre. J'ajoute , que cette 

tre répondiroif: s'il êtoitvû du faute n'eft apparemment reftée , 

centre 4e, la, Terre -, & le lieil que parce qiic pcrfonpe ne l'en 

«u(}uel cet Àftre répond étant vu a fait appercevoic^ La correo- 



deîa furfaçede la Terre^ Cette 
différence ofe Parallaxe eft d'au- 
tant plus gfand^ , que l'Aftrâ eft 
plfts près de l^Horifon , &;qu'il 
çft moias éloigné, de ÏA Terre. 
Aiufî , il n'y a point de Par^Utt^- 
xe quand l'Aftre eft fur nôtre 
tête > & la grande diftance qu'il 
a entre Saturne & la Terre ', 



l 



tion en êtoit ttop arlfefi pour 

qnfilîne l'eût pas f»te. 

. Vers ji. fine K^l^tii vaint- 

mentfécbe v &C. ] Earfifrujc Car*- 

teûsB. Des p. 

:Jaç0tes J^haui , d'Ajpiens en 

Picardie , tnôurm à Pari» en 

167^ . Il eft enterré à: faintc Ge- 

neviève , où Ton voit fou Epiian 



fait que la Pardlaxt é^ cattc^Pla^ pktà côté de ceUc de vD</<#«fiei4 

XiJ 



I 



$24 E P I s T R E V, 

Ou que Bcrnier compofe & le fec & rhumidc 
Des corps roads & crochus errans parmi le vuidé 

5 5 Pour moi fur cette mer , qu ici-bas nous courons j 
Je fbnge à me pourvoir d'esquif & d avilrons j 
A régler mes defirs , à prévenir lorage y 
Et ûiuver , s*il fe peut ^ ma raifon du naufrage^ 
C eft au repos d'efprit que nous afpirohs tous : 

40 Mais ce repos heureux fc doit chercher en nous. 
Un Fou rempli d'erreurs , que le trouble accompagne 5 
Et malade à la ville ainfi qu'à la campagne y 



J£ M ^ R (l V £ s. 



Vers 3 j. 0» ^e dernier , fifC; ] 
Célèbre Voyageur , qui a com- 
pofî un Abrégé de ta Pbilo/ophie 
de Gajjendi, D E S P. 

Voies Satire IJI, Vers 141. 

Vers 51. 31. jj. & 34. 
i^jfe l(ohaHf T/ainement Jeche pour 
concevoir. Comment t Sec. Ou que 
Semier eompofe ^ &c. ] S'il y a 
quelque Vuide dans la nature , 
ou (î tout e(l abfolumenc plein , 
c'eft une queftion, qui a partagé 
leii Philofophes anciens Se mo- 
dernfis,.6c particulièrement les 
deux plus célèbres philofophes 
du dernier fiéclc , Defcartes Se 
OaffinS: Kôcre Auteur les dé- 
ligne en citant leurs plus déda- 
les Partisans. J(ohaHt dit avec 
Defcartes i que toute Bfpace étant 
Corps , ce qu'on appelle fluide 
feroit Efpace , àc Corps par con- 
ie^uenc ; & qu'ainlî non feule- 
ment il n'y a point de Vuide . 
•oiAis qu'il a'y eapeut pas 'mê- 
me avoir. Bemier au contcjû* 
Ttt veut, après Q^^endi ^mat tout 
foie coitipofé d'Atomes indivi- 
iîbles , qui errent dans un ief- 
pace vuide infinie & que ces 
i^tômei ne paillent fe mouvoir 



fans laiflèr néceilàiremehe er 
tre eux de petits efpaces vuidcs. 
Car , difent les Gafendifies^ coin* 
ment les Corps peuvent-ils fe 
déplacer > & occuper la place 
de divers autres Corps , fi le 
Vuide ne Itfur donne la liberté 
néceHaire à ce mouvement ? A 
quoi les Cartéfiem répondent, 
qu'il fufiît peur cela , que dans 
le même tems qu'un Corps fe 
meut , les Corps contigus fe 
déplacent l'un l'autre , de telle 
manière que, par un mouve- 
ment qui revient au circulaire , 
le dernier occupe la place du 
îircmicr , à mefufc qu*il la cède. 
Et comme la différente configu- 
ration des Corps femble s'oppo- 
fer à ce mouvement 4 ces Philo- 
ibphes ajourent , que la matière 
êtaùt divifible à l*inHni , elle fe 
brifb en des parties û petites » & 
il diâérentes dans leurs Âgures , 
lorfque la néccflîeé du mouve- 
ment le demande » qu'il s'en 
trouve toujours qui peuvent s'a- 
iuiler de manière qu'il ne refte 
aucun Vuide. Voilà félon eux » 
Comment , tout étant plein, toM 4 
fAft-wMnwirt 



E P T S T R E V. jzj 

En vaîo monte à cheval , pour tromper fon ennui , 
Le chagrin monte en croupe & galoppe avec lui. 

45 Que crois-tu qu'Alexandre , en ravageant la terre , 
Cherche parmi l'horreur , le tumulte & la guerre ? 
Pofledé d un ennui , qu'il ne fçauroit domter , 
Il craint d'eftrc à foi-mémc , & fonge à s'éviter. 
C'cft là ce qui l'cmporçe aux lieux ou naift l'Aurore , 

50 Oii le Perfc eft brûlé de l'Aftre qu'il adore. 

De nos propres malheurs Auteurs infortunés , 
Nous fommes loin de nous à toute heure entraînés. 

iMiT. Vers 44. Le chapon mon- „ ri^nt fur U peofée d'au- 
te en croupe , ^ galoppe a'vec lui,'] „ trui , & on le peut faire fans 
C'eft à propos dc ce Vers que „ ratiner. Horace ... dit qu'un 
le Père Bouhours , dans le troi« „ Cavalier a derrière lui le ctia* 
fiéme Dialogue de fa Manière „ grin , qui ne le quitte jamais. 
df bien penfer dans les Ouvra" », ( Pofl equitem fedet atra cma, ) 
ges d'efprit , a dit j '* On ne „ Ufi de nos Poètes l'emporte. , 
9, gâte rien quelquefois , repli- j, ce me fcmble , fur Horace , en 
„ qua Philanthe , en enciié- „ difant : 

,, 'Un fou rempli d'erreurs que le trouble accompagne , 
„ Et malade à la lAUe ain/i qWâ la campagne , 
,, Envain mo^te à chexial pour tromper fon ennui , 
„ Le chagrin monte en croupe &• galoppe a-vec lui^ 
„ Je vous avoue , repanit En- „ barque avec les matelots , Ôc 
,, doxe , que le François eft plus ,/court^ après les cavaliers <i'unc 
„ vif & plus beau que le Latm : ,, vitcflc qui furpafle celle des 
„ mais il y a un autre endroit ,, cerfs ôc des vents , & cet en- 
», ^'Horace , où le chagrin s'ein» >, droit- là eft plein de vivacité. 
„ Scandit aratas t/itiofa narves 
9, Cura , nec turmas aquitum relinqui$ 
„ Ocior cervis , & agent e nimbes 
„ Ocior Euro „. 
Cette Strophe eft de L*0<<e Xrj. fée que l'endroit . que nôçrc 
du II. Livre, Vers ti. & ren- Poète s*eft propolé d'imiter, 
ferme le même fonds dc pcn- Livre II. Ode I, Vers 37. 
^ Sed timor ^ ^ mina 

Scanâunt eodem quh dominus : nequf 
Z>ecedit -aratâ triremi , &* 
Pojl eifiitem fedef atra citra, 

Xiij 



^16 EPISTRE V. 

A quoi bon ravir l'or au lèin 4u Nouveau monde ! 
Le bonheur tant cherché fur la terre & fur Tonde ^ 
J 5 Eft ici comme aux lieux où meurit le Coco , 
Et fe trouve à Paris , de mefmcL qu'à Cufco : 
On ne le tire point des veines du Potofe. 
Qui vit content de rien , poifede toute chofe. 
Mais fans cefTe ignorans de nos propres be(bins , 
60 Nous demandons au Ciel ce qu'il nous faut le moins» 
O ! que d cet hy ver un rhume falutaire , 
Gueriffant de tous maux mon avare Beau-pere , 
Pouvoir , bien confeffé , l'eftendre en un cerdieil , 
£t remplir fa maifon d'un agréable deiiil 1 



T M I T. Vers ^4. Le bonheur tonde. ] HoRACl , Epitre XU 

§ant eherchi fm U Urrt «b* fur du Livre I. Vers i8. 
' — Nduibus atque 

CuAdrigis petimus bene inuere. Quod petis , hic ejl : 
Eji IfUibris : animnsfi te non déficit étqtms. 

Vers ç ^ . comme aux lieux propres befoins, ] Que Ton confî- 

cù meurit ie Coco,'] Dans les In- dère ignorant comme Participe 
des Orientales , & dans l'Afri- du Verbe i^nor^r , ou comme Ad* 
que. jeâiF verbal venant du même 
Vers ^<. — -rfe mefme qu'à Verbe i il a toujours la fîgniH- 
Cu/co. ] Ville du Pérou. D e s p. cation aûivc , & régit l'Accufa- 
Veks ^y, '^'^'des 'veines du Po' tif. Ignorans de nos befoins cft 
lo/è. ] Porrosi , Montagne où donc une faute de Si ntaxe échap- 
pent les mines d'Argent , les pée à nôtre Poctç , à tous fc$ 
|)lus riches dc^rAmerique. Desp. Critiques & à fou Commenr»» 
Le PotoJ! eft dans le Pérou. teur lui-même. 
Il y avoir de Potofe , dàqs la I.MiT. Vers 6i.O ! que fi cet h" 
première Edition. i/er un rhume falutaire , &c. 3 Pcr* 
l^y^KS î5. ignorans 4e nos^ A , Satire I. Vers 9. 



-Ofi 



EbuUit patrui prMlartun funut l f^ ^ 6 fi 
Sub raflrocrepet argent* mihiferia , dextro 
Hercule : pupUlum've utinam , quem proximus hér^ 
Xmpello i expungaml 



E P I ST R E r. ^iy 

€j Que mon amc , en ce jour de joye Se d'opulence , 

D'un fuperbe convoi plaindroit peu la dépenfe ! 

Di(blt le mois pafTé , doux , honnefle & fournis , 

L'héritier affamé de ce riche Commis , 

Qui , pour lui préparer cette douce journée > 
70 Tourmenta quarante ans (a vie infortunée. 

La mort vient de faifir le Vieillard catherreuz. 

Voilà fon Gendre riche. En eft-il plus heureux ? 

Tout fier du faux éclat de fa vaine richeflc , 

Déjà nouveau Seigneur il vante fa nobleffe. 
75 Quoique fils de Meufnier encor blanc du moulin , 

Il ed .preft à fournir fes titres en vélin. 

£n mille vains projets à toute heure il s'égare. 

Le voila fou , fuperbe , impertinent , bizarre , 

Rêveur y fombre , inquiet , à foi-mefme ennuyeux. 
So II vivroit plus content , fi comme fes Ayeux , 

Dans un habit conforme à fa vraye origine , 

Sur le mulet encor il chatgeoit la farine. 

Mais ce difcours n'ed pas pour le peuple ignorant , 

Que le fafte éblouit d'un bonheur apparent. 
S 5 L'argent , l'argent , dit-on ; fans lui tout eft fterile. ^ 

La vertu fans l'argent n'eft qu'un meuble inutile. 

Vers 70. Tottrmenta ejuarante triviale, A-t-il féuflî ? 
ans fa 'vie infortunée, ] Le peu- Imit. Vers 8<Ç. La 'vertu fans 
pie Hit : tourmenter fa paurvre njte, argent n'efl qu'un meuble inutile. ] 
Nôtre Auteur s*eft efforcé d'à- Horace dit , Epitre /. Livre 1, 
noblir cette Exprelfion baffe & Vers 3 ^ . 

Ci'ves , Ci-ves , quârenda pecunia primùm ejî j 
Virtus pojl nummos. 
Il dit encore dans la Satire /. du Livre I. Vers 61. 
At boM pars btminum decepta cupidine falfo , 
nu fatis ejï , inquit , quia nantit quantum h^beas ifis^ 

X iv 



3i8 E P T S TR E V. 

L'argent çn honaede homme érige on fcelerat. 
Uargcnt feul au Palais peut faire un Magiftrat. 
Quitnporte qu en tous lieux on me traite d'infâme » 

9^ Die ce Fourbe fans foi , fans honneur , & fans àme , 
Dans mon cofifre tout plein de rares qualités , 
J'ai cent mille venus en louis bien comptés. 
£{l-il quelque talent que l'argent ne me donne ? 
C'ed ainfi qu'en Ton cœur ce Financier raifonne. 

95 Mais pour moi , que l'éclat ne fçauroit décevoir , 
Qui mets au rang des biens , l'efprit & le fçavoir f 
J'eftime autant Patru , mefme dans Tindigencc , 
Qu'un Conunis engraifTé des malheurs de la France* 
Non que je fois du gouft de ce Sage infenfé , 
^00 Qui (i*un argent conunode efclave embarrafTé , 
Jetta tout dans la Mer , pour crier , Je fuis libre* 
De la droite rai(bn je (ens mieux l'équilibre : 
Mais je tiens qu'ici-bas , fans faire tant d'appreds , 
La vertu fe contente , & vit à peu de frais. 

CHANG, Vers 97. peflime an- deux Vers qui font ici, îl y avoît 
tant Patru, &c. ] Au lieu des daos les premières Ëdicious: 
Je fçai tpéc dans un ame où manque la Sageffe , 
Le bonheur n'ejl jamais un fruit de la J(fcbeffe, 

Mais après' la mort de M. Patxu , fiecle. D e s i>. Edit. poflb. iji ;^ 

qui arriva au mois de Janvier Voies Satire J, Vers \z^. 

1681. l'Auteur fupprima ces dcr- Vers 99. de ce Sage in- 

^icrs Vers, & mit les deux au- A»/?. ] Adistippe fit cette ac- 

très à la place. tion i & Diogene confeilla à Cn- 

Ibid. J*ellime autant P4<ri»,&:c.] tés , Philofophe Cynique , de 

ïameiix Avocat , & le meilleur f^irc la même chofe. D e s p. 

Grammairien de nollre fîecle. Imit. Ibid. de ce Sage in. 

D E s p. Edit, de 1701 . & un des fen/(f , &c. ] Horace dit , Satira 

l^ons Grammairiens de noltre ///.Liv. II. Vers 100. 
Gracus ^riflippus , qui fervos proficere aurum 

Jn medid if^t Libid : quia tardiiu irent 
Propter cmu fegnes, . 



E P I s T R E V. ji9 

: Pourquoi donc s'égarer en des projets fi vagues ? 

Cç que j'avance , ici , <:roi-moi , cher Guilieragues , 

Ton Ami dés l'enfance ainfi l'a pratiqué. 

Mon Père foixante ans au travail appliqué , 

En mourant me laifla pour rouler & pour vivre , 
3 Un revenu léger , & fon exemple à fuivre. 

Mais bien-toft amoureux d'un plus noble métier , 

Pils , frère , oncle , coufin , beau-frere de Greffier ^ 

Pouvant charger mon bras d'une utile liafle , 

J'allay loin du Palais errer fur le Parnaffc. 
J La Famille en pâlit , & vit en frémifTant , 

Dans la Poudre du Greffe un Poëtc naiffanc, ' 

On vit avec horreur une Mufe effrénée 

Dormir chez un Greffier la grafle matinée. 

Vers i o8. Mon Père. ] Gilles çon/tn , beau-ftere de Greffer, ] Fri*« 
BoiLEAlT , Greffier du Confeil re de Jérôme Soiteau fon aîné , 
ide la Grand'Chambre : égajp- qui a pofTedé la Charge du Pè- 
mcnt rccommandable par fa re. Il mourut au mois de Juil- 
probité , & par fon expérience Ict 1 679. Oncle de M. Donnais , 
dans les afïaircs. Il mourut en Greffier de l'Audience a la 
16^7. âge de 75. ans, Grand'Chambrc } Fils d'une 

Vers 109. En mourant me iai/^ Sœur de l'Auceur. Cousin du 
fa , &c. ] Environ douze mille même M. Dongois\ qui avoit 
^cus de Patrimoine , dont nô- époufc une coufîne germaine de 
trc Auteur mit environ le tiers nôtre Pob'te. Beaufrere de M. 
à fonds perdu fur l'Hôtel de Sirmond , qui a eu la mcme^har- 
Ville de Lyon , qui lui fit une ge de Greffier du Confeil de la 
rente de quinze cens livrçs pen- Grand'Chambre, 
dant fa vie. Mais fon bien s'aug- Imit. Ibid. Fils , frère , oncle , 
menta confidéiablement dans la coufin , beau-frere de Greffer. 1 Ce 
fuite , par des fucceffions , & Vers eft imité de ce qu'>^^»"i>/)T>7e 
par des penfîons que le Roi lui dit dans la féconde Scène du fc* 
donna. cond AGtc du Britannicus de M. 

' Vers iiz. -*— frère y onde ^ Racine. 

Moi ^ fille , femme , fmur , c^* mère de 'vos Maîtres, 
Vejls II 8. - — /<< graffe mafi- née^ ] Il êtoit grand dormeur , 



5îo E P r S T R E V. 

Deflors àlarichcflc il fallut renoncer. 
I zo Ne pouvant l'acquérir , j'appris à m'en pafTer , 

Et fur tout redoutant la balTe fervitude , 

La libre vérité fut toute mon étude. 

Dans ce métier funefte à qui veut s'enrichir. 

Qui Teuft crcu , que pour moy le Sort duft fc fléchir ? 
115 Mais du plus grand des Rois la bonté fans limite , 

Toujours prefte à courir au déviant du mérite , 

Creut voir dans ma franchise un mérite inconnu , 

Et d'abord de fes dons enfla mon revenu. 

La brigue , ni l'envie à mon bonheur contraires > 
1 3 o Ni les cris douloureux de mes vains Adverfeires , 

Ne purent dans leur cour(e arreftcr fes bien-faits. 

C'en ed trop : mon bonheur a paffé mes fouhaits. 

Qu'à fon gré déformais la Fortune me joue' , 

On me verra dormir au branle de (aroue*. 
1 3 5 Si quelque foin encore agite mon repos , 

Ceft l'ardeur de loiier un fl fameux Héros , 

Ce foin ambitieux me tirant par l'oreille , 

La nuit , lorfque je dors , en furfaut me reveille ; 

Me dit que ces bienfaits , dont j'bfc me vanter , 
X40 Par des Vers immortels ont dû fe mériter. 

particulièrement dans fa jeu- n'àimoit pas M. X^ç/pi'f''^»»* > s'a- 

neflc. Il fe levoit ordinaire- vifadcdire, que bientôt le Ro» 

ment fort tard , & dormoit en- donneroit des penfions aux vo- 

core l'après-dinée. leurs de grand Chemin. Le Roi 

Vers 130. Ni Us cris dâulou' fçut cette reponfe , & en \iK, 

teux de mes "vains .Ad'ver faites, "[ forr irrité. Celui Qui Tayoït faite 

Le Roi aïant donné une penfîon fut obligé de la défavoiier. 

de deux mille livres à l'Auteur , <i>luiT. Vers i ^ 5. & 1 54. ^•^/^ 

un Seigneur de la Cour , qui {ri déformais U Fortune w^jo^r 



E P I s T R E V. 

eft là le fcul chagrin qui trouble cncor mon ame. 
lais G. dans le beau feu du zèle qui m'enflame > 
ir un ouvrage enfin des Critiques vainqueur , 
; puis , fur ce fujet , fatisfaire mon cœur ; 
uilleragucs , plain-toi de mon humeur légère , 
L jamais entraîné d'une ardeur étrangère , 
►u d- un vil intereft reconnoiffant la loi , 
: cherche mon bonheur autre-part que chez moi. 



331 



R £ M ji R (l U £ s. 



n me 'verra dormir au, branle de deux Vers de Cornet lie dans la 
i roue. ] Ces deux Vers paroi f- Scène V. du II. A£ke de i'iUufio» 
!nt être une Imitation de ces Comique. 

j4infi de nôtre efpoir la Fortnne fe foite : 
Tout s^élenje qjh f*abaijfe au branle de fa rouç^ 




JA^ct th^v 



I 



LA Ji'xîéme Epîtrç fut cotnpofée afrès la feptté- 
me, en l'année i^77- M. Defpréaux êtoit allé 
pajfsr une partie de VEté à la Campagne. B y re* 
çut une Lettre de M. V Avocat Général deLamoi- 
gnon^ qui lui reprochait fa trop longue abfence de 
'Paris , & V exhortait d'y revenir promptement. M. 
Defpréaux lui répondit par cette Epître , dans la- 
quelle il décrit les douceurs , dont il jouit à h 
Campagne , & les chagrins qui l'attendent à la 
Ville. Howe a traité le même fujet dani une^^ar- 
tie de la fixiémfi Satire du fécond Livre, 




A M. DE LAMOIGNON3 

AVOCAT GENERAL. 

\J U I , Lamoîgnon , je fuis les chagrins de la ville , 
Et contre eux la Campagne efl mon unique azile. 
Du lieu qui m*y retient veux-tu voir le tableau ? 
Ceft un petit Village , ou plûtoft un Hameau : 

R £ M j4 R (l u £ Se 



Vers i,Om, Léikoignon , &C. ] 
Chrejîien - Franfois de Lamoignon 
C Avocat Général ) depuis Préfî- 
dehc à Mortier , Filis de Gml- 
iaume de Lamoignon^ Premier Pré- 
iîdent du Parlement dé Paris. 
D E s p. 

Il êtoic né le x5. de Juiti 
2644. 6c mourac le 6. d*Aoûc 
1709. 

Vers 4, C'eji un petit Villa. 
t* ' ^<* 3 Htfi»rf7e , petite Sei- 



gneurie près de la Roche-Guyon, 
appartenant à mon Neveu Til- 
luftre M. Dongois , Greffier eu 
chef du Parlehfient. De s p. 

Dans toutes les Editions il y 
avoit à la inarge : Hautile , pro- 
che la J^oche-Gnyon. Je fis remar^ 
quer à l'Auteur cette confonan- 
cc vicicufe , proche U I(pche , fie 
il la corrigea dans fa dernière 
Edition de 1701. Hautile eft du 
côté de Marnes à treize lieuM 



j}4 É P i S T R Ë V I. 

5 Bafti tur le pcncKant cTun long rang de collines , 

D'où TcEil s'égare au loin dans les plaines voifincs* 

La Seine au pied de9 monts que fon âoc vient laver 

Voit du fein de fes eaux vin^ Iflcs s*élever , 

Qui partageant fon cours en divcrfes manières , 
io D'une rivière feule , y forment vingt rivières. 

Tous fes bords font couverts de faulesnon plantés ^ 

Et de noyers £ouvent du Pâffant infultés. 

le Village au deffus forme un amphithéâtre. 

9L*Habican&ne connpift nïbm^vcx ni le plaftre » 
i 5 Et dans le loc qui cède & (è coupe aifépient , 

Chacun fçait de fa main creuzer fon logement. 

La maifoD «k Seigneur feufe oh p^ plus ornée , " 

Se prefente au dehors de murs environnée^ 

Le Soleil on naifTane la regarde d'abord : 
xo Et le mont la defFend des outrages du Nord. 

C cft là y cher Lamoignon y que mon efprit tranqoSI^ 

Met à profit les jours que la Parque me file. 

Ici dans un vallon bornant tous mes defirs y 

J'achète à pçu de frais de folidesplaifirs, 
»5 Tantoft , un livre en main , errant dans les préries , 

J'occupe ma rai(bn d'utiles Fiçv^ie^. :. [ : 

yiR £ M A RT Q U £-S* 

Ac Paris. La defcrîption , que 'm^in , 8cc. ] Il s'occapoit alor» 

l'Auteur fait de ce Village & à la lefturc des Effaif de Menta- 

des environs» eft très-exaûe & gne ; bc c'cft pour le caraâéri- 

d'aprè^natdfe. Bros$. fer, qu'il dit dans le Vers fer 

Vers t^. Tantojl un li-vre eh yant ; 

• pocèupe ma raifort 4*Mtiles rèverieSi 

En effet ^Montégnf donne lui- verJcs. Aufflmoi , dit- il , h ^''V 
joa^me à Cçi £(ciis le non» de rê- meitx i^HetoHt Awrt ,• que cçfcm m 



E.PISTREVI. 



335 



Tantoft cherchant la fin d'un vers que je conftruy , 
Je trouve au coin d'un bois le mot qui m'avoit Riy, 
Quelquefois aux appas d'un hameçon perfide , 

► J'amorce , en badinaat , le poifTon trop avide ; 
Ou d'un plomb qui fuit l'œil , & part avec l'éclair. 
Je vais faire la guerre aux habitans de l'air. 
Une table au retour propre & non magnifique 
Nous préfente un repas agréable de ruftique. 

S Là fans s'affujetir aux dogmes du Brouffain , 
Tout ce qu'on boit cl): bon , tout ce qu'on mange eft fain. 



E M j4 R q u £ s» 



des rêveries d'homme , qui rCa, gou- 
• fié des Ccitnces qi^e Ix croHJle pre- 
mière. Liv. I. Ch. XXV. 

Vers 19. Quelquefois aux appas 
4tùn hameçon , &c. ] On croit 
que l'Âuceur auroit du mettre à 
tappdt. Ce rapt ne s'emploie au 
pluriel , que dans le fcns figuré i 
les appas d'une Belle, 

M. Broffstte a raifon. Aux ap. 
'pas d'un Hameçon » eft une vraie 
faute de Langue. L'ufage veut 
,que Ton dife , l'appât d'un hame- 
çon. C'cft ce que confirme la 
phrafe proverbiale , mordre à f ap- 
pât , qui fe dit auiii bien , que 



mordre â l^ hameçon. Mais on ne 
dit point mordre aux appas. On 
s'appuie ici d'une phrafe prover- 
biale, parce que ces fortes de 
phrafes font autorité dans la 
Langue. Au refte , appdt au Cin- 
gulier s'emploie fort bien dans 
le fens figuré. Nos Prédicateurs 
difcnt tous les jours : Vappdt 
trompeur des 'vanités humaines\l* ap- 
pât des richeffes, 

IMIT. Ibid. Quelquefois aux ap- 
pas , &c. ] M- Broffette veut que 
ce Vers 8c le ruîyîint foient imi- 
tés de celui-ci de Martial , Lit* 
l.Episr.LFl, ^ 



Et pi/iem tremuU falienten^ ducfre Setâ, 

VirS i\,Ou d'un plomb qui fuit uns l'ont cru. 

VoiUy d^ part auec Nclair. ] Le VERS j^. — - <«*:i^ dogmes du 

choix dçs mots , leur fon ,, & la Broufain. ] René* Britlart , 

Jégdseté du Vers entier , pei- Comte du Brouffain , Fils de Louis 

gnenc très - bien l'éclat 8c le Brulart , Seigneur du Brouffain 8c 

prompt effet d'un coup de fufîl. du K^ancher j hc de Madelaine Col- 

Au rclte il faut lire : fuit l*ail , àc bert. Voies Satire III. Note pré- 

jion pàsfuit , comme quelques* liminaire, 8c Vers 74. 88. 107. 



5}<î E P I S T R E V r. 

La maKbn le fournit , la Fermière lordonnc ^ 
Et mieux que Bergerat Tappetit rafTaifbnne; 
O fortuné fé jour 1 ô champs aimés des Cieux I 

40 Que pour jamais foulant vos prés délicieux > 
Ne puis-je ici fixer ma courfe vagabonde , 
£t connu de vous feuls y oublier tout le monde* 

Mais à peine du fein de vos vallons chéris , 
Arraché malgré moi , je rentre dans Paris , 

45 Qu en tous lieux les Chagrins m'attendent au paiTagé» 
UU Coufîn abufant d'un fâcheux paients^e , 
Veut qu encor tout poudreux , & fans me débotter , 
Chez vingt Juges pour lui j'aille folliciter. 
Il &ut voir de ce pas les plus confiderables. 

5Ô L'un demeure au Marais , & l'autre aux Incurables* 

Imît. Vers 57. La maifon le MARTIAL, Livre L tf'tf* 
fournit , U Fermière t'ordonne.'^ U^Ii 

Pinguis iiuiquales onerat cm yillica menfat 
Etfua non emptus préparât <rja cinis^ 
Vers 58. Rtmîettx qm Berge-- BonsenFans. 
M*.] Fameux Traiteur. De s p. Vers 59, fortuné f^o» ■ ^ 
Il demeuroit dans la rue des champs, &c< ] Horace , Livre II* 
Bons enfans , à l'enfeigne des Satire VI, 

rus ^ quando ego te afpiciam} quandoque licebit 
Nunc Veterum Ubris , nunc fomno &■ inertibus horis 
Ducere folUcita JHCunda obli-via inta. 
Vers ^6, f » Coufin abu/ant^icc'] bourfcment , il a voit cflgagâ 
$aUax.ar Boiteau, H avoit eu des nôtre Auteur dans fes follicita- 
biens confidérables , encre au- tions , fur-tout auprès de M^ 
1res trois Charges de Païeur Colbert, 

des Rentes, qui furent fuppri- V^KS^Oi Vun demeure au Mt^ 
•mces. Four en obtenir le rem- r4M,&c.]Hor4ce,Ep.II,LJI.Y.6Î. 
Cubât hic in colle iluirini^ 
Hic extremo in A'ventino : uifendui uterque 
Jntervalla i/ides bumanè eommodut 

h 



E P I s T R E V L 

Je reçois vingt avis qui me glacent d'effroy. 
Hier , dit-on , de vous on paria chez le Roy ^ 
Et d'attentat horrible on traita la Satire. 
Et le Roy , que dit-il ? Le Roy fe prit à rire. 
i 5 Contre vos derniers vers on eft fort en courroux i 
Pradon a mis au jour un Livre contre vous » 



in 



EMARÇ^VÈS. 



VeïLS Ç4. te l(py fe prit à 

rire,'] Le Duc de MontatOiier ne 
fe laïîoit point de blâmer les Sa- 
tires de notre Poëtc. Un jour le 
Roi peu touché des cenfures , 
que ce Seigneur en faifoit , fe 
pVit à rire & lui coUrna te dos. 
Nôtre Auteur n'avoir garde de 
manquer à faire ufage d'un fait, 

aui lui faifoit honneur. Quand 
récita cette £/>itrf au Roi , Sa 



Maieflé remarqua prlncipaTe-^ 
ment cet endroit , & fe mit en- 
core à rire. 

IMIT. Ibid. Et le I^ojf , que dit- 
il ? Le Hfiyfeprit ârire. ] HoRAci 
en pareil cas^comptoit beaucoup 
fur le fuflTrage d*. /tugu/le y & ce 
qu'il en dit a fervi de modèle 
à ndtre^ Auteur. C'eft dans la 
Satire I, du Livre II. Vers 
8i. 



Si mala condiderit in quem quis carmina fus ejl 
Judiciumque. Eflo , fi qnis mala : fed bonafi quis 
Judice condiderit laudatur Cafare, Si quis 
Opprobriis dirnum laceraiferit , integer ipfe , 
Sol-ventUT ri/ù tabuU , tu miffus abibis. 
VtKS ^\. Contre 'VOS derniers fait mention de la Préface, quo 
Pradon mit à la^te de fa Phédrei 



'vers , Ôcc. i G'eft YEpttre VU. à 
M. X^cine , conipo(ee quelque 
tems avant celle-ci. Comme elle 
contient plufieurs traits fatiri- 
ques , elle avoir cjccité de npu- 
velles rumeurs fur le Parnafle. 

Vers ^6. Pradon a mis au jour 
un Lixre contre 'vous. ] Ce Poète , 
traité félon fes mérites dans VE- 
pitre y II, ** publia , dit M. 
„ Brcffette une Critique des Po'é. 
^^fies de M. Defpréaux , intitu- 
„ lée , Le Triomphe de Pradon, 
j, C'eft à quoi ce Vers fait allu- 
,, fîon ,,. M. £>u Monteil relève 
avec raifon M. Broffette , qui fe 
trompe dans cet endroit > &c qui 
fe contredit dans fa l(em<irqHe 



C'eft à cette Préface que M. £>ef. 
préaux fait alludon ici. Se pou- 
voit-il , que dans une Ëpitre 
compolée eu 1^77. ôc publiée 
en 1 68 ; . il eut en vue Le Triom- 
phe de Pradon fur les Satires du 
Sieur D** * ? Cet Ouvrage nq. 
parut qu'en 16S6, &c d'ailleurs il 
n'eit pas une Critique dés Poéfies 
de Mi Defpréaux , comme dit 
lAi Broffettei II ne contient que 
VExamen du Difcowrs aie Bfii , fie 
des trois premières Satires, L'an- 
née précédente , Pradon avoit pu-» 
blié fes Nouvelles I{emarques Jut 
tous les Owvrages du Sieur £?***, 
Dans VjBdition de Paris ly ^6i 



ittc le Vers ^8. dans laquelle U oaalaiflî fubiifter la faute da 
Tome J^ Y 



3 58 E P I S T R E Vf. 

£t chez le Chappelller du coin de noftre place 
Autour d*ua Caudebec j'en ai lu la Préface. 
L'autre jour fur un mot la Cour vous condamna* 
^o Le bruit court qu avant-hier on vous afTaflina. 
Un Ecrit fcandalcux fous voftte nom fe donne. 
D un Pafquin, qu'on a fait , au Louvre on vous foupçonnC* 
Moi ? Vous. On nous Ta dit dans le Palais Royal. 
Douze ans (ont écoulés , depuis le jour fatal , 

R M.M ji R q^ U E S. 



M. Broffette , au*on vient de cor- 
tiger ici. Celt ce que l'oa pou- 
voir faire aifémenc , en jectanc 
les ïeux fur une des Editions de 
Hollande. On dit dans la même 
Hotc , que Le Triomphe de Prado» 
mourut en naifTant , audî-bien 
que Le Satirique berné. Ce tour 
femble annoncer , que ce der- 
nier Ouvrage foit de Prado». On 
ne le connoît plus aujourd'hui. 
Il falloir s'expliquer plus claire- 
ment. 

Vers ^8. KAittour d*itn Cattde- 
bec, ] Sorte de chapeaux de lai- 
he , qui fe font à Caudebec en 
Normandie. Des». 

ChANG. Ibid. jlntenr d'un Can- 
debee,'] Nôtre Auteur avoit mis 
dans toutes les Editions : ^ t'en- 
tout d*Hn Cafhr, Mais à l'entoiW 
n'eft pas Prépofîtion. Il cft Ad' 
verbe y & par conféqucnt il n'a 

Îroint de régime & fe dit abfo- 
ument. C'dl ce qui lui Ht mettre 
ici : ^tttour d*Hn Candehee , dans 
fa dernière Edition de 1701 . 

Ibid. f*en ai lu la Vréfà' 

ce. ] C'cft celle aue Praion avoit 
fait imprimer a la rite 4c fli 
Tragédie de Phèdre , au mois de 
Mars 1^77. Cette Préfate cft 
toute contre M. De/préatue & 
M. Racine, 
VsJLS 60. LebtnifcemiqHU'vaîtP' 



hier on vohs afTaJfina, 3 L'Abbl 
Tallemant l'aîne avoit fait coU' 
rir ce faux bruit. Voies Ef. VîU 
Vers 90. Pradon avoit dit , à la 
Table de M. Pellot , Premier Pré- 
iîdent de Koiien , que M. Def* 
préaux sLyoit reçu des coups de 
bâton. 

Nôtre Poète fait hier d'une fil- 
labe dans A'vant-hier , quoiqu'il 
l'ait fait de deux (illabes dans le 
Vers ^1, Hier , dit-on , de vous , 
&c. C*eft , difoit-il , parce que 
le mot , hier , ne feroit pas af- 
fés foutenu , u on ne le faifoit 
que d'une fîlUbe , quand il cil 
feul -, au lieu que joint avec 
avant dans Avant- hier , il eil 
a^s foutenu. Bross. 

Ajoutons qu'effeâivement , 
dans la prononciation ordioai* 
re* hier^ feul fait deux (illabes, & 
n'en ^ait qu'une dans Avant-hier. 

VKRS61. 'Vn Ecrit fcandaUtui 
fous vefhre nom fe donne, ] On at- 
iribuoit à l'Auteur un Sonnet fa- 
tirique contre le Duc de Ne- 
vers, Voïés VAverti/fement fut 
VEpttre m. 

Vers 6^— — 0» noms l'a dit 
dans le Palais i(«y<i/.]AlIufioh aut 
Nouvelliftes , qui s'affemblcnt 
dans le jardin de ce Palais. Desp. 

Vf.RS'64. />«*te ans font éto^ 

Us , &c. ] La prcmièrt Edition 



I 



E P I s T R E V t Jjj 

r^ C^u*un Lihrairc imprimant les ciTais de ma plume , 
Donna , pour mon malheur , un trop heureux volume. 
Toûjours^ , depuis ce temps en proye aux fots difcours ^ 
Contre eux la vérité m eil un foible fecours. 
Vientrildc la Province une Satire fade , 

^o D'un Plaifant du pais infipide boutade ; 



Horace Ce plaignoît âiiflî de cç 
que l'apiicié dont AUcéne l'hon" 
noroic depips pi'ès de huit ans, 
l'avoit expofe aux traits des en- 
vieux. Liv. II. Sat. KH, Vers 
40.41. 41. &47. 



des Satires fut faite au mois de 
Mars \666' Ainit la douzième 
année couroit en 1 677. 

Imit. Ibid. & Vers fuivans. 
Dott^e ans /ont écoulés depuis te jour 
fatal y ^c. Toujours depuis ce temps 
tn proje OfJi fots dÂfcoms , &C. ] 

Septimus oHarvo propioriam fHZerif 4nnHit 

Ex quo Mecatnas me cepit habere fuorum 

Jn numéro ^ . . . . 

Per totum hoc tempus fubjeStior in diem ^ horam 

Xwvidùt, 
Vers <f9. VientAl de la Pro- 
njince une Satire fade , ôcc. ] Daps 
les Editions contrefaites des 
Oeutrres de M. Defpréaux , les 
Libraires ont \n(hxk quantité de 
méchantes Satires dont il n*eft 
iJoint l'Auteur, & qui font in- 
dignes de lui. Telles font les 
Satires contre le Mariage 1 contre 
les MaltStes Éccléfiajîiques ; con- 
tre les DireBeurs , contre les >^6- 
bés , & plusieurs autres Pièces 



de la même force. Quelque rc 
marquable que foit la dirBren- 
ce de ces Satires à celles de n6trtt 
Auteur , bien des gens qui n^a- 
voient pas le difcernement aulls 
ju(le > ou qui n'en avoient poiut 
du tontine laidbient pas de les lui 
attribuer. Il s'eft vu même es:- 
po(h plus d'une fois au três-fen* 
lîble déplaidr de s'entendre loit^r» 
principalement fur ces Ouvra- 
ges fuppplis , ic par des gens » 



3ui ne lui difoient pas un moe 
a Ces véritables Ouvrages. Lorf- 
qu'il êtoit à Bdurbon , un C<t- 
pucsn le félicita fur la Satire con^ 
tre le Mariage , dont il lui récita 
les premiers Vers. M. Defpréaux 
fît de vains efforts pour perfua- 
derà ce ^onnoijfeur , qu'il n 'êtoit 
pas l'Àutçur de cette pitoïable 
Pièce. Le Capucin n'en voulut 
rien croire , & fe mit à loiier U 
modeftie . avec laquelle M. Def^ 
préaux refufoit l'honneur , qui 
lui revenoit d'un auili bel Ou- 
vrage. Une autre fois je fus té- 
i^oins d'une fcéne à oeu prçs 
pareille. Vît Provincial , qui ff 
difoit Neveu de feu M. Fourcroi , 
célèbre Avocat , vint voir nôtr^ 
Poifte , fous prétexte de le con- 
fulter fur une petite difÇculté de 
Gr^immaire. Enfuite il s'^^vifa 
de parler des beaux Outrrages de 
lyl. ^effréitiêx , ÔC fur-tgut 4c £% 

yij 



I 



540 E P I S T R E V T. 

Pour la faire courir , on dit qu elle cft de moi : 
£c le fot Campagnard le croie de bonne foi. 
J*ai beau prendre à témoin & la Cour & la Ville» 
Non 5 à d autres , dit-il ; on connoifl voftrc ftile, 

75 Combien de temps ces vers vous ont-il biencoufté^ 
Us ne font point de moi y Monfieur en verité« 
Peut-on m*attribuer ces fottifes étranges ? 
Ah ! Monfieur , vos mépris vous fervent de louanges; 
Ainfi de cent chagrins dans Paris accablé , 

80 Juge û toujours trifte , interrompu , troublé , 
Lamoignon , j'ai le temps de courtifer les Mufes, 
Le monde cependant fe rit de mes excufes , 
Croit que pour m'infpirer fur chaque événement , 
Apollon doit venir au premier mandement. 

.< S Un bruit court que le Roy va tout réduire en poudre f 
£t dans Y^cncienne eft entré comme un foudre ^ 

^atire contre les Gens d*Egtife, mentïî faux. lui dit avec UQ fou- 

II fe récria beaucoup fur ces rens rire amer ; Je -vois bien quevomM 

de Mitre ©• de Crojfes , qui tont connoi/fis pas encore mes Owvrages ; 

yuler de fuperhes Caroffes, Il alloit mais je i/eitx 'vous apprendre â Us 

continuer à citer les beaux traits conncitre , par ces Vers qié* i*M 

qu'il avoit retenus» quand Vf. faits contre ceux qui en jugent ât^ 

J)gfprsaux ^ indigné d'un Juge- mat qne 'vous. 

Vient -il de ta Province une Satire fade , 
X>'mji Plaifant du pats infipide boutade : 
Pour La faire courir on dit qu^elLe efl de moi T 
Et le fot Campagnard le croit de bonne foi, 

In prononçant ce dernier Vers, 1 1. qu'ils font devenus Prerverbet 

il jetta fur cet homme un regard «» naiffant, 

fier & méprifant , fie le congé- Vers 86. Et dans Valendenne , 

dia. Bross. &^' ] Le Roi aïant fait inveftic 

Vers 78. -^fc ! Monfiew ^ ins Valeucienne au commencement 

mépris -vous feruent de louanges. ] de Mars 1 677. cetreVille , après 

Le bon mot exprimé dans ce quelques jours de fiége , futem- 
Vers eft un de ceux dont nôtre portée d'aflaut en moins d'une 

Auteur lui-même dit ^^.•^. Vers demie-heure. Les François en- 



E P I s T R E V I. î4t 

Oue Cambray , des François l'épouvcntable écucil , ~ 
A vcu tomber enfin fcs murs & fon orgueil : 
Que devant Saint-Omcr , NafTau , par fa défaite , 

90 De Philippe vainqueur rend la gloire complète. 
Dieu fçait comme les vers cUés vous s'en vont couler , 
Dit d*abord un Ami qui veut me cageolcr , 
Et dans ce temps guerrier , & fécond en Achilles , 
Croit que Ton fait les vers , comme l on prend les villes; 

55 Mais moi , dont le génie eft mort en ce moment , 
Je ne fçai que repondre à ce vain compliment : 
Et jûftement confus de mon peu d'abondance , 
Je me fais un chagrin du bonheur de la France. 

R £ M J H (l U jP S^ 



trèrent pêlc-mcle avec les Affié- 
gés» &>fe rendirent Maîtres de 
la Place. Le Roi la fauva du 
pillage. 

Vers 87. ilue Camhray\ des 
François Vépouz/entabU écHeil, ] 
Sous les règnes précédens , Cam— 
brai avoit êcéafliégé inutilement 
par les François; <mais le 17. 
d'Avril 1677. après vingt jours 
de fiége , le Roi fe rendit maî- 
tre de la Ville & de la Cita*- 
ilclle. 

Vers 90. De Philippe 'vain- 
queur , &c. î La Bataille de Caf- 
"ftl » gaçnée par Monfienr Philippe 
de Frariée , Frère unique du Roi , 
en 1 677. p E s p. 

Monteur ifAiCoit le fiége de Saint- 
Omer , pendant que le Roiadiè- 
geoit Cambrai. Guillaume de 
Haffau , Prince à'Orange , defef- 
pérant de fauver Cambr-ii , mar- 
cha avec trente mille hommes 
pour fecourir Saint Orner , & 
vint fe pQilér Air les hauteurs 4e 



CaiTel. Au bruit de fa marche, 
Monfifur iaiffâ des Troupes de- 
vant la Place i & marcha pour 
combattre l'Armée ennemie. 
Malgré le défavantage dunom^ 
bte & du lieu , ce Prince rem« 
porta une vîdtoire complette le 
Uin^anche des Rameaux 1 1. d'A- 
vril 1677. & tnit en fuite le 
prince d^Orange avec fes troupes. 
Après la Viûoire de Caflel , il 
rentra dans les Lignes pour con- 
tinuer le (légedeSaint-Omer qui 
capitula le lo. du même mois. 

L'Auteur m'a fait remarquer > 
que dans les quatre Vers pi-écé- 
dens y qui parlent des Conquê- 
tes du Roi , il avoit emploïé 
tout ce que ta Poëfie a de plus 
grand f & déplus magnifique. 
Mais que voulant enfuitc parler 
dans ces deux derniers Vers des 
exploits de Monfiçm y ii'iatroic 
pris un ton moins haut, pouc 
éviter de mettce ce Prince capa- 
taille avec le Roi. B.rqm. 

Yiij 



541 E P I S T R E V I. 

Qu heureux eft le Mortel , qui du monde ignora , 

1 00 Vit content de foi-racfinc en un coin retiré i 

Que Tamour de ce idcn , qu'on nooune Renommée , 

N'a jamais enyvré d*unc vaine fumée , 

Qui^de fa liberté forme tout Ton ptaifir , 

£t ne rend qu a lui feul compte de fon Ibifîr ! 

;X05 II n a point à Touffrir d*ai&oûts ni d'injtifticcs , 
£^ du peuple inoonftant iibtave les caprices. 
Mais npus autres faiirurs de livrtu & d'écrits y 
Sur les bords du Permeâè aux ioiianges nourris , 
Nous ne fçaurions brifer nos kn , & nos entraves 5 . 

iio Du Ledleur dédaigneux honnorables efclavcs. 
Du rang oii noftre efprit une fois s eft fait voir , 
Sans un fâcheux éckt nous ne {jurions déchoir. 
Le Public enrichi du tribut de nos veilles , 
Croit qu'on doit ajouter merveille s (ur merveilles , 

115 Au comble parvenus il veut que nous croiflîons : 
II veut en vieilliffant que nous rajcuniffions. 
Cependant tout décroift y & «moi-mefme à qui l'âge 
D aucune ride encor n a flétri le vifage , 

R £ M uf Jt q V £ s. 



VlR-Ç 95. k.^%htr&uie efl le Mor- même fouhaît dans le T/i'éme , iû« 
ttly &c. ] Jtnge Polititn fait le titulé : J^«/î>cm/ , Vers 17. 

Felhe illt animi , Di-viCque fimillimm ipfis , 

fiutrn^ non ptendacf refpLendens gloriafuco 

Selticifat > non /sfio/i mata gaudia luxas ; 

S «4 tAcitos finit ire die s , & pat^ere ettlt» 

E*igit intfocikt trawfuilldfilehtia "viu. 
Vi.x% iJtJl'oeiutn'uiviilifant Vers, 
qne ytoMsraiéHnijfittntJjC^tù pcAit Ce Vehs i 1 7. — —T^ moLmefime» 
pUindrc àt cttte injdftice , qu'il ^» fdge^ &c. 1 H ^oit dans iz 
a compo(i VSpt^t X. ^ Ça -quarance-aaicrâe ^née. 



E P I s T R E VI. 3^} 

Déjà moins plein de fea , pour animer ma voix , 

^o J*ai befoin du filence & de Tombre des bois. 
Ma Mufe qui fe plaiil dans leurs routes perdues y 
Ne fçauroit plus marcher fiir le pavé des rues. 
Ce nell que dans ces bois propres à m*exciter , 
Qu'Apollon quelquefois daigne encor m'écoutcr. 

2 5 Ne demande donc plus , par quelle humeur Sauvage , 
Tout TEfté loin de toi demeurant au village , 
J y parte obftinément les ardeurs du Lion , 
Et montre pour Paris fi peu de pafHon. 
Cefl à toi , Lamoignon , que le rang , la naiflance ) 

K 3 Le mérite éclatant , & la haute éloquence 
Appellent dans Paris aux fublimes emplois , 
Qu'il fied bien d'y veiller pour le maintien des lois. 
Tu dois là tous tes foins au bien de ta patrie. 
Tu ne t'en peux bannir que l'Orphelin ne crie 5 

Ï35 Que rOppreffeur ne montre un front audacieux 5 
Et Thémis pour voir clair a befoin de tes yeux. 
Mais pour moi de Paris citoyen inhabile , 
Qui ne lui puis fournir qu'un rêveur inutile , 
Il me faut du repos , des prez & des forefts. 

Ï40 Laifle-moi donc ici , fous leurs ombrages frais , 

Vers ny. les ardeurs di» Imit. Ibid. paffe obflhiément 

Lion.'\ Le mois de Juillet peu- tes ardeurs du Lion. 3 Horace 
dam lequel le Soleil eft dans le a dit Livre premier > Bjtrre X, 
figne du Lion. Vers i^. 

■ I ■ ' uhi gratter aura 
Leniat & xahiem Canis , C^ womenta Leonis , 
Cum femel accepit folem furibundus acutum. 
Vers isx. Qj**it fi^^^ bien d*y noblement retendue* & l'impor- 
nmlUr , &c. 3 Ce Vers & lès tancé des Devoirs d'un AyocM 
quatre fuivans réprcfcntcm bien Générai M Parlement. 

Yiv 



544 E P I S T R E V I. 

Attendre que Septembre ayt ramené F Automne; 
£t que Cerés contente ayt £ùt place à Pomone. 
Quand Bacchus comblera de Tes nouveaux bienfaits 
Le Vendangeur ravi de ployer fous le faix : 

X45 Auffi-toft ton Ami redoutant moins la Ville , 
T'ira joindre à Paris , pour s'enfuir à Baville. 
La , dans le feul loifîr que Thémis t*a laifTé , 
Tu me verras fouvcnt à te fuivrc emprefTë , 
Pour monter à cheval rappellant mon audace , 

!| 50 Apprenti Cavalier galopper fur ta trace. 

Tantoil fur l'herbe aills au pié de ces coteaux y ■ 

Où Polycrene épand fes libérales eaux , 
Lamoignon , nous irons libres d'inquiétude 
Difcourir des vertus dont tu fais ton étude : 

X55 Chercher quels font les biens véritables ou faux : 
Si rhonnetle honune en foi doit fouf&ir des defaux : 

VïRS 1 46, ^'^-^ pour s'enfuir à XtTtmxmriy Apprentie ^covamtQ% 

'Ba'ville. ] Maison de Campagne l'a vu fur le Vers 4^4. de la Sa* 

àtMonCi^MzdeLamoif^non.D'EiV, tireX. 

Ceft une Seigneurie confide- Vers i^x. Où Polycrene épâni 

rablcà neuf licufe's de Paris , au fes Uberate$ eaux. ] Fontaine a 

côté de Châtres & d'Etampes. une demi-lieue de Baville , aipft 

Vers 1^0. apprenti Carjua^er^ i\ominée par feu M. le Prcmief 

&c. ] Dans l'Edition de Paris Préfidént de Lamoignon, D e s p. 

171?. dans celle de Genève 1717. Le nom de Polycrene dcfigneTa- 

iBc dans toutes celles que l'on a bondancc des eaux de cette Fon- 

faitcs depuis , on amis vfpftreift»/ taine. M, Defpréatéx ^ le P. Kf*' 

Ca-valier. Ceft une faufTe CQrrec- pi» , le P. Commire , fie pIuficuj!S 

tion. Il y a dans les Editions de autres de nos plu» fameux Poè'- 

1^94. & de 170 1, Apprenti ^A'va- tes Pont chantée , & Pont ren- 

lier , comme on le rétablit ici. due prefque auffî célèbre que 

l*Autcur en fe conformant â Pu- VHippocrene, 

iragc,qui s'établifîoit de fon tems. Vers i^^. Chercher quels Jon» 

& qui fait règle aujourd'hui, di. les tiens , &c. ] Horace , LiYt% 

foitauMafculin,^)>/rr«»*>t&pouc IL Satire yj. Vas 71^ 



E P I s T R E V I. 341 

içl chemin le plus droit à la gloire nous guide , 

I la vafte fçiencc , ou la vertu folide. 

?ft ainfî que chés toi tu fçauras m'attacher. 

îureux ! fi les Fâcheux prompts à nous y chercher 

y viennent point femer l'ennuieufe trifteffe. 

ir dans ce grand concours d'Hommes de toute efpecc , 

ne fans ccffc à Baville attire le devoir ; 

1 lieu de quatre Amis qu'on attendoit le (bir , 

lelquefois de Fâcheux arrivent trois volées , 

ui du parc à Tinftant affiegent les allées. 

ors , fauve qui peut , & quatre fois heureux ! 

ni fçait pour s'échapper quelque antre ignoré d'eux^ 



'-Quod ma^îs ad nos 



l^oa ma^is aa nos 
Pertinet , c^ nefcire malnm efl , agitamus : *Utrumn$ ' 
Vrvitiis homines , anfint 'virttue beati : 
iluid've ad amicitias , u/lts , reHum've trahat nos : 
Mt qMfit natura boni , fummHmqHe ^uid ejus. 
I^HANG. Ibid. Chercher quelf font lifoit : quels font les biens 'véritable $ 
biens -véritables ou faux, ] Avant d^ /«*«*. Ce qui ne i)rérentoit affés 
dicion podhumç de 171 3* on nettement U pepfée de TAuteur^ 




?4^ , 

•AVERTISSEMENT 

SUR 

L'EPISTRE VII. 

I jjjfeptiéme Epître traite de V utilité y que Fon 
peut retirer de la jaloufie de fes Ennemis , auffi 
bien que des bonnes & des mauvaifes Critiques. 
Elle fut compofée , avant lafixiéme , au commen- 
cernent de Vannée 1 6j^. à Foccafion de ta Tragé- 
die de Phèdre , que M.Ràcmcavoit fait répré- 
fenter , pour la première fois , le premier jour de 
cette même année par les Comédiens de V Hôtel 
de Bourgogne. O ) Madame la Ducheffe de 
Bouillon, (2) M. le Duc de Nev^vs^Jon frère, & 

R £ M ^ R q,u £^ j*. 

* J'ai rendu compte dans les fille de ^^^^tj-Laur^t Mancm 

J(emarqHes de V A'vertiffement fwr & è^JLéron^, Masiarini , Socar 

l*Epttre ir, des raifons , qui du C^^^aXi^axarm^ Elle fut 

m'obligeoient d'en faire un auifi mariée le io^tl' Avril i<^i. à Go- 

fur VEpître y II, Je l'ai prefque dtfrôuMaHr^g dit la Têur , Duc 

tout compofé de la I(emarqiM pré- de BouiHo/t J^Graiid-p^re de M. le 

liminaire de M. Brojfette & dc I>y©-<i^?.H()»<i^tfiî^ d'aqjourd'hui» 

celle qu'il a fii^te Air le dernier & mourut te 10. de Juin mil 

Vers de cetta fïttt.iéj^p fuis feprcent quatorie. 
contenté de les fonde é, ehfera- ( 4^ ) M, U Vue de Nevers. ] 

ble , & d'y faire. ftntrer ce que Philippe- J^rreN A/<^:<iriw-M«- 

j'y devois ajouter. a âni ^€^\j[cd^ Ne^ersSc de'Vonv, 

( X, ) Madame ta Vuchefe' de îl firtlaic Chevalier des Ordres 

'Bouillon, 3 Marie-Anne Mancini, du Roi à la promotion de 166I' 



SUR L'EPISTRE VIT. 347 
kjuelifueî autres perfofînes de difiinElion^unies degoHt 
-& de jeniimens ynvoient fouffé ( 5 ) Pradôn à tra- 
vailler fur le mêmefujet. Ces ferfonnes n^atmoient 
foint M. Racine;e^ dans le dejfein de le chagriner ^ 
elles avoient voulu Je pourtmr d'une Pièce , qui 
leur fer vit à faire tomber lafienne , quand elle fa^ 
rohrmt. VraÂon^ fier de Vefjèct de fuccès ^ que 
fon premier Ouvrage avm $bttHu du jeu des 
AQeHrs& de la Cabale , compofaft Phèdre par 



quoiqu'il n'eut encore que t^. font PirameicThhbéiTamerlan^ 

ans. L*honneur , qu'il avoit eu oh La fn«rt de B a fus^et j La Troade, 

de porter la queue* du Manteau Phèdre & HipfoUte ; Statirat fille 

du Roi le jour de fon Sacte , don- de Darins 8c veuve à* Alexandre ; 

ne le privilège d'être reçu Che- & ^egnlus , qui malgré fes dé- 

Valicr , quelque jeun* que l'on fauts , doit être Compté parmi 

foit. Ce Duc aimoic les Lettres les bonnes Tragédies. Cette Piè- 

& fe mêloit de Poëfies. Il en a ce , que Pradon avoit donnée en 

■fait quelques morceaux en Fran- 1688. ctoit entièrement oubliée , 

Çois , qui font d un goût plus lorfque Saron la fit remettre au 

quefîngulier. Théâtre en 171*' ou ijzi,. Elle 

C 3. ) Pradon, ] Ce Poète , que eut alors un fuccès très- éclatant. 

les Satires de nôtre Auteur ont Pr^rfo» n'eft point Auteur de la 

beaucoup plus immortali(î , que Tragédie du<yrand Scipion , qnoi- 

fes propres Ouvrages , ctoit de qu'elle lui foit attribuée dans 

.Roiien. Il mourutd'apoplexie à tette Epigramme ; i\\xt feu M. 

Paris , au mois de Janvier 1 698^ Xpitlfeau , fit à l'occafîon d'une 

On a recueilli dans un feul vo- ^frf/»r* remplie d'invcdivcs contre 

lame in-ix, fes Tragédies , qui M. D E S p K e! A u x. 

tAu nom de Dieu , Pradon , pourquoi ce grand courroux , 
Qui contre Defpréaux exhale tant d*in}ures, ? 

Il rn'a berné y me dirésijous. 
Je 'veux le diffamer chêsies \aces futures. 

Hé ! croVés-moiy refîés en paix, 
JPn'vain tenteriés-z/ous de ternir fa mémoire j 
. Vous n*ax>ancerés rien pour 'votre propre gloire j 
Et le Grand Scipion /èr4 toujours mawvais, 

te <yrand Scipion eft d'un M. de Tragédies encore moins connue», 
Prade , Auteur de deux autres qui fgiu Annib^l Ôc Stlénus, 



Î48 AVERTISSEMENT 
émulation ^ & U fit joiier fur le Théâtre de Va 
Troupe du Roi le ^.de Janvier 1 677. deux jours 
après celle de M. Racine. La Cabale n^ouhlia 
rien de ce qui pouvoit contribuer à faire tomber ce 
dernier , & procurer un fiiccès brillant à fon w- 
digne Antagonifle. 

(4) Madame DeshouHcres , amie particu^ 
Hère de Pradon , qui la confultoit ordinairemefU 
fur fes Ouvrages, alla voir la première Répré" 
fentation de la Tragédie de M. Racine. Elle re* 
vint enfuite fouper chés elle avec Pradon, & 
quelques perfonnes de fa Cabale, Pendant tout k 
repas on ne parla que de la Pièce nouvelle. Chacun 
en porta fon jugement avec l'équité , que dofim 
la difpojîtion de n ouvrir la bouche qu^à la Critique 
& de la fermer aux louanges. Ce fut pendant et 
même fiupé j que Madame DeshouHcres fit a 
fameux Sonnet , auji dépourvu defel que remj& 
de malignité. 

RSMjtR(lUMS. 

(4) Madame Deshouliins.'] de Février 1^94. dans fa cii> 

ANTOINETTE du Léger de La Gar~ quante - fixiéme année , aprci 

de , Femme de Gmliatune de la avoir long - tem» fouiFerc d'uix 

Fon de Boisguérin , Seigneur Des- Cancer au fcin. Elle ne laifi* 

houlières , & Lieutenant de Roi qu'une Fille , AntoinetteThétife 

des Villes te Citadelle de Dour- de La Fon de BoisgHérin , Oemoi-» 

lens t auquel elle ne furvécuc Telle Deshoulières» Elle avoit hé- 

que quelques mois. Cette Oame rite , mais dans un degré très- 

eft comptée â jufte titre parmi inférieur , des talens de fon il" 

les meilleurs Poètes du fîècle luflre Mère. Elle mourut de la 

paflé. Elle êtoit très belle >& fes même maladie le 19. d* Août 

talens ne pouvoient que re 1718. âgée d'environ ç^. ans, 

hauder l'éclat de fa beauté. Elle En 1^87- elle a voie remporté le 

fut reçue i V Académie d* Arles en Prix dc Pocûc à V^Académv fr^ 

liSa, & mourut 4 Pacis le 17. foife^ 



SUR L'EPISTRE vu. j+j 

Dans un Fauteuil doré Phèdre tremblante & blême 
( 5 ^ Dit des Vers ou d'abord perfonne n'entend rien. 
Sa Nourrice lui fait un Sermon fort chrétien 
Contre l'aiFreux defTein d'attenter fur foi^méme» 

Hippolite la hait prefque autant qu'elle l'aime ; 
Rien ne change (on cœur ni Ton chafte maintien. 
La Nourrice i'accufe ; elle s'en punit bien » 
Théfêe a pour (où Fils une rigueur extrême. 

(6) Une grofle Aricie,au teint rouge,aux crins blonds^ 
N'eft là que pour montrer deux énormes tétons » 
Que > malgré fa froideur , Hippolite idolâtre. 

Il meurt enfin , traîné par fcs courfiers ingrats ^ 
Et Phèdre , après avoir pris de la Mort-aux-rats , 
Vient , en fe confeifant , mourir fur le Théâtre. 

Ce Sonnet fut à peine compofé , qu^on eut foin de 
le répandre dans ^ Paris. Dès le lendemain matin 

{^ ) Dhiesyirs md'aboriper. „ Scénes , qui aient jamais été 

fonne n'entend rien, ] ** Ce qu'il y „compo(i^es,&C qui eft prcfquc la 

a de plus remarauable , c*eft „ feule chofe que M. I^acine ait 

„ que cette Dame blâme fans le „ empruntée d*E»ripide dans cetf 

„ favoir , une des plus bellei „ Ouvrage : tant il eft vrai , que 

„ Tel excelle à rimer , qui juge fottement ,», 

Cef^ la réflexion , que les deux la réputation a duré long-tems 

premiers Vers du Sonnet de Ma- au Théâtre. Je me fouviens d'à- 

dame Deshoutières foumiiTent à voir entendu Mademoifeile Le 

l'Auteur de la Vie de M. i?<i- Cotn^rettr ( & c'étoit afles peu def 

âne , que l'on trouve à Ja tête teras avant fa mort) dire avec un 

de l'Eaition de Tes Oeuvres , qui air de fatisFaâion , qu'elle êtoic 

parut à Paris en 1736. cbés extrêmement flatée des éloges , 

Prauit Fils. que les gens de la vieille Cour 

( 6. ) 'Vne groffe Aride , tic, [ lui donnoient , à caufe qu'ils 

C'êtoit la Dcmoifelle Desetillets , retrouvoient dans fon jeu , le 

Perfonne peu jolie à la vérité , goût & la plus grande partie du 

mais Aâricc excellente ^& donc jeu de Mademoifeile DesoùlUts, 



J5Ô AVERTISSEMENT 
( 7 ) VAhbé Tallemant rainéyVint en alerter une 
Copie a Madame Desfaoalieres , {^ui la reçut 
comme ûC une Nouveauté y quelle ne conttoijfoitpas. 
Elle fut enfuite la première à montrer f on Sonnet, 
qu^elle difoit tenir de Vjihhé Tailemanc. 

Les Arnii de Al. Racine crurent que ce Son- 
net etoitP ouvrage de M. le Duc de Ne vers. Fout 
Pradoii lui mime , ils ne lui firent pas l'honneur 
de lefoupçonner d'en être V Auteur. En quoi certai* 
nement ilsfaifoient au Sonnet beaucoup plu^ d^hon^ 
neur quil n'en méritoit. Quoiqu'il en Jott , il fut 
parodié Jur les mêmes Rimes contre le Duc de 
Nevers, 

Dans un Palais doré Damon jaloux & blême 
Fait des Vers oiî jamais perfonne n'entend rien. 
Il n eft ni Courtifan , ni Guerrier , ni Chrétien 3 
Et fouvcnt pour rimer il s enferme lui-même. 

RjEMjtRqUSS. 

(7. ) V^hhé Tallem<tnt Vaîné. ] fuite premier Aumônier de À'*- 
François Tallemant des ^at*x , dame. Il favoit fort bien l'Ita- 
Abbé de Val-Chrétien, «c Prieur lien , l'Efpagnol ôc l'Anglois. 
de faint Irénée de Lion , êcoit II ne tint pas à lui qu'on ne crue 
né â la Rochelle d'une Famille, qu'il entendoit tout aufli-bien 
qui s'êtoit extrêmement fîgnalée le Grec. Il emploïa une grande 
pendant les Guerres de Religion, partie de fa vie â traduire les 
On rappelloit VAhti pour le diî- y tes des Hommes lUuflres de Pli*- 
tinguer de PatU Tallemant fon t*»»'?»* ; & fa traduâion fut gén^- 
coufin , qui ôroit audî EccléfiaC- ralement mépnCée. Celle qu'il ^t 
tique. Ils furent tous deux de enfuite de VHiflûire de Venifti^ 
l'Académie Françoife* Franceis Procurateur Nani réulfit mieux, 
y fut reçu en i^n. si la place de & l'on en fait encore aîÔRsde 
Jean de Montèrent ^ ChAnoint dû cas. Il faifoit paitabicment bica 
Toul , & Secrétaire de M. le des Vers , & l'on trouve plu- 
Prince rfe Co»f» ; 6c il en mourut fleurs Pièces de fa façon dans 
fôus-Doïen le 6, de Mai 169^. le I{ecneil de Vers choifis ^ publié 
âgéde75. ans. il fut Aumônier parle ? Bonhours, Voïés E^ttf* 
du Roi pendant 14. ans , U en- yJI, Vers 90/ 



1 



SUR L'EPISTRE VIL 551 

La Mufe , par malheur , le hait autant qu'il l'aime. 
n a d'un franc Poète & Tair & le maintient. 
Il veut juger de tout , & n'en juge pas bien. 
(8) Il a pour le Phébus une tendrefle extrême. 
(9)Une Sœur vagabonde,aux crins plus noirs que blonds. 
Va par tout l'Univers promener deux tétons , 
Dont , malgré fon pais ^ Damon eft idolâtre. 

Il Ce tue à rimer pour des Ledeurs ingrats. 
L'Eneide , à fon goût , cft de la Mort-aux-rats 5 
Et , félon lui , Pradon eft le Roi du Théâtre. 

Cette Parodie , encore plus maligne cjue fon Ort^ 
gin al y & moins dépourvue de Jil ,fat faite en corn-- 
tnunpar ( 10) le Chevalier de Naiitoui!let,p^r 
(11)/^ Comte de Fîefque , par (ii)le Marquis 

REMAR<lU£Sé 



( 8. ; // a p9UT le Phébus uhe 
Undreffe extrême. ] Ce Vers ca- 
taélérife le flile de la plus gran- 
de partie des Poèfies ,du Duc de 
Net/ers, 

( 9. ) If ne Saur vagabonde,i£C. ] 
Hortenfe Mancini ^ trop connue 
par fcs Avamures , & par les Ou- 
vrages de Saint-E'vremond , pour 
qu'il foit befoin de s'étendre 
beaucoup â fon fujet, fut mariée 
le i8 de Février i66i. avec >€r. 
tnandChartes de la Porte , Duc de 
la MeiUeraie , Pair de France , 
Chevalier des Ordres du Roi, 
Grand*Maître de l'Artillerie , 
Gouverneur & Lieutenant-Gé- 
néral pour le Roi de la Province 
d'Alfacc , &c. Il prit le nom de 
Duc de MoKArin , après la mort 
du Cardinal , qui Tavoit tait fou 



Légataire unîverfel à cetrc con- 
dition. LaDuchede de Ma^arm 
fa Femme , mourut à Chclfey 
en Angleterre , le z. de Juillet 
1^99. Elle s'étoit retirée en ce 
païs pour ne plu> vivre avec fon 
mari , auquel elle avoit donné 
un Fils & trois Filles. 

( I o. ) Le Chevalier de KantouiU 
let, ] Voies Epitre IK, Vers 107. 

(il.) Le Comte de Fiefque. } 
Jean-Louis , Comte de Lauom 
gue & de Fiefque , mort le x8. de 
Septembre 1708. âgé de 61. ans. 
C'eft en lui que finit en France 
la branche aînée de la Maifon 
de Fiefque , l'une des quatre prin- 
cipales de Gènes & des plus iU 
luftres d'Italie. 

( it. ) Le Marquis de ManU 
camp. ] Il eft beaucoup parlé d« 



551 AVERTISSEMENT 
de Maiiîcamp , "par ( i j ) /^ Marquis d'Effiat, 
& jar (14) M. de Guilleragues , comme on U 
fut dans la fuite de M. Defpréaux ^ & de M. 
Racine, auxquels dans le tems-meme cette Parodie 
fut attribuée , du moins far M. le Duc de Ne* 
vers , qui , jiqui du feu de ménagement , qu^o% 
avoit eu pour fa Sœur & pour lui , répliqua pat 
ce pitoiable Sonnet fur les mêmes Rimes. 

Racine & Dcfpréauj , l*air triftc & le teint blême , 
Viennent demander gracé , & ne confefTent rien. 
( 1 5 ) Il faut leur pardonner , parce qu'on eft Chrétien , 
Mais on fait ce qu on doit au Public , à foi-même. 

Damon , pour Tintérét de cette Sœur qu'il aime , 
Doit de ces fcélérats châtier le maintien : 
Car il {croit blâmé de tous les gens de bien , 
S'il ne puniflbit pas leur infolence extrême. 

Ce fut une Furie , aux crins plus noirs que blonds ^ 
Qui leur preifa du pus de fes affreux tétons , 
Ce Sonnet qu'en fecret leur cabale idolâtre. 

Vous en fcrés punis , Satiriques ingrats j 
Non pas en trahifon d'un fou de Mort-aux-rats f 
Mais de coups de bâton donnés en plein théâtre. 

R£Mj4R(lU£S. 

lui dans les Ouvrages fatiriqucs petit-Fils d* Antoine Coiffier-^fii 

du Comte de Bujp-^abntin. connu fous le nom de Maréchal 

( 1 5 . ) Le Marquis d'Efiat, ] An- d*Effiat , & Neveu du célèbre & 

TOiNE Kit/i , Marquis d'Egi,<t, malheureux Henri Coiffier-^ife. 

Chevalier des Ordres du Roi , Marquis de Cinq-Mars . décapite 

Grand Ecuïer de Monfienr , &c en- à Lion le ii, de Septembre 1641. 

fuite de feu M. le Duc d*Orleans . ( 14.) M, de GuUteragnes. ] 

Confciiler d'Etat ôc au Confeil Voïés Ephre V, Sommaire, 

de Régence , mort le j. Juin (i^.; // A»*« ttnr pardonner ^ 

17x9. dans fa 81 é année , êtoic parce qii^on eft Chrétien ^ Mais tv 

La 



SUR ÙEPISTRE VII. ^^^ 
•, La menace ^ qui termine ce Sonnet , futfupvie de 
quelque réalité , fiTm s'en ra^ forte a ces quatre 
Ver SX 

Dans un coin Je Paris , Boilcau tremblant 3c blcmc , 
Fut hier bien froté , quoiqu'il n'endife rien. 
Voila ce qu'a produit Ton ftile peu chrétien. 
Difant du mal d'autrui , l'on s*en fait à foi-mcrae. 

Cefi ainfi que commence le Sonnet , que le /*♦ 
Louis Sanlecque , alors agi de vingt-cinq ans , &, 
frvfejfant la Rhétorique au Collège de Nanterre , 
compofa t pour faire Ja cour.au Duc de Nevers, 
fur les mêmes Rimes que les précédens. Le refle 
tfi i la louange de ce Seigneur^ à ce que dit le 
Supplément de Moreri. Ce fut ce Sonnet, qui 
valut , ( I ^ ) comme je fai déjà dit , au P, San- 
lecque ,74 nomination à l'Evêché de Bethléem ^ 
( 17 ) dont il n^ a jamais joiii. On auroit ici cette 
Pièce entière ^ fi favés pu la recouvrer. Mais 
fen ai fan une recherche inutile. Peut-être n^y perd- 
^on pas grand* choji , a juger du tout par le 
Quatrain % qu'on vient de voir , & dont le deuxième 
Vers contient une horrible calomnie ,(18) que Pra-^ 

R E M j4 R <l U £ s. 

fait ce qu^on doit ait Public ^ à foi' Bethléem, fa Famille n'a pas 

même. ] Voilà ce qu'on appelle laiflé de le faire peindre avec 

\xn Pardon à l'Italienne» • u île fouiané violette , ainfî que 

( t6) comme je l'ai dé/a dit."] je l'ai vu elles un de Ces Pa- 

V.oïcs V A-veniffement fm l'Epitre rens. 

T. Rertiarctoc ^ . • (i8)^ePradon a'voit eu U 

(17) dont il n*a jamais ioUi.\ noirceur d'in'venter, "] Voïés là 

Quoidue le P. Sanlecque n'ait ja- J{emarque fur le Vers 60, de l'E- 

roais été réellement -Evêque de pkre yi. 

Tome i, 2 



554 AVERTISSEMENT 
don avoit eu la noirceur d'inventer s & epim 
homme de la robe de Saiilecque devoit encore 
moins écrire , que tout autre. 

M. le Duc de Nevers^ contenta des menaces 
contenues dans le dernier Vers de fon Sonnet. 
M. Defpréaux & M. Racine, ^î<i furent» au 
mois d^05lohre de la même année» choifis far le Roi 
lui-même jour écrire PUiftoire de fon Règne , 
êtoiem purement déjà trop bien en Cour vour que 
•perfonne ojat en venir à des voies de fait avec 
eux f au ri/que d^ encourir toute t indignation du 
Roi. D* ailleurs {19) M.\e Vriacefut pourvoir À 
ce que les menaces de M. le Duc de Nevers 
n^euffint point d^ fuite. Son Sonnet t^eiu pas plufiot 
paru, que ce Prince lui fit dire , & même en termes 
tiffes durs , qu^H vangeroit , comme faites a lui mi' 
me, les infultet , qu^on s'aviferoit de faire à deux 
Hommes d^efprit , qu^il aimoit , & quHl prenoit 
fous fa proteêHon, La QtierelU n'alla pas plus loin. 
On H^enparUk même déjà plus dans le Public , que 
la Phèdre de Pradon hm encçre au Ih/atre. 

Quelque mauvarji que fut c^tte Tragédie , elle 
ne laiffz pas de pareUtre J^ abord avec éclat & de 
fe foutenir fendant quelque tems. Ce fut l'effet de 
la concurrence des deux Tragédies y & des ap^ 

REMjiRq^USS. 

(19. \M, le Prince^ ] LéGrapd relie occadonnée par le Sonnet de 

Condé. M. Broff'etu fi^ic fa Mj. MadamcJ5ivtûi#^'^'^w, "fut terrai- 

marque Cw Icdçraicr Vcr^4e i'£- >, née par des Perfonncs du pre- 

fUre yiî, par dire , que k q^^- „ ^\Uii Kfifig iv Qui l'empêçiioi^ 



SUR L^EPÏSTRË VIL sSS 
ftaitdijfemcnf excejftfs y dont la Cabale y ameutée 
jjar les proteileurf de Pradpp , faifoit referiçir les 
Rçfréfentations de fa Pif ce. ^joutfs^y la mau^ 
vaife h^eur de ceux , qiii nefoiipam y^s entrçr à 
la Phèdre 4e Racine ( & ç^etqu hpl^£^^^^ »P?«- 
bre) alloient à celle dç Pra4oa , ^ue fpn donnait 
les men^ef jours. Mais le Fu^lic xe f^rfla pas long^ 
tems à 4ect4er du mérite dç ces d§ux Qiiyrages. 
La Tragédie de Pradon tpfiaba d^tis yn mépris Jt 
général» qu^on n^ap^spfi la fftifp rep^r pitre de^ 
fuis ; & celle de Raçii^ie , malgré (pus Içs défauts , 
^u'pn lui peut jugement repr^çl^pr^fu^ ^^^^rdée 
dès-UrSi & f^êfi encore aujçfir^hm 9 çofme ce 
qu'il 4 f4^ àe plus parfait , ^ çmme U^ des 
Chefs - d' œuvre du Théâtre. 

Les deux Vhéàtts furent critiqués dans le tems 
(2.0) par Subligni, dont la Diflèrtation ren^ 
ferme des jineçd^tes , qui ne fpnt pmt aillefirs , 
& des réflexions très-fplides. Il pe ménage vpmt 
M. Racine ; // en relevé mime fcuvent les fautes 
avec trop de malignité ; mais il lui rend jufiice & 
ne parle de fin concurrent que çpmn^e t^up ^i^^ 
teur très-méprifahle. Il loue pourtant dans Pradon 
ce qui lui par on digne d^ éloge. En général il con^ 
damne le choix dujujet de Phèdre , lequel, félon 

RsM^Rqt/ss. 

de dire comment la chofe s*ê- rite de celui que je rapporte ici, 

toit palTée. Il l'avoit certaine- ( xo. ) par Subligni. ] Cet Au- 

mcnt appris de M. DefpréaHx. Je teur êtoi| un Comédien de la 

fuis fur, autant qu*on peut l'ê- Troupe du Roi. Sa, Differtati^n 

irc CD matière de Faits , de la y«- /»r Us Tragédies de Phèdre çp» 

z ij - 



5 5tî A VERT. SUR L'EPISTRE VÏI. 
lui , blejfe également la Religion & la délicattf^t 
Franfoife. A cette décifion , qui , partant iun 
Comédien , pr«^ être de quelque poids ; op^ofons 
telle de M. Arnauld, Ce Doreur ne ha poùù 
la Phèdre de M. Racine , fans P admirer. Il con- 
mm même que de pareils JpeSacles ne fir oient poiM 
nuifibles aux mœurs. Il défaprouva feulement Pa* 
mour /^'Hippolite , comme contraire au véritable 
caraBère de ce Prince. En condamnant hautement 
le choix du fujet de Thédre, Subiigni convient 
pourtant qu'il ne le fallait point altérer. Il aprouDt 
M. Racine d^ avoir confirmé la principale circon- 
flance , & montre à Pradon qu^il n^ a fait qu'une 
Jotife , en feignant que Phèdre n'étoit point encore k 
Femme de Théfée, 

R£MAR(IV£S. 

d*Hippolite fut imprimée à. Paris tions fur plnfieurs Tragédies i* 
in-ix, en 1677. feu M. l'Abbé Coukeille eî>' de Racine i *wfi 
Crantt , Homme de goût & Cri- des Réflexions pow &- centre U 
tique très- judicieux , quand il critique des Owvrages d*efynt. Ce 
lui plaifoit de l'être, l'a depuis font i. Volumes »w-ii. La A/w- 
fait réimprimer dans le S^i-ure lino» dont il s'agit ici, termine le 
utile , qui parut en 1740. à Pa- fécond Tome, Il eft encore par- 
fis chés Giffey & Bordelet , fous lé' de SubUgny dans la J{maf<p* 
ce titre : Rjecusil D£ Disseilta< fur le Vers ^ 3. Ejfh, FJJ, 




EPISTRE VIL 

A M. RACINE. 



V2 U E tu fçais bien , Racine , à l'aide d'un Adcur , 

Emouvoir , étonner , ravir un Spedateur ! 

Jamais Iphigenie en Auiide immolée , 

N*a coufté tant de pleurs à la Grèce aflèmbiée ^ 

K£Mj4Rq^U£S. 



Vers t. i^* tufeais bien , ^4- 
tine. ] Jean Racine , né à la 
Fercé-Milon fur la Hn de i6;9. 
fut élevé â Port - Roïal , où il 
s'appliqua tellement à l'étude 
des anciens Auteurs , que leur 
Langue lui êtoit devenue aulli 
familière , que la fîenne propce. 
Il commença à ii. ans â don- 
ner des Pièces de Théâtre , qui 
feront â jamais Thonneur de Ton 
iièdc. A ces rares talens , il joi- 
gnit , dans les dernières années 
de fa vie , une pieté folide & fin- 
cère , qui le fit renoncer aux 
Mufes profanes > pour fe confa^ 



crer à des objets plus dignes de 
lui. Il fut reçu à T Académie 
Françoifeen 1673. & mourut le 
xz. Avril 1^59. Ed. p. 173 ^ 

Ibid, i i*Aide d'un Anem,'\ 

Les Ennemis même de M. K^- 
cine ont été forcés de convenir 
du grand fuccès de Tes Tragédies s 
mais ils ont cru diminuer la ré- 
putation de cet illuftre Poète , en 
difant qu'une partie de fa gloi- 
re êtoit dûë au jeu des Aûeurs, 
Ceux d'à préfent ont bien fait 
évanoiiir ce reproche. Cette ré- 
Hexion , que M. ProfeUe taifoit 
eu 1717. cft peut-être aujouN 
Z iij 



35» E P I S T R E VIT, 

I Que dans Thcurcux fpcdacle à nos yçux étalé , 
'^ En a fait fous fon nom vcrfçr la Ghanmcflé. 
• Ne croy pas toutefois , par tes fçavans Ouvrages , 
Entraînant tous les cœurs gagner tous les fuf&agcs, 
Si-toft que d* Apollon un Génie infpiré , 
? o Trouve loin du vulgaire un chemin ignoré , 
; En cent lieux contre lui les cabales s'amàfTent, 
Ses Rivaux obfcurcis autour de lui croalTent , 
^ Et fon trof de lumière importunant les yeux , 
'De fes propres Amis lui fait des cnvieuif. 
af 5 La mort feùl icy-bas , en terminant fa vie , 
Peut caliper fur fôn nom 1 Tnjuftice & l'envie j 



1 



d'hirf plus vraie ; qu'elle h'fttoit 
alors. Il ajoute , que véritable- 
nient M. I^acine avoit trouvé 
d'excellens A^curs, Mùntfie»ri 
fît de (i grands efforts p.our re- 
préfenter Or^e dans ,Anéroma- 
*jtte , qu'il en mourut. Le Rôle 
d*Héroae dans la Marianne de 
Triflan , avojt cauO^ le monie fort 
^ Mondori, 

Vers îS. Bn a fait fous fon koni 
yerfetU Cbapfhejlé. ] Célêbtfc Co- 
métlienne. D b s t. 
. M. J(àcine , qui Tàvoit aimée 
lohg-tems , Se qui , ftlon le goût 
{le fon .fîêcle^ rétitôit idtni- 
râblemeht hlch , âvoît pris foin 
de la former. Ellè-meme forma 
Madenioifellc JDi^ dés {^ Nièce , 

S' lie nous avons fi Ibrig-fcèms & 
jdliement admirée , parce 
du'ellè alloic tbufoàrs au coeur. 
Ainfî ridus fhiiimei en êtâc de 
(ugcr dd gbfit de î>6tlamàtion 
ne )»^; ^acink. Nous 3^ trouve- 
^ibii^ auj6urii*liHi trop d'Apprêt 



& croi> d'enflute. idroH & M». 
detaoifelle. Le Cokinreiér nous onç 
ramenés au goût du fimple 8* 
du naturel , i)bi fiiient la pom- 
pe , mais qui fa vent s'allier a?ec 
la nobleile & la raajctté. Ma- 
demoifelle Chanmeflé mourut au 
mois de Juillet 1 698. à Auteuil, 
près de Paris , bù elle êtoit allée 
prendre l'air. Pendant fa der- 
nière maladie , elle avoit ^^ 
nonce au Théâtre en préfcncc 
du Curé de faiilt Sulpice. Elle 
rcnouvella cette abjuration , 
avant fa niort , entre les mains 
du Ciiré d^Auteuil. Elle fut en- 
terrée à falnt Sulpice fa Paroiflè. 
Chanme/lé , fon Mari ^ qui êtoit 
auffi Comédien , mourut fubirc- 
riient èii lyoï. cdmine il fortoit 
du Câbai-et, 

Chang Ibîd. En a faiï ] mn\ 
la prcmièi-e Edition , il y avoit : 
n'en a fait, 

IMIT. yérs \^, ta »M fnh 
ici-éas , 8çt. ] HMçi H àt tA 



£ P î s T R E VIT. 

Faire au poids du bon fciis pe&r cous Tes écrits ^ 
£t donner à Tes vers leut légitime prix. 
Avant qu'un peu de terre obtenu par prière , 
to Pour jamais fous la tombe euft enfermé Molière , 



3 59 



R £ M jt R 



q u £ S. 



plufieurs endroits , entre autres , Livre III. Odt XXjr, Vers tii 

yirtutemtneélnmem odimus , 

SubUtam ex octdis quérimm invidi. 

Il dit encore dans i*E/)iVe X. du Livre IL Vers iz, 

ComperU invidiam fnpremp fine d»mari, 
*Vrit enim fnlgore fm qui prétgrai/at artes 
JnfrÀ fe po/îtas i e/rJîinSlHs amabitur idem, 

La même Penfte fe trouve dans Ptoperce^ Liv. III. Elégie I, V. ir« 

^t mihi ifmd 'ui'vo detraxerit invida tnrba , 

Poil obitHm duplici fœnore reddep^honeSé 
Omnia po/i obitttmfingit majora 'vetùflas ; 

Majns ab extqHtis nomen in ora "venit, 

Ovi0E , Livre premier des Amours, Elégie Xr. Vers $9» 

Pafcitur in lÀrvis Livor : poflfata quiefcit , 
Ckm JuHS ex merito quemque Metur boncs. 

Cette même Pcnféc a été em- 
ploïée audî par Martial dans plu- 
sieurs de Tes Epigrammes. 

Chang. Vers 17. Faire au poids 
du bon fens , &c. ] Il y avpit dans 
la première Edition : dn droit 
fens, 

A la place des deux Vers , qui 

Imprimer . , . , 
Des fots de qualité /' 

Vers i 9. ^Avant qu^Un peu de 
terre obtenue par prière , &C. ] Afo- 
Jière étant mort , les Comédiens 
Te difporoiem à lui faite un 
Convoi magnifique ; mais M. 
4e flarlai , Archevêque de Paris, 



font ici , I*Autcur eh avoit fait 
deux autres , qu'il fuppcima par 
ménagement pour la Ducheile 
de Bouillon ^ & le Duc de îJe-vers , 
qui protegeoient hautement U 
Phèdre de Pradon, Voici ce que 
M. JBro/fette avoit apparemment 
retenu de ces deux Vers : 



ignorante hauteur, 

ne vouU^t pas permettre <lu*on 
l'inhumât. La Femme de Md- 
Hère alla fur le «hamp à Veffail- 
ies fe jetter aux pies du Roi , 

four fe plaindre del*iniure , qu6 
on faifoit à la mémoire de foli 

Ziv 



^60 EPISTRE Vit 

Mille de ces beaux traits , aujourd'hui û. vantés , 
Furent des fots Efprits à nos yeux rebutés, 
llgnorance & TErreur à Tes naifTantes pièces , 
£n habits de Marquis , en robes de ComtefTes , 

$.5 Venoient pour diffamer fon chef-d'œuvre nouveau | 
£t fecouoient 1^ tefte à l'endroit le plus beau. 
Le Commandeur vouloit la fcene plus exade, 
Xe Vicomte indigné (brtoit au fécond ade. 
L'un dçffenfeur zélé des Bigots mis en jeu , 

jo Pour prix de fes bon mots , le condamnoit au feu- 



Marî. Le Roi la renvoïa , en 
Jk(i difant, que cette araire dé- 
pendoit du miniftère de M, l'Ar- 
chevcque; Cependant Sa Ma- 
îefté fit dire â ce Prélat , qu'il 
fît enforte d'éviter l'éclat & le 
fcandale. M. l'Archevêque ré- 
voqua fa défenfe , à condition 
«îue l'enterrement fe fcroit fans 
pompe & fans bruit. Il fut fait 
par deux Prêtres , qui accom- 
pagnèrent le Corps , fans chan- 
ter î & on l'enterra dans le Ci- 
metière qui eft derrière la Cha- 
pelle de faint Jofeph , dans la 
rufc* Montmartre. Tous fes amis 
y affiftèrent, aïant chacun un 
flambeau à I^ main. Mademoi- 
fellc Molière s'écrioit par tout : 
iluoi , /'#» refufera la jépvtlture à 
un homme , qui mérite des .yfntels i 

Vers % 3 . À fes naiffantes 

pièces. ] L'Ecole des Femmes , 

3ui eft une des premières Comé. 
. ies de Molière , fut fort fui vie , 
& encore plus critiquée. Mais 
l'apologie , qu'il en fit lui-tiicme 
dans fa petite Comédie intitulée : 
La Criticftte de [''Ecole des Femmes^ 

(mpof^ fUçûçc 4yx pûvieux, 



iMiT.Vers x6, FtfecoUoient ta 
tefle à l'endroit le pins beau. ] |^ 
ridicule envie de trouver par 
tout des Imitations ^ a fait penfec 
follement â M. Srofette , qu'ici 
l'Auteur avoit eu en vue ce Ver- 
fet du Pfeaume XLII. Omnes o/»- 
dentes me , deriferunt me : locuti 
funt labiis & mcvent^t capHt» 
L'Auteur n'a fait que dépeindre 
une chofe très - commune , le 
figne qui fert à marquer tacite- 
ment qu'on défapprouve. 

Vers 17. Le Commandeur -vou» 
loit la fcene plus exaSie. ] Le Com- 
n\andeur de Sowvré n'approuvoit 
pas YEcole des Femmes, 

Vers i8. Le vicomte indigné 
fortoit au fécond aHe, ] Le Comte 
du Brouffin , pour faire fa eouc 
au Commandeur de Sowvré , for- 
tit un jour de VEcole des Femmes 
au (bcond Aâe , en difant touc 
haut, qu'il ne favoit pas com- 
ment on pouvoir avoir la patien- 
ce d'écouter une Pièce , où l'on 
violoit ai nfi les Règles. 

Vers 19. des Bigoti 

mis en jeu, ] Dans la Comédie 4q 
Tartufe^ 



E P I s T R E VII, ^61 

L*aatre , fougueux Marquis , luy déclarant la guerre , 

Voaloit vanger la Cour immolée au Panerre. 

Mais fi-toft que d'un trait de fes fatales mains 

La Parque l'euft rayé du nombre des Humains » 
: On reconnut le prix de fa Mufe éclipféc. 

L'aimable Comédie , avec lui terraffée , 

En vain d*un coup fi rude efpera revenir , 

£t fur fes brodequins ne put plus fe tenir , 

Tel fut chez nous le Coït du Théâtre Comique. 
Toy donc , qui t'élevant fur la Scène Tragique , 

Suis les pas de Sophocle , & feul de tant d*£fprits , 

De Corneille vielli fçais confoler taris , 

Ceffe de t*étonner , fi l'Envie animée , 
Attachant à ton nom fa rouille envenimée , 
\$ La calomnie en main , quelquefois te pourfuit. 
En cela , comme en tout , le Ciel qui nous conduit , 

Vër,$ ji. Vautre^ foHxueux Mar. pitié , quelquefois avec dépit , 

«nwJ , &c. ] Les Marquis ridicules lui difoit tout haut : ^tdonc , 

de la Cour , aufqucls ont fuc- Parterre ; ri donc. Ce Spettatçuc 

cédé nos Petits-Maîtres , êroicnt fe nommoit Plapiffon , & palloit 

extrêmement irrités contre Mo- pour un grand Philofophe. C'eft 

Hère , parce qu'il les joUoit , & fur lui principalement , que Mo- 

qu'il mcttoit leurs propres dif- Hère a formé le carafterc de fon 

cours au^n-bien que leurs ma- MiCanthrope. 

nièzcsdAns Ces Comédies. Imit.Vcvs iS. Et furfes br ode- 

y^KS 1%. y ouloifvAnget la Cour quins ne peut plus fe tenir, "] Ce 

immolée au Parterre, ] Ceci fait Vers eft imité de ce mot de Quin- 

allufîon à Tcndroit de la Scène tilien , Livre X. Ch. I. In Co* 

V. de li Critique de l'Ecole des mttdid maxime claudicamus, 

femmes y où Molière psitU d*UU y eks ^^ - La calomnie en main ^ 

Spc£lateur ridicule , qui placé quelquefois te pourfuit, ] Ce Vers 

fur le Théâtre pendant la répré» carataérife le Sonnet de Madame 

fentation de cette Comédie , hauf- Deshoulières contre la Phèdre de 

foit les épaules à chaque éclat M. K^cine, Voies l'Hiftoire de ce 

de rire , que le Parterre faifoit \ Sonnet & de fes fuites dans VA- 

^ le rcgardJMW <^ucl<jucfoi? en i/ertilfmtnt fur cciçc E^itre^ 



5^1 E P 1 S T R E V I t 

Racine , fait briller fà profonde fageflc. 
Le mérite en repos s endort dans la parefle : 
Mais par les Envieux un génie excité 
50 Au comble de fon artcft mille fois monté. 
Plus on veut TafFeiblir , plus il croift & s'élance. 
Au Cid perfccuté Cinna doit fa naifTance , 
Et peut^ftre ta plume aux Ccnfeurs de Pyrrhus 
Doit les plus nobles traits dont tu peignis Burrhus. 



Vers ^i,j4i$Cid perfeauê^^cc. ] 
Voïés la î^emarqHt fur Ic Vers 
2 } I . de la Satire IX. 

Vers ^3. & ^4. Et pem^lhre 
ta pUme ohx Cenfewrs de Pyrrhus 
Voit les plus nobles traits dont tu 
peij^nis Burrhus, ] Ces deux Vers 
déiîgnenc lés Tragédies à^^^ndro- 
maque ht de Britannicus. 

M, l(acine fit jolier y4ndtomaque 
en 1^68. Il n*avoic alors que 19. 
ans , & l'on jugea par cette Pièce 
qu'il égaleroic un jour > & que 
même il furpafleroit peut-être à 
certains égards, le Grand Cor- 
neille, La Tragédie d* AndrotHaque 



eut pourtant dés Cenfeurs. les 
Seigneurs de la Cour en dirent 
hautement leur /entiment , die le 
BoL/EANA«/èi«« Ntenduë, ouplnjUt 
félon les bornes de leur goât & de 
leurs lumières. Le Maréchal de 
Créqui , qui n*avoit oas la répu- 
tation d'aimer trop les Femmcj, 
& le Comte à^Olonne , qui ne à»- 
voit pas fe plaindre d*étre trop 
aimé de la fienne , furent ceux 
qui frondèrent le plus Andrem- 
que. M. ^^'$ne «*en vangea par 
VEpirramme fui vante , dans la- 
quelle il s'adteflè la parole à lui- 



même. 

Le 'vrai-femblable ejl choqué dans ta Pièce , 

Si Von en croit C^ d'Olonne &• Créquij, 
Créqui dit que Pyrrhus aime trop fa Maitrefe , 
D^Olonne , qu'^ndromaque aime trop fon mari, 

Voïés le ^o^tf»4,Nortib.LXXXI. Cette Pièce , écrite fur un affe 

Ce que les Centeurs les plus ju- bon ton , fut alors attribuée à 

dicicux , & particulièrement le MélUre y ti cela penfa le broiiil- 

Grand Prince de Condé , con- I^r avec M. J^cine. Elle croit 



damnèrent le plus , ce Fut le ca 
raétèrc dé PyVrhui , qu'ils trou- 
voient trop emporté » trop Vio 
lent , ti-op farouche. On accUfa 
même Pyrrhus d'être Uii brutal > 
& de plus unitial-Ilonnête bbin- 



du nommé iJr SabUgrij^ , Comé- 
dien de la trbupe du Roi , & 
Pèi-fc de là Demoifellfc De J«- 
hli^y , e*ctllentt lianftMfii , que 
bibii des t^tn fe fouviennent en- 
tore d'dVbit vu tenir à l'Opcra 



me , dans une Cohtédîè en trois lé premier rkrig avant la Dcpioj 
Aftes , qui fut réprérentéé dans ftlle Prrvot, Ceç Auteur fe ne 
letems par là Troupe du Roi. connohrépàr Hmptefllon dé f» 



E P ï s T R E VIL i6i 

^^ Moy-mcfmc , dont la gloire icy moihs répandue 
Des paflcs Envieux ne biéfTc point la vue' 5 
Mais qu'une humeur trop libre , on efprit peu fournis 
I>e bonne heure a pourvu d utiles Ennemis : 
Jç dois plus à leiir kainfe , il fàiitque je Tavouë , 

Co Qu au foible & vain talent dont là France me loue. 
Leur venin qui fur moy brûle de s*épancher , 
Tous les jours en marchant m'empefche de broncher. 
Je fonge à chaque trait que ma plume hazarde , 
Que d un œil dangereux leur troupe me regarde. 

^5 le fçais fur leurs avis corriger mes erreurs , 
Et je mets à profit leurs malignes fureurs. 
Si-toft que fur un vice ils penfent me confondre , 
C*eft en me guériifant que je fçais leur répondre : 
Et plus en criminel ils penfent m*ériger , 

70 Plus croiflànt en vertu je fonge à me vanger. 

Pièce. Bile a pour titre : La Vers^ç. Je ffais fnr leurs a-vîs 

Folle QHereUei ou U Critique d*An- corriger mes erreurs. ] Ce Vers 

dromaque. Les reproches , que rend le mot de Philippe de Ma- 

M. ^cine reçut au fujet du ca- cédoine , qui difoit , qu'il avoic 

raâcre de Pyrrhus , le firent ré- obligation aux Orateurs d'A- 

flechir davantage fur fon Art ; thenes , de l'avoir corrigé de fes 

& dans Briiànnicus , qui fuivit défauts , à force de les publier. 

uindromaque , & qu'il fit répré- Plut. Apopht. des Ane. 

fenter en 1670. il s'attacha fur Vers 70. Plus croijfant en 'vertu 

tout à donner à Burrhus le carac- fe fonge à me 'vanger. ] Quelques 

têre d'un parfaitement honnête Amis de nôtre Auteur lui répré- 

hommc. C'eft de quoi le loue ftntant un jour , dans le dcfîein 

ici M. Defpréaux , qui n'approu- de le détourner de la Satire , qu'il 

voit pas tout dans cette Tragédie, s'attireroit beaucoup d'ennemis. 

Il trouvait Sritannicus trop pe- qui ne manqueroient pas de le 

tit devant Néron , & ne pouvoir décrier 6c de noircir fa répura- 

fouflfrir, que Junte voïant fon tion: Je fais un bon m oïen de m'en 

Amant mort , Je fit Veftale. vanger^ répondit- il froidementi 

Ce Dénoûment pairoifloit puéril, c'ejl que je ferai honnête homme. Il 

Voïés le BolMnà , N. LXXXIU. âvoit auffi fouvent à la bouche 



3(Î4 E P I S T R E V I l; 

Imite mon exemple 5 & lors qu'une Cabale , 
Un flot de vains Auteurs follement te ravale , 
Profite de leur haine & de leur mauvais fens : 
Ris du bruit pafTager de leur cris impuiiTans. 

75 Que peut contre tes Vers une ignorance vaine î 
Le ParnaiTe François ennobli par ta vaine 
Contre tous ces complots fçaura te maintenir , 
Et foulever pour toy 1 équitable avenir* 
Et qui voyant un jour la douleur vertueufc 

80 De Phèdre malgré foy perfide, inceftiieufc , 

R E M jt R q U JS S. 



cette Maxfmc , qu'il avoir em- 
pruntée de Plutarque • Il faut 
éfvoir des Amis &• des Ennemis : 
deSiXmis^ pour nous apprendre n6. 
tre devoir : des Ennemis , pour 
nous obliger â le faire ^ Plut. Com- 
ment on pourra recevoir de l'u- 
tilité de fes Ennemis. 

Chang. Vers 71. 'Vn flot de 
i^alns Auteurs , &C. 1 On Ufoit 
dans la première Edition : l/» 
tas de 1/ains ^tueurs. 

Vers 8o. De Phèdre malgré foy 
perfide , inceflueufe. ] Ce maigri foy 
cft ce qui fonde l'excellence du 
Caradere de Phèdre. Un Héros 
de Tragédie ne peut exciter la pi- 
tic & la terreur , à moins qu'il 
ne foit un peu criminel & beau- 
coup malheureux. C'eft le Ca- 
radère d*Oedtpe dans Sophocle, 
C'cft 'auflî celui de Phèdre dans 
:^icine , qui s'êtoit perfuadé de 
bonne heure de la néccifité de 
fe conformer à cette Règle ef- 
fentielle de^ la Tragédie. " Ce 
9< n'eH: pas à moi > dit-il dans la 
„ Préface , qu'il avoit mife â la 
,, tête de la première Edition 



, d*^ndromai}ue , à reformer les 
, règles du Théâtre. Horace nous 
>, recommande de dépeindre 
, Achille farouche » inexorable , 
, violent , tel qu'il ctoit , & tel 
, qu'on dépeint fon Fils. Et 
, Arilîote , bien éloigné de nous 
y demander des Héros parfaits , 
, veut au contraire > que lesDer^ 
, Tonnages tragiques , c'eft-i» 
, dire , ceux dont le malheur 
, fait la cataftrophe de la Tra- 
y gédie , ne foient ni tout-à-faic 
f bons 9 ni tout-â fait méchans. 
, Une veut pas qu'ils foient ex- 
, trèmement bons , parce que 
, la punition d'un homme de 
, bien exciteroit pluftôt Tin* 
, dignation , que la pitié dii 
, Spedateur -, ni qu'ils foient 
, médians avec excès , parce 
, qu'on n'a point pitié d'un fcé- 
) lérar. Il faut donc t^u'ils aient 
, une bonté médiocre , c'eft à- 
, dire , une vertu capable de 
, foiblcfTe , & qu'ils tombent 
, dans le malheur par quelque 
, faute , qui les faffc plaindre , 
, fans les Faire détefler j,. 



E P I s T R E VII. i6) 

D*un fi noble travail juftement étonné , 

Ne bénira d'abord le fiecle fortuné , 

Qui rendu plus fameux par tes illuftres veilles , 

Vit naiftre fous ta main ces ppmpeufes merveilles ? 
^S Cependant laifTe ici gronder quelques Cenfeurs , 

Qu'aigriilent de tes Vers les charmantes douceurs. 

Et qu importe à nos Vers que Perrin les admire ? 

Que l'Autheur du Jonas s cmpreffe pour les lire ? 

Qu'ils charment de Senlis le Poëte idiot , 
50 Ou lefec Traduâeur du François d'Amyot : 

Vers 87. Et ejn^importe â nos SaKVIlI. Vers 44. 4c. Sat, llC, 
Vers que Perrin , &c. ] Il a tra- Vers 97. 193, 
duit rEncïdc , & a fait le pre- Imit. Ibid. EtqnHmporte à nos 
rtîicr Opéra q\ii ait paru en ^m, &c. ] Cet endroit cft imité 
France. D e s p. d'Horace qui dit Livre I. Sutire 

Voies au fujct de ce Poète, X. Vers 78. 

Men* mo-veat cimex Pantidms ? ant crucîer , qnhd 
VelUcet ab/entem Demetrius f ant quèd ineptus 
Fannms Hermogenis Udat cowvrva Tigetli f 

Vers 88. i^e l'yinteur du ]o^ fer.il fuffifoit que Tes produûions 

nas ^ &:c. ] Coras. Voies Satire fullent aifées & narurellcs.Com- 

JX» Vers 91. me il n'y avoit là rien d'inju- 

M. D Confeiller au rieux pour M. Defpréaux , on le 

Parlement , foutinc un jour à lui redit. Il ne laifla pas d'en 

Table , que quelques beaux que être piqué dans le moment ; & 

foient les Vers de M. Defpréaux , pour fe vanger , il mit le nona 

on connoiilbitnéantmoins qu'il de ce Magiflrat à la place d« 

jie les faifoit pas aifémcnt. Quel- V^utem du Jonas ; gc dans l'Edi- 

qu'un répondit, que,fansexami- tiondei70i. à laquelle il tra- 

ner fi l'Auteur avoit ou n'avoir vailloit alors , il Ht imprimer ce 

pas beaucoup de peine à compo* Vers ainlî : 

Hm a . . . . . <«»» Palais s'empfejfe de les lire. 

Mais en revoïant les Epreuves, V^rs 89^ de Senlis le Poë" 

il changea d'avis & rétablit l'an- te idiot. Linicte. D es p. 

cien Vers. Il ne crut pas alors Ce Pofete avoit effeaivemenc 

devoir faire un crime a ce Ma- l'air d'un Idiot. Voies Sat. IX, 

giftrat d'une chofe dite dans V. 236. E/>. /. V. 40. ^p. //.V. 

une Converfation de table , en 8. ^rt Poét, Ch. II. Vers 194. 

paflant , ôc fans dclTcin formé Vers 90. 0» le fec TraduHeur 

de l'oficnfcr* dit Franfiit d'Amyot, ] On a prç- 



i66 E P I S T R E V I !• 

Pourvu qu avec éclat leurs rimcs^ébitécs. 

Soient du Peuple , des Grands , des Prcïvinccs gouftées 5 



tendu que l'Abbé Tallemant^^ouv 
mettre les yies de PlmarqHt en 
François , n*avoit fait que chan- 
ger le langage de la Traduâion 
àCAmjot. M. Hmet ne détruit 
point cette opinion , guand il 
dit feulement à la page ti6. 
Commentarii de rebns ad enin pet' 



i<4y. fiit le commencement ds 
fa répotacion & de fa fortune^ 
Elle le fit conooître à la Cour , 
fie le Roi Henri II, lui doiir 
na l'Abbaïe de Bellozane. En 
i^^i. il fut choi(î pour por> 
ter à Trente la proteflation dif 
Roi contre le Concile , & s'ac- 



Ètnentihus , qu[il avoit corrigé quitta de cette Commi/uon d'une 

bien des endroits de la Traduc- manière , qui lui fît beaucoup 

tion de l'Abbé T allemand , qui d'honneur. Peu de tems après 

n'êtoient pas fidèles. Cet Ouvra- Ton retour d'Italie , il fut choifi 

ge parut en 1663. 4 P«twcn 8. ^^ Henri II, pour être le Pré 



Volumes»»- II, Au rcftc, l'Ab 
])é TalUmant s'êtoit attiré le 
trait Satirique , que l'on voit ici, 
par l'impudence qu'il avoit eue , 
de lire en pleine Académie une 
Lettre , qu'il prétendoit lui avoir 
été écrite , fie dans laquelle on 
lui mandoit , que le iouc précé- 
dent M. DefpriaH* avoit été fort 
maltraité dans un lieu de débau- 
che derrière l'Hôtel de Condé. 
Ceux à qui ce Poète êtoit connu 
particulièrement fe recrièrent 
contre une calomnie fi mal fon- 
dée. V diis Auettiffement^otc 8. 
Jacques Amyot , Abbé de Bello- 
z;me fie de faint Corneille de 
Compiegne , Evêque d'Auxerre. 
Grand Aumônier de France fie 
Commandeur des Ordres du Roi, 
êtoit de Melun fie de trèsbafle 
extraction. Il fit Tes Etudes dans 
l'Univerfité de Paris ; fie fut en- 
fuite pourvu dans celle de Bout- 
^cs d'une Chaire , qu'il quitta 
pour être Précepteur des Enfans 
de Guillaume de Saji Bouchetel^ Se- 
cretaift d'Etat. La Traduction 
des xAmottvs de Théagène dr de 
Charidée , qu'il fit imprimer en 



ceptcur de fcs Enfans. Ce fut à 
la reconnoilTance de Tes auguC- 
tes Elèves , qu'il dut fa grande 
fortune. Charles IX, le fat Evê- 
que d'Auxerre Se Grand Aumô- 
nier. Henri III, lui donna le 
Cordon-bleu , qu'en fa confi- 
détation il attacha pour toujours 
â la Grande- Aumônerie. Il mou- 
rut le 6, de Février 1^95. dans fa 
foixante - dix - neuvième année. 
Son principale Ouvrage eft fa 
Traduâion de toutes les Oeuvres 
de PUtarqne, Les grâces du ftiîe 
la firent réuffir , quoique peu 
fidèle j fie , malgré les change» 
mens arrivés dans la Langue , 
on la lit encore avec plaifir. Les 
Vies des Hommes Illuflres on Ctc 
traduites pluficurs fois depuis 
lui ; mais fa Traduâioneft tou- 
jours reftéc feule entre les mains 
de tout le monde i fie celle même 
de M. Dacier^ laquelle parut en 
I71X. ne l'a point fait oublier. 

Chang. Vers 91, PonmA qu'a- 
'vec éclat leurs rimes débitées^ ficc] 
Ce Vers fie le fuivant êtoicnc 
ainfi dans les premières Edi- 
tions. 



pourvu qt^avec honneur leurs rimes débitées 
J>n Public dédaigneux ne foient point rebutées^ 



I 



E P I s T R E VIL 3^7 

irvû qu ils puiflent plaire au plus puiiTant des Rois 5 
a Chantilli Condé les fouiFrc quelquefois 5 
*Enguien en foit touché , que Colbert & Vivone , 
e la Rochefoqcauc , Marfillac & Pompone , 

H ANC. Vers 93. Pourvu qnHU . IMIT. Ibid. PottrvA qtfilspmffent 
^tnt plaire, ôfc] On lit , Pour~ pldirt au plms pnifant des I^is. ] Ce 
^uHLs ffachent , dans toutes les Vers & les treize qui le fuiyent « 
tions , qui ont précédé celle font une Imitation de tout cet 
713. endroit d*Hor. L. I.J4^JC,V. 81, 

Plotius y ^ y anus , Mucenas , yirgiliufque , 
Valgius , f^ probet h£C OHainus opttmnf , attjue 
fufcits : &• hac utinam yifcorum laudet Merque 
t^mbitione releratd , te dicere poffkm » 
Polifo ; te Mejfala ttto cum frotte ifimnlque 
Vos , BibtUi O Servi , fimul his te , candide Furni j 
Complûtes altos , djoSlos ero quos (3^ amicos 
Pfwiens ptateteo : quibus bac , fint qualia cumque , 
^rridete i/elim 5 dolitumsfi placeant fpe 
Deteriùs noflrd, Demetri , teqne , Tigelli 
Difcipularum inter jubeo plorare cathedtas, 

'£ILS94. &9^. i^*à Chantilli 107. & V^verti/fement Hjr U 
dé , &c. Qu'Èngmen , &c. ] même Epitre, 
jrand Prince de Condé , qui V^RS 96. Hue la I(pchefoucaut , 
fa les premières années de f^ Marfillac &■ pompone. ] 
dans (a Maifon de Chantillij François VI. Duc de La J{pche~ 
M. Henri - Jules de Soutbon; fomaut , Chevalier des Ordres du 
on. appelloit alors k Duc Roi > de Gouverneur de Poitou • 
nguien & qui fut Prince <<e néle 15. de Décembre 1615. & 
<^ après la mort de Ton Père, mort a Paris le^ 17. de Mars 
Vkks 9^.— — ^Me Colbert f^ 1^80. âgé de près de 77. ans; 
/0»e. ] êtoit aufli célèbre par la beauté 

ean-Baptijle Colbert , Marqui^ de fon efprit , que par la noblefle 
Seignelay, Mjniftre& Secre- de fa naiflance. Il eft Auteur 
d'un livre de Maximes morales , 
& de Mémoires concernant la 
Régence à' Anne d'Autriche , qui 
font très-eilimés. 

François VII. Duc de la l^pche- 
foueaut , GrfUjid Veneur de Fran* 
ce » Grand'Maître de la Garde- 
robe du Roi , & Chevalier de 
fes Ordres , s'appelloit le Prince 
de MarfiliLic , du vivant de fon 
Pejc, dont Q» viem de parler. 



d'Etat , Commandeur de 
md Tréforier des Ordres du 
i , Contrôleur Général de 
Finances , Surintendant des 
;imens , Arts & Manufadiu- 
de France , né à Paris le 3 1 . 
ût 1619. & mort â^aris le 
de Septembre 1^83. âgé de 
ans ûx jours. Voies Satire 
II. y. 19^- 
Uzfone, Voïés Epstrt XT, Vers 



J 



}68 E P I S T R Ë Vit. 

Et mille autres qu icy je ne puis faire entrer , 
A leurs traits délicats fc laiiTent pénétrer. 
Et pleuft au Ciel encor , pour couronner l'Ouvrage , 
loo Que Montauzier vouluftleur donner fon fuf&^cl 

Rem a r q^ u e s» 



Il êtoit né le i^. de Juin 1^34. 
& mouruc le ii. de Janvier 
1714. âgé de près de 80. ans. 
C'ed de lui qu'il efl parlé dans la 
J^marqtte fur le Vers ixo. de la 
Satire X. 

Simon Amatild , Marqiiis de 
Pompone , Fils de I{obert Amauld 
^Andilli , Confeiller d*£tac , iî 
connu par Tes excellences Tra- 
durions , PcticFils du célèbre 
Antoine Arnauld , Avocat au Par- 
lement 8c Procureur Général de 
la Reine Catherine de Médicis 9 
Neveu de M. Amanld le Doc- 
teur . fut en KÎ71. rappelle de 
Suéde > où il vehoit de conclure 
an Traité important , pour fuc- 
céder au Marquis de Ljonne dans 
la Charge de Secrétaire d'Etat 
pour les affaires Etrangères. Peu 
propre aux intrigues de la Cour , 
il quitta fa Charge en 1679. pour 
vivre dans la retraite. Mais en 
1 <?9 1 . le Roi lui fit prendre place 
dans fon Confeil en qualité de 
Miniftre d'Etati II continua d'y 
fervir jufqu'à fa mort arrivée le 
atf. de Septembre i«99. 

Vers 99- Et pUnfl au Ciel e», 
cor , ficc. ] Cette Exclamation eft 
particulièrement imitée de celle 
d'Horace , rapportée ci-deflus : 
& hac Mtinam Vifcomm laudet ttter- 
qae .' Nôtre Poëte y fuppofoit 
une fineflc » dont pcrfonne ne 
s'êtoit apperçu. *' Il y a appa- 
5, rence , difoit-il , cfue les deux 
^yyifcHs êtoient ordinairement 
,, oppofés dans leurs- fentimens j 
„ c'cft-àdirc , qu€ l'un êtoit 



,> d'un goût raifoonable, £cl'2u- 
» tre d'un goût bizarre & parti* 
,) culier } ainfi Horace , en fou- 
,, haitant de plaire à ces deux 
„ hommes , donne une marque 
„ de fon efprit » puifqu'il n'y a 
9y jamais que les chofes , qui 
„ font d'une beauté Iblidc & im- 
,, muable , qui foienc approu- 
>, vées par toutes fortes de gens,,. 
B&oss. 

Veils 100. Que Montauzier voiu 
lufl lui donner fon /Uffrare, ] Le 
fouhait obligeant 6c flatteur , 
contenu dans ces Vers , Ht fur le 
cœur du Duc de Montam^er l'ef- 
fet , que l'Auteur defîroit. Ce 
Duc commença dès- lors à s'a- 
doucir en fa faveur. Quelque 
tems après il l'aborda dans U 
grande Gallerie à Verfailles, & 
lui fit compliment fur la mort 
de M- Boilean de Puimorin Ton 
frère , en lui difant qu'il aimoic 
beaucoup feu M. de Puimorin. 
"Je fai qu'il faifoic grand cas de 
,> l'amitié dont vous l'avés ho» 
„ norc , répondit M. De/priaux, 
„ mais il en faifoit encore pluf 
,, de vôtre vertu -, & il m'a die 
„ plufieurs fois , qu'il êtoit irés- 
,^ fâché que je n'eulTe pas pour 
„ ami le plus honnête homme 
,, de la Cour „. Ce fut là le mo- 
ment de la reconciliatio^n. M. 
de Montawaiier changea dès-lors 
l'edime , qu'il avoir pour nôtre 
Auteur,eu une amitié , qui a du* 
ré toute fa vie^âc fur le champ il 
l'emmena diner avec lui. Bnoss. 
ChurUt de Sainie-Maure , Duc 
Cçft 



EPISTRE Vil. 

Ccft à de tels Ledeurs que j*of&e mes efcrits. 
Mais pour un cas greffier de frivoles Efprits » 
Admirateurs zelcz de toute œuvre infipide , 
Que non loin de la Place ou Brioché prélîde , ' 
05 Sans chercher dans les Vers ni cadeûce ni Ton , 
Il s'en aille admirer le f^avoir de Pradon. 



5^5 



de MtmtauKier , Pair de France *, 
Chevalier des Ordres du Roi , 
Gouverneur de M. le Dauphin , 
premier Gentilhomme de fa 
Chambre & Maître de fa Gar- 
derobe , mari de la célèbre Jh- 
lie d* Antennes , Demoifclle de 
J^ambemUet^ s*eft rendu célèbre 
par fa rare probité > fa grande 
érudition & fa bonne conduite 
à la Guerre. Il mourut le 17. de 
Mai 1 690, âgé de 80. ans. Voïés 
Difcrm la Satire, N. 3. Saf, /. 
Vers ^6, Satire IX, Vers ij6. 
30t. I 

Vf ILS 104. iijff non loin de la 
Tiace OH Brioché préjtde. "] Fameux 
Joueur de Marionettes > logé 
proche des Comédiens. D e s P. 
Edit, de 1 701 . 

Pradon ht répréfenter (à. Phèdre 
par les Comédiens du Roi « qui 
avoient alors leur théâtre dans 
la nib' Mazarine au bout de la 
rue Guénégaud. Brioché faifoit 
jouer [es Marionettes à l'autre 
bout de cette dernière rub' , dans 
un endroit appelle Chdtean-GaiU 
lard , proche l'Abbreuvoir du 
Tont-neuf. C'eft par la circon- 
(lance de ce voifinage , que nô- 
tre Auteut désigne malignement 
les Comédiens , qui joiioienc la 



Phèdre de Pradon , comme Vou- 
lant inHnuer que cette Pièce ne 
roéritoit d'être jouée , que paC 
dei Marionettes. Fanchon ou 
Franfois Brioché , ctoit fils de 
Jean Brioché^ Arracheur de dents, 
que l'on regarde comme Tinven- 
ceur des Marionettes $ quoiqu'il 
n'ait fait que les perfeâionner. 
De fon tems un Anglois avoic 
trouvé le fecret de les faire mou- 
voir par des refToas & Tans cor- 
des i mais l'on préféra celles d« 
Brioché à caufe des plaifanteries 
qu'il leur failbit dire. Fanchon 
Brioché fe renHit encore plus cé- 
lèbre que Ton Père dans ce noble 
métiet. 

Imit. Vers 10^. Sans chercher 
dans les Vers ni cadence ni fon, 1 
C'eft ce qu'HjTtfce^dans foû ^rf 
Po'ét, Vers x6ik appelle immodm» 
lata po'émata, 

Ve&s 10^. // s*9n aille admirer 
lefca'voir de Pradon, ] Ce Pofe'te 
êtoit très-ignorant. Un jour au 
forti^d'une de fes Tragédies , M. 
le Prince <ie Cofit» l'aîné , lui die , 
qu'il avoic mis en Europe une 
Ville d'Afie. Je prie 'vôtre Alteffe 
de m'exciéfer , répondit Pradon i 
car fe ne fais pas trop bien la Cbrom 
nologie. 



Tomt Xi 



A9 



Quoique /"Epître IV. fur la Campagne de HoU 
lande j eut été faite peu de tems après que le 
Roi eut gratifié l'Auteur d'uHe Penfion , & qu*il ^eut 
compofée pour marquer fa reconnoijfance envers Sa 
Majefté ; il crut lui devoir encore adrejfer /'Epître 
VIII. pour le remercier plus particulièrement defes 
bienfaits. Ceft pour cela qu'il appelloit celle -A 
•yô» Remercîment.. // la fit en 167^, & la récita lui- 
même au Roi ; niais il ne la laijfa parohre que Van^ 
néefuivante pour les raifons , que Von dira dans la 
Remarque yîtr le Vers i. Au refie cette Pièce , quant 
au fonds ^ eft toute de l'invention de l* Auteur. By 
foutient ingénieufement k perfonnage i'tt» Satirique , 
chagrin de fe voir forcé de louer y & qui fetgnant 
de ne favoir comment s'y prendre , n'en trouve que 
mieux le moten de loiier d'une manière aujji déît' 
cate que neuve. 




PISTRE VIIL 



A U R O Y. 

VJR A N D R O I , cefle de vaincre, ou je ccfle d'écrire. 
Tu fçais bien que mon ftile ëft né pour la Satire : 
Mais mon Efprit contraint de la defiivoucr , 
Sous Ton Règne étonnant ne veut plus que loîier. 

Remarq^ues. 



Vers i. Grand l(pi , cefe dt 
•vaincre , o*# ;* cejfe d'écrire, ] Cc 
Vers fut caufc que cette Epitre 
ne fut pas donnée au Public en 
167^. La fin de la Campagne de 
cette année ne fut pas heureufe. 
Le Maréchal de Turenhe fut tué 
çi'un coup de canon le xy. de 
Juillet , après quoi nos Troupes 
furent obligées de rcpafler le 
Rhin , & de revenir en Alface. 
Le II. d'Août le Maréchal de 
Creqiii perdit la Bataille de Con- 
farbrieck , fie s'êtant fauve dans 
•Trêves qui êtoit afliéeé ^ la Ville 



fut rendue malgré lui , fie il fut 
fait prifonnier de guerre. Ces 
revers obligèrent notre Auteuc 
à ne point faire paroître alors 
fon Epitre , de peur que Ct& En- 
nemis ne fiâent paUer le pre- 
mier Vers pour une raillerie. Il 
Tavoit bien change ainfî : GrandL 
I{pi i fois moins loUable , ou ;* cejfe 
<iVcr>r*. Mais qu'il s'en falloir que 
ce dernier Vers eut la beauté du 
premier! L'Auteur aima mieux 
attendre , que de fuppritncr ufi 
des plus beaux traits, qui fuilenc 
-fortis de fa plume. 

Aa îj 



371 E p I S T R E y 1 1 r. 

5 Tancoft dans les ardeurs de ce zèle incommode ^ 

Je fonge à mefurer les fyllabcs d'une Ode : 

Tantoft d'une Eneïde Autheur ambitieux , 

Je m'en forme déjà le plan audacieux. 

Ainfi tousjours flatté d'une douce manie , 
10 Je fens de jour en jour dépérir mon génie ; 

Et mes Vers en ce ftile ennuyeux , fans appas , 

Deshonorent ma plume , & ne Tthonorent pas. 
Encor ^ (î Ta valeur à tout vaincre obftinée , 

Noii^ laiffoit pour le moins refpirer une année : 
1 5 Peut-eftre mon Efprit , prompt à reffufciter , 

Du temps qu'il a perdu fçauroit fe r'aquiter. 

Sur fcs nombreux défauts , merveilleux à décrire , 

Le Siècle m'offre encor plus d'un bon mot à dire. 

Mais à peine Dinan & Limbourg font forcez , 
^o Qu'il faut chanter Bouchain & Condé terraffez. 

RjSMyfRilUSS. 

Chang. Vers 17. ^**^ Af ffonu fuivant , il y avoit ceux-ci dans 
hrenx défauts \ merveilleux À dé. toutes les Editions , qui ont pte* 
€nre, ] Au lieu de ce Vers & du cédé celle de 17 1 3. 

Le Parnajfe Franfois non exempt de tous crimes » 
Offre encore â mes i/ers desfujets <^ des rimes. 

On fit entendre à TAuteur . & deux autres qui lui pIuiTent > tC 

lui-même le fentit , que le pre- s'en tint enfin à ceux qui fonc 

mier Vers êtoit exprimé dure- ici. Voïés le BoUana, Norab. 

ment , Se que d'ailleurs c'êtoit CVII. 

borner trop la Satire , que de la Chang, Vers 19. Mais À peine 

renfermer dans la cenfure des Dinan »• Limbourg font forceK.^ 

mauvais Auteurs. Il fit an moins &c. ] Il y avoit dans la première 

quarante Vêts pour en trouver compofition : 

Mais à peine Salins fSf Dole font forcer , 
QjÇilfaut chanter Dinan & Limbourg terra f ex. 

Satins 8c Dote avoient été con- bourg furent pris Tannée fuîvan* 

quis en 1 674, avec le relie de la te au commencement de la cam^ 

franche-Comté^ Dinan & Lim^ pagae. Ces quaue Villes êcaofi 



E P I s T R E V I I I. 37} 

Ton courage affamé de pcxil & de glqùc ^ 

Court d eiçploics en exploits ,. de viftoire en viâoîrç^ 

Souvent ce qu un feul jour Te voit exécuter , 

Nous lai0e pour un an d'adipns à conter. 
S Que û quelquefois las xie forcer des murailles » 

Le foin de Tes Sujets Te rappelle à Ycrù^]ïts , 

Tu viens m'embarrafler de mille autres vertus. 

Te voyant de plus prés , je t adipire encor plus. 

Dans les npbles douceurs d'un.fèjour ple^ de charmer ^ 
o Tu n'es pas moisis Hcros qu'au miliçu des alarmes. 

De Ton thrçnc agrandi portant feul tout le faix. ,. 

Tu cultives les Arts , Tu répands les bienfaits ;. 

Tu fçais recompenfer jufqu'aux Mufes critiques. 

Ah ! croy-moy , c'en eft trop. Nous autres Satiriques , 
; 5 Propres à relever les fottifcs du temps , 

Nous fommes un peu nés pour eftre mécontçns. 

NcAre Mufe , fouvent parcâcufe & fteril& 

A befoin , pour marcher , de colère & de bile.. 

Noftre ftilo languit dans un remercimcnt : 
^o Mais, Grand Roy, nous fçavons nous plaindre élégamment. 
O ! que fi je vivois fous lès règnes .finiftres 

De ces Rqis nés valets de leurs propres Miniftrcs , 

R £ M j4 R q^ v^ ^ s.^ 

les dernières conquêtes du Roi 4e Imtrs proprts . Mmjhes, \ Les 
en 1 675 • i'Auceur les avoir nom- derniers Rois de la première Ra- 
mées dans Ton £p/trf.Mais quand, ce laiiloienr toute radminiilra* 
il la publia en 1676. il ôta les. ùon aux Maires du Palais. He». 
deux premières, & leur fubftitua ri JIL fut aufli dévoilé entière- 
''pomhain & Condé , qui avoient ment à fes Mignons, C'cftpour- 
èté pris en Avril & en Mai de quoi Mènerai di^qu*on pourroit 
cette même année. appeller Ton Règne , le ^egne d<t, 
^ YMMJi 42,, Lft w Ji9it nés tHilfU^ Fâiforis, 

Aaiij 



J74 E P I S T R E V I I I. 

Et qvi jamais en main ne prenant le timon , 

Aui exploits de leur temps ne preftoient cjiie leur nom ; 

45 Que , fans les fatiguer d'une loiiangc vainc , 
Aifément les bons mots couleroient de ma veine l 
Mais toujours fous Ton règne il faut fc récrier. 
Toujours , les yeux au Ciel , il faut remercier. 
Sans ccflc à T*admircr ma critique forcée 

50 N a plus , en écrivant , de maligne penfée ; 
Et mes chagrins fans fiel , & prefquç évanouis , 
Font grâce à tout le fiecle en faveur de L O U I S. 
En tous lieux cependant la Pharfale approuvée 
Sans crainte de mes vers va la tcfte levée. 

Tmit. Vers 49. Sans ceffe à par lefquels ^tfM^-Geufft termioe 
T* admirer ma critique forcée , ÔCC. ] VEpitre Dédie atoire de fes Satirts^ 
Ce Vers & les trois fuivans font qu'il adre/Ie ^d nobiUJimtm & 
imités de ces beaux Vers Latins , Ulujhiffhnmm lAntm Delbemum. 
Dotibiés excellent animi mentifque poliut , 
JEtemo , Delbene , mihi cetebrabere cantu, 
Occttrrif tu fapt anime » diun Mnfa eftuereùs 
Inçipit , t^ captos cogis dimittere 'verfm 
P^catam. Sermonê Uqni dedifcit amaro , 
Jgnwat Satjfras , in te dumfpeHat »c^ ifii 
Définit ira/ci qnod te prodvùcerit arvo, 
M. Defpr^am9 , eh renfermant la . Gmllammt de Bribmêf , natif de 
même perifée en moins d'efjpace, Baflc Normandie > mourut en 
a bien enchéri fur fon original , i tf6i . âgé de 43 . ans , après vingt 
parle tour vif ôc le ton chagrin ^ ams d'une Fièvre maligne &opi- 
qu'il donne à fe*s Vers. Cette niâ'cre , qu'il avoir été impolfi- 
^emarqne cft duc , quant au We de guérir. C'eft durant le 
fonds à M. Desforges-Mailtard , cours de cette Fièvre t qu'il cora- 
dans fa Lettre /kr l* Imitation à M. pofa fes difiîrens Ouvrages. Le 
le Préfident Bimbier , &c. déjà, plus connu de tous eft la Phar^ 
citée fur le Vers 1^1. delà 5'4Mrc /aie de LncMin imitée en Vers 
JX, & fur le Vers xij. de la Sa^ François. Brébmnf s'êcoit fi fort 
tire X. cntoufiafmé de fon original , 

Vers y}. ■ UPharfaUap^ ou'ii le patte en bien des en* 
ftonrvie , ôfc. ] La Pharfale dt droits , & qu'il eft prefque tou-- 
frébmf O E s p, ^\ir* jlus <mtA que lui. Lof P, 



.E J> I s T R E VIII. 

55 La Ikeace par tout règne daés les écrits. 
Dëjak Biauvaisfens reprenast fcs cfprits , 
Songe à nous redonner des Pf>ëihés Epiques > 
S'empare des difcours mefmes Académiques. 



375 



£ M A R.q^V E s. 



^apttiàzfa fes Inflexions fur t'^rt 
Poétique , dit que " L4 Pharfale 
„ de Brébtutf giia, bien de la jeu- 
„ nefTe , qui fe laifla éblouir â 
„ la pompe de fcs Vers. En effet . 
„ ils ont de l'éclat ; mais après 
„ tout ce qui paroît grand & 
„ élevé dans ce Poème , quand 
„ on y regarde de près , ne paffe 
„ parmi les intelligens , que 
„pour un faux brillant plein 
,, d'aâ^âadoji. Les petits gé-^ 



„ nies fe laîfsèrent tranrportec 
,, au bruit , que Ht alors cet Ou- 
,,vrage, qui dans le fonds n*â 
,. prefque rien de naturel „. 
Ce.Jugement, très-équitable , eft 
devenu depuis long tems celui 
du Public , ôc fe rapporte aflès à 
ce que M. Defpréaux dit dans ces 
deux Vers , qui commencent là 
Parodie bmltfqHe , qu*il avoit eu 
dcflèin de faire de la première 
Ode de Pindare, ' 



Malgré fon fatras ohfcHr 
S ouruttU Brébeuf étincelle. 

On a encore de ce Poëte Lucain du Canada , où il fut martirîÛS 

Trtf-i/e/îj , ou le premier livre de par les Iroquois en i«49. GmU 

la PharfaU en Vers Burlefqucs , laume Duhamel , Aumônier dn 

Ouvrage eflimable dans fon gen- Roi. Ami & Compatriote de Bre- 

rc i lefeptiémé Livre de l*Enetde bœuf, il Fait fur les Ouvrages de 

en Vers Burlefques ; les Entre- ce Poè're une Dijfertation ^qui mé- 



tiens foUtaires , qui font des poe- 
fies pieufes d'un mérite aflés mé- 
diocre ; un petit Recueil de Piè- 
ces diverfes , dont ce qu'il y a 
de meilleur efl fa Gagure , qui 
contient cent cinquante &c une 
Epigrammes fur le même fufei , 
fur une Femme fardée \ des Eloges 
Poétiques ,. où Ton trouve dé 
bonnes chofes , & fa Défenfe de 
l'Eglife ^maine , Ouvrage de 
Contrauerfe en profe contre les 
Calviniftes , auquel l*Auteur ne - 
mit pas la dernière main , & 
dont on ne \zifft pas de faire 
quel^^ cas. On a au(li deux 
volumes de fcs Lettres, Il êtoii 
Neveu dttP.dc •Br^è»»/', Jéfuite, 
i'im de»pfeiiitt» Miâionnaicfis 



rite d'être lufc* , quoiqu'elle foit 
afl'és mal faite. Elle a été impri- 
mée à Paris chés Savreux en 
ï6tf4. in-it. Le titre eft ; i>»/- 
fertationfutlsL Pharfale \ les £w- 
tretiens foUtaires ; la Défenfe de 
l*Eglife Romaine , & autres Ou- 
vrages de M. de Brébmuf, Voïés 
\*j4tt Poët, Ch. premier , Vers 

lOO- 

Vers çy. = des Poèmes 

Epiques, ]Chxli>ebrand&: 
Chahlemaghe , Poèmes 
qui n'ont point réufli. De s p. 

Voïcs au fujet de Cbildebrand 
la.. Note fur le Vers, X4Z., du II, 
Chant de l'^rt Poet, Au fujcc 
de Cbarlemagne , la Note fui le 
yexsiyi.dcVBfîtrelX, 

Aa iv 



37tf E P I S T R E V I II. 

Perrin a dç fes Vers obtenu le pardon : 
^o Et la Scène Françoife eft en proye à Pradon. 
£t moy , fur^ ce fajet , loin d'exercer ma plume > 
J'amafTe de Tes Faits le pénible volume ^ 
£t ma Mufc occupée à cet uni(}ue employ , 
Ne regarde , n entend , ne connoift plus que Toy. 
éj Tu le fçais bien pourtant » cette ardçur empreiTée 
N*efl point en moi l'effet d'une ame intereffée.. 

Vem ^9. Perrin, &c. ] Voies croire, que l'Auteur êtoit déiJ 
Sat. y II, Vêts 44. 4Ç. Saf, IX, nommé pour écrire rHiftoitc 
Vers 97. X9}. Epitre y II, Vêts du Roi. Mais il ne le fut qu'ea 
87. Lm^/i», Ch.V. Vers i6tf. 1^77. Voïés V A-ver t fffementi fw 

Vers 60. Et la Scène Franfoife V Epitre VU, 
tji en proye â Pradon. ] Voïés Sat, Vers 6^, Tu lé ffais Bien pont' 
jy. Vers ^. Sat. Vil, Vers 44. tant , cette ardeur empreffée , &c.} 
4^. Sat. y III. Vers 167. Sat, Ce Vers & les quinze, qui le 
iX,^ Vers 07. V A'vertiffen^ent fm Aiivent, font ceux dont J'ai dit 
t Epitre y II. & la I^emarqne fut cidevant , qu*on les avoit mis 
le Vers 106. de la même Epi- en parallèle avec ks quatorze 
9re, derniers de l'Epîtrc T. lefquels je 

Vers 6t, J'amaffe de Tes Faits crois devoir rapporter ici pour 
le pénible -volume ] Ce Vers & les la plus grande commodité dci 
Jeux fuivans pourroient faire Leâeurs. 

Pom moi ^qmfnr Ton nom déjà brûlant d^é^ire 
Sens au bout de ma plume expirer la Satire, » 
Je n*ofe de mes y ers 'vanter ici le prix. 
Toutefois ^fitjuelqu'un de mes foibles écrits 
Des ans injurieux peut éditer l'outrage , 
Peut-ejire pour Ta gloire, aura-tM /on ufage z 
Et comme Tes exploits étonnant Us Le&eurs\ 
i , Seront â peine creus fur la foy des Auteurs : 

Si 4}uelque Efprit malin les 'veut traiter de fables , 
On dira /ptelifue jour pour les rendre croyables : 
Voileau , qui dans fes vers pleins defincerité 
Jadis â toutfonjiéclo a dit la -vérité \ 
^i voit à tout blâmer fon étude & fa gloire , 
A pourtant de ce J{pi parlé comme tHiftoire, 
Beaucoup de nos Beaux Efprits dam G long tems, fait du Regœ 
ont mis en jeu la foi de la Po- de Louis Xiy, un des plus glo* 
Hérité touchakit ces grands £vé- deux que la France ait eus. Ce 
oemcQs , dont la foule a , fca- 4ut-^0«fwr« , <|ui4ooiRk fignal« 



E P I ST R E V I ir. 

Avant que Tes bienfaits courulTent me chercher ^ 
Mon zèle impatient ne fe pouvoit cacher. 
Je n'admirois que Toi. Le plaifîr de le dire 

* Vint m apprendre à louer au fein de la Satire. 
£t depuis que tes dons (ont venus m*accabler , 
Loin de fcntir mes vers avec eux redoubler , 
Quelquefois ^ le dirai-je , un remords légitime 
Au fort de mon ardeur , vient refroidir ma rime. 



577 



en difant à M. le Prince , alors 
Duc d'Empùen , dans une Let- 
tre fur la prifc de Dunker- 
que. •* Pour moi , Monfei- 
„ gneur , je me réjouis de vos 
5, profpérités , comme je dois i 
9, mah je prévois que ce qui 
9, aulbente vôtre réputation 
„ prefente , nuira à celles que 
„ vous devés attendre des autr<es 
,» fîécles , ^ que dans un petit 
„ efpace de tems , tant de gran- 
it des & importantes avions les 
3» unes fur les autres , rendront 
„ à Tavcnir vôtre vie incroïa- 
^i blc , &^ont que vôtre Hif-' 
„ toire palTera pour un Roman 
„ à la Poflérite „. La même 
Idée fait le fonds de quelques 
petites Pièces de Vers très-bon- 
nes , que le P. Bouhowrs raiipojrte 
dans;le fécond Dialogiêe de fa Ma- 
mère df bien penfer , &c. Mais 
quel que foit le mérite de ces Piè- 
ces , il faut convenir , que per- 
sonne n*a fait un plus heureux 
ufage de la foi de la. Poftéritê 
que M. JDe/préaux, Revenons à 
l'objet de cette J^emarque, Voici 
ce que M. Broffette en dit , & 

Îiu'on avoit jufqu'ici placé fous 
e Vers 8o. 

, ** Nôtre Auteur étant un jour 
yafn.converfation avec M. le 
9, Marquis de Dangeau ôc ^, ^w 



„ Charmet , ces deux Mcftiei/r» 
,, firent le parallèle de r£loge 
„ du Roi , exprimé à la fin de 
j, VEpitre I, & de l'Eloge qui fe 
,) trouve ici. On conteila long- 
,, tems fur la préférence de ces 
„ d€ux endroits. M. Du Char» 
yy met ètoh pout le premier ; &c 
„ M. <i« Dangeau fe déclara pour 
>, le fécond. Dans l'un on trou- 
„ voit plus de force , & dans 
„ l'autre plus de délicatcffe. En- 
„ fin M. de Dangeau termina la 
», difficulté , en difant que la 
„ penfée de VEpttre I, faifoit 
„ plus d'honneur au Roi » & 
„ que celle de VEpitre Vlll, en 
„ faifoit plus au Pofe'te, En effet ^ 
„ difoit M. Dbsfue^aux , Upen» 
„/?* de ma I, Epître fait plus 
y^d'homienr an ^oi ; parce qne /e 
„ dis que fes aSiions font fi extra~ 
„ ordinaires , que pour Us rendra 
„ croiabies À la PofÙrité , il faudra 
„ confirmer le récit'de tHijîoire pat 
„/« témoignage irréprochable d'un 
,; Satirique. . Mais la penfée de 
y, /'Epître VIII. me fait plus d*hon- 
irneur ^ parce que )*jf fais L'éloge^ 
„ de ma génércfité, & du définté^ 
„ reffement avec lequel je 'voudrois 
y y loUer lé J(pi , de peur que mes, 
■ftloUanges ne /oient fufpeHes de 
,yflaterie,y. On ne peut que fouf- 
crire à çectç déciûon. 



I 



37« E P I S T R E V riT. 

75 Ilmcfcmblc, Grand Roy , dans mes noavcanx àjfet 
Que mon encens payé n'eft plus du mefine prix. 
J*ai pcur<jue TUnivcrs , qui fçait ma récompenfe. 
N'impute mes tranfpôcts à ma reconnoifTance -y 
£c que par Tes préfensmon vers decredicé 

^^ N'ayt moins de poids pour Toi dans la Pofterité. 

Toutefois je fçai vaincre un remords qtii Te ble^Te. 
Si tout ce qui reçoit des fruits de Ta lacgeflè y 
. A peindre Tes exploits ne doit point s'engager , 
Qui d*un fi jufte foin fe pourra donc charger ? 

^5 Ah! plutoft denosfons redoublons Tharmonie. 
Le zèle à mon Efprit tiendra lieu de génie. 
Horace tant de fois dans mes Vers imité , 
De vapeurs en fon temps , comme moy , tourmenté t 
Pour amortir le feu de fa ratte indocile , 

9^ Dans l'encre quelquefois fçeut égayer fa bile. 
Mais de la mefme main qui peignit Tullius , 
Qui d'affronts immortels couvrit Tigellius , 
Il fceut fléchir Glycere , il fceut vanter Augufte , 
Et marquer fur la lyre une cadence jufte. 

95 Suivons les pas fiimcux d'un {i noble Ecrivain. 
A ces mots quelquefois prenant la lyre en main , 
Au récit que pour Toy je fuis preft d'entreprendre , 
Je croi voir les Rochers accourir pour m'entendte , 

R E M A R <l U £ S. 

Vers 9 1 . Tumus^ ] Scna- de (bti wmps,8c fort chéri tf^»- 

teur Romain. Cé/ar réxclùt du ^i#/I*. Désp. Bd, 170 1. 

Sénat ; mais il 7 rentra après fa Vo'fés Horaee , Liv. I. Sat. rl^ 

ixîort. De $p. & X. . ^ ^. .. ^, 

Voies Horate Liv. I. Sai. VI. y^Ki y^.Tl fèeutJéthirGlytert^ 

•Vers 91. ^Tigetlûts:'} Fa- êfc] Si Maîtrcflc. Odt XIA, 

meux Muficittt >ie plil» eilimé Lm I. * - 



379 



EPISTRE VIII. 

Et déjz mon vers coule à flots précipitez ; 

Quand j'cntens le Ledeur qui me crie , Arrcftez : 

Horace eut cent talens : mais la Nature avare 

Ne vous a rien donné qu'un peu d*humeur bizarre. 

Vous paffez en audace & Perfe & Juvenal : 

Mais fur le ton flatteur Pinchefhe efl voftre égal. 

A ce discours , Grand Roy , que pourrois-je répondre ? 

Je me fens fur ce point trop facile à confondre , 

Et fans trop relever des reproches fi vrais , 

Je m'arrefte à l'inftant , j'admire , & je me tais. 



Vers 99* Et déjà mon 'vers 
ctiUe k fUts précipiteTc, 1 On ne 
devine pas pourquoi l'Editeur 
de 1740. a mis ; À pas précipiteji ^ 
au lieu d*i fiots précipite^. , qui fc 
lit dans toutes les Editions. 

Vers 104. Mais fur le ton fiât- 
tem Pinchefne eft 'ooflre égal,'\ 
£ti£NN£ Martin i Sieur de Pin^ 



chejhe , Neveu de Voiture, Il avoît 
fait imprimer un gros Recueil de 
raauvaifes Pob'Hes , contenant 
les Eloges dn J(pi , des Princes d^ 
Princeffes de fan Sang , O de toute 
fa Cour, C'e àquoi l'Auteur fait 
alluiîon dans cet endroit. Voies 
EpitreX, Vers 16. Lutrin^ Chant 
V. Vers 1^3, 




•■I 



4'- 
■ ■ % 

MDespr£*aux , après avoir attaque fottemi^ 
. /'Erreur & le Menfonge itf»5 beaucoup de [et 
Ouvrages , ne devait pas manquer ien faire un four 
infpirer V amour de la Vérité. Ceft dans cette vue 
quil a compofé /'Epitre IX. 

Riçn n cft beau que le Vrai. Le Vrai (cul eft aimable 

Ce Ver s explique tout lefujet die cette Pièce y dans k" 
quelle r Auteur a fait briller tout Jbn Génie , ett 
traitant une matière fi conforme à fes fentimens. Cejl 
ici qu'il afude la manière la plus agréable unir tout 
le fublime de la Morale à tputes les douceurs delà 
Poëfie. Ltpîèe lX./«r compofée au commencement 
<fo 1^7;. wtfwrfEpîcrc VIII. 




E P I s T R E IX. 

A MONSIEUR 

LE MARQUIS DE SEIGNELAY, 

SECRETAIRE D'ETAT. 

JL/ A N G £ R £ U X Ennemi de tout mauvais Flatteur , 
Selgnelay , c eft envain qu'un ridicule Auteur , 
Preft à porter, ton nom de VEbrtjufijHau Gange , 
Ooitte prendre aux filets d'une (ôtte louange. 

R £ M j4 Rq^U £ s. 



. Vers i. Seignelay , &c. ] Jean- 
IBaptifU Colbert , Miniftrc & Se- 
crétaire cl*£tat , mort en 1 690. 
Fils de Jtan-Baptifie Colbert , Mi- 
jiiftre'& Secrétaire d*£tat. Dssp. 

VîRS j. de i*Ebre fufqu^au 

Gétnge. ] ( VEbre ) Rivière d'EC 
pagne. ( Le Gang* ) Rivière des 
Indes. De s p. 



L'Auteur fît imprimer ces 
mots en caradéres difl^rens , 
pour marquer qu'il frondoit une 
£xçre0ion , qui > bonne la pre- 
mière fois qu'on l'avoir em- 
ploïée y êtoit devenue triviale 8c 
ridicule par le fréquent ufage , 
que les plus mauvais Pob'tes en 
avoiem taie . _ 



58x E P I S T R E IX. 

5 Aufli-toft t(«i Efprit , prompt à fc Ecvolter , 
S*ëchappe ,& rompt le piège où Ton veut Tarreftcr. 
Il n cneft pas ainfi de ces fifprits frivoles , 
Que tout Flatteur endon au fon de fes paroles ; 
Qui dans un vain Sonnet placez au rang des Dieux , 

10 Se plai&nt à fouler TOlympe radieux ; 
Et fiet$ iu haut eftage ou La Serre les loge , 
Avalent fans dégpuft le plus groificr éloge. 
Tu ne te repais point d'encens à ù. bas prix, 
Nonxjue tu fois pourtant de ces rudes Efprits 

z S Qui regimbent toujours , quelque main qui les âate. 
Tu fouf&es la louange adroite & délicate y 
Dont la trop fone odeur n ébranle point les fens. 
Mais un Auteut novice à répandre l'encens , 
Souvent à fon Héros , dans un bizarre Ouvr^ , 

xo Donne de TEncenfoir au travers du vifage : 

Vehs 11. Et fiers du haut ejlage „ me d*£loge$ , ou qu'il les in- 

• ûH La Serre les loge, ] La Serre , „ sèrc dans les Epicres dédica- 

fadc Panégyrifte , qui fc flaccoic ,, toires de quelques Livres. Il 

d'être fore capable de compofer *> en faut retrancher les pen(ees 

des Eloges , fuivanc Tufage où „ trop hardies ou trop irréguliè- 

Ton ctoit en ce cems-li de faire „ res , & les paroles peu coïïvz- 

des Portraits en vers ou en pro- „ nablcs „. Ceft-à-dlrc , que 

fe. ** Il faut accorder , dit Sorel La Jerre eut été bon Ecrivain, 

„ dans fa bibliothèque Frantoife , s'il eqt fu penfcr & s*exprimcr. 

j,pag. 1^7. aue M. de La Serre Voies S at, III, Vers 176, Sat, 

„ s'ell trouvé très - propre à ces IX, Vers 71. 
,, fortes d'Ouvrages, & qu'il a Imit. Vers i^. Qj*i regintbent 

„ un Génie particulier pour ce- toujours, quelque main qui les fUtt, ] 

,, la , foit qu'il leur laiue la for- Horace, L. II. Sat, I, Vers 10. 
Cui maie Ji palpêre , recalcitrat undique tutus. 

Vers 10, Donne de l'Encenfoir verbe, donner de l*encenfoir par U 

au trai/ers du infage, ] Ce Vers eft nés , eft plus ancien guc M. 

devenu Proverbe. Bross. Dejpréaux, Cela fuppoié, fon 

Je ne fais fi je me trompe , Vers n'en feroic que la traduc- 

mais il me femble que la Pro- tion. 



E P I s T R E I X. 3S5 

Va loîîcr Montercy d'Oudenarde forcé , 
Ou vante aux Eledeurs Turennc repouiTé. 
Tout éloge impofteur bleiTe une ame fîncere. 
Si pour faire fa cour à ton illuftre Père , 
1.5 Seignelay , quelque Auteur d'un faux zèle emporté , 
Au lieu de peindre en lui la noble activité , 
La foUde vertu , la vafte intelligence , 
Le zèle pouj: fon Roi , Tardeur , la vigilance , 
La confiante équité , l'amour pour les beaux arts , 
)o Lui donnait les vertus d'Alexandre ou de Mars j 



Vers ^l, y^ hiier Monterof"] 
Gouverneur des Païs-bas. Desp. 
d'Oudenarde forcé, ] Après la Ba- 
taille ai. Scncff gagnée par le 
Prince de Condé , les Alliés vou- 
lurenc efiàcer la honte de leur 
défaite par la prife de quelqu'u- 
ne de nos Villes. Le Comte de 
Monterey , Gouverneur des Païs- 
bas pour l'Efpagne , & Général 
de TArméc Efpagnole , alfiégca 
Oudcnarde. Mais le Prince <i* 
Condé l'obligea de lever le fiége 
livec précipitation , le 1 1. Sep- 
tembre 1 674, Jean Dominique de 
Haro , Comte de Monterey par fa 
Femme , après la more de la- 
quelle arrivée le 10. de Mai 
Î710. il entra dans l'Etat Eccle- 
fiaftique , & reçut TOrdre de 
Prétrifc en 1711. mourut en Fé- 
vrier 1716. âgé de 67. ans. Il 
étoic le fécond Fils de Don 



LoUis MendeK de Haro , Premier 
Miniftre du Roi d'Efpagnc Pfc»- 
lippe ly. bi l*un des plus grands 
Hommes d'Etat , que TEfpagne 
ait eus. Le Traite des Pyrénées , 
qu'il conclut en 16^9, avec le 
Cardinal Af<q:<«r»» lui fit autant 
d'honneur , qu'il en fit peu au 
Cardinal. 

Vers ix. On i/ante aux Elecm 
tevrs Turenne repouffe, ] Ce Vers 
aùflli bien que le précédent elï 
une contre-vérité. Celui ci dé- 
fignc la Bataille de Tnrkein en 
Alface , gagnée par M. de Th^ 
renne contre les Allemands , le 
^. Janvier 1^7^. 

Imit. Vers 14. Si pour faire fa 
cour à ton iltujlre Père , ficc. ] Ce 
Vers fie les dix fuivans font 
une Imitation d'Horace , qui dit 
à Quinilius , Livre I. Epitre Xyj, 
Vers z^. & 19. 



Si quis bella tibi terri pngnata , marique 
Vicof , c^ his 'verbis vacuas permulceat aures , &C. 
■ I j4ug»fli laudes agnofcere pojfis j 

CnMpateris fapiens emendatufque i/ocari» 



j84 E P I S T R E I X^ 

Et y pouvant jugement l'égaler à Mécène , 
Le comparoit au fils de Pelée ou d* Alcmene , 
Ses yeux d* un tel di£couis foiblement ébloiiis , 
Bien-toft dans ce tableau reconnoiftroient L O U I S ^ 

5 j Et , g^çant d*un regard la Mufe & le Foëte , 
Impofèroient filence à fa verve indiCcretc. 
Un coeur noble eft content de ce qu'il trouve en lui ^ 
Et ne s'applaudit point des qualitez d'autrui. 
Que me fert en effet > qu'un admirateur fade 

40 Vante mon embonpoint , fi je me fens malade « 
Si dans cet inftant mefme un feu feditieuz 
Fait boiiillonner mon fang , & pétiller mes jeux ? 
Rien n'eft beau que le Vrai. Le Vrai fçul eft aimable. 
Il doit régner par tout y & mefme dans la fable : 

4 j De toute fidion l'adroite fauffeté 

Ne tend qu'à faire aux yeux briller la Vérité. 

Sçais-tUjpourquoi mes Vers font lus dans les Provinces, 
Sont recherchez du Peuple , & reçeus chez les Princes î 

Vers 51. Le comparoU au fils Imit. VcK j^. ilue me fert tû 
de PeUe ] Achille. Des p. ou «jf«, ôcc.]Hdr4c*, dans lamé* 
^AUmene» ] Hercule. D s s p. me EphreXFI, Vers 19. 
Net» , fi te popuins fanum , re^éqite 'valentem 
Viâitet y occttltam febrem fitb tempHS edendi 
Diffiimtles , donec mauibits tremor incidat unHis. 
Nôtre Auteur n*a pris ici que le l'a réellement imité dans cet en* 
fonds de Tidée d* Horace , mais il droit de fon Bpîtrc il/, y. j^. 
^ quoi bon quand la Fiét/re en nos artères brûle , 
Faire de noflre mal un fecret ridicule f 
Le feu fort de 'vos jeux petillans O treubtex , 
Voflre pouls inégal marche à pas redouble^ : 
CjtelU fâuffe pudeur â feindre 'vous oblige f : 



EPIS T R Ë IX, 3S5 

Ce nVft pa(s que leurs fons , agréables , nombreux , 
50 Soient toujours à loreille également heureux : 
Qu'en plus d*un lieu le fens n'y gefne la mefure , 
£t qu'un mot quelquefois n'y brave la céfure. 
Mais c'eft qu'en eux le Vrai du Menfonge vainqueur , 
Par tout fe montre aux yeux , & va faifîr le cœur : 
55 Que le Bien & le Mal y font prifez au juftc j 
Que jamais un Faquin n'y tinft un rang auguftc , 
Et que mon cœur toujours cônduifant mon efprit , 
Ne dit rien au Ledeur , qu'à foi-mefme il n'ait dit. 
Ma penfée au grand jour par tout s'offre & s'expofe ; 
^o Et mon Vers , bien ou mal , dit tousjours quelque chofc. 



^' 



,, ditiês que le ^ns grimace , ûtt 
,, fait certaines contorfons. Je 'vais 
„ 'VOUS en donner un exemple fenfi^ 
„ hle dans un y ers de CHAPELAIN. 
,, Jl eft tjuefîion dy exprimer l'ac- 
te tion du fameux Cymegire , qui 
„ s*étans attaché à 'l'un des cre^ 
„ neaux , fe 'vit le bras emporté i 
^yil y attache l^ autre bras , ^ ce 
„ bras a le fort du premier , de ma» 
„ mère qu'il s'attacha aux cre- 
„ neaux avec les dents. Ce qtm 



Vers n* ^^ P^*^ <'*<*» ^^^ '^ 

fens n*y gefne la mefure, ] ** M. 
9* Defpréaux , dit l'Âuteur du Bo- 
,, Uana Nomb. L. me fit corn- 
ai prendre que par le fens 

„ gênant la mefure , il avoit voulu 

9, exprimer certaines tranfpofi- 

99 tions Forcées , dqnt les meil- 

9, leurs Auteurs ne fauroient fe 

9, dcfendre,maisdont ils tâchent 

9, de fauver la dureté par toutes 

„ les foupleflès de leur art. Dans ,, 

9, ces fituations , difoit - il , 'vous CHAPELAIN exprimée ainfi: 

,, Les dents , tout lui manquant , dans les pierres il plante. 

,,rM7i , difoit-il , le plus parfait Rien n'ell aujourd'hui fi com- 

^^ modèle delà mefure gênée par le mun que ces Vers, oû /* fens 

„ fens : car on ne fauroit dire que le gêne la mefme, Lcs Inversions for- 

9, y ers de CHAPELAIN manque par cées reviennent à la mode. Oa 

„ /* fens , mais cette Tranfpofition croit par là rendre les Vers 6c 

,, bijarredr , pour ainfi dire , dans plus forts & plus poétiques. On 

9y toute fa crudité, révolte encore ne fait que les rendre plus durs fiC 

^yplus les yeux que les oreilles ^ au plus défagréables. J'enpourrois 

,, lieu qu'un grand Poète en de pa- citer beaucoup d'exemples. Mais, 

„ reilles extrémités , par toutes les outre que cela me meneroit plus 

9t fine/fes defon art , cherche à adou. loin que je ne veux , je n'ai pat 

,» cir ce qui de foi-même efi rude ,,. deflein d'oâènfer perfonae. 

Tome I. B b 



î8(î E P I S T R E I 3t. 

Ceft par là quelquefois que ma Rime furprend. 
Ceft là ce que n*onc point Jonas , ni Childebrand ^ 
Ni tous ces vains amas de frivoles fornettes , 
Montre , Miroir d'Amours , Amitiez , Amourettes , 



VëHS <i. C'efl ta ce qu* tCont 
point Jonas , ni Childebrand, ] Jo- 
NAS , Poème Epùiue de Jacques C*. 
ras, Voïés Satire IX, Vers 91. 
ChildebuamD , Poème Epique du 
Sieur de Sainte-Garde. Voïés Epi- 
tre y III. Vers ^7. Art Poétique , 
Ch. III. Vers 141. 

Vers 64. Montre^ &c.l La 
Montre , p?tic Ouvrage mêlé de 
Vers & de Profe par Bonnecorfe , 
MarfeîUois , qui a êcé Conful de 
la Nation Françoife au Grand 
Caire. Il cnvoïa cet Ouvrage â 
Studery , qui le fit imprimer a Pa* 
fis en 1666. Quelques années 
après M. Defpréaux le nomma 
parmi les livres , qui fervent au 
combat des Chanoines dans le 
tutrin , Ch. V. Vers 141. Bonne- 
corfe étant enfui te à Paris en fît 
parler par Bemier le voïagcur , â 
M. DefvrUux , dont la rcponfe 
ae le latisfît point. Pour s*en 
-vanger , il compofa fon Lutri- 
M» * qui fut imprimé à Mar- 
seille , & dont il cnvoïa le pre- 
mier Exemplaire au Maréchal 
de Vi-x^ne, Ces faits font conte- 
Bas dans une Lettre , que M. de 
Monmeeorfe m'écrivit de Marfcille» 
U 19. de Février 1700. Je la 
communiquai â M. Defpréaux^ 
qui me fit la réponfe (iii vante. 
** Je n*ai aucun mal talent con- 
„ tre M. de BonnecorCe du beau 
„ Poème qu'il a imaginé con- 
9» tre moi. Il femble qu'il ait 
„ pris à tâche dans ce Poëme 
3, d'attaquer tous les traits les 
», plue vifs de mes Ouvrages i & 



î; 



,« le plaifant de Taffaire eft qaCf 
)i fans montrer en quoi ces traits , 
„ pèchent , il fe figure qu'il fnf- 
>t fît de les rapporter pour en 
«, dégouftcr les hommes. U 
I, m'accufe furtout d'avoir dans 
„ le Lutrin exagéré en grands 
„ mots de petites chofespour les 
„ rendre ridicules : & il faitlui- 
„ même , pour me rendre ridi- 
I, cule , la chofe dont il m'ac- 
„ cufe. Il ne voit pas que , par 
I, une conféquence infaillible , 
„ û U Lutrin cft une impertinen- 
,f te imagination » le Lmriget cft 
tt encore plus impertinent « puif- 
)} que ce n'efl que la même cho* 
t, fe plus mal exécutée. Du refte 
>,on ne fçauroit ra'élever plus 
,»haut qu'il fait, puifqu'il me 
««donne pour fuivans & pour 
«, admirateurs padîonés les deux 
;, plus beaux Efprits de nôtre 
9, liécle : je veux dire M. I^acine 
»y & M. Chapelle, Il n'a pas trop 
, i bien profité de la leâure de ma 
}, première Préface , & de l'avis 
», que j'y donne aux Auteurs at« 
>, raquez dans mon livre, d'at* 
„ tendre,pour écrire contre moi, 
,y que leur colère foit paffée. 
„ S'il avoit laiflé pafTer la fien* 
„ ne , il auroit vu que traiter 
„ de haut-en-bas un Auteur ap- 
„ prouvé du Public , c'eft traiter 
>, de haut-en-bas le Public mê- 
„ me } & que me mettre à cali- 
„ fourchon fur un Lutrin , c'eft 
„ y mettre tout ce qu'il y a de 
>, gens fenfez , & M. Broffette lui- 
,1 même , qui me fait l'hoaneuc 



ÈPtSTRE ÏX, 587 

^S Dont le titre fouvcnt cft Tunique foucien , 

£t qui parlant beaucoup ne difent jamais rien. 

Mais peut*eftrc eny vré des vapeurs de ma Mufc , 

Moi^meCne en ma faveur , Seignelay , je m'abufe. 

CeiTons de nous flatter. Il n'cft Efprit fi droit 
70 Qui ne foit impofteur , & faux par quelque endroit» 

Sans cefTe on prend le mafque , & quittant la Nature ^ 

On craint de fe montrer fous fa propre figure. 

Par là le plus fincere aifez fouvent déplaît. 

Rarement un Efprit ofc eftre ce qu'il eil. 
75 Voii-tu cet Importun que tout le nnonde évite ; 

Cet Homme à toujours fuir qui jamais ne vous quitte ? 

Il n*eft pas fans efprit : mais né trifte & pèzant , 

Il veut eftre folâtre , évaporé , piaifant ; 

Il s cft fait.de fa joye un^ loy neceflaire , 
80 £t ne déplaift enfin que pour vouloir trop plaire. 



^^meas e/fe aliquid putare nagas, 
*, Je ne me fouviens point d*a- 
,9 voir jamais parlé de M. de 
,, B»nnecorfe à M. Bemier , & je 
,j ne connoiflôis point le ilom 
„ de Bonnecorfe quand j'ai parlé 
„ de la Montre dans VËpitrei M* 
y, de Seignelay. Je puis dire même 
,, que je ne connoiilois point La 
j,, Montre' d* Amour » que j'avois 
»> feulement entrevue chés Bar- 
,, ^#» , & dont le litre m'avoit 
», paru crès-frivole , autii bien 
,> que ceux de tant d'autres ou- 
,^ vrages de Galanterie moderne* 
i\ dont je ne lis jamais que le 
,> premier feuillet. Mais voilà 
,i aflês parlé de M, de Bonnecor- 
„/». Venons à M. Bottrfant , qui 
j,eft> à mon fen», de tous les 



», Auteurs que l'ai critiquez . ce-' 
,, Hii qui a le plus de mérite, &CC* 
Bross. 

Ibid. — Miroir d*XmoHr ] 
Ouvrage de M» Perrault , intitu-» 
lé : ta Métamorphofe d'Orante en 
Miroir ; & non pas : Le Miroir à 
Dorante , comme l'a dit M. Brof- 
fette. Faute qui a paflé dans tou- 
tes les Editions depuis celle de 
Genèi/e, 17 17, 

Ibid. AmitieK , ^Amowet» 

tes, ] Les Oeu-vrcs de I(ené Le 
Pats y font intitulées : jimitiex , 
^motvrs c^ Amourettes, Voïés Sa* 
tire III, Vers 1 80, 

Vers 7c. yoistH cet Importun , 
&c. ] Ce Portrait a été fait fut 
un Homme fort obfcur, donc 
rAutcur aroit oublié le noiQ« 
Bb ij 



388 E P I S T R E I X. 

La Simplicité plaid fans étude & fans art. 

Tout charme en un Enfant , dont la langue fans fard ^ 

A peine du filet encor débaraffée , 

Sçait d*.un air innocent bégayer fa penfëe. 
â 5 Le faux eft toujours fade , ennuyeut , languiflant : 

Mais la Nature eft vraye > & d*abord on la (ent. 

Ceft die feule en tout qu on admire , & qu'on aime; 

Un efprit né chagrinplaift par fon chagrin meCne. 

Chacun pris dans fon air eft ^eable en fby. 
50 Ce n*eft que Tair d'autrui qui peut déplaire en moy. 
Ce Marquis eftoit né doux , commode , agréable : 

On vantoit en tous lieux fon ignorance aimable : 

Mais depuis quelques mois devenu grand Dodeur , 

Il a pris un faux air , une fbtte hauteur. 
^5 II ne veut plus parler que de rime & de proie. 

Des Autheurs décriez il prend en main la cau(è. 

Il rit du mauvais gouft de tant d*Hommes divers » 

It va voir TOpcra , feulement pour les Vers. 

IMIT» Vers 84, Sfait d*Hn air si a dit Satire première > Ven 
innocent higt^er fa penfie, ] Per.- 3^. 



Tfnero ftipplant.n verba palato. 

Vers 88. f » efprit né chagrin homme. Cela fait même qw 
l'on s'intércâ!^ dans fa fbrtuoe > 
dans Tes fentimens , & dans fa 
malheureufe paffion pour une 



plaijl par fon chagrin mefme, ] M, 
le Duc de Montattiiier, Il ne laif- 
foit pas d*avoir beaucoup d'a- 
mis, & d'être fort eftimé , à 
caufe de fa probité & de fa vertu. 
Voïés Difc. fm la Sat, Note j. 
iz. Sat, /. Vers ^6. Sat. IX, Vers 
ijtf. îoi. Epît, y II. Vers 100. 



Coquette. 

Vers 91. Ce Marquis , 8cc,l 
M. le C, D, F, avoir eu d'abord 
une ignorance fort aimable, êc 
difoit agréablement des incon- 



Le Mifanthrope de Molière , tout gruicés ; mais il perdit la moi- 

Mifanthrope qu'il eft , ne laiflc tié de fon mérite , dès qu'il vou- 

pas de plaire auflî . & de fe faire lut être favant & fc piquer dV 

aimer , parce qu'il eft honnête v«ir de refprit. 



E P I s T R E IX. j8^ 

Voulant fc redrcflcr foi-mefmc on s*cftropic , 
^<> Et d'un original on fait une copie. 

L'Ignorance vaut mieux quunfçavoir afFeâé. 

Rien n cft beau , je reviens , que par la vérité. 

Ccft par elle qu on plaift, & qu'on peut long-temps plaire. 

L cfprit la/Te aifément , û le cœur n eft fincere. 
05 £nvain , par fa grimace un Bouffon odieux 

A table nous fait rire , & divertit nos yeux. 

Ses bons mots ont befoin de farine & de plâtre. 

Prenez-le tefte à tede , oftez-lui fon théâtre , 

Ce n eft plus qu'un cœur bas , un Coquin ténébreux, 
1 10 Son vifage effuyé n'a plus rien que d*af&eux. 

J'aime un Efprit aifé qui fc montre , qui s'ouvre , 

Et qui plaift d'autant plus , que plus il fe découvre* 

Mais la feule Vettu peut fouffrir la clarté. 

Le Vice toujours fombre aime Tobfcurité. 
115 Pour paroi ftre au grand jour , il faut qu'il fe dégui(c#. 

C'eft luy qui de nos mœurs a banni la franchife. 
Jadis l'Homme vivoit au travail occupé , 

Et ne trompant jamais , n'eftoit jamais tromp4. 

On ne connoiffoit point la rufc & l'impofture. 
f zo Le Normand meCne alors ignoroitk parjure. 

Vl.KiiO^.Sn'vdin^parfagri' alors iptoroit le parfttre. ] L*AiI- 

mace ttn Boufon odieux , ficc. "] On tcur difoic à propos de ce Vers : 

apprend par le BoUana , Nomb. Je date de loin, C'étoit deux cens 

XL. que le POete a voulu pcin- ans a-uant le déluge^ Ce n'eft pas 

dre ici le célèbre Lulli, C*eft en d'aujourd'hui que l'on reproche 

cflfec là fon véritable caradcrc , aux Normands leur peu de fin- 

às*en rapporter à eout ce que céritc. Le ^man de la l^ofeleSi 

Ton fait de lui- donne pour Soldats à Male-Bow* 

Vins. 110. Le Normand mefme che , fol. x;. Edition de i n»^ 

MaU'BoHcbe que Dieu maudie , 

E»t de fçiUdojfers ie Normaadie, 

Bb iij 



j5)o E P I S T R E I X. 

Aucun Rhctcur encore arrangeant le difcours , 

N avoit d'un an menteur enfeigné les détours. 

Mais fi-toft qu aux Humains faciles à feduirc , 

L'Abondance eut donné le ioifir de fe nuire , 
115 La MollefTe amena la fauffe Vanité. 

Chacun chercha , poiu: plaire , un vifage emprunté. 

Pour éblouir les yeux , la Fortune arrogante 

AfFcdU d'étaler une pompe infolentè. 

L or éclata par tout fur les riches habits, 
1 3 o On polit TEmeraude , on tailla le Rubis , 

£t la laine & la (bye en cent façons nouvelles 

Apprirent à quitter leurs couleurs namrelles. 

La trop courte Beauté moQta fur des patins, 

La Coquettç tendit fes laqs tous les matins , 
15 S Et mettant la cérufe & le plâtre en uf^e , 

Compofa de fa main les fleurs de fon vifagç. 

L ardeur de s'enrichir chafla la bonne foy. 

Le Counizan n*eut plus de fentimens à foy. 

Tout ne fut plus que fard , qu'erreur , que tromperie, 
140 On vid par tout régner la baffe flatteriç. 

Les Romains faifoient un pa- l'pn trouve dans Juvinal , Sât^ 
xcil reproche ^\xx Grecs j U ri,Vctsi6, 



- Grétcis mndum fwrare paratis 



P.er caput alteritts 

iMiT, Vers 151, Et la Uine pour être une Imitation de ce 

(** ta fqye , &c. ] M. Broffette, que Virgile jdit dans fon Eglogttê 

fjonnc ce Vers fie le fuivant /^. Vers 41. 

Nec varies di/cet mentiri Una colores. 

En ce cas-là ce feroit une Imi- de Virgile eft fort fupéiieur au^ 

fACÎpn fort impgrfaitç. Le Vers deux qiû font ici. 



E P I s T R E IX. 

Le ParnafTe for tout fécond en Impudeurs y 
Diftamaie papier par fes propos menteurs. 
Delà vint cet amas d'ouvrages mercenaires , 
Stances , Odes , Sonnets , Epiftres liminaires » 

4*5 Ou toujours le Héros paiTe pour fans pareil , 
Et fufl-il louche & borgne , eft réputé Soleil. 

Ne crois pas toutefois , fur ce difcours bizarre , 
Que d un frivole encens malignement avare , 
J'en veuille fans rai(bn fruftrer tout TUnivers. 

1 50 La louange agréable eft Tame des beaux Vers. 



m 



Veils 14^. Bt fitflil touche f^ 
hargne, eflrepmi Soleil,"] M. Ser~ 
tnem , Sur- Intendant des Fioin- 
ces y n*avoit qu'un œil \ & on 
ne laifloit pas de le traiter de So- 
leil dans les Epîtres dédicatoires , 
& les autres éloges qu'on lui 
Le grand , l^Uluflre Abel , 
Plm clair , pltu pénétranf 

Abel Servien, Chevalier, Mar- 
quis de Sablé & de Château- 
jieuf, Comte de la Roche-des- 
Aubiers , Baron de Meudon , 
Grand-Senechal d'Anjou , Con- 
feiller du Roi en Ces Confeils d'E- 
tat & -privé , Miùiftre &c Secré- 
taire d'Etat , Sur-Intendant des 
Finances , Chancelier des Or- 
dres du Roi & l'un des quarante 
de l'Académie Françoifc , ctoit 
d'une ancienne Famille Noble 
de Dauphiné , & naquit à Gre- 
noble en MQj. Il fut en 1616, 
Procureur Général au Parlement 
de Dauphiné « deux ans après 
fait Confeiller d'Etat' ; & en 
itfjo, nommé Premier Préfîdent 
du Parlement de Bourdeaux , 
où il n'alla point « parce que 
pçu 4e tem^ apr^s i\ m fattSe- 



adredbit. Le trait de Satire, 
lancé dans ce Vers , tombe en 

Particulier fur cet endroit de 
Eglopte , intitulée Chriftine , 
que l'Abbé Ménage fit pour U 
Reine de Suéde en 16^6. Vers 
171. 

cet Efpritfans partit , 
que les traits du Soleil, 

cretaire^ d'Etat. Au retour d'une 
Ambaflade extraordinaire en Ita- 
lie , après avoir conclu le traite 
de Querafque ,' il donna la dé- 
midion de fa Charge de Secré- 
taire d'Etat & fe retira de là 
Cour » parce qu'il n'ètoit pas 
agréable au Cardinal de Kjche^ 
lieu, La Reine Anne le fit reve- 
nir d'Anjou en 1Ô43. & Tenvoïa 
Plénipotentiaire à Munfter avec 
le Duc de Longurville U le Com- 
te à* -^t/aux. Pendant la Guerre 
civile de là France , il fut encore 
obligé de quitter la Cour. Il y 
revint enfuite & ne la quitta 
plus. Ses talens & fes fervices 
lui valurent les difl^rentes Char- 
ges dont il fut honoré. Il mou- 
rut à Meudon le 17. de Février 
r6sj9* dans fa-tf^r année. 

Bb iv 



391 EPISTRE IX. 

Mais je tiens , comme toy , qii*il faut qu*clle Cok vrayc , 
Et que fon tour adroit nait rien qui nous effraye. 
Alors , comme j*ai dit , tu la fçais écouter , 
Et fans crainte à tes yeux on pourroit t'exaiter. 

155 Mais fans t'aller chercher des vertus dans les nuHs , 
Il faudroit peindre en toy des veritez connues : 
Décrire ton efprit ami de la raifon , 
Ton ardeur pour ton Roy puifée en ta maifon » 
A fèrvir fes deffeins ta vigilance heureufè 3 

,160 Ta probité fincere , utile, officieufè. 

Tel , qui hait à fe voir peint en de faux portraits , 
Sans chagrin voit tracer fes véritables traits. 
Condé mefme , Condé , ce Héros formidable , 
Et non moins qu'aux Flamans aux Flatteurs redoutable 9 

lï^5 Ne s offenferôitpas , Ci quelque adroit Pinceau 
Traçoit de fes Exploits le fidèle Tableau : 
Et dans Seneffe en feu contemplant fa peinture , 
Ne defàvouroit nas Malherbe ni Voiture. 
Mais malheur au Poëte infipide , odieux , 

^70 Qui viendroit le glacer d un éloge ennuyeux. 
Il auroît beau crier : Premier Prince du monde. 
Courage fins pareil , lumière fins féconde ; 

REMjtRilVES. 

Vers t^j. Ccndé mefme ^ Sec,"} tes â la Bataille de Senefic en 

Louis de Bourbon ^Prince de Coti' Flandres* le 11. d'Août 1^74. 

dé . mort en 1 6S6, D i s p. par M. le Prince de Condé, C'eft 

Vers 167. Et dans Senefe en la plus éclatante & la plus (in- 

feu , &c. ] Fameux combat de gulière dès aâions de ce grand 

Monfeigneur le Prince. D e s p. Général. 

Les Troupes réunies des Aile* Vers 171. Premier Prince 

mands , des Efpagnols & des du Utonde^^'c.! Commencement 

Hollandois , commandées par du Poëme de CharlemagneJO e s p. 

te Prince d*(^4»^« • fiireQtdéfjU- Ce P<cnic commen^oit 9xo& 



E P I s T R E IX. 

Ses Vers jettcz d*abord ^ (ans tourner le feuillet , 
Iroient dans Tantichambre amufèr Pacolet. 



35>î 



lUns la première Edition, qui parut en 1^64. 

Premier Prince du Sang du pins grand J(pi dn monde , 

Comage fans pareil , Inmière fans féconde \ 

Et dontl*efprit égal en dii/erfe fatfon 

S fait triompher de tons , c^ cède à la raifon , Scc. 
Dans U féconde Edic. en 1666, le fécond Vers fut mis ainfi : 

Prince d'tme t/aUnr en inHoires féconde. 
Ce Poëme eft de Louis le Laboureur^ Nous avons un autre Poème de 



Tréforicr de France & Bailli du 
Duché de Montmorenci , au- 
jourd'hui Enguien près Paris. 
Son Père & fon Grand-père en 
avoient été Bailli*; avant lui. Ou- 
tre fon Poëme de Cbarlemagne on 
a de lui trois Poèmes fur les Con- 
quêtes de M. le Prince , alors 
Duc d*Enguien , lefquels furent 
imprimés en 1 64.7. La Promenade 
de Saint Germain â Mademoirelle 
de Scudery -, Ouvrage mêlé de 
Trofe & de Vers j & les j4'van- 
$ages de la Langue Francoife fur la 



Cbarlemagne fur un plan fort dif- 
férent de celui de M, Le Labou- 
reur, Il fe trouve dans un volume 
«»-ii. imprimé â Paris chésSer- 
cy en 166-7, fous ce titre : Po'éfies 
Chrétiennes, ChaHLEMAGME Pe> 
NITENT. Les IV, Fins de l*H9m~ 
me , où il efl traité de la Mort , 
du Jugement dernier , du Paradis , 
& de V Enfer, Avec la Chute dio 
premier Homme , par M. Courtin, 
Ce Livre eft dédié à Da-vid Péni- 
tent. Dans TApprobation l'Au- 
teur eft qualifié : j4ncien Profef» 



Latine, qui parurent la même feur en Humanité de flfutuerfité de 
année. Ceft ce qu'il a fait de Paris % U non Proftffeur en l(hé. 



mieux. Il mourut le zi. de Juin 
J679, Il êtoit Neveu de Vom 
Claude le Laboureur , ancien Pré- 
vôt de iTfleBarbe fur la Saône 
près Lion , &c frère de Jean le 
Laboureur , Aumônier du Roi 



torique , comme l'a dit M. ^rof. 
fotte, 

VEUsdernier. — -4mii/«' Pa* 
colet. ] Fameux Valet de pied de 
Monfeigneur le Prince. D e s p. 

Quand M. Le Laboureur eut 



te Prieur de Juvigné , mort au préienté fon Poème de Charle- 

mois de Juin i6j^, dans fa cin- mag^e , M. le Prince en lut quel- 

3uante - troifiéme année. Ces que chofe , après quoi il donna 
eux Auteurs font célèbres par le Livre â Pacolet , à qui il ren- 
ies grands fervices , qu'ils ont voïbit ordinairement tous les 
Apadus à nôde Hiftoire* Ouvrages qui l'ennuïolent. 



P R E' F A C E. 59J 

«■■■■■■■■■■■■■■■■■■laBHiHHMHHIIH^HHBBHH^ 
■ I ' J ■ » ■ ■ 

•PRÉFACE 

POUR LES TROIS DERNIERES EPISTRES. 

J E ne fçay fi les trois nouvelles Epîftres que 
je donne ici au Public , auront beaucoup d'Ap- 

f)robateurs; mais je fçay bien que mes Gên- 
eurs y trouveront abondamment n de quoy 
exercer leur critique. Car tout y eft extrême- 
ment hazardé. Dans le premier de ces trois 
ouvrages, fous prétexte de faire le procès à 
mes derniers Vers, je fais moi-mefme mon 
éloge , & n oublie rien de ce qui peut eftrc 
dit à mon avantage. Dans le fécond je m'en- 
tretiens avec mon Jardinier de chofes trés- 
baflfes , & très-petites -, &c dans le troifiéme je 
décide hautement du plus grand & du plus 
important point de la Religion , je veux dire 
de TAmour de Dieu. J'ouvre donc un beau 
champ à ces Cenfeurs , pour attaquer en moi , 
& le Poète orgueilleux , & le Villageois grofl 
fier, & le Théologien téméraire. Quelque for- 
ces pourtant que foient leurs attaques , je dou- 

R£M^R(IU£S. 

* Cette Préface parut â la tête cahier ftparé » que l'Auteur fît 
des trois dernières Epitres pu- ajouter à l'Edition de tous fes Ou- 
Ibliées à la fin de 167K, dans un vrages faite l'année précédente. 



396 P R E' F A C E. 

te qu elles ébranlent la ferme refolutîon que 
j'ay prife,il y a long-temps , de ne rienreC» 
pondre, au moins fur le ton ferieux, à tout 
ce qu'ils écriront contre moi. 

A quoy bon en effet perdre inutilement du 
papier > ( i ) Si mes Epiftres font mauvaifes , 
tout ce que je diray ne les fera pas trouver 
bonnes : & fi elles font bonnes , tout ce qu'ils 
feront ne les fera pas trouver mauvaifes. Le 
Public n'eft pas un Juge qu'on puifle corri- 
ger , ni qui fe règle par les pallions d'autruy. 
Tout ce Druit , tous ces Efcrits qui fe font or- 
dinairement contre des ouvrages où l'on court, 
ne fervent qu'à y faire encore plus courir, 
& à en mieux marquer le mérite. Il eft de Tef- 
fence d'un bon Livre d'avoir des Cenfeurs ; 
& la plus grande difgrace qui puiflè arriver 
à un Efcrit qu'on met au jour , ce n'eft pas que 
beaucoup de gens en difent du mal, c'eft que 
perfonnen'en diferien. 

Je me garderai donc bien de trouver mau- 
vais qu'on attaque mes trois Epiftres, Ce qu'il 

a de certain , c'eft que je les ay fort travaîl- 
ées, & principalement celle de l'Amour de 



i 



( i ) Si mes Epitres font mdu- Latin célèbre , dans cette Epi- 
*vaipes. ] Cette penfte eft imitée gramme , qu^il adreflè au Lee- 
4cjea»0in/en, Anglois , Pofc'te teur. 

Hoflra patrocinùim non pojcunt Carmina, i^uare ? 
$i hns ftmt , bçnaftmt : fi maU/im , waia/unK 



P R F F A C E. j^7 

Dieu , que j'ai retouchée plus d'une foîs , & où 
i'avouc que j'ai emploie tout le peu que je 
puis avoir d'elpric,& de lumières. ] 'a vois det 
iein d'abord de la donner toute feule , les deux 
autres me paroiflant trop frivoles , pour eftre 
prefentées au grand jour de l'impreffion avec 
un Ouvrage ïî ferieux. Mais des Amis trés- 
fenfés m'ont fait comprendre que ces deux 
Epiftres , quoique dans le ftile enjoué , eftoîent 
pourtant des Epiftres morales , où il n'eftoic 
rien énfeigné que de vertueux. Qjiinfi eftant 
Jiees avec l'autre , bien loin de lui nuire , elles 

Eourroient mefme faire une diverfîté agrea- 
lej & que d'ailleurs beaucoup d'honneftes 
gens fouhaitant de les avoir toutes trois cn- 
femble, je ne pouvois pas avec bienfèance 
me dîfpenfer de leur donner une fi légère fa- 
tisfadion. Je me fuis rendu à ce fentiment, 
& on les trouvera raflèmblées ici dans un 
mefme cahier. Cependant comme il y a des 
Gens de pieté , qui peut-eftre ne fe foucieronc 
gueres de lire lés entretiens , que je puis avoir 
avec mon Jardinier & avec mes Vers , il eft 
bon de les avertir qu'il y a ordre de leur dîftrî- 
buer à part la dernière , fçavoir celle qui traite 

II ajoute dans une autre Epi- Auteur paroît avoir eu priiictp«« 
gfammt , & c*eil ce que nôtre lemeiit en vue. 

Kemo poteji 'verfus ( nec tanta potentia l(egHm ) 
ytkftrvart malov , vel fitgmare bonos. 



)^ P R r F A C È. 

de TAmour de Dieu ; & que non feulement 
|e ne trouveray pas eftrange qu'ils ne lifent 
que celle-là -, mais que }e me fens quelquefois 
moy-mefme en des difpofitions d'efprit , où je 
voudroîs de bon cœur n'avoir de ma vie cora- 

Eofé que ce feul Ouvrage , qui vraifembla- 
lement fera la dernière pièce de Poè'fie qu on 
aura de moy : mon génie pour les Vers com- 
mençant à s'cpuifer, & mes emplois hifto- 
riques ne me laiflànt gueres le temps de m'ap- 
pliquer à chercher , & à ramaflcr des rimes. 

Voilà ce que j'avois à dire aux Ledeurs* 
Avant néanmoins que de finir cette Préface , 
il ne fera pas hors de propos , ce me femble, 
' de raflèurer des Perfonnes timides , qui n'ayant 
pas une fort grande idée de ma capacité en 
matière de Théologie, douteront peut-eftre 
que tout ce que j'avance en mon Epiftre foie 
fort infaillible , & apprehendront qu'en vou- 
lant les conduire je ne les égare. Afin donc 
qu'elles marchent feurement , jeleurdiray, 
vanit-é à part , que jay leû plufieurs fois cette 
Epiftre à un fort grand nombre de Dodeurs 
de Sorbonne , de Pères de l'Oratoire & de 
( 2 ) Jefuites trés-celebres , qui tous y ont ap- 

R M M ji R <l U E S. 

jf 1. ) Jefêtites treS'Cetehres.'} Le dans le Château d'Aix en Fo- 

P. de La Chaire , le P. Gaillard , rêts , le x^. d'Août 16x4. petit 

ôc quelques autres. Neveu du fameux P. Catton^Con- 

fran{»i$ 4* M* de la Chaire , né feilcur à" Henri ir« fut choiiî pat 



PREFACE. 35)9 

plaudî , & en ont trouvé la dodrine très- faine 
ôc trés-pure. Que beaucoup de Prélats illuftres , 
à qui je Tay recitée , en ont jugé comme 
Eux. Que Monfeigneur TEvefque de Meaux 
( 5 ) c*eft-à-dire , une des plus grandes Lumières 
qui ayent éclairé TEglife dans les derniers Siè- 
cles , a eu long-temps mon Ouvrage entre les 
mains & qu après l'avoir leû & releû plufieurs 
fois , il m'a non feulement donné fon approba- 
tion , mais a trouvé bon que je publiaflè à 
tout le monde, qu'il me la donnoit. Enfin que 

R £ M ji R q U £ i". 



le feu Roi pour Cpnfefïèur en 
167^. Au rcnouvcllemem de 
V^cadémie des Infcriptions Cb* 
•Belles-Lettres en 170 1 . le Roi l'en 
nomma Honoraire. Il mourut 
le 10. de Janvier 1709- âgé de 
•8f. ans. Ce Jéluice ne homme 
de condition avoit beaucoup 
d'efprit » & êtoit favant en Phi- 
lofophie , en Théologie , en 
Hidoire &c Antiquités. Il ayoit 
à l'égard de ce dernier Article , 
particulièrement étudié les Mé- 
dailles. 

Honoré Gaillard , né à Aix en 
Provence , & fils d'un* Avocat 
au Parlement de cette Province» 
s'êtoit fait une très-grande répu- 
tation par Tes Sermons. Il ne 
fut pas moins célèbre pour la 
Dircéiion i & la Reine d'Angle- 
terre Marie-Beatrix-Eleonor d*E(l^ 
(é mit fous fa conduite les der* 
nières années de fa vie , &y 
mourut. Il fut enfuite Reâeur 
du Collège de Paris , puis Supé- 
rieur de la Mai fon Profeflc , 
pofte que fon grand âge lui fie 



3uitter. Il mourut à Paris le 1 1. 
e Juin 1717. dans la quatre- 
vingt fixiéme anné^ de fon âge » 
après 69, ans de Profeilion reli- 
gieufe. 

r 5. ) M. l'E-vefqHt de Meaux, ] 
jAcQjtJEs Bénigne Bosquet , 
Dofteur en Théologie de la Fa- 
culté de Paris , Grand Archidia- 
cre & Doïen de Metz, enfuite 
Abbéde faint Lucien dé Beau- 
vais > facré Evêque de Condom 
en 1670. nomme Précepteur de 
Louis Dauphin de^ France la même 
année ; Premier Aumônier de 
Madame la Dauphine en 1680. 
Evêque de Meaux en 1681. de 
l'Académie Françoife en 1Ô71. 
Supérieur de la Maifon de Na- 
varre en 1^9^. Confeillcr d'Etat 
en 1697. & premier Aumônier 
de Madame la Duchefje de Bottr^ 
rogne en 1698. êtoit né à Dijoti 
Te 27. de Septembre i Sxy, d'une 
ancienne Famille du Parlement 
de cette Ville. Il mourut à Pa- 
ris le 13.. d'Avril 1704. âgé ds 
76. ans 6, mois x 6» jours. 



400 P R E' F A C E. 

pour mettre le comble à ma gloire , ce farnt 
Archevefque ( 4 ) dans le Diocele duquel j*ai le 
bonheur de me trouver, ce grand Prélat, dis- 
je , aufli éminent en doctrine & en vertus , 
qu*en dignité & en naiflance , que le plus 
grand Roy de l'Univers , par un choix vifi- 
blement infpîré du Ciel , a donné à la Ville 
capitale de ion Royaume , pour aflèurer Tln- 
nocence,& pour détruire l'Erreur, Monfei- 
gneur l' Archevefque de Paris, en un mot, 
a bien daigné auUi examiner foigneufement 
mon Epiftre , & a eu mefme la bonté de me 
donner fur plus d'un endroit des confeîls que 
j'ay fuîvis ; & m*a enfin accordé auffi fon ap- 

i)robat{on, avec des éloges, dont je fuis éga- 
ement ravi ôc confus. 
( 5 ; Au refte , comme il y a des Gens qui 



Louis • Antoine de Noailles > 
Dodteur en Théologie de la Fa- 
cuiré de Paris , nommé à l'Evê- 
ché de Cahorsen 1679. transféré 
Tannée fuivanre à Châlons fur 
Marne s fait Archevêque de Pa- 
ris en 1^9^. enfuice Cardinal, 
Commandeur des Ordres du Roi» 
Provifeur de la Maifon & Socié- 
té de Sorbonne , & Supérieur de 
celle de Navarre , ôtoit un Pré- 
lac infiniment eUimable par Tes 
vertus & par fon amour pour 
la paix ; & très-digne des louan- 
ges , que nôtre Pob'te Iqi donne 
ici. Il mourut à Paris le 4. de 
Mai 1719. Bknus dknm , «mnim 



biM fiebilis , dit fon Epitapbe, Il 
êcoit âgé de 78. ans. 

( ^ . ) j4êt refle , &:c. ] L*Auflear 
fubfiitua cet Article dans l'Edi- 
tion de 170 T. à cet autre qui 
terminait fa Préface dans l'Edi^ 
tion faite en 169^. 

** Je croïois n*avoir plus rien 
,1 à dire au Ledteur. Mais dans 
», le temps mefme que cette Pré- 
», face eftoit fous la prefle , on 
„ m'a apporté une miferable 
,, Epiftre en Vers que quelque 
„ Impertinent a fait imprimer, 
„ & qu'on veut faire pa£E:r pour 
„ mon Ouvrage fur l'Amour do 
„ Dieu. Je fuis donc obligé d'a- 
» jèûcer cecmde , afin d'aver- 

ont 



P R E' F A C E. 4ôi 

6ht publié , que mon Epiftre n eftoît qu*uiié 
vaine déclamation , qui n'attaquoit rien de 
réel, ni qu'aucun Homme eûft jamais avancé : 
Je veux bien , pour l'intereft de la Vérité, met- 
tre ici la Propofition que j'y combats , danà 
la Langue , & dans les termes qu'on la foû- 
tient en plus d'une Ecole. La voici jiuritio ej^ 
gehennd. metufufficit, ettàmfine uUa Dei dileftiona 
&fine ullo ad Deum offinJUm rejhe£lu j quia tàlis 
honefia &JupernatHralis efli G'êff cette Propofi-» 
tionque j'attaque, & que je foûtiens fauflè, 
abominable , & plus contraire à la vraie Kéx^ 
gîon , que le Lutheranifme ni le Calvînifme. 
Cependant je né croy pas qu'on puîlle nier 
qu'on ne l'àyt encore foûtenue depuis peu ^ 
& qu'on ne j^'ayt mefme inférée ( 6 ) dans 
quelques Catechifmes en des mots fort appro-^ 
chans des ternies Latiils , que je viens <^e rap 
porter. 

^, tîr le Public . que je n*ay fait f , m'a ridiculement prêtez . aiiffî- 

^, d'£pi(lre fur l'Amour de Dieu , „ bien que les noces téméraire^ 

„ que celle qu'on trouvera ici ; i, qui y font,,. 

,, l'autre eiUnt une pièce fauflè , (6) dans quelques Catechifmes, ] 

i, de incomplète , compoli^e de C'efl ce qd'on peut voir dans le 

», quelques vers qu'on m'a de- Catechifme de M. J9U9 & daot 

^, robcz 9 & de pluiieurs qu'on quelques àutr*es4 * 



f^mt i Ce 



MDespre'aux diant été nommé par U RoieB 
, 1677. pour écrire fon Hiftoire^ fembloit avoif 
entièrement abandonné la Poëfie. Néanmoins Seize ant 
après, en 169}. il compofafonODLfnr lapriicdeNa* 
mur ; & Vannée fuivante il publia fa X. Satire. A la 
vue de ce dernier Ouvrat^e V audace des Critiques fe 
réveilla. Il fut expofé à la cenfure d'une infinité d^ 
Poètes médiocres ; & ce fut pour leur répondre quU 
compofa cette Epïtre. Elle ejl écrite avec beaucoup 
d'art ; & c'efl une chofe ajfés fingulière d'y voir un 
Poète Satirique couvrir Jes Cenjeurs de confujion ; 
rejetter fur eux toute Vindignation du Public ^ & 
$* attirer noblement la tendreté & la compajpon des 
LeBeurs, Nôtre Auteur avoit une grande préii- 
lésion pour cette Pièce , qu'il apelloit ordinairement 
fes inclinations. Elle fut faite au commencement de 
Vannée 169^» & Vidée en efi prife d'Horace , Livre L 
Epïtre XX, Foies le Bolaeana , Nombre Liy. 

La Frefnaie-Vaucmelin finit le premier Livre de 
fes Satires par une Pièce y qui porte en titre : A fou 
Livre, & qui n'efl qu'une ample Imitation de /'Epitre 
d*Horace. Cette dernière n'a que 28. F'ers. Celle de 
M. Delpréauxew' a i^i. & la Pièce de La Frefnaic 
Vauquelin , qui remplit exa3ement le plan d'Horace » 
efi de 2 H* i^ers. Cefi un des meilleurs Ouvrages de 
cet Auteur. On en citera quelques Morceaux dans 
Us Remarques. 




E P I s T R E X. 

A MES VERS. 

J * A Y beau vous arreftcr , ma rcmonftrance cft vaine $ 
Allez , partes , mes Vers , dernier fruit de ma veine j 
C'eft trop languir chés moi dans un obfcur fejour. 
Laprifon vous déplaift , vous cherchez le grand jour j 

tuit. Vers t . J*aj beau 'Votis ar- aînfî VEpttre XX, de fon ^f ft» 
tejûr^ &c, ] Horace commence micr Livre. 

yèrtHmmnn , JanmnqHe , Liber ,fpeSiare 'uideris : 
Scilicet ut projles Sofiorum pumice mundus, 
Odifli cla'ves , & grata figilla pudico : 
' Paucis oftendi gémis , & communia laudas , &Ci 
ta Prefnaie Vautfuelin , en pa- de cette manière la dernière Sa^ 
laphrafant Horace , commence tire de fon I. Livre. 

Mon Li'vre , je 'voy bien tjfie quelque ifoin efpcir 
T*eleve maintenant C^ te t/eut decet^ir : 
Et je m*apperçoy biew^mtpuyé tu te fâches 
Entre tant de papiers , «^ qit*tcbapper tu taches 
Pour aller à Paris , pour te faire imprimer, 
Bcarrir C^ U'vef , penfant te faire aimer 

Ccij 



/ 



404 È P I S T R Ë X* 

5 Et déjà chés Barbin , ambitieux Libelles , 
Vous brûlez d'étaller vos feuilles criminellef. 
Vains & foibies £n£uis <ians ma viellefTe nés , 
Vous croyés fur les pas de vos heureux Aifnés , 
Voir bicn-toft vos bons mots,pa(rantdu Peuple aux PrînccC| 

lo Charmer également la Ville & les Provinces j 
£t par le prompt efFèt d'un fel réjouifTant » 
Devenir quelquefois Proverbes en naiifant. 
Mais perdes cette erreur dont lappas vous amorce. 
Le temps n eft plus , mes Vers , où ma MuCc en fa force 

X J Du Parnaffe François formant les Nourrirons , 
De fi riches couleurs habilloit fes leçons : 

Ejlant dinfi'vendH par la main d'un Libraire , 
il»i tiendra fa boutùfne an Palais ordinaire , écàé 
^gardt tpie m fait , tn -veux donctjues partir ? 
Th T/eux donc me laiffer > je "jeux bien t*a-vertirf 
Hue tu te hâtes trop \ tjuelle mouche te pùjue ' 

De te XMfuloir foumettre à Nnfure pi^litfue ? 
Tu 'veux ejire imprimé f Tu pleures €> gémis , 
%A.lvrs ijue je te montre â quelques miens amis $ &c. 
Martial apoftropbe ain(î fon Livre , Epigramme ly, LiT' !• 
Argiletanas matns habitare tabemas , 

Cùm tibi , parve liber , fcrinia noflra 'vacent , 8cc. 
JEtherias 9 lafcii/e , cupis t/olitare per auras : 
J A*i^ i fedpoteras tutior effe domi, 
VtRS î. Et déjà eheK Barbin^ ment un grand Cens en peu ée 
étmbitieux Libelles,"] Libraire du paroles. Elles font ordinairement 
Palais. D E s p. adoptées par le Public , & de- 

Vers xi. Drvenh quelquefois viennent bien - tôt Proverbes. 
proverbes en naiffant, ] Il y a des Telles font , par exemple , CM 
Sxpreâions beureufes^qui renfer- Vers de nôtre Auteur. 
J'appelle un Chat un Chat , C^ H^^et un fripon, Sat. T. V. ^i. 
La l{aifùn dit firgile , f^ ta J(ime {^uinaut, Sat. IL V. zo. 
Des fotijesd* autrui nout i/ii/ons au Palais, Jp. II. V. n* 
'Vn Sot trouve toujours un plus Sot quil*admire,ATtP€iCt,Ch,l.V,derJU 
*l/ii Fat quelquefois ourvreun avis important. Art Po^t. Cb> I. V. {0« 

Vi^^ i^, Du Jfamafi* Franftii ftrmënî Ut Komrifont, ] C< Vert 



E P I s T R E X. 4^5 

Quand mon Efprit pouffé d'un courroux légitime > 
Vint devant la Raifon plaider contre la Rime » 
A tout le Genre Humain fceût faire le procez ^ 

£o Et s'attaqua foi-meûne avec tant de fuccez. 
Alors il n'eftoit point de Leâ«ur fi fauvage , 
Qui ne fe déridaft en lifant mon Ouvrage , 
Etqui pour s'égayer , fouvent dans (es Difcours 
D'un mot pris en mes Vers n'emprunaft le fecourf. 

XS Mais aujourd'hui qu'enfin la Vieilleffe venue , 
Sous mes faux cheveux blonds déjà toute chenue' > 
A jette fur ma telle , avec Tes doigts pezans , 
Onze luftres complets furchargez de trois ans , 
Ceffez de prefumer dans vos folles penfées , 

>o Mes Vers , de voir en foule a vos rimes glacées 
Coufir l'argent en main les Ledeurs empreffés. 
Nos beaux jours font finis , nos honneurs font paflés. 

& le fuivant dé/îgnent l'^rt fur ce Vers & les trois , qui lie 
Tdétique^ fuivem, eft contenu dans une 

Vers 17. Qvumd mon Bfprit Lettre qu*ii écrivit à M. de AI4»- 
foujfé d^uncourrcux légitime ^ écc,'] croix , au mois d'Août 1^9^. 
Satire II, Voies la , Tome IV, 

Vers 19^ A tout le Genre Hu- Vers i6, SousmesfauxchetjeuM 
main ffent faire le procet, ] Satire blonds , &c. ] L'Auteur avoir pris 
VIII. la perruque. D e s p. 

y^KS 10. Et s'attaqua foû-mefine Imit. Vers x8. On^e lufires 
éirvec tant de fuccez. "] Satire IX, complets fitrchargeTi de trois ans, "^ 

VeA-S 1^. Mais aujourd'hui c'e(l.â-dire, cinquante-huit ans. 
tfu'enfin , &c. ] Le jugement , que O-vide , Liv. IV. des Trifies Eleg^ 
iiôtiç Auteur portoit lui - même XX. 

. — -noT/em^M* 

Addiderat lujiris altéra luflra no^em, 
' Imit. Vers jx. Nos beaux jours Ce Vers relTemble un.peu âcelui^ 
fint finis , nos honneurs font pajpis, ] ci de VEpitre r, 
■' ^ Jnifi fiM ms beoHX /«nm , met ch^gnjtl font paffés, 

€c iij 



4o<î E P I S T R E X. 

Dans peu vous allez voir vos froides refverici 

Du Public exciter les juftçs moqueries , 
15 Et leur Autçur , jadis à Régnier préféré : 

A Pinchefne , à Liniere , à Perrin comparé. 

Vous aurés beau crier : O Vieillejfe ennemie ? 

Ké^t'il donc tant vefcu que four cette infamie ? 

Vous n'entendrez par tout qu injurieux brocards 
40 Et fur vous & fur lui fondre de toutes parts. 

Que veut41 , dira-t-on ? Quelle fougue indifcrçt^ 

Ramenç fur les rangs encor ce vain Athlète î 

Et tous les deux rcflèmblcnt à Tragédie àe^Mhhridate ^ kOallU 
çc Vers de M. ^ine dans fa Se. V. 

Mesansfefont accrus : mes honneurs font détruits, 

lMiT.VcrS34. duPuhluex- La Frefnaie - Vauquelin dit y tn 

titer les jufles moqueries, '\t^otvt Au- parlant à fon Li'vre , dans la Sa» 
^eurproHte en Maître de ce que ifredéja citée. 

Et diras en toy.mefme , He tju*ay.}e 'voulu faire i 
t>f fc , qu*ay-je miferable indifcret dejiré I 
Lorfjue tu te 'verras d*un moqueur déchiré, 
Chang. Vers 56. j4 Pinchefne , faire des excufes. ^ 

À Liniere , à Perrin comparé, ] Sur Sur Sanleccfue , voïcs A'vert.fm 
Pinchefne , voies Ep. f^UI, Vers l*Ep, I, Note dern. ^'vert. fttr 
t6. Lut. Ch. V. V. 163. Sur Li. l'Rp, VII, Sur ^egnard , voies le 
Solaana , noxnb, LKIV , 

Pierre Bellocq , Parifien , Valet 
de Chambre du Roi > Porte man- 
teau delà Reine Marie-Thérèfe, 
Se enfuite de Madame la Du- 
cheffe de Bourgogne , Auteur de 
quelques Po'èjus cftimées , mou- 
rut au Château du Louvre le 4. 

,.. - - d*Oôobrc 1704 4géde ^9. ans. 

ont comporé des Satires , & ils C'ctoit un homme d*un cfpric 
a voient écrits contre la Satire X, très-agréable , & qu'on rechcr- 
de nôtre Auteur î mais il ne vou- choit dans les Compagnies. 

lut pas faire imprimer leurs Imit. Vers 37, ^ OyieUleffe 

noms i 6c il mit ces trois autres ennemie ! ^c. ] Vers du C«/, 
J»ob*tcs, qui û*étoient plus vi- Desp. 

vans, ^^nard s'êtoit reconcilié Vbrs 41. ^* 'veut-il , dirAf 
(lyf ç lui , & Bellocq lu| j^yok faiç ^#» / ] Ce font |cs propres çc;- 



fiière j Sat. IX, V, X3tf. Ep. I, 
V. 40. ^i». //. V. 8. Ep. VU, 
V. 89. ArtPoét, Ch. II. V. 194. 
Sur Perrin j Sat. ///. V. 44. 

Sat, IX. V, 97. 193. •E^ '^/z. 

V.S7.Ep,VIII.V, ^9. 
^ Dans la première composition* 
Jl y avoir; ^ Saniecque^à ^gnard^ 
à Bellocq , 8cc. Ces trois Poëtes 



E PI S T R E X. 407 

Quels pitoyables Vers ! Quel ftile languiflant î 
Malheureux , laifTe en paix ton cheval vieillifTant y 

45 De peur que tout à coup efflanqué , fans haleine , 
Il ne laifTe , en tombant , Ton Maiffare fur Tarene, 
Ainfi s'expliqueront nos Censeurs fourcilleux : 
Et bien-toft vous verres mille Auteurs pointilleux 
Pièce à pièce épluchant vos fons & vos paroles y 

50 Interdire chez vous Tentrée aux hyperboles ; 
Traiter tout noble mot de terme hazardeux , 
£t dans tous vos Difcours , comme monflres hideux , 
Hîier la Métaphore , & la Métonymie , 
i Grands mots que Pradon croit des termes de Chymic : ) 

R £ M jé R q^ U £ S. 

mes de quelques Cenfeurs Je nô* Uiffe en paix , &c. ] C'efl unç 
•tcPofc'tc. Imitationdeces deux Vers d*H#- 

Imit. Vers 44. Malheureux , race , Liv. I. Ep, I. Vers 7. 

Soh/e fenefcentem mature fanus equum , ne 
Peccet ad extrenmm ridendus , c^ ilia ducat, 

Traden avoit fait l'application tions de nôtre Auteur. Il ne rend 
de CCS deux Vers à M. Defpréaux^ ni mature fanus , ni ridendus , qui 
& les avoit mis à la fin d'une font toute la beauté des deux 
Critique intitulée : ^ponfe à la Vers à'Horace. Oferai-jc dire, que 
Satire X. du Sieur £>, , La Frefnaie Vauquelin , en para- 
Mais nôtre Auteur montre ici phrafant , rend un peu mieux 
à Pradon comment il faut tra- Ton Original * quoiqu'il lui rede 
duire Horace, trcs-inferieur > C*cft dans la prc- 
Quoiqu'en dife M. Broffette , mière Satire de fon Livre I. i| 
C*efl ici la plus foible des Imita- y dit : 



■ defai-toy du 'vieil cheval » afin 

Hue boiteux ne de-i/ienne &» pouffif À la fin ; 
Et depeur qu* aube foin au combat ne te faille , 
Et te face moquer le jour d'une bataille, 

ViKs ^4, Grands mots tiue Pra- IMgnorance de Pradon dans la 
don croit des termes de Chymie, ] l(emarq$te fur le dernier VciS de 
Voïés ce qu*on adic au fujct de VEpttre y II. 

Ce iv 



|oS E P I s T R E X. 

1 5 Vous foutenir qu'un Lid ne peut eftre cStotoL I ^ 

Que nommer la Luxure eft une impureté. 
£n vain contre ce flot d averfîon publique 
Vous tiçndiés quelque temps fèrine fur la Boutique ; 

Vehs ^ç. -^— ^'«w UM nepeta ques autrei , s*êcoi«iit achirait 

f jîrf efronté. ] Terme de la dixié- a critiquer cette expreffion , qui 

pie Smtire, DES P. cft tirée du Vers 345. de la ^4- 

M. Perramt , Pradon , & quel- »»re X. 

J* /ôif r d*/ iiwM entiers fmr un lit effronté 
Traiter ttime 'tÂfifU <^ pérfiùte fuÊté, 
Rien n'cft plus commua que ^polof^ie des Femmes, Cet Ecrî- 
cettc Figure dans la Pnfe'fic î & vaiu blâmoir M. Defpréaiue d'a- 
jamais Critique ne fut plus mal voir parlé des Héros à -voix Uuc*. 
fondée que celle de ces Mef- rieufes , & de la Morale Uthrùpù 
iîeurs. M. le Prince de Continue des Opéra j & condamnoit ces 
blâmoic pas l*Epithête A*e1frontê \ expreffions , comme contraires 
mais il trou voit qu'elle préfen- i la pudeur. Voïés la Lettre de 
toit un autre fens , & qu'elle di- M. Amamld à M. Perrault , id 
ibit ïplus que 1* Auteur n'avoir Tome ly, 
voulu dire. M. Defpréaux con- Imit. Vers ç8. yons tiendrez 
venoit que c'ctpit la feule bonne queé^tte temps ferme fm la Beuti. 
critique > qui lui eût été faite fur 9m« , &c. ] Dans ce Vers & les 
cet endroit. fix qui le fuivent , nôtre Auteur 

Vers ^6. iiue nommer la Lnr profite habilement de quelques 
9cure ejï une impureté, ] M. Perrault idées &Horace^L\v. I. Fpître XX. 
fit la Critique de la Satire X. fans s*aflraiudre préciîément î 
«ians'Li Préface , qu'il mit i fon l'imiter. 

Carus eris I(pma , donee te deCetat étas ; 
ContreHatm nbi manibus foriefcere 'onlgi 
Çaperis , aiU tineas pafces tacitumus inertes , 
Jlnt fngies Ifticam , aut wnâus mitteris Ilerddom, 

On vt voir dans la paraphrafe fanteries , que M. Defpréanx a 
île ces^Vers par La Frefnaie Van. fai^e$ , en di^rens endroits 
fMe/m , Liv, I. Sat, dernière , la de Çti Ouvrages fur le fort ic% 
fpurce d'une partie des plai mauvais Livres. 
Je deidne <> pret/oy ejne pour la nouroeauti , 
Tn feras À Paris hient/enu , bien traité 
JPeur un commencement : O que tu pourras plâtre 
A quelques beaux efprits : mais du i/il populaire 
Tn/eras par mefpris de fa delà fetté 
Sans qu'aucun pins te life en ta calamité : 
Ou bien tu feras leu jufqu'â tant qu'une plume 
Miettx difyme ef»r /«? , ^ ^srler s'accoum^^e 



I 



E P I s T R E X, 40^ 

Vous iris à la fin , honteufemcnt exclus 
<»o Trouver au Magazin Pyramc , & Regulus , 

Ou couvrir chez Thierry d'une feiiilie encor neuve 
Les Méditations de finzée & d*Hayneuve , 
Puis en trifles lambeaux femés dans les Marchés y 
Souffirir tous les afFronts au Jonas reprochés. 
^5 Mais quoy , de ces difcours bravant la vaine attaque » 
Déjà comme les vers de Cinna , d'Andromaque » 
Vous croyés à grands pas chés la Pofterité 
Courir , marqués au coin de l'Immortalité. 
Hé bien , contentés donc l'orgueil qui vous enyvre. , 
70 Montr&-vous,j'y confens.-mais du moins,dans mon Livrt 
Commencez par vous joindre à mes premiers Eaits. 
C'çft là qu à la faveur de vos Frères chéris , 

En propos familiers ainfi comme tu fais : &c. 

Çu bien tu te -verras tout rongé de 'vermine , 

De tignes ou de rats près de ifutlque ruine \ 

Et fentant tout le rance &• le moifi relent , 

Decoufu tu feras en quelque coin , dolent 

De n^a-voir creu ton père : enfin aux merceries 9 

Aux pignes , aux miroirs , aux bains , aux drogueries , 

kAux couteaux , aux daguets , À cent betits fatras 

Hffon tranfporte au Brefil^ chetif tu jerviras 

D'enrvelope , ou de cornets à mettre de tépice , 

Du clou , de la muguette ou bien de la rigUffe 

Chex un apoticaire : ou dedans un privé 

Tu feras le fecours du premier arrivé, 

VlM <fo. Pname , (Sr ^r- trc Jéfuîte , a fait auflî des Médi-^ 

fulus, J Pièces de Théâtre de Pra- tations autrefois eftimées. 

don, Disp. Vers 64. tous Us affronts 

VllW 61, Les Méditations de au Jonas reprochés. ] /oNAS , Poo-, 

3u^ée Or d^Haynewve.'] Nôtre Au- me héroïque , non vendu. D E s P. 

teur et^t un jour dans la Bouti- Ed. de 1701 . Voies Sat, IX, V. 



que de Thierry fon Libraire, s'ap- 91. Ep. IX, V. 61 
perçut qu*on avoit emploie les Vers 66. — ' 

Tragédies de Pradon â envelopper dromaque, ] Cl 

les MéditaHcns du P. Juhen Hé^- Corneille : Ani 

(ptHve, Jéfuitc. Le P. Simien au-, gédig de l^acine. 



\, 



410 E P I s T R E X. 

Feuc-eftre enfin fouflèrts , comme £n£uis de ma pItîÉÀe | 
Vous poorrés vous fauver épais dans le volume. 

75 Que fi mefines un jour le Leâeur gracieux 
Amorcé par mpn nom fur vous tourne les yeux ; 
Pour ni'en recompenfer , mes Vers j avec ufiire , 
De voftre Auteur alors faites-lui la peinture : 
Et fiir tout prenés foin ,. d'efiàcer bien les traits 

!• Dont tanç de Peintres £uix ont fleftri mes portraits* 

RjEMjiRqUHS. 

Vins 7±. f^otês powrês vohs fam^ itn fo^ le LeHew gréeieux , &C. ] 
-ver épars dans le 'volume. ] L'Au- Depuis ce Vers iufques & com- 
fcur fc repemoit d'avoir publié pris le 114. nôtre Auteur s'eft 
la Satire X, à part. Les Critiques modelé fur La FreJnaU yuMquelin, 
la voïaat ain(i feule , l'avoient qui lui - même , dans la Sâtirt 
attaquée avec plus de hardiefle , adrefTée àfcn Lrvre , s*eù. mode- 
te cela lut fit prendre la réfolu- lé fur VEpttre XX. du Livre I. 
tion de ne plus donner aucun d*Hor4c« , dont voici les Vers» 
Ouvrage , qu'il ne l'inH^rât en qui font l'Original du compte 
même tems dans le volume de oue les deux Poètes François rcn« 
fcs Oeuvres. dent au Public de ce qui les coa^ 

luiT. Vers 7ç. ilM fi me f mes cerne. 

Ckm tibi fol tepidus plures admoverit âmes , 
Me libertine immn» Pâtre yf^ in tenmi re 
Maiores pennas nido extendiffe loqneris : 
*Vt qnantum generi demas , wrtntibHs addas. 
Me primis urbis belli pUcniffe , domiqne : 
Corporis exigni , pracannm , folibns aptnm , 
Irafcicelerem , tamen ut pUcabilis ejfem, 

L4fFrefifdie Vainquelin , en même- le rapporter ici. Je me contenu 
feras qu'il imite cet endroit d'Ho- terai d'eu copier , chemin fai- 
race , remplit auifi le plan entier fant,quelques endroits , avec Icf- 
de \^ Elégie à' Ovide à la Poftérité» quels nôtre Auteur fe rencontre 
Trill, Liv. V. El, X, plus particulièrement. Voici 

La longueur du Morceau del.4 comment l'ancien Po&e com- 
Frefnaie Vanquelin m'empêche de meoce. 

Toutefois fi tu as quelquefois le bonheur 

De -voir au tour de toj quelques hommes d^kouMm 

ê^ ieftefiemt l^atiiUt : dCC 



E P I ST RE X. 4ir 

P^pofés hardiment : qu au fond cet Honime horrible , 
Ce Cenfeur quils ont peint d noir & fî terrible , 

• Fut un Efprit doux , fimple , ami de Téquité , 
Qui cherchant dans fes vers la feule vérité , 

' J Fit fans eftre malin fes plus grandes malices , 
Et qu enfin fa candeur feule a fait tous fes vices. 
Dites j que harcelé par les plus vils Rimeurs 
Jamais bleflant leurs vers il n'effleura leurs mœurs : 
Libre dans fes difcours , mais pourtant toujours fage 5 

^o Aifés foible de corps , affés doux de vifage , 
Ni petit , ni trop grand , tres-peu voluptueux , 
Ami de la vertu plûtoft que vertueux. 

V'EKsSi, Dépo/eshardment.dcc.'] les cinq fui vans au bas de fom 
X.*Auteur a fait mettre ce Vers & Portrait , en les difpofant ainfi.; 
Tu petucvoir dans ces traits , qn* au fond cet Homme horrible , 
Ce Cenfeitr qu^on a cru fi noir &• fi terrible , \ 

Fut un Efprit doux , fimple , ami de l* équité^ 
C^jii cherchant dans fes 'vers la feule 'vérité , 
Fit , fans eflre malin , fes plus grandes malices : 
Et fa candeur fit tous fes 'vices. 
Tmit. Vers 91. Ami de la -ver- ftnOb qu'il ait faits. Il paroît y 
tuplutofl que 'vertueux. ] Ce Vers, avoir eu en vue ces deux de Ltf 
au jugement de l'Auteur même , Frefnaie Fauquelin dans la Satire 
çft un des plus beaux & des plus y. de fon Livre I. 
Peut ejlre que je fuis , finon du tout bien fage , 
A tout le moins prudent O plein d'un grand courage. 

Nôtre Auteur rend une penfée La Frefnaie Fauquelin fait aînfî 
femblable avec bien plus de mo- fon portrait dans la Pièce , que 
iledie. j'ai déjà citée plufieurs fois. 

Di , qu^enmon coeur ejîoit de Dieu la fujle crainte , 
D*un caraSiere faint tousfours diiAne emprainte ; 
Et comme en jugement , la je faifoy 'venir , 
,A part mon noir péché powr le faire punir, 

Di , que iefusfujet à la haine , à fen'vie , 
De plufieurs qui depres épluchèrent ma 'vie : 
Et ne m' ayant haineux par medits pardonné ^ 
Secret fur Uwrs med^s mu mmurs fefafonné. 



J 



4U E P I S T R E X. 

Que fi quelqu'un , mes Vers , alors vous importunoi 
Pour fçavoir mes parens , ma vie & ma fortune , 

Ccf quatre derniers Vers ( i*ai Auteur dit dans VEpitre vîl, dc- 
oublie de le dire en Ton lieu ; puis le Vers \^, jufques & çom« 
font l'original de ce que nôtre pris le foizante.dixiéme. 

Moi-mime dont U gloirt ici moins répandHe , &c. 
plus croi/fant en 'vertu fefonge À me 'vanger, 

ts Fttfnéie rémtpulin continue ainfî fon portrait. 

Diy ^ue fefiu ^aillemrs dimé de tom le mande » 
J)*tên cttut cwvert f^ franc , de confcienee ronde , . 
Et tjne f*aime chaàm : mais fur tous ces efpris , 
Cue U douceur d* amour f^ des Mufes tient epris^ 



Di , que ma tailU/ut morenne <^ mngroffere : 
Et tfuema grâce fUtpiuflofl humble tfuefiere. 
Hue l*air de mon •vi/age À tous témoignait bien , 
ilue f*elkjf Jo-uial f^ non Saturnien : 
Qu*e^ant chawue ;'« fus un peu promt à colère : 
Mais foudain revenu , cruel ni trop frvere, 

TmiT. Vers 9V & 94. <^ fi rens ^ ma tAe^Sr ma fortune ^ ^c^ 
e/ueltfu'un , mes Vers , alors 'vous La Frefnaie VouifueUn dit a Ton 
importune , Pour ffovoir mes pa. Livre : 

Si l'on t'enemitrt à tof , iluel homme je puis elkt 
Et dont te fus extrait O* quand ft 'vins À naiflte i 
Di , que , &c. 

Ceft U qu'il parle de TOriginc & feul d'Enfans. Tl entre enfliît* 

de fon Nom , de l'ancienneté & dans le détail de fa vie .^ qu'il 

de la noblcfle des alliances de fa commence par fa première cn- 

Maifon : ce qui le conduit à par- fance & fon éducation , & qu'i^ 

1er de lui-même , que fon Père , finit par la date^ de la compolî* 

mort fott jeune , lai({k Orphelin tion oe cette Pièce. 

Hue quand ie t'enfante , f'a'voj par les maifons 
Du Ciel f a 'veupaffer quarante cinqfaifons ; 



Les deux Vers qui fuivent con- tiennent la datt de fa naifiànce. 

Et fuliement en l'an , naiffance pris i'arv<i^e^ 
Hue le grand I(prFranfois conquefla la Sarveye, 

Cêtoit en I n « .& 1* Auteur aïant tire adrcflée à fon Livre. ^ çjle fm 
4f.ans.lorfqu.*llçojDpQf4laL<f4- faite Taux s Sçt 



Ë P î s t R È X. ijij 

PS Contés-hil , qu'allié d'afTés hauts Magiftrats ^ 
Jils d'un Père Greffier , ni d'ayeux Avocats ; 
Dés le berceau perdant une fort jeune Mère , 
Réduit (eize ans après à pleurer mon vieux Père ^ 
J'allai d'un pias hardi , par moi-meCne guidé , 

oo Et de mon feul Génie en marchant fécondé , 
Studieux amateur ^ & de Perfe & d'Horace ^ 
AfTés prés de Régnier m'aiOeoir fur le Parnafle^ 
Que par un coup du Ton au grand jour amené » 
£t des bords du PermefTe à là Cour entraifné , 

:o5 Je fçeus , prenant l'eflbr par des routes nouvelles , 
Eflever aiTés haut mes poétiques ailes : 
Que' ce Roy dont le nom fidt trembler tant de Roisi 
Voulut bien que ma main crayonnaft Tes exploits : 

'R SM ji R q a £ S. 

Vers 95* — — ailU d*afés hauts la même Cour. Quelques-uns de 

- ^agijhrats, 3 MM. de Bragelogne j leurs Ddcendans ont «6 de cttè- 

jimelot t Préfident à la Cour des bres Avocats. 

Aides j Gilbert , Président aux Vers 97. Dés le berceau per^ 

£nquêtes , Gendre de M, Don- dant une fort jeune Mère, ] Il n*a- 

gois i de Lionne , Grand Audian- voit qu'onze mois quand ^n»? 

cier de France ; & plufîeurs au- Dentelle fa Mère i mourut âgée 

> très Maifons illuflres dans la de 15. ans en 1637. 

Robe. Vers 98. l(eduit fehie ans après 

Vers 96, Fils d*un Père Greffier, à pleurer mon vieu^ Père, ] Il mou- 

iic,'] Gilles Soileau ^ Greffier du rut en 16^7» âgé de foixante- 

Confeil de la Grand'Chambre , treize ans. * 

lié le xS. de Juin i ^84. Vers lOi. j4fés prés de Régnier 

Ibid. — • né d*ayeux j4iMtcats, 1 m*ajfeoir fur le Parnajfe, ] Nôtre 

Il tiroit Ton origine de Jean Bot- Auteur a cru pouvoir parler plus 

leau , Notaire 6c Secrétaire du hardiment quand il n'a fait que 

Roi • qui obtint des Lettres de rapporter les fentimens du Pu- 

Nobleilè pour lui & pour fa Po- blic : Et leur jiuteur jadis À J^e* 

ilérité, au mois de Septembre gnier préféré ^ Vêts 3c. 

1371. Jf*t» Boileau , fut un des Vers 108. crayonnafl fer 

quatre nommés pour exercer fa exploits, ] Il avoir été nommé 

Charge près du Parlement j & pour écrire l'Hiftoire du Roi 

Henri Boileau , fon Petit-fils , fut avec M. Racine , au muis d*Oc<« 

sfçucni4o8. Avocat du Roi en cobce xtf77- 



4t4 E P î s T R E 3t. 

Que plus d'un Grand m'aima jufqucs à la tendrcrfc ^ 
îio Que ma veuc à Colbcn infpiroit rallegrefle : 
Qu'aujourd'hui mcûnc cncor de deux fcns affoibll 
Retiré de la Cour , & non mis en oubli ; 
Plus d'un Héros épris des fruits de mon eftude , 
Vient quelquefois chés moi goufter la fblitude. 
II ; Mais des heureux regards de mon Aftre eftonnanc 
Marqués bien cet effet encor plus furprenant , 
Qui dans mon fouvenir aura toujours fa place : 
Que de tant d'Efcrivains de TEcoIe d'Ignace 

Vins I Ô9. Qjie plus d*itt» Grand La Frrfwate VaittfueUn dît qUcI' 
m*âimd JMfques i ia tendreffe^ f^c, ] que chofc de femblable. 
Vi , qWaHX Grands , aux Stigneurs reprefentant U Prince 
^ubeau GoH-vemement de noflre grand' Province , 
Qite je fus agréable : €&• que durant t'effrty 
Des. troubles ils fe font tous f ours fervis de moj. 
Vers 1 10. ûue ma 'veue à CoU ter , le Roi , en fdifant voîr fi 
*«rr , &c. ] M. Colbert mena uit montre quMl tenoit par hafari 
jour dans (a belle maifon de àlamainjuidicobligcammenci 



Seaux , M. Vefpréaux , & M. ^4 
àne. Il êcoit feul avec eux , pre- 
nant un extrême plaiiîr à les en- 
tendre ; quand on vint lui dire 

que M. l'Evêque de de- 

mandoità levoir : Qu*on lutfafe 
'voir tout , hormis moi , dit M« CoU 
bert. 

Vers i i r . — de deux Cens af. 
fiibli, ] De la vufe* & de l*ouïe. 

Vers r 1 1. I^etiré de la C*»«r,&c.] 
Il n'y alloit plus depuis Tannée 
1690. & il s'en êtoit retiré pour 
jouir de la liberté & du repos. 
Après la mort de M. l(acine , il 



Sou-venés-'vous tfue j'ai toujours à 
tfous donner une heure par /emaine > 
quand vous 'voudrés -venir. 

Vers r i 3. Plus d'un Heros.icc-] 
M. le Marquis de Termes , M. de 
Ca-vcis ^ M, de Pontchartrain , M; 
Daguefeau , & pIuHeurs autres î 
mais particulièrement M. U 
Duc , & M. le Prince de Conti^ 
qui Thonoroient fouvent de 
leurs vifites à Auteiiil. 

Vers i 14. chés moi^icci 

A Auteiiil . D e s p. 

Vers uS, 0»f de tant d'Efcri^ 
'vaini de V Ecole d'Ignace ] Lc$ 



alla voir le Roi pour lui appren- PP. I{apin ^ourdaloué , Bouhours , 

lire cette mort , & recevoir fcs Gaillard , ThouUer , bec. Bross. 
ordres par rapport à fon Hiftoi- Le P. ThouUer quitta enfuite 

rcdont il fe trouvoit feul char- les Jéfuites- C'eft M. l'Abbé 

gé. Sa Majefté le reçut avec bon- d^Oli-vet , de l'Académie Fran- 

tc , & quand il voulue fe reci^ çoife , une des meilleures pbl^ 



4^5 



E P I S T R E X. 

Eftant y comme je fuis , ami fi déclaré y 
2.0 Ce Dodteur toutefois fi craint , fi révéré , 

Qui contre Eux de fa plume épuifa l'énergie , 

Arnauld , le grand Arnauld fit mon apologie. 

Sur mon tombeau futur , mes Vers , pour renoncer , 

Coures en lettres d or de ce pas vous placer. 
:i5 Allés jufqu oii T Aurore en naiffant voit THydafpe , 

Chercher , pour Ty graver , le plus précieux jafpc. 

Sur tout , à mes rivaux fçachez bien Tétaler. 

Mais je vous retiens trop. C*eft afiés vous parler. 

Déjà plein du beau feu qui pour vous le tranfporte , 
r 30 Barbin impatient chés moy frappe à la pone. 

Il vient pour vous chercher. Ceft lui : j entens û voix. 

Adieu y mes Vers , adieu pour la dernière fois. 



M M jt R q^ U £ S. 



mes , qu'il y ait aujourd'hui en 
France. Du Monthl. 

J'ajoute que c'eft un des fa- 
vans Hommes, que nous aïons, 
& l'un de ceux , qui ont le plus 
le mérite Académique , c'cft-à- 
dire , qui font les plus propres à 
remplir l'objet de l'Académie 
Françoife. 

Vers ixx. • ie jrrand Ar- 

ndnld fît mon apologie. ^ M. Ar- 
tuuUd a fait une Diflertation oïl 



il me juftifîe contre mes Cen- 
feurs. C'cftfon dernier Ouvra- 
ge. On le trouvera à la fin de ce 
Volume. D £ s p. Edition de 
1701. 

Il s'agit ici de la Lettre de M. 
Jmaidd à M. Perrault, Elle fera 
dans le Tomi IV, de cette Edi* 
tion, 

Vfrs 11^. — en naiffant 'voit 
fHydarpe, ] FlcUyc des Isidcf. 

Dis P. 



MDesprb'aux travaillant afin Ôdb fîir la prîft 
. de Namur ,yè promenoit dans les Allées de fin 
Jardin d^Auteiiil, Il tâchait â^ exciter fin feu y & s'a- 
bandonnoit à VEnthoufiafine, Un jour il s'aperçut 
que fin Jardinier V écoutait, & l'obfervoit au tra- 
vers des feuillages. Le Jardinier Jurpris ne favoit à 
quoi attribuer Tes tranfports de/on Maître , & peu 
s en fallut qu'Une le fiupçonHat d'avoir perdu l'ef 
frit. Les pojiures^ que le Jardinier faifoit defon c6^ 
té y & qui marquaient fin étonnement y parurent fort 
flaifantes au Maître: de forte qu'ils Je donnèrent 
quelque tems la Comédie l'un à l'autre, fans s'en 
apercevoir. Cela fit naître à M. Defpréaux l'envie de 
compofer fin Epître XI. dans laquelle il s'entretient 
avec fin Jardinier , & par des difcours proportionnés 
aux connnoijfances d'un f^llageois , il lui explique les 
difficultés de la Poëfie ; & la peine quil y a fur tout 
d^ exprimer noblement & avec élégante, les chofes 
les plus communes & les plus fiches* De là il prend 
occafion de lui démontrer que te Travail eji nécejfaire 
à l'Homme four être heureux. 

Cette Epitre fut compo/ée en 169^- Uovzcc a aujUi 
adrejféune Epître à fin fermier : c'eji la quatorzié* 
rne du premier Livre» Mais ces deux Poètes ont fui* 
v$ des routes différentes. 



tPiSTRE Xt 




EÎISTRE XI. 

A MON JARDINIER^ 

Laborieux Valet du plu^ commode Maîftre , 
Qui , poiir te rendre heureux ici-bas pouvoir nàiftre ^ 
Antoine ^ Gouverneur de mon Jardin d' Auteiïii , 
Qui diriges chez moy Tif & le chevre-feuil , 
'5 Et fiir mes cfpalifers , induftrieux génie , 
Sjais il bien exercer Tart de la Quintinie 3 

R E M Ji R (l U £ S^ 



Vers i.'\Ântotne\ Gowvetneur 
de mon Jardin d*^Hteiiil, ]" AN- 
TOINE J(iqttié, né à Paris. M. 
Z^r^f 4M4r,qui l'avoir trouvé dans 
cette MaiCoh , lorfqu'il l'acheta 
en 168^. le garda toujours à. 
fon fcrvicc. Apres la compofî- 
tion de cette £f(<re , la pluîpart 
des Perfonnes qui alloient voir 
l'Auteur , félicitoient M atire An- 
toine de l'honneur > que fon Maî- 
tre lui avoit fait j & tous lui en- 
viuient une diftin^on iî glo- 
Tomt L 



rieufe. Le P. Bouhours Jéfuite^ 
lui en fît compliment comme 
les autres. N'ejiil pis i/rai , MaU 
tre Antoine , lui dit-il d'un air 
railleur : qw l*Epitre , npte i/ttirt 
Maitre inms d aireffée ^ e/2 ta plus ■ 
btiU de tbHtes fes Pièces ? Henni da, 
mon Père , répondit Maître An. 
tOiNE i c*ejl celle de CAmowt dé- 
Dieu. 

Vers 6. • — — l^art de la .Huinti^ 
nie. ] Célèbre Direâeuc des J»t* 
dwsduRoi. DJÈ.SP;. 

Pd 



4iS EP i S T R E X t 

Ô ! c]uc de mojk efprit triftc & mal ordonné , 
- Ainfi que de ce champ par toi fi bien orné , 
Ne puis-je faire ofter les ronces , les épines ^ 

ï^ Et dès defaux fans nombre arracher les racines î 

Mais parle : Raifonnons. Quand du matin au foir j 
Chés moi pouffant la bcchc , ou portant Tarrofoir , 
Tu fais d'\m fable aride une terre fertile , 
Et ren$ tout mon jardin à tes loix fi docile ; 

ï S Que dî^tn , de m'y voir refveur , capricieux , 
Tantoft baiflant le front , tantoft levant les yeux f 
De p4roles.dans Tair par élans envolées , 
Effrayer les Oy féaux perchés dans mes allées ? 
Ne foupçoûnes-ta point , qu'agité <lu Démon » 

^■o Ainfi que ce Coufin des quaue Fils Aymon , 
Donc ta lis quelquefois la merveilieqfe hiftoire , 
Je rumine , en marchant , quelque endroit du Grimoire t 
Mais non : Tu te fouviens qu'au Village on t*a dit , 
Que ton Maiflre eft nommé., pour coucher par écrit » 



R JS.M ^ R q U £ s. 

Jean de la Quintime , cft Au- dc Perratth , Tome II. 

tcurde l'excellent Livre imitu- Imit. Vers 7. ! que de me4 

Je : Jnjlru^ion pokr tes Jardins efprit / ècc. ] Horace a dit dani 

fruitiers dr potagers. Son éloce fe VEpître XIV. de fon ptemipf 

trouve dans les Hommes Iliuflres Livre. Vers 4. ' ' 
Certemus , fpinas animone ego fortiùs , an m 
Evelfas agro ; c^ meliorfit Horatius * an res. 

Vers io« Mnfi i}ue ce Coufin des où la barbarie Se rignoraiice 

qiMtre FUt j4ymon,']l4skvtfi\s, Desp. avoienc introduit le jçoiit dc là 

Il êtoïc Aimômmé VEnchan' Chevalerie. Ce» fortes de Ro- 

teur , 'vaHUnt «^ tteux Chevalier , mans font fort aimés du peuple 

iequel a» mondé tra'voit fon pateit gïoÂîer } parce qu'ils contien- 

en fart de Négromancie, L*Hiftoi- nent des avantures mcrvcilleil* 

« que noiis atons àcs Huatre Pils ies 8c des prodiges inotHs. 

^imon^ cft fort ancienne. EHc Chang. Vers 14. il*** mh Maif* 

avoit été inyemée daas ces ternir tn efi nêmmé^ &c.] Gc Vers fc \m 



E P I s t R È xi. 4i^. 

^5 Les faits d'un Roy plus grand en fagefTe , en vaillance ^ 

Que Charlem^ne aidé des douze Pairs de France. 

Tu crois cju il y travaille ^ & qu au long de ce mur 

Feut-edre pn ce moment il prend Mons & Namur. 

Que pcnfe;:ois tu donc ? fi Ion t*alloit apprendre i 

} o Que ce grand Chroniqueur des geftes d'Alexandre 
Aujoi||rd'hui méditant un projet tout nouveau ^ 
S agite , fe demene ^ & s uzc le cerveau , 
Pour te faireàtoi-mefme en rimes infenfées , 
Un bizarre portrait de Tes folles penfées. 

) 5 Mon Maiftre , dirois-tu , pâflc pour un Dodieur ; 
£t parle quelquefois mieux qu un Prédicateur. 

- R £ M jà R q U £ S» 

deux fuivâns êcoient àinG. dans la première compontioh : 
£!ue ton Màiflre tji gagé peur mettre par écrit 
Les faits de ce grand I{oy 'vanté powr fa vaillance 
Plus qtfOgier Le Danois , ni Pierre de Provence. 
Vers i6. Qi*e Cbarlemagne aidé grand S^i de France & des Efpai 
des doiPie Pairs de France, ] Nôtre gnes , avec les faits Cb* Us gefles des 
Auteur s'accommode au goût do»Ke Pairs de France, Voies les 
éd aux lumières defon Jardinier, ^cherc^es de P^quier ^ L. II. c, 
grand Lefteur d'anciens Ro- 9, & lo: 

inans. Ici il fait alluiion â un CHANt. Vers 50» i^e ce grand 
Ouvrage de cette efpçcc , intitu- Chroniaueut desgejles d* Alexandre, 1 
lé : La Conquête de Cbarlemagne , Première manière : 

jlljte ce grand Écrivain des exploits d'Alexandre, 
Vers jf. Et parle quelquefois con^erfation fut la t>lus vive , là 
piieux qH*un Prédicateur, ] Voici plus brillante , fic la plus fpiri- 
i'original de cette pen(ee. Un tuelle du monde. Les deu3ç Bour- 
jour M. Defpréaux & M. Xacine geois ^toient enchantés , & ne 
Venant de faire leur Cour à Ver- pouvoient fe lafTer de marquei: 
failles , fe mirent dans un Ca- leur admiration. Enfin , à U 
rode public ,^ avec deux bons décente du Carodè , tandis que 
Bourgeois qui s'en retourrioienc l'un d'eux faifoit fon compli- 

t Paris. Ces deux Medieurs ment à M. Racine , l'autre s'ar- 
toient content de leur Cour: rêta avec M.X?.e/>r^'««*,&l'aïant 
ils furent extrêmement enjoiiés embrafle bien tendrement : J^ai 
^cûdaiu tout le chemin , de leur Ué m 'wïagf > lui dit-il ^ avec dçt 

Ddij 



410 E P I S T R E 3^ t 

Sous ces arbres pourtant , de fi vaincs fornettef 

Il n iroit point troubler la paix de ces fauvettes $ 

S'il lui falloit toujours , comme moy , s'exercer , 
40 Labourer , couper , tondre , applanir , palifler , . 

£t dans Teau de ces puits fans rela(che tirée , 

De ce fable efbmcher la foif demefurée. 

Antoine , de nous deux tu crois donc , je le voy , 

Que le plus occupé dans ce jardin , cefb toy. 
45 O ! que tu c^iangerois d avis , & de langage l 

Si deux jours (èulement libre du jardinage ^ 

Tout à coup devenu Poète & Bel efprit ^ 

Tu t'allois engager à polir un écrit , 

Qui difl , fans s'avilir , les plus petites chofès , 
50 Fiftdes plus fecs Chardons , des œillets & des rofes » 

£t fçeuft mefme au discours de la rufticité 

Donner de Télegance & de la dignité $ 

Un ouvrage , en un mot , qui jude en tous Ces termes , 

S^eoft flaire à Dagueffeau , fçeuft fatisfaire Termes ^ 

R JS M j4 X, q u £ s* 

ï>o6ieurs de Sorbonm , ^ même mieux tjWun PréiicMekr, 
avec 4rs K^eligieHX , mais je n'ai Chang. Vers 4^. Si deux jouri 
jamais oUi dire de fi belles chofes, feulement^ &c. ] Il y avoit dans* 
£0 'vérité y 'VOUS parlés cent fois la première compoution : 

Si deux fours feulement chargé de mon ourvrage y 

Il tt falloit fonger , &c. 
Chang. Vers <î. Etfçeûfl même Vers & des cinq fuivans.rAuteaf 
élit difcours , &c. J Au lieu de ce n*avoit fait d*abbrd que ceux-ci : 

Et qui pût contenter « en paroiffant au jour , 

DagueffeMê dans la yilU , & Termes à la Cour» 

Maïs dans la fuite it aioilta les néral , maintenant Procureur 

quatre précédens , & changea Général. De sp. Edit^deP. 171 1. 

ces deux derniers. Il a été fait depuis Chanc^l- 

Vers ^4. Sfe0 plaire À Da. Wex.Vdiks Sat. XI.W, 104* 

Zuejfeau , ôcc, ] AloK Avocat Gé- Ibid. ffeujl fatisfain Termes,^ 



E P I s T R E X I. 4ii 

55 Sçcuft , dis-je , contenter en paroiflant au jour,, 
Ce qu ont^d'Efprits plus fins & la Ville & la Cour* 
Bicntofl: de ce travail revenu fcc , & pafle , 
Et le teint plus jauni que de vingt ans de hafle ; 
Tu dirois , reprenant ta pelle , & ton râteau , 

^o Taime mieux mettre encor cent arpent au niveau'. 
Que d'aller follement , égaré dans les nut's 
Me laflcr à chercher des viiîons cornues , 
Et pour lier des mots fi mal s'entr'accordans , 
Prendre dans ce jardin la Lune avec les dents. 

^5 Approche donc , & vien j qu'un PareiTeux t'apprenne i 
Antoine , ce que c'ed que fatigue , & que peine. 
L'Homme ici-bas tousjours inquiet , & gefné 
Efl; dans le repos me(me au travail condamné. 
La fatigue Ty fuit. C'çft en vain qu'aux Poètes 

70 Les neufs trompeufes Sœurs , dans Içiirs douces retraites 
Promettent du repos fous leurs ombrages frais : 
Dans ces tranquilles Bois pour Eux plantez exprès , 
La Cadence auffi-toft , la Rime , la Céfure , 
La riche Expreflîon , la nombrcufe Mefure , ^ 

75 Sorcières dont l'amour fçait d'abord les charmer , 
De fatigues fans fin viennent les cbnfumer. 
Sans cefle pourfuivant ces fugitives Fées , 
On voit fous les Lauriers haleter les Orphées. 
Leur Efprit toutefois fe plaift dans fon tourment , 

So Et fe £dt de fa peine un noble amufement. 

Roger, de Pardaillan de Gondrin , V E n s 77. cm fughl- 

Marquis 4e Termes, mourut au ves Fées, ] Lcs Mufcs. DES.» 

lîïois de Mars 1704, tin* aux. 

nà iij 



411 E P I S T RE X% 

Mais je ne trouve point de fatigue fi rade , 
Que l'çnnuyeux loifîr d'un Mortel fans eftude ^ 
Qui jamais ne fortant de fa flupidité y 
Soutient dans les langueurs de fon oifiveté , 

?5 D'une lafche Indolence efclave volontaire , 
Le pénible fardeau de n'avoir rien à faire. 
Vainement of&fqué de fes pcnfèrs épais 
Loin du trouble , & du bruit il croit trouver la paîx^ 
Dans le calme odieux de fa fombre parefïe y 

90 Tous les honteux Plaifirs Enfans de la Molléile ^ 
.Ufurpant fur fon ame un abfolu pouvoir , 
De monilraeux defirs le viennent émouvoir , 
Irritent de (es fens la fureur endormie , 
Et le font le joiiet de leur trifte infamie. 

95 Puis fur leurs pas foudain arrivent les Remords : 
;Et bientoft avec eux tous les Fléaux du corps , 
La Pierre y la Colique , & les Gouttes cruelles y 
Guen^d , Rainffant , Brayer , prefquauilî trides qu'elles j 
Chés rindigne Mortel courent tous s'affembler , 

100 De travaux douloureux le viennent accabler , 
Sur le dmvet d'un Lid théâtre de fes gefnes , 
Luy font fcier des rocs , lui font fendre des chefiies , 

Chano. vers 97. La Pierre , Us , &c. 3 Première compofi: 
U Coliquf , C^ les Gouttes enteU tion : 

La Goutte aux doigts noîieK , U Pierre , la Grarvelle , 
D*ignorans Médecins encor plus fdcheux qu'elle. 

Vers 98. Guenaud , Rainffant , compofîtioa de cette Epitre* 

"Brajer , &c. ] fâmeux Mède- iMiT. Vers loi. Sur le dwvet, 

çins. p E s P. d'un LiH , &c. ] Pf. XL. v. i-Su* 

■'' Ils êcoienttous trois de la Fa- per le&um doloris ejus, 

^ulté de Paris ; mais ils êtoient Vers loi. Luj font fcier des 

ïpprts plu(ieurs années ayant ia rocs y lui fout ftndre des chefnts.x 



EPISTRE XI. 413 

Et le mettent au point d'enviçr ton emploi. 
Keconnois donc > Antoine , & conclus avec moy , 

105 Que la Pauvreté maflc , adive , & vigilante , 

Eft parmi les travaux moins laflc , & plus contente ^ 
Que la RichefTe oifîve au fein des voluptés. 
Je te vais fur cela prouver deux Vérités. 
L*une , (pic le travail aux Hommes necefTairç 

j I o Fait leur félicité , plûtoft que leur mifer^ j 

Et Tautre , qu'il n eft point de Coupable en repos. 
^ Ceft ce qu il faut icy montrer en peu de mots. 
Suy moy donc. Mais je voy , fur ce début de prône > 
Que ta bouche déjà s ouvre large d'une aune , 

1 1 5 Et que les yeux fermez tu baifles le menton. 
Ma foi , le plus (cûr eft de finir ce fermon. 
Au/H-bien j'appercoy ces Melons qui t'attendent , 
Et ces Fleurs qui là^bas entre elles fe demandent j 
S'il eft fefte au village ; & pour quel Saint nouveau 

I to On les laiffe aujourd'hui fi long-temps manquer d'eau« 

1* Auteur aïanc récité fa Pièce à II ne falloit oas brûler route 

M. Dag»eff<faitt Avocat Général , la Pièce , mais changer ce Vers , 

qui Pêtoit allé voir à Auteuil , dont en effet les Métaphores font 

ce Magiftrat condamna ce Vers, fi outrées , qu'on ne les pafleroic 

Il trouvoit la Métaphore , qu'il pas même à Sabiac ni à fré^ 

contient, trop hardie & trop vio- bœuf. 

lente. M. Defpréaux lui répon- Chang^ Vers m. qu'il 

dit , que fi ce Vers n'ctoit pas tt*efl point de Coupable en repos, } 

bon , il falloit brûler toute la Première manière avant l'im- 

PièCB, Bnoss. " preflîon : 

— — j^iiV» Dieufeul on trotme fon repos. 

Vers i i 4. ^«e ta bouche , &c. } peinture naïve d'un Homme qiù 

yAutçur faifo.it remarquer cette s'endort. 



ï>à Vf 



VOici (c'e/î M. Brossbttb , quifarle dans/h 
Remarque Préliminaire /îir TEpitre XII. )« 
queih occafion cette Epitre a été faite. L'Auteur lui" 
même s^en explique ainfi d(ms une Lettre , qu'il mé^ 
crivit au mois de Novembre 1 70p. ** Long-temps avant 
„ la compojttion de cette Pièce , j*eflois fameux par les 
. yy fréquentes dijfutes que f avois foûtenuës en plufieurs 
„ endroits , pour la défenfe du vrai Amour de Dieu^ 
^y contre beaucoup de mauvais Théologiens. Deforte 
„ que me trouvant de loijtr un Carême ^je ne crus pas 
„ pouvoir mieux employer ce loifir , qu'à exprimer par 
yy émt les bonnes penfées que f avais tà-deffus. „ Cétoi$ 
le Carême, de l'année 169^. 

M. Bayle^ dans fin Diûionnaire , à V article An- 
toine Arnauld , rapporte unfatt que l'on a otd réciter 
à iW. Defpréàux. Il dit ^ que M. hxmvXà dtant fait 
l'Apologie de la Satire X. contre les Femmes , queU 

Îues'uns defes Amis trouvèrent mauvais que ce grave 
')o5ieur , ^>é de quatre-vingt-quatre ans ^ eut entre^ 
fris la défenfe d'un Ouvrage^ où il n'était queftion , A% 
Joient'ils , que de Femmes , de Vers , & de Romans, 
Ils regardaient la Poëfie comme un amufement frivole^ 
qui n'avait pas du arrêter un moment ce profond Gé^ 
nie. M. Defpréaux f/?îwf o/i f Epîtrç /«r T Ai^our de 
Dieu , pour montrer à ces Cenjeurs faujfement délii* 
çats , que la Poëfie , dont ils avaient fi mauvaife opiz 
nion y peut trattêr lesfujets les plus relevés. 

Lafan5liap^ que je fais ici de Commentateur , ne rfe- 
mande pas que je m'érige en Théologien , pour ap* 
pu'ier ou pour combattre les propofitians de mon Au- 
teur. Laiffant donc tout ce qui concerne le Dogme , ;c 
^me bornerai au peu de Remarques hiftoriques qi(il 
y 4 Qccafion défaire par rapport à cette Epître, 




EPISTRE XII. 

SUR L'AMOUR DE DIEU, 

A M. L'ABBÉ RENAUDOT^ 



xJ OCTE AbW , tu dis vrai , THomme au crime attacha 
Envain , fans aimer Dieu , croit (brtir du péché. 

R £ M j4 R Q V E S. 



Vehs 1 . Doât Abbé^hcc. ] On ne 
doutera pas que cette épithéce ne 
foitdu'cà M. Enfebt I(enattdot ^ 
Prieur de Froflay en Bretagne , 
& de faim Chriftophe de Châ 
teaufort près de Verfailles. Il 
êtoit né â Paris le lo. de Juillet 
J646, & y mourut le i. de Sep- 
tembre I7ZO. âgé de 74. ans. Il 
êtoit de Vj4cadémie Francoife , de 
celle des Infcriptions d^ JBeltes' 
Lettres , & des Académies des Hu. 
tnorilies de l{ome , &C de la Critfca 
de Florence. Les preuves de fa 
piofpnde érudition Te voient 



principalement dans les deux 
volumes , qu'il a publiés pour 
fcrvir d'addition à rOuvrage de 
M. xAmauld , touchant la Perpé* 
tuité de la Foi, Il y a de lui beau- 
coup d'autres Ouvrages impri» 
mes , & un plus grand nombre 
encore , qui font reftés manuf- 
crits y âc qui feroient connoître 
de plus en plus , quelle ctoit ré- 
tendue de Ton érudition. Il a 
été regardé comme un det pre- 
miers Hommes de fon «éclc 
pour la connoifiànce des Lan- 
gues» & fur tout des J^aqguts 



41^ E P rS T R E X I I. 

Toutefois n'en déplaUc aux tranfports irenetiqocs 
Da fougueux Moine auteur des troubles Germaniques , 

5 ries tourmens de l'Enfer la falutaire Peur 
N*eft pas toujours l'effet d'une noire vapeur , 
Qui de remords fans &uiâ agitant le Coupable , 
Aux yeux de Dieu le rende encor plus iiaïflable. 
Cette utile frayeur propre à nous pénétrer , 

lo Vient fbuvcnt de la Grâce en nous prefle d'entrer , 
Qui veut dans nolfare cceai fe rendre la plus fprte^ ; 
£t pour fe faire ouvrir déjà firappe à la porte. 



Orientales , dont il avoît fait fa 
principale Etude , dans le def- 
fein d'acQuérir des connoiflan. 
ces utiles à l'Eglife. Il poflèdoic 
â foniis dix-fept Langues & les 
parloit, la plufpart, avec facilité. 
C*etoit d'ailleurs un Homme de 
beaucoup d'efprit & d'une con- 
Verfation três-agréable. L'étude 
n'en avoir pas fait un Savane 
inutile à la Société hors de fon 
Cabinet. La Cour l'a fouvent 
emploie dans des affaires de con- 
fiance , & l'on a toujours été 
content de Ces fervices. Il fit le 
voïage de Rome en 1700. avec 
M. le Cardinal dé Noaiiies , donc 
il fut Conclavifte. Le nouveau 
Pape Clément XJ. le combla de 
marques d'eilime & d'amitié» 
le força de refter à Rome feot 
â huit mois après le déparc de 
M. de Noaiiies i & prefque tous 
les jours , pendant ce teras , il 
avoir avec lui des Conférences 

Îui duroienc quelquefois des 
eux & trois heures. L'Abbé 
l^enaMdotne fut pas moins bien 
accueilli du Grand Dnc de Tof^ 
^•C) qui le fit refter afils long- 



tems en Florence , ScqulvoDloi 
être en commerce de Lettres 
avec lui. Ce qui a duré iufqu'i 
la mort de cet Homme illaftre. 
Il êtoit lié d'une très -étroite 
amitié avec M- Defpréaux , à la 
gloire duquel il s'interefloit par- 
ciculièrement. 

Vers 4..1?i« fongueux Meit» 
&C. 3 Luther, t) EST. 

Luther êtoit Allemand. Il COQ* 
damnoit toute Pénitence faite 
par un motif de crainte , parce 
que la crainte « félon lui > ne 
pouvoit faire que des hypocri- 
tes. Il difoic encore , que la 
peur des peines de l'Enfer eft cri- 
minelle , & qu'elle offenfe la 
bonté 'de Dieu. Voies fon fé- 
cond Sermon fur la Pénitence , 
& fa Dtfpute de Leipzig contre 
Eckius, 

Vers 10, yient fourvent de la 
Grâce en nous prejle d'entrer. 1 
COKCILE de Trente , Seflion XIV. 
Can. 4. yerioH etiam donum Dei 
effe , f^ Spiritûs SanSli impulfitm, 
non adhêtc quidem inbabitantis , fed 
tantùm mot^ntisf quo pmnùens admr 
m , viamfiki éd iuftiném^arM^ 



E P I s T R E K I I. 4Z7 

-Si le Pécheur poufTé de ce faind mouvement , 
ReconnoifTant (on crime , afpire au Sacrement , 

15 Souvent Dieu tout à coup d'un vrai zèle Tenflâmç. 
Lç Saint Efprit revient habiter dans fon ame , 
,Y convertit enfin les ténèbres en jour , 
Et la Crainte fçrvile en filial Amour. 
C efl: ainfi que fouvent la Sagefle fuprémc 

^o Pour chafTer le Démon fe fen du Démon mcfme. 
Mais lorfqu en fa malice un Pécheur obfliné , 
Des horreurs de TEnfisr vainement eftonné > 
Loin d'aimer humble Fils (on véritable Père , 
Craint & regarde Dieu comme un Tyran (èverc , 

*5 Au bien qu il nous promet ne trouve aucun appas , 
Et {buhaite en Ton cœur , que ce Dieu ne (bit pas ^ 
Envain la peur fur lui remportant la vidoire 
Aux pié d'un Prçftre il court décharger fa mémoire , 
Vil Efclavc toujours fous le joug du péché 

}o Au Démon <\n'û redoute il demeure attaché. 
L'Amour eflcntiel à noftre pénitence 
Doit efhe l'heureux frujt de noftre repentance. 
TMdn î quoique l'Ignorance enfeigne fur ce poinâ: , 
Dieu ne fait jamais grâce à qui ne l'aime point. 

} 5 A le chercher la Peur nous difpofe & nous aide : 
Mais il ne vient jamais , que l'Amour ne fuccede. 
CcSis de m*oppo(cr vos di(cours impofteurs , 
Çonfe(reurs infenfez , ignorans Sedu<Sleurs , 

Vers i^. Etfonhaite en fon caur, corde fuo , non efl Deitf. 
^ue ce Dieu ne foit pas. ] PsEAUXlE V EUS 3 ^ . Aie chercher la Peér 
XIII, ycrfct I j Pixit infi^ien^ in nous difpofe O nous aidt.yQçm- 



4i8 E P I S T R E X I T. 

Qui pleins des vains propos que l'Erreur vous débité , 

40 Vous figurés qu'en vous un pouvoir fans limite 
Juftific à coup feùr tout Pécheur alarmé , 
£t que fans aimer Dieu l'on peut en eilre aimé. 

Quoy donc , cher Renaudot > un Chreftien effroyable , 
Qui jamais fervant Dieu n'eut d'objet que le Diable , 

45 Pourra marchant toujours dans des (entiers maudits » 
Par des formalitez gagner le Paradis ; 
£t parmi les Elus dans la Gloire éternelle , 
Pour quelques Sacremens reçus fans aucun zèle , 
Dieu fera voir aux yeux des Saints épouvantés 

50 Son ennemi mortel aflis à fes codés l 
Peut-on fe figurer de fi folles chimères ? 
On void pourtant , on void des Doreurs meûnc auftcrcs , 
Qui les femant par tout s'en vont picufement 
De toute piété fapper le fondement j 

55 Qui , le cœur infedé d'erreurs fi criminelles , 
Se difent hautement les purs , les vrais Fidèles ; 
Traitant d'abord d'Impie , & d'Hérétique affreux 
Quiconque ofe pour Dieu fe déclarer contre Eux. 
De leur audace envain les vrais Chreftiens gemiifent : 

éo Prefts à la repouifer les plus hardis moUiffent , 
Et voyant contre Dieu le Diable accrédité , 
N'ofent qu'en bégayant prçfcher la vérité. 
Mollirons-nous auflî ? Non , fans peur , fur ta trace ^ 
Dode Abbé , de ce pas j'irai leur dire en face : 

R £ M A R q^U M S. 

. ciLE de Trente SelTîon IV. Can. tUm in Sacramento Pmniteutié im 
4. £i*w ( peccatorem ) ad Dfi ^4- fttrandam àifponit^ 



É P rs T R È X t t. 41^ 

^i Ouvrés les yeux enfin , Aveugles dangereux. 
Oiii , je vous le foutiens 5 il feroit moins afïreux , 
De ne point reconnoiftre un Dieu maifbe du monde , 
Et qui règle à Ton gré le Ciel , la Terre , & l'Onde ; 
Qu'en avouant qu'il eft , & qu'il fçeut tout former , 

V^ D*o(èr dire , qu'on peut lui plaire fans l'aimer. 
Un fi bas y fi honteux , fi faux Chriftianifme 
Ne vaut pas des Platons l'éclairé Paganifme 3 
£t chérir les vrais biens , (ans en fçavoir l'AuteUr y 
Vaut mieux , que fans l'aimer coimoiftre un Créateur^ 

75 Expliquons-nous pourtant. Par cette ardeur Ci fainte , 
Que je veux qu'en un cceur amené enfin la Crainte > 
Je n'entens pas icy ce doux faififlement y 
Ces tranfports pleins de joye & de raviifement ^ 
Qui font des Bienheureux la juAe recompenfe y 
*o Et qu'un cœur rarement goufte ici par avance. 
Dans nous l'Amour de Dieu fécond en faints defirs ; 
N'y produit pas toujours de (ènfibles plaifirs. 
Souvent le cœur qui l'a ne le (çait pas lui-meQne. 
Tel craint de n'aimer pas qui fincerement aime y 
^5 Et tel croit au contraire eftre brûlant d'ardeur 

Qui n'eût jamais pour Dieu que glace & que froideur. 

Vers 7I. K« t;rf«r f>rfy des PU» de joye (^ de ra-vijfement. J COH* 

tons l'éclairé Pagam/me, ] L'Au- citE de Trente , Seflion IV* 

teur difoit encore , que cette Can, 3. l^econciliatio ell cum 

doârine êtoit non feulement £>eo , quam interdum in tAiis 

fauflè , mais abominable , & pns , ^ cum de-ootione hoc Sa- 

plus contraire i la vraie Reli- cramentum percipientibM , confcien^ 

gion que le Lutheranifme & le w'-î pax ac ferenitas ^ cum o/eW.- 

Calvinifme. menti Spiritûs confolaMne confr- 

ViBS 78. Ces tranfpms pleins ^i foleu 



4^0 E P I S T R E X I L 

Ccft ainfi quelquefois qu un indolent Myftâquc , 

Au milieu des péchés tranquille Fanatique 

Du plus parfait Amour penfe avoir Theureux don , 

9^ £t croit pofTeder Dieu dans les bras du Démon. 

Voulez-vous donc fçavoir , fi la Foy dans voftre ame 
Allume les ardeurs d*une ûncere flâme l 
Confukés-vous vous-mefme. A Tes règles fournis , 
Pardonnes- vous fans peine à tous vos Ennemis f 

55 Combattés-vous vos fens ? Domtés-vous vos foiblcffcs î 
Dieu dans le Pauvre ed-il lobjet de vos largeflès ? 
Enfin dans tous (es points pratiqués^vous (a Loy ? 
Oiii , dites-vous. Ailés , vous l'aimés , croyés-moy. 
§luifah exaâement ce que ma Loi comnumde , 

toc A four moy , dit ce Dieu , i Amour que je demarféeé 
Faites-le donc , & fcur , qu il nous veut fauver tous , 
Ne vous allarmés point pour quelques vains dégoûts 
Qu'en Ùl ferveur fouvent la plus fàinte ame éprouve : 
Marchez, , courez à luy, ^i le cherche , le trouve* 

J05 Et {rtus de voftre cœur il paroiOt s'écarter , 
Plus par vos avions fongés à Tarrefter. 
Mais ne foutenés point cet horrible blafpbême , 
Qu'un Sacrement rcceû, qu'un Preftrc , que Dieu même,' 

Vers 87. tjWun indolent My- f 4 , ille tjl qui diltgit me, JoAN. 

JHqne. 1 QuiETisTES , doDC les Cap. 14. vcrfct iç.& 11. 

erreurs ont été condamnées pat Vers 104. Marche:^^ conreK <* ^Hf* 

les Papes Innocent XI, & Inno- Qui ie cherche , le trowve, 2 PETITE 

cent XII, D E s P. > &• dabitur 'vohis : quétrite , & inve- 

, Voies Sat. X. y CVS 6ii, nietis : pulfate ^ c^ aperietwvobis; 

Vers 99. ilni fait é^aSkement , Omnis enim qui petit , accipit } O 

&C. ] Si diligitis me , mandata qui quétrit , itrvenit : d^ pul/anti 

meajervate: dit Jesus-Christ. aperitur. Maith. Cap. 7. vcrf«^ 

SlHÎ habet mandata mea^ c^feruat 7, Lhc, Cap, 1 1 . ycrfcc 7.' 



ÊPÎSTRÈ XI f. 4}r 

Quoi que vos faux Doâeurs ofent vous avancer , 

: 10 Del* Amour qu*on lui doit puijflenc vous dUpenfer. 

Mais s'il faut quavant tout dans une ame Chreftienne, 
Diront ces grands Doâeurs ^ l'Amour de Dieu furvienne : 
Puiique ce feul Amour fuffit pour nous fauver > 
De quoy le Sacrement viendra-'t-^il nous laver i 

1 1 5 Sa vertu n'eft donc plus qu'une vertu frivole i 
O le bel argument digne de leur Ecole 1 
Quoy , dans l'Amour divin , en nos cœurs allumé $ 
Le vœu du Sacrement n eft*il pas renfermé ? 
Un Payen converti , qui croit un Dieu fupreme ^ 

Kio Peut-il eftre Chreftien qu'il n'afpire au Baptême ; 
Ni le Chreftien en pleurs eftre vraiment touché 
Qu'il ne veîiillc à TEglife avouer fon péché ? 
Du funefteefclavage où le Démon noustraiûie , 
C'eft le Sacrement feul qui peut rompre la chaifhe. 

l tS Auflî l'Amour d'abord y court avidement : 

Mais lui-mefme il en eft l'ame , & le fondement. 
Lors qu'un Pécheur ému d'une humble repentance-y 
Par les degrés prefcrits court à la Pénitence , 
S'il n'y peut parvenir , Dieu fçait les fuppofcr. 

r 3 o Le feul Amour manquant ne peut point s'excufer. 
C'ed par lui que dans nous la Grâce fruâifie , 
C'eft lui qui nous ranime , & qui nous vivifie. 
Pour nous rejoindre à Dieu lui feul eft le lien ; 
£t fans lui , Foy , Vertus , Sacremens , tout n'eft rien. 

È £ M jt R q tr JE s. 

Yeils II s. Le V9U du Sacrem Docet préterea ^ etfi Canhitiontm 
f»int n*efl-il pai renfermé. ] Le Coth- banc aiùjmando ebaritâte perfeSiam 
4ile de Tttnte , Seff. XIV. Can. 4. eff* sontini^p , Hmmmqwe De^ r#. 



4îi EPtSTRË XIL 

X 5 j A CCS Difcoars preffans que fçautoic-on rcfpondrc ? 
Mais approchés 5 je veux cncor mieux vous confondre , 
Doâeurs. Dites-moi donc ? Quand nous fommes abfoas y 
Le Saint Efprit ed-il , ou n eft-il pas en nous ? 
S'il eft en nous 5 pcut^il n cftant qu'Amour luy-méme , 

140 Ne nous échauffer point de fon amour (upreme ? 
£t s'il n'eft pas en nous , Sathan toujours vainqueur 
• Ne dcmeure-t-il pas maiftre de noftre cœur ? 

Avoués donc qu'il faut qu'en nous l'Amour renai/Te , 
£t n'allés point , pour fuir la rai(bn qui vous preiTe , 

,145 Donner le nom d'Amour au trouble inanimé 
Qu'au corar d'un criminel la Peur feule a formé. 
L'ardeur qui juftifie , & que Dieu nous envoyé , 
Quoyqu'ici bas fouvent inquiète , & fans joye , 
Eft pourtant cette ardeur , ce meûne feu d'amour 

ïjo Dont brufle un Bienheureux en l'éternel Séjour^ 
Dans le fatal inftant qui borne noftrè vie 
Il faut que de ce feu noftre ame (bit remplie ; 
£t Dieu fourd à nos cris , s'il ne l'y trouve pas , 
Ne l'y rallume plus après noftre trépas. 

^5 S Rendés-vous donc enfin à ces clairs fyllogifmes ; 
Et ne prétendes plus par vos confus fophifines , 
Pouvoir encore aux yeux du Fidèle éclairé 
Cacher l'Amour de Dieu dans l'Ecole égaré. 
Apprenés que la Gloire , oii le Ciel nous appelle ^ 

%^o Un jour des vrais Enfàns doit couronner le zèle , 

t9ncUi4tri .pr'mfquamhoc Sacramen- tioni^/jnt Sacramenti i/ptê ^ tfBtd 
tum- a^u ju/cipiamr i ipfam nihilo- in illa inclMditur , non effe adfcri* 
wHims rtçoncUùUtQnem i^fi Contrit kendam, ' 

Et 



4H 



EPiSTREXir. 

tt non les froids remords d'un Efclave craintif, 
Où crut voir Abely quelque Amour négatif. 

Mais quoy } J'entens déjà plus d un fier Scolaftiquc i 
Qui me voyant ici fur ce ton dogmatique , 

S En vers audacieux traiter ces poinds facrés , 
Curieux , me demande , oii j ay pris mes degrés : 
Et G. , pour m'éclaircr fur ces fombres matières , 
Deux cens Auteurs extraits m'ont prefté leurs lumière^. 
Non. Mais pour décider j que THommc , quun Chrefticd 

D Eft obligé d'aimer Tunique Auteur du bien , 
Le Dieu qui le nourrit , le Dieu qui le fit naifW , 
Qui nous vint par fa mort donner un fécond eftre , 
Faut-il avoir receu le bonnet Dodoral , 
Avoir extrait Gamaehc , Ifambert , & Du Val ? 



£MjfRq^ir£Si 



. Vers t^x. OU crut 'voir Ahe. 
(y , &c. 3 Miférable DeiTenreur 
.de U taufle ^Urhion, D E s p. 
Edit, de 1701. Auteur de la 
Moelle ThéelogiejHe , qui foutietit 
la faufiè Attrition par les raifons 
jéfutées dans cette Epijire, Desp. 
Edit^ de 1711, 

L* Attrition , dit-il , qui n*a pour 
fnotif qf**fme crainte fervile , e(l 
honne ^ honnête. Il dit qu'elle 
naît de l'amoiir propre bieû ré- 
glé : OritHr quideni ex amore fui i 
/ed bene ordinato. Et quoiqu'elle 
ii'criferme pas en foi un pa^rfait 
Amdur de Dieu * néanmoins elle 
Xic l'exclut pas , & ne lui eft pas 
contraire Medullà Théol', dé S*-* 
eram:,pànit, ci ^, SeHi 10. »i. ^, 
M. l'Abbé Boileaiê , Doûeur de 
Sorbonne , Frère de notre Au- 
teur , a réfuté Ahelli , dans un 
^yre intitulé : De U Contridom 

Tome h 



nécejfaire pour obtenir U rfmijjpon 
des péchés dans le Sacrement de P/-' 
nitence, Bross. 

Loui^ Abelli , Parifîen , êtoit' 
Dodeur en Théologie, mais non 
de la Faculté deParis. Il fucçédà 
à M. de Pere/r*eJorfqu'il.fui fait 
Archevêque de Paris , dans l'E- 
vêché de Rhodei» qu'il quitta 
pour venir finir fes. foi^rs à Paris 
dans.la Maifon dé faiiic Lazare , 
où il mourut le 4. d'O/^obré 
169X. âgé de 8S: ans. lia faic 
plusieurs Ouvrages , qui font au- 
jourd'hui trcs-mépri((Bs. 

Vers 174. Gamache , Ifam-. 

bert , & Du y al, ] Philippe Ga^ 
fhache , Nicolas Ifambert , André 
Du yal , trois célèbres Doreurs 
de Sorbonne , & Profefleurs en' 
Théologie , dont les Ouvrage^ 
font imprimés. Ils vivoient dans 
le XVII. Siècle. Bross. 



4J4. E P I S T R E X I I. 

175 Dieu dans fon Livre faint , fans chercher d autre Ouvrage^ 
Ne Ta-t-il pas écrit lui-mefme à chaque page ? 
De vains Dodeurs encore , ô prodige honteux ! 
Oferont nous en faire un problême douteux 1 
Viendront traiter d erreur digne de Tanathême , 

180 L'indifpenfable Loy d'aimer Dieu pour lui-mefme 5 
£t par un dogme &ux dans nos jours enfanté , 
Des devoirs du Chreftien Vaycr la Charité l > 

$i j*allois confulter chez Eux le moins feveré ^ 
Et luy difois : Un fils doit-il aimer fon Père } 

185 Ah ! peut-on en douter , diroit-il brufquement. 
Et quand je leur demande en ce meOne moment : 
UHomme ouvrage d*un Dieu feul bon y & feul aimable § 
Doit-il aimer ce Dieu fon Père véritable > 
Leur plus rigide Auteur nofe le décider , 

1^0 Et craint en Taffirmant de fe trop bazarder. 

Je ne m'en puis deffendre 5 il faut que je t'efcrivc 
La Figure bizarre , & pourtant aifez vive , 
Que je fçûs l'autre jour employer dans fon lieu , 
Et qui déconcerta ces Ennemis de Dieu. 

VeksiSç. Leur plus rigide^!*' crainte de s'embarradcr. ll^â 

tenr , &c. ] M, Surluguay , Doc- fait le Brhjiaire de Sens, qui paUC 

tcur de Sorbonne , & C^^é des pour le plus beau du Roïaumc 

Troux près de Port-Roïal des Bross. 

Champs , ii'ofa un jour répon- Ce que M. Broffette dit là de 

dre précifément à M. Defpréaux , M. Bnrluguaj ne lefTcmblc gucrc 

qui lui deroandoit , (î l'on êtoit au caractère de ce Doftcur , qui 

obligé d'aimer Dieu , & n'héfita faifoit profedion de la Moral» 

pointjouaud on lui demanda en- la plus auftcre. M. Broffette m'a 

fuite , n un Fils dcvoit aimer fon bien l'air d'avoir confondu fou 

Père. La peine , que ce Dodkcur nom avec quelqu'autre. 

eut à répondre , ne vcnoit point Vers 191. Je ne m^en piùsdef- 

de foa ignorance , mais dç U fendre-, 8cc. ] Nôtre Auteur avoiç 



E P I s T R E XII. 435 

:^5 Au fujctd*un cfcrit , quon nous vcnoit de lire , 
Un d'entrc-Eui m'infulta , fur ce que j*ofai dire , 
Qu il faut j pour cftrc abfous d'un crime confefTë ^ 
^voir pour Dieu du moins un Amour commencé. 
Ce Dogme , me dit-il , eft un pur Calvinifine. 

^oo O Ciel ! me voilà donc dans Terreur » dans le (chifmc ^ 
Et partant reprouvé. Mais , pourfuivis-je alors , 
Quand Dieu viendra juger les Vivans , & les Morts i 
Et des humbles Agneaux , objet de fa tendrefTe , 
Séparera des Boucs la troupe pccherefTe y 

s-oj A tous il nous dira , fevere , ou gracieux ^ 
Ce qui nous fit impurs ou juftes à Tes yeux. 
Selon vous donc ^ à moi reprouvé , bouc infâme j 
Vabrufler dira-t-il , en l'éternelle flamme , 
Malheureux , qui (butins , que THomme deût m*aimer J 

tio Et qui fur ce fujet , trop prompt à déclamer , 
Prétendis , qu'il falloit , pour flcfchir ma juftice , 
Que le Pécheur touché de l'horreur de fon vice 
De quelque ardeur pour moi fentift les mouvemens ^ 
Et gardaft le premier de mes commandemens. 

1 1 5 Dieu , fi je vous en croy , me tiendra ce langage. 
Mais à vous tendre Agneau , fon plus cher héritage , 
Orthodoxe Ennemi d'un Dogme fi blaûné , 
Venez , Vous dira-t-il , Venez mon Bien-aimé : 
Vous , qui dans les détours de Vos raifons fubtiles 

tio Embarraifant les mots d'un des plus faints Conciles f 

€U efFeftiveincnt avec un Théo* Vers txo. d'm des flmi 

iogien,Iaconvcrfacionquieftdé- faints Conciles. ] Le ConciU dé 
crue dans le* Vers fuiy, B&oss. Trente^ D e s p. 

Ec îj 



4^6 Ë P I s T R E XII. 

Avés délivré l'Homme , ô l'utile Dodcur I 
De l'importun Fardeau d'aimer fon Créateur. 
Entrés au Ciel , Venés , comblé de mes louanges , 
Du befoin d'aimer Dieu defabufer les Anges. 

115 A de tels mots , fi Dieu pouvoit les prononcer , 
Pour moi j e refpondrois , je croy , (ans l'ofiFenfer : 
0!que, pour vous moii cœur moins dur,& moins farouche ^ 
Seigneur i n'a-t-il , helas ! parlé comme ma bouche 1 
Ce feroit marefponfe à ce Dieu fulminant. 

130 Mais vous de fes douceurs objet fort furprcnant , 
Je ne fçais pas comment ferme en voftre Dodbine , 
Des ironiques mots de fa bouche divine 
Vous pourries fans rougeur , & fans confufion y 
Soutenir l'amertume , & la dérifion. 

135 L'audace du Dodeur , par ce difcours frappée , 
Demeura fans réplique à ma Profopopée. 
Il fortit tout à coup , & murmurant tout bas 
Quelques termes d'aigreur que je n'entendis pas y 
S'en alla chés Binsfeld , ou chez Bafîle Ponce , 

140 Sur l'heure à mes raifons chercher une rcfponfe. 

R £ M ji É q U £ S. 

Vers 139. S'en alla chés Sinf- fuite Chanoine de Trêves, & 

feU , ou chex BafiU Ponce, ] Deux Grand- Vicaire de TArchevêquc^ 

DefFenfeursdelafaufTe^^irmoi». Eleveur. 

Le premier eftoit Chanoine de BafiU Ponce de L<on y Keligicux 

Trêves , & Tautre eftgit de l'Or- de TOrdre de S. Auguftin , êtoic 

dre de S. Auguftin. D e s p. d'une Famille illultre de Grena- 

Pierre Binsfeld ctoit de Lu- de- Il enfeigna la Théologie fie 

lembourg. Il Ht fes études à le Droit Canon avec réputation 

Rome , & y prit le Bonnet de dans l'Univerfité d'Alcala. ïk 

Doreur en Théologie. 11 fut en. mourut à Salamanque ea 1 619^ 

Fin du Tome h 



\ 



* PiÉc ES concernant la X> Sati&e; 
L'APOLOGIE DES FEMMES > 

far M. Perrault de V Académie Frànfoifei 
P R F F A C Ei 

\J ETTE Apologie ft'éft point une réponfe en formé 
à la S/iiyr« r^w^rf Ui IBemmes 8c contre le Mariage ^ 
pui(qu'elle a efté compofée & lue roefnie en plufieurs 
endroits avant que la Satyre fuft imprimée. G'eft feu- 
lémeiit Uile {)iëce de Poëfîe qui défend ce que la Saty-» 
te attaqué , pout doAttèr au Public la fàtisfadioit 
lie voir fur cette matière & lé pour & le contre. Jd 
içài que le parti que j'ai pris, quoique le plus juAe dç 

R £ M jt R il V X Si 

* On volt pat la fin de la commode pour le tefleur de le^ 

Page précédente qu'elle devoit avoir dans le même Volume.quo 

terminer ce Volume. Lorfque de les aller chercher dans un au« 

je comtois fuivre l'Ordre de tre. 

VEdition de M. Brojfene \ les P«- M. Perrauli fit imprimer fon 
cex, que je donne ici, devoientfe Apologie des F tinmes-^tn i6$^ 
trouver dans le III. Tome : & quelque tems après que là X. Sa-^ 
depuis i quand i'ai cru que je fe- $irt eut patu. Cette Piètt fut en- 
tais mieux de me conformer à fuite inférée par l'Auteur dans 
X^Edition de 1761. je lesavois def- un Recueil in-i i. de quelques* 
tinées à finir le IV. Volume, Uns de fes Ouvrage^ , qu'il don« 
parce que la Lettre de M. At~ jia la même année; 
nanldà M, PerraHÏt , & la Ké. Comme la Lettre de. M. u/€f- 
poéfe de M. Dt/préatup à M. Ar-. nantd répond à ce qUe la Préfacé 
ttatUd , font à la fin de VEdition de V apologie des Femmes contient 
de 1701. Mais comme le tV. contre M. De/oréaux , il m*a pà^ 
Tome eft plus fourni que les ru qu'il êtoit a propos de mettre 
autres , il m*a fallu prendre le ici cette Préface ; Se je donné 
parti de ramener ici ces Pièces,, par occafion l'Ouvrage même § 
le je n'en fuis pas trop fâché, parce qu'il mérite d être lu ^ 
Puifqu'elles appartiennent â la quoique les Vers en foi ent queU 
SC^ Satire , il fera beaucoup pKu quefoi^ un peu trop négligtsi 

TovAL ♦£• 



\ 



* 4î* P R F F A C E 

le plus louable , efl ié moins avantageux à cehiy qui le 
foûtient, parce que les Rieurs feront toujours du cofté 
de la Taillerie & de la médifance; mais dés c^ue 
j'eus appris le fujet de la Satyre , & la manière 
à peu près , dont on le devoit traiter , je ne pus m'em- 
pefcher de travailler en faveur du fentiment contraire. 
Comme on fçait que l'Autheur de cet Ouvrage & 
moy ne fommes pas de meftne avis fur bien des cho- 
fQS I je crûs qu'on ne'^roit pas fafché de me voit 
encore oppofé à luy fur un fujet de cette nature > oà 
il s'agit de la défenfe non feulement de la vérité, 
pliais encore des bonnes mœurs Se de rhonnefletc pu- 
blique. 

L'Autheur de la Satyre agît toujours fur un principe 
qui eft bien faux, & capable défaire faire bien des fau- 
tes. Il s'imagine qu'on ne peut manquer en fuivant 
l'exemple des Anciens ; & parce qu'Horace Scjuvenal 
ont déclamé contre les Femmes d'une manière fcan- 
daleufè & en des termes qui bleflent la pudeur, il 
s'eft perfuaJé d'eftre en droit de faire la mefine chofe, 
ne confiderant pas que les mœurs d'aujourd'hui font 
bien différentes de celles du temps de ces deux Poètes, 
où l'on avoit , comme ils le difent , divers moyens 
de fe pafTer du mariage , qui n'eftoient parmi eux que 
des galanteries ; mais qui font des crimes parmi les 
Chreftiens , & des crimes abominables. 

Sur le mefme principe il croît toujours qu'il peut 
maltraiter dans fes Satyres ceux qu'il lui plaira, ta 
Raifon a beau lui crier làns çefle que l'Equité naturel- 
le nous défend de faire à autruy ce que nous ne vou- 
lons pas qui nous (bit fait à nous-mefines , cette voix 
ne Temeut point » & il luy fuffit c\u Hvrace en ait ufé 
d'une autre manière. Il eft étrange comment luy 
qui eft (î fen/îble â la reprehenfîon , qui eft ii alerte 
pour aller au devant des moindres railleries qu'on luy 
prépare , & qui a prévenu tant de fois les Tribunaux 
où Ton vouloit Ce plaindre d^ Ces Satyres j continua 



ÔÊ ÙAPOLOÔIE DÈS FEKiMÈS. * 435 

toujours fur le mefme toii , & comment dans lé Itiémô 
temps qu'il fait défendre à tout le monde de Tattaquer ^ 
il fe donne la permiffion d'attaquer tout le monde. 

On peut s'étonner encore qu'ayant comparé Tes Saty* 
tes à nos Sermons , il n'ait pas remarqué que s'il y à 
quelque reflemblance entre des choies , dont les unes 
font fî faintes & les autres G. profanes , c'eft qu'il eft 
de la nature de tous les deux de ne combattre le vice 
qu'en gênerai fans jamais nommer les perfonnes ; ce- 
pendant il l'a fait encore dans cette dernière Satire , 
& d'une manière qui a deplû aux jrius enclins à la mé- 
di(ànce. Car de voir toujours revenir fur les rahgs 
chapelain , Cottin , Fradon , Coras & plufieuts au- 
tres i c'eft la chofe du monde la plus ennuyeufè Se 
la plus dégouttante. 

Il a cru auffi que fi les Vers de (à Satyre eftoîent 
plus durs , plus fecs , plus coupez par morceaux^ plus 
ënjambans les uns fur les autres , plus plein de tranf^ 
pofitiôns & de mauvaifes céfures que tous ceux qu'il 
a faits jufqu'ici , ils plairoient encore davantage » 
parce qu'ils en feroient plus femblables aux Vers des 
Satyres d'Horace , ne fortgeant pas que toutes les Lan- 
gues ont leur génie particulier , & que fouvent cô 
qui eft une élégance dans le Latin , eft une barbarie 
dans le François. 

Voila une partie des erreurs où l'a conduit l'imi- 
tation mal entendue des Anciens 5 eh voici quelques 
Unes où il eft tombé purement de fon chef. 

Il s'eft mis dans refprit que fon Ode Tindariqué 
avoit eu un fuccez admirable » & qu'à la referve de 
certains mauvais Critiques , qui en ont cenfuré quelques 
mots ^ quelques jyllabes , elle avoit efté applaudie de 
tout le monde. On fçait aflez fans que ;e m'amufe 
a le faire voir, combien il fe tfompe fur Cet ar- 
ticle. 

Il fonde , à ce qu'il dît, la plus grande efperance du 
fticcex, de fon Ouvrage , fttr V approbation ùjue les Temmei 

E € ij 



♦ 4î<î P R E* F A C E 

y donneront ^ bien loin été^fprehender qu^elUs s*en fâchent^ 
erreur encore plus grande & plus inexcusable. 11 fait 
bien voir qu'il ne connoift gueresles Femmes dont il 
croit avoir attrapé tous les caraâeres , lorsqu'il s'at- 
tend d'avoir leur approbation fur un pareil Ouvrage. 
Pendant que tant d'honneftes gens ont bien de la pei- 
ne â leur plaire en leur difant des douceurs , comment 
a-t-il pu croire qu'il leur plairoit en leur difant des 
injures. 

U ajoute <\M^ elles le logeront de ce qtiil a trouvé moyen^ 
déuis une nmtiere aujp délicate que celle qu'il trmtty 
de ne pss Uijfer échaper un feul mot qui put blejfer U 
moins du monde U pudeur. Quelle erreur encore ! Eft- 
ce que des Héros à voix luxurieufe , des Morales lubri^ 
ques • des Keniex.^vous chex, U Cornu y éf* les pUiJlrs 
de r Enfer quon goûte en Paradis peuvent (ë pré- 
senter à l'efprit (ans y faire des images dont la pudeac 
cft offenfée. Il eft vray que lespUifirs de V Enfer eftune 
expreffion fort obfcure » & qu'on n'a jamais oiii parler 
des plaifirs de P Enfer non plus que des peines du Para- 
dis ; mais on ne peut creufer cette penfée , (ans que 
rimagination ne fe (àlliiTe eâroyablement. 

Il a crû que ùl Satyre (erviroit à infpirer une bonne 
Morale , ( car tout homme qui compofe une Satyre , 
doit avoir ce deirein,& l'on ne peut , fans luy faire tort , 
prefumer qu'il ne l'a pas;) il débute cependant par^ire 
entendre qu'un homme n'eft gueres fin, ni gueres 
inflruit des chofes du monde> quand il croit que Tes 
enfans font (es enfans , ou quand il s'imagine que (a 
femme peut lui dire quelque parole un peu ten- 
dre , (ans avoir deiTein de le tromper. Voila un beau 
moyen d'affermir l'amitié conjugale , & de mettre la 
paix dans les familles ! Il ajoute que s'il ne s'abufe 
point dans (on calcul > il y a trois Femmes de bien dans 
Paris qw^il pourroit citer. Où eft l'utilité de faire enten- 
dre que fuivant ce calcul & le rai(bnnement qui en 
refaite , nous (bmmes prefque tous des enfans Ulcgy^ 



DE L'APOLOGIE DES FEMMES. 457 

dmes. Peut-être a-t-il voulu par là gagner les fufTra- 
ges des Dames : car comment pourroîent-ellesne pas 
applaudir à un Ouvrage qui fait tant d'honneur à leur 
fexe 9 & qui va jufqu'à reconnoitre trois Femmes de 
bien dans une Ville » où il y en a plus de deu3^ cens 
mille? • 

Il croit que tous les caraôeres des Femmes qu^il a 
fermez , font beaux & naturels ; il ne faut qu'exami« 
ner celuy de la Dévote y qui eft fon chef^d'œuvre » 
pour voir combien il fe trompe. Après avoir dit 
quelle va ^uefier dans Us maifons four les 'Pauvres , 
quelle vifite les Vrï[ons , citielle hante les Hofpitaux , il 
ajoute qu^elle ne peut vaincre fa paffion pour le fard. S'il 
avoit dit qu'elle ne peut vaincre fon orgueil , fa colère 
ou fon penchant à la médifance , cela feroit le mieux 
du monde , mais le fard n'eft point là en fa place : car 
îl ne s'efl jamais trouvé une Femme aflez folle pour al-.^ 
ier dans des Hofpitaux & dans des Prifbns avec du fard 
fur le vifàge « cela eft fi fingulier qu'il ne doit point 
entrer dans l'idée générale d'une Dévote, 

On croit que le caradere de la Sfavante ridicule aeflé 
fait ( I ) pour une Dame qui n'eft plus , & dont le 
mérite extraordinaire ne devoît luy attirer que des 
loilanj^es. Cette Dame fe plaifbit aux heures de fon 
\o\C\x a entendre parler d'Aftronomie & de Phyfique ; 
& elle avoit mefme une très-grande pénétration pour 
ces Sciences , de mefme aue pour plufieurs autres 
ique la beauté & la facilite de fon efprit luy avoient 
rendu très- familières. Il eft encore vray qu'elle n'en 
faifbit aucuné^ftentation , & qu'on n'eftimoic gueres 
moins en elle le foin de cacher Tes dons , que 1 avan- 
tage de les pofTeder. Elle eftoit eftimée de tout le 
monde % le Roy mefme prenoit plailir à marquer la 

( X > p9Wt «M Dâmt ] Voïés Sat. X« l^ew. fur le Vers 41^, 

E e ii j 



4}8 P R E' F A C E 

confîdératîon qu'il avoît pour fon mérite par de fie* 
quentes gratifications , & elle eft morte dans la répu- 
tation d'une piété finguliere. L'Autheur de la Satyre 
ayant mis ( i ) dans un de Tes Ouvrages , il y a envi- 
ron vingt ans les deux Vers qui fuivent: 

§lue rAfiroUbe en main un autre aille âhercher 
St le Soleil eft fixe ou tourne fur fon axe. 
Cette Dame eut la bonté de lui dire , que quand on 
fe mefloit de faire des Satyres , il falloit connoiftre les 
matières dont on parloit ,. que ceux qui tiennent que 
le Soleil eft fixe & immuable, font les mefmes qui 
fbûtiennent qu'il tourne fur fon axe » & que ce no 
font point deux opinions différentes , comme il pa* 
roift le dire dans fes Vers. Elle ajpûta qu'un Aftrolabo 
n'eftoit d'aucune utilité pour découvrir fi le Soleil eft 
fixe , ou s'il tourne fur fon axe. On prétend que le 
chagrin qu'il eut 'd'être relevé la-deflus, luy a fait 
faire le portrait d'une Sfavante ridicule. Il eft vray 
qu'il n'eft pas honnefte à un fi grand Poëte d'ignorer 
les Sciences & les Arts dont il fe méfie de parler, 
mais la Dame qui l'înftruifoit n'eftoit point coupable 
de fon ignorancc>ni de la faute qu'il avoit faite enpar^ 
Jant de ehofes qu'il ne connoiflbit pas. 

Combien a-t-on efté indigné de Yok continuer îcy 
fon acharnement contre la Clelieî L'eftime qu'on a 
toujours faite de cet Ouvrage , & l'extrême vénéra- 
tion qu'on a toujours eue pour ( 3 ) l'illuftre perfonno 
qui l'a compofé , ont fait fbulever tout le monde con- 
tre une attaque C\ (buvent & C\ inutilement répétée. H 
paroîft bien que le vray mérite eft bien pluftoft une 
raifon pour avoir place dans fts Satyres , qu'une raifon 
d'en eftre exempt. 

R J^ M ji à (l V £ s* 

( z ) dans un de fes Oievrages , ] ( 5 ) NUufire perf^nmt ] Maie^ 
I^piT.y, V.i*i& JO.Voïés , i^e», mpifcUc rf« J»<<fri, 



DE L'APOLOGIE DES FEMMES. 43 5> 

Il s'eft encore bien trompé quand il a crû que /à 
Satyre pourroit réiiflîr à la Cour û fage aujourd'huy , 
fî modefte & G^ réglée par l'exemple du Maiftre. Un 
il grand exemple peut à la vérité avoir meflé quelques 
Hypocrytes avec les gens de bien , mais rAutheujc 
de la Satyre devoir penfer que ces Hypocrites feront 
encore plus impitoyables que les autres , & que leur 
empreflement à exagérer Thorreur qu'ils n'ont pas, 
fera plus vif que celuy des gens de bien â témoigner 
celle qu'ils ont. 

Il fé trompe encore quand il croît m'a voir beau- 
coup mortifié , en difant que le Poème de Saint Paulin 
pourrit chez .Coignard. ( N'eft-il point las de dire» 
qu'un Livre pourrit chez l'imprimeur , qu'il s'y rouf^ 
fit par les bords , qu'il va chez l'Epicier , chez ïa 
Chapelier, chez la Beurriere, & cent autres chofes 
femblables déjà ufées du temps d'H^r^it^ & dejuve^ 
nal, ) Le Poème de Saint Paulin ne pourrit point chez 
Coignard , il Te débite autant qu'un autre Livre de 
dévotion en Vers & qui étant rempli de (entîmens de 
pieté , n'eft pas de nature à eftre recherché avec autant 
d'emprefTement que des Satyres pleines de médifancçs. 
Il a beau fe glorifier du grand débit que Ton a fait ^o 
fes Satyres , ce débit n'approchera vjamais de celui de 
Jean de Paris , de Pierre de Provence , de la M if ère des 
Clercs , de la Malice des Pemmes , ni du moindre des; 
Almanachs imprimez à Troye au Chapon d'or. Il, me 
fait dire en cet endroit des chofes <^ue je n'ay point di- 
tes, ou que j'ay dites tout autrement qu'elle ne font 
exprimées 5 mais c'eftla manière dont il en ufe ordi- 
nairement à mon égard. 

Puifqu'il paroît avoir une fi grande foif de réputa- 
tion , & qu'elle va jufqu'à ne pouvoir foufFrir le peu 
que j'en ay ( car l'Autheur du 5. Paulin luy tient au . 
cœur , quelque mal qu'il en dife de tous coftez : ) 
que ne compofe-t-il un Ouvrage purement de luy, 
o\x Un'y ait point de médifance, & qui plaife par la 

Eeiv 



44» P R r F A C Ë 

ftule beauté de Ton génie. Pourquoy , au lieu de ft 
fenfermer , comme il fait , dans la peinture de ca 
qu'il y a de laid dans les hommes , ne s'occupe-t-il à 
Célébrer les vertus que le Ciel leur a données ? Au 
lieu de voler toujours terre à terre ^ conuneun Coc 
beau qui va de charogne en charogne » que ne s'élève^ 
è-il conuneun aigle vers les grandes & hautes matiè- 
res. Le Ciel , la Terre , les Enfers , les Anges & Itf 
Démons , Celuy-metine qui a fait toutes cho^s , peu<^ 
vent eftre le digne objet de fês travaux & de (es veil- 
les: car tant qu'il ne fera que des Satyres ^ comme 
celles qu'il nous a données » Horace & Jttvenml vien-r 
dront toujours revendiquer plus de la moitié des bon-» 
lies chofes qu'il y aura mifes. Chapelain , guinault^ 
Cajfagne & les autres qu'il aura nommez , préten- 
dront auffi qu'une partie de l'agrément qu'on y trou-- 
ve , vient de la célébrité de leur nom , qu'on (e plaift 
a y voir tourner en ridiculeXa malignité du cœur hu^ 
main qui aime tant la médifance & la calomnie » par- 
ce qu'elles élèvent feèretement celuy qui lit au deâbs 
dé ceux qu'elles abailTent , dira toujours que c'eil ellet 
qui fait trouver tant de plaifir dans les Ouvrages de 
{4) M. Defpréaux, & que s'ils eftoient lus avec les 
yeux que donne la charité , il s'en faudroit beaucoup 

2u'on y trouvait les mefmes charmes, pour ne rien 
ire de plus. Il eft vrai qu'il a fi peu réîim quand il a 
Voulu traiter des fujets d'un autre genre que ceux de 
la Satyre ^ qu'il pourroit y avoir de la malice à lut 
donner ce confeil. 

Il me femble ^ue jufqu'icy j'ay repris dans les 
Ouvrages de l'Auteur de la Satyre autre chofeque des. 
niots é* des Syllabes , & que j'ay attaqué des endroits 
eiTenciçls Se de conféquence ; mais où a-t-il vu qu'ea 

Rs Mji R qu ES. 

U) M. Vef^éa^Mi ] I( eft feulement Mq^é; U^l^^^^^ 



DE UAPOLOGIE DES FEMMES. 441 

&lt de vérification (ear il ne s'agit ^ueres que de cela 
dans Ces compofitions ;) où a-t-il vu 3 dis- je , que dans 
des Ouvrages en Vers, les mots & les fyllabes foient 
de peu d'importance. J'aimerois autant qu'un Mufi- 
cien nous dit que les mauvais accords,les dlifonnances 
& le manque de mefiire ne font d'aucune confequence 
dans une compofîtion de Mufîque. A-t-il oublié de 
, quelle forte §luint'tlten parle du jugement des oreilles. 
Il donne à ce jugement l'épithete de tres-fuperbe » 
{>our marquer que les oreilles s'offenfent & pardonnent 
dl$cilement ; il faut que les paroles qui veulent plai- 
re à refprit . commencent par plaire aux oreilles , ou 
du moins qu'elles ne le^ bleâent pas en palTant chez 
elles. 

Pour achever de faire voir xju'on a eu raifbn de 
ne donner pas à la Satyre les applaudiiTemens que les 
Amis de fon Autheur f retendaient ^ucn luy donnerait 
comme au plus beau de/es Ouvrages, il n'y auroit qu'à 
l'eiçaminer dans le détail. Il n'y eut jamais un plus 
beau champ pour la Critic^ue > & ceux qui voudront 
l'entreprendre, ne travailleront pas fur une matière 
ingrate ;' pour moy je me contenterai de marquer le- 

frerement quelques endroits qui m'ont frappé plus que 
es autres. 

Il me paroift qu'on ne (cait la plufpart du temps le* 
quel des deux Interlocuteurs parle dans la Satyre. 

Il prétend qu'un certain nombre de Vers , qu'il a 
dfait imprimer en autres caraâeres que le refle > font 
une Tradudion du commencement de hjtxiéme Saty- 
rfàejuvenal ; car il met en marge que ce font les pa- 
roles du commencement de cette Satyre i cependant ces 
Vers ne contiennent ni les paroles ni mefine le fens 
àeJuvenaL Les voici. 

^ < } iijltittii stmps de^^éf) Paroles du coixuneiicemenc de 



44i PREFACE 

iM Chafteté déjà la rougeur fur h front 
Avoit chez, les mortels reçu plus iun^ affront : 
Sl^'on vit avec le fer naiftre les injufiices , 
Vtwfieté , r orgueil ^ tous les autres vices , 
Miiis que la bonne foy dans V amour conjugal , 
N^ alla point jufqu* au temps du troifiéme métal. 
Voîçî une Traduâion du commencement de cdte 

fixiéme Satyre de Juvenal\ que je ne donne pas pour 

fort élégante , maïs qui efi tres-fîdelle. 
Je croy que la Pudeur fut toujours révérée 
Vans les temps bienheureux de Saturne ^ de Rhée , 
Lors qu'un Antre fauv âge éclairé d^un faux jour , 
^Faifoit de nos ayeux le plus riche fejour , 
Et cachoitfous le frais defon ombre champeftre 
Les hommes ^ leurs "Dieux , le bétail ^ fon maijlrtf 
Quand la femme ruflique avec de viles peaux 
Couvroit un lit de jonc , de mouffe (J» de rofeaux , 
"Et vous rejfemblantpeu , Beauté pleine de charmes^ 
§luipour un Moineau mort verfafles tant de larmes ^ 
Trefentoit la mamelle àfonfils déjà grand , 
Et comme fon époux ne vivoit que de gland. 
Car d*un air moins poli qu'en cejiécleou nousfommes 
Dans leurs fombres forefts vivoient les premiers hommes^ 
§lui d'un chefnefortis ou d argile former. 
Sans aide de Parens fe virent animez. 
Alors de la Pudeur on pût voir quelque marque , 
Mefme fous Jupiter encor jeune Monarque , 
§luand les Grecs moins ru fez. ér moins ingénieux 
Ne jur oient pas encor par leurs Rois ^par leurs Dieux ^ 
§}uand les plus beaux jardins n*avoient ni murent poriCy 
Et qu on alloit partout fans peter ^ fans efcortCm 
Depuis avecfes fœurs , loin des terreftres lieux , 
AJlrée (^ la pudeur s' envolèrent aux'Cieux. 

RjSMARqUSS. 

la Satire de Ju-venal, Perr. Defpriaux^ qu'il rapporte. Voies 

C*e{l une petite Hatt de M. Sat. X. iC«m. Tut le Vcu itf- 



DE L'APOLOGIE DES FEMMES. 44 j 

Tofthume , c'eftfans doute un long ^ vieil ufage , 
D'enfraindre fans reJfeSl lafoy du mariage , 
he dur fie de de Fer , de cent crimes divers , 
Non connus jufqu alors inonda Wnivers , 
lit voir des Ajfajfms , des Voleurs , desFaujfaires^ 
Mais dez Page d'argent on vit des Adultères» 

On voit clairement par cette Traduâion , que les 
paroles qu'on donne pour eftre de Juvenal n'en font 
point , & mefines qu'elles portent un fens contraire à 
celui de ce Pocte j car ce Poète dit que la Pudeur 
demeura fur la terre pendant le règne de Saturne qui 
eft le mefme de celuy de Rhée , 8c que le fiecle d*ar- 
Çent vit les premiers Adultères ; & le, prétendu Tra-' 
duâeur dit que dez le temps de Khe'e , 

La Chafteté déjà la rougeur fur le front ^ 
Avoit chez les mortels repu plus d*un affront. 

L'Autheur de la Satyre n'auroit-il point fait cette 
Tradudion, pour montrer d'une manière fine com- 
bien les Modernes font inférieurs aux Anciens i ^ 

Il y a une infinité de Vers qui n'ont point de cefii- 
res i en voici quelques-uns. 

Vans la rué en avaient rendu grâces à Dieu 
Son mariage neft qu^une longue querelle 
Ne ffavent pas s* il eft au monde un Saint Paulin 
§lui veut vingt ans encore après fort mariage. 

Pour les tranlpofîtions il y en a d'infiipportable?,' 
& en grande abondance. Mr. Chapelain n'eftoit qu'un 
apprentif pour les faire bien dures & bien fauvages j 
je n'en rapporteray que deux ou trois. 

Entendre des difcours fur V amour feul roulant^ 
De Phèdre dédaignant la pudeur enfantine» 

Cette dernière tranfpofition fait une équivoque ; 
oh ne (çait s'il veut dire que Phèdre dcgaignoit la pu- 
deur enfantine, comme la Grammaire & la conftruc* 
^ion naturelle veulent qu'on Tentende ; ou fi c*eft U 



444 P R E' F A C E 

femme yvre tun MoufquetMre , qui dédaigne la pudeuf 
enfantine de Phedr^^ 

Et partout ûh tu vas , dans fes yeux enflamme:^ 
T offrir non pas tTlfis la tranquille Eumenide, 
Il falloir mettre, t* offrir dans fes yeux enflammez^ & 
non pas , dans fes yeux enflammez t* offrir. Ce qui fuit 
donne à croire que l'Ombre de §luinault le pourfuit 
par tout : car après luy avoir donné dés l'abord un 
coup de dent en parlant de la Morale de Yopera^ 
de quoi s*avife-t-il d'aller chercher hors de propos , 
qu'il y 2l dans Vopera à*lfis une Furie qui à fon gré ne 
fe tourmente pas aflez. (6) Il y a là quelque chofe 
qui n'eft pas naturel , & qui marque qu*il y efl pouffé 
maigre qu'il en ait. 

A chaffer un Valet dans la maifon chéri , 
If un Cenfeur dans le fond quifolaftre é* qt*i rit. 
Je ne m*arrefteray point aux chevilles ni aux oblcu- 
rltez , elles y font prefque fans nombre , & de plu9 
cela ne confîfte fouvent qu'en mots ^ enfyllabes, 

L'Hiftoire du Magiftrat avare, & de fa Femme 

qui Teftoit encore plus que luy , me femble un peu 

. hardie. Dieu veuille que TAutheur ne «'en apper- 

çoive pas , car il pourroit y avoir àt% Parens d'affez 

mauvaife humeur pour n'en pas rire. 

Peu de gens ont entendu ce que vouloit dire un lit 
effronté^ où une Dame fi fait traiter d'une fahtéviftble 
tr parfaite. S'il s'agiflbit d'un lit de débauche où une 
Femme eût commis plufîeurs adultères , on pourroit 
s'imaginer , pour peu qu'on fe laiiTaft aller à la Poç- 
iie, que l'eAronterie de la Femme auroit pafTé jufqul 
fon lit ; mais d'appeller ce lit effronté , parce que la 
Femme qui eft couchée delTus , ofe dire qu'elle eft ma* 

REMARilUJSS. 

{$) Ily alk quelque chofe &C. ] première Edition , manque dam 
Cette Pbrafe qui êcoic dans la le Recueil de 1694. 



DE UAPOLOGIE DES FEMMES. 445 

lade quand elle ne Tefl pais : Il y a apurement un pea 
trop de Poefîe dans cette fîâion. 

On a de la peine à deviner ce que veulent dire ces 
deux Vers. 

Mais four quelques vertus fi fures , pfinceres , 
Combien y trouve- t-on d'iifjpudentes faujptires. 

Par faujfaires on ne^ peut entendre que ceux qui 
contrefont , ou des Aâes ou des fîgnatures. On n'a 
jamais oui parler que les Femmes jfe meflaffent d*un 
tel mefiier. Elles ont bien de la peine à former une 
vraye écriture, comment, auroient-elles aflez d'ha- 
bileté pour en faire de faufle ? On entrevoit que par 
faujfaires il veut dire des hypocrites , mais cela ne 
s'entend que parce qu'on veut bien l'entendre. 
Cecy eft encore un peu obfcur : 
Et que dans fon logis fait neufenfon ahfence. 

On ne comprend point comment un homme reve- 
nant de la Ville chez luy , peut trouver fbn logis 
feit neuf. S'il y avoit qu'il trouve qu'on a fait maifon 
neuve chez luy, cela s'entendroit : car maifon (îgnifie 
auffi-bien ceux qui habitent une maifon, que la mai- 
fon mefme; mais logis ne fîgnifîe que le lieu où l'on 
habite. 

Cecy eft plus étrange. 
2^^ allons donc point icy reformer F'Vni'ùers , 
Ni par de vains Difcours ^ de frivoles vers, 
N'eft-il pas plaifant que le Poète fafTe parler un de 
fes Interlocuteurs, comme fi la converfation qu'il 
rapporte s'eftoit faite en Vers:c'eft comme fi Corneille 
avoit fait dire à Augufte en parlant â Cinna : Prête Vo*- 
reilles à mes Vers , au lieu de dire , comme il fait : 
trête l* oreille à mes difcours» 

On a de la peine à entendre ce que veut dire une 
Capanée. On ne (çait fi on voit un homme ou une fem- 
me. C/)»^ marque que c*eft une femmes & Capanée» 



44* P R F t A C E 

que c'eft un homme : car c'ctoit un des fêpt Capi-t 
taines qui affiegeoient la Ville de Thebes , fort connu 
par Ton impieté. Je ne fçai pas fî on peut dire qu'une 
femme eft une Capanée , poUr fignifier qu'elle eft une 
Impie ; mais je fçai bien qu'on ne dira jamais 
qu'une femme eft une Thefée , pour dire qu'elle eft 
une înfidelle ; qu'elle eft une Ciceron , pour dire qu'el- 
le eft fort éloquente -, ni qu'elle eft une Socrate^ pour 
dire qu'elle eft fort fage. Il y a là , fî je ne me trompe, 
un folecifme, & des plus gros, peut-eftre que T^f- 
frentie Autheur qui a précède , auchorîfe une Capanée ^ 
Se qu'une Capanée authorife enfuite l'apprentte jÔt^ 
theur. Je doute cependant qu'ils fe puiflent maintenir 
l'un rautre,ni mefme s'empêcher de tomber tous deux. 
Il dit que les Parîiîens font 

Gens de douce nature , & maris hons Chrétiens. 

Si on examine de prés ce que bons Chreftiens veut dl-* 
re là, pour peu qu'on aime le nom de Chreftien> 
il' fera difficile de n'eftre pas indigné de la iignifîcatioa 
qu'on luy fait avoir. 

Mais c'eft aftez parler de la Satyre contre les 'Femmes ^ 
difons quelque chofe de leur Apologie. Je ne doutei 
point que pluiïeurs gens du bel air ne trouvent étrange 
quB je fafle confîfter un fi grand bonheur dans Ta- 
mitie conjugale, eux qui ne regardent ordinairement 
le mariage que comme une voye à leur eftablifTement 
dans le monde , & qui croyent que s'il faut prendre 
une femme pour avoir des Enfans 5 W faut choifîr une 
MaiftrefTe pour avoir du plaifîr. Mais cette conduit* 
vicieufe, quoiqu'affez ufîtée, ne prévaudra jamais aux 
premières loix de la Nature & de la Raîfbn, qui de- 
mandent une union parfaite entre ceux qui fe marient: 
loix Ç\ fages, lî cortimodes & (î honneftes. 

Je fuis encore perfiiadé que quelques Femmes de la 
haute volée n'aimeront par ces mères & ces filles , qui 
iiavaillant ohez elles , 



DE L'APOLOGIE DES FERMES. 44^ 

Nefongent qu'à leur tafche , (^ qu^à bien recevoir 
Leur fere ou leur époux quand il revient lefoir. 
Elles trouveront ces manières bien bourgeoifes , & 
le fentioient que }*ay là-delTus bien antique pour un 
Défenjeur des Modernes ; mais quoy qu'elles puifîent di- ' 
re, & quelque authorifées qu'elles foient par Tufàgô 
& par ta mode , il fera toujours plus honnefle pour 
elles de s'occuper à des ouvrages convenables à leur 
fexe & à leur qualité , que de paiTer leur vie dans une 
oisiveté continuelle. 

Il y a quelques portraits dans mon Apologie , qui ne 
marquent perfonne en particulier ; & iî quelqu'un fe 
les applique, c'eft qu'il le voudra bien, & qu'il trou- 
vera que ces portraits luy reiTemblent. Il n'en eft pas 
ainfî du portrait de TAutheur de 5. Paulin dans la Sa^ 
tyre. Quelque oblcur que foit cet Autheur , & quoy- 
qu'il n'y ait point d'honnefte homme qui fçache s'il 
efi au monde un S. Paulin , plulîeurs honneftes gens 
n'ont pas laiiTé de le reconnoiftre,lans le fecours me£^ 
me de la première lettre de Ton nom , & des deux 
étoiles qui marquent qu'il eft de deux fyllabes. ^ 

La Satyre paroit en quelque façon faire main baffe 
fur toutes fortes de Marîages,& n'en approuver aucun, 
jelerois bien fafché qu'on cruft que je penfe la mefme 
chofe du Célibat. Non feulement je le loue & le ré- 
vère dans ceux qui fe consacrent à l'Eglife , ou qui & 
retirent dans des Monafteres ; je le loue encore dans 
ceux qui le choifîflent pour mener une vie plus aufte- 
re y en demeurant dans le monde , ou pour vaquer 
plus librement à l'étude; je le loue meihie en ceux 
qui n'ayant pas le bien néceflaire pour foûtenîr les 
charges & les dépenfes du Mariage félon leur qualité , 
s'en éloignent par prudence & par modération. Je n'en 
veux qu'à ceux qui choiiiiTent cet état par libertinage , 
pour ne pouvoir fouffrir aucun lien qui les retienne 
dans les bornes de la raifbn & de Thonnefteté ^ à ces 
hommes fans joug , à ces enfans dt Bilial , comme 



44* L* APOLOGIE DES FEMMES. 

parle V Ecriture , qui non contens de vivre fans régleJ 
& fans ordre , veulent que tout le monde vive com- 
me eux, & qui prétendent, tout infenfez qu'ils font^ 
paffer pour les plus fages d'eiitre les hommes. 

L'AtOLOGIE DES FEMMES. 

T T M A N D R E ovoit un Ftis , trtfte , fâcheux , coUre^ 
Des MijMntropes noirs le f lus atrabilaire ; 
§lHi mortel ennemi de tout le genre humain » 
V'une maligne dent déchiroitle Prochain , 
5 Et fur le Sexe mefme , emporté far fa bile \ 
Exerfott fans fitté , l'acreté de fin Jlyle» 

Le Père qui vouloit qu une fuite denf ans 
Peuft tranjmettre fon nom dans les SteeUsfHivanSf 
Cent fois Vavoit prejfé» pour en avoir lignée , 
t^ De vouloir fe foumettre aux Loix de rHymenée s 
Et cent fois par ce Fils de chagrins herifi , 
Se vit avec douleur vivement repouffe. 

'Vn jour atiil le trouva d'une humeur mcinsfauvage , 
Le tirant à T écart il luy tint ce langage .* 
15 Ce qui plaît , ce qui charme ç^ quan aimé en tous lieux ^ 
Tefera-t'il toujours un objet odieux ? 
Nefçaurois-je ejperer que ton dedatnfe paffe , 
Et qu enfin le beaufexe avec toy rentre en grâce î 
Si tu fen éloignois par un faim mouvement 
%o Et tour ne regarder que le Ciel feulement , 
Te hlafmer Jur ce potnt fer oit une injuftice » 
Et je t' applaudirais d^unfigraTulfacrifice 5 
Mais ce qui t*a jette hors du chemin battu i 
Ce n\efl que le Cafrice ^ non pas la Vertu, 
g f C*eft un ordre éternel qu'encore toute pure 
Au fond de tous les cœurs imprima la Nature , 
De rendre à fis Enfans le dêfoft precteux 
De la clarté du jour qu'on tient de fes Ayeux. 
Heureux ! qui révérant cette f aime conduite ^ 
Jo N*arrefie pas en foy y de foy-même la fuite ; 
Mais fi rend immortel au gré de fon defir. 
SeroiS'tu bien , mon fils , infinjible au flaifir 

P# 



t'APOLOÔIE DÈS FEMMES. 44^» 

1t)e voir un jour de toy nartre un ^mte toy-mefint » 
§luiferve t Eternel , qui Vad»re é* qui f aime ? 

i S ^ilors que le trépas aura fermé tes yeux , 
Apres toy rende hommage kfon nom glorieux ^ 
Ht d*ou ptùffefortir unefecmde race , 
§lûi JHjquau dernier jour le benijfe en ta place ? 
Tuffais , je te l'ay dit , à quoy tendent mes vœux ^ 

40 £/ ce qui peut nous rendre ^ l'un é» Vautre heureuMè 
Ilefi ,J en fuis d accord , des femmes infidelles ^ 
Et dignes du mépris que ton cœur a pour elles ^ 
Maisft de deux ou trois le crime efl àveréy 
Jaut'il que tout lefexe enfçit deshonoré ? 

(45 Vans une grande Ville où tout efi innombrable , 
Comme il efl naturel de chercher fin femhlable , 
jy aimer à le connoiftre ^ d'en e^re connu 
Selon les divers goufi s dont on efi prévenu , 
Chacun en quelque endroit que le haz>ard le porte à 

'50 Ne rencontre ^ ne 'Voit que des gens de la forte. 
Ceux qui par le fç avoir Çè font rendu fameux , 
Ne trouvent fur leurs pas que desfçavans comme euH i 
Ceux qui cherchant toujours la Vierre bien aimée > 
Om l'art de convertir leur argent en fumée , 

'î j Ne trouvent que des gens qui fondant le nietal , 
Par le mefme chemin courent à CHoffitaL 
V homme defymphonie (§• de fine Mufique 
Abordera toujours un homme qui s* en ptque i 
"Et ceux qui de rubis fe bourgeonnent le nez. , 

éo En rencontrent par tout éÙencor plus bàurgeonnezk ^ 
Ceux qu'à le bien fervir le Tout-puijfant appelle , ' 



Ne trouvent que des Saints brâlans du mefme z,ele i 
§lue des Hœurs, oh le Cielfes dons a répandus : 
Faut-il donc s étonner fi des hommes perdus , 

'6$ Jugeant dufexe entier par celles qu*tls ont veuès , 
Affurent qu*il n^ efl plus que des femmes perdues, 
Pourfix qtHfans cervelle avec un peu d appât , 
Eeront de tous coftex, du bruit éf*du fracas , 
Tat leur dance , leur jeu , leurs folles mafcarades , 

70 Leurs cadeaux indifcrets , leurs fombres promenades i 
Sans peine on trouvera mille femmes de bien , 
§lui vivent en repos é* dont on ne dit rien, 

A toute heure , en tous lieux la Coquette fe fhàntre ^ 
Il »*ejl point de Plaijirs ou l'on m la rencontre , 



450 L'APOLOGIE DES FEMMES. 

7 y Allez au Cours , /w# Bal i Allez à P Opéra , 
A la Fûire , il efi fur quelle iy trouvera. 
Il femble à regarder l ejfor de fa folie , 
Qiu poureftre par tout ellefe multiplie. 
Pour des femmes d honneur , dans ces lieux hazardeu^i, 

toDe cent que Von connoift on rien verra pas deux. 
Rejette donc y mon fils , cette fauffe maxime 
§luon trouve rarement une femme fans crime , 
C eft feulement ainfiaue parle un Suborneur \ 
§lui de femmes fans fby , fans honte ér* fans honneur 

% y P«// prés de fon Iris , une Lifie bien ample , 
Pour la faire tomber par le mauvais exemple. 

Au Iteu d'être toujours dans les lieux de plaifir 
A repaifirejes yeux , à charmer ton loifir , 
A regarder fans cejfe au Cours y aux Thuilleries , 

50 Du Fard ($• du Brocard charge de Pierreries , 
Va dans les Hôpitaux ou Von voit de longs rangs 
Ve Malades plaintifs , de Morts f^ ^* Mourans j 
Là tu rencontreras en tout temps , à toute heure , 
Malgré l'air infeSlé de leur trtfle demeure , 

9 S Mille femmes d honneur dont fouvent la beauté 

fue cache ^ qU amortit leur humble piété , 
"de plus doux appas pour des âmes bien faites , 
§lue tout le vain éclat des plus vives Coquettes. 
"Defcens dans des caveaux , monte dans des greniers 

100 Où des Pauvres obfcur s fourmillent à milliers , 
Tu ny verras pas moins de Dames vertueufes 
Fréquenter funs dégouft ces retraites affrète fes ; 
Et par leur zèle ardens , leurs aumofnes , leurs foins , 
Soulager tous leurs maux , remplir tous leurs be foins* 

lOf Entre dans les Réduits des honnefies familles 

Et vois-y travailler les Mères é* l^s Filles , * 

Nefongeant qiià leur tache , ^ qu'à bien recevoir 
Leur père ou leur époux quand il revient le Joir* 
Charmé de leur conduite (ji^fipmple &fifage , 

xiQTute verras contraint de changer de langage» 
Peux-tu ne ff avoir pas que la Civilité 
Chez les Femmes naquit avec VHonnefleté} 
§lue chez elles fe prend la fine Politeffe , 
Le bon air , le bongouft » o* la Delicatejfe ? ^ 

X I j Regarde un peu de près céluy qui Loupgarou , "~ 

Lfiindufexe a vejiu renferme dans Ion trou ^ 



1*APOL0GIÉ DÈS FÈMMË1.4Jt 

9*u le verrjis crajfeux , mal- adroit éf fituvage , 
'Farouche dans fès mœurs , rude dans [on langage j 
^ e pouvoir rien pen fer » de fir^ y d'ingénieux^ 

X lO 2<Ji dire jamais rien que de dur ou de vieux. 
S* il joint à ces talens l* amour de l'Antiquaille , 
S'il trouve qu'en^ nos jours "On ne fait rien qui vaille ^ 
Et quà tout bon Moderne il donne un cêup de dent ^ 
"De ces dons rajfemblez feforfne It Fédiint , 

^ *■ S Leplusfa/iidieux , comme le plus immonde , 
"De tous les animaux qui rampent dans le fHondei 
§luandle Seice s* oublie , o» de taru de façons 
Sert de folle matière à de folles chanfons , 
N* as-tu pas remarqué que de tout ce fcandale ^ 

1 3P Les Maris font Jouvent la cauje principale : 
Soit par le dur excès de leur fiverité , 
Soit par leur indolence ^ leur trop de Bonté. 

S*tl arrive qu un jour aux nàeuds du mariage 
"En fuivant mes dejtrs ton heureux fort t'engage i 

^ 3 f Np t'avife jamais dtaffeâer la rigueur j 

Ve vivrf en Pédagogue avec trop de hauteur , 
Ttmoigàes de l* amour , du refpeii , de l'eftime i 
£n Mari toutefois qui conduit (è* ^^i prime : 
On a beau publier é^ prôner en tous lieux 

ÏA^^mle Sexe eft hautain , qu'il eft imperifUx J . 
La Femme enfin époux airise À trouver fin maiflri ^ 
Lorfque parfis vertus il mérite deVefire, s 
Si l'on la voit fouvent refoudre ($• décider , 
Ceft que lefoible Epoux ne fi ait pas commander i 

i4S Ilehêfi^ il eft vray » qui ddns leurs mariages 
N* ont pas toujours troiWe des Epoujes bien fages j 
Mais auroient'ils le front t^en ofer misrmurer ? 
Ont'ils en époUfant tâché d'eri rencontrer ? 
Eux (^ leurs vieux ?arens n'ont avec leurs beficleà 

i jo Fendant des mois entiers là , relu des articles ■ -^ 

( tiS ) Dans le Recueil des rauU , qui fie imprimer Ton Ré- 
Ouvrages de M. Perrault , que cueil après fa réconciliacioil 
î*ai cité , cet Hcmiftiche eft avec M. Defpriaux , fuppiimÉ 
(àt cette manière : c^ rude en fon ces huit Vers ^ à caufe de l'ap- 
iang^e, La Phrafe Hnit là. Les plication, qu*on en pouvoir fai- 
J>uit Vers fuivans lïc s'y trou- re â Ton Adverfaire. ^ 
vent point. Ils étoient dans la ( 149 & mo) Ces deux Vers 
pitSBàhc Ednio9 , fc Mé Pn* êtotentainiîdansla l.£sixTtoKà 



4j* l* apologie des femmes. 

Slifajin de parvenir par leur foin diligent , 
jl bien apparier deux tas dor ^ d^ argent , 
Sans regarder plus loin , fans voir fi les Parties ■ 
D'e/prtt , dâge (J» d'humeur fer oient bien ajfortiet. 

1$ S Ils ne comprennent point que pour vivre content , 
Le choix de laperfonne eft le plus important y 
Ceft une vérité qui leurjemble bix,are , 
"Et qui n entra jamais dans le cœur d'un Avare, 
S^s^and le premier Mortel fut mis dans t Univers , 

I^o Pour commander luifeul À tant d^Eftres divers , 
Son œil , n*en doutons point , vit avec complaifa/ice » 
Ses richejfes fans nombre (i»fa vafte putffance '^ 
Mais lorjque dégagé de fin premier /ommeilp ^ s 
Le Seigneur Itù montra la femme ajon réveil^ 

I^f La femme fa moitié y fa compagne fidelle ^ 

Sluittant tout » il tourna tous /es regards fitr elle ^ 
Et charmé de la voir , trouva moins de douceur 
A régir l'Univers quà régner dansfon cœur» . 
La Gloire rtous ravit par fa beauté fupréme y 

X 70 VOr nous rend tout -fui/pins ^ nous charme de même , 
Mais malgré tout P éclat dont ils frappent nosyeuK , 
Des biens leplusfoltde ^ le plus précieux , 
Eft de voir pour jamais unir fa devinée 
Avec une Moitié fage » douce (^ bten née , 

^7 ( £^< couronne fa Dot d'une chafte pudeur , 
V une vertu fmcere ^ dune tendre ardeur. 
A cts dons précieux y fi le Ciel favorable , 
Se plaifant à former un chef -i œuvre admirable > 
jy^une beauté parfaite a jomt tous les attraits , • 

^to Le vif éclat du teint , lafineffe des traits ; 
Si fis beaux yeux , ornés ePune brune paupière , 
Jettent , fansytenfer , de longs traits de lumière i 
Si fa bouche enfantine éi* d'un cor mI fans prix , 
>f tous les apemens que forme un douxfouris ^ 

RxMARq^UMS^ 



Eiêx t^ ItHTS "vieux Parent û-vettpu leurs befides 
2i*ont penéUmtpltifiemt mois lA , rein des étrtides, 

{itfi) CcVen êcoit de cette manière dans la première tsiT. 

// vitf m*en doutent ptint , avec^ çempUift^ce^ 



L'APOLOGIE DES FEMMES. 455 

"%$ Si fit main le M/pute à cellts ie V Aurore , 
Et fi le bout des doigts eft plus vermeil encore : 
JBaudra-tM déplorer lejort de fon Epotix , 
Et pourroiS'tH le voir Jans en efire jaloux ? 
Il n eft rien icy-has de plus digne d^ envie , 
50 Ni qui meûe tant ior au tiffu ftune vie, 

"L^s-malheurs les plus grands nom rien étafpre , d^agireux i 
Sluand deux cœurs bien unis les partagent entre eux ^ 
Et le moindre bonheur que le Ciel leur envoyé ^ 
Les inonde s Venvi £un Océan de joye, 
: ^ 5 Si dans la bonne, chère un Epoux emporta 
En dijj^am fin bien altère fa Jante ^ 
Par de Cages repas , <J» fans dépenfe vaine » 
Chez elle adroitement PEpotéfe le rameine \ 
Et retranchant toujours la Juperjluité y 
100 Le remet pas à pas dans la frugalité. 

Si fin œil apperfoit quelque intrique galante y 
Alors elle fi rend oncor plus complai/ante , 
Soufre tout , ne dit mot , tant qu* enfin fa douceun 
V attendrit , le déforme ér regagne jèn cœur. 
10$ P^r elle tous les jours la JeUnefie volage 
Se retire du vice cJ» du libertinage , 
Far fit bonne conduite une famille en paix 
A des enfans bien nez. cJ» ae fage valets , 
Tar elle une Maifon tombée en décadence , 
i X o Voit revivre enfin fein V éclat d» P'abondance. 

Ce neft point feulement dans les premiers beaux jours j 
Ni dans la jeune ardeur des naiffantes amours , 
§lue éPuit heureux hymen fe goment les délices > 
Son coter s n" eft pas moins doux que fis tendres premicis» 
%IS Ctfi un bonheter égal , un bien 4e tous les temps. 

Ah ! combien ^un Epoux les y eux font-ils çontens , 
§luandil voit prés de lui peruiantfa maladie > 
Une Epoufe attentive , c^ qui ne s* étudie 
§lu*à prévoir fis befiins (ji* qu*à le foulager , 
%to Et qui pleure en fecret dés le moindre danger \ 
Tout plaiji d^elle , // n'eft plus de médecine amer 9 
jyés qu'eue paffe à lui par une rnfùnfi chère i 
Et fi le Ciel enfin ordonne fin trépas , 
Sans peine cJ» fans murmure il meurt entre fes bras, 
1^ i y Amji s* achevé en paix rheureufe deftinée 
J>e cmy qu'en fis fwuds engage Vhymisnk , 

Ff il} 



4jr4 L'APOLOGIE DES FEMMES, 

fendétm que le Preneur du likre Célibat , 
Luttant contre la mortjurfon trille grabat , 
Confus , emharaffe tCun fi pénible rôle ^ 

1 î o Voit tœil à demy clos^ , Jon valet qui le vole , 
Et fent quoy qu*abbattu de douleur (^ d^ennuy , 
§luon tire impudemment fon drap de deffous luy^ 

Si/on deftin permet qu un ferutteur fidèle 
tuy dorme en cet momens des marques de fin zeU » 

%i9 Ses Amtf fint ailleurs , d^pour comble de maux 
Son lit eft entouré dajpres Collatéraux » 
Sjlfi craignant que des legs ne gâtent leur affaire 
Veillent a détourner Cor^ejfiur ^ Notaire , 
Appréhendent toujours qu un bol de §^uinquina 

%SOEn faifantfon effet ne ù tire delà. 

N'efi'iltas vrai , mon fils , que cette fiule imag^ 
' Des atinables douceurs dun heureux mariage , 
Etfiêriout dq Vhorreur eiuifuit le Célibat , 
Te trouble^ tefaifit , tf confonde'' t*ab/tt , 

f 45 êl^^tonejprit imà de ce qu*il vient tt entendre , 
Tfes deux tomes quil voit ne fpait laquelle prmlr^ } 
Je ffay qu*à mon avis tu viendras te ranger , 
44^ Jf ^* ^»^ ^f^or 4» temps pourjfong^er. 



^ 



LETTRE 

DE MONSIEUR 

A R N A U L D, 

DOCTEUR DE SORBONNE. 

^ M. V^KKAVLT y au fujet de la dixième 
Satire ^tf M. Despre'aux. 

V OUS pouvex eftrefarprîs. Monsieur de ce 
que j'ai tant différé à vous faire réponfe» ayant à 
TOUS remercier de votre prefênt , & de la manière 
honnefte dont vous me &ite fouvenir de Taffeâiôn 
que vous m*avcz toujours témoignée , vous & Mef- 
fieurs vos Frères, depuis que j'ai le bien de vous 
connoîftre. Je n'ai pu lire voftre Lettre fans m*y trou- 
ver obligé : Mais pour vous parler franchement , la 

R £ M ji R q^ V E s. 

Cette Lettre fut écrite au on lit au titre j sA M, P**ém 

mois de Mai 1 694. peu de tems fufet de v^a dixième Satire, Ce 

avant la mort de M. Amauld ; qui fc trouve dans les Editiùns 

& c'eft Ton dernier Ouvrage. Il faites depuis. 

Tenvoïa ouveste à un de Tes z^. La Lettre de M. jttnamld 

Amis à Paris, afin qu'il la fît eftdu^. Mai 1694. & àskïki le 

lire à M. Defpréanx i ce» Ami en ^ecmeil de fes Lettres ( Tom, VIT. 

Î;arda une copie , avant que de page 41 3. ) elle eft la DCLXI. 

a rendre à M. Perrault, Bross. %^, On ne peut pas dire que 

i**.J'ai mis le titre tel auMl cette L*«r* foit le dernier Ou- 

' fft dans V Edition de 1701. a la vrage de M-^maïUd , puifquSl 

diflf^rence que M. Perrault n*eft en écrivit depuis deux au P. 

qu'indiqué de Cette manière : M. Malebranehe fur des matières de 

F* *. Dans VEditiofêdc 1711. Mét^klfiqiu^ Tune le it. Mai 

Ff iv 



4^^ LETTRE DE M. ARNAtTLD 

Icôure que je fis enfuîte de la Préface de votre ApKh» 
logie des Femmes , me jetta dans un grand em- 
barras , & me fit trouver eette réponfeplus dtfficile quo 
je ne penfoîs. En voîcj^la raifôn. 

Tout Je monde fçait que Monfieur Defpreaux eft 
de mes meilleurs amis, & qu'il m'a rendu des té-? 
inoignages d'eAime & d'amitié en toutes (brtes de 
temps. Un de mes Aînis m'avoit envoyé ïà dernière 
Satire. Je témoignai à cet Ami la (àtisfaÛion que 
j'en avois eue , & lui marquai en particulier ; que 
^ ce que j'en.eftimois le plus , par rapport à la Morale, 
c'eftoit la manière fi ingenieufe, & fî yive dont il 
3^voit repréfenté les mauvais effets que pouvoient prct* 
duire dans les jeunes perfonnes les Opéra , Se les Ro- 
inans. ^ajs cQmme je ne puis m'çmpéçher de parler 



& l'autre le i^. Juillet, qua- 
torze jours avant fa mort arri- 
vée le Ô. Août '1594. 

4**. Cette heure À M. PerrAi*lt 
»c hiï fut point rendue , & ht 
à M. ^rn^iêld une véritable af- 
faire avec la plufpart de fcs Amis 
de Paris. Le détail en fe^oit af- 
fés curieu^ , mais on fent que 
je n'y puis pas entrer. Ceux qui 
voudront s'en in(lruire peuvent 
lire dans le Tome VII. des Let. 
ires de M. ^rnauld, les DCLVII. 
DCLX. DCLXIV, DCLXVIII. 
DCLXXV.ac DCLXXVIÎÎ.avec 
une Lettre de M. Dodart^ qui ter- 
piine Je Vpî. p. 6i6, Elle cft da- 
tée du ^. Août 1594, & n'arriva 
flans le lieu de la retraite de M. 
^rnaHÎd qu'après fa mort. S'il 
avoir pu la recevoir , cl^e l'au- 
roif comblé de joie, en l'inf- 
truifant de la réconciliation de 
%A. De/préaux & de M. Perrault ^ 
qu'il fouhaitoit paffionnément , 
f^ pour laquelle beaucoup d'hon- 
liêtçs gens s'fmremctniem. 



Ce fut M. ^cine , qui les rac« 
çômmodii , dans les premiers 
jours du mois d^Août. Jufqqcs- 
là, comme on l'apprend par cette 
Lettre Ae M.'Dodart , M. PerrauU 
favoit feulement que M. jimaulâ 
avoit écrit auekiue chofe au fu- 
jetde laPr^Ac<?dc VytpolQgie des 
Femme