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Full text of "Oeuvres du comte de Lacépède : comprenant l'histoire naturelle des quadrupèdes ovipares, des serpents, des poissons et des cétacés; accompanées du portrait de l'auteur et d'environ 400 figures, exécutés pour cette édition par les meilleurs artistes"




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DIVISION OF FISHES-rrTT / , 

U.S. NAHONAL MUSm/pJ* - rX 



ŒUVRES 



I U COMTE 



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DE LACEPEDE. 

TOME VL 



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POISSONS. 



u 



l'AIUS. JÂIPIUMEIUED ÀD. JÎOESSARD , RUE PE FURSTEMBERG , M° O BIS. 



OEUVRES 



DU COMTE 



DE LACEPEDE, 



COMPRENANT 



L HISTOIRE NATURELLE DES QUADRUPEDES OVIPARES, 
DES SERPENTS, DES POISSONS ET DES CÉTACÉS: 



V0 PORTRAIT DE L'AUTEUR ET d'eNVIKON 4<>0 FIGURES, 

EXÉCUTÉS SUR ACIER POUR CETTE ÉDITION 

PAR LES MEILLEURS ARTISTES. 




VL>\ 



A PARIS, 

CHEZ F. D. PILLOT, ÉDITEUR, 

RUE DE SEUVE-SAÏNT-GERMAIN, N° /\Q. 

i83i. 






POISSONS 



il. 



I.ACEPEDE. VI. 



HISTOIRE 



NATURELLE 



DES POISSONS. 



a^w* » e^ft4-q^»g«»«^«^««<^»J5W^»a^»o^«g>o»ftfro &**»*««♦«*§«*« &«-&o 



LE SQUALE BARBILLON 

Squalus cirrhatuS; Lacep. , Gmel. 



1V1. Broussonnet a le premier fait connoître cette 
espèce de cartilagineux qui se trouve dans la mer Pa- 
cifique, et que l'on voit quelquefois auprès de plu- 
sieurs rivages d'Amérique. Ce squale parvient au moins 
à la longueur de cinq pieds ; il est d'une couleur 
rousse, comme la roussette; et, quand il est jeune, il 
présente des taches noires : il a aussi , comme la rous- 
sette, les narines garnies d'un appendice allongé et 
vermiforme ; mais ce qui empêche de le confondre 
avec cet animal, c'est qu'il a sur son corps des écailles 
grandes, plates et luisantes. Nous n'avons encore 
examiné que des poissons couverts d'écaillés pres- 

i. Chien de mer barbillon , Broussonnel, Mémoires de l'Académie 
des Sciences pour 1780. 

Chien de mer barbillon, Bonnalerre, planches de l'Encyclopédie 
méthodique. 



8 HISTOIRE NATURELLE 

que insensibles, ou de tubercules plus ou moins gros, 
ou d'aiguillons plus ou moins forts; et c'est la pre- 
mière fois que nous voyons la matière qui forme ces 
écailles presque invisibles, ces aiguillons et ces tu- 
bercules, s'étendre en lames larges et plates, et pro- 
duire de véritables écailles 1 . 

Le museau est court et un peu arrondi. Les dents 
sont nombreuses, allongées, aiguës, et élargies à leur 
base. Les deux dernières ouvertures branchiales de 
chaque côté sont assez rapprochées pour qu'on ait 
pu croire que l'animal n'en avoit que huit au lieu 
de dix. On voit la première nageoire dorsale au des- 
sus des ventrales , et la seconde plus près de la tête 
que celle de l'anus. La queue est courte , et la nageoire 
qui la termine se divise en deux lobes. 



LE SQUALE BARBU 

Squalus barbatuSs Gmel. , Lacep. 



La description de ce squale de la mer Pacifique, 
dans les eaux de laquelle il a été vu par le capitaine 

i. Voyez, dans le Discours sar la nature des poissons, ce qui con- 
cerne la formation des écailles. 

2. Chien de mer barbu, Broussonnet, Mémoires de l'Académie des 
Sciences, 1780. 

Chien de mer moucheté, Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie 
méthodique. 



DliS POISSONS. 9 

Cook, a été publiée pour la première fois par M. Brous- 
sonnet. Il est très aisé de distinguer ce cartilagineux 
des autres animaux de son genre, à cause des appen- 
dices vermiformes qui garnissent sa lèvre supérieure. 
Les plus grands de ces appendices ou barbillons ont 
communément de longueur le quatre-vingtième de 
la longueur totale. Ces prolongations membraneuses 
sont d'ailleurs divisées le plus souvent en trois petits 
rameaux ; et on les voit ordinairement au nombre de 
huit. 

La tête est large, courte et déprimée ; les dents, en 
forme de fer de lance, et sans dentelures, sont dispo- 
sées sur plusieurs rangs ; les évents sont grands, et la 
première nageoire dorsale est placée plus loin de la 
tête que les nageoires ventrales. 

Le corps recouvert de tubercules, ou, pour mieux 
dire, d'écaillés très petites, dures, lisses et brillantes, 
présente, dans sa partie supérieure, des taches noires, 
rondes ou anguleuses, et renfermées dans un cercle 
blanc. 

C'est à cette espèce qu'il faut rapporter le squale 
décrit et figuré dans le Voyage du capitaine Phitipp à 
Botany-Bay> chapitre xxn, et qui avoit été pris dans 
la crique de Sidney du port Jackson de la Nouvelle- 
Hollande, par le lieutenant Watts. 

En réunissant la description donnée par M. Brous- 
sonnet, avec celle que l'on trouve dans le Voyage du 
capitaine Philippe on voit que la bouche du squale 
barbu est située à l'extrémité du museau, au lieu de 
l'être au dessous , comme dans le plus grand nombre 
des animaux de sa famille. L'entre-deux des yeux 
est large et concave. La nageoire de l'anus touche 



10 HISTOIRE NATURELLE 

celle de la queue; et cette dernière, composée de 
deux lobes, dont l'antérieur est arrondi dans son con- 
tour, et plus étroit, ainsi que beaucoup plus long que 
le postérieur, ne garnit que le dessous de la queue, 
dont le bout est comme émoussé. 



LE SQUALE TIGRÉ 1 . 

Squalm longlcaudus ettigririuS; Gmel. — Squalus 
fasciatuSj, Bloch. 



C'est dans l'océan Indien qu'habite ce squale re- 
marquable par sa grandeur et par la disposition des 
couleurs qu'il présente. On a vu, en effet, des indivi- 

i. Barbu. 

Chien de mer barbu. 

VFannan-potica , par les Chingulais. 

Squalus tigrinus , Zoologia indica selecta, auctore Joanne Reinoldo 
Forstcr, fol. 24, tab. i3, fig. 2. 

Bloch, Histoire naturelle des poissons étrangers, en allemand, 
part. 1, p. 19, n. 4- 

Chien de mer tigré, Broussonnet, Mémoires de l'Académie des 
Sciences, 1780. 

Chien de mer barbu, Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie mé- 
thodique, t 

Gronov. mus. 1, n. 106, Zooph., n. 147. 

Seba, mas. 3, p. io5, tab. 34, fig- 1. 

Hermann, Tab. affin. anim., p. 5o2. 



DES TOISSONS. 1 1 

dus de cette espèce parvenus à une longueur de cinq 
mètres , ou de quinze pieds : de plus , le dessus de 
son corps et ses nageoires sont noirs, avec quelques 
taches blanches , et avec des bandes transversales de 
cette dernière couleur, placées comme celles que 
l'on voit sur le dos du tigre ; et de là vient le nom 
que nous lui avons conservé. 

D'ailleurs ce squale est épais; la tête est large et 
arrondie par devant; l'ouverture de la bouche , pla- 
cée au dessous du museau et garnie de deux barbil- 
lons; et la lèvre supérieure proéminente. Les dents 
sont très petites , et les ouvertures des branchies au 
nombre de cinq : mais les deux dernières de chaque 
côté sont si rapprochées qu'elles se confondent j une 
dans l'autre, et que d'habiles naturalistes ont cru que 
le tigré n'en avoit que huit. L'on voit la première na- 
geoire du dos au dessus des ventrales, la seconde au 
dessus de celle çte l'anus, et la caudale divisée en deux 
lobes, qui ne régnent communément que le long de 
la partie inférieure de la queue. 

On a écrit que le tigré vivoit le plus souvent de 
cancres et de coquillages. La petitesse de ses dents 
rend cette assertion vraisemblable; ej; ce fait curieux 
dans l'histoire de très grands squales pourroit con- 
firmer, s'il étoit bien constaté, une des habitudes que 
l'on a attribuées à cette espèce, celle de vivre plusieurs 
individus ensemble sans chercher à se dévorer les uns 
les autres. Mais ne nous pressons pas d'admettre 
l'existence de mœurs si opposées à celles d'animaux 
carnivores, tourmentés par un appétit vorace, et ne 
pouvant l'apaiser que par une proie abondante. 



12 HISTOIRE NATURELLE 



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LE SQUALE GALONNÉ 1 . 

Squalus Àfricanus, Gmel. , Lacep, 



Les mers qui baignent les côtes d'Afrique, et par- 
ticulièrement celle qui avoisine le cap de Bonne-Es- 
pérance, sont l'habitation ordinaire de ce squale, dont 
M. Broussonnet est le premier qui ait publié la de- 
scription. Son caractère distinctif consiste dans sept 
grandes bandes noirâtres, parallèles entre elles, et 
qui s'étendeut longitudinalement sur son dos. 

Il est d'ailleurs revêtu de petits tubercules ou d'é- 
cailles presque carrées. Sa tête est déprimée , et un 
peu plus large que le corps ; ses yeux sont trois fois 
plus grands que les évents; et au travers de l'ouver- 
ture de sa bouche, qui est demi-circulaire, on voit 
des tubercules mous sur la langue et le palais, et plu- 
sieurs rangées , transversales dans la mâchoire supé- 
rieure et obliques dans l'inférieure, de dents longues, 
aiguës, et comprimées de dehors en dedans. 

Deux lobes inégaux servent à fermer les narines. 

Les ouvertures des branchies sont au nombre de 

i. Chien de mer galonné, Broussonnet, Mémoires. de l'Académie de$ 
Sciences de Paris, 1780. 

Chien de mer galonné, Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie mé^ 
thodique. 



DES POISSONS. ],) 

cinq de chaque côté, comme dans tous les squales 
dont nous écrivons l'histoire, excepté le perlon et le 



gnset. 



La première nageoire dorsale est au delà du milieu 
de la longueur du corps ; la seconde est placée au 
dessus de la partie postérieure de la nageoire de l'a- 
nus; et celle de la queue est arrondie. 



LE SQUALE OEILLE 1 . 

Squalus ocellatuSf Gmel. , Lacep. 



De chaque côté du cou de ce cartilagineux, on voit 
une grande tache ronde, noire, et entourée d'un cer- 
cle blanc, et qui, ressemblant à une prunelle noire 
placée au milieu d'un iris de couleur très claire, a été 
considérée comme l'image d'un œil, et a fait donner 
le nom à'OEitlé au poisson que nous décrivons. C'est 
encore à l'ouvrage de M. Broussonnet que nous de- 
vons la connoissance de ce squale, que l'on a trouvé 
dans la mer Pacifique, auprès de la Nouvelle-Hol- 
lande. 

L'œillé est, dans sa partie supérieure, d'une cou- 
leur grise et tachetée, et, dans sa partie inférieure, 

i. Chien de mer aille, Broussonnet, Mémoires de l'Académie des 
Sciences, 1780. 

Chien de mer œillé ., Bon n a terre J planches de l'Encyclopédie métho- 
dique. 



l/| HISTOIRE NATURELLE 

d'un cendré verdâtre , qui, dans l'animal vivant, doit 
être plus clair que les nuances du dessus du corps. 

La tête est courte et sans taches. Les dents sont 
aiguës , comprimées de dehors en dedans , larges à 
leur base, mais petites. Les narines avoisinent le bout 
du museau; et, de chaque côté, les deux dernières 1 
ouvertures des branchies sont très rapprochées. 

La place qu'occupentles nageoires ventrales estplus 
près de la tête que le milieu de la longueur du corps. 
Elles sont arrondies, noirâtres, et bordées de gris, 
comme les pectorales. 

On voit deux taches noires sur le bord antérieur 
de la première nageoire dorsale, qui est échancrée 
par derrière , et située plus loin de la tête que celle 
de l'anus. La seconde, un peu plus petite que la pre- 
mière, ressemble d'ailleurs à cette première dorsale; 
et la nageoire de l'anus touche presque celle de la 
queue, qui est échancrée. 



LE SQUALE ISABELLE 

Squalus isabella* Gmel. , Lacep. 



Ce poisson vit auprès des côtes de la Nouvelle-Zé- 
lande. C'est un de ces squales que l'on n'a rencontrés 

i. Chien de mer isabelle, Broussouuct, Mémoires de l'Académie des 
Sciences, 1780. 

Id. Bonnatcrre, planches de rEcyclopédie méthodique. 



DES POISSONS. l5 

jusqu'à présent que dans la mer Pacifique, el qui pa- 
raissent en préférer le séjour à celui de toutes les au- 
tres mers. Quel contraste cependant présentent les 
idées de ravage et de destruction que réveille ce grand 
nombre d'êtres voraces et féroces, et les images dou- 
ces et riantes que font naître dans l'imagination le nom 
de cette mer fameuse , et tout ce que l'on raconte des 
îles qu'elle arrose, et où la nature semble avoir pro- 
digué ses plus cbères faveurs ! 

Le nom du squale dont nous traitons, vient de la 
couleur du dessus de son corps, qui est, en effet, 
isabelle , avec des taches noires; le dessous est blan- 
châtre. 

Ces taches , ces nuances, le rapprochent de la rous- 
sette , avec laquelle les principaux détails de sa con- 
formation lui donnent d'autres grands rapports : mais 
il en diffère en ce que sa tête est plus déprimée , et 
surtout parce que la première nageoire dorsale est 
placée au dessus des ventrales, au lieu d'être plus 
éloignée de la tête que ces dernières , comme sur la 
roussette. 

Le museau est arrondie; les dents sont comprimées 
de devant en arrière , courtes triangulaires , aiguës , 
garnies, aux deux bouts de leur base, d'un appendice 
ou grande pointe , et disposées ordinairement sur six 
rangées ; la langue est courte et épaisse , les évents 
sont assez grands ; les nageoires pectorales très éten- 
dues, et attachées au corps auprès de la troisième 
ouverture des branchies ; les ventrales séparées l'une 
de l'autre; et les lignes latérales suivent le contour 
du dos. dont elles sont voisines. 



l6 HISTOIRE NATURELLE 






LE SQUALE MARTEAU 4 . 



Squalus Zygœna, Lacep., Gmel. — Zygœna Malleus, 
Valenciennes. 



Il est peu de poissons aussi connus des marins, et 
de tous ceux qui , sans oser se livrer aux hasards des 

i. « Poisson juif, pesce jouziou, » à Marseille (à cause de sa res- 
semblance avec l'ornement de tête que les juifs portoient autrefois en 
Provence). 

Pesce martello, dans plusieurs départements méridionaux. 

« Peis limo , limada , toilandolo , » en Espagne. 

Ciambetla , à Rome. 

Balista , dans plusieurs endroits d'Italie . 

Balance- fish, en Angleterre. 

Chien de mer marteau , Daubenton , Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie méthodique. 

Id. Broussonnet, Mémoires de l'Académie des Sciences, 1780. 

Squalus corpore malleiformi , Bloch , Histoire des poissons étrangers, 
première partie, pi. 117. 

Cestracion fronte artus forma, Klein, miss. pisc. 3, p. i3, n. 1. 

Libella ciambetla, Salv. Aquat., p. 1128, 129. 

Libella, balista, cagnolu, Belon , Aquat., p. 61. 

« Sq. capite latissimo transverso malleiformi, » Mus. ad. fri. 1, 
p. 52. 

<t Squalus capite latissimo transverso mallei instar, » Art. gen. 67, 
syn. 96. 

Gronov. mus. 1, n. 109. Zooph., n. iA6- 

SphyrœtiaGillU, Mus. besler, p. 55, tab. a5. 



DliS POISSONS. 17 

tempêtes, ou sans pouvoir s'abandonner à un courage 
qui ies porteroit à les affronter, aiment à suivre par la 
pensée les hardis navigateurs dans leiws courses loin- 
taines. Toutes les mers sont habitées par le marteau : 
sa conformation est frappante; elle le fait aisément 
distinguer de presque tous les autres poissons ; et son 
souvenir est d'autant plus durable , que sa voracité 
l'entraîne souvent autour des bâtiments , au milieu 
des rades, auprès des côtes, qu'il s'y montre fréquem- 
ment à. la surface de l'eau, et que sa vue est toujours 
accompagnée du danger d'être la victime de sa féro- 
cité. Aussi n'est-il presque aucune relation de voyage 
sur mer qui ne fasse mention de l'apparition de quel- 
que marteau, qui n'indique quelqu'une de ses habitu- 
des redoutables, n'expose, au moins imparfaitement, 
sa forme, ne soit ornée d'une figure plus ou moins 
exacte de cet animal; et depuis long-temps on ne voit 
presque aucune collection d'objets d'histoire natu- 

Arist. anim., lib. 2, cap. i5. 

/Elian. au., Hb. 9, cap. 49- 

Gesner, Aquat., p. io5o, Icon. an., p. i5o. 

Aldrov. pisc, p. 4<>8. 

Jonslon , pisc, p. 29, tab. 7, fig. 8 et 9. 

«Marteau, poisson juif, zygaena, libella,» Rondelet, première 
partie, liv. i3, chap. 10. 

Zigéne, Du Tertre, Ant. 2, p. 207. 

Requin, Fermin, Surin. 2, p. 248. 

Pantouflier, Labat. Amer. 4> p- Soi. 

Willughby, Ichthyol., p. 55, tab. B, 1. 

Balance- fish , Ray., pisc, p. 20, n. 7. 

Marteau, Valmont-Bomare , Dict. d'histoire naturelle. 

Ciiarleton , p. 128. 

Oppian., lib. 1, p. 14. 

Marteau, Duhamel, Traité des pêches, seconde partie , sect. 9, 
p. 3o3, pi. 21, fig. 5, 8. 



l8 HISTOIRE NATURELLE 

relie, ni môme de substances pharmaceutiques, qui 
ne présente quelque individu de cette espèce. 

Cette conformation singulière du marteau consiste 
principalement dans la très grande largeur de sa tête , 
qui s'étend de chaque côté, de manière à représenter 
un marteau, dont le corps seroit le manche ; et de là 
vient le nom que nous avons cru devoir lui conserver. 
Cette figure, considérée dans un autre sens, et vue 
dans les moments où le squale a la tête en bas, et 
l'extrémité de la queue en haut, ressemble aussi à 
celle d'une balance ou à celle d'un niveau ; et voilà 
pourquoi les noms de niveau et de balance ont été 
donnés au poisson que nous décrivons. 

Le devant de cette tête , très étendue à droite et à 
gauche, est un peu festonné , mais assez légèrement 
et par portions assez grandes pour que cette partie , 
observée d'un peu loin , paroisse terminée par une 
ligne presque droite; et le milieu de ce long marteau 
est un peu convexe par dessus et par dessous. 

Les yeux sont placés au bout de ce même marteau. 
Ils sont gros , saillants , et présentent dans leur iris 
une couleur d'or, que les appétits violents de l'animal 
changent souvent en rouge de sang. Pour peu que 
l'animal s'irrite, il tourne et anime d'une manière ef- 
frayante ces yeux qui s'enflamment. 

Au dessous de la tête , et près de l'endroit où le 
tronc commence, l'on voit une ouverture demi-cir- 
culaire : c'est celle de la bouche , qui est garnie , dans 
chaque mâchoire , de trois ou quatre rangs de dents 
larges, aiguës, et dentelées de deux côtés, et dans la 
cavité de laquelle on aperçoit une langue large, épaisse, 
et assez semblable à la langue humaine. 



DES POISSONS. 1Ç) 

Au devant de cette ouverture, et très près du bord 
antérieur de la tête, sont placées les narines, qui ont 
une forme allongée, et qu'une membrane recouvre. 

Le corps est un peu étroit , ce qui rend la largeur 
de la tête plus sensible. Les nageoires sont grises, 
noires à leur base , et un peu en croissant dans leur 
bord postérieur. La première dorsale est grande et 
très près de la tête ; les ventrales sont séparées l'une 
de l'autre; la nageoire de la queue est longue; et les 
tubercules qui revêtent la peau sont moins gros que 
sur plusieurs autres squales. 

Ce cartilagineux, dont la femelle donne ordinaire- 
ment le jour à dix ou douze petits à la fois, parvient 
communément à la longueur de sept ou huit pieds 
(plus de deux mètres et demi), et au poids de cinq 
cents livres (plus de vingt-cinq myriagrammes) ; mais 
il peut atteindre à une dimension et à un poids plus 
considérables. Sa hardiesse, sa voracité, son ardeur 
pour le sang, sont cependant bien au dessus de sa 
taille; et si, malgré la faim dévorante qui l'excite, et 
l'énergie qui l'anime , il cède en puissance aux grands 
requins , il les égale , et peut-être les surpasse quel- 
quefois en fureur. 



20 HISTOIRE NATURELLE 



« ywy $ Cfr ft$»t8tt»Q<iP' > p » & » o | frP»e*o<W#P'8!0<pafro &»&« 8>a«8*<ft<«s«aft>o<a^jO<ftodtod»^fl »g 



LE SQUALE PANTOUFLIER 1 . 



Squalus Tiburûj, Gmel. , Lac. — Zygœna tudes, 
Valenciennes. 



Ce squale a de si grands rapports avec le marteau s 
qu'on les a très souvent confondus ensemble, et que 
la plupart des auteurs qui ont voulu distinguer l'un 
de l'autre, n'ont pas indiqué les véritables différences 
qui les séparent. Comme la collection conservée dans 
le Muséum d'histoire naturelle renferme plusieurs 
individus de cette espèce, nous avons pu saisir les 
caractères qui lui sont propres. Nous allons les indi- 
quer particulièrement d'après un pantouflier envoyé 
très récemment de Cayenne par M. Le Blond , et 

i. Demoiselle , dans la Guyane françoise. 

Chien de mer pantouflier, Broussonnet, Mémoires de l'Académie des 
Sciences, 1780. 

Id. Daubenton, Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie méthodique. 

« Cestracion capite cordis figura vel triangulan , » Klein , miss, 
pisc. 5 , p. i5, a. 2 , tab . 2 , fig. 3 et £• 

■ Zygaenae affinis capite triangulo. » Willughby, Ichth., p. 55, lab. 
B, 9, fig. 4- 

Papana, Guill. Pison, Histoire naturelle et médicale des Indes oc- 
cidentales, liv. 3, sect. 1. 

« Tiburouis species minor. » Marcg., Brasil., p. 181. 



PI. 64 



Poissons 




-Vf. /!,■„,.■,„<, .<ù- . 

LSOUALE J'AXTOITl.II'.li. J.TETEJ)!' MEME"V0EEH\Ï)ESS0US.3. SCEAU". MAlîïT.U 



DES POISSONS. 21 

dont nous avons fait graver la figure; et pour donner 
une bonne description de l'espèce qui nous occupe, 
nous avons d'ailleurs fait usage de notes très détail- 
lées que nous avons trouvées, au sujet de ce squale., 
dans les manuscrits de Commerson. 

Le trait principal qui empêche de regarder le pan- 
touflier comme un marteau , est la forme de sa tête. 
Cette partie est beaucoup moins courte à proportion 
de sa largeur, que la tête du marteau. Au lieu de re- 
présenter une sorte de traverse très allongée, placée 
au bout du tronc de l'animal , on peut comparer sa 
figure à celle d'un segment de cercle dont la corde 
seroit le derrière de la tête , et dont l'arc seroit dé- 
coupé en six larges festons. Il résulte de cette con- 
formation que le milieu du bout du museau répond 
à la sinuosité rentrante qui sépare les trois festons 
d'un côté, des trois festons de l'autre, et par consé- 
quent que ce milieu n'est pas la partie la plus avancée 
de la tête, comme dans le marteau. Ces six festons 
ne sont pas tous égaux : les deux du milieu sont plus 
grands que ceux qui les avoisinent , mais plus petits 
que les deux extérieurs, qui par conséquent sont les 
plus larges des six. Et lorsque toute cette circonfé- 
rence est bien développée et que l'échancrure du 
milieu est un peu profonde, ce qu'on voit dans quel- 
ques individus, l'ensemble de la tête, considéré sur- 
tout avec le devant du tronc, a dans sa forme quelque 
ressemblance avec un cœur, ainsi que l'ont écrit plu- 
sieurs naturalistes. 

On n'aperçoit aucune tache sur ce squale, dont la 
partie supérieure est grise, et l'inférieure blanchâtre. 
Sa peau est garnie de tubercules très petits, et qui 



LACEPEDE. VI. 



'22 HISTOIRE NATUUELLE 

sont placés de manière qu'on n'en sent bien la rudesse 
que lorsque la main qui les touche va de la queue 
vers la tête. 

Le dessus et le dessous du museau sont percés 
d'une quantité innombrable de pores que leur peti- 
tesse empêche de distinguer, mais qui , lorsqu'on les 
comprime, laissent échapper une humeur gélatineuse 
et visqueuse. 

Les narines sont placées en partie sur la circonfé- 
rence du segment formé par la tête ; et c'est aux deux 
bouts de la corde de ce segment que sont situés les 
yeux, plus propres par leur position à regarderies 
objets qui sont sur les côtés de l'animal , que ceux 
qu'il a en face. 

Suivant Commerson , l'iris est blanchâtre et en- 
touré d'un cercle blanc, et la prunelle d'un vert de 
mer. 

L'ouverture de la bouche est placée sous la tête, et 
à une assez grande distance du bout du museau. 

Les dents, un peu courbées en arrière, et non 
dentelées dans les jeunes pantoufliers, sont placées 
sur plusieurs rangs. 

La langue est cartilagineuse, rude, large, épaisse, 
courte, arrondie par devant, attachée par dessous, 
mais libre dans son contour. 

La ligne dorsale suit la courbure du dos, dont elle 
est un peu plus voisine que du dessous du ventre. 

La forme , la proportion et la position des nageoires 
sont à peu près les mêmes que dans le marteau K 

i. Commerson a complé de vingt-cinq à trente rayons cartilagineux 
clans chaque nageoire pectorale , et de quinze à dix-huit dans la pre- 
mière nageoire du dos. 



DES POISSONS. 23 

L'extrémité du dos présente une fossette ou cavité, 
comme sur Je requin et le squale glauque. 

Le cœur est très rouge, triangulaire, et assez grand 
ainsi que son oreiliette; l'estomac a une forme coni- 
que; le canal intestinal est replié deux fois; le rectum 
assez long; et le foie blanc, et divisé en deux lobes 
allongés, dont le gauche est le moins étendu 1 . 

1. Principales dimensions d'an pantouflier mesuré, presque dés sa 
sortie de la mer, par Commerson. 

pied-.. pouo. lign. 

Longueur depuis le bout du museau jusqu'à l'angle 

antérieur de la bouche o i i o 

aux narines o 1 8 

aux yeux . . . . o 2 6 

aux angles postérieurs de la tête o 3 3 

à la première ouverture des branchies o 3 8 

à la seconde ouverture des branchies o 5 1 1 

à la troisième ouverture des branchies o 4 2 

à la quatrième ouverture des branchies. . . . o 4 5 

à la cinquième ouverture des branchies. . . . . o 4 8 
à l'extrémité antérieure de la base des nageoires 

pectorales : . o 4 9 

à l'extrémité antérieure de la base de la première 

nageoire dorsale o 6 3 

à la base des nageoires ventrales o 9 o 

à l'anus o 9 6 

à l'origine de la nageoire de l'anus o 11 9 

à la base de la seconde nageoire dorsale. ... 1 o 3 
à l'extrémité antérieure de la base de la nageoire 

de la queue 1 2 6 

au bout de la queue 1 8 o 

Distance d'une narine à l'autre o 3 6 

d'un œil à l'autre o 3 8 

Plus grande largeur du corps o 2 o 

Epaisseur à l'extrémité du museau o o 1 

au sommet de la mâchoire intérieure o o 8 

auprès des nageoires pectorales o 1 G 



^4 HISTOIRE NATURELLE 

Les habitudes du pantouflier ressemblent beaucoup 
à celles du marteau : mais il est beaucoup moins fé- 
roce que ce dernier squale ; et d'ailleurs il pourrait 
moins satisfaire sa voracité, ne parvenant pas à une 
grandeur aussi considérable. M. Le Blond écrit de la 
Guiane françoise, qu'on ne voit pas d'individus de 
cette espèce qui aient plus d'un mètre, ou de trois 
pieds, de longueur. La proie de ce squale, ne devant 
pas être si copieuse que celle du marteau, peut être 
mieux choisie, et d'autant plus que l'animal est moins 
goulu. Aussi sa chair est-elle moins désagréable au 
goût que celle du marteau; elle a même quelquefois 
une saveur qui ne déplaît pas, et les nègres en man- 
gent sans peine. 

Les rivages de la Guiane et ceux du Brésil sont 
ceux que fréquente le pantouflier. On ne l'a point 
encore observé dans les mers des Indes orientales : 
mais non seulement Commerson l'a vu dans celles 
qui baignent l'Amérique méridionale, il l'a encore 
rencontré dès le mois de février ou de pluviôse, au- 
près des côtes de la Méditerranée. 

pieds. pouc. ligu. 

Épaisseur auprès de la première nageoire dorsale. . o 2 6 

auprès de l'anus o 2 3 

auprès de la seconde nageoire dorsale o 1 10 

auprès de la nageoire de la queue o 1 o 

Poids de l'animal, une livre un quart (six hectogrammes). 



DES POISSONS. 25 

LE SQUALE RENARD 1 . 

Squalus Poulpes, Gmel. , Lacep. , Cuv. — Carcharias 
Vulpes^ Risso. 



Tous ies squales ont reçu le nom de chien de mer : 
mais cette dénomination a été particulièrement con- 
sacrée par plusieurs auteurs à ceux de ces poissons 
cartilagineux qui parviennent à la grandeur la plus 
considérable; les petites espèces de squales ont été 
appelées chats marins, ou belettes de oîer. Voici un 
animal de la même famille qui, présentant une queue 
très longue et très roide , a été nommé Renard marin. 
On le trouve non seulement dans la Méditerranée, 
mais encore dans l'Océan, et particulièrement dans 
la partie de cette mer qui baigne les côtes d'tcosse 

i. Peis spaso , dans plusieurs départements méridionaux, où l'on a 
comparé sa queue à une longue épée. 

Chien de mer, renard, Broussonnet, Mémoires de l'Académie des 
Sciences, 1780. 

Id. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 

« Squalus cauda longiore quam ipsum corpus, » Arted. sjn. 96. 

Salv. Aquat. p. i3o. 

Vulpecula, Willughby, Ichth. p. 54, tab. B, 5, fig. 2. 

Renard, Rondelet, première partie, liv. i5, chap. 9. 

Sea-fox , Pennant, Zool. Brit. 3, p. 86, n. 6 , tab. 4- 

Renard marin , Valmont-Bomare , Dictionn. d'hist. naturelle. 

Valpes marinus , Plin. Hist. mundi , lib. 9, cap. 43. 



20 HISTOIRE NATURELLE 

et celles d'Angleterre. Il est ordinairement long de 
sept à huit pieds (deux mètres et demi); sa peau, 
revêtue de très petits tubercules ou écailles, est d'un 
gris bleuâtre sur la partie supérieure de l'animal , et 
blanchâtre sur la partie inférieure. 

Il a le museau, pointu, la tête courte et conique , 
les yeux grands , les mâchoires garnies de trois ou 
quatre rangs de dents triangulaires, comprimées de 
devant en arrière , aiguës , et non dentelées. 

La ligne latérale est droite. La première nageoire 
dorsale est placée au milieu de la longueur du dos, 
à peu près comme sur le marteau; les nageoires ven- 
trales sont très rapprochées; et l'on voit une fossette 
triangulaire vers l'origine de la queue. 

Cette dernière partie est très longue; et, ce qui 
fait le caractère distinctif du squale renard , elle est 
garnie par dessous d'une nageoire divisée en deux 
lobes, dont l'inférieur est très court, et dont le su- 
périeur est en forme de faux , et plus long que le 
corps de l'animal. 

Cette nageoire, très étendue, est comme une rame 
puissante qui donne au squale renard une nouvelle 
force pour atteindre ou éviter ses ennemis : et comme, 
indépendamment de sa grande vitesse, il paroît avoir 
l'odorat des plus sensibles, il n'est pas surprenant 
qu'il soit très vorace, et que ses manœuvres au milieu 
des eaux aient quelque ressemblance avec les ruses 
du véritable renard sur terre 1 ; ce qui a contribué à 
lui faire donner le nom que nous lui conservons ici. 

i. Pline a écrit que lorsque ce squale avoit mordu à l'hameçon , ii 
savoit l'avaler de manière à parvenir jusqu'à la ligne, qu'il coupoit 
avec ses dents. 



DES POISSONS. 



SUPPLÉMENT A L ARTICLE DU SQUALE KENARD. 

Il nous paroît utile, pour faire bien connoître cette 
espèce très remarquable de squale , de donner ici 
l'extrait d'une notice que nous avons reçue de M. INoël 
de Rouen. Cet observateur, dont les naturalistes esti- 
ment depuis long- temps le zèle éclairé et la sévère 
exactitude , a pu décrire, tant à l'intérieur qu'à l'ex- 
térieur, un très grand individu irâle de cette espèce, 
qui avoit échoué à Dieppe sur le sable , le premier 
frimaire de l'an 8 de l'ère françoise. La longueur to- 
tale de cet énorme poisson étoit de 484 centimètres, 
ou quinze pieds; et sa circonférence dans l'endroit 
le plus gros du corps, de 162 centimètres, ou cinq 
pieds. Un gris nuancé de bleuâtre distinguoit la partie 
supérieure de l'animal , de l'inférieure qui étoit blan- 
châtre. La tête étoit noirâtre ; la langue arrondie , 
grasse, ferme; l'œil très mobile dans son orbite, et 
dénué non seulement de membrane clignotante, mais 
encore de voile formé par une continuation de la 
peau. Deux lobes composoient la nageoire caudale : 
le supérieur avoit 234 centimètres de longueur, et 
32 centimètres de hauteur, ainsi que 8 centimètres 
d'épaisseur à l'endroit où il se séparoit du lobe de 
dessous. 

Le cœur, composé d'une oreillette et d'un ventri- 
cule , présentoit la forme d'un triangle allongé; les 
cinq branchies de chaque côté étoient longues, atta- 
chées à sept cartilages très forts, et d'un rouge foncé 
après la mort de l'animal. 



28 HISTOIRE NATURELLE 

Un œsophage très exlensibJe précédoit l'estomac, 
sur la tunique intérieure duquel on voyoit de petits 
globules blanchâtres. 

La figure du foie qui oflroit deux lobes, ressem- 
bloit un peu à celle d'une fourche, ou d'un Y grec. 

Le diaphragme étoit triangulaire, et chacun des 
deux reins noirâtre. 

Les vaisseaux spermatiques régnoient le long de la 
région de l'épine du dos ; on apercevoit les testicules 
dans le fond de l'abdomen; et des deux lobes qui 
formoient la laite, le droit avoit 1 3 décimètres de 
longueur sur 3 décimètres de largeur, et pesoit i3 ki- 
logrammes; et le gauche , qui pesoit 9 kilogrammes , 
étoit long de 108 centimètres* 



Dimensions de plusieurs parties du squale renard, 
décrit par M. Noël. 

cenlimêï.- 

Depuis le bout du museau jusqu'à l'ouverture de la bouche. ï 1 

jusqu'à l'œil 12 

jusqu'à la partie antérieure de la nageoire dorsale. . . 118 

jusqu'à l'une des deux pectorales 64 

De la partie postérieure de l'une des pectorales, à la ventrale 

correspondante 67 

De la partie postérieure de l'une des ventrales, à l'origine du 

lobe inférieur de la première nageoire caudale. . . ^ 53 

Largeur de l'ouverture de la bouche . 20 

Diamètre de l'œil. 5 

Longueur de l'ouverture des narines 1 -| 

Hauteur de la première nageoire dorsale 32 

Longueur de chacune des deux nageoires pectorales 72 

Longueur de la nageoire de l'anus 7 

Longueur du lobe inférieur de la nageoire caudale 21 

Longueur du cœur 18 

Large % ur du cœur ^ . . . . io 



DES POISSONS. 29 

rentiraèl. 

Longueur de l'œsophage 27 

Longueur de l'estomac j5 

Largeur de l'estomac 18 

Longueur du grand lobe du foie 3a 

Longueur du petit lobe du foie 'i!\ 

Longueur de la vésicule du fiel „ . . 16 

Largeur de la vésicule du fiel 8 

Longueur de la rate 3o 

Largeur de la rate 3 

Longueur du rectum . 100 

Longueur de l'un des reins 100 

Largeur du chacun des testicules, mesuré à sa base 3i 



LE SQUALE GRISET. 

Squalus griseus^ Gmel., Lacep. 



Ce cartilagineux, dont le nom indique la couleur, 
a de chaque côté six ouvertures branchiales, et ce 
nombre d'ouvertures suffit pour le distinguer de tous 
les autres squales compris dans le sous-genre dont il 
fait partie. 

Le museau est arrondi; l'ouverture de la bouche, 
grande et demi -circulaire. Les dents, dont la mâ- 
choire inférieure est hérissée, sont très grandes, très 

j . Chien de mer griset , Broussonnet , Mémoires de l'Académie des 
Sciences, 1780. 

Chien de mer griset , Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie mé- 
thodique. 



ÔO HISTOIRE NATUIU-LLE 

minces, presque carrées, et dentelées; et celles qui 
garnissent la mâchoire supérieure sont allongées , 
aiguës, non dentelées, plus étroites , plus courtes, 
et plus pointues sur le devant de la gueule que sur 
les côtés. On voit les narines situées très près de l'ex- 
trémité du museau , dont cependant elles sont moins 
voisines que les yeux. Ces derniers sont grands, ovales, 
et assez éloignés des évents, qui sont très petits. Les 
six ouvertures branchiales de chaque côté sont très 
grandes et très rapprochées. Il n'y a qu'une nageoire 
dorsale; elle est placée plus près de la tête que celle 
de l'anus , à laquelle elle ressemble , mais qu'elle sur- 
passe en grandeur. 



LE SQUALE AIGUILLAT 4 . 

Squalus AcanthiaSj, Gmel., Lacep. , Blainv. — 
Acanthias vulgaris, Risso. 



Nous allons maintenant nous occuper du troisième 
sous-genre compris dans le genre des squales, Cette 

i. Chien de mer. 

AguiLlat, dans plusieurs départements méridionaux. 
Aziot, auprès de Venise. 
Aguxeo, auprès de Gênes. 
Scazone, à Rome. 
Picked dog, en Angleterre. 
Hound-fish, ibid. 



DES POISSONS. 3l 

branche particulière de cette famille remarquable et 
nombreuse renferme les squales qui ont des évents 
auprès des yeux „ et qui d'ailleurs sont dénués de na- 
geoire de l'anus; ce qui leur donne une nouvelle 
conformité avec les raies. 

Chien de mer aiguillât, Daubenton, Encyclopédie méthodique. 
Id. Broussonnet, Mémoires de l'Académie des Sciences, 1780. 
Bloch , Histoire naturelle des poissons , troisième partie , pi. 85. 
Chien de mer aiguillât, Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie mé- 
thodique. 

Aiguillât, Valmont-Bomare, Dictionnaire d'Histoire naturelle. 
Fauna suecica, 295. 
Mus. ad. fr., p. 53. 
lt. Wgoth. 174. 

« Squalus pinna ani nulla , corpore rotundo, » Art. gen. 66, syn. 
94, spec. 102. 

Muller, prodrom. Zool. dan., p. 57, n. 011. 
Gronov. mus. 1, n. i34, Zooph., n. 149- 

Browne, Jamai. , p. 458, n. 5. (Browne a considéré les deux na- 
geoires ventrales comme deux nageoires de l' anus. ) 
Salvian. Aquat. p. i35, b, f ' , p. i36. 
Mustelus spinax , Belon, Aquat. p. 65. 
Acanthias , etc., Arist. , Hist. anim., lib. 6, cap. 10. 
Aiguillât, galeus acanthias, Rondelet, première partie, liv. 3, 
chap. 1. 

Klein, miss. pisc. 3, p. 8, n. 1, tab. 1, fîg. 5 et 6. 

Gesner, Aquat. 607. 

Dorhandt, id. ( Germ. ) f, 77, a. 

Willughby, Ichthy. p. 56. tab. B, 4, tig. 1. 

Galeus acanthias , sive spinax , Ray. pisc. p. 21. 

Picked dog-fïsh, Pennant, Zool. brit. 3. p. 77 , 11. 2. 
Charleton, p. 128. 

Galeus acanthias, Jonston , lib. 1, tit. 1, cap. 3, a 2, puact. 5, 
tab. 8 , fig. 5. 

Galeus acanthias, sive spinax , Aldrov., lib. 3, cap. I\o , p. 39g. 

Canis acanthias, spinax, Schouev., p. 29. 

Musttlus spinus , Scaliger. 



02 HISTOIRE NATURELLE 

Un des squales le plus anciennement connus de ce 
sous-genre, est l'aiguillât, qui habite dans toutes les 
mers, et particulièrement dans la Méditerranée, où 
il a été observé par un très grand nombre de natura- 
listes depuis le temps d'Aristote jusqu'à nos jours. La 
tête de ce poisson est aplatie, façonnée en l'orme de 
coin , mince par devant , arrondie vers l'extrémité du 
museau, et plus transparente que celle de plusieurs 
autres squales. Chaque narine a deux ouvertures pe- 
tites, presque rondes, et également éloignées du bout 
du museau et de l'ouverture de la bouche. On voit 
auprès des yeux huit rangs de pores destinés à laisser 
échapper une humeur muqueuse. Les dents, qui 
forment ordinairement trois rangées, sont allongées, 
aiguës, et garnies, de chaque côté de leur base, 
d'une pointe assez grande; elles ressemblent beau- 
coup à celles du squale roussette : mais il est aisé de 
les en distinguer, parce que celles de la roussette 
sont dentelées, et que si celles de l'aiguillât le sont, 
ce n'est que légèrement , et lorsque l'animal est déjà 
très développé. 

La ligne latérale est droite. La première nageoire 
dorsale est presque aussi avancée vers la tête que les 
pectorales; la seconde l'est plus vers le bout de la 
queue que les ventrales : l'une et l'autre sont armées , 
dans la partie antérieure de leur base, d'un aiguillon 
ou premier rayon épineux très dur, très fort, blanc, et 
presque triangulaire. Cet aiguillon , dont chaque na- 
geoire dorsale est garnie, est formé dans le fœtus, de 
manière à être très sensible , quoique un peu mou. 
On a prétendu que ce dard étoit venimeux. Nous 



DES POISSONS. 55 

avons vu que l'on avoit attribué la même qualfté vé- 
néneuse aux piquants des raies aigle et pastenaque. 
L'aiguillât, non plus que ces raies, ne contient cepen- 
dant aucun poison ; mais ce sont des effets semblables 
à ceux qu'on éprouve lorsqu'on a été blessé par l'arme 
de la raie aigle ou de la pastenaque, qui ont fait pen- 
ser que celle de l'aiguillât étoit empoisonnée. 

Nous n'avons pas besoin de faire remarquer que 
des piquants semblables à ceux de ce dernier poisson 
sont placés auprès des nageoires dorsales du squale 
philipp. 

L'extrémité de la queue de i'aiguillat est comme 
engagée dans une nageoire divisée en deux lobes, 
dont le supérieur est le plus long. 

Au reste, toutes les nageoires sont noirâtres. Le 
dessus du corps est d'un noirâtre tirant sur le bleu, 
et relevé par des taches blanches plus nombreuses 
dans les jeuues individus : le dessous est blanc, et les 
côtés sont blanchâtres avec quelques nuances de vio- 
let ; et des rides ou sillons dirigés obliquement vers la 
ligne latérale, les uns de haut en bas, et les autres 
de bas en haut, s'y réunissent de manière à y former 
des angles saillants tournés vers la tête. 

La chair de l'aiguillât est filamenteuse, dure, et 
peu agréable au goût; mais il est des pays du nord 
de l'Europe où le jaune de ses œufs est très recher- 
ché. Sa peau est aussi employée dans les arts, et y 
sert aux mêmes usages que celles du requin et de la 
roussette. 

C'est évidemment à cette espèce qu'il faut rappor- 
ter le squale décrit sous le nom de Tollo et de Squa- 
lus Fernandinus, dans l'Essai sur l'histoire naturelle 



34 HISTOIRE NATURELLE 

du Chili, par Molina 1 , et qui ne diffère de l'aiguillât 
par aucun caractère constant. Ce sont les piquants de 
ce squaie que les habitants du Chili regardent comme 
un spécifique contre le mal de dents, pourvu qu'on 
en appuie la pointe contre la dent malade : il seroit 
superflu de faire observer combien leur confiance est 
peu fondée. 



LE SQUALE SAGREl 

Squaius Spùiax^ Gmtll., Lacep. , Blainv. — Acan- 
thias Spinax, Risso. 



Ce poisson ressemble beaucoup à l'aiguillât , et a 
été souvent confondu avec ce dernier. Mais voici les 

i. « Squaius piuna anali nulla, dorsalibus spinosis, corpore tereti 
» ocellato , » Mollina, etc., p. 208. 

Squale dit Tollo , au Chili. Note communiquée par le célèbre voya- 
geur Dombey, qui a péri victime de son zèle pour les progrès des 
sciences naturelles. 

2. Sagree, sur la côte de Gênes. 

Chien de mer sagre , Daubenton, Encyclopédie méthodique. 

Chien de mer sagre, Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie mé- 
thodique. 

Id. Broussonnet, Mémoires de l'Académie des Sciences , 1780. 

« Squaius pinna a ni carens, naribus in extrcmo rostro. » Arted. gen. 
67, syn. 95. 

Mus. ad. fr. 2 , p. 49- 

Faunu suecica, 296. 



DES POISSONS. 55 

caractères qui font de ce cartilagineux une espèce 
distincte. Les narines sont placées presque à l'extré- 
mité du museau , au lieu d'être situées à une distance 
à peu près égale de cette extrémité et de l'ouverture 
de la bouche. Le dos est plus aplati que celui de l'ai- 
guillât. La couleur générale de l'animal est très brune ; 
et, ce qui paroîtra surtout remarquable à ceux qui 
se rappelleront ce que nous avons exposé sur les cou- 
leurs et les téguments des poissons dans notre pre- 
mier discours, la partie inférieure du corps présente 
des tubercules plus gros et une couleur plus foncée 
et plus noirâtre que la partie supérieure. Nous trou- 
verons, dans la classe entière des poissons, bien peu 
d'exemples de cette disposition extraordinaire et in- 
verse de couleur et de tubercules, qui, ainsi que 
nous l'avons dit, indique une distribution particu- 
lière dans les différents vaisseaux qui avoisinent la 
partie inférieure de l'animal, et suffit pour séparer 
une espèce de toutes celles qui ne montrent pas ce 
caractère. 

Le sagre vit dans la Méditerranée; il habite aussi 
l'Océan, même à des latitudes très septentrionales. 

Squalusniger, Guaner, Ad. nidros. 2, p. 2i3, tab. 7 et 8. 
« Galeus acantbias, seu spinax fuscus, » Willnghby, Ichthyol., 
p. 5 7 . 

Ray., pisc, p. 21. 

Mustelus seu spinax. Edw. Glan., tab. 28g. 



36 HISTOIRE NATURELLE 

LE SQUALE HUMANTIN 1 . 

Squalus Centrina, Gmel., Lacep. , Blainv. 



Le humantin, qui habite l'Océan et la Méditerra- 
née, a, comme l'aiguillât et le sagre, un piquant très 

i. Bernadet, dans plusieurs départements méridionaux. 

Renard, ibid. 

Humanthin, ibid. 

Porc , ibid. 

Pesce porco, à Rome. 

Chien de mer humantin, Daubenton , Encyclopédie méthodique. 

Chien de mer humantin , Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie 
méthodique. 

Id. Broussonnet, Mémoires de l'Académie des Seiences pour 1780. 

Humantin, Dessins sur vélin de la Bibliothèque du Muséum d'his- 
toire naturelle. 

Artcdi, gen. 67,5, syn, 95. 

Muller, prodr. Zool. dan., p. 37, n. 5i5. 

Bloch, Histoire naturelle des poissons, pi. n5. 

Klein, miss. pisc. 3, p. 10, n. 7. 

VUlpeciila, Bel. Aquat., p. 62, 64- 

Elian., Animal., lib. 1, cap. 55 ; lib. 2 , cap. 8. 

Gesn. Aquat. p. 609, ic. anim., p. 146; Thierb., p. 78, b. 

Salvian., Aquat., p. i56 , b. 

Porc , et Centrina, BondeJet, première partie , liv. i5, chap. 8. 

Aldrov. pisc, p. 4oi. 

Jonston , pisc, p. 28, tab. 8, fig. 4 e t 5. 

Centrica, Willughby, Ichth., p. 58, tab. B. et 2. 

Id. Ray. pisc, p. 21. 

Porc marin, Valmont-Bomare, Dictionnaire d'histoire naturelle. 



Poissons 




[. \.E SOTJALli 1UHII1I'. 



I,!, SOI AI, K HirMANTlN 



DES POISSONS. 37 

dur et très fort à chacune de ses deux nageoires dor- 
sales. Ce piquant est néanmoins incliné vers Ja tôle 
dans la première nageoire du dos, au lieu de l'être 
dans les deux vers la queue, ainsi que sur le sagre et 
l'aiguillât. Mais, indépendamment de cette disposi- 
tion des dards du huinantin, il est 1res aisé de le 
distinguer de tous les autres squal es par la forme géné- 
rale de son corps, qui représente un prisme trian- 
gulaire, dont le venlre forme une des faces. Le dos 
est, par conséquent, élevé en carène; et comme 
cette dernière partie, exhaussée dans le milieu de sa 
longueur, s'abaisse vers la queue, et vers la tête qui 
est petite et aplatie, l'animal montre encore une sorte 
de pyramide triangulaire, très basse et irrégulière, 
à ceux qui le regardent par le côté. 

Le humantin est brun par dessus, et blanchâtre 
par dessers. Sa peau, qui recouvre une tunique épaisse 
et adipeuse, est revêtue de tubercules gros, durs et 
saillants. Sa chair est si dure et si filamenteuse, 
qu'elle est constamment dédaignée : aussi pêche-t-on 
très peu le humantin, et va-t-on d'autant moins à sa 
poursuite qu'il ne fréquente guère les rivages, et qu'il 
aime à vivre dans la vase et dans Ja fange du fond des 
mers; ce qui lui a fait donner le nom de cochon ma- 
rin. Sa peau sert néanmoins à polir les corps durs. 

Les individus de celte espèce ont un mètre et demi 
(un peu plus de quatre pieds) de longueur, lors- 
qu'ils paroissent avoir atteint la plus grande partie de 
leur développement. La mâchoire supérieure est ar- 
mée de trois rangs, et l'inférieure d'un seul rang de 
dents aiguës. Les nageoires dorsales sont très rappro- 
chées de la tête ; la seconde est au dessus des ven- 

hACÛviiVK. vi. 5 



58 HISTOIRE NATURELLE 

traies; la queue, et la nageoire qui en garnit l'extré- 
mité, sont assez courtes à proportion de la longueur 
du corps. 



»» tJ*.&».0)ej**i*i«#<a**-8"*ff& 



LE SQUALE LICHE 1 . 

Squalus americanus, Gmel. , Lacep. — Scymnus 
nyeœensisj, Risso. 



C'est auprès du cap Breton, dans l'Amérique sep- 
tentrionale , qu'a été vu ce poisson. Sa tête est 
axande ; son museau court et arrondi. Ses dents sont, 
aplaties de devant en arrière , allongées , pointues et 
disposées sur plusieurs rangs : les plus grandes sont 
dentelées; peut-être le sont-elles toutes dans les in- 
dividus plus âgés que ceux que l'on a observés , et qui 
n'avoient qu'un mètre, ou environ trois pieds, de 
longueur. L'on voit, sur les bords du bout du mu- 
seau, les ouvertures des narines, qui sont assez lar- 
ges. Les deux dernières ouvertures branchiales de 
chaque côté sont très rapprochées, et les évents éloi- 
gnés des yeux. Les nageoires dorsales ne présentent 
aucun aiguillon : la première, qui est moins grande 

i. Chien de mer licke , Broussonnet , Mémoires de l'Académie des 
Sciences de Paris pour 1780. 

Chien de mer liche, Bounaterre, planches de l'Encyclopédie métho- 
dique. 




I LE SQUALE LIC'IIE 



,F. SQUALE AHU 1I.I.AI 



DES POISSONS. .39 

que la seconde , est plus près de la tête que le milieu 
de la longueur du corps; la seconde en est un peu 
plus éloignée que celle de l'anus. Les nageoires ven- 
trales sont grandes et rapprochées de la queue , qui 
se termine par une nageoire dont la forme imite celle 
d'un fer de lance ; et tout le corps est revêtu d'écaillés 
ou tubercules petits et anguleux. 

LE SQUALE GRONOVIEN 1 . 

Squalus indiens. Gmel. , Lacep. ( Espèce incertaine. ) 



Nous nommons ainsi un cartilagineux dont les na- 
turalistes doivent la conooissance à Gronovius. C'est 
dans Ses mers de l'Inde qu'il a été péché. Le carac- 
tère distinctif par lequel il est séparé des autres squa- 
les compris dans le même sous-genre, consiste dans 
la position de ses deux nageoires dorsales , dont la 
première est plus près du bout de la queue que les 
ventrales , et dont la seconde est très éloignée de la 
première vers cette même extrémité. Ces deux na- 
geoires sont d'ailleurs petites. Le museau est arrondi; 
chaque mâchoire présente sept rangs de dents ai- 
guës : les nageoires ventrales sont rapprochées l'une 
de l'autre; celle de la queue n'a qu'un lobe; et des 

1. o Squalus dorsovario inermi, dentibus acutis. » Grouov. mus. 1, 
11. i55, Zoophy. i5o. 



/jO HISTOIRE NATURELLE 

lâches 
du dos. 



taches noires relèvent la couleur grise de la tête et 



LE SQUALE DENTELÉ. 

Squatus denticu/atiiSj, Lacep, 



Nous donnons ce nom à un squale dont la descrip- 
tion n'a pas encore été publiée, et dont le dos, qui 
est très relevé, paroît en effet dentelé à cause d'une 
rangée de petits tubercules, qui s'étend presque de- 
puis l'entre-deux des yeux jusqu'à la première na- 
geoire dorsale. L'individu de cette espèce que nous 
avons observé fait partie de la collection cédée par 
la Hollande à la France , et déposée maintenant dans 
les galeries du Muséum d'histoire naturelle. Tout le 
dessus du corps et de la queue présente des taches 
rousses, assez grandes, et irrégulières ; et une couleur 
foncée règne sur la partie postérieure de toutes les 
nageoires, excepté de la caudale. 

Les dents sont triangulaires. Une membrane qui 
se termine en une sorte de barbilion, ferme l'ouver- 
ture de chaque narine ; la lèvre supérieure est un peu 
échancrée dans son milieu ; les évenls sont très près 
des yeux ; on compte cinq ouvertures branchiales de 
chaque côté du corps. La première nageoire dorsale 
est plus éloignée de la tète que de l'anus; la seconde 




I.I.Ii, MUAI. r. DIONTKLl'; __ 2 . I,K SOUAI/F, VNG 



DES POISSONS. 4 1 

est voisine de la première; la nageoire caudale est di- 
visée en deux lobes , qui sont séparés l'un de l'autre à 
l'extrémité de la queue, et dont l'inférieur, plus grand 
que le supérieur, est découpé de manière à être sous- 
divisé en trois petits lobes. 

Nous ignorons dans quelles mers habite ce poisson. 



PO t<S>6#e#»3>9« 



LE SQUALE BOUCLE 1 . 

Squalus spinosus, Gmel. , Lacep. — Scymnm spinosuxj, 

Risso. 



Le caractère distinctif de cette espèce consiste 
dans des tubercules inégaux en grandeur, larges et 
ronds à leur base, garnis à leur sommet d'une ou 
deux pointes recourbées , à peu près conformés 
comme ceux que l'on voit sur la raie bouclée, et ré- 
pandus sur toute la surface du squale. M. Brousson- 
net a publié, le premier, et dès 1780, la description 
de ce poisson, qu'il avoit faite sur un individu de 
quatre pieds, conservé dans le Muséum d'histoire 
naturelle. 

Le museau du bouclé est avancé et conique; l'ou- 

1. Chien demer bouclé, Broussonnet, Mémoires de l'Académie des 
Sciences pour 1780. 

Chien de mer bouclé, Bounaterre , planches de l'Eucyclopédie mé- 
thodique. 



4 2 HISTOIRE NATURELLE 

verture de la bouche n'est pas très grande ; les dents 
sont comprimées, presque carrées, découpées sur 
leurs bords, et disposées sur plusieurs rangs. La pre- 
mière nageoire du dos est aussi éloignée de la tête 
que les ventrales, qui cependant sont plus rappro- 
chées du bout de la queue que dans plusieurs antres 
espèces du même genre. Ces dernières sont d'ailleurs 
presque aussi grandes que les pectorales. 

LE SQUALE ÉCAILLEUX 4 . 

Squalus squamosus, Gmel. , Lacep. 



Nous avons vu les tubercules qui revêtent le corps 
du requin et d'autres cartilagineux de la même fa- 
mille, se changer en écailles plus ou moins distinc- 
tes, et plus ou moins polies et luisantes, sur le barbu, 
sur le barbillon, et sur quelques autres squales : mais 
c'est surtout le poisson dont nous traitons dans cet 
article, qui présente, dans les parties dures dont sa 
peau est garnie, la forme véritablement écailleuse; 
et de là vient le nom que nous croyons devoir lui 
conserver. Les écailles qu'il montre sont assez gran- 

i. Chien de mer écattleux, Broussonnet, Mémoires de l'Académie 
des Sciences pour 1780. 

Ckie?i de mer écai lieux, Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie 
méthodique. 



ri 65 



foissons 





W 




I LE SQUALE SCIE 2 LE SQUALE ROUSSETTE 



DES POISSONS. 4*5 

des, mais inégales en étendue , ovales et relevées par 
une arête longitudinale. 

Le museau est. allongé et aplati de haut en bas ; 
l'ouverture de Ja bouche, un peu petite et arquée; 
les dents sont presque carrées, découpées dans leurs 
bords à peu près comme celles du squale bouclé, et 
plus grandes dans la mâchoire inférieure que dans la 
supérieure. Les nageoires dorsales sont allongées, 
occupent une partie du dos assez étendue, et sont 
arméesc hacune d'un aiguillon, comme celles de l'ai- 
guillât, du sagre et du humantin; et la seconde de 
ces nageoires est moins près de la tête que les ventra- 
les , qui cependant en sont assez éloignées. M. Brous- 
sonnet a parlé le premier, et dès 1780, de cette es- 
pèce, dont il a vu un individu d'un mètre, ou environ 
trois pieds, de longueur, dans le Muséum d'histoire 
naturelle. 



? è^*****^***»**-^ ^*e^-fro-C'^«-»^e^«*&^c*«^ete*& 



LE SQUALE SCIE 1 . 

Squalus pristis^ Gmel. , Lacep. — Squalus raslrifer, 
Gommers. — Pristis antiquorum s Lath. , Blainv. 
— Pristis pectinata. 



Le nom que les anciens et les modernes ont donné 
à cet animal , indique l'arme terrible dont sa tête est 

1. Espadon. 
Epèe de mer. 



44 HISTOIRE NATURELLE 

pourvue , et qui seule le sépareroit de toutes les es- 
pèces de poissons connues jusqu'à présent. Cette 
arme forte et redoutable consiste dans une prolonga- 



Sag-fisk, en Suède. 

Saw-fish, en Angleterre. 

Chien de mer scie, Daubeuton, Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 

Fauna suecica , 297. 

Mus. ad., fr. 1 , p. 52. 

O. Fabric. Faun. groenl., p. i3o, n. 91. 

Muller, prodrom. Zool. dan., p. 38, n. 319. 

« Squalus rostro longo cuspidato osseo piano utrinque dentato, » 
Artedi, gen. 66, syn. g3. 

Gronov. mus. 1, n. i52,Zooph., n. 1 48. 

Browne, Jatnaic, p. 4^8, n. 1. 

Bloch, pi. 120. 

Klein, miss. pisc. 5, p. 12, n. 11, tab. 3, fig. 1 et 2. 

Squalus raslrifer, Commerson , manuscrits déjà cités. 

Araguagua, Marcgr. Brasil., p. i58. 

Id. Pis. lud., p. 54. 

Serra, Plin. Hist. mundi , lib. 32, cap. it. 

Clus. Exot., p. i55. 

Aldrov. Cet. p. 692. 

Olear. Kunstk., p. 4 1 * taD - 2 °* n g- '• 

Gesner, Aquat. p. 739, ic. anim., p. 171; Thierb., p. 101. 

Willughby, Ichth.,p. 6], tab. B, 9, fig. 5. 

May. pisc, p. 23. 

Vivelle, Rondelet, première partie, liv. 16, cliap. 11. 

Xiphias, vel Gladius, Jonston , pisc, p. i5, tab. 4 , fig. t. 

Blas. Anat. , p. 307, tab. 49> u g- i3. 

Spadon. Du Tertre, Antil., p. 207. 

« Serra marina, langue de serpent, » Belon, Aquat., p. 66. 

Chien de mer scie, Broussonnet, Mémoires de l'Académie des 
Sciences pour 1780. 

Scie, Espadon, Èpée de mer, V r almont-Bomare, Dictionnaire d'his- 
toire naturelle, article des Baleines. 

Arist., Hist. animal., lib. 6, cap. 22. 

Athen., lib. 8, p. 355. 



DES POISSONS. Zp 

tion du museau , qui , au lieu d'être arrondi , ou de 
finir en pointe, se termine par une extension très 
ferme, très longue, très aplatie de haut eu bas, et 
très étroite. Cette extension est composée d'une ma- 
tière osseuse, ou , pour mieux dire , cartilagineuse et 
très dure. On peut la comparer à la lame d'une épée ; 
et elle est recouverte d'une peau dont la consistance 
est semblable à celle du cuir. Sa longueur est com- 
munément égale au tiers de la longueur totale de l'a- 
nimal ; sa largeur augmente en allant vers la tête , 
auprès de laquelle elle égale ordinairement le septième 
de la longueur de cette même arme , pendant qu'elle 
n'en est qu'un douzième à l'autre extrémité. Le bout 
de cette prolongation du museau ne présente cepen- 
dant pas de pointe aiguë , mais un contour arrondi ; 
et les deux côtés de cette sorte de lame montrent un 
nombre plus ou moins considérable de dents , ou 
appendices dentiformes très forts, très durs, très 
grands et très allongés. Ils font partie du cartilage 
très endurci qui compose cette même prolongation; 
ils sont de même nature que ce cartilage , dans lequel 
ils ne sont pas enchâssés comme de véritables dents, 
mais dont ils dérivent comme des branches sortent 
d'un tronc; et, perçant le cuir qui enveloppe cette 
lame, ils paroissent nus à l'extérieur. La longueur de 
ces sortes de dents, qui sont assez séparées les unes 
des autres , égale souvent la moitié de la largeur de ia 
lame, à laquelle elle donne la forme d'un long peigne 
garni de pointes des deux côtés, ou, pour mieux 
dire, du râteau dont les jardiniers et les agriculteurs 
se servent : aussi plusieurs naturalistes ont-ils nommé 



!\6 HISTOIRE NATURELLE 

le squale scie , Râteau ou Porte-râteau. Pendant que 
l'animal est encore renfermé dans son œuf, ou lors- 
qu'il n'en est sorti que depuis peu de temps, la lame 
cartilagineuse qui doit former son arme est molle, 
ainsi que les dents que produisent les découpures de 
cette lame , et qui sont , à cette époque de la vie du 
squale , cachées presque en entier sous le cuir. Au 
reste , le nombre des dents de cette scie varie dans 
les différents individus , et le plus souvent il y en a 
de vingt-cinq à trente de chaque côté. 

Nous allons voir l'usage que le poisson scie fait de 
cette longue épée ; mais achevons auparavant de faire 
connoître les particularités de la conformation de ce 
squale. 

La couleur de la partie supérieure de ce cartilagi- 
neux est grise et presque noire; celle des côtés est 
plus claire, et la partie inférieure est blanchâtre. On 
voit sur la peau de très petits tubercules , dont l'ex- 
trémité est tournée vers la queue, et qui par consé- 
quent ne rendent cette même peau rode au toucher 
que pour la main qui en parcourt la surface en allant 
de la queue vers le museau. 

La tête et la partie antérieure du corps sont apla- 
ties. L'ouverture de la bouche est demi-circulaire, et 
placée dans la partie inférieure de la tête , à une plus 
grande distance du bout du museau que les yeux. Les 
mâchoires sont garnies de dents aplaties de haut en 
bas , ou, pour mieux dire , un peu convexes, serrées 
les unes contre tes autres, et formant une sorte de 
pavé. 

Les nageoires pectorales présentent une grande 



DES POISSONS. 47 

étendue ; la première dorsale est située au dessus des 
ventrales, et celle de la queue est très courte K 

Les anciens naturalistes et quelques auteurs mo- 
dernes ont placé la scie parmi les cétacés, que l'on 
a si souvent confondus avec les poissons, parce qu'ils 
habitent les uns et les autres au milieu des eaux. 
Cette première erreur a fait supposer par ces mêmes 
auteurs, ainsi que par Pline, que la scie parvenoit à 
la très grande longueur attribuée aux baleines, et l'on 
a écrit et répété que, dans des mers éloignées, elle 
avoit quelquefois jusqu'à deux cents coudées de long, 

i. Principales dimensions d un squale scie mesuré par Commerson , 
au moment où cet animal venoit de mourir. 

pieds. pouc. lign. 

Longueur depuis iebout du museau jusqu'aux pointes 
de la prolongation de cette partie , les plus 

voisines de la tête proprement dite o 7 6 

au bord antérieur des narines. . . o 7 10 

au milieu des yeux o 8 6 

aux évents o 9 5 

à la première ouverture branchiale ) o 6 

à la cinquième ouverture branchiale 1 1 8 

au bout antérieur de la base des nageoires pec- 
torales 1 o 6 

à l'origine des nageoires ventrales 1 7 10 

à l'anus 1 n 

à l'origine de la première nageoire dorsale. . . 1 8 o 

à l'origine de la seconde nageoire dorsale. . . 2 5 

à l'origine de la nageoire de la queue 2 G 8 

au bout de la nageoire de la queue, le plus éloi- 
gné de la tête 2 11 <; 

Largeur de la tête , auprès de l'ouverture de la bou- 
che o 2 8 

du corps, auprès des nageoires pectorales, à 

l'endroit où elle est la plus grande o / ( (! 

du corps, auprès de la seconde nageoire du dos. o 1 5 



/j8 HISTOIRE NATURELLE 

Quelle distance entre cette dimension et celles que 
l'observation a montrées dans les squales scies les 
plus développés ! On n'en a guère vu au delà de 
cinq mètres , ou de quinze pieds , de longueur; mais 
comme tous les squales ont des muscles très forts, 
et que d'ailleurs une scie de quinze pieds a une arme 
longue de près de deux mètres, nous ne devons pas 
être surpris de voir les grands individus de l'espèce 
que nous examinons, attaquer sans crainte et com- 
battre avec avantage des habitants de la mer des plus 
dangereux par leur puissance. La scie ose même se 
mesurer avec la baleine mysticète , ou baleine fran- 
che, ou grande baleine ; et , ce qui prouve quel pou- 
voir lui donne sa longue et dure épée, son audace va 
jusqu'à une sorte de haine implacable. Tous les pê- 
cheurs qui fréquentent les mers du Nord assurent 
que toutes les fois que ce squale rencontre une ba- 
leine, il lui livre un combat opiniâtre. La baleine 
tâche en vain de frapper son ennemi de sa queue, 
dont un seul coup suffi roi t pour le mettre à mort : 
Je squale, réunissant l'agilité à la force, bondit, s'é- 
lance au dessus de l'eau , échappe au coup, et retom- 
bant sur le cétacé, lui enfonce dans le dos sa lame 
dentelée. La baleine, irritée de sa blessure, redouble 
ses efforts : mais souvent, les dents de la lame du 
squale pénétrant très avant dans son corps, elle perd 
la vie avec son sang, avant d'avoir pu parvenir à frap- 
per mortellement un ennemi qui se dérobe trop ra- 
pidement à sa redoutable queue. . 

Martens a été témoin d'un combat de cette nature 
derrière la Hitlande , entre une autre espèce de ba- 
leine nommée Nord caper et une grande scie. 11 n'osa 



i>es poissons, 4g 

pas s'approcher du champ de bataille ; mais il les 
voyoit de loin s'agiter, s'élancer, s'éviter, se pour- 
suivre , et se heurter avec tant de force , que l'eau 
jaillissoit autour d'eux, et retomboit en forme de 
pluie. Le mauvais temps l'empêcha de savoir de quel 
côté demeura la victoire. Les matelots qui étoient 
avec ce voyageur, lui dirent qu'ils avoient souvent 
sous les yeux de ces spectacles imposants; qu'ils se 
lenoient à l'écart jusqu'au moment où la baleine étoit 
vaincue par îa scie, qui se contentoit de lui dévorer 
îa langue, et qui abandonnoit en quelque sorle aux 
marins le reste du cadavre de l'immense cétacé. 

Mais ce n'est pas seulement dans l'Océan septen- 
trional que la scie donne, pour ainsi dire, la chasse 
aux baleines; elle habite en effet dans les deux hé- 
misphères, et on l'y trouve dans presque toutes les 
mers. On la rencontre particulièrement auprès des 
cotes d'Afrique, où la forme, ia grandeur et la force 
de ses armes ont frappé l'imagination de plusieurs 
nations nègres, qui l'ont, pour ainsi dire, divinisée, 
et conservent les plus petits fragments de son museau 
dentelé, comme un fétiche précieux. 

Quelquefois ce squale , jeté avec violence par la 
tempête contre la carène d'un vaisseau, ou précipité 
par sa rage contre le corps d'une baleine , y enfonce 
sa scie qui se brise ; et une portion de cette grande 
lame dentelée reste attachée au doublage du bâtiment 
ou au corps du cétacé ; pendant que l'animal s'éloigne 
avec son museau tronqué et son arme raccourcie. On 
conserve , dans les galeries du Muséum d'histoire na- 
turelle, un fragment considérable d'une très grande 
lame de squale scie , qui y a été envoyé dans le temps 



ffO HISTOIRE NATURELLE 

par M. de Capellis, capitaine de vaisseau, et qui a été 
trouvé implanté dans le côté d'une baleine. 

LE SQUALE ANISODON 

Pristis ciïrhatùsj, Lath. 



M. Jean Lath a m a décrit, dans les Actes de la So- 
ciété Linné enne de Londres 2 , quatre squales auxquels 
il donne les noms de Pristis antiquorum 3 Pristis pec- 
tinatus, Pristis cuspidatus ^ et Pristis microdon, et 
que nous croyons devoir considérer comme des va- 
riétés produites par l'âge, ie sexe ou le pays, dans 
l'espèce de notre squale scie. Mais ce savant natura- 
liste a fait connoître , dans le même ouvrage, un cin- 
quième squale que nous regardons comme une es- 
pèce distincte de la scie et de tous les autres squales , 
et que nous nous empressons d'inscrire dans notre 
catalogue des poissons cartilagineux. 

Ce squale que nous nommons A rdsodon^ a été pé- 
ché auprès des rivages de la Nouvelle -Hollande. De 
chaque côté de son museau très long et très étroit, 
on voit une vingtaine de dents aiguës et un peu recour- 

i. Squalus atiisodon. (Anisodon vient de deux mots grecs, odon , 
deut, et anisos, inégal. ) 

Piùstis cerrhatus, John Latham, Act. de la Soc. Liiin. de Lond. , 
vol. II, p. 273. 

•2. Vol. et pag. déjà cités. 



DES POISSONS. 5i 

bées; et auprès de chacune de ces grandes dents, on 
en compte depuis trois jusqu'à six qui sont beaucoup 
plus courtes. Les filaments flexibles qui pendent au 
dessous du museau , ont de longueur le quart ou en- 
viron de la longueur totale du poisson. Au reste, l'in- 
dividu décrit par M. Latham étoit mâle, et devoit 
être très jeune. 



LE SQUALE ANGE 4 . 

Squalus Squatina, Gmel. , Lacep. — Squatina lœvis, 
Cuv. — Squatina Angélus s Blainv. , Risso. 



De tous les squales connus , l'ange est celui qui a le 
plus de rapports avec les raies et particulièrement 
avec la rhînobate. INon seulement il est, comme ces 

i. Créac de base, auprès de Bordeaux, 

Squaqua, dans plusieurs pays d'Italie. 

Squal.a, ibid. 

Pesce angelo , à Gênes. 

The monlc, or angel-fish , eu Angleterre. 

Chien de mer ange, Daubenton, Encyclopédie méthodique. 

Id. Bomiaterre, planches de l'Encyclopédie inélhodique. 

Mus. ad. fr. 2 , p. 4°- 

o Squalus pinna ani carens, ore in apice capîtis, » Arledi , gen. 67, 
n. 6, syn. 96. 

Gronov. mus. 1, i3y; Zooph. 1 5 1 . 

Bloch , Histoire des poissons étrangers, etc., pi. 116. 

« Rhina sive squatina auctorum . » Klein, miss. pisc. 5, p. 14, n. i, 
lab. 2 , iig. 5 et 6. 



52 HISTOIRE NATURELLE 

dernières, dénué de nageoire de l'anus et pourvu 
d'évents, mais encore il s'en rapproche par la forme 
de sa queue, par l'aplatissement de son corps, et par 
la grande étendue des nageoires pectorales. Il s'en 
éloigne cependant par un autre caractère très sen- 
sible qui le lie au contraire avec le squale barbu, 
par la position de l'ouverture de la bouche, qui, au 
lieu d'être placée au dessous du museau, en occupe 
l'extrémité. Cette ouverture, qui est d'ailleurs assez 
grande , forme une partie de la circonférence de la 
tête, qui est arrondie, aplatie, et plus large que le 
corps. 

Les mâchoires sont garnies de dents pointues et 
recourbées , disposées sur des rangs dont le nombre 
angmente avec l'âge de l'animal, et est toujours plus 

Aristot., Hist. anim., lib. 2 , cap. >5-, lib. 5, cap. 5, 10, n;lib. g, 
cap. Zj. 

Squadro, Salvian. Aquat., p. j5i. 

Sc/uatina , Plin. Hist. mundi, lib. g, cap. 12, 24, k'i , 5i. 

L'ange, Rondelet, première partie, liv. I2,cbap. 20. 

Gesn. Aquat. p. 899 , 902; icon. anim. p. 3y , 4o \ Thierb. , p. i65, 
b, 166. 

Aldrovand. pisc. p. 47 2 « 

Jonstoii, pisc. p. 3g, tab. 11, fig. 7. 

Beloii , Aquat. p. 78. 

Squatina, YYillughby, Ichth., p. 97, tab. D, 5. 

Ray., pisc, p. 26. 

Chien de mer ange, Broussonnet, Mémoires de l'Académie des 
Sciences pour 1780. 

Angel-fish, Pcunant, Brit. Zool. 3, p. 74, 11. 1. 

Oppiau, lib. 1, cap. i5. 

Charleton, p. 1 5 1 . 

Atlien. lib. 7 , pag. 5 19. 

Squatine, et Ange, Valmcnl de Bomare, Dictionnaire d'histoire 
naturelle. 



DES POISSONS. 53 

grand dans la mâchoire inférieure que dans la supé* 
rieure. 

Les narines sont situées, comme la bouche, sur 
le bord antérieur de la tête, et la membrane qui les 
recouvre se termine par deux barbillons. 

C'est sur la queue que l'on voit les deux nageoires 
dorsales; les ventrales sont grandes; la caudale est 
un peu en demi-cercle; et les pectorales sont très 
étendues et assez profondément échancrées par de- 
vant. Au reste , ce sont les dimensions ainsi que la 
forme de ces dernières qui les ont fait comparer à 
des ailes comme les pectorales des raies, et qui ont 
fait donner le nom à' Ange au squale que nous dé- 
crivons. 

Ce cartilagineux ressemble d'ailleurs à plusieurs 
raies par les aiguillons recourbés en arrière qu'il a 
auprès des yeux et des narines , sur les nageoires pec- 
torales et ventrales , et sur le dos et la queue. Il est 
gris par dessus , et blanc par dessous ; et les nageoires 
pectorales sont souvent bordées de brun par dessous, 
et blanches par dessus ; ce qui leur donne de l'éclat , 
les fait contraster avec la nuance cendrée du dos, et 
n'a pas peu contribué à les faire considérer comme 
des ailes. 

L'ange donne le jour à treize petits à la fois. Les 
grands individus de cette espèce ont communément 
sept ou huit pieds (près de trois mètres) de longueur; 
mais les appétits de ce squale ne doivent pas être très 
violents, puisqu'il va quelquefois par troupes, et qu'il 
ne se nourrit guère que de petits poissons. Il les prend 
souvent en se tenant en embuscade dans le fond de 
la mer , en s'y couvrant de vase , et en agitant ses bar- 

LACÉPÈDE. VI. 4 



54 HISTOIRE NATURELLE 

billons qui , passant au travers du limon , paraissent 
comme autant de vers aux petits poissons, et les 
attirent , pour ainsi dire , jusque dans la gueule de 
l'ange. 

Il habite dans l'Océan septentrional , aussi bien 
que dans la Méditerranée, sur plusieurs rivages de 
laquelle on emploie sa peau à polir des corps durs, 
à garnir des étuis, et à couvrir des fourreaux de sabre 
ou de cimeterre. 



DES POISSONS. 55 



QUATRIÈME GENRE. 

LES AODONS. 

Les mâchoires sans dents; cinq ouvertures branchiales 
de chaque côté du corps. 

ESPÈCES. CARACTÈRES. 

i . Aodon massasa. I Les nageoires pectorales très longues. 

/ Les nageoires pectorales courtes; quatre bar- 
2. Aooon kumal. \ billons auprès de l'ouverture de la bou- 

^ che. 
„ . ( Un long appendice au dessous de chaque 

Ù. AODON CORNU. J *| 



56 HISTOIRE NATURELLE 

L'AODON MASSASA 1 . 

Âodon Massasa, Lacep. — Squaius Massasa, 
Forsk., Gmel. 



L'AODON KUMAL 2 . 

Aodon Kumal, Lacep. — Squaius Kumal, Fobsk., Lacep. 



Ces deux espèces de cartilagineux ont été com- 
prises jusqu'à présent dans le genre des squales ; mais 
nous avons cru devoir séparer de cette famille des 
animaux qui en diffèrent par un caractère aussi re- 
marquable que le défaut total de dents, mis en op- 
position avec la présence de dents très grandes, très 
fortes et très nombreuses, telles que celles des squa- 
les. Nous en avons composé un genre particulier, que 
nous distinguons par le nom & Aodon, qui veut dire 
sans dents, et qui exprime leur dissemblance avec 
les cartilagineux parmi lesquels ou les a comptés. Au 



1. Squaius massasa, Forskael , Faun. arab., p. 10, n. 17. 

Chien de mer massasa, Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie mé- 
thodique. 

2. Squaius kumal, Forskael, Faun. arab., p. 10, n. 19. 

Chien de mer kumal, Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie mé- 
thodique. 



DES POISSONS. 67 

reste, le noassasa et le kurnal , qui habitent tous les 
deux dans la mer Rouge, ne sont encore connus que 
d'après de très courtes descriptions données par Fors- 
kael; et nous n'avons en conséquence rien à ajouter 
à ce que nous venons d'en dire , dans le tableau mé- 
thodique du genre qu'ils forment. 



<M p a< t PO g oi»» C»s >o»e ^ ot»o<>Q »»»»#»fl>o»a <»o o**** « *t*4>*#*Sfl 



L'AODON CORNU 1 . 



Aodon cornutus, Lacep. — Squalus edentulm, 
Gmel. 



C'est aussi dans le genre de l'aodon que nous avons 
cru devoir placer l'animal sans dents , dont la tête 
a été décrite par Brunnich dans son Histoire natu- 
relle des poissons de Marseille^ et qui a été compris 
parmi les squales par cet observateur, ainsi que par 
M. Bonnaterre. On ne connoît encore ce poisson que 
par Brunnich , qui n'en a vu qu'une tête desséchée 
dans la collection de l'académie de Pise : mais les ca- 
tactères que présente cette tête suffisent pour distin- 
guer l'animal non seulement des autres aodons, mais 
encore de tous les poissons dont on a publié jusqu'à 
présent la description ou la figure. Elle est plate , 

1. Sc/ualus edentulus, Brunnich. Ichthyol. massiliens. , p. 6. 
Chien de mer eornu, Bonnalerre, planches du l'Encyclopédie mé- 
thodique. 



58 HISTOIRE NATURELLE 

large de trois palmes, dit Brunnich, et comme tron- 
quée vers le museau. Les deux mâchoires sont garnies 
d'une bande osseuse et large d'un pouce. Cette bande 
est lisse dans la mâchoire inférieure, et raboteuse 
dans la supérieure, qui est plus avancée que l'autre. 
Les yeux sont grands; et un peu au dessous de cha- 
cun de ces organes on voit s'élever un appendice cu- 
tané , long d'un palme et demi, et en forme de corne 
un peu contournée. 



DES POISSONS. 59 



SECONDE DIVISION. 

Poissons cartilagineux qui ont une membrane des 
branchies sans opercule. 



SIXIÈME ORDRE 

DE LA CLASSE ENTIÈRE DES POISSONS 

ou 

SECOND ORDRE 

DE LA SECONDE DIVISION DES CARTILAGINEUX 1 . 

Poissons jugulaires, ou qui ont des nageoires situées 
sous la gorge. 



SIXIEME GENRE. 



LES LOPHIES. 



Un très grand nombre de dents aiguës; une seule ou- 
verture branchiale de chaque côté du corps; les na- 
geoires pectorales attachées à des prolongations en 
forme de bras. 

1. On ne connolt encore aucune espèce de poisson dont on puisse 
former un premier ordre , ou un ordre d'apodes , dans la seconde di- 
vision des cartilagineux. 



<5o 



HISTOIRE NATURELLE 



PREMIER SOUS-GENRE. 
Le corps aplati de haut en bas. 



ESPECES. 

1. LOPHIE BAUDROIE. 

•2. LOPHIE VESPERTILION. 

3. LOPHIE FAUJAS. 



CARACTERES. 



La tête très grosse et arrondie. 

Le corps tuberculeux ; le museau pointu. 
[Le corps très déprimé, aiguillonné et en 
1 forme de disque. 



SECOND SOUS-GENRE. 
Le corps comprimé latéralement. 



ESPECES. 



4. LOPHIB HISTRION. 



5. LOPHIE CHIRONECTE. 



6. LOPHIE DOUBLE-BOSSE. 



7. LOPHIE COMMERSON. 



CARACTERES. 

Un long filament placé au dessus de la lèvre 
supérieure, et terminé par deux appen- 
dices charnus. 

Un long filament placé au dessus de la lèvre 
supérieure, et terminé par une très petite 
masse charnue; le corps rougeâtre, et pré- 
sentant quelques taches noires. 

Un long filament placé au dessus de la lèvre 
supérieure, et terminé par une très petite 
masse charnue ; le corps varié de noir et 
de gris. 

Un long filament placé au dessus de la lèvre 
supérieure, et terminé par une très petite 
masse charnue ; le corps noir ; un point 
blanc de chaque côté. 



TROISIÈME SOUS-GENRE. 

Le corps de forme conique. 



ESPÈCE. 



8. LOPHIE TERGOSON. 



CARACTÈRES. 

Deux filaments situés au dessus de la lèvre 
supérieure; des protubérances anguleuses 
sur la partie supérieure de la tête. 



DES POISSONS. 6l 



LA LOPHIE BAUDROIE 1 . 

Lophius piscatorius, Gmel. , Lacep., Guv., Risso. 



Les poissons que nous avons décrits jusqu'à pré- 
sent sont dénués d'opercule et de membrane parti- 

1. Rana piscatrix. 

Marino piscatore, en Italie. 

Martino piscatore, ibid. 

Diavolo di mare, ibid. 

Baudroie , dans plusieurs départements méridionaux. 

Pescheteau, ibid. 

Galanga, ibid. 

Toad-fish, en Angleterre. 

Frog-fish, ibid. 

Sea-devit, ibid. 

Baudroie (ta grande), Daubenton, Encyclopédie méthodique. 

Lophius piscatorius, Fauna suecica , 298. 

Mùller, prodrom. Zoolog. danic. , p. 38, n. 3a i* 

it. scan. 327. 

Mus. ad. fr. 55. 

Lophius ore cirroso , Artedi, gen. 36, syn. 87. 

Gronov. mus. 1, p. 57, Zooph. p. 58. 

Bloch, Histoire naturelle des poissons, pi. 87. 

Lophius, Strom. sondm. 271. 

« Batrachus capite rictuque ranae, » Klein, miss. pisc. 3, p. i5. 

« Batrachus altero pinnarum pare ad cxortum caùdae carens , » ibid. 

Charleton, Onom. 19g. 

Olear. mus. 37, tab. 23, ûg. 4- 



6'2 HISTOIRE NATURELLE 

culière destinés à fermer, à leur volonté, les ouvertu- 
res de l'organe de la respiration. Ceux qui composent la 
seconde division des cartilagineux, et dont nous allons 
exposer les habitudes et les formes, présentent dans 
cet organe une conformation différente : ils n'ont pas, 
àla vérité, d'opercule ; mais ils ont reçuune membrane 
propre à fermer l'ouverture des branchies. Le pre- 
mier genre que nous rencontrons sur le tableau mé- 
thodique des quatre ordres qui forment cette division 
pourvue d'une membrane branchiale sans opercule, 
est celui des lophies. Le nom de Lophie, en latin lo- 
phkiS; vient du mot grec lopkia, qui signifie nageoire 

Baudroie ( la grande) , Bormaterre , planches de l'Encyclopédie mé- 
thodique. 

Cicer. , de Natura Deorum , lib. *2. 

Belon , Aquat., p. 85. 

Rana marina, Jonston, pisc, p. 36, tab. n, fig. 8. 

Rana, Plin. Hist. tnnndi , lib. 9, cap. 24. 

Fishing frog , Brit. Zool. 3, p. g5, g5, n. 1, 2, tab. 94. 

« Toad-fish, frog-fish , sea-devil, » Willughby, [chth. , p. 85, 
tab. E, 1. 

Baudroie, Camper, Mém. des savants étrangers, 6, p. 177. 

Galanga, Rondelet, première partie, liv. 12, chap. 19. 

Id. Valmont-Bomare, Dict. d'histoire naturelle. 

Arist., lib. 9, cap. 37; lib. 2 , cap. i3; lib. 5, cap. 5. De parlibus 
animalium, lib. 4> cap. 14. 

iElian., lib. 9, cap. 24; et lib. i3, cap. 1 et 2. 

Athen., lib. 7, p. 286. 

Oppian. , lib. 2, p. 33. 

Salv., fol. i3g, b, i4o, 14 1 - 

Gesner, p. 81 3, 816. 

Ray., p. 29. 

Schonev., p. 5g. 

Rana piscatrix vulgaris , Aldrovand., lib. 3, cap. 64. 

Baudroie, Dessins sur vélin déposés dans la bibliothèque du Mu- 
séum d'histoire naturelle. 



LES POISSONS. 63 

et élévation, et qui désigne la grande quantité d'émi- 
nences, de prolongements et de nageoires, que l'on 
voit en effet sur le dos de toutes les espèces compri- 
ses dans le genre que nous allons chercher à faire 
connoître. Nous examinerons ce caractère avec d'au- 
tant plus d'attention, que nous le voyons pour la pre- 
mière fois : mais les lophies en montrent d'autres 
que nous devons considérer auparavant. Et d'abord, 
jetons les yeux sur celui qui les a fait inscrire dans le 
second ordre de la seconde division 1 , sur la manière 
dont sont placées les nageoires inférieures, celles que 
dans tous les poissons on a comparées à des pieds. 
Au lieu d'être très voisines de l'anus , comme dans 
les différentes espèces de raies et de squales , ces na- 
geoires sont situées très près de l'ouverture de la 
bouche, et, pour ainsi dire, sous la gorge : elles sont 
par là bien plus antérieures que les nageoires pectora- 
les, qui d'ailleurs sont plus reculées que dans plusieurs 
autres poissons; et voilà ce quia causé la méprise de 
plusieurs naturalistes, qui ont regardé les nageoires 
jugulaires comme des nageoires pectorales, et les na- 
geoires de la poitrine comme des nageoires ventrales. 
Cependant, pour mieux faire connoître ce qui ca- 
ractérise les lophies, décrivons-en l'espèce la plus re- 
marquable , en indiquant ce qui est particulier à ce 
cartilagineux , auquel nous conservons le nom de 
Baudroie, et ce qui est commun à tous les animaux 
qui composent sa famille. Les nageoires inférieures , 
placées sous la gorge , ainsi que nous venons de le 
dire, et de même que dans les autres lophies, sont 

i. Article intitulé : Nomenclature des Poissons. 



64 HISTOIRE NATURELLE 

courtes, fortes, et composées de rayons assez mobiles 
pour servir à la baudroie à s'attacher, et , pour ainsi 
dire, à s'accrocher au fond des mers. Ces rayons sont 
d'ailleurs au nombre de cinq, et réunispar une mem- 
brane assez lâche : aussi a-t-on cru voir dans cha- 
cune de ces deux nageoires ventrales , ou plutôt ju- 
gulaires, une sorte de main à cinq doigts et palmée. 
D'un autre côté, les nageoires pectorales, au lieu de 
tenir immédiatement au corps de l'animal, sont si- 
tuées, ainsi que celles des autres lophies, à l'extré- 
mité d'une prolongation charnue et un peu coudée , 
que l'on a voulu comparer à un bras et un avant- 
bras , ou à une jambe et un pied. On a regardé en 
conséquence les rayons des nageoires pectorales 
comme autant de doigts d'une main ou d'un pied; 
et la baudroie n'a plus paru qu'une sorte d'ani- 
mal marin à deux mains et à deux pieds, ou plutôt à 
quatre mains. On en a fait un quadrumane ; on a dit 
qu'elle étoit, au milieu des eaux de la mer, le repré- 
sentant des singes , des mongous, et des autres ani- 
maux terrestres auxquels le nom de quadrumane a 
été aussi donné ; et comme lorsque l'imagination a se- 
coué le joug d'une saine analogie, et qu'elle a pris son 
essor, elle cède avec facilité au plaisir d'enfanter de 
faux rapports et de vaines ressemblances, on est allé 
jusqu'à supposer dans la baudroie des traits de l'es- 
pèce humaine. On a surtout métamorphosé en mains 
d'homme marin ses nageoires jugulaires; et, il faut 
en convenir, la forme de ces nageoires, ainsi que les 
attaches de celles de la poitrine, pouvoient non pas 
présenter à un naturaliste exact, mais rappeler à un 
observateur superficiel quelque partie de l'image de 



DES POISSONS. 65 

l'homme. Quel contraste néanmoins que celui de 
cette image auguste avec toutes celles que réveille en 
même temps la vue de la baudroie ! Cette forte anti- 
pathie qu'inspire la réunion monstrueuse de l'être le 
plus parfait que la nature ait créé, avec le plus hideux 
de ceux que sa main puissante a, pour ainsi dire, laissé 
échapper, ne doit-on pas l'éprouver en retrouvant 
dans la baudroie une espèce de copie, bien informe 
sans doute , mais cependant un peu reconnoissable, 
du plus noble des modèles, auprès d'une tête excessi- 
vement grosse, et d'une gueule énorme, presque en- 
tièrement semblable à celle d'une grenouille, ou 
plutôt d'un crapaud horrible et démesuré? On croi- 
roit que cette tête disproportionnée qui a fait don- 
ner à la baudroie le nom de Grenouille de mer 3 placée 
au devant d'un corps terminé par une queue et doué 
en apparence de mains ou de pieds d'homme, sur- 
montée par de longs filaments qui imitent des cornes^ 
et tout entourée d'appendices vermiculaires, a fait de 
la grande lophie qui nous occupe, le type de ces ima- 
ges ridicules de démons et de lutins par lesquels une 
pieuse crédulité ou une coupable fourberie a effrayé 
pendant tant de siècles l'ignorance superstitieuse et 
craintive , et de ces représentations comiques avec 
lesquelles la riante poésie a su égayer même l'austère 
philosophie. Aussi la baudroie a t-elle souvent fait 
naître une sorte de curiosité inquiète dans l'âme des 
observateurs peu instruits qui l'ont vue pour la pre- 
mière fois, surtout lorsqu'elle est parvenue à son en- 
tier développement, et qu'elle a atteint une longueur 
de plus de deux mètres, ou de près de sept pieds. Elle 
a été appelée Diable de mer ; et sa dépouille , préparée 



66 HISTOIRE NATURELLE 

de manière à être très transparente, et rendue lumi- 
neuse par une lampe allumée renfermée dans son in- 
térieur, a servi plusieurs fois à faire croire des esprits 
foibles à de fantastiques apparitions. 

L'intérieur de la bouche est garni d'un grand nom- 
bre de dents longues, crochues et aiguës, comme 
dans toutes les lophies. Mais on en voit non seule- 
ment à la mâchoire supérieure, où elles forment 
trois rangées , et à la mâchoire inférieure , où elles 
sont disposées sur deux rangs , et où celles de der- 
rière peuvent se baisser en arrière, mais encore au 
palais, et sur deux cartilages très durs et allongés pla- 
cés auprès du gosier. La langue, qui est large, courte 
et épaisse, est hérissée de dents semblables; et l'on 
aperçoit d'autant plus aisément cette multitude de 
dents plus ou moins recourbées, cette distribution 
de ces crochets sur la langue , au gosier, sur le palais 
et aux mâchoires, et tout Cet arrangement qui est 
soumis pour la première fois à notre examen , que 
l'ouverture de la bouche s'étend d'un côté de la tête 
à l'autre, presque dans l'endroit où cette dernière 
partie a le plus de largeur, et que cette même tête est 
très grande relativement au volume du corps qu'elle 
déborde des deux côtés. 

C'est cet excès de grandeur du diamètre transver- 
sal de la tête sur celui du corps, qui, réuni avec le 
contour arrondi du devant du museau , forme le ca- 
ractère spécifique de la baudroie. 

L'ouverture de la bouche est d'ailleurs placée dans 
la partie supérieure du museau ; et, par conséquent, 
la mâchoire inférieure est la plus avancée. 

Derrière la lèvre supérieure, on voit les narines. 



DES POISSONS. 67 

Elles présentent dans la baudroie une conformation 
particulière. Les membranes qui composent l'organe 
de l'odorat, ou l'intérieur de ces narines, sont renfer- 
mées dans une espèce de calice à ouverture étroite, 
que soutient une sorte de pédoncule ; le nerf olfactif 
parcourt la partie interne de ces pédoncules pour al- 
ler se déployer sur la surface des membranes conte- 
nues dans le creux du calice; et cette coupe, un peu 
mobile sur sa tige, peut se tourner, à la volonté de 
l'animal, contre les courants odorants, et rendre plus 
forte l'impression des odeurs sur l'organe de la bau- 
droie. 

L'organe de l'ouïe de cette grande lophie a beau- 
coup plus de rapports avec celui des poissons osseux 
qu'avec celui des raies et des squales 1 ; la cavité qui 
le contient n'est pas séparée de celle du cerveau par 
une cloison cartilagineuse comme les squales et les 
raies, mais par une simple membrane. De plus, les 
trois canaux nommés demi-circulaires , qui compo- 
sent une des principales portions de cet organe, com- 
muniquent ensemble ; et, dans l'endroit où leur réu- 
nion s'opère, on voit un osselet particulier, que l'on 
retrouve dans le brochet, que Scarpa à découvert 
dans l'anguille, dans la morue, dans la truite , et qu'il 
soupçonne dans tous les poissons osseux 2 . 

L'ouverture branchiale est unique de chaque côté ; 
et ce caractère, qui est commun à toutes les lophies, 
est un de ceux qui servent à distinguer le genre de 
ces animaux de ceux des autres poissons, ainsi qu'on 
a pu le voir dans le tableau méthodique de celle fa- 

1. Discours sur la nature des poissons. 

2. Ouvrage de Scarpa, déjà cité. 



6$ HISTOIRE NATURELLE 

mille. On a pu voir aussi, sur ce même tableau, que 
les lophies n'avoient pas dopercule pour fermer leurs 
ouvertures branchiales, mais qu'elles étoient pour- 
vues d'une membrane des branchies. Dans la bau- 
droie, cette membrane est soutenue par six rayons 
qui servent à la plier ou à la déployer pour ouvrir ou 
fermer l'orifice par lequel l'eau de la mer peut pénétrer 
jusqu'à l'organe respiratoire. Cet organe ne consiste 
de chaque côté que dans trois branchies engagées 
dans une membrane qui les fixe plus ou moins au 
corps de l'animal; et l'orifice en est situé très près 
de la nageoire pectorale, qui, dans certaines posi- 
tions , empêche de le distinguer avec facilité. 

Les yeux sont placés sur la partie supérieure de la 
tête, et très rapprochés l'un de l'autre ; ce qui donne 
à l'animal la faculté de reconnoître très distinctement 
les objets qui passent au dessus de lui. 

On aperçoit entre les yeux une rangée longitudi- 
nale composée de trois longs filaments , dont ordinai- 
rement le plus antérieur a plus de longueur que les 
autres, s'élève à une hauteur égale au moins à la moi- 
tié de la plus grande largeur de la tête , et se termine 
par une membrane assez large et assez longue. Cette 
membrane se divise en deux lobes , et l'on voit une 
seconde membrane beaucoup plus petite , et un peu 
triangulaire , implantée vers sa base et sur sa partie 
postérieure. Les autres deux filaments offrent quel- 
ques fils le long de leurtige. 

Au delà de ces trois filaments très déliés, sont deux 
nageoires dorsales, dont la première a une membrane 
beaucoup plus courte que les rayons qui y sont atta- 
chés. La nageoire de la queue est très arrondie, ainsi 



DES POISSONS. 69 

que les pectorales 1 . Celle de l'anus est au dessous de 
la seconde dorsale. 

Des barbillons vermiformes garnissent les côtés du 
corps, de la queue et de la tête, au dessus de laquelle 
paroissent quelques tubercules ou aiguillons, parti- 
culièrement entre les yeux et la première nageoire 
du dos. 

Au reste , la baudroie est brune par dessus, et 
blancbe par dessous , et la nageoire de la queue est 
noire, ainsi que le bord des nageoires pectorales. 

Nous avons déjà dit qu'elle parvenoit à la longueur 
de sept pieds; Pontoppidan assure même qu'on en a 
pris quiavoient plus de douze pieds de long 2 . Cepen- 
dant la peau de la baudroie est molle et flasque dans 
beaucoup d'endroits ; ses muscles paroissent foibles; 
sa queue, qui n'est ni très souple ni déliée, ne peut 
pas être agitée avec assez de vitesse pour imprimer 
une grande rapidité à ses mouvements. N'ayant donc 
ni armes très défensives dans ses téguments, ni force 
dans ses membres, ni célérité dans sa natation, la 
baudroie, malgré sa grandeur, est obligée d'em- 
ployer la ressource de ceux qui n'ont reçu qu'une 
puissance très limitée : elle est contrainte, pour ainsi 
dire, d'avoir recours à la ruse, et de réduire sa chasse 
à des embuscades , auxquelles d'ailleurs sa conforma- 
tion la rend très propre. Elle s'enfonce dans la vase, 

1. Communément la première nageoire dorsale a. . 5 rayons. 

la seeonde 11 

chaque pectorale. . 24 

celle de l'anus 9 

celle de la queue 8 

2. Histoire naturelle de Norwége , etc., par Ponloppidan, 

I.ACÉl'ÈOE. VI. 5 



ro 1I1ST0IKE NATCtVELLE 

elle se couvre de plantes mannes, elle se cache sous 
les pierres et les saillies des rochers. Se tenant avec 
patience dans son réduit, elle ne laisse apercevoir que 
ses filaments, qu'elle agite en différents sens, aux- 
quels elle donne toutes les fluctuations qui peuvent 
les faire ressembler davantage à des vers ou à d'autres 
appâts, et par le moyen desquels elle attire les pois- 
sons qui nagent au dessus d'elle, et que la position 
de ses yeux lui permet de- distinguer facilement. 
Lorsque sa proie est descendue assez près de son 
énorme gueule, qu'elle laisse presque toujours ou- 
verte, elle se jette sur ces animaux qu'elle veut dé- 
vorer, et les engloutit dans cette grande bouche, où 
une multitude de dents fortes et crochues les déchi- 
rent, et les empêchent de s'échapper. 

Cette manière adroite et constante de se procurer 
les aliments dont, elle a besoin, et dépêcher en quel- 
que sorte les poissons à la ligne , lui a fait donner 
l'épithète de Pêcheuse; et voilà pourquoi on l'a nom- 
mée Grenouille pêcheuse et Martin pêcheur 3 en réu- 
nissant les idées que ses habitudes ont fait naître , 
avec celles que réveille sa conformation. 

Cette espèce est peu féconde , et se trouve dans 
presque toutes les mers de l'Europe. 



PI 6g 



Poissons 




llophie vi'.srnrru.iox 2 i.or. nismiox. 3 lop. nimo.NT.CTE 



DES POISSONS. 



8>9<W<e>e*?>*^eieye«tfis;'fr(y&o<#i(y#i ««■&•*'»*»#-> 



LA LOPHIE VESPERTILION 

Lophius y 'espertilio \, Gm., Lac. — Malthe 
Vespertilio, Cuv. 



Cette lophie diffère de la baudroie, en ce que sa 
le te, au lieu d'être arrondie par devant, s'y termine 
par un museau très avancé, pointu, en forme de cône, 
et que l'on a comparé au soc d'une charrue. D'ail- 
leurs l'ouverture de la bouche est étroite à propor- 
tion de la grandeur de l'animal ; et bien loin d'être pla- 
cée dans la partie supérieure de la tête, elle est située 



i. Baudroie chauve-souris , Daubenton , Encyclopédie méthodique. 
Id. Bonuaterre , planches de l'Encyclopédie méthodique. 
Bloch, Histoire naturelle des poissons, pi. 1 10. 
Mus. ad. fr. i, p. 55. 
Lopkius fronte unicorni, Artedi , syn. 88. 
Gronov., mus. i, n. 129, Zooph., n. 209. 

« Batrachus capite vomeris instar, cornuto, — batrachus capitescuto 
osseo. » Klein, miss. pisc. 5, p. 16 et 17, n. 8 et 9. 
Rana piscatrix americatm , Seba, mus. 1, p. \ 18 , lab. 74, fig. a. 
Guacucuja, Marcgrav. Brasil. , p. i43- 
Ray. , pisc., p. 3o,n. o,f, 1, 5. 
Jonston, pisc. p. 207, tab. 29, fig. 2. 

American toad-fish, Willughby, Ichth., p. 218, tab. E, 2, fig. 5. 
Sea-bat , Edw. Glanur. , tab. 2 83, fig. 1. 

Guacucuja, Valinont-Bomare , Dictionnaire d'histoire naturelle. 
Browne , Jamaic. p. 4^7? tab. 485 fig< 3« 



yâ HISTOIRE NATURELLE 



sous l'inférieure, et même très reculée au dessous du 
museau , ce qui rapproche ia vespertilion des raies et 
des squales. Au devant de cette ouverture sont les 
narines; et auprès de ces organes on voit s'élever un 
appendice ou filament de substance dure et comme 
cornée, et qui est terminé par un tubercule. Cette 
extension, ainsi que la pointe que le museau pré- 
sente, a fait donner à la vespertilion le nom de petite 
licorne, de licorne marine. 

La tête et le corps vont en s'élargissant jusque vers 
l'insertion des nageoires pectorales, où ia largeur du 
corps diminue tout d'un coup, à peu près de moitié ; 
et ensuite la diminution de cette même largeur s'o- 
père jusqu'au bout de la queue par des degrés insen- 
sibles , de telle sorte que l'ensemble de la vesperti- 
lion offre l'image d'un triangle isocèle, à côtés un peu 
curvilignes , et au milieu de la base duquel est atta- 
ché un long cône formé par la queue et le derrière 
du corps de l'animal. 

Les prolongations charnues auxquelles tiennent 
les nageoires pectorales sont assez longues et assez 
coudées pour imiter, moins imparfaitement que dans 
plusieurs autres lophies, un bras et un avant-bras, ou 
une jambe et un pied 1 . Cette dernière conformation^ 
considérée en même temps que le museau pointu, 
que la bouche placée sous la tète, que la grande lar- 
geur des côtés étendus comme des ailes, et que la 

i. La nageoire du dos a communément 9 rayons. 

Les pectorales en ont ■. . . . to 

Les ventrales * 6 

Celle de l'anus en a » . . . 6 

Et celle de la queue, qui est arrondie, en a. ... 1 1 



DES POISSOJNS. ~7) 

queue conique , a réveillé , pour plusieurs observa- 
teurs, l'idée d'une chauve-souris , et de là vient le 
nom de Kespertilion , que nous lui avons conservé. 

Les dents qui garnissent les mâchoires sont peti- 
tes, crochues, et disposées ordinairement sur un rang. 

L'ouverture des branchies est un peu demi-circu- 
laire , et placée, de chaque côté , auprès de la pro- 
longation charnue qui soutient la nageoire pectorale. 

Tout le dessus de la lophie vespertilion présente 
un grand nombre de tubercules faits en forme de 
patelles 3 ou de petites coupes renversées , rayonnes 
sur leur surface supérieure, et terminés par un som- 
met aigu ; le dessous de l'animal est hérissé de petits 
aiguillons, et, excepté les nageoires de la queue et 
de la poitrine, qui sont blanchâtres, et celles du dos 
et du ventre, qui sont brunes, la couleur de la ves- 
pertilion est rougeâtre sur presque toutes les parties 
du corps. 

C'est dans la mer qui baigne l'Amérique méri- 
dionale , que l'on pêche le plus souvent cette lophie , 
qui est peu mangeable, qui parvient à la longueur 
d'un pied et demi, ou de près d'un demUmètre, et 
dont les habitudes sont analogues à celles de la bau- 
droie. 



■j4 HISTOIRE NATURELLE 



Q & » & e œ& >Q0eQ&Q>O< tf >9 & Q 4p Q$ 



LA LOPHIE FAUJAS. 

Lopkius FaujaSy Lacep. — Lvphius stellatm, 
Wahl, — Malthe stetlatus_, Cuv„ 



Nous avons dit , en traitant de la raie thouin, pour- 
quoi nous avons désiré que les services rendus par 
notre collègue, M. Faujas, aux sciences naturelles, 
fussent rappelés par le nom de la lophie que nous 
allons décrire, qui faisoit partie de la belle collection 
de La Haye, et qui est encore inconnue aux natu- 
ralistes. 

La conformation de cette lophie est très remar- 
quable. Son corps est très aplati de haut en bas : il 
l'est plus que celui de la baudroie, et que celui de 
la vespertilion ; et si l'on retranchoit la queue et les 
nageoires pectorales, il oflViroit l'image d'un disque 
parfait. 

L'ouverture de la bouche est un peu au dessous 
de la partie antérieure de la tète. Au dessus du mu- 
seau , et presque à son extrémité, paroît une petite 
cavité, au milieu de laquelle s'élève une protubé- 
rance arrondie. Les narines sont très près de cette 
cavité; et chacun de ces organes a deux ouvertures., 
dont la plus antérieure est la plus étroite, et placée 
au bout d'un petit tube. 



DES POISSONS. ^5 

Les yeux , très peu gros et assez rapprochés l'un de 
l'autre, forment presque un carré avec les deux na- 
rines. 

Les ouvertures des branchies sont placées sur le 
disque, et plus près de l'origine de la queue que sur 
presque toutes les autres lophies, quoique, sur ces 
poissons, elles soient, en général, très éloignées du 
museau. Le canal qui va de chacune de ces ouver- 
tures à la cavité de la bouche, doit donc être assez 
long ; mais nous n'avons pas pu connaître exactement 
ses dimensions , parce que nous n'avons pas voulu sa- 
crifier à des recherches anatomiques l'individu ap- 
porté de Hollande, et qui étoit unique et très entier. 

La membrane branchiale présente cinq rayons. 

Les nageoires inférieures ou jugulaires sont atta- 
chées à des prolongements charnus, composées de 
cinq rayons divisés à leurs extrémités , assez sembla- 
bles à des mains, ou au moins à des pattes, mais plus 
reculées que sous la baudroie et la vespertiliou ; elles 
sont situées vers le milieu de la partie inférieure du 
disque, et à une distance à peu près égale de l'ou- 
verture de la bouche , et des nageoires pectorales. 

Ces dernières sont, en effet, très voisines de l'a- 
nus, et par là elles sont rapprochées des ouvertures 
des branchies, presque autant que dans la plupart 
des autres lophies. On voit au dessous de l'animal les 
prolongations charnues auxquelles elles tiennent. 

L'anus est situé à l'endroit où la queue touche le 
disque, c'est-à-dire le corps proprement dit. Cette 
même queue représente un cône aplati par dessous, 
et dont la longueur égale à peine la moitié du diamè- 
tre du disque. Elle se termine par une nageoire ar- 



^6 HISTOIRE NATURELLE 

rondie , et montre au dessus de son origine une petite 
nageoire dorsale, et une nageoire de l'anus vers le 
milieu de sa surface inférieure 1 . 

Tout le dessus du corps et de la queue de la lophie 
fau jas est semé de très petits tubercules , et de piquants 
dont la racine se divise en plusieurs branches : mais, 
indépendamment de ces tubercules et de ces aiguil- 
lons, on voit, dans la circonférence de la partie infé- 
rieure du disque, deux ou trois rangs d'espèces de 
mamelons garnis de filaments plus sensibles dans la 
rangée la plus extérieure; et on retrouve des éléva- 
tions de même nature le long de la lèvre de dessous. 

Nous avons cru devoir faire connoître un peu en 
détail cette curieuse espèce de lophie, que nous 
avons d'ailleurs fait représenter vue par dessus et par 
dessous , et dont l'individu que nous avons décrit 
avoit quatre pouces, ou plus d'un décimètre, de 
longueur. 

i. On trouve dans chaque nageoire pectorale. . . 12 rayons. 

à la nageoire dorsale 5 

à celle de l'anus 5 

et à celle de la queue. ....... 7 



DES POISSONS. 77 



<T' Q .g ? ^ ^ C 4^iq f » f t »ft l ^i t ^^- j ^ ^^ * rf ^ rf ^1 t ^ fiaad ^^ 



LA LOPHIE HISTRION 1 . 



Lophius Hhtriuj Gmel. , Lacep. — Antennarius 
HistriOjCuv. 



Ce poisson , comme tous ceux que renferme le 
sous-genre à la tête duquel nous le trouvons, pré- 
sente un corps très comprimé par les côtés, au lieu 
d'être aplati de haut en bas, ainsi que ceux de la 
baudroie, de îa vespertilion, et de la lophie faujas. 
Sa tête est petite ; sa mâchoire inférieure est plus avan- 

i. Baudroie tachée, Daubenton , Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie méthodique. 

Lophius compressas, Van Braein Houckgrest , Act. Haarl. i5. 

Bloch, Hist. naturelle des poissons, pi. m. 

Lophius pinnis dorsalibus tribus, Lagerstr. Chin. 21. 

Lophius tumidus, Osb. It. 3o5. 

Gronov. Zoopfc. 210. 

Eatrachus, etc., Klein, miss. pisc. 5, p. 16, n. 5, 7, tab. 5, fig. 4. 

Rana piscatrix minima , Plumier, dessins sur vélin déposés dans la 
bibliothèque du Muséum d'histoire naturelle. 

Mus. ad. fr. i, p. 56. 

1t. Wgoth. 137. tab. 5, fig. 5. 

Guaperva, Marcgrav. Brasil. i5o. 

Willughby, Ichth., p. 5o, tab. E. 2 , fig, 2. 

Rana piscatrix arnericana, Seba , mus. 1, p. 118, n. 5. 7, tab. 5/u 
fig. 5, 7. 

Piscis brasiliensis cornutus, Petiv. Gazoph. , lab. 20, fig. (i. 

Aïncrican tead-fish , Ray. pisc, p. 29, n. 2. 



78 HISTOIRE NATURELLE 

cée que la supérieure , et garnie , ainsi que celle der- 
nière , de dents très déliées. Des barbillons bordent 
les lèvres; et, immédiatement derrière l'ouverture de 
la bouche, on voit une prolongation, ou un filament 
cartilagineux et élastique , qui soutient deux appen- 
dices allongés et charnus. Derrière ce filament, parais- 
sent deux autres éminences charnues , élevées , un peu 
coniques, parsemées de barbillons, et dont la posté- 
rieure est la plus grosse et la plus exhaussée. Yient 
enfin une nageoire dorsale. Les nageoires de la poi- 
trine et les jugulaires sont conformées à peu près 
comme dans les autres lophies; mais les jugulaires ont 
une ressemblance moins imparfaite avec une main 
humaine, ou plutôt avec un pied de quadrupède. On 
compte quatre branchies dans chacun des deux orga- 
nes de la respiration. Le corps est hérissé , en beau- 
coup d'endroits, de petits aiguillons crochus et de 
courts filaments ; ii est d'ailleurs brun par dessous , et 
couleur d'or par dessus, avec des bandes, des raies et 
des taches irrégulières et brunes 1 . 

Les habitudes de la lophie histrion sont semblables 
à celles de la baudroie. On lui a donné le nom qu'elle 
porte , à cause des mouvements prompts et variés 
qu'elle imprime à ses nageoires et à ses filaments, et 
desquels on a dit qu'ils avoient beaucoup de rapport 
avec des gestes comiques. Elle a d'ailleurs paru méri- 
ter ce nom par l'usage fréquent qu'elle fait , lors- 

1. Il y a ordinairement à la nageoire dorsale. ... 12 rayons, 
à chaque nageoire pectorale. . . . 

à chaque nageoire jugulaire , . . 5 

à la nageoire de l'anus 

à celle de la queue, qui est arrondie. 



DES POISSONS. 79 

qu'elle nage, de la faculté qu'elle a d'étendre et de 
gonfler une portion considérable de la partie infé- 
rieure de son corps, d'arrondir ainsi son volume avec 
vitesse, et de changer rapidement sa figure. iNous 
nous sommes déjà occupés, dans notre Discours sur 
la nature des poissons, de cette faculté, que nous 
retrouverons dans plusieurs espèces de ces animaux 
à un degré plus ou moins élevé, sur laquelle nous 
reporterons plusieurs fois notre attention , et que 
nous examinerons particulièrement de nouveau en 
traitant du genre des tétrodons. 

La lophie histrion habite non seulement dans la 
mer du Brésil , mais encore dans celle qui baigne les 
côtes de la Chine , et elle y parvient à la longueur de 
neuf ou dix pouces. 

Nous avons trouvé, dans les manuscrits de Com- 
merson, la description d'une lophie 1 , dont nous 
avons fait graver la figure d'après un des dessins de 
ce célèbre voyageur. Ce cartilagineux a de trop grands 
rapports avec l'histrion, pour que nous n'ayons pas 
dû les rapporter l'un et l'autre à la même espèce. 
Voici, en effet, la seule différence qui les distingue, 
et qui , si elle est constante, ne peut constituer qu'une 
variété d âge , ou de sexe, ou de pays. Le filament 
élastique qui s'élève derrière l'ouverture de la bou- 
che , au lieu de porter un appendice chacun, divisé 
uniquement en deux parties , en soutient un partagé 
en trois lobes , dont les deux extérieurs sont les plus 
épais 2 . C'est dans la mer voisine des côtes orientales 

i. Antennarius antenna tricorni, Commerson, manuscrits déposés 
dans le Muséum d'histoire naturelle. 

2. On ne distingue pas, clans la figure qui a tlù être scrupuleusement 



So IIISTOIllE N ATUP.ELLE 

de l'Afrique que Commerson a trouvé l'individu qu'il 
a décrit, et qui avoit près de cinq pouces de long sur 
deux pouces, ou environ, de large. 



LA LOPHIE CHIRONECTE 1 . 

Lophius CkiranecteSj Lacep. — Ântennarius Chiro- 
necteS; Cuv* 



LA LOPHIE DOUBLE-BOSSE 2 . 

Lophius bigibbus, Lacep. 



Nous réunissons dans cet article ce que nous avons 
à dire de deux espèces de lophies dont la description 
n'a point encore été publiée , et dont nous devons la 
connoissance à Commerson, qui en a traité dans ses 
manuscrits. 

La première de ces deux espèces, à laquelle le voya- 
geur que nous venons de citer a donné le nom grec 
de C hironecte 3 qui signifie nageant avec des mains, 

copiée sur le dessin de Commerson. les petits barbillons et les aiguil- 
lons courts et. crochus que l'on voit sur la tête et le corps de l'histrion; 
mais ces aiguillons et ces barbillons sont décrits dans la partie du texte 
de Commerson qui concerne son Antennarius antenna tricorni. 

i. « Antennarius chironecles, obscure rubens, maculis nigiis raris 
« iuspersus. » Commerson. manuscrits déjà cités. 

•2. «Antennarius bigibbus, nigro et griseo variegatus. » Commer- 
son , manuscrits déjà cités. 



DES POISSONS, Si 

ou ayant des nageoires faites en forme de mains, a 
le corps comprimé par les côtés comme l'histrion : 
mais le filament qui s'élève derrière l'ouverture de 
la bouche est beaucoup plus délié et plus long que 
sur cette dernière lophie ; et, au lieu de soutenir un 
appendice charnu et divisé en deux ou trois lobes, il 
est surmonté d'un petit bouton ou d'une petite masse 
entièrement semblable à celle que l'on voit au bout 
des antennes de plusieurs genres d'insectes. Les deux, 
prolongations charnues et filamenteuses qui sont pla- 
cées sur l'histrion derrière le filament élastique, sont 
remplacées, sur la chironecte , par deux bosses dé- 
nuées de barbillons, et dont la postérieure est la plus 
grande et la plus haute. La couleur générale de l'ani- 
mal est d'un rouge obscur avec des taches noires très 
clairsemées 1 . Au reste , on le trouvera représenté 
d'après un dessin de Commerson, sur la même plan- 
che que l'histrion. 

La lophie double-bosse est variée de noir et de gris. 
Voilà la seule dissemblance avec la lophie chironecte, 
que nous avons trouvée indiquée dans les manuscrits 
de Commerson , qui n'en a laissé d'ailleurs aucune 
figure. Mais Commerson étoit un trop habile natura- 
liste, et il a dit trop expressément que la double- 
bosse étoit d'une espèce différente de la chironecte 
et des autres lophies , pour que nous n'ayons pas dû 
la séparer de ces derniers cartilagineux. 

i. A la nageoire dorsale i4 rayons. 

A chaque nageoire pectorale 8 

A chaque nageoire jugulaire 5 ou 6 

A celle de l'anus y 

A celle de la queue , qui est arrondie 10 ou 1 1 



HISTOIRE NATURELLE 



«4i^^«JB-^«»4^*-^*-.'Sû«<>«<^W^ce^*^&««6^^frJ 



LA LOPHIE COMMERSON 1 

Lophius Coînmersoniij La cep. — Aniennarius 
Commersonii, Cuv. 



t?iE poisson a été vu dans les mêmes mers que les 
deux lophies précédentes, par le voyageur Commer- 
son, qui l'a décrit avec beaucoup de soin, et dont 
nous avons cru devoir lui donner le nom. Sa couleur 
est d'un noir sans mélange. On remarque seulement, 
.sur chacun de ses côtés, une petite tache ronde et 
très blanche ; on en voit une moins sensible sur le 
bord supérieur de la nageoire de la queue; et les ex- 
trémités des rayons des nageoires jugulaires et des 
nageoires pectorales sont d'une nuance un peu pâle , 
et coloriées de manière qu'elles imitent des ongles 
au bout des mains ou des pieds représentés par ces 
nageoires de la poitrine et par les jugulaires. La cora- 
merson ressemble d'ailleurs beaucoup, par sa confor- 
mation , à la chironecte et à la double-bosse, quoique 
plus petite que la chironecte; elle présente cependant 
que4ques traits particuliers que nous ferons remarquer. 
Le corps très comprimé par les côtés, est, comme 
celui de presque toutes les lophies, et particulière- 

i « Antemiarius bivertex, lotius aier. punclo medioruni laterum 
u albo. » Comuierscm, manuscrits déjà cités. 



DES POISSONS. 83 

ment des deux dernières dont nous venons de parler, 
revêtu d'une peau épaisse, grenue, et rude au toucher. 

L'ouverture de la bouche est située à l'extrémité , 
et un peu dans la partie supérieure du museau ; la mâ- 
choire d'en haut, dont ia lèvre peut s'allonger et se 
raccourcir à la volonté de l'animal , représente un 
orifice demi-circulaire, que Commerson trouve sem- 
blable à la bouche d'un petit four, et que la mâchoire 
inférieure vient fermer en se relevant. Ces deux mâ- 
choires sont hérissées de dents menues et serrées ; et 
l'on trouve des dents semblables sur la langue, sur le 
palais, et sur deux petits corps situés auprès du gosier. 

Deux bosses paroissent derrière l'ouverture de la 
gueule. La postérieure est plus grande que l'anté- 
rieure , comme sur la chironecte : mais la seconde 
est plus grosse à proportion , et plus arrondie que sur 
cette dernière lophie; et, quoiqu'elle soit penchée 
vers la queue , elle ne forme pas une sorte de cour- 
bure ou de crochet, comme la seconde bosse de la 
chironecte. Le filament très long et très délié qui 
s'élève au devant de ces deux bosses, a été appelé 
antenne par Commerson , qui l'a trouvé conformé 
comme les antennes d'un grand nombre de papillons 
diurnes : il est en effet, comme ces dernières, et comme 
le filament de la chironecte , terminé par une petite 
masse. 

Les branchies sont très petites, maintenues par une 
membrane , au nombre de trois de chaque côté ; et 
c'est derrière chaque nageoire pectorale qu'il faut 
chercher une des deux ouvertures rondes, et à peine 
visibles , par lesquelles l'eau de la mer peut parvenir 
à ces organes. En examinant attentivement la niera- 



84 HIST0IKE NATURELLE 

brane destinée à fermer de chaque côté l'ouverture 
branchiale, on s'aperçoit qu'elle est soutenue par cinq 
rayons. 

Comuierson a écrit que les nageoires jugulaires, 
qu'il nomme ventrales , rappellent assez bien l'image 
des pattes de devant dune taupe. 

Les derniers rayons de la nageoire dorsale sont plus 
courts que ceux qui les avoisinent, au lieu d'être plus 
longs, comme sur la chironecte l . 

Cette lophie a été disséquée par Commerson , qui 
a trouvé que l'estomac étoit très grand , le péritoine 
noirâtre , et la vessie à air très blanche , en forme 
d'œuf, et adhérente au dos. 



LA LOPHIE FERGUSON 2 . 

Lophius Fergusson,j Lacep. — Lophius cornubicus* 
Shaw. (Espèce factice.) 



M. James Ferguson 3 a fait connoître cette grande 
espèce de lophie , dont un individu de quatre pieds 

;. Il y a à la nageoire dorsale i3 rayons. 

à chaque nageoire pectorale 10 

à chaque jugulaire 6 

à la uageoire de l'anus 7 

a celle delà queue .. 9 ou 10 

2. Baudroie à cinq doigts, Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie 
méthodique. 

5. Transact. philosoph. , vol. 53. p. 10. 



DKS POISSONS. 85 

neuf pouces , ou de plus d'un mètre et demi, de lon- 
gueur, fut pris dans la rade de Bristol en 1763. Le 
corps de ce cartilagineux n'est point très aplati de 
haut en bas, ou comprimé parles côtés, mais en quel- 
que sorte cylindrique et terminé par une forme un 
peu conique. L'ouverture de la bouche, placée au 
bout du museau , au lieu d'être située dans la partie 
supérieure de la tête comme sur la baudroie, fait voir 
trois rangées de dents pointues. Le dessus de la tête 
présente des protubérances noirâtres et aiguës; et, 
derrière la lèvre supérieure, sont implantés, l'un à la 
suite de l'autre, deux filaments durs, élastiques, et 
très longs, mais dénués de membrane à leur extré- 
mité. On a représenté 1 les rayons des nageoires jugu- 
laires comme finissant par un ongle ; nous n'avons pas 
besoin d'avertir que c'est une inexactitude. La cou- 
leur générale de la lophie ferguson est d'un brun foncé 
avec des teintes noirâtres 2 . 



1. Planche des Transactions philosophiques, déjà cilée. 

2. Les nageoires jugulaires ont chacune 5 rayons. 

Chaque pectorale en a 8 

La dorsale, qui est unique, en présente 10 

Celle de l'anus i4 

Et celle de la queue 10 



LACr.l'KDK. VI. 



86 HISTOIRE NATURELLE 

SEPTIÈME ORDRE 

DE LA CLASSE ENTIÈRE DES POISSONS, 

ou 

TROISIÈME ORDRE 

DE LA SECONDE DIVISION DES CARTILAGINEUX. 

Poissons thoracins, ou qui ont une ou deux nageoires 
situées sous le corps, au dessous ou presque au dessous 
des nageoires pectorales. 



SEPTIEME GENRE. 



LES BALISTES. 



La tête et le corps comprimés latéralement ; huit dents 
au moins à chaque mâchoire; l'ouverture des bran- 
chies très étroite; les écailles ou tubercules qui revê- 
tent la peau, réunis par une forte membrane. 

PREMIER SOUS-GENRE. 

Plus d'un rayon à la nageoire inférieure ou thorachique, et à la première 
nageoire dorsale. 

ESPÈCES. CARACTÈRES. 

('Douze rayons, ou plus, à la nageoire dite 
1. Raliste vieille. j ventrale ; point, d'aiguillons sur les côtfe 
^ de la queue. 



DES POISSONS. 



«7 



ESPECES. 



•2. Baliste étoile. 



5. Baljste éciiarpe. 



.'\. Balisxe BUNIVA. 

5. Baliste double- 
aiguillon. 



CARACTERES. 

/De très petites taches semées sur la partie 
1 supérieure du corps; huit ou dix rayons 
< contenus par une membrane épaisse à la 
i nageoire dite ventrale; point d'aiguillons 
\ sur les côtés de la queue. 
Une large bande noire, étendue oblique- 
ment depuis les yeux jusqu'à la nageoire 
de l'anus; huit ou dix rayons contenus 
par une membrane épaisse à la nageoire 
dite ventrale; quatre rangs d'aiguillons 
sur les côtés de la queue. 
- Trois rayons aiguillonnés à la première na- 
I geoire du dos; sept rayons à chaque ven- 
) traie; la caudale rectiligne et sans échan- 
^ crure. 

( Quatre rayons à la première nageoire dor- 
i sale, deux grands rayons a la thorachiqne. 



SECOND SOUS-GENRE. 

Plus d'un rayon à la nageoire ihqrachiquc ou inférieure ; un seul à la 
première nageoire dorsale. 



ESPECE. 
6. Baliste cniNors. 



CARACTÈRES. 

Douze rayons, uu plus, à la nageoire dite 
ventrale. 



TROISI EM E SOU S - GENRE. 

Un seul rayon à la nageoire thorachique ou inférieure ; plus d'un rayon 
à la première nageoire dorsale. 



ESPECES. 



7. Baliste velu. 



8. Baliste mamelonné. 



9. Baliste tacheté. 



CARACTERES. 

/ Deux rayons à la première nageoire dorsale; 

trente rayons à la seconde; la queue hé- 
' rîssèe de piquants. 

i Deux rayons à la première nageoire du dos; 
\ le corps garni de papilles. 
, Deux rayons à la première' nageoire du dos; 

un grand nombre de taches sur tout le 



corpj 



88 



HISTOIRE NATURELLE 



ESPECES. 



10. Baliste pralin. 



11. BaLISTE KLE1ISIEN. 



12. Baliste corassasien. 



i3. Baliste épineux. 



îZj' Baliste silloxké. j 



i5. Baliste capiusque. 



iG. Baliste queve- 

I'OUItCHUE. 



17. Baliste bourse. 



18. Baliste américain. 



10. Baliste verhatke. 



•20. Baliste r.fiAKViv 

TACHE. 



CARACTERES. 

Deux rayons à la première nageoire du dos; 
viugt-cinqàla seconde; la tète très grande; 
trois ou quatre rangs d'aiguillons sur cha- 
que côté de la queue ; plusieurs raies sur 
le devant du corps; une grande tache 
noire de chaque côté. 

Deux rayons à la première nageoire du dos; 
le museau avancé ; l'ouverture de la bou- 
che , très petite , et garnie de barbillons; 
quarante-cinq rayons au moins à la se- 
conde nageoire du dos et à celle de l'anus. 

Deux rayons à la première nageoire du dos; 
le museau arrondi; la nageoire de la 
queue, terminée par une ligne droite. 

Trois ravons à la première nageoire du dos; 
depuis deux jusqu'à six rangs d'aiguillons 
de chaque côté de la quene; le rayon de 
la nageoire ventrale iort, dentelé, et 
placé au devant d'une rangée d'aiguillons. 

Trois rayons à la première nageoire dorsale; 
la queue sillonnée; la nageoire caudale 
en croissant. 

Trois rayons à la première nageoire dorsale; 
point de grands aiguillon s auprès du rayon 
de la nageoire ventrale; la nageoire de la 
queue, arrondie; les couleurs du corps 
brillantes et variées. 

Trois rayons à la première nageoire du dos; 
des taches sur la seconde; la nageoire de 
la queue, fourchue. 

Trois rayons à la première nageoire du dos; 
celle de la queue, terminée par une ligne 
droite ; une tache noire en (orme de crois- 
sant, entre les jeux elles nageoires pec- 
torales. 

Trois rayons à la première nageoire dorsale; 
celle de la queue, arrondie; de grandes 
taches blanches sur la partie intérieure 
du corps. 

Trois rav ons à la première nageoire dorsale ; 
quatre rangs d'aigniîlons de chaque côté 
de la queue, dont la nageoire esi légère- 
ment arrondie; de très petites taches noi- 
res sur le corps. 

Trois rayons;'i la première nageoire dorsale; 
six rangs de venues de chaque côté delà 
tcîe; la queue sans aiguillons; la nageoire 
caudale en forme de croissant; une grande 
tache blanche de chaque côté du cor"? 



ESPECES. 



2 1. Baliste noir. 



22. Baliste bridé. 



23. Baliste armé. 



24- Baliste cendré. 



25. Baliste mungo park. 



26. Baliste ondulé. 



27. Baliste assasi. 



DES POISSONS. 8g 

CARACTÈRES. 

/Trois rayons à la première nageoire du clos; 
pins de trente rayons à Ja seconde, et à 
celle de l'anus; la nageoire caudale en 
forme de croissant; point d'aiguillons sur 
la queue ; tout le corps d'une couleur 
noire. 
Trois rayons à la première nageoire dorsale 
celle de la queue en forme de croissant; 
point d'aiguillons sur la queue; un anneau 
de couleur très claire autour du museau; 
I un demi-aimeau de la même teinte au des- 
\ sous de l'ouverture de la bouche, et une 
^ raie longitudinale de chaque côté. 
/ Trois rayons à la première nageoire du dos; 
J celle de la queue un peu en forme de crois- 
I sant, et bordée de blanc; six rangées d'ai- 
guillons de chaque côté de la queue. 
Quatre rayons à la première nageoire c!u 
dos; trois baades bleues, étroites et cour- 
bes, sur la queue- 
/Trois rayons à la première dorsale ; vingt- 
i sept à la seconde; sept rangées d'aiguil- 
< Ions petits et recourbés de chaque côté 
/ de la queue; le corps garni de papilles; 
V caudale à peine échancrée; couleur noire. 
Trois rayons à la première dorsale; vingt- 
six à la seconde ; des piquants très forts de 
chaque côté de la queue; des tubercules 
au devant de ces piquants; caudale à peine 
I échancrée; couleur générale noire, onze 
[ ou douze raies longitudinales ondées et 
\ rouges. 

f Plusieurs rangs de verrues sur le corps, et 
^ trois rangs de verrues sur la queue. 



QUATRIEME S U S - G E N R E. 

Un seul rayon à la nageoire inférieure ou thorachique , et à la première 

dorsale. 



ESPECES. 
28. Baliste monocéros. 

20. Baliste hérissé. 



CARACTERES. 

Cinquante rayons, ou à peu près, à la na- 
geoire de l'anus. 

Une trentaine de rayons, au plus, à la na- 
geoire de l'anus; cent petits aiguillions 
de chaque côté de la queue. 



90 HISTOIRE NATURELLE 

LE BALISTE VIEILLE 

Batistes Veiula, Gmel. , Lacep. , Cuv. 



La nombreuse famille des squales et celle des raies 
nous ont présenté la grandeur, la force, des armes 

i. Bourse, à la Martinique. 

Olclwife, en anglois. 

Batiste vieille , Daubenton, Encylopédie méthodique. 

Id. Bounaterre, planches de L'Eucylopédie méthodique. 

« Balistes aculeis dorsi tribus, cauda bifurca, » Art. gen. 55, 
syn. 82. 

Balistes vetula, Osb. It. 294. 

Bloch , pi. i5o. 

Gronov., Zooph., u. 195. 

Browne, Jamaie., p. 45G, n. 1. 

Turdus oculo radiato. Catesb. Garol. 2, p. 22, tab. 22. 

Seb. mus. 3 , p. 62 , n. i4- tab. 24, fig- i4- 

» Capriscus, extrema cauda et piuna dorsali iu tenuissima et lon- 
» gissima fila productis , etc., et capriscus rubro iride, etc. » Klein, 
miss. pisc. 5, p. 2.5 , n. 4 et 1 1. 

Guaperva peisce-porco , Marcgr. Bras., p. 161. 

Pis. Ind., p. 57. 

Joustou , pisc, p. 188, tab. 54 , tîg. 2. 

Guaperva maxime cauda ta , Willughby, Ichlh. app., p. 21, tab. 
1 , 25. 

Ray. pisc, p. 4.9, n. 4. 

Sultan ternate , Valent. Ind. 5, p. !\\o , n. 202, f. 20s. 

Ftle-fishj Grew. mus. p. 11 3. 

« Capriscus varîëgatus, cauda fuseinulata . » Plumier, dessins sur 
vélin déjà cité. 




y;,'..i;„,y 



U ".Ar.fSTK A'IWIJJ-:.- liAT.. J^-\I\;\..T J-..\l...r.CIJ.MïIM-. j, BAL.ÉT01LÉ. 



DES POISSONS. gi 

terribles, des mouvements rapides, tous les attributs 
de la puissance. Le genre des lophies nous a montré 
ensuite les ressources de la ruse qui supplée au pou- 
voir. Toutes ces finesses d'un instinct assez étendu , 
et ces armes redoutables d'énormes espèces , nous les 
avons vues également employées pour attaquer de 
nombreux ennemis, pour saisir une proie abondante, 
pour vaincre des résistances violentes. Le genre des ba- 
listes va maintenant déployer devant nous des moyens 
multipliés de défense : mais nous chercherons en vain 
dans cette famille tranquille cette conformation in- 
térieure qui donne le besoin d'assaillir des adversaires 
dangereux, et ces formes extérieures qui assurent le 
succès. En répandantdans le sein des mers les lophies 
et les squales, la nature y a semé et des périls cachés, 
et des dangers évidents, souvent inévitables : on di- 
roit que, suspendant son souffle créateur, et réagis- 
sant en quelque sorte contre elle-même , elle a eu la 
destruction pour but, lorsqu'elle a produit les squales 
et les lophies. En plaçant au contraire les balistes au 
milieu de ces mêmes mers, elle paroît avoir repris 
plus que jamais l'exercice de sa puissance vivifiante, 
et ne l'avoir dirigée que vers la conservation. Ce ne 
sont pas des animaux impétueux qu'elle a armés pour 
les combats, mais des êtres paisibles qu'elle a munis 
pour leur sûreté. Aussi, lorsque nous retirons nos 
regards de dessus les genres que nous venons d'exa- 
miner, lorsque nous cessons d'observer et leurs di- 
verses embuscades et leurs attaques à force ouverte, 
lorsque surtout;, nous dégageant du milieu des re- 
quins et des autres squales très grands et très voraces, 
nous ne voyons plus les flots de la mer rougis par le 



92 HISTOIRE N ATUUEf-LE 

sang de nombreuses victimes , ou des gouffres animés 
et insatiable engloutissant à chaque instant une nou- 
velle proie , et que nous arrêtons notre vue sur cette 
famille des balisles , que la nature a si favorablement 
traitée, puisqu'elle a été destinée à ne faire ni rece- 
voir aucune offense , à n'inspirer ni éprouver aucune 
crainte, nous ressentons une affection un peu voisine 
du sentiment auquel se livrent avec tant d'attraits ceux 
qui.parcourantrhistoiredesactesdel'espècehumaine, 
soulagent par la douce contemplation des époques de 
vertu et de bonheur leur cœur tourmenté par le spec- 
tacle des temps d'infortunes et de crimes. 

Le contraste offert par les genres que nous venons 
d'examiner, et par celui qui se présente à nous , est 
d'aulant plus marqué , et la sensation qu'il fait naître 
est d'autant plus vive, que rien ne répugne ni à l'œil 
ni à l'esprit dans la considération de cette intéressante 
famille des balistes. Si elle ne recherche pas les com- 
bats , elle ne fuit pas lâchement, môme devant des 
ennemis très supérieurs en force; elle se défend avec 
courage; elle use de toutes ses ressources avec adresse; 
et elle a reçu la plus brillante des parures. Nous fe- 
rons voir, en décrivant les différentes espèces qui la 
composent, qu'elle présente les couleurs les plus vi- 
ves, les plus agréables, et les mieux opposées. En 
observant même les balistes les mieux traités à cet 
égard , on diroit que la distribution, la nuance et l'op- 
position de leurs couleurs ont souvent servi de mo- 
dèle au goût délicat, préparant pour la beauté les 
ornements les plus propres à augmenter le don de 
plaire. 

Et que l'on ne soit pas étonné de cetle empreinte 



DES POISSONS. (p 

de la magnificence de la nature , que l'on voit sur les 
différentes espèces de balistes : c'est dans les climats 
les plus chauds qu'elles habitent. Excepté une seule de 
ces espèces, que l'on trouve dans le bassin de la Médi- 
terranée, elles n'ont été encore vues que dans ces 
contrées équatoriales, où des flots de lumière et toutes 
les influences d'une chaleur productive, pénètrent, 
pour ainsi dire , et l'air, et la terre, et les eaux; où 
volent dans l'atmosphère les oiseaux-mouches, ceux 
de paradis, les colibris, les perroquets et tant d'autres 
oiseaux richement décorés; où bourdonnent au mi- 
lieu des plus belles fleurs tant d'insectes resplendis- 
sants d'or, de vert et d'azur; où les teintes de l'arc-en- 
cieî se déploient avec tant, d'éclat sur les écailles lui- 
santes des serpents et des quadrupèdes ovipares, et 
où, jusqu'au sein de la terre, se forment ces diamants 
et ces pierres précieuses, que l'art sait faire briller de 
tant de feux diversement colorés. Les balistes ont aussi 
reçu une part distinguée des dons de la chaleur et de 
la lumière répandues dans les mers équatoriales, aussi 
bien que sur les continents dont ces mers arrosent 
les bords. Ils ajoutent d'autant plus, sur ces plages 
échauffées par un soleil toujours voisin, à la pompe du 
spectacle qu'y présentent les eaux et tout ce qu'elles 
recèlent, qu'ils forment des troupes très nombreuses. 
Chaque espèce,de baliste renferme en effet beaucoup 
d'individus; et le genre entier de ces beaux poissons 
contient tant d'espèces, qu'un desnaturalisleslesplus 
habiles et les plus exercés à ordonner avec convenance 
et à observer avec fruit des légions d'animaux , le cé- 
lèbre Commerson, s'écrie dans son ouvrage 1 , en trai- 

i. Manuscrits déjà cilés. 



94 HIS.TQIRE NATURELLE 

tant des balisles : Quelle vie pourrait suffire pour dé- 
crire, pour comparer, pour bien connoître tous ceux que 
l'on a déjà vus? 

Mais sachons quelles sont les formes sur lesquelles 
la nature a disposé les couleurs diversifiées dont nous 
vouons de parler. Examinons en quoi consistent les 
moyens de défense dont les balistes sont pourvus. 

Leur corps est très comprimé par les côtés, et se 
termine le plus souvent , le long du dos et sous le 
ventre, par un bord aigu que l'on a comparé à une 
carène. ï! est tout couvert de petits tubercules , ou 
d'écaillés très dures, réunis par groupes, distribués 
par compartiments plus ou moins réguliers, et forte- 
ment attachés à un cuir épais. Ce tégument particu- 
lier revêt non seulement le corps proprement dit des 
balisles , mais encore leur tête , qui p-aroît le plus 
souvent peu distincte du corps ; et il cache ainsi tout 
l'animal sous une sorte de cuirasse et de casque, que 
des dents très acérées ont beaucoup de peine à per- 
cer. Mais, indépendamment de cette espèce d'armure 
défensive et complète, ils ont encore, pour proléger 
leur vie, des moyens puissants de faire lâcher prise 
aux ennemis qui les attaquent. 

Des aiguillons, à la vérité 1res petits , niais 1res 
durs, hérissent souvent une partie de leur queue; et 
comme ils sont recourbés vers la tête, ils auroient 
bientôt ensanglanté !a gueule des gros poissons qu 
voudroient saisir et retenir un baliste par la queue. 

Les cartilagineux du genre dont nous traitons ont 
d'ailleurs deux nageoires dorsales; et la première de 
ces nageoires présente toujours un rayon très fort, 
très gros , très long, et souvent garni de pointes, qui 



DES POISSONS. Q.") 

couché dans une fossette placée sur le dos, et se re- 
levant avec vitesse à la volonté de l'animal, pénètre 
très avant dans le palais de ceux de leurs ennemis qui 
les attaquent par la partie supérieure de leur corps, 
et les contraint bientôt à s'enfuir, ou leur donne quel- 
quefois la mort par une suite de blessures multipliées, 
qu'il peut faire ens'abaissant et se redressant plusieurs 
fois 1 . 

Les nageoires inférieures, ou , pour mieux dire, la 
nageoire thorachique, et improprement appelée ven- 
trale, présente dans les balistes une conformation que 
l'on n'a encore observée dans aucun genre de poissons. 
Non seulement les nageoires dites ventrales sont ici 
rapprochées de très près, comme sur le mâle du squale 
roussette; non seulement eiles sont réunies, comme 
nous le verrons, sur les Cycloptères parmi les cartila- 
gineux, et sur les Gobies parmi les poissons osseux ; 
mais encore el!< 3 s sont confondues l'une dans l'autre, 
réduites à une seule, et même quelquefois composées 
d'un seul rayon. 

Ce rayon, soit isolé, soitaccompagné d'autres rayons 
pkis ou moins nombreux, est presque toujours caché 
en grande partie sous la peau ; et cependant il est as- 
sez gros, assez fort, et souvent assez hérissé de pe- 
tites aiguilles, pour faire de la nageoire thorachique 
une arme presque aussi redoutable que la première 

i. La manière rapide dont les balistes redressent le rayon long et 
épineux de leur première nageoire dorsale, h été comparée à celle 
avec laquelle se débandoient autrefois certaines parties d'instruments 
de guerre propres à lancer des dards ; et voilà d'où vient le nom de ces 
animaux. 



<0)6 HISTOIRE NATURELLE 

nageoire dorsale , et mettre le dessous du corps de 
l'animal à couvert d'une dent ennemie. 

Cet isolement, dans certains balistes , du rayon très 
allongé que l'on voit à la première nageoire dorsale 
et à l'inférieure , et sa réunion avec d'autres rayons 
moins puissants , dans d'autres animaux de la même 
famille , sont les caractères dont nous nous sommes 
servis pour répandre quelque clarté dans la descrip- 
tion des diverses espèces de ce genre, et pour en faire 
retenir les attributs avec plus de facilité. C'est par le 
moyen de ces caractères que nous avons établi quatre 
sous-genres , dans lesquels nous avons distribué ies 
balistes connus. 

Nous avons placé dans le premier ceux de ces pois- 
sons qui ont plus d'un rayon à la première nageoire 
du dos et à la nageoire dite ventrale; nous avons 
mis dans le second les balistes qui, n'ayant qu'un rayon 
à la première nageoire du dos, en ont cependant plu- 
sieurs à la thoraclïique ; nous avons compris dans le 
troisième ceux qui au contraire, n'ayant qu'un rayon 
à la nageoire inférieure , en ont plus d'un à la pre- 
mière du dos; et enfin nous avons composé le qua- 
trième sous- genre des balistes qui ne présentent qu'un 
seul rayon tant à la nageoire inférieure qu'à la pre- 
mière dorsale. 

L'ouverture des brancbies est étroite, située au des- 
sus et très près des nageoires pectorales , et garnie 
d'une membrane qui est ordinairement soutenue par 
deux rayons. 

L'ouverture de la bouche est aussi très peu large ; 
et l'on compte à chaque mâchoire au moins huit dents, 



des poissons. 97 

dont les deux antérieures sont les plus longues , qui , 
étant larges et aplaties de devant en arrière, et ne se 
terminant pas en pointe, ressemblent beaucoup à cel- 
les que l'on a nonimées incisives dans l'homme et dans 
les quadrupèdes vivipares. Elles sont, pour ainsi dire, 
fortifiées, au moins le plus souvent, par des dents à 
peu près semblables, placées à l'intérieur, et appli- 
quées contre les intervalles des dents extérieures. Ces 
dents auxiliaires sont quelquefois au nombre de six 
de cbaque côté; et comme les extérieures et les in- 
térieures sont toutes d'ailleurs assez grandes et assez 
fortes par elles-mêmes, il n'est pas surprenant que 
les balistes s'en servent avec avantage pour briser des 
corps très durs, et pour écraser non seulement les 
coraux dont ils recherchent les polypes , et l'enve- 
loppe solide qui revêt les crustacées , dont ils sont 
plus ou moins avides, mais encore les coquilles épais- 
ses qui recèlent les animaux marins dont ils aiment à 
se nourrir. 

Des crabes, de petits mollusques, des polypes bien 
plus petits encore, tels sont en effet les aliments qui 
conviennent aux balistes; et s'il leur arrive d'employer 
à attaquer une proie d'une autre nature , des armes 
dont ils se servenl pour se défendre avec courage et 
avec succès , ce n'est que lorsqu'une faim cruelle les 
presse, et que la nécessité les y contraint. 

Au reste, nous avons ici un exemple de ce que nous 
avons fait remarquer dans notre Discours sur la nature 
des poissons. Nous avons dit que ceux qui se nour- 
rissent de coquillages présentent ordinairement les 
plus belles couleurs : les baiistes , qui préfèrent les 
animaux des ce quilles presque à tout autre aliment, 



Ç)S HISTOIRE NATURELLE 

n 'offrent-ils pas en effet des couleurs aussi vives qu'a- 
gréables? 

Il est des saisons et des rivages où ceux qui se sont 
nourris de balistes , en ont été si gravement incom- 
modés, que l'on a regardé ces poissons comme ren- 
fermant un poison plus ou moins actif Que l'on se rap- 
pelle ce que nous avons dit, au sujet des animaux 
venimeux, dans le discours que nons venons de citer. 
Il n'est pas surprenant que , dans certaines circon- 
stances de temps ou de Jieu, des balistes nourris de 
mollusques et de polypes jVlont les sucs peuvent être 
mortels pour l'homme et pour quelques animaux, 
aient eu dans leurs intestins quelques restes de ces 
vers malfaisants qu'on n'aura pas eu le soin d'en ôter, 
et, par le moyen de ce poison étranger, aient causé 
des accidents plus ou moins funestes à l'homme ou 
aux animaux qui en auront mangé. Il peut même se 
faire qu'une longue habitude de ces aliments nuisibles 
ait détérioré les sucs et altéré les chairs de quelques 
balistes, au point de leur donner des qualités pres- 
que aussi délétères que celles que possèdent ces vers 
marins : mais les balistes n'en sont pas moins par eux- 
mêmes dénués de tout venin proprement dit; et les 
effets qu'éprouvent ceux qui s'en nourrissent, ne peu- 
vent ressembler aux suites d'un poison réel que lors- 
que ces cartilagineux ont perdu la véritable nature 
de leur chair et de leurs sucs , ou qu'ils contiennent 
une substance étrangère et dangereuse. On ne doit 
donc manger de balistes qu'après les plus grandes 
précautions; mais il ne faut pas moins retrancher le 
terrible pouvoir d'empoisonner, des qualités propres 
à ces animaux. 



DES POISSONS. tjCj 

Les balistes s'aident, en nageant, d'une vessie à air 
qu'ils ont auprès du dos; ils ont cependant reçu un 
autre moyen d'augmenter la facilité avec laquelle ils 
peuvent s'éiever ou s'abaisser au milieu des eaux de 
la mer. Les téguments qui recouvrent leur ventre 
sont susceptibles d'une grande extension ; et l'animal 
peut, quand il le veut, introduire dans celte cavité 
une quantité de gaz assez considérable pour y pro- 
duire un gonflement très inarqué. En accroissant ainsi 
son volume par l'admission d'un fluide plus léger que 
l'eau, il diminue sa pesanteur spécifique, et s'élève 
au sein des mers. Il s'enfonce dans leurs profondeurs, 
en faisant sortir de l'intérieur de son corps le gaz qu'il 
y avoit fait pénétrer; et lorsque la crainte produite 
par quelque attouchement soudain, ou quelque au- 
tre circonstance , font naître dans le baliste une com- 
pression subite , le gaz , qui s'échappe avec vitesse , 
passe avec assez de rapidité et de force au travers des 
intestins, du gosier, de l'ouverture de la bouche, et 
de celle des branchies, pour faire entendre une sorte 
de sifflement. iNous avons déjà vu des effets très ana- 
logues dans les tortues; et nous en trouverons de pres- 
que semblables dans plusieurs genres de poissons os- 
seux, tels que les zées , les trigles et les cobites. 

Malgré le double secours d'une vessie aérienne, et 
de la dilatation du ventre, ies balistes paroissent nager 
avec difficulté : c'est que ia peau épaisse, dure et tu- 
berculeuse, qui enveloppe la queue , ôte à cette partie 
la liberté de se mouvoir avec assez de rapidité pour 
donnera l'animal une grande force progressive; et 
ceci confirme ce que nous avons déjà dit sur la véri- 
table cause de la vitesse de la natation des poissons, 



100 HISTOIRE NATURELLE 

Tels sont les caraclères généraux qui appartiennent 
à tous les balistes. Chaque espèce en présente d'ail- 
leurs de particuliers que nous allons indiquer, en 
commençant par celle à laquelle nous avons conservé 
le nom de Vieille ', et que nous devons faire connoître 
la première. 

Cette dénomination de Vieille vient de la nature 
du sifflement qu'elle produit, et dans lequel on a voulu 
trouver des rapports avec les sons d'une voix affoiblie 
par l'âge , et de la forme de ses dents de devant , que 
l'on a considérées comme un peu semblables à des 
dents décharnées. 

Le baliste vieille parvient quelquefois jusqu'à la 
longueur de trois pieds , ou de près d'un mètre. L'ou- 
verture des branchies est plus grande que sur la plu- 
part des autres balistes ; trois rangs d'aiguillons sont 
ordinairement placés au devant de la nageoire thora- 
chique ou inférieure , qui est très longue , et ne con- 
tribue pas peu à défendre le dessous du corps. La 
nageoire de la queue est en forme de croissant 1 , les 
deux rayons qui en composent les pointes se prolon- 
gent en très longs filaments. De semblables prolon- 
gations terminent les rayons antérieurs de la seconde 
nageoire du dos; et le premier rayon de la première 
dorsale est très fort et dentelé par devant. 

Voyons maintenant la nuance et la distribution des 

i. Ii y a communément à la membrane des branchies. 2 rayons. 

à la première nageoire dorsale 5 

à la seconde 29 

aux nageoires pectorales 18 

à latliorachique, improprement dite ventrale. îs 

à celle de l'anus 28 

à celle de la queue.. 14 



DES POISSONS. 10 1 

couleurs dont est peinte le plus souvent cette belle 
espèce de baliste. 

Le dessus du corps est d'un jaune foncé et rayé de 
bleu; ce jaune s'éclaircit sur les côtés, et se change 
en gris dans la partie inférieure du corps. L'iris est 
rouge; et de chaque œil partent, comme d'un cen- 
tre , sept ou huit petites raies d'un beau bleu. Cette 
même couleur bleue borde les lèvres, les nageoires 
pectorales qui sont jaunes, celle de l'anus qui est 
grise, et la caudale qui est jaune, et elle s'étend sur 
la queue en bandes transversales, dont la teinte de- 
vient plus claire à mesure qu'elles sont plus éloignées 
de la tête. 

La vieille se nourrit des aïiimaux des coquilles. 
Elle est quelquefois la proie des gros poissons, mal- 
gré sa grandeur, sa conformation et ses piquants : 
mais alors elle est presque toujours saisie par la 
queue, qui, dénuée d'aiguillons, est moins bien 
défendue que le devant du corps, et d'ailleurs est 
douée d'une force à proportion beaucoup moins con- 
sidérable ; ce qui s'accorde avec ce que nous venons 
de dire sur la lenteur des mouvements des balistes. 

On trouve la vieille non seulement dans les mers 
de l'Inde, mais encore dans celles d'Amérique, où 
cette espèce, en subissant quelque changement 1 dans 

1. On compte dans une de ces variétés : 

à la première nageoire du dos 3 rayons. 

à la seconde. 27 

aux pectorales 14 

à la thorachique i4 

à celle de l'anus 25 

à celle de la queue 12 

lacépède. vi. 7 



102 HISTOIRE NATURELLE 

le nombre des rayons de ses nageoires et dans les 
teintes de ses couleurs, a produit plus d'une variété. 



* »©«-&<S-$« 4?» &î 3 



LE BALISTE ETOILE 4 . 

Batistes stetlatus 3 Lacep. , Cuv. 



Ce cartilagineux, décrit par Commerson , et vu 
par lui dans la mer qui entoure l'Ile de France , ne 
présente pas des couleurs aussi variées ni aussi vives 
que celles de la plupart des autres balistes ; mais 
celles qu'il montre sont agréables à l'œil , distribuées 
avec ordre, et d'une manière qui nous a indiqué le 
nom que nous lui donnons. Il est gris par dessus, 
et blanchâtre par dessous : des raies longitudinales 
et d'un blanc mêlé de gris s'étendent sur la seconde 
nageoire du dos et sur celle de l'anus; et des taches 
presque blanches , très petites, et semées sur la par- 
tie supérieure du corps, la font paroître étoilée. Cette 
parure simple , mais élégante, fait ressortir les formes 
qui suivent. 

Un sillon assez profond est creusé sur le devant de 
la tête; l'ouverture de chaque narine est double; 
celle des branchies est très étroite, placée presque 

i. « Balistes griseus, dorso maculis Ienticularibus et exalbidis con- 
» sperso , ventrali unica spuria. » Commerson, manuscrits déjà cités. 



DES POISSONS. ]03 

perpendiculairement au dessus de l'origine des na- 
geoires pectorales , et située au devant d'un petit 
assemblage d'écaillés osseuses plus grandes que les 
autres. 

On compte à la première nageoire dorsale trois 
rayons, dont le premier est très long, très fort, et 
dentelé par devant 1 . 

La nageoire dite ventrale consiste dans un rayon 
très court et très dur, ainsi que dans huit ou dix 
autres beaucoup plus courts, mais très forts, et ren- 
dus comme immobiles par la peau épaisse dans la- 
quelle ils sont engagés. Celle de la queue est un peu 
échancrée en croissant. La seconde dorsale et celle 
de l'anus renferment presque un égal nombre de 
rayons , et par conséquent paroissent presque égales. 

Peut-être faudroit-il rapporter à l'étoile un baliste 
que le professeur Gmelin a nommé le Ponctué 2 , qu'il 
ne paroît avoir connu que par ce qu'en a écrit le voya- 
geur Nieuhof , et duquel il dit seulement qu'il habite 
dans les mers de l'Inde , et qu'il a le corps ponctué, 
ou semé de petites taches. 



i. L'individu observé par Gommerson avoit seize pouces, ou près 
d'un demi-mètre, de longueur. 

Il y avoit à la seconde nageoire dorsale 26 rayons. 

à celle de l'anus 24 

aux pectorales i5 

et à la nageoire de la queue 12 

Tous ces rayons étoienl mous, excepté le premier de la seconde 
dorsale , le premier de la nageoire de l'anus et le premier et le dernier 
de celle de la queue. 

2 Batistes punctatus, Linnée, édition de Gmelin. 
.Slipvisch, Nieuhof, Ind. 2, p. 875. 



104 HISTOIRE NATURELLE 

LE BALISTE ÉCHARPE 1 . 

Batistes rectangulusj, Schn. , Cuv. 



La forme de ce poisson ressemble beaucoup à celle 
de presque tous les autres balistes ; mais ses couleurs 
très belles, très vives, et distribuées d'une manière 
remarquable, le font distinguer parmi les différentes 
espèces de sa nombreuse famille. 

L'extrémité du museau de Yécharpe est peinte d'un 
très beau bleu de ciel, qui y représente comme une 
sorte de demi- anneau. La tête est d'ailleurs d'un 
jaune vif qui devient plus clair sur les côtés , et qui 
se change , dans l'entre -deux des yeux , en un fond 
d'aigue-marine , sur lequel s'étendent trois raies noi- 
res et transversales. Une autre ligne bleuâtre descend 
depuis le devant de l'œil jusque vers la base de la 
nageoire pectorale; et, au delà de cette ligne, une 
bande d'un noir très foncé part de l'œil, et, allant 
obliquement et en s'élargissant jusqu'à l'anus et à la 
nageoire anale, forme sur le corps du baliste une sorte 
d'écharpe noire, que les nuances voisines font res- 

i. « Balisfes, rostri semi-annulo cœruleo; genis luteis ; interstitio 
» oculoruin smaragdino cum lineis tribus nigris transversis; fascia ni- 
» gra latissima ab oculis ad unum obliquata ; aculeis caudae triangulo 
» nigro interclusis. » Conimerson , manuscrits déjà cités. 



DES POISSONS. 105 

sortir avec beaucoup d'éclat, et qui nous a indiqué 
le nom que nous avons cru devoir donner au cartila- 
gineux que nous décrivons. 

Cette écharpe est d'autant plus facile à distinguer, 
que son bord postérieur présente un liséré bleuâtre, 
qui, vers le milieu du corps, donne naissance à une 
raie de la même couleur; et cette dernière raie par- 
vient jusqu'aux rayons postérieurs de la seconde na- 
geoire du dos, en formant sur le côté de l'animal le 
sommet d'un angle aigu. 

Entre les deux branches de cet angle, on voit sur 
le côté de la queue un triangle noir et bordé d'un 
bleu verdâtre; et un anneau d'un noir très foncé en- 
toure la base de la nageoire caudale. 

Tout le reste du corps est d'un rouge brun, ex- 
cepté la partie inférieure comprise entre le museau 
et le bout de l'écharpe : cette partie inférieure est 
blanche. 

La seconde nageoire du dos et celle de l'anus sont 
transparentes, ainsi que les pectorales, dont la base 
est noire, et dont le bout est marqué d'une belle 
tache rouge. 

Voilà donc toutes les couleurs de l'arc-en-cie! dis- 
tribuées avec agrément et régularité sur ce baliste, et 
leurs teintes relevées par cette espèce d'écharpe noire 
qui traverse obliquement le corps de l'animal. 

A l'égard des formes particulières à ce poisson , il 
suffira de faire remarquer que sa tête est allongée ; 
que l'on compte dans la première nageoire du dos 
trois rayons, dont le premier est dentelé , et le troi- 
sième très court et éloigné des deux autres; que celle 
dite du ventre est composée d'un rayon gros, osseux, 



>06 HISTOIRE NATURELLE 

hérissé de pointes, et de huit ou dix petits rayons 
contenus par une membrane épaisse 4 ; et que sur 
chaque côté de la queue il y a quatre rangées d'ai- 
guillons recourbés vers la tête. 

Nous avons tiré ce que nous venons de dire des 
manuscrits de Commerson, qui a trouvé et décrit 
le Batiste écharpe dans la mer voisine de l'Ile de 
France. 

LE BALISTE BUNIVA. 

Batistes Bwniva, Lacep. , Risso. 



La description et le dessin de ce baliste encore in- 
connu nous ont été envoyés par M. Giorna , de l'a- 
cadémie de Turin. M. Buniva, savant collègue de 
M. Giorna , a bien voulu se charger de nous le re- 
mettre. La physique animale, et particulièrement 
celle des poissons , vont être enrichies par les gran- 
des recherches, les observations précieuses, les belles 
expériences de ce naturaliste, qui vient de publier 

i . Il y a à la seconde nageoire du dos . . 23 rayons. 

aux nageoires pectorales i3 

à la thorachique 9 ou 1 1 

à celle de l'anus 20 

et à celle de la queue \ 2 

La nageoire de la queue est en arc de cercle , suivant le texte de 
Commerson, et terminée par une ligne droite, suivant le dessin du 
même auteur. 



DES POISSONS. I07 

les premiers résultats de ses travaux importants. iNous 
lui dédions ee baliste, que l'on a péché dans la mer 
de Nice , dans celle qui est la plus voisine de la patrie 
qu'il honore. 

Ce baliste a les deux mâchoires également avan- 
cées , vingt-sept rayons à la seconde nageoire du dos , 
quatorze à chaque pectorale, quatorze à l'anale, et 
douze à la nageoire de la queue. 

Il est nécessaire de faire observer avec soin que 
voilà la seconde espèce de baliste pêchée dans la Mé- 
diterranée. Le caprisque est la première de ces deux 
espèces, dont les congénères n'ont été encore vues 
que dans les mers de l'ancien ou du nouveau conti- 
nent voisines des tropiques. Mais une chose plus 
digne de l'attention des ichthyoîogistes , c'est que 
M. Giorna a vu dans ie Muséum de Turin, dont l'in- 
spection lui a été confiée avec tant de raison, une chi- 
mère arctique femelle prise auprès de Nice , dans la 
Méditerranée. 



» y..^*ë-9&o^w*9-s-* 



LE BALISTE DOUBLE -AIGUILLON 

Balistes biaculeatus^ Gmel. , Lacep. 



Les mers de l'Inde , si fécondes en poissons et par- 
ticulièrement en balistes, nourrissent le cartilagineux 

1. Bloch, pi. 148, fig. 2. 

Grouov., mus. 1, p. 5a, n. 1 15; Zooph. n. 194. 



108 HISTOIRE NATURELLE 

auquel nous avons conservé le nom de Double-aiguil- 
loiij, d'après le savant professeur Blocb de Berlin, qui 
le premier l'a fait connoître avec exactitude aux natu- 
ralistes. Cet animal présente plusieurs caractères for- 
tement prononcés : son museau est très long et ter- 
miné par une sorte de groin ; quatre rayons compo- 
sent la première nageoire dorsale ; une ligne latérale 
très sensible part de l'œil , suit à peu près la courbure 
du dos, et s'étend jusqu'à la nageoire caudale, qui 
est fourchue; la queue est plus étroite à proportion 
que dans plusieurs autres balistes ; et, pour repré- 
senter la nageoire dite ventrale, on voit, derrière une 
tache noire, deux rayons très longs, très forts, très 
dentelés, et qui, placés à côté l'un de l'autre, peu- 
vent être couchés vers la queue, et renfermés, pour 
ainsi dire , chacun dans une fossette particulière. 

Le baliste double-aiguillon est d'ailleurs gris par 
dessus, et blanchâtre par dessous 1 . 

Piscis cornutus. Willughby, Iclith. app., p. 5, tab. 10, fig. 2. 

Ray., pisc, p. ?5i,n. 12. 

Baliste à deux piquants, Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie 
méthodique. 

Hoorn-visch, Meuhof, Ind. 2, p. 212, tab. 228, fig. 3. 

1 . A la première nageoire du dos 4 rayons. 

A la seconde 23 

Aux pectorales i3 

A celle de l'anus 17 

A celle de la queue. 12 



DES POISSONS. 109 



LE BALISTE CHINOIS 1 . 

Batistes sinensis , Gmel. , Lacep. — Ba listes chinensis^ 

Bloch. 



Ces! dans la mer qui arrose les rivages de la Chine, 
que l'on trouve ce baliste , que l'on voit aussi dans 
celle du Brésil. La première nageoire dorsale de ce 
poisson ne consiste que dans un rayon très long, très 
fort , garni par derrière de deux rangs de petites 
dents, et que l'animal peut coucher et renfermer à 
volonté dans une fossette creusée entre les deux na- 
geoires du dos. La ligne latérale commence derrière 
les yeux, se courbe ensuite vers le bas, et devient à 
peine sensible , au milieu de quatre rangées d'aiguil- 
lons qui hérissent chaque côté de la queue. La na- 
geoire qui termine cette dernière partie est arrondie : 
celle du ventre présente treize rayons renfermés, pour 

y. Batiste chinois , Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie métho- 
dique. 

Bloch, pi. i52 , fig. 1. 

Batistes chinensis; Osb. 1t. , p. i^j.' 

Gronov., mus. 2, n. 196; Zooph.. n. 189. 

Vira aca , Marcgr., Brasil., p. i54- 

Willughby, Ichth,, p. 260, tab. 1, 4, fig. 1. 

Bay., pisc. , p. 47- 

» Monoceros , piscis Clusii, pira aca Marcgr. » — Plumier, dessins 
sur vélin, déjà cités. (La figure est peu exacte. ) 



110 HISTOIRE NATURELLE 

ainsi dire, dans une peau épaisse, excepté le premier 1 . 

Lebaliste chinois est gris par dessus , blanchâtre par 

dessous, et communément tout parsemé de petites 

taches couleur d'or. Sa chair est à peine mangeable. 

LE BALISTE VELU 2 , 

Batistes tomentosus, Lacep. 



LE BALISTE MAMELONNÉ*. 

Batistes papillosus , Gmkl. , Lacep. 



Nous plaçons dans le même article ce qui concerne 
ces deux balistes , parce qu'ils ont de très grands rap- 

i. A la seconde nageoire du dos. . 3o rayons. 

Aux nageoires pectorales. i3 

A la nageoire dite ventrale . . 10 

A celle de l'anus . . . . 3o 

A celle delà queue 12 

2. Batiste vêtu, Daubenton, Encyclopédie méthodique. 
Id. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 
« Balistes aculeis dorsi duobus, l&teribus versus caudam hirsutis. *> 
Gronov., mus. 1, n. 1 i4> tab. 6 , fig. 5; Zooph., n. 191. 

Bloch, pi. 148, fig. 1. ( Nota. Bloch n'a compté qu'un rayon à la 
première nageoire du dos : mais Gronovius et d'autres naturalistes en 
ont compté deux ; et il paroît que l'individu observé par Bloch étoit 
défectueux. ) 

Seb. mus. 3, tab. il\ , fig. 1.8. 

Ewauve hoorn-fish, Renard, poiss. i,p. 27, tab. a5, fig. i34. 
Ikan kipas , voajer-viseh , Valent. Ind. 3. p. 356, n. 28, fig. 28. 
5. Batiste mamelonné, Daubenton, Encyclopédie méthodique. 



DES POISSONS. 111 

ports l'un avec l'autre , et parce qu'ils sont séparés 
par un petit nombre de différences d'avec les pois- 
sons de leur genre. 

Le baliste velu , qui se trouve dans les mers de 
l'Inde, a le corps assez mince : sa première nageoire 
dorsale ne présente que deux rayons, dont l'anté- 
rieur est court, mais fort, et garni par derrière de 
deux rangées de pointes; de petits aiguillons recour- 
bés sont placés sur les côtés de la queue. La couleur 
de l'animal est d'un brun qui se change, sur les côtés, 
en jaune, ensuite en gris, et enfin en jaune plus ou 
moins clair, et qui est souvent varié par des taches 
noires et allongées 4 j 

Le mamelonné n'a que deux rayons à la première 
nageoire du dos, comme le velu; mais son corps est 
parsemé de petites papilles ou de petits mamelons 2 . 
11 a été péché auprès des rivages de la Nouvelle- 
Galles méridionale. Suivant le texte de la relation 
citée dans la note de la page précédente , ce poisson 
est d'un gris blanchâtre ; et , suivant ia figure coloriée 

Id. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 
« Batistes granulatus, pinna dorsali ànteriôre biradiata, oorpore 
» granoso. » — Décrit par Hunter, dans l'appendix de la relation an- 
gloise du Voyage à la Nouvelle-Galles méridionale, par Jean White, 
premier chirurgien de l'expédition commandée par le capitaine Phi- 
lipp. — pi. 3 9 ,fig. 2. 

1. A la seconde nageoire dorsale. _> . . 3i rayons. 

Aux pectorales 9 ou îo 

A celle de l'anus 27 

A celle de la queue o 

2. A la seconde nageoire du dos 29 

Aux nageoires pectorales i3 

A celle de l'anus ..21 

A celle delà queue 12 



112 HISTOIRE NATURELLE 

qui accompagne ce texte , il est d'un jaune noirâtre 
avec la têle lilas. 



LE BALISTE TACHETE 1 . 

Batistes maculatm, Gmel. , Lacep. 



Ce poisson habite dans les mers chaudes du nou- 
veau et de l'ancien continent. Tl ressemble un peu au 
mamelonné par les petites papilles ou verrues qui, 
dans plusieurs endroits de son corps , rendent sa 
peau rude au toucher ; mais il en diffère par le nom- 
bre des rayons de ses nageoires , et par d'autres ca- 
ractères dont nous allons exposer quelques uns. 

Il est violet dans sa partie supérieure, et d'un blanc 
jaunâtre dans l'inférieure; ses nageoires pectorales 
sont jaunes, et presque tout l'animal est couvert de 

i. Baliste tacheté , Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie métho- 
dique. 

Bloch , pi. 1 5 1 . 

« Capriscus muriuni dentibus rainutis, etc. » Klein, miss. pisc. 3, 
p. â5, n. 6, tab. 3, fig. 9. 

Guaperva Longa, Willughby, Ichth. append., p. 21, lab. 1,20. 

Ray., pisc, p. 485 n - 2 - 

Little old wife, Browne, Jam., p. 456, n. 2. 

« Prickle, or long file fish. » Grew. mus., p. n3, lab. 7. 

« Maanvisch, poisson de lune , turin saratfe. » Renard, poiss. 2» 
lab. 5S, fig. i38. 



DES POISSONS. 1 ï5 

taches bleues. Cet agréable assortiment de couleurs 
s'étend sur un corps assez grand. L'orifice de chaque 
narine est double, et les quatre ouvertures de ces 
organes sont placées dans une petite fossette située 
au devant des yeux. On aperçoit quelques aiguillons 
au delà du ravon fort et hérissé de la nageoire dite 
ventrale; celle de l'anus, qui vient ensuite, est très 
large; on ne voit pas de piquants sur les côtés de la 
queue, dont la nageoire est arrondie 4 . 

LE BALISTË PRALIN 2 . 

Balistes Pralin, Lacep. 



De très belles couleurs parent ce baliste. Celle de 
la partie supérieure de son corps est d'un vert foncé ; 
et sa partie inférieure est d'un beau blanc. Une tache 
très grande et très noire relève chaque côté de l'ani- 

i. A la première nageoire du dos 2 rayons. 

A la seconde v 24 

Aux pectorales 14 

A celle de l'anus 21 

A celle de la queue 12 

2. « Balistes pinna dorsi prima radiata; triplici aculeorum ordine 
» ad basim caudae ; linea purpurea a supremo rostro ad basim pinna- 
» rum pectoralium ducta : macula latissima nigra médium utrinque 
» latus occupante. » Gommersou, manuscrits déjà cités, quatrième 
cahier de zoologie. 



1 1 4 HISTOIRE NATURELLE 

ma!; l'on voit également sur chacun des côtés une raie 
pourpre qui s'étend depuis le bout du museau jusqu'à 
la base de la nageoire pectorale; et cinq autres raies, 
dont les deux extérieures et celle du milieu sont 
bleuâtres, et dont les deux autres sont rougeâtres et 
un peu plus larges , s'élèvent de cette même base jus- 
qu'à l'œil. Le baliste pralin est d'ailleurs remarquable 
par le rouge de ses nageoires pectorales, et par le 
jaune que l'on voit sur les bords supérieur et infé- 
rieur de la nageoire de la queue. 

Ce poisson, que Commerson a décrit, et dont il 
a dit que la longueur étoit à peu près égale à celle 
de la perche, a la tête assez grande pour qu'elle 
compose seule près du tiers de la longueur totale de 
ce cartilagineux. Malgré l'épaisseur de la peau qui 
recouvre la tète aussi bien que le corps, les lèvres 
peuvent être, comme dans les autres balistes, un 
peu allongées et retirées en arrière, à la volonté de 
l'animal. 

On voit, auprès de l'ouverture des branchies, un 
petit groupe d'écaillés assez grandes et très distinctes 
des autres, que l'on seroit tenté de prendre pour des 
rudiments d'un opercule placé trop en arrière. 

Le rayon qui forme la nageoire dite ventrale est 
articulé, hérissé de pointes comme une lime, pré- 
cédé d'une double rangée de tubercules très durs, 
et suivi d'un rang d'aiguillons très courts, et qui va 
jusqu'à l'anus 1 . 

i. A la membrane des branchies a rayons. 

A la première nageoire dorsale 2 

A la seconde nageoire du dos 25 

Aux nageoires pectorales i3 



DES POISSONS. 1 1 5 

Chaque côté de la queue est d'ailleurs armé de 
trois ou quatre rangs de petits piquants recourbés 
vers la tête , et dont chacun est renfermé en partie 
dans une sorte de gaîne noire à sa hase. 

Cebaliste, dit Commerson, doit être compté parmi 
les poissons saxatiles : il se tient en effet au milieu 
des rochers voisins des rivages de l'île Pralin ; et c'est 
le nom de cette île , auprès de laquelle se trouve son 
habitation la plus ordinaire , que nous avons cru de- 
voir lui faire porter. 

Il mord avec force, lorsqu'on le prend sans pré- 
caution. Sa chair est agréable et saine. 

LE BALISTE KLEINIEN 1 . 

Batistes K.ieinii 3 Gmel. , Lacep. 



La longueur de la seconde nageoire du dos et de 
celle de l'anus, qui renferment chacune plus de qua- 
rante-cinq rayons, est un des caractères qui servent 

A la nageoire tborachique î rayons. 

A celle de l'anus 21 

A celle de la queue 12 

Cette dernière est terminée par une ligne presque droite. 

1. Gronov., Zooph., 11. 193. 

« Capriscus capite triangulato gutturoso , ore admodum parvo bar- 
» bato, etc. » Klein, miss. pisc. 5, p. 25, n. 8, tab. 3, fig. 12. 

Ikan auwawn , Valent. Ind. 5, p. 077, n. 92 , fig. 92. 



Tl6 HISTOIRE NATURELLE 

à distinguer ce baliste , dont on doit particulièrement 
la connoissance à Klein. Le museau de ce poisson est 
d'ailleurs avancé; l'ouverture de sa bouche, petite 
et garnie de barbillons; le rayon antérieur de la pre- 
mière nageoire, dentelé de deux côtés; et la nageoire 
de la queue, arrondie. 

Ce poisson habite dans les mers de l'Inde. 



LE BALISTE CLRASSAVIEN 1 

Batistes curassavicus 3 Gmel. , Lacep. (Espèce 
incertaine.) 



Auprès de Curaçao habite ce poisson, dont la na- 
geoire de la queue est terminée par une ligne droite, 
et dont les côtés brillent d'une couleur d'or très écla- 
tante. Cette dorure est relevée par un point noir placé 
au milieu de chacune des écailles sur lesquelles elle 
s'étend. Le dos est brun, et le museau arrondi 2 . 



i. Gronov., Zooph. 196. 

2. A la première nageoire du dos 2 rayons. 

A la seconde 27 

Aux pectorales. 1-5 

A celle de l'anus 26 

A celle de la queue 9 



PI 71 



Poissons 




1 .BAUSTE ipEŒTX. 2 BAL. BOTJRSE.S K\L.3KiA\HT.ros. 4 J'-AL EERISJ] 



DES POISSONS. 11^ 

LE BALISTE ÉPINEUX 1 . 

Batistes aculeatus,, Gmel. , Lagep. , Bloch. 



Les balistes compris dans le second sous-genre, et 
que nous venons de faire connaître , n'ont que deux 
rayons à la première nageoire du dos. Nous allons 
maintenant voir un plus grand nombre de rayons à 
cette première nageoire dorsale. Le baliste épineux 
en présente trois dans cette partie de son corps. Plu- 
sieurs piquants sont placés sur son ventre à la suite du 



i. Baliste épineux, Daubenton , Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 

It. Wgolh. i58. 

Gronov. , Zooph. 188. 

Bloch , pi. i49- 

Seb. mus. 5, tab. 24, fig. i5. 

« Gapriscus cornutus supra oculum, etc. » Klein, miss. pisc. 3, 
p. 25, n. 5, 7, tab. 3, fig. 10. 

Guaperva hystrix , Willughby, Ichth. app., p. 21, tab. I, 21. 

n Sounckhoornvisch, manvisch, gros poupou. » Renard, poiss. 1, 
pi. 28, fig. i54, et 2 , pi. 28, fig. i36, et pi. 34, fig. 157. 

« Balistes fuscus ex rubro et aureo oblique virgatus, pinna dorsi 
» prima triacantha, ossiculo xyphoïde scaberrimo ; pinnarum ventra- 
» lium loco, aculeis antrorsum versis duplici ordine ulrinque ad cau- 
» dam. » Commcrson , manuscrits déjà cités, quatrième cahier de 
zoologie. 

LACÉPÈDE. VI. S 



1 WS HISTOIRE NATURELLE 

rayon garni de pointes qui compose la nageoire tho- 
raehique; et de plus on voit de chaque côté de la 
queue, des aiguillons recourbés en avant, et dont le 
nombre des rangées varie depuis deux jusqu'à cinq, 
suivant l'âge, le sexe ou le climat. Les couleurs de 
ce poisson sont très belles. Les voici telles que les 
décrit Commerson , qui a observé plusieurs fois ce 
baliste en vie et nageant au milieu des eaux qu'il pré- 
fère. L'animal est d'un brun foncé ; mais , sur ce fond 
obscur, des raies transversales , rouges sur le devant 
du corps, et dorées sur le derrière, s'étendent obli- 
quement, et répandent un éclat très vif. Les yeux, 
les lèvres, et la base des nageoires pectorales, sont 
d'ailleurs d'un rouge de vermillon, dont on aperçoit 
des traces plus ou moins fortes, et mêlées avec un 
peu de jaune sur les autres nageoires, et particuliè- 
rement sur celle de la queue, où les intervalles qui 
séparent les rayons sont bleuâtres 1 . 

Ce baliste habite la mer Rouge et la mer de l'Inde , 
au milieu de laquelle Commerson l'a péché parmi les 
rochers, les coraux et les ressifs qui avoisinent l'île 
Pralin. Ce voyageur dit que ce poisson est très bon 
à manger. 

Nous croyons devoir rapporter à cette espèce le 
baliste décrit par le professeur Gmelin sous le nom 

i. A la membrane des branchies 2 rayons. 

A la première dorsale 

h. la seconde ^5 

Aux pectorales. . i3 

A celle de l'anus 2 5 

A celle de la queue io 

Celle dernière est terminée par une ligne presque droite. 



DES POISSONS. 1 1Ç) 

de Verruqueux 1 , et que Linnée avoit déjà fait con- 
noître dans l'exposition des objets qui composoient 
Ja collection du prince Adolphe-Frédéric de Suède. 
Ce baliste verruqueux ne diffère en effet de l'épineux 
qu'en ce que le rayon qui représente la nageoire dite 
ventrale est garni de verrues, au lieu de l'être de 
pointes plus aiguës. Mais si ce caractère doit être 
regardé comme constant, il ne peut servir à établir 
qu'une simple variété. 

LE BALISTE SILLONNÉ 2 . 

Batistes ringens s Gmel. , Lacep. 



Lorsque ce baliste est en vie, il présente une cou- 
leur d'un beau noir sur toutes les parties de son corps , 

i. Batistes verrucosus , Linnée, édition de Gmelin. 
Mus. ad. fr. i, p. 57, tab. 27, fig. £• 

2. Batiste sillonné , Daubenton , Encyclopédie méthodique, 
id. Bonnaierre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 
Mus. ad. fr. 1, p. 4&- 
[t. Wgoth. 13g. 

Batistes nigra, Osbeck, It. 295. 
Gronov., Zooph. 195. 
Bloch, pi. i52, fig. 2. 
Artedi, gen., p. 54, n. 4- 

« Guaperva lata ad caudam striata, Listeri. » Willughby, ichth. 
iipp., p. 21, n. 5, tab. I, 24- 
Ray., pisc. , 49* n.. 5. 



120 HISTOIRE NATURELLE 

excepté sur la base de sa seconde nageoire dorsale 
et de celle de l'anus. Une raie longitudinale blanche , 
et quelquefois bleue, s'étend sur ses bases. Une ran- 
gée de tubercules garnit l'intervalle compris entre 
l'anus et le rayon qui tient lieu de nageoire thora- 
ehique. Les côtés de la queue sont comme sillonnés ; 
chacune des écailles qui les revêtent présente dans 
son centre un tubercule ou petit aiguillon obtus 
tourné vers la tête ; et , par une suite de cette con- 
formation , ces côtés sont plus rudes au toucher que 
la partie antérieure du corps 1 . On trouve le Sillo?iné 
dans la mer de la Chine et dans celle qui borde les 
côtes orientales de l'Afrique. 

«Batistes niger, linea alba dorsi. » Commerson , manuscrits déjà 
cités. 

Ikan kandawara, Valent. Ind. 3, p. 35g, fig. l\Q.. 

« Batiste noir, kolkenboati, et kandawar. » Renard, poiss. 1, p. 26., 
tab. 17, fig. 96; et p. 27, tab. 18, fig. 98. 

1. A la première nageoire dorsale 3 rayons. 

A la seconde 55 

Aux pectorales > i5 

A celle de l'aaus 5i 

A celle de la queue 10 

Cette dernière est en forme de croissant. 



DES POISSONS. 121 



LE BALISTE CAPRISQUE 

Batistes Capriscus, Gmel. , Lagep. , Cuv. 



On ne trouve pas seulement ce poisson dans les 
mers chaudes de l'Inde et de l'Amérique , on le ren- 
contre aussi dans la Méditerranée ; et c'est à ce carti- 

i. Porc, dans plusieurs départements méridionaux. 

Porco , en Sicile et dans d'autres contrées de l'Italie. 

Caper, par plusieurs auteurs anciens. 

Aper, id. 

Porcus, id. 

Sus, id. 

Mus marinus , id. 

Gronov., Zooph., n. 187, mus. 1, p. 55, n. 117. 

Seb. mus. 3, tab. 24, fig. 16. 

Klein, miss. pisc. 3, p. 24, n. 1. 

Gesn. ic, p. 57. 

Aldrov. pisc, p. 5 16. 

Jonston, pisc, tab. 20, fig. 7. 

Ray., pisc, p. 4 7 . 

Caper, Plin., Hist. mundi, lib. 11, cap. 5i. 

Id. Salvian. , Aquat. , p. 207, 208, tab. 206, 6. 

Poupou noble, Renard, poiss., tab. 1, fig. 7. 

Capriscus Rondeletii, Plumier, dessins sur vélin, déjà cités. 

Porc, Piondelet, première partie , liv. 5, chap. 26. 

Aristot., Hist. anim., lib. 2, cap. i3, et lib. 4. cap. 9. 

Alite». , lib. 7, fol. i52,4o, et i63, 5. 

.'Elian., lib. 12, cap. 26. 



122 HISTOIRE N AT l RE LLlî 

lagineux que Pline a, d'après Aristote . appliqué le 
nom de Caper , et qu'il a attribué la faculté de faire 
entendre une sorte de bruit ou de petit sifflement , 
lequel appartient en effet à tous les balistes, ainsi que 
nous l'avons vu. Les couleurs du caprisque sont belles 
et chatoyantes : il présente en Amérique, et d'après 
les dessins enluminés de Plumier, une teinte géné- 
rale d'un violet clair et chatoyant, qui donne à tout 
son corps les nuances variées que l'on admire sur la 
gorge des pigeons; et l'iris de ses yeux, assez grand, 
d'un bleu très vif, et bordé d'un jaune éclatant, pa- 
roît, au milieu du fond violet dont nous venons de 
parler, comme un beau saphir entouré d'un cercle 
d'or. A des latitudes plus élevées , et particulièrement 
dans la Méditerranée , le caprisque est quelquefois 
semé de taches bleues sur le corps, et bleues ainsi 
que rouges sur les nageoires ; et des nuances vertes 
se font remarquer sur plusieurs parties de l'animal. 
Il ne diffère d'ailleurs des poissons de sa famille que 
par les caractères distinctifs que l'on a déjà pu voir 
sur le tableau de son genre , et par le nombre des 
rayons qui composent ses nageoires. 



DES POISSONS. 12,'J 

LE BALISTE QUEUE FOURCHUE'. 

Batistes forcipatus 3 Willughby, Gmel. , Lacep. 



La première nageoire du dos de ce poisson est 
composée de trois rayons , dont l'antérieur, très long 
et très fort, représente une sorte de corne, et. est 
hérissé , de tous les côtés, de tubercules et de petites 
dents. La seconde nageoire dorsale est d'ailleurs re- 
marquable par les taches qu'elle présente; et celle 
de la queue est fourchue. 

LE BALISTE BOURSE 2 , 

Batistes Bursa 3 Lacep., Schn. 

ET 

LE BALISTE AMÉRICAIN 3 . 

Balistes americanus , Gmet,., Lacep. (Espèce incertaine. ) 



Il faut prendre garde de confondre le premier de 
ces poissons avec le baliste vieille , qui , selon Plumier 

i. « Balistes caudabifurca, pinaadorsi maculosa. » Arledi, gen. 54, 
syn. 82. 

Willugbby, Ichtb. app., p. 21, tab. F, 22. 

2. Baliste Bourse, Sonnerat, Journal de physique, an. 1774. 

Id. Bonnaterre . piancbes de l'Encyclopédie méthodique. 

5. Gronov., Zooph.. n. 192. 

« Balistes nigrîcans; rostro . maculis , pinnis. pectoris, dorsi, ani* 



124 HISTOIRE NATURELLE 

et d'autres voyageurs, a reçu, dans quelques colonies 
occidentales, et particulièrement à la Martinique , le 
nom de Bourse. Celui dont il est question dans cet 
article , non seulement n'est pas de la même espèce 
que la vieille, mais encore appartient à un sous-genre 
différent. Ce cartilagineux présente une couleur d'un 
gris plus on moins foncé sur toutes ses parties, ex- 
cepté sur la portion antérieure et inférieure du corps , 
qui est blanche ; et ce blanc du dessous du corps est 
séparé du gris d'une manière si tranchée, que la li- 
mite qui divise les deux nuances forme une ligne très 
droite , placée obliquement depuis l'ouverture de la 
bouche jusqu'à la nageoire de l'anus. On voit d'ailleurs 
de chaque côté de l'animal une bandelette noire en 
forme de croissant, située entre l'œil et la nageoire 
pectorale, et qui renferme dans sa concavité une tache 
également noire et faite en forme d'une sorte d'y grec*. 
Ce poisson habite auprès de l'Ile de France; et c'est 
M. Sonnerat, l'un des plus anciens correspondants du 
Muséum d'histoire naturelle , qui l'a fait connoître. 
Malgré les rapports qui lient le baliste bourse avec 
le baliste américain, il est aisé de les distinguer l'un 
de l'autre, même au premier coup d'œil , en regar- 
dant la nageoire de la queue : elle est terminée par 

» dimidiaque cauda, exalbidis; triplici aculeorum série ad caudaru. » 
Commerson , manuscrits déjà cités. 

Baliste tacheté, Sonnerat, Journal de physique, tom. III, p. 445. 
Baliste noir, Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 

1. A la première nageoire dorsale 5 rayons. 

A la seconde 29 

A chaque nageoire pectorale i4 

A celle de l'anus 26 

A celle de la queue 12 



DES POISSONS. 12b 

une ligne droite sur la bourse, et on la voit arrondie 
sur le baliste américain. Ce dernier a de plus sur 
chaque côté de la queue trois rangées de petits ai- 
guillons recourbés, que l'on ne trouve pas sur le ba- 
liste bourse, et les nuances ainsi que la distribution 
des couleurs sont très différentes sur l'un et l'autre 
de ces poissons. L'américain ne présente que du 
blanc et du noir, mais disposés d'une manière qui 
lui est particulière. Tout son corps est noir; et sur 
ce fond, un blanc très éclatant environne l'ouverture 
de la bouche comme un double cercle, s'étend en 
petite bandelette au devant des yeux, occupe la 
gorge , paroît en grandes taches irrégulières de cha- 
que côté du baliste, et se montre sur les nageoires 
pectorales, sur la seconde du dos, sur celle de l'a- 
nus, et sur la base de celle de la queue. Telle est la 
parure de goût que montre l'américain non seule- 
ment dans les mers voisines de l'Amérique équato- 
riale, dans lesquelles il a été observé par plusieurs 
voyageurs, mais encore dans celle qui sépare l'Afrique 
de l'Asie, et dans laquelle il a été examiné par Com- 
merson, qui l'a décrit avec beaucoup de soin l . 

i. A la première nageoire du dos 3 rayons. 

A la seconde 28 

Aux pectorales 1 5 ou 16 

A celle de l'anus 28 

A celle de la queue 12 



126 HISTOIRE NATURELLE 



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1 
? 



LE BALISTE VERDATHE 

Balistes viridescens 3 Lacep., Schn. 
LE BALISTE GRANDE- TACHE 2 , 

Batistes fusais, Schn. 

LE BALISTE NOIR 2 , LE BALISTE BRIDÉ 

Batistes niger, Lacep. — Batistes capistratus nob. 

ET LE BALISTE ARMÉ*. 

Batistes armât us , Lacep. 



Nous plaçons dans le même article ce que nous 
avons à exposer relativement à cinq espèces de ba- 
listes que les naturalistes n'ont pas encore connues, 
et dont nous avons trouvé des dessins ou des descrip- 
tions plus ou moins étendues dans les manuscrits de 
Commerson. 

i. « Balistes e l'usco viridescens. geais aureis, gala subterius pal- 
» lide caerulescente; pinnis dorsi, ani, et caudae, basi obsolète flaves- 
» centibus, extimo litnbo nigris. » Commerson, manuscrits déjà cités. 

2. « Balistes fuscus, macula pectorali maxima , postremisque pin- 
» narum marginibus albis, cauda inermi longe bifurca , genis sextuplici 
» verrucarum série notatis. » Commerson. 

5. « Balistes totus niger. » Commerson. 

4. « Balistes sextuplici aculeorum ordine ad caudam utrinque, 
» cauda margiue extremo et lateribus alba. » Commerson. 



DES POISSONS. 127 

Le verdâtre est un des plus grands de son genre. 
INous avons tiré le nom que nous lui avons donné , de 
la couleur qui domine le plus sur ce cartilagineux. La 
plus grande partie de son corps est, en effet, d'un 
vert mêlé de teintes de brun et de jaune : mais on 
voit un point noir au centre de presque toutes les 
écailles, ou, pour mieux dire, de tous les groupes 
que les écailles forment. Les deux côtés de la tête 
sont d'ailleurs d'une couleur d'or foncée; le sommet 
en est d'un bleu noirâtre avec de petites taches pres- 
que jaunes; et un bleu plus clair règne sur la partie 
inférieure du museau, ainsi que sur la poitrine. Une 
bande noire et un peu indéterminée descend des 
yeux jusqu'aux bases des nageoires pectorales. Ces 
nageoires, la seconde du dos, celle de l'anus, et celle 
de la queue, sont blauchâtres, et bordées de noir; 
et enfin on voit une belle couleur jaune à l'extrémité 
des nageoires pectorales, et sur les côtés de la queue, 
à l'endroit où ils sont garnis de quatre rangs d'aiguil- 
lons recourbés. 

La membrane des branchies est soutenue par six 
rayons cachés sous une peau épaisse. On compte plu- 
sieurs aiguillons à la suite de la nageoire thorachique. 
Celle de la queue est légèrement arrondie; et on 
n'aperçoit aucune ligne latérale 1 . 

La vessie aérienne est argentée. L'individu observé 

1. A la membrane des branchies 6 rayons. 

A la première nageoire du dos 5 

A la seconde 2 5 

A chacune des pectorales 1 5 

A celle de l'auus 24 

A celle de la queue 13 



128 HISTOIRE NATURELLE 

par Commerson , et qui étoit femelle, contenoit des 
milliers d'œufs; et cette femelle étoit ainsi pleine au 
mois de janvier, dans la mer qui baigne l'Ile de 
France, mer dont les eaux servent aussi d'habitation 
aux quatre autres espèces dont nous allons parler 
dans cet article. 

Le batiste Grande tache ^ la première de ces quatre 
espèces, est , comme le verdâtre, un des plus grands 
batistes. Sa couleur est d'un brun tirant sur le livide, 
et plus clair sur le ventre que sur le dos; et ce fond 
est relevé par une tache blanche très étendue que 
l'on voit de chaque côté du corps, et par une ligne 
blanche qui borde l'extrémité de presque toutes les 
nageoires. 

Il n'y a aucune pointe sur les côtés de la queue; 
mais ceux de la tête présentent un caractère que nous 
n'avons encore fait remarquer sur aucun baliste : ces 
deux aces latérales montrent six rangs de verrues 
disposées longitudinalement , et séparées par une 
peau unie. La nageoire de la queue est en forme de 
croissant; les deux pointes en sont très prolongées 1 . 

Occupons-nous maintenant du baliste noir. Son 
nom indique la couleur que ce cartilagineux présente, 
et qui est en effet d'un noir plus ou moins foncé sur 
toutes les parties du corps, excepté le milieu du crois- 
sant tonné par la nageoire caudale, qui est bordé de 
blanc. Indépendamment de cette teinte sombre et 

i. A première nageoire du dos 3 rayons. 

A la seconde 27 

Aux pectorales i5 

A celle de l'anus 22 

A celle de la queue ia 



DES POISSONS. 129 

presque unique, ce baliste est séparé de celui que 
nous appelons la grande tache, par l'absence de ver- 
rues disposées sur des rangs longitudinaux de chaque 
côté de la têLe; mais il s'en rapproche en ce que sa 
queue est dénuée d'aiguillons comme celle la grande 
tache, et terminée par une nageoire qui représente 
un croissant à pointes très longues 1 . On voit plu- 
sieurs petits piquants au delà de la nageoire dite ven- 
trale. 

Il nous reste à parler du bridé et de l'armé. 

Nous avons trouvé parmi les dessins de Commerson 
la figure d'un baliste dont les caractères ne peuvent 
convenir à aucune des espèces du même genre déjà 
connues des naturalistes, ni à aucune de celles dont 
nous traitons dans cette histoire. Les manuscrits de 
ce savant voyageur, qui nous out été remis, ne nous 
ayant présenté aucun détail relatif à celte figure, nous 
ne pouvons faire connoître le baliste auquel elle ap- 
partient, que par les traits que son portrait a pu nous 
montrer. Le premier rayon de la nageoire du dos, 
qui en renferme trois , est long , très fort , et dentelé 
par devant : celui qui remplace ou représente la na- 
geoire dite ventrale , est articulé , c'est-à-dire com- 
posé de plus d'une pièce; et de plus il est suivi de 
plusieurs piquants. Il n'y a point d'aiguillons sur la 
queue, et la nageoire qui termine cette dernière par- 
tie, est un peu en forme de croissant. On voit auprès 

1 . A la première nageoire dorsale 3 rayons. 

A la seconde 54 

A chaque pectorale 16 

A celle de l'anus 3a 

A celle de la queue 12 



100 ÎTISTOIKE NATURELLE 

de l'ouverture des branchies, et comme sur Xètoilé, 
un groupe d'écaillés assez grandes, qui rappelle en 
quelque sorte l'opercule que la nature a donné à 
presque tous les poissons. La couleur de l'animal est 
uniforme et foncée, excepté sur la tête, où, de cha- 
que côté , une bandelette d'une couleur très claire 
part d'auprès des nageoires pectorales, s'étend jus- 
qu'au museau , qu'elle entoure, et au dessous duquel 
elle se lie avec un demi-anneau d'une nuance égale- 
ment très claire. Ce demi-anneau , l'anneau qui envi- 
ronne l'ouverture de la bouche, et les deux raies qui 
s'avancent vers les nageoires pectorales, forment un 
assemblage qui ressemble à une sorte de bride; et de 
là vient le nom de Bridé que nous avons donné au 
baliste que nous examinons. 

INous appelons Baliste armé une autre espèce de la 
même famille, dont nous avons vu , parmi les ma- 
nuscrits de Commerson , un dessin et une courte 
description. Lorsque ce voyageur voulut examiner 
un individu de cette espèce qu'on avoit péché quel- 
ques heures auparavant, ce poisson avoit perdu pres- 
que toutes ses couleurs; il ne lui restoit qu'une ban- 
delette blanche à l'extrémité et de chaque côté de la 
nageoire de la queue , qui étoit un peu conformée 
en croissant. On voyoit sur chaque face latérale de 
cette même queue six rangs d'aiguillons recourbés; 
et c'est à cause du grand nombre de ces petits dards, 
que nous avons donné à l'animal le nom d'Armé. La 
première nageoire du dos étoit soutenue par trois 
rayons, et celui de la nageoire thorachique étoit suivi 
de plusieurs piquants. On s'apercevra aisément que 
l'armé a beaucoup de rapports avec l'épineux; mais, 



DES POISSONS. 1 3.1 

indépendamment de la distribution de ses couleurs, 
et d'autres différences que l'on trouvera sans peine, 
il a sur la queue un plus grand nombre de rangs de 
pointes recourbées, et les aiguillons qui accompa- 
gnent son rayon thorachique sont plus petits et plus 
courts. 



9- »s**(v**^ t»& i5^s^pe*a«-P'a-c*#' fvfto^edî-cwsr©^©* r*t&&e-tt-<&ï<&Q&Q<# 



LE BALISTE GENDRE 

Batistes cinereuSj, Lacep. 



Les mers voisines de l'île de France sont encore 
l'habitation de ce poisson , dont la tête est très grande, 
la couleur générale d'un gris cendré , et qu'il est aisé 
de distinguer de tous les balistes qui le précèdent 
sur le tableau du troisième sous-genre de ces cartila- 
gineux, par les quatre rayons qui composent sa pre- 
mière nageoire dorsale. On le sépare facilement de 
tous les animaux déjà connus de sa famille , en réunis- 
sant à ce caractère la présence de trois bandelettes 
bleues et courbes, qui sont placées sur chaque coté 
de la queue, et celle d'une bande noire qui va de 
chaque œii à la nageoire pectorale la plus voisine. In- 
dépendamment des trois raies bleues, on voit des 
piquants sur les deux faces latérales de la queue de 

i Batiste cendré, Sonnerat, Journal de physique, tome IV, p. y S. 
Ici. Bonnaterre, "planches de l'Encyclopédie méthodique. 



1^2 HISTOIRE NATURELLE 

ce baliste . dont M. Sonnerai a publié le premier la 
description , et dont Cornmerson a dessiné la figure 1 . 

LE BALISTE MUNGO-PARK 2 , 

Batistes Mungo-Park ^ Lacep. 

ET 

LE BALISTE ONDULÉ 5 . 

Batistes un datât us , Lacep. 



Ces deux balistes ont été vus dans les eaux de Su- 
matra, et au milieu de coraux ou madrépores. On 
en doit la connoissance au célèbre voyageur Mungo- 
Park. Le premier, auquel nous avons donné le nom 
de cet observateur, a la dorsale antérieure noire, la 
caudale jaunâtre avec l'extrémité blanche, et ies au- 
tres nageoires jaunes. Le second a également la pre- 
mière dorsale noire, et les autres nageoires jaunes; 

i. A la première nageoire dorsale 4 rayons. 

A la seconde 24 

Aux pectorales i4 

A celle de l'anus 21 

A ceLle de la queue , qui est un peu arrondie. . . 12 

2. Batistes niger, Mungo-Park, Actes de la société Linuéenne de 

Londres, vol. III, p. 55. 

5. Id. Mungo-Park, Actes de la société Linnéenne de Londres, 

vol. III, p. 55. 



DES POISSONS. 1 33 

mais indépendamment des raies longitudinales qui 
serpentent sur son corps, on voit trois bandelettes 
rouges régner depuis ses lèvres jusqu'à la base de sa 
pectorale i . 

LE BALISTE ASSASI 2 . 

Batistes Assasi, Linn. , Gmel. , Lacep. 



Forskael a observé sur les rivages de l'Arabie ce 
poisson de la mer Rouge , qui montre sur son corps 
un grand nombre de verrues brunes, et, sur chaque 
face latérale de sa queue , trois rangées de verrues 
noires. Cet animal, dont on mange la chair, quoi- 
qu'elle ne soit pas très succulente, présente d'ailleurs 
une disposition de couleurs assez régulière , assez va- 
riée , et très agréable. La partie supérieure de ce ba- 
liste est brune, l'inférieure est blanche; et sur ce 
double fond on voit du jaune autour des lèvres, quatre 
raies bleues et trois raies noires placées en travers et 

i. i4 rayons à chaque pectorale du baliste Mungo-Park , 
24 rayons à l'anule , 
10 rayons à la caudale, 

2 rayons à la membrane branchiale du baliste ondulé , 
i3 rayons à chaque pectorale, 
24 rayons à l'anule, 
12 rayons à la nageoire de la queue. 
2. Forskael, Faun. arab. , p. 75, n. 112. 

LACÉI'ÈDE. vi. n 



l3/| HISTOIRE NATURELLE 

alternativement au devant des yeux, une raie d'une 
teinte foncée et tirée de la bouche à chaque nageoire 
pectorale , chacune de ces deux raies obscures sur- 
montée d'une bandelette jaune, lancéolée, et bordée 
de bleu , et d'une seconde bandelette noire également 
lancéolée, une tache allongée et blanche sur la queue, 
une autre tache noire et entourée de fauve à l'endroit 
de l'anus, et enfin du roussâtre sur presque toutes 
les nageoires. 



LE BALISTE MONOCEROS 1 . 

Batistes monpceros, Linn., Gmel. , Lacep. 



Nous voici parvenus au quatrième sous- genre de 
balistes. Nous ne trouverons maintenant qu'un seul 
rayon à la première nageoire dorsale et à la thorachi- 
que. A la tête de ce sous -genre , nous avons inscrit 
le Monocéros. Ce nom de Monocéros 3 qui désigne la 
sorte de corne unique que l'on voit sur le dos du 
poisson , a été donné à plusieurs balistes. Nous avons 

i. Batiste monocéros , Daubeuton, Encyclopédie méthodique. 

là. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 

Bloch, pi. i47- 

Batistes monocéros, Osb. It. no. 

Capriscus tongus, etc., Klein, miss. pisc. 3, p. 2.5, n. 10. 

Aearamucu, Marcgr. Brasil., p. i63. 

Willughby, Ichth. p. 336, tab. E, 2, fig. 2. 



DES POISSONS. 1 35 

déjà vu que Plumier l'avoit appliqué au chinois; 
mais, a l'exemple de Linnée et d'un grand nombre 
d'autres naturalistes, nous l'employons uniquement 
pour l'espèce que nous décrivons dans cet article. 

Le baliste monocéros, que l'on trouve dans les 
mers chaudes de l'Asie et du nouveau continent, par- 
vient ordinairement à la longueur d'un pied. Il est 
varié de brun et de cendré ; et la couleur brune est 
distribuée sur la nageoire de la queue en trois bandes 
transversales, qui ressortent d'autant plus que le fond 
de cette nageoire est d'un jaune couleur d'or, comme 
toutes les autres nageoires de ce cartilagineux, et 
comme l'iris de ses yeux. 

L'entre-deux de ces organes de la vue est plus élevé 
au dessus de l'ouverture de la bouche que sur plu- 
sieurs autres balistes. Le rayon qui représente la pre- 
mière nageoire dorsale est très long, recourbé vers 
la queue, retenu par une petite membrane qui atta- 
che au dos la partie postérieure de sa base, et garni , 
des deux côtés, de piquants tournés vers cette même 
base. 

La nageoire de l'anus et îa seconde du dos renfer- 
ment un très grand nombre de rayons 1 . 

Le monocéros vit de polypes et de jeunes crabes. 

Il paroît que l'on doit rapporter à cette espèce un 
baliste qui a une grande ressemblance avec le mono- 
céros, mais qui parvient jusqu'à la longueur d'un 

i. A la seconde nageoire du dos 48 rayons. 

Aux pectorales i5 

A celle de l'anus 5 1 

A celle de la queue, qui est arrondie 12 



1 56 H IS I O [ i; E N Al i: K B L L E 

mètre, ou d'environ trois pieds, qui présente des 
taches noires, rouges et bleues, figurées de manière 
à ressembler à des lettres, et qui , par une suite de 
cette dit-position de couleurs, a été nommé le Batiste 
écrit 1 . On ne sera pas étonné d'apprendre que ce 
baliste, paré de nuances plus variées que le mono- 
céros ordinaire, se nourrit fréquemment d'animaux 
à coquille, et de ceux qui construisent les coraux. Sa 
chair passe pour malfaisante et même vénéneuse, 
vraisemblablement par une suite des effets funestes 
de quelques uns des aliments qu'il préfère. 



Q3=V^4K' & O ^ <g«S>^iQ^;S<fc ^ t) W ^3^g^*0^^'g»3-TB S> 



LE BALISTE HERISSE 

Batistes hispidus 3 Linn., Gmel. , Lacep. 



Ce poisson est d'un brun presque noir sur toute 
sa surface , excepté sur ses nageoires pectorales , la 

i. Balistes monoceros scriptus, Linnée, édition de Gmclin. 
Osb., Chin. p. 1 44- 

Unicornu piscis bahamensis , Catesb. Carol., tab. 19. 
2. Batiste hérissé, Daubenton , Encyclopédie méthodique. 
Ici. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 
Seb., mus. 3, tab. 54, fig. 2- 

Porte-vergette : « Balistes e fusco nigrescens; capitis radio singulari, 
» undequaque spinuloso ; lateribus caudae setis acicularibus centum 



DES POISSONS. 1,'J^ 

seconde du dos et celle de l'anus , qui sont ordinai- 
rement d'un jaune très pâle. On le trouve dans les 
mers de l'Inde, et particulièrement auprès de l'Ile 
de "France , où il a été très bien observé par Com- 
merson. On le voit aussi auprès des rivages de la Ca- 
roline; et il y présente souvent sur la queue une 
tache noire entourée d'un cercle d'une nuance plus 
claire. Sa hauteur est à peu pies égale à la moitié de sa 
longueur totale. L'iris paroît d'un brun très clair, et la 
prunelle bleuâtre. Le rayon de la première nageoire 
dorsale est énormément long , épais , et garni de 
pointes plus nombreuses et plus courtes que sur le 
monocéros 1 ; celui qui compose la nageoire thora- 
chique est armé de piquants plus longs et plus forts. 
De chaque côté de la queue, et un peu avant la 
nageoire caudale, on voit une centaine de petites 
pointes inclinées vers la tête, et disposées de manière 
que Commerson en compare l'ensemble à une ver- 
gette , et a donné le nom de Porte-ver gette au baliste 
que nous décrivons. Le même voyageur rapporte que 
le hérissé peut se servir de ces deux cents petites 
pointes comme d'autant de crochets, pour se tenir 
attaché dans les fentes des rochers au milieu desquels 
il cherche un asile. Aussi est-il très difficile de ie 
prendre; et Commerson ne dut l'individu qu'il a exa- 



» circiter, scoparum more coinpactis. » Commerson , manuscrits déjà 

cités. 

1. A la seconde nageoire du dos. 27 rayons. 

Aux pectorales i3 

A celle de l'anus 24 

A celle de la queue 12 



1 38 HISTOIRE NATURELLE 

miné , qu'au violent ouragan qui ravagea l'Ile de 
France en 1772 , et qui jeta ce poisson sur la côte. 

Ce baliste a d'ailleurs, sur ia nageoire même de la 
queue, plusieurs épines plus petites encore que celles 
dont nous venons de parler, et qui sont sensibles 
plutôt au tact qu'à la vue. 

On n'aperçoit pas de ligne latérale; la nageoire cau- 
dale est un peu arrondie. 



DES POISSONS. 1 ÙÇ) 

HUITIÈME ORDRE 

DE LA CLASSE ENTIÈRE DES POISSONS , 

ou 

QUATRIÈME ORDRE 

DE LA SECONDE DIVISION DES CARTILAGINEUX. 

Poissons abdominaux, ou qui ont des nageoires situées 
sous le ventre. 



HUITIEME GENRE. 



LES CHIMERES. 



Une seule ouverture branchiale de chaque côté du cou; la queue longue 
et terminée par un long filament. 



ESPECES. CARACTERES. 

i. La Chimère arctique. | Des plis poreux sur le museau. 
2. La Chimère antarcti- 
que. 



>Le museau garni d'un long appendice. 



1;|0 HISTOIRE NATURELLE 

LA CHIMÈRE ARCTIQUE 1 . 

Chimœra monstrosà, Lirn., Gmel. , Lacep. , Cuv. 



C'est un objet très digne d'attention que ce grand 
poisson cartilagineux, dont ia conformation remar- 
quable lui a fait donner le nom de Chimère, et même 

i. Roi des harengs du Nord , Daubenton , Encyclopédie méthodique» 
Id. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 
Fauna suecica, 294. 

Gunner, Act. nidros. 2 , p. 270. tab. 5, 6. 
Mull. prodrom. Zool. danic, p. 58, n. 32o. 
Olaff. Island. 1, p. 192. 
Bloch, pi. 124. 

Mus. ad. fr. 1, p. 53, tab. 25. 

Chimœra argentea, Linnée (mas), Ascan. icon. rerum natural., 
tab. i5. 

Galeus acanthias Clusii exolicus, Willughby, lchth. , p. 56, tab. B, 

9- %• 9- 

Raj., p. 23, n. i5. 

Gesner, Aquat., p. 877, icon. an., p. i53. 

Simia marina, Jonst. pisc, p. 29, tab. 1, fig. 6. 

n Centrina prima, centrina vera, simia marina dicta. » Aldrov. pisc. , 
p. 402 , 4o3, 4°5. 

V ulpecula , Straem. saendm., p. 289. 

Nota. C'est à tort qu'on a cru devoir rapporter à la chimère arcti- 
que le poisson décrit par Artedi, sous le nom de Squale à queue plus 
longue que le corps ( gen. 68 ). 11 est évident que cet auteur a parlé du 
squale auquel nous avons conservé le nom de Renard. 



DES POISSONS. 1 4 l 

celui de Chimère monstrueuse par Lin née et par d'au- 
tres naturalistes, et dont les habitudes l'ont fait nom- 
mer aussi le singe de la mer. 

L'agilité et en même temps l'espèce de bizarrerie 
de ses mouvements, la mobilité de sa queue très 
longue et très déliée, la manière dont il montre fré- 
quemment ses dents, et celle dont il remue inégale- 
ment les différentes parties de son museau souples et 
flexibles , ont , en effet , retracé aux yeux de ceux 
qui l'ont observé, l'allure, les gestes et les contor- 
sions des singes les plus connus. D'un autre côté , 
tout le monde sait que l'imagination poétique des 
anciens avoit donné à l'animal redoutable qu'ils appe- 
loient Chimère^ une tête de lion et une queue de 
serpent. La longue queue du cartilagineux que nous 
examinons, rappelle celle d'un reptile; et la place 
ainsi que la longueur des premiers rayons de la na- 
geoire du dos représentent, quoique très imparfaite- 
ment, une sorte de crinière, située derrière la tête 
qui est très grosse, ainsi que celle du lion, et sur la- 
quelle s'élève dans le mâle, à l'extrémité d'un petit 
appendice , une petite touffe de filaments déliés. 
D'ailleurs les différentes parties du corps de cet ani- 
mal ont des proportions que l'on ne rencontre pas 
fréquemment dans la classe cependant très nom- 
breuse des poissons, el qui lui donnent, au premier 
coup dœil, l'apparence d'un être monstrueux. Enfin 
la conformation particulière des parties sexuelles, tant 
dans le mâle que dans la femelle , et surtout l'appareil 
extérieur de ces parties, ajoutent à l'espèce de ten- 
dance que l'on a, dans les premiers moments où l'on 
voit la chimère arctique, à ne la considérer que comme 



1^2 HISTOIRE NATURELLE 

un monstre, et doivent Ja faire observer avec un in- 
térêt encore plus soutenu. 

On a assimilé en quelque sorte sa tête à celle du 
lion. On a voulu, en conséquence, la couronner 
comme celle de ce dernier et terrible quadrupède. 
Le lion a été nommé le roi des animaux. On a donné 
aussi un empire à la chimère; et si on n'a pu suppo- 
ser sa puissance établie que sur une seule espèce, on 
Ta fait régner sur une des plus nombreuses, et plu- 
sieurs auteurs l'ont appelée le roi des harengs, dont 
elle agite et poursuit les immenses colonnes. 

On ne connoît encore dans le genre de la chimère 
que deux espèces; l'arctique dont nous nous occu- 
pons, et celle à laquelle nous avons donné le nom 
d'antarctique. Leurs dénominations indiquent les 
contrées du globe qu'elles habitent; et c'est encore 
un fait digne d'être observé, que ces deux espèces, 
qui ont de très grands rapports dans leurs formes et 
dans leurs habitudes, soient séparées sur le globe par 
les plus grands intervalles; que Tune ne se trouve 
qu'au milieu des mers qui environnent le pôle sep- 
tentrional , et qu'on ne rencontre l'autre que dans 
les eaux situées auprès du pôle antarctique, et parti- 
culièrement dans la partie de la mer du Sud qui 
avoisine ce dernier pôle. On diroit qu'elles se sont 
partagé les zones glaciales. Aucune de ces deux es- 
pèces ne s'approche que rarement des contrées tem- 
pérées; elles ne se plaisent, pour ainsrdire, qu'au 
milieu des montagnes de glace, et des tempêtes qui 
bouleversent si souvent les plages polaires; et si l'an- 
tarctique s'avance, au milieu des flots de la mer du 
Sud, beaucoup plus près des tropiques, que la chi- 



DKS VOISSONS. ll^Ô 

mère arctique au milieu des ondes agitées de l'Océan 
boréal , c'est que l'hémisphère austral , plus froid que 
celui que nous habitons, offre une température moins 
chaude à une égale distance de la ligne équatoriaie; 
et que la chimère antarctique peut trouver dans cet 
hémisphère, quoique à une plus grande proximité de 
la zone torride, le même degré de froid, la même 
nature ou la même abondance d'aliments , et les 
mêmes facilités pour la fécondation de ses œufs, que 
dans l'hémisphère septentrional. 

Mais , avant de parler plus au long de cette espèce 
antarctique, continuons de faire connoître la chimère 
qui habite dans notre hémisphère, qui , de loin , res- 
semble beaucoup à un squale, et qui parvient au 
moins à trois pieds de longueur. 

Le corps de la chimère arctique est un peu com- 
primé par les côtés, très allongé, et va en diminuant 
très sensiblement de grosseur depuis les nageoires 
pectorales jusqu'à l'extrémité de la queue. La peau 
qui la revêt est souple , lisse, et présente des écailles 
si petites, qu'elles échappent, pour ainsi dire, au 
toucher, et cependant si argentées, que tout le corps 
de la chimère brille d'un éclat assez vif. Quelquefois 
des taches brunes, répandues sur ce fond, en relè- 
vent la blancheur. 

La tête est grande, et représente une sorte de pyra- 
mide , dont le bout du museau forme la pointe, et 
dont le sommet est presque à la même hauteur que 
les yeux. Le tégument mou et flexible qui la couvre 
est plissé dans une très grande étendue du côté in- 
férieur, et percé dans cette même partie, ainsi que 
sur les faces latérales, d'un nombre assez considé- 



l/|4 UISTOIilE NATUKIN.LE 

rable de pores arrondis, grands, et destinés à répan- 
dre une mucosité pins ou moins gluante. 

Les yeux sont très gros. À une petite distance de 
ces organes, on voit , de chaque côlé du corps, une 
ligne latérale blanche, et quelquefois bordée de brun, 
qui s'étend jusque vers le milieu de la queue, y des- 
cend sous la partie inférieure de l'animal , et va s'y 
réunir à la ligne latérale du côté opposé. Vers la tête, 
la ligne latérale se divise en plusieurs branches plus 
ou moins sinueuses , dont une s'élève sur le dos , et 
va joindre un rameau analogue de la ligne latérale 
opposée. Deux autres branches entourent l'œil , et se 
rencontrent à l'extrémité du museau ; une quatrième 
va à la commissure de la bouche; et une cinquième, 
placée au dessus de cette dernière, serpente sur la 
portion inférieure du museau , où elle se confond 
avec une branche semblable, partie du côté corres- 
pondant à celui qu'elle a parcouru. Tous ces rameaux 
forment des sillons plus ou moins profonds et plus ou 
moins interrompus par des pores arrondis. 

Les nageoires pectorales sont très grandes, un 
peu en forme de faux, et attachées à une prolonga- 
tion charnue. Celle du dos commence par un rayon 
triangulaire, très allongé, très dur, et dentelé par 
derrière : sa hauteur diminue ensuite tout d'un coup; 
mais bientôt après elle se relève, et s'étend jusque 
assez loin au delà de l'anus, en monïrant toujours à 
peu près la même élévation. Là un intervalle très 
peu sensible la sépare quelquefois d'une espèce de 
seconde nageoire dorsale, dont les rayons ont d'a- 
bord la même longueur que les derniers de la pre- 
mière, et oui s'abaisse ensuite insensiblement jusque 



DV.S POISSONS. l/|5 

vers l'extrémité de la queue, où elle disparoît. D'au- 
tres fois cet intervalle n'existe point; et bien loin de 
pouvoir compter trois nageoires sur le dos de la chi- 
mère arctique, ainsi que plusieurs naturalistes l'ont 
écrit, on n'y en voit qu'une seule. 

Le bout de la queue est terminé par un filament 
très long et très délié. H y a deux nageoires de l'anus : 
la première, qui est très courte et un peu en forme 
de faux, ne commence qu'au delà de l'endroit où les 
lignes latérales aboutissent l'une à l'autre; la seconde 
est très étroite et se prolonge peu. Les nageoires ven- 
trales environnent l'anus, et tiennent, comme les 
pectorales, à un appendice charnu. 

La bouche est petite; l'on voit à chaque mâchoire 
deux lames osseuses, à bords tranchants, et sillon- 
nées assez profondément pour ressembler à une ran- 
gée de dents incisives, et très distinctes l'une de 
l'autre; il y a de plus au palais deux dents commu- 
nément aplaties et triangulaires. 

Indépendamment de la petite houppe qui orne !e 
bout du museau du mâle, et dont nous avons parlé, 
il a, au devant des nageoires ventrales, deux espèces 
de petits pieds, ou plutôt d'appendices, garnis d'on- 
gles destinés à retenir la femelle dans l'accouplement. 
La chimère s'accouple donc comme les raies et les 
squales ; les œufs sont fécondés dans le ventre de la 
mère, et l'on doit penser que le plus souvent ils éclo- 
sent dans ce même ventre, comme ceux des squales 
et des raies: mais ce qui est plus digne de remarque, 
ce qui lie la classe des poissons avec celle des ser- 
pents, et ce qui rend les chimères des êtres plus ex- 



I/46 HISTOIRE NATURELLE 

traordinaires et plus singuliers , c'est que , seules 
parmi tous les poissons connus jusqu'à présent, elles 
paroissent féconder leurs œufs non seulement pen- 
dant un accouplement réel , mais encore pendant 
une réunion intime, et par une véritable intromis- 
sion. Plusieurs auteurs ont écrit en effet que les chi- 
mères raâles avoient une sorte de verge double ; et 
j'ai vu sur une femelle assez grande, un peu au delà 
de l'anus, deux parties très rapprochées, saillantes, 
arrondies, assez grandes, membraneuses, plissées, 
extensibles, et qui présentoient chacune l'origine 
d'une cavité que j'ai suivie jusque dans î'ovaire cor- 
respondant. Ces deux appendices doivent être consi- 
dérés comme une double vulve destinée à recevoir le 
double membre génital du mâle , et nous devions 
d'autant plus les faire connoître , que cette confor- 
mation, très rare dans plusieurs classes d'animaux, est 
très éloignée de celle que présentent le plus souvent 
les parties sexuelles des femelles des poissons. 

La chimère arctique, cet animal extraordinaire par 
sa forme , vit, ainsi que nous l'avons dit au commen- 
cement de cet article, au milieu de l'Océan septen- 
trional. Ce n'est que rarement qu'il s'approche des 
rivages; le temps de son accouplement est presque 
le seul pendant lequel il quitte la haute mer : il se 
tient presque toujours dans les profondeurs de l'O- 
céan, où il se nourrit le plus souvent de crabes, de 
mollusques , et des animaux à coquille ; et s'il vient à 
la surface de l'eau , ce n'est guère que pendant la 
nuit , ses yeux grands et sensibles ne pouvant sup- 
porter qu'avec peine l'éclat de la lumière du jour, 



DES POISSONS. l47 

augmenté par la réflexion des glaces boréales. On l'a 
vu cependant attaquer ces légions innombrables de 
harengs dont la mer du Nord est couverte à certai- 
nes époques de l'année, les poursuivre, et faire sa 
proie de plusieurs de ces foibles animaux. 

Au reste, les Norvégiens , et d'autres habitants des 
côtes septentrionales, vers lesquelles il s'avance quel- 
quefois, se nourrissent de ses œufs et de son foie , 
qu'ils préparent avec plus ou moins de soin. 



e«^^iS^^-ô^s**»'>--&^^«*oe>c^«^«-s****ô$^#««« 



LA CHIMERE ANTARCTIQUE 

Callorhynchus antarcticus, Cuv. — Chimœra 
callorh.yncliu.Sj, Linn., Gmel., Lacep. 



Cette chimère , qui se trouve dans les mers de 
l'hémisphère méridional, et particulièrement dans 
celles qui baignent les rivages de Chili et les côtes 
de la Nouvelle -Hollande, ressemble beaucoup, non 

1. Chalgua, achagual , en langui.' arauque. 

Roi des harengs du Sud, Daubenton, Encyclopédie méthodique. 
Id. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 
Callorhinchus , Gronov. mus. 5g, n. i5o, tab. l\. 
Pejegalio, Frez. It. 1, p. 211, tab. 17, fig. l\. 
Eléphant- fisk, Ellis , premier Voyage de Cook . 

Poisson coq, Essai sur l'histoire naturelle du Chili, par M. l'abbé 
àJolina , p. 207. 



ï/|8 H1ST0IKK NATURELLE 

seulement par ses habitudes, mais encore par sa con- 
formation , à la chimère arctique. Elle en est cepen- 
dant séparée par plusieurs différences , que nous 
allons indiquer en la décrivant d'après un individu 
apporté de l'Amérique méridionale parle célèbre voya- 
geur Dombey. La peau qui la recouvre est , comme 
celle de la chimère arctique, blanche, lisse et argen- 
tée ; le corps est également très allongé, et plus gros 
vers les nageoires pectorales que dans tout autre en- 
droit. Mais la ligne latérale , au lieu de se réunir à 
celle du côté opposé, se termine à la nageoire de 
l'anus; le filament placé au bout de la queue est plus 
court que sur l'arctique; on voit sur le dos trois na- 
geoires très distinctes , très séparées l'une de l'autre, 
dont îa dernière est très basse , la seconde en forme 
de faux, ainsi que la première, et la première soute- 
nue vers la tête par un rayon long , très fort et très 
dur. Les nageoires pectorales et ventrales sont atta- 
chées à des espèces de prolongations charnues. La tête 
est arrondie; elle présente plusieurs branches des 
deux lignes latérales, qui serpentent sur ses côtés, 
entourent les yeux, aboutissent aux lèvres ou au mu- 
seau, ou se réunissent les unes aux autres : mais ces 
rameaux ne sont pas creusés en sillons, ni disposés 
de la même manière que sur l'arctique ; et ce qui 
forme véritablement le caractère distinctif de la chi- 
mère antarctique, c'est que le bout de son museau, 
et en quelque sorte sa lèvre supérieure , se termine 
par un appendice cartilagineux, qui s'étend en avant, 
et se recourbe ensuite vers la bouche. Cette ex- 
tension, assimilée à une crête par certains auteurs, a 



DES POISSONS. l/j9 

fait nommer la chimère antarctique le poisson coq, 
et, comparée à une trompe par d'autres écrivains, a 
fait appeler la même chimère poisson éléphant. La 
chair de ce cartilagineux est insipide , mais on en 
mange cependant quelquefois. Il parvient ordinaire- 
ment à la longueur de trois pieds. 



LACÉVÈDE. VI. 



l50 HISTOIRE NATURELLE 



TROISIEME DIVISION. 

Poissons cartilagineux qui ont un opercule des branchies 
sans membrane branchiale. 



DOUZIEME ORDRE 

DE LA CLASSE ENTIÈRE DES POISSONS, 

ou 

QUATRIÈME ORDRE 

DE LA TROISIÈME DIVISION DES CARTILAGINEUX. 

Poissons abdominaux , ou qui ont deux nageoires 
situées sur le ventre. 

NEUVIÈME GENRE. 

LES POLYODONS. 

Des dents aux mâchoires et au palais. 



ESPECE. CARACTERES. 

SLe museau presque aussi long que le corps, 
et garni, de chaque côté, d'une bande 
membraneuse , dont la contexture res- 
semble un peu à celle des feuilles des 



PI 72 




Mousse/ni fârJadp 

LPOITOIiaN rEUIIUE.2TÈTE])r^O!K WV.YS l)ESSGUS.3AC]PEÏSELl ESTURGEffl 



DES POISSONS. l5 



LE POLYODON FEUILLE. 

Polyodon Spatula, Lacep. , Cuv. — Spatularia, Schn. 
— Squalus Spatula, Bonnaterre. 



L'on conserve depuis long-temps, dans les galeries 
du Muséum d'histoire naturelle, plusieurs individus 
de cette espèce, qui ont été apportés sous le nom de 
chien de mer feuille, et qui ont même été indiqués 
sous ce nom dans Y Encyclopédie méthodique, par 
M. Bonnaterre, qui ne les a vus que de loin, au travers 
de verres épais , et sans pouvoir en donner aucune 
description. Ayant examiné de près ces poissons, je 
me suis aperçu sans peine qu'ils étoient de la sous- 
classe des cartilagineux, et qu'ils avoient de très 
grands rapports de conformation avec les squales ou 
chiens de mer, mais qu'ils dévoient être placés dans 
un genre très différent de celui de ces derniers ani- 
maux. En effet, les squales ont, de chaque côté du 
corps, au inoins quatre ouvertures branchiales; et 
ces poissons nommés feuilles n'en ont qu'une de cha- 
que côté. D'ailleurs les branchies des squales et celles 
des poissons feuilles ne sont pas organisées de même, 
ainsi qu'on va le voir; et de plus les cartilagineux 
dont il est question dans cet article ont un très grand 
opercule sur les ouvertures de leurs branchies, et 



102 HISTOIRE NATURELLE 

les squales n'en présentent aucun. J'ai donc séparé 
les polyodons des squales; et comme leurs ouvertu- 
res branchiales sont garnies d'un opercule et que ce- 
pendant elles n'ont pas de membrane , j'ai dû les 
placer dans la seconde division des cartilagineux. Les 
nageoires véritablement ventrales, placées sur l'ab- 
domen de ces animaux, déterminent d'ailleurs leur 
position dans l'ordre des abdominaux de cette se- 
conde division ; et cet ordre n'ayant encore renfermé 
que le genre des acipensères, ces derniers poissons 
sont les seuls avec lesquels ou pourroît être tenté de 
confondre les polyodons. Mais les acipensères n'ont 
pas de dents proprement dites; et les polyodons en 
ont un très grand nombre. J'ai donc été obligé de 
rapporter à un genre particulier les poissons feuilles ; 
et c'est à ce genre , que l'on n'avoit pas encore re- 
connu, que je donne le nom de yolyodons 3 qui dési- 
gne le grand nombre de ses dents, et le caractère qui 
le distingue le plus de tous les animaux placés dans 
l'ordre auquel il appartient. 

La feuille est la seule espèce de poisson déjà con- 
nue, qui doive faire partie de ce genre. Elle est très 
aisée à distinguer par l'excessive prolongation de 
son museau, dont la longueur égale presque celle de 
la tête, du corps et de la queue. Ce museau, très al- 
longé, seroit aussi très étroit, et ressembleroit beau- 
coup à celui du xiphias espadon , dont nous parlerons 
dans un des articles suivants , s'il n'étoit pas élargi 
de chaque côté par une sorte de bande membraneuse. 
Ces deux bandes sont légèrement arrondies , de ma- 
nière à donner un peu à l'ensemble du museau la forme 
d'une spatule : elles laissent voir, à leurs surfaces, 



DES POISSONS. I 53 

une très grande quantité de petits vaisseaux ramifiés, 
dont l'assemblage peut être comparé au réseau des 
feuilles; et voilà d'où vient le nom de feuille, que 
nous avons cru devoir laisser à ce polyodon. 

L'ouverture de la bouche est arrondie par devant, 
et située dans la partie inférieure de la tète, La mâ- 
choire supérieure est garnie de deux rangs de dents 
fortes, serrées et crochues; la mâchoire inférieure 
n'en présente qu'une rangée : mais on en voit sur 
deux petits cartilages arrondis, qui font partie du pa- 
lais ; et il y en a d'autres très petites sur la parlie 
antérieure des deux premières branchies de chaque 
côté. 

Les narines sont doubles, et placées au devant et 
très près des yeux. Chacun des deux opercules est 
très grand; il recouvre le côté de la tête, s'avance 
vers le bout du museau jusqu'au delà des yeux qu'il 
entoure, et se termine, du côté de la queue, par une 
portion triangulaire et beaucoup plus molle que le 
reste de cet opercule. Lorsqu'on le soulève , on 
aperçoit une large ouverture , et l'on voit au delà 
cinq branchies cartilagineuses demi-ovales, et garnies 
de franges sur leurs deux bords. La frange extérieure 
de la quatrième est à demi engagée , et celle de la 
cinquième est entièrement renfermée dans une mem- 
brane qui s'attache à la partie de la tête, la plus voi- 
sine ; mais celles des trois premières sont libres , ce 
qu'on ne voit pas dans les squales. 

Les deux ouvertures branchiales se réunissent dans 
la partie inférieure de la tête, et s'y terminent à une 
peau molle qui joint ensemble les deux opercules. 

Les nageoires pectorales sont petites. Il n'y en a 



1 54 HISTOIRE NATURELLE 

qu'une sur le dos ; elle est un peu en forme de faux, 
et le commencement de sa base est à peu près au des- 
sus des nageoires ventrales. La nageoire de l'anus 
est assez grande, et celle de la queue se divise en 
deux lobes. Le supérieur garnit les deux côtés de la 
queue proprement dite qui se dirige vers le haut ; et 
l'inférieur se prolonge de manière à former , avec le 
premier, une sorte de grand croissant. 

On voit une ligne latérale très marquée qui s'é- 
tend depuis l'opercule jusqu'à la nageoire caudale ; 
mais la peau ne présente ni tubercules ni écailles vi- 
sibles» 

Les individus que j'ai examinés ayant été conservés 
dans de l'alcool , je n'ai pu juger qu'imparfaitement 
de la couleur du polyodon feuille. Le corps ne pa- 
roissoit avoir été varié par aucune raie , tache , ni 
bande ; mais les opercules étoient encore parsemés 
de petites taches rondes et assez régulières. 

L'intérieur du polyodon feuille que j'ai disséqué 
ne m'a montré aucun trait de conformation remar- 
quable, excepté la présence d'une vessie aérienne 
assez grande, qui rapproche le genre dont nous nous 
occupons de celui des acipensères, et l'éloigné de 
celui des squales. 

Le plus grand des polyodons feuilles que j'ai vus 
n'avoit guère que dix ou onze pouces (un peu plus 
de trois décimètres) de longueur ; mais il avoit tous 
les caractères qui appartiennent, dans les poissons, 
aux individus très jeunes. On peut donc présumer 
que l'espèce que nous décrivons parvient à une gran- 
deur plus considérable que celle de ces individus. 
Nous ne pouvons cependant rien conjecturer avec 



DES POISSONS. 1 55 

beaucoup de certitude relativement à ses habitudes, 
sur lesquelles nous n'avons reçu aucun renseigne- 
ment , non plus que sur les mers qu'elle habite: tout 
ce que nous pouvons dire, c'est que, par suite de la 
conformation de ce polyodon, elles doivent , pour 
ainsi dire, tenir le milieu entre celles des squales et 
celtes des acipensères. 

On seroit tenté , au premier coup d'œil , de compa- 
rer le parti que le polyodon feuille peut tirer de la 
forme allongée de son museau, à l'usage que le squale 
scie fait de la prolongation du sien. Mais, dans le 
squale scie, cette extension est comme osseuse et 
très dure dans tous ses points, et elle est de plus armée, 
de chaque côté, de dents longues et fortes, au lieu 
que, dans le polyodon feuille, la partie correspon- 
dante n'est dure et solide que dans son milieu , et 
n'est composée dans ses côtés que de membranes 
plus ou moins souples. On pourroit plutôt juger des 
effets de cette prolongation par ceux de l'arme du 
xiphias espadon, avec laquelle elle auroit une très 
grande ressemblance sans les bandes molles et mem- 
braneuses dont elle est bordée d'un bout à l'autre. Au 
reste, pour peu qu'on se rappelle ce que nous avons 
dit, dans le Discours sur la nature des poissons , au su- 
jet de la natation de ces animaux , on verra aisément 
que cet allongement excessif de la tête du polyodon 
feuille doit être un obstacle assez grand à la rapidité 
de ses mouvements. 



i56 



HISTOIRE NATURELLE 



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ï> ^&0<a«^)CïS^Ç> *&&$ M' OeO***^"?^****** *&&&()i& O* *» 



DIXIEME GENRE. 



LES ACIPENSERES. 



L'ouverture de la bouche située dans la partie inférieure 
de la tête 3 rétractile et sans dents ; des barbillons au 
devant de la bouche; le corps allongé 3 et garni de 
plusieurs rangs de plaques dures. 



PREMIER SOUS-GENRE. 

Les lèvres fendues. 



ESPECE. 

L'AciPENSERE ESTUR- 
GEON. 



CARACTERES. 

Quatre barbillons plus près ou aussi près» 
"'extrémité du museau que de l'ouvcip. 
de la bouche. 



/ Quatre 
J de Vf 
\ ture 



SECOND SOUS-GENRE. 

Les lèvres non fendues. 



ESPECES.. 

St. L'AciPENSERE UUSO. 

3. L'AciPENSÈRE STRELET. 

4. L'AciPENSÈRE ETOILE. 



CARACTERES. 
^Le museau à peu près de la longueur da 

grand diamètre de l'ouverture de la bou- 
l che. 

1 Le museau trois ou quatre fois plus long 
r que le grand diamètre de l'ouverture de 
v la bouche. 
Le museau un peu recourbé , élargi vers son 

extrémité, et cinq ou six fois pins long 

que le grand diamètre de l'ouverture dç* 

la bouche. 



DES POISSONS. l 57 

L'ACIPENSÈRE ESTURGEON 1 . 

Acipenser Sturio, Linn. , Gmel. , Lacep, , Cuv. 



L'on doit compter les acipensères parmi les plus 
grands poissons. Quelques uns de ces animaux par- 

1. Estourgeon , dans plusieurs départements méridionaux, 
Sturium , dans d'autres. 
Créac , dans d'autres. 
Porcelieto, en Italie. 
Adello , ibid. 
Adano, ibid. 
Adeno s ibid. 
Att'dus, ibid. 
Sturione , ibid. 
TAt! sturgeon , en Angleterre. 
Stent, en flamand. 
Store, eu Danemarck. 
Stor, eu Suède. 

Guldenst. nov. Com. petropol. 16, p. 552. 
B1och,pl. 88. 

-4c<pe estourgeon , Daubenton , Encyclopédie méthodique. 
Id. Bonnaterre, planches Je l'Encyclopédie méthodique. 
Mus. ad. fr. 1, p. 5/i, tab. 18, fig. 2. 
Fauna suecica, 299. 
1t. scan. 187. 

Muller, Prodrom. Zool. dan., p. 01, n. 022. 

« Acipenser corpore tuberculis spinosis exasperalo. » Arledi . gea. 
65, syu. 91. 

Groiiov. mus. 1 , p. Go, n. 101; Zooph., p. 3g, n. i/|o. 



1 58 HISTOIRE NATURELLE 

viennent, en effet, à une longueur de plus de vingt- 
cinq pieds (près de neuf mètres). Mais s'ils atteignent 
aux dimensions du plus grand nombre de squales, 
avec lesquels leur conformation extérieure leur donne 
d'ailleurs beaucoup de rapports; s'ils voguent, au 
milieu des ondes, leurs égaux en grandeur, ils sont 
bien éloignés de partager leur puissance. Ayant reçu 
une chair plus délicate et des muscles moins fermes , 
ils ont été réduits à une force bien moindre; et leur 
bouche plus petite ne présente que des cartilages 
plus ou moins endurcis, au lieu d'être armée de plu- 
sieurs rangs de dents aiguës, longues et menaçantes. 
Aussi ne sont-ils le plus souvent dangereux que pour 
les poissons mal défendus par leur taille ou par leur 



Klein, miss. pisc. 4» P- 12 « n - Up» i3, n- 2. 

Acipenser, Gesner, Aquat. a. 

Estourgeon , Rondelet, première partie , liv. XIV, chap. S. 

Adello du pan, ici. , seconde partie , des poissons de rivière, cliap. 4< 

Cops, id., ibid., chap. 5. 

« Sturio sive silurus. ■> Salvian. Aquat. p. no. 

Athen. 8, p. 3i5. 

Seb. mus. 3, tab. 29, fig. 19. 

Esturgeon, Belon, Aquat., p. 89. 

Brit. Zool. 3, p. 96, n. 1. 

Willughby, Ichth. 209, tab., p. 7, tig. 3. 

Ray., pisc, p. 1 îu. 

Schirk, Kram. El. 383. 

Stoer, Sander naturf. i5, p. i65. 

Plin. Hist. mundi, lib. IX, cap. i5. 

Schonev., p. 9. 

Blas. nat., p. 269, tab. 49» fig- 2, 3, 12. 

Aldrov., lib. IV, cap. 9, p. 517, 02(5. 

Jonston , lib. II, tit. , cap. 7, tab. 23, tig. 8, 9. 

Charlcton, p. i52. 

Bloch, Ichthyol., pi. 88. 



DES POISSONS. lf)p 

conformation; et, comme ils se nourrissent assez 
souvent de vers, ils ont même des appétits peu vio- 
lents, des habitudes douces, et des inclinations pai- 
sibles. Extrêmement féconds, ils sont répandus dans 
toutes les mers et dans presque tous les grands fleu- 
ves qui arrosent la surface du globe, comme autant 
d'agents pacifiques d'une nature créatrice et conser- 
vatrice , au lieu d'être , comme les squales, les redou- 
tables ministres de la destruction. Et comment l'ab- 
sence seule des dents meurtrières dont la gueule des 
squales est hérissée, ne délermineroit-eile pas cette 
grande différence? Que l'on arrache ses armes à l'es- 
pèce la plus féroce, et bientôt la nécessité aura 
amorti cette ardeur terrible qui la dévoroit; obligée 
de renoncer à une proie qu'elle ne pourra plus vain- 
cre, forcée d'avoir recours à de nouvelles allures, 
condamnée à des précautions qu'elle n'avoit pas con- 
nues , contrainte de chercher des asiles qui lui étoient 
inutiles, imprégnée de nouveaux sucs, nourrie de 
nouvelles substances, elle sera, au bout d'un petit 
nombre de générations , assez profondément modifiée 
dans toute son organisation , pour n'offrir plus que de 
la foiblesse dans ses appétits, de la réserve dans ses 
habitudes, et même de la timidité dans son carac- 
tère. 

Parmi les différentes espèces de ces acipensères, 
qui attirent l'attention du philosophe , non seule- 
ment par leurs formes, leurs dimensions, leurs affec- 
tions et leurs manières de vivre, mais encore par la 
nourriture saine, agréable, variée et abondante 
qu'elles fournissent à l'homme, ainsi que par les ma- 
tières utiles dont elles enrichissent les arts, la mieux 



l6o HISTOIRE NATURELLE 

connue et la plus anciennement observée, est celle 
de l'esturgeon, qui se trouve dans presque toutes les 
contrées de l'ancien continent. Elle ressemble aux 
squales, comme les autres poissons de sa famille, 
par l'allongement de son corps, la forme de la na- 
geoire caudale, qui est divisée en deux lobes iné- 
gaux, et celle du museau, dont l'extrémité plus ou 
moins prolongée en avant est aussi plus ou moins ar- 
rondie. 

L'ouverture de la bouche est placée, comme dans 
le plus grand nombre de squales, au dessous de ce 
museau avancé. Des cartilages assez durs garnissent 
les deux mâchoires et tiennent lieu de dents : la lèvre 
supérieure est, ainsi que l'inférieure, divisée au moins 
en deux lobes; et l'animal peut les avancer l'une et 
l'autre , ou les retirer à volonté. 

Entre cette ouverture de la bouche et le bout du 
museau, on voit quatre filaments déliés rangés sur 
une ligne transversale, aussi éloignés de cette ouver- 
ture que de l'extrémité de la tête, et même quel- 
quefois plus rapprochés de cette dernière partie que 
de la première. Ces barbillons, très menus, très mo- 
biles, et un peu semblables à de petits vers, attirent 
souvent de petits poissons imprudents jusqu'auprès 
de la gueule de l'esturgeon, qui avoil caché presque 
toute sa tête au milieu des plantes marines ou fluvia- 
tiles. 

Au devant des yeux sont les narines, dont l'inté- 
rieur présente une organisation un peu différente de 
celle que nous avons vue dans le siège de l'odorat des 
raies et des squales, mais qui offre une assez grande 
étendue de surface pour donner à l'animal un grand 



DES POISSONS. l6l 

nombre de sensations plus ou moins vives. Dix-neuf 
membranes doubles s'y élèvent en forme de petits 
feuillets , et aboutissent à un centre commun , comme 
autant de rayons. 

L'ouverture des branchies est fermée de chaque 
côté par un opercule, dont la surface supérieure 
montre un grand nombre de stries plus ou moins 
droites, et réunies presque toutes dans un point 
commun et à peu près central. 

Des stries disposées de même et plus ou moins 
saillantes paroissent le plus souvent sur les plaques 
dures que l'on voit former plusieurs rangées sur le 
corps de l'esturgeon. Ces plaques rayonnées et os- 
seuses, que l'on a nommées de petits boucliers , sont 
convexes par dessus, concaves par dessous, un peu 
arrondies dans leur contour, relevées dans leur cen- 
tre , et terminées, dans cette partie exhaussée, par 
une pointe recourbée et tournée vers la queue. Elles 
forment cinq rangs longitudinaux qui partent de la 
tête , et qui s'étendent jusqu'auprès de la nageoire 
de la queue, excepté celui du milieu, qui se termine 
à la nageoire dorsale. Cette rangée du milieu est pla- 
cée sur la partie la plus élevée du dos, et composée 
des plus grandes pièces; les deux rangées les plus voi- 
sines sont situées un peu sur les côtés de l'esturgeon , 
et les deux les plus extérieures bordent d'un bout à 
l'autre le dessous du corps de ce cartilagineux. Ces 
cinq séries de petits boucliers sont assez élevées pour 
faire paroître l'ensemble de l'animal comme une sorte 
de prisme à cinq faces, et par conséquent à cinq 
arêtes. 



1Ô2 HISTOIRE NATURELLE 

Le nombre de ces plaques varie dans chaque rang ; 
il est quelquefois de onze ou douze dans la rangée du 
dos, et il n'est pas rare de voir la plus grande de ces 
pièces avec un diamètre de quatre ou cinq pouces, 
sur des esturgeons déjà parvenus à la longueur de dix 
ou onze pieds. L'épaisseur des boucliers répondant 
à leur volume, et leur dureté étant très grande, les 
cinq rangées qu'ils composent seroient donc une ex- 
cellente défense pour l'esturgeon , et le rendroient 
un des mieux cuirassés des poissons, si ces rangées 
n'étoient pas séparées l'une de l'autre par de grands 
intervalles. 

La nageoire dorsale commence par un rayon très 
gros et très fort , et est située plus loin de la tête que 
les nageoires ventrales; celle de l'anus est plus éloi- 
gnée encore du museau : et le lobe inférieur de la na~ 
geoire caudale est en forme de faux, plus long et 
surtout plus large que le supérieur. 

L'esturgeon a une conformité de plus avec les raies,, 
par deux trous garnis chacun d'une valvule mobile à 
volonté, et qui, placés dans le rectum, très près de 
l'anus, l'un à droite, et l'autre à gauche, font com- 
muniquer cet intestin avec la cavité de l'abdomen. 
L'eau de la mer, ou celle des rivières, pénètre dans 
cette cavilé par ces deux ouvertures; elle s'y mêle 
avec ce-lie que les vaisseaux sanguins y déposent, ou 
que d'autres parties du corps peuvent y laisser filtrer, 
et parvient ensuite jusque dans la vessie. 

La couleur de l'esturgeon est bleuâtre , avec de pe- 
tites taches brunes sur le dos, et noires sur la partie 
inférieure du corps. Sa grandeur est très considéra- 



DES POISSONS. 1 65 

ble, ainsi que nous l'avons déjà annoncé; et lorsqu'il 
a atteint son développement, il a plus de dix-huit 
pieds, ou de six mètres de longueur. 

Cet énorme cartilagineux habite non seulement 
dans l'Océan, mais encore dans la Méditerranée, 
dans la mer Rouge, dans le Pont-Euxin, dans la mer 
Caspienne. Mais, au lieu de passer toute sa vie au 
milieu des eaux salées, comme les raies, les squales, 
leslophies, les balistes et les chimères, il recherche 
les eaux douces comme le pétromyzon lamproie, lors- 
que le printemps arrive, qu'une chaleur nouvelle se 
fait sentir jusqu'au milieu des ondes, y ranime le sen- 
timent le plus actif, et que le besoin de pondre ou 
de féconder ses œufs le presse et l'aiguillonne. Il 
s'engage alors dans presque tous les grands fleuves. 
Il remonte particulièrement dans le Volga, le Tanaïs, 
le Danube, le Pô, la Garonne, la Loire, le Rhin, 
l'Elbe , l'Oder. On ne le voit même le plus souvent 
que dans les fleuves larges et profonds, soit qu'il y 
trouve avec plus de facilité l'aliment qu'il préfère , 
soit qu'il obéisse dans ce choix à d'autres causes pres- 
que aussi énergiques , et que, par exemple, ayant 
une assez grande force dans ses diverses parties , 
dans ses nageoires, et particulièrement dans sa queue, 
quoique cette puissance musculaire soit inférieure, 
ainsi que nous l'avons dit, à celle des squales, il se 
plaise à vaincre, en nageant, des courants rapides, 
des flots nombreux, des masses d'eau volumineuses, 
et ressente, comme tous les êtres , le besoin d'exer- 
cer de temps en temps, dans toute sa plénitude, le 
pouvoir qui lui a été départi. D'ailleurs, l'esturgeon 
présente un grand volume : il lui faut donc une 



1 64 HISTOIRE NATURELLE 

grande place pour se mouvoir sans obstacle et sans 
peine; et cette place étendue et favorable, il ne la 
trouve que dans les fleuves qu'il préfère. 

Il grandit et engraisse dans ces rivières fortes et 
rapides, suivant qu'il y rencontre la tranquillité, la 
température et les aliments qui lui conviennent le 
mieux ; et il est de ces fleuves dans lesquels il est 
parvenu à un poids énorme, et jusqu'à celui de mille 
livres, ainsi que le rapporte Pline de quelques uns 
de ceux que l'on voyoit de son temps dans le Pô. 

Lorsqu'il est encore dans la mer, ou près de l'em- 
bouchure des grandes rivières , il se nourrit de ha- 
rengs, ou de maquereaux et de gades ; et, lorsqu'il 
est engagé dans les fleuves, il attaque les saumons, 
qui les remontent à peu près dans le même temps que 
lui, et qui ne peuvent lui opposer qu'une foible résis- 
tance. Comme il arrive quelquefois dans les parties 
élevées des rivières considérables avant ces poissons, 
ou qu'il se mêle à leurs bandes, dont ii cherche à faire 
sa proie , et qu'il paroît semblable à un géant au mi- 
lieu de ces légions nombreuses, on la comparé à un 
chef, et on l'a nommé le Conducteur des Saumons. 

Lorsque le fond des mers ou des rivières qu'il fré- 
quente est très limoneux, il préfère souvent les vers 
qui peuvent se trouver dans la vase dont le fond des 
eaux est recouvert, et qu'il trouve avec d'autant plus 
de facilité au milieu de la terre grasse et ramollie , 
que le bout de son museau est dur et un peu pointu, 
et qu'il sait fort bien s'en servir pour fouiller dans le 
limon et dans les sables mous. 

Il dépose dans les fleuves une immense quantité 
d'œufs ; et sa chair y présente un degré de délicatesse 



DES POISSONS. 1 65 

très rare, surtout dans les poissons cartilagineux. Ce 
goût fin et exquis est réuni dans l'esturgeon avec 
une sorte de compacité que l'on remarque dans ses 
muscles, et qui les rapproche un peu des parties mus- 
culaires des autres cartilagineux : aussi sa chair a- 
t-elle été prise très souvent pour celle d'un jeune 
veau, et a-t-il été de tous les temps très recherché. 
Non seulement on le mange frais ; mais dans tous les 
pays où l'on en prend en grand nombre, on emploie 
plusieurs sortes de préparations pour le conserver et 
pouvoir l'euvoyer au loin. On le fait sécher, ou on le 
marine, ou on le sale. La lai Je du mâle est la portion 
de cet animal que l'on préfère à toutes les autres. Mais 
quelque prix qu'on attache aux diverses parties de 
l'esturgeon , et même à sa laite, les nations modernes , 
qui en font la plus grande consommation et le paient 
le plus cher, n'ont pas pour les poissons en général un 
goût aussi vif que plusieurs peuples anciens de l'Eu- 
rope et de l'Asie, etparticulièrement que les Romains 
enrichis des dépouilles du globe. N'étant pas d'ail- 
leurs tombées encore dans ces inconcevables recher- 
ches du luxe, qui ont marqué les derniers degrés de 
l'asservissement des habitants de Rome, elles sont 
bien éloignées d'avoir de la bonté et de la valeur de 
l'esturgeon une idée aussi extraordinaire que celle 
qu'on en avoit dans la capitale du monde, au milieu 
des temps de corruption qui ont précipité sa ruine. 
On n'a pas encore vu, dans nos temps modernes, des 
esturgeons portés en triomphe, sur des tables fastueu- 
sement décorées, par des ministres couronnés de 
fleurs, et au son des instruments, comme on l'a vu 
dans Rome avilie, esclave de ses empereurs, et expi- 



LACEPEDE. Vf, 



1 66 HISTOIRE NATURELLE 

rant sous le poids des richesses excessives des uns, de 
l'affreuse misère des autres, des vices ou des crimes 
de tous. 

L'esturgeon peut être gardé hors de l'eau pendant 
plusieurs jours, sans cependant périr; et l'une des 
causes de cette faculté qu'il a de se passer, pendant 
un temps assez long, d'un fluide aussi nécessaire que 
l'eau à la respiration des poissons, est la conformation 
de l'opercule qui ferme de chaque côté l'ouverture 
des branchies, et qui, étant bordé dans presque tout 
son contour d'une peau assez molle, peut s'appliquer 
plus facilement à la circonférence de l'ouverture, et 
la clore plus exactement 4 . 

Nous pensons que l'acipensère décrit sous le nom 
de Schypa par Guldenstaedt 2 , et qui se trouve non 
seulement dans la nier Caspienne, mais encore dans 
le lac Oka en Sibérie, doit être rapporté à l'esturgeon, 
comme une simple variété, ainsi que l'a soupçonné 
le professeur Gmelin 3 . Il a en effet les plus grands 
rapports avec ce dernier poisson , il en présente les 
principaux caractères, et il ne paroît en différer que 
par les attributs des jeunes animaux, une taille moins 
allongée, et une chair plus agréable au goût. 

i. Voyez le Discours sur la nature des poissons. 

•2. « Acipeuser schypa , rostro obtuso, oiïs diaruetro tertiain partem 
» losigïore, cirris rostri apici propioribus, labiis bifidis. » Guldenst. 
nov. Coraui. petropol. i6, p. 532. 

Acipenser schypa, Linnée , édition de Gmelin. 

S. g. Gmelin, It. p. 208. 

Acipenser kostera, Lepech., It. î, p. 54. 

Acipe scliype , Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie métho- 
dique. 

5. Voyez l'endroit déjà cité. 



DES POISSONS. 167 



*pyq>->^»<9-»*r^>**rt'§-»**^t>* «1 



L'AGIPENSERE HUSO 1 . 

Acipenser Huso^ Likn. , Gmel. , Lacep., Cuv. 



Le huso n'est pas aussi répandu dans les différentes 
mers tempérées de l'Europe et de l'Asie que l'estur- 
geon. On ne le trouve guère que dans la Caspienne et 

1. Copse, dans quelques parties de l'Italie. 

Colpesce , dans d'autres parties de l'Italie. 

Husen, daus quelques contrées d'Allemagne. 

Collano. 

Barbota. 

Morona, par quelques Grecs modernes. 

Belluge, daus plusieurs pays du Nord. 

Beiiouga, ibid. 

Beltuga , ibid. 

Exos, par plusieurs auteurs latins. 

Acipe ichtlvyocolle, Daubenton, Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 

Guldenst. nov. <iom. petrop. 16, p. 55a. 

Kcelreuter, ib. 17, p. 53i, f. 12 , 17. 

« Acipenser tuberculis carens. » Art. gen. 65, syu. 92. 

Kram. El. 585. 

Mario, Plin., Hist. inundi , !. 9, c. i5. 

Aldrov. pisc, p. 554- 

Jonston, pisc, tab. 25, fig. 1, 3. 

Gesner, Aquat., p. 59. 

Huso Germanorum , Willughby, Ichth., p. 243. 

Raj., pisc, 1 15. 

Copso, ou colpesce, Rondelet , seconde partie des poissons de rivière 



1 68 HISTOIRE NATURELLE 

dans la mer Noire; el on ne le voit communément re- 
monter que dans Je Volga, le Danube» et les autres 
grands fleuves qui portent leurs eaux dans ces deux 
mers. Mais les légions que cette espèce y forme sont 
bien plus nombreuses que celles de l'esturgeon, et 
elle est bien plus féconde que ce dernier acipensère. 
Elle parvient d'ailleurs à des dimensions plus consi- 
dérables : il y a des busos de plus de vingt-quatre 
pieds (huit mètres) de longueur; et l'on en pêche qui 
pèsent jusqu'à deux mille huit cents livres ( plus de 
cent quarante myriagrammes ). Il a cependant dans 
sa conformation de très grands rapports avec l'estur- 
geon ; il n'en diffère d'une manière remarquable que 
dans les proportions de son museau et dans la forme 
de ses lèvres. Le museau de cet animal est, en effet, 
plus court que le grand diamètre de l'ouverture de 
sa bouche, et ses lèvres ne sont pas divisées de ma- 
nière à présenter chacune deux lobes. 

Le nombre de pièces que l'on voit dans les cinq 
rangées de grandes plaques disposées longitudinale- 
ment sur son corps, est très sujet à varier; à mesure 
que l'animal vieillit , plusieurs de ces boucliers tom- 
bent sans être remplacés par d'autres : lors même 
que le huso est arrivé à un âge très avancé, il est 
quelquefois entièrement dénué de ces plaques très 
dures; et voilà pourquoi Artedi et d'autres natura- 
listes ont cru devoir distinguer cette espèce par le 
défaut de boucliers. 

chap. 6. (La figure ne se rapporte point à un acipensère, mais à un 
silure. ) 

Anlacée de Neper, id. ibid. c. 9. ( La figure est défectueuse. ) 

Bloch, ichthyol., pi. 129. 



DKS POISSONS. 1 ()<) 

il est le plus souvent d'un bleu presque noir sur le 
dos, et d'un jaune clair sur le ventre. 

C'est avec les œufs que les femelles de cette es- 
pèce pondent en très grande quantité , au commen- 
cement du retour des chaleurs, que les habitants des 
rives des mers Noire et Caspienne, et des grandes 
rivières qui s'y jettent, composent ces préparations 
connues sous le nom de Caviar, et plus ou moins es- 
timées, suivant que les œufs, qui en font Ja base, ont 
été plus ou moins bien choisis, nettoyés, maniés, 
pressés, mêlés avec du sel ou d'autres ingrédients. Au 
reste, l'on se représentera aisément le grand nombre 
de ces œufs, lorsqu'on saura que le poids des deux 
ovaires égale presque (e tiers du poids total de l'ani- 
mal , et que ces ovaires ont pesé jusqu'à huit cents 
livres dans un huso femelle qui en pesoit deux mille 
huit cents. 

Ce n'est cependant pas uniquement avec les œufs 
du huso que l'on fait le caviar : ceux des autres aci- 
pensères servent à composer cette préparation. Ou- 
tre les œufs noirs de ces cartilagineux, on pourroit 
même employer dans la fabrication du caviar, selon 
M. Guldenstaedt , les œufs jaunes d'autres grands 
poissons, comme du brochet, du sandat, de la carpe, 
de la brème , et d'autres cyprins appelés en russe 
Yaze, Beresna 3 ouJeregk, et Virezou, dont la pêche 
est très abondante dans le bas des fleuves de la Rus- 
sie méridionale, l'Oural, le Volga, Je Terek, le Don 
et le Dnieper 1 . 

Mais ce n'est pas seulement pour ses œufs que !e 

1. Galdensiaedt , Discours sur les productions de Russie; Peters- 
bourg, 1776, page 11. 



1^0 HISTOIRE NATURELLE 

liuso est recherché ; sa chair est très nourrissante , 
très saine et très agréable au goût. Aussi est-il peu de 
poissons qui aient autant exercé l'industrie et. animé 
le commerce des habitants des côtes maritimes ou 
des bords des grands fleuves que l'acipensère dont 
nous nous occupons. On emploie , pour le prendre , 
divers procédés qu'il est bon d'indiquer, et qui ont 
été décrits très en détail par d'habiles observateurs. 
Le célèbre naturaliste de Russie, le professeur Pallas, 
nous a particulièrement fait connoître la manière dont 
on pêche le huso dans le Yoîga et dans le Jaick , qui 
ont leurs embouchures dans la mer Caspienne. Lors- 
que le temps pendant lequel les acipensères remon- 
tent de la mer dans les rivières est. arrivé, on construit, 
dans certains endroits du Volga ou du Jaïek , une 
digue composée de pieux, et qui ne laisse aucun in- 
tervalle assez grand pour laisser passer le huso. Cette 
digue forme vers son milieu un angle opposé au cou- 
rant, et par conséquent elle présente un angle ren- 
trant au poisson qui remonte le fleuve , et qui , cher- 
chant une issue au travers de l'obstacle qui l'arrête , 
est déterminé à s'avancer vers le sommet de cet angle. 
A ce sommet est une ouverture qui conduit dans une 
espèce de chambre ou d'enceinte formée avec des 
filets sur la fin de l'hiver, et avec des claies d'osier 
pendant l'été. Au dessus de l'ouverture est une sorte 
d'échafaud sur lequel des pêcheurs s'établissent. Le 
fond de la chambre est, comme l'enceinte, d'osier 
ou de filet , suivant les saisons , et peut être levé faci- 
lement à la hauteur de la surface de l'eau. Le huso 
s'engage dans la chambre par l'ouverture que lui offre 
la digue; mais à peine y est-il entré, que les pêcheurs,. 



DE S POISSONS. 1 -J 1 

placés sur l'échafaud, laissent tomber une porte qui 
lui interdit le retour vers la mer. On lève alors le 
fond mobile de Sa chambre, et l'on se saisit facilement 
du poisson. Pendant Je jour, les acipensères qui pé- 
nètrent dans la grande enceinte avertissent les pê- 
cheurs de leur présence par le mouvement qu'ils sont 
forcés de communiquer à des cordes suspendues à 
de petits corps flottants ; et pendant la nuit ils agitent 
nécessairement d'autres cordes disposées dans la cham- 
bre , et les tirent assez pour faire tomber derrière eux 
la fermeture dont nous venons de parler. Non seule- 
ment ils sont pris par îa chute de cette porte, mais 
encore cette fermeture, en s'enfonçant, fait sonner 
une cloche qui avertit et peut éveiller le pêcheur 
resté en sentinelle sur l'échafaud. 

Le voyageur Gmelin , qui a parcouru différentes 
contrées de la Russie, a décrit d'une manière très ani- 
mée l'espèce de pêche solennelle qui a lieu de temps 
en temps, et au commencement de l'hiver, pour pren- 
dre les husos retirés vers cette saison dans les cavernes 
et les creux des rivages voisins d'Astracan. On réunit 
un grand nombre de pêcheurs; on rassemble plusieurs 
petits bâtiments; on se prépare comme pour une opé- 
ration militaire importante et bien ordonnée; on s'ap- 
proche avec concert, et par des manœuvres régulières, 
des asiles dans lesquels les husos sont cachés ; on in- 
terdit avec sévérité le bruit le plus foibie. non seu- 
lement aux pêcheurs, mais encore à tous ceux qui 
peuvent naviguer auprès de la flotte ; on observe le 
plus profond silence; et tout d'un coup poussant de 
grands cris, que les échos grossissent et multiplient , 
on agite, on trouble , on effraie si vivement les husos, 



\rj2 HISTOIRE NATURELLE 

qu'ils se précipitent en tumulte hors de leurs cavernes, 
et vont tomber dans les filets de toute espèce tendus 
ou préparés pour les recevoir. 

Le museau des husos, comme celui de plusieurs 
cartilagineux, et particulièrement d'un grand nombre 
de squales, est très sensible à toute espèce d'attou- 
chement. Le dessous de leur corps, qui n'est revêtu 
que d'une peau assez molle, et qui ne présente pas 
de boucliers, comme leur partie supérieure, jouit 
aussi d'une assez grande sensibilité; et Marsigli nous 
apprend, dans son Histoire du Danube 11 , que les pê- 
cheurs de ce fleuve se sont servis de cette sensibilité 
du ventre et du museau des husos pour les prendre 
avec plus de facilité. En opposant à leur museau dé- 
licat des filets ou tout autre corps capable de le bles- 
ser, ils ont souvent forcé ces animaux à s'élancer sur 
le rivage; et lorsque ces acipensères ont été à sec et 
étendus sur la grève, ils ont pu les contraindre , par 
les divers attouchements qu'ils ont fait éprouver à leur 
ventre , à retourner leur longue masse , et à se prêter, 
malgré leur excessive grandeur, à toutes les opéra- 
tions nécessaires pour les saisir et pour les attacher. 

Lorsque les husos sont très grands, on est, en effet, 
obligé de prendre des précautions contre les coups 
qu'ils peuvent donner avec leur queue : il faut avoir 
recours à ces précautions, lors même qu'ils sont hors 
de l'eau et gisants sur le sable; et on doit alors cher- 
cher d'autant plus à arrêter les mouvements de cette 
queue très longue par les liens dont on l'entoure, que 
leur puissance musculaire, quoique inférieure à celle 

i. Marsigli, Histoire du Danube , tome IV. 



DES POISSONS. 1^3 

des squales, ne peut qu'être dangereuse dans des in- 
dividus de plus de vingt pieds de long, et que les 
plaques dures et relevées qui revêtent l'extrémité pos- 
térieure du corps sont trop séparées les unes des au- 
tres pour en diminuer la mobilité , et ne pas ajouter, 
par leur nature et par leur forme, à la force du coup. 

D'ailleurs la rapidité des mouvements n'est point 
ralentie dans !e huso, non plus que dans les autres 
acipensères, par les vertèbres cartilagineuses qui com- 
posent l'épine dorsale, et dont la suite s'étend jusqu'à 
l'extrémité de la queue. Ces vertèbres se prêtent, par 
leur peu de dureté et par leur conformation , aux di- 
verses inflexions que l'animal veut imprimer à sa queue, 
et à la vitesse avec laquelle il tend à les exécuter. 

Cette chaîne de vertèbres cartilagineuses, qui rè- 
gne depuis la tête jusqu'au bout de la queue, pré- 
sente, comme dans les au très poissons du même genre, 
trois petits canaux , trois cavités longitudinales 1 . La 
supérieure renferme la moelle épinière, et la seconde 
contient une matière tenace, susceptible de se durcir 
par la cuisson , qui commence à la base du crâne , et 
que l'on retrouve encore auprès de la nageoire cau- 
dale. 

C'est au dessous de cette épine dorsale qu'est si- 
tuée la vésicule aérienne, qui est simple et conique, 
qui a sa pointe tournée vers la queue, et qui sert à 
faire , sur les bords de la mer Caspienne et des fleuves 
qui y versent leurs eaux , cette colle de poisson si 
recherchée , que l'on distribue dans toute l'Europe , 
et que l'on y vend à un prix considérable. Les diverses 

1. Marsigli, ouvrage déjà cité. 



174 HISTOIRE NATURELLE 

opérations que l'on emploie dans cette partie de la 
Russie, pour la préparation de cette colle si estimée, 
se réduisent à plonger les vésicules aériennes dans 
l'eau, à les y séparer avec soin de leur peau extérieure 
et du sang dont elles peuvent être salies, à les couper 
en long, à les renfermer dans une toile , à les ramollir 
entre les mains, à les façonner en tablettes et en es- 
pèces de petits cylindres recourbés , à les percer pour 
les suspendre, et à les exposer, pour les faire sécher, 
à une chaleur modérée et plus douce que celle du 
soleil. 

Cette colle, connue depuis long-temps sous Se nom 
à'Ichthyocotle ou de Colle de poisson 3 et qui a fait don- 
ner au huso le nom à'IchtliyocoUe^ a été souvent em- 
ployée dans la médecine contre la dyssenterie , les 
ulcères de la gorge, cenx des poumons, et d'autres 
maladies. On s'en sert aussi beaucoup dans les arts , 
et particulièrement pour éclaircir les liqueurs et pour 
lustrer les étoffes. Mêlée avec une colle plus forte , 
elle peut réunir les morceaux séparés de la porcelaine 
et d'un verre cassé ; elle porte alors le nom de Colle 
à verre et à porcelaine ; et on la nomme Colle à bouche. 
lorsqu'on l'a préparée avec une substance agréable 
an goût et à l'odorat , laquelle permet d'en ramollir 
les fragments dans la bouche, sans aucune espèce de 
dégoût. 

Mais ce n'est pas seulement avec les vésicules aé- 
riennes du huso que l'on compose , près de la mer 
Caspienne , cette colle si utile, que l'on connoît, dans 
plusieurs contrées russes, sous le nom d'Usblat : on 
y emploie celles de tous les acipensères que l'on y 
pèche. On peut très bien imiter en Europe les pro- 



DES POISSONS. 1^5 

cédés des Russes pour la fabrication d'une matière 
qui forme une branche de commerce plus importante 
qu'on ne le croit ; et je puis assurer que particulière- 
ment en France l'on peut parvenir aisément à s'affran- 
chir du paiement de sommes considérables auquel 
nous nous sommes soumis envers l'industrie étran- 
gère pour en recevoir cette colle si recherchée. Il 
n'est ni dans nos étangs, ni dans nos rivières, ni 
dans nos mers, presque aucune espèce de poisson 
dont la vésicule aérienne, et toutes les parties minces 
et membraneuses, ne puissent fournir, après avoir 
été nettoyées, séparées de toute matière étrangère, 
lavées, divisées, ramollies et séchées avec soin, une 
colle aussi bonne, ou du moins presque aussi bonne, 
que celle qu'on nous apporte de la Russie méridio- 
nale. On l'a essayé avec succès; et je n'ai pas besoin 
de faire remarquer à quel bas prix et dans quelle 
quantité on auroit une préparation que l'on feroit 
avec des matières rejetées maintenant de toutes les 
poissonneries et de toutes les cuisines, et dont l'em- 
ploi ne diminueroit en rien la consommation des au- 
tres parties des poissons. On auroit donc le triple 
avantage d'avoir en plus grande abondance une ma- 
tière nécessaire à plusieurs arts, de la payer moins 
cher, et de la fabriquer en France ; et on devroit sur- 
tout se presser de se la procurer, dans un moment où 
mon savant confrère, M. Rochon, membre de l'In- 
stitut, a trouvé, et fait adopter pour la marine, le 
moyen ingénieux de remplacer le verre , dans un 
grand nombre de circonstances , par des toiles très 
claires de (il de métal , enduites de colle de poisson. 
La graisse du huso est presque autant employée 



1-^6 HISTOIRE RATiUliLLE 

que sa vessie aérienne, par les habitants des contrées 
méridionales de ia Russie. Elle est de très bon uoùt 
lorsqu'elle est fraîche; et on s'en sert alors à la place 
du beurre ou de l'huile. Elle peut d'autant plus rem- 
placer cette dernière substance , que la graisse des 
poissons est toujours plus ou moins huileuse. 

On découpe la peau des grands husos, de manière 
à pouvoir la substituer au cuir de plusieurs animaux; 
et celle des jeunes, bien sèche, et bien débarrassée 
de toutes les matières qui pourroient en augmenter 
1 -épaisseur et en altérer la transparence, tient lieu de 
vitre dans une partie de la Russie et de la Tartarie. 

La chair, les œufs, la vessie à air, la graisse, la 
peau , tout est donc utile à l'homme dans celte fé- 
conde et grande espèce d'acipensère *■". Il n'est donc 
pas surprenant que , dans les contrées où elle est le 
plus répandue, elle porte différents noms. Partout 
où les animaux ont été très observés et très recher- 
chés, ils ont reçu différentes appellations; chaque ob- 
servateur, chaque artiste, chaque ouvrier, les ont vus 
sous une face particulière , et tant de rapports diffé- 
rents ont dû nécessairement introduire une grande 
variété dans les signes de ces rapports, et par consé- 
quent dans les désignations du sujet de ces diverses 
relations. 

Comme les husos vivent à des latitudes éloignées 
de la ligne , et qu'ils habitent des pays exposés à des 
froids rigoureux, ils cherchent à se soustraire pen- 
dant l'hiver à une température trop peu convenable 

r. On mange jusqu'à l'épine cartilagineuse et dorsale du tuiso et 
de l'esturgeon ; et on la préparc de diverses manières dans les pays du 
Nord. 



des rois.-', on s. \nrj 

à leur nature, en se renfermant plusieurs ensemble 
dans de grandes cavités des rivages. Ils remontent 
môme quelquefois dans les fleuves, quoique la saison 
de la ponte soit encore éloignée, afin d'y trouver, sur 
les bords, des asiles plus commodes. Leur grande 
taille les contraint à être très rapprochés les uns des 
autres dans ces cavernes , quelque spacieuses qu'elles 
soient. Ils conservent plus facilement, par ce voisi- 
nage, le peu de chaleur qu'ils peuvent posséder; ils 
ne s'y engourdissent pas; ils n'y sont pas soumis du 
moins à une torpeur complète : ils y prennent un peu 
de nourriture ; mais le plus souvent ils ne font que 
mettre à profit les humeurs qui s'échappent de leurs 
corps, et ils sucent la liqueur visqueuse qSi enduit la 
peau des poissons de leur espèce, auprès desquels ils 
se trouvent. 

Ils sont cependant assez avides d'aliments dans des 
saisons plus chaudes, et lorsqu'ils jouissent de toute 
leur activité; et, en effet, ils ont une masse bien éten- 
due à entretenir. Leur estomac est , à la vérité, beau- 
coup moins musculeux que celui des autres acipen- 
sères ; mais il est d'nn assez grand volume, et, suivant 
Palîas, il peut contenir, même dans les individus éloi- 
gnés encore du dernier terme de leur accroissement, 
plusieurs animaux tout entiers e! d'un volume consi- 
dérable. Leurs sucs digestifs paroissent d'ailleurs jouir 
d'une grande force : aussi avalent-ils quelquefois , et 
indépendamment des poissons dont ils se nourrissent, 
de jeunes phoques, et des canards sauvages qu'ils sur- 
prennent sur la surface des eaux qu'ils fréquentent, 
et qu'ils ont l'adresse de saisir par les pattes avec leur 
gueule . et d'entraîner au fond des flots. Lorsqu'ils ne 



i.^8 HISTOIRE NATURELLE 

trouvent pas à leur portée l'aliment qui leur convient, 
ils sont môme obligés, dans certaines circonstances, 
pour remplir la vaste capacité de leur estomac, le les- 
ter, pour ainsi dire, et employer en quelque sorte 
ses sucs digestifs surabondants, d'y introduire les pre- 
miers corps qu'ils rencontrent, du jonc, des racines, 
ou des morceaux de ces bois que l'on voit flotter sur 
la mer ou sur les rivières. 



L'ACIPENSERE STRELET 1 . 

Acipenser Ruthenus, Linn., Gmel. , Lacep., Cuv. 



Cet acipensère présente des couleurs agréables. La 
partie inférieure de son corps est blanche , tachetée 

i. Acipe strelet, Daubenlon, Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonn;iterre , planches de l'Encyclopédie méthodique. 

Guldenstaedt, nov. Comni. petropol. 16, p. 533. 

Block, pi. 89. 

Mus. ad. fr. 1, p. 5£, tab. 27, fig. 2; et tab. 28, fig. ï. 

Fauna sueciea , 3oo. 

Wulff. Ichlhyol. borussens., p. 17, n. 2,3. 

S. G. Gmelin, It. 1, p. îAa; 3, p. 254- 

Kœheuter, nov. Comni. petropol. 16 , p. 5 11, tab. \l\ et 17, p. 52 1. 

« Acipenser ordinibus 5 squamarum ossearum ; intermedio ossicu- 
» lis i5. » Fauna suec. 272. 

« Acipenser ex cinereo, llavo et rosaceo varius. » Klein, miss, 
pisc. 4» P- ! ^, n. 4 1 tab. 1. 

Sterlet, bruyn, It. 90, tab. 55. 

Bloch, Ichtbyol., pi. 89. 



DES POISSONS. 179 

de ros^; son dos est noirâtre; et les boucliers qui y 
forment des rangées longitudinales sont d'un beau 
jaune. Les nageoires d© la poitrine, du dos et de la 
queue sont grises; celles du ventre et de l'anus sont 
rouges. Mais le strelet est particulièrement distingué 
des acipensères du second sous-genre , dans lequel il 
est compris, par la forme de son museau, qui est 
trois ou quatre fois plus long que le grand diamètre 
de l'ouverture de sa bouche. Il l'est d'ailleurs de l'es- 
turgeon et du huso par la petitesse de sa taille : il ne 
parvient guère à la longueur de îrois pieds; et ce n'est 
que très rarement qu'on le voit atteindre à celle de 
quatre pieds et quelques pouces. 

Il a sur le dos cinq rangs de boucliers, comme 
l'esturgeon et le huso. La rangée du milieu est com- 
posée ordinairement de quinze pièces assez grandes; 
les deux qui viennent ensuite en comprennent cha- 
cune cinquante-neuf ou soixante, qui, par consé- 
quent, ont un diamètre très peu étendu; et les deux 
rangs qui bordent le ventre sont formés de plaques 
plus petites encore, et qui, au lieu d'être relevées 
dans leur centre comme celles des trois rangées inté- 
rieures, sont presque entièrement plates. 

On trouve cet acipensère dans la mer Caspienne, 
ainsi que dans le Volga et dans l'Oural, qui y ont leur 
embouchure; on le voit aussi, mais rarement, dans 
la Baltique; et telles sont les habitations qu'il a reçues 
de la nature. Mais l'art de l'homme, qui sait si bien 
détourner, combiner, accroître, modifier, dompter 
même les forces de la nature, l'a transporté dans des 
lacs où l'on est parvenu , avec très peu de précau- 
tions, à le faire prospérer et multiplier : Frédéric pre- 



î80 HISTOIRE NATURELLE 

mièr, roi de Suède, l'a introduit avec succès dans le 
lac de Maeler et dans d'autres lacs de la Suède; et ce 
roi de Prusse, qui, philosophe et homme de lettres 
sur le trône, a su créer par son génie, et les états 
qu'il devoit régir, et l'art de la guerre qui devoit les 
défendre , et l'art d'administrer, plus rare encore, 
qui devoit leur donner l'abondance et le bonheur, a 
répandu le strelet dans un très grand nombre d'en- 
droits de la Poméranie et de la marche de Brande- 
bourg. 

Voilà deux preuves remarquables de la facilité avec 
laquelle on peut donner à une contrée les espèces de 
poissons les plus utiles. Ces deux faits importants se- 
ront réunis à un grand nombre d'autres, dans le dis- 
cours que l'on trouvera dans cette histoire, sur les 
usages économiques des poissons, et sur les divers 
moyens d'en acclimater , d'en perfectionner , d'en 
multiplier les espèces et les individus. 

Et que l'on ne soit pas étonné d'apprendre les soins 
que se sont donnés les chefs de deux grandes nations 
pour procurer à leur pays l'acipensère strelet. Cette 
espèce est très féconde : elle ne montre jamais, à la 
vérité, une très grande taille; mais sa chair est plus 
tendre et plus délicate que celle des autres cartilagi- 
neux de sa famille. Elle est. d'ailleurs facile à nourrir; 
elle se contente de très petits individus, et même 
d'œufs de poissons dont les espèces sont très com- 
munes ; et elle peut n'avoir d'autre aliment que les 
vers qu'elle trouve dans le limon des mers, des fleuves 
ou des lacs qu'elle fréquente. 

C'est vers la fin du printemps que le strelet re- 
monte dans les grandes rivières; et comme le temps 



DES POISSON S. l8l 

de la ponte et de la fécondation de ses œufs n'est pas 
très long, on voit cet acipensère descendre ces mêmes 
rivières avant la fin de l'été, et tendre, même avant 
l'automne, vers les asiles d'hiver que la mer lui pré- 
sente» 



L'AGIPENSERE ETOILE 

Acipenser stellatus^ Linn. , Gmel. , Lacejp. 



Ters le commencement du printemps , on voit cet 
acipensère remonter le Danube et les autres fleuveg 
qui se jettent dans la mer Noire ou dans la mer Cas- 
pienne. Il parvient à quatre ou cinq pieds de lon- 
gueur; et par conséquent il est pour le moins aussi 
long que le strelet, mais il est plus mince. Son mu- 
seau, un peu recourbé et élargi vers son extrémité, 
est cinq ou six fois plus long que le grand diamètre 
de l'ouverture de la bouche; et celte conformation 
du museau suffiroit seule pour séparer l'étoile des 
autres acipensères : au reste , le dessus de cette partie 
est hérissé de petites raies dentelées. 

Les lèvres peuvent être étendues en avant beau- 
coup plus que dans les autres poissons du même 

1. Acipe étoile, Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 
Guldenst. nov. comm. petropol. 16, p. 533. 
Pallas, It. 1, p. i5i, 460, n. ao. 

LACÉPÈOE. VI. 12 



l82 HISTOIRE NATURELLE 

genre. La tête , aplatie par dessus et par les côtés, est 
garnie de tubercules pointus, et de petits corps durs, 
dentelés et en forme d'étoiles. Le devant de la bou- 
che présente quatre barbillons, comme dans tous les 
acipensères. 

On remarque, sur différentes parties du corps de 
l'étoile, des rudiments crénelés d'écaillés; et l'on voit 
particulièrement, sur son dos, de petites callosités 
blanches, rudes, étoilées et disposées sans ordre. Il 
a d'ailleurs cinq rangs de boucliers relevés et pointus, 
dont la rangée du milieu contient communément 
treize pièces, et dont les deux suivantes renferment 
chacune trente-cinq plaques plus petites. Trois autres 
pièces sont placées au delà de l'anus. 

La couleur de cet animal est noirâtre sur le dos, 
tachetée et variée de blanc sur les côtés, et d'un blanc 
de neige sur le ventre. 

Cette espèce est très féconde; l'on compte plus de 
trois cent mille œufs dans une seule femelle. 



DES POISSONS. l85 



QUATRIEME DIVISION. 

Poissons cartilagineux qui ont un opercule et une 
membrane des branchies. 



TREIZIEME ORDRE 

DE LA CLASSE ENTIÈRE DES POISSONS, 

ou 

PREMIER ORDRE 

DE LA QUATRIÈME DIVISION DES CARTILAGINEUX. 

Poissons apodes , ou qui n'ont point de nageoires dites 
ventrales. 

ONZIÈME GENRE. 

LES OSTRACIONS. 

Le corps dans une enveloppe osseuse 3 des dents incisives 
à ciiaque mâchoire. 



PREMIER SOUS-GENRE. 

Point d'aiguillons auprès des yeux , ni au dessous de la e/ueue. 

ESPÈCE. CARACTÈRES, 

i- L'Ostracion triatsgu- i Le corps triangulaire, et garni de tuber- 
xaire. { cules saillants sur des plaques bombées. 



i84 



HISTOIRE NATURELLE 



ESPECES. 

2. L'OsTRACION MAILLÉ. 

5. L'OsTRACION POIN- 
TILLÉ. 

4. L'OSTRACTON QUATRE- 

Tl BERCULES. 

5. L'OsTRACIOU MUSEAU 

ALLONGÉ. 

6. L'OSTRACION DEUX- 

TUBERCULES. 

7. L'OsTRACIOIV MOU- 

CHETÉ. 

8. L'OSTRACION BOSSU. 



CARACTERES. 



Le corps triangulaire, eL garni de tuber- 
cules peu sensibles, mais dont la dispo- 
\ sition imite un ouvrage à mailles. 

Le corps quadrangulaire ; de petits points 
rayonnants, et point défigures polygones 
sur l'enveloppe osseuse ; de petites lacbes 
blanches sur tout le'-corps. 

Le corps quadrangulaire; quatre grands tu- 
bercules disposés en carré sur !e dos. 

Le corps quadrangulaire; le museau al- 
lougé. 

Le corDS quadrangulaire; deux tubercules, 
l'un au dessus et l'autre au dessous de 
l'ouverture de la bouche. 

Le corps quadrangulaire; un grand nombre 
de taches noires , chargées chacune d'un 
point blanc ou bleuâtre. 
(Le corps quadrangulaire; le dos relevé en 
l bosse. 



SECOND SOUS-GENRE. 

Des aiguillons auprès des y eux , et non au dessous de la queue. 

ESPÈCE. CARACTÈRES. 

9. L'Ostracioîv trois- |Le corps triangulaire ; un aiguillon sur le 
aiguillons. ( dos et auprès de chaque œil. 

TROISIÈME SOUS-GENRE. 
Des aiguillons au dessous de la queue, et non auprès des jeux. 



ESPÈCES. CARACTERES. 

!Le corps triangulaire; deux aiguillons can- 
nelés au dessous de la queue; des tuber- 
cules saillants sur des plaques bombées; 
quatorze rayons à la nageoire du dos. 
ÎLe corps triangulaire : deux aiguillons sil- 
lonnés au dessous de la queue; des tuber- 
cules peu élevés ; dix rayons à la nageoire 
du dos. 



DES POISSONS. 



85 



QUATRIÈME SOUS-GENRE. 

Des aiguillons auprès des yeux et au dessous de la aueue. 



ESrEGES. CARACTERES. 

Le corps triangulaire; deux aiguillons au- 
près des yeux , et deux autres sous la 
queue. 
Le corps triangulaire; un grand aiguillon 
sur la partie de la queue qui est hors 
du têt. 
/Le corps quadrangulaire; deux aiguillons 
auprès des yeux , et deux autres sous la 
queue. 

i5. L'Ostrocion dboma- (Le corps quadrangulaire ; une bosse garnie 
daire. { d'un aiguillon sur le dos. 



12. L'OsTRACION QUATRE 

AIGUILLONS. 

13. L'OsTRACION LISTER. 

l/L L'OSTRACION QUA- 
DRANGULAIRE. 



I 



l86 HISTOIRE NATURELLE 

L'OSTRACIGN TRIANGULAIRE'. 

Ostracion triqueter, Linn., Gmel., Lacep., Cuv. 



On diroit que la nature , en répandant la plus 
grande variété parmi les êtres vivants et sensibles 
dont elle a peuplé le globe, n'a cependant jamais cessé 
d'imprimer à ses productions des traits de quelques 
formes remarquables, dont on retrouve des images 
plus ou moins imparfaites dans presque toutes les 
classes d'animaux. Ces formes générales, vers les- 
quelles les lois qui régissent l'organisation des êtres 

i. Mus. ad. fr. 1, p. 60. 

« Ostracion triangulus, tuberculis exiguis innumeris, aculeis ca- 
» rens. » Arted., gen. 57, syn. 85. 

« Piscis triangularis ex toto cornibus carens. » Lister, Appen. Wil- 
lughby, Ichth. p. 20, tab. j, n. 18. 

Raj., p. A> 5. 

Seb., mus. 3, tab. 24,fig. 6, 12. 

Coffre triangulaire sans épines, Daubenton , Encyclopédie métho- 
dique. 

Coffre triangulaire, Bounaterre, planches de l'Encyclopédie mé- 
thodique. 

Piscis triangularis Clusii, couchon, cochon, ou coffre à la Martini- 
que. Plumier, dessins sur vélin déjà cités. 

L'un des poissons coffres, Valmont-Bomare, Dictionn. d'histoire 
naturelle. 

Ostracion triqueter, coffre lisse, Bloch, pi. i5o. 



DES POISSONS. 187 

animés, paroissent les mener sans cesse , sont comme 
des modèles dont la puissance créatrice semble avoir 
voulu s'écarter d'autant moins, que les résultats de 
ces conformations principales tendent presque tous 
à une plus sûre conservation des espèces et des indi- 
vidus. Le genre dont nous allons nous occuper va 
nous présenter un exemple frappant de cette multi- 
plication de copies plus ou moins ressemblantes d'un 
type préservateur, et de leur dissémination dans pres- 
que toutes les classes des êtres organisés et sensibles. 
Cette arme défensive, cette enveloppe solide, cette 
cuirasse tutélaire , sous laquelle la nature a mis à 
l'abri plusieurs animaux dont Buffon, ou nous, avons 
déjà donné l'histoire , nous allons la retrouver aulour 
du corps des ostracions; et si nous poursuivons nos 
recherches jusqu'au milieu de ces légions innom- 
brables d'êtres connus sous le nom d'animaux à sang 
blanc, nous la reverrons, avec des dissemblances plus 
ou moins grandes, sur des familles entières et sur 
des ordres nombreux en familles. L'épaisse cuirasse 
et les bandes osseuses qui revêtent les tatous, la ca- 
rapace et le plastron qui défendent les tortues , les 
gros tubercules et les lames très dures qui protègent 
les crocodiles, la croûte crétacée qui environne les 
oursins, le têt solide qui revêt les crustacés, et en- 
un les coquilles pierreuses qui cachent un si grand 
nombre de mollusques , sont autant d'empreintes 
d'une première forme conservatrice, sur laquelle a 
été aussi modelée la couverture la plus extérieure des 
ostracions; et voilà pourquoi ces derniers animaux 
ont reçu le nom qu'ils portent, et qui rappelle sans 
cesse le rapport, si digne d'attention, qui les lie avec 



]88 HISTOIRE NATURELLE 

les habitants des coquilles. Ils ont cependant de plus 
grandes ressemblances superficielles avec les oursins: 
leur enveloppe est, en effet, garnie d'une grande 
quantité de petites élévations qui la font paroître 
comme ciselée; et ces petits tubercules qui la rehaus- 
sent sont disposés avec assez d'ordre et de régularité, 
pour que leur arrangement puisse être comparé à la 
distribution si régulière et si bien ordonnée que l'on 
voit dans les petites inégalités de la croûte des our- 
sins, lorsque ces derniers ont été privés de leurs pi- 
quants. La nature de la cuirasse des ostracions n'est 
pas néanmoins crétacée ni pierreuse : elle est vérita- 
blement osseuse; et les diverses portions qui la com- 
posent sont si bien jointes les unes aux autres, que 
l'ensemble de cette enveloppe qui recouvre le dessus 
et le dessous du corps ne paroît formé que d'un seul 
os, et représente une espèce de boîte ou de coffre 
allongé à trois ou quatre faces , dans lequel on auroit 
placé Je corps du poisson pour le garantir contre les 
attaques de ses ennemis, et qui, en quelque sorte, 
ne laisseroit à découvert que les organes extérieurs 
du mouvement, c'est-à-dire les nageoires, et une 
partie plus ou moins grande de la queue. Aussi plu- 
sieurs voyageurs , plusieurs naturalistes et les habi- 
tants de plusieurs contrées équatoriales, ont-ils donné 
le nom de Poisson Coffre aux différentes espèces d'os- 
tracions dont ils se sont occupés. On croiroit que 
cette matière dure et osseuse, que nous avons vue 
ramassée en boucliers relevés et pointus, et distri- 
buée en plusieurs rangs très séparés les uns des autres 
sur le corps des acipensères , rapprochée autour de 
celui des ostracions, y a été disposée en plaques plus 



LES POISSONS. 189 

minces et étroitement attachées les unes aux autres, 
et que par là une armure défensive complète a été 
substituée à des moyens de défense très isolés, et par 
conséquent bien moins utiles. 

Nous venons de voir que l'espèce de coffre dans 
lequel le corps des ostracions est renfermé, est en 
forme tantôt de solide triangulaire , et tantôt de so- 
lide quadrangulaire , c'est-à-dire que les deux faces 
qui revêtent les côtés se réunissent quelquefois sur 
le dos et y produisent une arête longitudinale plus 
ou moins aiguë, et que d'autres fois elles vont s'atta- 
cher à une quatrième face placée horizontalement et 
au dessus du corps. Mais indépendamment de cette 
différence, il en est d'autres qui nous ont servi à 
distinguer plus facilement les espèces de cette fa- 
mille, en les distribuant dans quatre sous-genres. Il 
est de ces poissons sur lesquels la matière osseuse 
qui compose la cuirasse s'étend en pointes ou aiguil- 
lons assez longs , le plus souvent sillonnés ou canne- 
lés, et auxquels le nom de cornes a été donné par 
plusieurs auteurs. D'autres ostracions n'ont, au con- 
traire, aucune de ces proéminences. Parmi les pre- 
miers, parmi les ostracions cornus ou aiguillonnés, 
les uns ont de longues pointes auprès des yeux ; 
d'autres vers le bord inférieur de l'enveloppe, qui 
touche la queue; et d'autres enfin présentent de ces 
pointes non seulement dans cette extrémité , mais 
encore auprès des yeux. Nous avons, en conséquence, 
mis dans le premier sous-genre ceux de ces poissons 
qui n'ont point d'aiguillons; nous avons placé dans 
le second ceux qui en ont auprès des yeux; le troi- 
sième comprend ceux qui en présentent dans la partie 



igO HISTOIRE NATURELLE 

de leur couverture osseuse la plus voisine du dessous 
de la queue; et le quatrième renferme les ostracions 
qui sont armés d'aiguillons dans cette dernière partie 
de l'enveloppe et auprès des yeux. 

Le triangulaire est le premier des cartilagineux de 
cette famille que nous ayons à examiner. Comme tous 
les poissons de son genre , le solide allongé que re- 
présente sa couverture peut être considéré comme 
composé de deux sortes de pyramides irrégulières, 
tronquées, et réunies par leurs bases. 

Au devant de la pyramide antérieure, on voit, dans 
presque tous les ostracions, l'ouverture de la bou- 
che. Les mâchoires peuvent s'écarter d'autant plus 
l'une de l'autre, qu'elles sont plus indépendantes de 
la croûte osseuse , dont une interruption plus ou 
moins grande laisse passer et déborder les deux , ou 
seulement une des deux mâchoires. La partie qui dé- 
borde est revêtue d'une matière quelquefois assez 
dure, et presque toujours de nature écailleuse. 

Chaque mâchoire est ordinairement garnie de dix 
ou douze dents serrées, allongées, étroites, mousses 
et assez semblables aux dents incisives de plusieurs 
quadrupèdes vivipares. 

Dans le triangulaire , les yeux sont situés à une 
distance à peu près égale du milieu du dos et du 
bout du museau , et la place qu'ils occupent est sail- 
lante. 

L'ouverture des branchies est située de chaque 
côté au devant de la nageoire pectorale. Elle est très 
allongée, très étroite , et placée presque perpendicu- 
lairement à la longueur du corps. On a été pendant 
long-temps dans l'incertitude sur la manière dont 



DES POISSONS. 19I 

cette ouverture peut être fermée à la volonté de l'ani- 
mai; mais diverses observations faites sur des ostra- 
cions vivants par le savant Commerson et par d'autres 
voyageurs, réunies avec celles que j'ai pu faire moi- 
même sur un grand nombre d'individus de cette 
famille conservés dans différentes collections, ne per- 
mettent pas de douter qu'il n'y ait sur l'ouverture des 
branchies des ostracions un opercule et une mem- 
brane. L'opercule est couvert de petits tubercules 
disposés comme sur le reste du corps, mais moins ré- 
gulièrement ; et la membrane est mince, flottante, 
et attachée du même côté que l'opercule. 

On ne trouve les ostracions que dans les mers chau- 
des des deux continents , dans la mer Rouge , dans 
celle des Indes, dans celle qui baigne l'Amérique 
équinoxiale. Ils se nourrissent de crustacés et des 
animaux qui vivent dans les coquilles, et dont ils 
peuvent briser facilement avec leurs dents l'enve- 
loppe , lorsqu'elle n'est ni très épaisse ni très volumi- 
neuse. Ces poissons ont, en général , peu de chair; 
mais elle est de bon goût dans plusieurs espèces. 

Le triangulaire habite dans les deux Indes. Sur cet 
animal , ainsi que sur presque tous les ostracions, les 
tubercules qui recouvrent l'enveloppe osseuse sont 
placés de manière à la faire paroître divisée en pièces 
hexagones et plus ou moins régulières , mais presque 
toutes de la même grandeur. 

Sur le triangulaire, ces hexagones sont relevés dans 
leur centre, et les tubercules qui les composent sont 
très sensibles. Cette conformation suffit pour distin- 
guer le triangulaire des autres cartilagineux compris 



1Ç)2 HISTOIRE NATURELLE 

dans le premier sous-genre des ostracions, et qui 
n'ont que trois faces longitudinales. 

Le milieu du dos de l'ostracion que nous décrivons 
est d'ailleurs très relevé, de telle sorte que chacune 
des faces latérales de l'enveloppe de ce poisson est 
presque triangulaire. De plus, la forme bombée des 
hexagones, et les petits tubercules dont ils sont hé- 
rissés, font paroître la ligne dorsale, lorsqu'on la re- 
garde par côté, non seulement festonnée, mais encore 
finement dentelée. 

Au reste, sur tous les ostracions , et par conséquent 
sur le triangulaire , l'ensemble de l'enveloppe osseuse 
est recouvert d'un tégument très peu épais , d'une 
sorte de peau ou d'épiderme très mince, qui s'appli- 
que très exactement à toutes les inégalités, et n'em- 
pêche de distinguer aucune forme. Après un com- 
mencement d'altération ou de décomposition, on peut 
facilement séparer les unes des autres, et cette peau , 
et les diverses pièces qui composent la croûte osseuse. 
Les nageoires du triangulaire sont toutes à peu près 
de la même grandeur, et presque également arron- 
dies. Celle du dos et celle de l'anus sont aussi éloi- 
gnées l'une que l'autre du bout du museau 1 . 

La queue sort de l'intérieur de la croûte osseuse 
par une ouverture échancrée de chaque côté, et Ton 
en voit au moins les deux tiers hors de l'enveloppe 
solide. Une plus grande partie de la queue n'est libre 

i. Il y a communément à chaque nageoire pectorale.. îa rayons. 

à celle du dos 10 

à celle de l'anus 10 

a celle de la queue »o 



DES POISSONS. )93 

dans presque aucune espèce d'ostracions; et il est, 
au contraire , des poissons du même genre dans les- 
quels la queue est encore plus engagée sous la cou- 
verture osseuse. Les ostracions sont donc bien éloignés 
d'avoir, dans la totalité de leur queue et dans la partie 
postérieure de leur corps, cette liberté de mouve- 
ments nécessaire pour frapper l'eau avec vitesse, re- 
jaillir avec force, et s'avancer avec facilité. On doit 
donc supposer que, tout égal d'ailleurs, les ostracions 
nagent avec beaucoup moins de rapidité que plusieurs 
autres cartilagineux; et il paroît qu'en tout ils sont, 
comme les baîistes, formés pour la défense bien plus 
que pour l'attaque. 

Le triangulaire parvient à la longueur d'un pied et 
demi ou d'un demi-mètre. Sa chair est plus recher- 
chée que celle de presque tous les poissons des mers 
d'Amérique, dans lesquelles on le trouve. Quoiqu'il 
ne paroisse se plaire que dans les contrées équato- 
riales, on pourroit chercher à l'acclimater dans des 
pays bien plus éloignés de la ligne , les différences de 
température que les eaux peuvent présenter à diffé- 
rents degrés de latitude, étant moins grandes que 
celles que l'on observe dans l'atmosphère. D'un autre 
côté, on sait avec quelle facilité on peut habituer à 
vivre , au milieu de l'eau douce, les poissons que l'on 
n'avoit cependant jamais trouvés que dans les eaux 
salées. Le goût exquis et la nature très salubre de la 
chair du triangulaire devroient engager à faire avec 
constance des tentatives bien dirigées à ce sujet : on 
pourroit tendre à cette acclimatation , qui seroit utile 
à plus d'un égard , par des degrés bien ordonnés : on 



ly4 HISTOIRE NATURELLE 

n'exposeroit que successivement l'espèce à une tem- 
pérature moins chaude; on attendroit peut-être plu- 
sieurs générations de cet animal pour l'abandonner 
entièrement, sans secours étranger, au climat dans 
lequel on voudroit le naturaliser. On pourroit faire 
pour le triangulaire ce que l'on fait pour plusieurs vé- 
gétaux : on apporteroit des individus de cette espèce, 
et on les soigneroit pendant quelque temps dans de 
l'eau que l'on conserveroit à une température pres- 
que semblable à celle des mers équatoriales auprès de 
leur surface; on diminueroit la chaleur artificielle des 
petits bassins dans lesquels seroient les triangulaires, 
par degrés presque insensibles, et par des variations 
extrêmement lentes. Dans les endroits de l'Europe, 
ou d'autres parties du globe, éloignés des tropiques 
et où coulent des eaux thermales, on pourroit du 
moins profiter de ces eaux naturellement échauffées, 
pour donner aux triangulaires la quantité de chaleur 
qui leur seroit absolument nécessaire, ou les amener 
insensiblement à supporter la température ordinaire 
des eaux douces ou des eaux salées de ces divers pays. 
Le corps et la queue du triangulaire sont bruns, 
avec de petites taches blanches; les nageoires sont 
jaunes. 



DES POISSONS, ipS 



L'OSTRAGION MAILLÉ 1 . 

Ostracion concatenatm 3 Bloch, Lacep., Cuv. 



C'est d'après un dessin trouvé dans des manuscrits 
de Plumier que le professeur Bloch a publié la de- 
scription de ce poisson. Son enveloppe est triangu- 
laire, comme celle de l'ostracion que nous venons 
d'examiner. A l'aide d'une loupe , ou avec des yeux 
très bons et très exercés , on distingue des rangées 
de tubercules, placées sur des lignes blanches, for- 
mant des triangles de différentes grandeurs et de di- 
verses formes, et se réunissant de manière à repré- 
senter un réseau ou un ouvrage à mailles. La mâchoire 
supérieure est plus avancée que l'inférieure. La tête 
est d'un gris cendré avec des raies violettes ; les fa- 
cettes latérales sont d'un violet grisâtre; le dessous 
du corps est blanc ; les nageoires sont un peu rouges 2 . 

1. Ostracion concatenatus , coffre maillé , Bloch, pi. i5i. 

Coffre maillé , Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie méthodique. 

a. Il y a aux nageoires pectorales 12 rayons. 

à celle du dos 10 

à celle de l'anus . 9 

à celle de la queue, qui est arrondie 8 



Ity6 HISTOIRE NATl.UELLE 

L'OSTRACION POINTILLÉ 1 . 

Ostracion punctatus et O. lentiginosas^ Schn. 



Le voyageur Conimerson a trouvé ce cartilagineux 
clans les mers voisines de l'Ile de France. Il n'a vu 
de cette espèce que des individus d'un demi-pied de 
longueur. Ce poisson a une enveloppe osseuse, qua- 
•drangulaire, c'est-à-dire composée de quatre grandes 
faces y dont une est placée sur le dos. Cette couverture 
solide présente un grand nombre de petits points un 
peu rayonnants, qui la font paroître comme ciselée; 
mais elle n'est pas garnie de tubercules qui en divisent 
la surface en compartiments polygones et plus ou 
moins réguliers. J'ai tiré le nom que j'ai donné à cet 
ostracion , de cette sorte de pointillage que présente 
sa croûte osseuse , ainsi que de la disposition de ses 
couleurs. On voit, en effet, sur tout l'animal, tant 
sur l'espèce de cuirasse qui le recouvre, que sur les 
parties de son corps que ce têt ne cache pas , une 
quantité innombrable de très petites taches lenticu- 
laires et blanches, un peu moins petites sur le dos, 

i. « Ostracion tetragonus oblongus muticus , scutis testas indistinc- 
» tis, toto corpore maculis lenticularibus. sub ventre majoribus, gut- 
« tato. » Commerson , manuscrits déjà cités. (J'ai fait graver le dessin 
que ce naturaliste a laissé de ce cartilagineux. ) 



DES POISSONS. 1()7 

un peu moins petite encore et réunies quelquefois plu- 
sieurs ensemble sur le ventre, et paroissant d'autant 
mieux , qu'elles sont disséminées sur un fond brun. 

Les deux mâchoires sont également avancées; les 
dents sont souvent d'une couleur foncée, et ordinai- 
rement au nombre de dix à la mâchoire d'en haut et 
à celle d'en bas. 

Au dessous de chaque œil, on voit une place assez 
large , aplatie , déprimée même , et ciselée d'une 
manière particulière. 

La nageoire de la queue est arrondie l . 



L'OSTRACION 2 

QUATRE - TUBERCULES. 

Ostraclon tuberculatm^ Linn. , Gmel. , Lacep. , Cuv. 



Cet ostracion est quadrangulaire comme le poin- 
tillé; mais il est distingué de tous les cartilagineux 

1. On compte aux nageoires pectorales 10 rayons. 

à la nageoire dorsale .. . 9 

à celle de l'anus , qui est un peu plus 

étendue que celle du dos 11 

à celle de la queue 10 

2. « Ostracion quadrangulus , tuberculis quatuor majorions in 
dorso. » Arledi , gen. 55, syn. 85. 

LAC.ÉPÈOE. VI. \ 5 



10,$ HISTOIRE NATURELLE 

compris dans le premier sous-genre, par quatre gros 
tubercules placés sur le dos, disposés en carré, et 
assez éloignés de la tête. On le trouve dans l'Inde. 



L'OSTRACION* 

MUSEAU -ALLONGÉ. 
Otracion nasiiSj Blocil, Lacep. , Crv. 



Cet ostracion est remarquable par la forme de son 
museau avancé, pointu et prolongé de manière que 
l'ouverture de la bouche est placée au dessous de 
cette extension. On trouve quatorze dents à la mâ- 
choire supérieure, et douze à l'inférieure. L'iris est 
d'un jaune verdâtre, et la prunelle noire. La croûte 
osseuse présente quatre faces; elle est toute couverte 
de pièces figurées en losange, et réunies de six en 
*-ïx , de manière à offrir l'image d'une sorte de fleur 
épanouie en roue et, à six feuilies ou pétales. Au rni- 

Coffre quadrangulaire à quatre tubercules, Eonnaierre, planches de 
l'Encyclopédie méthodique. 

Id. Uaubenton , Encyclopédie méthodique. 

» Piscis maximus quadrangularis . quatuor tuberculis in dorso, 
» longe à capile, insignitus. » Willughby. Ichth., append., p. 20. 

j. Avledi , gen. 5G, n. 5. 

Ostracion nasus, coffre à bec, BIocli , pi. 108. 

Coffre à bec, Bonnatcrre. planches de {Encyclopédie méthodique- 





/W.,.,v,™ /,*...,■<■ 

1 OSÏlUcro.X Ml ■.s!-:.\!--AI.:..)\(;k •: TKTRo;)OX MOUCHETE 3 SYNGNATHE AIGUILLE 
4 SYX<5 HIPPÔCAYII'E 



DES POISSONS. 199 

lieu de chacune de ces espèces de fleurs paroissent. 
quelques tubercules rouges. On voit d'ailleurs des 
taches rouges sur la tête et le corps, qui sont gris; 
d'autres taches brunes sont répandues sur la tête et 
la queue , et les nageoires sont rougeâtres f. 



L'OSTRACION 2 

DEUX -TUBERCULES. 
Ostracion biluberculatus 3 La cep. 



L'enveloppe dure et solide qui revêt ce cartilagi- 
neux est à quatre faces. Elle est toute couverte de 
petites plaques hexagones, marquées de points dis- 
posées en rayons , moins régulières sur la tête, moins 
distinguées l'une de l'autre sur le dos, et cependant 
aussi faciles à séparer que celles que l'on voit sur les 
autres ostracions. Celles de ces plaques qui garnissent 
le dos sont noires dans leur centre. D'ailleurs la cou- 

1. Aux nageoires pectorales gravons. 

A celle du dos q 

A celle de l'anus q 

A celle de la queue, qui est arrondie q 

2. «Ostracion oblongus, quadrangularis ( muticus ) , tubercule 
» cartilagineo supra et infra os ; sentis corpoiis hexagonis punctato- 
» radiatis; dorsalibus centro nigricautibus ; caudae basi crocea. » Com- 
merson , manuscrits déjà cités. 



iiOO HISTOIRE NATURELLE 

leur générale de la croûte osseuse est d'un rouge 
obscur. Toutes les nageoires sont brunes ; l'extré- 
mité de la queue, l'iris, et les intervalles des pièces 
situées auprès des opercules des branchies , sont d'un 
beau jaune, et le dessous du corps est d'un jaune sale 
et blanchâtre. 

Le museau est comme tronqué, l'ouverture de la 
bouche petite ; les dents sont brunes , et au nombre 
de dix à chaque mâchoire : mais ce qui distingue 
principalement l'ostracion que nous cherchons à faire 
connoître , c'est qu'il a deux tubercules cartilagineux 
et blanchâtres, l'un au devant de l'ouverture de la 
bouche, et l'autre au dessous. Ce dernier est le plus 



grand. 



La langue est une sorte de cartilage informe , un 
peu arrondi et blanchâtre. 

L'ouverture des narines est étroite , et située au 
devant et très près des yeux. 

Les branchies sont au nombre de quatre de chaque 
côté, et la partie concave des demi-cercles qui les 
sou tiennent est finement dentelée K 

Nous devons la connoissance de celte espèce à 
Commerson. qui l'a observée dans la mer voisine de 
l'île Pralin , où elle parvient au moins à la longueur 
d'un pied. 

i. Aux nageoires pectorales 10 rayons- 

A celle du clos 9 

A celle de l'anus 9 

A celle de la queue, qui est arrondie 10 



13 ILS roi. S S ON S. 20 1 

L'OSÏRACION MOUCHETÉ 1 . 

Ostracion cubicus, Linn. , Gmel., Bloch, Cuv„ 



Cet ostracion est peint de couleurs plus belles que 
celles qui ornent le deux-tubercules, avec lequel il 
a cependant de très grands rapports. Chacune des 
pièces hexagones que l'on voit sur la croûte osseuse, 
présente une tache blanche ou d'un bleu très clair, 
entourée d'un cercle noir qui la rend plus éclatante , 
et lui donne l'apparence d'un iris avec sa prunelle. 
Les nageoires pectorales du dos et de l'anus sont jau- 



i. Mus. ad. fr. i. p. 59. 

It. Wgoth., p. i38. 

« Ostracion quadrangulus, maculis variis plurimis. » Artedi , gen. 56, 
syn. 85, 11. 8. 

Coffre q uadr •angulaire , sans épines, Daubenlon , Encyclopédie mé- 
thodique. 

Coffre tigré , Bonnaterre , planches de l'Eucyclopédie méthodique. 

« Piscîs mediocris quadrangularis , maculosus. » Lister, ap. Wil- 
lughby, p. 20. 

Raj., p. 45. 

Pet. Gaz. 1, tab. 1, fig. 2. 

Seb. mus. 3, lab. 24, fig. 4 et 5. 

«Ostracion telragonus oblongus, muticus , scutis, testae hexagonis 
punctato scabris, ocello nigro caeruleo in singulis. » Commerson , ma- 
nuscrits déjà cités. 

Ostracion, cubicus , coffre tigré, Bloch, pi. 107. 



•202 HISTOIRE NATURELLE 

nâtres 1 . Le dessous du corps offre des taches blan- 
ches sur les petits boucliers de l'enveloppe solide , 
et jaunes ou blanchâtres sur les intervalles; et enfin , 
la portion de la queue qui déborde la couverture os- 
seuse est brune et parsemée de points noirs. Mais ce 
qui différencie le plus le moucheté d'avec l'espèce 
précédente, c'est qu'il n'a pas de tubercule cartilagi- 
neux au dessus ni au dessous de la bouche. D'ailleurs 
il n'y a ordinairement, suivant Commerson , que huit 
dents à la mâchoire supérieure, et six à l'inférieure. 
Au reste, la sorte de coffre dans lequel la plus grande 
partie de l'animal est renfermée , est à quatre faces 
longitudinales, ou quadrangulaire. 

Le moucheté vit dans les mers chaudes des Indes 
orientales, et particulièrement dans celles qui avoi- 
sinent l'Ile de France. Sa chair est exquise. On le 
nourrit avec soin en plusieurs endroits; on l'y con- 
serve dans des bassins ou dans des étangs; et il y de- 
vient, selon Renard, si familier, qu'il accourt â la 
voix de ceux qui l'appellent, vient à la surface de 
l'eau, et prend sans crainte sa nourriture jusque dans 
la main qui ia lui présente. 

i. Aux nageoires pectorales 10 rayons. 

A celle du dos 9 

A celle de l'anus y 

A celle de la queue, qui est anondic 10 



1>ES POISSONS. 20.> 



HîWfMf«*W-»® 



L'OSTRACION BOSSU 

Ostracion gibbosus, Linn., Gmel. , Lacep. 



Ce cartilagineux quadrangulaire, ou dont la cou- 
verture solide présente quatre faces longitudinales, a 
pour caractère distinctif une élévation eu forme de 
bosse, qu'offre sur le dos la croûte osseuse. Cette 
élévation et ia conformation de sou enveloppe suf- 
fisent, étant réunies, pour empêcher de confondre 
cet animal avec les autres poissons inscrits dans le 
premier sous-genre des ostracions. On pêche le bossu 
dans les mers africaines. 

On trouve dansKnorr 2 la ligure et la description 
d'un cartilagineux que l'on a pris pour un ostracion « 
auquel on a donné le nom à' Ostracion porte-crête 2 ' , et 
qui, n'ayant point de cornes ou grands piquants, 

i. Coffre bossu , Daubetiton , Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie méthodique. 

Ostracion obiongus, quadranguius gibbosus, Artedi , gcn. 55, syn. 83. 

Ostracion aller, Aldrov., 1. 4» c. 19, p. 56î. 

Jonslon , t. 25 , 11. 7. 

Ostracion alter gibbosus, Aldrpv. Lister, ap. Willnghby, p. i56. 

Piscis quadrangularis gibbosus, ibid. p. 20. 

Ray. p. 44. 

2. Knorr, Del. nat. selectae , p. 56 , tab. H, 4 > H g- 5. 

3. Planches de l'Encyclopédie méthodique. 



204 HISTOIRE NATURELLE 

devrait être compris dans le premier sous-genre de 
cetle famille , comme le bossu , et les autres véri- 
tables ostracions dont nous venons de nous occuper. 
Mais si l'on examine avec attention cette description 
et cette figure , on verra que l'animal auquel elles se 
rapportent, n'a aucun des véritables traits distinctifs 
des ostracions, mais qu'il a ceux des lophies , et par- 
ticulièrement des lophies comprimées par les côtés. 
Au reste, il est figuré d'une manière trop inexacte, 
et décrit d'une manière trop peu étendue, pour que 
l'on puisse facilement déterminer son espèce ; qui est 
d'ailleurs d'autant plus difficile à reconnoître, que le 
dessin et la description paraissent avoir été faits sur 
un individu altéré. 



DES POISSONS. 20b 

L'OSTRACION 1 

TROIS -AIGUILLONS, 

Ostracion tricornis, Linn., Gmel. 
L'OSTRACION TRIGONE 2 , 

Ostracion trigonus, Linn., Gmel., Cuv. 

ET L'OSTRACION DEUX-AIGUILLONS 3 , 

Ostracion bicaudalis. 



Nous plaçons dans le même article ce que nous 
avons à dire sur ces trois espèces, parce qu'elles ne 
présentent que peu de différences à indiquer. 

i. Ostracion tricornis. (Les passages de divers auteurs rapportés au 
trois-aiguillons par Gmelîn , ont trait à d'autres ostracions ; et ce 
qu'ont dit Daubcnton et Bonnaterrc , dans l'Encyclopédie méthodi- 
que , du coffre triangulaire à trois épines , doit être appliqué à l'ostra- 
cion Lister. ) 

2. It. scan. 160. 

« Ostracion triangulus , limbi.s figurarum hexagonarum eminenti- 
bus, aculeis duobus in imo ventre. » Arledi, gen. 56, syn. 85. 
lbid. n. 12. 

Ostracion trigonus, Coffre à perles. Bloch, pi. i35. 
m Piscis triangularis Clusii , cornibus carens. » Willughby, p. i56 
Ray. p. 44. 

Coffre triangulaire tubercule à deux épines. Daubenton, Encyclo- 
pédie méthodique. 

Id. Bounaterre, planches de l'Ecyclopédic méthodique. 

3. « Ostracion triangulatus , tuberculis hexagonis radiatis, aculeis 
■ duobus in imo ventre. » Artedi, gen. 67, syn. 85. 



•206 HISTOIRE NATURELLE 

Le trois -aiguillons, inscrit dans le second sous- 
genre , montre auprès des yeux deux longues prolon- 
gations de sa croûte osseuse, façonnées en pointes 
et dirigées en avant. ïl a d'ailleurs un troisième ai- 
guillon sur la partie supérieure du corps. Il vit dans 
les mers de l'Inde, ainsi que le trigone et le deux- 
aiguillons. 

Ces deux derniers ostracions ont beaucoup de 
traits de ressemblance l'un avec l'autre. Placés tous 
les deux dans le troisième sous-genre, ils n'ont point 
de piquants sur la tête; mais leur enveloppe solide, 
triangulaire ou composée de trois faces longitudi- 
nales comme celle du trois-aiguilions, se termine, 
du côté de 'la queue, et à chacun des deux angles 
qu'y présente la face inférieure , par un long aiguillon 
dirigé en arrière. 

Au premier coup d'cei! , on est embarrassé pour 
distinguer le trigone du deux-aiguillons; voici cepen- 
dant les différences principales qui les séparent. Les 
boucliers ou pièces hexagones du premier de ces 
deux poissons sont plus bombés que ceux du second ; 
d'ailleurs ils sont relevés par des tubercules plus sail- 
lants, que Ton a comparés à des perles; de plus, les 
deux piquants qui s'étendent sous la queue sont can- 
nelés longitudinalement dans le trigone, au lieu qu'ils 

• Seb. mus. 3, tab. 24. fig. 3. 

« Piscis triangularis parvus, non nisi imo ventre cornutus. » Lister, 
app. Willughby, p. 20. 

Ray. p. 45. 

Coffre triangulaire chagriné à deux épines. Daubeuton , Encyclo- 
pédie méthodique. 

Id. Bouualerre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 

Ostracîon bicaudatis } coffre deux-pujuants. Bloch , pi. i32. 



DES POISSONS. J207 

sont presque lisses dans le deux-aiguillons ; et enfin 
la nageoire dorsale comprend ordinairement quatorze 
rayons sur le trigone 1 , tandis que sur le deux-aiguiî- 
lons elle n'en renferme que dix 2 . 

Lorsqu'on veut saisir le trigone, il fait entendre, 
comme le baliste vieille, et vraisemblablement comme 
d'autres ostracions , une sorte de petit bruit produit 
par l'air, ou par les gaz aériformes qui s'échappent 
avec vitesse de l'intérieur de son corps qu'il com- 
prime. On a donné le nom de grognement à ce bruis- 
sement qu'il fait naître ; et voilà pourquoi ce cartila- 
gineux a été nommé Cochon de mer, de même que 
plusieurs autres poissons. Au reste , sa chair est dure, 
et peu agréable au goût. 

1. Aux nageoires pectorales. . 12 rayons. 

A celle du dos i4 

A celle de l'anus 1 a 

A celle de la queue , qui est arrondie. ..... 7 

2. Aux nageoires pectorales 12 rayons. 

A celle du dos 10 

A celle de l'anus 10 

A celle de la queue, qui est arrondie 10 



208 HISTOIRE NATURELLE 



*-U*^W^W.&*^.#**^43-J^4W^^.^^ 



L'OSTRACION 1 

QUATRE -AIGUILLONS , 
Ostracion quadricornis , Linn., Gmel. , Cuv. 

ET 

L'OSTRACION LISTER 2 . 

Ostracion Lister, Lacep. 

Ces deux cartilagineux sont compris dans le qua- 
trième sous-genre de leur famille. Ils ont tous les deux 

i. « Ostracion triaugulatus, aculeis duobus in fronle , et totidem in 
» imo ventre.» Artecli, geu. 56, syn. 85. 

Coffre triangulaire à quatre épines. Daubentou , Encyclopédie mé- 
thodique. 

Id. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 

« Piscis triaugularis Clusii cornutus. » Ray., pisc, p. 44- 

Ostracion quadricornis, coffre quatre-piquants. Bloch, pi. i34- 

2. Lister, ap. Willughby, Ichthyol, p. 19. 

« Ostracion triaugulatus, aculeis duobus in capite, et unico lon- 
u giore superne ad caudam. » Artedi, gen. 56, syn. 85. 

Coffre triangulaire à trois épines. Daubentou, Encyclopédie mé- 
thodique. 

Coffre triangulaire à trois épines. Bonnaterre , planches de l'Ency- 
clopédie méthodique. 

(Artedi , Daubentou et Bonnaterre, n'ont pas vu les deux aiguiL 



DES POISSONS. 209 

l'enveloppe triangulaire; tous les deux ont quatre pi- 
quants, deux auprès des yeux , et deux au dessous 
de la queue , aux deux angles qui y terminent la face 
inférieure de la croûte osseuse : mais ils diffèrent l'un 
de l'autre par la conformation de la queue, qui, 
dans le Lister, présente un piquant dur, pointu, et 
aussi long que la nageoire de l'anus, tandis que cette 
partie du corps n'en montre aucun dans le quatre- 
aiguillons 1 . Cette pointe longue et dure est placée 
sur la portion de la queue du Lister qui est hors de 
l'enveloppe, et elle y est plus rapprochée de la na- 
geoire caudale que de l'extrémité de la croûte solide. 
La nageoire dorsale du Lister est plus près de la tête 
que celle de l'anus. On ne voit pas sur la queue de 
ce cartilagineux d'écaillés sensibles pendant la vie 
de l'animal; le dos et les côtés de sa tête présentent 
de grandes taches ondées; et nous avons donné à ce 
poisson le nom sous lequel il est inscrit dans cet ou- 
vrage, parce que c'est au savant Lister que l'on en 
doit la connoissancc. L'on ne sait dans quelles mers 
vit cet ostracion ; le quatre-aiguillons se trouve dans 
celles des Indes , et près des côtes de Guinée. 

Ions situés à l'extrémité de la face inférieure du têt, et au dessous de 
la queue ; et voilà pourquoi les deux derniers de ces trois naturalistes, 
et le professeur Grnelin , ont confondu l'ostracion que nous nommons 
Lister, avec le trois- aiguillons. ) 

1. H y a aux nageoires pectorales du trois-aiguillons. 1 1 rayons, 

à la nageoire dorsale 10 

à celle de l'anus 10 

à celle de la queue. . . 10 



210 HISTOIRE NATURELLE 

L'OSTRACION 1 

QUADRANGULAIRE , 

[Ostracion cornutus^ Linn. , Gmel. , Cuv. 

ET 

L'OSTRACION DROMADAIRE 2 . 

Ostracion turritus, Liais., Gmet.., Cuv. 



Ces deux ostracions ont le corps recouvert d'une 
enveloppe à quatre faces longitudinales : mais ces 

i. Mus. ad. fr. i, p. 69. 

Gronov., mus. 1. n. 118. 

Willughby, Ichthyol. tab. 1, i3, fig. 1. 

Piscis cornutus. Bont. Jav. 79. 

Edw. Glau. pi. 2S4 , fig. 1. 

Seb., mus. 5, lab. 2-4, fig. 8 et i3. 

Coffre triangulaire à quatre épines , Daubenton , Encyclopédie mé- 
thodique. 

Id. Bonnalerre. planches de l'Encyclopédie méthodique. 

Ostracion cornutus, coffre taureau de mer. Bloch , pi. i55. 

Holosteus cornutus, Plumier, dessins sur vélin déjà cités. 

2. Forsk. Faun. arabic, p. j5, n. 110. 

Ostracioji turritus, coffre chameau marin. Bloch, pi. i36. 

lkan toe tombo ekor iiga. Valentyn , Ind. 5, p. 096, n. iSq. 

Go ffre chameau marin. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie me- 
thod ique. 

Knorr, Délices de la nature, pi. H, a. fig. j et 2. 



11 E S POISSONS. 2 1 I 

quatre côtés sont bien plus réguliers dans le premier 
de ces poissons que dans le secoud. Le quadrangu- 
laire a d'ailleurs, comme le quatre-aiguillons et comme 
le Lister, quatre pointes ou espèces de cornes fortes 
et longues : deux situées au dessous de la queue , 
dirigées en arrière, et attachées aux deux angles de 
la croûte osseuse ; et les deux autres placées auprès 
des yeux , tournées en avant, et assez semblables en 
petit aux armes menaçantes d'un taureau , pour avoir 
fait donner au quadrangulaire le nom de Taureau 
marin. Il habite les mers de l'Inde, et sa chair est 
dure *, 

Le dromadaire se trouve également dans les mers 
des Indes orientales ; mais il a été aussi observé dans 
la mer Rouge. Au milieu de la face supérieure de sa 
couverture solide, s'élève une bosse très grosse, quel- 
quefois en forme de cône, d'autres fois un peu sem- 
blable à une pyramide triangulaire, le plus souvent 
très large dans sa base , et toujours terminée par un 
gros aiguillon recourbé, cannelé, el un peu dirigé 
vers l'arrière. Un aiguillon plus petit , mais figuré de 
môme, est placé verticalement au dessus de chaque 
œil, et d'autres piquants cannelés, aussi très forts et 
recourbés, garnissent les deux côtés de la face infé- 
rieure du coffre. Ces pointes inférieures et latérales 
varient en nombre suivant l'Age de l'anima! , et depuis 
trois jusqu'à cinq de chaque côté. Les tubercules se- 
més sur la croûte osseuse y forment des figures trian- 

j. Aux nageoires pectorales du quadrangulaire.. . . 10 rayons. 

A celle du dos 9 

A celle de l'anus 9 

A celle de la queue , qui est arrondie 10 



212 HISTOIRE NATURELLE 

gulaires, lesquelles, réunies, donnent naissance à des 
hexagones, comme sur presque tous les ostracions, 
et ces hexagones sont séparés par des intervalles un 
peu transparents 1 . 

Le coffre est d'un cendré jaunâtre, les autres par- 
ties de l'animal sont brunes , et l'on voit , sur plusieurs 
endroits du corps et de la queue, des taches brunes 
et rondes. 

Cette espèce a été nommée Chameau marin; mais 
nous avons préféré à ce nom celui de Dromadaire, 
l'animal n'ayant qu'une bosse sur le dos. Au reste, 
elle parvient à la longueur d'un pied et demi, et sa 
chair est coriace et désagréable au goût. 

Voilà donc la chair du dromadaire, du quadran- 
gulaire, du quatre-aiguillons , du Irigone, qui est 
dure et dénuée de saveur agréable. Il paroît que tous 
ou du moins presque tous les ostracions armés de 
pointes, l'ont coriace, tandis qu'elle est tendre et 
savoureuse dans tous les poissons de cette famille 
qui ne présentent aucun piquant. La différence dans 
la bonté de la chair est souvent un signe de la diver- 
sité de sexe. La présence de piquants, ou d'autres 
armes plus ou moins puissantes, peut aussi être la 
marque de cette môme diversité. L'on n'a point en- 
core d'observations exactes sur les variétés de forme 
qui peuvent être attachées à l'un ou à l'autre des deux 
sexes dans le genre dont nous nous occupons : peut- 
être, lorsque les ostracions seront mieux connus, 

1. Aux nageoires pectorales du dromadaire 10 l'ayons. 

A celle du dos. . 9 

A celle de l'anus 9 

A celle de la queue, qui est arrondie. ...... 10 



DES POISSONS. 21 5 

l 

trouvera-t-on que ceux de ces cartilagineux qui pré- 
sentent des piquants , sont les mâles de ceux qui 
n'en présentent pas; peut-être, par exemple, regar- 
dera-t-on le dromadaire comme le mâle du bossu, 
le quadrangulaire comme celui du moucheté , le 
quatre-aiguillons, dont la croûte n'a que trois faces 
longitudinales, comme le mâle du triangulaire : mais, 
dans l'état actuel de nos connoissances, nous ne pou- 
vons que décrire comme des espèces diverses, des 
ostracions aussi différents les uns des autres par leur 
conformation , que ceux que nous venons de consi- 
dérer comme appartenant, en effet, à des espèces 
distinctes. 



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HISTOIRE NATURELLE 



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DOUZIEME GENRE. 

LES TÉTRODONS. 

Les mâchoires osseuses , avancées ., et divisées chacune 
en deux dents. 



PREMIER SOUS-GENRE. 

Les deux mâchoires inégalement avancées; le corps non comprimé. 



ESPECES. 



1. TÉTRODON perroquet. 



2. TÉTRODON étoile. 



5. TÉTRODON POINTILLÉ. 



/}. TÉTRODON SANS-TACHE. 



5. TÉTRODON HÉRISSÉ. 



CARACTERES. 

La mâchoire supérieure plus avancée que 
l'inférieure ; de très petits piquants sur le 
ventre. 
La mâchoire supérieure plus avancée que 
l'inférieure ; de petits piquants sur tout 
le corps; la base des piquants répandus 
sur les côtés et sur le ventre, éloilée à 
cinq ou six rayons. 

/La mâchoire supérieure plus avancée que 
l'inférieure; de petits piquants sur tout le 
corps; la base des piquants répandus sur 
les côtés et sur le ventre, étoilée à cinq 
ou six rayons; des taches noires sur le 
ventre; la nageoire dorsale presque li- 
néaire , et sans rayons distincts. 

/La mâchoire supérieure plus avancée que 
l'inférieure; de petits piquants sur tout le 
corps, dont toutes les parties sont saus 
taches ; les yeux petits et très rapprochés 
du bout du museau. 

( La mâchoire inférieure plus avancée que la 

\ supérieure ; tout le corps hérissé de très 
petits piquants. 



DES POISSONS. 



2l5 



ESPECES. 



6. Tétrodon moucheté. 



7. Tétrodon ho.vckénien, 



CARACTERES. 



/La mâchoire inférieure plus avancée que la 
\ supérieure ; tout le corps hérissé de très 
petits piquants ; des taches noires sur le 
dos, sur la queue et sur la nageoire cau- 
dale; les nageoires pectorales arrondies. 

/ La mâchoire inférieure plus avancée que la 
j supérieure ; des aiguillons sur le ventre ; 
^ la ligne latérale très marquée. 



SECOND SOUS-GENRE. 



Les deux mâchoires également avancées; le corps non comprimé. 



ESPECES. 

8. Tétrodon lagocé- 

phale. 

9. Tétrodon rayé. 

10. Tétrodon crois- 

sant. 

11. Tétrodon mal-armé. 

12. Tétrodon spenglé- 

rien. 

i5. Tétrodon allongé. 

i4- Tétrodon museau- 
allongé. 

i5. Tétrodon plumier. 



16. Tétrodon méléagris. 



CARACTERES. 

JLe ventre garni d'aiguillons à trois racines. 

/ Des raies longitudinales ; un tubercule sur- 
monté de deux filaments, au devant de 
v chaque œil. 

? Une bande en croissant sur le dos. 

Des piquants répandus presque uniquement 
sur la partie antérieure du ventre; deux 
lignes latérales de chaque côté. 

j Des barbillons et des piquants sur le corps. 

Le corps très allongé ; deux lignes latérales 
très marquées de chaque côté; une pointe 
à l'opercule des branchies. 

| Les mâchoires très avancées. 

/Une élévation pyramidale, à quatre faces, 
< jaune, et recourbée en arrière, à la place 
\ d'une première nageoire dorsale. 

La tête, toutes les parties du corps, la queue 
et les nageoires brunes , et parsemées de 
petites taches lenticulaires et blanches. 



'2\b HISTOIRE NATURELLE 

ESPÈCES. CARACTÈRES. 

„, , f Un grand nombre de tacbes rouges, vertes, 

17. J/ETRODON KLECTRI- ) . ? , . , p ■ M , 

' \ blanches, et quelquelois d autres cou- 

^ leurs. 

I La tête très grosse. 



que. 



l8. TÉTRODOiV G&OSSE- 
TÊTE. 



TROISIEME SOUS-GENRE. 
Le corps très comprimé par les côtés. 

ESPÈCE. CARACTÈRES. 

_, /Point d'aiguillons; les nageoires du dos, de 

in- Ietrodon luise. ! , ° . , ,, " , 

J { la queue et de 1 anus , réunies. 



DES POISSONS. 217 

LE TÉTRODON PERROQUET 1 . 

Tetrodon testudineus, Linn., Gmel. , Cuv. 



Les poissons cartilagineux que nous allons exami- 
ner ont reçu le nom de Tetrodon, qui signifie quatre 
dents 3 à cause de la conformation singulière de leurs 
mâchoires. Elles sont, en effet, larges, dures, osseu- 
ses, saillantes, quelquefois arrondies sur le devant, 
et séparées chacune, dans cette partie antérieure, 
par une fente verticale, en deux portions auxquelles 
le nom de dents a été donné. Ces quatre dents, ou 
ces quatre portions de mâchoires osseuses, qui dé- 
bordent les lèvres, sont ordinairement dentelées, et 
ont beaucoup de rapports avec les mâchoires dures 
et dentelées des tortues. Dans les espèces où leur par- 
tie antérieure se prolonge un peu en pointe, ces por- 

1. Tetrodon testudineus. Linuée, édition de Gmelin. 
Amenit. academ., 1, p. 3oa, tab. i4> fig. 3. 

« Ostracioa oblongus glaber, capite longo, corpore figuris variis 
» ornato. » Artedi , gen. 60, syn. 86, n. 23. 

Tetrodon testudineus, tête de lortue. Blocb, pi. 109. 

« Orbis oblongus testudinis capite. » Clusii exot. 1. 6, c. 26. 

Willughby, p. i^j. 

Ray., p. 45. 

Quatre-dents perroquet. Danbenton, Encyclopédie méthodique. 

ld. BoiinalciTe, planche? de l'Encyclopédie méthodique. 



2l8 HISTOIRE NATURELLE 

tions de mâchoires ressemblent un peu aux mandibu- 
les du bec d'un perroquet ; et de là vient le nom que 
nous avons conservé au tétrodon que nous allons dé- 
crire dans cet article. 

Ces mâchoires, placées hors des lèvres, fortes et 
crénelées, sont très propres à écraser les crustacés 
et les coquillages, dont les tétrodons se nourrissent 
souvent. Ces poissons ont, par la nature de cet appé- 
tit pour les animaux revêtus d'un têt ou d'une co- 
quille , un rapport d'habitude avec les ostracions, 
auxquels ils ressemblent aussi par des traits de leur 
conformation. Comme les ostracions , ils ont une 
membrane branchiale et un opercule : îa membrane 
est communément dénuée de rayons; et l'opercule, 
plus ou moins difficile à distinguer, surtout dans les 
individus desséchés ou altérés d'une autre manière, 
consiste ordinairement dans une petite plaque carti- 
lagineuse. Ils n'ont pas reçu de !a puissance créatrice 
cette enveloppe solide dans laquelle la plus grande 
partie du corps des ostracions est garantie de la dent 
de plusieurs poissons assez forts et assez bien armés; 
la nature ne leur a pas donné les boucliers larges et 
épais qu'elle a disposés sur le dos des acipensères ; 
elle ne les a pas revêtus de la peau épaisse des balis- 
tes : mais une partie plus ou moins grande de leur 
surface est hérissée, dans presque toutes les espèces 
de cette famille , de petits piquants dont le nombre 
compense la brièveté. Ces pointes blessent assez la 
main qui veut retenir le poisson, ou l'animal qui veut 
le saisir, pour contraindre souvent à lâcher prise et 
à cesser de poursuivre le tétrodon ; et il est à remar- 
quer que la seule espèce de ce genre que l'on ait vue 



DES POISSONS. 219 

absolument sans aiguillons, a été douée pour se dé- 
fendre, de la force et de la grandeur. 

Mais indépendamment de ces armes, au moins 
très multipliées , si elles sont peu visibles , les tétro- 
dons jouissent d'une faculté qui leur est uliie dans 
beaucoup de circonstances, et qu'ils possèdent à un 
plus haut degré que presque tous les poissous connus. 

Nous avons vu les balistes, et d'autres cartilagi- 
neux, gonfler une partie de leur corps à volonté et 
d'une manière plus ou moins sensibles. Les tétro- 
dons enflent ainsi leur partie inférieure; mais ils 
peuvent donner à cette partie une extension si con- 
sidérable , qu'elle devient comme une grosse boule 
soufflée, dans la portion supérieure de laquelle dis— 
paroît, pour ainsi dire, quelquefois, le corps propre- 
ment dit, quelque cylindrique ou quelque conique 
que soit sa forme. Ils usent de cette faculté, et s'ar- 
rondissent plus ou moins suivant les différents be- 
soins qu'ils veulent satisfaire; et de ces gonflements 
plus ou moins considérables, sont venues des erreurs 
de plusieurs observateurs qui ont rapporté à diffé- 
rentes espèces, des individus de la même, enflés et 
étendus à des degrés inégaux. 

Mais quelle est précisément k partie de leur corps 
dont les tétrodons peuvent augmenter le volume, en 
y introduisant ou de l'air atmosphérique, ou un gaz, 
ou un fluide quelconque? C'est une sorte de sac 
formé par une membrane située entre les intestins et 
le péritoine qui les couvre ; et cette pellicule très sou- 
ple est la membrane interne de ce même péritoine. 
Au reste, un habile ichthyologiste 1 s'est assuré de la 

1. Lu docteur 13loch , àv Berlin. 



220 HISTOIRE NATURELLE 

communication de l'intérieur de ce sac avec la cavité 
qui contient les branchies ; il l'a , en effet , gonflé , en 
soufflant par l'ouverture branchiale : et ce fait ne 
pourroit-il pas être regardé comme une espèce de 
confirmation des idées que nous avons exposées 1 sur 
l'usage et les effets des branchies des poissons? mais 
quoi qu'il en soit, les parties voisines de cette poche 
partagent sa souplesse , se prêtent à son gonflement, 
s'étendent elles-même. La peau de l'animal, ordinai- 
rement assez mince et plissée, pouvant recevoir aussi 
un grand développement, toute ia portion inférieure 
du corps du tétrodon, et même ses côtés, s'enflent 
et se dilatent au point de représenter un globe plus 
ou moins parfait , et si grand à proportion du volume 
du poisson, que l'on eroiroit, en le voyant nager dans 
cet état, n'avoir sous les yeux qu'un ballon flottant 
entre deux eaux, ou sur la surface des mers. 

C'est principalement lorsque les tétrodons veulent 
s'élever, qu'ils gonflent ainsi leur corps, le remplissent 
d'un fluide moins pesant que l'eau , et augmentent 
leur légèreté spécifique. Ils compriment, au con- 
traire, le sac de leur péritoine, lorsqu'ils veulent des- 
cendre avec plus de facilité dans les profondeurs de 
1 Océan ; et la partie inférieure de leur corps est pour 
ces cartilagineux une seconde vessie natatoire, plus 
puissante même peut-être que leur véritable vessie 
aérienne , quoique cette dernière soit assez étendue., 
relativement à la grandeur de l'animal. 

Les tétrodons s'enflent aussi et s'arrondissent, lors- 
qu'ils veulent résister à une attaque; et ils se bour- 
souflent ainsi non seulement pour opposer à leurs 

i. Voyez le Discours sur la u attire des poissons. 



DES POISSONS. 22 1 

ennemis un volume plus grand et plus embarrassant, 
mais encore parce que dans cet état de tension des 
téguments, les petits aiguillons qui garnissent la peau 
sont aussi saillants et aussi dressés qu'ils peuvent 
letre. 

Le perroquet , le premier de ces tétrodons que 
nous ayons à examiner, a été nommé ainsi, à cause 
de la forme de ses mâchoires, dont la supérieure est 
plus avancée que l'inférieure, et qui ont avec le bec 
des oiseaux appelés perroquets, plus de ressemblance 
encore que celles des autres cartilagineux de la même 
famille. 

Lorsque ce poisson n'est pas gonflé , il a le corps 
allongé comme presque tous les tétrodons vus dans 
ce même état de moindre extension. Les yeux sont 
gros; et au devant de chacun de ces organes, est une 
narine fermée par une membrane, aux deux bouts de 
laquelle on voit une ouverture que le perroquet peut 
clore à volonté, en étendant cette même membrane 
ou pellicule. 

L'orifice des branchies est étroit, un peu en crois- 
sant, placé verticalement, et situé, de chaque côté , 
au devant de la nageoire pectorale, qui est arrondie, 
et souvent aussi éloignée de l'extrémité du museau 
que de la nageoire de l'anus. Cette dernière et celle du 
dos sont presque au dessus l'une de l'autre , et pré- 
sentent à peu près la même surface et ia même fi- 
gure. La nageoire de la queue est arrondie ; et comme 
aucune couverture épaisse ou solide ne gêne dans 
le perroquet , ni dans les autres tétrodons , le mouve- 
ment de laqueue et de sa nageoire, et que d'ailleurs 
ils peuvent s'élever avec facilité au milieu de l'eau , 



2 2 2 HISTOIRE NATURELLE 

on peut croire que ces animaux, n'ayant besoin, en 
quelque sorte , d'employer leur force que pour s'a- 
vancer, jouissent de la faculté de nager avec vitesse. 

C'est dans l'Inde qu'habite ce cartilagineux, dont 
la partie supérieure est communément brune avec 
des taches blanches et de diverses figures , et dont 
les côtés sont blancs avec des bandes irrégulières, 
longitudinales, et de couleurs foncées. 

Des aiguillons revêtent la peau du ventre, et sont 
renfermés presque en entier dans des espèces de pe- 
tits enfoncements, qui disparoissent lorsque l'animal 
se gonfle et que la peau est tendue 4 . 



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LE TETRODON ETOILE 

Tetraodon cineretiSj, Commers. , Lacep. 



Nous avons trouvé la description de ce cartilagi- 
neux dans les écrits de Commerson, qui l'avoit vu 
parmi d'autres poissons apportés au marché de l'île 
Maurice, auprès de l'Ile de France. Ce voyageur 

i. On compte aux; nageoires pectorales i 4 rayons. 

à celle du dos 6 

à celle de l'anus 6 

à celle de la queue 9 

2. « Tetraodon cincreus, nîgro guttatus, hispidus setis e basi stel- 
.< lala cxorlis. » Cumineison , manuscrits déjà cités. 



DES POISSONS. 22.") 

compare la grandeur que présente le tétrodon étoile, 
lorsqu'il est aussi gonflé qu'il puisse l'être , à celle 
d'un ballon à jouer, dont ce cartilagineux montreroit 
assez exactement la figure, sans sa queue, qui est 
plus ou moins pr oiongée. Cet animal est grisâtre , 
mais d'une couleur plus sombre sur le dos, lequel est 
semé, ainsi que la queue, de taches petites, presque 
rondes et très rapprochées. La partie inférieure du 
corps est d'une couleur plus claire et sans taches, ex- 
cepté auprès de l'anus, où l'on voit une espèce d'an- 
neau coloré , et d'un noir très foncé. 

L'ensembie du poisson est hérissé de piquants roi- 
des, et d'une ou deux lignes de longueur. Ceux qui 
sont sur le dos sont les plus courts et tournés en ar- 
rière; les autres sont droits, au moins lorsque le ven- 
tre est enflé, et attachés par une base étoilée à cinq 
ou six rayons. Nous verrons une base analogue re- 
tenir les piquants de plusieurs autres poissons, et 
particulièrement de la plupart de ceux auxquels le 
nom de Diodon a été donné. Au reste, ces piquants 
tiennent lieu , sur l'étoile, ainsi que sur le plus grand 
nombre d'autres tétrodons , d'écaillés proprement 
dites. 

La mâchoire supérieure est un peu plus avancée 
que l'inférieure. Les deux dents qui garnissent cha- 
cune de ces mâchoires, sont blanches, larges, à bords 
incisifs , et attachées de très près l'une à l'autre , sur 
le devant du museau. 

Les yeux , séparés par un intervalle un peu dé- 
primé, sont situés de manière à regarder avec plus de 
facilité en haut que par côté. 

On n'aperçoit pas de ligne latérale. 



2^4 HISTOIRE NATURELLE 

La nageoire du dos , arrondie par le bout , et plus 
haute que large , est attachée à un appendice qui la 
fait paroître comme pédonculée 1 . La candale est ar- 
rondie ; et la partie de la queue , qui l'avoisine , est 
dénuée de piquants. 

L'individu observé par Commerson avoit treize 
pouces de longueur. Il pesoit à peu près deux livres. 

LE TÉTRODON POINTILLE 2 . 

Tetraodon punctidatus_, Lacep. 



C'est encore d'après les manuscrits de l'infatigable 
Commerson , que nous donnons la description de ce 
cartilagineux, dont un individu avoit été remis à ce 
naturaliste par son ami Descbamps. 

Ce tétrodon est conformé comme l'étoile dans 
presque toutes ses parties; il a particulièrement sa 
mâchoire supérieure plus avancée que celle de des- 
sous, et la base de ses piquants étoilée , comme le 
cartilagineux décrit dans l'article précédent. Mais ses 



i. Aux nageoires pectorales 17 rayons. 

A celle du dos 10 

A celle de l'anus 10 

A celle de îa queue 9 

2. « Tetraodon liispidus , punetis in doiso ; guttis in ventre de- 
i> iluenlibus alris, pinnâ dorsi lineari spuriâ. » Commerson, manu- 
! crils déjà cités. 



DES POISSONS. 225 

couleurs ne sont pas les mêmes que celles de l'étoile. 
Il a , en effet, non seulement de petits points noirs 
semés sur la partie supérieure de son corps, qui est 
brune, mais encore des taches plus grandes, irrégu- 
lières, et d'un noir plus foncé, sur la partie inférieure, 
qui est blanchâtre. Ses nageoires pectorales présen- 
tent, à leur base, une raie large et noire, et sont livides 
et sans taches sur tout le reste de leur surface. D'ail- 
leurs, la nageoire dorsale est très étroite, presque 
linéaire, ne montre aucun rayon distinct ; et ce der- 
nier caractère suffit , ainsi que l'a pensé Commerson , 
pour le séparer de l'étoile 1 . 

LE TÉTRODON SANS-TACHE. 

Tetraodon immaculatm, Gvv. 



Ce poisson a la mâchoire supérieure plus avancée 
que l'inférieure; et il diffère des tétrodons, qui ont 
également la mâchoire d'en-bas moins avancée que 
celle d'en-haut, par la place et les dimensions de ses 
yeux, qui sont petits et très rapprochés du bout du 
museau, et par sa couleur, qui est plus claire sur le 
ventre , et à l'extrémité des nageoires pectorales, que 
sur le reste du corps, mais qui ne présente absolument 
aucune tache. Presque toute la surface de l'animal 

i. Aux nageoires pectorales 20 rayons, 

A celle de la queue, qui est arrondie 9 



22Ô HISTOIRE NATURELLE 

est d'ailleurs hérissée de petits piquants. C'est dans 
les dessins de Conimerson que nous avons trouvé la 



figure de ce cartilagineux. 






LE TETRODON HERISSE 1 . 

Tetraodon Irispidus, Linn., Gmel., Lacep. , Cuv. 



Ce n'est pas seulement dans les mers de l'Inde 
qu'habite ce tétrodon ; il vit aussi dans la Méditer- 

i. Pesce colombo, dans plusieurs endroits d'Italie. 

Flascopsaro, dans plusieurs contrées du Levant. 

Lagerstr. Chin. 25. 

v Ostracion tetraodon sphaericus , aculeis undique exiguis. » Ar- 
tedi , gen. 58, syn. 83. 

« Ostracion maculosus , aculeis undique densis exiguis. » Idem , 
gen. 58, syn. 85, n. i5. 

Quatre-dents hérissé , Daubenton, Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre, planclies de l'Encyclopédie méthodique. 

Flascopsaro , Rondelet , Histoire des poissons , première partie , 
liv. i5, chap. î. 

Orbis, Plin., Hist. mundi , lib. 32, cap. 2. 

Orbis primus Rondeletii, Willughby, p. iA3. 

Flascopsari , orbis, orchis, Belon , voy. liv. 2, chap. 32. 

Isidor. Hisp., lib. 12, cap. 6. 

Salv., fol. 208, b, adiconem. et 209. 

Jonston , bb. 2 , tab. 2 , cap. 5 ; tab. 24 , n. 9. 

Orbis vulgaris , Charleton , Onomast., p. i54- 

Orbis, vel orchis, Gesoer, p. 63 1, 744- 

Orbis species ex Gesnero, Aldrov., lib. 4; ca P- x 5, p- 554- 

Tétrodon hispidus, flascopsaro, Bloch , pi. 142. 



DES POISSONS. 227 

ranée, où on le trouve particulièrement auprès des 
côtes septentrionales de l'Afrique, et où il se tient 
quelquefois dans l'embouchure du JNil, et des autres 
rivières dont les eaux descendent des montagnes plus 
ou moins voisines de ces rivages africains. Aussi les 
anciens l'ont-ils connu ; et Pline en a parlé en lui 
donnant le nom d'Orbis. Il mérite, en effet, cette dé- 
nomination, qui lui a été conservée par plussieurs 
auteurs ; il la justifie du moins par sa forme , plus 
que la plupart des autres tétrodons, lorsqu'en se 
gonflant il s'est donné toute l'extension dont il est 
susceptible. Dans cet état d'enflure , il ressemble 
d'autant plus à un globe, que la dilatation s'étend 
au dessous de la queue, presque jusqu'à l'extrémité 
de cette partie , et que l'on n'auroit besoin de retran- 
cher de l'animal qu'une très petite portion de son 
museau et sa nageoire caudale, pour en faire une 
véritable boule. Aussi Pline a-t-il dit que ce poisson 
étoit, en quelque sorte, composé d'une tête sans 
corps ; mais , comme l'ont observé Rondelet et d'au- 
tres auteurs „ on devroit plutôt le croire formé d'un 
ventre sans tête, puisque c'est sa partie inférieure qui, 
en se remplissant d'un fluide quelconque, lui donne 
son grand volume et son arrondissement. 

Sa mâchoire inférieure est plus avancée que la su- 
périeure, et la surface de tout son corps est parsemée 
de très petits piquants. 

Sa couleur est foncée sur le dos, et très claire sur 
les côtés, ainsi que sous le ventre. Mais ces deux 
nuances sont séparées l'une de l'autre par une ligne 
très sinueuse , de manière que la teinte brune des- 
cend de chaque côté au milieu de la teinte blanchâ- 



228 HISTOIRE NATURELLE 

tre, par quatre bandes transversales plus ou moins 
larges, longues et irrégulières. 

Nous avons trouvé, dans les dessins de Comraer- 
son , une figure du hérissé, qui a été faite d'après na- 
ture , et que nous avons fait graver. Le dessus du 
corps y paroît parsemé de taches très petites, rondes, 
blanches et disposées en quinconce. Nous ignorons si 
ces taches blanches sont le signe d'une variété d'âge , 
de pays , ou de sexe , ou si , dans les divers dessins et les 
descriptions que l'on a donnés du hérissé, on a ou- 
blié ces taches, uniquement par une suite de l'alté- 
ration des individus qui ont été décrits ou figurés. 

Les nageoires pectorales se terminent en croissant; 
celles de l'anus et du dos sont très petites ; celle de 
la queue est arrondie 1 . 

Le tétrodon hérissé n'est pas bon à manger; il ren- 
ferme trop de parties susceptibles d'extension , et 
trop peu de portions charnues. Dans plusieurs con- 
trées voisines des bords de la Méditerranée , ou des 
rivages des autres mers dans lesquelles habite ce car- 
tilagineux , on la souvent fait sécher avec soin dans 
son état de gonflement ; on l'a rempli de matières lé- 
gères, pour conserver sa rondeur; on l'a suspendu 
autour des temples et d'autres édifices, à la place de 
girouettes : et , en effet , la queue d'un hérissé ainsi 
préparé et rendu très mobile a dû toujours se tourner 
vers le point de l'horizon , opposé à la direction du 
vent. 

i. Aux nageoires pectorales 17 rayons. 

A celle du dos 9 

A celle de l'anus 10 

A celle de la queue 10 



DES POISSONS. 229 

Le térodon hérissé vivant au milieu des eaux salées 
de la Méditerranée , on ne sera pas étonné qu'on ait 
reconnu des individus de cette espèce parmi les pois- 
sons pétrifiés que l'on trouve en si grand nombre 
dans le mont Bolca près de Yéronne , et dont on a 
commencé de publier la description dans un très bel 
ouvrage, déjà cité dans cette histoire, et entrepris 
par le comte Gazola, ainsi que par d'autres savants 
physiciens de cette ville italienne 1 . 



LE TETRODON MOUCHETE 

Tetraodon Commersonii „ Schn. , Russel. , Cuv. 



Dans les divers enfoncements que présentent les 
côtes des îles Pralin , ce poisson a été observé par le 
voyageur Gommerson, qui l'a décrit avec beaucoup 
de soin. Ce naturaliste a comparé la grosseur de cet 
animal dans son état de gonflement, à la tête d'un en- 
fant qui vient de naître. Comme le hérissé, ce tétro- 
don a sa surface garnie, dans toutes ses parties, de 
petites pointes longues d'une ligne ou deux, et sa 
mâchoire inférieure plus avancée que ia supérieure. 

1. Ichthyolitbologia veronensis, pars seconda , lab. 8, fig. 5. 

2. « Tetraodon hispiclus superne f'uscus . deorsum exalbidns, gutl.is 
» nigris toto corpori temere inspersis , ore et oeulis squalide liveu- 
» tibus. » Cominerson , manuscrits déjà cités. 

I.ACKPÈOE. VI, l5 



2JO HISTOIRE NATURELLE 

Mais il diffère du hérissé parla disposition et les nuan- 
ces de ses couleurs. Il est d'un brun sale par dessus, 
et blanchâtre par dessous. De petites taches noires 
sont répandues sans ordre et avec profusion sur le 
dos, sur les côtés, et sur la nageoire de la queue. 
Les nageoires pectorales sont d'un jaune rougeâtre ; 
celle de l'anus, et l'extrémité de celle du dos, sont jau- 
nâtres; et l'on voit une teinte livide autour des yeux, 
et de l'ouverture de la bouche. 

La langue est comme une masse informe , cartila- 
gineuse, blanchâtre, et un peu arrondie. 

L'iris présente les couleurs de l'or et de l'argent. 
Les branchies ne sont de chaque côté qu'au nom- 
bre de trois; et chacune est composée de deux rangs 
de filaments. Ce nombre de branchies, que l'on re- 
trouve dans les autres tétrodons, sufïiroit pour sépa- 
rer le genre de ces poissons d'avec celui des ostra- 
cions, qui en ont quatre de chaque côté. 

Les nageoires pectorales sont arrondies, ainsi que 
celles de la queue, au lieu d'être en demi-cercle 
comme celles du héris-sé 1 . 

Le moucheté fait entendre, lorsqu'on veut le sai- 
sir, un petit bruit semblable à celui que produisent 
les balistes et les ostracions : plus on le manie, et 
plus il se gonfle; plus il cherche, en accroissant ainsi 
son volume, à se défendre contre la main qui le tou- 
che et qui l'inquiète. 

i. Aux nageoires pectorales 17 rayons, 

A celle du dos. 10 

A celle de l'anus 10 

A celle de la queue. 10 



DES POISSONS. 23l 

LE TÉTRODON HONCKÉNIEN 

Tetraodon Honckenii, Bl. , Linn. , Gmel., Cuv. 



Ce tétrodon a la mâchoire de dessus moins avancée 
que ce!le de dessous, comme le hérissé et le mou- 
cheté ; mais au lieu d'avoir de petits piquants sur tout 
son corps, il n'en montre que sur son ventre et sur 
ses côtés. Il a d'ailleurs une ligne latérale très mar- 
quée , l'ouverture de la bouche très grande, le front 
large, et les yeux petits. 

On voit sur son dos des taches jaunes et d'autres 
bleues; les nageoires sont brunâtres, mais celles de la 
poitrine sont bordées de bleu 2 . 

Ce poisson se trouve dans la mer du Japon. 
M. Honckeny a envoyé dans le temps un individu de 
cette espèce au docteur Bloch; et de là vient le nom 
qu'a donné à ce cartilagineux le naturaliste de Berlin , 
qui l'a décrit et fait graver. 

Nous avons vu que l'on avoit trouvé, parmi les 

i. « Teti'aodon Honckenii , hérisson tigré. » Bloch, pi. i43. 

« Quatre-dents tigré. » Bonnatcrre, planches de l'Encyclopédie mé- 
thodique. 

2. Aux nageoires pectorales 14 rayons. 

A la nageoire dorsale 8 

A celle de l'anus ; . y 

A celle de la queue, qui est arrondie ■ n 



2J2 HISTOIRE NATURELLE 

poissons pétrifiés du mont Bolca près de Vérone , le 
tétrodon hérissé , qui vit dans la Méditerranée; il est 
bien plus utile pour les progrès de la géologie, de 
savoir qu'on a découvert aussi, parmi ces monuments 
des catastrophes du globe, et des bouleversements 
produits par le feu et par l'eau dans la partie de l'Ita- 
lie voisine des Alpes, des restes pétrifiés du tétrodon 
honckénien, que l'on n'a péché jusqu'à présent que 
près des rivages du Japon , vers l'extrémité orientale 
de l'Asie, et non loin des mers véritablement équato- 
riales' 1 . 

LE TÉTRODON LAGOCÉPHALE 2 . 

Tetraodon lagoceplialus s Lacep. , Cuv. 



Parvenus au second sous-genre des tétrodons, 
nous n'avons maintenant à examiner parmi ces carti- 
lagineux que ceux dont les deux mâchoires sont égale- 
ment avancées. 

i. Tetraodon Honckenii , Iehlhyolithologia veronensis, parssecunda, 
tab. 8, Gg. 2. 

2. Quatre-dents blanc, Daubenton, Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie méthodique. 

Mus. ad. fr. î, p. 5g. 

Aniœnit. acad. i. p. 5io, fig. 4- 

« Ostracion calhetoplateo-oblougus, ventre tantum aculeato et sub- 
i> rotundo. » A-rtedi , gcu. 58, syn. 86. 



DES POISSONS. 2Ô0 

Le lagocéphale a les côtés et le dessous du corps 
garnis de piquants, dont la base se divise en trois 
racines ou en trois rayons. Ce caractère , qui le sépare 
de tous les poissons renfermés dans le sous-genre 
dont il fait partie, le rapproche de l'étoile, dont il 
diffère cependant par un très grand nombre de traits 
et particulièrement par l'égal avancement de ses deux 
mâchoires, l'absence de toute espèce de pointes sur 
son dos, le nombre des rayons de ses nageoires, la 
distribution de ses couleurs, et même par les racines 
ou rayons de ses piquants inférieurs ou latéraux, qui 
n'ont que trois de ses rayons ou racines, tandis qu'il 
y en a cinq ou six à la base des pointes de l'étoile. Au 
reste, cette division en trois, de la base des pe- 
tits dards du lagocéphale, lui a fait donner, par 
quelques naturalistes , le nom d'Etoile ' 3 qui m'a paru 
convenir bien mieux au tétrodon que nous avons, en 
effet, décrit sous cette dénomination, puisque, dans 
ce dernier, la base des aiguillons est partagée en cinq 
ou six prolongations, et, par conséquent, bien plus 
rayonnante, bien plus steîlaire. 

Le lagocéphale a ses piquants étoiles disposés en 
rangées longitudinales, un peu courbées vers le bas, 
et ordinairement au nombre de vingt. 

Le dessus du corps est jaune avec des bandes bru- 

Gronov., mus. 1, u. 120, Zooph.. i85. 
Seba, mus. 3, lab. 23, fig. 5. 
^Willughby, Ichth,, p. i44> tab. 3,— fig. 2. 
Ray. , pisc. , p. l\b. 

Kan, kascasre, Valent, pisc. Amb., fig. 19, p. 355, n. 19. 
« Totrodou lagocephalus, orbe étoile. •> Bloch s p. i4o. 



•2 54 HISTOIRE NATURELLE 

nés et transversales; le ventre est blanc avec des ta- 
ches rondes et brunes 1 . 

On trouve le lagocéphale non seulement dans 
l'Inde et auprjès des côtes de la Jamaïque, mais en- 
core dans le Nil; ce qui doit faire présumer qu'on 
pourroit le pêcher dans la Méditerranée , auprès des 
rivages de l'Afrique. 

i. Aux nageoires pectorales . i5 rayons». 

A celle du dos 12 

A celle de l'anus 10 

A celle de la queue. 10 



DES POISSONS. 235 

LE TÉTRODON RAYÉ 1 , 

Tetraodon tineatiiSj Linn. , Gmel. , Cuv. 

LE TÉTRODON CROISSANT 2 , 

Tetraodon ocellatus, Linn., Gmel., Cuv. 

LE TÉTRODON MAL-ARMÉ 3 , 

Tetraodon lœvigatus , Linn., Gmel., Cuv. 

ET LE TÉTRODON SPENGLÉRIEN 4 . 

Tetraodon Spengleri,hmn., Gmel., Cuv. 



Ces quatre tétrodons se ressemblent par un trop 
çrand nombre de traits, pour que nous n'ayons pas 

x. Mus. ad. fr. 2 , p. 55. 

Quatre-dents rayé, Daubenton, Encyclopédie méthodique. 

Id. Bounaterre, planches de l'Encylopédie méthodique. 

Tetraodon fahaca , Hasselquist, Iter, etc. 4°°- 

Tetraodon lineatus, Forskael , Faun. arab., p. 76, n. 114. 

« Tetraodon lineatus, tétrodon rayé. » Bloch , pi. 1 4 1. 

2. « Tetraodon fascia humerali ocellata. » Mus. ad. fr. 2 , p. 55. 

It. scan. 260. 

« Diodon ocellatus , kai-po-y. » Osbeck, lier, etc., 226. 

« Tetraodon ocellatus, tétrodon croissant. » Bloch , pi. i45. 

Fu-rube, Kœmpfer, Jap. i, p. i52. 

Seb, mus. 5, tab. 23, fig. 7 et 8. 

Rumph., Amb. 4q- 



256 HISTOIRE NATURELLE 

dû présenter ensemble leurs quatre images , ahn 
qu'on puisse les mieux comparer, et les distinguer 
plus facilement l'une de l'autre. 

Le rayé se trouve dans le Nil. 

Depuis la tête jusqu'au milieu du corps, il est hé- 
rissé de piquants extrêmement courts, tournés vers 
la queue, et qui occasionent des démangeaisons et 
d'autres accidents assez analogues à ceux que l'on 
éprouve lorsqu'on a touché des orties, pour qu'on 
ait regardé cet animal comme venimeux. Depuis le 
milieu du corps jusqu'à l'extrémité de la queue, la 
partie inférieure du rayé ne présente que de petits 
creux qui le font paroître pointillé. Au devant de cha- 
que œil est un tubercule terminé à son sommet par 
deux filaments très courts ; les deux tubercules se tou- 
chent 5 „ La ligne latérale passe au dessous de l'œil, 
descend ensuite, se relève, et s'étend enfin presque 
directement jusqu'à la nageoire caudale. 

Le rayé est, par dessus, d'un vert bleuâtre; par 
dessous, d'un jaune roux; sur les côtés, d'un bleuâtre 
foncé; et, sur ce fond, on voit régner longitudina- 

Quatre-dents petit monde, Daubentcm, Encylopédie méthodique, 
îd. Bonnalerre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 
Oi'bis asper mac u Los us, Willughby, p. i5y. 
Ray., p. 4.". 

3. Quatre-denls lisse, Bonuaterre , planches de l'Encyclopédie mé- 
thodique. 

4. Quatre- dents penton, Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie 
méthodique. 

« Tetraodon Spengleri, penton de mer. » Blocu , pi. i44- 

5. Le rayé a aux nageoires pectorales 19 rayons. 

A celle du dos 12 

A celle de l'anus 9 

A celle de la queue , qui est arrondie 12 



DES POISSONS. 2d" 

lement et de chaque côté quatre raies brunes et blan- 
châtres, dont les deux supérieures sont courbes, el 
dont la troisième se partage en deux. 

Le croissant vit en Egypte comme le rayé; mais il 
habite aussi en Asie, et particulièrement dans les eaux 
de la Chine et dans celles du Japon. Il est regardé, 
dans toutes les contrées où on le pêche, comme une 
nourriture très dangereuse, lorsqu'il n'a pas été vidé 
avec un très grand soin. La qualité funeste qu'on lui 
attribue vient peut-être le plus souvent de la nature 
des aliments qu'il préfère, et qui , salutaires pour ce 
poisson, sont très malfaisants pour d'autres animaux, 
et surtout pour l'homme ; mais il se pourroit qu'une 
longue habitude de convertir en sa propre substance 
des aliments nuisibles fît contracter à la chair même 
du croissant, ou aux sucs renfermés dans l'intérieur 
de son corps, des propriétés vénéneuses. Cette qualité 
délétère du croissant est reconnue depuis plusieurs 
siècles au Japon et en Egypte , où la superstition a 
fait croire pendant iong-temps que l'espèce entière 
de ce tétrodou avoîl été condamnée à renfermer ainsi 
un poison actif, parce que des individus de cette même 
espèce avoient autrefois dévoré le corps d'un Pharaon 
tombé dans le Nil. Au reste , le venin que renferme 
le croissant, à quelque cause qu'il faille le rapporter, 
est très puissant, au moins dans le Japon, puisque, sui- 
vant Osbeck , cet animal peut y donner la mort, dans 
deux heures, à ceux qui s'en nourrissent 1 . Aussi les 

i. Suivant Rumphius , l'antidote du poison contenu dans le lé- 
trodon croissant est la plante à laquelle il a donné le nom de res? 
amoris. 



2 3 8 H IST O I \\ E N Al L R E L L E 

soldats de cette contrée orientale, et tous ceux de ses 
habitants sur lesquels on peut exercer une surveil- 
lance exacte, ont-ils reçu une défense rigoureuse de 
manger du tétrodon croissant. 

Mais si l'on doit redouter de se nourrir de ce car- 
tilagineux, on doit aimer à le voir, à cause de la beauté 
de ses couleurs. Le dessous de son corps est blanc; 
ses nageoires sont jaunâtres; sa partie supérieure est 
d'un vert foncé; et sur son dos on voit une tache, et 
au devant de la tache une bande transversale, large, 
et en croissant, toutes les deux noires et bordées de 
jaune. 

Il n'y a de piquants que sur la partie inférieure du 
corps. La ligne latérale commence au devant de l'œil, 
passe au dessous de cet organe, se relève ensuite, 
et s'étend jusqu'à la nageoire caudale, en suivant, à 
peu près, la courbure du dos 1 . 

Le mal -armé a été observé dans la Caroline, où 
il parvient à une grandeur assez considérable. Il n'a 
d'aiguillons que depuis le museau jusque vers les na- 
geoires pectorales : il est ordinairement bleuâtre par 
dessus, et blanc par dessous; et ce qui sert à le dis- 
tinguer des autres tétrodons, c'est principalement lu 
double iigne latérale qu'il a de chaque côté 2 . 

i. Le croissant a aux nageoires pectorales 18 rayons. 

A celle du clos i5 

A celle de l'anus 12 

A celle de la queue , qui est arrondie S 

2. Le mal-armé a aux nageoires pectorales 18 rayons. 

A la nageoire dorsale 10 

A celle de l'anus 12 

A celle de la queue, qui est un peu festonnée.. . 1 1 



DES POISSONS. 2~)() 

Quant au spenglérien, qui vit dans les Indes, et 
auquel le docteur Bloch a donné le nom de M. Speng- 
ler de Copenhague, qui lui avoit envoyé un individu 
de cette espèce, il se fait remarquer par deux ou trois 
rangées longitudinales de filaments ou barbillons, que 
l'on voit de chaque côté de son corps, indépendam- 
ment des aiguillons dont son ventre est hérissé. Sa 
partie supérieure est d'ailleurs rougeâtre, avec plu- 
sieurs taches d'un brun foncé ; et sa partie inférieure , 
d'une blancheur qui n'est communément variée par 
aucune autre nuance 1 . 

i. Aux nageoires pectorales du tétrodon spenglérien. i5 rayons. 

A celle du dos 8 

A celle de l'anus 6 

A celle de la queue , qui est arrondie 8 



24'6 HISTOIRE NATURELLE 



LE TETRODON ALLONGÉ». 

Orthagoriscus oblongus, Cuv. — Tetraodon oblongus, 
Likn. , Gmel. , Lacep. 



LE TÉTRODOIN MUSEAU- ALLONGÉ 2 . 

Tetraodon rostratus, Liivn., Gmel.. Cuv. 



Ces deux tétrodons habitent dans les Indes. Le pre- 
mier a tiré son nom de la forme de son corps , qui 
est beaucoup plus allongé que haut, et d'ailleurs cy- 
lindrique. Ce poisson présente de plus deux lignes 
latérales de chaque côté. La supérieure part au des- 
sus de l'œil, se baisse, se contourne, se relève, et 
suit à peu près la courbure du dos jusqu'à la nageoire 
caudale. La seconde commence auprès de la mâchoire 
d'en bas, et suit assez régulièrement le contour de 
îa partie inférieure du corps jusqu'à la nageoire de 
la queue, excepté auprès de la nageoire pectorale, 
où elle se relève et forme un petit angle. 

L'ouverture des narines est double ; une pointe très 

i. « Tetraodon oblongus , maxillis ajqualibu*; hérisson oblong. » 
lîloch , pi. i46 , fig. 1. 

Quatre-dents hérisson oblong, Bonnaterre , planches de l'Encyclo- 
pédie méthodique. ' 

•2. « Tetraodon roslratus, tétrodon à bec. » Bloch , pi. i£6, fig. 2, 

Ouatre-dents hérisson à bec, Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie 
méthodique. 



DES POISSONS. 2:\l 

sensible et triangulaire est attachée à l'opercule des 
branchies, et tournée vers la queue; Je dessus du 
corps offre des bandes transversales, brunes, variables 
dans leur nombre ; les côtés sont argentés, les na- 
geoires jaunâtres; et de petits piquants hérissent pres- 
que toute la surface du poisson 1 . 

Le museau-allongé n'a de petits aiguillons que sur 
le dos, et sur le devant du ventre. Il est gris par des- 
sus, et blanc par dessous ; les nageoires sont jaunâtres, 
surtout les pectorales, qui sont courtes et larges; on 
voit autour des yeux des taches brunes disposées en 
rayons. Il n'y a qu'une ouverture à chaque narine ; 
on n'aperçoit pas de ligne latérale; et les mâchoires 
sont en forme de petit cylindre et très allongées 2 . 

LE TETRODON PLUMIER 3 . 

Tetraodon Plumieri, Cuv, 



Ce tétrodon, dont la description n'a pas encore été 
publiée, est représenté dans les dessins sur vélin que 

i. Il y a aux nageoires pectorales de l'allongé. ... 16 rayons. 

A la nageoire dorsale 12 

A celle de l'anus 11 

A celle de la queue, qui est arrondie 19 

2, Le museau-allongé a aux nageoires pectorales. . . 16 ravons. 

A celle du dos 9 

A celle de l'anus 8 

A celle de la queue, qui est arrondie \o 

5. « Orbis minimus non aculeatus. » Plumier, dessins sur vélin 
déjà cités. 



2l[2 HISTOIRE NATURELLE 

renferme la collection du Muséum d'histoire natu- 
relle , et qui ont été faits d'après ceux du naturaliste 
Plumier; et comme ce n'est qu'à ce voyageur que 
nous devons la connoissance de cet animal, j'ai donné 
à ce poisson le nom de l'habile observateur qui en a 
transmis la figure. 

Lorsque le tétrodon plumier n'est pas gonflé , son 
corps est assez allongé relativement à sa hauteur. Au 
delà de sa tête , on voit une sorte d'élévation pyra- 
midale à quatre faces, jaune, et recourbée en arrière, 
qui tient lieu, pour ainsi dire, d'une première na- 
geoire du dos. 

Au dessus de la nageoire de l'anus , qui est de la 
même couleur, on voit d'ailleurs une nageoire dorsale 
qui est également jaune, aussi bien que celle de la 
queue. Cette dernière est arrondie , et présente deux 
bandes transversales brunes. 

L'iris est bleu ; le dessus du corps, brun et lisse; 
le dessous blanchâtre , très extensible , et garni de 
très petits piquants. Deux rangées longitudinales de 
taches d'un brun verdâtre régnent de chaque côté de 
l'animal, et ajoutent à sa beauté. 



DES POISSONS. 24D 

LE TÉTRODON MÉLÉAGRIS 1 . 

Tetraodon Meleagris, Lacep. 



Commerson a laissé dans ses manuscrits une descrip- 
tion très étendue de ce poisson , qu'il a vu dans les 
mers de l'Asie , et auquel il a donné le nom de Më- 
téagris, à cause de la ressemblance des nuances et 
de la distribution des couleurs de ce cartilagineux 
avec celles de la pintade que l'on a désignée par la 
même dénomination. Ce tétrodon est en effet brun, 
avec des taches innombrables, lenticulaires, blan- 
ches, et distribuées sur la tête , le dos. les côtés, le 
ventre 5 la queue , et même les nageoires. La peau est 
d'ailleurs hérissée de très petites pointes un peu plus 
sensibles sur la tête. 

Chaque narine n'a qu'un orifice. Les branchies 
sont au nombre de trois de chaque côté; leur ouver- 
ture est en forme de croissant, leur membrane mince 
et flottante est attachée au bord antérieur de cette 
ouverture; elles demi-cercles solides qui les soutien- 
nent sont dentelés dans leur partie concave. 

Ce poisson fait entendre le bruissement que l'on a 
remarqué dans la plupart des cartilagineux de son 

1. « Tetraodon brunneus, hispidulus, maculis lenticularibus albis 
» undequaque conspersus. » Commerson , manuscrits déjà cités. 



2-44 HISTOIRE NATURELLE 

genre , d'une manière peut-être plus sensible que ces 
derniers , au moins à proportion de son volume 1 . 



LE TETRODON ELECTRIQUE 

Tetraodon electriem, Linn. , Gmel. , 
Lacep. , Cuv. 



,i2 
9 



Les plus belles couleurs parent ce poisson. Il est, 
en effet , brun sur le dos , jaune sur les côtés, vert de 
mer en dessous; ses nageoires sont rousses ou vertes; 
son iris est rouge ; et cet agréable assortiment est re- 
levé par des taches rouges, vertes, blanches, et quel- 
quefois d'autres nuances très vives. Mais il est encore 
plus remarquable par la propriété de faire éprouver de 
fortes commotions à ceux qui veulent le saisir. Cette 
qualité est une faculté véritablement électrique , que 
nous avons déjà vue dans la torpille, que nous exami- 
nerons de nouveau dans un gymnote, et que nous re- 
trouverons encore dans un silure , et peut-être même 
dans d'autres poissons. 

Ce cartilagineux habite au milieu des bancs de co- 
rail creusés par la mer, et qui entourent l'île Saint- 

i. Aux nageoires pectorales î . 1 8 rayons. 

A celle du dos 10 

A celle de l'anus , 10 

A celle de la queue, qui est arrondie 9 

2. Guillaume Paterson, Act. anglic. 76, 2 , p. 082, tab. 10. 



DES POISSONS. 245 

Jean, près de celle de Coinorre, dans l'Océan indien. 
Lorsqu'il y a été péché, l'eau étoit à la température 
de seize degrés du thermomètre auquel on donne le 
nom de'Réaumur. Il parvient au moins à la longueur 
de sept pouces ; et c'est M. Paterson qui l'a décrit le 
premier, 



LE TETRODON GROSSE-TETE 

Tetraodon sceleratuSj, Linn. , Gmel. , Lacep. 
(Espèce douteuse.) 



Voici encore un tétrodon très aisé à distinguer des 
autres espèces de sa famille. Il en est, en effet, sé- 
paré par la grosseur de sa tête, beaucoup plus volu- 
mineuse, à proportion des dimensions du corps, que 
dans les autres cartilagineux de son genre. Il devient 
très grand relativement à la longueur ordinaire de pres- 
que tous les autres tétrodons; il est quelquefois long 
de deux pieds et demi. Il fait éprouver à ceux qui en 
mangent les mêmes accidents qu'un poison très actif. 
Il se trouve dans les mers chaudes de l'Amérique et 
dans la mer Pacifique , et l'on en doit la connoissance 
au voyageur Forster. 

1. G. Forster, It. 1, p, l\oo. 

r.ACF.i'ÈDi;. ¥i. 16 



2/|6 HISTOIRE .NATURELLE 



►tim» wajhi t it'p#o#a 



LE TÉTRODON LUNE 1 . 

Orthagoriscus Mola, Schneid. , Guv. , La cep. — Ce- 
pkalus Mola, Schneid. — Tetraodon Mola, Linn. , 
Gmel. 



Ce poisson, un des plus remarquables par sa forme, 
habite non seulement dans la Méditerranée, où on 

i. Molle, dans plusieurs départeuieuts méridionaux. 

Meule. 

Bout, dans plusieurs contrées d'Espagne. 

Mole bout. 

hune de mer. 

Poisson d'argent. 

Sun-fish, en anglois. 

Quatre-dents lune, Daubenton, Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonneterie, planches de l'Encyclopédie méthodique. 

Mola, lune, Bloch , pi. 128. 

Artedi , gen. 61, syn. 83, l\. 

Mola, Monti, Act. Bonon. 2 , p. 2 , p. 297, tab. 3, fig. t. 

Ortltraooriscus, luna piscis, Gesn. Hist. anim. \, p. 640. 

Klump-fisch, Plancus, Promptuar. flamb. 18, p. 1, tab. 1, fig. 1, 

Short sun-fisk, Pennant. Brit. Zool. 5, p. 102, n. 2. 

« Ostraciou calheloplateus, subcompressus, brevis, latus, scaber, 
» pinnis dorsi anique lanceolatis caudae proximis. » Gronov., Zooph., 
n. 186. 

Orthragoriscus, Plin., lib. 32, cap. a et 11. 

Lune ou Mole, Rondelet, première partie, liv. i5, chap. 6. 

Mola, Salviau, fol- 1 53 et i54, a. ad iconem. 

Jonst. Thaumat., p. 4ia> 4 20 - 



DES POISSONS. 2/|7 

îe trouve très fréquemment, mais encore dans l'O- 
céan, où on le pêche à presque toutes les latitudes, 
depuis le cap de Bonne -Espérance jusque vers l'ex- 
trémité septentrionale de la mer du JNord. 11 est très 
aisé de le distinguer d'un très grand nombre de pois- 
sons, et particulièrement de ceux de son genre, par 
l'aplatissement de son corps, si comprimé latérale- 
ment, et ordinairement si arrondi dans le contour ver- 
tical qu'aperçoivent ceux qui regardent un de ses côtés, 
qu'on a comparé son ensemble à un disque; et voilà 
pourquoi le nom de soleil lui a été donné, ainsi que 
celui de Lune , qui a été cependantplus généralement 
adopté. Il a, d'ailleurs, sur cette grande surface pres- 
que circulaire que chaque côté présente , cet éclat 
blanchâtre qui distingue la lumière de la lune. En 
effet, si son dos est communément d'une nuance très 
foncée et presque noire, ses côtés et son ventre bril- 
lent d'une couleur argentine très resplendissante , 
surtout lorsque le tétrodon est exposé aux rayons du 
soleil. Mais ce n'est pas seulement pendant le jour 
qu'il répand ainsi cet éclat argentin qu'il ne doit alors 
qu'à la réflexion d'une clarté étrangère : pendant la 
nuit il brille de sa propre lumière; il montre, de 
même qu'un très grand nombre de poissons, et plus 
vivement que plusieurs de ces animaux, une splen- 
deur phosphorique qu'il tient de la matière huileuse 
dont il est imprégné. Cette splendeur paroît d'autant 

Gharieton , p. 129. 

Willughby, p. i5i. 

Ray., 'p. 5i. 

Lune de mer, Valmont-Bomare , Dictionnaire d'histoire naturelle. 

Sun-fi.sk ofray, Borlase, Hisl. nat. of Cornwall, tab. 26 , fig. 6. 



24$ HISTOIRE NATURELLE 

plus'/vive que la nuit est plus obscure; et lorsque le 
poisson lune est un peu éloigné de la surface de la 
mer. la lumière qui émane de presque toutes les par- 
ties de^son corps, et qui est doucement modifiée et 
rendue"'ondulante par les couches d'eau qu'elle tra- 
verse , ressemble beaucoup à cette clarté tremblante 
dont la lune remplit l'atmosphère, lorsqu'elle est un 
peu voilée par des nuages légers. Ceux qui s'appro- 
chent, au milieu de ténèbres épaisses, des rivages delà 
mer auprès desquels nage le tétrodon dont nous nous 
occupons , éprouvent souvent un moment de surprise 
en jetant les yeux sur ce disque lumineux, et en le 
prenant, sans y songer, pour l'image de la lune , qu'ils 
chère. hoient cependant en vain dans le ciel. Plusieurs 
individus de cette espèce très phosphorique , voguant 
assez près les uns des autres, multiplient cette sorte 
d'ima<*e, et les figures lumineuses, nombreuses et 
très mobiles, que présentent ces poissons, compo- 
sent un spectacle d'autant plus étendu, que ces té- 
trodons peuvent être vus de très loin. Ils parviennent, 
en effet, à la longueur de quatre mètres, ou un peu 
plus de douze pieds; et comme leur hauteur est à peu 
près é^ale à leur longueur, on peut dire qu'ils peu- 
vent montrer de chaque côté une surface resplendis- 
sante de plus de cent pieds carrés. On assure même 
qu'en 1^55 on prit, sur les côtes d'Irlande, un té- 
trodon lune qui avoit vingt-cinq pieds anglois de lon- 
gueur 1 , et qui, par conséquent, paroissoit pendant 
la nuit comme un disque lumineux de plus de quatre 
cents pieds carrés de surface. 

i, Hist. of Watcrforcl , p. 271. 
Borlaae, Hist. nat. ofCornwall, p. 267. 



DES POISSONS. 249 

Tout le monde sait que les objets opaques et non 
resplendissants ne disparoissent pendant le jour, et 
n'échappent à une bonne vue , qu'à peu près à la di- 
stance de trois mille six cents fois leur diamètre. Le 
tétrodon lune pêche sur les côtes d'Irlande auroit 
donc pu être aperçu, pendant le jour, à la distance 
au moins de quatorze mille toises, s'il avoit été placé 
hors de l'eau, de la manière la plus favorable. Mais, 
pendant la nuit, dans quel éloignement bien plus 
grand à proportion ne voit-on pas le corps lumineux 
le plus petit ! Cependant , comme l'eau , et surtout les 
vagues agitées de la mer, interceptent une très grande 
quantité de rayons lumineux, on ne doit voir de très 
loin les plus grands tétrodons lunes, malgré toute 
leur phosphorescence , que lorsqu'ils sont très près 
de la surface des mers, et que l'on est placé sur des 
côtes, ou d'autres points très élevés, cette double po- 
sition ne laissant aux rayons de lumière qui partent 
de l'animal et aboutissent à l'œii de l'observateur, 
qu'un court trajet à faire au travers des couches d'eau. 

Lorsque le tétrodon lune est parvenu à de grandes 
dimensions, lorsqu'il a atteint la longueur de plu- 
sieurs pieds, il pèse quelquefois jusqu'à cinq cents 
livres; et 00 a pris, en effet, auprès de Plymouth, il 
n'y a pas très long-temps, un poisson de cette espèce, 
dont le poids étoit de cinq cents livres , ou près de 
vingt-cinq myriagrammes. 

Les tétrodons lunes peuvent donc, relativement à 
la grandeur, être placés à côté des cartilagineux dont 
les dimensions sont les plus prolongées; et comme 
leurs deux surfaces latérales sont très étendues à pro- 
portion de leur masse totale, on peut particulière- 



a5o HISTOIRE NATURELLE 

ment les rapprocher des grandes raies, dont le corps 
est également comprimé de manière à présenter un 
déploiement très considérable , quoique dans un sens 
différerai. Mais s'ils offrent la longueur des grands 
squales, s'ils les surpassent môme en hauteur, ils n'en 
ont reçu ni la force ni la férocité. Leurs muscles sont 
bien moins puissants que ceux de ces squales très al- 
longés; et leur bouche, quoique garnie de quatre 
dents larges et fortes , montre une ouverture trop 
petite, pour qu'ils aient jamais pu contracter l'habi- 
tude de poursuivre un ennemi redoutable, et de li- 
vrer des combats hasardeux 1 . 

Les nageoires pectorales sont assez éloignées de 
l'extrémité du museau , et leur mouvement se fait de 
haut en bas, beaucoup plus que d'avant en arrière. 
Celle du dos et celle de l'anus sont très allongées, 
et composées de rayons très inégaux, dont les plus 
antérieurs sont les plus longs. La nageoire de la 
queue peut être comparée à une bande étroite placée 
à la partie postérieure de l'animal, que l'on seroit 
tenté de regarder comme tronquée ; et elle est étroi- 
tement liée avec les nageoires du dos et de l'anus 
par une membrane commune à ces trois organes; ce 
qui distingue particulièrement le létrodon lune de 
tous les autres cartilagineux de son genre 2 . 



i. Le plus grand diamètre de la bouche n'étoit que d'un pouce et 
demi dans un individu long de trois pieds un pouce. Note communi- 
quée par M. Cuvier. 

2. Aux nageoires pectorales 12 ou 10 rayons. 

A celle du dos 1 1 ou 13 

A celle de l'anus 11 

A celle de la queue 17 ou 1 S 



DES POISSONS. 9/jl 

La hauteur de ce poisson est presque égale à sa 
longueur. Il est cependant dans celte espèce une va- 
riété plusieurs fois observée , et dans laquelle la lon- 
gueur est double de la hauteur 1 . Indépendamment 
de cette différence très notable dans les dimensions , 
cette variété présente une petite bosse ou saillie au 
dessus de ses yeux, et à une distance plus ou moins 
grande de l'extrémité du museau. Au reste, je me 
suis assuré, par l'observation de plusieurs tétrodons 
lunes, que des individus de l'espèce que nous exa- 
minons présentoient différentes figures intermédiai- 
res entre celle qui donne la hauteur égale à la lon- 
gueur, et celle qui produit une longueur double de 
la hauteur. 

Mais cette espèce ne varie pas seulement dans sa 
forme, elle varie aussi dans ses couleurs; et nous 
avons trouvé, parmi les manuscrits de Coinmerson, 
le dessin d'une lune , dont la longueur est presque 
double de la hauteur, qui n'a pas cependant d'élé- 
vation particulière au dessus du museau, et qui, au 
lieu des nuances que nous avons déjà, exposées, est 
peinte de couleurs disposées dans un ordre remar- 
quable. Un grand nombre de taches irrégulières, les 
unes presque rondes, les autres allongées, sont dis- 
tribuées sur chaque face latérale de l'animal , et s'y 
réunissent plusieurs ensemble de manière à y former, 

i. Tetraodon tttolâ truncatus, Linnée , édition de Gnieliu. 

Retzius, nov. Act. Stock. 6 , a , p. 116. 

Plane. Promt. Hamb. 18, lab, 1, fig. 2. 

Monti , Act. Bonon. 2 , p. 2 , p. 297, tab. 2 , fig. 1. 

Oblong sun-fish, Brit. Zool. 5, p. 100, n. 1. 

Boilase , Hisl. liât, ol Cornwall , lab. 26, fig. 7., 



252 HISTOIRE NATURELLE 

surtout vers la tête et vers les nageoires pectorales , 
des bandelettes qui, serpentant dans le sens de la 
longueur ou dans celui de la largeur de la lune, se 
séparent en bandelettes plus petites, ou se rappro- 
chent et se touchent dans plusieurs endroits, et sont 
presque toutes couvertes de petits points d'une cou- 
leur très foncée. Mais quelles que soient les couleurs 
dont la lune soit peinte, sa peau est épaisse, tenace, 
et revêtue le plus souvent de tubercules assez sensi- 
bles pour donner un peu de rudesse à ce tégument. 

Immédiatement au dessous de la peau proprement 
dite , se trouve une couche assez considérable d'une 
substance qui a été très bien observée par mon con- 
frère M. Cuvier, dans une lune qu'il avoit disséquée 1 . 
Cette matière est d'une grande blancheur , assez 
semblable au lard du cochon , mais plus compacte 
et plus homogène : lorsqu'on la presse , elle laisse 
échapper beaucoup d'eau limpide ; elle se dessèche 
sans se fondre, quand on l'expose à la chaleur; et si 
on la fait bouillir dans l'eau , elle se ramollit et se 
dissout en partie. 

M. Cuvier a aussi vu dans la cavité de l'orbite de 
l'œil, et contre cet organe, un tissu remarquable, 
composé de vésicules, lesquelles sont formées de 
membranes molles et peu distinctes , et sont rem- 
plies d'une substance semblable à du blanc d'œuf par 
la couleur et par la consistance. Ce tissu a un très 
grand nombre de vaisseaux et de nerfs propres , et 
cède à la moindre impression 2 . 



i. Notes manuscrites commuuiquées par M. Cuvier. 
•2. Idem. 



DES POISSONS. 2 53 

L'ouverture de la peau , au travers de laquelle on 
aperçoit en partie le globe de l'œil , n'a ordinaire- 
ment, dans son plus grand diamètre, que la moitié 
de celui de ce globe. Elle est garnie intérieurement 
d'une sorte de membrane molle et ridée ; et autour 
de cette ouverture on découvre, immédiatement au 
dessous de la peau, un anneau charnu, derrière le- 
quel l'animal peut retirer son œil , qui est alors caché 
par la membrane ridée comme par une paupière. 

D'on doit encore observer, dans l'organe de la vue 
du tétrodon lune, deux parties qui ont été très bien 
décrites par M. Guvier, ainsi que celles dont nous 
venons de parler. Premièrement, on peut voir une 
glande rougeâtre, un peu cylindrique, irrégulière- 
ment placée autour du nerf optique, à l'endroit où 
il a déjà pénétré dans le globe de l'œil, recouverte 
par la membrane intérieure de cet organe , à laquelle 
le nom de choroïde a été donné, et tenant à la mem- 
brane plus intérieure encore de ce même organe par 
un très grand nombre de petits vaisseaux blancs, qui 
serpentent de manière à former une sorte de réseau. 

Secondement, il y a une espèce de poche ou bourse 
conique, composée d'une membrane très mince, d'une 
couleur brune, et qui va depuis le nerf optique jus- 
qu'au crystallin , en paroissant occuper un sillon de 
l'humeur vitrée. 

Au reste , les nerfs optiques se croisent au dessous 
du cerveau, sans se confondre : le droit passe au des- 
sus du gauche pour aller jusqu'à l'œil, et ils sont l'un 
et l'autre très renflés, et comme divisés en plusieurs 
filets, à l'endroit du croisement. 

La cavité du crâne est près de dix fois plus grande 



254 HISTOIRE NATURELLE 

qu'il ne faut pour contenir le cerveau. Elle forme un 
triangle isocèle dont la pointe est vers le museau, et 
dont les côtés sont courbés irrégulièrement. A cha- 
que angle de la base, cette cavité s'agrandit pour ren- 
fermer l'organe de l'ouïe. 

Le diamètre de l'estomac n'est guère plus grand 
que celui du reste du canal intestinal. Ses membra- 
nes, ainsi que celles du duodénum et du rectum, 
sont fort épaisses; et ce canal alimentaire renferme 
souvent, ainsi que celui d'un très grand nombre de 
poissons, une quantité considérable de vers intesti- 
naux de différentes espèces. 

Les reins sont situés dans la partie supérieure de 
la cavité abdominale; ils se terminent vers la tête par 
deux longs prolongements; ces prolongations sont re- 
çues dans deux sinus de la cavité de l'abdomen ; ces 
sinus sont séparés l'un de l'autre par une cloison 
musculeuse, et ils s'étendent horizontalement jus- 
qu'auprès des yeux. 

Le péritoine contient une grande quantité d'eau 
salée et limpide , qui a beaucoup de rapports avec 
celle que l'on trouve dans la cavité abdominale des 
raies, des squales, des acipensères et d'autres pois- 
sons cartilagineux ou osseux, et qui doit y parvenir 
an travers des membranes assez perméables des intes- 
tins et d'autres parties intérieures du tétrodon lune. 

Le foie est très grand ; il occupe presque la moitié 
de la cavité abdominale, et est situé dans la partie 
supérieure de cette cavité, au dessous des reins. Il 
est d'ailleurs demi-sphérique, jaune, gras, mou, par- 
semé de vaisseaux sanguins; il ne paroît pas divisé 
en lobes; et ou le dit assez bon à manger, 



DES V0ISS0NS. 255 

La chair de la lune n'est pas aussi agréable au goût 
que le foie de cet animal; elle déplaît non seulement 
par sa nature, en quelque sorte trop gluante et vis- 
queuse, mais encore par l'odeur assez mauvaise que 
répand le tétrodon pendant sa vie, et qu'elle conserve 
souvent après avoir été préparée; elle fournit, par 
la cuisson , une quantité assez considérable d'huile 
bonne à brûler, mais dont on ne se sert presque.pas 
pour les aliments : aussi la lune est-elle peu recher- 
chée. Lorsqu'on veut la saisir, elle fait entendre, de 
même que la plupart des tétrodons, et plusieurs au- 
tres poissons osseux ou cartilagineux , un bruissement 
très marqué; et comme cette sorte de bruit est sou- 
vent assez grave dans le tétrodon lune, on l'a com- 
paré au grognement du cochon; et voilà pourquoi 
la lune a été nommée J?orc 3 môme dès le temps des 
anciens Grecs. 



256 HISTOIRE NATURELLE 



e<& >£etf^w*£*>*o^^S'î'3*j>a©4})e<g^ 



TREIZIEME GENRE. 



LES OVOÏDES. 



Lexorps ovoïde; les mâchoires osseuses s avancées , et 
divisées chacune en deux dents; point de nageoires 
du doSj de la queue 3 ni de l'anus. 

ESPÈCE. CARACTÈRES. 

Des bandes blanches, étroites, transversa- 
L 'Ovoïde fasce. ] les , et divisées à leur extrémité , de ma- 

^ nière à représenter un Y: 



DES POISSONS. 267 

L'OVOÏDE FASCÉV 

Tetraodon Uneatm 3 Cuv. (mutilé). — Ovum 
Commersoniiy Schn. 



Nous avons crn devoir séparer de la famille des 
tétrodons , et inscrire dans un genre particulier ce 
poisson très remarquable, non seulement par la forme 
de son corps, qui paroît encore semblable à un œuf, 
lors même que son ventre n'est pas gonflé, mais en- 
core par le défaut absolu de nageoires de la queue, 
du dos et de l'anus. Une présente que deux nageoires 
pectorales, aussi petites que les ailes d'une mouche 
ordinaire, dans un individu d'un pouce et demi de 
longueur, rapprochées du sommet du museau, et 
composées de dix-huit rayons très déliés. C'est dans 
les manuscrits de Commerson que nous avons trouvé 
la description de cette espèce. Ce savant voyageur 
n'en avoit vu qu'un individu desséché; mais il avoit 
réuni à ces observations celles que lui avoit commu- 
niquées son ami Deschamps, habile chirurgien de la 
marine, qui avoit observé des ovoïdes fascés dans 
toute leur intégrité. 

1. 3 Tetraodon oviforrnis, pinnis tantuin pectoralibus gaudens, 
» hispidulus niger. rivulis albis e dorso ad ventrem descendentihus. » 
Commerson, manuscrits déjà cités. 



258 HISTOIRE NATURELLE 

Le fascé, examiné par Comnterson, étoit allongé,, 
mais arrondi dans tous ses contours, véritablement 
conformé comme un œuf, et tenant le milieu pour 
la grandeur entre un œuf de poule et un œuf de pi- 
geon. Son grand et son petit diamètre étoient dans 
le rapport de trente-un à vingt-six. 

Non seulement on ne voit pas, dans cette espèce, 
de nageoire caudale, mais il n'y a pas même d'appa- 
rence de queue proprement dite. La tête est renfer- 
mée dans l'espèce de sphéricité de l'ensemble de l'a- 
nimal ; le museau est à peine proéminent; et on ne 
voit saillir que les deux dents de chaque mâchoire, 
qui sont blanches comme de l'ivoire, et semblables 
d'ailleurs à celles des tétrodons. 

Les yeux sont petits, allongés, éloignés du bout: 
du museau , et voilés par une membrane transparente 
qui n'est qu'une continuation de la peau de la tête. 

L'on aperçoit les ouvertures des branchies au de- 
vant des nageoires pectorales. L'anus est, suivant 
Deschamps, situé à l'extrémité du dos, mais un peu 
dans la partie supérieure de l'animal; et la position 
de cette ouverture est par conséquent absolument 
sans exemple dans la classe entière des poissons. 

Tout l'animal est d'un brun noirâtre; ce fond ob- 
scur relève des bandelettes blanches placées en tra- 
vers sur le ventre , disposées en demi-cercles irrégu- 
liers au dessous du museau, et divisées vers le dos 
en deux branches, de manière à imiter une fourche 
ou un Y. 

La peau du fascé est d'ailleurs hérissée de très pe- 
tits piquants, blancs sur les bandelettes, et noirâtres 



DES POISSONS. 259 

sur les endroits foncés; en les regardant à la loupe, 
on s'aperçoit que leur hase est étoilée. 

Le poisson que nous décrivons habite dans la mer 
des Indes. 



aGo 



HISTOIRE NATURELLE 



Cd*$^Q$>V&C^& 



QUATORZIÈME GENRE. 



LES DIODONS. 



Les mâchoires osseuses 3 avancées, et chacune d'une 
seule pièce. 



ESPECES. 



i . DlODON ATINGA. 



1. DlODON PLUMIEK. 



3. DlODON nOLOCANTHE 



/(. DlODON TACHETÉ. 



5. DlODON ORBE. 



G. DlODON MOLE. 



CARACTÈRES. 

Le corps allongé ; des piquants très rappro- 
chés les uns des autres; la nageoire de la 
queue arrondie. 

/ Le corps allongé; point de piquants sur les 

) côtés de la tête, qui est plus grosse que 

i la partie antérieure du corps; la nageoire 
de la queue arrondie. 

/ Le corps allongé ; des piquants très rappro- 
. < cbés les uns des autres ; la nageoire de la 

' queue fourchue. 
Le corps un peu allongé; des piquants très 
rapprochés les uns des autres , et deux ou 
trois fois plus longs sur le dos que sur le 
ventre ; la nageoire de la queue arrondie; 
trois grandes taches de chaque côté du 
corps , une tache en forme de croissant 
sur la nuque. 

(Le corps sphérique, ou presque sphérique; 

\ des piquants forts , courts, et clair semés. 

( Très comprimé ; demi-ovale; comme tron- 

i que par derrière. 



DES POISSONS. 26l 

LE DIODON ATINGA 1 . 

Diodon Atinga 3 Linn. , Gmel. , Lacep. — Diodon 
hysirix, Bloch. — Diodon punct al us , Cuv. 



Les tliodons ont de très grands rapports, dans leur 
conformation et dans leurs habitudes, avec les létro- 
dons et les ovoïdes : mais ils en diffèrent par la forme 
de leurs mâchoires osseuses, dont chacune ne pré- 



1. Nous devons prévenir qu'en rapportant aux différentes espèces 
de poissons que nous décrivons dans cet ouvrage, le texte ou la figure 
publiés par différents auteurs , nous n'entendons , en aucune ma- 
nière . adopter l'opinion de ces écrivains relativement à l'application 
qu'ils ont pu faire de telle ou telle description ou de telle ou telle plan- 
che qu'ils ont citées, à l'animal dont ils se sont occupés. Cet avertis- 
sement nou«s a paru surtout nécessaire au commencement de l'histoire 
des diodons. 

Diodon atinga , Bloch, pi. i25. 

Deux-dents courte-épine, Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie 
méthodique, pi. 19, fig. 60. 

Hérisson de mer. Diodon superne fuscus , maculis lenticularibus 
» nigris undique inspersus, ventre albo immaculato. » Gommerson, 
manuscrits déjà cités. 

Deux-dents Longue-épine , Daubenton , Encyclopédie méthodique. 

Browne, Jamaïc, p. 456, n. 4- 

Seb. mus. 5, pi. 20, fig. 1 et 2 ; et pi. 24, fig- 10. 

Guamajacu atinga, Marcgrav., Brasil., pi. 188. 

Willughby, Ichth., pi. 1,5-, 1, 6; cl 1 , 7. 

Jcnslon, lab. 5, fig. 1; et lab. 3c), fig. 5. 

LACÉl'KUE. VI. 17 



2^2 UISTOIlïE NATURELLE 

sente qu'une pièce ; et de là vient le nom qu'on leur 
a donné, et qui désigne qu'ils n'ont que deux dents, 
l'une en haut, et l'autre en bas. Ils en diffèrent en- 
core par la nature de leurs piquants beaucoup plus 
longs, beaucoup plus gros, beaucoup plus forts, que 
ceux des télrodons les mieux armés. Ces piquants 
sont d'ailleurs très mobiles, et répandus sur toute la 
surface de la plupart des diodons. Cette dissémina- 
tion, ce nombre, cette mobilité, cette grandeur, ont 
fait regarder, avec raison, les diodons comme les 
analogues des porcs-épics et des hérissons, dans la 
classe des poissous. La diversité de couleurs que 
montrent fréquemment ces aiguillons a dû contri- 
buer encore à ce rapprochement; et comme on a 
pu en faire un presque semblable entre les cartilagi- 
neux que nous examinons et les vers que l'on a nom- 
més OursinSj on doit considérer la famille des dio- 
dons comme formant un des principaux liens qui 
réunissent et attachent ensemble la classe des qua- 
drupèdes à mamelles, celle des poissons , et celle 
des vers. 

Ce genre remarquable ne renferme qu'un petit 
nombre d'espèces : mais le plus grand nombre des 
naturalistes en ont mal saisi les caractères distinctifs; 
et comme d'ailleurs elles sont presque toutes très va- 
riables dans plusieurs points de leur conformation 
extérieure , une grande confusion a régné dans ia dé- 
termination de ces espèces, dont on a très souvent 
trop étendu ou resserré le nombre; et le même dés- 
ordre s'est trouvé dans l'application que plusieurs 
auteurs ont faite aux espèces qu'ils avoient admises, 
des noms donnés aux diodons, ou des descriptions 



DES POISSONS. 26ô 

de ces animaux déjà publiées. Ce n'est que parce que 
nous avons été à portée de comparer de ces cartila- 
gineux de différents âges, de différents sexes, de 
différents pays , et pris à des époques de l'année très 
éloignées l'une de l'autre, que nous avons pu par- 
venir à fixer le nombre des espèces de diodons 
connus jusqu'à présent, à reconnoître leurs formes 
distinctive* et invariables, et à composer la table mé- 
thodique qui précède cet article. 

L'atinga a le corps très allongé; chaque narine n'a 
qu'une ouverture placée dans une sorte de petit tube ; 
les yeux sont assez près du museau; l'anus en est, au 
contraire, à une assez grande distance, et par consé- 
quent la queue proprement dite est très courte. Les 
nageoires du dos et de l'anus se ressemblent beau- 
coup , sont petites, et placées au dessus l'une de l'au- 
tre ; celle de la queue est arrondie 1 . 

Les piquants mobiles dont l'atinga peut se héris- 
ser, sont très forts, très longs, creux vers leur ra- 
cine , variés de blanc et de noir, et divisés à leur base 
en trois pointes qui s'écartent, s'étendent, et vont 
s'attacher au dessous des téguments de l'animal. Ils 
sont revêtus d'une membrane plus ou moins déliée , 
qui n'est qu'une continuation de la peau du diodon. 
Cette membrane s'élève autour de l'aiguillon , jus- 
qu'au dessus de l'extrémité de ce piquant, ou jusqu'à 
une distance plus ou moins grande de la pointe de ce 

1. A la nageoire du dos i5 ou 16 rayons. 

Aux nageoires pectorales 24 ou 25 

A celle de l'anus i5 ou i(i 

A celle t4e la queue h 



264 HISTOIRE NATURELLE 

dard, qui le plus souvent perce cette membrane et 
paroît à découvert. 

L'atinga est brun ou bleuâtre sur le dos, et blanc 
si r le ventre; ses nageoires sont quelquefois jaunes 
dans le milieu de leur surface; et ces mêmes na- 
geoires, ainsi que toute la partie supérieure du pois- 
son , sont semées de petites taches lenticulaires et 
noires, que l'on voit fréquemment répandues aussi 
sur le dessous de l'atinga. 

Ce cartilagineux vit au milieu des mers de l'Inde 
et de l'Amérique, voisines des tropiques, ainsi que 
dans les environs du cap de Bonne-Espérance. Il s'y 
nourrit de petits poissons, de cancres, et d'animaux 
à coquille, dont il brise aisément l'enveloppe dure 
par le moyen de ses fortes mâchoires. Il ne s'éloigne 
guère des côtes; et quoiqu'il ne parvienne qu'à la 
longueur de quinze pouces ou d'un pied et demi, il 
sait si bien, lorsqu'on l'attaque, se retourner en dif- 
férents sens, exécuter des mouvements rapides, s'a- 
giter, se couvrir de ses armes, en présenter la pointe, 
qu'il est très difficile et même dangereux de le pren- 
dre. Aussi le poursuit-on d'autant moins que sa chair 
est dure et peu savoureuse. 

C'est principalement dans les moments où l'on veut 
le saisir, qu'il gonfle sa partie inférieure. Il a la faculté 
de l'enfler comme les tétrodons et les ovoïdes , quoi- 
que cependant il paroisse ne pouvoir pas donner à 
cette portion de son corps un aussi grand degré d'ex- 
tension. Il augmente ainsi son volume pour donner 
plus de force à sa résistance , et pour s'élever et na- 
ger avec plus de facilité; il se grossit et se tuméfie 



DfcS POISSOiNS. 265 

particulièrement, lorsqu'après avoir l'avoir saisi, on 
cherche à le tenir un moment suspendu par sa na- 
geoire dorsale : mais , quelque cause qui le contraigne 
à se boursouffler, il détend souvent tout d'un coup sa 
partie inférieure , et, faisant alors sortir avec rapidité 
par l'ouverture de sa bouche, par celle de ses bran- 
chies, ou par son anus, le fluide contenu dans son 
intérieur, il produit un bruissement semblable à ce- 
lui que font entendre les balistes, les ostracions et 
les tétrodons. 

La vessie natatoire de l'atinga est très grande, ainsi 
que celle des tétrodons; et, d'après la nature de la 
membrane qui la compose, il paroîl que, préparée 
comme celle de l'acipensère huso, elle donneroit 
une colle supérieure par sa bonté à celle que l'on 
pourroit obtenir de la vésicule aérienne d'un très 
grand nombre d'autres espèces de poissons. 

L'estomac du diodon que nous décrivons n'est 
composé que d'une membrane assez mince; mais il 
est garni de beaucoup d'appendices, qui, comme 
autant de petites poches ou d'intestins ouverts uni- 
quement par un bout, peuvent ou augmenter la quan- 
tité des sucs digestifs, ou contribuer à l'élaboration, 
à la perfection, à l'activité de ces sucs , ou prolonger 
la durée de l'action de ces liquides sur les aliments, 
en retardant le passage des substances nutritives dans 
la partie des intestins la plus voisine de l'anus. 

Ces aliments, quelque dure que soit leur nature, 
peuvent arriver à l'estomac, d'autant plus broyés et 
par conséquent susceptibles de subir l'action des li- 
queurs digeslives, qu'indépendamment des mâchoires 
osseuses qui tiennent lieu à l'animal de deux dents 



.Ç>66 HISTOIRE NATURELLE 

très larges et très fortes, l'atinga a deux véritables 
dents molaires très grandes, relativement à l'étendue 
de la cavité de la bouche, à peine convexes , et sil- 
lonnées transversalement. L'une occupe presque tout 
le palais; et l'autre, qui ne cède que très peu en gran- 
deur à la première, revêt la partie opposée de la gueule 
dans l'endroit le plus voisin du devant de la mâchoire 
inférieure. 

Lorsqu'on a mangé de l'atinga, non seulement on 
peut éprouver des accidents graves, si on a laissé dans 
l'intérieur de cet animal quelques restes des aliments 
qu'il préfère, et qui peuvent être très malsains pour 
l'homme , mais encore , suivant Pison, la vésicule du 
fiel de ce cartilagineux contient un poison si actif, 
que si elle crève quand on vide l'animal , ou qu'on 
l'oublie dans le corps du poisson , elle produit sur ceux 
qui mangent de l'atinga , les effets les plus funestes : 
les sens s'émoussent, la langue devient immobile, 
les membres se roidissent; et, à moins qu'on ne soit 
promptement secouru, une sueur froide ne précède 
la mort que de quelques instants. 

Au reste, si la vésicule du fiel , ou quelque autre 
portion intérieure du corps de l'atinga , contient un 
venin dangereux, il ne peut point faire perdre la vie , 
en parvenant jusqu'au sang des personnes blessées par 
ce cartilagineux, et en y arrivant par le moyen des 
longs piquants dont la surface du poisson est héris- 
sée , ainsi que quelques voyageurs l'ont redouté. Ces 
piquants ne sont point creux jusqu'à leur extrémité; 
leur cavité ne présente à l'extérieur aucun orifice par 
lequel le poison pût être versé jusque dans la plaie; 
et Ton ne découvre aucune communication entre l'in- 



DES POISSONS. 267 

térieur de ces aiguillons et quelque vésicule propre à 
contenir et à répandre un suc délétère. 

LE DIODON PLUMIER 1 . 

Dioclon Plumier i, Lacep. 



Il étoit convenable de désigner ce cartilagineux 
par le nom du naturaliste auquel nous devons la figure 
do cette belle espèce de diodon, que l'on trouve dans 
la zone torride, auprès des côtes orientales de l'Amé- 
rique. Ce poisson , que l'on voit aussi auprès des 
rivages de plusieurs îles américaines, a beaucoup de 
ressemblance avec l'atinga ; mais il en diffère par plu- 
sieurs caractères. Premièrement, ii est souvent plus 
allongé , sa longueur totale étant presque toujours 
quatre fois aussi étendue que sa hauteur. Seconde- 
ment, il présente un étranglement très marqué à l'en- 
droit où la tête est attachée au corps , et par consé- 
quent entre les yeux et les nageoires pectorales. Troi- 
sièmement , il n'y a pas de piquants sur les côtés de 
3a tête , au dessous, ni sur le devant de cette partie ; 

1. « Orbis piscis aculeatis major. » Plumier, dessins sur vélin, déjà 
cités. 

« Orbis aculeatus, maculis àlbis notatus, apud insulas americnuas 
» sulgo Poisson armé. » Plumier, dessins déposés dans le cabinet des 
estampes de la bibliothèque du Roi. 



268 HISTOIRE NATURELLE 

et, au delà de la nageoire dorsale, la queue est éga- 
lement dénuée d'aiguillons. 

Lediodon plumier est bleuâtre avec des taches 
blanches, presque rondes, assez petites, et très nom- 
breuses 1 . 

LE DÏODON HOLOCANTHE 2 . 

Diodon Atinga, Linn. , Gmel. — Diodon 
punctatus, Cuv. 



Le trait le plus constant et le plus sensible par le- 
quel la conformation extérieure de l'hoiocanthe dif- 
fère de celle de l'atinga, est la forme de la nageoire 
de la queue. Cette nageoire, au lieu d'être arrondie 
comme dans l'atinga, est échancrée , et par consé- 
quent fourchue ou un peu en croissant, dans l'hoio- 
canthe. L'ensemble de la tête, du corps et de la queue 
est aussi, au moins le plus souvent, moins allongé 

i. A la nageoire du dos 7 rayons. 

A chaque nageoire pectorale. . , q 

A celle de l'anus 6 ou 7 

A celle de la queue , qui est arrondie çj ou 10 

a. Diodon hystrix , guara, Blnch, pi. 126. 

Le deux-dents longue -épine, Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie 
méthodique, pi. 19, lig. 61. 

« Oslracioji oblongus holocanthus, aculcis longissimis teretiformi- 
» bus. in capitc imprimis et in collo. » Arlcdi , gen. 60, syri. 8(5. 



DES POISSONS. !i6g 

dans l'holocanthe que dans l'atinga ; le dos est plus 
convexe, et les piquants sont quelquefois plus longs 1 : 
mais d'ailleurs toutes les formes sont presque sem- 
blables; les nuances et la distribution des couleurs 
ne le sont pas moins; et l'on remarque les mêmes 
habitudes dans les deux espèces. 

Comme l'atinga, l'holocanthe se livre à divers mou- 
vements très violents et très rapides lorsqu'il se sent 
saisi, et particulièrement lorsqu'il est pris à l'hame- 
çon. Il se gonfle et se comprime , redresse et couche 
ses dards . s'élève et s'abaisse avec vitesse, pour se dé- 
barrasser du crochet qui le retient. Ses piquants étant 
quelquefois plus longs et plus forts que ceux de l'a- 
tinga, ses efforts multipliés pour s'échapper et se dé- 
fendre sont plus redoutés que ceux de cet autre dio- 
don; et, bien loin d'oser le prendre au milieu de l'eau 
et lorsqu'il jouit encore de toute sa force, on n'ose 
approcher sa main de son corps jeté et gisant sur le 
rivage, qu'au moment où sa puissance affaiblie et sa 
vie près de s'éteindre rendent ses mouvements à peine 
sensibles, et ses armes presque nulles. 

Au reste, se nourrissant des mêmes animaux que 
l'atinga, il fréquente les côtes, ainsi que ce cartila- 
gineux, et ainsi que là plupart des poissons qui vivent 
de crabes et d'animaux à coquille. On le trouve dans 
les mêmes mers que celles où l'on pêche l'atinga. 

1. Ou trouve souvent à la nageoire du dos i4 rayons. 

Aux pectorales ' 2 t 

A celle de l'anus 17 

A celle de la qneue. . , io 



27O HISTOIRE NATURELLE 

E DIODON TACHETÉ 

Dlodon qiiadrim.acula.tm s Cuv. 



Commerson a laissé dans ses manuscrits la descrip- 
tion de cette espèce de cartilagineux, au sujet de la- 
quelle aucun naturaliste n'a encore rien publié, que 
l'on a trouvée auprès des côtes de la Nouvelle-Cythère. 
et à laquelle les navigateurs qui l'ont vue ont donné 
le nom de Crapaud marin et de Hërisso?i de mer. A 
mesure qu'on s'éloigne de l'atinga , en continuant ce- 
pendant d'observer les diodons dans l'ordre suivant 
lequel nous les avons placés, on voit l'allongement 
du corps diminuer dans les espèces que l'on examine, 
et la sphéricité presque parfaite succéder enfin à une 
très grande différence entre la longueur et les autres 
dimensions de l'animal. Les holocanthessont , en ef- 
fet, moins allongés en général que le tacheté; le ta- 
cheté paroît l'être moins que l'holocanthe; des variétés 
de l'orbe se rapprochent encore davantage de la forme 
globuleuse, que l'on retrouve presque dans toute son 
intégrité, lorsqu'on a sous les yeux d'autres individus 
de cette dernière espèce. 

1. « Diodon muricatuni , brunncum , spinis nlbis, maculis dorsa- 
.1 libus quinque majusculis nigris, occipital! maxima semilunata. »> 
Commerson, manuscrits déjà cités. 



DES TOISSONS. 2~l 



Indépendamment de sa forme moins allongée, le 
tacheté est séparé de i'atinga et de l'holocanthe par 
la disposition de ses couleurs. 11 est brun pardessus, 
et blanchâtre par dessous; il présente sur sa nuque 
une très grande tache en forme de croissant , un peu 
festonnée, et dont les pointes sont tournées vers les 
yeux. On en voit de chaque côté du corps une autre 
un peu ovale, située au dessus de la nageoire pecto- 
rale, et deux autres transversales, dont la première 
est au dessous de l'œil et la seconde entre l'œil et la 
nageoire pectorale; le dessous du museau est comme 
entouré d'une tache nuageuse ; et enfin on en trouve 
une presque ronde au dessus du dos, autour de la na- 
geoire dorsale. Au reste , ces différentes taches sont 
d'un noir plus ou moins foncé. 

Toutes les nageoires sont d'un jaune verdâtre 1 . Les 
piquants sont blancs , et montrent leurs pointes au 
dessus de gaines très brunes. 

Ces mêmes aiguillons, mobiles à la volonté de l'a- 
nimal, ainsi que ceux de presque tous les autres dio- 
dons, sont très longs sur le dos, mais deux ou trois 
fois plus courts sur le ventre. 

Les narines situées entre les yeux et l'extrémité du 
museau , ont les bords de leurs ouvertures relevés de 
manière à représenter une verrue. 

Les yeux sont voilés par une continualion transpa- 
rente du tégument le plus extérieur Ce l'animal; ce- 
pendant ils sont gros et très saillants. 

i. A la nageoire du dos i4 rayons. 

Aux nageoires pectorales 24 

A celle de l'anus i4 

A celle de la queue q 



2^2 HISTOIRE NATURELLE 

L'ouverture branchiale a la forme d'un segment de 
cercle, et est placée verticalement. 

On ne compte de chaque côté que trois branchies. 

La nageoire de la queue est arrondie ; ce qui rap- 
proche un peu le tacheté de l'atinga , mais l'éloigné 
de l'holocanthe. 



LE DIODON ORBE 4 . 

Diodon rivulatus 3 Cuv. — Diodon maculato - striatus , 

MlTCHILL. 



Ce nom à'Orbe désigne la forme presque entière- 
ment sphérique que présente ce cartilagineux. 11 res- 

i. Deux-dents hérisson, Bonnaierre , planches de l'Encyclopédie 
méthodique, pi. 19, fig. 62. 

Diodon orbicularis, orbe hérisson, Bloch , p!. 127. 

Deux-dents courte-épine, Daubenton , Encyclopédie méthodique. 

« Ostracion bidens sphaericus, aculeis undique densis triquetris. » 
Artedc gen. 59, syn. 86. 

Seb. mus. 3, tab. 20, fig. 5. 

« Poisson rond et piquant. Orbis echinatus, orbis niuricatus. » 
Rondelet, première partie, liv. i5, chap. 5. 

Willughby, Ichth. tab. I, 4, fig. 6; et [, 8, fig. j et 2. 

« Guamaiacu, guara, piquitingua , araguagua, camuri. » Marcgr. , 
Brasil., p. i58. 

« Ikan doeriau , terpandjang, doeri, doeri-nja. » Valent., Ind. 5, 
p. 4^8, n. 357. 

Foisson armé, Duterlrc, Antill. 2, p. 209. 



nus poissons. ti'j.'i 

semble d'autant plus à une boule , surtout lorsqu'il 
s'est tuméfié, que ses nageoires sont très courtes, et 
que son museau étant très peu avancé, aucune grande 
proéminence n'altère la rondeur de son ensemble» 
Les piquants dont sa surface est hérissée sont très 
forts; mais ils sont plus courts et plus clair-semés à 
proportion du volume du poisson , que ceux de l'a- 
linga, de l'holocanthe et du tacheté. Ils paroissent 
d'ailleurs retenus sous la peau par des racines à trois 
pointes , plus étendues et plus dures ; ils ressemblent 
davantage à un cône, ou plutôt à une sorte de pyra- 
mide triangulaire, dont les faces seroient plus ou 
moins marquées; ils peuvent faire des blessures plus 
larges; ils sont moins fragiles; ils donnent à l'animai 
des moyens de défense plus capables de résister à une 
longue attaque; et voilà pourquoi l'orbe a été nommé 
par excellence, et au milieu des autres diodons, le 
Poisson armé. C'est sous ce nom que sa dépouille a 
été conservée pendant si long-temps, suspendue à la 
voûle de presque tous les muséums d'histoire natu- 
relle , et même dans un grand nombre de cabinets de 
physique, de laboratoires de pharmacie, et de ma- 
gasins de drogues étrangères. 

Commerson , qui a vu ce poisson en vie dans îa 
mer voisine de Rio-.Taneïro, a très bien décrit les cou- 



Diodon hystrix reiiculatus , B. Linnée, édition de Gmelin. 

a Ostracion subrotuur'.us, aculeis undique brcvibns triquelris raris. » 
Artedi, gen. 59, syn. 86. 

« Diodon snbsphaericus aculeatus, aculeis veulralibus singulis ma- 
» cuïa flavicante notatis, praeter maculas quiuquç uigras. » Commer- 
son, manuscrits déjà cités. 



2-Jl\ histoire naturelle 

leurs de cet animal; et c'est d'après lui que nous allons 
les faire connoître. L'orbe est d'un gris livide sur toute 
sa surface; mais ce fond est varié par des taches de 
formes et de nuances différentes. Premièrement, des 
gouttes blanchâtres sont répandues sur tout le dos; 
secondement, quatre taches plus grandes, noires, et 
presque arrondies, sont situées, une auprès de cha- 
que nageoire pectorale, et une sur chaque côté du 
corps ; troisièmement , une cinquième tache égale- 
ment noire, mais très échancrée, paroît auprès de la 
nageoire caudale; quatrièmement, un croissant noi- 
râtre est au dessous de chaque œil ; et cinquième- 
ment, la base de chacun des aiguillons placés sur le 
ventre est d'un jaune plus ou moins pâle. 

Au reste, on remarque souvent des variétés dans la 
forme du corps de l'orbe, et dans celle de ses aiguil- 
lons. Ces piquants sont quelquefois, par exemple, 
taillés, pour ainsi dire, à pans plus sensibles, et atta- 
chés par des racines plus fortes et plus divisées. D'un 
autre côté, la sphéricité de l'animal se change en une 
sorte d'ovoïde, ou de petit cône, qui le rapproche 
du tacheté, ou de l'holocanthe , ou de l'atinga, sur- 
tout lorsque ces derniers, ayant accidentellement 
leur partie inférieure très gonflée, s'éloignent davan- 
tage de la figure allongée, et sont plus près de la 
rondeur d'une boule. Mais les atingas, les holocanthes 
et les tachetés les plus voisins de la forme globuleuse 
seront toujours séparés de l'orbe dont la sphéricité 
sera la moins parfaite, par la conformation des pi- 
quants de ce dernier, plus courts, plus forts, plus 
clair-semés, mieux enracinés, et plus comprimés la- 



DES POISSONS. ^jf) 

téralenient et sur plusieurs faces, que ceux des autres 
diodons l . 

L'orbe a, comme d'autres cartilagineux de sa fa- 
mille , deux dents molaires presque plates , très éten- 
dues en surface, et situées l'une au palais, et l'autre 
en bas vers le bout du museau. Sa chair est un ali- 
ment plus ou moins dangereux, au moins dans cer- 
taines circonstances, comme celle de l'atinga et d'au- 
tres diodons. 

C'est principalement dans l'orbe que l'on avoit cru 
voir de véritables poumons en même temps que des 
branchies; et c'est cette observation qui avoit parti- 
culièrement engagé Linnée à séparer les cartilagineux 
des poissons proprement dits, et à les considérer 
comme appartenant à la classe que ce grand natura- 
liste a désignée par le nom d'amphibie 2 . 

i. A la nageoire du clos i4 rayons 

Aux nageoires pectorales 22 

A celle de l'anus 12 

A celle de la queue, qui est arrondie 10 

2. Voyez le Discours sur la nature des poissons. 



2^6 HISTOIRE NATURELLE 

LE DIODON MOLE 1 . 

Orthagoriscus spinosuSj, Bl. , Schn. , Cuv. 



Ce diodon , que Je savant naturaliste Pallas a fait 
connoître, a beaucoup de ressemblance avec le té- 
trodon lune par le grand aplatissement de son corps, 
qui est très comprimé par les côtés, et par la forme 
demi-ovale qu'il présente, lorsqu'on regarde une de 
ses faces latérales. Mais ces deux poissons appartien- 
nent à deux familles différentes; il est donc très aisé 
de les distinguer l'un de l'autre : d'ailleurs le diodon 
mole, au lieu de parvenir aux dimensions très éten- 
dues de la lune , n'a encore été vu que de la longueur 
de quelques pouces; et l'on n'a encore comparé la 
grandeur de l'espèce de disque qu'offre le corps de 
ce cartilagineux, qu'à celle de la paume de la main. 

Le sommet de la tête du mole est creusé en petit 
canal dont les deux bouts sont garnis d'une petite 
pointe; le museau est saillant; la grande dent qui 
compose la partie antérieure de chaque mâchoire est 
plutôt cartilagineuse qu'osseuse. Le dos est armé de 
deux piquants et de trois tubercules ; on voit aussi 
deux aiguillons auprès de la gorge, et d'autres pi- 

i. Pallas, Spicil. zoolog. 8, p. 5o, lab. [\. fig. 7. 
Kœlnmter, Nov. Comm. pclropol. 10, p. !\t\o. tab. 6. 



DES POISSONS. 277 

quants sur les côtés du corps ou sur la carène formée 
par le dessous de ranimai. La partie postérieure du 
mole paroît comme tronquée. On compte quatorze 
rayons à chacune de ses nageoires pectorales. On le 
trouve dans les mers voisines des tropiques, ainsi que 
les autres espèces de diodons, qui habitent, au reste, 
non seulement dans les eaux salées qui baignent l'an- 
cien continent , mais dans celles qui avoisinent les 
rivages du nouveau. 



T.AtlfiPliDK. VI. 1 (j 



2J& HISTOIRE NATURELLE 

QUINZIÈME GENRE. 

LES SPHÉROÏDES. 

Point de nageoires du dos s de la queue 3 ni de l'anus; 
quatre dents au moins à la mâchoire supérieure. 

ESPÈCE. CARACTÈRES. 

„ , c Un grand nombre de petits tubercules sur 

Sphéroïde tubercule. \ , D ,- , ,. , 

( la plus grande partie du corps. 



DES POISSONS. 279 

LE SPHÉROÏDE TUBERCULE'. 

Sphœroides tuberculatus^ Lacep. 



Le naturaliste Plumier a laissé parmi les dessins ori- 
ginaux que l'on doit à son zèle éclairé, et qui sont 
déposés dans le cabinet des estampes de ia bibliothè- 
que royale, la figure de ce cartilagineux, que je n'ai 
pu inscrire, d'après sa forme extérieure, dans aucun 
des genres de poissons déjà connus. Il a beaucoup de 
rapports avec l'ovoïde fascé; mais il en diffère, ainsi 
qu'on va le voir, par plusieurs traits essentiels. Il est 
presque entièrement sphérique , et voilà pourquoi le 
nom générique de Sphéroïde m'a paru lui convenir. Sa 
forme globuleuse n'est altérée que par deux saillies 
très marquées, dans chacune desquelles un des deux 
yeux est placé. Les deux narines, très rapprochées, 
sont situées entre les yeux et l'ouverture de la bou- 
che, dans l'intérieur de laquelle on voit au moins 
quatre dents attachées à la mâchoire supérieure, et 
deux à la mâchoire d'en-bas. Une portion assez con- 
sidérable des environs de la bouche n'est recouverte 
que d'une peau lisse; mais tout îe reste de la surface 
du corps est parsemé d'un très grand nombre de pe- 

i. « Orbis ininimus non aculeatus. » Plumier, dessins déposés dans 
Je cabinet des estampes de la bibliothèque du Roi. 



200 HISTOIRE NATURELLE 

tits tubercules qui m'ont suggéré le nom spécifique 
de ce cartilagineux. L'animal ne présente aucun ai- 
guillon ; il n'a que deux nageoires : ce sont deux na- 
geoires pectorales assez étendues, et dont chacune 
est soutenue par six ou sept rayons. Il est à présumer 
que c'est dans la mer qui baigne les côtes orientales 
de la partie de l'Amérique comprise entre les tropi- 
ques, que l'on trouve ce tubercule, dont les habi- 
tudes doivent ressembler beaucoup à celles de l'ovoïde 
fascé. 



DES POISSONS. 28l 

SEIZIÈME GENRE. 

LES SYNGNATHES. 

L 'ouverture de la bouche très petite et placée à l'extré- 
mité d'un museau très long et presque cylindrique; 
point de dents; les ouvertures des branchies sur la 
nuque. 

PREMIER SOUS-GENRE. 

Une nageoire de la queue, des nageoires pectorales , et une nageoire 
de l'anus. 

ESPÈCES. CARACTÈRES. 

1. Syngnathe trompette. I Le corps à six pans. 

2. Syngnathe aiguille. | Le corps à sept pans. 

SECOND SOUS-GENRE. 

Une nageoire de la queue; des nageoires pectorales; point de nageoire 
de l'anus. 

ESPÈCE. CARACTÈRE. 

3. Syngnathe tuyau. | Le corps à sept pans. 

TROISIÈME SOUS-GENRE. 

Une nageoire de la queue; point de nageoires pectorales, ni de nageoire 

de l'anus. 

ESPÈCE. CARACTÈRES. 

4. Syngnathe pipb. t Tt ^ r ?J° a * à la na g eoiie d « <* os ; cinq à 

( celle de la queue. 



2§2 HISTOIRE NATURELLE 

QUATRIÈME SOUS-GENRE. 

Point de nageoire de la queue; des nageoires pectorales; une nageoire 
de l'anus. 

ESPÈCES. CARACTÈRES. 

r „ 1 Cinq excroissances barbues et cartilagineu- 

5. DYNGNATHE HIPPOCAMPE. , 11.-. 

I ses au dessus de la tête. 

6. Syngnathe deux pi- 

quants. 



[Deux piquants sur la tête. 



CINQUIÈME SOUS-GENRE. 

Point de nageoire de la queue; des nageoires pectorales ; point de nageoire 
de l'anus. 

ESPÈCE. CARACTÈRE. 

7. Syngnathe barbe. [Le corps à six pans. 

SIXIÈME SOUS-GENRE. 

Point de nageoire de la queue, de nageoires pectorales, ni de nageoire 
de l'anus. 

ESPÈCE. CARACTÈRES. 

c c, , (Le corps très délié ; trente-quatre rayons à 

o. Syngnathe ophidion. \ , r . , , *■ J 

( la nageoire du dos. 



DES POISSONS. 283 

LE SYNGNATHE TROMPETTE 

Syngnathus Typlde s Linn. , Gmel. , Lacep., Cuv. 



De toutes les manières dont les poissons viennent 
au jour, il n'en est point de plus digne d'attention 
que celle que l'on observe dans la famille des syn- 
gnathes, de ces cartilagineux très allongés, dont les 
nageoires sont très petites, et qui par ces deux traits 



i. Gagnole, dans plusieurs départements méridionaux. 

Cheval marin trompette, Daubenton, Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie méthodique. 

Fauna suecica, 377. 

« Syngnathus corpore medio hexagono , cauda pinnata. » Artedi , 
gen. 1, syn. 1, spec. 3. 

Bloch, pi. 91, fig. 1. 

Klein, miss. pisc. 4> P- 4 2 1 n - 2. 

Piscis septimus, Salvian. , Aquat. , p. 68. 

Typhle marina, Bel., Aquat., p. 448. 

Trompette, aiguille d'Aristote, Rondelet, première partie, liv. 8, 
chap. 4- 

Willughby, Ichth. p. i58. 

Ray., pisc, p. 46. 

Gesner, Aquat., p. 9; icon. anim., p. 92. 

Sea-adder, Borlase, Cornw. , p. 267. 

Slwrter pipe-fish, Pennant, Brit. Zool. 3, p. 108, u. 2, tab. 6 ? 
iig. 2. 

« Syngnathus pinnis caudae , ani , pecloralibusque, radialis, cor- 
» pore hexagono. » Commerson , manuscrits déjà cités. 



2 84 HISTOIRE NATURELLE 

ressemblent beaucoup aux serpents les plus déliés» 
En effet , non seulement les femelles des syngnathes 
ne déposent pas leurs œufs , comme celles du plus 
grand nombre de poissons, sur des bancs de sable, 
sur des rochers, sur des côtes plus ou moins favora- 
bles au développement des fœtus; ncm seulement elles 
ne les abandonnent point sur des rivages s mais on 
diroit que , modèles de la véritable tendresse mater- 
nelle, elles consentent à perdre la vie pour la donner 
aux petits êtres qui leur devront leur existence. On 
croiroit même qu'elles s'exposent à périr au milieu 
de douleurs cruelles, pour sauver les jeunes produits 
de leur propre substance. Jamais 1 imagination poéti- 
que, qui a voulu quelquefois élever l'instinct des ani- 
maux, animer leur sensibilité, ennoblir leurs affec- 
tions, embellir leurs qualités, et les rapprocher de 
celles de l'homme , autant qu'une philosophie trop 
sévère et trop prompte dans ses jugements a cherché 
à les dégrader et à les repousser loin d'elle, n'a pu 
être si facilement séduite lorsqu'elle a erré au milieu 
des divers groupes d'animaux dont nous avons entre- 
pris d'écrire l'histoire, et même de tous ceux que l'on 
a placés, avec raison, plus près de l'homme, ce fils 
privilégié de la nature, quelle ne l'auroit été par le 
tableau des soins des syngnathes mères, et de toutes 
les circonstances qui accompagnent le développement 
de leurs foibles embryons : jamais elle ne se seroit plu 
à parer de plus de charmes les résultats de l'organi- 
sation des êtres vivants et sensibles. Et combien de 
fois les syngnathes mères n'auroient-elles pas été cé- 
lébrées dans ces ouvrages charmants, heureux fruits 
d'une invention brillante et d'un sentiment touchant, 



DES POISSONS. 285 

que la sagesse reçoit des mains de la poésie pour 
le bonheur du monde, si le génie qui préside aux 
sciences naturelles avoit plus tôt révélé à celui des 
beaux-arts le secret des phénomènes dérobés à pres- 
que tous les yeux , et par les eaux des mers dans les- 
quelles ils s'opèrent , et par la petitesse des êtres qui 
les produisent! 

Mais au travers de ces voiles précieux et transpa- 
rents dont l'imagination du poëte les auroit envelop- 
pés, qu'auroit vu le physicien? Que peut remarquer 
dans la reproduction des syngnathes l'observateur le 
plus froid et le plus exact? Quels sont ces faits à la 
vue desquels la poésie auroit allumé son flambeau ? 
Oublions les douces images qu'elle auroit fait naître, 
et ne nous occupons que des devoirs d'un historien 
fidèle. 

On a pensé que les syngnathes étoient hermaphro- 
dites : un savant naturaliste, le professeur Pallas, l'a 
écrit 1 ; et ses soupçons à ce sujet ont été fondés sur 
ce que dans tous les individus de ce genre qu'il a dis- 
séqués, il a trouvé des ovaires et des œufs. Peut-être 
dans cette famille, ainsi que dans plusieurs autres de 
la classe des poissons, le nombre des femelles l'em- 
porte- t-il de beaucoup sur celui des mâles. Mais, quoi 
qu'il en soit, les observations d'autres habiles physi- 
ciens, et particulièrement celles d'Artedi , qui a vu 
des syngn-athes mâles, ne permettent pas de regarder 
comme hermaphrodites les cartilagineux dont nous 
traitons dans cet article; et nous sommes dispensés 
d'admettre une exception qui auroit été unique non 

i, Pallas, Spicilég. zoologie. 8 , p. 55. 



286 HISTOIRE NATURELLE 

seulement parmi les poissons, mais même parmi tous 
les animaux à sang rouge. 

Les jeunes syngnathes sortent des œufs dans les- 
quels iis ont été renfermés pendant que ces mêmes 
œufs sont encore attachés au corps de la femelle. L'in- 
térieur de ces petites enveloppes a donc dû être fé- 
condé avant leur séparation du corps de la mère. Il 
en est donc des syngnathes comme des raies et des 
squales : le mâle est obligé de chercher sa femelle , 
de s'en approcher, de demeurer auprès d'elle au 
moins pendant quelques moments, de faire arriver 
jusqu'à elle sa liqueur séminale. Il y a donc un véri- 
table accouplement du mâle et de la femelle dans la 
famille que nous examinons; et la force qui les en- 
traîne l'un vers l'autre est d'autant plus remarquable, 
qu'elle peut faire supposer l'existence d'une sorte 
d'affection mutuelle, très passagère à la vérité, mais 
cependant assez vive , et que ce sentiment, quelque 
peu durable qu'il soit, doit influer beaucoup sur les 
habitudes de l'animal , et par conséquent sur l'instinct 
qui est le résultat de ces habitudes. 

Lorsque la liqueur séminale du mâle est parvenue 
jusqu'aux œufs de la femelle, ils reçoivent de ce fluide 
vivifiant une action analogue à celle que l'on voit dans 
tous les œufs fécondés, soit dans le ventre, soit hors 
du corps des mères, à quelque espèce d'animal qu'il 
faille d'ailleurs les rapporter. L'œuf, imprégné de la 
liqueur du mâle, s'anime, se développe, grossit; et 
le jeune embryon croît , prend des forces , et se 
nourrit de la matière alimentaire renfermée avec lui 
dans sa petite coque. Cependant, le nombre des œufs 
que contiennent les ovaires est beaucoup plus grand 



DES POISSONS. ^87 

à proportion de leur volume et de ia capacité du 
ventre qui les renferme, dans les syngnathes que dans 
les raies ou dans les squales. Lorsque ces œufs ont 
acquis un certain degré de développement , ils sont 
trop pressés dans l'espace qu'ils occupent, ils en com- 
priment trop les parois sensibles et élastiques, pour 
n'être pas repoussés hors de l'intérieur du ventre, 
avant le moment où les fœtus doivent écîore. Mais ce 
n'est pas seulement alors par l'anus qu'ils s'échap- 
pent , ils sortent par une fente longitudinale qui se 
fait dans le corps, ou, pour mieux dire, dans la queue 
de la femelle , auprès de l'anus, et entre cette ouver- 
ture et la nageoire caudale. Cette fente non seulement 
sépare des parties molles de la femelle , mais encore 
elle désunit des pièces un peu dures et solides. Ces 
pièces sont plusieurs portions de l'enveloppe presque 
osseuse dans laquelle les syngnathes sont engagés en 
entier. Ces poissons sont, en effet, revêtus d'une 
longue cuirasse qui s'étend depuis la tête jusqu'à l'ex- 
trémité de la queue. Cette cuirasse est composée d'un 
très grand nombre d'anneaux placés à la suite l'un 
de l'autre, et dont chacun est articulé avec celui qui 
le précède et celui qui le suit. Ces anneaux ne sont 
pas circulaires, mais à plusieurs côtés; et comme les 
faces analogues de ces anneaux se correspondent 
d'un bout à l'autre de l'animal, l'ensemble de la cui- 
rasse , ou, pour mieux dire, du très long étui qu'ils 
forment, ressemble à un prisme à plusieurs pans. Le 
nombre de ces pans varie suivant les espèces, ainsi 
que celui des anneaux qui recouvrent le corps et la 
queue proprement dite. 

En même temps que la sorte de gaine qui renferme 



288 HISTOIRE NATURELLE 

le poisson présente plusieurs faces disposées dans le 
sens de la longueur du syngnathe, elle doit offrir 
aussi, aux endroits où ces pans se touchent, des 
arêtes, ou lignes saillantes et longitudinales, en nom- 
bre égal à celui des côtés longitudinaux de cet étui 
prismatique. Une de ces arêtes est placée, au moins 
le plus souvent, au milieu de la partie inférieure du 
corps et de la queue , dont elle parcourt la longueur. 
C'est une portion de cette arête qui , au delà de l'a- 
nus, se change en fente allongée, pour laisser passer 
les œufs ; cette fente se prolonge plus ou moins sui- 
vant les individus, et suivant l'effort occasioné par le 
nombre des œufs, soit vers le bout de la queue, soit 
vers l'autre extrémité du syngnathe. 

Cependant les deux pans les plus inférieurs du 
fourreau prismatique, non seulement se séparent à 
l'endroit de cette fente, mais ils s'enfoncent, vers 
l'intérieur du corps de l'animal, dans le bord longi- 
tudinal qui louche la fente, et se relèvent dans l'au- 
tre, de manière qu'au lieu d'une arête saillante, on 
voit un petit canal qui s'étend souvent vers la tête 
et vers le bout de la queue du syngnathe, bien au 
delà de la place où la division a lieu. En effet, une dé- 
pression semblable à celle que nous exposons s'opère 
alors au delà de la fente, tant vers le bout de la 
queue que vers la tê4e, quoique les deux pans longi- 
tudinaux les plus inférieurs n'y soient pas détachés 
l'un de l'autre, et qu'ils s'inclinent uniquement l'un 
sur l'autre, d'une manière très différente de celle 
qu'ils présentoient avant la production de la sépara- 
tion. 

Lorsqu'une arête saillante ne règne pas longiludi- 



DES POISSONS. 289 

nalement dans le milieu de la partie inférieure de l'a- 
nimal, le pan qui occupe cette partie inférieure se 
partage en deux, et les deux lames allongées qui ré- 
sultent de cette fracture, ainsi que les pans collaté- 
raux, s'inclinent de manière à produire un canal ana- 
logue à celui que nous venons de décrire. 

C'est dans ce canal, dont la longueur varie suivant 
les espèces et même suivant les individus, que se 
placent les œufs, à mesure qu'ils sortent du ventre 
de la mère : ils y sont disposés sur des rangs plus ou 
moins nombreux selon leur grosseur et la largeur du 
canal ; et ils y sont revêtus d'une peau mince , que 
les jeunes syngnathes déchirent facilement lorsqu'ils 
ont été assez développés pour percer la coque qui les 
contenoit. 

La femelle porte ainsi ses petits encore renfermés 
dans leurs œufs, pendant un temps dont la longueur 
varie suivant les diverses circonstances qui peuvent 
influer sur l'accroissement des embryons ; elle nage 
ainsi chargée d'un poids qu'elle conserve avec soin, 
et qui lui donne d'assez grands rapports avec plu- 
sieurs cancres dont les œufs sont également attachés 
pendant long-temps au dessous de la queue de la 
mère. 

Peut-être n'est-ce qu'au moment où les œufs des 
syngnathes sont parvenus dans le petit canal qui se 
creuse au dessous du corps de la femelle, que le 
mâle s'approche, s'accouple, et les arrose de sa li- 
queur séminale , laquelle peut pénétrer aisément au 
travers de la membrane très peu épaisse qui les main- 
tient. Mais, quoi qu'il en soit, il paroît que , dans la 
même saison, il peut y avoir plusieurs accouplements 



2Ç]0 HISTOIRE NATURELLE 

entre le même ujâle et la même femelle, et que plu- 
sieurs fécondations successives ont lieu comme dans 
les raies et les squales ; les premiers œufs qui sont un 
peu développés et vivifiés par la liqueur séminale du 
mâle passent dans le petit canal, qu'ils remplissent, 
et dans lequel ils sont ensuite remplacés par d'autres 
œufs dont l'accroissement moins précoce avoit re- 
tardé la fécondation , en les retenant plus long-temps 
dans le fond de la cavité des ovaires. 

Au reste, le phénomène que nous venons de dé- 
crire est une nouvelle preuve de l'étendue des bles- 
sures, des déchirements et des autres altérations que 
les poissons peuvent éprouver dans certaines parties 
de leur corps, non seulement sans en périr, mais 
même sans ressentir de graves accidents. 

La tête de tous les syngnathes, et particulièrement 
de la trompette , dont nous traitons dans cet article , 
est très petite; le museau est très allongé, presque 
cylindrique, un peu relevé par le bout; et c'est à 
cette extrémité qu'est placée l'ouverture de la bou- 
che , qui est très étroite, et se ferme par le moyen 
de la mâchoire inférieure proprement dite, que l'on 
a prise à tort pour un opercule, et qui, en se rele- 
vant, va s'appliquer contre celle d'en-haut. Le long 
tuyau formé par la partie antérieure de la tête a été 
regardé comme composé de deux mâchoires réunies 
l'une contre l'autre dans la plus grande partie de leur 
étendue , et de là vient le nom de Syngnathe que 
porte la famille de cartilagineux dont nous nous oc- 
cupons. 

La trompette, non plus que les autres syngnathes, 
n'a point de langue, ni même de dents. Ce défaut de 



DES POISSONS. 29I 

dents, la petitesse de l'ouverture de sa bouche, et le 
peu de largeur du long canal que forme la prolon- 
gation du museau, forcent la trompette à ne se nour- 
rir que de vers, de larves, de fragments d'insectes, 
d'oeufs de poissons. 

La membrane des branchies des syngnathes, que 
deux rayons soutiennent , s'étend jusque vers la 
gorge s l'opercule de cet organe est grand et couvert 
de stries disposées en rayons; mais cet opercule et 
cette membrane sont attachés à la tête et au corps 
proprement dit, dans une si grande partie de leur 
contour, qu'il ne reste pour le passage de l'eau qu'un 
orifice placé sur la nuque. On voit donc sur le der- 
rière de la tête deux petits trous que l'on prendrait 
pour des évents analogues à ceux des raies et des 
squales, mais qui ne sont que les véritables ouver- 
tures des branchies. 

Ces branchies sont au nombre de quatre de chaque 
côté. Ces organes , un peu différents dans leur con- 
formation des branchies du plus grand nombre de 
poissons, ressemblent, selon Artedi et plusieurs au- 
tres naturalistes qui l'ont copié , à une sorte de vis- 
cosité pulmonaire d'un rouge obscur : mais je me 
suis assuré, en examinant plusieurs individus et même 
plusieurs espèces de la famille que nous décrivons, 
qu'ils étoient composés à peu près comme dans la 
plupart des poissons , excepté que chacune des bran- 
chies est quelquefois un peu épaisse à proportion de 
sa longueur, et que les quatre de chaque côté sont 
réunies ensemble par une membrane très mince , la- 
quelle , ne s'appliquant qu'à leur côté extérieur, 



2Ç)^ HISTOIRE NATURELLE 

forme, entre ces quatre parties, trois petits canaux 
ou cellules qui ont pu suggérer à Artedi l'expression 
qu'il a employée. Au reste, cette couleur rougeâtre, 
qu'il a très bien vue, indique les vaisseaux sanguins 
très ramifiés et disséminés sur ces branchies. 

Les yeux des syngnathes sont voiiés par une mem- 
brane très mince, qui est une continuation du tégu- 
ment le plus extérieur de l'animal. 

Le canal intestinal de la trompette est court et 
presque sans sinuosités. 

La série de vertèbres cartilagineuses qui s'étend 
depuis la tête jusqu'à l'extrémité de la queue, ne 
présente aucune espèce de côte : mais les vertèbres 
qui sont renfermées dans le corps proprement dit, 
offrent des apophyses latérales assez longues, qui ont 
quelque ressemblance avec des côtes; et elles mon- 
trent ainsi une conformation intermédiaire entre 
celle des vertèbres des raies et des squales, sur les- 
quelles on ne voit pas de ces apophyses, et celle des 
vertèbres des poissons osseux qui sont de véritables 
côtes. 

L'étui dans lequel elle est enveloppée présente six 
pans, tant sur le corps que sur la queue, autour de 
laquelle cependant ce fourreau n'offre quelquefois 
que quatre pans longitudinaux. 

Le nombre des anneaux qui composent cette cui- 
rasse est ordinairement de dix-huit autour du corps, 
et de trente-six autour de la queue. 

La trompette a une nageoire dorsale comme tous 
les syngnathes : mais elle a de plus des nageoires 
pectorales, une nageoire de l'anus, et une nageoire 



DES POISSONS. '2QÔ 

caudale 1 ; organes dont les trois, ou du moins un ou 
deux, manquent à quelques espèces de ces animaux, 
ainsi qu'on peut le voir sur le tableau méthodique 
des cartilagineux de cette famille. 

Elle n'a guère plus d'un pied ou d'un pied et demi 
de longueur : sa couleur générale est jaune et variée 
de brun; les nageoires sont grises et très petites. 

On la trouve non seulement dans l'Océan, mais 
encore dans la Méditerranée, où elle a été assez an- 
ciennement et assez bien observée, pour qu'Aristote 
et Pline aient connu une partie de ses habitudes, et 
notamment la manière dont elle vient au jour. 

Sa chair est si peu abondante, que ce poisson est à 
peine recherché pour la nourriture de l'homme; mais 
comme il perd difficilement la vie, qu'il ressemble à 
un ver, et que, malgré sa cuirasse, qui se prête à plu- 
sieurs mouvements, il peut s'agiter et se contourner 
en différents sens, on le pêche pour l'employer à 
amorcer des hameçons. 

i. A la nageoire du dos 18 rayous. 

Aux pectorales 12 

A celle de l'anus 5 

A celle de la queue, qui est un peu arrondie. . 10 
Un individu de l'espèce de la trompette , observé par Commerson , 
différoit assez des autres individus de cette même espèce par le nom- 
bre des rayons de ses nageoires, pour qu'on pût le considérer comme 
formant une variété distincte. 

Il avoit , en effet, à la nageoire dorsale 45 rayons. 

A chacune des nageoires pectorales. 24 

A celle de l'anus 3 

A celle de la queue 6 



LAciiPEDE. vr. 19 



29 J HISTOIRE NATURELLE 

LE SYNGNATHE AIGUILLE 1 , 

Syngnatkus Acus^ Linn., Gmel., Lacep. , Cuv. 
LE SYNGNATHE TUYAU 2 , 

Syngnathus pelagieus, Linn., Gmel.. Ccv., 

ET LE SYNGNATHE PIPE 3 . 

Syngnatkus œquoreas, Linn. , Gmel., Cuv., Montagu. 



L'aiguille habite, comme la trompette, dans l'O- 
céan septentrional ; elle présente la même conforma- 

i. « Syngnathus corpore medio hcptagono, cauda pinnala. » Arledi, 
gen. 1, syn. 2, spec. 2. 

Bloch, pi. 91, fig. 2. 

« Solenostomus a capite ad caudara heptagonus, » Klein , miss» 
pisc. 4? P* 2 4> «• 5. 

Typhle, Gesner, Aquat., p. io25. 

Acus Aristotelis, Aldrov., pisc. , p. io5. 

Willughby, Ichth., p. i5g, tab. I, 25, fig. 1. 

Ray., pisc, p. l\G,n. 2. 

Se.nadel, sacknadel, Wulff, Ichth. boruss. , p. 70. 

Cheval marin aiguille, Daubenton , Encyclopédie méthodique. 

Id. Bounaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 

2. Cheval marin tuyau de plume, Daubenton, Encyclopédie métho- 
dique. 

Id. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 
Syngnathus pelagieus, Osbeck, It. io5. 

Nota. La figure 4 de la planche 109 de Bloch, que l'on a rapportée 
au syngnathe tuyau, représente une variété du syngnathe aiguille. 

3. Cheval marin pipe , Daubenton, Encyclopédie méthodique. 
Id. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 



DES POISSONS. 296 

lion, excepté dans le nombre des laces de sa cui- 
rasse , qui offre sept pans longitudinaux autour de 
son corps proprement dit, tandis qu'on n'en compte 
que six sur le fourreau analogue de la trompette. Elle 
parvient d'ailleurs aune grandeur plus considérable ; 
elle a quelquefois trois pieds de long ; et l'on voit, 
sur presque toute sa surface, des taches et des ban- 
des transversales alternativement brunes et rougeâtres. 
Son anus est un peu plus rapproché de la tête que 
celui de la trompette, et l'on a écrit que la femelle 
donnoit le jour à soixante-dix petits 4 . 

Le sj^ngnathe tuyau a autour de son corps une lon- 
gue enveloppe à sept pans, comme l'aiguille; mais il 
s'éloigne de la trompette plus que de ce dernier pois^ 
son : il n'a point de nageoire de l'anus. On le trouve 
dans des mers bein éloignées l'une de l'autre : on le 
voit, en effet, dans la mer Caspienne, dans celle qui 
baigne les rivages de la Caroline , et dans celle dont 
les flots agités par les tempêtes battent si fréquem- 
ment le cap de Bonne-Espérance et les côtes africai- 
nes voisines de ce cap. On l'observe souvent au milieu 
des fucus; il est d'un jaune foncé, plus clair sur les 
nageoires du dos et de la queue , et relevé par de pe- 
tites bandes transversales brunes 2 . 

1. A la membrane des branchies du syngnathe aiguille. 2 rayons. 

A chaque nageoire pectorale i4 

A celle du dos 56 

A celle de l'anus 6 

A celle de la queue. 10 

2. Il y a à la nageoire du dos du syDgnathe tuyau. . 01 rayons. 

Aux nageoires pectorales 14 

A celle de la queue 10 



i>Ç)6 HISTOIRE NATURELLE 

La forme de la trompette se dégrade encore plus 
dans le syngnathe pipe que dans les deux autres carti- 
lagineux de la même famille , décrits dans cet article. 
La pipe n'est pas seulement dénuée de nageoire de 
l'anus; elle n'a pas même de nageoires pectorales 1 . 

SUPPLÉMENT A LARTICLE DU SYNGNATHE TUYAU. 

ÎNous avons vu que Je syngnathe tuyau habitoit 
dans des mers très éloignées l'une de l'autre, et par- 
ticulièrement dans la Caspienne , auprès des rivages 
de la Caroline , et dans les environs du cap de Bonne- 
Espérance. Nous avcHis reçu de M. Noël de Rouen 
plusieurs individus de cette même espèce de syngna- 
the, qui avoient été péchés auprès de l'embouchure 
de la Seine. « Les tuyaux, nous écrit cet estimable 
» observateur, sont péchés sur les fonds du Tôt, de 
» Quillebeuf, de Berville, de Grestain. » On les prend 
avec des Guideawx , sorte de filet dont nous parle- 
rons à l'article du gade colin. M. Noël les a nommés 
Aiguillettes j ou petites aiguilles, parce qu'ils ne par- 
viennent guère, près des côtes de la Manche, qu'à 
la longueur de deux décimètres. Le corps de ces 
poissons représente une sorte de prisme à sept faces; 
mais les trois pans supérieurs se réunissent auprès de 

A la cuirasse qui recouvre le corps 18 anneaux. 

A celle qui revêt la queue 02 

Il paroît qu'on a compté vingt-cinq anneaux dans une variété de 
cette espèce , vue auprès de ia Caroline. 

1. A la nageoire dorsale du syngnathe pipe. .... 3o rayons. 
A celle de la queue 5 



DES POISSONS. 297 

la nageoire dorsale , et les deux inférieurs auprès de 
l'anus, de manière que la queue proprement dite 
n'offre que quatre faces longitudinales. La couleur 
de ces cartilagineux est d'un gris pâle, verdâtre dans 
leur partie supérieure , et d'un blanc sale dans leur 
partie inférieure. M. Noël a vu dans l'œsophage d'un 
de ces animaux une très petite chevrette, qui, mal- 
gré son peu de volume, en remplissoit toute la ca- 
pacité, et n'avoit pu être introduite par l'ouverture 
de la bouche qu'après de très grands efforts. Il a 
trouvé aussi dans chacune des deux femelles qu'il a 
disséquées, une quarantaine d'œufs assez gros, rela- 
tivement aux dimensions de l'animal. 

LE SYNGNATHE HIPPOCAMPE 1 , 

Hippocampus brevirostris et Hippocampus guttulatus, 
Cuv. — Syngnathus hippocampus * Linn. , Gmel. 



LE SYNGNATHE DEUX-PIQUANTS 2 . 

Syngnathus tetragonus, Linn., Gmel. 



Quel contraste que celui des deux images rappe- 
lées par ce mot Hippocampe 3 qui désigne en même 
temps et un cheval et une chenille ! Quel éloigne- 

1. Cavallo marino , en Italie. 
Bruiin. pisc. Massil., n. 19. 



298 HISTOIRE NATURELLE 

ment dans l'ensemble des êtres vivants et sensibles 
sépare ces deux animaux , dont on a voulu voir les 
traits réunis dans l'hippocampe , et dont on s'est ef- 
forcé de combiner ensemble les deux idées pour en 
former l'idée composée du syngnathe q*ue nous dé- 
crivons ! L'imagination, qui, au lieu de calculer avec 
patience les véritables rapports des objets , se plaît 
tant à se laisser séduire par de vaines apparence" , et 
à se laisser entraîner vers les rapprochements les plus 

Mull. prodrorn. Zool. danic, n. 627. 

» Syngnalhus corpore quadrangulo, pinna caudae carens. » Artedi, 
gen. 1, syn. ï. 

Bloch , pi. 109, fig. 5, 

Cheval marin, hippocampe , Daubenton. Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 

Gronov., Zooph., a. 170. 

Browne, Jamuïc, p. 44 1 » n - 1 - 

Crayracion corpore circumflexo , etc., Klein, miss. pisc. 3, p. a3, 
u. 02. 

/Elian,lib. 14, eap. \[\. 

Cheval marin, Rondelet, des insectes et Zoophytes, chap. 9. 

Gesner, Aquat. p. 4 X 4- 

Willughby, Ichth. p. 157, tab. I, a5, fig. Set 4- 

Ray., pisc, p. 45, 4^, Q- 1, 4- 

Hippocampus cequivoca, Aldrov., pisc, p. 716. 

Cheval marin, Belon, Aquat., p. 444- 

Geel zeepaardje, Valent., Mus., p. 338, n. i3o. 

Sjngnathus hippocampus , le cheval marin, Appendix du Voyage à la 
INouvelle-Galles méridionale, par Jean White, premier chirurgien de 
l'expédition commandée par le capitaine Phïlipp. — pi. 5o, fig. 2. 

Syngnathus hippocampus, Commerson , manuscrits déjà cités. 

2. Ttiunberg, Act. soc physiogr. lund. 1, 4, p- 3oi, n. 3o,tab.4, 
fig. 1 et 2. 

Syngnathus biaculeatus , épine double, Bloch, pi. 121, fig. 1 et 2. 

Cheval marin, épine double, Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie 
méthodique. 



DES POISSONS. 299 

bizarres, les ressemblances les pins trompeuses et les 
résultats les plus merveilleux , a dû d'autant plus jouir 
en s'abandonnant pleinement au sens de ce mot Hip- 
pocampe 9 que, par l'adoption la plus entière de cette 
expression, elle a exercé, pour ainsi dire, en même 
temps, une triple puissance. Reconnoître , en quel- 
que manière, un cheval dans un petit cartilagineux, 
voir dans le même moment une chenille dans un pois- 
son , et lier ensemble et dans un même être une che- 
nille et un cheval, ont été trois opérations simulta- 
nées , trois espèces de petits .miracles compris dans 
un seul acte, trois signes de pouvoir devenus insépa- 
rables, dans lesquels l'imagination s'est complue sans 
réserve, parce qu'elle ne trouve de véritable attrait 
que dans ce qui lui permet de s'attribuer une sorte 
de force créatrice : et voilà pourquoi cette dénomi- 
nation d'Hippocampe a été trèsancienuement adoptée; 
et voilà pourquoi, lors même qu'elle n'a rappelé qu'une 
erreur bien reconnue, elle a conservé assez de char- 
mes secrets pour être généralement maintenue par 
les naturalistes. Quelles sont cependant ces légères 
apparences qui ont introduit ce mot Hippocampe? Et 
d'abord, quels sont les traits de la conformation ex- 
térieure du syngnathe dont nous nous occupons, qui 
ont réveillé l'idée du cheval à l'instant où on a vu ce 
cartilagineux? Une tête un peu grosse; la partie an- 
térieure du corps, plus étroite que la tête et le corps 
proprement dit; ce même corps plus gros quela queue, 
qui se recourbe; une nageoire dorsale dans laquelle 
on a trouvé de la ressemblance avec une selle; et de 
petits filaments qui, garnissant l'extrémité de tuber- 



5oO HISTOIRE NATURELLE 

cules placés sur la tête et le devant du corps , ont 
paru former une petite crinière : tels sont les rapports 
éloignés qui ont fait penser au cheval ceux qui ont 
examiné un hippocampe, pendant que ces mêmes fila- 
ments, ainsi que les anneaux qui revêtent ce cartila- 
gineux, comme ils recouvrent les autres syngnathes, 
l'ont fait rapporter aux chenilles à anneaux hérissés de 
bouquets de poil. 

Mais en écartant ces deux idées trop étrangères de 
chenille et de cheval, déterminons ce qui différencie 
l'hippocampe d'avec les autres poissons de sa famille. 

Il parvient ordinairement à la longueur de trois ou 
quatre décimètres , ou d'environ un pied. Ses yeux 
sont gros, argentés et brillants. Les anneaux qui l'en- 
veloppent sont à sept pans sur le corps , et à quatre 
pans sur la queue : chacun de ces pans, qui quelque- 
fois sont très peu sensibles, est ordinairement indi- 
qué par un tubercule garni le plus souvent d'une pe- 
tite houppe de filaments déliés. Ces tubercules sont 
communément plus gros au dessus de la tête, et l'on 
en voit particulièrement cinq d'assez grands au dessus 
des yeux. On compte treize anneaux à l'étui qui en- 
veloppe le corps , et de trente-cinq à trente-huit à 
celui qui renferme la queue, laquelle est armée, de 
chaque côté, de trois aiguillons , de deux en haut et 
d'un en bas. Au reste , ce nombre d'anneaux varie 
beaucoup , au moins suivant les mers dans lesquelles 
on trouve l'hippocampe. 

Les couleurs de ce poisson sont aussi très sujettes 
à varier, suivant les pays et même suivant les indivi- 
dus. Il est ou d'un livide plombé , ou brun , ou noi-r 



DES POISSONS. . 00 [ 

râtre , ou verdâtre; et quelque nuance qu'il présente, 
il est quelquefois orné de petites raies ou de petits 
points blancs ou noirs 1 . 

Les branchies de l'hippocampe ont été mal vues par 
un grand nombre de naturalistes; et leur petitesse 
peut avoir aisément induit en erreur sur leur forme. 
Mais je me suis assuré par plusieurs observations, 
qu'elles étoient frangées sur deux bords, et sembla- 
bles, à très peu près, à celles que nous avons exa- 
minées dans plusieurs autres syngnathes, et que nous 
avons décrites dans l'article de la trompette. 

La vésicule aérienne est assez grande ; le canal in- 
testinal est presque sans sinuosités. La bouche de 
l'hippocampe étant d'ailleurs conformée comme celle 
des autres cartilagineux de son genre, il vit, ainsi que 
ces derniers, de petits vers marins, de larves, d'in- 
sectes aquatiques, d'œufs de poissons peu dévelop- 
pés. On le trouve dans presque toutes les mers, dans 
l'Océan, dans la Méditerranée, dans la mer des Indes. 
Pendant qu'il est en vie, son corps est allongé comme 
celui des autres syngnathes ; mais lorsqu'il est mort , 
et surtout lorsqu'il commence à se dessécher, sa queue 
se replie en plusieurs sens, sa tête et la partie anté- 
rieure de son corps se recourbent; et c'est dans cet 
état de déformation qu'on le voit dans les cabinets, 
et qu'il a été le plus comparé au cheval. 

i. Il y a à la membrane des branchies. ....... 2 rayons. 

A chacune des nageoires pectorales 9 

( On en a compté 18, parce que chaque rayon se di- 
vise en deux, presque dès son origine. ) 

À celle de la queue de 16 à 20 

A celle tic l'anus A 



302 HISTOIRE NATURELLE 

On a attribué à l'hippocampe un grand nombre de 
propriétés médicinales, et d'autres facultés utiles ou 
funestes, combinées d'une manière plus ou moins ab- 
surde : et comment n'auroit-on pas cherché à douer 
des vertus Ses plus merveilleuses et des qualités les 
plus bizarres, un être dans lequel on s'est obstiné, 
pendant tant de temps, à réunir par la pensée un pois- 
son, un cheval et une chenille! 

Le syngnathe deux-piquants habile dans la mer des 
ïndes. 13 est varié de jaune et de brun. Les anneaux 
qui composent sa longue cuirasse ne présentent cha- 
cun que quatre pans; et au dessus des yeux on voit 
deux aiguillons courbés en arrière 1 . 

i. A la membrane des branchies • 2 rayons. 

A chaque nageoire pectorale 21 

A celle du dos 34 

A celle de l'anus 4 

Sur le corps 17 anneaux, 

Sur la queue . 4^ 



des poissons. 5oa 

LE SYNGNATHE BARBE 1 , 

Syngnathus barbarus^ Linn., Gmel. , Lacep. , Cuv. 

ET 

LE SYNGNATHE OPHIDION 2 . 

Syngnathus Ophidicn , Linh., Gmel., Lacep., Cuv. 



Non seulement le barbe n'a point de nageoire cau- 
dale , mais encore il n'a pas de nageoire de l'anus. 

i. Cheval marin sexangulaire , Daubenton, Encyclopédie métho- 
dique. 

Id. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 

2. Sea-adder , sur quelques côtes d'Angleterre. 

Hav-hèl, en Suède. 

Fauna suec. 276. 

Otto, schrift. der Berlm. naturf. fr. 5, p. 436. 

« Syngnathus teres , pinnis pectoralibus caudseque carens. » Artedi, 
gen. i,syu. 2, spec. 3. 

Gronov. mus. 1, 11. 2. 

Bloch, pi. 91, fig. 5. 

Klein, miss. pisc. 4> P- 26, n. i5, tab. 5, fig. /1. 

Willughby, Ichth. p. 160. 

Ray., pisc, p. 47- 

Sajori, Kaempfer, Japon, 1, p. i55. 

Little pipe-fish, Brit. Zool. 3, p. îop, n. 5, pi. 6, fig. 3. 

Cheval marin serpent, Daubenton , Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 



3o4 HISTOIRE NATURELLE 

Aussi le voit-on placé dans un cinquième sous-genre 
sur le tableau méthodique de la famille que nous dé- 
crivons. Son corps est d'ailleurs à six pans longitudi- 
naux 1 . 

L'ophidion est encore plus dénué de nageoires : il 
n'en a pas de pectorales; il n'en montre qu'une qui 
est située sur le dos 2 , et qui est assez peu élevée. De 
tous les syngnathes il est celui qui ressemble le plus 
à un serpent, et voilà pourquoi le nom d'OpItidion lui 
a été donné, le mot grec Ophis désignant un serpent. 
Nous avons cru d'autant plus devoir lui conserver cette 
dénomination, que son corps est plus menu et plus 
délié à proportion que celui des autres cartilagineux 
de son genre. Il parvient quelquefois à la longueur 
de deux pieds, ou de plus de sept décimètres. Son 
museau est moins allongé que celui de la trompette. 
Cet animal est verdâtre avec des bandes transversales 
et quatre raies longitudinales , plus ou moins inter- 
rompues, d'un très beau bleu. Il habite dans l'Océan 
septentrional. 

i. A chaque nageoire pectorale du barbe 22 rayons. 

A celle du dos 43 

2. A la membrane des branchies de l'ophidion. ... 2 rayons. 

A la nageoire dorsale 34 



DES poissons. 3o5 

QUINZIÈME ORDRE 

DE LA CLASSE ENTIÈRE DES POISSONS, 

ou 

TROISIÈME ORDRE 

DE LA QUATRIÈME DIVISION DES CARTILAGINEUX. 

Poissons thoracins , ou qui ont une ou deux nageoires 
situées sous le corps, au dessous ou presque au dessous 
des nageoires pectorales. 



DIX-SEPTIEME GENRE. 

LES CYCLOPTÈRES. 

Des dents aiguës aux mâchoires ; les nageoires pecto- 
rales simples; les nageoires inférieures réunies en 
forme de disque. 

PREMIER SOUS-GENRE. 

Les nageoires du dos , de La queue et de L'anus, séparées L'une de L'autre. 

ESPÈCES. CARACTÈRES. 

' . , (Le corps «ami de plusieurs rangs de tuber- 

i. Cycloptere lompf;. \ , r ,° r o 

( cules très durs. 

n y , i'De petites épines sur le corps ; des rayons 

2. Cyr.LOPTERE EPINEUX. I ,.' .. , , ', ., ' . . , J 

( distincts a la première nageoire du dos. 

3. Cycloptère menu. | Trois tubercules sur le museau. 



5o6 



HISTOIRE NATURELLE 



ESPECES. 



CARACTERES. 



4- Cvcloptèue double- (Le derrière de la tête garni , de chaque côté, 

{ d'une épine. 

( Les nageoires pectorales très larges; l'ouver- 

( ture de la bouche tournée vers le haut. 

'L'ouverture de la bouche presque égale à 
la largeur de la tête; les dents fortes, 
coniques, et distribuées en uombre très 
inégal , des deux côtés des deux mâ- 
choires. 

(Le ventre très gonflé par une double et très 

( grande vessie urinaire. 
Les nageoires pectorales situées vers le der- 
rière de la tête; une tache noire sur cha- 
que côté du corps. 
9. Cycloptère spatule. I Le mnseau en forme de spatule. 



EPINE. 

Cycloptère gélati- 
neux. 



6. Cycloptère denté. 



Cycloptère ventru. 



8. Cycloptère bimaculé. 



SECOND SOUS-GENRE. 

Les nageoires du dos, de la queue et de l'anus, réunies. 



EST-ECES. CARACTERES. 

10. Cycloptère liparis. j Sept rayons à la membrane des branchies. 

„ , , (Un seul rayon à la membrane des branchies; 

11. Cycloptère raye. , . J , .. ,. 1 

( des raies longitudinales. 



DES POISSONS. ÔQ-J 

LE CYCLOPTÈRE LOMPE 4 . 

Cyclopterus Lumpus^ Linn., Gmel., Lacep., Cuv. 



Que ceux dont la douce sensibilité recherche avec 
tant d'intérêt, et trouve avec tant de plaisir, les ima- 



i. Lièvre de mer. 

Lump, ou sea-owl, en Angleterre. 
Cock-padd, en Ecosse. 
Haff-poddf ' , en Irlande. 
Snotiolff, clans la Belgique. 
Steinbeit , en Daneniarck. 
Sjurygg'fisk, en Suède. 
Rongkiegse , en Norwége. 
Mus. ad. fr. 1, p. 57. 
Fauna suecica, 3ao. 
It. scan. 188. 

Mull. prodrom. Zool. danic, p. 5g, n. 25. 
Bouclier lompe , Daubenlon, Encyclopédie méthodique. 
Id. Bonnaf erre , planches de l'Encyclopédie méthodique. 
Gronov. , mus. 1, 127; Zooph. 197. 
Bloch , pi. 90. 

Onco tt on , Klein, miss. pisc. l\, p. 4g, n. 1, 2, 3, tab. 14. fig. 5. 
Willughby. Ichthyoî. p. 208, tab. IV, 11. 
Ray., pisc, p. 77. 

Lump-fish, Pennant, Brit. Zool. 3, p. 100, n. 1. 
St,el-nase, haff-padde } Weliï", Ichlh. borussens., p. 24. 
Cyclopterus , Artedi , gen. 62 , syn. 87. 

« Ostracion rotundo-oblongus, tuberculis utrinque, pinua dorsi 
» longissima. » Artedi , gen. 5g, syn. 86. 



O08 HISTOIRE NATURELLE 

ges d'affections touchantes que présentent quelques 
êtres heureux au milieu de l'immense ensemble des 
produits de la création, sur lesquels la nature a si 
inégalement répandu le souffle de la vie et le feu du 
sentiment, écoutent un instant ce que plusieurs na- 
turalistes ont raconté du poisson dont nous écrivons 
l'histoire. Qu'ils sachent que parmi ces innombrables 
habitants des mers , qui ne cèdent qu'à un besoin du 
moment, qu'à un appétit grossier, qu'à une jouis- 
sance aussi peu partagée que fugitive , qui ne con- 
noissent ni mère, ni compagne , ni petits, on a écrit 
qu'il se trouvoit un animal favorisé, qui , par un pen- 
chant irrésistible , préféroit une femelle à toutes les 
autres, s'attachoit à elle, la suivoit dans ses courses, 
l'aidoit dans ses recherches, la secouroit dans ses dan- 
gers, en recevoit des soins aussi empressés que ceux 
qu'il lui donnoit, facilitoit sa ponte par une sorte de 
jeux amoureux et de frottements ménagés; ne per- 
doit pas sa tendresse avec la laite destinée à féconder 
les œufs, mais étendoit le sentiment durable qui l'a- 
nimoit jusqu'aux petits êtres prêts à éclore; gardoifc 

« Orbis britannici sive Oceani species. » Gesiier, German., fol. 85. 
Lumpus Anglorum, Gesner, parai., p. 25, v. 1284. 
Aldrov., lib. 3, cap. 68, p. 479- 

SuetoLt et Bufolt, Rondelet, première partie, liv. i5, chap. 2. 
Jonslon , lib. 1, tit. 1, cap. 3, a. 3, punct. 12, p. 4 2 » ta b. i3, 
fig. 1. 

Charleton , p. i3i. 

Schelham, Anat. xiphi., p. 20. 

« Lepus marinus nostras, orbis species. » Schonev., p. 4 1 - 

Merret, Pin. 186. 

Dale, Hist. of. Haz-v., p. 110. 

Orbis ranœrictu, Clus. Exot., lib. 6, cap. 25. 

Cyclopterus lumpus, Ascagne, quatrième cahier, pi. 34.. 



DES V I S S N S. ' 3o() 

avec celle qu'il avoit choisie, les fruits de leur union ; 
les défendoit avec un courage que la mère éprouvoit 
aussi, et déployoit même avec plus de succès, comme 
plus grande et plus forte ; et, après les avoir préser- 
vés de la dent cruelle de leurs ennemis jusqu'au 
temps où, déjà un peu développés, ils pouvoient au 
moins se dérober à la mort par la fuite, attendoit, 
toujours constant et toujours attentif, auprès de sa 
compagne, qu'un nouveau printemps leur redonnât 
de nouveaux plaisirs. Que ce tableau fasse goûter 
au moins un moment de bonheur aux âmes pures et 
tendres. Mais pourquoi celte satisfaction , toujours si 
rare , doit-elle être pour eux aussi courte que le récit 
qui l'aura fait naître? Pourquoi l'austère vérité or- 
donne-t-elle à l'historien de ne pas laisser subsister 
une illusion heureuse? Amour sans partage, tendresse 
toujours vive , fidélité conjugale , dévouement sans 
bornes aux objets de son affection , pourquoi la pein- 
ture attendrissante des doux effets que vous produisez, 
n'a-t-elle été placée au milieu des mers que par un 
cœur aimant et une imagination riante? Pourquoi faut- 
il réduire ces habitudes durables que l'on s'est plu à 
voir dans l'espèce entière du îompe, et qui seroient 
pour l'homme une leçon sans cesse renouvelée de ver- 
tus et de félicité, à quelques faits isolés, à quelques 
qualités individuelles et passagères, aux produits d'uu 
instinct un peu plus étendu, combinés avec les résul- 
tats de circonstances locales , ou d'autres causes for- 
tuites? 

Mais , après que la rigoureuse exactitude du natu- 
raliste aura éloigné du lompe des attributs que lui 



I.ACEPEDE. VI. 



5lO HISTOIRE NATUHELLE 

avoit accordés une erreur honorable pour ses auteurs, 
le nom de ce cartilagineux rappellera néanmoins en- 
core une supposition toujours chère à ceux qui ne 
sont pas insensibles; il aura une sorte de charme se- 
cret qui naîtra de ce souvenir, et n'attirera pas peu 
l'attention de l'esprit même le plus désabusé. 

Voyons donc quelles sont les formes et les habitu- 
des réelles du lompe. 

Sa tête est courte , mais son front est large. On ne 
voit qu'un orifice à chaque narine, et ce trou est placé 
très près de l'ouverture de sa bouche, qui est très 
grande. La langue a beaucoup d'épaisseur et assez de 
mobilité; le gosier est garni, ainsi que les mâchoires, 
d'un grand nombre de dents aiguës. 

Le long du corps et de la tête régnent ordinaire- 
ment sept rangs de gros tubercules, disposés de ma- 
nière que l'on en compte trois sur chaque côté, et 
qu'un septième occupe l'espèce de carène longitudi- 
nale formée par la partie la plus élevée du corps et 
de la queue. Ces tubercules varient non seulement 
dans le nombre de rangées qu'ils composent, mais 
encore dans leur conformation, les uns étant aplatis, 
d'autres arrondis, d'autres terminés par un aiguillon, 
et ces différentes figures étant même quelquefois pla- 
cées sur le même individu. 

Les deux nageoires inférieures sont arrondies dans 
leur contour, et réunies de manière à représenter, 
lorsqu'elles sont bien déployées, une sorte de bou- 
clier, ou pour mieux dire, de disque; el c'est cette 
réunion, ainsi que cette forme, qui, se retrouvant dans 
toutes les espèces de la même famille, et constituant 



DES POISSONS. Ùl 1 

un des principaux caractères distinctifs de ce genre , 
ont fait adopter ce nom de Cycloptère* qui désigne cette 
disposition de nageoires en cercle , ou plutôt en dis- 
que plus ou moins régulier. 

Le lompe a deux nageoires dorsales , mais la plus 
antérieure n'est soutenue par aucun rayon; et étant 
principalement composée de membranes, de tissu 
cellulaire, et d'une sorte de graisse, elle a reçu le 
nom d'Adipeuse. 

Ses cartilages sont verdâtres. 

Son organe de l'ouïe a paru plus partait que celui 
d'un grand nombre d'autres poissons, et plus propre 
à faire éprouver des sensations délicates ; on a vu , 
dans le fond de ses yeux s des ramifications de nerfs 
plus distinctes; ses nageoires inférieures, réunies en 
disque, ont été considérées comme un siège particu- 
lier du toucher, et une sorte de main assez étendue; 
sa peau n'est revêtue que d'écaillés peu sensibles ; et 
enfin nous venons de voir que sa langue présente une 
surface assez molle , et qu'elle est assez mobile pour 
s'appliquer facilement et par plusieurs points à plu- 
sieurs corps savoureux. 

Voilà donc bien des raisons pour que l'instinct du 
lompe soit plus élevé que celui de plusieurs autres 
cartilagineux, ainsi qu'on l'a observé; et cette petite 
supériorité des résultats de l'organisation du lompe a 
dû servir à propager l'erreur qui l'a supposé attaché à 
sa femelle par un sentiment aussi constant que tendre. 
Il est très rare qu'il parvienne à une longueur d'un 
mètre , ou d'environ trois pieds ; mais son corps est, 
à proportion de cette dimension , et très large et très 
haut. 



312 HISTOIRE NATURELLE 

Sa couleur varie avec son âge; le plus souvent il est 
noirâtre sur le dos, blanchâtre sur les côtés, orangé 
sur le ventre : les rayons de presque toutes les na- 
geoires sont d'un jaune qui tire sur îe rouge ; celle 
de l'anus et la seconde du dos sont d'ailleurs grises 
avec des taches presque noires. 

On rencontre ce poisson dans un grand nombre 
de mers; c'est néanmoins dans l'Océan septentrional 
qu'on le voit le plus fréquemment. Il y est très fécond, 
et sa femelle y dépose ses œufs à peu près vers le temps 
où l'été y commence. 

Il s'y tient souvent attaché au fond de la mer, et 
aux rochers , sous les saillies desquels il se place pour 
éviter plus facilement ses ennemis, pour trouver une 
plus grande quantité des vers marins qu'il recherche, 
ou pour surprendre avec plus d'avantage les petits 
poissons dont il se nourrit. C'est par le moyen de ses 
nageoires inférieures , réunies en forme de disque , 
qu'il se cramponne, pour ainsi dire , contre les rocs, 
les bancs , et le fond des mers ; et il s'y colle en 
quelque sorte d'autant plus fortement que son corps 
est enduit , beaucoup plus que celui de plusieurs 
autres cartilagineux, d'une humeur visqueuse, assez 
abondante surtout auprès des lèvres, et que quel- 
ques auteurs ont en conséquence comparée à de la 
bave. Cette liqueur gluante étant répandue sur tous 
les cycloptères , et tous ces animaux ayant d'ailleurs 
ieurs nageoires inférieures conformées et rapprochées 
comme celle du lompe, ils présentent une habitude 
analogue à celle que nous remarquons dans le poisson 
que nous décrivons. 

On doit avoir observé plusieurs fois deux lompes 



DES POISSONS. 3l3 

placés ainsi très près l'un de l'autre, et long-temps 
immobiles sur les rochers ou le sable des mers. On 
les aura supposés mâle et femelle ; ou aura pris leur 
voisinage et leur repos pour l'effet d'une affection mu- 
tuelle; et on ne se sera pas cru faiblement autorisé à 
leur accorder cette loague fidélité et ces attentions 
durables que l'on s'est plu à représenter sous des cou- 
leurs si gracieuses. 

Au reste , le suc huileux qui s'épanche sur la sur- 
face du lompe, pénètre aussi très profondément dans 
l'intérieur de ce poisson ; et voilà pourquoi sa chair, 
quoique mangeable, est muqueuse, molle, et peu 
agréable. 



LE GYCLOPTERE EPINEUX 

Cyclopterus spinosus 3 Schn. , Cuv. 



Ce poisson diffère du îompe , en ce qu'il a le dos 
et les côtés recouverts d'écaillés inégales en grandeur, 
disposées sans ordre, et dont chacune est garnie, dans 
son milieu , d'un piquant assez long. La première na- 
geoire du dos est d'ailleurs soutenue par six rayons 2 . 

i. Oth. Fabricius , groenlandica , p. i34- 

Bouclier épineux , Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie mélho- 
dique. 

a. A la seconde nageoire du dos. . 11 rayons. 

A chaque nageoire pectorale 2 



5l/|. HISTOIRE NATURELLE 

L'épineux est noirâtre par dessus, etblane par dessous. 
On voit à son palais deux tubercules dentelés. On le 
trouve dans les mers du Nord. 



LE GYGLOPTERE MENU 1 . 

Cyclopterus minutas ^ Linn. , Gmel. , Cuv. 



«a»fe\>«»=— 



Trois tubercules sont placés sur le museau de cet 
animal. Un long aiguillon tient lieu de première na- 
geoire dorsale -. L'on voit de plus , auprès de l'ouver- 
ture de chaque branchie , deux tubercules blancs , 
dont le premier est armé de deux épines , et dont le 
second est moins saillant et hérissé d'aspérités. Les 
lèvres sont doubles ; le contour du palais est garni , 
ainsi que les mâchoires , de très petites dents. L'O- 
céan atlantique est l'habitation ordinaire de cette es- 

A chaque nageoire inférieure . 6 rayons. 

A celle de l'anus 10 

A celle de la queue 10 

i. Pallas, Spicil. zool. 7, p. 12. tab. 2 , fig. 7 et 9. 

Bouclier menu , Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie métho- 
dique. 

2. A la membrane des branchies 4 rayons, 

A la première nageoire dorsale 1 

A la seconde 8 

A chaque nageoire pectorale 16 

A. chaque nageoire inférieure. . 7 

A celle de la aueue. qui est arrondie 10 



DES POISSONS. 3 1 5 

pèce de cycloptère , dont un individu observé par le 
professeur Pallas n'avoit qu'un pouce de longueur. 

LE CYCLOPTÈRE DOUBLE-ÉPINE 1 . 

Lepadogaster dentex s Schn., Pall. 



Les individus de cette espèce, qui paroît réduite 
à des dimensions presque aussi petites que celles du 
cycloptère menu , ne présentent pas de tubercules 
sur leur surface; mais le derrière de leur tête est armé, 
de chaque côté, d'un double aiguillon. Les nageoires 
inférieures du cycloptère double-épine ont d'ailleurs 
une forme particulière à ce cartilagineux. Elles sont 
réunies : mais chacune de ces nageoires offre deux 
portions assez distinctes : la portion antérieure est 
soutenue par quatre rayons , et l'autre en contient 
un nombre extrêmement considérable 2 . Ce cyclop- 
tère vit dans les Indes. 

i. Mus. ad. fr. î, p. 57, tab. 27, Gg. 1. 

Bouclier sans tubercules, Daubenton, Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 

a. A la membrane des branchies 1 rayon. 

A la nageoire dorsale 6 

A chaque nageoire pectorale 21 

A chaque nageoire inférieure 100 

A celle de la queue 10 



5l6 HISTOIRE NATURELLE 

LE CYCLOPTÈRE 1 

GÉLATINEUX, 

Cyclopterus gelatinosm, Linn., Gmel., Cuv. 
LE CYCLOPTÈRE DENTÉ 2 , 

Cyclopterus dentex, Pallas. 

ET LE CYCLOPTÈRE VENTRU 3 . 

Cyclopterus ventricosus , Linn., Gmel., Lacep. 



C'est au professeur Pallas que nous devons la pre- 
mière description de ces trois cycloptères. Le premier 
ne pouvoit pas être mieux désigné que par le nom de 
Gélatineux 3 que nous lui avons conservé. En effet, 
sa peau est molle, dénuée d'écaillés facilement visi- 
bles, gluante, et abondamment enduite d'une humeur 
visqueuse, qui découle particulièrement par vingt- 

i. Pallas, Spicil. zool. 7, p. 19 , tab. 5, fig. 1, 6. 
Bouclier gélatineux , Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie mé- 
thotique. 

2. Pallas, Spicil. zool. 7, p. 6, tab. 1, fig. 1, l\. 

Bouclier denté, Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 

5. Pallas, Spicil. zool. 7, p. i5, tab. -2 , fig. 1, 5. 

Bouclier ventru, Bonnatcrve, planches derEncyclopédiemélhodique. 



DES POISSONS. OI7 

quatre orifices , dont deux sont placés entre cha- 
que narine et l'ouverture de la bouche, et dont dix 
autres régnent depuis chaque commissure des lèvres 
jusque vers l'opercule branchiale qui correspond à 
cette commissure; les lèvres sont doubles, épaises, 
charnues , et l'inférieure est aisément étendue en 
avant et retirée en arrière par l'animal ; les oper- 
cules des branchies sont mollasses ; les nageoires 
pectorales qui sont très larges , les inférieures qui 
sont très petites, la dorsale et celle de l'anus qui 
sont très longues et vont jusqu'à celle de la queue, 
sont flasques et soutenues par des rayons très mous; 
l'ensemble du corps du poisson est pénétré d'une si 
grande quantité de matière huileuse, qu'il présente 
une assez grande transparence ; et tous ses muscles 
sont d'ailleurs si peu fermes , que , même dans l'état 
du plus grand repos du cycloptère, et quelque temps 
après sa mort , ils sont soumis à cette sorte de trem- 
blement que tout le monde connoît et qui appartient 
à la gelée animale récente. Aussi la chair de ce carti- 
lagineux est-elle très mauvaise à manger; et dans les 
pays voisins du Kamtscbalka, auprès desquels on pê- 
che ce cycloptère, et où on est accoutumé à ne nour- 
rir les chiens que de restes de poissons , ces animaux 
mêmes, quoique affamés, ont-ils le dégoût le plus 
insurmontable pour toutes les portions du gélatineux. 
Ce cycloptère parvient ordinairement à la longueur 
d'un demi-mèlre, ou d'environ un pied et demi; son 
corps est un peu allongé, et va en diminuant de gros- 
seur vers la queue ; l'ouverture de sa bouche est tour- 
née vers le haut : sa langue est si petite , qu'on peut 
à peine la distinguer. Un blanc mêlé de rose compose 



5lS HISTOIRE NATURELLE 

sa couleur générale ; les opercules sont d'un pourpre 
foncé , et les nageoires du dos et de l'anus, d'un vio- 
let presque noir 1 . 

Le denté est ainsi nommé à cause de la force de 
ses dents, de leur forme , et de leur distribution ir- 
régulière et remarquable. Elles sont coniques et in- 
égales : on en compte à la mâchoire supérieure, quatre 
à droite, et trois à gauche; et la mâchoire inférieure 
en présente sept à gauche , trois à droite , et dix dans 
le milieu. La peau qui le revêt est un peu dure , mai- 
gre, sans aiguillons, tubercules ni écailles aisément 
visibles, rougeâtre sur la partie supérieure du corps, 
et blanchâtre sur l'inférieure. La tête est aplatie par 
dessus et par dessous , très grande , beaucoup plus 
large que le corps ; et cependant le diamètre trans- 
versal de l'ouverture de la bouche en égale la largeur. 
Les lèvres sont épaisses, doubles, et garnies, sur leur 
surface intérieure , de caroncules charnues et très 
molles. Les opercules des branchies sont durs et éten- 
dus. On voit enfin auprès de l'anus du mâle une pro- 
longation charnue, creuse, percée par le bout, que 
nous remarquerons dans plusieurs autres espèces de 
poissons, et qui sert à répandre sur les œufs la liqueur 
destinée à les féconder 2 . 

i. A chaque membrane branchiale du cycloptère géla- 
tineux 7 rayons. 

A la nageoire dorsale , 5i 

A chaque nageoire pectorale 3o 

A celle de l'anus 4^ 

A celle de la queue 6 

2. A la membrane des branchies du denté 2 rayons. 

A la nageoire dorsale 8 

A chaque nageoire pectorale . . •'. 25 



DES POISSONS. 019 

Le denté a le ventre assez gros; mais le cycloptère 
ventru a cette partie bien plus étendue encore. Elle 
est, dans ce dernier cartilagineux , très proéminente, 
ainsi que son nom l'indique ; et elle est maintenue 
dans cet état de très grand gonflement par une vessie 
urinaire double et très volumineuse. L'ouverture de 
la bouche , qui est très large et placée à la partie 
supérieure de la tête, laisse voir à chaque mâchoire 
un grand nombre de petites dents recourbées, inéga- 
les en longueur, et distribuées sans ordre. Les oper- 
cules des branchies sont attachés, dans presque tout 
leur contour, aux bords de l'ouverture qu'ils doivent 
fermer. La peau dont l'animal est revêtu est d'ail- 
leurs enduite d'une mucosité épaisse; toutes les por- 
tions de ce cycloptère sont un peu flasques ; et une 
couleur olivâtre règne sur presque tout le dessus de 
ce poisson 4 . 

Le ventru vit , ainsi que le gélatineux , dont il par- 
tage jusqu'à un certain point la mollesse, dans la mer 
qui sépare du Kamtschatka 3e nord de l'Amérique : 
on n'y a pas encore observé le denté ; on n'a encore 
vu ce dernier animal que dans les eaux salées qui bai- 
gnent les rivages de l'Amérique méridionale. Au reste, 

A chaque nageoire inférieure. 4 rayons. 

A celle de l'anus ». . . 6 

A celle de la queue, qui est arrondie . 10 

1 . A la membrane des branchies du ventru 4 rayons. 

A la nageoire dorsale io 

A chaque nageoire pectorale 20 

A chaque nageoire inférieure 6 

A celle de l'anus n 

A celle de la queue 10 

Celle dernière est terminée par une ligne presque droite. 



OUO HISTOIRE NATURELLE 

le denté est quelquefois long de près d'un mètre, tan- 
dis que le ventru ne parvient guère qua la longueur 
de trois décimètres, ou d'environ un pied. 






LE CYCLOPTERE BIMACULÉ 1 . 

Cyclopterus bimaculatus, Penn., Lacep. 



On rencontre auprès des côtes d'Angleterre ce car- 
tilagineux, sur lequel on n'aperçoit aucun tubercule 
ni aucune écaille , non plus que sur les trois cyclop- 
tères que nous venons de décrire dans l'article précé- 
dent. La tète de ce poisson , qui n'a présenté jusqu'à 
présent que de petites dimensions, est aplatie par des- 
sus et plus large que le corps. Les nageoires pecto- 
rales sont attachées presque sur la nuque; et au delà 
de chacune de ces nageoires, on voit sur le côté une 
tache noire et arrondie. La tête et le dos sont d'ail- 
leurs d'un rouge tendre , relevé par la couleur des 
nageoires qui sont d'un très beau blanc. Pennant a 
le premier fait connoître ce joli cycloptère, dont la 
nageoire caudale est terminée par une ligne droite. 

i. Pennant, Zool. brilann. 3, supplém., p. 597. 
Bouclier à deux taches, Bonnaterrc , planches de J'Eticyclopédie mé- 
thodique. 



DES POISSONS. 02 1 

LE CYCLOPTÈRE SPATULE 1 . 

Cycbpterus Spatula^kcJLV. (Espèce douteuse.) 



Ce poisson est dénué d'écaillés facilement visibles, 
ainsi que presque tous les cartilagineux de sa famille. 
Sa couleur est d'un rouge foncé; et ce qui le distingue 
des autres cycloptères , c'est que son museau aplati , 
très long, et élargi à son extrémité, a la forme d'une 
spatule. 

i. Borlase , Histoire naturelle de Cornouailles, pi. 25, fig. 2S. 
Bouclier pourpré , Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie métho- 
dique. 



J2'2 HISTOIRE NATURELLE 



LE CYCLOPTERE LIPARIS 1 , 

Cyclopterus Liparis > Linn., Gmel., Làcep. , Cuv. 

ET 

LE CYCLOPTERE RAYÉ 2 . 

Cyclopterus lineatus, Lira., Gaiei.., Lacep. 



Ces deux cycloptères ont beaucoup de rapports 
l'un avec l'autre. Tous les deux se rencontrent dans 
ces mers septentrionales qui paroissent être l'habita- 
tion de choix de presque toutes les espèces de leur 

i. Cyclopterus liparis , barbu, Bloeh, pi. 125, fig. 3. 
Bouclier liparis, Daubentou, Encyclopédie méthodique. 
Jd. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 
Gronov. mus. 2 , 167. 
Act. helvetic 4«p- ^65, tab. 23. 
Act. Haarlem. 1, p. 58i, tab. 9, fig. 3 et 4- 
Kœlreuler, nov. Comment, petropol. 9, p. 6 , tab. 9, fig. 5 et 6. 
Brit. Zool. 5, p. io5 , n. 2. 

Willughby, Ichth. app., p. 17, tab. H, 6, fig. 1. 
Ray., pisc, p. 74, n. 24. 
Borlase, Gornw., f, 28 et 29. 

2. Lepechin, nov. Comment, petropol. 18, p. 522 , tab. 5, fig. 2 
et 3. 

Bouclier rayé, Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie méthodique. 




^ 




KYCLOPTERE L1PAPJS. 2 lÉpADOGASTEKE GOUAN t 3 PEGASE DPAGCXN 4ŒXTIUS- 
OUE ITERASSE 5 CENT. BECASSE. 



DES POISSONS. 02O 

genre connues jusqu'à présent. Ils semblent même 
affectionner tous les deux les portions de ces mers 
les plus voisines du pôle et les plus exposées à la ri- 
gueur du froid. On voit le liparis auprès de presque 
toutes les côtes de la mer Glaciale jusque vers le 
Kamtschatka , et souvent dans les embouchures des 
fleuves qui y roulent leurs glaces et leurs eaux; et c'est 
oarticulièrement dans la mer Blanche que l'on a ob- 
servé le rayé. Ces deux cartilagineux ont la nageoire 
du dos et celle de l'anus longues et réunies avec celle 
de la queue; et leur surface ne présente aucune écaille 
que l'on puisse facilement apercevoir. D'ailleurs le li- 
paris, qui a ordinairement un demi-mètre , ou envi- 
ron un pied et demi , de longueur, montre une ligne 
latérale très sensible , et placée vers le milieu de la 
hauteur du corps. Son museau est un peu arrondi , 
sa tête large et aplatie, l'ouverture de sa bouche assez 
grande, sa lèvre d'en haut garnie de deux courts bar- 
billons ; sa mâchoire supérieure un peu plus avancée 
que l'inférieure, et hérissée, comme cette dernière, 
de dents petites et aiguës, sa chair grasse et muqueuse, 
sa peau lâche et enduite d'une viscosité épaisse 1 . Brun 
sur le dos, jaune sur les côtés et sur la tête, blanc 
par dessous, et quelquefois varié par de petites raies 
et par des points bruns , il a les nageoires brunes, ex- 
cepté les inférieures, qui sont bleuâtres. 11 se nourrit 

1. A la membrane des branchies du liparis 7 rayons, 

A la nageoire dorsale 4 1 

A chaque nageoire pectorale. 34 

A chaque nageoire inférieure 6 

A celle de l'anus 33 

A eelle de la queue, qui est arrondie 10 



52Z(. HISTOIRE NATURELLE 

d'insectes aquatiques, de vers marins, de jeunes pois- 
sons , et répand ou féconde ses œufs sur la fin de l'hi- 
ver ou au commencement du printemps. * 

Le rayé est couleur de marron avec des bandes 
longitudinales blanchâtres, dont les unes sont droites, 
et les autres ondées ; ses lèvres sont recouvertes d'une 
peau épaisse, garnie de papilles du côté de l'intérieur 
de la bouche; son dos est comme relevé en bosse; 
et l'espèce de bouclier formé par les nageoires infé- 
rieures est entourée de papilles rougeâtres 1 . 

i. La nageoire de la queue du rayé est terminée en pointe. 



DES POISSONS. 255 



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DIX-HUITIEME GENRE. 

LES LEPADOGASTÈRES. 

.Les nageoires pectorales doubles; les nageoires infé- 
rieures réunies en forme de disque. 

ESPÈCE. CARACTÈRES. 

/ Deux barbillons entre les narines et les 
liÉPAnoGASTÈRE GOUAiv. j yeux; cinq rayons à la membrane des 
» branchies. 



I.ackpkhe. vi. 



jo.6 HISTOIRE NATIRELLE 

LE LÉPADOGASTERE GOUAN '. 

Lepadogaster Gouan } Lacep., Cuv. 



La famille des lépadogastères a beaucoup de traits 
de ressemblance avec celle des cycloptères; elle est 
liée particulièrement avec cette dernière parla forme 
et par la réunion des nageoires inférieures : mais 
nous avons cru devoir la comprendre dans un genre 
différent, à cause du caractère remarquable qu'elle 
présente, et qui consiste dans le nombre des na- 
geoires pectorales. Ces dernières nageoires sont, en 
effet, au nombre de deux de chaque côté sur les lé- 
padogastères , au lieu qu'on n'en compte que deux 
en tout sur les cycloptères et sur presque tous les 
autres poissons déjà décrits. Nous n'avons encore pu 
inscrire dans le genre dont nous nous occupons, 
qu'une seule espèce , dont nous devons la connois- 
sance au professeur Gouan. Cet habile naturaliste lui 
a donné le nom de Lépadogastère_, à cause de la con- 
formation de ses nageoires inférieures, qui, réunies 
ensemble, offrent l'image d'une sorte de conque. Mais 
comme nous avons adopté cette même dénomination 

i. Gouan, Histoire des poissons , p. 106. 

Bouclier porte-écuelle , Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie mé- 
thodique. 



DES POISSONS. 327 

pour designer le genre de ce poisson, nous avons dû 
donner à cet animal un autre nom qui indiquât son 
espèce , et nous n'avons pas cru pouvoir choisir une 
appellation plus convenable que celle qui retracera 
au souvenir des ichtyologistes le nom du savant pro- 
fesseur qui a décrit le premier et très exactement ce 
cartilagineux. 

Le lépadogastère gouan n'a le corps revêtu d'au- 
cune écaille que l'on puisse apercevoir facilement; 
mais il est couvert de petits tubercules bruns. Son 
mueeau est pointu , sa tête plus large que le tronc, sa 
mâchoire supérieure plus avancée que l'inférieure. 
Deux appendices ou filaments déliés s'élèvent entre 
les narines et les yeux ; et l'on voit , dans l'intérieur 
de la bouche , des dents de deux sortes : les unes 
sont mousses et comme granuleuses, et les autres ai- 
guës , divisées en deux lobes, et recourbées en ar- 
rière. Chaque côté du corps présente deux nageoires 
pectorales, dont l'antérieure est placée un peu plus 
bas que la postérieure. Celle du dos est opposée à 
celle de l'anus; la caudale est arrondie 1 . Il y a sur la 
tête trois taches brunes en forme de croissant, et sur 
le corps une tache ovale parsemée de points blancs. 

L'individu observé par M. Gouan avoit un peu plus 
de trois décimètres de longueur et avoit été pêche 
dans la Méditerranée. 

1. A la membrane des branchies 5 rayons. 

A la nageoire dorsale 11 

A chaque nageoire inférieure 4 

A celle de l'anus 9 



5^8 HISTOIRE NATURELLE 

SEIZIÈME ORDRE 

DE LA CLASSE ENTIÈRE DES POISSONS, 

ou 

QUATRIÈME ORDRE 

DE LA QUATRIÈME DIVISION DES CARTILAGINECX. 

Poissons abdominaux , ou qui ont une ou deux nageoires 
situées sous l'abdomen. 

DIX-NEUVIÈME GENRE. 

LES MACRORHINQIJES. 

Le museau allongé; des dents aux mâchoires ; de petites 
écailles sur le corps. 

ESPÈCE. CARACTÈRE. 

Macrorhinque argenté. | Un seul rayon à chaque nageoire ventrale. 



DES POISSONS. 029 

LE MACRORHINQUE ARGENTÉ 1 . 

Macrorhynckus argenteus^ Lacep. 



Cette espèce de poisson décrite par Osbeck lors 
de son voyage à la Chine, lie par un assez grand nom- 
bre de rapports les syngnathes avec les pégases. Elle 
ne peut cependant appartenir à aucune de ces deux 
familles, et nous avons dû la placer dans u»n genre 
particulier, auquel nous avons donné le nom de Ma- 
crorhinque j pour désigner la forme du museau des 
animaux que nous y avons inscrits. Le macrorhinque 
argenté, la seule espèce que nous ayons encore com- 
prise dans ce genre, a, en effet, le museau non seule- 
ment pointu, mais très long. Les deux mâchoires 
sont d'ailleurs garnies de dents ; on en compte plus 
de trente à la mâchoire supérieure , et celles de la 
mâchoire inférieure sont moins larges et pointues. 
La nageoire du dos s'étend depuis la tête jusqu'à la 
queue; celles de la poitrine sont très près de la tête; 
chacune des ventrales ne présente qu'un seul rayon; 
et le corps de ce cartilagineux , qui est très allongé, 
est, déplus, couvert d'écaillés argentées. 

Ce poisson vit dans la mer. 

1. Osbeck, Voyage à la Chine, p. 107. 

Syngnathe argenté, Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie métho- 
dique. 



ÙÔO 



HISTOIRE N AT lit ELLE 



&*£ o^s^ere^o^H^^ot&^c^ite ^ o ^ o ^ g ftfti wc^o^s^g-^^^a g O ' »» » » 



VINGTIEME GENRE. 

LES PÉGASES. 

Le museau très allongé ; des dents aux mâchoires ; le 
corps couvert de grandes plaques et cuirassé. 

ESPÈCES. CARACTÈRES. 

r. , { Le museau très peu aplati et sans dentelures; 

1. Pégase dragon. \ , r . r , . , , 

{ les nageoires pectorales très grandes. 

r,, ( Le museau aplati et dentelé; les nageoires 

a. Pégase volant. , '. , , ° 

( pectorales très grandes. 

/ Le museau eu forme de spatule et sans den- 

5. Pégase spatule. J telures ; les nageoires pectorales peu 

^ grandes. 



■rngfratm 



DES POISSONS. Jà\ 

LE PÉGASE DRAGON 1 . 

Pegasus Draco, Linn., Gmel.^ Bloc, Lacep. , Guv. 



Presque tous les pégases ont leurs nageoires pec- 
torales conformées et étendues de manière à les sou- 
tenir aisément et pendant un temps assez long, non 
seulement dans le sein des eaux, mais encore au mi- 
lieu de l'air de l'atmosphère, qu'elles frappent avec 
force. Ce sont en quelque sorte des poissons ailés, 
que l'on a bientôt voulu regarder comme les repré- 
sentants des animaux terrestres qui possèdent égale- 
ment la faculté de s'élever au dessus de la surface du 
globe. Une imagination riante les a particulièrement 
comparés à ce coursier fameux que l'antique mytho- 
logie plaça sur la double colline ; elle leur en a donné 
le nom à jamais célèbre. Le souvenir de suppositions 
plus merveilleuses, d'images plus frappantes, de for- 
mes plus extraordinaires, de pouvoirs plus terribles, 

i. Pegasus draconis, dragon de mer, Bloch, pi. 109, fig. 1 et 2. 
Pégase dragon , Daubenton , Encyclopédie méthodique. 
Td. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 
Grouov., Zooph. 356, tab. 12. Gg. 2 et 5. 

« Naja lavet jang kilsjil, klein zeedraakje. » Valent. Ind. 0, p. 428, 
tab. 271. 

Seb. mus. 5, tab, 34, fig. 4- 



552 HISTOIRE NATURELLE 

a vu, d'un autre côté, dans l'espèce de ces animaux 
que l'on a connue la première, un portrait un peu 
ressemblant, quoique composé dans de très petites 
proportions, de cet être fabuleux, qui, enfanté parle 
génie des premiers chantres des nations , adopté par 
l'ignorance, divinisé parla crainte, a traversé tous les 
âges et tous les peuples, toujours variant sa figure fan- 
tastique, toujours accroissant sa vaine grandeur, tou- 
jours ajoutant à sa puissance idéale , et vivra à jamais 
dans les productions immortelles de la céleste poé- 
sie. Ah ! sans doute , ils sont bien légers, ces rapports 
que l'on a voulu indiquer entre de foibles poissons 
volants découverts au milieu de l'Océan des grandes 
Indes, et l'énorme dragon dont la peinture présentée 
par une main habile a si souvent effrayé l'enfance, 
charmé la jeunesse, et intéressé l'âge mûr, et ce che- 
val ailé consacré au dieu des vers par les premiers 
poètes reconnoissants. Mais quelle erreur pourroit ici 
alarmer le naturaliste philosophe? Laissons subsister 
des noms sur le sens desquels personne ne peut se 
méprendre , et qui seront comme le signe heureux 
d'une nouvelle alliance entre les austères scrutateurs 
des lois de la nature, et les peintres sublimes de ses 
admirables ouvrages. Qu'en parcourant l'immense 
ensemble des êtres innombrables que nous cherchons 
à faire connoître, les imaginations vives, les co&urs sen- 
sibles des poëtes ne se croient pas étrangers parmi 
nous. Qu'ils trouvent au moins des noms hospitaliers 
qui leur rappellent et leurs inventions hardies , et 
leurs allégories ingénieuses, et leurs tableaux en- 
chanteurs, et leurs illusions douces; et que, retenus 



DES POISSONS. 333 

par cet attrait puissant au miiieu de nos conceptions 
sévères, ils augmentent le charme de nos contem- 
plations en les animant par leur feu créateur. 

Comme tous les animaux de sa famille, le pégase 
dragon ne parvient guère qu'à un décimètre de lon- 
gueur : il est donc bien éloigné d'avoir dans l'étendue 
de ses dimensions quelque trait de ressemblance 
avec les êtres poétiques dont il réunit les noms Mais 
tout son corps est couvert de pièces inégales en éten- 
due , assez grandes, dures, écailleuses, et par consé- 
quent analogues à celles que l'on a supposées sur 
le corps des dragons; elles sont presque carrées sur 
le milieu du dos, triangulaires sur les côtés; et, in- 
dépendamment de cette cuirasse , la queue, qui est 
longue, étroite, et très distincte du corps, est renfer- 
mée dans un étui composé de huit ou neuf anneaux 
écailleux. Ces anneaux, placés à la suite l'un de l'au- 
tre et articulés ensemble, ont beaucoup de rapports 
avec ceux qui entourent et la queue et le corps des 
syngnathes; comprimés de même par dessus, par des- 
sous, et par les côtés, ils offrent ordinairement quatre 
faces, et composent par leur réunion un prisme à qua- 
tre pans. 

Au dessous du museau, qui est très allongé, un peu 
conique et échancré de chaque côté, on voit l'ouver- 
ture de la bouche située à peu près comme celle des 
squales et des acipensères, et qui , de même que 
celle de ces derniers cartilagineux, a des bords que 
l'animal peut un peu retirer et allonger à volonté. Les 
mâchoires sont garnies de très petites dents : les yeux 
sont gros, saillants, très mobiles, et placés sur les 



.■)34 h i s i o i n e bf at u ue l le 

faces latérales de la tête; l'iris est jaune : l'opercule 

des branchies est rayonné. 

De chaque côté du corps s'avance une prolongation 
couverte d'écaillés, et à l'extrémité de laquelle est 
attachée la nageoire pectorale. Cette nageoire est 
grande, arrondie, et peut être d'autant plus aisément 
déployée, qu'une portion assez considérable de mem- 
brane sépare chaque rayon, et que tous les rayons 
simples et non articulés partent d'un centre, ou d'une 
base très étroite. Aussi le pégase dragon peut-il , 
quand il veut, éviter plus sûrement la dent de son 
ennemi, s'élancer au dessus de la surface de l'eau, 
et ne retomber qu'après avoir parcouru un espace 
assez long. 

On aperçoit sur la partie inférieure du corps, qui 
est très large , une petite éminence longitudinale , à 
laquelle tiennent les nageoires ventrales dont chacune 
ne consiste que dans une sorte de rayon très long , 
très délié, très mou et très flexible. 

La nageoire dorsale est située sur la queue ; elle 
est très petite , ainsi que la caudale et celle de l'anus , 
au dessus de laquelle elle est placée 1 . 

Au reste , le pégase dragon est communément 
bleuâtre , et le dessus de son corps est garni de tu- 
bercules rayonnes et bruns. 

i. A la nageoire dorsale 4 rayon*. 

A chaque nageoire pectorale 9 ou 10 

A chaque nageoire ventrale 1 

A celle de l'anus 5 

A celle de la queue ^ 

Cette dernière est arrondie. 



DES poissons. 335 

Il vit de petits vers marins, d'œufs de poisson , et 
des débris de substances organisées qu'il trouve dans 
la terre grasse du fond des mers. 

LE PÉGASE VOLANT 1 . 

Pegasus volanSj, Linn. , Gmel. , Lacep. , Guv. 



-'—S^t^Q«sar-. 



Nous avons trouvé dans les manuscrits de Gommer- 
son une description très étendue et très bien faite de 
ce pégase, dont on n'a jusqu'à présent indiqué que 
quelques traits, et dont on ne connoît que très im- 
parfaitement la forme ; et c'est d'après le travail de 
ce laborieux naturaliste, que nous allons marquer les 
différences qui séparent du dragon ce cartilagineux. 

Le museau est très allongé, aplati, arrondi et un 
peu élargi à son extrémité. La face inférieure de ce 
museau présente un petit canal longitudinal, ainsi que 
des stries disposées en rayons, et la face supérieure, 
qui montre un sillon semblable, a ses bords relevés 
et dentelés. 

Sur la tête et derrière les yeux , on voit une fossette 

i. Pégase volant, Daubenton , Encyclopédie méthodique. 
Id. Bonnaterre, planches de l'Encylopédie méthodique. 
« Pegasus rostro ensiformi utrinque serrato , cauda? articulis duo-* 
» decim. » Coinmerson , manuscrits déjà cités. 



336 HISTOIRE NATURELLE 

rhomboïdaie ; et derrière le crâne on aperçoit deux 
cavités profondes et presque pentagones. 

Les derniers anneaux de la queue sont garnis d'une 
petite pointe dans chacun de leurs angles antérieurs 
et postérieurs. 

On compte communément douze rayons à chacune 
des nageoires pectorales, qui sont arrondies, très éten- 
dues , et très propres à donner à l'animal une faculté 
de s'élancer dans l'air assez grande pour justifier l'é- 
pithète de Volant qui lui a été assignée. 

Chaque nageoire ventrale est composée d'un ou 
deux rayons très déliés, très longs et très mobiles 1 . 

Le volant habite, comme les autres pégases , dans 
les mers de l'Inde ; mais il paroît qu'on le voit assez 
rarement aux environs de l'Ile de France, où Com- 
merson n'a pu observer qu'un individu desséché de 
celte espèce, individu qui lui avoit été donné par 
l'officier-général Boulocq. 

i. A la nageoire dorsale 5 rayons. 

A celle de l'anus 5 

A celle de la queue, qui est arrondie 8 



DES POISSONS. 55 7 

LE PÉGASE SPATULE 1 . 

Pegasus natans, B.lôch, Lacep., Cuv. 



Ce poisson diffère des deux pégases que nous ve- 
nons de décrire, par la forme de la queue, dont la 
partie antérieure est aussi grosse que la partie posté- 
rieure du corps proprement dit. Le corps est d'ail- 
leurs moins large à proportion de la longueur de l'a- 
nimal; le museau, très allongé, aplati, élargi et arrondi 
à son extrémité, de manière à représenter une spatule, 
n'est point dentelé sur les côtés , et les nageoires pec- 
torales , beaucoup plus petites que celles des autres 
pégases, ne paroissent pas pouvoir donner au carti- 
lagineux dont nous nous occupons, le pouvoir de s'é- 
lancer au dessus de la surface des eaux. Les anneaux 
écailleux qui recouvrent la queue sont plus nombreux 
que sur les autres poissons de la même famille ; on en 
compte quelquefois une douzaine : le prisme, ou plu- 
tôt la pyramide qu'ils composent est à quatre faces, 
dont l'intérieure est plus large que les trois autres ; 
l'anneau le plus éloigné de la tête est armé de deux 
petites pointes. 

i. Pégase nageur, Bloch, pi. 121, Gg. 5, l\. 

Pégase spatule , Daubenton , Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterrc , planches de l'Encyclopédie méthodique. 



358 HISTOIRE NATURELLE 

Le pégase spatule est d'un jaune foncé par dessus , 
et d'un blanc assez pur par dessous. Ses nageoires 
pectorales sont violettes; les autres sont brunes 1 . 

Cet animal n'a été vu vivant que dans les mers des 
grandes Indes ; et cependant parmi les poissons pé- 
trifiés que l'on trouve dans le mont Bolca près de 
Vérone, on distingue très facilement des restes de ce 
pégase 2 . 

i. A la nageoire dorsale 5 rayons. 

A chaque nageoire pectorale 9 

A chaque nageoire inférieure î 

A celle de l'anus 5 

A celle de la queue , qui est arrondie 8 

2. « Pegasus natans, rostro elongato spatulae-formi, corpore oblougo, 
» tetragono. >■• Ichtyolithologie de Vérone, par une société de physi- 
ciens, seconde partie, pi. 5, fig. 5. 



DES POISSONS. 339 

VINGT-UNIÈME GENRE. 

L E S C E N T R I S Q U E S. 

Le museau très allongé; les mâchoires sans dents ; le 
corps très comprimé ; les nageoires ventrales réunies. 

ESPÈCES. CARACTÈRES. 

„ , ( Une cuirasse placée sur le dos, et aussi lon- 

1. Ceivtrisque cuirasse. , r , , , 

( gue que le corps et la queue reunis. 

„ (Une euh dsse placée sur le dos, et plus 

2. C.ENTRISQUE SUMP1T. ,- ., . • 

( courte que le corps et la queue reunis. 
5. Centrisqxje bécasse. I Le dos garni de petites écailles. 



«-u- i a < LM - 



54<) HISTOIRE NATURELLE 



>-^»» s >> » o ft Q^c»o»o»a4.'^»fr»<>a«e^^<^c.e 



LE GENTRISQUE CUIRASSE 4 . 

Centriscus scutatuSj Linn. , Gmel. , Lacep. 



Nous avons vu les ostracions, dont la tête, le corps, 
et une partie de la queue , sont entourés d'une croûte 
solide et préservatrice, représenter, au milieu de la 
nombreuse classe des poissons, la tribu remarquable 
des tortues, qu'une carapace et un plastron très durs 
environnent aussi d'une enveloppe presque impéné- 
trable. Mais parmi ces tortues, et particulièrement 
parmi celles qui, plus rapprochées des poissons, pas- 
sent la plus grande partie de leur vie au milieu des 
eaux salées, il en est qui n'ont reç«u que des moyens 
de défense moins complets : la tortue luth , par exem- 
ple, qui habite dans la mer Méditerranée, n'est à 
l'abri que sous une carapace; elle est dénuée de plas- 
tron; elle n'a qu'une sorte de cuirasse placée sur son 
dos. Elle a aussi son analogue parmi les poissons; et 

i. Centriscus scutatus, bécasse bouclier, Bloch, pi. J23, fig. 2. 
Centrisque cuirassé, Daubenton , Encyclopédie méthodique. 
Id. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 
Gronov. mus. 2, p. 18, n. 171, tab. 7, fig. 5; Zooph.,p. 139, n. 596. 
Amphisilen , Klein, miss. pisc. 4> p- 28, tab. 6, fig. 6. 
Seb. mus. 3, p. 107, tab. 34, fig. 5. 

Ikan pisan , mesvisch, Valent., Ind. 3, p. 420, n. 243, fig. 2/j3, 254- 
Ikan peixe , Ruysch, Theatr. anim.. p. 5, tab. 3, fig. 7. 



DES POISSONS. 7)f\ X 

c'est la famille des centrisques, et surtout le centris- 
que cuirassé, qui, comme la tortue luth, a sur son 
dos une longue cuirasse, terminée, du côté de la 
queue, par une pointe aiguë, laquelle a fait donner à 
tout le genre le nom de Centrisque ou à' Aiguillonne. 
Si les centrisques sont, à quelques égards, une sorte 
de portrait de la tortue luth, ils n'en sont cependant 
qu'une image bien diminuée. Quelle différence de 
grandeur, en effet, entre une tortue qui parvient à 
plus de deux mètres de longueur, et des centrisques 
qui le plus souvent ne sont longs que de deux déci- 
mètres ! Tant la nature, cette cause puissante de toute 
existence, cette source féconde de toute beauté, ne 
cessé de varier par tous les degrés de la grandeur, 
aussi bien que par toutes les nuances des formes, ces 
admirables copies par lesquelles elle multiplie avec 
tant de profusion, et sur la surface sèche du globe, 
et au milieu des eaux, les modèles remarquables sur 
lesquels on seroit tenté de croire qu'elle s'est plu à 
répandre d'une manière plus particulière le feu de la 
vie et le principe de la reproduction. 

D'ailleurs, la cuirasse longue et pointue qui revêt 
le dos des centrisques, au lieu de s'étendre presque 
horizontalement sur un corps aplati comme dans les 
tortues, se plie dans le sens de sa longueur, au dessus 
des animaux que nous allons décrire, pour descendre 
sur les deux côtés d'un corps très comprimé. Cette 
forme est surtout très marquée dans le centrisque 
cuirassé. Ce dernier cartilagineux est, en effet, si 
aplati par les côtés , qu'il ressemble quelquefois aune 
lame longue et large. La cuirasse qui le couvre est 
composée de pièces écailleuses très lisses, attachées 

LACÉPÈDE. Vf. 22 



3,42 HISTOIRE NATURELLE 

ensemble, unies de si près, que l'on ne peut quel- 
quefois les distinguer que très difficilement l'une de 
l'autre , et si transparentes, que l'on aperçoit très ai- 
sément la lumière au travers du dos de l'animal. Au 
reste, cette sorte de demi-transparence appartient, 
d'une manière plus ou moins sensible , à presque 
toutes les parties du corps du centrisque cuirassé. 

La couverture solide qui garantit sa partie supé- 
rieure , est terminée , du côté de la nageoire de la 
queue, par une pointe très allongée, qui dépasse de 
beaucoup le bout de cette nageoire caudale; et cette 
espèce d'aiguillon se divise en deux parties d'égale 
longueur, dont celle de dessus emboîte à demi l'infé- 
rieure, et peut être un peu soulevée au dessus de 
cette dernière. 

Au dessous de ce piquant, et à un grand éloigne- 
ment du corps proprement dit , est la première na- 
geoire dorsale, qui le plus souvent ne renferme que 
trois rayons , et dont la membrane est communément 
attachée à ce même piquant, lequel alors peut être 
considéré comme un rayon de plus de cette première 
nageoire dorsale. 

Le museau est très allongé ; il est d'ailleurs fait en 
forme de tube ; et c'est à l'extrémité de ce long tuyau 
qu'est placée l'ouverture de la bouche. Cet orifice est 
très étroit : mais quelquefois , et surtout après la mort 
de l'animal , la membrane qui réunit les deux longues 
mâchoires dont le tube est composé , se déchire et 
s'oblitère ; les deux mâchoires se séparent presque 
jusqu'au dessous du siège de l'odorat ; l'ouverture de 
la bouche devient très grande, et la mâchoire supé- 
rieure se divise lonsitudinalement en deux ou trois 



DES POISSONS. 345 

pièces qui sont comme les éléments du tuyau formé 
par le museau. La planche sur laquelle on pourra voir 
la figure du centrisque cuirassé, représente l'effet de 
cet accident. 

L'ouverture des narines est double; celle des bran- 
chies est grande et curviligne , l'opercule lisse et 
transparent. 

Chaque côté du corps est garni de dix ou onze piè- 
ces écailleuses , minces, et placées transversalement. 
Elles sont relevées dans leur milieu par une arête ho- 
rizontale ; et la suite de toutes les arêtes qui aboutis- 
sent l'une à l'autre, forme une ligne latérale assez 
saillante. Ces lames sont un peu arrondies dans leur 
partie inférieure , et réunies avec les lames du côté 
opposé par une portion membraneuse , très mince , 
qui fait paroître le dessous du corps très caréné. 

Les nageoires pectorales sont un peu éloignées des 
branchies; les ventrales sont réunies, et de plus si pe- 
tites et si déliées , que souvent elles échappent à l'œil, 
ou sont détachées, par divers accidents, du corps de 
l'anima! 1 . La seconde dorsale, et celle de l'anus, sont 
très près de celle de la queue dont la colonne verté- 
brale est détournée de sa direction, et fléchie, pour 
ainsi dire , en en-bas , par la partie postérieure de la 
cuirasse qui la recouvre. 

Les différentes formes remarquables que nous ve- 

1. A la première nageoire du dos 3 rayons. 

A la seconde 11 

A chaque nageoire pectorale 11 

A la ventrale 5 

A celle de l'anus io 

A celle de la queue, qui est rectiligne 112 



344 HISTOIRE NATURELLE 

rions de décrire , attirent d'ailleurs l'attention par la 
beauté et la richesse des couleurs qu'elles présen- 
tent : le dos est d'un brun-doré brillant, quoique 
foncé ; les côtés sont argentés et jaunes ; le dessous 
du corps est rouge avec des raies transversales blan- 
ches, et presque toutes les nageoires sont jaunâtres. 
Le poisson qui montre cet éclatant assortiment de 
plusieurs nuances, vit, comme les pégases, de petits 
vers marins, et des débris de corps organisés qu'il 
peut trouver dans la vase; mais bien loin de jouir, 
ainsi que les pégases, de la faculté de s'élancer avec 
force au dessus de la surface de l'eau, il est réduit, 
par la petitesse de ses nageoires et la roideur d'une 
grande partie de son corps, à n'exécuter que des 
mouvements peu rapides. Il habite dans les mers de 
l'Inde, ainsi que l'espèce dont nous allons parler. 

LE CENTRISQUE SUMPIT 1 . 

Centriscus velitaris* Linn., Gmel. , Lacep. 



Ce poisson est très petit; il ne parvient ordinaire- 
ment qu'à la longueur de cinq ou six centimètres : sa 

i. Centriscus sumpit. 

Pallas, Spicil. zoolog. 8, p. 36, tab. 4» fig- 8.- 

Centrisr/ue sumpit, Daubeuion , Encyclopédie méthodique- 

Id. Bonnalerre , planches de l'Encyclopédie méthodique 



DES POISSONS. 345 

parure est élégante; l'éclat de l'argent brille sur les 
côtés de son corps, et se change sur sa partie supé- 
rieure en une sorte de couleur d'or un peu pâle , que 
relèvent quelques raies de différentes couleurs et pla- 
cées obliquement. On ne voit sur son dos qu'une 
cuirasse assez courte, en comparaison de celle qui 
garantit l'espèce de centrisque que nous avons déjà 
décrite ; et c'est parce que cette arme défensive ne 
s'étend pas jusqu'à l'extrémité de la queue, que Pa!- 
îas, auquel nous devons fa connoissance de cet ani- 
mal-, l'a désigné par l'épi thè te à'jtrmé à la légère. 
Cette armure moins étendue lui donne d'ailleurs des 
mouvements plus libres, qui s'allient fort bien avec 
l'agrément des couleurs dont il est peint. Au reste, 
cette couverture se termine en pointe, et se réunit, 
pour ainsi dire, à une sorte de piquant couché en ar- 
rière , un peu mobile , très aigu , dentelé , creusé par 
dessous, et placé au dessus d'un second aiguillon 
que le poisson cache à volonté dans une fossette lon- 
gitudinale. À la suite de ces pointes, que l'on peut 
considérer comme une première nageoire dorsale , 
d'autant plus qu'elles sont réunies par une mem- 
brane , on voit la seconde nageoire du dos, dans la- 
quelle on compte douze rayons 1 . Une petite raie sail- 
lante s'étend de chaque cêté , depuis le bout du 
museau jusqu'à l'œil; et un petit aiguillon recourbé 

1. A. la membrane des branchies il y a. .... . 5 rayons. 

A chaque nageoire pectorale i5 

A chaque nageoire ventrale 4 

A celle de l'anus 30 

A celle de la queue 12 



34<3 HISTOIRE NATURELLE 

vers l'anus est placé au devant de cette dernière ou- 
verture. 

LE CENTRISQUE BÉCASSE 1 . 

Centriscus scolopax^ Linn. , Gmel. , Lacep. , Cuv. 



Cet animal, que l'on voit quelquefois dans le mar- 
ché de Rome, et dans ceux des pays voisins, n'est 



1. Centriscus scolopax. 

Trombetta, sur la côte de Gênes. 

Soffietta , aux environs de Rome. 

Elephas. 

Centrisque bécasse, Daubenton, Encyclopédie méthodique. 

Id. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. 

Bécasse, scolopax, ascalopax , Rondelet, Histoire des poissons, 
liv. i5, chap. I\. 

Centriscus squamosus , Bloch, pi. 126, fig. 1. 

Gronov., Zooph., p. 128, n. 5g5. 

Meerschnepf, Jonston , lib. 1, tit. 1, cap. 1, a, tab. 1, n. 9. 

« Solenostomus rostro trientem totius piscis aequante. » Klein, miss, 
pisc. 4 > P- 24, n. 1. 

Gesner, Aquat. , p. 858, icon. anim., p. 11, thierb., p. 4- 

Scolopax, Aldrov., pisc, p. 298. 

Willughby, ichthyol., p. 160, tab. I, 25, fig. 2. 

Trumpet, or bellows fish, Ray., pisc, p. 5o. 

Charleton, Onom., p. 120. 

« Balistes aculeis duobus, loco pinnarum ventralium , solitario intra 
» anutn. » Artedi , gen. 54, syn. 82. 



DES POISSONS. 347 

pas tout-à-fait aussi petit que le sumpit : il présente 
ordinairement une longueur de plus d'un décimètre , 
et se distingue facilement de plusieurs autres poissons 
avec lesquels on l'apporte, par sa couleur qui est 
d'un rouge tendre et agréable. Les pièces qui com- 
posent la couverture supérieure du cuirassé et du 
sumpit, sont remplacées sur le centrisque bécasse 
par des écailles dures, pointues, et placées les unes 
au dessus des autres; mais on voit un piquant à l'ex- 
trémité du dos de ce cartilagineux, comme sur celui 
des poissons de son genre qui sont déjà connus. Cet 
aiguillon très fort, dentelé des deux côtés, et mobile 
de manière à pouvoir être couché dans une fossette, 
est le premier rayon de la nageoire dorsale anté- 
rieure, dans laquelle on compte quatre rayons en 
tout ; la seconde nageoire dorsale est composée de 
dix-sept rayons 1 . L'extrémité du long museau du 
poisson que nous décrivons, est un peu relevée, et 
présente l'ouverture de la bouche, que l'animal peut 
fermer à volonté par le moyen d'un opercule attaché 
au bout de la mâchoire inférieure. C'est la grande 
prolongation de ce museau, et la forme assez ténue 
de celte sorte de tuyau , qui ont fait comparer le 
cartilagineux dont nous nous occupons, tantôt à une 
bécasse, et tantôt à l'un des quadrupèdes les plus 
éloignés de ce poisson par les divers traits de leur 
conformation, ainsi que par l'énormité de leur taille, 

1. A la membrane des branchies 3 rayons. 

A chaque nageoire pectorale 17 

A chaque nageoire inférieure 5 

A celle de l'anus 18 

A celle de la queue, qui est arrondie. ..'.... o 



3/|& HISTOIRE NATURELLE 

à l'éléphant, dont le nez s'étend cependant en une 
trompe bien différente , dans son organisation , du 
museau d'un centrisque. La figure de ce même mu- 
seau a fait aussi donner le nom de Soufflet à la bé- 
casse, dont on s'est beaucoup occapé, parce que ce 
poisson a une chair délicate. Le premier rayon des 
nageoires pectorales de ce centrisque est très long; 
les nageoires inférieures sont très petites, et l'animai 
peut les cachet aisément dans un sillon osseux. 



DES POISSONS. 349 



*..3*9^83 ' r ^ i Q^ l Q^^^Q^^^^^^^i^^'^^.Q^J^^<^pQQ^ 



POISSONS OSSEUX. 



JLorsque noas avons, par la pensée, réuni autour de 
nous les diverses espèces de poissons qui peuplent 
les mers ou les eaux douces du globe , lorsque nous 
les avons contraintes, pour ainsi dire,, à se distribuer 
en différents groupes, suivant l'ordre des rapports 
qui les distinguent, nous les avons vues se séparer en 
deux immenses tribus. D'un côté ont paru les pois- 
sons cartilagineux; de l'autre, les osseux. Nous nous 
sommes occupés des premiers; examinons avec soin 
les seconds. Nous avons assez indiqué les différences 
qui les séparent ; exposons donc, au moins rapide- 
ment, les ressemblances qui les rapprochent. Elles 
sont grandes, en effet, ces ressemblances qui les 
lient. Les formes extérieures, les organes intérieurs, 
les armes pour attaquer, les boucliers pour se défen- 
dre , la puissance pour nager, l'appareil pour le vol, 
et jusqu'à cette faculté invisible et terrible de faire 
éprouver à de grandes distances des commotions vio- 
lentes et soudaines, tous ces attributs que nous avons 
remarqués dans les cartilagineux, nous allons les re- 
trouver dans les osseux. Nous pouvons, par exemple ., 
opposer aux pétromyzons et aux gastrobranches , les 
cécilies, les murènes, les ophis; aux raie , les pieu- 



JOO HISTOIRE NATURELLE 

ronectes; aux squales, les ésoces ; aux acipensères , 
les loricaires; aux syngnathes, les fistulaires ; aux 
pégases, les trigles et les exocets; aux torpilles et an 
tétrodon électrique, le gymnote et le silure, égale- 
ment électriques ou engourdissants. A la vérité, les 
diverses conformations des cartilagineux ne se ren- 
contrent dans les osseux qu'altérées, accrues, dimi- 
nuées, ou du moins différemment combinées; mais 
elles reparoissent avec un assez grand nombre de leurs 
premiers traits, pour qu'on les reconnoisse sans 
peine. Elles annoncent toujours l'identité de leur 
origine ; elles attestent l'unité du modèle d'après le- 
quel la nature à façonné toutes les espèces de pois- 
sons qu'elle a répandues au milieu des eaux. Et que 
ce type de la vitalité et de l'animalité de ces innom- 
brables animaux est digne de l'attention des philoso- 
phes ! 11 n'appartient pas, en effet, exclusivement à 
la grande classe dont nous cherchons à dévoiler les 
propriétés : son influence irrésistible embrasse tous 
les êtres qui ont reçu la sensibilité. Bien plus, son 
image est empreinte sur tous les produits de la ma- 
tière organisée. La nature n'a, pour ainsi dire, créé 
sur notre globe qu'un seul être vivant, dont elle a 
ensuite multiplié des copies plus ou moins modifiées. 
Sur la planète que nous habitons , avec la matière 
brute que nous foulons aux pieds, au milieu de l'at- 
mosphère qui nous environne, à la distance où nous 
sommes placés des différents corps célestes qui cir- 
culent dans l'espace, et sous l'empire de cette loi 
qui commande à tous les corps et les fait sans cesse 
graviter les uns vers les autres, il n'y avoit peut-être 
qu'un moyen unique de départir aux agrégations de 



DES POISSONS. 00 1 

la matière la force organique, c'est-à-dire, le mou- 
vement de la vie et la chaleur du sentiment. Mais 
comme cette cause première présente une quantité 
infinie de degrés de force et de développement, et 
que, par conséquent, elle a donné naissance à un 
nombre incalculable de résultats produits par les dif- 
férentes combinaisons de cette série immense de de- 
grés, la nature a pu être aussi admirable par la variété 
des détails qu'elle a créés, que par la sublime simpli- 
cité du plan unique auquel elle s'est asservie. C'est 
ainsi qu'en parcourant le vaste ensemble des êtres qui 
s'élèvent au dessus de la matière brute, nous voyons 
une diversité, pour ainsi dire, sans bornes, de gran- 
deur, de formes et d'organes, devenir, par une suite 
de toutes les combinaisons qui ont pu être réalisées, 
le principe et le résultat d'une intussusception de 
substances très divisées, de l'élaboration de ces sub- 
stances dans des vaisseaux particuliers, de leur réu- 
nion dans des canaux plus ou moins étendus, de leur 
mélange pour former un liquide nutritif. C'est ainsi 
qu'elle est la cause et l'effet de l'action de ce liquide, 
qui, présenté dans un état de division plus ou moins 
grand aux divers fluides que renferment l'air de l'at- 
mosphère , ou l'eau des rivières et des mers , se com- 
bine avec celui de ces fluides vers lequel son essence 
lui donne la tendance la plus forte, en reçoit des 
qualités nouvelles, parcourt toutes les parties suscep- 
tibles d'accroissement ou de conservation, maintient 
dans les fibres l'irritabilité à laquelle il doit son mou- 
vement, devient souvent, en terminant sa course 
plus ou moins longue et plus ou moins sinueuse, une 
nouvelle substance plus active encore, donne par 



OD2 HISTOIRE NATURELLE 

cette métamorphose à l'être organisé le pouvoii* de 
sentir, ajoute à la l'acuité d'être mû celle de se mou- 
voir, convertit une sujétion passive en une volonté 
efficace, et complète ainsi la vie et l'animalité. 

Nous venons de voir que les mêmes formes exté- 
rieures et intérieures se présentent dans les poissons 
cartilagineux et dans les poissons osseux : les résultats 
de la conformation prise dans toute son étendue doi- 
vent donc être à peu près les mêmes dans ces deux 
sous-classes remarquables. Et voilà pourquoi les os- 
seux nous offriront des habitudes analogues à celles 
que nous avons déjà considérées en traitant des carti- 
lagineux, non seulement daus la manière de venir à la 
lumière, mais dans celle de combattre, de fuir, de se 
cacher, de se mettre en embuscade, de se nourrir, 
de rechercher les eaux les plus salutaires , la tempéra- 
ture la plus convenable, les abris les plus sûrs. Voilà 
pourquoi encore nous verrons dans les osseux, comme 
dans les cartilagineux, l'instinct se dégrader à mesure 
que des formes très déliées et un corps très allongé 
seront remplacés par des proportions moins propres à 
une grande variété de mouvements , et surtout par un 
aplatissement très marqué. JNous verrons même ce 
décroissement de l'intelligence conservatrice dont 
nous avons déjà parlé 1 , se montrer avec bien plus de 
régularité dans les poissons osseux que dans les carti- 
lagineux, parce qu'il n'y est pas contre-balancé, comme 
dans plusieurs de ces derniers, par des organes parti- 
culiers propres à rendre à l'instinct plus de vivacité 
que ne peuvent lui en ôter les autres portions de l'or- 
ganisation. 

;, Discours sur la nature dos poissons. 



DES POISSONS. Ôil.» 

En continuant de considérer dans tout leur ensem- 
ble les osseux et les cartilagineux, nous remarque- 
rons que les premiers comprennent un bien plus 
grand nombre d'espèces rapprochées de nos demeu- 
res par leurs habitations, de nos besoins par leur uti- 
lité, de nos plaisirs par leurs habitudes. C'est prin- 
cipalement leur histoire qui, entraînant facilement 
la pensée hors des limites et des lieux et des temps, 
rappelle à notre esprit, ou , pour mieux dire , à notre 
cœur attendri, et les ruisseaux, et les lacs, et les 
fleuves, et les jeux innocents de l'enfance, et les 
joyeux amusements d'une jeunesse aimante sur les 
bords verdoyants de ces eaux romantiques. On ébranle 
vivement l'imagination en peignant l'immense Océan 
qui soulève majestueusement ses ondes, et les flots 
tumultueux mugissant sous la violence des tempêtes, 
et les énormes habitants des mers resplendissants au 
milieu de l'éclatante lumière de la zone torride , ou 
luttant avec force contre les énormes montagnes de 
glace des contrées polaires : mais on émeut profon- 
dément l'âme en lui retraçant Sa surface tranquille 
d'un lac qui réfléchit la clarté mélancolique de la 
lune, ou le murmure léger d'une rivière paisible qui 
serpente au milieu de bocages sombres, ou les mou- 
vements agiles, les courses rapides, et, pour ainsi 
dire , les évolutions variées de poissons argentés , 
qui, en se jouant au milieu d'un ruisseau limpide, 
troublent seuls le silence et la paix d'une rive ombra- 
gée et solitaire. Les premiers tableaux sont pour le 
génie ; les seconds appartiennent à la touchante sen- 
sibilité. 



554 HISTOIRE NATURELLE 



-, l/VWWVX \ X VWWIVWM -W\ WV\ \*VW\ "V\^A- 'WVY'WW'V W^AA-VX /VWWVM \V\VY\ V\ 1\A V\\ V\/WV^ 



DES GENRES 

DES POISSONS OSSEUX. 



CLASSE DES POISSONS. 

LE SANG 110UGE ; DES VERTÈBRES; DES BRANCHIES 
AU LIEU DE POUMONS. 



SECONDE SOUS-CLASSE. 

POISSONS OSSEUX. 

Les parties solides de l'intérieur du corps, osseuses. 



PREMIÈRE DIVISION 

DE LA SECONDE SOUS-CLASSE, 

oc 

CINQUIÈME DIVISION 

DE LA CLASSE DES POISSONS. 

Un opercule branchial 3 et une membrane branchiale. 



DES POISSONS. 



555 



DIX-SEPTIÈME ORDR 



DE LA C TASSE ENTIÈRE DES POISSONS 



PREMIER ORDRE 



DE LA PREMIERE DIVISION DES OSSF.UX. 



POISSONS APODES. 

*oint de nageoires inférieures entre Le museau et l'anus. 



GENRES. 

2 '2. Cécilie. 

20, Monoptère. 

2 4- Leptocépiiale. 

25. Gymnote. 

26. TniCHIURE. 

27. NoTOPTERE. 

28. Opmsube. 



CARACTERES. 

(Point de nageoires, l'ouvcrlure des bran- 

( chies sons le cou. 

/ Point d'autre nageoire que celle de la queue; 

| les ouvertures des narines placées entre 

\ les yeux. 

/Point de nageoires peccorales ni caudales; 

] l'ouverture des branchies située en par- 

^ tie au dessous de la tête. 

( Des nageoires pectorales et de l'anus ; point 

{ de nageoires du dos ni de la queue. 

/ Point de nageoire caudale ; le corps et la 

) queue très allongés, très comprimés, et 

) en forme de lame; les opercules des bran- 
chies placés très près des j'eus. 
Des nageoires pectorales, de l'anus et du 
dos; point de nageoire caudale ; le corps 
très court. 

/Point de nageoire caudale ; le corps et la 
queue cylindriques et très allongés rela- 
tivement à leur diamètre; la tête petite; les 
narines lubulées ; la nageoire dorsale et 
celle de l'anus très longues et très basses. 



5(3 



HISTOIRE NATURELLE 



GENRES. 
29. Triure. 

5o. Aptéronote. 

5i. Régalec. 

52. OnONTOGNATHE. 

55. Murène. 
54- Ammodtte, 

55. OrniDiE. 

36. Macrognathe. 

57. Xiphias. 



58. Makaika. 



CARACTERES. 

fLa nageoire de la queue très courte; celle 
du dos et celle de l'anus étendues jus- 
qu'au dessus et au dessous de la queue; 
le museau avancé en forme de tube ; une 
seule dent à chaque mâchoire. 

Une nageoire de la queue; point de nageoire 
du dos; les mâchoires non extenoibles. 

Des nageoires pectorales, du dos , et de la 
queue; point de nageoire de l'anus , ni 
de série d'aiguillons à la place de cette 
dernière nageoire ; le corps et la queue 
très allongés. 

Une lame longue, large, recourbée; den- 
telée, placée de chaque côté de la mâ- 
choire supérieure , et entraînée par tous 
les mouvements de la mâchoire de des- 
sous. 

Des nageoires pectorales, dorsale, caudale 
et de l'anus; les nageoires tubulées; les 
yeux voilés par une membrane; le corps 
serpenliforme et visqueux. 

Une nageoire de l'anus ; celle de la queue 
séparée de la nageoire de l'anus et de celle 
du dos; la tête comprimée et plus étroite 
que le corps; la lèvre supérieure double: 
la mâchoire inférieure étroite et pointue: 
le corps très allongé. 
La tête couverte de grandes pièces écailleu- 
ses ; le corps et la queue comprimés 
eu forme de lame, et garnis de petites 
écailles ; la membrane des branchies très 
large; les nageoires du dos , de la queue 
et de l'anus , réunies. 
La mâchoire supérieure très avancée et en 
forme de trompe ; le corps et la queue 
comprimés comme une lame; les nageoi- 
res du dos et de l'anus distinctes de celle 
de la queue. 
- La mâchoire supérieure prolongée en forme 
\ de lame ou d'épée, et d'une longueur au 
| moins égale au tiers de la longueur totale 
" de l'animal. 

/ La mâchoire supérieure prolongée en forme 

de lame d'épée , et d'une longueur égale 

*> au cinquième oh tout au plus au quart de 



DES -POISSONS. 



3-57 



GENRES. 
58. Makaira. 

09. Anarhique. 

40. CoSlÉPIIORE. 

4 1 . Stromatée. 

42. Rhombe. 



CARACTERES. 

la longueur totale de l'animal; deux bou- 
cliers osseux et lancéolés de chaque côté 
de l'extrémité de la queue; deux nageoires 
dorsales. 

Le museau arrondi; plus de cinq dénis co- 
liques ; des dents molaires en haut et en 
bas; une longue nageoire dorsale. 

'Le corps allongé et comprimé ; la tête et 
l'ouverture de la bouche très grandes ; le 
museau large et déprimé ; les dents très 
petites; deux nageoires dorsales; plusieurs 
rayons de la seconde, garnis de longs fila- 
ments. 

j Le corps très comprimé et ovale. 

/Le corps très comprimé et assez court; cha- 

i que cô lé de l'animal représentant une sorte 
de rhombe ; des aiguillons ou rayons non 
articulés aux nageoires du dos ou de 
l'anus. 



DIX-HUITIEME ORDRE 



>E LA CLASSE ENTIERE DES POISSONS 



SECOND ORDRE 



DE LA PREMIERE DIVISION DES OSSEUX. 



POISSONS JUGULAIRES. 

Des nageoires situées sous la gorge. 



GENRE. 



45. MURÉNOÏDE. 



LACEPEDE. VI. 



CARACTERES. 



Un seul rayon à chacune des nageoires ju- 
) gulaires ; trois rayons à la membrane des 
) branchies ; le corps allongé , comprimé , 
^ et en forme de lame. 



558 



HISTOIRE NATURELLE 



GENRES. 



44- Callionyme. 



45. Calliomore. 



46. Uranoscope. 



4/. TRAClirVE. 



48. Gade. 



49. Batrachoïde. 



5o. Blsmnie. 



5i. Oligopode. 



52. Kuute. 



CARACTERES. 

La tête plus grosse que le corps ; les ouver- 
tures branchiales sur la nuque; les na- 
geoires jugulaires très éloignées lune de 
l'autre ; te corps et la queue garnis dé- 
cailles à peine visibles. 

La tête plus grosse que le corps ; les ouver- 
tures branchiales placées sur les côtés de 
l'animal; les nageoires jugulaires ti es éloi- 
gnées l'une de l'autre; ie corps et la queue 
garnis d'écaillés à peine visibles. 

/La tête déprimée, et plus grosse que le 
corps ; les yeux sur la partie supérieure 
de la tête, et très rapprochés; la mâchoire 
inférieure beaucoup plus avancée que la 
supérieure; l'ensemble formé par le corps 
et la queue , presque conique , et revêtu 
d'écaillés très faciles à distinguer; chaque 
opercule branchial composé d'une seule 
pièce , et garni d'une membrane ciliée. 
/La tête comprimée, et garnie de tubercules 
I ou d'aiguillons ; une ou plusieurs pièces 
^ de chaque opercule, dentelées; le corps 
et la queue allongés, comprimés, et cou- 
verts de petites écailles ; l'anus situé très 
près des nageoires pectorales. 
La tête comprimée; les yeux peu rapprochés 
l'un de l'autre , et placés sur les côtés 
de la tête ; le corps allongé , peu com- 
primé , et revêtu de petites écailles; les 
f opercules composés de plusieurs pièces , 
^ et bordés d'une membrane nou ciliée. 
/ La tête très déprimée et très large; l'ouver- 
1 ture de la bouche très grande; un ou plu- 
\ sieurs barbillons attachés autour ou au 
' dessous de la mâchoire inférieure. 

Le corps et la queue allongés et comprimés; 
deux rayons au moins, et quatre rayons au 
plus à chacune des nageoires jugulaires. 

Une seule nageoire dorsale; cette nageoire 
du dos commençant au dessus de la tête, 
els'étendant jusqu'à la nageoire caudale, 
ou à peu près: un seul rayon à chaque 
nageoire jugulaire. 

c Le corps très comprimé et caréné par dessus 
{ ainsi que par dessous ; le corps élevé. 



GENRE. 



55. Cheysostrome. 



DES POISSONS. 



55g 



CARACTERES. 



/ Le corps et la queue très hauts , très com- 

) primés , et aplatis latéralement de ma- 

| nière à représenter un ovale; une seule 

nageoire dorsale. ; 



DIX- NEUVIEME ORDRE 



DE LA CLASSE ENTIERE DES rOISSONS, 



TROISIEME ORDRE 



DE LA PREMIERE DIVISION DES OSSEUX. 



POISSONS THORACINS. 



Des nageoires inférieures placées sous la poitrine et au 
dessous des pectorales. 



GENRES. 

54. Lépidope. 

55. Hiatule. 

56. Cépole. 

57. T^nioïde. 



CARACTERES. 

Le corps très allongé et comprimé en forme 
de lame ; un seul rayon aux nageoires 
thoracines et à celle de l'anus. 
| Point de nageoire de l'anus. 
Une nageoire de l'anus ; plus d'un rayon à 
chaque nageoire thoracine ; le corps et 
la queue très allongés et comprimés en 
forme de lame ; le ventre à peu près de 
la longueur de la tête; les écailles très 
petites. 
/ Une nageoire de l'anus ; les nageoires pec- 
I torales en forme de disque, et composées 
I d'un grand nombre de rayons ; le corps 
et la queue très allongés et comprimés en 



i6o 



HISTOIRE NATIF. EL LE 



GENRES. 

57. TiENIOÏDE. 

58. Gobie. 
5g. Gobioïde. 

60. GoBIOMORE. 

61. GoBIOIUOROÏDE. 
6 '2 . G OBIESOCE. 

65. Se OMBRE. 
64- ScOMBEUOÎDE. 

65. Caranx. 

66. Tracuikote. 



CARACTERES. 

/ forme de lame ; le ventre à peu près de 
\ la longueur de la t'êle; les écailles très pe- 
ï tites ; les yeux à peine visibles ; point de 

nageoire caudale. 
( Les deux nageoires thoracines réunies l'une 
i à l'autre ; deux nageoires dorsales. 
/ Les deux nageoires thoracines réunies l'une 
) à l'autre; une seule nageoire dorsale; la 
t têtepetite; les opercules attachés dans une 
^ grande partie de leur contour. 
Les deux nageoires thoracines non réunies 
l'une à l'autre ; une seule nageoire dor- 
sale ; la tête petite ; les yeux rapprochés; 
les opercules attachés dans une grande 
partie de leur contour. 

Les deux nageoires thoracines non réunies 
l'une à l'autre; une seule nageoire dor- 
sale ; la tête petite ; les yeux rapprochés; 
les opercules attachés dans une grande 
partie de leur contour. 
Les deux nageoires thoracines non réunies 
l'une à l'autre ; une seule nageoire dor- 
sale; cette nageoire courte et placée au 
] dessus de l'extrémité de la queue , très 
r près de la nageoire caudale ; la têle très 
V_ grosse et plus large que le corps. 
/Deux nageoires dorsales; une ou plusieurs 
petites nageoires au dessus et au dessous 
de la queue ; les côtés de la queue caré- 
nés, ou une petite nageoire composée de 
deux aiguillons réunis par une membrane 
au devant de la nageoire de l'anus. 
/ De petites nageoires au dessus et au dessous 
de la queue ; une seule nageoire dorsale ; 
plusieurs aiguillons au devant de la na- 
geoire du dos. 
Deux nageoires dorsales ; point de petites 
nageoires au dessus ni au dessous de la 
queue ; les côtés de la queue relevés lon- 
gitudinalement en carène , ou une petite 
nageoire composée de deux aiguillons et 
d'une membrane au devant de la nageoire 
de l'anus. 
Deux nageoires dorsales ; point de petites 
nageoires au dessus ni au dessous de la 
queue ; les côtés de la queue relevés Ion- 



J5ES POISSONS. 



36 



GENRES. 



66. Tuachiivote. 



67. Gabanxojioue. 



68. C/esjo. 



69. (Lesiomore. 



70. CORIS. 



71. GoMPHOSE. 



CARACTERES. 

giludinalement en carène , ou une petite 
nageoire composée de deux aiguillons el 
d'une membrane au devant de la nageoire 
de l'anus ; des aiguillons cachés sous la 
peau au devant des nageoires dorsales. 

Une seule nageoire dorsale; point de petites 
nageoires au dessus ni au dessous de la 
queue; les côtés de la queue relevés lou- 
gitudinalement en carène, ou une petite 
nageoire composée de deux aiguillons 
et d'une membrane au devant de la na- 
geoire de l'anus, ou la nageoire dorsale 
très prolongée vers celle de la queue; la 
lèvre supérieure très peu extensible ou 
non extensible ; point daiguillons isolés 
au devant de la nageoire du dos. 

Une seule nageoire dorsale; point de petites 
nageoires au dessus ni au dessous de la 
queue ; les côtés de la queue relevés lon- 
gitudinalement en carène, ou une petite 
nageoire composée de deux aiguillons 
et dune membrane au devant de la na- 
geoire de l'anus , ou la nageoire dorsale 
très prolongée vers celle de la queue ; la 
lèvre supérieure très extensible ; point, 
d'aiguillons isolés au devant de la na- 
geoire du dos. 

/Une seule nageoire dorsale ; point de petites 
nageoires au dessus ni au dessous de la 
queue; point de carène latérale à la queue, 
ni de petite nageoire au devant de celle 
de l'anus ; des aiguillons isolés au devant 
de la nageoire du dos. 

'La tête grosse et plus élevée que le corps ; 
le corps comprimé et très allongé ; le pre- 
mier ou le second rayon de chacune des 
nageoires thoracines une ou deux l'ois 
plus allongé que les autres ; point d'écail- 
lés semblables à celles du dos sur les oper- 
cules ni sur la télé, dont la couverture 
lamelleuse et d'une seule pièce représente 
une sorte de casque. 

Le museau allongé en forme de clou ou de 
masse; la tête et les opercules dénués d'é- 
cailles semblables à celles du dos. 



36 a 



HISTOIRE NATURELLE 



GENRES. 



72. Nason. 



7O. KlPHOSE. 



74. OSPHHONÈME, 



/5. Trichopode. 



76. Monodactyle. 



77. PlECTORHINQUE. 



78. PoGOMAS. 



79. BoS m RTCHE. 



80. BoSTRYCHOÎDE. 



CARACTÈRES. 
Une protubérance en forme de corne , ou 
de grosse loupe , sur le nez ; deux plaques 
ou boucliers de chaque côté de l'extré- 
mité de la queue ; le corps et la queue 
recouverts d'une peau rude et comme 
chagrinée. 

Le dos très élevé au dessus d'une ligne tirée 
depuis le bout du museau jusqu'au milieu 
de la nageoire caudale ; une bosse sur la 
nuque; des écailles semblables à celles 
du dos sur la totalité ou une grande par- 
tie des opercules, qui ne sont pas den- 
\ télés. 

/ Cinq ou six rayons à chaque nageoire tho- 
j racine; le premier de ces rayons aiguil- 
J lonné , et le second terminé par un fila- 
^ ment très long. 

/ Un seul rayon beaucoup plus long que le 
l corps à chacune des nageoires thoraci- 
> cines; une seule nageoire dorsale. 
Un seul rayon très court et à peine visible 
à chaque nageoire thoracine ; une seule 
nageoire dorsale. 
Une seule nageoire dorsale ; point d'aiguil- 
lons isolés au devant de la nageoire du 
dos , de carène latérale ni de petite na- 
geoire au devant de celle de l'anus ; les 
lèvres plissées et contournées; une ou 
plusieurs lames de l'opercule branchial, 
dentelées. 

'Une seule nageoire dorsale; point d'aiguil- 
lons isolés au devant de la nageoire du 
dos , de carène latérale ni de petite na- 
geoire au devant de celle de l'anus ; un 
très grand nombre de petits barbillons a 
la mâchoire inférieure. 
^Le corps allongé et serpentiforme; deux na- 
geoires dorsales , la seconde séparée de 
celle de la queue ; deux barbillons à la 
mâchoire supérieure; les yeux assez grands 
et sans voile. 
/Le corps allongé et serpentiforme: une seule 
i nageoire dorsale ; celle de la queue sépa- 
{ rée de celle du dos , deux barbillons à la 
F mâchoire supérieure;lesyeuxassezgrands 
\ et sans voile. 



DES POISSONS. 



36: 



GENRES. 

8 1 . echeneis. 
82. Macrourk. 

S3. Coryphène. 



84. 11ÉM1PTÉROÎNOTE. 



85. CoRYPHENOÏDE. 



86. AsPIDOPHORE. 



87. AsPIDOPHOROÏDE. 



88. Cotte. 



CARACTÈRES. 

Un plaque très grande, ovale, composée de 
lames transversales, el placée sur la lêle, 
qui est déprimée. 
(Deux nageoires sur le dos; la queue deux 
i l'ois plus longue que le corps. 
Le sommet de la tête très comprimé , et 
comme tranchant par le haut , ou très 
élevé et finissant sur le devant par un plan 
presque vertical, ou terminé antérieure- 
ment par un quart de cercle , ou garni 
i d'écaillés semblables à celles du dos ; une 
1 seule nageoire dorsale , et cette nageoire 
[ du dos presque aussi longue que le corps 
\ et la queue. 

/Le sommet de la tête très comprimé , et 
comme tranchant par le haut, ou très 
1 élevé et finissant sur le devant par un plan 
I presque vertical , ou terminé antérieure- 
| ment par un quart de cercle, ou garni 
; d'écaillés semblables à celles du dos ; une 
J seule nageoire dorsale, et la longueur de 
I cette nageoire du dos ne surpassant pas 
' ou surpassant à peine la moite de la lon- 
\ gueur du corps et de la queue- pris en- 
\ semble. 

/Le sommet de la tête très comprimé , et 
comme tranchant par le haut, ou très 
i élevé et finissant sur le devant par un pian 
1 presque vertical, ou terminé antérieure- 
ment par un quart de cercle, ou garni 
d'écaillés semblables à celles du dos ; une 
seule nageoire dorsale ; l'ouverture des 
branchies ne consistant que dans une 
fente transversale. 
/ Le corps et la queue couverts d'une sorte 
1 de cuirasse écailleuse ; deux nageoires 
i sur le dos; moins de quatre rayons aux 
nageoires thoracines. 

!Le corps et la queue couverts d'une sole 
de cuirasse écailleuse ; une seule nageoire 
sur le doe ; moins de quatre rayons aux 
nageoires thoracines. 
(La tête plus large que le corps, la forme 
générale un peu conique; deux nageoires 
sur le dos; des aiguillons ou des tuber- 
\ cules sur la tête ou sur les opercules des 
f branchies ; plus de trois rayons aux na- 
\ geoircs thoracines. 



364 



HISTOIRE NATURELLE 



GENRES. 



89. ScORPENE. 



90. 



SCOMBÉROMOKE. 



9 1 . Gastérostée. 



92. 



9 Û. 



Centropgde. 



Ceimtrogastère. 



94- Centro^ote. 



95. Lépisacantiie. 



96. CÉPIIALACANTIIE. 



97- 



Dactyloptère. 



Prjonote. 



99- 



Trigle. 



CARACTERES. 

La tête garnie d'aiguillons, ou de protu- 
bérances , ou de barbillons, et dépour- 
vue de petites écailles; une seule nageoire 
dorsale. 
Une seule nageoire dorsale ; de petites na- 
geoires au dessus et au dessous de la queue; 
point d'aiguillons isolés , au devant de la 
nageoire du dos. 
Une seule nageoire dorsale ; des aiguillons 
isolés , ou presque isolés , au devant de 
la nageoire du dos ; une carène longitu- 
dinale de chaque côté de la queue ; un ou 
deux rayons au plus à chaque nageoire 
thoracine; ces rayons aiguillonnés. 
Deux nageoires dorsales; un aiguillon et 
cinq ou six rayons articulés très petits à 
chaque nageoire thoracine ; point de pi- 
quants isolés au devant des nageoires du 
! dos, mais les rayons de la première dor- 
[ s.iîe à peine réunis par une membrane ; 
\ point de carène latérale à la queue. 
( Quatre aiguillons et six rayons articulés à 
{ chaque nageoire thoracine. 
Une seule nageoire dorsale ; quatre rayons 
au moins à chaque thoracine ; des pi- 
quants isolés au devant de la nageoire du 
dos : une saillie longitudinale sur chaque 
côté de la queue, ou deux aiguillons au 
devant de la nageoire de l'anus. 
Les écailles du dos grandes, ciliées et ter- 
1 minées par un aiguillon ; les opercules 
< dentelés dans leur partie postérieure, et 
| dénués de petites écailles ; des aiguillons 
isolés au devant de la nageoire dorsale. 
Le derrière de la lête garni, de chaque côté, 
| de deux piquants dentelés et très longs ; 
| point d'aiguillons isolés au devant de la 
\ nageoire du dos. 

Une petite nageoire composée de rayons 
) soutenus par une membrane , auprès de 
( la base de chaque nageoire pectorale. 
f Des aiguillons dentelés entre les deux na- 
\ geoires dorsales ; des rayons articulés et 
i non réunis par une membrane auprès de 
\ chacune des nageoires pectorales. 
-Point d'aiguillons dentelés entre les deux 
} nageoires dorsales; des rayons articulés 
i et non réunis par une membrane, auprès 
de chacune des nageoires pectorales. 



DES l'OISSONS. 



365 



GENRES. 



100. Péristéuion. 



ÎOI. ISTIOPHORE. 



102. Gymnètre. 



lo5. MuLLE. 



104. Apogon. 



io5. LoiVCHlJRE. 



106. Macropode. 



107. Laiire. 



CARACTERES. 

Des rayons articulés et non réunis par une 
membrane auprès des nageoires pecto- 
rales; une seule nageoire dorsale; point 
d'aiguillons dentelés sur le dos; une ou 
plusieurs plaques osseuses au dessous du 
- corps. 

Point de rayons articulés et libres auprès 
des nageoires pectorales, ni de plaques 
osseuses an dessous du corps ; Ja pre- 
mière nageoire du dos arrondie, très lon- 
gue , et d'une hauteur supérieure à celle 
du corps ; deux rayons à chaque thora- 
cine. 

Point de nageoire de l'anus ; une seule na- 
geoire dorsale ; les rayons des nageoires 
thoracines très allongés. 

Le corps couvert de grandes écailles qui se 
détachent aisément: deux nageoires dor- 
sales ; plus d'un barbillon à la mâchoire 
inférieure. 

Les écailles grandes et faciles à détacher ; le 
sommet de la tête élevé ; deux nageoires 
dorsales; point de barbillons au dessous 
de la mâchoire inférieure. 

La nageoire de la queue lancéolée ; cette 
nageoire et les pectorales aussi longues , 
au moins , que le quart de la longueur 
totale de l'animal ; la nageoire dorsale 
longue et profondément échancrée; deux 
barbillons à la mâchoire inférieure. 

Les thoracines au moins de la longueur du 
corps proprement dit ; la nageoire cau- 
dale très fourchue , et à peu près aussi 
longue que le tiers de la longueur totale 
de l'animal ; la tête proprement dite et 
les opercules revêtus d'écaillés sembla- 
bles à celles du dos ; l'ouverture de la 
V bouche très petite. 

/La lèvre supérieure extensible : point de 
dents incisives ou molaires; les opercules 
des branchies dénués de piquants et de 
dentelure ; une seule nageoire doreale : 
cette nageoire du dos très séparée de celle 
de la queue, ou très éloignée de là nu- 
que, ou composée de rayons terminés, 
par un filament. 



566 



HISTOIRE NATURELLE 



GENRES. 



108. Cheiline. 



109. 



CnElLODlPTÈllE. 



110. Ophicépiiale. 



111. HOEOGYMINOSE. 



112. ScARE. 



Il 5. OsTGRHlNQEE. 



11 4- 



CARACTÈRES. 

/La lèvre supérieure extensible; les opercules 
des branchies dénués de piquants et de 
dentelure ; une seule nageoire dorsale ; 
cette nageoire du dos très séparée de celle 
de la queue , ou très éloignée de la nu- 
que , ou composée de rayons terminés 
par un filament; de grandes écailles ou 
des appendices placés sur la base de la 
nageoire caudale, ou sur les côtés de la 
queue. 

, La lèvre supérieure extensible; point de 
j dents incisives ni molaires; les opercules 
) des branchies dénués de piquants et de 
^ dentelure; deux nageoires dorsales. 
/Point de dents incisives ni molaires; les 
/ opercules des branchies dénués de pi- 
1 quants et de dentelure; une seule nageoire 
ï dorsale ; ia tête aplatie, arrondie par de- 
) vaut, semblable à celle d'un serpent, et 
"\ couverte décailles polygones, plus gran- 
I des que celles du dos , et disposées à peu 
F près comme celles que Ion voit sur la 
tête de la plupart des couleuvres ; tous les 
■ rayons des nageoires articulés. 

/Toute la surface de l'animal dénuée d'écail- 
I les facilement visibles ; la queue repré- 
i sentant deux cônes tronqués , appliqués 
] le sommet de l'un contre le sommet de 
l'autre; et inégaux en longueur; la cau- 
dale très courte: chaque ihoraciue com- 
posée d'un ou plusieurs rayons mous et 
réunis ou enveloppés de manière à imi- 
ter un barbillon charnu. 

/ Les mâchoires osseuses très avancées, et te- 
] naut lieu de véritables dents ; une seule 
V nageoire dorsale. 

/Les mâchoires osseuses très avancées, et te- 
] nant lieu de véritables dents ; deux na- 
v geoires dorsales. 

/Les lèvres supérieures peu extensibles , ou 
[ non extensibles ; ou des dents incisives , 
ou des dents molaires disposées sur un 
ou plusieurs rangs ; point de piquants ni 
de dentelure aux opercules ; une seule 
nageoire dorsale; celte nageoire éloignée 
de celle de la queue , ou la plus grande 



DES POISSONS. 



36 7 



GENRES. 
i4- Spare. 



Il5. DlPl'ÉRODOTi. 



Il6. LuiJAN. 



117. Centropome. 



Il8. BODIAN. 



ÏIQ. T^NIANOTE. 



l'20. Sciène. 



12 1. MlCROPTÈRE. 



CARACTERES. 

/ hauteur du corps proprement dit , supé- 
< rieure , ou égale , ou presque égale à la 
' longueur de ce même corps. 

-Les lèvres supérieures peu extensibles, ou 
non extensibles ; ou des dents incisives , 
ou des dents molaires disposées sur un 
ou plusieurs rangs ; point de piquants ni 
de dentelure aux opercules; deux nageoi- 
res dorsales ; la seconde nageoire du dos 
éloignée de celle de la queue ; ou la plus 
grande hauteur du corps proprement dit, 
supérieure , ou égale , ou presque égale 
à la longueur de ce même corps. 

Une dentelure à une ou à plusieurs pièces de 
chaque opercule; point de piquants à ces 
pièces ; une seule nageoire dorsale ; un 
seul barbillon ou point de barbillons aux 
mâchoires. 

Une dentelure à une ou à plusieurs pièces 
de chaque opercule; point d'aiguillons à 
ces pièces; un seul barbillon ou point 
de barbillons aux mâchoires ; deux na- 
geoires dorsales. 

Un ou plusieurs aiguillons et point de den- 
telure aux opercules; un seul barbillon 
ou point de barbillons aux mâchoires ; 
une seule nageoire dorsale. 

Un ou plusieurs aiguillons, et point de den- 
telure aux opercules ; un seul barbillon 
ou point de barbillons aux mâchoires ; 
une nageoire dorsale étendue depuis i'en- 
tre-deux des yeux jusqu'à la nageoire de 
la queue, ou très longue et composée de 
plus de quarante rayons. 

Un ou plusieurs aiguillons , et point de den- 
telure aux opercules ; un seul barbillon 
ou point de barbillons aux mâchoires ; 
deux nageoires dorsales. 

Un ou plusieurs aiguillons et point de den- 
telure aux opercules; un barbillon ou 
point de barbillons aux mâchoires; deux 
nageoires dorsales ; la seconde très basse, 
très courte, et comprenant au plus cinq 
rayons. 



568 



HISTOIRE NATURELLE 



GENRES. 



122. HOLOCENTRE. 



12Ô. Persèque. 



1 «4- H'ÀlfiPE. 



125. PlMÉLErXERE. 



126. CuElLION. 



127. POMATOIIE. 



CARACTERES. 

Un ou plusieurs aiguillons et une dentelure 
aux opercules; un barbillon ou point de 
barbillons aux mâchoires ; une seule na- 
geoire dorsale. 

Un ou plusieurs aiguillons et une dentelure 
aux opercules; un barbillon ou point de 
barbillons aux mâchoires; deux nageoires 
dorsales. 

Plusieurs dents très' longues , fortes et re- 
courbées au sommet et auprès de l'articu- 
lation de chaque mâchoire ; des dents pe- 
tites, comprimées et triangulaires, de 
chaque côté de la mâchoire supérieure , 
entre les grandes dents voisines de l'arti- 
culation et celles du sommet; un bar- 
billon comprimé et triangulaire de cha- 
que côté et auprès de la commissure des 
lèvres; les thoracines , la dorsale et l'a- 
nale , très grandes , et en forme de faux ; 
la caudale convexe dans son milieu , et 
étendue en forme de^faux très allongée 
dans le haut et dans le bas ; l'anale atta- 
chée autour d'une prolongation charnue, 
écailleuse , très grande , comprimée et 
triangulaire. 

La totalité ou une grande partie de la dor- 
sale , de l'anale et de la nageoire de la 
queue, adipeuse, ou presque adipeuse; les 
nageoires inférieures situées plus loin de 
la gorge que les pectorales. 

Le corps et la queue très allongés ; le bout 
du museau aplati ; la tête et les opercules 
dénués de petites écailles ; les opercules 
sans dentelure et sans aiguillons, mais 
ciselés ; les lèvres , et surtout celle de la 
mâchoire inférieure, très pendantes; les 
dents très petites ; îa dorsale basse et très 
longue ; les rayons aiguillonnés ou non 
articulés de chaque nageoire, aussi mous 
ou presque aussi mous que les articulés ; 
une seule dorsale ; les thoracines très pe- 
tites. 

L'opercule entaillé dans le haut de son bord 
postérieur, et couvert d'écaillés sembla- 
bles à celles du dos; le corps et la queue 
allongés; deux nageoires dorsales ; la na- 
geoire de l'anus très adipeuse. 



GENRES. 



1-28. Léiostome. 



129. Ce.NTROLOPHE. 



i5o. Chevalier. 



loi. Léiognathe. 



l32. Chétodojn. 



DES POISSONS. 569 



CARACTERES. 

/Les mâchoires dénuées de dents, et entiè- 
rement, cachées sous les lèvres; ces mêmes 
lèvres extensibles ; la bouche placée au 
dessous du museau ; point de dentelure 
ni de piquant aux opercules ; deux na- 
geoires dorsales. 

Une crête longitudinale, et un rang longi- 
tudinal de piquants très séparés les uns 
des autres, et cachés en partie sous la peau 
au dessus de la nuque; une seule nageoire 
du dos ; celte dorsale très basse et très 
longue ; les mâchoires garnies de dents 
très petites , très fines , égales et un peu 
écartées les unes des autres , moins de 
cinq rayons à la membrane branchiale. 

Plusieurs rangs de dents à chaque mâchoire: 
deux nageoires dorsales; la première pres- 
que aussi haute que le corps, triangulaire, 
et garnie de très longs filaments à l'extré- 
mité de chacun de ses rayons ; la seconde 
basse et très longue ; l'anale très courte , 
et moins grande que chacune des thora- 
i cines ; cette anale, les deux nageoires du 
F dos, et celle de la queue, couvertes pres- 
[ que en entier de petites écailles ; l'oper- 
\ cule sans piquants ni dentelure ; les écail- 
\ les grandes et dentelées. 
Les mâchoires dénuées de dents proprement 
dites; une seule nageoire du dos; un ai- 
guillon recourbé et très fort, des deux 
côtés de chacun des rayons articulés de 
la dorsale; un appendice écailîeux, long 
et aplati auprès de chaque thoraciue ; l'o- 
percule dénué de petites écailles , et un 
peu ciselé; la hauteur du corps égale ou 
presque égale à la moitié de la longueur 
totale du poisson. 

'Les dents petites, flexibles et mobiles; le 
corps et la queue très comprimés ; de pe- 
tites écailles sur la dorsale ou sur d'autres 
nageoires , ou la hauteur du corps supé- 
rieure ou du moins égale à sa longueur ; 
l'ouverture de la bouche petite; le mu- 
seau plus ou moins avancé; une seule na- 
geoire dorsale ; point de dentelure ni de 
piquants aux opercules. 



-)"0 



HISTOIRE NATURELLE 



GENRES. 



l55. Ac.AiSTIIJMOÎV". 



1 54- Cuétodiptèrjï. 



lô5. PoMACEATRK. 



lÔG. PoMADASÏS. 



l5y. POMACAÎVTHE. 



CARACTERES. 

Les dents petites, flexibles et mobiles; le 
corps et la queue très comprimés; de pe- 
tites écailles sur la dorsale ou sur d'autres 
nageoires, ou la hauteur du corps supé- 
rieure ou du moins égale à sa longueur; 
l'ouverture de la bouche petite; le mu- 
seau plus ou moins avancé ; une seule na- 
geoire dorsale ; plus de deux aiguillons 
dénués ou presque dénués de membrane 
au devant de la nageoire du dos. 

'Les dents petites, flexibles et mobiles; le 
corps et la queue très comprimés; de pe- 
tites écailles sur la dorsale ou sur d'autres 

| nageoires, ou la hauteur du corps supé- 
rieure ou du moins égale à sa longueur ; 
l'ouverture de la bouche petite ; le mu- 
seau plus ou moins avancé ; point de den- 
telure ni de piquants aux opercules ; deux 
nageoires dorsales. 

'Les dents petites, flexibles et mobiles ; le 
corps et la queue très comprimés ; de pe- 
tites écailles sur la dorsale ou sur d'autres 
nageoires , ou la hauteur du corps supé- 
rieure ou du moins égale à sa longueur; 
l'ouverture de la bouche petite, le mu- 
seau plus ou moins avancé ; une dente- 
lure, et point de longs piquants aux oper- 

v cules ; une seule nageoire dorsale. 

'Les dents petites, flexibles et mobiles; le 
corps et la queue très comprimés ; de pe- 
tites écailles sur la dorsale ou sur d'autres 
nageoires , ou la hauteur du corps supé- 
rieure ou du moins égale à sa longueur; 
l'ouverture de la bouche petite; le mu- 
seau plus ou moins avancé; une dente- 
lure, et point de longs piquants aux oper- 
cules ; deux nageoires dorsales. 

'Les dents petites , flexibles et mobiles ; le 
corps et la queue très comprimés ; de pe- 
tites écailles sur la dorsale ou sur d'autres 
nageoires, ou la hauteur du corps supé- 
rieure ou du moins égale à sa longueur ; 
l'ouverture de la bouche petite ; le mu- 
seau plus ou moins avaucé; un ou plu- 
sieurs longs piquants , et point de dente- 
lure aux opercules; une seule nageoire 
dorsale. 



DES POISSONS. 



5 7 . 



GENRES. 



l38. HoLACANTHE. 



l5û, Énoplose. 



l/(0. Gltphisodoiv. 



l4»- ACANTHUHE. 



l/;2. AsPISCRc, 



CARACTERES. 

/Les dents petites, flexibles et mobiles; le 
corps et la queue très comprimés; de pe- 
i tites écailles sur la dorsale ou sur d'autres 
I nageoires, ou la hauteur du corps supé- 
J rieure ou du moins égale à sa longueur; 
\ l'ouverlure de la bouche petite; le mu 
1 seau plus ou moius avancé ; une dente- 
' lure et un ou plusieurs longs piquants à 
chaque opercule; une seule nageoire dor- 
\ sale. 

/Les dents petites , flexibles et mobiles ; le 
corps et la queue très comprimés; de très 
i petites écailles sur la dorsale ou sur d'au- 
I très nageoires, ou la hauteur du corps su- 
périeure ou du moins égale à sa longueur; 
l'ouverture de la bouche petite ; le mu- 
seau plus ou moins avancé; une dente- 
lure et un ou plusieurs piquants à chaque 
opercule; deux nageoires dorsales. 

/Les dents crénelées ou découpées; le corps 
i et la queue très comprimés; de très pe- 
1 tites écailles sur la dorsale ou sur d'au- 
J très nageoires , ou la hauteur du corps 
supérieure ou du moins égale à sa lon- 
gueur ; l'ouverture de la bouche petite ; 
le museau plus ou moins avancé; une 
nageoire dorsale. 

Le corps et la queue très comprimés; de 

, très petites écailles sur la dorsale ou sur 

1 d'autres nageoires, ou la hauteur du corps 

] supérieure ou du moius égale à sa lon- 

j gueur; l'ouverture de la bouche petite; 

/ le museau plus ou moins avancé; une na- 

f geoire dorsale ; un ou plusieurs piquants 

\ de chaque côté de la queue. 

/Le corps et la queue très comprimés ; de 
très petites écailles sur la dorsale ou sur 
d'autres nageoires, ou la hauteur du corps 
supérieure ou du moins égale à sa lon- 
gueur ; l'ouverture de la bouche petite; 
le museau plus ou moins avancé; une na- 
geoire dorsale; une plaque dure en forme 
de petit bouclier, de chaque côté de la 
queue. 



V 



3^2 HISTOIRE NATURELLE 

GENRES. CARACTÈRES. 

[Le corps et la queue très comprimés ; de 

i très petites écailles sur la dorsale ou sur 

I d'autres nageoires, ou la hauteur du corps 

, „ , supérieure ou du moins égale à sa lon- 

lAO. ACANTIIOPODE. < ' ., . 1 1 1 r »•» 

^ 1 gueur ; 1 ouverture de la bouche petite-, 

I le museau plus ou moins avancé ; une na- 
geoire dorsale; un ou deux piquants à la 
Y place de chaque thoracine. 

/L'ensemble du poisson très comprimé, et 
présentant de chaque côté la forme d'un 
pentagone ou d'un tétragone ; la ligue du 
iront presque verticale; la distance du plus 
haut de la nuque au dessus du museau, 
1 44- Selène. < égale au moins à celle de la gorge à la 

nageoire de l'anus ; deux nageoires dor- 
sales; un ou plusieurs piquants entre les 
deux dorsales ; les premiers rayons de la 
seconde nageoire du dos s'étendant au 
moins au delà de l'extrémité de la queue. 

/Le corps et la queue très comprimés ; une 
seule nageoire dorsale • plusieurs rayons 
de cette nageoire terminés par des fila- 
ments très longs , ou plusieurs piquants 
le long de chaque côté de la nageoire du 
i/)5. Af.gyréiose. ■( dos; une membrane verticale placée trans- 

1 versalemenl au dessous ù ïa lèvre supé- 

I rieure ; les écailles très petites , les tho- 
racines très allongées ; des aiguillons au 

\ devant de la nageoire du dos et de celle 

\ de l'anus. 

/Le corps et la queue très comprimés ; des 
dents aux mâchoires ; une seule nageoire 
{ dorsale; plusieurs rayons de cette nageoire 
1 terminés par des filaments très longs, ou 
. r ''„( j plusieurs piquants le long de chaque côté 

\ de la nageoire du dos; une membrane ver- 
I ticale placée transversalement au dessous 
î de la lèvre supérieure ; les écailles très 
! petites ; point d'aiguillons au devant de 
\ la nageoire du dos , ni de celle de l'anus. 

/Le corps et la queue très comprimés ; des 
dents aux mâchoires; deux nageoires dor- 



i4j. Gal \ sales; plusieurs rayons de l'une de ces 

f nageoires terminés par des filaments très 

longs . ou plusieurs piquants le long de 



GENRES. 



î47- Gal. 



1^8. Ghrysotose. 



149. Capros. 
i5o. Pleuronecte. 

l5l. AciIIRE. 



3 7 3 



DES POISSONS. 

CARACTÈRES, 
chaque côté des nageoires du dos; une 



V 



membrane verticale placée transversale- 
ment au dessous de la lèvre supérieure; 
les écailles très petites; point d'aiguillons 
au devant de la première nageoire ni de 
la seconde dorsale , ni de la nageoire de 
l'anus. 



/Le corps et la queue très comprimés; la plus 
j grande hauteur de l'animal, égale ou pres- 
{ que égale à la longueur du corps et de 
1 la queue pris ensemble; point de dents aux 
mâchoires ; une seule nageoire dorsale ; 
les écailles très petites ; point d'aiguillons 
au devant de la nageoire du dos , ni de 
celle de l'anus; plus de huit rayons à cha- 
que thoracine. 
{Le corps et la queue très comprimés et très 
l hauts; point de dents aux mâchoires; deux 
J nageoires dorsales; les écailles très petites; 
\ point d'aiguillons au devant de la pre- 
' mière ni de la seconde dorsale , ni de la 
y nageoire de l'anus. 
| Les deux yeux du même côté de la tête. 
La tête, le corps et la queue très comprimés; 
les deux yeux du même côté de la tête 5 
point de nageoires pectorales. 



LA(;rVEIiK. VI. 



2-» 



3^4 HISTOIRE NATURELLE 

VINGTIÈME ORDRE 

DE LA CLASSE ENTIÈRE DES POISSONS, 

ou 

QUATRIÈME ORDRE 

DE LA PREMIÈRE DIVISION DES OSSEUX. 



POISSONS ABDOMINAUX. 



Des nageoires inférieures placées sur l'abdomen au delà 
des pectorales, et en deçà de la nageoire de l' anus. 



GENRES. 



l52. ClRRIIITE. 



l55. Gheilodactyle. 



i54- Cobite. 



l55. MlSGURNE. 



CARACTERES. 

Sept rayons à la membrane des branchies ; 
le dernier très éloigné des autres; des bar- 
billons réunis par une membrane, et pla- 
cés auprès de la pectorale de manière à 
représenter une nageoire semblable à cette 
dernière. 
/Le corps et la queue très comprimés ; la lè- 
vre supérieure double et extensible ; la 
partie antérieure et supérieure de la tête 
terminée par une ligne presque droilv et 
qui ne s'éloigne de la verticale que de l\o 
à 5o degrés ; les derniers rayons de cha- 
que pectorale très allongés au delà de la 
membrane qui les réunit; une seule na- 
geoire dorsale. 

La tête , le corps et la queue cylindriques ; 
les yeux très rapprochés du sommet de la 
tête; point de dents et des barbillons aux 
mâchoires; une seule nageoire du dos; la 
peau gluante et revêtue d'écaillés 1res dif- 
ficiles à voir. 

Le corps et la queue cylindriques ; la peau 
gluante et dénuée d'écaillés facilement 
visibles; les yeux très rapprochés du som- 
met de la tête; des dents et des barbil- 
lons aux mâchoires ; une seule dorsale ; 
cette nageoire très courte. 



DES POISSONS. 



3 7 5 



GENRES. CARACTERES. 

Le corps et la queue presque cylindriques; 

i des barbillons et dus deuts aux mâchoires; 

i56. Anableps. ] nue seule nageoire du dos ; cette nageoire 

f très courte ; deux prunelles à chaque 

V œil. 

/Le corps et la queue presque cylindriques; 
i5y. Fundule. des dents et point de barbillons aux mâ- 

\- choires ; une seule nageoire du do». 

,La lête très allongée; sa partie supérieure 
( revêtue d'écaillés conformées et disposées 
i58. Golubhiive. \ comme celles qui recouvrent le dessus de 

f la tête des couleuvres ; le corps très al- 
longé ; point de nageoire dorsale. 

/La tête dénuée de petites écailles, rude, re- 
couverte de grandes lames qui réunissent 
des sutures très marquées; des dents aux 
mâchoires et au palais ; des barbillons à 
la mâchoire supérieure; la dorsale longue, 
basse et rapprochée de la caudale; l'anale 
très courte; plus de dix rayons à la mem- 
brane des branchies. 

La tête dénuée de petites écailles, et ayant 
de longueur à peu près le quart de la lon- 
gueur totale de l'animal; une seule na- 
geoire sur le dos. 

Trois nageoires dorsales; une seule nageoire 
de l'anus. 

Des barbillons et des dents aux mâchoires ; 
point de nageoires dorsales ; une longue 
nageoire de l'anus. 

La tête large , déprimée et couverte de la- 
mes grandes et dures, ou d'une peau vis- 
queuse; la bouche à l'extrémité du mu- 
seau ; des barbillons aux mâchoires ; le 
corps gros ; la peau enduite dune muco- 
sité abondante ; une seule nageoire dor- 
sale ; cette nageoire très courte. 

La tête large, déprimée et couverte de la- 
mes grandes et dures, ou d'une peau vis- 
queuse ; la bouche à l'extrémité du mu- 
seau; des barbillons aux mâchoires; le 
corps gros ; la peau enduite d'une mu- 
cosité abondante ; une seule nageoire 
\ dorsale; cette nageoire très longue. 



i5q. Armé. 

160. BuTYRIN. 

161. TlUI'TÉRONOTE. 

162. Ompok. 
iG3. Silure. 



164. Macroptérowote. 



5-6 



GENRES. 



i85. Malaptérvre 



l66. PlMÉLODE. 



167. Doras. 



l68. PoGONATIIE. 



169. Cataphracte. 



HISTOIRE NATURELLE 

CARACTÈRES. 

La tête déprimée et couverte de lames gran- 
des et dures , ou d'une peau visqueuse ; 
la bouche à l'extrémité du museau; des 
barbillons aux mâchoires ; le corps gros; 
la peau du corps et de la queue enduite 
d'une mucosité abondante; une seule na- 
geoire dorsale ; celte nageoire adipeuse , 
et placée assez près de la caudale. 

La tête déprimée et couverte de lames gran- 
des et dures , ou d'une peau visqueuse ; 
la bouche à l'extrémité du museau ; des 
bai'billons aux mâchoires ; le corps gros ; 
la peau du corps et de la queue enduite 
d'une mucosité abondante; deuxnageoires 
dorsales ; la seconde adipeuse. 

/La tête déprimée et couverte de lames gran- 
des et dures , ou d'une peau visqueuse ; 
\ la bouche à l'extrémité du museau; des 
1 barbillons aux mâchoires ; le corps gros; 
< la peau du corps et de la queue enduite 
j d'une mucosité abondante ; deux nageoi- 
1 res dorsales ; la seconde adipeuse ; des 
l lames larges et dures, rangées longitu- 
dinalement de chaque côté du poisson. 

La tête déprimée et couverte de lames gran- 
des et dures , ou d'une peau visqueuse ; 
la bouche à l'extrémité du museau; des 
barbillons aux mâchoires ; le corps gros ; 
la peau du corps et de la queue enduite 
d'une mucosité abondante; deuxnageoi- 
res dorsales, soutenues l'une et l'autre par 
des rayons; des lames larges et dures, ran- 
gées longitudinalement de chaque côté 
du poisson. 

'La tête déprimée et couverte de lames gran- 
des et dures, ou d'une peau visqueuse ; 
la bouche à l'extrémité du museau ; des 
barbillons aux mâchoires; le corps gros; 
la peau du corps et de la queue enduite 
d'une mucosité abondante; deuxnageoi- 
res dorsales ; la seconde soutenue par un 
seul rayon; des lames larges et dures ran- 
gées longitudinalement de chaque côté 
dn poisson. 



GENRES. 



170. Plotose. 



171. Agénéiose. 



172. Macroruampiiose. 



170. Centraivodon. 



174. LORICAIRE. 



175. Htpostome. 



DES POISSONS. 377 

CARACTÈRES. 

'La tête déprimée et couverte de lames gran- 
des et dures, ou d'une peau visqueuse ; 
la bouche à l'extrémité du museau : des 
barbillons aux mâchoires; le corps gros; 
la peau du corps et de la queue enduite 
d'une mucosité abondante ; deux nageoi- 
res dorsales ; la seconde et celle de l'anus 
réunies avec la nageoire de la queue qui 
est pointue. 

'La tête déprimée et couverte de lames gran- 
des et dures , eu d'une peau visqueuse ; 
la bouche à l'extrémité du museau ; point 
de barbillons ; le corps gros ; la peau du 
corps et de la queue enduite d'une mu- 
cosité abondante; deux nageoires dor- 
sales; la seconde adipeuse. 

/La tête déprimée et couverte de lames gran- 
des et dures , ou d'une peau visqueuse ; 
la bouche à l'extrémité du museau; point 
de barbillons aux mâchoires; le corps 
gros; la peau du corps et de la queue en- 
duite dune mucosité abondante ; deux 
nageoires dorsales; l'une et l'autre sou- 
tenues par des rayons ; le premier rayon 
de la première nageoire dorsale , fort , 
très long et dentelé ; le museau très al- 
longé. 

La tête déprimée et couverte de lames gran- 
des et dures, ou d'une peau visqueuse ; 
la bouche à l'extrémité du museau; point 
de barbillons ni de dents aux mâchoires; 
le corps gros ; la peau du corps et de la 
queue enduite d'une mucosité abondante; 
deux nageoires dorsales ; l'une et l'autre 
soutenues par des rayons; un ou plusieurs 
piquants à chaque opercule. 

1 Le corps et la queue couverts en entier d'une 
I sorte de cubasse à lames ; la bouche au 
I dessous du museau; les lèvres extensibles; 
une seule nageoire dorsale. 

Le corps etla queue couverts en entier d'une 
sorte de cuirasse à lames ; la bouche au 
dessous du museau; les lèvres extensibles; 
deux nageoires dorsales. 



i-8 



HISTOIRE NATURELLE 



GENRES. 



) 76. CORYDORAS. 



»77- 



Taciiysure. 



178. Salmone. 



*79- 



OsMERE. 



l8o. CoREGOIVï 



CARACTERES. 

Deux grandeslames de chaque côté du corps 
et de la queue; la tête couverte de pièces 
larges et dures ; la bouche à l'extrémité 
du museau; point de barbillons; deux, 
nageoires dorsales ; plus d'un rayon à 
chaque nageoire du dos. 

La bouche à l'extrémité du museau; des 
barbillons aux mâchoires ; le corps et la 
queue très allongés et revêtus d'une peau 
visqueuse ; le premier rayon de la pre- 
mière nageoire du dos et de chaque pec- 
torale, très fort; deux nageoires dorsales, 
lune et l'autre soutenues par plus d'un 
rayon. 

La bouche à l'extrémité du museau ; la tête 
comprimée; des écailles facilement visi- 
bles sur le corps et sur la queue; point 
de grandes lames sur les côtés ; de cui- 
rasse , de piquants aux opercules , de 
rayons dentelés, ni de barbillons; deux 
nageoires dorsales ; la seconde adipeuse 
et dénuée de rayons; la première plus 
près ou aussi près de la tête que les ven- 
trales ; plus de quatre rayons a la mem- 
brane des branchies; des dents fortes aux 
deux mâchoires. 

La bouche à l'extrémité du museau ; la tête 
comprimée; des écailles facilement visi- 
bles sur le corps et sur la queue ; point 
de grandes lames sur les côtés , de cui- 
rasse , de piquants aux opercules , de 
rayons dentelés, ni de barbillons; deux 
nageoires dorsales ; la seconde adipeuse 
et dénuée de rayons ; la première plus 
éloignée de la tête que les ventrales; plus 
de quatre rayons à la membrane des bran- 
chies ; des dents fortes aux deux mâ- 
choires. 

/La bouche à l'extrémité du museau ; la tête 
comprimée ; des écailles facilement visi- 
bles sur le corps et sur la queue ; poiut 
de graudes James sur les côtés , de cui- 
rasse, de piquants aux opercules, de 
rayons dentelés , ni de barbillons ; deux 
nageoires dorsale ; la seconde adipeuse 
et dénuée de rayons; plus de quatre rayons 



GENRES. 

l8o. CoREGONE. 



181. Chakacin. 



182. Serrasalme. 



i83. Élope. 



1 84- Megai.ope. 



l85. NoTACAÏN'TilE. 



l86. ÉSOCE. 



DES POISSONS. 3;9 

CARACTÈRES. 
à la membrane des branchies; les mâchoi- 
| res sans dents , ou garnies de dents très 
\ petites et difficiles à voir. 

La bouche à l'extrémité du museau; la tête 
comprimée; des écailles facilement visi- 
l blés sur le corps et sur la queue ; point 
1 de grandes lames sur les côtés , de cui- 
, rasse , de piquants aux opercules , de 
i rayons dentelés , ni de barbillons ; deux 
| nageoires dorsales ; le seconde adipeuse 
et dénuée de rayons; quatre rayons au 
\ plus à la membrane des branchies. 

''La bouche à l'extrémité du museau ; la tête, 
le corps et la queue comprimés ; des 
écailles facilement visibles sur le corps 
et sur la queue; point de grandes lames 
sur les côtés , de cuirasse , de piquants 
aux opercules, de rayons dentelés, ni de 
barbillons; deux nageoires dorsales; la se- 
conde adipeuse et dénuée de rayons ; la 
partie inférieure du ventre carénée et 
dentelée comme une scie. 
Trente rayons ou plus à la membrane des 
branchies ; les yeux gros , rapprochés 
J l'un de l'autre et presque verticaux; une 
\ seule nageoire dorsale ; un appendice 
r écailleux auprès de chaque nageoire du. 
\ ventre. 

( Les yeux très grands ; vingt-quatre rayons 
l ou plus à la membrane des branchies. 

Le corps et la queue très allongés; la uu- 
1 que élevée et arrondie ; la tête grosse , la 
\ nageoire de l'anus très longue , et réunie 
< avec celle de la queue; point de nageoire 
1 dorsale ; des aiguillons courts, gros, forts 
f et dénués de membrane a la place de celte 
\ dernière nageoire. 
L'ouverture de la bouche grande; le gosier 
large; les mâchoires garnies de dents nom- 
breuses , fortes et pointues ; le museau 
aplati; point de barbillons: l'opercule et 
les blanchies très grands ; le corps et la 
queue très allongés et comprimés latéra- 
lement ; les écailles dures ; point de na- 
geoire adipeuse; les nageoires du dos et 
de l'anus courtes; une seule dorsale; cette 



38o 



HISTOIRE NATURELLE 



GENRES. 

l86. ÉSOCE. 



187. Syivode, 



188. Spiitiièhe. 



189. Lépisosték. 



I90. PoLYPTÈRE, 



191. ScuMEGESOCi 



CARACTERES. 

dernière nageoire placée au dessus de l'a- 
nale ou à peu près , et beaucoup plus éloi- 
gnée de la tête que les ventrales. 

L'ouverture de la bouche grande ; le gosier 
large; les mâchoires garnies de dents nom • 
breuses , fortes et pointues; point de bar- 
billons ; l'opercule et l'orifice des bran- 
chies très grands ; le corps et la queue 
très allongés et comprimés latéralement ; 
les écailles dures ; point de nageoire adi- 
peuse ; les nageoires du dos et de l'anus 
courtes; une seule dorsale; cette dernière 
nageoire placée au dessus ou un peu au 
dessus des ventrales, ou plus près de la 
tête que ces dernières. 

/L'ouverture de la bouche grande ; le gosier 
large; les mâchoires garnies de dents nom- 
breuses, fortes et pointues ; point de bar- 
billons ; l'opercule et l'orifice des bran- 
chies très grands; le corps et la queue 
très allongés et comprimés latéralement ; 
point de nageoire adipeuse; les nageoires 
du dos et de l'anus courtes ; deux nageoi- 

v res dorsales. 

'L'ouverture de la bouche grande : les mâ- 
choires garnies de dents nombreuses , 
fortes et pointues ; point de barbillons 
ni de nageoire adipeuse; le corps et la 
queue très allongés; une seule nageoire 
du dos ; cette nageoire plus éloignée de 
la tête que les ventrales ; le corps et la 
queue revêtus d'écaillés très grandes, pla- 
cées les unes au dessus des autres , très 
épaisses , très dures et de nature osseuse. 

Un seul rayon à la membrane des branchies; 
deux évents ; un grand nombre de na- 
geoires du dos. 

Le corps et la queue très allongés ; les deux 
mâchoires très longues, très minces , très 
étroites et en forme d'aiguille; la nageoire 
dorsale située au dessus de celle del'anus; 
un grand nombre de petites nageoires au 
dessus etau dessous de la queue , entre la 
caudale et les nageoires de l'anus et du 
dos. 



DKS POISSONS. 



38 1 



GENRES. 



I93. FlSTUTAIRE. 



il)3. AuLOSï'OME. 



194. Î30LÉKOSTOME. 



195. Argentine. 



• 96. Atuérine. 



197. HïDRARGJRE. 



CARACTERES. 

Les mâchoires très étroites, très allongées et 
en forme de tube ; l'ouverture de la bou- 
che à l'extrémité du museau ; Je corps et 
la queue très allongés et très déliés ; les 
nageoires petites; une seule dorsale; cette 
nageoire située au delà de lanus et au 
dessus de l'anale. 

Les mâchoires étroites , très allongées et en 
forme de tube; l'ouverture de la bouche 
à l'extrémité du museau ; le corps et la 
queue très allongés; les nageoires petites; 
une nageoire dorsale située au delà de 
l'anus et au dessus de l'anale ; une rangée 
longitudinale d'aiguillons, réunis chacun 
à une petite membrane placée sur le dos, 
et tenant lieu d'une première nageoire 
dorsale. 
/ Les mâchoires étroites , très allongées et en 
) forme de tube; l'ouverture de la bouche 
| à l'extrémité du museau ; deux nageoires 
dorsales. 
Moins de trente rayons à la membrane des 
branchies, ou moins de rayons à lamem- 
k brane branchiale d'un côté qu'à celle de 
I l'autre; des dents aux mâchoires, sur la 
J langue et au palais; plus de neuf rayons 
à chaque ventrale; point d'appendice au- 
près des nageoires du ventre ; le corps et 
la queue allongés ; une seule nageoire du 
dos ; la couleur générale argentée et très 
brillante. 

Moins de huit rayons à chaque ventrale et 
à la membrane des branchies ; point de 
dents au palais ; le corps et la queue al- 
longés et plus ou moins transparents ; 
deux nageoires du dos ; une raie longi- 
tudinale et argentée de chaque côté du 
poisson. 

/Moins de huit rayons à chaque ventrale et 
à la membrane des branchies ; point de 
dents au palais ; le corps et la queue al- 
longés et plus ou moins transparents; une 
nageoire du dos; une raie longitudinale 
plus ou moins large, plus ou moins dis- 
tincte et argentée , de chaque côté du 
poisson. 



582 



HISTOIRE NATURELLE 



GENRES. 



198. Stoléphoee. 



199. Muge. 



200. MueiLOÏDE. 



201. Ciiakos. 



202. MCGILOMORE. 



200. Exocet. 



2o4- Poltivème. 



2o5. PoLY DACTYLE. 



206. .IkRU- 



CARACTERES. 

/Moins de neuf rayons à chaque ventrale et 
[ à la membrane des branchies; point de 
dents; le corps et la queue allongés et 
plus ou moins transparents; une nageoire 
sur le dos ; une raie longitudinale et ar- 
\ gentée de chaque côté du poisson. 



La mâchoire inférieure carénée en dedans; 



< la tête revêtue de petites écailles; les écail- 
\ les striées ; deux nageoires du dos. 

/La mâchoire inférieure carénée en dedans; 
] la tête revêtue de petites écailles; les écail- 
' les striées; une nageoire du dos. 

La mâchoire inférieure carénée en dedans; 
point de dents aux mâchoires; les écailles 
striées; une seule nageoire du dos; la cau- 
dale garnie vers le milieu de chacun de 
ses côtés d'une sorte d'aile membraneuse. 

/"La mâchoire inférieure carénée en dedans; 
l les mâchoires dénuées de dents et garnies 
) de petites protubérances ; plus de trente 
rayons à la membrane des branchies ; une 
seule nageoire du dos; un appendice à 
chacun des rayons de cette dorsale. 



La tête entièrement ou presque entièrement 
couverte de petites écailles; les nageoires 
pectorales larges et assez longues pour 
atteindre jusqu'à la caudale; dix rayons 
à la membrane des branchies; une seule 
dorsale ; cette nageoire située au dessus 
de celle de l'anus. 



I 



Des rayons libres auprès de chaque pecto- 
rale ; la tête revêtue de petites écailles ; 
deux nageoires dorsales. 

Des rayons libres auprès de chaque pecto- 
rale ; la tête dénuée de petites écailles ; 
deux nageoires dorsales. 



Ln double piquant entre les nageoires ven- 
k traies; une seule nageoire du dos: cette ua- 
( geoire du dos très longue; les écailles très 
I petites et très difficiles à voir; cinq rayons 
V à la membrane branchiale. 



DES POISSONS. 



585 



GENRES. 



207. Clupée. 



208. Mtste. 



209. Clupanodon. 



210. Serpe. 



an. Mené. 



212. DoRSUAIRE. 



2i5. Xystère. 



CARACTERES. 

Des dents aux mâchoires ; plus de trois 
rayons à la membrane des branchies ; 
une seule nageoire du dos -, le ventre ca- 
réné ; la carène du ventre dentelée ou 
très aiguë. 

Plus de trois rayons à la membrane des 
branchies ; le ventre caréné ; la carène 
du ventre dentelée ou très aiguë ; la na- 
geoire de l'anus très longue et réunie à 
celle de la queue ; une seule nageoire sur 
le dos. 

Plus de trois rayons à la membrane des 
branchies ; le ventre caréné ; la carène 
du ventre dentelée ou très aiguë ; la na- 
geoire de l'anus séparée de celle de la 
queue ; une seule nageoire du dos ; point 
de dents aux mâchoires. 

/La tête, le corps et la queue t'es comprimés; 
la partie inférieure de l'animal terminée 
en dessous par une carène très aiguë et 
courbée en demi-cercle ; deux nageoires 
dorsales ; les ventrales extrêmement pe- 
tites. 

La tête, le corps et la queue très comprimés; 
la partie inférieure de l'animal terminée 
par une carène aiguë courbée en demi- 
cercle ; le dos relevé de manière que cha- 
que face latérale du poisson représente 
un disque; une seule nageoire du dos ; 
cette dorsale , et surtout l'anale , très bas- 
ses et très longues ; les ventrales étroites 
t-t très allongées. 

La partie antérieure du dos relevée en une 
bosse très comprimée et terminée dans le 
haut par une carène très aiguë; une seule 
dorsale. 

/La tête, le corps el la queue très comprimés; 
le dos terminé comme le ventre par une 
carène aiguë et courbée en portion de 
cercle; sept rayons à la membrane bran- 
chiale ; la tête et les opercules garnis de 
petites écailles ; les dents échancrées de 
manière qu'à l'extérieur elles ont la forme 
d'incisives, et qu'à l'intérieur elles sont 
basses et un peu renflées ; une fosse tU au 
dessous de chaque ventrale. 



384 



•ai 4- Ctpriivodo^. 



2i 5. Cyprin. 



HISTOIRE NATURELLE ■ 

GENRES. CARACTÈRES. 

La tête , le corps et la queue ayant un peu 
la forme d'un ovoïde ; trois rayons à la 
membrane des branchies; des dents aux 
-deux mâchoires. 

Quatre rayons au plus à la membrane des 
branchies; point de dents aux mâchoires; 
une seule nageoire du dos. 



DES POISSONS. 00*3 

SECONDE DIVISION 

DE LA SECONDE SOUS-CLASSE, 
ou 
; SIXIÈME DIVISION 

DE LA CLASSE DES POISSONS. 

Un opercule; point de membrane branchiale. 

VINGT -UNIÈME ORDRE 

DE LA CLASSE ENTIÈRE DES POISSONS, 

ou 

PREMIER ORDRE 

DE LA SECONDE DIVISION CES OSSEUX. 



POISSONS APODES. 

Point de nageoires inférieures entre l'anus et le museau. 

GENRE. CARACTÈRES. 

/ Le corps et la queue comprimés; le dessous 
216. Sternoptyx. < du corps caréné et transparent; une seule 

> nageoire dorsale. 



586 HISTOIP.E NATURELLE 

TROISIÈME DIVISION 

DE LA SECONDE SOUS-CLASSE, 
ou • 

SEPTIÈME DIVISION 

DE LA CLASSE DES POISSONS. 

Point d'opercule; une membrane branchiale. 



VINGT-CINQUIEME ORDRE 1 

DE LA CLASSE ENTIÈRE DES POISSONS. 

ou 

PREMIER ORDRE 

DE LA TROISIÈME DIVISION DES OSSEUX. 

POISSONS APODES. 

Poiiit de nageoires inférieures entre l'anus et le museau. 

GENRE. CARACTÈRES. 

/Le museau avancé, relevé et susceptible d'ê- 

I tre courbé eu arrière par le moyen d'une 

\ membrane , au point d'aller toucher la 

„ , partie antérieure de la iête proprement 

217. STTLEPHORE. \ l-i V * J 1 U V. U s. J 

' 1 dite; 1 ouverture de la bouche au bout du 

i museau ; point de dénis ; le corps et la 

queue très allongés et comprimés ; la 

\ queue terminée par un filament très long, 

i. On ne connoît point encore de poissons qui appartiennent au 
vingt-deuxième, au vingt-troisième, ni au vingt-quatrième ordre. 



DES POISSONS. 087 

VINGT -HUITIÈME ORDRE 1 

DE LA CLASSE ENTIÈRE DES POISSONS, 

ou 

QUATRIÈME ORDPiE 

DE LA TROISIÈME DIVISION DES OSSEUX. 



POISSONS ABDOMINAUX, 

Des nageoires inférieures placées sur l'abdomen^ au delà 
des pectorales et en deçà de la nageoire de l'anus. 

GENRE. CARACTÈRES. 

(Le museau allongé; l'ouverture de la bou- 
che à l'extrémité du museau ; des dénis 
aux mâchoires ; une seule nageoire dor- 
sale. 

1. On ne connoît point encore de poissons qui appartiennent au 
vingt-sixième ni au vingt- septième ordre. 



388 HISTOIRE NATURELLE 

QUATRIÈME DIVISION 

DE LA SECONDE SOLS- CLASSE , 

ou 

HUITIÈME DIVISION 

DE LA CLASSE DES POISSONS. 

Point d'opercule ni de membrane branchiale. 



VINGT-NEUVIEME ORDRE 1 

DE LA CLASSE ENTIÈRE DES POISSONS 
ou 
PREMIER ORDRE 

DE LA QUATRIÈME DIVISION DES OSSEUX. 



POISSONS APODES. 

Point de nageoires inférieures entre l'anus et le museau. 

GENRE. CARACTÈRES. 

Point de nageoires pectorales; une ouver- 
\ ture branchiale sur chaque côté du pois- 
219. Murénophis. son; le corps et la queue presque cylin- 

driques ; la dorsale et l'anale réunies à la 
nageoire de la queue. 

1. On ne connoît pas encore de poissons qui appartiennent au 
trentième, au trente-unième ni au trente-deuxième ordre; c'est-à-dire 
au second, au Iroisième ni au quatrième ordre de la huitième et der- 
nière division des auimaux dont nous écrivons l'histoire. 



GENRES. 



-220. Gymnomurène. 



221. MuRENOBLENNE. 



322. SPH4.GEBnA.NCHE. 



2 23. 



Unibranchaper- 

TURE. 



DES POISSONS. 389 

CARACTÈRES. 

(Point de nageoires pectorales ; une ouver- 
ture branchiale sur chaque côté du pois- 
son; le corps et la queue presque cylin- 
driques ; point de nageoires du dos , ni 
\ de nageoire de l'anus; ou ces deux na- 
j geoires si basses et si enveloppées dans 
une peau épaisse,, qu'on n,e peut recon- 
\ noître leur présence que par la dissection. 

/Point de nageoires pectorales; point d'ap- 
l pareuce d'autres nageoires ; le corps et la 
\ queue presque cylindriques ; la surface de 
f l'animal répandant en très grande abon- 
dance une humeur laiteuse et gluante. 

/Point de nageoires pectorales, ni d'autres 
I nageoires ; les deux ouvertures branchia- 
f les sous la gorge ; le corps et la queue 
presque cylindriques. 

Point de nageoires pectorales ; le corps et 
i la queue serpenli formes; une seule ou- 
verture branchiale , et cet orifice situé 
' sous la gorge ; la dfcrsale et l'anale basses 
et réunies à la nageoire de la queue. 



Î.ACÉPEDE. VI. 



25 



.)0,0 HISTOIRE NATURELLE 

SECONDE SOUS-CLASSE. 

POISSONS OSSEUX. 

Les parties solides de l'intérieur du corps, osseuses. 



PREMIÈRE DIVISION. 

Poissons qui ont un opercule et une membrane des 
branchies. 



DIX-SEPTIEME ORDRE 

DE LA CLASSE ENTIÈRE DES POISSONS, 

ou 

PREMIER ORDRE 

DE LA PREMIÈRE DIVISION DES OSSEUX. 

Poissons apodes, ou qui n'ont pas de nageoires infé- 
rieures entre le museau et l'anus. 



VINGT-DEUXIEME GENRE. 

LES CÉCILIES. 

Point de nageoires, l'ouverture des branchies sous le cou. 

ESPÈCE. CARACTÈRES. 

Le corps anguilliforme ; le museau très 

/ pointu; les dents aiguës ; huit petits trous 

La Cécilie brandéuieniye. J sur le devant de la tête , sept sur le som- 

i met de cette même partie, sept sur l'oc- 

V ciput. 



DES POISSONS. 3f)I 

LA CÉCILIE BRANDÉRIENNE 1 . 

Cœcilia branderiana 3 Lacep. — Murœna cœca, Linn. , 
Gmel. — Spkagebranclms cœcus 3 Bl. , Cuv. 



Nous avons dû nous déterminer d'autant plus aisé- 
ment à placer les cécilies dans un genre différent de 
toutes les autres familles de poissons osseux, et par- 
ticulièrement des murènes , parmi lesquelles elles 
ont été inscrites, qu'elles présentent un caractère 
distinctif des plus remarquables : elles n'ont absolu- 
ment aucune sorte de nageoire ; et ce défaut constant 
est d'autant plus digne d'attention, que, pendant 
long-temps, on a regardé la présence de plusieurs na- 
geoires, ou au moins d'une de ces parties, comme 
une marque caractéristique de la classe des poissons. 
Cette absence totale de ces organes extérieurs de 
mouvement suffiroit même pour séparer les cécilies 
de tous les poisson 3 cartilagineux, puisqu'elle n'a 
encore été observée sur aucun de ces derniers ani- 
maux, ainsi qu'on a pu s'en convaincre en lisant leur 
histoire. D'ailleurs, on n'a pas encore découvert un 
organe de la vue dans les cécilies: elles en paroissent 
entièrement privées ; et , par cette cécité , elles s'é- 

1. Murène aveugle, Bonnaterre . planche* de l'Encyclopédie mé- 
thodique. 



3()2 HISTOIRE NATURELLE 

Joignent non seulement de presque tous les poissons 9 
mais même de presque tous les animaux vertébrés et à 
sang rouge, parmi lesquels on ne connoît encore qu'un 
mammifère nommé Typkle^ et le genre des cartilagi- 
neux nommés Gastrobranches s qui aient paru complète- 
ment aveugles. C'est donc avec les gastrobranches qu'il 
faut particulièrement comparer les cécilies. D'autres 
rapports que celui de la privation de la vue , les lient 
d'assez près. Les ouvertures des branchies sont pla- 
cées sous le corps , dans ces deux genres ; mais dans 
les gastrobranches, elles sont situées sous le ventre, 
pendant que, dans les cécilies, on les voit sur la par- 
tie inférieure du cou. Ces deux familles ont le corps 
très allongé , cylindrique , serpe ntiforme , souple 
comme celui des murènes, enduit d'une humeur 
abondante; et on distingue aisément sur la tête des 
cécilies les principales ouvertures par lesquelles se 
répand cette viscosité. Dans la seule espèce de ce 
genre décrite jusqu'à présent, on remarque aisément 
huit pores ou petits trous sur le devant de la tête , 
sept au sommet de cette même partie , et sept autres 
sur l'occiput : ces vingt-deux orifices sont certaine- 
ment les extrémités des vaisseaux destinés à porter à 
la surface du corps la liqueur onctueuse propre à la 
ramollir et à la lubrifier. Cette même espèce dont 
Linnée a dû la première connoissance àRrander, et 
que nous avons cru devoir, en conséquence, nom- 
mer la, Brandêrienne s a les mâchoires très avancées, 
et garnies de dents très aiguës; c'est au dessous de 
son museau, qui est très pointu , que l'on voit de 
chaque côté, au bout d'un très petit tube, l'ouver- 
ture des narines; et de plus, l'anus est plus près de la 



IfcES POISSONS. OQO 

lête que de l'extrémité de Ja queue. Cette cécilie vit 
dans les eaux de la Méditerranée , auprès des côtes 
de la Barbarie , où elle a été observée par Brancher. 
PSous n'avons pas vu cette espèce. Nous soupçon- 
nons qu'elle n'a ni opercule ni membrane des bran- 
chies. Si notre conjecture à cet égard étoit fondée, 
H faudroit ôter les cécilies de la place que nous leur 
avons donnée dans le tableau général , et les trans- 
porter de la tête du premier ordre de la première di- 
vision des osseux, au premier rang du premier ordre 
de la quatrième division de ces mêmes osseux. 



FIN 1H. SIXIEME VOLIME. 



TABLE 

DES ARTICLES 



CONTENUS 



DANS LE SIXIÈME VOLUME. 



HISTOIRE NATURELLE DES POISSONS. 

Le Squale barbillon Page 7 

Le Squale barbu 8 

Le Squale tigré , 10 

Le Squale galonné ï2 

Le Squale œillé i3 

Le Squale isabelle 14 

Le Squale marteau 16 

Le Squale pantouflier 20 

Le Squale renard 3 5 

Supplément à l'article du Squale renard 27 

Le Squale griset 29 

Le Squale aiguillât 3o 

Le Squale sagre 34 

Le Squale humantin 56 

Le Squale liche. 38 

Le Squale gronovien 5n 

Le Squale dentelé a 

Le Squale bouclé ^ t 

Le Squale écailleux , ». 4 a 

Le Squale scie 45 

Le Squale anisodon. 5o 

Le Squale ange 5 1 

Les Aodons. ( Tableau méthodique des espèces ) 55 



5 Q 6 TAS LE. 

L/Aodon Massasa et l'Aodon Kumal Page 56 

L'Aodon cornu , 57 

Les Lophies. (Tableau méthodique des espèces.). 59 

La Lophie Baudroie (ii 

La Lophie Vespertilion 71 

La Lophie Faujas ' . . 74 

La Lophie Histrion 77 

La Lophie Chironecte 80 

La Lophie double-bosse ibid. 

La Lophie Commerson 82 

La Lophie Ferguson 84 

Les Baiistes. ( Tableau méthodique des espèces. ) 86 

Le Baliste Vieille 90 

Le Baliste étoile 102 

Le Baliste Écharpe . 104 

Le Baliste Buvina 106 

Le Baliste double -aiguillon 107 

Le Baliste chinois 109 

Le Baliste velu no 

Le Baliste mamelonné ibid. 

Le Baliste tacheté 112 

Le Baliste Pralin n3 

Le Baliste kleinien ii5 

Le Baliste curassavien 116 

Le Baliste épineux 117 

Le Baliste sillonué 119 

Le Baliste Caprisque 121 

Le Baliste queue-fourchue 5 123 

Le Baliste Bourse ibid. 

Le Baliste américain. ibid. 

Le Baliste verdâlre 126 

Le Baliste grande tache ibid. 

Le Baliste noir .''-.. ibid. 

Le Baliste bridé ibid. 

Le Baliste armé ibid. 

Le Baliste cendré i5i 

Le Baliste M ungo-Park i32 

Le Baliste ondulé ibid. 



TABLE. 397 

Le Baliste Assasi Page i33 

Le Baliste Monocéros i34 

Le Baliste hérissé 106 

Les Chimères. ( Tableau méthodique des espèces. ). ...... i3g 

La Chimère arctique i4o 

La Chimère antarctique 147 

Les Poltodons. ( Tableau méthodique des espèces. ) i5o 

Le Polyodon Feuille. i5i 

Les Acipensères. ( Tableau méthodique des espèces. ), . . . i56 

L'AcipenSière Esturgeon. i5j 

L'Acipeusère Huso. 167 

L'Acipensère Strelet. 178 

L'Acipeusère étoile , 181 

Les Osthacioks. ( Tableau méthodique des espèces. ) i83 

L'Ostracion triangulaire 186 

L'Ostracion maillé io5 

L'Ostracion pointillé 196 

L'Ostracion quatre-tubercules. ............ 197 

L'Ostracion museau-allongé ig8 

L'Ostracion deux-tubercules. 19g 

L'Ostracion moucheté. . aoi 

L'Ostracion bossu ao3 

L'Ostracion trois-aiguillons ao5 

L'Ostracion trigone.. ibid. 

L'Ostracion deux-aiguillons ibid. 

L'Ostracion quatre-aiguillous 208 

L'Ostracion Lister ibid. 

L'Ostracion quadrangulaire 210 

L'Ostracion Dromadaire. ..'..'. ibid. 

Les Tétrodons. ( Tableau méthodique des espèces. ). . , . . 214 

Le Tétrodon Perroquet 217 

Le Tétrodon étoile 222 

Le Tétrodon pointillé 224 

Le Tétrodon sans-tache 225 

Le Tétrodon hérissé 226 

lacépède. vi. 26 



Ô98 TABLE. 

Le Télrodon moucheté. . . Page 229 

Le Tétrodon honckénien, 23i 

Le Tétrodon lagocéphale 232 

Le TéJrodon rayé 235 

Le Tétrodon Croissant ibid. 

Le Tétrodon mal-armé < . . ibid. 

Le Tétrodon speuglérien ibid. 

Le Tétrodon allongé 240 

Le Tétrodon museau- allongé ibid. 

Le Tétrodon Plumier. 241 

Le Tétrodon Méléagris 2 43 

Le Tétrodon électrique 2 44 

Le Télrodon grosse-tête 245 

Le Tétrodon Lune 246 

Les Ovoîoes. ( Tableau méthodique des espèces.) 256 

L'Ovoïde fascé 257 

Les Diojdons. ( Tableau méthodique des espèces. ) 260 

Le Diodon Alinga 261 

Le Diodon Plumier. . 267 

Le Diodon holocanthe • . 268 

Le Diodon tacheté 270 

Le Diodon Orbe 272 

Le Diodon Môle 276 

Les Sphéroïdes. (Tableau méthodique des espèces. ) 278 

Le Sphéroïde tubercule 279 

Les Syngnates. ( Tableau méthodique des espèces 281 

Le Syngnathe Trompette 283 

Le Syngnathe Aiguille 294 

Le Syngnathe Tuyau ibid. 

Le Syngnathe Pipe ibid. 

Supplément à l'article du Syngnathe tuyau 296 

Le Syngnathe Hippocampe 297 

Le Syngnathe deux-piquants ibid. 

Le Syngnathe Barbe 3o5 

Le Syngnathe Ophidion ibid. 



TABLE. O99 

Les Cïcloptères. (Tableau méthodique des espèces. ). . . Page 3o5 

Le Cycloptère Lompe 307 

Le Cycloptère épineux 3i5 

Le Cycloptère menu 5i4 

Le Cycloptère double-épine 3i5 

Le Cycloptère gélatineux 3i0 

Le Cycloptère denté ibid. 

Le Cycloptère ventru ibid. 

Le Cycloptère bimaculé , 820 

Le Cycloptère Spatule 32 1 

Le Cycloptère Liparis 522 

Le Cycloptère rayé ibid. 

Les Lépadogastères. (Tableau méthodique des espèces. ). . . 325 

Le Lépadogastère Gouan. 326 

Les Macrorhinques. ( Tableau méthodique des espèces. ). . . 028 

Le Macrorhinque argenté 339 

Les Pégases. ( Tableau méthodique des espèces. ) 35o 

Le Pégase Dragon.. .'• 55 1 

Le Pégase volant 335 

Le Pégase Spatule 35y 

Les Geivtrisques. (Tableau méthodique des espèces. ). . . . 53g 

Le Centrisque cuirassé 54o 

Le Centrisque Sumpit 544 

Le Centrisque Bécasse 546 

Poissons osseux 54g 

Tableau des genres des poissons osseux 554 

Les Cécixies. (Tableau méthodique des espèces. ) 590 

La Cécilie brandérienne , 091 



FIN DE LA TABLE. 



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