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OEUVRES DE MARGUERITE DOYNGT
OE U V R E s
PRIEURE DE POLETEINS
Publiées d'après le manufcrit unique de la Bibliothèque
de Grenoble
Élève de l'École nationale des Charte»
AVEC UNE INTRODUCTION
DE M.-C. CUIGL'E
N. SCHELRING, ÉDITEUR
M DCCC INXVII
P"0
5}0X
LIBRARY
750887
UNIVERSITY OF TORONTO
LA CHARTREUSE DE POLETEINS
^^6p^% U commencement du XIII"^ Jiècle, Li fci-
V'/ vV^ ê'^^''"'' '^'^ cMirîbel, immédiatement con-
,4^^ié^ tigiié à ï opulente cité lyonnaife, & dont
la juridiélion s étendait , du T{hône à la Saône ,
jufque fur îun des faubourgs de la ville même, ap-
partenait à Guy de 'Bàgé, fis d'Ulrich II, fire de
'Bàgé, & doilix, dame de oMirihel, fille de Guil-
laume P'^, comte de Chàlon. C était une fort belle
terre, tant par fon étendue, fon iieureufe fituation &
le nombre de fes vaffaux taillables, que par la pof-
îion de fon château fort, qui commandait à la fois
VIII
le cours d un fleuve & la grande voie de Lyon à
Genève.
Guy de 'Bâgé n avait que des filles. Il confiitua en
dot cMirihel & toutes fes dépendances féodales à
zMarguerite , ïainée, fa préférée peut-être, en la
promettant en mariage à Guichard IV le Grand, fire
de 'Beaujeu, pour fon fils Humhert, qui devait être
fon héritier. Guy renouvela folennellement cette pro-
mejfe, à 'Belleville, le 1 8 Juillet 1218, au moment
de fe croifer pour la Terre-Sainte fij, où il mourut.
({Marguerite tint f engagement contraélé par fon
père 6* époufa, on ne fait à quelle date précife,
Humhert T), fire de 'Beaujeu, depuis connétable de
France.
Teu de temps après fon mariage, avant d être mère,
«S' pendant que fon mari guerroyait pour le roi contre
le comte de Touloufe, elle réfolut, dans [intention
fans doute de fe rendre propice le Dieu des batailles,
de fonder, fur fon domaine, un monafière de reli-
gieufes, d'où, la prière s exhalerait fans ce Je à ïunif-
fon des ardentes ferveurs de fon cœur de femme
aimante. Son époque était celle des grandes héréfies
albigeoifes, vaudoifes, cathares, &c., mais auffi celle
de la foi intenfe, qui s'affirmait d ordinaire par de
riches fondations pieu fes.
IX
Le choix de ^Marguerite s arrêta fur tordre des
difciples de faint 'Bruno. Cet ordre aujlère & célèbre
était alors en grande faveur dans le Lyonnais. Les
Cliartreufes de Tortcs, de zAîeyriat, doirvières, de
Sclignac & de Seillon avaient déjà produit faint c/ln-
îelme, cAyroLl & Guy, cvèque de cAfaurienne, 'Ber-
nard m & faint Etienne de Châiillon, cvèque de Vie,
faint cArtaud, cvèque de 'Belley, Henri, cvèque de
Genève, &c., qui tous répandaient fur F infitution une
grande réputation de fiintcté. T)un autre coté, des
traditions de famille la fiifaient s incliner à aimer
tout particulièrement les Chartreux / Ses auteurs avaient
contribué puij] animent à la fondation de Seillon^ où
un de f es grands-oncles, Humb.ert de Bàgé, était mort
prieur après avoir réfîgné le fiége archiépifcopal de
Lyon; ceux de f on mari, de concert avec les comtes de
Savoie, avaient créé la maifon dcArvières & richement
doré celle de Tortes .
L'emplacement que défigna ^farguerite pour rece-
voir les bâtiments du nouveau monajlère, qui devait
s élever fous le vocable de /^ï Celle de Noire -Dame,
était fitué dans la paroiffe de zMionnay, fur le mon-
ticule de Toleteins, au point précis oii avait exijfé une
petite villa a f époque de la domination romaine fj).
Ce point fe trouvait aje^ près de fon château de
b
X
zMirihel pour quelle pût s'y rendre facilemem, & en
même temps ajfei écarté des bruits du monde pour que
les fœurs pujfent y vivre félon la lettre & le/prit de
leur règle. c4ux religieufes quelle fit venir , fous la
direéîion dune prieure d'un couvent nommé Tré-'Bajon
(Pratum Bajonis), au dioclfe de Vaifon, dans le
Comtat Venaijîn, elle concéda d'abord le lieu même de
la fondation, le territoire & le tènement de Toleteins,
& un étang quelle y avait créé. Elle leur promit, en
outre, de faire bâtir à f es frais une églife & tous les
édifices qui leur feraient nécefi'aires ; de leur donner
des terres arables autant quen pourraient cultiver huit
paires de bœufs ; d' acquérir , pour elles, des vignes, de
les pourvoir de prés, de bois, de forêts, d'un moulin &
de tous les pâturages qu'exigeraient la nourriture 6*
l'entretien de i6 bœufs de labour, de lO vaches & de
JOO moutons. cA cette concefiion elle ajouta l'exemp-
tion de tous droits de péage & de leyde dans fon do-
maine, & le don d'une rente de ly livres fortes affignée
fur la pèche du lac des Echets & fur le produit du
vieux péage du 'Rhône.
L'aâe de cette fondation, qui fut confirmée par
Humbert de 'Beaujeu, exifie encore en original f]J.
Il n'efi pas daté, mais il doit appartenir aux premiers
temps de l'union d' Humbert & de zMar guérite, cefi-
XI
à-dire aux années 122^ ou 1226, attendu que la fon-
datrice ^ dans lexpofc des raifons qui la portèrent à
édifier la Celle de Notre-Dame, ne parle que du
falut des âmes de fes ancêtres, de fon mari , de la
Jienne propre, fans recommander celle de fes enfants,
que l amour maternel ne lui eût pas permis d'oublier,
fi, alors, elle avait ctc mère.
Les deux fceaux qui authentiquaient t^aSle nexijîent
plus ; il ejl néanmoins poffible de les décrire d'après
des exemplaires contemporains attachés à des docu-
ments confervés aéîuellement dans les archives dépar-
tementales du T{hàne.
Le grand fceau de c/llarguerite f^J la repréfente
couronnée, vêtue dune robe très-ample, afftfe fur une
haquenée galopant à gauche & quelle guide de la
main droite. Sur le poignet gauche elle tient un Jau-
con; amour on lit: -[- sigillv . marga[rite] . do-
mine [bllliioci] . — Le contre-fceau efl meublé d un
écu chargé d un lion grimpant à droite. Légende:
S . M . DOMINE BELLIIOCI.
Celui d Humbert de 'Beau/eu f^) porte dans le
champ un cavalier armé de toutes pièces, l épée haute,
la poitrine couverte par un bouclier, & galopant à
droite. La légende, qui ne fubfijh' plus fur l'exemplaire
en cire blonde que f ai fous les yeux, devait être très-
Xil
probablement : -l" siGlllV M HVMBtRTi DOMINI DE
BELIOCO . Le contre-jceaii refaire dune inr aille peut-
être antique & qui reprcfente un amour ou un ange
ailé derrière un cheval nu 6^' au repos. Cet emblème^
adopte par Humbert, cjt fans doute une galanterie à
îadreffe de fa femme. Légende : -^^ SIG HVMBERTI
DE BELIOCO (6J.
On ignore le nom de la première prieure de Tole-
teins. Elle ne peut avoir été Jeanne de 'Beaujeu, fille
de la fondatrice , qui en fut feulement , ce qui ejî beau-
coup plus probable, la deuxième prieure. Cejl en cette
qualité quelle préfida, on le fuppofe du moins, en
I2j'i, la cérémonie d'inhumation de fa mère dans le
chœur de téglife de la Celle Notre-Dame.
Jeanne de Beaujeu ejl rangée parmi les bien-
heureufes. Elle ne mourut pas, comme le dit zM. T)e-
pery fyj, le iS janvier 1260, puifque fon frère
Guichard, fire de 'Beaujeu, lui fit im legs dans
fon tejîament qui porte la date de novembre 126 J fSj.
Son décès doit être reculé au moins jufqu en I2yi,
attendu que le Laboureur cite, fous cette année, une
acquifition quelle fit de Guy de Ferlais, feigneur de
Sathonay fpj .
Jeanne de Villars, fille d'Etienne I, (ire de
Thoire-Villars & Joignes de Villars, lui fuccéda.
XIII
Elle vivait encore en 12S1 (loj. c^^prés elle on
trouve :
Marguerite d'Oyngt, prieure, de 12S6 u
Jeanne II de Beaujeu,///^ Jf Louis, fire Je
'Beau jeu & dEléonore de Savoie, de iji i ii i ]! ^;
Eléonore de Beau Jiu, Jille de Guicluird IV,
fire de Beaujeu, & de Jeanne de Genève, de i ]]i à
JS^S (ijj;
Béatrix de VlllAKS, fille d^HuwbertV,Jlre de
Thoire-Villars, & d Elconore de "Beaujeu, vers i ]^0 ;
N. DE Vienne, vers i]6o (12);
Alix de Chalamont, en i^y2 fijj;
Jeanne de Fuer, en 1^2] f^-f-J'
Marie Buffard, morte en i^jS fi^J;
Jeanne de Salornay, élue en J^yS, morte en
1^61 fiôj;
GUILLEMETTE DE BuiSADAM, vers 1^00 (ij)',
Charlotte de Montagny, en i^^o (iS);
Advertine de iMonternod, en i^^o (19);
Les (impies religieufes, de même que les prieures
de Toleteins, appartenaient aux meilleures familles du
Lyonnais, de la "Brejfe, du Bugej, de la Vombes, du
"Beaujolais, &c.; cejl ce quattejlent ces noms que j ai
pu recueillir (20) :
XIV
Ifahelle de Chamhrenon & Eléonore de 'Bourgogne
étaient religîeiifes en 128c; 5\^. 6^ 5\^. de zAfont-
giraud , fœurs d Etienne de Sfontgiraud, facriftain de
Saint-Taul de Lyon, en 12Ç2; 5\^. & 5\^. nièces de
Jean Egide, chantre de 'Beaiijeu, en I2Ç^; Tctro-
nille dcArs, en i^oi; Ifahelle & 'Bcatrix, fœurs de
la prieure Jeanne II, en 131^; Simonne de zMoiffon,
en JJ12; Tétronille & 'Barbe de La tMure, en 134.8 ;
SI ar guérite de Chamhut, vers 1 3~j-Ç; zMarie de Vil-
lars, fœur de la prieure 'Béatrix, en 13^0 ; Ifahelle de
zMoyria, en 14.10; Lconette de 'Buffy, en 14.20;
'Bonne de Charentay, Guillemette Caftanier, Etiennette
& Catherine Borghèfe, cAntoinette Sfermet, cAmédée
CNj)ire, Elifahetk de zAîoyria, Catherine de Laye &
Lconarde Vallier, en 1423; Sfie de Chacipol, en
14.60; Claudine de la Vernée, en I4-/8; Françoife
de cMoyria, en iyi8 ; Thilippine du Saix, en 1^21 ;
T{enaudine de Varax, en 1^30; Jeanne de Candie,
en I ^42 ; Françoife 6" Jeanne de cMarfonnas , Jaque-
Une de la Cour, Jeanne & Françoife de Salornay,
Huguette de SMajollans, Claudine de Luyrieux, Louife
de EEclufe, Thiliherte du Tilliet, Françoife de Gaf-
pard, Jeanne de Saint-Julien, Françoife de Chahe &
'Barbe de Fetan, en i^^O ; Françoife & Claudine du
%oufjet, en i ^60, ô'c.
XV
Comme on le voit par cène cnumcration, Vol éteins
n était pas un monajlère ouvert aux femmes de toutes
les conditions. C était une mai/on jufquii un certain
point arijlocratique, dans laquelle, de leur plein gré,
par vocation, ou pour obéir à la volonté paternelle, fe
retiraient, comme à Saint-Tierre de Lyon, à ^T^euville,
à 'Brienne, à Salles, les Ji lies des grandes familles de
laprovitice qui n étaient pas dejfinées au_ mariage.
Le pape Innocent IV, en 12.^^, prit la Chartreufe
de ToL'teins fous la proteâion toute fpéciale du Saint-
Siège (21). This tard, des privilèges & des exemp-
tions lui furent encore concédés par les rois Louis X,
Thiiippe de Valois, Jean II, Charles V, Charles VI,
Charles VII, Louis XI, Charles VIII & François I'' ,
ainfi que par les ducs de "Bourbon & de Savoie. La
haute noblejfe du diocèfe de Lyon fe plut auffi à
favorifer d'une manière particulière la Celle de
Notre-Dame, qui comptait parmi fes principaux
bienfaiteurs: Valmace éMorel, Humbert de Beau} eu,
mari de la fondatrice, Gaudemar de J^rei, Foulque
de Hochefort, Guichard, fire de Beau jeu, Guillaume
de 'Roanne, T^'naud de Fore^, cAlix, veuve SzAlben IV,
fire de la Tour-du-Tin, Eléonore de Savoie, Louis de
Forei, oMarie de Chàtillon, Humbert V, fre de
Thoire-Villars, Humbert de G larcins, 6v. Tlufieurs
XVI
familles chevalerefqiies, notamment celle cfcArs, y
avaient leur tombeau. Tierre de 'Buenc, chevalier,
demanda, en I2y6, par f on tejlament, à y être inhu-
mé. Etienne de Villars , prieur de Lugny, y fut
enterré en J ]0^ (^^) > ^nceliÇe de Frans, veuve de
Tierre de la 'Baume, en IJIJ, &' Thilippe de Fran-
cheleins, de déteins & de Cordieu, en i^oâ, y
firent éleélion de fépulture.
Uers le milieu du XU^ fiècle, la règle cartufienne,
fi remplie dauférités, devint trop févère pour les
fœin'S de Toleteins, élevées , pour la plupart , au milieu
des gâteries de la fortune & des adulations du monde.
En i^P^, elles méritèrent les ccnfures du chapitre
général. En i6o^, la fupprejfion du couvent devint
une néceffité, &' le pape la prononça. Les religieufes
furent transférées dans la Chartreufe de Salette; le
monafière & [es dotations, en vertu dune bulle de
Taul T) & dun arrêt du confeil, furent mis à la dif-
pofition de Tordre, qui, autorifé par Henri IV 6-" le
duc de Savoie, les unit provifoirement au monafière
de tHj)tre-T)ame-du-Lys , fondé à Lyon en i ^8 S , pour
ï aider à achever fes bâtiments, payer fes dettes &
entretenir un nombre fufiifant de religieux. Cette union
provifoire, renouvelée chaque année (2]J dans ïaf
femblée générale du chapitre, perfifia jufquà la
XVII
Ticvolutlon, & jufquà cène époque la mai f on de l.von
jouît exdufivemem de lous les droits^ rentes & pof-
fejjlons de Toleteins, qui étaient adminijlrcs par un
chartreux, pourvu du titre de procureur fpccial, réfi-
dantfeuî, avec un perfonnel très-réduit de domejliques,
dans une aile de l ancien couvent (2^).
Un grand nombre de regijires de la comptabilité
des procureurs exijlent encore entre Us mains de
zM. Tony %emond, propriétaire aéluel du domaine
de Toleteins. Ces regijires, très-intérejfants à plus d'un
titre, permettent, fi on les rapproche des données
fournies par un inventaire rédigé vers J /-f-à , Jeute
épave échappée des archives du monajlère, de reconj-
tituer létat de la fortune mobilière & immobilière de
la Chartreufe.
Les rentes nobles s'étendaient en "Brejfe, Vombes &
Franc Lyonnais, fur les paroijfes de SMionnay, zATon-
tanav, C^euvil le- fur-Saône , Fontaine, Vancia, 7^-
manèche, Tramoyes , du éATontellier , Saint-Eloi,
éTlfeximieux, Terouges, "Bourg - Saint - Chrijlophe,
Sfontluel, Jailleux, Sainto4ndré-de-Corcy, z^fon-
thieux, cAmbérieux, T^ancé , Civrieux, Fleur ieux,
Sathonay, Genay, zMiribel, cAîaJfieux, 'Beynojl, Ber-
noud, Tarcieux, T^llieux, La 'Boijfe, Viif ^T^iévro;,
Sa in te - Cro ix , Saint -J ean - de - Th urigneux , 'Birieux ,
XVI H
'Buffiges , C^eyron, Saint- zMawi'ce-de-'BeynoJI &
Cor dieu; en 'Beaujolais, fur celles de Blacé, Saini-
Erienne-la-Varenne , Vaux, Sainr-Lager, Saim-Geor-
ges-de-T{eneins , cAnfe, Saint-Julien, Liergucs, Cher-
vinges, Tfenice' & cArnas.
Les propriétés foncières con fi fiaient:
j° Vans le tènement dit de Toleteins, compre-
nant ïéglife , le monaftère & fes dépendances immé-
diates ;
2" Vans quatre forêts dites de Toleteins, de la
Vavre, de Goully & de la Fontaine ou du Toujfav,
fituées fur les paroiffes de cMionnay & de %omanè-
chc, dune contenance de 6^1 bicherées;
]" En vingt-quatre bois dits de la Barre, (lAfagai,
Tommer, des Tins, de la Charpenne, du Fu^, du Lu-
minaire , dc4rdiches , des Chaintres, d'oiberaloup,
Trumel, &c., enfemble 62] bicherées;
^° En dix-huit prés, dune contenance totale de
^So bicherées;
y° En champéage, d'une étendue de 1 1 y bicherées;
6° En quinie étangs, dits de Tlancheiart, de Con-
ches, du Jonchay, du Breuil, des Vavres, de Goully,
des Imagées, de Billart , de Chojfogne, Saillart, du
Bois, de la Charpenne, du Carel, de la Vimanche,
des Echerolles & d'cAberaloup, fis fur les paroiffes de
XIX
(^fionnav, zJ\fcmanay, Sa'iiu-z^Tarcd & T^mani.-.-fic,
& dune étendue totale de J ,Syo bi cher ces ;
7° En fix granges ou domaines, dits de Goullv,
des T{agces, de la <y)farfcndicre, de la Veguira, de
la Torte, î^'^a/î/", dont le labourage était de 1,6^2
bicherées ;
8" Vans le logis dit de zAîiotinay, fur le grand
chemin de 'Bourg à Lyon, au territoire d-e la 'Bourre-
Hère, appelé d abord é^fas-Janet , <v compofc d un
bâtiment ^habitation oit pendait, avant ijij, l en-
jeigne de la Croix-Verte, & de 10 bicherées de
fonds ;
Ç" En un vignoble à Blacé, en "Beaujolais, 6' une
petite vigne à Genay, &c.
Tous ces immeubles furent vendus en l/Çi , comme
biens nationaux. Ce qui re fiait des bâtiments du mo-
naftère difparut pour faire place a des écuries & à des
f'enils. La chapelle jeule fut refpeâée. On la voyait
encore intaâe, il v a quelques années feulement, fur la
ligne de Lvon à "Bourg à travers la Vombes, fur le
monticule qui domine la Jlation de é^fionnay, à quel-
que cent mètres de la voie. Sa filhouette fixait pour un
infant l attention du tourijle.
Son chevet, qui faifait face à la gare, était percé
dune grande baie à meneaux. "Deux grands arcs-bou-
XX
Tanrs, comme deux grandes ailes de pierre, fourenaient
la poujfce de la voûte de labjîde. Un péril clocher en
charpente, coiffe dun pignon aigu, dominait la toi-
ture couverte en tuiles creufes. c4 [intérieur, tout était
encore à peu près en place : dans labJïde l autel avec
les objets nécejfaires au culte, la croix, le tabernacle,
les chandeliers , le bénitier, &c.; dans la nef, desjlales
en boisfculpté, appendus aux murs quelques tableaux,
dans des niches ou fur des f odes de vieilles Jlatues
aujfi en bois, la plupart dorées. Le badigeon à la chaux
vive que le temps avait noirci, laijfait voir en maints
endroits, fous de larges écailles, les peintures à la
frefque qui Jadis avaient recouvert les parois de la nef
éclairée par d étroites fenêtres ; quelques fragments de
vitraux peints battaient encore au vent dans la grande
baie du chœur, & malgré foi, en promenant le regard
fur cet intérieur délabré, mais plein de fouvenirs, on
fe prenait à rêver.
oiujourdhui, tout a difparu, & à la place de la
vieille chapelle du XI 11^ fècle s élève une belle
maifon de campagne, timbrée fur ïimpojle de la porte
d'honneur du chiffj-e de fon riche propriétaire : T. î^.
MARGUERITE D'OYNGT
SA FAMILLE, SES OEUVRES
BIEN des auteurs des XVIl'' & XVI II" fiicLs
ont parle de z^farguerire, quatrième prieure
de la Chartreuje de Tcleteins, Les uns
î appellent tout fimplemem Marguerite; les autres,
tels que Vorland f^j'J, Théophile T^avnaud (26J,
de Colonia (2"/)^ Ternetti (2S) & tabbé Le-
bœuf (2çJ, Marguerite de Lyon, I autres enfin,
Marguerite de Duyngt ou de Duyn. C eft ee
dernier nom que lui ajpgne <y\f. Viclor Le Clere,
dans la notice quil lui a eonfaerce dans 1 1 hflcMrc
littéraire de la France (joj-, nom qui a fait eroiie
XXII
à la plupart des écrivains , notamment à Guiche-
non f]ij <S" à zM. Vepery fs^J, que zMar guérite
était originaire de la petite ville de T)uyn, en Savoie,
arrondijfemem doinnecj, ou quelle appartenait à
l ancienne famille chevalerefque de T)uvngt-la-Ual-
d' If ère. Le Laboureur^ qui avait pu compuljer tous
les titres du couvent de Tolcteins, la nomme Margue-
rite d'Oui f'^^) d après le manufcrit de fes œu-
vres f]^)i ^'^' qui donna lieu de foupçonner, à zAT. Té-
ricaud ( j^J, quelle pouvait bien être ifjue de la
puijfante famille SOyngt (de Yconio), dont le ma-
noir n était fitué quà quelques lieues de Lyon & de
Toleteins ; mais comme « nul ne peut être bon pro-
phète en f on pays, jj cette opinion rejla fans écho.
zM. Téricaud, cependant, avait prejfenti jufle, car
un document, qui exijle encore en original, & dont
l autorité ejl indifcutable , prouve péremptoirement que
la béate fupérieure était lyonnaife, & que, de fon
vrai nom, elle s'appelait Marguerite d'Oyngt.
Ce document ejl le teflament de [on père. Tar cet
aéle, qui porte la date du 2j juillet i2Çy, Guichard,
feigneur dOyngt, chevalier, infime pour héritiers
univerfels Guichard & Louis dOyngt, fes fils, &' fait
des legs à Catherine, I/abelle, cAgnès & zMar guérite,
fes filles. En ce qui concerne cette dernière, il s" ex-
XXIII
prime ainfi : « Item à ma fille Marguerite , reli-
gicufc & prieure du monaflère de Polcteins, je
donne & lègue par droit dinAitution une rente
cenfuelle, annuelle & viagère de loo 11 us de
viennois (j;6). » Le même ade nous apprend que Li
femme du tejiateur Je nommait aujft zAfar guérite, que
Ja dot fut de J ,/0 livres de tournois, fomme alors
confidcrahhj &que, lors de la paj'ation du contrat de
leur mariage, le père de Guiehard ajfura à fa bru,
comme gain defurvie, la jouijfance, fa vie durant, de
la ville du 'Bois, avec tous fes droits, revenus & dé-
pendances fS/J-
La famille d'Oyngt était une des plus anciennes &
des plus puifantes du Lyoïmais. ST. Vacliei f^Sj a
pu en remonter la généalogie jufqu à Umfied d Ovngt,
vivant au commencement du XI'^ fiècle. Elle
compte des alliances avec les T{oujfillon, les d'cAlbon,
les de Saint-Symphorien, les 'Brienne, les zMarcill)'-
Chalma-^el, les Varev & les (ires de Villars. Elle
s^ éteignit en ijSj.
cATarguerite, femme de Guiehard d'Oyngt & mère
de notre prieure, devait^ elle aujfi, appartenir a une
des grandes maifons féodales de la "Brejfe ou de la
Trombes, attendu que fes biens patrimoniaux, qu elle
traifmit, par donation entre vifs, en 1)00, à f-"i fJ!,-
XXIV
Louis, qui les céda, en grande partie, le i^^ février
Ijj8 fv. f.J , au chapitre de Saint-C^iier, de
Lyon {39), étaient fitués fur la rive gauche de la
Saône, dans les paroiffes de Saint-Cyr, de Confran-
çon, de Villeneuve & de Savigneux, près de zMontber-
thoud f^oj. Louis dOyngt mourut vers 1 3 3 ^ , laijfant
quatre enfants de zÂTar guérite de 'Brienne, fa femme.
Son frère aîné neut qu un fils, Guy dOyngt, cheva-
lier , père lui-même d'autre Guichard , feigneur d'Oyngt,
qui fut le dernier repréf entant mâle de fa race. T)es
trois fœurs de notre prieure de Toleteins, lune, Ca-
therine, époufa, le ^février i]20, Jean de S^Tar-
cilly-Chalmaiel, feigneur de la Perrière; les deux
autres fe retirèrent religieufes, dans le monafière des
'Bénédiéîines doilix, en 'Beaujolais f-fij-
On ignore comment fe pajfèrent les premières an-
nées de la vie de éMar guérite dOyngt, à quel âge
elle fe mit fous la règle de faim 'Bruno, à quelle
époque elle fut élue prieure de Toleteins & quelle efi
la date précife de fa mort.
'Tout ce qu on fait d'une manière certaine fe réduit
à quelques faits. Elle dit elle-même que la piété dé-
cida fa vocation ; « C'eft pour vous feul^ mon doux
Seigneur, que j'ai quitté mon père, ma mère, mes
frères & tous les biens de ce monde (42); » &" que
XXV
déjà au mois de juillet 12S6 elle était religieufe f^]J.
cAu mois d'août 12SS, en qualité de prieure de Tole-
teins (^4.), elle tranfigea avec (Agathe, abbejfe de
Saint-Tierre de Lyon, au fujet de certains droits de
dune dont étaient grevés des fonds dépendant de la
Cliartreuje. Sonjceauejl encore appenduà laâe, mais
dans un bien trijle état de mutilation. Il rcpréfente^
dans le champ, un bujle de la Sainte-Vierge, pofé de
face, & accojlé, à droite, de ÏEnfant-Jéfus debout &
vêtu S une longue robe. Il ne rejle plus de la légende
que les lettres <^T^ £n 12ÇJ, fon père lui
fil un legs par tejîamcnt (-f-^) ; le i] mai 1)00,
dans la donation que fa mère confentit à fon fis
Louis, ellefe réferva la faculté de pouvoir difpofer de
quelques biens en fa faveur f^6j ; enfin, au mois de
juillet i^Oi, elle atmonça par révélation la mort de
[archevêque Henri de Villars f^/J- Ces trois der-
nières dates, dont deux font établies par des aâes en
forme authentique, prouvent que Théophile T{avnaud,
Trombj & zM. Viélor Le Clerc fe font évidemment
trompes en fixant le décès de zMar guérite aux années
I2p) OU i2Ç^6f' en interprétant, comme pièce inté-
grante d un procès-verbal d enquête faite après dcces,
cette annotation qui précède fun des petits ouvrages
dus à la plume de notre prieure :
c
XXVI
L'an du Seigneur 1294, Hugues^ prieur de Val-
bonne, apporta, en chapitre général, à Dom
Bofon, prieur de Chartreufe, cette vifion qui lui
avait été envoyée par la i'ervante de Dieu, dame
Marguerite, prieure jadis de Poleteins. On croit
que cette prieure efl la perfonne qui a écrit cette
vifion , à laquelle vifion nous avons décidé de
donner pour titre: Spéculum sancte Marga-
RITE VIRGINIS PRIORISSE DE PeLOTENS (48). »
Sans grand effort (fimaginaiion, il ejî facile de re-
connaître que cette note, rédigée peu après la mort de
zAfarguerite, ne tient en rien ni du procès-verbal, ni
du rapport, comme le croit zM. Viâor Le Clerc f^pj,
mais quelle a eu tout fimplement pour but de conjlater
la provenance du manufcrit, la date de/on entrée dans
la bibliothèque du monajlère, le nom de fon auteur,
& enfin dajfigner un titre à un opufcule qui nen avait
pas. La valeur, enfomme, de cette note nejl pas autre
que celle d'une précieufe indication bibliographique.
Cejl à la fin f'ÇoJ de ce petit ouvrage que fe
trouve, de la même main fans doute qui a écrit le
préambule, cette annotation: Ici finit le SviCVlVM
SANCTE MaRGARETE VIRGINIS PRIORISSE DE Pe-
LOTENS. Elle mourut Pan du Seigneur 1310, le
trois des ides de février (y i). Cette date du j i fé-
XXVI!
vrier JJIO, repoujfce jufqiîà ce jour comme erronée,
doit enfin, à mon humble avis, éire acceptée comme Li
date la plus certaine du décès de ^Marguerite, attendu
qu elle a c'tc enregifirc'e par un contemporain & cju il
efi démontre que celle de 12Ç^ ejl complètement
inexaéîe.
Le Jeul manufcrit ancien aujourd'hui connu des
œuvres de zAfar guérite dOyngt, efi confervc à la bi-
bliothèque publique de Grenoble, oii il a été tranfporté
de la Grande-Chartreufe . Il je compofe de ]8 feuil-
lets de parchemin, du format petit in-^°. Les deux
derniers feuillets font en blanc. Chaque page, réglée
à f encre, renferme 2^ lignes dune bonne écriture,
qui parait être du premier quart du XIV^ fiècle.
"Des zÂîéditations, Pagina Meditationum, remplif
fent les 2^ premières pages ; le récit d'une vifion
Spéculum Sande iMargarctc, sétend jufquà la page
^^; la vie de 'Béatrix d'Ornacieux, Li \'i:i sciti Bia-
trix virglna de Ornaciu, commence a la page j^ &
continue jufquà la page 60 ; cinq lettres ou fragments
de lettres & trois prophéties terminent le manujcrit.
Les Méditations font écrites en latin, ce Le fiyle,
dit z^f. Viélor Le Clerc f) 2), fans être pur, ni même
tout à fait exempt de mots étrangers à la langue latine,
na cependant rien de cette barbarie fauvage qui infej-
XXVI II
ta'iï alors irop Jouvcnî les œuvres monacales ; on dirait
que cette rude & grojière latinité, qui fiijfi fait dans
les cloîtres à tant d'efprits vulgaires, sejî adoucie
pour exprimer les fentiments dune âme noble & ten-
dre. cAinfi, Jufquà la fin, fe fuccèdent les prières ar-
dentes, les clans de la foi & de l amour, toutes ces
infpirations dont fe compofent, dans les écrivains afcc-
tiques, les élévations à T)ieu. Il y a ici moins d ori-
ginalité peut-être, mais moins de myficifme & d'ohf-
curité que dans d'autres SMéditations chrétiennes
écrites par des femmes, comme Gertrude & éMech-
tilde, vers le même temps, Catherine de Sienne, au
XIV^ fiècle, Thérèse, au XV I^, cMarie SoAgreda,
au XV IP. »
La Vifion^ comme tout le refle du manufcrit, efl
écrite en langue vulgaire. « Ceft une forte d'cApoca-
lypfe, continue zM. Viélor Le Clerc. La perfonne inf-
pirée dont ïextafe ef ici décrite, en étudiant les lettres
blanches d\in livre divin que lui montre le Chrifi,
lettres toutes remplies des vertus du Fils de T)ieu, fe
propofe d'imiter ce célefie exemple ; en jetant les yeux
fur les lettres noires, elle apprend à fcuffrir; en con-
templant les lettres rouges, elle sinfiruit, par la vue
dun fi précieux fang, non feulement à accepter les tri-
bulations de ce monde, mais à prendre en haine f es
XXIX
faujfes délices. Les lettres d or lui enfei^ncni a dêfirer
les chojes du ciel. Enfin, elle médite, d un bout ii l'au-
tre de ce livre, fur la vie du Sauveur. — c4u fécond
chapitre, pendant que la même perfonne efi en oraifon
après zMaiines, le même livre s ouvre tout à coup ; //
rejfemble à un beau miroir & na que deux pages.
zAîarguerite, ou le témoin de ce fpeéîacle, neffave
pas den révéler tous les myfières : « Je nai, dit-elle,
ni âme qui pût comprendre, ni bouche qui fût racon-
ter. » Elle ajoute feulement qiiil apparaiffait dans ce
livre un lieu délicieux, fi grand que le monde entier
efî peu de chofe en comparaifon. Là brille au loin une
glorieufe lumière, divifée en trois parties, & comme
repréfentant la Trinité même, fource inejfable de tout
ce qui eji bonté, fageffe, puijjance, amour & joie cA
lentour, dans l infini, fe font entendre incejfamment
les chants fublimes des anges & des faims. . . — Sous
la troifième & dernière rubrique efi un beaucoup plus
long chapitre, qui commence aufil par une apparition
du Chrifi dans toute l'a gloire, à une perfonne de la
connaijfance de fauteur, una perlbnna que je co-
gr.oiiïb, avant ou après zAfatines, mais qui tiojfre
enfuiie qiiune cnumération aje^ dijfuje de toutes les
perfeéiions de "Dieu , & des merveilleux dons qu il
accorde en partage àfes amis & à fes faints.
XXX
Vans la Vie de Béatrix d'Ornacieux, « font
racontées rouies les vertus dont 'Béatrix donna
[exemple dès f on plus jeune âge, & routes les grâces
dont le Seigneur l avait comblée. Ce récit ne manque
point d intérêt. On y remarquera des macérations
& même des rorrures qui, aux diverfes époques de
ïhijloire eccléfiajlique, onr fouvenr accompagné l exal-
raiion de la foi. 'Béatrix sinjligeait de fi rudes coups
de dijcipline, « que H fans en coreyr per rotes les
« cotes. " En mémoire de la Tajîon, elle fe perçait
les mains de part en part, avec un clou fans poinre.
Il en coulait une eau pure qui ne fe mêlait pas au fang,
& bientôt la blejfure fe fermait & fe guériffait fi bien
que perfonne ne pouvait s en apercevoir, &c. » —
Béatrix, originaire du "Dauphiné, fut pendant quel-
ques années fous les ordres de ^Marguerite d'Ojngr.
Elle mourut dans le mona/Ière d'Efmure, en i jO^ ou
en i]op.
Les cinq lettres, adreffées à diverfes perfonnes, &
qui, toutes, peuvent être attribuées à zMarguerite,
font relatives à des confeils fpirituels, à des raviffe-
ments & à des vi fions. Les trois paragraphes qui Ter-
minent le volume ont été ajoutés par une main pieufe,
pour témoigner de lafainteié de la béate prieure ; dans
lun, fauteur ajfure qu'elle prejjentii la mort d'Henri
XXXI
de Villars, archevêque de Lyon, dcccdc à T{ome, le
1 8 juillet i]Oi ; dans t autre, quelle dcjlgna mira-
culeufement le crâne dune de/es religieufes, inhumée
depuis longtemps ; dans le troifième enfin, quelle ap-
parut après fa mort à Vom Vurand, vicaire de la
Celle-C^otre-Vame .
SMalgrc tout leur intérêt, les œuvres de zAîargue-
rite d Ojngt font demeurées inédites jufqu à nos jours.
Tout ce quon en connaijfait fe réduifaii au court frag-
ment publié, en jSoç, par zAT. Champollion-Fi-
geac f^]J, ^ ^ux quelques extraits donnés, en 18^2,
par zM. Viâor Le Clerc fj'^)- Ln vérité, c était
trop peu, car, aux feuls points de vue de Ihijloire
littéraire & des études philologiques fi ardemment
Jfimulées & pourfuivies de toutes parts, ces œuvres,
qui conjlitueni à peu près Lunique monument du dia-
leéle parlé dans la province du Lyonnais à la jin du
XIII'^ fîècle, ne devaient, ne pouvaient rejler plus
longtemps dans t oubli.
éM.-C. GUIGUE.
■»If '^Tr tir \h Tlf rXf tir tîf tîf rîf tTr ttf tî» rîf
NOTES
(i) Guichenon, Hijloire de BrtJJl- Ù" de Ptigey,— Preu-
ves, p. 10.
(2) C'efl ce que prouvent les tuiles, les poteries Ù'
les débris bien caradériftiques que l'on rencontre dans
le fol.
(3) cArchives nationales, férié P. Titres de la ma'tfon
ducale de Bourbon. — Cette pièce a été publiée par
Guichenon, o. 1. Preuves, p. 126.
(4) Archives du Rhône — Fonds de Saint Juft. — V.
Hijloire des ducs de Bourbon Ù" des comtes de Forez, éditée
par M. de Chantelauze. t. III. Pièces fupplémentaircs,
p. 2f , un bon deffin de ce fceau, dû à M. Stcycrt.
(5") Archives du Rhône, Fonds de Bcaujcu. — Ce
fccau efl encore inédit.
(6) En 1217, c'efl àdire bien avant fon mariage, le
fceau dHumbert confiftait en un écu partie de Bcaujcu
XXXIV
ancien & de Flandres, c'efl:-à-d!re des armes de fon
père Guichard, & de Sibille de Flandres, fa mère. —
V. Hijîoire des ducs de Bourbon Ù" des comtes de Forez,
édit, de Chantelauze. 1. c, p. 44.
(7) Hijioire hagiologique du diocêfe de Belley, tome 11.
(8) « Item do, lego karijfime forori ?nee prioriffe ejufdem
loci (de Pelotein), ad vitam fuam tantum, XIV afinatas
frumenti Ù" Jïliginis percipienda in redditihus nojlris dg
Miribello » (Arch. nat , P. 1366, c. 1487, & P. 1370,
c. 1900).
(9) 31afures de l'IJle-'Barbe, tome n, p. ']']].
(10) Arch. nation., P. 1388, c. 94.
1 1) Aubret, Mémoires pour fervir à Hiifloire des Bombes,
t. Il, p. 20f.
(12) Arch. départ, du Rhône, invent. mff. de Pole-
teins, p. 12] .
(13) Guichenon. — Hiftoire de Dombes, 2^ édition,
t. II, p. III.
(14) Arch. du Rhône, tit. S. Pierre, Se invent, de Pole-
teins, p. 340.
(if) Le Laboureur, Mafures de l IJIe- Barbe , t. 11,
p. ^48.
(16) Le Laboureur, o. 1., ibid.
(17) Archives du Rhône, invent, de Poleteins, p. 344.
(18) Ibid. id,, p. 344.
(19) Ibid. id,, p. 342.
(20) Arch. îiation., P. 1366, c. 1484; — Arch. du
Rhône, tit. Beaujeu & S. Pierre ; Le Laboureur, Mafures
de njle-Barbe-^ Guichenon, Hijioire de Brejfe, de Bugey &
XXXV
de Bombes , &- Chronique de la maifon de Beaujcu dans
la Revue du Lyonnais.
(21) <t Innocentius epifcopus, &c., dile^Iis in Cluijlo
jïliabus prioriffa domus San6la Maria de Polotens ejufque
jiliabus tam prefentibus quant futuris regularem vitam pro-
fejjls... in perpetnam rnemoriam... Religiofam vitam eligen-
tibus apojîolicum convenit adejje prejidium, ne forte cujufli-
bet dementatis incurfus aut eas a propofito revocet aut robur,
quod abjit, facras religiofas enervet. Ouapropter, dile6ia
in Clirijîo filia, vejlris jujlis pojïiilationibus clementer annui-
?nus, domum vefiram San6la Maria de Poleîens Lugdunenfis
diocejîs cum omnibus bonis, pafcuis, pojffejjionibus, quas in
prejentiarum rationabiliter pojfidetis aut in futurum jujlis
modis, prenante Domino, poteritis adipifci, fub beati Pétri
& nojlra prote6îione fujàpimus, prefentis fcripti privilégia
communimus, Ù' terminos domui vefira ab ordine cartujienfe
provida deliberatione Jlatutos auôioritate apojlolica confirma-
mus; ad hac au6îoritate apojlolica interdicimus, fub incrimi-
natione anathemathis prohibemus, ne quis infra terminos
ipfos hominum , Ù^c. Isovalium vejlrarum qux propriis
fumptibus colitis, de quibus aliquis ha6lenus non percepit,
ftve de hortis, virgultis, pifcationibus vejlris, vel de nutri-
mentis animalium vejlrorum nullus vobis décimas exigere
vel extorquere prefumat... Datum l.ugduni, nonis o6lobris,
in diâîione 1111, anno m ce xliv, pontificatus domni nnjlri
Innocenta papa quarti anno 111... Expeditum per manus
egregii Marini San6ia Romana Ecclefia cancellarii... -
{Arch. du Rhône, copie dans l'inventaire de Poleteins de
'746, p. P9).
XXXVI
(22) Sur fon tombeau on lifait cette infcription :
Hic jacet dïis Stephanus de Villars, prior Lavigniaci ordinis
Cartus., qui obiit a° domini m ccc un" calcndas julii.
(23) Voici le texte ftéréotypé de la formule d'union
provifoire inférée chaque année dans les procès-ver-
baux de l'affemblée du chapitre : Adminijirationem
domus Poletenfis relinquimus priori domus Lugdunenjis, fiib
direSîione Ù" difpojîtione reverendi paîris.
(24) Les regiftres de l'adminiflration des procureurs
de Poleteins pourraient fournir le fujet d'une bien
curieufe étude. Des obfervations fur la nature du
terrain, le mode le plus convenable d'affolement,
l'élevage du bétail, le choix des fermiers & des domelti-
ques, &c. s y trouvent coniignees. Le procureur réfi-
dant en 1680, dans le but de mettre un terme aux
déprédations qui fe commettaient dans les foiêts con-
fiées à fa garde, compofa un Noël qui fe chanta jusqu'à
la fin du dernier fiècle & dont le refrain était :
Mionnay, Mionnay, il faut changer de vie.
Si tu veux régner dans les Cieux avec Marie.
Mionnay, Mionnay, &.c. (bis).
Mionnay, Mionnay, fi vous voulez entrer dans les Cieux,
Ne volez plus les bois des religieux,
(Invent. MIT, de Poleteins p. 368.)
(2f) Chronica Cartus., liv. f, ch, 3,
(26) Hagiologium Lngdiinenfe, p. loi.
(27) Hiftoire littéraire de Lyon, t. n, p. 3].|.
XXXVII
(28) Lyonnais digues de wi'nioire, t. ii, p. 254.
C29) DiJJertations, t. 11, p. 2]^.
(30) T. XX, p. 3of.
(31) « Ce monaflère (Poictcins) a produit des filles
illuftres en pieté & faindeté, S(,'avoir Jane de Bcaujcu,
fille de la fondatrice Se première prieure, vivante en l'an
1260. Marguerite de Duyn, fille du jcigmur de Duyn en
Savoye, en l'an 1286, & une troifième fille appelée Déa-
trix, l'an i]oo. » {jlijïoire de BreJJ'e & de Bttgey, 2' par-
tie, p. 90).
(32) <f Marguerite naquit dans le bourg de Duin en
Savoie ; elle eut pour père le comte de Duin-la Vai-lfère,
qui polTédait alors le Château-Vieux, bâti fi pittorefque-
inent dans le lac même d'Annecy, &c. (Hijloire hagiolo-
gique de 'Belley, t. 11, p. 74).
("3 3) Mafures de llfle-Barbe, t. 11, p. 219.
(34) <f Suere Margareta de Oyn^ priorefia de Ptîotens, »
V.,ci-après, p. 90.
(]0 Variétés hijîoriques, biographiques, & littéraires,
p. 1 10. Lyon, 1836, 1837, in-8".
(36) (( Item SMargarite, fi lie mee, moniali (S" priorijje
monafierii de Toloteyns, centum folidos annui redditus ad
vitam [itam tantum jure infiitutionis do, le go. « {Archives
nationales, P. 1360, cote 888- — Confidérations fur la
Bombes, par M. ValentinSmith. Lyon, i8f6, in-8", p. fo).
(37) « Item confiteor me habuijfe & recepijje nomine
dotis domine JMargarite uxoris mee, & pro ipja mille &
fepcies cemum libras Viennenfium, quas precipimus reddi &
rrjlitui eidcm plenarie ab heredibus meis & executoribus
XXXVI II
?neis. Item confiteor quod dominas Ù" paîer meus in
contraSlu tnatrimonii dédit eidem domine ^argarite pro
melioramento & pro fupravita villam de Buxo cumjuribus,
redditibtis & pertinentiis ipfius univerjîs ad vitam fuam
tantum, ù' volo quod diclam donationem haheat pacifiée Ù"
poffideat quandiu vixerit diBa uxor mea, Ù" quod poji
mortem ipjtus uxoris mee diEla villa cum pertinentiis deve-
niât adheredes meos, quos inferius nominabo » (Ibid).
(38) Châtillon d'Azergues, fou château, fa chapelle Ù"
Jes feigneurs. Lyon, 1869, in-8°, p. 46.
(39) Archives départ, du Rhône, fonds de St-Nizier.
(40J In parrochia San6ii Cirici Ù" de Confranconz Ù"
in Dombis Ù" in parrochiis de Villa Nova Ù" de Savigneu
juxta éMontem Bertondum, ...Ù" flannum fuum de Villa
Nova Ù' quicquid habet ipfa domina ^argarita quoquo
modo ultra Sagonnam. » (Arch. nationales, P. i^^'f, c. i^S).
(41) A. Vachez, Châtillon d'Azergues, p. fi.
(42) Pagina Meditatiomum, p. 13. •
(41) Ibid., p. I.
(44) « Nos Hugo Bruni Ù" Guido de Buenc, canonici Lug-
dunenfes, notum facimus univerjîs prefente litteras infpeSluris
quod cum quejîio five querela verteretur Ù" diu verfa fuijjet
inter religiofam dominam Agatham, abbatijfam San6li Pétri
monialium Lugdunenfis, ex una parte, Ù' religiofam domi-
nam M argaritam, priorijfamde Pelotens & conventus ejufdem
loci, ex altéra, occafione décime quarumdam terrarum quas di6la
priorijfa Ù" conventus de Telotens habent is" excolunt vel
excoli faciunt in parrochia de cMeunay, Ù'c. » (Arch. dé-
part, du Rhône, Fonds de l'Abbaye de St-Pierre).
XXXIX
(4T) V. ci-dcfTus, p.
(46) « Exceptis a di6}a donatione Ù' fibi retentis illis
que reliquit vel remijît, relinquet vel remitlet jure injlitu-
tionis domino Guichardo, domino de Tconio, filio [uo, Ù"
Vfiibelle, moniali d'/lly, SVÏargarite, priorijje de Peloteyns,
A gnete Ù" Katherine, ftliahus fuis. ><{Arcli. nation.,?, nff,
c. 1^8).
(47) V. ci-après, p. 90.
(48) V. ci-après, p. 35--
(49) Hijl. Littéraire, r. xx, p. 307.
(fo) V. ci-après, p. 48.
(fi) M. E. Phllippnn n'a pas pu lire le nom du mois
qui eft caché dans la couture du manufcrit. Je le donne
d'après M. Viclor Le Clerc (o. 1., p. 307).
(p) Hijloire Littéraire de la France, t. xx, p, 310.
(73) Recherches fur les patois de France, Paris, 1809.
(54) Hijloire littéraire de la France, t. xx, I. c.
SfEVIJylTIOîT^ES
SANCTE VIRGINIS MARGARETH
PriorifTc de Polctcins
PAGINA MEDITATIONUM
[NNO Domini millefimo duccinc-
fimo ocflogcfimo fcxro, doir.cnica
in fcptuagcfima, ego .Mnrgcircta,
ancilla Clirilli, cram in ccclclla
mmiira, quando incipicbat can-
tari introitus milTc, fcilicct : n Circumdi'dctunt
me gemitus moriis^ » & ccpi cogirarc mifenam
in qua lumus dcdiri proptcr pcccatum prinii
1
parentis. Et in illa cogitationc cepi tantum pavo-
rem & tantum dolorem, quod cor mihi deficere
videbatur ex toto, propter hoc quod nefciebam
utrum eflem digna lalute an non. Poftea, cum
audivi verficulum introitus quam David pfallebat
ita dulciter Domino dicens : ce Diligam te. Domine,
& cetera, » cor meum fuit totum aleniatum, quia
recolui dulcis repromilfionis quam Dominus facit
amicis fuis cum dicit : « Ego diligentem me
diligo, » quia bene fciebam quod ipfe efl: tam
bonus & tam mittis, quod nunquam permittit
perire eos qui diligunt illum.
Et poftquam confideravi magnam dulcedinem
& mifericordiam que efl in ipfo , projeci me
totam extenfam coram preciofo corpore ejus
plenam magno dolore, & petii & eum rogavi
humiliter ut daret mihi quod fciebat mihi efle
neceiïarium.
Tune ipfe, totus plenus dulcedine & pietate,
vifitavit me per fuam gratiam fine mora , quia
dédit mihi fuam dulcem confolationem & donavit
mihi tam magnam voluntatem bene faciendi ,
quam mihi videbatur quam eflem tota mutata
& renovata. Pofl:ea furrexi & pofui me, flexis
genibus, coram Domino & feci ei confeflîonem
3
de omnibus que potui recogitare, m cjuiluis o[\\-\\-
deram illum & promiii lUii emendationem ex
ru ne & deinccps.
Ccpiquc cogicarc & relpicere magnam dulcc-
dinem & bonicatem que crat & eft in illo, &.
magna bona que tecerat mihi & coci gcnen
humano. His cogitadonibus fuit ica plénum eor
meum, quod pcrdidi comedere & dormire. lîc
cogitavi quam opporcebac me aut mori aut lan-
guere, nifi removerem cogicacioncs iftas a corde
meo ; nec inveniebam in corde meo quod cas
removerem^ quia tantum lohuium m eis inve-
niebam, quod qui mihi aferret omnia inflru-
menta & omnes res que polTunt letiHcari cor
hominis m hoc mundo, nichil elTet mihi relpcclu
illius quod ientiebam in corde meo de meo dul-
cirtimo Creatore. Ego cogitavi quod cor hominis
<Sc mulicris eft ita mobile, quod potcd vix elTe in
uno (latu ; & ideo ponebam m Icriptis cogita-
nones quas Deus ordinavcrat in corde meo, ne
pcrderem eas cum removilTem illas a corde meo,
& ut poil'em eas cogitare pauhitim, quando milii
Deus fuam gratiam darcr ; & idcirco precor omnes
qui hoc fcriptum legciu, ne faciant inde malum
i'uum profedum quod prefumplerim llriberc hcc,
4.
quia penfare debetis quod non habeam fenium
nec clericatum in me quo fcirem hec extrahere
de corde meo, vel fcribere fine alio exemplari,
nifi gracia Dei fuifTet operata in me. Sicut enim
peccata mea veniunt mihi ad memoriam^ fie
penitus veniebant mihi hec omnia per ordinem,
ab hora qua cepi ea fcribere donec omnia in
fcripto pofuiiïem.
Deinceps invenietis^ quomodo me converti
ex toto ad ipfum & quomodo cepi fibi dicere
totam inediam meam & cepi tahter dicere
fibi : Domine , dulcis Jhefu Chrifte , quid
faciam ego, quia dolores mords circumdederunt
me & timorés judiciorum tuorum me totam
terruerunt, quia tempora funt ita occulta quod
W ego fum hodie, nefcio utrum ero cras, &
nullus certus eft de falute lua 5 nec ego Icio
utrum diiigas me an non, nifi tamen, Domine
dulcis, quam certa fum quod tua verba bonafunt
& vera, quia tu dicis quod diligis eos qui te dili-
gunt. Et ideo congregabo omnia illa que putabo
que poffint me attrahere ad te amandum.
Domine dulcis, mihi videcur quod natura requirit
ut homo diligat parentes iuos, & fratres fuos, &
forores & amicos fuos, & fponfijm fuum (& amicos
r
fuos) qui bene faciunt ci ; o dulcis Creator, &. (1
ego amo patremmcum, qui ell unus mortalis Iiomo,
multo plus dcbco te diligerc fine comparatione qui
es pacer meus Ipiritualis & vita mea perpétua. Scd
ego non fum digna vocari filia tua, quia peccavi
coram te & coram angclis tais, fed tamcn quia
ego fcio Quod non vis mortem peccatorum led
ut convertantur & vivant, propter hoc ego revertar
ad te, tanquam illa que non habco (fie) patrcm
neque amicum nifi te.
Domine Deus meus , Domine karc, ne ollen-
daris fi voco te patrem , quia tu me crcalli
quando nichil cram & feciili mihi animam (S:
corpus, & me fecifli ad ymagincm & fimiiitu-
dinem tuam tua mileratione.
Dulcis domine kare, tu es meus fratcr ; Icd
hoc cfl valde magna prcfumptio ad diccndum,
cum e<ro lim unus milbrimus vermiculus 6c tu
es ita magnus, quod omnes clerici qui unquam
fuerunt vel erunt in fi.iturum nefcircnt hoc diccrc
vel cogitare. O pulchcr dulcis Domine Jhcfii
Chrifte, quis dédit mihi audaciam dicendi tam
mirabilem rem, quod tu, qui es vcrus Deus, fis
meus fi-ater, nifi maximus amor qucm nobis
oftendifti. O pulchcr dulcis Domuie, qu.ilis hnt
ifte amor ! Certe ipfe fuit tam magnus quod
omnes virtutes celi & omnes angeli paradifi non
potuerunt te tenere quin defcenderes in hune
niundum ad fufcipiendam noflram humanitatem,
O mitiffime, quam mirabilis fuit ifte amor !
Nunquamcam magna mirabilia nequetantamiracula
fuerunt faéla^ ex quo Deus fuit qui fine principio
fuit 5 ncc unquam erunt quandiu ipfe durabit,
qui durabit fine fine ! O Deus^ qualia fuerunt ifia
mirabilia que fecit hic amor ! Certe ipfa fuerunt
taUa, quod lUum qui tam magnus quam totus
mundus eum capere non poterat & qui tencbat
totum mundum in fuo pugno, hic, inquam,
amor duxit eum ad tantum quod fecit illum mtrare
in corpus unius juvenis puelle ; & de eo qui erat
verus Deus ipfe fecit hominem mortalem. Et illum
qui erat rex regum & dominus dominantium &
qui creaverat celum & omnes creaturas que funt
ad ferviendum fibi, hic, inquam, amor duxit eum
ad tantum quod fecit eum fervire homini.
Et illum qui erat benedidus cibus 6c fancfla
refecflio angelorum glorioforum, et qui erat tam
magnus Dominus, quod honor fuus non poterat
deficere nec ejus divicie poterant decrefcere, hic,
inquam, amor duxit eum ad tantum quod ipfe
non habuic panem quem manducarct. Illum qui
erat fituatus in gloriofo chrono tanquam vcrus
Deus, quod erat iple, & cui tam honorahilitcr
fcrviebatur & cum tanta reverentia ab angclis
gloriofis, cercc iilc amor duxic cum ad tantum
quod fecic eum jacerc in quodani parvo prefcpio,
incer unum bovem ôc unum afmuni ; & pejus fecit
cum adhuc futTrire : quia fuit dcrifus & confputus
in facie & multe alie vilitatcs fuerunt ci tactc quas
non poiïem dicere vel cogitarc.
O pu [1] cher dulcis Jhcfu Chrillc , veftra
bcnificia lunt tôt & tanta & tam magna, quod
ego non poflem dicere vcl cogitare. O beatc
Creator , quid faciam ego vel quod confilium
dabis mihi quia graviter lum tormcntata ? O
clcmcntifllme Jheiu Chriile , quale folanum
potero habere! Quum conrcfpicio & video vcllra
bénéficia, que lunt tôt & tanta & tam amo-
rola, puto quam (i pejor homo qui lit in toto
mundo ea bene relpexiflet & con fi dcrafTet, luillct
converlus ad vos ; ôc ego mifera & dolcp.s! te, qui
me nutrifli & cuftodifiii ab omni periculo ab liora
qua nata fui, nelcio amare ! De quo liabco valdc
magnum timorem quia non video cjuomodo polfim
aliter habere gratiam tuam.
8
Domine dulcis, ego nefcio quid aliud faciairi;,
nifi ut cogitem gracias &;benificia que mihi fecifti.
Ha! pulcher Domine Deus Jhefu Chrifle, da
mihi gratiam ut poflim ea penfare & refpicere
taliter utpoflîm acquirere tuum fanélum amorem.
Ha! clementiffime Jhefu Chrifte, maximus
amor quem mihi oftendifti quando vohiifti abf-
condere totam fortitudinem tuam amore mei ! Qui
eras adeo fortifTimus quod in fortitudine brachii
tui portabas & iuftinebas totum mundum, &
ita potentifîimus quod omnia de mundo fiebant
per tuam voluntatem ; & uno folo verbo potes
deflruere & parire totum mundum, & uno solo
aho vcrbo potes eum reficere meHorem & pul-
criorem. Ha ! pulcher Domine Deus, quomodo
fuit hoc faôlum? Suflinuifti ut tua fortitudo tantum
debilitaretur, quam permififli te capi, ligari &
duci ad eos qui te volebant deltruere, & permififti
te fpoliari & ad unam columpnam alligari ac fi
efles una beftia filveftris !
Ha! pulcher Domine Deus, tu non abfcondifli
tantum tuam fortitudinem, immo voluifti abfcon-
dere etiam tuam fapientiam, que tam maxima
erat, quod per eam ordinafli res illas mirabiles
que funt in celo, &. curfum foHs & lune & ftella-
9
rum ; & fecifli dics (Se iioClcs, tcmpus & lioras,
& ordinaili curfum aquarum, & fecifli firmamcn-
tum celi & terre ; & hec omnia fccidi ira firma
quam nunquam po(tea fc mutaverunt ab illo mo-
mento.
Tu ordinalli rerenitatem & pluviam & frigus
& calorem. Et omnia que funt fccilli tam fa-
pienter quam nunquam mandatum tuum protc-
rierunt.
Tu eras magiltcr & dominus omnium Icicntia-
rum & fummus confiliarius glorioforum angelorum.
Ha! Domine Deus, quis dédit tibi confilium ut
abfconderes illam mirabilcm Icientiam, nid illc
maximus amor quem habebas ad nos.
O clementiirnne, tu fecilli te fimilem Ihilto prop-
ter maximum amorem quem habebas ad nos, cum
luflinuifli ut falfus Judas te proderet & traderet
inimicis tuis mortalibus qui faciebant de te ac li
elles ftultus. Ex vêla injullilfimi velabant tibi
faciem fandam 6c pollea te pcrcucicbant (Ik)
propter iuam maximam maliciam, <Sc pollea inter-
rogabant te quis te perculTcrat ex intima irrilîone.
Et eras coram illis peflimis gentibus lîcut agnus
coram tondente le; nec unquam unum malum
vcrbum ab ore tuo lanclo e.xivit.
10
Domine Deus Jhelu Chrifle, quando bene
refpicio hec omnia, cor meum turbatum efl totum.
Tu eras&esverus judex vivorum &mortuorum
& propter magnum amorem, ouem habebas ad
noSj Aiflinuifli quod gens mifera te judicaret ad
morcem .
Tu eras fumma fanitas & verus medicus
cujus taélu infirmi lanabantur & cujus odore
mortui refufcitabantur. Et ideo quia cognofcebas
quod eramus infecfti morte peccati, propter quod
nos. oportebat ire ad dolorem inferni^ voluifti
portare omnes langorcs noftros & dolores , ut
poiïemus habere ianitatem indeficientem ; & vo-
luifti fuflinere dolorem mortis ut nos habercmus
vitam eternam.
Domine dulcis Jhefu Chrifte^ tu eras Toi
juflicie & fplendor lucis eterne; tu eras fpecu-
lum fine macula in quo angeli reipicere defide-
rabant & cujus pulchritudinem fol & luna
mirabantur ; tu eras lapis preciofus in quo erant
omnes bone virtutes; tu eras tante virtutis quod
ab omnibus inlirmitatibus fanabas.
Non eft tam pauper homo in mundo fi te
haberet quin tam cito effet dives, nec eft in mundo
tam triftis nec tam dolens fi te haberet quin effet
1 1
Ictus & jocimdus(ric); ncc cft tam flultus & ignarus
(i haberct iftum lapidem prcciofum, quin protinus
lapiens & intelligent elTet, & nulla pcrlbna que
portaret eum cadere pofl'ct in manus inimicorum
luorum. Et tôt alie hone vircutes [t]ibi l'iint quam
ego non [pofTum] cas divinare.
Tu es dulce elecfluarium in quo l'unt omnes
boni lapores & de cujus honirate vjvunt annne
lancle in paradifo.
O Deus, quam pretiofus efl locus ilte qui cil tanti
virtutis & tanti valoris, quod qui erit ibi nunquain
poterie habere infirmitatem, & vita lua fine fine
durabit ncc poterit unquam lencfccre aut pcrdcrc
fuam pulchritudinem & decorcm (lîc).
Tu es gloriola rofa in qua funt omncs boni
odores & colores.
Tua pulchritudo cil tam magna quam omnes
pulchritudines que funt , non llint nili quedam
pannula lane refpecflu pulchritudinis tue.
Ha! Domine Deus, modo video quod non cil
res tam pretiofa vel tanti valoris licut anima homi-
nis vel mulieris ; cum tu, qui eras vcrus Salomon,
in quo crant omnes fcicntie & cujus diviciis crat
plcna tota civitas paradili , quia Icicbas quantc
dignitatis crant anime fanclc t]uas tcceras ad yma-
12
ginem & fimilitudinem tuam, voluifti etiam nego-
ciator fîeri ut emeres eas & pofuifti tam magnum
precium quam pium eft & dicere & cogicare.
Ha! Domine Deus Jhefu Chifle , hoc non
luffecic tibi quod de celo ad terram deicenderas,
ubi tôt vilitates & tôt opprobria iuftinuifli^ immo
voluifli totum predofum fanguinem fundere prop-
ter maximum amorem quem ad nos habebas ;
& poftea mori voluifli turpiore morte que unquam
fuit : hoc eft morte crucis.
Dulcis Jhefu Crifte, tu amafli nos tantum,
quod propter maximum zelum quem habebas de
animabus noftris^ perdidifti totam pulchritudinem
tuam, que erat tanta quam cor humanum non
poiTet eam cogitare.
O preciofiffimum & nobiliffimum corpus, quam
pium erat refpicere te tempore Paffionis tue ,
quando proditores injufti fcreaverant in facie tua
pulchra quam tu, qui eras fuper omnia pulcher,
videbaris efTe leprofus. Ha! pulcher Domine
dulcis, quam amarum dolorem potuit habere
dulcis mater que prelens erat, eo modo quo
ipfa[te] fciebat & nutrierat & ladaverat, quando
vidit te mori tam turpi & tam injufla morte.
Et certe magnum dolorem débet fuflinere omnis
creatura qui benc relpicit omnia illa & nclcit te-
am are ex toto corde fuo.
Et ego lafa mil'cra ! quid faciam, cjue aJluic
nel'cio ce a marc ?
Domine duicis Jlielu Clirilte, cor meum luin-
quam cric in bona pace doncc l'ciam te amare
ex toto corde meo : non cil rcs in toto illo
mundo quam ego tantum defiderem.
Domine dulcis, ego rcliqui patrem incum
& matrem meam & fratres meos & omnia
hujus mundi propter amorem tui ; Icd hoc cil
valde parum quid, quia divicie (fie) hujus mundi
non funt nifi fpine pongentes, & qui plushabcrct
de eis plus habcrcc de infortunio. Et propter hoc
non videtur mihi quod dimifcrim nih milcriam
& inopiam. Sed tu lus, Domine duicis, quod W
haberem mille mundos & poflcm ex omnibus uti
ad meam voluntatem, omnes dimililTem propter
amorem tui. Quia li dares mihi quicquid habcres
in celo & in terra non tenerem me contentam,
nifi te haberem : quia tu es vita anime mec, ncc
habeo patrem ncque matrem nifi te, ncc volo
habcre.
Nonne tu es mater mea & plus quam mater:
mater que me portavit, in partu mci laboravit
per unam diem forte vel per unam nocftem,
& tu, pulcher Domine dulcis, propter me fuifli
vexatus non una nodle vel uno die folum modo,
immo laborafti plusquam xxx annis. Ha! pulcher
Domine dulcis, quam amare laborafti pro me tota
vita tua; fed quando tempus appropinquabat quo
parère debebas, labor fuit tantus quam fudor tuus
fandlus fiiit ut gutte fanguinis, que per corpus
tuum decurrebant ufque ad terram.
Et cum pelfimi traditores cepiiïent te, unus
dabac tam magnam alapam quoi faciès remanebat
tota nigra; & poftca incipiebant irridere te &
fleélebant genua coram te pura irrifione, & salu-
tabant te & dicebant : ave rex Judeorum.
Ha! pulcher Domine Deus, ipfi non poterant
fe faciare tormentis tuis , & certe bene hoc
oftenderunt cum poft hec omnia te ligaverunt
ad quamdam columpnam, ubi tam diftriéîe te
verberaverunt, quod videbatur quod efles exco-
riatus ita eras fanguine coopertus; & poftquam ita
verberaverunt te, pofuerunt in tuo tenero capite
quamdam coronam de fpinis que perforabant tibi
vitalia & oculos.
Ha! Domine dulcis Jhefu Crifte, quis vidit
unquam uUam muUerem fie partu laborare! Sed
If
ciim venir hora partus, tu fuilli politiis in dun»
IcCto cruciSj undc non potcras te movcrc, aut
vcrtere, aut mcmbra cxagitarc, ficut folet faccrc
Homo qui patitur magnum dolorcm, quoniam ipli
cxtendcrunt te & clavis confixerunt ira diftridc
quod non remanfit os ad disjungendum ; 6c ncrvi
(Se omnes vene tue rupte fuerunt. Et ccrtc non crat
mirum fi vene tue rumpebantur quando totum
mundum pariehas paritcr una fola die.
Ha! pulcher Domine DcuSjadhucnonfuiîicicbant
tibi omnes iili dolorcs quos fijftinueraSj imo l'uih-
nuilli ut latus tuum perforât quadam lancea ita
crudeliter ut bcnignum corpus tuum totum findcrc-
tur& perforaretur ; & preciofus fanguis tuus exibat
cum tanta vi quam platea eo manabat quad magno
rivo, & cum tanta exivit habundancia quod poil
venit ex magna diftriclione.
Domine Deus, non crat mirum li gladius qui
tibi finderat corpus penetravit animam tue gloriole
matris, que tam tenere te diligebat.
Ha! pulcher Domine Deus, quis vidit unquam
alias quam mater vcUet tam turpi morte mon
amore lui infantis ? Ccrte nullus vidit cam un-
quam , quia tuus amor tuit ultra omnes alios
a mores.
i6
O pulcher Domine Deus, quam maie funt
cxpe6late tue bonitates in nobis ! Tu fuflinuifli
crudeles anguflias fine milericordia & fine men-
fura^nec invenis qui iciat recognofcere & regra-
ciari; de quo grandis dolor cil.
Domine dulcifTime, tu fuifli tormentatus diver-
fis tormentis : videbas tuos amabiles difcipulos,
quos ita tenere diligebas, qui te manebant or-
phani & erant pleni magno dolore quia divide-
bantur a te.
Ex alia parte videbas tuam dulcem matrem, que
erat quafi mortua propter magnam angufliam
quam fuflinebat pro morte tua dura : et credo
veraciter quod eras ita tormentatus de fuo dolore
ficut de tua morte.
Ha ! Domine Deus, qui erat major dolor de hoc
quam (fie) fuftinebas an de hoc quod videbas tuos
difcipulos qui te dereliquerant & erant ita defolati,
an de tua fanéla matre quam videbas ita defo-
latam & tormentatam, an eras magis tormentatus
eo quod eras clavis ita dure confixus, an de hoc
quam moriebaris tam turpi morte ?
Credo veraciter qui te interrogaret, quod tua
refponfio efiet tahs, fcilicet : quod multum erant
tibi graves omnes ifti dolores^, led unus erat qui
'7
traniccndebat omncs alios quanJi) cogitabas cur-
pifrimam mortem qua moricbaris amore illorum
qui futuri crant ex hoc tibi ingrati, & vidcbas
quam pcrdebas illud quoi tam kare cmcras (?c
tam tcncrc diligebas.
Domine dulcis, quando bcne cogito & rcfpicio
dolorem quem habcs magnum, quando créature
tue feparant le a te, videtur mihi quam hoc cfl
unum de his que plus tibi placent quando vides
quod creatura tua fcit fe tencre propter te 6c rever-
titur ad bene faciendum.
Domine dulcis, omnia que fecifti amorc moi
(Se tocius generis humani trahunt me ad amandum
te ; led memoria tue lacratiirnTie Paiïionis vigorat
totam afïeclionem meam ad amorem tui, quam
videtur mihi, pulcher Domine dulcis, quod inveni
illud quod tantum defideraveram, ut ego non
amarcm aliud nifi te, aut in te, aut propter
amorem tui. Et ccxte ita ell m prefenti. Domine
dulcis, quia mihi videtur quod ego non amem aliud
prêter quam tecum elle.
Domine dulcis, quid taciam ego in illa hor.i
quando non potero me juvare vel conlulere, quando
habebo os claufum 6coculos,6c anima mealepara-
bitur a corpore ? Tune inimici mei crunt michi (lie)
2
i8
ante & rétro, qui nitentur quantum poterunt
temptare me : unus temptabit me contra fidem,
alter de vana gloria, alter cupietfacere defperare.
Domine dulcis, quid faciam ego aut quo deve-
niam in illa hora terribili^ hoc efl in fine meo (fie)
& in die judicii? Domine dulcis, quid faciam
tune? in quibus manibus pones me, aut in quo
hofpicio hofpitaberis me ?
Domine dulcis, precor te & requiro propter
mifericordiam tuam ut me refpicias in illa
hora iiiis oculis piis quibus refpexifli dominum
meum beatum Petrum, & mihi tradas fi:utum
fandle fidei tue & fignum fan6le Paffionis tue. Et
precor te ut mihi dones tam firmam perfeveran-
tiam ut fim extra omnem timorem & omnem
dubitationem.
Et te precor, dulcis Domine kare, ut ita vera-
citer ficut ego dilexi tuam dulcem matrem fijper
omnia poft te , ut velis quod ipfa fit mihi
prefens in illa hora, quando anima mea difcedet
a corpore, ita ut dyabolus non pofiit accedere
ad me.
Et precor te ut mihi des virtutem & gratiam in
illa hora quod ego pofTim invocare te & reclamare,
& animam meam tibi recommendare, ficut ex bono
19
corde, ur velis cam fiifcipcrc per maniis fanélorum
angclorum tuorum.
Et te precor. Domine dulcis, ne me permittas
difcidcre ab hac vita doncc me purgaveris totam.
Domine dulcis, non habeo patrem ncquc ma-
trem nili te, & tu fcis quam diligo te ex toto
corde meo &; quam non delidero aliud nifi elle
tccum.
Domine dulcis , multum elTec mihi amarum
quando difcedam ab hac miferia in qua sum, li
irem ad aliam partem preterquam ad te, quamvis
non fim digna; fed ego bene fcio quam tu potes
me facere dignam, fi tibi placet.
Domine dulcis, precor te ut des mihi pati m
hoc feculo ficut tu fuifli pafTus amore mei : quia
parata Tum pati quicquid volueris mihi dare dum
modo fim tecum.
Domine dulcis, i\ tu vis quod ego contempnar,
perfecutionem patiar, et ego volo ; li tu vis quod
lïm leprofa, & ego volo priufquam non habere te ;
aut C\ vis quod conburar, aut lubmcrgar, aut
iuipendar, aut excorier, ego volo priulquam non
elTe tecum.
Domine dulcis, precor te ut tacias me inori
quacunque morte volueris, dum modo hm tccum.
20
Ha ! lafla chaitiva, cum ha fi longi attendua !
Domine dulcis, quare non dirumpis corpus iflud
miferum totum, ut pofTim eÇCe tecum !
Domine dulcis^ quando videbo horam quod ego
fim tecum?
Domine dulciffime, quando complebis defide-
rium meum !
Certe^ Domine pulcher dulcis, non pofTum
invenire in corde quam velim in hoc mundo
amphus efle ; attamen^ (î tua voluntas cft quam
fîm amphus, non reculb, quia bene fcio quod
quanto amphus vobis ferviam, majus meritum &
coronam habebo.
Domine dulcis, quando refpicio tuam fanélam
incarnationem & te refpicio in quodam parvo
prefepio involutum pauperibus pannicuhs, cor
meum eft totum inflammatum. Et quando te
afpicio in cruce fufpenfum, ego defidero defpici
& deturpari amore tui ; & amphus, quod poffim
mori propter amorem tui ôc propter Talutem eorum
quos tam kare emifti.
Ha , optime Jhefu Chrifte , quid facient tue
créature ? Quia ego non video fere unum qui
fciat amare te nec cognofcere 5 pêne rehgiofi ,
quia portant fe fie inordinate in verbis fuis &
21
condnentiis ficut feculares. Ht multi luiu avi-
diores eundi ad mcnfam quam ad matutinas vel
ad mifîlim. Ipfi funt benc potentes ad potan-
dum bona vina & ad manducandum bona cibaria,
cum habent ea, fcd ipfi inpotcntcs ad fercndum
unum parvulum vcrbum fi dicatur cis; immo
refpondent per figna , pcr verba , et reddunt
malum pro malo.
Aliqui videntur clTc tam rcligiolî & tam
boni quia libenter vadunt ad ecclelias ôc faciunt
ram magnas continentias quod non audcnt
levare oculos. Audiunt etiam libenter verbum
Dei, jcjunanc, vigilant, liint etiam magne peni-
tentie, fed non habent virtutem pacientie. Ipli
funt boni , led non funt pert'ecli. Opportet
quod amici Dei perfecutionem patiantur in hoc
mundo. Et vere ipfi non debcnt elTe impacientes
li quis malum faciat eis ; inde debcnt efle multum
leti, quia inveniunt aliquid ad fuftinendum amore
Domini fui. Sed aliqui lunt tam grolli cordis «S:
maliciofi «Se fuperbi quod, quamcico fit aut dicitur
aliquid quam eis difpliceat, clamant ad Dominum
6c maledicunt illos qui malum cis faciunt.
Illi & ille qui hoc faciunt, non funt difcipuli
nec difcipule Domini, quia ipfe prccepit ne
22
maledicamus maie dicentibus : imo vult ut bene-
faciamus eis qui nobis maie faciunt.
Quando aliqui pu tant fe elTe prope Dominum
videtur eis quod non debeatur eis dici aliquid
mali. Hay las ! talis putat bene effe prope Do-
minum qui efl multumlonge^ quiajhefijs Chriflus
non habitat nifi in corde humili & pleno pacis
& dulcedinis & caritatis.
Opportetquodhomo habeat pacientiam in tribu -
lationibus, & adverjfitatibus & quod habeat verita-
tem in ore quia os quod mentitur occidit animam .
Et opportet quod homo cuftodiat cor fuum ne
recipiat pravas cogitationes^ quia cunéla fcriptura
dicit quam perverfe cogitationes feparant a Deo.
Provideat ergo fibi unufquif'que utrum habeat
in fe has virtutes^ & credo veraciter quod fi quis
habet eas quam Jhefus Chirftus habitat in eo.
Sed quid illi habent de rehgiofitate nifi habitum?
Ipfi funtita diflbluti, ipsi funt ita pigri ad benefa-
ciendum & dicendum, ipfi fijnt ita fompnolenti
ad vigilias ôc ad omnes horas diei cum deberent
laudare Deum, quam malum efl videre.
Sed ipfi non fijnt pigri neque fompnolenti ad
malum faciendum. Serotino tempore , quando
deberent dormire & requiefcere, ad hoc ut pofient
23
mclius & devocius Deum laudarc, tune incipiunt
colloquia & oblaturationes & mendacia. ImpofTibilc
eil, cum homo nimium loquitur, quin dicac multa
que non deberet.
Et font alique gcntes que ncfciunt loqui de
aliquo bonum, fed judicant fratres luos & forores ;
& fi fciant aliquam maculam in aliqua perfona,
illam narrabunt libentius quam facient aliquoJ
bonum.
Et de talibus dicit Sancfbus Francifcus quam funt
fimiles & fratres mufcarum, quia mufca fe collocat
Icmper in deteriori loco quem invenit in crcatura,
quia, ubi invenit fcabiem five maculam ibi fc
confeftim ibi ponit : (5c idcirco funt vocati fratres
mufcarum qui nefciunt fe occupare in aliquo
bono.
Certe magnum dedccus & grandcm confu-
fionem débet habere omnis perfona cui Deus
ta [n] tam gratiam fecit quod eam eduxit a mi-
feria & periculo liujus mundi, quando nclcit
ordinare vitam fuam ad Deum timendum & aman-
dum ôc tempus fuum ad ferviendum ei, & quando
nefcit tenere linguam & os fuum tcmpore & loco
debito, & fpecialitcr hora qua dormirc debcrct,
quia multa mala indc vcnnuit in anuna 6: m
24
corpore: corpus perdit ex hoc refecflionem & anima^
devocionem & gratiam Dei, quod eft gravius.
Ha las ! quam grant damajo ! cum amittitur ma-
gna utilitas que provenit ex fancflis médita tionibus
que debere [n] t fieri in vigiliis ! Quia homo deberct
meditari in fandla incarnatione Jhefu Chrifti &
quomodo voluir fieri frater nofler, propter magnum
amorem quem habuit ad nos, & quomodo voluit
nafci pauper & voluit in cruce nudus clavari
& mori tam turpe morte , & quomodo refTuf-
citavit a morte ad vitam & poft afcendit in
celum ad dexteram partem fui gloriofi Patris
ad preparandum locum ôc retributionem amico-
rum fuorum.
Poftea efl meditandum quomodo veniet ad
judicium judicaturus feculum & redditurus uni-
cuique fecundum fecerit malum aut bonum. Et
certe multum deberct quifque penfare utrum fit
in ftatu bene moriendi, quia non efl certus de
hora mortis. Et ideo bonum eft quod quifque
faceret juxta confilium & documentum Salomonis
dicentis : quod homo cogitet omni hora de morte
& nunquam peccabit.
Ha! Domine Deus, quid facient illi & ille qui
vadunt ad infernum currentius quam nuUus dex-
crarius, ncc ulla aquila volât illa velocitatc qiiam
ipfi vadunt ad infernum, nifi habcas de eis pietatcm!
Domine dulcis^ tu abfcondidi tuam faciem claram
ab eis propter pcccata ipforum, & idco funt cccati
oc nefciunt malum per quam vadunt.
Ha! puichcr Domine duicis, quid facient ipfi
nifi habeas pietatem de eis dum funt in hac prc-
lenti vita?
Domine duicis, quid facient in die judicii ,
quando venies judicare mundum, cum audient
illam vocem terribilcm que clamabit : « Surgitc,
mortui, venite ad judicium. » Tune mileri cla-
niabunt & dicent montibus & rupibus ut cadaiu
luper eos & abfcondant illos, ne veniant antc
faciem juJicis ; fed hoc iiil valebit quia venient
ante eum, velint nolint.
Ha las ! quid facient miferi peccatorcs vel qua-
lem continentiam facient? Qiua non audcbunt
afpicere ante le, quia videbunt mundum qui crit
totus incenfus ignc & flamma.
Ipfi non audebunt afpicere ad dextdram, quia
ibi erunt omnia mala prelentia que fccerint a nati-
vitate accufancia eos. Et omnes qui ibi erunt boni
ôc mali videbunt ôc cognofcent omnia pcccata
eorum & fcient qui funt lUi qui fccerint ca.
26
Ipfi non audebunt refpicere ad finiftram fuam^
quia ibi & erunt prefentes Dyaboli inferni qui
nihil expedlabunt nifi quod judex proférât fen-
tentiam fuam ut peccatores précipitent in puteum
inferni.
Ipfi non audebunt refpicere fub fe, quia ibi
videbunt puteum inferni qui erit paratus recipere
illos.
Inferius erit confcientia eos diflriéle remordens
ita quod erit unus de majoribus tormentis que
fuflincbant.
Ha lafla! quomodo audebunt refpicere fupra
fe quando videbunt fummum judicem^ qui erit
quafi furibundus^ quia tune erit fine ulla mife-
ricordia & abfque ulla pietate. Nec Mater fua
dulcis tune audebit eum pro peccatoribus depre-
cari neque Sandi ; fed erunt ita turbati quam
Angeli amare flebunt, proutfanélaScripturadicit.
Tune ponet bonos ad dexteram fuam & malos
ad finiftram.
Tune dicet illis qui erunt ad dexteram partem :
fc Efurivi & dediftis mihi manducare, fitivi &
dediftis mihi bibere, hofpes fui & collegiftis me,
nudus eram ôc veftitiftis me, in carcere fui & vifi-
taftis me. w
27
Illis qui ad Hniflram crunt diccr cxprobrando :
ce Efurivi <Sc non dediftis mihi manducarc, (Itivi
& non dcdiftis mihi bibcrc, holpcs fui &. no-
luiflis me hofpitari , nudus fui & non vcflidis
me, infirmus fui & in carcere & non vilîtallis
me.
O lafla ! quis cil ille qui benc cogitac m
illa fententia quam Deus proférer fupra malos ,
cui cor non fcindetur prc dolore & pietatc illo-
rum qui funt in pcccato, quando cogitât quod vc-
nient ad lilum dolorem cum fupernus judcx dicct
cis : « Ite, maledi(5li, in ignem inferni qui vobis
paratus eft ; ite cum dyabolis, qui vos cxpeclant
cum angeiis fuis.
Poilquam Deus protulcrit illam fententiam,
dyaboli tcnebunt creagras cum quibus trahunt
lUos dcorfum in puteum mfcrni. Ibi crit Hamma
ardens, fulphur ferens, dyaboli crunt in forma
fcrpentum, qui rodent mamillas & corda coruni
qui non fuerint vcre fidei.
Ibi crunt dracones venenofi, qui manducabunt
labia 6c linguas corum qui blafphemavcrunt no-
men Domini Jhefu Chrilli.
Tormenta cadent fupcr eos ita fpillc ficut
pluvia ccli. Culcitra kclorum illorum ont de
28
butbnibus & Terpentibus, linteamina & cooper-
toria de carbonibus rubeis & flamma ardenti.
Cortine^ quibus erunt involuti, erunt demones
horribiles, qui erunt circa eos ad tormentandum j
eos quamdiu Deus durabit^ hoc eft fine fine. |
Cibus quem comedent erunt ploratus dolor & j
gemitus & ftridor dentium. Tympana 6c vielle i
quas audient, erunt tempeftas (fie) tumultuares j
& flumina penetrencia que penetrabunt eos ufque j
ad cor. Ibi habebunt tunicas & capellos de pice i
nigra & refina que conglutinabetur corporibus
eorum^ & quando fervitores illorum exuent eos, '
deveflient illos tam maliciofe quam, non folum ]
pellem, fed etiam carnem inde auferent in plures
pecias ufque ad oiTa.
Pollea facient eos tranfire de uno tormento |
ad aliud. Ipfi patientur tantam famem, quam j
linguas fiias & manus comedent pre anguftia. !
Tantam fituii patientur , quod lingue eorum ■
ficcabuntur & defiderabunt unam guttam aque
omnibus diebus vite sue, que erit fine fine, non '
poterunt eam habere. i
Ipfi odio tanto fe habebunt ad invicem, quod I
fe invicem trangluterent libenter, fi pofient.
Ipfi erunt abfque omni fpe habendi mifericor- .
29
diam unquam de cetero. Tune elamabunt quafî
bcflie filvedres. Et credo quam hoc erit unus de
magnis doloribus quos habebunt, quia fepara-
buntur a gloriofa focictate.
Ipfi erunt in tantis tencbris, quod nunquam
de cetero videbunt claritatem, fed femper dya"
bolos ante fe ad terrendum & tormentandum eos.
Tune habebunt corpora fuam retributionem
bonorum que habuerunt in feculo, quia fuam
mercedem receperunt in hoc mundo, & idco
torquebuntur fine fine.
Poflquam Deus omnes malos ira punierit & a
fe in perpetuum Teparaverit^ tune renovabit totum
mundum : & luna fplendebit ficut fol, & fol fcp-
tenplicitur plus quam nunc.
Hay ! pulcher Domine Deus, quis potefl: cogi-
tare magnum gaudium quam habebunt fancli,
quando unicuique tradideris corpus llium ira
glorificatum & refplendens ficut fol.
Tune intrabis in regnum tuum gloriofum (S:
vocabis amicos tuos dicens : « Venite, benedicli
Patris mei, perci [père] gloriam que vobis parata
cft ab origine mundi. Intrate in gaudium oc in
deliciis Domini veflri. » Tune regina paradifi (S:
omnes fancli mtroibunt in fan cl a m ci vi ta te m Je-
30
rufalem laudando & glorificando Dominum.
Propcer quod, pulcher Domine dulcis, quando
cogito fpeciales gracias quas mihi fecifti pro tua
curialitate : primo quomodo me cuftodifti ab infan-
tiamea, & quomodo me eduxilli de periculo hujus
mundi & me vocafti ad faciendum tuum fanélum
fervicium, 6c quomodo mihi providifli in omnibus
que mihi neceffaria erant: ad manducandum ad
bibendum ad veiliendum & ad calciendum, tahter
quod non habui occafionem cogitandi in omni-
bus iftis tua miferatione magna 5 Domine dulcis,
quando cecidi per meum defeélum, tu me tam cito
relevafti per tuam gratiam; quando fui defolata,
tu mihi dedifli tuam dulcem confolationem ; <5c
cum hoc totum fecifti, mihi tantum honorem &
tantam gratiam fecifti^ quod eam dicere nefcio vel
referre, quia non lum digna. Sed tamen abilinere
non pofTum quin inde ibi cogitem, fed non quan-
tum deberem vel opus mihi eiTet. Domine dulcis,
ftupefaéla fum quomodo anima non difcedi a
corpore quando cogito iftud.
Domine dulcis, si non feciiTes mihi aham gra-
tiam, nifi iflam quod non permififhi quam fim in
fervitute & fubjeélione hominis, Tatis mihi fecifti.
Et certe, Domine dulcis, fi non feciiTes mihi un-
3'
quam plus^ bene deberet me trahere ad amandum
te, quia nunquam fccifti mihi gratiam, cxccpto
beneficio palFionis tue, de qua Iciam tibi tan tas
grates (fie) vel que tam fortiter cor mcum atcrahat
ad amandum te, quam quod noluiili nec lullinuifli
ut ego jungerer nifi tibi.
Ha pulcher Domine dulcis Jhefu Chriftc,
quam retributionem reddidi tibi ufque ad hanc
diem pro tôt bonis que mihi fecifti !
Cette, mi Domine dulcis, reddo gratias & mifc-
rationes tue pietati, quia non permilifli me mon in
peccatis meis.
Mi dulcis Domine, vere quando bene refpicio
gratias & bénéficia que mihi fecifti & maximas
mercedes quas promittis hiis qui ferviunt tibi,
animus meus efl totus immutatus & perdidi totam
voluntatum offendendi te.
Et ex nunc volo totam vitam meam ordinare
ad amandum te & tempus ad Tcrviendum tibi,
& de tempore preterito, Domine dulcis, quod
tam maie expleclavi, proptcr peccata mca &
propter negligentiam meam, pcto a te milcri-
cordiam & veram indulgenciam. Et te prccor (S:
requiro, per tuam dulcedincm & tuam magnam
mifericordiam, ut dones mihi tam pcrfcclam humi-
32
litatem ut polîim nutrire 6c cuflodire in me ignem
tui fancfti amoris fine extinttione ficut ignis pruna.
Et te precor ut velis me eligere ad tuam gioriofam
partem & ut a me amoveas omnia que tibi poiïunt
difplicere in me. Et te precor ut des mihi gratiam
Spiritus Sanéli qui me illuminât & doceat facere
dignos fruélus penitencie.
Domine dulcis, precor te ut intendas ad adju-
vandum me quia inimici mei funt circum circa
me : mundus, caro^ dyabolus. Mundus invitât me
honoribus & diviciis & ut velim fibi placere.
Caro eft tota plena pigritia & fompnolencia &
vult femper contra fpiritum. Dyabolus nititur
die ac node illaqueare me & mittere in peccatum.
Sed ego confido in tua magna bonitate : quod ficut
pofuifti mihi mundum fiib pedibus, quam non
appretio nec [eftimo] plufquam unum iufpenfum
qui pendet in fiircis, omnino credo quam ita faciès
me vincere carnem & dyabolum & omnes fijos
infijltus.
Mi Domine dulcis kare, vere quando meditor
bene in doloribus & angufi:iis quas amore mei in
hoc mundo fiiflinuilli , omnia que mihi placere
folebant & in quibus deledabar, verfa fiint mihi in
odium^ & omnia^ que mihi fi3lebant efTe gravia &
33
afpera ad fuflincndum & portcndum, vcrlli luiu
mihi in dulcedinem ôc confolacionem ; ôc tancum
diligo illiim qui me Ipernit ficut illum qui benc
apprcciatur.
Domine dulcis, Icnbe in corde meo illud quod
vis ut faciam; fcribe ibi tuam legem, fcribc ibi
tua mandata ut nunquam deleantur.
Domine dulcis , ego benc fcio quod caro mea
eft tota plena pigricia & fompnolentia, fed fpiritus
meus promptus efl facere voluntatem tuam.
Domine dulcis, ego renui coniblari prcterquam
a te ; fed quando memor lum tui, deleclor in
defiderio & in amore tui^ Domine dulcis.
Expliciunt fanéle meditationes fancle virginis
Margarete, priorifTe condam domus do Polcteins
cartufienfis ordinis.
C<fV^
■ur rXf \lr rlr yïr tlf \îf tÎ> tlf tif r^r Vtf tîf >Tf
STECULUéM
SANCTh iMARGARhTE VIRGINIS
Prioriffe de Poleteins
iNNO Domini miliclimo ducciuc-
fimo nonagczimo quarto, Hugo,
prior Vallis Bonc^ attulit ad Ca-
pitulum gcncralc doiino Ijofoni
priori Cartulîc liane vifioncm lihi
millam ab ancilla Dei domina Margarcta, priorifla
condam de Poleteins. Et creditur iplam priorillam
fuide pcrfonam que feripfit hanc villoncm, cui
Deus tantam gratiani fccit ut libi tam l'ecrcta
dignarerur ollendere ; quani vilîonem, Spéculum
36
Sanvfle Margarete virginis priorifTe de Poleteins,
decrevimus noncupari.
PRIMUM CAPITULUM
Oy me fenble, que jo vos ay huy dire, que
quant vos aves huy recontar alcuna graci que
Noflres Sires a fayt a acuns de fes amis, que vos
en vales meuz grant tens 5 & per co que jo defirro
voflra falut alTi come jo foy la min, je vos diroy,
al plus briament que jo porroi, una grant cortefi
que Noflres Sires a fait a una perfona que jo
conoifTo, non a pas moût de tens. Et per co que
illi vos tort a plus grant profet, jo vos direy la
reyfon per que crey que Deus la ly a fayt.
Citi creatura, per la graci de Noftre Seignor,
aveit efcrit en fon cor la feinti via que Deus Jhefu
Criz menet en terra, e fos bons exemplos & fa bona
doélrina ; e aveyt illi neis lo douz Jhefu Crit en
fon cor, que oy li eret fenblanz alcuna veis, que
il li fut prefenz e que il tenit un livro clos en fa
mayn per liey enfennier.
Cil livros eret toz efcriz per defor de letres
37
blanches neyres <5c vcrmeylles ; li fe[r]mcl dcl
livro crant efcrit de letres d'or.
En les letres blanches crée efcrita li fanda
converfations al beneit fil Deu, li quaus fut tota
blanchi j per fa très grant innocenti & pcr les
laindes ovrcs. En les neyres erant efcrit li col
& les tenplees & les ordures que li Jue li gita
vont en fa fainti faci & per fon noble cors, tant
que il fenblevet eftre mefeuz. En les vcrmcUes
crant efcrite les plaes & li prêtions fans qui fut
cfpa[n]chies per nos.
Et puis y aveyt dos fermeus qui clofant lo livro,
t|ui erant efcrit de letres d'or : en lun aveyt efcrit :
f< Deus erir omnùi in omnibus ; i) en lautre aveyt
ci'crit : ce zMirabilis Veus in Sanâis Juis. »
Or vos diray briament, cornent ci creatura i'e
elludievet en cet livro. Quant veneit lo matin,
illi commença vet a penfar coment li beneyz fus
Deu volet défendre en la mileri de ce mont, c^
prendre noftra humanita & ajotar a (a deita en
tal maneri que fon puet dire que Deus qui erct
immortaus fut mors per nos. Apres illi pcnfavc
la grant humiUta que fut en luy, 6c pues penlavc
coment il vocit cllrc perfegus toz jors ; après
penfave en fa grant povreta y en la grant pa-
3S
tienci, & cornent il fut obediflcnz tan que a la
mort.
Quant illi aveyt ben regarda cet livro, iili
commencavet a liere el livro de fa concienci,
lo quai illi trovaret tôt plen de fouceta & de
menconges. Quant illi regardavet la humilita
Jhefu Crif, illi fe trovavet tota pleyna d'eguel ;
quant illi penfavet qu'il volit eftre mefprifies &
perfegus, illi trovavet en fe tôt lo contrayrio ;
quant illi regardavet fa povreta, illi ne trovavet
pas en fe que illi volit élire fi povre, que illi en fut
mefprifie 5 quant illi regardavet fa pacicnci, illi
non trovavet point en fei ; quand illi penfavet
cornent il fut obediens tan que a la mort, illi ne
trovavet pas fi bien obediens cornent mefliers li
fut.
Co erunt les letres blanches en que eret efcrira
li converfations al beneit fil Deu. Apres quant
aveit bein regarda totes fes defautes^ illi se per-
forfavet de femandar tan corne illi puet, a felTem-
playre de la via Jhefu Crift.
Apres illi fe eftudievet en les letres neires, en les
quaus erant efcriptes les viutimances que on fit
Jhefu Crifl : en celés apreneit a sofrir les tribula-
tions en patienci.
V)
Apres illi le cftjdiavct en les letrcs rogcs, en
les quaus erant cfcriptes les plaes ôc li clpanchi-
menz del prctious fane Jhcfu Crill. En ccles
aprcneit non pas tan foulament les tribulations
lofrir en patienei, mays fi apreneit a dcleiticr
en tal maneri; que tuit li confort de cet mundo
li tornavont a grant haine ; elfi que oy li erct
fenblanz que en cet mundo non eret ci digna
chofa ne ci douci, corne fofrir les peynes & les
tormens de cet feglo per famour de fon Créateur.
Apres illi fe edudiavet en les letres dcl or : en
celés illi apreneit a defirrar les choies celelliaus.
En cet livro trovavet efcripta la via que Jhcfu
Criz menet en terra, dey fa nativita tan que il
montiet en ciel.
Apres illi commen;:avet a penlar cornent li
beneitfiuzDeu le fieta la délira part de fon glo-
rious Pare; mays illi aveit encores les iouz del cor
lî obfcurs, que illi ne poct contemplar Nollron
Segnour en Cel, mays li coventavct [toz] jors re-
tornar al comenciment de la via que Noflri Sires
Jhefu Criz menet en terra, tant que illi ot bcm
emenda fa via a rdîimplairo de cel livro. llli le
elludiavet grant teins en coca maneri.
40
StCUNDUM CAPITULUM
Or no ha pas grant teins que illi ereit en orei-
Ibn après Matines, & comencevet regarda en fon
livro affi corne illi aveit acotuma. Quant illi ne
s'en prit garda, oy li fenblauz que li livros fe
uvrit, loqual illi non aveit unqucs veu manques
defor.
Cit livros fut dedinz aiîi corne uns beauz mi-
rors; & no hy aveit fors que due pages. De co
que illi vit dedenz lo livro, jo ne vo conteray pas
moût, quar jo no hay cor qui lo puit penfar ne
bochi qui lo fout devifar; tôt ades jo vos direy
alcon petit, fi Deus me donet la graci.
Dedenz cet livro appariffeit un lues delicious
qui eret fi très granz, que toz li monz non e que un
po de chofa a regar de cen. En cel lua appariffeit
una très gloriofa lumeri que fe devifavetentres par-
ties, aifi corne en très perfones; mays de co ne fait
aparlar de bochi de home. Deinqui fahunt tuit U
bin qui poont être : de inqui faleit li varay fapienci
per la quai totes chofes font faytes & crées; iqui
eret U puyiïanci a la cui volunta totes chofes fe
41
enclinont; de inqui laylcit una (î granz doucors 6c
una Cl granz refedlions, que li anges & li armes
eftiant fi repayiïlies que eles ne poenc outra co
defirra nient; de inqui iflît una odors que ercc
fi très bona, que illi trafet totes les vertuz del
Ceuz afley ; de inqui faleyt uns fi très granz cn-
brafi^amenz d'amour, que totes les amors qui font
en ceft mundo, no font ma ques una granz ama-
ritudina au rcgart de cel amo(r)ur; de inqui
falleyt fi très granz joys, que cors d'orne ne lo
poric penfar.
Quant li Angel & li Siint regardont la grant
beuta Noftron Seignour e il lintont la bonta
& fa très grant doucour, il ant fi très grant
joy que il no fe pont tenir de chantar, mays
fant una cha[n]con tota novella, qui ell fi douci,
que co efl una granz meloudi. Ciz douz chanz s en
veit per toz les ordenz des Angels & de Sayns,
dey lo primyer tant que au derrier; & ciz chanz no
eft plus tôt fcnis, que il en fant un autre trctot
novel, & ciz chanz durera feins fin.
Li Saint ferant dcdcnz lor Creatour tôt affy com
li pcyfiljn qui font dedcnz la mar, qui bcyvont toz
jors a plein, feins enoer6c feins l'ayguy amcrmer;
tôt afil feront li Saint, quar il bcvrant & mcngirant
42
la grant doucour de Deu, <5c tant com il plus en
recevrent & il plus grant fayn en arent. Et citi
doucors ne fe pot decreytre, affi po & mens que
li ayguy de la mar ; quar tôt affi com ii fluy vo
fallont de la mar tuit & tuit y retornont^ tôt affi li
beuta Noftron Segnour & li doucors cum bein
que illi fe expandet a tot^ illi retornet toz jors a
luy, & per co ne pot illi ja mays defcreytre.
Certes ce li Saint ne fayfiant ja mays que pcn-
Tar la grant bonta de luy^ fi no porriant-il pas per-
faytament penfar la très grant charita per la quai
li très bons Sires envie t lo benoit Fil en terra. Or
penfas que en luy ha d'autres biens avoy cetuy : il
efl tra totes chofes que Ton pot penfar ne defirar
en toz fos Sains. Et co eil li efcriptura qui eret
efcripta el premier fermel del livro ou aveit efcrit :
ce Deus erit omnia in omnibus, n
Et el fécond fermel del livro aveit efcrit :
« zMirabilis Veus in Sandis fuis, » Deus efl
miravillous en fos Sains. Oy non efl cors d'ome
qui poit penfar com Deus eil miravillous en fos
Sains.
43
TERTIUM CAHITULUM
Oy no ha pas moût de tens que una pcrfona
que jo cognoiiTo eret in oreyibn ou devant Mati-
nes ou aprc3, & comencict a pensar en IhcfuCrit,
cornent il le feit a la dextra par de Deu lo Pare.
Et tantôt fos cors fut fi élevas, que oy li fut ll-n-
blanz que illi fut en un lua qui eret plus granz
que toz li monz & plus reluyfanz que li folouz de
totes pars; ôc eret pleins dunes genz que erunt fi
très bêles & li très gloriofes, que bochi d'orne non
ho porroyt recontar.
Entre le autres, oy li fut fenblanz que iUi veyt
Jhefu Crit fi très glorios que cuors ne porroyt
pcnfar, qui eret veftiz de cella gloriouza roba
qu'il prit el très noble cors de Noftra Donna.
En fes très nobles mayns & en les pies appa-
reyllant les gloriofes playes que il fulfrit pcr
amour de nos; de ccl glorious pcrtuit laUit
una fi très granz clarta, que co eret uns granz
ebaymens aifi com Ci tota li beuta de la divinita
falit per mey. Ices glorious cors eret fi très nobles
& fi trapercans, que l'on veoyt tôt clarament lar-
44
ma per dedenz; cil cors eret fi très nobles, que
Ton fi pooit remirer plus clarament que un mi-
rourj ciz cors eret fi très beuz que l'on y veit los
Angelos & los Sains alTi come fe il fuffant peint
en lui. Sa faci eret fi très gracioufa, que li Angel
qui Taveiant contenpla de que il furont créa, non
fe puyant folar de luy regardât, mais lo defirra-
vont aregardar.
Certes qui penferoyt & regarderoyt fa beuta
& la bonta que efl en lui on famerit tant,
que totes atres chofes li fariont amares ; quar
el ell fi bons & fi douz & fi corteis, que tôt
quant que il a de bein, il ha dona & parti a fes
amis. Or penfas fatre grant beuta de lui que eft fi
très granz, que il ha dona a totz los Angelos e a
totz Seins, qui font feins membro, que chacuns efl
afîi clars com li felouz : or poes penfar quant beuz
efl li lues ou a tant de clartés.
Quar Deus efl fi granz que il efl pertot, la quai
chofa neguns doyt aveir, for que il toz fouz. Il
ha dona fi grant legereta a fes amis, que il
vant en un moment lay ou il volent; quar il
vont, quequepart que il feiant, per toz prefenz
avoy luy.
Deus efl tre fort & très poyll'ens, & per co
4Î
il ha don a a fos amis fi granc poylTanci & (1
grant forci, que il pont quanquc il volent : le
il aveunt volunta de levar tôt lo mundo al petit
dei, il o porriunt fayre légèrement.
Jhefu Criz e toz frans, <Sc pcr ccn il ha fayt l'os
amis tant frans & fi fultiz & i\ trapercans que, il
povenc entra 6c ilîîr a portes clolcs fen negun
empegiment, alfi com Jhelu Criz fiyfeit après la
refurre(flion,
Deus efl impalfibiUs & no pot aveyr nulla infir-
mita en fe, & per co il ha dona fi grant fan ta a
fos amis, que no porrent ja mais aveir maladi ne
eftre pefant ne grava ne en arma ne en cors. Deus
efl très granz dclyez, quar oy non ell doucors ne
déliez qui bons feit que de luy ne viegnet, quar
il ell: li douz leytuares en cui font totes les bones
lavors. Il efl (\ bons, que cil qui en agoflarentcom
plus largiment en recevrent & il plus grant fayn
en arent, ne autre chofa delîrra il oferent fors la
doucour que il de lui fentirent.
Deus efl pleins de fapienci, & de cella il a tant
dona a fos amis que oy ne lour convindrn ja
rent demandar, quar il harent tôt quan que il
voudrent.
Deus ell amors, & de cella il ha tant dona au
46
Sains, que il s'amont tant comme li uns membros
puot amar Tautro; & co que li uns vout, volent
tuit li autri.
Deus [eft] eternauz, & per co il ha fait fos
amis de fi nobla materi, que il non fe porrent ja-
mais corrumpre ne no porrent enveylir, mais
vivrent perdurablament avoy lui.
Or poes penfar la très grant bonta que efl en
luy, qui enfi a dona tôt quan que il ha fos amis.
Encor lor ha il plus fait, quar il lor ha dona fe
mémo ; quar il los ha fait fi beus & fi glorious que
la Trinita veit chacuns en fe, alfi come un veic en
un bel mireour co que li eft devant.
Et co efl li efcriptura qui eret efcripta el fecont
fermel ou aveyt efcrit : « ^Mirabilis Veus in Sanâis
fuis. 5:>
Et tôt alfi com li Saint fe deleélunt en veir
la beuta Noflron Seignour, fe déduit Nollre bons
Creares en la beuta y en famour de fes bêles
créatures qu il a fait a fa ymagi <5c alfa femblanci,
affi come li bons meitres regardet volunteyrs una
bêla carta quant il fa bein fayta.
Certes jo crey : qui metrit bein fon cor en la
très grant beuta Noflron Seignour & cornent il
appareyt glorious en fons Sains, bel dyroyt bein
47
que fo erant dreitcs mervillcs; c crcy tjuc oy lo
convindrit a defalir, e bcin porreit dire que Dcus
lor aveit ben rendu co que il lour promet per lo
propiieta David : ce Ego dixi, T)ii ejlis. » Quar oy
fera fenblanz a chafcun que il fcit uns petiz Deus,
quar il feront lî fil 5c li hcyr.
Certes jo ne croy que cl mont ait cor fi freyt,
(c il faveyt bein penlar & cogneitre la très grant
beuta de Noftron Segnour, que il no fu toz em-
brafas d'amour. Mays oy ha de cors qui font li
abaftardi, que il font come li porcez qui ama
pluis lo fla du fangez qu il no faroyt d'una bêla
rofa. AlTi font cil qui amont plus pcnfar en les
chofes de ceft feglo 6c plus y ant de confort que
il non ant en Deu; 6c cez font fi plein de ténè-
bres que il non y veont gota.
Et genz qui font fi mal netes, non ant pocr de
Deu amar ne de lui cognoitre. Qiiar Dcus dit en
f Evangelo, que neguns cognoit lo Fil ma ques li
Pares, nelo Pare me que li Fiuz 6c ceuz cui li Fiuz
lo voudra revelar. Je croy bein que li Fiuz Dcu
ne révéla pas l'os fecrez a gens qui funt mal netcs.
Et per co funt ben atru li net de cuor, quar il
verrent Deu tôt apcrtament; 6c il mes lo promet
en l'Avangelo &: dit que ben atru loin li ne de
48
cuor, quar il verrenc Deu faci a faci en la tre
grant beuca.
Jhefu Criz nos dunt vinire fi netament de cuor
& de cors, que quant li armes nos partirent del
cors que il nos deigneit monftrar fa glorioufa faci.
Amen.
Explicit Spéculum Sanéle Margarete virginis
prioriffe de Poleteins; obiit autem anno Domini
millefimo trecentefimo decimo, tertio idus
^¥<^
ttf tîf rir ^îr rlf rtf ^ tîr rh tîf >îf >lf >îr >î<
LI VIA SEITl BIATRIX
\'IP,CINA DE ORNACIU
PRIMUM CAPITULUM
i^ ;-; L honour de Dcu & al locmos
de l'on bcncyt non, & a reco-
gnoytre (a grant mifcricordi «S:
regracier los glorious dons de l'a
bon ta, y être pluis fervcns a faire
lo fervis de Noftron Seignour Jhefii Crit & de la fin
glorioufa Virgina Mare, humilmcnt & devotamcnt
voil elcrire a voftron edifiment, una partia de la
honeila & fainda & difcreta converfation t]ue
4
citi efpoufa de Jhefu Crit menet en terra entre fes
forors^ de ly ajo de xiii anz en fus.
Nos entendinz que al comenciment de fa faindli
converfation, illi propofet de guerpir totes chofes
mundanes de bona volunta de cor^per la amour del
douz Jhefu Crit : fon bon propos illi gardiet moût
enteriment, Illi eret très humis de cuor & de cors ;
illi eret moût cheritoufa &pidoufa & fumiz denens
de tota maneri de humilita que potet neceffita a
fes compaignes. Illi fut de moût granz jeunos &
abflinences, tan quant fa feybla complexions ho
poet portar. Illi eret moût enteriment obediens,
& de moût grant oreifon affiduaz, & de fi grant
devocion que pluifors veis ilU cuidavet de tôt
perdre lo veyr, per les laygremes que illi gitavet ;
& fe eret moût benigna de paroles, humiz &: de
grant exemplo. Illi eret moût curioufa & fervenz
en mètre tôt fon entendiment a fayre y a dire y a
veyr y a oir totes les chofes que li fenblavont que
puyiTant tornar al edifiament de fa arma & de les
autres genz.
En cita faincfla converfacion , nos entendin
que Noflri Sires per fa grant mifericordi li fit
moût de grâces. Al comenciment illi fut hun
grant teins que a toz jors y en totes ovres y en
p
qaalquc lua que illi fiic, illi havcit figrantgraci,
que oy li eret fenblanz quj Noftri Sires fut ades
aranda lye apertamcnt. Apres li creifit Noflri Sires
tant fa graci, que moût fovcnt, en qualque lua
que illi fut, illi fentivet fi grant graci & fi grant
gloyri en Ton cuor de la amour de Noflron Sei-
gneur, que a peynes que illi la poec fuflinir. En
cita graci, oy li venit comc una perlboa & la cm-
bracavet forment & moût amiablament : en cella
ducour que illi fentcyt dcl tras douz embraciment
de fon veray Créateur, o ly cret vyares que fos
cfpirit defayllit.
Quant illi oc mena ceta faintfla via hun grant
teins, li dyablos fe comenciet moût elTorcier
de li travallycr en totes manercs ; & quant
illi vit qu'il la cuidavet fi vilment dcccyvrc,
fe comencet moût grant penenci fayre. En la
quai penenci fafeit acunes chofes, pcr la grant
pour del deceviment del Dyablo, que erant acunes
vcis senz grant difcrecion, mays eles ytiant totes
per grant temour ôc per grant fcrvour, 6c tote veis
Noftre Sires o metivet tôt cm bon point.
Quant illi eret cufinyeri y enfermeri, illi o feyfet
moût cheritoufament ; & quant oy li coventavct
fayre alcunes chofes al fua, illi mctcyt tant f.ici
fus la chalour del fxia., que oy li eret vyares que li
cervella li brulat en la tefla & que li huel li erragif-
fant de la tefta^ & mente vez illi attendeyt qu'il
volalTanc en terra. Illi portavet la brafa tota viva
en fes mains nues^ fi que li cuers li brulavet toz
& les parmes. A tôt co non fentievet rent. Illi
preneit fi granz difciplines que li lans en coreyt
per totes les cotes. Illi aveyt en tant grant remem-
branci la pafiion de Noflron Seignour Jhefu Crit,
que illi fe percavet les mans per les parmes tant
que oy li refpondeit al cueir defus la main, ha un
clavel feins pointa 5 & totes veys que illi co fayfeyt,
oy li en fayleyt aygua tota clara que unques en
fane non fe meclet, & tantôt li play fe cloyt &
s'ananet fi beyn que perfona no fe poeyt percey-
vre. Quant plus ne poeyt fayre illi alavet dechauci
per la vey & per lo glaz.
Quant li dyablos vit queillifemeteytafi grant
affli(flion, et vit que en neguna maneri el non y
poeyt rent gaygnier em veyllanz, la comenciet
travallyer en dormenz moût plus fort que no aveyt
en veyllanz. Adon ne layifiet neguna chofa que li
poet damagier l'arma ne lo cors al deplaifir de fon
Creatour, qu'il totes ne les li mit avant per fen-
blances ôz per figures, tant vilment quant el poeyt.
Les granz viutas &: ordures que il h amenavct de-
vant per diverfcs mancres, non orcric negunt
reconrar j mays illi non o cognoyfleyt ne damajo
ne li tincyt.
Quant il li otco fait plus forveys (fie) & en totes
maneres Tôt eflaya & vit que tôt co ne li valit, cl
li comencet a trayre per femblances afTi corne
carrcuz. Et adon li cret vyayrcs que cil carrel, qui
cftiant forma de viouz &: de pluyfors péchiez, la
fbriiïanten Tarma de totes pars;(Sc rcnt ne li povent
noyre.
SECUNDUM CAPITULUM
Quant lUi vit que co ne poct prendre fin mays
crezeyt toz jors, 6c li pours & li temors li comen-
cet fort a creytre. En cet grant efpavantament, illi
fut una noyt en l'on liée & comcnciet moût fort
a reclamar Noflra Donna, que illi la adjuvat 6c
fecorit, 6c per fa grant mifericordi la gardât dcl
pueyr 6c del engint dei Dyablo. En co que illi ot
tait fa prcyeri 6c Noflra Dona li vint devant, 6:
fenblavet li que Noftra Dona fut de le ajo de xv
anz, 6c la très grant beuta de li ne pot unqucs
H
recontar. Adon viryet li glorioufa Donna fon
pidouz & fon douz regart moût amiablament ver
lyei, et dit li : « Très chera fili, non aes pour ne
neguna dotanci;, carjo, « co dil illi, jj fui Maredel
Rey Tôt Poyflcnt cui tu es efpoufa ôc fui Mare de
mifericordi ; & en cel poyr e en cella mifericordi,
ju prenne Farma & lo cors de toy en ma garda y
en ma deffenfion, & te garderey & deffendrey del
poyr del Dyablo & de fos enginz. »
En tant illi fe départit de li, & tantôt li Dyablos
la guerpit & illi remat de totes chofes en bona pays .
Una autra noyt, après co un po de teins, il li
venit devant & cudyet la deceyvre & travalyer en
atres chofes a moût grant force, mays tantôt que
illi comenciet reclamar Ncllra Donna & dire :
c4ve zMaria per la via de Noftra Donna, il fe dé-
partit de devant li toz confus & s'en entret en
terra en femblanci de una grant fumeri neyri; &
quant el entret en terra, li terra frémit moût fort
per qui ont el intret. Deys cela hora en lay, illi ot
plus de la graci Noflron Seignour.
Apres un grant teins que tôt co fu paffa, &
moût de autres granz grâces & fecretes révélations
que Noffri Sires ly ot faytes, comencet moût fort
a defirar eflre avoy Noflron Seignour, & fure cet
grant defir comencet forment qucrrc la mort a
Noflron Segnour.
lERTiUM CAPITULUM
En cefl efpacio, aventiec que illi un jor aprcs
Vcfperes fut devant loutar en oreyfon, & hon
aveyt cel jor per aventura ota la boyta, en que hon
garde corpus Domini, delacullodi; fi Taveyt-on
mes en una de les fe [ne] lires de Toutar. Et illi fe
viryet cela part en fayfanz fa oreyfon & qucrit
forment la mort a Noflron Segnour a moût granx
laygremes. Adon en fayfent fa preycri illi oyt y
entendit la voys de fon Creatour, qui parliet en la
boyti de que jo ay dit defus que eret en la fcncftra.
Nos entendin que, entre les autres choies, oy li fut
demanda quinta voys & quinta parola oy li eret
femblanz que illi oyt. Et illi refpondit qu'il la avcit
come honz, co li eret fenblanz, mays differenci y
aveit fi grant, que no ly eret vyayres que ncguns
cors humans qui vivet en terra, puit entendre en
fon cor ne dire de bochi neguna fenblanci ne nc-
guna eftimacion de la grant bcuta & doucour de
cella gloriofa voys & parola.
r6
En co qui el li parlyet^ el li dit apcrtament ne
defirrarne quirrir cetachofa, car, co dit-il, « no voil
que tu moyres encores.j^Ico li dit tant benignament
& tant amiablament, que oy no ly cret fenblanz
que illi ne neguna autra perfona o puit fayre en-
tendre. Et li granz defïr que illi aveyt de la mort,
li palTet tantôt del cor, & remat en grant confo-
lacion y en grant defir de mays vivre el fcrvis de
fon bon Creatour.
En cella hora li venit en cor, que li maladi que
illi aveyt de fa feblece li porit moutnoyre al fervis
de Noflron Segnour, & tantôt illi tornet moût
devotament en fa oreyfon. Entres les autres illi
dit : « O tras chiers Seignors, mos verays Deus e
mos bons Creares, ju requiero ' a la très prevonda
mifericordi de voftra poyiTent humanita, que pois
que oy e[s]t voflra volunta que jo mays vivo, que
a vos placet que vos me doneis la fanda d'arma &
de cors & furetot de la maladi de ma tefla, fi que
toz jors poyiïo eftre en graci y en perfeveranci de
voflro fervis fayre devotament, tant quant a voflra
bon ta playra que ju vivo, n
En fayfanz ceta preyeri illi oyt y entendit, yiïi
■ Ms. requiiero.
corne illi aveyt devant, la gloriofa voys 6c parola
de Ton veray Creatour qui li dit : a Quant que
ju te voudroy donar, receis & fulTrcis en mon
nun. u Ico li dit moût alagramcnt y a bein po, co
li fut fenblanz, en forifanz. Li granz conlblations
de liey eret fi granz devant, que illi non y porct
mètre contio , mays illi fut plus granz après ôc
li graci de Noflron Scignour fut toz jors en liey.
QUARTUM CAFITULUM
Una autra veys aventeit que huns frares que illi
aveyt fut de guerra. Per la grant pidie que illi en
ot de la prifon de lui, illi fe mit en grant orcyfon
y en grant alflidion vers Noilron Seignour qui el
fon frare vofit delivrar de les mans de fos enmis.
Ht tant que un jor que illi eret en oreyfon en li
glyefi ôc en facant ia preeri illi le adormit, <5c
tantôt oy li fut-fenblanz que illi veyt venir, come
de vers lo Ciel, dues perfoncs les plus bêles créa-
tures de tôt lo mont, & fe metiront a la dcilra part
del outar & fut fcnblanz qui el eflramefant (5c pa-
ncfant cela place. Qiiant co fut fayt moût dili-
gyamenr, illi vit venir duos autros qui furontplus
r8
bel fenz comparacion que li premier, y aveont les
faces enbronchies plenes de dolour ; & comence-
runc a defpleyer hun moût bel drap d'or.
Entretant en vit venir duos autros qui Riront
moût plus bel que li atri. Et cil qui defpleavont
lo drap lor ballierunt lo chavon qui eret devers
Toutar & ytaront cit dui d'amont, & li atri qui lo
tineunt d'aval lo eflendirunt en terra que li dui
premer aviant appareyllia moût diligyament, y a
grant reverenci il lo arriaront de totes pars.
Quant co fut fayt, illi vit venir una grant
conpagni de gens , li quai furont fenz compa-
racion plus refplandiiïent que li folouz en fa
plus grant clarta. Et tuit inli quant veneant, il
fo pleavont envers foutar en la partia en que
eret corpus Domini; <5c aviant les faces enbron-
chies come pleynes de grant pidie. Li premer
& tuit cil derrier fe metiront enfems , 6c poys
il fe départiront & furont entre lor dos cuors.
Entretant illi vit venir d'autros plus beuz que tuit
li premer, & entreront fe entre celos duos cuors &
li cuors qui los receviront fo plearont tuit a grant
reverenci; y cit derrier eiliant fi grant conpagni
que hon non y poyt mètre numbro, & furont lour
dos autres cuors.
10
Entre celos dos cuors_, qui fe ajotaront al dos
premers cuors, appariiïeit una pcilona lo quai
tcneant quatro atri entre los mans, li dui devers
la teta & li dui devers los pies. Et cil quatro li
eret ibnblanz que fufTant les plus nobles créatures
que fuiTant entre toz los autros. Et pofaront
ycel glorious cors que tineant entre lor mans,
fus lo drap del or que li premer âviant appa-
reylya. Quant il pofaront cel glorious cors, li
quatro cor fe vant agcnolier & enclinar a grand
reverenci devant lui. Et tcneant li dins hun drap
d'or en que aveyt xiii pères pretiofes, de que
chacuna per fei rendeyt fi grant clarta, que oy li
ere[t] vyares, que fe toz li monz fut em pures té-
nèbres que el furet toz enluminaz de la mcnour
refplandour que li plus petita pera gitavet.
Illi penfavet que co ne poit élire ma ques les glo-
rious cors de douz Creatour li verays Fizde Deu, 6:
defirravet moût que illi li ofat fayre alcuna petita
preeri ; mays illi non ofavet prefumir ne tant fou-
lame nt vers lui l'on regart.
Entretant illi vit quatro qui fe partiront d'entre
los quatro cuors & veniront devant lui a grant
temour & fe agcnolicront, 6c pridrunt lo drap
que li autri li tiniant defus &: lo trayfiriXit aval
6o
outra los pies de lui, fi que toz fos prccious cors
parifeyt eflendus defus lo drap del or qui eret fus
la terra. Et teneitlos pies & les mans en haut ; el
los teneyt toz drez, fî que les plaes de les mans
& del pies & del flans li parifant fi vermeyles
& fi freches, corne lo jor ôc l'oura que eles li
furont faytes & li corona en la teila.
En co que illi eret en fi grant defir de fayre
a lui alcuna petita preeri, il viriet moût pidoufa-
ment fon douz regart ver lyey & dit li : « O ma
tra chieri fili & efpoufa, venez avant & ne dotas
rent;, mays regardaz voftrun vray Creatour & co-
gnoylTiez voftrun Salvour, & confideras a grant
diligenci fur co que vos vereys de les gries dolors
& tormens que fuffrit voftri bons Creares, li verays
Fiuz de Diu, per voftra falut & per la falut del
human lignajo ; en confideranz la verita de ceta
chofa, vos trovareis plus que vos ne poes ne favez
defirrar. »
Adon illi refpondit : « A ! mos verais De us &
mos verays Salvares, fenz voftra graci ne porri
penfar ne confiderar ii profundament quant voftra
parola fonet. »
Adon il li dit briament : « En autro teins ju te
darey entendiment en totes cetes chofes & co
6i
que tu voudres orcndrcit & tu me demanda. »
Adon illi a moût grant temour li fit moût de
prcercs de pluyfors chofes, les quas il li otrcyet
moût benignamcnt. Entre les autres choies li prcct
que a fa grant mifericordi voufit playrc qui cl Ton
frare voufit delivrar de les mans de fos enemis, &,
il li otreyet treyto. Et tantôt qui cl li ot ceft dcrrer
otrey fait, tôt co que illi veit li evanuit devant los
heus.
Ccl mémo jor illi oyt dire que fos frare eret
delivros, & illi demander diligyament fora qui cl
faylit de la prifon & trovet que co eret li hora que
Noflri Sires li aveyr otreya.
QUINTUM CAPITULUM
Una autra veis aventet que illi fe fut a la gcfir
après Compila, & tantôt, feinz co que illi non fe
fut pas adurmia, oy li fut fenhlanz que fos efpiri/
fut entre los Sainz de paradis, del cauz li fenblavet
que vint fi grant compagni que liun non y porrit
mètre contio. De la grant beuta que il avcunt,
non li eret fenblanz que li felou/, quant il c([ en
fa plus grant clarta 6c beuta, fut ma qucs liun po
62
de chofa au regart de la grant beuta que aviant li
Saint que illi veit de jota Ici de totes pars «3c defus
corne en Tair. Totes veis illi non o veit pas des heus
corporaz mays en efpirit; & veit Ton cors el leit a
bein po fenblable al cors mort.
Nos non trovein pas que illi voucit unques de
ceta vifion révéla autres chofes ma que, tant que
de celles très autes & fecretes demonflrances que
Noflri Sires li demoflret la conpagni de fos
glorious Sainz, illi non co porret recontar ne com-
prendre.
SEXTUM CAPITULUM
Illi ytiet hun grant teuis que iili veit toz jors
corpus Domini a la levacion en fenblanci don
petit enfant. En tal maneri illi veit entre les mans
del chapellan una grant clarta, que eret (i très
granz & fi très blanci & de fi meraviloufa beuta,
que ay no li eret vyaires que de neguna chofa, que
cuors humans poit penfar, que hun y poyt mètre
figura ne conparacion.
Icilli clarta li eret vyaires que fut tota rionda,
& dedenz la clarta appariflfeyt una granz vermelia
^'3
lï tras rcfplandens & fi bcla, que de fa grant bcuta,
illi cnluminavct tota la clarta blanci; & ciili clarta
gitavet Cl grant refplandour, que illi fayfeit rel-
piandir tota la vermelia. Si que li una beuta cnlu-
minavet fi Tautra, & fi ytiant li una en Tautra que
eles rendiant fi meravilloufa beuta & fi grant
refplandour, que un veet tota la beuta de la blanci
clarta dcdenz la vermeil, & la beuta de la vcr-
meli veet hon dedenz la beuta de la clarta blanci.
Et dedenz la clarta blanci apparifleyt huns petit
cnfes ; la tras grant beuta de cel enfant illi ne
puyt dire ne fayre entendre. Dcfus cel enfant (Se
de totes pars, appariffeyt una granz clarta fen-
blanz a or qui rendeit fi grant illumination, que
illi trahit totes les autres alfi 6c tota s'en entravet
dedenz lour; & les autres traiant tota cela a lour,
& totes s'en entravont dedenz liey. Ycetes quatro
divifions fe appareylTant en una mema fcnblanci
& bcuta & re[f] plandour j li eret viaires que cilli
comunauz beuta & refplandors apparilfit tota de-
denz cel enfant, 6c li cnfes apparifTeyt to/ de-
denz cela refplandour.
Quant illi ot co vcu pcr moût grant teins, illi
penfct que illi moût granz pecheriz eret 6: que illi
olTendeit vers fon Creatour, 6c comencet uotar
64
de acunes chofes. Et fur co illi preec a moût grant
temour Noftron Segnour que a fa grant bonta
playfit, que illi a la levation poit veir fon glorious
cors tôt (implament. Deys pois illi lo vit huni-
teins afTi corne h un porrit veir de loins una yma-
gena peinta en parchimin. Totes veis li beuta eret
fi granz que illi non o puit dire mays, non puyt
fayre entendre en autra maneri. Apres illi lo vit
tôt fimplament corne les autres; & poys aventet
acunes veys, que illi veit fi grant clarta entre les
mans del chapellan corne li folouz.
SEPTIMUM CAPITULUM
Una autra veys aventet en Avenz que illi fut en
moût grant tribulacion de cuor, car li eret fen-
bianz que Nollri Sires lavit ubiia, per co que illi
ne puit aveir la fervour ne la devocion en fa
oreyfon que illi avit acoiluma. Et ynfi quant plus
fe approymave de Chalendes & fa granz dolors
plus li creyfeyt. Lo jor de Chalendes & lo jor
devant, illi fe efforcet a fon poir de confeiHir
quanque illi unqua penfet ne fit ne difit que diut
deplayre a Noftron Segnour.
6f
Tores veis ne li fut pas fcnblanz que fut fufTi-
cient a co que lUi ofat prefumir de cumunicr.
Quant les autres avoy cui illi cret fe comcnça-
runt trahirc vers l'outar per comunier, illi remanie
en fon (ïecho en tanz granz plors y en tanz
granz laygrimcs y en tant grant amara dolour,
que oy ii eret fenblanz a bein po que li arma li
partit del cors. En ceta grant dolour, iilli penfict
que totes Tes conpagnes receviant lor Salvour,
& iili, a tal jor qui el eret dennies venir 6c
naytre en ceft mundo per noftra falut, no fe
ofavet prefumir, per les granz offenfes que illi cu-
davet aveir. Se porpenfiet que illi recordrit a la
grant mifericordi de fon douz Creatour, & prect
li que a lui voucit playre qui el li donet cn-
fenniment que illi poet cognoytre co que plus
farit fa volunra ou de lui receyvre ou de lui
layfier.
Entretant oy li venu fi granz volunta de alar
receyvre fon Creatour, que a bein po que no
deffayllit del tôt devant que illi fut devant foutar.
Quant illi ot rcceu lo bcncyt cors de Nollron
Seignour 6c illi s'en tornavct, devant que illi lut
en fon fiecho, illi fentit que oy li cret remas en
la bochi lo gros de una lentili del oti ; 6c tantôt
66
illi l'entit en ion cuor una petita erour, de la cal
illi ot moût grant paur & fit ion poir de paffar co
que li eret remas en la bochi, & per neguna
meneri illi non o poet paiTar.
Quant illi fut en fon fecho, illi ploret fi forment
que illi perdit de tôt lo veir ; & li oti que illi
aveyt en la bochi fe vayt fi creytre que illi ot
tota la bochi pleyna. Et per lo grant efperdiment
que illi ot quant illi fentit de co fi pleyna la
bochi, fe paret la man & cudyet mètre fors de
la bochi, & fut li fenblanz que noffay que la tirât
arrière. Et li aveyt tal i'avour corne de cher &
de fan : la grant pour que iUi aveit neuns n'oferic
recontar.
Entre les autres choies que illi preavet a Noftron
Seignour en fon cuor, fe preavet qui el per fa
mifericordi la donat finir de ce ta via en cela
mema hora, ou que lui dignat playre qui el con-
foii & confolation li tramifit de cela grant paur.
En fayfenz i'a preeri de cuor a tant grant devocion
que illi deiïaylievet del tôt, & illi ot recyu co que
illi aveit en la bochi, fenz co que iUi unques non
o fentit tant que ilU o fentit ferir el cuor. Per lo
grant joy & la grant confolation que illi ientit en
fon cuor, illi cuydavet del tôt deffayllir.
67
En ceta grant confolacion illi ytiet, cane que li
meffa & mcndis fut del tôt finit. En rcfpacio qui
tut deys après medis, tant que li convens fut alas a
tabla, illi vit& lot moût de fecrez Nodron Segnour,
los quauz illi ne voucit unques récitai*. Totcs vcys
entendin que illi entrer en fi profunda contenpla-
cion, que illi pot bein dire plencriment lo verfct
qui dit : «■ Sicut auJivimus in civitatc 'Dcwiiii . »
Apres co illi fe retornet a Te mema y a la
cognoylTanci corporal, vit que illi non erct a tabla
avoy les autres en covent, & penfet que li prio-
refla ôc les autres porriant aveir meravilles que
illi a tal jor lut remaffa de covent lenz liccnci
d'alar a trabla (fie) ; & tantôt illi alict demandar
licenci de alar a trabla. Illi fe cudyet cforcier de
mengier per les autres que ne fe prilTant garda,
& per neguna maneri illi non poyt ; mais Ii con-
ventiet mètre fors de la bochi hun po de pan que
illi avit pris, li quaus ne li aveit plus de favour
que li terra. Et deis que illi ot rendu grâces avoy
lo covent, en tant que hora nona fonct, illi ytiet
en moût granc contenplacion, tS: tant que Noflri
bons Creares li moftret autra veis moût de fos
fecrez en vifion i\ douci <Sc (i deleclabla, que illi
pourret bein dire, enli corne lo dit Senz Po en
68
s'efpitola : « Qf/^'" oculus non vidit nec audivit
& cetera. »
Los très jors de chalendes, illi fut ades en ceta
grant confolaciorij etier co que illi no vit la vifion
ma que lo primier jor; mais li granz confolations
& li amors de Ton bon Creatour li habundavet
ades plus fort el cor, fi que illi en perdit del tôt
lo mengier & lo dormir. Lo quart jor de Chalendes,
illi ot alcuna chofa qui li deplayfit en fon cuor,
& tantôt li granz confolacions fe départit en
partia de fon cuor. Et tornyet en fon primier état,
li quaz eret bons devant & meliors fut après.
OCTAVUM CAPITULUM
Apres totes cetes grâces & pluyfors autres que
Noftri bons Creares li ot faytes, illi eflet Fefpacio
de dos ans que illi non ot neguna efpecial graci
de Noftron Segnour, ma ques toz jors perfeveravet
en bones ovres, & toz jors fenblavet que illi out
plus de la temour & de famour de Diu. Et a la
fin de cel dos anz oy ne fut jors, dey fefla Seint
Antoyno tan que la féconda femayna de Careyma,
que illi ne vifit & fout acuna del fecrez Noftron
69
Segnour. Li quai lecret furent fi grant 6c lî mera-
villous que, quant illi en cudievet recontar acuna
partia fecretament, oy no pot eftre retenu, quar
Deus non ho voucit fofrir : car puit cllrc que li
perfona, cui illi o revekvet, non eret digna dcl
retinir.
Totes veis, nos entendin que illi vcit tôt lo
avinimenc de Noftron Segnour & la palTion 6c
refurreélion 6c la afcenfion, 6c cufiî il fut rcceus a
la deftra parc de Ton glorious Pare. En co illi vit
fï granz chofes 6c ii fecretes 6c de fi obfcur en-
tendiment, que fegont noftrun petit entendi-
ment oy non nos cft viayres, que oy feyt neguna
perfona qui, per fent ne per clergi, o puit en-
tendre, le li Sanz Efpcrit non li vreyt los eu^ de
cors.
Iqui oy li fut démolira li fignifianci de les
doze pères preciofes qui eftiant defus lo cuvertour
del or del quai el eret cuvers, enfi corne nos vos
aveyn devant reconta. Et li fut demoflra li ligni-
fianci de co que il li dit que regardée fon vcray
Creatour 6c cognoyllit fon veray Salvour, 6c con-
fiderat a grant diligenci fur co que illi verrit la
auteci 6c la grand prevundia 6: largia de les gries
dolors 6c de divers tormenz que fofrit Nollri bons
70
Creares. Et li fut démolira ce qui el li dit, que
plus troverit en confideranz la verita de ceta chofa
que illi ne pofllt defirar.
En cel teins^ dey fefla Saint Antoyno tanque la
fecunda femayna de careyma, il li efliet toz lor,
jors que tantôt que illi eret a la gifir après Com-
plia, que illi entravet en cella fecreta vifion , li
quaus li eret demoftra per diverfes maneres. En
co illi perfeveravet deis que illi fe eret a la gifir
après Complya en tant que lo jor, hun po devant
médis. Totes veys nos non entendin pas, que illi
veyt pleneriment la glori eternal en vifion, ma que
en una hora de la noyt. Mays el rémanent deis
que fe trayfit ver lo jor ou vers Matines, illi rema-
neyt en fi grant conlblacion y en fi grant joy de
cuor de la vifion & des granz fecrcz de Ton bon
Creatour, que a bein po que illi i'e fentievet corpo-
ralment; mais li eret vyayres que illi deffaliit del
cors & fe fentivet come en efpirit.
Lo jor qui venit après celui que illi aveyt veu
cetes revelacions del joy & de la gloyri eternal,
& illi veit autra maneri de vifion & de diverfes
revelacions, les quauz efliant pleynes de fi granz
dolors & de fi granz efpavantamenz que hun ne o
porrit ne farit recitar tant efliant eles grans. Si que
71
dementre que illi o vcyt, a hein po que illi non
hubliavct de tôt lo grant joy & la grant gloyri
que illi aveyt veut lo jor devant, jufque tant que
a bein po illi cuydavet intrar en defperacion ;
mais hun po que li foventavet de la vifion ôc de
la gloyri de Ton bon Créateur 6c de fa grant
mifericordi, la fuftineit en fey y en efperanci.
En ceta efpavantabla vifion, illi .veyt les très
gries & les très cfpavantables peynes que fulfront
li pafchaur per diverfes manercs de offenfesj y
en les diverfites de les granz otfenfes eftiant les
granz diverfites de les gries peynes. Entre les
autres chofes illi vit eu (fi li iri de Diu venit
fures los pecheors 6c culli Deus en la humanita
la f'ayfit retornar en pida y en mifericordi. illi
vit eu (fi Noftra Donna remenbravet a fon glo-
nous Fil cu(fi illi lo avit porta en l'on glorious
cors, 6c etïanta 6c nurit y alaytat per lo deli-
vrament 6c per la lalut de pecheors, 6c cu(fi
Noflri Segnour remenbravet a fon glorious Pare
la mort 6: la palfyon 6c les playes 6c los clave/ 6:
la lanci 6c la corona 6c leCpanchiment de (on
precious fan 6c les autres dolors 6c divers tormen/.,
qui el (bliit humanita per falvar lo human linajo.
llli vit cornent li preeri de Nodra Donna tavt
72
abontar Noftron bon Créateur vers Tes créatures^
(5c vit cufli Noflri pidous Créâtes reconciliet los
pechiors vers fon glorious Pare en demonflranz Ta
gloriofa humanita y en remenbrenz fos divers tor-
menz.
Totes cetes demonftrances ' & tantes autres
que illi non o porret recontar ne vos non o
pories retenir, en cel teins que nos vos avein dit
devant, en tal maneri que en l'una noyt illi vit fi
granz vifions & fecretes révélations de la glori
eternal, que co ne porret neuns mortauz hons dire
ne fayre entendre. Et la noyt après illi vit les traz
granz efpavantables vifions pleynes de fi granz
dolors & de fi granz elpavantamenz, que hun non
y porret mètre contio ne fenblanci ne neguna efli-
inacion.
ITEM NONUM CAPITULUM ET NOTA MIRACULUM
Or vos direy-jo hun grant miraclo que Noflri
Sires Deus moftret per liey & per doves autres
après lour fin. Citi feinti creatara Byatrix de
' Ms. Domonflrances.
73
Ornaciu & una auftra de ccuz de Chaibnaio e una
auftra de ceuz des Alamans de Greylivoudan, (i
com jo hay entendu^ & non puit unques faveir lo
proprio non de cetes dovcs quant jo efcrilevo co,
defcendiront de Permagny avoy les autres que li
ordenos tramit en Efmuet per comencier iqui una
meyfon novella. Mais puis après elles layiïaront
cel lua, quar eret trop entre los fecûlars, & s'en
retornaront en Permagny, ma ques cetes très
créatures que erant ja trapafTees & fevelyes li una
dejota l'autra el cymitycro de cela meyfon de
Muet. Mays pois après, ynfi com Dcus ordonet
le chofes fi com lui playt, acunes de celés de Per-
magny, per la revelacion de Noflron Segnour ou
de cetes très, fi com jo cuydo, veniront a la prio-
reiïa & al vicayro qui fut moynos de Valbona &
orendreyt efl de Seinti Croys & appellaz donz
Roz de Charis ; & lour dirront que ay coventavct
per forci, que on aiat querre les offcs de celés
très feintes créatures & moût de autres paroles.
Quant vit co li diz vicayros que ay o coventavet
fayre, ce alyet cela part & en ot moût de dongiers
& de travayl, ancis que cil qui gardont lo lua de
Muet li volifTant layfl'ycr co que il demandavct «Se
que 11 evefques de Valenci o volit comandar.
74
Totes veys yfes com Deus o aveyt ordona oy fe
fit. Oy venit li vicayros & trayfit les oiïes de celés
très i'eintes créatures & metit en un fac, & chargiet
fus una fomeri, & les ofTes al fegnour de Tulins
& piuyfors autres perfones metit fus un egua &
poyiTent vay. Quant il venit al port de Teches,
il trovet iqui duos efcuers de ceous al Dalphin
qui aveont iqui ita tôt lo jor, hay eret hora de
médis, car no poont paiïar per Taygui que eret for
de rives ; hay avet plou très jors & très noys feyns
ceffar, & fe dygniet iqui avoy los dos efcuers.
Mays dementres qui el difeyt fes hores devant
dignar, tôt entor los Senz Corp, il lour requerit
que fe eles voleont que un les portât en Permagny
que eles fiiïant abeilTier la ayguy en tal maneri
qui el la puit pafTar feins péril ; ou fe co no, il les
tornerit lay dont il les aveyt trait, quar il non
aveyt de argent de que il puit iqui fojornar ne alar
atra part. Ay plut ades menz que devant.
Entre tant il bivront una vey briament, <Sc puis
charget fa egua & fa foma & montyet fus fon
roncin & vayt s'en a faygui ; & chafcuns li dit
que ay piririt quant que il metri en faygui. Et il
comandiet as meynenz que il miifant la foma
premeri en faygui que portavet los très feins
11
cors. Et tantôt li aygui fe defcreyfllt H fort, que
ay lor eret vis que li aygui s'en entrât en terra
& que illi remanie defus, & paflont s'en outra a
bein po que ne venit li aygui a nient.
Quan co virent li cfcuir fe lo fegont 6c furont
fe ebay que non faveont ont il erant ; & tantôt li
aygui fe criut.
Quant il venit encontres TuUins, il trovet una
atra aygua que deffent de les montaygnes, que
eret for rives per les granz ployves que erant
faytes , & charreyevet ceuz ruyffeuz arbres &
tronches que crragievet en la montaygni dont
il deiïent. Et aveyt iqui jota lo gaz très charrctes
chargies de fal que non ofavont paiîar. Quant co
vit li vicayros, il comandyet que on mit la loma
premeri en l'aygui, li aygui fe baffyet tant que ne
venit plus aut de me chanba a la fomeri.
Apres co cel mémo jor, a un autro ruyfel ou
Il aygui aveit derochia la plachi fe defviet li foma
per fey, per un fentier cflreyt qui vait per les
vignes. Qaant ot ala lo trayt de una arbarefta,
fe dcviet vers lo ruyfel & de qui non fe muit per
ferir que un li fit. Quant co vit li vicayros, fe
comandiet as mcyncnz que l'ercheHant encontres
la foma. Aynfi il trovaront una grant pos que li
76
aygui aveit gita entre les boylTons, que gitaront
per fus lo ruyfel. En co que Touront arria, li
fomeri per fe mema paiïyet tota premeri & tuit li
autri après.
lUi trapafTet de ceft fieglo, lo jor de fefta feinta
Katerina^ co eft vu Kalendas Decembris.
EX QUADAM EPISTOLA
Ons atris m'e recontas per frare Henri de Sa-
lins priour de Bon Lua, homent veray & de grant
religion & de grant perfeélion, qui dizeyt & affir-
mavetj que el eret certans de co que jo direy. Co
mémo dit donz Johanz de Pomerenz moynos de
Vauclufa qui eret en cel teins prefenz en la mayfon
de Permaigny : que citi feinta creatura dama
Byatrix de Ornaciu fe fut tant tormenta en Ca-
reyma, per famour de Noftron Segnour & per fa
p-lorioufa paflîon , que quant ay venit ver lo
Veyndro Saint, a bein po que illi ne deffayllit de
tôt. Quant co vit li priorefTa de cel lua, fe la fît
gardar a una autra dama fort & prou & fagi, en
una chanbra fecreta, per co que illi out oportunita
de fayre oreyfon & de ytar en contenplacion, &
que ne fe puit tormentar outra reyfon.
77
Don quant ay venir lo fer del Vendre Saint, un
po devant Matines, illifc adurmit moût fort. Quan
co vit li dama que la gardavet que cla cret li fortcn-
durmia, fi aliet a Matines que un comencievet chan-
tar en li glyefi, & fermyet Tuis & portyct en la cla.
Apres de co un po, illi cflyet 6c oyt chantar les
autres dames en li glyefi, & fc pcnfyet que a tal
jour diout bein efhre al fervice Noflron Seignour ;
(Se cryet la conpagni. Quant illi vit beyn que illi
non erct pas leemz, fe leviet fus & fc mit en
oreyfon a Nollra Donna et dit : « Très douce
Dama, Mare del Crcatour de tota crcatura, qui
per fe créatures rccrear al jor de voy reccvit mort
& paiïîon ; & tu mema, très douci Dama, fus
martiriza efpiritualment en regardar les pcyncs &
les dolors que tu li veys fuftinir fens reyfon, jo te
preo & requiero, per la pidia que tu ous de ton
chier Fil & Segnour, fe ay te plut onques mos
fervis & ay te placet encores, que jo alyo a la
remenbranci de ton chier Fil mon veray Dieu
Segnour y efpous ; per la maneri que ay playra
a ton chier Fil, ley me voylles mcnar avoy me
forors en li glyefi. »
Atant illi prit una ymagena de Noflra Donna
que eret pcynta en una trableta, 6: la mit tor
78
per la chatyeri del hoys et dit : a Or verrey,
jo beyn, très douci Dama, i'e tu voz que jo
remayno cay tota foula. » A cefl moz illi ie trovet
de lay lo hoys, fenz co que li hoys ne fut pas
uvcrs mais remanit clos afTi corne devant. Adon
tornyer la ymagena de Nofhra Donna dedenz lo
pertuis & s'en alyet a Matines en fon iua.
Quand lay la virront li prioreffa & les autres
fe furont trop ebayes, 6c coriront acunes veir fe
illi avret freint lo hois. Et lo trovaront bein
efmenda a la cla 6c la ymagena al pertuis dedenz
lo hois : adonques furont plus esbayes. Quan venit
après H vicayros & h prioreiïa, li comandaront,
en vertu de obedienci, que iUi recogniut cornent
iUi eret de leemz for ; & iUi recogniut tôt enfi
coment ayet defus écrit.
IN ALIA EPISTOLA
A fon très chier frère & très ami père en Dieu,
fa povre fuers : falut & perdurabla amour en Celui,
de la cui bonté vivont les faintes armes qui font ou
ciel & cetera.
Très chiers frères vos m'avez mande que jo vos
79
mandaffe quale emenda vos tcrcA de co que vos
avez mefayt a Noftron douz Creatoiir ; mays je ne
Iky pas bien cornent jo les vos mande, quar je les
vos faroy trop miuz dire de bochi que ne faroy
cfcrire. Totcs veys je vos mandcray, corne la pcr-
Ibna qui foyt el mundo qui plus vos aymet en
Diu, fi com je croy, Ta fayt per vos. Quant je foy
que vos n'entendiez mie bien celle chofe, je me
mis a fayre ains corne il mêmes menfigna.
Quan vint lo jor de la Nativité Jlieiu Crit, je
pris cel glorious enfant entres mes bras efpiritual-
ment ; aynfi je le(r) portoie & l'enbracoe tendre-
ment entre les bras de mon cuer, des Teure de
Matines tanques après Tyerci. Apres je m'aloc un
po cbatre 6c penfoye a ordener les beloinnes de
quoi mes chaitis cuers efl enconbrez.
A Toure de médis, je penibie coment mes dous
lires fut tormentes pour nos pechies, & pendus
tos nus en la croys entre dos larons. Quant je me
penfoye que la très mauvayfi conpagnya s'clloyt
departia de lui, jo me traiot ver lui a grant reve-
renci, & le declaveloye, 6c puis le charioye fus
mes efpaules, 6c puys le defcendoyc de la croys 6c
le metoye entre les bras de mon cucr ; 6: m clloict
fenblanz, que jo le portoye a tant Icgicremcnt,
8o
corne fe fut de un ant. Se je vos difoye Tautre
grant confolacion que je fentoye de lui^ a peyne
le porres vos entendre.
Le foyr, quant je m'alavo gifir, jo lo metoie en
mon liet efpiritualment, & bayfoie Tes teindres
mans & ces benois pies qui enfi durament furont
percia per nos pechies 5 & poys in abeyiïoye Tus
ce glorious flanc qui fi cruelment fut navres per
moy, 6c ilicques je me recomandoye & mon frère,
& li queroe perdon de nos pechies. Et enfi me
repofoe tan que a Matines, en continuant des la
Nativité tan que a la Purification Nollre Dame.
Se Noftri Sires vos donoyt graci de co fayre,
jo croy bien qui el les prendit en gra plus de vos
que de moy. Je ne vos ay pas puit efcrire tôt co
que je voudroye, quar je n'eftoye pas bien afye
d efcrire & cetera.
ITEM : EX ALIA EPISTOLA i
1
Mon douz père vos m'avez mande que je vous '
efcriiïe co que vos meiftez en vos tables du petit. |
livret. Je ne me remenbre pas bien que co eft ; fe j
co n'eft una parola qui doyt eftre a la fin d'un \
8i
jugement en tel manere : " Je me pcnfe fe li roys
de Franci avoyt un feul fil qui deut eflre roys de
Franci après lui, & le fiuz le roy fit per fa folia la
chofa dont il deut cftre confijnduz, & li roys fi.it h
dreyturers, que il le convenit confijndre & laneier
de Tes propries mans en un fi)r tôt ardent : jo croy
que co ferit trop granz dolors. Or penlez eome
granz fi^ra celé angoyfic que Deus aura quant li
convindra lancier tant de fiuz & de filles on fua
d'enfer 6c defpartir de fa conpagni.
Je ne fay fe co eft ço que vos demandez ? Vos
les troveres plus veraymcnt es granz caiers que li
priors du Liget a.
Très chiers pères, vos m'avez mande que vos
avez trove, en co que parlet de la palfion, acunes
choies que ne font pas efcriptes en la Saindli
Efcriptura : eipecialment de co que vos trovez que
il fiit férus d'une efcuele fus la tefte, en tele ma-
nere, que l'efcuele fendit per deftreci. Sachiez que
jo foy pregier a un gardian de frares mmors en
plam lermon ; & croy qui el ne le difit pas fc il
ne le feut en acuna maneri, quar il avoyt les d'cftre
bon clers & bon iiome.
Mon tre chier père, je n'ay pas efcrit ccftc
chofe por co que jo les ballialTo a vos ne autra
6
82
perfona, ne por co que il me remanfilTent après
la mort ; quar jo ne lui pas perfona que doie
elcrire chofa durabla ne que doyent eftre miiïe
avanc : je n'ay efcrit ces chofes man que por co
que, quant mes cuers feroyt efpanduz permi le
munde, que je penfafo en cetes chofes, por co
que puiiTo retornar mon cuer a mon Creatour &
retrayre du mundo.
Mon douz perCj je ne fay pas fe co que efl
efcrit ou livro ell en Sainti Efcriptura, mai je fay
que cilli que les mit en efcrit,fut fi eOeve en Noilro
Segnour una noyt, que li fut fenblanz que illi veut
rotes cetes chofes. Et quant lUi revint a foy, iUi
les ot totes efcriptes en fon cuer, en tel maneri
que iUi n'avoyt pueir de penfer en autres chofes,
mais elloyt fon cuer fi plain, qu'il non poyt ne
mengier ne beyre ne dormir ; tanqu'ele fut en fi
grant defauta, que li fifician la jugerunt a mort.
Ainlï com Noftri Sires li mit au cuer, elle fe penfa
que fe la metoyt en efcrit ces chofes, que fos cuers
en feroyt plus alegiez. Se comenca a efcrire tôt co
qui eft ou livro, tôt per ordre aufîi come illi les
avoyt ou cuer ; & ainfi tôt come illi avoyt mis les
mot ou livre & ce li falhoyt du cuer 5 & quant illi
ot tôt efcrit, illi fu tote garie. Je croy fermament
s?
Te illi ne Tcufl mis en elcric que lUi fut morta ou
rorlbnet, quar illi n'avoyt de vu jors ne dormi ne
mengie ; ne jamais ne Ibit por quoy elle fut en tel
poynt. Et por co je croy que ce fut efcrit per la
volunta de Noftre Segnour.
Mon douz perc, je vos di que je fui tant occupée
es befoygnes de nollra mayfon, que n'ay poir de
penfar a chofes qui bones (bent, quar je ay tant a
fayre que ne fay de quai part je me torne. Nos
n'avons pas culit de ble a vu moys de Tant & nos
vignes font tempeftecs ; d'autre part noftre yglyefe
eft en li mal point, que il la nos covient refayre
en partia & cet...
ITE.M : ALIA LPISTOLA
Mon très chier pcre, quant cft de moy je no
vos puis mandar chofa que loyt a voftra confo-
lacion, mays je vos evoy una moût douci chofa 6c
moût confortabla que avint a una perlone ne a
pas moût de teins ; car jo ne voil pas que voftri
vallet foyt venuz vers moy por nient. Je vos pri
que co fcyt fecret, quar la perfona qui co a veu
ne veut que co loyt fou en ncguna mancri.
84
Y n a pas moût de teins que una perfona, que jo
cognoyflb;, fe mit en oreyibn a l'eure de Tierce &
comenca a penfar la tre grant bonté de Noflre
Segnour. Quant elle ne fe prit garda ay li fut fen-
blanz que elle eftoit tote ravye ou ciel, & li eftoyt
fenblanz que ele y veit Jhefu Crit qui le feoit fus
fon trône. Et entor lui aveit une grant conpagnie
de très bêles genz, es quales avoyt : apoftoiles,
efveques & arceveques, roys & autre genz, fegnors
fenz numbro, qui tuit entendoent a regardar fa
très noble faci. Devant celé grant conpagnie, en
aveyt une très grant conpagnie en quoy avoyt une
autre manere de genz qui efloent tuit en eftant,
& miniftroent & chantoent devant Jhefu Crit &
devant fa conpagni. Et chantoent : « Jujii epu-
lemur. ^i fi très doucement que cuer ne le por-
roit penfer ne bochi devifer. Celé revint a foy &
repenfa que ce efloit ce qui eft efcrit en Daniel :
« zMilia milium minijîrahani ei ; jj & co fut a
feura de médis. Celé fut bien conforte & puis que
none fut paffee y li eftoit toz jor fenblanz que oyt
ce douz chant que illi avoit par devant oy. Jhefu
Criz le vos dont fentir fi com jo defir. Amen.
8r
ITEM: ALIA EPISTOLA
Y n'a pas moût de teins que de boncs gcn/
elloyent aflcnblc en une mayfon, & parloent de
Diu. Si ot un prodome en la place qui recontait
qu'il avoyt demande a une dame que voloyt dire :
Vihemens, & que la dama li dit que co voloyt dire
fort. En celé place, ot una peribna cui cete parole
chait forment el cuer, 6c li fut fenblanz que co
fut trop granz chosa 5 mays illi ne li ofet unques
demandar que li cfpondit celc parole : vehemens.
Totes voys ele demanda après a moût de genz,
que voloyt dire cete parole, mais elle ne trova qui
li fout refpondre a fon cuer. Ciz mot li eret fi
fichiez el cuor, que ele ne fe puyt délivre ne en
oreyfon ne autra part ; tant que illi priât a Nollron
Segnour forment, qu'il, per fa très grant bonté, li
volit enfcgnycr que voloyt dire cete parole ou
qu'il la li oflat dou cuor.
Devant que celi out fayt fes preercs ne que fe
movit de la place. Cil qui efl plains de douçour
& de pidie, la vot confortar & traliire fon efpirit
a fe, en tel maneri que oy li fut lenblanz que illi
eret en un grant leu défère, ou ques ne avoyt ma
86
que una grant montaygne 6c au pie de cela mon-
taygne aveit un arbre moût meravillous. En cel
arbre aveit cinc branches que efloyent totes feches
& totes enclinavunt ver terra ; & es fueylles de la
premere branche avoyt efcrit : Vifu ; en la féconde
avoyt efcrit : oiuditu ; en la tierci avoy[t] efcrit :
Gujiu ; en la quarta avoyt efcrit : Odoraiu ; en la
cinquiefma avoyt efcrit : Taélu. Sus la cime de
l'arbre avoyt un grant rondel come fe fut un fonz
de vayiïelj fi que li arbres efloyt toz clos par
defus, en tel maneri que li felouz ni la rofee ne
poyent ferir per defus.
En tant quant ele o regarda farbre diligiament,
ele leva fes euz fus la montaygne & vit un grant
ruyfel qui defcendit affi très grant forci que co
fenblavet una mer. Celé yeve chifi fi très dura-
ment au pie de cel arbre^ que les ragies fe viraront
totes defus & la cime fe metit en terre^ ôc les
branches que enclinavont ver terra furont totes
drecies ver lo ciel^ & les foylles que erant totes
feches fijront totes reverdies 5 les ragies que erant
devant fichies en terra, furont totes efpandues &
drecies ver lo ciel & foront totes reverdies 6c foUyes
en maneri de branches.
«7
ITEM : ALIA EPISTOLA
Ma très chiere & révèrent dame, je vos cfcri &.
mande une grant cortefyc que Noflri Sires fit a
une perfone^ na pas grant teins. Il a bein v ans,
que une dame de religion eftoyt forment malade,
fi que ele ne poyt aler au moflier ne fayre Tes
preeres, enfi come ele aveyt acollume.
Si en fut en fon lit moût a mefayfe, & priât
forment a Noflre Segnour que, per fa graci, li
donat acun confort. En co ele s'endormit, 6c li fut
fenblanz que ele regardoyt ou ciel devcr Orient 6:
li fenbloit que ele y veit une tre bêle porte, qui
eftoyt alïï refplendiftenz come li felouz. En ccle
porte aveyt v pères prccioufes totes vermeilles
come beau rubiz : les dues pères eftoyent de bein
una teyfa loins Funa de fautra ; la tierci eftoyt ou
mi lua de la porta, les autres eftoyent de loz en la
porta près d'u[n] pie l'une de l'autre.
Celé fe penfa que bcn aftruz feroyt cil qui por-
roit entrer per cela porta. Qiiant ele ne le prit
garda, oy li fut fenblanz que ele vit Jhefu Crit ou
mi lua de la porta, qui avoyt los bra/. &. les mains
88
eflendues : les ducs picres vermeilles qui elloient
defus, s'avencieront dedenz les benoytes mans, la
piera du milue s'aventoyt en droyc fon beneyt
flan, & les dues qui efloyent par de foz s'aventu-
ront en fes be[ne]yt pies.
Et dementres que cle regardoyt ces granz mcr-
veilleSj & une voys li dit : « Je fui Jhefu Crîi qui
foy li huis; fe tu caen\ vous entrer, par mi te
conveniet pajj'er. » Celé fe efvelia, ôc ot moût
grant joe en fon cuer & grant douçour, & grant
pidie de celés pidoufes playes que ele avoyt veu ;
& fe penfoet moût diligiament de que ele porroit
fervir a Jhefu Crit. Et propofa en fon cuer, que
ele diroyt toz jors mai. L. Pater Nofler el non de
la Paflion Jhefu Crit ôc de fes beneytes playes. Et
ordena cefl Pater Nofler en tele manere que ele
en difoyt v en honour de fon benoyt chie & de
ceus benoyz cheveuz qui por nos furont fi délava
& enpaignie ; & après en difoyt autres v el nun
de fos beneyz euz por co que il la regardât en
pidie ; après en difoyt v en nun de fes douces
oreylles qui tant orent de reproches por nos ;
après en difoyt v en honour de fon benoyt
nas, per quoy il li donat fentir aucunes chofes de
fa très grant doucour, per laquele ele lo fout amer
§9
tendrement ; après en dilbyt v en nun de fa bc-
noyte boche, per quoy il li donat fa benicion ôc
la appelât en Ton regno 5 après en difoyt. v. el
nun de la play del flan, por ce qui el la voucifl
laver & bateyer de celé benoyte fontayne, qui li
fallit del flanc; après illi difoyt. v. per chacuna
mayn, por ce qui el la voufit garder & deffendre
en la force de fes bras de les mains a fes enemis ;
après difoyt autres, v. por chacune playe des pies,
por ce que Jhefu Crit li pardonat fes péchiez aufi
come il fit a la Magdalena.
Oy n'y a pas moût de teins que celé perfonc
difoyt ces Palier Nofler en honour de la Paflion
Jhefu Crit ; & penfoyt que co fut bone chofe que
après co que l'en aveyt lave les plaes Jhefu Crit
efpiritualment que fen les ognit d'acun precions
ogniment aufi come la Magdalena fit. Se le avoy[t]
fichie fort en fon cuer les playes Jhefu Crit, que
oy li eret fenblanz que ele le veoit tout plaie de-
vant fi. Mays ele ne fe faveyt a penfer de quoy le
li porroyt oindre ; fe h preet que li enfeignat
acuna chofi de quoy le li poit oindre.
A po oy li fut fenblanz, que una voys li dit :
'c La chofe qui plus mafuaget (S: adoucet, h ell
devota oreyfons que ell fayta en purte de cuor
90
ôc en pays confcienci. ^) Celé fe penfoyt que ne
layflirit jamais ces Pacer Nofter^ quar li fenbloyt
que fo fut la plus bona oreyfons que l'on puet
fayre.
NOTA PROPHETIAM
Quant monfu Henr(r)is de Viiars arcevefques
de Lyon eret a Roma per lo fayt de la yglyefi de
Lyon^ il enviet letres de fon fayt un po de teins
devant fa mort a Monfï Guichar d'Ars, cui deman-
det fuers Margareta de Oyngt, prioreiïa de Pole-
teins^ fe il faveit rentde Monfegnour l' Arcevefques.
Et il li refpondit moût leament qu'il o bein, & li
mollret unes letres que aveyt reçu de lui dos jors
devant. Et jo vos fay aiïaveyr, dit illi, qui el fut
ou jor de yer en la plus bella conpagni en que il
unques mays fut, ôc dedenz po deins yert en plus
bêla & en plus honorabla.
Et quant ot co dit, partit del chevalier quar
ne poet tenir fes laygrimes, unques plus ne voucit
dire al chavalier. Mays li chevaliers notyet bein la
parola & lo jor, & fe trovet manifeftament, que
adonques eret Monfi li Arcevefques trapaiïaz no-
velarment.
')'
ITEM : ALIUD NOTABILE
Affi avcntyec un atra vcyS;, que cift Monfi Gui-
chars d'Ars chivalyers & Monfi Henris Ibs frarcs,
chanoynos de Lyon, furont relevar de terra los
cors de lor pare & de lor mare & de aucuns autros
de lors parenz & amis^ qui crant tuic fevcli cl cimi-
tyero de Poleteins & los voleont toz mètre en un
Tepulchro qu'il aveont fayt en cclla yglyefi ou bein
près.
Iqui aveyt pluyfors perfoncs de grant dignita,
evefquesj abbas & priors^, & moût de autres bones
perfones. Quant venit que un aportyet les offes
de ceuz qui erant feveli el cimityero, li prioreiïa
Margareta fc fit aportar devant totes les olTcs, &
maneyet a la mayn nua totes celcs ofTes. Et tuit
cil qui erant prefent^ erant moût csbay de co que
illi faceyt ; 6c dirit_, en la audienci de toz, que
iqui non eret pas li tefla de fa moyni, que cret
lorors gcrmana de Monfi Guichar & de Monfu
Henri d'Ars & fut fevelia en la tomba dcl cimi-
tyero avoy Ton pare. Et neguns non cret qui fout
quanz cors deveit avcir en la tomba, ne dama
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Margareca priorefTa ne autris. Aiîi po on en aveit
aporta a la premeri veys. v. telles. Adonques fit
tornar arriéres querre la tefta de la moyni, la quai
moyni jo cudo que illi non out unques viu de
devant j mais aveyt foulament oyt dire que una
moyni eret iqui fevelya. Et troviet-on la tefta de
la moyni Ôc haporteron devant^ & illi refpondit :
que co eret illi bein la tefta de la moyni. En co
apparit que citi glorioufa creatura aveyt lo Seint
Efpirit avoy foy, tôt co qui fayt eret & qui deveyt
eftre fayt.
ALIUD NOTAEILr
Una veys aventyet, non pas grant tens devant
fa fin^ que donz Duranz vicayro de la Sala Noftra
Donna, de cel mémo de Chartroiïa, li quirit una
veys pcr famour de Diu & per cherita acun don
ou acun beyn fayt. Et co demandavet car faveyt
bein que illi eret feinta creatura & illi li refpondit :
« Al fautra veys quan vos me verreys. »
Il ne la vit unques poys en ceta mortal via ; mays
après la fin de liey, oy li fut fenblanz una noyt en
dormenz, co cuydet-il, que una colunba blanchi plus
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que rent que il unqucs vit, vcnit a luy & li mit lo
bec en la bochi, <5c li mit tant grant gloyri 6c tant
grant doucour qui el ne la puit unques rccontar.
Il eflyet bcin très jors qui el ne put bcyre ne mcn-
gier rent qui fut ; enfi li eret tôt amar a regartde
la grant doucour qui el avcyt lentu. Et tantôt qui
el eveylliet, oy li fut fenblanz que cenz fut fucrs
Margareta, mais de meuz dire, li féconda feinti
Margareta que lo dignyct vifitar fecon co que iili
li aveyt promyes.
Lyon. — Impr. Alf. Loiiii Perriii & Mjrinct. — lo-?}.
PC Oyngt, Marguerite d'
3108 Oeuvres
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