(logo)
(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Open Source Books | Project Gutenberg | Biodiversity Heritage Library | Children's Library | Additional Collections

Search: Advanced Search

Anonymous User (login or join us)Upload
See other formats

Full text of "Oeuvres. Publiées d'après le manuscrit unique de la Bibliothèque de Grenoble"

m 



OEUVRES DE MARGUERITE DOYNGT 



OE U V R E s 



PRIEURE DE POLETEINS 

Publiées d'après le manufcrit unique de la Bibliothèque 

de Grenoble 

Élève de l'École nationale des Charte» 



AVEC UNE INTRODUCTION 
DE M.-C. CUIGL'E 




N. SCHELRING, ÉDITEUR 



M DCCC INXVII 



P"0 

5}0X 



LIBRARY 

750887 

UNIVERSITY OF TORONTO 




LA CHARTREUSE DE POLETEINS 



^^6p^% U commencement du XIII"^ Jiècle, Li fci- 
V'/ vV^ ê'^^''"'' '^'^ cMirîbel, immédiatement con- 
,4^^ié^ tigiié à ï opulente cité lyonnaife, & dont 
la juridiélion s étendait , du T{hône à la Saône , 
jufque fur îun des faubourgs de la ville même, ap- 
partenait à Guy de 'Bàgé, fis d'Ulrich II, fire de 
'Bàgé, & doilix, dame de oMirihel, fille de Guil- 
laume P'^, comte de Chàlon. C était une fort belle 
terre, tant par fon étendue, fon iieureufe fituation & 
le nombre de fes vaffaux taillables, que par la pof- 
îion de fon château fort, qui commandait à la fois 



VIII 

le cours d un fleuve & la grande voie de Lyon à 

Genève. 

Guy de 'Bâgé n avait que des filles. Il confiitua en 
dot cMirihel & toutes fes dépendances féodales à 
zMarguerite , ïainée, fa préférée peut-être, en la 
promettant en mariage à Guichard IV le Grand, fire 
de 'Beaujeu, pour fon fils Humhert, qui devait être 
fon héritier. Guy renouvela folennellement cette pro- 
mejfe, à 'Belleville, le 1 8 Juillet 1218, au moment 
de fe croifer pour la Terre-Sainte fij, où il mourut. 

({Marguerite tint f engagement contraélé par fon 
père 6* époufa, on ne fait à quelle date précife, 
Humhert T), fire de 'Beaujeu, depuis connétable de 
France. 

Teu de temps après fon mariage, avant d être mère, 
«S' pendant que fon mari guerroyait pour le roi contre 
le comte de Touloufe, elle réfolut, dans [intention 
fans doute de fe rendre propice le Dieu des batailles, 
de fonder, fur fon domaine, un monafière de reli- 
gieufes, d'où, la prière s exhalerait fans ce Je à ïunif- 
fon des ardentes ferveurs de fon cœur de femme 
aimante. Son époque était celle des grandes héréfies 
albigeoifes, vaudoifes, cathares, &c., mais auffi celle 
de la foi intenfe, qui s'affirmait d ordinaire par de 
riches fondations pieu fes. 



IX 

Le choix de ^Marguerite s arrêta fur tordre des 
difciples de faint 'Bruno. Cet ordre aujlère & célèbre 
était alors en grande faveur dans le Lyonnais. Les 
Cliartreufes de Tortcs, de zAîeyriat, doirvières, de 
Sclignac & de Seillon avaient déjà produit faint c/ln- 
îelme, cAyroLl & Guy, cvèque de cAfaurienne, 'Ber- 
nard m & faint Etienne de Châiillon, cvèque de Vie, 
faint cArtaud, cvèque de 'Belley, Henri, cvèque de 
Genève, &c., qui tous répandaient fur F infitution une 
grande réputation de fiintcté. T)un autre coté, des 
traditions de famille la fiifaient s incliner à aimer 
tout particulièrement les Chartreux / Ses auteurs avaient 
contribué puij] animent à la fondation de Seillon^ où 
un de f es grands-oncles, Humb.ert de Bàgé, était mort 
prieur après avoir réfîgné le fiége archiépifcopal de 
Lyon; ceux de f on mari, de concert avec les comtes de 
Savoie, avaient créé la maifon dcArvières & richement 
doré celle de Tortes . 

L'emplacement que défigna ^farguerite pour rece- 
voir les bâtiments du nouveau monajlère, qui devait 
s élever fous le vocable de /^ï Celle de Noire -Dame, 
était fitué dans la paroiffe de zMionnay, fur le mon- 
ticule de Toleteins, au point précis oii avait exijfé une 
petite villa a f époque de la domination romaine fj). 

Ce point fe trouvait aje^ près de fon château de 

b 



X 

zMirihel pour quelle pût s'y rendre facilemem, & en 
même temps ajfei écarté des bruits du monde pour que 
les fœurs pujfent y vivre félon la lettre & le/prit de 
leur règle. c4ux religieufes quelle fit venir , fous la 
direéîion dune prieure d'un couvent nommé Tré-'Bajon 
(Pratum Bajonis), au dioclfe de Vaifon, dans le 
Comtat Venaijîn, elle concéda d'abord le lieu même de 
la fondation, le territoire & le tènement de Toleteins, 
& un étang quelle y avait créé. Elle leur promit, en 
outre, de faire bâtir à f es frais une églife & tous les 
édifices qui leur feraient nécefi'aires ; de leur donner 
des terres arables autant quen pourraient cultiver huit 
paires de bœufs ; d' acquérir , pour elles, des vignes, de 
les pourvoir de prés, de bois, de forêts, d'un moulin & 
de tous les pâturages qu'exigeraient la nourriture 6* 
l'entretien de i6 bœufs de labour, de lO vaches & de 
JOO moutons. cA cette concefiion elle ajouta l'exemp- 
tion de tous droits de péage & de leyde dans fon do- 
maine, & le don d'une rente de ly livres fortes affignée 
fur la pèche du lac des Echets & fur le produit du 
vieux péage du 'Rhône. 

L'aâe de cette fondation, qui fut confirmée par 
Humbert de 'Beaujeu, exifie encore en original f]J. 
Il n'efi pas daté, mais il doit appartenir aux premiers 
temps de l'union d' Humbert & de zMar guérite, cefi- 



XI 

à-dire aux années 122^ ou 1226, attendu que la fon- 
datrice ^ dans lexpofc des raifons qui la portèrent à 
édifier la Celle de Notre-Dame, ne parle que du 
falut des âmes de fes ancêtres, de fon mari , de la 
Jienne propre, fans recommander celle de fes enfants, 
que l amour maternel ne lui eût pas permis d'oublier, 
fi, alors, elle avait ctc mère. 

Les deux fceaux qui authentiquaient t^aSle nexijîent 
plus ; il ejl néanmoins poffible de les décrire d'après 
des exemplaires contemporains attachés à des docu- 
ments confervés aéîuellement dans les archives dépar- 
tementales du T{hàne. 

Le grand fceau de c/llarguerite f^J la repréfente 
couronnée, vêtue dune robe très-ample, afftfe fur une 
haquenée galopant à gauche & quelle guide de la 
main droite. Sur le poignet gauche elle tient un Jau- 
con; amour on lit: -[- sigillv . marga[rite] . do- 
mine [bllliioci] . — Le contre-fceau efl meublé d un 
écu chargé d un lion grimpant à droite. Légende: 
S . M . DOMINE BELLIIOCI. 

Celui d Humbert de 'Beau/eu f^) porte dans le 
champ un cavalier armé de toutes pièces, l épée haute, 
la poitrine couverte par un bouclier, & galopant à 
droite. La légende, qui ne fubfijh' plus fur l'exemplaire 
en cire blonde que f ai fous les yeux, devait être très- 



Xil 

probablement : -l" siGlllV M HVMBtRTi DOMINI DE 
BELIOCO . Le contre-jceaii refaire dune inr aille peut- 
être antique & qui reprcfente un amour ou un ange 
ailé derrière un cheval nu 6^' au repos. Cet emblème^ 
adopte par Humbert, cjt fans doute une galanterie à 
îadreffe de fa femme. Légende : -^^ SIG HVMBERTI 
DE BELIOCO (6J. 

On ignore le nom de la première prieure de Tole- 
teins. Elle ne peut avoir été Jeanne de 'Beaujeu, fille 
de la fondatrice , qui en fut feulement , ce qui ejî beau- 
coup plus probable, la deuxième prieure. Cejl en cette 
qualité quelle préfida, on le fuppofe du moins, en 
I2j'i, la cérémonie d'inhumation de fa mère dans le 
chœur de téglife de la Celle Notre-Dame. 

Jeanne de Beaujeu ejl rangée parmi les bien- 
heureufes. Elle ne mourut pas, comme le dit zM. T)e- 
pery fyj, le iS janvier 1260, puifque fon frère 
Guichard, fire de 'Beaujeu, lui fit im legs dans 
fon tejîament qui porte la date de novembre 126 J fSj. 
Son décès doit être reculé au moins jufqu en I2yi, 
attendu que le Laboureur cite, fous cette année, une 
acquifition quelle fit de Guy de Ferlais, feigneur de 
Sathonay fpj . 

Jeanne de Villars, fille d'Etienne I, (ire de 
Thoire-Villars & Joignes de Villars, lui fuccéda. 



XIII 

Elle vivait encore en 12S1 (loj. c^^prés elle on 
trouve : 

Marguerite d'Oyngt, prieure, de 12S6 u 

Jeanne II de Beaujeu,///^ Jf Louis, fire Je 
'Beau jeu & dEléonore de Savoie, de iji i ii i ]! ^; 

Eléonore de Beau Jiu, Jille de Guicluird IV, 
fire de Beaujeu, & de Jeanne de Genève, de i ]]i à 
JS^S (ijj; 

Béatrix de VlllAKS, fille d^HuwbertV,Jlre de 
Thoire-Villars, & d Elconore de "Beaujeu, vers i ]^0 ; 

N. DE Vienne, vers i]6o (12); 

Alix de Chalamont, en i^y2 fijj; 

Jeanne de Fuer, en 1^2] f^-f-J' 

Marie Buffard, morte en i^jS fi^J; 

Jeanne de Salornay, élue en J^yS, morte en 
1^61 fiôj; 

GUILLEMETTE DE BuiSADAM, vers 1^00 (ij)', 

Charlotte de Montagny, en i^^o (iS); 

Advertine de iMonternod, en i^^o (19); 

Les (impies religieufes, de même que les prieures 
de Toleteins, appartenaient aux meilleures familles du 
Lyonnais, de la "Brejfe, du Bugej, de la Vombes, du 
"Beaujolais, &c.; cejl ce quattejlent ces noms que j ai 
pu recueillir (20) : 



XIV 

Ifahelle de Chamhrenon & Eléonore de 'Bourgogne 
étaient religîeiifes en 128c; 5\^. 6^ 5\^. de zAfont- 
giraud , fœurs d Etienne de Sfontgiraud, facriftain de 
Saint-Taul de Lyon, en 12Ç2; 5\^. & 5\^. nièces de 
Jean Egide, chantre de 'Beaiijeu, en I2Ç^; Tctro- 
nille dcArs, en i^oi; Ifahelle & 'Bcatrix, fœurs de 
la prieure Jeanne II, en 131^; Simonne de zMoiffon, 
en JJ12; Tétronille & 'Barbe de La tMure, en 134.8 ; 
SI ar guérite de Chamhut, vers 1 3~j-Ç; zMarie de Vil- 
lars, fœur de la prieure 'Béatrix, en 13^0 ; Ifahelle de 
zMoyria, en 14.10; Lconette de 'Buffy, en 14.20; 
'Bonne de Charentay, Guillemette Caftanier, Etiennette 
& Catherine Borghèfe, cAntoinette Sfermet, cAmédée 
CNj)ire, Elifahetk de zAîoyria, Catherine de Laye & 
Lconarde Vallier, en 1423; Sfie de Chacipol, en 
14.60; Claudine de la Vernée, en I4-/8; Françoife 
de cMoyria, en iyi8 ; Thilippine du Saix, en 1^21 ; 
T{enaudine de Varax, en 1^30; Jeanne de Candie, 
en I ^42 ; Françoife 6" Jeanne de cMarfonnas , Jaque- 
Une de la Cour, Jeanne & Françoife de Salornay, 
Huguette de SMajollans, Claudine de Luyrieux, Louife 
de EEclufe, Thiliherte du Tilliet, Françoife de Gaf- 
pard, Jeanne de Saint-Julien, Françoife de Chahe & 
'Barbe de Fetan, en i^^O ; Françoife & Claudine du 
%oufjet, en i ^60, ô'c. 



XV 

Comme on le voit par cène cnumcration, Vol éteins 
n était pas un monajlère ouvert aux femmes de toutes 
les conditions. C était une mai/on jufquii un certain 
point arijlocratique, dans laquelle, de leur plein gré, 
par vocation, ou pour obéir à la volonté paternelle, fe 
retiraient, comme à Saint-Tierre de Lyon, à ^T^euville, 
à 'Brienne, à Salles, les Ji lies des grandes familles de 
laprovitice qui n étaient pas dejfinées au_ mariage. 

Le pape Innocent IV, en 12.^^, prit la Chartreufe 
de ToL'teins fous la proteâion toute fpéciale du Saint- 
Siège (21). This tard, des privilèges & des exemp- 
tions lui furent encore concédés par les rois Louis X, 
Thiiippe de Valois, Jean II, Charles V, Charles VI, 
Charles VII, Louis XI, Charles VIII & François I'' , 
ainfi que par les ducs de "Bourbon & de Savoie. La 
haute noblejfe du diocèfe de Lyon fe plut auffi à 
favorifer d'une manière particulière la Celle de 
Notre-Dame, qui comptait parmi fes principaux 
bienfaiteurs: Valmace éMorel, Humbert de Beau} eu, 
mari de la fondatrice, Gaudemar de J^rei, Foulque 
de Hochefort, Guichard, fire de Beau jeu, Guillaume 
de 'Roanne, T^'naud de Fore^, cAlix, veuve SzAlben IV, 
fire de la Tour-du-Tin, Eléonore de Savoie, Louis de 
Forei, oMarie de Chàtillon, Humbert V, fre de 
Thoire-Villars, Humbert de G larcins, 6v. Tlufieurs 



XVI 

familles chevalerefqiies, notamment celle cfcArs, y 
avaient leur tombeau. Tierre de 'Buenc, chevalier, 
demanda, en I2y6, par f on tejlament, à y être inhu- 
mé. Etienne de Villars , prieur de Lugny, y fut 
enterré en J ]0^ (^^) > ^nceliÇe de Frans, veuve de 
Tierre de la 'Baume, en IJIJ, &' Thilippe de Fran- 
cheleins, de déteins & de Cordieu, en i^oâ, y 

firent éleélion de fépulture. 

Uers le milieu du XU^ fiècle, la règle cartufienne, 
fi remplie dauférités, devint trop févère pour les 

fœin'S de Toleteins, élevées , pour la plupart , au milieu 
des gâteries de la fortune & des adulations du monde. 
En i^P^, elles méritèrent les ccnfures du chapitre 
général. En i6o^, la fupprejfion du couvent devint 
une néceffité, &' le pape la prononça. Les religieufes 
furent transférées dans la Chartreufe de Salette; le 
monafière & [es dotations, en vertu dune bulle de 
Taul T) & dun arrêt du confeil, furent mis à la dif- 
pofition de Tordre, qui, autorifé par Henri IV 6-" le 
duc de Savoie, les unit provifoirement au monafière 
de tHj)tre-T)ame-du-Lys , fondé à Lyon en i ^8 S , pour 
ï aider à achever fes bâtiments, payer fes dettes & 
entretenir un nombre fufiifant de religieux. Cette union 
provifoire, renouvelée chaque année (2]J dans ïaf 
femblée générale du chapitre, perfifia jufquà la 



XVII 

Ticvolutlon, & jufquà cène époque la mai f on de l.von 
jouît exdufivemem de lous les droits^ rentes & pof- 
fejjlons de Toleteins, qui étaient adminijlrcs par un 
chartreux, pourvu du titre de procureur fpccial, réfi- 
dantfeuî, avec un perfonnel très-réduit de domejliques, 
dans une aile de l ancien couvent (2^). 

Un grand nombre de regijires de la comptabilité 
des procureurs exijlent encore entre Us mains de 
zM. Tony %emond, propriétaire aéluel du domaine 
de Toleteins. Ces regijires, très-intérejfants à plus d'un 
titre, permettent, fi on les rapproche des données 
fournies par un inventaire rédigé vers J /-f-à , Jeute 
épave échappée des archives du monajlère, de reconj- 
tituer létat de la fortune mobilière & immobilière de 
la Chartreufe. 

Les rentes nobles s'étendaient en "Brejfe, Vombes & 
Franc Lyonnais, fur les paroijfes de SMionnay, zATon- 
tanav, C^euvil le- fur-Saône , Fontaine, Vancia, 7^- 
manèche, Tramoyes , du éATontellier , Saint-Eloi, 
éTlfeximieux, Terouges, "Bourg - Saint - Chrijlophe, 
Sfontluel, Jailleux, Sainto4ndré-de-Corcy, z^fon- 
thieux, cAmbérieux, T^ancé , Civrieux, Fleur ieux, 
Sathonay, Genay, zMiribel, cAîaJfieux, 'Beynojl, Ber- 
noud, Tarcieux, T^llieux, La 'Boijfe, Viif ^T^iévro;, 
Sa in te - Cro ix , Saint -J ean - de - Th urigneux , 'Birieux , 



XVI H 

'Buffiges , C^eyron, Saint- zMawi'ce-de-'BeynoJI & 
Cor dieu; en 'Beaujolais, fur celles de Blacé, Saini- 
Erienne-la-Varenne , Vaux, Sainr-Lager, Saim-Geor- 
ges-de-T{eneins , cAnfe, Saint-Julien, Liergucs, Cher- 
vinges, Tfenice' & cArnas. 

Les propriétés foncières con fi fiaient: 

j° Vans le tènement dit de Toleteins, compre- 
nant ïéglife , le monaftère & fes dépendances immé- 
diates ; 

2" Vans quatre forêts dites de Toleteins, de la 
Vavre, de Goully & de la Fontaine ou du Toujfav, 
fituées fur les paroiffes de cMionnay & de %omanè- 
chc, dune contenance de 6^1 bicherées; 

]" En vingt-quatre bois dits de la Barre, (lAfagai, 
Tommer, des Tins, de la Charpenne, du Fu^, du Lu- 
minaire , dc4rdiches , des Chaintres, d'oiberaloup, 
Trumel, &c., enfemble 62] bicherées; 

^° En dix-huit prés, dune contenance totale de 
^So bicherées; 

y° En champéage, d'une étendue de 1 1 y bicherées; 

6° En quinie étangs, dits de Tlancheiart, de Con- 
ches, du Jonchay, du Breuil, des Vavres, de Goully, 
des Imagées, de Billart , de Chojfogne, Saillart, du 
Bois, de la Charpenne, du Carel, de la Vimanche, 
des Echerolles & d'cAberaloup, fis fur les paroiffes de 



XIX 

(^fionnav, zJ\fcmanay, Sa'iiu-z^Tarcd & T^mani.-.-fic, 
& dune étendue totale de J ,Syo bi cher ces ; 

7° En fix granges ou domaines, dits de Goullv, 
des T{agces, de la <y)farfcndicre, de la Veguira, de 
la Torte, î^'^a/î/", dont le labourage était de 1,6^2 
bicherées ; 

8" Vans le logis dit de zAîiotinay, fur le grand 
chemin de 'Bourg à Lyon, au territoire d-e la 'Bourre- 
Hère, appelé d abord é^fas-Janet , <v compofc d un 
bâtiment ^habitation oit pendait, avant ijij, l en- 
jeigne de la Croix-Verte, & de 10 bicherées de 
fonds ; 

Ç" En un vignoble à Blacé, en "Beaujolais, 6' une 
petite vigne à Genay, &c. 

Tous ces immeubles furent vendus en l/Çi , comme 
biens nationaux. Ce qui re fiait des bâtiments du mo- 
naftère difparut pour faire place a des écuries & à des 
f'enils. La chapelle jeule fut refpeâée. On la voyait 
encore intaâe, il v a quelques années feulement, fur la 
ligne de Lvon à "Bourg à travers la Vombes, fur le 
monticule qui domine la Jlation de é^fionnay, à quel- 
que cent mètres de la voie. Sa filhouette fixait pour un 
infant l attention du tourijle. 

Son chevet, qui faifait face à la gare, était percé 
dune grande baie à meneaux. "Deux grands arcs-bou- 



XX 

Tanrs, comme deux grandes ailes de pierre, fourenaient 
la poujfce de la voûte de labjîde. Un péril clocher en 
charpente, coiffe dun pignon aigu, dominait la toi- 
ture couverte en tuiles creufes. c4 [intérieur, tout était 
encore à peu près en place : dans labJïde l autel avec 
les objets nécejfaires au culte, la croix, le tabernacle, 
les chandeliers , le bénitier, &c.; dans la nef, desjlales 
en boisfculpté, appendus aux murs quelques tableaux, 
dans des niches ou fur des f odes de vieilles Jlatues 
aujfi en bois, la plupart dorées. Le badigeon à la chaux 
vive que le temps avait noirci, laijfait voir en maints 
endroits, fous de larges écailles, les peintures à la 
frefque qui Jadis avaient recouvert les parois de la nef 
éclairée par d étroites fenêtres ; quelques fragments de 
vitraux peints battaient encore au vent dans la grande 
baie du chœur, & malgré foi, en promenant le regard 
fur cet intérieur délabré, mais plein de fouvenirs, on 
fe prenait à rêver. 

oiujourdhui, tout a difparu, & à la place de la 
vieille chapelle du XI 11^ fècle s élève une belle 
maifon de campagne, timbrée fur ïimpojle de la porte 
d'honneur du chiffj-e de fon riche propriétaire : T. î^. 



MARGUERITE D'OYNGT 



SA FAMILLE, SES OEUVRES 



BIEN des auteurs des XVIl'' & XVI II" fiicLs 
ont parle de z^farguerire, quatrième prieure 
de la Chartreuje de Tcleteins, Les uns 
î appellent tout fimplemem Marguerite; les autres, 
tels que Vorland f^j'J, Théophile T^avnaud (26J, 
de Colonia (2"/)^ Ternetti (2S) & tabbé Le- 
bœuf (2çJ, Marguerite de Lyon, I autres enfin, 
Marguerite de Duyngt ou de Duyn. C eft ee 
dernier nom que lui ajpgne <y\f. Viclor Le Clere, 
dans la notice quil lui a eonfaerce dans 1 1 hflcMrc 
littéraire de la France (joj-, nom qui a fait eroiie 



XXII 

à la plupart des écrivains , notamment à Guiche- 
non f]ij <S" à zM. Vepery fs^J, que zMar guérite 
était originaire de la petite ville de T)uyn, en Savoie, 
arrondijfemem doinnecj, ou quelle appartenait à 
l ancienne famille chevalerefque de T)uvngt-la-Ual- 
d' If ère. Le Laboureur^ qui avait pu compuljer tous 
les titres du couvent de Tolcteins, la nomme Margue- 
rite d'Oui f'^^) d après le manufcrit de fes œu- 
vres f]^)i ^'^' qui donna lieu de foupçonner, à zAT. Té- 
ricaud ( j^J, quelle pouvait bien être ifjue de la 
puijfante famille SOyngt (de Yconio), dont le ma- 
noir n était fitué quà quelques lieues de Lyon & de 
Toleteins ; mais comme « nul ne peut être bon pro- 
phète en f on pays, jj cette opinion rejla fans écho. 

zM. Téricaud, cependant, avait prejfenti jufle, car 
un document, qui exijle encore en original, & dont 
l autorité ejl indifcutable , prouve péremptoirement que 
la béate fupérieure était lyonnaife, & que, de fon 
vrai nom, elle s'appelait Marguerite d'Oyngt. 

Ce document ejl le teflament de [on père. Tar cet 
aéle, qui porte la date du 2j juillet i2Çy, Guichard, 
feigneur dOyngt, chevalier, infime pour héritiers 
univerfels Guichard & Louis dOyngt, fes fils, &' fait 
des legs à Catherine, I/abelle, cAgnès & zMar guérite, 
fes filles. En ce qui concerne cette dernière, il s" ex- 



XXIII 

prime ainfi : « Item à ma fille Marguerite , reli- 
gicufc & prieure du monaflère de Polcteins, je 
donne & lègue par droit dinAitution une rente 
cenfuelle, annuelle & viagère de loo 11 us de 
viennois (j;6). » Le même ade nous apprend que Li 
femme du tejiateur Je nommait aujft zAfar guérite, que 
Ja dot fut de J ,/0 livres de tournois, fomme alors 
confidcrahhj &que, lors de la paj'ation du contrat de 
leur mariage, le père de Guiehard ajfura à fa bru, 
comme gain defurvie, la jouijfance, fa vie durant, de 
la ville du 'Bois, avec tous fes droits, revenus & dé- 
pendances fS/J- 

La famille d'Oyngt était une des plus anciennes & 
des plus puifantes du Lyoïmais. ST. Vacliei f^Sj a 
pu en remonter la généalogie jufqu à Umfied d Ovngt, 
vivant au commencement du XI'^ fiècle. Elle 
compte des alliances avec les T{oujfillon, les d'cAlbon, 
les de Saint-Symphorien, les 'Brienne, les zMarcill)'- 
Chalma-^el, les Varev & les (ires de Villars. Elle 
s^ éteignit en ijSj. 

cATarguerite, femme de Guiehard d'Oyngt & mère 
de notre prieure, devait^ elle aujfi, appartenir a une 
des grandes maifons féodales de la "Brejfe ou de la 
Trombes, attendu que fes biens patrimoniaux, qu elle 
traifmit, par donation entre vifs, en 1)00, à f-"i fJ!,- 



XXIV 

Louis, qui les céda, en grande partie, le i^^ février 
Ijj8 fv. f.J , au chapitre de Saint-C^iier, de 
Lyon {39), étaient fitués fur la rive gauche de la 
Saône, dans les paroiffes de Saint-Cyr, de Confran- 
çon, de Villeneuve & de Savigneux, près de zMontber- 
thoud f^oj. Louis dOyngt mourut vers 1 3 3 ^ , laijfant 
quatre enfants de zÂTar guérite de 'Brienne, fa femme. 
Son frère aîné neut qu un fils, Guy dOyngt, cheva- 
lier , père lui-même d'autre Guichard , feigneur d'Oyngt, 
qui fut le dernier repréf entant mâle de fa race. T)es 
trois fœurs de notre prieure de Toleteins, lune, Ca- 
therine, époufa, le ^février i]20, Jean de S^Tar- 
cilly-Chalmaiel, feigneur de la Perrière; les deux 
autres fe retirèrent religieufes, dans le monafière des 
'Bénédiéîines doilix, en 'Beaujolais f-fij- 

On ignore comment fe pajfèrent les premières an- 
nées de la vie de éMar guérite dOyngt, à quel âge 
elle fe mit fous la règle de faim 'Bruno, à quelle 
époque elle fut élue prieure de Toleteins & quelle efi 
la date précife de fa mort. 

'Tout ce qu on fait d'une manière certaine fe réduit 
à quelques faits. Elle dit elle-même que la piété dé- 
cida fa vocation ; « C'eft pour vous feul^ mon doux 
Seigneur, que j'ai quitté mon père, ma mère, mes 
frères & tous les biens de ce monde (42); » &" que 



XXV 

déjà au mois de juillet 12S6 elle était religieufe f^]J. 
cAu mois d'août 12SS, en qualité de prieure de Tole- 
teins (^4.), elle tranfigea avec (Agathe, abbejfe de 
Saint-Tierre de Lyon, au fujet de certains droits de 
dune dont étaient grevés des fonds dépendant de la 
Cliartreuje. Sonjceauejl encore appenduà laâe, mais 
dans un bien trijle état de mutilation. Il rcpréfente^ 
dans le champ, un bujle de la Sainte-Vierge, pofé de 
face, & accojlé, à droite, de ÏEnfant-Jéfus debout & 
vêtu S une longue robe. Il ne rejle plus de la légende 

que les lettres <^T^ £n 12ÇJ, fon père lui 

fil un legs par tejîamcnt (-f-^) ; le i] mai 1)00, 
dans la donation que fa mère confentit à fon fis 
Louis, ellefe réferva la faculté de pouvoir difpofer de 
quelques biens en fa faveur f^6j ; enfin, au mois de 
juillet i^Oi, elle atmonça par révélation la mort de 
[archevêque Henri de Villars f^/J- Ces trois der- 
nières dates, dont deux font établies par des aâes en 
forme authentique, prouvent que Théophile T{avnaud, 
Trombj & zM. Viélor Le Clerc fe font évidemment 
trompes en fixant le décès de zMar guérite aux années 
I2p) OU i2Ç^6f' en interprétant, comme pièce inté- 
grante d un procès-verbal d enquête faite après dcces, 
cette annotation qui précède fun des petits ouvrages 
dus à la plume de notre prieure : 

c 



XXVI 

L'an du Seigneur 1294, Hugues^ prieur de Val- 
bonne, apporta, en chapitre général, à Dom 
Bofon, prieur de Chartreufe, cette vifion qui lui 
avait été envoyée par la i'ervante de Dieu, dame 
Marguerite, prieure jadis de Poleteins. On croit 
que cette prieure efl la perfonne qui a écrit cette 

vifion , à laquelle vifion nous avons décidé de 

donner pour titre: Spéculum sancte Marga- 

RITE VIRGINIS PRIORISSE DE PeLOTENS (48). » 

Sans grand effort (fimaginaiion, il ejî facile de re- 
connaître que cette note, rédigée peu après la mort de 
zAfarguerite, ne tient en rien ni du procès-verbal, ni 
du rapport, comme le croit zM. Viâor Le Clerc f^pj, 
mais quelle a eu tout fimplement pour but de conjlater 
la provenance du manufcrit, la date de/on entrée dans 
la bibliothèque du monajlère, le nom de fon auteur, 
& enfin dajfigner un titre à un opufcule qui nen avait 
pas. La valeur, enfomme, de cette note nejl pas autre 
que celle d'une précieufe indication bibliographique. 

Cejl à la fin f'ÇoJ de ce petit ouvrage que fe 
trouve, de la même main fans doute qui a écrit le 
préambule, cette annotation: Ici finit le SviCVlVM 
SANCTE MaRGARETE VIRGINIS PRIORISSE DE Pe- 

LOTENS. Elle mourut Pan du Seigneur 1310, le 
trois des ides de février (y i). Cette date du j i fé- 



XXVI! 
vrier JJIO, repoujfce jufqiîà ce jour comme erronée, 
doit enfin, à mon humble avis, éire acceptée comme Li 
date la plus certaine du décès de ^Marguerite, attendu 
qu elle a c'tc enregifirc'e par un contemporain & cju il 
efi démontre que celle de 12Ç^ ejl complètement 
inexaéîe. 

Le Jeul manufcrit ancien aujourd'hui connu des 
œuvres de zAfar guérite dOyngt, efi confervc à la bi- 
bliothèque publique de Grenoble, oii il a été tranfporté 
de la Grande-Chartreufe . Il je compofe de ]8 feuil- 
lets de parchemin, du format petit in-^°. Les deux 
derniers feuillets font en blanc. Chaque page, réglée 
à f encre, renferme 2^ lignes dune bonne écriture, 
qui parait être du premier quart du XIV^ fiècle. 

"Des zÂîéditations, Pagina Meditationum, remplif 
fent les 2^ premières pages ; le récit d'une vifion 
Spéculum Sande iMargarctc, sétend jufquà la page 
^^; la vie de 'Béatrix d'Ornacieux, Li \'i:i sciti Bia- 
trix virglna de Ornaciu, commence a la page j^ & 
continue jufquà la page 60 ; cinq lettres ou fragments 
de lettres & trois prophéties terminent le manujcrit. 

Les Méditations font écrites en latin, ce Le fiyle, 
dit z^f. Viélor Le Clerc f) 2), fans être pur, ni même 
tout à fait exempt de mots étrangers à la langue latine, 
na cependant rien de cette barbarie fauvage qui infej- 



XXVI II 



ta'iï alors irop Jouvcnî les œuvres monacales ; on dirait 
que cette rude & grojière latinité, qui fiijfi fait dans 
les cloîtres à tant d'efprits vulgaires, sejî adoucie 
pour exprimer les fentiments dune âme noble & ten- 
dre. cAinfi, Jufquà la fin, fe fuccèdent les prières ar- 
dentes, les clans de la foi & de l amour, toutes ces 
infpirations dont fe compofent, dans les écrivains afcc- 
tiques, les élévations à T)ieu. Il y a ici moins d ori- 
ginalité peut-être, mais moins de myficifme & d'ohf- 
curité que dans d'autres SMéditations chrétiennes 
écrites par des femmes, comme Gertrude & éMech- 
tilde, vers le même temps, Catherine de Sienne, au 
XIV^ fiècle, Thérèse, au XV I^, cMarie SoAgreda, 
au XV IP. » 

La Vifion^ comme tout le refle du manufcrit, efl 
écrite en langue vulgaire. « Ceft une forte d'cApoca- 
lypfe, continue zM. Viélor Le Clerc. La perfonne inf- 
pirée dont ïextafe ef ici décrite, en étudiant les lettres 
blanches d\in livre divin que lui montre le Chrifi, 
lettres toutes remplies des vertus du Fils de T)ieu, fe 
propofe d'imiter ce célefie exemple ; en jetant les yeux 
fur les lettres noires, elle apprend à fcuffrir; en con- 
templant les lettres rouges, elle sinfiruit, par la vue 
dun fi précieux fang, non feulement à accepter les tri- 
bulations de ce monde, mais à prendre en haine f es 



XXIX 

faujfes délices. Les lettres d or lui enfei^ncni a dêfirer 
les chojes du ciel. Enfin, elle médite, d un bout ii l'au- 
tre de ce livre, fur la vie du Sauveur. — c4u fécond 
chapitre, pendant que la même perfonne efi en oraifon 
après zMaiines, le même livre s ouvre tout à coup ; // 
rejfemble à un beau miroir & na que deux pages. 
zAîarguerite, ou le témoin de ce fpeéîacle, neffave 
pas den révéler tous les myfières : « Je nai, dit-elle, 
ni âme qui pût comprendre, ni bouche qui fût racon- 
ter. » Elle ajoute feulement qiiil apparaiffait dans ce 
livre un lieu délicieux, fi grand que le monde entier 
efî peu de chofe en comparaifon. Là brille au loin une 
glorieufe lumière, divifée en trois parties, & comme 
repréfentant la Trinité même, fource inejfable de tout 
ce qui eji bonté, fageffe, puijjance, amour & joie cA 
lentour, dans l infini, fe font entendre incejfamment 
les chants fublimes des anges & des faims. . . — Sous 
la troifième & dernière rubrique efi un beaucoup plus 
long chapitre, qui commence aufil par une apparition 
du Chrifi dans toute l'a gloire, à une perfonne de la 
connaijfance de fauteur, una perlbnna que je co- 
gr.oiiïb, avant ou après zAfatines, mais qui tiojfre 
enfuiie qiiune cnumération aje^ dijfuje de toutes les 
perfeéiions de "Dieu , & des merveilleux dons qu il 
accorde en partage àfes amis & à fes faints. 



XXX 

Vans la Vie de Béatrix d'Ornacieux, « font 

racontées rouies les vertus dont 'Béatrix donna 

[exemple dès f on plus jeune âge, & routes les grâces 
dont le Seigneur l avait comblée. Ce récit ne manque 

point d intérêt. On y remarquera des macérations 

& même des rorrures qui, aux diverfes époques de 
ïhijloire eccléfiajlique, onr fouvenr accompagné l exal- 
raiion de la foi. 'Béatrix sinjligeait de fi rudes coups 
de dijcipline, « que H fans en coreyr per rotes les 
« cotes. " En mémoire de la Tajîon, elle fe perçait 
les mains de part en part, avec un clou fans poinre. 
Il en coulait une eau pure qui ne fe mêlait pas au fang, 
& bientôt la blejfure fe fermait & fe guériffait fi bien 
que perfonne ne pouvait s en apercevoir, &c. » — 
Béatrix, originaire du "Dauphiné, fut pendant quel- 
ques années fous les ordres de ^Marguerite d'Ojngr. 
Elle mourut dans le mona/Ière d'Efmure, en i jO^ ou 
en i]op. 

Les cinq lettres, adreffées à diverfes perfonnes, & 
qui, toutes, peuvent être attribuées à zMarguerite, 
font relatives à des confeils fpirituels, à des raviffe- 
ments & à des vi fions. Les trois paragraphes qui Ter- 
minent le volume ont été ajoutés par une main pieufe, 
pour témoigner de lafainteié de la béate prieure ; dans 
lun, fauteur ajfure qu'elle prejjentii la mort d'Henri 



XXXI 

de Villars, archevêque de Lyon, dcccdc à T{ome, le 
1 8 juillet i]Oi ; dans t autre, quelle dcjlgna mira- 
culeufement le crâne dune de/es religieufes, inhumée 
depuis longtemps ; dans le troifième enfin, quelle ap- 
parut après fa mort à Vom Vurand, vicaire de la 
Celle-C^otre-Vame . 

SMalgrc tout leur intérêt, les œuvres de zAîargue- 
rite d Ojngt font demeurées inédites jufqu à nos jours. 
Tout ce quon en connaijfait fe réduifaii au court frag- 
ment publié, en jSoç, par zAT. Champollion-Fi- 
geac f^]J, ^ ^ux quelques extraits donnés, en 18^2, 
par zM. Viâor Le Clerc fj'^)- Ln vérité, c était 
trop peu, car, aux feuls points de vue de Ihijloire 
littéraire & des études philologiques fi ardemment 
Jfimulées & pourfuivies de toutes parts, ces œuvres, 
qui conjlitueni à peu près Lunique monument du dia- 
leéle parlé dans la province du Lyonnais à la jin du 
XIII'^ fîècle, ne devaient, ne pouvaient rejler plus 
longtemps dans t oubli. 

éM.-C. GUIGUE. 



■»If '^Tr tir \h Tlf rXf tir tîf tîf rîf tTr ttf tî» rîf 



NOTES 



(i) Guichenon, Hijloire de BrtJJl- Ù" de Ptigey,— Preu- 
ves, p. 10. 

(2) C'efl ce que prouvent les tuiles, les poteries Ù' 
les débris bien caradériftiques que l'on rencontre dans 
le fol. 

(3) cArchives nationales, férié P. Titres de la ma'tfon 
ducale de Bourbon. — Cette pièce a été publiée par 
Guichenon, o. 1. Preuves, p. 126. 

(4) Archives du Rhône — Fonds de Saint Juft. — V. 
Hijloire des ducs de Bourbon Ù" des comtes de Forez, éditée 
par M. de Chantelauze. t. III. Pièces fupplémentaircs, 
p. 2f , un bon deffin de ce fceau, dû à M. Stcycrt. 

(5") Archives du Rhône, Fonds de Bcaujcu. — Ce 
fccau efl encore inédit. 

(6) En 1217, c'efl àdire bien avant fon mariage, le 
fceau dHumbert confiftait en un écu partie de Bcaujcu 



XXXIV 

ancien & de Flandres, c'efl:-à-d!re des armes de fon 
père Guichard, & de Sibille de Flandres, fa mère. — 
V. Hijîoire des ducs de Bourbon Ù" des comtes de Forez, 
édit, de Chantelauze. 1. c, p. 44. 

(7) Hijioire hagiologique du diocêfe de Belley, tome 11. 

(8) « Item do, lego karijfime forori ?nee prioriffe ejufdem 
loci (de Pelotein), ad vitam fuam tantum, XIV afinatas 
frumenti Ù" Jïliginis percipienda in redditihus nojlris dg 
Miribello » (Arch. nat , P. 1366, c. 1487, & P. 1370, 
c. 1900). 

(9) 31afures de l'IJle-'Barbe, tome n, p. ']']]. 

(10) Arch. nation., P. 1388, c. 94. 

1 1) Aubret, Mémoires pour fervir à Hiifloire des Bombes, 

t. Il, p. 20f. 

(12) Arch. départ, du Rhône, invent. mff. de Pole- 
teins, p. 12] . 

(13) Guichenon. — Hiftoire de Dombes, 2^ édition, 
t. II, p. III. 

(14) Arch. du Rhône, tit. S. Pierre, Se invent, de Pole- 
teins, p. 340. 

(if) Le Laboureur, Mafures de l IJIe- Barbe , t. 11, 
p. ^48. 

(16) Le Laboureur, o. 1., ibid. 

(17) Archives du Rhône, invent, de Poleteins, p. 344. 

(18) Ibid. id,, p. 344. 

(19) Ibid. id,, p. 342. 

(20) Arch. îiation., P. 1366, c. 1484; — Arch. du 
Rhône, tit. Beaujeu & S. Pierre ; Le Laboureur, Mafures 
de njle-Barbe-^ Guichenon, Hijioire de Brejfe, de Bugey & 



XXXV 

de Bombes , &- Chronique de la maifon de Beaujcu dans 
la Revue du Lyonnais. 

(21) <t Innocentius epifcopus, &c., dile^Iis in Cluijlo 
jïliabus prioriffa domus San6la Maria de Polotens ejufque 
jiliabus tam prefentibus quant futuris regularem vitam pro- 
fejjls... in perpetnam rnemoriam... Religiofam vitam eligen- 
tibus apojîolicum convenit adejje prejidium, ne forte cujufli- 
bet dementatis incurfus aut eas a propofito revocet aut robur, 
quod abjit, facras religiofas enervet. Ouapropter, dile6ia 
in Clirijîo filia, vejlris jujlis pojïiilationibus clementer annui- 
?nus, domum vefiram San6la Maria de Poleîens Lugdunenfis 
diocejîs cum omnibus bonis, pafcuis, pojffejjionibus, quas in 
prejentiarum rationabiliter pojfidetis aut in futurum jujlis 
modis, prenante Domino, poteritis adipifci, fub beati Pétri 
& nojlra prote6îione fujàpimus, prefentis fcripti privilégia 
communimus, Ù' terminos domui vefira ab ordine cartujienfe 
provida deliberatione Jlatutos auôioritate apojlolica confirma- 
mus; ad hac au6îoritate apojlolica interdicimus, fub incrimi- 
natione anathemathis prohibemus, ne quis infra terminos 
ipfos hominum , Ù^c. Isovalium vejlrarum qux propriis 
fumptibus colitis, de quibus aliquis ha6lenus non percepit, 
ftve de hortis, virgultis, pifcationibus vejlris, vel de nutri- 
mentis animalium vejlrorum nullus vobis décimas exigere 
vel extorquere prefumat... Datum l.ugduni, nonis o6lobris, 
in diâîione 1111, anno m ce xliv, pontificatus domni nnjlri 
Innocenta papa quarti anno 111... Expeditum per manus 
egregii Marini San6ia Romana Ecclefia cancellarii... - 
{Arch. du Rhône, copie dans l'inventaire de Poleteins de 
'746, p. P9). 



XXXVI 

(22) Sur fon tombeau on lifait cette infcription : 
Hic jacet dïis Stephanus de Villars, prior Lavigniaci ordinis 
Cartus., qui obiit a° domini m ccc un" calcndas julii. 

(23) Voici le texte ftéréotypé de la formule d'union 
provifoire inférée chaque année dans les procès-ver- 
baux de l'affemblée du chapitre : Adminijirationem 
domus Poletenfis relinquimus priori domus Lugdunenjis, fiib 
direSîione Ù" difpojîtione reverendi paîris. 

(24) Les regiftres de l'adminiflration des procureurs 
de Poleteins pourraient fournir le fujet d'une bien 
curieufe étude. Des obfervations fur la nature du 
terrain, le mode le plus convenable d'affolement, 
l'élevage du bétail, le choix des fermiers & des domelti- 
ques, &c. s y trouvent coniignees. Le procureur réfi- 
dant en 1680, dans le but de mettre un terme aux 
déprédations qui fe commettaient dans les foiêts con- 
fiées à fa garde, compofa un Noël qui fe chanta jusqu'à 
la fin du dernier fiècle & dont le refrain était : 

Mionnay, Mionnay, il faut changer de vie. 

Si tu veux régner dans les Cieux avec Marie. 

Mionnay, Mionnay, &.c. (bis). 

Mionnay, Mionnay, fi vous voulez entrer dans les Cieux, 

Ne volez plus les bois des religieux, 

(Invent. MIT, de Poleteins p. 368.) 

(2f) Chronica Cartus., liv. f, ch, 3, 

(26) Hagiologium Lngdiinenfe, p. loi. 

(27) Hiftoire littéraire de Lyon, t. n, p. 3].|. 



XXXVII 

(28) Lyonnais digues de wi'nioire, t. ii, p. 254. 
C29) DiJJertations, t. 11, p. 2]^. 

(30) T. XX, p. 3of. 

(31) « Ce monaflère (Poictcins) a produit des filles 
illuftres en pieté & faindeté, S(,'avoir Jane de Bcaujcu, 
fille de la fondatrice Se première prieure, vivante en l'an 
1260. Marguerite de Duyn, fille du jcigmur de Duyn en 
Savoye, en l'an 1286, & une troifième fille appelée Déa- 
trix, l'an i]oo. » {jlijïoire de BreJJ'e & de Bttgey, 2' par- 
tie, p. 90). 

(32) <f Marguerite naquit dans le bourg de Duin en 
Savoie ; elle eut pour père le comte de Duin-la Vai-lfère, 
qui polTédait alors le Château-Vieux, bâti fi pittorefque- 
inent dans le lac même d'Annecy, &c. (Hijloire hagiolo- 
gique de 'Belley, t. 11, p. 74). 

("3 3) Mafures de llfle-Barbe, t. 11, p. 219. 

(34) <f Suere Margareta de Oyn^ priorefia de Ptîotens, » 
V.,ci-après, p. 90. 

(]0 Variétés hijîoriques, biographiques, & littéraires, 
p. 1 10. Lyon, 1836, 1837, in-8". 

(36) (( Item SMargarite, fi lie mee, moniali (S" priorijje 
monafierii de Toloteyns, centum folidos annui redditus ad 
vitam [itam tantum jure infiitutionis do, le go. « {Archives 
nationales, P. 1360, cote 888- — Confidérations fur la 
Bombes, par M. ValentinSmith. Lyon, i8f6, in-8", p. fo). 

(37) « Item confiteor me habuijfe & recepijje nomine 
dotis domine JMargarite uxoris mee, & pro ipja mille & 
fepcies cemum libras Viennenfium, quas precipimus reddi & 
rrjlitui eidcm plenarie ab heredibus meis & executoribus 



XXXVI II 

?neis. Item confiteor quod dominas Ù" paîer meus in 
contraSlu tnatrimonii dédit eidem domine ^argarite pro 
melioramento & pro fupravita villam de Buxo cumjuribus, 
redditibtis & pertinentiis ipfius univerjîs ad vitam fuam 
tantum, ù' volo quod diclam donationem haheat pacifiée Ù" 
poffideat quandiu vixerit diBa uxor mea, Ù" quod poji 
mortem ipjtus uxoris mee diEla villa cum pertinentiis deve- 
niât adheredes meos, quos inferius nominabo » (Ibid). 

(38) Châtillon d'Azergues, fou château, fa chapelle Ù" 
Jes feigneurs. Lyon, 1869, in-8°, p. 46. 

(39) Archives départ, du Rhône, fonds de St-Nizier. 
(40J In parrochia San6ii Cirici Ù" de Confranconz Ù" 

in Dombis Ù" in parrochiis de Villa Nova Ù" de Savigneu 
juxta éMontem Bertondum, ...Ù" flannum fuum de Villa 
Nova Ù' quicquid habet ipfa domina ^argarita quoquo 
modo ultra Sagonnam. » (Arch. nationales, P. i^^'f, c. i^S). 

(41) A. Vachez, Châtillon d'Azergues, p. fi. 

(42) Pagina Meditatiomum, p. 13. • 
(41) Ibid., p. I. 

(44) « Nos Hugo Bruni Ù" Guido de Buenc, canonici Lug- 
dunenfes, notum facimus univerjîs prefente litteras infpeSluris 
quod cum quejîio five querela verteretur Ù" diu verfa fuijjet 
inter religiofam dominam Agatham, abbatijfam San6li Pétri 
monialium Lugdunenfis, ex una parte, Ù' religiofam domi- 
nam M argaritam, priorijfamde Pelotens & conventus ejufdem 
loci, ex altéra, occafione décime quarumdam terrarum quas di6la 
priorijfa Ù" conventus de Telotens habent is" excolunt vel 
excoli faciunt in parrochia de cMeunay, Ù'c. » (Arch. dé- 
part, du Rhône, Fonds de l'Abbaye de St-Pierre). 



XXXIX 

(4T) V. ci-dcfTus, p. 

(46) « Exceptis a di6}a donatione Ù' fibi retentis illis 
que reliquit vel remijît, relinquet vel remitlet jure injlitu- 
tionis domino Guichardo, domino de Tconio, filio [uo, Ù" 
Vfiibelle, moniali d'/lly, SVÏargarite, priorijje de Peloteyns, 
A gnete Ù" Katherine, ftliahus fuis. ><{Arcli. nation.,?, nff, 
c. 1^8). 

(47) V. ci-après, p. 90. 

(48) V. ci-après, p. 35-- 

(49) Hijl. Littéraire, r. xx, p. 307. 
(fo) V. ci-après, p. 48. 

(fi) M. E. Phllippnn n'a pas pu lire le nom du mois 
qui eft caché dans la couture du manufcrit. Je le donne 
d'après M. Viclor Le Clerc (o. 1., p. 307). 

(p) Hijloire Littéraire de la France, t. xx, p, 310. 

(73) Recherches fur les patois de France, Paris, 1809. 

(54) Hijloire littéraire de la France, t. xx, I. c. 






SfEVIJylTIOîT^ES 



SANCTE VIRGINIS MARGARETH 



PriorifTc de Polctcins 



PAGINA MEDITATIONUM 



[NNO Domini millefimo duccinc- 
fimo ocflogcfimo fcxro, doir.cnica 
in fcptuagcfima, ego .Mnrgcircta, 
ancilla Clirilli, cram in ccclclla 
mmiira, quando incipicbat can- 
tari introitus milTc, fcilicct : n Circumdi'dctunt 
me gemitus moriis^ » & ccpi cogirarc mifenam 
in qua lumus dcdiri proptcr pcccatum prinii 

1 




parentis. Et in illa cogitationc cepi tantum pavo- 
rem & tantum dolorem, quod cor mihi deficere 
videbatur ex toto, propter hoc quod nefciebam 
utrum eflem digna lalute an non. Poftea, cum 
audivi verficulum introitus quam David pfallebat 
ita dulciter Domino dicens : ce Diligam te. Domine, 
& cetera, » cor meum fuit totum aleniatum, quia 
recolui dulcis repromilfionis quam Dominus facit 
amicis fuis cum dicit : « Ego diligentem me 
diligo, » quia bene fciebam quod ipfe efl: tam 
bonus & tam mittis, quod nunquam permittit 
perire eos qui diligunt illum. 

Et poftquam confideravi magnam dulcedinem 
& mifericordiam que efl in ipfo , projeci me 
totam extenfam coram preciofo corpore ejus 
plenam magno dolore, & petii & eum rogavi 
humiliter ut daret mihi quod fciebat mihi efle 
neceiïarium. 

Tune ipfe, totus plenus dulcedine & pietate, 
vifitavit me per fuam gratiam fine mora , quia 
dédit mihi fuam dulcem confolationem & donavit 
mihi tam magnam voluntatem bene faciendi , 
quam mihi videbatur quam eflem tota mutata 
& renovata. Pofl:ea furrexi & pofui me, flexis 
genibus, coram Domino & feci ei confeflîonem 



3 

de omnibus que potui recogitare, m cjuiluis o[\\-\\- 
deram illum & promiii lUii emendationem ex 
ru ne & deinccps. 

Ccpiquc cogicarc & relpicere magnam dulcc- 
dinem & bonicatem que crat & eft in illo, &. 
magna bona que tecerat mihi & coci gcnen 
humano. His cogitadonibus fuit ica plénum eor 
meum, quod pcrdidi comedere & dormire. lîc 
cogitavi quam opporcebac me aut mori aut lan- 
guere, nifi removerem cogicacioncs iftas a corde 
meo ; nec inveniebam in corde meo quod cas 
removerem^ quia tantum lohuium m eis inve- 
niebam, quod qui mihi aferret omnia inflru- 
menta & omnes res que polTunt letiHcari cor 
hominis m hoc mundo, nichil elTet mihi relpcclu 
illius quod ientiebam in corde meo de meo dul- 
cirtimo Creatore. Ego cogitavi quod cor hominis 
<Sc mulicris eft ita mobile, quod potcd vix elTe in 
uno (latu ; & ideo ponebam m Icriptis cogita- 
nones quas Deus ordinavcrat in corde meo, ne 
pcrderem eas cum removilTem illas a corde meo, 
& ut poil'em eas cogitare pauhitim, quando milii 
Deus fuam gratiam darcr ; & idcirco precor omnes 
qui hoc fcriptum legciu, ne faciant inde malum 
i'uum profedum quod prefumplerim llriberc hcc, 



4. 



quia penfare debetis quod non habeam fenium 
nec clericatum in me quo fcirem hec extrahere 
de corde meo, vel fcribere fine alio exemplari, 
nifi gracia Dei fuifTet operata in me. Sicut enim 
peccata mea veniunt mihi ad memoriam^ fie 
penitus veniebant mihi hec omnia per ordinem, 
ab hora qua cepi ea fcribere donec omnia in 
fcripto pofuiiïem. 

Deinceps invenietis^ quomodo me converti 
ex toto ad ipfum & quomodo cepi fibi dicere 
totam inediam meam & cepi tahter dicere 
fibi : Domine , dulcis Jhefu Chrifte , quid 
faciam ego, quia dolores mords circumdederunt 
me & timorés judiciorum tuorum me totam 
terruerunt, quia tempora funt ita occulta quod 
W ego fum hodie, nefcio utrum ero cras, & 
nullus certus eft de falute lua 5 nec ego Icio 
utrum diiigas me an non, nifi tamen, Domine 
dulcis, quam certa fum quod tua verba bonafunt 
& vera, quia tu dicis quod diligis eos qui te dili- 
gunt. Et ideo congregabo omnia illa que putabo 
que poffint me attrahere ad te amandum. 

Domine dulcis, mihi videcur quod natura requirit 
ut homo diligat parentes iuos, & fratres fuos, & 
forores & amicos fuos, & fponfijm fuum (& amicos 



r 

fuos) qui bene faciunt ci ; o dulcis Creator, &. (1 
ego amo patremmcum, qui ell unus mortalis Iiomo, 
multo plus dcbco te diligerc fine comparatione qui 
es pacer meus Ipiritualis & vita mea perpétua. Scd 
ego non fum digna vocari filia tua, quia peccavi 
coram te & coram angclis tais, fed tamcn quia 
ego fcio Quod non vis mortem peccatorum led 
ut convertantur & vivant, propter hoc ego revertar 
ad te, tanquam illa que non habco (fie) patrcm 
neque amicum nifi te. 

Domine Deus meus , Domine karc, ne ollen- 
daris fi voco te patrem , quia tu me crcalli 
quando nichil cram & feciili mihi animam (S: 
corpus, & me fecifli ad ymagincm & fimiiitu- 
dinem tuam tua mileratione. 

Dulcis domine kare, tu es meus fratcr ; Icd 
hoc cfl valde magna prcfumptio ad diccndum, 
cum e<ro lim unus milbrimus vermiculus 6c tu 
es ita magnus, quod omnes clerici qui unquam 
fuerunt vel erunt in fi.iturum nefcircnt hoc diccrc 
vel cogitare. O pulchcr dulcis Domine Jhcfii 
Chrifte, quis dédit mihi audaciam dicendi tam 
mirabilem rem, quod tu, qui es vcrus Deus, fis 
meus fi-ater, nifi maximus amor qucm nobis 
oftendifti. O pulchcr dulcis Domuie, qu.ilis hnt 



ifte amor ! Certe ipfe fuit tam magnus quod 
omnes virtutes celi & omnes angeli paradifi non 
potuerunt te tenere quin defcenderes in hune 
niundum ad fufcipiendam noflram humanitatem, 

O mitiffime, quam mirabilis fuit ifte amor ! 
Nunquamcam magna mirabilia nequetantamiracula 
fuerunt faéla^ ex quo Deus fuit qui fine principio 
fuit 5 ncc unquam erunt quandiu ipfe durabit, 
qui durabit fine fine ! O Deus^ qualia fuerunt ifia 
mirabilia que fecit hic amor ! Certe ipfa fuerunt 
taUa, quod lUum qui tam magnus quam totus 
mundus eum capere non poterat & qui tencbat 
totum mundum in fuo pugno, hic, inquam, 
amor duxit eum ad tantum quod fecit illum mtrare 
in corpus unius juvenis puelle ; & de eo qui erat 
verus Deus ipfe fecit hominem mortalem. Et illum 
qui erat rex regum & dominus dominantium & 
qui creaverat celum & omnes creaturas que funt 
ad ferviendum fibi, hic, inquam, amor duxit eum 
ad tantum quod fecit eum fervire homini. 

Et illum qui erat benedidus cibus 6c fancfla 
refecflio angelorum glorioforum, et qui erat tam 
magnus Dominus, quod honor fuus non poterat 
deficere nec ejus divicie poterant decrefcere, hic, 
inquam, amor duxit eum ad tantum quod ipfe 



non habuic panem quem manducarct. Illum qui 
erat fituatus in gloriofo chrono tanquam vcrus 
Deus, quod erat iple, & cui tam honorahilitcr 
fcrviebatur & cum tanta reverentia ab angclis 
gloriofis, cercc iilc amor duxic cum ad tantum 
quod fecic eum jacerc in quodani parvo prefcpio, 
incer unum bovem ôc unum afmuni ; & pejus fecit 
cum adhuc futTrire : quia fuit dcrifus & confputus 
in facie & multe alie vilitatcs fuerunt ci tactc quas 
non poiïem dicere vel cogitarc. 

O pu [1] cher dulcis Jhcfu Chrillc , veftra 
bcnificia lunt tôt & tanta & tam magna, quod 
ego non poflem dicere vcl cogitare. O beatc 
Creator , quid faciam ego vel quod confilium 
dabis mihi quia graviter lum tormcntata ? O 
clcmcntifllme Jheiu Chriile , quale folanum 
potero habere! Quum conrcfpicio & video vcllra 
bénéficia, que lunt tôt & tanta & tam amo- 
rola, puto quam (i pejor homo qui lit in toto 
mundo ea bene relpexiflet & con fi dcrafTet, luillct 
converlus ad vos ; ôc ego mifera & dolcp.s! te, qui 
me nutrifli & cuftodifiii ab omni periculo ab liora 
qua nata fui, nelcio amare ! De quo liabco valdc 
magnum timorem quia non video cjuomodo polfim 
aliter habere gratiam tuam. 



8 

Domine dulcis, ego nefcio quid aliud faciairi;, 
nifi ut cogitem gracias &;benificia que mihi fecifti. 
Ha! pulcher Domine Deus Jhefu Chrifle, da 
mihi gratiam ut poflim ea penfare & refpicere 
taliter utpoflîm acquirere tuum fanélum amorem. 
Ha! clementiffime Jhefu Chrifte, maximus 
amor quem mihi oftendifti quando vohiifti abf- 
condere totam fortitudinem tuam amore mei ! Qui 
eras adeo fortifTimus quod in fortitudine brachii 
tui portabas & iuftinebas totum mundum, & 
ita potentifîimus quod omnia de mundo fiebant 
per tuam voluntatem ; & uno folo verbo potes 
deflruere & parire totum mundum, & uno solo 
aho vcrbo potes eum reficere meHorem & pul- 
criorem. Ha ! pulcher Domine Deus, quomodo 
fuit hoc faôlum? Suflinuifti ut tua fortitudo tantum 
debilitaretur, quam permififli te capi, ligari & 
duci ad eos qui te volebant deltruere, & permififti 
te fpoliari & ad unam columpnam alligari ac fi 
efles una beftia filveftris ! 

Ha! pulcher Domine Deus, tu non abfcondifli 
tantum tuam fortitudinem, immo voluifti abfcon- 
dere etiam tuam fapientiam, que tam maxima 
erat, quod per eam ordinafli res illas mirabiles 
que funt in celo, &. curfum foHs & lune & ftella- 



9 

rum ; & fecifli dics (Se iioClcs, tcmpus & lioras, 
& ordinaili curfum aquarum, & fecifli firmamcn- 
tum celi & terre ; & hec omnia fccidi ira firma 
quam nunquam po(tea fc mutaverunt ab illo mo- 
mento. 

Tu ordinalli rerenitatem & pluviam & frigus 
& calorem. Et omnia que funt fccilli tam fa- 
pienter quam nunquam mandatum tuum protc- 
rierunt. 

Tu eras magiltcr & dominus omnium Icicntia- 
rum & fummus confiliarius glorioforum angelorum. 
Ha! Domine Deus, quis dédit tibi confilium ut 
abfconderes illam mirabilcm Icientiam, nid illc 
maximus amor quem habebas ad nos. 

O clementiirnne, tu fecilli te fimilem Ihilto prop- 
ter maximum amorem quem habebas ad nos, cum 
luflinuifli ut falfus Judas te proderet & traderet 
inimicis tuis mortalibus qui faciebant de te ac li 
elles ftultus. Ex vêla injullilfimi velabant tibi 
faciem fandam 6c pollea te pcrcucicbant (Ik) 
propter iuam maximam maliciam, <Sc pollea inter- 
rogabant te quis te perculTcrat ex intima irrilîone. 
Et eras coram illis peflimis gentibus lîcut agnus 
coram tondente le; nec unquam unum malum 
vcrbum ab ore tuo lanclo e.xivit. 



10 

Domine Deus Jhelu Chrifle, quando bene 
refpicio hec omnia, cor meum turbatum efl totum. 

Tu eras&esverus judex vivorum &mortuorum 
& propter magnum amorem, ouem habebas ad 
noSj Aiflinuifli quod gens mifera te judicaret ad 
morcem . 

Tu eras fumma fanitas & verus medicus 
cujus taélu infirmi lanabantur & cujus odore 
mortui refufcitabantur. Et ideo quia cognofcebas 
quod eramus infecfti morte peccati, propter quod 
nos. oportebat ire ad dolorem inferni^ voluifti 
portare omnes langorcs noftros & dolores , ut 
poiïemus habere ianitatem indeficientem ; & vo- 
luifti fuflinere dolorem mortis ut nos habercmus 
vitam eternam. 

Domine dulcis Jhefu Chrifte^ tu eras Toi 
juflicie & fplendor lucis eterne; tu eras fpecu- 
lum fine macula in quo angeli reipicere defide- 
rabant & cujus pulchritudinem fol & luna 
mirabantur ; tu eras lapis preciofus in quo erant 
omnes bone virtutes; tu eras tante virtutis quod 
ab omnibus inlirmitatibus fanabas. 

Non eft tam pauper homo in mundo fi te 
haberet quin tam cito effet dives, nec eft in mundo 
tam triftis nec tam dolens fi te haberet quin effet 



1 1 

Ictus & jocimdus(ric); ncc cft tam flultus & ignarus 
(i haberct iftum lapidem prcciofum, quin protinus 
lapiens & intelligent elTet, & nulla pcrlbna que 
portaret eum cadere pofl'ct in manus inimicorum 
luorum. Et tôt alie hone vircutes [t]ibi l'iint quam 
ego non [pofTum] cas divinare. 

Tu es dulce elecfluarium in quo l'unt omnes 
boni lapores & de cujus honirate vjvunt annne 
lancle in paradifo. 

O Deus, quam pretiofus efl locus ilte qui cil tanti 
virtutis & tanti valoris, quod qui erit ibi nunquain 
poterie habere infirmitatem, & vita lua fine fine 
durabit ncc poterit unquam lencfccre aut pcrdcrc 
fuam pulchritudinem & decorcm (lîc). 

Tu es gloriola rofa in qua funt omncs boni 
odores & colores. 

Tua pulchritudo cil tam magna quam omnes 
pulchritudines que funt , non llint nili quedam 
pannula lane refpecflu pulchritudinis tue. 

Ha! Domine Deus, modo video quod non cil 
res tam pretiofa vel tanti valoris licut anima homi- 
nis vel mulieris ; cum tu, qui eras vcrus Salomon, 
in quo crant omnes fcicntie & cujus diviciis crat 
plcna tota civitas paradili , quia Icicbas quantc 
dignitatis crant anime fanclc t]uas tcceras ad yma- 



12 

ginem & fimilitudinem tuam, voluifti etiam nego- 
ciator fîeri ut emeres eas & pofuifti tam magnum 
precium quam pium eft & dicere & cogicare. 

Ha! Domine Deus Jhefu Chifle , hoc non 
luffecic tibi quod de celo ad terram deicenderas, 
ubi tôt vilitates & tôt opprobria iuftinuifli^ immo 
voluifli totum predofum fanguinem fundere prop- 
ter maximum amorem quem ad nos habebas ; 
& poftea mori voluifli turpiore morte que unquam 
fuit : hoc eft morte crucis. 

Dulcis Jhefu Crifte, tu amafli nos tantum, 
quod propter maximum zelum quem habebas de 
animabus noftris^ perdidifti totam pulchritudinem 
tuam, que erat tanta quam cor humanum non 
poiTet eam cogitare. 

O preciofiffimum & nobiliffimum corpus, quam 
pium erat refpicere te tempore Paffionis tue , 
quando proditores injufti fcreaverant in facie tua 
pulchra quam tu, qui eras fuper omnia pulcher, 
videbaris efTe leprofus. Ha! pulcher Domine 
dulcis, quam amarum dolorem potuit habere 
dulcis mater que prelens erat, eo modo quo 
ipfa[te] fciebat & nutrierat & ladaverat, quando 
vidit te mori tam turpi & tam injufla morte. 

Et certe magnum dolorem débet fuflinere omnis 



creatura qui benc relpicit omnia illa & nclcit te- 
am are ex toto corde fuo. 

Et ego lafa mil'cra ! quid faciam, cjue aJluic 
nel'cio ce a marc ? 

Domine duicis Jlielu Clirilte, cor meum luin- 
quam cric in bona pace doncc l'ciam te amare 
ex toto corde meo : non cil rcs in toto illo 
mundo quam ego tantum defiderem. 

Domine dulcis, ego rcliqui patrem incum 
& matrem meam & fratres meos & omnia 
hujus mundi propter amorem tui ; Icd hoc cil 
valde parum quid, quia divicie (fie) hujus mundi 
non funt nifi fpine pongentes, & qui plushabcrct 
de eis plus habcrcc de infortunio. Et propter hoc 
non videtur mihi quod dimifcrim nih milcriam 
& inopiam. Sed tu lus, Domine duicis, quod W 
haberem mille mundos & poflcm ex omnibus uti 
ad meam voluntatem, omnes dimililTem propter 
amorem tui. Quia li dares mihi quicquid habcres 
in celo & in terra non tenerem me contentam, 
nifi te haberem : quia tu es vita anime mec, ncc 
habeo patrem ncque matrem nifi te, ncc volo 
habcre. 

Nonne tu es mater mea & plus quam mater: 
mater que me portavit, in partu mci laboravit 



per unam diem forte vel per unam nocftem, 
& tu, pulcher Domine dulcis, propter me fuifli 
vexatus non una nodle vel uno die folum modo, 
immo laborafti plusquam xxx annis. Ha! pulcher 
Domine dulcis, quam amare laborafti pro me tota 
vita tua; fed quando tempus appropinquabat quo 
parère debebas, labor fuit tantus quam fudor tuus 
fandlus fiiit ut gutte fanguinis, que per corpus 
tuum decurrebant ufque ad terram. 

Et cum pelfimi traditores cepiiïent te, unus 
dabac tam magnam alapam quoi faciès remanebat 
tota nigra; & poftca incipiebant irridere te & 
fleélebant genua coram te pura irrifione, & salu- 
tabant te & dicebant : ave rex Judeorum. 

Ha! pulcher Domine Deus, ipfi non poterant 
fe faciare tormentis tuis , & certe bene hoc 
oftenderunt cum poft hec omnia te ligaverunt 
ad quamdam columpnam, ubi tam diftriéîe te 
verberaverunt, quod videbatur quod efles exco- 
riatus ita eras fanguine coopertus; & poftquam ita 
verberaverunt te, pofuerunt in tuo tenero capite 
quamdam coronam de fpinis que perforabant tibi 
vitalia & oculos. 

Ha! Domine dulcis Jhefu Crifte, quis vidit 
unquam uUam muUerem fie partu laborare! Sed 



If 

ciim venir hora partus, tu fuilli politiis in dun» 
IcCto cruciSj undc non potcras te movcrc, aut 
vcrtere, aut mcmbra cxagitarc, ficut folet faccrc 
Homo qui patitur magnum dolorcm, quoniam ipli 
cxtendcrunt te & clavis confixerunt ira diftridc 
quod non remanfit os ad disjungendum ; 6c ncrvi 
(Se omnes vene tue rupte fuerunt. Et ccrtc non crat 
mirum fi vene tue rumpebantur quando totum 
mundum pariehas paritcr una fola die. 

Ha! pulcher Domine DcuSjadhucnonfuiîicicbant 
tibi omnes iili dolorcs quos fijftinueraSj imo l'uih- 
nuilli ut latus tuum perforât quadam lancea ita 
crudeliter ut bcnignum corpus tuum totum findcrc- 
tur& perforaretur ; & preciofus fanguis tuus exibat 
cum tanta vi quam platea eo manabat quad magno 
rivo, & cum tanta exivit habundancia quod poil 
venit ex magna diftriclione. 

Domine Deus, non crat mirum li gladius qui 
tibi finderat corpus penetravit animam tue gloriole 
matris, que tam tenere te diligebat. 

Ha! pulcher Domine Deus, quis vidit unquam 
alias quam mater vcUet tam turpi morte mon 
amore lui infantis ? Ccrte nullus vidit cam un- 
quam , quia tuus amor tuit ultra omnes alios 
a mores. 



i6 

O pulcher Domine Deus, quam maie funt 
cxpe6late tue bonitates in nobis ! Tu fuflinuifli 
crudeles anguflias fine milericordia & fine men- 
fura^nec invenis qui iciat recognofcere & regra- 
ciari; de quo grandis dolor cil. 

Domine dulcifTime, tu fuifli tormentatus diver- 
fis tormentis : videbas tuos amabiles difcipulos, 
quos ita tenere diligebas, qui te manebant or- 
phani & erant pleni magno dolore quia divide- 
bantur a te. 

Ex alia parte videbas tuam dulcem matrem, que 
erat quafi mortua propter magnam angufliam 
quam fuflinebat pro morte tua dura : et credo 
veraciter quod eras ita tormentatus de fuo dolore 
ficut de tua morte. 

Ha ! Domine Deus, qui erat major dolor de hoc 
quam (fie) fuftinebas an de hoc quod videbas tuos 
difcipulos qui te dereliquerant & erant ita defolati, 
an de tua fanéla matre quam videbas ita defo- 
latam & tormentatam, an eras magis tormentatus 
eo quod eras clavis ita dure confixus, an de hoc 
quam moriebaris tam turpi morte ? 

Credo veraciter qui te interrogaret, quod tua 
refponfio efiet tahs, fcilicet : quod multum erant 
tibi graves omnes ifti dolores^, led unus erat qui 



'7 

traniccndebat omncs alios quanJi) cogitabas cur- 
pifrimam mortem qua moricbaris amore illorum 
qui futuri crant ex hoc tibi ingrati, & vidcbas 
quam pcrdebas illud quoi tam kare cmcras (?c 
tam tcncrc diligebas. 

Domine dulcis, quando bcne cogito & rcfpicio 
dolorem quem habcs magnum, quando créature 
tue feparant le a te, videtur mihi quam hoc cfl 
unum de his que plus tibi placent quando vides 
quod creatura tua fcit fe tencre propter te 6c rever- 
titur ad bene faciendum. 

Domine dulcis, omnia que fecifti amorc moi 
(Se tocius generis humani trahunt me ad amandum 
te ; led memoria tue lacratiirnTie Paiïionis vigorat 
totam afïeclionem meam ad amorem tui, quam 
videtur mihi, pulcher Domine dulcis, quod inveni 
illud quod tantum defideraveram, ut ego non 
amarcm aliud nifi te, aut in te, aut propter 
amorem tui. Et ccxte ita ell m prefenti. Domine 
dulcis, quia mihi videtur quod ego non amem aliud 
prêter quam tecum elle. 

Domine dulcis, quid taciam ego in illa hor.i 
quando non potero me juvare vel conlulere, quando 
habebo os claufum 6coculos,6c anima mealepara- 
bitur a corpore ? Tune inimici mei crunt michi (lie) 

2 



i8 

ante & rétro, qui nitentur quantum poterunt 
temptare me : unus temptabit me contra fidem, 
alter de vana gloria, alter cupietfacere defperare. 

Domine dulcis, quid faciam ego aut quo deve- 
niam in illa hora terribili^ hoc efl in fine meo (fie) 
& in die judicii? Domine dulcis, quid faciam 
tune? in quibus manibus pones me, aut in quo 
hofpicio hofpitaberis me ? 

Domine dulcis, precor te & requiro propter 
mifericordiam tuam ut me refpicias in illa 
hora iiiis oculis piis quibus refpexifli dominum 
meum beatum Petrum, & mihi tradas fi:utum 
fandle fidei tue & fignum fan6le Paffionis tue. Et 
precor te ut mihi dones tam firmam perfeveran- 
tiam ut fim extra omnem timorem & omnem 
dubitationem. 

Et te precor, dulcis Domine kare, ut ita vera- 
citer ficut ego dilexi tuam dulcem matrem fijper 
omnia poft te , ut velis quod ipfa fit mihi 
prefens in illa hora, quando anima mea difcedet 
a corpore, ita ut dyabolus non pofiit accedere 
ad me. 

Et precor te ut mihi des virtutem & gratiam in 
illa hora quod ego pofTim invocare te & reclamare, 
& animam meam tibi recommendare, ficut ex bono 



19 

corde, ur velis cam fiifcipcrc per maniis fanélorum 
angclorum tuorum. 

Et te precor. Domine dulcis, ne me permittas 
difcidcre ab hac vita doncc me purgaveris totam. 

Domine dulcis, non habeo patrem ncquc ma- 
trem nili te, & tu fcis quam diligo te ex toto 
corde meo &; quam non delidero aliud nifi elle 
tccum. 

Domine dulcis , multum elTec mihi amarum 
quando difcedam ab hac miferia in qua sum, li 
irem ad aliam partem preterquam ad te, quamvis 
non fim digna; fed ego bene fcio quam tu potes 
me facere dignam, fi tibi placet. 

Domine dulcis, precor te ut des mihi pati m 
hoc feculo ficut tu fuifli pafTus amore mei : quia 
parata Tum pati quicquid volueris mihi dare dum 
modo fim tecum. 

Domine dulcis, i\ tu vis quod ego contempnar, 
perfecutionem patiar, et ego volo ; li tu vis quod 
lïm leprofa, & ego volo priufquam non habere te ; 
aut C\ vis quod conburar, aut lubmcrgar, aut 
iuipendar, aut excorier, ego volo priulquam non 
elTe tecum. 

Domine dulcis, precor te ut tacias me inori 
quacunque morte volueris, dum modo hm tccum. 



20 

Ha ! lafla chaitiva, cum ha fi longi attendua ! 
Domine dulcis, quare non dirumpis corpus iflud 
miferum totum, ut pofTim eÇCe tecum ! 

Domine dulcis^ quando videbo horam quod ego 
fim tecum? 

Domine dulciffime, quando complebis defide- 
rium meum ! 

Certe^ Domine pulcher dulcis, non pofTum 
invenire in corde quam velim in hoc mundo 
amphus efle ; attamen^ (î tua voluntas cft quam 
fîm amphus, non reculb, quia bene fcio quod 
quanto amphus vobis ferviam, majus meritum & 
coronam habebo. 

Domine dulcis, quando refpicio tuam fanélam 
incarnationem & te refpicio in quodam parvo 
prefepio involutum pauperibus pannicuhs, cor 
meum eft totum inflammatum. Et quando te 
afpicio in cruce fufpenfum, ego defidero defpici 
& deturpari amore tui ; & amphus, quod poffim 
mori propter amorem tui ôc propter Talutem eorum 
quos tam kare emifti. 

Ha , optime Jhefu Chrifte , quid facient tue 
créature ? Quia ego non video fere unum qui 
fciat amare te nec cognofcere 5 pêne rehgiofi , 
quia portant fe fie inordinate in verbis fuis & 



21 

condnentiis ficut feculares. Ht multi luiu avi- 
diores eundi ad mcnfam quam ad matutinas vel 
ad mifîlim. Ipfi funt benc potentes ad potan- 
dum bona vina & ad manducandum bona cibaria, 
cum habent ea, fcd ipfi inpotcntcs ad fercndum 
unum parvulum vcrbum fi dicatur cis; immo 
refpondent per figna , pcr verba , et reddunt 
malum pro malo. 

Aliqui videntur clTc tam rcligiolî & tam 
boni quia libenter vadunt ad ecclelias ôc faciunt 
ram magnas continentias quod non audcnt 
levare oculos. Audiunt etiam libenter verbum 
Dei, jcjunanc, vigilant, liint etiam magne peni- 
tentie, fed non habent virtutem pacientie. Ipli 
funt boni , led non funt pert'ecli. Opportet 
quod amici Dei perfecutionem patiantur in hoc 
mundo. Et vere ipfi non debcnt elTe impacientes 
li quis malum faciat eis ; inde debcnt efle multum 
leti, quia inveniunt aliquid ad fuftinendum amore 
Domini fui. Sed aliqui lunt tam grolli cordis «S: 
maliciofi «Se fuperbi quod, quamcico fit aut dicitur 
aliquid quam eis difpliceat, clamant ad Dominum 
6c maledicunt illos qui malum cis faciunt. 

Illi & ille qui hoc faciunt, non funt difcipuli 
nec difcipule Domini, quia ipfe prccepit ne 



22 

maledicamus maie dicentibus : imo vult ut bene- 
faciamus eis qui nobis maie faciunt. 

Quando aliqui pu tant fe elTe prope Dominum 
videtur eis quod non debeatur eis dici aliquid 
mali. Hay las ! talis putat bene effe prope Do- 
minum qui efl multumlonge^ quiajhefijs Chriflus 
non habitat nifi in corde humili & pleno pacis 
& dulcedinis & caritatis. 

Opportetquodhomo habeat pacientiam in tribu - 
lationibus, & adverjfitatibus & quod habeat verita- 
tem in ore quia os quod mentitur occidit animam . 
Et opportet quod homo cuftodiat cor fuum ne 
recipiat pravas cogitationes^ quia cunéla fcriptura 
dicit quam perverfe cogitationes feparant a Deo. 

Provideat ergo fibi unufquif'que utrum habeat 
in fe has virtutes^ & credo veraciter quod fi quis 
habet eas quam Jhefus Chirftus habitat in eo. 

Sed quid illi habent de rehgiofitate nifi habitum? 
Ipfi funtita diflbluti, ipsi funt ita pigri ad benefa- 
ciendum & dicendum, ipfi fijnt ita fompnolenti 
ad vigilias ôc ad omnes horas diei cum deberent 
laudare Deum, quam malum efl videre. 

Sed ipfi non fijnt pigri neque fompnolenti ad 
malum faciendum. Serotino tempore , quando 
deberent dormire & requiefcere, ad hoc ut pofient 



23 

mclius & devocius Deum laudarc, tune incipiunt 
colloquia & oblaturationes & mendacia. ImpofTibilc 
eil, cum homo nimium loquitur, quin dicac multa 
que non deberet. 

Et font alique gcntes que ncfciunt loqui de 
aliquo bonum, fed judicant fratres luos & forores ; 
& fi fciant aliquam maculam in aliqua perfona, 
illam narrabunt libentius quam facient aliquoJ 
bonum. 

Et de talibus dicit Sancfbus Francifcus quam funt 
fimiles & fratres mufcarum, quia mufca fe collocat 
Icmper in deteriori loco quem invenit in crcatura, 
quia, ubi invenit fcabiem five maculam ibi fc 
confeftim ibi ponit : (5c idcirco funt vocati fratres 
mufcarum qui nefciunt fe occupare in aliquo 
bono. 

Certe magnum dedccus & grandcm confu- 
fionem débet habere omnis perfona cui Deus 
ta [n] tam gratiam fecit quod eam eduxit a mi- 
feria & periculo liujus mundi, quando nclcit 
ordinare vitam fuam ad Deum timendum & aman- 
dum ôc tempus fuum ad ferviendum ei, & quando 
nefcit tenere linguam & os fuum tcmpore & loco 
debito, & fpecialitcr hora qua dormirc debcrct, 
quia multa mala indc vcnnuit in anuna 6: m 



24 

corpore: corpus perdit ex hoc refecflionem & anima^ 
devocionem & gratiam Dei, quod eft gravius. 

Ha las ! quam grant damajo ! cum amittitur ma- 
gna utilitas que provenit ex fancflis médita tionibus 
que debere [n] t fieri in vigiliis ! Quia homo deberct 
meditari in fandla incarnatione Jhefu Chrifti & 
quomodo voluir fieri frater nofler, propter magnum 
amorem quem habuit ad nos, & quomodo voluit 
nafci pauper & voluit in cruce nudus clavari 
& mori tam turpe morte , & quomodo refTuf- 
citavit a morte ad vitam & poft afcendit in 
celum ad dexteram partem fui gloriofi Patris 
ad preparandum locum ôc retributionem amico- 
rum fuorum. 

Poftea efl meditandum quomodo veniet ad 
judicium judicaturus feculum & redditurus uni- 
cuique fecundum fecerit malum aut bonum. Et 
certe multum deberct quifque penfare utrum fit 
in ftatu bene moriendi, quia non efl certus de 
hora mortis. Et ideo bonum eft quod quifque 
faceret juxta confilium & documentum Salomonis 
dicentis : quod homo cogitet omni hora de morte 
& nunquam peccabit. 

Ha! Domine Deus, quid facient illi & ille qui 
vadunt ad infernum currentius quam nuUus dex- 



crarius, ncc ulla aquila volât illa velocitatc qiiam 
ipfi vadunt ad infernum, nifi habcas de eis pietatcm! 
Domine dulcis^ tu abfcondidi tuam faciem claram 
ab eis propter pcccata ipforum, & idco funt cccati 
oc nefciunt malum per quam vadunt. 

Ha! puichcr Domine duicis, quid facient ipfi 
nifi habeas pietatem de eis dum funt in hac prc- 
lenti vita? 

Domine duicis, quid facient in die judicii , 
quando venies judicare mundum, cum audient 
illam vocem terribilcm que clamabit : « Surgitc, 
mortui, venite ad judicium. » Tune mileri cla- 
niabunt & dicent montibus & rupibus ut cadaiu 
luper eos & abfcondant illos, ne veniant antc 
faciem juJicis ; fed hoc iiil valebit quia venient 
ante eum, velint nolint. 

Ha las ! quid facient miferi peccatorcs vel qua- 
lem continentiam facient? Qiua non audcbunt 
afpicere ante le, quia videbunt mundum qui crit 
totus incenfus ignc & flamma. 

Ipfi non audebunt afpicere ad dextdram, quia 
ibi erunt omnia mala prelentia que fccerint a nati- 
vitate accufancia eos. Et omnes qui ibi erunt boni 
ôc mali videbunt ôc cognofcent omnia pcccata 
eorum & fcient qui funt lUi qui fccerint ca. 



26 

Ipfi non audebunt refpicere ad finiftram fuam^ 
quia ibi & erunt prefentes Dyaboli inferni qui 
nihil expedlabunt nifi quod judex proférât fen- 
tentiam fuam ut peccatores précipitent in puteum 
inferni. 

Ipfi non audebunt refpicere fub fe, quia ibi 
videbunt puteum inferni qui erit paratus recipere 
illos. 

Inferius erit confcientia eos diflriéle remordens 
ita quod erit unus de majoribus tormentis que 
fuflincbant. 

Ha lafla! quomodo audebunt refpicere fupra 
fe quando videbunt fummum judicem^ qui erit 
quafi furibundus^ quia tune erit fine ulla mife- 
ricordia & abfque ulla pietate. Nec Mater fua 
dulcis tune audebit eum pro peccatoribus depre- 
cari neque Sandi ; fed erunt ita turbati quam 
Angeli amare flebunt, proutfanélaScripturadicit. 

Tune ponet bonos ad dexteram fuam & malos 
ad finiftram. 

Tune dicet illis qui erunt ad dexteram partem : 
fc Efurivi & dediftis mihi manducare, fitivi & 
dediftis mihi bibere, hofpes fui & collegiftis me, 
nudus eram ôc veftitiftis me, in carcere fui & vifi- 
taftis me. w 



27 

Illis qui ad Hniflram crunt diccr cxprobrando : 
ce Efurivi <Sc non dediftis mihi manducarc, (Itivi 
& non dcdiftis mihi bibcrc, holpcs fui &. no- 
luiflis me hofpitari , nudus fui & non vcflidis 
me, infirmus fui & in carcere & non vilîtallis 
me. 

O lafla ! quis cil ille qui benc cogitac m 
illa fententia quam Deus proférer fupra malos , 
cui cor non fcindetur prc dolore & pietatc illo- 
rum qui funt in pcccato, quando cogitât quod vc- 
nient ad lilum dolorem cum fupernus judcx dicct 
cis : « Ite, maledi(5li, in ignem inferni qui vobis 
paratus eft ; ite cum dyabolis, qui vos cxpeclant 
cum angeiis fuis. 

Poilquam Deus protulcrit illam fententiam, 
dyaboli tcnebunt creagras cum quibus trahunt 
lUos dcorfum in puteum mfcrni. Ibi crit Hamma 
ardens, fulphur ferens, dyaboli crunt in forma 
fcrpentum, qui rodent mamillas & corda coruni 
qui non fuerint vcre fidei. 

Ibi crunt dracones venenofi, qui manducabunt 
labia 6c linguas corum qui blafphemavcrunt no- 
men Domini Jhefu Chrilli. 

Tormenta cadent fupcr eos ita fpillc ficut 
pluvia ccli. Culcitra kclorum illorum ont de 



28 

butbnibus & Terpentibus, linteamina & cooper- 
toria de carbonibus rubeis & flamma ardenti. 
Cortine^ quibus erunt involuti, erunt demones 
horribiles, qui erunt circa eos ad tormentandum j 
eos quamdiu Deus durabit^ hoc eft fine fine. | 
Cibus quem comedent erunt ploratus dolor & j 
gemitus & ftridor dentium. Tympana 6c vielle i 
quas audient, erunt tempeftas (fie) tumultuares j 
& flumina penetrencia que penetrabunt eos ufque j 
ad cor. Ibi habebunt tunicas & capellos de pice i 
nigra & refina que conglutinabetur corporibus 
eorum^ & quando fervitores illorum exuent eos, ' 
deveflient illos tam maliciofe quam, non folum ] 
pellem, fed etiam carnem inde auferent in plures 
pecias ufque ad oiTa. 

Pollea facient eos tranfire de uno tormento | 
ad aliud. Ipfi patientur tantam famem, quam j 
linguas fiias & manus comedent pre anguftia. ! 
Tantam fituii patientur , quod lingue eorum ■ 
ficcabuntur & defiderabunt unam guttam aque 
omnibus diebus vite sue, que erit fine fine, non ' 
poterunt eam habere. i 

Ipfi odio tanto fe habebunt ad invicem, quod I 
fe invicem trangluterent libenter, fi pofient. 

Ipfi erunt abfque omni fpe habendi mifericor- . 



29 

diam unquam de cetero. Tune elamabunt quafî 
bcflie filvedres. Et credo quam hoc erit unus de 
magnis doloribus quos habebunt, quia fepara- 
buntur a gloriofa focictate. 

Ipfi erunt in tantis tencbris, quod nunquam 
de cetero videbunt claritatem, fed femper dya" 
bolos ante fe ad terrendum & tormentandum eos. 

Tune habebunt corpora fuam retributionem 
bonorum que habuerunt in feculo, quia fuam 
mercedem receperunt in hoc mundo, & idco 
torquebuntur fine fine. 

Poflquam Deus omnes malos ira punierit & a 
fe in perpetuum Teparaverit^ tune renovabit totum 
mundum : & luna fplendebit ficut fol, & fol fcp- 
tenplicitur plus quam nunc. 

Hay ! pulcher Domine Deus, quis potefl: cogi- 
tare magnum gaudium quam habebunt fancli, 
quando unicuique tradideris corpus llium ira 
glorificatum & refplendens ficut fol. 

Tune intrabis in regnum tuum gloriofum (S: 
vocabis amicos tuos dicens : « Venite, benedicli 
Patris mei, perci [père] gloriam que vobis parata 
cft ab origine mundi. Intrate in gaudium oc in 
deliciis Domini veflri. » Tune regina paradifi (S: 
omnes fancli mtroibunt in fan cl a m ci vi ta te m Je- 



30 

rufalem laudando & glorificando Dominum. 

Propcer quod, pulcher Domine dulcis, quando 
cogito fpeciales gracias quas mihi fecifti pro tua 
curialitate : primo quomodo me cuftodifti ab infan- 
tiamea, & quomodo me eduxilli de periculo hujus 
mundi & me vocafti ad faciendum tuum fanélum 
fervicium, 6c quomodo mihi providifli in omnibus 
que mihi neceffaria erant: ad manducandum ad 
bibendum ad veiliendum & ad calciendum, tahter 
quod non habui occafionem cogitandi in omni- 
bus iftis tua miferatione magna 5 Domine dulcis, 
quando cecidi per meum defeélum, tu me tam cito 
relevafti per tuam gratiam; quando fui defolata, 
tu mihi dedifli tuam dulcem confolationem ; <5c 
cum hoc totum fecifti, mihi tantum honorem & 
tantam gratiam fecifti^ quod eam dicere nefcio vel 
referre, quia non lum digna. Sed tamen abilinere 
non pofTum quin inde ibi cogitem, fed non quan- 
tum deberem vel opus mihi eiTet. Domine dulcis, 
ftupefaéla fum quomodo anima non difcedi a 
corpore quando cogito iftud. 

Domine dulcis, si non feciiTes mihi aham gra- 
tiam, nifi iflam quod non permififhi quam fim in 
fervitute & fubjeélione hominis, Tatis mihi fecifti. 
Et certe, Domine dulcis, fi non feciiTes mihi un- 



3' 

quam plus^ bene deberet me trahere ad amandum 
te, quia nunquam fccifti mihi gratiam, cxccpto 
beneficio palFionis tue, de qua Iciam tibi tan tas 
grates (fie) vel que tam fortiter cor mcum atcrahat 
ad amandum te, quam quod noluiili nec lullinuifli 
ut ego jungerer nifi tibi. 

Ha pulcher Domine dulcis Jhefu Chriftc, 
quam retributionem reddidi tibi ufque ad hanc 
diem pro tôt bonis que mihi fecifti ! 

Cette, mi Domine dulcis, reddo gratias & mifc- 
rationes tue pietati, quia non permilifli me mon in 
peccatis meis. 

Mi dulcis Domine, vere quando bene refpicio 
gratias & bénéficia que mihi fecifti & maximas 
mercedes quas promittis hiis qui ferviunt tibi, 
animus meus efl totus immutatus & perdidi totam 
voluntatum offendendi te. 

Et ex nunc volo totam vitam meam ordinare 
ad amandum te & tempus ad Tcrviendum tibi, 
& de tempore preterito, Domine dulcis, quod 
tam maie expleclavi, proptcr peccata mca & 
propter negligentiam meam, pcto a te milcri- 
cordiam & veram indulgenciam. Et te prccor (S: 
requiro, per tuam dulcedincm & tuam magnam 
mifericordiam, ut dones mihi tam pcrfcclam humi- 



32 

litatem ut polîim nutrire 6c cuflodire in me ignem 
tui fancfti amoris fine extinttione ficut ignis pruna. 
Et te precor ut velis me eligere ad tuam gioriofam 
partem & ut a me amoveas omnia que tibi poiïunt 
difplicere in me. Et te precor ut des mihi gratiam 
Spiritus Sanéli qui me illuminât & doceat facere 
dignos fruélus penitencie. 

Domine dulcis, precor te ut intendas ad adju- 
vandum me quia inimici mei funt circum circa 
me : mundus, caro^ dyabolus. Mundus invitât me 
honoribus & diviciis & ut velim fibi placere. 
Caro eft tota plena pigritia & fompnolencia & 
vult femper contra fpiritum. Dyabolus nititur 
die ac node illaqueare me & mittere in peccatum. 
Sed ego confido in tua magna bonitate : quod ficut 
pofuifti mihi mundum fiib pedibus, quam non 
appretio nec [eftimo] plufquam unum iufpenfum 
qui pendet in fiircis, omnino credo quam ita faciès 
me vincere carnem & dyabolum & omnes fijos 
infijltus. 

Mi Domine dulcis kare, vere quando meditor 
bene in doloribus & angufi:iis quas amore mei in 
hoc mundo fiiflinuilli , omnia que mihi placere 
folebant & in quibus deledabar, verfa fiint mihi in 
odium^ & omnia^ que mihi fi3lebant efTe gravia & 



33 

afpera ad fuflincndum & portcndum, vcrlli luiu 
mihi in dulcedinem ôc confolacionem ; ôc tancum 
diligo illiim qui me Ipernit ficut illum qui benc 
apprcciatur. 

Domine dulcis, Icnbe in corde meo illud quod 
vis ut faciam; fcribe ibi tuam legem, fcribc ibi 
tua mandata ut nunquam deleantur. 

Domine dulcis , ego benc fcio quod caro mea 
eft tota plena pigricia & fompnolentia, fed fpiritus 
meus promptus efl facere voluntatem tuam. 

Domine dulcis, ego renui coniblari prcterquam 
a te ; fed quando memor lum tui, deleclor in 
defiderio & in amore tui^ Domine dulcis. 

Expliciunt fanéle meditationes fancle virginis 
Margarete, priorifTe condam domus do Polcteins 
cartufienfis ordinis. 



C<fV^ 



■ur rXf \lr rlr yïr tlf \îf tÎ> tlf tif r^r Vtf tîf >Tf 



STECULUéM 

SANCTh iMARGARhTE VIRGINIS 

Prioriffe de Poleteins 




iNNO Domini miliclimo ducciuc- 
fimo nonagczimo quarto, Hugo, 
prior Vallis Bonc^ attulit ad Ca- 
pitulum gcncralc doiino Ijofoni 
priori Cartulîc liane vifioncm lihi 
millam ab ancilla Dei domina Margarcta, priorifla 
condam de Poleteins. Et creditur iplam priorillam 
fuide pcrfonam que feripfit hanc villoncm, cui 
Deus tantam gratiani fccit ut libi tam l'ecrcta 
dignarerur ollendere ; quani vilîonem, Spéculum 



36 

Sanvfle Margarete virginis priorifTe de Poleteins, 
decrevimus noncupari. 



PRIMUM CAPITULUM 



Oy me fenble, que jo vos ay huy dire, que 
quant vos aves huy recontar alcuna graci que 
Noflres Sires a fayt a acuns de fes amis, que vos 
en vales meuz grant tens 5 & per co que jo defirro 
voflra falut alTi come jo foy la min, je vos diroy, 
al plus briament que jo porroi, una grant cortefi 
que Noflres Sires a fait a una perfona que jo 
conoifTo, non a pas moût de tens. Et per co que 
illi vos tort a plus grant profet, jo vos direy la 
reyfon per que crey que Deus la ly a fayt. 

Citi creatura, per la graci de Noftre Seignor, 
aveit efcrit en fon cor la feinti via que Deus Jhefu 
Criz menet en terra, e fos bons exemplos & fa bona 
doélrina ; e aveyt illi neis lo douz Jhefu Crit en 
fon cor, que oy li eret fenblanz alcuna veis, que 
il li fut prefenz e que il tenit un livro clos en fa 
mayn per liey enfennier. 

Cil livros eret toz efcriz per defor de letres 



37 

blanches neyres <5c vcrmeylles ; li fe[r]mcl dcl 
livro crant efcrit de letres d'or. 

En les letres blanches crée efcrita li fanda 
converfations al beneit fil Deu, li quaus fut tota 
blanchi j per fa très grant innocenti & pcr les 
laindes ovrcs. En les neyres erant efcrit li col 
& les tenplees & les ordures que li Jue li gita 
vont en fa fainti faci & per fon noble cors, tant 
que il fenblevet eftre mefeuz. En les vcrmcUes 
crant efcrite les plaes & li prêtions fans qui fut 
cfpa[n]chies per nos. 

Et puis y aveyt dos fermeus qui clofant lo livro, 
t|ui erant efcrit de letres d'or : en lun aveyt efcrit : 
f< Deus erir omnùi in omnibus ; i) en lautre aveyt 
ci'crit : ce zMirabilis Veus in Sanâis Juis. » 

Or vos diray briament, cornent ci creatura i'e 
elludievet en cet livro. Quant veneit lo matin, 
illi commença vet a penfar coment li beneyz fus 
Deu volet défendre en la mileri de ce mont, c^ 
prendre noftra humanita & ajotar a (a deita en 
tal maneri que fon puet dire que Deus qui erct 
immortaus fut mors per nos. Apres illi pcnfavc 
la grant humiUta que fut en luy, 6c pues penlavc 
coment il vocit cllrc perfegus toz jors ; après 
penfave en fa grant povreta y en la grant pa- 



3S 
tienci, & cornent il fut obediflcnz tan que a la 
mort. 

Quant illi aveyt ben regarda cet livro, iili 
commencavet a liere el livro de fa concienci, 
lo quai illi trovaret tôt plen de fouceta & de 
menconges. Quant illi regardavet la humilita 
Jhefu Crif, illi fe trovavet tota pleyna d'eguel ; 
quant illi penfavet qu'il volit eftre mefprifies & 
perfegus, illi trovavet en fe tôt lo contrayrio ; 
quant illi regardavet fa povreta, illi ne trovavet 
pas en fe que illi volit élire fi povre, que illi en fut 
mefprifie 5 quant illi regardavet fa pacicnci, illi 
non trovavet point en fei ; quand illi penfavet 
cornent il fut obediens tan que a la mort, illi ne 
trovavet pas fi bien obediens cornent mefliers li 
fut. 

Co erunt les letres blanches en que eret efcrira 
li converfations al beneit fil Deu. Apres quant 
aveit bein regarda totes fes defautes^ illi se per- 
forfavet de femandar tan corne illi puet, a felTem- 
playre de la via Jhefu Crift. 

Apres illi fe eftudievet en les letres neires, en les 
quaus erant efcriptes les viutimances que on fit 
Jhefu Crifl : en celés apreneit a sofrir les tribula- 
tions en patienci. 



V) 

Apres illi le cftjdiavct en les letrcs rogcs, en 
les quaus erant cfcriptes les plaes ôc li clpanchi- 
menz del prctious fane Jhcfu Crill. En ccles 
aprcneit non pas tan foulament les tribulations 
lofrir en patienei, mays fi apreneit a dcleiticr 
en tal maneri; que tuit li confort de cet mundo 
li tornavont a grant haine ; elfi que oy li erct 
fenblanz que en cet mundo non eret ci digna 
chofa ne ci douci, corne fofrir les peynes & les 
tormens de cet feglo per famour de fon Créateur. 

Apres illi fe edudiavet en les letres dcl or : en 
celés illi apreneit a defirrar les choies celelliaus. 

En cet livro trovavet efcripta la via que Jhcfu 
Criz menet en terra, dey fa nativita tan que il 
montiet en ciel. 

Apres illi commen;:avet a penlar cornent li 
beneitfiuzDeu le fieta la délira part de fon glo- 
rious Pare; mays illi aveit encores les iouz del cor 
lî obfcurs, que illi ne poct contemplar Nollron 
Segnour en Cel, mays li coventavct [toz] jors re- 
tornar al comenciment de la via que Noflri Sires 
Jhefu Criz menet en terra, tant que illi ot bcm 
emenda fa via a rdîimplairo de cel livro. llli le 
elludiavet grant teins en coca maneri. 



40 



StCUNDUM CAPITULUM 

Or no ha pas grant teins que illi ereit en orei- 
Ibn après Matines, & comencevet regarda en fon 
livro affi corne illi aveit acotuma. Quant illi ne 
s'en prit garda, oy li fenblauz que li livros fe 
uvrit, loqual illi non aveit unqucs veu manques 
defor. 

Cit livros fut dedinz aiîi corne uns beauz mi- 
rors; & no hy aveit fors que due pages. De co 
que illi vit dedenz lo livro, jo ne vo conteray pas 
moût, quar jo no hay cor qui lo puit penfar ne 
bochi qui lo fout devifar; tôt ades jo vos direy 
alcon petit, fi Deus me donet la graci. 

Dedenz cet livro appariffeit un lues delicious 
qui eret fi très granz, que toz li monz non e que un 
po de chofa a regar de cen. En cel lua appariffeit 
una très gloriofa lumeri que fe devifavetentres par- 
ties, aifi corne en très perfones; mays de co ne fait 
aparlar de bochi de home. Deinqui fahunt tuit U 
bin qui poont être : de inqui faleit li varay fapienci 
per la quai totes chofes font faytes & crées; iqui 
eret U puyiïanci a la cui volunta totes chofes fe 



41 
enclinont; de inqui laylcit una (î granz doucors 6c 
una Cl granz refedlions, que li anges & li armes 
eftiant fi repayiïlies que eles ne poenc outra co 
defirra nient; de inqui iflît una odors que ercc 
fi très bona, que illi trafet totes les vertuz del 
Ceuz afley ; de inqui faleyt uns fi très granz cn- 
brafi^amenz d'amour, que totes les amors qui font 
en ceft mundo, no font ma ques una granz ama- 
ritudina au rcgart de cel amo(r)ur; de inqui 
falleyt fi très granz joys, que cors d'orne ne lo 
poric penfar. 

Quant li Angel & li Siint regardont la grant 
beuta Noftron Seignour e il lintont la bonta 
& fa très grant doucour, il ant fi très grant 
joy que il no fe pont tenir de chantar, mays 
fant una cha[n]con tota novella, qui ell fi douci, 
que co efl una granz meloudi. Ciz douz chanz s en 
veit per toz les ordenz des Angels & de Sayns, 
dey lo primyer tant que au derrier; & ciz chanz no 
eft plus tôt fcnis, que il en fant un autre trctot 
novel, & ciz chanz durera feins fin. 

Li Saint ferant dcdcnz lor Creatour tôt affy com 
li pcyfiljn qui font dedcnz la mar, qui bcyvont toz 
jors a plein, feins enoer6c feins l'ayguy amcrmer; 
tôt afil feront li Saint, quar il bcvrant & mcngirant 



42 

la grant doucour de Deu, <5c tant com il plus en 
recevrent & il plus grant fayn en arent. Et citi 
doucors ne fe pot decreytre, affi po & mens que 
li ayguy de la mar ; quar tôt affi com ii fluy vo 
fallont de la mar tuit & tuit y retornont^ tôt affi li 
beuta Noftron Segnour & li doucors cum bein 
que illi fe expandet a tot^ illi retornet toz jors a 
luy, & per co ne pot illi ja mays defcreytre. 

Certes ce li Saint ne fayfiant ja mays que pcn- 
Tar la grant bonta de luy^ fi no porriant-il pas per- 
faytament penfar la très grant charita per la quai 
li très bons Sires envie t lo benoit Fil en terra. Or 
penfas que en luy ha d'autres biens avoy cetuy : il 
efl tra totes chofes que Ton pot penfar ne defirar 
en toz fos Sains. Et co eil li efcriptura qui eret 
efcripta el premier fermel del livro ou aveit efcrit : 
ce Deus erit omnia in omnibus, n 

Et el fécond fermel del livro aveit efcrit : 
« zMirabilis Veus in Sandis fuis, » Deus efl 
miravillous en fos Sains. Oy non efl cors d'ome 
qui poit penfar com Deus eil miravillous en fos 
Sains. 



43 



TERTIUM CAHITULUM 



Oy no ha pas moût de tens que una pcrfona 
que jo cognoiiTo eret in oreyibn ou devant Mati- 
nes ou aprc3, & comencict a pensar en IhcfuCrit, 
cornent il le feit a la dextra par de Deu lo Pare. 
Et tantôt fos cors fut fi élevas, que oy li fut ll-n- 
blanz que illi fut en un lua qui eret plus granz 
que toz li monz & plus reluyfanz que li folouz de 
totes pars; ôc eret pleins dunes genz que erunt fi 
très bêles & li très gloriofes, que bochi d'orne non 
ho porroyt recontar. 

Entre le autres, oy li fut fenblanz que iUi veyt 
Jhefu Crit fi très glorios que cuors ne porroyt 
pcnfar, qui eret veftiz de cella gloriouza roba 
qu'il prit el très noble cors de Noftra Donna. 
En fes très nobles mayns & en les pies appa- 
reyllant les gloriofes playes que il fulfrit pcr 
amour de nos; de ccl glorious pcrtuit laUit 
una fi très granz clarta, que co eret uns granz 
ebaymens aifi com Ci tota li beuta de la divinita 
falit per mey. Ices glorious cors eret fi très nobles 
& fi trapercans, que l'on veoyt tôt clarament lar- 



44 
ma per dedenz; cil cors eret fi très nobles, que 
Ton fi pooit remirer plus clarament que un mi- 
rourj ciz cors eret fi très beuz que l'on y veit los 
Angelos & los Sains alTi come fe il fuffant peint 
en lui. Sa faci eret fi très gracioufa, que li Angel 
qui Taveiant contenpla de que il furont créa, non 
fe puyant folar de luy regardât, mais lo defirra- 
vont aregardar. 

Certes qui penferoyt & regarderoyt fa beuta 
& la bonta que efl en lui on famerit tant, 
que totes atres chofes li fariont amares ; quar 
el ell fi bons & fi douz & fi corteis, que tôt 
quant que il a de bein, il ha dona & parti a fes 
amis. Or penfas fatre grant beuta de lui que eft fi 
très granz, que il ha dona a totz los Angelos e a 
totz Seins, qui font feins membro, que chacuns efl 
afîi clars com li felouz : or poes penfar quant beuz 
efl li lues ou a tant de clartés. 

Quar Deus efl fi granz que il efl pertot, la quai 
chofa neguns doyt aveir, for que il toz fouz. Il 
ha dona fi grant legereta a fes amis, que il 
vant en un moment lay ou il volent; quar il 
vont, quequepart que il feiant, per toz prefenz 
avoy luy. 

Deus efl tre fort & très poyll'ens, & per co 



4Î 

il ha don a a fos amis fi granc poylTanci & (1 
grant forci, que il pont quanquc il volent : le 
il aveunt volunta de levar tôt lo mundo al petit 
dei, il o porriunt fayre légèrement. 

Jhefu Criz e toz frans, <Sc pcr ccn il ha fayt l'os 
amis tant frans & fi fultiz & i\ trapercans que, il 
povenc entra 6c ilîîr a portes clolcs fen negun 
empegiment, alfi com Jhelu Criz fiyfeit après la 
refurre(flion, 

Deus efl impalfibiUs & no pot aveyr nulla infir- 
mita en fe, & per co il ha dona fi grant fan ta a 
fos amis, que no porrent ja mais aveir maladi ne 
eftre pefant ne grava ne en arma ne en cors. Deus 
efl très granz dclyez, quar oy non ell doucors ne 
déliez qui bons feit que de luy ne viegnet, quar 
il ell: li douz leytuares en cui font totes les bones 
lavors. Il efl (\ bons, que cil qui en agoflarentcom 
plus largiment en recevrent & il plus grant fayn 
en arent, ne autre chofa delîrra il oferent fors la 
doucour que il de lui fentirent. 

Deus efl pleins de fapienci, & de cella il a tant 
dona a fos amis que oy ne lour convindrn ja 
rent demandar, quar il harent tôt quan que il 
voudrent. 

Deus ell amors, & de cella il ha tant dona au 



46 

Sains, que il s'amont tant comme li uns membros 
puot amar Tautro; & co que li uns vout, volent 
tuit li autri. 

Deus [eft] eternauz, & per co il ha fait fos 
amis de fi nobla materi, que il non fe porrent ja- 
mais corrumpre ne no porrent enveylir, mais 
vivrent perdurablament avoy lui. 

Or poes penfar la très grant bonta que efl en 
luy, qui enfi a dona tôt quan que il ha fos amis. 
Encor lor ha il plus fait, quar il lor ha dona fe 
mémo ; quar il los ha fait fi beus & fi glorious que 
la Trinita veit chacuns en fe, alfi come un veic en 
un bel mireour co que li eft devant. 

Et co efl li efcriptura qui eret efcripta el fecont 
fermel ou aveyt efcrit : « ^Mirabilis Veus in Sanâis 

fuis. 5:> 

Et tôt alfi com li Saint fe deleélunt en veir 
la beuta Noflron Seignour, fe déduit Nollre bons 
Creares en la beuta y en famour de fes bêles 
créatures qu il a fait a fa ymagi <5c alfa femblanci, 
affi come li bons meitres regardet volunteyrs una 
bêla carta quant il fa bein fayta. 

Certes jo crey : qui metrit bein fon cor en la 
très grant beuta Noflron Seignour & cornent il 
appareyt glorious en fons Sains, bel dyroyt bein 



47 

que fo erant dreitcs mervillcs; c crcy tjuc oy lo 
convindrit a defalir, e bcin porreit dire que Dcus 
lor aveit ben rendu co que il lour promet per lo 
propiieta David : ce Ego dixi, T)ii ejlis. » Quar oy 
fera fenblanz a chafcun que il fcit uns petiz Deus, 
quar il feront lî fil 5c li hcyr. 

Certes jo ne croy que cl mont ait cor fi freyt, 
(c il faveyt bein penlar & cogneitre la très grant 
beuta de Noftron Segnour, que il no fu toz em- 
brafas d'amour. Mays oy ha de cors qui font li 
abaftardi, que il font come li porcez qui ama 
pluis lo fla du fangez qu il no faroyt d'una bêla 
rofa. AlTi font cil qui amont plus pcnfar en les 
chofes de ceft feglo 6c plus y ant de confort que 
il non ant en Deu; 6c cez font fi plein de ténè- 
bres que il non y veont gota. 

Et genz qui font fi mal netes, non ant pocr de 
Deu amar ne de lui cognoitre. Qiiar Dcus dit en 
f Evangelo, que neguns cognoit lo Fil ma ques li 
Pares, nelo Pare me que li Fiuz 6c ceuz cui li Fiuz 
lo voudra revelar. Je croy bein que li Fiuz Dcu 
ne révéla pas l'os fecrez a gens qui funt mal netcs. 
Et per co funt ben atru li net de cuor, quar il 
verrent Deu tôt apcrtament; 6c il mes lo promet 
en l'Avangelo &: dit que ben atru loin li ne de 



48 

cuor, quar il verrenc Deu faci a faci en la tre 
grant beuca. 

Jhefu Criz nos dunt vinire fi netament de cuor 
& de cors, que quant li armes nos partirent del 
cors que il nos deigneit monftrar fa glorioufa faci. 
Amen. 

Explicit Spéculum Sanéle Margarete virginis 
prioriffe de Poleteins; obiit autem anno Domini 
millefimo trecentefimo decimo, tertio idus 



^¥<^ 



ttf tîf rir ^îr rlf rtf ^ tîr rh tîf >îf >lf >îr >î< 



LI VIA SEITl BIATRIX 



\'IP,CINA DE ORNACIU 



PRIMUM CAPITULUM 



i^ ;-; L honour de Dcu & al locmos 
de l'on bcncyt non, & a reco- 
gnoytre (a grant mifcricordi «S: 
regracier los glorious dons de l'a 
bon ta, y être pluis fervcns a faire 
lo fervis de Noftron Seignour Jhefii Crit & de la fin 
glorioufa Virgina Mare, humilmcnt & devotamcnt 
voil elcrire a voftron edifiment, una partia de la 
honeila & fainda & difcreta converfation t]ue 

4 




citi efpoufa de Jhefu Crit menet en terra entre fes 
forors^ de ly ajo de xiii anz en fus. 

Nos entendinz que al comenciment de fa faindli 
converfation, illi propofet de guerpir totes chofes 
mundanes de bona volunta de cor^per la amour del 
douz Jhefu Crit : fon bon propos illi gardiet moût 
enteriment, Illi eret très humis de cuor & de cors ; 
illi eret moût cheritoufa &pidoufa & fumiz denens 
de tota maneri de humilita que potet neceffita a 
fes compaignes. Illi fut de moût granz jeunos & 
abflinences, tan quant fa feybla complexions ho 
poet portar. Illi eret moût enteriment obediens, 
& de moût grant oreifon affiduaz, & de fi grant 
devocion que pluifors veis ilU cuidavet de tôt 
perdre lo veyr, per les laygremes que illi gitavet ; 
& fe eret moût benigna de paroles, humiz &: de 
grant exemplo. Illi eret moût curioufa & fervenz 
en mètre tôt fon entendiment a fayre y a dire y a 
veyr y a oir totes les chofes que li fenblavont que 
puyiTant tornar al edifiament de fa arma & de les 
autres genz. 

En cita faincfla converfacion , nos entendin 
que Noflri Sires per fa grant mifericordi li fit 
moût de grâces. Al comenciment illi fut hun 
grant teins que a toz jors y en totes ovres y en 



p 

qaalquc lua que illi fiic, illi havcit figrantgraci, 
que oy li eret fenblanz quj Noftri Sires fut ades 
aranda lye apertamcnt. Apres li creifit Noflri Sires 
tant fa graci, que moût fovcnt, en qualque lua 
que illi fut, illi fentivet fi grant graci & fi grant 
gloyri en Ton cuor de la amour de Noflron Sei- 
gneur, que a peynes que illi la poec fuflinir. En 
cita graci, oy li venit comc una perlboa & la cm- 
bracavet forment & moût amiablament : en cella 
ducour que illi fentcyt dcl tras douz embraciment 
de fon veray Créateur, o ly cret vyares que fos 
cfpirit defayllit. 

Quant illi oc mena ceta faintfla via hun grant 
teins, li dyablos fe comenciet moût elTorcier 
de li travallycr en totes manercs ; & quant 
illi vit qu'il la cuidavet fi vilment dcccyvrc, 
fe comencet moût grant penenci fayre. En la 
quai penenci fafeit acunes chofes, pcr la grant 
pour del deceviment del Dyablo, que erant acunes 
vcis senz grant difcrecion, mays eles ytiant totes 
per grant temour ôc per grant fcrvour, 6c tote veis 
Noftre Sires o metivet tôt cm bon point. 

Quant illi eret cufinyeri y enfermeri, illi o feyfet 
moût cheritoufament ; & quant oy li coventavct 
fayre alcunes chofes al fua, illi mctcyt tant f.ici 



fus la chalour del fxia., que oy li eret vyares que li 
cervella li brulat en la tefla & que li huel li erragif- 
fant de la tefta^ & mente vez illi attendeyt qu'il 
volalTanc en terra. Illi portavet la brafa tota viva 
en fes mains nues^ fi que li cuers li brulavet toz 
& les parmes. A tôt co non fentievet rent. Illi 
preneit fi granz difciplines que li lans en coreyt 
per totes les cotes. Illi aveyt en tant grant remem- 
branci la pafiion de Noflron Seignour Jhefu Crit, 
que illi fe percavet les mans per les parmes tant 
que oy li refpondeit al cueir defus la main, ha un 
clavel feins pointa 5 & totes veys que illi co fayfeyt, 
oy li en fayleyt aygua tota clara que unques en 
fane non fe meclet, & tantôt li play fe cloyt & 
s'ananet fi beyn que perfona no fe poeyt percey- 
vre. Quant plus ne poeyt fayre illi alavet dechauci 
per la vey & per lo glaz. 

Quant li dyablos vit queillifemeteytafi grant 
affli(flion, et vit que en neguna maneri el non y 
poeyt rent gaygnier em veyllanz, la comenciet 
travallyer en dormenz moût plus fort que no aveyt 
en veyllanz. Adon ne layifiet neguna chofa que li 
poet damagier l'arma ne lo cors al deplaifir de fon 
Creatour, qu'il totes ne les li mit avant per fen- 
blances ôz per figures, tant vilment quant el poeyt. 



Les granz viutas &: ordures que il h amenavct de- 
vant per diverfcs mancres, non orcric negunt 
reconrar j mays illi non o cognoyfleyt ne damajo 
ne li tincyt. 

Quant il li otco fait plus forveys (fie) & en totes 
maneres Tôt eflaya & vit que tôt co ne li valit, cl 
li comencet a trayre per femblances afTi corne 
carrcuz. Et adon li cret vyayrcs que cil carrel, qui 
cftiant forma de viouz &: de pluyfors péchiez, la 
fbriiïanten Tarma de totes pars;(Sc rcnt ne li povent 
noyre. 



SECUNDUM CAPITULUM 

Quant lUi vit que co ne poct prendre fin mays 
crezeyt toz jors, 6c li pours & li temors li comen- 
cet fort a creytre. En cet grant efpavantament, illi 
fut una noyt en l'on liée & comcnciet moût fort 
a reclamar Noflra Donna, que illi la adjuvat 6c 
fecorit, 6c per fa grant mifericordi la gardât dcl 
pueyr 6c del engint dei Dyablo. En co que illi ot 
tait fa prcyeri 6c Noflra Dona li vint devant, 6: 
fenblavet li que Noftra Dona fut de le ajo de xv 
anz, 6c la très grant beuta de li ne pot unqucs 



H 

recontar. Adon viryet li glorioufa Donna fon 
pidouz & fon douz regart moût amiablament ver 
lyei, et dit li : « Très chera fili, non aes pour ne 
neguna dotanci;, carjo, « co dil illi, jj fui Maredel 
Rey Tôt Poyflcnt cui tu es efpoufa ôc fui Mare de 
mifericordi ; & en cel poyr e en cella mifericordi, 
ju prenne Farma & lo cors de toy en ma garda y 
en ma deffenfion, & te garderey & deffendrey del 
poyr del Dyablo & de fos enginz. » 

En tant illi fe départit de li, & tantôt li Dyablos 
la guerpit & illi remat de totes chofes en bona pays . 

Una autra noyt, après co un po de teins, il li 
venit devant & cudyet la deceyvre & travalyer en 
atres chofes a moût grant force, mays tantôt que 
illi comenciet reclamar Ncllra Donna & dire : 
c4ve zMaria per la via de Noftra Donna, il fe dé- 
partit de devant li toz confus & s'en entret en 
terra en femblanci de una grant fumeri neyri; & 
quant el entret en terra, li terra frémit moût fort 
per qui ont el intret. Deys cela hora en lay, illi ot 
plus de la graci Noflron Seignour. 

Apres un grant teins que tôt co fu paffa, & 
moût de autres granz grâces & fecretes révélations 
que Noffri Sires ly ot faytes, comencet moût fort 
a defirar eflre avoy Noflron Seignour, & fure cet 



grant defir comencet forment qucrrc la mort a 



Noflron Segnour. 



lERTiUM CAPITULUM 

En cefl efpacio, aventiec que illi un jor aprcs 
Vcfperes fut devant loutar en oreyfon, & hon 
aveyt cel jor per aventura ota la boyta, en que hon 
garde corpus Domini, delacullodi; fi Taveyt-on 
mes en una de les fe [ne] lires de Toutar. Et illi fe 
viryet cela part en fayfanz fa oreyfon & qucrit 
forment la mort a Noflron Segnour a moût granx 
laygremes. Adon en fayfent fa preycri illi oyt y 
entendit la voys de fon Creatour, qui parliet en la 
boyti de que jo ay dit defus que eret en la fcncftra. 
Nos entendin que, entre les autres choies, oy li fut 
demanda quinta voys & quinta parola oy li eret 
femblanz que illi oyt. Et illi refpondit qu'il la avcit 
come honz, co li eret fenblanz, mays differenci y 
aveit fi grant, que no ly eret vyayres que ncguns 
cors humans qui vivet en terra, puit entendre en 
fon cor ne dire de bochi neguna fenblanci ne nc- 
guna eftimacion de la grant bcuta & doucour de 
cella gloriofa voys & parola. 



r6 

En co qui el li parlyet^ el li dit apcrtament ne 
defirrarne quirrir cetachofa, car, co dit-il, « no voil 
que tu moyres encores.j^Ico li dit tant benignament 
& tant amiablament, que oy no ly cret fenblanz 
que illi ne neguna autra perfona o puit fayre en- 
tendre. Et li granz defïr que illi aveyt de la mort, 
li palTet tantôt del cor, & remat en grant confo- 
lacion y en grant defir de mays vivre el fcrvis de 
fon bon Creatour. 

En cella hora li venit en cor, que li maladi que 
illi aveyt de fa feblece li porit moutnoyre al fervis 
de Noflron Segnour, & tantôt illi tornet moût 
devotament en fa oreyfon. Entres les autres illi 
dit : « O tras chiers Seignors, mos verays Deus e 
mos bons Creares, ju requiero ' a la très prevonda 
mifericordi de voftra poyiTent humanita, que pois 
que oy e[s]t voflra volunta que jo mays vivo, que 
a vos placet que vos me doneis la fanda d'arma & 
de cors & furetot de la maladi de ma tefla, fi que 
toz jors poyiïo eftre en graci y en perfeveranci de 
voflro fervis fayre devotament, tant quant a voflra 
bon ta playra que ju vivo, n 

En fayfanz ceta preyeri illi oyt y entendit, yiïi 

■ Ms. requiiero. 



corne illi aveyt devant, la gloriofa voys 6c parola 
de Ton veray Creatour qui li dit : a Quant que 
ju te voudroy donar, receis & fulTrcis en mon 
nun. u Ico li dit moût alagramcnt y a bein po, co 
li fut fenblanz, en forifanz. Li granz conlblations 
de liey eret fi granz devant, que illi non y porct 
mètre contio , mays illi fut plus granz après ôc 
li graci de Noflron Scignour fut toz jors en liey. 



QUARTUM CAFITULUM 

Una autra veys aventeit que huns frares que illi 
aveyt fut de guerra. Per la grant pidie que illi en 
ot de la prifon de lui, illi fe mit en grant orcyfon 
y en grant alflidion vers Noilron Seignour qui el 
fon frare vofit delivrar de les mans de fos enmis. 
Ht tant que un jor que illi eret en oreyfon en li 
glyefi ôc en facant ia preeri illi le adormit, <5c 
tantôt oy li fut-fenblanz que illi veyt venir, come 
de vers lo Ciel, dues perfoncs les plus bêles créa- 
tures de tôt lo mont, & fe metiront a la dcilra part 
del outar & fut fcnblanz qui el eflramefant (5c pa- 
ncfant cela place. Qiiant co fut fayt moût dili- 
gyamenr, illi vit venir duos autros qui furontplus 



r8 

bel fenz comparacion que li premier, y aveont les 
faces enbronchies plenes de dolour ; & comence- 
runc a defpleyer hun moût bel drap d'or. 

Entretant en vit venir duos autros qui Riront 
moût plus bel que li atri. Et cil qui defpleavont 
lo drap lor ballierunt lo chavon qui eret devers 
Toutar & ytaront cit dui d'amont, & li atri qui lo 
tineunt d'aval lo eflendirunt en terra que li dui 
premer aviant appareyllia moût diligyament, y a 
grant reverenci il lo arriaront de totes pars. 

Quant co fut fayt, illi vit venir una grant 
conpagni de gens , li quai furont fenz compa- 
racion plus refplandiiïent que li folouz en fa 
plus grant clarta. Et tuit inli quant veneant, il 
fo pleavont envers foutar en la partia en que 
eret corpus Domini; <5c aviant les faces enbron- 
chies come pleynes de grant pidie. Li premer 
& tuit cil derrier fe metiront enfems , 6c poys 
il fe départiront & furont entre lor dos cuors. 
Entretant illi vit venir d'autros plus beuz que tuit 
li premer, & entreront fe entre celos duos cuors & 
li cuors qui los receviront fo plearont tuit a grant 
reverenci; y cit derrier eiliant fi grant conpagni 
que hon non y poyt mètre numbro, & furont lour 
dos autres cuors. 



10 

Entre celos dos cuors_, qui fe ajotaront al dos 

premers cuors, appariiïeit una pcilona lo quai 
tcneant quatro atri entre los mans, li dui devers 
la teta & li dui devers los pies. Et cil quatro li 
eret ibnblanz que fufTant les plus nobles créatures 
que fuiTant entre toz los autros. Et pofaront 
ycel glorious cors que tineant entre lor mans, 
fus lo drap del or que li premer âviant appa- 
reylya. Quant il pofaront cel glorious cors, li 
quatro cor fe vant agcnolier & enclinar a grand 
reverenci devant lui. Et tcneant li dins hun drap 
d'or en que aveyt xiii pères pretiofes, de que 
chacuna per fei rendeyt fi grant clarta, que oy li 
ere[t] vyares, que fe toz li monz fut em pures té- 
nèbres que el furet toz enluminaz de la mcnour 
refplandour que li plus petita pera gitavet. 

Illi penfavet que co ne poit élire ma ques les glo- 
rious cors de douz Creatour li verays Fizde Deu, 6: 
defirravet moût que illi li ofat fayre alcuna petita 
preeri ; mays illi non ofavet prefumir ne tant fou- 
lame nt vers lui l'on regart. 

Entretant illi vit quatro qui fe partiront d'entre 
los quatro cuors & veniront devant lui a grant 
temour & fe agcnolicront, 6c pridrunt lo drap 
que li autri li tiniant defus &: lo trayfiriXit aval 



6o 

outra los pies de lui, fi que toz fos prccious cors 
parifeyt eflendus defus lo drap del or qui eret fus 
la terra. Et teneitlos pies & les mans en haut ; el 
los teneyt toz drez, fî que les plaes de les mans 
& del pies & del flans li parifant fi vermeyles 
& fi freches, corne lo jor ôc l'oura que eles li 
furont faytes & li corona en la teila. 

En co que illi eret en fi grant defir de fayre 
a lui alcuna petita preeri, il viriet moût pidoufa- 
ment fon douz regart ver lyey & dit li : « O ma 
tra chieri fili & efpoufa, venez avant & ne dotas 
rent;, mays regardaz voftrun vray Creatour & co- 
gnoylTiez voftrun Salvour, & confideras a grant 
diligenci fur co que vos vereys de les gries dolors 
& tormens que fuffrit voftri bons Creares, li verays 
Fiuz de Diu, per voftra falut & per la falut del 
human lignajo ; en confideranz la verita de ceta 
chofa, vos trovareis plus que vos ne poes ne favez 
defirrar. » 

Adon illi refpondit : « A ! mos verais De us & 
mos verays Salvares, fenz voftra graci ne porri 
penfar ne confiderar ii profundament quant voftra 
parola fonet. » 

Adon il li dit briament : « En autro teins ju te 
darey entendiment en totes cetes chofes & co 



6i 

que tu voudres orcndrcit & tu me demanda. » 
Adon illi a moût grant temour li fit moût de 
prcercs de pluyfors chofes, les quas il li otrcyet 
moût benignamcnt. Entre les autres choies li prcct 
que a fa grant mifericordi voufit playrc qui cl Ton 
frare voufit delivrar de les mans de fos enemis, &, 
il li otreyet treyto. Et tantôt qui cl li ot ceft dcrrer 
otrey fait, tôt co que illi veit li evanuit devant los 
heus. 

Ccl mémo jor illi oyt dire que fos frare eret 
delivros, & illi demander diligyament fora qui cl 
faylit de la prifon & trovet que co eret li hora que 
Noflri Sires li aveyr otreya. 



QUINTUM CAPITULUM 

Una autra veis aventet que illi fe fut a la gcfir 
après Compila, & tantôt, feinz co que illi non fe 
fut pas adurmia, oy li fut fenhlanz que fos efpiri/ 
fut entre los Sainz de paradis, del cauz li fenblavet 
que vint fi grant compagni que liun non y porrit 
mètre contio. De la grant beuta que il avcunt, 
non li eret fenblanz que li felou/, quant il c([ en 
fa plus grant clarta 6c beuta, fut ma qucs liun po 



62 

de chofa au regart de la grant beuta que aviant li 
Saint que illi veit de jota Ici de totes pars «3c defus 
corne en Tair. Totes veis illi non o veit pas des heus 
corporaz mays en efpirit; & veit Ton cors el leit a 
bein po fenblable al cors mort. 

Nos non trovein pas que illi voucit unques de 
ceta vifion révéla autres chofes ma que, tant que 
de celles très autes & fecretes demonflrances que 
Noflri Sires li demoflret la conpagni de fos 
glorious Sainz, illi non co porret recontar ne com- 
prendre. 



SEXTUM CAPITULUM 



Illi ytiet hun grant teuis que iili veit toz jors 
corpus Domini a la levacion en fenblanci don 
petit enfant. En tal maneri illi veit entre les mans 
del chapellan una grant clarta, que eret (i très 
granz & fi très blanci & de fi meraviloufa beuta, 
que ay no li eret vyaires que de neguna chofa, que 
cuors humans poit penfar, que hun y poyt mètre 
figura ne conparacion. 

Icilli clarta li eret vyaires que fut tota rionda, 
& dedenz la clarta appariflfeyt una granz vermelia 



^'3 

lï tras rcfplandens & fi bcla, que de fa grant bcuta, 
illi cnluminavct tota la clarta blanci; & ciili clarta 
gitavet Cl grant refplandour, que illi fayfeit rel- 
piandir tota la vermelia. Si que li una beuta cnlu- 
minavet fi Tautra, & fi ytiant li una en Tautra que 
eles rendiant fi meravilloufa beuta & fi grant 
refplandour, que un veet tota la beuta de la blanci 
clarta dcdenz la vermeil, & la beuta de la vcr- 
meli veet hon dedenz la beuta de la clarta blanci. 
Et dedenz la clarta blanci apparifleyt huns petit 
cnfes ; la tras grant beuta de cel enfant illi ne 
puyt dire ne fayre entendre. Dcfus cel enfant (Se 
de totes pars, appariffeyt una granz clarta fen- 
blanz a or qui rendeit fi grant illumination, que 
illi trahit totes les autres alfi 6c tota s'en entravet 
dedenz lour; & les autres traiant tota cela a lour, 
& totes s'en entravont dedenz liey. Ycetes quatro 
divifions fe appareylTant en una mema fcnblanci 
& bcuta & re[f] plandour j li eret viaires que cilli 
comunauz beuta & refplandors apparilfit tota de- 
denz cel enfant, 6c li cnfes apparifTeyt to/ de- 
denz cela refplandour. 

Quant illi ot co vcu pcr moût grant teins, illi 
penfct que illi moût granz pecheriz eret 6: que illi 
olTendeit vers fon Creatour, 6c comencet uotar 



64 

de acunes chofes. Et fur co illi preec a moût grant 
temour Noftron Segnour que a fa grant bonta 
playfit, que illi a la levation poit veir fon glorious 
cors tôt (implament. Deys pois illi lo vit huni- 
teins afTi corne h un porrit veir de loins una yma- 
gena peinta en parchimin. Totes veis li beuta eret 
fi granz que illi non o puit dire mays, non puyt 
fayre entendre en autra maneri. Apres illi lo vit 
tôt fimplament corne les autres; & poys aventet 
acunes veys, que illi veit fi grant clarta entre les 
mans del chapellan corne li folouz. 



SEPTIMUM CAPITULUM 



Una autra veys aventet en Avenz que illi fut en 
moût grant tribulacion de cuor, car li eret fen- 
bianz que Nollri Sires lavit ubiia, per co que illi 
ne puit aveir la fervour ne la devocion en fa 
oreyfon que illi avit acoiluma. Et ynfi quant plus 
fe approymave de Chalendes & fa granz dolors 
plus li creyfeyt. Lo jor de Chalendes & lo jor 
devant, illi fe efforcet a fon poir de confeiHir 
quanque illi unqua penfet ne fit ne difit que diut 
deplayre a Noftron Segnour. 



6f 

Tores veis ne li fut pas fcnblanz que fut fufTi- 
cient a co que lUi ofat prefumir de cumunicr. 
Quant les autres avoy cui illi cret fe comcnça- 
runt trahirc vers l'outar per comunier, illi remanie 
en fon (ïecho en tanz granz plors y en tanz 
granz laygrimcs y en tant grant amara dolour, 
que oy ii eret fenblanz a bein po que li arma li 
partit del cors. En ceta grant dolour, iilli penfict 
que totes Tes conpagnes receviant lor Salvour, 
& iili, a tal jor qui el eret dennies venir 6c 
naytre en ceft mundo per noftra falut, no fe 
ofavet prefumir, per les granz offenfes que illi cu- 
davet aveir. Se porpenfiet que illi recordrit a la 
grant mifericordi de fon douz Creatour, & prect 
li que a lui voucit playre qui el li donet cn- 
fenniment que illi poet cognoytre co que plus 
farit fa volunra ou de lui receyvre ou de lui 
layfier. 

Entretant oy li venu fi granz volunta de alar 
receyvre fon Creatour, que a bein po que no 
deffayllit del tôt devant que illi fut devant foutar. 
Quant illi ot rcceu lo bcncyt cors de Nollron 
Seignour 6c illi s'en tornavct, devant que illi lut 
en fon fiecho, illi fentit que oy li cret remas en 
la bochi lo gros de una lentili del oti ; 6c tantôt 



66 

illi l'entit en ion cuor una petita erour, de la cal 
illi ot moût grant paur & fit ion poir de paffar co 
que li eret remas en la bochi, & per neguna 
meneri illi non o poet paiTar. 

Quant illi fut en fon fecho, illi ploret fi forment 
que illi perdit de tôt lo veir ; & li oti que illi 
aveyt en la bochi fe vayt fi creytre que illi ot 
tota la bochi pleyna. Et per lo grant efperdiment 
que illi ot quant illi fentit de co fi pleyna la 
bochi, fe paret la man & cudyet mètre fors de 
la bochi, & fut li fenblanz que noffay que la tirât 
arrière. Et li aveyt tal i'avour corne de cher & 
de fan : la grant pour que iUi aveit neuns n'oferic 
recontar. 

Entre les autres choies que illi preavet a Noftron 
Seignour en fon cuor, fe preavet qui el per fa 
mifericordi la donat finir de ce ta via en cela 
mema hora, ou que lui dignat playre qui el con- 
foii & confolation li tramifit de cela grant paur. 
En fayfenz i'a preeri de cuor a tant grant devocion 
que illi deiïaylievet del tôt, & illi ot recyu co que 
illi aveit en la bochi, fenz co que iUi unques non 
o fentit tant que ilU o fentit ferir el cuor. Per lo 
grant joy & la grant confolation que illi ientit en 
fon cuor, illi cuydavet del tôt deffayllir. 



67 

En ceta grant confolacion illi ytiet, cane que li 
meffa & mcndis fut del tôt finit. En rcfpacio qui 
tut deys après medis, tant que li convens fut alas a 
tabla, illi vit& lot moût de fecrez Nodron Segnour, 
los quauz illi ne voucit unques récitai*. Totcs vcys 
entendin que illi entrer en fi profunda contenpla- 
cion, que illi pot bein dire plencriment lo verfct 
qui dit : «■ Sicut auJivimus in civitatc 'Dcwiiii . » 

Apres co illi fe retornet a Te mema y a la 
cognoylTanci corporal, vit que illi non erct a tabla 
avoy les autres en covent, & penfet que li prio- 
refla ôc les autres porriant aveir meravilles que 
illi a tal jor lut remaffa de covent lenz liccnci 
d'alar a trabla (fie) ; & tantôt illi alict demandar 
licenci de alar a trabla. Illi fe cudyet cforcier de 
mengier per les autres que ne fe prilTant garda, 
& per neguna maneri illi non poyt ; mais Ii con- 
ventiet mètre fors de la bochi hun po de pan que 
illi avit pris, li quaus ne li aveit plus de favour 
que li terra. Et deis que illi ot rendu grâces avoy 
lo covent, en tant que hora nona fonct, illi ytiet 
en moût granc contenplacion, tS: tant que Noflri 
bons Creares li moftret autra veis moût de fos 
fecrez en vifion i\ douci <Sc (i deleclabla, que illi 
pourret bein dire, enli corne lo dit Senz Po en 



68 

s'efpitola : « Qf/^'" oculus non vidit nec audivit 
& cetera. » 

Los très jors de chalendes, illi fut ades en ceta 
grant confolaciorij etier co que illi no vit la vifion 
ma que lo primier jor; mais li granz confolations 
& li amors de Ton bon Creatour li habundavet 
ades plus fort el cor, fi que illi en perdit del tôt 
lo mengier & lo dormir. Lo quart jor de Chalendes, 
illi ot alcuna chofa qui li deplayfit en fon cuor, 
& tantôt li granz confolacions fe départit en 
partia de fon cuor. Et tornyet en fon primier état, 
li quaz eret bons devant & meliors fut après. 



OCTAVUM CAPITULUM 

Apres totes cetes grâces & pluyfors autres que 
Noftri bons Creares li ot faytes, illi eflet Fefpacio 
de dos ans que illi non ot neguna efpecial graci 
de Noftron Segnour, ma ques toz jors perfeveravet 
en bones ovres, & toz jors fenblavet que illi out 
plus de la temour & de famour de Diu. Et a la 
fin de cel dos anz oy ne fut jors, dey fefla Seint 
Antoyno tan que la féconda femayna de Careyma, 
que illi ne vifit & fout acuna del fecrez Noftron 



69 

Segnour. Li quai lecret furent fi grant 6c lî mera- 
villous que, quant illi en cudievet recontar acuna 
partia fecretament, oy no pot eftre retenu, quar 
Deus non ho voucit fofrir : car puit cllrc que li 
perfona, cui illi o revekvet, non eret digna dcl 
retinir. 

Totes veis, nos entendin que illi vcit tôt lo 
avinimenc de Noftron Segnour & la palTion 6c 
refurreélion 6c la afcenfion, 6c cufiî il fut rcceus a 
la deftra parc de Ton glorious Pare. En co illi vit 
fï granz chofes 6c ii fecretes 6c de fi obfcur en- 
tendiment, que fegont noftrun petit entendi- 
ment oy non nos cft viayres, que oy feyt neguna 
perfona qui, per fent ne per clergi, o puit en- 
tendre, le li Sanz Efpcrit non li vreyt los eu^ de 
cors. 

Iqui oy li fut démolira li fignifianci de les 
doze pères preciofes qui eftiant defus lo cuvertour 
del or del quai el eret cuvers, enfi corne nos vos 
aveyn devant reconta. Et li fut demoflra li ligni- 
fianci de co que il li dit que regardée fon vcray 
Creatour 6c cognoyllit fon veray Salvour, 6c con- 
fiderat a grant diligenci fur co que illi verrit la 
auteci 6c la grand prevundia 6: largia de les gries 
dolors 6c de divers tormenz que fofrit Nollri bons 



70 

Creares. Et li fut démolira ce qui el li dit, que 
plus troverit en confideranz la verita de ceta chofa 
que illi ne pofllt defirar. 

En cel teins^ dey fefla Saint Antoyno tanque la 
fecunda femayna de careyma, il li efliet toz lor, 
jors que tantôt que illi eret a la gifir après Com- 
plia, que illi entravet en cella fecreta vifion , li 
quaus li eret demoftra per diverfes maneres. En 
co illi perfeveravet deis que illi fe eret a la gifir 
après Complya en tant que lo jor, hun po devant 
médis. Totes veys nos non entendin pas, que illi 
veyt pleneriment la glori eternal en vifion, ma que 
en una hora de la noyt. Mays el rémanent deis 
que fe trayfit ver lo jor ou vers Matines, illi rema- 
neyt en fi grant conlblacion y en fi grant joy de 
cuor de la vifion & des granz fecrcz de Ton bon 
Creatour, que a bein po que illi i'e fentievet corpo- 
ralment; mais li eret vyayres que illi deffaliit del 
cors & fe fentivet come en efpirit. 

Lo jor qui venit après celui que illi aveyt veu 
cetes revelacions del joy & de la gloyri eternal, 
& illi veit autra maneri de vifion & de diverfes 
revelacions, les quauz efliant pleynes de fi granz 
dolors & de fi granz efpavantamenz que hun ne o 
porrit ne farit recitar tant efliant eles grans. Si que 



71 
dementre que illi o vcyt, a hein po que illi non 
hubliavct de tôt lo grant joy & la grant gloyri 
que illi aveyt veut lo jor devant, jufque tant que 
a bein po illi cuydavet intrar en defperacion ; 
mais hun po que li foventavet de la vifion ôc de 
la gloyri de Ton bon Créateur 6c de fa grant 
mifericordi, la fuftineit en fey y en efperanci. 

En ceta efpavantabla vifion, illi .veyt les très 
gries & les très cfpavantables peynes que fulfront 
li pafchaur per diverfes manercs de offenfesj y 
en les diverfites de les granz otfenfes eftiant les 
granz diverfites de les gries peynes. Entre les 
autres chofes illi vit eu (fi li iri de Diu venit 
fures los pecheors 6c culli Deus en la humanita 
la f'ayfit retornar en pida y en mifericordi. illi 
vit eu (fi Noftra Donna remenbravet a fon glo- 
nous Fil cu(fi illi lo avit porta en l'on glorious 
cors, 6c etïanta 6c nurit y alaytat per lo deli- 
vrament 6c per la lalut de pecheors, 6c cu(fi 
Noflri Segnour remenbravet a fon glorious Pare 
la mort 6: la palfyon 6c les playes 6c los clave/ 6: 
la lanci 6c la corona 6c leCpanchiment de (on 
precious fan 6c les autres dolors 6c divers tormen/., 
qui el (bliit humanita per falvar lo human linajo. 
llli vit cornent li preeri de Nodra Donna tavt 



72 
abontar Noftron bon Créateur vers Tes créatures^ 
(5c vit cufli Noflri pidous Créâtes reconciliet los 
pechiors vers fon glorious Pare en demonflranz Ta 
gloriofa humanita y en remenbrenz fos divers tor- 
menz. 

Totes cetes demonftrances ' & tantes autres 
que illi non o porret recontar ne vos non o 
pories retenir, en cel teins que nos vos avein dit 
devant, en tal maneri que en l'una noyt illi vit fi 
granz vifions & fecretes révélations de la glori 
eternal, que co ne porret neuns mortauz hons dire 
ne fayre entendre. Et la noyt après illi vit les traz 
granz efpavantables vifions pleynes de fi granz 
dolors & de fi granz elpavantamenz, que hun non 
y porret mètre contio ne fenblanci ne neguna efli- 
inacion. 



ITEM NONUM CAPITULUM ET NOTA MIRACULUM 

Or vos direy-jo hun grant miraclo que Noflri 
Sires Deus moftret per liey & per doves autres 
après lour fin. Citi feinti creatara Byatrix de 

' Ms. Domonflrances. 



73 
Ornaciu & una auftra de ccuz de Chaibnaio e una 
auftra de ceuz des Alamans de Greylivoudan, (i 
com jo hay entendu^ & non puit unques faveir lo 
proprio non de cetes dovcs quant jo efcrilevo co, 
defcendiront de Permagny avoy les autres que li 
ordenos tramit en Efmuet per comencier iqui una 
meyfon novella. Mais puis après elles layiïaront 
cel lua, quar eret trop entre los fecûlars, & s'en 
retornaront en Permagny, ma ques cetes très 
créatures que erant ja trapafTees & fevelyes li una 
dejota l'autra el cymitycro de cela meyfon de 
Muet. Mays pois après, ynfi com Dcus ordonet 
le chofes fi com lui playt, acunes de celés de Per- 
magny, per la revelacion de Noflron Segnour ou 
de cetes très, fi com jo cuydo, veniront a la prio- 
reiïa & al vicayro qui fut moynos de Valbona & 
orendreyt efl de Seinti Croys & appellaz donz 
Roz de Charis ; & lour dirront que ay coventavct 
per forci, que on aiat querre les offcs de celés 
très feintes créatures & moût de autres paroles. 
Quant vit co li diz vicayros que ay o coventavet 
fayre, ce alyet cela part & en ot moût de dongiers 
& de travayl, ancis que cil qui gardont lo lua de 
Muet li volifTant layfl'ycr co que il demandavct «Se 
que 11 evefques de Valenci o volit comandar. 



74 
Totes veys yfes com Deus o aveyt ordona oy fe 
fit. Oy venit li vicayros & trayfit les oiïes de celés 
très i'eintes créatures & metit en un fac, & chargiet 
fus una fomeri, & les ofTes al fegnour de Tulins 
& piuyfors autres perfones metit fus un egua & 
poyiTent vay. Quant il venit al port de Teches, 
il trovet iqui duos efcuers de ceous al Dalphin 
qui aveont iqui ita tôt lo jor, hay eret hora de 
médis, car no poont paiïar per Taygui que eret for 
de rives ; hay avet plou très jors & très noys feyns 
ceffar, & fe dygniet iqui avoy los dos efcuers. 
Mays dementres qui el difeyt fes hores devant 
dignar, tôt entor los Senz Corp, il lour requerit 
que fe eles voleont que un les portât en Permagny 
que eles fiiïant abeilTier la ayguy en tal maneri 
qui el la puit pafTar feins péril ; ou fe co no, il les 
tornerit lay dont il les aveyt trait, quar il non 
aveyt de argent de que il puit iqui fojornar ne alar 
atra part. Ay plut ades menz que devant. 

Entre tant il bivront una vey briament, <Sc puis 
charget fa egua & fa foma & montyet fus fon 
roncin & vayt s'en a faygui ; & chafcuns li dit 
que ay piririt quant que il metri en faygui. Et il 
comandiet as meynenz que il miifant la foma 
premeri en faygui que portavet los très feins 



11 

cors. Et tantôt li aygui fe defcreyfllt H fort, que 
ay lor eret vis que li aygui s'en entrât en terra 
& que illi remanie defus, & paflont s'en outra a 
bein po que ne venit li aygui a nient. 

Quan co virent li cfcuir fe lo fegont 6c furont 
fe ebay que non faveont ont il erant ; & tantôt li 
aygui fe criut. 

Quant il venit encontres TuUins, il trovet una 
atra aygua que deffent de les montaygnes, que 
eret for rives per les granz ployves que erant 
faytes , & charreyevet ceuz ruyffeuz arbres & 
tronches que crragievet en la montaygni dont 
il deiïent. Et aveyt iqui jota lo gaz très charrctes 
chargies de fal que non ofavont paiîar. Quant co 
vit li vicayros, il comandyet que on mit la loma 
premeri en l'aygui, li aygui fe baffyet tant que ne 
venit plus aut de me chanba a la fomeri. 

Apres co cel mémo jor, a un autro ruyfel ou 
Il aygui aveit derochia la plachi fe defviet li foma 
per fey, per un fentier cflreyt qui vait per les 
vignes. Qaant ot ala lo trayt de una arbarefta, 
fe dcviet vers lo ruyfel & de qui non fe muit per 
ferir que un li fit. Quant co vit li vicayros, fe 
comandiet as mcyncnz que l'ercheHant encontres 
la foma. Aynfi il trovaront una grant pos que li 



76 
aygui aveit gita entre les boylTons, que gitaront 
per fus lo ruyfel. En co que Touront arria, li 
fomeri per fe mema paiïyet tota premeri & tuit li 
autri après. 

lUi trapafTet de ceft fieglo, lo jor de fefta feinta 
Katerina^ co eft vu Kalendas Decembris. 

EX QUADAM EPISTOLA 

Ons atris m'e recontas per frare Henri de Sa- 
lins priour de Bon Lua, homent veray & de grant 
religion & de grant perfeélion, qui dizeyt & affir- 
mavetj que el eret certans de co que jo direy. Co 
mémo dit donz Johanz de Pomerenz moynos de 
Vauclufa qui eret en cel teins prefenz en la mayfon 
de Permaigny : que citi feinta creatura dama 
Byatrix de Ornaciu fe fut tant tormenta en Ca- 
reyma, per famour de Noftron Segnour & per fa 
p-lorioufa paflîon , que quant ay venit ver lo 
Veyndro Saint, a bein po que illi ne deffayllit de 
tôt. Quant co vit li priorefTa de cel lua, fe la fît 
gardar a una autra dama fort & prou & fagi, en 
una chanbra fecreta, per co que illi out oportunita 
de fayre oreyfon & de ytar en contenplacion, & 
que ne fe puit tormentar outra reyfon. 



77 

Don quant ay venir lo fer del Vendre Saint, un 
po devant Matines, illifc adurmit moût fort. Quan 
co vit li dama que la gardavet que cla cret li fortcn- 
durmia, fi aliet a Matines que un comencievet chan- 
tar en li glyefi, & fermyet Tuis & portyct en la cla. 
Apres de co un po, illi cflyet 6c oyt chantar les 
autres dames en li glyefi, & fc pcnfyet que a tal 
jour diout bein efhre al fervice Noflron Seignour ; 
(Se cryet la conpagni. Quant illi vit beyn que illi 
non erct pas leemz, fe leviet fus & fc mit en 
oreyfon a Nollra Donna et dit : « Très douce 
Dama, Mare del Crcatour de tota crcatura, qui 
per fe créatures rccrear al jor de voy reccvit mort 
& paiïîon ; & tu mema, très douci Dama, fus 
martiriza efpiritualment en regardar les pcyncs & 
les dolors que tu li veys fuftinir fens reyfon, jo te 
preo & requiero, per la pidia que tu ous de ton 
chier Fil & Segnour, fe ay te plut onques mos 
fervis & ay te placet encores, que jo alyo a la 
remenbranci de ton chier Fil mon veray Dieu 
Segnour y efpous ; per la maneri que ay playra 
a ton chier Fil, ley me voylles mcnar avoy me 
forors en li glyefi. » 

Atant illi prit una ymagena de Noflra Donna 
que eret pcynta en una trableta, 6: la mit tor 



78 

per la chatyeri del hoys et dit : a Or verrey, 
jo beyn, très douci Dama, i'e tu voz que jo 
remayno cay tota foula. » A cefl moz illi ie trovet 
de lay lo hoys, fenz co que li hoys ne fut pas 
uvcrs mais remanit clos afTi corne devant. Adon 
tornyer la ymagena de Nofhra Donna dedenz lo 
pertuis & s'en alyet a Matines en fon iua. 

Quand lay la virront li prioreffa & les autres 
fe furont trop ebayes, 6c coriront acunes veir fe 
illi avret freint lo hois. Et lo trovaront bein 
efmenda a la cla 6c la ymagena al pertuis dedenz 
lo hois : adonques furont plus esbayes. Quan venit 
après H vicayros & h prioreiïa, li comandaront, 
en vertu de obedienci, que iUi recogniut cornent 
iUi eret de leemz for ; & iUi recogniut tôt enfi 
coment ayet defus écrit. 



IN ALIA EPISTOLA 

A fon très chier frère & très ami père en Dieu, 
fa povre fuers : falut & perdurabla amour en Celui, 
de la cui bonté vivont les faintes armes qui font ou 
ciel & cetera. 

Très chiers frères vos m'avez mande que jo vos 



79 
mandaffe quale emenda vos tcrcA de co que vos 
avez mefayt a Noftron douz Creatoiir ; mays je ne 
Iky pas bien cornent jo les vos mande, quar je les 
vos faroy trop miuz dire de bochi que ne faroy 
cfcrire. Totcs veys je vos mandcray, corne la pcr- 
Ibna qui foyt el mundo qui plus vos aymet en 
Diu, fi com je croy, Ta fayt per vos. Quant je foy 
que vos n'entendiez mie bien celle chofe, je me 
mis a fayre ains corne il mêmes menfigna. 

Quan vint lo jor de la Nativité Jlieiu Crit, je 
pris cel glorious enfant entres mes bras efpiritual- 
ment ; aynfi je le(r) portoie & l'enbracoe tendre- 
ment entre les bras de mon cuer, des Teure de 
Matines tanques après Tyerci. Apres je m'aloc un 
po cbatre 6c penfoye a ordener les beloinnes de 
quoi mes chaitis cuers efl enconbrez. 

A Toure de médis, je penibie coment mes dous 
lires fut tormentes pour nos pechies, & pendus 
tos nus en la croys entre dos larons. Quant je me 
penfoye que la très mauvayfi conpagnya s'clloyt 
departia de lui, jo me traiot ver lui a grant reve- 
renci, & le declaveloye, 6c puis le charioye fus 
mes efpaules, 6c puys le defcendoyc de la croys 6c 
le metoye entre les bras de mon cucr ; 6: m clloict 
fenblanz, que jo le portoye a tant Icgicremcnt, 



8o 

corne fe fut de un ant. Se je vos difoye Tautre 
grant confolacion que je fentoye de lui^ a peyne 
le porres vos entendre. 

Le foyr, quant je m'alavo gifir, jo lo metoie en 
mon liet efpiritualment, & bayfoie Tes teindres 
mans & ces benois pies qui enfi durament furont 
percia per nos pechies 5 & poys in abeyiïoye Tus 
ce glorious flanc qui fi cruelment fut navres per 
moy, 6c ilicques je me recomandoye & mon frère, 
& li queroe perdon de nos pechies. Et enfi me 
repofoe tan que a Matines, en continuant des la 
Nativité tan que a la Purification Nollre Dame. 

Se Noftri Sires vos donoyt graci de co fayre, 
jo croy bien qui el les prendit en gra plus de vos 
que de moy. Je ne vos ay pas puit efcrire tôt co 
que je voudroye, quar je n'eftoye pas bien afye 
d efcrire & cetera. 



ITEM : EX ALIA EPISTOLA i 

1 

Mon douz père vos m'avez mande que je vous ' 

efcriiïe co que vos meiftez en vos tables du petit. | 

livret. Je ne me remenbre pas bien que co eft ; fe j 

co n'eft una parola qui doyt eftre a la fin d'un \ 



8i 

jugement en tel manere : " Je me pcnfe fe li roys 
de Franci avoyt un feul fil qui deut eflre roys de 
Franci après lui, & le fiuz le roy fit per fa folia la 
chofa dont il deut cftre confijnduz, & li roys fi.it h 
dreyturers, que il le convenit confijndre & laneier 
de Tes propries mans en un fi)r tôt ardent : jo croy 
que co ferit trop granz dolors. Or penlez eome 
granz fi^ra celé angoyfic que Deus aura quant li 
convindra lancier tant de fiuz & de filles on fua 
d'enfer 6c defpartir de fa conpagni. 

Je ne fay fe co eft ço que vos demandez ? Vos 
les troveres plus veraymcnt es granz caiers que li 
priors du Liget a. 

Très chiers pères, vos m'avez mande que vos 
avez trove, en co que parlet de la palfion, acunes 
choies que ne font pas efcriptes en la Saindli 
Efcriptura : eipecialment de co que vos trovez que 
il fiit férus d'une efcuele fus la tefte, en tele ma- 
nere, que l'efcuele fendit per deftreci. Sachiez que 
jo foy pregier a un gardian de frares mmors en 
plam lermon ; & croy qui el ne le difit pas fc il 
ne le feut en acuna maneri, quar il avoyt les d'cftre 
bon clers & bon iiome. 

Mon tre chier père, je n'ay pas efcrit ccftc 
chofe por co que jo les ballialTo a vos ne autra 

6 



82 

perfona, ne por co que il me remanfilTent après 
la mort ; quar jo ne lui pas perfona que doie 
elcrire chofa durabla ne que doyent eftre miiïe 
avanc : je n'ay efcrit ces chofes man que por co 
que, quant mes cuers feroyt efpanduz permi le 
munde, que je penfafo en cetes chofes, por co 
que puiiTo retornar mon cuer a mon Creatour & 
retrayre du mundo. 

Mon douz perCj je ne fay pas fe co que efl 
efcrit ou livro ell en Sainti Efcriptura, mai je fay 
que cilli que les mit en efcrit,fut fi eOeve en Noilro 
Segnour una noyt, que li fut fenblanz que illi veut 
rotes cetes chofes. Et quant lUi revint a foy, iUi 
les ot totes efcriptes en fon cuer, en tel maneri 
que iUi n'avoyt pueir de penfer en autres chofes, 
mais elloyt fon cuer fi plain, qu'il non poyt ne 
mengier ne beyre ne dormir ; tanqu'ele fut en fi 
grant defauta, que li fifician la jugerunt a mort. 

Ainlï com Noftri Sires li mit au cuer, elle fe penfa 
que fe la metoyt en efcrit ces chofes, que fos cuers 
en feroyt plus alegiez. Se comenca a efcrire tôt co 
qui eft ou livro, tôt per ordre aufîi come illi les 
avoyt ou cuer ; & ainfi tôt come illi avoyt mis les 
mot ou livre & ce li falhoyt du cuer 5 & quant illi 
ot tôt efcrit, illi fu tote garie. Je croy fermament 



s? 

Te illi ne Tcufl mis en elcric que lUi fut morta ou 
rorlbnet, quar illi n'avoyt de vu jors ne dormi ne 
mengie ; ne jamais ne Ibit por quoy elle fut en tel 
poynt. Et por co je croy que ce fut efcrit per la 
volunta de Noftre Segnour. 

Mon douz perc, je vos di que je fui tant occupée 
es befoygnes de nollra mayfon, que n'ay poir de 
penfar a chofes qui bones (bent, quar je ay tant a 
fayre que ne fay de quai part je me torne. Nos 
n'avons pas culit de ble a vu moys de Tant & nos 
vignes font tempeftecs ; d'autre part noftre yglyefe 
eft en li mal point, que il la nos covient refayre 
en partia & cet... 



ITE.M : ALIA LPISTOLA 

Mon très chier pcre, quant cft de moy je no 
vos puis mandar chofa que loyt a voftra confo- 
lacion, mays je vos evoy una moût douci chofa 6c 
moût confortabla que avint a una perlone ne a 
pas moût de teins ; car jo ne voil pas que voftri 
vallet foyt venuz vers moy por nient. Je vos pri 
que co fcyt fecret, quar la perfona qui co a veu 
ne veut que co loyt fou en ncguna mancri. 



84 

Y n a pas moût de teins que una perfona, que jo 
cognoyflb;, fe mit en oreyibn a l'eure de Tierce & 
comenca a penfar la tre grant bonté de Noflre 
Segnour. Quant elle ne fe prit garda ay li fut fen- 
blanz que elle eftoit tote ravye ou ciel, & li eftoyt 
fenblanz que ele y veit Jhefu Crit qui le feoit fus 
fon trône. Et entor lui aveit une grant conpagnie 
de très bêles genz, es quales avoyt : apoftoiles, 
efveques & arceveques, roys & autre genz, fegnors 
fenz numbro, qui tuit entendoent a regardar fa 
très noble faci. Devant celé grant conpagnie, en 
aveyt une très grant conpagnie en quoy avoyt une 
autre manere de genz qui efloent tuit en eftant, 
& miniftroent & chantoent devant Jhefu Crit & 
devant fa conpagni. Et chantoent : « Jujii epu- 
lemur. ^i fi très doucement que cuer ne le por- 
roit penfer ne bochi devifer. Celé revint a foy & 
repenfa que ce efloit ce qui eft efcrit en Daniel : 
« zMilia milium minijîrahani ei ; jj & co fut a 
feura de médis. Celé fut bien conforte & puis que 
none fut paffee y li eftoit toz jor fenblanz que oyt 
ce douz chant que illi avoit par devant oy. Jhefu 
Criz le vos dont fentir fi com jo defir. Amen. 



8r 



ITEM: ALIA EPISTOLA 



Y n'a pas moût de teins que de boncs gcn/ 
elloyent aflcnblc en une mayfon, & parloent de 
Diu. Si ot un prodome en la place qui recontait 
qu'il avoyt demande a une dame que voloyt dire : 
Vihemens, & que la dama li dit que co voloyt dire 
fort. En celé place, ot una peribna cui cete parole 
chait forment el cuer, 6c li fut fenblanz que co 
fut trop granz chosa 5 mays illi ne li ofet unques 
demandar que li cfpondit celc parole : vehemens. 

Totes voys ele demanda après a moût de genz, 
que voloyt dire cete parole, mais elle ne trova qui 
li fout refpondre a fon cuer. Ciz mot li eret fi 
fichiez el cuor, que ele ne fe puyt délivre ne en 
oreyfon ne autra part ; tant que illi priât a Nollron 
Segnour forment, qu'il, per fa très grant bonté, li 
volit enfcgnycr que voloyt dire cete parole ou 
qu'il la li oflat dou cuor. 

Devant que celi out fayt fes preercs ne que fe 
movit de la place. Cil qui efl plains de douçour 
& de pidie, la vot confortar & traliire fon efpirit 
a fe, en tel maneri que oy li fut lenblanz que illi 
eret en un grant leu défère, ou ques ne avoyt ma 



86 

que una grant montaygne 6c au pie de cela mon- 
taygne aveit un arbre moût meravillous. En cel 
arbre aveit cinc branches que efloyent totes feches 
& totes enclinavunt ver terra ; & es fueylles de la 
premere branche avoyt efcrit : Vifu ; en la féconde 
avoyt efcrit : oiuditu ; en la tierci avoy[t] efcrit : 
Gujiu ; en la quarta avoyt efcrit : Odoraiu ; en la 
cinquiefma avoyt efcrit : Taélu. Sus la cime de 
l'arbre avoyt un grant rondel come fe fut un fonz 
de vayiïelj fi que li arbres efloyt toz clos par 
defus, en tel maneri que li felouz ni la rofee ne 
poyent ferir per defus. 

En tant quant ele o regarda farbre diligiament, 
ele leva fes euz fus la montaygne & vit un grant 
ruyfel qui defcendit affi très grant forci que co 
fenblavet una mer. Celé yeve chifi fi très dura- 
ment au pie de cel arbre^ que les ragies fe viraront 
totes defus & la cime fe metit en terre^ ôc les 
branches que enclinavont ver terra furont totes 
drecies ver lo ciel^ & les foylles que erant totes 
feches fijront totes reverdies 5 les ragies que erant 
devant fichies en terra, furont totes efpandues & 
drecies ver lo ciel & foront totes reverdies 6c foUyes 
en maneri de branches. 



«7 



ITEM : ALIA EPISTOLA 

Ma très chiere & révèrent dame, je vos cfcri &. 
mande une grant cortefyc que Noflri Sires fit a 
une perfone^ na pas grant teins. Il a bein v ans, 
que une dame de religion eftoyt forment malade, 
fi que ele ne poyt aler au moflier ne fayre Tes 
preeres, enfi come ele aveyt acollume. 

Si en fut en fon lit moût a mefayfe, & priât 
forment a Noflre Segnour que, per fa graci, li 
donat acun confort. En co ele s'endormit, 6c li fut 
fenblanz que ele regardoyt ou ciel devcr Orient 6: 
li fenbloit que ele y veit une tre bêle porte, qui 
eftoyt alïï refplendiftenz come li felouz. En ccle 
porte aveyt v pères prccioufes totes vermeilles 
come beau rubiz : les dues pères eftoyent de bein 
una teyfa loins Funa de fautra ; la tierci eftoyt ou 
mi lua de la porta, les autres eftoyent de loz en la 
porta près d'u[n] pie l'une de l'autre. 

Celé fe penfa que bcn aftruz feroyt cil qui por- 
roit entrer per cela porta. Qiiant ele ne le prit 
garda, oy li fut fenblanz que ele vit Jhefu Crit ou 
mi lua de la porta, qui avoyt los bra/. &. les mains 



88 

eflendues : les ducs picres vermeilles qui elloient 
defus, s'avencieront dedenz les benoytes mans, la 
piera du milue s'aventoyt en droyc fon beneyt 
flan, & les dues qui efloyent par de foz s'aventu- 
ront en fes be[ne]yt pies. 

Et dementres que cle regardoyt ces granz mcr- 
veilleSj & une voys li dit : « Je fui Jhefu Crîi qui 
foy li huis; fe tu caen\ vous entrer, par mi te 
conveniet pajj'er. » Celé fe efvelia, ôc ot moût 
grant joe en fon cuer & grant douçour, & grant 
pidie de celés pidoufes playes que ele avoyt veu ; 
& fe penfoet moût diligiament de que ele porroit 
fervir a Jhefu Crit. Et propofa en fon cuer, que 
ele diroyt toz jors mai. L. Pater Nofler el non de 
la Paflion Jhefu Crit ôc de fes beneytes playes. Et 
ordena cefl Pater Nofler en tele manere que ele 
en difoyt v en honour de fon benoyt chie & de 
ceus benoyz cheveuz qui por nos furont fi délava 
& enpaignie ; & après en difoyt autres v el nun 
de fos beneyz euz por co que il la regardât en 
pidie ; après en difoyt v en nun de fes douces 
oreylles qui tant orent de reproches por nos ; 
après en difoyt v en honour de fon benoyt 
nas, per quoy il li donat fentir aucunes chofes de 
fa très grant doucour, per laquele ele lo fout amer 



§9 

tendrement ; après en dilbyt v en nun de fa bc- 
noyte boche, per quoy il li donat fa benicion ôc 
la appelât en Ton regno 5 après en difoyt. v. el 
nun de la play del flan, por ce qui el la voucifl 
laver & bateyer de celé benoyte fontayne, qui li 
fallit del flanc; après illi difoyt. v. per chacuna 
mayn, por ce qui el la voufit garder & deffendre 
en la force de fes bras de les mains a fes enemis ; 
après difoyt autres, v. por chacune playe des pies, 
por ce que Jhefu Crit li pardonat fes péchiez aufi 
come il fit a la Magdalena. 

Oy n'y a pas moût de teins que celé perfonc 
difoyt ces Palier Nofler en honour de la Paflion 
Jhefu Crit ; & penfoyt que co fut bone chofe que 
après co que l'en aveyt lave les plaes Jhefu Crit 
efpiritualment que fen les ognit d'acun precions 
ogniment aufi come la Magdalena fit. Se le avoy[t] 
fichie fort en fon cuer les playes Jhefu Crit, que 
oy li eret fenblanz que ele le veoit tout plaie de- 
vant fi. Mays ele ne fe faveyt a penfer de quoy le 
li porroyt oindre ; fe h preet que li enfeignat 
acuna chofi de quoy le li poit oindre. 

A po oy li fut fenblanz, que una voys li dit : 
'c La chofe qui plus mafuaget (S: adoucet, h ell 
devota oreyfons que ell fayta en purte de cuor 



90 

ôc en pays confcienci. ^) Celé fe penfoyt que ne 
layflirit jamais ces Pacer Nofter^ quar li fenbloyt 
que fo fut la plus bona oreyfons que l'on puet 
fayre. 

NOTA PROPHETIAM 

Quant monfu Henr(r)is de Viiars arcevefques 
de Lyon eret a Roma per lo fayt de la yglyefi de 
Lyon^ il enviet letres de fon fayt un po de teins 
devant fa mort a Monfï Guichar d'Ars, cui deman- 
det fuers Margareta de Oyngt, prioreiïa de Pole- 
teins^ fe il faveit rentde Monfegnour l' Arcevefques. 
Et il li refpondit moût leament qu'il o bein, & li 
mollret unes letres que aveyt reçu de lui dos jors 
devant. Et jo vos fay aiïaveyr, dit illi, qui el fut 
ou jor de yer en la plus bella conpagni en que il 
unques mays fut, ôc dedenz po deins yert en plus 
bêla & en plus honorabla. 

Et quant ot co dit, partit del chevalier quar 
ne poet tenir fes laygrimes, unques plus ne voucit 
dire al chavalier. Mays li chevaliers notyet bein la 
parola & lo jor, & fe trovet manifeftament, que 
adonques eret Monfi li Arcevefques trapaiïaz no- 
velarment. 



')' 



ITEM : ALIUD NOTABILE 



Affi avcntyec un atra vcyS;, que cift Monfi Gui- 
chars d'Ars chivalyers & Monfi Henris Ibs frarcs, 
chanoynos de Lyon, furont relevar de terra los 
cors de lor pare & de lor mare & de aucuns autros 
de lors parenz & amis^ qui crant tuic fevcli cl cimi- 
tyero de Poleteins & los voleont toz mètre en un 
Tepulchro qu'il aveont fayt en cclla yglyefi ou bein 
près. 

Iqui aveyt pluyfors perfoncs de grant dignita, 
evefquesj abbas & priors^, & moût de autres bones 
perfones. Quant venit que un aportyet les offes 
de ceuz qui erant feveli el cimityero, li prioreiïa 
Margareta fc fit aportar devant totes les olTcs, & 
maneyet a la mayn nua totes celcs ofTes. Et tuit 
cil qui erant prefent^ erant moût csbay de co que 
illi faceyt ; 6c dirit_, en la audienci de toz, que 
iqui non eret pas li tefla de fa moyni, que cret 
lorors gcrmana de Monfi Guichar & de Monfu 
Henri d'Ars & fut fevelia en la tomba dcl cimi- 
tyero avoy Ton pare. Et neguns non cret qui fout 
quanz cors deveit avcir en la tomba, ne dama 



92 

Margareca priorefTa ne autris. Aiîi po on en aveit 
aporta a la premeri veys. v. telles. Adonques fit 
tornar arriéres querre la tefta de la moyni, la quai 
moyni jo cudo que illi non out unques viu de 
devant j mais aveyt foulament oyt dire que una 
moyni eret iqui fevelya. Et troviet-on la tefta de 
la moyni Ôc haporteron devant^ & illi refpondit : 
que co eret illi bein la tefta de la moyni. En co 
apparit que citi glorioufa creatura aveyt lo Seint 
Efpirit avoy foy, tôt co qui fayt eret & qui deveyt 
eftre fayt. 



ALIUD NOTAEILr 

Una veys aventyet, non pas grant tens devant 
fa fin^ que donz Duranz vicayro de la Sala Noftra 
Donna, de cel mémo de Chartroiïa, li quirit una 
veys pcr famour de Diu & per cherita acun don 
ou acun beyn fayt. Et co demandavet car faveyt 
bein que illi eret feinta creatura & illi li refpondit : 
« Al fautra veys quan vos me verreys. » 

Il ne la vit unques poys en ceta mortal via ; mays 
après la fin de liey, oy li fut fenblanz una noyt en 
dormenz, co cuydet-il, que una colunba blanchi plus 



93 

que rent que il unqucs vit, vcnit a luy & li mit lo 
bec en la bochi, <5c li mit tant grant gloyri 6c tant 
grant doucour qui el ne la puit unques rccontar. 
Il eflyet bcin très jors qui el ne put bcyre ne mcn- 
gier rent qui fut ; enfi li eret tôt amar a regartde 
la grant doucour qui el avcyt lentu. Et tantôt qui 
el eveylliet, oy li fut fenblanz que cenz fut fucrs 
Margareta, mais de meuz dire, li féconda feinti 
Margareta que lo dignyct vifitar fecon co que iili 
li aveyt promyes. 




Lyon. — Impr. Alf. Loiiii Perriii & Mjrinct. — lo-?}. 



PC Oyngt, Marguerite d' 

3108 Oeuvres 

08 



PLEASE DO NOT REMOVE 
CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET 

UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY