OPUSCULES
BOTANIQUE
is(;2-is7?;^
M. B. DU MORTIER
'Ktat. membre de la Chambre ile.'^ Représentants, «le l'AcatK^QÙe dt; Biux»'! !
Piésiileiit (le la Sncicfé rovaic dn Bi.tanictue «le RHeiqiie
BRUXELLES
OT'STAVK MAYOLEZ, r.lBnAIP.1
Place de l'Université, n" l
87:
OPUSCULES DE BOTANIQUE
OPUSCULES
DE
BOTANIQUE
(1862-1873)
PAR
M. B. DP" MORTIER
Ministre d'Etat, membre de la Chambre des Représentants, de l'Académie de Bruxelles, etc.
Président de la Société royale de Botanique de Belgique
UAiv»^-*^
BRUXELLES
GUSTAVE MAYOLEZ. LIBRAIRE
Place de l'Université, n" 1
1873
QK3
PRÉFACE,
Le but que nous nous sommes proposé en publiant
ces opuscules, est de traiter les difficultés de la science.
Dans ce volume sont réunis les mémoires que nous
avons publiés à cet effet dans les Bulletins de la Société
royale de Botanique de Belgique, depuis sa fondation, en
1862, jusqu'à ce jour. Ces travaux sont de deux ordres :
les uns relatifs à Thistoire de la science, les autres des
monographies des genres les plus difficiles de la flore
d'Europe.
La classification des plantes est la base de la science
des végétaux, et Linné a dit avec raison : le système
(V.)
est le fil d'Ariane de la botanique, hors duquel il n'y
a que chaos (Fund. bot., p. 27). Il ne suffit pas de
connaître les familles et les genres, il faut avant et
par dessus tout connaître les liens qui les unissent
entre eux, c'est-à-dire la coordination des plantes. Hors
de là, la botanique devient de Tempyrisme. Or, il n'existe
aucun ouvrage qui donne l'historique et la théorie de la
classification des végétaux. Pour combler cette lacune,
nous avons consacré quatre discours à celte partie si
importante de la science. Dans le premier, nous avons
démontré que la grande découverte de la coordination
des plantes, par classes, genres et espèces, base de toute
classification, est due, non à Conrad Gesner comme on
le dit, mais à Dodoens qui est incontestablement le père
de la botanique. Dodoens établissait cette disposition
trente trois ans avant que Conrad Gesner y songeât.
Et l'immense succès de sa grande histoire des plantes,
qui eut dix-sept éditions successives , nombre préci-
sément égal au Systema vegetabilium de Linné, prouve
que c'est lui, et non aucun autre, qui fut le fondateur
de la science. De son coté, Lobel, en séparant les mono-
cotylédones des dicotylédones et des acolylédones, pose
la base de la classification naturelle des végétaux.
Les deuxième et troisième discours donnent l'exposé
de toutes les classifications des plantes depuis Dodoens
( vti )
et Lobel jusqu'à nos jours. Là se trouve exposé pour la
première fois le système de Cesalpin, qu'aucun auteur
n'avait compris : tous ayant faussement pris sa division
en seize livres, pour sa classification. Là se trouve réfutée
l'erreur de De Candolle relativement à Heister. Là se
trouve enfin, publié pour la première fois, le système de
classification des familles de Bernard de Jussieu, qui
avait voulu en garder le secret, et qui est l'application
du système de Gleditsch aux trois bases fondamentales
de Lobel et de Van Royen. Enfin le quatrième discours
a pour but de donner la théorie de la classification
naturelle et de rechercher sur quels organes elle doit
s'établir.
L'autre partie du volume se compose de monographies
des genres les plus difficiles de la flore d'Europe. Nous
y avons traité, à un point de vue nouveau, les Saules,
les Graminées, les genres Rosa, Rubus, Batrac.hiumj Piil-
moïiaria, Scrophularia, Polygala, Myosotis, Elatine, etc.,
et présenté bon nombre d'espèces inédites, en sorte que
ce volume a pour but de résoudre les principales diffi-
cultés de la science, dans l'étude des plantes d'Europe.
OPUSCULES
BOTANIQUE ET D'HISTOIRE NATURELLE.
M. B. pu MORTIER,
Président de la Sociclé royale de Lolaiii(|ue de l>clgi<|uc.
FASCICULE I.
DISCOURS SlJi LES SERVICES RENDCS l'AR LES BELGES
A LA BOTAxMQUE.
1862.
Extrait des Bulletins de la Société royale de botaniqu-e
de Belgique , tome l*^' , n» I .
Bruxelles, iiiipr de M. Hayez.
DISCOURS
SUR LES
SERVICES RENDUS PAR LES BELGES
A LA BOTANIQUE,
PRONONCÉ EN LA SÉANCE PUBLIQUE TENUE A NIËUPORT
LE 6 JUILLET 186:2.
Messieurs,
En inaugurant aujourd'hui la Société de botanique de
Belgique, il vous paraîtra sans doute convenable de com-
mencer nos travaux par l'analyse rapide des œuvres de nos
devanciers, et de vous présenter l'exposé historique des
services qu'ils ont rendus à la science dans l'intérêt de
laquelle nous sommes ici rassemblés. Cette pensée vous la
comprendrez, messieurs, car parler de ceux qui nous ont
devancés dans la carrière de la botanique, faire l'éloge de
(4)
ceux qui ont arraché les épines du sentie'r de Flore, pour
ne nous y laisser cueillir que des fleurs, c'est avoir la mé-
moire du cœur et en parler le langage ; citer ces grandes
illustrations nationales, c'est donnera l'ardente jeunesse
qui nous accompagne dans cette pérégrination scientifique,
des exemples à suivre, des modèles à imiter. Assis aux
bords de l'Océan dont les flots viennent se briser au pied
de ces dunes que nous allons visiter, faisons taire un
moment le murmure des vagues, faisons taire surtout notre
impatience à parcourir ces côtes lointaines et à en étudier
la végétation , pour écouter l'éloge des enfants de la patrie.
Avant de tresser pour- nous des couronnes , déposons une
fleur sur la tombe de ceux qui ne sont plus.
C'est au seizième siècle, sous le règne de notre grand
empereur Charles -Quint, que l'étude des sciences natu-
relles commença à devenir l'un des principaux ornements
(le l'intelligence humaine. Deux choses amenèrent ce résul-
tat, l'une, la découverte de l'Amérique et des grandes Jndes,
l'autre, l'invention de l'imprimerie, qui, parla diffusion des
travaux des écrivains, permit aux hommes de génie de ne
plus penser pour eux seuls, mais de communiquer leur
pensée à tous les peuples. Ce dut être un moment de bien
grande avidité pour la curiosité de l'homme, que celui où
s'offrit à ses regards, en même temps que la renaissance des
œuvres de l'antiquité, la prodigieuse existence d'un monde
jusqu'alors inconnu , avec toutes les merveilles qu'il ren-
ferme, avec toutes les belles plantes qu'il produit. Dans
l'humanité comme chez les individus, on observe des mo-
ments de surexcitation où tout porte à la nouveauté; c'est
le signal d'une révolution dans les idées, l'indice d'une
(3)
ère nouvelle dans la vie du monde : telle tut l'époque de
la renaissance. Parcourez toutes les branches des connais-
sances huQiaines, partout vous voyez alors un besoin
impérieux de transformation ou de création ; l'humanité
semble fatalement poussée vers le besoin d'innover: c'est
une fermentation dans les esprits en toutes choses. Alors
naît l'étude des plantes, et la botanique, qui jusque-là
n'avait été qu'une simple branche de matière médicale,
sort de nos jardins toute resplendissante et fleurie , revê-
tant la forme d'une science, devenant la plus belle, la plus
aimable, la plus attrayante de toutes, car la botanique
c'est le féminin des sciences.
A peine l'étude du règne végétal apparaît -elle, que
d'abord la Belgique se présente avec quatre savants de
premier ordre : Remacle Fuchs, Rembert Dodoens, Ma-
thias de Lobel et Charles de l'Écluse, plus connu sous le
nom de CJusius. Pour comprendre l'étendue des services
que ces illustres savants vont rendre à la botanique, il
faut se transporter à l'époque où ils vécurent, et voir ce
qu'était avant eux la science dont ils vont jeter les fonde-
ments. Ouvrez VHortiis sanitatis de Cuba, vous verrez qu'à
la lin du quinzième siècle, la botanique n'était qu'une con-
naissance empirique des végétaux, dans lesquels, suivant
l'expression de Lamarck, on ne considérait que la matière
propre à faire des médecines ou des onguents, en aban-
donnant au vulgaire les beautés de l'étude des fleurs.
Aussi, ne faut-il pas s'étonner si , à cette époque, tous les
écrivains traitant des plantes, n'étaient que des commen-
tateurs de Dioscoride, de Théophraste ou des médecins
arabes. Tous les auteurs de la première moitié du seizième
siècle. Gaza, Brunnfels, Ruellius, Corda , Léonard Fuchs,
(6)
Malhiole, ne sont encore que des commentateurs des an-
ciens; Conrad Gesner lui-même, que Haller el les botanistes
allemands représentent comme le fondateur de la bota-
nique, se bornait, dans des ouvrages dépourvus d'impor-
tance, à transcrire Dioscoride, Tliéophraste et Pline. Haller,
en parlant de l'histoire des plantes de cet auteur, est même
forcé de le reconnaître (1). D'autre part, tous les botanistes
de cette époque disposaient les plantes pêle-mêle, sans
aucun ordre, et l'idée de les classer par grandes divisions
leur était inconnue, à ce point que presque toujours ils
les rangeaient par ordre alphabétique. Ainsi, en 1550, lors-
que vont paraître les premiers ouvrages de Dodoens, la
botanique ne consistait qu'à copier ou à commenter les
écrivains grecs et romains, et aucun ordre méthodique ne
venait classifier les plantes.
Le plus ancien des botanistes belges est Remacle Fuchs,
natif de la ville de Limbourg près Verviers, médecin à
Liège, puis chanoine de la cathédrale de Saint-Paul en cette
ville. Ses premiers ouvrages parurent en 1541 , Tannée
qui précéda la publication de ceux de son homonyme, Léo-
nard Fuchs. Les ouvrages de botanique de Remacle sont
aujourd'hui introuvables, et nous n'avons jamais pu les ren-
contrer. D'après le témoignage de Haller, Conrad Gesner
les regarde comme une compilation, tandis que Valère
André représente leur auteur comme éminent dans la
science des végétaux : Vir, dit-il , stirpmm scientiâ praes-
tans. Tout ce que nous pouvons en dire , c'est que , à en juger
(1 ) Brèves descriptiones ex Graecis et Plinio collectae , additis eliam
arabicis nominibus. (Hall., Bîbl. bot., I , p. 287.)
( ■? )
par les titres de ses ouvrages (1), Remacle Fuchs dut s'oc-
cuper surtout de nomenclature , ce qui était le propre des
botanistes de cette époque, qui tous, comme nous l'avons
dit, ne faisaient que transcrire ou commenter les anciens.
Cet état de choses continua jusqu'à l'arrivée de Dodoens,
que nous n'hésitons pas à proclamer l'homme du seizième
siècle qui a le plus contribué aux progrès de la botanique ,
le véritable réformateur de la science. Nous savons com-
bien ce jugement diffère de celui porté par la plupart des
auteurs de l'histoire de la botanique; nous avons donc à
établir la vérité de cette opinion et à la justifier.
Rembert Dodoens naquit à Malines le 29 juin 1517, la
même année que Conrad Gesner qu'on lui oppose en vain.
Il fit ses études à l'université de Louvain, sous le professo-
rat d'André Noot et de Léonard Willemaers, et passa ses
licences en médecine le 10 septembre 1535, n'étant alors
âgé que de dix-huit ans. Après avoir consacré dix années
à parcourir en herborisant la France, l'Italie, la Suisse et
l'Allemagne pour se perfectionner dans ses études, Dodoens
revint, en 1546, se fixer dans sa ville natale et y commença
immédiatement ses publications. Son amour pour la bota-
nique le portait à publier une histoire des plantes d'après
un plan nouveau; mais la dépense nécessitée par les gra-
(1) Plantarum omnium, quarum hodie apud pharmacopolas usus
est magis frequens, nomenclatura. Ed. 1. Parisiis, 1541, in-S"; éd. 2.
Venetiis, 1542, in-8«; éd. 3. Antverpiae, 1544, in-8"; éd. 4. Parisiis,
1544, in-12.
De Plantis antea ignolis , nunc studiosorum aliquot neotericorum
summa diligentiâ inventis libellus. Venetiis, 1554; in-12.
De Herbarum notUiâ, naturâ,atque viribus, deque Us tum- ratione,
tum eœperientiâinvestigandis dialogus. Antverpiae, 1544 ; in-16.
vures était de nature à faire reculer l'imprimeur, lorsqu'un
incident vint faciliter cette entreprise. Léonard Fuclis ve-
nait de publier ses commentaires sur l'histoire des plantes,
où environ cinq cents espèces médicales sont décrites et
figurées; l'imprimeur Jean Loe d'Anvers acheta les gra-
vures d'une petite édition, Dodoens y ajouta deux cents
planches, remplaçant en outre, par des flgures nouvelles,
les dessins les plus mauvais de Fuchs, et il put ainsi
entreprendre la rédaction de son histoire des plantes.
Dupetit-ïhouars et Dezeimeris ont avancé que le texte du
Cruydboek n'est qu'une traduction flamande de l'herbier
de Léonard Fuchs; mais M. Van Meerbeeck, dans ses sa-
vantes recherches sur la vie et les ouvrages de Dodoens (1),
a déjà fait remarquer avec raison que ce jugement est telle-
ment contraire à la vérité que ces auteurs doivent l'avoir
porté sans s'être donné la peine de comparer les textes.
Ce sont les planches qui auront occasionné cette étrange
erreur. Quant au texte de Dodoens, il est original et diifère
totalement de celui de ses prédécesseurs.
Le Cruydboek était sous presse en 1551 , comme son
auteur nous l'apprend dans sa lettre à Gérard Van Velt-
wyck (2); mais il ne paraît pas qu'il ait été édité avant l'an
1554. Dodoens préluda à cette publication en en extrayant
les planches qu'il mit au jour en 1552 et 1555 avec des
notes; enfin , après un retard de trois années dont la cause
(1) Recherches historiques et critiques sur la vie et les ouvrages de
Rembert Dodoens. Malines , 1841; 1 vol. in-8».
(2) « Selegi ex nostro opère vernaculo sernione de Slirpiuni hislorià
conscripto, quod sex libris absolutum jam siib incude est. Dod. in Ep. ad
Veltw. » (Ap., Frag. hist.)
(9)
est inconnue, le Cruydboek parut en 'loo4. Le succès fie
cet ouvrage fut immense. Bientôt une traduction française
par Clusius, plusieurs éditions flamandes et cinq éditions
d'une traduction anglaise vinrent attester le mérite de
l'histoire des plantes. Cependant Dodoens, voulant perfec-
tionner son ouvrage, entreprit de le refaire entièrement.
Les descriptions des plantes et les observations qui s'y rap-
portent furent être
rapportée au genre Verbascum et non au Leucoiiim (1).
C'est à Jean Monnel que Clusius dut la connaissance de la
charmante Anagallis que Linné a désignée sous le nom de
Monnelli, et c'est Jean Dortman qui le premier découvrit ,
dans les lacs de la province de Drenthe, la curieuse Lobelia
Dortmanna, désignée par Clusius sous le nom de Gladiolns
lacustris Dortmanni. C'est encore Dorlman qui découvrit,
dans les marais tourbeux de cette province , le Saxifraga
hirculiis que MM. Suringar et Vande Sande de Lacoste
viennent, après deux siècles et demi, d'y retrouver. Mais
parmi les adjuteurs de Clusius, celui qui rendit le plus
(1) « Semen in baccis ut aliae vcrl)asci el blattariae species profert;
Leucoium seu Keiri stynina in siliquis contenta gignit. Praeterea semen
verbasci rotundum minimum uli papaverum semina conspicitur, Leucoii
vcro depi'essum et planum itemque majusculum exislit. Flos liujus quinque
i'olia instar Verbasci, Leucoium vero quatuor solummodo conlinet. » (Mon-
nelii Epistola ap. Lob. Slirp. illustr., p. Ii6.)
\
( 18 )
grand service à l'humanité, celui dont l'Europe reconnais-
sante ne devrait prononcer le nom qu'avec respect et auquel
la patrie devrait élever une statue sur la place de Mons,
est Philippe de Sivry, l'introducteur et le propagateur de
la pomme de terre (1)
Mathias de Lobel, qu'on ne peut séparer de Clusius, est
le second disciple de Dodoens. Il naquit en 1558, à Lille
en Flandre, ville fortunée pour la botanique, puisqu'elle a
donné le jour à Lobel , à Necker, à Desmasières et aux
Lestiboudois. Après avoir terminé ses études en médecine
et parcouru en herborisant une grande partie de l'Europe,
il s'établit à Anvers; puis, devenu médecin du Taciturne,
il se fixa à Délit, et passa ensuite en Angleterre au ser-
vice de Jacques I". Il mourut à Highgate, près de Londres,
en 1616, âgé de soixante-dix-huit ans. Ses principaux
ouvrages sont ses Adversaria, qui parurent d'abord à
Londres, en 1570, et eurent plusieurs éditions; son His-
toire des plantes, publiée en 1576, et son Cruydboeck,
qu'il édita en 1581 et qui contient deux mille cent
quatre-vingt-onze planches. C'est d'après ce dernier que
Christophe Plantin, aussi bon botaniste qu'excellent typo-
graphe, publia ses Icônes, ouvrage attribué faussement à
Lobel , par ce motif que Christophe Plantin en a suivi la
classification et la nomenclature (2). Nous sommes heu-
^1) Clus. , Har. pi. hist., p. 79.
(2) Icônes planlarum seu stirpium, U^ édition en 1381, avec un seul
index; 2c édition en 1591, avec sept tables en diverses langues. Il suffit de
jeter les yeux sur l'épîlre dédicatoire pour voir que cet ouvrage n'est pas
de Lobel, comme l'ont cru tous les botanistes, maistie Christophe Plantin,
qui Tentreprit à la demande de Séverin Gobelius. On ne doit d'ailleurs pas
perdre de vue que c'est ce savant typographe qui fit graver à ses frais
toutes les planches des ouvrages de Dodoons, de Lobel et de Clusius,
lesquelles dès lors servaient indistinctement à tous les ouvrages sortant de
ses presses.
( 19)
reux de rendre à Plantin cette justice et de redresser une
erreur généralement admise.
Ce qui nous frappe dans Lobel, ce sont ses efforts pour
arriver à une classification naturelle des plantes. Il com-
mence par les plantes herbacées monocotylédones, puis
viennent les plantes dicotylédones, ensuite les arbres dicoty-
lédons , les arbres monocotylédons et enfin les cryptogames.
Dès sa première publication, ses Adversaria, Lobel, tout
en ajoutant beaucoup de plantes nouvelles aux anciennes,
se propose un but plus vaste, celui dit-il, de ranger les
plantes dans un ordre nouveau , par progression et familles,
en partant du connu à l'inconnu, du simple au composé (1).
Dans ses Illustrations des plantes, Lobel exprime plus
clairement encore le but qu'il s'est proposé dans sa coordi-
nation , et il fait connaître qu'il a aussi cherché à réunir
toutes les espèces en genres comme sous un drapeau (2),
réalisant ainsi dès 1570 cette grande pensée qu'Haller
attribue faussement à Gesner, Adanson à Magnol , et qui
appartient entièrement à Dodoens et à son école. Ce n'est
pas tout, Lobel apporte dans la nomenclature cette im-
(1) « Proinde adversariorum voce novas velcribus addîtas plantas et
novum ordinem quadanlenus innuimiis; qui ordo utique sibi similis et
unus progreditur ducilque à sensim piopinquioribus et magis familiari-
bus ad ignotiora et compositiora , modumque sive progressum similitudlnis
sequilur et faniiliarilatis , quô et universim et particulatim quantum
licuil per rerum varietatem et vastitatem sibi responderet. • — Lob. adv. in
argumento operis.
(2) « Quô quisque facilius et pressius generalem et specialem intégré her-
barum seu simpliciuni assequatur cognitionem , admodùm necessarium
et rationi consentaneum fuit nostrum quem quondam in Slirpium cul-
versariis, Londini, anno 1570 editis, inchoavimus ordinem proscqui, qui
ducit » familiaribus et facilioribus notissiniisque ad rcmotissimas et igno-
tissimas plantas, reducendo unamquamque speciem sub génère, tanquam
sub vexillu. » — Lob., Slirp. ill. in oi)eris prtemonilione.
( 20)
portante modilication de remplacer la numération des es-
pèces, usitée communément avant lui, par une désignation
spécifique ajoutée au nom générique , et Irès-souvefit ce
nom spécifique, il le compose d'un seul mot. Ainsi Lobel
donne à son genre Tithymalus [Euphorbia de Linné), pour
espèces les T.parallus, T. myrthifoUus , T. myrsmites,
T. helioscopius , T. ciipressinus , T. pinea, T, arboreus,
T. serratîis , characiuSj lathyris , peplis^ pépias, etc.,
préludant ainsi, dès l'origine de la science, à la célèbre
nomenclature linnéenne.
Nous avons dit que dès 1570, Lobel distingue les plantes
monocotylédones, des dicotylédones, et celles-ci, des cryp-
togames. A la vérité, il n'indique pas, pour les distinguer,
le caractère tiré des cotylédons que sans nul doute il con-
naissait, mais seulement celui des feuilles, qui sont étroites,
en forme d'épée ou de lance , et jamais incisées dans les
premières, tandis qu'elles sont sinuées, dentées ou laciniées
dans les secondes, caractère encore usité de nos jours et
qu'il emploie pour établir, comme il le dit, la chaîne de
l'ordre naturel, naturœ ordinis conseqtiatio {i). Voilà donc
la grande pensée de Tordre naturel indiquée clairement par
Lobel dès 1570, c'est-à-dire dix-sept ans avant la publica-
tion delà lettre de Conrad Gesner, sur laquelle Haller et les
historiens qui l'ont suivi , font reposer les prétendus titres
de ce dernier aux progrès de la botanique. Ce n'est donc
pas, comme le dit Haller, chez Gesner, mais chez Lobel
qu'on trouve les commencements de la méthode naturelle.
Ce que Gesner indique, on le trouve presque entièrement
dans Dodoens, tandis qu'en établissant la chaîne des plan tes
d'après la progression de l'organisme, et en réalisant ainsi
(1) Lob., Adv. HOC, p. 65.
(21 )
la suite de Tordre naturel, naturw orih'nù comequatio,
Lobel est incontestablement le premier qui ait entrevu la
grande loi régulatrice du règne végétal; il est le premier
qui ait découvert le lien unissant entre elles les plantes
monocotylédonées, dicotylédonées et acotylédonées et qui
en ait fait usage pour la coordination des plantes, prélu-
dant ainsi aux grandes découvertes des temps modernes et
à la classification naturelle des végétaux. Si donc Dodoens
est le Linné du seizième siècle, Lobel en est le Jussieu.
La coordination des plantes créée par Matbias de Lobel
était une révolution dans la botanique. Il était réservé à
Ray d'en exposer le caractère dans les cotylédons et de
classer les plantes en imparfaites (cryptogames), dicoty-
lédones herbacées, monocotylédones herbacées, monoco-
tylédones arborescentes et dicotylédones ligneuses. Rien
qu'à ce simple exposé de la classification de Ray si vantée,
on peut voir qu'elle n'est autre chose que celle de Lobel ,
enrichie de ses caractères scientifiques. Aussi ne faut-il
pas s'étonner du succès qu'obtint la méthode de notre
illustre compatriote dans le monde savant de son époque.
Lorsque, en 1580, Gobelius, médecin du roi de Danemark,
conseille à Plantin de publier ses images des plantes, il
l'engage à préférer la méthode de Lobel , même à celle de
Dodoens, si justement renommée, parce que celle-là avait,
disait-il, l'avantage de réunir les plantes congénères et qui
ont entre elles le plus d'affinité (1). Et lorsque, plus tard,
Jean Bauhin entreprit la publication de son Histoire des
plantes y il adopta, comme classification, la méthode de
Lobel , lui rendant ainsi le plus éclatant hommage.
(1) « Per classes, uti a Malhia Lobelio singulae videlicet congénères
ac sibi mutuo affines digeslae sunl » (Plantin, in Ep. dedicat. ad iniag.)
( 22 )
Nous venons d'exposer rapidement les services rendus
à la science naissante par les trois grands botanistes belges
du seizième siècle : Dodoens, Clusius et Lobel. Le premier
secoue les langes de l'antiquité et professe hardiment le
grand principe de l'observation comme supérieur à l'opi-
nion des anciens; il décrit toutes les plantes connues et
en entreprend la coordination en vingt-cinq classes; il
est le premier qui introduise l'ordre parmi les plantes. Le
second ajoute une foule d'espèces nouvelles aux anciennes,
complétant ainsi l'histoire des plantes de Dodoens, et ses
descriptions sont des modèles qu'on admire encore au-
jourd'hui; enfin, Lobel crée dans la science la classifica-
tion méthodique en partant du simple au composé et en
réunissant entre elles les plantes des diverses grandes
classes et des divers genres du règne végétal.
En voyant les services rendus par ces pères de la bota-
nique, l'importance de leurs travaux, les nombreuses
éditions de leurs vastes ouvrages, dont la dissémination
constate la demande ainsi que l'action sur le progrès de la
science, je m'étonne qu'on puisse leur comparer les tra-
vaux cent fois inférieurs de Brunnfels, les catalogues alpha-
bétiques ou insignifiants de Conrad Gesner ou les compi-
lations de Léonard Fuchs. Que les Allemands cherchent à
faire valoir les écrits de leurs devanciers , je le conçois , mais
rien n'enlèvera à la Belgique la gloire d'avoir donné le jour
à Dodoens et à son école, d'avoir produit cette magnifique
trinité : Dodoens, Clusius et Lobel, les véritables fonda-
teurs de la botanique, les pères de la science qui nous ras-
semble aujourd'hui.
Dodoens, Clusius et Lobel avaient tous trois quitté nos
provinces, illustrées par leurs magnifiques travaux; la Hol-
lande, plus heureuse, les avait appelés; elle avait attaché
( 23 j
DodoensetClusiusàrmiiversitédeLeyde et Lobel au prince
d'Orange. Le départ de ces savants fut le signal de la dé-
cadence de la botanique dans nos contrées, tandis que leur
arrivée en Hollande y détermina ce grand mouvement
scientifique du dix-septième siècle, qui donna le jour aux
ouvrages des Rheede, des Rumphius, des Commelin, des
B\irman, des Munting, des Herman, des Hotton et des
Kiggelaer. La Relgique trouva cependant en François Van
Sterbeeck un digne successeur des botanistes du siècle pré-
cédent.
François Van Sterbeeck naquit à Anvers en 1631, et
dès sa tendre jeunesse , il se voua à l'étude des plantes,
collectionnant avec ardeur tous les ouvrages sur la bota-
nique , et entretenant une active correspondance avec les
amateurs du pays et les savants étrangers. Ses études le
portèrent vers une partie jusque-là négligée, la connais-
sance des champignons, et il en entreprit la monographie.
Son Theatrum fungorum (1) parut en 1675, accompagné
de trente -six planches, représentant chacune de nom-
breuses espèces de champignons qu'il avait dessinés lui-
même. Van Sterbeeck apporta à cette publication une telle
exactitude, qu'il alla jusqu'à faire regraver vingt planches
de ses champignons , à cause que le graveur n'avait pas re-
produit ses dessins avec une complète fidélité. L'ouvrage
de Van Sterbeeck fit longtenaps loi en matière de champi-
gnons: il est cité par J. Commelin, P. Herman, Munting,
J. Ray , etc.
Nous ne devons pas négliger de mentionner un bota-
niste oublié par la plupart des écrivains sur l'histoire de
(1) Theatrum fungorum, oft het Tooneel der Campernoelien , etc.
Anlw., 1675; in-4''.
( 24)
la science, Anselme De Boodt, dont l'ouvrage est resté in-
connu à Haller. Anselme De Boodt, jurisconsulte, poëte,
médecin, naturaliste, naquit à Bruges en lo50. En sa qua-
lité de poëte, il crut, conformément aux usages de son
temps, pouvoir transformer son nom en celui de Boëce et
s'intitula Anselmiis Boëtius De Boodt. Appelé par son rare
mérite aux fonctions de médecin de l'empereur Bodophe ïï,
il profita de son séjour en Allemagne et en Bohême pour
étudier les richesses naturelles de ces contrées, em-
ployant ses loisirs à décrire et peindre les produits les plus
rares des trois règnes dont il voulait écrire l'histoire natu-
relle. Rentré dans sa patrie, Anselme De Boodt se livra en-
tièrement à ses travaux littéraires, et mourut à Bruges, âgé
de trente-deux ans, laissant à son ami Vredius le soin de
publier l'ouvrage sur les plantes rares dont il avait rédigé le
texte et qui parut dans cette ville en 1640 (1). Les auteurs
de la Biographie universelle ont fait erreur en assurant que
le travail de De Boodt n'est qu'une compilation de l'i/or-
lus floridiis de Passaeus. Notre savant confrère M. Kickx a
déjà réfuté cette erreur, en démontrant que les deux textes
n'ont entre eux aucun rapport.
Les autres botanistes belges du dix-septième siècle sont
Georges Wyou, Jean Herman, J.-B. Reyntkens et Guil-
laume Yan Limborch. Le premier, dans son Botanotro-
pimim, publia, en 1644, les plantes du jardin médical de
Pierre Ricard de Lille (2). A son exemple , Jean Herman ,
(1) Anselmi BoUtii De Boodt, J. C. Brugensis, etc. Ftoriim, herbarum
ac fructuum selectiorum icônes, lîriig.» 16iO; in-4<'obl., 119 pages et 31
planches gravées, comprenant soixante espèces de plantes.
(2) Botanotro'phium seu horlus meclicus Pétri Ricarli pharmacopaei
Lillensis celeberrimi , cura Georgii Wionii , artium doctoris ac medici
descriptus ac edifvs. Lillae ,1644; in-S".
(25)
pharmacien à Bruxelles, fit connaître, en 1652, les plantes
de son jardin médical (1). De son côté, J.-B. Reyntkens,
religieux à Tabbaye de Saint-Pierre à Gand, édita, en J676,
un traité de la culture des plantes et arbres d'ornement (2).
Enfin , Guillaume Van Limborch , professeur à l'université
de Louvain , mit au jour, en 1679, son lexique des plantes
usuelles (5), et en 1695, un second traité dont le titre seul
montre le culte que l'on professait en Belgique pour le
grand botaniste du seizième siècle (4) , ouvrages que je ne
trouve cités dans aucune bibliographie de la botanique. A
cette époque, le célèbre Ray parcourait nos provinces; il
visitait Van Sterbeeck et donnait l'énumération des plantes
rares de son jardin , puis il se rendait à Louvain et y trou-
vait YHolosteumumbeUaHim; il découvrait, à Bois-le-Duc,
VHerniaria hirsuta, et visitant les riches montagnes des
environs de Spa, il y indiquait, dans son Sylloge le Cam-
panvla persicifolia, le Centcmrea montana et le Polygona-
tum minus de Lobel.
Le départ des trois grands botanistes du seizième siècle
pour l'université de Leyde et la Hollande en portant un
coup fatal à la Belgique, y avait laissé un \ide que rien
n'était capable de combler, f^a botanique avait quitté la
Belgique pour la Hollande et elle y avait pris un prodi-
gieux développement; aussi ne faut-il pas s'étonner si la
(1) Recentio plantarum in horto Joannis fferman pharmacopaei
bruxellensis excuHarum. Bruxellis, 1652; in-i".
(2) Den Zorghviilclegen Hovenier en de oprechtepractycke , etc. Gendt,
1676; in-8«.
(3) Vademecum sive lexicum vegetahilium iisualium. Coloniae, 1679;
iii-16.
(4) Dodonaeus cum Schrodero ambulans , sive brève ufriusque compen-
dium. Lovanii, 1695; in-16.
(26)
Belgique, après avoir joué un si grand rôle dans les pre-
mières origines de la classification des plantes , point cul-
minant de la science descriptive, resta étrangère à ses
développements, alors que la Hollande y prenait la part la
plus noble et la plus active. Grande leçon pour la postérité ,
et qui montre combien l'abandon des hommes de la science
est fatal aux pays qui s'en rendent coupables. Mais tandis
qu'au dix-huitième siècle, la patrie des Dodoens, des Glu-
sius et des Lobel semble morte pour la science, que la bota-
nique ne possède pas même un jardin à l'université de Lou-
vain, en Hollande, au contraire , Paul Herman , Boerhaave ,
Van Royen et Wachendorf se signalent par l'originalité de
leurs études en présentant de nouvelles classifications des
végétaux, et Linné lui-même, attiré par la juste célébrité
dont jouissait cette province dans le monde savant, venait
y achever ses études, s'y fixait (1) et y publiait son système
de la nature et ses immortels ouvrages, découvrant des
mondes nouveaux à la science étonnée.
La Belgique participa à peine à ce mouvement scientifi-
que, et il fallut toute la supériorité de Rega pour fonder, vers
1740, un jardin botanique à l'université de Louvain. Les
écrivains belges de cette époque, Lucas (2), Durondeau (5),
Gaels (4), Poederlé(5), en conservant la nomenclature de
(1) Linné résida quatre années (de 1735 à 1739) en Hollande, chez
Clifford, qui, à la recommandation de Boerhaave, le nomma directeur de
son jardin botanique de Hartecamp , aux appointements d'un ducat par
jour; il voyagea, aux frais de Clifford , en France et en Angleterre,
(2) Essai sur les eaux theî-males d'Aix-la-Chapelle. Liège, 1762;in-8".
(o) Mémoire sur les plantes les plus utiles des Pays-Bas. Bruxelles ,
1772;in-4<'.
(4) De plantis Belgii qualitate novicâ praeditis. Bruxelles, 1774; in-4".
(d) Manuel de Vherhoriste et du forestier. Bruxelles, 1792 ; 2 vol. in-8".
(27)
Dodoeiis, semblent ne pas avoir soupçonné Texistence de
Linné et du grand travail scientifique qui s'opérait au-
tour d'eux. Est-ce ignorance? Nous ne pouvons le croire,
un autre sentiment semble avoir été leur mobile, senti-
ment généreux puisé dans les pensées les plus nobles du
cœur de l'homme et qui l'absout de bien des erreurs :
l'amour de la patrie. Fiers d'avoir vu la Belgique produire
des hommes comme Dodoens, Lobel et Clusius, les savants
belges du dix-septième siècle ne pouvaient se résoudre à
abandonner leurs travaux. Aussi quand la science nouvelle
vient s'infdtrer chez nous, c'est Lille, ville toute flamande,
mais détachée de la mère patrie, qui en donne le signal, en
produisant De Necker et Lestiboudois , les deux premiers
botanistes belges qui aient accueilli les innovations de
Linné.
C'est en 1773 que parut, à Strasbourg, la Flore de la
Flandre française de De Necker (1 ) , où les plantes sont
rangées suivant le système de Linné, et, en 1790, les Ele-
menta botanica du même auteur. Né à Lille en 1750,
Natalis-Joseph De Necker produisit son système l'année
qui suivit la publication du Gênera plantarum de Jussieu.
Comme lui, il cherche à établir une classification naturelle
des plantes qu'il divise en cinquante-quatre familles, dési-
gnées sous le nom de genres; mais, à l'exemple d'Adanson,
il n'admet pas de caractères systématiques, en sorte qu'au-
cune classification ne vient coordonner ses familles. Les
caractères de ses cinquante-quatre ordres, tirés principale-
(1) Deliciae gallo-belgicae Sylvestres, 2 vol. petit in-So. Argentorati ,
1773. — C'est sans doute par erreur que cet ouvrage est indiqué comme
ayant été publié en 1768, à moins qu'un titre nouveau n'ait été refait pour
facililer la vente de l'ouvrage.
( 28 )
ment du fruit , dérivent parfois des élamines, de la corolle,
de rinfïorescence et même du lieu d'habitation , comme
pour les plantes aquatiques. Il y a donc là manque com-
plet d'unité de classification et d'ordre, ce qui place son
ouvrage bien au-dessous de celui de Jussieu. Mais, dans la
détermination et la circonscription des genres. De Necker
fait preuve de profondes études, de nombreuses, patientes
et longues observations : là il devance son siècle, au point
que la science moderne est forcée d'accueillir presque tous
les genres de sa création.
Porté par son esprit vers la classification naturelle des
plantes, François-Joseph Lestiboudois, dans sa Botanorjra-
phie belgique, publiée en 1781 (1), divise le règne végétal
en cinq ordres : les monopétalées, les polypétalées, les com-
posées, les incomplètes et les clandestines formant en tout
vingt-deux classes. Les monopétalées se subdivisent en cinq
classes : i" les campanulacées, 2° les gymnospermes, o*" les
polymorphées et 4" les infundibulées; les polypétalées com-
prennent : 5° les rosacées, ô*" les bassinées, 7** les crucifères,
8° les étoilées et 9" les papillonacées; les composées se
subdivisent en : 10° ombellifères, 11** flosculeuses, 12** ra-
diées et IS** ligulées; les incomplètes fournissent : 14" les
monoclines, 15" les monoïques, 16° les dioïques, 17" les
liliacées et 18" les graminées; enfin, l'ordre des clandes-
tines se subdivise en quatre classes : 19" les fougères,
20" les mousses, 21" les algues et 22" les champignons.
Ce système, qui est une curieuse et intelligente modifica-
(1) Botanographie belgique , par François-Joseph Lestiboudois. Lille,
1782; 1 vol. iii-8o. Cet ouvrage a eu une seconde édition en l'an Vil, aug-
mentée de la Botanographie élémentaire et de la Botanographie uni-
verseHe. An VH; 4 vol. in-8".
( 29)
lion du système d'après la corolle de Tournefort , est d'une
extrême simplicité, et nous le citons avec d'autant plus de
bonheur, que c'est lui qui, il y a plus de cinquante ans,
conduisait nos premiers pas dans les sentiers de la science.
Reconnaissons cependant que la Botanog rapide belgique
est plutôt la description des plantes cultivées alors dans les
jardins botaniques, qu'une flore des plantes indigènes.
C'est à cette époque qu'apparaît le véritable père de la
flore flamande. En 1788, l'Académie de Bruxelles avait mis
au concours une question sur les plantes indigènes non
décrites dans les ouvrages de nos anciens botanistes. Fran-
çois Roucel, d'Alost, entreprit d'y répondre et produisit son
traité des plantes les moins fréquentes des environs de
Gand, Alost, Termonde et Bruxelles (1), qui parut en 1792.
C'est le premier ouvrage publié en Belgique suivant la no-
menclature linnéenne. A la même époque , Rosin , disciple de
Linné iils, éditait un herbier des plantes rares des environs
de Liège (2). Peu après , en 1805 , Roucel publiait sa Flore
du nord de la France (3), rédigée suivant la méthode de
Linné et dont les descriptions et la nomenclature sont em-
pruntées à la Flore française de Lamarck. La Flore du nord
de la France contribua beaucoup à vulgariser la science, et
elle est le point de départ des Flores du Brabant, de la
province d'Anvers et de la Flandre.
La Flore du nord de la France signalait l'entrée du siècle
(1) Traité des plantes les moins fréquentes des environs de Gand,
Alost , Termonde et Bruxelles; par F. Roucel. Bruxelles, 1792 lin-S".
(2) Herbier portatif des plantes qui se trouvent dans les environs de
Liège. Liège, 1791 ; in-8".
(3) Flore du nord de la France; par F. Roucel. Paris, 1805; 2 vol,
in-8".
(30)
et le réveil de la botanique dans notre pays. Peu après, les
statistiques départementales donnèrent naissance à divers
catalogues de plantes indigènes, qui furent l'origine de
plusieurs de nos flores provinciales. En 1805, dans la sta-
tistique du département des Deux-Nèthes , Dekin publiait
le catalogue des plantes indigènes à ce département (pro-
vince d'Anvers); l'abbé Hocquart écrivait, en 1804, celui
du département de Jemmapes ( Hainaut) ; Dossin , celui du
département de l'Ourthe (Liège); en 1807, Lejeune, la liste
des plantes du même département; enfin, G.-J. Edwards,
de Bruges, préludait aux magnifiques travaux qui depuis
ont illustré son nom, en publiant, en 1810, le tableau
des plantes indigènes du département de la Lys ( Flandre
occidentale).
La Statistique florale du département de l'Ourthe (pays
de Liège) donna naissance à la Flore de Spa, dont le pre-
mier volume parut en 1811 et le second en 1815. Placé
au centre des montagnes du Francbimont, de ce charmant
pays dont la végétation est si riche et si variée, doué d'une
rare activité, d'un coup d'œil sûr et d'une grande connais-
sance des plantes de son voisinage, le docteur Lejeune em-
ployait à la botanique tous les instants que lui laissait sa
nombreuse clientèle , et il transformait en herborisations
les courses que sa pratique médicale l'obligeait de faire
dans cette florissante contrée. Ne pouvant, à cause de sa
clientèle , s'absenter pour herborisera distance, le docteur
Lejeune fut servi au-dessus de ses espérances par d'intelli-
gents botanistes, et il put ainsi étendre le domaine de la
flore de Spa au delà des limites de ses propres herborisa-
tions. Colson lui fournit les plantes des environs de Liège et
de l'Ourthe; de Thier et Wolf, celles de Spa; P. Michel, les
riches végétaux de la Vesdre et de l'Amblève ; Viltu, ceux de
(.31 )
Tongres; Nyst et Haenen , les plantes de la Campine et des
environs de Maestricht, et M"^ Libert, l'illustre botaniste
de Malmédy, les espèces de cette région subalpine, en sorte
que le docteur Lejeune put ainsi , au domaine de la flore par
lui parcourue , adjoindre les plantes des contrées voisines
des environs de Liège, Maestricht et Malmédy. A la même
époque, J. Kickx père publiait sa Flore de Bruxelles, ou-
vrage consciencieux fait avec un soin tout particulier,
surtout en ce qui concerne la synonymie de nos anciens
botanistes, et qui est devenu la base de la Flore du Bra^
bant.De son côté, Desmazières, que nous venons d'avoir
la douleur de perdre au moment où nous venions de l'as-
socier à nos travaux , complétait l'ouvrage de Lestiboudois,
en publiant son Agrotographie du nord de la France, qu'il
fit suivre plus tard par son Catalogue des plantes omises
dans la Botanographie belgique et par ses Fascicules cryp-
togamiques.
Nous touchons au moment où la chute de l'empire fran-
çais amena la réunion des dix-sept provinces et la consti-
tution du royaume des Pays-Bas , époque de grande vitalité
pour la botanique dans toutes les parties de ce royaume.
En 4814, tandis que l'abbé Hocquart publiait sa Flore
du département de Jemmapes , Dekin , et avec lui M. Passy,
qui depuis occupa une si haute position dans les aff'aires
de France, mettaient au jour leur Florula bruxellensis ;
le baron de Geer, depuis greffier de la seconde chambre
des états généraux, éditait son Spicilegium des plantes
des provinces septentrionales, et Kops continuait la pu-
blication de la Flora batava. Peu après, Schuurmans-
Stechoven publiait son Manuel de la flore batave; Mulder,
son Elenchus de la flore de Leyde, et Van Hoorebeke,
quatre fois couronné dans des concours solennels pour
(32)
riierbier de la Flandre orientale, éditait son Mémoire sur
les orobanches, tandis que Mussclie, savant botaniste,
présentait, dans son Horttts gandavensis , le tableau des
plantes observées par lui dans la Flandre orientale, ainsi que
celui des plantes indiquées par Van Hoorebeke , auquel il
prêtait ainsi Tappui de son incontestable mérite. Jl est fâ-
cheux que la science ait alors été induite en erreur par de
fausses indications de naturalité. Le premier, nous avons
signalé nos doutes à cet égard , et malgré toutes les déné-
gations qui nous furent faites alors , malgré toutes les cri-
tiques qui nous furent adressées pour n'avoir pas voulu
croire à la naturalité de toutes les espèces indiquées, le
temps est venu prouver qu'on ne peut regarder comme
indigènes à la Flandre beaucoup de plantes que Yan Hoo-
rebeke prétendait y avoir rencontrées.
Bientôt après. M"*' Libert dédiait à notre savant ami
le docteur Lejeune, un genre d'hépatique à capsules uni-
valves, qu'elle désignait sous le nom de Lejeunia; Nyst
éditait, dans le Voyage souterrain à la montagne de Saint-
Pierre de Maestricht, le catalogue linnéen des plantes
de ce plateau. Peu après, Yan Hall publiait sa belle Flore
des provinces septentrionales, et mon compagnon d'her-
borisations, P. Michel , éditait par mes conseils son Agros-
tologie belgiqiie ; Schaffer mettait au jour sa Flore de
Trêves; Bluff et Fingerhutt leur Compendium , et ce der-
nier son précieux Tentamen des lichens de l'Eiffel , pays
jadis belge, au moins en grande partie; Kuyper faisait
connaître les plantes des environs de Breda, Marchant, les
orchidées du Luxembourg , De Cloet , les plantes des en-
virons de Dinant. Tandis que Blume éditait sa magnifique
Flore de Java et que Tinant préparait sa Flore du Luxem-
bourg y Lejeune , avec Courtois , publiait son Compendium.
( 53 )
Les événements de 1850, en séparant de nouveau les
provinces des Pays-Bas, vinrent interrompre le mouve-
ment vers l'étude des fleurs, et tandis que la botanique,
après avoir quelque temps sommeillé chez nous, se ré-
veillait avec une vigueur toute nouvelle, nos anciens frères
du Nord nous donnaient un grand exemple en se consti-
tuant en Société de botanique et en instituant des herbo-
risations dans toutes les parties du territoire. Il ne m'ap-
partient pas de vous entretenir des travaux des auteurs
belges encore vivants; tous font partie de la Société dont
nous inaugurons aujourd'hui les travaux, et la délicatesse
m'empêche de faire ici leur éloge ; mais permettez-moi de
vous exposer les résultats produits par la Société hollan-
daise : ils vous montreront mieux que je ne saurais le dire
ce que l'on peut attendre de vos propres efl"orts.
L'installation de la Société destinée à la propagation de
la botanique dans le royaume des Pays-Bas , a été pour ce
pays l'ouverture d'une ère nouvelle. M. Van den Bossche,
après avoir publié une énumération des plantes de la Zé-
lande, a mis au jour la partie phanérogamique du pro-
drome de la Flore batave , dont les mousses et les hépa-
tiques ont été traitées par MM. Dosy et Molkenbroer, qui
déjà avaient édité des travaux sur la cryptogamie des
provinces bataves (1). M. Oudemans, dans sa belle Flore
de la Néerlande (2), a publié une histoire complète de la
phanérogamie du Nord. La Flore de la Frise a été entre-
prise par M. Bruinsma (3); celle des environs de Leyde,
(1) Bijdrage tôt Flora cryptogamiea van Nederland. Leyden, 18-14 et
1845.
(2) De" Flora van Nederland, 3 vol. in-8«, avec fig. Harlem, 1859-62.
(ô) Flora Frisica, iii-8*>. Leemvarden, 1840.
5
( 54 )
par MM. Molkenbioer et Herbert (1); celle d'Amslerdani ,
par MM. Romboiits et Merkus-Doornik (2); les Flores
d'Utrecht, de Campen,de Nimègiie et de Bois-le-Duc, par
MM. Gevers (3), Bondam (4), Abeleven (5) et Yan Hoven.
M. liarting a publié les diatomées des Pays-Bas; MM. Van
de Sande-Lacoste et Suringar, le catalogue des plantes de
la Drenthe. De son côté, De Vrise publiait successivement
sa Flore médicale (6) et sa Flore des jardins (7) ; Miquiel (8) ,
ses Plantes vénéneuses des provinces septentrionales des
Pays-Bas et sa Distribution des plantes bataves.
Tels sont les résultats produits par la création de la
Société hollandaise de botanique. Imitons, Messieurs, cet
exemple de nos voisins et anciens frères; imitons surtout
les exemples de nos devanciers, des Dodoens, des Lobel
et des Clusius, des Hermann, des Boerhaave et des Yan
Royen, des Roucel , des Lejeune et des Tinant. Le jour qui
nous rassemble est de bon augure ; il marquera dans les
fastes de la botanique nationale. Tandis qu'assis au centre des
dunes, au milieu des richesses de cette contrée aux plantes
si curieuses, nous inaugurons les travaux de la Société de
botanique de Belgique, dans le but de dilater le dt)maine
de Flore, aujourd'hui, à cet instant même, on inaugure
à Malincs la statue du grand botaniste belge du seizième
(1) Flora Leydensis; in-8». Lugd.-Bat., 1840.
(2) Flora Amstelodamensis, in-8°. Amsterdam, 1852.
(3) Ge vers-Dey nots , F/ora va?i Utrecht.
(4) Bondam , Flora Campensis.
(5) Flora vanNijmegen; in-8". Nymegen, 1848.
(6) W.-H. de Vriese, Plantenkimde , etc. Leyde, 1835 et suiv.
(7) Ibid., Tuinbouiv Flora.
(8) U\quie\, De Nord-NederUmdscfte vergiftige Gewaftsen; in-8". Am-
sterdam, 1858.
(3S)
siècle , de Timmortel Dodoens. Entendez-vous le son loin-
tain des cloches argentées ; entendez-vous le canon reten-
tir et mille voix répéter le nom du père de la botanique?
Unissons aussi nos voix pour célébrer ce grand jour et
acclamer le Linné du seizième siècle; mais surtout accla-
mons-le en proclamant son précepte : l'étude de la nature
et l'observation , précepte qui a régénéré la science et qui
doit être notre devise à tous et celle de notre Société.
OPUSCULES
DE
BOTANIQUE ET D'HISTOIRE NATURELLE;
M. B. DU MORTIER,
Prt'siilcnl de la SociL'té royale de botanique de Belgique.
FASCICULE II.
MONOGRAPHIE DES SAULES DE LA FLORE BELGE.
DECEMBRE 18()!2.
1&jlJnii4,ïàJ^,l; /3û-i4^
:.A^
FASCICULE IT.
MONOGRAPHIE
SAULES DE LA FLORE BELGE
De tous les genres de plantes phanérogames, le plus
difiicile est certainement le.genre Salix; aussi son étude
a-t-elle été souvent négligée et traitée d'une façon très-
superficielle ou incomplète dans la plupart des flores. Les
difficultés que présente cette étude résultent de deux
points principaux, l'un organique, l'autre théorique : l'or-
ganisation florale des saules et le défaut d'une bonne mé-
thode de classification des nombreuses espèces qu'ils ren-
ferment.
Dans leur organisation florale, les saules ofl'renl cette
double particularité d'être dioïques et de fleurir, pour la
plupart, avant les feuilles, ou du moins avant le complet
développement des feuilles. L'arbre ne possède donc jamais
la réunion de ses caractères spécifiques, en sorte que, pour
former cette réunion, il faut étudier chaque espèce sur
rlH'h
(40)
deux pieds dilïérents et observer ces deux pieds à diverses
époques de leur végétation, ce qui offre les plus grandes
difficultés quand on travaille sur des plantes à l'état sau-
vage. Celui qui s'adonne à l'étude du genre Salix n'a donc
qu'une chose à faire, c'est d'en former un jardin spécial,
afin de pouvoir les étudier chaque jour, comme je l'avais
fait au Jardin botanique de Tournay.
La seconde difficulté fondamentale consiste dans l'ab-
sence d'une bonne méthode de classification des saules. Il
existe dans ce genre de grandes coupes naturelles connues
de tous les paysans, de tous les jardiniers et délaissées
par les botanistes : les marceaux, les osiers, les hélices ou
verdiaux, les saules, etc., divisions tellement tranchées
qu'elles se distinguent au premier coup d'œil et qu'il est
impossible de les confondre. Ces groupes sont naturels, et
c'est à les conserver que doit tendre la botanique transcen-
dante; mais la difficulté est de trouver le caractère qui en
unit les espèces et qui distingue entre elles ces divisions
naturelles. En outre, il est à désirer que le caractère dis-
tinctif des groupes s'applique aux fleurs des deux sexes,
aux plantes mâles comme aux plantes femelles, et si à cela
on pouvait adjoindre une diagnose tirée de la végétation,
on arriverait à déterminer facilement le groupe à toutes
les époques de la végétation et à rendre l'étude de ce genre
infiniment plus facile : c'est à quoi j'espère être arrivé.
Différents organes ont été successivement proposés pour
servir de base à la classification des saules : les feuilles, les
ovaires, les écailles du chaton , l'époque de la floraison et
le nectaire, à quoi nous ajouterons l'évolution des feuilles.
Linné, qui, le premier, entreprit de coordonner ce genre,
prit pour base d'étude les feuilles, qui sont glabres ou ve-
lues, entières ou dentées en scie. Mais un examen plus
(41 )
approfondi de ce genre n'a pas tardé à démontrer que la
villosité et la denture des feuilles constituent des carac-
tères souvent incertains et rompant les rapports essentiels
des espèces. C'est ainsi que le S. vitellina et le S, alba ,
deux plantes tellement voisines que plusieurs les regardent
comme de simples variétés, sont, dans la classilication
linnéenne, rejetées aux deux extrémités des saules.
Dans la nécessité de recourir à un autre système, Wah-
lemberg (\ ) crut pouvoir employer la considération des
ovaires pédicellés ou sessiles, velus ou glabres, et Se-
ringe (2) y ajouta celle de la longueur ou de la brièveté du
style. Cette distribution offre l'inconvénient de ne pouvoir
s'appliquer qu'aux plantes femelles et de laisser ainsi les
fleurs mâles sans classification. En outre, certaines espèces
ont l'ovaire sessile au commencement et pédicellé à la fin
de la floraison, et d'autres, comme le S. phylicifolia, of-
frent des variétés à ovaires glabres et à ovaires velus. Par-
dessus cela, cette ordonnance a l'inconvénient de rompre
les rapports naturels des espèces. Wahlemberg lui-même
en faisait l'aveu lorsqu'il disait : Methodum extruxi quae
nimis artificîalis miiltis videbitur. Seringe, de son côté,
sans abandonner la classification d'après les ovaires, y ajouta
la considération de l'époque précoce ou tardive des cha-
tons (3), caractère incertain s'il en fut jamais : car qui dira
où s'arrête le chaton précoce et où commence le chaton con-
temporain ou tardif. Il y a là, dans les saules, des nuances
(1) Wahlemberg, Flora laponica. Berolini, 1812.
(i) Seringe , Essai d'une monographie des saules de la Suisse.
(3) Les caractères des groupes revisés par Seringe se trouvent dans sa
Collection des saules de 1824 et dans lo Bolanicon gallicum de Duby,
pp i^ù et suiv.
( 42 )
indéfinissables et qui ne permettent pas de baser une mé-
thode sérieuse sur une considération aussi peu tranchée.
En cherchant, il y a quarante ans, à coordonner ce genre
si difficile, j'eus le bonheur de fixer mon attention sur un
organe dont l'importance avait jusque-là passé inaperçue,
le nectaire, et de voir que cet organe conserve très-bien
les groupes naturels et populaires dont nous avons parlé.
D'abord, le nectaire appartient à toutes les fleurs de saule,
aux femelles comme aux mâles, et quoique d'ordinaire plus
développé dans celles-ci, il ne manque jamais dans les
fleurs femelles, où, bien que quelquefois à l'état rudimen-
laire, il existe néanmoins et présente les mêmes caractères
que dans les fleurs mâles. Cependant, comme il est beau-
coup plus développé dans celles-ci, où il semble s'être accru
en raison de l'avortement du pistil, c'est par les plantes
mâles qu'il convient de commencer les observations , afin
que l'œil exercé trouve ensuite facilement les nectaires
dans les fleurs femelles.
Le nectaire présente, dans les fleurs du saule, trois
dispositions diff'érentes, qui peuvent se réunir en deux
groupes, si l'on envisage sa situation relativement aux or-
ganes générateurs. Chez les marceaux et les osiers, il se
compose d'une seule pièce allongée et terminée par la
glande nectarifère. Dans ce cas, cet organe unique se
trouve placé à l'opposé de l'écaillé florifère, c'est-à-dire
entre l'axe du chaton et les organes générateurs, de façon
que les étamines ou le pistil sont placés à côté du nectaire.
Au contraire, dans les saules proprement dits, il existe
deux lames nectarifères distinctes, l'une située à la place
que nous venons d'indiquer, l'autre entre les organes géné-
rateurs et l'écaillé florifère; en sorte qu'ici les étamines
et l'ovaire sont insérés au centre du nectaire. Enfin, dans
(43)
le S. pentandraj cet organe est cupulil'orme, à peu près
comme dans le genre Popidus, et il entoure les étamines
ou le pistil. Voilà donc trois formes de nectaire : unique ,
géminé ou cupuliforme ; et deux dispositions des organes
générateurs relativement au nectaire : l'insertion latérale
ou centrale.
Les divisions tirées de ces rapports des organes géné-
rateurs, relativement au nectaire et de la forme de celui-ci,
offrent l'avantage d'être entièrement en harmonie avec les
groupes fondamentaux populaires; elles conservent ces
groupes et les séparent leâ uns des autres, de manière à
former, dans le genre inextricable des saules, des sous-
genres présentant une classification à la fois naturelle et
facile. D'après ces considérations, dans un mémoire (1)
faisant partie de la première livraison des Bijdragen tôt
de Natimrkimdige Wetenschappen, éditées à Amsterdam
par Van Hall , Vrolik et Mulder, j'ai présenté une classi-
fication nouvelle basée sur le nectaire, et, formant mes
coupes d'après les modifications qu'offre cet organe, j'ai
établi dans le genre Salix cinq sous-genres, savoir :
Les saules proprement dits qui ont deux nectaires , sous
le nom (ÏAmerina; les marceaux qui n'ont qu'un seul
nectaire, sous celui de Vetrix^ tandis que des osiers j'ai
fait le sous-genre Vimefij des verdiaux, le sous-genre
Hélix, et des saules alpins, le sous-genre Chamaetia {'È).
Peu après la publication de cette classification des
(1) Verhandeling over liet geslachl der tvilgen (Salix) en de naluur-
lijke famille des Amentaceae; medegedeeld door B.-C. DuMorlit'r, te
Doornik. Amst., 1825,in-8°.
(2) Bijdragen tôt de natuurktmdige icetenschappen. Amsterdam , vol. I ,
p. 55.
( 44 )
saules, mon savant ami feu M. Guill. Koch mit au jour son
intéressant commentaire sur les saules d'Europe (1). Ayant
remarqué que certaines espèces de saules ont les écailles
du chaton entièrement unicolores et herbacées, tandis que
dans d'autres ces mêmes écailles, herbacées à la base,
sont sphacelées et noires à la partie supérieure, Koch
prend pour base première de sa classification des saules
les écailles des chatons concolores ou discolores , persis-
tantes ou caduques. Mais comme les espèces à écailles
discolores forment plus des cinq sixièmes du genre, il
faut recourir à d'autres organes pour y établir des subdi-
visions; M. Koch appelle donc à son aide des caractères
dans le genre de ceux de Seringe : la situation des cha-
tons, les capsules soit pédonculées soit sessiles ou cour-
tement pédonculées et la couleur de l'écorce intérieure,
caractères ou incertains et non déterminés, ou nullement
diagnostiques qui constatent l'insuffisance de la méthode.
M. Borrer (2) a voulu améliorer ce système, mais il n'a
pas réussi à lui donner l'unité sans laquelle une classifi-
cation manque de clarté et est nécessairement embrouillée
par l'appel de caractères non comparatifs.
Ces considérations ont sans doute frappé M. Elias Pries,
en lui faisant donner la préférence à la coordination basée
sur le nectaire. Dans son Commentaire sur les saules (5) ,
(1) De Salicibus europaeis Commentalio , auct. G. Koch. Erlang, 1828,
in-B". Les groupes formés par Koch sont encore exposés dans sa Flore
d'Allemagne.
(2) Borrer, dans Babinglon, Manual of British Bolany, p. 298.
(3) Commentatio de Salicibus in Mantisa prima. Lundae et Upsaliae,
1832, in-S". Ni les Novitiae de Fries, ni ses Mantissae ne se trouvent en
Belgique. J'ai donc dû ciler ce dernier ouvrage d'après les autres ouvrages
de Fries lui-même.
(45)
ce savant propose de diviser le genre Salix en cinq sous-
genres, d'après la considération du nectaire. Des saules à
deux nectaires, il forme le sous-genre- A mer ma; il donne
aux verdiaux le nom d'Hélix^ aux osiers, caractérisés par
la présence d'un seul nectaire, le nom de Vetrix; aux
marceaux celui de Capraea, et des saules alpins il forme
le sous-genre Chamelix,
Cette classification a été suivie ou indiquée par beaucoup
d'auteurs. Son identité avec celle que je vais présenter
m'impose le devoir de répondre d'avance à une accusation
qui peut-être ne manquera pas de m'étre adressée, celle
d'avoir fait mienne la coordination de M. Fries, ses dia-
gnoses et ses sous -genres. En effet, lorsque j'eus con-
naissance de cette classification, je fus surpris de la
coïncidence des observations et des désignations, et je
me demandai lequel de nous deux avait été précédé par
l'autre. Il fallut donc recourir à l'examen de priorité. Or
il se trouve que la classification du savant suédois a paru
d'abord dans sa première Mantissa, publiée en 1852, et
qu'elle a été reproduite par lui en 1855, dans son Corpus
florarum provinciarum Sueciae, ensuite, en 1840, dans
le journal suédois Botaniska Notiser de Stockholm , puis,
en 1846 , dans sa Summa vegetabiliiim Scandinaviae, tan-
dis que mon travail sur le genre Salix a été édité avec la
première livraison des Bijdragen de Van Hall, Vrolik et
Mulder , laquelle a paru en 1825 (1), c'est-à-dire sept ans
(1) Le titre du premier volume des Bijdragen lot de natuurkundige we-
(enschappen porte la date de 1826; mais ce titre a été fourni avec la fin
du volume, tandis que les premières livraisons ont paru en 1823. Les litres
portant la date de 1826 et destinés à remplacer ceux de 1825, ont été fournis
avec la dernière livraison du premier volume, ainsi que peuvent encore
s'en assurer ceux qui ont conservé l'ouvrage en livraisons.
(40)
avant la première publication du savant suédois sur les
saules. Une coïncidence existe donc entre nous, mais ce
serait bien à tort qu'on m'accuserait d'avoir fait mienne la
division du genre Salix proposée par M. Fries, ses sous-
genres et leurs caractères.
En indiquant les avantages que présentent les sous-
genres formés d'après la considération du nectaire, or-
gane commun à toutes les fleurs, soit mâles, soit femelles ,
et conservant les rapports naturels des espèces, nous
avons parlé d'un caractère tiré de la végétation et qui est
de nature à simplifier l'étude des saules. En effet, en con-
tinuant à étudier ce genre si diflicile, nous eûmes le bon-
heur d'observer des différences notables dans la préfolia-
tion des divers groupes de saules. On sait combien est
grande en botanique la valeur de l'évolution des organes
comme synthèse, et combien la forme qu'elle affecte est
d'ordinaire invariable dans un genre ou même dans une
famille. Or, dans le genre Salix, les marceaux et les ver-
diaux présentent une préfoliation équitante, tandis qu'elle
est révolue dans les osiers et convolute dans les amérines.
Voici donc un caractère supplémentaire facile à observer
et d'autant plus important, que les fleurs de la plupart
des saules s'épanouissant au premier printemps avant les
feuilles, il sera par là possible de ramener une espèce à
son sous-genre, après que les fleurs seront passées.
Tandis que la plupart des flores du pays ne contiennent
qu'un petit nombre d'espèces de saules, la monographie
suivante, extraite de mes manuscrits sur la flore de Bel-
gique, renferme les diagnoses d'environ quarante espèces;
encore ai-je retranché celles indiquées par Van Hoore-
beke et non retrouvées depuis, lesquelles comme je l'ai
déjà dit, doivent être rejetées, ainsi que quelques espèces
(47)
incertaines de Dosin et de Tinant. En voyant ces nom-
breuses plantes , on pourrait croire que nous y avons élevé
des variétés au rang d'espèces, afin de grossir le nombre
de celles-ci. Il n'en est rien cependant, et nous pouvons
aflSrmer la validité de toutes ces espèces, dont la moins
caractérisée est le S. vitelUna de Linné. Je ferai remarquer
d'ailleurs qu'en 1827, j'ai confronté toutes les espèces cri-
tiques de la flore belge avec l'herbier de Linné; ce qui
prouve avec quel soin la flore belge a été étudiée du temps
du royaume des Pays-Bas, par les botanistes de cette
époque.
Dans l'étude des espèces du genre Salix, trop souvent
on confond des plantes voisines, réellement distinctes,
plutôt que d'en rechercher le caractère séparatif, cela
provient de ce que parfois on apporte un examen trop
superficiel aux diverses espèces de saule. C'est ainsi que
les botanistes allemands ont confondu le S. hélix avec le
S. purpurea, toutes deux monandres, tandis que si l'on
eût bien étudié ces espèces, on eût vu que la dernière
diffère de l'autre par un caractère aussi solide que facile,
ses écailles florales renversées. De même le S. triandra,
un grand arbre à rameaux flexibles et tenaces, a été con-
fondu par eux avec le *S. amygdalina, qui est un arbrisseau
à rameaux fragiles. C'est encore ainsi que beaucoup de
botanistes ont confondu toutes les espèces d'osiers, parce
qu'ils ont négligé d'en observer les stipules, caractère fon-
damental pour les espèces de cette section , et sur l'étude
duquel on ne peut assez appeler l'examen. Quand les bota-
nistes auront fixé leur attention sur ce genre, en étudiant
les caractères tirés du nectaire, des écailles, de la pré-
foliation et des stipules , ils détermineront facilement les
saules et retrouveront sans peine toutes les espèces men-
tionnées dans ce travail.
(48)
En oflrant aujourd'hui à mes savants confrères cette
monographie synoptique du genre indigène le plus mal
connu et le plus difficile de la phanérogamie, je n'ai qu'un
but, celui de leur en faciliter l'étude, et, en leur don-
nant un spécimen du synopsis de la flore belgique que je
compte publier bientôt, leur montrer l'avantage que pré-
sente la méthode diagnostique par sous-genres sur la mé-
thode dichotome des auteurs français, qui est un labyrinthe
où Ton marche les yeux bandés. Ils trouveront, j'espère,
qu'au moyen de cette méthode synthétique, l'élude des
saules, jadis si ardue et si compliquée, n'est pas plus dif-
ficile que celle des autres plantes phanérogames.
J'ai cité avec soin les figures de l'excellente monogra-
phie de notre savant confrère, M. Wesmael; cet opuscule
est indispensable à ceux qui veulent s'adonner à l'étude
des saules indigènes : il est comme le préambule du tra-
vail que je vais présenter.
(49)
SALICUM FLORAE BELGICAE
MONOGRAPHIA SYNOPTICA.
Fam. SALICINEAE, Loiseleur de Longch.
(Dmrt., Bijdragen tôt natuurkunde , 1825, p. 45.)
Analysis generum.
Amenti squamae integrae. Stamina 1 -5 . . . Salix.
Amenti squamae integrae. Stam. 12. Styli tôt
quoi stigmata cristata Populus.
Amenti squamae laceratae. Stam. 8. Styli 0.
Stigmata laminata . Tremula.
SALIX, Lin.
CONSPECTUS SECTIONUM ET SUBGENERUM.
§ 1. CAPRISALIX. — Nectarium simplex unilatérale; stamina è latere
nectarii.
Nectarium cuneatum. Stam. 2. libéra, antheris deflora-
tis luteis. Praefoliatio aequitans 1. Vetrix.
Nectarium lineare. Stam. 2. basi monadelpha , antheris
defloratis luteis. Praefoliatio revoluta 2. Vimen.
Nectarium cuneatum. Stamen unicum vel 2 monadelpha ,
antheris defloratis nigris. Praefoliatio aequitans .... 3. Hélice.
§ 2. VITISALIX. — Nectarium geminatum vel circulare; stam. è centra
nectarii.
Nectarium bilamell. acutum. Amenta terminalia. . (Exot.) Cham.etia.
Nectarium bilamellatum obtusum. Stam. 2-3 4. Amerina.
Nectarium cupuliforme indivisum. Stamina 4-8 . . . .5. Lygus.
A
(50)
Séries I. — CAPRISALIX Dnirt., Bydragen tôt Natuurkunde,
4825, p. 55.
Neclarium simplex , unilamellatum , squamae adversum ; lamella inler-
positiva nulla. Genitalia è latere neclarii orta.
Subgenus i. — VETRIX Dmrt., Bydr., l c. (182S); Prodr., p. 11 (1827)
Pries , Mant. I , (1832) pro parle.
Stamina 2 libéra. Antherae defloratae luteae. Neclarium cuueatum.
Squamae discolores. Folia praefolialione aequilantia.
a. M ttcitbaceae Dmrt.y Prodr., p. 12. Brevislylae, stipulis lineraribus.
\. S. REPENS Lin! depressa, foliis elliplico-lanceolatis sub-
integris supernè nudiusculis, amentis fructiferis ovalis. —
Wesm., Saul.y fig. 46.
D S. Hab. in ericelis humidis! Suflfrulex polymorpha. Fol. subacumi-
nata /infernè sericea.
2. S. iNcuBACEA Lin! decumbens, foliis elliptico - lanceolatis
subintegris supernè laevibus, amentis fructiferis cylindricis.
X) 3. Hab. in paludibus lurlbsis non frequens! S. Angustifolia Wulf. Fo-
lia supernè convexa.
5. S. ROSMARiNiFOLiA Lin.! crecta, foliis lineari-lanceolatis
integerrimis strictis infernè sericeis, amentis ovatis. — Wesm.,
SmiL, fig. 17.
]^ 4 , 5. Hab. in ericelis spoiigiosis Frisiae (Meese.) , Gelriae (Gorter) ,
HoUandiae (Van Hall). — Folia margine plana, in acumen rectum atte-
nuata.
4. S. ARGENTEA Smith! erecta, foliis rotundato - ovatis sub-
revolutis integris utrinque ramulisque argenteo -sericeis. —
Wesm., SauL, fig. d8.
X) 5. Hab. in arenâ dunarum Flandriae ! Zeelandiae! HoUandiae! Gelriae!
— Tota micans et speciosa.
b. Capt'eae Hmn., Prodr., p. H. Brevislylae, stipulis reniformibus.
5. S. ACUMiNATA Smith! foliis lanceolato-oblongis undula-
(51 )
lis acuminatis infernè tomentosis, stigmatibus indivisis stylum
aequantibus.
f) 4f. Hab. iii sylvis humidis passhn ! S. holosericea Van deii Bosche ,
Zeel. — Caulis erectus sequentibus humilior. Stigmala filiformia. Stipulae
reniformi-semicordatae.
6. S. Capraea Lin! gemmis glabris, foliis ovatis undulato-
crenatis supernè glabris , infernè tomentosis. — Wesm., SauL,
%. 15.
f) 4. Hab. in sylvis frequens! S. ulmifolia Thuil. — Arbor mediocris.
Folia magna. Amenta praecocia crassa.
7. S. ciNEREA Lin! gemmis incanis! foliis obovatis subinte-
gris infernè reticulato-venosis hirtis. — Wesm., Smd.j fîg. 44.
f) 4, Hab. in sylvis humidis frequens! S. acuminata Hoffm. non Sm.
S. Hojfmanniana Bl. et Fig. — Folia infernè rubiginosa. Species gem-
niarum canitie notabilis.
8. S. AURiTA Lin! gemmis glabris, foliis obovatis undulato-
serratis rugosis utrinqiie villosis, stigmatibus sessilibus emar-
ginatis. — Wesm., SaiiL, fig. 1 5.
X) 4. Hab. in sylvis frequens ! S. rugosa Ser. ! — Frutex ramis im-
plexis. Folia cinerea mucrone adunco.
9. S. DEPRESSA Lin! gemmis glabris, foliis obovatis acutis
adultis glaberrimis , stigmatibus bifidis.
f} 4, 5. Hab. in salicetis Limburgii (Membrede !) S. Sîarkeana Willd. —
Priori valdè similis , sed folia adulta integerrima plana , surculorum vero
undulato-serrata.
c. M»^hyUcifoUac Dmrt., Prodr., p. 12. Longistylae, capsula
pedunculalâ. Stipulae reniformes.
10. S. NiGRicANs Smith! foliis elliptico-Ianceolatis undulato-
crenatis supernè glabris, infernè glaucis, ovariis lanceolatis
glabris.
ï> 4, 5. Hab. in pratis turfosis Rhenlandiae (Wirtg.) in salicetis Flan-
driae (Musche!), Limburgii sept. (Membrede!), Brabantiae (Wesmael).
(32)
d. iPaphnoêdeac Dmrt,, Prodr., p. 12. Longistylae, capsula sessili.
Stipulae semicordata.
11. S. ARBUscuLA Lin ! amentis serotinisfoliatis, foliis oblongo-
ovatis, mucronatis infernè glaucis.
1} 4, 5. In nemoribus Francimonlanis propè Juslenville (Lej! Michel!).
— Frutex 2-3-pedalis, ramis abbrevialis. Folia supernè atro-viridia lucida.
12. S. DAPHNOïDEs Vill. corticc pruinoso, foliis nitidis in-
fernè glaucis, amentis praecocibus crassis. — Wesm., SauL,
fig. lo!
T> 3, 4. In convallibus subalpinis Arduennae Luxemburgensis propè
Echternach (Tinant! ), Treviris (Lohr), in sylvis Brabantiae ad Peuthy
(Wesmael!) — S. Praecoœ Hoppe. S. cinerea Willd. S. pomeranicaWûd.
— Rami rore caesio cinerascentes. Flores praecocitate notabiles.
Subgenus //. - VIMEN Dmrl., Bydr., p. 56 (1823); Prodr. FI. Belg.,
p. 12 (1827); Vetrix, Fries (1832), pro parte.
Stamina 2 basi monadelpha. Antherae defloratae luteae. Nectarium uni-
lamellatum lineare, Folia praefoliatione revoluta.
a. Vifninate». — Bracteae discolores.
* stipulae dllatatae.
13. S. STiPULARis Smith! foliis latc lanceolatis répandis su-
pernè pubescentibus, stipulis semicordato-lanccolatis petiolum
aequantibus.
ï? 3, 4. Secus ripas Tornacesii! Flandriae! IloUandiae ( Wenck), Zee-
landiae (Van den Bossche), Gelriae (Abeleven). — Rami tomenlosi erecti.
14. S. Smithiana Wild. foliis oblongo- lanceolatis undulatis
denticulatis infernè sericeis, stipulis semicordato-reniformibus.
ï) 4 , 3. Ad ripas fossarum passim !
15. S. Seringiana Gaud. foliis latè lanceolatis crenatis su-
pernè pubescentibus, stipulis ovatis acuminatis, capsulis pc-
dicellatis.
ff 4, 3. In sepibus humidis passim! S. lanceolata Seriuge! S. holose-
ricea Ser. sal. ex S! — Capsulae pedicellus nectario duplo longior. Stylus
elongatus , stigmatibus bifidis.
(53)
16. S. MOLLissiMA Elirli. foliis lanceolato-liuearibus subun-
dulato-crenatis supernè glabriusculis, stipulis ovatis aciitis,
capsulis sessilibus.
]> 4, 5. Ad ripas Vesae!Mosae(Dossin),Rhem(Boen.) S. Pw6era Koch.
— Pubes foliorum lutescens ut et amenti squamarum.
** Stipulae elongatae.
17. S. ELONGATA (cuspidata Dmrt! Prodr., p. 45) foliis lan-
ceolatis acuminatis crenatis supernè glabris , stipulis lineari-
lanceolatis petiolatis.
l> 4, 3, Ad ripas fossarum Flandriae! S. fissa Ser. Dec. nec Hoffm. —
Stylus elongatus; stigmata indivisa.
48. S. viMiNALis Lin! foliis linearibus subrepandis infernè
sericeis, stipulis linearibus deciduis. — Wesm., Saul.j fig. 44.
ï> 3, 4. Secus fossas frequens! — Folia margine revoluta Integra.
Rami stricti.
49. S. REPANDA Dmrt! Prodr., p. 42, foliis longé lanceolatis
répandis supernè glabriusculis, stipulis squamiformibus citô
deciduis.
ff b. In salicetis ad fl. Vesdre! — Folia infernè sericeo-argentea. Amenta
coetanea cylindrica.
20. S.Croweana Sm! foliis ovato-ellipticis subserra tis glabris
infernè glaucis , staminibus monadelphis.
2j. 4, 4. In palustribus lurfosis propè Tornacum! — Frutex humilis.
Rami fragiles.
b. oieifoHae. — Bracteae concolores.
24. S. ELAEAGNOs Scop. foliis linearibus margine revolutis
infernè tomentosis , ovario glabro.
f) 5. In paludibus subalpinis Arduennae Francimontensis (Lej.!) Luxem-
burgii Echternachtensis (Tin.l) S. incana Schr. —Wesm., Saul, fig. 7. S. ri-
paria Willd. S. lavandulae folia Seringe! S. rosmarini folia Gouan, Lej.
nec Lin! — Folia superûè puberula. Stamina monadelpha.
22. S. HippoPHAEFOLiA Thuil. foliis lanceolatis longe acumi-
( ^^ )
natis obscure denticulatis demum glabralis, amcnti squamis
persistentibus. — Wesm., SauL, fig. 6.
ff 4, 5. Ad ripas Scaldis, Sennae, Mosae (Wesmael), Rheni (Wirtg ). —
Rami olivacei. Folia plana. — S. violacea Hollandre, fl. Moselle.
Subgenus lll. - Hélice. — Hélix Dmrt., Bydr., 1. c, p. 56 (1825),
Pries (1832).
Nectarium unilamellatum latérale. Stamen unicum quadriloculare vel
slamina 2 monadelpha. Antherae purpureae defloratae nigrae. Praefoliatio
aequitans.
23. S. RUBRA Smith! foliis lineari-Ianceolatis concoloribus
adultis glabris, stipulis lineari-Ianceolatis saepè nullis. —
Wesm., SauL, fi4. 9.
]> 4, 5. Ad ripas fluviorum in Arduennà passim! — Stamina ad apicem
usque saepe connata. Stigmata ovata indivisa.
24. S. OLivACEA Thuil. erecta, amentis monandris coetaneis
crassis, stigmatibus linearibus divisis.
ï> 4, 5. In salicetis Flandriae (Mussche! Hoor.!) S. forbiana Smith! —
Folia lanceolata acuta denticulata glabra.
25. S. Hélix Lin! erecta, amentis monandris praecocibus
gracilibus , squamis patulis , stigmatibus linearibus.
ff d, 4. Ad ripas fluviorum! — Arbor mediocris, ramis luteo-caesiis.
Squamae nunquam deflexae î S. Monandra var. HofFm.
26^ S. PURPUREA Lin! decumbens, amentis monandris prae-
cocibus, squamis deflexis. — Wesm., SauL, fig. 8.
f) 3,4. Ad ripas fluviorum in montosis! — Squamis deflexis a priori-
l)us quibuscum confunditur distinctissima. S. Monandra var. Hoffm.
Séries IL — VITISALIX. Dmrt., Bydr., l c, p. 56.
Nectarium bilamellatum vel circulare. Genitalia è centro nectarii orta.
Subgenus IV. — Amerina Dmrt., 1. c. (1825), Prodr., p. 12 (1827).
Fries (1832).
Nectarium bilamellatum obtusum , lamellâ unà squamae oppositivâ , altéra
(55)
inlerpositivâ. Slamiua '2-5. Amenti squamae concolores. Praefoliatio con-
voluta.
a. T»*iand»'ao. Dmrt. Prodr., 1. c. Stam. 5. Amenti squamae con-
colores persistentes.
27. S. AMYGDALiNA Lin! frutcx, foliis oblongis basi rotundatis ,
ramis fragilibus laevibus, stipulis trapeziformibus, ovariis
glaberrimis. — Wesm., SauL, fîg. 5.
ï? 4, S. In sylvis humidis frequens! Folia serrata glabra. Stipulae
maximae. Rami nitidi laeves.
28. S. TUBERCULATA Dmrt! Prodr., 1. c. frutex, ramis tuber-
culatis, foliis longè lanceolatis, amenlis ovato-cylindricis , ova-
riis sericeis.
ïj 4, 3. Ad ripas Scaldis propè Tornacum, rara! — Folia supernè
glabra , infernè puberula. An hybrida proies ?
29. S. UNDULATA Ehrh. frutex, ramis laevibus, foliis lan-
ceolatis undulatis, amentis cylindricis, ovariis pubescentibus.
]> 4, 5. Ad ripas Mosae et Vesae (Lej. Michel!), Mosellae et Rheni
(Wirtgen). — Folia dentlculata glabra. Vimina praestantissima.
50. S. TRiANDRA Lin! arbor, ramis tenacissimis, foliis lineari-
oblongis , amentis cylindricis , ovariis glabris.
]j 4, 5. Ad ripas fluviorum passîm! — Arbor excel sa , corticem quo-
tannis more Platani abjiciens. Folia basi cuneata.
b, Diand»*ae. Stam. 2. Amenti squamae concolores ante maturitatem
fructus deciduae.
31. S. BABYLONicA Liu ! ramis longe pendentibus, foliis lan-
ceolatis rectis. — Wesm., SauL, fig. 4.
J) 5, Ex Oriente, nunc ad pagos frequens.
52. S. cocHLEATA Dmrt! Prodr., p. 15. ramis longe pen-
dentibus , foliis lanceolatis cochleatis canaliculatis.
1> 3, 4. In aquosis Flandriae reperta (Van Hulthem!) — Prioris forsan
hybrida proies.
35. S. ALBA Lin! foliis sericeis elliptico- lanceolatis utrinquè
(56 )
altenualis serratis, ovariis subsessilibus glabris, stigmatibus
subsessilibus bipartitis. — Wesm., SauL, fîg. 5.
f} 5. In sylviset secusviasubiqiie! — Arborelata.Staminabasi clavata.
54. S. viTELLiNA Lin! foliis lanccolalis utrinquè attenuatis
glanduloso-scrratis demum glabris, ovariis subsessilibus gla-
bris, stigmatibus subsessilibus emarginatis.
f) 5. In paludosis! — Frutex nec arbor. Rami maxime flexiles, paten-
tes, cortice vilellino. Stamina basi pilosa. Priori nimis aff.
35. S. DECiPiENs Hoffm. foliis ramulorum infimis latè-obo-
vatis obtusis, petiolis subglandulosis, ovariis pedicellatis.
D 5. Ad ripas fluvioruml — Rami testacei illinito-nitidi , gemmis atro-
fuscis. Folia floralia obovala.
56. S. RussELiAN\ Smith! ramis flexilibus, foliis lanceolatis
acuminatis serratis glabris, ovariis pedicellatis subulatis.
f) 4, 5. In palustribus et ripas! — Arbor excelsa, folia juniora pilosa.
Stipulae acuminatae. Rami tenacissimi. Amenta laxa viridia.
57. S. FRAGiLis Lin! foliis ovato -lanceolatis acuminatis ser-
ratis glabris , petiolis glanduîosis, ovariis subsessilibus ovalis.
— Wesm., Satd., fig. 2.
D 4, 5. In palustribus et sepibus humidis! — Arbor excelsa, ram
rufescenles tortuosi, basi fragiles. Stamina 2-5.
Suhgenus V.— Lygls — Salicaier Dmrt. Prodr., p. 14.
Nectarium urceoliforme indivisum. Stamina 4-8 è centro nectarii
oriunda. Amenti squamaè concolores. Praefoliatio convoluta.
58. S. cuspiDATA Scliultz. 4-S-andra, foliis oblongo-Ianceolatis
cuspidatis, stipulis scmicordatis obliquis. — Wesm., exsicc!
f} 5. In pratis paludosis sylvaticisBrabanliae (Wesm!).— S. «e^randmL.
59. S. PENTANDRA Liu ! 5-10-andra, foliis ovatis acuminatis
glanduloso-crenatis, stipulis aequilateris ovato-oblongis redis.
— Wesm., Saiil.j fig. 1.
Xf 5. In humidis Francimontanis (Lej.) et propè Mosaetrajeelum! in
dunis Holiandiae (Van Hall). — Arbor mediocris spcciosa.
OPUSCULES
BOTANIQUE ET D'HISTOIRE NATURELLE;
M. B.-C. DU MORTIER.
Président de la Société royale de botanique de Belgique.
FASCICULE III.
DISCOURS SUR LES PROGRÈS DE LA CLASSIFICATION DES
PLANTES, jusqu'à A.-L. DE JUSSIEU.
1863.
Extrait des Bulletins de la Société royale de botanique
de Belgique, tom. II , n» 2. Ji' 1 (j ^1 fi-
DISCOURS
SUR LES
PROGRÈS DE LA CLASSIFICATION DES PLANTES,
JUSQU'A A-L. DE JUSSIEU,
PRONONCE EN LA SEANCE PUBLIQUE TENUE A THUIN,
LE 21 JUIN 1863.
Messieurs,
L'étude de l'histoire naturelle, à laquelle nous devons la
connaissance des êtres qui couvrent notre globe terrestre,
comprend deux points de vue différents , celui de la con-
naissance des espèces et celui de leur coordination : l'ana-
lyse et la synthèse. L'homme qui s'adonne à cette étude
commence d'abord par chercher à distinguer entre elles les
diverses espèces de plantes ou d'animaux, à assigner les
différences qui les séparent, les particularités qui les carac-
térisent; mais bientôt le nombre des êtres s'accroissant, il
éprouve le besoin de coordonner les espèces qui ont entre
elles de l'affinité , de les classifier par genres et par familles,
d'y trouver des coupes d'ordre supérieur, des classes où
ces familles et ces genres viennent se placer d'une façon
naturelle. Dans le règne animal, ces groupes, faciles à
saisir, s'aperçoivent au premier examen. Les quadrupèdes,
les oiseaux, les reptiles, les poissons, les insectes , les mol-
lusques, sont distingués par des caractères si apparents,
(60)
que le vulgaire même ne saurait s'y tromper, et dans
chacun de ces groupes, les familles ont des caractères telle-
ment tranchés, qu'on les saisit au premier coup d'œil. Per-
sonne ne confondra jamais les singes avec les carnassiers ,
les chauves-souris avec les rongeurs, les ruminants avec les
cétacés , les oiseaux de proie avec les passereaux , les per-
roquets ou les palmipèdes, les coléoptères avec les papil-
lons, les araignées et les mouches; les caractères apparents
y sont si faciles à observer, qu'on ne peut les confondre.
Mais il en est tout autrement du règne végétal, et ce n'est
qu'après deux siècles d'une étude persévérante et appro-
fondie qu'on a pu arriver à la connaissance des familles
des plantes.
La classification des végétaux est la synthèse de la bo-
tanique , et le point de vue le plus élevé de la science, dont
elle est le principal ornement. Elle en facilite l'étude et
nous montre les rapports des plantes entre elles. Après
vous avoir entretenus l'an dernier, dans la séance publique
de la compagnie, des services rendus à la botanique par les
Belges, et vous avoir montré nos devanciers, les Dodoens
et les Lobel, comme les véritables fondateurs de cette
science , il vous paraîtra sans doute convenable de vous
parler aujourd'hui de la marche qu'a suivie la classification
des végétaux depuis cette grande époque jusqu'à l'intro-
duction de la méthode naturelle.
En analysant les œuvres de Dodoens et de Lobel, nous
avons montré ces deux illustres botanistes créant la science
et entreprenant les premiers la coordination des plantes par
des voies entièrement différentes. Dodoens crée la classi-
fication usuelle; le premier, il exprime les affinités des
espèces entre elles, en formant trois degrés, la classe, le
genre et l'espèce, jetant ainsi la base fondamentale de la
(61 )
science. Cette grande découverte de la réunion des espèces
en groupes supérieurs a été attribuée à Conrad Gesner,
mais il suffit d'ouvrir la première édition des Kruydboeck
de Dodoens , publiée en 1554, ou sa traduction par Clusius,
en 1557, pour voir combien le botaniste belge a précédé
l'autre à ce sujet. Dodoens y répartit les plantes en cinq cent
quarante -quatre genres ou groupes supérieurs, et la des-
cription de chacun d'eux est uniformément tracée d'après la
formule suivante : 1° les espèces , 2° la forme, 3° le lieu,
4** le temps, 5° les noms, 6"" le tempérament, 7** les vertus
et opérations. Ainsi, dès 1554, Dodoens réunit en groupes
les espèces congénères. C'est la base de son travail , de son
système, et il en suit l'application dans tout le règne vé-
gétal; il le fait trente-trois ans avant l'indication fournie
par Gesner; il le fait, non comme ce dernier, dans une
lettre particulière à un ami , et par là sans action sur la
science, mais dans un ouvrage qui fit le tour du monde et
qui, traduit dans toutes les langues, eut dix-sept éditions
en moins d'un siècle. L'école de Dodoens adopta cette base
de la science et la propagea par ses importants travaux,
réunissant, comme dit Lobel, chaque espèce sous un genre
comme sous un drapeau : reducendo unamquamque spe-
ciem sub génère tanquam sut vexillo.
Tandis que Dodoens crée la subordination des espèces
congénères, et qu'il introduit dans la science cette grande
pensée par ses ouvrages et ceux de ses disciples, Lobel se
propose pour but d'établir dans le règne végétal la chaîne
de l'ordre naturel, naturae ordinis consequatio; il est le
premier qui découvre le lien unissant entre elles les plantes
dicotylédones , monocotylédones et acotylédones , et qui
en fasse usage pour la coordination des plantes, posant le
grand principe de la classification naturelle des végétaux.
(62)
Mais, séduit par la division facile des plantes herbacées ou
ligneuses, il l'adopte d'abord et présente la série du règne
végétal dans l'ordre suivant :
1° Les plantes herbacées monocotylédones;
2° Les plantes herbacées dicotylédones;
5° Les arbres dicotylédons ;
4*^ Les arbres monocotylédons;
5° Les plantes dépourvues de fleurs ou acotylédones.
A la vérité , Lobel n'indique point le caractère tiré des
cotylédons et de leur dissemblance à l'époque de la germi-
nation , mais on ne peut contester qu'il connaissait ce ca-
ractère, dont l'observation est si facile et si vulgaire, qui
n'est ignoré d'aucun paysan , d'aucun cultivateur, et qui est
la base de son classement des plantes. Cette observation ,
aussi vieille que le monde, Lobel ne peut l'avoir ignorée,
et comme il coordonne les plantes d'après elle, il est évi-
dent qu'elle a servi de base à sa classification. En outre,
ce grand observateur est encore le premier qui ait conçu
la pensée de ranger les plantes par progression et familles,
indiquant ainsi, dès l'origine de la science, ce principe
attribué à Magerol , mais dont Lobel est le véritable inven-
teur.
Peu après Dodoens et Lobel apparaît un génie extraor-
dinaire qui, devançant d'un siècle la marche de la science ,
mit au jour un ouvrage prodigieux pour l'époque où il
parut, et qui, par cela même, n'exerça pas sur la science
l'efîet qu'il aurait dû produire. André Cœsalpin , professeur
à l'université de Pise, fit paraître, en j 585, son travail sur
la botanique (i), ouvrage qui recèle, à chaque page, de pro-
(1) De nantis libriXVT Andreae Cœsalpini Aretini.¥\oYenl\Sie,llSù]
in-4".
(63)
fondes observations , et dans lequel il entreprend de classi-
lier le règne végétal d'après le fruit et l'embryon. Csesalpin
ne connaît ni les organes sexuels des plantes et le parti
qu'on peut en tirer, ni les enveloppes florales, ni la corolle
monopétale ou polypétale, et pourtant son système est
complet, parce que, comme il le remarque avec justesse ,
le fruit et la graine des plantes sont le dernier terme , le
but de tout ce qui appartient au règne végétal (1 ). Son livre
est d'ailleurs difficile à saisir, parce qu'il ne donne pas de
clef de sa méthode, qu'il la dissémine dans tout son ou-
vrage à travers ses chapitres , et que sa division des plantes
en quinze livres ne concorde aucunement avec les divi-
sions de sa classification , qui restent ainsi cachées au fond
de son texte .
Il en est résulté que Linné, Adanson, Haller et tous les
botanistes, ne voyant pas que les seize livres de l'ouvrage de
Csesalpin ne sont qu'un travail de répartition , ont pris ces
livres comme sa classification des plantes , et se sont ainsi
étrangement trompés. Il était réservé à M. C.-H. Schultz
de démontrer cette erreur. Nous avons étudié avec soin
l'ouvrage de Csesalpin, et comme sa classification réelle est
entièrement défigurée dans les auteurs, et qu'elle est la
base des systèmes reposant sur le fruit, nous croyons de-
voir en donner le tableau, qui montrera sa méthode dans
son vrai jour.
Csesalpin divise les plantes en trois grandes séries, les
arbres , les herbes et les plantes sans fleurs , et il subdivise
les deux premières séries d'après le fruit qui est mono-
sperme ou uniloculaire, disperme ou biloculaire, trilocu-
(1) Cum in eâ propagatione quae fit ex semine , plantarum finis con-
sistât. Cœsalp., 1. c. , p. H.
( 64 )
laire, qiiadriloculaire ou pluriloculaire, ce qui fournit les
onze divisions suivantes ;
à fruit uniloculaire. .
— biloculaire . .
Arbres . . / — triloculaire . .
— quadriloculaire
— pluriloculaire .
à fruit uniloculaire. .
— biloculaire . .
Herbes . . { — triloculaire . .
— quadriloculaire
— pluriloculaire .
Plantes dépourvues de fleurs et de fruit
1
2
3
4
3
6
7
8
9
10
11
Rien de plus simple et en n^ême temps de plus facile
que cette classification , et l'on doit s'étonner à bon droit
qu'elle n'ait pas été suivie , alors que, durant un siècle entier
après Csesalpin, la botanique fut dépourvue de méthode.
Cela tient sans doute à ce que la tradition de la classifica-
tion de son savant auteur s'était perdue, et à la confu-
sion qu'il a jetée dans son ouvrage en le divisant en livres.
Ces livres n'ayant aucun rapport avec sa classification,
viennent dérouter le lecteur, alors que ses divisions sont
cachées dans son texte , sans qu'il les indique ni comme
classes, ni comme ordres. Ce qui complique encore les diffi-
cultés de son ouvrage, c'est qu'il ne tire aucun parti de la
subordination des espèces en genres, imaginée par Do-
doens , et qui facilite tant l'étude de la botanique. Sous ce
rapport, il est en arrière de l'école de Dodoens.
Après avoir distribué le règne végétal en onze classes ,
Csesalpin, voyant que plusieurs d'entre elles comprenaient
un grand nombre d'espèces, la subdivise en sous-classes,
d'après la nature du fruit , la situation de l'embryon et celle
du fruit relativement à la fleur, de manière à coordonner les
( 65)
plantes en quarante ordres ou groupes distincts. Essayons
d'en présenter le sommaire, et Ton pourra voir combien
sa classification diffère de celle qu'on lui attribue. En con-
servant les désignations de l'auteur, nous y adjoindrons les
pages de son ouvrage et la notation des chapitres oii ses di-
visions sont établies, en indiquant les familles ou les genres
principaux qui se rattachent à chacune d'elles. Ce travail
sera d'autant plus curieux, que c'est la première fois que
la méthode de Caesalpin aura été présentée exactement.
I. ARBORES.
Classis I. — Unicum seminis conceptaculum , p. 31, lib. 2, cap. 1.
§ 2. Cor seminis (radicula) in apice fructus vergens 1. c.
(X Cruslaceae 1. c. (quercus, fagus, corylus,
alnus , juglans , fraxinus).
j3 Pericarpium (fr. succulentus); seminis cor
exterius vergens, p. 47, c. 14 (arnygdali-
neae, laurus, piper, rhamnus, viburnum,
palmae, musa, celtis).
§ 2. Cor seminis in inferiore parte fructus (radicula in-
fera), p. 87, lib. 3, cap. 1.
a Flos nullus aut in summo fructus (ficus , cac-
tus, sambucus, hedera, rosa, ribes).
13 Flos in sede fructus; conceptaculum, p. 102,
c. 18(vitis,arbutus, erica,melia, cornus).
y Flos in sede fructus ; legumen , p. 110, c. 27
(leguminosae).
Classis II. — Seminis sede bipartita, p. 118, c. 41 (apocyneae, syringa,
salicineae).
— III. — Seminis sede tripariita , p. 126, c. 48 (buxus, myrtus.)
— IV. — Seminis sede quadripartita, p. 128, c. SO (evonymus, vitex).
— V. — Seminis sede multipHci , p. 129, c. 52.
<x Fructus sub singulis squamis semina con-
tinet 1. c. (coniferae).
)3 Fructus communi corticae lectus, p. 129 et
• 139 (citrus, punica, pomaceae).
(66)
II. SUFFRUTICES ET HERBAE.
Classis VI. — Semina solitaria aut solilarium seminis conceptaculum,
p. 147, lib. 4, cap. 1.
+ Semina solitaria,
§ i: Semina nuda, flos et cor exterius (superus), p. 147
(valerianeae).
§ 2. Semen in pericarpio (fr. succul.), p. 150, c. 6.
a Seminis cor exterius, flos inferius (daphne,
jasminium).
/3 Flos in summo fructu, p. 134, c. 12 (osyris,
thesium).
§ 3. Semen solitarium, flore involutum, p. 156, c. 13,
a Seminis cor exterius (urticeae, polygoneae,
chenopodeae , staticeae).
i3 Seminis cor inferius, p. 156, semen non bi-
valve (monocotyledonae) p. 1 72 , c. 41 (gra-
mineae, cyperaceae, typhaceae).
++ Semina plura.
§ 4. Semina plura in pericarpio (fr. succul.), p. 196,
lib. 5, cap. 1.
a Flos summo fructu intendens (cucurbitaceae,
caprifoliaceae , vaccinicae).
j9 Flos infra fructum enascens , p. 210, c. 13 (so-
laneae , asparagineae, araceae).
§ 3. Semina plura in fructu sicco, p. 210, lib. 6, cap. 1.
a Legumina. Semina ex altero vasculi latere
pendentia 1. c. Flores in omnibus inferius
sedent (leguminosae).
/3 Seminis sedes in medio vasculi. Floris folia ex
sede fructus enascent, p. 252 , c. 42 (caryo-
phyllae , primulaceae , antirrhineae).
r Siliqua. Flores summis siliquis insident , p. 268»
c. 71 (1) (epilobium, œnothera).
I) Celte division, si intéressante par la mention de l'insertion de la fleur su
(I)
(67)
Classis VII.— Semina bina aul conceptacula bipartita, p. 275 , lib. 7, cap. 1 .
§ 1. Bina semina sub singulis floribus 1. c. (umbelliferae).
5 2. Bina conceptacula, solitariis seminibus in singulis
alveolis, fructiûcant non in umbellis, p. 518,
lib. 8, cap. 1 (rubiaceae, mercurialis, xanthium).
§ 3. In geminis conceptaculis semina plura, p. 327,
cap. 15.
ce Quibus insunt pauciora semina (plantago,
acanthus).
(3 Semina plura, p. 327, flos in sede fructus con-
tinuus (monope talus), p. 334, c. 25 (antir-
rhineae, solaneae, capsulares).
r Semina plura, p. 327, flores divisi in foliola
quaterna, p. 258 , c. 53 (cruciferae).
Classis VIII. — Semina terna aut loculi terni ex eodem principio. p. 571 ,
lib. 9, cl.
$ 1. Semina terna nuda I. c. (thalictrum).
§ 2, Semina in 3 alveolis singula, p. 372, c. 4 (euphor-
biaceae).
§ 3. Semina in ternis loculis plura, p. 382, c. 22 (con-
volvulineae, resedaceae, viola, hypericum, cistus).
§ 4. Semina in vasculis tripartitis nequaquam bivalvia
(monocotyledonae) , p. 398, lib. 10, cap. 1 (lilia-
ceae, irideae, narcineae, orchideae).
Classis IX. — Semina quaterna in communi sede, p. 432, lib. 11, cap. 1.
§ 1. Semina cor in summo gerunt (radicula supera), 1. c.
(boragineae).
§ 2. Semina cor inferius habent (radicula infera), p. 440,
c. 14(labiatae).
Classis X. — Semina multa in communi sede, p. 476, lib. 12, cap. 1.
§ 1 . Flores seminibus singulis insidentes (fl. superus) 1. c.
a Seminis cor inferius vergit (radicula infera) ,
I. c. (compositae).
père, opposée à celles qui précèdent, est évidemment transposée dans le texte,
ainsi que les plantes qui la suivent. En présence de caractères si bien définis, cetio
transposition ne peut être que le fait d'une erreur d'impression.
(68 )
P Seminis cor exlerius qua flos exorilur ( ladi-
cula supera), p. 540, lib. 13, c. 37 (sca-
biosae).
§ 2. Flos pluribus seminibus commuais nullo inclusis
vasculo, 343, 1. 14, c. 1 (ranunculaceae, drya-
deae , geraulaceae).
§ 3. Semina plura iii singulis folliculis, p. 564, lib. 13,
cap. 1 .
a Conjunctis,]. c. (oxalis, hybiscus, aristolochia,
nymphaea, papa ver).
jS Disjuuclis, p. 376, c. 18 (sedum, veralrum,
helleborus, aquilegia).
111. FLORE SEMINEQUE DESTITUTAE, p. 391, lib. 16.
Classis XI. —
§ 1 , Quae radice, pediculo et folio constant , 1. c. (filices).
§ 2. Quae cauli et semini proportione respondent, 1. c.
(equisetum).
^ 3. Quae radice et folio constant , 1. c. (lichenes , musci ,
algae).
§ 4. Quae folio solo constant, 1. c. (lemna).
§ 5. Quae pediculo et folio constant, 1. c. (fungi).
C'est un fait bien digne d'admiration que de voir, dès
l'origine de la science, Csesalpin faire usage de caractères
aussi importants que ceux pris de l'embryon, aussi délicats
que ceux tirés de la situation de la radicule. Que d'obser-
vations patientes et laborieuses , que de dissections n'a-t-il
pas dû faire pour arriver à de tels résultats. Autant sa
méthode est simple dans les grandes divisions qu'elle pré-
sente, autant elle est savante dans ses détails. On y trouve
l'indication des monocotylédons, celle de la situation de la
fleur supère ou infère, de l'insertion des pétales, de la si-
tuation de l'embryon et de la radicule , c'est-à-dire presque
tous les éléments qui ont servi à constituer la méthode
(69)
naturelle. Malheureusement ce grand naturaliste divise les
végétaux en arbres et en plantes herbacées, mais on doit
l'absoudre de cette faute qui est celle de son époque , et
nous n'hésitons pas à proclamer Caesalpin l'un des plus
grands génies, l'un des plus habiles observateurs qu'ait
produits Phistoire naturelle.
Comment se fait-il qu'un ouvrage d'une telle importance
n'ait pas fait école et qu'il ait été un siècle entier sans
trouver d'imitateurs? l'esprit se refuse à y croire, et ce-
pendant parcourez les ouvrages de tous les botanistes qui
l'ont suivi, des Dalecamp, des Tabernaemontanus , de
Gaspar et de Jean Bauhin , vous verrez qu'ils n'ont tiré
aucun profit des progrès que Csesalpin avait fait faire à la
science, en sorte qu'il faut arriver à l'an 1680, c'est-à-dire
à quatre-vingt-dix-sept ans de distance de l'illustre bota-
niste italien , pour apercevoir son action sur la botanique
dans l'ouvrage de Morisson.
La un du dix-septième siècle produisit un mouvement
remarquable dans la classification des plantes. Il semble
que toutes les intelligences furent alors, par une action
sympathique, entraînées simultanément vers un but unique,
le besoin de coordonner les végétaux. En 1680 paraît la
méthode de Morisson , en 1682 celle de Ray, en 1687 celle
de Knaut, l'année 1689 voit éclore celle de Magnol, 1690
celles de Ri vin et d'Herman , 1692 celle de Tournefort.
Dans les sept modes de classification qui se produisent
durant ces douze années, Morisson , Knaut et Herman, sui-
vant les traces de Caesalpin , coordonnent les plantes d'après
le fruit, Rivin et Tournefort d'après la corolle, tandis que
Magnol cherche à poser les premiers fondements des fa-
milles naturelles.
Morisson institue sa méthode d'après le fruit et l'habitus,
( 70)
et il a bien soin de ne pas citer Csesalpin, bien que sa
classification ne soit rien autre chose qu'une contrefaçon
embrouillée de celle de ce grand botaniste , moins ses
savantes considérations sur l'embryon et la situation du
fruit; seulement, il y ajoute parfois la distinction des fleurs
monopétales ou à plusieurs pétales. Ray, dont l'histoire
générale des plantes est le travail le plus complet qui eût
paru à son époque , ne fait aussi dans ce grand ouvrage
que marcher dans les mêmes voies ; ce n'est que dans son
dernier ouvrage, publié en 1705 (1), que ce grand bota-
niste fait faire un pas à la science en séparant les plantes
herbacées monocotylédones des dicotylédones. Dans cet
ouvrage, les grandes divisions de sa méthode dernière sont
exposées en ces termes :
1. Plantae flore destitutae.
2. Floriferae herbaceae dicotylédones i
5. — — monocotylédones.
4. Arbores foliis arundinaceis irinisve (palmae).
5. — diversae ab arundinaceâ figurae texturaeve.
C'est exactement la méthode de Lobel avec les carac-
tères scientifiques des deuxième et troisième classes. La
réunion de toutes les plantes herbacées monocotylédones
est un fait important pour la science ; l'auteur fait présager
que la même division pourrait être possible pour les arbres,
mais il n'en fait pas l'application. Ray fit de grands efforts
pour arriver à déterminer, au moyen de tableaux dichoto-
miques, les caractères des genres, mais, ainsi que nous le
verrons bientôt , l'honneur de cette importante découverte
revient tout entier à Tournefort.
(1) Joannis Raji Methodus plantarum emendata et aucta. Londini,
1703; )n-8o.
( 71 )
Les méthodes deMorisson , de Ray et de Knaut, basées
sur le fruit , étaient des variantes de celle de Caesalpin ;
au contraire , le système de classification de Rivin , basé
sur la corolle, est complètement différent de ceux qui Font
précédé , et il présente cette nouveauté de reposer entière-
ment sur un seul organe, la fleur; ses subdivisions sont
tirées du fruit. L'unité, voilà ce qui caractérise le système
de Rivin ; aussi , le premier parmi les botanistes , supprime-
t-il la séparation des arbres et des herbes qui avait fait jus-
qu'à lui la base de toutes les classifications ; exposons ce
système , dont nous signalerons bientôt l'influence sur la
grande époque de Linné.
Rivin divise les fleurs en imparfaites et parfaites; celles-
ci en composées et simples , et ces dernières présentent
deux divisions, les fleurs simples régulières et irrégulières,
qui toutes deux sor^t subdivisées d'après le nombre des pé-
tales, ce qui donne la classification suivante (1) :
I. Flores simplices regulares.
Monopetali CI. 1
Dipetali 2
Tripetali 3
Tetrapetali 4
Pentapetali 5
Hexapetali 6
Polypetali 7
II. Flores compositi.
Flosculis regularibus 8
— regularibus et irregularibus. 9
— irregularibus 10
(1) Introductio generalis in rem herbariam. Lipsiae, 1690.
(72)
III. Flores simplices irregulares.
Monopetali H
Dipetali 12
Tripelali 13
Tetrapetali 14
Pentapetali 15
llexapetali 16
Polypetali 17
IV. Flores incompleli.
Imperfecti 18
Le système de Rivin marque dans l'histoire de la classi-
fication des plantes et ne ressemble en rien à ceux qui l'ont
précédé. De même que ceux de Lobel et de Csesalpin , il
est entièrement neuf et original. Il suit son objet sans s'en
écarter en rien , et son unité lui donne un caractère de sim-
plicité qu'on ne trouve pas dans les classifications des au-
tres botanistes, celui de Linné excepté. Cette unité qui
fait son mérite a pour contre-poids de rompre les rapports
des plantes; mais le grand service qu'il a rendu à la science
est d'avoir évidemment inspiré ce dernier : appliquez le
système de Rivin aux organes sexuels , et vous avez la
marche du système de Linné pour les classes et pour les
ordres. Ceux-ci, en effet, sont empruntés par Rivin au
nombre des loges du fruit , et par Linné au nombre des
styles , qui est la prolongation du même organe. On ne peut
donc méconnaître que Rivin , par son système , a inspiré
celui du régénérateur de la science, et c'est également lui
qui imagina de désigner les plantes par un nom spécifique,
mode simple et facile , généralisé depuis par Linné.
Tandis que Morisson et Ray suivaient les traces de Cse-
salpin, que Rivin créait une classification qui ne ressem-
blait en rien à celles de ses prédécesseurs, Tournefort pré-
(73)
parait son grand ouvrage sur les plantes, et offrait aussi une
classification basée coname celle du botaniste allemand,
sur là fleur, mais à un point de vue entièrement différent.
Tournefort divise les fleurs en monopétales, polypétales,
composées et apétales; division aussi heureuse que facile
et qui fait encore aujourd'hui la base de nos classifications
des familles naturelles. Chacune de ces divisions se groupe
en fleurs régulières et irrégulières, après quoi il forme ses
classes d'après la forme de la corolle, qui est tour à tour
campanuliforme , infundibuliforme, personée, labiée, cru-
ciforme, rosacée, umbelliforme, caryophyllée , liliacée, pa-
pilionacée, anomale, flosculeuse , semiflosculeuse , radiée,
apétale, sans fleurs. Après avoir établi ses classes d'après
la forme de la fleur, Tournefort constitue ses ordres sur le
fruit supère ou infère, et sur les modifications qu'il pré-
sente. Malheureusement il conserve, comme Lobel, Csesal-
pin, Morisson et Ray, la grande division des arbres et des
herbes, ce qui l'entraîne souvent à rompre les rapports na-
turels des plantes.
Le système de Tournefort est séduisant par sa facilité
apparente; mais il présente à chaque instant des difficultés
d'application, à cause des formes intermédiaires que la
nature offre à chaque pas. On ne peut toutefois mécon-
naître que, par sa simplicité et par les analogies que sou-
vent il consacre, le système de Tournefort l'emporte de
beaucoup sur ceux qui l'ont précédé. Les deux points
solides que Tournefort introduit dans la classification ,
c'est d'abord la considération des fleurs apétales, mono-
pétales, polypétales et composées, puis la situation de
l'ovaire relativement à la fleur, caractère déjà employé en
quatre endroits par Caesalpin, mais dont il fait la base
essentielle de ses ordres, proclamant ainsi la haute valeur
6
( 74 )
de la situation relative des organes floraux. Mais ce qui
caractérise surtout l'importance des services que Tourne-
fort a rendus à la science, c'est que le premier il introduit
dans la botanique la connaissance des genres naturels, et
en détermine les limites. Par là, il s'est acquis une gloîre
immortelle, et aussi longtemps que durera la science, son
nom restera attaché aux divers genres de plantes connues
lorsqu'il vivait.
Peu après Tournefort, le célèbre Boerhaave mit au jour
sa classification des plantes (1), qui n'est qu'une modifi-
cation de celles de Ray et d'Herman , conciliée avec les
découvertes du botaniste français. Boerhaave maintient
encore comme eux la division des plantes en arbres et
herbes, admettant dans chacune d'elles la subdivision en
dicotylédones et monocotylédones, et quant aux plantes dé-
pourvues de fleurs ou cryptogames, il dit que leur semence
est simple, c'est-à-dire acotylédone. Les grandes divisions
primaires de la méthode de Boerhaave peuvent donc s'ex-
poser ainsi :
Imperfectae acotyledoues.
( dicotylédones.
Herbae \ "^
monocotylédones.
monocotviedones.
Arborbs
( dicotylédones.
Si Boerhaave avait supprimé la division des plantes her-
bacées et ligneuses, il eût posé la grande base de la classi-
fication naturelle; c'est ce qu'a fait son élève et successeur
(1) Index aller plantarum quae in horto Ac(Memico Lugduno-Batavo
aluntur conscripto ab Hermanno Boerhaave, 2 vol. in-4<'. Lugd. Bat.,
1727.
(7S)
Van Royen. Mais le mérite de Boerhaave, le grand service
qu'il a rendu à la botanique, c'est d'avoir été le premier
qui ait introduit dans la science la considération des éta-
mines et des pistils pour caractériser soit ses ordres, soit
ses genres. Ouvrez son ouvrage , toujours il indique avec
le plus grand soin le nombre des étamines, leur insertion ,
leur situation par rapport aux pétales et leurs cohésions :
il dit si les fleurs sont hermaphrodites ou unisexuelles, si
elles sont monoïques ou dioïques. Tout son livre est rempli
de ces observations entièrement neuves pour la science,
en sorte que l'on peut affirmer que le système de Linné
s'y trouve disséminé, et que c'est là que l'a puisé son im-
mortel disciple.
La botanique avait besoin d'un réformateur, Linné vint;
Linné, l'homme le plus extraordinaire que l'histoire natu-
relle ait jamais produit. C'est en 1735 que Linné publia,
à Leyde, comme thèse de doctorat, son Systema naturae y
ouvrage qui étonne l'imagination. Embrassant dans son
vaste génie les trois règnes de la nature, il entreprend de
coordonner et de classer à la fois tous les êtres connus ,
les minéraux, les végétaux et les animaux, d'après des mé-
thodes nouvelles et complètement originales. S'emparant
avec un rare bonheur de la découverte récente des sexes
des plantes, dont Boerhaave, son maître (1), avait montré
l'importance dans les caractères des genres et des classes ,
(1) Bien que Boerhaave eût résigné les chaires de botanique et de chi-
mie en 1729, au profit de son disciple Van Royen, il fut en fait le maître de
Linné et son protecteur. Ayant démêlé son génie et sachant le mauvais état
de sa fortune, il le recommanda à ClifTord, qui le nomma directeur de son
jardin botanique à Harscamp , près de Leyde , aux appointements d'un ducat
par jour, et le fit voyager à ses frais en France et en Angleterre.
( '6 )
il crée son système sexuel où les classes sont basées sur
les étamines, et les ordres sur les pistils, c'est-à-dire sur
des organes auxquels se rattachait alors tout l'intérêt du
monde savant. Rien de plus simple et de plus facile que le
système de Linné; avec lui, on devient botaniste en une
seule leçon. Nous n'en donnerons pas l'exposé, car il est
connu de tous ceux qui s'occupent de la science.
On a reproché au système sexuel de rompre tous les
rapports naturels des plantes, mais il faut reconnaître que
Linné, en cherchant à établir des ordres naturels à côté
de son système , a donné pour signification à celui-ci d'être
le fd d'Ariane , destiné à conduire le naturaliste dans le
dédale du règne végétal. Ce qui fait avant tout la gloire de
Linné, ce qui le constitue le réformateur de la science,
c'est sa précision partout , ce sont ses règles en toute ma-
tière basées sur des principes inattaquables, c'est son orga-
nographie si nette et si rigoureuse , sa nomenclature des
espèces dans les trois règnes, sa formule diagnostique des
caractères spécifiques , sa distinction des espèces et des va-
riétés, et surtout sa philosophie de la science, toutes choses
dont une seule eût suffi pour illustrer un savant, et in-
scrire son nom dans les fastes de l'histoire naturelle. Faut-il
après cela s'étonner de la vogue prodigieuse de ses ou-
vrages et de l'effet qu'ils produisirent dans le monde savant ?
Linné, l'immortel Linné, est le prince des naturalistes,
quelle que soit l'école à laquelle ils appartiennent, et sa
gloire, égalant celle des plus grands génies, durera autant
que la science elle-même.
Le système sexuel de Linné était une révolution dans la
botanique qu'il domina pendant un siècle. Cependant après
qu'il l'eut publié, plusieurs modes de classifications prépa-
rant les voies à la méthode naturelle furent présentés.
Celles de Van Royen, de Heister et de Gleditsch méritent
spécialement notre attention, pour bien comprendre la
venue de la classification naturelle du règne végétal.
Van Royen, élève et successeur de Roerhaave, devenu,
en 1729, professeur de botanique à l'université de Leyde,
lors de la retraite de son maître, publia sa méthode en
1740(1), peu après celle de Linné. S'écartant de ses pré-
décesseurs, qui tous avaient classilié les plantes d'après un
seul organe, Van Royen pose ce grand principe que, pour
arriver à une coordination conservant les analogies , ou à
des classes naturelles, les divisions du règne végétal doivent
être formées , non sur un seul organe , mais d'après les affi-
nités et la symétrie de toutes les parties, en faisant appel
à tous les organes de la fructification, sans en exclure au-
cun (2); principe vrai qui constitue une révolution dans la
science et est devenu plus tard , sous la main d'Antoine de
Jussieu, la base de la classification naturelle des plantes.
II supprime donc la division en plantes ligneuses ou herba-
cées, et reformant les sources fondamentales du système
de Roerhaave, il adopte pour base de la séparation des pha-
nérogames, les cotylédons, distribuant toutes les plantes
florifères en deux catégories primaires, les monocotylé-
dones et les polycotylédones. Puis il répartit les végétaux
(1) Adriani Van Royen Florae Leydensis prodromus. Lugd. Bat., 1740;
iii-8o.
(2) « Cum aulem faciès isla quae simililiidinis et affinitatis ideam in
mente existât, verbis exprimi nequeat, sed in symetrià omnium ferè plantae
partium consistât, undè, nostro quidem judicio, nihil aliud concludere
licet quam quod omnes fructificationis partes hic valeant et nulla excludi
mereatur. Hinc patet cur et in que magni in arte viri erraverint, diim in
solo fructu , vel in solâ coroUâ , nullum , neque calycis, neque sexus, usum
agnoscentes, omne syslematis sui fundamentum posuerint. » — Royen ,
1. c.,inpraef.
( 78)
en vingt classes formées d'après la fleur, les étamines et
leur insertion. Comme le système de Van Royen ouvre
l'ère desdassifications naturelles du règne végétal, d'après
des caractères intimes , nous en donnerons l'exposé.
A. Monocotyledones.
Calyce spathaceo Cl. 1. Palmae.
— nuUo 2. LiLiA.
— glumoso 5. Gbamina.
B. Polycotyledones.
Calyce communi.
— amento Cl. 4. Amextaceae.
— involucro umbellifero 5. Umbelliferae.
— perianthio antheris connalis 6. Compositae.
— — antheris distinctis 7. Aggregatae.
— proprio fructu triloculari 8. Tricocceae.
— — — diverse.
— vel corollâ absente 9. Incompletae.
— et corollâ.
Filamentis proportionatis.
Germini insidentibus iO. Fructiflorae.
Perianthio insertis 11. Calyciflorae.
Duobus longioribus 12. Ringentes.
Quatuor longioribus 13. Siliquosae.
Coalitis in unum 14. Columniferae.
Coalitis in duo 15. Leguminosae.
Filamentis liberis ad corollam numéro
aequalibus vel paucioribus. . . .16, Oligantherae.
duplicatis 17. Diplosantherae.
multiplicatis 18. Polyantherae.
G. Staminibus inconspicuis.
Subslantiâ herbaceâ Cl. 19. Cryptantherae.
— lapideâ 20. Littrophyta (1).
(1) On a reproché à Van Royen d'avoir admis les lithopliytes parmi les plante»,
niais il est à remarquer que Linné lui-ruênie avait fait la même chose dans la pre-
mière édition de son Sijsleina iialurae. Ce n'est que dans sa seconde édition , publiée
en 1756, qu'il transporta les lilhophytes dans le règne animal.
(79)
Ces classes sont divisées en soixante-dix-sept ordres,
basés tantôt sur la fleur, tantôt sur le fruit, mais qui ne
renferment pas de familles naturelles. Nul botaniste avant
Yan Royen n'a présenté une classification où les rapports
naturels fussent mieux conservés, aussi a-t-elle servi de
base à celles de Crantz et d'OEder, qui n'en sont qu'une
simplification.
Nous ne vous entretiendrions pas de la méthode de Hei-
ster, s'il ne s'agissait de rectifier une erreur, souvent répétée
depuis, du savant A. -P. de Candolle, qui la représente
comme un monument historique très-remarquable et ayant
pu servir de guide aux méditations de Bernard de Jus-
sieu (1). Au lieu de suivre l'exemple de Van Royen, qui
avait supprimé la classification des plantes en ligneuses et
herbacées, Heister, dans son Système publié en 1748 (2),
rétablit cette distinction absurde au point de vue scienti-
fique, divisant ensuite chacune de ces deux classes en mo-
nocotylédones et polycotylédones, reproduisant presque en
entier la classification de Boerhaave, dont celle d'Heister
n'est qu'une copie. Loin d'être un monument historique,
cette méthode n'est qu'un simple plagiat. Dépourvue de
toute idée nouvelle, de toute considération sur la classifi-
cation naturelle des plantes, ce n'est pas elle qui a pu ser-
vir de guide aux méditations de Bernard de Jussieu , mais
bien le remarquable ouvrage de Gleditsch, qui parut
l'année suivante. Comme ce dernier est à peine connu
dans l'histoire de la botanique et n'est pas même cité par
la plupart des écrivains, nous croyons devoir appeler sur
lui toute l'attention de la Compagnie.
(1) De Candolle, Theor. elem., p. 69.
(2) Laurentii Heisteri Systema plantarum générale ex fructificatione.
Helmstadii , 1748, in-S".
(80 )
C'est en 1749 que Gleditsch donna, dans THisloire de
rAcadémie royale de Berlin (1), le plan d'une classification
du règne végétai en sept classes, basées pour les phanéro-
games formant les quatre premières classes, sur l'insertion
des étamines. Sans modifier sa méthode, quant aux phané-
rogames , il la porta à huit , par l'adjonction d'une classe
de cryptogames dans son Systema plantarum publié en
1764 (2). Gleditsch part de ce principe fondamental, que
la situation des parties de la fructification est incontesta-
blement plus constante que leur nombre , leur figure et leur
proportion (3) qui à cette époque formaient la base du sys-
tème linnéen ; puis appliquant ce principe aux étamines,
il expose qu'elles sont sujettes à quatre points d'insertion :
le réceptacle, la corolle, le calice ou le style, ce qui lui
fournit la classification suivante :
Phaenostemones.
Cryptostemones
1 thalamostemones.
2 petalostemones.
3 calycostemones.
4 stylostemones.
5 filicinae.
6 muscoideae.
7 algaceae.
8 fungoideae.
De même que les classifications de Lobel, Caesalpin, Ri vin
et Linné , le système de Gleditsch est entièrement neuf et
original.. Boerhaave et Linné s'étaient bien servis de l'in-
sertion des étamines pour déterminer certaines classes,
(1) Histoire de l'Académie royale de Berlin, 1749, in-4°, p. 109.
(2) Joh. Gottlieb Gleditsch , Systema plantarum a staminum situ. Be-
rolini, 1764, in-S».
(3) « Hisce rite inter se collatis salis abuiidè paluit : Situm partium
friictificationis indemonstrabili certitudme sua et imiversalitate atque
constantia longissimè superare numerum , figuram et proportionem.
Gleditsch , 1. c. , p. vu.
( 81 )
mais ériger cette considération en système et l'appliquer à
toutes les plantes phanérogames, c'est à quoi personne,
avant Gleditsch , n'avait songé. Si le savant professeur de
Berlin avait soumis son système à la division parles cotylé-
dons, introduite dans la classification par Van Royen, il se
serait lancé à pleines voiles dans la méthode naturelle. Mal-
heureusement, il a voulu l'unité, et l'unité absolue en bota-
nique, c'est la rupture de tous les liens de famille des
plantes. Quoi qu'il en soit , le système de Gleditsch, qui est
la révélation de l'insertion des étamines comme base de
classification, est un événement dans la science, et nous
verrons tout à l'heure le parti que Bernard de Jussieu a su
en tirer pour la coordination des familles du règne végétal.
Jusqu^'ici nous ne nous sommes occupés que des clas-
sifications systématiques, où l'on a, avant tout, en vue
d'arriver à la connaissance du genre et de l'espèce; mais
au-dessus du genre, la nature offre, dans le règne végétal
comme chez les animaux , des réunions de genres qui con-
stituent les familles des plantes. Si, dans le règne animal,
ces familles sont plus distinctes et saisissables par tout le
monde, les plantes offrent aussi à l'observateur des groupes
naturels qu'on ne peut méconnaître. Tels sont les compo-
sées, les ombellifères, les graminées, les crucifères, les
labiées et tant d'autres, qui se distinguent au premier coup
d'œil et dont les divers genres ont entre eux un rapport telle-
ment tranché , qu'on y voit tout de suite des types spéciaux.
De cette observation est née l'étude des affinités, et le désir
de réunir par familles les plantes congénères, puis de
grouper ces diverses familles dans l'ordre de leurs analo-
gies, au moyen d'une méthode synthétique. Là est le point
le plus élevé de la science, et c'est vers ce point qu'ont
convergé depuis plus d'un siècle les efforts des savants.
Le premier qui conçut la pensée de grouper les plantes
{ 8-2 )
par familles est Magno! , professeur de botanique à Mont-
pellier, a J'ai cru, » dit-il, dans son prodromus historiae
generalis plantarum, publié en 1689, « apercevoir dans les
» plantes une affinité suivant les degrés de laquelle on
» pourrait les ranger en diverses familles, comme on
» range les animaux... Cette relation entre les animaux et
» les végétaux m'a donné occasion de réduire les plantes
» en certaines familles , par comparaison aux familles des
» hommes, et comme il ne m'a pas paru possible de tirer les
» caractères de ces familles de la seule fructification , j'ai
» choisi les parties des plantes où se rencontrent les prin-
» cipales notes caractéristiques, telles que les racines, les
» tiges, les fleurs et les graines... Nous pensons, ajoute-t-il,
» que toutes les parties qui ne servent pas à la fructification
» ne sont pas plus accidentelles, que les bras et les jambes
» ne sont des parties accidentelles dans les animaux... Je
» ne doute pas que les caractères des familles ne puis-
» sent être tirés aussi des premières feuilles du germe au
» sortir de la graine. » Ainsi s'exprimait Magnol en i689,
c'est-à-dire peu après la publication du système de Moris-
son et de la première méthode de Ray. C'était poser le
point de départ de la création des familles naturelles. Ma-
gnol divise les plantes en soixante-seize familles, classées en
dix sections, suivant qu'elles sont herbacées ou ligneuses,
et d'après la considération des racines, des tiges, des
feuilles, des fleurs apétales, monopétales, tétrapétales,
polypétales ou composées. Dans l'application , sa classifica-
tion est plus naturelle que toutes celles qui l'ont précédée,
mais elle ne répond pas au plan de l'auteur, beaucoup de
ses familles n'étant que des démembrements les unes des
autres, ou renfermant des plantes hétérogènes. On doit
cependant s'étonner qu'elle ait été perdue de vue, et plus
( 83)
encore que Linné n'en ait point parlé dans ses Classes plan-
tarum, alors qu'il cite l'ouvrage de Magnol dans sa Biblio-
theca botanica; mais on ne peut révoquer en doute qu'il
a contribué à l'inspirer dans la création de ses ordres na-
turels. Remarquons que Magnol, après avoir indiqué le
parti que pouvait tirer la classification naturelle des coty-
lédons , n'en fait aucun usage , et , sous ce rapport , sa
chaîne des végétaux est bien inférieure à celles de Lobel
et de Van Royen , auxquels reviendra toujours l'honneur
de cette distribution.
Linné, dont le nom se rattache à toutes les grandes dé-
couvertes de la science, chercha à son tour à réunir les
plantes en familles. En 1738, c'est-à-dire quarante-neuf
ans après Magnol, qu'il ne cite pas, il donne dans ses
Classes plantarum son essai de coordination naturelle des
plantes, qu'il répartit en soixante-cinq ordres désignés seu-
lement par des chiffres, sans leur assigner aucun carac-
tère. Dans sa Philosophie botanique, qui parut en 1751 , il
porte ces ordres à soixante-huit, et, cette fois, il désigne
chacun d'eux par un nom pris dans ce qui lui paraît être
leur aspect essentiel, tantôt dans les feuilles ou l'inflo-
rescence , tantôt dans la forme de la corolle ou du fruit.
Ce nom est le seul lien qu'il assigne à ses groupes, et
ceux-ci ne sont reliés entre eux par aucune classification,
par aucun point d'attache d'ordre supérieur, pas même celui
si naturel fourni par les cotylédons. Ici tout est arbitraire ,
bien plus arbitraire encore que les méthodes de Magnol et
de Van Royen, qui du moins étaient dirigées par certaines
règles. Après avoir coordonné les animaux par familles
naturelles et les avoir reliés par un système , Linné com-
prenait toute l'importance d'arriver au même résultat pour
les végétaux, et de découvrir une classification des familles
( 84)
des plantes. « Le premier et le dernier terme du système
» de la botanique doit, dit-il , être cherché dans la méthode
» naturelle. Longtemps, ajoute-t-il , j'ai cherché cette mé-
» thode, je n'ai pu la parfaire, mais j'y travaillerai toute ma
» vie. Entretemps, je vais proposer ce que je connais; celui
» qui terminera cet ouvrage sera pour tous le grand x\pol-
» Ion [i ). » En s'exprimant de la sorte , ce grand homme
signalait dès ses débuts toute l'importance de la méthode
naturelle; mais, lancé plus tard dans la détermination des
espèces des trois règnes, il ne put donner à cette étude
tout le temps et les recherches qu'elle exigeait, en sorte
que les ordres naturels de Linné doivent bien plus être
considérés comme un désir et un exemple, que comme un
travail accompli et sérieux. Si le génie de Linné lui a fait
entrevoir les grandes familles normales, dans les autres,
on trouve des rapprochements à peine croyables, comme le
Phytolacca axecVArum, le /wnci^s parmi lescypéracées, le
Circaea avec les protéacées et les scabieuses, le Laurus
parmi les polygonées, le Viola réuni avec les campanulacées
elles convolvulacées, VHippuris et le Myriophyllum avec
le Typha et le Zostera, l'aristoloche et le Convallaria avec
les araliacécs, le Daphne avec le Lycium et le Rham-
îius, etc., et en outre une foule de genres sont rejetés dans
son soixante-huitième ordre, sous le nom (Tincertae sedis.
Le premier botaniste qui se présente avec un travail
sérieux sur cette partie est Adanson. Dans son ouvrage, qui
parut en 1762, sous le titre de Familles des plantes, fruit
d'un travail immense, d'études patientes et nombreuses,
où l'on trouve de tout excepté de l'ordre et de la classifi-
cation, Adanson distribue le règne végétal en cinquante-
(1) Caroli Linnaei Classes plaiitarum, p. 484.
(85 )
huit familles qu'il désigne, non à la façon de Linné, par
une expression diagnostique, mais bien par un nom tiré du
genre dominant, liliaceae, orchides, onagrae^ myrti, sca-
biosae, apocyna, horagmes, etc., mode qui est resté dans
la formation des familles. Ce côté de son travail est ori-
ginal et nouveau , les caractères qu'il assigne à ses familles
sont tirés des feuilles, de la situation des fleurs à l'égard
de l'ovaire, de la figure et de la situation de la corolle, des
étamines, des ovaires et des graines; mais il se place pres-
que toujours à côté des véritables points de vue scientifi-
ques, et comme ses familles ne sont subordonnées à aucun
caractère général , il est impossible de s'y retrouver. Pour
ce qui concerne l'ordonnance de ses familles , Adanson ,
n'étant guidé par aucune méthode, arrive souvent à des
rapprochements qui choquent les premières idées de la
classification des familles des plantes. Ainsi il place les
éléagnoïdes près des onagraires, les caryophylîées près des
chénopodées , les tliy mêlées près des rosacées, les amen-
tacées entre les tiliacées et les anonées et les aroïdes entre
les renonculacées et les conifères. C'est qu'Adanson , dans
son horreur pour tout ce qui est système, accorde autant
de valeur ordinale à un caractère qu'à l'autre, à la feuille
qu'à l'embryon ; qu'il n'a étudié ni la situation réciproque
des organes floraux , ni la préfloraison, ni la placentation,
et qu'ainsi, malgré son immense travail, il a négligé les
considérations les plus essentielles pour arriver à la classi-
fication naturelle des plantes. Son ouvrage est un grand
eflbrt pour atteindre à la connaissance de la vérité, mais il
n'y parvient pas.
Il était réservé à Bernard de Jussieu et à l'immortel au-
teur du Gênera plantamim de lever enfin le voile qui em-
pêchait de pénétrer les secrets de la nature. Dès l'année
( 86 )
1759, c'est-à-dire trois ans avant la publication de l'ouvrage
d'Adanson, Bernard de Jussieu, que Linné proclamait le
premier des botanistes de son siècle, avait établi des ordres
naturels des plantes, et rangé le jardin royal du Trianon,
au palais de Versailles, d'après la classification qu'il avait
créée, et déjà Gérard , son disciple, avait fait connaître cette
ordonnance et publié la série de ses familles dans sa Flore
de Provence, en 1761. La clef de cette classification n'est
pas arrivée jusqu'à nous, mais son illustre neveu nous a
transmis la liste de ses familles avec les genres qui s'y
rattachent, et nous avons remarqué que, parmi ces familles,
il y avait çà et là des filets interposés qui nous parurent
être l'indication de ses classes.
En étudiant soigneusement cette liste, on voit d'abord
que la base de la classification de Bernard de Jussieu est
la grande division de Boerhaave et de Van Boyen : les aco-
tylédones, les monocotylédones et les dicotylédones, ce
qu'Antoine Laurent , son neveu , a déjà fait connaître. Puis
nous avons trouvé que les filets de division dont nous avons
parlé coïncident exactement, chez les monocotylédones
comme chez les dicotylédones, avec la méthode de Gle-
ditsch, sauf l'adjonction de la classe des diclines irrégu-
lières adoptée depuis par son neveu; de sorte que la clef de
sa classification des familles des plantes est évidemment
celle-ci :
ACOTYLEDONES . .
. . • .
.Cl. 1
styloslemones. .
. ,' petalostemones .
[ thalamostemones
. . 2
Monocotylédones.
. . 3
. . 4
/ stylostemones. .
. . D
l petalostemones .
. . 6
Dicotylédones. .
. < thalamostemones.
. . 7
/ calycostemones .
. . 8
\ diclines irregulares
. . 9
(87)
Voilà donc retrouvée la méthode de classification des fa-
milles de Bernard de Jussieu , méthode inconnue jusqu'à
nos jours. C'est une heureuse combinaison de la méthode
de Gleditsch, appliquée sur les bases du système de Van
Royen, au moyen de laquelle il groupe, par la subordina-
tion des caractères, ses familles d'après leur progression
et leurs affinités, en partant du simple au composé et avec
un bonheur inouï. Ainsi, ce que ni Magnol, ni Linné, ni
Adanson n'avaient pu exécuter, ce que le réformateur de
la science proclamait être le but final de la botanique (1),
Bernard de Jussieu l'a réalisé, gardant pour lui le secret de
sa classification, occupé qu'il fut jusqu'à sa mort à perfec-
tionner sa division de plantes en familles, et la méthode de
classement qu'il avait conçue.
Maintenant que nous avons retrouvé la clef de la coor-
dination de Bernard de Jussieu, exposons-la avec les
familles adoptées par lui , afin de montrer l'importance de
la découverte dont la science lui est redevable :
ClaSSiS I. — ACOTYLEDONES.
1. Fuiigi.
3. Musci. 5. Aristolochiae.
2. Algae.
4. Naïades. 6. Filices.
Cl. 11. — MONOCOTYLEDONES STYLOSTEMONES.
7. Orchides. 8. Cannae. 9. Musae.
Cl. III. — MONOCOTYLEDONES PETALOSTEMONES.
10. Irides. H. Narcissi. 12. Lilia.
13. Junci.
Cl. IV. — MONOCOTYLEDONES THALAMOSTEMONES.
14, Palmae. 15. Aroideae. 16. Gramineae.
(1) « Methodus naturalis ultimus finis botanices est et erit. » Un. Phil.
6oe.,n''206.
88 )
67. V. — Dicotylédones stylostemones.
17. Chicoraceae,
18. Cinarocephaleae.
19. Corymbiferae.
20. Dipsaceae.
21. Rubiaceae.
22. Umbelliferae.
Cl. VI. — Dicotylédones petalostemoneî
23. Lysimachiae.
24. Veronicae.
25. Scrophulariae.
26. Solaneae.
27. Orobaucheae.
28. Jasmina.
29. Verbeneae.
30. Acanthi.
31. Gentianeae.
32. Sapotae.
33. Apocynea.
34. Convolvuli.
35. Boragineae.
36. Labiatae.
Cl. VII. — Dicotylédones thalamostemones.
37. Cruciferae.
38. Papaveracae.
39. Cappa rides.
40. Ranunculi.
41 . Lauri.
42. Rutae.
43. Gerania.
44. Tiliae.
45. Anoiiae.
46. Caryophylleae.
47. Jalapae.
48. Salsolae.
49. Thymeleae.
50. Polygoneae.
51. Sempervivae.
Cl. VIll. — Dicotylédones calycostemones.
52. iMyrtilli.
53. Malvae.
54. Leguniinosae.
55. Campanulae.
56. Onagrae.
57. Cucurbitaceae.
58. Salicariae.
59. Mvrli.
60. Rhamni.
61. Rosaceae.
62. Terebinli.
CL IX. — Dicotylédones idiogïnae.
63. Amenlaceae. 64. Euphorbieae. 65. Coniferae.
Par sa méthode el les deux grandes bases qu'il adopte pour
former ses classes , Bernard de Jussieu , en circonscrivant
les caractères au moyen des cotylédons et de l'insertion des
étamines, arrive à nettoyer ses ordres des genres queMa-
gnol, et surtout Linné, y avaient bien à tort introduits;
cependant on ne peut méconnaître que beaucoup de ses
familles sont collectives et renferment des genres dispa-
rates. La ligne était tracée, mais il fallait la parcourir, la
niveler, la débarrasser de toutes ses entraves; il fallait
( 89 )
surtout arriver à donner les caractères des familles des
plantes, ce que, ni Magnol, ni Linné, ni Bernard de Jus-
sieu n'avaient pu réaliser, et qu'Adanson avait tenté sans
y parvenir. Sans doute, un grand pas était fait pour la
classification naturelle du règne végétal, mais le plus im-
portant et le plus difficile restait à franchir, pour donner
aux familles des plantes la rigueur scientifique qu'exige la
botanique. Il fallait créer la science des familles des végé-
taux, déterminer leurs caractères diagnostiques, assigner
leurs limites, leurs rapports, car jusqu'alors l'arbitraire
présidait à leur composition et à leur rapprochement. C'est
ce qu'entreprit Antoine Laurent de Jussieu.
En 1774, ce grand botaniste disposa le Jardin du roi
suivant sa méthode, et il en indiqua les bases*dans les
Mémoires de l'Académie des sciences de Paris j puis, par
de longues et patientes études, il parvint à porter son tra-
vail au plus haut degré de perfection, dans le savant ou-
vrage qu'il publia en 1789 (J). C'est donc avec raison que
Cuvier, dans son rapport sur les progrès des sciences, a
proclamé le livre de Jussieu « comme un ouvrage fonda-
» mental, et qui fait, dans les sciences d'observation, une
» époque peut-être aussi importante que la Chimie de
» Lavoisier dans les sciences d'expérience. »
Antoine Laurent de Jussieu introduit d'abord, dans la
classification de son oncle , une modification fondamentale
et des plus heureuses. Ayant observé que les plantes dico-
tylédones ont entre elles des rapports bien plus généraux
encore par la formation de l'enveloppe florale que par
l'insertion des étamines , il admet pour elles la division de
(1) Antonii Laurentii de Jussieu, Gênera plantarum secundum ordines
naturales disposita. Parisiis, 1789, in-8".
(-90 )
Tournefort en fleurs apétales, monopétales et polypétales,
qu'il subdivise en classes d'après l'insertion des étamines
pour les apétales et les polypétales , et d'après celle de la
corolle pour les monopétales.
D'autre part, il supprime la classe comprenant les fleurs
dont les étamines sont insérées sur la corolle, et arrive ainsi
à avoir, pour chacune de ces grandes divisions, trois modes
d'insertion staminaire : hypogyne, périgyne et épigyne. Il
divise ensuite les monopétales épigynes d'après la considé-
ration des anthères libres ou connées , et finit par répartir
les familles du règne végétal en quinze classes au lieu de
neuf qu'avait instituées son oncle. Pour montrer la mar-
che de la méthode naturelle, nous croyons utile de pré-
senter la clef du système d'Antoine de Jussieu , aujourd'hui
beaucoup trop abandonné :
ACOTYLEDONES Cl. 1
iStamina hypogyna 2
— perigyna 3
— epigyna 4
("Slaminaepigyna 5
— perigyna 6
— hypogyna 7
Corolla hypogyna 8
— perigyna 9
l Anlheris connatis. . . 10
\ - epigyna. I ^^^j^^^.^ j.^^.^^j.g ^^
I Slamina epygina 12
Polypetalae . | — hypogyna 13
( — perigyna 14
Diclines irregulares; stamina idiogyna 15
Le système d'Antoine-Laurent de Jussieu est sans conteste
le plus naturel qui ait paru jusqu'à son époque. Toutefois
si, en augmentant de neuf à quinze le nombre des classes,
Apetalae
llCOTYLEDONES.
MoDopetalae.
(91-)
il a facilité la méthode de son oncle, il lui a enlevé l'unité
qui faisait son élégance et sa simplicité. Chez Bernard de
Jussieu , tout le système repose sur l'insertion des étamines ,
tandis qu'Antoine fait successivement usage du périgone,
des étamines, de la corolle et des anthères. C'est une com-
plication qu'il eût été possible d'éviter en basant unique-
ment le système sur l'enveloppe florale. J'ai dit que la
méthode de Jussieu était beaucoup trop abandonnée de nos
jours, et, en effet, malgré son incontestable supériorité, elle
n'est nulle part mise en pratique et se trouve reléguée dans
les traités élémentaires. A quoi faut-il attribuer cet oubli?
Évidemment à ce que Jussieu a procédé mathématiquement,
en commençant par les êtres les plus simples pour arriver
aux plus composés, par les acotylédones pour finir par les
dicotylédones polypétales et idiogynes. Mais s'il est vrai que
les cryptogames sont les plus simples des végétaux, ce sont
aussi les plus obscurs et les plus difficiles; s'ils sont les
plus simples , leur étude est la plus compliquée. La mé-
thode mathématique est donc en opposition avec les faits,
avec la marche de l'étude, qui doit commencer par le connu
pour arriver à l'inconnu; or, en botanique, le connu ce sont
.les phanérogames; l'inconnu, et il l'est encore malgré les
immenses travaux de nos contemporains, c'est, abstracti-
vement parlant, la cryptogamie.
Il n'en est pas moins vrai que la méthode de Jussieu a
ouvert une ère nouvelle à la science. Jussieu a démontré
ce que Gleditsch avait indiqué déjà, que dans la classifica-
tion des familles, le nombre, la proportion, la figure des
organes, base de tous les systèmes antérieurs, ne sont
d'aucune valeur, et que l'insertion des organes floraux est
le véritable lien qui unit entre elles les familles des plantes.
Le nombre varie, la proportion varie, la figure varie dans
( 92 )
la même famille; l'insertion est invariable. Voilà a grande
démonstration des Jussieu, et cette démonstration a fait
époque dans la science. Mais ce qui fait bien plus encore la
gloire d'Antoine-Laurent de Jussieu, c'est d'avoir découvert
et clairement limité les caractères des familles. Ce que
Tournefort avait fait pour les genres, Jussieu l'a fait pour
les familles, et par là il s'est acquis une gloire immortelle.
En établissant d'après Van Royen la subordination des
caractères, il a substitué un principe d'ordre supérieur à
celui de ses prédécesseurs. Puis, il a appelé à lui l'intérieur
de la graine, et l'envisageant sous un point de vue entiè-
rement nouveau, il a trouvé partout le lien des familles
dans les diverses modifications de Tabumen et de l'em-
bryon, et dans leur situation réciproque. C'est par cette
étude si difficile et si laborieuse, par la dissection des
graines de tous les genres de plantes, travail immense et
prodigieux, qu'il a créé ce qui n'existait pas avant lui, la
synthèse du règne végétal, et que par là il a placé son nom
au faîte de la science moderne.
Nous avons montré la marche de la botanique depuis
Dodoens jusqu'à Jussieu; résumons maintenant ce travail.
Dès l'origine, deux voies différentes sont indiquées: la clas-
sification systématique, qui a pour but unique d'arriver par
l'analyse à la connaissance des espèces, et la méthode na-
turelle, qui cherche dans la synthèse à réunir les plantes
d'après leurs affinités. Dodoens imagine le premier la subor-
dination des espèces congénères sur laquelle repose toute
la botanique, et, le premier aussi , il imagine le classement
systématique du règne végétal, en créant sa classilication
usuelle. Il établit dans la botanique trois degrés : la classe ,
le genre, l'espèce, posant ainsi la base fondamentale de la
coordination des plantes. Bientôt après, Caesalpin vient
(. 95 )
apprendre au monde que c'est dans les organes de la fruc-
tification qu'il faut chercher la basé de la classification des
plantes; il crée le premier système analytique qu'il base sur
le fruit, système qui reste incompris durant tout un siècle
pour être repris par Morisson, Knaut et Herman. Sortant
de la voie tracée par Caesalpin , Rivin et Tournefort éta-
blissent la classification des plantes d'après la corolle. La
découverte des sexes des plantes dirige l'attention sur les
organes sexuels. Boerhaave en tire parti pour caractériser
les genres, et bientôt Linné prend pour base de son sys-
tème le nombre, la proportion et la soudure des étamines.
Gledilsch, de son côté, proclame que l'insertion surpasse,
comme valeur systématique, les considérations de nombre
de proportion et de soudure , qu'il regarde comme secon-
daires, et il établit son système sur le quadruple mode
d'insertion des étamines. Dans toutes ces classifications et
dans celles qui en dérivent, le but n'est point de conserver
les affinités des plantes, mais d'arriver à la connaissance
de l'espèce; c'est de l'analyse et non de la synthèse.
Mais d'autre part, dès l'origine de la science, la synthèse
apparaît, et tandis que Dodoenscrée la méthode artificielle,
Lobel découvre les bases de la classification naturelle des
végétaux, et en jette les premiers fondements. Il pose ce
grand principe, que les plantes doivent être rangées par
progression de similitude et de hmiWes^progressum simili-
tiidinis et familiaritatis , d'après l'enchaînement de l'ordre
naturel , naturae ordinis consequatio, et il commence sa
classification par les herbes monocotylédones, marchant par
les plantes dicotylédones aux arbres dicotylédons, puis aux
arbres monocotylédons, pour finir par les plantes dépour-
vues de fleurs ou acotylédones; classification suivie par
(94)
Ray et Boerhaave. Un siècle après , Magnol tente le premier
d'établir des familles parmi les plantes ; mais il le fait d'une
manière arbitraire et sans tenir compte des divisions fon-
damentales inaugurées par Lobel. Linné en fait de même ;
il cherche à créer des ordres naturels par intuition, mais
arbitrairement, sans règle et sans diagnose, sans classi-
fication des ordres; confondant même souvent entre elles
les plantes monocotylédones et dicotylédones. Arrive alors
Van Royen , qui proclame la grande loi de la subordination
des caractères, et jette le premier les bases de la classifi-
cation naturelle du règne végétal. Modifiant les classifica-
tions de Lobel, de Ray et de Boerhaave, il supprime la
division des plantes en ligneuses ou herbacées, pour établir
la chaîne des végétaux sur les cotylédons d'abord, sur la
fleur ensuite; mais, après avoir établi ces grandes bases de
la science, il s'arrête et ne parvient pas à créer des familles.
Adanson fait l'inverse; il cherche à établir les familles des
plantes, mais ne parvient pas à les coordonner entre elles,
à créer la méthode naturelle. Enfin viennent les Jussieu,
dont le premier imagine la classification des familles, et le
second assigne à'^lles-ci leurs caractères, substituant à
l'arbitraire, des caractères certains, et créant ainsi, par la
synthèse, le magique édifice de la méthode naturelle et
des familles des plantes.
Deux siècles se sont écoulés pour arriver à ce résultat!
C'est que les progrès des sciences ne se font pas, ils ar-
rivent, et sont préparés par les découvertes antérieures.
Chacun apporte sa pièce à l'édifice; Lobel en a fourni la
pensée; Van Royen en a assis les fondements, en prenant
pour première base de classification les cotylédons, Tour-
nefort et Gledilsch ont préparé les matériaux , en intro-
(95)
duisant, l'un la considération de l'enveloppe florale, l'autre
celle de l'insertion des étamines ; mais Jussieu , en rassem-
blant ces matériaux épars, en découvrant enfin les carac-
tères des familles, mystère jusqu'alors impénétré et en
substituant à l'arbitraire une science nouvelle, a tiré de
son génie le plus admirable ouvrage qui jamais ait illustré
la coordination du règne végétal.
OPUSCULES
DE
BOTANIQUE ET D'HISTOIRE NATURELLE;
M. B. DU MORTIER,
Président de la Société royale de botanique de Belgique.
FASCICULE IV.
MONOGRAPHIE DU GENRE BÂTRACHWM.
DECEMBRE 4863.
RoMJ^^^^^- £;2.ûy-a.;^
MONOGRAPHIE
GENRE BATRACHIUM,
Les renoncules dites aquatiques ont un port si différent
des renoncules terrestres , elles forment un groupe telle-
ment naturel et si distinct, qu'il est étonnant qu'on les ait
laissées si longtemps réunies en un seul genre. Le but actuel
de la science est de former des genres naturels, ce qui rend
la botanique plus élégante et en facilite l'étude. C'est vers
ce but que tendent tous les esprits supérieurs. Le caractère
ne fait pas le genre, a dit Linné; ce qui le forme, c'est
l'analogie de l'ensemble des espèces, et c'est après avoir
groupé synthétiquement les espèces congénères, que le
caractère générique doit être cherché. Les familles natu-
relles et les genres naturels, tel est le but de la science,
et c'est vers lui que doit tendre avant tout le véritable
naturaliste.
A ce point de vue, rien de plus disparate que l'ancien
genre Ranimculus, avec ses espèces terrestres et aqua-
tiques. Celles-ci, plantes croissant dans l'eau, à feuilles
( 100 )
submergées capillaires, les supérieures parfois nageantes,
ne ressemblent que par leurs fleurs aux espèces terrestres,
et déjà elles avaient été distinguées par Dioscoride, qui les
désignait sous le nom de BdrpayLov zexapov.
Dans sa Flore de Paris, Sébastien Vaillant, frappé de
cette différence , en avait fait un sous-génre sous le nom
de Ranunciilpicles , sous-genre que le savant De Candolle
adopta dans son Systema regni vegetabilis , en le dési-
gnant sous le nom adopté par Dioscoride. C'est alors que
les considérations ci-dessus me portèrent à établir , dans
mon Prodromus, un genre spécial pour les renoncules
aquatiques, sous le nom de Batrachium , et ce genre fut
adopté par MM. Wimmer, Pries, Van den Bossche,
Wirtgen, Garcke, Oudemans et autres savants.
De Candolle caractérisait son sous-genre Batrachium par
l'absence d'écaillé recouvrant la pore nectarifère des pétales
et par les rides du fruit. Toutefois le savant M. Godron
fit remarquer avec raison que l'absence de l'écaillé recou-
vrant la fossette nectarifère des pétales, ne se bornait pas
aux renoncules aquatiques, mais que cette écaille man-
quait également dans plusieurs espèces terrestres, comme
le R. Thora, le R. alpestris, le R. sceleratus; en sorte que
ce caractère était insufiisant; et quant aux rides du fruit,
elles ne lui parurent pas constituer un caractère générique,
parce qu'il n'en connaissait pas l'origine.
Pour nous, le véritable caractère diagnostique des deux
genres réside dans le fruit, organe prépondérant pour cet
ordre d'études. Dans les renoncules terrestres , les méri-
carpes sont secs, bivalves et munis longitudinalement de
chaque côté d'une large bordure saillante. Dans le Batra-
chium ^ au contraire, ces méricarpes, à l'état \ivant, sont
de véritables drupes formés intérieurement d'un noyau
( 101 )
et extérieurement d'une enveloppe pulpeuse, qui, en se
desséchant, développe des rides transversales. Le fruit
des deux genres est donc entièrement distinct; dans le
Ranunculus il se compose de nucelles , tandis que dans le
Batrachium il est formé de drupelles, ce qui constitue un
caractère de premier ordre et facile à saisir dans l'herbier
par les rides transversales que forme la partie pulpeuse en
se desséchant. Ce n'est pas tout, les méricarpes du Batra-
chium sont obliques et attachés au réceptacle par le côté
de leur base, mais non par la base comme dans le Ranun-
culus. Ces méricarpes sont ascendants dans le Batrachium,
tandis qu'ils sont dressés dans le Ranunculus , ce qui
constitue un second caractère générique de premier ordre
et qui ne peut laisser de doute sur la valeur du genre. Les
diagnoses des deux genres peuvent donc s'établir de la
manière suivante :
RANUNCULUS.
Sepala 5. Petala 5, foveâ nectar iferà tectâ, rarissime
nudâ. Fructus multiplex siccus; nucletum, nucellis com-
pressis, basi receptaculo insertis, erectis.
BATRACHIUM.
Sepala 5. Petala 5-12, foveâ nectariferâ nudâ, emar-
ginatâ. Fructus multiplex succulentus; drupetum, dru-
pellis teretibus externe carnosis , pulpae exsiccatione
transversè rugulosis , basi lateraliter receptaculo insertis,
obliquis, adscendentibus.
D'abord peu nombreuses et mal définies, les espèces du
genre Batrachium , mieux observées, ont pris, dans ces
derniers temps, un accroissement considérable. M. Godron,
( 102 )
portant sur elles ce coup d'œil sûr et perçant qui le dis-
tingue, a publié une naonograpliie des renoncules à fruits
ridés qui est le point de départ de l'étude de ces plantes
si curieuses, et leur a assigné des caractères solides. De
leur côté, nos savants confrères MM. Pries et Babington
ont fait connaître les nouvelles espèces de la Suède et de
l'Angleterre, M. Kock, celles de l'Allemagne, M. Van den
Bossche, celles des Pays-Bas et MM. Cosson et Germain
ont figuré, dans l'atlas de la Flore des environs de Paris,
celles qui habitent aux environs de cette capitale.
La Belgique, surtout sa région d'alluvion, est un pays
trop aquatique pour n'être pas riche en espèces de ce genre,
et c'est ce qui m'a engagé à présenter ce petit travail à la
compagnie, afin que nos botanistes puissent les rechercher
avec facilité. Cependant je ne me suis pas borné aux es-
pèces indigènes , afin que celles exotiques qui n'ont pas
encore été trouvées sur notre sol puissent y être cherchées.
MONOGRAPHIE DU GENRE BATRACHIUM.
BATRACHIUM \)xmi,Prodr. FI. Belg., p. 127 (1827) Wimmer, Siles
(1840).
* Platyphylles. Feuilles toutes indivises; réceptacle glabre.
1. B. hederaceum Dmlr. Lobes des feuilles anguleux, style latéral ,
drupelles obtus latéralement mucronés.
Ranunculus hederaceus Lin. Sp. pi. 781; Engl. bot. 2003; Sturm.
Deutschl. FI. fasc. 67 ; Godr. Monogr. 4 /". 1 ; Coss. et Germ. FI. Paris
t. I fig. 1 et 2.
Batracbium hederaceum Dmtr. Prodr. FI. Belg. p. 127; Fr. Mant. III
p. 54; Van den Bossche Prod. FI. bal. I p. 5; Wirtg. Reise FI. ak28.
( 103)
i3 integrifolium. Feuilles réniformes, entières, ni lobées ni dentées.
1\. Mai-aoùt, Lieux inondés et fossés boueux. — Tige rampante , radi-
cante. Feuilles réniformes , lobées , à lobe central entier. Fleurs petites.
Pétales dépassant à peine le calice. Fruits arrondis au sommet , mucronulé
sur le côté. La variété a été trouvée dans le Luxembourg par Tinant ! et
à Ledeberg par Scheidweiler!
2. B coenosiim. Lobes des feuilles cunéiformes crénelés ; style ter-
minal; drupellês cuspidés au sommet.
Ranunculus coenosus Guss. FI. Sicul. prodr. suppl. 187 (1834); Gren.
et Godr. FI. Fr. I p. 19; Bahgt. Man. brit. éd. V p. 8.
Ranunculus Lenormandi Schultz in Bot. Zeit. XXIV p. 358(1837);
Godr. Monogr. p. 7 /". 2 ; Coss. et Germ. Atl. t. I f. 3.
Batrachium Lenormandi Fr. Summ. I p. 139.
2J. Mai-septembre. Lieux boueux des marais en France et en Angle-
terre. Elle n'a pas encore été trouvée en Belgique, mais il n'est pas dou-
teux qu'elle ne doive y croître et qu'elle n'ait été confondue avec la précé-
dente. Tige rampante, radicante.
Diffère de la précédente par ses feuilles divisées jusqu'au milieu en
trois lobes cunéiformes, par ses pétales une fois plus longs que le calice,
par son style terminal et non inserré sur le bord intérieur de l'ovaire ,
enfin par ses drupellês portant au sommet un rostre arqué.
3. B. sauiculaefolium. Tige radicante, feuilles réniformes à lobes
crénelés; pétales trois fois plus longs que le calice.
Ranunculus saniculaefolius Viv., Plant, ^gypt. ex Dietrich. Syn. pi. 3
p. 212.
Il Habite l'Afrique boréale.
4. B. tenellum. Tige rampante. Feuilles inférieures trilobées, tron-
quées-cordées à la base. Lobes arrondis obscurément crénelés.
Ranunculus tenellus Viv., Plant, ^gypt. ex Dietrich. l. c.
** IlÉTÉROPHYLLEs (1). PeuHles inférieures capillisectées , les
terminales flottantes et planes.
f RÉCEPTAeLE VELU.
5. B. (l'ipartitum Dmtr. Pétales excédant à peine le calice; récep-
tacle gobuleux; style subulé latéral ; drupellês arrondis au sommet et non
terminés par uii rostre.
. (1) La plupart des espèces de celle section offrent très-rarement des tiges dé-
pourvues de feuilles flottantes, mais alors ces tij^es sont souvent stériles.
( 104 )
Ranunculus tripartilus Dec.'i le. pi. rar. p. 13 excl. icône; Koch in
Sturm Deutschl. FI. fasc. 67 f. 12; Coss. et Germ. AU. tab. l f.l et S;
Gren. et Godr. FI. Fr. I p. 20.
Ranunculus^ripartitus a micranthus Dec. Syst. I p. 234; Godr. Monogr.
p. 10.
Batrachium triparti tum Dmfr. Prodr. FI. Delg. p. 127; Fries. Summ.
p. 139.
)3 submersum. Feuilles toutes submergées et à lanières capillaires.
Ranunculus tiiparlitus |3 submersus Godr. l. c.
2j. Mai-juillet. Dans les mares de la région d'alluvion. Elle a d'abord été
trouvée dans la basse Bretagne par Arthur de Villeharmoi, qui la commu-
niqua à De Gandolle , lequel la décrivit pour la première fois et la fit graver
dans ses Icônes. Depuis, elle a été retrouvée dans tout l'ouest de la France
et à Paris. En Belgique, elle est indiquée par Lejeune comme croissant
dans la Campine limbourgeoise. On la trouve également en Allemagne
et en Angleterre. Elle se distingue de toutes les espèces suivantes par la
petitesse de ses pétales, qui dépassent à peine le calice. Sa fleur est très-
petite et ressemble à celle du B. hederaceum; eu sorte qu'elle forme la
transition entre cette espèce et celles qui suivent. — Feuilles submergées
capillisectées et se réunissant en pinceau hors de l'eau; feuilles flottantes
très-petites, à lobes cunéiformes Drupelles à peine comprimés, très-cour-
tement mucronés sur le côté , en-dessous du sommet.'
La plante que nous rapportons à cette espèce est celle de tous les
auteurs modernes ; mais il nous paraît plus que douteux que ce soit celle
qui a servi de type au R. tripartilus de De Gandolle, et très-certainement
ce n'est pas celle qu'il a fait figurer dans ses Icônes, en publiant pour la
première fois cette espèce. La description primitive de De Gandolle, basée
sur les feuilles, est trop incomplète pour que l'on puisse porter sur elle
aucun jugement ; mais la planche qu'il donne d'après l'échantillon-type
d'Arthur de Villeharmoi , admirablement dessinée par Turpin, lui-même
excellent botaniste, appartient évidemment au B. hololeucum. D'après
cette magnifique planche, le type du Ranunculus tripartilus autaU les
pétales deux fois plus longs que le calice, lancéolés et séparés les uns des
autres; les drupelles terminés au sommet par un apicule subulé et cen-
tral; les feuilles submergées sessiles et très-étalées, trifides à la base, puis
quadripinnatifides, à segments capillaires distants et allongés, persistants
et non caducs. Ces indications n'offrent pas de doute; aussi n'est-ce que
dans le supplément de la Flore française que la présente espèce est indi-
quée avec V hololeucum. Mais il est possible que Villeharmoi ait envoyé
les deux espèces confondues à De Gandolle et que Turpin ait choisi l'échan-
( 105 )
lillon le plus apparent pour le dessiner, alors que le savant auteur des
Icônes décrivait les autres. C'est pour cela que nous rapportons avec
doute le synonyme de DecandoUe.
6. B. hololeucum Garcke. Pétales immaculés deux fois plus longs
que le calice; drupelles terminés par un rostre subulé et central.
Ranunculus triparti tus Dec. le. pL rar.Gall. t. 49 opt. {descr. p. 15?)
Ranunculus tripartitus p obtusiflorus Dec. Syst. I p. 231; Godr. Monogr.
p. 10.
Ranunculus ololeucos Lloijd FI. Loir. p. 3 ; Gren. et Godr. FI. Fr. I
p. 21.
Batrachium ololeucos Van den Bossche. Prodr. FI. Bat. I p. 6; Wirtg.
Reise FI. n. 34.
Ranunculus Petiveri Coss. et Germ. FI. Paris, éd. i p. 10; .4^/. t. l
fig. 5 et 6.
Batrachium hololeucum Garcke , FI. Deuts. p. 8.
|3 submersiim. Toutes les feuilles submergées et à lanières capillaires.
Ranunculus ololeucos p submersus Godr. l. c.
2]. Mai-juillet. Dans les mares de la région d'alluvion siliceuse, en France,
en Belgique, dans la Flandre zélandaise (Van den Bossche), près de Gand
(Scheidvveilerl), en Brabant près de Vilvorde (Wesmael!) et d'Aérschot
(Thieleus!), en Hainaut, dans les etivirons de Mons (Martinis!) et dans
la province d'Anvers (Reusens), dans le Limbourg, près de Diepenbeek
(Van den Born !) ; la variété en a été trouvée près de Bruxelles par M. Bom-
mer!
Le B. hololeucum se distingue facilement par ses fleurs entièrement
blanches et dont les pétales sont dépourvus de la tache jaune que Ton
observe dans toutes les autres espèces du genre. Nous ferons remarquer
que son nom spécifique, tiré du mot grec oAwç , commande en latin une
aspiration et qu'il est déclinable. La plante de Gand a les feuilles flot-
tantes, persistantes et étalées, comme dans la planche citée de De Candolle;
dans les autres localités belges elles sont caduques.
7. II. Baudotii Van den Bossche. Pétales maculés, une fois plus longs
que le calice ; étamines plus courtes que le pistil ; drupelles renflés au
sommet et terminés par un roslre partant du bord supérieur.
Ranunculus Baudotii Godr. Monogr. p. 14 f. 4; FI. Fr. I p. 21 (1839);
Babgt. Man. Brit. éd. V p. 7.
Batrachium marinum Pries Novit. Mant. III p 51 (1842).
Ranunculus marinus Pries Summ. Suec. 1 p. 141.
Batrachium Baudotii Van den Bossche Prodr. FI. Bat. l, p. 7 ; Wirtg.
Beise FI. n" 33; Garcke Fi Deutschl. éd. V p. 8.
( 106 )
|3 submersum. Toutes les feuilles submergées et à lanières capillaires.
Ranunculus Baudotii |3 submersum Godr. l. c.
1\. Juin, juillet. Dans les eaux saumâtres des côtes dei'Océan et de la
Méditerranée; en Belgique près Ostende! et Heyst (Pire!); dans la Flandre
zélandaise (Crepin!); dans l'île de Zudbeveland (Vanden Bossche); en
Hollande (Bond.).
Cette espèce est remarquable par ses grandes stipules qui, dans les
feuilles inférieures, sontadnées après delà moitié du pétiole. Ses feuilles
flottantes tripartites la rapprochent des précédentes, dont elle diffère par
le rostre latéral de ses drupelles.
8. o. confusum Garcke. Pétales maculés , une fois plus longs que le
calice; étamines plus longues que le pistil; drupelles atténués au sommet
et terminés par une pointe partant du bord supérieur.
Ranunculus tripartitus Nolte Novit. FI. Hols. p. 31.
— Petiveri Koch in Slurm Deutschl. FI. fasc. 82 f. 2 eœcl.
Syn. Dec. et Petiveri.
— Petiveri a minor Koch. Syn. Germ. éd. 111 p. 10.
— confusus Godr. FI. Fr. I p. 22 ; Babgt. Man. Brit. éd. V p. 6 .
Batracbium Petiveri Van den Bossche Prodr. FI. Bat. 1 p. 7.
— confusum Garcke FI. Deutschl. éd. V p. 8.
Il Juin -août. Dans les mares de Ja région d'alluvion en Allemagne,
dans le Holsteinet l'Oldenbourg; en Belgiqiie dans la Campine (Olislagers!)
et dans l'île de Zudbeveland (Van den Bossche) ; en Angleterre (Babgt).
Feuilles nageantes, profondément tripartites, à lobes triangulaires inci-
sés-dentés ; feuilles submergées ne se réunissant pas en pinceau hors de
l'eau; feuilles flottantes tripartites. Fleurs moyennes, à boutons globu-
leux ; drupelles hérissés au sommet.
tt Réceptacle sphérique.
9. B. triphyllos. Ëtamines 12 à 15, presque égales au pistil; feuilles
nageantes ternées.
Ranunculus triphyllos Wallr. Bot. Zeit., 14- p. 584.
— aquatilis var. tripartitus Koch in Sturm. Deutschl. FI.
fasc. 67 ^. X; Godr. Monogr. p. 19 fig. 59.
Batracbium helerophyllum ^ tripartitum Van den Bossche Prodr. FI.
Bat. p. 8.
Ranunculus Petiveri /3 major Koch Syn. Germ. éd. III p. 10.
2\. Juin, juillet. Dans les mares de la région d'alluvion, en Flandre près
de Gand (Scheidweilerl ), en Hollande près de Leyde (Molkenboer), de
( i07 )
Maarsbei'gen (Van de Sande-Lacoste) , de Zaaik (Bondam) et en Allemagne.
Celle espèce est remarquable par ses feuilles flottantes, divisées en trois
jusqu'au pétioletet dont chaque foliole est souvent pétiole. L'un des folioles
latéraux est souvent déchiqueté en lanières linéaires comme dans les feuilles
immergées. Ses fleurs sont d'ailleurs moitié plus petites que les suivantes
et égales à la précédente. Sépales bordés de blanc.
10. B. radians. Élamines de 15 à 20 plus longues que l'ovaire;
feuilles nageantes orbiculaires, découpées en lobes rayonnants; pétales
rétrécis à la base et non contigus.
Ranunculus radians Revel Renoue, de la Gironde p. S fig. i; Boreau.
Fi centr. éd. III p. 11.
2j. Mai, juin. Les mares de là Gironde ( Revel) et des environs d'Angers
(Boreau).
Feuilles submergées flasques à segments en "cercle; feuilles flottantes
à segments profonds, les uns cunéiformes , les autres laciniés et pétiolulés.
Pétales doubles du calice.
11. B. rhipiphyllum. Feuilles flottantes tronquées à la base, décou-
pées en lobes rayonnants. Pétales rétrécis à la base et écartés l'un de
l'autre.
Ranunculus rbipiphyllus Bast. in Boreau FI. centr. éd. III p. 11.
2|. Mai, juin. Mares et fossés près Angers.
Stipules des feuilles submergées à oreillettes nulles. Feuilles nageantes
à trois lobes peu profonds, bi-trilobulés. Fleurs moyennes. Drupelles nom-
breux , hérissés de poils peu abondants et caducs.
12. B. truncatuin. Feuilles flottantes semi-orbiculaires, tronquées à
la base, à trois lobes profondément dentés, à dents aiguës; feuilles sub-
mergées rigides, à stipules sans oreillettes.
Ranunculus aquatilis var. truncatus Koch in Sturm Deutschl. FI.
fasc. 67 f. 8; Syn. Germ. éd. III p. 10.
Batrachium aqualile Dmtr. Prodr. FI. Belg. p. 127 {pro parte).
Batrachium helerophyllum var. truncatum Van den Bossche Prodr.
FI. Bat. , I p. 8.
i3 flabellatum. Serratures des feuilles souvent prolongées en lanières
filiformes, plus longues que le limbe.
2j. Mai-juillet. Dans les mares et les fossés aquatiques. Elle a été trou-
vée en Flandre dan^les environs de Gand, par M. Scheidweiler ! et dans
la Drenthe près de Meppel , par M. Hayne.
Feuilles submergées à segments fermes et ne se réunissant pas en pin-
ceau hors de l'eau; leurs stipules presque aussi longues que le pétiole,
arrondies à l'extrémité el dépourvues d'oreillette aiguë. Feuilles nageantes
(108)
tronquées à la base et jamais cordées. Fleurs assez grandes. Drupelles
très^velus dans la jeunesse.
i3. B. aquatile Dmtr. Étamlnes nombreuses plus^ongues que le
pistil. Feuilles flottantes suborbiculaires , cordées et lobées; feuilles sub-
mergées rigides et ne se réunissant pas en pinceau hors de l'eau; lobe des
stipules en oreillette saillante parfois acuminée.
Ranunculus aquatilis Lin. Sp. pi. 781 {excl. var.).
Batrachium aqualile Dmtr. Prodr. FI. Belg. p. J27 {pro parte); Wimm.
FI. Sites. 484.
Ranunculus heterophyllus Wigg. Primit. p. 42 ; Babgt. Man. Bril. p. 6.
Batrachium heterophyllum Van den Bossche Prodr. FI. Bat. p. 8 [excl.
var. h et c).
(3 peltatum. Feuilles nageantes subpeltées, à dentures arrondies.
Ranunculus peltatus Schranck Baier. FI. 2 p. 103.
— aquatilis var. pellalus Koch in Sturm Deutschl. FI. fasc.
67 f. 7.
y acutifolium. Feuilles nageantes subpeltées, à dentures aiguës.
J" quinquelohum. Feuilles nageantes à cinq lobes arrondis , sans dents.
Ranunculus aquatilis var. quinquelobus Koch l. c. fig, 9.
£ terrestre. Toutes les feuilles uniformes lobées, ou les inférieures di-
visées en lanières courtes et épaisses.
Ranunculus aquatilis var. terrestris Gren. et Godr. FI. Fr. I p. 23.
^ submersiim. Toutes les feuilles submergées et capillisectées, à seg-
ments pilifères à l'extrémité.
Ranunculus aquatilis var. submersus Gren. et Godr. l. c.
2\. S-9. Les mares et les fossés pleins d'eau.
Cette espèce, est très-variable. Seules, ses jeunes feuilles, qui n'ont pas
encore atteint leur développement, se réunissent en pinceau hors de l'eau.
Boutons légèrement déprimés et presque pentagones. Pétales ayant 7 à 9
veines non contiguës et persistantes. Étamines pxcédant le pistil.
14. B. penicilliitum. Étamines nombreuses plus longues que le
pistil ; feuilles submergées flasques à segments allongés et se réunissant en
pinceau hors de l'eau. Stipules à oreillettes arrondies.
Ranunculus aquatilis Boreau FI. centr. II p. 11.
Batrachium aquatile Dmtr. Prodr. l. c. [pro parte).
Il S-8. Les étangs en France; rare en Belgique. ^
Elle diffère des précédentes par sa tige épaisse, succulente et flasque,
ses stipules très-grandes et ses feuilles immergées se réunissant en pin-
ceau quand on les tire de l'eau. Feuilles nageantes uniformes, à trois
lobes profondémenl dentés. Fleurs très-grandes.
i09 )
15. B. floribundum. Etamines nombreuses excédant le pistil; pétales
9-multi-veinés non contigus, persistants; feuilles submergées rigides et
ne se formant pas en pinceau. Stigmate allongé.
Ranunculus floribundus Babgt. Batr. Ran. p. 77. Maji. Brii. éd. V p. 7.
2j. Mai-septembre. Les mares en Angleterre ( Babington).
Feuilles flottantes subpeltées semitrifides, à segments lobés Fleurs
grandes, à pétales non contigus. Réceptacle sphérique. Style recourbé.
Drupelles très-obtus (Bab.).
*** Trichophylla. Toutes les feuilles capillaires; pas de feuilles
flottantes.
f Réceptacle velu.
16. B. trlchophyllutn Van den Bossche. Feuilles à circonscription
irrégulière , à peine plus courtes que les pédoncules , ne se réunissant pas
en pinceau hors de Teau; pétales une fois plus longs que le calice; récep-
tacle globuleux.
Ranunculus trichophyllus Chaix in Vill. Dauph. I p. 335.
— pantothrix Brot. FI. Lusit. II p. 375.
— paucistamineus Tausch. Bot. Zeit. 1834 p 525; Koch
Syn. Germ. éd. III p. H.
Ranunculus aquatilis var. pantothrix Koch in Sturm Deutsch. FI. fa.^c.
Q- fig.ii.
Batrachium trichophyllum Van den Bossche Prodr. FI. Bat. I p. 5.
/3 terrestris. Godr. Feuilles plus longues que les entre-noeuds.
Ranunculus caespitosus Thuil. Paris, p 27^.
21 Mai-septembre. Commun dans les mares et les fossés.
Sa croissance rayonnante la fait facilement reconnaître. Ses feuilles,
même les plus jeunes, restent étalées hors de l'eau. Fleurs petites, com-
prenant environ douze etamines et dont le pédoncule, même à la maturité,
n'excède pas les feuilles. Son réceptacle globuleux la distingue facilement
des espèces suivantes.
17. B. Droueti. Feuilles à circonscription irrégulière, à peine plus
courtes que les pédoncules, se réunissant en pinceau hors de l'eau; pétales
plus longs que le calice; réceptacle conique; drupelles poilus.
Ranunculus Dro#eli Schultz in Gren. et Godr. FI. Fr. I p. 24; Babgt.
Man. Brit. p. 6.
2[. Mai-juillet. Dans les mares et les fossés pleins d'eau du Brabant
( Karl Grunn), près de Vilvorde ( Wesmael! F. Muller!) en Hainaut près de
Thuin (Pire!).
( no )
Se distingue facilement de la précédente par ses feuilles et la forme d*-
son réceptacle. Bouton globuleux. Fleurs assez petites. Pétales plus longs
que le calice. Étamines n'excédant pas le pistil. Drupelles hérissés de poils
courts sur la carène dorsale.
18. B. salsns^inosuni. Feuilles à circonscription irrégulière, deux
fois plus courtes que le pédoncule, à segments rigides; étamines une fois
plus longues que le pistil; réceptacle conique; drupelles glabres.
2j. Juin-juillet. Dans les fossés d'eau saumâtre,eu Flandre près Ostende.
Feuilles à segments rigides inordonnés et ne se réunissant pas en pin-
ceau hors de l'eau. Fleurs petites , à boutons globuleux. Pétales deux, fois
plus longs que le calice. Étamines dépassant le pistil de toute la longueur
des anthères. Stigmate subsessile naissant du ventre de l'ovaire. Récep-
tacle conique peu poilu. Drupelles glabres, à dos arrondi, terminés au
sommet du petit côté par un mammelon sessile formé du stigmate.
Cette espèce pourrait être confondue avec la variété j3 du B. Baudotii ,
mais elle en diffère par ses étamines doubles du pistil et par ses drupelles
dépourvus de rostre, non carénés et à dos arrondi.
19. B. con fer voldes Fr. Tige filiforme; feuilles flasques; réceptacle
conico-cylindrique; drupelles turbines, obtus, carénés, arrondis au som-
met et devenant mutiques par la chute du style.
B. confervoides Fries. Bot. not. 1843 p. 141.
Ranunculus confervoides Pries Summ. I p. 139.
2j. Juillet. Dans les fo.ssés et les étangs de la Laponie et de la Finlande
boréale.
20. B. aspergillirollHin. Feuilles multifides, rigides, à circonscription
ovale et régulière, aspergilliformes, de la longueur des pédoncules ; récep-
tacle ovale; drupelles poilus.
2|. Juin, juillet. Dans les fossés aquatiques en Flandre à Wetteren
(Scheidwciler!).
Cette belle espèce par ses feuilles distantes, à circonscription non lobée
et par son port, se rapproche de la suivante avec laquelle elle aura peut-
être été confondue. Elle en diffère par ses feuilles n'enveloppant pas la
tige, à rameaux subérigés et non étalés; par ses pédoncules n'excédant
pas la longueur des feuilles et non atténués au sommet; enfin par son récep-
tacle ovale et velu. Feuilles latérales à la tige, brièvement pédonculées et à
stipules auriculées. Pédoncules très-épais. Fleurs petites à corolle caduque.
Étamines dépassant le pistil. Réceptacle couvert de poils. Drupelles cou-
verts de poils, surtout à la crête dorsale, terminés du petit côté par un
mammelon.
21. B. clrcinatiiin Fr. Feuilles rigides à segments étalés et à circon-
( Ml )
scription globuleuse; pédoncules beaucoup plus longs que les feuilles,
atténués au sommet; drupelles glabres.
Ranunculus dlvaricatus Sc/jrancÂ; Baier. Fi II p. 104 (1789); Kock
in Sturm Deuts. FI. fasc. 67 /". 13; Godr.
Ranunculus circinatus Sibth. Opon. p. i 75 (1 792) ; Babgt. Man. Brit. p. 8.
Ranunculus rigidus Hoffm. Deuts. FI. 1 p. 257 (1800).
Batrachium rigidum Dmtr. Prodr. PL Belg. p. 127.
— circinatum Fr. Mant. III p. 52
— divaricatum Van den Bossche Prodr. FI. Bat. I p. 6 ;
Wimmer FI. Siles. p. 485; Garcke FI. Deutschl. p 9.
1\. Mai-juillet. Dans les étangs et les fossés.
Cette espèce se distingue de toutes les autres par ses feuilles à circon-
scription globuleuse, par ses pédoncules cinq à six fois plus longs que les
feuilles et par son fruit glabre.
M. Pries a fait remarquer avec raison que le nom spécifique divari-
catum , bien qu'un peu plus ancien , doit être rejeté comme faux , la plante
n'étant nullement divariquée.
22. B. longirostre. Feuilles multifides à circonscription orbiculaire ;
réceptacle sphérique poilu; drupelles subglobuleux , velus, à rostre très-
long.
Ranunculus longirostris Godr. Monographie des Ren. à fruits ridés.
2\. Les fossés près de Saint-Louis au Missouri.
tt Réceptacle glabre.
23. B. fluviatîle. Feuilles allongées à segments linéaires parallèles;
pétales cunéiformes imbriqués , deux fois plus longs que le calice.
a fluitans. Lanières des feuilles allongées et atténuées au sommet.
Ranunculus fluitans Lamck. FI. Fr. III p. 184; Koch in Sturm Deutschl.
FI. fasc. 67 t. XIV.
Ranunculus fluviatilis Wiggers Prim. FI. Holsat. p. 42; Willd Sp. II
p. 1333.
Ranunculus paucedanifolius AU. Pedem. n. 1469; Lej. et Court. Comp.
II p. 196.
Batrachium paucedanifolium Dmtr. Prodr. FI. Belg. p. 127.
— fluitans Fries Summ. Suec. p. 26 ; Van den Bossche.
Prodr. FI. Bat. I p. 6; Wimmer. Siles. 485.
13 terrestre Godr. Lanières des feuilles courtes et dilatées au sommet.
Ranunculus pumilus Poir. Dict. bot. p. 133.
Il Juin-août. Dans les rivières rapides delà région déclive; elle manque
dans la région d'alluvion.
(H2)
Tiges très-allongées, rameuses. Feuilles uniformes pétiolées. Fleurs
grandes à pétales obovés , souvent au nombre de dix. Bouton lobé. Récep-
tacle globuleux et nu.
Le nom spéciûque flui tans , donné par Lamarck, doit être écarté pour
son ambiguïté , puisque toutes les renoncules hétérophylles ont des feuilles
flottantes et que celle-ci n'en a jamais. Celui donné par Wiggers, qui est
à peu près de même date, caractérise, au contraire, parfaitement cette
espèce essentiellement fluviatile.
24. B. Bachif Wirtg., feuilles allongées à segments linéaires; pétales
obovés.
Ranunculus Bachii Wirtg. Verhandel. prus. Rhnld. Il p. 22.
— fluitans (3 Bachii Wirtg. FI. preus. Rhpr. p. 13.
Batrachium Bachii Wirtg. Reise fl. n. 32.
1\. Juin, juillet. Dans les rivières, près Coblentz (Wirtg.!).
(fiaiJ«..aJ-. t^.tii^o.iii
OPUSCULES
BOTANIQUE ET D'HISTOIHE NATURELLE;
M. B. pu MORTIER,
Président de la Société royale de botanique de flelgi(ii»e.
FASCICULE V.
MONOGRAPHIE DES RONCES DE LA FLORE BELGE.
DECEMBRE 1863.
MONOGRAPHIE
RONCES DE LA FLORE BELGE
Les nomJjreuses espèces du genre Rubus sont de créa-
lion moderne. Les anciens auteurs de notre flore, d'accord
en cela avec Linné, n'en connaissaient que quatre, les
R. Idaeus, Saxatilis , Caesius et Fruticosus. Cependant
il était facile de voir que cette dernière était collective
et renfermait plusieurs espèces distinctes. Pour peu qu'on
l'étudiât avec soin, on y trouvait des types divers, les uns
à tiges dressées, les autres à tiges décombantes ou même
rampantes, des espèces glabres, d'autres entièrement
\elues, d'autres encore hérissées d'aiguillons glanduleux.
Le premier botaniste qui ait fixé son attention sur ces
formes curieuses est la savante mademoiselle Libert, qui,
dès 1815, publiait, dans le supplément de la Flore de Spa,
deux espèces nouvelles de ronces, les R. montamis Lib. et
R. ardiieïinensis Lib. Peu après, Weihe fit de ce genre
une étude spéciale, et, en 1822, de concert avec Ch. Nées
Yon Esenbeeck , il commença la publication de sa Mono-
fjrapfiie des ronces d'Allemagne, où il en décrivit et figura
quarante-huit espèces presque toutes nouvelles.
La publication des Rtibi germanici fixa l'attention des
botanistes belges de cette époque, qui s'occupèrent avec
ardeur à rechercher les nouveautés de ce genre : c'était un
( m )
engouement, et bientôt, grâce à ces recherches, le nombre
des espèces de ronces indigènes devint considérable. Le
D'Lejeune, qui était en correspondance avec Weihe, en
indiqua vingt-trois dans sa Revue de la Flore de Spa; dans
mon Prodrome, je portai ce nombre à trente-deux ; Lejeune
et Courtois, dans leur Compendium, en décrivirent qua-
rante, dont sept nouvelles; ïinant, dans sa Flo)^e luxem-
bourgeoise, trente-trois. Plus tard, mon savant ami Kaltem-
bach découvrit aux environs d'Aix-la-Chapelle trente-neuf
espèces de ronces, dont treize nouvelles; Ley en décrivit
deux inédites et trouvées par lui près d'Eupen ; enlin notre
confrère, M. Wirtgen, en indique soixante-six comme
croissant dans la province cisrhénane.
Par ces divers travaux, non-seulement toutes les nou-
velles espèces du genre Riibus établies par Weihe ont été
observées dans le domaine de notre flore, mais un grand
nombre d'autres, décrites depuis, sont venues en accroître
le chiffre. Dans l'état actuel, notre flore pourrait compter au
delà de quatre-vingt-dix espèces de ronces, dont quatre-
vingts formées aux dépens du Rubus fruticosus de Linné,
et ce nombre est susceptible de s'accroître, car beaucoup
de formes ne s'accordant pas avec les descriptions et ne
se rapportant pas exactement à celles connues, pour-
raient servir à créer de nombreuses espèces nouvelles,
basées surtout sur les modifications du feuillage et de l'in-
florescence. Mais ici une grave question se présente : toutes
ces créations doivent -elles être considérées comme de
bonnes et légitimes espèces , ou bien y a-t-il là de nom-
breuses variétés? Je suis porté à adopter cette dernière
alternative, car, dans la famille des rosacées, l'horticulture
nous apprend que les poiriers et les roses produisent par
le semis d'innombrables variétés de feuillage , d'inflores-
cence et de formes de pétales. Il n'est donc pas douteux
( H7 )
qu'il en est de même pour les ronces, et que c'est à
cette particularité qu'est due cette innombrable quantité de
formes qu'on y observe. Lejeune dit qu'ayant semé des
graines de la rose à cent feuilles, il en a obtenu la Rosa
rubiginosa, tant est grande la variabilité de ces genres si
voisins les uns des autres. La variabilité des ronces frutes-
centes est telle que, dans la Pollichia, M. P.-J. Muller de
Weissemburg en a formé jusqu'à deux cent trente-six pré-
tendues espèces!
On ne peut cependant méconnaître qu'il existe dans les
ronces frutiqueuses plusieurs espèces réelles et distinctes.
Les formes à tiges stériles droites , côtelées et canaliculées,
ne peuvent être confondues avec les formes décombantes
et glanduleuses, ni celles-ci avec les ronces à tiges sim-
plement velues : il y a là des dissemblances tellement
notables, qu'on s'étonne de les avoir vues si longtemps
confondues ensemble. Tous les savants modernes sont
d'accord sur ce point, qu'il existe dans \e Riibus fruticosus
diverses espèces distinctes qui doivent être séparées les
unes des autres; mais la difficulté est de grouper toutes
ces formes en espèces distinctes, et d'assigner à ces types
des caractères diagnostiques certains et réunissant entre
elles ces formes secondaires.
Pour réunir et grouper ses espèces, Weihe a fait usage
du revêtement des tiges foliifères. On sait que les ronces
frutiqueuses poussent chaque année de longues tiges sté-
riles que nous désignerons sous le nom de verges et qui de-
viennent florifères la seconde année. Ces verges stériles
fournissent les caractères les plus essentiels des espèces;
aussi tout échantillon d'herbier doit -il nécessairement
comprendre , avec le rameau fleuri, un fragment de tiges
stériles muni de deux ou trois feuilles, sans lequel l'es-
pèce ne pourrait être déterminée. Nous appelons sur ce
(118)
point l'attention de nos confrères. La belle observation de
Weihe c'est d'avoir reconnu et proclamé toute l'impor-
tance de ces liges stériles pour la classification des ronces.
C'est d'après elles qu'il forme dans ce genre trois grandes
divisions : 1° les espèces à tiges foliifères glabres; 2° celles
à tiges foliifères velues; S"" les ronces à tiges foliifères
glanduleuses. Cette division est facile, mais l'examen des
nouvelles espèces introduites depuis a montré qu'elle est
sujette à de nombreuses aberrations, la division des ronces
glabres se fondant dans celles à verges poilues et celles-ci
passant aux espèces à verges glanduleuses. Ainsi le
R. Weihei de Lejeune, si voisin du R. plicatus que, de
l'avis même de son auteur, il peut en être considéré
comme une variété, a les surgeons couverts de poils. Le
R. viilgaris, placé parmi les espèces à verges poilues, les a
presque toujours glabres; le R. sylvestris offre des glandes
sessiles. Ces exemples, que nous pourrions multiplier,
montrent que la division proposée par Weibe est sujette
à induire en erreur et que, bonne pour un grand nombre
de plantes , elle ne peut servir à la coordination générale.
Cette considération a été comprise par Arrlienius, qui a
proposé de classer les ronces d'après la direction des sur-
geons dressés, déclives ou rampants. Cette méthode nous
paraît plus faible encore que celle de Weihe, puisqu'on
observe à chaque pas des dispositions intermédiaires, et
qu'en outre, dans l'herbier, le caractère disparaît.
11 faut donc baser la classification des ronces sur des
organes d'une valeur plus invariable. Ces organes je les
trouve au premier rang dans le fruit et les stipules; au
second , dans les aiguillons des verges ou tiges foliifères ,
les côtes et les canalicules de celles-ci. Le fruit présente
trois aspects : il est velu dans le framboisier et le Rubits
odoratus d'Amérique; glabre et luisant dans le Rubus fru-
(^119 )
ticosus de Linné ; glabre et pruineux dans le R. caesius
du même auteur. Les stipules sont attachées au tronc
dans les R. herbaceus , arcticus et chamaemorus ; elles
sont attachées au pétiole dans toutes les autres espèces.
Voilà des caractères de premier ordre, solides, invaria-
bles, qui distinguent parfaitement les espèces extrêmes.
Mais la masse formée aux dépens du R. fruticosus de
Linné reste à coordonner. Pour cela,, les aiguillons des
verges nous paraissent être l'organe qui divise le mieux
les espèces nouvelles. Chez les unes, ces aiguillons sont
égaux en force et en longueur, tandis que chez les autres
on observe deux ou trois sortes d'aiguillons, gros, moyens
et presque sétacés, ces- derniers portant des glandes api-
cilaires. Par là, nous pourrons diviser les ronces fruti-
queuses en homalacanthi et heteracanthi. Puis nous
fixerons notre attention sur les verges munies ou dépour-
vues de côtes saillantes et de canalicules intercostaux, et
en nous aidant alors, suivant les groupes, des poils, des
callosités et des modifications des verges, nous arriverons
à former des espèces naturelles nettement tranchées, où
viennent se classer toutes les autres. C'est ainsi que nous
sommes parvenus à réunir les quatre-vingts espèces indi-
gènes de ronces frutiqueuses en sept groupes, auxquels,
pour éviter la confusion , nous avons donné des noms spé-
cifiques, regardant les autres formes comme des variétés.
Pour ceux qui préfèrent considérer ces formes comme
des espèces , il suffira de mettre les noms spécifiques à l'ad-
jectif, et ils pourront coordonner en sous -sections toutes
les variations du R. fruticosus de la manière suivante :
§§ I. Rubi exaltali. §§ 5. Ruhi callosi.
2. — cos(a(i. (). — horridi.
7y. — pilosi. 7. — volvali.
i. — cryptadcni.
( 120 )
Mais notre opinion est qu'il y a dans les ronces frutiqueuses
peu d'espèces et beaucoup de variétés. C'est ce que nous
chercherons à établir par la monographie suivante. Nous
serons heureux si ce petit travail attire l'attention de nos
confrères sur ce genre intéressant et dont l'étude est au-
jourd'hui complètement négligée parmi nous.
RONCES DE BELGIQUE.
RUBUS Lin.
ANALYSE DES SECTIONS.
Stipules altachées au pétiole; fruit tomenteux. . § 1. Batidaea.
Stipules altachées au pétiole ; fruit glabre luisant. § 2. Batotypus
Aiguillons égaux uniformes. (A. Honialacantht.)
* Verges (tiges foliifères) côtelées, entre-côtes eanaliculés.
" Verges sans côtes et non canaliculées.
Aiguillons inégaux mêlés d'aculéoles. (B. Heteracanthi.)
Stipules attachées au pétiole; fruit glabre couvert
d'une poussière pruineuse . § 3. Glaucobatos.
Stipules insérées sur la tige § 4. Chamaebatos.
Sect. I. — BATIDAEA Dmtr. Prodr. p. 91.
Fruit tomenteux; stipules adnées au pétiole.
f. R. idaeiiis Lin.
Verges dressées; feuilles pinnées; fleurs pendantes.
a archetypus. Feuilles pinnées, aculéoles non bulbeux à la base.
R. idaeus Lin. Sp. 706 ; Weihe et Nées Rg.{Rubi germanici) n« 47 ; Lej.
( 121 )
Hev. lGi;Dmtr. Prodr. n" 1138; Lej. et Court. Comp. 910; Tin. Luxbg.
lS7;Kaltemb. FI. Aachen. p. 265; Van den Bossche Prodr. FI. Bat. p. 70 ;
Wirtg. FI. Rhpr. p. 54; Oudemans FI. Nederl. Il p. S9.
^ Leesii. Feuilles ternées , aculéoles sétacés bulbeux à la base.
R. idaeus y Leesii Babington Syn. ofthe British Rubi p. 6.
R. Leesii Babgt. Man. Brit. p. 79 ; Oudemans FI. der Nederland. II p. 59.
f) Mai, juin. Habite les forêts et les bois çà et là! — Fruits rouges ou
blancs.
Sect. II. — BATOTYPUS Dmtr. Prodr. p. 9i.
Fruit glabre, brillant et dépourvu de poussière glauque;
stipules pétiolaires.
A. HOMALACANTUI.
Aiguillons des verges égaux en longueur; pas d'acu-
léoles ni de glandes portées sur des soies.
* Verges pourvues de larges côtes longitudinales.
9. U. suberectus Anders.
Verges subérigées , glabres , à angles obtus au sommet ,
sépales fructifères réfléchis, drupéoles séparés, rouges.
R. suberectus Anders. Trans. Lin. Soc. XII p. 216; Van den Bossche
Prodr. Bat. p. 71; Oudemans FI. Nederl. II p. 59.
R. micracanthus Kaltembach FI. Aachen p. 263.
T) Mai , juin. Hab. les bois et les fourrés près d'Aix-la-Chapelle (Kllb.)
et en Hollande; M. Bommer croit l'avoir trouvée près de Bruxelles. — Ses
fruits rouge-sanguin la distinguent facilement de toutes les ronces fruti-
queuses ; ils sont d'un goût exquis et pourraient être cultivés pour le ser-
vice des tables. Ce serait un fruit nouveau à introduire dans la culture.
a. R. affluls W. et N.
Verges dressées côtelées; glabres, canaliculées au som-
met; calice vert bordé de blanc, dressé pendant la fructi-
fication.
a archetypus. Calice fructifère appliqué contre le fruit.
, ( 122 )
R. affinis W. et N- Bg. 3; Dmtr. Prodr. n» 1139; L. et C. Comp. 914;
Tin. FI. Luxbg. 755; Van den Bossche Prodr. Bat. 3U; Wirtg. FI.
Bhpr. n» 2.
|3 fissus. Calice fructifère , dressé-ouvert.
R. fissus Lindl. eœ Babgt. Man Brit. éd. V p. 97 ; Oudemans FI. Nederl.
II. p. 60.
f} 6. Habite dans les bois. — Le calice dressé et involucrant le fruit
distingue cette espèce des autres ronces côtelées.
4. R. exaltatus.
Verges dressées, côtelées, à entre -côtes canaliculés;
calice vert bordé de blanc, réfléchi sous le fruit.
ûc plicatus. Verges glabres;' calices glabriuscules et pédoncules sans
aiguillons; panicule simple dressée.
R. plicatus W.el N. Bg. 1; Lej. Bev. 742; Dmtr. Prodr. ji^ 1139;
L. et C. Comp. 914; Tin. FI. Luxbg. 755; Wirtg. FI. Bhpr. p. 150.
R. fruticosus Arrhen. Monogr. Bub. suce. p. 23; Fries Summ. suec.
p. 165; Van den Bossche Prodr. FI. Bat. 313.
^ fastigiatus. Verges glabres; calices glabriuscules et pédoncules sans
aiguillons ; rameaux alternes fastigiés.
R. fastigiatus Weihe et Nées Bg. 2; Lej. Bev. 743; Dmtr. Prodr.
no,1140;X. et C. Comp. 917; Tin. FI. Luxbg. 756; Wirtg. FI. Bhpr.
p. 150 ; Kltb. FI. Aach. p. 264.
R. fruticosus (3 Arrhen. l. c; Van den Bossche Prodr. FI. Bat. l. c.
y Liber tianus.\erges glabres ; pédoncules allongés ainsi que les ca-
lices tomenteux et sans aiguillons.
R. Libertianus Weihe in L. et C. Comp. n<» 915.
J Weihei.Yerges poilues; pédoncules et calices presque sans aiguillons.
R. Weihei Lej. in L. et C. Comp. n« 918-
£ bracteosus. Verges glabres; pédoncules fliiformes munis de bractées
et presque inermes; calice légèrement pubescent.
R, bracteosus Weihe in L. et C. Comp. n» 913.
Ç nitidus. Verges glabres ; calice aiguillonné à la base.
R. nitidus Weihe et Nées Bg. 4; Lej. Bev. 744; Dmtr. Prodr. n" 1142 ;
L. et C. Comp. 924; Tin. FI. Luxbg. 758; Kltb. FI. Aach. p. 265; Wirtg.
FI. Bhpr. p. 150.
•/i falcatus. Verges glabres; calice tomenteux; pédoncules sans poils
glanduleux.
R. falcatus Kallembach Flora des Aachener Beckens p. 266.
( 125 )
î? 5, 6 Habite les bois à sol argileux. — Verges dressées, roides, sou-
vent de hauteur d'homme , réfléchies au sommet.
, 5. R. costatus.
Verges arquées - décombantes , côtelées, à entre -côtes
canaliculés; calice blanc-tomenteux.
ce rhamnifolius. Calice muni d'aiguillons à la base ; base des folioles
arrondie.
R. rhamnifolius Weihe et N. Rg. 6; Lej. Bev. 747; Dmtr. Prodr.
w 1145; Tin. FI. Luxbg. 760; Wirtg. FI. Rhpr. p. 150.
/3 cordifolius. Calice muni d'aiguillons à la base; base des folioles
cordée.
R. cordifolius Weihe et N. Bg. 5; Tin. FI. Luxbg. 759; Wii^tg. Fi
Bhpr. p. 151.
y genicuîatiis. CBiUce muni d'aiguillons à la base; folioles longuement
ovales.
R. geniculatus Kltb. FI. des Aachen. Beckens p. 267; Wirtg. FI. Bhpr..
p. 151.
(5" montanus. Calices et pédoncules tomenteux et munis d'aiguillons
serrés.
R. montanus Wirtg. FI. der Bhnpr. p. 150. n«> 4.
£ thyrsoideus. Calices inermes à la base; feuilles glabres par-dessus, à
pédoncules aculéolés.
R. fruticosus Weihe et N. Bg. 7; Dmtr. Prodr. n° 1144; Tin. FI. Luxbg.
761.
R. thyrsoideus Wimmer FI. Schlech. p. 131.
R. candicans Wirtg. FI. Bhpr. 151.
Ç collinus. Calices inermes à la base; rameaux de la panicule tomen-
teux ; folioles velues par-dessus. *
R. collinus Dec. Hort. monsp p. 139 ; Lej. Bev. p. 259; L. et C. Comp.
925.
ii arduennensis. Calices subinermes à la base ; folioles glabres par-
dessus; pédoncules subinermes.
R. arduennensis Lib. in Lej. Spec. II p. 317.
6 tomentosus. C?ilices inermes à la base; folioles canescentes par-
dessus.
R. tomentosus ^or/tTi Forsth. II 1147; Weihe et NeesBg. 8; Dmtr.
Prodr. nM145; L. et C. Comp. 926; Tin. FI. Luxbg. 762; Wirtg. FI.
Rhpr. p. 151.
( 124 )
ï> 6, 7. Habite dans les broussailles et les lieux rocailleux. — Feuilles
presque toujourscanescentes par-dessous.
** Verges dépourvues de côtes et de canalicules longitudinaux.
e. R. pilosus.
Verges arquées, décombantes, anguleusemenl arron-
dies, sans glandes, poilues ou rarement glabriuscules.
a carpinifoliis. Verges peu poilues; panicule allongée, à rameaux étalés;
folioles cordées à la base.
R. carpinifolius Weihe et N. Rg. 13; Lej. Bev. 755; Dmtr. Prodr.
n" 1U9; L. et C. Comp 721; Tin. FI. Luxhg. 766; Kaltb. FI. Aachen.
710 i'^ 13; Wirtg. FI. Rhld. n» 13 Ç.
/3 vulgaris. Verges glabres ou peu poilues; panicule pauciflore aphylle,
étalée; feuilles presque cunéiformes à la base.
R. vulgaris Weihe etN.Rg.iA\ Lej. Rev. 750 ; Dmtr. Prodr. n° 1150 ;
L. et C. Comp. 927; Tin.Fl. Luxhg. 767; Kaltb. FI. Aachen. p ^n;Wirtg.
FI. Rhld. 152; Oudemans FI. Nederî. p. 61.
r d/sco/or. Verges maigrement soyeuses ; panicule allongée, contrac-
tée, dépourvue de glandes; calices sans aiguillons.
R. discolor Weihe et N. RgA9; Lej. Rev. p. 240 ; Dmtr. Prodr. n" 1 1 54;
L. etc. Comp. 928; Tin. FI. Luxhg. 771; Kaltb. FI. Aachen. p 2QS]Wirtg.
FI. Rhpr. p. 153; Oudemans FI. Neder. p. 61.
J" macroacanthus. Y erges munies de poils épars, très-épineuses; aiguil-
lons velus; panicule allongée à rameaux dressés.
R. macroacanthus Weihe et N. Rg. 18; Kaltb. FI. Aachen. p. 270;
Wirtg. FI. Rhld. p. 15^.
s axillaris. Verges munies de poils épars, calices velus, couverts d'ai-
guillons minces et nombreux.
R. axillaris Lej. Rev. p. 238; L. et C. Comp. n° 922.
X, macrophyllus.Y erges peu poilues; feuilles presque glabres par-dessus;
panicule courte, à rameaux dressés.
R. macrophyllus Weihe et N. Rg. 12; Lej. Rev. 761; Dmtr. Prodr.
no 1148; L. et C. Comp. 921 ; Wirtg. FI. Rhld. p. 152.
jj Schlechtendalii. Verges arrondies; feuilles poilues des deux côtés;
sépales des fleurs terminales foliiformes incisés.
R. Schlechtendalii Weihe et N. Rg. il;L. etC. Comp, 920; Tin. FI.
Luxbg. 765; Wirtg. FI. Rhld. p. 152.
( 125 )
e argenteus.Yevgei pubéruleuses ; pédicelles et calices dépourvus do ,
glandes.
R. argenteus Weihe et N. Rg. 19 ; Dmtr. Prodr. n° i\ 53 ; Tin. FI. Luxbg.
710; Kaltb. FI. Aachen. p. 270; Wirtg. FI. Bhld. p. 153. n" 16 a.
t leucostachys. Verges velues, anguleuses; feuilles hérissées en dessous
de poils brillants; panicule étroite, munie de feuilles.
R. leucostachys Sm. Engl. fl. II p. 403
R. dlscolor |3 leucostachys Wirtg. Fl. Bhnpr. p. 153.
K angustifolius. Verges hérissées, anguleuses, à aiguillons droits et ve-
lus, très-larges à la base; folioles vertes en dessous et velues aux nervures.
R. angustifolius Kaltb. Fl. Aachen. p. 274
X infestus. Verges anguleuses, peu poilues; aiguillons crochus, larges
à la base; feuilles glabres en dessus , grisâtres et subpubescentes en dessous.
R. infestus Kaltb. Fl. Aachen. p. 293 , nec Weihe.
|> 6, 7. Habite les broussailles et les lieux abandonnés.
9. R. cryptadeniis.
Verges arquées, décombantes , anguleuses, mais sans
côtes, poilues-lanugineuses, munies de glandes impercep-
tibles, ponctiformes , sessiles.
a pubescens. Verges et aiguillons pubescents ; panicule presque sans
feuilles.
R. pubescens Weihe et N. Bg. \6;,Dmtr. Prodr. n^ 1152; Kaltb. Fl.
Aachen. p. 271; Wirtg. FL Bhld. p. 133.
(3 sylvaticus. Verges à glandes ponctiformes ; aiguillons glabres ; pani-
cule dépourvue de glandes ; feuilles concolores.
R. sylvaticus Weihe et N. Bg. 15; Dmtr. Prodr. n" 1151; Tin. Fi.
Luxbg. 768; Wirtg. Fl. Bhld. p. 154.
r villicaulis.yerges, munies de glandes ponctiformes, à aiguillons
poilus , droits ; panicule sans glandes; feuilles discolores.
R. viUicaulis W. etN. Bg.ll] Tin. Fl. Luxbg 769; Wirtg. Fl. Bhprv.
p. 154.
^ Beichenbachii. Yerges presque dépourvues de glandes; rameaux de
la panicule munis au sommet de soies glandulifères.
R. Reichenbachii W. et N. Bg. 37; Wirtg. Fl. Wild p. 160.
£ teretiusculus. Verges et paniculcs poilues-laimgineuses , munies de
glandes.
R. teretiusculus Kaltb. Fl. Aach. p. 282.
( 126 )
Ç piletostachys. Verges à faces planes munies de poils étalés ; calices
canescents sans glandes; rameaux de la panicule aiguillonnés.
R. piletostachys Godr. et Gren. FI de Fr. 1. p. 548 ; Oudem. Nederl.
FI. I. p. 60.
t^ pyramidalis. Verges fortes, humifuses, hispides, anguleuses; aiguil-
lons droits; rameaux de la panicule divariqués; sépales foliacés au
sommet.
R. pyramidalis Kallb. FI. Jachen. p. 275.
6 aggregalus. Verges fortes , anguleuses, feutrées; aiguillons fins, droits,
réfléchis ; calices à poils épineux ne dépassant pas les poils feutrés.
R. aggregatus Kallh. FI. Aachen. p. 277.
D 6, 7. Habite les bois. — Se dislingue par la forme de ses glandes.
8. R. Sprengelii Weihe.
Verges humifuses, presque cylindriques, à poils distants;
glandes rares, sessiles; feuilles des verges caduques.
R. Sprengelii ^eihe in Bot. Zeit. 1819. p. 17; W. et N. lig. 10; Lej.
Rev. 749; Dmrt. Prodr n» 1147; L.etC. Comp. 919; Tin. Luxbg. 764;
Klth. FI. Jach. p. 280 ; TFirtg. FI. Rhpr. 152 ; Oudem. Nederl FI. 61 .
ï> 6, 7. Habite le bord des bois des pays d'outre-Meuse.
B. HETERACANTHI.
Aiguillons de plusieurs sortes, les uns en forme d'épines,
les autres en forme d'aiguilles ou de soies glandifères.
9. R. callosus.
Verges garnies de callosités, à aiguillons égaux et mu-
nies de glandules situées au sommet de filets insérés su*
ces callosités; sépales fructifères renversés.
Feuilles discolores quinato-digitées.
a radula. Veiges munies de poils épars, à aiguillons solides et recour-
bés; folioles pnbescentes blanchâtres par-dessous ; panicule divariquée au
sommet.
R. radula TF. et N. ïig. 38; Lej. Rev. 752; Dmrt. Prodr. n" 1164; /.
et C. Comp. 940; Tin. Luxbg. 780; Kallb. FI. Aachen. p. 279; fVirlg.
FI. Rhld. p. 160.
( \'21 )
B liityua. Verges munies de poils épars à aiguillons recourbés; fo-
lioles giabriuscules en coin à la base; pédoncules allongés étalés.
R. lingua /F. et N. Bg. 39; Kaltb. FL Aachen. p. 279; Wirtg. FI.
Hhld.p. 160.
y rudis. Verges glabres sillonnées à aiguillons recourbés; feuilles pu-
bescentes blanchâtres en dessous; panicule divariquée au sommet.
R. rudis 7F. et N. Rg 40; Dmrt. Prodr. n° 1165; L. et C. Comp. 959;
Tin. Luxhg. 7Zl\ Kaltb. FI. Jach. p. 292; TFirtg. FI. Rhld. p. 160.
R. asper Lej. Rev. p. 101.
** Feuilles discolores ternées ou pédalo-quinées.
^y scaber. Verges arrondies légèrement poilues à aiguillons recourbés;
sépales munis d'appendices foliacés.
R. scaber fF. et N. Rg. 52; PFirtg. FI. Rhld. p. lo7.
£ vestitus. Verges subanguleuses velues à aiguillons discolores récli-
nés; feuilles tomenteuses blanchâtres par-dessous.
R. vestitus W. et N. Rg. ^ô;I>mrt. Prodr. n« 1162; L. et C. Comp
930; Tin. FI. Luxbg. IIS; Kaltb. FI. yJach. p. 286; Trirfg. FI. Rhld.
p. 137; Oudem. FI. Nederl. p. 60.
*** Feuilles concolores quinato-digitées.
c, viicosus. Verges anguleuses, poilues, à aiguillons grêles et droits;
folioles poilues des deux côtés.
R. viscosus TFeihe in Lej. et Court. Comp. n» 951.
vj fuscus. Verges anguleuses poilues, à aiguillons réclinés; feuilles gia-
briuscules ; bractées foliacées.
R. fuscus fF. et N. Rg. 27 ; TFirtg. FI. Rhld. p. 156 ; Reisefl. n« 602.
6 foliosus. Verges anguleuses, poilues, à aiguillons réclinés; feuilles pu-
bescentes en dessous ; bractées foliacées.
JR. foliosus. 7F. efiV. Rg.'^H-JFirtg.Fl.Pr.Rhed.p. im; Reisefl. FI. n° QUI.
t pallidus. Verges anguleuses, poilues, à aiguillons réclinés; feuilles
poilues aux veines; bractées linéaires.
R. pallidus. TF. et N. Rg. 29 ; L. et C. Comp. 932 ; Tin. FI. Luxbg. 775;
Kaltb. FL Jach. p. 285; Wirtg. FI. Rhld. p. 156.
K cinerescens. Verges anguleuses , tomenteuses , à aiguillons minces ;
feuilles poilues par-dessus; pubescentes par-dessous.
R. cinerescens. JFeihe in Lej. et Court. Comp. 955.
/ floribundus. Verges poilues, à aiguillons droits, réclinés; folioles
presque orbiculaires ; bi-actées ovales foliacées.
( 128 )
R. floribuiidus. Ley Ferhandel. des preus. Rhld. II p. 21 ; Wirfg.
FI. Rhld. p. 159.
D 6,7. Habile les buissons, principalement dans les pays montagneux
et élevés au delà de la Meuse. — Verges scabres au toucher.
tO. R. horriduïi.
Aiguillons des verges très-inégaux, mêlés d'aculéoles et
de soies glandulifères, nombreux; sépales fructifères ren-
versés.
Feuilles concolores quinato-digitées.
a Koeleri. Verges procombantes , presque rondes, à aiguillons inclinés;
bractées foliacées.
R. Koeleri. TF. et N. Rg. T6;Dmrt. Prod. n« 1159; Kaltb. FI. Àach.
p. Î276; IFirtg. FI. Rhld. p. 156.
|3 fusco-ater. Verges procombantes, anguleuses, à aiguillons inclinés;
bractées lancéolées-bitrifides.
R. fusco-ater. fF. et N. Rg. 26; Tin. FI. Luxbg. 11 A; TFirtg. FI. Rhld.
p. 156.
r infestus. Verges anguleuses arquées, à aiguillons recourbés ; bractées
foliacées souvent trifides.
R. infestus. TF. et N. Rg.ZO;Dmrt. Prod. n" M 60; Tin. FI. Luxbg.
776; TFirtg. FI. Rhld. p. 157.
â obscurus. Verges subanguleuses, densement poilues, à aiguillons
droits, fins à la base bractées foliacées souvent trifides.
R. obscurus. Kaltb. Fl.Jach.p.'^Sl.
s caliculatus. Verges couchées, anguleuses, à aiguillons un peu cro-
chus, renflés à la base; bractées presque filiformes.
R. Caliculatus : Kaltb. FI. Jach. p. 283.
Ç viridis. Verges un peu anguleuses, très-poilues, à aiguillons faibles,
droits, réfléchis; bractées inférieures. simples, les supérieures divisées.
R. viridis. Kaltb. FI. Aach. p. 284.
j^ sy/vesfm.Verges rondes, anguleuses au sommet, à aiguillons faibles,
droits, réclinés; bractées inférieures ternées, les supérieures simples.
R. sylvestris : Kaltb. Fi Aach. p. 285.
Feuilles concolores ternées ou ternato-pédées.
Guntheri. Aiguillons droits, déjetés; feuilles ternées ovales ; pédon-
cules sans aiguillons.
( 129 )
R. Guiilheri. JV. etN. Ey.^l ; Dmrt. Prodr. n" 1155; Tin. FI. Luxbg.
-rrl\ Wirtg. Rhld.p. 154.
t Menkei. Aiguillons recourbés; folioles ternées, les latérales subbi-
lobées , presque arrondies ; pédoncules munis d'aiguillons,
R. Menkei : W. et N. Bg. 2^2; DmrL Prodr. n" 1156; TFirtg. FI. Rhld.
p. 155.
jf aculeatissimus. Aiguillons droits, déjetés; folioles ternées ou pédato-
quinées , orbiculaires.
R. aculeatissimus. Kaltb. FI. Jach p. 500 ; JVirtg. FI. Rhld. p. 155.
> Schleicheri Aiguillons recourbés; folioles ternées, les latérales sub-
bilobées, ovales; pédoncules à aiguillons épars.
R Schleicheri. TF et N. Rg. 23; Lej. Rev. 757; Dmrt. Prodr. w 1157;
Tin. FI. Luxbg. 11ù; Kaltb. Jach. p. 287; Wirtg. FI. Rhld. p. 155.
jj. IFirtgeni. Aiguillons droits, déjetés; folioles ternées; panicule pau-
oiflore; pédoncules et calices couverts d'aiguillons.
R. Wirtgeni. Auersw.in TFirtg. FI. Rhld.p. 155.
V apiculatus. AiguWlons recourbés, denses; folioles ternées ou quinato-
pédécs obovales; pédoncules munis d'aiguillons.
R. apiculatus TF. et N. Rg. 24; Dmrt. Prodr. n» 1156; TVirtg. FI.
Bhld.p.i^'à.
Feuilles discolores, ternées ou[quinato-pédées.
Ç Lejeunei. Verges subanguleuses, à aiguillons droits; sépales exap-
pcndiculés; rameaux de la panicule divariqués.
R Lejeunei TF. et N. Rg. 31 ; Lej. Rev. 746; Dmrt. Prodr. n° 1161 ; Z.
et C. Comp. 958 ; Tin. FI. Luxbg. 111 Kaltb. FI. Jach. p 299.
R. vestitus 7^ Lejeunei TFirtg FI. Rhld. p. l58.
thyrsiflorus. Verges subanguleuses, à aiguillons recourbés; bractées
inférieures trifides ; rameaux de la panicule ouverts.
R. thyrsiflorus W. etN. Rg. 34; Lej. Rev. p. 238; TVirtg. FI. Rhld.
p. 158.
r humifusus. Verges arrondies, a aiguillons recourbés; bractées li-
néaires-lancéolées ; rameaux de la panicule ouverts.
R. humifusus TV et N. Rg. 55; TFirtg. FI. Rhld. p. 158.
p hybridus. Verges arrondies, à aiguillons nombreux , recourbés ; brac-
tées étroites; rameaux de la panicule divariqués.
R. hybridus Kaltb. FI. Jachen. p. 278.
ç rosaceus. Verges subanguleuses, à aiguillons droits; sépales terminés
par un appendice foliacé; rameaux de la panicule divariqués.
( 130 )
R. rosaceus W et N. Bg. 36; Lej. liev. p. 238; Dmrt. Prodr. rr H63;
L. et C. Comp. 934; Tin. FI. Luxbg. 779; f^irtç. FI. Rhld. p. 159.
T flexuosus. Aiguillons minces, courts ; rameaux florifères irès-flexueux ;
sépales munis d'aiguillons.
H. flexuosus Lej. Bev. p 238 (1824).
R. serpens TFeihe in L. et C. Comp. (1831) 935 , nec Godron.
'" Feuilles discolores quinato-digitées.
u hystrix. Verges anguleuses à aiguillons recourbés; rameaux de la
panicule ouverts, poilus.
R. hystrix W. et N. Bg. Al ; Lej. Bev. 751 ; Dmrt. Prodr. n» 1165; L.
et C. Comp. 936 ; Tin. FI. Luxbg. 782; fFirtg. FI. Bhld. p. 161.
f p^iç/maews. Verges arrondies; aiguillons allongés, réclinés; rameaux
de la panicule tomenteux, les supérieurs divariqués.
R. pygmaeus TF. et N. Bg. 42; Tin. FI. Luxbg. 783; Kallb. FI. Aach.
p. 292 ; fFirtg. FI. Bhld. p. 161.
X) 6, 7. Habile les bois et les broussailles. — Cette espèce se dislingue
par ses tiges couvertes d'aiguillons et d'acicules.
11. R. volvatas.
Verges procombantes aiguillonnées et munies de soies
glandulifères ; sépales fructifères dressés contre le fruit.
a hirtus. \evges arrondies, à poils denses; aiguillons inégaux droits;
rameaux supérieurs de la panicule divariqués.
R. hirtus Waldst. et Kit. Hung. IL t. 44; TV. et N. Bg. 43; Lej. Bev.
4Z;Kalth. FI. Aach. p. 284; ÏFirtg. FI. Bhld. p. 161.
(3 Bellardi.Werges arrondies peu poilues, à aiguillons inégaux, recourbés ;
rameaux de la panicule tous ouverts.
R. glandulosus Bellard. App. FI. Pedem. in A et. Taur. F, p. 230;
Lej. FI. Spa II p. 316 ; Bev. 760 ; TFirtg. FI. Bhld. p. 161.
R. Bellardi TF. et N. Bg. 44 ; Dmrt. Prodr. n° 1167; Z. et C. Comp.
937; Tin. FI. Luxbg. 784; Kaltb. FI. Aach. p. 301.
7 concolor. Verges subanguleuses à aiguillons presque égaux; calices
munis de poils glanduleux très-courts.
R. concolor Ley in Ferhandel. preus. Bhld. II. p. 20; TFirly. FI. Bhld.
p. 162.
J Lohrei. Verges subanguleuses à aiguillons presque égaux; calices
tomenteux épineux.
R. Lohrei fFirtg. FI. Bhld. p. 162.
( 151 )
£ Kaltemhachii. Verges anguleuses , pentagones au sommet ; aiguillons
nombreux très-fins, droits, réclinés; panicule à rameaux géniculés.
R. Kaltembachii Metsch ex Kaltb. iti Litt.
R. scaber Kaltb. FI. Jach. p, 289.
D 6, 7. Habite dans les forêts des montagnes d'outre-Meuse. — Elle se
distingue des précédentes espèces par le calice enveloppant le fruit.
Sect. III. - GLAUCOBATOS.
Stipules adnées au pétiole; fruits glabres recouverts
d'une poussière mate, ou du moins verges glauques.
13. R. corylifollus.
Verges couchées, anguleuses, couvertes d'une poussière
glauque, ainsi que les fruits; feuilles des verges quinato-
pédées.
ce nemorosus. Verges poilues munies d'aiguillons peu nombreux ; feuilles
poilues par-dessus , pubescentes par -dessous; calice fructifère réfléchi.
R. nemorosus. Hayne Arnzeit. t. III. iah. 10.
R. corylifollus. Dec. FI fr. IV. p. 475 , nec Sm.
R. dumetorum. TF. et N. Rg 43. J.f.\] Lej. Rev. 748; Dmrt. Prodr.'
n» 1168; Z. et C. Comp. 912; Kaltb. FI. Jach. p. 294; ^irtg. FI. Rhld.
p. 163.
/3 Wahlembergii. Verges arquées décombantes; sépales étalés à la
maturité du fruit.
R. Wahlembergii. Arrhen 3Ionogr. 43; Fries Summ. 167; Wirtg. FI.
Rhld. p. 162; Oudem. FI. Nederl.U. p. 60.
y ferox. Aiguillons et poils très-nombreux ; folioles longuement cus-
pidées et poilues.
R. ferox. ^Feihe in Boen. Monast.p. 153 (1824).
R. horridus. Spreng. Syst. II. p. 529(1825) excl. syn. •
R. dumetorum var. ferox W. etN.Rg.4^\ L. etC. Comp. 912.
R. grandiflorus. Kltb. FI. des Aachner Beckens. p. 291.
cT archetypus. Verges arquées-décombantes, presque rondes, à aiguil-
lons étalés ; feuilles feutrées par-dessous ; sépales cuspidés , réfléchis à la
maturité.
R. corylifollus. Sm. Brit. 542; Babgt. M an. éd. V. 109.
{> 6-7. Hab. dans les broussailles et les bois humides.— Les fruits mûrs
sont couverts d'une poussière noire tirant sur le glauque.
( i32 )
13. R. caeslus Lin.
Verges couchées rondes; fruits couverts d'une pous-
sière bleuâtre; feuilles des verges ternées ou pinnées.
a archetypus. Verges bleuâtres; sépales fructifères pressés sur le fruit.
R. caesius. Lin. Sp. 706 ; PF. etN. Rg. 46 ; Lej. Rev. 16^; Drnrt. Prodr.
n" 1169; L. et C. Comp. 910 ; Tin FI. Luxhg. im\Kaltb. FI. Aach. 302;
Wirlg. FL Rhld. p. 165; Oudemans FI. Nederl. II p. 61.
P serpens. Verges dépourvues de poussière glauque , rondes à la base ;
sépales fructifères étalés.
R. serpens Gren. et Godr. FI. fr. I. p. 538; Wirtg. FI. Rhpr. p. 163.
y pseudo-idaeus. Verges épaisses, glabres, très -glauques; feuilles
pinnées.
R. pseudo-idaeus. Lej. Rev. n° 763.
R. caesio-idaeus. TFirtg. FL Rhpr. p. 161.
J pseudo-caesius. Verges peu poilues , à aiguillons recourbés, rares; fo-
liole terminal trilobé.
R. pseudo-caesius. Lej. Rev. n" 763.
R. idaeo-caesius. Wirtg. FI. Rhld. p. 161.
X} 5-7. Commune au bord des bois et dans les broussailles humides. —
Les fruits miirs sont recouverts d'une belle poussière bleuâtre.
Sect. IV. — CHAMAEABATOS.
Stipules insérées sur la tige et non sur le pétiole; fruits
glabres.
14. il. saxatflis Lin.
Tiges florifères naissant de la racine et herbacées ainsi
que les verges; drupéoles peu nombreux et globuleux.
R. saxalilis. Lin Sp. 708; TF. et N. Rg. 9; Lej. FI. Spa. II. p. 318;
Dmrt. Prodr. n" 1146; L. et C. Comp.9U; Tin. FL Luxbg. 763; TFirtg.
FL Rhld. p. i^±
1} S-6. Habite les rochers calcaires des pays de montagnes. -^Verges hu-
mifuses , herbacées. Fleurs peu nombreuses. A cette section appartiennent
les /?. arcticus et Chamaemorus, qui sont exotiques.
OPUSCULES
BOTANIQUE ET D'HISTOIRE NATURELLE;
M. B. py MORTIER,
Président de la Société royale de botaniiiiie de Belgiqn
FASCICULE VI.
NOTE SUR DEUX NYMPHÉACÉES DU LUXEMBOURG.
AVRIL 4864.
10
(iJ.S^.iU-fii^.ii^^^
NOTE
DEUX NYMPHÉACÉES DU LUXEMBOURG.
L'herborisation projetée dans la partie méridionale des
Ardennes nous porte à appeler l'attention de nos con-
frères sur deux plantes remarquables que nous y avons
recueillies il y a quarante ans, et qui sont dignes d'attirer
leurs regards et d'y être soigneusement recherchées. Chose
remarquable, ces plantes appartiennent toutes deux à la
famille des Nymphéacées, laquelle n'est jusqu'ici repré-
sentée dans nos flores que par ses deux types vulgaires :
le Nymphaea alba et le Nuphar luteum. Nous pensons pou-
voir enrichir notre flore de deux espèces nouvelles, que nous
y avons trouvées en herborisant dans les lieux que nous
nous disposons à parcourir, un Nuphar et un Nymphaea.
C'est afin de faciliter cette intéressante recherche que nous
croyons devoir présenter cette note à la Compagnie, afin
que l'attention de nos confrères, attirée sur ce point, leur
facilite les moyens de les retrouver.
( 136 )
I. — NUPHAR RIVULARE,
En herborisant sur les bords de la Semoy supérieure ,
dans les environs du village d'Habay-la-Vieille, village où
se trouve la station qui précède Arlon, nous remarquâmes ,
dans le ruisseau qui coule vers Haudemont, un Nuphar
moitié plus petit dans toutes ses parties que le N, luteum,
et qui s'en distinguait par son stigmate lobé. Dès lors, il
était visible que c'était une espèce nouvelle pour notre
flore, mais, pour la déterminer avec certitude, il fallait sou-
mettre les fleurs et les feuilles à l'analyse, et malheureu-
sement celles que nous avions mises en dessiccation tom-
bèrent en pourriture lors de notre emprisonnement à
Floren ville, en sorte qu'il nous fut impossible de savoir à
quelle espèce elle se rapportait. Toutefois un pied vivant
que nous avions adressé au Jardin Botanique de Tournay ,
placé dans un pot à plantes aquatiques, après avoir soufl'ert
longtemps de la transplantation , finit par y fleurir, et alors
nous pûmes nous assurer que la plante d'Habay constituait
une espèce bien distincte des N. luteum et pumilum.
Nous avons dit que la plante des ruisseaux des environs
d'Habay était, dans toutes ses parties, de moitié plus pe-
tite que le premier, et que son stigmate en diffère tota-
lement. Ce stigmate, au lieu d'être orbiculaire, comme
dans le N. hiteum, est lobé, à lobes en lancettes et à douze
rayons. La plante est glabre dans toutes ses parties, son
calice est cupuliforme , ses pétales , au nombre de douze
environ et arrondis au sommet, dépassent un peu les éta-
mines en longueur. Sa fleur est jaune comme dans le type,
mais moitié plus petite.
Le stigmate lobé de la plante d'Habay la rapproche du
( 137 )
N. pumilum de De Candolle; mais celui-ci est moitié plus
petit; il n'a que cinq pétales moitié plus courts que les
étamines; son stigmate est à dix rayons, tandis qu'il y en
a douze dans notre plante. La plante d'Habay diffère en
outre du N. sericeum du Danube par ses pétioles et ses
pédoncules glabres et non soyeux , ainsi que par le nombre
des rayons de son stigmate. Enfin, elle se distingue du
N. Spennerianum de Gandin par la forme de son stigmate,
par l'absence de la rosette de feuilles radicales et par tout
son port.
Tinant, dans sa Flore du Luxembourg, indique un Nym-
phaea lutea \ar. minor dont il ne donne pas les caractères;
mais la station qu'il désigne ne permet pas de douter que ce
ne soit notre plante. C'est en effet du N. hiteum qu'elle se
rapproche le plus, étant intermédiaire entre lui et le N. pu-
milum. Nous lui eussions donné le nom à' inter médium,
si déjà une espèce d'Amérique ne le portait; mais comme
elle habite les ruisseaux de l'Ardenne, nous proposons de
la désigner sous le nom spécifique de Nuphar rivulare.
Le Nuphar rivulare croît, comme nous l'avons dit, à
Habay-la-Neuve ; mais nous ne doutons pas qu'on ne le
retrouve dans d'autres ruisseaux des Ardennes. Nous
engageons donc nos confrères à porter leurs regards sur
les Nuphar à petites fleurs et à stigmate lobé dans l'her-
borisation que nous allons entreprendre.
IL — JSYMPHÀEA an SVAVEOLENS?
La seconde plante sur laquelle nous appelons l'attention
de nos confrères est ravissante par la beauté de sa fleur et
le charme du parfum qu'elle répand : c'est un Nymphaca
à fleurs blanches, que nous avons observé clans le grand
( 138 )
et curieux étang d'Étalle. Parvenus à cet étang , nous
fûmes frappés de la beauté des Nymphes qui élevaient
au-dessus de l'eau leurs corolles splendides. Leur aspect
avait quelque chose qui les distinguait des Nymphes de
nos étangs et qui indiquait une nouveauté; il fallut en
récolter, mais alors quelle ravissante observation! Les
Nymphes d'Étalle répandaient un parfum délicieux, tandis
que les nôtres sont toujours inodores. Nous en fîmes ample
récolte, ravis de notre belle trouvaille, fiers d'une aussi
heureuse découverte. Mais le soir même , Flore se vengea
de ce que nous avions porté sur ses Nymphes une main
sacrilège ; aussi , arrivés dans la ville qui lui est consacrée
(Florenville), la déesse furieuse nous fit emprisonner
comme espions , mon ami Pierre Michel et moi. Après trois
jours de prison dans la ville de Flore, nous fûmes con-
duits avec des voleurs de grand chemin à Neufchâteau,
où nous fûmes enfin délivrés des mains des barbares qui
avaient osé, ô scélératesse! prendre des botanistes pour
des espions.
Dans ces tristes circonstances, Flore s'était vengée de
nous , et ses belles Nymphes d'Étalle , devenues fumier
comme la rose qui tombe , avaient été jetées par la gen-
darmerie. Je voulais retourner pour nous venger à notre tour
de la déesse, mais mon ami Michel, qui trouvait que le pain
du roi grand-duc était le pain de sa colère, avait trop peur
des gendarmes stupides et des maréchaussées ignorants
pour s'exposer de nouveau; il voulut regagner son domi-
cile. Je ne puis donc parler de notre plante que d'après les
notes que j'ai tenues et qui devront être contrôlées dans
notre herborisation.
Ainsi que nous l'avons dit, ce qui nous frappa d'abord
dans la Nymphe d'Étalle, c'est son odeur suave, analogue
( IÔ9 )
à celle que répaiulent les fleurs d'oranger. Or, hNymphaea
alba est toujours inodore, ce qui indique deux espèces
distinctes. Elle s'en distingue d'ailleurs par ses pétales
lancéolés et acuminés, tandis qu'ils sont larges et obtus
dans l'espèce vulgaire.
Nous ne pouvons croire que ce soit la N. odorata, espèce
de FAmérique septentrionale étrangère à l'Europe. Il fau-
dra examiner le nombre des rayons du stigmate, et, si
ceux-ci sont droits ou ascendants, examiner le nombre de
ses pétales, la proportion des étamines; et si , comme nous
le croyons d'après sa fleur odorante et à pétales lancéolés
acuminés, elle doit former une espèce nouvelle, nous pro-
poserons de la nommer Nymphaea suaveolens. Nous n'in-
diquons cependant cette espèce qu'avec doute et comme
devant être vérifiée lors de l'excursion scientifique de la
Société; tout au moins ce sera une variété.
OPUSCULES
BOTANIQUE ET D'HISTOIRE NATURELLE;
M. B. DU MORTIER,
Président de la Société royale de botanique de Belgique.
FASCICULE VII.
DISCOURS SUR LA MARCHE DE LA CLASSIFICATION GÉNÉRALE
DES PLANTES, DEPUIS JUSSIEU JUSQU'a NOS JOURS.
JUILLET 1864.
11
12^. Src. f^Ur: r^. 3;/5iS-^ ^or
DISCOURS
SUB LA
MARCHE DE LA CLASSIFICATION GÉNÉRALE DES PLANTES,
DEPUIS JUSSIEU JUSQU'A NOS JOURS,
PRONO\CE EN LA SEANCE PUBLIQUE TENUE A VIRTON,
LE 3 JUILLET 1864.
Messieurs,
L'histoire de la botanique présente trois périodes dis-
tinctes. La première est celle des pères de la science, quand
la classification des plantes était encore dans le chaos , sans
règles fixes et sans utiliser l'emploi des caractères que
fournissent la fleur et le fruit. La seconde est la période
de la botanique systématique, où tous les efforts des sa-
vants se portent vers la recherche des méthodes de coor-
dination des plantes. Cette brillante époque commence en
( 144 )
1690, fournit Linné, dont le génie embrasse toute la
science, et s'arrête, en 1789, à Jussieu, le créateur 'des
familles des plantes et de leur classification synthétique.
La troisième période est celle de la grande lutte entre la
classification linnéenne et les familles naturelles; elle se
termine par le triomphe de celles-ci, en même temps que
par l'abandon du système de Jussieu et son remplacement
par des méthodes plus ou moins savantes, plus ou moins
abstraites, mais affaiblissant, soit par leur complication , soit
par leur réduction, la classification générale des plantes.
Après avoir exposé, dans les deux discours précédents (1),
la marche de la science durant la première et la seconde
période , il reste à vous entretenir de celle qui est la nôtre
et des travaux sur la classification générale , depuis Jus-
sieu jusqu'à nos jours, ouvrage difficile et qui réclame toute
votre indulgence. Dans ce travail, nous nous sommes
borné aux classifications générales déjà très-nombreuses,
laissant de côté les modifications apportées à celles-ci dans
la plupart des flores locales, qui le compliqueraient sans
utilité.
La grande lutte entre la classification linnéenne et celle
de Jussieu dura plus d'un demi-siècle , et ce n'est guère
qu'après 1830 que les familles naturelles des plantes com-
mencèrent à établir leur domination dans le monde savant.
Jusqu'alors , à bien peu d'exceptions près , tous les ou-
vrages de botanique descriptive , même en France, étaient
classés d'après le système de Linné, et l'on traitait de rê-
veurs ceux qui, devançant leur époque, adoptaient les
(1) Voir Bull, de la Société roy. de botanique de Belgique , t.
t. II, p. 207.
p. 1 el
( 145 )
tamilles des plantes. La simplicité et l'élégance du système
sexuel , la facilité qu'il présente pour l'analyse des végé-
taux, entraînaient la masse des botanistes; car enfin,
avouons-le franchement, herboriser c'est analyser. Il faut
bien le reconnaître , la méthode de Jussieu , si savante et si
progressive, se prête mal à l'analyse des plantes, et sous
ce rapport elle présente plusieurs défauts qui en arrêtè-
rent l'expansion et la firent abandonner ensuite. Elle part
d'une base vicieuse en commençant la série des plantes
par les cryptogames, c'est-à-dire par les végétaux les plus
obscurs et les plus difficiles, que Linné et tous les bota-
nistes anciens ont, avec raison , rejetés à la fin de la clas-
sification; elle manque de simplicité et d'élégance, en
recourant successivement aux cotylédons , à l'enveloppe
florale et à l'insertion des étamines ; elle est d'un emploi
difficile et renferme de nombreuses exceptions dans l'in-
sertion des étamines ; enfin elle cesse d'être analytique
lorsqu'on arrive aux caractères des familles des plantes,
trop délayés et basés presque exclusivement sur l'inté-
rieur de la graine , c'est-à-dire sur une étude hérissée de
difficultés et offrant de nombreuses exceptions. Ainsi, la
méthode mathématique appliquée au règne végétal et l'in-
sertion des étamines comme base de classification, voilà
les deux causes qui firent abandonner le système de Jus-
sieu et qui engendrèrent le mouvement scientifique de ce
siècle.
Après la publication des familles des plantes par An-
toine-Laurent de Jussieu , les deux premiers auteurs qui
s'occupèrent de l'étude de la classification naturelle sont
Noël de Necker et Fr. Lestiboudois, tous deux natifs de
Lille, capitale de la Flandre française. De Necker, dont les
premiers ouvrages avaient été classés suivant le système
( 146 )
sexuel de Linné (1), publia, en 1790, ses Éléments de bota-
nique (2), où tous les genres de plantes , excepté les cham-
pignons, sont décrits et réunis en cinquante-quatre classes
ou familles, auxquelles il donne le nom de genres. Imitant
Texemple d'Adanson, Necker écarte la considération tirée
des cotylédons, ainsi que toute disposition synthétique, et
comme les caractères de ses groupes sont très -obscurs
sans être comparatifs, il s'ensuit que sa méthode est
inintelligible et que beaucoup de ses assemblages, pleins
d'anomalies, ne sont point naturels. Necker a mieux mé-
rité de la science par l'étude approfondie qu'il a faite des
genres; aussi la plupart des subdivisions qu'il y a créées
sont-elles passées dans le domaine de la botanique. 11 est
d'ailleurs le premier qui ait désigné les végétaux inférieurs
sous le nom d'agames souvent employé depuis.
Fr. Jos. Lestiboudois, qui avait, en 1781 , publié, dans
la première édition de sa Botanographie belgique, une
classification empruntée à la méthode analytique de La-
marck, entreprit, à la suite de la seconde édition de cet
ouvrage (5), de réduire ces classes en familles, de manière
{\ ) Nous avons dit, dans notre premier discours, que c'est sans doute par
erreur que Touvrage de Necker sur la flore de la Flandre française, était
indiqué comme ayant paru en 1768, à moins qu'un titre nouveau n'ait été
refait en \ 1T5 pour faciliter la vente de l'ouvrage. Nous nous sommes as-
surés depuis que cette supposition était exacte; que les Deliciae Gallo-
Belgicae Sylvestres avaient paru en 1768 et que les exemplaires portant
la date de 1773 avaient un titre refait.
(2) Nat. Jos. de Necker, Elementa botanica. Neowedae ad Rhenum ei
Parisiis, 1790; 5 vol. in-8».
(3) Botanographie belgique, par Fr. Jos. Lestiboudois, 2<= édil. Lille,
an VII (1799); 4 vol. in-8". Les exemplaires qui portent la date de l'an XIl
ont un titre refait.
( 1^7 )
à substituer à l'insertion des'étamines la forme de la co-
rolle comme base de classification. Le système de Lesti-
boudois, qui présente un gênera complet, est de la plus
grande simplicité , en ce qu'il repose sur la forme de la
corolle , comme celui de Tournefort. Ce savant divise le
règne végétal en cinq ordres, suivant que les fleurs sont
monopétales, polypétales, composées, incomplètes ou clan-
destines, et ces cinq ordres sont subdivisés en vingt-deux
classes, qui se répartissent elles-mêmes en cent familles,
de la manière suivante :
1 1. Campanul.\cées . .
5 familles
' MONOPÉTALES. .
1 2. Gyjinospermées. .
1 3. POLYMORPHÉES . .
4
S
1 i. Infundibuliformes.
3
/ 5. Rosacées ....
4
l 6. Bassinées. . . .
6
POLYPÉTALES. .
< 7. Crucifères . . .
4
/ 8. ÉTOILÉES ....
7
\ 9. Papillion.\cées. .
9
/ 10. Ombellifères . .
4
/ COMPOSÉES. . .
1 11. Flosculeuses. . .
j 12. Radiées . . . .
3
•2
\ 13. LiGULÉES .
2
1 14. MONOCLINES
8
l 15. DiCLINES .
7
INCOMPLÈTES. .
< 16. LiLIACÉES.
o
1 17. Anomales.
7 . ).-
1 18. Graminées
5
[ 19. Fougères.
2
i CLANDESTINES. .
j 20. Mousses .
1 21. Algues. .
2
2
1 22. Champignons
2
Les familles créées par Lesliboudois , très-différentes de
celles de Jussicu, ne sont, pour la plupart, point natu-
( 148 )
relies. Si son livre eût paru un demi-siècle plus tôt, il eût
marqué dans l'histoire de la botanique; mais, en suppri-
mant les caractères fournis par les cotylédons et l'insertion
des étamines, il rompt les rapports des familles naturelles
et des genres de plantes entre eux.
Dès l'année 1794, à la suite de son analyse des genres
des plantes (1), Batsch avait donné la coordination de ces
genres en familles, mais sans système et sans indication
des caractères ordinaux. Ces familles, au nombre de cent
quarante-quatre, commencent par les acotylédones et finis-
sent par les conifères.
En 1802, Batsch édita son tableau des affinités du règne
végétal (2), où il coordonne les plantes par classes , ordres
et familles. Ces dernières sont pour la plupart les ordres
de Jussieu ou bien des familles de création de l'auteur.
Renversant l'arrangement de Jussieu, Batsch commence
par les rosacées et finit par les cryptogames; mais, pas
plus que Lestiboudois , il ne forme une série des mono-
cotylédones , dont les familles sont mélangées parmi les
dicotylédones. Tous ses groupes sont d'ailleurs collectifs,
depuis les classes jusqu'aux familles, en sorte que son
système est dépourvu de toute synthèse. En étudiant cette
méthode , on ne peut méconnaître qu'elle a servi de base
aux systèmes d'Agardh et de Bartling , qui y ont adjoint
les caractères généraux admis à notre époque, et qu'à
Batsch appartient la première idée des classifications con-
jonctives qui ont joué un si grand rôle dans les travaux
(1) A.-J. Batsch, Stjnopsis universalis anahjtica generum plantarum.
Jenae, 1 794 , in-4", p. 381 .
(2) A.-J. Dalsch, Tabula afj^nitatum reyni vegetahilis. Vinariae, 1802,
in-8".
( 149 )
de l'école germanique. A ce titre, cette méthode mérite
notre attention; en voici l'ordonnance :
Classis I. — ROSACEAE.
Ordo
1 . Frugariae. . .
6 fam.
Ordo 3. Oxydariae .
. 1 fam
2. Columnariae. .
5 >^
6. Adonariae .
. 4 «
3. Dififormariae. .
6 >>
7. Multisetariae
. 3 «
4. Umbraculariae .
3 »
8. Resinariae .
. 2 «
Classis II. — CRUCÏATAE.
Ordo 11. Capnanthemae . 3 fam.
Ordo 9. Calycanthemae . 3 fam
10. Cheiranthemae . 1 >'
Classis III. — RINGENTES.
Ordo 12. Papilionacae. . 2 fam. || Ordo 13. Gloriales .
3 fam.
Classis IV. -
- LILIACAE.
Ordo 14. Monocarpae . . 2 fam.
15. Polycarpae . . 3 »
16. Diales .... 3 »
17. Nicales ... 1 »
Ordo 18. Radiales . .
19. Gampanales .
20. Gladiales . .
21. Coronales. .
. 3 fam
. 4 »
. 1 ..
. 4 »
Classis V. — I
NCOMPLETAE.
Ordo 22. Gulmales ... 4 fam.
23. Agrostales . . 2 »
24. Spadicales . . 2 »
25. Juliferae ... 3 »
Ordo 26. Cocciferae .
27. Seminiferae .
28 Nuciferae. .
. 1 fam
. 4 ..
. 3 »
Classis VI. — MONOPETALAE.
Ordo 29. Tetraspermae
30. Polyspermae.
31. Nudae. . .
2 fam.
2 »
5 »
Ordo 34. Biforae. . .
35. Cirrhatae. .
36. Marcidae. .
3 fam
. 1 »
. 3 «
32. Cyathinae
35. Palulae .
2 »
3 »
37. Rigidae . .
38. Polymorphae.
. 6 -
. 5 V
( 150 )
Classis VII. -
Ordo39. Lepidocephalae. 1 fam.
40. Cynarocephalae. 1 »
Classfs VIII. -
Ordo 42. Chloroijhylla.
43. Glaucophylla.
6 fam.
COMPOSITAE.
Ordo 41. Asterocephalae . 1 fam.
t
CRYPTOGAMA.
Ordo 44. Aphylla ... 2 fam.
Vingt ans à peine après la publication du Gênera plan-
tarum, la méthode du célèbre fondateur des familles des
plantes est déjà renversée, et la modification radicale du
système de Jussieu, par la suppression de l'insertion des
étamines comme base de classification, est proposée dès
1810 par le célèbre Robert Brown (1). C'est cette sup-
pression qui a fait naître presque tous les classificateurs
modernes. Le savant auteur de la Flore de la Nouvelle-
Hollande, considérant que l'insertion des étamines, telle
qu'elle est présentée par Jussieu, est souvent équivoque,
qu'elle exige la distinction subtile en médiate et immé-
diate, et est sujette à de nombreuses exceptions, considé-
rant enfin qu'il n'est pas rare de la voir varier dans une
famille et même dans un genre , supprime cette base essen-
tielle du système de Jussieu et réduit la classification des
plantes à cinq classes , reposant sur les cotylédons et l'en-
veloppe florale, savoir :
Glassïs. I.
— ACOTYLEDOiNES.
H.
— MONOCOTYLEDONES.
III.
- DICOTYLEDONES APETALAE.
ÏV.
— — MONOPETALAE.
V.
- POLYPETALAE
(1) R. Brown, Vrodromus florae Novae-HoJlandiae, Londini, 1810
in-8',et in Flinders Voyage to ferra avsiralis; 1814.
( 131 )
Reconnaissons-le , cette classi(icalion est la suppression
du système de coordination des familles des plantes. Au
lieu de chercher une base à l'abri des justes critiques
adressées à l'insertion des étamines, et de conserver cette
synthèse qui, comme le disait Linné, est le fil d'Ariane,
sans lequel la botanique n'est qu'un chaos (1), Robert
Brown trouve plus commode de supprimer l'insertion,
c'est-à-dire la base fondamentale de la classification du
règne végétal par familles naturelles, renversant ainsi,
avec la méthode naturelle, le grand précepte de Linné,
qui la proclame le but et la fin de la botanique (2). Est-ce
un progrès? Nous ne le pensons pas, car la synthèse est le
génie de la science et son expression la plus élevée ; elle
en facilite l'étude en la simplifiant, et fixe l'observation
sur des points collectifs sans lesquels on tombe dans le
vague et l'incertitude.
La grandeur du nom qui avait entrepris cette réforme
radicale et l'importance des magnifiques travaux de son
illustre auteur, donnèrent à cette suppression de la syn-
thèse un crédit dont les fruits ne tardèrent pas à se faire
sentir. Bientôt un autre savant non moins illustre, A. P. De
Candolle, suivant les traces de Robert Brown et rempla-
çant la base tirée des cotylédons par celle empruntée aux
tissus organiques et à leur croissance, adoptait en fait la
classification à peine modifiée du botaniste anglais dans la
disposition suivante (3) :
(1) Fihim Ariadneum est systema sine quoest Chaos Res berbaria
Lin. phil., § 156.
(2) Methodus naturalis est ultimum finis botanices. Lin. phil , § 165.
(3) A -P. Do Candolle, Théor. élémentaire du règne végétal In-S» ; 181 5
( 152 )
Endogenae . .
VASCULARES.
EXOGENAE
CELLULARES
Thalamiflorae . CI.
Calyciflorae . . »
Corolliflorae . . »
Monochlamydae. »
1.
2.
3.
4.
Phanerogamae . »
Cryptogamae . »
5.
6.
Foliaceae. . . «
Aphyllae ... «
7.
8.
Le système de De Candolle, au lieu de commencer la
classification des plantes par les cryptogames , l'ouvre par
les dicotylédones, ce qui en rend l'application possible à
ceux qui ne s'occupent que de phanérogamie , et en sup-
primant l'insertion, il fait disparaître tous les reproches
adressés au système de Jussieu. C'est sans doute la cause
de la vogue dont il jouit; mais tous les reproches adressés
à la coordination de Robert Brown lui appartiennent :
c'est la destruction de la synthèse végétale.
Dans le moment où apparaissaient ces premières tenta-
tives de réforme radicale de la classification naturelle des
plantes, des efforts étaient tentés en sens inverse par
Marquis et Loiseleur des Longchamps , pour conserver la
synthèse végétale, tout en supprimant comme base l'in-
sertion des étamines dont les vices se faisaient de plus
en plus sentir. Ces savants proposèrent de la remplacer
par la situation de l'ovaire, eu égard à l'enveloppe florale,
et de diviser les monocotylédones , comme les dicotylé-
dones, par le nombre des enveloppes florales. De même
que De Candolle, ils commencent la série des végétaux
par les êtres les plus parfaits. Le tableau suivant de la
classification de Marquis et Loiseleur, publié par ce der-
nier en 1819 (1) , expose leur système :
(1) Loiseleur des Longchamps, ilfffn?^c/ des plantes usuelles indigènes.
Paris, 1819, vol. I, pp. xvj et xxiij.
( 153 )
supérovariées.
DICOLYLEDONES
/ Polypelales. , . „,
l| f inferovariees
DlPÉRIANTHÉES <
/ .. , . { inferovariees . 3
\ Monopetales. j
supérovariées. 4
,, . , ( supérovariées. o
MONOPERIANTHEES ..... „,
( inferovariees . 6
DlPÉRIANTHÉES i supérovariées. 7
MONOCOTYLÉDONES l \ inferovariees. 8
,, , . ( inferovariees . 9
MONOPERIANTHEES . . . . |
( supérovariées. 10
Foliées 11
Aphylles . 12
ACOTYLEDONES.
Le système de Marquis et Loiseleur est d'une simplicité
et d'une uniformité remarquables. Sa publication lui valut
un succès réel en France, car bientôt il fut suivi, sauf de
légères modifications, par Mérat, dans sa seconde édition
de la Nouvelle Flore de Paris (1), et par Ach. Richard,
dans sa Botanique médicale (2). Malheureusement ce sys-
tème rompt les rapports naturels de plusieurs familles
et même de certains genres. Ainsi les rosacées , les saxi-
fragées, les vochysiacées, les amentacées, etc., présentent
des genres supéro variés et d'autres infériovariés; le genre
Saxifraga lui-même offre les deux modes d'attache dans
ses diverses espèces , en sorte, que le reproche adressé à
l'insertion des étamines s'applique bien plus encore à la
situation de l'ovaire comme base de classification générale.
Cette base de coordination des familles des plantes est
donc essentiellement fautive, et quelque séduisant que soit
au premier coup d'œil le système de Marquis et Loiseleur,
(1) Mérat, Nouvelle Flore des environs de Paris. Paris, 1821 ; in-16.
(2) Ach. Richard, Botanique médicale. Paris, 1823, vol. I , p. 4.
( 154 )
i) a bien fallu l'abandonner en présence des grandes aber-
rations qu'il présente.
C'est ici que vient se placer, dans Tordre chronologique ,
notre classification du règne végétal. Présentée d'abord ,
en 1822 , dans nos Commentationes botanicae (1), elle était
trop compliquée, et dès lors défectueuse : nous l'avons
réformée et simplifiée dans notre Prodrome (2) , et enfin ,
pour lui donner l'élégance nécessaire, nous en avons ré-
formé la terminologie dans notre Analyse des familles des
plantes (3). Ce système repose sur deux bases : pour les
divisions primaires, la nature du corps végétal, et pour
les divisions secondaires , l'enveloppe florale, ou, chez les
plantes dépourvues de fleurs, les spores. On nou? per-
mettra d'en donner l'exposé , en expliquant d'abord la base
primaire , dont nous avons donné la démonstration dans
notre travail sur la structure comparée des animaux et des
végétaux (4).
Les corps organiques, c'est-à-dire les animaux et les
végétaux , se composent de deux ordres de tissus : l'un
mou et flexible; l'autre solide, résistant, formant le sys-
tème osseux chez les premiers et le système ligneux chez
les seconds, car le corps ligneux, c'est le squelette du vé-
gétal. Dans les deux règnes, l'absence, la présence et la
situation du corps solide suit la même marche et est soumis
(1) Commentationes Botanicae. Tournay, 1822, p. 35,
(2) Florula Belgica , operis majoris prodromus , in-8. Tornaci , 1827,
p. 9.
(3) Analyse des familles des plantes, in-8o. Tournay, 1829, p. 9.
(4) Recherches sur la structure comparée et le développement des ani-
maux et des végétaux, dans les Acta naturae curiosorum, t. XVI, p. 219,
et dans les Nouveaux Mémoires de V Académie royak de Bruxelles,
t. Vil.
( 155 )
à la même loi. Chez les êtres les plus parfaits des deux
règnes, chez les amentacées comme chez les quadrupèdes,
dans les rosacées comme chez les oiseaux , le lissu solide
est à l'intérieur, et il est revêtu par le système mou, chairs
chez les animaux, système cortical chez les végétaux. Dans
les êtres intermédiaires des deux règnes, crustacés ou pal-
miers, insectes ou graminées, le tissu solide est à Texté-
rieur et il renferme à l'intérieur les tissus mous. Enfin les
êtres les plus imparfaits, végétaux et animaux, les limaces
ou les algues , les polypes ou les champignons , sont dé-
pourvus de tissu solide , qu'il ne faut pas confondre avec
les concrétions, et ils sont uniquement formés de tissus
mous. C'est ce que nous appelons la loi de structure. La
marche de la nature, dans la loi de structure générale, est
donc la. même dans les deux règnes, d'où cette sentence
fondamentale : La nature n'a pas isolé ses lois.
Mais autant les corps organiques sont dissemblables dans
les êtres les plus parfaits, un chêne et un quadrupède, au-
tant ils se rapprochent chez les êtres rudimentaires , où les
deux règnes semblent se confondre dans la cellule , origine
de tout corps organisé. Partis du même principe et soumis
à la même progression dans la structure générale , les ani-
maux et les végétaux subissent en s'accroissant des condi-
tions différentes de développement. Chez les végétaux, tout
développement part du centre vers les extrémités; tandis
que chez les animaux , tout développement converge vers
le centre. C'est ce que nous avons appelé le développe-
ment centripète (1) et le développement centrifuge, con-
(1) M. Serres a voulu s'attribuer la loi du développement centripète , ce-
pendant son magnifique ouvrage sur l'anatomie du cerveau n'en parle pas.
Son savant auteur y a exposé la loi de symélrie des animaux , qui est le
( 156 )
stituant chez les corps organiques la loi de développement ,
loi opposée dans les deux règnes. Les animaux suivent
la loi de développement centripète , les végétaux celle du
développement centrifuge : voilà la définition physiologique
des deux règnes organisés. Ces lois de développement,
en passant par les lois de structure générale produisent
des formes de plus en plus dissemblables et s'écartent
comme le carré des distances, d'où il suit que les ani-
maux et les végétaux, qui se confondent dans les formes
les plus simples , sont totalement dissemblables dans les
formes les plus élevées; en sorte que les affinités des êtres
organiques, en partant de la cellule, genèse de tout ce
qui a vie , sont dans la forme d'un cône et peuvent se re-
présenter de la manière suivante , qui indique les harmonies
de la nature dans la progression des êtres et forme la base
première de la classification des animaux et des végé-
taux (i).
principe de Tapparition binaire des organes, et la loi de conjugaison , qui
est le principe de la réunion des organes primitivement binaires. « J'ai
appelé, dit-il, p. xxv , loi de symétrie le principe du double développement
des organes ; j'ai nommé loi de conjugaison le principe de leur réunion. »
Or ces deux lois ne sont que secondaires ; elles se rapportent à une loi
d'ordre supérieur que j'ai désignée sous le nom de développement centri-
pète , par opposition à la loi du développement centrifuge chez les végé-
taux, loi non-seulement organique, mais aussi physiologique et qui domine
tout le règne animal. Le développement centripète ne consiste pas dans la
loi de conjugaison, mais dans la formation de centres d'action , comme le
développement centrifuge consiste dans la formation d'extrémités d'ac-
tion. Non-seulement M. Serres- n'a pas proclamé la loi du développement
centripète, mais il admet comme régissant l'organisation des animaux une
loi du développement excentrique {],\\. 537), ce qui est précisément l'idée
contraire.
(1) Recherches sur la structure comparée et le développement des ani-
maux et des végétaux , p. 91.
( 1^7)
ÉCHELLE ORGANIQUE.
ANIMAUX. VEGETAUX.
DÉVELOPPEMENT CENTRIPÈTE. DÉVELOPPEMENT CENTRIFUGE.
ENDOSQUELETTÉS.X . . 3^ degré de structure. . . / ENDOXYLÉS (1).
EXOSQUELETTÉS . \ 2e degré de structure ./ EXOXYLÉS (2).
ASQUELETTÉS. . . \ . ler degré. / . AXYLÉS (3).
Appliquant l'observation qui précède à la classification
du règne végétal , nous y trouvons la base première de la
coordination.
Les plantes les plus parfaites ont un système cortical qui
enveloppe le système ligneux dans son intérieur, ce sont
les endoxylées.
Les végétaux intermédiaires sont dépourvus d'écorce et
présentent le système solide à Textérieur, exoxylees.
(1) Endoxylés , de èWov, en dedans, et de fu>ov, bois.
(2) Exoxylés,àeè^(o^ en dehors, et de t^Aoi/, bois.
(3) Axylés , de « privatif et de ^ô>ovy bois.
12
( 158 )
Enfin, les êtres les plus imparfaits sont dépourvus de
système ligneux ou axylés.
Après cette donnée primaire vient la synthèse des familles
des plantes. Dès l'origine de nos études de botanique , il y a
plus d'un demi-siècle, reconnaissant les vices nombreux de
l'insertion desétamines, les difficultés sans nombre qu'elle
présente, le dégoût qu'elle inspire aux élèves et aux ama-
teurs, nous nous sommes demandé pourquoi les Jussieu,
tout en proclamant l'importance de l'insertion pour la coor-
dination des familles, avaient pris pour base de leur sys-
tème la situation des étamines, toujours difficile et ôtant
à leur système la simplicité et l'élégance qui captivent,
alors qu'il était facile de donner à la synthèse des familles
des plantes l'homogénéité, la simplicité et l'élégance, en
prenant pour base unique l'enveloppe florale. Dès lors, unité
dans la synthèse, et par là simplicité, élégance et facilité.
Autant l'insertion des étamines est difficile pour l'étude et
renferme d'exceptions , autant celle de l'enveloppe florale
est facile et sans exception. Par elle, la synthèse des familles
est douée d'esprit de suite, car c'est elle seule qui conduit
l'observateur, d'abord par la composition de l'enveloppe
florale unique ou double , la corolle monopétale ou poly-
pétale, puis par son insertion soit sur le torus, soit sur le
pistil , ou pour les polypétales sur le calice. Nous parve-
nons ainsi à une classification simple , facile et synthétique
comme celles de Linné et de Jussieu. C'est ce que nous
avons cherché à réaliser en divisant le règne végétal en
vingt et une classes de la manière suivante (i).
{\) Analyse des familles des plantes. Tournai, 1829, page 9.
( 159 )
SYNTH ESIS PLANTA RUM.
ENDOXYLAE
EXOXYLAE
AXYLAE .
Sepalanthae
COROLLANTHAE.
Petalamhae
Tepalanthae
Chlamydamhae
Spathanthae
Cryptanthae
Dermospore
Gliosporae
Cl. 1. JULOSEPALAE.
2. GYNOSEPALAE.
3. TOROSEPALAE.
4. TOROCOROLLAE.
5. GYNOCOROLLAE.
6. GYNOPETALAE.
7. CALYPETALAE.
8. TOROPETALAE.
9. TOROTEPALAE.
10. CALYTEPALAE.
11. GYNOTEPALAE.
12. GYXOCHLAMYDAE.
13. TOROCHLlMYDAE.
14. ACHNOSPATHAE.
15. SPADICATAE.
16. DERMOGYNAE.
17. MITROGYNAE.
18. PELTOSPORAE.
19. MYCOSPORAE.
20. COCCOSPORAE.
21. THALLOSPORAE.
Tandis que les grands maîtres de la science, Robert
Brown et De Candolle , donnaient l'exemple de l'abandon
de la synthèse des familles des plantes, en réduisant à
rien la classification , Agardh concevait la pensée d'appli-
quer, sur les bases générales du système de Jussieu, l'idée
de Batsch pour la formation des classes collectives, de
manière à réunir la synthèse disjonctive à des classes con-
jonctives, au moye'n de groupes de familles élevés au rang
de classes. C'est en 1825 qu' Agardh produisit cette idée,
devenue depuis la base fondamentale de l'école germanique.
Le travail du savant suédois est donc très-important pour
( 160 )
l'histoire de la botanique, puisqu'il produisit une révolu-
tion dans la science, révolution qui, il est vrai, n'a pu
descendre dans les ouvrages usuels, tant elle complique
l'étude du règne végétal, et c'est là sa condamnation. Le
système d'Agardh mérite un examen sérieux (1); en voici
l'exposé :
I. ACOTYLEDONEAE Cl. 1-3.
II. PSEUDOCOTYLEDONEAE » 4-7.
III. CRYPTOGOTYLEDONEAE » 8-12.
IV. / INCOMPLETAE » 24-26.
V. PHANEROCO- \ i. (monopetalae. » 17.
i I hypogynae.J
VI. TYLEDONEAE.) / (polypetalae . » 18-22.
VII. \ pnMi>. ir-r»c ) j. • (monopetalae.» 23.
\ coMPLETAE . / discigynae. { ^
VIII. - \ fpolypelalae . » 24-26.
IX. \ perigynae » 27-33.
CLASSES.
Cl.
1. Algae . . .
.».liUlXLiE
. 6 fam.
Cl. 3. FuDgi. . .
. 8 fam.
•
2. Lichenes. .
. 4 »
PSEUDOCOTYLEDONEAE.
Cl.
4. Muscoidae .
. 2 fam.
Cl. 6. Filices. . .
. 3 fam.
»
5. Telradidymae
. 3 »
» 7. Equisetaceae.
. 1 »
Grtptogotiledoneae.
Cl.
8. Macropodae .
. 5 fam.
Ci; 11. Liliiflorae. .
. 10 fam.
»
9. Spadicinae .
. 5 »
» 12. Gynandrae .
. 4 »
»
10. Glumiflorae .
. S »
•
(1) Carol.-Ad. Agardh, Classes plantarum. Lundae, 1825,in-12«.
Brochure de 22 pages.
( 161 )
PUANEROCOTYLEDONAE INCOMPLETAE.
Cl. 13. Micranthae . . 7 fam. |
» 14. Oleraceae . . 5 » I
CI. 13. Epichlamydae . 6 fam.
» 16. Columnaniherae 3 >»
Phanerocotyleooneab gompletae hypogynae polypetalae.
Cl. 17. Tubiflorae . .11 fam.
Phanerogotyledoneae gompletae hypogynae polypetalae.
Cl. 18. Centrisporae.
. 5 fam.
Cl. 21. Valvisporae .
^ fam
» 19. Brevistylae .
. 10 »
» 22. Columniferae
5 »
» 20. Polycarpellae
• 5 >>
Phanerogotyledoneae gompletae disgigynae monopetalae.
CI. 23. Discigynae . . 5 fam.
Phanerocotyledokeae gompletae disgigynae polypetalae.
Cl. 24. Gynobaseae . . 5 fam I| Cl. 23. Trihillatae . .11 fam.
Phanerogotyledoneae gompletae perigynae.
Cl. 26. Hypodicarpae
12 fam.
Cl. 30. Calycanlhemae .
7 fam.
» 27. Subaggregatae .
8 »
» 31. Peponiferae . .
7 »
» 28. Aridifoliae . .
10 »
» 32. Icosandrae . .
8 »
). 29. Succulenlae. .
4 »
» 33. Leguminosae .
3 .>
On voit par ce qui précède que le système d'Agardh se
compose de trente-trois classes et de deux cent deux fa-
milles; en sorte que ces classes ne sont point, à propre-
ment parler , des classes , c'est-à-dire des divisions repo-
sant sur la modification d'un seul organe, mais bien des
groupes de familles réunis chacun par un lien particulier
et que Lindley a depuis désignés sous le nom plus exact
d'alliances. Or cette manière de faire est la suppression
des caractères disjonctifs et leur remplacement par des
caractères conjonctifs, c'est-à-dire non synthétiques. Cette
( 162 )
voie compliquée, difficile, obscure, inexécutable dans la
pratique, est celle que nous verrons suivre par de grands
botanistes qui, marchant sur les traces d'Agardh, ont fait
de la classification une science de mots, abandonnant ainsi
la simplicité et la lucidité de l'école de Jussieu.
Ce reproche s'adresse bien plus fortement encore au
système d'Oken (1), qui vit le jour la même année que celui
d'Agardh, c'est ce qu'on verra par le simple exposé de ce
système.
STIRPARIAE
Parenchymariae (acoty-
LEDONAE
Caudicariae (monocoty-
ledonae)
ANTHENNARIAE
(DICOTYLEDONES).
FlORARIAE ( MONOPETA-
LAE)
Cellulariae . . I.
Veuariae. . . II.
Trachaeariae . III.
Radicariae . . IV.
Caulinariae . . V.
Foliariae. . . VI.
Staminariae. . VII.
Capsulariae. . VIII.
Corollariae . . IX.
I Nucariae. . . X.
Fructariae { POLYPETA- | Drupariae . . XI.
^^^) 1 Baccariae . . XII.
( Pomariae . .XIII.
Après cette combinaison, qui n'est au fond qu'un jeu
d'esprit, Oken répartit, par la combinaison de ces treize
divisions, tous les genres de plantes treize par treize,
comme si la nature se prêtait à de tels arrangements.
Tout cela est de pure fantaisie et prouve jusqu'où peut
aller l'aberration de l'esprit humain.
Quarante années s'étaient écoulées depuis la publication
de l'immortel ouvrage de Jussieu , sans que l'étude des fa-
milles des plantes eût été introduite dans aucun ouvrage
(1) Okens Lehrbuch der Naturgeschichte. lena, 1825, p. iij.
( ^65 )
descriptif en Allemagne. La classification linnéenne y ré-
gnait sans partage. C'est en 1 830 que le mouvement vers les
familles naturelles y commença, par la publication d'un ou-
vrage important , la Flora germanica excursoria de L. Rei-
chenbach, ouvrage qui eut un grand retentissement en
Europe et commença à habituer l'Allemagne aux rapports
naturels des plantes. Reichenbach , qui avait fait précéder
cette publication de son Conspectus regni vegetabilis, fut
bientôt suivi par Link, Bartling, C.-H. Schultz, Martius et
Endlicher; mais l'ouvrage qui y fixa définitivement l'étude
des familles végétales est le Synopsis florae germanicae de
Koch, publié en 1857, d'après la classification de De Can-
dolle, et qui servit de type à une foule de publications.
L. Reichenbach préluda à sa Flore germanique par son
Conspectus regni vegetabilis, publié en 1828 (1), où il
classe tous les genres connus suivant sa méthode, mais
sans assigner à ses divisions aucun caractère diagnostique,
Jl a reproduit cette classification en l'amendant un peu
dans son Repertorium herbarii (2). Il commence son arran-
gement par les acotylédones, passe aux monocotylédones
par les fougères, les cycadées et les aroïdées, et aux dico-
tylédones par les palmiers et les conifères pour finir par les
aurantiacées. Ses ordres sont au nombre de 44; en voici
le tableau :
( 1. Gymnomycetes. . î *• Blastomycetes.
Class. 1. FlINGI . . .\ * ^- Hyphomycetes.
2. Dermatomycetes . P' Gasteromycetes.
2. Hymenomycetes.
(1) H.-T.-L. VvQ\c\iQïii)2LQ\i, Conspectus regni vegetabilis per gradus na-
turales evoluti. Lipsiae, 1828. In-S".
(2) I<i., Repertorium herbarii. In-8". Dresdae, 1841.
Cl. II. LICHENES
( 164 )
1. Gymnosporae
2. ascosporae.
i. Blastosporae.
2. Hyphosporae.
1. Gasterosporae.
2. Hymenosporae.
« m. CHLOROPHYTA.
1. Algae S *• Gongylophycae.
( 2. Ascophycae.
2. Musci S ^- Gongylobrya.
2. Sporangiobrya
3. FlLICES
1. RUIZOACROBLASTAE.
IV. ACROBLASTAE. / 4. Cauloacroblastae.
1. Tryptopterides
2. Anoegopterides .
1. Limnobiae.
2. Helobiae.
1. Gluraaceae.
2. Ensatae.
5. Phylloacroblastae! ^- Liliaceae.
( 2. Palmaceae.
V. SYNCHLAMY
DAE.
1. Enerviae
2. RlGIDIFOLIAE
3. Venosae
1. FISSIFLORAE.
» VI. SYNPETALAE . ( 2. Lobiflorae.
3. rotiflorae.
1. Variflorae.
» VII. CALYCANTHEAE; 2. Confines
i 5. C0NCINNAE .
1. Nayades.
2. Imbricatae.
1. Inconspicuae.
2. Ambiguae.
1. Incompletae.
2. Foliosae.
1. Aggregatae.
2. Campanaceae
1. Tubiflorae.
2. Limbatae.
1. Crateriflorae.
2. Stelliflorae.
1. Parviflorae.
2. Leguminosae.
1. Sediflorae.
2. Rosiflorae.
1. Onagriflorae.
2. Myrliflorae.
( 165 )
1. Thylachocarpicae.
1. Cruciflorae.
2. Cistiflorae.
Cl. VIII. THALAMAN- K . , ......... ( 1. Rauunculiflorae.
THAF (2. SCHIZOCARPICAE . {
lil^^'\ > 2. Geraniflorae.
1 . Tiliiflorae.
2. Aurantiiflorae.
5. Idiocarpicae
Ce qui caractérise cette classification , c'est le vague qui
règne dans toutes ses parties. L'esprit n'y est fixé sur rien;
autant de coupes, autant d'idées différentes, ce qui est le
caractère de tous les systèmes dus à l'école germanique
que nous allons avoir à exposer : c'est de l'analyse et non
de la synthèse. En outre, la dernière colonne, celle des
ordres, est une division régulièrement binaire : tout s'y
divise par deux , comme dans la méthode d'Oken tout se
divise par treize. Or la nature , dans son immense varia-
bilité, ne se prête pas à ce genre de combinaisons; ce n'est
pas classifier, c'est enrégimenter ; aussi l'on n'arrive à la
connaissance des plantes que par l'intermédiaire du sys-
tème de Linné , qui en devient l'auxiliaire indispensable.
Mais Reichenbach a rendu à la science un éminent ser-
vice en popularisant, en Allemagne, l'étude des familles
naturelles par la publication de sa Flore germanique , qui
devint le manuel indispensable de tous les botanistes de
l'Europe centrale.
A la même époque, Link, professeur de botanique à
l'université de Berlin, abandonnait la classification lin-
néenne pour celle des familles naturelles. Il commence par
les graminées, passe des monocotylédones aux dicotylé-
dones en rapprochant les naïadées des pipéritées et des
polygonées, et finit par les acotylédones au moyen de la
transition des amentacées aux équisétacées et aux fougères.
Dans cet ordre, les dicotylédones occupent le centre de la
( 166 )
classification , en sorte que les monocotylédones et les aco-
tylédones, qui forment une chaîne naturelle, sont rejetées
aux deux extrémités de la classification. Voici l'exposé de
son système (1 ) :
Cl. I. ENDOGENEAE T. I, p.
Subcl. i. Vaginales. »
> 2. Vaginantes.
) 3. Perigomatae. »
' 4, Xeranthae. »
> S. Hypanthae. »
1 6. Epanthae. »
> 7. Anthodiatae. »
7Ws Perigoniatae. t. Il , p
8. Leguminosae. »
9. Catastemones. •>
10. Anastemones. »
11. Allostemones. «
12. Apetalae. »
13. Hydrophytae. »
14. Catadytae. «
> 15. Amentaceae. »
Cl. II. EXOGENEAE, p. 290.
1
290
310
386
392
398
622
67S
1
130
215
219
267
406
442
443
443
Cl. III. FILICES, tome III, p. 1.
Cl. IV. MUSCI,tomelII,p.38.
Cl. V. CRYPTOPHYTAE, tome III, p 162.
Cette classification est dans le même ordre d'idées que
celle de Van Royen et elle suit la même marche : la science
n'avance pas , elle recule.
Link n'avait pas encore terminé son ouvrage que déjà
Bartling publiait le sien. Ses ordres naturels des plantes (2)
sont un travail sérieux et qui a fait école; il importe donc
(1) H.-J. Link, Handbuch zur Erkennung der Gewdchsey 3 vol. 10-8".
Berlin, 1829-1833.
(2) Fr.-Tb. Bartling, Ordines naturales plantarum. In-8". Gotlingae,
1830.
( i67 )
de bien s'en pénétrer pour comprendre la marche de la
classification naturelle des plantes dans l'école germanique.
Dès le commencement de ce siècle , Batsch avait conçu la
pensée de grouper les familles des plantes par ordres,
réunissant celles qui sont affines, et depuis, Agardh avait
enté cette idée sur la division fondamentale tirée des co-
tylédons. C'est ce système qu'adopte Bartling et que beau-
coup de savants ont mis depuis en pratique. Nous même,
dans notre Analyse des familles des plantes, nous avions
utilisé l'idée de Batsch comme moyen de faciliter l'analyse
des familles et de les grouper suivant leurs affinités. Bart-
ling va plus loin, pour lui ces groupes sont des classes,
c'est-à-dire le fondement de son système. Mais comme ces
classes, ainsi que les familles elles-mêmes, sont formées
chacune sur des caractères ordinaux et non comparatifs , il
en résulte une classification obscure, embrouillée, insai-
sissable et nullement synthétique. La base de son système
est d'ailleurs, à peu de chose près, celle de R. Brown. Sa
division des cryptogames cellulaires en Homonema et He-
teronema est empruntée à Fries , dont nous parlerons plus
loin. Nous donnerons l'exposé du système de Bartling,
ainsi que celui de ses classes, dans lesquelles les familles
véritables sont réparties.
/ HOMONEMEA.
ELLULARIA )
( HETERONEMEA.
CRYPTOGAMA.
ASCULARIA { ( MONOCOTYLEDONES.
PflANEROGAMA< /Cblam^doblasta.
Dicotylédones.
ÎApelala.
Moiiopelala.
(PoJypetala.
( 1«8)
CLASSES.
Gellularia homonemea.
Cl. 3. Algae
Cl. 1 . Fungi 4 fam
» 2. Lichenes. ... 3 »
Gellularia heteronemea.
Cl. 4. Musci 2 fam.
4 fam.
Vasgularia crtptogama.
Cl. 5. Rhizocarpae. . . 3 fam.
Cl. 7. Lycopodineae .
. 1 fam
» 6. Filices 3 «
» 8. Gonyopterides .
. 2 »
Yasgdlaria phanerogama monogotyledonea.
Cl. 9. Glumaceae . . . 2 fam.
Cl. 14. Scitamineae. .
3 fam.
» 10. Juncineae ... 4 »
» 15. Palmae . . .
. 1 »
)» 11. Ensatae .... 6 «
» 16. Aroideae. . .
. 4 »
« 12. Liliaceae. ... 4 »
» 17. Helobiae . . .
. 5 »
» 13. Orchideae ... 1 »
» 18. Ilydrocharideae.
. 1 »
Yascularia phanerogama digotyledonea ghlamydoi
SLASTA.
Cl. 19. Aristolochiae . . 4 fam. Cl. 21. Hydropeltldeae.
. 3 fam
» 20. Piperinae. ... 3 »
Yasgvlaria phanerogama digotylea gynorlasta apetala.
Cl. 22. Coniferae . . . 4 fam.
Cl. 23. Fagopyrinae. .
. 2 fam.
» 23. Amentaceae. . . 5 »
» 26. Proteiuae . .
. S »
» 24. Urticinae. . . . 3 »
» 27. Salicinae. . .
. 1 »
Yasgdlaria phanerogaha digotylea GYMKOBLASTA M0N(
)PETALA.
Cl. 28. Aggregatae ... 5 fam.
Cl. 34. Labiatiflorae .
. 11 fam
» 29. Composilae ... 2 »
» 33. Tubiflorae . .
. 7 «
» 30. Campanulinae . . 4 »
1 » 36. Contortae. . .
. 4 »
» 51. Ericineae. ... 5 »
1 » 37. Rubiacinae . .
. 4 «
» 32. Styracinae ... 3 «
! )> 38. Ligustiinae . .
. 2 ),
» 33. Myrsineae ... 2 »
1
( 169 )
Yascularia pbanerogama dicotylea GYMNOBLASTA POLYPËTALA.
Cl. 39. Lorantheae . .
1 fam.
Cl. 50. Calyciflorae . .
6 fam
» 40. Umbelliferae . .
4 X,
« 51. Calycanthinae .
7 «
» 41. Cocculinae . .
2 «
« 52. Myrtinae. . .
3 »
« 42. Trisepalae . .
2 »
» 53. Lamprophyllae .
3 »
» 43. Polycarpicae .
4 .)
« 54. Columniferae .
6 »
« 44. Rhoeadeae . .
6 >>
» 55. Gruinales, . .
3 «
w 45. Peponiferae . .
8
« 56. Anipelideae . .
4 «
« 46. Cistiflorae . .
7 «
» 57. Malphiginae. .
8 »
» 47. Guttiferae . .
4 »
» 58. Tricoccae. . .
10 «
>• 48. Caryophyllinae .
. 8 »
« 59. Therebinthinae.
11 »
» 49. Succulentae. .
. 4 »
» 60. Calophytae . .
10 «
La méthode de Bartling a été suivie par Spach , dans son
Histoire naturelle des végétaux (1), en en retournant la
série pour commencer par les calophytes et finir par les
champignons. Spach supprime en outre la division des
Chlamydoblasteae , dont il répartit les classes dans les
dicotylédones apétales et polypétales.
Bartling est, à proprement parler , l'apôtre des classes
collectives destinées à remplacer la synthèse systématique.
Modifiant avec bonheur les classes de Batsch et d'Agardh ,
il arrive souvent à des aperçus heureux, qui l'ont rendu
le chef de l'école germanique. Ses groupes de familles
facilitent souvent les rapprochements de celles-ci; mais
ces groupes ne constituent pas des classes, et c'est avec
raison que Lindley les a désignés sous le nom à' alliances,
puisqu'ils ne sont en fait que le lien unissant certaines fa-
milles entre elles. Comme celles-ci, chaque classe de Bart-
ling est réunie par un lien particulier sans rapport avec le
(1) Histoire naturelle des végétaux (suites à Buffon); par Edouard
Spach. Paris, 1854 et suiv. In-8".
( 170 )
lien qui unit les familles voisines. Ce sont des réunions
conjonctives, tandis qu'en botanique, la classe est essen-
tiellement disjonctive, et dès lors cette forme de coordina-
tion est le remplacement de Tidée synthétique par Fidée
collective.
Peu après Bartling apparaît Cari Schultz, qui, marchant
dans des voies différentes, établit des classes et donne
à ses groupes de familles le nom d'ordre. Cari Schultz suit
à peu près la distribution de Reichenbach et de Bartling
en commençant par les plantes cellulaires. Il arrive de
celies-ci aux monocotylédones en passant des fougères
aux graminées et des monocotylédones aux dicotylédo-
nes en passant des palmiers aux saururées et aux ama-
rantacées pour fmir par les renonculacées et les rosacées.
L'unité ou la diversité des tissus, ainsi que leur composi-
tion, forment sa base primaire, ce qui l'entraîne à placer
les naïadées , les hydrocharidées, les lemnacés et les céra-
tophyllées formant sa quatrième classe , entre les mousses
et les fougères, combinaison malheureuse et qui rompt
bien des rapports. Ses classes de phanérogames sont basées
sur des caractères divers, empruntés principalement aux
organes de la floraison , en quoi il se rapproche de la mé-
thode de De Candolle, ainsi que le montre l'exposé suivant
de son système.
(1) Cari Heinrich Schulz, NatUrliches System der Pflanzenreiclis.
Berlin, 1832. In-S".
171 )
HOMORGANA
SYNORGANA
Sporifeba.
Florifera.
Sporifbba.
Florifera.
HETERORGANA.
DICHORGANA
Cl. 1. Homorgana rhizospora.
» 2. Homorgana phyllospora .
» 3. Homorgana caulospora.
t> 4. Homorgana florifera.
» 5. Synorgana sporifera.
» 6. Synorgana gymnantha.
» 7. Synorgana coronanlha.
» 8. Synorgana palniacea.
» 9. Synorgana dichorganoïdea.
» 10. Dichorgana lepidantha.
V H. Dichorgana perianlhina.
D 12. Dichorgana anlhodiata.
» 13. Dichorgana siphonanlha.
» 14. Dichorgana petalantha macropoda.
» 15. Dichorgana petalantha polycarpa.
Cari Sclîultz divise ces quinze classes en trente-sept
ordres, mais ceux-ci n*ont aucun rapport avec les classes
de Bartling : ce sont plutôt des points de repaire pour
grouper les familles. En cela il s'éloigne de l'école germa-
nique et se rapproche de l'école helvétique. Mais son sys-
tème, que nous venons d'exposer, est obscur et satisfait
peu l'esprit.
A la même époque, apparaît le premier système de
Lindley, publié d'abord en 1855(1), modifié en 1835(2)
et 1856 (5)! La combinaison de ce système consistée di-
viser le règne végétal en classes, les classes en sous-classes,
celles-ci en cohortes, les cohortes en alliances et les al-
liances en familles, méthode compliquée, surchargeant
inutilement la mémoire et qui est le mode de Bartling
considérablement amplifié. Ses classes sont anatomiques,
ses sous-classes empruntées à l'enveloppe florale, ses co-
hortes à toute espèce de caractères, ce qui enlève l'unité sans
(1) Niœus plantarum, auctore J. Lindley. Londini, 1853. In-S".
(2) A key to structural, physiological and systematic botany, by John
Lindley. London, 1835. In-8".
(5) A Natural System of botany, byJohn Lindley. London, 1836. In-8".
( 172 )
laquelle il n'est point de simplicité ni de clarté. Sa marche
est de commencer, comme De Candolle , par les renoncula-
cées pour finir par les cryptogames, mais en plaçant les
dicotylédones incomplètes entre les polypétales et les mo-
nopétales. Aux trois grandes divisions du règne végétal,
Lindley en ajoute deux autres, les rhizanthées et les gym-
nospermes. La première, caractérisée par l'absence de vais-
seaux, comprend les rafflésiacées et les cytinées; la seconde
à semences nues, réunit les conifères, les cycadées et les
équisétacées. Ces classes sont purement factices , car les
lemnacées, les pistiacées et autres plantes aquatiques sont
également dépourvues de vaisseaux, et ni les conifères ni les
cycadées n'ont les semences nues, pas plus que les graminées.
Après la publication de l'ouvrage d'Endlicher, Lindley
ayant transformé et abandonné ce premier système, nous
nous bornerons à donner la coordination primitive des
classes, sans les sous-classes ni les cohortes, pour faire
apprécier la marche de la classification. Nous prendrons
celle de son système naturel qui est la plus perfectionnée.
1. Albuminosae.
2. Epigynosae.
3. Parietosae.
4. Calycosae.
5. Syncarpae.
6. Gynobaseosae.
7. Apocarposae.
1. Tectembryosae.
2. Achlamydosae.
3. Tubiferosae.
4. Columnosae.
5. Curvembryosae.
1. Polycarposae.
2. Epigynosae.
3. Aggregosae.
4. Nucamentosae.
5. Dicarposae.
POLYPETALAE
Cl. I. - EXOGENAE
Incompletae
MONOPETALAE
( n5 )
Cl. II. - GYMNOSPERMAE.
111. — ENDOGENAE.
IV. - RHIZANTHAE.
V. - ESEXUALES.
1. Epigyiiosae.
2. Gynandrosae.
3. Hypogynosae.
4. Retosae.
5. Spadicosae.
6. Glumosae.
L'année 1855 vit apparaître deux nouveaux systèmes^
ceux de nos savants confrères MM. Martius et Fries. II est
digne de remarque que ces deux classifications, s'éloignant
de celles de leurs contemporains, reposent sur une base
plus ou moins synthétique. Martius (1) divise d'abord les
plantes en végétation primaire et secondaire. La première
contient toutes les plantes, sauf les champignons, qui con-
stituent ce qu'il appelle la végétation secondaire. Il -en
résulte que sa coordination des familles commence par les
algues et finit par les champignons. Il passe des acotylé-
dones aux monocotylédones par le rapprochement des
équisétacées des graminées. Après les monocotylédones,
qui finissent par les orchidées, il introduit une classe sous
le nom de Tympanochetœ , qui représente les gymnosper-
mes de Lindley et comprend les cycadées et les conifères;
puis il commence la série des dicotylédones par les amen-
tacées et la finit par les pomacées, pour arriver aux
champignons, qui terminent sa classification. Ses Loxines
sont les monocotylédones, ses Orthoines les dicotylédones.
Exposons ce système.
(1) Conspectus regtU vegetabitis. Nuremberg , 1835. In-S".
13
( i
74 )
I. Plantae anan- i Pantachobryae.
THAE. . . . 1 Acrobryae.
1 Gymnanthae.
ILLoxiNES. . . Hypogynae. . homoperigonialae.
\ diploperigoniatae.
VEGETATIO
PRIMIGENIA .
( Epigynae . . / symmetricae.
asymmetricae.
,„ ^ ( circinantes.
III. Tympanochethae \
{ acerosae.
■ Achiamydae . \ "'«Plocarpae.
/ polycarpae.
Sepalanihae.
Sympetalanthae.
IV.Orthoines . . {
Polypetalanthae ( haplomonocarpae.
haplocarpae. .| haplopolycarpae.
' abortu uniloculares.
PoIypetalanthae\ diplo- tetraplocarpae
aplocarpae. J triplocarpae.
\ polycarpae.
I. Protomycetes.
IL Hyphomycetes.
VEGETATIS
SECUNDARIA.
III. Gasteromygetes.
IV. Hymenomygetes.
V. Myelomycetes.
Ces divisions sont elles-mêmes réparties en cohortes et
celles-ci en familles. Les coliortes de Marlius occupent
un rang analogue aux classes deBartling. Ces cohortes sont
au nombre de cent vingt-trois, ce qui se rapproche du
premier système de Lindley. La méthode de Martius ne
doit donc pas être confondue avec celles à classes col-
lectives : c'est au contraire une classification éclectique
( 175 )
très-savante et digne de fixer l'attention des botanistes.
Le seul reproche qu'on puisse lui adresser c'est le manque
d'unité.
Depuis longtemps Fries , dans son système du règne vé-
gétal, avait jeté les bases fondamentales de sa classification;
mais ce n'est que dans sa Flora scanica (1) qu'il la mit au
jour. Dans ses beaux ouvrages cryptogamiques , ayant
observé avec soin la germination des spores des végétaux
inférieurs, il avait remarqué que cette phase de leur végé-
tation est très-différente de celle des plantes florifères et
qu'elle présente entre elles deux dispositions bien diffé-
rentes. La germination des plantes phanérogames se fait
par des cotylédons, celle des cryptogames par des fils
allongés qui en tiennent lieu ; les premières sont les Cotyle-
doneae , les secondes, les JSeîneae : c'est la base du système
de Fries, base neuve et très-importante. Dans les fougères
et les mousses , les fils germinatoires doivent subir une
double métamorphose pour produire la plante qui fructi-
fiera , tandis que dans tous les lichens , les champignons
et les algues, une seule métamorphose suffit pour produire
le fruit, en sorte que la végétation et la germination n'y
sont pas séparées. Les premières sont les Hétéronémées ,
les secondes les Homonémées. Les végétaux forment donc,
au point de vue de leur germination, quatre divisions de
second ordre : les dicotylédones, les monocotylédones, les
hétéronémées et les homonémées (2). Telle est la base du
(1) El. Fries, Corpus provinciarum Sueciae; Flora scanica. llpsalia.
1835. In-8«.
(2) Systema orbis veyetnbilis. Limtlae, 182o. ln-12", p. 30.
( 176 )
système de Fries, et sur cette base, il établit son système
par l'insertion des étamines ou du calice, ainsi que par
d'autres caractères. Mais au lieu de donner à ses classes
des noms tirés de leurs caractères , il y emploie des déno-
minations collectives et par là obscures, ainsi qu'on peut
en juger par l'exposé de son système :
COROLLIFLORAE, STA-
MIN A INSERTA COROL-
LAE
DICOTYLEDO-
NEAE. . -
COTYLEDO
NAE. . ,
Thalamiflorae, sta-
mina inserta recep-
TACOLO ....
G ALTCIFLOR AE , CALTCE
ADNATO TORO . .
Incompletae,
THIO .
Epigyna .
Amphigyna
( Hypogyna.
Epigyno .
Amphigyno
Hypogyno.
Epi-perigyno
Amphigyno
Hypogyno.
Gamosepalo con-
cenlrato . . .
Squamaceoimbri-
cato ....
Seminiflorae.
Annuliflorae.
Tubiflorae.
Disciflorae.
Basiflorae.
Columniflorae.
Fauciflorae.
Toriflorae.
Centriflorae.
10. Bracteiflorae.
MONOCOTYLE-
DONAE . . .
Periantbio comple-
TO
Perianthio incomple-
to vel nullo. . .
Perianthio bractea-
to, valvato . . .
Nulle velambiguo.
Staraina epigyna.
Stamina amphi-
gyna ....
Stamina hypogy-
na
NEMEAE.
IFila germinantia
solitaria. . .
Fila germinanlia
plura . . . .
Gonidia praesen-
HOMONEMEAE
lia. . . .
Gonidia nuUa
Juliflorae.
Nudiflorae.
Fructiflorae.
Liliiflorae.
Spadiciflorae.
Glumiflorae.
Filices.
Musci.
Algae.
Fungi.
Si le système de Fries manque d'unité , s'il admet par-
fois des caractères puisés à diverses sources, il est du
moins synthétique. Mais il ne s'arrête pas là : chaque classe
de phanérogames est divisée à son tour en trois familles ,
( 177 )
de manière à former une succession de divisions ternaires ,
comme si la nature se prêtait à ce genre de combinaison.
Ici est le côté faible du système de Fries, car la nature ,
c'est la diversité dans l'unité.
En 1856 commença à paraître l'important ouvrage
d'Endlicher sur les genres des plantes (1), qu'il fit suivre,
cinq ans plus tard, de son Enchiridion (2). Dans la préface
de ce dernier ouvrage, Endlicher reconnaît qu'il a suivi
les traces de Reichenbach, Bartling, Martius et Lindley,
c'est-à-dire qu'il appartient à l'école des classes collectives;
aussi divise-t-il le règne végétal en régions, ses régions
en sections, ses sections en cohortes, celles-ci en classes,
qui elles-mêmes ne sont que des collections de familles.
C'est la première manière de Lindley, la classification des
végétaux de cascade en cascade, travail compliqué, qui
surcharge la mémoire, laisse l'esprit dans le vide, et y crée
la confusion par la diffusion des caractères.
Endlicher divise le règne végétal en deux régions, les
plantes dépourvues de tiges, ou thallophytes, et celles munies
de tiges ou cormophytes; ses sections reposent sur l'ana-
tomie des tiges et ses cohortes sur des caractères tantôt
anatomiques, tantôt pris des graines ou de l'enveloppe
florale. Jusque-là c'est une modification des systèmes de
DeCandolle et de Bartling. Alors, à l'imitation de ce der-
nier, viennent les classes, qui ne sont autre chose que des
réunions collectives de familles. La classification d'Endli-
cher se résume de la manière suivante :
(1) Endlicher, Gênera plantarum secundum ordines naturaJes dispo-
sita. Vindebonae, 1836-1840. Iiî-8o.
(2) Endlicher, £'/ic/î7rid/on botanicum. Lipsiae , 1841. ln-8'.
( 178
I. THALLOPHYTA
II. CORMOPHYTA.
1. Protophyta.
2. Hysterophyta.
3. acrobrya. .
4. Amphibrya.
5. acramphibrya
CLASSES.
1. Aiiophyla.
2. Protophyta.
3. Hyslerophyta.
1. Gymnosperma.
2. Apetala.
3. Gamopelala.
4. Dialypetala.
I. — Protophyta.
Cl. 1. Algae . .... 7 fam. || Cl. 2. Lichenes
II. — Hystekophyta.
Cl. 3. Fungi 5 fam.
III. — ACROBRYA ANOPHYTA.
CI. 4 Hepaticae ... 5 fam. || Cl. 3. Musci .
IV. — ACROBRYA protophyta.
::i. 6. Calamariae (equise-
Cl. 8. Hydropterides .
. 2 fam
lum) . . . . 1 fam.
» 9. Selagines. . .
. 8 »
» 7 Filices 7 «
» 10. Zamiae . . .
. 1 )j
V. — Acrobrya hysterophyta.
Cl. 11. Rhizanthae. . . 3 fam.
4 fam.
3 fam.
VI. — Amphibrya
Cl. 12. Glumaceae .
. . 2 fam.
Cl. 18. Gynaodrae . .
. 2 fam
» 13. Enantioblastae
. 3 »
» 19. Scitamineae. .
. 3 »
» 14. Helobiae . .
. 2 »
» 20. Fluviales. . .
. 1 ).
» 13. Coronariae .
. 6 »
» 21. Spadiciflorae .
. 3 »
» 16. Arlorhizae .
. 2 »
» 22. Principes. . .
1 »
» 17. Ensatae . .
. 7 »
( i79)
VII. — ACRAMPHIBRYA GYMNOSPERMA.
Cl. 23. Coniferae ... 4 fam.
VIII
ACRAMPHIBRYA APETALA.
Cl. 24. Piperitae. .
. . 3 fam.
Cl. 27. Oleraceae . .
. 4 fam
» 25. Aquaticae .
. . 3 »
» 28. Thymeleae . .
. 9 »
» 26. Juliflorae. .
. . 15 »
» 29. Serpentariae .
. 2 »
IX
ACRAMPHIBRYA GAMOPETALA.
Cl. 30. Plumbagines .
. 2 fam.
Cl. 35. Nuculiferae .
. 8 fam
» 31. Aggregatae . .
. 4 »
» 36. Tubiflorae .
. 5 »
» 32. Campanulinae .
. 5 »
» 37. Personatae .
7 »
» 33. Caprifoliaceae .
. 2 »
» 38. Petalanthae .
. 5 »
» 34. Cojitortae . .
. 7 «
» 39. Bicornes . .
. 2 »
X. — ACRAMPHIBRYA DIALYPETALA {Polypetaltt).
Cl.
40.
41.
42.
43.
44.
45.
46.
47.
48.
49.
50.
Discanthae .
. 7 fam.
Corniculatae.
. 3 »
Polycarpicae
. 9 »
Rhoeades .
. 5 .)
Nelumbia
. 3 »
Pariétales .
. 13 ).
Peponiferae .
. 3 »
Opunliae . .
. 1 »
Caryophyllinae
. . 4 » i
Columniferae
. . 4 »
Guttiferae. .
; 9 »
51. Hesperides .
. . 51
an
52. Acera. . .
. 5
»
53. Polygalinae .
. 2
»
54. Frangulaceae
. 7
»
55. Tricoccae .
. 3
»
56. Terebinthineae
. . 10
»
57. Gruinales. .
. 6
»
58. Calyciflorae .
. 8
»
59. Myrtiflorae .
. 2
»
60. Rosiflorae .
. . 5
»
61. Leguminosae
. . 3
»
L'ouvrage d'Endlicher est le travail le plus important
qui ait paru sur les familles des plantes depuis Jussieu, si
Ton en excepte toutefois le Prodrome de De Candolle.
Toutes les familles, tous les genres y sont exposés avec le
plus grand soin ; mais sa méthode est vicieuse, compliquée,
( 180)
obscure; en sorte que ce bel ouvrage est bien plutôt un
livre de contrôle que d'analyse du règne végétal.
En même temps qu'Endlicher, Meisner commençait la
publication de son remarquable travail sur les genres des
plantes vasculaires (1), ouvrage trop peu consulté et d'un
vrai mérite. Meisner suit, à peu de choses près, la marche
du Prodromiis de De Candolle ; mais il y ajoute des classes
collectives à la manière de l'école germanique. Ces classes
sont au nombre de quarante-sept pour les végétaux pha-
nérogames, et comme elles représentent celles de Bart-
ling , nous nous bornerons à indiquer la clef systématique
de Meisner.
(Dialypetalae.j*^yP«^y"^«-
/ DiPLOCHLA- \ { perigynae.
\ MYDAE . . )
DICOTYLE- ( Gamopelalae / fruclus iiiferus.
DONEAE . ) ^ * I _ superus.
VASCULA- ) f
J^ES . . i \ MONOCHLAMYDAE.
Parasiticae APHYLLAE.
Perigoni;
Glumaceae.
MONOCOTY-
LEDONAE./T^^^^^^^^^_(Perigoniatae.
CELLULARES.
L'année suivante, Raspail présentait une classification
des familles tirée de la physiologie végétale et par là en-
tièrement différente de toutes celles établies jusqu'à lui (2).
Il écarte tout ce qui se rapporte aux cotylédons, à la fac-
ture des tiges, au périgone et aux organes sexuels, pour
baser son système sur les métamorphoses des feuilles de
la manière suivante :
(1) C.-J. Meisner, Plantarium gênera. Lipsiae, 1836-1843. In-fol.
(2) Raspail, Nouveau Système de physiologie végétale, 2 vol. in-8°.
Paris, 1837.
( 181 )
PLANTES NOCTURNES.
Plantes uniformes.
[ Appareil mâle non
) SI
Plantes multi-
formes . .
PLANTES DIUR- 1 ^^^"^^ «^'"- slaminifère.
NES . . . . ) l ™^'''<^s . . 1 Appareil mâle sta-
( mini fera.
Fleurs spirale-pétiolaires.
/ Fleurs unitaires.
Fleurs pétiole- J — binaires.
\ pétiolaires A _ ternaires.
\ — quinaires.
Ce système physiologique, qui repose sur la transforma-
tion des organes, n'est nullement pratique; c'est plutôt une
œuvre de spéculation et de fantaisie, très-spirituelle, mais
inapplicable.
Pendant qu'Endlicher et Meisner publiaient les genres
des plantes rangés d'après la méthode des classes con-
jonctives, conséquence fatalf de la suppression de la
synthèse, le professeur Perleb entreprenait de modilier
le système de De Candolle, en divisant les dicolylédones
pétalées d'après l'insertion , de manière à porter les classes
de huit à neuf. De plus , il renversait la marche adoptée
par le savant botaniste de Genève, en commençant, comme
Jussieu, la classification par les cryptogames pour finir
par les dicotylédones polypétales à insertion sur le récep-
tacle. L'ouvrage de Perleb (1) est un effort pour réhabi-
liter la méthode de De Candolle, reconnue de toutes parts
comme insuffisante, par suite de sa trop grande restric-
tion des classes.
(i) Perleb, Clavis classium et familiarum rcgni vegetabilis, Friburg in
Kr., 1838. In^".
( 182 )
CELLULARES. . . (ApliyHa- • • I. Prolophylae.
( Foliosa II. Muscosae.
'Endogenae.! Cryptogama III. Filiciaceae.
i ( Pbanerogama IV. Teriiariae.
I^pg ~ ( / CoroUa nulla V, Monochlamydae.
Corolla mono- ( Corolla hypogyna . VI. Thalamanthae.
Exogenae. ^ petala. . . ( _ perigyna . VII. Calycanthae.
Corolla poly- j Petala perigyna. . VIII. Galycopetalae.
petala. . . j _ hypogyna . IX. Thalamopetalae.
Dans son ouvrage sur le Jardin des plantes de Paris (1),
noire savant confrère M. Ad. Brongniart, reconnaissant
les défauts de la suppression de la synthèse par l'école
germanique, chercha dans l'éclectisme à y porter remède.
Il admet avec Jussieu la distribution des familles d'après
les cotylédons et l'insertion des étamines ; mais aussi il
adopte le mode des classes conjonctives des botanistes
allemands. Un autre point très-important de son système,
c'est la suppression de la classe des dicotylédones apétales
et la répartition des familles qui la composent parmi les
polypétales, d'où la nécessité de modifier toutes les classes
conjonctives des naturalistes allemands. Comme Jussieu,
il commence la série des végétaux par les algues, passant
des cryptogames aux phanérogames par les équisétacées
et les graminées, puis des monocotylédones aux dicoty-
lédones par les naïadées et les campanulacées, pour finir
par les conifères et les cycadées. Il regarde donc, et avec
raison, les conifères comme les plantes les plus éloi-
gnées des monocotylédones. Quant à celles-ci, frappé des
nombreuses variations qu'y présente l'insertion des éta-
it) Adolphe Brongniart, Enumération des genres de plantes cultivés
au Muséum d'histoire naturelle de Paris. Fn-12°. Paris, 1843.
( 183 )
mines, il la supprime comme base de classification pour la
remplacer par la considération de l'albumen. Reconnais-
sons-le, de toutes les méthodes à classes conjonctives, celle
de Brongniart est la plus rationnelle. Quant aux dénomina-
tions de ses classes, repoussant les expressions idéales des
auteurs allemands, il les forme d'après le nom de la famille
dominante, ce qui est une véritable simplification du
système à classes conjonctives. C'est ce que montrera
l'exposé de sa méthode :
CHYPTOGAMAE.
PHANEROGA-
MAE . . .
Amphygenae.
acrogenae.
monocotyledoneae
DlCOTYLEDO-
NAE . . ,
( Gamopetalae.
Angiospermae . )
( Dialypetalae.
Gymnospermae.
albumiiiosae.
exalbuminosae,
perigynae.
hypogynae.
hypogyynae.
perigynae.
CLASSES.
Cl. 1. Algae lOfam
« 2. Fungi 9 «
I. — Cryptogamae amphigenae.
Cl. 3. Lichenes.
fam.
II. — Cryptogamae agbogenae.
Cl. 4. Muscineae ... 2 fam 1! Cl. 5, Filicineae.
5 fam.
III. — Monocotyledoneae perispermeae.
Cl. 6. Glumaceae . .^
. 2 fam.
Cl. 10.
Phoenicoideae .
. 3 fam
» 7. Juncineae . .
. 5 »
11.
Lirioideae . .
. 10 .^
« 8, Aroideae.' . .
. 2 »
« 12.
Bromelioideae .
. 4- «
» 9. Pandanoideae .
. 3 .^
« 13.
Scitamineae. .
. 3 «
( 184 )
IV, — MONOCOTYLEDONEAE EXALBUMINOSAE.
CI. 14. Orchioideae . . 2 fam. I! Cl. 15. Fluviales. .
3 fam.
V.
DlCOTYIiEDONEAE ANGIOSPEBMAE GAMOPETALAE PERIGYNAE.
CI. 16. Campanuliueae. . 6 fam.
• 17. Asteroideae. . . 1 »
CI. 18 Loniceroideae
19. Coffeineae .
3 fam.
1
VI. — DiCOTYLEDONEAE ANGIOSPERMAE GAMOPBTALAE HYPOGYNAE.
CI. 20. Asclepiadineae.
» 21. Convolvulineae
» 22. Asperifoliae. .
• 23. Solanineae . .
» 24. Personeae . .
5 fam.
Cl. 23. Selaginoideae
. 5 fam.
3 «
» 26. Verbeniueae
. 4 »
4 «
« 27. Primulineae.
. 3 »
2 «
n 28. Ericoideae .
. 3 »
2 »
» 29. Diospyroideae
. 7 «
VII.
Cl.
DiGOTYLEDONEAE ANGIOSPERMAE DYALYPETALAE HYPOGYNAE.
30. Gutliferae . .
10 fam.
Cl. 40 Cruciferae .
. 3 fam
31. Malvoideae . .
4 »
» 41. Papaveiineae
. . 2 «
32. Crotonineae. .
3 »
» 42, Berberiiieae.
. 3 .)
33. Polygalineae .
2 «
« 43. Magnollneae
. 4 «
34. Geranoideae. .
8 r.
» 44. Ranunculineae.
. 3 «
33. Terebenthineae
7 .)
« 43. Nymphaeineae
. 3 .
36. Hesperideae. .
8 «
« 46. Piperineae .
2 »
37. Aesculineae. .
6 »
» 47. UrticiDeae .
. 3 «
38. Celastroideae .
3 ^
" 48. Polygonoideae
. 1 «
39. Violineae. . .
4 n
VIII. — DlCOTYLEDOniEAE ANGIOSPERMAE DIALYPETALAE PERIGYNAE.
4 fam.
Cl. 49. Caryophyllineae
9 fam. 1
Cl. 38. Cucurbitinéae .
. 4
r> 50. Cacloideae . .
2
«
•> 59. Oenotherineae .
. 8
« 31. Crassulineae .
3
»
.' 60. Daphnoideae .
. 4
» 32. Saxifragineae .
4
»
» 61. Proteineae . .
. 2
«> 53. Passiflorineae .
7
«
n 62. Rhamnoideae .
. 3
» 54. Hamamelineae .
5
»
» 63. Myrtoideae . .
. 5
» 55. Umbelliiieae
4
e
■> 64. Rosineae. . .
. 6
» 56. Santalineae . .
3
«
>' 65. Leguminosae .
. 4
f 37. Asarineae . ,
5
•
« 66. Amentacae . .
. 6
( 185 )
IX. — DiCOLYLEDONES GYMNOSPERMAE.
Cl. 67. Coiiiferae ... 4 fam. || Cl. 68. Cycadoideae . . 1 fam.
Après rapparition des travaux d'Endlicher et de Bron-
gniart, Lindley réforma complètement son système, aban-
donnant l'ordonnance de De CandoUe pour suivre celle de
Jussieu, en marchant des cryptogames aux dicotylédones.
C'est ce qu'il exécuta dans son grand ouvrage sur le règne
végétal (\). Lindley y distribue les plantes non plus en cinq,
mais en sept classes empruntées aux caractères fournis par
la végétation, par l'introduction des acrogènes de Bron-
gniart, qui sont les acrobryéesdeMartius, et par celle d'une
classe de monocotylédones à feuilles réticulées qu'il nomme
dictyogènes , chsse factice, puisque beaucoup d'alismacées
offrent aussi ce caractère; puis il supprime les sous-classes
et les groupes qui surchargeaient inutilement sa première
méthode, et arrive ainsi plus directement à ses alliances
de familles, qui sont les classes de l'école germanique, le
nom seul étant changé. Dans les dicotylédones, il supprime
tous les caractères fournis par l'enveloppe florale, pour
s'en tenir exclusivement à l'insertion des étamines,
mélangeant ainsi les apétales, les monopétales et les poly-
pétales. Lindley, renversant sa série, la commence par les
diatomées pour la finir par les asarinées. C'est ce que va
montrer l'exposé de ce système :
(1) The Vegetable Kingdom, by John Lindley. London, 1846. ln-8".
( 186 )
Cl. 1. Thallogenae.
» 2. acrogenae.
• 3. Rhizogenae.
ASEXUALES. . ^ ,
» 2. ACROGENAE.
SEXUALES. . ^
6. Gymnogenae
Glumaceae.
Petaloidae unisexuales.
— hermaphroditae inferovariae.
— — superovariae,
5. DiCTYOGENAE.
/ « 4. Endogenae
Diclines.
" 7. Exogenae.
1 Diclines.
J Hypogynae.
) Perigynae.
, Epigynae.
ALLIANCES. (Classes de l'École germanique.
Cl- I. - THALLOGENAE.
Lll. 1. Algales .
. . 5 fam.
Ali. 3. Lichenales .
» 2. Fungales
. . 6 ),
3 faiïi.
Cl. — II. ACROGENAE.
Ali. 6. Filicales. . . . 3 fam.
AU. 4. Muscales ... 6 fam.
» 3. Lycopodales . . 2 »
Cl. in. - RHIZOGENAE
(Balaiiophorae, Cytinaceae el Rafflesiaceae).
Cl. IV. — ENDOGENAE.
t Gldmaceae.
Ail. 7. Glumales . . . 3 fam.
tt Petaloidae unisexuales.
Ail. 8. Arales .... 4 fam.
» 9. Palmale.s. ... 1 »
Ail. 10. Hydrales. . . . ^ fai
( 187 )
■\-f-\ PeTALOIDAE HERMAPHRODITAE INFEROVARIAE.
AU. 11.
Narcissales . . 6 fam.
Ali. 13. Orchidales. . .
3 fam
» 12.
Anomales ... 3 »
tttt Petaloidea herm.\phroditae superovariae.
Ail. 14.
Xyridales ... 4 fam. I| Ail. 16 Liliales . . . .
4 fam
» 13.
Juncales . . 2 »
» 17. Alismales . . .
3 ).
Cl. V. — DICTYOGENAE.
( Triuridaceae , Dioscoraceae , Smllaceae, Philesiaceae, Trilliaceae,
Roxburgiaceae).
Cl.
VI. - GYMNOGENAE.
( Cycadeae , Pinaceae ,
Taxaceae , Gnetaceae.)
Cl
VII. - EXOGENAE.
t DiCLINES.
AU. IS.^Amenlales .
6 fam.
AU. 22. Garryales . .
. 3 fam.
» 19. Urticales
7 »
» 23. Phoenispermal
es. 6 »
» 20. Euphorbiales
. .
5 »
» 24. Cucurbitales .
. 3 ).
» 21. Quernales .
• •
2 »
» 25. Papayales. .
. 2 «
tt Hypogynae.
Ail. 26, Violales . .
12 fam.
AU. 33. Berberales .
. 7 fam
" 27. Cistales . .
4 «
« 34. Ericales. .
. 6 «
« 28. Malvales .
6 .
» 33. Rutales . . .
. 13 «
« 29. Sapindales .
9 «
36. Gerauiales .
. 5 >>
« 30. Gulliferales
7 .^
« 37. Silenales .
. 4 ..
» 31. Nymphales.
3 «.
» 58. Chenopodales
. 4 «
« 32. Banales . .
6
« 39. Piperales .
. 3 «
ttt Perigynae.
Ail. 40. Ficoidales .
4 fam.
AU. 45. Gentianales
. 8 fam
41. Daphnales .
. .
4 «
« 46. Solanales .
. 7 «
« 42. Rosales . .
7 «
• 47. Cortusales .
. 5 »
« 43. Saxifragales
5 »
■« 48. Echiales. .
. 10 »
» 44. Rhamnales.
10 «
» 49. Bignoniales.
. 7 »
( 188)
tttt F
PIGYNAE.
m 50. Gampanales .
. 8 fam.
Ail. 54. Ginchonales .
. 5 fam
« 51 Myrtales . .
. 10 »
55. Umbellales. .
. 5 «
« 52. Cactales. . .
. 3 »
« 56. Asarales. . .
. 3
» 53. Grossales . .
. 4 »
La suppression de la considération de l'enveloppe flo-
rale amène dans cette classification les rapprochements les
plus bizarres : les bruyères près des berbéridées et des
renonculacées , les daphnées près des rosacées , les chéno-
podées près des silénées , les asarinées près des ombelli-
fères, etc. C'est là rompre les rapports naturels des plantes,
rapports que rien ne conserve mieux que la considération
de l'enveloppe florale.
Tandis que l'école germanique, suivant les traces de
Bartling , se lançait dans les classes collectives , un seul
botaniste français, Achille Richard, restait fidèle à la
méthode disjonctive et était ainsi l'avant-dernier représen-
tant de l'école des Jussieu. Nous avons dit que sa première
méthode, composée de neuf classes, était une copie faible-
ment modifiée de celle de Marquis et Loiseleur des Long-
champs. Dans son Précis de botanique (1), publié en 1852,
réformant cette méthode, il emprunte à Brongniart la
division des groupes des acotylédones et des monocotylé-
dones, et ajoutant à sa répartition des dicotylédones, des
considérations tirées de la corolle ou du placentaire, il
arrive à diviser le règne végétal en vingt classes disjonc-
tives, rejetant ainsi la classification collective. Malheureu-
sement ce système, dernier efî'ort de la coordination syn-
thétique, manque d'unité et est dépourvu de l'esprit de
suite qui constitue l'élégance de la méthode. Il prend pour
base de ses subdivisions, tantôt l'albumen ou l'enveloppe
(1) Précis de botanique, par A. Richard. Paris, 1852. In-12.
( 189)
florale, lanlôt les organes sexuels ou la situation de
Tovaire, la corolle ou la placen talion. Mais nous devons
savoir gré à Achille Richard d'être resté fidèle aux grands
principes de l'école française, dont le brillant éclat rayon-
nera toujours sur la science , et de ne pas être tombé dans
la confusion qui menace d'envahir la botanique. Au milieu
de cet abandon général des vrais principes de la science ,
Achille Richard, conservant ces grands principes, mérite
toute notre reconnaissance, malgré les défauts de sa
méthode, qui est le dernier efTorl vers la synthèse de la
botanique. L'exposé de son système prouvera combien il
s'éloigne des classifications collectives :
ACOTYLÉDO- \
NÉS . .
ONOCOTYLE-
DONÉS. . .
Végétaux s'accroissant par la
périphérie Amphigènes
Végétaux s'accroissant par Je
sommet des axes Acrogènes
Endospermés s Ovaire libre
Cl. 1
EXENDOSPERMÉS
i Apétales
Fleurs dicliues.
DICOTYLÉDO-
NES .. .
Gamopétales .
POLYPKTALES
1 — infère
Ovaire libre
— infère
En chatons
Non en chatons
hermaphrodites
Isostémones à corolle régu-
lière et à étamines alternes.
Anisostémones à corolle ir-
régulière
Isostémones à corolle régu-
lière et à étamines opposées.
Anisostémones à corolle ré-
gulière
Supérovariées.
Inférovariées.
Pérignes
Hypogynes.
Trophospermes axiles .
— pariétaux
— central .
Trophospermes central .
— pariétaux
— axiles .
14
4
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
17
18
19
20
( 190)
L'ordonnance de la classilication d'Achille Richard est
celle de De Candolle renversée; mais les caractères de ses
classes de dicotylédones manquent d'unité et sont trop
compliqués pour être d'un usage facile et satisfaire l'esprit.
La classification de Balfour, publiée en 1855(1), a pour
but de réunir les bases de Jussieu, de De Candolle et de
Lindley: c'est un travail d'éclectisme dont la marche géné-
rale est empruntée à De Candolle. Comme lui, il commence
la série des végétaux par les re.nonculacées et la finit par
les cryptogames ; mais il admet comme sous-classes les
gymnospermes, les dictyogènes, les acrogènes et les
thallogènes de Lindley, supprimant les alliances collectives
de ce dernier, qui surchargent inutilement la science. Les
classes de Bal four sont celles-ci :
/ Thalamiflorab.
l Polypetalae,
1 Calyciflobae. . \
Cl. I. - DICOTYLEDONES. . ( ( Monopetalae.
( Augîosperraae.
,, \ / Sporogenae(rhizanthae).
M0N0CHLAMYDBAE< \ r 9 \ I
spermogenae.
Dictyogènes.
Cl. II.-MONOCOTYLEDONES./ p„,^oioea«. . ^ Hypogynae
f Gymnospermae.
Epigynae.
Hypogyna
Incompletae.
Glumifloràs.
acrogbnab.
Thallogbrab.
Cl. III. — ACOTYLEDONES.
Bal four a la sagesse de ne pas se laisser entraîner par
(1) Claies Dook ofbotany, by J.-H. Balfoiir. Edimburgh, 1835. In-8°.
( 191 )
l'idée de classes collectives et de rester fidèle aux grands
principes de la science, rapportant directement, dans son
savant ouvrage, ses deux cent soixante-quatorze familles
de plantes aux classes qu'il a formées.
Nous venons d'exposer la marche de la classification
générale des végétaux, depuis Jussieu jusqu'à nos jours.
Dans cet intervalle de soixante et quinze ans, vingt-quatre
systèmes ont vu le jour : c'est autant et plus que durant
toute la période antérieure, et tout cela aboutit à l'aban-
don de la synthèse des familles que les Jussieu avaient eu
la gloire de créer. Si maintenant, laissant de côté la suite
chronologique des faits, nous interrogeons le point de vue
philosophique qui en résulte , nous reconnaîtrons dans ce
siècle l'existence de trois écoles distinctes : l'école française,
l'école helvétique et l'école germanique. La première est
caractérisée par la synthèse des familles, au moyen de la
situation des organes sexuels ou floraux; la deuxième, par
la suppression de cette synthèse et la réduction du système
à sa moindre expression; la troisième, comprenant le vide
de la suppression de la synthèse par l'école helvétique,
veut la remplacer par la création de classes collectives.
A la première appartiennent les méthodes de Jussieu,
Marquis et Loiseleur, Pries, Richard, Schultz et la nôtre;
à la deuxième, celles de R. Rrown, De Candolle, Perleb et
Ralfour; à l'école germanique, les méthodes de Ratsch,
Agardh,Reichenbach,Rartling,Lindley, Marti us, Endlicher,
Meisner et Rrongniart; les systèmes de Necker, Lestibou-
dois, Oken, Link et Raspail sont anomaux. La méthode de
l'école française est disjonctive, celle de l'école germanique
est conjonctive; l'école helvétique réduit à rien le système
de classification des familles des plantes. Dans la plupart
des publications pratiques, c'est celle-ci qui l'emporte.
{ 192 )
par ce motif que la méthode de Jussieu est d'une applica-
tion trop difficile et celle de Técole germanique trop com-
pliquée; ainsi la synthèse des familles disparaît de la
botanique. Comment la marche de la science est-elle
arrivée à ce résultat?
La grande découverte de Bernard de Jussieu est d'avoir,
réalisant la maxime de Linné (l), appliqué le système
de Gleditsch sur celui de Lobel, c'est-à-dire les carac-
tères fournis par l'insertion des étamines sur ceux donnés,
par les cotylédons. Par là il a créé la synthèse des familles
du règne végétal. Son neveu , Antoine-Laurent de Jussieu ,
en ajoutant une troisième base systématique, celle tirée de
la composition de l'enveloppe florale , a complété la syn-
thèse des familles et l'a portée à un haut degré de perfec-
tion. Mais l'insertion des étamines présentait de nom-
breuses exceptions et de grandes difficultés; elle exigeait
des dissections et l'usage de la loupe grossissante dès les
premiers pas du botaniste dans l'étude de la classihcation.
Dès lors elle n'était point pratique, ce qui l'a fait aban-
donner partout. L'insertion des étamines est souvent er-
ronée ou obscure. Chez les monocotylédones, l'insertion
périgyne et hypogyne s'ohserve dans la même famille , dans
le même genre, souvent dans la même fleur; chez les dico-
tylédones apétales, elle est souvent si douteuse qu'on peut
indifl'éremment la considérer comme périgyne ou hypo-
gyne; chez les monopétales, il a fallu recourir à l'insertion
médiate ou immédiate pour sauver les difficultés; en sorte
(1) Qui Clavem [methodi naturalis) fabricare student, sciant nullaip,
partem universalem magis valere quam illam a situ, praesertm semi-
nis. — Lin. Class. pi. 487.
Situs partium constantissimus est. — Lin. Phil. bot. n" 179. — Silu.s
naluralissimus est. — Ibid. n" 97.
( 193)
que six classes du système de Jussieu, les monocotylées,
les apétales et les monopétales périgynes et hypogynes ré-
posent sur un' caractère incertain.
Ces exceptions ont fait abandonner l'application de l'in-
sertion des étamines par presque tous les botanistes.
Robert Brown et De Candolle donnèrent l'exemple de cet
abandon ; mais au lieu de chercher une autre base de syn-
thèse à la fois sûre , facile et pratique , ces grands chefs
d'école trouvèrent plus commode de réduire le système à
quelques données générales. De cette manière la coordina-
tion des phanérogames se trouva réduite à quatre ou cinq
classes renfermant d'innombrables quantités de familles,
où le botaniste se trouve dans un labyrinthe sans til
d'Ariane pour se diriger. C'est la suppression de la synthèse.
Alors on eut besoin de recourir aux clefs dichotomiques,
qui n'apprennent rien, n'enseignent rien, laissent l'esprit
dans le vide, et qui, si elles conduisent à la connaissance
de l'espèce, vous conduisent dans cet immense dédale les
yeux bandés, sans rien voir autour de vous, sans aperce-
voir les grandes harmonies de la nature et les sublimes
conceptions de ses secrets. La substitution de la clef ana-
lytique à la synthèse, imaginée par Lamarck, c'est l'orga-
nisation de l'empyrisme dans la science. Voilà où a mené
l'abandon des principes de la grande école de Linné et de
Jussieu. Le système de classification du règne végétal ne
consiste pas, disait avec raison Van Royen, dans des divi-
sions bifurquées ou synoptiques, mais il doit embrasser
toute la science et la doctrine de la botanique (1).
(1) Systema non tantum consista in hi farcis seu synopticis planlarum
divisionibus , scd universam botanices scientiam, omnemque botanici
doclrinam aniplectilur. Royeu, FI. Leyd. prod., in pref. *'" 5.
( 194 ) .
L'expérience Ta démontré et toutes les recherches de ce
siècle en ont fourni la preuve, la synthèse des familles des
plantes consiste dans la situation des organes floraux ; mais
la grandeur des noms qui avaient prononcé cette suppres-
sion entraîna les botanistes dans un mouvement nou-
veau. En entrant dans l'étude des familles naturelles des
plantes, l'école germanique . ne tarda pas à voir que la
classification générale, ainsi réduite par Robert Brown et
De Candolle , était incomplète , et que , si elle faisait dispa-
raître les défauts reprochés au système de Jussieu, elle en
offrait un autre plus grand encore, la confusion dans
l'analyse, le dédale sans guide. Le besoin de classi-
fication réelle se faisait sentir, et l'école germanique
repoussait énergiquement l'idée des clefs dichotomiques.
De là, la formation de groupes de familles, qu'elle éleva
au rang de classes sous une dénomination quelconque, et
qui constituent la base essentielle, le point caractéristique
de cette école. Batsch y avait préludé, Agardh en avait
donné l'exemple, Bartling compléta l'idée et exécuta le
plan qui fut suivi par cette grande et savante école. C'était
retourner à la méthode de Ray et de Boerhaave et aux
ordres naturels de Linné. Aussi voyez combien les auteurs
varient sur le compte de ces prétendues classes. Batsch en
compte 44, Agardh 33, Bartling 60, Lindley, dans son
premier système, 111, Martius M , Endlicher 61 , Bron-
gniart 68, Lindley , dans son second système, 66, Meisner,
pour les phanérogames seulement, 47. Parcourez ces
classes et vous verrez que si quelques-unes d'entre elles
établissent des affinités réelles, la plupart, au contraire,
renferment des familles nullement analogues. Ce ne sont
pas des classes proprement dites, car, en botanique, la
classe est une division reposant sur les modilications d'un
( 195 )
seul organe, l'élamine dans Linné, la corolle dans Rivin et
Tournefort, les cotylédons dans Lobel , l'insertion des éta-
mines dans Gledilscli et Jussieu , tandis qu'ici les préten-
dues classes ne sont autre chose que des groupes de
familles réunies chacun par un lien spécial , par un carac-
tère particulier qui n'a rien de comparatif avec le caractère
voisin, qui crée la confusion par la diffusion des carac-
tères et laisse l'esprit dans le vide, Tintelligence dans
le chaos. Ce ne sont pas des classes, mais, comme l'a dit
avec raison Lindiey, des alliances de familles, formées
dans le but de remplacer la synthèse de la méthode natu-
relle de Jussieu supprimée par l'école helvétique.
L'essence de la synthèse est d'être disjonctive. En lui
substituant des classes conjonctives qui présentent autant
d'idées différentes que de coupes, l'école germanique a fait
disparaître l'élégance de la méthode naturelle et avec elle
la facilité de l'analyse des familles des plantes; elle en a
rendu l'étude difficile, abstraite, dépourvue de fil conduc-
teur, de vues d'ensemble, et a fini par faire de la bota-
nique une véritable confusion. Comparez la recherche du
genre dans le système de Linné et dans les travaux mo-
dernes, la facilité de l'analyse chez le premier, avec les
difficultés d'analyse des seconds, et vous verrez que la clas-
^ijcation générale moderne n'a point avancé. Nous avons
l'ait de grands progrès dans l'anatomie des plantes et la
physiologie végétale, nous avons étudié les mystères de
l'organisation des tissus, de la fécondation, de la généra-
tion, nous avons augmenté le domaine de Flore de beau-
coup de familles et de genres, d'innombrables espèces
ont été découvertes et décrites , mais la classification géné-
rale est restée en arrière par l'abandon de la synthèse :
elle n'a point progressé, elle a reculé.
( 196 )
Comme formes générales, les classes que propose l'école
germanique n'existent pas dans la nature; elles ne sont
que des moyens artificiels de réunir les familles. Or, en
fait de moyens artificiels, le meilleur est le plus simple, le
plus comparatif, le plus synthétique, et non le plus com-
pliqué et le plus diffus. Étudiez une plante d'après le sys-
tème de Linné, l'inspection des étamines vous donnera tout
de suite la classe à laquelle elle appartient. Pourquoi n'en
serait-il pas de même des familles végétales? C'est vers ce
but que doivent tendre tous les efforts; car la synthèse
des familles des plantes est l'expression la plus élevée de
la botanique : elle en facilite l'étude en fixant l'observation
sur des caractères disjonctifs , comme l'a fait Linné dans
son système sexuel. La synthèse des familles, c'est l'har-
monie de la science , la suppression en est le chaos.
OPUSCULES
DE
BOTANIQUE ET D'HISTOIRE NATURELLE,
M. B. ou MORTIER,
Président de la Société royale de botanique de Belgique.
FASCICULE VIII.
DISCOURS SUR LA THÉORIE DE LA CLASSIFICATION
DES PLANTES.
JUILLET d865.
i5
aui£,S.^.^iSvfe^,^^,^;jr-ic)^
DISCOURS
THÉORIE DE LA CLASSIFICATION DES PLANTES,
PRONONCÉ EN LA SÉANCE PUBLIQUE TENUE A HASSELT .
LE 30 JUILLET 1865.
Messieurs,
Après avoir exposé dans les discours précédents la
marche de la classification du règne végétal depuis Do-
doens jusqu'à nos jours, permettez-moi de rechercher avec
vous les règles qui doivent présider à la coordination na-
turelle des plantes. Les familles naturelles des plantes
existent; elles sont enfin reconnues; les caractères qui les
distinguent les unes des autres sont tracés , mais cela ne
suffît pas : il faut les coordonner, comme le sont les fa-
milles naturelles des animaux , par grandes divisions et par
( 200 )
classes, qui réunissent entre elles celles que leurs affinités
rapprochent, et séparent les dissemblables. Là, est dans
l'état actuel, le point culminant de la science; mais aussi
c'est la plus grande difficulté qu'elle offre à l'observateur
de la nature.
Nous avons fait remarquer que la grande division ter-
naire du règne \égétal se rencontre aussi dans le règne
animal. Le squelette, ou le corps ligneux qui le représente
chez les plantes , offre dans les deux règnes , par sa pré-
sence, son absence et sa situation, trois dispositions diffé-
rentes et conformes à la marche de la nature. En partant
du plus simple au plus composé, les animaux inférieurs
sont dépourvus de squelette [asquelétés] ; ceux intermé-
diaires sont pourvus d'un squelette extérieur renfermant
les tissus mous {exosqiielélés); entîn, les animaux les plus
parfaits offrent un squelette à l'intérieur et revêtu par les
tissus mous [endosqiielétés). De même dans le règne
végétal, les plantes inférieures sont dépourvues de tissu
ligneux [axylées); celles intermédiaires possèdent un sys-
tème ligneux extérieur renfermant les tissus mous (exoxy-
lées); enfin les végétaux les plus parfaits sont doués, à
l'intérieur, d'un système ligneux revêtu par un système
cortical , lequel se compose des tissus mous {endoxylés).
Ce n'est pas tout : dans l'exercice de la motilité, l'orga-
nisation du végétal et de l'animal présente le même sys-
tème d'articulations et de flexion. .Dans les deux règnes,
"i^es êtres inférieurs, asquelétés chez les animaux, axylés
chez les végétaux, sont dépourvus d'articulations (1) et se
(1) Ce que Ton désigne sous le nom d'articles chez les conferves ne con-
stitue pas un système articulaire, mais seulement une série de cellules
placées bout à bout.
( 201 )
meuvent par simple incurvation. Prenez un mollusque ou
un polype, une algue ou un champignon, vous verrez que
les uns et les autres sont dépourvus d'articulations , et que
le mouvement de toutes leurs parties s'exerce par simple
incurvation. Dans les êtres intermédiaires des deux règnes,
exosquelétés chez les animaux, exoxylés chez les végé-
taux , les articulations sont extérieures. Prenez une tige
de graminée, de palmier à feuilles distantes, une orchidée
grimpante, un simple bambou, et, d'autre part, le corps
ou une patte d'une écrevisse ou d'un insecte, vous verrez
que, chez les uns comme chez les autres, les articulations
sont extérieures. Observez ensuite le corps ou les mem-
bres d'un quadrupède, d'un oiseau ou d'un poisson, vous
trouverez les articulations , non plus à l'extérieur, mais à
l'intérieur. Prenez maintenant une jeune pousse de vigne,
d'érable, de caryophyllées, et vous observerez que les arti-
culations y sont intérieures, comme dans les animaux
les plus parfaits.
Les lois de motilité sont donc les mêmes dans les deux
règnes; d'où il suit que la division ternaire que nous ve-
nons d'indiquer est conforme à la marche de la nature.
Il faut que la division ternaire du règne végétal soit
bien naturelle , puisqu'elle est la même dans tous les sys-
tèmes. Les dicotylédones, monocotylédones, acotylédones
de Boerhaave (1) et de Jussieu, les exorhizes, endorhizes
et arhizes de Richard, les endogènes, exogènes et cellu-
laires de Decandolle, les dichorgana, sijnorgana et ho^
morgana de Schullz, les acramphibnja, amphibrya et
thallophyta d'Endlicher sont la même chose que les en-
(I) Un.phil.
( 202 )
doxylées , exoxylées et axylées. Un fait reste constant et
démontré, c'est que, chez les végétaux comme chez les
animaux, la progression des êtres est en rapport avec le
squelette. La division ternaire du règne végétal est donc
la base de toute classification naturelle des plantes, qu'elle
repose sur l'embryon , sur la croissance ou sur la dispo-
sition du squelette végétal , ce qui est le plus facile pour
l'observation, en interrogeant, en cas de doute, le collet
de la plante.
Jusqu'ici la théorie de la classification des plantes est
claire et précise, admise par tous les naturalistes; mais
après la division ternaire naissent, pour le règne végétal,
les difïicultés. Chez les animaux, de grandes séries natu-
relles, appuyées sur des caractères faciles, se présentent à
l'observateur, où les caractères extérieurs sont en rapport
avec la distribution des organes et leur forme. Ainsi, les
mammifères, les oiseaux, les reptiles, les poissons, les
crustacés, les insectes, les annélides, les niollusques et les
polypes fournissent de grandes classes qu'on saisit au pre-
mier coup d'œil et dans lesquelles les familles animales
viennent se répartir. Il n'en est pas de même dans le règne
végétal , où ces grandes classes naturelles n'existent pas.
C'est la conséquence du développement centrifuge qui pré-
side à leur accroissement. Le végétal ne formant pas des
centres d'action , mais bien des extrémités d'action , con-
tinue jusqu'à sa mort son développement, ajoutant sans
cesse de nouveaux organes aux anciens. Dans sa formation,
l'embryon animal est un article , l'embryon végétal est un
bourgeon. Voyez celte graine éclore, elle ne présente qu'un
seul article destiné à donner naissance à une longue série
d'articles; voyez cet œuf éclore, il donne naissance à un ani-
mal formé de tous ses articles. En conséquence de la grande
( 203 )
loi (Je (JéveloppetneiU des animaux et des végétaux, les
premiers doivent au développement centripète les classes
naturelles qu'ils fournissent, tandis que, chez les seconds,
l'absence de ces classes est la conséquence du développe-
ment centrifuge qui les régit.
Dans l'impossibilité de fournir dans le règne végétal des
classes naturelles comme chez les animaux , le botaniste
est donc forcé de chercher des classes artificielles qui con-
servent les analogies des familles des plantes. Bernard de
Jussieu , le fondateur de la coordination des familles végé-
tales, avait pris pour base de classiticalion l'insertion des
étamines; son neveu y ajouta la disposition de l'enveloppe
florale. Mais bientôt Robert Brown et Decandolle, recon-
naissant tous les vices, toutes les exceptions qu'offre par-
fois l'insertion des étamines, réduisent les classes à ^atre
ou cinq pour toutes les plantes phanérogames, et la gran-
deur de leurs noms leur fait trouver beaucoup d'imitateurs.
Mais les naturalistes ne tardèrent pas à s'apercevoir que, par
la suppression des classes dans le règne végétal , la bota-
nique tombait dans le chaos. La nécessité de la classifica-
tion des familles des plantes se fit alors sentir, et l'on vit
apparaître plus de systèmes d'ordonnance des végétaux ,
qu'il n'en avait paru avant Jussieu.
Dans notre précédent discours, nous en avons exposé la
marche et l'ordonnance. Parmi ces systèmes, les uns sont
disjonctifs, les autres composés de classes collectives. Les
classifications disjonctives sont celles de Marquis et Loise-^'
leur, Schultz, Fries et la nôtre. La première est basée sur
la situation de l'ovaire; celle de Schultz repose sur la forme
de l'enveloppe florale; la nôtre sur la composition de cette
enveloppe et son insertion; celle de Fries sur l'insertion des
étamines. Quant aux systèmes à classes collectives, qui doi-
( 204 )
vent leur origine à l'école germanique, dépourvus d'unité
dans leur marche, ils reposent tantôt sur un caractère,
tantôt sur un autre; mais au fond, Torgane sur lequel ils
se basent est la graine et surtout l'intérieur de la graine.
Tranchons le mot, les classifications collectives sont de
véritables classifications endospermiques. Examinons d'a-
bord ce mode dé procéder; il nous montrera qu'à force de
vouloir être savant, on est devenu obscur et inintelligible.
Nous avons toujours pensé que le véritable progrès de
la classification naturelle des plantes consiste dans la sup-
pression des caractères endospermiques , et c'est sur cette
donnée que nous avons établi notre analyse des familles
des plantes, en les remplaçant par la placentation. D'abord,
l'emploi des caractères tirés de l'intérieur des graines n'est
nullement pratique. Toutes les graines ne sont pas grosses
comme une noisette ou une amande; la plupart sont petites
comme des grains de sable, et leur dissection présente les
plus grandes difficultés. C'est à rebuter quiconque veut
entreprendre l'étude de la botanique. A force de vouloir
être savant, on est devenu rebutant, car je ne puis décer-
ner un autre nom aux classifications endospermiques. Avec
elles on est forcé d'abandonner l'étude de la science pour
devenir empirique. Pour déterminer le nom d'une espèce
de plante, le jeune botaniste doit commencer par connaître
la classe de la famille à laquelle elle appartient; c'est là le
vestibule de la science. Or, comment y parviendra-t-il si,
dès son début, il doit recourir à ce que la science offre de
plus ingrat? Continuera-t-il sa route vers le sanctuaire de
Flore, si ce vestibule est tellement hérissé de difficultés
qu'il ne peut y marcher; si, au lieu de faciliter ses pre-
miers pas, ils sont rendus impossibles?
La dissection des graines est le plus souvent chose très-
( -205 )
difficile, pour laquelle il faut une extrême habileté d'oeil
et de main, et très-souvent l'emploi du microscope. Ima-
ginez un jeune botaniste devant débuter dans la science
par la dissection d'une graine d'éricée, de rhodoracée, de
campanulacée ou d'orchidée, comment sortira-t-il de ce
labyrinthe? Et que sera-ce s'il doit y rentrer à chaque pas?
Il abandonnera l'étude des grandes divisions de la science
et tombera dans l'empirisme. Telle est pourtant la consé-
quence des classifications basées sur les caractères endo-
spermiques.
Mais ces caractères eux-mêmes ont-ils la valeur qu'on
leur attribue dans les livres? Sont-ils constants, indélé-
biles et sans exceptions? Eh bien, nous le déclarons hau-
tement, les caractères tirés de l'intérieur de la graine sont
incomparablement moins certains, ils présentent infmi-
nient plus d'exceptions que ceux tirés de la fleur. Depuis
un demi-siècle , nous avons fait des milliers et des milliers
de dissections de graines , et nous sommes arrivés à pou-
voir dire que ces difficultés de la science, dans lesquelles
on est tombé, n'auraient pas eu lieu, si on avait étudié les
graines des plantes avec autant de soin que leurs fleurs.
On aurait alors vu que les exceptions, les anomalies, les
écarts qu'elles présentent, sont cent fois plus grands que
ceux des organes floraux, et que conséquemment leur va-
leur caractéristique des classes et des familles est cent fois
en dessous de celle que fournissent les enveloppes flo-
rales. Si l'on avait étudié la nature au lieu des livres, on
eût évité deux grosses fautes : une série innombrable d'er-
reurs et d'insurmontables difficultés. Quelques exemples
vont démontrer cette vérité.
Ouvrez tous les ouvrages de botanique, vous y verrez
que les Stellariacées ou Caryophyllécs ont pour caractère
( ^206 )
(l'avoir un eni!)ryoii annulaire situé au pourtour de la
graine et un albumen central; or le genre Dianthus , qui
est le type de cette famille, possède un embryon axile et
droit, entouré par Talbumen, c'est-à4ire le caractère pré-
cisément inverse de celui qu'on assigne à la famille. Tous
les auteurs donnent pour diagnose aux Primulacées d'avoir
l'embryon transverse, parallèle à l'ombilic; pourtant le
genre Hottonia a l'embryon droit et opposé à l'ombilic.
Les Santalacées ont pour diagnose l'embryon droit; il est
oblique dans VOsyris. Les Jasminées et les Oléacées ne
sont que des tribus d'une même famille; l'embryon est
orthotrope dans les premiers et droit dans les seconds.
Dans les Solanées, l'embryon est annulaire dans le Sola-
mim, arqué dans le Nicotiana, droit dans le Cestrum. Les
Plantaginées ont pour caractère d'avoir l'embryon trans-
versalement axile ; il est dressé et à radicule supère dans le
Littorella. Les Cistinées sont caractérisés par leur em-
bryon circiné; il est axile dans le Lechea. Tous les bota-
nistes donnent pour diagnose aux Urticées d'avoir un
embryon courbé dans un albumen farineux; or VUrlicaj
type de la famille, et le Parietaria ont l'embryon droit et
axile, entouré par l'albumen, tandis que le Cannabis di
l'embryon externe et entourant l'albumen, et YHumulus,
l'embryon coquille et sans albumen. Le caractère attribué
aux Polygonées est d'avoir un embryon courbé et périphé-
rique; or, cet embryon est droit et axile dans le Rheum
et VOxyris, à cotylédons plissés dans le Fagopyrum. Les
Rosacées ont pour caractère d'avoir la graine pendante et
la radicule supère; la graine est dressée et la radicule in-
fère dans le Waldstenia, le Dry as et le Geum. Les Scro-
phulariées ont pour diagnose d'avoir l'embryon central et
la radicule tournée vers le bile; il est terminal et à radi-
( -207 )
cule opposée au hiie dans le Melampyrum. Le caractère
des Chénopodées est, d'après tous les auteurs, renibryon
entourant un albumen farineux; au contraire, l'embryon
est à l'intérieur de l'albumen dans le Salsola et les genres
voisins. Bien plus, le genre Suaeda, si naturel dans les
caractères que nous lui avons assignés, offre des variations
d'espèce à espèce. L'ovule est horizontal dans le S. mari-
tima, vertical dans le S. frulicosa, indifféremment hori-
zontal ou vertical dans le S. altissima. Ce n'est pas tout ;
l'albumen est biparti par l'embryon dans le S. marilima,
tandis qu'il est absolument nul dans le S. altissima. Dans
le genre si naturel des Salicornes, le Salicornia arabica a
l'embryon annulaire, le S. fruticosa l'a en demi -cercle,
tandis qu'il est condupliqué dans le Salicornia herbacea.
Voyez les Légumineuses, l'embryon y est tantôt droit,
tantôt courbé; voyez les Crucifères, l'embryon y est ac-
combant ou incombant, les cotylédons y sont soit planes,
soit bipliqués, soit en spirale; voyez les Ombellifères,
vous y trouverez des graines à albumen plane ou bombé,
d'autres à albumen concave ou à bords révolus, ou encore
roulé sur lui-môme de la base au sommet. Parmi les Fu-
mariacées, le genre Capnites est monocotylédone; parmi
lesPinguiculacées, les utriculaires sont acotylédones. Il en
est de même des cuscutes parmi les Convolvulinées.
Ces exemples, que nous pourrions multiplier, montrent
à l'évidence que les caractères tirés de l'intérieur de la
graine sont beaucoup plus faillibles et présentent de bien
plus nombreuses exceptions que ceux tirés de l'enveloppe
florale, et que par conséquent ils ne peuvent servir à dé-
terminer les classes, ni même souvent les familles des
plantes. Sans doute, les caractères fournis par les enve-
loppes florales présentent quelques rares exceptions; mais
( 208 )
que sont ces rares exceptions à côté de celles si nom-
breuses qu'offre à chaque pas l'intérieur de la graine!
Encore une fois, si on avait étudié l'intérieur des graines
comme on l'a fait des fleurs, on eût vu que les excep-
tions y sont bien plus fréquentes que dans celles-ci, et
l'on eût abandonné ces caractères difficiles et rebutants
qui font de la plus aimable des sciences une insurmon-
table difficulté. On a renoncé à l'insertion des étamines à
cause des exceptions qu'elle présente; mais ces exceptions
elles-mêmes ne sont rien à côté de celles qu'offre l'inté-
rieur de la graine. Nous le répétons donc, dans l'état ac-
tuel de la science, le véritable progrès de la classification
naturelle des plantes consiste dans la suppression des ca-
ractères endospermiques. '
Pourquoi les caractères endospermiques sont- ils de
mauvais guides pour la classification des plantes et doi-
vent-ils être repoussés lorsqu'il s'agit de la coordination
du règne végétal? C'est que les organes sur lesquels ils
reposent n'appartiennent pas à la base fondamentale de la
plante, à la végétation, et qu'ils sont propres à un phéno-
mène non exclusivement végétal, mais commun à tous les
êtres organiques, à la reproduction. Qui donc a jamais
songé à classifier les animaux sur l'albumen et le vitellus?
L'embryon est un point vital différent de l'être qui le porte
et destiné à créer un être nonveau. C'est pour ce motif que
les particularités qui s'y rattachent ne peuvent servir de
base à la classification de la plante, dont il ne fait point
partie. Pour les plantes, la végétation est l'acte dominant
de la vie végétale; tous les caractères pris en dehors des
organes qui se rattachent à la végétation sont donc impro-
pres à la classification du règne, et les caractères endo-
spermiques sont de ce nombre. C'est pour cela qu'ils sont
sujets à plus d'aberrations et d'exceptions qu'aucun autre.
( 209 )
Aussi, en l'ait comme en principe, ils doivent être bannis.
Ceci nous mène à exposer la théorie de la classilication
des plantes , théorie qui seule peut conduire à la connais-
sance de la vérité.
Nous avons dit que le caractère organique du végétal
est la végétation ; ce mot est l'expression propre de la loi
' qui domine l'essence de la plante. Pour la plante, vivre,
c'est végéter. Mais, dans la végétation, il faut distinguer
deux phases, l'une où les forces vives sont sans arrêt, en
vertu du développement centrifuge, l'autre oij elles se
fixent. Étudions une plante depuis sa germination, c'est-
à-dire son éclosion, jusqu'à sa fin, nous trouverons par-
tout un article pourvu à son sommet d'un organe foliacé.
Ce que l'on a nommé radicule dans la graine, n'est pas une
racine, mais un article qui constitue le collet de la plante.
Prenons une graine de dicotylédone au moment où elle
vient d'éclore et interrogeons la plante dans cet état. Nous
y trouverons un article unique, et, à son sommet, deux
cotylédons, c'est-à-dire deux feuilles séminales ou rudi-
mentaires. Cet article primordial est formé précisément
comme une articulation de la tige de l'œillet , avec les deux
feuilles qui le couronnent. Chez les monocotylédones, la
feuille séminale est unique et insérée au pourtour de l'ar-
ticle primitif, tout à fait comme une feuille et une arti-
culation d'une tige de graminée.
Ainsi, toute plante phanérogamique, à sa naissance,
est un article, et cet article offre, à chacune de ses extré-
mités, un point vital qui constitue une extrémité d'action.
Tandis que l'animal, à sa naissance, présente un bourgeon
renfermant des centres d'action , le végétal naissant offre
un article terminé à ses deux extrémités par deux extré-
mités d'action opposées, où se trouve dirigée la force
vitale, l'une à la base, radiculaire, l'autre au sommet, gem-
( 210 )
mulaire. C'est la conséquence de la grande loi du dévelop-
pement centrifuge qui conduit et règle l'existence végétale.
Soumise la loi du développement centripète, l'animal naît
armé de toutes pièces; c'est un bourgeon composé d'une
série d'articles superposés; la plante, au contraire, des-
tinée à subir la loi du développement centrifuge, n'a besoin
de naître, et ne naît en effet, que composée d'un seul
article, portant à chacune de ses extrémités un point vital
destiné à son double prolongement.
Le point vital inférieur, qui doit donner naissance à la
racine, est simple et dépourvu d'appendice, tandis qu'au
contraire le point vital supérieur est muni , comme nous
l'avons dit, de feuilles séminales ou cotylédons qui cou-
ronnent son sommet au moyen d'une insertion verticillaire
et non interrompue. Ce verticille d'insertion est divisé en
huit segments ou cotylédons dans les srbiétinées, en deux
segments chez les dicotylédones, tandis qu'il est soudé et
indivis chez les monocotylédones ; mais quelle que soit
sa subdivision, il forme toujours à sa base une attache
verticillaire autour du point d'action de l'extrémité gem-
mulaire. Ce verticille gemmulaire est donc caractéristique
de la plante à l'état embryonnaire chez les phanérogames ;
c'est le type primordial du végétal. Ce type primordial se
compose donc, chez tous les végétaux phanérogamiques ,
d'un collet terminé au sommet par une insertion verticil-
laire du corps cotylédonaire, qui est la feuille de la plante
naissante, car les cotylédons ne sont autre chose que des
feuilles embryonnaires et transformées dans la graine.
Dans son état typique, la plante devrait former une
série superposée d'articles terminés par une insertion ver-
ticillaire, comme on l'observe dans les graminées, les
rubiacées, les caryophyllées et dans toutes les familles à
feuilles opposées.
( 211 )
Mais dans l'acte de la végétation, presque toujours la
puissance de la force vitale centrifuge déploie le verti-
cille en hélice et la disposition spirale des feuilles vient
ainsi remplacer le verticille embryonnaire. L'hélice , cette
force physique de l'électricité , joue aussi son grand rôle
dans les plantes, par les trachées et par la disposition en
spirale des feuilles sur les tiges. Dans cet état, le végétal,
entraîné par la force de l'hélice, perd son type primor-
dial, et aussi longtemps qu'il l'a perdu, la nature lui ôte
la faculté de reproduction. Il suit fatalement la loi du dé-
veloppement centrifuge qui l'entraîne, sans fournir ni éta-
mines, ni styles, ni ovaire, ni ovules; il est impuissant à
produire ni sexe ni graines; c'est la phase où les forces
vives de la végétation sont sans arrêt. Pour arriver à pro-
duire les organes fécondateurs, il faut que le développe-
ment centrifuge s'arrête, et qu'en s'arrêtant, il ramène la
forme verticillaire primitive, afin que le végétal finisse
par où il a commencé, et qu'il produise le verticille termi-
nal qui est la fleur. Alors, la force de l'hélice cesse d'agir
dans le végétal , elle est remplacée par une force concen-
trique destinée à fournir les organes de la génération et
l'embryon nouveau.
Dans cette métamorphose, qui reproduit finalement le
phénomène embryonnaire, tous les organes, sépales, pé-
tales, étamines, ovaire , deviennent un verticille de feuilles
transformées, comme l'étaient, sous un autre aspect, les
cotylédons dans l'embryon. Par conséquent , dans le végétal,
deux fois la force concentrique domine celle de l'hélice :
au collet et à la fleur. Ainsi, la vie végétative finit comme
elle avait commencé; le périgone est le cotylédon de la
fleur. Or, de même que le verticille radical, par sa situa-
tion, sa division ou sa soudure, fournit un caractère cer-
tain des trois grandes divisions naturelles du règne végétal.
( 21-2 )
de même le verticille floral par sa situation, sa division
ou sa soudure est le moyen indiqué par la nature pour
établir la classification des plantes. De même que le pre-
mier verticille, c'est-à-dire la formation cotylédonnaire,
donne la mesure des divisions primaires des plantes dans
leur état végétatif, de même le dernier verticille donne,
dans la floraison, la mesure des affinités du second ordre,
parce que dans l'un et dans l'autre la force concentrique y
a dominé la force de l'hélice. Il suit de cette considération,
que les verticilles floraux, leur soudure et leur insertion
sont l'expression typique du végétal parfait , comme celle
des cotylédons l'est du végétal imparfait, et qu'ils doivent
servir de base à la classification naturelle des plantes, l'un
pour le premier ordre, l'autre pour le second.
Mais, dira-t-on, les graines appartiennent au dernier
verticille, et alors pourquoi les proscrire des éléments de
la classification? Nous répondrons que cette pensée repose
sur une profonde erreur. Les ovules n'appartiennent pas
au verticille péricarpique; ils ne sont qu'une transforma-
tion des glandes des feuilles rudimentaires de ce dernier
verticille. Prenez une fleur du cerisier double stérile, vous
trouverez, au lieu de l'ovaire, une feuille rudimen taire où
chaque glande marginale représente un ovule. Pareille chose
s'observe dans les fleurs de légumineuses à l'état mons-
trueux. Dans les cistes monstrueux l'indication des ovules
existe le long de la nervure de chaque feuille ovairienne.
Les crassulacées ont les placentaires attachés aux bor-ds
convergents de chaque feuille carpellaire , et dans le Bryo-
phyllum les bords des feuilles engendrent naturellement
des plantes nouvelles. S'il est donc vrai que la placentation
appartient au dernier verticille, les ovules ne sont que la
transformation des glandes de ce verticille; ils y partici-
pent pour en tirer leur nourriture, mais ne le constituent
( 215 )
pas. C'est pour ce motif que les caractères endospermiquos
n'ont ni la fixité, ni la valeur des caractères floraux ; ici en-
core la théorie vient confirmer l'observation. C'est donc dans
les verticilles floraux , expression typique de la végétation
concentrée, qu'il faut chercher les classes naturelles des
plantes; car c'est en se concentrant que tout système
exprime sa force et sa puissance. Dans les végétaux comme
dans les animaux, ce sont les articulations subterminales
qui fournissent les bases de la coordination.
Examinons maintenant comment s'opère l'arrêt concen-
trique terminal de la plante.
La force concentrique terminale qui arrête le développe-
ment centrifuge de la plante, et avec lui la végétation pour
former la fleur, engendre plusieurs verticilles superposés,
deux dans les fleurs incomplètes unisexuelles, trois dans
les fleurs incomplètes hermaphrodites, quatre dans les
fleurs complètes. Ces verticilles superposés sont formés
des diverses séries de feuilles dont se compose le bour-
geon, lesquelles, au lieu de se développer en spirale, se
répartissent en plans horizontaux , comme les cotylédons
dans l'embryon. De même que, dans l'œuvre de la germi-
nation, les feuilles premières alternent avec les cotylé-
dons, de même, dans la fleur, les verticilles superposés
ont leurs divisions alternantes et par là dédoublées. Ces
verticilles ainsi superposés pour former la fleur sont de
deux ordres, les uns floraux, conservant leur destination
végétative, les autres génitaux et destinés à la reproduction
de l'espèce, deviennent les organes sexuels des plantes.
Les verticilles floraux se composent du calice et de la co-
rolle; ils ne sont qu'une transformation simple des feuilles
redevenues cotylédonnaires, c'est-à-dire un retour vers la
16
( 214 )
forme typique de l'embryon. Là, les feuilles, quelque com-
posées qu'elles soient durant le développement centrifuge,
redeviennent simples comme le sont les cotylédons : la
corolle, c'est le cotylédon de la fleur dont le calice esl
l'enveloppe. Au contraire, les verticilles sexuels, composés
des élamines et du pistil, subissent une transformation
double, changeant à la fois et de forme et de fonctions, et
cessant ainsi d'être des organes de végétation. Ce sont des
organes doublement métamorphosés, ayant une destina-
tion entièrement nouvelle, une organisation essentielle-
ment différente, et qui, devenus, par cette double méta-
morphose, étrangers à la phase végétative de la plante,
constituent l'appareil sexuel du végétal.
Il y a donc dans la fleur deux ordres de verticilles
qu'il importe de ne pas confondre, et dont la transforma-
tion et la destination sont essentiellement distinctes, l'un
foliacé, qui est l'extrémité de la phase végétative et le coty-
lédon de la fleur, l'autre sexuel, destiné à la reproduction de
l'espèce. Par conséquent la phase végétative s'arrête à l'en-
veloppe florale; elle a commencé par les cotylédons de la
graine, elle finit par les cotylédons de la fleur, c'est-à-dire
par la dernière enveloppe florale. Les organes qui la sui-
vent n'appartiennent plus à la vie végétative; mais, par la
double métamorphose qu'ils subissent, ils deviennent les
instruments de la génération, pour arriver à la création de
l'œuf végétal et à la parturition d'un être nouveau.
11 suit de ce qui précède qu'en approfondissant philoso-
phiquement la théorie de la végétation, nous arrivons à
cette conclusion importante, qu'il existe dans la plante
trois points où la puissance du développement centrifuge
et de l'hélice qu'il engendre est dominée par une force
( 215 )
concentrique, qui par là donne naissance à trois vcrlJ-
cilles fondamentaux :
Le verlicille radical ou de parturition ;
Le verticille floral ou de concentration ;
Le verticille sexuel ou de fécondation.
Tous les phénomènes de la vie végétative reposent sur
l'action successive de ces trois verticilles fondamentaux.
Pour la plante , germer c'est naître , fleurir c'est s'arrê-
ter, grainer c'est se reproduire. Ces trois verticilles fon-
damentaux sont la raison et la fin des phénomènes de la
végétation et l'explication de ces phénomènes. Tant que
la plante ne produit pas ces verticilles, elle végète; lors-
qu'au contraire elle les produit, les phénomènes vitaux
s'accomplissent.
Si maintenant nous appliquons ces considérations phi-
losophiques à la répartition des plantes , nous y trouve-
rons la clef du secret de la classification du règne végétal.
Chose admirable! la subordination des classes et des fa-
milles du règne végétal est en rapport direct et successif
avec les trois verticilles que nous venons de signaler. Ainsi,
le verticille radical ou de parturition déterminera si la
plante est dicotylédone , monocotylédone ou acotylédone,
c'est-à-dire endoxylée, exoxylée ou axylée, fixant ainsi les
trois grandes divisions du règne végétal. Le second verti-
cille, le floral ou de concentration, fournira les carac-
tères des classes d'après les enveloppes florales. Puis, le
troisième verticille, celui de fécondation, distribuera dans
chaque classe les familles et les genres des plantes et four-
nira les caractères de troisième ordre. La nature elle-même
dicte ici ses lois au botaniste et lui révèle la théorie de la
classification naturelle des plantes. C'est ainsi qu'on peut
(216)
constituer un arrangement à la fois synthétique et naturel
des familles du règne végétal , d'après les lois de la nature ,
arrangement que Robert Brown regardait comme imprati-
cable (i).
La classification naturelle des plantes doit donc prendre
pour base première les organes de végétation concentrique,
lesquels résument et concentrent les forces vives de la vie
végétative qui est l'essence de la plante, à l'exclusion des
organes générateurs ou endospermiques. Les cotylédons de
la plante naissante fournissent les trois grandes divisions
primaires ; les cotylédons de la fleur, les classes du règne
végétal. Les organes de végétation concentrique sont donc
donnés par la nature comme la base de la classification
des plantes; leur valeur est la même à des degrés diffé-
rents. Les premiers fournissent les grandes divisions du
règne; les seconds donnent les classes; les organes fécon-
dateurs définissent les familles et les genres des plantes.
Mais le plus souvent, le verticille floral est double et se
compose de deux verlicilles superposés, le calice et la co-
rolle; dans ce cas, auquel des deux faut-il accorder le plus
de valeur comme base de classification? Ici encore la na-
ture s'est chargée de répondre : c'est à celui qu'elle a doué
du plus grand développement, le verticille floral terminal
qui précède les organes fécondateurs, les nourrit et les
protège, comme le cotylédon delà plante naissante nour-
rit et protège la plumule; à la corolle, quand elle existe;
au calice, à son défaut.
C'est parce que la classification naturelle des plantes
(i) Voyez Adr. de Jussieu, Cours de Botanique, p. 46;
( 2i7 )
doit être basée sur la végétation concentrique, que les or-
ganes doublement transformés du verlicille sexuel sont un
mauvais agent de coordination des végétaux , quant à la
formation des classes. Le système sexuel de Linné, basé
sur les étamines et les styles , brise tous les rapports des
plantes, et le système de classification des familles créé par
Bernard de Jussieu ne les avait en partie respectés, que
par l'admission comme base première des cotylédons , c'est-
à-dire du verticille radical; tandis que, lorsqu'il prenait
pour seconde base l'insertion des étamines, il tombait dans
une suite d'exceptions et d'aberrations. C'est que l'éta-
mine, organe doublement transformé et appelé à d'autres
fonctions, ne représente plus les forces vives de la végé-
tation qui sont l'essence de la vie des plantes. Où en arri-
verait-on si on fondait la classification des animaux sur
les organes générateurs? L'essence de la plante est de
végéter; c'est donc dans les organes de la végétation con-
centrée et non dans ceux de la fécondation ou de la repro-
duction qu'il faut cherclier la coordination naturelle des
plantes, comme celle des animaux se prend dans les
organes de la motilité qui sont l'essence de la vie animale
et dans ceux de la manducation qui sont le verticille ter-
minal de l'animal. Voilà pourquoi la classification basée
sur les enveloppes florales est bien supérieure à celles
fournies par les étamines ou par les organes de la graine
et doit leur être préférée.
Le dernier verticillede végétation concentrée est l'ovaire,
qui, après la fécondation, devient le fruit. Comme nous
l'avons dit, cet organe a subi une double métamorphose
par la transformation de sa forme et de sa destination.
L'ovaire est le bourgeon terminal; toutes ses feuilles rudi-
mentaires concourent à la propagation de l'espèce, et ces
( 218 )
feuilles ont une double destination : les extérieures se
transforment en organes protecteurs de l'ovule, les inté-
rieures en organes de placentation , en sorte que la pla-
centation est le terme extrême de la végétation.
La situation de l'ovaire, quant aux organes floraux, est
l'un des meilleurs caractères des classes, bien qu'il soit
soumis à de nombreuses exceptions, comme dans les saxi-
frages, les rosacées, etc.; mais, comme la situation des ver-
ticilles floraux relativement à l'ovaire fait disparaître ces
exceptions , par l'emploi de l'insertion périgynale , la préfé-
rence que mérite celle-ci est hors de toute contestation.
Quant aux modifications du verticille ovairien , elles for^^-
ment un excellent caractère de troisième ordre, propre à
définir les familles des plantes dans un grand nombre de
cas, comme la forme et l'incurvation de la corolle et le
nombre des étamines dans d'autres. C'est ici surtout qu'il
faut appliquer le principe de Van Royen, lorsqu'il enseigne
que toutes les parties de la fleur doivent servir à la forma-
tion des ordres naturels des plantes, principe que Jussieu
a désigné sous le nom de subordination des caractères.
Les modifications fondamentales que présente le ver-
ticille ovairien transformé en fruit, sont d'être simple,
partible ou composé. Si le verticille ovairien se soude en
piléole, ou si ses divisions contractent entre elles une sou-
dure complète, le fruit sera simple, comme dans les Gra-
minées, les Composées, les Légumineuses, les Crucifères.
Si ces divisions ne sont pas soudées entre elles, mais seu-
lement adhérentes pour se disjoindre à la maturité, le
fruit est partible, comme dans les Ombellifères, les Apo-
cynées, les Labiées, les Boraginées. Enfin , si les divisions
du verticille ovairien, soit seules, soit géminées, au lieu
de se souder entre elles, restent séparées pour constituer
( 219 )
des ovaires distincts, le îruit est composé, comme dans
les Renonculacées et les Rosacées.
Il nous reste à parler de la placentation.
Disons d'abord qu'il faut ici distinguer deux organes : le
placenta et le placentaire. Le placenta dans les plantes est
le cordon qui unit la graine à la feuille péricarpique qui la
porte. Nous désignons, sous le nom de placentaire , les
organes ou parties d'organes du verticiîle carpique, trans-
formés et rendus turgescents pour porter et alimenter les
graines. L'étude du placentaire a été complètement négligée,
et pourtant l'observation nous a appris qu'il est sans con-
teste le meilleur guide pour la coordination des familles.
Nous en avons fait grand usage dans notre analyse des
familles des plantes, et M. Adrien de Jussieu a suivi notre
exemple dans son cours de botanique.
La placentation est le terme extrême de la végétation;
elle appartient toujours au dernier verticiîle rudimentaire
du bourgeon floral. Elle est l'expression de la prédomi-
nance des forces vives de la végétation par telle ou telle
partie de la feuille et la révélation de cette prédominance ,
en sorte qu'elle est en rapport direct avec la végétation.
On ne peut donc trop étudier les placentaires, pour arriver
à la connaissance de la pondération des forces dans la
plante.
Parfois, comme dans les Primulacées et les Ericinées, le
verticiîle extrême ne se divise pas et reste soudé à l'état
de piléole centrale; dans ce cas, il se formera un placen-
taire central, portant des graines sur toute la surface de
cette piléole transformée. Dans les Légumineuses, les forces
vives de la végétation tendent à se porter à l'extrémité
des feuilles, qui se subdivisenten folioles nombreux, et les
deux feuilles carpiques transformées fournissent des pla-
( 220 )
ccnlaires marginaux, témoignant ainsi la situation des
forces vives de la végétation dans ces plantes. Les Cruci-
fères, plantes à feuilles simples, présentent pour placen-
taire une feuille carpique simple, située entre deux valves
et portant les graines des deux côtés le long de la suture
intramarginale. C'est une formation ternaire de la piléole ^
terminale. Dans les Cistes, c'est comme nous l'avons dit,
la nervure centrale qui devient placentifère et porte les
ovules, tandis que dans les Rhinanthacées, les Gentia-
nées, les Saxifragées, les Crassulacées et une foule d'au-
tres, ce sont les bords de la feuille carpique qui possèdent
la force vive placentifère.
Pour exposer toutes ces modifications , il faudrait entre-
prendre l'examen de chacune des familles, et l'on verrait
qu'aucun caractère n'est plus propre à coordonner les grou-
pes naturels des plantes. C'est ce que nous avons fait dans
notre analyse des familles des planter; nous y renvoyons
ceux qui voudront connaître l'importance des caractères
tirés de la placentation. Bornons-nous donc à quelques
traits généraux.
La placentation peut être monosperme, comme dans les
Composées, les Graminées, les Cypéracées, ou polysperme,
ce qui est le cas de la plupart des familles. La placenta-
tion monosperme est toujours définie par l'absence de pla-
centaire; elle est ordinairement basiliaire, mais parfois
apicilaire, comme dans les Hippuridées, les Calycérées, les
Dipsacées et les Valérianées. La placentation polysperme
est, au contraire, pourvue de placentaire. Celui-ci se pré-
sente sous trois formes principales qui offrent une foule de
variations; il est axile, intervalvaire ou pariétal. Par rap-
port au péricarpe, la placentation est centripète ou cen-
trifuge. De la combinaison des formes que nous venons
( 221 )
d'indiquer avec les valves rentrantes ou libres du verticille
ovairien, résulte une foule de combinaisons données par la
nature, et qui sont le lien le plus solide pour définir les
familles des plantes. Ici encore l'observation vient confir-
mer la théorie des verticilles concentriques du végétal et de
leur importance pour arriver à la classification des plantes.
Nous venons d'exposer les grandes lois de la nature dans
la force concentrique du règne végétal, et l'inanité des mé-
thodes qui reposent sur les caractères endospermiques ;
nous avons montré que c'est dans les organes de végéta-
tion concentrique que la nature exprime ses analogies, en
premier lieu dans le verticille radical qui forme les grandes
divisions primaires, puis dans le verticille floral qui est le
cotylédon de la fleur et fournit les classes, enfin dans le
verticille de fécondation, les étamines, l'ovaire et les pla-
centaires qui donnent le caractère des ordres, des familles
et des genres. Si, p^ cet exposé des lois de la nature et
de la théorie de la classification basée sur la synthèse des
verticilles concentriques des plantes, nous sommes par-
venu à montrer la voie qu'il faut suivre pour arriver à la
coordination naturelle des plantes, nous aurons coopéré à
atteindre le but déjà indiqué par la grande école des Jus-
sieu, but dont la science n'aurait jamais^dù s'écarter, pour
tomber, soit dans l'annulation de la méthode naturelle que
Linné proclamait le point le plus élevé de la science, soit
dans les classifications collectives et endospermiques, qui
ne laissent rien à l'esprit, dégoûtent le botaniste et le pla-
cent dans un labyrinthe sans fil conducteur pour l'en tirer.
OPUSCULES
BOTANIQUE ET D'HISTOIRE NATURELLE,
M. B. DU MORTIER,
FASCICULE IX.
DÉCADE DE PLANTES INDIGÈNES INÉDITES-
DECEMBRE 1865.
1^, SfHL^-i^iJr. f\lj^,A'\^%c^^^4
DÉCADE
PLANTES INDIGENES INEDITES.
1. Cheiiepodiiini liaslaliim Dnirl. ined. foliis ncximinaUs , caii-
linis hastatis, ramcalibiis lanceolatis , ramis geminatis unifariis ^cijmâ
lerminali palulo-divaricalâ.
Plante haiile de 5 à 6 pieds à rameaux ouverts , entièrement glal)ie.
Tige dressée, striée de lignes vertes et jaunes. Feuilles glabres, vertes en
dessus, plus pâles en dessous, les caulinaires ovales-lancéolées, haslécs,
atténuées à la base , à lobes aigus, le central allongé, acuminé, denté, celles
des branches lancéolées et peu dentées. Rameaux florifères géminés,
étalés, allongés, entièrement dépourvus de feuilles, portant les pédoncules
d'un seul côté et seulement dii côté qui regarde le ciel, le côté vers la
terre entièrement dépourvu de pédoncules florifères. Ramules distants
longuement pédoncules , dressés , portant des fleurs en cime; ceux qui
terminent la tige, étalés-divariqués. Périgone fructifère vert. Semences
ponctuées.
Nous soupçonnons que cette espèce est le Ch. Jicifolium de plusieurs
auteurs de l'Europe centrale, car le véritable Ch. fîcifoliiim de Smith,
que nous avons vérifié dans son herbier, à Norwicb , habite principale-
ment les contrées voisines de la mer, bien qu'on le rencontre parfois à
l'intérieur des terres. Notre espèce en diffère par les lobes de ses feuilles
caulinaires aigus et non arrondis au sommet , ainsi que par sa remarquable
inflorescence qui la distingue de toutes les autres.
Nous l'avons recueillie, en août dernier, à Landen, où elle croissait en
abondance dans les champs de pommes de terre.
( 2-26 )
% Chenopodium neglectum Dmrt. ined. foliis rhombeo-ovatis den-
tatis superioribus lanceolatis integris, ramealibus linearibus, spicis vir-
gatis Iaxis.
Plante de d(^ux à trois pieds entièrement glabre. Tige dressée, simple à
la base, striée vert et jaune. Feuilles d'un vert clair, plus pâles en des-
sous , les caulinaires rhombeo-ovaies , dentées; celles des rameaux , ovales
lancéolées; celles de l'inflorescence, linéaires. Rameaux fastigiés, mais
écartés de la tige, dressés et droits. Fleurs en épis allongés et dressés, à
glomérules séparés.
Celte espèce a certainement été confondue avec le Ch. album. Elle en
diffère par ses feuilles florales linéaires , par ses glomérules distants , par
ses fleurs plus petites et par sa couleur vert-pomme. Quand on l'a étudiée,
on la distingue au premier coup d'œil sans jamais la confondre avec ses
affines. Elle est d'ailleurs plus tardive de près d'un mois.
Habite les champs sablonneux, près Tournai et Bruxelles, en Flan-
dre, etc.
3 Cbenopodlnm precatorium Dmrt. ined. fnliis inferioribus ovalis
grandidentalis, reliquis lanceolatis, spicis fasligiatis interruptis, sepalis
fructiferis alato-carinatis.
C. album var. concalenulalum Wirtgen ! in lill. {nec Thuil!)
Plante élevée, rameuse, et dont les rameaux ont deux pieds de hauteur.
Tige striée de vert et de jaune. Rameaux dressés. Feuilles inférieures
ovales grandement dentées ; celles des rameaux étroitement lancéolées,
acuminées, entières; feuilles florales linéaires. Épis très-allongés droits,
grêles, fastigiés, rameux à la base. Glomérules gros , globuleux , éloi-
gnés en chapelet les uns des autres. Sépales fructifères carinés-ailés sur
le dos!
Voici encore une espèce de Chenopodium confondue avec Valbum dont
elle diffère entièrement par ses rameaux allongés, ses épis grêles et fili-
formes , à glomérules en chapelet distants les uns des autres et globuh'ux,
par .ses sépales ailés-carinés pendant la fructification et par tout son port.
Habile dans les champs, aux environs de Coblence (Wirtgen ! )
Les Chenopodes sont les gueux et les pauvres de la botanique; c'est la
démocratie de Flore. Aussi s'en est-on trop peu occupé. Privés de fleurs
et sans aucun attrait, ils ne fixent pas l'allenlion des botanistes; ils sont
misérables, et l'on passe à cùlé d'eux en délournanl les yeux.
4. Itnmex maricatus Dmrt ined. foliis cauUnis oblongis , ramis
erecto-paiuHs , sepulis interioribus lineari-oblongis cilialo-arislatiSy
unico callifero.
( 227 )
R. sanguincus var. valvulis denlalis, Lcj. et Court. Choix de pi.
îi«810!
R. nemolopallium var. Tessalis dentalis, Ip/./ et Court. Comp. II p. 58.
Tige dressée grêle àrameanx étalés -dressés. Feuilles caulinaires oblon-
gues, arrondies à la hase, brusquement atténuées au sommet, entières.
Rameaux florifères elBlés et très-allongés, feuilles à la base, nus au
sommet. Verticilles distants et séparés les uns des autres, ceux du tiers
inférieur munis de feuilles oblongues lancéolées; les supérieurs dé-
pourvus de feuilles. Fleurs petites, assez nombreuses. Sépales intérieurs
égaux , linéaires-oblongs , munis sur les bords vers la base d'arêtes subu-
lées, l'extérieur seul callifèresur le dos, les autres dépourvus de callus.
Ayant examiné avec soin plusieurs échantillons de cette curieuse plante
qui nous ont été donnés par M. le docteur Lejeune , il nous est impossible
de ne pas la considérer comme une espèce remarquable et parfaitement
distincte. Bien que par son port elle se rapproche du Rumex nemorosus ,
elle en diffère par ses feuilles oblongnes, brusquement atténuées au
sommet et non cordées ovales atténuées dès la base; par ses rameaux
florifères feuilles à la partie inférieure et non entièrement nus; enfin, par
ses sépales intérieurs ciliés. Ce dernier caractère la rapproche du 7?. ohtu-
sifoliusy dont elle diffère par tout son port et par la présence de callus
sur un seul des sépales intérieurs et non sur tous les trois.
Habite les bois aux environs de Verviers ( Lejeune!)
5. Alcheuiilla glabra Dmrt. ined. foliis reniformibus novemlohis
petiolisque gîabris.
A. perennis major foliis ex luteo virentibus. Morisson liist. li p. 195.
A. vulgaris /3 Lin. Lapp. p. 42; Suec. éd. \ p. 48, éd. 2 p. 50.
A. vulgaris j3 giabra. Dec. fl. fr. IV p. 431.
A. vulgaris Willd. Enum. herol. 170 {nec Lin)
Cette espèce diffère de 1'^. vulgaris par laglabriélé de toutes ses par-
lies, par ses tiges couchées et par sa couleur vert-jaunâtre qui la fait
distinguer au premier coup d'œil. Elle est parfaitement distincte, car
depuis cinquante ans elle se resème dans mon jardin sans avoir jamais
subi la moindre variation.
Dès le commencement du siècle dernier, Morisson avait déjà distingué
cette Alchemille comme espèce distincte. Linné, dans sa Flora Lapponica et
dans sa Flora Suecica la réunit comme variété à son Akhemilla vulgaris ,
mais elle fut omise dans ses Species plantarum. C'est sans doute ce qui
occasionna l'erreur de Willdenow qui, dans son énuraération des plantes
cultivées au Jardin de Berlin, la décrivit, à tort, comme type de 1'.^/-
( 228 )
nhemillavulgaris. De là Terreur de plusieurs botanistes qui ont suivi.
Le savanf professeur de Berlin n'eût pas commis cette faute s'il eût con-
sulté la Flo7Yi Lapponica ou la Flora Suecica de Linné. 11 y eut vu que
l'AlchemilIe glabre n'est pas le type de VAlchemilla vulgaris, lequel est
hérissé de longs poils comme l'indique Linné.
Habite le Val-du-Leu, au monl Trinité, près Tournai, et les marais des
environs de Virton.
6. Pninionaria obscura Dmrt. ined. foliis radicalibus ohlongo-
cordatis, antheris medio tubi corollae affixis, stylo duplô brevioribus.
P. nonmaculoso folio Clus. hist. \\p. 168.
P. officinalis de la plupart des auteurs allemands.
Rhizome rampant. Feuilles immaculées, scabres, d'un vert obscur
l'été. Feuilles radicales cordées à la base, oblongues, acuminées, non
décurrentes sur le pétiole , qui est mince ettluet ; les estivales ovales-lan-
céolées. Feuilles caulinaires lancéolées, atténuées à la base, ondulées.
Fleurs deux fois plus petites que dans la Pulmonaire officinale, de couleur
obscure, d'abord d'un pourpre livide, puis violet sale. Corolle à gorge
ouverte et libre, limbe dressé. Gorge de la corolle munie d'un anneau de
poils continu. Étamines insérées au milieu du tube et sessiles. Style allongé,
deux fois plus long que les étamines.
Cette espèce, entièrement distincte de la Pulmonaire officinale, avec
laquelle on l'a confondue, a déjà été reconnue parClusius Elle en diffère
par son rhizome rampant , par ses pétioles infiniment plus minces et à
peine bordés , par ses feuilles non décurrentes, immaculées, oblongues et
non ovales, scabres et non velues; par sa fleur moitié plus petite et livide,
par l'insertion de ses étamines et par la longueur proportionnelle de son
style. La valeur de ce dernier caractère est contesté par M. Godron au
sujet de la P. tuherosa, mais, suivant nous, sans raison. Les autres diffé-
rences indiquées distinguent d'ailleurs parfaitement cette espèce.
Habile dans les bois humides du calcaire vogésien, près Virton.
7. Alonotropa abletina Dmrt. ined. caule , foliis, bracleis, floribus ,
genitalibusque glaberrimis.
M. hypophegea Wallr. Sclied. crit. 191, diagn. nec descr. nec nomen ;
Rchb. pi. crit. f. 673, ic.
M. hypopitys var. glabra Kallemb. fl. Aach. p. 176, 7iec Rolh.
Cette espèce diffère des autres par la couleur jaune d'or de toutes ses
parties qui la distingue au premier coup d'œil de ses affines. Tous ses
organes, même le stigmate , sont glabres sans la moindre apparence de
villosité.
( 229 )
Elle croît en abondance sur les racines de VAbies laxifoUa en plusieurs
endroits de la montagne du Lousberg, près d'Aix-la-Chapelle, où nous
l'avons souvent recueillie.
Il ne nous semble aucunement douteux que le genre Monolropa ,
comme celui des Orobanclies, renferme plusieurs espèces distinctes crois-
sant sur des arbres diiférents. C'est ainsi ((u'au Lousberg les sapins sont
entremêlés de pinssilvestres et y forment une forêt, sans que jamais nous
ayons pu trouver un seul pied de l'espèce ci-dessus, croissant sur les
racines du pin. Leur résidence est le sapin à l'exclusion de tous les auties
arbres. Leurs graines ont beau atteindre les racines des pins entremêlés
aux sapins, elles ne s'y développent pas. C'est précisément le fait qu'on
observe sur les Orobanches , fait qui a donné naissance à leurs dénomina-
tions spécifiques.
En étudiant les auteurs, il règne beaucoup d'obscurité sur les diverses
espèces de Monotropes. Disons d'abord que la Belgique en possède trois
espèces bien distinctes : celle du pin [hijpojntys), qui est d'un blanc jau-
nâtre et velue dans toutes ses parties; celle du hêtre [hypophegea) , qui est
blanc d'ivoire et dont les pétales et le stigmate sont ciliés-, le reste glabre;
celle du sapin (abietina), dont la plante et les fleurs sont d'un jaune d'or
brillant et qui est entièrement glabre même au stigmate. C'est la ccinfu-
sion de ces plantes qui a amené les incertitudes au sujet des espèces de
Monotropes.
Roth est le premier qui ait cherché à distinguer les Monotropes. Dans
son Tentamen florae germanicae II p. 432 , il indique deux variétés ,
l'une glabre {var. glabra)\ l'autre velue {var. hirsuta). A celle-ci, il
donne pour caractère d'avoir les pétales, les étamines, le pistil et la cap-
sule couverts de poils, ce qui indique le Monolrope du pin. Il signale sa
variété glabre, comme ayant les fleurs pubescenles [flores pubescentes).
En 181 S, Wallroth fit deux espèces de Monotropes des variétés de Roth,
le M. htjpopiUjs Lin. et le M. hypophegea Wallr. C'est ici que commence
la confusion.
Dans sa phrase spécifique du Monotrope du hêtre ou hypophegea ,
Wallroth indique les étamines et le style comme glabres , le stigmate et la
capsule comme très-glabres [Staminibus styloque obconico glabris , stig-
mate subinfundibuliformi capsulaque glaberrimis), et il ajoute à la fin de
sa description que la plante off're une variété à étamines et pétales poilus ,
comme Roth l'a indiqué. Bien plus, en établissant les différences entre ie
Monotrope du pin et celui du hêtre, il dit que ce dernier diflère de l'autre
par la couleur jaune de toutes ses parties, tandis ([u'elle est paille dans
l'autre. {Differl M. hypophegea nostra a M. hypopitys : 1" colore fotius
17
( 230 )
herbae flavescente, qui ia hoc straminis instar pallescit. Walir. schetl.
p. 193.) Or, la plante jaune et à organes générateurs glabres n'est pas
celle du hêtre, mais celle du sapin. Il est donc évident que Wallroth, dé-
crivant sur des échantillons secs, aura confondu Tune et l'autre. Sa
phrase spécifique s'applique à la plante du sapin, sa description plutôt à
celle du hêtre. Mais si la phrase diagnostique de Wallroth s'applique au
Monotrope du sapin , le nom qu'il lui donne ne peut lui convenir, puisqu'il
désigne l'espèce parasite sur le hêtre. Pour sortir de cette confusion, nous
proposons de nommer cette dernière M. hypophafjos , nom beaucoup plus
grammatical que celui créé par Wallroth.
Nous avons dit que Roth avait le premier distingué la variété glabra^
dont les organes floraux sont munis de poils. C'est cette variété que
Bernhardi a transmise comme espèce sous le nom de Monolropa glabra ,
et dont Decandollc a fait son hypopitys glabra {Prodr. VII p. 780) , puis-
qu'il lui donne pour caractère d'être presque entièrement glabre {differt
glabrilie ferè lo(d)y et d'avoir les pétales et les étamines glabres, mais
non le stigmate, Reichenbach, de .son côté, dit qu'elle croît sur le hêtre
{suijra fages invenimus. Bclib. pi. cril. V p. 49.) La Monolropa glabra
de Bernhardi est synonyme de la variété glabra de Roth; c'est-à-dire
celle du hêtre. Mais ici encore Reichenbach doit avoir fait confusion, car
la plante qu'il figure n'est pas celle du hêtre, mais celle du sapin. On le
voit, chez Reichenbach comme chez Wallroth, il y a dû avoir mélange
d'échantillons et par là confusion des espèces non velues. Dans tout cela ,
le Monotrope du sapin est resté ignoré, peut-être aussi d'autres espèces
que l'observation fera découvrir parasites sur d'autres arbres.
Pour faciliter les recherches, nous donnerons les diagnoses des trois
espèces belges :
1. M. hypopitys Lin. Gaule pubescente, bracleis ciliatis , pelalis, sta-
minibus, pistilloque hirtis.
M. hypopitys Lin. Sp. 5do; Bclib.ic. G7i. Planta tota ochroleuca,
2. M. hypophagos Dmrt. Gaule glabro, petalis ciliatis, antherîs barba-
tis, stigmate ciliato.
M. hypopitys var. glabra Holh. Tetil. germ. \\p. 462.
M. hypo[>hegea Wallr. sched. cril. 191 {pro parle).
M glabra Berhardi in lill.
Hypopitys glabra Dec. Prodr. VII p 780. Planta tota eburnea, stigmate
cilrino.
3. M.abielina Dmrt. Caule,bracteis, floribu.s,gcnitalibusque glaberrimis.
M. hypophegea Wallroth Diagn. lîchb. pi. cril. f. 673 non descr. Planta
tota aurea.
( 251 )
Les Erodium à feuilles mullifides présentent, sous un aspect général
commun, plusieurs espèces parfaitement distinctes. Dans ses premiers
ouvrages , Linné les avait tous confondus sous le nom de Géranium cicii-
tarium. Plus tard, reconnaissant que cette espèce était collective, il en
sépara les G. moschaium el romanum. Depuis, Willdenow a créé à ses
dépens V Erodium pimpinelUfolium ; Ca vanilles, le Chœrophyllum ;
Jordan, le Boreanum et autres. Bien que ces plaiites aient à peu près le
même feuillage, elles offrent des différences considérables dans les
fleurs, les étamines et les fruits. Ici encore des confusions ont lieu. C'est
ainsi que la plupart des auteurs regardent l'espèce vulgaire à fleurs im-
maculées ou E. triviale Jord., comme étant le type du G- cicutarium de
Linné, tandis que celui-ci, dans la seconde édition de sa Elora suecica ,
déclare formellement que le type de cette espèce a les deux pétales supé-
rieurs marqués d'une large macule {petala duo superiora basi macula
nolala sunt.Lm. FI. suec. p.^4ù). Ce caractère , qui donne à ces fleurs l'as-
pect d'un Pelargonium, se trouve aussi dans VE. moschaium ; mais ici
les étamines sont armées à la base d'une dent de chaque côté. Une des
deux espèces que nous allons décrire offre le même caractère ; mais ,
d'abord , essayons de coordonner les espèces indigènes à feuilles mul-
tilides.
+ EXAMINES DILATÉES A LA BASE, MAIS >0N DENTÉES.
1. E. triviale Jord., partout.
2. E. boreanum Jord., à Forest el Uccle, près Bruxelles.
3. E. glulinosum Dmrt., dunes des Flandres.
4. E. cicutarium L'Her., commun.
++ ÉTAMINES BIDENTÉES A LA BASE.
o. E. moschatum L'Her., çà et là.
6. E. dentalum Dmrt., dunes des Flandres.
Examinons maintenant les deux espèces maritimes. ^
8. Erofliuni dentatiini Dmrt. m^d. caulibus proslratis , peduncuUs
bi {loris , petalis inaequalihus immaculatis, staminibus basi bidentatis ,
aristis quinquies lortis.
Tiges couchées el couvertes de longs poils. Feuilles pinnées, les radi-
cales en rosette, à pinnules ovales profondément crénelées, les cauli-
( 23-2 )
iiaires à pinnules divisées presque jiis(|u'à la nervure. Fleurs géminées ,
roses, à pétales inégaux, oblongs, oblus, les deux supérieurs plus courts
et immaculés. Étamines dilatées à la base et munies de chaque côté d'une
dent. Rostre glabre, à arêtes cinq ou six fois tordues.
Par ses étamines bidentées, cette espèce se rapproche de VE. moscha-
lum; elle en diffère par ses feuilles caulaires plus incisées, par ses pédon-
cules biflores et ses pétales supérieurs immaculés, ainsi que par l'absence
d'odeur musquée.
Habile les dunes des Flandres, de Zélande et de Hollande.
9. Eroclium gliitiuosuni Dmrl. ined. pUis (jlanJuhsis obsUum,
cauUbiis patejiti-erectis, pelalis aequalibus immaculalis , slaminibus
edentatis , aristis ter tortis.
Racine fusiforme très-longue , cotylédons à trois lobes. Toute la plante
couverte de poils glanduleux sécrétant une viscosité abondante qui agglu-
tine le sable des dunes, dont elle est couverte. Tiges fermes , dressées, éta-
lées au sommet cl jamais couchées. Feuilles pinnées, à pinnules profondé-
ment lobées. Pédoncules biflores. Fleurs d'un blanc carné, régulières, à
pétales égaux, ovales-arrondis, tous sans tache. Étamines dilatées à la base,
mais dépourvues de dents. Rostre à poils apprîmes Arêtes trois ou quatre
fois tordues.
Cette plante est voisine de VE. boreanum, que j'observe depuis trente
ans près de Bruxelles, mais elle en diffère par ses tiges dressées et non
couchées, par ses feuilles plus profondément lobées et par les poils glan-
duleux dont elle est couverte.
Habite avec le précédent.
10. Aspltiium psoudo-Ioiichitis Dmrt. ined. frondibus simpliciter
pinnatis , pinnisindivisis grandidenlalis lobo basiliari supero lihero reni-
formi dentato.
A. Plukentii Dreissen in lilt. nec Loisel.
An A. aculeatum yBelk., FI. namur. p. 316.
Frondes d'un pied de hauteur, lancéolées , simplement pinnées, munies
de spores dans leur tiers supérieur. Slipe fortement écailleux. Folioles
indivises, en coin à la base, courbées en faux, munies de grandes dents
terminées par deux épines. Lobe basilaire séparé du reste de la foliole
jusqu'à la nervure de la pinnule , réniforme, aigu, denté , libre et appli(iué
par le côté au rachis de la fronde.
Cette belle fougère est intermédiaire entre VA. lonchitis et VA. lobalum,
bien que plus voisine de la première avec laquelle elle a souvent été
confondue. Elle se distingue de la première par sa pinnule basillaire «upé-
( 235 )
rieure détachée de la fronde et non réunie avec elle, caractère qui ne
permet pas de les confondre. La forme de ses frondes rappelle celle de
VA lobatum, mais en ditlèie par ses frondes simplement pinnées et non
composées de lobes distincts et confluents à sa base.
Habite les lieux ombragés du Limboiîrg, près Maeseyck, d'où elle nous
a été transmise par M. Dreissen. Si cette plante est, comme je le suppose,
la var. 9/du P. Bellynck, elle doit croître aussi près de Namur, à Amée et
Wepion.
Il règne beaucoup d'obscurité au sujet du Feliœ aculeala Lonchilidis
aemula nostras Pluk. Phylogr., 151 , tab. 180, fig. 5. Cette figure repré-
sente bien notre espèce, mais ses folioles, au lieu d'être simplement
dentées, sont divisées jusqu'à la la moitié et par conséquent pinnalifides.
Loiseleur Deslongchamps (notice p. 146) l'a rapportée à sa Polypodiuin
Plukenetii; Smith, dans sa Flora Britanica , l'avait attribué à deux
espèces, à son AspicUum lobatum et à la var. y de son A. andealum.Dixns
son English Flora {l^ p. 290) Smith fait de la plante de Plukenet la va-
riété (3 de son A. aculealum. Quoi qu'il en soit, notre .4. pseudo-Lon-
chitis ne peut se rapporter au Polypodium Plukenelii de Loiseleur,
puisque celui-ci donne pour caractère à son espèce d'avoir les folioles
pinnatifides {pinnis oblongo-lanceolalis pbmatifidis , lobulis acumiitato
spinosis). De Candolle,dans le cinquième volume de sa Flore française,
dit du P. Plukenetii : i^ Ses folioles sont pinnalitides , divisées près de leur
« base en lobes qui atteignent la côte moyenne, et qui rendent cette
« espèce intermédiaire entre celles simplement pennées et celles qui le
» sont une ou deux fois. » 11 est évident, par cette double indication, que
le P. Plukenetii est synonyme de VAspidium lobatum de Swartz, espèce
qui croît dans les environs de Verviers et de Malmédy, et probablement
aussi près de Namur.
Quant à la variété «y du P. Bellynck , sa description se rapporte bien à
notre espèce , mais comme nous ne l'avons pas vue , nous ne pouvons rien
alïijmer à son sujet.
OPUSCULES
BOTANIQUE ET D'HISTOIRE NATURELLE;
M. B. DU MORTIER,
Pri'sidciit lie la Société royale de Botanique ilc Eelgiqi
FASCICULE IX.
MONOGRAPHIE DES ROSES DE LA FLORE BELGE.
JUILLET 1867.
Extrait du Bulletin de la Société royale de Botanique de Belgique.
tome VI, No \. V6'2>
MONOGRAPHIE
ROSES DE LA FLORE BELGE.
II y a quarante-trois ans que nous avons publié un
premier travail sur les Roses de la flore belge, et proposé
une nouvelle métbode de classification du genre Rosa.
Dans cette notice , nous avons cru devoir former un
genre distinct de la Rosa berberifolia, plante si distincte
par ses feuilles simples et dépourvues de stipules. Ce
genre, que nous avons dédié à notre savant compatriote
Van Hulthem, auteur d'un mémoire remarquable sur Tétat
ancien et moderne de la botanique et de l'agriculture
aux Pays-Bas, ayant été admis dans la science, le reste
des espèces de Rosiers constitue un groupe essentielle-
ment naturel et dont les formes se relient tellement entre
elles qu'il est peu de points plus difficiles en botanique
que leur définition et leur coordination. C'est cette diffi-
culté qui nous a porté à reprendre ce travail et à le
compléter. Après avoir donné la monographie des Ronces
18
( 258 )
et des Saules de la flore belge, nous avons cru devoir
présenter celle de nos Roses. Les types des formes indi-
gènes de ce genre se sont considérablement accrus dans
ces dernières années par les savantes et laborieuses
recherches de MM. Crépin, Wirtgen, Martinis, Mo-
reau, Beaujean, Wesmael, Van Haesendonck, Devos et
Cogniaux, dont les communications nous ont mis à même
d'entreprendre cette monographie. M. Crépin surtout,
placé au centre de la bande calcaire du versant nord-ouest
des Ardennes, a fait des formes du genre Rosa l'objet de
ses actives recherches j il a bien voulu nous communiquer
les raretés qu'il y a découvertes et sans lesquelles notre
travail eut été tiès-incomplet. Il en est de même de
M. Wirtgen, auquel nous devons les formes les plus
curieuses de l'Eifel et des environs de Coblence. Nous
avons aussi mis à profit les notes critiques de M. Crépin
sur certaines espèces de Roses, notes publiées, soit dans
les Bulletins de V Académie, soit dans ceux de la Société
royale de Botanique de Belgique.
Il n'est point de plantes qui fixent plus légitimement
l'attention du botaniste européen que les Roses; en connaître
les espèces est le premier besoin des jeunes naturalistes.
C'est pour venir en aide à nos confrères de la Société
royale de Botanique que nous avons entrepris cette mo-
nographie, destinée à présenter toutes les formes de Roses
qui ont été découvertes sur notre sol et qui s'élèvent à près
d'une centaine. Malheureusement, les environs de nos
grandes villes se sont, depuis quarante ans, bien appau-
vris sous ce rapport, et partout les jardiniers de village
parcourent les bois et les haies pour en arracher les églan-
tiers qu'ils vendent aux horticulteurs, pour y écussonner
les variétés à fleurs doubles destinées à l'ornement des
( 259 )
jardins. II n'en est pas de même des pays de rochers et
de montagnes, où l'ennemi n'a pas étendu ses ravages;
c'est là, dans les terrains calcaires principalement, que
les Rosiers étalent leurs brillants bouquets et que le natu-
raliste peut étudier les richesses de ce beau genre de
plantes. Puisse ce travail faciliter leurs recherches et en-
richir notre flore des nouveautés qui s'y cachent et que
l'ardeur de nos jeunes savants ne peut manquer d'y
trouver.
§ 1. Historique de la classification des Roses,
Comme les Ronces, le genre Rasa présente une infinité
de formes où il est difficile de distinguer les véritables
espèces, plus difficile encore d'arriver à leur coordination.
Les caractères spécifiques des Roses sont, dit Linné, très-
difficiles à circonscrire et peut-être la nature n'en a-t-elle
pas posé (IL On conçoit que plus les espèces d'un genre
de plantes sont voisines, plus il est difficile de les coor-
donner et d'y former des groupes naturels, surtout des
sous-genres; c'est ce qui faisait dire à Marschall de Bie-
berstein : Rhodologiae clavis hucusque desideratur . . . afferet
deniqiie lucem et huic intricatissimo generi dies^'^). Linné
avait cru trouver la clé de la classification des Roses dans
le fruit qui est globuleux, ovoïde ou ovale, mais l'obser-
vation a démontré que ce caractère est sujet à varier
dans un grand nombre d'espèces, aussi a-t-il été unani-
mement abandonné.
(1) Species rosarum difficillime limitibus circumscribuntur et forsan
natura vix eos posuit. Lin. Spec. pL, 705.
(2) M. B. FL Taiirico-Caucasicaj III, p. 355.
( 240 )
C'est à De Candolle que remonte la pensée première
d'arriver à la coordination des espèces du genre Rosier en
se basant sur des caractères sérieux. Dans son Catalogue
du Jardin des plantes de Montpellier, publié en 1813, ce
célèbre naturaliste, observant que plusieurs espèces de
Roses avaient les styles soudés en colonne, proposa d'en
former une section distincte, qu'il désigne sous le nom de
Synstyleaev^K Ce n'était point là une classification du
genre, mais le premier jalon pour arriver à cette classifi-
cation, et ce jalon, pris dans les organes de la fleur, était
tellement heureux qu'il a été depuis admis par tous les
auteurs.
La même année (1813), Desvaux, en publiant un travail
sur les Roses de France, admit aussi la même base et
divisa les espèces en deux séries : 1° les Roses à styles
soudés; 2° celles à styles libres. Au surplus, Desvaux ne
reconnaît comme légitimes que très-peu d'espèces sous
lesquelles il range un grand nombre de variétés. La clas-
sification de cet auteur est reproduite, quant à ses données
principales, dans la seconde édition et les suivantes de la
Nouvelle Flore des environs de Paris, par Mérat, où chacun
peut en prendre connaissance.
Peu après, en 1816, Rau publia son ouvrage sur les
Roses des environs de Wurtzbourg^^)^ dans lequel il divise
le genre Rosa en deux sections basées : 1" sur la présence
ou l'absence des glandes à la face inférieure des feuil-
les; 2° sur la forme des fruits, leur villosité, etc. Ces
caractères, parfois inconstants et qui, dans certains cas,
(I) DC. Catalogus plantarum horti hotanici Motispelieiisis, in-S», 1813,
p. 157.
(2 I Rau Enumeratio rosarum circa Wirceburgwn cresc.entium^ in-lâ».
( 241 )
peuvent être utiles pour former des sous-divisions, ne
peuvent en aucune manière être admis comme base de
classification des Rosiers, dont ils briseraient les rapports
naturels.
Le remarquable mémoire de Woods sur les Roses d'An-
gleterre (1), présenté en 1816 à la Société Linnéenne de
Londres, ne fut publié qu'en 1818, dans le douzième
volume des Transactions de cette Société. Abandonnant la
coordination linnéenne, Woods divise le genre Rosier
en trois séries principales d'après les soies et les aiguillons
des tiges. Cet excellent travail ayant paru dans une col-
lection très-rare et que peu de personnes sont à même de
consulter, on nous saura gré d'en donner le tableau
synoptique, tel que le contiennent les Transactions de la
Société Linnéenne et sans y changer un mot.
A: Setigerae (aculeis sepius rcctis).
i. Bracteatae, sctis decicluis.
2. Subebracteatae, sctis persistentibus.
a. Serraturis simplicibus.
a. Fructu suburceolalo, aculeis paucis subae-
qualibus.
b. Fructu globoso, aculeis confertis valde
inaequalibus.
p. Serraturis serrulatis.
a. Foliis supra glabris.
b. Foliis utrinque hirsutis.
* Laciniis calycinis integris.
■f Aculeis rectis.
f f Aculeis falcatis.
^"^ Laciniis calycinis divisis.
R. cinnamomea.
rubella.
spinosissima.
ivolitta.
Doniana Woods.
gracilis W.
Sabini W.
{\) A synopsis of the British species of Rosa, by Joseph Woods [Tj^ans.
ofthe Lin. Soc, t. XII, p. 159).
( 242 )
B. Setis nullis, aculeis rectiusculis.
i.
Calycibus simplicibus. H
'. villosa.
2.
Calycibus subsimplieibus.
a. Bracteis ellipticis.
scabriuscula.
p. Bracteis lanceolatis.
heterophylla W .
3.
Calycibus compositis.
a. Serraturis serrulatis.
a, Petalis margine crenatis.
pulchella W.
b. Petalis margine integris.
tomentosa.
S. Serraturis simplicibus.
nuda W.
C. Setis nullis, aculeis uncinatis.
1.
Stylis distinctis.
of. Serraturis serratis.
a. Foliolis hirsutis.
* Pagina tota inferiore glandulosa.
t Aculeis confertis, surculorum inae-
qualibus.
Eglanteria.
ff Aculeis sparsis, surculorum subae-
qualibus.
micrantha.
** Pagina inferiore subeglandulosa.
f Pinnis calycinis confertis latissirais.
Borreri W.
•ff Pinnis calycinis raris augustissimis.
caesia.
b. Foliolis glabris.
sarmentacea W.
(3. Serraturis simplicibus.
a. Foliolis subtus venulis hirsutis.
* Pagina superiore hirsuta.
t Bracteis fructum superantibus.
bractescens W.
f f Bracteis fructu brevioribus.
dumetorum.
** Pagina superiore glabra.
t Aculeis subaequalibus.
collina.
•ft Aculeis inaequalibus.
hibernica.
b. Foliolis utrinque glabris.
* Aculeis petiolorum falcatis.
canina.
** Aculeis petiolorum uncinatis.
surculosa W.
2.
Stylis unitis.
a. Surculis suberectis ; aculeis confertis.
systyla.
S. Surculis decumbentibus ; aculeis sparsis.
arvensis.
( 245 )
Le beau mémoire de Woods n'avait point encore été pu-
blié lorsque, le 9 mai 1818, Léman présenta à la Société
philomatique de Paris un travail curieux intitulé : Note
sur plusieurs espèces nouvelles de Rosiers des environs de
Paris et sur une nouvelle méthode de décrire les espèces
du genre Rosa. Ce mémoire fut imprimé dans le Journal
des sciences physiques de novembre 1818. La méthode
de classification des espèces proposée par Léman, entière-
ment différente de celle de Woods, repose sur les dente-
lures des folioles. Le travail de Léman est resté entière-
ment inaperçu à son époque; il n'a été relevé que dans
ces derniers temps par M. Boreau, et nous en devons la
connaissance à M. Crépin. Comme il est introuvable, et
que plusieurs des espèces créées par cet auteur ont été
validées, nous croyons devoir en reproduire littéralement
le tableau synoptique, qui peut être utile aux botanistes.
I. Foliolis simpliciter dentatis.
A. Stylis coalitis. 1. R. arvensis L.
B. Stylis liberis.
a. Pedunculis glabris nudisvc.
f Foliis glabris.
* Germinibus subglobosis. 2. R. pimpinellifolia L.
** Germinibus ovato-oblongis. 3. R. lutetiana Lem.
•f-f Foliis villosis. ^. R. dumetorum Thuill.
fff Petiolis villosis b. R. urbicaLcm.
b. Pedunculis hispidis.
f Foliis villosis. 6. R. rustica Lem.
ff Foliis glabris.
* Germinibus ovato-oblongis. 7. R. andegavensîs Bast.
** Germinibus globosis. 8. R. spinosissima L.
II. Dentibus folioîorum margine inferiore serratis.
a. Pedunculis bispidis.
•f Foliolis margine nudis. 9. R.verlicUlacanthaMérat.
f f Foliolis margine glandulosis. 10. R. pumila Jacq.
( 244 )
h, Pedunculis glabris nudisve.
f Foliolis margine glaiidulosis. 11. R. hiserrala Mér.
•\-\ Foliolis glabris.
* Gerininibus globosis. 12. R. Eglanteria L.
** Gcrminibus ovato-oblongis. 13. R. canina L.
•ff-f Foliolis pubescentibus. 1^. R. tomentella Lcra.
III. Dentibus foliolorum u trinque margine
serratis glandulosisve.
a. Pedunculis hispidis.
•f Foliolis eglandulosis subtusvillosis. la. R. pubescensLcia.
f f Foliolis cglandulosis utrinque vil-
losis. . 16. R. villosa L.
i~|-f Foliolis glandulûsis.
* Gcrminibus globosis. 17. R. temdglandidosaMér.
** Gcrminibus ellipticis. 18. R. ruhiginosa L.
*** Gcrminibus elongalis. 19. R. hislrix Lem.
ftft Foliolis glabris. 20. R. nemoralis Lem.
h. Pedunculis glabris nudisve.
f Foliolis glandulosis. 21. R. se/)mm Thuill.
La même année (1818), De Candolle, revenant aux
Roses, publiait, dans la jDremière livraison du Musée helvé-
tique de Seringe(t), sa classification des espèces de Roses
qu'il préparait pour le cinquième volume de la Flore
française. Dans cette classification, comprenant le genre
en entier, DeCandolle en repartit les espèces en onze sec-
tions. Ici encore, il s'agit d'un travail presque inconnu,
et nous allons aussi en donner la reproduction textuelle.
A. Synstylées (Synstyleae). Styles soudés en colonne cylindrique ; folioles
simplement dentées en scie. — Exempl, R. arvensis, prostrata^
sempervirens, moschata, stylosa, hrevistyla, hihracteata, setigera^ etc.
(1) Scringe Musée helvétique d'histoire naturelle , vol, 1, p. 2.
Bien que cet ouvrage porte la date de 1823, la première livraison en
parut en 1818, ainsi que la préface en fait foi.
( 245 )
B. RuBiGLNÉES (Rubigineae\ Styles libres; feuilles chargées de glandes
sessiles; fruit ovale ou globuleux. — Exempl. R. ruhirjinosaj se-
pium. wnhellala, nionlana^ foetida, creticn, elc,
C. Gallicaaes (Gallicanae). Stylos libres; feuilles glauques en dessous,
chargées de quelques glandes sessiles; fruit globuleux. — Exempl.
R. gallica, provincialis , hybrida^ rcmensis, etc.
D. Chinoises (Chineuses). Styles libres ; feuilles persistantes ; fruit ovale.
— Exempl. R. indica, sinica, nivea, bracteata.
E. Cannelles (Cinnamomeae). Styles libres ; fruit ovale ou globuleux;
aiguillons rares ou nuls ; divisions du calice entières ; tiges rou-
geâtres; rameaux glabres; feuilles glabres, à peine pubescentes
en dessous. — Exempl. R. cinnamomea, rubrifolia^ alpina, lagenaria,
fendidina, etc.
F. Hébéclâdées (Hebecladae). Styles libres; fruit globuleux; divisions du
calice entières; aiguillons peu nombreux; rameaux fortement velus.
— Exempl. R. kamscliatica^ etc.
G. PiMPUENELLES (Pimpincllifoliae). Styles libres ; fruit globuleux ; aiguil-
lons droits, nombreux ; divisions du calice entières ; feuilles glabres.
— Exempl. R. spinosissima^ pimjnneHifoIia, myrîacantha., etc.
H. Velues (Villosae). Styles libres; fruit globuleux ; divisions du calice
un peu élargies en spatule au sommet; feuilles velues. — Exempl.
R. villosa, tomentosa.
I. A cent FEUILLES (Centifoliae). Styles libres; fruit ovale ; divisions du
calice pinnatifides; pédicelles hérissés de poils glanduleux; folioles
deux fois dentées en scie ; fleurs presque toujours doubles. —
Exempl. jR. centîfolia, muscosa, semperforens, maxima, franco fur-
tensis, pomponia^ elc.
J. Canines (Caninae). Styles libres, velus; fruit ovale ; divisions du calice
pinnatifides ; folioles simplement dentées en scie. — Exempl. R. ca-
niuctj alha, fastiglata, leucantlia, dumelmntm, etc.
K. Églantiers (Eglanteriae). Styles libres ; fleurs jaunes ; fruit globuleux.
— Exempl. R. Eglanteria, sulplmrea^ herberlfoUa.
Cette classification est le premier pas fait vers la distri-
bution naturelle des espèces de Roses; mais De Candolle
a plutôt senti les groupes qu'il ne les a définis. Les carac-
tères sur lesquels reposent ces sections sont tirés de la
19
( 246 )
forme des fruits et des divisions caliciiiales, de la villosité
et de la présence ou l'absence des glandes aux feuilles et aux
pédoncules, caractères purement secondaires, ce qui fait
que des plantes affines sont séparées et des espèces dispa-
rates réunies. Le travail de De Gandolle a servi de base à
beaucoup de ceux qui ont paru postérieurement et spé-
cialement à ceux de Lindley et de M. Déségiise. Il importe
donc de noter qu'à De Candolle appartient l'initiative de
la classification des espèces de Roses par groupes naturels,
et qu'en cela il a rendu un véritable service à la science.
Un travail sur les Roses qui paraît inconnu à tous les
botanistes, et que nous n'avons vu citer nulle part, est
celui de Rafinesque, où la classification des espèces de
Roses d'Amérique est basée sur la forme des sépales et du
fruit. Dans le cinquième volume des Annales générales
des sciences physiques, publié en \ 820, Rafinesque donne
la description des espèces de Roses de l'Amérique septen-
trionale (1), au nombre de trente-trois. Ce curieux travail,
fournissant quinze espèces nouvelles qui jusqu'ici n'ont
pas été relevées, est rangé en deux divisions et huit sec-
tions. En les présentant, nous indiquerons les espèces
qu'elles renferment.
li^c Qiv. — iSépales extérieurs piuuatifides.
§ 1. Fruits globuleux ou sphéroïdes. — R. ^mrviflora W. ; nitida W.;
geniellaW.] glandulosa Raf.; seligera Mx.'^ kentukensis Raf.; trifo'
liata Raf.; carolina L.; enneaphylla Raf.; elegans Raf.; globosa Raf.;
cursor Raf.
(1) Prodrome d'une monographie des Rosiet's de l'Amérique septen-
trionale, contenant la desciHption de lo (16) nouvelles espèces et 20 variétés,
par C.-S. Rafinesque. Publié dans le 5^ vol., p. 210, des Annales géné-
rales des sciences physiques de Bory, Drapier et Van Mons. Bruxelles,
1820, in-8o.
( 247 )
§ 2. Fruits ovales ou coniques. — R. pratensis Raf.; evratina Dumont.
§ 3. Fruits obovales ou turbines. — R. aciiminataB.Sif.] riparia Raf.
§ 4. Fruits oblongs ou ellipsoïdes. — R. flexuosa Raf.
2<^ Div. — iSépales sans appendices laléraux.
§ S. Fruits globuleux ou sphéroïdes. — R. lucida W.; rubifolia Ait.;
hlanda W.; lyonii P. 5 obovata Raf.; serrulata Raf.
§ 6. Fruits ovales ou coniques. — R. laevigata Mx.; suaveolens V.
§ 7. Fruits obovales ou turbines. — R. nivea Raf.
§ 8. Fruits oblongs ou ellipsoïdes. — R. penduliiia W.; dasistema Raf.
Espèces douteuses. — R. palustris Dumont; serotina Donn et
Muhlenberg ; cherokensis D. et 31.; stricta D. et M.
Supplément. — R. jmsilla Raf.
Nous voici parvenus à la première grande époque de
l'étude des Roses, celle des traités généraux et des ou-
vrages importants sur cette matière, l'époque des Lind-
ley, des Thory, des Redouté et des Trattinnick. En 1820,
tandis que notre compatriote Redouté éditait son splendide
ouvrage sur les Roses, Thory publiait son Prodrome de la
monographie du genre Rosier, et Lindley, sa Rosarum mo-
nographia. Voyons d'abord le premier.
Thory (0 divise le genre Rosa en cinq sections princi-
pales, qui se subdivisent en vingt-cinq groupes secon-
daires. Les cinq sections principales sont factices et non
comparatives. La première est basée sur la direction des
tiges; la deuxième, sur les modifications des feuilles; la
troisième, sur celle des urcéoles; la quatrième, sur la
considération des étamines et la cinquième, sur celle des
styles. De leur côté, les vingt-cinq groupes reposent aussi
(1) Thory Prodrome de la monographie du genre Rosier, i vol, in-12o ;
( 248 )
sur des caractères sans valeur. Douze d'entre eux sont
composés d'une seule espèce, d'autres, d'espèces doubles
ou pleines, c'est-à-dire monstrueuses et ainsi altérées par
la culture, d'autres encore sont établis sur des caractères
de peu d'importance. Telles sont les Floridées, les Cinna-
momées, les Centifoliées, les Pomponiées, les Galliques,
les Turbinées, les Indiennes, etc. Au surplus, si l'ouvrage
de Thory laisse beaucoup à redire quant aux divisions,
il offre des résultats beureux quant aux espèces sous
lesquelles les variétés sont groupées avec soin et presque
toujours avec le plus grand discernement.
La monograpbie des Roses de LindleyO est sans con-
teste l'ouvrage le plus remarquable qui ait été écrit sur
cette matière; il est fait dans des vues essentiellement
pbilosopbiques et avec une profonde connaissance de
toutes les espèces et variétés de Roses, dont il a étudié la
plus grande partie sur des plantes cultivées par Sabine
et les grands horticulteurs d'Angleterre. Lindley, dont la
monograpbie s'étend à toutes les Roses connues et non à
celles d'une contrée spéciale, divise le genre Rosa en
onze sections dont nous allons donner l'analyse.
i. SiMPLiciFOLiAE. Feuillcs simples, sans stipules.
2. Féroces. Rameaux couverts d'aiguillons et recouverts de duvet.
Fruit nu.
3. Bracteatae. Rameaux recouverts de duvet ainsi que le fruit. Environ
IbO ovaires.
i. CixNAMOMEAE. îlejetous sétigères ou inermes. Folioles lancéolées ,
glanduleuses. Fleurs munies de bractées.
5. PiMPiNELLiFOLiAE. Rcjctous sétigères. Folioles ovales. Fleurs sans
bractées.
(2) Rosarum monogi^ajj/tiaor aBotanical History of RoseSj i vol. in-S»;
London, 1820.
( 249 )
6. Centifoliae. Tiges munies craigiiillons de deux sortes. Sépales com-
posés.
7. ViLLOSAE. Tiges munies d'aiguillons droits. Feuilles ovales. Sépales
persistants.
S. RuBiGiNOSAE, Tiges munies d'aiguillons inégaux. Feuilles glanduleuses.
Disque épais.
9. Canixae. Aiguillons égaux, crochus. Feuilles églanduleuses. Sépales
caducs.
10. Systyleae. Styles soudés en colonne. Stipules adnées.
M. Bakksieae. Tiges grimpantes. Stipules libres, caduques.
La première de ces sections est formée de la Rosa ber-
berifolia qui est devenue notre genre Hulthemia. Les
Roses proprement dites composent donc les dix autres
sections. Celles-ci sont établies sur divers caractères tirés
tant de la végétation que de la fleur, Lindley mettant
tour à tour, et suivant le besoin, à réquisition les tiges, les
aiguillons, les stipules, les feuilles, les bractées, les glandes
et les poils, l'urcéole, le disque, les étamines et les styles.
Cette attribution d'une valeur égale aux caractères de la
végétation et à ceux de la fécondation est une faute contre
la pliilosophie de la science, et la variation des caractères
d'un groupe à l'autre empêche qu'ils ne soient compara-
tifs; il y a là manque complet d'unité. Et pourtant la
classification de Lindley est encore aujourd'hui ce qu'on
a de mieux sur la coordination des Roses. Cependant on
ne peut méconnaître l'extrême analogie de la classification
de Lindley avec celle de De Candolle. Sans doute, il en
a perfectionné les groupes et leurs caractères, mais pour
peu qu'on les étudie toutes deux, on doit confesser que
l'idée primitive et la plupart des sections ont été emprun-
tées à De Candolle.
Le savant ouvrage de Lindley semblait approcher de
l'ordre naturel et paraissait devoir fixer les bases de
( 250 )
rétude des Roses, cependant Trattinnick, dans sa mono-
graphie publiée en 1823(1), s'éloigne totalement des tra-
vaux de ses prédécesseurs. Il subdivise le genre Rosier
en vingt-quatra séries dédiées à des botanistes et dont
voici l'indication avec les Roses qu'elles comprennent.
1. Jacquimaxa (ce sont les roses galliqucs).
2. Lawranciaisa (les roses pompon).
5, DupoMiANA (les roses turbinces).
4'. Smithiaka (les roses de Chine).
5. BiEBERSTEiMANA (Ics roses tomenteuses).
6. Rauiana (ce sont les canines).
7. RoESsiGiANA {Rosa lutea seule).
8. Candolleats'A (les rubigineuses).
9. Neesiaka {l\. lurida, rubrifolia et glaucescetis),
10. Willdenowiana (les synstylées).
11. Redouieâna {R. clinoj)htjlla seule).
12. Desvauxiana (jR. spinulifolia, acicularis, foetida, glandulosa et Pou-
zini).
13. Kitaibeliana [R. reversa seule).
ii, HoppEANA {R. rugosa Thunb. seule).
15. WooDSiANA (les pimpincllifoliëes).
1(3. Sprekgeliana (R. marginata einankinensis).
17. Likkiana (les Cinnamomées).
18. Andrewsiana {R. Redoutea, nitida, corruscans et rubrisjnna).
19. Purshiana (les féroces de Lindley).
20. Wendlakdiana [R. hracteata^ Lindleyana et Lyellii).
21. Lindleyana {R. Wallichii e{ microphglla).
22. Thoryana (les roses alpines).
23. AiTONiANA {R. Ranksia seule).
24'. Pallasiana [R. berherifolia seule).
Quant aux caractères assignés à chacune de ces séries,
il y règne un vague et une confusion inexplicables ; qu'on
il) Rosacearum monograj)hiaj vol. 1 et 2, in-12''; Vindobonae, 1823.
( 251 )
en juge par ceux assignés à la première série : frutices
humiles, grandifoUi, grandiflori, rmiltis aciileis et glandulis
muniti, ad anomaUas prae caeteris proni. Voilà donc un
groupe caractérisé par de grandes fleurs, de grandes
feuilles et beaucoup d'aiguillons et de glandes. Nous le de-
mandons, est-ce là une diagnose ? et il en est de même de
tous les autres. Tout cela est arbitraire et ne peut souffrir
une analyse sérieuse. Au surplus, le livre de Trattinnick
est le point de départ de tous les ouvrages où les diverses
formes de Roses sont élevées au rang d'espèces et sous ce
rapport il a une véritable importance.
Jusqu'ici toutes les métbodes présentées, bien que plus
ou moins savantes et naturelles, offraient le défaut ca-
pital de manquer d'unité, en faisant reposer le caractère
des groupes tantôt sur un organe, tantôt sur un autre,
ce qui entraînait la conséquence de n'être pas for-
mées de groupes comparatifs. Nos études sur les Roses
nous démontrèrent qu'il était possible d'arriver à l'unité en
prenant le nectaire pour base de la classification des Roses.
C'est dans cette vue qu'en 1824-, dans notre Notice sur le
genre Hulthemiai^), nous avons proposé de diviser le genre
Rosier en quatre sous-genres, en écartant préalablement
la Rosa herberifoUa, si distincte par ses feuilles simples
et dépourvues de stipules. Celle-ci, qui forme notre genre
Hulthemia, a été depuis également reconnue devoir for-
mer un genre spécial par Lindley, qui l'a désignée sous le
nom de Lowea dans le Botanical Register, t. 1261, et par
Ledebour sous le nom de Rhodopsis, dans le second vo-
(1) Notice sur un nouveau genre de plantes : Hulthemia ; précédée d'un
aperçu sur la classification des Roses, par B. C Du Mortier, in-S"; Tournay,
1824.
( 252 )
lume de sa Flora Altaica, publiée en 1830. Débarassé de
cette plante hétéroclite, le genre Rosa peut donc se divi-
ser, d'après le nectaire, en quatre sous-genres, que nous
avons définis de la manière suivante :
1. Chamaerhodon. — Nectaire nul ou presque nul.
2. Cassioriiodo.x. — Nectaire raincc inséré sur le calice, bientôt des-
séché.
3. Cy>oriiodo>'. — Nectaire épais inséré sur l'urcéole et resserré à
la gorge. Styles libres^ capités.
4:. Stylorhodox. — Nectaire épais inséré sur Turcéole et resserré à la
Bientôt après, en 1827, reconnaissant que le sous-genre
Cynorhodon comprenait un trop grand nombre d'espèces,
nous l'avons soumis, dans notre Prodrome de la Flore
Belge, aux sections de Lindley, en le subdivisant en Centi-
foliées, Rubigineuses, Velues et Canines, mais seulement
à titre de divisions de second ordre.
Dans le second volume du Prodrome de De Candolle,
publié en 1827, Seringe, chargé d'y traiter monogra-
phiquement le genre Rosa'^^^ reconnaissant les vices de
la classification des Roses qu'il avait publiée en 1818,
modifie celle-ci et la réduit à quatre sections, savoir :
1. Si/nstylae. — C'est la section établie en 1815 par De Candolle.
2. Chineuses. — Styles libres. Sépales presque entiers, réfléchis.
3. Cinnamomeae. — Styles libres. Sépales entiers ou subpinnatifides,
connivents après l'anthèse. Aiguillons slipulaires géminés, rarement
nuls.
4. Caninae. — Styles libres. Sépales pinnatifîdes, défléchis après l'anthèse
et caducs. Aiguillons épars, non stipulaires.
(1) Ser. în DC. Prodr., Il, p. 597; in-8, 1827.
( 253 )
»
On ne peut méconnaître que cette division est mal
établie et qu'elle est soumise à tîe nombreuses exceptions.
Le caractère des sépales simples ou pinnatifides est
inexact, puisque les sépales extérieurs des Cinnamomées
présentent souvent des découpures rudimentaires. D'autre
part, bien des Caninées de Seringe, comme la R. mollis-
sima, la R. frutetorum et autres, ont les sépales per-
sistants et érigés. Les aiguillons stipulaires présentent les
mêmes variations.
L'année suivante, en 1828, Wallrotb publia son bistoire
des Roses (^, dans laquelle il divise les espèces du genre
Rosier en deux sections, d'après les divisions du calice,*
qui sont ou entières ou pinnatifides. Nous venons de
montrer l'inanité de cette distribution. Wallrotb répartit
d'ailleurs toutes les Roses en vingt-quatre types compre-
nant oOO variétés que plusieurs auteurs ont élevées au
rang d'espèce.
L. Reichenbacb, dans le second volume de sa Flora
germanica exairsoria ^^) , publiée en 1852, reproduit à
peu près la métbode de Woods, en divisant les Roses
d'après les aiguillons des tiges, mode qui depuis a servi de
base à beaucoup de coordinations des Roses d'Europe. Sous
cette division primordiale, Reicbenbacli place, ainsi que
nous l'avons fait dans notre Prodrome, les séries de Lind-
ley comme subdivisions des séries d'ordre supérieur.
C'est ce que va montrer la classification des Roses de ce
savant botaniste.
(1) Rosae plantarum generis historia succincta , accommodata, a F. -G.
Wallroth, 1 vol. in-S"; Nordhusae 1828.
(2) Flora germanica excursoria^ auctore Ludovico Reichenbacb ; Lipsiae,
2 vol. in-l6o, 1830-1832.
( 254 )
A. Setigerae : turiones recti-aculeati simulatque setigeri.
* ebracteatae aut angustibracteatae,
** latebracteatae.
B. AcLLEosAE : turiones absque setis, aculeati.
* villosae : aculeis rectiusculis^ foliolis mollibus.
** rubiginosae : aculeis recurvatis, foliolis subtus etiaiii
inter venas sparsira glandulosis.
*** caninae : aculeis recurvatis, foliolis subtus (costâ quibus-
dam excepta) eglandulosis.
**** centifoliae : aculeis difformibus, foliolis rugulosis.
***** nitidae : foliolis laevissimis nitidis, stylis subcohaerenti-
hus, quibusdam hologynis.
Au travail de M. Reiclienbach, succède, dans l'ordre
chronologique, celui de Koch. Ce savant, dans son Sy-
nopsis, publié en 1837(1), distribue les Roses d'Allemagne
en quatre sections basées sur les carpelles sessiles et sti-
pités. Koch a vu que, dans certaines espèces, les ovaires
du centre de l'urcéole sont stipités, tandis qu'ils sont ses-
siles dans d'autres, et c'est sur cette donnée nouvelle qu'il
propose la classification que nous allons exposer.
1. Pimpinellifoliae. — Ovaria in centro calycis breviter stipitata. Flores
solitarii, ebracteati. Stipulae subconformes.
2. Cinnamomeae. — Ovaria in centro calycis breviter stipitata. Flores
plures, bracteati. Stipulae ramulorum florentium conspicuè la-
tiores.
3. Caninae. — Ovaria in centro calycis longé stipitata, stipite ovarium
aequante. Stipulae ramulorum florentium dilatatae.
4. Nobiles. — Ovaria omnia penitus sessilia, stipite destituta. Stipulae
conformes.
A la première section, appartiennent les R. lutea, pim-
pinellifoHa et alpina ; à la seconde, les R. cinnamomea,
(I) Koch Synopsis Florae germanicae et helveticae, éd. I, p. 221, 2 vol.
in-8oj Francofurti, 1837.
( 255 )
tiirbinata et rubrlfoUa; à la troisième, les R. canina,
rubiginosa, tomentosa et stylosa; à la quatrième, les R. ar-
vensis et gallica. On voit par là que les rapports naturels
sont mal servis par ce système.
En '1848. dans le premier volume de la Flore de
Francei^), M. Grenier présenta sa première classification des
Roses; elle est basée sur les stipules. En voici l'ordonnance.
1. Stipules toutes semblables; ovaires sessiles.
a. Styles libres.
b. Styles soudés en colonne.
2. Stipules supérieures des rameaux fleuris dilatées.
a. Ovaires du centre brièvement pédicellés.
b. Ovaires du centre longuement pédicellés.
Cette classification , qui rentre dans celle de Koch ,
ayant été abandonnée par son auteur, nous ne nous y
arrêterons pas.
Modifiant la méthode de Woods, et tenant compte des
premières idées de De Candolle, M. Godet, dans sa Flore
du Jiirai'^}, publiée en 1855, divise les Roses en premier
lieu par les styles et, en second lieu, par la forme des
aiguillons et des acicules, tantôt réunis sur la même tige,
tantôt d'une seule espèce, droits ou crochus, ce qui lui
fournit les divisions suivantes.
A. systyleae.
B. diastyleac.
campylacanthae.
ortbacantbae.
dimorphacanthae.
homoeaeanthae.
leptacanthae.
(1) Flore de France, par Grenier et Godron, in-8»; Paris, 1848-1856.
(2) Godet Flore du Jura, in-8», 1855.
( 2o6 )
Ce système, qui repose sur des modifications infinité-
simales, est d'une application trop difficile pour pouvoir
être adopté. Il rompt d'ailleurs un grand nombre d'affinités
naturelles.
Nous ne pouvons passer sous silence la classification
des Roses anglaises par notre savant confrère M. Babington.
Dans son Manual of British Botanyi^), il coordonne les
espèces de ce genre d'après les aiguillons, comme l'a fait
Woods, mais avec quelques différences.
1. Rejetons raiinis de soies; aiguillons à peine courbés.
* Bractées larges.
** Bractées petites ou nulles,
2- Rejetons ordinairement dépourvus de soies ; feuilles glanduleuses
spécialement au-dessous.
* Aiguillons uniformes; soies nulles ou presque nulles.
** Aiguillons variables entremêlés de soies.
3. Rejetons ordinairement dépourvus de soies ; feuilles sans glandes.
* Styles distincts.
** Styles soudés en colonne.
En 1861, parurent deux ouvrages importants pour
l'histoire des Roses, le catalogue de M. Reuter et la
monographie de M. Déséglise. Le premier prend pour
base de sa classification la persistance et la caducité des
sépales, caractère dont la valeur ne saurait être contestée,
mais qui a le désavantage de rompre les rapports naturels
des espèces. S'il est vrai, en effet, que les Pimprenelles
et les Cinnamomées ont les sépales persistants, ce carac-
tère s'observe aussi dans certaines Tomenteuses et Canines.
Dans sa monographie des Rosiers de la flore de la
(2) Manual of British Botany^ by C. Babington, in-12''; London.
( 257 )
France(^), publiée en J861, M. Déséglise divise les Roses
de France en neuf sections, qu'il a reproduites, en en
modifiant les caractères, dans ses observations sur les
classifications des Roses 1^', où nous empruntons ses ca-
ractères diagnostiques.
1. Systylae Styles soudés en colonne.
2. Gallicanae Aiguillons mêlés de soies; l'euillcs coriaces; styles libres
ou rapprochés en colonne.
3. CiisiNAMOMEAE. Aiguillous dcs tigcs de deux sortes , droits et sétacés ,
ceux des branches stipulaires; sépales entiers; pédoncules munis de
bractées
i. Eglanteriae Feuilles glanduleuses en dessous; fleurs jaunes.
5. Pjmpinellifoliae Aiguillons nombreux, horizontaux droits; feuilles
petites semblables à celles du Poterium; sépales persistants.
6. Alpixae. Tiges inermes ou munies d'épines sétacées ; feuilles glabres;
sépales entiers, persistants
7. Caninae. Aiguillons uniformes^ pas de soies glanduleuses; feuilles
non glanduleuses en dessous ; sépales extérieurs pinnatifides.
8. RuBiGixosAE. Aiguillons crochus; feuilles couvertes en dessous de
glandes visqueuses.
9. Villosae. Aiguillons droits ; feuilles tomenteuses ou velues des deux
côtés; sépales persistants ou caducs.
Cette classification, qui est celle de De Candolle, à
l'exception des sections étrangères à la France, présente
cependant quelques différences notables dans l'application.
Comme dans celle-ci, à l'exception de la tribu des Syn-
stylées, les caractères sont puisés dans les organes de la
végétation. M. Déséglise est le créateur de la section des
(1) Essai monographique sur cent cinq espèces de Rosiers appartenant à
la flore de France, par Alfred Déséglise, 1 vol. in-S" ; Angers, 1861.
(2) Observations on the différent methods proposed for the classification
of the species of the genus Rosa, by A. Déséglise ; Huddersfield, 1860,
in-So.
( 2o8 )
Alpines. Comme nous venons de le dire, dans son dernier
travail, il a entièrement refait les caractères de ses tribus
en leur donnant une précision qu'ils n'avaient pas d'abord.
Toutefois, les inconvénients signalés à la classification
de De Candolle reviennent tout entiers à celle-ci.
La dernière classification des Roses qui ait paru est celle
présentée, en 1865, par M. Grenier dans sa Flore de la
chaîne jurassique*'' et ce n'est certes pas la moindre.
L'intérêt qu'elle présente nous porte à la reproduire avec
l'indication des espèces. On remarquera que si les divi-
sions de premier et second ordre reposent sur les aiguil-
lons, celles de troisième ordre ont pour base l'emploi
constant des caractères tirés des organes floraux.
A. Aiguillons sétacés ou suhulés, droits ou faiblement arqués.
\. DiMORPHACAivTHAE. — Aiguilloiis (le deux sortes, vigoureux ou sétacés.
Sépales réfléchis, caducs.
R. austriacttj rjallica, hybrida^ consanguinea , alba.
2. CoBONATAE. — Aiguillous sétacés et subulés. Sépales dressés, persis-
tants. Feuilles non tomenteuscs.
* Aiguillons tous sétacés.
R. spinosissima, rubella^ alpina.
** Aiguillons sétacés ou subulés ou tous subulés.
R. sabauda, salevensis, spinulifolia.
3. ViLLOSAE. — Aiguillons tous subulés. Sépales dressés ou étalés. Feuilles
non tomenteuses.
* Sépales dressés et persistants.
R. coronata^ mollissima^ vestita, cinnamomea^ pomifera.
** Sépales étalés, ne persistant que jusqu'à la coloration du fruit.
R. tomentosa, insidiosa, dimorpha.
{{) Flore de la chaîne jurassique ^\idiV Ch. Grenier, in-S», vol. 1 ; Paris,
1863.
( 239 )
i. Ambiguae. — Aiguillons tous subulés. Sépales étalés, caducs à la colo-
tion. Feuilles glabres ou pubescentes^ mais non tomenteuses.
* Folioles munies de glandes à la face inférieure.
jR. foetida, alpestris.
** Folioles dépourvues de glandes à la surface inférieure.
R. orophila, montana^ Chavini^ ruhrifolia.
B Aiguillons larges^ comprimés, recourbés-crochus.
3. Caninae — Feuilles non glanduleuses sur les deux faces.
§§1. Sépales dressés ou subétalés, persistants au moins jusqu'à la
coloration du fruit.
R. solstitialis, Reuteri.
§§2. Sépales réfléchis et promptement caducs.
* Styles soudés en colonne aussi longue que les étamines.
R. arvensis,
** Styles glabres, libres ou soudés, plus courts que les éta-
mines.
R. slylosa.
*** Styles pubescents, hérissés ou velus. Feuilles glabres. Fruit
sphérique.
R. sjihaerîca, glohularis.
**** Styles pubescents, hérissés ou velus. Feuilles glabrescentes.
Fruit ovoïde ou oblong.
R. canina^ tracltyphylla, dumalis, biseriHita.
***** Styles pubescents, hérissés ou velus. Feuilles plus ou moins
pubescentes à pétiole velu-tomenteux.
R. dumetorum, urhica, affinis, platyphylla.
6. RuBiGiNosAE. — Feuilles plus ou moins glanduleuses sur les deux faces,
mais non tomenteuses.
* Styles velus ou hispides.
R. tomentella, Kliikii, graveolens, rubigînosa.
** Styles glabres,
R. sepium, Lemani, micrantha.
Nous venons d'exposer les diverses classifications des
espèces du genre Rosa. Ces classifications sont nom-
breuses, mais on peut les ramener à quelques types prin-
( 260 )
cipaux, comme Ta indiqué M. Déségiise dans son récent
travail sur la classification des Roses. Ces méthodes sont
de deux sortes; les unes se basent sur les divers caractères
que présentent tous les organes de la végétation et de la
floraison de la plante, appliquant successivement l'un ou
l'autre de ces caractères suivant la nécessité du moment;
les autres sont établies sur la considération d'un seul
organe pris, soit dans la végétation, soit dans la fleur.
Parmi les vingt méthodes que nous venons d'exposer, six
font, comme nous venons de le dire, reposer leurs sections
tantôt sur un caractère, tantôt sur un autre : ce sont celles
de De Candolle, Thory, Lindley, Trattinnick, Seringe et
Déségiise; sept reposent sur un caractère unique, tiré de
la végétation : sur les glandes des feuilles, par Rau, sur les
dentelures des folioles, par Léman, sur les stipules par
M. Grenier, dans sa première classification, sur les aiguil-
lons, par Woods, MM. Reichenbach et Babington , et
M. Grenier, dans sa seconde classification. Les méthodes
reposant sur l'étude des organes floraux sont au nom-
bre de six. Deux ont pour base les styles soudés ou
non, Pune de De Candolle et l'autre de M. Godet;
trois reposent sur les divisions du calice, celles de Ra-
finesque, de Wallroth et de M. Reuter; la classification
de Koch est basée sur les carpelles sessiles ou pédicules ;
la nôtre est basée sur la présence, l'absence et l'insertion
du nectaire.
§ 2. Des principes de la classification des Roses.
Bien que le genre Rosier soit l'un des plus naturels du
règne végétal, il renferme cependant des subdivisions fa-
ciles à saisir. Personne ne confondra une Rose pimpinelli-
( 261 )
foliée ou sarmenteiise avec un Églantier ; la distance qui
les sépare est aperçue au premier coup crœil. Des divi-
sions existent donc dans la nature, et c'est à les établir sur
des caractères solides que les botanistes ont cherché à
arriver par les méthodes si diverses que nous venons
d'exposer. Comme nous l'avons dit, ces méthodes sont
de deux ordres : les unes reposent sur l'ensemble des ca-
ractères, mettant à profit, pour chaque groupe, tantôt l'un,
tantôt Faiitre. Ainsi, dans ces méthodes, le groupe des
Synstylées est défini par les styles soudés en colonne, celui
des Gallicanes, par le mélange de soies et d^aiguillons sur
les tiges, tandis que les Rubigineuses ont pour caractère les
glandes et les Velues, la pubescence des feuilles. Il y a là
manque complet d'unité et en outre bien souvent il arrive
qu'une espèce ou variété possède les caractères qui ser-
vent à définir un groupe différent. De là confusion et
arbitraire dans le placement de certaines formes. Prenons,
par exemple, le dernier travail d'un des plus savants écri-
vains sur les Roses, M. Déséglise, qu'y voyons-nous? La
Rosa Sabini, espèce sociale si voisine des Pimprenelles,
est placée dans la section des Tomenteuses, tandis que la
R. sabauda, qui n'en est qu'une simple variété est rangée
dans la tribu des Alpines. Dans ces conditions, la variété
subnuda de M. Crépin devrait figurer parmi les Rubigi-
neuses. Voilà donc trois variétés d'une seule et même
espèce placées dans trois sections différentes; de même,
dans la Flore de la chaîne jurassique, la Rosa coronata
est placée parmi les Villosae et la /?. sabauda, qui n'en est
qu'une faible variété, parmi les Coronatae. C'est la consé-
quence inévitable de ce genre de méthode, avec laquelle
il n'en peut être autrement, puisque, d'un côté, les carac-
tères descriptifs varient dans les séries parallèles, c'est-à-
30
( 262 )
dire d'une tribu à l'autre, et que, d'autre part, les caractères
des Roses pris dans la végétation sont souvent variables
d'une espèce à sa variété. Il est donc évident que cette
manière de procéder n'a rien de comparatif et qu'elle
prête à des exceptions nombreuses et des erreurs. Géné-
ralement, les groupes ont été bien établis par Lindley,
mais les caractères sur lesquels ils reposent sont sujets à
de justes reproches.
Toute méthode de classification doit, avant tout, être
comparative, ce qui ne peut s'obtenir que par l'emploi
d'un seul organe pour chaque série parallèle. Cette unité,
plusieurs ont cru la trouver dans les organes de la végé-
tation, d'autres, dans ceux de la fleur; or, on ne peut
méconnaître que les caractères tirés des organes floraux
ont une bien plus grande valeur que ceux empruntés à
la végétation. Les premiers, tirés des organes de concen-
tration des forces vives de la plante, présentent une fixité,
une invariabilité, bien plus grande que ceux empruntés
aux organes du développement centrifuge : c'est là un
point acquis à la science et sur lequel il est inutile d'in-
sister. Les caractères tirés de la végétation peuvent bien
servir à former, dans un genre, des divisions secondaires,
mais jamais ils ne peuvent former les divisions de premier
ordre, pas plus sous-genres que genres. Ouvrez tous les
ouvrages des maîtres de la science , vous y verrez les
sous-genres définis par des caractères tirés de la fleur ou
du fruit, jamais par ceux empruntés aux organes de la
végétation. C'est que la nature, en créant les groupes
d'espèces, a caché dans la fleur le secret de ses réunions,
en sorte que c'est là que le véritable botaniste doit aller
chercher le mystère de la formation des genres et des
sous-genres, afin d'arriver à l'unité. La raison l'exige, la
science le commande.
( 265 )
A côté de cette observation, il en est une autre non
moins importante. Ainsi que nous venons de le dire,
Lindiey a généralement bien établi les groupes d'espèces
de Roses ; mais ces groupes ont-ils entre eux, comme
il le propose, une même valeur, une valeur parallèle? A
cette question, la négative n'est pas douteuse. Il n'est
personne qui ne reconnaisse au premier coup d'œil que
la distance qui sépare les Roses pimpinellifoliées ou les
Cinnamomées des Roses canines est bien autrement grande
que celle qui sépare les Canines des Rubigineuses et des
Tomenteuses. Les premières sont fondamentales et offrent
des réunions entièrement distinctes; les autres ne sont
que des modifications d'un seul et même type, l'Églantier.
Il y a donc là des groupes de valeur différente, les uns
plus voisins entre eux et ne formant que des modifica-
tions d'un sous-type, les autres plus éloignés et formant
des types distincts.' C'est dans cette observation compara-
tive que réside le véritable progrès de la science. Là est la
loi de subordination des caractères et des groupes si bien
établie par de Jussieu et qui forme la base sur laquelle
repose tout l'édifice de la science. Rechercher la subor-
dination des groupes, étudier la subordination des carac-
tères, voilà ce qu'exige le véritable progrès de la classifi-
cation des Roses.
Nous venons de montrer qu'il existe dans les Roses des
groupes et des caractères de valeur différente. Pourquoi
le groupe des Synstylées, formé par De Candolle, a-t-il
été admis dans toutes les classifications des Roses? C'est
parce qu'il repose sur des caractères tirés des organes
floraux et qu'il représente un groupe entièrement distinct
par son port. Malheureusement ce groupe ne comprend
qu'une petite fraction des espèces de Roses : le style ne
( 264 )
se prêtant pas à d'autres combinaisons. Il faut donc re-
courir à d'autres caractères tirés de la fleur et du fruit,
pour former les divisions du premier ordre. Wallroth et
M. Reuter ont cru les trouver dans les divisions du calice,
entières ou pinnatifîdes, persistantes ou caduques. L'ob-
servation a démontré que la persistance ou la caducité»
des sépales, bien que fournissant, ainsi que Ta fait re-
marquer M. Crépin , un caractère organique excellent
pour la définition des espèces, ne peut servir à former
les tribus, puisque dans chacune des divisions des Canines,
des Tomenteuses et des Rubigineuses, on trouve des Roses
à sépales caducs et d'autres à sépales persistants jusqu'à
la complète maturité du fruit. On ne peut donc établir des
divisions de premier ordre sur un tel caractère. Et quand
aux laciniures des sépales, si elles sont plus développées
dans les Canines , elles n'en existent pas moins à l'état
rudimentaire dans la plupart des autres. C'est ce qui a
donné lieu à ce charmant distique où le sépale intermé-
diaire de la Rose parle au spectateur :
Quinque sumus fratres, barbatus unus et aller,
Imberbesque duo, sum semiberbis ego.
Dans plusieurs groupes, on trouve des formes de sépales
plus ou moins entières, plus ou moins laciniées. Les Roses
dites chinoises semblent plus constantes à ce sujet, mais
là, au lieu des laciniures qui y avortent, on observe à
leur place une ligne de glandes stipitées qui ne sont que
les rudiments de ces laciniures avortées. Ce caractère ne
peut donc pas servir de base première de classification
des Roses.
Les ovaires ont été mis en avant par Koch pour obtenir
une distribution naturelle et comparative des espèces de
Roses. Ce savant ayant observé que dans les Canines
( 265 )
les ovaires situés au centre de l'urcéole sont munis d'un
stipe égal en longueur à l'ovaire lui-même, que dans les
Pimpinellifoliées et les Cinnamomées ces ovaires du
centre sont brièvement stjpités, tandis qu'ils sont sessi-
les dans les Centifoliées et les Galliques, il adopte ce carac-
tère comme base de classification des espèces. Il a été suivi
par le savant M. Godron dans sa remarquable Flore de
Lorraine. Ce caractère ne nous parait pas devoir être
considéré comme devant servir de base principale de coor-
dination des espèces, par le motif qu'il est la conséquence
de la forme du fruit. On conçoit en effet que plus l'urcéole
s'allonge, plus les ovaires insérés au centre de l'urcéole
doivent avoir un stipe allongé, afin que leurs stigmates
puissent arriver à la hauteur de ceux des ovaires insérés
sur les flancs de cet urcéole. Au contraire, plus l'urcéole
sera court et déprimé, plus les ovaires du centre se pré-
senteront à l'état sessile. C'est donc non un résultat orga-
nique, mais une conséquence de la forme de l'urcéole.
Aussi, dans l'application, la généralisation de ce caractère
amène-t-elle d'étranges disparates. Les R. arvensis et sem-
pervirens arrivent ainsi à faire partie des Centifoliées avec
lesquelles elles n'ont aucune affinité, tandis que la R. sty-
losa se trouve réunie aux Canines. De même, la R. lutea^
qui est une Rubigineuse au point que Linné la confondait
avec la R. rubiginosa, est placée parmi les Pimpinellifoliées
et la R. turbinata, véritable Gallique, parmi les Cinnamo-
mées. Cette base, employée comme primordiale, rompt
donc les rapports naturels des espèces. Sans doute, elle
peut être employée pour déterminer un groupe, mais en
la subordonnant à un caractère d'un ordre supérieur .
La subordination des caractères, cette grande loi établie
par de Jussieu et qui est la base de la méthode naturelle,
( 266 )
doit, avant tout, diriger la classification des Roses. Re-
chercher le caractère floral le plus solide, le plus invaria-
ble, groupant les espèces afl^ines, séparant les espèces
dissemblables, pour établir sur lui les divisions de premier
ordre, c'est-à-dire les sous-genres, puis appliquer à cha-
cune de ces divisions les caractères de second ordre, qui
y amènent les mêmes résultats parallèles dans les sous-
genres, voilà ce que commande la pondération des carac-
tères. Nous l'avons dit, les groupes formés par les auteurs
sont loin d'avoir une valeur égale. De même qu'il faut
chercher les caractères de premier et de second ordres,
de même il faut établir d'abord les groupes de premier
ordre, dans lesquels viendront se placer ensuite les groupes
de second ordre. Après avoir retiré des espèces le genre
Hulthemia, nous trouvons dans les Roses d'Europe cinq
groupes de premier ordre bien distincts et pouvant former
des sous-genres, savoir : les Pimpinellifoliées, espèces
sociales; les Cinnamomées, espèces des lieux humides et
souvent des marais; les Synstyiées, espèces sarmenteuses ;
les Roses nobles, espèces d'Orient pour la plupart; et en
cinquième lieu la masse des Eglantiers. Ces cinq sous-
genres sont naturels, entièrement distincts et faciles à
reconnaître au premier coup d'œil. Quant aux Roses rubi-
gineuses, canines et tomenteuses, ce sont là des groupes
factices et formant de simples subdivisions des Eglantiers.
Leurs séries ne sont en aucune façon des séries parallèles,
avec celles que nous venons d'indiquer ; elles sont telle-
ment secondaires qu'il existe une foule de formes qu'on
peut placer indifl'éremment dans l'une ou dans l'autre, ce
qui jamais ne peut se faire pour les séries de première
valeur.
Les groupes parallèles étant ainsi formés, il reste à
( 267 )
trouver le lien qui les unit et les caractérise. Ce lien ne
peut être puisé clans les caractères de la végétation, qui,
au lieu de les unir, viendrait les rompre. C'est dans les
organes de la fleur et du fruit qu'il faut chercher la défi-
nition des sous-genres, comme des genres. L'observation
nous a démontré que parmi les organes floraux, celui qui
seul est en rapport avec les groupes de premier ordre est
le nectaire. Le nectaire des fleurs, organe dont l'étude est
entièrement négligée, est l'un des organes qui conservent
le mieux les rapports naturels des espèces. Dans les Re-
nonculacées, il définit admirablement les genres et, dans
un grand nombre de plantes, il fournit d'excellents carac-
tères pour la formation des sous-genres. Les Saules aussi,
qui paraissaient rebelles à la formation de groupes naturels
et de sous-genres, n'ont pu fournir ce résultat que par le
nectaire. II en est de même des Pomacées, si voisines des
Roses, où le nectaire détermine admirablement les carac-
tères génériques. C'est aussi ce qui a lieu pour les Roses,
dans lesquelles le nectaire joue un rôle entièrement ana-
logue à celui des Pomacées, leurs voisines.
Dans les Roses, le nectaire ne forme pas saillie, il est
sous la forme d'une plaque annulaire, insérée en dessous
des étamines et livrant passage aux styles dans le centre
par une perforation qui laisse les ovaires supères. Dans
les Pimpinellifoliées, le nectaire fait défaut 5 dans les Cin-
namomées, il forme un anneau mince, inséré au-dessus
de l'urcéole, à la base des sépales; tandis que dans les
autres tribus, il forme une plaque épaisse et parfois sub-
conique, insérée à la gorge de l'urcéole et en fermant
l'entrée, sauf un trou destiné à laisser saillir les styles. Ces
trois formes, si distinctes, sont donc une base organique
et facile. Mais la troisième catégorie comprend les Canines,
( 268 )
les Synstylées et les Centifoliées, séries réellement primi-
tives. Il suffît, pour les caractériser, de faire intervenir les
styles en colonne pour différencier les Synstylées et les
ovaires tous sessiles, pour les Centifoliées. Par là le genre
Rosier peut se diviser en cinq sous-genres, d'après des
caractères pris dans la fleur. Quant aux divisions secon-
daires, leurs caractères doivent se prendre dans les or-
ganes de la végétation et surtout dans l'attache des épines
sur la tige, caractère d'une valeur constante. En faisant
ensuite appel à la forme des aiguillons, aux poils et aux
glandes des feuilles, on peut arriver à une classification
des Roses d'après les lois de la science, d'après la subordi-
nation des caractères, et où chaque série est parallèle
avec celles de son rang. C'est ce que nous présenterons
plus loin.
§ 3. Z)e r espèce dans les Roses.
Les espèces de Roses, comme celles de Ronces, ont
pris, de nos jours surtout, un accroissement considérable.
Linné n'en avait décrit que seize j Willdenow en porta le
nombre à trente-sept; Persoon, à quarante-cinq; Thory,
à cinquante-sept, et Lindley, à soixante-dix. Ces auteurs
rapportaient comme variétés les formes secondaires aux
espèces qu'ils admettaient; mais Trattinnick, en élevant
ces formes secondaires au rang d'espèces, arriva à présenter
le genre Rosier comme renfermant au delà de 24-0 espèces.
L'exemple de Trattinnick a été contagieux, et depuis lors
ce nombre s'est encore considérablement accru. M. Bo-
reau, dans sa Flotte du centre de la France, décrit pour
cette contrée seulement soixante-treize espèces de Roses;
M. Déséglise, pour la France, en décrit lOo, et ce dernier
( 269 )
auteur, dans le catalogue qu'il vient de publier, indique,
comme croissant en France et en Angleterre, 168 espèces
de Roses. On voit par là qu'il en est des espèces de Roses
comme des espèces de Ronces j les formes y sont infinies
et rien n'est plus facile que d'y multiplier les espèces. Nous
ne saurions admettre cette énorme quantité d'espèces
fondées sur des caractères à dose homéopathique. Ce qui
fait l'espèce, c'est V/iabitus-, toute espèce doit se distinguer
au premier coup d'œil, et il faut y rapporter comme va-
riétés toutes ces formes qui ne se distinguent les unes des
autres que par des caractères variables qu'on retrouve
dans chacune d'elles. Le travail de M. Crépin sur les
formes parallèles de la R. tomentella met cette vérité
dans tout son jour.
Parmi les organes de la végétation destinés à grouper
et définir les espèces de Roses, ce sont les aiguillons et les
soies qui l'emportent en valeur sur tous les autres j aussi
les classifications basées sur leur considération, celles de
Woods et des auteurs qui l'ont suivi, sont-elles, au point
de vue purement spécifique, supérieures à toutes celles qui
reposent sur d'autres caractères de la végétation. Woods
a très-bien distingué les aiguillons des soies et en a fait
la base de son système. Nous croyons surtout devoir attirer
l'attention des botanistes sur la base des aiguillons et la cica-
trice qu'ils laissent sur les tiges. Cette cicatrice ou impres-
sion, tantôt ronde, tantôt plus ou moins allongée, mérite
d'être soigneusement observée j elle sépare les Spinifères des
Hamifères, et est excellente pour la définition des espèces
du sous-genre Cynorhodon. Dans l'ordre de la valeur des
organes végétatifs, les aiguillons l'emportent et tous les
autres doivent leur être subordonnés.
M. Grenier attribue une grande valeur à la villosité
( 270 )
ou à la glabréité des styles et à la persistance ou à la
caducité des sépales. Nous croyons cette valeur d'autant
mieux établie qu'elle est confirmée par l'observation, et
se rapporte à des organes de la végétation concentrée,
c'est-à-dire de la fleur. Mais nous ne pouvons en dire
autant de la forme des urcéoles qui est sujette à varier.
C'est ainsi que dans les dunes de Flandre-Occidentale,
où la Rose Pimprenelle abonde , nous avons souvent
observé des individus où le fruit, au lieu d'être globuleux,
comme l'indique le caractère de l'espèce, est en massue
ovale, preuve évidente du peu de valeur de ce caractère
pour la formation des espèces.
Les dentelures des feuilles, employées par Léman, ont
aussi une valeur réelle dans les Roses comme dans toutes
les plantes, mais ce serait exagérer la valeur des carac-
tères fourni par ces organes que de les considérer comme
devant toujours servir de base à la formation des espèces.
C'est ce que prouve l'observation des formes des Roses
canines, où la dentelure des feuilles présente souvent de
nombreuses exceptions.
Il faut le reconnaître, les définitions tirées des glandes
des folioles laissent beaucoup à désirer, puisqu'on passe,
par une série de formes successives, de la foliole munie
de glandes à celle qui en est dépourvue. Pourtant, c'est le
seul moyen de séparer les Rubigineuses des Canines ;
mais ce moyen lui-même met dans tout son jour cette
vérité , que les groupes de Roses n'ont pas une valeur
parallèle et égale, en sorte qu'il s'en trouve des supérieurs
et des inférieurs. Quant aux glandes des pétioles , des
pédoncules et des sépales, cela peut servir à distinguer
de simples variétés, mais jamais à caractériser des espèces.
Où arriverait-on si on voulait , dans les Roses et les
( 271 )
Ronces, constituer des espèces sur des caractères aussi
minimes et variables. Nous ne saurions appartenir à cette
école pour qui toute forme est une espèce 5 c'est jeter la
science dans le chaos. Ce qui constitue d'abord l'espèce^
c'est Vhabitus propre qui la fait distinguer au premier
coup d'oeil j mais ces prétendues espèces d'un port entière-
ment semblable et qu'on ne peut distinguer qu'à la loupe,
ces espèces homéopathiques , il nous est impossible d'en
faire autre chose que des variétés.
C'est cette manière de voir qui nous servira de guide
dans la monographie des Roses de Belgique que nous allons
présenter. Mais avant d'aborder celle-ci, établissons les
caractères des deux genres de la tribu des Rosées.
I. — HVLTHE1I1I4 Dmrt. Hulth., p. 13 (1824).
Rhodopsis Ledeh. Fl. Alt., II, p. 225 (1850). — Lowea Lindl.
Bot. R3CJ., t. 1261.
Calyx basi urceolatus, pentasepalus. Urceolus demum
succulentus. Petala nectaro stigmatibus notata. Ovaria
ecomata, nuda. Folia estipulata.
1. H. berfoefifolîa Diurt. l. c; Rosa berbcrifolia PalL
Nov. act. Petrop., X, p. 379; R. persica Jiiss. Gen.,
p. 4S2; R. simplicifolia Salisb. Hort. allert., p. 3S9.
II. — ROIS4 Lin.
Calyx basi urceolatus, pentasepalus. Urceolus demum
succosus. Petala nectaro stigmatibus destituta. Ovaria latere
exteriore comata. Folia stipulata.
ROSES DE BELGIQUE.
ROSA Lin.
ANALYSE DES SOUS-GENRES ET DES SECTIONS.
Nectaire nul 1. Chamaerhodon.
Nectaire mince, inséré sur le calice 2. Cassiorhodon.
Nectaire épais, inséré au sommet de Turcéole.
Styles libres ; ovaires tous sessiles o. Erorhodon.
Styles libres ; ovaires du centre stipités . . . . 4/. Cynorhodon.
A. Dimorphacatithées. — Aiguillons crochus et
subulés-droits.
Aiguillons droits et crochus sur la même
tige (§ 1. alhae).
B. Spinifères. — Aiguillons tous subulés, à
impression ovale-arrondie.
* Sépales subindivis ; feuilles glabres (§2. al-
pinaé).
** Sépales pinnatifides; feuilles tomenteuses
(§ 3. tomentosae).
C Hamifères. — Aiguillons recourbés-crochus,
à impression allongée.
* Folioles chargés de glandes sessiles (5 4: ru-
biginosaé).
** Folioles non glanduleuses (§ 5. caninae).
Styles réunis en colonne 5. Stylorhodon.
Sous-genre 1. — Chamaerhodon Dmrt. Hidth., p. 11 j
Prodr., p. 93.
Nectaire nul.
Les plantes appartenant à ce sous-genre sont toutes
sociales. Leurs tiges sont munies de soies et leurs stipules
( 273 )
n'acquièrent pas plus de développement vers l'inflores-
cence que partout ailleurs.
1. R. piinpiiiellifolia. Aiguillons inégaux droits, ceux
des rejetons rassemblés, ceux des rameaux épars ; fruit
déprimé à la base, à sépales persistants, connivents.
R. pimpiuellifolia Ser. in DC. Prodr.^ II, p. 608; Dmrt. Prodr.j p. 93;
Koch Stjn.j p. 193; Lej. et Court. Comp., II, p. 139; Wirtg.
FLRhpr.,p. 166.
a. archeti/pa. Pédoncules et fruits lisses.
R. pimpiuellifolia Zm. Spec.^ p. 703; Engl. Bot.^ t. 187; Lej. FI. Spa, I,
p. 229.
[3. spinosissima. Pédoncules munis de soies ou de glandes.
R. dunalis Dod. Pempt., p. 187.
R. spinosissima Lin. Spec, p. 705 ; Lej. FI. Spa^ I, p. 229; Crép. Man.^
éd. 2, p. 93.
7. rosea. Fieurs roses. Koch Sytu, p. 19^; Wirtg. FI. Rhpr.^ p. 166.
S. mariaeburgensis. Fleurs blanchâtres, à onglet jaune ; fruit noir,
penché.
R. pimpinellifolia var. mariaeburgensis Red. Ros., t. 1 ; Trait. Ros.
monogr.^ Il, p. 130.
£. mitissima. Aiguillons disparaissant ou presque nuls.
R. mitissima Gmel. FI. Bad., IV, j>. 358 ; Bor. FI. centre, II, p. 220.
R. pimpinellifolia var. inermis DC. FI. fr., IV, jï. iù^.
Ç. clavala. Fruit longuement ovale, en massue.
Yj. Ripartii. Folioles doublement dentées, glanduleuses sur les ner-
vures à la face inférieure.
R. Ripartii Déségl. Monogr., p. il. •
Habite la zone calcaire depuis Aiwaille jusqu'à Marienbourg ! La variété
spinosissima est commune dans les dunes de Belgique et de Hollande^ ce
qui l'avait fait nommer R. dunalis par Dodoens. La variété rosea croît
à Bingen (Wirtg.); la vanélé mariaeburgensis, à Mariembourg! où elle
a été découverte par Redouté ; nous avons trouvé la variété clavata dans
les dunes de Furnes; enfin la variété Ripartii existe dans la province de
Liège (Martinis !).
Arbrisseau de deux à trois pieds de hauteur, très-rameux, couvert
d'aiguillons subulés droits et inégaux, parfois caducs avec l'âge. Feuilles
( 274 )
petites, à folioles ovales-arrondies, simplemeut ou doublement dentées.
Fleurs solitaires, grandes, blanchâtres, à sépales entiers. Pédoncules fruc-
tifères droits. Fruit charnu, noirâtre à la maturité.
Obs. — On a beaucoup discuté sur les /?. pimpinellifolia et sjnnosissima
de Linné ; l'étude comparative de ses ouvrages suffît pour montrer qu'il
y avait eu là variation et erreur. Dans son Species plantarum^ il définit la
jR. pimpinpMifolia par ses ovaires globuleux et ses aiguillons épars, tandis
qu'il caractérise la R. spinosissima par ses ovaires ovales glabres, ses
pédoncules, ses tiges et ses pétioles à aiguillons nombreux. Mais, dans la
treizième édition de son Sijstema vogetabiliujn, Linné attribue à l'un et à
l'autre un ovaire globuleux, preuve évidente qu'il y a eu erreur dans le
Species. En effet, en visitant l'herbier de Linné, nous avons pu nous
assurer que sa R. spinosissima appartient certainement à la R. pimpinel-
lifolia. La variété clavata^ que nous avons plusieurs fois observée dans
les dunes de Belgique mêlée avec l'espèce, prouve que les prétendues
espèces établies aux dépens de la R. jninpinellifolia sur la forme du fruit
n'ont aucune valeur spécifique. Elle vient confirmer une fois de plus la
remarque déjà faite, que la forme du fruit est sujette à varier dans les
espèces de Roses.
2. R. iSabiui. Tiges à soies rares et à aiguillons inégaux et
distants; folioles doublement dentées; fruit arrondi à
la base; sépales pinnatifides, divergents.
R. Sabini Woods Rrit. Ros. in Linn. trans., XII, p. 138; Sin. Engl. Bot.,
t. 2o94; Baker Rev. of Brit. Roses, p. 5.
p. coronata. Folioles pubescentes sur les deux faces, glanduleuses
ou églandulcuses en dessous; pédoncules et urcéoles hispides-
glanduleux.
R, coronata Crt^j. in Bull. Acad., Brux.^ 18C2; Not. II; p. 2o; 3Ian.j
éd. %p.9i] Gren. FL Juras., l, p 232.
R. resinosa Désêgl. Rèv.,p. 58, excl. syn. Rchb.
7. subnuda. Feuilles glabres, glanduleuses et à nervures pubescentes
par dessous ; pédoncules et urcéoles lisses.
R. coronata var. subnuda Crép. /. c.
R. Sabini var. subnuda Baker l. c, p. 8.
Cette belle et rare espèce a été découverte par M. Crépin sur les rochers
calcaires dans la province de Namur, à Han-sur-Lesse, où nous l'avons
( 275 )
recueillie avec lui, à Auffe et Wavreille, dans la même province, à Ver-
denne dans le Luxembourg.
Arbrisseau de 2 à 5 pieds, à aiguillons grêles de deux sortes, les uns
comprimés, les autres sétacés. Feuilles à pétioles pubescenls. Folioles
glanduleuses par dessous, soyeuses dans l'espèce, glabres et seulement
pubescentes sur les nervures dans la variété. Stipules et bractées non
dilatées. Fleurs roses, peu nombreuses ou solitaires. Sépales extérieurs
pinnatifîdcs. Fruit subglobuleux, rouge, couronné par le calice persistant.
Obs. — La R. sabaucla Reuter, qui est Vinvoluta de Smith, est une
simple variété de cstte espèce, comme MM. Baker et Crépin l'ont déjà fait
observer.
Cette espèce et ses variétés montrent clairement l'insulFisance et
l'inanité des classifications de Roses qui reposent sur les caractères de la
végétation, sans subordonner ces caractères à ceux fournis parles organes
floraux. Ainsi, dans le dernier travail de M. Grenier, la R. siibnuda est
placéedanssasection des Coronataeei la R. coronata, dans celle des ViUosae.
Ainsi encore, dans la dernière classification de M. Déséglise, la R. invo-
luta est placée dans les Pimpellifoliae, la R. sabaucla dans les Alpinae^
les R. Sabi7ii et Doniana, dans les Tomentosae. Or, toutes ces formes ne
sont que de simples variétés de la R. Sabini.
Sous-genre II. — Cassiorhodon Dmrt. Hulth., p. \\ -,
Prodr., p. 93.
Disque mince, promptement desséché, inséré sur la base
du calice et non sur Turcéole.
Les Roses de ce sous-genre habitent de préférence les
lieux humides; leurs stipules supérieures sont dilatées.
3. R. eiiiuamouiea. Aiguillons des rejetons denses et
droits, ceux des rameaux sous-stipulaires et crochus;
stipules dilatées onduleuses ; fruit pulpeux; sépales
connivents.
R. cinnamomea Lin. Spec, p. 705; Sm. Engl. Rot., l. 388; Red. Ros.
t. 37 et^i ; Lej. Rev.,p. 99 ; Dmtr. Prod7\, p. 9d]Lej. et Court,
Comp., II, p. UI ; Tin. FI. Lux., p. 251.
R. maiaîis Herm. Diss., p. 8.
( 276 )
Habite en abondance près Luxembourg! et Trêves (Lôhr), près Theux
(Lej.) et dans la Zélandc, à St-Jan-Steen (Walraven).
Tiges d'un rouge brun, couvertes d'aiguillons droits. Rameaux droits,
à aiguillons courbés , géminés, placés sous la stipule. Folioles ovales-
elliptiques, vertes et glabres en dessus, blancliâtres et pubescentes en
dessous. Fleurs d'un rouge purpurin. Sépales entiers, persistants et cou-
ronnant le fruit qui est petit, globuleux, lisse et rouge à la maturité.
4. R. carolina. Aiguillons des rejetons sétiformes, ceux
des rameaux sous-stipulaires; stipules involutées; fo-
lioles lancéolées ; sépales étalés, entiers.
R. carolina Lindl. Monogr. Ros., ]). 25, L o.
R. virginiana Roessig Ros.^ t. 15 (opt.).
Cette espèce, originaire des marais des Etats-Unis d'Amérique, a été
trouvée dans les haies humides de la Campine anversoise à Ilersselt par
M. Devos ! et à Ramsell par le docteur Van Haesendonck ! où elle a été
sans aucun doute introduite par les oiseaux.
Tiges de i à 5 pieds, vertes ou d'un rouge sombre. Stipules contour-
nées dans leur longueur, sauf les ailes qui sont étalées. Folioles lancéolées,
simplement dentées , glauques et cotonneuses en dessous. Fleurs peu
nombreuses, à bractées concaves. Pétales d'un rouge foncé, ondulés. Fruit
sphérique, écarlate, couronné par les sépales.
5. R. fpaxiiiifolia. Rejetons munis à la base de rares
aiguillons sétiformes; rameaux nus, dressés; folioles
elliptiques, glabres.
R. fraxinifolia Rork. Holz.^ p. 501 ; Gmd. FI. Rad., II, p. il5; Dmrt.
Prodr.jp. 95; Lej. et Court. Comp., II, jJ. 140.
R. blanda Jacq. Fragm.,p. 70, t. 105'.
Cette espèce, originaire des États-Unis d'Amérique^ a été trouvée dans
les broussailles le long de la Meuse près Huy (Dijon !) et le long de la
Moselle (Wirtgen !); elle n'est par rare vers Liège (Lej. et Court.).
Rejetons et rameaux d'un pourpre foncé , dépourvus d'aiguillons et
de soies, si ce n'est à la base des tiges. Folioles lancéolées-elliptiques,
•glauques par dessous, glabres sur les deux faces. Fleurs rouges, en co-
rymbe, à bractées ciHées. Sépales entiers. Fruit petit, globuleux et d'un
rouge obscur.
{^77 )
Sous-genre III. — Erorhodon.
Neclaire épais, infundibiiliforme, poilu à la gorge,
inséré au sommet de Turcéole. Styles libres. Ovaires
tous sessiles.
Obs. — Les espèces indigènes de ce sous-genre ont les
tiges portant des aiguillons et des soies glandulifères, qui
jnanquent parfois sur les rameaux.
0. R. gallica. Aiguillons crochus, mêles de soies glanduli-
fères; folioles doublement dentées ; fleurs subsolitaires;
fruit dressé.
R. gallica Lin. Spec, p. 70^; Gort, FI. Belcj., p. Uô ; Van Hall FI. Belg.
sept., p. 586 ; Dmrt. Prodr., p. 93 ; Lej. el Court. Comp., W,
p. Mi ; Wirtg. FI. Rhp. Styles poilus. Fruit globuleux.
lo. R. riibigÎBiosa. Tiges à aiguillons de deux sortes, les
uns grands et crochus, les autres aciculaires et droits;
styles hérissés.
R. rubiginosa Lin. Manl., p. 56^ 5 Sm FI. Bril , p. 540 ; Dmrt. Prodr.,
p. 95 {excl. var. ô et s).
a. archctypa. Urcéoles subglobuleux, munis à la base de quelques
soies aciculaires; pédoncules aiguillonnés.
R rubiginosa Lin. Mant., p. îiO^; Sm. FI Brit.,p. 540; Jacq. Auslr.,
I, p. 50.
R. Eglanteria Woods Bril. Bos. in Trans. Linn. Soc, XII, p. 206.
(3. vulgaris. Fruit ovale glabre, muni à sa base de quelques acicules;
pédoncules aiguillonnés.
R. rubiginosa var. vulgaris Willd. Ennm. Berol., jt. 546.
y. umbellala. Folioles cuspidées; fleurs en ombelle ; urcéoles ovales
et pédoncules glabres.
R. umbellata Leers FI. Herb.^p. 117; Crép. Bull, de la Soc. roy. de Bol.
de Belg., I, p. 59.
R. rubiginosa var. umbellata Zmrf/. Bos. Monogr.,p. 86; Lej. et Court.
Comp., H, p. 145.
S. rotundifolia. Folioles rondes; aiguillons des rameaux allongés
presque droits; fruit subglobuleux glabre; pédoncules hé-
rissés.
R. rubiginosa var. rotundifolia Bau Enum. ros., p. 156.
R. rotundifolia Trait. Monogr. Bos., II, p. 75; Bchb. FI. exe , p. 617;
Bor. FI. cenlr., II, ;j. 251; Déségl. Monogr., p. 116.
£. microphylla . Folioles elliptiques obtuses; urcéoles solitaires, nus.
( 286 )
R. rubiginosa var. microphylla Wallr. Ros. Hist., p. 220 ; Lcj . cl Court ,
\\,p. \m.
C. muricata. Folioles ovales-arï'ondies obtuses ; IVuit sphén'que^ cou-
vert d'aiguillons sur toute sa surface.
fx. resinosa. Aiguillons allongés ; urcéoles ovales et pédoncules numis
d'aiguillons.
R. rubiginosa var. resinosa Wallr. Ann. bot., p. 65; Lpj. et Court.
Comp., II, p. lis.
R. resinosa Lej. Rev., p. 96.
9. echinocarpa. Feuilles ovales aiguës; fruit sphérique, aiguillonné
à sa base.
R. echinocarpa Ripart in Déségl. Monogr., p. 110; Crép. l. c, I, p 59,
t. comosa. Sépales déchiquetés, fortement laciniés, chevelus.
R comosa Ripart in Schultz Arch., p. 254.; Déségl. Monogr., p, JI5;
Crép. l, c, I,^>. 59.
Habite les lieux secs et pierreux. Les variétés rotundifolia, près
Coblence (Wirtgen !), ;mcro;)Ay;/a, sur les bords de l'Ourthe (Lej. et
Court.), muricata, sur les rochers de la Lesse (Devos!), resmoso^ près
Malmedy et Wegnez (Lej.), echinocarpa, à Rochefort (Crépin !) et Ciply
(Martinis!), comosa, à Han-sur-Lesse (Crépin!).
Arbrisseau formant un buisson touffu et peu élevé. Aiguillons inégaux,
de deux sortes, les uns presque droits, les autres crochus. Folioles d'un
vert luisant, doublement dentées, couvertes en dessous de glandes odo-
rantes, arrondies à la base. Fleurs d'un rose carminé, solitaires ou en
corymbe. Urcéoles ovoïdes ou globuleux Sépales réfléchis après la
floraison. Fruit rouge, ovale ou globuleux.
-j"j- Styles glabres.
16. R. inicpaiitlia. Aiguillons uniformes sous-stipulaires ;
folioles poilues en dessous, arrondies à la base; styles
glabres.
R. niicrantha Sm. Engl. Bot., t 2^90 {fuse. 255, décembre 1812); Woods
Brit.Ros. in Trans. Linn.Soc, XII, p 209; Crép.Man.,éd 2,/). 94.
R. nemorosa Lib. in Lej. Fl. Spa, II, p. oll, opt. (1815).
R. Libertiana Trait. Monogr. Ros., II, p. 80,
a. Dw^^ans. Urcéoles ovoïdes-arrondis; folioles glabres pardessus,
pubescentes en dessous.
( 287 )
R. micranllia Bo7\ FI cenlr., II, p. 229; Déségl. Monogr.^ p. iVà.
Q. nemorosa. Urcéoles ovoïdes-oblongs; folioles pubescentes sur les
nervures.
Jl. nemorosa Bor. FI. ccnlr.,p. 229 ; Déségl. JJonugr., p. [\i.
y. pisiformis. Fruit globuleux de la grosseur d'un pois.
c). Lcmani. Fruit ovoïde-arrondi; pétioles et bractées glabres; folioles
pubescentes sur la nervure.
1\. byslrix Leni. Bull, jj/iilom , 1818, vol. 80,;;. ôO-i, non Lindley.
Il hcm'Am Bureau FI cenlr., W^p ^oO y Déségl. Monogr., p. 102,
Z. venir Icosa. Fruit subglobuleux; pétioles velus; bractées glabres,
glanduleuses sur les bords.
U. niicrantha var. N" 1 Cré2). in litl.
^. permixta. Fruit ovoïde; bractées velues en debors, glanduleuses sur
les bords.
R. permixta Déségl. Monogr., p. 107.
K. micrantha var. permixta Gren. FI. Juras., I, p. 2o2.
•/;. septicola. Fruit subglobuleux; bractées pubescentes et glanduleuses
en dehors.
R. septicola Déségl. Monogr., p. 109.
R. micrantha var. septicola Gren. Fl. Juras., I, p. 252.
R. No 80 Wirlg. exs.
Habite au bord des bois et sur les rochers de la région montagneuse, près
Malmedy (Libert !), Rocbefort! et dans toute la zone calcaire du midi des
Ardennes (Crépin ! , près Namur (Devos !), et sur les rochers de la 3Ieuse î
Arbrisseau bas et touffu Aiguillons vigoureux, uniformes, comprimés et
ci'ochus. Folioles très-petites, ovales, doublement dentées, glabres en dessus,
munies de poils et de glandes odorantes en dessous. Fleurs très-petites,
roses. Urcéoles ovoïdes. Sépales peu laciniés, courts, glanduleux, réfléchis,
[)uis redressés après la fécondation, à la fin caducs. Fruit petit, ovoïde,
parfois sphérique, rouge.
Obs. — La B. nemorosa de IVr'c Liberl est tout à lait la même forme
que la B. micrantha de Smith ; sa description, qui est parfaite, ne laisse
aucun doute à cet égard. M»e Libert est la première qui ait signalé les
styles glabres dans cette espèce.
17. R. sepiiim. Aiguillons iinil'ormes, sous-slipulaircs; fo-
lioles glabres, en coin à la base; stylés glabres,
a. archelypa. Fruit ovoïde-allongé.
R. sepium Thnill. Fl. Par., p. 252; Bor. Fl. ccmr., Il,p 229; Déségl.
( 288 )
Monogr.,p. 105; Lej. FI. Spa, I, p. 2ô2 ; Van Hall FI. Belg.
sept., p. 388 ; Crép. Man., éd. I, p. 52.
S- agreslis. Folioles plus étroites; pédoncules solilaires; fruit ovoïde.
R. agrestis Savi FI. Pis., I, p. 475, non Gmel. ; Bor, FI. cenlr., Il, p 229 ;
Déségl. Monogr.y p. 104.
R. sepium var. agrestis Gren FI. Juras., I, p. 250.
Habite sur les collines arides des environs de Verviers (Lejeune) et de
la Famenne, près Han, Ave, Wavreille (Crépin), dans les haies de la Cam-
pine,près Westerloo (Devos !) et Hersselt (Van Ilaesendonck !), près Arn-
hem (Van Hall!).
Arbrisseau élevé, à rameaux allongés et très-épineux. Aiguillons dilatés
à la base, crochus au sommet Folioles assez petites, allongées, luisantes,
en coin à la base, à dents glanduleuses, glabres en dessus, glanduleuses
en dessous Fleurs solitaires ou en corymbc, blanchâtres, assez petites.
Urcéolcs ovoïdes très-allongés. Fruit ovoïde-oblong, rouge.
§ 5. eaninac DC. l c, p 3; Lindl. Ros.^p. 97; Déségl. Monogr.,p 61.
Aiguillons crochus. Folioles dépourvues de glandes
sessiles entre les nervures.
f Styles poilus.
•f SÉPALES RÉFLÉCHIS, CADUCS; FOLIOLES POILUES EN DESSOUS
18. R. tomentella. Aiguillons des rejetons uniformes, vi-
goureux, comprimés; folioles doublement dentées, pu-
bescentes.
A. tomentella Zem. Bull, philom., 1818, vol. 86, p. 364 ; Bor. FI. cenlr.,
II. p. 228 ; Déség. Monogr , p. 71 ; Crép. Man.j éd. 2, j). 94
p corymbosa Créj). ined. Fleurs très-nombreuses en corymbe om-
belliforme ; pédoncules extérieurs poilus.
y.microphi/lla Crép. ined. Nervures secondaires glanduleuses; pédon-
cules lisses; face inférieure des folioles entièrement velue; fruit
petit, globuleux.
R. No 1 Crép. Bull, de la Soc. rotj. de Bol., V, p. 26.
§. laevis Crép. ined. Nervures secondaires glanduleuses; pédoncules
lisses; face inférieure des folioles velue sur les nervures; fruit
grand, ovoïde.
R. No 2 Crép. l. c.
( 289 )
î.gfanclulosa Crép. ined. Nervures secondaires glanduleuses; pédon-
cules hispides glanduleux; face inférieure des folioles velue sur
les nervures; fruit grand, ovoïde-subglobuleux.
R. N» o Cr(^p. l. c.
Ç. oglandulosa Crép. ined. Nervures secondaires sans glandes ; face
inférieure des folioles entièrement velue ; fruit petit, arrondi.
R. N» 4 Créju l. c.
'/]. (jluhrata Crép. ined Nervures secondaires sans glandes ; folioles
pubescentes dans leur jeunesse, puis glabres, velues sur les
nervures ; pédoncules nus.
R Crép. l. c, p. 27.
0. decipiens. Nervures secondaires sans glandes ; folioles poilues sur
les nervures ; pédoncules munis d'acicules glanduleux.
Habite les taillis et les lieux arides dans les terrains à rocbe calcaire!
La variété corymbosa, dans les environs de Namur (Devos!', les six
antres, dans les environs de Rochefort Crépin).
Arbrisseau moyen, à rameaux étalés, chargés d'aiguillons crochus,
assez courts, très-forts et très-dilatés à la base. Folioles ovales-arrondieS;
pubescentes en dessous et ord. glanduleuses sur les nervures. Fleurs
moyennes^ d'un rose tendre, solitaires ou en corymbc; entourées de larges
bractées. Urcéoles arrondis ou ovoïdes, glabres. Sépales pinnatifides, munis
sur les bords de glandes pédicellées, réfléchis, puis caducs. Fruit arrondi.
Obs. — Dans son beau travail sur cette espèce, M. Crépin a observé
avec raison qu'elle était susceptible de produire les principales formes de
la/?, collina, ce qui prouve manifestement que ces formes ne constituent
pas des espèces, mais seulement des variétés.
49. R. collina. Aiguillons uniformes, comprimés; folioles
poilues, simplement dentées.
R. collina Jacq. Auslr , t. 197 (177^).
R. dumetorum Thuill. FI. Par., p. 250 (1799).
* Pédoncules poilus.
a archety2)a. Vétiole aiguillonné-glanduleux; pédoncules hérissés-glan-
duleux ; fruit ovale.
R. collina Jacq. L c ; Bor. Fl. cent., W^p. 227; Déségl. Monor/r , p. 89;
Crép. Man., éd. 2, p. 95.
g. iJherns épars, crochus, inégaux. Folioles glabres, glau-
cescentes en dessous, largement dentées en scie. Fleurs solitaires ou par-
fois nombreuses et réunies en corymbe terminal^ blanches et de grandeur
moyenne. Sépales courts, presqu'entiers. Styles glabres, réunis en colonne
allongée Fruit ovale ou ovale-globuleux, rouge.
OPUSCULES
BOTANIQUE ET D'HISTOIRE NATURELLE;
B. DU MORTIER,
Présidcnl de la Société roynie de Botanique de Belgique.
FASCICULE X.
i. Monographie du genre Pulmonaria.
2. Note sur le staminode des Scrophulaires aquatiques indigènes,
3. Étude agrostographique sur le genre Michelaria et la classi-
fication DES Graminées.
AOUT 1868.
Extrait du Bulletin de la Société royale de Botanique de Belgique ,
tomeVII, N«1. (o-"\i U
MONOGRAPHIE
GENRE PULMONARIA,
Il est un genre de [)Iantes qui, dès les premiers jours
du printemps, nous rappelle le réveil de la nature et que
tous les botanistes aiment avec délices. Ses belles feuilles
souvent maculées, ses fleurs charmâmes, d'abord roses,
puis passant au bleu, en font l'ornement de nos bois et
Tembellissement de nos parterres, car les Pulmonaires
sont à la fois des plantes ornemenlales et de botanique.
Originaires des climats tempérés d'Europe, fuyant et les
climats chauds et les climals froids, les Pulmonaires sont
chez elles quand elles sont chez nous. Nous les cuhivons
dans nos jardins, nous les récoltons dans nos bois et
toujours nous les voyons avec un nouveau plaisir. Cepen-
dant il est peu de genres de plantes d'Kurope parmi
lesquelles il règne autant de confusion et d'obscurité. Le
but que nous nous sommes ici proposé est d'étudier ce
genre si dilïîcile et qui réclame un travail sérieux. Nous
avons été aidé dans celte étude par nos savants con-
frères MM. Boreau, Jordan et Decaisne, à qui nous
adressons ici l'expression de notre reconnaissance pour
les échantillons précieux dont ils ont bien voulu nous
gratifier.
Les Pulmonaires sont des plantes vivaces appartenant
à la flore d'fc^urope. Leurs souches émettent chaque
année, au premier printemps, des rejetons souterrains
plus ou moins allongés, suivant la nature du sol qu'elles
habitent. Ces rejetons partent du côté de la base de la
( 500 )
tige florifère ; ils sont stériles la première année et four-
nissent les feuilles radicales. Au printemps suivant, ce
sont eux qui produisent la tige florale. Plusieurs auteurs
ont cru trouver un caractère dans la longueur de ces
rejetons ou rhizomes; mais la culture nous a démontré
que ce caractère est sans valeur et que telle espèce
qui fournit des rhizomes longuement rempants dans le sol
tourbeux des bois, devient presque cespifeuse quand elle
est plantée en terre forte.
Avant de passer à la description des espèces, nous
donnerons l'exposé historique du genre Pulmonaria.
Il est entendu que nous circonscrivons ce genre dans
les limites que lui a assignées Tournefort et que nous
en écartons les espèces à feuilles glabres, dont Roth a
formé son genre Mertensia, qui est notre Casselia.
§ 1 . Exposé historique.
Dodoens et Matthiole n'ont connu qu'une seule espèce
de Pulmonaires, celle oflîcinale dont les feuilles maculées
off'rent un aspect si remarquable. De Lobel, dans son
Criiydboeckf édité en lo8i, en ajouta une seconde à
feuilles lancéolées et également maculées, qu'il désigna
sous le nom de Pulmonaria foliis Echii. 11 la tenait de
Jacques Plateau, savant botaniste de Tournay qui lui-
même l'avait reçue de Bologne. Plantin reproduisit ces
deux figures lorsqu'il publia ses Icônes Plantarum ,
ouvrage faussement attribué à de Lobel. C'est Clusius
(Charles de l'Escluse) qui le premier porta son attention
sur ce beau genre de plantes, dont il décrivit monographi-
quement les espèces. Après avoir publié, dans son ouvrage
sur les plantes rares de la Pannonie, les espèces décou-
( 301 )
vertes par lui en Hongrie, il décrivit le genre entier dans
son Histoire des plantes rares, éditée en 1601, et y pré-
senta cinq espèces distinctes, savoir :
1. Pidmonaria vidgaris maculoso folio. La figure est
empruntée à Dodoens. — C'est la P. officinalis L.
2. Pulmonaria folio non maculoso. U Va observée à
Vienne, en Germanie et spécialement à Francfort où
elle est fréquente. — C'est notre P.obsmra, parfaite-
ment distinguée et décrite.
3. Pulmonaria angustifolia coeriileo flore. (Sur la plan-
che : Pulmonaria III austriaca). Observée en Hon-
grie et en Autriche. La figure est propre à Clusius.
— C'est la P. azurea de Besser.
4. Pulmonaria rubro flore. Elle est, dit-il, voisine de la
précédente, mais sa tige est plus épaisse et plus haute,
ses feuilles sont plus larges, ses fleurs ne sont pas
bleues, mais d'un beau rouge. Elle provient de la
Hongrie. Cette espèce, non figurée par Clusius, est
manifestement la P. mollis.
5. Pulmonaria rubente coeruleo flore. (Sur la planche :
Pulmonaria V pannonica). Elle est, dit-il, voisine
de la précédente, pour la forme et la grandeur, mais
ses fleurs, d'abord rouges comme celle-ci, .devien-
nent, en finissant, bleues comme la troisième. La
figure qui la représente est la même que la P. foiiis
Echii de Lohe\, à qui elle est empruntée. Ces em-
prunts sont fréquents chez les botanistes belges,
car, tous leurs ouvrages étant édités par Plan-
tin, ce célèbre éditeur utilisait ses polytypages
d'un ouvrage à l'autre. La plante ici figurée a les
feuilles maculées, caractère dont Clusius ne fait pas
mention.
( 502 )
Vers la même époque, Tabernaemontanus, dans son
Kreuterbuchf édile en ICI 5 par C. Bauhin, donne (2*' par-
lie, page 274) trois espèces de Pulmonaires représentées
par quatre figures, savoir :
Pulmonaria I anguslifolia.
Pulmonaria If maculosa mas. Pulmonaria Plinii foe-
mina III. — C'est la P. afpnis de M. Jordan.
Pulmonaria IV Plinii anguslifolia.
La monographie des Pulmonaires avait donc ses bases
posées lorsque Gaspar Bauhin vint y faire régner la con-
fusion en réunissant maladroitement leurs espèces. Il
fut suivi par Ray; mais en 1691, Plukenet, dans sa Phy-
tographie, t. 227, f. 4. donne la figure d'une espèce
nouvelle sous le nom de Sijmphytum macidosum s. Pul-
monaria maxima foliis quasi saccharo incrustatis, qui est
la P. saccharata de iMiller.
De son côté, en 1697, Boccone, dans son Museo di
Piante rare, ajoule, aux figures ci-dessus indiquées, celle
de la Pulmonaire à feuilles non maculées de Clusius,
qu'il décrit, p. ioo, sous le nom de P. viridi subro-
tundo non maculoso folio, et dont il donne les feuilles
radicales à la planche 95.
En i699, parut l'Histoire des plantes de Morison, qui
reproduisit les trois dessins des Dodoens, Lobel et
Clusius, ainsi que celui de Plukenet, à la planche 29 de
la 2^ section, savoir :
Fig. 8. Symphytum maculosum sive Pulmonaria macu-
losa latifolia. — C'est l'espèce officinale.
9. Symphytum maculosum sive Pulmonaria bata-
vica maxima, maculis majoribus. — C'est la
P. saccharata, b\ovs cultivée en Hollande et que
Morison avait rapportée de Gueldre.
( 305 )
Fig. 10. Piilmonaria angiistifolia riibeiUe coeriileo flore.
— C'est la eiiiquièiïie espèce de Clusius.
o. Piilmonaria anguslifolia eoerulea. — C'est la
troisième espèce de Clusius.
On doit à Tournefort la définition exacle du genre
Pulmonaria, qu'il a paifaitenient caractérisé par son calice
accresc-ent après la fleuraisoii, ce qui en exclut les espèces
à calice penta|)i)ylle, que Linné y a depuis mal à propos
réunies. Le progrès de la science a ramené ce groupe aux
limites tracées par l'illustre fondateur des genres des
plantes. Tournefort indique douze espèces de Pulmo-
naires, mais comme il n'en donne aucune définition, et
que plusieurs d'entre elles ne sont que des variétés ou
des doubles-emplois, il n'est pas possible de le suivre.
Notons cependant sa P. alpina foins mollihus subrolun-
dis, flore coeruleo, dont nous aurons à parler quand nous
arriverons à Miller.
1702. — Dans sa Phyloçjraphia curiosa, Abrabam
Munting publie, plancbe 252, une figure remarquable-
ment belle de la P. saccharata, qu'il désigne sous le nom
de P. maculosa maxinia. La synonymie qu'il en donne est
erronée pour la plupart des auteurs qu'il indique.
1757. — Nous arrivons à Linné, dont le premier
ouvrage spécifique est VHortus Cli/fortianiis. Il y établit
les deux espèces de Pulmonaires qu'on retrouve ensuite
dans ses ouvrages. Il importe donc de voir quelles sont
les plantes types de ces deux espèces, en analysant ce
qu'il en dit dans ce prenn'er ouvrage. En voici l'in-
dication :
1. Pulmonaria foliis radicalibus ovato-cordatis.
P. vulgaris maculoso folio. Clus. HisL, 2, 169.
«. P. vulgaris latifolia flore albo. Tourn. hisL, 156.
( 504 )
p. P. folio non maciiloso. dus. Hist., 2, 169.
y. P. alpina foliis mollibus subrotundis, flore coeru-
leo. Tourn. Inst., 136.
P. batavica maxima, foliis longioribus maculis ma-
joribus conspersis. Moris. Hist., 3, 4-44, S. H.
t. 29, f. 9.
Crescit in Suecià, Hungarià, Italià, etc.
2. Pulmonaria foliis radicalibus lanceolalis.
P. foliis Eebii. Lob. le, 586.
P. V pannoniea Clus. Hist., 2, 170.
P. angustîfolia riibente coeriileo flore. Moris. Hist.,
3, 444, S. If, t. 29, f. 10.
a. Pulmonaria foliis Eehii flore albo. Tourn. Inst.,
136.
Crescit in Pannonià.
ïnquirenduni sit nuni haec a loco diversa evaserit vel a
naturà distincta sit species.
On voit par ce texte : l** que le type originel de la pre-
mière espèce est la Pulmonaire officinale à feuilles macu-
lées, laquelle a donné son nom au genre; 2° que Linné
y réunissait comme variété la Pulmonaire à feuilles en
cœur non maculées, qui est notre Pulmonaria obscura;
5" qu'il y réunissait aussi comme variété en les confon-
dant ensemble les P. alpina et saccharata de Miller;
4*» qu'il n'avait pas des idées bien nettes sur la P. anrjus-
lifolia.
1753. — Dans la première édition de ses Species plan-
farum, publiée en 1753 et où les noms spécifiques sont
introduits, Linné conserve les deux espèces établies par
lui dans VHortus Clifforlianus, et il donne à ces deux
espèces les noms iVofficinalis et à'angustifolia; mais il
retranche de la première la variété y, mal à propos intro-
( 305 )
duite clans sa première publication et fixe les deux espèces
comme suit :
1 . P. angustifolia, foliis radicalibus lanceolalis Hort.
Cliff., 44; Royen Lugdb., 404 ; Dalib. Paris, 60.
P. foliis radicalibus ovato-lanceolalis inferiùs decur-
rentibus. Bôbm. Lips., 14.
P. V pannonica. Clus. HisL, 2, 170.
Hab. in Pannonià, Helvetià, Suecià.
2. P. ofjicinalis, foliis radicalibus ovafo-cordatis scabris.
Hort. Ciiff,, 44, etc.
Sympbytum maculosum latifolium. Baub. Pin., 259.
j3. P. vulgaris lalifolia flore albo. Tourn. Inst., 2o9,
y. P. non maculoso folio. Clus. Hist., 2, 168.
Hab. in Europae nemoribus.
En donnant des noms spécifiques a ses deux espèces,
Linné a donc conservé sa distribution primitive. Pour
lui, toute espèce de Pulmonaires a feuilles étroites appar-
tient à Vangustifolia, toute espèce à feuilles ovales-cor-
dées, à Vofpcinalis ; mais, dans celle-ci, il conserve pour
type spécifique la forme à feuilles maculées, dont il dis-
lingue comme variété la forme à feuilles non maculées.
Quant à sa P. angitstifolia, il y rapporte la plante de
Suède qui est le P. azurea de Besser, la plante de
Dalibard qui en est distincte, et celle de Bob mer qui
parait être la P. mollis. Notons qu'ici ces espèces ne
sont pas distinguées comme variétés, ainsi qu'il le fait
pour Vofficinalis, mais qu'elles sont confondues en une
seule, en sorte qu'il est impossible d'en déterminer le type
dans cet ouvrage. C'est de là que provient originairement
la confusion qui règne cbez tous les auteurs au sujet des
Pulmonaires à feuilles atténuées aux deux extrémités.
1755. — Continuons à suivre la niarcbe de Linné dans
( 306 )
les espèces du beau genre qui nous occupe et ouvrons
maintenant la Flora Suecica. Dans la seconde édition de
cet ouvrage, publiée en i7oo, c'est-à-dire deux ans après
les Species plantarum, on trouve la description de ses
deux espèces. Ici sa P, officinalis se borne à la variété
immaculée, attendu que celle maculée ne croit pas en
Suède et que pour lui les deux formes ne font qu'une
seule espèce. Mais il maintient comme type la forme
maculée en disant que la plante de Suède, bien que
dépourvue de taclies, convient comme espèce et comme
vertus à la Pulmonaire maculée, c'est-à-dire au type,
confirmant ainsi l'ordonnance de la première édition de
ses Species plantarum, ordonnance d'ailleurs conservée
dans la seconde édition de ce dernier ouvrage.
Quant à la P. angiistifolia, Linné définit enfin
cette espèce dans la seconde édition de sa Flora Sue-
cica, en disant que ses feuilles radicales sont étroites
et lancéolées : Folia radicaiia angiista et lanceolata,
écartant par cette indication les formes de Dalibard et
de Bôlimer, dont il rejette les citations. L'espèce ainsi
définie appartient incontestablement à la P. azurea de
Cesser, la seule à feuilles étroites qui croisse en Suède.
Nous avons tenu à entrer dans ces détails^ afin de
préciser ce que sont en réalité les deux espèces de Linné
et à quelles plantes doivent être attribués les noms spécifi-
ques donnés par lui , cette attribution étant la base
première de notre monograpliie.
1768. — Déjà à l'époque de Linné, Miller, étudiant
les Pulmonaires cultivées dans les jardins d'Angleterre,
avait reconnu que l'illustre Suédois avait fait dans ce
genre des espèces collectives et il en avait séparé les deux
espèces que nous allons exposer.
( 507 )
1. P. alpina, foliis caulinis ovatis, glabris, floribus patu-
lis, segmenlis obtusiusculis.
P. alpina, foliis niollibus subrotundis, flore coeruleo
Tourii. InsL, 156.
« Celle espèce, qui est originaire des Alpes, a, dit-il,
une racine fibreuse et annuelle (sic). Ses feuilles sont lar-
ges, unies, tacbelées en dessus. Ses liges s'élèvent à neuf
pouces de hauteur et sont garnies de feuilles ovales dont
la base est jointe aux tiges. Les fleurs naissent en petits
paquets sur le haut de la tige; elles sont de couleur
pourpre et plus ouvertes que celles de l'espèce com-
mune. »
2. P. saccharatttj foliis lanceolalis basi semiamplexicau-
libus, calycibus abbreviatis.
P. maxima, foliis quasi saccharo incrustatis Pluk.
Almag.j 559.
Nous ne connaissons aucune plante à laquelle puisse
se rapporter la P. alpina de Miller, puisque celle-ci est
une plante annuelle et que toutes les espèces connues
sont vivaces; aussi tous les auteurs l'ont-ils délaissée.
Quant à la P. saccharata, le synonyme de Plukenet ne
peut ofl'rir aucun doute, et cette belle espèce ainsi
reconnue a été admise par tous les botanistes, depuis
qu'elle a été reprise parLebmann.
1809. — Nous voici au siècle actuel et avec lui
l'étude du genre Pulmonaire commence dans les espèces
confondues par Linné sous le nom de P. angustifolia.
D'abord c'est Besser qui, dans ses Primitiae Florae
Galiciae auslriacae , crée sa P. azurea. Sa descrip-
tion ayant primitivement été faite sur un unique exem-
plaire, il la revit dans son Eniimeratio plantariim
Volhiniae, où il faut en rechercher les véritables carac-
8*
( 108 )
tères. Voici sa diagnose : P. azurea, foliis slrigoso-liir-
sutis, radicalibus elongalo-lanccolalis,aciiminaUs. in petio-
lis altenualis, caulinis subdecurrenlibus, corollae limbo
campanulalo.
Notre savant ami M. Fries a prouvé depuis que cette
espèce est la P. angmtifolia de Linné dans sa Flora
Sitecica.
1811. — Dans le 1" volume de sa Flore des environs
de Spa, Lejeune crée une nouvelle espèce parfaitement
définie par ses feuilles caulinaires légèrement décur-
rentes et qu'il nomma P. montana. Nous aurons à y
revenir, mais nous ne concevons pas comment cette
excellente espèce, de la valeur de laquelle nous avons pu
nous assurer par la culture et qui a le droit de priorité
sur toutes les suivantes, a pu être ensuite réunie par
son auteur à la P. angnslifolia. Voici au surplus la
description donnée par la Flore des environs de Spa :
« P. montana N. Feuilles radicales ovales, oblongues-lan-
céolées, très-velues : celles de la tige lancéolées, sessiles,
légèrement décurrentes. »
1812. — Le supplément de la Flore de Maine-et-Loire
présente deux nouvelles Pulmonaires créées par Bastard et
que notre savant ami M. Boreau a relevées dans sa Flore
du centre de la France. M. Boreau, aussi savant que
bienveillant, a eu l'obligeance de nous les communiquer
en y ajoutant les descriptions de Bastard, ce qui nous
permet de faire connaître celles-ci d'après l'ouvrage
précité, page 44.
1. Pulmonaria officinalis ?
« b. P. ovalis. — Dans cette variété ou espèce, les
« feuilles sont ovales, maculées et plus douces au
« loucher que dans la P. officinalis ordinaire
( 509 )
« (P. affinis Jord. ! ex Boreaii). Le tube du calice
« est presque moitié plus long que celui de cette
« espèce, ses dents sont assez courtes. Ma P. ova-
« lis vient dans les terrains argileux de la com-
« mune de Belle-Fonlaine près de Beaupréau, où
« jeTai trouvée l'année dernière (1811). Elle fleurit
« en mai. »
2. Pulmonaria angustifolia ?
« b. P. longifolia. — Les feuilles de cette variété
« ont quelquefois plus de deux pieds de longueur;
« elles sont maculées et plus rudes au toucher que
« celles de la P. angustifolia ; elle fleurit un mois
« plus tard que cette dernière plante, les lobes de
« son calice sont plus longs que les tubes de la
« corolle. Serait-ce une espèce distincte? — Je
« l'ai découverte d'abord à St-Jean-des-Marais ,
« puis à Sceaux et à Saumur.
1812. — Dans la première édition de sa Flore des
environs de Paris, Mérat fait deux espèces des Pul-
monaires de cette contrée, savoir : P. vulgaris Mérat,
pour la plante du bois de Boulogne, et P. angustifolia,
pour celle de St-Germain. Remarquons que, dans la
seconde édition, Mérat réunit cette seconde espèce à la
première.
1813. — Cette année fournit encore deux nouvelles
espèces de Pulmonaires. D'abord De Candolle ayant
reçu de Belgique une espèce qu'il croit nouvelle , la
décrit, dans son Catalogus horti Monspelliensis, sous le
nom de P. grandiflora. Lejeune, qui l'avait découverte
dans les environs de Spa, la décrit aussi la même année.
M. L. Reichenbacli a rapporté à tort cette plante à la
P. olficinalis; elle appartient certainement à la P. sac-
(310)
charata Mill., comme De Candolle le reconnaît lui-même
dans son Prodronms»
1813. — Un autre catalogue de Jardin botanique
fournit cette année une espèce nouvelle; Hornemann,
dans son Hortus regius botaniciis Havniensis décrit pour
la première fois la P. mollis, qu'il attribue à Wulfen et
non à Wolf sous le nom duquel elle a été décrite depuis.
Cette description initiale étant inconnue et Tinitiative
de l'espèce ayant été faussement attribuée au supplément
de la Flore de Heller postérieur de deux ans à l'ouvrage
d'Hornemann qui est d'ailleurs peu connu, nous croyons
utile de reproduire le texte de X Hortus Havniensis,
I, 179.
P. mollis, foliis ovato-lanceolatis acuminatis pubescenti-
tomentosis decurrentibus, radicalibus petiolatis, caly-
cibus tubo longioribus.
Hab. in Austrià; intr. 1811. Missa sub nomine P, mol-
lis Wulfen.
Remarquons d'abord que dans cette âescriptio princeps
la P. mollis est attribuée en 1811 à Wulfen et non à
Wolf, comme on l'indiquera plus tard. Rômer et Scbul-
teSj en 1819, Link, en 1821 et Sprengel, en 1825, attri-
buent aussi l'espèce à Wulfen, tandis que Heller, en 1815,
Lebmann et Schrank, en 1818, Mertens et Koch, en
1826, l'attribuent à Wolf; De Candolle, en 1815, à
Scbrader.
Ajoutons que dans cette description les feuilles cauli-
naires sont indiquées comme décurrentes, caractère qui
rapporterait l'espèce à la P. montana de Lejeune, à la-
quelle reviendrait le droit de priorité. Ce caractère est
confirmé par Rômer et Schultes, ainsi que par Mertens
et Koch. Or il est très-digne de remarque que tous les
(3H )
auteurs allemands qui ont suivi Schrank, Lehmann,
Roth, Sprengel, Reiclienbach, Dietricli, Bluff, Nées von
Esenbeck et Seliaur, donnent pour caractère à la P. mol-
lis de Wolf d'avoir les feuilles semi-amplexicaules.
Il y a donc ici une double ambiguïté. Wulfen et Wolf
auraient-ils chacun désigné une espèce différente sous le
nom de P. mollis? ou bien ces deux espèces, l'une à
feuilles caulinaires décurrentes, l'autre à feuilles ample-
xicaules, auraient-elles été confondues? Ce dernier cas
est très-possible, car ces deux espèces, entièrement dis-
semblables à l'époque de la fleuraison, sont tellement
voisines par leurs feuilles estivales , que l'été il est
très-difficile de les distinguer. Nous verrons plus loin
que la P. montana fleurit un mois avant l'autre, que
ses fleurs sont beaucoup plus petites et sans beauté,
tandis que l'autre P. mollis de Scbrank, qui fleurit un
mois plus tard, est une plante robuste, à fleurs beaucoup
plus grandes et d'un grand éclat. L'espèce présente donc
une double difficulté.
1814. — Après la France, l'Allemagne arrive avec
l'indication de nouvelles espèces de Pulmonaires et ce
sont les catalogues de graines de 1814 qui nous fournis-
sent les premières indications. Mais ces noms, insérés
dans des listes de graines, sont sans description et ne
peuvent par conséquent donner droit de priorité, con-
formément à l'art. 43 des lois de nomenclature. La vérité
historique nous ordonne cependant de f&ire connaître
que Romer et Schultes, en 1818, dans le quatrième
volume de leur Syslema Vegelabilium, page 57, posent
les questions suivantes :
Quid Pulmonaria daurica Besser Cat. H. Crement.,
suppL, 1814?
( 312 )
Quid Pulmonaria oblongata Schrad. dit. H, Goll.,
18U?
Quid Pulmonaria tuberosa Schrank Cat, H, Monac,
1814?
1816. — Dans sa Flore de Transylvanie, Baum-
garten décrit une nouvelle espèce de Pulmonaires sous
le nom de P. Clusli, à laquelle il rapporle la Pulmo-
naria III austriaca de Clusius. Cette plante étant la
même que la P. azurea de Besser, nous ne nous y arrê-
terons pas.
1818. — Nous devons mentionner la belle et savante
monograpliie des Aspérifoliées par Lehmann , publiée
en 1818. Ce savant y décrit quatre espèces de Pulmo-
naires, les P. azurea, angustifoUa, mollis et ofpcinalis.
Il indique en outre, comme devant être étudiées, les
P. saccharakif grandiflora et lanceolata. Lebmann, dans
ce beau travail, n'a pas eu connaissance des espèces
créées en Belgique et en France, car il n'en fait nulle
mention. Il en est de même de Scbrank dont nous allons
parler.
1818. — C'est ici que vient se placer le monographie
des Pulmonaires par Scbrank, qui a paru dans le neu-
vième volume des Nova acta academiae Caesareae Leopol-
dino-Carolinae naturae ciiriosorum, publié en 1818. Cette
monographie comprend le genre Pulmonaria dans les
limites de Linné, c'est-à-dire avec les espèces qui ont
servi à fonder le genre Mertensia (notre Casselia), Les
espèces appartenant aux Pulmonaires de Tournefort y
sont au nombre de quatre. Cette monographie ayant
servi de guide à tous les auteurs allemands et le volume
dans lequel elle se trouve insérée étant très-rare, nous
allons donner les diagnoses de ces espèces en y ajoutant
( 513 )
la description toute entière de la P. hiberosa, espèce formée
par Schrank.
1. P. offîcinnlis. Foliis asperis : caulinis sessilibus, lan-
ceolalis, acutis, basi attenuatis, radicalibus serio-
ribus,cordatis, petiolatis, corollarum fance glabra.
P. ofTicinalis. Omnium autorum.
a. foliis albido maculatis.
p. foliis immaculatis.
2. P. mollis. Foliis mollibus : caulinis sessilibus, lanceo-
latis, radicalibus serioribus, lato-lanceolatis, acu-
minalis, basi attenuatis; corollarum fauce subpi-
losa; seminibus pubescentibus.
P. mollis Wolf. — Heller Wûrceb., suppL, p. 15.
Habitat in Franconia, praesertim in Magno Ducatu
Wùrceburgensi.
... Folia caulina latiuscule lanceolata, basi subattenuata,
semiamplexicaulia.
5. P. tuberosa. Foliis asperis, lanceolatis, acutis, utrinque
attenuatis : radicalibus serioribus, elongatis,
latiusculis, in petiolum attenuatis; corollarum
fauce barbata.
Pulmonaria V. pannonica. Clus. Hist., U, 170.
Pulmonaria III. species altéra. Clus. Pan., 676.
Pulmonaria IV. Plinii angustifolia. Tabern., 948.
Pulmonaria angustifolia Willd. Spec, l, 768 n" i^
non synon.
Habitat in Bavaria prope Rosenheim (Sçlimidt), in
Carinlbia (Wulfen).
Caulis subsimplex, pedalis, altior, foliosus. Folia omnia
lanceolata, aspera : caulina sessilia, semiamplexicaulia;
radicalia seriora, peliolaîa, utrinque atlenuata, acuta,
pedalia circiter, semiallerum digitum lata, saepe ad lati-
( 514 )
tudinem P. mollis fere accedenlia. Flores P. mollis. Radix
vetula valde incrassala, ut tuberosa évadât.
Haec observaliones ad viva specimina, quae pluribus
abhinc aniiis in borlo crevèrent, factae sunt.
4-. P.angush'folia. Foliis asperis, omnibus anguslo-laneeo-
lalis, elongalis, acutis, ulrinque atlenualis : cauli-
nis sessilibus; corollarum fauce faseiculis quinque
pilorum.
Pulmonaria I. angustifolia. Tabern., 948.
Pulmonaria 111. austriaca. CIus. Hist., Il, 1G9.
P. montana. Wulfen in liit. ad Schreb.
Bessera azurea. Scbulies Obs.y 28-29.
Habilat in Austriae et lïungariae sylvis (Clus.); etc.
Celle dernière est la P. azurea de Besser qui est la
véritable P. angustifolia de Linné.
Ainsi que nous l'avons dit, la monograpbie de Scbrank
a servi de guide à lous les auteurs allemands, mais elle
ne parait guère avoir été connue en France.
1827. — Host, dans sa Flore d'Autriche, ajoute aux
espèces déjà indiquées une nouvelle espèce sous le nom
de P. média, croissant danI, 179 ; Gren. et Godr. FI. Fr.,
II, 528.
P. montana var. 3. Lej. Rev. Spa, iô.
P. média flost FI. Aiistr., I, 235 (1827).
P. rubra Schott et Ktij in Bot. Zeif., 1851, 393; Ny?7i. Si/ll., 83; Neifr.
Diagn. Hungar., 89.
P. angustifolia p. Bertol. FI. Ital., II, 512.
P. ofticinalis-angustifolia Wimni. FI. von Soldes., éd. 3, 373.
Habite les montagnes boisées, en Autriche, en Russie, en Allemagne,
dans les Ardennes et dans les Pyrénées. 2j.. Fleurit en avril et mai.
Rhizome épais, traçant dans les sols tourbeux et humides. Toute la
plante est couverte de poils mous et soyeux. Feuilles d'un vert pâle et
dépourvues de taches blanches ; celles des rosettes stériles longuement
pétiolées, ovales-oblongucs, atténuées aux deux extrémités^ aiguës au
sommet, décurrentes sur le pétiole. Tiges très-robustes, grosses comme le
petit doigt, garnies d'environ cinq à six feuilles amplexicaules et non dé-
currentes, ovales-allongées, les supérieures cordiformes. Fleurs grandes et
brillantes, d'un rose vif et carminé, à la fin prenant une couleur violette.
Tube de la corolle velu à l'intérieur en dessous de l'anneau de poils de
la gorge (!); ses divisions profondes, plus longues que larges, arrondies au
sommet. Étamines sessiles.
Obs. — Cette belle et brillante espèce, semblable à la P. montana pai-
ses feuilles estivales, en est entièrement différente au printemps durant
la fleuraison. A cette époque, il est impossible de les confondre. C'est sans
doute cette analogie des deux plantes estivales qui aura engendré la con-
fusion dont nous avons parlé dans la première partie; on aura envoyé
l'été l'une pour l'autre dans les Jardins botaniques.
Rien que dans les descriptions primitives le nom de mollis s'applique
H l'espèce précédente, nous avons cru devoir le conserver à celle-ci par
le motif que c'est elle que tous les autours modernes désignent sous ce
nom. Nous avons craint d'augmenter la confusion en adoptant le nom
donné par Host, lequel s'applique aussi à plusieurs espèces. Au surplus
ceux qui, par amour des espèces collectives, voudraient la réunir à la
P. montana, malgré les diflérences signalées, devraient lui conserver ce
dernier nom, en vertu du droit de priorité,
S6
( 524 )
f). P. montana. Foliis mollibiis, ovato-oblongis, irnmacu-
latis, radicalibus utrinquc acutis, caulinis decurrentibus,
mericarpiis pubescentibus.
P. montana Lej. FI. Spa, I, 98 (181 J); Rev. ^.", excl. var. et syn.
V. mollis Wulfenin Horneni. Hort. Havn., I, 179 (1815); Heller FI.
Wirceh., siippl., 15 (1815); Rom. et Schuft. Syst. Veg., IV, 35 ; Mert.
et KochVeiitschl. FI., II, T6.
V. angustifolia pro parte Lej. et Court. Coiup.,}^ 167 ; Th. Lest. Rot. Rclg..
II, 171.
Habite les montagnes élevées et boisées, en Belgique, dans les Ardennes,
près de Spa et Malmedy, en Autriche, en Franconic et en Bavière. 2]..
Fleurit en mars.
Rhizome cespiteux. Toute la plante est couverte de nombreux poils
blancs, mous et soyeux. Feuilles immaculées, d'un vert pâle; celles des
rosettes stériles ovales-oblongues, longuement atténuées à chaque extré-
mité, acuminées ; les caulinaires légèrement décurrentes sur la lige, celles
du bas oblongues, les supérieures ovales-lancéolées. Tiges de huit à dix
pouces, hérissées de poils mous, anguleuses par la décurrence des feuil-
les qui sont au nombre de cinq environ. Fleurs moyennes, d'abord
d'un rose pourpré, puis d'un violet livide. Corolle à tube velu intérieu-
rement au-dessous de l'anneau pilifère; divisions courtes, plus larges
que longues, échancrées au sommet. Etamines pédiculées.
Obs. — Les feuilles des rosettes stériles de cette espèce la rapprochent
de la P. mollis, avec laquelle on peut la confondre l'été, par la similitude
des feuilles estivales, bien que celles de la P. montana soient encore plus
soyeuses. Mais observées au printemps, lors de la fleuraison, ces deux
espèces ne se ressemblent plus. Celle-ci fleurit un mois plus tôt que la
P. mollis; ses tiges sont moitié moins épaisses; ses fleurs moitié plus
petites et dépourvues d'éclat; ses feuilles caulinaires sont sessiles et
décurrentes, tandis qu'elles sont amplexicaules dans la P. mollis. Ce
caractère montre clairement que la Pulmonaire décrite primitivement
sous ce dernier nom n'est autre chose que l'espèce créée antérieurement
par Lejeune sous le nom de P. montana.
( 525 )
7. P. ovalis. Foliis maculalis, radicalibus ovalibus, acumi-
natis, basi cuneatis, longe petiolatis, caulinis septenis,
meriearpiis pubescentibus.
P. ovalis Basl. FI. de Maine-et-Loire, suppL, ^i(1812) ; Bor. ! FI. Centr.,
II, 4'D9, Cat. de Maine-et-Loire, 120.
P. mollis Guép. FI. de Maine-et-Loire, éd. 5, 162, excl. si/n.
P. tuberosa Martr. FI. Tarn., I, 487, excl. syn. praeter Bast.
Habile les bois de la France centrale et méridionale {Boreau !). 2j..
Fleurit en avril et mai.
Rhizome rampant. Feuilles obscurément maculées, hispides, rudes;
celles des rosettes stériles longuement péliolées, ovales, acuminées, ter-
minées en coin à la base, à pétiole marginé, ailé au sommet ; les cauli-
naircs elliptiques-lancéolées, aiguës, sessiles, décurrentes d'un côté, au
nombre de sept. Tige munie au bas de quelques écailles, de plus d'un
pied de hauteur. Fleurs en grappes lâches, grandes, rouges d'abord, puis
bleues. Calice cylindracé-tubuleux. Tube de la corolle glabre à l'intérieur
en dessous de l'anneau de la gorge! Méricarpes pubescents d'après
M. Boreau,
Obs. — Cette belle espèce est voisine de la P. longifolia dont elle se
rapproche par ses méricarpes pubescents. Elle s'en distingue par la
forme de ses feuilles et la longueur de ses pétioles.
8. P. longifolia. Foliis lanceolatis, radicalibus caulem
supcrantibus, caulinis subseptenis, calycibus oblongis,
meriearpiis carinato-cristatis.
P. aiigustifolia pro parte Lin. Sp., i^i; DC. FI. Fr., 111, 627 ; Lois. FI.
GalL,ed.2, I, 151; Th. Lest. Bot. Belg., [1, 171; L^J. et Court.
Comp., 1, 167; Coss. et Germ. FI. Par., 268.
P. angustifolia JaumeSt-lIill. PI. deFr., IV, t. 515 («o. honu)-^ Mèral. FI.
Par., éd. 1, 71 ; Dict. se. nat.,pl. bot., t. -43 {fig. opt.).
P. longifolia Bast. de FI. Maine-et-Loire, suppL, \U (1812) ; Bor.! Fi.
Centr., II, 460, Cal. de Maine-et-Loire , 120; Martr. FI. Tarn..
I, 487.
Habite les bois frais et couverts de la France occidentale et méridio-
nale : on la retrouve au nord dans l'Artois (Dov. !) et, d'après Lejeune,
( 52G )
jusques dans le pays de Liège, où finit sonaire de dispersion. 2].. Fleurit
en mai.
Rhizome horizontal, épais. Plante hérissée de poils rudes. Feuilles
parsemées de taches blanches non confluentes ou unicolores; les radi-
cales longuement lancéolées, allongées, de un à deux pieds et dépassant
souvent les tiges florales, très-aiguës au sommet, longuement atténuées
en pétiole bicaréné; les caulinaires oblongues-lancéolées, au nombre
de sept à neuf, décurrentes d'un côté, semi-amplexicaules de l'autre.
Tiges dépourvues d'écailles à la base. Fleurs en grappes assez serrées,
grandes, d'abord rouges, puis devenant bleues. Tube de la corolle glabre
intérieurement en dessous de l'anneau pilifère de la gorge ! Méricarpes
pubescents, brillants, comprimés fortement, carénés au sommet où la
carène prend la forme d'une crête.
Obs. — La Pulmonaire à longues feuilles ne saurait être confondue
avec la P. vulgaris, dont elle se distingue facilement par la longueur de
ses feuilles radicales, par le nombre de ses feuilles caulinaires et par la
forme de son calice et de ses méricarpes.
Dans sa Flore du Centre, M. Boreau avait donné à cette espèce des car-
pelles (jlabres. Aux échantillons que nous devons à son obligeance, il
ajoute cette note : « Les carpelles, dits lisses dans la Flore du Centre, sont
pubescents. « C'est au reste ce que nous avons aussi observé.
y. P. Tulgapi!§. Foliis oblongo-lanceolatis , radicalibus
caule brevioribiis, caulinis subquinis, amplexicaulibus,
patentibus, calycibus inflatis.
Pulmonaria foliis Echii Lob. Cruijdb., 692; Plantin Je. Stirp., 586.
Pulmonaria V. pannonica Cius. Hist., clxx {ic. Lobelii).
Pulmonaria IV. Plinii angustifolia Tabern. Kreulerb., II, 274.
Pulmonaria angustifolia rubente coeruleo flore Moris. Hist. Oxon.,
II, Ui, ic. sect. II, t. 29, /■. 10.
P. angustifolia pro ])'dvic Lin. S p., 194; mild. Sp., l. 768; Pers. Syn.,
1, 160; DC. FI. Fr., III, 627; Gwe/. FI. Bad., I, 422; Th. Lest. Bol.
Belg., II, 171; Lej . et Court. Comp., I, 167; Coss. et Gcrm. FI.
Par. y 268; Alph. DC. Prodr., X, 93.
P. vulgaris Mérat FI. Par., éd. 2, II, 164 {pro parte).
P. tuberosa Schrank înAct. nov. nat. cur., IX (1818), 97; Link Enum.
( 5'^^ )
BeroL, I, \m-^Spreng. Syst., I, 5^7; Bluff et Fing., Comp., 1,242;
Gren. et Godr. FI. Fr., II, 527. exd. syn. plurib.; Bor.! FI. Centr.,
II, 460.
P. angustifolia Mert. et Koch Deutschl. FI., Il, 73; Roth Enuni., I, 575;
Dîetr. Syn., I, 598 ; Rchb.. PI. Crit., VI, 3, /". 695 (op^.)-
P. variabilis pro parte God?\ FI. Lorr., éd. I, II, 122.
p. ohloncjata. FoHis breviorihus, latioribus, obtusioribusque.
P. oblongata Schrad. in litt. in Rom. et Schtdt. Syst., IV, 7ii ; Rchb.
FI. exe, 558.
P. angustifolia var, oblongata Rom. et Scliult. t. c; Mort, et Koch
Deutschl. Fl.,l. c.
P. mollis Rchb. PI. Crit., VI, 5, f. 697, exd. syn. Hast.
Habile les bois ombragés dans presque toute l'Europe. 1\.. Fleurit en
avril et mai.
Rhizome épais, noueux. Toute la plante est couverte de poils assez mous.
Feuilles lancéolées-elliptiques, aiguës, atténuées à la base; les radicales
décurrenles, moitié plus courtes que la tige; les caulinaires, au nombre de
quatre à six, ovales-oblongues, amplexicaules. Fleurs en grappes lâches,
éloignées et penchées d'un seul côté après la fleuraison. Calices renflés.
Corolle rose, puis bleue, à tube intérieurement glabre en dessous de
l'anneau pilifère de la gorge! Méricarpes pubescenls !
Obs. — Cette espèce, distinguée primitivement par Mérat, dans la pre-
mière édition de sa Nouvelle Flore des environs de Paris, est bien la même
que la P. tuberosa de Schrank, qui n'a de tubéreux que son nom. Elle se
distingue de la P. vioutana, par le tube de sa corolle qui est glabre et non
velu à l'intérieur, ainsi que par ses calices renflés; des P. azurea et
/*.- longifolia, par ses feuilles radicales moitié plus courtes que la tige
et par le petit nombre de ses feuilles caulinaires.
C'est par erreur que 31. Boreau indique le tube de la corolle comme
poilu en dessous de l'anneau pilifère. L'échantillon que nous devons à sa
bienveillance présente cette partie du tube parfaitement glabre. '
10. P. azurea. Foliis radicalibus auguste lanceolatis, cauli-
nis numerosis lineari-lanceolatis, decurrentibus, caulibiis
basi squamosis.
Pulmonaria angustifolia coeruleo flore Clus. Pann., 675.
Pulmonaria III austriaca Clus. Hist., cixix.
( 328 )
Pulmonaria I angustifolia Tabern. Kreuterb., II, 274'.
Pulmonaria angustifolia coerulea TH/oWs. Hist., III, 444, Sect. II, ^ 29,
f. 5 {ic. Clusii.)
P. angustifolia pro parte Lin. Sp., éd. I, lo5; Willd. Sp.^ 768; Pers. Syn.,
I, 160. 5 Gmd. FI. Bad., I, 424.
P. angustifolia Lm. Suec, 58, ea;d. s?/h. C/usù" {fide Pries!); Sw. Bot.,
544; Wahlenb.Suec, 116; Schrank Nov. act. nat. cur., IX, 98; Bluff
et Fing. Comp., I, 242; Fries FI. Scan., 25, Siimm., 12 ; Gren. e« Gorfr.
F/. Fi\, II, 526, eajd. syn. Host; Wimm. FI. von Schles., éd. 5, 572.
P. azurea Besser Prim. Galic, I, 150(1809), Enum. Volh., 8 ; Lehm. Aspe-
rif., 274; Boni. elSchult. Syst. veg., IV, 54; Bieb.FL Tauric, III, 128;
Mert. et Koch Deutschl. PL, II, 75; Both Enum., I, 574; Bchb. Ic.
rar., VI, f. 694 {opt.)^ FI. exe, 377; Â'ocA Syn., 437; .i/p/t. DC.
P/'orfr., X, 93; Schm. et Begel PL Bonn., 220.
P. Clusii Baumg. PI. Tram., I, 123 (1816).
P. montana Wulfen in litt. ad Schreber ex Schrank (1818).
P. angustata Schradinlitt. ex Boni, et Schult. Syst. veg., IV, 54 (1819).
Bessera azurea Schultes Obs., 28.
Habite les bois montueux, en Suède, dans la Russie centrale, en Pologne,
en Autriche, en Allemagne, dans le Hartz et les provinces Rhénanes, en
France dans l'Auvergne.
Rhizome cespiteux. Plante entièrement hérissée de poils rudes. Feuilles
des rosettes stériles longuement lancéolées, étroites, accuminées, rétrécies
en pétiole. Tiges anguleuses, garnies à leur base d'écaillés imbriquées,
étalées, munies de sept à neuf feuilles étroitement lancéolées, sessiles,
légèrement décurrentes. Fleurs en grappes courtes, grandes, d'un beau
bleu azuré. Tube de la corolle glabre à l'intérieur au-dessous du cercle de
poils de la gorge. Méricarpes glabres d'après M. Boreau.
Obs. — Celte espèce a été confondue par Linné avec les précédentes,
dans ses Species plantarum, mais, d'après M. Fries, c'est la P. angustifolia
de sa Flore de Suède, puisque c'est la seule espèce à feuilles étroites qui
croisse dans cette contrée. Par cette considération, MM. Grenier et Godron
ont cru devoir lui restituer ce nom qu'elle mérite au reste par l'étroitesse
de ses feuilles. Ce raisonnement est très-rigoureux, mais il augmente la
confusion. Il est hors de doute que la P. angustifolia de Linné est une
espèce collective renfermant toutes les Pulmonaires à feuilles non cordées,
et que ce nom a été appliqué successivement à toutes ces espèces. L'appli-
( 329 )
quer à celle-ci, c'est augmenter la confusion. Il n'y a pas plus de motif de
conserver ce nom, sujet à tant d'erreurs, que de maintenir la Valeriana
Lociista, ou le Medicago polymorpha chez l'une des formes de ces espèces
collectives.
Les nombreuses écailles imbriquées que l'on observe à la base des tiges
la distinguent de toutes les Pulmonaires à feuilles étroites. L'échantillon
de Suède que nous avons reçu de M. Fries a certainement le tube de la
corolle glabre à l'intérieur en dessous de l'anneau de la gorge.
NOTE SUR LE STAMINODE
DES
SCROPHULAIRES AQUATIQUES INDIGÈNES
Ayant autrefois créé deux nouvelles espèces de Scro-
phulaires, c'est pour nous un devoir de les justifier. A
celte époque, on faisait peu d'état des variations de forme
qu'offre le staminode dans ce genre; depuis il a été
démontré que cet organe présentait des caractères de
premier ordre pour la distinction des espèces. C'est donc
par l'étude du staminode que nous allons compléter nos
précédentes observations.
Linné, dans ses premiers ouvrages, ne connaissait
qu'une espèce de Scrophularia propre à nos climats, la
S. nodosa. C'est dans son Hortus Upsaliensis qu'il intro-
duit pour la première fois la S. aquatka, qui y figure
sous le n° 1. Sa description est assez vague et a donné
lieu à controverse. Il lui indique pour pays natal
l'Angleterre, la Suisse et la France et comme il cite
en premier lieu Guettard, qui le premier a décrit cette
espèce, il est présumable que c'est de lui qu'il en avait
obtenu des graines. Il indique encore comme synonyme
la Betonica aqiiatilis de Dodoens Pempt. 50. Dans la
première édition de ses Spedes planiarvm, il relève la
1. s. iiodosa.
2. S. aqiiatica
3. S.
cinerea.
4. S. Xeesii.
5. S. uritbrosa
'B.iJuM.OTUsr del.
STAMINODES DES SCROPHULAIRES
( 331 )
plante de ÏHortus Upsaliensis et lui donne le nom de
5. aquatica, nom évidemment emprunté à la B, aquatka
major du Pinax de C. Bauhin, p. 15o, à laquelle ce der-
nier rapporte la Betonica aqualUis de Dodoens, Lobel,
Dalechamp, Tabernaemonlanus, etc.
Ayant reconnu que sous le nom de S. aquatica, plu-
sieurs espèces distinctes étaient confondues, nous avons
cru, dans le vague et l'incertitude de la description de
Linné et après vérification faite dans son herbier, devoir
attribuer ce nom à celle la plus répandue dans les
pays indiqués par l'auteur comme son lieu d'origine et à
laquelle se rapportent les figures données par Curtis dans
sa Flora Londinensis et par Smith dans VEnglish Botany.
Cette opinion a aujourd'hui prévalu. Nous avons donc
créé, pour les deux espèces confondues avec celle-ci, en
1827, la 5. umbrosa et, en 1834, la S. clnerea. En 184-4,
M. Wirtgen y ajouta sa 5. Neesii.
Cependant parmi ces trois espèces, il en est une, la
5. iinibrosaj qui, très-rare dans les pays indiqués par
Linné pour l'espèce aquatique, est répandue dans toute
l'Allemagne, où elle remplace les deux autres qui n'y
existent pas, en sorte que tous les auteurs allemands
l'avaient indiquée sous le nom de S. aquatica. Le savant
Hornemann, ayant reçu de Balbis, alors professeur à
Turin, des graines de l'espèce type, la désigna dans son
Hortus Havniensis, sous le nom de S. Balbisii qui s'est
trouvé adopté par Mertens et Koch et la plupart des
auteurs allemands. De son côté, Loiseleur-Deslongchamps
donnait à l'espèce type le nom cVoblongifolia et Moris
celui de riviilaris, tous noms devenus synonymes de la
véritable 5. aquatica.
Dès 1827, après notre visite à l'herbier de Linné, nous
27
( 532 )
avions reconnu l'erreur des botanistes allemands et en
restituant à Tespèce type son nom linnéen, nous avions
formé de Fespèce germanique, rencontrée par nous dans
le Luxembourg d'abord et près de Tournay ensuite, notre
S.iimbrosa. Notre savant confrère M. Bentham, qui igno-
rait cette confusion d'espèces, a rapporté à tort notre
plante à la S. nodosa. Notre diagnose : Caulibus alciHs,
foliis decurrentibus inferioribus oblongis acutis, ne per-
mettait pas cette réunion, et l'échantillon qu'il a eu sous
les yeux ne peut pas être provenu de nous, ou bien
l'étiquette a été transposée. Plus tard, en 1840, Stevens,
dans les Annals of Natural Uislory, publiait la même
espèce sous le nom de 5. Ehrharti. Enfin, en 1864,
M. A.scherson, dans sa Flore du Brandebourg, lui don-
nait le nom de S. alafa Gil. 1781. Cette dernière déno-
mination est une nomenclature tout à fait erronée. Gili-
bert n'a pas créé une espèce de Scrophulaires, et la plante
qu'il nomme S, alaia est purement et simplement la
S. aquatica de Linné, dont il s'est borné à changer le
nom spécifique, conformément à son constant usage de
vouloir réformer la nomenclature linnéenne, usage qui
était devenu chez lui un ridicule. C'est ce que prouvent
ses Exercitia phytologka, vol. 1, p. 128.
En 1854, nous avons créé, sous le nom de S. cinerea,
notre seconde espèce aux dépens de la S. aquatica de
Linné, pour une plante que nous avions observée dans de
la terre de bruyère tourbeuse venue de la Flandre et que
depuis nous avons rencontrée dans les environs de Tour-
nay. Cette espèce parait très-voisine de celle décrite en
1846 par M. Bentham, sous le nom de 5. alpestriSj et le
slaminode de celle-ci, indiqué comme réniforme-orbicu-
culaire par MM. Grenier et Godron, semble favoriser ce
( 000 )
rapprochement. Toutefois, la plante belge a les liges
glabres et non hérissées, fistuleuses et non pleine, ses
feuilles ne sont point dentées en scie, mais crénelées et les
inférieures courtement pétiolées; jamais elles ne sont
acuminées; sa corolle n'est pas jaune, mais rouge sang
de bœuf.
La Cfuatrième espèce, formée aux dépens de la S. aqua-
tica, fut créée en 1841, par M. Wirtgen, sous le nom de
S. NeesH, dans le piTmier volume des Verhandhmgen
des nattirhistorischen Vereins des preussischen Rheinlande,
pour une plante trouvée dans les environs de Coblence, de
Dusseldorf et de Neuwied. Cette belle espèce a depuis été
retrouvée dans le Luxembourg par M. Lôhr, en Gueldre
près d'x\rnhem, par M. Hoffmann, et en Zélande près de
Goes par van den Bosch. Elle entoure donc le royaume
de Belgique, où on la trouvera en la cherchant.
Le nombre des espèces formées aux dépens de la
S. aquatica de Linné s'élève donc à quatre, dont nous
avons créé la moitié. Il s'agit maintenant de valider ces
espèces par l'étude de la forme du staminode de chacune
d'elles. Pour plus de correction, nous y ajouterons celui
de la S. nodosa. plante également aquatique. La planche
que nous joignons à ce travail montrera les formes de ces
staminodes, de manière à mettre les jeunes botanistes à
même de les reconnaître aussitôt, car elles seules suffisent
pour déterminer les espèces.
Le staminode est la cinquième étamine des Scrophulaires
qui avorte et se transforme en une lame pétaloïde
décurrente sur le tube de la corolle et de forme variable.
Il est placé entre les deux paires d'étamines, dont il occupe
le centre et est adossé à la base des deux divisions supé-
rieures de la corolle. Cet organe, que Linné désignait
( 334 )
sous le nom collectif de nectaire varie d'une espèce à
Faulre et forme ainsi un caractère de premier ordre
pour la définition des espèces. C'est ce que nous allons
montrer en nous référant aux indications des figures.
Fig. i. Scrophularia nodosa. — Staminode ovale-cunéiforme, tronqué au
sommet, un peu renflé aux extrémités latérales, échancré au
centre.
2.5. aquatka. — Dans l'espèce type de Linné, le staminode est ar-
rondi, rétréci en onglet et souvent légèrement échancré au
sommet sans cependant que cette petite échancrure existe tou-
jours. Parfois même il se forme, à cette extrémité, un léger pli
qui lui donne un aspect apiculé.
5. S. cinerea. — Cette espèce se distingue par son staminode réni-
forme, orbiculaire au sommet, à limbe un peu plus large que
haut.
i. S. Neesii. — Dans cette espèce, le staminode est en forme de
marteau, un peu relevé au sommet, qui présente une légère
échancrure, au centre de laquelle figure souvent un léger ma-
melon.
y. S. unibrosa. — Ici le staminode est en forme de croissant; ses
deux branches, arrondies au sommet, sont écartées l'une de
l'autre.
On voit, par ce qui précède, la ressource qu'offre le
staminode pour la détermination des espèces de Scrophu-
laires aquatiques. Une lentille de quelques lignes de foyer,
qui est le signe du véritable botaniste et la source de ses
joies et de ses observations les plus intéressantes, suffît
pour distinguer de suite ces caractères et déterminer sûre-
ment les espèces, dont il nous reste à donner la synony-
mie chronologique, afin d'établir le droit de priorité. C'est
ce que va montrer la coordination qui va suivre.
( 355 )
Synonymie chronologique .
1 . S. nodosa. Tige acutangulaire, feuilles tronquées à la
base, à trois nervures, staminode cunéiforme (fig. 1).
S. nodosa Lin.! Sp., 865.
Habite le bord des eaux.
2. S., aquiitica. Tige à angles carénés, feuilles ovales-
oblongues, staminode orbiculairc (fig. 2).
S. aquaticaZm. / Sp., 8G^; Curt. FI. Loncl., V, t. U {fig. parfaite).
S. alata Gilib. Exerc. phytolog., I, 128 (1792).
S. Balbisii Hornem. Hort. Haim., II, 57 (1815).
S. oblongifolia Lois. Now. Not., 26 (1827).
S. rivularis Moris Siirp. Sard., II, 8 (1827).
Habite le bord des eaux, en Angleterre, en France, près Tournay le
long de la Melle, etc. ; finit à Aix-la-Chapelle!
5. s. cinerea. Tige ailée, feuilles cordées à la base, stami-
node réniforme, entier au sommet (fig. 5).
S. cinerea Duinrt. Notice sur tes esp. indig. de Scrophulaires, il (1854).
Habite le bord des eaux, en Flandre et près Tournay le long du rieu de
Barges.
4. S. l^eesiî. Tige ailée, feuilles ovales, décurrentes, stami-
node malléiforme, à lobes divariqués (fig. 4).
5. Neesii Wirtgen in Verhand. natur. Vereins Rheinl., I, 29 (184'4'), F(.
preus. Rhpr., 523 (1857).
S. alata var. Neesii Aschers. FI. Prov. Brandenb., iQ^.
Habite le bord des eaux près Coblence et Dusseldorf(Wirtg.), dans le
Luxembourg (Lôhr), en Hollande près Arnhem (Hoffm.), en Zélande, dans
rfle de Sudbeveland près Goes (van den Bosch).
( 550 )
5. Hil. liuibrosa. Tige ailée, feuilles oblongues, décurrentcs,
staminode bilobé, à lobes en croissant oblus (fig. 5).
S. uqualica de tous les auteurs allemands.
S. umbrosa Dmrt. Prodr. heUj., 57 (1827).
S. Ehi'harli Stev. in Ann. of Nat. Jlist. (1840).
S. alata Aschers. FI. Prov. Bi'andenb., 467 (1864), non Gilib.
Habite le bord des eaux, en Allemagne, dans le Luxembourg et l'Eifei,
près Tournay le long du rieu d'Amour, à Bruxelles, Dinant, etc.
(l^ui, s^. f^.fiiJUju7:'^z.7
ETUDE AGRCSTOGRAPHIQUE
SUR
iB mu mmmm et la classification! des craipës.
Le genre Mic/ielaria est essenlieliement belge et iTa
jusqu'ici été observé dans aucun autre pays.
La découverte de cette plante, si curieuse pour la flore
d'Europe, fit grand bruit dans le uionde savant. Trouver,
au centre de l'Europe, une plante inconnue et présentant
des caractères qui l'éloignent de ceux assignés à tous les
genres, est un fait trop rare pour ne pas exciter au plus
baut degré la curiosité des botanistes ; aussi le révérend
abbé Strail fait-il remarquer avec raison, dans sa Flo-
rule de Chaud fonlaine , qu'aucune plante d'Europe n'a
donné lieu à autant de controverses. Ayant fait le premier
la découverte de cette rareté, on nous permettra d'en par-
ler, alors surtout que nous avons une seconde espèce à
ajouter au genre que nous avons créé.
C'est en mai 1821, lors de ma première berborisatiou
sur rOurtbe et l'Amblève, que je trouvai cette espèce
au bord d'un cbamp d'épeautre dans des pierres rejetées de
( 358 )
ce cliamp entre Comblain-aii-Pont et le hameau de Dou-
Hamme. La plante, ayant cru dans les cailloux rejetés des
champs voisins, était rabougrie et n'avait que 8 à 10 pou-
ces de hauteur. Les échantillons de cette première trou-
vaille, conservés dans notre herbier, sont accompagnés
d'étiquettes contemporaines portant l'une : dans les pierres
le long des champs : Comblain ; l'autre, écrite immédiate-
ment après la publication de notre Agrostographie : inter
segetes ad ripam sinistram fluminis Ambleve inter Dou-
flame (sic) et Comblain-au-Pont. Comme à cette époque,
tout entier à nos Commentationes, nous ne nous occu-
pions pas encore de notre Agrostographie, nous ne fîmes
aucune attention à ces échantillons rabougris que nous
avions pris pour une forme naine du Bromus nitidus, et ils
restèrent dans nos doublettes jusqu'après la publication
de notre Agrostographie. C'est alors qu'en parcourant ces
doubles nous reconnûmes l'erreur d'une inattention
primitive. Nous communiquâmes cette découverte à notre
ami Michel, qui s'empressa de signaler la localité de
Comblain dans le premier volume de son Herbier des
Graminées, affirmant ainsi le fait qui vient d'être énoncé.
En 1822, nous commençâmes des voyages de botanique
avec P. iMichel, car ce n'étaient plus des herborisations,
mais des voyages de deux mois et plus. Nous visitâmes
l'Eifel, la vallée du Rhin jusqu'à Coblence, puis nous remon-
tâmes la Moselle jusqu'à Remich, d'où nous arrivâmes à
Luxembourg, où nous fîmes, par l'intermédiaire du pro-
fesseur Mûller, la connaissance de deux de ses disciples,
encore élèves à l'Athénée de Luxembourg, Tinant et Mar-
chand qui commençaient l'étude de la botanique et plus
tard devinrent d'excellents botanistes. De là, nous descen-
dîmes la vallée de l'Alzette pour arriver à Diekirch, d'où nous
( 559 )
remontâmes la Sure jusqu'à Esch, pour arriver à Bastogne,
puis à St-IIubert, Marche, Rochefort, où nous visitâmes
la grotte de Han, dont le passage venait d'être découvert.
Le voyage de 1825 fut consacré à visiter TEntre-Sambre-
et-Meuse, la Meuse de Dinant à Huy, après quoi nous
nous dirigeâmes sur Durbuy pour remonter TOurthe
jusqu^à Houffalize, d'où nous marchâmes sur Clervaux,
Vianden, Diekirch et Echtern'ach. C'est là que nous trou-
vâmes, sur les rochers boisés près Beaufort et Berdorff,
Y Hymenophyllum tunbridgense en abondance. D'Echter-
nach, nous visitâmes de nouveau le Luxembourg allemand
par Grevenmacher j nous revîmes Luxembourg, parcourû-
mes avec soin la haute Alzette, puis nous marchâmes sur
Arlon, Virton, etc., et, regagnant la Semoy, nous arrivâmes
à Florenville, tout fiers d'être enfin dans la ville de Flore.
Hélas, la déesse nous accueillit bien mal; nous y fumes
arrêtés, pris pour des espions, emprisonnés durant trois
jours dans ce lieu où, en place de l'autel de Flore, la prison
nous attendait; puis, après trois jours de prison, conduits
par les gendarmes avec des voleurs de grand chemin jus-
qu'à Neufchateau, où nous fûmes délivrés par un bonheur
inouï. De Neufchateau, nous vinmes à Bouillon et de là à
WelHn, où notre ami, dont le passeport était périmé de
huit jours, fut de nouveau arrêté et jeté dans la prison du
canton ; c'est avec la plus grande peine que nous parvînmes
à le débarasser. Ce double emprisonnement avait abattu
notre compagnon ; il voulut regagner à tout prix son
domicile. Nous arrivâmes à grandes journées, par Marche
et Durbuy, à Comblain, où nous nous séparâmes, et tan-
dis que nous descendions l'Ourthe jusqu'à Liège, Michel re
montait l'Amblève pour regagner Nessonvaux. C'est alors,
peu après nous être séparés, qu'en traversant Aywaille
28
( 540 )
Michel trouva, à son tour, la célèbre graminée en plein état
de fleuraison avec ces panicules étalées, car c'était dans
les preaniers jours de juillet ; et il distingua ses caractères.
De retour à Nessonvaux, iMichel alla voir le docteur
Lejeune, qui se hâta de s'emj)arer de ce beau produit
d'une excursion faite à nos frais et d'en envoyer la des-
cription SiU Messager des Sciences et des Arts deGand, sous
le nom de Calotheca bromoidea. Michel, de son côté, nous
en avait aussitôt envoyé des exemplaires avec une étiquette
de la main de Lejeune, conservée dans notre herbier et ainsi
conçue : Calotheca bromoidea N. est novum genus. Charac-
teres cimi descriptione Desvaux perfecte conveniunt, ast
figiir. Palisotii certe minime quadrant. Cl. F. Nées ad
lithographiam submisit. Ayant vu qu'il y avait erreur
de détermination générique , nous en écrivîmes aussitôt
au docteur Lejeune, en lui disant que la plante, au point
de vue de Palissot de Beauvois et de Rômer et Schulles,
devait former un genre nouveau, que nous proposions de
nommer Michelaria, en l'honneur de son inventeur, ou
bien qu'elle devait se réunir au genre Bromus et être nom-
mée B. arduennensis, ainsi que nous le faisions, dans notre
Agrostographie qui était sous presse (^). Nous fîmes donc
ajouter une seizième planche à cet ouvrage, car celles
du genre 5romws étaient déjà imprimées, et nous rédigeâ-
mes la note insérée à la page 75 de cet ouvrage.
La note sur le prétendu Calotheca, envoyée au Messa-
ger, parut et Lejeune ne tarda pas reconnaître la justesse
de nos observations; mais comment résister à la tentation
de créer un genre nouveau? L'année d'ensuite, dit
(1) Voir notre Agrostographie, pages 7H et 77.
( 341 )
M. Crépin, clans la première édition de son Manuel, le
docteur Lejeune ayant reconnu Finanité de sa première
dénomination, et sans égard pour la création et l'heureuse
dédicace de M. Du Mortier, décrivait de nouveau la plante
sous le nom de Liber tia arduennensis{^) . Plus tard, elle
parut aussi sous ce nom dans les Actes de l'Académie des
curieux de la nature.
La découverte d'une plante aussi intéressante fut un
événement pour le monde botanique. Chacun voulut la
posséder et elle devint l'objet de nombreuses controverses.
En 1826, M. Raspail la décrivit sous le nom de Bromm
auriculatus; en 1827, Roth la nommait Libertia arun-
dinacea et Sprengel, Aechmophora arduennensis ; en 1828,
Loiseleur Deslongchamps, Broinus triaristatus et Desfon-
taines, 5roî«?iS7)o/?/s;«c%s; en 1829, Koch, adoptant notre
dénomination subsidiaire, l'appelait Bromus arduennensis ;
en 18o4, M. Demoor, Bromus Michelianus; enfin, en
1860, M. Crépin observait avec raison que si le genre
Serrafalcus de M. Parlatore était admis, il fallait la nom-
mer Serra falcus arduennensis.
Mais une nouvelle et étrange péripétie attendait le
Michelaria. Dans les derniers mois de 1828, Courtois
écrivait, tant en son nom qu'en celui de Lejeune, au
Secrétaire de la Société de Botanique de Gand, une lettre
dont il réclamait la prompte insertion au Messager des
Sciences et des Arts, où elle parut dans la dernière livraison
de 1828. Cette lettre n'est pas datée, mais comme elle
est insérée entre deux lettres, l'une du 15 décembre 1828,
(1) Remarquons que le genre Libertia des Commenlationes a malgré
tout la priorité, car il existe un Hosta de Jacquin et uu Funhia de
Sprengel antérieurs à ceux de Trattinnick et de Willdenow.
( 542 )
l'autre du 2o novembre de la même année, on a sa date
approximative. Elle s'exprime comme suitC) :
« La plante nommée par M. Lejeune Calotheca bro-
« moidea, puis Liberlia, par M. Du Mortier, Michelarîa
«( et par M. Raspail, Bromus auriculaliis, n'est rien autre
« qu'une monstruosité ou variété remarquable du
« Bromus grossiis DC. et surtout de la var. 7. du Com-
« pendiam fl. belg. ou B. nilidus Dmrt. A(jr. Nous en
«^ sommes convaincus par les semis de cette année qui
« nous ont donné des pieds portant sur la même panicule
« des épillets de Bromus et d'autres de Liberlia. Nous
« avons observé la même modification sur le Bromus
« grossus a. ou B. velutinus Schrad., dans les terrains
« calcaires des environs de Verviers. Il est cependant
« remarquable que cette forme se soit retrouvée dans
« toutes les moissons du Condroz et qu'elle se soit perpé-
« tuée par le semis, pendant plus de quatre ans, dans
« différents jardins de l'Europe. Nous la caractériserons
« donc de la manière suivante :
« B. grossus ^, locustis trisetoso-auriculalis, glabris.
« Liberlia arduenneusis ci tous ses synonymes.
« e, locustis vclutinis^ ut in var. ^. »
Cette étrange idée est reproduite par Lejeune et Cour-
tois au troisième volume de leur Compendium, page 54o,
où la forme veloutée est désignée comme suit :
s locuslis Iriseloso-auriculalis, veluliuis.
Puis, ils ajoutent les deux observations suivantes :
«f Liberlia arduennensis, cultura praebet omnes formas
« hucusque descriptas Bromi grossi DC. seu B. velulini
(1) Messager des Sciences et des Arts, 1828, p. i67.
( 343 )
« Scliracl. — Est potius lusus natnrae per compressionem
« spicLilae in vagina productus, quam vera varielas O. »
Voilà donc une plante douée de caractères certainement
génériques devenue non un sous-genre, non une espèce,
pas même une variété, mais un jeu de nature! Voici le
père si empressé du Libertia, qui le proclame un enfant
illégitime, un bâtard, moins qu'un bâtard, un inommé,
un monstre! un monstre par compression. « Lejeune,
« dit notre savant confrère M. Spring, comme s'il avait
« besoin d'effacer jusqu'à la dernière trace de son œuvre,
« n'accorde plus même' le titre de variété à la plante
« découverte par Michel, il ne la considère plus que
« comme un simple jeu de végétation (2). »
En somme, la lettre dont nous venons de donner le
texte n'est qu'une simple affirmation dépourvue de toute
explication, de toute preuve, de tout détail, dénuée de
tout renseignement, de toute garantie. On ne saurait
méconnaître que c'est là un fait mal observé et énoncé
avec une excessive légèreté. En effet, depuis quarante-
cinq ans, tous les botanistes belges ont observé cette
curieuse plante, sans y avoir jamais observé la transfor-
mation signalée par Lejeune et Courtois. Nous-méme
nous l'avons cultivée pendant plus de vingt ans au Jardin
botanique de Tourna} ; nous avons vu, sur quelques
locustes, les trois soies parfois réduites à une seule (^).
Mais les oreillettes, l'insertion de la soie, les nervures de
la paléole externe, c'est-à-dire la constitution florale n'a
jamais varié. Aussi en soumettant cette lettre à la critique,
(1) Lejeune et Courtois Compendium, III, p. 5io.
(2) Spring in Bull. Acud. Brux., i8o3, t. J 2, p. 511.
(3) Dmrt. Prodr., p. loo, n» 2087 var. ,'5.
( 544 )
noire savant confrère; M. Spring, a-l-il dit avec raison :
" Tant d'erreurs sont possibles dans les essais de culture
« tels qu'ils se font dans les jardins botaniques ! Ne pou-
" \ait-il pas y avoir confusion de graines ou d'étiquel-
« tes?(0. M. Reichenbaclij ayant accepté l'idée de Lejeunc
et Courtois, en faisant du Michelaria une simple variété
de son B. muUlflorus, Kocli, en parlant de notre plante,
n'hésita pas à dire : Tota spkulariim fioramqiie fabrica
longe recedit a Bromo secaiino (multlfloro), et certissime
haec planta e semine illius non propullat. Hyemes nostras
aefjre fert et saepe in horto nostro périt (2).
Pour que le Michelaria se tranformàt en Brome séca-
lin, il faudrait, après avoir perdu les deux soies latérales,
qu'il perdit ses oreillettes, que sa paillette extérieure au
lieu d'avoir neuf nervures n'en compte plus que trois à
cinq, que son arête au lieu d'être terminale soit devenue
dorsale, et que ses fleurs après l'anthèse, au lieu d'être
divariquées, deviennent imbriquées; or la lettre n'indique
rien de semblable,rien, absolument rien, et nous ajouterons
que cela est aussi impossible que de voir un 5eca/e devenir
un Triticiun. Le fait signalé par Lejeune et Courtois' doit
donc être considéré comme contraire à l'observation, nul
et non avenu. Si un tel fait était vrai, notre savant con-
frère M. Crépin qui, placé dans le Condroz au centre de
l'aire de dispersion de la plante, en a recueilli des milliers
d'exemplaires, l'aurait certes remarqué.
Une observation importante résulte cependant de la
lettre précitée et elle nous donnera peut-être l'explica-
tion de l'erreur étrange que nous venons de signaler,
c'est qu'en novembre 1828 la forme veloutée avait été
(1) Spring l. c.
(2) Koch Syn., éd. 1, p. 819.
( 54o )
découverte, dans les terrains calcaires des environs de
Verviers. Celte découverte a du être faite après la publi-
cation du premier volume du Compendmm, puisque cette
forme n'y est pas mentionnée j c'est donc dans l'été de
1828, c'est-à-dire peu avant la lettre que nous venons
de rapporter, qu'elle a été trouvée pour la première
fois. Où et par qui, c'est ce que l'on ignore, mais il
ne nous paraît pas douteux que c'est elle qui aura occa-
sionné l'erreur de Lejeune et Courtois. Ils n'auront pas
vu que les oreillettes de cette forme étaient, comme nous
l'exposerons plus loin, in volutes avant l'an thèse, et même
parfois après la fleuraison j par là, ils auront cru voir, sur
le même épillet, des fleurs à oreillettes et d'autres sans
oreillettes et sur les épillets non fleuris, ils n'auront pas
aperçu d'oreillettes, attendu qu'elles y redeviennent sou-
vent involutesj puis, dans le jardin de Liège, ils auront
trouvé quelques locustes à une seule soie, et, sans plus
d'examen, ils en auront tiré la singulière conclusion qui
fait l'objet de leur lettre. Voilà présumablement la cause
de cette est étrange erreur.
Il nous reste à parler de la forme veloutée que nous
aurons à examiner plus loin. Elle fut, comme nous venons
de le dire, découverte dans le pays de Verviers en été 1828.
Lejeune la communiqua à M. Reichenbach qui en repré-
senta une locuste dans son Agrostographie, sous le nom
de Bromus multiftoinis var. 7. velutinus Schrad. C'est sans
doute vers cette époque que Lejeune nous en transmit un
échantillon avec cette étiquette : Bromus multiflorus vcw.
velutinus trisetoso-aiiriculatus, circa Pâleur. C'est donc à
Poleur, près Theux, que cette belle plante a été d'abord
trouvée, sans que nous sachions qui est l'auteur de cette
intéressante découverte.
( 546 )
Vers 1855, le révérend et savant curé de Magnée,
M. Strail, la trouva d'abord à Ayvvaille, en face des ruines
du château d'Amblève ou d'Aymon ; elle a été depuis revue
par lui à Magnée, près Chaudfontaine, et par M. Crépin,
à Barvaux, Poulseur, etc. Cette forme est pleine d'intérêt
et nous en parlerons plus loin.
Après avoir tracé Thistoire de la plante qui nous occupe,
il reste à examiner ce qui la concerne au point de vue
scientifique. Doit-elle former un genre distinct ou seule-
ment un sous-genre? Ses deux formes sont-elles des varié-
lés, ou bien doivent-elles constituer deux espèces dis-
tinctes? Voilà ce qui est à étudier.
A la question générique, nous répondrons, comme
nous l'avons fait en 1825, oui et non. Oui, si l'on adopte
pour les Graminées les principes de Beauvois, Rômer et
Scliulles, Trinius, Parlatore, etc., car alors les caractères
de la plante ardennaise sont bien plus importants que
ceux qui séparent YAegylops du Triticum, le Schedonoriis
du Fcstuca, le Phragmites de VAriindo, le Calotheca de
Kunth du Chascolytrum, le Serrafalcus du Bromus, etc.
Non, pour ceux qui adoptent les principes de Koch dans
la réunion des genres secondaires. Nous allons donc ex-
poser les faits dans l'une €t l'autre hypothèse, d'autant
que les botanistes allemands penchent pour la seconde,
nous bornante observer ici que, soit genre, soit sous-genre,
le nom de Michelaria a la priorité.
Exposons d'abord les motifs qui nous ont porté à créer
le s^enre Michelaria.
La plante ardennaise diffère du genre Bromus :
]" Par les oreillettes latérales de sa paléole inférieure j
( 547 )
2" Par son arête centrale qui est terminale et non
dorsale comme dans le Bromiis ;
S** Par les deux arêtes complémentaires à chaque fleur ;
4° Par ses fleurs divariquées et non incombantes;
o** Par sa paléole extérieure à neuf nervures, qui est
de trois à cinq nervures dans le Bromus.
Il faut le reconnaître, ces. difl*érences sont bien plus
notables que celles qui séparent le Secale ou VAegylops du
Triticum, YAira de ÏAvena, le Koeleria du Dactylis,
VEnodium dû Poa, le Milium du Paniciim , h Brachypo-
dium de Wigropyriim, \e Schedonotms di\ Festuca, etc., etc.
L'agrostographie comprend peu de genres mieux carac-
térisés. Mais son port le rapproche des Bromes messicoles.
Cependant, ses fleurettes divariquées en forme depalmette,
l'en distinguent au premier coup d'œil. Son faciès, dit
M. Crépin, est trop caractérisque pour passer inap-
perçu (1). Dans les Graminées, combien n'avons-nous
pas de genres dont le port est identique? Toutes les
Triticées, toutes les Avénacées, toutes les Poacées, ont le
même port, ce qui n'a pas empêché d'y former des genres.
Dans les familles monotypes comme les Graminées, les
Chicoracées, les Cynarocéphales, les Ombellifères, les
Crucifères, le port absolu n'est pas nécessaire pour con-
stituer un genre, mais seulement le port relatif. Où est
le port absolu qui sépare \eCardiius duCirsium, le Myosolh
du Lappula, le Filago du Mkropus, le Leontodon du
Taraxacum, la plupart des Ombellifères et des Crucifères,
les Potentiles à fleurs blanches des Fraisiers, etc. ? Ici c'est
le port relatif et non l'absolu qui sépare, comme le Miche-
laria du Bromus,
(1) Crép. Bull. Soc. Bot. Belg., II, p. 621.
29
( 5^8 )
Voyons mainlenant les caractères, tels que nous les
avons fixés dans notre Agrostogr aphte, page 86.
Ce qui distingue le genre Bromus, c'est d'avoir l'arête
dorsale, c'est-à-dire insérée au-dessous du sommet de la
paléole externe.
Ce qui caractérise le genre Michelaria, ce ne sont pas
seulement ses oreillettes et ses soies, c'est surtout d'avoir
l'arête terminale.
Dès la création des genres Bromus et Festuca, Linné a
caractérisé ces deux genres par l'insertion de l'arête; il
dit du premier : valvula aristam infra apicem rectam
emittens (1), et du second : valvula in aristam rectam
desinensi^). C'est donc l'insertion de l'arête qui forme le
caractère diagnostique différentiel des deux genres : elle *
est dorsale dans le Bromus et terminale dans le Festuca.
Ce caractère a été admis par tous les botanistes sans
exception. Ouvrez le premier ouvrage de botanique qui
vous tombera sous la main, et vous y verrez que le genre
Festuca est défini par l'arête située au sommet de la
paléole externe et par conséquent terminale, tandis que
le genre Bromus est caractérisé par l'arête située en
dessous du sommet de cette paléole, c'est-à-dire qu'elle
y est dorsale et subapicilaire.
Ce caractère de l'arête dorsale, assigné par tous les
auteurs comme caractère distinctif du genre Bromus, en
repousse nettement \q Michelaria, qui, comme le Festuca,
a l'arête insérée^ non au dos en dessous du sommet de la
paléole externe, mais au sommet même de cette paléole.
Ils suit de là que tout botaniste qui voudra analyser
(1) Lin. Gen., éd. 2, p. 31,
(2) Lin, l. c, p. 32.
( 349 )
consciencieusement le Mkhelarla, ira le chercher, non
dans les Bromes dont ce caractère le repousse, mais dans
le genre Festuca. D'où cette conséquence que quiconque
voudra réunir le Mkhelaria au jBromi«5, devra commencer
par réformer le caractère générique de ce dernier, et le
définir tellement qu'il comprenne le Mkhelaria, tout en
repoussant le Festuca, C'est là que nous l'attendons. Qu'on
nous permette de le dire pour la défense de notre œuvre,
le caractère générique du Bromus chez tous les auteurs
qui y ont réuni la plante ardennaise, Kunth, Koch, etc.,
est un mensonge, que la vérité scientifique ne peut ad-
mettre. Si nota aliqua frucfificationis singularis vel sui
generis propria in speciebus non omnibus adsit, ne plura
gênera accumulentur cavendum, dit Linné, dans sa Philo-
sophie botanique (n^lZS).
En définissant, dans notre Agrostogr aphte, p, 82, les
diagnoses des.tribus des Graminées, nous avons indiqué un
caractère nouveau qui sépare fort bien les Bromacées des
P^estucées, à savoir l'involution des deux paillettes de la
glume. Dans les Bromacées, les deux paillettes sont em-
brassantes et engainantes, l'inférieure engaîne la supé-
rieure (jmleae alternae vaginantes); dans les Festucées, au
contraire, les deux paillettes de la glume sont libres et non
engainantes (paleae liberae nec vaginantes). Cette diagnose
de première valeur a été négligée des agrostographes et
nous croyons la signaler à leur attention. Elle définit les
Festucées et les distingue facilement des Poacées , des
Bromacées et des Avénacées. Mais si l'application de ce
caractère différentiel écarte le Michelaria des Festucées et
le fixe dans les Bromacées, elle laisse debout toutes les dif-
férences génériques signalées plus haut. De ce nombre, est
la nervation de lapaléole externe qui constitue un important
( ooO )
caractère. On sait que nos savants confrères MM. Fries et
Parlatore ont tiré grand parti du nombre de cette nerva-
tion pour la formation des genres des Graminées. Or, la
paléole externe présente neuf nervures dans le Michelaria,
tandis qu'elle n'en a que trois à cinq dans le genre Bro-
7nus. C'est encore là une considération en faveur de ce
genre.
Nous ne pouvons abandonner le terrain sans parler du
genre Serrafalcus créé par M. Parlatore, pour les espèces
dont le type est les ^. seca/mi<s et mo///5 . M. Parlatore assigne
pour diagnose à son genre Serrafalcus : locustae etiam de-
floratae apice augustioreSj fosculis compresso-turgidis im-
bricatim se tegentibus, et à son Bromus, qui contient le
sous genre Genea de notre Agrostographie : lociisUie su-
perne laliores, floscnlis compresso-carinatis remotiusculis.
Or, dans cet ordre d'idées, le Michelaria avec ses épillets
en palmette et ses fleurs divariquées viendrait se placer
près des B. sterilis et tectorum, avec lesquels il n'a aucun
rapport. Ce n'est par là un faible argument en faveur de
ses droits à la condition générique.
Remarquons au reste que si le genre Bromus doit être
divisé, c'est le Serrafalcus qui doit conserver le nom du
genre. En effet, dès le premières éditions de ses Gênera
plantariim, Linné assigne pour diagnose à son genre
Bromus : glunia flores in spicam ovato-oblongam colligens :
corollae valvula inferior concava obtusaC), caractères qui
sont précisément ceux du Serrafalcus. Quelle est d'ail-
leurs l'espèce que Linné indique toujours la première,
comme s'il voulait désigner le type du genre? C'est
(1) Lin. Gen.,ed.%p.5i.
( 351 )
le B. secalinus. C'est encore lui que les paysans de race
latine appellent du nom de Bro ou Dro, radical deBromus.
Il reste à parler de Ic^ question spécifique des deux for-
mes signalées.
Le Mkhelaria est une plante messicole et bisannuelle;
elle ne fleurit pas si on la sème au printemps, sa levée
devant avoir lieu en automne pour qu'elle monte en fleurs.
Elle n'a jamais été rencontrée qu'en Belgique, dans le
versant occidental des Ardennes, c'est-à-dire dans les
provinces de Liège, Namur et Luxembourg. Son aire de
dispersion est entre la Vesdre et la Semoy, la Meuse et la
crête des Ardennes, dans les champs de froment ou
d'épeautre, ce qui tient à sa nature bisannuelle. La forme
glabre trouvée d'abord par nous en 1821, puis par Michel,
en 1823, a été revue par nous plus d'une fois dans nos
voyages de botanique ultérieurs. Depuis elle a été observée
dans le pays de Liège près Chaudfontaine, par M. l'abbé
Strail, dans les provinces de Namur et Luxembourg, par
M. Crépin qui, demeurant à Rochefort, a exploré avec
tant de soin et de bonheur cette riche contrée où il l'a
rencontrée presque dans chaque village.
" La forme veloutée est beaucoup plus lare. Observée
d'abord à Poleur près Spa, elle a été retrouvée, en
juillet 1855, à Aywaille sur l'Amblève, par le savant
abbé Strail. On lit dans le Nécrolofjxie Liégeois de 18o4 :
« M. Ch. Davreux nous apprend, qu'en juillet 1855,
« M. Strail, curé de Magnée (Liège) a rencontré à
« Aywaille, vis-à-vis des ruines d'Amblève, une nouvelle
« espèce de Michelaria dont les locustes sont pubescentes
« et les oreillettes de la glume plus caractérisées ; on
« pourrait la nommer Michelaria hirsuta. » Depuis, elle
a été retrouvée par M. Strail à Magnée et par M. Crépin
( 352 )
dans la vallée de rOurthe. M. Strail a adressé, en iSoo,
à l'Académie, une notice sur cette forme qu'il nomme
Michelaria villosa. C'est d'elle que nous allons nous
occuper.
Lors de la publication de sa Floride de Chaud fontaine y
en 1863, le révérend M. Strail, après avoir indiqué les
deux formes comme variétés ajoutait : « Depuis neuf ans
« que je cultive les deux variétés, elles n'ont varié dans
« aucun de leurs caractères génériques, ni même dans
« ceux qui les distinguent l'une de l'autre (0. » Cette
révélation fut pour nous un trait de lumière; nous deman-
dâmes des graines des deux formes à M. Strail, qui, avec
l'obligeance qui le caractérise, voulut bien accéder à notre
désir, en sorte qu'en les cultivant nous avons pu confir-
mer son observation. Un premier fait est donc acquis, c^est
que depuis quinze années la forme veloutée n'a subi,
par la culture, aucune modification, et que par consé-
quent cette forme n'est pas accidentelle, mais persistante.
Ce point acquis, il restait à voir si, indépendamment
du velouté si remarquable qui couvre ses locustes, elle
n'offrait pas d'autres caractères distinctifs. En l'étudiant
de près et à toutes ses époques, nous avons été frappé de
la différence que présentent les oreillettes de la fleur
dans les deux formes. Dans la forme type, à épillets
glabres, ces oreillettes sont lancéolées et aiguës; elles sont
aplaties sur la fleurette alterne dès la sortie de la panicule
hors de la gaine et avant même que les fleurettes ne
soient écartées. Dans la forme veloutée, au contraire,
ces oreillettes sont arrondies au sommet; elles sont pri-
(1) Straii in Bull. Soc. Bot. Belg., II, p. 319.
( 555 )
mitivemenl involutes et n'apparaissent qu'à Tépoqiie delà
fleuraison, lorsque les fleurettes sont écartées et les deux
paléoles enlr'ouvertes pour être en fleur; avant celte
époque, on ne les voit pas. C'est là encore un caractère
que la culture nous a démontré être invariable. Or, ce
caractère difl'érentiel, nous l'avons retrouvé dans l'échan-
tillon reçu de Lejeune vers 1850. On peut donc le consi-
dérer comme invariable et définissant spécifiquement celle
forme avec sa villosité.
La conclusion de ce qui précède est que le Mkhelaria,
genre exclusivement propre à la Belgique, renferme deux
espèces distinctes et invariables. Les réunir serait former
une espèce collective. L'espèce type sera mieux nommée
M. arduennensis ; la veloutée, indigène à l'ancien pays des
ÉburonSj si célèbre par la mâle énergie d'Ambiorix contre
César, et trouvée par M. Strail près du vieux château
des Éburons, prendra le nom de M. eburonensis. Remar-
quons que le nom spécifique arduennensis avait été pro-
posé par nous en 1825, la même année que celui de 6ro-
moidea par Lejeune, et que si nous avons admis le premier
nom spécifique donné par lui, c'est pour respecter son
droit de priorité. Or, Lejeune ayant, en 1824, abandonné
ce dernier pour adopter celui que nous avions proposé, et
le nom spécifique arduennensis étant universellement
admis, ce serait une faute de ne pas le préférer. 11 a
d'ailleurs l'avantage de pouvoir être attribué, soit au genre
Michelaria, soit au genre Bromus et de s'appliquer aux
deux hypothèses. Si nous n'admettons pas les noms
spécifiques de villosaj hirsuta ou velutina proposés pour
la forme velue, c'est qu'il sont déjà portés par des espèces
de Bromus.
Ainsi, dans l'hypothèse oii le Michelaria devra être
( oU )
considéré comme un sous- genre du Bromits, ce sous-^enve
comprendra deux espèces, savoir :
1 . Bromus at^diœnnensis, pour l'espèce à fleurs glabres ;
2. Bromus eburonensis, pour celle à fleurs veloutées.
Reconnaissons cependant que l'existence de deux
espèces constantes, invariables, ofl'rant toujours des carac-
tères étranges et s'éloignant de ceux du genre Bromus, est
un puissant argument en faveur de la validité de deux
genres distincts et c'est dans cette hypothèse que nous
allons indiquer les diagnoscs et la synonymie des deux
espèces indigènes.
llIICHFXâRIA Dmrt.
Cnlothecae sp. Lej., 1823; Michelaria Dmrt. ^ 1823; Lihertia Lej., 1824.
(non Dmrt. necSpreng,); Aechmophora Sprengel ex Trin.
DifFert a Bromo, paleolâ exteriore utrinque auiiculatâ, novemnervi
apice trisetosà; aiistâ terminali; flosculis divaricatis.
i. m. ardaeiinensis. Locustis glabris, flosculi auriculis
lanceolatis acutis ante antbesim planis.
CalotJieca bromoidea Lej. Mess, des Se. et des Arts (1823).
Michelaria bromoidea Dmrt. Agrost., p. 77 (1823).
Bromus arduennensis Dmrt. l. c. (1823); Kunth Gram., \^ p. 154 (1829).
Libertia arduennensis Lej. Rev., p. 22 et 222 (182i), Nov. act. nat. cur.,
XII, p. 757 (1825).
Bromus auriculatus Raspail Bull. Se. nat., VIII, p. 225 (1826)
Libertia arundinacea Roth Ennm. Germ., I, p. 344 (1827).
Aechmophora arduennensis Spreng. ex Trin. mss.
Bromus triaristatus Lois. Fl. Gall., éd. 2., I, p. 89 (1829).
— grossus (?. Z/e/. et Court. Mess, des Se. et des Arts {[S2S), p. 467;
Comp., III, p. 345 (1836).
— polystachys Desf. Cat. Par., p. 389 (1829).
— multiflorus (3. arduennensis Rcfib. FL exe., p. 43 (1830), Agrost.,
p.Z\ f. 1595.
( 555 )
Bromus Michelianus De Moor Gram., p. 121 (18S^).
Serrafalcus arduennensis Crêp. Man., éd. 1, p. 211 (1860).
Hab. in Arduennâ, Famenâ, agro Leodiensi et Luxemburgensi.
2. m. ebnronensis. Locustis vclutinis, flosculorum auri-
culis obtusis ante anthesim involutis.
Bromus grossus var. £. Lej. et Court. Mess, des Se. et des Arts (1828).
p. 467; Comp., lU,p. 343(1856).
— multifloras var. velutinus Rchb. Agrost., f. 1596 (1854), excl. syn.
Schrad.
Michelaria hirsuta Davr. Nécr. Liég., 18o4, p. 56.
— villosa StrailBull. Acad. Bï-ux., t. XXII, p. 516 (1855).
Bromus arduennensis var. |3. Spring in Bull. Acad. Brux., l. c., p. 516.
— — var. villosus Crép. Man., éd. 1, p. 211 (1860).
Michelaria bromoidea var. villosa Strail Bull. Bot. Belg., II, p. 319(1865).
Hab. in ditione Eburonum (Lej.! Strail!) et in, Luxemburgio Belgieo
(Crépin).
% 2. Classification des Graminées.
Terminons ce travail par quelques considérations sur
la classification des Graminées.
La famille des Graminées est l'une des plus difficiles
du règne végétal -, c'en est aussi l'une des plus nom-
breuses puisque, pour la flore de l'Europe, elle renferme à
elle seule le tiers des plantes monocotylées. « Tous les
« auteurs qui se sont occupés des Graminées ont éprouvé,
« dit le savant M. Godron, beaucoup de peine pour en
« caractériser les genres et pour les classer d'une manière
« rationnelle. » Dans une famille qui réunit ainsi le
nombre et la difficulté, le premier besoin est d'établir de
grandes divisions et des coupes naturelles qui en facilitent
l'étude. Il ne suffit pas d'y créer des tribus, il y faut de
grandes coupes, nettes et déterminées, qui satisfassent
l'esprit et facilitent les recberclies.
30
( 356 )
Les classifications de Palissot de Beauvois et de Trinius
étaient purement artificielles et ne pouvaient donner satis-
faction aux besoins de la méthode naturelle; Adanson et
Kuntli, dans les mémoires du Muséum, avaient seuls
entrevu vers quel but il fallait tendre, mais leurs travaux
ne présentaient que vague et incertitude.
Il y a 4-0 ans, en 1823, nous avons entrepris le premier,
dans notre Agrostogr aphte, àe coordonner les Graminées en
deux grandes divisions et dix-sept tribus, basées sur des
caraclères précis et nettement déterminés. Les deux divi-
sions fondamentales reposent sur la présence dans fépillet
d'un petit racliis sur lequel les fleurs sont imbriquées et
distiques, ou sur l'absence de cet organe et l'insertion des
fleurs sur le callus de la glume. Ce caractère, très-facile
à observer, a l'avantage de diviser l'ensemble de cette
immense famille en deux parties presque égales, et de favo-
riser ainsi l'accès à l'étude des tribus. Celte classification
a été suivie par Lejeune et Courtois, Tinant et Sebeid-
weiler, Micliot et presque entièrement par MM. Reiclien-
bacli et Denjoor.
Six ans après, en 1829, Kunth, dans sa révision de la
famille des Graminées, publia sa distribution méthodique
en treize tribus, distribution reproduite en 1833 dans son
Agrostographie. Cet auteur n'admet pas de grandes divi-
sions synthétiques, et la plupart de ses tribus sont collec-
tives; aussi la tendance de tous les bons esprits est-elle
de les subdiviser et d'en revenir aux groupes de 1823.
Deux botanistes seulement, MM. Fries et Jacq. Agardh
ont senti la nécessité de grandes coupes synthétiques dans
les Graminées, et tous deux ont cherché à les subdiviser
d'après des caraclères nouveaux. M. Fries ayant remarqué
que la fleur des Graminées, lors de son épanouissement,
( 357 )
s'étale dans certains genres et ne s'étale pas dans d'autres,
propose de diviser la famille en deux grandes séries :
les Euryanlhae dont la fleur s'étale et les C Usant hae dont
la fleur ne s'étale pas (0.
De son côté, M. Jacq. Agardli, interprétant un passage
de Robert Brovvn, trouve dans les Graminées deux
types d'inflorescence, les locmtiflorae dont les fleurs infé-
rieures sont parfaites (florlbus inferioribus perfectis), et
les spiculiflorae dont les fleurs centrales ou supérieures
sont parfaites {flore cenlrali aiit supremis perfectis) i^) .
Ces deux ordonnances combinées ont été adoptées par
M. Nyman. D'autre part MM. Grenier et Godron ont
adopté la classification de Fries, mais en la subordonnant
à un caractère supérieur, celui du rachis excavé ou non.
Examinons la valeur de ces caractères.
Le grave inconvénient du système de Fries est d'être
basé sur un caractère momentané et fugace. Pour déter-
miner une Graminée, il faut assister à l'épanouissement de
la fleur; avant l'antlièse, pas de diagnose, après l'antlièse,
plus de diagnose. Ce système rompt d'ailleurs les rapports
naturels de beaucoup de genres, séparant le Milium des
Panicées, le Nardus des Ophiurées, plaçant VHolcus et
VUierochloa dans les Plialaridées, les Seslériées près des
Panicées, etc. Quant à l'insertion du stigmate au bas de
l'ovaire ou à son sommet, M. Demoor a fait remarquer
avec raison que ce caractère est souvent sujet à varier
suivant les phases du développement de la fleur, aussi
a-t-ilété écarté comme base de classification par MM. Gre-
nier et Godron.
(1) Fries Sum. Scand,, p. 74 et 80.
(2) Jacq. Agardh Theoria systematis plantarum, p. 20.
( 558 )
En ce qui concerne la donnée principe de Jacq. Agardh,
elle est plus spéculative que pratique. Diviser les Grami-
nées d'après la situation de la fleur la plus parfaite, c'esl éta-
blir une règle de comparaison qui suppose plusieurs fleurs.
Mais les Graminées uniflores, qu'en faire, où les placer? Où
est la fleur la plus parfaite quand il n'y en a qu'une seule?
Nous avouons que nous ne pouvons nous expliquer pour-
quoi les Oryzées, les Panicées, les Phalaridées,sont placées
parmi les Locustiflores, tandis que les Alopécurées, les
Stipacées, les Agrostidées, figurent dans la sous-famille
des Spiculiflores. Cette ordonnance rejette d'ailleurs les
congénères aux deux bouts de la famille.
Dans la Flore de Francei^), M. Godron a introduit,
pour la division des tribus, un nouveau caractère tiré
du sillon de la graine et de la compression de celle-ci.
C'est là sans doute une observation très-savante, car tout
caractère tiré des graines a une grande importance; mais
il nous semble que les caractères fournis par les enveloppes
florales suffisent à la classification des Graminées et
comme ces enveloppes sont marcescentes, qu'on peut
ainsi les observer à toute époque de la fleur ou du fruit,
pourquoi cherclier des difficultés? Le savant auteur re-
connaît d'ailleurs lui-même que ce caractère varie dans Iq
genre Sporobolus^^) ,
La coordination basée sur l'insertion des fleurs des
Graminées a le triple avantage d'être d'une extrême facilité,
de conserver les rapports naturels et de pouvoir être appli-
quée toujours, depuis la sortie de la gaine, jusqu'à la
parfaite maturité; on peut même l'étudier sur la graine.
(1) Grenier et Godron Flore de France, III, ^SS».
(2) Flore de France, 1. e., 487.
( 3o9 )
Pour définir une espèce, il suffît de voir si ses fleurs
sont ou non, imbriquées-distiques; or rien de plus fa-
cile à toute époque de l'inflorescence. C'est, dit M. Michot,
la classification la plus naturelle et la plus facile. Dans
toutes les grandes familles monotypes, trouver une carac-
tère qui sépare et classe les tribus, est le premier besoin
de l'étude. Que deviendrait la science, si de telles divi-
sions n'existaient pas dans les Composées, les Ombellifè-
res, les Crucifères, etc.? Une seule objection à été faite à
cette classification, le genre Hordeum, objection que nous
avons nous-méme signalée p. 71 de noire Agrostographie^
où nous avons fait remarquer que cette objection apparente
disparait devant un examen attentif. Dans ce genre, il y a
avortement du réceptacle allongé que l'on retrouve dans
VElymus, mais sa première articulation n'en reste pas
moins, et elle en démontre l'existence. Au surplus, il est
très-facile défaire disparaître l'objection. C'est, à l'exem-
ple de MM. Grenier et Godron, d'introduire une troi-
sième division pour les Graminées dont les épillets sont
insérés dans les excavations du rachis.
Une rectification est cependant indispensable. Le mot
de scobine, proposé dans VAgrostographie pour l'axe
des locustes, n'est pas heureux et surcharge inutilement
la science; nous proposons de le remplacer par celui de
rachille (rachillus), diminutif de rachis. On aura donc
trois divisions; les Rachidées, les Rachilliflores et les
Calliflores. L'exposé des caractères de ces divisions et des
tribus montrera combien cette classification est simple et
facile. En la faisant suivre de la coordination des genres
d'Europe et même, entre parenthèses, de quelques genres
exotiques nécessaires pour l'intelligence delà marche des
faits, le botaniste pourra voir si elle conserve les rapports
naturels. C'est ce que va montrer le tableau suivant.
( 360 )
Dianome Graiiiinearaiii(l).
Séries 1». R.%€HIDEAE.
Locustae intra cavitates racheos insertae.
1. Cyxodoneae. Locustae unilatérales, flores clisanthi.
2. Ophiureae. Locustae bilatérales calliflorae solitariae vel geminatae.
3. Triticeae. Locustae bilatérales rachilliflorae vel ternatae, flores eu-
ryanthi.
Séries 2». BACHILLIFLOREitE.
Locustae liberae, flosculi rachillo inserti, imbricato-distichi.
* Locustae et flores involucro destitutae.
4. Bromaceae. Paleola exterior setigera, nervis convergentibus.
5. PoACEAE. Paleola exterior mutica, nervis parallelis.
6. AvEXACEAE. Paleola exterior abrupte aristata.
** Locustae vel flosculi involucrati.
7. Cynosureae. Locustae involucratae.
8. Seslerieae. Spica basi involucrata.
9. Aruxdinaceae, Flosculi setis longissimis involucrati.
Séries 5^ CALLIFLOREAE.
Locustae liberae, flosculi callo glumarum inserti.
* Glumella carinata.
10. Agrostideae. Paleae alternae vaginantes.
il. Phleaceae. Paleae oppositae flosculo longiores.
12. Oryzaceae. Paleae minimae non vaginantes vel nuUae.
** Glumella rotundata crustacea.
13. Stipaceae. Paleola exterior interiorera in semine omninô involvens.
ii. Pamceae, Paleola exterior interiorem in semine semi involvens.
(1) Hoc sedulo nota. Rachis nxis spicae, rachillus locustae ; gluma è paleis
constat, glumella è paleolis, glumellula è paleolulis.
(361 )
iS. Cenchre.ve. Involucra vel gluma indurato-coriacea , cum fiuctu
decidua.
*** Flosculi dissimilcs vel geminati.
16. Andropogoneae. Flosculi geminati dissimiles.
17. Saccharineae. Flosculi geminati conformes, setis longis involucrati.
18. Maydeae. Locustae unisexuales dissimiles distantes.
Conspectufs Oenemm Earopaeorniii.
Séries I. RACHIDEAE.
Trib. 1. Cynodoneae Bmrt. Agrost., p. 140 (1823). ChIorideaeKunth(1829).
Nardus L. (Chloris Sw.).
(Microchloa R. Br.). Beckmannia Host.
(Campulosus Beauv.). Dineba Delil.
Spartina Schreb, Dactyloctenium Willd,
Cynodon Pers. (Eleusine Gârtn.).
Trib. 2. Ophiureae Dmrt. Anal., p. 64 (1829). Leptureae Dmrt. Agrost.,
p. 140 (1823). Rottboeliaceae Kunth (1829).
Lepturus R. Br. Phacelurus Grsb.
(Ophiurus Gartn.). Rottboellia L.
Psilurus Trin. (Tripsacum L.).
Monerraa Beauv. (Manisuris L. ).
Hemarthria R. Br.
Trib. 3. Triticeae Dmrt. Agrost., p. 91. Hordeaceae et Bromearum pars
Kunth.
§ 1. Hordeaceae Dmrt. Agrost. p. 91. § 2. Frumentaceae Dmrt. 1. c, p. 94.
Elymus L. Secale L.
LeptothrixDmrt.Agrost.p.92.§(') Triticum L.
Hordeum L. Aegylops L.
(1) Cuviera Kol. née DC. — H. 1. L. europaeus, L, virginicus^ L. crinitm^
L. Caput-Medusae, etc.
( 562 )
LoLiACEAE Dmrt. 1. c,
Agropyron Gârtn.
Brachypodium Beauv.
Trachynia Lk.
Tyrrhenia Nym.
Gaudinia Beauv.
9o.
Nardurus Rchb.
Crypturus Lk.
Crithodium Lk.
Desmazeria Dmrt.
Loliura L,
Séries IJ. RACHILLIFLOREAE.
Trib. 4. Bro7naceae Dmrt. Anal, fara., p. 65. Festucearum gen. Kunth.
§ 1. Festuce.ve Dmrt. Agrost., p. 100. Bromus L. (^)
Schedonorus Beauv.
Diplachne Beauv.
Festuca L.
Vulpia Dmrt., non Gm«l. (*)
§ 2. Brome.ve Dmrt. I. c, p. 115.
Genea Dmrt. Agrost., p. 116, 5{").
Michelaria Dmrt.
Dactylis L.
Aeluropus Trin.
Koeleria Pers.
Lophoehloa Rchb.
Wangenheimia Mônch.
Trib. S. PoaceaeBmrt. Agrost., p. 107. Festucearum gen. Kunth.
1. Poeae(*).
Briza L.
Eragrostis Host.
PoaL.
Sphenopus Trin.
Oreochloa Lk.
2. Glycerice.\e.
Sclerochloa Beauv.
Hydropoa Dmrt. Agrost. ,III,§ (^)
Scleropoa Grsb.
Glyceria R. Br.
Catabrosa Beauv.
Dupontia R. Br.
Meliceae.
Enodium Gaud.
Melica L.
(1) Vulpia Gmelino monandra !
(2) Bromi festucacei : Aristà caniculata, pectinato-ciliatâ ! — H. 1. G. ste-
rilis , G. tectoritm, G. rigida, G. rigens , G. maxima , G. madritensis,
G. fasciculata.
(3) Serrafalcus est typus generis Bromi, ut supra.
{i) Poeae : Gluma flosculis brevior, axis continuus.
Glycerieae : Gluma flosculis brevior, axis basi circumsutus.
Meliceae : Gluma flosculorum longitudine.
(5) Axis circumsutus ; locustae lateribus compressai H. 1. H. spectabilis,
H. nervata et H. remota. — Hydrochloa Hartm. nec Beauv. = Glyceria.
( 565 )
Dalycum Dmrt. Airopsis Beauv.
Triodia R. Br. Antinoria Pari.
Fluminia Pries. Molineria Pari.
Schismus Beauv.
Trib. 6. Avenaceae Dmrt. Agrost., p. 120. Avenacearum et Phalaridea-
rum pars Kunth.
ii. Aireae(*). AvenuIaDmrt. Agrost., p. 122,
DanthoniaDC. § (^).
Deschampsia Beauv. Heteranthus {^).
Aira L. FI. Suec. (opt.). Avena Dmrt.
AireIlaDmrt.Agrost.,p.îl8,§(2). § 3. Holceae.
Corynephorus Beauv. Arrhenatherum Beauv.
Vahlodea Pries. Holcus L.
§ 2. AvENEAE. Hierochloa Gmel.
Trisetum Godr. et Gren.
Trib. 7. Cynosureae Dmrt. Agrost., p. 114excl. Sesleria. Avenacearum
gen. Kunth.
Cynosurus L. Lamarckia Mônch.
Phalona Dmrt. Agrost., p. \U.
Trib. 8. Seslerieae Koeh Syn., éd. 1, p. 788. Pestucearum gen. Kunth.
Sesleria Scop. Psilathera Lk.
Oreochloa Lk. Echinaria Desf.
Trib. 9. Arimdinaceae Dmrt. Agrost., p. 12^. Arundinacearum pars Kunth.
Arundo, L. Ampelodesmos Lk.
Donax Beauv.
(1) Aireae : Gluma utrinque uninervis.
Aveneae : Gluma utrinque plurinervis.
Holceae : Flosculi polygami.
(2) Airella : Airopsis Pries nec Desv., Aira Godr. et Gren. nec L. ÏL I.
Airellacaryophrjllea, A. Tenorii, A. multiculmis, A, elegans, A. provincia-
lis. A. cupaniana, A. praecox, A. capillaris.
(5) Avenula Dmrt. 1825, non § Avenella Bl. et Nées, 1836, quae AirelIa
Dmrt ,1825. — Gluma trinervis; rachillusnonmancatus;flosculi conformes.
H. 1. Avenula puhescens, A . pratensis, A . Scheuchzeri, A . montana, A . sem-
pervirens, A. setaceo, A. Hostii, A. sulcata, etc.
U) Ventenata Kol. nec Cav. - H. 1. Heteranthus tenuis et H. macer.
^ ' 51
( 564 )
Séries III. CAIil^IFIiOREilLE.
Trib. 10. Agrostideae Dmrt. Agrost., p. 125. Agrostidearum et Arun-
dinacearum gen. Kiinth.
Deyeuxia Beauv. Apera Beauv.
Colamagrostis Roth. Sporobolus R. Br.
Colpodiura Trin. Gastridium Beauv.
Agrostis L. Anthoxanthum L.
Cinna Beauv. Ammophila Host.
Blyttia Pries.
Trib. 11. Phleaceae Dmrt. Agrost., p. 150. Phalarideae Dmrt. Anal., p. Qi.
Phalaridearum gen. Kunth.
5 1. Alopecureae(*). Polypogon Desf.
Alopecurus L. Mibora Adans.
Colobachne Beauv. Chilochloa Beauv.
Crypsis Ait. § 3. Phalarideae.
Cornucopiae L. Phalaris L.
§ 2. Phleae. Baldingera FI. Wett.
Lagurus Desf. Maillea Pari.
Chaeturus Lk. ? Lygeum L.
Trib. 12. Orijzaceae Dmrt. Anal., p. 6i. Oryzeae Kuntb.
Leersia Soland. Coleanthus Seid.
Oryza L.
Trib. 13. Stipaceae Dmrt. Agrost., p. 134(1823). Kunth (1829).
Stipa L. Lasiagrostis Lk.
Aristella Bertol. Piptatherum Beauv.
Aristida L.
Trib. U. Paiiiceae Dmrt. Agrost., p. 135 (1823). Kunth (1820).
§ 1. Miliaceae Dmrt. Agrost., p. 135. Digitaria Hall.
Milium Beauv. Oplismenus Beauv.
Paspalum L. Echinochloa Beauv.
(Ceresia Pers.). § 3. Setarieae Dmrt. Agrost., p. 137.
§ 2. Panicotypeae. Setaria Beauv.
Panicum Beauv.
(1) Alopecureae : Paleola unica papyraeea. Phleae : Paleolae papyra-
ceae. Phalarideae : Paleolae crustaceae.
( 565 )
Trib. 15. Cenchreae.
Pennisetum Rich. Tragiis Hall.
(Cenchrus L.) (Echinolaena Desv.).
Trib. 16. Andropogoneae Dnirt. Agrost., p. iil. Andropogoneanini gcn.
Kunth.
Andropogon L. Pollinia Spreng.
Chrysopogon Trin. Anthistiria L.
Sorgbum Pers. Heteropogon Pers.
Trib. 17. Saccharineae Dmrt. Agrost., p. lil. Andropogoneanini geii.
Kunth.
Imperata Cyril! . Erianthus Rich.
Saccharum L. Tricholaena Schrad.
Trib. 18. Maydeae Dmrt. Agrost., p. Ii2. Phalarideariim gen. Kunth.
3Iays Tourn. Coix L.
OPUSCULES
BOTANIQUE ET D'HISTOIRE NATURELLE;
B. DU MORTIER,
Prcsiilenl Je la Société royale de Botanique de Belgique.
FASCICULE X[.
Bouquet du littoual Belge.
AVRIL d8G9.
Extrait du Bulletin de la Société royale de Botanique de Belgique.
(Séance du 6 décembre 1868, t. VII, p. 318-370.)
BOUQUET
LITTORAL BELGE
De tous les points de la Belgique, le plus riche, non
en espèces nombreuses, mais en plantes critiques et iné-
dites, est certainement le littoral. Les bords de la mer
du Nord renferment une végétation spéciale qui n'a jamais
été suffisamment étudiée, ce qui fait que beaucoup de
formes qu^ils produisent ont été indûment rapportées à
des espèces appartenant à d'autres contrées et, que par
là, elles sont restées confondues et perdues pour la
science. Autant, sous ce rapport, les plantes de nos
montagnes ont été étudiées et leurs diverses formes recon-
nues, autant celles du littoral de la mer du Nord ont été
négligées. Sur les côtes du midi de la France, de savants
botanistes ont soumis à un examen approfondi les curio-
sités de la végétation et en ont décrit les raretés. Par
courez au contraire les Flores et les différents traités,
vous n'y trouverez aucune espèce propre aux côtes de la
mer du Nord, dont le terrain salé et le climat intermé-
diaire appellent une végétation spéciale , offrant des
plantes propres à ce sol et qu'il importe de distinguer
d'avec leurs analogues. C'est pénétré de cette pensée que
( 568 )
nous avons entrepris de former ce petit bouquet de
plantes nouvelles ou critiques de notre littoral, fruit de
cinquante ans d'étude de la végétation de nos côtes, con-
firmées par l'excursion scientifique que vient d'y faire la
Société royale de Botanique de Belgique.
Le littoral de la mer du Nord depuis Calais jusqu'à
l'Elbe ne comporte pas de rochers j c'est une plage sa-
blonneuse formée de trois terrains différents, les schores,
les dunes et les poldres, mouillés, les premiers, par l'eau
salée, les derniers, par l'eau saumàtre. Les schores sont
des terrains d'alluvion formés par les dépôts des substan-
ces argileuses que l'embouchure des fleuves entraîne
dans l'Océan et que celui-ci précipite sur les côtes voi-
sines et spécialement dans les criques et les anfractuosités
du rivage. A chaque marée, les schores sont recouverts
par les eaux de l'Océan durant le flux et laissés à sec
durant le reflux. C'est ce terrain qu'habitent les plantes
salines, qui doivent avoir le pied dans l'eau de mer,
les Salicornia, les Siiaeda, les Statice, les Limonium, les
Halimus, les Glycéries maritimes, etc. L'embouchure des
fleuves offre la même végétation.
En arrière des schores, viennent les dunes formées
des sables rejetés par la mer et composées d'une suite
de côtes et de vallées, dont la largeur varie d'un point
à un autre. Les dunes comportent les plantes mariti-
mes sabulicoles, comme VAmmophilaj VElymus, la Fes-
tuca oraria, les Viola sabulosa et lanceaefolia, VErythraea
littoralis, YHyppophae rhamnoides, le Convolvulus Sol-
danella, etc. Elles sont profondes d'une lieue à Furnes et
Nieuport, à Harlem et Leyde, tandis qu'elles ne consti-
tuent qu'une simple digue à Blankenberghe et Heyst.
L'éloignement successif de l'Océan qui crée les terrains
» ( 369 )
maritimes de nos contrées n'est nullement dû, comme on
le pense, au retrait de la mer ; il est occasionné par le sou-
lèvement de la côte, produit par l'effet volcanique qui a
séparé jadis l'Angleterre du continent et qui persiste encore.
Etudiez le mouvement du littoral depuis Calais jusqu'à
l'Elbe et vous verrez successivement le double effet du
soulèvement et de l'affaissement du sol, s'opérant presque
toujours par un mouvement de bascule. Ainsi, il ne parait
pas douteux que l'exhaussement du sol de la Campine et
le retrait de l'Océan datent de l'époque du déluge cim-
brique. C'est à l'action des feux souterrains et non au
retrait de la mer qu'est due l'étonnante transformation de
nos côtes, transformation que l'on prendrait pour un rêve,
si les faits historiques et géologiques ne venaient en fournir
la preuve irrécusable. A l'époque mérovingienne, un golfe
s'étendait encore jusqu'à St-Omer ou Sithiu, ïancïen Portus
ithius ou sithius; arrivait une grande baie avec criques
jusqu'à Dixmude; d'autres criques avec golfes condui-
saient les vaisseaux aux ports d'Ardenbourg et d'Ostbourg,
tandis que Bruges, aussi port de mer, contre lequel se
trouve Assebourg, l'antique Asciburgum, que Tacite (')
dit avoir été fondée par Ulysse, communiquait à l'Océan
par le chenal de Lisseweghe (Ulyssis via), situé au voi-
sinage d'Ulisscghem (Ulissis domus).
C'est sans doute à cette époque que se rapporte un
fait de géographie botanique des plus curieux. Il y a une
(1) Caeterum et Ulyssem quidam opinantur, longo illo et fabuloso errore
in hune Oceanum delatum, adisse Germaniae terras, Asciburgumque, quod
in ripa Rheni situra hodieque incoliturab illo constitutum nominatumque.
Tac. Germ., 5. — N'oublions pas que les Romains confondaient avec les
bouches du Rhin toutes les embouchures latérales à ce fleuve.
(370)
trentaine d'années, notre ami, M. Amé de Knuyt, fai-
sant extraire les tourbes d'une tourbière sous-marine
au voisinage d'Ostende, trouva le sol planté de vignes alli-
gnées et grosses comme la jambe. Cette plantation de
vignoble dans un lieu où le raisin n'arrive plus que rare-
ment à maturité, est un fait d'une grande importance et
qui ne peut se rapporter qu'à une époque où le refroidis-
sement graduel do la terre n'avait pas encore produit sur
notre sol l'état actuel de température.
Nous avons dit que l'action volcanique des feux souter-
rains se continue encore sur notre littoral; en effet, de
Dunkerque àîNieuport, le sol se relève incessamment et fait
naître ainsi le retrait de la mer, tandis que de Nieuport à
Ostende le sol s'abaisse sans cesse par le contre-coup du
même effet. C'est au point que, tandis que Dunkerque et
Nieuport s'éloignent de plus en plus de l'Océan, le vieil
Ostende est aujourd'hui submergé en pleine mer. A Blan-
kenberghe, le sol s'affaisse et force l'État à des travaux
considérables pour empêcher TOcéan de s'avancer jusqu'à
Bruges. A Knocke, il se relève, et le Zwyn, ce bras de
mer, où ont eu lieu plusieurs grandes batailles navales,
qui se terminait par la ville de l'Écluse dont le port pou-
vait contenir 500 vaisseaux, n'existe plus, par suite du
soulèvement du sol et de l'ensablement qui ont eu lieu
depuis trente ans ; du port de l'Écluse il n'existe plus de
vestige.
L'action volcanique qui a produit le déchirement du
Pas-de-Calais, le déluge cimbrique, le soulèvement du sol
de la Campine et la disparition des golfes de notre littoral,
se continue donc sur nos côtes comme dans la baie de
Pouzzoles et en Norwége. C'est là l'explication de la for-
mation de notre littoral, et la végétation vient parfois con-
(371 )
firmer cette vérité. C'est ainsi qu'à Knocke, le Scirpus Ho-
loschoenus, plante méridionale, se trouve en abondance
dans les dunes les plus intérieures, c'est-à-dire les plus
anciennes, et fait défaut dans les autres. C'est que les
dunes intérieures, formées les premières, remontent à
plusieurs milliers d'années, c'est-à-dire à une époque où
le sol présentait une chaleur plus grande qu'aujourd'hui.
En deçà des dunes, se présente la bande des poldres et
des moeres, terrains endigués le plus souvent et au-dessous
du niveau des hautes marées 5 leurs eaux sont saumàtres,
ce qui donne lieu à une végétation différente des deux
zones précédentes. Là se trouvent le Céleri, VApiiim sege-
tum, le Buplevrum tenuissimum, le Batrachium Baudotii,
la Zannichellia maritima, les Car ex extensa et divisa,
YAster Tripoliiim, YArtemisia maritima, etc.
Notre littoral présente donc trois terrains essentiellement
distincts, offrant chacun une végétation différente, mais
dans lesquels le principe salin joue un grand rôle et distin-
gue la végétation de celle des terrains d'eau douce. C'est à
ce principe que nous devons les types spécifiques nouveaux
qui feront l'objet de cette notice. L'excursion scientifique
entreprise, l'été dernier, sur nos côtes par la Société royale
de Botanique de Belgique, nous a mis à même de revoir
nos observations antérieures, de les contrôler, d'y ajouter
des faits nouveaux et de compléter ainsi ce petit bouquet
de plantes critiques ou inédites. Si, dans certains genres,
nous avons introduit des plantes étrangères au littoral, c'est
que la critique scientifique nous y conviait pour mettre
mieux en relief les raretés du sol maritime.
( 572 )
ATRIPJLEX.
A. farinosa Nob., leproso-argentea, ramis angulosis, diffusis, foliis rhom-
beo-hastatis sinuato-dentatis, perigoniis frucliferis tridentatis, dorso
nudiusculis.
A. laciniata Sm.Engl. Bot., p. 105 nonL. !; Kops Fl. Bat., w«289 ; Van Hall
FI. Belg. Sept., p. 220 ; Roucel Fl. Nord, II, p. 590.
A. farinosa Z>mr^ Prodr. Fl. Belg., p. 20 (1827).
A. alba Rchb. Fl. exe, p. 578 (1852) excl. syn.; Scop.
A. crassifolia C.-A. Mey.? in Ledeb. Fl. AU., ^, p. 509 (1855); Pries
Sîimm., p. 201 ; Gren. et Godr., Fl. Fr., 5, p. 10.
A. rosea Lej. et Coûtât. Comp., I, p. 217; Prodr. Bat., p. 225.
A. arenaria Woods in Babgt. Man., p. 290.
Cette belle plante se distingue de tous les Atriplex à
feuilles argentées par ses tiges diffuses et par la forme de
ses feuilles. Son aspect brillant la fait remarquer au pre-
mier coup d'œil. Tige d'environ un pied de hauteur et
anguleuse, offrant dans le bas des rameaux opposés et
décombants, tandis que les rameaux supérieurs sont
alternes. Feuilles rhomboïdes-triangulaires, sinuées, recou-
vertes d'un épidémie farineux qui leur donne un aspect
argenté. Périgone fructifère rhomboïdal, trilobé, presque
nu sur le dos. Nous l'avons observée dans les dunes
de Flandre, de Zélande, de Hollande et de la Gueldre, où
elle croît en compagnie des Honkeneia peploides, Ely-
nues arcnarrus, Ammophila arundinacea et Convolviiius
Soldanella. Par suite des étés secs et arides des dernières
années, elle est devenue rare comme d'ailleurs toutes les
plantes annuelles de nos dunes. M*"" Bommer l'a retrou-
vée en août dernier dans les schores du Zoute, à Knocke,
lors de l'herborisation de la Société.
h' Atriplex farinosa a donné lieu à de bien grandes
erreurs que nous avons pu rectifier par l'inspection de
(573)
riierbier de Linné. Smith et beaucoup d'auteurs l'ont rap-
portée à VA. laciniata, sans tenir compte de la descrip-
tion si précise de Linné, qui donne à sa plante une
tige dressée, arrondie, nue, à rameaux fastigiés (caulis
ercctus, teres, nudus, virgatiis)^ tandis que la nôtre a la
tige diffuse, anguleuse, à rameaux divariqués. La plante
de l'herbier de Linné est conforme à sa description et
s'écarte totalement de notre espèce. C'est à la suite de cette
inspection que nous l'avons distinguée et créée. Quant à
1'^. t^osea que plusieurs auteurs ont confondue avec
notre espèce, elle manque dans l'herbier de Linné et dans
ses Species plantarum elle est présentée avec un signe de
doute. Elle n'y est indiquée que sur la foi de Haller et de
Ruppius, d'où il résulte qu'elle doit être rapportée à
1'^. rosea var. Ruppiana de Wallroth.
Pour ce qui concerne 1'^. crassifolia, établie par
C.-A. Meyer dans la Flore de l'Altaï de Ledebour, elle nous
semble très-distincte de notre espèce par son périgone fruc-
tifère à disque tuberculeux, et par son affinité avouée avec
1'^. patula qui n'a aucun rapport avec 1'^. farinosa. Mais
la plante indiquée par MM. Fries, Grenier et Godron, sous
le nom d'^. crassifolia, appartient certainement à notre
espèce.
A. prostrata, lepidoto-cincreîi, caulc ramisque arctè hiimilusis depressis,
foliis deltoideis glaucis, perigoniis fructiferis deltoideis, acutis, inte-
gcrrimis.
A. prostrata Bouch. FI. Abbev.,p. 76; DC. FL Fr., III, ;j. 587 5 Dubij Bot.
GalL, p. 398.
Dans le genre Atriplex, si obscur et si difficile, il est
peu d'espèces plus distinctes que celle qui nous occupe,
bien que la forme de ses feuilles la rapprochent de 1'^. la-
( 574 )
tlfolia. Elle est exclusivement propre aux terrains salés
et on la rencontre jusque dans les lieux baignés par Peau
de la mer. Elle se distingue immédiatement par sa couleur
gris-cendré et par sa végétation entièrement couchée à
plat sur le sol, sans que la tige centrale y fasse excep-
tion, en sorte qu'il est impossible de la confondre avec
aucune autre espèce. Ajoutons qu'étant propre aux ter-
rains salés , toutes les plantes indiquées sous ce nom
dans des terrains non salés appartiennent à une autre
espèce.
Toute la plante est délicate. Ses tiges sont minces,
arrondies, allongées, appliquées sur le sol, même la tige
centrale est divariquée.
Cette espèce, répandue sur toutes nos côtes et que nous
avons observée en Zélande et en Hollande est bien certai-
tainement VA. prostrata de Boucher, trouvée primitive-
ment sur nos confins, à l'embouchure de la Somme. Un
fait passé inaperçu, mais qui mérite d'être noté, c'est que
dans son Botaiiicon Gallkum, De Candolle l'indique
comme croissant en Belgique jusqu'à l'embouchure du
Ruppel (in maritimis Galliae boreali-ocddentalis tisque ad
Rupellam). Cette indication est d'autant plus curieuse
qu'elle n'a été relevée par aucun botaniste belge.
SV4EDA Dmrt. Prodr. Fl. Belg., p. 22, 7i07i Forsk.
nec P allas.
C'est à tort que les auteurs modernes ont attribué la
formation de ce genre à Forskal. Cet auteur a réuni
sous ce nom, dans sa Flore d'Arabie, sept espèces de
Chénopodées appartenant à des genres différents, mais
sans leur assigner aucun caractère générique. Pallas en
( 375 )
a fait de même. Ce n'était donc pas là une constitution de
genre. Le premier, en 1827, dans notre Prodrome, nous
avons créé le genre Suaeda, en lui assignant ses carac-
tères génériques, de manière à en écarter les Kochia,
Echinopsilon, Schanginia, etc., que Forskal et Pallas ran-
geaient sous le nom de Suaeda. Deux ans après, en 1829,
C.-A. Meyer, dans le premier volume de la Flora Altaica
de Ledebourg, établit son genre Schoberia pour les mêmes
plantes. Moquin, qui avait d'abord admis le genre
Suaeda, dans les limites que nous avions fixées, a cru
depuis le diviser en deux genres savoir : Suaeda, pour
les espèces à fruit comprimé et à graine verticale, et
Chenopodina, pour les espèces à fruit déprimé et à
graine horizontale. Le genre Suaeda de Moquin, ainsi
limité, revient au sous-genre Salsina de ses ouvrages anté-
rieurs et au Trikalis de Rafinesque.
Ces deux genres de Moquin sont tellement analogues
par leur port et tout leur ensemble, qu'il est impossible de
les distinguer génériquement sans le fruit, et par consé-
quent d'admettre cette division. C'est aussi ce qu'ont pensé
MM. Grenier et Godron. Pour qu'il y ait genre, il faut
qu'il y ait habitus particulier. C'est avec raison que
Linné, dans sa Philosophie botanique, a prononcé cette
sentence : Scias charactercm non constituere cjenus sed
cjenus caracterem ; characterem fluere è génère, non genus
è characterej characterem non esse ut genus fiat, sed ut
genus noscatur. (Phil. bot., % 169). Tel caractère est
excellent pour former un genre, lorsqu'un habitus
propre le justifie, qui devient uniquement bon à for-
mer un sous-genre quand l'habitus est le même. C'est
ainsi que le même caractère du fruit comprimé et de
graine verticale que nous repoussons ici, nous a servi
(376)
à former le genre A^iserinai^) pour le Chenopodium
Bomis-Henriciis, dont le port diffère essentiellement de
toutes les autres Chénopodées et se rapproche seule-
ment du Beta. Mais en supposant même que le genre
Siiaeda doive être divisé en deux, comme l'a fait Moquin,
il est clair que ce nom doit être conservé pour celui d'entre
eux qui contient la vraie soude, Suaeda vera, puisque
c'est cette espèce qui a donné son nom au genre. C'est-à-
dire que le genre Suaeda de Moquin aurait du prendre le
nom de Trlkalis, donné par Rafinesque avec droit de prio-
rité et le genre Clienopodina de Moquin, qui comprend
la vraie soude, conserver le nom de Suaeda. C'est là ce
que commandait la logique, mais la logique n'eut pas
permis à Moquin de faire deux genres nouveaux.
Il suit de ce qui précède que quel que soit l'opinion que
l'on adopte en conservant ou en divisant le genre Suaeda,
c'est sous ce nom que doivent être rangées les espèces
dont nous avons à parler.
En parcourant nos marais maritimes, nous avons été
frappé de la différence qu'offrent les plantes rangées sous
le nom de Suaeda maritima. Déjà, dans notre Prodrome,
nous avons élevé l'une de ces formes au rang d'espèce;
nous venons aujourd'hui lui en adjoindre deux autres et
nous donnerons la définition de la 5. maritima pour faire
saisir la différence qu'elle présente avec les espèces nou-
velles qui s'en distinguent à la première vue.
{[) Ansetnna Boniis-HenricusDmrl.Vrodr. FI. Belg., p. 2i (1827), non
Sect. AmerinaGaud. (1828) ; Agathophytum Moq. Ann. Se. Nat. (185^). —
C'est à tort que, dans le Prodrome de De Candolle, Moquin cite notre
Anserina comme section, tandis qu'il a été établi comme genre dans le
Prodrome de la Flore belge.
(377)
1. Suaeda marltlma Nob., herbacea, caulibus diffusis, foliis hemicylin-
dricis, insertione transversal! subdecurrente , calycibus fructiferis
angulato-gibbosis.
2. S. bacciformis Nob., annua, erecta, foliis planiusculis, insertione
transversal!, calyce fructifère baccato umbilicato, scgmentis semi-
globosis.
5. S. aestuai'ia Nob., annua, caule simplici, stricto, panicuiato angu-
loso, fohis bemicylindricis, calycibus fructiferis angulato-gibbosis.
4.. S. flliformis Nob., herbacea, caule erecto, tereti, foliis cylindricis,
insertione rotundâ, calycibus fructiferis gibbosis.
i . Chenopodium maritimum L.Sp., 521 ; Salsola maritima
Poir. Dkt.j VII, p. 291 ; Suaeda maritima Dmrt.
Prodr., p. 22; Schoberia maritima C.-A. Mey. in
Ledeb. FI. Alt., I, p. 4-00; Chenopodina maritima
Moq. in DC. Prod., XIII, p. 161 . — Hab. in coenosis
maritimis.
Se distingue facilement des suivantes par sa tige rameuse
dès la base, à rameaux diffus, adscendants, profondément
sillonnés. Feuilles planes par dessus, semi-cylindriques
en dessous, planes au point d'attache et à insertion trans-
versale, dccurrentes sur la tige en une côte canaliculée.
Fleurs petites, herbacées, à sépales gibbeux.
2. Chenopodina bacciformis Dmrt. in litt. — Hab. in
aestuariis Flandriae etZelandiae.
Cette espèce se distingue de la précédente par ses tiges
dressées et toujours simples à la base, par la forme de ses
feuilles et de ses fruits. Plante glauque-rougeàtre. Racine
fusiforme. Tige unique, dressée, rouge, à côtes distantes,
simple à la base, parfois un peu rameuse, à rameaux sim-
ples et droits. Feuilles lancéolées-linéaires , concaves en
dessus, convexes en dessous, obtuses, à insertion trans-
( 378 )
versale. Fleurs agglomérées. Périgone accroissant, bacci-
forme en mûrissant, et trois à quatre fois plus gros que
celui des autres espèces.
Cette espèce ne peut pas être confondue avec la Suaeda
macrocarpa Nob. (Chenopodium macrocarpum Desv. ,
Journ. bot., III, p. 4-8), qui en diffère par ses feuilles
subulées et presque arrondies et par ses fleurs solitaires.
3. Chenopodina aestuaria Dmrt. in litt. — Hab. in aestua-
riis Flandriae et Zeelandiae.
Plante glauque-jaunâtre. Racine fusiforme. Tige unique,
dressée et toujours simple à sa base, anguleuse, paniculée
au sommet, à rameaux dressés. Feuilles semi-cylindriques
planes en dessus, à insertion transversale, décurrentes sur
la tige en deux nervures rapprochées et formant une large
côte plane. Fleurs agglomérées. Fleurs herbacées, à seg-
ments fructifères gibbeux sur le dos.
Le port de cette espèce la rapproche de la Suaeda salsa,
avec laquelle elle a pu être confondue, mais elle en diffère
par sa racine annuelle et sa panicule dressée. Elle se rap-
proche aussi de la Suaeda Jacquinii Nob. (Chenopodium
Ten.), qui en diffère par sa tige ascendante et ses glomé-
rules de fleurs rapprochés.
4-. S. filiformis Dmrt. Prodr. FI. belg., p. 22; Schoberia
Dumortierii 5^eM(/. Nom. bot., p. oo2; Chenopodina
fdiformis Moq. in DC. Prodr., XIII, p. 164'. — In
coenosis maritimis Flandriae ad Viam Ulyssis (Lisse-
weghe) et Hollandiae ad Y.
Cette espèce diffère de toutes les autres par sa tige arron-
die, ni anguleuse, ni sillonnée, par ses feuilles cylindriques
et non planes en dessus, ni aplaties à la base, par leur
( 379 )
insertion circulaire et non transversale, enfin par Tabsence
de décurrence.
Tige dressée, rameuse à la base, ce qui semble indiquer
une espèce bisannuelle, rarement simple, à branches fili-
formes, dressées, arrondies, rameuses au sommet. Feuilles
cylindriques, allongées, aiguës, non aplaties à la base,
insérées cylindriquement sur la tige et non décurrentes.
Fleurs petites en glomérules distants, axillaires, le plus
souvent triflores. Périgone fructifère herbacé, à segments
gibbeux. Fruit finement tuberculeux sous la loupe et mer-
giné d'un côté.
l§ALSOLA.
La plante que les anciens botanistes belges ont indi-
quée comme indigène à notre littoral sous le nom de 5a/-
sola Tragiis et que les botanistes allemands ont désignée
sous ce nom, appartient-elle à l'espèce créée par Linné?
C'est là une question de critique très-intéressante à élu-
cid'br. D'après Koch et les auteurs qui l'ont suivi, la 5a/-
sola Tragiis ne serait qu'une simple variété de la 5. Kali,
caractérisée par l'appendice de sépales courtement mar-
giné.
L'inspection de l'herbier de Linné nous a mis même de
relever cette erreur. La plante type de la 5. Tragus y est
méditerranéenne et a été envoyée de Montpellier à Linné
par Sauvages. Elle se distingue pas sa tige dressée, de
trois pieds de hauteur et non diffuse; par ses fruits ova-
les, exserts et non munis de la grande aile dorsale qui
s'observe dans la 5. Kali. MM. Grenier et Godron ont eu
grandement raison de ne pas la confondre avec cette
espèce.
Mais dans sa Flore de la Belgique septentrionale, notre
( 380 )
savant ami M. Van Hall a indiqué sous le nom de S. Tragus
une toute autre plante, qui constitue une espèce parfaite-
ment distincte, à laquelle nous avons donné le nom de
S. turgida dans notre Prodrome de la Flore belge. Nous
Tavons observée en Flandre et près Harlem à Zandvoort où
elle était abondante. Elle a été retrouvée à Werkendam
par M. Van de Zande-Lacoste, à Katwijk par Dosy, et en
Flandre par Kickx et Vande Vyvere. Van den Bosch,
dans son Prodrome de la Flore batave, Ta rapportée très à
tort à la variété ^ brevimarginata de la 5. Kali de Koeh, car
cette plante est constante et offre des caractères distinctifs
nettement accentués.
La 5. turgida se distingue des 5. Kali et S. Tragus par ses
nœuds fructifères renflés et turgescents, ce qui n'existe
jamais chez les autres. Sa tige est dressée, à rameaux étalés.
Ses feuilles sont charnues, subulées, scabres. Les phylles
du calicule sont épineux. Son périgone fructifère est cam-
panule à sépales intérieurs aiguillonnés au dos. Le pé-
rianthe est inarticulé sur sa base, mais les rameaux fri|pti-
fères sont articulés. Tige ascendante ou droite, rameuse,
glabre et scabre à la base, pubescente en haut, à rameaux
allongés redressés, simples, les inférieurs opposés, les supé-
rieurs alternes. Feuilles longuement subulées, épineuses
au sommet, canaliculées à la base, légèrement ciliées,
poilues dans leur jeunesse, glabres à l'état adulte; les flori-
fères plus courtes, dilatées à la base et embrassant la fleur;
les fructifères ventriqueuses à la base. Fleurs solitaires ou
en petits épis axillaircs, à calicule diphylle, conforme aux
feuilles, mais moindres. Nœuds fructifères turgides, renflés.
Périgone après l'anthèse ovale, tronqué au sommet à bords
petits et dressés, caduc à la maturité avec la graine et alors
largement campanule. Membrane dorsale des deux sépales
(381 )
extérieurs étalée, lobée, du sépale intermédiaire étalée et
plus petite, des deux sépales intérieurs aeuléiforme, droite.
Embryon coquille.
s. turgida Nob., herbacea, nodis friictiferis turgidis, perigonii fructiferi
inarticulati sepalis dorso exterioribus explanatis, interioribus arti-
culatis.
S. Tragus Vaii Hall Fl. Belg. sept., p. 232; Lej. et Court. Comp., I,
p. 211 {nonL. /).
S. turgida Dnu't. Prodr., p. 25.
S. Kali var. g Prodr. FL Bat., jt). 218.
Hab. in arenosis maritimis Hollaiidiae et Flandriae.
liALICORl\14.
A quelque époque que Ion visite les scbores de notre
littoral, on est frappé d'y trouver des Salicornes herbacées
de forme entièrement dissemblables j depuis le printemps
jusqu'à l'automne, cette différence saute aux yeux. Ici
c'est une plante dressée depuis sa base, à rameaux fasti-
giés comme un peuplier d'Italie en miniature; là c'est
une plante couchée à la base, à tige redressée et retom-
bante au sommet ; plus loin une forme à tiges étalées et
diffuses; enfin en voici une autre entièrement humifuse
et déprimée sur le sol tout à fait à plat; puis d'autres
formes moins caractérisées, mais toutefois remarquables.
Depuis plus de cinquante ans nous observons ces curieu-
ses plantes et nous les retrouvons toujours les mêmes.
Il y a donc là plusieurs espèces confondues sous le nom
de Salicornia herbacea^ une bonne monographie entre-
prise sur les lieux en est réclamée par la science. Déjà,
dans notre Prodrome , nous avons signalé ces formes
d'après Pallas et Smith ; si les auteurs des Flores d'Alle-
53
( 582 )
magne et de France n'en ont pas fait état, c'est qu'liabi-
tant loin des côtes ils n'ont j3as été à même de les voir
vivantes et d'apprécier leurs différences, différences telles
qu'aucun genre n'en offre de plus saillantes.
Linné, dans ses Species plantarum, a confondu toutes
les Salicornes herbacées sous le nom de S. herbacea,
mais, dans sa Flore de Suède, il applique ce nom à l'es-
pèce à tiges diffuses : apucl nos est herbacea, annua, in
latum di/fiisa, vix palmaris. Si donc un espèce doit con-
server le nom de S. herbacea ce doit être celle à tiges
diffuses indiquée par Linné lui-même qui doit le porter,
et non celle fastigiée comme l'ont fait Pallas et Smith.
Celle-ci, qui s'éloigne entièrement de la description lin-
nécnne, sera mieux appelée S. stricta Nob. Mais il nous
semble que pour éviter la confusion, le nom collectif
dlierbacea doit être abandonné, comme l'ont été les noms
spécifiques collectifs, Locusta chez les Valérianellcs, arti-
culatus chez les Joncs, polymorpha chez les Luzernes,
villosa chez les Roses tomenteuses, etc. Quant à l'espèce
étalée et diffuse elle présente plusieurs formes dictinctes.
D'abord vient la S. procumbens de Smith, puis une
plante très-voisine dont la verdure est glauque et les épis
très-épais, peut-être la var. pachystachya de Koch.
La forme la plus excentrique est celle que, dans notre
Prodrome, nous avons désignée sous le nom de S. pros-
trata y? appressa et que M. Crépin, dans la dernière
édition de son Manuel, vient d'appeler 5. herbacea var.
moniliformis à cause de ses épis parfois moniliformes.
Cette plante nous paraît s'éloigner sensiblement de la
S. prostrata de Pallas et former une espèce distincte
comme nous le présumions déjà il y a 42 ans. Nous la
désignerons sous le nom de 5. appressa. Sa tige est humi-
( 585 )
fuse et ses rameaux sont entièrement appliqués sur le sol;
elle affecte cette disposition depuis sa naissance jusqu'à
sa fructification sans se relever jamais. Ses rameaux
forment un éventail triangulaire comprimé des deux
côtés; ses entrenœuds sont cylindriques; ses épis cylin-
driques ou moniliformes. Nous donnerons sa diagnose
ainsi que des principales formes en nous réservant d'y
revenir.
1. s. stricta Nob,, herbacea, caule ramisque erectis strictis fastigiatis.
2. S. procumbenfs, herbacea, caule adscendente, ramis subsimplicibus,
internodiis obconicis.
4. S. prostrata, herbacea, caule prostrato, ramis trifariis adscendentibus,
spicis cylindricis obtusis apice depressis.
4. S. appressa Nob., herbacea, caule ramisque humifusis appressis è
radice trifariam flabellatis ramosissimis , internodiis cyhndricis ,
spicis acutis.
i. S. annua Sm. Enrjl. Bot., p. 415; S. herbacea Sm.
2. S. herbacea L. Suec, p. 1; S. procumbens Sm. Engl. Dot., t. 247S ;
S. herbacea 15 procumbens Babgt. Man., p. 288.
3. S. prostrata Pall. HalopJnjt., p. 8, t. 5.
i. S. prostrata 7? appressa Dmrt. Prodr., p. 23; S. herbacea forma
moniliforrais Crép. Mari., éd. 2, p. 276.
POLYOOJWUIM.
Le littoral de la Flandre, de la Zélande et de la Hollande
fournit une espèce de Polygomwi confondue avec Vavicu-
lare, mais qui en est bien distincte, c'est le P. littorale de
Link ou P. Raii de Babington, déjà indique dans notre
Prodrome. Cette espèce se distingue de Vavïculare, dont
elle a le port, par sa racine souvent pérennante, par ses
fleurs axillaires et ses fruits lisses, brillants, plus longs que
( 384 )
le périanthe. Cette plante, que nous avons retrouvée cette
année à Knocke, possède donc la végétation du P. aviculare
et le fruit du P. maritimum. Le nom spécifique donné par
Link ayant la priorité sur celui de M. Babington, doit être
conservé à cette espèce. Nous signalons de nouveau cette
forme pour porter sur elle l'attention des botanistes belges.
En 1825, dans notre herborisation dans la Nort-Hol-
lande, nous avons trouvé près du Helder une autre espèce
voisine de la précédente, le P. arenarium de Waldstein et
Kitaibel. Celle-ci, également procombante, a ses tiges à
feuilles distantes et à rameaux divariqués. Gaines de 4- à
6 nervures. Fleurs en épis denses, terminaux et dépourvus
de feuilles. Fruits non opaques et un peu luisants, ponc-
tués, , dépourvus de stries. Cette espèce pourra aussi se
rencontrer sur nos côtes dans les sables maritimes; nous
engageons nos confrères à l'y rechercher.
POLYGALA.
Bien qu'en 1825, dans ses Plantae criticae, M. L. Rei-
chenbach ait traité monographiquement les espèces d'Eu-
rope de ce curieux genre, il faut reconnaître que celles de
l'Europe centrale nécessitent un nouvel examen, justifié
par les découvertes faites depuis cette époque. Déjà, dans
sa Flo7'e de la chaîne jurassique, M. Grenier a éclairci plu-
sieurs points douteux et spécialement ce qui concerne le
P. oxyptera. De son côté, le voisinage de la mer du Nord
nous offre deux espèces inconnues à M. Reichenbach, l'une
que nous avons décrite en 1827, sous le nom de P, muta-
bilis, l'autre, originaire des vallées des dunes de la Flandre
et de la Hollande qui a été confondue avec la P, oxyp-
tera. Pour éclaircir les nombreuses difficultés que présente
ce beau genre, notre confrère M. Crépin nous a engagé
( 385 )
de traiter les espèces indigènes à notre pays. Commençons
par donner le tableau chronologique des espèces de l'Eu-
rope centrale et occidentale, point de départ obligé d'une
étude aussi difficile.
1750. Polygala vuIgarisZ. Sp.pl., éd. i]p. 702.
17o9. P. amaraZ. Syst. nat., éd. XII, p. WU (1762) 5 Jacq. Obs., p. 262?
« P. aciitifolia X. Syst. nat., éd. XII, p. \[^i — Abandonnée et in-
connue.
1769. P. amarella Crantz Austr., fnsc. V, p. 4-58.
w P. austriaca Crantz Austr., fasc. V, p. 459, t. 2 f. 4t.
18G8. P. coraosa Schkuhr Handb., II, p. 324, t. 194.
1813. P. verviana Lej. FI. Spa, II, p. 92.
1821. P. multicaulis Tausch in Bot. Zeil., IV, p. 563.
1825. P. uliginosa hchb. PL crlt., I, p. 23, /. 40-41.
« P. alpestris Rchb. l. c, p. 2o, f. i^.
>^ P. oxyptera Rchb. l. c., p. 25, f. 46-49.
« P. amblyptera (huxifclia) Rchb. L c, p. 26 et 91, f. 50-51.
1826. P. serpyllacea Weihe Bot. Zeit., p. 745; P. serpyllifolia Weihe
olim non Poir.
1827. P. mutabilis Dmrt. Prodr. FI. Belg., p. 51.
1829. P, badensis Schinip. in litt. ap. Spenn. FI. Frib., III, p. 867.
1830. P. pyxophylla AvéLall. in Rchb. FI. exe, p. 350.
1831. P. depressa Wender. in Schrift. Natrw. Marb., p.\., t. \.
1837. P. calcarea F.-W. Schullz in Bot. Zeit., 1837, p. 752.
1847. P. ciliata Lebel in Gren. et Godr. FI. Fr., I, p. 195.
1849. P. Lejeunei Boreau Fl. Centr., éd. 2, II, p. 71.
1855. P. dubia BellynckFl. de lYaïniir, p. 27.
Parmi toutes ces plantes, il s'en trouve qui ne sont que
synonymes d'espèces plus anciennes, d'autres qu'on ne
peut considérer que comme variétés. Disons d'abord que
les Polygala d'Europe peuvent se diviser en quatre sec-
tions : les Rosulifères dont les feuilles radicales sont plus
grandes que les caulinaires et étalées en rosette; les Che-
velues dont l'épi est surmonté de bractées dans la jeunesse;
les Oppositifoliées dont les feuilles inférieures son opposées
( 586 )
et les autres alternes; enfin les Vulgaires à feuilles toutes
alternes, lâches et dont l'épi n'est pas surmonté de bractées
avant l'épanouissement. Nous allons suivre ces séries pour
l'examen des espèces de la flore belge.
I 1. Rosidatac.
Une première remarque à faire sur ce groupe, c'est de
signaler Terreur de presque tous les auteurs modernes,
lorsqu'ils attribuent la formation du nom de l'espèce qui
en est le type, de la P. amara, à l'initiative de Jacquin. La
comparaison des dates démontre, au contraire, que la for-
mation de cette espèce est due à Linné qui, après l'avoir
considérée comme une simple variété de la P. vulgaris,
dans la première édition de ses Species, l'a élevée au rang
d'espèce en 1 759, dans la dizième édition de son Systema
Naturae, ouvrage beaucoup trop peu consulté pour
l'histoire des espèces. Jacquin vint ensuite qui, ayant
trouvé, auprès de Vienne en Autriche, une espèce de
Polygala très-amère au goût et dans laquelle il crut recon-
naître la P. amara de Linné, la décrivit sous ce nom en
1762, dans son Enumération des plantes des environs de
Vienne, pages 12o et 262. L'initiateur du nom spécifique
est donc Linné. Il l'a créé, comme il nous l'apprend lui-
même, dans la seconde édition de ses Species plantarum,
p. 987, pour la P. buxi minoris folio Vaill. Par., 161,
t. 32, f. 2, espèce à peine amère et qui n'est autre que la
P. calcarea de Schultz. Linné, en désignant la plante de
Vaillant, lui rapporte à son exemple la P. foliis circa radi-
cem rotundioribus sapore admodum amaro de C. Bauhin
d'où son nom spécifique. Mais, dans l'herbier de Linné, la
plante type de la P. amara est la P. calcarea. Toute con-
testation est donc impossible : la description, le texte et
(587 )
l'herbier sont craccord pour définir la véritable P. amara
primitive de Linné et nous faire connaître qu'elle n'est autre
que la plante décrite depuis sous le nom de P. calcarea.
Jacquin, en rapportant le nom linnéen à la plante des
montagnes d'Autriche, avait en vue une plante voisine et
réellement amère. Or, dans la seconde édition de ses
Species plantarum, Linné en s'en référant à la plante de
Jacquin a corrigé son travail primitif et attribue définitive-
ment le nom spécifique amara à la plante amère qui
depuis a conservé ce nom; mais il faut en retrancher le
synonyme de Vaillant qui appartient à la P. calcarea.
Cette dernière est-elle la même que la P. amarella de
Crantz, comme l'ont cru M. Reichenbach, notre Prodrome,
MM. Cosson et Germain, etc. ? C'est là une question pleine
d'incertitude; car, d'une part, il est difficile de croire que
Crantz ait donné ce nom à la P. afnara de Jacquin, décrite
à Vienne même sept ans auparavant, et admise par Linné,
alors surtout qu'il attribue à son amarella, la figure de
Vaillant, qui représente la P. calcarea; mais, d'autre part,
sa description écourtée et obscure ne permet pas de rien
décider. Nous conserverons donc le nom de ca/carea jus-
qu'à plus ample informé, tout en reconnaissant que suivant
toute probabilité cette plante est la P. amarella de Crantz.
Quant à la P. austriaca de Crantz, cette espèce n'offre
aucun doute. Elle a été trouvée dans le Luxembourg et
l'Eifel.
§ 2. Oppositifoliae.
La disposition des feuilles opposées ou alternes est de
premier ordre chez les Polygala, comme le démontrent
les espèces exotiques. Dans son travail monographique
sur les Polygala d'Europe, M. Reichenbach n'avait signalé
( 588 )
aucune espèce à feuilles opposées j bientôt après diverses
espèces furent proposées qui présentent cet important
caractère. En 4826, Weihe publia sa P. serpyllacea;
en 1827, nous mîmes au jour la P. mutabiiisj en 1829,
Spenner fît connaître la P. badensis de Schimper; enfin,
en 1831, Wenderoth publia sa P. depressa. Nous allons
montrer qu'il y a là deux espèces distinctes, savoir, la
P. serpyllacea de Weihe et notre P. mutabilis.
La P. mutabilis (1827) est très-certainement la même
que la P. depressa de Wenderoth (1831). Nous l'avons
définie, dans notre Prodrome, comme suit : rainis prima-
riis oppositifoliis sterilibus, secimdariis altcrnifoUis florl-
feris. Les tiges de la première année sont stériles et à
feuilles opposées. Dans les aisselles de ces feuilles, naissent,
la seconde année, des branches florifères munies de feuil-
les alternes. Comme le bourgeon terminal de la tige de la
première année avorte presque toujours, il s'en suit que d'or-
dinaire cette tige ne se continue pas, en sorte que les bran-
ches florifères sont latérales et opposées sauf avortement.
Les caractères que nous venons d'indiquer ne permet-
tent pas de confondre cette espèce avec aucune autre. Nous
lui avons donné le nom spécifique de mutabilis, pour indi-
quer la curieuse transformation qui s'opère dans sa végé-
tation : les feuilles étant opposées sur les tiges de la pre-
mière année et alternes sur celles de la seconde. La
P. depressa de Wenderoth, créée dans les Marburger
Schriften de 1851, c'est-à-dire quatre ans après nous,
appartient certainement à notre plante; mais la P. serpyl-
lacea de Weihe en est entièrement distincte.
Weihe, en créant, dans le Botanical Zeitung de 1826,
sa P. serpyllacea, la définit de la manière suivante :
P. serpyllacea Weihe, frutescens, prostrata, prolifica,
( 589 )
foliis imis parvulis oppositis obovatis, reliquis oblongis ;
sepalis lateralibus cuneato-ellipticis corollam fimbriatam
aequantibus; capsulam cuneato-obcordatam latiorem supe-
rantibus.
Weihe dit avoir trouvé cette espèce dans les montagnes
de Westpbalie et l'avoir reçue de Lejeune.
Notons d'abord que le mot saillant de la définition de
Weibe est foliis ÏMIS parvulis oppositis. Or ce mot définit
parfaitement l'espèce qui croît sur les hautes fagnes de
Spa, à 2000 pieds d'altitude, et qui est évidemment la plante
envoyée par Lejeune à Weihe, puisqu'elle en a tous les
caractères. Or ce mot saillant de la définition de Weihe
ne peut, en aucune façon, s'appliquer à notre P. miitabilis,
qui ne se borne pas à avoir les feuilles inférieures (folia
ima) opposées, mais dont les tiges de la première année
sont partout munies de feuilles opposées surtout au centre.
Nous possédons donc en Belgique les deux espèces à feuilles
opposées. La P. serpyllacea, qui est très-bien figurée dans
• l'atlas de MM. Cosson et Germain, t. VIII, f. 2, a seule-
ment les feuilles du bas opposées, tandis que les tiges sté-
riles de la P. mntabilis sont entièrement munies de feuilles
opposées. Dans la P. rnutabilis, les fleurs sont délicates,
souvent rapprochées; les ailes du calice sont délicates,
très-minces et comme papyracées, lancéolées, subaiguës,
presque deux fois plus longues que le fruit, à nervure
centrale plus ou moins rameuse. Dans la P. serpijllacca,
au contraire, la tige de la première année se continue sans
fournir de rameaux latéraux, en sorte qu'il n'existe de
feuilles opposées que tout à fait à sa base; les fleurs sont
solides, en épi lâche et ferme, toujours penchées, les
ailes coriaces, arrondies-ovales très-obtuses au sommet,
à nervure centrale jamais rameuse.
( 390 )
MM. Cosson et Germain ont donné, dans Tatlas de leur
Flore des environs de Paris, t. VJII B, une excellente
figure de la P. serpyllacea, sous le nom inexact de P. de-
pressa. Cette confusion des deux espèces est le fait d'un
grand nombre d'auteurs, de Reichenbach, Spenner, Kocli,
Grenier et Godron; elle parait même avoir été faite par
Weibe lui-même après la publication de sa P. serpyllacea.
Ils ont rapporté à une seule espèce toutes les plantes
européennes présentant des feuilles opposées : de là la
confusion. Déjà, en 1829, Spenner, dans le troisème
volume de sa Flora Friburfjensis, après avoir décrit avec
Schimper, p. 867, la P. mutabilis sous le nom de serpyl-
lacea, reconnaissait que ni les exemplaires reçus de Weihe,
ni les siens n'offraient pas les feuilles du bas opposées,
mais bien celles du milieu des tiges surtout dans les tiges
stériles. Neque ima folia, inediana potius praesertim caidi-
culorum sterilium opposita observantur. Cette erreur est
aussi partagée par M. Reiclienbacb, dans sa Flora excur-
soria, où il décrit la P. mutabilis sous le nom de serpyl-
lacea. Mais la diagnose de Weibe : foliis IMIS parvulis
oppositis, est tellement claire et précise que l'erreur saute
aux yeux du moment qu'on a reconnu l'existence de deux
espèces présentant des feuilles opposées, comme nous
venons de l'établir.
§ ô. Comosae.
Longtemps on n'a connu qu'une seule espèce de Poly-
gala à bouquets chevelus avant l'anthèse par le dévelop-
pement des bractées, à savoir la plante que Schkuhr avait
décrite et figurée sous le nom de P. comosa. M. Boreau,
dont l'œil fin et exercé a fait faire tant de progrès à la
botanique spécifique, est le premier qui en ajouta une
(391 )
seconde sous le nom de P. Lcjeunei. Il la caractérise par
ses fleurs petites d'un blanc-verdàtre ou lavées de rose en
grappes serrées, un peu chevelues au sommet et par des
ailes plus étroites et bien plus courtes que la capsule,
ajoutant que la forme des ailes très-différente, à nervures
moins prononcées, plus ramifiées latéralement, la distingue
facilement de la comosa. Il lui rapporte en partie la P. vcr-
viana de LejeunC;, espèce mal définie et collective, que cet
auteur, dans son Compendium, rapporte à la P. oxyptera.
Cette opinion vient d'être reprise par le savant M. Gre-
nier qui, dans sa belle Flore de la chaîne Jurassique, a
établi que la véritable P. oxyptera de Reichenbach n'était
pas du tout ce qu'on soupçonnait, mais que d'après un
échantillon authentique de M. Reichenbach lui-même, elle
se rapportait à la P. Lejeuncl de M. Boreau. Il y rapporte
comme variété la P. ciliata Lebel. Nous sortons donc de
l'obscurité qui enveloppait jusqu'ici la P. oxyptera et de
toutes les erreurs dans lesquelles les auteurs étaient
tombés à son sujet. Elle devient une seconde espèce de la
section des Comosae. Nous dirons cependant que, dans
l'herbier de M. Thielens, la plante publiée par Michalet
dans l'herbier du Jura, sous le n*» 5 et le nom de P. Le-
jeimei, plante relatée par M. Grenier, est entièrement
distincte de la nôtre et dépourvue de bractées saillantes;
mais n'y a-t-il pas eu confusion ?
La P. major Jacq. appartient aussi à cette section.
§ 4. Vulgares.
La P. oxyptera de Reichenbach a donné lieu à de nom-
breuses erreurs. La plupart des auteurs la regardaient
comme une variété de la P. vukjaris. Cette opinion, que
( 392 )
nous avions émise dans notre Prodrome, a été partagée par
Koch, M. Pries et ceux qui les ont suivis, tandis que M. Bo-
reau, Lejeune et Courtois et autres la considéraient comme
une légitime espèce. Tous, au surplus, décrivaient sous ce
nom une plante voisine de la P. vulgaris, mais à petites
fleurs et à ailes étroites. Le premier qui eut des doutes
sur cette identité est le Père Bellynck. Dans sa Flore de
Namiir, publiée en 1855, croyant que cette plante à ailes
étroites n'appartenait pas à la P. oxyptera de Reichenbach,
le P. Bellynck la décrivit sous le nom de P. clubia. Récem-
ment, comme nous venons de le dire, M. Grenier a émis
une opinion entièrement nouvelle en affirmant que la véri-
table P. oxyptera de Reichenbach appartient, non à cette
forme à ailes étroites, mais à la P. Lejeunei de M. Bo-
reau. L'erreur commune est donc rectifiée et cette espèce
restituée à son vrai type, en sorte que la forme à ailes
étroites doit prendre le nom de P. dubia, qui lui a été
donné par le P. Bellynck.
D'autre part, dans sa Flora Belrjii septentrionalisy notre
savant ami M. Van Hall avait décrit, sous le nom de
P. oxyptera, une plante des dunes de la Hollande, figurée
par Kops, planche 198 de la Flora Batava, sous le nom
de P. vulgaris, et dont Van den Bosch a fait la P. vul-
garis (3 oxyptera dans le Prodromus Florae Batavae. Cette
plante, qui habite également les dunes de la Flandre,
constitue une espèce entièrement distincte, remarquable
par ses tiges humifuses et non redressées, contractées et
non allongées, et par ses ailes étroites comme la précé-
dente, mais munies au sommet d'un apicule très-saillant et
en quelque sorte caudiforme qui la distingue de toutes les
Polygala et spécialement de toutes les formes confondues
sous le nom d'oxyptera. Cette espèce habitant exclusive-
( 595 )
ment les dunes, nous proposons de la nommer P. clu-
nensis.
Les terrains calaminaires de Belgique fournissent une
forme remarquable et spéciale de Polygala, que Ton pour-
rait nommer calaminaria, remarquable par ses grandes
fleurs brillantes. Notre savant ami M. Victor Monheim
la regarde comme une espèce distincte et croit pouvoir la
rapporter à la P. Lejeunei Bor., attribution qui nous
paraît très-liasardée.
§ 1. Oppositifoliae. — Foliis nonnullis oppositis.
1. P. mutabilis Nob., ramis primariis oppositifoliis sterilibus, secundariis
lateralibus alternifoliis floriferis, alis angustè lanceolatis subacutis.
2. P. serpyllacea, foliis imis oppositis reliquis alternis, ramis termina-
libus, alis rotundato-ovatis obtusissimis.
§ 2. Comosae. — Alternifoliae, spicâ virgineâ coraosa.
3. P. comosa, erecta , alis latè ellipticis acutis, capsulani latitudine
aequantibus, longitudine superantibus.
i. P. oxyptera, diffusa, alis angustè ellipticis obtusis, capsula longitu-
dine angustioribus, longitudine subaequalibus.
§ 3. Vulgaires. — Alternifoliae, ecomosae, foliis superioribus majoribus.
5. P. vulgaris, adscendens, alternifolia, erosulata, ecomosa, alis cap-
sula latioribus.
6. P. dubia, adscendens, alternifolia, erosulata, ecomosa, alis subacutis
muticis capsula angustioribus longioribusque.
7. P. «lunensis Nob., caule ramisque alternifoliis humifusis depressis,
alis acutis apiculatis capsula angustioribus sesquilongis.
§ 4. Rosulatae. — Alternifoliae, ecomosae, foliis inferioribus majoribus.
8. P. calcarea, surculis elongatis nudis rosuliferis, alis capsulam subac-
quantibus, nervo centralibero, lateralibus anastomosantibus.
( 394 )
9. P. aniara, caudiculis abbreviatis rosuliferis; alis capsula subangus-
tioribus trinerviis, nervis apicè lantum anastomosantibus.
10. P. austriaca, caudiculis nullis, foliis radicalibus obovato-spathulatis,
alis capsula duplô angustioribus, nervis ternis subsimplicibus.
i. P, muVàhiUs Dmr t. Prodr. FI. Bel(}.,p. ol (1827) ; P. depressa Wender.
in Schrift. Mai^hurg, p. 1, «. 1 (1831 ex Pritzel) ; P. serpyllacea pro
pa7'(e Rclib. Fl. exe, p. 330 ; P, badensis Schimp. in Spenn. Frih., III,
p. 867 (1829). — Hab. in ericetis.
2. P. serpyilacea Weihe in Bot. Zeît., ÏX (1826), p. 745; Coss. et Germ.
AU., t. 8, f. B. — Hab. in paludosis.
5. P. comosa Schhuhr Handb., II, p. 524, t. 194 (1808) ; Rchh. h. crit.,
f. u-m.
4. P, verviana Lej. Spa, II,/). 92 (1813) pro parle; P. oxyptera Rchh. PI.
crit., I, p. 2d, f. 46-49 ; Gren. Fl. Jurass., I, p. 99 ; P. Lejeunei Bor.
Fl. Centr., éd. 2, II, p. 71 (1849); P. ciliata Lehel in Gren. et Godr.
Fl. Fr., ï, p. 19o. ■ — Hab. in montibus calcareis.
5. P. vulgaris L. Sp., p. 986 ; Rchh. le. crit., f. 52-53.
6. P. vulgaris var. oxyptera Koch Syn., p. 79 ; P. dubia Bllck. Fl. Nam.,
p. 'il.
7. P. vulgaris Kops Fl. Bat., t. 198 opi.; P. oxyptera V. Hall. Fl. Belg.
sept., p. 726; P. vulgaris var. oxyptera Prodr. Fl. Bat., p. 37.
8. P. amara L. Herb.! et Syst., éd. 10, p. 1154; P. calcarea F.-W. Schultz
in Bot. Zeit., 1837, p. 752; P. amarella Dmrt. Prodr., p. 31 ; Coss. et
Germ. Ail., t. 7, f. 4-6, an Crantz? Austr., p. 438.
9. P. amara Jacq. Enum. Vind., p. 262; Austr., t. 412; L. Sp., éd. 2,
p. 987, excl. syn. VailL; Rchh. le. crit., f. i'5-ii ; — |3 amblyptera
P. buxifolia Rchb. le. crit.; P. amblyptera Rchb. l. c; — y alpestris
Rchh. le. crit., f. 45.
10. P. austriaca Crantz Austr., fasc. 5, p. 439, t. 2, /". 4; Rchb. le. crit.,
f. 42; Coss. et Germ. AU., t. 7, f. 1-3; P. myrtifolia Pries Nov.,
227 non Z. ; — P uliginosa Rchb. le. crit., f. 40-41 .
MYOSOTIS.
Les vallées marécageuses des dunes de Flandre donnent
naissance à ui>e forme de Myosotis très-curieuse et digne
( 395 )
de l'attention des botanistes. Elle est voisine de la 3î. caespi-
tosa et a comme elle les lobes de la corolle entiers. Mais la
M. caespitosa est elle-même une plante critique donnant
lieu à un sérieux examen, ainsi que les diverses espèces
confondues sous le nom de M. palustris. Examinons
d'abord ces difficultés.
Le genre Myosotis présente deux sous-genres essentiel-
lement distincts. Dans l'un, le calice est articulé sur le
pédoncule et caduc à la maturité; il est muni à sa base de
poils crochus, divariqués, qui s'accrochent aux habille-
ments et aux poils des animaux. Cette section est le type
du genre Myosotis (oreille de souris) et, dans notre Pro-
drome, nous lui avons donné le nom de Myosotypus.4J'^u-
tre sous-genre est caractérisé par son calice inarticulé et
persistant, dépourvu de poils crochus, ceux qui le recou-
vrent étant droits et appliqués. Il comprend les espèces
habitant les lieux humides, et contient les délicieuses
plantes que les anglais désignent sous le nom de Forget-
me-not et les français, Phis je vous vois plus je vous
aime. Nous proposons de le nommer Eromnema (souvenir
d'amour). Dans ces deux sous-genres, autant les espèces du
Myosotypns sont bien définies, autant les Eromnèmes sont
embrouillés et confondus dans tous les auteurs modernes.
Essayons d'abord de débrouiller le chaos qui enveloppe ce
délicieux sous-genre.
Linné, après avoir, dans son Hortus Clijfortianus, insti-
tué deux espèces de Mtjosotis, l'une à feuilles glabres,
l'autre à feuilles velues, avait, dans ses Species plantarum,
réuni toutes les espèces du genre actuel en une seule, sous
le nom de M. scorpioides. 11 en formait deux variétés, nom-
mées l'une arvensis, à feuilles velues, l'autre, jmlustris,
qui est la plante des ruisseaux marécageux {in aquosis scn-
( 396 )
tiiricjinosis). Mônch est le premier qui ait fait deux espèces
de 3Iyosotis, les M. annua et perennis et bientôt après
Roth éleva au rang d'espèce les deux variétés de Linné.
Tout cela formait des groupes collectifs. Withering, en
appliquant comme variété le nom de palustris à la plante
figurée par Curtis dans sa belle Flora Londinensis, III,
t. 28, ne fît qu'accentuer davantage l'application du nom
donné par Linné à l'espèce traçante des marais. Mais jus-
que là aucune espèce du sous-genre Eromnème n'était
distinguée, ni comme variété, ni comme espèce, de cette
dernière. Schultz est le premier qui, dans le supplément
de sa Flore, en sépare sa M. caespitosa et bientôt après
M. rtfeichenbacli, dans sa belle monographie, forma de ce
sous-genre cinq espèces, savoir : M. palustiis, laxiflora,
strigidosa, repens et caespitosa. Depuis, Koch réunit les
quatre premières, en sorte que dans tous les auteurs
modernes on ne compte plus que deux espèces, les
M. palustris et caespitosa. La 31. repens a le port de la
M. palustris, dont elle diffère par ses calices et sa corolle
et quant à la M. strigidosa, la plante entière, tige, feuil-
les, calice, est toute couverte de strigulcs, ce qui lui donne
un faux air de la M. collina.
Disons-le d'abord, c'est merveille de voir que la plus
belle et la plus grande espèce de 3Iyosotis, celle qui étend
ses longues tiges rampantes le long des eaux dans les
marais, soit aujourd'hui non distinguée et confondue avec
celle des prés, à laquelle elle ne ressemble que par la fleur.
Ouvrez la belle monographie de M. Reichenbach, vous y
trouverez, sous le nom de 31. palustris, une plante à rhi-
zome court et aphyllo et non l'espèce à tige traçante et
radicante des marais que vous y cherchez en vain. Koch
se borne à décrire, sous le nom de palustris, la plante à
(397)
rhizome oblique, rhizomate obliquo repente; tous les
auteurs font de même et la plante si distincte à laquelle
Linné a attribué le nom de jmhistris, celle à loni^^ues tiges
traçantes et radicantes des marais disparaît des ouvrages de
botanique. Cest à ne pas y croire, mais c'est ainsi. Il ne
faut pas, d'ailleurs, la confondre avec la M. repens G. Don.
in Hook. Scot., p. 67 et General Syst., IV, p. SM, espèce
délicate des montagnes, entièrement distincte par son calice
et sa corolle.
D'où vient cette étrange disparition d'une espèce si
remarquable? C'est que la vraie Myosotis des marais, la
M. scorpioides partim repens, partim erecta de Lobel, si
bien figurée par Curtis est une plante des marais des con-
trées les plus basses qui disparaît aussitôt que le sol s'élève,
pour y être remplacée par l'espèce des prés à rhizome
court et aphylle que tous les auteurs ont substituée à la vé-
ritable M. palustris. Le premier devoir est donc de restituer
à l'espèce des marais, si remarquable par ses tiges traçan-
tes et radicantes, son véritable nom; mais aussi celle des
auteurs modernes à rhizome court et aphylle devra pren-
dre un nom différent et comme c'est elle qui sert à faire des
bouquets et des couronnes nous proposons de la nommer
M. coronaria, réunissant sous ce nom toutes les formes à
rhizome court et aphylle et à pédoncule presque égal au
calice, que la tige soit glabre, poilue ou munie de strigu-
les (M. strigulosa Rchb.). Toutefois la M. laxiflora nous
paraît une bonne et légitime espèce, ainsi que la M. Du-
mortieri de M. Thielens.
Il nous reste à examiner la M. caespitosa. La première
mention qui en soit faite est dans Lehmann. Dans ses Aspe-
rifoliae, sans donner aucune indication de ses caractères,
il se borne à nous apprendre que Schultz a trouvé le pre-
54
( 398 )
mier celte espèce et en a envoyé des semences à plusieurs
jardins botaniques sous le nom de M. lingulata, nom que
Schrader avait changé en M. uliginosaj il ajoute que ses
échantillons sont trop mauvais pour en donner la descrip-
tion. Ce n'est donc là que la simple indication d'une trou-
vaille. L'année suivante, dans le supplément de sa Flore,
sans définition, sans caractères, Schultz pubHa et décrivit
cette fois son espèce sous le nom de M. caespitosa. Bien
évidemment Lehmann n'est pas l'auteur d'une création
d'espèce j le nom définitif de Schultz a donc seul un droit
réel de priorité, et il y a lieu de s'étonner que M. Fries et
les auteurs de la Flore de France aient postposé ce nom.
Mais qu'est-ce que la plante de Schultz? La M. caespitosa,
faussement M. linrjulata, a donné lieu à de nombreuses
erreurs spécifiques, parce que le mot saillant de la défini-
tion de Schultz a été omis par les auteurs. Ce mot saillant :
corollae lotis intecjerrimisj lobes de la corolle très-entiers,
distingue en effet cette espèce de toutes les précédentes et
ne permet pas de la confondre avec elles. Elle a été trouvée
vers Gand par Scheidvveiler, à Wilsele près Louvain par
M. Martens, près Valenciennes par M. Lelièvre.
Près de cette espèce, vient se placer la plante des
dunes de Flandre, dont les lobes de la corolle sont
également entiers, et que nous proposons de nommer
M. oraria. Cette plante ne peut être la variété maritima
de M. Fries, car dans sa Flora Hollandica, p. o9, oîi il
l'introduit, sa forme maritima est rapportée comme variété
p à la M. arvensisj espèce entièrement différente. La plante
de notre littoral est pérennante, couverte de strigules ap-
pliqués, et à rameaux divergents. Est-ce une espèce propre,
est-ce une variété basse et divariquée de la M. caespi-
tosa? La culture doit l'apprendre. Nous nous bornons
( 399 )
pour le présent à la signaler à rétude de nos confrères en
donnant les diagnoses des espèces indigènes du sous-genre
Eromnema.
Myosotis § Eromnema.
i. m. palustris, caulibus repentibusradicantibus, ramis surrcctis, calycc
acquali, corollae lobis praemorsis.
2. M. repens, caulibus repentibus radicantibus, floriferis surrcctis, calycc
inaequali scmi-fisso, coroilac lobis subintcgris.
5. M. coronarla Nob., rbizomate brevi aphyllo, caule crccto, pedunculis
calycc campanulato vix longioribus, coroilac lobis praemorsis.
a. glabratUj caule glabriusculo strigulis destituto.
|3. rosulaiiiy foliis radicalibus congestis, caule brcvissimo.
7. Reichenbachiana, caule piloso.
§. slriyulosa, caule strigulis vestito.
4. M. laxiQorn, caule erecto, pedunculis calyce quinqucdcntato triplô
longioribus, corollae lobis praemorsis.
5. M. Dnmortieri, caespitosa, caule stricto paniculato, foliisque gla-
briusculis, calyce semi-fisso lobis obtusissimis, corollae lobis....
G. M. caespitosa, caespitosa, caule erecto a basi ramoso, ramis fasti-
giatis elongatis, corollae lobis integerrimis.
* M. orariaNob., perennans, caule erecto striguloso, ramis divaricatis,
corollae lobis integerrimis.
1. M. scorpioides partim repens, partim erccta Lob. Knujdb., p. 546 ; Plant.
ic.j 462; M. scorpioides Curt. Lond., III, t. 28 opt.; M. scorpioides
var. palustris L. Sp., p. 188 ; M. palustris With. Brit., p. 225 ; Smith
Engl. Fl.,l,p. 249.
2. M. repens D. Don in Hook. FI. Scot., p. 67; General Syst., IV, p. 544;
liclib. in Sturm Deutschl. FL, fuse, 42.
3. M. palustris Stiirm Deutschl. Fl., fasc. 5.
V. M. palustris Rchb. in Sturm Deutschl. FL, fasc. 42.
â. M. striguiosa Rchb. in Sturm Deutschl. Fl., fasc. 42.
4. M. laxiflora Rchb. in Sturm Deutschl. Fl., fasc. 42.
( 400 )
5. M. Dumortieri TlUekns in Bull. Soc. Bot. Belfj.j 18C8, p. 85.
6. M. cacspitosa Sehuliz FI. Slag., suppl., p. M ; Rchh. inSturm DmtscJd.
Fl., fasc. i'i] M. lingulata Lehm. Asperifol. {nomen solum); M. uli-
ginosa Schrad.
SErVECIO. — 4STER.
Le Séneçon que nous avons désigné, dans notre Pro-
drome, sous le nom de Senecio dimensis, ne doit être con-
sidéré que comme une variété du S. Jacobaea. Il présente
deux formes très-curieuses, l'une dépourvue de rayons,
l'autre à rayons très-courts.
Ceci nous porte à parler de la forme d'Aster Tripolium
dépourvue de rayons. Cette forme curieuse et d'un aspect
étrange, habite les marais salants du Bas-Escaut près d'An-
vers, où elle était déjà signalée, il y a trois siècles, par
Lobel, sous le nom de Tripolium luteum. Cette plante
mérite un sérieux examen et sa persistance dans les mêmes
lieux depuis trois cents ans, est un fait d'autant plus cu-
rieux qu'ailleurs, où croît Y Aster Tripolium, cette forme
n'existe pas. Il serait à désirer que nos confrères d'Anvers
essayassent de multiplier cette plante par semis, afin de
s'assurer si elle est constante.
0]\0]WIS.
Les dunes de Flandre et de Hollande sont remplies d'une
délicieuse plante; c'est un Ononis qui y forme des tapis de
brillantes fleurs roses de la plus grande beauté. Dans le pre-
mier volume du Bulletin de la Société royale de Botanique
de Belgique, nous avons désigné cette belle espèce sous le
nom d'O. maritima. Elle n'est mentionnée, ni dans le
Synopsis de Koch, ni dans les ouvrages de M. Frics; mais
Smith en fait une variété de l'O. arvensis et MM. Grenier
( 401 )
et Godron de VO. procurrens. Elle diffère de VO. spinosa par
sa gousse plus courte que le calice, de VO. procurrens par
sa tige non radicanteà la base, de toutes deux par ses tiges
humifuses et non redressées, de VO. hircina, qui habite
les environs de Verviers, où nous Tavons encore recueillie
en 1865, par ses tiges couchées, ses fleurs non en épi,
solitaires et non géminées.
La localité des côtes d'Angleterre, désignée par Linné,
avec celle de l'Orient, semble prouver que VO. marilima
est en partie son 0. f^epens, mais sa diagnose, qui donne à
son espèce la tige diffuse à rameaux dressés : caulibiis
diffusis ramis erectis, repousse notre plante. Ici encore,
Linné aura sans doute créé une espèce collective, dont la
nôtre n'est qu'une partie. Aussi, s'appuyant sur cette dia-
gnose, Koch, M. Fries et tous les auteurs étrangers au lit-
toral atlantique ont-ils attribué le nom de repens à VO. pro-
currens. Rétablir le nom de repens chez cette espèce, qui
d'ailleurs n'est qu'une partie de celle de Linné et que sa
diagnose repousse, ce serait augmenter la confusion et faire
un acte téméraire. Nous lui conserverons donc le nom de
marilima, en donnant sa diagnose avec celle de ses affines
indigènes pour établir leur différence.
1. O. spfuosa, caulibus ereclis adscendentibusque,spinis geminatisdivari-
catis, floribus solitaiiis axillaribus.
2. O. procurrens , caulibus basi radicantibus , ramis adscendentibus
apicè spinosa, floribus solitariis axillaribus.
5. O. muritinia Nob., caule basi eradicatô raniisque humifusis incrmibus,
floribus solitariis axillaribus.
i. O. hircina, caulibus ereclis incrmibus, floribus geminalis dense
spicatis.
( 402 )
1. 0. spinosa L. Sp., p. 1006; p Wallr. Sched., p. 379 ; 0. campestris Koch
et ZizPalat.,p. 22.
2. 0. spinosa jL. Fl. Suec, p. 249 {non Sp. pi.)] 0. procurrens Wallr.
Sched.j p. 381; 0. repens Koch Syn., p. 136 ; Rchh. Fl. exe, p. 517.
3. 0. repens pro parte L. Sp., p. 1006 ; 0. procurrens g maritima Gren. et
Godr. Fl. Fr., II, p. 375; 0. maritima Dmrt. Bull. Belg., I, p. 113.
4. 0. hircina Jacq. HoyH. Vind., t. 93; 0. altissiraa Lmk Dict., I, p. 506.
TIOLâ.
Nos dunes renferment plusieurs espèces de Violai
parmi lesquelles nous en citerons deux qui méritent d'être
notées, la V. sabulosa et la V. lancifolia. La première, créée
comme variété par De CandoUe, dans son Prodrome, con-
stitue une véritable espèce et nous l'avons indiquée comme
telle à nos amis lors de nos excursions dans les dunes.
Elle croît en Flandre, en Zélande, en Hollande et dans
le nord de la France, sans jamais varier; nous l'avons
cultivée longtemps, sans qu'elle ail subi le moindre chan-
gement. Voici sa diagnosc.
V. sabulosa Nob., caulibus diffusis, foliis remotis ovatis elongatisqiie,
stipulis pinnatifidis laciniâ mediâ crcnatâ, sepalis angusto-lanceolatis,
capsula vix brevioribus.
V. tricolorvar. sabulosa DC. Prodr.,p. I, 304; Dmtr. Prodf\,p. 116.
Quant à la F. lancifolia, déjà, dans sa Flore Française,
De Candolle disait l'avoir trouvée dans les dunes de Hol-
lande. Les dunes de Flandre de Dunkerque au Zwyn
offrent la même espèce que celle de Hollande; elle y est
assez répandue et doit être rétablie dans les Flores belges.
Nous ferons remarquer cependant que le mot lancifolia
est un barbarisme, car on ne peut le faire dériver de
(403)
lanx, lanciSf assiette, bassin, en sorte qu'il serait plus
exact d'écrire V. lanceaefolia,
PYROLA.
Sous le nom de Pyrola rotundifoliaj trois races distinctes
sont confondues en Belgique, deux dans Tintérieur des
terres, la troisième dans les vallées des dunes. Celle-ci
a été observée pour la première fois dans l'île de Norder-
ney en Frise par Koch, qui l'a désignée sous le nom
à'arenaria; elle se retrouve en Hollande et en Flandre
près Furnes, Adinkerke et Ostende. Nous inclinons à
penser que les deux races de l'intérieur des terres consti-
tuent deux espèces. Pour les distinguer, nous nomme-
rons l'une discolor et l'autre concolor.
La P. discolor abonde dans les bois du calcaire juras-
sique dans le grand-duché de Luxembourg et le pays de
Virton, où elle étale ses brillantes fleurs. Sa corolle est
grande, irrégulière, et à pétales inégaux, blancs à l'inté-
rieur, rouges à l'extérieur j son style est épaissi au sommet,
réfléchi, arqué et rouge au sommet. La P. concolor ha-
bite les bois du calcaire anthraxifère de nos montagnes.
Sa corolle plus petite est blanc de neige, en roue, régu-
lière et à pétales égaux, légèrement concaves j son style, con-
colore et à extrémité verte, est décliné, légèrement courbe,
égal en épaisseur de la base à l'extrémité. Quant à la
P. arenariiij plus petite de moitié dans toutes ses parties,
elle se distingue des précédentes par la brièveté de ses
pédoncules dont la longueur égale celle du calice, et par
ses sépales plus larges.
( 404 )
THALICTRVIU.
Le littoral belge fournit plusieurs espèces de Thalic-
trum; les unes, dans les prairies du revers des dunes,
appartiennent à la section des flavum; les autres, dans les
dunes elles-mêmes, sont de la section des minus, section
caractérisée par ses étamines mucronées et ses fleurs dis-
tantes. C'est de ces derniers que nous allons parler.
Le nom de Thalictrum minus est devenu essentiellement
collectif et réunit des espèces entièrement différentes. Ainsi
Koch a confondu sous ce nom des plantes qui ne se res-
semblent pas; Lejeune Ta attribué à celle de la Montagne-
St-Pierre, M. Van Hall à celle des dunes, tandis que
M. Crépin a réuni sous ce nom ces diverses espèces et celle
de Lierre. D'abord, il ne faut pas confondre le T. minus
de Dodoens avec celui de Linné. Dodoens a décrit sous ce
nom l'espèce à rhizome traçant des dunes de Flandre et de
Hollande; il en donne deux figures, représentant deux
variétés, l'une dans les premières éditions de son Cruijd-
hoeck et dans sa traduction par Clusius; l'autre dans ses
Pcmptades empruntée à Lobcl et dans toutes deux le rhi-
zome longuement traçant est très-bien représenté. Au con-
traire, le T. minus de Linné est une plante propre à la
Suède et étrangère au reste de l'Europe. C'est ce qui con-
firme l'échantillon qui nous a été donné par M. Fries et
auquel toutes les plantes décrites en Belgique sous ce nom
ne ressemblent pas. Examinons donc celles-ci.
C'est une erreur de croire qu'il n'existe dans nos dunes
qu'une seule espèce de Thalictrum; on y observe, au con-
traire, deux espèces voisines, mais essentiellement dis-
tinctes. L'une a le rhizome très-court, presque nul, en
forme de turion et elle n'émet jamais de stolons ; c'est celle
( 405 )
que, dans notre Prodrome, nous avons décrite sous le nom
de T. dunense. L'autre, au contraire, qui est le T. minus
deDodoens, émet des stolons souterrains, souvent tellement
allongés que nous en avons parfois rencontré de six à huit
pieds de longueur. Sa tige, au lieu d'être forte, dressée et
courte, à feuilles rapprochées comme dans le T. dunense,
est grêle, allongée et souvent décombante, à feuilles éloi-
gnées. La forme du rhizome, Texistenceou la non-existence
de stolons constituent un caractère de première valeur
pour distinguer les espèces de Thalktrum. Qu'est-ce donc
que cette espèce des dunes à stolons allongés ? Est-ce le
T. saxatile de Schleicher, de De Candolle et Reichen-
bach, le. 4-652, ou le T, sylvatimm de Koch qui tous
deux ont la souche longuement stolonifêre? Ce n'est pas
le premier, puisque ses fleurs sont constamment penchées
et non dressées. Ce n'est pas le T. saxatile de Koch,
puisque les caractères des feuilles le repoussent. Dans
cette situation, l'espèce maritime traçante de nos côtes doit
former une espèce distincte que Van den Bosch et Kickx
ont rapportée au T. flexuosum de Bernhardi et Reichen-
bach. Tout en reconnaissant son affinité avec cette espèce,
nous ferons remarquer qu'elle constitue une forme spéciale
que nous désignerons sous le nom de procurrens.
Il nous reste à parler du T. minus de la Flore des envi-
rons de Spa et de Nyst. Cette curieuse espèce qui habite
la Montagne-St-Pierre sur le territoire belge au Sart, à
Cannes, Lannaye et dans les pentes boisées qui longent la
Meuse, se distingue entre toutes par son rhizome turioni-
forme et unicaule, dépourvu de stolons, par sa tige grêle,
mais très-ferme et droite, par l'absence de panicule et
ses fleurs peu nombreuses ou solitaires, placées dans les
aisselles des feuilles raméales.
( 406 )
Nous ne lui connaissons de rapport avec aucune espèce
connue et nous proposons de la nommer T. depauperatiim.
Ces trois espèces sont caractérisées par les diagnoses sui-
vantes.
1. T. flexuosum, rhizomatc longé repente, eaule debili flexili, ramis
patulis, foliis glaucescentibus, nueellis 10-costatis.
2. T. duncnsc Nob., rhizomate turioniformi, caule erecto, geniculato,
ramis divaricatis, foliis pubescenti-glandulosis infernè cinereis, nueel-
lis 8-costatis.
3. T. dcpauperatum Nob., rhizomate turioniformi unicauli, floribus
axillaribus solitariis, panieulâ nullâ.
RANIJIVCIJLVS.
Dans les lieux inondés Thiver et asséchés l'été des
sables des dunes, croît une Renoncule gazonnante et for-
mant de petites touffes chargées de fleurs d'un jaune bril-
lant. Ses feuilles lancéolées-linéaires la rapprochent des
R. Flammula et reptans, avec lesquelles elle a une grande
analogie, bien qu'elle en difl'ére essentiellement par son
rhizome souterrain et cespiteux. Nous proposons, d'après
cela, de la nommer R. caespititius. La plante forme de
petits gazons graminiforjnes très-denses, d'un pouce et
demi de hauteur et environ un demi-pied à un pied de
diamètre, ainsi formés par le rhizome souterrain et très-
rameux. Tiges grêles, couchées, ascendantes, de deux à
trois pouces de longueur y compris la partie souterraine
et les fleurs, très-rameuses, radicantes aux nœuds. Feuilles
graminées, linéaires ou étroitement lancéolées-linéaires,
obtuses, plus longues que l'entrenœudet parfois du double,
très-entières, glabres, à stipule membraneuse et amplexi-
caule. Fleurs terminales, solitaires, très-petites, longue-
( 407 )
ment péclonculées, souvent tétrapétalcs, autrement penta-
pétales, jaune-d or, dressées. Réceptacle conique, portant
les fruits au sommet. Nucelles terminées à l'extrémité par
un apicule très-court, recourbé et crochu. Nous avons re-
cueilli, lors de l'herborisation de la Société, cette char-
mante petite plante à Knocke, dans une mare desséchée des
dunes intérieures où elle croissait en abondance avec le
Scirpus Holoschoenus, dans Ta rêne.
Cette charmante petite plante a beaucoup de rapports
avec le R. y^eptans; ses feuilles sont identiquement les
mêmes, mais son rhizome, ses tiges et ses fruits Ten distin-
guent. Le R. rcptans que l'on a confondu à tort avec le
R. Flammula, en a été distingué par Linné dans sa Flora
Lapponica, où il en donne une bonne description et une
excellente figure, puis il a été rétabli par Koch dans sa
troisième édition de son Synopsis et dans le 81*' fascicule
de Sturm, qui en donne également une bonne figure.
C'est une petite plante à tiges allongées, rampantes sur le
sol, où elles s'enracinent à chaque nœud. Sa tige, dit
Linné, est très-simple, caidis simplicissimus, filiforme,
procombante, tandis que dans le R. caespititius les tiges
sont souterraines transformées en rhizome cespiteux, très-
rameuses hors de terre et à entrenœuds moitié plus courts
que les feuilles.
D'après Koch, les carpelles du R. reptans sont terminés
par un apicule droit, recourbé au sommet, tandis que dans
le R. caespUitius cet apicule est très-court, recourbé dès la
base et crochu. Cette espèce se rapproche donc du R. rcp-
tans par ses feuilles, du R. Flammula par ses fruits; elle
diffère de tous les deux par son rhizome souterrain et ces-
piteux, ainsi que par ses tiges très-rameUwScs. En voici la
diagnose.
( 408 )
R. cacspititius Nob., rhizomate subterraneo caespitoso, caulibus ramosi-
simis, foliis lanceolato-linearibus, carpellarum apiculo uncinato.
C'est probablement cette espèce que MM. Éloy de Vicq
et Blondin de Brutelette ont désignée sous le nom de
R. Flammula var. reptans, dans leur Catalogue raisonné
des plantes vasculaires du département de la Somme, comme
croissant dans les marais des dunes de St-Quentin-en-Tour-
mont et de Quend. M. Crépin en a parlé dans le Bulletin
de la Société royale de Botanique de Belgique, t. V, p. 580.
FimiARIA.
Depuis longtemps nous soupçonnions que, sous le nom
de Fumaria densiftora, le Manuel comprenait deux espèces
distinctes; Therborisation de cette année sur les côtes de
Flandre nous a mis à même d'établir ce fait et de résoudre
cette difïiculté. Deux espèces bien différentes habitent en
Belgique, l'une aux environs de Bruxelles, Louvain et
Mons, qui est la F. micranlha Lag., l'autre le long des
côtes et qui a paru à M. Crépin (Notes, fasc. 3, p. 15)
appartenir à la F. densiftora de De Candolle.
La F. micranlha créée par Lagasca, en 1816, dans le
Catalogue du Jardin botanique de Madrid, est parfaitement
caractérisée par lui. Folia , dit-il, pinnato-decomposita
linearia angustissima. Calyces cordato-rotundati, corollae
tubo latiores. Ces feuilles à pinnules linéaires réunies à des
sépales plus larges que le tube de la corolle ne laissent
aucun doute sur l'identité de l'espèce. C'est bien la plante
qui croît dans le Brabant et le Hainaut, et que M. Muller,
dans son Spicilége de la Flore bruxelloise, a signalée le pre-
mier en Belgique. Sa fleur et son fruit sont parfaitement
représentés, dans l'atlas de la Flore des environs de Paris,
( 409 )
par MM. Cosson et Germain, t. IIÏ, fig. 9 et 10. C'est la
F. calycina de Babington, ainsi nommée pour la grandeur
de ses sépales.
L'autre espèce indigène est exclusive au littoral. Nous
l'avions d'abord observée près d'Ostende; M. Crépin l'avait
retrouvée à Nieuport et cette année nous l'avons revue à
Knocke. Ses tiges, au lieu d'être fermes, médiocrement ra-
meuses comme dans la F. mkranthaj sont flasques, décom-
bantes et très-rameuses; sesfeuilles, au lieu d'être d'un vert-
pàle et à pinnules linéaires, sont glauques, et à pinnules
aplaties; son épi est comme caclié dans les feuilles; ses
sépales fortement dentés, au lieu d'être amples et plus larges
que le tube de la corolle, sont de grandeur moyenne et ne
dépassent pas la moitié du tube de la corolle; enfin ses
fleurs blanchâtres sont en épi serré composé d'un petit
nombre de fleurs, et non rouges en épi développé, et mul-
tiflore comme dans \QF.micrantha. La distinction des deux
espèces n'offre donc aucun doute ; leur port, leur couleur,
leurs caractères, sont difl'érents. Mais Fespèce du littoral belge
appartient-elle à la F. densiflora dcDe Candolle? D'abord,
il serait peu ordinaire de retrouver sur le littoral de la mer
du Nord une espèce méditerranéenne, et puis les descrip-
tions de cette dernière sont incomplètes et laissent du doute.
En créant, en 1813, dans le Catalogue du Jardin de Mont-
pellier, sa F. densiflora, De Candolle dit qu'elle est entière-
ment semblable à la F. spicata, quant à son port et à son
inflorescence; omnino est F. spicata quoad hahitum et
florcscentianij et qu'elle n'en difl'ère que par ses capsules
globuleuses. Dans son Systema, il ajoute : caules plurimi,
crectiusculi, vix ramosi, racemi densi ferè ut in F. spicata,
sepala F. mediae. Tout cela s'éloigne essentiellement de
notre plante qui n'a nul rapport avec la F. spicata, dont
( 410 )
les sépales ne ressemblent nullement à ceux à delà F. média.
Mais, dans le supplément de la Flore Française, De Can-
dolle ajoute à cette espèce une variété (3 albicla « qui en dif-
irère, dit-il, par ses épis composés d'un plus petit nombre de
fleurs, par ses corolles blanchâtres avec le sommet pur-
purin très-semblables à celles de la F. parviflora. » Cette
indication convient à notre plante, mais Gussone, dans
son Synopsis de la Flore de Sicile, rapporte cette variété
albida à la F. leucantha de Viviani, et dit que, dans cette
espèce, les sépales sont très-courts et le plus souvent
entiers (ca/i/c/5 foliola brevissima intégra Guss. Prodr.), les
siliques ruguleuses, les bractées un peu plus courtes que
les pédicelles, tandis que la plante du littoral belge ofFre des
sépales amples et denticulés et des siliques non rugueuses.
11 émet le soupçon que la F. leucantha de Viviani pourrait
bien être la F. parviflora de Lamarck et cette prévision est
confirmée par MM. Grenier et Godron dans la Flore de
France. La plante de notre littoral ne pouvant appartenir
à aucune de celles que nous venons de citer, constituera
une espèce nouvelle que nous nommerons F. littoralis.
En voici la diagnose avec celle de la F. micrantha.
1. F. micrantha, sepalis grandidentatis corollâ latioribiis, nucibus
subglobosis compressis apice rotundatis constrictis.
2. F. littoralis Nob., sepalis grandidentatis corollâ angustioribus, nucibus
subglobosis compressis carinatis apice rotundatis.
ASPARAGUS.
En 1827, dans notre Prodrome de la Flore belge, nous
avons créé X Asparagus prostratus pour une plante crois-
sant dans les dunes de Flandre et de Hollande. Cette espèce
présente un caractère curieux et constant, celui de ses tiges
( M\ )
nullement dressées, mais couchées à plat sur le sol. Elle a
été décrite et figurée par M. A. Thielens dans le premier
volume du Bulletin de la Société royale de Botanique de
Belgique. Cependant M. Crépin, dans ses Notes, fasc. IV,
p. 62, a contesté la légitimité de cette espèce, sans la con-
naître, et prétendu que cette forme n'était qu'accidentelle
et ne constituait pas même une variété. En traitant aujour-
d'hui des plantes du littoral, notre devoir est de défendre
notre enfant et nous devons déclarer que notre confrère
n'eut pas commis une telle erreur s'il avait connu la
plante. La prostration de la tige de 1'^. prostratus n'est
pas due, comme le pense M. Crépin, à la persistance des
vents de la côte, puisque près d'elle croît 1'^. offîcinalis à
tiges toujours dressées j cette prostration n'est nullement
accidentelle : elle est organique et constante. Plusieurs fois
nous l'avons semée et nous l'avons cultivée plus de trente
ans, car nous avions pensé pouvoir introduire un légume
nouveau, et jamais elle n'a varié; jamais elle n'a produit
par le semis ou par la culture une plante à tige dressée.
Dans nos jardins comme dans les dunes, la tige, à peine
sortie de terre, se recourbe et pousse à plat sur le sol,
sauf à arquer d'une manière ascendante ses rameaux flori-
fères. C'est là un caractère invariable et que nous suivons
depuis près de cinquante ans. Ses feuilles d'ailleurs sont
entièrement différentes, et semblables à celles de VA. cas-
pius. Elles suffiraient seules pour la caractériser; elles sont
épaisses lancéolées-linéaires et non sétacées, comme dans
l'officinale; d'ailleurs moitié plus courtes. Les fruits sont
deux fois plus gros. Si r.4. proslratus n'est pas une espèce,
il faut supprimer l'espèce du règne végétal, car nous n'en
connaissons pas, dans aucun genre de plantes, de plus
distincte et de mieux caractérisée.
( 412 )
Quant à VA. maritimiis que Kuntli, Grenier, Gpdron et
Vanden Bosch ont fort à tort rapporté à notre plante, ce
n'est, comme le dit Linné lui-même, qu une simple variété
de Vofficinalis à tige droite et à feuilles sétacées comme
l'espèce, mais plus longue et fasciculées. Cette variété, qui
n'est pas rare dans nos dunes, n'a aucun des caractères
de r.4. proslratus. Les auteurs précités ont donc fait erreur
en confondant deux plantes aussi distinctes, et dont voici
les définitions.
\. A. ollicinalis, caule herbaceo stricto tereli, foliis fasciculatis setaccis
llcxilibus.
p. maritimus, foliis loiigioribus penicillatis.
2. A. prostratus Nob., caule herbaceo basi gcniculato, arclè liuinifuso,
foliis lanccolato-liiiearibus divaricalis, rigidis, obtusis, mucronalis.
A. oiïicinalis p Sm. Brit., p. 569.
A. officiiialis 3 maritimus Van Hall. FI. Bd(j. Sept., p. 278; Gren. et
Godr. Fi. Fr., III, p. 251 {exd. syn. L.).
A. prostratus Dmrt. Prodr. FI. Belg., p. 158; Thielens in Bull. Bot.
Bel(j., I, p. 197 ic. opt.
Habit, in dunis Flandriae et Hollandiac.
Nous avons retrouvé en abondance à Knocke, lors de
l'herborisation de la Société royale de Botanique, le
Juncus fusco-ater Schreb., que nous y avions observé il
y a plus de quarante ans. Il croît dans les vallées humides
des dunes avec le Scirpus Holoschoenus, espèce méridionale
également abondante dans les mêmes lieux. Tous deux
habitent les vallées des dunes primitives et font entière-
ment défaut dans celles de formation plus moderne.
Relevons à ce sujet une erreur des botanistes modernes.
( 413 )
Koch et tous les auteurs modernes ont rapporté le /. fusco-
ater de Schreber au /. alpinus de Villars. Cette identifi-
cation est entièrement erronée, car le /. alpinus de Villars
(Flo7^e du Dttuphiné, vol. 2, p. 25o) n'est rien autre chose
que le /. lamprocarpus . C est ce que prouve sa description
portant que « les fleurs en sont luisantes et terminées par
une pointe dure lancéolée. » C'est bien là le caractère
dislinctif du /. lamprocarpus, espèce qui manque dans
Villars, et non du /. fusco-ater.
Une autre espèce de Jonc très-voisine du Jonc glauque,
mais qu'un œil exercé ne peut confondre, habite aussi
au nord de notre littoral vers Blankenbergiie, Heyst, et
Knocke, ainsi qu'à 1 ile de Cassandria. Comme le Jonc
glauque, il appartient à la section Juncotypus de notre
Prodrome qui comprend les espèces à capsule entièrement
triloculaire et dont les chaumes sont dépourvus de feuilles,
nus et à panicule latérale. Les gaines du bas des tiges
sont marron-noirâtres et aphylles ; ses tiges, finement can-
nelées et très-tenaces, sont glauques, mais ce glauque est
pâle et cendré, mais non bleuâtre comme dans le J. glau-
cus. Cette couleur glauque la distingue du /. diffusus
qui est vert foncé. Sa moelle est d'ailleurs continue et non
interrompue comme dans le Jonc glauque. Ce caractère
le rapproche du /. diffusus, mais sa coupe transversale
offre cette particularité que la moelle y est séparée du
tissu ligneux par un cercle de lacunes comme dans les
Equisetum. Cette disposition des lacunes et sa ténacité
expliquent le nom de J. cquisetosus sous lequel nous
le désignons. Panicule latérale à rameaux dressés et rap-
prochés. Sépales fauves, lancéolés, acuminés, à peine
de la longueur du fruit, les intérieurs plus courts que les
extérieurs. Capsule marron, ovale-elliptique, obtuse,
3S
( 4U )
muci'onée par la base du style. En voici la diagnose en y
joignant celles de ses affines.
1. J. glancus, aphyllus, culmo striato glauco tcnaci, medulâ lacunosâ
farcto, capsula mucronatâ.
2. J. equisetosiis Nob., aphyllus, culmo striato glaucesccnte tcnaci,
medulà continua annulo lacunarum cinctâ, capsula mucronatâ.
5. J. diffusas, aphyllus, culmo substriato viridi, medulâ continua farcto,
capsula mucronatâ.
AGROSTIiS.
Au revers des dunes, au pied des digues, vers Blankcn-
berghe et Heyst, habite une Agrostis curieuse qui n'a pas
encore été indiquée en Belgique. Elle forme de larges
touffes dont les tiges sont couchées en cercle et se redres-
sent à l'extrémité. Ces tiges sont radicantes, munies à
chaque nœud d'une branche stérile, à l'exception du der-
nier nœud qui en est dépourvu. Feuilles glaucescentes, à
ligule courte semi-circulaire. Panicule resserrée, subspici-
forme, très-rameuse, à rameaux courts, dressés et rappro-
chés de l'axe après l'an thèse. Fleurs nombreuses et denses.
Glume poilue, à paillettes égales, étalées après l'anthèse.
Cette plante diffère de 1'^. vulgaris par sa ligule non
tronquée et de 1'^. alba par sa ligule semi-circulaire et
non allongée. Est-ce 1'^. maritima de Lamarck, plante
méditerranéenne ? La description de cet auteur ne semble
pas autoriser cette identification. « Les tiges, dit-il, sont
droites, grêles, hautes de 12 à io pouces, et garnies de
feuilles menues, glabres, roulées en leurs bords, presque
cylindriques et en alêne comme celles des Joncs. » Ces
caractères ne conviennent aucunement à notre plante. Mal-
heureusement, Lamarck ne décrit pas la forme de la ligule
( 413 )
qui fournit le caractère distinctif de notre espèce. Le port
et la ligule sembleraient rapprocher celle-ci de VA. verti-
dilata, mais elle en diffère par sa panicule spiciforme et sa
glume mucronée. Nous ajouterons d'ailleurs que MM. Bo-
reau, Grenier et Godron font de VA. maritima une simple
variété de VA. alba, à ligule allongée. Dans cette situation,
nous donnerons à notre plante le nom à' A. satina.
A. sallna Nob., culmis caespitosis adscendentibus ramosis, ligulâ semi-
circulari, paniculâ spiciformi ramis serai-verticillatis, paleis mucro-
natis.
FESTUCA.
Une des plantes les plus abondantes et les plus utiles de
nos dunes est cette Fétuque à rhizome longuement ram-
pant, qui, avec VAmmophila et VElymiis, retient les sables
et les empêche d'être enlevés par les coups de vent de la
mer du Nord. Cette plante, que nous avons désignée sous
le nom de Festuca oraria, dans notre Agrostographie, est
voisine de la F. rubra. Elle s en distingue en ce qu'elle
ne gazonne jamais, que ses tiges sont solitaires, son rhi-
zome beaucoup plus long que les plus grands entrenœuds
de la tige et presque toujours que la tige elle-même, enfin,
par ses feuilles toutes enroulées, les radicales jamais fasci-
culées. Ces caractères séparent nettement la F. oraria de
la F. rubra.
Les botanistes français ont confondu cette plante mari-
time avec la F. arenaria d'Osbeck. C'est là une fausse
attribution, car, dans sa Flora Hallandica, p. 28, M. Pries
dit que la F. arenaria Osb. a la panicule réellement lanu-
gineuse, paniculâ verè lanuginosa. Dans sa Flora Scanica,
il déclare formellement que la Fétuque d'Osbeck est une
( 416 )
petite plante décombante : F. pumila Osb. pumila, decum-
bensj enfin Askelof, dans Roemer et Schultes, nous apprend
que ses chaumes n'ont qu'un demi-pied de hauteur et ne
sont munis que d'une seule feuille caulinaire : culmi semi-
pédales j folia lincaria margine convoluta, caulinimi unicum.
Tous ces caractères repoussent formellement l'attribution
proposée par les savants français et l'assimilation de la
F. arenaria Osb. à la F. oraria dont les chaumes sont
grands, à plusieurs feuilles, la panicule poilue, mais jamais
lanugineuse.
Dans sa Flore Française, De Candolle a par erreur réuni
la plante des dunes d'Ostende à la F. cinerea de Villars.
De là Kunth a conclu que la F. cinerea de De Candolle
était notre plante. C'est encore là une fausse attribution.
La réunion proposée par De Candolle était erronée puisque
son espèce, qui est celle de Villars, est rapportée, dans le
supplément de la Flore Française, p. 264, à la F. stricta
de Host, plante entièrement différente. L'attribution de la
F.juncifolia St-Amand à notre plante, proposée avec doute
par MM. Grenier et Godron, est encore erronée, comme
le prouve la description des feuilles et des ligules tracée
par St-Amand dans sa Flore Arjenaise.
Quant à la F. sabidicola de Dufour, en supposant
qu'elle soit la nôtre, elle a été publiée en 1825, c'est-à-dire
deux ans après la F. oraria, à laquelle revient le droit de
priorité, comme nous allons le montrer.
F. oraria Nob., stolonibus longissimis, foliis omnibus convolutis, radi-
calibus non fasciculatis, rachillo hinc villoso.
F. oraria Dmrt. AgrosL Belg., p. 105 (1825); F. sabulicola Dufour m
Ann. Se. Nat., sér. 1, vol. V, p. 85 (1825) ; F. arenaria Gren. et Godr.
FI. Fr., III, p. 574 non Osbcck.
( ^'17 )
RUPPI4.
Linné a créé, dans VHortus Cli/forlianusj p. 456, sa
Ruppia maritima, pour une plante découverte par lui à
Katwijck près Leyde. Cette plante avait été précédemment
trouvée en Belgique par Lobel^ qui la désignait sous le
nom de Fucus ferulaceus dans son Cruydboeck. Micheli,
Nov. gen.j p. 72, en avait fait le genre Buccafcrrca, auquel
il rapportait deux espèces d'Italie, l'une à feuilles très-
aiguës qui croit aussi en Angleterre, doù il l'avait reçue;
l'autre à feuilles obtuses croissant dans les marais salants
de Capo d'Istria ; cette dernière, représentée à la plan-
che 55 de son ouvrage, et qui, d'après cette planche, aurait
pu prendre le nom de R. obtiisifoiia. Dans son Hortiis
Cliffortianus, Linné avait considéré celle-ci comme une
variété de l'autre; mais dans ses Species plantariim et ses
ouvrages postérieurs, elle disparaît entièrement, en sorte
que le genre ne comprend plus qu'une seule espèce, la
R. maritima, sans variétés.
Le genre Ruppia en était à ce point, lorsqu'on 1825,
dans le premier volume de leur Flore d'Allemagne, Mer-
tens et Koch introduisirent une variété minor, pour une
plante que Treviranus avait recueillie à Rostock, et bientôt
après, en 1824, Koch décrivit et figura cette plante dans
l'iconographie de Reichenbach, sous le nom de R. rostel-
lata. Pour Koch, la R. maritima a les fruits dressés-obli-
ques et la R. rostellata les a transversalement obliques.
Cette distinction fut admise par tous les botanistes, excepté
Kunth qui ne voulut voir dans l'espèce nouvelle de Koch
qu'une variété de l'espèce linnéenne. A ces deux espèces,
J. Gay en ajouta une troisième, la R. bradnjpusy plante des
( 418 )
environs de Toulon à podogynes à peine de la même lon-
gueur que le fruit et qui paraît être la R. maritima de
Gussone. Celui-ci y ajoute une nouvelle espèce, la R. dre-
panensis Ten. M. Nyman mentionne encore les R. obliqua
et aragonensis. Voilà donc six espèces de Riippia d'Europe.
Cependant, en inspectant l'herbier de Linné, nous avons
acquis la preuve que la véritable R. maritima de cet illustre
auteur est la R, rostellata de Kochj l'échantillon type de
l'herbier de Linné n'offre à cet égard aucun doute. La
R. maritima de Koch s'y trouve aussi, mais sous la déno-
mination de spiralis, écrite de la main de Linné, plutôt
comme variété que comme espèce, puisqu'elle ne se trouve
dans aucun de ses ouvrages. Le nom de R. maritima est
donc amphibologique; pour Linné, c'est la R. rostellata;
pour Koch, c'est la forme spiralis de l'herbier de Linné ;
pour Gussonne, c'est la R. brachypus. D'après tout cela, s'il
fallait rétablir la vérité des faits, c'est à la R. rostellata que
le nom de maritima devrait s'appliquer; mais ce serait
augmenter la confusion. Nous pensons donc que toutes les
espèces de Rtippia étant maritimes, le mieux est de sup-
primer ce nom amphibologique, comme cela s'est fait par-
tout en de telles circonstances, que l'espèce linnéenne doit
conserver le nom de R. rostellata et que la R. maritima
de Koch doit prendre le nom de R. spiralis que nous lui
avons donné dans notre Prodrome.
M. Grenier rapporte, dans la Flore de France, une opi-
nion de Gay que nous ne pouvons admettre. « J'ai trouvé,
dit celui-ci, dans le fruit tous les passages qui conduisent
de la forme ovoïde et régulière, à la forme longuement
rostrée et très-oblique, qu'on a cru jusqu'ici caractéristique
de la R. rostellata. » Cette opinion de Gay nous paraît
superficielle et nous sommes convaincu qu'il existe dans
( 419 )
les Riippla (les espèces aussi distinctes que dans les Zan-
nichellia et les Potamorjeton à feuilles graminées. La forme
du fruit y est un élément séparatif, mais il n'y est pas seul
et à côté de lui viennent d'autres caractères tirés des feuil-
les, des podocarpes et surtout de la forme du stigmate sur
la plante vivante, car cet organe se défigure entièrement
par la dessiccation.
L'herborisation de la Société royale de Botanique de
Belgique sur notre littoral, en août dernier, nous en a
fourni la preuve. Nous avons observé quatre stations de
Riippia, au Zoete-lez-Knocke par M. Bommer, à Retran-
chement dans l'Ile de Cassandria par M. Crépin, par nous
dans un poldre au Hazegras vers l'embouchure du Zwyn et
dans les fossés de Nieuport, où nous l'avions recueillie il
y a de plus de quarante ansj de son côté, M. Gilbert en a
retrouvé une station entre Anvers et Lillo : les vastes
stations des fortifications d'Anvers étant disparues avec la
démolition de ces fortifications. Des cinq stations que
nous venons d'indiquer, trois appartiennent à la R. ma-
ritima de Linné, c'est-à-dire à la R. rostellata des auteurs,
celles du Zoete, de Cassandria et du Bas-Escaut j quant
aux deux autres stations, c'est autre chose.
La plante du Hazegras et celle de Nieuport ont toutes
deux le pédoncule fructifère en spirale, ce qui les rap-
proche de la R, maritima de Koch et Reichenbach, mais
toutes deux ont le fruit dépourvu du rostre qui distingue
cette dernière. Celle du Hazegras a les fruits légèrement
obliques à la base, mais entièrement dépourvus du rostre
qui caractérise la R, maritima de Koch, d'ailleurs ovales,
mutiques et obtus au sommet qui est mamelonné. Celle
Nieuport a les fruits obliquement dressés , entièrement
dépourvus de rostre, ovales et terminés par un stigmate
( 420 )
allongé et en languette. Toutes deux ont le pédoncule en
spirale après Tanthèse. Nous désignerons la première de
ces formes sous le nom de R. spiralis déjà donné dans
notre Prodrome et la seconde sous celui de R, ligulata.
Nous reconnaissons au surplus qu'elles ont besoin d'un
nouvel examen comparatif sur le frais, car la forme du
stigmate se modifie par la dessiccation en s'enroulanl, et
nous n'avons observé le stigmate de la plante du Hazcgras
qu'après sa dessiccation.
EQVI§ETIJ!1I.
En 1825, dans notre voyage de botanique à travers la
Hollande, en allant d'Harlem au Texcl, nous trouvâmes
en abondance, le long des chemins au bord des petits
bois que la route traverse à la hauteur de Beverwijck, un
Eqiiisetum qui nous parût étrange et que nous commîmes
la faute de ne pas décrire. Depuis, cette plante a été
désignée par M. Al. Braun, dans le Rotanical Zeitimrj de
1859, page 505, sous le nom cVE. trachyodon. Elle n'est
pas rare dans le pays de Baden et la vallée du Rhin jus-
qu'à Spire et Manheim, mais comme elle n'a pas encore
été indiquée dans nos contrées, nous croyons utile de la
signaler, afin qu'elle soit recherchée par les botanistes hol-
landais qui la trouveront à l'endroit que nous venons de
mentionner. Les botanistes belges feront bien de la cher-
cher aussi dans les lieux sablonneux au revers des dunes,
où probablement elle habite également. H est curieux de
rencontrer aux bords de l'Océan, une plante aussi remar-
quable du Haut-Rhin.
OPUSCULES
DE
BOTANIQUE ET D'HISTOIRE NATURELLE;
PAR
B. DU MORTIER,
Président de la Société royale de Botanique.
FASCICULE XII.
Examen critique des élatinées.
AVRIL 1875.
Extrait du Bulletin de la Société royale de Botanique de Belgique.
(Séance du !<' décembre 1872, t. X!, p. 254-274.)
EXAMEN CRITIQUE
É MATINÉES
L
Qu'il nous soit d'abord permis de revendiquer nos
droits de priorité.
Dans tous les ouvrages de botanique, on attribue la
création de la famille des Élalinées à Cambessèdes ; c'est
là une erreur que nous devons d'abord rectifier. Nous
avons, le premier, séparé les genres Elatine et Bergia des
Caryopbyllées, pour en créer une famille distincte sous le
nom (ÏElatineae. Cette création remonte à 1827 ; elle a eu
lieu dans notre Prodrome de la Flore Belge, p. iH.
Non-seulement nous y avons le premier créé la famille
des Élalinées, mais, le premier, nous avons divisé le genre
en sous-genres, et, le premier, nous avons employé les
caractères tirés des graines pour en définir les espèces, et
distingué deux espèces nouvelles, jusqu'alors confondues.
Ce n'est que deux ans plus lard, en 1829, que Cambes-
sèdes, dans le XYIII" volume des Mémoires du Muséum
de Paris, p. 225, érigea, à son tour, les Élalinées en
( 424 )
famille distincte, en adoptant le nom que nous lui avions
imposé deux ans auparavant. C'est donc bien à tort qu'on
attribue à Cambessèdes la création de la famille des
Élatinées, puisque nous l'avions établie deux ans avant lui.
En 1829, dans notre Analyse des familles des plantes,
p. 49, nous avons modifié cette désinense et indiqué la
nouvelle famille sous le nom d'Elatinideae, pour ne pas
confondre le genre avec la famille par une trop grande
analogie de nom. La désignation primitive que nous
avions donnée à celle-ci, dans notre Prodrome, ayant
prévalu, nous croyons bien faire de la maintenir. Mais la
question de priorité de la création de la famille des
Élatinées ne fait pas de doute ; elle appartient à notre
Prodrome, comme on peut s'en assurer par le rapproche-
ment des dates.
II.
Les Élatinées sont restées inconnues aux anciens ; ni
Fuchs, ni Dodoens, ni Clusius, ni Lobel, ni Dalechamps,
ni même les Bauhin, n'en font aucune mention. Le genre
qui nous occupe a été créé parTournefort, dans ses Institu-
tiones rei herbariae, p. 244, sous le nom à'Alsinaslrum,
Tournefort ne lui rapporte que deux formes : VAlsinastrum
gratiolaefolio et VAlsinastrum galiifolio, qui sont l'E. Alsi-
nastrum de Linné. Ce genre fut adopté par Vaillant, qui,
dans son Botanicon Parisiense, y ajouta deux espèces,
les Alsinastrum serpitlifolium flore tetrapetalo et tripetalo.
Bientôt après Buxbaum, dans sa deuxième centurie des
plantes d'Orient, publiée en 1729, décrivit, p. 36, et
figura, t. 37, f. 3, sous le nom à'Hydropiper, un Élatiné
létramère à fleurs sessiles trouvé par lui près d'Astrakan.
Cette plante, dit-il, est la même que Ray, dans sa méthode,
a nommée Graminifolia palustris vasculis granum Piperis
( 425 )
aemulantibiiSf figurée dans Plukenet, et comme Ray
compare ses fruits à des grains de poivre, Buxbaum lui
donne le nom d'Hydropiper, Nous verrons tout à l'heure
quelle incroyable balourdise a donné naissance à ce nom.
Les choses en étaient là, lorsque Linné entreprit la
réforme de la botanique. A cette époque, qui est celle de
la formation des genres, les botanistes, pour trouver des
noms génériques, avaient pris Thabitude de les former
d'un nom de plante analogue en lui donnant une désinense
en oides, en astrtim, en ella, etc. On comptait alors
103 genres de plantes terminés en oides, 21 en aslriim, 17
en e//a, ce qui rendait la nomenclature de la botanique
réellement ridicule. J'ai souvent, dit Linné, dans sa Criiica
botanica, p. 54, entendu des philosophes et des médecins,
en ouvrant un ouvrage de botanique, nous objecter ces
oides, en disant que nous n'étions plus des botanistes,
mais des botanicoïdes. C'est ce que le grand réformateur
entreprit de corriger, en supprimant tous les noms géné-
riques terminés en oides, en astrum, en ella, etc., pour
les remplacer par des noms pris dans les anciens auteurs,
ou trouvés dans les ouvrages des naturalistes grecs et
romains. C'est ainsi qu'il changea le nom d'Alsinastriim
en celui d'Elatine, puisé dans Dioscoride, et qui était
sans emploi. Linné explique cette désignation dans sa
Flora Lapponica, p. 118, en ces termes : Ht/dropiper,
Buxb. et Potamopilhys, Buxb., ejusdem generis sunty
nomen utriimque dimitto (Fiind. Bot., n° 225) et vacuum
ELATINES vocabnlum recipio. Mais il faut reconnaître
que le choix de ce nom, soit qu'il dérive d'e)v«T>j, sapin en
grec, soit qu'il provienne du radical e^àuvw, pousser avec
mouvement, ne s'applique en rien aux plantes auxquelles
Linné le rapporte.
( 426 )
in.
Linné n'a décrit que deux espèces d'Elatinés, YE, Alsi-
nastrum et VE. Hydropiper. La première, avec ses feuil-
les verticillées, est parfaitement connue, mais qu'est-ce
que son E. Hydropiper ? La solution de cette question est
difficile, parce que Linné n'a donné, à cette espèce, pour
toute diagnose, que ces deux mots seulement : foliis
oppositis, sans aucune autre indication ; aussi le nom
à' Hydropiper a-t-il été appliqué à presque toules les
espèces modernes à feuilles opposées, ce qui établit une
étrange confusion, VHydropiper de l'un n'étant pas celui
des autres. La première mention faite par Linné de cette
espèce, est dans sa Flora Lapponicaj publiée en 1737. On
y lit à la page i 18 ce qui suit :
156. Elatine foliis oppositis.
Hydropiper, Buxb., cent. 3, p. 35, t. 37, f. 3.
Alsinastrum serpillifolitim, flore albo tetrapetalo, Vaill.
Bot. Paris, o, t. 2, f. 2.
Ad margines fluvii vastissimi Lulensis non raro sese
obtulit.
Et voilà tout. — La première édition de la Flora Sue-
cica de Linné offre le même texte, sans changer un seul
mot, et sans en dire davantage, seulement elle fait con-
naître que la plante n'est pas rare en Suède.
Remarquons que dans cette première indication de son
E. Hydropiper, Linné confond déjà deux espèces entière-
ment distinctes, celle de Buxbaum, qui a les fleurs sessiles
et celle de Vaillant, qui les a pédonculées. On ne peut donc
tirer aucune conséquence spécifique ni de h Flora Lappo-
nica, ni de la Flora Suecica, puisqu'elles confondent deux
( 427 )
espèces distinctes. Les considérations présentées par
M. Fries pour déterminer Tespèce archétype de Linné,
sont donc de nulle valeur, en présence de ce texte répété,
qui constate la confusion des espèces. Peu importe quelle
est celle la plus répandue en Suède, lorsque Linné lui-
même, dans ses propres écrits, établit la confusion des
espèces.
C'est en 1733, dans la première édition de ses Species
Planlarum, que Linné, en créant ses noms spécifiques,
donne à sa plante celui à'E. Hydropiper, nom évidemment
emprunté à Buxbaum. Il y ajoute, comme variété P, VAlsi-
nastriim serpillifoimm flore roseo tripetalo de Vaillant, qui
est VE. hexandra, mais sans aucun autre éclaircissement.
La seconde édition des Species et tous les ouvrages posté-
rieurs dé Linné gardent le même silence. Il suit de là, que
tout cequ'on sait relativement à VE. Hydropiper de Linné,
c'est qu'il appartient à l'octandrie tétragynie, que ses fleurs
sont tétramères et ses feuilles opposées, mais que sous
ce nom Linné a confondu deux espèces distinctes et
même trois espèces avec sa variété (3; que, par conséquent,
l'espèce linnéenne désignée sous ce nom est collective, et
que, dans son propre texte, elle comprend trois espèces
distinctes. Au delà, on ne sait rien, en sorte qu'il est
impossible de rapporter ce nom spécifique à aucune des
espèces modernes.
Il reste à examiner si le nom de l'espèce ne peut sub-
venir au défaut des caractères, pour déterminer la plante de
Linné. Hydropiper signifie Poivre d'eau; il semble donc
que ce nom spécifique doive indiquer une saveur pipéracée,
comme dans le Polygomim Hydropiper, dont la saveur
est acre et brûlante. Le même nom spécifique semblerait
indiquer les mêmes qualités; or, il n'en est rien, car dans
( 430 )
la suite des Fougères. L'Klaliné devenu un crypto-
game! comment Buxbaum a-t-il pu faire une telle bévue?
Remarquons d'ailleurs que la plante de Ray a les feuilles
capillaires {folia capîUacea), ce qui Téloigne enlièiement
des Élatinés. Plukenet, de son côté, dans son Almagestum
Botankum, p. !246, place le GyamlnifoUa de Ray parmi
les mousses, sous le nom de Miiscus aureus capillaris
paluslris inter folia folUciiUs rotundis (ex scntcntia
D. Doody) quadripartilis, et il en donne le dessin plan-
che 48 fig. 1. Tout cela n'a rien do commun avec la plante
phanérogamique décrite et figurée par Buxbaum. fi
fallait donc rechercher ce que c'est que Gramini folia
vasailis granorum Piperis aemuUs de Ray? Vous allez
rire de la balourdise de Buxba um, c'est tout bonnement la
Pilulaire, Piliilaria globulifera, qui a réellement les fruits
semblables à des grains de poivre. Ouvrez les Species Plan-
tarum de Linné, p. 1563, et VEnglish Flora de Smith,
IV, p. 342, vous en aurez la preuve. Ainsi Buxbaum a
commis l'étrange bévue de donner la Pilulaire comme
synonyme à son Elatiné, et puis il a commis cette seconde
bévue de donner à un Elatiné un nom emprunté à la Pilu-
laire. Prendre la Pilulaire pour un Elatiné et donner à
cet Elatiné le nom de la Pilulaire, c'est par' trop fort.
Riez-en tant que vous voudrez, mais c'est ainsi. Et voilà
pourtant comment le nom d'Hydropiper est devenu
spécifique chez les Élatinés. C'est incroyable, mais tenez
pour certain que la grosse balourdise de Buxbaum occu-
pera un rang distingué dans le grand bêtisier scientifique.
De tout ce qui précède, nous concluons : 1" Que l'^.
Hydropiper de Linné est une espèce collective, compre-
nant toutes celles à feuilles opposées, et sans caractères
applicables à aucunes d'elles en particulier. 2** Que les
(431 )
considéra lions données par M. Fries, dans sa Summa,
p. 16i, pour délerminer l'espèce archétype de Linné,
considérations tirées de la plus ou moins grande abon-
dance de telle ou telle forme en Suède et en Lapponie,
ne sont d'aucune valeur, en présence du texte formel de la
Flora Lapponica, de la Flora Suecica et des Species Plan-
tarum, où Linné réunit l'espèce à Heurs sessiles à celle à
fleurs pédonculées et même celle à fleurs trimères, ce qui
constitue, au plus haut degré, une espèce collective. S^'Que
le nom d' H y dropiperesl le fait d'une incroyable balourdise
de Buxbaum, confondant l'Ëlatiné avec la Pilulaire et
donnant au premier le nom caractéristique du second, en
sorte que VElaline Hydropiper doit son nom à la Pilularia
globulifera. 4° Que ce nom, ne s'appliquant à aucune
espèce en particulier, a été attribué à toutes les espèces
tétramères nouvelles, et a jeté ainsi la confusion parmi ces
espèces. En sorie que, dans cette situation, ce nom col-
lectif, qui ne s'applique à aucune espèce en particulier,
doit être rejeté comme nom spécifique, ainsi qu'on l'a fait
pour le Valeriana Locusla, le Mcdkago polymorpha,
VOphrys insectiferu, etc., sauf à le réserver pour indiquer
la série entière des espèces à feuilles opposées.
V.
Nous avons dit que VE. Hydropiper de Linné est une
espèce collective et comprenant un grand nombre d'es-
pèces distinctes parfaitement caractérisées. M. Hardy,
dans sa Monographie des Elatlne de ta flore Belge, en a
donné l'historique et nous ne pouvons qu'y renvoyer, en
nous bornant à donner le tableau chronologique des
espèces formées aux dépens de l'^". Hydropiper de Linné.
Ce tableau prouvera que cette espèce est collective.
( 432 )
1791. Elatine Iriandra Schk. ILmdb., \, p. 3^S, t. 109b.
1808. Elatine hexandra DC./c. rar., p. U, t. 43, f. 1.
18. . . Elatine major AI. Braun in Syll. pi. nov., I, p. 83.
1824. Elatine tripetala Sm. EngL FI., II, p. 245,
1827. Elatine siphosperma Dmrt. ProaV. FI. Belg.,p. Ml.
1827. Elatine majuscula Dmrt. Prodr. FI. Belg., p, 111.
1827. Elatine macropoda Guss. Prodr. SicuL, p. 475,
1832. Elatine Schkuhriana Hayne in Rchb. FI. exe, p. C39.
1837. Elatine Hydropiper-pedunculala Moris FI. Surd., 1, p. 287,
t. 20, f. 2.
1839. Elatine orthosperma Diiben ex Pries Swmm., p. 161.
1839. Elatine Fabri Grenier Mém. Soc. se. Besanç., 1859.
18. .. Elatine nodosa W. Arnott. in Edimb. Journ. nat. se, I, p. 431.
18... Elatine spathulata Gorski in Eichwald Naturhist. Skizze t;.
Lithauen.
1842. Elatine paludosa Seub. Elatinarum Monographia, p. S2.
1842. Elatine eampylosperma Seub. ibid., p. 49.
Voilà donc quinze espèces d'Europe créées aux dépens
de VE. Hydropiper de Linné. 11 faut y ajouter trois
espèces étrangères à l'Europe, les E. minima, ambigua et
gratioloides. Sans doute parmi ces espèces il y a des dou-
bles emplois, comme c'est toujours en pareil cas, avant
qu'elles soient bien définies, mais parmi elles il s'en
trouve beaucoup qui sont parfaitement caractérisées.
Examinons donc les caractères qui les distinguent entre
elles et débrouillons ces quinze espèces.
VI.
Les Élatinés à feuilles opposées ont tous un port sem-
blable; ce sont de très-petites plantes rampantes sur le
limon, qu'un œil inaltentif confondrait entre elles. Mais en
examinant leurs caractères et en les étudiant de près^ on
( 455 )
y voit des différences considérables. La plupart ont la fleur
à quatre divisions, d'autres à trois divisions; les unes ont
huit étamines, d'aulres six, d'autres seulement trois ; le
calice, ordinairement à quatre divisions, en présente trois
dans d'autres, quelquefois deux seulement; les fleurs ordi-
nairement sessiles, sont parfois longuement pédonculées.
Tout cela offre des caractères entièrement différents,
mais les graines présentent des dissimilitudes non moins
grandes. Parfois elles sont à peu près droites, souvent on
les trouve légèrement arquées, d'autres fois elles pré-
sentent la forme d'un hameçon, enfin on trouve d'autres
espèces oij elles sont recoquillées sur elles-mêmes en une
spire unique. Ces caractères des graines sont de la plus
haute importance pour la distinction des espèces.
La première espèce qui ait été détachée de 1'^. Hydro-
piper de Linné, est VE. triandra de Schkuhr, si bien
caractérisée par ses trois étamines, mais surtout par son
calice à deux sépales, qui ne se retrouve que dans cette
seule forme. Srhkuhr et après lui Drèves et Hayne con-
servent le nom d'^. Hydropiper pour l'espèce tétramère
à graines recourbées en siphon, qui est notre E. siphos-
perma.
Peu après, De Candolle dans ses Icônes plantarum
rariorum Galliae, p. 14, fait, à son tour, de la variété
(3 des Species de Linné, son E. hexandra, conservant le
nom spécifique (ÏHijdropiper pour l'espèce tétramère à
graines droites, qui est celle de Vaillant, citée par Linné.
L'^. hexandra a été désignée plus tard par Sir James
Smith, dans son English Flora, sous le nom d'jE". tripetala
qui en est synonyme. En créant son E. hexandra, De
Candolle déclare que jamais il ne se transforme dans
l'autre. J'ai vu, dit-il, plus de six cent plantes de cette
( 434 )
espèce dans les environs de iVanles, sans jamais y avoir
observé la nrioindre modification : Sexcenta speclmina vidi
circa Nannetea et nullam aherrationem dlscernere potui.
Il ajoute que Vaillant et Desportes ont constaté la même
constance spécifique. Cela n'a pas empêché M. Seubert
de réunir plus tard ces deux espèces sous le nom d'jE". pa-
liidosa, en quoi il a été suivi par MM. Grenier et Godron,
dans leur Flore de France. Cette réunion n'est nullement
fondée, et les deux espèces de De C^ndolle sont parfaite-
ment distinctes. En voici la preuve. VF. hexnndra est
très-répandue en Belgique, dans le pays de Beaumont et
de Chimay, dans la Campine et en Flandre, or jamais on
n'y a rencontré un seul pied de l'^". Hydropiper de
De Candolle, qui est notre E. majuscula. Voilà bien la
preuve que ces deux plantes ne sont pas des variétés,
mais des espèces bien distinctes.
En 1827, reconnaissant que, sous le nom d'E. Hydro-
piper, on confondait des espèces essentiellement différentes,
et ayant observé que leurs graines, entièrement dissem-
blables, caractérisaient ces espèces en les distinguant
facilement l'une de l'autre, nous avons créé, dans notre
Prodrome de la Flore Belge, p. 111, \esE.siphospermaei
majuscula. La première, remarquable par ses graines
courbées en siphon, représente l'espèce d'Allemagne
figurée par Schkuhr; la seconde, dont les graines sont à
peine courbées et presque droites, est l'espèce française
décrite et figurée par De Candolle. VE. sip/iosperma a
été plus lard, en 1855, désignée par ilayne, dans la
Flora excursoria de M. Reichenbach, sous le nom d'E.
Schkvhriana , qui en est synonyme. Quant à notre
E. majyscula, plusieurs lui donnent pour synonyme
VF. major de M. Alex. Braun, mais toutes nos recherches
( 435 ) ■
ne nous ont pas fail découvrir l'ouvrage où il Ta décrite,
qui n'est pas même cité par M. Pritzel. Tout ce que nous
en savons est par le Compendium de Bluff et Fingerliutt,
vol. 1, p. 014-, où se trouve rapportée la phrase spécifique
de M. Alex. Braun, ainsi conçue : E. major, foins oppo-
sitis, floribus alternis pedunculatis, ^-petalis, S-andriSj
4 gyins, calyce letraphyllo. Cette diagnose, ne donnant pas
la forme des graines, peut s'appliquer à la plupart
des espèces tétrannères, en sorte qu'on ne peut rien pré-
ciser à son égard.
La même année 1827, Gussone, dans son Prodromus
Florae Skulne, p. 475, décrivait son E. macropoda. Une
forme de cette espèce a été publiée en 1859 par M. Grenier
sous le nom dT. Fabri, dans les Mémoires de la Société
des Sciences de Besançon. En \ 839, Dùben dans le Botaniska
Notiser de Lindblom, publia son E. ort/iosperma, très-
voisin de VE. siphosperma, dont il ne diffère que par ses
graines droites et que M. Pries, dans sa Summa, pp. 39 et
161, regarde comme en étant une variété. VE. spathiilala
de Gorski parait lui appartenir, comme YE. nodosa de
W. Arnott appartient à VE. siphosperma. Enfin, en Î837,
Moris, dans sa Flora Sardoa, publia une plante voisine de
VF. macropoda de Gussone, sous le nom d'£'. Hydropiper-
pedunculata, phnie dont M. Seubert a fait son E.cam-
pylosperma. C'est peut-être la plante de M. Alex. Braun.
Après toutes ces découvertes, il manquait une mono-
graphie des Élalinées; c'est ce qu'entreprirent M. Seubert
et M. Hardy. VElatinarnm Monographia de M. Seubert,
publiée dans les mémoires de l'Académie des curieux de la
nature, et dontWalpers a reproduit les diagnoses dans son
Repertorium, t. ï, p. 283, contient dix espèces d'Élatinés,
dont trois sont exotiques, les E. minirna, ambigua et
( 436 )
gratioloides. PariTii les sept espèces d'Europe, deux lui
sont propres : les E. cumpylospermaf dont nous venons de
parler, cl paludosa. Nous avons dit que cette dernière est
mal établie et réunit deux espèces distinctes qui ne se con-
fondent jamais, les £. majusculael hexandra. La monogra-
phie des Elatinés de M. A. Hardy, publiée dans le
Bulletin de la Société royale de Botanique de Belgique ,
séance de décembre 1871, est très-intéressante, parles
soins qu'il a misa recueillir tout ce qui concerne Tliistori-
que de ces petites plantes. Il en décrit huit espèces, toutes
propres à l'Europe; aucune d'elles n'est nouvelle. Les
localités y sont indiquées avec le plus grand soin.
VIL
Après avoir fait Texamen critique des espèces d'Elatinés
publiées jusqu'à ce jour, il nous reste à parler d'une
espèce nouvelle qui fait l'objet essentiel de cette notice.
Notre jeune confrère M. Hardy est doué d'une incroyable
puissance attractive pour les Elatinés; partout où il va, il
en trouve ; ces rares petites plantes semblent naître sous
ses pas. A l'automne dernier, en visitant les étangs situés
à Sautin entre Sivry, Rance et Montbliart, dans le pays de
Chimay, il mit la main sur un petit Élatiné tétramère
qui y croît en abondance sur la vase des schistes. M. Hardy
voulut la soumettre à notre examen, et nous y reconnûmes
une espèce inédite, bien caractérisée, que nous crûmes
devoir dédier à l'auteur de cette découverte et de la mono-
graphie des Elatinés, en la nommant Elatine Hardyana.
VE.Hardyana est une petite espèce rampante, croissant
en abondance sur le limon asséché des étangs en
Hainaut, à Sivry, Rance et Montbliart. Ses tiges, qui n'ont
que quelques pouces de longueur, sont nombreuses, très-
( 4-57 )
rameuses, couclicos, radicantes, et munies de feuilles
opposées. Feuilles lancéolées, obtuses, atténuées en pétiole
plus court que le limbe. Fleurs axillaires, sessiles, tétra-
mères, alternes, calice à quatre divisions; quatre pétales,
huit étamines et quatre styles. Capsule déprimée, s'ou-
vrant en trois valves. Graines recourbées sur elles-mêmes,
involutes et comme coquillées, celles du bas recourbées
en siphon.
Cette espèce, qui se distingue au premier coup d'œil,
diffère de toutes les autres par la forme de ses graines.
Ses rapports sont avec VE. siphosperma et surtout avec la
forma terrestris de Seubert, mais jamais nous n'avons
observé, dans cette plante, la disposition des graines que
nous trouvons ici. VE. siphosperma a les graines en
fer à cheval ou en forme d'un hameçon, avec une de ses
extrémités plus longue que l'autre. C'est ainsi qu'elles ont
été figurées par Schkuhr, par Brèves et Hayne, par Seu-
bert et que nous même les avons toujours observées.
VE. Hardyana, au contraire, a les graines enroulées, ce
qui est tout différent. Il nous paraît impossible de réduire
à une seule espèce des plantes douées de graines si dis-
semblables.
M. Hardy nous annonce encore qu'il a observé en Hai-
naut une espèce d'EIatiné triandre à calice composé de trois
sépales. A cette forme, appartient, sans aucun doute,
VE. triandra de M. Grenier (Flore de la chaîne Jurassique,
p. 1^9), qui reproduit ces caractères et surtout celui du
calice à trois sépales sous une fleur triandre. Elle est
répandue dans la Bresse parmi tous les étangs du canton
de Chaussin , où elle paraît avoir été découverte par
Michalel. Mais M. Grenier fait erreur en disant qu'il a pu
constater avec Michalet, et sans contestation possible, que
( 438 )
VE. triandra a toujours le calice à irois sépales el « que
le calice diphylle, indiqué pour celle espèce par Schkuhr,
Koch, Drèves et Hayne, etc., est une anomalie, un état
exceptionnel, si ce n'est point une erreur. » Il est évident
que M. Grenier n'a jamais observé le véritable E. triandra^
dont le calice est toujours à deux sépales. S'il l'avait étudié,
il aurait vu que cette prétendue anomalie y offre un carac-
tère constant et spécifique, invariable dans tous les exem-
plaires de l'espèce. M. Hardy a déjà critiqué avec raison
cette opinion de M. Grenier, dans sa monographie des
Elatinés, p. 16, en faisant remarquer que le calice à deux
sépales est l'élat normal de l'E. triandra, comme le disent
tous les auteurs. 11 y a donc ici très-probablement une
espèce confondue, que nous nommerions volontiers E. ter-
natUy mais nous attendrons de l'avoir étudiée vivante pour
nous prononcer définitivement à son égard.
VIII.
Il suffît d'avoir étudié ces petites plantes, pour voir
qu'à travers une similitude apparente, elles offrent des
caractères distinctifs de premier ordre. Si on les range
suivant le nombre des étamines, on aura les divisions sui-
vantes :
'^Huit étamines.
i. Elatine Alsinastrum L.
2. — siphosperma Dmit.
3. — campylosperma Seub.
4f. — majuscula Dmrt.
3. — macropoda Guss.
6. — orthosperma Dûben.
7. — Hardyana Dmrt.
**mi\ étamlne».
8. Elatine hexandra DC.
( 439 )
***Ti'olai étamlnea.
9. Elatine triandra Schk.
10. — rainima Fischer et Meycr.
11. — ambigua Wight.
12. — gratioloidcs Cunningham.
Si, au contraire, on les range d'après la forme des grai-
nes, on aura les divisions suivantes :
•GRAINES PRESQUE DROITES, LEGEREMENT COURBÉES.
a) Espèces tétramères.
1. Elaline Alsinastriim L.
2, — majuscula Dmrt.
5. — orthosperma Diiben.
i. — macropoda Guss.
b) Espèces trimères.
5. Elatine hexandra DC.
6. — triandra Schk.
7. — ambigua Wight.
8. — minima Fischer et Meyer.
9. — gratioloides Cunningham.
••GRAINES RECOURBÉES SUR ELLES-MÊMES.
o) Espèces tétranières.
10. Elatine siphosperma Dmrt.
11. — campylosperma Seub.
12. — Hardvana Dmrt.
( 440 )
On voit parla les différences sensibles que présentent
les diverses espèces d'Elalinés à feuilles opposées, car
pour ce qui est de VE. Atsinastrum, son port et ses
feuilles verlicillées en font un être à part. Toutes les
espèces ont d'ailleurs les feuilles stipulées, que leurs
feuilles soient opposties ou qualernées. Mais rjE". Àlsinas-
trum diffère des autres par un caractère particulier : son
placentaire est globuleux, tandis qu'il est étroit et lan-
céolé dans les espèces à feuilles opposées. Ce caractère
déterminera la section des espèces à feuilles verticillées.
IX.
Parmi les espèces d'Élatinés que nous venons d'énu-
mérer, il s'en trouve trois étrangères à l'Europe, les
E. minima, ambigua et gratioloides. L'E. minima de
Fischer et Meyer, qui est le Crypta minima de Nuttall, est
une plante de l'Amérique septentrionale, habitant depuis
New-York jusqu'au Missouri ; VE. ambigua de R. Wight
est une plante des Indes orientales croissant près de Tan-
jore; enfin VE. gratioloides de Cunningham appartient à
la Nouvelle-Zélande; toutes celles-ci ont le calice trifide
et sont à trois étamines. Pour ce qui est des neuf autres
espèces, elles appartiennent à l'Europe. Parmi elles, il
s'en trouve deux caractérisées par leurs pédoncules plus
longs que les feuilles, les E. macropoda et campylosperma,
qui habitent les régions méridionales de l'Europe. Ces
espèces à longs pédoncules se trouvent depuis la Sicile
jusqu'à la Loire, et n'ont pas encore élé observées au nord
de cette ligne, qui semble être l'extrémité septentrionale
de leur aire de dispersion, et où M. Lloyd les a recueillies
(FI. de l'Ouest, éd. 2, pp. 98 et 99). LE. campylosperma.
( 441 )
qui est VE. Hydropiper de Perneau et VE. Hydropiper-
pedunculata de Moris, y est abondante et s'avance jusque
dans le Morbihan, ce qui fait croire qu'on pourra peut
être la trouver un jour en Belgique.
Nous ne donnerons pas ici la description des diverses
espèces d'Elatinés; on les trouve, tant dans la monographie
de M.Seubert,que dans celle de M. Hardy, ainsi que dans
le Repcrtorium botanices systematicae de Walpers. Nous
renvoyons à ces ouvrages. Mais nous ne pouvons nous
empêcher de parler des espèces de notre flore ; ce sera
une occassion de montrer combien celle-ci a été appauvrie
dans ces derniers temps. Dans notre Prodrome, publié
en 1827, c'est-à-dire, il y a 46 ans, nous avions déjà indi-
quée cinq espèces belges d'Elatinés : les E. triandra,
hexandra, sipliosperma, mnjuscula et Alsinaslrum. Le-
jeune et Courtois, dans leur Compendium^ avaient repro-
duit ces cinq espèces : Hannon, dans sa Flore Belge, en
énumère quatre espèces : les E. hexandra, sipliosperina,
majuscida et Alsinaslrum. L'auteur du Manuel de la Flore
de Belgique j au contraire, qui a adopté pour système
d'eff'acer tous les travaux de ses devanciers, en est arrivé
à réduire, dans son ouvrage, le nombre des Elatinés indi-
gènes à une seule espèce, l'^". hexandra. Afin de montrer
combien ce système, tout personnel, est préjudiciable à
l'étude des plantes indigènes, nous allons donner l'indica-
tion, les caractères, et les localités de nos espèces indigènes,
que nous extrayons de notre Flore Belge, jusqu'ici inédite.
Cette comparaison pourra être utile pour montrer la
richesse réelle de notre flore, si malheureusement appau-
vrie par la prétention d'effacer les travaux des anciens.
( kk^ )
ÉL4ïli\ÉS DE LA FLOUE BELGE.
ELATl.\EâE Dmrl. (1827); Camb. (1829).
Elalineae Dnirt. Proàr. Fi. BHg., p. 111, (1827); Cambessè-
des in Mém. Mus., XVII, p. 223 (1829).
ELATINE L.
g 1. Potamopitys Dmpt.,L c. (1827); Seub. Elalin. Monogr.,
p. 56 (1842).
Placeiilarium globiilare. Folia ycrlicillata.
1. E. Atsinasfriim L. foliis floribusquc verticillatis.
Alsinastrum galiifolio Vaill. Bot. Paris. ^ p. 6, t. I, fig. 6.
E. Alsinastrum L. Sp. PL, 527 ; Seiib. Elalin. Monogr., p. QQ, l. V ;
Dmrt. Prodr., p. 1 1 1 ; Hardy Monogr., p. 19.
Habite aux bords des étangs et des fossés dans le Luxembourg (Tinant!
Linden!), dans le Limbourgaux lieux marécageux du Ravcibosch (Nyst!),
en Flandre près de Gand (Desmazières! Hocquart), de Condé {[lécart),
dans la vallée de la Moselle près de Trêves (Schâfer, Wirtgen), près de
Cologne (Sehimeyer !).
§ 2. Elatinotypus Dmrt. 1. c. (1827); Elatinella Seub. 1. c,
p. 46 (1842).
Placenlarium lanceolatum. Flores tetrameri, octandri. Folia opposita.
2. E. siphosperma Dmrt. floribus subsessilibus tetrameris octandris,
seminibus hamato-recurvatis.
E. Hydropiper L. pro parte; Schkuhr Handb., I, p. 345, t. 106 f. 1 ;
Drèves etHayneP/. d'^wr,^ III, p. oi, l. 71, fig. A; Seub. Elatin. Monogr.,
p. 46, t. 3, f. 1-8.
E. siphosperma Dmrt. Prodr., p. H I (1827); Hann. Fl. Belg., I, p. 80;
Hardy Monogr., p. 23.
E. Schkuhriana Hayne in Rchb. Fl. excurs., p. 639 (1852).
Habite les fossés sablonneux près d'Utrecht au Bildt ! près DortrechI,
Papendrecht, Sliedrecht, Krimpen, etc. (van der Sande Lacoste), dans la
campine hollandaise vers Bois le Duc (Hoven).
3. E. Hardyana Dmrl. floribus sessilibus tetrameris octandris, scmini
^us involutis.
( 445 )
Habite en abondance les étangs asséchés entre Sautin, Rance et Mont-
bliart en Hainaut (A. Hardy !).
4: E. majnscula Dnirt. tloribiis pedunculatis tetrameris octandris,
seminibus rccliuseiilis subai'cuatis.
Alsinastrum scrpillifoliuni flore aibo tetrapetalo. Vyill, Bnl. Paris. ,^. o,
t. 2, f. 2.
E. Hydropiper L. pro parte; DC. le. Gall., p. 15, t. iô, f. 2; Schkuhr
Handb , t. 109«; Lrak FI. F,., p. 4i8, t. 520, f. 2.
E. majuscula Dmrt. Prodr., p. III; Hann. Fl. Bdg., I, p. 80; Hardy
Motwgr., p. 22.
An E. major Al. Braun. Sijll. pi. nov., p. 8i, ex Bluff et Fingerh. Conip.,],
p. S 15? (dubia species).
E paludosa |5 Sciib. Elcttin. Monnrfr., p ùi.
Habite des étangs marécageux près Mons (Desmazières !).
§ 5. Birolia Dmrt. 1. c. (1827); Birolia Bell. Mém.Acad. Tur ,
1809, p. 405.
Placentarium lanceolatum. Flores trimeri 5-6-andri. Folia opposita.
0. E. hexandra DC. flonbus pedunciilatis trimeris hexandris, seminibus
rectiusculis.
Alsinastrum serpillifolium flore roseo tripetalo. Vaill. Bot. Paris., p. 3,
t.2,fis. I.
E. Hydropiper ,3 L. Sp. PL, p. 527.
E. Hydropiper Sm, EngL Bot., t. 95a.
E. hexandra DC. le. Gall., p. U, t. 45, fig. 1; Dmrt. Prodr., p. Hl;
Hann. FL. Belg., I, p. 80; Hardy Monogr., p. 20.
Birolia paludosaBell. Mém. Acad. Turin, 1809, p. iOô.
E. tripetalaSm. Engl. FL, II, p. 245.
E. paludosa a. Seub. Elatin. Monogr., p. 52, t. 4.
Habite les étangs en Campine ! en Flandre ! dans le pays de Chimay, à
Rance, Sivry et Couvin (Hardy!), en Eifel (Wirtgen!).
6. E. triandta Schk. calycc disepalo, floribus trimeris triandris, semi-
nibus rectiusculis.
E. tri:^.ndra Schkuhr Handb. ^ I, p. 545, t. 1096, f. 2; Drèves et Ilayne
PI. d'Eur., m, p. 5(), t. 71, fig. B ; Seub. Elatin. Monogr., p. 42, t. 2,
fig. 1-8 ; Dmrt. Prodr., p. 111; Hardy Monogr., p. 24.
Habite les fossés limonneux, à Frahan près Bouillon (Delogne !), Rance
(Hardy), Dortrecht, Sliedrecht et Krimpen (van der Sande Lacoste), dans
TEifel (Wirtgen!).
TABLE DES MATIERES.
Pages.
I. Discours sur les services rendus par les Belges à la botanique . 1
Rcmacle Fuchs, chanoine de Liéj];e (IS-^I-lSS-i) . . . . ^ 6
Rembert Dodoens (Dodonaeus), père de la botanique. ... 7
Le premier, il prend la nature pour guide et fonde la nou-
velle école 10
Sa classification usuelle 10
Le premier, il coordone les espèces en genres 12
Erreur de Haller qui attribue celle grande découverte à
Conrad Gesner 13
Charles de l'EscIusc (Clusius) 16
Jean de Brancion, Jacques Plateau, Jean de Monnel, Jean
Dorlmann 17
Philippe de Sivry, introducteur de la Pomme de terre ... 18
Malhias de Lobel 18
Il jeltc la base de la classification par progression et familles . 19
François Van Slerbecck 23
Anselme de Boodt 2i
Georges Wyon, Jean Herman, J.-B. Reyntkens 24
Guillaume Van Limborch 23
Rega fonde le Jardin botanique de l'université de Louvain . . 26
Lucas, Caels, Durondeau, De Poederlé 26
DeNecker. • ^7
Fr. Jos. Lestiboudois 28
Fr. Roucel 29
Dekin, Dessin, G. -J. Edvi^ards ^^
Lejeune • 30
J. Kickx père 31
( 446 )
Pages.
Desmazières ■. 31
L'abbé L. Hocquart 31
Dekin et Passy . 51
Degeer, Kops, Schuurraans, Mulder, Van Hoorebeke, Mussche . 31
M"« M.-A. Libert 32
Nyst, Van Hall, P. Michel, Schaffer, Kuyper, De Cioet, Tinant. 32
Lejeune et Courtois 32
Société de Botanique des Pays-Bas • 33
Van den Bossche, Oudemans, etc 33
11. Monographie des Saules de la flore belge 39
III. Discours sur la classification des plantes jusqu'à Jussieu. . . 59
Dodoens établit trois degrés, la classe, le genre et l'espèce . . 60
Classification de Lobel 62
Cesalpin 62
Sa méthode exposée pour la première fois exactement ... 65
Morisson 69
Méthode de Ray 70
Système de Rivin 71
Méthode de Tournefort 73
Méthode de Boerhaave 74-
Linné, son système 75
Méthode de Van Roycn 78
Hcister, erreur de De Candolle à son sujet 79
Gleditsch, sa classification 80
Magnol 82
Linné, ses ordres naturels 83
Adanson 84
Bernard de Jussieu, sa méthode jusqu'ici inconnue, enfin
retrouvée 86
Exposé de la classification de Bernard de Jussieu 87
Antoine-Laurent de Jussieu, sa méthode 89
IV. Monographie du genre Batrachium 99
V. Monographie des Ronces de la flore belge 115
VI. Note sur deux Nymphéacées du Luxembourg 135
VII. Discours sur la classification des plantes depuis Jussieu . . . U3
Système de Noël de Nccker 1^5
» » Lesliboudois 1^6
( 447 )
Pages.
Système de Batsch 148
Il » Robert Brown 150
» » De Candolle 151
» » Marquis et Loiseleur 1S2
» » Du Mortier 15^
1) » Agardh 1S9
X) » Oken 162
i> » L. Reichenbach 163
r> » Link 163
» » Bartiing 166
» » Cari Scbultz 170
» « Lindley 171
» » Martius 173
V » Frics 175
» » Endlicher 177
» » Meisncr 180
» Perleb 181
« » Brongniart 182
y> » Lindley (second système) 185
» Achille Richard 188
« Balfour 130
VIII. Théorie de la classification des plantes 199
Son progrès consiste dans la suppression des caractères endos-
permiques 204
Erreurs nombreuses qu'offrent ces caractères 205
Le caractère organique du végétal est la végétation. . . . 209
Théorie des verlicilles fondamentaux 210
Théorie de la placentation 219
IX. Décade de plantes indigènes inédites 225
IXbi». Monographie des Roses de la flore belge 257
X. Monographie du genre Pulmonaria 299
Sur le Staminode des Scrophulaires aquatiques 330
Étude sur le genre Michelaria 3^7
JNouvelle classification des Graminées 355
XI. Bouquet du littoral belge ^67
XII. Examen critique des Élatinés ^23
TABLE DES ESPECES.
Pages. 1
Pages.
Aechmophora arduennensis
Atriplex alba Rchb. .
372
Spreng
ZU
arenaria Wood.
372
Asrostideœ Dmi t. . . 360
m
crassifolia pries. .
372
Agrostis salina Dmrt. .
413
farinosa Dmrt. .
372
Airella capillaris Dmrt. . .
565
laciniata Sm. .
572
,575
caryophyllca Dmrt. . .
363
prostrata Bouch.
373
cupaniana Dmrt. . . .
365
rosea L. et C. .
575
elegans Dmrt.
565
Avenaceœ Dmrt.
560
,563
multiculmis Dmrt. .
565
Avenula Hostii Dmrt.
363
prœcox Dmrt. . . .
565
montana Dmrt.
363
provincialis Dmrt. .
563
pratensis Dmrt.
363
Tenon Dmrt. . . . •
563
pubescens Dmrt.
563
Alchemilla glabra Dmrt. . .
227
Scheuchzeri Dmrt
363
Amerlna Dmrt
hi
sempervirens Dm
pt. .
563
Andropogoneîe Dmrt. . 560
,563
setacea Dmrt. .
565
Anserina Bonus-Henricus
sulcata Dmrt. .
363
Dmrt
576
Batidœa . . .
120
AruDdlnaceœ Dmrt. . 360
,565
Batotypns
121
Asparagus prostratus Dmrt. .
412
Batrachium aquatile Dmrt.
lOS
officinalis L
412
aspergillifolium Dmrt.
IJO
Aspidium pseudo-Lonchitis
Bachii Wirlg. . .
112
Dmrt
252
Baudotii V. d. Bossche
103
Aster Tripolium L. . .
4€0
circinalum Fr.
110
( 449 )
Pages.
Pase.s,
Batrachium coenosum Dmrt.
103
Bromus triaristatus Lois.,
ZU
confervoides Fr. .
110
Callinoreae Dmrt. . .
560,
zu
confiisum Garcke. .
106
Cdlot/ieca bronviidcn Lej .
.
zu
divaricntiiin V. d. Bosschf
; m
Cas!«IorhOflon Dmrt. .
.
275
Droiicti Dmrt. . .
109
Cenclireae Dmrt. .
560
565
floribundum Dmrt. .
109
Clmnisebatos Dmrt. . .
.
152
fluitans Fr. ...
1(1
Cliamietia Dmrt.
49
fluviatile Dmrt. . .
IM
Chameerliodon Dmrt.
272
hedcraceum Dmrt. .
102
Chenopodina aestuaria Di
nrt.
578
heteropliyllttm V. d. Boss
. 108
biicciformis Dmrt.
.
577
hololeucum Garcke .
\m
fil if or mis DC.
.
578
Lenormandi Fr. , .
105
maritima Moq. .
.
577
longirostre Dmrt.
Ml
Chcnopodium hastatum Dmrt.
225
marinum Fr. .
m
maritimiim L.
577
ololeucos V. d. Bossche
105
neglectum Dmrt.
.
226
penicillatum Dmrt. .
108
precalorium Dmrt.
226
Petiveri V. d. Bossche
106
Cynodonetc Dmrt. .
560
,561
peticedani foliuni Dmrt.
. 111
€yiiu»»iireie Dmrt. .
. 560
, 565
radians Dmrt.
107
Elatinc Alsinaslrum L.
. .
U2
rhipiphyllum Dmrt. .
107
Hardyana Dmrt.
.
U2
rigidiim Dmrt.
111
hexandra DC.
.
UZ
salsijginosum Dmrt. .
. 110
Hijdropiper L.
. U2
,UZ
saniculœfolium Dmrt.
103
Hydropiper Sm.
.
UZ
tencllum Dmrt. .
103
major? Braiiu.
UZ
trichophylhim V. d. Boss
. 109
majuscula Dmrt.
UZ
tripartitum Dmrt. .
. 105
pnludosn Seub.
.
UZ
triphyllos Dmrt. .
. 106
Schkuhridnn Hoppe
U2
truncalum Dmrt.
. 107
siphosperma Dmrt.
U-î
Cessera azurea
. 528
ternata Dmrt. .
458
Birolia pnluden Bell. .
UZ
tria n dm Schk. .
UZ
Broiuacete Dmrt. . 5C
0,562
Iripelala Sm.
. .
UZ
Bromus arduenoensis Dmrt.
. ùU
Equiselum Iricbodon A. Br
dun.
.420
auriculatus Rasp;iil .
. ZU
Erodium dentatum Dmrt
251
eburonensîs Dmrt.
. ZU
glutinosiim Dmrt.
252
ii7'ossus var. L. et C. .
. 555
Krorhodon Dmrt. .
277
Micfieliamis Demoor .
. 5ob
Festiica arennria Osb.
. .
415
mnltiflorus Rchb.
. oU
oraria Dmrt. . .
. .
416
polystachys Desf. . .
. ZU
sabuUcola Dufour.
. .-
416
( 450 )
Pa
ges.
Pages.
Fumaria calycina Babgt . .
409
Michelaria villosa Strail.
•
533
demiflora Crép. . . .
408
Monoiropa abietina Dmrt
250
littoralis Dmrt. . . .
micrantha Lag. . . .
410
nlnhm Rprii
250
410
iJLlAUl U' XJL/1 il. . .
hypophagos Dmrt. .
250
Genea fasciculata Dmrt. . .
562
/njpojthegea Wallr. .
250
madrilensis Dmrt. . .
562
Hypopylis L. . . .
250
maxima Dmrt. . . .
562
Myosotis annua Mônch.
596
rigens Dmrt
562
cœspitosa Schuitz.
599
rigida Dmrt
562
coronaria Dmrt. .
599
tectorum Dmrt. . . .
562
DumorlieriThicl. .
599
sterilis Dmrt
562
laxiflora Rchb.
599
Glaucobatos Dmrt. . . .
151
Uiujulala Lehm. .
400
HetcrantusmacerDmrt. . .
565
oraria Dmrt. . .
599
tenuis Dmrt
563
palustris With. .
599
Hélice Dmrt
o4
perennis Mônch. .
596
Hultheraia berberifolia Dmrt.
271
repens D. Don. .
599
Hydropiper Buxb
428
scorpwides Curt. .
599
Hydropoa ncrvata Dmrt. . .
562
strigiilom Rchb. .
599
rcmota Dmrt
562
idiginosa Schrad. .
400
spectabilis Dmrt. . . .
562
Nuphar rivulare Dmrt.
156
Hymenophyllum tunbrid-
Nymphœa suaveolcns Dmr
t. .
157
genseL
559
Ononis allissima Lmk.
402
Juncus afpinus Koch. . .
415
hircinn Jacq. . .
401
diffusus Hoppc. . . .
414
maritiraa Dmrt. .
401
equiselosus Dmrt. . .
414
procurrens Wallr.
401
fusco-atcr Schreb. . .
412
repens L. . . .
402
glaucus Ehrh
Leptolhrix Capul-Medusae Dmrt
414
spinosa L. . . .
401
.561
Opiiyiireee Dmrt. . .
560
,561
crinilus Dmrt
561
Oryzaeeie Dmrt. . .
560
,564
europaeus Dmrt. . . .
561
Paiilcc-e Dmrt. . .
560
56 i
virginicus Dmrt. . . .
561
Phleaceae Dmrt. . .
560
,564
Liber lia arduennmsis Lej. .
534
Poaccie Dmrt. . . .
560
,562
arundinacea Rolh. . .
534
Polygala acutifolia L. .
585
I.ygas Dmrt
36
alpeslris Rchb. .
594
niaydeœ Dmrt. ... 560
Michelaria arduennensis Dmrt
.^6"i
nmarn Ti
59i
533
Ulllul C* AJa • • •
umarella Crantz. .
594
bromoidea Dmrt. . . .
53i
amblyptcra Rchb. .
594
ebiironensis Dmrt. . .
533
austriaca Cranlz. .
594
(4SI )
Pages.
Polygala badensis Schinip.
. 59^
buxifolia Rchb. . .
. 394
calaminaria Dmrt. .
. 593
calcarca Fr. Schultz. .
. 393
cilinta Lebel. . . .
. 594
comosa Schkuhr. .
. 393
dpprrssa Wendcr. .
. 594
dubia Bllck. . . .
. 393
dnnensis Dmrt. . .
. 593
Lfjeunéi Bor.
. 594
multicauf is TauscU.
. 383
mulabilis Dmrt. . .
. 588
myrlifolia Pries. .
. 394
oxyptera Rchb. .
. 393
pyxophylla Avé La II
. 38d
serpyllacea Weihe.
. 588
uliginosa Rchb.
. 594
vervinna Lej. . .
. 394
vulgaris L. . . .
. 593
Polygonum arenarium W.e
tK. 384
liltorale Link. . .
. 385
Populus Dmrt. . . .
49
Pulmonaiia aflinis Jord.
. 321
angusfata Schrad. .
. 328
nngustifolin L. .
. 528
— Var. Bert. .
. 523
- L. et C. . .
. . 324
- L
. 323
- Willd. . .
. . 526
— M. et K. . .
. . 527
azurea Bess. . .
. . 327
Clusii Baumg. . .
. . 328
grandiflora DC. .
. . 522
longifolia Bast . .
. . 325
maculosn Lob. . .
. . 318
mpdia Host. . .
. . 325
mollis Ten. . . .
. . 519
— Wolf. . .
. . 522
Pulmonaria mollis Rchb
— VVulfen. .
— Guep. . .
monlana Lej. .
— Wulf. . .
ohlongala Schra
obscura Dmrt. .
offîcinalis L. .
— Var. L. .
— Lamx.
— Var. Bast.
ovalis Bast.
rvbrn Schott.
saccharala G. et G
— Mi!ler.
tuberosa Schik.
— Martr.
variabilis Godr.
vulgaris Mérat.
— Hol. . .
Pyrola arenaria Koch
concolor Dmrt.
discolor Dmrt. .
Rachldeac Dmrt. .
Ilachlllinorœ Dmrt.
Ranunculus aquatilis
Bachii Wirt{^
Baudoin Godr.
caespilitius Dmrt.
cœspiiosus Thuill.
circinatus Siblh.
coenvsus Guss. .
confervoides Pries
confusus Godr.
divaricalus Schranck
DroiKti Schultz.
floribundus Babg
fluitans Lmk. .
Pages.
. 327
. 324
. 32S
. 524
. 528
. 527
228, 319
. 318
. 319
. 521
. 522
. 525
523
321
321
52(i
525
527
52fi
319
405
403
403
560, 561
.^60, 562
. 108
. 112
, 105
, 408
109
\\\
. 105
. 110
. 106
. m
. 109
. 109
. 111
( 452 )
Ramtncvlus fluviatilis Wigg.
hederaceus L. . .
heleropliylliis Wigg.
fiolo!eucos Lloyd. .
Lenorinandi Scliultz,
longirostrîs Goclr. .
marinus Fries.
paiicistainineus Tausch.
pantotrix Brot. .
pellntm Schrk. .
Peliveri Koch. . .
peu cédant folius Ail.
pumilus Poir. . .
radicnns Rovcl . .
rhypipliylins Bart,
rigidus Hciffm. . .
saniculœfulius Viv.
tenellus Viv. . .
irichophyllus Chaix.
triparti lus DC. .
tripfiyllos Wallr. .
Rhodnpsis Lereb. . .
Rosa agreslis Savi. . .
alba L
alpina L. . . .
ambigua Lcj. . .
andegavensis Bast.
Andreovii Dmrt. .
Andrzeiovii Bcss. .
Andrzeiouskii Tratt.
Andrzejowsciann Stev.
arduenncnsis Crép.
arvatica Puget. .
arvensis Huds.
belgica Brot. . .
berherifolia Pall. .
bibracteata^àsi. .
hicolor Jacq.
Pages.
il!
i02
i08
103
105
111
105
109
109
108
10G
111
111
107
107
111
105
105
109
\Qi
106
27!
288
278
279
292
292
283
283
283
283
281
291
296
277
271
297
28S
Rosa hiss errata Mérat
blanda Jacq. .
/ilondrrnut, Rip.
Dorreri Woods.
, bractesccns Wood
breuiKfyfa DC. .
caesia Siu. . .
camjiestris Dmrt.
canina L. . .
caroFina Lindl.
centifolia L.
cinerascens Dmrt
cinnamomea L.
clavnta Dmrt. .
collina Jacq. .
collina Lrj, . .
colUiia Sm. .
comosa Rip. .
coriifofia DëscgI.
coriifolia Fr.
coryinboaa Dmrt.
corontita Crép. .
Crepiiiiana DéségI
cuspidnta Trait.
decipiens Dmrt.
Dcsfglisei Bor. .
dimorpha Bess.
Donniana Woods.
dumulis Bcchst.
dumetorum Thuill
dumetorum Bor.
diinalis Dod.
echinocarpa Rip.
eglandidosa Dmrt
Eglanleria L. ,
Eglanteria Woods
farinosa Bechst.
flexuosa Rau. .
( 455 )
Paces.
Pages.
Rosa francnfnrtrnsis Roes
. 277
Rosa mollissima Willd. .
. 28!-
frnxinifolia Roikh.
. 276
mulliflm^a Wirtg.
. 292
frulelonnn Bess.
. 2!)i
muric<ila Dmrt. . .
. 286
gnilica L. . .
. 277
ncmoralis Lem. . .
. 244
glal)eirima Drart
. 29o
nemorosa Bor. . . .
. 287
glahrnla WîiHr.
. 281
nnnorosn Lib. . .
. 286
gtnndu/osa Wirtg
. 285
nitms Desv. . . .
. 292
glandttfosa Cicp.
. 289
nuda Woods. . . .
. 242
gfauca l^ois.
. 292
oblusifolia Desv. . .
. 290
glaucpscens Desv.
. 2P2
opaca Gren. . .
. 290
glanr.ovliylla Winch.
. 292
ovata Dmrt. . . .
. 281
globosa Lcj. et Court
. 292
ovnta Lej
. 297
ghbiilaris Franch.
. 295
ovoidm Dmrt. . . .
. 282
gracilis Woods. .
. 2il
jit'vsicn Juss. . .
. 271
hi'terophylla Woods
. 2^2
peî^mixla Déségl. .
. 287
hibernica Sm,
. 242
pifosa Wirtg. . .
. 285
hhpida Dcsv. . .
. . 292
pimpinellifolia L.
. 273
hispidn L. et C. .
. . 297
pisiformis Dmrt. . .
. 287
hystlrir. Lem.
. . 287
plalyphyJla Rau. .
. 290
insidiosa Grcn.
. . 283
pomifera Herm. .
. 280
intricntn Crép.
. 282
pseudo-rubiginosa Lej
. . 281
involula Sm. . .
. 2i2
psi/ophyl/a Uau. .
. .293
lœvh Crcp. .
. 288
pubcsccns Lem.
pulchella Woods. .
. . 244
r
Loninni Bor. . . .
. 287
. 2i2
fencanl/in Lois.
. 290
puinila L. . . .
. 277
Ipvcocliroa Desv. .
. 296
punicea Mi 11.
. 285
Liber liœ Dmrt.
. 289
purpureifotia Dmrt. .
. 292
Libertinna Tiatt. .
. 286
rcpens Scop. . .
. . 297
Iulea Rlill. . . .
28i
resinosa Déségl. .
resinosa Lej.
. . 274
lulelinna Lem.
. . 245
. . 286
majnlis Herm. . .
. 275
Ripartii Déségl. .
. . 273
ma/mu ndariensis Bor
. 293
rosea Koch.
. . 273
mahnundnriensis Lej
. . 292
rolundifolia Trait.
. 285
mariœburgeyisis Red.
. 273
rubella Sm. . .
. . 241
micruntlia Sm.
. . 286
rubiginosa L. . ,
. 285
micropliylla Crép.
. 288
rubrifolia Vill. .
. . 279
micro'pliyUa Wallr.
. 285
rugosa Crép. . .
. 291
mitissima Gmel.
. . 273
rustica Lem. . .
. . 243
( 454 )
Pages.
Rosa vulgaris Willd. . .
Rosa sabauda Reuter.
. 275
Rubus aculealissinms KItb.
Sabini Woods. . . .
. 274
affînis W. et N. . .
sarmentacea Woods. .
. 242
aggrpgalus Kllb. . .
scabriuscula Sm. .
. 242
angustifolius Kllb.
sepium Thuil. . .
. 287
opiculatus W. et N.
seplicola Déségl. .
. 287
ardnennensis Lib. . .
Seringeana Godr. .
. 283
argenteus W. et N.
Sherardi Sm.
. 283
axillaris Lej.
simplicifolia Salisb.
. 271
Bellardi W. et N.
Smithiana Sering.
. 283
bracteosus Weihe. .
solslitialis Bess. .
. 294
caesius L
sols ti Un lis Gren. .
. 294
canaliculatus KItb.
sphaerica Gren.
. 292
callosus Dmrt. . .
spinosissima L. .
. 273
candicans Wirlg. .
spinulifolin Thory.
. 281
carpinifolius W. et N
stfpularis Mérat. .
. 292
cinerascens Weihe. .
stylosa Desv. . .
. 296
collinus Dec. . .
subglobosa S m.
. 285
concolor Lej, .
subnuda Crep. . .
. 274
cordifolius W. et N
surculosa Woods. .
. 242
corylifolius Dmrt.
sylvalica Wirtg. .
. 293
costatus Dmrt. .
sy lues tris Rchb.
. 290
cryptadenus Dmrt.
sys^y/aLindl. . .
. 296
discolor W. et N. .
tenuiglandulosa Méra
. . 244
dumetorum W. et N
lomentella Lem. .
. 288
exaltalus Dmrt. .
tomentosa Sm. . .
. 282
falcatus KItb. . .
trachyphylla Rau.
. 291
fasligiatus W. et N.
turbinata Ait. . .
. 277
ferox WV.ihe. . .
umbellala Leers. .
. 283
fissus Lindl. . .
umbedala Lib. . .
. 289
flexuosus Lej. . .
umbellala Wirlg, .
. 283
floribundus Lej. .
nmbdlata Godet. .
. 297
fohosus W. et N.
urbica Lem. . .
. 290
fuscus W. et N. .
velutinn Chabert. .
. . 282
fusco-ater W. et N.
ventricosa Dmrt. .
. . 287
geniculatus Kllb. .
verticillacantha Mérat
. 2i5
glandulosus Bel lard
virginianu Roess. .
. . 276
grandi florus Kllb.
vitlosa L. . . .
. 280
Guntheri W. et N.
( 455 )
Rubus hirlns W. et Kit.
horridiis Dmrt.
hu mi fil sus W. et N
hxjhridus Kllb.
hi/strix W. en N.
Idaeus L. . . .
in f PS tus Kllb. .
in f es tus VV. et N
KdUembacfni Meisch
Koeleri W. et N.
Leesii Bubgt. .
Lfjeuuei W. et N
leucostachys Sm.
Liberlianus Wcihe
Lingun W. et N.
Lohrei Wirtg. .
macroncnnihiis W. et N
macrophyllus VV. et N.
3Jfnkei W. et N.
mlcraconlftus KItb
mont anus Wirtg.
nemoi'osus Hayne.
nilidus W. et N. .
ohscurus KItb.
pallidus W. et N.
piletostacfiys G. et G
pilosus Dmrt. .
plicntus VV. et N.
psmido-cœsius Lej.
pseudo-idœus Lej .
pubescens VV. et N.
pygntœus VV. etN.
pyrnmidalîs KItb.
fla(/«/a VV. et N.
Reichonbnchii VV. et N
rhamnifofius W et N
rovacews W. et N.
rurf/s VV. et N. . .
Pages.
130
128
lïi9
128
150
120
12d
128
151
129
121
129
12a
122
127
150
12i
12i
129
121
125
15!
122
128
127
12(i
12i
122
152
152
12S
150
126
126
12d
125
150
127
Uubus saxatilis L. .
scnbrr VV. etN. .
Schlechtendnlii W. e
Schk'icheri VV. et N
serpens G. et G. .
serpens Wcihe.
Sprengelii VV. et N.
suberectus Anders.
sylvaticusW . et N.
sylvrsfris K\[h .
ieretiusculus KItb.
thyrsiflorus VV. etN
ihyrsoideus VV. et N
tomentosus Borkh.
veslitus VV. et N.
vilticnulisy^. etN.
viiidis KItb. .
viscosus Weihe. .
volvatus Dmrt. .
viilgaris VV. et N.
Wahlenbcrgii Arrhen
Wci/iei Lej . .
Wirtgmi Auersw.
Rumcx muricatus Dmrt
Ruppia mari lima L. .
rostellata Koch. .
spiralis Dmrt.
Saccharineœ Dmrt.
Salicornia annua Sm .
appressa Dmrt. .
herbaca L.
procumbens Sm .
prostrata Pall.
slricta Dmrt.
Salix acuminata Sm. .
alba L. . . .
amygdalina L. .
angustifolia Wulf.
N.
Pages.
132
127
12i
. 129
. 152
. 150
. 126
. 121
. 125
. 128
. 125
. 129
. 123
. 123
. 127
. 125
. 128
. 127
. 150
. 12^
. 131
. 122
. 129
. 226
. i\7
. 417
. 120
360, 565
. 385
. 383
. 383
. 383
. 593
. 383
. 50
. 55
. 55
. 50
( 4S6 )
Sâlix arbuscula L. .
argcnlca Sra.
aurita L. .
babylonica L.
caprca L.
clnerea L, .
cochleala Dmrt
Croweana Sm.
cuspidata Sch
daphnoides ViU
decipiens Hoffm
depressa L. . ,
Elacagiios Scop
elongata Dmrl
fissa Ser.
Forbinna Sm
fragilis L.
Helix L. . .
hippophaefolia Thi
Hoffmnïiniana Bl
hohsericea Ser.
incana Schr. .
incubacea L. .
lancrolala Ser. .
lavnndulœfolia Ser
mollissima Eluh.
monundrn Hoffm.
nigricans Sm. .
olivacea Thuill.
pentandra L. .
pomeranica Willd
prœccx Hoppe. ,
pubera Koch. ,
purpurea L. .
repanda Dmrt.
repens L. .
riparia Willd.
i-osmarinifolia L.
Pages.
b2
50
51
55
51
51
55
53
56
52
56
51
53
53
53
U
56
U
52
53
50
52
53
53
U
51
U
56
52
52
53
5i
53
50
53
50
Salix rubra Sm . . .
Busseliana Sm. .
Seringiana Gaiid. .
Smithiana Willd. .
Slarkeana Willd.
stipularis Sra. . .
telrandra L. .
triandra L.
tuberculata Dmrt.
ulmifulia Thuil. .
undulata Ehrh.
viininalis L.
viohicea Holl.
vitellina L.
Salsola Kalirar. V. d. Bossche
TrngiisY. Hall.
lurgida Dinrt.
Scoheria Dumoi^tieri Stend
marilima Mey.
Scrophularia alala Gil. .
alata Âschers.
aquatica L.
nqiialica Koch,
Balbisii Horncm.
clnerea Dmrt. .
Ehrharli Slev. .
Necsii Wirtg.
nodosa L.
oblongifulia L.
rivularis ^\oY\i . .
umbrosa Dmrt. .
Senecio duncnsis Dmrt.
Scrrcifalcus (350) ardue
nensis Crép. .
Stipacea; Dmrt. . . -^^^^
j^tylorbodon Dmrt.
Suaeda aesluaria Dmrt
bacciformis Dmrt
Pages.
U
56
52
52
51
52
56
55
55
51
55
53
U
56
381
581
381
377
377
332, 535
536
335
3Ô6
535
555
536
555
535
535
355
336
400
555
36i
296
577
377
(457)
Suaeda fîliformis Dmrt.
Jacquini Dmrt.
macrocarpa Dmrt.
marilima Dmrt. . .
Thalictrum depauperatum Dmrt. 406
dunenseDmrt. . . . 406
flexuosum Bernh. . . 406
Pages.
577
578
578
577
Pages.
Tremula Dmrt 49
TiHIceœ Dmrt. . . .560, 561
Yetrix Dmrt. . .
Wlrnen Dmrt. . .
Viola lancesefolia Dmrt
lancifolia Thore.
sabulosa Dmrt.
50
52
405
402
402
QK3 .D78T875 '"'"'"' '"'""'" '''"'''
°"'ïiii'iii?iî'i,l?^ffi,«/°P"scules de botaniq ^®"
5185 00099 1057